The Project Gutenberg EBook of Contes des fees, by Robert de Bonnieres

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org


Title: Contes des fees

Author: Robert de Bonnieres

Release Date: April 17, 2004 [EBook #12072]

Language: French

Character set encoding: ASCII

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CONTES DES FEES ***




Produced by Tonya Allen and PG Distributed Proofreaders. This file
was produced from images generously made available by the Bibliotheque
nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr.






CONTES

DES FEES

PAR

ROBERT DE BONNIERES





INTRODUCTION


En ce temps-la vivaient le Roi Charmant,
Serpentin-Vert et Florine ma-mie,
Et, dans sa tour pour cent ans endormie,
Dormait encor la Belle-au-Bois-Dormant.
C'etait le temps des palais de feerie,
De l'Oiseau Bleu, des Pantoufles de vair,
Des longs recits dans les longs soirs d'hiver:

Moins sots que nous y croyaient, je vous prie.




LE ROSIER ENCHANTE


COMMENT UNE GENTILLE FEE ETAIT RETENUE DANS UN
ROSIER, ET COMMENT ELLE OFFRIT SON
AMOUR A JEANNOT


Jeannot, un soir, cheminait dans le bois
Et regagnait la maison d'un pied leste,
Lorsqu'une Voix, qui lui parut celeste,
L'arreta net:

    --"Jeannot!" disait la Voix.
Qui fut surpris? Dame! ce fut notre homme.
Il ne s'etait aucunement doute
Qu'il cheminait dans le Bois Enchante.
S'il n'avait peur, ma foi! c'etait tout comme.

Il demeura tout sot et tout transi.

--"Jeannot, mon bon Jeannot!" redisait-elle.

Il n'etait pas, certe, une voix mortelle
Charmante assez pour supplier ainsi.

Or, en ce lieu, poussait plus haut qu'un orme
Un Rosier d'or aux roses de rubis.
Le paysan eut eu mille brebis
D'un seul fleuron de ce rosier enorme.

La Voix partait de ces rameaux touffus,
Car il y vit une gentille Fee,
De diamants et de perles coiffee.
Jeannot tira son bonnet, tout confus.
--"Jeannot, je veux te conter ma misere,"
Dit-elle; "ecoute et remets ton bonnet.
Je te demande une chose qui n'est
Que trop plaisante a tout amant sincere."

Le jeune gars ecarquillait les yeux,
Comme en extase, et restait tout oreille.
Il n'avait vu jamais beaute pareille,
Ni de fichu d'argent aussi soyeux.
La Fee etait belle en beaute parfaite,
Rare, en effet, et mignonne a ravir,
Tant, qu'a jamais, pour l'aimer et servir,
Je n'en voudrais pour moi qu'une ainsi faite!

--"Mon bon Jeannot, aime-moi seulement,"
Reprit la Fee; "il n'est point de tendresses
Et de baisers et de bonnes caresses,
Que je ne fasse a mon fidele amant.
Aime-moi bien, puisque je suis jolie,
Aime-moi bien aussi, pour ma bonte.
Je suis liee a cet arbre enchante:
Romps, en m'aimant, le charme qui me lie."

"Je ne dis non," fit l'autre, "et je m'en vais
Tout droit conter notre cas a ma mere.
Conseil ne nuit: l'on cueille pomme amere
Sans que pourtant le pommier soit mauvais."

Il fut conter la chose toute telle,
Riant, pleurant, amoureux et dispos.
Du coup, sa Mere en laissa choir deux pots
Qu'elle tenait.

        --"Eh! mon gars," lui dit-elle,
"Fais a ton gre. Ce nous est grand honneur.
Va, mon garcon, et pousse l'aventure.
Nous aurons gens, malgre notre roture,
Pour nous donner bientot du Monseigneur!"

Elle revait deja vaisselle plate,
Non plus sale, mais belle venaison,
Vin en tonneaux et le linge a foison,
Cotte de soie et robe d'ecarlate.

Jeannot courut.

                L'aurore jusqu'aux cieux
Avait pousse sa lueur roselee;
La Fee etait bel et bien envolee
Et tout le Bois rose et silencieux.


MORALITE


Ne tardez pas, quand l'heure heureuse sonne,
Gentils amants. Aimez-vous sans facon.
Le bel Amour n'a besoin de lecon,
Le bel Amour ne consulte personne.




BELLE MIGNONNE


I

COMMENT BELLE-MIGNONNE AIMA LE PAGE PARFAIT
AU DETRIMENT DE BEAUX FILS DE ROIS


L'Infante avait seize printemps,
Dont je vous veux conter la vie.
La legende que j'ai suivie
Fait regner son pere du temps
Que l'histoire n'etait ecrite;
Il n'importe. Mais je voudrais
Faire aimer ses gentils attraits
Selon leur grace et leur merite.

Belle-Mignonne etait son nom:
Ce nom, s'il faut que j'en raisonne,
Venait de ce que sa personne
N'avait trait qui ne fut mignon.
Parmi les plus belles merveilles,
Il n'etait point telle beaute,
Tant que chaque Prince invite
N'avait plus que soucis et veilles.
Ils amenaient de grands presents
En or, joyaux et haquenees,
En etoffes bien faconnees,
En santal, myrrhe et grains d'encens,
Ce qui faisait bien mieux l'affaire
Du Roi que les maigres cadeaux
Qu'en sonnets, dizains et rondeaux,
Les Poetes lui venaient faire.

Parmi tous ces beaux fils de Roi,
Etait un pauvre petit page;
Il n'avait aucun equipage,
Or, ni joyaux, ni palefroi:
Le rang ne vaut ame bien faite.
Son nom de page etait Parfait,
De ce que son ame, en effet,
Comme sa mine, etait parfaite.

L'Infante l'aimait en secret,
Bien qu'encore aucune parole,
Bouquet parlant ou banderole
Eut assure l'amant discret,
Et notre amant, melancolique,
D'autre part, ne pouvait oser
A si grande Dame exposer
Sa tres amoureuse supplique.
Ils faisaient pourtant de grands voeux,
Ne voulant qu'etre unis ensemble.
Tout en n'avouant rien, ce semble,
Ne peut-on compter pour aveux
Rougeur et trouble en l'attitude
Qui ne trompe le bien-aime,
Et par coup d'oeil a point nomme
Leur bienheureuse inquietude?


II

COMMENT BELLE-MIGNONNE AVAIT EU DE SA MARRAINE
LE DON DE FAIRE NAITRE DES FLEURS SOUS SES
PAS AUSSITOT QU'ELLE AIMERAIT


Sachez, sans aller plus avant,
Que Mignonne eut a sa naissance,
D'une Fee, unique en puissance,
En magie et charme savant,
Le joli don de faire naitre,
Sous ses pas, des fleurs a foison,
En tout temps et toute saison,
Quand Amour se ferait connaitre.
Notre Marraine avait ete
Malicieuse autant que bonne,
En cela contraire a Sorbonne,
Qui n'a malice ni bonte.

Il advint, comme bien on pense,
Qu'a son fait, petit a petit,
Leur meme desir aboutit,
Et qu'Amour eut sa recompense:
Le page recut, un beau jour,
Un message de sa maitresse,
Qui lui mandait, par lettre expresse,
De l'attendre au pied de sa tour,
Qu'elle descendrait a sa vue,
Et que le soir meme elle irait,
Avec le Page, ou Dieu voudrait.
Et de son seul amour pourvue.
Dans un pli de satin leger
L'Infante enferma son message,
Et quelque linot de passage
Fut au Page bon messager.

La rencontre eut lieu, j'imagine.
Et, cette nuit-la, par les champs
Il fut dit bien des mots touchants,
Et bien baise deux mains d'hermine.
--Laissons-les, ou qu'ils soient alles:
Des l'aube, une route fleurie
Vers nos amants, en ma feerie,
Nous conduira, si vous voulez;
Car le don que de sa Marraine
Eut Belle-Mignonne en naissant
Fit que ses pieds allaient tracant
Un beau chemin de fleurs, sans graine.

Chacun de ses pas amoureux
Avait fait naitre oeillets, pervenches,
Roses roses, rouges et blanches.
Pavots divers et lys nombreux,
Et naitre mauves, paquerettes,
Herbe aux perles, reines des pres,
Hyacinthes, glaieuls pourpres,
Folle avoine aux folles aigrettes,
Et naitre encore serpolets,
Muguets, sauges et veroniques,
Pivoines aux rouges tuniques,
Soleils d'or, iris violets,
Et roselettes centaurees,
Basilics aux parfums troublants,
Menthes, liserons bleus ou blancs
Et belles-de-nuit azurees,
--Et, s'il fallait dire en tout point
Les fleurs qu'elle avait fait eclore,
Pas plus que les jardins de Flore,
Mon jardin n'y suffirait point.


III

COMMENT LE ROI ET LA COUR SUIVIRENT LES AMANTS
A LA TRACE ET DECOUVRIRENT UN CHATEAU
DE FLEURS AU LIEU DE FORET


Quand les servantes eveillees
Virent jusqu'aux horizons bleus
Ce beau chemin miraculeux,
Du haut des tours ensoleillees,
En hate, aux Dames du palais
Elles furent conter la chose,
Et les Princes, pour meme cause,
Furent cherches par leurs valets.
Ce fut un grand remue-menage
Dans le chateau, jusqu'a ce point
Qu'ayant mis son plus beau pourpoint,
Le Roi fut du pelerinage.
La Cour entiere par les pres
Marchait en bel ordre a sa suite,
Suivant nos amants et leur fuite
En tous ses detours diapres.

La surprise etait infinie
De ce que ce nouveau printemps
Foisonnat de fleurs dans le temps
Qu'il n'est aux champs qu'herbe jaunie.

Or cet admirable chemin
Menait a la foret prochaine:
Il n'etait charme, orme, if ou chene
Qui ne fut tendu de jasmin,
De chevre-feuille, de glycine,
De vigne vierge et d'autres fleurs,
Melant et tramant leurs couleurs,
D'une branche a l'autre voisine.
Tant et si bien, qu'en ces beaux lieux
Ce n'est plus, comme en l'entourage,
Foret d'automne sans ombrage,
Mais plutot palais merveilleux,
Aux murs faits de branches taillees,
Et batis de fleurs en arceaux
Ou chantaient de rares Oiseaux,
Sur des corniches de feuillees.

De leurs cent voix, l'echo chanteur
Salua le Roi des l'entree,
Dont l'ame encor fut penetree
D'une meme et fraiche senteur,
Laquelle etait si bien formee
De tant de parfums differents,
Qu'a mon embarras je comprends
Qu'aucun auteur ne l'ait nommee.
Le Roi, du portail, pas a pas
Poussa jusques aux galeries
Ou figuraient ses armoiries
De lys sur ne-m'oubliez-pas.
Il fut touche de cet hommage
De Fee a Monarque, d'autant
Que les Oiseaux allaient chantant
Ses hauts faits en humain ramage.


IV

COMMENT BELLE-MIGNONNE ET LE PAGE PARFAIT
FURENT TROUVES L'UN PRES DE L'AUTRE
ENDORMIS


Les Oiseaux avaient leur secret
Qui le precedaient par volee,
Le menant d'allee en allee,
De salon en grotte et retrait.
Toute la noble multitude
Cueillait des fleurs, chemin faisant,
Et l'on parvint, en devisant
De solitude en solitude,
Jusqu'a l'Antre d'or ou, parmi
Des fleurs plus blanches que nature,
Mignonne, en belle creature,
Dormait pres du Page endormi.

Le Roi ne contint sa colere
Devant ce spectacle nouveau:
Tel cas a son royal cerveau
Ne pouvait, vraiment, que deplaire.
Et tout, dans le premier moment,
En voyant ce tableau coupable.
Il aurait bien ete capable
D'ordonner qu'on pendit l'amant.
N'etait-ce point un pauvre sire,
N'ayant sou, ni maille, ni nom,
Si mince et petit compagnon
Qu'ecuyer n'eut daigne l'occire!

Ils etaient pourtant beaux ainsi,
Tete contre tete penchee,
Chevelure en blonde jonchee,
Et bras enlaces a merci.
Ils souriaient, et dans leur reve,
Aussi charmant qu'eux et leger,
Ils semblaient encor prolonger
L'heure aux amants toujours trop breve;
Car ils balbutiaient entre eux
Des mots si doux de voix si tendre,
Qu'aux bois il n'est plus doux d'entendre
Ensemble ramiers amoureux.
--"Je vous aime, Belle-Mignonne;"
--"Je vous aime, Page-Parfait;"
Redisaient-ils. Amour de fait
Autrement ni plus ne jargonne.

Le bel Amour n'a jamais tort.
Le Roi pouvait-il d'aventure
Empecher que, contre nature,
Amant aime fut le plus fort?
Contre ouragan, feu, fer et flamme,
Contre vent, maree et fureurs,
Poisons, serpents, rois, empereurs,
Prevaut force aimante de l'ame.
Notre Roi donc, bien qu'a regret
Et bien qu'il perdit l'assurance
Des grands presents qu'en esperance
Chaque Prince a sa fille offrait
(Ce dont il faisait le decompte),
Consentit bien a les unir,
Ainsi qu'il devait advenir
De la facon que je raconte.
Tout bon courtisan approuva,
Quoiqu'il en eut de jalousie.
Il n'est royale fantaisie
Qu'on ne suive comme elle va:
Aussi fut-ce chants d'hymenee,
Fleurs en bouquets et compliments
Autour du reveil des amants
Et de leur grand'joie etonnee.

Les noces durerent trois mois:
Il faudrait pour les conter telles
Les belles Muses immortelles
De Ronsard, le grand Vendomois.
Sachez seulement que la Reine
Et le Roi n'oublierent pas
De faire prier au repas
La malicieuse Marraine.


MORALITE


Ce chemin de fleurs peut montrer,
Si ma fable vous embarrasse,
Qu'Amour laisse apres soi sa trace;
Et d'ou je veux encor tirer
Qu'Amour est chose si fleurie.
Qu'il ne se peut longtemps cacher,
Ni ses belles fleurs empecher
D'etre telles qu'on s'en recrie.




SAUGE-FLEURIE


I

COMMENT SAUCE-FLEURIE AIMA LE FILS
DU ROI


Alors vivait sans credit ni richesse
Une Fee humble et seule; car il est
Des rangs parmi ces Dames, s'il vous plait,
Comme, chez nous, de vilaine a duchesse.
Bien qu'elle n'eut ni renom ni pouvoir
Et qu'elle fut pauvre en sa confrerie,
Pauvre jusqu'au besoin, Sauge-Fleurie
--Tel est son nom--etait charmante a voir.
Au bord d'un lac tout fleuri de jonquilles,
Elle habitait le tronc d'un saule creux
Et ne quittait son reduit tenebreux
Plus que ne font les perles leurs coquilles.
Mais un beau jour que, chassant par le bois
Avec sa meute un superbe equipage,
Le fils du Roi menait a grand tapage
Du bois au lac un dix cors aux abois,
Pour voir les chiens et la belle poursuite
Et les pourpoints brillants des cavaliers,
Elle quitta son arbre, et des halliers
Voyait passer le Prince avec sa suite.
Le Fils du Roi, qui saluait deja
(Car c'est de Fee a Prince assez l'usage)
En voyant mieux un si charmant visage,
S'arreta court et la devisagea.
Sauge, sans plus se cacher dans les branches,
En le voyant si beau, de son cote
Le regardait devant elle arrete,
Droit dans les yeux de ses prunelles franches.

Naif amour par pudeur s'enhardit:
Le Fils du Roi baissa les yeux par contre;
Chacun s'en fut meditant la rencontre:
--Tous deux s'aimaient et ne s'etaient rien dit.


II

COMMENT UNE MAITRESSE-FEE CONDAMNA
SAUGE-FLEURIE


Or tout se sait: une Maitresse-Fee
Fit donc venir Sauge a son tribunal.
Vetue ainsi que l'oiseau cardinal,
La Vieille etait d'aspics ebouriffee:
Elle etait vieille, et par cela j'entends
Que de jeunesse elle etait ennemie.
--On le va voir:--"Je veux, Sauge, ma mie,
"Te corriger, s'il en est encor temps,"
Lui dit la Vieille aigrement. "Sans mon zele,
Vous nous l'alliez donner belle a ravir
Et par ma foi vous nous alliez servir
Un joli plat d'amour, Mademoiselle.
Passe un beau Sire et, sans plus de facons,
Voila mes gens amoureux face a face!
Pardieu! plutot que la chose se fasse
Je ferai pendre ici dix beaux garcons."
Et ce disant en parut si mechante
Qu'elle eut fait peur meme au Roi Tres Chretien
Par sa beaute, sa grace et son maintien,
Sauge-Fleurie etait pourtant touchante.
Mais rien ne fait contre haine et pouvoir.
--"Il faudra bien que ton beau bec reponde,
Car, sans chanter, il n'est poule qui ponde,
Sauge ma mie--et je te vais pourvoir!"

Je vous dirai, sans tarder davantage,
Si votre coeur s'interesse a son sort,
Qu'aimer un homme etait un cas de mort
Pour Sauge, esprit n'ayant chair en partage:
Ce que prouva la Vieille en un latin
Qui depassait l'intellect en puissance,
Et distingua des cas de quintessence
A derouter Sauge et l'abbe Cotin.

Sauge, pourtant, demeurait bouche close
Et de cela ne voulait seulement
Qu'aimer le Prince et mourir en l'aimant
Comme disait la Vieille avec sa glose.
Sans moi deja vous avez pu songer
Qu'en cette affaire ayant la loi formelle
Et des aveux, notre juge femelle
Condamna Sauge, et sans rien menager.
Et pensez bien que la Fee amoureuse
Ne marchanda son immortalite,
Et que du coup, comme on me l'a conte,
Elle s'en fut-plus que vivante heureuse![1]

[Note 1: Voir la note a la fin du volume.]


III

COMMENT SAUGE-FLEURIE ALLA TROUVER LE PRINCE
EN SON CHATEAU


Or nul pouvoir ne pouvait s'opposer,
Malgre l'arret de notre Vieille en rage,
Au libre emploi de son gentil courage
Non plus qu'au choix de son premier baiser.
--Sauge, a pied donc comme en pelerinage,
Alla trouver le Prince en son chateau,
Et tout le long de la route un manteau
Rude et grossier cacha son personnage.
Elle arriva par la pluie et le vent,
Sur elle ayant laisse crever la nue;
Et, si d'abord fut des gens meconnue,
Ne surprit point le Prince en arrivant.

--"Mon coeur, dit-il, vous attendait, Princesse;
Du bois au lac, je vous cherchais, ma Fleur,
Et fatiguais du cri de ma douleur
L'onde et le ciel, n'ayant repos ni cesse."

--Et ce disant, il se prit a baiser
A deux genoux sa main mignonne et fine,
Et puis voulut sur l'heure a la Dauphine
Presenter Sauge avant de l'epouser:
Il lui fit faire un peu de belle flamme
Pour la secher d'abord. Tant de beaute,
De naturel et de simplicite
En cet etat le touchait jusqu'a l'ame.
Il fit venir perles, saphirs, rubis,
Bijoux montes et beaux luths de Verone.
Il fit de meme apporter la couronne
Et preparer des merveilleux habits.


IV

COMMENT SAUGE-FLEURIE FIT AU PRINCE UN NOBLE
ET TOUCHANT DISCOURS


Sauge admira ces objets sans envie
Et dit:
        "Seigneur, les beaux jours sont comptes.
Aimez-moi bien, et jamais ne doutez
Du bel amour dont j'ai l'ame ravie.
Est-il pour moi besoin de tant d'appret?
N'aimez-vous point la belle solitude,
Et des amants n'est-ce plus l'habitude
De mieux s'aimer quand l'amour est secret?
Restons ici sans plus, si bon vous semble;
Nos yeux pourront se parler a loisir,
Et nous n'aurons de si charmant plaisir
Que seul a seul a demeurer ensemble.
Aupres de vous, je sens mon coeur leger;
Legere est l'heure aussi qui me convie
Et la, tout beau! je vous donne ma vie.
Prenez-la donc, mais sans m'interroger."

Elle lui fit un genereux sourire
Ne regrettant ce qu'elle avait bien fait,
N'y songeant meme.--Et son bonheur parfait
En mots humains ne se pourrait decrire.
--Amour et Mort sont toujours a l'affut:
Ne croyez pas que celle que je pleure
Fut epargnee.
              Elle secha sur l'heure
Comme une fleur de sauge qu'elle fut.


MORALITE


Je compte peu qu'une femme ainsi m'aime
Jusqu'a mourir: ceci montre, pourtant,
Que pour aimer, ne fut-ce qu'en instant,
L'on brave tout, Madame, et la Mort meme.




LES TROIS PETITES PRINCESSES

COMMENT TROIS BONNES FEES FIRENT TROIS BEAUX
DONS A TROIS PETITES PRINCESSES


Trois filles d'un Roi sarrazin,
Le meme jour, furent priees
Et le meme jour mariees
Aux trois fils d'un Prince voisin.
Elles eurent memes grossesses:
Au bout de neuf mois memement,
Il leur naquit, pareillement,
Trois petites princesses.
Le Roi maure, dit le Conteur,
Fit proclamer leur delivrance
En Inde, en Perse et jusqu'en France,
Et depecha son enchanteur
Aupres de trois gentilles Fees
Qui, dans trois chars tendus d'orfrois,
Se presenterent toutes trois,
D'aurore et de lune attiffees.
Apres qu'il fut fait maint salut
Et que luth et lyre eurent cesse,
Chaque Fee a chaque Princesse
Fit le plus beau don qu'il lui plut.

A sa Princesse, la Premiere
Donna pour don qu'elle serait
Faite comme elle, trait pour trait,
Et plus Belle que la lumiere.

--"Bien que soit richesse en honneur
Chez les mortels, dit la Seconde,
Mon don n'est perle de Golconde
Mais belle perle de Bonheur."

Vint la Troisieme.--"Il est encore,
Dit-elle, un don plus precieux!"
En couvrant l'enfant jusqu'aux yeux
D'un suaire tisse d'aurore.
En faisant ce don, elle etait
Si bonne, si douce et si tendre,
Qu'on ne se lassa pas d'attendre
Le grand bien qu'elle promettait.
Grand bien n'est pas ce qu'on presente
Souvent pour tel; car la, tout beau!
On mit la petite au tombeau,
Qui mourut a l'aube naissante.


MORALITE


Mieux que Bonheur et Beaux Appas
Vaut la Mort, pour ce qu'est la Vie:
Ne la plaignez: Qui ne l'envie
Ne vecut et ne m'entend pas.




LE PETIT CASTEL DE CIRE


I

COMMENT ROSE-ROSE AVAIT LE DON D'ENTENDRE LE
LANGAGE DES ABEILLES, CE QU'EXPOSE L'AUTEUR
EN MANIERE D'INTRODUCTION


Parmi tous les dons de vertu.
De beaute, de grace et decence
Que Rose-Rose, a sa naissance,
Eut d'une Fee, elle avait eu
Le don d'entendre sans etude
Les Abeilles en leurs fredons,
Aussi bien que nous entendons
Le bon francais par habitude.
Et grace a ce rare savoir,
Elle avait sur le Roi, son pere,
Pour gouverner l'Etat prospere,
Tout credit, conseil et pouvoir:
L'hiver n'empechait pas les roses
D'eclore en ces temps merveilleux,
Et les Abeilles en tous lieux
En savaient long sur toutes choses.

Ceci n'est qu'un conte amoureux
Que je dedie aux coeurs fideles.
Aimez seulement mes modeles
Aussi bien que je fais pour eux.


II

COMMENT ROSE-ROSE ET MYRTIL EURENT UN SONGE
SEMBLABLE, ET DES PROPOS QUE ROSE-ROSE EUT
AVEC LES ABEILLES


Rose-Rose, a peine eveillee,
Des la premiere aube appela
Ses femmes, et ce matin-la,
De blanc voulut etre habillee:
Elle fut donc vetue ainsi
Que sont les blanches fiancees.
Mais nul ne savait ses pensees.
L'amour n'avait pu jusqu'ici
Troubler une dame aussi sage.
On assurait qu'il n'etait point
De pretendant qui, sur ce point,
Eut vu rougir son beau visage.
Quand on eut peigne ses cheveux,
Plus blonds qu'une moisson doree,
Et qu'elle fut ainsi paree
Et belle assez selon ses voeux,
Elle fit, contre l'habitude,
Eloigner ses Dames d'honneur,
Comme si son secret bonheur
S'augmentait de sa solitude.

Elle s'en fut seule au jardin
Pour causer avec les Abeilles.
--Des parterres et des corbeilles,
Des bosquets, des gazons, soudain
Toutes s'empresserent vers elle,
Et par mille souhaits charmants,
Graces, bonjours et compliments,
Lui temoignerent de leur zele.
Apres tous ces gentils discours,
Prenant sa voix la plus menue,
Rose leur dit:--"Je suis venue
Vous demander aide et secours;
Et tout d'abord je vous rends grace
De ce que vous ne m'avez fait
Encor defaut d'aucun bienfait:
Voici le cas qui m'embarrasse.

"J'aime un Prince que je n'ai vu
Qu'en songe encor, cette nuit meme;
Rien ne m'est plus, sinon qu'il m'aime
Et qu'il m'a prise au depourvu.
Amour donc jamais ne nous laisse
Sans aimer, car je ne suis plus,
Malgre mes dedains resolus,
Que joie, espoir, trouble et faiblesse!

--"Le lieu de mon songe etait tel,
Que je vis en cette aventure
Ce meme jardin en peinture,
Ces fleurs et ce petit Castel
Que vous m'avez sur la colline
Tout bati de cire, au dessus
Du petit lac aux bords moussus
Et de ce jardin qui decline.
Ce fut la qu'il me vint chercher
Et me put expliquer sa flamme
En mots si vrais, que jusqu'a l'ame
Son bel amour me sut toucher:
Et comme en un miroir immense
Je me voyais lui souriant
Et lui de meme me priant
Tout obtenir de ma clemence.
--"Je suis fils de Roi, disait-il,
Et je veux vous aimer sans cesse.
Vous pouvez, sans honte, Princesse,
M'aimer aussi! J'ai nom Myrtil.
--"Mon nom, lui dis-je, est Rose-Rose,
--"Et, dans l'instant, nos jeunes fronts
Furent, ainsi que nous serons,
Couronnes de myrte et de rose.
En me voyant si belle ainsi,
Et lui plus beau que la lumiere,
Je donnai mon amour premiere
Au beau Prince que j'ai choisi."

Songe alors n'etait pas mensonge,
Car Myrtil eut, de son cote,
Comme on l'a depuis rapporte,
Cette meme nuit meme songe:
Il vit, dans le meme moment,
Au meme lieu, sa meme image
A Rose-Rose rendre hommage.
Et lui faire meme serment,
Dans ce meme Castel de cire
Ou, sans penser au lendemain,
Rose avait bien promis sa main,
A n'en douter, a ce beau Sire.

Et Rose dit en meme temps:
--"Allez vite, Abeilles fideles.
Vite autant que vous aurez d'ailes.
Dire a Myrtil que je l'attends!
Allez du couchant a l'aurore,
Et ne revenez pas sans lui;
Allez, et dites a celui
Que j'aime, au pays que j'ignore,
Lorsque vous l'aurez rencontre,
Qu'approuvee ou que combattue,
Toute de blanc ainsi vetue,
En ce Castel je l'attendrai
Chaque jour, a cette meme heure,
A chaque aube que Dieu fera,
Et que, s'il faut, l'on m'y verra
Venir jusqu'au jour que je meure!"


III

COMMENT LES ABEILLES ENTREPRIRENT UN LONG VOYAGE
ET COMMENT ROSE-ROSE ATTENDIT LEUR RETOUR


On ne pouvait pas, en effet,
Contredire en cette occurrence,
Car il n'etait pas meme en France
De Prince en tout point si parfait:
Et les Abeilles, a l'entendre,
D'une part avaient approuve
Tout ce que Rose avait reve
De beau, de sincere et de tendre,
Mais, d'autre part, le pire etait
Que par mainte et mainte contree
Elles la savaient separee
De Myrtil, et qu'il habitait
Au dela des terres connues,
En des pays si fort distants,
Qu'il leur faudrait bien bien longtemps
Avant que d'etre revenues.
Car le monde est grand, ce dit-on.
Pourtant, nos bonnes confidentes,
Quoique tres sages et prudentes,
N'objecterent rien sur ce ton,
Sachant que l'amour ne raisonne
Et n'en veut qu'a son bon plaisir,
N'ayant le gout ni le loisir
De croire ou d'entendre personne.
--En rien donc ne contrariant
Son dessein, l'ambassade ailee
Apres s'etre au ciel assemblee,
Tourna son vol vers l'Orient:
Elle allait si fort admiree,
Comme un globe d'or dans les cieux.
Et paraissait a tous les yeux
Si prompte, si belle et doree,
Que telle ambassade, je crois,
N'alla du Louvre ou de Versailles
Negocier les fiancailles
D'aucune fille de nos rois!

Rose ainsi fit qu'aux messageres
Elle avait dit qu'elle ferait;
Chaque jour, elle se parait
D'etoffes blanches et legeres;
Les myrtes aux roses meles
Ceignaient son front, et sure d'elle
Et de son bel amour fidele,
Malgre bien des jours ecoules
Dans l'attente et la solitude,
En son Castel, chaque matin,
Elle attendait l'epoux lointain
Sans trouble et sans incertitude.
Et tel etait son sentiment
Et sa foi, que la longue attente
Ne la rendait que plus constante,
Et que l'on admirait comment
Sa magnifique indifference
Mettant la Cour en desarroi
Deconcertait maint fils de Roi
Venu dans une autre esperance,
Son Pere etait tout deconfit
Et le pauvre homme en cette affaire
Ne savait vraiment plus que faire:
Et que vouliez-vous bien qu'il fit?
Larmes, prieres, etaient vaines;
Et ce fut tout de meme en vain
Qu'il s'enquit d'un fameux devin
Et qu'il ordonna des neuvaines.
Rose n'entendait pas raison.
Et revenait, sans etre lasse,
Chaque jour a la meme place
Consulter le pale horizon
Des l'aube.--Et la belle songeuse
Ne songeait a rien qu'a l'amant,
Que lui ramenait surement
Son ambassade voyageuse.


IV

COMMENT MYRTIL FIT A TRAVERS LE MONDE UN VOYAGE
MERVEILLEUX QUI DURA CENT ET
CINQUANTE ANNEES.


Myrtil s'etait mis en chemin,
Guide par les bonnes Abeilles.
Lorsqu'il les eut de ses oreilles
Oui, comme en langage humain,
Qui contaient l'histoire suivie
De son beau songe trait pour trait,
Et comment Rose l'attendrait
S'il le fallait, toute la vie,
Aussitot le Prince amoureux,
Malgre tout le noble entourage,
Qui ne craignait que son courage
En ce depart aventureux,
Prit une belle et bonne armee
Et se mit en marche a travers
Tant et tant de peuples divers,
Pour retrouver sa bien aimee,
Qu'il n'est Monarque ou Conquerant
Qui, pour de moins belles victoires
Et des travaux moins meritoires,
N'en ait recu le nom de Grand.

L'Amant, dont la fortune heureuse
N'avait que des coups surprenants,
Par les mers et les continents
Promenait sa gloire amoureuse.
--Mais, si je tire du recit,
Dont j'ai suivi le commentaire,
Qu'il venait du bout de la terre,
Notre monde se retrecit
Et n'a plus la meme apparence;
Car, outre les pays connus
Dont bien des gens sont revenus,
Tels que Chine, Inde, Egypte et France,
Il avait encor parcouru
Bien des mers depuis ignorees
Et de fabuleuses contrees
Qui de ce monde ont disparu:
La mer ou chantaient les Sirenes
Et les vallons melodieux
Peuples de Heros et de Dieux
Encor chers aux Muses sereines.
Le jardin d'Eden, ou tomba
Adam et la race insoumise
Des hommes, la Terre Promise
Et le Royaume de Saba,
La cote d'Ophir et, pres d'elle,
L'or en montagne accumule,
Le Venusberg, l'ile Thule,
Ou mourut le Vieux Roi fidele,
Et les terres des Paladins,
Et la Foret ou j'imagine
Que vivaient Morgane et Brangine,
L'Ile d'Armide et ses jardins
Avant Renaud et la Croisade,
Et tout l'Orient enchante,
En mille et une nuits conte
Par la bonne Scheherazade:
Et Myrtil allait a travers
Le monde, entrainant a sa suite,
En son amoureuse poursuite,
Tous les peuples de l'Univers!
Car les Abeilles etaient Fees,
Et, des que son glaive avait lui,
Les rois vaincus dressaient pour lui
Des colonnes et des trophees.

Si le voyage fut si grand
Que je n'ai pu faire le compte
Des merveilles qu'on en raconte,
Je puis, du moins, en comparant
Les dates qui m'en sont donnees.
Conclure que, pour parcourir
L'Univers et le conquerir,
Il mit cent et cinquante annees.[1]

[Note 1: Ce calcul est insuffisant,
Car alors la belle duree
Des longs ans etait mesuree
Autrement qu'elle est a present.

(Note de l'auteur)]


V

COMMENT MYRTIL VIT LE PETIT CASTEL DE CIRE ET
LES ADMIRABLES CHANGEMENTS QUI S'ETAIENT
FAITS DANS LA NATURE DU JARDIN


Il est clair qu'un si grand concours
De peuples en tel equipage
Ne se meut point sans grand tapage.
Donc, par les chemins les plus courts,
Tous les courriers de la frontiere
Revenaient en hate, annoncant
A Rose qu'un Roi tout Puissant
Avait conquis la terre entiere
Et n'avait plus qu'a conquerir
Ce seul royaume, en telle sorte
Que son armee etait si forte,
Qu'il entrerait sans coup ferir.

Rose ouit ce preliminaire
Comme Reine, sans s'emouvoir,
Ayant herite du pouvoir
De son pere mort centenaire,
(On vivait tres vieux en ce temps).
Mais l'on s'etonnait que la Reine
Demeurat d'humeur si sereine
Devant ces perils eclatants.
Or, sans vous creuser la cervelle.
Vous avez devine comment
Rose ne s'emut nullement
En entendant cette nouvelle,
Car vous pouvez vous figurer
Que quelque Abeille avant-coureuse
Avait dit a notre amoureuse
Plus que de quoi la rassurer.
La Mouche-Fee, a son oreille,
Comme une clochette d'or fin,
Sonna si doucement, qu'enfin
Rose n'eut joie autre ou pareille.
Comme moi, vous pouvez deja
Conclure de cette arrivee
Que, des que l'aube fut levee
Dans le ciel et se propagea,
Myrtil avait quitte sa tente,
Et precede du bel Essaim
Qui le servait en son dessein,
Poursuivait sa course constante,
Et cela de telle facon,
Que Myrtil, comme je vais dire,
Vit le Petit Castel de cire
Dont notre Essaim fut le macon.

Toutes choses etaient changees
Sinon de lieu, du moins de fait:
Les memes lilas, en effet,
Et les buis en belles rangees,
Avec l'age etaient devenus
Si grands, si grands, que les grands chenes,
Que l'on voit aux forets prochaines,
N'etaient que brins d'herbe menus,
Et que les reines marguerites,
Ainsi que les jeunes rosiers,
Abeilles, ou vous vous posiez,
Sans rien perdre de leurs merites,
Etaient en telle floraison,
Qu'en une rose, n'en deplaise,
Rose aurait dormi mieux a l'aise
Qu'en son lit, par comparaison.
Et l'odeur fraiche et penetrante
De tant de parfums, dit l'auteur,
Avait fait une eau de senteur
De l'onde unie et transparente
Du lac, qui s'etait tant porte
Hors de ses bornes naturelles,
Que ses eaux pouvaient bien entre elles
Couvrir notre monde habite.
Car toutes choses, au contraire
De s'enlaidir, avaient ete
Vieillissant en telle beaute
Qu'il est malaise de pourtraire
Les admirables changements
Qui s'etaient faits dans la nature
Du jardin qu'avaient, en peinture,
Montre deux songes si charmants.


VI

COMMENT LES COLOMBES BLANCHES ACCOMPAGNERENT
ROSE-ROSE JUSQU'AU CASTEL DE CIRE ET
COMMENT MYRTIL L'Y REJOIGNIT.


Si la blancheur est un des signes
De la vieillesse, je dirai
Que les Biches au poil dore,
Les Tourtereaux bleus et les Cygnes
Plus noirs alors que les corbeaux,
Si j'en crois l'auteur que je cite,
Etaient en ce merveilleux site
Si blancs de vieillesse et si beaux,
Que de race en race engendree
Jusqu'a leurs derniers rejetons,
Aux pays que nous habitons
Leur blancheur en est demeuree.
C'est seulement depuis ce temps
Que nous voyons le blanc plumage
Des colombes au doux ramage,
Biches blanches et merles blancs.

Quoi qu'il soit de cette origine,
Vous eussiez vu la ce matin
Les belles brouteuses de thym,
Plus blanches que l'on n'imagine.
S'arreter de brouter pour voir
Passer la blanche fiancee
Grave et des longtemps exercee
Au long amour de son devoir:
Tandis que la troupe fidele
Des colombes allait volant
Jusqu'au Castel, et s'emmelant
Par couple leger autour d'elle.
Car les colombes, par milliers,
Que ce bel amour interesse,
Escortaient leur bonne maitresse
A ses rendez-vous journaliers.

Vous dirai-je encor davantage?
Si d'une part les verts ormeaux
Et les cedres aux noirs rameaux,
A mesure de leur grand age,
Avaient pousse leur front serein
Et leur taille extraordinaire
Bien haut au dessus du tonnerre,
D'autre part, l'effort souterrain
De leurs racines biscornues,
Travaillant la colline, avait
Fait que le Castel se trouvait
Comme un temple parmi les nues.
Et ce n'etait plus comme avant
Colline humble, pente et mi-cote,
Mais pic d'azur, montagne haute
Ou ne peut atteindre le vent.
L'acces au Prince en fut facile,
Soit qu'alors un char enchante
Ou quelque autre engin l'ait porte
Aupres de Rose en cet asile
D'amour, de gloire et de repos,
D'ou l'on voyait par les vallees
Dix mille villes assemblees,
Comme en leurs parcs, de blancs troupeaux,
Les mers et les eaux miroitantes,
Et les moissons et les forets,
Et sur cent mille arpents, aupres
Du lac profond, cent mille tentes!


VII

COMMENT ROSE ACCUEILLIT MYRTIL ET DU DISCOURS
QU'ELLE LUI TINT


Myrtil s'avancait au milieu
Des Colombes, parmi les nues,
Et des Abeilles revenues
De leur voyage en ce haut lieu,
D'ou Rose eut le monde en offrande.
Mais cette fois le Conquerant,
Au monde meme indifferent,
Trouve enfin que la terre est grande
Assez, puisqu'il a retrouve
Rose-Rose et son doux sourire,
Et, tel que je l'ai pu decrire,
Le Castel qu'il avait reve.
Et comme il deposait son glaive
En s'agenouillant sur le seuil,
Rose s'en vient lui faire accueil
De ses deux bras et le releve:

--"Heureux le jour ou je te vois,
Myrtil, heureuses les annees
Qui rassemblent nos destinees!"
Dit-elle. Et le son de sa voix,
Limpide comme une fontaine,
Est frais comme les belles eaux
Ou viennent boire les oiseaux
Apres une course lointaine.
"Heureux le songe ou je t'ai vu!
Et vous, compagnes devouees
De son retour, soyez louees,
Abeilles, pour avoir pourvu
De tant d'honneur son beau courage,
Et pour me l'avoir ramene
Aux lieux ou notre amour est ne,
Dans le premier temps de notre age.
Cher epoux, tu m'es donc rendu,
Mais je n'eus que joie a t'attendre,
Puisque je t'ai d'un coeur plus tendre,
En toute assurance, attendu:
Et cette assurance etait telle
Et me faisait vivre si fort
Que j'eusse attendu sans effort
Jusqu'a devenir immortelle!
Non, non, les ans n'ont apporte
A notre amour aucun dommage,
Amour a toujours le meme age,
Et t'ai-je seulement quitte!
Car, malgre les longues annees,
Tu vois que sur mon front les fleurs
Dont nos noms portent les couleurs,
Ne sont point seulement fanees.
Viens, Myrtil, donne-moi la main.
Et bien que ta vertu connaisse
L'arche d'amour et de jeunesse,
Je veux te montrer le chemin,
Et comment en notre demeure
Pour nous un meme trone est pret
Ou j'avais dit qu'on me verrait
Venir jusqu'au jour que je meure!"

Et sur leur trone radieux
Ils furent, comme deux statues
Augustes et de blanc vetues,
Comme on imagine les dieux
Aupres des deesses insignes:
Et leurs cheveux en s'argentant
Etaient devenus blancs autant
Que les colombes et les cygnes:
Car, puisqu'il faut vous dire tout
En un mot, sachez, je vous prie,
(Bien qu'un miracle de feerie
Eut ete bien mieux de mon gout)
Que l'age en cette conjoncture
Avait de meme, parait-il,
Rendu Rose-Rose et Myrtil
Aussi vieux qu'etait la nature.
Oh! que s'il m'eut ete permis,
Ainsi qu'aux poetes antiques.
De creer des dieux authentiques,
Je les eusse en un temple mis
Parmi les plus touchants exemples
D'amour et de fidelite,
Chacun contre l'autre accote,
Sous un dais de pourpre aux plis amples,
Tels quels avec leurs blancs habits
Ainsi qu'avec les myrtes pales
Changes soudain en fleurs d'opales
Parmi des roses de rubis:
Car en meme temps leurs prunelles
Et leur sourire, en verite,
Avaient pris l'immobilite
Qui n'est qu'aux choses eternelles!

De cela, vous ne doutez pas,
Comme il apparait, ce me semble,
Qu'ils etaient reunis ensemble
Et passes de vie a trepas,
Dans le petit Castel de cire
Qui devint ainsi leur tombeau:
Et leur sort m'a paru si beau,
Qu'il m'a plu de vous le decrire.


VIII

COMMENT LES ABEILLES CHANTERENT, CE QUE L'AUTEUR
EXPOSE EN MANIERE DE CONCLUSION


Le vieux conte que j'ai suivi,
Dit encore, entre autres merveilles,
Que sur ce les bonnes Abeilles,
S'empressant toutes a l'envi,
De miel et de cire embaumee
Vinrent murer le monument
Ou notre glorieux amant
Dormait avec sa bien-aimee;
Et que notre Essaim tout autour
De cette belle sepulture,
Dont il avait clos l'ouverture,
Forma jusqu'au declin du jour
Des chants faits de si doux bruits d'ailes,
Qu'il etait plus croyable encor
Qu'il celebrat les noces d'or
Des Epoux a jamais fideles.




LES DEUX TALISMANS

COMMENT LA FEE ARBIANNE AVAIT DEUX AMANTS


La Fee Arbianne avait deux talismans:
Un Casque d'or qui rendait invisible,
Et, d'autre part, une Epee invincible.
Arbianne avait de meme deux amants.

Si je l'en blame, au moins que l'on m'accorde,
Au lieu d'aller se creuser le cerveau,
Qu'en avoir trois chez nous n'est pas nouveau,
Et qu'aux beaux luths, il n'est point qu'une corde.

Son choix ne fut ni bas ni hasardeux:
Tous deux etaient fils de Roi, dit le conte.
Elle donna l'Epee a l'un pour compte,
Le Casque a l'autre, et les aima tous deux.
--De garde au pied de sa tour d'emeraude,
L'un de l'Epee allait tout pourfendant,
Monstre, dragon, harpie et pretendant,
Et la gardait, en se gardant de fraude.
--L'autre invisible allait surprendre ainsi
La Fee a point en son bain d'eau de rose,
Et, comme on dit, ce ne fut point en prose
Qu'il lui conta son amoureux souci.


MORALITE


L'amant au Casque est l'amant qu'on prefere:
Et je deduis d'Amour et de ses lois,
Que vaillants coups d'epee et beaux exploits
Ne valent pas prudence et savoir faire.




MULOT ET MULOTTE

COMMENT MULOT ET MULOTTE RECURENT DANS LEUR
CABANE UNE VIEILLE HORRIBLE


Deux vieux epoux, pauvres et gens de bien,
Vivaient du temps de ma Grand'Mere l'Oie,
Comme beaucoup des heros que j'emploie.
Ils se nommaient, si je me souviens bien,
L'homme Mulot et la femme Mulotte.
Tous deux etaient couches dans le moment,
Et, dans leurs lits, ils dormaient chaudement:
Vieil amour meme empeche qu'on grelotte.
Cette remarque est ici de saison;
La neige avec la bise faisait rage
Tant et si bien, qu'en cette nuit l'orage
Menacait fort d'emporter la maison.
Je dis maison, je veux dire cabane.
Car au macon, qui n'usa de cordeau,
Il ne fallut qu'un peu de terre et d'eau,
Non plus de bois que la charge d'un ane.
Comme ils dormaient, une Voix appela,
Une et deux fois, puis trois, de telle sorte
Qu'il etait clair que quelqu'un a la porte
Demandait aide.

        --"Eh! Parbleu, me voila!"
Fit le bonhomme, en quittant sa paillasse.
Et rien n'est plus cruel que lorsqu'il faut
Quitter ainsi pour l'air froid le lit chaud.
En aurions-nous fait autant a sa place?

--"Oh! Pour l'amour de Dieu!" demandait-on
D'une voix douce autant que douloureuse.

Mulot ouvrit.

Mais une Vieille affreuse

Entra:

    La voix, du coup, changea de ton.
--"Fort bien!" dit-elle.

        Elle etait secouee
De fievre ensemble et de froid, les pieds nus,
Et puis lepreuse, a des signes connus,
Car elle avait une voix enrouee
Comme ont les chiens apres de longs abois,
La face ardente avec les chairs putrides,
L'oeil clair dans l'ombre, et sur la peau des rides
Reches autant que l'ecorce du bois.
Vous auriez eu la preuve a voir sa mine,
Ses yeux mechants et ses ongles crochus,
Que pour bons coeurs il n'est gens si dechus,
Puisqu'en pitie l'on prit cette vermine
Et que nos gens la mirent en leur lit.
Mulot jeta dans l'atre une bourree,
Donna le linge, et Mulotte affairee
Eut du courage aux soins qu'elle accomplit.


II

COMMENT CETTE VIEILLE ETAIT UNE BELLE FEE, ET COMMENT
ELLE OFFRIT DE DONNER A MULOT ET A
MULOTTE RICHESSES ET HONNEURS


Comme on lavait cette triple Megere
Voila-t-il pas que, sans desemparer.
Elle en vient toute a se transfigurer,
Tant qu'en beaute le Conteur n'exagere,
Et qu'elle en a blonds cheveux a monceaux,
Les traits charmants, les chairs amignonnees
Comme au matin des roses fleuronnees,
Et les yeux bleus du bleu profond des eaux.
--D'un trait a l'autre on ne vit le passage--
Et puis drap d'or, taffetas et satin,
Couleur d'iris et couleur du matin
Lui font gentils cotillon et corsage.
Elle sauta du lit pour mieux causer,
Ayant un astre au front, qui l'illumine.
Lors elle etait de si gentille mine,
Qu'il eut fallu le Roi pour l'epouser!

C'etait alors une ordinaire chose
Que Fee errante et Fantomes changeants:
Aussi ni l'un ni l'autre de nos gens
Ne s'etonna de la metamorphose.

--"Ami, je suis satisfaite de vous,"
Leur dit la Fee; et sa voix naturelle
Etait ainsi qu'un chant de tourterelle,
Et son sourire encor etait si doux,
Que nos bons vieux en furent vite a l'aise.
--"Ca, faites-moi de grands souhaits, je veux
En un moment accomplir tous vos voeux,"
Reprit la Fee.

MULOT

"Eh! ne vous en deplaise,
De votre part, c'est bien de la bonte.

LA FEE

"Dis, que veux-tu pour bonne recompense?

MULOT

"Dam! rien.

LA FEE

"Quoi! rien?

MULOT

"Rien du moins que je pense."

LA FEE

--"Oh! oh! Le cas est rare en verite,
Et je vois bien qu'il faut que je vous aide.
--"Et je sais trop, se dit-elle en songeant,
"Par ou le prendre: il n'est souci d'argent
Que l'homme riche ou pauvre ne possede."
Et ce disant la Fee avait raison:
Depense induit en nouvelle depense.
Richesse autant que misere dispense
D'avoir un sou vaillant a la maison.

LA FEE

"Ami Mulot, veux-tu devenir riche
A ton souhait?

MULOT

        "Et ne le suis-je pas?
Ma femme et moi faisons nos deux repas,
Ma belle Dame, et mon bien n'est en friche.
J'ai pour ma vache assez de foin fauche,
Mes trois pommiers emplissent dix corbeilles.
"Je mouds vingt sacs de seigle, et les abeilles
Valent, par an, deux ecus au marche.
Je puis encor tous les jours de l'annee
--Sans vous facher--donner aux pauvres gens,
Clercs en voyage ou moines indigents,
L'aide du ciel que je vous ai donnee.

LA FEE (a part.)

--"Le Roi toujours n'eut si bon compagnon,
Et noble coeur fait souche de noble homme.
Mulot, ma foi! serait bon gentilhomme.
On en a vu bien d'autres: pourquoi non?

(S'adressant a Mulot.)

"Maitre Mulot, veux-tu que je te fasse
Seigneur ceans, ecuyer ou baron?
J'attacherai moi-meme l'eperon.
Tu prendras nom Mulot de Bonne-Face;
Et tu pourras porter en mon honneur
Le champ d'azur de mon blason de Fee
Dragon d'argent et colombe coiffee.
Et si sur ce quelque beau raisonneur
Vient a gloser, il l'ira dire a Rome!"

MULOT

--"Je suis certain, belle Dame, a vous voir
Que vous avez magnifique pouvoir
Et ne voulez vous rire d'un pauvre homme.
Mais, voyez-vous, honneurs sont dangereux.
L'autre semaine en notre voisinage
Un vieux Seigneur, a peu pres de mon age,
Fut bien occis aux croix du chemin creux.
Il fut, pourtant, charitable en sa vie,
De bon esprit comme de bon aloi.
Je ne pourrais, en mon nouvel emploi,
Non mieux que lui, me garder de l'envie.
Car je ne suis bien savant ni bien fort,
Et n'eus jamais encrier ni rapiere.
Et sans compter que mon cousin Grand-Pierre
Se gausserait certe, et n'aurait pas tort."


III

COMMENT LA FEE VOULUT RENDRE A MULOT ET A MULOTTE
LA JEUNESSE, ET DE LA BONNE ODEUR DE
LILAS QUI SE REPANDIT DANS LA CABANE


Quoiqu'un peu sotte en toute cette affaire,
La bonne Fee eut le coeur de chercher
Quel nouveau don le pourrait bien toucher
Et quel grand bien elle lui pourrait faire:
Et tout a coup elle lui demanda:

--"Aimes-tu bien ta femme?

MULOT

        "Il n'est, pardienne!
Bonne besogne encore que la sienne.

LA FEE

"Et l'as-tu bien toujours aimee?

MULOT

        "Oui-da!
Je m'en souviens, elle etait de votre age,
C'etait le mois qui suivit la moisson,
Il se peut bien alors qu'un bon garcon
Fasse sa cour sans manquer a l'ouvrage.
Et, sans avoir le teint que vous avez,
Elle etait bonne et belle a sa maniere
Et fraiche ainsi qu'une fleur printaniere.
Bref, en deux mois nous etions arrives
(Nous connaissant deja de longue date)
A nous aimer. Si bien que les voisins
En me voyant ramener ses poussins,
Fendre le bois et lui porter sa jatte,
Disaient:--A quand la noce et le repas?
Quoique la chose encor ne fut pas faite,
Car les parents sont toujours de la fete.
Et cependant ils ne se trompaient pas.
J'etais un gars de quelque economie,
Et je sus bien, le jour qu'il en fut temps,
Aller querir vingt bons sous d'or comptants
Pour les bailler aux parents de ma mie.
Et depuis, dam! j'ai seme notre ble,
Et nous avons vecu toujours ensemble.
N'est-ce pas tout vous dire, ce me semble?
Le temps, ainsi que l'eau coule, a coule."

--"Maitre Mulot," lui dit la bonne Fee,
--Et dans l'instant, le vent de renouveau
Qui remplit l'air vous eut pris le cerveau,
Comme un parfum de lilas par bouffee.--
"Maitre Mulot, veux-tu redevenir
Jeune, et revivre une jeunesse telle
Avec Mulotte?--Et Mulotte veut-elle
En meme temps que Mulot rajeunir?
Parle, Mulot,--et parle aussi, Mulotte;
Car jusqu'ici tu n'as beaucoup parle,
Et Fee ou femme, en notre demele,
N'eut pas manque de porter la culotte."

Mulotte, ainsi qu'elle eut fait a vingt ans,
Baissa les yeux; car, pour femme soumise,
Parler devant son homme n'est de mise:
L'exemple est bon aux femmes de tous temps.

Et Mulot dit:

--"Si ma pensee est nette,
Respect garde, pourtant je ne puis point
Vous satisfaire encore sur ce point
Non plus que faire une reponse honnete.
Excusez-en, Madame, un vieux barbon.
Vivre deux fois est-il un avantage,
Et si je fais peau neuve en mon grand age,
Serais-je bien Mulot pour tout de bon?
L'homme se prend aux ruses qu'il machine.
Et je prefere encor ne rien changer,
Bon bucheron n'a son fagot leger,
Et les ans lourds, qui me courbent l'echine,
M'ont plu comme un fagot a fagoter,
Et bien qu'encor la charge soit pesante,
Je crois qu'avec Mulotte, ici presente,
Nous viendrons bien a bout de la porter.
Votre bonte passe en tout mon envie,
Et pour ma part j'ai le sens trop etroit
Pour etre induit a tenter par surcroit
Le sort chanceux d'une seconde vie."


IV

COMMENT LA FEE EN BONNE PERSONNE BUT ET MANGEA
AVEC MULOT ET MULOTTE


Le Conteur dit que l'on ne poussa pas,
Et que la Fee etait bonne personne.

--"Chacun, dit-elle, a sa mode en raisonne,
Ami Mulot. Vous etes, en tout cas,
De braves gens,--le reste vous regarde."

Puis, honorant Mulot comme il voulait,
Elle trempa du pain bis dans du lait
Et but avec nos bons vieux.

        Dieu les garde!




LE PRINCE AZUR

COMMENT GENEVIEVE ATTENDAIT LE PRINCE AZUR, ET
DE LA MORALITE GENERALE QUE CHACUN PEUT
TIRER DES CONTES DES FEES


Genevieve a quinze ans. Elle aime les etoiles:
A l'heure ou l'araignee aux herbes tend ses toiles.
Le bois devient pour elle un lieu d'enchantement:
La nuit s'emplit de Voix magiques. Par moment,
L'effroi surnaturel des choses l'enveloppe:
Elle fremit ainsi qu'une blanche antilope
Qu'emeut l'errant amour de son epoux lointain.
Elle a dans sa main frele une branche du thym,
Et dans ses cheveux noirs des fleurs de renoncule.
Sous la lune, en un pale et moite crepuscule,
Confiante, elle attend que quelque char aile
L'emporte doucement vers le ciel etoile,
Et croit, sitot qu'un souffle anime les broussailles,
Que le beau Prince Azur vient pour des fiancailles;
Mais craintive pourtant du Prince ravisseur,
Comme pour se garder, joint les mains sur son coeur.

Garde, garde ton coeur, o petite amoureuse!
Et crains que le grand mal d'aimer, un jour, ne creuse
Un amer et profond sillon sous tes beaux yeux:
Victime devouee a l'Amour soucieux,
Crains, trop aimante enfant, que, dans ton choix peu sure,
Tu ne joignes les mains, un jour, sur la blessure
Que te fera de tous le seul qui t'aura plu,
Mais qui n'etait pas tel que tu l'avais voulu!




EPILOGUE


_La ruse n'en n'est pas nouvelle:
--Le vieux Conteur que j'ai cite
N'a jamais encore existe
Autre part que dans ma cervelle.
Tout ce que je vous en ai dit
Est pour donner a chaque conte
Que j'invente et que je raconte
Plus de force et plus de credit,
Je connais la nature humaine,
Et sais qu'un poete inconnu
N'en serait autrement venu
A vous mener ou je vous mene.

9 novembre 1880._




NOTE


Jamais amour n'a pu mieux s'exprimer
Qu'en quatre mots que je cite a mon aise,
Et j'aime fort la Dame Lyonnaise
Qui fit ce vers comme elle sut aimer!
--Pour le plaisir d'ecrire oeuvre si belle
Je veux citer tout entier le sonnet.
--N'aimez la Dame autrement si ce n'est
De tout l'amour que je me sens pour elle.

SONNET

Oh! si j'etais en ce beau sein ravie
De celui-la pour lequel vais mourant,
Si avec lui vivre le demeurant
De mes courts jours ne m'empechait envie.

Si m'accolant, me disait: Chere Amie,
Contentons-nous l'un l'autre, s'assurant
Que ja tempete, Euripe, ni courant
Ne nous pourra desjoindre en notre vie,
Si de mes bras le tenant accole,
Comme du Lierre est l'arbre encercele,
La mort venant, de mon aise envieuse:

Lorsque souef plus il me baiserait,
Et mon esprit, sur ses levres fuirait,
Bien je mourrais, plus que vivante, heureuse.

Cf. Oeuvres de Louise Labe, Lyonnaise, Sonnet XIII




TABLE


INTRODUCTION

LE ROSIER ENCHANTE

BELLE-MIGNONNE

SAUGE-FLEURIE

LES TROIS PETITES PRINCESSES

LE PETIT CASTEL DE CIRE

LES DEUX TALISMANS

MULOT ET MULOTTE

LE PRINCE AZUR

EPILOGUE

NOTE

TABLE






End of the Project Gutenberg EBook of Contes des fees, by Robert de Bonnieres

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CONTES DES FEES ***

***** This file should be named 12072.txt or 12072.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        https://www.gutenberg.org/1/2/0/7/12072/

Produced by Tonya Allen and PG Distributed Proofreaders. This file
was produced from images generously made available by the Bibliotheque
nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr.


Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
https://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's
eBook number, often in several formats including plain vanilla ASCII,
compressed (zipped), HTML and others.

Corrected EDITIONS of our eBooks replace the old file and take over
the old filename and etext number.  The replaced older file is renamed.
VERSIONS based on separate sources are treated as new eBooks receiving
new filenames and etext numbers.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     https://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.

EBooks posted prior to November 2003, with eBook numbers BELOW #10000,
are filed in directories based on their release date.  If you want to
download any of these eBooks directly, rather than using the regular
search system you may utilize the following addresses and just
download by the etext year.

     https://www.gutenberg.org/etext06

    (Or /etext 05, 04, 03, 02, 01, 00, 99,
     98, 97, 96, 95, 94, 93, 92, 92, 91 or 90)

EBooks posted since November 2003, with etext numbers OVER #10000, are
filed in a different way.  The year of a release date is no longer part
of the directory path.  The path is based on the etext number (which is
identical to the filename).  The path to the file is made up of single
digits corresponding to all but the last digit in the filename.  For
example an eBook of filename 10234 would be found at:

     https://www.gutenberg.org/1/0/2/3/10234

or filename 24689 would be found at:
     https://www.gutenberg.org/2/4/6/8/24689

An alternative method of locating eBooks:
     https://www.gutenberg.org/GUTINDEX.ALL


