Project Gutenberg's Voyage de J. Cartier au Canada, by Jacques Cartier

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Title: Voyage de J. Cartier au Canada
       Relation originale de Jacques Cartier

Author: Jacques Cartier

Release Date: May 15, 2004 [EBook #12356]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK VOYAGE DE J. CARTIER AU CANADA ***




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[Illustration]
RELATION ORIGINALE
de JACQUES CARTIER.

Lyon. Imprimerie de Louis Perrin

BREF RECIT ET SUCCINCTE NARRATION DE LA
NAVIGATION FAITE EN MDXXXV ET MDXXXVI
PAR LE CAPITAINE JACQUES CARTIER
AUX ILES DE CANADA ET AUTRES

RIMPRESSION FIGURE DE L'DITION ORIGINALE
RARISSIME DE MDXLV AVEC LES
VARIANTES DES MANUSCRITS DE LA BIBLIOTHQUE IMPRIALE

PRCDE D'UNE BRVE ET SUCCINCTE
INTRODUCTION HISTORIQUE
PAR M. D'AVEZAC

PARIS LIBRAIRIE TROSS
PASSAGE DES DEUX PAVILLONS (PALAIS-ROYAL), N 8.
1863



BREVE ET SUCCINCTE INTRODUCTION HISTORIQUE.

I

Aucun peuple ne semble avoir tenu aussi peu de compte que les
Franais de la part lgitime qui devait lui appartenir dans l'histoire
des dcouvertes & de l'exploration des contres lointaines; nul ne s'est
montr si peu soucieux de la renomme que pourraient lui acqurir ses
aventures maritimes ou ses prgrinations terrestres; & tandis que
d'autres nations sonnaient leurs plus clatantes fanfares en l'honneur
de leurs propres mrites, nous avons laiss perdre le souvenir des
navigations & des voyages paralllement accomplis avec moins
de retentissement par nos aeux, & qui nous sont quelquefois
accidentellement rvls,  notre grand bahissement, par les rcits
des trangers. Qui donc, par exemple, nous pourra dire aujourd'hui quel
tait ce navire franais dont l'arrive  Canton est raconte sous la
date de 1521 dans les Annales chinoises,  l'poque o le Portugal &
l'Espagne prtendaient avoir seuls, par privilge, l'accs de ces mers!
Bien d'autres de nos prouesses, surtout des plus anciennes, ont ainsi
disparu, sans doute, de la mmoire des hommes.

Les entreprises officielles patronnes par le souverain ont presque
seules chapp  ce total oubli des contemporains & de la postrit,
mais pour beaucoup d'entre elles, c'est  grand'peine encore qu'il
se peut recueillir quelques lambeaux des relations o elles taient
racontes.

Tel est prcisment le cas pour le clbre navigateur breton qui le
premier alla planter le drapeau de la France aux lieux o s'lvent
maintenant Qubec & Montral: sur ses trois voyages au Canada, nous
sommes redevables  un collecteur italien (Ramusio) de nous avoir
transmis le rcit du premier dans une version que nous tenons volontiers
pour fidle, comme nous devons  un collecteur anglais (Hakluyt) d'avoir
sauv les fragments mutils du troisime dans une traduction que nous
voulons bien supposer exacte; c'est uniquement pour le second voyage
qu'il est parvenu jusqu' nous une relation originale franaise, mane
de l'un des compagnons de Jacques Cartier, sinon de lui-mme: & de
l'dition qui en fut faite  Paris en 1545, les bibliographes ne
connaissent plus en Europe qu'un seul exemplaire, conserv au muse
Britannique; c'est l qu'il a fallu en aller prendre une exacte copie 
l'intention des amateurs qui attachent du prix  ces vieilles reliques,
pour la reproduire scrupuleusement dans le mince volume en tte duquel
nous crivons ces lignes.

II

Les ctes derrire lesquelles s'tendent les parages explors, pour la
premire fois suivant toute apparence, par le clbre malouin, avaient
ds long-temps t reconnues, & la tradition a conserv la mmoire
d'tablissements fort anciens en quelques parties de ce vaste littoral
qui s'tend, vis--vis de l'Europe occidentale, depuis les abords de la
zone torride jusqu'aux froides rgions arctiques.

Les enfants de la verte Erin, qui de nos jours migrent en si grand
nombre vers les Etats de l'Union amricaine, avaient, comme aux Faer-oer
& comme en Irlande, devanc pareillement sur cette marge extrme de
l'Ocan occidental, les aventuriers scandinaves, qui partout les
rencontrrent dj tablis; quand le chef islandais Are Marson, le
trisaeul du savant Are Froda, fut jet par la tempte en 983 sur ces
lointains rivages, que les sagas du Nord ont appels Irland it Mikla, ou
la Grande-Irlande, il y fut recueilli par une population chrtienne, qui
le baptisa & le retint au milieu d'elle; c'est l que seize ans aprs
vint se rfugier Bioern Asbrandson, s'arrachant  l'amour de la belle
Thurida pour fuir la colre d'un frre offens; & il avait pass
vingt-huit annes sur cette terre trangre quand y aborda son
compatriote Gudleif Gudlangson, parti de Dublin pour retourner en
Islande, pouss par les vents du nord-ouest jusque par del l'Ocan,
surpris d'y entendre encore les sons de la langue d'Erin, mais reprenant
aussitt la mer, grce  l'entremise de Bioern, & emportant de la part
du vieil exil un anneau d'or pour sa bien-aime Thurida, & une pe
pour Kiartan, le fils qu'il avait eu d'elle.

A ct de ces vestiges des anciennes migrations transatlantiques des
Irlandais, leurs voisins les Gallois ont peut-tre aussi une place 
revendiquer pour eux-mmes: du moins se conserve-t-il chez eux une
certaine tradition des navigations occidentales de Madoc, le second
des fils d'Owen Guynedd, un de leurs princes; fuyant les discordes
intestines de sa propre famille, il partit en 1170 pour aller  la
dcouverte vers ces lointains parages, y choisit un lieu  sa convenance
o il dbarqua cent vingt hommes, & revint quiper en Europe une
flottille de dix navires pour transporter dans ce nouvel tablissement
tous les lments d'une colonie permanente; mais l s'arrte la
vieille lgende, & quelques vers gallois du quinzime sicle ont seuls
tardivement consacr le souvenir de l'entreprise de Madoc ap Owen.

III

Les tablissements scandinaves offrent  notre investigation plus de
certitude, de suite & de dure. L'islandais Biarne Hriulfson, cart
pendant une brume intense de sa route vers le Groenland o il allait
retrouver son pre, avait aperu & ctoy en 896 des terres inconnues
vers l'occident, d'o il avait regagn en cinq journes de mer la
demeure paternelle; le rcit qu'il en faisait un jour, aprs plusieurs
annes,  la cour de Norvge, fit natre le regret qu'il n'et pas
effectu une reconnaissance plus exacte de ces contres nouvelles;
si bien qu'un de ses compagnons, Leif Erikson ayant rsolu d'aller
complter sa dcouverte, lui acheta son navire, y embarqua trente-cinq
hommes au printemps de l'an 1000, & vint atterrir  la cte signale par
Biarne, au point o celui-ci l'avait perdue de vue: ce n'tait qu'un
plateau rocheux & aride, Helluland, o l'rudition moderne a cru
reconnatre Terre-Neuve; on reprit la mer, & l'on vint descendre, au
bout de trois journes au sud-ouest, sur une terre plate & boise,
Markland, signale par la blancheur des sables du rivage, telle que les
instructions nautiques reprsentent l'Acadie; puis navigant encore
deux journes au sud-ouest, on atteignit une ile, prs de laquelle une
pninsule s'avanait  l'est & au nord, comme on voit aujourd'hui le
cap Cod dpasser au nord-est l'le Nantucket; Leif s'engagea dans le
dtroit, puis trouvant au-del un lieu favorable, il forma prs d'une
petite rivire un tablissement pour explorer  son aise le pays; &
comme on rencontra dans les environs de Leifsbudir, la vigne croissant
spontanment, on donna  cette contre le nom de Vinland; c'est
aujourd'hui le Rhode-Island & la rgion voisine. Aprs avoir pris un
chargement de bois de construction, Leif revint au printemps de 1001 au
Groenland, & pendant une douzaine d'annes encore les frres Thorwald &
Thorstein, sa belle-soeur Gudrida remarie  Thorfinn Karlsefne, & enfin
sa vaillante soeur Freydisa, firent diverses expditions semblables au
Vinland; mais l'hostilit des sauvages indignes les fit renoncer
 poursuivre ces armements priodiques. D'autres, sans doute, les
reprirent  leur tour, & les tablissements fonds par Leif & par
Thorfinn se dvelopprent  la longue d'une manire permanente, puisque
l'vque groenlandais Erik s'y rendit lui-mme, en 1121 afin de pourvoir
aux besoins spirituels de la colonie.

Les sagas du Nord ont conserv quelques autres traces des relations
qui se continurent entre le Groenland & la cte oppose: en 1266 des
navires furent envoys en reconnaissance par del les stations de pche
les plus avances, jusqu' la hauteur, pense-t-on, du dtroit de Barrow;
en 1285 deux ecclsiastiques islandais, Adalbrand & Thorwald Helgason,
naviguaient  l'ouest jusqu' Terre-Neuve, dsigne en cette
circonstance par les chroniqueurs sous le nom de Fundu-nyia-land, qui se
retrouve tout entier dans la forme anglaise actuelle de New-Foundland;
enfin, en 1347, un voyage de dix-sept Groenlandais au Markland fut
contrari au retour par une tempte qui entrana le navire en Islande;
& la narration qu'on en faisait en 1356 montre que le pays de Markland
tait alors encore frquent par les Scandinaves. Mais il n'en est plus
question dans leurs histoires ultrieures.

IV

Un rcit vnitien, venu  la lumire aprs un trop long oubli, peut
nanmoins, sans trop de scrupule, tre admis en appendice  la suite de
ces souvenirs des navigations scandinaves; je veux parler des lambeaux
d'une correspondance de famille mane des frres Nicolas & Antoine
Zni, qui s'taient tablis vers 1390 aux Faer-oer, ou comme on disait
alors, en Frislande, & navigurent successivement pendant une quinzaine
d'annes dans ces mers septentrionales.

Le dernier y recueillit, de la bouche d'un vieux pcheur, la notice
d'une terre lointaine dans l'ouest, nomme Estotiland, o vingt-six ans
auparavant (vers 1380  ce qu'il semble), il avait t jet par une
furieuse tempte; les habitants conservaient des rapports habituels avec
le Groenland, & possdaient encore quelques livres latins, qu'ils ne
comprenaient plus. Associ par eux, au bout de cinq annes,  une
expdition dans le sud, vers le pays de Drogio, une tempte le jeta plus
loin, chez un peuple de sauvages cannibales qui le gardrent esclave
pendant de longues annes, jusqu' ce qu'aprs bien des vicissitudes il
parvint  s'chapper de leurs mains &  regagner Drogio, d'o il revint
aprs trois ans d'attente  Estotiland: il se livra alors au commerce
entre ces deux contres, s'y enrichit, & put terminer enfin sa longue
odysse en armant lui-mme un navire pour retourner en Frislande.

C'est encore  ces relations de plus en plus rares, mais qui n'avaient
jamais t compltement abandonnes entre les Etats scandinaves &
leurs colonies du nord-ouest, que se rattache le souvenir de ce
pilote norvgien, originaire de Pologne, Hans Koeln ou Ivan z'Kolna,
c'est--dire Jean de Kolno en Mazovie, envoy en 1476 pour ravitailler
les stations du Groenland, & qui visita, dit-on, la cte oppose en
pntrant jusqu' la grande baie qui devait recevoir longtemps aprs le
nom de Hudson.

V

Il est naturel de penser qu'une notion plus ou moins prcise, mais
certaine & inconteste, de l'existence des rgions transatlantiques tant
de fois abordes par les marins du Nord, s'tait conserve parmi eux, &
les crits d'Adam de Brme prouvent qu'elle avait mme pntr, ds
le onzime sicle, jusqu'au sein de la Germanie. On devait la trouver
d'autant plus vivante & plus assure, qu'on s'levait davantage vers les
escales d'o taient parties les plus frquentes expditions: il ne
faut donc point se rcrier contre la supposition que dans son voyage
d'Islande en 1477, Christophe Colomb aurait recueilli en cette le des
indices propres  exciter ou confirmer dans son esprit la conviction que
l'Ocan occidental pouvait tre franchi par de hardis navigateurs, srs
de trouver au-del des rivages accessibles. Les thories du florentin
Toscanelli avaient dj, en 1477, soutenu cette thse auprs des savants
de Portugal, & lorsque Colomb parvint  les connatre quelques annes
aprs, vers 1481 suivant toute apparence, il n'hsita plus  se
consacrer sans rserve  l'accomplissement du grand dessein d'aller par
cette voie de l'occident  la rencontre des plages extrmes de l'Asie
orientale; mais il lui fallut l'immense courage de mendier encore
pendant plus de dix annes, auprs des rois de l'Europe latine, des
vaisseaux que, nouveau Typhis, il pt conduire  la conqute de cette
autre toison d'or. Serait-il vrai que, dans l'intervalle, un navigateur
franais, le capitaine Cousin, de Dieppe, port  l'ouest en 1488,
jusqu' de lointains parages inconnus aurait alors atteint ou aperu
quelque point de la cte amricaine? Rien ne se peut dduire avec
prcision des vagues indices que nous ont tardivement transmis  ce
sujet d'insuffisantes traditions en admettant le fait comme certain, ce
ne serait en dfinitive qu'un anneau de plus  compter dans la chane
des dcouvertes au bout de laquelle vient se souder,  la fameuse date
du 10 octobre 1492, la vritable prise de possession, par l'Europe, de
l'hmisphre transatlantique, simplement jusqu'alors visit  l'aventure
par les devanciers de l'immortel Gnois.

VI

Pendant que Colomb, tout plein encore des illusions de ses rves
cosmographiques, s'ingniait  retrouver dans l'archipel des Antilles le
Zipan-gu & les domaines du grand kn du Khatay, marqus  cette place
sur la carte que lui avait jadis envoye Toscanelli, un autre navigateur
Italien, tabli depuis longtemps en Angleterre au port de Bristol, Jean
Cabot de Venise, S'tant lev vers l'ouest durant un de ses voyages,
arriva, le 24 juin 1494, en vue d'une terre & d'une ile inconnues, qu'il
appela du nom de Saint-Jean, le patron du jour; & il revint solliciter
une commission royale qui lui assurt le privilge de ses dcouvertes
sous l'autorit de la Couronne d'Angleterre, ce qui lui fut accord par
lettres-patentes donnes  Westminster le 5 mars 1496. Il effectua en
consquence, en 1497, sur un navire arm  Bristol au compte du roi
Henri VII, & accompagn de trois btiments marchands, un second voyage
de trois mois, donc il tait de retour au commencement d'aot, aprs une
navigation de trois cents lieues le long d'une cte o nul habitant ne
s'tait montr, & sur laquelle il avait plant la bannire britannique
de Saint-Georges & le pavillon vnitien de Saint-Marc.

De nouvelles lettres royales, du 3 fvrier 1498, l'autorisrent alors
 choisir dans les ports d'Angleterre jusqu' six navires de charge
destins  transporter des colons aux terres & iles ainsi dcouvertes,
& bientt deux btiments arms aux frais du roi & portant trois cents
hommes partirent pour cette destination sous les ordres de Sbastien
Cabot, qui avait accompagn son pre dans ses deux prcdentes
explorations; mais la rigueur de la saison, bien qu'on ft au mois de
juillet, lui fit perdre une grande partie de son monde: arrt par les
glaces vers 56  58 de latitude, il descendit la cte jusqu' la
hauteur du dtroit de Gibraltar, & n'ayant plus de vivres, il revint en
Angleterre, ramenant avec lui trois sauvages, qui furent prsents au
roi quelque temps aprs.

L'insuccs de cette expdition, la mort de son pre, & peut-tre des
comptitions rivales, loignrent pour longtemps Sbastien Cabot de ces
entreprises. Pass au service de l'Espagne, mais revenu momentanment en
Angleterre  la mort de Ferdinand le Catholique, on le revit seulement
en 1517, sur les vaisseaux de Henri VIII, recommencer, en compagnie de
sir Thomas Pert, vice-amiral d'Angleterre, une exploration de la cte
qu'il avait dj trois fois visite, atteindre le 11 juin une latitude
de 67 30', & se trouver forc par la timidit du commandant &
l'opposition des quipages, de renoncer  pousser plus loin ses
dcouvertes, bien que la mer part encore libre devant eux.

VII

Les dcouvertes anglaises de 1497 & l'essai de colonisation de 1498,
bientt connus en Espagne & en Portugal, y veillrent la crainte d'une
concurrence inattendue dans la recherche des richesses dont on s'tait
promis la possession exclusive, & des expditions y furent aussitt
projetes  l'encontre de cette mconnaissance de leurs prtendus
droits.

On a cru retrouver dans une lettre royale date de Sville le 6 mai
1500, & dans quelques autres circonstances douteusement significatives,
les indices d'une entreprise mdite par l'Espagne, mais qui n'eut point
alors de suites srieuses.

Le Portugal fut plus actif: une expdition fut confie ds l'anne 1500,
par le roi Emmanuel  Gaspard Cortereal, qui partit de Tercre avec deux
navires, s'avana tout d'abord jusqu' 50 de latitude ou davantage, &
reconnut, jusqu' un fleuve charg de glaons, Rio Nevado, la grande
terre qui fut alors appele de son nom & que l'on dsigne aujourd'hui
sous celui de Labrador. Revenu heureusement  Lisbonne, il en repartit
l'anne suivante avec ses deux navires; se dirigeant  l'ouest
nord-ouest, il trouva la terre  une distance de deux mille milles, &
courut l'espace de six  sept cents milles encore le long d'une cte,
arrose de fleuves nombreux & couverte de grands bois, qu'il supposa
devoir tre la continuation de celle qu'il avait vue dans le nord
l'anne prcdente, mais jusqu' laquelle il ne pouvait tenter d'arriver
cette fois,  cause des glaces: le pays tait trs-peupl, & il ne se
fit pas scrupule d'y enlever un certain nombre d'habitants, dont il
garda cinquante  son bord, & plaa huit autres sur la seconde de ses
caravelles. Celle-ci rentra  Lisbonne le 8 octobre 1501, mais l'autre,
attendue d'heure en heure, de semaine en semaine, ne reparut plus.
Michel Cortereal rsolut d aller  la recherche de son frre, & partit
au printemps de 1502 avec trois navires pour aller fouiller sparment
toutes les rivires de la cte, fixant au 20 aot un rendez-vous
gnral en un lieu convenu, pour le retour; mais il ne s'y trouva point
lui-mme, & les deux autres navires, aprs l'avoir vainement attendu,
revinrent seuls en Portugal, o l'on n'eut plus aucune nouvelle de son
sort.

Dans l'intervalle, d'autres Portugais des Aores, Jean Gonalves, Jean
& Franois Fernandes, s'associaient  des armateurs de Bristol,
Richard Warde, Thomas Ashehurste & Jean Thomas, pour une expdition de
dcouverte en ces parages, & obtenaient avec eux  cet effet, du roi
Henri VII, des lettres de privilge, donnes  Westinster le 19 mars
1501, en consquence desquelles deux voyages paraissent avoir t
excuts cette mme anne & la suivante. A la fin de celle-ci, une
nouvelle association fut concerte pour le mme objet entre les deux
Portugais Jean Gonalves & Franois Fernandes, & les deux armateurs de
Bristol Hugues Elyot & Thomas Ashehurste, qui obtinrent pareillement des
lettres royales donnes  Westminster le 9 dcembre 1502, & en vertu
desquelles paraissent avoir t excuts en 1503, 1504, & 1505 des
voyages successifs, dont on retrouve quelque trace, comme pour les deux
prcdents, dans les comptes de dpenses de la cassette particulire du
roi Henri VII: on peut mme conjecturer qu'il se tentait ds lors de
nouveaux essais de colonisation, puisqu'un prtre faisait partie de
l'expdition de 1504.

VIII

Les Franais, de leur ct, pratiquaient aussi, ds cette poque, les
mers qui baignent la cte orientale des deux Amriques; sans nous
arrter  parler de leurs navigations australes, bornons-nous a rappeler
ici leurs expditions de pche & leurs explorations prives en ces
parages o l'autorit royale vint si tardivement donner une conscration
publique  leurs efforts. Nous ne chercherons mme pas  recueillir de
simples traditions ou de vagues indices plus ou moins dignes d'un examen
srieux: nous voulons nous en tenir  des tmoignages explicites &
formels.

C'est  la collection italienne de Ramusio qu'il nous faut recourir pour
retrouver, sous un vtement tranger, avec le titre pompeux de grand
capitaine de mer, un franais de Dieppe, dans lequel il nous est permis
de reconnatre l'astronome & pilote Pierre Crignon, qui fut le compagnon
des frres Parmentier dans leur voyage de 1529  Sumatra, & qui avait
galement navigu sur les ctes du Brsil & de Terre-Neuve.

En dcrivant cette dernire, qui s'tend, continent & les, du 40 au
60 degrs de latitude sur une longueur de trois cent cinquante lieues,
il fait remarquer la brisure accuse par le cap Ras entre la direction
de la cte mridionale qui se refuse vers l'ouest, & celle de la cte
borale qui court vers le nord. Aux Portugais est due la dcouverte des
soixante-dix lieues environ de littoral comprises entre le cap Ras & le
cap de Boavista; tout ce qui est au sud du cap Ras a t explor en 1504
par ses Normands, & par les Bretons, qui y ont laiss leur nom  un cap
bien connu; tout ce qui est au nord du cap de Boavista a t relev
pareillement par les dits Normands & Bretons: le capitaine Jean Denys,
de Honfleur, avec le pilote Camart, de Rouen, y conduisit son navire en
1506, & en rapporta, dit-on, une carte assez tendue; puis, en 1508, le
capitaine Thomas Aubert, commandant le navire la Pense, arm par Jean
Ango, pre du clbre gouverneur de Dieppe, y transporta le premier des
colons normands.

Dix ans aprs, en 1518, suivant l'interprtation commune, mais peut-tre
en ralit quelques annes plus tard, fut entreprise une expdition
analogue par le sieur baron de Lry & de Saint-Just vicomte de Guen,
lequel ayant le courage port  choses hautes, dsiroit s'establir par
del & y donner commencement  une habitation de Franois il s'tait
approvisionn d'hommes & de bestiaux, & fit voiles jusqu' l'le de
Sable en face des pcheries bretonnes; mais la longueur du voyage
l'ayant trop longtemps tenu sur la mer, il fut contraint de dcharger l
son bestail, vaches & pourceaux, faute d'eaux douces & de pturages;
& cette expdition avorte n'eut d'autre rsultat que d'avoir jet sur
cette terre aride des animaux qui s'y multiplirent graduellement,
& devinrent, longtemps aprs, une ressource inespre pour d'autres
Franais qu'une fortune de mer devait un jour condamner  y sjourner
cinq ans entiers dans un dplorable abandon.

Jusqu'alors, ce n'taient que des expditions prives.

IX

Enfin le roi de France se dtermina  prendre lui-mme sa part dans le
lotissement des terres d'outre-mer que se faisaient  leur guise les
autres souverains de l'Europe occidentale, & il envoya officiellement
 son tour,  la dcouverte des pays transatlantiques o il lui
conviendrait de prendre pied.

Le temps tait dj loin, o l'on avait cru retrouver en ces contres
le Japon, la Chine & les Indes d'Asie: les navigations de Cabot dans
le nord, comme celles de Vespuce dans le sud avaient dmontr qu'il
s'agissait en ralit d'un monde nouveau; & bien qu'on le crt runi 
ses dernires limites aux rgions borales asiatiques, l'extension des
conqutes espagnoles dans l'ouest, & la circumnavigation de Magellan,
avaient appris qu'il y avait au-del de ce nouveau continent une autre
mer par laquelle on arrivait  l'Orient vritable, si plein de richesses
& de merveilles: quelque passage, moins loign que le dtroit franchi
par l'escadre castillane, pouvait exister sur l'immense ligne des ctes
amricaines, & conduire par une voie plus courte  ces iles des pices,
objet de tant de convoitises rivales.

Franois 1er mit en 1523 aux ordres du florentin Jean Verrazzano quatre
navires pour aller  la recherche d'un tel passage & prendre possession
des terres o il serait possible de le rencontrer. Mais une tempte fit
avorter les premires tentatives; les vicissitudes de la guerre & de la
mer ne laissrent au navigateur la facult d'effectuer son exploration
que dans une seconde campagne & avec une seule nef, la Dauphine sur
laquelle il partit dfinitivement de Madre le 17 janvier 1524 pour
aller atterrir  la fin de fvrier vers 34 de latitude, sur une cte
inconnue qu'il longea l'espace de cinquante lieues en tirant au sud sans
y dcouvrir aucune baie; ce qui lui fit reprendre la borde du nord, &
suivre ensuite le littoral  l'est & au nord-est jusqu'au parallle de
41 40' descendant  terre par intervalles, pour reconnatre le pays, o
la vigne croissait en abondance, & les habitants, dont le teint tait
gnralement fonc & les moeurs hospitalires; il rencontra enfin une
belle a grande rivire, aux eaux profondes, aux pittoresques rivages
(le Hudson), d'o un orage soudain le fora de s'loigner  son grand
regret, pour ne s'arrter qu'aprs une course de quatre-vingts lieues
encore droit  l'est, o il rencontra une ile triangulaire semblable
 celle de Rhodes, qu'il appela Louise, du nom de la mre du roi de
France, & derrire laquelle s'ouvrait une baie commode; Narraganset
habite par une population beaucoup plus blanche que toutes les autres &
qui lui fit l'accueil le plus cordial. Aprs avoir joui pendant quinze
jours de cette gracieuse hospitalit, il reprit sa route le 6 mai,
longeant une cte qui s'levait progressivement & se couvrait de bois
touffus habits par un peuple brun & farouche, puis une terre nue &
rocheuse borde d'un grand nombre d'iles; jusqu' ce qu'arriv  50 de
latitude, ayant consomm toutes ses munitions & ses vivres, il revint en
France, & crivit en rade de Dieppe le compte-rendu de son voyage, qu'il
adressa au roi le 8 juillet 1524.

On raconte que dans une expdition ultrieure aux mmes parages,
Verrazzano tant descendu  terre sans assez de prcaution, fut saisi
par les sauvages, & servit de pture  un horrible festin. Avait-il
immdiatement reu de Franois Ier une nouvelle mission, on ne sait.
D'autres soucis taient venus absorber les penses du monarque, & le
prisonnier de Pavie n'eut bientt plus le loisir de songer de long-temps
 la poursuite de ses projets d'tablissement outremer.

X

L'Espagne, au contraire, triomphait, & pendant que Fernand Cortez
adressait de Mexico, le 18 octobre 1524,  l'empereur Charles-Quint, un
rapport o il dveloppait l'ide de faire explorer  la fois la cte
atlantique depuis la Floride jusqu'aux Bacalaos, & la cte oppose sur
l'Ocan pacifique, pour trouver le secret de ce passage que Verrazzano
tait all dcouvrir; un pilote portugais au service de l'Espagne,
dserteur de l'expdition de Magellan & repouss de celle de Loaysa,
Etienne Gomes de Porto, obtenait  Sville,  la fin de cette mme
anne, l'autorisation d'aller explorer aussi, sur les traces de
Verrazzano, le littoral compris entre la Floride & les Bacalaos. Le
comte Fernand d'Andrade, le docteur Beltram, le riche Chistophe de Haro,
lui armrent un petit navire avec lequel il partit de la Corogne au
commencement de 1525, alla toucher  Cuba &  la pointe de la Floride,
& remontant au nord, explora particulirement la cte comprise de 40
 41 de latitude, un peu en-de & un peu au-del, y enleva un grand
nombre d'habitants pour en faire des esclaves, poussa ensuite sa
navigation,  ce qu'on dit, jusqu'au cap Ras, & revint, aprs une
absence de dix mois, dsarmer  la Corogne, d'o il se rendit  Tolde
en novembre, prcd de la fausse nouvelle qu'il apportait du girofle,
tandis qu'il n'amenait en ralit que des esclaves: mprise ne d'un
jeu de mots involontaire qui avait substitu clavos  esclavos. Et les
cosmographes espagnols donnrent le nom de Tierra de Estvan Gomez 
la contre qu'il avait reconnue & pille, entre celle du licenci Luc
Vasquez de Ayllon & les pcheries bretonnes.

XI.

Les Anglais de leur ct renouvelrent leurs tentatives: un riche
commerant de Bristol tabli  Sville, fils de l'un des associs de
Hugues Elyot dans l'armement de 1503 pour Terre-Neuve, Robert Thorne,
qui venait de prendre un intrt matriel considrable dans l'entreprise
de Sbastien Cabot par le sud en 1526, adressait peu de temps aprs au
roi Henri VIII, un mmoire pour signaler  son attention l'avantage que
l'Angleterre aurait sur les Espagnols & les Portugais si elle
dcouvrait un passage par le nord-ouest vers les les aux pices; & sur
l'invitation du rvrend Edouard Lee, envoy de Henri VIII auprs
de Charles-Quint, il remettait  cet ambassadeur des considrations
tendues & dveloppes, pour le mme objet.

Quelle qu'ait pu tre l'influence de ces crits sur les dterminations
royales, toujours est-il que deux navires, le Samson & la Mary de
Guilford, quittant la Tamise le 20 mai 1527, & partant dfinitivement de
Plymouth le 10 juin, sous le commandement de Jean Rut, firent voile vers
le nord jusqu'au 1er juillet, qu'ils furent assaillis dans la nuit par
un violent orage; la tempte les spara, & fit probablement sombrer le
Samson, qui ne reparut plus; deux jours aprs par 53 de latitude, la
Mary, drosse par les glaces redescendait vers 52 elle aperut la
terre; elle atteignit un havre bien abrit, & s'y arrta dix jours pour
faire de l'eau. Comme, au dpart des deux navires, le rendez-vous
avait t donn en cas de sparation accidentelle, au cap de Sper de
Terre-Neuve, o l'on devait s'attendre mutuellement durant six semaines,
Rut gouverna au sud pour s'y rendre, & vint mouiller le 3 aot dans la
baye de Saint-Jean, o il trouva onze navires de pche normands, un
breton & deux portugais; de l il crivit au roi pour lui rendre compte
des vnements, pendant que le mathmaticien de l'expdition, Albert de
Prato, chanoine de Saint-Paul de Londres, crivait de son ct, le 10
aot, au cardinal Wolsey lgat du saint-sige.

C'est chez les historiens espagnols des Indes occidentales qu'il faut
chercher les traces ultrieures de cette expdition avorte: on y trouve
signale l'apparition, aux Antilles, d'un navire anglais, arm en mme
temps qu'un autre pour aller par le nord au pays du grand khan, spar
de son compagnon par la tempte, arrt dans sa route par les glaces,
redescendu aux Bacalaos o il avait rencontr jusqu' cinquante
btiments de pche espagnols, franais & portugais, ayant vu son pilote
(un pimontais, peut-tre prcisment ce mme Albert de Prato dont
il vient d'tre question) massacr par les sauvages sur une cte
inhospitalire, venu ensuite le long du littoral jusqu' la rivire de
Chicora, de l gagnant la Jamaque, repouss de Saint-Domingue  coups
de canon, & reprenant enfin la route d'Angleterre.

Les souvenirs que Hakluyt put recueillir long-temps aprs de la bouche
de quelques contemporains, c'est que le navire parti de la Tamise le 10
mai 1527 tait rentr au port vers le commencement d'octobre de la mme
anne.

XII

Quand la paix de Cambrai eut rendu  Franois 1er le loisir d'aviser
 l'administration de son royaume, il put reprendre ses desseins
d'exploration & d'tablissement dans le nouvel hmisphre: c'tait un
moyen encore de lutter contre son hautain & trop heureux rival. Il
accueillit donc avec faveur la demande qu'un capitaine de navire de
Saint-Malo, Jacques Cartier, adressait en 1533  Philippe de Chabot,
seigneur de Brion, comte de Buzanois & de Charny, amiral de France,
d'tre envoy au compte du roi pour continuer l'entreprise de dcouverte
& de colonisation confie neuf ans auparavant  Jean Verrazzano.

Deux navires, du port de soixante tonneaux, ayant chacun soixante &
un hommes d'quipage, furent en consquence mis sous ses ordres; & le
vice-amiral Charles de Mouy, seigneur de la Meilleraye, ayant pris au
nom du roi le serment de tous les gens de l'expdition, elle partit
de Saint-Malo le 20 avril 1534, & vint atterrir le 10 mai suivant 
Terre-Neuve, prs du cap Boavista, mouillant  cinq lieues de l vers
le sud, dans un port qui reut le nom de Sainte-Catherine; on remonta
ensuite la cte vers le nord pour entrer dans le golfe des
Chteaux, c'est--dire le dtroit actuel de Belle-Isle, & le nom de
Sainte-Catherine (qui tait peut-tre celui d'un des navires) reparut
une seconde fois pour dsigner l'le mme qui signale cette ouverture.

A partir de ce point, Cartier longea vers l'ouest la cte mridionale
du Labrador, jalonnant  & l sa route de quelque nom breton, tel que
Brest ou Saint-Servan, au milieu de beaucoup d'autres, jusqu' la baie
de Shecatica, qui sut appele port de Jacques Cartier. Comme le golfe
allait s'largissant de plus en plus, il voulue en reconnatre la rive
oppose, & il vint aborder au cap Double, la pointe Riche de nos jours,
pour descendre ensuite la cte jusqu' un cap qu'on atteignit le 24 juin
& qu'on appela pour cette raison cap de Saint-Jean, aujourd'hui cap
de l'Anguille. De l, tournant  l'ouest, on toucha successivement
 diverses iles,  l'une desquelles fut laiss le nom de Brion, en
l'honneur du grand-amiral qui avait patronn l'expdition, & l'on arriva
au fleuve des Barques (la rivire Miramichi); on remonta en suite au
nord en explorant la baie des Chaleurs, dont l'entre est signale au
del par le cap de Prato (aujourd'hui cap Farillon), o l'on serait
tent de chercher un souvenir du pilote pimontais massacr dans
l'expdition anglaise de 1527. Puis, coupant le dtroit de Saint-Pierre
(entre Gasp & Anticosti) on regagna les terres septentrionales prs de
la rsidence du chef sauvage Tino, au cap actuel de Montjoli, & prenant
dsormais  l'est pour s'en retourner, on franchit de nouveau le dtroit
de Belle-Isle le jour de l'Assomption, & l'on rentra  Saint-Malo le 5
septembre.

XIII

Le rapport que fit aussitt Cartier, des rsultats de ce premier voyage,
fut trs-bien accueilli, & ds le 30 octobre suivant le grand-amiral lui
faisait expdier, sous son propre seing, une nouvelle commission du
voulloir & commandement du Roy, pour conduire, mener, & employer
troys navyres quippez & advitaillez chascun pour quinze mois, au
parachvement de la navigation... j commence  descouvrir oultre les
terres neusves, & en iceluy voyage essayer de faire & accomplir ce qu'il
a plu  mondit seigneur... commander & ordonner.

Cartier ayant tout dispos pour l'excution de sa nouvelle mission,
partit de Saint-Malo le 19 mai 1535, &, contrari par les vents dans sa
traverse, n'arriva que le 7 juillet  l'isle aux Oiseaux, d'o il se
rendit au dtroit de Belle-Isle pour y attendre ses deux conserves, qui
le rejoignirent le 26 juillet; il prit alors  l'ouest vers le cap de
Tino, o il tait le 31 juillet, poursuivit la mme route jusqu'au 10
aot,  l'entre de la rivire actuelle de Saint-Jean, qu'il appela
baie de Saint-Laurent, en l'honneur du patron du jour; & allant ensuite
visiter la grande le de Natiscotec (ou Anticosti, comme prononce le
vulgaire) il y aborda le 15 aot & lui donna en consquence le nom de
l'Assomption.

Du ct du sud elle faisait face au pays de Honguedo, o commenait
la grande rivire conduisant  Canada &  Hochelaga, qu'il rsolut de
remonter, en reprenant son exploration de la rive septentrionale depuis
la baie de Saint-Laurent. Il rencontra d'abord sept iles qu'il appela
les iles Rondes, puis les les du Bic auxquelles il donna le nom d'lots
de Saint-Jean; le 1er septembre il reconnut l'entre de la grande
rivire de Saguenay & les deux iles (l'le Blanche & l'ile Rouge) qui
lui font face. Poursuivant sa route, il s'arrtait le 6 septembre sur
une le couverte de coudriers, laquelle conserve encore le nom d'ile aux
Coudres qu'il lui donna, & le lendemain il atteignit un amas d'iles, o
commenait le pays de Canada. La plus grande tait charge de vignes, ce
qui la lui fit appeler d'abord ile de Bacchus; mais il prfra ensuite
le nom d'le d'Orlans, qui lui est rest. Au bout se trouvait un
endroit convenable pour le mouillage de ses navires: il s'y arrta le 14
septembre, jour de l'Exaltation de la Sainte-Croix, dont ce lieu prit
le nom; c'est la rivire Saint-Charles d'aujourd'hui. Tout auprs tait
Stadacone, rsidence royale du chef de Canada, remplace maintenant par
la ville de Qubec, dont le faubourg Saint-Jean est assis prcisment 
l'endroit o gisait l'ancienne capitale des sauvages.

Aprs avoir pourvu  la sret de ses navires dans le havre de
Sainte-Croix, Cartier rsolut de pousser sa reconnaissance dans le haut
du fleuve jusqu' Hochelaga avec le plus petit des trois btiments &
les embarcations. Parti le 19 septembre, il navigua sans interruption
jusqu'au 28, qu'il atteignit les domaines du chef Ochelay,  l'entre
d'une rivire o le courant tait rapide & dangereux (la rivire
Richelieu d'aujourd'hui), & bientt aprs un grand lac form par
l'largissement du fleuve (le lac Saint-Pierre actuel); l il lui fallut
laisser le navire pour continuer de remonter avec les embarcations
seules, & le 20 octobre on arrivait  Hochelaga, au-dessous des rapides
imptueux appels aujourd'hui le courant de Sainte-Marie. La capitale
tait assise au pied d'une montagne bien cultive, qui reut le nom
de Mont-Royal, lequel s'est perptu  la mme place sous la forme de
Montral, ainsi qu'on appelle maintenant le chef-lieu du Haut-Canada.

En redescendant le grand fleuve, il remarqua, le 7 octobre, un affluent
de la rive septentrionale dont l'entre tait signale par quatre
petites les boises, & auquel il donna le nom de Fouez (c'est--dire
de Foix), qu'a remplac celui de Trois-Rivires. Quatre jours aprs il
rentrait au havre de Sainte-Croix, o les matelots des deux navires
rests au mouillage avaient pendant son absence lev un fort. Il y
passa tout l'hiver, trs-maltrait par le scorbut, qui lui enleva
vint-cinq de ses compagnons, & aurait fait de plus grands ravages si les
indignes ne lui eussent enseign un remde souverain dans la dcoction
des feuilles & de l'corce d'pinette blanche ou de pesse du Canada
(pinus alba de Linn). Enfin, le 6 mai 1536, il appareilla pour
retourner en France, abandonnant la carcasse d'un de ses navires, faute
de monde pour le rarmer. Les restes en ont t retrouvs dans la vase
par les habitants de Qubec, le 26 septembre 1843, & quelques fragments
en ont t envoys, comme une prcieuse relique, au muse de Saint-Malo.

Le 21 mai Cartier reconnaissait Honguedo, puis le cap de Prato, d'o il
gagnait l'le de Brion, & le 1er juin, prenant au sud-est, il touchait
successivement  deux pointes de terre qu'il appela le cap de Lorraine
& le cap de Saint-Paul, au nord &  l'est de l'ile du cap Breton; il
abordait ensuite  Terre-Neuve dans une anse qu'il appela le havre du
Saint-Esprit, & qui n'est autre que le port aux Basques de nos jours:
puis il rangeait la cte jusqu'aux les de Saint-Pierre, o il rencontra
plusieurs navires franais, & prenant enfin le large au sortir du hvre
de Rognouse ou baie des Trpasss, il rentrait  Saint-Malo le 16
juillet suivant.

XIV

Pendant que Cartier faisait sa traverse de retour, il se croisait
avec une expdition anglaise compose de deux navires, la Trinit & le
Mignon, monts par une association de gens distingus tenant  la cour
&  la magistrature, runis sous la direction de matre Hore, homme de
grand courage & fort adonn  l'tude de la cosmographie, pour aller
tenter des dcouvertes dans le nord-ouest: partis de Londres  la fin
d'avril 1536, ils mirent plus de deux mois  atteindre le cap Breton,
d'o ils gagnrent l'le aux Pingouins, & s'levrent ensuite fort avant
dans le nord, au milieu des glaces; mais la disette de vivres devint
telle parmi eux, qu'ils taient rduits aux dernires extrmits quand
apparut un navire franais bien approvisionn; ils parvinrent  s'en
emparer par la ruse, & s'esquivrent aussitt pour retourner en
Angleterre, o ils arrivrent  la fin d'octobre, & ne purent tre
rejoints que plusieurs mois aprs par les Franais qu'ils avaient
dpouills, & que le roi Henri VIII prit le parti d'indemniser de ses
propres deniers.

En France, o Cartier avait ramen quelques sauvages canadiens, on
s'occupait de les instruire, afin de trouver en eux des interprtes &
des auxiliaires pour la civilisation de leurs compatriotes: ils furent
baptiss le 25 mars 1538; mais le changement de climat leur devint
funeste, & ils moururent tous sauf un seul (une jeune fille) avant qu'on
pt tirer d'eux aucun service. Malgr ce dsappointement, une nouvelle
expdition fut rsolue par l'intervention active d'un gentilhomme
picard, Jean-Franois de la Roque sieur de Roberval, que le roi, par
lettres du 15 janvier 1540, nomma son lieutenant gnral s terres
neufves de Canada, Hochelaga & Saguenay & autres circonvoisines.
Des lettres royales, donnes  Saint-Prix le 17 octobre suivant,
institurent Jacques Cartier capitaine gnral & matre pilote de tous
les navires & vaisseaux qui seraient envoys pour cette entreprise.

Cinq navires jaugeant ensemble quatre cents tonneaux ayant t
convenablement disposs en consquence, Cartier partit de Saint-Malo
le 23 mai 1541, laissant en France Roberval, qui devait le rejoindre
bientt avec le complment du matriel destin  la fondation de
l'tablissement projet. Cartier se trouvait le 23 aot au hvre de
Sainte-Croix; mais il prfra pour l'hivernage de ses vaisseaux un autre
endroit  quatre lieues plus loin,  l'entre d'une rivire prs du cap
Rouge, o il construisit un fort & des magasins, auxquels il donna le
nom de Charlesbourg royal; aprs quoi il renvoya en France deux de ses
navires, sous les ordres de Mac Jalobert son beau-frre, & d'Etienne
Nol son neveu, qui partirent le 2 septembre. Il alla lui-mme
reconnatre au-dessus de Hochelaga les sauts ou rapides qui barrent le
cours du fleuve, revint hiverner au fort, & n'ayant aucune nouvelle de
Roberval  la fin de Mai 1542, il prit le parti de s'en retourner en
France. Ayant relch au havre Saint-Jean, sous le cap Double, il y
rencontra Roberval qui arrivait enfin avec deux navires, mais il se
refusa  remonter avec lui, & vint dsarmer  Saint-Malo, o on le voit,
le 21 octobre, tenir sur les fonts baptismaux la tille du lieutenant de
Roi gouverneur de cette ville.

A quelque temps de l, sur l'ordre du Roi, qui rappelait Roberval en
France, Cartier partit de rechef de Saint-Malo au printemps de 1543
pour aller chercher les restes de cette expdition avorte, & rentra
dfinitivement  Saint-Malo aprs une absence de huit mois.

Et l'ide d'un tablissement franais au Canada demeura dsormais
abandonne pendant plus d'un demi-sicle.

XV

Aprs cette revue de toutes les navigations europennes vers les rivages
transatlantiques du nord-ouest, depuis les plus anciennes traditions qui
nous soient parvenues, jusqu' la dernire de celles o figure le nom de
Jacques Cartier, il ne nous reste que peu de mots  dire sur la personne
du clbre pilote malouin, & sur les lambeaux qui ont t recueillis de
ses relations.

Un vieux marin de Saint-Malo, plein de zle & de patriotisme, Charles
Cunat, avait recouvr la vigoureuse ardeur de ses jeunes annes, pour
fouiller les archives de toute sorte qui se pouvaient trouver  sa
porte dans sa chre ville natale; & ce qu'il n'y a point dcouvert,
nul autre sans doute ne l'y saurait rencontrer. Aussi loin qu'il a
pu remonter dans les actes de l'tat-civil qui existent encore, il a
entrevu un Jehan Cartier, qui de son mariage avec Guillemette Baudoin
avait eu six enfants, dont l'an, Jamet ou Jacques, n le 4 dcembre
1458, eut  son tour, de son mariage avec Jesseline Jansart, un fils
n le 31 dcembre 1494, lequel n'est autre que le clbre navigateur
Jacques Cartier, mari lui-mme en 1519 avec Catherine des Granches,
fille de Jacques des Granches conntable de la ville & cit de
Saint-Malo, mais de laquelle il n'eut point de postrit.

Aprs qu'il eut renonc  la navigation, il habitait pendant l'hiver,
dans la ville de Saint-Malo, une maison situe jouxte l'hpital
Saint-Thomas, mais dont il ne reste depuis longtemps aucun vestige;
l't il se retirait dans le domaine seigneurial de Limoilou, au village
ainsi appel, o son chteau conserve encore le nom de Portes Cartier.

Il avait eu  soutenir, aprs le retour de Roberval, une instance
dans laquelle on lui demandait compte des deniers dont il avait eu la
disposition pour l'entreprise commune: il fut reconnu qu'il y avait mis
plus qu'il n'avait reu, & la sentence du tribunal d'Amiraut, du 21
juin 1544, lui donna gain de cause sur tous les points.

On perd sa trace aprs l'anne 1552, & l'on en conclut qu'il dcda
probablement avant d'atteindre sa soixantime anne.

XVI

Rdigea-t-il lui-mme les relations des diverses expditions qu'il avait
conduites au Canada! On peut le penser, bien qu'il y soit toujours
question de lui  la troisime personne,  la manire dont il est parl
de Jules Csar en ses immortels Commentaires. Dans tous les cas, le
rdacteur a videmment fait partie de chacune des expditions racontes.

Un celebre collecteur italien, qui s'tait procur diverses relations
franaises dont il ne nous reste aujourd'hui rien autre chose que la
version qu'il en a publie, Ramusio, avait recueilli celle du premier
voyage de Cartier, & c'est uniquement dans sa prcieuse collection,
ainsi que nous l'ayons rappel ds le dbut, qu'il faut aller reprendre,
sous son dguisement tranges, Un rcit qui est pour nous d'un si grand
intrt. Cette version italienne, parue pour la premire fois  Venise
en 1556, y sut reproduite dans les rimpressions de 1565, 1606 et 1613,
Elle fut retraduite en franais pour tre ainsi publie  Rouen en 1598,
chez Raphal du Petit-Val, libraire & imprimeur du Roi, en un volume
petit in-8 de 64 pages, sous ce titre: Discours du voyage fait par le
capitaine Jacgues Cartier aus terres neufves de Canadas, Norembergue,
Hochelage, Labrador, & pays adjacens, dite Nouvelle France, avec
particulires meurs, langage & crmonies des habitans d'icelle.
Lescarbot la rimprima avec une mdiocre exactitude dans son Histoire
de la Nouvelle-France (livre III, chapitres II  V), dont il y a quatre
ditions, aux dates de 1609, 1611, 1617 & 1618. Les Archives des voyages
de Ternaux-Compans l'ont reproduite en 1840 avec plus de scrupule, dans
leur premire livraison (pages 117  153). Enfin la Socit littraire
& historique de Qubec l'a comprise  son tour dans un volume de
rimpressions consacr aux Voyages de dcouverte au Canada entre les
annes 1534 & 1542, publi  Qubec en 1843, & dont ce morceau occupe
les vingt-trois premires pages; malheureusement les inexactitudes de
Lescarbot n'y ont pas toutes t rectifies.

Ainsi que nous l'avons dit aussi ds le dbut, C'est au collecteur
anglais Richard Hakluyt d'Oxford, que nous sommes redevables de nous
avoir conserv, dans une version anglaise, les fragments mutils qu'il
avait pu se procurer pendant son sjour en France (de 1584  1588)
concernant le troisime voyage de Cartier: c'est d'abord la relation,
non acheve, du navigateur; puis une lettre de son petit-neveu Jacques
Nol, crite de Saint-Malo le 19 juin 1587, & un fragment d'une seconde
lettre du mme, constatant que toutes les recherches faites dans la
famille pour retrouver une relation plus complte taient demeures sans
rsultat. Hakluyt a imprim la suite, toujours en anglais, le routier du
voyage depuis Belle-Isle jusqu' 230 lieues en amont de la rivire de
Canada, rdig par Jean Allefonsce, de Sainte-Onge prs Cognac, matre
pilote de Roberval en 1542; & enfin la relation de Roberval lui-mme,
non acheve il est vrai, mais conduite jusqu'au 22 juillet 1543, date
probablement peu loigne de celle o Cartier vint le rechercher d'aprs
les ordres du roi. Hakluyt avait donn en 1600 le volume qui contient
l'dition originale de ces pices (pages 232  242); elles se trouvent
naturellement reproduites dans la rimpression de 1812. La Socit
littraire & historique de Qubec a repris dans Hakluyt tous ces
lambeaux pour les retraduire en franais & les insrer en 1843 dans le
volume que nous avons mentionn plus haut.

XVII

Quant  la relation du second voyage, qui nous intresse plus
spcialement ici, elle est, comme on sait, la seule dont nous possdions
la rdaction franaise originale; il en existe une dition, imprime 
Paris en 1545, en un volume de 48 feuillets petit in-8, d'une
telle raret que les bibliographes n'en connaissent en Europe qu'un
exemplaire. Une reproduction scrupuleuse & figure de cet exemplaire
unique a tent le zle d'un diteur fort habitu  la recherche & au
maniement des livres curieux; & voil comment a pris naissance l'dition
d'amateur en tte de laquelle doit se placer l'introduction dont nous
crivons en ce moment la dernire page.

Ce volume introuvable, qui chappait  toutes les recherches, tait si
peu connu, que l'on n'avait mme qu'une trs-fausse ide de ce qu'il
contenait, & la Socit littraire & historique de Qubec en 1843, aussi
bien que M. Ternaux-Compans en 1841, le considraient comme la rdaction
franaise originale de la relation du premier voyage, au lieu du second;
pour celui-ci, on n'en connaissait d'autre publication que celle de
Lescarbot dans son Histoire de la Nouvelle-France (Livre III, chapitres
vi  viii, xii  xviii, & xxii  xxvii) o le voyage de Cartier se
trouve morcel & entrecoup de fragments disloqus du voyage de
Champlain.

Mais il existe  Paris,  la Bibliothque impriale, trois exemplaires
manuscrits de cette mme relation de Cartier, sous les ns 5589, 5644 &
5653: M. Ternaux-Compans ayant eu communication des deux premiers, en
tira une copie, qu'il fit imprimer en 1841 en tte du second volume
de ses Archives des voyages (pages 5  66). De son ct la Socit
littraire & historique de Qubec: ayant fait prendre copie du troisime
manuscrit, & l'ayant collationn avec les deux autres, ainsi qu'avec les
extraits de Lescarbot, l'a reproduite dans son volume de 1843 (pages 24
 69).

L'dition originale de 1545 ne saurait tre prsente comme exempte
d'incorrections, tant s'en faut: les coquilles typographiques y sont
frquentes, & l'diteur d'aujourd'hui aurait peut-tre eu lieu d'hsiter
 se montrer si rigoureusement fidle  la reproduire avec toutes
ses imperfections accidentelles, s'il n'et trouv un remde 
l'inconvnient de cette reproduction servile, dans l'attention de
relever avec soin, en appendice  la rimpression actuelle, les
corrections indispensables, avec les variantes non seulement des
manuscrits, mais aussi des fragments de Lescarbot & des ditions de
Ternaux-Compans & de la Socit de Qubec, dont les lectures ne sont pas
toujours prfrables aux leons de l'dition de 1545.

Cet expdient nous a paru donner  l'dition que voici l'avantage
de conserver intacte, suivant le got imprieux des bibliomanes, la
physionomie suranne de l'dition primitive, tout en mettant  la
disposition de ceux qui n'attachent  la forme qu'une importance
secondaire, les lments d'un texte plus correct & plus fidle que tous
les autres.

Neuilly-sur-Seine, ce 12 aot 1863.



[Page 1]

BRIEF RECIT, & succincte narration, de la navigation faicte es ysles
de Canada, Hochelage & Saguenay & autres, avec particulieres meurs,
langaige, & cerimonies des habitans d'icelles: fort delectable  veoir.

[Illustration]
Avec privilege.

On les vend  Paris au second pillier en la grand salle du Palais, &
en la rue neufve Nostredame  l'enseigne de lescu de france, par Ponce
Rosset dict Faucheur, & Anthoine le Clerc frres. 1545.



A MONSEIGNEVR
Le Prevost de Paris ou son lieutenant civil. supplient
treshumblement Ponce Rosset dict le Faucheur, & Anthoine le Clerc freres
& libraires de ceste ville de Paris, qu'il vous plaise leur donner la
permission de imprimer & vendre, ung livre, intitul Briefve & succincte
narration de la navigation, faicte es ysles de Canada & autres choses
y contenues: Pour lequel imprimer leur convient faire gros fraiz &
despens, dont ilz pourroient estre frustrez, ensemble de leurs labeurs,
s'il estoit permys  tous de l'imprimer. Ce considr il vous plaise &
ordonner que desfences soient faictes  tous libraires & imprimeurs de
la ville & prevoste de Paris, de ne imprimer icelluy livre, ny de en
vendre d'autre que de l'impression desdictz supplians, jusques  quatre
ans finiz & acrompliz, sur peine de confiscation desdictz livres &
d'amende arbitraire, Et vous ferez bien.

Il est permys ausdictz suppliens, avec les desfences  tous autres, de
ne imprimer le dict voyage pour le temps & espace de trois ans. Faict le
dernier jour de Febvrier, Mil cinq cens quarante quatre.

Ainsi sign, I. Morin.

[Page 2].



_AU ROY Treschretien_.

_Considerant, O mon tres-redoubt prince, les grandz bien & don de grace
qu'il a pleu  Dieu le Createur faire  ses creatures: Et entre lex
autres de mettre & asseoir le soleil, qui est la vie & congnoissance de
toutes icelles, et sans lequel nul ne peult fructifier ni generer en
lieu & place ou il a son mouvement, & declination contraire, & non
semblable es autres planettes. Par lesquelz mouvement & declinaison,
toutes creatures estans sur la terre en quelque lieu & place qu'elles
puissent estre, en ont, ou en peuvent avoir en lan dudict soleil, qui
est 365 jours et six heures, Autant de veue oculaire les ungs que les
autres, non qu'il soit tant chault & ardant es ungs lieux, que es autres
par ses raiz & reverberations, ny la division des jours & nuictz
en pareille esgallet: Mais suffit qu'il ayt de telle forte & tant
temperement que toute la terre est ou peult estre habitee en quelque
zone, climat, ou paralelle que ce soit: Et icelles avecques les eaues,
arbres, herbes, & toutes autres creatures de quelques genres ou especes
qu'elles soient par l'influence d'iceluy soleil, donner fruictz &
generations selon leur nature par la vie & nourriture des creatures
humaines. Et si aucuns vouloient dire le contraire de ce que dessus, en
alleguant ledict des saiges philosophes du temps pass, qui ont escript
& faict division de la terre par cinq zones, dont ilz dient & afferment
trois inhabites. Cest assavoir la zone torride, qui est entre les deux
tropiques ou solstices, qui passe par le zenic des testes des habitans
[Page 3] d'icelle: Et les deux zones artique & entartique pour la grande
froideur qui est en icelle,  cause du peu d'eslevation qu'ilz ont
dudict soleil & autres raisons: le confesse qu'ilz ont escript de la
maniere, & croy fermement qu'ilz le pensent ainsi, & qu'ilz le treuvent
par aucunes raisons naturelles, ou ilz prenoient leur fondement, &
d'icelluy se contenfoient seulement sans aveuturer n'y mectre leurs
personnes es dangiers, esquelz ilz eussent peu ancheoir  cercher
l'experience de leur dire, Mais je dictz pour ma replique que le prince
d'iceulz philosophes a laiss parmy les escriptures ung mot de grande
consequence, qui dict que,_ Experientia est rerum magistra_; par
l'enseignement duquel j'ay os entreprendre de adresser  la veue de
vostre magest royalle, cestuy propos en maniere de prologue, de ce
myen petit labeur: Car suyvant vostre royal commandement. Les simples
mariniers de present non ayans eu tant de craincte d'eulz mectre 
l'advanture d'iceulx perilz & dangiers qu'ilz ont eu, & ont desir
de vous faire treshumble service  l'augmentation de la saincte foy
chrestienne, ont congneu le contraire d'icelle opinion des philosophes
par vraye experience. Je allegue ce que devant, parce que je regarde
que le soleil qui chascun jour se lieve  l'orient, & se reconce 
l'occident, faict le tour & circuit de la terre, donnant lumiere &
chaleur  tout le monde en vingt quatre heures, qui est ung jour
naturel, sans aucune interruption de son mouvement & cours [Page 4]
naturel. A l'exemple duquel je pense  mon foible entendement, & sans
autre raison y alleguer, qu'il plaist  Dieu par sa divine bont que
toutes humaines creatures estans & habitans soubz le globe de la terre,
ainsy qu'elles ont veue, & congnoissance d'icelluy soleil ayt & ayent
pour la temps avenir congnoissance & creance de nostre saincte foy: Car
premierement icelle nostre saincte foy a est seme & plantee  la terre
saincte, qui est en Asye  l'orient de nostre Europe: Et depuis par
succession de temps apportee & divulguee jusques  nous, & finalement 
l'occident de nostredicte Europe  l'exemple du dict soleil portant sa
chaleur & clart d'orient en occident comme dict est. Et pareillement
aussy avons veu icelle nostre saincte foy, par plusieurs fois 
l'occasion des meschans heretiques & faulz legislateurs, eclipses en
aucuns lieux: & depuis soubdainement reluyre & monster sa clert plus
appertement que auparavant. Et maintenant encores  present voyons comme
les meschans lutheriens apostatz & imitateurs de Mahomet, de jour en
autre s'efforcent de icelle opprimer, & finablement du tout estaindre,
si Dieu & les vrays suppostz d'icelle n'y donnent ordre par mortelle
justice, ainsy qu'on veoit faire chascun jour en voz pays & royaulme,
par le bon ordre & police que y avez mys. Pareillement aussi veoit on,
comme au contraire d'iceulx enfans de Sathan les paovres chrestiens &
vrays pilliers de l'Esglise catholique s'efforcent d'icelle augmenter &
accroistre, ainsi que a faict le catholique Roy d'Espaigne, es [Page 5]
terres qui par son commandement ont est descouvertes en l'occident de
ses pais & royaulmes, lesquelles auparavant nous estoient incognues,
estranges, & hors de nostre foy: Comme la neufve Espaigne, Lisabelle,
terre ferme, & autres ysles ou on a trouv innumerable peuple, qui a
est baptis & reduict en nostre tres saincte foy.

Et maintenant en la presente navigation faicte par vostre royal
commandement en la descouverture des terres occidentales, estans soubz
les climats & paralelle de voz pays & royaulme, non auparavant  vous
n'y  nous congneuz, pourrez veoir & scavoir la bont & fertilit
d'icelles, innumerable quantit de peuples y habitans la bont &
paisiblet d'iceulx, Et pareillement la fecondit du grant fleuve qui
descend & arrose le permy d'icelles voz terres, qui est le plus grant
sans comparaison que on sache jamais avoir veu. Les quelles choses
donnent  ceulx qui les ont veues, certaine esperance de l'augmentation
future de nostre dicte saincte foy & de voz seigneuries & nom tres
chrestien, ainsi qu'il vous plaira veoir par cestuy present petit livre:
Auquel sont amplement contenues toutes choses dignes de memoire,
que avons veues, & qui nous sont advenues tant en faisant ladicte
navigation, que estans & faisans sejour en vosdictz pays & terres_.




Le dimenche jour & feste de la Penthecoste seziesme jour de [Page 6]
May, en lan mil cinq cens trente cinq du commandement du cappitaine &
bon vouloir de tous, chascun se confessa, & recusmes tous ensemblement
nostre createur en lesglise cathdrale de sainct Malo. Apres lequel
avoir reu, feusmes nous presenter au cueur de ladicte eglise, devant
reverend pere en Dieu monsieur de sainct Malo, lequel en son estat
episcopal nous donna sa benediction.

Et le mercredy ensuivant dix neufiesme jour de May, le vent vint bon
& convenable, & appareillasmes avec trois navires, Scavoir la grand
Hermine du port, environ cent a six vingtz tonneaulz, ou estoit le
cappitaine general, & pour maistre Thomas frosmond, Claude du pond
briand, filz du seigneur de Montreueil & eschansson de monseigneur le
Daulphin, Charles de la Pommeraye, Jehan poullet & autres gentizlhommes.
Le second navire, nomm la petite Hermine du port, environ soixante
tonneaulz; Estoit cappitaine soubz le dict cartier Mace jalobert, &
maistre Guillaume le mari. Et au tiers navire nomm l'Emerillon du port
de environ quarante tonneaulz, en estoit cappitaine Guillaume le breton,
& maistre Jacques maingart. Et navigasmes avec bon temps jusques au 20,
jour dudict moys de May, que le temps se tourna en yre & tourmente, qui
nous a dur en ventz contraire & serraisons, autant que navires qui
passassent jamais la mer, eussent sans amendement: Tellement que le
vingt cinqiesme jour de Juing par le dict mauvais temps & serraison,
nous entreperdismes tous trois, sans que nous ayons eu nouvelles les
ungs des autres jusques  la terre neufve; la ou nous avions lymit nous
trouver tous en ensemble, & depuis nous estre entreperduz, avons est
avec la nef generalle par la mer de tous ventz contraires, jusques au
septiesme jour du moys de Juillet, que nous arrivasmes  la dicte terre,
neufve, & prismes terre  l'isle aux oyseaulx: laquelle est  quatorze
lieues de la grand terre, quelle ysle est si tresplaine d'oyseaulx, que
tous les navires de France y pourraient facilement charger, sans que on
s'apperceust que l'on en eust tir, & la en prinsmes deux barques pour
partie de noz victailles: Icelle ysle est en leslevation du pole en. 49
degrez, 40 mynutes. Et le huictiesme dudict moys, nous appareillasmes
de ladicte ysle, & avec bon temps vinsmes au hable du blanc [Page 7]
sablon estant  labbaye des chasteaulx le XVe jour dudict moys, qui
est le lieu ou nous debuoyns rendre: Auquel lieu feusmes attendans noz
compaignons jusques au vingt sixiesme dudict moys, lequel jour ilz
arrriverent tous deux ensemble: Et la nous acoustrasmes & prismes eaues,
boys & aultres choses necessaires, & appareillasmes & feismes voylle
pour passer oultre le vingt neufiesme jour dudict moys  l'aube du jour,
& feismes porter le long de la coste du Nort Gisant, est Nordest, &
Ornaist, Surnaist jusques environ les huict heures de soir que meismes
les voylles bas, le travers de deux ysles qui l'avancent plus hors
que les autres que nous nommasmes les ysles Sainct Guillaume. Et sont
environ vingt lieues oultre le hable de Brest: Le tout ladicte coste
depuis les chasteaulz jusques icy gist est Nordest & Ornaist Surnaist
rengee de plusieurs ysles & terres toutes hachee & pierreuse, sans
aucune terre ny boys, fors en aucunes vallees. Le lendemain penultime
jour du dudict moys feismes courir  Ornaist pour avoir congnoissance
d'autres ysles qui nous demouroient environ douze lieues & demye. Entre
lesquelles ysles se faict une couche vers le Nort toute  ysles & grande
voye apparoisantes y avoir plusieurs bons hables, & les nommasmes les
ysles Saincte Marthe; hors lesquelles environ une lieue & demye,  la
mer y a une basse bien dangereuse ou il y a quatre ou cinq testes
qui demeurent le travers desdictes bayes en la rotte d'Est & Onaist
desdictes ysles Saincte Marthe, environ sept lieues: Lesquelles ysles
nous vinsmes querir ledict jour, environ une heure apres midy; & depuis
ledict jour jusques  l'orloge vyrente feismes courir environ quinze
lieues le travers d'ung cap d'ysles basses, que nous nommasmes les ysles
Sainct Germain, au suest duquel environ trois lieues y a une autres
basse fort dangereuse. Et pareillement entre le dict cap Sainct Germain
& Saincte Marthe, y a ung banc hors des dictes ysles environ deux lieues
sur lequel n'y a que quatre brasses. Et pour le dangier de la dicte
coste mismes les voylles bas, & ne feismes porter la dicte nuict.

Le lendemain dernier jour de Juillet, feismes courir le long de la dicte
coste qui gist Est & Onaist cart de Suest, qui est toute rengee d'isles
& basses & coste fort dangereuse; laquelle contient depuis le dict cap
des ysles Sainct Germain, jusques  la fin des ysles environ dix sept
lieues & demye. Et a la fin desdictes ysles, y a une fort belle terre
basse plaine de grandz arbres & haultz: & est icelle coste toute [Page 8]
rengee de sablons sans y avoir aucune apparoissance de hable, jusques
au cap de Thiennot que se rabast, au Nor onaist qui est environ sept
lieues des dictes ysles. Lequel cap congnoissons du precedent voyage. Et
parce feismes porter toute la nuict  Onaist Noronaist jusques au jour
que le vent vint contraire, & feusmes charcher ung havre ou mismes noz
navires, qui est ung bon petit havre, oultre ledict cap Thiennot environ
sept lieues & demye, & est entre quatre ysles sortentes  la mer, noud
le nommasmes le havre Sainct Nicolas, & sur la plus prochaine ysle
plantasmes une croix de boys pour merche. Et fault amener la dicte croix
au Nordest, puis l'aller querir & la laisser de tribort, & trouverez
de perfond six brasses, & se fault donner garde de deux basses qui
demeurent des deux costez  demye lieue hors. Toute ceste dicte coste
est fort dangereuse & plaine de basses: nonobstant qu'il semble y avoir
plusieurs bons hables n'y a que basses & plateys. Nous feusmes au dict
hable depuis le dict jour jusques au Dimenche vii jour d'Aoust: Auquel
jour appareillasmes & vinsmes querir la terre deca vers le cap de
Rabast, qui est distant du dict hable, environ xx lieues Gisans Nort
Nordest & Susur Onaist. Et le lendemain le vent vint contraire: Et parce
que ne trouvasmes nulz hables  la dicte terre de Su. feismes porter
vers le Nort oultre le precedent hable de environ dix lieues, ou nous
trouvasmes une moult belle & grande baye, plaine d'ysles & bonnes
entrees & passaige de tous les ventz qu'il scavoit faire: Et pour
congnoissance d'icelle baye y a une grand ysle comme ung cap de terre,
qui s'avance plus hors que les autres; Et sur la terre environ deux
lieues, y a une montaigne faicte comme ung tas de bled, nous nommasmes
la dicte baye la baye sainct Laurens.

Le douziesme jour du dict moys nous partismes de la dicte baye sainct
Laurens & feismes porter  Onaist, & vinsmes querir ung cap de terre
devers le Su qui gist environ l'Onaist ung cart de Sur Onaist du
dict hable Sainct Laurens environ vingt cinq lieues. Et par les deux
sauvaiges que avions prins le premier voyage, nous fut dict que cestoit
de la dicte terre devers le Su, & que cestoit une ysle, & que par le Su
d'icelle estoit le chemin  aller de Honguedo ou nous les avions prins
lan precedent  Canada: Et que  deux journees du dict cap & ysle
commenceroit le royaulme de Saguenay  la terre devers le Nort allant
vers le dict Canada, le travers du dict cap environ trois [Page 9]
lieues y a de profond cent brasses & plus. Et n'est memoire de jamais
avoir tant veu de ballaynes que nous vismes celle journee le travers
dudict cap.

Le lendemain jour nostredame d'Aoust quinziesme dudict moys, nous
passasmes le destroict la nuict de devant, & le lendemain eusmes
congnoissance de terres qui nous demouroient vers le Su: qui est une
terre  haultes montaignes  merveilles, Donc le cap susdict de la dicte
ysle que nous avons nommee l'ysle de l'Assumption, & ung cap de dictes
haultes terres gisent Est Nordest & Onaist sur Onaist, & y a entre eulx
vingt cinq lieues, Et veoit on les terres du Nord encores plus haultes
que celles du Su  plus de trente lieues. Nous rangeasmes le dictes
terres du Su depuis ledict jour jusques au mardy que le vent vint
Onaist, & meismes le cap au Nord pour aller querir lesdites haultes
terres que voyons, & nous estans l trouvasmes lesdictes terres unyes &
basses vers la mer, & les montaignes devers le Nort par sus lesdictes
haultes terres gisant icelles terres, Est, & Onaist ung cart de Sur
Onaist. Et par les sauvaiges que avions, nous a est dict que cestoit
le commencement du Saguenay & terre habitable. Et que de la venoit le
cuyvre rouge qu'ilz appellent caignetdaze. Il y a entre les terres du Su
& celles du Nort, environ trente lieues, & plus de deux cens brasses
de perfond & nous ont lesdictz Sauvaiges certiffi estre le chemin &
commencement du grant Silenne de Hochelaga & chemin de Canada; lequel
alloit tousjours en estroissent jusques  Canada, puis que l'on treuve
l'aue doulce qui va si loing que jamais homme n'auroit est jusques
au bout qu'ilz eussent ouy, & que autre passaige n'y avoit que par
bateaulx. Et voyant leur dire & qu'ilz affermoient n'y avoir autre
passaige, ne voulut ledict cappitaine passer oultre jusques a avoir veu
le reste de ladicte terre & coste devers le Nort, qu'il avoit obmis de
veoir depuis la Baye saint Laurens pour aller veoir la terre du Su pour
veoir s'il y avoit aucun passaige.


_Comment nostre cappitaine feist retourner les navires en arriere,
jusques a avoir congnoissance de la Baye sainct Laurens pour veoir s'il
y avoit aucun passaige vers le Nort_.

Le mercredy 18e jour d'Aoust, nostre cappitaine feist retourner ses
navires en arriere, & mestre le cap  l'autre bort. Et rangeasmes
ladicte coste du Nort qui gist Nordest & Sur Ornaist faisant ung demy
arc, qui est une terre fort haulte non tant comme celle de Su: [Page 10]
Et arrivasmes le jeudy ensuyvant  sept ysles fort haultes: lesquelles
nous nommasmes les ysles Rondes, qui sont  environ quarante lieues des
terres du Su, & s'avancent hors  la mer trois ou quatre lieues, le
travers desquelles y a ung commencement de basses terres plaines de
beaux arbres; lesquelles terres nous rengeasmes le vendredi avec nos
barques, le travers desquelles y a plusieurs bancqs de sablon  plus de
deux lieues  la mer, fort dangereux, lesquelz descuevrent de basse mer,
& au bout d'icelles basses terres qui contiennent environ dix lieues,
y a une riviere d'eaue doulce, sortant  la mer, tellement que  plus
d'une lieue d'elle est aussi doulce que eaue de fontaine. Nous entrasmes
en ladicte riviere avecq noz barques, & ne trouvasmes  l'entree
d'icelle que brasse & demye. Il y a dedans ladicte riviere plusieurs
poissons, qui ont forme de chevaulx, lesquels vont  la terre de nuict,
& de jour  la mer, ainsi qu'il nous feut dict par nos deux sauvaiges:
Et de ces dictz poissons veismes grand nombre dedans la dicte riviere.

Le lendemain 2le jour dudict moys au matin  l'aube du jour feismes
voylle & feismes porter le long de la dicte coste, tant que nous eusmes
congnoissance de la reste de la dicte coste du Nort, que n'avions veu, &
de l'ysle de l'Assumption, que nous avions est querir au partir de la
dicte terre: & lors que nous feusmes certains que ladicte coste estoit
rengee, et qu'il n'y avoit nul passaige, retournasmes  nos navires qui
estoient esdictz sept ysles o il y a bonne radde  dix huict & vingt
brasses de sablon: auquel lieu avons est sans pouoir sortir n'y faire
voylle pour la cause des bruynnes & ventz contraires qui faisoient
jusques au xxiiii jour dudict moys que sommes arrivez  ung hable de la
coste du Su, qui est  environ quatre vingt lieues des dictz sept ysles,
qui est le travers de trois ysles plattes, qui sont par le parmy du
fleuve. Et environ le my chemin des dictes ysles & ledict hable devers
le Nort, y a une fort grande riviere, qui est entre les haultes & basses
terres, qui faict plusieurs bancqs  la mer  plus de trois lieues,
qui est ung pais fort dangereux & sont de deux brasses & moins, &  la
creste de iceulz bancqs trouverez xxv & xxx brasses bort  bort, toute
icelle coste du Nort, gist, Nort, Nordest, & Su sur Onaist.

Le hable devantdict ou posasmes qui est  la terre du Su, est hable de
marie & de peu de valleur, nous les nommasmes les Ysleaux [Page 11]
sainct Jehan, parce que nous y entrasmes le jour de la decollation
dudict faict, Et au paravant que arriver audit hable, y a une ysle 
Best d'icelluy environ cinq lieues, ou il n'y  point de passaige entre
terre & elle que par bateaux; le dict hable des ysleaux sainct Jehan
asseche toutes les marees, & y maryne l'eaue de deux brasses: Le
meilleur lieu  mettre navires est vers le Su d'ung petit yslot qui est
au parmy du dict hable bort au dict yslot.

Nous appareillasmes du dict hable le premier jour de septembre pour
aller vers Canada, & environ quinze lieues du dict hable  l'Onaist,
Sur, Onaist y a trois ysles au parmy du fleuve, le travers desquelles y
a une riviere fort perfonde & courante, qui est la riviere & chemin du
royaulme & terre de Saguenay, ainsi que nous a est dict par nos
deux sauvages du pais de Canada. Et est icelle riviere entre haultes
montaignes de pierre nue, sans y avoir que peu de terre, & nonobstant y
croist grand quantit d'arbres & de plusieurs sortes qui croissent sur
la dicte pierre nue comme sur bonne terre, de sorte qui y avons veu
arbre suffisant  master navire de trente tonneaulx, aussi vert qu'il
soit possible de veoir lequel estoit sur ung rocq sans y avoir aucune
faveur de terre,  l'entre d'icelle riviere trouvasmes quatre barques
des sauvages, les quelz venoient vers nous en grand peur & craincte, de
sorte qu'il en recueillit une, & lautre approcha pres qu'ilz peurent
entendre l'un de nos sauvages, qui se nomma & feist sa congnoissance, &
les feist venir seurement.

Le lendemain deuxiesme jour du dict septembre, resortismes hors de la
dicte riviere pour faire le chemin vers Canada, & trouvasmes la mares
fort courante & dangereuse, parce que devers le Su de la dicte riviere
y a deux ysles, & l'entour desquelles,  plus de trois lieues n'y a que
deux brasses semees de gros perrons, comme tonneaulz & pippes, & les
marees de ce puantes par entre lesdictes ysles, de sorte que cuydasmes y
perdre nostre gallyon, sinon le secours de noz barques &  la creste
des dictz plateys, y a de perfond trente brasses & plus. Passe ladicte
riviere du Saguenay & les dictes ysles, environ cinq lieues vers le Sur
Onaist, y a une autre ysle vers le Nort, de laquelle y a de fort haultes
terres le travers desquelles cuydasmes poser l'ancre pour estaller
l'obbe, & ny peusmes trouver le fonds  six vingtz brasses a ung traict
d'arc de terre, de sorte que feusmes contrainctz retourner vers la dicte
ysle, ou passames  trente cinq brasses, & beau fondz. [Page 12]

Le lendemain matin feismes voylle, & appareillasmes pour passer oultre,
& eusmes congnoissance d'une sorte de poissons, desquelz il n'est
memoire d'homme avoir veu n'y ouy: Les dictz poissons sont aussi gros
comme marsouyns sans avoir aucun estre, & sont assez faictz par le corps
& teste de la facon d'ung levrier, aussi blancs que neige, sans avoir
aucune tache: & en y a fort grand nombre dedans la dicte riviere qui
vivent entre la mer & l'eaue doulce: Les gens du pais les nomment
Adhothuys: & nous ont dict qu'ilz sont fors bons  menger, & nous ont
affirm n'y en avoir en tout le dict fleuve qu'en cet endroit.

Le sixiesme jour dudict moys avec bon vent feismes courir  mont le dict
fleuve environ quinze lieues, & vinsmes poser  une ysle qui est bort
 la terre du Nort, qui faict une petite baye & couche de terre: 
laquelle y a ung nombre inestimable de grandes tortues, qui sont es
environs d'icelle ysle, Pareillement par iceulz du pais, se faist es
environs de la dicte ysle grand pescherie de Adhothuys. Il y a aussi
grant courant es environs de ladicte ysle comme devant Bordeaux de flo,
& ebbe. Icelle ysle contient environ trois lieues de long & deux de
large: & est une moult bonne terre & grasse, plaine de beaulx & grandz
arbres de plusieurs sortes: & entre autres y a plusieurs couldres
franches que trouvasmes fort chargees de noisilles aussi grosses & de
meilleur saveur que les nostres, mais ung peu plus dures. Et parce la
nommasmes l'ysle es Couldres.

Le septiesme jour dudict moys jour nostredame, apres avoir ouy la messe,
nous partismes de ladicte ysle pour aller  mont ledict fleuve, &
vinsmes  quatorze ysles qui estoient distantes de ladicte ysle es
couldres de sept  huict lieues, qui est le commencement de la terre
& province de Canada: desquelles en y a une grande qui a environ dix
lieues de long & cinq de large, en laquelle y a gens demourrans qui font
grand pescherie de tous les poissons qui sont dedans le dict fleuve
selon leur saison. Nous estans posez & a l'encre entre icelle grande
ysle, & la terre du Nort, alasmes  terre & portasmes les deux sauvaiges
que avions prins le precedent voyage:

Et trouvasmes plusieurs gens du pays, lesquelz commencerent  fuyr, & ne
vouloient aprocher jusques ad ce que nosdictz deux hommes commencerent
 parler, & leur dire qu'ilz, estoient Taignoagny & dom Agaya. Et lors
qu'ilz eurent congnoissance d'eulx commencerent a demener [Page 13]
joye danfans & faisans plusieurs cerimonies; & vindrent parler des
principaulz  noz basteaux, lesquelz nous apportoient force anguilles, &
aultres poissons, avec deux ou trois charges de gros mil qui est le pain
de quoy ilz vivent en la dicte terre, & plusieurs gros melons. Et icelle
journe vindrent  nos navires plusieurs barques du pays charges de
gens tant hommes que femmes pour veoir & faire chaire  nos dictz deux
hommes, les quelz feurent tous bien receuz par nostre cappitaine, qui
les festoya de ce qu'il peust, & pour faire sa congnoissance leur donna
aucuns petis presens de peu de valleur, de quoy se contenterent fort.

Le lendemain le seigneur de Canada nomm Donnacona en nom, & l'appellent
pour seigneur Agouhanna, vint avecques douze barques accompaign de
plusieurs gens davant noz navires. Puis enfeist retirer arriere dix, &
vint seulement avec deux  bort desdictz navires, accompaign de seize
hommes, & commenca ledict Agouhanna le travers du plus petit de noz
trois navires a faire une predication & preschement  leur mode, en
demenant son corps & membres d'une merveilleuse sorte, qui este une
cerimonie de joye & asseurance, Et lors qu'il fut arriv  la nef
generalle ou estoient les dictz Taignoagny & son compaignon, parla le
dict seigneur  eulx, & eulx  luy, & luy commencerent a compter ce
qu'ilz avoient veu en France, & le bon traictement qu'il leur avoit est
faict, dequoy tut fort joyeulx, & pria nostre cappitaine luy bailler
ses bras pour les baiser & accoller qui est leur mode de faire chere en
ladicte terre. Lors nostre cappitaine entra en la dicte barque du dict
Agouhanna, & commanda apporter pain & vin pour faire boire & menger
ledict seigneur & sa bande, ce qui fut faict, dequoy furent fort
contens. Et pour lors ne fut aultre present faict audict seigneur
attendant lieu & temps. Apres lesquelles choses ainsi faictes, se
departirent les ungs des aultres, & prindrent cong, & se retira le dict
Agouhanna en ses barques pour se retirer & aller en son lieu. Et feist
le dict cappitaine apprester ses barques pour passer oultre, & aller
avant le dict fleuve avec le flo, pour cercher hable & lieu de sauvet
pour mettre les navires, & feusmes oultre le dict fleuve environ dix
lieues coustoyant la dicte ysle. Et au bort d'icelles trouvasmes ung
asseurg d'eaulx fort beau & plaisant. Au quel lieu y a une petitie
riviere & hable de barre marinant de deux  trois brasses, que [Page 14]
trouvasmes lieu  nous propice pour mettre nosdictes navires  sauvet.
Nous nommasmes le dict lieu saincte Croix, par ce que le dict jour y
arrivasmes. Aupres d'iceluy lieu y a ung peuple, dont est seigneur le
dict Donnacona, & y est la demeurance qui se nomme Stadacone, qui est
aussi bonne terre qu'il soit possible de veoir & bien fructiferente,
pleine de fort beaulx arbres de la nature & sorte de France. Comme
chesnes, ormes, fresnes, noyers, yfz, cedres, vignes, aubespines, qui
portent le fruict aussi gros que prunes de damas, & aultres arbres:
soubz les quels croist de aussi beau chanvre que celuy de France, qui
vient sans semence ny labour. Apres avoir visite ledict lieu, & trouv
estre convenable, se retira ledict cappitaine, & les aultres dedans les
barques pour retourner es navires. Et ainsi que sortismes hors de la
dicte riviere trouvasmes au devant de nous l'ung des seigneurs dudict
peuple de Stadacone accompaign de plusieurs gens tant hommes, femmes
que enfans: lequel seigneur commenca a faire ung preschement  la facon
& mode du pays, qui est de joye & asseurance, & les femmes dansoient
& chantoient sans cesse estans en l'eaue jusques es genoulx, Nostre
cappitaine voyant leur bonne amour & bon vouloir, feist approcher la
barque ou il estoit, & leur donna des couteaulx, & petites patenostres
de voirre, de quoy menerent une merveilleuse joye, de sorte que nous
estans departis d'avec eulx distant d'une lieue ou environ, les oyons
chanter, danser, & mener joye de nostre benne.


_Comme nostre cappitaine retourna es navires & alla veoir l'ysle, la
grandeur & nature d'icelle, & comme il feist mener les dict navires  la
riviere saincte Croix_.

Apres que nous feusmes arrivez avec noz barques ausdictz navires &
retournez de la rivyere saincte Croix, le cappitaine commanda apprester
lesdictes barques pour aller  terre  la dicte ysle veoir les arbres
qui sembloient fort beaulx a veoir, & la nature de la terre d'icelle
ysle. Ce que fut faict, & nous estans  ladicte ysle la trouvasmes
plaine de fors beaulx arbres de la sorte des nostres. Et pareillement y
trouvasmes force vignes, ce que n'avyons veu par cy devant  toute la
terre, & par ce la nommasmes l'ysle de Bacchus. Icelle ysle [Page 15]
tient de longueur environ douze lieues, & est fort belle terre a veoir,
mais est plaine de boys sans y avoir aucun labouraige, fors qu'il y a
aucunes petites maisons ou ilz font pescherie, comme par cy devant est
faicte mention.

Le lendemain partismes avec nosdictz navires pour les mener audict lieu
de saincte Croix, & y arrivasmes le 14 dudict moys. Et vindrent au
devant de nous le lesdictz Donnacona Taignoagny & Dom agaya avec vingt
cinq barques chargez de gens qui venoient dudict lieu dont estions
partis, & alloient audict Stadacone ou est leur demourance, & vindrent
tous a noz navires faisans plusieurs signes de joye, fors noz deux
hommes que avions apportez, Scavoir Thaignoagny & Dom agaya, lesquelz
estoient tous changez de propos, & de couraiges, & ne vouloient entrer
dedens nos dictz navires, nonobstant qu'ilz en feussent plusieurs fois
priez: dequoy eusmes aucune deffiance d'eulx. Le cappitaine leur demanda
s'ilz vouloient aller comme ilz luy avoient promis avec lui  Hochelaga,
& ilz respondirent que oy: & qu'ilz estoient deliberez y aller: lors
chascun se retira.

Le lendemain 15, ledict cappitaine feust  terre avec plusieurs pour
faire planter ballises & merches pour plus seurement mettre les navires
 sauvet. Auquel lieu se rendirent au-devant de nous plusieurs gens
du pays & entre aultre le dict Donnacona noz deux hommes & leur bande,
lesquelz se tindrent apart soubz une poincte de terre qui est sur le
bort d'ung fleuve, sans ce que aucun d'eulx vint environ nous, comme les
aultres qui n'estoient de leur bande faisoient. Apres que le cappitaine
fut adverty qu'ilz y estoient, commanda  partie de ses gens aller
avecques luy, & furent vers eulx soubz ladicte pointe, & trouverent les
dictz Donnacona, Taignoagny, Dom agaya & plusieurs aultres: & apres
se estre entre saluez, se avanca ledict Taignoagny de parler, & dit
 nostre cappitaine que ledict seigneur Donnacona estoit marry, dont
ledict cappitaine & ses gens portoient tant de batons de guerre, par
ce que de leur part n'en portoient nulz. A quoy leur respondist ledict
cappitaine que pour leur marrisson ne laisserons a les porter, & que
c'estoit la coustume de France, & qu'il le scavoit bien, mais pour
toutes leurs parolles ne laisserent le dict cappitaine & Donnacona
a faire grand chere ensemble. Lors aperceusmes que ce que disoit le
Taignoagny ne venoit que de luy & son compaignon. Et avant de partir
dudict lieu, lesdictz Donnacona & cappitaine feirent une [Page 16]
asseurance de sorte merveilleuse, car tout le peuple dudict seigneur
Donnacona gecterent & feirent trois cris  plaine voix, que cestoit
chose horrible a ouyr, & a tant prindrent congi les ungs des aultres, &
nous retirasmes  bort pour celuy jour, & le lendemain 16, dudict moys
nous meismes les deux plus grandz navires dedens ledict hable & riviere,
ou il y a de plaine mer trois brasses & de bas d'eaue demy brasse, & fut
laiss le gallyon dedens la radde pour mener au dict Hochelaga. Et tout
incontinent que lesdictes navires furent audict hable & asseur, se
trouverent devant les dictes navires Donnacona, Taignoagny, Domagaya, &
plus de cinq cens personnes hommes, femmes, que petis enfans, et entra
ledict seigneur avec dix ou douze des plus grandz personnaiges du pays,
lesquelz furent par ledict cappitaine & autres festoyes, & leur
fut donn aucuns petis presens, & fut par Taignoagny dict  nostre
cappitaine, que ledict seigneur estoit marry dont il alloit  Hochelaga,
& que ledict seigneur ne vouloit que luy que ploit y allast par ce que
la riviere ne valloit riens, & leur fust respondu par ledict cappitaine
que pour tout ce ne laisseroit y aller s'il luy estoit possible; par ce
qu'il avoit commandement du roy son maistre de aller le plus avant qu'il
pourroit: mais si le dict Taignoagny y voulant aller comme il avoit
promis, qu'on luy feroit present, dequoy il seroit content & grand
chere, & qu'ilz ne feroient que aller & venir seulement audict
Hochelaga, puis retourner. A quoy respondist le dit Taignoagny, qu'il
n'y yroit point. Lors se retirerent a leurs maisons. Et le lendemain, l7
dudict moys, le dict Donnacona & les aultres revindrent comme devant, &
apporterent force anguilles & aultres poissons, dequoy se faict grand
pescherie audict fleuve, comme sera cy apres dict. Lors qu'ilz furent
arrivez devant lesdictes navires, commencerent a chanter & danser comme
avoient de coustume. Et apres qu'ilz eurent ce faict, feict ledict
Donnacona mettre tous ses gens d'ung cost, & feist ung cerne sur le
sable, & y feist mettre nostre cappitaine & ses gens: & lors commenca
une harengue, tenant une fille d'environ l'aage de dix  douze ans en
l'une de ses mains, puis la vint presenter  nostre cappitaine, & tout
incontinent tous les gens dudict seigneur se prindrent a faire trois
criz & hurlemens en signe de joye & alliance. Puis de rechef presenta
deux petis garsons de moindre aage l'un apres l'aultre, desquelz feirent
telz criz & cerimonies que devant. Duquel present ainsi faict par
le dict seigneur fut par nostre cappitaine remerci. Lors [Page 17]
Taignoagny dict au cappitaine que la fille estoit la propre fille de la
seur dudict seigneur, & l'ung des garsons frere de luy qui parloit, Et
qu'on les luy donnoit sur l'intention qu'il n'allast point  Hochelaga.
A quoy luy re respondist nostre cappitaine, que si on les luy avoit
donnez sur ceste intention, que on les reprint, & que pour riens ne
laisseroit y aller par ce qu'il avoit commandement de ce faire. Sur les
quelles parolles Dom agaya compaignon dudict Taignoagny, dict audict
cappitaine que ledict seigneur luy avoit donn les dictz enfans par
bonne amour, & en signe d'asseurance, & qu'il estoit content aller
avec luy audict Hochelaga, de quoy eurent grosses parolles lesdictz
Taignoagny & Dom agaya. Lors aperceusmes que ledict Taignoagny ne
valloit riens, & qu'il ne songeoit que trahison & malice tant par ce
que aultres mauvais tours que luy avions veu faire. Et sur ce ledict
cappitaine feist mettre lesdictz enfans dedans les navires, feist
apporter deux espes, ung grand bassin d'arain plain, & ung ouvr pour
laver mains, & en feist present audict Donnacona, lequel fort s'en
contenta & remercia nostre cappitaine, Et commanda ledict Donnacona
a tous ses gens chanter & danser, & pria ledict Donnacona nostre
cappitaine faire tirer une piece d'artillerie, par ce que lesdictz
Taignoagny & Dom agaya lui en avoient faict teste, & aussi que jamais
n'en avoient veu, ny ouy. A quoy le cappitaine respondist qu'il le
vouloit bien, & commanda que on tirast une douzaine de barges avec leurs
boulletz le travers du boys qui estoit jouxte lesdictes navires & gens.
Dequoy furent tous si estonnez qu'ilz pensoient que le ciel feust cheu
sur eulx, & Ce prindrent a hucher & hurler si tres fort, que sembloit
que enfer y feust vuide, & davant qu'ilz se retirassent, le dict
Taignoagny feist dire par interposs personnes, que les compaignons du
gallyon, lequel estoit demour  la radde, avoient tu deux de leurs
gens de coups d'artillerie: dont tous se retirerent  grand haste, ainsi
que si les eussions voulu tuer. Ce que ne se trouva verit: Car durant
ledict jour ne fut dudict gallyon tir artillerie.


_Comment lesdictz Donnacona, Taignoagny, & aultres songerent une
finesse, & feirent habiller trois hommes en guise de diables, faignans
estre venuz de par Cudriagny leur dieu pour nous empescher d'aller
audict Hochelaga_. [Page 18]

Le lendemain. 18. dudict moys pour nous cuyder tousjours empescher
d'aller  Hochelaga, songerent une grand finesse qui feust telle, ilz
habillerent trois hommes en la facon de trois diables, lesquelz avoient
cornes aussi longues que le bras, & estoient vestus de peaulx de chien
noirs & blancs. Et avoient le visaige painct aussi noir que charbon, &
les feirent mettre dedans une de leurs barques  nostre non sceu; &
leur bande vint comme ilz avoient de coustume au prez de noz navires,
lesquelz se tindrent dedans le boys sans apparoistre environ deux
heures, attendant que l'heure & mare fut venue pour l'arrive de
la dicte barque,  la quelle heure sortirent tous du boys, & se
presenterent devant lesdictes navires sans eulx approcher ainsi
qu'ilz fouloient faire, & commence le dict Taignoagny a saluer nostre
cappitaine qui luy demanda s'il vouloit le bateau, lequel luy respondist
que non pour l'heure, mais que tantost il entreroit dedans lesdictes
navires & incontinent arriva ladicte barque ou estoient lesdictz trois
hommes apparoissant estre trois diables ayans de grandz cornes sur leurs
testes, & faisait celuy du milieu ung merveilleux sermon en venant:
lesquelz passerent le long de noz navires avec leur dicte barque, sans
aucunement tourner leur veue vers nous, & allerent assener & donner
en terre avec leur dicte barque, & tout incontinent ledict seigneur
Donnacona & des gens prindrent ladicte barque & lesditz trois hommes,
lesquelz s'estoient laiss cheoir au fondz d'icelle comme gens morts, &
porterent le tout ensemble dedans le boys qui estoit distant d'ung jet
de pierre, & ne demoura une seulle personne devant nosdictes navires que
tous ne se retirassent dedans ledict boys, & eulx estans audict boys
commencerent une predication & preschement que nous oyons de noz navires
qui dura environ demye heure. Apres laquelle sortirent les dictz
Taignoagny & Dom agaya marchans ver nous, ayans les mains joinctes, &
leurs chappeaulx soubz leurs coddes, faisans une grande admiration. Et
commenca le dict Taignoagny a dire, & proferer par trois _Jesus, Jesus,
Jesus_ levant les yeux vers le ciel, puis Dom agaya commenca a dire
_Jesus Maria_. Jacques Cartier regardant vers le ciel comme l'aultre.
Le cappitaine voyant leurs mines & cerimonies, leur commenca a demander
qu'il y avoit, & que c'estoit que estoit survenu de nouveau, Lesquelz
respondirent qu'il y avoit de piteuses nouvelles, en disant, nenny, est
il bon. Et ledict cappitaine leur demanda de rechef que c'estoit: &
ilz repondirent, que leur dieu nomm Cudragny avoit parl  [Page 19]
Hochelaga, & que les trois hommes devant dictz estoient venus de par luy
leur annoncer les nouvelles, qu'il y avoit tant de glaces & de neiges
qu'ilz mouroient tous. Desquelles parolles nous prinsmes tous a rire,
& leur dire que leur dieu Cudragny n'estoit que ung sot, & qu'il ne
scavoit qu'il disoit, & qu'ilz le disent  ses messagiers, & que Jesus
les garderoit bien de froid s'ilz luy vouloient croire. Lors dedict
Taignoagny & son compaignon, demanderent audict cappitaine s'il avoit
parl  Jesus, & il respondist que ses prebstres y avoient parl, &
qu'il feroit beau temps. Desquelles parolles remercierent le dict
cappitaine, & se retirent dedans le boys dire les nouvelles aux aultres,
qui sortirent dudict boys tout incontinent faignans estre joyeulx
desdictes parolles par ledict cappitaine ainsi dictes. Et pour monstrer
qu'ilz en estoient joyeulx, tous incontinent qu'ilz furent devant les
navires commencerent d'une commune voix a faire trois criz & hurlemens,
qui est leur signe de joye, & se prindrent a danser & chanter, comme
avoient de coustume: mais pour resolution lesdictz Taignoagny & Dom
agaya dirent  nostre dict cappitaine, que le dict seigneur Donnacona
ne vouloit point que nul d'eulx allast  Hochelaga avec luy, S'il
ne bailloit plege qui demourast  terre avec ledict Donnacona. Le
cappitaine leur respondist que s'ilz n'estoient deliberez y aller de bon
couraige qu'ilz demourassent, & que par eulx ne laisseroit mettre paine
y aller.


_Comment nostre cappitaine & tous les gentilz hommes avec cinquante
hommes mariniers partirent de la province de Canada avec le gallyon, &
les deux barques, pour aller  Hochelaga, & de ce que fut veu entre deux
sur ledict fleuve_.

Le lendemain, 19e jour dudict moys de Septembre, nous appareillasmes &
feismes voylle avec le dict gallyon & les deux barques, pour aller avec
la mare amont ledict fleuve, ou trouvasmes  veoir des deux costez
d'icelluy les plus belles & meilleures terres, qu'il soit possible de
veoir. Aussi vives que l'eaue plaine des beaulx arbres du monde: & tant
de vignes chargez de raisins le long dudict fleuve, qu'il semble mieulx
qu'elles ayent est plantez de main d'homme que aultrement: mais par ce
qu'elles ne sont cultivez ne taillez, ne sont les raisins si [Page 20]
groz & si doulx que les nostres: pareillement trouvasmes beaucoup de
maisons sur ledict fleuve, le lesquelles sont habitees de gens qui
font grande pescherie de tous poissons: lesquelles gens venoient  noz
navires d'aussi grand amour & privaulte, que si eussions est du pays,
Nous apportant force poisson, & de ce qu'ilz avoient pour avoir de
nostre marchandise tendans les mains au ciel, & faisans plusieurs signes
de joye. Et nous estans posez environ ving cinq lieues de Canada en ung
lieu nomm Ochelay, qui est ung destroict dudict fleuve fort courant
& dangereux, tant de pierres que d'aultres choses vindrent plusieurs
barques  bort, Et entre aultres, y vint ung grand seigneur du pays,
lequel faisoit un grand sermon en venant & arrivant  bort, monstrant
par signes evidens avec les mains & aultres cerimonies, que le dict
fleuve estoit ung peu plus avant fort dangereux, nous advertissant de
nous en donner garde. Et presenta celuy seigneur au cappitaine deux de
ses enfans, desquelz le cappitaine print une fille de l'aage d'environ
sept a huit ans, & reffusant ung garson de deux ou trois ans, par ce
qu'il estoit trop petit, Le dict cappitaine festoya le dict seigneur &
sa bande de ce qu'il peust, & luy donna aucun petit prsent: puis s'en
allerent  terre. Et depuis sont venus celuy seigneur & sa femme veoir
leur fille jusques  Canada & apporter aucun present au cappitaine,
Depuis le 19e jour jusques au 28, dudict moys nous avons est navigans a
mont ledict fleuve sans perdre heure ny jour, durand lequel temps avons
veu & trouv d'aussi beau pays & terres aussi unyes que l'on scauroit
desirer, plaine comme dict est des beaulx arbres du monde, scavoir
chesnes, hormes, noyers, cedres, pruches, fresnes, briez, sandres,
oziers, & force vignes. Lesquelles avoient si grand habondance de
raisins, que les compaignons en venoient chargez  bort. Il y a
seulement force grues, signes, oultardes, oyes, cannes, allouettes,
faisans, perdrix, merles, mauvis, teurtres, chardonnereulx, serins,
roussignolz, passes solitaires, & aultres oyseaulx, comme en France, &
en grand habondance.

Ledict 18e jour de septembre nous arrivasmes en ung grand lac & playne
dudict fleuve, large d'environ cinq ou six lieues, & douze de long, Et
navigasmes celluy jour amont sans y trouver partout icelluy que deux
brasses de parfond esgallement sans haulser ny baisser. Et nous arrivans
a l'ung des boutz dudict lac, ne nous apparoissoit aucun [Page21]
passaige n'y sortye: Ains sembloit icelluy estre tout cloz sans aucune
riviere, & ne trouvasmes audict bout que brasse & demie, dont nous
convint poser & mettre l'ancre hors, & aller chercher passage avec les
barques: & trouvasmes qu'il y a quatre ou cinq rivieres toutes sortantes
dudict fleuve en icelluy lac, & venant dudict Hochelaga: mais en icelluy
ainsi sortantes, y a barres & traverses faictes par le cours de l'eaue,
ou il n'y avoit pour lors que une brasse: Et lesdictes barres passees y
a quatre ou cinq brasses, qui estoit le temps des plus petites eaues de
lanne, ainsi que nous vinsmes par les flotz des dictes eaues qu'elles
croissent de plus de trois brasses de pic, toutes icelles rivieres
circuysent & environnent cinq ou six belles ysles, qui sont le bout
dudict lac: puis se rassemblent environ quinze lieues  mond toutes en
une. Celuy jour feusmes  l'une d'icelles, ou trouvasmes cinq hommes qui
prenoient des bestes sauvaiges: lesquels vindrent aussi privement  noz
barques, que s'ilz nous eussent veu toute leur vie sans avoir peur ne
craincte, & nosdictes barques arrivez  terre, l'un d'iceulx hommes
print nostre cappitaine entre ses bras, & le porta  terre aussy
legierement que sy feust est ung enfant de cinq ans, tant estoit
icelluy homme grand & fort. Nous leur trouvasmes ung grand mouceau de
raz sauvaiges: lesquelz vivent en l'aue, & sont gros comme connyns, &
bons  merveilles. Desquelz feirent present  nostre cappitaine, qui
leur donna des couteaulx, & patenostres pour recompence. Nous leur
demandasmes par signe, si c'estoit le chemin de Hochelaga: Ilz nous
monstrerent que ouy, & qu'il y avoit encores trois journees  y aller.


_Comment le cappitaine feist accoustrer les barques pour aller audict
Hochelaga, & laisserent le gallyon pour la difficult du passaige: &
comment nous arrivasmes audit Hochelaga, & le racueil que le peuple nous
feist  nostre arrive_.

Le lendemain nostre cappitaine voyant qu'il n'estoit possible povoyr
pour lors passer le dict gallyon, feist advictailler & accoustrer
les barques, & mettre victuailles pour le plus de temps qu'il feust
possible, & que lesdictes barques en peurent accueillir, & se partit
avecques icelle accompaign des gentilz hommes: scavoir Claude [Page 22]
du pont grand echanson de monseigneur le Dauphin. Charles de la
Pommeraye, Jehan gouion, Jehan poullet, avec vingt huict marinyers, y
comprins Mace jallobert & Guillaume le breton, ayans la charge soubz le
cappitaine des deux autres navires, pour aller amond ledict fleuve, au
plus loing qu'il nous seroit possible. Et navigasmes de temps  gr
jusques au dixneufiesme jour d'Octobre, que nous arrivasmes audict
Hochelaga, qui est distant d'ou estoit demour ledict gallyon, de
quarante cinq lieues. Auquel & chemin faisant trouvasmes plusieurs gens
du pays, lesquelz nous apportoient du poisson & aultres victuailles,
dansans & menans grand joye de nostre venue. Et pour les atraire & tenir
en amyti avec nous, leur donnait ledict cappitaine pour recompence,
des couteaulx, patenostres & autres menues choses, dequoy estoient fort
contens. Et nous arrivez audict Hochelaga, Se rendirent au devant de
nous plus de mil personnes, tant hommes femmes que enfans; Lesquelz nous
feirent aussy bon racueil, que jamais pere feist  enfant, menant joye
merveilleuse: Car les hommes en une bande dansoyent. Les femmes d'aultre
& les enfans de l'autre: & apres ce nous apporterent force poisson, & de
leur pain faict de gros mil, qui gettoient dedans nosdictes barques,
en force qu'il sembloit qu'il tumbast de l'aer, voyant ce, nostre dict
cappitaine descendit  terre avec plusieurs de ses gens. Et si tost
qu'il fut descendu, se assemblerent tous sur luy, & sur tous les autres,
en faisant une chaire inestimable; Et apportoient leurs enfans  brasees
pour les faire toucher audict cappitaine & autres, faisant une feste,
qui dura plus de demye heure, Et voyant nostre cappitaine leur largesse
& bon recueil, feist asseoir & renger toutes les femmes, & leur donna
des petites patenostres d'estain & aultres menues choses: &  partye des
hommes des cousteaulx, puis se retira  bort des barques pour souper
& passer la nuict: durant laquelle demoura icelluy peuple sur le bort
dudict fleuve a plus pres desdictes barques, faisant toute nuict
plusieurs feux & danses, en disant  toutes heures Aguyaze, qui est leur
dire de salut & joye. [Page 23]


_Comment le cappitaine & les gentilz hommes avec vingt cinq hommes bien
armez & en bon ordre, allerent en la ville de Hochelaga & la situacion
dudict lieu_.

Le lendemain au plus matin le cappitaine s'acoustra & feist mettre ses
gens en ordre pour aller veoir la ville & demourant dudict peuple, & une
montaigne qui est jacente en leur dicte ville: ou allerent avec le dict
cappitaine les gentilz hommes & vingt marinyers, & laissa le parsus
pour la garde des barques, & print trois hommes de la dicte ville de
Hochelaga pour les mener & conduyre audict lieu, & nous estans en
chemin, le trouvasmes aussi battu qu'il soit possible, & plus belle
terre & meilleure qu'on scaurait veoir, toute plaine de chesnes aussy
beaulx qu'il ayt en forest de France: Soubz lesquelz estoit toute le
terre couverte de glan. Et nous ayans march environ lieue & demye
trouvasmes sur le chemin, l'un des principaulx seigneurs de la dicte
ville, accompaign de plusieurs personnes: lequel nous feist signe qu'il
se falloit reposer audict lieu pres ung feu qu'ilz avoient faict audict
chemin. Ce que feismes, lors commenca ledict seigneur  faire ung sermon
& preschement, comme cy devant est dict estre leur coustume de faire
joye & congnoissance, en faisant celluy seigneur chere audict cappitaine
& la compaignie, lequel cappitaine luy donna une couple de haches, & une
couple de cousteaulx, avec une croix, qu'il luy feist baiser, & la
luy pendit au col: de quoy rendit graces audict cappitaine. Ce faict
marchasmes plus oultre: & environ demye lieue de l, commencasmes 
trouver les terres laboures & belles grandes champaignes plaines de
bledz de leur terre, qui est comme mil de bresil, aussy gros ou plus que
poix, dequoy vivent ainsi, comme nous faisons de fourment: & au parmy
d'icelles champaignes est situee la ville de Hochelaga, pres & joignant
une montaigne qui est  lentour d'icelle, laboure & fort fertile: de
dessus laquelle on veoit fort loing. Nous nommasmes la dicte montaigne
le mont Royal. La dicte ville est toute ronde, & close de boys  trois
rencqs, en facon d'une piramide, croise par le hault, ayant la renge
du parmy en facon de ligne perpendiculaire: puis renge de boys couchez
de long, bien joinctz & cousus  leur mode: Et est de haulteurs environ
deux lances, n'y a en icelle ville que une porte & entre, qui ferme
 barres. Sur laquelle & en plusieurs endroictz de ladicte [Page 24]
closture, y a manieres de galleries, & eschelles  y monter qui sont
garnis de roches & chaillouz. Pour la garde & deffence d'icelle, il y
a dedans icelle ville, environ cinquante maisons longues d'environ
cinquante pas ou plus chascune, & douze ou quinze pas de larges, &
toutes faictes de boys couvertes & garnyes de grandes escorces
& pelleures desdictz boys aussy large que tables, bien cousus
artificiellement selon leur mode: & par dedans icelles y a plusieurs
estres & chambres: Et au meilleu d'icelles maisons y a une grande place
par terre ou font leur feu, y vivent en communault, puis se retirent
en leur dictes chambres les hommes avecques leurs femmes & enfans.
Pareillement ilz ont grenyers au hault de leurs maisons, ou ilz mettent
leur bled dequoy font leur pain, qu'ilz appellent Carraconny, Et le font
en la sorte cy apres: Ilz ont des pilles de boys comme a piller chanure,
& bastent avec pillons de boys le dict bled en pouldre, puis le massent
en paste, & en font tourteaulx qu'ilz metent sur une pierre large qui
est chaulde, puis le couvrent de cailloudz chauldz. Et ainsi cuysent
leur pain en lieu de four. Ilz fond pareillement force potaiges dudict
bled & de febves et poix, desquelz ilz ont assez & aussy grosses
concombres & aultres fruictz. Ilz ont de grandz vaisseaulx comme thonnes
en leurs maisons ou ilz mettent leur poisson, lequel ilz sechent  la
fume durant l'est & en vivent l'yver: Et de ce font grant amas comme
avons veu par experience. Tout leur vivre est sans aucun goust de sel:
Et couchent sur escorces de boys estandues sur la terre avec meschantes
peaulx de bestes sauvaiges, dequoy font leur vestement & couverture. La
plus precieuse chose qu'ilz ayent en ce monde, est Esurgny, lequel est
blanc comme neif, & le prennent audit fleuve en cornibotz en la maniere
qui ensuyt. Quand ung homme a desservi mort, ou qu'ilz ont prins aucuns
ennemys  la guerre ilz le tuent, puis l'incisent par les fessens,
cuysses, & espaulles  grandes taillades puis au lieu ou est ledict
Esurgny, avallent ledict corps au fond de l'eaue & le laissent dix
ou douze heures, puis le retirent  mont & treuvent dedans lesdictes
taillades & inciseures lesdictz cornibotz, desquelz ilz font manieres
de patenostre, & de ce usent comme nous faisons d'or & d'argent, & le
tiennent la plus precieuse chose du monde. Il a vertu d'estancher le
sang des nazilles: car nous l'avons experiment. Tout cedict peuple ne
s'adonne que  labourage & pescherie pour vivre: Car des biens [Page 25]
de ce monde n'en font compte, parce qu'ilz n'en ont congnoissance, &
qu'ilz ne bougent de leur pais, & ne sont ambulataires comme ceulx de
Canada, & du Saguenay, nonobstant que lesdictz Canadiens leur soyent
subgectz avec huict ou neuf autres peuples, qui sont sur ledict fleuve.


_Comment nous arrivasmes  ladicte ville, & de la reception que nous
y fut faicte, & comme le cappitaine leur feist des presens: & aultres
choses comme sera veu en ce chapitre_.

Apres que feusmes arrivez au pres d'icelle ville, se rendirent au devant
de nous grand nombre des habitans d'icelle, qui  leur facon de faire
nous feirent bon racueil: & par noz guydes & conducteurs feusmes menez
au meilleu d'icelle ville, ou il y a une place entre les maisons,
spacieuse d'ung gect de pierre en carr ou environ: lesquelz nous
feirent signe que nous arrestions audict lieu. Et tout soudain
s'assemblerent les filles et femmes de ladicte ville, dont l'une partye
estoient chargez d'enfans entre les bras, & qui nous vindrent frotter
le visaige, bras & autres endroictz de dessus le corps ou ilz pouvoient
toucher, pleurant de joye de nous veoir, en nous faisant le meilleure
chere qu'il leur estoit possible, nous faisans signes qu'il nous pleust
toucher  leursdictz enfans. Apres lesquelles choses les hommes feirent
retirer les femmes & se assirent sur la terre  lentour de nous, comme
sy eussions voulu jouer un mystere. Et tout soudain revindrent plusieurs
femmes, qui apporterent chascun une natte carre en faon de tapisserie:
Et les estendirent sur la terre au milleu de ladicte place, & nous
feirent mettre sur icelles, Apres lesquelles choses ainsy faictes,
fut apporte par neuf ou dix hommes le Roy et seigneur du pays qu'ils
appellent en leur langaige Agouhanna, lequel estoit assis sur une grande
peau de Cerf, & le vindrent poser dedans ladicte place sur lesdictes
nattes au pres de nostre cappitaine, nous faisant signe que cestoit leur
Roy & seigneur. Cestuy Agouhanna estoit de l'aage environ cinquante ans,
& estoit point myeulx accoustr que les aultres, fors qu'il avoit 
lencontre de sa teste, une maniere de lysiere rouge pour sa couronne,
faicte de poil de Herissons. Et estoit celluy seigneur tout percluz
de ses membres. Apres qu'ilz eust faict son signe de salut audict
cappitaine &  ses gens, leurs faisant signes evidens, qu'ilz feussent
les tres bien venuz: Il montra ses bras & jambes audict [Page 26]
cappitaine, luy faisant signe qu'il luy pleust les toucher: lequel
cappitaine les frota avecques les mains. Et lors ledict Agouhanna print
la lysiere & couronne qu'il avoit sur sa teste, & la donna a nostre
cappitaine. Et tout incontinent furent amenez audict cappitaine
plusieurs malades, comme aveugles, borgnes, boisteulx, impotens, & gens
sy tresvieulx, que les paupieres des yeulx leur pendoyent jusques sur
les joues: les seant & couchant au pres de nostre dict cappitaine, pour
les toucher: Tellement qu'il sembloit que Dieu feust la descendu pour
les guerir.

Notre dict cappitaine voyant la piti & foy de cedict peuple, dist
l'evangile Sainct Jehan: scavoir l'imprincipio, faisant le signe de
la croix sur les povres malades, priant Dieu qu'il leur donnast
congnoissance de nostre saincte foy, & grace de recouvrer chrestient
& baptesme. Puis le dict cappitaine print une paires d'heures & tout
haultement leut de mot  mot la passion de nostre seigneur. Sy que tous
les assistans le peurent ouyr, ou tout ce pauvre peuple feirent une
grand silence & feurent merveilleusement bien entendibles, regardans le
ciel & faisans pareilles cerimonyes qu'ilz nous veoient faire. Apres
laquelle feist le cappitaine renger tous les hommes d'ung coste, les
femmes d'ung autre, & les enfans d'aultre, & donna aux principaulx des
hachotz, es aultres des couteaulx & es femmes des patenostres, & autres
menues besongnes puis gecta parmy la place entre les petis enfans des
petites bagues, & agnus dei d'estain, dequoy menerent une merveilleuse
joye. Ce faict ledict cappitaine commanda sonner les trompettes &
aultres instrumens de musique: desquelz ledict peuple fut fort resjouy.
Apres lesquelles choses nous prinsmes congi d'eulx & nous retirasmes,
voyant ce les femmes se mirent au devant de nous pour nous arrester, &
nous apportoient de leurs vivres, qu'ilz nous avoient apprestez,
Comme poisson, potages, febves & autres choses pour nous cuyder faire
repaistre & disner audict lieu; & pource que leurs vivres n'estoient 
nostre goust, & qu'il n'y avoit aucune saveur, les remerciasmes, leur
faisant signe que n'avions besoing de manger.

Apres que nous feusmes yssuz de ladicte ville, plusieurs hommes & femmes
nous vindrent conduyre sur la montaigne cy devant dicte, qui est par
nous nomme, Mont royal, distant dudict lieu d'ung quart de lieues. Et
nous estans sur icelle montaigne eusmes veue & congnoissance [Page 27]
de plus de trente lieues  lenviron d'icelle: y a vers le Nort, une
renge de montaignes, qui sont Est & Onaist, gisantes, & autant devers
le Su. Entre lesquelles montaignes est la terre la plus belle qu'il
est possible de veoir, unye, plaine, & labourable: & par le meilleu
desdictes terres voyons le dict fleuve oultre le lieu ou estoient
demourees noz barques: auquel va ung sault d'aue le plus impetueulx
qu'il est possible de veoir: lequel ne nous fut possible passer, tant
que l'on povoit regarder grand, large & spacieulx, qui alloit au Sur
Onaist: & passoit aupres de trois belles montaignes rondes, que nous
voyons, & estimyons qu'elles estoient environ quinze lieues de nous: &
nous fut dict & monstre par signes par nosdictz trois hommes du pais
qui nous avoient conduict, qu'il y avoit trois telz saulx d'aue audict
fleuve, comme celuy ou estoient nosdictes barques, mais nous ne peusmes
entendre quelle distance il y avoit entre l'un & l'autre par faulte de
langue: puis nous monstroient par signes que lesdiz saulx passez, l'on
pouvoit naviguer, plus de trois lieues par ledict fleuve. Et oultre nous
monstroient que le long desdictes montaignes estant vers le Nort, y a
une grande riviere, qui descend de l'occident comme ledict fleuve: Nous
estimions que c'est la riviere qui passe par le royaulme du Saguenay, &
sans que leur feissions aucune demande & signes, prindrent la chaine
du sifflet du cappitaine qui estoit d'argent & ung manche de poignard,
lequel estoit de laton jaulne comme or: lequel pendoit au cost de l'ung
de noz compaignons marinyers, & montrerent que cela venoit d'amond
ledict fleuve, & qu'il y a des Agouionda, qui est  dire mauvaises gens:
lesquelz sont armez jusques sur les doigtz, nous monstrant la facon de
leur armeures, qui sont de cordes & de boys, lassez & tissues ensemble,
nous donnant  entendre que lesdictz Agouionda menoient la guerre
continuelle, les ungs contre les autres: mais par deffaulte de langue
ne peusmes avoir congnoissance combien il y avoit jusques audict pays.
Nostre cappitaine leur monstra du cuyvre rouge, qu'ilz appellent
caignetdaze, leur monstrant vers ledict lieu, demandant par signe s'il
venait de l & ilz commencerent  secourre la teste disant que non. Et
monstrerent qu'il venoit du Saguenay, qui est au contraire du precedent:
Apres lesquelles choses ainsi veues & entendues, nous retirasmes  noz
barques, qui ne fut sans avoir conduicte de grand nombre [Page 28]
dudict peuple. Dont partie d'eulx quand veoyent noz gens las, les
chargeoient sur eulx comme sur chevaulx, & les portoient: Et nous
arrivez  nosdictes barques feismes voylle pour retourner  nostre
gallyon, pour doubte qu'il n'eust aucun encombrier. Lequel partement
ne feust sans grand regret dudict peuple: Car tant qu'ilz nous peurent
suyvre aval ledict fleuve, ilz nous suyvirent, & tant feismes que nous
arrivasmes  nostredict gallyon le lundy quatriesme jour d'octobre.

Le Mardy 5e jour dudict moys, nous feismes voylle & appareillasmes avec
nostre dict gallyon & barques pour retourner  la province de Canada au
port de saincte Croix, ou estoient demourez nosdictes navires. Et le 7e
jour nous vinsmes poser le travers d'une rivire qui vient devers le
Nort, sortant audict fleuve:  l'entre de laquelle y a quatre petites
ysles plaines d'arbres: nous nommasmes icelle riviere la riviere de
Fouez. Et pource que l'une d'icelles ysles s'avance audict fleuve, & la
veoit on de loing, feist le cappitaine planter une belle grande croix
sur la poincte d'icelle, & commanda apprester les barques pour aller
avec mare, dedans icelle, pour veoir la nature d'icelle: ce qu'il fut
faict, & nagerent celuy jour amond ladicte riviere. Et parce qu'elle fut
trouve de nulle experience n'y perfonde retournerent & appareillasmes
pour aller aval.


_Comment nous arrivasmes audict hable de saincte Croix, & l'ordre comme
nous trouvasmes noz navires, & comme le seigneur du pays veint veoir
nostre cappitaine, & comme le dict cappitaine l'alla veoir, & partie de
leur coustume en particulier_.

Le lundi unziesme jour d'Octobre nous arrivasmes audict hable saincte
Croix ou estoient noz navires, & trouvasmes que les maistres & mariniers
qui estoient demourez, avoient faict ung fort davant lesdictes navires,
tout cloz de grosses pieces de boys, plantez debout joignans les unes &
autres: & tout  lentour garny d'artillerie, & bien en ordre pour soy
deffendre contre toute la puissance du pais. Et tout incontinent que
le seigneur du pais fut adverty de nostre venue, veint le lendemain
douziesme jour dudict moys, accompaigne de Taignoagny, Dom agaya &
plusieurs autres: lesquelz feirent une merveilleuse feste  nostre
cappitaine, faignans avoir grand joye de nostre venue: lequel leur feist
assez bon racueil, toutes foys qu'ilz ne l'avoient pas desservi. Ledict
Donnacona pria nostre cappitaine de aller le lendemain veoir [Page 29]
Canada, Ce que luy promist le dict cappitaine. Et le lendemain, 13e jour
du dict moys, ledict cappitaine avecques ses gentilz hommes accompaigne
de cinquante compaignons bien en ordre, allerent veoir ledict Donnacona
& son peuple, qui est distant dou estoient lesdictes navires d'une
lieue: & se nomme leur demourance Stadacone, Et nous arrivez audict
lieu, vindrent les habitans au devant de nous loing de leurs maisons
d'ung gect de pierre ou mieulx. Et la se rengerent, & assirent  leur
mode, & facon de faire: les hommes d'une part, & les femmes de l'autre
debout chantant & dansant sans cesse, Et apres qu'ilz s'entre furent
saluez & faict chere les ungs aux aultres, ledict cappitaine donna aux
hommes des cousteaulx & autres choses de peu de valleur, & feist passer
toutes les femmes & filles par devant luy, & leur donna  chascun une
bague d'estain, dequoy remercierent le dict cappitaine, lequel fut par
ledict Donnacona & Taignoagny men veoir leurs maisons, les quelles
estoient bien estaurez de vivres selon leur sorte, pour passer leur
yves, & nous fut par ledict Donnacona monstr les peaulx de cinq testes
d'homme, estandues sur du boys, comme paulx de parchemin. Lequel
Donnacona nous dist que c'estoient des Trudamans devers le Su, que leur
menoient continuellement la guerre, & fut dict qu'il y a eu deux ans
passez que les dictz Trudamans les vindrent assaillir jusques dedans
ledict fleuve,  une ysle qui est le travers du Saguenay, ou ilz
estoient a passer la nuict tendans aller  Honguedo leur mener la
guerre, avec environ deux cens personnes tant hommes femmes qu'enfans.
Lesquelz furent surprins en dormant dedans ung fort, qu'ilz avoient
faict, ou misrent lesdictz Trudamans le feu tout  l'entour & comme ilz
sortoient les tuerent tous reserv cinq qui eschapperent. De laquelle
destrousse se plaignoient encores fort, nous monstrant qu'ilz en
auroient vengeance. Apres lesquelles choses, nous reterasmes  noz
navires.


_De la facon de vivre du peuple de la dicte terre, & de certaines
conditions creance & facon de faire qu'ilz ont_.

Cedict peuple n'a aucune creance de Dieu, car ilz croient a ung qu'ilz
appellent Cudragny, & disent qu'ilz parlent souvent  eulx & leur dict
le temps qu'il doibt faire. Ilz disent aussi quand il se [Page 30]
courouce  eulx, qu'il leur gecte de la terre aux yeulx. Ilz croyent
aussi quand ilz tespassent, qu'ilz vont es estoilles, puis viennent
baissans en lorrizon comme les dictes estoilles. Et s'envont en beaulx
champs, vers plains de beaulx arbres, fleurs & fruictz sumptueux. Apres
qu'ilz nous eurent donn le tout a entendre, nous leur avons remonstr
leur erreur, & dict que leur Cudragny est ung mauvais esperit, qui les
abuse & dict qu'il n'est que ung Dieu, qui est au ciel, lequel nous
donne toutes choses necessaires, & est createur de toutes choses & que
cestuy debvons croire seulement, & qu'il fault estre baptisez, ou aller
en enfer, & leur feust remonstr plusieurs aultres choses de nostre foy.
Ce que facilement ilz ont creu, & appell leur Cudragny, Agouionda,
tellement que plusieurs fois ont pri nostre cappitaine les faire
baptiser, & y sont venuz ledict seigneur Taignoagny, Dom agaya, &
tout le peuple de leur ville pour le cuyder estre: mais par ce que
ne scavions leur intention & couraige, & qu'il n'y avoit qui leur
remonstrant la foy pour lors, feust prins excuse vers eulx. Et dict 
Taignoagny & Dom agaya, qu'ilz leur feissent entendre que retourneryons
ung aultre voyage, & apporterions des prestres & du cresme, leur donnant
a entendre pour excuse, que lon ne peult baptiser sans ledict cresme, Ce
qui croient, par ce que plusieurs enfans ont veu baptiser en Bretaigne.
Et de la promesse que leur fust faicte de retourner furent tresjoyeulx.

Cedict peuple vit en communault de biens assez de la sorte des
Brisilans, & sont vestus de peaulx de bestes sauvaiges, & assez
povrement. L'yver ilz sont chaulsez de chausses & soulliez qu'ilz fond
de peaulx: & l'est vont nudz piedz. Ilz gardent l'ordre de mariage,
fors qu'ilz prennent deux ou trois femmes, & depuis que leur mary est
mort jamais ne se remarient, ains font le dueil de la dicte mort toute
leur vie, & se taignent le visaige de charbon pell, & de gresse espez
comme l'espesseur du doz d'ung cousteau, & a cela congnoist on que elles
sont veuves.

Ilz ont une aultre coustume fort mauvaise de leurs filles, car depuis
qu'elles sont d'aage d'aller  l'homme, elles sont toutes mises en une
maison de bordeau, habandonnes  tout le monde qui en veult, jusques
 ce que elles ayent trouv leur party. Et tout ce avons veu par
experience, car nous avons veu les maisons plaines des dictes filles,
comme est une eschole de garsons en France. Et d'avantaige le hazard
selon leur mode tient esdictes maisons ou ilz jouent tout ce qu'ilz ont
jusques  la couverture de leur nature. [Page 31]

Ilz ne font point de grand travail, & labourent leur terre avec petis
boys, comme de la grandeur d'une demye espe, ou ilz font leur bled,
qu'ilz appellent Osizy. Lequel est gros comme poix, & de ce mesme en
croist assez au bresil. Pareillement ilz on grand quantit de gros
melons, concombres, & courges, poix, & febves, & de toutes couleurs, non
de la sorte des nostres. Ilz ont aussi une herbe de quoy ilz font grand
amastz l'est durand pour l'yver. Laquelle ilz estiment fort & en usent
les homes seulement en facon que ensuit. Ilz la font seicher au soleil,
& la portent  leur col en une petite peau de beste en lieu de sac, avec
ung cornet de pierre ou de boys: puis  toute heure font pouldre de
ladicte herbe, & la mettent en l'ung des boutz dudict cornet, puis
mettent un charbon de feu dessus, & sussent par l'autre bout, tant
qu'ilz s'emplent le corps de fume, tellement qu'elle leur sort par la
bouche, & par les nazilles, comme par ung tuyau et chauldement, & ne
vont jamais sans avoir lesdictes choses. Nous avons esprouv ladicte
fume, apres laquelle avoir mis dedans nostre bouche, semble y avoir
mis de la pouldre de poyvre tant est chaulde. Les femmes dudict pays
travaillent sans comparaison plus que les hommes, tant  la pescherie de
quoy font grand faict, qu'au labeur & aultres choses Et sont tant hommes
femmes qu'enfans plus durs que bestes au froid. Car de la plus grand
froidure que ayons veu, laquelle estoit merveilleuse & aspre venoient
par dessus les glaces & neiges tous les jours  noz navires, la pluspart
d'eulx tous nudz, qui est chose fort a croire qui ne la veu. Ilz
prennent durand lesdictes glaces & neiges, grand quantit de bestes
sauvaiges comme dains, cerfz, hours, lievres, martres, regnardz &
aultres. Ilz mengent leur chair toute creue, apres avoir est seiche
 la fume, & pareillement leur poisson. A ce que nous avons veu & peu
entendre de cedit peuple, me semble qu'il seroit ais  dompter. Dieu
par sa saincte misricorde y vueille mettre son regard. Amen.


_De la grandeur & parfondeur dudict fleuve, & des bestes, oyseaulx,
poissons, & aultres choses que y avons veu, & la situation des lieux_.

Ledict fleuve commence pass l'isle d'assumption le travers des haultes
montaignes de Honguedo & des sept ysles. Et y a de distance en [Page 32]
traverse environ trente cinq ou quarante lieues, & y a au parmy plus de
deux cens brasses de parfond le plus seur a naviguer est du cost devers
le Su & devers le Nort, scavoir es dictes sept ysles y a d'ung cost &
d'aultre environ sept lieues loing desdictes ysles deux grosses rivieres
qui descendent des montz de Saguegnay, lesquelles font plusieurs barcqs
 la mer fort dangereux. A l'entre desdictes rivieres avons veu
plusieurs ballaynes & chevaulz de mer.

Le travers desdictes sept ysles, y a une petite riviere qui va trois ou
quatre lieues  la terre par dessus des marestz: en laquelle y a ung
merveilleux nombre de tous oyseaulx de riviere: depuis le commencement
dudict fleuve jusques  Hochelaga, y a trois cens lieues & plus, & est
le commencement d'icelluy  la riviere qui vient du Saguenay: laquelle
fort dentre haultes montaignes, & entre dedans ledict fleuve au par
avant que arrive  la province de Canada, de la bande devers le Nort,
Et est icelle riviere fort parfonde, estroicte, & fort dangereuse a
naviguer.

Apres ladicte riviere est la province de Canada, ou il y a plusieurs
peuples par villages non cloz. Il y a aussi es environs dudict Canada
dedans le dict fleuve plusieurs ysles tant grandes que petites, & entre
autres en y a une qui contient plus de dix lieues de long: laquelle est
plaine de beaulx arbres & haultz. Et aussi en icelle y a force vignes.
Il y a passaige des deux costez d'icelle. Le meilleur & plus seur est
du cost devers le Su. Et au bort d'icelle ysle vers l'Onaist, y a ung
affoug d'eaues, lequel est fort beau & delectable pour mettre navires,
ou il y a ung destroict dudict fleuve fort courant & parfond: mais il
n'a de long que environ ung tiers de lieue: le travers duquel y a une
terre double de bonne haulteur toute laboure, aussi bonne terre comme
jamais homme veist & la est la ville & demourance de Donnacona, & de
noz deux hommes qui avoient est prins le premier voyage, laquelle
demourance se nomme Stadacone, & auparavant que arriver audict lieu, y a
quatre peuples de demourance, scavoir Araste, Starnatau, Tailla, qui est
sur une montaigne, & Scitadin, puis le dict lieu de Stadacone, soubz
laquelle haulte terre vers le Nort est la riviere & hable de saincte
croix auquel lieu avons est depuis le 15e jour de Septembre, jusques au
6e jour de May. 1536. Auquel lieu les navires demeurent a sec, comme
cy devant est dict pass ledict lieu & la demourance & peuple de
Tequenondahi, qui est sur une montaigne & la ville de Hochelay, Lequel
Hochelay est ung plain pays. [Page 33]

Toute la terre des deux costez dudict fleuve jusques  Hochelaga &
oultre, est aussi belle terre & unye que jamais homme regarda. Il y
a aucunes montaignes assez loing dudict fleuve que on veoit par sus
lesdictes terres, desquelles il descend plusieurs rivieres qui entrent
dedans ledict fleuve. Toute ceste dicte terre est couverte & plaine de
boys de plusieurs sortes & force vignes, except  lentour des peuples,
laquelle ilz on deserte pour faire leur demourance & labour. Il y a
grand nombre de cerfz, dains, hours, & aultres bestes. Il y a force
liepvres, connins, martres, regnardz, loueres, byevres, escureux, ratz,
Lesquelz sont gros  merveilles, & aultres sauvaigiens. Ilz s'acoustrent
des peaulx des bestes, par ce qu'ilz n'ont nulz accoustremens. Il y a
aussi grand nombre d'oyseaulx, scavoir grues, signes, oltardes, oyes
sauvages, blanches, & grises, cannes, cannardz, merles, mauvis,
teurtres, ramiers, chardonneaulx, turnis, serins, linotes, roussignolz,
passes solitaires et autres oyseaulx comme en France. Aussi comme par cy
devant es chapitres precedentz est faicte mention, ledict fleuve est le
plus habondant de poissons & de toutes sortes qu'il soit memoire avoir
jamais veu ny ouy: car depuis le commencement jusques  la fin y
trouverrez selon les saisons la pluspart des sortes & espesses de
poissons de la mer & eaue doulce, vous trouverez jusques audict Canada
force ballaynes, marsouyns, chevaulx de mer, adhothuys qui est une sorte
de poisson duquel jamais n'avyons veu ny ouy parler. Ilz sont gros
comme marsouyns, blancs comme neigne, & ont le corps & la teste comme
lepvriers, lesquelz se tiennent entre la mer & l'eaue doulce qui
commence entre la riviere du Saguenay & Canada.


_Chapitre d'aucuns enseignemens que ceulx du pays nous ont donnez depuis
estre revenuz de Hochelaga_.

Depuis estre revenuz de Hochelaga avec le gallyon, & les barques, avons
convers all & venu avec les peuples plus prochains de noz navires en
doulceur & amity, fors que parfors avyons quelques differendz avec
aucuns mauvais garsons, dont les aultres estoient fort marris &
couroucez, & avons entendu par le seigneur Donnacona & aultres, que la
riviere devant dicte est nomme la riviere du Saguenay, & va jusques
audict Saguenay, qui est plus loing du commencement de plus [Page 34]
d'une lieue de chemin ver l'Onaist, Noronaist, & que passe huict ou neuf
journes, elle n'est plus parfonde que par basteaulx: mais que le droict
& bon chemin dudict Saguenay est par le fleuve jusques  Hochelaga, a
une riviere qui descend dudict Saguenay, & entre audict fleuve, & que de
la sont une lieue a y aller, & nous on faict entendre que les gens sont
vestuz & habillez comme nous, & de draps, & qu'il y a force villes &
peuples, & bonnes gens & qu'ilz ont grand quantit d'or & cuyvre rouge,
& que le tout de la terre depuis ladicte premiere riviere jusques 
Hochelaga & Saguenay, est une ysle, laquelle est circuite & environne
dudict fleuve, & de rivieres. Et que pass ledict Saguenay va ladicte
riviere entrent en deux ou trois grandz lacz d'eaue, puis que on trouve
une mer doulce, de laquelle n'est mention avoir veu le bout, a ce qu'ilz
ont oy par ceux du Saguenay: car il nous ont dict ny avoir est, oultre
nous ont donn a entendre que au lieu ou nous avions laiss nostre
gallyon quand feusmes a Hochelaga, y a une riviere qui va vers le
Suronaist, ou semblablement sont une lune a aller jusques a une terre
o il y a jamais glaces, ny neiges, mais que en ceste dicte terre y a
guerres continuelles les ungs avec les aultres. Et que en icelle terre y
a oranges, almandes, noix, pommes & aultres sortes de fruictz & en grand
habondance. Et nous ont dict les hommes & femmes d'icelle terre estre
vestuz & accoustrez de peaulx comme eulx. Apres leur avoir demand s'il
y avoit de l'or & cuyvre, nous ont dict que non. L'estime  leur dire
ledict lieu estre vers la floride,  ce qu'ilz monstrent par leurs
signes & marches.


_D'une grosse maladie qui a est au peuple de Stadacone, de laquelle
pour les avoir frequentez en avons est imbouez, tellement qu'il es mort
de noz gens jusques au nombre de vingt cinq_.

Au moys de Decembre feusmes advertis que la mortalit s'estoit mise
au peuple de Stadacone, tellement que ja en estoient mors par leur
confession plus de cinquante. Au moyen de quoy leur deffendismes nostre
fort, & ne venir entour nous: mais nonobstant les avoir chassez commenca
la maladie entour nous d'une merveilleuse sorte, & la plus incongneue:
car les ungs perdoient la substance, & de leur devenoient les [Page 35]
jambes grosses & enflez & les nerfz retirez & noirciz comme charbon, &
 aucuns toutes fermes de gouttes de sang comme pourpre: puis montoit
ladicte maladie aux hanches, cuisses & espaulles, aux bras & au col. Et
a tout venoit la bouche si infecte & pourrye par les gensyves, que tout
la chair en tumboit jusques  la racine des dentz, lesquelles tumboient
pres que toute. Et tellement se esprit la dicte maladie  noz trois
navires, que  la my Febvrier de cent dix hommes que nous estions il n'y
en avoit pas dix sains, en sorte que l'ung ne pouvoit secourir l'aultre
qui estoit chose piteuse  veoir, consider le lieu ou nous estions. Car
les gens du pays venoient tous le jours devant nostre fort, qui peu de
gens veoyent, & ja y en avoit huict de mors & plus de cinquante, en qui
on ne esperoit plus de vie.

Nostre cappitaine voyant la piti & maladie ainsi esmeue, feist mettre
le monde en prieres & oraisons & feist porter ung ymage en remembrance
de la Vierge Marie contre ung arbre distant de nostre fort d'ung traict
d'arc les travers des neiges & glaces. Et ordonna que le dimenche
en suyvant l'on diroit audict lieu la messe. Et que tous ceulx qui
pourroient cheminer tant sains que malades yroient  la procession
chantant les sept pseaulmes de David avec la letanie, en priant ladicte
vierge qu'il luy pleust prier son cher enfant qu'il eust piti de nous.
La messe dicte & celebre devant ledict ymage, se feist le cappitaine
pelerin  nostre dame de Roquemado promettant y aller si Dieu luy
donnoit grace de retourner en France. Celuy jour trespassa Philippes
Rougemont natif d'Amboise, de l'aage de environ vingt deux ans.

Et pour ce que la maladie nous estoit incongneue, feist le cappitaine
ouvrir le corps pour veoir si aurions congnoissance d'icelle pour
preserver si possible estoit, le persus. Et feust trouv qu'il avoit
le coeur blanc & fletry environ de plus d'ung pot d'eaue rousse comme
dacte, le foye beau, mais avoit le poulmon tout noircy et mortifi &
s'estoit retir tout son sang au dessus de son coeur. Car quand il fut
ouvert sortist au dessus du coeur grand habondance de sang noir infect.
Pareillement avoit la ratte par devers l'eschine ung peu entame environ
deux doidz comme si elle euct est frote sur une pierre rude. Apres
cela veu, luy feust ouverte & incise une cuisse, laquelle estoit fort
noyre par dehors, mais dedans la chair fut trouve assez belle. Ce
faict, fut inhum  mieulx que lon peust. Dieu par sa saincte grace
pardonne  son me, &  tous trespassez, Amen. [Page 36]

Et depuis de jour en aultre s'est tellement continue ladicte maladie,
que telle heure a este, que par tous les trois navires ny avoit pas
trois hommes sains, de sorte qu'en l'ung desdictz navires n'y avoit
homme qui eust peu descendre soubz le tillac pour tirer  boire,
tant pour luy que pour son compaignon. Et pour l'heure y en avoit ja
plusieurs de mortz. Lesquelz il nous convint mettre par par foiblesse
soubz les neiges: car il ne nous estoit possible de povoir pour lors
ouvrir la terre qui estoit gelle tant estions foibles, & avyons peu de
puissance. Et si estions en une crainte merveilleuse des gens du pays
qu'ilz ne se apperceussent de nostre piti & foiblesse. Et pour couvrir
ladicte maladie lors qu'ilz venoient pres nostre fort nostre cappitaine
que Dieu a tousjours preserv, debout sortoit au devant d'eulx avec deux
ou trois hommes, tant sains que malades. Lesquelz faisoit sortir apres
luy. Et lors qu'il les voyoit hors du fort, faisoit semblant les vouloir
battre en criant & leur gectant bastons apres eulx, les envoyant  bort
monstrant par signes esdictz sauvages qu'il faisoit besongner tous ses
gens dedans les navires les ungs  gallefestrer, les aultres  faire
du pain & aultres besongnes, & qu'il ne estroit pas bon qu'ilz vinsent
donner de hors. Ce qu'ilz croyent, & faisoit ledict cappitaine battre &
mener bruict esdictz malades dedans les navires avec bastons & caillousz
faignans callefestrer. Et pour lors estions si esprins de ladicte
maladie que avions quasi perdu l'esperance de jamais retourner en France
si Dieu par sa bont infinie & misericorde ne nous eust regard en
piti & donn congnoissance d'ung remede contre toutes maladies le plus
excellent qui fut jamais veu ny trouv sur la terre, ainsi qu'il sera
faict mention en ce chapitre.


_Le nombre de temps que nous avons est au hable saincte Croix & places
dedans les glaces & neiges, & le nombre de gens decedez depuis le
commencement de la maladie jusques  la my Mars_.

Depuis la my Novembre jusques au quinziesme jour d'Apvril, avons est
continuellement enfermez dedans les glaces, lesquelles avoient plus de
deux brasses d'espesseur. Et dessus la terre avoit la haulteur [Page 37]
de quatre piedz de neiges & plus, tellement qu'elle estoit plus haultes
que les bortz de noz navires: lesquels les ont dur jusques audict
temps, en sorte que nos breuvages estoient tous gellez dedans les
fustailles, Et par dedans nosdictes navires tant de bas que de hault,
estoit la glace contre les bortz a quatre doigtz d'espesseur. Et estoit
tout le dict fleuve, par autant que l'eaue doulce en contenoit jusques
au dessus dudict Hochelaga gell: durant lequel temps nous deceda
jusques au nombre de vingt cinq personnes des principaulx & bons
compaignons que nous eussions: Et pour l'heure y en avoit plus de
cinquante, en qui on esperoit plus de vie & le parsus tous malades
que nul n'en estoit exempt except trois ou quatre: Mais dieu par sa
saincte grace nous regarda en piti: & nous envoya la congnoissance
& remede de nostre guarison & sant de la sorte & maniere qu'il sera
devis en ce chapitre.

_Comment par la grace de dieu nous eusmes congnoissance de la sorte
d'ung arbre, par lequel nous avons est guariz apres avoir us dudict
arbre, & la facon d'en user_.

Ung jour nostre cappitaine voyant la maladie si esmeue & ses gens si
fort esprins d'icelle, estant sorty dehors du fort, Et soy promenant sur
la glace, apperceust venir une bende de gens de Stadacone, en laquelle
estoit Dom agaya, lequel le cappitaine avoit veu dix ou douze jours
auparavant fort malade de ladicte maladie que avoient ses gens. Car il
avoit l'une des jambes par le genoul aussy grosse qu'ung enfant de deux
ans. Et tout les nerfz d'icelle retirez: les dentz perdues & gastees, &
les gensives pourries & infectes.

Le cappitaine voyant ledict Dom agaya sain & deliber feust joyeulx
esperant par luy scavoir comme il estoit guary: Affin de donner ordre
& secours  ses gens. Lors qu'ilz furent arrivez pres le fort, le
cappitaine luy demanda comme il s'estoit guary de sa maladie: lequel Dom
agaya respondit qu'il avoit le jus & le marcq des fueilles d'ung arbre
dont il s'estoit guary, & que c'estoit le singulier remede pour maladie.
Ledict cappitaine luy demanda s'il y en avoit point la entour, & qu'il
luy en monstrast pour guarir son serviteur qui avoit prins ladicte
maladie audict Canada, durant qu'il demouroit avec Donnacona, [Page 38]
ne luy voulant declarer le nombre des compaignons qui estoient malades.
Lors ledict Dom Agaya envoya deux femmes pour en querir: lesquelles en
apporterent neuf ou dix rameaulx, & nous monstrerent comme il failloit
peller l'escorce & les fueilles dudict boys, & mettre tout boullir en
eau, puis en boire de deux jours l'un, & mettre le marcq sur les jambes
enflees & malades, & que de toute maladie ledict arbre guerissoit, ilz
appellent ledict arbre en leur langaige Ameda.

Tost apres le cappitaine feist faire du breuvage pour faire boire es
malades, desquelz n'y avoit nul d'eulx qui voulsist essayer ledict
bruvage, synon ung ou deux qui se misrent en adventure d'icelluy
assayer. Tout incontinent qu'ilz en eurent beu, ilz eurent l'advantage
qui se trouva estre ung vray & evident myracle. Car de toutes maladies
dequoy ilz estoient entachez, apres en avoir beu deux ou trois foys,
recouvrerent sant & guarison: Tellement que tel y avoit desdictz
compaignons qui avoit la grosse verolle cinq ou six ans au parvant
ladicte maladie: a est par icelle medecine cur nectement. Apres ce
avoir veu & congneu, y a eu telle presse ladicte medecine, que on si
vouloit tuer,  qui premier en auroit. De sorte que ung arbre aussi
gros & aussi grand que chesne qui soit en France, a est employ en
six jours: lequel a faict telle operation, que si tous les medecins
de Louvain & de Montpellyer y eussent est avec toutes les drogues de
Alexandrie, ilz n'en eussent pas tant faict en ung an, que le dict arbre
a faict en six jours: Car il nous a tellement proffite, que tous ceulx
qui ont voullu user, on recouvert sant & guarison la grace  dieu.


_Comment le seigneur Donacona accompaign de Taignoagny & plusieurs
aultres faignans aller a la chasse aux Cerf & aux Dains, furent deux
moys sans retourner. Et  leur retour amenerent grand nombre de gens que
n'avions accoustum de veoir_.

Durant le temps que la maladie & mortalit regnoit en noz navires, se
partirent Donnacona, Taignoagny, & plusieurs autres, faignans aller
prendre des Cerfz & Dains: Lesquelz ilz nomment en leur langaige
Aiounesta & Asquenoudo, parce que les neiges estoient & que les glaces
estoient ja rompues dedans le cours du fleuve, tellement qu'ilz
pouvoient naviguer par icelluy. Et nous fut par Dom Agaya [Page 39]
& aultres dict, qu'ilz ne seroient que environ quinze jours, ce que
croyons, mais furent deux moys sans retourner. Au moyen dequoy eusmes
suspicion qu'ilz ne feussent aller amasser grand nombre de gens
pour nous faire desplaisir, parce qu'ilz nous veoient si affoibliz,
nonobstant que avions mys si bon ordre  nostre faict, que si toute la
puissance de leur terre y eust est, ilz eussent sceu faire autre chose
que nous regarder. Et pendent le temps qu'ilz estoient dehors, venoient
tous les jours force gens a noz navires, comme ilz avoyent de coustume,
nous apportant de la chair fresche de Cerfz & Dains, poissons fraiz
de toutes sortes: Lesquelz ilz nous vendoient fort cher, ou autrement
myeulx aymoient l'emporter, parce qu'ilz avoyent necessit de vivres
pour lors, a cause de l'yver qui avoit est long.


_Comment Donnacona revint  Stadacone avec grand nombre de gens & feist
ledict Donnacona du malade de peur de venir veoir le cappitaine, cuydant
que ledict cappitaine allast vers luy_.

Le vingt & ungiesme jour dudict moys d'Avril, Dom Agaya vint  bort
accompagn de plusieurs gens lesquelz estoient beaulx & puissans.
Et n'avions accoustum de les veoir: lesquelz dient que le seigneur
Donnacona feroit le lendemain venu: & qu'il apporteroit force cher de
cerfz & autre venaison. Et le lendemain vingt deuxiesme jour dudict moys,
vint le dict Donnacona, lequel admena en sa compaignie grand nombre de
gens audict Stadacone, ne scavions  quelle occasion, n'y pourquoy: mais
on dict  ung proverbe, qui de tout se garde de aucuns eschappe. Ce que
nous estoit de necessit; Car nous estions si affoibliz tant de maladie
que de gens mors, qu'il nous a fallu laisser ung de noz navires audict
lieu de saincte Croix. Le cappitaine estant adverty de leur venue, &
qu'ilz avoient admen tant de gens: & aussy que Dom Agaya le vint dire
au cappitaine, sans vouloir passer la riviere qui seroit entre nous
& ledict stadacon: ains feist difficult de passer, Ce que n'avoit
acoustum de faire, qui nous donna doubte de trahison. Voyant ce, le
cappitaine envoya son serviteur accompaign de Jehan poullet, lesquelz
estoient plus que nulz aultres aymez dudict peuple du pais, pour veoir
que estoit audict lieu,& qu'ilz faisoient, faignans les dictz [Page 40]
poullet & serviteur estre aller veoir ledict Donnacona, parce qu'ilz
avoient est longuement avec luy  leur ville lesquelz luy porterent
aucun petit present. Et lors que ledict Donnacona fut adverty de leur
venue, feist le malade & se couche: Apres allerent en la maison de
Taignoagny pour le veoir, ou par tout trouverent les maisons si plaines
de gens, que on si povoit remuer: lesquelz on n'avoit accoustum de
veoir, & ne voulut permettre ledict Taignoagny que ledict serviteur
allast es aultres maisons; ains les convoya vers les navires la moyti
du chemin, & leur dict que si le cappitaine luy vouloit faire ce plaisir
de prendre ung seigneur du pays nomm Agouanna, lequel luy avoit faict
desplaisir, & l'emmener en France qu'il seroit tenu  luy: Et feroit
tout ce que vouldroit ledit cappitaine, & que ledict serviteur
retournast le lendemain dire la responce.

Quand le cappitaine fut adverty du grand nombre de gens qui estoyent
audict lieu, ne scavoit  quelle fin, se deslibera leur jouer finesse.
Et prendre leur seigneur Taignoagny, Dom Agaya & des principaulx. Aussi
qu'il estoit bien desliber de mener le dict seigneur en France pour
compter & dire au Roy ce qu'il avoit veu es pais Accidentaulx, des
merveilles du monde. Car il nous a certiffi avoir est  la terre de
Saguenay, en laquelle y a infini or, rubis & aultres richesses. Et y
sont les hommes blancs comme en France & accoutrez de dras de laynes.
Plus dict avoir veu autre pays, ou les gens ne mengent poinct & ne ont
point de fondement, & ne digerent point ains font seulement eaue par la
verge. Plus dict avoir est en autre pais de Picquemyans & autres
pais, ou les gens n'ont que une jambe. Et autres merveilles longues 
racompter. Ledict seigneur est homme ancien, & ne cessa jamais d'aller
par pais, depuis sa congnoissance, tant par fleuves, rivieres que par
terre.

Apres que lesdictz Poullet & serviteur eurent fait leur message, & dist
au cappitaine ce que ledict Taignoagny lui mandoit, renvoya ledict
cappitaine son dict serviteur le lendemain dire audict Taignoagny qu'il
le vint veoir, & luy dire ce qu'il vouloit, & qu'il lui feroit bonne
chere & partie de son vouloir. Ledict Taignoagny luy manda qu'il
viendroit le lendemain, & qu'il admeneroit le seigneur Donnacona & celuy
qui luy avoit faict desplaisir, ce que ne feist: Ains fut deux jours
sans venir, pendant lequel temps ne veint personne es navires dudict
Stadacone comme avoient de coustume, mais nous fuyoient comme [Page 41]
si les eussions voulu tuer. Lors apperceusmes leur mauvaisti, Et parce
qu'ilz furent advertiz que ceulx de Sicadin alloient & venoient entour
nous, & que leur avions habandonn le fond du navire que laissions pour
avoir les viel cloud, vindrent dudict Stadacon le tiers jour ensuyvant
de l'autre bort de la riviere, & passerent la plus grand partie d'eulx
en petis basteaulx sans difficult: mais ledict Donnacona n'y voulut
passer. Et furent Taignoagny & Dom Agaya plus d'une heure  parlementer
ensemble, avant que vouloir passer. En fin ilz passerent & vindrent
parler audict cappitaine, & pria ledict Taignoagny ledict cappitaine
vouloir prendre & emmener ledict homme en France. Ce que reffusa ledict
cappitaine: disant que le Roy son maistre luy avoit deffendu de non
emmener homme ni femme en France: mais bien deux ou trois petis enfans
pour apprendre le langaige, mais que voluntiers l'emmeneroit en terre
neufve, & qu'il le mettroit en une ysle. Ces parolles disoit ledict
cappitaine pour les asseurer, & acelle fin d'amener ledict seigneur
Donnacona, lequel estoit demeur dela l'eaue desquelles parolles fut
fort joyeulx ledict Taignoagny, esperant ne retourner jamais en France,
& promist audict cappitaine de retourner le lendemain qui estoit le jour
saincte Croix, & admener ledict seigneur Donnacona & tout le peuple
dudict lieu.


_Comment le jour saincte Croix, le cappitaine feist planter une croix
dedans nostre fort, & comment ledict seigneur Donnacona, Taignoagny, Dom
Agaya & leur bende vindrent, & de la prinse dudict seigneur_.

Le troisiesme jour de May, jour & feste saincte Croix, pour la
solempnit de la feste: le cappitaine feist planter une belle croix de
la haulteur d'environ trente cinq piedz, soubz le croisillon de laquelle
y avoit ung escusson en bosse des armes de France: & sur icelluy estoit
escript en lettre attique _Franciscus primus Dei gratia Francorum
rex regnat_. Et celluy jour environ mydi vindrent plusieurs gens de
Stadacone, tant hommes, femmes, que enfans, qui nous dirent que leur
seigneur Donnacona, Taignoagny, Dom Agaya et aultres qui estoient en sa
compaignie venoient, dequoy feusmes joyeulx, esperant nous en [Page 42]
saisir: lesquelz vindrent environ deux heures apres mydi. Et lors qu'ilz
furent arrivez devant noz navires, nostre cappitaine alla saluer ledict
seigneur Donnacona, le quel pareillement luy feist grande chere, mais
avoit tousjours l'oeil au boys, et une craincte merveilleuse. Tost
apres arriva Taignoagny, lequel deist audict seigneur Donnacona, qu'il
n'entrast point dedans le fort. Lors fut par l'ung de leurs gens,
apport du feu hors du fort, & allum par ledict seigneur. Nostre
cappitaine le pria de venir boyre & manger dedans les navires, comme
avoit de coustume. Et semblablement en prya ledict Taignoagny, lequel
dist que tantost il entreroit: Ce qu'ilz feirent & entrerent dedans
ledict fort: Mais au paravant avoit est notre cappitaine adverty par
Dom Agaya, que ledict Taignoagny avoit mal parl & qu'il avoit dict au
seigneur Donnacona qu'il n'entrast point dedans les navires. Notre dict
cappitaine voyant ce, sortist hors du parc ou il estoit, & veit que les
femmes s'en fuyoient par l'advertissement dudict Taignoagny: & qu'il ne
demouroit que les hommes: les quelz estoient en grand nombre. Et lors
commanda ledict cappitaine  ses gens prendre ledict seigneur Donnacona,
Taignoagny, Dom Agaya, & de deux autres des principaulx qu'il monstra,
puis que on feist retirer les autres. Tost apres ledict seigneur entra
dedans le fort avec le dict cappitaine: mais tout soudain ledict
Taignoagny veint pour le faire sortir. Nostre cappitaine voyant qu'il
n'y avoit autre ordre, se print  cryer que on les print: Auquel cry
sortirent les gens dudict cappitaine: lesquelz prinsdrent ledict
seigneur & ceulx que l'on avoit desliber prendre. Lesdictz Canadians
voyant la prinse, commencerent  fuyr & courir, comme brebis devant le
loup: les ungs le travers la rivire, les autres parmy le boys serchant
chascun son advantage. Ladicte prinse faicte des dessusdictz & que les
autres se furent retirez, furent mys en seure garde.


_Comment les Canadians vindrent la nuict devant les navires, sercher
leurs gens: durant laquelle ilz hurloyent & cryoient comme Loups, & le
parlement & conclusion qu'ilz feirent le lendemain, & des presens qu'ilz
feirent  nostre cappitaine_.

La nuict veneue vindrent devant noz navires, la riviere entre deux grand
nombre du peuple dudict Donnacona huchant & hurlant toute la [Page 43]
nuict comme Loups cryant sans cesse: Agouhanna pensent parler  luy, ce
que ne permist le cappitaine pour l'heure, n'y lendemain jusques environ
mydi: parquoy nous faisoient signe que les avions tuez & penduz. Et
environ l'heure de mydi: retournerent de rechef en aussi grand nombre
qu'avions vu de voyage pour ung coup: eulx tenans cachez dedans le boys,
fors aucuns d'eulx qui cryoient & appelloient  haulte voix ledict
Donnacona. Lors commanda le cappitaine faire monter ledict Donnacona
hault pour parler a eulx. Et luy dist le cappitaine qu'il feist bonne
chere, & que apres avoir parl au Roy de France & compt ce qu'il avoit
veu au Saguenay & aultres qu'il reviendroit dedans dix ou douze lunes:
& que le Roy luy feroit ung grand present: de quoy feust fort joyeulx
ledict Donnacona, & le dist es autres en parlant  eulx lesquelz en
feirent trois merveilleux crys, en signe de joye. Et  l'heure
feirent ledict peuple & Donnacona entre eulx plusieurs predications &
preschemens: lesquelz il n'est possible d'entendre par faulte de langue:
nostre cappitaine dist audict donnacona qu'ilz vissent seurement de
l'autre bort pour mieulx parler ensemble, & qu'il les asseuroit, ce
que leur dist ledict Donnacona: & sur ce vindrent une barque des
principaulx  bort desdictes navires. Lesquelz de rechief commencerent
plusieurs preschemens, donnant louange audict cappitaine; & luy feirent
present de vingt quatre colliers de Esurgny, qui est la plus grand
richesse qu'ilz ayent en ce monde: Car ilz l'estiment plus que or &
argent. Apres qu'ilz eurent assez parlement & devise les ungs avec les
aultres, & veu qu'il n'y avoit remede audict seigneur d'eschapper &
qu'il failloit qu'il veint en France, Il commanda que on luy apportast
le lendemain vivres pour menger par la mer. Nostre cappitaine feist
present audict Donnacona de deux paisles d'arain & de huict hachotz, &
autres menues besongnes comme cousteaulx, & patenostres. Dequoy fut fort
joyeulx en sou semblant: Et les envoya ledict cappitaine  ceulx qui
estoyent venuz parler audict Donnacona, aucuns petis presens; Dequoy
remercierent fort ledict cappitaine. A tant se retyrerent & s'en
allerent  leurs logis. [Page 44]


_Comment le lendemain cinquiesme jour de May, ledict peuple retourna
parler  leur seigneur, & comment il veint quatre femmes  bort luy
apporter des vivres_.

Le cinquiesme jour dudict moys au plus matin, ledict peuple retourna
en grand nombre, pour parler  leur seigneur, & envoyerent une barque,
qu'ilz appellent en leur langaige Casnouy, en laquelle ilz estoient
quatre femmes, sans y avoir aucuns hommes, pour doubte qu'ilz avoient
qu'on ne les retint: lesquelles apporterent force vivres, scavoir gros
mil (qui est le bled duquel ilz vivent) chair, poisson, & aultres
provisions  leur mode. Lesquelles estre arrivees es navires, le
cappitaine leur feist bon recueil, & pria Donnacona audict cappitaine
qu'il dist ausdictes femmes, que dedans douze lunes il retourneroit, &
qu'il admeneroit ledict Donnacona a Canada: Ce disoit  celle fin de les
contenter: Ce que feist ledict cappitaine, dont lesdictes femmes feirent
grand semblant de joye, en montrant par signes & parolles audict
cappitaine, mais qu'il retournast & admenast ledict Donnacona qu'ilz
lui feroient plusieurs presens. Lors chascune dicelles donna audict
cappitaine ung collier desurgny, puis s'en allerent de l'autre bort de
la riviere ou estoit le peuple dudict Stadacone, & se retirerent prenant
congi dudict seigneur.

Le samedy sixiesme jour dudict moys, nous appareillasmes du havre
saincte Croix, & vinsmes  l'ysle es Couldres, ou avons est jusques au
seziesme dudict moys, laissant amortir les eaues, lesquelles estoient
trop courantes & dangereuses pour avaller ledict fleuve; et attendans
bon temps. Pendent lequel temps vindrent plusieurs barques des peuples
subjectz audict Donnacona lesquelz venoient de la riviere du Saguenay:
Et lors que par Dom Agaya furent advertiz de la prinse de eulx, &
la facon & maniere comme on menoit Donnacona en France, furent bien
estonnez mais ne laisserent  venir le long des navires, parler audict
Donnacona, qui leur dist que dedans douze lunes il retourneroit, & qu'il
avoit bon traictement avec le cappitaine & compaignons, dequoy  une
voix remercierent ledict cappitaine, & donnerent audict Donnacona trois
pacquetz de peaulx de byevres & loups marins avec un grand cousteau
de cuyvre rouge, qui vient du Saguenay & autres choses. Semblablement
donnerent audict cappitaine ung collier Desurgny, pour  [Page 45]
lesquelz presens leur feist ledict cappitaine donner dix ou douze
hachotz, desquelz furent fort contens & joyeulx, & en remercierent
ledict cappitaine.

Le lendemain, 16e jour dudict moys de May nous appareillasmes de ladicte
ysle es couldres, & veinsmes poser a une ysle qui est a environ quinze
lieues de ladicte ysle es couldres, laquelle est grande d'environ
cinq lieues de long, & la passasmes celluy jour pour passer la nuict,
esperant le lendemain passer les dangier du Saguenay, lesquelz sont
grandz. Le soir feusmes  ladicte ysle, ou trouvasmes grand nombre de
lievres, desquelz eusmes quantit: & par ce la nommasmes l'ysle es
lievres. Et la nuict le vent vint contraire & en tourmente tellement
qu'il convint relacher  l'isle es couldres dont estions partis, par
ce qu'il n'y avoit autre passage entre lesdictes ysles. Et y feusmes
jusques au 21 dudict moys que le vent vint bon, & tant feismes par noz
journes que passasmes jusques a Honguedo, lequel passage n'avoit par cy
devant est descouvert. Et feismes courir le travers du Cap de Prato,
qui est le commencement de l'abbaye de Challeur. Et pource que le vent
estoit bon & convenable, feismes porter le jour & la nuict. Et le
lendemain veismes querir au corps l'ysle de Bryon. Ce que ne voulions
faire pour l'abbreg de nostre chemin: Et sont les deux terres gisantes
Suest & Noronaist ung quart de l'Est & de l'Onest. Et y a entre eulx 50
lieues. Ladicte ysle est en. 47 degrez demye de latitude. Le jeudi 26e
jour dudict moys, jour & feste de l'ascention nostre Seigneur, nous
traversasmes  une terre & sablon de basses araynes, qui demeurent au
Suronaist de ladicte Ysle de Bryon environ huict lieues. Par dessus
lesquelles y a de grosses terres plaines d'arbres, & y a une mer enclose
dont n'avons veu aucune entre ny ouverture pour entrer en icelle. Et le
vendredy. 27. par ce que le vent changeoit  la coste, retournasmes 
ladicte ysle de Bryon, ou feusmes jusques au premier jour de Juing, &
vinsmes querir une terre haulte qui demeure au Suest de ladicte ysle,
qui nous apparoissoit estre une ysle, & la rengeasmes environ deux
lieues & demye, faisant lequel chemin eusmes congnoissance de trois
haultes ysles qui demeurent vers les Araynes. Apres lesquelles choses
congneues, retournasmes au cap de ladicte terre qui se faict  deux
ou trois caps haultz  merveilles & grand parfond d'eaue & la mare si
courante, qu'il n'est possible de plus. [Page 46]

Nous arrivasmes celluy jour au cap de Lorraine, que est environ 46
degrez demye au Su, duquel cap y a une basse terre & semblant d'entre
de riviere: mais il n'y a hable que vaille. Parsus lesquelles terres
vers le Su, veismes ung aultre cap de terre que nous nommasmes le cap de
Sainct Paul, qui est environ 47 degrez ung quart. Le dimenche 4e jour
dudict moys, jour & feste de la Pentecouste, eusmes congnoissance de la
coste Dest Suest de terre neufve, qui estoit  environ vingt deux lieues
du cap, & pource que le vent estoit contraire, feusmes a ung hable
que nous nommasmes le hable de sainct esperit, jusques au mardi que
appareillasmes dudict hable, & rengeasmes ladicte coste jusques aux
ysles Sainct Pierre, lequel chemin faisant trouvasmes le long de ladicte
coste plusieurs ysles & basses fort dangereuses estans en la routte
Dest, Suest & Onaist, Noronaist  une, vingt trois lieues  la mer. Nous
feusmes esdictes ysles sainct Pierre, ou trouvasmes plusieurs navires,
tant de France que de Bretaigne, depuis le jour Sainct Barnab unziesme
jour de Juing, jusques au 16e jour dudict moys, que appareillasmes, des
dictes ysles Sainct Pierre & vinsmes au Cap de Raze & entrasmes dedans
ung hable nomme Rougnoze, ou prinsmes eaues & boys pour traverser la mer
& la laissasmes l'une de noz barques & appareillasmes dudict hable le
lundi 19e jour dudict moys. Et avec bon temps avons navigu par la mer,
tellement que le 6e jour de Juillet 1536 sommes arrivez au hable de
Sainct Malo la grace du createur. Lequel prions faisant fin  nostre
navigation, nous donner sa grace, & paradis  la fin. Amen.


_Ensuyt le langage des pays & Royaulmes de Hochelaga & Canada,
aultrement appelle par nous la nouvelle France_.

  _Premier leur nombre de compter_.

  Segada	1
  Tigneny	2
  Asche		3
  Honnacon	4
  Ouiscon	5
  Indahir	6
  Ayaga		7
  Addegue	8
  Madellon	9
  Assem		10

  _Ensuit les noms des parties du corps de l'homme_

  La teste	           Aggourzy [Page 47]
  Le frons                 Herguenyascon
  Les yeulx                Hegata
  Les oreilles             Ahontascon
  La bouche                Escahe
  Les dentz                Esgougay
  La langue                Osvache
  La gorge                 Agouhon
  Le menton                Hebehin
  Le visaige               Hogouascon
  Les cheveulx             Aganiscion
  Les braz                 Ajayascon
  Les esselles             Hetnanda
  Les coustez              Aissonne
  L'estomach               Aggruascon
  Le ventre                Eschehenda
  Les cuisses              Hetnegradascon
  Le genouil               Agochinegodasion
  Les jambes               Agouguenehonde
  Les piedz                Onchidascon
  Les mainz                Aignoascon
  Les doidz                Agenoga
  Les ongles               Agedascon
  Le vit                   Aynoascon
  Ung con                  Chastaigne
  Ung homme                Aguehan
  Une femme                Agrueste
  Ung garson               Addegesta
  Une fille                Agnyaquesta
  Ung petit enfant         Exiasta
  Une robbe                Cabata
  Ung propoinct            Coioza
  Des chausses             Henondoua
  Des soullyers            Atha
  Des chemises             Anigoua
  Ung bonnet               Castrua
  Ilz appellent leur bled  Osizy
  Pain                     Carraconny
  Eaue                     Ame
  Chair                    Quahouascon
  Poisson                  Queion
  Prunes                   Honnesta
  Figues                   Absconda
  Raisins                  Ozaba
  Noix                     Quaheya
  Une poulle               Sahomgahoa
  Une lamproye             Zysto
  Ung saulmon              Ondaccon
  Une ballaine             Ainnehonne
  Une anguille             Esgneny
  Ung escureul             Caiognem
  Une couleuvre            Undeguezy
  Des tortues              Heuleuxime
  Ilz appellent le boys    Conda
  Feuilles de boys         Hoga
  Ilz appellent leur dieu  Cudragny
  Donnez moy a boyre       Quazahoa quea [Page 48]
  Donnez moy a desjuner	   Quazahoa quascahoa
  Donnez moy a souper 	   Quazahoa quatsream
  Allons nous coucher  	   Casigno Agnydahoa
  Bon jour 		         Aignaz
  Allons jouer 		   Casigno Caudy
  Venez parler a moy  	   Asigni quaddadia
  Regardez moy        	   Quatgathoma
  Taisez vous		   Aista
  Allons au basteau   	   Quafigno Casnouy
  Donnez moy ung cousteau  Quazahoa agoheda
  Ung hachot		   Addogne
  Ung harc   		   Ahena
  Ung fleche   		   Quahetam
  Allons a la chasse   	   Quafigno donassent
  Ung Cerf		         Aionnesta
  De dains ilz disent que se sont moutons &
  les appellent     	   Asquenondo
  Ung liepvre   	         Sourhamda
  Ung chien    		   Agayo
  Des ouyayes     	   Sadeguenda
  Le chemin   		   Adde
  Ilz appellent la graine de concombres ou
  mellons   		   Casconda
  Qand ilz veullent dire demain
  Ilz dient 		   Achide
  Le ciel  		         Qenhia
  La terre  		   Damga
  Le soleil 		   Ysnay
  La lune                  Assomaha
  Les estoilles            Siguehoham
  Le vent                  Cahoha
  La mer                   Agogasy
  Les vagues de la mer     Coda
  Une ysle                 Cohena
  Une montaigne            Ogacha
  La glace                 Honnesca
  La neige                 Canisa
  Froid                    Athau
  Chault                   Odazan
  Feu                      Azista
  Fumee                    Quea
  Une maison               Canocha
  Ilz appellent leurs febves Sahe
  Ilz appellent une ville  Canada
  Mon pere                 Addatht
  Ma mere                  Adanahoe
  Mon Frere                Addagnin
  Ma seur                  Adhoasseue
  Ceulx de Canada disent qu'il fault une lune a
  naviger depuis Hochelaga, jusques  une terre
  ou se prend la canelle & le giroffle.
  Ilz appellent la canelle Adhotathny
  Le giroffle              Canonotha

  Fin.



NOTES VARIANTES, CORRECTIONS ET ADDITIONS

Nous avons dclar, dans l'introduction place en tte de ce petit
volume, que l'dition originale de 1545, dont il offre une reproduction
scrupuleusement fidle, est loin de reprsenter un texte irrprochable
sous le rapport de la correction typographique; elle n'est pas non
plus  l'abri de tout reproche d'inexactitude au point de vue d'une
rigoureuse conformit aux textes manuscrits encore existants de la
relation de Cartier; & nous avons annonc que l'diteur d'aujourd'hui
avait rsolu de porter remde aux dfaillances de l'ancien diteur, en
ajoutant  la rimpression actuelle un appendice destin  corriger ces
fautes, &  signaler les variantes des mss; ces variantes acquirent
en certains cas une tendue qui leur donne l'importance d'additions
considrables, puisqu'elles fournissent jusqu' deux chapitres entiers
rests en lacune dans l'dition de 1545, & par consquent dans les
versions de Ramusio & de Hakluyt auxquelles elle a servi de type.

Ainsi que nous l'avons dit, les mss sont au nombre de trois, tous d'une
criture contemporaine de la rdaction mme, & tellement semblable d'un
exemplaire  l'autre, qu'au premier abord on pourrait les croire tous de
la mme main. Il y a cependant quelques diffrences, & il est permis de
croire que ce sont trois expditions grossoyes successivement d'aprs
une seule & mme minute,  laquelle il pouvait tre fait quelque lgre
addition pour en former un ensemble plus complet & mieux dispos.

Celui des trois mss qui nous parait runir divers caractres
d'antriorit  l'gard des deux autres, porte, dans le classement
actuel des mss franais de la Bibliothque impriale, le n 5653,
primitivement il avait t numrot MDXIIII; il reut ensuite le n 611
dans la Bibliothque royale de Fontainebleau, & fut inscrit plus tard
sous le n 10272 dans celle de Paris. Il est couvert d'une reliure
ancienne nouvellement restaure, en basane brun clair, dcore en
or, sur les plats, des armes & du chiffre du roi Charles IX. Nous le
dsignerons spcialement dsormais, pour abrger, par la lettre A.

Le second ms, portant aujourd'hui le n 5589, avait primitivement t
numrot huit cents trente trois; il fut class  Fontainebleau sous le
n 672, puis  Paris sous le n 10025. Il est reli en ancien maroquin
rouge plein, a filets dors & mdaillon ovale aux armes royales sur les
plats. Nous le dsignerons par la lettre B.

Le troisime, sous le n 5644 dans l'ordre actuel, provient de la
bibliothque de Philibert de la Mare: il portait, dans le classement de
ce fonds, le n 373, & il fut inscrit au Catalogue des mss du roi sous
le n 10265-3. Il est couvert d'une demi-reliure moderne  dos de
maroquin rouge du Levant, avec papier d'Annonay marbr sur les plats.
Nous lui Affecterons spcialement la lettre C.

Tous les trois sont crits sur papier semblable, de format couronne
in-folio, les volumes ne diffrant entre eux de grandeur que par la
rognure; le premier compte 59 feuillets remplis, le second 66, le
dernier 62. Le premier n'offre aucun des intituls de chapitres qui
se trouvent dans les deux autres aussi bien que dans l'imprim; il ne
contient pas non plus l'ptre au Roi qui se lit dans les autres; & il
commence en belle page par un titre gnral, qui se retrouve dans le ms
B au verso du premier feuillet, sur lequel il n'est crit rien autre
chose. Ce titre Gnral manque au ms C, mais on peut admettre qu'il y
tait joint dans l'origine, comme au ms B, au verso d'un feuillet de
garde qui aura disparu, ou bien que l'adjonction en aura t nglige.
Ce titre est trs-diffrent de celui de l'dition imprime, lequel a
videmment t suppl par l'diteur d'alors si le ms dont il disposait
en tait dpourvu, ou substitu par lui  l'intitul original, qui a
pu lui paratre d'une rdaction par trop lourdement solennelle pour
veiller la curiosit du public.

Le voici en effet tel que le donnent nos manuscrits:

  Seconde navigation faicte par le commandement
  & voulloir du tres chrestien roy Franois
  premier de ce nom au parachevement de la descouverte
  des terres occidentalles estantes soubz
  le climat & paralleles des terres & royaulme dudict
  seigneur & par luy precedantement ja commences
  a faire descouvrir. Icelle navigation faicte
  par Jacques Cartier natif de Sainct Malo de lisle
  en Bretaigne, pillote dudict seigneur, en lan mil
  cinq cens trente six.

Nous sommes dispos  penser que le ms A n'est autre que l'expdition
originale destine au roi, soit que Cartier lui-mme ait t admis  la
lui prsenter, comme le donnerait  croire Lescarbot, soit qu'elle ait
d passer par les mains de l'amiral de Brion: l'ptre qui se lit
en tte des autres exemplaires, & fait corps avec eux, devait
naturellement, dans une prsentation ou un envoi officiel, tre mise
sparment sous les yeux du souverain, & voil comment elle n'est pas
jointe  la relation, qu'elle accompagnait sans doute, mais dont elle
devait tre matriellement dtache. C'est dans les transcriptions
ultrieures seulement que l'ptre aura t runie  la relation, &
les chapitres de celle-ci pourvus d'intituls auxquels on n'avait pas
d'abord song.

A ces additions prs, le ms B reproduit fidlement le ms A; & le ms C
leur est aussi presque entirement conforme: dans les cas cependant o
quelque diffrence peut tre remarque, c'est le ms C que semblerait
reflter plus particulirement la rdaction suivie par l'diteur de
1545, aussi bien que celle dont a fait usage Lescarbot. Quant aux
ditions de Ternaux & de la Socit littraire & historique de Qubec,
elles ont t faites, l'une d'aprs les mss B & C, l'autre sur
l'ensemble des trois mss combins avec les extraits de Lescarbot. comme,
pour certains mots, surtout pour les noms propres, la lecture des mss
peut offrir quelque incertitude, il nous a sembl utile de comparer
entre elles les leons diverses auxquelles se sont arrts les diteurs
successifs, & nous avons en consquence, pour la dsignation ventuelle
de ces publications, affect spcialement la lettre L aux extraits de
Lescarbot, la lettre T  l'dition de Ternaux, & la lettre Q  l'dition
donne par la Socit de Qubec.

Il nous a paru oiseux de noter scrupuleusement une  une toutes ses
nuances d'orthographe dans les mots de la langue usuelle, toutes les
inversions des mots d'une mme phrase, tous ces petits riens qui eussent
rendu le relev des variantes aussi tendu que le livre mme: peut-tre
quelques lecteurs trouveront-ils que nous aurions du laguer encore
davantage. Quant aux noms propres, au contraire, ainsi qu'aux
expressions peu uses, nous avons cru que notre scrupule ne pourrait
tre trop grand; toutefois, mme  cet gard, il nous parait suffisant
de dire ici une fois pour toutes, que le nom du voyageur lui-mme,
toujours imprim Quartier par Lescarbot, &  son exemple par la Socit
littraire & historique de Qubec, est constamment crit Cartier dans
nos mss.

C'est  M. Franois De Witt que le nouvel diteur a confi la tche
de relever les variantes que l'on trouvera consignes ci-aprs.
L'indication comparative que nous avons donne plus haut, du contenu de
chaque ms & de ses lacunes, nous dispense d'y revenir en dtail dans
le recensement qui va suivre. Comme l'accord gnral des trois mss
conduirait  une rptition presque perptuelle, dans ce relev, des
trois lettres A B C runies, nous y avons substitu comme un quivalent,
l'indication unique mss, laquelle  la rigueur serait mme superflue
quand il s'agit seulement de la correction de simples coquilles
typographiques: parmi celle-ci il en est une tellement constante,
qu'elle peut tre signale en bloc par une annotation gnrale: il
s'agit de toutes les dsignations des points de la rose des vents o
figure le mot ouest, plus souvent crit ouaist dans nos mss, & que le
typographe de 1545 a constamment imprim Onaist & Ornaist.

Nos renvois s'expliquent ainsi qu'il suit: un premier chiffre rappelle
d'abord le feuillet de notre texte imprim, & l'une des minuscules
italiques a ou b, qui l'accompagne, spcifie le recto ou le verso de ce
feuillet; le nouveau chiffre qui vient ensuite dsigne, suivant que le
nombre est simple ou double, la ligne ou les lignes auxquelles il faut
se reporter; puis est rpt le mot ou la srie de mots du texte sur
lesquels porte la variante ou la correction, laquelle est place
vis--vis aprs un tiret sparatif. Toute observation ou annotation de
notre fait est soigneusement renferme entre parenthses.

Voici donc, par le menu, le rsultat de notre recension:

  2 a 11-12 _declination_ - declinaison, B. C.
  _ _ 13-14 _es autres_ - aux aultres, B C.
  _ b     3 _esgallet_ - egalite, B C.
  _ _     4 _suffit qu'il ayst_ - suffist qu'il est, B;
            suffict quil y est C.
  _ _  9-10 _quelques genres ou espces_ - quelque
            genre ou espce, B C.
  _ _    12 _leur nature_ - leurs natures, B.
  _ _     _ par la vie - pour la vie, B.
  _ _    18 _ilz dient_ - ilz ont dict, B, ilz en dient, C.
  _ _    19 _afferment_ - afferm, B.
  _ _    _  trois inhabites - troys inhabitables, B.
  3 a     1 _solstices_ - (ajoutez:) pour la grant
            challeur & reverbration du souleil, B.
  _ _     2 _zenic des testes des habitans d'icelle_ - zenitt de la dicte
            zone, B.
  _ _     9 _pensent... treuvent_ - pensoient... treuvoient, B C.
  _ _    10 _ou_ - la ou, B C.
  _ _    11 _d'icelluy_ - dicelles, B C.
  _ _    12 _aveuturer_ - aventurer.
  _ _ 15-16 _je dictz_ -  je diray, B.
  _ _    18 _ung mot_ - ung brief mot, B C.
  _ b     7 _d'eulz_ - de soy, C.
  _ _   7-8 _ l'advanture_ - en ladvanture, B C.
  _ _    11 _saincte foy_ - tres saincte foy, B C.
  _ _    12 _des_ - desdictz, B C.
  _ _    14 _Je allegue_ - Jay allegu, B C.
  _ _    __ _par ce_ - pour ce, B.
  _ _    16 _reconce_ - recouce, B; retire, C.
  _ _    17 _faict_ - faisant, B.
  4 a     2 _duquel_ - de quoy, B.
  _ _     3 _ mon foible_ - en mon simple, B.
  _ _     4 _plaist_ - pleust, B.
  _ _     6 _estans & habitans soubz_ - estantes & habitantes sur, B C.
  _ _     9 _ayt_ - aient eu, B C.
  _ _    12 _saincte_ - tres saincte, B C.
  _ _    13 _ la_ - en la, B C.
  _ _    17 _ l'occident_ - en loccident, B C.
  _ _     1 _saincte_ -  tres saincte, B C.
  _ _   3-4 _eclipses_ - eclipser, B.
  _ _     5 _monster sa clert_ - monstrer sa clarte, BC.
  _ _   8-9 _apostatz & imitateurs de Mahomet_ -(ces mots ne se trouvent
            pas dans le ms B).
  _ _  9-10 _de jour en autre_ - de jour en jour, B.
  _ _    10 _opprimer_ - obnubiller, B.
  4 b    12 _donnent_ - donnoient, B C.
  _ _    18 _paovres_ - princes, B _, pouvres, C.
  5 a    19 _innumerable_ - la innumerable, B C.
  _ b     2 _descend_ - decourt, B C.
  _ _     3 _permy_ - parmy, B C.
  _ _     8 _nostre dicte saincte_ - nostre dicte tres  saincte, B;
            nostre tres saincte, C.
  _ _    11 _cestuy present petit livre_ - ce present livre, C.
  _ _ 11-12 _toutes choses_ - toutes les choses, B.
  _ _ 16-17 _& terres_ - (le ms B ajoute:) les rottes  dangiers &
            gisement dicelles terres.
  6 a     3 _en l'an_ - oudict an, A.
  _ _    16 _avec trois_ - avec lesdictz trois, mss.
  _ _    17 _environ_ - de environ, mss.
  _ _    18 _le_ - ledict, mss.
  _ _    19 _frosmond_ - Fromont, mss.
  _ _    21 _Montreueil_ -  Montreul, mss; Montreal, LT; Montcevelles, Q.
  _ _ 22-23 _Jehan poullet_ - (ce nom ne se trouve  dans aucun des trois
            mss non plus que dans L. C'est une vidente interpolation,
            qui se reproduit en divers endroits de la narration, & qui
            demeure toujours exclusivement restreinte au texte imprim
            de 1545).
  _ _    23 _Le second_ - au second, mss.
  _ _    25 _environ_ - de environ, mss.
  _ _    27 _tiers_- tiers & plus petit, mss.
  _ _     1 _l'Emerillon_ - l'Hemerillon, mss.
  _ _   2-3 _le breton_ - Lebreton, A C; le Breton, B.
  _ _     4 _20_ - vingt sixiesmes, mss.
  _ _     7 _contraire_ - contraires, mss.
  _ _     . _que_ - que jamais, mss.
  _ _     8 _la mer_ - ladicte mer, mss.
  6 b    15 (Ici commence un nouvel alina dans les trois mss.)
  _ _    21 _quelle_ - Laquelle, C.
  7 a     1 _du_ - de, mss.
  _ _     . _labbaye_ - la baye, mss.
  _ _     3 _debvoyns_ - devyons, mss.
  _ _    12 _Ornaist_Surnaist_ - Ouaist Surouaist, mss.
  _ _    17 _Et_ - lesquelles, mss.
  _ _    18 _ladicte_ - de la dicte, mss.
  _ _    28 _grande voye_ - grandes bayes, mss.
  _ b     2 _marthe_ - martre, mss,
  _ _     6 _Onaist_ - Ouest, mss.
  _ _   6-7 _yles saincte Marthe_ - ysles sainct Guillaume & aultres
            ysles qui demeurent  ouaist surouaist des ysles saincte
            Martre, mss.
  _ _    11 _le travers_ - jusques le trauvers, mss.
  _ _    13 _duquel_ - duquel cap, mss.
  _ _    16 _marthe_ - martre, mss.
  8 a     4 _Nor onaist_ - Norouaist.
  _ _     . _environ_ -  environ, mss.
  _ _     6 _Et parce_ - Et pour ce, mss.
  _ _     9 _feusmes charcher_ - allasmes sercher, mss.
  _ _    15 _une croix_ - Une grande croix, mss.
  _ _    19 _& se fault_ - Il se fault, C.
  _ _    23 _plusieurs bons hables_ - plusieurs hables, mss.
  _ _    25 _vii_ - viii, mss.
  _ _    27 _deca_ - du su, mss.
  _ _     1 _Susur Onaist_ - Su Surouaist.
  _ _     4 _de Su_ - du Su, mss.
  _ _     8 _passaige... ventz... scavoit_ - posaige... temps...
            pourroit, mss,
  _ _    15 _Le douziesme_ - le xiii, mss.
  _ _    l9 _de Sur Onaist_ - du Suouaist.
  8 b    26 _l'an precedent a Canada_ - le premier voyage a Canada A B;
            l'an precedant, C.
  _ _    27 _dudict_ - de la dudict, A B.
  _ _     _ _commenceroit_ - commancoit, mss.
  9 a    11 _donc_ - dont, mss.
  _ _ 14-15 _Onaist sur Onaist_ - Ouest Surouest, mss.
  _ _    19 _mardy_ - mardy midi, mss.
  _ _    23 _devers_ - de devers, mss.
  _ _    24 _haultes... gisant_ - basses...  gisantes, mss,
  _ _ 25-26 _Onaist ung cart de Sur Onaist_ - Ouaist un quart de
            Surouaist, mss.
  _ _    28 _habitable_ - habite, mss.
  _ b     6 _grant Silenne_ - grand fleuve de Silenne, mss.
  _ _   7-8 _estroissent_ - estroississant, mss.
  _ _     8 _uis que_ - & puisque, mss.
  _ _     9 _doulce_ - doulce audict fleuve, mss.
  _ _    10 _n'auroit_ - navoit este, _X.
  _ _    15 _le reste dela dicte terre & coste_ - le reste & coste,
            A B.
  _ _    16 _veoir_ - a veoir, mss.
  _ _ 24-24 _nostre_ - le dict, A B.
  _ _    27 _Sur Ornaist_ - Surouaist, mss.
  10 a    2 _de Su_ - du Su, mss.
  __ _   17 _lieue d'elle_ - lieue de terre elle, mss.
  __ _   24 sauvaiges - hommes, mss.
  __ _    27 _21_ - (T a lu XXe).
  __ b     9 _bonne radde_ - bonnes raddes, mss.
  __ _     . _& vingt_ - a vingt, mss.
  __ _    10 _de sablon_ - & sablon, mss.
  __ _    12 _bruynnes... faisoient_ - bruymes... faisoit, mss.
  __ _    13 _xxiiii jour dudict moys_   (ajoutez:) que nous
             appareillasmes. Et avons este par la mer chemyn faisant
             jusques au vingt neufiesme dudict moys, mss.
  10 b    22 _son_ - sonne, mss.
  __ _    26 _Su Sur Onaist_ - Su Surouaist, mss.
  __ _    28 _marie_ - mare, mss.
  11 a     1 _les nommasmes_ - le nommasmes, mss.
  __ _     2 _entrasmes_ - arrivasmes, C.
  __ _     5 _Best_ - lest, mss.
  __ _    15 _l'Onaist, Sur, Onaist_ - louaist Surouaist, mss.
  __ _    16 _du fleuve_ - dudict fleuve, mss.
  __ _    18 _de Saguenay_ - du Saguenay, mss.
  __ _ 19-20 _sauvages_ - _hommes, mss.
  __ _    22 _& nonobstant_ - ce nonobstant, mss.
  __ _ 25-26 _qui... arbre_ - Que... tel arbre, mss.
  __ b     2 _barques des sauvages lesquelz venoient ver nous en grand
             peur - barques de Canada qui estoient la venues pour
             faire pescherie de loups marins & aultres poissons. Et
             nous estans posez dedans ladicte riviere vint deux des
             dictes barques vers noz navires, les quelles venoient en
             une paour, mss.
  __ _     4 _recueillit_ - ressortit, A B; sortit, C.
  __ _   7-8 _seurement_ - seurement a bort, mss,
  __ _    12 _mares_ - maree, mss,
  __ _    15 _deux brasses_ - deux & trois brasses, mss.
  __ _    17 _de ce puantes_ - decepvantes, mss (L & Q ont transcrit
             dcevantes).
  __ _    23 _Sur Onaist_ - Surouaist, mss,
  __ _    26 _l'obbe_ - lebbe, mss.
  12 a   1-2 _passames_ - posasmes, mss.
  __ _     3 _matin_ - au matin, mss,
  __ _     8 _marsouyns_ - merhoux, mss (L a lu moroux, T morhoux,
             & Q morrues).
  11 b    8 _Estre_ - estocq, mss; (L, T & Q lisent uniformment estoc).
  __ _   12 _ladicte riviere_ - ledict fleuve, mss.
  12 a   14 _fors_ - fort, mss.
  __ _   16 _fleuve_ - fleuve ny pays, mss.
  __ _   25 _Adhothuys_ - adhothuys cy devant escriptes, AB;
            (dictes, C).
  __ b   20 _leur saison_ - les saisons, de quoy sera faict cy apres
            mention, mss.
  __ _    _ _encre_ - ancre, mss.
  __ _22-23 _sauvaiges_ - hommes, C.
  __ _   25 _vouloient_ - voullurent, C.
  __ _   28 _Taignoagny_ - (L & Q ont lu Taignoagny),
  13 a    2 _demener joye_ - faire grand chere, mss.
  __ _    3 _parler_ - partie, mss.
  __ _ 9-10 _du pays_- dudict pays, mss.
  __ _   11 _chaire_ - chire, mss.
  __ _   12 _deux_ - deulx desdictes barques, C.
  __ _   28 _este_ - est, mss.
  __ b    2 _&_ - & Dom Agaya, AB.
  __ _    6 _qu'il leur_ - qui leur, mss.
  __ _    7 _fut_ - fut ledict seigneur, AB; fut icelluy, C.
  __ _   10 _Lors nostre_ - Et lors ledit, AB; Et lors nostre dict, C.
  __ _   19 _ledict Agouhanna_ - ledict seigneur, C.
  __ _   20 _Et feist_ - Et pareillement feist, mss.
  __ _    . _ledict_ - nostre, C.
  __ _   21 _ses barques_ - noz barques, mss.
  __ _   22 _avant_ - amont, mss.
  __ _   26 _bort d'icelles_ - bout d'icelle, mss.
  __ _   27 _asseurg_ - affourq, mss (T a lu asfourq, L & Q affourc).
  14 a    4 _ledict lieu_ - la dicte riviere, C.
  __ _   12 _noyers,yfz_ - noyers, pruniers, yfs, mss.
  __ _   15 _beau_ - bon, mss.
  __ _   19 _ledict_ - nostre dict, C.
  __ _   25 _enfans_ - (omis dans le ms C).
  __ b    5 _voirre_ - verre, mss.
  __ _    9 _joye_ - feste, C.
  __ _    _ _benne_ - venue, mss.
  __ _   17 _Hinanda_ - commanda, mss.
  __ _   23 _fors beaulx arbres_ - fort beaulx arbres comme chaisnes,
            hourmes, pins, seddres & aultres boys, mss.
  __ _   26 _par ce_ - pour ce, mss.
  15 a    1 _Bacchus_ - Bascuz, C.
  __ _  2-3 _terre a veoir, mais est_ - terre & unye, AB, terre & unye
            mais elle est, C.
  __ _    6 _faicte_ - faict, mss.
  __ _    9 _le 14_ - le_lendemain 14, mss,
  __ _    . _dudict moys_ - de Septembre, C.
  __ _   16 _noz_ - les, mss.
  __ _   22 _deffiance d'eux_ - deffiance, mss.
  __ _    . _Le_ - nostre dict, C.
  __ _   26 _lors_ - & alors, mss.
  __ _   27 _Le lendemain 15 ledict cappitaine feust  terre avec
            plusieurs_ - & le lendemain 15 dudict mois le cappitaine
            accompagn de plusieurs de ses gens fut a terre, AB.
  __ _   28 _ballifes_ - ballises, mss.
  15 b    2 _lieu se_ - lieu trouvasmes & se, mss.
  __ _    3 _plusieurs_ - grand nombre de, AB.
  __ _  3-4 _entre aultre_ - entre aultres, AB.
  __ _    7 _d'ung_ - dudict, mss.
  __ _    . _sans ce que aucun_ - sans quaucun, mss.
  __ _   14 _aultres_ - aultres de leur bande, C.
  15 b   20 _a quoy leur respondit_ - a quoy respondit, mss.
  __ _   21 _leur_ - sa, mss.
  __ _21-22 _laisseront_ - laisseroit, mss.
  __ _   24 _le dict_ - lesdicts, mss.
  __ _   26 _Lors_ - & lors, AB.
  __ _   28 _Et avant_ - car avant, mss.
  16 a    3 _Donnacona_ - Donnacona  ensemblement, AB; Donnacona tous
            ensemble, C.
  __ _    7 _& le lendemain_ - Le lendemain (commenant  un  nouvel
            alina  dans les mss).
  __ _11-12 _au dict Hochelaga_ - a Hochelaga, mss.
  __ _   15 _Domagaya &_ - Dom Agaya avec, mss.
  __ _   16 _que petis enfans_ - que enffans, mss.
  __ _   19 _festoyez_ - festoiez & receuz selon leur estat, mss.
  __ _22-23 _ne vouloit_ - ne vouloit point, mss.
  __ _   23 _allast_ - allast avecques luy comme il avoit promis, mss.
  __ b    1 _voulant_ - voulloit, mss.
  __ _  3-4 _ne feroient que aller & venir seulement  Audict_ - ne
            feroient seulement que aller veoyr, mss.
  __ _    7 _Et le lendemain_ - (ces mots commencent un nouvel alina
            dans les mss).
  __ _   13 _lesdictes_ - noz dictes, mss.
  __ _18-19 _une harengue_ - une grande  harengue, mss.
  __ _19-20 _de dix  douze ans_ - de dix ans, mss.
  __ _   23 _criz & hurlemens_ - criz, mss.
  17 a    1 _Lors_ - Et lors, mss.
  __ _    3 _dudict seigneur_ - dudict seigneur Donnacona, mss.
  17 a    9 _laisseroit y aller_ - laisseroit essaiyer aller audict
            Hochelaga, mss.
  __ _   14 _aller_ - de aller, _B.
  __ _   19 _par ce_ - pour, mss.
  __ _   23 _bassin d'airain  plain_ - bassin plain, C.
  __ _   27 _ledict Donnacona nostre cappitaine_ - ledict cappitaine,
            mss.
  __ b    7 _navires & gens_ - navires, mss.
  __ _   11 _& davant_ - Et auparavant, mss.
  __ _14-15 _lequel estoit demeur _ - lesquelz estoient en, mss.
  __ _   17 _grand haste ainsi que si les eussions voulu_ - si grand
            haste qu'il sembloit que les voulussions, AB.
  18 a    3 _ Hochelaga_ - audict Hochelaga, C.
  __ _  4-5 _ilz habillerent_ - ilz firent habiller, mss.
  __ _   11 _& leur bande vint_ - & puis vindrent avec leur bande, B C.
  __ _   12 _lesquelz_ - &, C.
  __ _   16 _tous du boys_ - tous, AB,
  __ _   17 _lesdictes_ - nosdictes, AB.
  __ _18-19 _commence_ - commenca, AB.
  __ _   20 _vouloit_ - vouloit avoir, mss.
  __ _   21 _lequel luy respondit_ - a quoi luy respondit, ledict
            Taignoagny, AB; lequel respondit, C.
  __ _   24 _Apparoissant_ - apparessant, mss.
  __ b    7 _distant_ - distant desdictes navires, AB.
  __ _10-11 _estans audict boys_ - estans retirez, mss,
  __ _   14 _Dom Agaya_ - Dom  Agaya dudict boys, mss.
  __ _   27 _qu_ - que.
  19 a    1 _Cudragny_ - Cudouagny, mss (c'est ainsi que lisent aussi
            LTQ).
  __ _    4 _avoit_ - auroit, mss.
  19 a    5 _mouroient_ - mourroient, mss.
  __ _    7 _Cudragny_ - Cudouagny, _FL.
  __ __  10 _Lors_ - Et lors, AB.
  __ _   14 _Desquelles parolles_ - De quoy, mss.
  __ _   15 _remercierent_ - remercierent fort, AB.
  __ _    . _se retirent_ - s'en retournrent, mss.
  __ _   25 _pour_ - par, AB.
  __ b    1 _ Hochelaga_ - audict Hochelaga, C.
  __ _    3 _le cappitaine_ - a quoy, mss.
  __ _    5 _par_ - pour, mss.
  __ _   14 _septembre_ - ( ajoutez:) comme dict est, mss.
  __ _15-16 _avec ledict gallion_ - avec le gallion, mss.
  __ _   20 _viues_ - unies, mss.
  __ _   21 _beaulx_ - plus beaulx, mss.
  __ _   23 _ayent_ - y ayent, A B.
  20 a    1 _les raisins_ - leurs raisins, C.
  __ _    2 _beaucoup_ - grant nombre, mss.
  __ _    3 _sur ledict_ - sur la rive dudict, mss.
  __ _    4 _tous poissons_ - tous bons poissons selon les saisons,
            mss,
  __ _   12 _Ochelay_ - Achelaiy, AB; Achelayy, C, Achelaci,
            Achelacy, TQ.
  __ _   15 _vindrent_ - la vindrent, mss.
  __ _   17 _faisoit_ - fit, mss.
  __ _   21 _avant_ - amont, mss.
  __ _   24 _enfans_ - (ajoutez:) a don, mss.
  __ _   25 _sept  huict_ - huict a neuf, mss.
  __ _    . _reffusant_ - reffusa, mss.
  __ b    1 _present_ - (ajoutez:) duquel remercia ledict seigneur
            ledict cappitaine, mss.
  __ _    2 _celuy_ - ledict, A.
  __ _    5 _le 19_ - celluy l9, B; ledict 19, C.
  __ _   10 _des beaulx_ - des plus beaulx, mss.
  __ _   11 _noyers_ - (ajoutez:) pins, mss.
  20 b   12 _briez, sandres_ - boulx, sauldres, mss; boulles,
            saules, Q.
  __ _   13 _vignes_ - (ajoutez:) qui est le meilleur, AB.
  __ _   15 _chargez_ - tous chargez, mss.
  __ _   __ _seulement_ - pareillement, mss.
  __ _   18 _serins, roussignolz_ - serins, linottes, rossignolz &
            autres, mss.
  __ _   21 _Ledict 18_ - Ledict xviii, mss.
  __ _   24 _amont_ - amont le dict lac, mss.
  21 a    5 _les_ - noz, mss.
  __ _    8 _icelluy_ - icelles, mss.
  __ _   11 _brasse_ - (ajoutez:) de profond, mss.
  __ _13-14 _vinsmes_ - vismes, mss.
  __ _   15 _trois_ - deux, mss.
  __ _   __ _toutes icelles_ - (Ces mots commencent un nouvel alina
            dans AB).
  __ _18-19 _ mond_ - amont, mss.
  __ _   27 _aussy legierement que sy seust est_ - anssi qu'il eust
            faict, A B.
  __ b    2 _mouceau_ - monceau.
  __ _  2-3 _lesquelz viven_ - qui vont, mss.
  __ _    4 _bons  merveilles_ - (ajoutez:) a menger, AB.
  __ _   13 _laisserent_ - laissa, BC.
  __ _   16 _Le lendemain_  (L & Q ajoutent:) vingt neufime de
            septembre.
  __ _   19 _pouoyr_ - de pouoyr, mss,
  __ _   24 _icelle_ - icelles, mss.
  __ _   25 _des_ - de partie des, mss.
  22 a    1 _du pont_ - du Pont Briand, mss.
  __ _    3 (Le nom de Jehan Poullet ne se trouve dans aucun des trois
            mss,)
  __ _    4 _jallobert_ - Jalobert, AB.
  __ _  5-6 _soubz le cappitaine des deux autres navires_ - soubz
            ledict Cartier, A B; soubz ledict cappitaine, C.
  22 a    9 _dixnefiesme_ - deuxiesme, mss.
  __ _   11 _d'ou_ - du lieu ou, mss.
  __ _   12 _quarante cinq_ -  environ  quarante cinq, mss.
  _ _     _ _Auquel_ - Durant lequel temps, AB; Auquel temps, C.
  __ _   19 _aures menues choses_ - aultres menues hardes, AB.
  __ _   26 _Les femmes d'aultre, & les enfans de l'autre_ - & les
            femmes de leur part & les enffans d'aultre, mss.
  __ _   27 _& apres ce_ - Lesquels, AB; Et, C.
  __ b    2 _qui_ - lequel ilz, AB; quilz, C.
  __ _    8 _chaire_ - chere, mss.
  __ _    _ _apportoient leurs_ - apportoient les femmes leurs, AB.
  __ _   12 _bon recueil_ - bon voulloir, AB.
  __ _   14 _des petites_ - certaines, mss.
  __ _   16 _des barques_ - desdictes barques, mss.
  __ _   19 _a plus pres_ - au plus pres, mss.
  22 a    2 _hommes_ - mariniers, B.
  __ _    4 _& la_ - & de la, B.
  __ _   10 _en_ - a, mss.
  __ _16-18 _possible, & plus belle terre & meilleure qu'on scauroit
            veoir, toute_ - possible de veoir & la plus belle terre &
            meilleure, AB; possible & des plus belles terres du
            monde, C.
  __ _   23 _ville_ - (ajoutez:) de Hochelaga, mss.
  __ _   27 _ce que feismes, lors_ - Et lors, AB.
  __ _   __ _ledict seigneur_ - ledict Agohanna, C.
  __ b    7 _croix_ - (ajoutez:) & remembrance de crucifix, mss.
  23 b   16 _situe_ - situe & assize, mss.
  __ _   25 _de long_ - du long, C.
  __ _   26 _de haulteurs_ - de la haulteur, mss.
  __ _   27 _n'y a_ - & ny a, C.
  24 a    3 _chailloux. Pour_ - cailloux pour, mss.
  __ _    9 _large_ - larges, mss.
  __ _   11 _estres_ - aistres, mss; aires, LQ.
  __ _   13 _place_ - salle, mss.
  __ _   14 _y vivent_ - & vivent, mss.
  __ _   15 _leur_ - leurs, mss.
  __ _   22 _le massent_ - la massent, mss.
  __ _   23 _tourteaulx_ - des tourteaulx, AB,
  __ b    1 _grosses_ - de grosses, mss.
  __ _    . _Ilz ont_ - Ilz ont aussy, mss.
  __ _    3 _poisson_ - (ajoutez:) scavoir anguilles
  & aultres, AB.
  __ _ 9-10 _peaulx de bestes sauvaiges, de quoy font leur vestement
            & couverture_ - couvertures de peaulx de quoy font leurs
            vestemens, scavoir louiers, bievres, martres, regnards,
            chatz sauvaiges, dyns, serfs & aultres sauvaiges, Mais
            la plus grand partie deulx sont quasi tous nuds, mss;
            (pour louiers, L a lu loires, T loveres, Q loirs; & pour
            bievres, qui signifie lapins, T a lu chievres).
  __ _11-12 _Esurgny_ - Enogny, A; Esnogny, B C; (L & Q ont lu
            Esurgny, T Esvogny).
  __ _   17 _fessens_ - fesses, mss.
  __ _   18 _au lieu_ - es lieux, mss.
  __ _   __ _Esurgny_ - Enogny, mss.
  25 a    1 _n'en font_ - ne font, mss.
  __ _    3 _ne font_ - ne sont, mss.
  25 a   11 _choses_ - (ajoutez:) que ledict cappitaine leur fist, B C.
  __ _   13 _Apres que_ - Ainsi comme, mss.
  __ _   20 _place_ - grand place, C.
  __ _   22 _audict lieu_ - (ajoutez:) ce que fismes, mss.
  __ _23-24 _les filles & femmes_ - toutes les femmes & filles, mss.
  __ _   26 _frotter_ - baiser, A.
  __ b    3 _nous_ - en nous mss.
  __ _    4 _ leurs dictz_ - leurs dictz, AB.
  __ _    8 _soudain_ - incontinent, mss.
  __ _    9 _chascun_ - chascune, mss.
  __ _   15 _Agouhanna_ - Agohanna, AB.
  __ _   18 _au pres_ - pres, A B.
  __ _   23 _lencontre_ - lentour, mss.
  __ _   26 _percluz_ - percluz & malade, mss.
  __ _   28 _leurs_ - en leur, mss.
  26 a    2 _luy faisant signe_ - le priant, AB; luy disant, C.
  __ _    3 _qu'il luy pleust les_ - les vouloir, AB.
  __ _    _ _toucher_ - (ajoutez:) comme sil luy eust demande
            garison & sante, mss.
  __ _    _ _lequel cappitaine les frota_ - Et lors le cappitaine
            commenca a luy frotter les bras & jambes, mss.
  __ _   21 _saincte foy_ - (ajoutez:) & de la passion de nostre
            Saulveur, mss.
  __ _   23 _paires_ - paire, mss.
  __ _   25 _le_ - la, mss.
  __ b   21 _aucune saveur_ - goust de sel, mss.
  __ _   23 _manger_ - repaistre, mss.
  27 a    2 _y a_ - dont il y a, mss.
  __ _    6 _qu'il est_ - qu'il soit, mss.
  __ _   10 _auquel va_ - ou il y a, mss,
  27 a   11 _qu'il est_ - quil soit, mss.
  __ _   12 _passer_ - de passer. Et voyons icelluy fleuve, mss.
  __ _   16 _environ_ - a environ, mss.
  __ _18-19 _qui nous avoient conduict_ - qui toient presens, C.
  __ _   23 _par faute de langue_ - (Ces mots manquent dans les trois
            mss,)
  __ _   25 _liues_ - lieues, mss.
  __ b    3 _royaulme_ - royaulme & province, mss.
  __ _  5-7 _estoit_ - est, mss.
  __ _    8 _noz compaignons marinyers_ - noz mariniers, mss.
  __ _   10 _y a_ - y avoit, mss.
  __ _10-11 _Agoujonda_ - Agojuda, mss; (T lit Agoinda.)
  __ _   12 _sont_ - estoient, mss.
  __ _   22 _demandant_ - & demandant, A.
  __ _   24 _Et monstrerent_ - & monstrant, mss.
  28 a   26 _icelle_ - icelle riviere, mss.
  __ _   .  _la nature_ - le profond & nature, mss.
  __ _   27 _ce qu'il_ - ce que, mss.
  __ _   28 _Et_ - mays, mss.
  __ b    3 _audict hable_ - au hable, B.
  __ _    6 _veint_ - vint, B C.
  __ _   10 _audict hable_ - au hable, A C.
  __ _   16 _& autres_ - aux aultres, mss.
  __ _   18 _toute la puissance du pays_ - tout le pays, mss.
  __ _   22 _autres: lesquelz feirent une merveilleuse feste a nostre
            cappitaine, faignans avoir grand joye de nostre venue:
            lequel_ - aultres pour veoir ledict cappitaine & luy
            firent une merveilleuse feste, faignans estre joyeulx de
            sa venue, lequel pareillement, mss.
  28 b    26 _ledict_ Ledict seigneur, AB.
  29 a     1 _aller_ - l'aller, mss.
  __ _     2 _Canada_ - a Canada, mss.
  __ _     8 _dou... lesdictes... d'une lieue_ - du lieu  ou...
             noz... demye lieue, mss.
  __ _    14 _femmes_ - femmes & filles, C.
  __ _    20 _chascun_ - chascune, mss.
  __ _    25 _yues_ - yver, mss.
  __ _    _  _& nous fut_ - & fut, AB.
  __ _    26 _monstr_ - monstr audict cappitaine, AB.
  __ _    27 _d'homme_ - d'hommes, mss.
  __ b 1,4,11 _Trudamans_ - Toudamans, mss; Tondamans, T.
  __ _     1 _devers_ - de devers, mss.
  __ _     3 _& nous fut dict_ - Oultre nous fut dict, A.
  __ _     7 _Honguedo_ - Hongnedo, L.
  __ _ 16-17 _reterasmes_ - retirasmes, mss.
  __ _    22 _Dieu_ - Dieu qui vaille, mss.
  __ _     _ _a ung_ - en ung, mss.
  __ _    23 _Cudragny_ - Cudouagny, mss.
  __ _    24 _qu'ilz parlent_ - quil parle, mss.
  30 a     5 _Et s'envont_ - puis vont, AB.
  __ _     7 _le tout_ - ces choses, mss.
  __ _  9,17 _Cudragny_ - Cudouagny, mss.
  __ _    10 _& dict qu'il_ - & quil, mss.
  __ _    13 _cestuy_ - en cestuy, mss.
  __ _    17 _Agoujonda_ - Agojuda, mss.
  __ _    23 _remonstrant_ - remonstrast, mss.
  __ _ 25-26 _retourneryons_ - retournerons, mss.
  __ b     1 _ce que_ - ce quilz, mss.
  __ _     3 _leur fust faicte_ - fist le cappitaine, mss.
  __ _     4 _tres joyeulx_ - (ajoutez:) & le remercierent, mss.
  30 b     5 _en communaut_ - quasi en communaut, mss.
  __ _     6 _sont vestus_ - sont tous vestus, mss.
  __ _     9 _qu'ilz font de peaulx - (Ces mots manquent dans les
             trois mss.)
  __ _    11 _leur_ - le, mss.
  __ _    12 _jamais ne_ - jamais les femmes ne, mss.
  __ _    14 _pell_ - pille, mss,
  __ _    15 _du doz d'ung cousteau_ - dung cousteau, AB.
  __ _    25 _plaines_ - aussi plaines, AB.
  31 a     5 _Osizy_ - Ozisi, mss.
  __ _     6 _de ce mesme_ - de Ce mesme bled, AB; de semblable
             bled, C.
  __ _     7 _on_ - ont, mss.
  __ _     9 _& de_ - de, mss.
  __ _    15 _eu lieu_ - en lieu, mss,
  __ _    25 _esprouv_ - experimente, AB.
  __ b     9 _tous nudz_ - quasi tous nudz, mss.
  __ _  9-10 _fort a croire_ - increable, mss.
  __ _ 12-13 _hours, lievres, martres, regnardz & aultres_  - & ours
             desquels nous apportoient, mais bien peu pour ce quilz
             sont (fort gourmands &, C) villains de leurs  vivres, AB.
  __ _    17 _me semble_ - Il me semble, AB.
  __ _    18 _ dompter_ - (ajoutez:) en telle facon & maniere que
             lon vouldroit, AB.
  __ _    20 (Entre le chapitre qui vient de finir & celui qui
             commence au bas de la mme page, l'dition de 1545
             reproduite dans ce volume, offre une lacune de deux
             chapitres contenus dans les trois manuscrits de la
             Bibliothque impriale; ils pourraient tre immdiatement
             insrs ici, mais il sera plus commode pour le lecteur
             de les trouver  la fin de cet appendice, en dehors de
             la recension de dtail qui nous occupe en ce moment.)
  __ _    20 _fleuve_ - fleuve en general, B C.
  32 a     4 _le plus seur_ - le plus parfond & le plus seur, mss.
  __ _     8 _de Saguegnay_ - du Saguenay, mss.
  __ _     9 _barcqs_ - bancqs, mss,
  __ _    11 _plusieurs_ - grand nombre de, A B.
  __ _    13 _ la terre_ - en la terre, mss.
  __ b     5 _bort_ - bout, mss.
  __ _     6 _affoug_ - affourq, mss.
  __ _     9 _long_ - large, mss.
  __ _    12 _comme jamais homme veist_ - qu'il soit possible de
             veoir, AB.
  __ _    13 _de Donnacona_ - du seigneur Donnacona, AB.
  __ _    18 _Araste, Starnatau_ - Ajoaste, Starnatan, mss.
  __ _    19 _Scitadin_ - Satadin, LTQ.
  __ _    24 _demeurerent_ - demeurent, mss.
  __ _ 25-28 _& la demourance & peuple de Tequenondahi, qui est sur
             une montaigne & la ville de Hochelay, Lequel Hochelay
             est ung plain pays_ - est la demourance du peuple de
             Tequenonday & de   Hochelay, Lequel Tequenonday est
             sus une montagne & laultre en ung plain pays, mss.
  33 a 12-13 _bestes_ - (ajoutez:) Nous y avons veu les pas d'une
             beste qui n'a que deux pieds, laquelle  nous avons
             suyvie longuement pardessus le sable & vaze, laquelle
             a les pieds en ceste facon, & grands dune paulme & plus,
             mss.
  33 a 16-17 _des bestes_ - dicelles bestes, AB,
  __ _    17 _nulz_ - nulz aultres, AB,
  __ _    21 _turnis_ - tarins, mss.
  __ _    27 _memoire_ - memoire d'homme, mss.
  __ 6    11 _Canada_ - (ajoutez,  la ligne:) Item trouverez en
             juing, juillet & aoust force macquereaulx, mulletz,
             bars, sartres, grosse anguilles, & aultres poissons.
             Ayant leur saison passee y trouverez lepelan aussi bon
             que en la riviere de Saine. Puis au renouveau y a force
             lamproys & saulmons. Passe ledict Canada y a force
             brochetz, truytes, carpes, braumes & aultres poissons
             deaue doulce. Et de toutes ses sortes de poissons faict
             ledict peuple de chascun selong leur saison grosse
             pescherie pour leur substance & victuaille, mss.
  __ _    15 _revenuz_ - arrivez, mss.
  __ _    18 _plus prochains_ - les plus prochains, AC.
  __ _ 22-23 _Donnacona_ - (ajoutez:) Taignoagny, Dom Agaya, mss.
  __ _    25 _plus loing_ - loing, mss.
  34 a     5 _chemin dudict_ - chemin, & plus seur, est par ledict,
             mss.
  __ _     6 _ Hochelaga_ - au dessus de Hochelaga, mss.
  __ _    18 _entrent_ - entrant, mss.
  __ _    19 _lacz d'eaue_ - (ajoutez:) fort larges, mss.
  34 a    26 _aller_ - (ajoutez:) avec leurs barques depuis Saincte
             Croix, mss.
  __ _    27 _il y a_ - il ny a, mss.
  __ b     3 _pommes_ - prunes, mss,
  __ _     5 _& femmes_ - & habitans, mss.
  __ _     8 _s'il y avoit_ - sil y a, mss.
  __ _     9 _L'estime_ - Je estime, mss.
  __ _    11 _marches_ - merches, mss.
  __ _    12 _maladie_ - maladie & mortalite, B C.
  __ _    14 _imbouez_ - enlevez, mss; infects, Q.
  __ _    22 _& ne_ - & de ne, mss.
  __ _    26 _& de leur_- & leur, mss.
  35 a     6 _tout_- tous, mss.
  __ _    17 _veoyent_ - veyoient debout, mss.
  __ b     4 _La messe dicte & celebree_ - Ladicte messe dicte &
             chantee, mss.
  __ _     6 _Dame de_ - Dame, qui se faict de prier a, mss.
  __ _    10 _vingt deux ans_ - vingt ans, mss.
  __ _    11 _nous estoit_ - estoit, mss.
  __ _    13 _cognoissance_ - aucune cognoissance, mss.
  __ _    21 _infect_ - & infect, mss.
  __ _ 27-28 _ mieulx_ - au mieulx, mss.
  36 a     1 _pardonne_ - pardoint, mss.
  __ _     9 _pour son compaignon_ - pour les aultres, mss.
  __ _ 22-33 _faisoit_ - il faisoit, mss.
  __ _    24 _du fort_ - du parcq, mss.
  __ b     3 _donner_ - chommer, mss.
  __ _     4 _croyent_ - croyoient, mss.
  __ _     6 _caillousz_ - cailloudz, mss.
  __ _    17 _& places_ - englassez, mss.
  37 a     1 _avoit_ - y avoit, mss.
  __ _    10 _contenoit... dudict_ - contient... de, mss.
  37 a    11 _durant lequel temps_ - auquel temps, mss.
  __ _    14 _eussions_ - (ajoutez:) lesquelz mouroient de la maladie
             sus dicte, mss.
  __ _ 24-25 _guariz apres avoir us dudict arbre_.  guariz &
             recouvert tous ses malades sante apres en avoir use, B C.
  37 b     4 _dehors du fort_ - hors du parc, C.
  __ _     8 _dix_ - depuys dix, mss.
  __ _     9 _de ladicte_ - de la propre, mss.
  __ _    12 _tout_ - tous, mss.
  __ _    16 _deliber_ - guery, AB; delibvre, C.
  __ _    17 _il estoit_ - il festoit, mss.
  __ _    18 _ordre_ - aide, mss.
  __ _    21 _qu'il avoit_ - que avecq, mss.
  __ _    22 _dont il_ - il, mss.
  __ _    23 _c'stoit_ - cestoit, mss.
  39 a     3 _femmes_ - (ajoutez:) avecq le cappitaine, mss.
  __ _     4 _lesquelles_ - lesquelz, mss.
  __ _  9-10 _toute maladie_ - toutes maladies, mss.
  __ _    11 _Ameda_ - Amedda, mss; Annedda, LTQ.
  __ _  9-10 _Tout incontinent_ - Tost apres, mss.
  __ _    24 _cinq_ - puis cinq, mss.
  __ -    27 _ladicte_ - sus ladicte, mss.
  __ b   1-2 _que chesne qui soit en France_ - que je viz jamais
             arbre, mss.
  __ _   2-3 _en six jours_ - en moins de huit jours, mss.
  __ _    11 _Donacona_ - Donnacona, B C.
  __ _    12 _aultres_ - (ajoutez:) partirent de Stadacone, B C.
  __ _    14 _furent_ - lesquelz furent, BC.
  __ _    24 _estoient_ - estoient grandes, mss.
  39 a    10 _ilz eussent_ - ilz neussent, mss.
  __ _    18 _aymoient l'emporter_ - laymoient remporter, mss.
  39 a    23 _du malade_ - le malade, B C.
  __ _    25 _vers luy_ - le veoyr, B C.
  __ _     6 _dient_ - nous dirent, mss.
  __ _     7 _cher_ - chaire, mss.
  __ _    21 _au_ - audict, mss.
  __ _    22 _seroit_ - estoit, mss.
  __ _    24 _qui nos donna doubte_ - Au moyen de quoy eusmes
             suspection, mss.
  __ _    26 _serviteur_ - (ajoutez:) nomme Charles Guyot lequel
             estoit plus que nul aultre ayme du peuple de tout le
             pays, mss.
  __ _     . _accompaign de Jehan poullet_ - (Ces mots ne se trouvent
             dans aucun des trois mss, pas plus que dans L.)
  __ _    28 _que_ - qui, mss.
  40 a   1-2 _faignans les dictz poullet & serviteur_ - ledict
             serviteur faignant, mss.
  __ _     3 _qu'ilz avoient est_ - quil avoit demoure, mss.
  __ _     4 _ leur ville_ - (Ces mots manquent dans les trois mss.)
  __ _   4-5 _lesquelz luy porterent_ - lequel  luy porta, mss,
  __ _     5 _aucun petit present_ - aucun present, mss.
  __ _     6 _leur venue_ - sa venue, mss.
  __ _     7 _se couche_ - se coucha en disant audict serviteur quil
             estoit fort malade, mss.
  __ _     . _apres allerent_ - apres alla ledict Charles, mss.
  __ _     9 _trouverent_ - trouva, mss.
  __ _    10 _on si_ - on ne si, mss,
  __ _ 13-14 _les... leur_... - le... luy, mss,
  __ _    15 _faire ce plaisir_ - faire plaisir, mss.
  __ _    20 _& que ledict serviteur_ - quil, mss.
  40 a    21 _dire_ - luy dire, mss.
  __ _    26 _Aussi_ - Et aussi, mss.
  __ _ 27-28 _le dict seigneur_ - (ajoutez:) Donnacona, mss.
  __ b     1 _Accidentaulx_ - Occidentaulx, mss.
  __ _    10 _Picquemyans_ - Picquenyans, mss; Picqueniaux, L;
             Picquenions, T; Piquemains, L.
  __ _ 16-17 _lesdictz Poullet & serviteur eurent faict leur_ - ledict
             serviteur eut faict son, mss.
  __ _    21 _vouloit_ - vouldroit, mss.
  41 a     4 _Sicadin_ - Stadin, AB; Sitadin, C; Stadin, LTQ,
  __ _     7 _les_ - le, AB.
  __ _    14 _Enfin_ - Mais en fin, AB.
  __ _    21 _enfans_ - garcons, AB.
  __ b     4 _dudict lieu_ - dudict Stadacone, mss.
  __ _     7 _ledict seigneur_ - le seigneur, B.
  __ _    13 _solempnit de la feste_ - solempnite & feste, mss.
  42 a    16 _il entreroit_ - ilz y yroient, AB; ilz entreroient, C.
  __ b     1 _& de deux autres_ - & deux aultres, mss.
  __ _    11 _la prinse_ - ladicte prinse, mss.
  __ _    16 _retirez_ - tous retirez, mss.
  __ _    17 _garde_ - (ajoutez:) ledict seigneur & ses compaignons,
             AB.
  __ _    27 _hurlant_ - ullant, AB.
  43 a     1 _Agouhanna_ - Agohanna! Agohanna! mss.
  __ _     3 _n'y lendemain_ - ny le matin, mss.
  __ _    14 _Roy de France_ - (ajoutez:) son maistre, mss.
  __ _    16 _aultres_ - aultres lieux, mss.
  __ _    24 _d'entendre par faulte de langue_ - descripre par
             faulte de lentendre, mss.
  __ a    25 _vissent_ - vinssent, mss.
  __ b     2 _commencerent_ - commencoient a faire, mss.
  __ _     5 _de Esurgny_ - dEnogny, A B; dEsnogny, C,
  __ _ 11-12 _commanda_ - leur commanda, A B.
  __ _    12 _le lendemain_ - (Ces mots ne sont dans aucun des
             trois mss.)
  __ _    15 _paisles_ - pailles, AB; bailles, Q.
  44 a     6 _Le cinquiesme_ - Le lendemain cinquiesme, mss.
  __ _    11 _ilz estoient_ - y estoient, mss.
  __ _    17 _estre_ - apres estre, AB.
  __ _    18 _leur_ - (Ce mot manque dans les mss.)
  __ _    26 _mais qu'il_ - que mais quil, AB.
  __ b     2 _desurgny_ - dEsnogny, mss.
  __ _   3-4 _le peuple_ - tout le peuple, mss.
  __ _   7-8 _vinsmes_ - (ajoutez:) poser au bas de lisle dOrleans
             environ douze lieues de Saincte Croix. Et le dymanche
             vinsmes, mss.
  __ _     9 _au seziesme_ - au lundy xvi, mss.
  __ _    23 _a une voix_ - tous a une voix, mss.
  __ _    27 _du Saguenay_ - dudict Saguenay, mss.
  45 a     1 _Desurgny_ - desnogny, mss.
  __ _     5 _ledict cappitaine_ - (ajoutez:) puis s'en retournerent.
             Le passaige est plus seur & meilleur entre le Nort &
             ladicte ysle que vers le Su pour le grand nombre des
             basses, bancqs & rochiers qui y sont & aussi quil y a
             petit fondz, mss.
  __ _    16 _par ce_ - pour Ce, mss.
  __ _    21 _au 21_ - au XXI jour, mss.
  45 a    23 _Honguedo_ - (ajoutez:) entre lisle de lAssumption &
             ledict Honguedo, mss.
  _ _     25 _le travers_ - jusques le travers, mss.
  _ _     26 _de l'abbaye_ - de la baye, mss.
  __ b     1 _veismes_ - vinsmes, mss.
  _ _      2 _ce que ne voulions_ - ce que voulions, mss.
  __ _   2-3 _pour l'abbreg_ - pour la barge, AB.
  __ _    15 _icelle_ - icelle mer, mss.
  __ _    16 _changeoit_ - chargeoit, mss.
  __ _    21 _deux lieues & demye_ - vingt deux lieues & demye, mss.
  __ _    23 _haultes... demeurent_ -  aultres.... demouroient, mss.
  _ _     24 _Araynes_ - (ajoutez:) & pareillement lesdictes Araines
             estre ysle & ladicte terre, qui est terre haulte & unye,
             estre terre certaine, se rabatant au Norouaist, mss.
  46 a     1 _arrivasmes celluy jour au_ - nommasmes celui cap, mss.
  __ _     5 _veismes_ - demeure, mss.
  __ _    11 _du cap_ - dudict cap, mss.
  __ _    20 _Onaist, Noronaist a une, vingt trois lieues_ - Ouest
             Norouaist a 2, 3, & 4 lieues, mss.
  __ _    28 _Rougnoze_ - Rougnouse, mss.
  __ b    17 _Honnacon_ - honnaccon, C.
  __ _    19 _Indahir_ - indaic, AB; indayc, C.
  __ _    23 _assem_ - assen, mss.
  __ _    25 _aggourzy_ - aggoursy, A B.
  47 b     2 _hegata_ - hecgata, C.
  __ _     6 _osuache_ - Esnache, C.
  __ _    13 _coustez_ - costes, AB.
  __ _    14 _aggruascon_ - aggoascon, mss.
  47 a    17 _le genouil_ - les genoilz, A B.
  __ _     . _agochinegodasion_ -  agochinegodascon, mss.
  __ _    18 _agouguenchonde_ - agouguenonde, C.
  __ _    23 _aynoascon_ - agnascon, mss.
  __ _    24 _ung_ - le, mss. (Entre les lignes 24 & 25 doivent tre
             ajouts, d'aprs les trois mss, trois articles, omis
             ici & qu'on trouvera runis avec beaucoup d'autres qui
             sont dans le mme cas,  la fin du vocabulaire.)
  __ _    26 _agrueste_ - aggruette, mss.
  __ b     3 _propoinct_ -  pourpoinct, A; prepoinct, B C.
  __ _     . _coioza_ - coja, AB.
  __ _     7 _castrua_ - castona, mss.
  __ _     8 _osizy_ - ozisy, AB.
  __ _    11 _quahouascon_ - quahoachon, mss.
  __ _    22 _cajognem_ - Cajognen, mss.
  __ _    24 _heuleuxime_ - heuleuzonne, mss.
  __ _    26 _hoga_ - honga, mss.
  __ _    27 _Cudragny_ - Cudouagny, mss.
  48 a     2 _quatsream_ - quat srean, mss.
  __ _  3, 5 _casigno_ - quasigno, mss.
  __ _     4 _aignaz_ - aigay, mss,
  __ _     6 _quaddadia_ - quadadia, mss.
  __ _    10 _agheda_ - aggoheda, mss.
  __ _    13 _ung... quahetam_ - une... quahetan, mss,
  __ _    16 _de dains ilz dient que se sont moutons & Les appellent_
              - ung daim, mss.
  __ _    19 _agayo_ - aggayo, AB.
  __ _    20 _ouyayes_ - oayes, mss.
  __ _    21 _le chemin_ - ilz appellent le chemin, C.
  __ _    22 _ou_ - &, AB.
  48 a 24-25 (Cet article manque dans le mss C.)
  __ _     3 _cahoha_ - cahena, A B; cahona, C.
  __ _     4 _agogasy_ - agongasy, A B.
  __ _    11 _odazan_ - odayan, A B; odaian, C,
  __ _    12 _azista_ - asista, mss.
  __ _    14 _canocha_ - quanocha, mss.
  __ _    18 _adanahoe_ - adhanaoe, C.
  __ _    20 _adhoasseue_ - addasene, mss.
  __ _ 21-23 (Cette phrase est remplace dans les mss de la manire
             suivante:) Nota que leur seigneur nomme Donnacona a
             este a une terre ou ilz sont une lune a aller avecques
             leurs barques, depuis Canada a ladicte terre en laquelle
             il y croist force canelle & giroffle, AB. - Nota quil
             fault une lune a naviguer avecques leurs barques despuis
             Hochelaga pour aller a la terre ou se prend ladicte
             canelle & giroffle, C.
  __ _    24 la canelle - ladicte canelle, AB.



(Nous runissons en une seule srie, pour former le complment de
ce vocabulaire, les articles omis dans l'dition de 1545, & qui se
rencontrent  diverses places, soit uniformment dans les trois mss,
soit seulement dans le mss C, plus riche sous ce rapport que les deux
autres; leur place est indique par le double chiffre des lignes entre
leaquelles ils se trouvent intercals.)

  47 a 24-25 La barbe du menton - ostone, mss.
  __ _ _____ La barbe du vit - aggousson, mss.
  __ _ _____ Les coillons - xista, mss.
  47 b 16-17 Senelles de buisson - aesquesgoua, AB; aesquesgoa, C.
  __ _ _____ Petites noix - undegonaha, mss.
  __ _ 24-25 Des ollives - houocohonda, mss.
  48 a  9-10 Cela ne vault rien - Cahany quahouquey, mss.
  __ _ 13-14 Des plumes - heccon, mss.
  __ _ 25-26 Quand ilz veullent dire adieu a quelcun
  ilz dient - hedgaguehanyga, mss.
  __ _ _____ Chanter - theguehoaca, mss.
  __ _ _____ Rire - cahezem, mss.
  __ _ _____ Pleurer - agguenda, mss.
  __ _ _____ Danscer - thegoaca, C.
  __ b   4-5 Eaue doulce - ame, mss.
  __ _ 11-12 Grand mersoin - adguyensce, C.
  __ _ _____ Mon amy - agniase, mss.
  __ _ _____ Courez - thodoathady, mss,
  __ _ 13-14 La fumee me fait mal es yeulx - quea quanoague eguta, mss.
  __ _ _____ Ung tel est mort - camedane, mss.
  __ _ 16-17 Nota que leur seigneur a nom Donnacona (T a lu
             constamment ce nom Donnacoua) & quant ilz le veullent
             appeler seigneur ilz l'appellent Agouhanna, C.
  __ _ _____ Quand ilz veullent dire injure a quelcun ilz lappellent
             Agojuda que est a dire mechant & traitre - agojuda, mss.
  __ _ _____ Villain - aggousay, mss.
  __ _ _____ Ilz appellent lherbe de quoy ilz usent en leurs cornetz
             durant lyver - quiecta, mss.
  __ _ _____ Herbe commune - hanneda, C.
  __ _ _____ Il y a de gros ratz en ledict pays qui sont gros comme
             connins lesquelz sentent le musque & les appellent -
             houtthe, AB.
  __ _ _____ Quant une personne est si viel quil ne peult chemyner
             ilz lappellent - agoudesta, mss.
  __ _ 20-21 Mon cousin - hegay, mss.
  __ _ _____ Mon nepveu - ynadin, mss.
  __ _ _____ Ma femme - ysaa, mss.
  __ _ _____ Mon enffant - aguo, mss.
  __ _ _____ Cheminez - quedaque, C.
  __ _ _____ Dou venez vous - Canada Undagneny, C.
  __ _ _____ Donnez cela a quelcun - taquenonde, C.
  __ _ _____ Gardez moy cecy - sodanadega mesganiy, C.
  __ _ _____ Ou est alle cestuy - quanehoesnon, C.
  __ _ _____ Fermez la porte - asnodyan, C.
  __ _ _____ Va querir de leaue - sagethemme, C,
  __ _ _____ Va querir quelcun - achedascone, C.
  __ _ _____ Grand - estahezy, mss.
  __ _ _____ Petit - estahagza, mss.
  __ _ _____ Gros - houganda, mss.
  __ _ _____ Gresle - houcquehin, AB; hocquehin, C.
  __ _ _____ Le soir - Angau, C.
  __ _ _____ La nuyct - Auhena, C.
  __ _ _____ Le jour - Adeyahon, C.
  __ _ _____ Quand ilz veullent faire quelque exclamation ilz dient -
             aggondec, A B.



Ici se termine la recension de dtail des variantes offertes par les
manuscrits & les ditions du second voyage de Jacques Cartier au Canada.
Nous avons renvoy  cette place l'addition  faire,  l'dition de 1545
reprsente par le prsent volume, des deux chapitres omis dans la
copie (si soigneusement enrichie au contraire des faits & gestes de
l'important personnage Jehan Poullet!) sur laquelle a t excute cette
primitive dition.

Elle ne prsente, en effet, qu'un total de vingt chapitres,  sparer en
deux parts de dix chapitres chacune, entre lesquelles doivent justement
s'intercaler les deux chapitres oublis, que voici:



_Comme ledict peuple de jour en jour nous apportoient du poisson & de ce
quilz avoyent a noz navires, & comme par l'advertissement de Taignoagny
& Dom Agaya ledict peuple se retira de venir & comme il y eut aucun
discort entre nous & eulx_.

Et despuis de jour en aultre venoit ledict peuple a noz navires &
apportoient force anguilles & aultres poissons pour avoir de nostre
marchandise, de quoy leur estoit baille cousteaulx, allaisnes,
patenostres & aultres menues choses dont se contentoient fort; mais nous
aperceusmes que les deux meschans que avions apportez leur disoient &
donnoient a entendre que ce que nous leur baillons ne valloit riens &
quilz auroient aussi tost des hachotz comme des cousteaulx pour ce quilz
nous bailloient, nonobstant que le cappitaine leur eust faict beaucoup
de presens & si ne cessoient a toutes heures de demander audict
capitaine. Lequel fut adverti par ung seigneur de la ville de
Hagonchenda quil se donnast garde de Donnaconna & desdicts deux meschans
& quilz estoient agoinda qui est a dire traitres. Et aussi en fut
adverty par aucuns dudit Canada, & aussi que nous apperceusmes de leur
malice parce quilz voulloient retirer les trois enfans que ledict
Donnacona avoit donnez audict cappitaine, & de faict firent fuyr la
plus grande des filles du navire. Apres laquelle ainsi fuye fist le
cappitaine prandre garde es aultres. Et par l'advertissement desdicts
Taignoagny & Dom Agaya, se abstenoient & depportoient de venir avec
nous quatre ou cinq jours, sinon aulcuns qui venoient en grand paour &
crainte.


_Comment le cappitaine doubtant quilz ne songassent aucune trahison fist
renforcer le fort & comment ils vindrent parlementer avecques luy & la
rendition de la fille qui sen est fuye_.

Voyant la malice deulx, doubtant quils ne songeassent aucune trahison &
venir avecques ung amast de gens sur nous, le capitaine fit renforcer
le fort tout a lentour de groz fossez larges & profondz avec porte a
pont-leviz & renffort de pans de boys au contraire des premiers. Et fut
ordonne pour le guet de la nuyt pour le temps advenir cinquante hommes
a quatre quars & a chascun changement desdicts quars les trompettes
sonnans ce qui fut faict selong ladicte ordonnance. Et lesdicts
Donnacona Taignoagny & Dom Agaya estans advertiz dudict renffort & de la
bonne garde & guet que lon faisoit furent courroucez destre en la male
grace du cappitaine & envoyerent par plusieurs fois de leurs gens
faignant quilz feussent dailleurs pour veoir si on leur feroit
desplaisir desquelz on ne tint compte & nen fut faict ny monstre aucun
semblant. Et y vindrent lesdicts Donnacona Taignoagny, Dom Agaya &
aultres plusieurs fois parler audict cappitaine une riviere entre
d'eulx, demandant audict cappitaine sil estoit marry & pourquoy il
nalloit a Canada les veoir. Et ledict cappitaine leur respondit quilz
nestoient que traitres & meschans ainsi que on luy avoit rapporte, &
aussi quil avoit apperceu en plusieurs sortes comme de navoir tins
promesse de aller a Hochelaga & de avoir retire la fille que on luy
avoit donnee, & aultres mauvais tours quil leur nomma; mais pour tout
ce que silz voulloient estre gens de bien & oublyer leur malle volunte,
quil leur pardonnoit & quilz vinssent seurement a bort faire bonne chere
comme pardevant. Desquelles parolles remercierent ledict cappitaine &
luy promisrent quilz luy rendroient la fille qui sen estoit fuye, dedans
trois jours. Et le quatriesme jour de novembre Dom Agaia accompaigne de
six aultres dict cappitaine que le seigneur Donnacona estoit alle par le
pays sercher ladicte fille & que le lendemain elle luy seroit par luy
amenee. Et oultre dit que Taignoagny estoit fort malade & quil prioit
le cappitaine lui envoyer ung peu de sel & de pain, ce que fist ledict
cappitaine, lequel luy manda que cestoit Jhesu qui estoit marry contre
luy pour les maulvais tours quil avoit cuyde jouer.

Et le lendemain ledict Donnacona, Taignoagny, Dom Agaya & plusieurs
aultres vindrent & amenerent ladicte fille, la representant audict
cappitaine lequel nen tint compte & dit quil nen voulloit point & qu'ils
la remmenassent. A quoy respondirent faisant leur excuse quilz ne luy
avoient pas conseille sen aller ains quelle sen estoit allee parce que
les paiges lavoient battue ainsi quelle leur avoit dict, & prioient de
rechief le cappitaine de la reprendre, & eulx mesmes la menerent jusques
au navire. Apres lesquelles choses le cappitaine commanda apporter pain
& vin & les festoya, puis prindrent conge les ungs des aultres. Et
despuis sont allez & venuz a noz navires & nous a leur demourance en
aussi grand amour que pardevant.






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(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
https://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's
eBook number, often in several formats including plain vanilla ASCII,
compressed (zipped), HTML and others.

Corrected EDITIONS of our eBooks replace the old file and take over
the old filename and etext number.  The replaced older file is renamed.
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Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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