The Project Gutenberg EBook of Florence historique, monumentale, artistique, by 
Marcel Nik

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Title: Florence historique, monumentale, artistique

Author: Marcel Nik

Release Date: January 4, 2006 [EBook #17459]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK FLORENCE HISTORIQUE ***




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MARCEL NIK



FLORENCE HISTORIQUE, MONUMENTALE, ARTISTIQUE

GUIDE D'ART DANS FLORENCE ET SES ENVIRONS
_Ouvrage accompagn de plusieurs plans et cartes_


DEUXIME DITION


LIBRAIRIE DE PARIS
Firmin-Didot et Cie., Imprimeurs-diteurs 56, Rue Jacob, PARIS




+AVANT-PROPOS+


L'accueil indulgent accord par le public et par la presse  l'_Essai
d'Itinraire d'Art en Italie_, m'a encourage  faire paratre ce
nouveau travail.

J'ai d remettre  une date ultrieure _Les Arts Accessoires_[1]
destins, dans mon intention,  faire suite  l'_Essai_, et
interrompre la srie de ces tudes pour dfrer au voeu, souvent formul,
de me voir publier un ouvrage esthtique et pratique sur Florence et sur
la Toscane, c'est--dire Pise, Lucques, Pistoie, enfin Sienne et ses
alentours.

[Note 1: _Un Essai d'Itinraire d'Art en Italie_, p. 3, note.]

Le volume qui parat aujourd'hui est consacr  Florence et  ses
environs immdiats, matire aussi inpuisable que varie.

L'exprience m'a fait reconnatre quelle perte de temps et quelle fatigue
seraient vites, si, au lieu d'errer  l'aventure, on pouvait procd
mthodiquement et embrasser dans une mme visite tout ce qui, dans un
mme rayon, est digne de remarque.

Pour assurer ce classement, il m'a paru indispensable d'tablir un plan
spcial de Florence divis en huit rgions correspondant chacune  un des
huit chapitres du volume et cela de manire  ce qu'une vue, tout  la
fois d'ensemble et de dtail, se prsente aux yeux du lecteur. Le besoin
de clart m'a encore pousse  m'attacher avec un soin jaloux  la
rdaction des tables. Elles sont une brve et complte nomenclature, une
sorte de catalogue fidle autant du livre que de la ville elle-mme, o
l'on trouvera rsum  sa place alphabtique tout ce qui, dans un mme
lieu, doit fixer l'attention et se graver dans la mmoire.

A Florence, l'tude de l'art et des monuments est si insparable, si
indissoluble de l'histoire, que j'ai d forcment placer en tte de cet
essai un aperu historique qui me permt de faire voluer dans son
milieu,  l'aide des vnements d'o il a dcoul, le noble et complet
art toscan. Autant que possible, je me suis efforce d'voquer l'pope
florentine et de faire revivre l'inoubliable grandeur de ce peuple,
auquel nulle inspiration gnreuse n'a t trangre et dont le coeur n'a
jamais cess de battre noblement pour toute ide de justice et de
libert!

Aussi Florence est-elle la patrie vritable de quiconque, en qute de
l'Idal, poursuit sans trve cette ternelle, cette insaisissable
chimre!

La patrie de tous ceux qui, les yeux fixs sur des horizons inconnus,
entrent chacun  leur tour dans la carrire o, coureurs infatigables,
ils se transmettent le flambeau sacr, sans savoir quelle main le portera
jamais au but.

S'il est peu consolant de voir, au cours de l'histoire florentine,
l'inanit du progrs et la strilit de l'effort sous le criminel
envahissement du despotisme, le grain sem n'en a pas moins lev,
produisant une ample moisson, puisque, dans tous ceux qui auront le culte
pur de la Beaut, se perptuera et fleurira, au travers des temps, l'me
florentine.




APERU

SUR

L'HISTOIRE DE FLORENCE



Par sa situation gographique, la Toscane occupe le centre de l'Italie;
par toutes ses manifestations artistiques, elle en est l'me. Cette
contre peu tendue mais privilgie, comme autrefois la Grce, par la
beaut des sites, la fertilit du sol, la srnit du climat, semble,
comme elle, avoir runi  un degr unique toutes les conditions propices
au dveloppement de l'esprit humain.

La premire fois que, dans les temps antiques, un peuple digne de mmoire
se rencontre en Italie, c'est en Toscane. Les trusques, venus des
plateaux de l'Asie centrale, comme tous les immigrants par lesquels fut
colonise l'Europe, y apportaient les bienfaits de toutes les
civilisations rencontres par eux dans leurs tapes successives, soit en
Asie Mineure, soit en Grce ou en Sicile. C'est dans ce fait que rside
assurment l'explication toute naturelle de la culture politique, de la
culture artistique, si prmaturment dveloppes chez le peuple toscan.

Entre l'Etrusque et le Toscan existent les mmes affinits qu'entre le
Gaulois et le Franais, c'est--dire que l'influence de la souche
primitive est si persistante, si profondment enracine qu'on la retrouve
encore par del les sicles. En effet, la forme massive, plasgique, pour
ainsi dire, des murs imposants de Cortone ou de Volterra ne se
reconnat-elle pas dans les lourdes constructions florentines, et leur
bossage mme ne rappelle-t-il pas l'appareil trusque, attestant la
perptuit d'une forte et puissante race sur le sol toscan?

La domination romaine amena une nouvelle colonisation de l'trurie et
couvrit le pays de villes importantes gales aux anciennes cits, dj en
pleine prosprit.

Ce ne fut pourtant que lorsque Antoine et Octave fondrent leurs colonies
militaires en 50 avant J.-C. que l'une d'elles, s'tant fixe dans la
partie du pays rpute la plus fertile, et merveille de la richesse de
sa nouvelle patrie, appela la ville qu'elle btit Florentia, c'est--dire
la ville des Fleurs.

Jusque vers le IVe sicle il n'est gure fait mention de la colonie que
l'on retrouve  cette poque jouissant de franchises et de droits
tendus, en lutte ouverte contre le christianisme, auquel il faudra plus
d'un demi-sicle pour devenir la religion dfinitive du pays.

Ainsi, ds lors, la destine semble avoir vou Florence  une suite
perptuelle d'agitations et d'inquitudes et son histoire tout entire,
telle qu' sa premire page, n'offrira qu'une longue succession de luttes
et de combats.

Envahie au Ve sicle par Radagaise, assige par Alaric, prise et
reprise par Totila et Narss, il n'en reste plus pierre sur pierre.
Releve de ses ruines par Charlemagne et constitue fief de margraves,
elle jouit pendant un sicle et demi d'une tranquillit et d'une paix
heureuses; mais  ce calme devait succder la tempte sous des tyrans
cupides et violents. Ce fut alors que toutes les esprances se tournrent
vers le nord, et que l'Empire fut appel pour la premire fois  secourir
l'Italie (962). Avec Othon le Grand, les Allemands s'installrent sans
scrupule, comme en pays conquis, chez ceux qui les avaient appels, et
bientt les vques et mme le Pape ne furent plus que les premiers
fonctionnaires de l'Empire.

Pourtant la Toscane, au IXe sicle, retrouva sous de nouveaux margraves
une vie propre; elle tendit alors sa domination autour d'elle,  telle
enseigne que le Pape arriva  la considrer comme un rempart contre les
ambitions dmesures de l'Empire, tandis que l'Empereur y voyait un
avant-poste. Le pays n'avait qu' gagner  ce jeu de bascule, o chacun
lui faisait des avances et lui accordait de vritables avantages pour
tacher de le gagner sa cause. Malheureusement pour lui, en 1069, la
comtesse Mathilde prenait les rnes du gouvernement et le pape Alexandre
II obtenait d'elle l'acte fameux appel la Renonciation de la comtesse
Mathilde, par lequel elle se dclarait simple dpositaire de sa puissance
et rsolue  n'en user que pour le bien de l'glise; c'tait la guerre
entre la Papaut et l'Empire, c'tait le brandon des luttes terribles qui
allaient ensanglanter la Toscane pendant tant d'annes, car ce que
Mathilde donnait  l'glise, les lois de l'Empire ne lui permettaient pas
d'en disposer.

Aussi Henri IV, malgr Canossa, envahit-il aussi la Toscane. Sienne,
Pise, Lucques, se dcidrent en sa faveur; Arezzo et Pistoie se donnrent
 lui et leurs vques, bien qu'excommunis, continurent  officier
(1081). En rcompense de leur fidlit Henri IV octroya aux villes
d'amples franchises et confirma la fondation des liberts urbaines,
tandis que Florence supportait le poids de son attachement au Pape et 
la comtesse Mathilde et qu'assige, elle ne devait son salut qu'au
dpart prcipit de l'Empereur pour l'Allemagne. Les quatre annes qu'il
y resta permirent  Mathilde de jeter les bases d'un gouvernement et
d'embellir la ville en y difiant de nombreux monuments, Florence
entreprenait alors de petites guerres contre ses voisins et concluait
avec eux des alliances o perait pour la premire fois son esprit actif
et pratique.

La mort de Mathilde ouvrit sa difficile succession et ses biens furent
disputs prement par Henri V, le successeur d'Henri IV, et par le pape
Pascal II, appuys, l'un sur les droits du fief, l'autre sur ceux de la
donation. Comme tous les deux sollicitaient galement l'appui des villes,
ils durent, dans le but de se les acqurir, accorder privilges sur
privilges, crant ainsi leur indpendance, car elles n'avaient garde de
se donner et demeuraient platoniquement pour l'Empereur ou pour le Pape.

Aprs, des rivalits et des luttes sanglantes entre Sienne, Pise et
Florence, l'avnement de Frdric Barberousse, en 1154, vint rallier tous
les intrts devant le danger commun de l'invasion par l'Empereur d'un
pays qu'il considrait comme tratre et rebelle. Aussi,  sa mort, les
cits s'engagrent-elles  ne plus accepter d'autre souverainet que
celle du Pape.

Ds cette poque, la petite ville des Mark-grafs et de la comtesse
Mathilde tait devenue un tat puissant avec une organisation intrieure
dj complique.

Les corps des mtiers constituaient de puissantes corporations divises
elles-mmes en mtiers nobles et en mtiers vils. Les premiers, seuls, au
nombre de sept, comptaient pour l'administration ou le gouvernement de la
cit.

D'abord venait l'ancienne et puissante corporation des marchands de
laine, fabricants de draps grossiers, de lainages ordinaires,  ct de
laquelle s'tait form au XIIIe sicle l'arte de Calimara, commerants
en draps trangers, auxquels ils donnaient le fini florentin. Venaient
ensuite l'art de la soie, destin plus tard  un grand dveloppement, et
enfin, en toute premire ligne, les manieurs d'argent, banquiers,
changeurs ou usuriers, qu'on appelait les matres de la Zecca, qui
allaient devenir les plus grands bailleurs de fonds du monde entier. Les
banquiers florentins taient les prteurs des souverains et des Papes,
par lesquels ils taient mme chargs de percevoir les revenus de
l'Eglise en tous lieux. A ct d'eux, la multiplicit et la diversit des
monnaies faisaient des changeurs une vritable puissance encore double
par la prrogative de battre monnaie pour le gouvernement florentin. Les
trois autres corporations taient celles des mdecins et apothicaires,
des peaussiers et fourreurs, des hommes de loi, juges et notaires. Les
chefs des mtiers nobles firent la police et presque la loi jusqu'au
jour o, sans institution nouvelle, par la force des choses, ils
devinrent les magistrats communaux et formrent le premier gouvernement
florentin. Ils s'appelrent successivement recteurs, prieurs et plus tard
capitani quand ils ne furent plus, sous l'autocratie, que les simples
dlgus des quartiers qu'ils reprsentaient. A ct de l'aristocratie
marchande, il fallait mnager une place aux nobles, les uns immigrs
allemands fixs  Florence, les autres seigneurs fodaux, incommodes
voisins qu'on avait fait descendre de leurs chteaux et qui hassaient et
mprisaient galement les marchands.

Ces familles dont les chefs, appels Capitani, n'taient pas
justiciables des tribunaux consulaires, se consacraient uniquement  la
carrire des armes et en tiraient souvent une gloire dont le prestige
amenait une population bourgeoise  choisir des consuls dans leurs rangs.
Par suite de cette immixtion dans les affaires de l'tat, les nobles
prirent une arrogance redoutable et les querelles qui ne cessaient de
s'lever entre eux devinrent si terribles, que, pour se mettre en sret,
ils en arrivrent  munir leurs palais de tours dmesures et  les
transformer en citadelles inexpugnables, quelquefois assez rapproches
pour qu'on pt se frapper de l'une  l'autre. Cet tat de guerre
n'existait pas seulement de nobles  nobles, et de nobles  marchands,
mais ces derniers eux-mmes taient encore diviss par les rivalits de
mtier. De plus, s'ils voyaient avec joie les nobles s'puiser en luttes
sanguinaires,  leur tour ils vivaient en dfiance continuelle de la
classe place au-dessous d'eux et de beaucoup la plus nombreuse, celle
qui, originairement compose de serfs, ne comptait pour rien dans le
gouvernement recrut parmi le primo popolo.

A cette poque (1208), l'exprience avait dmontr que, dans les conflits
de plus en plus graves qui mettaient les grandes familles aux prises, les
nobles ne prendraient jamais au srieux les arrts prononcs par des
juges qu'ils considraient comme des infrieurs et qui eux-mmes avaient
 redouter leurs ressentiments et leurs vengeances. Aussi Florence et les
autres gouvernements dmocratiques de la Toscane reconnurent-ils la
ncessit d'instituer une magistrature suprme, dont l'autorit s'impost
 tous. Ce nouveau pouvoir fut celui du Podestat.

Originairement le Potestate tait un commissaire imprial charg
d'administrer au nom de l'Empereur. Cette magistrature, institue par
Frdric Barberousse, fut rapidement dleste et conspue dans les villes
o elle exerait un pouvoir absolu et despotique. Mais, si le
gouvernement des Podestats avait ses inconvnients, on ne tarda pas 
reconnatre que leur qualit d'trangers les prdisposait  une grande
impartialit dans leurs jugements. On se rsolut alors  choisir au loin
le magistrat auquel on confierait cette autorit redoutable et  ne la
lui confier que pour une priode limite, pendant laquelle il lui serait
interdit de nouer aucune relation avec ses justiciables.

Le XIIIe sicle ne voit que grandir la discorde, que se multiplier les
factions, et cet tat de guerre intestine offre le plus trange contraste
avec la prosprit et la richesse croissantes du pays.

La premire scission effective dans le parti de la noblesse (1215?) fut
cause par la rupture d'un mariage projet entre un Buondelmonti et une
Uberti et cela sans autre motif que le bon plaisir du premier, affront
que les Uberti lavrent en assassinant Buondelmonte. Cet vnement jeta
les Uberti dans le parti de l'Empereur, tandis que les Buondelmonti
embrassaient le parti populaire et que, derrire leurs deux maisons, se
groupaient les principales familles florentines constituant deux factions
rivales profondment hostiles.

Ce ne fut pourtant qu'en 1240 que furent adoptes les fameuses
dnominations de Guelfes et de Gibelins, sous lesquelles les partis
allaient ensanglanter l'Italie. Ces noms d'origine allemande n'taient
primitivement que les cris de guerre et de ralliement des deux maisons en
perptuelle rivalit pour le trne imprial. Hye Woelf pour Guelfe de
Bavire, Hye Weibligen pour les Hohenstaufen. Ce double appel passa les
Alpes avec les Allemands, pour dsigner plus tard, aprs la guerre des
Investitures, le parti de la dmocratie et celui de la fodalit. C'est 
partir de cette poque que les noms de Guelfes et de Gibelins perdirent
leur signification primitive et s'appliqurent en Italie aux partisans du
Pape ou de l'Empereur, sans que les villes eussent parfois d'autre
conviction pour tre guelfes ou gibelines que l'espoir des avantages 
tirer de l'une des deux puissances.

De 1220  1258, Florence fut la proie des partis dont la lutte devenait
de jour en jour plus acharne. La faction au pouvoir, non satisfaite de
proscrire l'autre, rasait les habitations et confisquait les biens des
vaincus. Si l'Empereur descendait en Italie, les Gibelins taient les
matres; si l'Empereur s'loignait, ils prenaient  leur tour le chemin
de l'exil et cdaient la place aux Guelfes triomphants. Au milieu de tant
d'lments de dsordre auxquels s'ajoutaient les querelles religieuses,
les menaces d'hrsie, l'interdit et l'excommunication, on reste surpris
et confondu de l'nergie prodigieuse, de la vitalit puissante de ce
peuple o les pires calamits ne portent nul prjudice au dveloppement
intellectuel,  la prosprit croissante des arts, des sciences et de la
fortune publique.

A cette poque, les ambitions inassouvies de Florence ne connaissaient
aucun frein. Elle entreprenait une expdition contre la puissante Pise
et, aprs une lutte meurtrire, elle arrivait  rduire et  soumettre sa
rivale; mais ce rsultat ne la satisfaisant pas encore, elle n'eut de
cesse qu'elle ne ft entre en campagne contre l'orgueilleuse Sienne.
Cette cit, gibeline par excellence, tait le refuge de tous les
proscrits florentins, ce dont la guelfe Florence lui gardait une terrible
rancune.

La comptition entre les deux villes devait se terminer aux portes mmes
de Sienne par l'effroyable dfaite de Montaperto (1260), dont le rsultat
fut de livrer Florence, sans dfense possible,  la raction gibeline.
Les Gibelins rentrs au pouvoir, leur premire pense fut de raser
Florence, ce repaire du parti guelfe. Le plus illustre des proscrits,
Farinata degli Uberti, se leva seul pour protester en demandant si
c'tait pour ne pas mourir dans sa patrie qu'il avait tant souffert, et
il jura qu'il la dfendrait jusqu' son dernier soupir.

Comme Farinata avait une grande autorit, son intervention sauva la
ville, mais elle n'en fut pas moins rduite  un degr d'infriorit
humiliant au dernier point.

Aprs leur triomphe, les Gibelins au pouvoir eurent  compter avec le
parti guelfe dont l'opposition sourde et constante fut d'autant plus
haineuse qu'il avait plus  redouter l'influence du parti modr gibelin
qui, par de sages mesures, offrait aux Guelfes la possibilit de rentrer
dans leur patrie, sans lutte.

Ces vues pacificatrices ne manqurent pas d'exciter de grandes
inquitudes aussi bien chez les Guelfes que chez le Pape qui voyaient
dans l'apaisement des esprits la perte de leur influence. Leur politique
devait donc consister  exploiter la moindre apparence de mcontentement
et  nier la bonne foi des Gibelins, en les dclarant incapables de
gouverner avec impartialit et douceur. Le peuple n'tait pas mr pour
comprendre l'intrt qu'il pouvait y avoir  tablir une paix durable par
des concessions rciproques; prompt  accueillir les conseils et les
insinuations perfides, il se souleva contre les Gibelins, les expulsa et
ouvrit ses portes  Guy de Montfort et aux Franais (1267).

Le gouvernement guelfe rtabli s'empressa d'offrir  Charles d'Anjou la
seigneurie de Florence avec le droit d'y dlguer un vicaire royal et un
podestat chargs de tous ses pouvoirs. Les biens des Gibelins furent
confisqus et partags en deux portions: la premire distribue  titre
de dommages-intrts, tandis que la seconde allait constituer le trsor
connu sous le nom de Masse guelfe, destin  servir de fonds de rserve
au parti. Par suite de ces vnements, Florence redevenait guelfe dans
l'me et le lys rouge, symbole guelfe par opposition au lys blanc,
symbole gibelin, imposa sa couleur  toute chose. En face d'une si
violente raction, la minorit gibeline qui avait t tolre, dut
elle-mme se transformer et, suivant la marche des vnements et des
ides, devenir peu  peu l'lment modr du parti guelfe.

L'anne 1282 est marque dans l'histoire de Florence par la constitution
dfinitive de la Rpublique, forme gouvernementale imprieusement
rclame, comme seule capable de soustraire l'tat  la domination d'un
matre tranger ou  la tyrannie des coteries locales. Pour remplir une
fonction publique, il fallut non seulement tre inscrit dans l'un des
arts, mais encore l'avoir exerc. A la tte du gouvernement sigeait un
conseil qui formait la Seigneurie. Il tait compos des six prieurs des
arts nobles reprsentant leur corporation et un quartier de ville
(Sestiere). Ces magistrats, lus pour deux mois, n'taient pas
rligibles avant deux annes rvolues. Investis de tout le pouvoir
excutif pendant toute la dure de leur magistrature, soumis 
l'existence la plus svre, ils devaient vivre ensemble au Palais Vieux,
nourris aux frais de l'tat, mangeant  la mme table et couchant en
commun; enfin ils n'avaient sous aucun prtexte le droit de s'absenter.

La premire proccupation de la Rpublique devait tre de trouver un
remde aux dissensions de la noblesse devenues intolrables. Le
gouvernement promulgua,  cet effet, une sorte de charte par laquelle il
proscrivait les familles nobles les plus irrductibles et soumettait les
autres aux pnalits les plus rigoureuses. Mais, devant l'inefficacit de
la loi et l'impossibilit de l'appliquer, il fallut chercher un moyen
nergique pour maintenir l'ordre dans la cit, et on se rsolut 
investir un magistrat d'une autorit redoutable: ce fut la cration du
Gonfalonat, destin  devenir par la suite la premire charge de la
Rpublique.

Le Gonfalonier, lu par les anciens prieurs, avait droit de justice sur
tous les citoyens indistinctement et pouvait exercer ses poursuites de
jour et de nuit,  toute heure et en tout lieu. Au dbut, il vivait avec
les prieurs; mais l'importance de sa charge tait telle que, peu d'annes
aprs son institution, il avait un train luxueux et considrable.

A cette poque se place l'arbitrage de Florence appele par Pistoie  se
prononcer entre les deux partis qui, sous la dnomination des Blancs et
des Noirs, dchiraient et ensanglantaient la malheureuse ville. Mais
Florence, en rtablissant l'ordre dans Pistoie dcime par la plus
effroyable guerre intestine, prit elle-mme le mal qu'elle venait gurir
et bientt les Blancs et les Noirs remplaaient les Guelfes et les
Gibelins et la livraient  toutes les horreurs des guerres civiles.

Les Blancs, c'est--dire les Gibelins, tant au pouvoir, les manoeuvres
des exils guelfes, conspirant sous la conduite du pape Boniface VIII et
de leur chef Corso Donati, ouvraient Florence  Charles de Valois,
troisime fils de Philippe le Hardi, dcor pour la circonstance des
titres de vicaire gnral de l'glise et de dfenseur de l'Italie.

Le jour de la Toussaint 1301, Charles faisait son entre triomphale dans
la ville o son premier acte fut naturellement un parjure, car aprs
avoir jur de respecter les biens et les proprits, il ouvrait les
portes  Corso Donati et aux Noirs triomphants, et livrait au massacre,
au pillage et  la plus affreuse proscription ceux qui avaient eu foi en
ses serments.

C'est vers 1300, au milieu de luttes dsolantes, qu'apparat pour la
premire fois le nom de Dante Alighieri, membre de l'art des apothicaires
et l'un des prieurs. Par ses ascendants, le Dante tait guelfe, car un de
ses anctres avait figur avec honneur  la sanglante dfaite de
Montaperto, comme garde du corps du fameux Caroccio, le palladium de
Florence, et cet vnement avait jet les Alighieri dans l'exil.

L'ducation de Dante fut des plus soignes: Brunetto Latini lui enseigna
les lettres latines; adolescent, il tudia la philosophie  Florence;
homme fait, la thologie  Paris. Il rentra ensuite dans sa patrie o
l'attendait la guerre civile.

Dante exera les premires charges de la Rpublique, il fut nomm
quatorze fois ambassadeur et mena  bien les ngociations les plus
difficiles; bien qu'il fut guelfe, le Pape n'eut pas  Florence de plus
acharn adversaire contre ses demandes d'hommes et d'argent. Son
opposition alla mme si loin que Boniface VIII, irrit, frappa Florence
d'interdit.

Par un de ces retours trop communs dans l'histoire des gouvernements
populaires, Dante, alors en ambassade  Rome, fut accus de concussion et
condamn  une amende considrable, faute du paiement de laquelle
seraient prononces la dvastation et la confiscation de ses biens,
jointes  l'exil ternel. Comme Dante ne voulut pas reconnatre le crime
dont on l'accusait injustement, il abandonna sa patrie, sa fortune, ses
amis, ses emplois; et ses biens furent vendus au profit de l'tat, tandis
qu'on passait la charrue et qu'on semait le sel sur le terrain o s'tait
leve sa maison. Comme si ces mesures iniques ne suffisaient pas encore,
on le condamna  mort par contumace et on le brla en effigie  la place
mme o, deux sicles plus tard, on devait brler Savonarole!

Guelfe de naissance, devenu gibelin par haine, Dante allait errer
dix-neuf ans loin de sa patrie. Le ddain et la soif de la vengeance
firent de lui le pote sublime de la Divine Comdie, celui qui, nouvel
Homre, devait peupler l'enfer de ses haines et le paradis de ses amours.

Il avait crit l'Enfer  Vrone, il composa le Purgatoire  Gagagnano et
acheva l'oeuvre au chteau de Tolmino dans le Frioul. Il se rendit ensuite
 Ravenne o il devait mourir, et c'est dans cette ville qu'il publia son
pome tout entier, dont l'Italie fut rvolutionne  tel point qu'on se
demanda si c'tait un vivant qui avait t capable de raconter de
pareilles choses.

C'est de cette anne 1302 qui voyait Charles de Valois et les Noirs
matres de Florence, que date l'exil de l'homme destin  flageller si
impitoyablement une patrie injuste et ingrate. Dans un intrt mal
entendu, Dante en tait venu  souhaiter l'Empereur matre du monde et de
l'Italie. Il maintenait dans son systme la suprmatie spirituelle du
Pape et faisait de l'Empereur l'ouaille du Pape, et de la Papaut la
vassale de l'Empire, thorie inapplicable et toute scolastique qu'il
expose et qu'il dveloppe dans son livre de la Monarchie.

Les annes 1328 et 1329 furent des plus dsastreuses pour Florence. Les
mauvaises rcoltes, la disette, les banqueroutes, jointes au flau des
invasions et aux difficults intrieures de tout ordre, la mettaient dans
la situation la plus critique. De 1340  1346, elle fut en proie aux
mmes calamits. Gnes et Pise ayant accapar les bls, la Seigneurie dut
acheter au poids de l'or les grains ncessaires  la subsistance de la
ville.

Dans l'anne 1347, Florence eut  pourvoir aux besoins de plus de cent
mille personnes, mais l'insuffisance et la mauvaise qualit du pain
augmentrent la mortalit dans une telle proportion qu'on en vint  ne
plus sonner les cloches et  ne plus annoncer les dcs. Pour comble de
maux, la peste se mit de la partie et les corps puiss par la famine
n'taient que trop prdisposs  la contagion. Du reste, au printemps de
1348, l'pidmie gagna toute l'Europe, et quelques cits alpestres de la
Suisse, du Milanais ou du Tyrol chapprent seules au flau.

Les malades,  peine atteints, taient couverts de bubons charbonneux
accompagns d'hmorragies, et bientt personne ne voulut plus les
soigner. Au premier symptme du mal, la maison tait abandonne et il ne
restait au malade d'autre ressource que de mourir dans l'isolement, bien
heureux encore si, avant de le quitter, on laissait  sa porte de quoi
calmer la soif qui le dvorait ou, en cas de mieux, de quoi ne pas mourir
de faim. Quand la mort survenait, ce n'tait parfois qu'au bout de
plusieurs jours que l'on s'en apercevait et que l'on venait enlever un
cadavre souvent en pleine dcomposition, ce qui ne contribuait pas
mdiocrement  entretenir l'pidmie. Des fortunes colossales furent
acquises alors; les drapiers qui avaient en magasin des stocks de drap
noir, s'enrichirent subitement; tout ce qui touchait  la mort se payait
au poids de l'or.

Aux cimetires, on creusait de grandes fosses o les cadavres taient
couchs par centaines et o, selon l'expression tragico-macabre de
Villani, on jetait sur chaque range de corps une lgre pellete de
terre, comme on saupoudre de fromage les vermicelles.

Dans les campagnes, la peste tait encore plus redoutable que dans les
villes. Boccace, dans un rcit plein d'horreur, montre les paysans
mourant dans leurs maisons ouvertes ou sur les chemins, et leurs cadavres
empestant l'air, car personne ne se souciait de les ensevelir, tandis que
le btail, errant sans berger, rentrait de lui-mme aux tables, ou bien
gagnait la contagion en rdant autour du matre mort. A la longue, on
reconnut que le plus sage tait encore d'viter les exagrations, et les
moribonds purent retrouver quelques soins.

Mme en 1352, la peste n'avait pas disparu compltement de l'Europe, et
dix ans plus tard, on ne s'tait pas encore remis des perturbations
sociales qui en taient rsultes. La fortune publique se trouvait
entirement dplace; on voyait dans l'opulence mdecins, apothicaires,
garde-malades, marchands d'herbes mdicinales, de volailles et de
ptisseries, tandis que beaucoup d'anciennes familles, ruines par la
chert des denres, se trouvaient presque dans la misre. Ce qu'il y eut
de plus singulier au milieu de ces calamits publiques, ce fut la
poursuite effrne des plaisirs, ce fut la folle gaiet  laquelle on se
livrait pour chapper, semblait-il, au spectre menaant de la mort. Au
moment o la peste noire faisait  Florence ses plus effroyables ravages,
les citoyens tremblants, dsesprs, cherchaient  s'tourdir dans de
folles orgies, et Boccace, aprs en avoir trac le lugubre tableau,
commence les charmants rcits de son Dcamron. C'est un trange
contraste, quand on est encore sous l'impression de la terreur laisse
par le dbut, de voir ces jeunes cavaliers et ces jeunes femmes, assis
sur de verts gazons, se livrer  de joyeux devis, sans jeter en arrire
aucun regard de compassion vers la ville qu'ils ont fuie et dont on
entend les gmissements dans le lointain. Le prsent est tout pour eux,
et, dans la jouissance du moment, ils veulent oublier que, le lendemain
peut-tre, ils seront atteints  leur tour.

Parmi tant d'preuves, les dispositions des partis, les sentiments de la
bourgeoisie et du peuple avaient bien chang. Deux classes se
partageaient alors la Rpublique: le peuple gras, o se recrutait
l'aristocratie nouvelle sortie des banques et des comptoirs, et le menu
peuple, compos des artisans, des ouvriers, des manoeuvres de toute
espce, et anim contre le popolo grasso de toute la haine de gens
lss dans leurs intrts. Bientt la question des salaires vint encore
compliquer la situation, et, soutenu par le parti guelfe mcontent de
voir la prpondrance croissante du parti de la banque, le menu peuple,
les Ciompi, se rvolta et, rest un instant matre de la ville, se
livra aux pires excs. Cette rvolution de 1378 profita aux seuls chefs
guelfes; mais leur tyrannie s'exera si odieuse, que bientt ils furent
renverss par une contre-rvolution des Ciompi guide par Thomas
Strozzi, Benedetto Alberti et enfin Salvestro Mdicis. Les chefs guelfes
furent forcs de quitter la ville o leurs proprits furent saccages et
pilles, et o leurs vies mmes ne furent sauves que grce 
l'intervention de Salvestro Mdicis, alors podestat et idole du peuple.

La famille des Mdicis, qui apparat alors pour la premire fois dans un
rle prpondrant, tait originaire de Mugello. Dj  cette poque de
1378, elle tait riche, industrieuse, puissante, et avait donn des
magistrats habiles et populaires  la Rpublique. Villani cite les
Mdicis en 1304 parmi les chefs du parti des Noirs, et plus tard l'un
d'eux marqua par son opposition au duc d'Athnes, sur l'ordre duquel il
fut dcapit.

Une nouvelle rvolte des Ciompi en 1382 mit le Gonfalonat entre les
mains d'un des leurs, Michel Lando, homme d'une valeur et d'une intgrit
exceptionnelles; mais bientt le parti aristocratique ressaisit
l'autorit, et l're des soulvements populaires, des revendications des
plus faibles contre les plus forts, fut close sans retour. Avec toutes
les chances de succs, les Ciompi chourent pour n'avoir pas su 
propos se contenter de bnfices relatifs et indirects.

Ils payrent chrement cette faute, car les arts majeurs, exasprs par
la crainte qu'ils avaient eue, devinrent leurs pires ennemis.
L'aristocratie marchande, jalouse de son autorit, ne devait plus quitter
le pouvoir, mais, coterie exclusive, furieuse d'avoir failli perdre ses
privilges, alors mme qu'elle les avait recouvrs, elle rompit avec tout
ce qui tait dmocratique et resta un corps absolument ferm. C'est ainsi
que les humbles et les petits arrivrent  considrer comme heureux le
sort des villes o des tyrans faisaient peser le joug moins lourdement
sur les pauvres que sur les riches, et le peuple ne vit plus dans ces
despotes que des instruments pour l'excution de ses vengeances et de ses
haines. Les Mdicis arrivaient  point nomm pour remplir un tel rle.
L'astuce de ces banquiers enrichis tissa longuement et patiemment sa
trame, mais ils eurent l'art de tenir soigneusement cachs leurs perfides
et ambitieux desseins; ils ne leur donnrent corps que lorsque la faveur
populaire leur eut tout permis. D'une habilet plus qu'excessive, ils
spculrent sur le mrite trs surfait du mdiocre Salvestro et firent de
la popularit exagre de cet anctre le marche-pied de leur lvation. A
partir de ce moment, les glorieuses pages de l'histoire sont termines
pour Florence, car  travers de brillants pisodes se poursuivront les
progrs du mal auquel succombera ce qui l'avait faite si noble et si
grande, la Libert et la Rpublique.

Ce ne sera pas sans rvoltes que cette population fire, indocile, ivre
de libert, verra une famille de marchands enrichis confisquer une  une
ses liberts publiques; elle se dfendra nergiquement et cherchera par
tous les moyens possibles  faire rentrer dans le rang ces ambitieux
auxquels il ne faudra rien moins que l'intervention arme de
Charles-Quint pour imposer leur domination.

A cot de Salvestro se place encore  la tte du parti populaire Jean de
Mdicis, son cousin, qui tenait comme lui un rang considrable. Comme ses
devanciers, modr en apparence, mais ambitieux au fond, Jean pratiqua
avec succs la politique expectante de sa famille, tandis que, grce 
son immense fortune,  son inpuisable munificence, et aux prts
considrables qu'il consentait aux princes et aux souverains, son crdit
et sa renomme s'tendaient au loin. Attentif  viter les querelles des
partis, il n'allait au Palais que lorsqu'il y tait appel, et par sa
prudence il dtourna avec un rare bonheur tous les soupons. Il sembla
accepter par dsintressement les charges publiques, et lorsqu'il les
remplit, il se posa comme protecteur du peuple, en attendant de devenir
son chef. Loin d'abuser de la situation, il persvra dans la voie
circonspecte qu'il s'tait trace et se contenta de s'opposer  de
nouveaux empitements de l'oligarchie. Jean de Mdicis mit le sceau  sa
popularit par sa conduite dsintresse  la suite de la guerre avec
Philippe Marie, en 1428. Aprs avoir tout fait pour dtourner Florence de
cette entreprise hasardeuse, il sut, en prsence des malheurs publics,
oublier ses opinions et, mettant tout en oeuvre pour venir au secours de
la Rpublique, y consacrer mme une partie de sa fortune personnelle. Il
sut galement rsister aux ouvertures qui lui furent faites pour rformer
la constitution au profit des classes suprieures et s'opposer  l'emploi
de la force pour opprimer le peuple. Il disait qu'en ce qui le
concernait, son dsir n'tait pas de ranimer les factions, mais bien
plutt de les teindre; aussi ne voulut-il pas non plus tirer parti de
ces ouvertures pour s'en faire une arme contre ses adversaires
politiques, bien qu'il y ft pouss par les clients de sa maison et par
son fils Cosme qui le blmaient de compromettre  force de modration
l'avenir de son parti et la grandeur de sa race.

Fidle  sa tactique de libralisme, Jean de Mdicis proposa une nouvelle
loi destine  rpartir plus galement les contributions, en les rglant
d'aprs la quotit des biens possds par chacun. Cette loi fameuse,
appele le Castato, tait une vritable rvolution conomique et
sociale, car elle rtablissait des taxes quitables et supprimait les
privilges. Aussi excita-t-elle autant d'enthousiasme chez ceux qu'elle
exonrait que de colre et de haine chez ceux qu'elle frappait, et comme
de raison, l'auteur en fut salu par la reconnaissance du peuple comme le
plus zl dfenseur de ses droits et de ses liberts. Jean de Mdicis
mourut en 1429, laissant  ses fils les plus sages conseils et emportant
dans la tombe la reconnaissance d'un peuple dont il n'avait cess d'tre
le bienfaiteur. Les regrets que causait sa mort taient encore aggravs
par une situation des plus difficiles.

Cette premire moiti du XVe sicle donne lieu en effet  des rflexions
peu consolantes. C'est au milieu de mesquineries de toutes sortes, de
complications aussi bien intrieures qu'extrieures que se prpare dans
ses origines troubles et impures le rgne nfaste des Mdicis o doit
sombrer tout ce qui fit la Toscane glorieuse pendant des sicles.

Aprs la mort de Jean, l'oligarchie et les Albizzi reprirent le pouvoir
et conduisirent les affaires publiques, tandis que Cosme, hritier de la
popularit paternelle, se posa ds l'abord comme leur adversaire acharn.

Cosme de Mdicis avait un peu plus de quarante ans lorsque le cours des
vnements lui donna le rle prpondrant qu'il ambitionnait.

Grave, prudent, astucieux, il n'tait, disent les chroniques du temps,
qu'un renard rus et trompeur; libral et humain par calcul, il
recherchait la faveur du peuple sans l'aimer et sans avoir les qualits
extrieures ncessaires pour le sduire. Laid de sa personne, d'un
extrieur mesquin, il ne savait que merveilleusement parler et disserter
au milieu des savants, mais il tait compltement dpourvu des dons
propres  entraner et  convaincre.

Son esprit s'tait form par l'tude et aussi par de lointains voyages
entrepris pour la banque des Mdicis. Depuis son retour, il affectait de
se tenir loign des charges publiques, mais il frquentait des hommes de
toutes conditions, dans le dessein manifeste de se faire des partisans.

Le mot d'ordre donn par Cosme tait de rpter que tout allait mal, de
semer le dcouragement dans les masses et de les amener peu  peu au
dgot du rgime oligarchique; mais son plus puissant levier tait
l'immense fortune qui lui permettait d'acheter une popularit que son
pre avait eu moins de peine  acqurir.

Contre Cosme et sa faction se dressaient les trois plus anciennes
familles de Florence, qui n'entendaient nullement se soumettre  ces
parvenus: c'taient les Pazzi, les Pitti et les Acciajuoli. Las de
rencontrer partout sur leur route, en affaires et en politique, un rival
de plus en plus redoutable, ils lui faisaient une violente opposition.
Ligus pour sa perte, ils achetrent en 1432 le nouveau gonfalonier,
homme vnal, et l'amenrent  se saisir de Cosme et  le jeter en prison,
sous prtexte de conspiration contre le rgime tabli, de dilapidation et
d'usure. C'tait une accusation plus qu'injustifie, car Cosme tait de
ceux qui donnent, et non de ceux qui prennent. Quoi qu'il en soit, cette
dtention fut de courte dure, et Cosme, banni pour un an, prit le chemin
de Padoue o il fut exil aprs avoir achet au poids de l'or cette
libert relative. A Padoue, il devint le chef de tout ce que Florence
comptait de mcontents; aussi, quand en 1434 les lections mirent le
pouvoir aux mains de ses partisans, l'oligarchie fut-elle tout de suite
dfinitivement dsarme.

Profond politique, loin de rentrer aussitt  Florence, il laissa peser
sur ses amis tout l'odieux des reprsailles. Si la clmence fut applique
aux classes infrieures dans une large mesure, les dernires rigueurs
furent, sans scrupule et sans misricorde, exerces contre l'aristocratie
vaincue. Il suffisait d'avoir mal parl du gouvernement pour tre spoli
de ses biens et enferm aux stinche, d'o l'on avait grande chance de
ne jamais sortir. Tel qu'Octave, Cosme non seulement laissa faire, mais
encore mit  son retour les conditions les plus dures, qu'il fit imposer
par d'autres que par lui. Enfin, le plus fort de la besogne tant fait,
il rentra  Florence, la veille du jour o on l'attendait, se drobant au
triomphe qu'on lui prparait. Ce ne fut que plus tard que ses
pangyristes, en le proclamant Pre de la Patrie, Bienfaiteur du
peuple, eurent l'ide de le reprsenter rentrant dans la ville
triomphalement port sur les paules de ses concitoyens.

Cosme, matre du pouvoir, continua  proscrire sans piti tous ceux
contre lesquels il nourrissait quelque ressentiment; mais estimant avec
une justesse de vue rare qu'il ne rgnait que grce  l'opinion et  la
guerre constante faite par sa famille  l'oligarchie, il s'appuya sur le
menu peuple, et l'assouvissement de ses vengeance personnelles passa pour
une satisfaction accorde  la haine gnrale. Grce au point d'appui
qu'il prit constamment sur la dmocratie, il arriva  transformer son
pouvoir d'influence en pouvoir d'autocratie, oeuvre de patience hypocrite
et lente,  laquelle son caractre tait singulirement port. Telle
tait son astuce qu'alors qu'il tait le matre de Florence, aucun acte
public, aucune pice ne furent revtus de sa signature; mais son pouvoir
occulte n'en tait que plus redoutable.

A ce moment, les traits communs entre Cosme et Octave s'accentuent
encore. Cosme en effet ne devint clment, comme Auguste, que lorsque,
aprs son nivelage terrible, il n'eut plus rien  redouter. A Florence,
comme autrefois  Rome, la Rpublique n'existait plus que de nom, bien
que ces deux grandes ambitions eussent galement affect d'en respecter
la forme; et le succs de ce travail souterrain fut tel qu' la mort de
Cosme, son fils Pierre, incapable et impotent, hritait sans difficult
de ses fonctions.

De 1453  cet avnement, le gouvernement tourna de plus en plus 
l'autocratie. Toute opposition avait disparu, dcime, fauche,
proscrite, et les Mdicis n'avaient plus  lutter que contre les ides
souvent trop avances de leurs propres partisans.

Un des chefs les plus considrables de ces factions cosimesques tait
Lucca Pitti, qui, nomm plusieurs fois gonfalonier, tait l'me damne de
Cosme et lui tait plus dvou que tout autre. Gris par l'apparente
prpondrance que Cosme lui abandonnait volontairement, il voulut, 
dfaut d'autorit, clipser les Mdicis par son luxe. A cet effet, il
commanda  Brunelleschi le fameux palais appel encore de son nom et pour
la construction duquel tout criminel, tout individu coupable de vol ou de
meurtre, trouvait, en s'employant  la btisse, un asile inviolable.
Quoique Pitti et tir un large parti du rgime de l'arbitraire pour
mener son difice  bien, il dut l'abandonner inachev, car il tait
devenu la ruine de sa maison.

Malgr tout son pouvoir, Cosme, arriv au dclin de sa vie, n'tait pas
heureux. Aprs avoir ralis une fortune extraordinaire, puissant au
dedans, respect au dehors, il souffrait d'infirmits qui le torturaient,
sans lui laisser un instant de rpit.

En 1450, il avait perdu son frre Lorenzo, dont la postrit tait
destine  remplacer la sienne. En 1463, la mort de son cadet, Jean,
anantissait ses plus chres esprances, car son fils an, Pierre, tait
si dbile qu'on n'avait jamais prsum qu'il pt lui survivre, et tout
l'avenir de sa maison se trouvait reposer sur les ttes fragiles des
enfants de Pierre, ses petits-fils Laurent et Julien. Quand Cosme mourut
en 1464,  sa villa de Carreggi, ce fut dans un isolement complet, et on
clbra par des rjouissances publiques le retour de la libert qu'on
pensait avoir reconquise. C'tait se rjouir trop tt, car Florence ne
gagnait,  la mort de Cosme, que de passer sous la domination d'un fils
qui lui tait plus qu'infrieur. Ce ne fut que plus tard, et par
comparaison, qu'elle jugea de la diffrence et que les Florentins, pleins
de regrets rtrospectifs, dcernrent  Cosme le surnom pompeux de Pre
de la Patrie, si mal justifi du reste.

Au point de vue littraire, l'poque de Cosme fut incomparable. Les
Mdicis eurent la rare fortune d'arriver  point nomm pour rcolter
l'admirable moisson prpare sous la Rpublique par des sicles de rgime
libral, dont ils eurent l'intelligence de s'approprier les fleurs et les
fruits. Par des soins clairs et intelligents, en vingt ans, la ville
avait compltement chang de physionomie et doubl d'tendue; elle
s'tait couverte d'glises, de monastres et de monuments somptueux.
Cosme commandait  Michelozzo le superbe palais o allaient habiter ses
successeurs jusqu'au jour o leur lvation au rle de grands-ducs leur
ferait amnager le palais Pitti, comme plus digne d'eux; enfin,  ct de
cette demeure terrestre, Cosme, proccup d'lever une sorte de Panthon
aux mnes de sa famille, difiait l'glise San Lorenzo qu'il consacrait 
cette destination. Vritable Mcne, il s'tait entour de savants, de
potes, de philosophes ou d'artistes, dont il tait devenu l'ami plus
encore que le protecteur.

Sa mort devait tre le signal d'une raction violente,  laquelle la
personne mme de son successeur donnait plus de prise, car Pierre, 
quarante-six ans, tait dj un podagre pliant sous le poids des
infirmits. Il avait l'esprit born, il tait aussi hautain qu'avare et,
de plus, il avait  peine l'exprience des affaires; il fallait que la
domination de Cosme et dj terriblement asservi les Florentins pour
leur faire admettre un principe d'hrdit avec un tel individu.
Pourtant,  la longue, comme l'impopularit de Pierre allait toujours
croissant, ses ennemis, s'tant compts, se trouvrent assez nombreux
pour entreprendre la lutte contre lui. Lucca Pitti, Angelo Acciajuoli,
Dietsalvi Neroni, Niccol Soderini se grouprent  la tte des
mcontents, minant le terrain sous les pas de Pierre et tchant, au
dedans comme au dehors, de lui ter tout appui. Sa situation devint si
prilleuse qu'il dut agir et se dcider  risquer la partie, en faisant
arrter les principaux conjurs par une sorte de coup d'tat, pour
l'excution duquel il eut recours au plus effroyable escamotage. Il fit
inculper les prisonniers de complot contre l'tat, de trahison envers la
patrie, et se montra contre eux d'une telle rigueur, d'une si froce
cruaut que tous ceux qui chapprent  la torture et  la mort, furent
condamns  un exil ternel (1466).

Pierre mourut en 1469, laissant un aussi pitre souvenir  ses
contemporains qu' la postrit. Ce qu'il y a encore de mieux  en dire
est qu'il fut heureux pour l'avenir de sa maison, que son rgne ne se
prolonget pas assez pour lui permettre de renverser l'difice si
laborieusement lev par Cosme, et qui se serait peut-tre croul, s'il
avait d le possder plus longtemps. Des deux fils laisss par Pierre le
Goutteux, Laurent n'avait pas vingt ans et Julien n'en atteignait pas
seize; on pouvait donc se demander  juste titre si Florence serait assez
dgnre pour subir le joug de deux enfants. On ne le croyait gure et
l'on s'attendait  des changements radicaux dans la forme mme du
gouvernement.

Ce fut une des plus grandes habilets de Laurent de laisser croire qu'il
rsignait le pouvoir, pendant qu'il s'arrangeait avec les partisans de sa
maison pour prendre possession des rnes de l'tat, tout en semblant y
renoncer.

Laurent n'tait pas fait pour plaire: trop large d'paules et laid de
visage, il avait une bouche dmesure, surmonte d'un nez trop troit et
de gros yeux de myope. L'odorat lui manquait, sa voix tait rauque,
tandis que la somptuosit de ses vtements et l'exubrance de ses gestes
faisaient encore ressortir son air commun. Au moral, si son intelligence
tait trs vive, son caractre versatile le rendait incapable de toute
persvrance; il n'aimait en ralit que les arts, la littrature ou la
posie, pour lesquelles il avait une vritable aptitude et o il faisait
montre d'une rudition dveloppe. Il les aimait mme d'un amour si
profond qu'il ne souhaitait rien tant que la paix intrieure et
extrieure pour que rien ne le privt du plaisir de s'y livrer tout
entier.

Des entreprises odieuses contre Prato et Volterra le rendirent si
populaire, qu'on accepta mme ses dmls avec le pape Sixte IV, dont il
voulait obtenir le chapeau de cardinal pour son frre Julien. Il avait
jug que l'tat ecclsiastique tait le meilleur moyen de se dbarrasser
d'un comptiteur inquitant, mais comme il n'avait pas su flatter 
propos le npotisme du Pape, non seulement il ne put rien en obtenir,
mais encore il s'en fit un ennemi dangereux autour duquel pouvaient se
rallier tous les mcontents. Les premiers d'entre eux taient les Pazzi,
rivaux sculaires des Mdicis, auxquels vinrent s'ajouter successivement
le roi de Naples et des prtres de Volterra exasprs par le sac infme
de leur ville. La mort de Laurent fut dcide, mais comment et  quel
moment s'excuterait le meurtre? Frapperait-on les deux frres ensemble
ou sparment? A qui des conjurs incomberait ce soin? Autant de
questions pour lesquelles chacun prconisait sa solution. Enfin, aprs
maintes hsitations, on rsolut de se dbarrasser d'eux ensemble et l'on
arrta qu'on les frapperait au Dme, le jour de l'investiture du nouveau
cardinal, nomm par le Pape  la place de Julien, crmonie  laquelle
ils devaient ncessairement assister l'un et l'autre. Ainsi qu'il avait
t convenu, au moment de l'lvation, les conjurs se prcipitrent sur
les Mdicis et Julien, mortellement frapp, fut achev avec frocit par
Franois Pazzi et Baroncelli.

A cette vue, les deux prtres de Volterra chargs d'en finir avec
Laurent, eurent un instant d'hsitation qui lui permit, entran par ses
amis les Cavalcanti, de se jeter dans le choeur et de gagner la
sacristie, dont les portes de bronze, chef-d'oeuvre de Luca della Robbia,
refermes  point nomm, le mirent hors de toute atteinte.

Dans ces circonstances, Laurent se montra fort pitre, et aprs l'chec
de la conjuration, ses amis eurent toutes les peines du monde  lui
persuader de quitter son asile pour rentrer dans son palais; mais la
populace, toujours porte  se prononcer en faveur du succs, l'ayant
acclam, il dut se montrer, le cou envelopp de linges couvrant une
lgre blessure.

Il n'entrait pas dans les principes des Mdicis d'user de clmence envers
les vaincus; aussi la frocit des reprsailles fut effroyable et frappa
dans les familles jusqu'aux membres qui non seulement n'avaient pris
aucune part au complot, mais avaient encore ignor son existence. Il n'y
a pas dans l'histoire d'exemple d'un pareil acharnement; deux annes ne
suffirent pas  assouvir les vengeances, et au bout de ce temps, on
refusait encore la spulture aux victimes. Comme de raison, Julien eut de
somptueuses obsques, et son frre, ayant appris qu'une femme restait
enceinte de lui, recueillit et leva l'enfant qui fut plus tard le pape
Clment VII.

Parvenu au comble de sa fortune, Laurent se voyait, grce  la tentative
des Pazzi, couronn de l'aurole du martyre et du mme coup dlivr d'un
frre qu'il aurait fait disparatre, si ce frre avait jamais prtendu au
partage du pouvoir. Il exploita les circonstances avec astuce pour
obtenir des prrogatives presque royales, et la conjuration lui fournit
un admirable prtexte pour se dfaire de quiconque le gnait.

Les trois annes suivantes virent crotre sans arrt la fortune de
Laurent; en 1480, il faisait sa paix avec le Pape, et Florence,
rconcilie avec l'glise, le portait aux nues; il obtenait ensuite de
faciles avantages sur des voisins peu redoutables, et, comme dit
Machiavel, les paix lui faisaient gagner ce que lui faisaient perdre les
guerres. Enfin, en 1488, il devenait l'arbitre et le protecteur de
l'Italie, tandis que, pour cimenter encore mieux sa paix avec Innocent
VIII, sa fille Madeleine pousait le btard du pape, Franois Cybo, et le
Pape donnait le chapeau de cardinal  Jules de Mdicis, btard pun de
son frre Julien.

Par un revirement singulier et frquent dans l'histoire des Mdicis,
pendant que la fortune ne cessait de sourire  Laurent dans sa vie
publique, sa vie prive tait assombrie de chagrins domestiques; il
perdait coup sur coup sa fille Louise, sa femme Clarisse, sa soeur
Blanche. Pour se distraire de ces deuils, il trama l'assassinat de
Riario, seigneur de Forli, dont le Pape lui avait promis la principaut,
s'il venait  mourir. Il tait devenu si redoutable que personne n'osa
l'accuser de ce crime et que Catherine Sforza, la veuve de la victime,
dut se rsigner  pouser le cousin du meurtrier de son mari, Jean de
Mdicis. De cette union devait bientt natre le fameux Jean des Bandes
Noires, pre du grand-duc Cosme Ier: ainsi, par un juste retour des
choses d'ici-bas, la postrit de Catherine tait destine  remplacer
celle de Laurent prmaturment teinte.

Mme  cette poque o Laurent occupait une situation si prpondrante et
o Florence bnficiait d'une paix inconnue jusqu'alors, la
susceptibilit d'un peuple jaloux de son indpendance tait telle qu'il
ne pouvait s'avancer que pas  pas et avec la plus extrme prudence, tant
se maintenaient vivaces les dfiances florentines sans cesse en veil 
l'gard de tout ce qui ressemblait  de l'arbitraire. Il se voyait rduit
 biaiser,  n'acqurir l'autorit que peu  peu,  n'imposer que ce
qu'il pouvait en faire accepter, et cela,  l'aide de prcautions, de
mnagements infinis, et presque  l'insu de ceux qui devaient porter le
joug.

Quand on parle des trois premiers Mdicis comme protecteurs des lettres
et des arts, c'est un tort, semble-t-il, de les mettre sur la mme ligne,
alors qu'il y a lieu d'tablir des distinctions capitales dans la manire
dont chacun d'eux remplit ce rle. Si leurs tendances ont le mme objet,
les rsultats sont pourtant tout autres et le splendide essor des arts
sous Cosme n'a rien qui puisse lui tre compar sous son petit-fils.
L'ducation littraire de Laurent avait t trs soigne, mais la
multiplicit des professeurs appels  y contribuer amena dans son esprit
de singulires disparates, et cra une trange opposition entre un
certain nombre d'opinions religieuses qu'il appelait ses principes et
ses moeurs trangement dbauches.

Dans le cours entier de son existence, il est impossible de citer un acte
de gnrosit, et cela, aussi bien  l'gard de sa famille que de son
pays. S'il fut le protecteur des arts et des lettres, ce fut bien plutt
pour le profit qu'il en tirait que par amour pur et dsintress, et il
savait parfaitement combien il lui tait avantageux de donner cette
direction aux esprits, qu'il dtournait ainsi du souci plus grave des
affaires publiques. Rien de curieux comme cette vie en partie double, o,
aprs avoir svi, assassin, confisqu, il entrait  l'Acadmie
platonicienne et dissertait sur l'immortalit de l'me, avant de se mler
 la jeunesse dissolue ou de composer des chansons rotiques au milieu
des orgies. Il faut, malgr tout, rendre  Laurent la justice que son
esprit ouvert et curieux le porta vraiment  s'entourer de toutes les
illustrations de son poque. Passionn pour le Dante, pour Ptrarque et
pour Boccace, il l'tait principalement pour tout ce qui touchait  la
Grce o Platon tait son dieu. Il ft les efforts les plus louables pour
rpandre la science, et il acheta partout au poids de l'or les manuscrits
les plus rares, ceux mmes qui taient destins  former l'admirable
bibliothque qui porte son nom. La renomme de Laurent attira  Florence
les savants de l'Europe entire; mais ceux-ci ne devaient pas clipser
les anciens clients de la Casa Mdicis, les Ange Politien, les Marsile
Ficin, les Pulci et les Pic de la Mirandole, alors dans toute leur
gloire.

Quant aux beaux-arts, Laurent ne sut en rien prvenir la dcadence dj
sensible  son poque. En effet, quand il prit le pouvoir, en 1448, les
Masaccio, les Angelico, les Brunelleschi et les Ghiberti avaient disparu,
tandis que les Lippi, les Ghirlandajo et les Botticelli taient dj en
pleine floraison. Il n'eut en vrit qu' exploiter des talents arrivs 
leur apoge et il ne sut les faire servir qu' son apothose ou  la
glorification de sa maison. Sa thorie sur les arts tait trange, car il
n'admettait pas qu'un artiste pt atteindre la perfection si sa naissance
n'tait pas releve et son ducation distingue, prjug qui lui fit
ddaigner Lonard de Vinci et refuser ses services  cause de sa
naissance illgitime.

Les derniers jours de Laurent furent empoisonns par la sourde opposition
qu'il rencontrait partout et dont le chef s'tait enfin trouv dans un
moine dominicain, Jrme Savonarole.

Frre Jrme Savonarole, n  Ferrare en 1452, manifesta ds son enfance
une irrsistible vocation religieuse. Aprs les plus srieuses tudes de
philosophie et de thologie, il entra,  vingt-deux ans, chez les
dominicains de Bologne, et ds 1483, on l'envoyait  Florence o ses
prdications eurent un insuccs notoire d  sa parole difficile et
embarrasse; mais, sans se dcourager, il se retira dans un couvent de la
Lombardie o il se livra  des tudes d'loquence et  la lecture
approfondie de la Bible et des critures. Aussi, quand, au bout de sept
ans de rclusion, le dominicain revint  Florence, il tait persuad de
sa mission et convaincu que Dieu l'avait lu pour parler au peuple. Ses
premiers essais le confirmrent dans sa croyance. Les temps taient bons
pour s'riger en prophte, l'Italie tait pleine de factions, l'glise de
scandales, Innocent VIII occupait la chaire de Pierre et ses seize
enfants lui valaient le surnom de pre du peuple; aussi les sujets ne
manquaient pas  l'loquence de Jrme Savonarole. Il prit pour texte de
ses discours: La rforme de l'glise, le chtiment de l'Italie, et il
ajouta de sa voix prophtique l'annonce que tous ces vnements
s'accompliraient avant la mort de celui qui les prdisait.

De tels sermons eurent un retentissement norme et tout Florence se
prcipita pour entendre la parole de ce moine bientt considr comme un
saint. Esprit indpendant et vigoureux, Savonarole avait rsist au
double courant paen et classique dont il voyait galement les dangers,
et telle tait l'inflexibilit de son caractre, qu'il refusa d'aller,
selon la coutume, rendre hommage  Laurent, lors de sa nomination au
sige de prieur de San Marco, en 1490. Depuis l'chec de la conjuration
des Pazzi, c'tait la premire opposition dresse devant Laurent, aussi
son orgueil fut-il bless au vif. Il fit avertir le moine d'avoir ou 
modrer sa fougue ou  interrompre ses prdications, dfi auquel rpondit
Savonarole en prophtisant la mort de Laurent, qui survint en ralit
dix-huit mois plus tard.

Hant par l'ide de cette assignation, Laurent, sur son lit de mort, fit
appeler Savonarole, dans l'espoir qu'une rconciliation in extremis avec
le moine pourrait le concilier  son fils Pierre. On ne sut jamais ce qui
se passa dans cet entretien suprme, o l'on dit que Savonarole refusa au
mourant la dernire bndiction: Et comme sa mort, dit Machiavel,
devait tre le signal de grandes calamits, Dieu permit qu'elle ft
accompagne de sinistres prsages; la foudre tomba sur le Dme et Roderic
Borgia fut nomm pape!

Laurent, aprs avoir dploy toute sa vie ce faste qui lui avait valu le
surnom de Magnifique, fut enseveli sans pompe, d'aprs ses dernires
volonts, tant il craignait,  cause de son fils, de provoquer l'envie.

Le peuple, oublieux de ses torts, de ses dfauts et de ses vices, suivit
ses funrailles et pleura celui qu'avec l'exagration italienne on
appelait le pre et le matre de la ville, tandis qu'asservi par trois
gnrations de Mdicis, il trouvait tout simple de reporter sur le fils
de Laurent, g de vingt et un ans, un respect dont il ne devait jamais
se montrer digne.

Laurent disparaissait de la scne du monde au moment propice pour sa
renomme, alors que l'Italie, atteinte de vieillesse prcoce, allait
entrer en pleine dcadence. Le XVIe sicle montre l'tablissement des
tyrans dans tous les tats et la reconnaissance en leur faveur du
principe d'hrdit; il montre Alphonse rgnant  Naples, Borgia assis
sur le trne pontifical, Ludovic le More gouvernant Milan, avant mme
d'avoir vol la couronne ducale, et enfin, figure digne de paratre en si
illustre compagnie, Pierre II de Mdicis succdant  son pre.

Pour l'hritier de Cosme et de Laurent, l'heure tait passe de prendre
des prcautions ou d'user de prudente dissimulation dans l'exercice du
pouvoir: il en jouit avec toute l'pret de son orgueil, toute la
plnitude de sa puissance. On ne se fit pas de longues illusions sur sa
valeur personnelle, et il s'attira la haine si gnrale par sa manire de
s'imposer que les conjurations se tramrent et se nourent bientt sans
trve.

Tout troite que ft l'intelligence de Pierre, il tait autrement
sduisant que son pre. Ange Politien avait t charg de son ducation
et, avec le got des lettres, il lui avait donn la passion de la Grce
et de Rome. Ardent au plaisir, les affaires publiques l'intressaient
mdiocrement, mais, quand par hasard il s'en occupait, c'tait avec la
violence qu'il tenait des Orsini par sa mre et qui le rendait aussi
prompt  la colre qu'impuissant  se dominer et implacable dans
l'assouvissement de ses vengeances. La famille mme de Pierre eut 
souffrir de ses emportements. La branche cadette, issue du frre de Cosme
l'Ancien, avait jusqu'alors vit par sa prudence tout sujet de
suspicion, mais, malgr cette sagesse, les deux cousins de Pierre avec
lesquels il avait t lev, Laurent et Jean de Mdicis, ayant provoqu
son ressentiment et son envie, furent jets en prison et condamns  mort
par ses ordres. Il commua cette sentence inique en bannissement perptuel
du territoire florentin avec la confiscation de leurs biens, seul point
essentiel pour lui, l'immense fortune de cette branche de sa famille
tant une proie bonne  prendre.

Par cette conduite, il faisait des siens mmes les chefs de l'opposition,
tandis que par ses rigueurs maladroites il s'attirait les anathmes de
Savonarole et excitait la fureur du peuple indign de voir son idole
force de quitter Florence sur ses injonctions. C'tait une inimiti
terrible dresse en face de lui, et la situation extrieure compliquait
encore les difficults qui l'assaillaient de toutes parts. La politique
cauteleuse de Laurent, poursuivie par son fils, l'avait fait renoncer aux
traditions sculaires de la Toscane et prendre parti contre la France, en
poussant le roi de Naples  refuser la paix offerte par Ludovic le More.
Celui-ci appela Charles VIII  son secours, lui proposant, pour le
dfendre, le centre et le sud de l'Italie,  la seule condition que ses
tats lui fussent laisss. Pendant ces vnements, loin de mnager la
France, Pierre donnait libre carrire  sa verve satirique et entretenait
ainsi les ressentiments du roi encore aggravs par les incitations des
cousins de Pierre rfugis  sa cour. L'effet de cette politique ne tarda
pas  se faire durement sentir, car, lorsque Pierre voulut obtenir les
subsides ncessaires pour entrer en campagne contre la France, l'pre
parole de Savonarole et sa haine contre les Mdicis dchanrent une
telle opposition qu'il ne put se faire ouvrir aucun crdit. Pitoyable
dans cette occasion, sans prendre ni avis, ni conseil de personne, Pierre
se rendit au camp de Charles VIII et, aprs avoir fait au roi les plus
plates excuses, il prit, au nom de Florence, les engagements les plus
durs, dont l'un des moindres tait la remise de Pise aux mains des
Franais.

Pierre avait lieu d'tre fort inquiet de la faon dont serait accepte
son incartade. En effet, l'motion publique fut porte  un tel degr que
tous se trouvrent d'accord pour secouer un joug abhorr; on le somma de
venir rendre ses comptes  la Seigneurie et, le jour mme de la reddition
de Pise, le 19 novembre 1494, il osa se rendre  cette injonction,
accompagn d'une escorte si nombreuse et si arrogante que la ville
entire se souleva contre lui, sans lui laisser d'autre moyen que la
fuite pour mettre sa vie en sret.

La raction contre les Mdicis fut terrible, mais la situation extrieure
n'en restait pas moins trouble et on tait dans l'ignorance la plus
grande sur l'entre de Charles VIII et sur le trait de paix qu'il
imposerait. En dpit de tant de sujets d'inquitude, le bonheur d'avoir
chapp aux Mdicis tait tel que, malgr tout, les Florentins ne
pouvaient s'empcher de manifester leur joie d'avoir reconquis la
libert. Aussi l'entre de Charles VIII  Florence eut-elle lieu avec une
pompe indescriptible. Mais, ce premier moment d'exaltation pass, les
Florentins et les Franais se regardrent avec une dfiance toujours
croissante et Charles, accus de connivence avec les Mdicis, fut forc
d'en rabattre sur les conditions draconiennes qu'il avait primitivement
imposes et de se contenter du titre de protecteur de Florence. Les
Franais enfin partis, le peuple s'abandonna aux transports d'un
enthousiasme aussi immodr qu'il tait injustifi, car, les Mdicis
chasss, il n'en restait pas moins que des ruines, sans que les citoyens
possdassent ni la volont, ni les vertus ncessaires pour relever
l'difice des liberts florentines dont la main de l'absolutisme avait
sap les bases, dtruit les oeuvres vives et ruin l'quilibre. Florence
se vit alors dans la triste ncessit de faire un retour sur elle-mme et
de constater combien cinquante annes de rgime absolu avaient ananti
les institutions et avili les caractres. Pour faire une rforme dans le
gouvernement, l'union des intrts et des ides et t essentielle;
trois factions, au contraire, se trouvaient en prsence et se disputaient
le pouvoir. Il y avait le parti populaire avec Savonarole pour chef, qui
comptait des hommes considrables et de la plus haute intgrit morale,
comme Valori et Soderini. En face de lui se dressait la faction
oligarchique qui ne voulait aprs tout que l'autocratie dguise sous une
autre forme; entre les deux partis extrmes, se groupaient les neutres,
la plaine ou les tides, ainsi que les baptisait Savonarole. sorte de
gens qui ne pensaient qu' leurs intrts et ne cachaient pas leur effroi
des thories du Frate. Il y avait encore les partisans nombreux des
Mdicis, qui, trouvant leur avantage direct  se rallier au parti
populaire, venaient grossir et fortifier le groupe de Savonarole. Pendant
les deux annes suivantes, le moine ne cessa de grandir et son influence
tait devenue si prpondrante que la Seigneurie le chargea d'organiser
un nouveau gouvernement. Libre ds lors de donner carrire  ses ides
dmocratiques, il tablit son systme sur la base la plus large qu'ait
encore eue la Rpublique florentine. Mais ce n'tait pas assez pour lui
d'instituer matriellement la libert, il fallait avant tout rformer les
moeurs et faire prvaloir les vertus sans lesquelles elle ne peut se
maintenir; car les Mdicis ayant rpandu l'or  pleines mains, le got du
luxe, des plaisirs, d'une vie voluptueuse et facile s'tait peu  peu
dvelopp, si bien que Savonarole sentait combien la ncessit des
rformes morales tait imprieuse.

Il choisit l'poque du carme pour tonner contre les vanits du sicle
et pour lancer l'anathme contre ceux qui y sacrifiaient. Ses sermons de
ce temps flagellent impitoyablement tous les vices: il reproche aux
jeunes gens leurs dbauches, il accuse les femmes de les encourager par
leurs excs de toilette et de luxe, enfin il s'en prend  l'esprit mme
de la Renaissance et au paganisme des lettres et des arts. A sa voix de
prophte, il semble qu'une fivre de renoncement ait saisi Florence, o
chacun se htait d'apporter ce qu'il avait de plus prcieux et o l'on
amoncelait en bcher sur les places publiques, tableaux, statues, livres,
bijoux, vtements de brocart, auxquels Savonarole mettait le feu, entour
de la ville entire chantant les louanges du Seigneur. Au milieu de
l'entranement gnral, les raffins et les dlicats de la Renaissance,
dsesprs de voir disparatre tant de chefs-d'oeuvre, rsistaient seuls;
c'taient des ennemis si peu  ngliger que bientt le Frate allait tre
 mme de ressentir les effets de leur mcontentement.

Aprs avoir triomph jusqu'alors de tous ses adversaires, Savonarole
allait enfin s'attaquer au colosse contre lequel il devait se briser.
Alexandre VI Borgia, mont sur le trne pontifical, y avait port les
scandales de sa vie prive; aussi, sans hsiter un instant, Savonarole
attaqua Rome avec sa violence accoutume. Le pape crut rpondre
efficacement  ces accusations enflammes en interdisant la chaire au
moine et en fulminant contre lui une bulle d'excommunication pour crime
d'hrsie. Mais Savonarole dclara qu'une excommunication injuste tait
sans effet et continua ses invectives de plus belle, avec plus de force,
de libert et d'enthousiasme que jamais.

A cette rbellion, le pape rpondit par un bref dclarant  la Seigneurie
que, si les prdications de Savonarole ne cessaient pas, il lancerait
cette fois une excommunication gnrale contre Florence et que tous les
biens des Florentins situs sur le territoire pontifical seraient saisis
et confisqus au profit de l'glise. La Seigneurie, qui sentait Csar
Borgia aux portes de la ville, n'osa rsister et enjoignit  Savonarole
d'avoir  suspendre ses sermons. Mais, loin de se tenir pour averti, il
rpondit par un nouveau dfi et, du haut de la chaire, parla en ces
termes: Le temps d'ouvrir la cassette approche; nous donnerons un tour
de clef et tant d'infections et d'ordures sortiront de la cit de Rome
que l'odeur se rpandra dans toute la chrtient, que chacun en sera
empuanti.

De telles paroles n'taient pas faites pour calmer les esprits. Aussi la
fermentation tait-elle terrible; il semble qu'un vent de folie ait  ce
moment souffl sur Florence et le fanatisme inspir par Savonarole devint
tel qu'il se trouva dbord. Quand l'exaltation arrive  cet excs, elle
dpasse la mesure et constitue un danger vritable pour celui qui l'a
provoque. La tempte fut dchane par un de ses dominicains de San
Marco, Dominique Buonvicini qui, sans l'aveu du prieur, alla porter le
dfi du feu au franciscain Franois de Pouille, prdicateur  Santa
Croce et ennemi acharn de Savonarole dont il dniait la mission. Cette
preuve consistait  traverser un bcher enflamm o Dieu se dclarait
lui-mme pour celui qui en sortait indemne. La Seigneurie et Savonarole
eurent un dplaisir extrme de voir qu'on se ft ainsi aventur, mais il
tait trop tard pour reculer, car le peuple comptait sur un spectacle
inattendu, inou, terrible, et il n'y avait pas moyen de l'en frustrer
sans exposer la ville  un soulvement de la populace.

Le jour arriv, les franciscains, pouvants par la srnit confiante de
leurs adversaires, engagrent d'interminables discussions thologiques,
lorsqu'un violent orage clata  point nomm, dispersant les partis; mais
le peuple, furieux de voir son miracle lui chapper et se croyant jou,
faillit mettre dominicains et franciscains en pices. Savonarole
n'chappa qu' grand'peine  la colre de la foule, mais de ce jour son
prestige tait dtruit; il ne fut plus qu'un moine fanatique et un faux
prophte et, ds le lendemain, toute la tourbe florentine mettait le
sige devant le couvent de San Marco et, les portes enfonces, se ruait 
la recherche du prieur en vocifrant des cris de mort. Les dominicains se
dfendirent comme des forcens, mais Savonarole, voyant l'meute tourner
 la guerre civile, pour mettre fin  la lutte, se livra lui-mme  la
Seigneurie, et il ne fallut pas moins que des gens arms pour l'escorter
et le dfendre contre une foule ameute pour l'charper.

Le procs de Savonarole fut une pitoyable chose! Presss par le pape, les
juges eurent beau le mettre  la torture, ils ne lui arrachrent aucun
aveu, et trouvrent si peu matire  condamnation qu'Alexandre VI, pour
en finir, dut adjoindre  la Seigneurie deux commissaires apostoliques!

Le 22 mai 1498, la sentence enfin rendue condamnait pour cause d'hrsie
Savonarole  tre brl vif en place publique, aprs avoir fait amende
honorable. Il expira comme il avait vcu, les yeux au ciel, et si fort
dtach de la terre que la douleur ne lui fit pas exhaler une plainte;
dj il tait envelopp de flammes qu'on l'entendait encore bnir le
peuple et chanter l'hymne saint qu'il allait continuer dans l'ternit. A
peine fut-il mort, que le souvenir de toute sa vie et le spectacle de ses
derniers moments, en si complte harmonie avec elle, ouvrirent les yeux
aux plus aveugles, et ceux qui avaient t les premiers instigateurs de
sa mort furent les premiers  le considrer comme un martyr et un saint.
Florence ne tarda pas  porter le poids de l'iniquit commise, car la
mort de Savonarole la livrait aux pires incertitudes. Les quatre annes
suivantes, fertiles en terribles crises, intrieures et extrieures, la
virent perdre Pise et tomber par deux fois aux mains de Csar Borgia, 
l'affreuse tyrannie duquel l'intervention de Louis XII la fit seule
chapper. Devant l'imminence du pril public et en l'absence de toute
autorit, une rforme gouvernementale s'imposait d'urgence. On dcrta,
au lieu du Gonfalonat temporaire, le Gonfalonat  vie, et, en 1502,
Pierre Soderini fut nomm  ce pouvoir presque souverain.

La destine des Florentins les remettait entre les mains d'un homme d'une
valeur et d'une intgrit rares; il craignait Dieu, aimait sa patrie avec
passion; fort jaloux de son honneur, il tait d'une grande
circonspection; son impartialit devait mme plus tard lui susciter bien
des inimitis.

Dans le gouvernement de Florence, Soderini fit preuve d'une discrtion,
d'une sagesse, d'un tact remarquables, et cela, mme dans l'enivrement
des premiers jours, alors qu'une foule de courtisans pouvaient lui donner
l'illusion du pouvoir absolu. D'une extrme prudence dans sa politique
extrieure, il trouva  l'intrieur le moyen de librer en peu d'annes
Florence de la terrible dette accumule par ses prdcesseurs. Ds le
dbut, il fut puissamment servi par les vnements: la mort d'Alexandre
VI qui dlivra Florence du spectre de Csar Borgia, l'avnement du
cardinal de la Rovre destin  tre le fameux pape Jules II, et enfin la
mort de Pierre de Mdicis, survenue en 1503, mettaient les Florentins au
comble de leurs voeux. Ils avaient la conviction d'en avoir fini avec les
Mdicis et de n'avoir plus rien  craindre d'eux; malheureusement leur
erreur tait grande, car la mort de Pierre faisait de son frre, le
cardinal Jean, le chef de la famille, chef d'autant plus dangereux
qu'install  Rome, il voyait venir les vnements, sans perdre une
occasion de monter l'esprit du pape contre Florence.

L'anne 1509 vit, grce  l'heureuse ngociation de Machiavel envoy par
Soderini en ambassade auprs de Louis XII, Florence enfin rentre en
possession de Pise. La joie de cet vnement fut immense, et ce succs si
longtemps attendu ne parut pas achet trop chrement au prix des
sacrifices qu'il avait cots depuis tant d'annes. A la mme poque,
Florence obtenait aussi de Louis XII un trait d'alliance vivement
dsir.

Aprs de si heureuses ngociations, il semble que Soderini aurait eu tous
les droits  la reconnaissance de ses concitoyens; malheureusement il
n'en fut rien et ses ennemis se coalisrent avec les adversaires de son
gouvernement large et dmocratique sur le terrain d'une haine commune
contre le gonfalonier et la France. Ne redoutant plus rien de celle-ci,
on fora Soderini  se rapprocher de l'Empire et  traiter avec
Maximilien de l'abandon des droits, trs platoniques, que l'Empereur
pouvait avoir sur Pise. Dj la politique qui portera le nom de Machiavel
affirme ses tendances, et cette alliance avec l'Empereur n'empchera pas
Florence de mnager assez la France pour se la conserver comme allie et
de manoeuvrer de faon  pouvoir s'appuyer alternativement sur l'un et sur
l'autre. Cette duplicit ne tarda pas  porter ses fruits et Soderini,
empch de prendre parti entre Louis XII et Jules II, se trouva
mcontenter tout le monde par sa politique timore et hsitante.

Jules II poussait jusqu'au fanatisme la haine des Franais et des
Allemands, mais il ne professait pas les mmes sentiments  l'gard des
Espagnols, dont on vit  cette poque la premire immixtion directe dans
les affaires de l'Italie. M par ces sentiments, le pape nomma alors le
roi Ferdinand d'Aragon chef de la sainte ligue pour l'expulsion des
barbares et son lieutenant Ramon de Cardoa passait  l'tat de bras
droit du souverain pontife.

Ce qui pour la Toscane devenait plus grave, c'tait la protection
accorde aux Mdicis et, devant le refus formel de la Seigneurie de
consentir  leur retour, la terrible colre de Jules II dont les
consquences allaient tre de dchaner sur Florence Ramon et ses hordes
les tranant  leur suite. L'pouvantable sac de Prato apprit  l'Italie
ce qu'elle pouvait attendre de la frocit des soldats du Roi
Trs-Catholique et ce qu'elle devait penser de la domination de princes
qui laissaient excuter sous leurs yeux de pareilles infamies. La terreur
 Florence fut telle que, ds le lendemain du sac, la ville dputait 
Ramon ambassade sur ambassade, auxquelles il rpondait en s'obstinant au
retour des Mdicis et en exigeant une ranon norme. Le trouble et la
fermentation des esprits taient tels que Soderini comprit
l'impossibilit de toute rsistance avec un peuple dj conquis par la
frayeur, et, la mort dans l'me, il renona  dfendre plus longtemps une
ville qui ne voulait plus tre dfendue, forc mme de mettre en sret
par la fuite sa vie en danger, unique rcompense de la loyaut avec
laquelle il avait servi sa patrie!

Le seul reproche qu'on puisse faire  ce patriote fut d'avoir manqu de
rsolution et d'nergie, tort grave pour un chef d'tat; il crut 
l'efficacit de la douceur et  la seule force de la loi pour gouverner
les partis, et s'illusionna au point de penser que la patience pourrait
triompher des difficults extrieures.

Le matin mme de son dpart, tous les amis des Mdicis, dpchs au camp
de Ramon, acceptaient les conditions qu'il imposait au nom de Sa Majest
Espagnole, et le jour suivant (2 septembre 1512), les Mdicis faisaient
leur rentre triomphale dans la ville, au milieu d'une foule si
enthousiaste et si fanatique qu'ils manqurent d'touffer. Les
protestations de dvouement et d'affection ne se firent point attendre
et, peu d'heures aprs leur retour, Florence tait  la merci de ses
anciens matres, si bien que ceux-ci, tonns eux-mmes d'une si brusque
raction, rsistaient aux avances et repoussaient les propositions qui
leur taient faites pour les amener  ressaisir le pouvoir. En attendant
leur bon plaisir, l'anarchie rgnait et le fantme gouvernemental
s'vanouissait sous l'impopularit et le discrdit. Les Espagnols se
promenaient comme en pays conquis et les horreurs commises taient telles
que la Seigneurie dut activer par tous ses efforts le paiement de la
ranon exige pour leur dpart.

Quand on les eut  peu prs satisfaits, le matre de Florence, le
cardinal Jean, le second fils de Laurent le Magnifique, fit son entre
triomphale, entour de ses condottieri et des troupes  sa solde. Il
tait accompagn de toute sa famille, c'est--dire de son frre Julien et
de son neveu Laurent, le fils de Pierre de Mdicis, auxquels s'ajoutaient
les nombreux btards de sa maison: Jules, fils naturel de Julien, la
victime des Pazzi; Hippolyte, fils naturel de son frre Julien; enfin
Alexandre, qu'on disait fils naturel de Jules, et qui devait tre le
premier grand-duc.

Ds le lendemain, Julien de Mdicis s'emparait du gonfalon et usait du
pouvoir  son gr, tandis que le cardinal Jean laissait la soldatesque
piller la ville. L'abaissement des caractres tait tel qu'il n'y eut
mme pas un semblant de rsistance et qu'on pensa devoir encore de la
reconnaissance aux Mdicis pour avoir dlivr Florence de Ramon et de ses
bandes; pourtant la malheureuse cit n'tait pas au bout de ses peines,
car bientt elle se voyait dcime par les sanglantes reprsailles des
Mdicis, ruine par leurs impitoyables exactions.

Avant que Jean n'et eu le temps de prendre possession de l'tat, la mort
de Jules II le rappelait en toute hte  Rome o allait s'ouvrir le
conclave (1513). Le cardinal Jean n'avait pas trente-sept ans quand, sous
le vocable de Lon X, il fut appel  succder au grand pape dont il
tait l'antithse vivante, et auquel l'Italie ne tenait pas assez compte
de son clatante supriorit,  cause des dsastres que, dans
l'aveuglement de son patriotisme, il n'avait pas craint de dchaner sur
elle.

La diffrence entre ces deux hommes ne peut tre mieux marque que par
les portraits qu'en a peints Raphal. Autant l'un est courb, vot,
dvor par le feu de la combativit, consum par l'asctisme, autant
l'autre avec sa tte trop grosse, son visage rougeaud, ses gros yeux 
fleur de tte, donne l'impression de l'picurien bon vivant, peu grand
seigneur et si peu prtre qu'aprs son lection  la papaut, il fallut
l'ordonner. Mdiocre politique, son incurie au moment de la querelle des
Investitures fut une des principales causes de la Rforme, car pour lui
Luther n'tait pas, et non seulement il ne le discutait pas, mais il
niait mme son existence; aussi, dans cette crise terrible pour le
catholicisme, montra-t-il autant d'imprvoyance que d'inconsquence.
Comme protecteur des lettres, il ne valut gure mieux; il ne voyait dans
les sciences et dans les arts que la contribution qu'ils pouvaient
apporter  son agrment ou  ses plaisirs; fastueux et prodigue, entour
de bouffons et d'histrions, par beaucoup de points il rappelait les
empereurs de la dcadence. Ses faveurs n'taient accordes qu'aux
courtisans les plus vils, et il ne pouvait voir Michel-Ange dont le gnie
sombre et farouche lui tait antipathique; Lonard de Vinci lui tait
galement odieux, il lui dniait tout talent. En tout il prfrait le
joli au beau; et il tait si mauvais juge des aptitudes qu'au lieu de
laisser Raphal  ses pinceaux, il le nommait architecte de Saint-Pierre.
Rien n'est donc plus injustifi que d'avoir appliqu au sicle tout
entier le nom de Lon X, comme rien ne motive, dans sa vie ou dans ses
ides, cet excs d'honneur.

Excellent parent, il avait pour sa famille de si ambitieuses vises qu'il
considrait comme trs au-dessous de la dignit de son frre ou de son
neveu de gouverner Florence, et quand il s'agit de rgler le sort de la
ville, il se contenta de lui donner comme matre le btard de Julien,
Jules de Mdicis improvis cardinal et lgat pour la circonstance. Mais,
comme Jules prfrait le sjour de Rome  celui de Florence, il n'y
rsida mme pas et ce fut  Julien, g de vingt ans, qu'incomba toute
l'autorit. Pendant ces arrangements de famille, Franois Ier
envahissait le Milanais et rcompensait par le duch de Nemours
l'attachement de Julien  sa cause. Enfin, en 1516,  la mort de Julien,
Laurent de Mdicis, fils de Pierre II et petit-fils de Laurent le
Magnifique, succdait  son oncle autant dans le gouvernement de la ville
que dans les bonnes grces du roi de France, et, fort d'un tel soutien,
se htait,  l'encontre de toute justice, d'occuper, sans coup frir, le
duch d'Urbin. Par reconnaissance de l'appui que son puissant alli lui
avait prt dans ces circonstances, Laurent ne voulut aller chercher
femme qu'en France, mais il n'en ramena Madeleine de la Tour d'Auvergne
que pour lui communiquer le mal par lequel elle fut enleve, aprs avoir
donn le jour  Catherine de Mdicis.

Un mois aprs, Laurent tait emport de la mme manire et le cardinal
Jules, forc par les vnements, prenait en mains les rnes du
gouvernement (1519).

Florence subissait depuis deux ans le joug de Jules de Mdicis lorsque le
conclave fut ouvert par la mort de Lon X. Malgr tous les efforts du
cardinal, ce fut l'ancien prcepteur de Charles-Quint, l'adversaire
acharn des Mdicis, qui fut exalt  sa place sous le nom d'Adrien VI;
mais la mort du pontife, survenue en 1523, ayant ouvert de nouveau la
succession au trne pontifical, Jules de Mdicis acheta le conclave et
fut lu pape sous le nom de Clment VII, vocable choisi, disent ses
contemporains, comme symbole de clmence et d'oubli, vertus qu'il
inaugura, un mois aprs son lvation, par l'empoisonnement des quatre
cardinaux envers lesquels il avait pris le plus d'engagements. Si
Florence avait eu par le dpart du cardinal Jules quelque espoir
d'chapper  son dur servage, elle vit bientt combien elle avait eu tort
d'esprer et combien elle avait au contraire lieu de tout craindre d'un
tel matre. En effet, Clment VII ne trouva rien de mieux, pour la
gouverner, que de lui imposer deux btards chers  son coeur, Hippolyte et
Alexandre. Le premier passait pour le fils de Julien, duc de Nemours,
tandis que le second, fils d'une esclave multresse, tait attribu ou 
Laurent duc d'Urbin, ou  un muletier, ou  Clment VII lui-mme, en
faveur duquel taient encore les prsomptions, fondes sur l'affection
profonde porte par le Pape  Alexandre. Hippolyte, alors g de quatorze
ans (1524), envoy  Florence le premier, gouverna la ville plus d'un an
avant que l'arrive d'Alexandre, en _le forant_  partager le
pouvoir, suscitt entre eux une terrible inimiti, encore accrue, chez
Alexandre, par sa haine de la popularit et de la beaut physique de son
cousin, tandis que la violence de sa nature et le type presque ngre de
sa figure faisaient de lui-mme un objet d'effroi et d'horreur.

Rien de plus triste que l'histoire de Florence  partir de ce temps.
Soumise  toutes les exactions pontificales, une malheureuse campagne
contre Sienne amenait le conntable de Bourbon devant ses portes, sans
qu'elle et pour cela le courage de secouer le joug des btards, et il ne
fallut rien moins que l'effroyable sac de Rome (1527) et les horreurs de
la domination espagnole avec la captivit de Clment VII pour la dcider
enfin  secouer son esclavage par un soulvement unanime.

Mais, les tyrans chasss, il s'agissait encore de gouverner  leur place,
et le fonctionnement d'un gouvernement tait d'autant plus difficile que
le peuple, gorg de plaisirs matriels et de grossires dlices, avait
perdu le got de la libert, et que les citoyens eux-mmes n'avaient plus
ni la notion de l'indpendance ni le sens de l'autorit. Aussi le
gouvernement, pniblement organis, fonctionna-t-il pniblement au milieu
de cruelles incertitudes, et la Seigneurie dut se dbattre dans de
terribles crises intrieures et extrieures qu'elle tait impuissante 
rsoudre.

La politique cauteleuse et machiavlique suivie  cette poque par
Florence devait lui tre nfaste. Elle flottait indcise, sans s'arrter
 un parti, entre l'alliance de la France et la protection espagnole, et
le seul rsultat de ses tergiversations fut de l'isoler compltement et
de la livrer sans dfense aux ressentiments de Clment VII. Le pape avait
tellement  coeur de chtier une ville qui, par une audace sans seconde,
s'tait soustraite  son autorit, qu'oublieux de ses humiliations, de
ses rancunes, il se rconcilia avec l'Espagne,  condition que
Charles-Quint l'aidt  reconqurir la Toscane. L'Empereur, trop heureux
de faire  si bon compte sa paix avec l'glise, envahit et dvasta le
pays et le soumit au plus effroyable rgime discrtionnaire.

Tant d'horreurs rveillrent l'me florentine et le grand souffle du
pass l'anima de nouveau. Charles-Quint ayant investi la ville, elle se
retrouva hroque et, pendant une anne entire, lutta, sublime, contre
la famine, la mort et les horreurs d'un pareil sige, tenant tte aux
armes runies de Charles-Quint et du pape. Il fallut, pour venir  bout
d'elle, que l'infme trahison de son capitaine gnral, Malatesta, achet
par Clment VII, la livrt  ses ennemis. La noble attitude des assigs,
en commandant l'estime et l'admiration  leurs adversaires mmes, leur
obtint des conditions moins dures, relativement! car les clauses du
trait taient la mort politique de Florence. Charles-Quint se rservait
le droit de la faire gouverner  sa guise, tandis qu'elle tait ruine
par une ranon exorbitante et que l'Empereur exigeait le rapatriement des
exils. Bientt les portes s'ouvraient pour Alexandre de Mdicis qu'un
rescrit imprial nommait grand-duc de Toscane, le 1er mai 1532. C'tait
la fin de la Rpublique, la fin de ce vaillant petit peuple dont le gnie
politique et artistique a pntr le monde.

Le jeune duc Alexandre tait de la race redoutable de ces despotes que
rien n'arrte. Il abusa sans vergogne de l'autorit et soumit la
malheureuse Florence au joug le plus impitoyable. Tandis que ses gots de
dbauche l'entranaient  tous les dsordres et  toutes les
abominations, l'impunit lui tait assure et sa situation tait encore
affermie par son mariage avec la fille naturelle de Charles-Quint,
Marguerite d'Autriche, la future duchesse de Parme, rgente des Pays-Bas.
L'appui d'un tel beau-pre lui permettait d'touffer toute tentative de
rvolte; du reste, si le fantme de la libert avait encore pu hanter les
esprits, Charles-Quint se serait charg d'y mettre bon ordre:
considrant les affaires de son gendre comme les siennes. Et, fort de
cette assistance, Alexandre n'hsita mme pas  tenir tte au pape Paul
IV, l'adversaire acharn des Mdicis. Le meurtre vint heureusement
dlivrer Florence de ce monstre. Tous les complots nous contre Alexandre
avaient chou et avaient t noys dans le sang. Une seule tentative
russit parce qu'elle fut conue et excute par un seul, ce fut celle de
Lorenzo de Mdicis.

Lorenzo tait le chef de la branche cadette descendue de Laurent, le
frre de Cosme, et subdivise elle-mme, plus tard, en deux rameaux. De
quinze ans plus jeune qu'Alexandre, il avait t lev  Florence sous la
tutelle de sa mre, puis sous celle de Philippe Strozzi. Malgr leurs
soins, son caractre trange ne tarda pas  se dvelopper, singulier
mlange de raillerie, d'inquitude, de dsir, de doute, d'impit,
d'humilit et de hauteur, sorte de crature hermaphrodite comme peut en
produire la nature aux poques de dissolution. De temps en temps
jaillissait de ces lments htrognes un voeu ardent de gloire, de vertu
ou d'immortalit, d'autant plus imprvu dans ce corps effmin qu'en le
voyant si mou et si humble, on ne l'appelait plus mme Lorenzo, mais, par
mpris, Lorenzaccio.

Voil ce qu'tait l'homme qui s'tait mis  courtiser le duc Alexandre
avec tant d'adresse et une si feinte humilit que non seulement il tait
devenu son unique ami, mais encore son serviteur complaisant et
indispensable pour les besognes les plus honteuses. Le duc avait en lui
une confiance absolue, et la preuve la plus certaine qu'il pt lui en
donner tait de le prendre pour entremetteur dans toutes ses fantaisies
amoureuses; aussi Lorenzaccio tait encore plus dtest  Florence que le
duc lui-mme.

Telle tait la situation, quand le duc Alexandre s'amouracha d'une femme
de vertu inattaquable et de haut rang, cousine de Lorenzaccio, et le
chargea de s'entremettre auprs d'elle. Loin d'instruire sa parente,
qu'il estimait fort, des desseins du duc, Lorenzaccio vit dans ces
circonstances un moyen assur de se dfaire d'Alexandre qu'il hassait
frocement. Aprs avoir longuement attis la passion du duc et avoir
exalt les rsistances qu'il prtendait rencontrer, Lorenzo, sous le
prtexte d'un rendez-vous enfin consenti, attirait chez lui le duc seul,
sans escorte, et l'assassinait le 6 janvier 1537, aid d'un sbire
entirement  sa dvotion. Lorenzo ne profita point de son crime; pris de
terreur, il alla d'une traite jusqu' Venise, ne songeant qu' se mettre
hors de porte et abandonnant le pouvoir auquel il avait droit. A
Florence, en l'absence du meurtrier pass pourtant  l'tat de hros
sauveur, le conseil, compos d'mes damnes des Mdicis, nomma 
l'unanimit comme chef de l'tat le jeune Cosme de Mdicis, g de
dix-huit ans, fils de ce Jean des Bandes Noires, crateur de la clbre
infanterie de ce nom si populaire  Florence (1537).

Cosme,  ce moment, offrait toutes les garanties  ceux qui l'levaient
au pouvoir; sa jeunesse, son inexprience leur semblaient des gages
auxquels ses gots paraissaient en ajouter d'autres. Il avait toujours
vcu  la campagne, occup uniquement  la chasse et  la pche; on le
croyait facile  conduire et  gouverner; aussi la surprise fut-elle
extrme quand il montra une ambition effrne et une volont de fer pour
n'en agir qu' sa tte. Ayant obtenu de Charles-Quint la reconnaissance
de ses droits, Cosme prit possession du pouvoir, mais ce ne fut qu'en
1569 qu'il prit officiellement pour lui et pour sa descendance le titre
de grand-duc et de prince souverain. Il ne rencontra aucune opposition 
ses ambitieuses vises, tant il avait su se dfaire de ses ennemis par
l'exil ou la mort, et, comme rien ne l'arrtait, il faisait assassiner
les derniers Lorenzaccio et Soderini  Venise o ils s'taient rfugis.

Sa domination bien tablie, Cosme carta des affaires avec une rare
habilet tous ceux dont un conseil aurait pu le gner et, sans scrupule,
se dbarrassa de toute entrave, sans qu'il put jamais tre accus
positivement d'y avoir tremp les mains. Personne ne sut user comme lui
de la confiscation; il avait une police inquisitoriale et, par des lois
froces, il interdisait jusqu' la libert de penser.

Il entrait dans la politique de Cosme, puisqu'il cartait
systmatiquement les citoyens des affaires publiques, de donner un but et
une occupation  leurs esprits en dveloppant toutes leurs tendances vers
la vie facile et somptueuse, vers le luxe dmoralisateur, tandis que, par
des conqutes faciles et sans gloire, il abaissait le niveau des ides de
justice. Mais, s'il pouvait annexer Sienne, il ne pouvait rgnrer
l'art, et la dcadence atteignait le pays jusque dans ses manifestations
intellectuelles et artistiques.

Sous le joug ddaigneusement protecteur de Cosme, les lettres purent
fleurir, les arts multiplier leurs productions, tout ne se ressentit pas
moins de ce milieu et porta le caractre d'une poque d'absolutisme,
incapable de rien de grand. Pour que le gnie puisse se dvelopper, il
faut que la libert de conception et d'excution soit respecte, il faut
que le despotisme n'intervienne pas, et que, par crainte du lendemain,
l'artiste n'en soit pas rduit au rle de courtisan.


                     TABLEAU GNALOGIQUE DES MDICIS
                     JEAN D'AVERADO--PICCARDA BUERI
                                 1350-1429
              _______________________|_____________________________
              1 COSME LE VIEUX                            2 LAURENT
              Contessina Bardi                 souche de la branche cadette
                  1389-1464                               1391-1450
______________________|___________________________ + _________|____________
  1 PIERRE LE GOUTTEUX     2 JEAN     3 CHARLES    |   PIERRE FRANOIS
   LUCRCE Tornabuoni                (fils naturel)           |
       1414-1469                                   |          |
___________|______________________________________   _________|____________
1 LAURENT LE MAGNIFIQUE   2 JULIEN     3 BLANCHE   |1 LAURENT    2 JULIEN
    CLARISSE Orsini       1455-1478    4 NANINE          |            |
       1448-1492       _______|______  5 MARIE     |     |            |
           |           JULES (btard)                    |            |
           |             1478-1533                 |     |            |
           |          PAPE ClmentVII                    |            |
           |              en 1523                  |     |            |
___________|______________________________________   ____|_______  ___|____
1 PIERRE II   2 JEAN      3 JULIEN     4 LUCRCE   |PIERRE LAURENT JULIEN
ALPHONSINE  1475-1522  Duc de Nemours  5 LOUISE      FRANOIS       +1504
  Orsini   PAPE Lon X   1470-1516     6 CONTESSINA|                  |
1471-1503    en 1510          |        7 MADELEINE       |            |
    |                         |         pouse Cybo|     |            |
    |                   ______|______ ______|_____       |            |
    |                     HIPPOLYTE   INNOCENT Cybo|     |            |
    |                   (fils naturel)  Cardinal         |            |
    |                      Cardinal                |     |            |
____|_____________________________________________       |            |
1 LAURENT  Duc d'URBIN                             |     |  __________|____
MADELEINE de la Tour d'Auvergne         CLARISSE         |  JEAN DES BANDES
         1429-1519                                 |     |       NOIRES
_____________|____________________________________       |      1498-1528
                                                   |     |            |
1 CATHERINE reine de France  2 ALEXANDRE (btard)    LORENZACCIO  Catherine
         1519-1589              prem. Grand-Duc    |               Sforza
                             MARGUERITE D'AUTRICHE                    |
                                  1500-1527        |                  |
+ - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -+                  |
                                                                      |
                         _____________________________________________|____
                         GRAND-DUC COSME Ier--1515-1574
                               Elonore de Tolde
________________________________________|__________________________________
1 GRAND DUC FRANOIS Ier                           2 Cardinal FERDINAND
Bianca Capello--1557-1587                         puis GRAND-DUC--1558-1609
_____________________________________________________________|_____________
1 GRAND-DUC FERDINAND--1598-1670                    2 Cardinal LOPOLD
_______________|___________________________________________________________
1 GRAND-DUC COSME II--1623-1743                     2 FRANOIS MARIE
       Louise d'Orleans
_______________|___________________________________________________________
FERDINAND {~DAGGER~} 1713                                GRAND-DUC JEAN GASTON {~DAGGER~}1737


L'installation royale au palais Pitti, devenu dsormais l'habitation des
grands-ducs, attira une nue de dessinateurs, de sculpteurs, de peintres
chargs de ses embellissements. Les ftes, les spectacles interrompus si
longtemps par les malheurs publics, reprirent de plus belle. Cosme
faisait excuter les premiers opras marquants dans l'histoire de la
musique, il rorganisait l'universit de Pise et fondait partout des
acadmies. Plusieurs des principaux historiens du XVe sicle sont
florentins et les Varchi, les Segni, les Nerli et les Pitti forment un
rare assemblage d'esprits remarquables auxquels sont dus d'impartiaux et
prcieux documents sur l'histoire de leur pays. Sous ce rgime fastueux,
les trangers afflurent et ils furent ds lors la principale source de
richesse d'une ville dont le trafic allait tous les jours diminuant.

Les Mdicis avaient de tout temps habitu les Florentins aux dsordres et
 la licence de leur vie prive; mais, si grand qu'et t le scandale,
aucun n'tait encore parvenu aux raffinements d'ignominie de Cosme et de
ses successeurs. Pour Cosme, aprs avoir assassin un de ses fils, fait
mourir de chagrin sa femme lonore de Tolde, aim d'un amour sacrilge
sa fille Isabelle, il donna dans sa famille le plus affreux exemple de
vices monstrueux.

A sa mort, en 1574, son fils, le grand-duc Franois, continua dignement
les traditions paternelles. Hritier prsomptif, il avait pris comme
matresse une fille de la noble maison vnitienne des Capello, qui avait
fui Venise au bras d'un amant et qui s'tait rfugie  Florence.
Franois, perdument pris de Bianca, voulait l'pouser; mais, comme le
grand-duc avait arrang pour son fils un mariage destin  rehausser
l'clat de sa maison, il dut plier devant la volont de Cosme et pousa
Jeanne d'Autriche, sans pour cela cesser aucunement de vivre, comme par
le pass, avec Bianca Capello.

Franois, devenu lui-mme grand-duc et matre tout-puissant, fit
construire pour elle une demeure somptueuse aux portes mmes du palais
Pitti. Un abandon si outrageux et si public frappa au coeur la malheureuse
Jeanne d'Autriche qui mourut bientt de chagrin, en faisant jurer  son
mari d'abandonner cette femme nfaste et de se soustraire  son influence
redoutable. Un an plus tard, Franois pousait sa matresse, et Bianca
Capello devenait grande-duchesse de Toscane.

Au bout de plusieurs annes passes parmi les plaisirs et les ftes,
Bianca n'ayant pas donn d'hritier au grand-duc, et obsde par le dsir
fou d'exercer la rgence, si Franois venait  mourir avant elle, eut
recours  un simulacre d'accouchement et  une supposition d'enfant. Mais
son beau-frre, le cardinal Ferdinand, dcouvrit la supercherie, et elle
en conut contre lui une haine si froce qu'elle se rsolut 
l'empoisonner. Pour atteindre ses fins, elle lui servit une ptisserie
dont elle le savait friand et qu'elle lui disait avoir, par une attention
dlicate, confectionne elle-mme; mais cette tentative se retourna
contre elle, car Ferdinand, anim des plus justes soupons contre sa
belle-soeur, dclina son offre, et le grand-duc, froiss de ce refus
blessant, voulut  toute force faire honneur au gteau, pour rparer
l'affront fait  sa femme. L'empcher d'y toucher, c'tait se trahir, et
comme, Franois mort, elle n'avait plus rien ni  esprer ni  attendre,
elle prit rsolument son parti et partagea avec lui ce funbre repas.

Le lendemain, Franois et Bianca avaient cess d'exister et Ferdinand,
jetant sa barrette aux orties, montait sur le trne (1587).

Avec son rgne commence pour la Toscane une re de calme plat,
d'insignifiance complte et de honteuse lthargie. A Ferdinand
succdrent Cosme II, son fils (1606-1621), Ferdinand II (1621-1670) et
enfin Cosme III (1670-1723) dont le rgne de cinquante annes fut marqu
par l'tablissement des Jsuites en Toscane et par l'puisement du trsor
public pour subvenir aux frais de leur installation.

Cosme III avait pous Louise d'Orlans, la fille de Monsieur et la soeur
de la grande Mademoiselle, qui lui fit voir le diable  telle enseigne
qu'il dut la laisser rentrer en France o elle resta sans jamais
consentir  rejoindre son mari. Du reste, tout, pour Cosme, prend une
tournure fatale. Il semble qu'un mauvais gnie pse sur cette race
destine  succomber fatalement. Poursuivi par de sinistres
pressentiments, aussitt son fils an en ge de se marier, Cosme l'unit
 Violente de Bavire, princesse vertueuse, mais strile, et de chagrin,
Ferdinand se plongea dans de telles dbauches qu'il y consuma rapidement
sa vie. Le grand-duc s'empressa aussitt de marier son second fils,
Jean-Gaston, avec une princesse allemande destine, semblait-il,  lui
donner une nombreuse postrit; mais la princesse de Saxe-Lvenburg
refusa toute soumission  son mari, et les interminables querelles qui
attristrent le mnage du pre vinrent assaillir et troubler celui du
fils. Aussi Jean-Gaston,  l'exemple de son frre, se plongea dans tous
les excs, et les Toscans virent avec effroi un tel prince arriver  la
toute-puissance, tant ses orgies monstrueuses taient devenues un sujet
d'horreur. Lorsque Jean-Gaston monta sur le trne, il tait le dernier de
sa race et il tait mourant lui-mme; il rappela pourtant tout ce qui lui
restait de forces pour ragir contre la situation dsespre o il
trouvait le pays, et son premier soin,  peine au pouvoir, fut de chasser
les prvaricateurs et les vendeurs de places si chers  son pre; aussi,
aprs l'avoir mpris et redout, finit-on par le bnir et l'adorer.

Comme aucune humiliation ne devait tre pargne au dernier des Mdicis,
d'aprs le droit rserv par Charles-Quint et Clment VII, le roi
d'Espagne Philippe V, du vivant mme de Jean-Gaston, lui nomma un
successeur en la personne de son fils, l'infant don Carlos. A peine ce
jeune prince avait-il pu faire apprcier son heureux naturel, qu'il fut
appel  la conqute du royaume des Deux-Siciles et qu'il abandonna la
Toscane sans retour. On ne consulta pas davantage Jean-Gaston pour
installer,  la place de don Carlos, le prince Franois de Lorraine,
auquel on donnait la Toscane en ddommagement de ses tats runis  la
France. Lorsque le grand-duc mourut, en 1737, le pays tait plong dans
un tel marasme qu'il ne chercha mme pas  recouvrer son indpendance et
accepta ces changements de matre et de dynastie, sans aucune vellit de
rsistance (1745).

En 1801, par la paix de Lunville, le grand-duc Ferdinand de Lorraine
renona  la Toscane qui, en treize annes, eut un semblant
d'indpendance comme rpublique, fut incorpore  l'empire franais et
devint royaume d'trurie, pour faire, en 1814, retour  ses anciens
matres.

Les grands-ducs de la maison de Lorraine se succdrent avec des fortunes
diverses jusqu'en 1860, o, par un plbiscite, la Toscane se runissait
dfinitivement au nouveau royaume d'Italie, et retrouvait dans l'unit
qui se fondait, la vie teinte depuis des sicles.




TOPOGRAPHIE GNRALE DE FLORENCE



_Florence_, divise par l'Arno en deux parties ingales, est situe
dans une riante et fertile valle o descendent les dernires
ramifications des Apennins, dont le cirque imposant l'entoure de toute
part.

Des hauteurs environnantes les points de vue sur Florence sont
innombrables et de partout se dcouvrent ses monuments, ses glises, ses
palais et ses tours sous l'aspect sduisant et lgant qui la
caractrise.

Les anciens remparts, construits de 1285  1388, out cd la place aux
longs boulevards des quartiers neufs, prolongs  l'ouest sur les rives
de l'Arno jusqu'aux Cascines.

Les portes, ainsi que les anciens ponts de l'Arno, sont mieux conserves.
Six ponts mettent en communication les deux rives du fleuve, sur lesquels
deux suspendus relient,  l'extrmit sud de la ville, le viale duca di
Genova  la barrire San Niccol et,  l'extrmit nord, la place
Victor-Emmanuel aux Cascines.


+Ponts anciens+.

1 _Ponte alle Grazie_, le plus ancien de tous, fut construit en
1237.

2 _Ponte Vecchio_, dont la fondation remonte, dit-on,  l'poque
romaine. Maintes fois dtruit et rebti, il doit  Taddeo Gaddi son
aspect dfinitif (1302). Il est bord de boutiques occupes ds 1593 par
les orfvres; elles sont surmontes par la longue galerie qui met en
communication le muse des Offices et le palais Pitti et sont
interrompues dans la partie centrale du pont o la galerie n'est plus
soutenue que par trois arcades ouvertes, d'o l'oeil embrasse l'admirable
perspective de l'Arno.

3 _Ponte Santa Trinita_, fond en 1252 et reconstruit vers 1567 par
Bartolommeo Ammanati.

4 _Ponte alla Carraja_, bti en 1218, dtruit par la fameuse
inondation de 1333, fut reconstruit aussitt en 1337 et fut finalement
restaur et modifi par Ammanati en 1572.

Sur les deux rives du fleuve s'tendent les larges quais formant le
_Lung'Arno_; seule, la partie de la rive gauche comprise entre le
Ponte Vecchio et le Ponte Santa Trinita a conserv son caractre et ses
vieilles maisons dont les fondations reposent dans le fleuve.

Les rues de Florence laissent une grande impression de svrit
imposante, due  ses anciens palais dont les constructions massives lui
conservent l'aspect d'un autre ge, comme leurs noms mmes voquent le
souvenir des familles illustres et des corporations de la Rpublique.

Sur la rive droite, les principales artres sont:

La _via Tornabuoni_, qui va du Ponte Santa Trinita au coeur de la
ville.

La _via Calzajuoli_, qui, parallle  la prcdente, relie la place
de la Seigneurie  celle du Dme.

Enfin la _via Cerretani_, qui runit la place du Dme  Sainte-Marie
Nouvelle.




RIVE DROITE (LE CENTRE)

I

DU DOME AUX OFFICES

LA PLACE DU DOME ET SES MONUMENTS. LA VIA CALZAJUOLI ET OR SAN MICHELE.
LA PIAZZA DELLA SIGNORIA, LA LOGGIA DEI LANZI ET LE PALAIS VIEUX.


LA PLACE DU DOME forme le coeur de Florence et runit trois des plus beaux
monuments de l'art: le Baptistre, le Dme et le Campanile. LE BAPTISTRE
(San Giovanni Battista), ancienne cathdrale de Florence, est un petit
difice octogonal  trois tages et  coupole. Il offre un des types les
plus curieux de l'architecture romane italienne, avec la modification
qu'elle subit ds le XIe sicle, sous l'action de Nicolas de Pise (1274)
quand elle fut ramene par ses dcouvertes au sentiment de l'antique. Ce
n'tait pourtant ni  Nicolas, ni mme  Jean qu'tait rserv l'honneur
de fonder  Florence l'cole des Pisans, mais bien  leurs lves ANDREA
PISANO et ARNOLFO DI CAMBIO, et  ces derniers la ville allait devoir ses
plus beaux monuments.

Les premiers travaux d'ARNOLFO  Florence furent le dgagement et le
revtement du Baptistre dont les abords taient encombrs de sarcophages
et d'urnes funraires, tandis que les faces extrieures en taient
bigarres d'incrustations et d'inscriptions juxtaposes au hasard et en
dsordre.

Dans cette restauration qui eut lieu en 1293, ARNOLFO fit enlever tout ce
qui dparait l'extrieur du monument et lui donna de la grce et de la
lgret en dgageant le soubassement presque enseveli dans le sol. Il
appliqua ensuite sur chaque angle de l'octogone deux pilastres
corinthiens soutenant une corniche couronne d'un second tage de mme
ordre, coup de trois longues fentres  fronton. Enfin, pour achever
cette belle dcoration, il disposa des plaques en marbre noir de Prato
dans les parties pleines mnages entre les grandes lignes de
l'architecture, tandis que, dans le troisime tage en retrait, il
rptait sur chaque face les pilastres  chapiteaux corinthiens.

Trois portes donnent accs au Baptistre. Ds 1321, les Consuls avaient
rsolu de faire couler en bronze des portes pour Saint-Jean-Baptiste;
seulement, comme il ne se trouvait alors  Florence aucun artiste en tat
d'entreprendre ce travail, la Seigneurie donna mission  un orfvre
florentin d'tudier les portes de Pise et de se rendre ensuite  Venise,
qui passait alors pour possder seule des fondeurs capables d'un pareil
ouvrage.

Pendant le cours de ces recherches, ANDREA PISANO avait obtenu, par
l'entremise de son ami Giotto, la commande d'une des portes, et cela,
malgr les lois de la ville et l'interdiction absolue de donner du
travail  un tranger. Aussi son contrat spcifiait-il qu'il ne devrait
livrer qu'un modle de porte en terre ou en cire, dont l'excution
resterait confie aux matres vnitiens.

Ce fut en l'anne 1330 que ceux-ci entreprirent les oprations de la
fonte, et, bien qu'elles aient dur jusqu'en 1332, elles se trouvrent
dfinitivement si manques, qu'il ne fut pas possible de les reprendre en
sous-oeuvre. Andrea eut alors commission de mener  bien une nouvelle
fonte, qu'il russit en l'espace de deux mois (1335).

La porte d'ANDREA PISANO, divise en vingt compartiments, est consacre
aux diffrents traits de la vie de _saint Jean-Baptiste_. De plus,
dans sa partie infrieure, elle comporte huit panneaux de moindre
dimension, avec les figures des Vertus.


          PORTE DU SUD DU BAPTISTRE D'ANDREA PISANO (1335)

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|                  |              ||                 |               |
| JOACHIM          | JOACHIM      || JEAN            | JEAN          |
| ET               | CHASS       || DEVANT          | MIS           |
| L'ANGE           | DU TEMPLE    || HRODE          | EN PRISON     |
|                  |              ||                 |               |
|---------------------------------||---------------------------------|
| RENCONTRE DE     |              || LES DISCIPLES   | LES DISCIPLES |
| JOACHIM ET DE    | NAISSANCE    || DE JEAN         | DE JEAN       |
| Ste LISABETH    | DE           || DEVANT SA       | INTERVIENNENT |
| A LA PORTE DORE | St JEAN      || PRISON          | AUPRS        |
|                  |              ||                 | DE JSUS      |
|---------------------------------||-----------------|---------------|
| JOACHIM CRIT    |              || FESTIN          |               |
| SUR DES TABLETTES| St JEAN      || D'HRODE.       | DCOLLATION   |
| LE NOM QU'IL     | DANS         || SALOM          | DE            |
| VEUT QU'ON DONNE | LE DSERT    || DANSE AU SON    | St JEAN       |
| A SON FILS       |              || DU VIOLON       |               |
|---------------------------------||---------------------------------|
|                  |              || SALOM          | SALOM        |
| PRDICATION      | St JEAN      || PRSENTE A      | APPORTE A     |
| DE               | RENCONTRE    || HRODE LA TTE  | HRODIADE LA  |
| St JEAN          | JSUS-CHRIST || DE St JEAN      | TTE DE       |
|                  |              ||                 | St JEAN       |
|---------------------------------||---------------------------------|
|                  |              || LE CORPS DE     | ENSEVELISSE   |
| JEAN             | BAPTME      || St JEAN         | ENSEVELISSE_  |
| BAPTISE LES      | DE           || EST RENDU A     | MENT DE       |
| NOPHYTES        | JSUS-CHRIST || SES DISCIPLES   | St JEAN       |
|                  |              ||                 |               |
|---------------------------------||---------------------------------|
|                  |              ||                 |               |
|                  |              ||                 |               |
| SPES             | FIDES        || CHARITAS        | HUMILITAS     |
|                  |              ||                 |               |
|                  |              ||                 |               |
|---------------------------------||---------------------------------|
|                  |              ||                 |               |
|                  |              ||                 |               |
| FORTITUDO        | TEMPERANTIA  || JUSTITIA        | PRUDENTIA     |
|                  |              ||                 |               |
|                  |              ||                 |               |
|---------------------------------||---------------------------------|

      +Vantail de gauche+         +Vantail de droite+


Dans cette matresse oeuvre, le progrs ralis sur les Pisans est
considrable. Andrea y devine les lois de la perspective, pargne les
figures et modre les mouvements. Il est aussi sobre de plans et de
lignes que ses matres en furent prodigues, et rencontre du premier coup,
comme Giotto, les lignes mres de la composition, c'est--dire
l'ordonnance la plus simple et la plus claire. Tous les motifs sont
conus avec une parfaite convenance au sujet, et sont traits avec un
sentiment profond, exprim par des gestes harmonieux et sans violence,
tels que les veut la gravit sculpturale. Si le sujet trait par Pisano
est calme, les plis sont rares, comme, par exemple, dans la composition
des Vertus; tandis qu'au contraire, si la scne rclame du mouvement ou
dnote l'agitation intrieure, les plis se pressent, toutefois sans
abondance inutile, et le matre a su donner  ses figures une grce
d'attitude qui fait de son oeuvre une sorte de trait d'union entre l'art
antique et l'art moderne.

Il reste  observer combien, en cela encore semblable  Giotto, le matre
nglige l'indication du lieu; ses groupements sont au plus sur deux
rangs, si bien que ses plans, rapprochs de la conception hellnique,
prsentent les premires figures en haut relief et les secondes en
bas-relief.

La porte finie, la Rpublique donna pour rcompense  l'artiste pisan le
droit de bourgeoisie, accord rarement et seulement aux trangers de la
plus haute distinction, ou d'un mrite clatant. Place  l'entre
principale de l'est, c'est--dire en face l'autel, elle dut, en 1446,
cder la place  la porte de Ghiberti et fut transporte sur la face sud,
qu'elle occupe depuis. C'est lors de ce transfert que le fils de
Ghiberti, VITTORIO, l'entoura de la riche guirlande de fleurs et de
fruits qui en fait le dlicieux encadrement.

Aprs la mort de Pisano, l'achvement des portes du Baptistre resta
suspendu et ce fut seulement  la suite de la fameuse peste de 1403 que
la Seigneurie en dcida l'excution. A cet effet, fut ouvert un concours
dont le sujet tait l'histoire de Jsus-Christ et auquel prirent part les
DELLA QUERCIA, les NICCOL d'AREZZO, les BRUNELLESCHI et les GHIBERTI, et
o la prfrence devait tre donne  la composition la plus rapproche
de l'oeuvre d'Andrea Pisano. Brunelleschi s'tant retir, GHIBERTI
l'emporta en dernier lieu; il avait alors vingt-cinq ans.

Dans cette porte o il tait strictement limit par l'obligation de se
subordonner  l'oeuvre gothique, Ghiberti adopta la mme division en vingt
panneaux suprieurs et en huit infrieurs contenant les figures des
vanglistes et des Pres de l'glise, et encadra chaque chssis de ttes
saillantes, tandis qu'il couvrait les chambranles de fleurs, de fruits ou
d'oiseaux. Cependant, si les figures dpassent celles de la porte
gothique comme animation et comme expression, elles n'atteignent pas  la
grandeur svre et  la srnit calme de celles d'Andrea. Elles ont
pourtant une grce ingnue et juvnile dont s'exclut encore tout soupon
de manirisme et l'art plastique y atteindrait la perfection, si Lorenzo
avait mieux compris les conditions du bas-relief, et son incapacit 
exprimer les saillies nuances, les plans successifs ou les profondeurs
feintes. Ce grave dfaut de son style, dj sensible dans cette premire
oeuvre, devait par ses dveloppements ultrieurs entraner la sculpture
dans une voie funeste.


PORTE DU NORD DU BAPTISTRE DE GHIBERTI (1403)

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|                  |              ||                 |               |
| XVII             |              ||                 |               |
| PORTEMENT        | XVIII        || XIX             | XX            |
| DE               | LE CALVAIRE  || LA              | LA            |
| LA CROIX         |              || RSURRECTION    | PENTECTE     |
|                  |              ||                 |               |
|---------------------------------||---------------------------------|
|                  | XIIII        ||                 | XVI           |
| XIII             | LE           || XV              | PILATE        |
| LE JARDIN        | BAISER       ||                 | SE LAVANT     |
| DES OLIVES       | DE JUDAS     || FLAGELLATION    | LES MAINS     |
|                  |              ||                 |               |
|---------------------------------||-----------------|---------------|
|                  |              ||                 |               |
| IX               | X            || XI              | XII           |
| TRANSFIGURATION  | RESURRECTION || ENTRE          | LA CNE       |
|                  | DE LAZARE    || A JRUSALEM     |               |
|                  |              ||                 |               |
|---------------------------------||---------------------------------|
| V                | VI           || VII             | VIII          |
| BAPTME          | TENTATION    || JSUS CHASSE    | LA BARQUE     |
| DE               | DANS         || LES MARCHANDS   | SUR           |
| JSUS-CHRIST     | LE DSERT    || DU TEMPLE       | LA MER AGITE |
|                  |              ||                 |               |
|---------------------------------||---------------------------------|
| I                | II           || III             | IV            |
| ANNONCIATION     | ADORATION    || ADORATION       | JSUS         |
| (_adorable       | DES          || DES             | ENSEIGNANT    |
| figure presque en| BERGERS      || MAGES           | LES DOCTEURS  |
| ronde-bosse_)    |              ||                 |               |
|---------------------------------||---------------------------------|
|                  |              ||                 |               |
|                  |              ||                 |               |
| St JEAN          | St MATHIEU   || St LUC          | St MARC       |
|                  |              ||                 |               |
|                  |              ||                 |               |
|---------------------------------||---------------------------------|
|                  |              ||                 |               |
|                  |              ||                 |               |
| St AUGUSTIN      | St JRME    || St GRGOIRE     | St AMBROISE   |
|                  |              ||                 |               |
|                  |              ||                 |               |
|---------------------------------||---------------------------------|


(Ces 8 admirables figures, d'une trs noble allure, sont assises devant
des pupitres, les vanglistes debout accompagns de leurs symboles.)

La premire porte de Ghiberti ne fut pas plutt acheve qu'on se dcida 
lui confier la seconde, considre par ses contemporains comme son
chef-d'oeuvre, mais o s'accuse dj fortement le parti pris d'obtenir du
bronze les effets de la peinture par une fusion impossible des deux arts.

Cette fois, entire latitude lui tait laisse. Aussi s'affranchit-il
rsolument de toute influence et divisa-t-il son sujet en dix panneaux o
il traitait les principaux pisodes de l'Ancien Testament. Mais, comme
cette donne tait trop considrable, il se rsolut  runir dans chaque
panneau plusieurs actions diffrentes n'ayant aucun rapport entre elles.
Il encadra chacun de ses tableaux d'une large bordure orne de figurines
places dans des niches alternant avec des mdaillons d'o sortent des
ttes en ronde bosse et il dcora les chambranles de guirlandes
compliques.

Il fallut seize ans  Ghiberti pour mener  bien son oeuvre, mise en place
seulement en 1452, et, dans le principe, entirement dore, comme les
autres portes.

Les trois portes de San Giovanni sont surmontes de groupes de grandeur
naturelle en bronze et en marbre.


PORTE DE L'EST DU BAPTISTRE
DITE DU PARADIS GHIBERTI (1425-1452)

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| I                             | II                            |
|                               | CAN LABOURANT.               |
| CRATION DE L'HOMME.          | ABEL GARDANT SES TROUPEAUX.   |
| DE LA FEMME.                  | AU FOND, SACRIFICE DE CAN    |
| L'ARBRE DU BIN ET DU MAL.    | ET D'ABEL.                    |
| ADAM ET VE                   | CAN TUANT SON FRRE.         |
| CHASSS DU PARADIS TERRESTRE. | CAN ERRANT APRS LE CRIME.   |
|_______________________________|_______________________________|
|                               |                               |
| III                           | IV                            |
|                               |                               |
| LA SORTIE DE L'ARCHE.         | LA STRILIT DE SARA.         |
| LE SACRIFICE DE NO.          | VISITE DES ANGES A ABRAHAM    |
| NO IVRE ET SES TROIS FILS.   | LUI PROMETTANT UN FILS.       |
|                               | AU FOND, SACRIFICE D'ABRAHAM. |
|                               |                               |
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|                               |                               |
| V                             | VI                            |
|                               |                               |
| ESA ET JACOB.                | HISTOIRE DE JOSEPH.           |
|                               | _La scne principale, la      |
| _Scne dans un motif          | reconnaissance de ses frres  |
| d'architecture_.              | se passe devant un portique   |
|                               | form par une rotonde_.       |
|_______________________________|_______________________________|
|                               |                               |
| VII                           | VIII                          |
|                               |                               |
| MOSE RECEVANT LES TABLES     | LA PRISE DE JRICHO.          |
| DE LA LOI.                    |                               |
|                               |                               |
|                               |                               |
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|                               |                               |
| IX                            | X                             |
|                               |                               |
| BATAILLE CONTRE               | SALOMON ET LA REINE DE SABA.  |
| LES AMMONITES.                | _La scne se passe dans le    |
|                               | temple dont l'architecture a  |
|                               | t prise par Ghiberti        |
|                               | sur celle du dme_.           |
|_______________________________|_______________________________|


+Au Sud+: _Dcollation de saint Jean_ par VICENTE DONI (1571),
d'un mauvais style.

+Au Nord+: _Prdication de saint Jean_ par GIOVANNI RUSTICA
(1500); lve de Verrocchio, suprieur au groupe prcdent.

+A l'Est+: _Le Baptme de Jsus-Christ_ par ANDREA SANSOVINO,
de beaucoup le meilleur des trois morceaux (1500). L'ange qui seul le
dpare, est de Spinazzo (XVIIIe sicle).

+Intrieur+: A l'intrieur de l'difice on retrouve la disposition
des trois tages extrieurs, dcors d'aprs le mme principe de marbres
alterns blancs et verts.

Les colonnes rondes en granit de la rotonde soutiennent, sur leurs
chapiteaux corinthiens dors, l'entablement portant la tribune circulaire
du deuxime tage claire par les fentres extrieures et dont le balcon
est dcor de _mosaques_ excutes en 1225 par un moine nomm
_Jacobus_. Le troisime tage enfin, galement orn de mosaques
dues  Jacobus, sert de base  la coupole terminale, couverte de
mosaques du XIIIe au XVIe sicle.

L'abside carre, destine  contenir l'autel, est construite en dehors du
monument. Dcore de mosaques, elle renferme actuellement un
_groupe_ dtestable de TICCIATI excut en 1732, dans ce que le
rococo a pu offrir de plus flamboyant. Un autel mural,  gauche de la
porte de l'est, est surmont de la clbre statue en bois de la
_Madeleine_ par DONATELLO, d'un ralisme dsagrable,  force d'tre
violent. En face, prs du matre-autel, sont les _fonts baptismaux_,
ouvrage d'une recherche dplaisante, fondu en 1371 par un des nombreux
lves d'Andrea Pisano. Enfin,  droite, adoss au mur, est le _tombeau
du pape Jean XXIII_ (1419), dpos par le concile de Constance. Sa
belle statue couche est l'oeuvre de DONATELLO et de MICHELOZZO
(1420-1425), mais le dais qui l'abrite et le monument qui l'accompagne,
par leur mauvaise ordonnance et leur lourdeur, ne sont pas dignes de
Donatello.

Sur le ct nord de la place s'lve la COLONNE SAN ZENOBE, rige en
1330 en commmoration de la translation des reliques de saint Zenobe,
patron de Florence.

LE DOME, SANTA MARIA DEL FIORE, ainsi nomme des fleurs de lys figurant
dans les armoiries de Florence, occupe l'emplacement d'une ancienne
glise consacre  Santa Reparata. La dcoration et le revtement du
Baptistre furent termins en 1293; l'anne suivante, la Rpublique
rendait un dcret mmorable ordonnant  ARNOLFO DI CAMBIO d'excuter un
modle et des dessins pour la reconstruction de Santa Reparata: Avec
telle hauteur et magnificence qu'on ne puisse attendre de l'industrie
humaine rien de plus noble et de plus beau, dans cette pense que les
oeuvres entreprises par la commune doivent tre conues avec une grandeur
correspondant  la grande me que forment tant de citoyens runis dans
une seule et mme volont.

Comme Santa Reparata dpendait de la corporation des marchands de laine,
il fut tabli qu'ils auraient  supporter la plus lourde part des frais
de reconstruction, mais,  titre de ddommagement, on leur concda un
droit sur les exportations. Aprs avoir dmoli Santa Reparata, Arnolfo
traa le plan de sa basilique, d'aprs les traditions pisanes, en forme
de croix latine, c'est--dire qu'il donna les mmes dimensions aux bras
du transept et du choeur, et il affecta au dambulatoire cinq chapelles
polygonales dveloppes extrieurement en cinq pans symtriques.

Arnolfo tait trop imbu de l'antique pour prvoir l'effet qu'allaient
produire dans le style gothique la nudit et la scheresse de lignes qui
en sont l'antipode. Une autre erreur de son plan fut l'importance donne
aux membres spars, d'aprs ce principe que chaque chose grande en soi
agrandit l'ensemble, ce en quoi il perdait de vue la loi architecturale,
qui veut, pour l'harmonie d'un difice, que toutes les parties se
subordonnent  l'ensemble. Tout  l'oppos des cathdrales du nord o
l'troitesse relative de la nef lve les votes  l'infini, Arnolfo
largit les siennes dans de si vastes proportions qu'elles produisent 
premire vue une impression d'crasement, aggrave encore par la vue des
grands espaces de murs laisss nus entre les fentres aussi troites que
parcimonieusement mnages.

Quand Arnolfo di Cambio mourut en 1300, il avait amen l'oeuvre  la
croise, et la construction fut continue par son successeur immdiat, le
Giotto, auquel sont dus les revtements extrieurs des transepts et du
choeur.

En 1357, le plan d'Arnolfo subit une premire modification, et,  partir
de cette poque, s'ouvre la longue srie des architectes du dme, placs
sous la direction de commissaires pris parmi les chefs des corporations
et sans l'assentiment desquels nul n'avait le droit d'ajouter une pierre
 la cathdrale. Ces gens sans connaissances techniques, qui
n'obissaient qu'au seul mobile de faire de Santa Maria del Fiore un
monument unique, arrivrent forcment  lui donner cette absence de
coordination si fcheuse et que la fameuse coupole, la belle oeuvre de
Brunelleschi, contribue, pour sa part,  rendre plus frappante encore.

C'est en 1418 que fut ouvert, pour le modle de la coupole, le concours
o Brunelleschi triompha de ses concurrents. Il ne lui fallut pas moins
de quatorze annes pour mener  terme cette entreprise hardie, et encore
la lanterne ne fut-elle acheve qu'en 1462. La faade, qui fut dtruite
en 1588 pour tre remplace magnifiquement, a t refaite depuis quelques
annes seulement avec une complication et une surchage extrmes. +Les
quatre portes+ latrales sont des XIVe et XVe sicles. Ce sont des
ouvrages de l'cole Pisane orns de mosaques et surmonts d'une statue.
La plus remarquable de ces portes, la deuxime du nord (1408), est
l'oeuvre de PIERO D'AREZZO, aid de NANNI DI BANCO. C'est  ce dernier
qu'est d le haut relief dit de la _Madona della Cintola_, o se
pressentent dj Ghiberti et Donatello. La mosaque du tympan,
l'_Annonciation_, fut dessine par le GHIRLANDAJO (1496).

+L'Intrieur+ de Sainte-Marie des Fleurs est d'une austrit allant
jusqu' la froideur d'un temple mthodiste.

Le matre-autel, plac sous la coupole, est entour d'une clture en
marbre, de forme octogonale comme la coupole, et orne de
_bas-reliefs_ de BACCIO BANDINELLI, oeuvre mdiocre substitue  la
belle clture en bois de Ghiberti.

Derrire le matre-autel se trouve la fameuse _Dposition_ de
MICHEL-ANGE, oeuvre de vieillesse et inacheve qu'il tailla dans un
chapiteau antique du Temple de la Paix que lui avait donn le pape Paul
III. Cet ouvrage pche par des dfauts de proportion malheureusement trs
apparents. Sainte-Marie des Fleurs contient nombre de monuments et
d'oeuvres remarquables.

Le mur de la faade est perc d'un vitrail rond, de FRANCESCO, excut
sur les dessins de Ghiberti; au-dessous, dans la lunette de la porte est
inscrite une admirable mosaque, le _Couronnement de la Vierge_ de
TADDEO GADDI (1280), o, malgr le byzantinisme encore marqu, est dj
trs sensible l'influence de la rvolution naturaliste opre dans l'art,
grce aux efforts de Cimabue et de Giotto.

Deux grandes fresques infiniment intressantes occupent le mur au-dessus
des portes latrales de la faade. Celle de gauche est le portrait
questre de _John Hawkwood_, condottiere  la solde de Florence,
peint en 1392 par Paolo UCCELLO; tandis que celle de droite est
l'admirable portrait questre de _Niccol Marucci da Tolentino_,
oeuvre d'ANDREA DEL CASTAGNO (1456), de la plus haute allure.

+Nef de droite+: Monument de _Brunelleschi_, tombeau mdiocre
d  son lve BRUGGIANO.

Statue de l'homme d'tat _Gianozzo Manetti_ par CIUFFAGNI.

Monument du _Giotto_ lev par la commune sur l'initiative de
Laurent le Magnifique, en 1490. Ce bel ouvrage de BENEDETTO DA MAJANO est
plac au-dessus de l'inscription latine compose par Ange Politien.
Au-dessus de la premire porte latrale, le _sarcophage_ du gnral
_Pierre Farnse_ par AGNOLO GADDI et PISELLO (1395). Statue de
_Josu_ par DONATELLO (1412) o se trahit encore dans les draperies
l'inexprience de la jeunesse, bien que la tte en soit fort belle.
Donatello y sacrifie dj au got qui lui fera, dans toutes ses statues,
reproduire les traits de ses contemporains. A ct de la deuxime porte
latrale est plac le buste en marbre du savant platonicien _Marsile
Ficin_, avec la remarquable inscription latine de Ferrucci (1521).
Au-dessus de la deuxime porte et malheureusement plac trop haut, est le
beau _monument_ de l'vque _Antonio d'Orso_, le vaillant
dfenseur de Florence contre l'empereur Henri VIII, oeuvre du Siennois
TINO DI CAMAINO (1336). La statue de l'vque est assise sur un
sarcophage  l'antique.

Dans le transept droit, orn au-dessous des fentres de fresques
mdiocres peintes par Lorenzo de Bicci (1427), s'ouvre +la vieille
sacristie+. Le tympan de la porte d'accs est dcor d'un magnifique
bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, l'_Ascension_. Dans la sacristie,
deux admirables anges agenouills, oeuvre monochrome de LUCA DELLA ROBBIA,
tiennent des calices.

Le lavabo est un ouvrage contourn de BUGGIANO (1492).

+La chapelle terminale+ du chevet est consacre  saint Zenobe et
contient le _reliquaire_ en bronze du saint par GHIBERTI (1440).

Dans quatre autres chapelles sont des statues assises, primitivement
destines  la dcoration de la faade.

+Premire  droite+: _Saint Marc_, par NICCOL D'AREZZO.

+Deuxime  droite+: _Saint Luc_, par NINO DI BANCO.

+Quatrime chapelle  gauche+: _Saint Mathieu_. Mauvais ouvrage
de CIUFFAGNI.

+Cinquime chapelle  gauche+: _Saint Jean_, par DONATELLO.
Quoique encore influenc par la tradition des Trecentisti, le matre se
montre ici d'une incomparable supriorit. La tte, d'une expression
profonde et prophtique, admirable par sa grave austrit, fait penser 
Michel-Ange. Cette oeuvre de premier ordre est place aussi mal que
possible dans le jour le plus dfectueux; il est difficile mme d'en
apprcier toute la beaut.

+La nouvelle sacristie+ s'ouvre  la suite des chapelles suprieures
de la croix. Le tympan de sa porte est occup par un magnifique
bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, la _Rsurrection_. Jamais le
dlicat pote que fut Luca n'a t plus inspir que dans cette
composition, o la divinit triomphante du Christ s'oppose  l'humanit
abandonne des soldats endormis, ses gardiens.

+La porte en bronze+ commande d'abord  Donatello en 1437 et
retire au matre aprs dix ans passs, sans qu'il et mis la main 
l'oeuvre, fut, en 1465 seulement, confie  LUCA DELLA ROBBIA. Il y a
reprsent, en compartiments quadrangulaires, la Vierge et l'Enfant, la
Rsurrection, les quatre vanglistes et les quatre Pres de l'glise,
ces derniers en haut relief, assis entre deux anges. Aux angles des
cadres sont des ttes en ronde bosse, d'une grande beaut. Luca s'est
volontairement abstenu de toute complication et de tout mouvement
susceptible de manirer la composition. Ses figures tirent leur caractre
de leur austrit et de la belle simplicit de leurs draperies, pousses
cependant au dernier degr de la perfection. Elles laissent aussi loin
derrire elles les oeuvres de Ghiberti, si souvent gtes par une
recherche de l'effet de mauvais got, cueil que Luca semble avoir vit
avec soin, pour se rapprocher autant que possible du style pur et large
d'Andrea Pisano. La sacristie est entirement revtue d'une marqueterie
en bois dont les panneaux forment des tableaux; cette belle dcoration
est l'oeuvre de BENEDETTO DA MAJANO.

En retournant par la nef gauche,  ct de la deuxime porte latrale, on
trouve le portrait en pied du Dante, peinture sur bois excute par ordre
de la Rpublique, en 1465. Domenico di Michelino a reprsent Dante
devant une vue de Florence, entour de divers pisodes de la _Divine
Comdie_.

A gauche, pour dsigner l'Enfer, s'ouvre, au milieu de rochers dsols,
la porte o est laisse toute esprance, tandis qu' droite un
labyrinthe symbolise le Paradis et la difficult d'y parvenir.

A ct de la premire porte latrale, _monument_ du musicien
_Squarcialupo_ (1490) par BENEDETTO DA MAJANO, d'une ordonnance
analogue  celle du monument de Giotto auquel il fait face et sert de
pendant. Enfin, au premier pilier, _Saint Zenobe_, en vtements
pontificaux, est une peinture d'ORCAGNA.

+LE CAMPANILE+ de Sainte-Marie des Fleurs s'lve isol  la hauteur
de sa faade. En 1334, aprs la mort d'Arnolfo, la Seigneurie confia 
GIOTTO, alors g de prs de soixante ans, les travaux du dme, avec
ordre, d'abord, de se consacrer  l'rection du campanile qui faisait
dfaut. Le premier soin de Giotto fut d'asseoir les fondations  une
profondeur inusite alors, et de donner ainsi  sa construction une
assiette telle, que, jusqu' ce jour, elle n'a eu besoin d'aucune
rparation. TADDEO GADDI l'aida jusqu' 1336, poque de sa mort, et
ANDREA PISANO reprit l'oeuvre, qui fut acheve par Franois Talenti.

Le campanile carr comporte cinq tages de hauteurs ingales et croissant
avec l'lvation, car, par un souci de perspective bien rare pour
l'poque, Giotto reconnut et appliqua ce principe, que, plus une
construction s'lve, plus les plans successifs doivent gagner en
hauteur, pour que rien n'interrompe  l'oeil la justesse des proportions.
Par l'application de cette thorie, le campanile acquiert une grce et
une lgret incomparables. La proccupation qu'avait Giotto d'atteindre
ce but tait telle qu'elle l'amena  modifier ce qu'aurait eu de sec
l'angle aigu sur une pareille masse et  rabattre les cts en les
flanquant de piles polygonales. Comme au dme, il revtit le campanile de
marbres alterns noirs, rouges et blancs du meilleur effet dcoratif.

Le plan de Giotto comportait une flche quadrangulaire terminale qui
devait exhausser la tour d'un tiers; mais Gaddi et Pisano, aprs sa mort,
crurent devoir la supprimer comme de style gothique et dj surann. La
vrit est que cette modification ne fut pas heureuse, et que le
campanile, termin en terrasse, semble tronqu au sommet.

La simplicit des lignes dans l'oeuvre de Giotto contraste avec
l'exubrance des ornements. Tout le premier tage est dcor d'une double
srie de _mdaillons_ en demi-relief excuts sur ses plans par
ANDREA PISANO. Ils sont inspirs par la riche symbolique du moyen ge et
retracent, dans une large ide philosophique, les progrs de l'humanit
en intelligence, en art et en industrie, depuis sa cration.

+A l'Ouest+ on voit, accompagns de leurs attributs bibliques: La
cration. Les premiers travaux de l'agriculture, avec Adam et Eve
labourant. La vie pastorale, Jacob et ses troupeaux. Jubal, inventeur de
la musique. Tubal Can, premier forgeron. La viticulture personnifie par
No.

+Au Sud+: L'astronomie sous la figure d'un mage avec la sphre
cleste. L'architecture reprsente par des maons construisant une
maison. L'art du potier par des femmes achetant des ustensiles de terre.
Viennent ensuite l'homme dompteur de chevaux; le tissage; la lgislation,
figure par un juge; Ddale, symbole des migrations lointaines.

+A l'Est+: La navigation sous la forme d'une barque. Hercule,
dompteur des lments. Le cheval, attel  un char comme bte de travail.

Enfin +au Nord+: La sculpture avec Phidias. La peinture avec
Apelles. La grammaire avec Donatus. Le lyrisme avec Orphe. La
philosophie avec Platon et Aristote. La gomtrie avec Ptolme.

La range suprieure des mdaillons hexagonaux est consacre aux Vertus
thologales et cardinales, aux Sept OEuvres de Misricorde, aux Sept
Batitudes et aux Sept Sacrements.

Le deuxime tage du campanile est orn de niches garnies de statues de
docteurs, de prophtes, de sibylles ou de Pres de l'glise, et complte
l'ensemble de cette magnifique dcoration.

Parmi ces sculptures, il faut citer les statues des prophtes dues
Donatello, oeuvres de premier ordre excutes par le matre entre 1415
et 1425, et qui joignent  la perfection du travail le grand intrt
d'tre de vivants et clbres portraits, pour lesquels le sculpteur s'est
livr  une vritable dbauche de ralisme, sans aucun souci de la
couleur historique pour les hros sacrs qu'il devait reprsenter.

La plus connue, sous le nom du Zuccone, place  l'ouest, reprsente le
roi David, pour lequel le matre choisit comme modle un certain Giovanni
di Barduccio Cherichini, rput le plus laid des citoyens florentins,
remarquable par sa calvitie, sa maigreur et sa mine patibulaire: Cette
vieillesse et cette laideur presque repoussantes ont t rendues par
Donatello avec une prodigieuse vrit, tandis qu'il traitait l'anatomie
avec son incomparable sret en traits aussi souples que larges. On
raconte que, parmi tant de chefs-d'oeuvre, le Zuccone resta celui dont
le matre se montrait le plus fier, et cela, au point de jurer par lui,
quand il voulait prter serment. Sur ce mme ct se trouvent encore deux
statues: celle du _prophte Jrmie_, sous les traits de l'ami de
Donatello, Francesco Soderini, et celle de _Saint Jean-Baptiste_,
jeune et belle figure  laquelle nous sommes peut-tre redevables du
Saint Georges, le chef-d'OEuvre d'Or San Michele. Enfin,  l'est, on doit
au matre la figure d'_Abraham sur le point de sacrifier Isaac_,
pour laquelle il se fit aider par Nanni di Banco, et encore celle du
prophte _Habacuc_, excute trs postrieurement aux autres, et
galement le beau portrait d'un vieillard contemporain.

Autour de la place du Dme s'offrent plusieurs difices importants au
point de vue artistique. A l'angle de la _via Calzajuoli_ s'lve la
+LOGGIA DEL BIGALLO+, petit monument du plus pur style gothique,
lev de 1352  1358 pour la confrrie des Capitani della Misericordia et
plus tard occup par celle del Bigallo dont il prit le nom. La loggia
comporte trois arcades cintres surmontes de deux fentres accouples.
Une troisime arcade fait retour sur la via Calzajuoli et, en face
d'elle, s'ouvre, au fond du portique, un oratoire, petite chapelle
dcore de trois statues, _la Vierge et deux anges_, ouvrage unique
d'ALBERTO D'ARNOLDO (1364), o se pressent dj la Renaissance. Un toit
avanc sur des consoles sculptes couvre le charmant difice du Bigallo.

A ct de lui, sur la place, se trouve l'orphelinat des Enfants trouvs,
l'+ORFANOTROFIO DEL BIGALLO+. Dans la salle du Conseil
d'administration, une fresque de GIOTTINO (1342), la _Misricorde_,
est place au-dessus d'une vue de Florence.

Sur le mur du fond, une fresque plus petite d'un des giottesques, VENTURO
DI MORO, reprsente la loggia del Bigallo o deux capitani recueillent
les enfants qu'on leur amne. Si, dans cette oeuvre remarquable,
l'influence de Giotto subsiste par la simplicit des plans, les attitudes
et le dessin plus tudis sont dj presque dignes des Quatrocentisti,
tout en laissant aux figures l'adorable navet des primitifs.

+L'ORATOIRE DE LA MISRICORDE+, situ au sud de la place, appartient
 la confrrie de la Misricorde, fonde en 1244, dans le but de secourir
les pauvres et les malades, mais surtout d'ensevelir et de porter les
morts. Toutes les classes sont reprsentes dans cette confrrie
actuellement encore de plus de deux mille cinq cents membres, tous
galement vtus de la cagoule en toile noire, lorsqu'ils font leur
service.

Au-dessus de l'autel, une des meilleures oeuvres d'ANDREA DELLA ROBBIA,
_retable_ en deux parties. Dans le bas-relief suprieur,
Jsus-Christ bnissant. Dans l'infrieur, la Vierge entoure de chrubins
entre deux saints. Une prdelle reprsente l'Annonciation, la Nativit et
l'Adoration des Mages.

La salle contigu  l'oratoire sert de vestiaire aux frres; au fond se
trouve le dortoir o six frres doivent chaque nuit tre en permanence.

+L'OPRA DEL DUOMO+(Muse du Dme) est situ sur la place,
directement derrire l'Abside. +L'intrieur+, o se conserve tout ce
qui a trait au baptistre et au dme, est un assemblage divers de qualit
et de style, et constitue un muse trs complet de l'histoire de ces deux
monuments.

La premire des trois salles du muse, au premier tage, contient des
chefs-d'oeuvre. Il faut en toute premire ligne placer les dix admirables
_Bas-reliefs des enfants danseurs et musiciens_ excuts de 1431 
1440 pour la tribune des orgues de la cathdrale par LUCA DELLA ROBBIA.
Vasari dcrit ainsi ces magnifiques compositions: Luca fit en ces
compartiments les choeurs de la musique, chantant de diverses faons, et
il y mit tant de talent et y russit  tel point qu'on distingue,  la
hauteur o ils sont placs, le gonflement de la gorge de ceux qui
chantent, le battement des mains de ceux qui lisent la musique par-dessus
l'paule des chanteurs plus petits qu'eux, enfin les diverses manires de
jouer, de danser, de chanter et les autres mouvements inspirs par la
musique.

Luca, lorsqu'il excuta ces bas-reliefs, tait vritablement arriv 
l'apoge de son talent. Il possdait toutes les qualits d'un grand
sculpteur: la clart dans la conception, la science du dessin et une
extraordinaire habilet de main, qualits subordonnes pourtant 
l'infinie posie d'une me raffine et mystique tout ensemble.

A ct de l'oeuvre de Luca, il faut placer le fameux _devant d'autel du
baptistre_, en argent massif, une des principales oeuvres d'orfvrerie
laisses par le XIVe et le XVe sicles. Le plan gnral et les
encadrements datent de 1466; ils furent excuts par LEONARDO DE SER
CRISTOFANO, BELLO DI GERI, CRISTOFANO DI PAOLO et MICHELE DI MONTE.
Le travail des hauts reliefs intrieurs fut excut par Antonio POLLAJUOLO,
GHIBERTI et VERROCCHIO, et reproduit l'histoire de Saint Jean-Baptiste. Si
ceux de la naissance, dus  Pollajuolo, sont de premier ordre, on
retrouve, dans la partie centrale due  Ghiberti, les qualits et les
dfauts des portes du baptistre inhrents  son style.

Cette prcieuse dcoration est complte par la _Croix_ destine 
tre place sur l'autel, chef-d'oeuvre de l'orfvrerie du XVe sicle
achev par ANTONIO POLLAJUOLO en 1456. Il y employa avec une habilet
consomme l'art de l'mailleur, du graveur et de l'orfvre. La croix,
enrichie de gravures d'maux sur paillons et de statuettes, repose sur un
pied de toute beaut, accompagn de deux prcieuses figurines places de
chaque ct, o se retrouvent la grande allure du matre, son remarquable
dessin et son prcieux fini. Le tertre o est plante la croix est
couvert de minuscules animaux o la minutie pousse  l'excs montre une
fois de plus le got si cher aux artistes de l'poque pour l'exagration
du dtail.

ANTONIO POLLAJUOLO a encore fourni les dessins des magnifiques
_ornements religieux_ conservs dans cette salle et qui
appartenaient au trsor du baptistre.

Dans une vaste salle contigu sont runis tous les modles pour le dme,
parmi lesquels le modle des absides par ARNOLFO DI CAMBIO et celui de la
coupole par BRUNELLESCHI.

En descendant la via Calzajuoli, on arrive rapidement  l'+GLISE D'OR
SAN MICHELE+, difie en 1284 pour servir de march et de halle aux
grains. Cet difice, brl en 1304, lors de l'incendie mis  la ville par
le froce prieur Neri degli Abbati, pour assouvir une haine de parti, fut
rpar  deux reprises, en 1308 et en 1321; mais, comme cette loggia en
bois, basse et obscure, dparait un quartier dj embelli par les travaux
du baptistre, on rsolut, en 1336, de la rebtir et d'en faire un
palais. Les travaux furent confis  TADDEO GADDI,  BENCI DI CIONE et 
NIERI FIORAVENTI, et la nouvelle construction consista en une grande
loggia quadrangulaire surmonte de deux tages.

Dans cette loggia tait place la peinture sur bois d'une Vierge
miraculeuse, objet d'une si grande vnration chez les Florentins que
leur pit la comblait d'offrandes. Aussi,  la suite de la peste de
1348, la riche confrrie des grainetiers d'Or San Michele se
dcida-t-elle  mettre  couvert la prcieuse image peinte par BERNARDO
DADDI. ORCAGNA, auquel fut confie cette transformation de loge ouverte
en loge ferme, s'en tira avec un rare bonheur. Il aveugla les arcades du
rez-de-chausse o se tenait la bourse et il claira l'intrieur par de
belles fentres de marbre blanc ouvertes aux tages. Dans un angle de
cette salle partage en deux par des piliers, il enchssa l'image sacre
dans un tabernacle que l'on peut considrer au double point de vue
architectonique et sculptural comme un inestimable chef-d'oeuvre.

+Le rez-de-chausse+ d'Or San Michele est compos d'arcades
aveugles jusqu' mi-hauteur, remplies, dans leur partie suprieure, par
une rose de pierre ajoure reposant sur de sveltes colonnettes,
surmontes de _statuettes_ excutes par FRANSCESCO TALENTI. Le mur,
entre chacune de ces arcatures, est occup par une niche, varie de
forme, en marbre blanc, o se trouve une grande statue de saint en marbre
ou en bronze, don d'une corporation, toutes signes des plus grands noms
des XVe et XVIe sicles.

A ct de l'entre, sur la faade occidentale, la statue en bronze de
_Saint Mathieu_, offerte par les changeurs, est une belle oeuvre de
GHIBERTI de 1420.

En face, celle de _Saint tienne_, galement par GHIBERTI, fut
commande en 1428 par les drapiers. Cette figure d'un caractre sobre et
svre, traite dans le sentiment de la premire Renaissance, fait grand
honneur au matre. La troisime niche est occupe par _Saint loi_,
patron des marchaux ferrants, ses donateurs. Cette oeuvre de NINO DI
BANCO est d'une facture trs dveloppe pour son poque (1408). Ce qui
lui manque est le sentiment de la vie intellectuelle, encore absent dans
ses physionomies. Sur la face mridionale, la premire niche contient la
statue de _Saint Marc_ offerte par les menuisiers, oeuvre de jeunesse
de DONATELLO (1411) dj en pleine possession de ses qualits. La figure,
noble et majestueuse, exprime la puissance et la force. La deuxime
niche, don des pelletiers, est occupe par une statue en bronze de
_Saint Jacques_, dans le caractre des Trecentisti. Cet ouvrage
est attribu  Ghiberti en raison du ravissant bas-relief en marbre
blanc, encastr dans le mur au-dessous de la niche, qui reprsente la
Dcollation de saint Jean-Baptiste traite comme le sujet analogue  la
porte du baptistre.

La niche suivante contient la statue en bronze de _Saint Jean
l'vangliste_, donne par les tisseurs de soie, oeuvre mdiocre de
BACCIO DA MONTELUPO (1515).

Sur la faade orientale, celle de la rue Calzajuoli, la premire niche
contient la statue en bronze de _Saint Jean-Baptiste_, don des
marchands de drap, une des premires oeuvres de GHIBERTI (1414), raide et
durement cisele.

L'architecture de la niche du milieu, due  DONATELLO, se compose de
pilastres cannels supportant un fronton angulaire o est reprsente la
Trinit. C'est une des dernires oeuvres du matre, qui ne fit jamais la
statue  laquelle elle tait destine. Le groupe en bronze qu'elle
contient fut excut par ANDREA VERROCCHIO,  cette poque encore dans
l'atelier de Donatello et directement sous son influence. Il reprsente
le _Christ et saint Thomas_, et il serait digne du matre, s'il n'y
avait pas dans les draperies quelque chose de tourment et de cherch qui
nuit  la simplicit des lignes. Ce groupe, don des commerants, fut
excut en 1483. Dans la niche suivante, la statue en bronze de _Saint
Luc_, due  JEAN DE BOLOGNE, fut donne par les juges et les notaires,
en 1562. Elle a dj le caractre exagr et le mouvement intempestif de
la sculpture du XVIe sicle.

La premire niche de la face nord, don des bouchers, a reu une assez
mdiocre oeuvre de la jeunesse de Donatello (1408) o le manque de
proportion est trs sensible. La seconde niche contient un _Saint
Philippe_, patron des cordonniers, par NANNI DI BANCO. Dans la
troisime, un groupe de NANNI DI BANCO se compose de _quatre Saints_
offerts par les maons, charpentiers, forgerons et tailleurs de pierre,
et oeuvre d'une valeur secondaire, exception faite du charmant petit
bas-relief qu'elle surmonte. Enfin, dans la quatrime et dernire niche,
est plac le don des armuriers, l'admirable statue en marbre blanc de
_Saint Georges_ par DONATELLO, excute en 1416.

Cette oeuvre de tout premier ordre reprsente un jeune homme debout et le
cou nu, un manteau ngligemment jet sur l'paule. La cuirasse et les
brassards qui le protgent, ainsi que le haut bouclier hexagonal qu'il
tient devant lui, n'empchent pas de deviner ce qu'il y a de force et de
souplesse dans ces membres si bien couverts. Sa figure juvnile, martiale
et austre, son regard libre et fier caractrisent admirablement le
chevalier chrtien, aussi loign du sentimentalisme que de la
forfanterie. Jamais n'a t mise au jour une image plus saisissante du
courage calme et sr de lui.

Il faut encore mentionner le dlicieux bas-relief excut pour tre plac
au bas de la statue, mais qui fut transport sous la niche de la face
mridionale. Le saint  cheval transperce le dragon, tandis que sainte
Marguerite, pour laquelle il combat, prie avec ferveur. Par sa perfection
ce chef-d'oeuvre serait digne de compter parmi les merveilles de l'art
grec.

Au-dessous de chaque niche sont des _mdaillons_ occups par les
armes des corporations donatrices; cinq d'entre eux sont dus  LUCA DELLA
ROBBIA.

+A l'intrieur+, l'admirable ciborium d'ORCAGNA fascine par sa
magnificence. Le caractre de ce petit monument est grave et la grce en
est svre; c'est le triomphe du gnie de la premire Renaissance. En
traversant le moyen ge, pour ressusciter aprs quatorze sicles, l'art
antique, sans perdre sa beaut, semble avoir renonc  sa svrit et 
son impassibilit, pour se laisser pntrer par le sentiment qu'il
cherchera dsormais  exprimer. Il tait seulement beau, il devient
humain.

Aprs avoir conu son ciborium dans le style ogival florentin, Orcagna
recourut, pour le dcorer et l'enrichir,  tous les procds connus
alors. Les colonnes torses qui soutiennent le baldaquin sont mirlitonnes
de mosaques de marbre et de verre polychrome; les marbres prcieux
alternent avec une profusion inoue de sculptures. Le ciborium est
entirement ferm derrire l'autel par un mur sculpt dont les cts en
retour viennent former  l'image de la Vierge un cadre d'Anges de profil
tags en bas-relief les uns sur les autres. La face postrieure de ce
mur est divise horizontalement en deux parties reprsentant la mort de
la Vierge et son Assomption. Les trois cts qui portent les pilastres du
baldaquin sont orns de mdaillons traits en bas-relief, ressortant sur
un fond de mosaque  dessins gomtriques. Les sujets en sont: 1la
Naissance de la Vierge, la Foi, et la Prsentation au Temple; 2 l'Ange
venant annoncer sa mort  la Vierge, la Circoncision; 3 la Naissance du
Christ, la Charit et l'Adoration des Mages. L'autel a une dcoration
analogue; trois de ses bas-reliefs sont remarquables: ce sont
l'Annonciation, l'Esprance, et surtout le Mariage de la Vierge, oeuvre
sculpturale de premier ordre. Orcagna, pour protger cette cration
dlicate contre les alles et venues des gens affairs dans la Bourse,
l'entoura d'une balustrade assez leve formant deux tages de
compartiments de marbre ajours et remplis par de lgres rosaces de
bronze.

+LA MAISON DES CARDEURS DE LAINE+ s'tend devant la faade d'Or San
Michele, auquel la relie une galerie de communication jete sur une haute
arcade. Cette maison du XVe sicle est crnele et porte l'Agneau
pascal, armes de la corporation.

D'Or San Michele, la rue Calzajuoli mne en peu de temps  la +PLACE DE
LA SEIGNEURIE+.

Si la Renaissance peut tre considre,  bon droit, comme la
rsurrection de la personnalit humaine, encore fallait-il, avant
d'affranchir l'individu, chercher l'affranchissement des collectivits
reprsentes par la commune; ce fut le grand travail de la premire
Renaissance. Cette marche lente, mais progressive, vers l'galit civile,
fut marque en Toscane par la construction successive des palais publics,
des tours et des loges communales. Aussi la place de la Seigneurie, avec
ses monuments, doit-elle tre considre comme le coeur mme de Florence,
comme le berceau de ses franchises et de ses liberts, comme l'endroit o
furent prises toutes les grandes dcisions de son histoire et o
sonnrent galement les heures les plus sombres de ses destines, celles
o les luttes sanglantes entre les Gibelins et les Guelfes, ou entre les
Noirs et les Blancs, mettaient son existence mme en jeu.

+LA LOGGIA DEI LANZI+ est situe  l'angle mridional de la place.
Parmi les privilges que possdait l'aristocratie  Florence, trois des
principaux consistaient dans la dignit de chevalier, dans l'exercice des
fonctions consulaires et dans la possession d'une loge.

Lorsque les Guelfes, devenus les matres de Florence, eurent fait
construire par Arnolfo le palais de la Seigneurie avec sa vieille tour 
mchicoulis et  beffroi, destine  dominer toutes les autres, leur
premire pense fut de possder la loge ncessaire pour offrir un abri
digne de lui au premier magistrat de la Rpublique, lorsqu'il paraissait
en public. La Seigneurie rendit donc, en 1335, un dcret ordonnant la
construction,  ct du palais, d'un portique destin  cet usage.
ORCAGNA en dressa les plans; mais l'difice, commenc aprs sa mort, en
1376, par ses lves BENCI DI CIONE et FRANSCESCO TALENTI, ne fut termin
qu'en 1391.

La Loggia dei Lanzi est un des plus beaux monuments profanes laisss par
le style gothique tempr du classicisme spcial  l'Italie.

L'harmonie des proportions y est telle que ses dimensions colossales
disparaissent, tant l'impression produite est satisfaisante  l'oeil. Le
portique est form par cinq piliers qui supportent l'arc en plein cintre
de l'antiquit;  l'intrieur, la vote  nervures trs simples
correspond aux arcs extrieurs. Entre ces arcs, AGNOLO GADDI plaa des
mdaillons en bas-relief reprsentant des _Vertus_, sujets qu'il
emprunta sans scrupule  la porte du baptistre d'Andrea Pisano, et, afin
que rien ne ft pargn pour donner  l'difice plus de magnificence, ces
mdaillons furent peints et dors, tandis que les murs intrieurs taient
dcors de fresques et que la vote tait seme des armoiries de
Florence, de celles du pape Innocent VIII, de la maison d'Anjou et des
Guelfes.

Au XVIe sicle, le grand-due Cosme de Mdicis, dans la crainte des
souvenirs rappels au peuple par ce monument, tmoin de sa libert et de
son antique splendeur, eut un instant l'ide de le dtruire. Grce 
Michel-Ange consult, la Loggia fut conserve, mais toutes ses peintures
furent effaces et elle devint le corps de garde des lansquenets de Cosme
(dei Lanzi), auxquels elle doit son nom actuel.

Cependant, le souvenir vivace des jours passs persistant dans l'esprit
des Florentins, les Mdicis transformrent la loge en muse, cherchant 
distraire le peuple du souci de ses affaires par le spectacle journalier
d'un art nervant et effmin. Ils placrent le sensuel Perse sous la
statue de la Justice, tandis que le voluptueux groupe de Jean de Bologne
se dressa au-dessous de la Temprance.

Tout intressantes et toutes belles que soient ces sculptures de la
Renaissance, elles sont en dissonance complte avec le style grave et
svre de la loge d'Orcagna, de Cione et de Talenti.

+A l'intrieur+, sous l'arcade gauche, est plac le _Perse_ en
bronze de BENVENUTO CELLINI (1553).

Perse, debout sur le corps dcapit de Mduse, en prsente la tte d'une
main et tient son glaive de l'autre. Ce groupe fameux manque de
simplicit: empreint d'une grce effmine, il est pourtant la meilleure
et la plus nergique oeuvre d'un matre bien plutt orfvre que sculpteur.
Le Perse est plac sur un socle de marbre blanc lourd et surcharg, o
se manifestent dj les tendances du barocco; les statuettes qui le
dcorent sont d'une complication et d'un manirisme exagrs. En face,
sous l'arcade droite, est le groupe clbre de _l'Enlvement des
Sabines_, par JEAN DE BOLOGNE (1583), sculpture puissante et
mouvemente d'un grand effet.

Cet ouvrage, comme le prcdent, peut donner une ide parfaite du
changement radical qu'un sicle a suffi pour amener dans la manire mme
de comprendre l'art! Tandis que les dernires annes du XVe sicle
voient l'effort admirable des artistes pour atteindre  la vrit
naturaliste et raliste, sans qu'il soit pourtant rien sacrifi des
conditions idalistes indispensables  tout art vraiment lev, le milieu
du XVIe sicle produit des virtuoses consomms pour lesquels tout
consiste  rsoudre quelque difficile problme de technique et  russir
le tour de force par une sorte d'acrobatie picturale ou sculpturale.
Cette recherche excessive nuit  l'motion qu'obtiennent parfois d'autres
oeuvres d'une facture bien moins accomplie.

Sous l'arcade, vers le vieux Palais, se trouve la _Judith_ de
DONATELLO, bien fcheusement juche sur un socle de granit en forme de
candlabre d'o il est rsult le plus mauvais effet de raccourci. La
Judith est la plus clbre des statues de femmes faites par Donatello.
Coule en bronze, en 1440, pour Cosme l'Ancien, elle fut, en 1495, aprs
l'expulsion des Mdicis, installe devant le Palais Vieux avec la fire
pigraphe Exemplum Salutis Publicae Cives Posuere. Cet ouvrage peut
compter pour un des premiers groupes profano-hroques o Donatello se
soit laiss emporter par son penchant au ralisme et au naturalisme.
Cette tentative, hardie alors, peut motiver certaines critiques. Judith
est embarrasse dans des draperies trop amples et trop riches qui lui
enlvent sa fiert, tandis que le geste par lequel elle brandit le glaive
manque de noblesse; Holopherne, gisant  ses pieds, tourne le dos dans
une position force, c'est une figure peu attrayante; mais l'admirable
matrise de Donatello se retrouve dans la belle expression de la Judith
et dans les magnifiques bas-reliefs du coffre triangulaire sur lequel est
mont le groupe.

Les autres statues de la Loggia sont d'un intrt trs relatif. Des deux
groupes placs au centre, l'un reprsente _Ajax avec le corps de
Patrocle_ ou _d'Achille_, antique trs restaur,  la fin du
XVIe sicle; l'autre, _Hercule terrassant le centaure Nessus_, de
Jean de Bologne. Au fond sont ranges cinq mdiocres statues antiques de
femmes drapes.

L'immense masse sombre et carre du +PALAZZO VECCHIO+ dborde sur le
ct est de la place.

La Rpublique, instruite par les leons de l'exprience et voulant se
mettre  l'abri des entreprises et des coups de main des factieux, fit
lever, ds 1298, par ARNOLFO DI CAMBIO, un difice communal puissant et
robuste, mi-partie palais, mi-partie forteresse, dont l'aspect imposant
serait complt par la fire tour du beffroi dresse au-dessus de lui.
Imbu de l'esprit dmocratique du temps, Arnolfo, dans cette matresse
oeuvre, se conforma merveilleusement aux vues d'un pouvoir ombrageux qui
voulait tout  la fois protger et surveiller Florence. Dans ce rude
difice tout parle, tout redit l'histoire des tourmentes florentines;
elle est crite tout entire dans ce formidable appareil de pierres
brutes, saillant en normes bossages, dans ces mchicoulis dmesurs qui
surplombent et dont les profondes arcatures, portes par des corbeaux
dcors, sont occupes par les fires armoiries florentines: lys de
Florence, armes des prieurs avec la devise Libertas, armes des Guelfes,
armes de la maison d'Anjou, armes du peuple florentin ou armes mi-partie,
communes  Florence et  Fiesole. Au nu des crneaux menaants qui
couronnent les mchicoulis, s'lance, pour ainsi dire dans le vide, la
tour carre, elle aussi hrisse formidablement de mchicoulis et
surmonte du beffroi o tait suspendue la cloche qui appela tant de fois
les citoyens  la dfense de la patrie et de la libert.

La faade d'ARNOLFO est tout ce qui reste de l'ancienne splendeur du
palais. Cet asile inviolable des magistrats florentins fut remani au
XVIe sicle par VASARI, le courtisan et l'ami des Mdicis, anims
eux-mmes contre le Palais Vieux et la Loggia de la haine que leur
inspirait tout souvenir de la grandeur et de la libert florentines. Sur
leurs ordres, Vasari coupa les tages, fit tous les agrandissements sur
la via del Leone, dcora somptueusement les appartements et transforma la
svre demeure des prieurs en une fastueuse rsidence princire. Dj en
1450, sur l'ordre de Cosme, MICHELOZZO avait d ouvrir la cour intrieure
entoure de portiques dont les colonnes, trouves trop simples, furent
surcharges ensuite par MARCO DA FAENZA d'arabesques en stuc dans le got
de la dcadence raphalesque.

Des oeuvres si nombreuses commandes par Laurent le Magnifique au
VERROCCHIO, peu ont subsist; l'une d'elles est _l'Enfant au
Dauphin_ plac au milieu de la vasque occupant le centre de la cour.
C'est un ravissant petit amour en bronze qui s'envole en pressant contre
son coeur un dauphin, charmant ouvrage, parfait de naturel et de grce
enfantine.

+A l'intrieur+, un escalier monumental conduit au premier tage et
 l'immense +Salle des Cinq Cents+ construite par VASARI, qui
dtruisit  cet effet toute une partie de l'intrieur du palais. Il la
dcora de fresques dtestables et dmesures relatives aux guerres de
Florence et de Sienne. Le plafond allgorique par Vasari est une
apothose des Mdicis.

Un passage fait communiquer cette salle avec la +salle du Conseil+ 
laquelle donne accs une adorable porte du vieux Palais, excute en
marbre blanc par GIOVANNI DI TEDESCO (1388). Les colonnes torses qui lui
servent de cadre, supportent un admirable linteau o sont sculptes les
armes de Florence, celles des Guelfes, et celles de la maison d'Anjou,
triple association dont l'image mystique occupe le tympan sous la forme
de la triple face de la Trinit. Des vantaux en bronze dor, orns de
compartiments  mascarons, compltent cette belle dcoration.

La salle du Conseil est une magnifique pice dont le beau _plafond_
 caissons a t sculpt par MICHELOZZO.

Une frise dcore d'armoiries relies par des guirlandes entoure la
salle, dont les murs sont couverts de belles tapisseries de la
manufacture de Florence o se droule l'_Histoire de Joseph_ d'aprs
les dessins du BRONZINO. La petite salle voisine a galement un
magnifique plafond  caissons d  BENEDETTO DA MAJANO.

Au deuxime tage subsistent encore quelques salles de l'ancienne
disposition. +La salle du Gonfalonier+ est actuellement nomme salle
des Lys  cause de son beau plafond  caissons dors contenant un fleuron
autour duquel rayonnent les six fleurs de lys florentines, belle oeuvre du
XVe sicle.

GHIRLANDAJO dcora de fresques murales une grande Partie des salles du
Palais Vieux. De ce travail il ne subsiste que la dcoration de la salle
du Gonfalonier, et encore est-elle mutile par une porte ouverte, sous
les Mdicis, au beau milieu d'un des panneaux. Sous trois arcades d'une
magnifique architecture saint Zenobe est reprsent en riches ornements
pontificaux; il est assis et bnit entre deux diacres debout. Cette belle
oeuvre de Ghirlandajo est traite avec une puissance et une largeur de
composition remarquables (1481).

Une ravissante _porte_ sculpte par BENEDETTO DA MAJANO, en 1481,
runit la salle des Lys  +la salle d'Audience+. Les deux vantaux de
la porte sont une mosaque de bois o JULES DE MAJANO a reprsent les
portraits de Ptrarque et de Dante.

Le beau plafond  caissons du XVIe sicle, dans la salle d'Audience, est
l'oeuvre de MARCO DEL TASSO.

Aprs avoir travers la petite +Chapelle des prieurs de
Saint-Bernard+, o Savonarole passa sa dernire nuit, puis une
succession de salles sans intrt,  part une peinture sur bois de _la
Vierge avec l'Enfant et Saint Jean-Baptiste_ par BOTTICELLI, on arrive
 la +salle de la Justice+ dcore par BRUNELLESCHI d'une fontaine
soi-disant copie de celle de la maison de Pilate  Jrusalem.

La +salle des Cartes gographiques+ est l'ancienne bibliothque.
Elle est entoure d'armoires dont les portes sont dcores  l'extrieur
de cartes gographiques peintes au XVIe sicle et reproduisant le monde
connu alors.

Sur +LA PIAZZA DELLA SIGNORIA+,  droite de l'entre du Palazzo
Vecchio, est un groupe d'_Hercule_ et de _Cacus_ (1540) par
BACCIO BANDINELLI, le rival malheureux de Michel-Ange. A l'angle nord-est
du palais se voit aussi une fontaine surmonte d'un _Neptune_
colossal et de _Tritons_ par Bartolommeo AMMANATI (1575). Ces
sculptures, comme les prcdentes, se ressentent de l'influence
dplorable exerce par Michel-Ange sur des artistes secondaires. Des
_divinits_ marines en bronze de JEAN DE BOLOGNE contribuent 
l'ornementation de cette fontaine rige  la place o se dressa le
bcher de SAVONAROLE, le 23 mai 1498. A ct s'lve la _statue
questre de Cosme_ par JEAN DE BOLOGNE (1594).

+LE PALAIS UGGUCIONE+, sur un ct de la petite place, eut, dit-on,
Raphal pour architecte.




II

+LES OFFICES+


+LA GALERIE DES OFFICES+ (Uffizi) occupe le palais que le grand-duc
Cosme ft construire par Vasari, de 1560  1574, pour y runir divers
ordres de magistrats. Cet difice est compos de deux longues galeries
parallles allant de la place de la Seigneurie  l'Arno et relies du
ct du fleuve par une courte galerie transversale. Un portique rgne
autour du monument, des niches contenant les statues modernes des Toscans
clbres sont disposes aux piliers. Du ct extrieur, face  l'Arno,
place haut, est la _statue de Cosme Ier_ par JEAN DE BOLOGNE,
entre celles de la Justice et de la Force. A l'entre du portique de
gauche, un escalier conduit  la galerie forme de la collection
particulire des mdicis et enrichie successivement par les ducs de la
maison de Lorraine.

Dans le premier vestibule du Muse, bustes des Mdicis, bas-reliefs
antiques. Le deuxime vestibule a reu des sculptures antiques: 1
_Cheval_ qu'on prsume avoir fait partie du groupe des Niobides; 2
_Sanglier antique_, clbre et remarquable ouvrage grec.

Le long corridor occidental contient des sculptures et des tableaux. Les
sculptures antiques de cette galerie n'ont qu'une valeur relative, elles
consistent principalement en bustes et en sarcophages. Les murs des
premires traves sont consacrs aux Trecentisti. Au milieu d'oeuvres
d'un intrt parfois secondaire se remarquent quelques joyaux prcieux.

N 17.--PIETRO LORENZETTI. Petit tableau des anachortes, curieux 
comparer avec la fresque du Campo Santo de Pise.

N 25.--SIMONE DI MARTINO et LIPPO MEMMI. _Annonciation_. SIMONE est
le matre le plus remarquable de l'cole siennoise  l'poque de GIOTTO
(1285-1344). Pendant les derniers temps de sa vie, son lve Lippo Memmi
fut de moiti dans ses oeuvres. Le meilleur ouvrage sorti de cette
collaboration est l'_Annonciation_ des Uffizi, peinte en 1333, o
des figures trs rehausses d'or sur fond d'or nous montrent prcocement
appliqus les procds de l'Angelico. Dans ce panneau sur bois d'un
sentiment dlicieux, peint en 1333, la Vierge assise ramne chastement
autour d'elle le manteau dont elle est enveloppe. Un grand lys dans un
vase d'or la spare de l'ange agenouill qui lui offre le rameau
d'olivier, symbole de la rconciliation entre Dieu et les hommes amene
par la venue du Christ. Les ailes et la riche chasuble d'or de l'ange
couronn de lgres branches d'olivier, sont dlicatement ouvrages, et
son exquise figure est ravissante de grce.

Nos 24 et 26.--Volets compltant ce triptyque: _San Ansano_ en
rose, tenant une bannire, et _Santa Giuletta_, en manteau gris,
tenant la croix et la palme du martyre.

N 45.--BICCI DI LORENZO (1350-1427). _S.S. Cosimo et Damiano_,
patrons de la famille Mdicis; debout  ct l'un de l'autre sur un fond
d'or, vtus de manteaux lie de vin, ils ont la tte couverte d'un voile
rouge, et tiennent en main la plume et l'critoire.

N 52.--PAOLO UCCELLO (1397-1475). Tableau de bataille, un des quatre
d'une srie de mmes sujets: mle de chevaux et de cavaliers se
dtachant sur un fond trs sombre. La peinture est mouvemente pour
l'poque, mais elle frappe bien plus par la recherche de la difficult
que par celle de la ralit et de la vie.

PIERO DEL POLLAJUOLO (1441-1489).


Nos 69, _l'Esprance_   |  Figures d'un grand
 "  70, _la Justice_    |  style, mais ayant
 "  71, _la Temprance_ |  perdu leur caractre
 "  72, _la Foi_        |  sous de trop visibles
 "  73, _la Charit_    |  refaits.


N 34.--LUCA SIGNORELLI. _La Vierge avec l'Enfant_. La Vierge, d'une
expression charmante, est assise par terre, en corsage rouge et en long
manteau bleu, et se penche vers l'Enfant entirement nu qu'elle soutient
de ses deux mains. Au fond, Signorelli a plac des figures nues tout 
fait trangres au sujet, celles d'un jeune homme faisant de la musique
et d'un autre qui l'coute appuy sur un long bton. Michel-Ange, inspir
par cette ide, usa de la mme licence dans la Sainte Famille de la
tribune.

Salles donnant sur le corridor occidental.


COLE TOSCANE (TROIS SALLES)

+1 Salle A+.

N 1157.--LONARD DE VINCI (?). Tte de jeune homme vue de face, les
cheveux rejets en arrire. Assez jolie de ton, mais d'un dessin un peu
sec et d'une expression banale.

N 1159.--LONARD DE VINCI (?). _Tte de Mduse_ coupe et gisant 
terre dans un effet de raccourci. Attribue  Lonard, mais bien
postrieure et probablement due  un peintre de l'cole milanaise qui
s'inspira de la description que Vasari avait faite d'une oeuvre disparue
du matre.

N 1167.--MASACCIO (1401-1428). Beau portrait en buste d'un vieillard
inconnu, vtu et coiff de blanc, se dtachant sur un fond bleu ple. Son
visage ras et rid, lgrement inclin sur la poitrine, a une expression
de bonhomie narquoise. Ce fragment de fresque est galement attribu 
Filippino Lippi.

N 1154.--INCONNU. _Le Mdailleur_. Portrait d'un jeune homme aux
traits fins et intelligents; sur sa longue chevelure, il porte une
calotte rouge. Vu  mi-corps, et vtu de noir, il tient sur son coeur une
mdaille dore, en relief,  l'effigie de Cosme de Mdicis. Cette figure,
dont les mains sont remarquablement modeles, se dtache sur un trs
intressant paysage; elle est connue sous le nom du Mdailleur, et passe
pour tre le portrait de Pic de la Mirandole peint par Andrea del
Castagno ou par Sandro Botticelli,  cette poque lve d'Andrea.

Nos 1156 et 1158.--SANDRO BOTTICELLI. _Histoire de Judith et
d'Holopherne_, interprte en deux trs petits tableaux, avec ce
dlicieux sentiment de posie allgorique propre  Botticelli. Si la
prcision, le fini prcieux et l'anatomie sculpturale de l'Holopherne
rappellent Mantegna, l'envole et la grce charmante de la Judith font de
ce petit chef-d'oeuvre une des meilleures pages du matre.

N 1156.--_La Judith_. Judith, suivie de sa servante, retourne vers
Bthulie qui forme paysage au fond. Elle tient d'une main un cimeterre
recourb et de l'autre prsente un rameau d'olivier, comme annonce de la
paix que par la mort d'Holopherne elle apporte  son peuple. Son ample
robe flottante est retenue autour de sa taille par des liens compliqus,
et sa dmarche calme contraste avec la prcipitation de sa servante,
figure d'une beaut antique qui, pressant le pas dans un mouvement
incomparable, d'une main relve sa robe pour n'tre pas entrave dans sa
marche, tandis que de l'autre elle soutient sur sa tte la corbeille o
la tte d'Holopherne apparat enveloppe de linges ensanglants.

N 1158.--_Holopherne_. Sur le lit plac au fond de sa tente, le
gnral dcapit gt nu. Deux groupes d'hommes, d'une facture remarquable
et d'un relief saisissant, le contemplent consterns. Sous la draperie
releve de la tente on aperoit encore deux cavaliers arrts dont les
attitudes montrent l'effroi et la dsolation.

N1153.--ANTOINE POLLAJUOLO (1429-1498). _Les Travaux d'Hercule_. Ce
tout petit diptyque reprsente Hercule frappant l'Hydre de Lerne et
Hercule touffant Ante. Ces compositions remarquables, modeles en
pleine lumire, sont d'une beaut et d'une chaleur de coloris tonnantes.
La vrit du mouvement, l'expression des physionomies, la finesse et le
rendu des moindres dtails ont t traits par le Pollajuolo avec la
sincrit et l'emportement fougueux qui caractrisent son style.

Nos 1178 et 1184--FRA ANGELICO (1387-1445). _Les Fianailles et les
Funrailles de la Vierge_. Deux dlicieux petits panneaux qui ont le
fini de la miniature. Conus avec la posie exquise de l'Angelico, ils
montrent, par la navet enfantine des dtails matriels,  quel point
toute recherche de la ralit tait indiffrente ou chappait au gnie
mystique du matre idaliste.

N 1182.--BOTTICELLI (1447-1510).--_La Calomnie_. Lucien fait d'un
tableau disparu d'Apelles la description suivante:

Sur la droite sige un juge qui porte de longues oreilles du mme genre
que celles de Midas. Debout  ses cts, sont deux femmes: l'Ignorance et
la Suspicion, ses conseillres. Il tend la main vers la Calomnie qu'on
voit s'approcher sous les traits d'une femme divinement belle, mais  la
figure enflamme, mue et comme transporte de colre et de fureur. De la
main gauche elle tient renverse la torche de la justice, tandis que de
la droite elle trane par les cheveux un jeune homme nu, qui lve les
mains vers le ciel, et semble le prendre  tmoin de son innocence. Deux
autres femmes accompagnent la Calomnie, l'encouragent, arrangent ses
vtements et prennent soin de sa parure, l'une est la Fourberie, l'autre
l'Hypocrisie. En avant de ce groupe, marche une sinistre vieille voile
et vtue de noir, c'est l'Envie, dcharne, ple et hideuse.

En arrire se trouve une femme  l'extrieur dsol, c'est la Repentance;
elle retourne la tte et, pleine de confusion, verse des larmes en
regardant la figure nue de la Vrit, qui, seule et isole, se tient
debout, montrant le ciel du doigt, comme pour en invoquer la justice.

Ce sujet tait minemment fait pour tenter Botticelli, et sa passion pour
l'allgorie mythologique ne pouvait manquer de s'emparer d'un pareil
motif. Interprte fidle et presque scrupuleux du texte, il n'y apporta
que son charme captivant et son incomparable matrise, appliqus aussi
bien  la beaut des figures, aux vtements somptueux et compliqus qui
les parent, qu'au coloris lumineux et profond et aux architectures
enrichies de statues qui forment dcor au fond; ses portiques luxueux
rappellent, par leur fini et mme par une certaine scheresse
sculpturale, la manire du grand Mantegna, avec lequel du reste
Botticelli a souvent plus d'un point de contact. Cette oeuvre, par la
runion de ses qualits, est une des plus saisissantes compositions
qu'ait laisses le riche XVe sicle, et les quelques dfauts de
composition ou de dessin qu'on pourrait lui reprocher se perdent dans la
sduction exerce par l'ensemble.


COLE TOSCANE

+2 Salle B+.

N 1257.--FILIPPINO LIPPI. _L'Adoration des Mages_ (1496). Une
certaine scheresse dans la facture de ce tableau le rattacherait plutt
au style de Ghirlandajo qu' celui de Masaccio, le matre de Filippino.

N 1268.--FILIPPINO LIPPI. _La Vierge et quatre Saints_. Composition
trs suprieure  la prcdente. La Vierge et l'Enfant assis sur un trne
sont entours des saints Victor et Jean-Baptiste et des saints Bernard et
Zenobe. Ce dernier est une figure de vieillard de toute beaut.

N 1112.--ANDREA DEL SARTO (1487-1531). _La Vierge avec l'Enfant, saint
Franois et saint Jean l'vangliste_. Dans ce tableau clbre se
reconnaissent les qualits de coloris, de charme et de grce extrme,
propres  Andrea, mais aussi son absence totale de sentiment religieux et
son impuissance  prouver une motion vraie.

N 1279.--_Sodoma_. ANT. BAZZI (dit le Sodoma) (1477-1549). Saint
Sbastien. Tableau peint pour servir de bannire  la confrrie de
Saint-Sbastien  Sienne. Le martyre du Saint en occupe une des faces et
l'autre est consacre  la Vierge avec l'Enfant, accompagns de sainte
Gismonda, oeuvre admirable d'une sincrit et d'une conviction qui ne
laissent aucune place  la convention ou  l'a peu prs.

N 1252.--LEONARD DE VINCI. _L'Adoration des Mages_. Esquisse d'un
tableau disparu, excut en 1478 pour le Palais Vieux. Tout incomplte
que soit cette composition traite en clair obscur, elle tmoigne de la
prodigieuse sincrit de Lonard et de la conscience avec laquelle il se
livrait aux plus minutieuses tudes pour la moindre composition. Il a
cherch ici le contraste violent entre le calme des personnages en
adoration sur le premier plan et l'agitation des figures du second plan
o se poursuivent des luttes et des combats.

N 1257.--FILIPPO LIPPI (1454-1504). _Adoration des Rois_. Une des
oeuvres les plus remarquables et les plus considrables du matre.
Commande en 1496 par les Mdicis, l'artiste dut y reprsenter leurs
portraits sous les traits des Rois Mages, et il groupa dans leur suite
ceux de tout ce que Florence alors comptait d'hommes illustres.

N 1288.--LONARD DE VINCI. _L'Annonciation_. Ce tableau en longueur
fut excut en 1471, pendant que Lonard tait encore sous la direction
de Verrocchio. Il avait t command par le couvent de Monte Oliveto, et
si l'on sent encore quelque inexprience dans la couleur un peu lourde et
dans l'emploi d'architectures trop surcharges, les figures et les
paysages sont dj traits avec un art consomm.

Rien ne peut rendre le charme et la grce de la Vierge, la noblesse de
son attitude, l'ampleur de ses vtements. Assise sur une terrasse au
seuil de sa maison, elle lit un livre plac sur un pupitre dont la base
est un admirable autel antique.

L'Archange reposant  peine sur terre, tant il semble encore soutenu par
ses ailes dployes, s'agenouille en face de la Vierge pour la salutation
anglique; un lys  la main, et vtu de blanc, il est drap d'un
somptueux manteau rouge, rehauss d'ors discrets.

La terrasse, parseme de fleurs, laisse apercevoir par-dessus sa
balustrade un paysage idal auquel les cyprs du premier plan, avec leurs
grles silhouettes dcoupes sur le fond du ciel, donnent le caractre de
poignante mlancolie particulire aux couchers de soleil toscans.

N 1301.--ANTONIO DEL POLLAJUOLO. _Saint Eustache, saint Jacques et
saint Vincent_. Ces trois magnifiques figures sont debout sur une
terrasse d'o l'on dcouvre un vaste paysage. Elles sont peintes avec une
vigueur de style et une fracheur de coloris admirables et vtues avec
une somptuosit extrme. Cette oeuvre, une des plus parfaites d'un grand
et noble artiste, est de premier ordre.

N 1300.--PIERO DELLA FRANCESCA. Portraits de _Frdric de
Montefeltro_, duc d'Urbin, et de _Battista Sforza_, sa femme. Ce
petit diptyque est considr comme le chef-d'oeuvre des peintures 
l'huile du matre, tant la composition et l'excution en sont d'une
incomparable beaut. Le prince et la princesse, en buste et de profil, se
regardent; ils sont models en pleine lumire, sans ombre, et se
silhouettent avec une vigueur tonnante sur un fin et dlicieux paysage.

Les volets extrieurs du diptyque sont, avec une gale perfection,
peut-tre plus curieux encore par l'ide mythologique qu'ils
interprtent. Sur un fond de paysage faisant suite au prcdent,
s'avancent l'un vers l'autre deux chars triomphaux. Sur l'un, est assis
le duc Frdric couronn par la Victoire, debout derrire lui. Les
chevaux sont conduits par l'Amour, et, devant le prince, sont groupes
les Vertus cardinales.

La duchesse occupe l'autre, elle est assise galement et escorte de deux
figures de femmes. Son char est attel de licornes, symboles de puret,
que prcdent la Foi et la Charit.

Toutes ces figures minuscules sont peintes avec dlicatesse; elles
n'occupent que la partie suprieure des panneaux, dont le bas est pris
par une inscription latine.

N 1290.--BEATO ANGELICO. _Couronnement de la Vierge_. Le sujet de
ce tableau a permis au matre de s'abandonner sans rserve au ravissement
de traiter des batitudes clestes; aussi est-ce un de ceux qu'il a
peints avec le plus de perfection et d'amour.

Sur un fond d'or stri figurant les rayons d'une gloire, trnent le
Christ et la Vierge entours d'un choeur immense de dlicieux petits anges
dansant, chantant ou jouant de divers instruments, tandis qu'en avant
s'chelonnent les lus et les saints. Rien ne peut exprimer la grce et
la divine allgresse de toutes ces dlicates figures vraiment batifies
par le mysticisme profond et touchant d'une me exquise. Les attitudes
sont varies  l'infini, les visages sont peints avec le prcieux fini de
la miniature; quant aux vtements, ils sont toujours traits de la mme
manire, dans les tons extrmement vifs de l'enluminure, avec de nombreux
rehauts d'or. Au premier abord, ce parti pris donne quelque chose d'un
peu heurt, et presque de dsagrable, auquel il faut que l'oeil s'habitue
pour subir dans sa plnitude le charme fascinateur propre aux
compositions idales de l'Angelico.

N 1306.--ANT. DEL POLLAJUOLO. _La Prudence_. Superbe figure de
femme assise sur un sige de marbre. Elle tient d'une main le miroir
symbolique, tandis qu'autour de l'autre s'enroule le serpent de la
sagacit. Elle est vtue d'une tunique enrichie de pierres avec des
manches de brocart; sur ses paules et sur ses genoux est drap un
magnifique manteau dont la coloration fait dj pressentir celle de
Michel-Ange.

Le dtail de cette oeuvre de premier ordre est une merveille de rendu.

N 1267bis.--SANDRO FILIPEPPI, dit BOTICELLI. _La Vierge et
l'Enfant_. Ce tableau en forme de mdaillon compte assurment parmi
les meilleures compositions religieuses du matre, dont la nature,
d'ailleurs minemment profane, fut hostile par essence aux
interprtations pieuses qui rclament une absence de recherche et une
simplicit inconciliables avec la complication de son propre temprament.
La Vierge, assise de profil, tient l'Enfant mal dessin et boursoufl; sa
tte dlicieuse, lgrement penche, est couverte d'un fin tissu de gaze
raye nou autour du cou d'une manire recherche. Debout devant elle,
deux ravissantes figures d'adolescents lui prsentent un livre ouvert et
une critoire, tandis que, plus en arrire, s'incline en souriant un
troisime jeune homme.

N 1289.--BOTTICELLI. _La Vierge et l'Enfant  la Grenade_.

N 1299.--BOTTICELLI. _La Force_. On retrouve l'cole dans ce
tableau de jeunesse peint pour la srie des Vertus, dans l'atelier de
Pollajuolo.

Botticelli, n'tant pas encore matre de son talent, a appliqu  cette
oeuvre des principes contraires  son temprament; aussi y
contracte-t-elle quelque chose de dur et de heurt.

N 1307.--FRA FILIPPO LIPPI (1412-1496). _La Vierge adore l'Enfant
prsent par deux anges_. Ce tableau, peint pour la chapelle du palais
de Cosme l'Ancien, est une des dernires et des meilleures oeuvres du
matre; la Vierge surtout est une des plus charmantes crations de la
peinture florentine. Elle est reprsente sous les traits d'une trs
jeune fille  l'expression nave et pure, vtue d'une robe coupe  la
mode florentine et dont la lgre chevelure est couverte de fins voiles
transparents. Assise dans un fauteuil, elle joint les mains et contemple
avec recueillement l'Enfant que lui prsentent deux anges d'un dessin peu
agrable et mme dfectueux.

N 1291.--LUCA SIGNORELLI (1441-1524). _Sainte Famille_. Ce tableau
rond, dans le style large, dpouill de tout artifice du matre, montre
avec ses admirables qualits de composition et de dessin, sa science
consomme du clair obscur, gale souvent  celle de Lonard.

N 1298.--LUCA SIGNORELLI. _L'Annonciation, la Nativit et l'Adoration
des Mages_. Prcieuse prdelle o les trs petites figures sont
traites tout  la fois avec un fini remarquable et la largeur de style
des Fulminati d'Orvieto ou des soldats de Totila du Mont-Cassin.


LA TRIBUNE

La dcoration de la Tribune, haute pice ronde surmonte d'une coupole,
fut confie par les Mdicis, en 1581,  Pocetti; elle est ce qu'a pu
donner de moins mauvais le style barocco, et les incrustations de nacre
qui en forment l'ornementation ne manquent ni d'lgance ni de got.

Au pourtour de cette salle sont places de clbres statues antiques.

N 342.--_La Vnus_, dite de Mdicis, ouvrage du sculpteur athnien
KLEOMENES, fils d'Apollodoros, est environ du IIe sicle avant notre
re.

Entre toutes les reprsentations d'Aphrodite, la Vnus de Mdicis est
videmment le meilleur spcimen de celles o les artistes tentrent de
montrer la desse sous des traits jeunes et purs, peu en rapport,
semble-t-il, avec l'ide voque par la desse de l'amour, dans la
plnitude d'une force physique exclusive de toute gracilit mivre ou
effmine. Elle fut dcouverte en 1680, prs de Tivoli, dans les
premires fouilles de cette villa dont l'empereur Adrien avait fait un
incomparable muse et d'o furent exhums en mme temps les deux
chefs-d'oeuvre, ses voisins  la Tribune: les Lutteurs et le Rmouleur.
Les trois statues, achetes par le cardinal Ferdinand de Mdicis, furent
apportes  Florence ds 1681, sous le rgne de Cosme III.

La Vnus, retrouve sans bras, a t restaure dans le mauvais style du
XVIIe sicle, par des praticiens mdiocres; il est donc difficile de la
concevoir dans sa splendeur passe alors que la chevelure tait dore,
que les oreilles taient garnies de pendants prcieux et que les yeux
taient peints.

N 343.--_Les Lutteurs_. Des nombreux groupes de lutte, sujet si
cher  l'antiquit, celui de la Tribune semble un des meilleurs.

Il a, par malheur, subi tous les remaniements possibles. Retrouv sans
ttes, on lui donna celles de deux Niobides, mais ce choix fut fait par
quelqu'un de si vers dans l'art sculptural qu'elles s'adaptent de faon
 faire croire qu'elles sont les ttes originales. A dire vrai, les
torses seuls sont intacts, mais ils suffisent, tels quels, pour rendre ce
groupe captivant par la prodigieuse sensation de mouvement et de vie qui
s'en dgage.

N 344.--_Le Satyre dansant_, oeuvre grecque de la plus belle poque.
La tte, les bras et les cymbales ont t refaits par Michel-Ange. Le
reste du corps est un chef-d'oeuvre de mouvement, tant le satyre apporte
de vie et de passion  sa danse; le pied droit est appuy sur le
scabillum, instrument en forme de soufflet, dont se tiraient des sons
perants.

N345.--_L'Apollino_. La beaut de cette statue antique est
singulirement diminue par l'enduit de stuc dont on dut la recouvrir
pour la consolider.

N 346.--_L'Arrotino_ (_le Rmouleur_). Un des marbres les plus
clbres de l'cole de Pergame, c'est--dire de la dernire priode de
l'art grec. Cette statue, dont la parent avec _le Gladiateur
mourant_ du Capitole est vidente, reprsente un homme g, accroupi
devant une pierre sur laquelle il aiguise son couteau, la tte releve et
le regard interrogateur.

La critique considre maintenant l'Arrotino comme un Scythe, esclave
d'Apollon, et son action comme la prparation  l'corchement de Marsyas.
Le polissage donn au marbre lors de sa dcouverte en 1675, l'a fait
longtemps prendre pour une oeuvre moderne de la Renaissance.

Les plus belles peintures des Offices sont runies dans cette salle.

N 1131.--RAPHAEL_. Portrait du pape Jules II_ Les portraits peints
par Raphal sont d'un tout autre ordre que ceux de matres tels que le
Titien ou Van Dyck, qui taient spcialement des peintres de portraits.
Raphal ne fit le portrait qu'incidemment et toujours sous l'influence de
sa manire du moment. Celui de Jules II est de l'poque romaine et d'une
tonalit trs sombre, fortement impressionne comme coloris par les
Vnitiens.

Dans cette toile qui appartenait  la famille de la Rovere, on regrette
de ne retrouver ni la vivacit, ni le feu du regard qu'on serait en droit
d'attendre du violent, passionn et fougueux pontife.

N 129.--RAPHAEL_. La Vierge du Chardonneret_. Ce tableau, dans la
premire manire de Raphal, fut excut en 1548,  Florence, pour la
famille Nasi. D'une grce charmante, mais banale, d'une perfection
absolue, mais froide, sans aucun appel  un sentiment plus profond, il
vous laisse indiffrent.

N 1127.--RAPHAEL_. Saint Jean dans le dsert_, une des nombreuses
copies de ce sujet trait par le matre et dont l'original a disparu.

N 1123.--SEBASTIEN DEL PIOMBO. Portrait d'une jeune Vnitienne, tableau
nomm _la Fornarina_ et longtemps attribu  Raphal. Fra Sebastiano
peignit cette toile, vritable chef-d'oeuvre, en 1512,  Rome, o l'avait
appel Agostino Chigi pour travailler  la dcoration de la Farnsine.
Si, dans cet ouvrage remarquable, il est encore sous l'influence de Palma
le Vieux pour le dessin, il a bien davantage la coloration lumineuse et
dore de son matre le Giorgione.

N 1120.--RAPHAEL_. Portrait d'une Inconnue_ qu'on croit pourtant de
la famille Doni. Ce portrait a t peint en 1505, au moment o Raphal, 
peine arriv  Florence, tait encore sous l'influence directe du
Prugin. C'est une trs belle toile, d'une grande simplicit d'allure et
d'une couleur superbe.

N 1117.--TIZIANO VECELLI (LE TITIEN) (1477-1576). _La Vnus au petit
chien_. Ce portrait de la duchesse d'Urbin la reprsente sous les
traits d'une Vnus nue couche sur un lit o se pelotonne son petit
chien. Cette toile, d'une prodigieuse intensit de couleur, est superbe
de model et de vie palpitante o dbordent la joie et la volupt.

N 1139.--MICHEL-ANGE BUONARROTI. _Sainte Famille_. Ce tableau en
forme de mdaillon est un des seuls de cet ordre et de cette dimension
peints par le matre. Il y a uniquement recherch la difficult, et la
position de la Vierge assise  terre, levant vers saint Joseph debout
derrire elle l'Enfant qu'elle tient  bras tendus, donne un dsagrable
effet de raccourci o il n'a t apparemment vis qu'au tour de force. Le
fond du tableau est occup par des figures de jeunes hommes nus, que rien
ne relie au sujet, placs l par Michel-Ange uniquement  l'instar de
Signorelli, sans aucun des prtextes ni aucune des excuses de cet
illustre devancier. En effet,  l'poque de Signorelli, l'art tait
limit par des bornes si troites qu'il s'agissait avant tout de
l'largir, et, en plaant avec une hardiesse presque tmraire des
figures nues  l'arrire-plan d'un sujet sacr, Signorelli visait un but
prcis, celui d'manciper l'artiste jusque-l asservi  des formules et
de consacrer le principe de la libert absolue dans le domaine des
interprtations.

N 1141.--ALBERT DRER (1461-1528). _Adoration des Mages_. Ce
tableau, chef-d'oeuvre de l'cole allemande, atteint  la perfection. Le
grand Drer le peignit en 1504, aprs son voyage en Italie et au moment
o il tait  l'apoge de son beau et sincre talent. La foule des
personnages qu'il a reprsents dans des attitudes aussi nobles que
varies, la somptuosit des vtements, la diversit des physionomies,
font de cette oeuvre une peinture aussi intressante qu'attachante. Drer
s'est livr  son got pour la minutie dans sa recherche des dtails:
fleurs, insectes, papillons et scarabes traits avec le fini prcieux de
la miniature.

N 1118.--CORRGE (1494-1534). _Le Repos en gypte avec saint
Bernard_. Ce tableau est un des premiers o le Corrge, se laissant
aller  ses gots personnels, fit d'un sujet religieux un tableau de
genre. Malgr bien des imperfections et des incorrections encore, il a
dj son coloris lumineux et profond, ainsi que la beaut de son model.

N 1111.--MANTEGNA (1431-1506). Triptyque admirable o sont peintes,
_l'Adoration des Rois_ et, sur les cts, _la Circoncision et la
Rsurrection_.

Ces prcieuses peintures, oeuvres de la jeunesse de Mantegna, excutes en
1454, dcoraient la chapelle des ducs de Gonzague  Mantoue; le volet de
droite, consacr  la Circoncision, est d'une beaut antique: c'est du
grand art dans toute sa noble et svre puret et rien n'a jamais t
fait de comparable comme lvation et comme forme.


COLE ITALIENNE MAITRES DIVERS.

+Salle IV+.

Tableaux divers: _Albane, Allori, Bassano, Canaletto, Corrge_.

N 1025.--ANDR MANTEGNA. _La Vierge aux Rochers_. Cette petite
perle, traite comme de la miniature, fut peinte  Rome en 1489. La
Vierge, assise sur un extraordinaire rocher de schiste hriss de ses
lamelles, est somptueusement vtue: sur une jambe presque replie, elle
tient  califourchon l'Enfant pris dans un merveilleux raccourci, et sa
tte austre et grave rappelle les belles figures des Van Eyck. Le long
du rocher serpente en contre-bas une route suivie par des troupeaux et
des personnages minuscules. La beaut du paysage est l'admirable
complment de ce petit chef-d'oeuvre.


COLE HOLLANDAISE

+Salle V+.

N 695.--LUCAS DE LEYDE (?) (1494-1533). Petit portrait en buste de
_Ferdinand, infant d'Espagne_.

Le profil, tourn  gauche et un peu sec, se dtache sur un fond bleu
clair. Le prince porte des cheveux longs et  son grand chapeau est fix
un insigne en pierreries.

Les Gaspard Netscher sont prodigus dans cette salle peu intressante.


COLES ALLEMANDE ET FLAMANDE

(1re salle)

+Salle VI+.

N 795.--ROGER VAN DER WEYDEN (1400-1468). _Jsus au Spulcre_.
Au-dessus du rocher o est creus le spulcre, on aperoit les trois
croix du Calvaire et la ville de Jrusalem. En avant du tombeau, saint
Jean et la Vierge soutiennent les deux bras du Christ devant lequel est
agenouille la Madeleine, tandis que Nicodme et Joseph d'Arimathie
supportent le corps raidi par la mort.

La coloration, le dessin et la pense dont est anim ce tableau, sont
admirables, et les costumes, traits avec le plus grand soin, sont
remplis d'intrt.

N 784.--HANS HOLBEIN, LE JEUNE. _Portrait de Zwingli_. Le
rformateur est un homme puissant, dont la large figure respire la
bonhomie. Il porte la moustache et une longue barbiche blanche; l'oeil est
fin et intelligent.

Nos 777 et 768.--ALBERT DRER. _Portrait de son pre en buste_.
Cette oeuvre admirable, d'une grande simplicit, appartient  la manire
de Drer avant l'influence italienne et forme un intressant contraste
avec les deux prcdents.

N 765.--HANS HOLBEIN, LE JEUNE. _Richard Southwell_. Il est en noir
sur fond vert, coiff d'une barrette noire; la tte a une certaine
scheresse.

N 850.--HANS HOLBEIN (cadre contenant plusieurs petites ttes).

N IX.--_Mdaillon de Hans Holbein_. Charmante petite tte d'homme,
de face; il porte toute sa barbe et est coiff de la barrette noire.

N 847.--LUCAS CRANACH (1472-1553). _Luther et Mlanchthon_.

N 845.--_Jean_ et _Frdric_, lecteurs de Saxe. Quatre petits
portraits sur fond turquoise.


COLES ALLEMANDE ET FLAMANDE

(2e salle)

+Salle VII+.

SCHOUFFLEIN DE NUREMBERG (1492-1539). Plusieurs scnes de la vie de
_Saint Pierre_ et de _Saint Paul_.

N 703.--JEAN MEMLING. _La Madone sur un trne_. Ce dlicat petit
tableau, d'une finesse exquise, si on le compare aux oeuvres des primitifs
florentins, donne peut-tre la supriorit aux matres flamands pour le
rendu et la minutie du dtail. C'est de la peinture  la fois aussi large
et aussi pousse que possible.

La Vierge, assise sur un trne derrire lequel est tendue une toffe de
brocart, est entirement vtue de rouge, y compris son voile, et le bas
de sa robe tombe sur un superbe tapis d'Orient plac devant elle. De ses
deux mains elle porte l'Enfant Jsus, qui tient de la main gauche une
cerise et tend la droite pour recevoir une pomme prsente par un ange
agenouill. Cet ange, vtu d'une dalmatique passe sur sa robe blanche,
porte de l'autre main son violon et son archet, tandis qu'un second ange
agenouill joue de la harpe.

Le premier plan est spar du fond par une arcade enrichie de motifs
sculpturaux traits avec une tonnante perfection et  travers lesquels
s'aperoit un beau paysage flamand tout diffrent des fonds peints par
les matres italiens.


COLE FRANAISE

+Salle VIII+.

N 674.--LARGILLIRE. _Portrait de Jean-Baptiste Rousseau_.

La tte de face, d'une belle couleur, est coiffe d'un bonnet de velours
bleu  la Rembrandt. Son costume se compose d'une robe du mme velours
bleu drape avec art; elle est double de satin orange, brode et garnie
de dentelle.

N 671.--ANTOINE WATTEAU. _Le Joueur de flte_. Des cavaliers et des
dames coutent dans un jardin un joueur de flte.

N 667.--FRANOIS CLOUET (1500-1572). Petit portrait questre du roi de
France, _Franois Ier_, mont sur un cheval blanc harnach
d'entrelacs de velours cramoisi. Peut-tre le chef-d'oeuvre de Clouet.

Le roi est arm de toutes pices, seulement le casque est remplac par la
petite toque noire  plume blanche; les dtails infinis de l'armure noire
nielle d'or sont traits d'une faon merveilleuse.


LES GEMMES

+Salle IX+.

La petite salle des gemmes est un cabinet de forme elliptique entour de
six armoires vitres, o sont contenus les ouvrages en pierre dure,
cristal de roche, lapis et autres gemmes, au nombre de quatre cents, qui
constituaient la prcieuse collection des Mdicis.

_Armoire II_.--Cassette en cristal de roche, peut-tre le plus
prcieux morceau de la collection. L'histoire de Jsus-Christ y est
reprsente en vingt-quatre compartiments gravs en creux. Cet objet fut
command  VICENTINO BELLI par le pape Clment VII et fut donn par lui 
Franois Ier, lors du mariage d'Henri II et de Catherine de Mdicis.
VICENTINO forc, comme les della Robbia, par la matire  laquelle il
s'tait consacr,  une extrme tenue de style et  une simplicit
svre, dploie un art vritable dans ses ouvrages. Dans la mme armoire,
un autre exemple du got de Vicentino est l'admirable coupe en cristal
dont le couvercle en or maill, attribu  Benvenuto Cellini, porte les
chiffres entrelacs d'Henri II et de Diane de Poitiers pour laquelle la
pice fut commande.

_Armoire V_.--Coupe en pierre dure attribue  Jean de Bologne et
dont le couvercle est surmont d'Hercule terrassant l'Hydre de Lerne.

_Armoire VI_.--Coupe en cristal de roche, par Benvenuto Cellini.


+Corridor mridional donnant sur l'Arno+.

N 137.--_Autel antique_ de la belle poque grecque. Il reprsente
Iphignie conduite au sacrifice.

N 138.--_Le Spinero_, le tireur d'pines, rplique antique en
marbre du beau bronze du Capitole.

N 141.--_Base triangulaire_ reprsentant trois belles figures de
femmes en bas-relief, ouvrage grec du plus beau style.

MICHEL-ANGE. _Bacchus avec un satyre derrire lui_. Ce bel ouvrage
de jeunesse fut excut pendant que le matre tait encore tellement imbu
de l'antiquit que tout l'art pour lui se rduisait  la reproduire
exactement. C'est ce qui explique l'attribution d'antique donne
longtemps  cet ouvrage remarquable et d'un caractre unique dans l'oeuvre
du matre.

Dans le corridor occidental.

Nos 155 et 156.--_Deux statues de Marsyas_ plus grandes que nature
restaures, l'une par Donatello, l'autre par Verrocchio.

Salles donnant sur le corridor occidental.


COLE VNITIENNE (1re salle)

+Salle XXIII+.

ECOLE VNITIENNE. Le cardinal Lopold de Mdicis acheta en 1654 la
collection de Paul de Sera, riche marchand florentin tabli  Venise.
C'est de cette galerie que proviennent presque tous les tableaux de
l'cole Vnitienne du muse des Offices. Au milieu d'un ensemble plutt
secondaire, quelques toiles sont de premier ordre.

N 767.--FRA SEBASTIANO DEL PIOMBO (attribu au Moretto). _La Mort
d'Adonis_. Les belles formes et la noble attitude de Vnus accompagne
de nymphes dsoles, rappellent la pure et grave manire de Palma. Le
paysage du fond, franchement vnitien, est fort beau.

Nos 599 et 605.--TITIEN. _Portraits du duc Franois-Marie d'Urbin_
en armure, sur un fond rouge, et de sa femme la _duchesse d'Urbin_
assise dans un fauteuil et dj ge. Ces portraits, peut-tre la plus
remarquable oeuvre de l'poque, furent peints en 1537; ils sont admirables
de caractre, tout en tant d'un fini d'excution prcieux. On retrouve
dans celui de la duchesse le mme petit chien pelotonn que dans la Vnus
couche de la Tribune.

N 626.--TITIEN. _La Flore_. Dans cette superbe toile on ne saura
jamais la part relle qu'a la nature ou qui revient  la fantaisie
imaginative du matre. C'est une jeune et admirable Vnitienne blonde,
vtue d'une chemise lgre, sur laquelle elle ramne une draperie rose,
tandis que sa main tendue tient des fleurs. Rien ne peut rendre la
largeur et la mastria avec lesquelles le Titien a peint ce chef-d'oeuvre.

N 648.--TITIEN. _Portrait de Catherine Cornaro_, reine de Chypre.
Elle est reprsente avec la roue de sa patronne, sainte Catherine
d'Alexandrie. Ce portrait est plus intressant par le costume que par la
facture.


COLE VNITIENNE (2e salle)

+Salle XXIV+.

N 629.--MORONE. _Portrait d'un savant_, remarquable peinture.

N 631.--JEAN BELLIN (attribu  Basaiti). _La Vierge au lac_. Sur
un rocher qui domine la rive d'un lac solitaire, la Vierge est adore par
saint Joseph, saint Paul, saint Sbastien et plusieurs autres saints. Le
dlicieux paysage du fond contribue  la beaut grave et mlancolique de
ce dlicat petit chef-d'oeuvre.

Nos 601 et 638.--TINTORET. Deux trs beaux portraits de l'_amiral
Venier_ et de _Jacob Sansovino_, sculpteur et architecte, peint
dans sa vieillesse un compas  la main.

Au fond des salles de la peinture vnitienne s'ouvre le cabinet des
mdailles.

Retournant sur ses pas au corridor oriental, on prend un couloir
conduisant  la salle dite de Lorenzo Monaco o ont t runis quelques
ouvrages remarquables des Quatrocentisti. Ils sont mieux clairs que
dans les autres salles du muse.


SALLE DE LORENZO MONACO

N 1309.--LORENZO MONACO. _Le Couronnement de la Vierge_, peint en
1413 et provenant de la Badia de Cerretan. C'est un grand retable sur
fond or  trois compartiments, intressant surtout par son style gothique
absolu.

N1310.--GENTILE DA FABRIANO(1425). _Sainte Madeleine, Saint Nicolas de
Bari, Saint Jean_ et _Saint Georges_ dans quatre compartiments
sur fond or; ces figures sont elles-mmes richement rehausses d'or.

N 17.--BEATO ANGELICO. _Grand retable_  volets sur fond or. Peint
en 1443 pour la corporation des marchands de tissus de lin. Au milieu est
la figure colossale de la Vierge assise et sur les volets extrieurs et
intrieurs sont les quatre vanglistes. Dans ce tableau on peut se
rendre un compte exact de l'impossibilit o se trouvait Angelico
d'excder certaines proportions hormis dans la fresque. Pour une oeuvre de
cette dimension, l'absence de science anatomique, le manque d'animation
et de vie des personnages sont des dfauts frappants, qui deviennent trop
sensibles.

La vritable voie d'Angelico, celle o il est unique, est
l'interprtation des joies et des batitudes clestes par des figures
hiratiques et mystiques de petites proportions; aussi les douze anges
qui encadrent la Vierge et jouent de diffrents instruments sont-ils de
beaucoup la meilleure partie de l'oeuvre, et plusieurs d'entre eux peuvent
compter parmi les plus idales compositions du matre.

N1297.--DOMENICO GHIRLANDAJO. _Vierge et Enfant_.--La Vierge est
assise sur un trne entour d'une balustrade derrire laquelle se
pressent quatre chrubins avec des lys; sur son genou gauche L'Enfant
porte la sphre et bnit. A ses cts se tiennent saint Michel et
L'archange Gabriel, au premier plan sont agenouills deux saints vques
de chaque ct d'un vase de fleurs. La tonalit un peu grise de cette
jolie composition la ferait plutt attribuer  Ridolfo Ghirlandajo.

N 1286.--SANDRO BOTTICELLI. _Adoration des Mages_ (1466). Ce
tableau, peint par Botticelli encore trs jeune pour Cosme l'Ancien, se
ressent des influences de ses matres et tel personnage semble chapp du
pinceau de Pollajuolo, tandis que tel autre, comme la Vierge par exemple,
est empreint du sentiment gracieux de Lippi. Toutefois, combien, par la
science de la composition, par le groupement des personnages, Botticelli
leur est-il dj suprieur!

Devant un rocher, au milieu de ruines fantaisistes, la Vierge mince et
lance reoit les Rois Mages agenouills sur des plans diffrents et qui
sont les portraits de Cosme, de son fils Jean et de son petit-fils
Julien. Cosme, vtu  la Pollajuolo d'une robe noire couverte de
broderies d'or, est le plus rapproch de la Vierge.

Au premier plan, vu de dos, Jean, en manteau rouge  revers d'hermine, le
chapeau pos  terre, est accompagn de son fils Julien vtu de blanc.

Les autres personnages dont le groupement mouvement concourt  l'action,
sont galement des portraits et quelques-uns mme sont des portraits de
premier ordre. Il faut citer particulirement la splendide, austre et
grave figure d'un homme jeune vtu de noir avec des chausses vertes, puis
celle d'un adolescent en manteau bleu clair dont le profil exprime
l'adoration et l'extase, tandis qu'un autre portant la tunique florentine
rouge  manches bleu de ciel, les mains croises sur son pe fiche en
terre devant lui, regarde d'un oeil ddaigneux ce qui l'entoure; aussi,
son voisin a-t-il l'air de le ramener  la ralit en lui montrant la
scne.

On peut considrer cette oeuvre comme une des plus prcieuses qu'aient
laisses les Quattrocentisti et une des plus compltement belles de
l'art florentin.

N 59.--SANDRO BOTTICELLI. _La Naissance de Vnus_. Autre oeuvre de
jeunesse, peinte simultanment avec l'allgorie du Printemps, sur l'ordre
de Pierre de Mdicis, pour la dcoration de sa villa de Castello. C'est
le premier sujet mythologique o s'essaya le matre; aussi est-il d'une
jeunesse, d'une posie et d'un charme inexprimables. Rien ne peut rendre
la grce de cette figure de Vnus quasiment vtue de sa chevelure d'or,
debout sur la conque  reflets dors qu'elle va quitter pour descendre au
rivage de Cythre. Son beau corps est lgrement pench en avant, sur son
instable nacelle que poussent les zphyrs, et le Printemps, figur sous
les traits charmants d'une jeune femme, sort d'un bois de lauriers 
reflets dors pour recevoir la desse dans les plis d'un manteau sem de
fleurs et gonfl par le vent. Moins nigmatique que celui de l'Acadmie,
le Printemps est vtu d'une flottante robe blanche, parseme de bleuets,
retenue autour de la taille par une ceinture forme de branches de roses.
Ses admirables cheveux dors flottent en arrire et toute son lgante
silhouette se dcoupe sur le manteau de la desse. Certaines navets de
facture, telles que les vagues de la mer, donnent encore une saveur
particulire  cette charmante composition o les personnages sont d'une
taille plus importante que ne le sont les figures habituelles de
Botticelli.

N 1309.--DOMENICO VENEZIANO. _La Vierge_ trnant sous des arcades
et entoure de quatre saints.

Cette peinture un peu blafarde est la seule srement attribue  ce
peintre, matre de Piero della Francesca.


SALLES DES PORTRAITS DES PEINTRES PEINTS PAR EUX-MMES

+Salle XIX+.

MAITRES ANCIENS.

N 233.--_Rubens_ sans chapeau (1610).

N 228.--_Rubens_ avec chapeau (1620).

N 354.--_Giovanni Bellini_. Beau portrait d'homme faussement donn
comme le sien, buste dont le visage rose est encadr de longs cheveux
roux coups  la florentine.

N 549.--_Mme Vige-Lebrun_.

N 290.--Michel-Ange (mauvaise oeuvre du XVIIIe sicle).

N 292.--_Lonard de Vinci_. Portrait excut probablement par
Schidone. Belle tte jeune et nergique o de longs cheveux blonds se
confondent avec la barbe soyeuse et paisse, d'un ton dor.

N 288.--_Raphal_. Ce joli portrait (1506) est de la mme poque et
de la mme valeur que celui de Madeleine Doni. Cette oeuvre intressante
de sa premire manire a malheureusement beaucoup souffert. Raphal s'y
est reprsent sous les traits d'un jeune homme vu de dos, la tte
tourne  droite et le visage encadr de longs cheveux chtains. Il porte
la tunique et la barrette noire.

N 287.--PIETRO PRUGIN. Le plus beau des portraits dus au Prugin
(1494). Il reprsente l'espagnol _Lopez Perego_ et est d'une
individualit, d'une finesse de coloration et d'un ton dor remarquables.
Le visage ras, vu de face, encadr de cheveux blonds bouriffs, est
surprenant de vie.

N 223.--_Antoine Van Dyck_.

N 237.--_Quentin Matsys_.

N 236.--_Antonio Moor_ assis devant une toile blanche, sa palette
et ses pinceaux  la main.

N 232.--_Hans Holbein_ le Jeune. Dessin au charbon et au crayon
avec une lgre coloration  l'aquarelle. La tte est trs fine, les
cheveux rares sont arrangs en curieuses mches sur le front.

Nos 451-452.--_Rembrandt_. Le premier de ces admirables portraits
produit une profonde impression; il montre le matre au dclin de l'ge,
dont les atteintes ont laiss leur profonde mlancolie sur son grave et
beau visage.


+AU MILIEU DE LA SALLE+.

N 339.--_Vase Mdicis_. Ce cratre, fameux par l'lgance de sa
forme et par la beaut de son bas-relief, reprsente le Sacrifice
d'Iphignie. On le considre comme un trs remarquable ouvrage grec
trouv  Rome dans les fouilles du XVIIIe sicle.


+Salle XVIII+.

MAITRES MODERNES.

SALLES DES ANTIQUES ET DES PIERRES GRAVES

+Salle XV+.

Inscriptions grecques et latines provenant de Rome pour la plupart.

Au milieu: Statues antiques de Bacchus et d'Ampelos, de Mercure, de
Vnus, d'Uranie, de Vnus Genitrix.


+Salle XVI+.

Cabinet de l'Hermaphrodite ( la suite de la salle prcdente).

N 308.--_Ganymde et l'Aigle_, restaur par Benvenuto Cellini dans
son sentiment personnel.

N 315.--_Torse de Faune_.

N 306.--_Hermaphrodite_ couch sur une panthre. Cette statue n'est
pas une des plus belles interprtations qui existent de ce sujet si cher
aux anciens. Toute la partie infrieure a t restaure.


+Salle XVII+.

(Suite de la salle de l'Hermaphrodite.) Cabinet des Cames et des Pierres
graves.

_La collection des Cames et des Intailles_ de ce cabinet provient
des Mdicis. Cette belle collection de plus de 4.000 numros est expose
en douze compartiments. Les cames antiques les plus remarquables sont
contenus dans le premier.

Le n 7 est un excellent ouvrage grec sur onyx. L'amour ail jouant de la
lyre est mont sur un lion rugissant qui symbolise le pouvoir de l'amour
destin  dompter les natures les plus froces.

_La vitrine n6_ contient des portraits sur came de personnages
clbres au XVe et au XVIe sicle.

_La vitrine n11_, au n2458, renferme la fameuse bague  sphinx
dont Auguste se servait comme cachet. Elle fut trouve dans son tombeau 
Corea prs de Rome.


PIERRES GRAVES DU XVe SICLE.

N 371.--_Buste de Savonarole_, ouvrage superbe de Giovanni delle
Corniole, grav sur cornaline.

N 373.--_Buste de Lon X_ en jade, oeuvre prsume de Michelino,
orfvre florentin.

N 334.--_Scne allgorique de Mariage_, ouvrage attribu  Valerio
Vicentino. Diffrents objets intressants sont encore dans cette salle.

A. Masque du Dante, moul aprs sa mort.

B. Petit modle en cire de Michel-Ange pour la statue du Penseur de la
nouvelle sacristie de Saint-Laurent.

G. Petit cadre o sont renfermes les miniatures de Henri II et de
Catherine de Mdicis entours des princes et princesses de la maison
royale de France.

E. Vingt-quatre petits portraits des Mdicis depuis Jean de Bicci, pre
de Cosme l'Ancien; plusieurs sont l'oeuvre du Bronzino.


SALLE DU BARROCCIO

+Salle XIV+.

OEuvres d'intrt secondaire.


+Salle XIII+.

_Salle de Niob_. Ainsi nomme des seize statues du clbre groupe
de Niob. En l'anne 1583, on trouva dans la villa Palombara  Rome,
entre Sainte-Marie Majeure et le Latran, une vritable mine de statues,
parmi lesquelles se trouvrent les Lutteurs de la Tribune et les statues
de Niob, de ses sept fils, de ses sept filles et des pdagogues tombs
sous les flches d'Apollon et de Diane. Ces statues appartiennent  des
poques trs diffrentes et la qualit mme de leur marbre tend  prouver
que ce sont des copies romaines de l'poque de la dcadence plutt que
d'anciens originaux grecs, comme on l'avait pens d'abord. Elles ont
presque toutes une raideur de mouvement et une exagration de pose
rsolument contraires  cette attribution. Les deux plus belles sont:

N 241.--_Niob et sa plus jeune fille_, sujet principal de
l'ensemble.

N 244.--_Jeune homme_ gisant  terre, dans un beau mouvement.

La taille et les attitudes diffrentes de ces statues font prsumer
qu'elles dcoraient le fronton d'un temple.

Nos 140 et 147.--RUBENS. Ces deux belles compositions, o le talent de
Rubens se montre sous son meilleur jour, reprsentent Henri IV  la
bataille d'Ivry et son entre  Paris.


BRONZES ANTIQUES

+Salles XI et XII+.

La collection des bronzes contenue dans deux salles comprend des pices
d'ordre secondaire, exception faite toutefois des numros suivants.

N 424.--_Mercure_, connu sous le nom de _l'Idolino_, statue
nue de jeune homme, trouve  Pesaro en 1530; oeuvre grecque remarquable.

N 148.--Le bronze repose sur une base du XVe sicle, ouvrage de
DESIDERIO SETTIGNANO, travail d'une beaut, d'une lgance et d'une
richesse extrmes, aussi bien dans les bas-reliefs que dans les ornements
qui le dcorent.

A l'extrmit du corridor oriental s'ouvrent trois salles o sont
contenus les dessins.

La Galerie de Florence possde une des plus riches collections connues de
prcieux dessins originaux des matres anciens. Commence par le cardinal
Lopold de Mdicis, on prsume qu'il acheta, pour la former, le fameux
recueil compos par Vasari, alors qu'il travaillait  son ouvrage sur les
peintres. Enrichie, par la suite, de legs et de dons successifs, elle se
compose actuellement de plus de 35.000 dessins dont on a expos les plus
remarquables, tous par consquent de premier ordre.


+Salle I+.

La paroi du mur de droite est occupe par les dessins de l'cole de
Giotto, parmi lesquels s'en retrouve un  la plume, trs rare, de Taddeo
Gaddi. Ceux de Masolino, de Masaccio, d'Uccello, de Fra Angelico et de
Benozzo Gozzoli remplissent la paroi suivante. Les oeuvres les plus
saillantes sont:

N 254.--PIERO POLLAJUOLO. Remarquables anatomies d'hommes assis.

Nos 267, 268, 269.--ANTONIO POLLAJUOLO. tudes de nu.

Nos 261, 262, 263.--ANTONIO POLLAJUOLO. tudes de femmes nues pour ses
Vertus.

Nos 276, 277, 278, 279.--ANTONIO POLLAJUOLO. Pape bnissant, tudes.

Nos 59 (256).--SQUARCIONE. Guerrier en armure.

N 187.--BOTTICELLI. Anges lisant.

N 190.--BOTTICELLI. tude de femme nue.

N 192  199.--BOTTICELLI. tudes plus ou moins pousses, toutes d'un
beau mouvement et d'une grce exquise.

N 212.--BOTTICELLI. tude admirable pour la Vnus de la National Gallery
de Londres.

Nos 200, 201, 202.--BOTTICELLI. tudes.

N 203.--BOTTICELLI. tude connue sous le nom de Circ. Deux femmes
nues drapes de gazes sont  ct d'un brasier o l'une d'elles prend des
tisons.

N 1440.--PIERO DELLA FRANCESCA. Esquisse de la Rsurrection de Borgo
San Sepolcro.

N 184 T.--FRA FILIPPO LIPPI. Dessin rehauss de blanc, la Vierge adorant
l'Enfant soutenu par deux anges, carton du tableau.

N 1307.--Plac dans la troisime salle de l'cole Toscane.

N 139.--FILIPPINO LIPPI. tude de tte pour la Vierge de la Badia
(bistre).

N 129.--FILIPPINO LIPPI. tude pour le Saint Bernard de la Badia.

FILIPPINO LIPPI. Esquisses  la plume et tudes pour les fresques de la
chapelle Strozzi  Sainte-Marie Nouvelle.

La paroi gauche de la salle est occupe par des dessins de matres
divers.

Ceux de MANTEGNA sont de premier ordre; ils semblent des bas-reliefs
antiques.

N 395.--Hercule touffant Ante.

N 397.--Merveilleux dessin de Vierge en adoration.

N 404.--Judith mettant la tte d'Holopherne dans un sac prsent par sa
suivante.

tude plume, bistre et noir, d'une rare perfection. Elle porte la date de
1491.

N 336.--Femme dont le vtement s'envole. Les dessins de GHIRLANDAJO sont
presque tous des compositions et des tudes de sa fameuse fresque du
choeur de Sainte-Marie Nouvelle.

Nos 1246 et 1250.--SIGNORELLI. tudes de dmons et de damns pour la
chapelle Saint-Brizio d'Orvieto.

N 566.--SODOMA. Buste de jeune homme couronn de lauriers, admirable
dessin au crayon de couleur.

N 594.--JEAN BELLIN. Portrait de jeune homme  la sanguine, qu'on croit
tre le sien.

Des dessins de SBASTIEN DEL PIOMBO, d'autres d'ANDREA DEL SARTO,
compositions ou tudes pour les fresques excutes  Florence, sont
dignes de remarque. Les matres vnitiens sont aussi nombreusement et
bien reprsents.


+Salle II+.

N 164.--PIERRE PRUGIN est reprsent par des dessins de premier ordre.
Dans un mme cadre se trouvent runies les trois feuilles de la
composition du tableau de la Dposition de Croix du Muse Pitti. Toutes
les figures de cette pice remarquable sont excutes  l'aquarelle
rehausse de blanc et prcieusement finies.

Autre tude pour la fresque du couvent de Sainte-Madeleine des Pazzi.

N 408.--Sainte Catherine, tude pour le tableau de Bologne.

N 402.--Vnus et l'Amour, tude pour le Cambio de Prouse.

Vingt-sept prcieux dessins de LONARD DE VINCI de la plus grande raret
atteignent tous le summum de la perfection.

N 435 (1re salle).--Admirable lutte d'une chimre contre un lion (au
lavis).

N 426.--Tte de jeune femme couverte d'un voile.

N 425.--Tte de femme vue de face.

N 414.--Jeune femme au crayon rouge, en buste.

N427.--Admirable portrait d'homme, crayon rouge et noir.

N419.--Tte de jeune femme au crayon rouge, d'un model prcieux,
vritable petit chef-d'oeuvre. Son front est couvert d'un voile retenu par
une bandelette, ses longs cheveux tombent sur ses paules, son profil
noble et dlicat a une expression nigmatique.

N 428.--tude de tte pour une Madeleine,  la plume et au bistre.

Puis des tudes de draperies  la dtrempe, des caricatures, des tudes
sur le laid, et enfin une curieuse feuille avec des esquisses de machines
annote de la main de Lonard et date de 1478.

Trente-sept dessins sont de la main de Raphal. Quelques critiques que
l'on puisse justement adresser  l'incroyable fcondit de Raphal et 
sa facilit trop excessive, comme dessinateur il est incomparable et la
puret de son style reste unique.

La Cavalcata. Un de ses plus fameux dessins  la plume, rehauss
d'aquarelle. Il porte en haut l'explication du sujet et reprsente un des
pisodes de la vie d'neas Silvius Piccolomini, celui o il se rend au
concile de Ble.

Le Pinturicchio, qui avait reu la mission de retracer la vie d'neas sur
les murs de la Libreria de Sienne, n'avait pas eu de cesse qu'il n'et
obtenu de son jeune camarade d'atelier que celui-ci excutt un des
sujets  son choix. Le dessin en question est l'tude de cette
composition.

N 259.--tude pour le petit Saint George du muse de l'Hermitage de
Saint-Ptersbourg.

N 530.--tude pour le petit Saint George de la National Gallery 
Londres.

N 521.--tude pour la femme portant des amphores dans l'Incendie du
Bourg (Vatican, Chambres).

N 531.--Dessin appel l'Idolino. Bacchus jeune porte un vase sur sa
tte.

Dessin pour la Dposition de Croix du muse Borghse  Rome.

tude au crayon rouge pour la Vierge au voile de la Tribune du Louvre.

tude pour le Saint Jean dans le dsert de la Tribune.

N 1127.--Deux aquarelles rehausses de blanc pour les loges du Vatican:
l'Adoration du veau d'or et Mose faisant jaillir l'eau du rocher.

Au crayon noir, la premire esquisse de la Vierge du Grand-Duc du muse
Pitti. Au crayon rouge la composition de la Madonna del Pesce du muse
du Prado  Madrid.

Enfin,  l'aquarelle rehausse de blanc, le fameux dessin de la peste dit
il Morbetto qui a t grav par Marc-Antoine.

Les dessins de Michel-Ange, au nombre de vingt, sont autant de
chefs-d'oeuvre.

N 608.--L'un d'eux offre le plus grand intrt. A la plume et 
l'aquarelle, il donne le plan du fameux tombeau de Jules II, inexcut,
au grand dsespoir du matre.

N 607.--Esquisse des tombeaux des Mdicis  la sacristie neuve de
Saint-Laurent.

Deux esquisses du clbre carton dtruit de la Bataille des Florentins
et des Pisans.

N 599.--Ttes de femmes; l'une d'elles, casque et la poitrine nue,
passe pour tre le portrait de Vittoria Colonna.

N 594.--tude pour un des esclaves de la Sixtine.

N 601.--La Furie appele aussi el Damnato. Tte de face, la bouche
ouverte et convulse, les yeux froces, les cheveux hrisss sous une
draperie souleve par le vent.

Nos 606, 613, 616.--tudes pour la Sixtine.

N 601.--Ganymde (sanguine).

N 614.--La Prudence, assise, avec son miroir, protge un enfant contre
la Folie symbolise par un autre enfant cach derrire un masque.

N 609.--La Fortune, le torse nu,  cheval sur sa roue.


+3e Salle+.

N 1123.--ANTONIO POLLAJUOLO. Christ en croix entre la Vierge et saint
Jean.

N 1129.--GHIRLANDAJO. Le Mariage de sainte Catherine. Figures en
camaeu rehausses de ton chair.

ALBERT DRER, dessins  la plume, prcieux d'excution et admirables de
composition.

N 1077.--Jsus portant sa Croix.

N 1060.--Tte de jeune ngresse.

N 1063.--Homme debout, en armure, mont sur un lion; derrire lui, femme
monte sur un chien.

N 1073.--Le Cavalier de la Mort.

N 1074.--Le Fauconnier.

N 1068.--Dposition de Croix.

N 1082.--MARTIN SCHNGAUER, soldat combattant contre un diable.

N 1080.--Tte de Madeleine.

N 1084.--ROGER VAN DER WEYDEN. Vision, personnages debout, agenouills
devant une fentre; tude pour le tableau de Berlin.

       *       *       *       *       *

A ct de la salle de Lorenzo Monaco, se trouve l'escalier descendant 
la galerie qui relie les Offices au palais Pitti en traversant l'Arno sur
le Ponte Vecchio. On remarque d'abord, dans cet interminable passage, des
gravures sur bois et sur cuivre des matres italiens, jusqu'
MARC-ANTOINE RAIMONDI; d'autres plus intressantes sont celles de
MANTEGNA, de DRER et de MARTIN SCHNGAUER; des vues des villes
italiennes au XVIIe sicle, et enfin une grande collection de portraits
tous mauvais, mais intressants au point de vue de l'histoire du costume:
membres de la famille des Mdicis, Papes, Cardinaux, Sultans, Rois de
France; portraits de dames de la Cour d'Angleterre et de Florentines
renommes pour leur beaut.




III

DES OFFICES A SANTA CROCE

LE BARGELLO, VIA DEL PROCONSOLO, LA BADIA, VIA GHIBELLINA, MUSE
BUONARROTI, INSTITUT PHILHARMONIQUE, PLACE SANTA CROCE, SANTA CROCE, SAN
AMBROGIO.


LE BARGELLO. La Rvolution de 1250 ayant supprim la charge de podestat,
elle fut rtablie en 1255 et la Seigneurie dcrta, pour loger ce
magistrat suprme de la Rpublique, la construction d'un palais pouvant
tout  la fois lui servir de demeure et de prison. TADDEO GADDI fut donc
charg d'lever un difice destin  ce double usage. En effet, la
situation de ce souverain juge tait peu enviable. Pour que son
impartialit ft absolue dans l'exercice de ses fonctions, il devait tre
choisi  l'tranger et tre non seulement comte et guelfe, mais encore
n'avoir ni amiti ni parent dans la ville. Une fois entr en charge et
investi de sa redoutable puissance, il devait vivre solitaire et
squestr dans son palais, car les Florentins avaient mis  l'exercice de
ce pouvoir les conditions les plus dures. Le podestat devait ne partager
ses repas avec qui que ce ft, n'adresser dans la rue la parole 
personne, ne marcher qu'avec une escorte de pages et de cavaliers arms.
S'il tait mari et pre de famille, pendant l'anne que durait son
pouvoir, il ne pouvait ni voir sa femme ou ses enfants, ni mme leur
donner signe de vie. Enfin, avant de rsigner sa charge, il lui fallait
rendre compte du somptueux mobilier dont il avait d reconnatre
l'inventaire.

La mfiance d'un peuple jaloux, la duret d'un juge choisi pour tre
inexorable, les sentiments inspirs par ce tyran  la fois tout-puissant
et tenu en captivit, sont exprims avec force dans ce monument o
s'allient une richesse sombre et la svrit la plus grande.

L'extrieur du Bargello a l'aspect austre d'une forteresse; sa masse
sinistre, couronne de mchicoulis et de crneaux, est  peine perce de
rares fentres; et la tour carre, leve  un de ses angles, contribue
encore  accentuer ce caractre.

Sous les Mdicis, tout ce qui pouvait rappeler la grandeur de la
Rpublique tant proscrit, le palais du Podestat devint cour criminelle,
sige de la police, prison, le Bargello pour tout dire en un mot. Il
renferme aujourd'hui le muse national et contient des objets d'art
remarquables.

Sous la vote d'entre deux salles votes divises en nefs par des
piliers, dcores des armoiries des anciens podestats, renferment des
collections d'armes intressantes pour l'histoire de la ville. Les deux
pices les plus importantes, places  l'extrmit de la salle, sont une
_rondache_ et un _casque_, oeuvres de BENVENUTO CELLINI
excutes pour Franois Ier, roi de France.

La rondache reprsente l'histoire de Perse et d'Andromde. Le casque,
surmont d'une chimre, est dcor d'une riche ornementation dore en
relief.

+La cour du Bargello+ forme un carr dont une face est occupe par
le mur froid et nu de la svre construction de Taddeo Gaddi, tandis que
les trois autres sont attnues par un portique dont les arcades cintres
sont supportes par des colonnes. Cette partie fut construite vers 1350
par BENCI DI CIONE et NERI FIORAVANTI. Pour donner un accs plus facile
au palais, les architectes du XIVe sicle levrent contre l'aile de
Taddeo un escalier coup par un palier ferm d'une grille qu'ils firent
aboutir  une loggia ouverte sur tout un ct de la cour. La dcoration
des murs de cette cour, unique en son genre, est aussi varie
qu'intressante; elle est forme par les cussons en relief des podestats
sems  profusion sur ses quatre faces et affectant toutes les formes.
Ils sont en pierre dure ou en marbre avec les traces des peintures qui
les rehaussaient.

Au milieu de ces marques de la puissance des podestats, la Rpublique,
toujours jalouse de sa suprmatie, a plac partout l'empreinte de son
autorit et partout se retrouvent les armes de la ville, des Guelfes et
du peuple. Le mme sentiment apparat encore sous les portiques o sont
encastrs les cussons peints en relief des divers sestiere, tandis
qu'aux votes sont reprsentes les armes de leurs gonfalons.

Sous les portiques au rez-de-chausse s'ouvrent deux salles:


I

Tombeaux du XIVe sicle.


II

Sculptures des XVe et XVIe sicles.

Cinq bas-reliefs d'une grande allure, de BENEDETTO DA ROVEZZANO. Ils
proviennent du tombeau de saint Gualbert et furent mutils par les
Espagnols aprs le sige de Florence (1519). L'intrt particulier de
cette salle est dans les nombreuses oeuvres de MICHEL-ANGE qu'elle
contient.

A.--_Buste de Brutus_. Cette figure nergique et sombre ne pouvait
manquer de sduire Michel-Ange. Ce buste, fait  l'poque o le matre
quitta dfinitivement Florence pour Rome, reflte les penses dont il
tait alors hant et dont l'inscription du socle est un si frappant
tmoignage.

Dum Bruti effigiem sculptor de marmore ducit, In mentem sceleris venit et
abstinuit.

Semblable en cela aux statues de San Lorenzo, le buste, inachev, fut
abandonn  la mme poque.

B.--_Masque de satyre dent_.

C.--_La Vierge, l'Enfant et Saint Jean_. La tte de la Vierge, seule
partie acheve de ce mdaillon, est d'une rare beaut.

D.--_Bacchus ivre_. Cette statue fut excute en 1497, pendant le
premier sjour de Michel-Ange  Rome, pour A. Galli. Le matre a cherch
 reproduire l'antique Dionysos, et a reprsent le dieu sous la forme
d'un trs jeune homme aux formes lgantes, dont la figure exprime
l'ivresse par la fixit du regard. Il est couronn de grappes de raisin
et tient une coupe.

E.--Petit _groupe de Lda et du Cygne_.

F.--Rduction en marbre du _Mose_.


PREMIER TAGE

Sous la loggia sont conserves cinq cloches de bronze. La plus ancienne,
fort simple, est date de 1183.

Une autre, un peu plus grande, porte le millsime de 1249 et a t fondue
par BARTOLOMEO PISANO.

La troisime est de 1352.

La quatrime, orne des bas-reliefs du Calvaire et de l'Annonciation, est
de 1670.

La cinquime, de 1675, est la plus orne.

Ainsi que la prcdente, elle est l'oeuvre de GIOVANNI CENNI.


+Salle I+ ( droite de la loggia).

Cette salle est exclusivement consacre  DONATELLO, ce grand et puissant
gnie, malheureusement parfois trop ingal et infrieur  lui-mme. Il
faut citer en tout premier lieu les quatre admirables bas-reliefs de
_Rondes d'enfants_ qu'il excuta de 1433  1440 pour une des
tribunes des orgues de la cathdrale; ils faisaient face  ceux de Luca
della Robbia; et ils reproduisent avec des variantes ceux de la chaire de
Prato.

Donatello traita ses sujets tout autrement que ne le fit Luca et ce qui,
 cette heure, constitue la remarquable supriorit de l'oeuvre de Luca
sur celle de Donatello fut tout justement ce qui, lors de leur mise en
place, donna l'avantage  Donatello. En effet, la condition essentielle
de l'oeuvre dcorative doit tre de se subordonner  la place qu'elle doit
occuper et c'est  cet unique point de vue que se plaa Donatello. Comme
ses bas-reliefs destins  la tribune d'un orgue devaient tre vus  une
grande hauteur, il se proccupa seulement de l'effet  produire 
distance. De l sont venus ces models trop sommaires, ces raccourcis
trop oss dans les figures de second plan, enfin ces dfauts destins 
donner  l'ensemble vu de loin, une vigueur et une nettet incomparables.

Original du _Marzocco_ en pierre grise.

_L'Amour_ appel aussi le _Cupidon_. La grce et la posie qui
dbordent de cette figure bizarre sont inexprimables. Ces ailes
naissantes, ces serpents enrouls autour des pieds, ces culottes
maladroitement assujetties, forment le mlange le plus imprvu et le plus
attachant. Quelle navet dans l'attitude du jeune dieu les bras encore
levs, aprs qu'ils ont lanc la flche vers un but invisible; quelle
malice et quelle joie dans ce regard gai et narquois tout ensemble!

_David_. Le sjour que Donatello fit  Rome de 1432  1433 dveloppa
certainement les tendances latentes de son esprit secrtement influenc
par l'antiquit. Aussi quand,  son retour, Cosme lui commanda une statue
en bronze destine au Palais Vieux, cette statue fut le David,
c'est--dire la premire et parfaite tude de nu excute par les
sculpteurs de la Renaissance. Le jeune ptre a pour tout costume un
ptase et des jambires; il est debout, un pied pos sur la tte de
Goliath, le glaive dans la main droite et une pierre dans la main gauche
qu'il appuie sur sa hanche. Son visage entour de longs cheveux boucls
rayonne de joie et son beau corps trahit la force et la jeunesse. Il y a
dans la posie de cette figure enchanteresse un parfum antique et
biblique tout ensemble qui lui donne sa grce et son charme
inexprimables.

Buste en terre cuite colore de _Niccol da Uzzano_, homme politique
florentin considrable.

Ce morceau prodigieux est d'un ralisme  outrance, effrayant et d'une
brutalit presque froce. La tte est si profondment fouille qu'elle
parat comme ravage; on la dirait moule sur nature, tant la laideur
saisissante du modle, galvanise par l'intelligence, dborde de vie.

Buste en bas-relief et en pierre grise de _Saint Jean-Baptiste
enfant_. La figure de saint Jean est une de celles qui tentrent le
plus l'imagination de Donatello; il reprsenta le saint en ronde bosse,
en bas-relief, en buste, en pied, dans toutes les situations,  tous les
ges, tant il s'tait pris de passion pour l'ascte austre et le
prcurseur enthousiaste avec lequel les caractres oss de son art et de
sa propre nature lui donnaient tant de points de contact.

Autre statue en marbre de _Saint Jean-Baptiste_ en pied et debout.
Donatello a reprsent ici l'ascte dcharn, aux traits svres et
inspirs; le prophte dvor par le feu de l'enthousiasme ou illumin par
la vision intrieure.

                 +PREMIER TAGE DU BARGELLO+
                    _Via del Proconsolo_.
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  |              SALLE DES DONATELLO           |    TOUR.    |
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  |                   SALLE I.                 |             |
  |                                            |  SALLE II.  |
  |                  SCULPTURES                |             |
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  |  LOGGIA  |               COUR              |             |
  |          |                                 |             |
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  |  Bronzes |                                 |  Chapelle   |
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  |          | Esca- |                 |Sacris-|  SALLE IV.  |
  |          | lier  |                 |tie    |             |
  |   SALLE  |_______|_________________|_______|_____________|
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  | Bronzes  |                                Via Ghibellina
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  \ Via della Vigna
    Vecchia



_David_. Cette statue en marbre et en pied semble tre la premire
tude que Donatello ait faite pour son Saint Georges, le chef-d'oeuvre
d'Or San Michele (1408). La pose et les draperies sont les mmes,
seulement avec des proportions moins parfaites et une expression
incomplte.

A ct des Donatello, quelques sculptures marquantes se trouvent encore
runies dans cette premire salle.

La plus clbre est _l'Adonis mourant_ de Michel-Ange. Cette oeuvre
parat avoir t excute vers 1502, comme un dlassement du labeur
qu'imposait au matre son colossal David. Aussi peut-on presque dire que
l'Adonis garde quelques traces de cette simultanit et que les
proportions y semblent un peu outrepasser le sujet. La tte est fort
belle, et la chevelure, par son arrangement, se rattache au type adopt
plus tard par Michel-Ange et dont la statue de Julien de Nemours fut la
ralisation la plus haute. Cette composition doit pourtant tre
considre comme secondaire dans l'oeuvre du matre.

MICHEL-ANGE. _Groupe_ nomm _la Victoire_. Vainqueur agenouill
sur un vaincu et ramenant son manteau drang par la lutte. Ce groupe
n'est pas des meilleurs.


+Salle II+ (dans la tour).

Meubles anciens et cristaux


+Salle III+.

Cette salle prcde la chapelle et elle tait nomme la salle des
Condamns, parce qu'ils y attendaient l'heure de leur dernire prire.

Elle renferme la collection des anciens vases de la pharmacie du couvent
de San Marco, en faence de Fanza, XVIe sicle.


+Salle IV+ (chapelle).

Elle est dcore de fresques clbres du GIOTTO respectes par l'incendie
de 1337, mais malheureusement trs dtriores par des badigeonnages
successifs et par le partage, sous les Mdicis, de la chapelle en trois
tages de prisons.

Les huit divisions du mur de droite sont consacres  sainte Madeleine et
 sainte Marie l'gyptienne. Le fond est occup par le Paradis avec les
portraits de Dante, de Corso Donati et de Brunetto Latini. Au-dessous de
cette fresque deux petits panneaux sont attribus  GHIRLANDAJO. Ils sont
dats de 1490 et reprsentent la _Vierge_ et _Saint Grme_.
Des stalles en marqueterie et le lutrin sont de bons ouvrages du XVe
sicle.

Dans une vitrine, petit bas-relief en pierre de Sonthofen, par ALBERT
DRER. Avec une finesse excessive, il reprsente _Adam et ve_ au
pied de l'arbre de la connaissance o est enroul le serpent.

Autre vitrine. _La Cne_, retable en argent dor, par JEAN DE
BOLOGNE.

Huit baisers de paix en argent niell et en maux, dont trois sont
d'admirables oeuvres d'art.

I. La plus remarquable pice des nielles, _le Couronnement de la
Vierge_, fut excut en 1452, par MASO FINIGUERRA, pour le Baptistre
Saint-Jean.

Maso, n  Florence en 1425, excellait dans l'art des nielles; c'est en
travaillant  ce genre de gravure, qu'il imagina d'en tirer  l'aide de
la presse des preuves sur papier, invention qui fait de lui le crateur
d'un art nouveau, celui de la gravure.

II. Autre paix nielle d'un beau caractre, _le Crucifiement_, pice
excute galement pour le Baptistre, par MATTEO DEI.

III. _La Dposition de Croix_, ouvrage de toute beaut, d'ANTONIO
POLLAJUOLO, en mail sur paillons.


+Salle V+.

1 Ivoires. 2 Ouvrages en ambre des XVIIe et XVIIIe sicles.

A.--Deux admirables triptyques d'ivoire des XIIIe et XIVe sicles, par
ANDREA ORCAGNA.

B.--Deux superbes selles en ivoire du XIVe sicle: l'une, un travail
allemand avec figures de princes, de chevaliers, de dames en bas-relief
sur fond noir; l'autre, italienne, avec la devise Amor aspetta tempo,
orne de scnes de chasse, d'armoiries et d'ornements fantastiques.

3 Coupes du XVIe sicle en cristal taill et grav. Certaines de ces
pices sont d'une rare beaut.


+Salle VI+ (Bronzes).

GHIBERTI. _Reliquaire de sainte Jacinthe_. Il a la forme d'un petit
sarcophage antique dont la face principale est simplement orne de deux
anges d'un mouvement gracieux qui soutiennent une couronne. Ghiberti
montre une fois de plus dans cette oeuvre combien il gagne  la simplicit
(1428).

BRUNELLESCHI et GHIBERTI. Deux mdaillons dors polylobs reprsentant le
_Sacrifice d'Abraham_. Ces mdaillons sont les fameuses pices du
concours pour les portes du Baptistre  la suite duquel Brunelleschi
retira sa candidature (1403).

Dans le relief de Brunelleschi se trouve dj fortement accuse la
tendance au naturalisme qui se dveloppa chez Donatello. Le mouvement
d'Abraham est sauvage, l'ange arrte son bras d'un geste peu admissible,
le blier et l'ne sont autant de recherches ralistes. A gauche,
Brunelleschi a plac le tireur d'pines, le Spinaro, dont l'antique
venait d'tre dcouvert. La composition manque d'unit, de simplicit et
de grandeur.

Ghiberti au contraire sut tirer parti du sujet avec un art incomparable
et placer ses personnages en observant strictement la loi de la valeur
des plans. La figure d'Isaac retourn vers son pre pour le questionner
est de premier ordre.

LORENZO VECCHIETTA de Sienne (1412-1480). Statue couche de _Mariano
Soccino_ provenant de son tombeau et certainement modele sur le
cadavre.

VERROCCHIO. _Le David_ (1476). Cette statue fut excute sur l'ordre
de Laurent le Magnifique dsireux de voir, dans un sujet analogue, le
Verrocchio surpasser Donatello. Il devient donc trs intressant de
comparer deux oeuvres si dissemblables. Tandis que Donatello faisait de
son David un hros idal, sorte de Perse moderne, Verrocchio faisait du
sien un adolescent, presque un enfant, dont les formes encore frles et
anguleuses semblent plutt dlicates. Ce qui est de premier ordre est la
tte adorable dont le sourire nigmatique et mystrieux est dj celui du
Vinci, les cheveux courts et boucls encadrent le visage o  la joie du
triomphe s'allie une certaine timidit.

Dans la vitrine.

ANTONIO DEL POLLAJUOLO. Petit groupe d'_Hercule touffant Cacus_,
d'une sauvage nergie et d'une superbe allure.


+Salle VII+ (Bronzes).--BENVENUTO CELLINI. Buste colossal de
_Cosme Ier_.

BENVENUTO CELLINI. Deux modles pour son _Perse_. Ils prsentent
des diffrences notables; l'un est en bronze, l'autre en cire: ce
dernier, trs suprieur, mme  l'excution dfinitive, par la simplicit
des attitudes et des formes.

DONATELLO. Petite frise en relief reprsentant une _Bacchanale
d'Enfants_ qui tranent le vieux Silne ivre dans un char. Ce petit
chef-d'oeuvre, excut pour Cosme de Mdicis, est ce qui a pu exister
depuis l'antiquit de plus parfait en ce genre.

JEAN DE BOLOGNE. _Le Mercure_. Cette statue, faite en 1598 pour une
fontaine de la Villa Mdicis,  Rome, est certainement la matresse oeuvre
de Jean de Bologne, celle o, dans une priode de dcadence, il s'est le
plus rapproch de l'antiquit. Mercure s'envole d'un mouvement lger, au
souffle d'ole dont la tte lui sert de base.


DEUXIME TAGE

+Salle I+.--Elle est dcore de huit _portraits_  la fresque
peints par ANDREA DEL CASTAGNO en 1430, pour la Villa Carducci  Legnaia,
et reprsentant en pied et plus grands que nature des potes, des hros
et des sibylles.

1 _Dominus Philippus Descolaris Relator Victorie Theucrus_. Filippe
Scolari del Pipo Spano, chef du comitat de Temeswar, vainqueur des Turcs.
Il est en armure et tient son yatagan des deux mains.

2 _Dominus Farinata de Ubertis, sue patrie liberator_ (Farinata
degli Uberti), de profil, en armure, avec surcot et bonnet rouge; il
s'appuie sur son pe.

3 _Magnus Tetrarcha d'Acciarolis neapleani regni dispensator_
(Niccol Acciajuoli, grand snchal de Naples, fondateur de la chartreuse
d'Ema). Une robe bleutre  longues manches de fourrure recouvre son
armure; il tient le bton de commandement.

4 _Sibylle de Cumes_ en tunique rouge  reflets bleutres sur une
jupe verte. Elle tient un livre et lit, le doigt au ciel.

5 _Esther Regina, gentis su liberatrix_. Demi-figure formant
dessus de porte, robe et voile blancs bords d'or, manteau vert, couronne
en tte, dans une attitude pleine de noblesse.

6 _Thomirta se de filio et patriam liberavit suam_ (Tomyris).

C'est une guerrire en robe jaune, les bras recouverts d'une armure,
firement campe; elle s'appuie sur sa lance, qu'elle tient la pointe en
terre.

7 _Dantes de Alligieris, Florentinus_ (Dante Alighieri), en robe
rouge.

8 _Dominus Franceschus Petrarcha_. Ptrarque est en manteau rouge
fendu pour le passage des bras, la tte couverte d'un capuchon doubl de
vert.

9 _Dominus Johannes Boccacum_ (Boccace) en manteau bleutre et
capuchon rouge.

Cette oeuvre magistrale est malheureusement trs mal place; les
personnages sont hors de proportion avec la salle, ce qui est nuisible
pour le bon effet de l'ensemble.


                   DEUXIME TAGE DU BARGELLO

                      _Via del Proconsolo_.
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  |         FAIT PARTIE DE LA SALLE I.         |             |
  |                                            | Tapisseries |
  |                  SCULPTURES                |             |
  |                                            |             |
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  |   SALLE  |                                 |             |
  |    IV.   |                                 |    SALLE    |
  |          |                                 |     II.     |
  | Tapisse- |                                 |             |
  | ries,    |               COUR              |             |
  | Sceaux   |                                 |             |
  |   et     |                                 | Faences et |
  | Monnaies |                                 |             |
  |          |                                 |Della Robbia.|
  |          |                                 |             |
  |          |                                 |             |
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  |    V     |                                 |             |
  |          |     Fresques, mdailles, etc.   |             |
  |  Marbres |                                 |     Fait    |
  |__________|_________________________________|             |
  |          |                                 |  partie de  |
  |          |                                 |             |
  |          |                                 | la chapelle |
  |  SALLE   |                                 |             |
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  \ Via della Vigna
    Vecchia


+Salle II+.--_Bas-reliefs_ en terre cuite maille par les
DELLA ROBBIA. Les plus anciens, bleus sur fond blanc, sont d'Andrea; il
faut remarquer deux _Vierges_, dont l'une a un joli socle en grs du
style de Donatello. Les moins anciens sont de Giovanni et polychromes:
_Annonciation_, _Adoration de l'Enfant_ (1521), _Piet_,
_Jsus et Madeleine_, _saint Dominique_ et cinq _Saintes_.

Trois vitrines contiennent des faences.

1.--_Urbino_. Vases, coupes et plats: dcor raphalesque.

2.--_Urbino_, avec sujets. _Deruta_ et _Gubbio_, trs
fins.

3.--_Faenza, Florence et divers_. Belle collection avec quelques
pices hors ligne. Buste en terre cuite donn comme tant le _portrait
de Charles VIII, roi de France_ et l'oeuvre d'ANTONIO DEL POLLAJUOLO.

Coupe en verre de Venise bleu, avec dcoration peinte reprsentant le
_Triomphe de la Justice_ suivie des autres _Vertus_ (XVe
sicle).


+Salle III+.--Dans la tour. Suite de tapisseries allgoriques des
Gobelins reprsentant les _Cinq parties du monde_, d'aprs LEONARDO
BERNINI (1719).

En revenant sur ses pas,  gauche de la salle I, on passe dans la:


+Salle V+ (marbres).--MINO DA FIESOLE. Buste de _Rinaldo della
Luna_ (1461), figure d'un aspect svre.

ANDREA VERROCCHIO. Curieux haut relief reprsentant la femme d'un
Tornabuoni, _Francesca Pitti_, morte en couches, et la remise de
l'enfant au pre plor.

ANDREA VERROCCHIO. Portrait en bas-relief de _Frdric Montefeltro_,
de profil  gauche; portrait en bas-relief de FRANCESCO SFORZA, de profil
 droite.

BENEDETTO DA MAJANO. Buste de _Pietro Mellini_, le donateur de la
chaire de Santa Croce, tte trs nergique, couture de rides; il est
vtu d'une robe qui couvre ses paules et o sont figurs des rinceaux de
damas.

MINO DA FIESOLE. Bas-relief. Buste de _Jeune femme_ et _Sainte
Famille_.

ANTONIO DEL POLLAJUOLO. Buste dit le _Jeune Guerrier_, en terre
cuite. Cette oeuvre admirable est marque du caractre puissant du matre.
La tte imberbe, d'une nergie farouche et indomptable, est encadre de
cheveux coups  la florentine et casque d'une chimre. La cuirasse
forme un buste bomb dont les bras sont absents; Pollajuolo y a
reprsent en bas-relief ses sujets favoris. D'un ct Hercule terrassant
l'hydre de Lerne, et de l'autre Hercule vainqueur du sanglier
d'rymanthe.

Un second buste en terre cuite, connu sous le nom du _Prtre
Florentin_, a t indment attribu  Antonio del Pollajuolo dont il
n'a aucun des caractres; il parat plutt tre l'oeuvre de BENEDETTO DA
MAJANO. C'est un jeune homme coiff  la florentine, sans barbe, et
portant une soutanelle ajuste avec une ligne de petits boutons.


+Salle VI+ (marbres).--VERROCCHIO. _La Vierge et l'Enfant
Jsus_. Bas-relief.

VERROCCHIO. _Buste de femme_ serrant un petit bouquet sur sa
poitrine. Tte plate peu agrable.

MATTEO CIVITALI. _La Foi_ (bas-relief). Gracieuse figure de jeune
femme assise dans une niche. Ses mains sont jointes en adoration devant
le calice que lui apportent des chrubins. Une des rares oeuvres de ce
matre charmant dont les compositions sont presque toutes  sa ville
natale, Lucques.

MINO DA FIESOLE. Buste de _Pierre de Mdicis le Goutteux_.

MINO DA FIESOLE. Mdaillon. _La Vierge et l'Enfant_.

BENEDETTO DA MAJANO. _Saint Jean_. Le saint, sous les traits d'un
adolescent en tunique de peau de mouton, est maigre et dcharn.

SANSOVINO. Statue de _Bacchus_, jeune, levant une coupe.

MICHEL-ANGE. _Apollon_ (statue bauche). Il est adoss contre un
tronc d'arbre, flchissant la jambe droite place sur une lvation, et
regarde en arrire. Il porte sa main gauche  hauteur de l'paule droite
pour saisir une flche dans un carquois. Cette oeuvre, quoique  peine
tire du bloc, est admirable et rappelle la beaut des statues antiques.


+Salle IV+ (sceaux et monnaies).--Suite de six tapisseries des
Gobelins d'aprs Oudry. _Chasses de Louis XV_.



VIA DEL PROCONSOLO.


+PALAZZO NONFINITO+ (occup par le tlgraphe). Construit en 1592
par BUONTALENTI. Lourde faade du style Barocco.

Au numro 10 le +PALAZZO DE RASTI+ (anciennement Quaratesi) a t
construit par BRUNELLESCHI dans le style des beaux palais de Florence; il
porte les armoiries des Pazzi, ses anciens propritaires.

+L'GLISE DE LA BADIA+ fonde en l'an 1000 et reconstruite en 1285
par ARNOLFO DI CAMBIO, fut remanie en 1625 par Sgaloni qui ne conserva
de l'difice prcdent que le chevet et le ravissant clocher octogonal de
1330, dont la flche de pierre forme avec la tour du Bargello un des
points de vue les plus caractristiques de Florence.

MINO DA FIESOLE obtint, aprs avoir termin le monument de Salutati 
Fiesole, la commande des deux tombeaux qui dcorent la Badia:

1 A droite de l'entre. _La Vierge assise avec l'Enfant entre deux
diacres_; bas-relief  trois divisions o Mino n'est rest que trop
fidle au retable de la chapelle de Salutati.

2 Dans le bras gauche du transept, _tombeau du comte Hugo_,
bienfaiteur de l'glise (1481).

Dans ces deux monuments, Mino copia, pour ainsi dire, les tombeaux du
Marsuppini et de Bruni de Santa Croce, plaant les sarcophages sous une
arcade et les surmontant de l'effigie couche des dfunts.

Dans la chapelle de la famille del Bianco,  gauche de l'entre, le
tableau d'autel: _l'Apparition de la Vierge  saint Bernard_, a t
peint en 1480 par FILIPPINO LIPPI, encore  cette poque dans l'atelier
de Botticelli. Saint Bernard, en robe blanche drape  la perfection, est
assis devant un rocher lui servant d'ermitage, dans les anfractuosits
duquel sont placs ses livres. Le pupitre o il crit est dispos sur un
tronc d'arbre, mais il interrompt son travail et reste plong dans une
profonde adoration au moment o la Vierge lui apparat et vient poser la
main sur son manuscrit. La Vierge est entoure d'un groupe charmant de
petits anges tout surpris de se trouver sur la terre et qui, par leur
attitude, manifestent leur curiosit. Dans le bas du tableau, le
donateur,  mi-corps, vtu d'une robe noire  revers rouges, joint les
mains en prire.

Cette composition, charmante de dlicatesse et d'expression, a conserv
toute sa vivacit de coloris, et l'ensemble est si parfait qu'on peut
vraiment la considrer comme le chef-d'oeuvre de Filippino Lippi.

+Le clotre+ est entour de deux tages de portiques. Sous le
portique suprieur sont conserves des fresques d'ANTONIO SOLARIO LE
ZINGARO (1512) d'un joli ton dor. Toutes ces peintures retracent la
_Vie de saint Benot_ et semblent comme la prparation aux fresques
si remarquables traitant le mme sujet  l'glise de San Severino, 
Naples.

L'oeuvre de la Badia, fort intressante, montre des perspectives trs bien
traites et des groupements harmonieux. Quelques-unes de ces compositions
sont mme de premier ordre; il faut citer:

A.--_Saint Benot enfant prie aux cts de sa mre_.

B.--_Saint Benot reoit l'habit_.

C.--_Apparition d'un ange pour inviter le saint  la vie monacale_.

D.--Portique avec des moines agenouills et debout.

E.--_Maure sauve Placide qui se noie_.

F.--_Repas des moines_.

G.--_Seigneurs et dames  cheval_.

+CASA BUONARROTI+ (Muse Michel-Ange, 64, Via Ghibellina).--Cette
maison o Michel-Ange vcut  Florence fut consacre au XVIIe sicle par
son arrire-neveu le pote, son homonyme,  la gloire de son grand-oncle.
Il la fit dcorer, en 1620, par les meilleurs artistes de ce temps, de
fresques et de peintures sur toile o sont retracs les principaux faits
de la vie de Michel-Ange.

La Casa Buonarroti est en somme un muse intime et fort ingal, o, 
ct de documents crits, lettres autographes, papiers de famille,
dessins d'architecture et croquis de toute sorte, brillent quelques
pices inestimables, comme le bas-relief de la Guerre des Centaures et
des Lapithes, celui de la Vierge assise avec l'Enfant, l'esquisse du
David, le modle en terre cuite de la Vierge de Mdicis, et enfin ce
merveilleux carton  la sanguine d'une Vierge avec l'Enfant, morceau de
toute beaut, d'une incomparable matrise.


+Chambre I+.--_Combat des Centaures et des Lapithes_, une des
premires oeuvres de Michel-Ange. Il avait dix-sept ans quand il entreprit
ce travail. C'est une composition de style hroque o tous les
personnages sont nus et o rgne dans la mle une tonnante fougue
pique; ce morceau non termin garde encore les traces du ciseau. La
jeunesse du matre se rvle par de certaines inexpriences; il n'a pas
introduit de varit dans les formes et toutes les figures ont une
saillie si faible qu'elles en sont comme dprimes; pourtant on y
reconnat dj quelques traits de cet idal dont la poursuite sera la
constante obsession de sa vie.


+Chambre II+.--_Dessins originaux_. Cadre I.--N 2.--Buste de
Cloptre bizarrement coiffe. Elle est entoure d'un serpent qui lui
mord le sein.

N 3.--Belle tte de vieille femme de profil.

Cadre 9.--N 75.--Projet de faade pour Saint-Laurent de Florence.

Cadre 13.--N 65.--Esquisse primitive du _Jugement dernier_.

Cadre 14.--N 70.--Sacrifice d'Abraham.

Cadre 15.--N 75.--La Vierge allaitant l'Enfant. Ce dessin de toute
beaut est au crayon noir, rouge et blanc.

Cadres 25, 26, 27, 30, 31, 32.--Divers plans des fortifications de
Florence,  la plume, au crayon rouge et au bistre, faites pendant le
sige de 1529.

Dans la +Chapelle+ se trouve l'admirable bas-relief (n 72) de _la
Vierge assise avec l'Enfant_ auquel elle donne le sein. Cette
composition que Michel-Ange excuta  la fois en marbre et en bronze,
vers l'ge de seize ans, est influence par le gnie de Donatello et
montre la forte emprise qu'un tel matre exera sur lui par son ralisme
viril et son naturalisme puissant. Mais tout grand que soit Donatello, ce
qui ds l'abord le diffrencie profondment de son gnial lve, est que
chez l'un l'oeuvre se double volontiers du portrait et recherche
l'individualit, tandis que chez l'autre la conception tout idale
jaillit de son puissant cerveau pour ainsi dire par gnration spontane.

N 78.--_La Vierge avec l'enfant Jsus_. Maquette en terre cuite,
pour le groupe en marbre de la nouvelle sacristie de Saint-Laurent. La
tte manque.

Bibliothque. Armoire V.--N 10.--_David_. Deux petites statuettes
en cire, dlicieuses et premires bauches du _David_ colossal de
l'Acadmie des Beaux-Arts.

+INSTITUT PHILHARMONIQUE+ (83, Via Ghibellina).--Dans l'escalier,
protge par des volets, est la curieuse fresque du GIOTTINO,
l'_Expulsion du duc d'Athnes_ chass de Florence en 1308, le jour
de la Sainte-Anne. Aussi l'artiste a-t-il peint sainte Anne remettant aux
nobles florentins agenouills  ses cts les tendards de la ville et du
peuple, pendant qu'au fond de la fresque saint Zenobe chasse de son trne
le duc, qui fuit en barque sur l'Arno.

+PIAZZA SANTA CROCE+ o se trouvent le monument moderne du Dante, le
Palazzo dell'Antella dcor de fresques de 1610 en partie effaces, et
enfin, sur le ct est, la faade moderne de l'glise Santa Croce.

+SANTA CROCE+ fut construite par ARNOLFO DEL CAMBIO en 1294 pour les
Franciscains. L'architecte tait tenu par son contrat  lever une
glise comme il convient  l'humilit d'un ordre mendiant, c'est--dire
une glise dont les dimensions contiendraient tout un peuple appel par
la vogue extraordinaire dont l'ordre jouissait alors, mais o tout
viserait uniquement  la simplicit et  la pauvret en rapport avec
l'esprit de l'ordre. Aussi les dispositions d'Arnolfo furent-elles
svres et froides dans le dtail, mais grandioses par les immenses
dimensions de la nef et des bas-cts, dont l'aspect majestueux rappelle
la basilique antique. Mais les transepts et la branche suprieure de la
croix,  peine figure par un choeur court et mesquin, ne rpondent
aucunement  ces proportions.

Au milieu du mur terminal s'ouvre, en guise de choeur, une sorte de
chapelle accompagne de chaque ct de cinq chapelles moins importantes,
ouvertes sur les transepts. A ces chapelles du mur oriental s'en ajoutent
quatre autres, deux ouvertes sur le mur occidental et deux fermant les
transepts.

Il tait de mode, ds le XIVe sicle, de se faire enterrer  Santa Croce
et toutes les grandes familles de Florence y avaient leurs caveaux. Cet
usage se perptua si bien que l'glise est devenue en quelque sorte le
panthon de l'Italie. Les tombes qu'elle contient appartiennent  toutes
les poques et se trouvent soit adosses aux murs des bas-cts, soit
encastres dans le pav de l'glise.

Place trop haut, au-dessus du portail de l'glise, est la belle statue
de _Saint Louis de Toulouse_ par DONATELLO. Ses vtements, d'une
grande somptuosit, sont d'une excution pousse  l'extrme.

_La chaire_, le chef-d'oeuvre de BENEDETTO DA MAJANO, d'une extrme
lgret, malgr son excessive richesse, fut excute en 1475. Pour ne
pas dranger les lignes de son monument, Benedetto dissimula l'escalier
de la chaire dans un des piliers auxquels elle est adosse, qu'il creusa
 cet effet, et qu'il ferma par une dlicieuse porte en marqueterie
ouverte sur le bas-ct. La chaire, en marbre blanc, est pentagonale, et
ses cinq pans, spars par des colonnettes portes sur des consoles, sont
consacrs  l'histoire de saint Franois traite  la manire de
Ghiberti, c'est--dire avec des bas-reliefs en ronde bosse au premier
plan, pour finir au fond par des mplats.

1.--_Le Pape approuvant l'ordre des Franciscains_.

2.--_La destruction des livres hrsiarques_.

3.--_Saint Franois recevant les Stigmates_.

4.--_Obsques du Saint_.

5.--_Martyre de Franciscains_.

Cinq petites niches intermdiaires contiennent des statuettes de _la
Foi_, de _l'Esprance_, de _la Charit_, de _la
Justice_ et de _la Force_ qui sont peut-tre ce que la sculpture
de la premire Renaissance a produit de plus parfait.

+Nef de droite+.--_Monument de Michel-Ange_, rig en 1570 et
oeuvre de VASARI. Des trois figures de la Sculpture, de l'Architecture et
de la Peinture, la moins mauvaise, celle de l'Architecture, est de
GIOVANNI DEL OPERE. Si Michel-Ange avait jamais pu prvoir que Vasari lui
lverait un jour un tel tombeau, sa mort certes en serait devenue amre.

Sur le pilier, au-dessus du bnitier, _Madonna del Latte_,
bas-relief de ROSSELLINO.

_Cnotaphe du Dante_, affreux monument de 1829.

_Monument d'Alfieri_ par CANOVA, rig par la comtesse d'Albany.

_Monument de Machiavel_, de 1787.

_Tombeau de Lanzi_.

DOMENICO VENEZIANO (attr.  Andrea Castagno). Ces deux petites fresques
reprsentent _Saint Jean-Baptiste_ et _Saint Franois d'Assise_
sous les traits d'asctes dcharns. La critique a rendu ces peintures 
Domenico Veneziano, tant leur ressemblance est frappante avec le tableau
de la salle de Lorenzo Monaco au muse des Offices et tant les figures de
ces deux Saints en semblent dtaches.

L'_Annonciation_, tabernacle sculpt en 1406 pour la chapelle
Cavalcanti par DONATELLO. Cet ouvrage d'un jeune homme de dix-neuf ans
est le plus pur et le plus suave des hauts-reliefs de Donatello; il s'y
trouve une proccupation d'lgance et de noblesse rares dans ses autres
oeuvres. Dans l'attitude de la Vierge l'affterie coudoie la grce et la
recherche se mle  l'motion; debout, retourne vers l'Ange, elle met la
main sur son coeur pour indiquer sa soumission  la nouvelle qu'il lui
apporte. Quant  la figure de l'Ange, un genou en terre, la main droite
releve, elle est d'un si incomparable mouvement par son expression
idale, par son admirable pondration entre l'action et le mouvement,
qu'elle ne saurait tre dpasse.

Donatello a plac ses personnages au milieu d'une tonnante architecture
dont les pilastres les enferment dans une sorte de cadre profond. Il a
surmont le fronton de deux petits gnies en terre cuite, premiers et
dlicieux essais de ces figures d'enfants dans lesquelles il tait
destin  passer matre.

Tombeau du secrtaire d'tat florentin _Leonardo Bruni_, mort en
1444, par ROSSELLINO.

Sur un soubassement form de guirlandes retenues par des enfants, repose
le sarcophage de forme antique, svre et pure, dcor uniquement de deux
anges soutenant le cartouche de l'inscription, tandis que deux autres
anges portent sur leurs ailes tendues la civire o repose la superbe
effigie du dfunt. Cette partie infrieure du monument est d'une grande
beaut; la partie suprieure, un peu lourde, est mal venue. Le sol de
Santa Croce est jusqu' cette hauteur dall de _plaques tombales_
trs simples des XIVe et XVe sicles, portant presque toutes des
armoiries.

A partir des transepts, elles deviennent beaucoup plus belles et
remontent, pour la plupart,  la fondation de l'glise. Ce sont des
monuments giottesques o les effigies sont sculptes en relief.

+Transepts+ (Bras droit).--1--_Chapelle Castellani_ ou du
Saint-Sacrement. Elle est dcore de fresques trs abmes d'AGNOLO GADDI
relatives  _Saint Nicolas_ et  _Saint Jean-Baptiste_ d'une
part, et  _Saint Antoine_ et _Saint Jean l'vangliste_ de
l'autre (1380).

_Saints Franois_ et _Antoine de Padoue_, belles statues en
terre blanche vernisse de LUCA DELLA ROBBIA.

2--Entre cette chapelle et la suivante, joli petit monument gothique de
1327.

3--+Chapelle Baroncelli+, aujourd'hui _Giugni_ (extrmit du
transept).

_Fresques_ de la Vie de la Vierge par TADDEO GADDI (1352-1356),
ouvrage mdiocre.

4--Sur le mur de droite, _la Vierge  la ceinture_, fresque de
Menardi.

5--+Chapelle  droite+ du passage de la sacristie.

_Le combat de l'archange saint Michel_, fresque du temps de Cimabue.



                               SANTA CROCE

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|                  +CHAPELLE CASTELLANI.--TADDEO GADDI+                 |
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|   ANNONCIATION  |   VISITATION    |     JOACHIM     |   VISION DE     |
|                                   |     CHASS          JOACHIM       |
|                 |                 |     DU TEMPLE   |                 |
|                                   |                                   |
|   ______________|______________   |   ______________|______________   |
|  |              |              |m |  |              |              |m |
|  |              |              |u |  |RENCONTRE A LA| NAISSANCE DE |u |
|  | LA NAISSANCE |              |r |  |PORTE DORE   | LA VIERGE    |r |
|  | DE JSUS     |   NATIVIT   |  |  |--            |              |  |
|  | ANNONCE AUX |              |d |  |La plus       |     [2]      |g |
|  | BERGERS      |              |e |  |remarquable de|              |a |
|  |              |              |  |  |ces fresques  |              |u |
|  |______________|______________|f |  |______________|______________|c |
|  |              |              |o |  |              |              |h |
|  |              |              |n |  |PRSENTATION  |              |e |
|  | LA NAISSANCE |              |d |  |AU TEMPLE.    |              |  |
|  | DE JSUS     |  ADORATION   |  |  |Personnages   | MARIAGE DE   |  |
|  | ANNONCE     |  DES         |  |  |disproportion-| LA VIERGE    |  |
|  | AUX MAGES    |  MAGES       |  |  |ns. Mauvaise |              |  |
|  |              |              |  |  |architecture  |              |  |
|  |              |              |  |  |du Temple     |              |  |
|__|______________|______________|__|__|______________|______________|__|


[Note 2: La femme qui apporte une corbeille sur sa tte, celle qui
tient l'enfant et celle en vert qui est agenouille  ct, ont inspir
Ghirlandajo pour le mme sujet  Santa Maria Novella.]

       *       *       *       *       *

8--+Chapelle Peruzzi+. Elle contient deux fresques, oeuvres
admirables de GIOTTO, d'une conservation prcieuse.

Celle de droite reprsente les _Funrailles de Saint Jean
l'vangliste_. Le saint s'lance de sa tombe vers le Christ qui vient
le chercher. D'un mouvement souple et plein de vie il s'lve vers Jsus
qui l'attire  lui et l'enveloppe de ses rayons, tout en planant dans le
ciel. Autour de la fosse bante se presse le groupe des disciples de
Saint Jean, qui contemplent tonns la scne prodigieuse accomplie sous
leurs yeux. Quelques-unes de ces figures peuvent compter parmi les plus
admirables crations des Trecentisti; le disciple pench vers le tombeau
pour s'assurer qu'il est vide, celui qui d'un superbe mouvement s'abrite
les yeux pour n'tre pas aveugl par les rayons divins et enfin une
figure de vieillard absorb dans la prire sont des oeuvres magistrales.

La fresque de gauche, d'un sentiment plus archaque, est consacre 
l'histoire de _Saint Jean-Baptiste_ et prsente en deux parties, 
gauche, la dcollation, le festin d'Hrode, la danse de Salom, et sur la
droite, la remise  Hrodiade de la tte de saint Jean, par Salom 
genoux.

Les autres fresques places au-dessus des prcdentes, compltent
l'histoire des deux Saints, mais elles ont t tellement restaures qu'il
est impossible d'y retrouver la facture large et les belles qualits du
matre.


                               SANTA CROCE
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|                      CHAPELLE PERUZZI.--(GIOTTO)                      |
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| |   SAINT JEAN L'VANGLISTE    |  |  |       ZACHARIE CHASS       | |
| |   A PATHMOS                   |  |  |       DU TEMPLE             | |
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| |                               |  |  |ZACHARIE ORDONNE| NAISSANCE  | |
| |         RSURRECTION          |  |  |QUE SON FILS    | DE SAINT   | |
| |         DE DRUSANIA           |  |  |S'APPELLE JEAN  | JEAN-      | |
| |                               |  |  |                | BAPTISTE   | |
| |_______________________________|  |  |________________|____________| |
| |                               |  |  |                |SALOM      | |
| |                               |  |  |                |APPORTE A   | |
| |      MORT DE SAINT JEAN,      |  |  |REPAS D'HRODE. |HRODIADE   | |
| |      IL EST ENLEV AU CIEL    |  |  |DANSE DE SALOM.|LA TTE DE  | |
| |                               |  |  |                |SAINT JEAN  | |
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|          _Mur de droite_           |          _Mur de gauche_         |
|                                    |                                  |
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9--+Chapelle Bardi+.--Sur ses deux murs GIOTTO a reprsent la
_Lgende de Saint Franois d'Assise_. Malheureusement ces fresques,
dcouvertes en 1853 sous le badigeon, comme celles de la chapelle
Peruzzi, ont subi de telles restaurations qu'il ne reste plus que l'ide
potique et leve de la composition.

10--+Le Choeur+ est dcor de fresques d'AGNOLO GADDI consacres 
l'_Invention de la Croix_, XIVe sicle; compositions un peu grises,
d'un mdiocre intrt.

+Transept gauche+.--11, 12, 13.--Chapelles sans intrt.

14--+Chapelle dei Pulci+.--Fresques de BERNARDINO DADDI.
_Martyres de Saint tienne et de Saint Laurent_.

Sur l'autel, _bas-relief_ de JEAN DELLA ROBBIA.

15--+Chapelle Saint-Sylvestre+.--_Fresques de Saint
Sylvestre_, par MASO DI BANCO, XIVe sicle.

Tombeau de _Uberto di Bardi_, dont le sarcophage sculpt occupe la
partie infrieure.

Autre tombeau du XIVe sicle; ces monuments appartiennent  l'cole
Pisane et sont encastrs sous de profondes niches ogivales.

16--+Chapelle Nicolini+.

17--+Chapelle Salviati+, o se trouve le fameux _Crucifix de
Donatello_ fait en concurrence avec celui de Brunelleschi plac 
Sainte-Marie Nouvelle.

+Nef de gauche+.--_Monument_ du secrtaire d'tat _Carlo
Marsuppini_, mort en 1445, par DESIDERIO DA SETTIGNANO. Plac en face
de celui de Bruni, il en reproduit la disposition gnrale, mais avec
plus de richesse et peut-tre aussi plus de manirisme.


                               SANTA CROCE
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|                     CHAPELLE BARDI--GIOTTO (Fresques)                 |
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| |    APPROBATION DE LA RGLE    |  |  |   SAINT FRANOIS S'ENFUIT   | |
| |    DE SAINT FRANOIS          |  |  |   DE LA MAISON PATERNELLE   | |
| |                               |  |  |                             | |
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| |                               |  |  |       APPARITION DE         | |
| |       PREUVE DU FEU          |  |  |       SAINT FRANOIS        | |
| |       DEVANT LE SULTAN        |  |  |       AUX RELIGIEUX         | |
| |                               |  |  |       D'ARLES               | |
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| |SAINT FRANOIS  |SAINT FRANOIS|  |  |                             | |
| |MALADE BNISSANT|APPARAISSANT  |  |  |       FUNRAILLES DE        | |
| |LES MOINES DU   |A UN VQUE   |  |  |       SAINT FRANOIS        | |
| |COUVENT D'ASSISE|              |  |  |       [3]                   | |
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|           _Mur de droite_          |          _Mur de gauche_         |
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Note 3: _Le saint tendu sur une civire est
entour de moines agenouills dont les attitudes expriment la profonde
douleur.

A gauche, le clerg avec bannires de deuil telles
qu'elles sont encore employes aujourd'hui.

Dans le haut, le saint est enlev au ciel par les anges_]

       *       *       *       *       *

_Monument de Galile_.

+Sacristie+.

(Le couloir qui s'ouvre dans le bras droit du transept conduit  la
sacristie et  la chapelle des Mdicis.)

La sacristie est une admirable salle carre dont la charpente apparente a
conserv sa dcoration primitive. Elle est entoure sur deux cts
d'armoires basses du XIVe sicle, en marqueterie de citronnier et
d'bne  dessins gomtriques. En arrire de ces armoires, le mur est
revtu d'un lambris du XIVe sicle galement en marqueterie, dont chaque
panneau est spar par des pilastres  arabesques toutes diffrentes et
rajoutes au XVe sicle. Les admirables vitrines et les lambris qui
entourent le reste de la sacristie sont l'oeuvre de BENEDETTO DA MAJANO,
et rien n'est plus simple et plus riche  la fois que la mosaque de bois
traite de manire  faire presque partie de l'architecture. Ces vitrines
contiennent des missels dont quelques-uns sont fort beaux.

Le mur de droite est dcor de trois grandes fresques, _le Chemin de la
Croix_, _la Crucifixion_ et _la Rsurrection_.

Une magnifique grille du XIVe sicle, en fer forg, spare la sacristie
de la chapelle Rinuccini ouverte en face de l'entre. Cette chapelle est
dcore des fresques excutes en 1365 par GIOVANNI DA MILANO dans la
manire de Giotto ou, mieux encore, dans celle de son matre Taddeo
Gaddi, avec un sentiment plein de charme et de mouvement et une
perspective des mieux observes, pour l'poque.

A la vote, les _vanglistes_ peints  fresque, et au-dessus de
l'autel, le retable _Vierge et Saints_ sur fond d'or, sont galement
de GIOVANNI DA MILANO.

+La chapelle des Mdicis+ fut construite par MICHELOZZO pour Cosme
l'Ancien, le Pre de la Patrie. De chaque ct de l'autel, petits
bustes de _Saint Franois_ et de _Saint Bernard_ d'ANDREA DELLA
ROBBIA; au-dessous, _Vierge_ avec des _Saints_: figures
dtaches en blanc sur un fond bleu galement d'ANDREA; enfin, sur la
porte, le _Christ entour de deux anges_, du mme.

Bas-relief en marbre de l'cole de Donatello _Vierge accroupie avec
l'Enfant_ entre ses genoux et un groupe de trois anges.

Enfin, _Tabernacle_ de MINO DA FIESOLE, dont l'entre est garde par
quatre anges en haut relief.



                               SANTA CROCE
     SACRISTIE.--CHAPELLE RINUCCINI.--FRESQUES DE GIOVANNI DI MILANO
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|          _Mur de droite_           |          _Mur de gauche_          |
|MADELEINE LAVE LES PIEDS DU CHRIST. |                                   |
|LES SEPT PCHS CAPITAUX SOUS LA    |                                   |
|FORME DE CHAUVES SOURIS S'ENVOLENT  |     JOACHIM CHASS DU TEMPLE      |
|AU-DESSUS DU TOIT.                  |                                   |
|_Les perspectives de cette fresque  |                                   |
| sont remarquables_                 |                                   |
| [1]                            [2] |                                   |
|__________________________________  |  _________________________________|
|                  |               | | |                |                |
|                  |               | | |RENCONTRE A LA  | NAISSANCE DE   |
|  JSUS CHEZ      |               | | |PORTE DORE     | LA VIERGE      |
|  MARTHE ET MARIE | RSURRECTION  | | |--              |                |
|                  | DE LAZARE     | | |La plus         |                |
|       [3]        |               | | |remarquable de  |                |
|                  |               | | |ces fresques    |                |
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|                  |               | | |                |                |
|                  |               | | |                |                |
|APPARITION A      |  MIRACLE      | | |                |                |
|MARIE MADELEINE.  |  DE SAINTE    | | |  PRSENTATION  | MARIAGE DE     |
|LES SAINTES FEMMES|  MARIE        | | |  AU TEMPLE     | LA VIERGE      |
|AU TOMBEAU        |  MADELEINE    | | |                |                |
|                  |               | | |      [5]       |                |
|       [4]        |               | | |                |                |
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[Note 1: Serviteur desservant descendant un escalier.]

[Note 2: Serviteur apportant un plat par une porte entr'ouverte.]

[Note 3: Cette fresque est traite avec un ralisme tonnant, Marie
accroupie devant Jsus, Marthe en tablier de cuisine.]

[Note 4: Ce groupe est admirable, ainsi que les trois Anges qui
l'arrtent  l'entre du tombeau.]

[Note 5: Cette fresque est curieuse  comparer avec celle de Taddeo
Gaddi de la chapelle Castellani dont elle reproduit exactement les
dispositions, bien que lui tant trs suprieure.]

       *       *       *       *       *

+Le premier clotre+, bti par ARNOLFO DEL CAMBIO, s'tend  droite
de Santa Croce; il est de forme irrgulire; la galerie qui longe le mur
de l'glise  gauche est  un niveau plus lev que les autres, il faut y
accder par un escalier; derrire ses belles arcades en marbre noir et
blanc, les murs sont dcors de fresques trs effaces de l'cole de
Giotto, au-dessus desquelles sont alignes les armoiries sculptes des
familles qui reposent dans le Campo Santo, les Alamanni, les Pozzi, les
della Torre, etc...

Au milieu du clotre s'lve la statue de Dieu le Pre, une des moins
mauvaises de Baccio Bandinelli. Sur le ct qui fait face  l'entre se
trouve la +chapelle des Pazzi+, rendus clbres par la conspiration
contre les Mdicis. Elle a t construite en 1420 par BRUNELLESCHI et est
un des plus lgants, des plus purs spcimens de l'architecture
classique. Elle est prcde d'un vestibule dont la vote en berceau
repose sur six colonnes  chapiteaux corinthiens, au milieu desquelles
s'ouvre une grande arcade coupant une ravissante _frise_ compose de
petits mdaillons contenant des ttes de chrubins sculptes par
DONATELLO.

Toutes ces petites ttes, plus charmantes les unes que les autres, sont
varies  l'infini et ont chacune leur expression.

La vote du vestibule,  la hauteur de la grande arcade mdiane, est une
coupole  cassettes mailles de diverses couleurs. Une seconde frise
avec des ttes de chrubins rgne galement sous le portique et s'tend
sur le mur de la chapelle; les mdaillons en terre cuite qui la composent
sont dus  DESIDERIO DA SETTIGNANO.

+L'intrieur+ de la chapelle, en forme de croix grecque, est orn de
pilastres corinthiens en granit; malgr sa petitesse, l'harmonie de ses
proportions en fait une oeuvre parfaite. Elle est surmonte d'une coupole
dont les pendentifs sont orns de quatre mdaillons en terre maille
polychrome des DELLA ROBBIA, reprsentant les quatre vanglistes
accompagns de leurs attributs. Enfin, sa partie suprieure est dcore
de douze superbes mdaillons de LUCA DELLA ROBBIA, reprsentant les douze
Aptres assis.

+L'ancien rfectoire+ se trouve sur le ct droit du clotre; le mur
du fond a conserv les fresques qui dcoraient entirement la salle. Dans
le bas est un trs curieux et trs beau _Cenacolo_ de TADDEO GADDI,
o le Christ et les Aptres sont simplement figurs assis derrire la
table, sans qu'aucun dtail d'architecture ou aucune fantaisie
imaginative attnue la grandeur de la scne. Judas, trs laid, isol en
avant, est seul  ne pas avoir la tte entoure du nimbe dor en relief
dont sont encadres celles de Jsus et des autres Aptres.

Au-dessus de cette belle composition est une grande fresque de FRANCESCO
DE VOLTERRA (fin du XIVe sicle) dont le sujet, des plus intressants,
montre le _Christ en croix entour du groupe des Saintes Femmes_;
saint Franois  genoux devant la croix l'embrasse. La croix forme la
souche de l'arbre gnalogique des Franciscains, entre les rameaux duquel
sont reprsents tous les membres clbres de l'ordre. Sur les cts sont
quatre scnes de la _Lgende de saint Franois d'Assise_. Enfin 
gauche du rfectoire s'ouvre une petite salle o une fresque de Giovanni
reprsente _la Multiplication des pains_, miracle opr par saint
Franois.


                               SANTA CROCE

                               RFECTOIRE
                  L'Arbre gnalogique de Saint Franois
                      et de l'ordre des Franciscains

                           FRANCESCO DA VOLTERRA
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|   St FRANOIS    |                 |                 |   St FRANOIS   |
|                  |                 |                 |                 |
|   RECEVANT       |                 |                 |   TENT         |
|                  |                 |                 |                 |
|   LES            |                 |                 |   PAR           |
|                  |                 |                 |                 |
|   STIGMATES      |                 |                 |   LE DIABLE     |
|                  |                 |                 |                 |
|                  |                 |                 |                 |
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|   St FRANOIS    |                 |                 |    LA           |
|                  |                 |                 |                 |
|                  |     SAINTES     |    RELIGIEUX    |    MADELEINE    |
|   ET             |                 |                 |                 |
|                  |     FEMMES      |                 |                 |
|                  |                 |                 |                 |
|   St BENOIT      |                 |                 |                 |
|                  |                 |                 |                 |
|                  |                                   |                 |
|                  |          SAINT FRANOIS           |                 |
|                  |                                   |                 |
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|                         LA CNE DE TADDEO GADDI                        |
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+Le second clotre+, construit par BRUNELLESCHI, s'tend  droite du
premier et appartient aujourd'hui  la caserne tablie dans l'ancien
couvent des Franciscains.

+SAN AMBROGIO+.--A gauche de l'entre on a dcouvert un fragment de
fresque de l'cole de GIOTTO, reprsentant _le Martyre de Saint
Sbastien_. Le Saint est attach  un pilastre, les pieds reposant sur
une console place  une certaine hauteur, de sorte que les archers qui
lui dcochent des flches tirent en l'air, tandis qu'un ange lui apporte
la palme du martyre. Sur le ct gauche de la nef est une petite niche
sculpte, dont les montants sont couverts d'arabesques; elle contient une
charmante statuette de _Saint Sbastien_, oeuvre de LEONARDO DEL
TASSO (XVe sicle); les deux anges en grisaille, peints dans la partie
suprieure, et la petite Annonciation qui est place dessous dans un
mdaillon sont de FILIPPINO LIPPI.

La chapelle  gauche du choeur est dcore d'une fresque de COSIMO
ROSSELLI, reprsentant le _Miracle de l'Enfant Jsus_ apparaissant
dans le ciboire pendant la communion. La scne se passe au seuil d'une
glise, devant un palais, et prsente une foule de personnages  costumes
florentins du XVe sicle, trs habilement groups (1486).

Au fond de la chapelle, un _tabernacle_ en marbre blanc, de MINO DA
FIESOLE, reproduit le mme miracle.




RIVE DROITE (EST)----+DE SANTA CROCE A SAN MARCO+

SANTA MADDALENA DE PAZZI; SANTA MARIA NUOVA, MUSE
ARCHOLOGIQUE ET DES TAPISSERIES, INNOCENTI, SANTA ANNUNZIATA,
ACADMIE, GLISE ET COUVENT SAN MARCO, LO SCALZO.


_SAINTE MADELEINE DES PAZZI+ (1, Via delle Colonne).--+La salle du
Chapitre+ contient une grande fresque du PRUGIN, _le Christ en
croix_, peinte entre 1492 et 1496, l'ouvrage le plus important que
Florence possde de l'artiste, matresse oeuvre par la noblesse des
figures, la gravit des attitudes, la richesse du coloris et enfin la
beaut du paysage. Le Christ sur la Croix avec la Madeleine plore,
comme crase de douleur  ses pieds, occupe le milieu de la fresque.
Spars du groupe principal par des pilastres et des arcatures se
trouvent la Vierge et saint Benot d'un ct et saint Jean avec saint
Bernard de l'autre. Le rel dfaut de ce parti pris a t de couper
l'action o les personnages, isols et spars les uns des autres par
l'architecture, ne semblent pas relis  la scne principale dont
l'intrt rside dans le groupe de la Madeleine et du Christ.

+ARCISPEDALE DE SANTA MARIA NUOVA+.--Ce grand hpital fut fond au
XIVe sicle par Falco Portinari, le pre de la Batrice du Dante. La
faade de +l'glise San Egidio+ qui en dpend fut au XVIe sicle
augmente d'un portique, oeuvre de Buontalenti, sous lequel deux fresques
trs restaures sont intressantes en ce qu'elles sont ce qu'au XVe
sicle on appelait des fresques de _Crmonie_, c'est--dire des
compositions destines  commmorer un vnement. L'une, par LORENZO DE
BICCI, fut peinte en 1420 et reprsente la conscration de l'glise par
le cardinal Correz, en prsence du pape Martin V. L'autre, excute en
1435 par GHERARDO, rappelle les privilges accords  l'hpital par le
pape Martin V,  la requte du cardinal Correz.

La porte de l'glise San Egidio est dcore du _Couronnement de la
Vierge_ (1420), bas-relief en terre cuite de LORENZO DE BICCI. A
l'intrieur, derrire l'autel, a t plac un charmant bas-relief en
bronze maill d'ANDREA DELLA ROBBIA, _la Vierge et l'Enfant_. Le
dlicat tabernacle du matre-autel est l'oeuvre commune de ROSSELLINO et
de GHIBERTI. Les anges en adoration sont du premier, et le bas-relief en
bronze de la porte fait d'autant plus honneur au second qu'il est d'une
plus grande simplicit.

+GALERIE DE PEINTURE DE L'HOPITAL+ (25 et 29, place Santa Maria
Nuova).

N 104.--ANDREA DEL CASTAGNO. _Crucifiement_. Lunette provenant du
clotre de l'hpital. Le Christ est entre la Vierge, saint Jean et deux
bndictins agenouills. Les figures de la Vierge et de saint Jean,
animes par la plus grande des douleurs, sont de premier ordre.

(Au n29, sur le pilier du premier tage.)

+A+.--Bas-relief en terre cuite rehausse de peintures, _la
Vierge, l'Enfant, Saint Jean et deux Anges_ de l'cole de Donatello.

+F+.--Admirable haut relief en terre cuite du VERROCCHIO. La Vierge,
en buste, tient l'enfant debout sur un coussin. Verrocchio a certainement
model d'aprs nature ce groupe d'une beaut et d'une vrit accomplies.

+Salle I+.--Nos 48, 49, 50.--HUGO VAN DER GOES. _L'Adoration des
Mages_, triptyque peint  Bruges, vers 1400, pour Francesco Portinari,
agent des Mdicis dans cette ville. C'est l'ouvrage le plus important et
le chef-d'oeuvre de ce matre excellent. Si le sujet principal,
l'Adoration des Mages, est d'un ensemble plutt dfectueux avec des plans
mal observs et des figures sans lgance ni charme, les dtails sont en
revanche d'une rare perfection et la coloration d'une fracheur et d'un
clat incomparables. Les deux volets, de toute beaut, furent pour le
portrait l'cole o les artistes florentins du XVe sicle vinrent
apprendre leur art. Sur le volet de gauche, le donateur, Francesco
Portinari, et ses deux jeunes fils sont agenouills en avant de leurs
patrons, saint Antoine abb et saint Mathieu. Sur le volet de droite, sa
femme agenouille lui fait face; coiffe du hennin et vtue du riche
costume flamand, elle est accompagne de sa fille, jeune enfant d'une
dizaine d'annes; leurs visages, ainsi que ceux de sainte Marguerite et
de sainte Madeleine debout derrire elles, respirent la srnit et
portent l'expression idale des figures des Memling et des Van der
Weyden.

+N23+.--BOTTICELLI. _Vierge et l'Enfant, Saint Jean-Baptiste et
anges_.

Cette oeuvre de sa jeunesse a longtemps t attribue  Fra Filippo Lippi,
tant il y est encore influenc par la manire de son matre. La Vierge se
penche vers l'Enfant couch sur ses genoux qui lui tend les bras, tandis
que deux anges dlicieux les contemplent. La tte, entoure de lgers
voiles d'une disposition complique, est ravissante de grce.

N 71.--FRA BARTOLOMMEO. _Le Jugement dernier_. Cette grande
fresque, peinte de 1498  1499, est malheureusement mal conserve. Elle
n'en constitue pas moins, telle qu'elle est, un ouvrage d'une haute
porte artistique, premire oeuvre o l'art italien ait uni au sentiment
profond des primitifs, la noblesse et la beaut des formes, telles que
les concevait la Renaissance.

Par la belle ordonnance du demi-cercle o sont rangs les Saints, par la
rigoureuse observation de la perspective, par la profondeur de
l'inspiration, cette composition est si remarquable que Raphal l'a
place, presque intgralement, dans la partie suprieure de la Dispute du
Saint-Sacrement, peinte, en 1508, pour les chambres du Vatican.

+L'ANCIENNE GLISE SANTA MARIA DEGLI ANGIOLI+ (Via degli Angioli)
sert de bibliothque  l'hpital. Dans un de ses clotres est conserve
une belle fresque d'ANDREA DEL CASTAGNO, le _Christ en Croix entre la
Vierge, saint Jean, la Madeleine_ au pied de la croix et deux
bndictins agenouills de chaque ct, composition d'un sentiment et
d'une facture admirables.

+MUSE ARCHOLOGIQUE, PALAIS DE LA CROCETTA+. +Le premier
tage+ renferme le Muse gyptien et deux des plus riches collections
qu'ait l'Italie en antiquits trusques et en numismatique italienne du
moyen ge et de la Renaissance.

Le MUSE TRUSQUE se compose des objets dcouverts dans des fouilles
faites  Chiusi, Orvieto, Grossetto et dans les nombreuses ncropoles
mises au jour autour de ces villes.

+La Salle II+ contient dans des vitrines toute la srie des vases
trusques depuis l'poque la plus recule jusqu' l'apoge de cet art
(VIe sicle avant J.-C.).

Ces vases contenaient les offrandes aux morts ou servaient d'urnes
cinraires; ils sont, en grande partie, dcors des emblmes relatifs 
leur emploi, soit de colombes ou de coqs chargs d'carter des cendres
les mauvais esprits, soit de panthres ou de cavaliers symbolisant, les
uns les animaux dvorants, les autres le transport des mes. Les poteries
de ce temps, presque toutes en terre noire, ont des formes admirables.

+La Salle IV+ renferme une trs belle collection de petits bronzes
trusques d'un grand intrt: groupes, candlabres, armures avec traces
de dorure, miroirs, etc., etc.

+La Salle V+ possde quelques pices hors ligne.

+A+.--Statue de Minerve de grandeur naturelle, superbement drape.
La tte a un grand caractre, les orbites vides des yeux taient remplis
par des pierres prcieuses (Arezzo).

+B+.--Statue d'orateur; portrait de Metellus, fils de Vesia, citoyen
de Chiusi (IIe sicle avant J.-C.). Cette pice clbre a t dcouverte
prs du lac Trasimne (1570).

+C+.--Chimre affectant la forme d'un lion; sa queue, faite d'un
serpent, vient mordre une tte de bouc greffe sur le dos de l'animal.
Cette tte fantastique, remarquable comme mouvement et comme tude
approfondie de la forme, appartient  la plus belle priode de l'art grec
(IVe sicle avant J.-C.) (Arezzo)

+D+.--_Situla_, petit vase suspendu, de la plus belle poque
trusque, il fut trouv  Bolsne en 1871. Primitivement dor, orn de
bas-reliefs de la plus extrme finesse, il reprsente Vulcain ramen 
l'Olympe par Bacchus et Ariane.

Une vitrine isole renferme des merveilles.

N 1.--_Tte de jeune homme_ (IIe sicle avant J.-C.).

N 2.--Statuette de _Bacchus avec un gnie ail sur les paules_
(IVe sicle avant J.-C.).

N 3.--_Statuette de Jupiter_ (copie grecque du IIe sicle avant
J.-C., d'aprs Phidias).

N 4.--Statuette de _Castor conduisant un cheval_ (art trusque
d'aprs l'art grec, IVe sicle avant J.-C.).

N 5.--_Minerve Medica_.

N 6.--_Athn_, statuette trs archaque.

N 9.--Statuette d'_Hercule_ (IIIe sicle avant J.-C.).

+Salle IV+.--Au milieu de la salle, le fameux _Vase Franois_,
ainsi nomm de son premier propritaire, est orn de peintures divises
en bandes sur lesquelles sont reprsentes les chasses de Mlagre,
Thse et le Minotaure, le combat des Lapithes et des Centaures, les
funrailles de Patrocle, les noces de Ple et de Thtis, la procession
des dieux quittant l'Olympe pour y assister, Bacchus et Vulcain, un
combat des Pygmes contre les Grues, et enfin, sur les anses, la lutte
autour du corps d'Achille. Cette belle oeuvre grecque est du VIe sicle
avant J.-C.

+Salle VIII+.--_Sarcophage_ en terre cuite de _Larthia
Seranthia_. La dfunte, le torse redress sur son lit funbre, le bras
gauche relev sur un coussin, tient un miroir et procde  sa toilette.
Ce splendide monument de la plastique chiusienne a conserv de nombreuses
traces de peinture (IIe sicle avant J.-C.).

+Salle IX+.--I. _Sarcophage en albtre_, non dcor de
sculptures, mais peint  tempera, de scnes reprsentant les combats des
Lapithes et des Centaures (art trusque, Ve sicle av. J.-C).

II. _Sarcophage en albtre_ ayant conserv les traces de sa
dcoration polychrome. Sur le couvercle en ronde bosse, le mari, le torse
nu, appuie la main sur l'paule de sa femme assise  ses pieds qui relve
son voile pour le regarder; elle porte un collier d'or et ses cheveux ont
conserv leur peinture rouge (Ve sicle avant J.-C.).

III. _Sarcophage de pierre_ galement en ronde bosse. Aux pieds du
dfunt, une Parque accroupie lui montre le rouleau de sa vie termine.

IV. _Statue cinraire_ en terre cuite de la Mater Matuta des
Chiusiens. Elle est assise dans un fauteuil, tenant dans ses bras un
enfant couch. La tte mobile sert de couvercle  l'urne contenue dans
l'intrieur du corps (Ve sicle avant J.-C.).

DEUXIME TAGE. +GALERIE DES TAPISSERIES (ARAZZI)+.--La plupart des
tapisseries proviennent de la fabrique de Florence fonde par le
grand-duc Cosme Ier sous la direction de Nicolas Karcher et de Jean van
Boost de Bruxelles. Aprs leur mort, l'atelier fut tenu par des Italiens
et devint une vritable cole, si bien que ce fut Pierre Lefvre,
franais d'origine et directeur vers 1630, qui, appel avec un brevet par
Louis XIV en 1648, cra aux Tuileries un atelier o seraient appliqus
les procds italiens et dvelopps les procds franais des
manufactures riges sous Henri IV, tandis que la manufacture de
Florence, ds 1744, cessait d'exister.

+Salle I+.--Brocarts des XVme, XVIe et XVIIe sicles.

+Salle II+.--Devant l'autel de Sainte-Marie Nouvelle, _le
Couronnement de la Vierge_, superbe broderie du XVe sicle.

+Salles III, IV, V+.--Broderies et toffes.

+Salle VI+.--Tapisseries de Florence aux armes des Mdicis (XVIIe
et XVIIIe sicles). _Les quatre lments_ d'aprs Moro.

+Salle VII+.--Tapisseries flamandes du XVIe sicle.

+Salle VIII+.--Tapisseries de Florence (XVIe sicle).

+Salle IX+.--Suite des mmes tapisseries. _Ensevelissement du
Christ_ (Florence, XVIe sicle).

Nos 118 et 119.--_Ecce Homo_ et _Dposition_ (Florence, XVIe
sicle).

+Salle XII+.--_Histoire d'Esther_. Trois tapis sries des
Gobelins d'aprs Audran, XVIIIe sicle, splendides pices de cette suite
connue.

+Salle XIII+.--Suite de l'_Histoire d'Esther_. Les costumes
turcs, remarquables, sont interprts avec la fantaisie du XVIIIe
sicle.

+Salle XIV+.--Trois tapisseries flamandes du XVIe sicle tisses
d'or.

N 74.--Srie de tapisseries du XVIe sicle reprsentant des ftes
donnes  l'occasion du mariage d'Henri II et de Catherine de Mdicis.

+Salle XV+.--Nos 67, 68, 69.--Suite de la mme srie.

+Salle XVI+.--Six bandes de tapisseries allemandes du XVIe sicle,
_Histoire de David et de Bethsabe_.

N 66.--_Baptme du Christ_ (Flandres, XVe sicle).

+Salle Galerie XVII+.--Nos 67, 68.--_Enlvement de Proserpine_
et _Chute de Phaton_, d'aprs les cartons de Bernin (Florence,
XVIIIe sicle).

Nos 53, 54, 55, 56.--Admirable srie de tapisseries des Flandres du
XVIe sicle. Cette collection, la plus belle du muse, se compose de
quatre pices de grandes dimensions tisses d'or. Les sujets en sont:
_la Cration de l'homme_, _la Cration de la femme_, _la
Tentation_, _Adam et ve chasss du Paradis_. Le paysage, la
composition et le coloris de ces tapisseries sont de toute beaut.

N 51.--_Triomphe de desse_, d'aprs Coypel (Gobelins, XVIIIe
sicle).

Nos 42, 50.--_Histoire de Phaton_, d'aprs Allori (Florence,
XVIIe sicle).

+Salle XIII+.--_Fte champtre_.

+Salle XIV+.--Cinq scnes de la _Passion_ (Florence, XVIIe
sicle).

+Salle XX+.--Trois scnes de la mme srie, d'aprs Allori.

+Salle XXI+.--_Les Douze Mois de l'anne_, d'aprs Bacchiacco
(Florence, XVIe sicle).

+Salle XXII+.--Sept tapisseries avec grotesques sur fond jaune,
d'aprs Bacchiacco (Florence, XVIe sicle).

+LA PLACE DE L'ANNUNZIATA+ est borde  droite par l'hospice des
Enfants-Trouvs, les _Innocenti_,  gauche par la confrrie des
Servi di Maria, btiments identiques, entre lesquels s'ouvre, au fond de
la place, l'glise de l'Annunziata. A l'angle de la Via dei Servi, le
palais Manelli, de 1565, est une construction en brique de Buontalenti.
Au milieu de la place, la statue questre du grand-duc Ferdinand Ierest
la dernire oeuvre de Jean de Bologne, coule en 1608 avec le bronze des
canons enlevs aux Turcs.

De chaque ct, deux fontaines de Ph. Rocca, places en 1629, sont ornes
de monstres marins.

+L'HOSPICE DES ENFANTS-TROUVS+ fut construit en 1421 par FRANCESCO
DELLA LUNA, d'aprs les plans laisss par son matre Brunelleschi; il
avait t command par la corporation des tisseurs de soie. Le
rez-de-chausse est bord d'un beau portique prcd de marches qui, du
ct de la place, offre entre ses arcatures des mdaillons en terre
vernisse blanche sur fond bleu, excuts en 1460 par ANDREA DELLA
ROBBIA. Ces mdaillons, au nombre de quatorze, reprsentent chacun un
enfant emmaillot, chef-d'oeuvre de grce et de dlicatesse. Dans ces
figures varies  l'infini, la manire d'Andrea diffre dj profondment
du style simple et svre de Luca et se rapprocherait bien plutt, par
une recherche de douceur et de charme excessive, de celui des Ghiberti ou
des Benedetto da Majano. La lunette de la porte de la Chapelle, o l'on
entre par la cour, est occupe par une Annonciation, magnifique
bas-relief maill d'Andrea della Robbia.

Au-dessus de l'autel de la chapelle +Santa Maria degli Innocenti+,
le GHIRLANDAJO a peint, en 1488, une belle adoration des Mages fortement
influence, semble-t-il, par le Van der Goes de l'hpital Santa Maria
Nuova. Cette page runit  un haut degr les qualits du Ghirlandajo; non
seulement il s'y rvle dessinateur mrite et savant coloriste, mais
bien encore dans les moindres dtails il pousse la conscience  l'excs
et reste irrprochable comme excution.

En face des Enfants-Trouvs le btiment des +SERVI DI MARIA+ fut
galement construit, sur les plans laisss par Brunelleschi, par ANTONIO
DA SANGALLO.

+L'GLISE SANTA ANNUNZIATA+ date de 1250, mais depuis elle fut
agrandie et constamment modifie. Sous le mauvais pristyle qui la
prcde, lev en 1650 par CACCINI, s'ouvrent trois portes. Celle de
gauche donne accs au clotre de l'ancien couvent des Servites, celle de
droite  la chapelle des Pucci, et enfin celle du milieu au parvis dcor
de fresques qui prcde l'glise. Ces fresques, abrites maintenant
contre les intempries par une galerie vitre, furent en grande partie
excutes par Andrea del Sarto et sont un des plus beaux monuments du
grand art italien.

+A+.--_Saint Philippe donnant son habit  un malade_.

+B+.--_Joueurs frapps de la foudre pour s'tre moqus de saint
Philippe_.

+C+.--_Gurison d'un possd_.

+D+.--_La mort de saint Philippe_.

+E+.--_Un enfant guri par le contact du manteau de saint
Philippe_.

L'artiste excuta ces peintures dans sa jeunesse, vers 1510. Le paysage a
quelque importance, mais n'est pas suffisamment trait; ce ne sont plus
les fonds idaliss et mystrieux des primitifs, et d'autre part les
artistes de l'poque d'Andrea sont encore loin de la perfection des
matres qui rendront plus tard si merveilleusement la nature; ce sont des
oeuvres d'une poque de transition, n'ayant plus les qualits des anciens
matres, sans pour cela avoir encore celles des nouveaux. Dans les
fresques de l'Annunziata les personnages manquent de mouvement, mais leur
dfaut principal est l'absence de la foi profonde, de l'motion et des
sentiments vrais qu'auraient mis dans un tel sujet les Quatrocentisti.

A droite, deux belles compositions d'Andrea del Sarto sont trs
suprieures aux prcdentes.

1 _L'Adoration des Mages_ bien groupe, avec le portrait de
Sansovino tourn vers le spectateur, et au premier plan le portrait du
peintre par lui-mme.

2 _La Naissance de la Vierge_ (1514), reprsente dans une riche
chambre du XVIe sicle avec des femmes portant les beaux costumes de
l'poque. Au milieu de cette fresque remarquable, deux portraits de
femmes dont l'une est la Lucrezia Fede, la terrible femme de l'artiste.

Les trois mdiocres fresques suivantes sont dues  des amis ou  des
lves d'Andrea: _Le Mariage de la Vierge_ par FRANCIABIGIO (1513).
_La Visitation_ par le PONTORMO (1516). _L'Assomption_ par
ROSSO (1517).

+L'intrieur de l'glise+, dcor au XVIIe sicle avec une triste
somptuosit, consiste en une nef unique sur laquelle donnent des
chapelles latrales, et qui aboutit  une grande rotonde o se trouve le
choeur entour de chapelles rayonnantes. A gauche de l'entre, sous un
baldaquin du XVIIe sicle de trs mauvais got, s'ouvre la chapelle
della Vergine Annunziata, construite aux frais de Pierre de Mdicis par
MICHELOZZO en 1448. Derrire l'autel, une Vierge miraculeuse, fresque du
XIIIe sicle, est l'objet d'une grande vnration.

Au-dessus de la porte qui conduit du croisillon gauche au clotre des
Servites est une fresque d'ANDREA DEL SARTO, la Madone au Sac
(_Madonna del Sacco_), peinte en 1525, et justement considre comme
un chef-d'oeuvre; elle est d'une grce charmante avec des figures bien
groupes. Saint Joseph debout, appuy sur un sac, lit  ct de la Vierge
assise  terre. Prs de la fresque d'Andrea est le _tombeau des
Falconieri_, fondateurs de l'glise: sarcophage support par des
consoles. Dans le deuxime clotre, grande statue de _Saint
Jean-Baptiste_ en terre cuite, bel ouvrage o MICHELOZZO a reproduit
le Saint Jean qu'il avait plac dans le fameux reliquaire du muse du
Dme.


ACADMIE DES BEAUX-ARTS (46, Via Ricasoli)

+Salle I+.--N 31.--BALDOVINETTI. _La Trinit_.

N 27.--ANGELICO. Retables.

+Salle  Coupole+.--MICHEL-ANGE. _David_.--Le _David_ fut
sculpt en 1501 par Michel-Ange tout jeune, qui fut rappel de Rome tout
exprs pour tirer d'un gigantesque bloc de marbre mal venu, une colossale
statue destine  tre place devant le Palais Vieux. Loin d'tre arrt
par cette difficult de mtier, jamais Michel-Ange ne semble avoir t
plus en possession de son admirable talent, plus matre de son art, que
dans cette juvnile figure o la justesse des rapports, la perfection du
model et le fini parfait excitent la plus vive admiration. Le matre a
choisi l'instant o le hros va lancer sa fronde, et l'attente du geste
dcisif est parfaitement marque par l'expression svre et concentre du
visage qui frappe par sa ressemblance avec celui du _Saint Georges_
d'Or San Michele, ce chef-d'oeuvre de Donatello.

MICHEL-ANGE. bauche pour un _Saint Mathieu_. C'est la seule bauche
des statues des Aptres que Michel-Ange devait excuter pour Sainte-Marie
des Fleurs, oeuvre infiniment intressante, puisqu'elle permet de saisir
sur le fait son procd de travail et sa proccupation de mener de front
l'tude de la forme et la recherche de l'effet. Dans l'espce de grande
dalle o la statue est encore engage, il semble que le matre ait
dessin au ciseau toutes les valeurs, jusqu' donner  l'oeuvre l'aspect
du bas-relief ou  produire l'impression d'un puissant et singulier
carton.


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                |                                |
                |               V                |
                |      SALLE DU PRINTEMPS        |
                |                                |
                |________________________________|
                |                    |
                |                    |
                |       DESSINS      |
                |                    |
                |____________________|
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       _________|      SALLE         |                           /
      |         |      D'ANGELICO    |              Via Ricasoli
      |         |                    |                           \
      |         |                    |
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      |         |                                             |
      | II      |                  SALLE I                    | E
      |         |                                             | N
      | SALLE   |                  PRIMITIFS                  | T
      |         |                                             | R
      | A       |                                             | 
      |         |_____________________________________________| E
      | COUPOLE |                                             |
      |         |                                             |
      |         |                                             |
      |         |                    COUR                     |
      |         |                                             |
      |         |                 INTRIEURE                  |
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      |                        SALLE III                      |
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+Grande Salle III+.--N 36.--MASACCIO. _La Conception_.

Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant. Il est intressant de constater dans
cette oeuvre de jeunesse du matre, combien son idalisme d'alors tait
dj combattu par son entranement au ralisme et au naturalisme.

N 41.--FRA FILIPPO LIPPI. _Couronnement de la Vierge_, oeuvre
tardive de 1441. Ce grand tableau, malheureusement trs abm, est
surcharg de personnages; de plus, comme le sujet principal est plac sur
le second plan, il en perd toute grandeur. Le dfaut ordinaire de Lippi,
qui est de raplatir la tte de ses figures, a t pouss ici  un
dsagrable excs. Dans ce tableau, Lippi s'est peint lui-mme  genoux
et les mains jointes.

N 42.--FRA FILIPPO LIPPI. _L'Annonciation_, belle prdelle de 1441.

Nos 37 et 39.--ANDREA DEL CASTAGNO. _Sainte Madeleine_ et _Saint
Jean-Baptiste_, figures asctiques d'un grand caractre.

N 38.--ANDREA DEL CASTAGNO. _Saint Jrme en prire_.

N 32.--GENTILE DA FABRIANO. _Adoration des Mages_. Ce chef-d'oeuvre
clbre fut peint pour Palla Strozzi en 1423. Sorte d'Angelico ombrien,
Gentile voque un monde tout idal, tout fantaisiste; il couvre ses
personnages de vtements somptueux o l'or tient la plus grande place,
mais un or trait  la manire des icnes byzantines, c'est--dire en
relief avec des incrustations et des gravures. Son got prononc pour la
zoologie se traduisit par la recherche des animaux extraordinaires qu'il
a figurs dans le cortge des Mages. Peu de tableaux laissent une aussi
dlicieuse impression de posie et de fracheur.

N 34.--FRA ANGELICO. _La Dposition de la Croix_. Ce chef-d'oeuvre,
d'une simplicit grandiose, est d'une perfection de composition, d'une
profondeur de sentiment, d'une puret de dessin qui en font une des plus
impressionnantes oeuvres du XVe sicle. La croix occupe le centre, et le
corps du Christ en est dtach par saint Jean accompagn d'un groupe de
disciples qui soutiennent le cadavre. D'autres groupes admirables sont
composs de la Vierge, des Saintes Femmes et d'hommes qui contemplent
avec commisration les instruments de la Passion montrs par l'un d'eux.

Les montants du cadre sont garnis de douze dlicates petites figures de
saints et les trois gbles qui le surmontent reprsentent _la Visite
des Saintes Femmes au tombeau_, _la Rsurrection_ et _l'Apparition  la
Madeleine_. Pour bien apprcier cette oeuvre de premier ordre, il faut se
faire  un coloris d'une vivacit et d'une crudit de tons rares, mme
chez l'Angelico.

N 43.--ANDREA VERROCCHIO. _Baptme de Jsus-Christ_. On a longtemps
considr ce tableau comme la seule peinture complte du Verrocchio, mais
on est arriv  reconnatre que l'oeuvre, loin d'avoir jamais t acheve
par lui, avait t termine par son lve, Lonard de Vinci. La seule
part attribue maintenant  Verrocchio est la figure de saint
Jean-Baptiste et le paysage du fond. L'artiste, avec le caractre plutt
abrupt de son talent et sa passion de l'anatomie et de la vrit, a
trouv un sujet digne de lui dans la figure raliste et asctique du
prcurseur, modele en pleine lumire. Cette partie, un peu dure, forme
un saisissant contraste avec les deux dlicieuses figures d'anges
agenouills que Lonard a traites en clair obscur, avec tout le charme
de son incomparable gnie.

N 46.--SANDRO BOTTICELLI. _La Vierge, l'Enfant Jsus, la Madeleine,
sainte Catherine, saint Damien, saint Cosme et divers saints_. Un des
premiers ouvrages de Sandro et non des meilleurs. Les figures sont encore
trs influences de celles de son matre, POLLAJUOLO.

N 47.--SANDRO BOTTICELLI. _Couronnement de la Vierge_. Un des plus
grands tableaux d'autel du matre.

N 52.--SANDRO BOTTICELLI. _La Vierge sur un trne entre des anges et
des saints_. Ces deux tableaux prouvent surabondamment combien le
talent de Botticelli tait rebelle aux sujets religieux.

N 49.--FRA FILIPPO LIPPI. La belle _Madone avec quatre Saints_ sous
une architecture, est une des bonnes oeuvres du matre. Elle est
remarquable par la facture des vtements.

N 50.--GHIRLANDAJO. _L'Adoration des Bergers_, peinte vers 1485,
est  peu prs analogue  celle des Innocenti. L'influence de Van der Goes
et de l'oeuvre de l'hpital Santa Maria Nuova y est galement sensible.
Cet ouvrage,  bien des gards, est excellent; on y retrouve la
scrupuleuse conscience de Ghirlandajo et, grce  son coloris plus calme,
il est d'un aspect plus agrable que le retable des Innocenti.

N53.--PIERRE PRUGIN. _Le jardin de Gethsemani_.

N 56.--PIERRE PRUGIN. _Crucifixion_. Ces deux tableaux furent
peints par le Prugin vers 1496, c'est--dire  cette priode de sa vie
o, par son absence de conviction artistique, il sacrifiait exclusivement
 la grce et  l'affterie et laissait dans ses compositions une large
place  de beaux paysages de convention.

N 55.--PIERRE PRUGIN. _Assomption_, avec quatre saints dans le bas
du tableau.

Cette grande composition, trs conventionnelle, date de l'poque des
fresques du Cambio avec lesquelles elle a de grands rapports de manire
(1500).

N 58.--PIERRE PRUGIN. _Pieta_. Ce tableau clbre est une oeuvre de
jeunesse intressante par sa singulire ordonnance et son architecture
classique. Malheureusement l'expression des visages et l'attitude des
personnages sont toujours de la plus dsolante banalit.

N 54.--LUCA SIGNORELLI. _La Vierge avec le Christ, deux Saints et les
archanges Michel et Gabriel_. Remarquable tableau d'autel d'un coloris
vif et fondu tout  la fois.

N 57.--FILIPPINO LIPPI. _Descente de Croix_. Ce tableau d'autel,
rest inachev par suite de la mort de Filippino (1504), fut repris et
termin par le Prugin.

N 59.--ANDREA DEL SARTO. _Quatre Saints_.

N 63.--Prdelle de ces tableaux avec la Vie de ces Saints. Ces deux trs
belles compositions sont de la mme poque et de la mme manire que les
admirables fresques des Scalzo (1528).

Il est intressant de constater combien,  cette date, Andr del Sarto
tait impressionn par le gnie d'Albert Drer.

N 66.--FRA BARTOLOMMEO. _Apparition de la Vierge  saint Bernard_,
oeuvre de jeunesse (1506) avec encore un peu de scheresse dans les
contours et malheureusement d'une mauvaise conservation.

N69.--FRA BARTOLOMMEO. _Saint Vincent_.

Nos 78 et 82.--FRA BARTOLOMMEO. _Ttes d'Aptres_. Ces morceaux de
fresques sont de premier ordre et donnent le plus utile renseignement sur
la hauteur de vues, la noblesse de sentiments et la belle intgrit
artistique du Frate.

+Salle IV (Salle d'Angelico)+.--Cette salle contient un vritable
trsor d'oeuvres de l'Angelico qui, avec des qualits diffrentes, sont
toutes inspires de son exquise posie symbolique et mystique.

N 41.--_Le Jugement dernier_. Composition o se meuvent une
multitude de petites figures d'une excution relativement peu soigne
pour l'Angelico. La partie la plus intressante du tableau est constitue
par une ravissante farandole de petits anges qui se droule dans le
Paradis, au milieu d'une prairie maille de fleurs.

Si Angelico est, par excellence, le peintre des joies clestes, il est
moins apte  exprimer l'angoisse et la douleur des damns, aussi la
partie de l'enfer laisse-t-elle  dsirer.

N 16.--Six petits panneaux. _Vies et supplices des saints Cosme et
Damien_.

Nos 11, 24.--Huit panneaux diviss en compartiments et formant
trente-cinq sujets de la Vie de Jsus-Christ. Ils sont d'ingale valeur
et plusieurs sont de la main de Baldovinetti. Toutefois, quelques-uns,
comme finesse et perfection, sont de vraies miniatures. Parmi ceux-ci:
_la Fuite en gypte_, _la Flagellation_, _le Portement de
Croix_, _Jsus dpouill par les soldats et les Saintes Femmes au
tombeau_ sont hors ligne.

N 20.--_Couronnement de la Vierge_, petit mdaillon de la plus
grande finesse.

N 21.--_Le Christ  mi-corps, debout dans le tombeau_, entour de
toutes les _scnes de la Passion_. Cette belle conception,
particulirement affectionne par l'Angelico, est d'un dessin large et
savamment model.

PIERRE LORENZETTI.--Quatre pisodes trs archaques de la _Vie de saint
Nicolas de Bari_.

N 31.--FRA BARTOLOMMEO. _Savonarole sous l'aspect de saint Pierre
martyr_.

N 18.--PRUGIN. Beaux portraits de _Baldassare Monaco_ et de _don
Biagio Milanesi_, moines de Vallombreuse. La beaut, la simplicit et
la svrit de ces deux profils de moines les ont longtemps fait
attribuer  Raphal comme oeuvre de jeunesse.

+Salle V+.--Cartons.--Collection d'admirables cartons de Fra
Bartolommeo.

Carton du _David_, de Michel-Ange.

+Salle VI+.--N 22.--ANTONIO DEL POLLAJUOLO. _Saint Augustin_,
g. Admirable figure d'vque debout, cross et mitr.

N 23.--ANTONIO DEL POLLAJUOLO. _Sainte Monique_, superbe figure de
vieille femme, pendant du prcdent.

N 24.--VERROCCHIO. _Tobie et les trois Archanges_.

Les archanges Michel, Gabriel et Raphal accompagnent le jeune Tobie
retournant chez son pre. Cette oeuvre admirable est une des premires du
Verrocchio et l'analogie du type des Archanges avec ceux du _David_
au Bargello et du _Saint Jean-Baptiste_ dans le _Baptme_ de
l'Acadmie est frappante.

La gravit, la noblesse et la beaut des figures, la minutieuse recherche
des anatomies, le ralisme scrupuleux pouss jusqu'aux moindres plis des
vtements, enfin la posie du dlicieux paysage du fond, tout concourt 
placer ce tableau parmi les productions les plus parfaites des
Quatrocentisti.

N 19.--LUCA SIGNORELLI. _La Madeleine agenouille au pied de la
Croix_. Cette page a la duret et la crudit de couleur trop
ordinaires chez Signorelli, dfauts amplement rachets du reste par la
beaut de la composition et la profondeur et l'motion uniques chez lui.

Le fond en perspective reprsente la Dposition, la Mise au spulcre, et
la Visite des Saintes Femmes au tombeau.

N 16.--DOMINIQUE GHIRLANDAJO. _Vierge entre des anges et divers
saints_, excellent ouvrage de jeunesse.

N 12.--FRA FILIPPO LIPPI. _Naissance de Jsus-Christ_, retable de
mdiocre valeur, seulement intressant comme tant le tableau de l'autel
de la chapelle Riccardi auquel aboutissait toute la composition de
Benozzo Gozzoli.

Nos 6, 7, 8, 9.--SANDRO BOTTICELLI. _Le Christ
ressuscitant_.--_Salom avec la tte de Saint
Jean-Baptiste_.--_Visions de Saint Augustin_.--_Mort de Saint
Augustin_.--Quatre adorables petits panneaux oblongs.

N 20.--SANDRO BOTTICELLI. _L'archange Raphal et Tobie_, tableau
trs abm, mais d'un dlicieux sentiment. Les deux figures, rapproches
de celles du tableau du Verrocchio, expliquent l'attribution errone de
cette peinture faite longtemps  Sandro. Au bas, petite figure
agenouille du donateur Strozzi, dont les armes occupent le haut du
tableau.

N 27.--SANDRO BOTTICELLI. _Allgorie du Printemps_, tableau excut
en 1462 sur la commande de Pierre de Mdicis et destin avec celui du
muse des Offices, l'Arrive de Vnus  Cythre,  sa villa de
Castello. C'est un chef-d'oeuvre de paganisme mythologique, interprt
avec toute la subtilit, tout le raffinement d'un dcadent de la
Renaissance. Il puisa son sujet dans le passage du cinquime livre de
Lucrce, o le pote dcrit ainsi le rveil de la nature:

Sur l'aile de Zphyr le doux Printemps renat et Vnus daigne sourire
aux champs rajeunis. Sur leurs pas Flore, mre facile, panche ses
parfums et maille les prs de ses dons enchanteurs.

Comment Botticelli a-t-il traduit la pense de Lucrce? Dans un bois,
figur par des arbres chargs de fleurs et de fruits, dont les
silhouettes noires sont violemment dcoupes sur un ciel ple, s'ouvre
une clairire seme de mille fleurs, traites avec la patiente minutie de
la miniature. Sur ce chemin fleuri s'avance Vnus prcde des Grces et
de Mercure, et suivie de la figure allgorique du Printemps. Flore,
poursuivie par Zphyr, occupe l'extrme droite du tableau, et l'Amour,
les yeux bands, vole au-dessus des groupes en dcochant ses flches.

Les sept personnages, presque aussi grands que nature, sont traits avec
l'art le plus consomm autant par la perfection du dessin que par
l'agrment du coloris. Les femmes, avec les formes lances et un peu
grles chres  Botticelli, sont vtues de gazes transparentes voilant 
peine leur belle nudit. Une seule figure, la figure si nigmatique du
Printemps, porte une tunique complique, seme de fleurs sur fond blanc;
les cheveux fauves, coups court, encadrent son dlicieux visage et son
expression trange donne  sa physionomie quelque chose de problmatique
et de captivant. Les dimensions de cet ouvrage lui assureraient un rang 
part dans l'oeuvre de Botticelli, si d'ailleurs des qualits de premier
ordre ne l'y plaaient de droit.

+LE COUVENT DE SAN MARCO+, fond par les moines de l'ordre de
Saint-Sylvestre, fut concd aux dominicains par le pape Martin V, sur
les instances de Cosme l'Ancien, leur zl protecteur, auquel l'ordre
devait d'tre rentr  Florence aprs en avoir t prcdemment expuls.
Le couvent fut magnifiquement restaur par Michelozzo de 1436  1443, et
Fra Angelico de Fiesole passa plusieurs annes de sa vie  le dcorer de
ses fresques.

Le gnie de Giotto avait contenu en germe toute la peinture italienne,
c'est--dire l'idalisme et le ralisme. Par la grandeur des choses vues
de loin, il rehaussa la vrit des choses vues de prs estompes sur le
vif; en un mot, il conut le premier l'union du symbole et du portrait.

Un demi-sicle aprs la mort de ce grand homme, alors que s'panouissait
la gnration de ses lves, deux courants se formrent dont la source
remontait galement  son gnie. Tandis que des artistes tels que les
Masolino, les Masaccio ou les Fra Filippo Lippi dveloppaient la peinture
dans le sens de la vrit individuelle et du portrait, d'autres, comme
Fra Giovanni de Fiesole, s'attachaient au spiritualisme puis dans
l'oeuvre de Giotto ou inspir par le platonisme de Dante et donnaient le
jour  une peinture destine, semble-t-il,  illustrer les missels du
Paradis.

L'Angelico fut la plus haute manifestation de cet art et San Marco la
plus parfaite expression de son talent.

Les fresques multiples que renferme le couvent ne sont pas des oeuvres
destines  la critique ou au jugement d'un nombreux public. Elles
devaient, en dcorant des cellules o personne ne pntrerait, ne servir
qu' l'dification ou  l'enseignement des moines, et Angelico pouvait se
livrer, sans proccupation mondaine, tout entier  l'inspiration de son
me. Beaucoup de ces fresques, sans recherche d'anatomie ou de dessin
quelconque, sont trs lgrement indiques et c'est parfois de celles o
ces dfauts sont le plus accuss que se dgage l'impression la plus vive;
on les dirait claires par une sorte de lumire intrieure dans le
rayonnement de laquelle, toute trace de procd matriel s'effaant,
elles apparaissent comme dans une atmosphre de pure spiritualit.

Le mme tat d'me se manifeste au couvent de San Marco dans Baccio della
Porta, dit Fra Bartolommeo, devenu moine en 1501, sous l'impression
terrible qu'avait produite en lui la mort affreuse de son ami Savonarole.
Aprs plusieurs annes passes sans toucher  ses pinceaux, il les reprit
par ordre du prieur, et c'est de cette poque que datent toutes ses
admirables compositions religieuses o s'accuse si profondment le tour
extatique et mystique de son esprit.

Il reste enfin  parler du plus clbre des htes de San Marco, de celui
dont le nom a marqu dans l'histoire de son pays, de celui dont la pense
grave et austre tenta la rforme morale et religieuse d'une poque dj
dissolue: de Jrme Savonarole. A la fin du XVe sicle les regrets
causs par l'affaiblissement de la foi et la perte de la libert, les
carts des lettres et les prils de l'indpendance nationale provoqurent
 Florence une violente raction politique et religieuse dont l'aptre
fut Jrme Savonarole, un moine mystique doubl d'un tribun.

Cet homme sut, dans la paenne Florence d'alors, amener une rvolution
complte, il sut tablir une rpublique thocratique anime du souffle
divin et fonder sur la puissance populaire la rforme des moeurs et le
mpris des arts. Il tomba, sous le persiflage des libertins de la
Renaissance, sous les attaques de l'aristocratie, sous les foudres de la
papaut et sous ses propres excs, mais en laissant le souvenir pur d'un
aptre, d'un prophte et d'un martyr.

Jrme Savonarole naquit  Ferrare en 1452, et une vocation irrsistible
l'ayant entran vers les ordres, il entra en 1475 chez les dominicains
de Florence,  l'ge de vingt-trois ans.

Il fut d'abord destin  la prdication o, malgr sa foi ardente, son
locution difficile l'empcha de russir. Mais, loin de se dcourager, il
revint  l'tude de la Bible et, pendant quatre annes, se voua au
travail, au silence et  la solitude. Aussi, quand il quitta, pour
rentrer  Florence, le svre couvent de la Lombardie o il s'tait
retir, se considrait-il comme lu par Dieu pour ramener l'Italie  la
foi et aux bonnes moeurs par ses menaces et ses avertissements. Il la
regarda dsormais comme les prophtes regardaient la Jude, ne voyant
plus dans son peuple qu'une nation de prdilection, que Dieu, selon les
circonstances, soutenait ou chtiait impitoyablement.

Ainsi prpar et se croyant marqu du sceau divin, il recommena ses
prdications (1490) et avec des figures et des citations bibliques
flagella ses contemporains et les menaa, dans un langage violent et
pre, d'un redoublement de la colre cleste. La foule ds lors se pressa
autour de lui et il dut abandonner la salle du chapitre de San Marco o
il prchait sous la fresque de l'Angelico, pour le jardin du clotre et
ensuite pour l'glise San Marco. La ville tout entire fut alors
suspendue aux lvres du moine dont la parole terrible menaait l'Italie
des flaux de Dieu: la conqute, la servitude et la ruine si elle ne se
rformait pas dans les moeurs et dans le sicle.

La popularit de Savonarole lui valut la dignit de prieur et Laurent le
Magnifique, que sa parole inspire commenait  effrayer, put esprer que
cette lvation temprerait l'ardeur du moine. Mais cet espoir devait
tre du, car, loin de modrer sa fougue, Savonarole menaa de plus
belle Laurent et Florence des pires chtiments. L'vnement devait lui
donner raison, et l'entre des Franais  Milan allait bientt faire du
dominicain une terrible puissance politique et religieuse avec laquelle
il faudrait compter.

Pierre de Mdicis, le successeur de Laurent, exila Savonarole et lui
interdit l'usage d'une parole qui semblait complice de l'invasion; mais
bientt, Pierre ayant t chass lui-mme, les Florentins rappelaient
leur prdicateur et l'envoyaient en ambassade auprs du conqurant dont
il avait prdit la venue. Si toute son loquence fut impuissante 
empcher Charles VIII d'entrer  Florence, il obtint du moins l'immunit
pour elle et pour ses habitants et, une fois Charles et les Franais
partis, Savonarole resta le matre de la situation. Mis dans la ncessit
d'organiser un gouvernement, il dut se prononcer sur la meilleure forme 
donner  la Rpublique et dcrta une constitution dont les principes
taient la crainte de Dieu, l'intrt gnral primant l'intrt
particulier, l'oubli de toutes les anciennes haines, le pardon des
offenses, la remise de toutes les dettes contractes envers l'tat,
l'amnistie pour tous les dlits commis pendant les luttes des factions.

En donnant force de loi  cette paix universelle, Savonarole coupait
court  toute recherche du pass, dtournait toutes les vengeances, et
par cela seul les oeuvres de cet homme furent d'abord excellentes. Mais 
cette constitution politique devait toujours manquer le rouage essentiel,
celui d'une volont motrice unique. Cette volont, Savonarole la
considrait comme une manation divine, c'tait dcrter la politique de
prophtie et l'illuminisme en permanence. Cependant,  voir les prompts
rsultats de son systme, on put croire au couronnement de son oeuvre; en
effet, une transformation radicale s'tait opre dans Florence o l'on
n'entendait plus que des chants religieux, o les femmes se dpouillaient
de leurs parures, o les hommes ne marchaient plus que la Bible en main
et o les artistes abandonnaient les sujets profanes et leurs chres
tudes sur l'anatomie et sur l'antiquit pour se soustraire aux
tentations de la chair. Domin par cette obsession, Fra Bartolommeo se
fait moine, Botticelli brise ses pinceaux, Marsile Ficin et Ange Politien
se dtournent des lettres profanes et deviennent les amis et les
disciples du moine, Machiavel passe de l'tude de Tite-Live  celle du
Deutronome et enfin Michel-Ange, pntr de l'esprit mme de Savonarole,
se voue presque exclusivement  la peinture et  la sculpture religieuses
dans leurs interprtations les plus dsoles et les plus farouches.

La situation de Savonarole devenait pourtant de jour en jour plus
prilleuse, car l'illuminisme, si dangereux dj dans la direction des
mes, est un cueil insurmontable dans le gouvernement des intrts, et
le moine avait beau dire: Je ne me mle pas des affaires de l'tat, le
peuple florentin, dont il tait devenu le prophte et le juge, exigeait
de lui secours efficace, aide et protection. Ce n'tait pas assez pour
satisfaire Florence, qu'au moment de la seconde campagne d'Italie,
Savonarole et obtenu le dpart de Charles VIII; elle avait espr de
lui, qu'outre la libert reconquise, il lui ferait reprendre les villes
rvoltes contre son autorit, auxquelles le passage des Franais avait
rendu l'indpendance. Aussi les Florentins murmuraient contre Savonarole
et lui faisaient un grief de ce que la Rpublique puist en pure perte
ses condottieri et son argent, comme ils le rendaient aussi responsable
de la disette qui svissait cruellement.

Si les partisans du prophte et de son gouvernement se refroidissaient
eux-mmes, des ennemis autrement redoutables allaient encore surgir
contre lui. En effet, Savonarole n'avait pas craint d'attaquer avec la
dernire violence le clerg, les moines et jusqu' la papaut, invitant
l'glise  quitter les biens du sicle pour la pauvret, l'austrit et
la prire. Il y avait l de quoi veiller les craintes d'un pape tel
qu'Alexandre VI Borgia, et, en juillet 1495, il mettait l'interdit sur
Savonarole et lui ordonnait de comparatre devant lui. Le dominicain ne
tint aucun compte de ces injonctions et continua de plus belle ses
prdications, arguant que l'indignit du chef de l'glise dliait de
toute obissance  son gard. Aprs deux ans de tergiversations,
Alexandre se dcida  fulminer et lana ses foudres contre Savonarole, le
frappant d'excommunication majeure, comme coupable de dsobissance et
suspect d'hrsie.

Les Florentins se trouvaient ainsi placs entre leur foi catholique et
leur amour pour le dominicain, si bien qu'une moiti de la ville tait
retourne contre l'autre.

Cette situation tait encore complique par les incitations haineuses que
Pierre de Mdicis ne cessait d'adresser au pape contre Florence, de sorte
que la Seigneurie, effraye de la double perspective d'un schisme et
d'une guerre galement possibles, se rsolut  interdire la parole 
Savonarole et  lui enjoindre de s'enfermer dans son couvent.

Celui-ci ne devait pas y rester longtemps en paix, car la premire chose
qu'un peuple exige d'un prophte, quand il commence  ne plus croire en
lui, est le signe manifeste de sa mission. On se rappelait  Florence la
lgende de Pierre de Feu qui, au XIe sicle, tait entr dans les
flammes pour prouver la simonie d'un vque et qu'on disait en tre sorti
sain et sauf, et peu  peu s'tablissait l'ide que le moine dominicain
ne pouvait vraiment faire moins pour prouver qu'il avait raison contre un
pape.

La foi de ceux qui lui taient rests fidles entrana Savonarole dans
cette voie insense, et de nombreux frres s'tant offerts pour tenter
l'preuve  sa place, il fut dcid qu'on essaierait de cet trange moyen
de rendre la paix  la ville.

Aprs avoir dlibr, la Seigneurie dsigna les deux victimes, Dominique
Buonvicini pour Savonarole, et contre lui le frre mineur Franois de
Pouille. Si le dominicain tait brl, Savonarole devait quitter Florence
(1498). Le jour venu, d'interminables discussions s'levrent entre les
dominicains et les franciscains pour savoir s'il convenait d'entrer dans
le bcher avec ou sans vtements, avec ou sans crucifix. Pendant ces
contestations, un violent orage survint et dispersa acteurs et
spectateurs; mais Savonarole faillit tre charp par le peuple furieux
de sa longue attente et exaspr d'avoir t frustr du spectacle qu'il
escomptait; le prophte tait perdu, il n'avait pu faire ses preuves. Ds
le lendemain, le peuple soulev envahissait et saccageait le couvent de
San Marco et le prieur, pour mettre fin aux scnes de tumulte, se faisait
escorter au Palais Vieux et se remettait entre les mains de la Seigneurie
qui, autant pour sauver sa vie que pour donner satisfaction au peuple, le
faisait conduire en prison.

Mis  la torture, Savonarole resta hroque; on fut si loin de lui
arracher des aveux suffisants pour motiver une condamnation, qu'il fallut
qu'Alexandre VI dputt aux juges deux commissaires apostoliques, afin
que le procs aboutt  une sentence de mort et permt au tribunal de
condamner  tre brl vif un homme dont le seul crime tait de n'avoir
pas fait un miracle pour dlivrer le monde d'un Borgia. Mais, comme le
fait ne tombait sous aucune loi, il fut condamn pour le crime
irrmissible en politique d'tre us et vaincu.

Savonarole fut, devant la mort, gal  lui-mme. Ses dernires paroles
respirrent la fiert et la foi. Lorsque, avant de le livrer au bcher,
on le dclara retranch de l'glise, il s'cria: De la militante, oui;
de la triomphante, non.

L'opinion de Machiavel sur lui rsume celle des contemporains: S'il
tait sincre, l'Italie a vu un grand prophte; si c'tait un fourbe,
elle a vu un grand homme!

La vrit est qu'il ne sut ni rformer l'glise  force de raison, ni la
renverser, comme le tenta Luther,  force de volont. Homme de passion
surtout, il n'eut ni la sagesse de la pondration, ni la force du
rvolutionnaire.

       *       *       *       *       *

+Le couvent+.--Le premier clotre, o l'on entre directement, est
entour de portiques dcors de dtestables fresques de VANNI (1650).
Pourtant il a conserv, au-dessus des lunettes des portes, cinq fresques
de l'Angelico.

1--_Saint Thomas d'Aquin tenant un livre ouvert sur sa poitrine_.

2--Au-dessus de l'entre des trangers (forestiera), _le Christ reu
par saint Dominique et saint Thomas d'Aquin_. Il est en plerin revtu
de la peau de mouton, un bourdon  la main.

3--Au-dessus de la porte du rfectoire, un _Christ mort_, sortant 
mi-corps du tombeau, est d'une grande et douloureuse expression.

4 Au-dessus de la salle du chapitre, _Saint Dominique avec la
discipline_.

5 Au-dessus de la porte communiquant avec l'glise, la fresque appele
_le Silence_ est une des plus hautes compositions o l'me ait t
traduite par la forme; elle reprsente saint Pierre martyr, un doigt sur
la bouche pour rappeler la rgle de l'ordre enjoignant le silence.

A droite de la porte de l'glise et en face de l'entre du clotre se
trouve une grande fresque o l'ANGELICO a peint _Saint Dominique_ 
genoux au pied de la croix qu'il tient embrasse. C'est un de ses rares
ouvrages o les personnages soient de grandeur naturelle; et
exceptionnellement ce dveloppement a t loin de leur nuire, bien qu'ils
aient conserv toute la finesse de la miniature.

La croix se dtache sur le bleu intense du ciel et la tte du Christ,
lgrement penche, est d'une douceur et d'un renoncement admirables; la
tte extatique de saint Dominique le regarde avec amour et compassion.

+Le Rfectoire+ possde un _Cenacolo_ peint  fresque par
ANTONIO SOGLIANI, en deux parties dont l'infrieure montre des
dominicains  table, servis par des anges et la suprieure, le Christ en
croix entour de la Vierge, de saint Jean et de dominicains. Un superbe
encadrement sculpt du XVe sicle avec traces de couleurs a t rapport
dans cette salle; sa dimension fait supposer qu'il a encadr
primitivement la grande fresque de Saint Dominique dans le clotre.

+La Salle du Chapitre+ est dcore d'une fresque d'ANGELICO, _le
Calvaire_, la plus grande de ses compositions, elle occupe le mur
cintr du fond.

Loin de l'embarrasser, les proportions de cette fresque ne firent que lui
inspirer un style plus ample, une excution plus large qui, sans lui
enlever rien de sa dlicatesse, le firent gagner en rsolution et en
fermet. Elle est une des dernires oeuvres de l'Angelico g alors de
cinquante-trois ans.

Le moine a plac la scne, non pas sur un calvaire, comme elle l'est
gnralement, mais dans un lieu caractris seulement par un tertre
jaune, sans perspective, o les trois croix se dtachent sur un ciel
sanglant d'un ton uniforme. Les corps du Christ et des deux larrons sont
les parties les moins bonnes et manquent de dessin par suite de
l'ignorance anatomique dans laquelle l'Angelico avait toujours voulu
rester.

A gauche, au pied de la croix, le groupe de la Vierge vanouie, soutenue
par saint Jean, l'une des Marie et la Madeleine, feraient honneur aux
plus grands matres, tant la dignit des figures, leur expression, leur
mouvement et le jet des draperies sont vraiment admirables; et la
Madeleine, avec sa tunique rose, dnoue et glissant  son insu, est,
dans son dsordre, d'une beaut surprenante.

Plus  gauche, se tiennent saint Jean-Baptiste, saint Augustin, saint
Laurent, saints Cosme et Damien, patrons des Mdicis. A droite, sont
agenouills saint Dominique et les fondateurs d'ordres fameux: saint
Jrme, saint Franois d'Assise, saint Benot, saint Thomas d'Aquin,
saint Pierre martyr. Derrire eux, debout, sont encore d'autres saints,
entre lesquels saint Zenobe, vque, patron de Florence. Tous ces
personnages, dont la douleur est profonde, ont d symboliser, dans la
pense de l'artiste doubl du prtre, le cri d'angoisse de l'glise 
cette poque de discorde et de schisme.

Sous cette fresque, Fra Giovanni a simul une prdelle comprenant
dix-sept mdaillons encadrs dans l'arbre de Jess des dominicains dont
la souche est entre les mains de saint Dominique plac dans le mdaillon
du milieu. Dans les autres mdaillons sont tous les dominicains clbres,
dont les ttes pleines de vie et d'expression se dtachent sur un fond
bleu.

Dans le passage conduisant au deuxime clotre se trouve,  ct de
l'escalier, le +petit Rfectoire+ dcor d'un _Cenacolo_ peint
 fresque par DOMENICO GHIRLANDAJO en 1493, copie textuelle de celui
qu'il avait dj peint en 1480  Ognissanti. Celui-ci, de la dernire
manire du matre, est moins parfait que le prcdent. Les figures sont
releves par l'emploi des ors; la table, simplement servie, est parseme
de cerises.

+Le premier tage+ comprend un large couloir rgnant sur trois cts
et couvert d'une charpente apparente, le long duquel s'ouvre une suite de
portes basses et troites donnant chacune sur une cellule peu leve de
plafond. La monotonie des murs est, d'espace en espace, rompue par une
fresque de l'Angelico.

N I.--(En face de l'escalier.) _L'Annonciation_. Sous un portique
la Vierge est assise sur un escabeau et adorable de grce et de respect,
s'incline chastement devant l'ange, qu'elle coute avec confiance et
soumission.

N II--(A gauche de la porte) _Saint Dominique,  genoux au pied de la
Croix_, contemple le Christ. Ce sujet, trait avec une grande finesse,
a t reproduit plus grossirement dans beaucoup de cellules par les
lves d'Angelico.

III.--(Couloir de gauche) Entre les cellules 25 et 26, _Vierge assise
sur un trne_ entour de saints au nombre desquels se trouvent saints
Cosme et Damien, saint Augustin, saint Laurent et saint Pierre martyr,
sous les mmes traits que dans la salle du chapitre.

Les quarante-cinq cellules sont dcores chacune d'une fresque carre de
petite dimension excute soit par Fra Angelico, soit sous sa direction,
d'o il rsulte une grande ingalit entre ces morceaux, sans que la
profonde et saisissante impression d'unit en soit diminue.

+Cellule I+.--_Le bon Jardinier_. Apparition du Christ  la
Madeleine.

II.--_Mise au tombeau_. Les trois Saintes Femmes et saint Jean sont
accroupis autour du corps devant le spulcre. A gauche, saint Antoine
s'avance doucement vers eux.

III.--_Annonciation_. L'Ange debout est d'une grande finesse; la
Vierge agenouille sur un petit banc, les mains croises sur la poitrine,
est dans une attitude trs humble.

IV.--_Christ en Croix_ sur fond sombre, entour de saint Jean et de
la Vierge, de saint Dominique et de saint Jrme.

VII.--_Ecce homo_. Le Christ en robe blanche est assis sur un trne
et tient dans ses mains le roseau qui devient un sceptre; le Christ voit
 travers le voile dont ses yeux sont couverts. Derrire et autour de lui
sont reprsentes les mains qui l'ont soufflet et la tte de l'homme qui
lui a crach au visage. Toutefois, par une admirable inspiration de la
foi, le peintre n'a pas os la reprsenter couverte, et une main de celui
qui outrage le Christ soulve instinctivement le chapeau. A gauche est
assise la Vierge;  droite, saint Dominique semble commenter avec ferveur
le livre ouvert devant lui. Cette oeuvre, admirable dans sa simplicit,
produit une profonde impression.

VIII.--_Les Saintes Femmes au tombeau_. La Madeleine regarde le fond
du spulcre, sa charmante tte est vue en raccourci et la Sainte s'abrite
les yeux de la main pour ne pas tre blouie par les rayons lumineux qui
entourent le Christ apparaissant radieux au-dessus du spulcre. A gauche,
saint Dominique  genoux.

IX. _Le Couronnement de la Vierge_. Dans la partie suprieure sont
assis Jsus et la Vierge, tous deux draps de blanc; la Vierge joint les
mains et d'un mouvement gracieux se penche en avant pour recevoir la
couronne.

Dans le bas de la fresque sont agenouills saint Thomas d'Aquin, saint
Dominique, saint Franois, saint Pierre martyr, et deux autres saints.

X.--_La Circoncision avec Saint Pierre martyr_, joli profil de la
Vierge debout.

XI.--_La Vierge sur un trne, entre un vque et Saint Thomas
d'Aquin_.

L'appartement du prieur est  l'extrmit du couloir et comprend:

XII.--Antichambre avec trois fresques de Fra Bartolommeo.

XIII.--Cabinet de travail.

XIV.--Cellule.

Ces deux pices, les seules qui ne soient pas dcores de fresques, ont
t habites par Savonarole dont elles conservent des souvenirs. Les plus
intressants sont: la bannire qui le suivait partout: elle est en toile
avec un Christ peint sur ses deux faces par l'Angelico; une copie d'un
tableau de l'poque reprsentant son bcher dress sur la place de la
Seigneurie; et son portrait par Fra Bartolommeo, tte de profil.

XV.--_Saint Dominique au pied de la Croix_.


XVI.   |
XVII.  |
XVIII. | _Saint Dominique_ reprsent dans
XIX.   |  les attitudes les plus diverses
XX.    |
XXI.   |



XXII.--_La Vierge au pied de la Croix_. Mater Dolorosa d'une superbe
expression.

XXIII.--_Christ en croix entre la Vierge et un Dominicain_.

XXIV.--_Baptme de Jsus-Christ avec Saint Antonin_.

XXV.--_Christ en Croix entre la Vierge, la Madeleine et saint
Antoine_.

XXVI.--_Le Christ mort_, debout dans le tombeau, tend les mains en
signe de rsurrection. Derrire lui se dresse la Croix, autour de
laquelle apparaissent sur un fond noir les scnes de la Passion. A
droite, l'Ecce Homo avec les mains et la bouche sacrilges. Au-dessous,
la main de Judas et la main qui lui donne les pices d'or; enfin 
gauche, le baiser de Judas et la tte de Pierre vers laquelle se penche
le profil de la servante qui lui dit: Vous tes aussi de ces Nazarens;
derrire eux une main tient trois petits btons indiquant les trois
renonciations de Pierre.

Sur le devant du tombeau, la Vierge est assise  gauche, profondment
incline, tandis qu' droite saint Thomas d'Aquin agenouill presse un
livre sur sa poitrine.

XXVII.--_Le Christ  la colonne avec la Vierge accroupie et saint
Dominique se flagellant_.

XXVIII.--_Le Christ portant sa croix suivi de la Vierge mre apparat 
saint Dominique agenouill_.

XXIX.--_Le Christ en Croix avec la Vierge et saint Pierre martyr_.

XXXI.--_Jsus aux Limbes_. Ancienne cellule de saint Antonin
(Antonio Pierozzi), mort archevque de Florence en 1459; souvenirs de
saint Antonin: son masque et son portrait au crayon, oeuvre de Fra
Bartolommeo.

XXXII.--_Le Christ enseignant les Aptres_. Dans la petite pice
voisine, _Tentation de Jsus-Christ_.

XXXIII.--_Jsus-Christ au Jardin des Oliviers_, scne mouvemente
comprenant le baiser de Judas et saint Pierre coupant l'oreille de
Malchus. Dans cette cellule est un petit tableau, la _Madone della
Stella_, ainsi nomme de l'toile place sur son front. Elle se
dtache debout sur un fond d'or entoure d'anges l'encensant et faisant
de la musique; les trois dlicats petits mdaillons de la prdelle
reprsentent saint Pierre martyr, saint Dominique et saint Thomas
d'Aquin. Dans la pice voisine: _Couronnement de la Vierge_. Ce
tableau n'a pas la finesse ordinaire des oeuvres de l'Angelico, il a les
mmes tons lourds que _le Jugement dernier_ de l'Acadmie.

XXXIV.--_Jsus au Jardin des Oliviers_. A droite, la maison de
Marthe et de Marie assises sur le seuil, lisant et priant. Dans cette
cellule est un ravissant petit tableau de l'Angelico divis en deux
parties: dans le haut, _l'Annonciation_; dans le bas, _l'Adoration
des Mages_; toutes les figures d'une grande finesse sur fond d'or
estomp et divis en une quantit de petits compartiments.

Dans la prdelle, _la Madone entoure de dix Saints_.

XXXV.--_La Cne_. Huit Aptres sont assis derrire la table, quatre
autres  genoux, et le Christ debout, tenant un ciboire, leur donne la
communion. A gauche est agenouille la Vierge.

XXXVI.--_La Mise en Croix_.

XXXVII.--_Le Calvaire_ et ses trois croix derrire lesquelles sont
saint Jean, la Vierge, saint Dominique, saint Thomas d'Aquin.

XXXVIII--Cellule o Cosme l'Ancien venait se reposer et partager la vie
des dominicains. _Le Christ en Croix_: au pied de la croix sont
agenouills saint Cosme, la Vierge, saint Jean et saint Pierre martyr.

XXXIX.--Oratoire de Cosme communiquant par quelques marches avec la
cellule prcdente. Au-dessus du tabernacle et au fond d'une petite
niche, _Christ mort, debout dans son tombeau_. La fresque, plus
importante que celles des autres cellules, occupe les lunettes du fond de
l'oratoire, et reprsente _l'Adoration des Mages_ o se groupent
admirablement de nombreux personnages. La figure de saint Joseph, drape
de jaune, est une des plus belles.

XLIII.--_Christ en Croix_ avec la Vierge dfaillante soutenue par
saint Jean et la Madeleine. A droite, saint Thomas d'Aquin agenouill et
pleurant.

XLII.--_Christ en Croix frapp de la lance_. Il est entre Marthe,
Marie et saint Jean martyr.

Entre les cellules quarante-deux et quarante-trois, s'ouvre la belle
salle de la Bibliothque, divise en trois nefs par deux ranges de
colonnes ioniques supportant des arcs cintrs.

La bibliothque fut construite en 1441 par MICHELOZZO sur l'ordre de
Cosme l'Ancien, qui la dota de quatre cents manuscrits.

La vitrine du milieu contient des livres de plain-chant et des missels
enrichis de miniatures du XVe sicle; ils proviennent des anciens
couvents de Florence supprims depuis.

N XV.--_Fra Eustachio Donimeni_, du couvent de San Marco.
Cartouches spars par des enfants courant au milieu de rinceaux.

N I  XIV.--_Fra Benedetto del Mugello_, frre de Fra Angelico,
missels provenant de San Marco.

+L'GLISE DE SAN MARCO+ a t fonde en 1290. Elle a t transforme
au XVIe sicle. Sa faade,  gauche de l'entre du couvent, date de
1780.

+A l'intrieur+ au-dessus de la porte, _Crucifix_  la dtrempe
sur fond d'or par Giotto.

+Deuxime autel  droite+. FRA BARTOLOMMEO. _Vierge debout devant
un trne_, entoure de quatre saints et de deux saintes  genoux,
d'une couleur chaude et dore; cette remarquable oeuvre du Frate fut
peinte en 1509.

+Troisime autel  droite+. Vieille mosaque romaine reprsentant
une grande Vierge bnissant, sur fond d'or; la bordure est une addition
moderne.

A gauche, sous des fragments de fresques, sont les plaques commmoratives
de Pic de la Mirandole, mort en 1494, et d'Ange Politien, mort la mme
anne.

+LE CLOTRE DELLO SCALZO+, 69, via Cavour (clef au muse de San
Marco). Ce joli petit clotre du XVIe sicle dpendait d'un couvent de
carmes dchausss; il est entirement form par de larges baies vitres
que sparent de dlicates colonnes. Ses murs sont dcors d'admirables
fresques en camaeu brun sur brun, peut-tre le chef-d'oeuvre d'ANDR DEL
SARTO, excutes par le matre entre les annes 1515 et 1525, pendant
lesquelles il y travailla presque sans interruption. Le parti pris
d'uniformit semble avoir t adopt par Andrea pour lui permettre de
donner la mesure de son talent. Dans ces fresques o aucune magie de
coloris n'aide  l'illusion ou n'ajoute au plaisir des yeux, il s'est
lev  une extraordinaire hauteur d'art, et cette oeuvre de sa maturit
allie la noblesse du sentiment  la hauteur des ides, la puissance et la
largeur du dessin  la somptuosit de l'architecture et des ornements qui
parent et encadrent les fresques.

Deux des compositions, _le Baptme du peuple par saint
Jean-Baptiste_ et _la Dcollation de Saint Jean_ sont peut-tre
encore suprieures aux autres et semblent la continuation et presque le
commentaire des fresques de Masaccio au Carmine, avec les progrs
raliss par un sicle de technique en plus. L'influence si prpondrante
exerce par le gnie d'Albert Drer sur le talent d'Andrea est trs
visible dans les fresques de la _Tentation au dsert_, de la
_Remise  Salom de la tte de saint Jean_, et enfin dans la belle
allgorie de la _Charit_.

Seize fresques relatives  la vie de saint Jean-Baptiste dcorent le
clotre:

1--_La Foi_ (1520);

2--_Apparition de l'Ange  Zacharie_ (1525);

3--_La Visitation_ (1524);

-4--_La Naissance de Saint Jean-Baptiste_ (1526);

5--_La Mission de Saint Jean-Baptiste_ (1518);

6--_Rencontre avec Jsus-Christ_ (1519).

(Ces deux fresques furent excutes par l'ami d'Andrea, Franciabigio,
dont il se faisait quelquefois aider dans ses grands travaux.)

7--_Baptme de Jsus-Christ_ (1515).

(Cette fresque, la moins bonne de toutes, est due  la collaboration des
deux artistes.)

8--_La Justice_ (1515);

9--_La Charit_ (1520);

10--_Prdication au dsert_ (1515);

11--_Saint Jean-Baptiste baptisant le peuple_ (1517);

12--_Saint Jean-Baptiste arrt_ (1517);

13--_Festin d'Hrode et danse de Salom_;

14--_La Dcollation de Saint Jean-Baptiste_ (1523);

15--_La tte de saint Jean-Baptiste remise  Salom_ (1524);

16--_L'Esprance_ (1525).




RIVE DROITE (NORD)

+DE SAN MARCO A SAN LORENZO+

PALAIS RICCARDI, SAN LORENZO, SANTA APOLLONIA, SAN ONOFRIO.


+LE PALAIS RICCARDI+ (Via Cavour).--Jusqu' Cosme l'Ancien, les
Mdicis avaient occup la vieille demeure petite et sombre, berceau de
leur famille; ils s'taient contents du comptoir source de la fortune
de leur maison. L'insuffisance relative de cette habitation, par rapport
aux ambitieux desseins de Cosme, le dcida  confier  Michelozzo
l'dification d'un palais somptueux. Le palais Mdicis est un
quadrilatre aux formes lourdes o fut employ pour la premire fois
l'ordre rustique aux bossages si attnus au fur et  mesure de la
hauteur, que leur saillie se perd dans un mur plat que surmonte une
formidable corniche crasant l'difice.

C'est dans ce palais que naquit Laurent le Magnifique, le 1er janvier
1449. C'est l qu'il tint sa brillante cour; l que naquirent ses trois
fils, Pierre, Jean et Julien; l qu'habitrent plus tard Jules de
Mdicis, pape sous le nom de Clment VII, Hippolyte de Mdicis, cardinal,
et enfin Alexandre de Mdicis qui fut le premier grand-duc. Malgr les
souvenirs voqus par cette demeure, le grand-duc Ferdinand II la vendit
en 1659 au marquis Riccardi dont elle a conserv le nom, bien qu'elle
soit actuellement devenue la prfecture de Florence.

+La Cour+ a servi de modle aux innombrables cours construites au
XVIe sicle. C'est un quadrilatre entour de portiques dont les arcades
retombent sur des colonnes corinthiennes. Au-dessus des arcades rgne une
frise o alternent sculptes les armes des Mdicis et des bas-reliefs
dans lesquels Donatello, par l'ordre de Cosme, reproduisit avec sa
perfection accoutume les principales pices de sa collection de cames
antiques.

+Au premier tage+, se trouve la chapelle fameuse dcore des
fresques de BENOZZO GOZZOLI. C'est une trs petite pice carre, sur
laquelle fut encore empit au XVIIIe sicle par le dplacement
compliqu d'une partie de mur qu'on opra pour former une entre en
tambour plus commode, sans toutefois supprimer la peinture. On a en outre
ouvert dans un mur une fentre et un oeil-de-boeuf; ces actes de vandalisme
ont malheureusement endommag les prcieuses peintures de Gozzoli.
Nanmoins, telles qu'elles subsistent, elles restent un inestimable
monument de l'art florentin du XVe sicle.

Toute peinture, et en gnral tout art parvenu  son apoge, adapte
forcment sa perfection aux gots, aux ides et aux moeurs de leur poque.
Pour les Florentins du XVe sicle, la passion dominante tait un certain
genre historico-allgorique o l'on aimait  se faire reprsenter avec sa
famille et ses familiers dans des sujets soit absolument profanes, soit,
 l'inverse, absolument sacrs.

Aprs la mort de Laurent le Magnifique, Pierre de Mdicis rsolut donc de
confier  BENOZZO GOZZOLI la dcoration de la chapelle de son palais,
dcoration dans laquelle l'artiste aurait  faire revivre les traits des
principaux membres de sa maison.

Benozzo, aprs s'tre spar  Rome de son matre l'Angelico, avait t
retenu plusieurs annes  Montefalco par de nombreux travaux et se
trouvait  Prouse, quand les ordres de Pierre de Mdicis vinrent
l'appeler  Florence. C'est en 1457 que fut pass le contrat par lequel
l'artiste s'engageait  excuter une marche des rois Mages en route pour
Bethlem dans laquelle auraient  figurer les chefs des Mdicis sous
l'aspect des Rois, accompagns de leurs amis et de leurs clients. Les
conditions arrtes, le travail commena aussitt et Benozzo tira un
parti admirable de ce cortge de seigneurs  cheval, en somptueux
costumes du XVe sicle, suivis des plus jolis pages qu'ils eussent pu
choisir dans la jeunesse florentine. Ces nobles florentins ont plutt
l'air de se rendre  la chasse ou  leurs vignes, que d'accomplir un
plerinage, mais on n'prouve pas un moindre plaisir  les voir promener
leurs portraits et leurs robes de brocart et donner eux-mmes le
spectacle de leur lgance et de leur luxe.

Le retrait mnag dans la pice pour l'autel est mieux clair que le
reste et tout peupl d'anges, aux ailes dores, semes d'yeux de paons.
Ils sont comme les enfants de ceux de l'Angelico, plus modernes, plus
humains, plus substantiels pour ainsi dire, que leurs ans. Ils ont
revtu, eux aussi, leurs plus belles robes, autant pour assister  la
messe des Mdicis que pour venir adorer le Christ dont la naissance
faisait autrefois le retable de l'autel. Aimables au possible, souriants,
sagement rangs en ligne, comme il sied  des pensionnaires du Paradis,
ils arrivent par troupes et par vols, ils accourent du fond des campagnes
enchantes pour venir se mettre en adoration. Dans le nombre il s'en est
dtach quelques-uns, celui-ci pour cueillir des fleurs, celui-l pour
donner  manger  un paon, d'autres encore pour tresser des guirlandes de
roses; qui croirait que les anges du Paradis se permettent, eux aussi, de
faire l'cole buissonnire! Dans cette pompeuse marche  travers un
fantastique pays de montagnes et de gorges, cavaliers, pages, cuyers
s'arrtent, les uns pour chasser au gupard, les autres pour courre le
cerf ou lancer le faucon. L'vangile devient un simple prtexte pour
peindre une des scnes les plus mondaines que jamais peintre nous ait
laisses.

La cavalcade se droule sur le mur de gauche avec Cosme de Mdicis mont
sur un cheval blanc et suivi d'une foule compacte. Aprs lui, elle tourne
sur le fond o est reprsent Laurent le Magnifique somptueusement vtu,
sous les traits d'un jeune homme; il est mont sur un cheval richement
caparaonn, et escort de gens de pied et de cheval portant des
prsents.

Jean Palologue les prcde, grave et majestueux; il porte le turban d'o
sort la couronne; autour de lui des pages  pied, d'une grce charmante,
se dtachent sur un riant paysage. Aux rochers abrupts ont succd des
valles arroses, coupes de routes, couvertes de villes ou de chteaux,
mais tout cela d'une grande navet et jalonn d'arbres  silhouettes
extraordinaires.

Sur le mur de droite le patriarche grec, vieillard mont sur une mule
grise, a t coup par le malheureux tambour d'entre. Plus loin est un
des plus beaux morceaux de la fresque, le groupe des cavaliers arrts
sur le bord d'un ruisseau. Aprs eux la marche s'achve par des routes
tortueuses o circulent les chameaux et les mulets chargs de prsents.

La prservation de cette belle oeuvre est prodigieuse et ne peut se
comparer qu' celle du Pinturicchio de la Libreria de Sienne. Pas une
nuance n'est ternie, pas un contour n'est effac et les fresques restent
aussi fraches et aussi clatantes de grce juvnile que le jour o elles
sortirent du pinceau de Benozzo.

+La Salle du Conseil+ est orne de grandes tapisseries de la
manufacture de Florence, Allgories des Saisons, et de quatre petites, la
Justice, la Foi, l'Esprance et la Charit.

La triste partie ajoute au XVIIe sicle par le marquis Riccardi
contient une grande salle des ftes dont le plafond et une considrable
fresque allgorique out t peints par LUCA GIORDANO.

+PLACE SAN LORENZO+. A l'angle nord est une mauvaise statue
inacheve de _Jean des Bandes Noires_, pre du grand-duc Cosme Ier,
par BACCIO BANDINELLI.

+L'GLISE SAN LORENZO+, fonde en 390 par saint Ambroise, mais
incendie en 1420, fut reconstruite sur les plans de BRUNELLESCHI en
1425, aux frais communs des sept plus nobles familles florentines et des
Mdicis. L'glise n'a pas de faade, celle que devait excuter
Michel-Ange n'ayant jamais t entreprise.

+Intrieurement+ BRUNELLESCHI renouvela le plan de la vieille
basilique chrtienne  nefs gales termines par un transept droit, mais
il plaa au-dessus des colonnes l'entablement antique supprim par le
moyen ge et ouvrit sur les cts des chapelles en forme de niches. La
coupole, place directement sur la croise, n'est pas l'oeuvre de
Brunelleschi. Au-dessous d'elle est la belle et trs simple plaque
tombale de _Cosme le Vieux_ par VERROCCHIO.

Les deux chaires de l'glise ou, pour parler plus exactement, les deux
ambons, puis qu'elles ont la forme traditionnelle de sarcophages levs
sur des colonnes et isols de toute part, sont une des dernires oeuvres
de la vieillesse de DONATELLO, termine mme par son lve BERTOLDO.
_La Crucifixion, la Mise au tombeau, la Descente aux Limbes, la
Rsurrection_ et _l'Ascension_, tels sont les sujets reprsents
dans les chaires par des bas-reliefs en bronze. Si _la Crucifixion_
et _la Mise au tombeau_, malgr leurs lacunes, prsentent encore des
beauts de premier ordre, on ne saurait en dire autant des trois
bas-reliefs opposs qui trahissent une dfaillance et une espce
d'agitation fbrile. Leur groupement factice produit presque une
impression de malaise, tant le manirisme en est excessif et exagr.

Dans l'unique +chapelle du transept gauche+, _l'Annonciation_
de FRA FILIPPO LIPPI est une des meilleures oeuvres tardives du Frate,
elle est d'un charmant et dlicat sentiment; sous un portique ouvert sur
un dlicieux fond de paysage, l'Archange, accompagn de deux anges, se
prosterne devant la Vierge.

Au mur de la +Chapelle du Saint-Sacrement+, au fond du transept
droit, est appuy un tabernacle de marbre blanc, chef-d'oeuvre de
DESIDERIO DA SETTIGNANO.

L'Enfant Jsus, les deux anges en adoration devant lui, ainsi que les
deux figures d'enfants de choeur agenouills de chaque ct, sont des
tudes d'enfants qu'on ne saurait dsirer plus parfaites.

Sur le bas-ct gauche, au-dessus de la porte d'accs au clotre, s'ouvre
la _tribune des Mdicis_, joli balcon, soutenu par des consoles et
form de niches spares par des colonnes; c'est un ouvrage de DONATELLO.

+L'ancienne sacristie+ construite par BRUNELLESCHI est une salle
carre de belles proportions, couronne par une coupole polygonale.
DONATELLO fut charg par Cosme l'Ancien de sa dcoration, travail dont il
s'acquitta en respectant si bien l'architecture de Brunelleschi que
l'ensemble forme le tout le plus homogne.

Au-dessous de la coupole, huit mdaillons contiennent alterns un pisode
de la vie du Christ et un vangliste assis, auquel son attribut prsente
son vangile. Sous cette premire dcoration court une troite frise en
stuccato compose de ttes de chrubins.

Les deux portes  double battant de la sacristie sont divises en cinq
panneaux de bronze o sont reprsents en bas-relief des Aptres et des
saints. Chacune est surmonte d'un saint grandeur nature, bas-relief en
marbre. Toute cette composition est d'une rare beaut et DONATELLO l'a
traite avec une remarquable perfection.

Au milieu de la sacristie est une vaste table rectangulaire soutenue par
des colonnes au-dessus du sarcophage, oeuvre de Donatello, o reposent les
parents de Cosme l'Ancien, _Jean Averado de Mdicis_ et Piccarda
Bueri, sa femme.

A gauche de l'entre est un admirable sarcophage en porphyre dcor de
bronzes, ouvrage de VERROCCHIO. Il contient les restes de _Pierre de
Mdicis_ et de son frre _Jean_, les deux fils de Cosme. Les
cendres de _Laurent le Magnifique_ y furent galement transfres
par la suite.

Sur une des armoires de la sacristie est plac un ravissant buste en
terre cuite de DONATELLO, _Saint Laurent_ reprsent trs jeune et
levant au ciel des yeux inspirs.

+LA BIBLIOTHQUE LAURENTIENNE+ a son entre dans le clotre dont
elle occupe au premier tage toute une aile; elle fut excute par
MICHEL-ANGE sur l'ordre de Clment VII.

L'escalier qui y donne accs devait, dans la pense de Michel-Ange,
offrir un aspect grandiose et monumental, mais il ne l'excuta pas
lui-mme et, par malheur, ce fut Vasari qui s'en chargea. La lourdeur de
cet ouvrage, qui jure avec les belles proportions du reste, donne la
mesure de ce que peut perdre un plan  tre interprt par un architecte
autre que l'auteur du projet primitif.

Le vestibule qui suit l'escalier est d'une austre simplicit. Ses
colonnes devaient supporter un ordre suprieur que Michel-Ange n'acheva
jamais.

La salle de la bibliothque est galement fort simple dans ses belles
proportions, mais la perfection des moindres dtails y est pousse 
l'extrme. Michel-Ange prsida lui-mme  tout, ce qui donne  l'ensemble
un aspect d'homognit et d'harmonie parfaites.

Ainsi les dessins de l'admirable plafond en bois de cdre se reproduisent
renverss sur le pav de marbre; les bancs et les pupitres aligns sur
les cts, excuts par CIAPINO et DEL CINQUE, le furent sous la
direction du matre, de mme que les vitraux des fentres avec leurs
lgres arabesques de deux tons peints sur ses indications par JEAN
D'UDINE.

La Bibliothque est une des plus riches qu'il y ait. Cosme l'Ancien avait
dj commenc cette belle collection, qui fut enrichie par Laurent des
livres les plus rares achets  prix d'or. Leurs successeurs continurent
 l'augmenter, aussi les manuscrits prcieux y sont-ils en grand nombre.
Le plus ancien est un Virgile du IVe sicle. Parmi les plus
remarquables, figurent un Tacite du Xe sicle; les lettres familires de
Cicron crites de la main de Ptrarque, de mme que ses sonnets;
l'original du _Dcameron_ de Boccace; une des premires copies
manuscrites de l'_Enfer_ du Dante; les _Commentaires_ de Csar
copis pour Charles VIII et orns d'une miniature le reprsentant au
milieu de son camp; enfin tout l'ordre des livres ecclsiastiques,
bibles, vangiles, Pres de l'glise, dans les ditions les plus rares et
les plus curieuses.

+Les Chapelles Mdicis+, autrefois dpendantes de l'glise
Saint-Laurent, forment maintenant un muse o l'on entre, derrire
l'glise, par la place della Madonna.

La premire chapelle  laquelle on accde est +la Chapelle des
Princes+, difie en 1604 par MATTEO NIGELLI, sur les plans de Jean de
Mdicis, pour servir de spulture aux grands-ducs; c'est une vaste
construction octogonale, termine par un dme qui s'ouvrait jadis sur le
choeur de l'glise par lequel on y accdait directement.

Cette chapelle, revtue d'une profusion de marbres et de pierres dures
multicolores, est anti-artistique. Autour sont rangs six sarcophages de
grands-ducs tous semblables; ils sont en granit, surmonts de la couronne
ducale pose sur un coussin. Deux niches contiennent les statues en
bronze dor de Cosme II par JEAN DE BOLOGNE et de Ferdinand par TACCA.

+La Nouvelle Sacristie+.--Ds l'anne 1520, le pape Lon X et le
cardinal Jules de Mdicis, plus tard pape sous le nom de Clment VII,
tombrent d'accord sur l'opportunit de demander  MICHEL-ANGE, alors
dans toute sa clbrit, qu'il se charget d'difier une nouvelle
sacristie  l'glise San Lorenzo, sorte de Panthon pour leur famille.
Dans leur pense, cette salle devait contenir leurs propres spultures en
mme temps que celles des principaux membres de leur maison; mais par la
suite ces monuments funbres se rduisirent  deux: celui de Julien, duc
de Nemours, frre de Lon X, et celui de Laurent, duc d'Urbin, son neveu,
le petit-fils de Laurent le Magnifique. Toute latitude tait laisse 
Michel-Ange pour la construction de cette Sacristie Neuve, destine 
faire vis--vis, dans le transept droit,  la Vieille Sacristie de
Brunelleschi, qui occupait le transept gauche. Les phases diverses par
lesquelles passa ce travail marqurent des heures tragiques. Commenc
dans le vif contentement que faisait prouver  Michel-Ange l'lvation
de Clment VII au sige apostolique, puis abandonn pendant la rvolution
de Florence, il fut repris et achev aprs la prise de la ville, sur
l'ordre formel du pape, qui mettait  ce prix le pardon de l'artiste
coupable de rpublicanisme et de rbellion.

Tant d'alternatives dans la vie de Michel-Ange commentent d'une faon
dramatique l'histoire de ce monument. Tour  tour favori, courtisan,
citoyen, proscrit, enfin rentr en grce aprs avoir vu sa vie en danger,
s'il se sentit l'me agite et souffrante, le temps o il vcut fut
terrible et affreusement troubl!

L'oeuvre est une des plus compltes qu'ait laisses le matre, tant
l'architecture et la sculpture contribuent par leur harmonie  rendre
l'effet gnral imposant. La sacristie est une salle carre aux
dimensions restreintes, quoique la justesse de ses proportions la fasse
paratre grande. La hauteur en semble considrable, grce  l'artifice
des caissons en perspective qui dcorent la coupole termine par une
lanterne. L'ornementation consiste en deux ordres de pilastres trs
simples, destins, dans l'ide de Michel-Ange,  servir d'encadrement 
des niches remplies de statues. Ce projet resta malheureusement
inexcut, car  la mort de Clment VII survenue en 1534, Michel-Ange,
abreuv d'amertumes et voyant Alexandre de Mdicis touffer dans le sang
toute vellit d'indpendance, jugea suffisamment paye sa dette de
reconnaissance envers ses premiers patrons et quitta dfinitivement
Florence.

Les parties termines des monuments des Mdicis ne furent mme pas mises
en place par le matre, et ce fut Vasari qui, en 1563, leur donna leur
emplacement actuel; fcheuse intervention dont est rsulte la
disproportion trop saillante entre les sarcophages dus  Vasari et les
statues qu'ils supportent. Lon X, quand il commanda ces tombeaux 
Michel-Ange, tait loin de lui assigner une tche facile. Il devait en
effet immortaliser des rejetons mdicens plus que mdiocres pour
lesquels le Pape ne rvait rien moins que de pompeux sujets allgoriques
ou des Vertus exaltant le mort. L'artiste opposa aux voeux de Lon X une
fin de non-recevoir systmatique, et se borna  des figures purement
dcoratives, figures devenues clbres sous le nom du _Jour_ et de
la _Nuit_, du _Crpuscule_ et de l'_Aurore_. Dans ces
admirables compositions, son gnie semble avoir pris  tche de dmontrer
combien la matire doit peu compter pour l'artiste et combien elle doit,
comme cire molle, se plier  toutes les expressions de la pense, 
toutes les exigences de la volont.

Les monuments des deux princes ont une ordonnance semblable et se font
face, la statue de chacun est assise dans une niche au-dessous de
laquelle sont les sarcophages sur lesquels Vasari a plac les grandes
figures allgoriques de Michel-Ange.

A droite, _Julien de Mdicis, duc de Nemours_, est reprsent en
costume romain avec la cuirasse. Il a en main son bton de gnral des
tats de l'glise, et sa tte nue trs frise est inintelligente.

A gauche, _Laurent de Mdicis_, de par Lon X duc d'Urbin, est une
des plus admirables crations qui soient dues au ciseau de Michel-Ange.
Le matre, inspir par la tragique figure de ce Laurent qui fut tout  la
fois violent, dbauch et misanthrope, accusa plus encore l'aspect
farouche du visage en l'abritant profondment sous la visire saillante
du casque qui le plonge dans une ombre redoutable, pleine de mystre.
Laurent rve, le menton appuy sur la paume de la main, mais on se
demande  quel sombre drame peut ainsi songer ternellement ce visage
crisp d'angoisse, au sourcil si violemment fronc que le surnom de
Pensiero lui est rest comme pouvant seul vraiment convenir  cette
tragique figure.

Au-dessous de Julien sont couchs le Jour et la Nuit, tandis
qu'au-dessous de Laurent ce sont le Crpuscule et l'Aurore.

Le gnie mme de Michel-Ange semble rsum dans ces quatre magnifiques
allgories o,  ct de parties  peine bauches, circulent le sang et
la vie sous l'piderme du marbre. L'angoisse mme de son me semble avoir
trouv  s'exhaler dans un cri de terreur et d'effroi devant la duret
des temps et elles refltent tragiquement le sombre tat de ses penses
et l'anantissement douloureux de ses aspirations, en face du prsent
sinistre et de l'avenir obscur et incertain.

Pour un esprit d'une pareille profondeur, que pouvait symboliser le
Crpuscule, sinon le jour achev sans espoir, et que voir dans le visage
accabl de l'Aurore, sinon l'immense dcouragement d'un jour semblable
succdant au prcdent?

Mais il semble en vrit que Michel-Ange ait rserv toute la puissance
de son gnie et qu'il ait attach tout son amour  la tragique figure de
la Nuit. Accable sous le poids du Jour, la Nuit dort et son beau corps,
irrmdiablement abm, s'abandonne dans une fatigue incurable, sans
espoir et sans fin! On sent que jamais rien ne la rveillera du grand
sommeil sans songes, et l'on dirait une sorte de desse primordiale sur
laquelle aurait pass le souffle des thogonies antiques.

A ct d'elle est plac le Jour, sous l'aspect d'un homme enchan, dans
toute l'nergie du dsespoir. Il est captif, mais il ne s'avoue pas
vaincu, son visage contract est plein de mpris et de colre, tandis que
tous ses muscles, douloureusement bands, montrent par quel effort
surhumain il tente de se lever pour clairer le monde.

Sur un des cts de la chapelle est place une belle Vierge inacheve
qui, par sa grave et noble attitude, semble directement procder de
l'antique, tandis que l'Enfant de deux ou trois ans qui, debout et plein
de vie, se retourne vers sa mre d'un charmant mouvement de
prcipitation, est d'un modernisme dlicieux.

Les deux patrons des Mdicis, les _Saints Cosme_ et _Damien_,
placs de chaque ct de la Vierge, sont des oeuvres mdiocres de deux
lves de Michel-Ange, MONTELUPO et MONTORSOLI.

+L'GLISE SANTA APOLLONIA+ sert maintenant de magasin d'habillements
militaires. Dans +l'ancien rfectoire+ du couvent de bndictins
dont elle dpendait est conserve une magnifique fresque, _la Cne_
d'ANDREA DEL CASTAGNO, chef-d'oeuvre d'excution, d'motion et de
ralisme. Chacun des disciples est un portrait admirable, chacun d'eux
participe  l'action, selon le caractre et la nature que lui a attribus
la lgende. Ainsi l'incrdulit de Thomas, l'adoration de Jean,
l'tonnement dfiant de Pierre, le cynisme sinistre de Judas sont marqus
admirablement. Cette belle oeuvre, d'une conservation remarquable, a t
excute en 1425.

Au-dessus de la porte d'entre du Cenacolo, Castagno a encore peint dans
une lunette une magnifique _Piet_, un Christ mort soutenu dans son
tombeau par deux anges.

Via Faenza au n 57, dans l'ancien COUVENT DE SAINT-ONUPHRE, une grande
_Cne_ de l'cole du PRUGIN est faussement attribue  Raphal.




RIVE DROITE (OUEST)

+DE SS. APOSTOLI A OGNISSANTI+

+SS. APOSTOLI, SANTA TRINITA, VIA TORNABUONI, PALAIS SAN JACOPO IN
RIPOLI, SANTA MARIA NOVELLA, SAINT-FRANOIS VANCHETTONI, OGNISSANTI+.


+SS. APOSTOLI+, vieille basilique reconstruite au XVe sicle, dont
la fondation, d'aprs une inscription place prs du portail, remonterait
 Charlemagne.

+A l'intrieur+, au fond du bas-ct de gauche, se trouve un beau
_ciborium_ en terre vernisse d'ANDREA DELLA ROBBIA. A ct, tombeau
d'_Oddeo Altoviti_ en forme de sarcophage richement sculpt, bel
ouvrage de BENEDETTO DA ROVEZZANO.

+Le Palais Rucellai+ (20, Via Vigna Nuova) fut un des premiers
ouvrages du grand architecte florentin LEONE BATTISTA ALBERTI qui le
construisit en 1460, et y appliqua pour la premire fois l'ordre rustique
et les pilastres.

L'ancienne +loggia+ du palais qui lui faisait face a ses arcades
aujourd'hui mures.

+LA PLACE SAINTE-TRINIT+ s'tend prs du pont Santa Trinita. A
l'angle de la place et du Lung Arno se trouve +le Palais Spini+ dont
la masse carre a le caractre svre de la forteresse (XIVe sicle). A
ct, le palais +Salimbeni+ (Htel du Nord) fut construit en 1520
par Baccio d'Agnolo.

+L'GLISE SAINTE-TRINIT+, construite en 1250 par NICOLAS PISANO,
fut remanie en 1570 par BUONTALENTI. Elle comporte trois nefs  arcs
ogivaux soutenus par le pilier carr romain qu'employa Pisano ds le
XIIIe sicle. Sur le transept s'ouvrent le choeur et quatre chapelles.

En entrant par la porte latrale (sur la via Parione) garnie d'Avelli,
la premire chapelle du transept est la +chapelle Sassetti+, dcore
en 1485 par DOMINIQUE GHIRLANDAJO de six fresques consacres  _Saint
Franois d'Assise_, commandes par Franois Sassetti. Dans la partie
suprieure du mur du fond, le pape Honorius approuve la rgle de l'ordre;
dans la partie infrieure, saint Franois ressuscite un enfant de la
maison Spini. Cette scne, trs intressante par sa composition, se passe
sur la place Santa Trinita, devant l'glise et le palais Spini; au bas
sont les donateurs, Franois Sassetti et sa femme Nera Corsi. Au haut de
la fresque du mur de droite, saint Franois devant le Sultan; au-dessous,
les funrailles de saint Franois, belle composition inspire de la
fresque identique du Giotto  Santa Croce.

De chaque ct de la chapelle, enferms dans une niche cintre, encadre
de dlicats bas-reliefs inspirs de l'antique, se trouvent les tombeaux
de _Francesco Sassetti_ et de _Nera Corsi_, ouvrages
remarquables de JULES DE SANGALLO. Les sarcophages en marbre noir sont
simplement orns de bucranes.

+LA VIA TORNABUONI+ prolonge la place Santa Trinita et contient le
plus beau palais de Florence, le +PALAIS STROZZI+. Commenc en 1489
sur les plans de BENEDETTO DA MAJANO pour le clbre Philippe Strozzi,
l'adversaire acharn des Mdicis, il ne fut achev qu'en 1553. Le plus
beau des palais florentins  bossages, ses trois faades sont d'ordre
rustique uniforme, une simple plinthe servant d'appui aux tages percs
de belles fentres gmines.

La caractristique du palais Strozzi est dans les superbes lanternes
cylindriques en fer forg places  ses angles. Dcores des Croissants,
armes des Strozzi, elles sont hrisses de pointes recourbes qui en
forment le couronnement.

Des porte-flambeaux et des anneaux en fer forg dcorent la faade.

+LE PALAIS STROZZINO+, de mme style, mais moins vaste, est situ
derrire le palais Strozzi, sur une petite place.

+PALAIS CORSINI+. _Galerie_.

N 167.--BOTTICELLI. _La Vierge, l'Enfant et deux Anges_.

Tableau de la jeunesse du matre, peint encore sous l'influence directe
de Fra Filippo Lippi, mais avec une profondeur de coloris tout autre.

N 162.--FILIPPINO LIPPI. Mdaillon, _la Vierge et l'Enfant entours
d'anges_, un des premiers ouvrages de Filippino et une des rares
oeuvres peintes sous l'influence directe de son pre.

N 5.--MEMLING. Trs beau portrait d'homme, de la premire manire de
Memling, sous l'inspiration de Roger Van der Weyden.

SIGNORELLI. Ravissant et dlicat tableau de _la Vierge avec l'Enfant,
entours de Saint Jrme et de Saint Bernard_.

+PALAIS ANTINORI+, belle et svre faade de Jules de Sangallo.

+PALAZZO STROZZI+, joli petit bas-relief de Luca. La place
Sainte-Marie Nouvelle est dcore de deux petits oblisques de marbre de
1608 reposant sur des tortues de bronze. Ils servaient de but pour les
courses au quadrige institues par Cosme Ier, en 1563.

+LA LOGGIA SAINT-PAUL+, place en face de l'glise sur un des cts
de la place, a t construite par BRUNELLESCHI en 1451. C'est un long
portique dont les coinons furent orns par la suite de
_mdaillons_ vernisss, mauvais ouvrage des continuateurs des DELLA
ROBBIA.

A l'extrmit du portique, la lunette d'une porte est occupe par une des
plus belles oeuvres d'ANDREA DELLA ROBBIA, _la Rencontre de Saint
Dominique et de Saint Franois_, composition d'une intensit et d'une
profondeur de sentiment remarquables.

+SAINTE-MARIE NOUVELLE+. Pendant que l'ordre de Saint Franois se
restreignait dans la pauvret et la simplicit primitives imposes par
son fondateur, l'ordre de Saint-Dominique, suivant l'esprit du sien, se
rpandait sur toute l'Italie et empitait dans des proportions si
considrables, que Florence, ds le XVe sicle, se trouva oblige de se
dfendre contre lui. Chasss et proscrits, aprs un court exil les
dominicains revinrent plus puissants que jamais et possdrent bientt
six couvents tant  Florence qu' Fiesole, dont celui de Sainte-Marie
Nouvelle fut un des premiers.

L'glise fut commence en 1278 par deux dominicains, FRA SISTO et FRA
RISTORO, sur l'emplacement d'une glise primitive ddie  la Vierge;
elle prit de l le surnom de Nouvelle. On est frapp encore ici de la
proccupation de construire grand, qui semble avoir t le but unique des
architectes italiens des XIIIe et XIVe sicles et dont le rsultat,
toujours identique, est une froideur et une scheresse dsagrables dans
leur nudit presque protestante. Appuy  l'difice, subsiste le
campanile carr de l'glise primitive. Il est, par extraordinaire, du
plus pur style roman et ses deux derniers tages, ajours de part en
part, ne sont forms que d'arcatures soutenues sur de sveltes
colonnettes; il en acquiert une lgret arienne. Il reste encore de
l'ancienne construction les six lgants Avelli de la faade; ces
sortes de niches ogivales servaient chacune de tombes collectives aux
plus nobles familles florentines dont elles portaient les armoiries.

LEONE BATTISTA ALBERTI acheva en 1460 toute la dcoration extrieure de
Sainte-Marie Nouvelle. Il excuta en premier lieu le revtement en marbre
blanc et noir de la faade, et comme il s'en tint au style gothique dj
employ, ce style, sous la main du plus grand architecte de la
Renaissance, gagna une singulire lgance. Leone Battista coupa sa
faade en trois ordres: les portes latrales accompagnes des Avelli
anciens et d'arcatures aveugles lui formrent le premier, tandis qu'il
composait le second, fortement en retrait, d'une simple et large frise
supportant comme troisime ordre le beau pignon terminal. Au milieu de la
faade, il inscrivit la haute porte principale, qu'il fit monter presque
jusqu'au pignon et qui, flanque de ses quatre massives colonnes
corinthiennes, produit un effet grandiose dans sa simplicit. Sur le ct
gauche de l'glise en retour d'querre, d'autres Avelli s'tendaient
contre le mur du couvent; mais comme ils ne suffisaient plus par suite de
la mode de se faire enterrer  Sainte-Marie Nouvelle, Alberti dut
construire,  droite de l'glise et formant retour sur la rue
Belle-Donne, une sorte de Campo Santo form d'un mur bas  bandes de
marbre alternes o il disposa des Avelli intrieurs et extrieurs
construits sur le modle des anciens et amnags de la mme faon.


[Illustration:_Sainte Marie Nouvelle_]

Passage du petit Clotre

_Chapelle Gondi_

_Chapelle Gaddi_

_Choeur_

_Chapelle Philippe Strozzi_

_Petit Clotre_

_Chapelle Strozzi_

_Transsept gauche_

_Transsept droit_

_Chapelle Rucellai_

_Chapelle des Espagnols_

_Sacristie_

_Nef_

_Campo Santo_

_Ct du grand Clotre_

_Clotre Vert_

_Avelli_

_Avelli_

_Passage du Clotre_

_Place Santa Maria Novella_

_Cour_

Entre de l'Ancien Couvent.


+A l'intrieur+, l'glise produit une mdiocre impression, et le
manque de proportion entre la largeur et la hauteur est d'un mauvais
effet architectural.

Sur le mur d'entre se trouve une prcieuse fresque de MASACCIO,
malheureusement abme et trs mal claire. Sous une belle et svre
architecture s'enfonce une magnifique perspective simule par une vote 
caissons de pierre,  l'extrmit de laquelle se tient debout Dieu le
Pre, la tte touchant au plafond. Cette admirable figure, d'une ampleur
et d'une majest saisissantes, est certainement une des plus belles de la
Renaissance. La tte svre regarde sans voir, les yeux perdus dans
l'immensit. Place en terre au-dessous de lui est la croix dont il
soutient les bras avec ses mains et sur laquelle est attach le Christ
dont la tte penche porte l'expression d'une douleur profonde. Au pied
de la croix se tiennent debout la Vierge et saint Jean. Masaccio, rompant
avec la tradition, au lieu de reprsenter la Vierge toujours jeune, l'a
rsolument peinte sous les traits d'une vieille femme dont le corps us
et fatigu a perdu toute sveltesse et dont le visage ravag a subi toutes
les douleurs, sans pour cela perdre l'expression d'une srnit presque
auguste. En face d'elle, saint Jean fait contraste, tant sa poignante
douleur est bien humaine et oppose  la srnit des tres divins qui
l'entourent et que rien ne saurait atteindre.

En dehors de l'arcade et compltement spars sont agenouills les beaux
portraits du donateur et de la donatrice, d'une vie et d'un relief
saisissants.

Le fond droit du transept est ferm par la +Chapelle Ruccellai+ 
laquelle on accde par un double escalier. Au fond de la chapelle est la
fameuse _Vierge_ de CIMABUE, figure colossale peinte sur bois. Il
est malais, en voyant aujourd'hui l'hiratisme raide et maladroit de
cette peinture, de s'imaginer la rvolution profonde qu'en 1280 causa son
apparition. C'est d'elle que peuvent rellement dater les premires
tentatives de l'art pour s'manciper des formules byzantines si ngatives
de toute originalit.

Il ne faut pas oublier non plus que l'lve et le successeur immdiat de
Cimabue fut Giotto, c'est--dire le gnie dans lequel tout l'art italien
devait tre contenu en germe. Quand un matre a su, comme Cimabue, former
une pareille individualit, l'on ne pourrait trop exalter en lui la
beaut du caractre et l'intgrit des sentiments. L'estime de ses
concitoyens pour lui tait telle que la Vierge de Santa Maria y fut
transporte processionnellement, la Rpublique se plaisant par de si
grands honneurs  rendre hommage aux vertus du peintre et du citoyen.

A droite dans la chapelle, le _tombeau de la Beata Villana del
Cerchi_ fut excut par ROSSELLINO en 1451.

La Sainte, garde par deux anges, repose sous un baldaquin, les mains
croises et les pieds nus.

A droite du choeur est la +Chapelle Philippe Strozzi+. Derrire
l'autel se trouve son tombeau excut en 1459 par BENEDETTO DA MAJANO
dont il avait t le plus zl protecteur. Dans la forme grle du
sarcophage de marbre noir et dans les anges qui l'entourent se sent dj
le dclin de la sculpture  la fin du XVe sicle.

En 1502, FILIPPINO LIPPI,  son retour de Rome, fut appel par les
Strozzi  peindre la dcoration de leur chapelle. Il tait  ce moment
sous l'influence directe de Raphal et sa manire procdait directement
de lui avec toutefois une exagration de style frisant le mauvais got.
Aussi la composition des fresques de la chapelle Strozzi est-elle
dfectueuse; l'architecture dsordonne et tourmente laisse fort 
dsirer, enfin l'effet seul est cherch sans aucune proccupation du
sentiment.

La fresque de droite reprsente les _Miracles de Saint Jean
l'vangliste_, scne bizarre o se confondent les costumes les plus
disparates de tous les peuples connus. Celle de gauche est consacre  un
_Miracle de Saint Philippe_ ressuscitant une morte.

Le vitrail de la fentre fut galement compos par Filippino Lippi.

+Le choeur+ est dcor des admirables _fresques_ de DOMINIQUE
GHIRLANDAJO peintes en 1490 sur la commande de Jean Tornabuoni.

Ce qui frappe surtout en elles, c'est la grce noble et tranquille des
personnages, c'est la vie ordinaire des Florentins d'alors; ce qui les
rend si intressantes, c'est la civilisation, c'est le costume d'une
poque dont elles sont les plus prcieux documents.

Avec de si grandes qualits, le dfaut qu'on pourrait justement leur
reprocher serait de manquer de grandeur dans l'expression des ides,
d'embourgeoiser presque les sujets sacrs qu'elles relatent. Pour
Ghirlandajo, la Naissance de la Vierge est simplement la naissance d'un
enfant noble du XVe sicle, avec le cortge des visites de flicitation
et le dfil des amis; comme dans la Naissance de saint Jean-Baptiste, il
peint la nourrice donne aux petits Florentins d'alors et la collation
prise par la mre aprs l'vnement. Si cette faon d'interprter
l'histoire de la Vierge ou du Prcurseur rpond mal  la grandeur des
faits, il faut pourtant bien reconnatre que personne  l'gal de
Ghirlandajo n'et t capable, avec un tel point de dpart, d'arriver
d'une telle manire  ses fins.

Dans l'admirable pousse de la peinture au XVe sicle, il est impossible
que certains ordres d'ides et de sentiments, certains modes
d'interprtation, mme  galit de talent, ne rpondent pas mieux que
d'autres  l'esthtisme individuel de tel ou tel artiste. En matire
d'art, l'clectisme est la loi de la critique; il consiste  reconnatre
la beaut de l'oeuvre en elle-mme et sous quelque forme qu'elle se
prsente, car, l o la recherche de la perfection a t gale, il n'est
que juste de l'apprcier dans ses manifestations les plus divergentes. Il
faut aussi admirer sans rserve les belles et graves figures des
contemporains de Ghirlandajo animes d'une vie et d'un mouvement
singuliers.

Les fresques sont disposes, de chaque ct du choeur, sur trois ranges
de deux sujets chacune; elles sont termines par une lunette et spares
les unes des autres par des motifs architecturaux. Celles de la partie
suprieure ont malheureusement trop souffert pour qu'il soif facile de
les distinguer.


                          FRESQUES DE GHIRLANDAJO
___________________________________________________________________________
|                                                                         |
|           _Mur de gauche_                      _Mur de droite_          |
|                                                                         |
|        HISTOIRE DE LA VIERGE           HISTOIRE DE St JEAN-BAPTISTE     |
|                                                                         |
|    ____________________________         ____________________________    |
|    |                          |         |                          |    |
|    |       +ASSOMPTION+       |  CHOEUR  |     +FESTIN D'HRODE+    |    |
| ___|__________________________|__    ___|__________________________|___ |
| |                |               |   |                |               | |
| |        5       |       6       |   |       6        |       5       | |
| |                |               |   |                |               | |
| |   ADORATION    | MASSACRE      |   |  BAPTME DE    |PRDICATION    | |
| |                |               |   |                |DE St JEAN     | |
| |   DES MAGES    | DES INNOCENTS |   |  JSUS-CHRIST  |DANS LE DSERT | |
| |________________|_______________|   |________________|_______________| |
| |                |               |   |                |               | |
| |        3       |       4       |   |       4        |       3       | |
| |                |               |   |                |               | |
| |  PRSENTATION  |  MARIAGE      |   | ZACHARIE CRIT |  NAISSANCE    | |
| |                |               |   |                |  DE St JEAN-  | |
| |  AU TEMPLE     |  DE LA VIERGE |   | LE NOM DE JEAN |  BAPTISTE     | |
| |________________|_______________|   |________________|_______________| |
| |                |               |   |                |               | |
| |        1       |       2       |   |       2        |       1       | |
| |                |               |   |                |               | |
| | JOAQUIM EXPULS| NAISSANCE     |   |                |   ZACHARIE    | |
| |                |               |   | LA VISITATION  |               | |
| | DU TEMPLE      | DE LA VIERGE  |   |                |   AU TEMPLE   | |
|_|________________|_______________|___|________________|_______________|_|


MUR DE DROITE.--HISTOIRE DE LA VlERGE.

I.--_Joachim chass du temple_.

Dans cette superbe composition, les deux groupes de droite et de gauche
sont particulirement intressants par les personnages clbres qu'ils
reprsentent. A gauche, le vieillard sans barbe est Baldovinetti, qui
enseigna la peinture et la mosaque  Ghirlandajo; celui qui, la tte
nue, a la main sur la hanche et porte un petit pourpoint bleu et un
manteau rouge, est Ghirlandajo lui-mme; le personnage aux grosses lvres
et  la chevelure noire est Mainardi, son lve; enfin celui vu de dos
est le frre du peintre, David Ghirlandajo.

II.--_La Naissance de la Vierge_.

Une des plus belles fresques de la srie.

Dans une riche chambre florentine, sainte Anne, femme dj ge, est
couche tout habille sur son lit plac sur une estrade. Derrire elle
une servante verse de l'eau dans un bassin. Releve sur un coude, elle
contemple la petite Marie dans les bras d'une belle dame assise au milieu
de la composition, tandis que de nobles visiteuses s'avancent sur la
gauche, vtues de leurs somptueux habits de fte.

Ces femmes sont la fleur de la socit florentine; on sent qu'elles ont
tenu  honneur de figurer dans cette oeuvre et de venir poser devant le
matre. Chacune a son individualit propre, et ces beaux traits
florentins si vifs, si intelligents, si presque modernes d'expression.

III.--_Prsentation au Temple_.

IV.--_Mariage de la Vierge_.

V.--_Adoration des Mages_.

VI.--_Massacre des Innocents_.

VII.--(Lunette) _Mort de la Vierge_.

Composition en partie dtruite.

MUR DE GAUCHE.--HISTOIRE DE SAINT JEAN-BAPTISTE.

I.--_Apparition de l'Ange  Zacharie_. Cette composition remarquable
est enrichie de beaucoup de portraits admirables, entre autres ceux de
tous les donateurs des fresques, les Tornabuoni jeunes ou vieux placs en
arrire de Zacharie. Au bas, Ghirlandajo a peint  mi-corps les quatre
plus savants hommes de l'poque: le premier revtu d'un habit de
chanoine, est Marsile Ficin; le second, avec un ruban noir au cou, est
Cristoforo Landino; le troisime est le Grec Demetrius Chalcondyle, et
enfin le quatrime, qui lve un peu la main, est Ange Politien. En
arrire d'eux, un groupe de trois hommes causent et reprsentent, dit-on,
les plus fameux marchands de Florence, Andr de Mdicis, Jean Ridolfi et
Sassetti.

II.--_La Visitation_. A droite et  gauche de la Vierge et de sainte
lisabeth qui se rencontrent, l'assistance est forme par des groupes de
Florentines de toute beaut. Elles sont coiffes et pares  la mode du
temps; l'une d'elles, en robe jaune,  la suite de sainte lisabeth vue
de profil, est le portrait d'une des plus clbres beauts d'alors,
Ginevra di Benci.

III.--_Naissance de Saint Jean-Baptiste_. La disposition est
analogue  celle de la _Naissance de la Vierge_. Derrire le lit de
sainte lisabeth, une servante lui prsente une collation, tandis qu'au
milieu de la fresque est assise la nourrice allaitant l'enfant et qu' sa
droite s'avance le groupe des amies, suivi d'une servante portant sur sa
tte une corbeille o sont des pastques et des raisins. Cette ample
figure aux vtements flottants semble, par sa beaut antique, chappe 
quelque rve paen.

IV.--_Zacharie crit le nom de Jean qu'il destine  son fils, sur une
tablette que lui prsente une femme a genoux_.

V.--_La prdication de Saint Jean-Baptiste_.

VI.--_Baptme de Jsus-Christ_.

VII.--(Dans la lunette) _Festin d'Hrodiade_. Ces trois dernires
fresques, presque entirement effaces.

De chaque ct, au-dessus de la fentre garnie de vitraux noirs et
brumeux, excuts en 1492 sur les cartons du matre par ALESSANDRO
FIORENTINO, la dcoration  fresques se continue, mais en mauvaise
prservation. Sur les deux cts troits de la fentre s'tagent des
figures spares dont les deux premires sont les portraits des donateurs
de l'oeuvre, Jean Tornabuoni et sa femme. Au-dessus de la fentre un grand
_Couronnement de la Vierge_ peut difficilement passer pour tre de
la main de Ghirlandajo.

La boiserie qui forme le dossier des _stalles_ est un chef-d'oeuvre
de mosaque sur bois. Faite  la fin du XVe sicle par BACCIO D'AGNOLO,
on y voit les plus fines et les plus dlicates arabesques; les stalles
elles-mmes sont gtes par une malheureuse restauration de Vasari.


                   +SAINTE-MARIE NOUVELLE+
                             ----
                   _Mur du fond du choeur_
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|                      COURONNEMENT DE                     |
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|                      LA VIERGE                           |
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|             |                              |             |
|   SAINT     |                              | SAINT PIERRE|
|             |                              |             |
|   FRANOIS  |                              | martyr      |
|             |                              |             |
|_____________|            FENTRE           |_____________|
|             |                              |             |
|             |                              |             |
|             |                              | SAINT JEAN- |
|ANNONCIATION |                              |             |
|             |                              | BAPTISTE    |
|             |                              |             |
|_____________|                              |_____________|
|             |                              |             |
|             |                              |  Femme de   |
| JEAN        |                              |             |
|             |                              |  JEAN       |
| TORNABUONI  |                              |             |
|             |                              |  TORNABUONI |
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+La Chapelle+,  gauche du choeur, a t dcore d'un revtement de
marbre par JULES DE SANGALLO. Elle renferme le fameux _Christ_ de
BRUNELLESCHI excut pour un concours entre lui et Donatello.

+La Chapelle Strozzi+, place en face de la chapelle Ruccellai,
occupe le fond du transept  gauche. On y accde galement par un double
escalier. Ses trois murs sont dcors de fresques d'ORCAGNA, ouvrage le
plus important qui existe, consacr au Jugement dernier d'aprs le Dante.
Sur le mur de gauche, _le Jugement dernier_, et sur celui du fond,
_le Paradis_, sont d'Andrea. Sur le mur de droite, _l'Enfer_
est de son frre NARDO ORCAGNA; c'est de beaucoup la moins bonne des
fresques. La grande proccupation du moyen ge, la vie future et les
terreurs de l'au-del, surgit tout entire dans un sujet que les artistes
du temps affectionnaient tout particulirement et dont ils cherchaient
l'interprtation aussi bien dans les prophties que dans l'Apocalypse. En
effet, le terrible esprit de l'poque trouvait pleine matire  se
dvelopper, dans les vengeances et les chtiments d'un Jhovah terrible,
et nul thme ne pouvait exercer sur les esprits une plus trange
fascination; aussi, lorsque, pouss par cette attraction, Dante fut amen
 composer son admirable pome, il rpondait si exactement aux
aspirations de ses contemporains, que les premiers Cantica  peine
parus eurent sur l'art un retentissement norme. Giotto fut le premier
interprte du pote, et bientt aprs, les Orcagna, chargs par les
Strozzi de la dcoration de leur chapelle, firent de son oeuvre le thme
de leurs compositions.

La muraille, peinte par Nardo, retrace tout le cycle du premier chant de
l'_Enfer_; mais l'artiste, faute de place, ayant supprim tous les
pisodes gracieux, n'en laissa subsister que la tragique horreur. Le mme
motif le fora  serrer tellement ses figures et  leur donner de si
petites dimensions que ce dfaut, aggrav par la mauvaise perspective
d'alors et l'absence de tout savoir technique, le fit rester au-dessous
du but qu'il s'tait propos.

La descente  l'Enfer commence dans la partie suprieure o les mes
diriges sur les sombres bords sont attendues par Cerbre pour tre
conduites devant Pluton en train de festoyer.

Au-dessous, Caron, le nocher funbre, les conduit  travers l'Achron 
l'entre du gouffre o le premier des cercles infernaux est peupl par
les prodigues et les avaricieux roulant leur ternel rocher.

Cette partie est spare des cercles infrieurs, ceux des dsesprs, par
un mur crnel, que lchent les flammes, symbole du feu dvorant o sont
consumes les mes voues au dsespoir ternel.

On y voit les suicids condamns  s'entre-tuer toujours dans des bois
sombres habits par les harpies, les parricides plongs jusqu'au cou dans
un affreux lac de sang o ils sont ternellement rejets par des
centaures placs sur la rive qui les empchent  coups de flches de
regagner le bord, les luxurieux brls par une pluie de feu; puis les
cercles vont toujours en se rtrcissant et en s'obscurcissant davantage
autour de ceux qu'ils enveloppent pour l'excution de leurs terribles
chtiments. Ils montrent les simoniaques la tte plonge dans le feu, les
immondes la tte retourne, les voleurs en proie aux serpents, les
fauteurs de scandale coups en morceaux, les alchimistes et les faux
monnayeurs s'entre-battant. Enfin, au centre de cette terrifiante
composition, un dmon colossal, debout dans une cuve remplie de serpents,
dvore Judas, pendant que les tratres, plongs dans la cuve et dchirs
par les serpents, attendent semblable supplice.

_Le Paradis_ d'Andr Orcagna, dont les extases font face  ces
horreurs, est d'un art tout diffrent. Les belles figures qui composent
la foule innombrable des lus tiennent le milieu entre l'art raliste
d'un Giotto et l'idalisme d'un Angelico; c'est  ce dernier que
sembleraient plutt appartenir les deux admirables figures d'anges
musiciens agenouills sur des nuages aux pieds du Christ et de la Vierge.

Sur le mur du fond coup par la fentre, Orcagna a peint _le Jugement
dernier_ auquel assistent des groupes d'hommes et de femmes et o,
suivant l'esprit dmocratique de l'poque, toutes les classes sociales
sont confondues, l'empereur et le pape comme le mendiant.

Le retable sur fond d'or reprsente le Christ glorieux confiant d'une
main  saint Pierre les clefs de l'glise, tandis que de l'autre il remet
le livre de la _Somme_  saint Thomas d'Aquin prsent par la
Vierge. Sur les volets du retable sont peints saint Michel et sainte
Catherine, saint Laurent et saint Paul.

+La Sacristie+, ouverte  gauche sur le transept, contient un joli
_lavabo_ en terre vernisse, plaqu  l'intrieur de faence; il a
t excut en 1497 par JEAN DELLA ROBBIA.

Au bas de la chapelle Strozzi, une porte conduit  quelques marches
descendant sur une galerie appele le +Sepolcreto+ dont les votes
cintres reposent sur des piliers octogonaux. Cette galerie a un grand
intrt par toutes les petites plaques commmoratives enchsses dans le
mur et dont la plupart portent en relief les cussons de presque toutes
les nobles familles florentines. Une de ces plaques particulirement
belle est de Pisano et montre le donateur et la donatrice agenouills aux
pieds de la Vierge.

Le Sepolcreto dbouche sur le clotre appel aussi Clotre vert, de la
couleur des fresques en camaeu dont il est dcor.

+Le Clotre vert+ est entour d'une galerie forme d'arcs reposant
sur des piliers octogonaux. Il a t peint par ANDREA ORCAGNA, pour les
scnes de la Gense, et par PAOLO UCCELLO, pour _le Dluge_, _le
Sacrifice_ et _l'Ivresse de No_, fresques en camaeu vert sur
fond rouge.

Les trois compositions d'Orcagna sont presque entirement dtruites, on y
trouve pourtant encore quelques belles figures.

I. _Cration des animaux_, _Cration de l'homme et de la
femme_, _Adam et ve mangent le fruit dfendu_.

II. _Adam et ve chasss du Paradis_; _ve filant_, ravissante
figure de la Renaissance; _Adam piochant_. Dans le bas (dtruit)
taient _Can et Abel_.

III. _Mort de Can_ sous la flche de Lameth, _No construisant
l'Arche_, _No faisant entrer les animaux dans l'Arche_
(dtruit).

La fameuse fresque du _Dluge_ d'UCCELLO continue la srie. Aucun
artiste n'a pouss le fanatisme du ralisme plus loin qu'Uccello dont le
nom, malgr l'extravagance bizarre de l'artiste, se rattache pourtant 
des progrs techniques de premier ordre. Dans cette fresque peinte en
1446, tous les peintres purent venir apprendre le model et la
perspective; mais,  ct de beauts de premier ordre, les grotesques
inventions abondent. Les victimes exprimentent des appareils de
sauvetage de toute sorte et plus ou moins saugrenus. L'un a plac autour
de son cou une boue; l'autre s'est rfugi dans une cuve; d'autres
encore grimpent sur des chelles, nagent sur des planches, ou tentent de
se sauver  cheval. L'arche colossale, dont on ne voit que la coque,
occupe un ct entier, et No y apparat.

Les autres fresques sont trs dtriores; celle de l'Arche de No a
pourtant conserv intact le groupe de ses trois fils, dont l'un, dtach
de profil sur une treille, est une superbe et nergique figure.

Sur la droite du clotre s'ouvre la salle du chapitre appele +Chapelle
des Espagnols+, Cappella degli Spagnuoli. Elle est claire par deux
belles fentres ouvertes sur le clotre de chaque ct de la porte, dont
les lgantes sculptures sont protges par de belles grilles en fer 
rinceaux dcoups.

La chapelle, commence en 1322, fut acheve en 1355 et magnifiquement
dcore de fresques dont l'ensemble embrasse le cycle  peu prs complet
des croyances philosophiques, thologiques et religieuses du moyen ge.
Ces peintures superbes et admirablement conserves sont attribues par
Vasari  TADDEO GADDI et  SIMONE MEMMI de Sienne. Le mur de droite par
Simone Memmi reprsente _l'glise militante et l'glise
triomphante_. Celui de gauche, par TADDEO GADDI, montre _l'glise
personnifie par saint Thomas d'Aquin_ dominant et protgeant toutes
les connaissances humaines. Sur le mur du chevet coup par l'enfoncement
de l'autel est peint en forme d'ventail _le Calvaire_, avec d'un
ct _le Chemin de Croix_ et de l'autre _la Descente aux
Limbes_. Enfin les peintures de la vote reprsentent des scnes de la
_Vie de Jsus-Christ_.

I.--_L'glise militante et l'glise triomphante_. Pendant que saint
Franois prchait une merveilleuse doctrine de charit et de tolrance,
saint Dominique rpandait sur le monde une foi sombre, asctique et
intolrante, car l'glise, pour lui, ne pouvait arriver au triomphe final
que par l'emploi de moyens violents aussi bien contre les hrtiques que
contre les fidles.

Interprte de cette ide, le matre a symbolis les deux grandes forces
du moyen ge, l'Empereur et son Conseil, le Pape et son Concile assis
devant l'glise Sainte-Marie des Fleurs, personnifiant ici l'omnipotence
de l'glise. Aux pieds du Pape sont couches les brebis de la chrtient
gardes par les chiens noirs et blancs dominicains, Domini canes,
tandis que d'autres chiens poursuivent et mordent les loups hrtiques
auxquels ils arrachent les brebis qu'ils tentent de ravir. En avant, 
gauche, se tient le groupe des religieux et religieuses de tous les
ordres, tandis qu' droite sont les laques, parmi lesquels on reconnat
les portraits clbres de Ptrarque, de Boccace, de Giotto, de Cimabue et
de Laure, devant lesquels sont agenouills les pauvres et les infirmes.
Sur la droite, la fresque est consacre  l'application des thories
dominicaines.

A.--Saint Dominique discute avec les hrtiques.

B.--Saint Dominique ayant convaincu les hrtiques, les fait se
prosterner devant l'vangile, tandis qu'un Archange dchire les livres
hrsiarques.

C.--Au-dessus de ces sujets se trouve une range de petits personnages
intermdiaires, dansant au son d'un tambour de basque, devant quatre
personnages assis figurant des pchs mortels.

D.--Le haut de la composition est form par un dominicain coutant la
confession d'un homme agenouill, un second dominicain qui lui donne
l'absolution au seuil du Paradis o l'introduit un troisime.

E.--Le Paradis occupe tout le haut de la fresque  gauche. D'aprs
l'Apocalypse, le Christ y est reprsent trnant sur l'arc-en-ciel entre
deux anges; il est environn des Symboles des quatre vanglistes,
l'Agneau mystique est couch  ses pieds, et il tient d'une main
l'vangile, et de l'autre la clef du monde.

II.--_Triomphe de saint Thomas d'Aquin_. Le saint, les vangiles 
la main, trne en haut de la fresque; il crase sous ses pieds Arius,
Sabellius et Averros, les trois grands hrsiarques.

A ses cts sont assis, rangs l'un prs de l'autre, les vanglistes et
les Prophtes alternant.

La partie infrieure est divise en quatorze niches o trnent des
figures de femmes, symbolisant toutes les connaissances de l'poque.
Devant chacune d'elles est assis plus bas son principal adepte; toutes
ces figures, d'une attitude un peu raide, ne varient gure que par
l'expression des physionomies.

1--Le droit civil et l'empereur Justinien.

2--Le droit ecclsiastique et le pape Clment V.

3--La thologie spculative et Pietro Lombardo.

4--La thologie pratique et Severino Boccio.

5--La foi et saint Denis l'Aropagite.

6--L'Esprance et saint Jean Damascne.

7--L'amour sacr et saint Augustin.

8--L'arithmtique et Pythagore.

9--La gomtrie et Euclide.

10--L'astronomie et Ptolme.

11--La musique et Tubalcan.

12--La dialectique et Znon d'le.

13--La rhtorique et Cicron.

14--La grammaire avec Donato ou Priscien.

III.--_Le Calvaire_. La composition remplit un cintre divis en
trois parties dont le Calvaire occupe la plus haute. Le Portement de
croix part du bas de la fresque,  gauche, pour monter au Calvaire. Dans
le bas,  droite, est reprsente la Descente de Jsus aux limbes, dont
la porte s'croule devant lui sur Satan. Cette partie, tout  fait
remarquable, est peut-tre la meilleure de la chapelle comme art et comme
sentiment.

La fresque du mur d'entre est en partie dtruite: elle reprsentait,
d'un ct, les prdications de saint Dominique; de l'autre, celles de
saint Thomas d'Aquin, et au-dessous, des miracles oprs par les deux
saints.

IV.--La vote, divise par les nervures en quatre parties angulaires, est
occupe par des fresques symboliques.

I. Au-dessus de l'glise militante et triomphante, _la Barque de
Pierre_, symbole des temptes qui peuvent assaillir l'glise, sans
jamais la submerger.

II. Au-dessus du Calvaire, _la Rsurrection_.

III. Au-dessus du triomphe de saint Thomas d'Aquin, _la Pentecte_,
symbole de toute science considre comme don divin.

IV. Au-dessus de l'entre, _l'Ascension_. Au del du Clotre vert
s'tend le Grand Clotre, aujourd'hui cour de l'cole des Cadets.

+La Pharmacie+ de l'ancien couvent, la Spezeria (Via della Scala),
possde dans une petite pice des fresques dures et heurtes de SPINELLO
ARETINO, _histoire de la Passion_.

+SAINT-JACQUES DE RIPOLI+. Au tympan de la porte, bas-relief des
DELLA ROBBIA. _Le Christ entre Saint Thomas et un Saint_.

+A l'intrieur+, l'glise contient la meilleure oeuvre de RIDOLFO
GHIRLANDAJO, le _Mariage mystique de sainte Catherine_ excut vers
1505, sous la double influence de ses matres, Lonard et son pre. La
couleur admirable de ce tableau et sa tenue sobre et nergique l'ont fait
longtemps attribuer au Vinci; c'est une oeuvre de premier ordre.

+GLISE SAN FRANCESCO DE VANCHETONI+ (Via del Palazzuolo). Cette
glise conserve quelques ouvrages remarquables de DONATELLO. Deux
admirables _bustes d'enfants_ semblent tre des portraits, tant leur
originalit est puissante. L'un est un enfant  l'air triste et presque
morose, tandis que l'autre, d'aprs la peau de chvre de sa draperie,
parat tre un Saint Jean-Baptiste adolescent.

+L'GLISE D'OGNISSANTI+, difie en 1524, et remanie en 1627,
n'offre comme architecture rien d'intressant. Dans le tympan de la porte
principale, bas-relief de DELLA ROBBIA, _le Couronnement de la
Vierge_. +A l'intrieur+, entre le troisime et le quatrime
autel, sont deux fresques, oeuvres de premier ordre: l'une de BOTTICELLI,
l'autre de GHIRLANDAJO.

La fresque de BOTTICELLI, peinte en 1480, reprsente _Saint Jrme_;
c'est un chef-d'oeuvre autant par le fini prcieux des dtails que par
l'anatomie puissante et large et par la profonde ferveur religieuse qui
anime la figure du saint. Saint Jrme, beau vieillard vtu de la pourpre
cardinalice, est assis devant une table, o il est accoud et parat
rflchir profondment. Ce qui est extraordinaire d'art minutieux, ce
sont les multiples objets poss sur cette table; les pupitres  crire et
 lire, les parchemins, les livres, les lunettes, les ciseaux et jusqu'au
tapis d'Orient qui la recouvre, tout dnote la prcision et l'amour du
dtail, pousss  l'extrme.

Le _Saint Augustin_ de Ghirlandajo a malheureusement pli; il est
galement assis devant une table, l'amnagement peu compliqu de la pice
contraste fortement avec la fresque prcdente. Le visage est admirable,
et les mains surtout sont d'un modle parfait.

+La Sacristie+ est dcore d'une grande fresque, de l'cole de
Giotto, _Christ en croix_ entour d'anges, probablement une oeuvre de
FRANCESCO DA VOLTERRA (1350).

Au fond du transept, un escalier conduit  une chapelle o un
_Christ_ de Giotto est un premier et timide essai d'anatomie dans ce
sujet.

+Dans l'ancien Rfectoire+ du couvent ouvert sur le clotre,
GHIRLANDAJO a peint en 1480 +la Cne+. A cette poque, le matre
avait accept la dcoration complte  fresque de l'glise, mais le
travail ne fut jamais excut et la fresque du rfectoire est la seule
trace subsistant de ce projet dont elle tait destine  tre le
commencement. Ghirlandajo s'y montre en pleine possession de son beau
talent; le dessin est large; les figures, bien composes, sont
suprieures par l'lvation de la pense, et il ne s'y trouve aucune
trace de la scheresse qu'on pourrait quelquefois reprocher  l'artiste.

Le ravissant _tabernacle_ qui surmonte la porte d'entre fut excut
par AGOSTINO DI DUCCIO en 1463. Ce bijou est digne du meilleur et du plus
cher lve de LUCA DELLA ROBBIA. Il a malheureusement t repeint.




RIVE GAUCHE

+PITTI, JARDINS BOBOLI, GLISE SAINTE-FLICIE, PALAIS BIANCA CAPELLO,
GLISE SAN SPIRITO, SANTA MARIA DEL CARMINE+.


+LE PALAIS PITTI+, situ sur la partie la plus leve de Florence,
fut commenc en 1440 par BRUNELLESCHI pour Lucca Pitti, l'adversaire
acharn des Mdicis, dont il voulait clipser le luxe,  dfaut de la
puissance.

Pierre de Mdicis ayant noy dans le sang la fameuse conspiration des
Pazzi (1446) dont Pitti tait un des principaux conjurs, le palais resta
inachev jusqu'au XVIe sicle o il devint l'apanage d'lonore de
Tolde, femme du grand-duc Cosme Ier. C'est vers cette poque que les
grands-ducs le relirent aux Offices par une galerie destine  leur
ouvrir une retraite en cas de soulvement.

Le palais a une immense faade, lourde et froide, dont l'effet
dsagrable est encore aggrav par les ailes ajoutes de 1620  1631,
alors que, devenu rsidence des grands-ducs, il se trouva insuffisant.

Il renferme, sous le nom de Galerie Pitti, la riche collection de
tableaux forme par les cardinaux Lopold et Charles de Mdicis, ainsi
que par le grand-duc Ferdinand. La galerie compte plus de cinq cents
numros dissmins dans les beaux salons de l'aile gauche, dont les noms
sont tirs des sujets de leurs plafonds.


SALLE DE L'ILIADE

N 201.--TITIEN. _Portrait du Cardinal de Mdicis_, de haute et
fire allure; il fut peint en 1532, aprs la campagne contre les Turcs, 
laquelle avait pris part le cardinal, qui porte le costume hongrois.

N 219.--PRUGIN. _Vierge adorant l'Enfant_, avec beaucoup de
repeints.

N 185.--GIORGIONE (attribu maintenant au Titien), _le Concert_.

Deux moines et un jeune homme coiff d'un chapeau  plume font de la
musique. Ce chef-d'oeuvre est admirable de coloris, de model et de belle
lumire chaude et dore.

N207.--RIDOLFO GHIRLANDAJO. _L'Orfvre_. Ce portrait clbre a d 
sa perfection de passer longtemps pour un ouvrage de Lonard de Vinci.

N 208.--FRA BARTOLOMMEO. _La Vierge sur un trne_ (1512).

Ce beau tableau est l'ancien retable de l'glise San Marco. Si, par
l'expression un peu commune, il manque de dignit et si la peinture a
noirci, il n'en est pas moins une merveille de composition.


SALLE DE SATURNE

N 178.--RAPHAEL. _La Madone du Grand-Duc_. La plus belle des
Vierges de Raphal, peinte en 1505, lorsqu'il tait encore sous
l'influence du Prugin, pour la couleur et le jet de la draperie, mais la
composition et le dessin y procdent directement de Masaccio et de Fra
Bartolommeo.

La tte de la Vierge est un bijou de model et l'enfant qu'elle tient
assis sur sa main est exquis. Ce petit chef-d'oeuvre, excut pour le
grand-duc Ferdinand, fut conserv comme une sorte de palladium dans la
famille Mdicis, de l lui vient son surnom de Vierge du Grand-Duc.

N 179.--SBASTIEN DEL PIOMBO. _Martyre de Sainte Agathe_. Ce
tableau, peint en 1520 sous l'influence romaine, est une belle oeuvre
inspire par le style et le large dessin de Michel-Ange, mais avec un
coloris sobre d'une grande tenue.

N 174.--RAPHAEL. _Vision d'zchiel_. Ce petit tableau peut encore
tre rang dans l'ordre des tableaux symboliques, tels que les comprenait
le moyen ge, dont le but tait de rendre frappantes pour les masses les
ides morales jointes aux faits matriels contenus dans l'Apocalypse et
les deux Testaments. Mais, dans la _Vision d'zchiel_, Raphal a
donn la beaut et la grandeur de la

Renaissance  l'ancien ordre de sentiments; il a reprsent Dieu le Pre
sous les traits d'un Jupiter Olympien port sur les nues par les symboles
des quatre vanglistes, et dont les bras tendus pour bnir sont
supports par deux anges.

L'homme, attribut de saint Matthieu, qui a trait particulirement la vie
humaine du Christ, se tient seul agenouill aux pieds de Dieu qui bnit
en lui l'humanit dont le Christ assuma toutes les souffrances.

Cette trs petite composition, traite avec la finesse de la miniature,
est malheureusement rendue moins agrable par l'emploi de tons un peu
lourds.

N 164.--PRUGIN. _La Dposition de Croix_. Ce tableau, peint 
Florence en 1495, offre une collection de ttes passives sans aucun
contraste, le tout plus intressant par une excellente composition et
l'galit du fini que par la profondeur du sentiment.

N 159.--FRA BARTOLOMMEO. _Rsurrection du Christ entre les
vanglistes_. Ce tableau est peut-tre ce que le matre a donn de
plus parfait; jamais on n'a pouss plus loin et alli davantage la
grandeur de la composition et la profondeur noble et grave du sentiment.
Les deux adorables enfants placs au bas du tableau tiennent un miroir o
le Frate a reflt comme paysage le monde.



           +PALAIS PITTI+

                                  ____________________
         +GALERIE PALATINE+       |                  |
                                  |     SALLE        |
                                  |     DEI PUTTI    |
                                  |__________________|
                                  |                  |
                                  |     SALLE        |
 JARDINS BOBOLI                   |     DE FLORE     |
                                  |__________________|
                                  |                  |
                                  |    SALLE DE      |
                                  |    LA JUSTICE    |
__________________________________|__________________|__________
|      |      |      |     |          |            |            |    O
|      |SALLE |SALLE |SALLE|          | SALLE      | SALLE      |    |
|      |      | DE   |     | SALLE    |            |            |S---+-->N
|      |DELLA |L'EDU-| DU  |          | DE         | DU         |    |
|      |      |CATION|     | D'ULYSSE |            |            |    E
|GRAND |STUFA |DE    |BAIN |          | PROMTHE  | PROCETTI   |
|      |      |JUPITER     |          |            |            |
|VESTI-|______|______|_____|__________|____________|____________|___________
|      |         |             |           |       |          |            |
|BULE  |         |             |           |       |          |            |
|      |         |             |           |       |          |            |
|DE    | SALLE   |   SALLE     |  SALLE    | SALLE |  SALLE   |   SALLE    |
|      |         |             |           |       |          |            |
|L'ES- | DE      |   DE        |  DE       | DE    |          |   DE       |
|      |         |             |           |       |          |            |
|CALIER| L'ILIADE|   SATURNE   |  JUPITER  | MARS  | D'APOLLON|   VNUS    |
|      |         |             |           |       |          |            |
|      |         |             |           |       |          |            |
|______|_________|_____________|___________|_______|__________|____________|
    ^
    |
 ENTRE


N 151.--RAPHAEL. _La Vierge  la Chaise_. Ce tableau, peint en 1515
au moment o Raphal travaillait  la chambre d'Hliodore au Vatican, est
le type le plus complet des Vierges romaines o l'artiste supprima toute
divinit de la figure de la Vierge pour la remplacer par ce qu'il
considrait comme le suprme de la beaut fminine, quelquefois
provocante, mais jamais virginale. Ici la Vierge n'est que le portrait
d'une belle Romaine en costume populaire et la composition de ce
mdaillon clbre, absolument banale, n'a pour elle que son beau coloris.

N 190.--SUSTERMANS. _Portrait du fils de Frdric II, roi de
Danemark_. Ce peintre flamand, qui vcut  Florence, a laiss
d'excellents portraits tenant un juste milieu entre Vlasquez et Van
Dyck. Ce joli portrait est d'une belle facture.

N 113.--MICHEL-ANGE. _Les Parques_. Ce tableau parat plutt une
attribution; toutefois, s'il a t dessin par Michel-Ange, il n'a
certainement pas t peint par lui, son coloris n'offrant aucune trace de
la vigueur parfois tragique, propre au pinceau de Michel-Ange.

Les Parques sont reprsentes sous les traits de trois vieilles femmes
d'un beau caractre, drapes de nuances trop claires.


SALLE DE MARS

N 94.--RAPHAEL. _Madone dell'Impannata_. Compose par Raphal,
excute par ses lves sans qu'on sache absolument la part qui leur
revient. Deux femmes apportent  la Vierge l'Enfant qui prend vivement la
robe de sa mre, et se retourne vers elles en riant.

N 92.--TITIEN. Superbe portrait de jeune homme.

N 86.--RUBENS. _Les Consquences de la Guerre_. Belle et grande
composition trs mouvemente. Un guerrier entrane une femme nue que les
Amours cherchent  retenir.

N 85.--RUBENS. _Les quatre Philosophes_. Portraits de Rubens, de
son frre et des philosophes Lipse et Grotius assis  une table derrire
le buste de Snque.

N 82.--VAN DYCK. _Le cardinal Bentivoglio_, portrait assis en pied,
d'une lgance et d'une distinction remarquables, comme d'un coloris
superbe.


SALLE D'APOLLON

N67.--TITIEN. _La Madeleine_. Ce portrait de femme drape dans son
admirable chevelure d'or, fut peint pour le duc d'Urbin, et l'on voit que
le sujet de la pcheresse n'a t ici qu'absolument subsidiaire.

N 64.--FRA BARTOLOMMEO. _La Dposition_. Dans cette oeuvre
admirable, la beaut du sentiment se runit  celle de l'excution pour
former un ensemble de premier ordre. Rien n'est plus beau que l'abandon
du corps du Christ et l'angoisse profonde de la Vierge lui donnant un
dernier baiser.

L'motion ressort de la simplicit pathtique des personnages, et non de
leur arrangement factice et voulu; c'est l ce qui diffrencie
profondment l'ouvrage de Fra Bartolommeo des quivalences dues par
exemple au pinceau d'un Prugin.

N 61.--RAPHAEL. Portrait d'_Angiolo Doni_. La premire oeuvre faite
 Florence et le plus beau des portraits peints par Raphal sous
l'influence de Prugin, qu'on pourra rapprocher comme inspiration de
celui de l'Espagnol Lopez Pereigo indiqu comme le propre portrait du
Prugin au muse des Offices, sous le n 287.

Doni est reprsent en buste vtu de noir; ses mains, appuyes sur une
balustrade, sont d'une rare perfection. La tte, d'une expression
profonde et intelligente, se dtache sur un beau fond de paysage.

N 59.--RAPHAEL. Portrait de _Madeleine Strozzi Doni_, femme du
prcdent. D'un aspect peu distingu, sa figure niaise et placide est
sans expression, les formes sont massives et lourdes.

N 58.--ANDREA DEL SARTO. _Dposition_ (1524). Cette peinture, si
loin comme sentiment de la _Dposition_ de Bartolommeo, est un tour
de force comme richesse de coloris.

N 54.--TITIEN. Portrait de _Pierre Artin_. La tte est
intelligente et fine, il est vtu d'une ample robe cramoisie.

N 63.--RAPHAEL. Portraits de _Lon X_ et des cardinaux _Rossi_
et _de Mdicis_. Le pape est assis devant une table; les deux
cardinaux, dont on ne voit que les bustes, sont debout derrire lui.

Raphal a fait de ces portraits non seulement une admirable tude des
rouges de toutes les gammes, les plus riches et les plus varies, mais
encore une tonnante caractristique de leur individualit. Rien n'est
intressant comme de comparer le Jules II de la Tribune des Offices avec
le Lon X du muse Pitti; autant chez l'un tout est asctique, profond,
violent mme avec la tension de toutes les forces et de toutes les
nergies vers un but dtermin, autant chez l'autre tout est matriel,
tourn vers les grandeurs, le luxe et la somptuosit. Presque Athnien
dans ses gots, passionn d'art et de littrature, Raphal a su marquer
ce caractre du pape en plaant devant lui une cloche finement cisele et
un livre prcieux qu'il s'apprte  regarder  la loupe.


SALLE DE VNUS

N 18.--TITIEN. _La Belle_. L'habillement de la Belle, bleu, violet,
or et blanc, cadre avec la tte, dont la mystrieuse expression captive
et fascine. Ce portrait de femme, peint en 1535, rappelle les traits de
la duchesse lonore d'Urbin et peut tre considr comme un des plus
parfaits sortis du pinceau du matre, tant par son model en pleine
lumire que par sa coloration transparente et chaude tout  la fois.

N 3.--TINTORET. _Vnus, Vulcain et l'Amour_, tableau trs inspir
par le Titien, d'une excution charmante et plus soigne que ne le sont
gnralement les oeuvres du Tintoret.


SALLE DE PROMTHE

N 372.--ANDREA DEL CASTAGNO. Trs beau portrait d'homme coiff  la
bourguignonne.

N 373.--PIERRE POLLAJUOLO. _Saint Sbastien_.

N 353.--BOTTICELLI. _La belle Simonetta_. Ce portrait fameux de la
matresse de Julien de Mdicis la montre sous les traits d'une femme
laide et d'une prodigieuse raideur. Pourtant ce profil anguleux, dcoup
en silhouette violente sur un fond gris, ne manque pas de caractre, quoi
qu'il soit peu prsumable qu'il ait t peint par Botticelli.

N 347.--FILIPPINO LIPPI. _Sainte Famille_ (Mdaillon). La Vierge
adore l'Enfant pendant que de petits anges effeuillent sur lui des roses.

N 343.--FRA FILIPPO LIPPI. _La Vierge, l'Enfant, Saint Joachim_ et
_Sainte Anne_, avec au fond _la Nativit de la Vierge_.

Les APPARTEMENTS DU PALAIS PITTI communiquent avec la galerie par la
salle  manger.

Ils sont tendus de soieries du XVIIe sicle et, comme tous les
appartements de palais, sont de mdiocre intrt.

Dans la chapelle, un superbe cadre en mosaque florentine du XVIIe
sicle contient une _Vierge_ de CARLO DOLCE, tapisseries de
Florence, cabinets en pierres dures et en mosaques, etc., etc.

A l'entresol, L'UFFIZIO DEGLI ARGENTI, une petite salle o est conserv
le trsor des Mdicis, maintenant proprit de la ville. On y remarque
quatre coupes et une gourde ornes d'maux sur paillons attribues 
Benvenuto Cellini, _Christ_ de Jean de Bologne provenant de la
chapelle du palais, torchres en bronze dor de Bologne.

LES JARDINS BOBOLI s'tendent derrire le palais Pitti et s'lvent en
terrasse sur la colline au pied de laquelle il est construit.

Ces jardins, d'o l'on jouit de vues magnifiques sur Florence, furent
dessins en 1550 par Tribolo, sur l'ordre de Cosme Ier, et achevs par
BUONTALENTI.

A l'entre, une grotte contient quatre statues inacheves de MICHEL-ANGE,
faisant partie de la srie des esclaves destins au tombeau de Jules
II.

En passant par une belle alle orne de statues, on arrive  un charmant
bassin dont le centre est dcor d'une statue colossale de l'_Ocan_
par JEAN DE BOLOGNE.

+GLISE SAINTE-FLICIT+. L'glise n'est intressante que par son
portique et la quantit d'oeuvres primitives qu'elle contient.

Dans la +sacristie+, GIOTTO, _Christ_; TADDEO GADDI, tableau 
cinq divisions, _Vierge trnant entre des Saints_.

Dans une +chapelle+ contigu, NICOL DA PIETRO, _Christ entour de
la Madeleine et des Saintes Femmes_.

+Deuxime sacristie+. _Annonciation_ en deux parties, fresques
contemporaines d'Orcagna.

Sur la place devant l'glise, colonne leve en commmoration de la
dfaite des Siennois  Marciano (1554).

+PALAIS DE BIANCA CAPELLO+ (26, via Maggio), la clbre femme du
grand-duc Franois Ier(1526). La faade est dcore d'arabesques en
grisailles peintes  fresques alternes avec les armes des Mdicis.

L'GLISE SAN SPIRITO fut construite en 1487 d'aprs des plans laisss par
BRUNELLESCHI.

+L'intrieur+, de style classique, a de remarquables proportions.

Dans la +cinquime chapelle+ se trouve un chef-d'oeuvre de FILIPPINO
LIPPI, l'un de ses premiers ouvrages, appel _la Vierge des Tana de
Nerli_.

La Vierge, assise sous un portique, tient l'enfant couch sur ses genoux.
Devant eux est agenouill le petit saint Jean, tandis qu' leurs cts
saint Nicolas et sainte Catherine, patrons des Tana, leur prsentent le
donateur et la donatrice agenouills devant eux, admirables et vivants
portraits. L'intrt de ce trs beau tableau est encore accru par la
jolie vue de Florence avec la vieille porte San Spirito, qu'on aperoit
au fond.

Derrire le choeur, au deuxime autel, _Vierge_ entoure de saints,
de l'cole de GIOTTO. Troisime autel: LORENZO DI CREDI, _Vierge et
Saints_.

+Transept gauche+. PIERO DI COSIMO, _Vierge et Saints_.

+La sacristie+ ouverte sur le transept a t btie de 1489  1497
par ANTONIO POLLAJUOLO. Ce petit octogone, termin par une coupole, est
d'une beaut de forme et d'une puret de lignes parfaites. Les admirables
chapiteaux des pilastres sont de premier ordre, les deux placs des deux
cts de la base destine  l'autel sont dcors de quatre superbes
figures d'hommes nus tranant des guirlandes. D'une exceptionnelle
qualit, l'art et le got particuliers de Pollajuolo pour l'anatomie s'y
rvlent tout entiers.

+Le vestibule+ de la sacristie est de SANSOVINO; il est dcor d'une
belle vote en berceau reposant sur des colonnes richement sculptes. Ce
vestibule donne accs aux clotres dont le second sert de cour  une
caserne.

+GLISE SANTA MARIA DEL CARMINE+. Cette glise dpendante du couvent
des Carmes adjacent fut construite en 1422, et, en 1771, aprs un
terrible incendie, reconstruite dans le style le plus dtestable. La
seule partie sauve fut heureusement le transept droit, dont le fond est
occup par la +chapelle+ BRANCACCI fonde en 1419 par Antoine
+Brancacci+ et o sont les clbres fresques de MASACCIO (1423-1428)
termines aprs sa mort par FILIPPINO LIPPI.

TOMASO DI SER GIOVANNI DA CASTEL SAN GIOVANNI tait, d'aprs Vasari,
lve de Masolino da Panicale, mais son gnie, qui le destinait  tre le
prophte et le prcurseur de la Renaissance italienne, ne garde aucune
trace de ce premier enseignement. En effet Masaccio, dans cet
extraordinaire monument des dbuts du XVe sicle, franchit d'un seul
lan toutes les bornes assignes  la peinture jusque-l. Hardiment il
ose le nu, mais le nu raliste et vivant, tel qu'il s'offre par exemple
dans une figure grelottant de froid, tandis que Pierre lui donne le
baptme. Masaccio, non seulement saisit sur le vif le maintien,
l'attitude et les mouvements; il trouve encore du premier jet cette
dignit d'allure, cette fiert du geste, cette noblesse native de toute
la personne qui suscite l'admiration et l'impose.

La diffrence capitale entre Masaccio et Giotto, dont la sincrit est le
trait commun, rside dans la science des groupements et dans la manire
de coordonner et de prsenter une scne. Il faut remarquer de quelle
allure le personnage principal de Masaccio, l'aptre Pierre, traverse
toute l'oeuvre avec une dignit et une grandeur qui ne se dmentent
jamais. Chez ses successeurs un pareil rsultat sera le fruit de la
patience et d'un art consomm, mais chez lui il est atteint avec une
extraordinaire simplicit de moyens et presque spontanment.

Il revt ses principaux personnages de la toge romaine dont les grands
plis sans cassure les drapent merveilleusement, tandis qu'il donne  ses
figures secondaires le costume contemporain, suivant en cela ce principe
mis en lumire par Giotto, que la draperie, grce  la gnralisation
qu'elle donne, grandit, au lieu que le costume diminue en localisant.
Masaccio ne recula jamais devant les difficults du raccourci ou de la
perspective; pour en pntrer les secrets, il avait l'intuition et la
prescience du gnie, mais il ne chercha jamais  faire talage de ce
savoir-faire et il ne le dploya que lorsque l'occasion le ncessitait,
son haut idal d'art l'levant au-dessus des proccupations de mtier. Il
est le trait d'union entre Giotto et Raphal et, grce  lui, la peinture
fit en avant le pas dcisif qui devait aboutir  l'admirable
efflorescence du XVIe sicle.

I.--MASACCIO. _Adam et ve chasss du Paradis_. Intressante tude
d'anatomie pousse  un ralisme outr.

II.--FILITPPINO LIPPI. _Saint Paul visitant saint Pierre dans sa
prison_.

III.--MASACCIO. _Le tribut  Csar_. Sur l'ordre du Christ, saint
Pierre,  genoux prs d'une rivire, prend dans la bouche du poisson la
pice destine au tribut rclam par le publicain.

Cette admirable composition est divise par les plans en trois actions.
Jsus, au centre, entour de ses disciples, est une figure d'une svrit
et d'une beaut surprenantes. D'un geste impratif il ordonne  Pierre
d'aller vers la rivire qui coule au fond chercher la pice du tribut
dans la bouche d'un poisson et l'incrdulit de l'aptre forme un
saisissant contraste avec la foi profonde et extasie de l'aptre Jean.

Le fond reprsente Pierre prenant au poisson la pice du tribut, tandis
que sur la droite de la fresque, il la remet au publicain.

Le Christ et ses disciples sont vtus de la toge, tandis que la belle
figure, vue de dos, du publicain porte le costume populaire et semble
sortir du mur, tant sont grandes la vrit de l'attitude et la perfection
du dessin.

IV.--MASACCIO. Composition en deux parties termine par Filippino Lippi.

A. (A gauche) _Saint Pierre ressuscitant Eutychus_. L'aptre debout,
vu de dos, d'un geste noble, tend le bras vers le jeune Eutychus. De
nombreux personnages groups entourent l'aptre et assistent  la scne.
Eutychus a t termin par Filippino sur l'esquisse laisse par Masaccio.
C'est une figure nue, aussi admirable d'anatomie juvnile que d'adoration
respectueuse envers le saint qui l'a rappele  la vie.

B. (A droite) _Saint Pierre ador comme chef de l'glise_. Une scne
de toute beaut le reprsente assis sous un auvent, dans toute sa majest
de chef de l'glise. Il a les mains jointes et les yeux levs au ciel;
devant lui sont prosterns deux lacs et un religieux.

Les deux scnes de la composition n'ont aucun rapport entre elles, mais
elles se relient insensiblement par la manire dont l'artiste a dispos
les personnages intermdiaires.


                            +IL CARMINE+

                 +FRESQUES DE LA CHAPELLE BRANCACCI+
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|                 |                                |                 |
|     PILIER      |        _Mur de gauche_         |                 |
|                 |                                |  _Retour du mur |
|        I        |                                |   sur la        |
|                 |            MASACCIO            |   fentre_      |
|   ADAM ET VE   |                                |                 |
|                 |              III               |                 |
|   CHASSS       |                                |                 |
|                 |       LE TRIBUT A CSAR        |        V        |
|   DU PARADIS    |                                |                 |
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|       II        |               IV               |       VI        |
|                 |                                |                 |
| SAINT PAUL      |                                |                 |
|                 |                                |                 |
| VISITANT        |   LA RSURRECTION D'EUTYCHUS   |       -         |
|                 |                                |                 |
| SAINT PIERRE    |                                |                 |
|                 |                                |                 |
| DANS SA PRISON  |                                |                 |
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|     PILIER      |        _Mur de droite_         |                 |
|                 |                                |  _Retour sur    |
|                 |                                |   le mur de la  |
|                 |           MASOLINO             |   fentre_      |
|    MASACCIO     |                                |                 |
|                 |             III                |   MASACCIO      |
|                 |                                |                 |
|       I         |    RSURRECTION DE TABITHE     |       V         |
|                 |                                |                 |
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|    FILIPPINO    |        FILIPPINO LIPPI         |     MASACCIO    |
|                 |                                |                 |
|    LIPPI        |                                |                 |
|                 |              IV                |                 |
|                 |                                |                 |
|       II        |  CRUCIFIEMENT DE SAINT PIERRE  |        VI       |
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V.--MASACCIO. _Saint Pierre prchant_.

VI.--MASACCIO. _Saint Pierre et saint Paul gurissant les malades par
leurs ombres_.

Miracle s'accomplissant dans une rue du moyen ge descendue par les
aptres et o leur ombre projete contre le mur gurit trois infirmes
dont le plus jeune, allong  terre, est une figure d'un naturalisme
saisissant.

VII.--MASACCIO. _Saint Pierre baptisant_.

Les hommes nus qui attendent leur tour au bord du fleuve sont surprenants
d'anatomie; la figure grelottante de froid est clbre.

VIII.--MASACCIO. _Saint Pierre et saint Paul distribuent des
aumnes_.

IX.--MASOLINO DA PANICALE. _Saint Pierre et saint Paul gurissant un
boiteux et ressuscitant Tabithe_.

Cette double scne se passe sur une vaste place au fond de laquelle
s'lvent des maisons appartenant  l'architecture du XIVe sicle et
bordes de portiques. A droite se trouve le boiteux et  gauche Tabithe
revenant  la vie entoure de tous les siens. Deux petits personnages, en
costumes du commencement du XVe sicle, coiffs d'espces de turbans et
vtus de courts manteaux  larges manches, s'avancent au milieu de la
place causant entre eux, et donnent bien  cette fresque le caractre de
Masolino auquel elle est attribue; le dessin moins large et l'attitude
moins naturelle que dans les oeuvres de Masaccio, la diffrencient
compltement.

X.--FILIPPINO LIPPI. Composition en deux parties, grise et manquant de
caractre. (A droite) _Saint Pierre et saint Paul comparaissant devant
le proconsul romain_. (A gauche) _Crucifiement de saint Pierre_.

Ces fresques ont dj quelque chose de cette recherche qui aboutira pour
Filippino Lippi  celles de Santa Maria Novella. Les trois hommes en
rouge qui assistent au supplice sont certainement la meilleure partie de
la fresque.

XI.--MASACCIO. _Adam et ve aprs le pch_, deux superbes figures
nues; le corps de la femme est particulirement intressant.

XII.--FILIPPINO LIPPI. _Dlivrance de saint Pierre_, la meilleure de
ses fresques.

L'Ange vtu de blanc, les mains croises, prcde saint Pierre sur le
seuil de la prison et l'invite  en sortir. Le saint, tourn vers lui de
profil, a l'air de lui demander avec le naturel le mieux rendu s'il doit
vraiment le faire. A droite de la porte, le soldat qui garde la prison
s'est endormi; ses jambes flchissent sous le poids du sommeil et il
tomberait s'il n'tait appuy contre le mur et soutenu par sa lance.


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|                     IL CARMINE--SACRISTIE                          |
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|                +SPINELLO ARETINO ou LOR. DI BICCI+                 |
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|                          _Mur de gauche_                           |
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|       BANQUET NUPTIAL                   |   ENTRETIEN              |
|                                                                    |
|       DE SAINTE CCILE                  |   DES                    |
|                                                                    |
|       ET DE VALENTINIEN                 |   DEUX POUX             |
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|   |   Ste CCILE ET   |    ILS             |                   |   |
|   |                   |                    |                   |   |
|   |   VALENTINIEN     |    INSTRUISENT     |                   |   |
|   |                   |                    |      BAPTME      |   |
|   |   REOIVENT D'UN  |    TIBURCE         |                   |   |
|   |                   |                    |      DE           |   |
|   |   ANGE DES        |    DANS LA FOI     |                   |   |
|   |                   |                    |      TIBURCE      |   |
|   |   COURONNES       |    CHRTIENNE      |                   |   |
|   |                   |                    |                   |   |
|   |   DE FLEURS       |                    |                   |   |
|   |___________________|____________________|___________________|   |
|   |                                        |                   |   |
|   |                                        |                   |   |
|   |                                        |                   |   |
|   |       SAINTE CCILE FAISANT DES        |                   |   |
|   |                                        |   400 PERSONNES   |   |
|   |       AUMNES EST ARRTE              |                   |   |
|   |                                        |                   |   |
|   |                                        |   SONT BAPTISES  |   |
|   |                                        |                   |   |
|   |       SAINTE CCILE PRCHE LA FOI      |                   |   |
|   |                                        |                   |   |
|   |                                        |                   |   |
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|                      IL CARMINE--SACRISTIE                         |
|                                                                    |
|                +SPINELLO ARETINO ou LOR. DI BICCI+                 |
|                                                                    |
|                          _Mur de droite_                           |
|                                                                    |
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|                                                                    |
|       UN VIEILLARD                     |      BAPTME              |
|                                                                    |
|       INSTRUIT VALRIEN                |      DE                   |
|                                                                    |
|       DANS LA FOI CHRTIENNE           |      VALRIEN             |
|   ______________________________________________________________   |
|   |              |              |               |              |   |
|   |              |              |               |              |   |
|   | VALRIEN ET  |   BAPTME    |  Ste CCILE   |              |   |
|   | TIBURCE      |              |               |              |   |
|   | CONVERTISSENT|   DE MAXIME  |  ENCOURAGE    |   ILS ONT    |   |
|   | MAXIME       |              |               |              |   |
|   | QUI LES      |   ET DE SA   |  LES DEUX     |   LA TTE    |   |
|   | CONDUISAIT   |              |               |              |   |
|   | AU           |   FAMILLE    |  FRRES       |   TRANCHE   |   |
|   | SUPPLICE     |              |               |              |   |
|   |              |              |  AU MARTYRE   |              |   |
|   |              |              |               |              |   |
|   |______________|______________|_______________|______________|   |
|   |                   |                    |                   |   |
|   |                   |                    |                   |   |
|   |   MARTYRE DE      |                    |   LA MAISON DE    |   |
|   |                   |                    |                   |   |
|   |   SAINTE CCILE.  |    ENTERREMENT     |   SAINTE CCILE   |   |
|   |                   |                    |                   |   |
|   |   SON SANG EST    |    DE              |   EST             |   |
|   |                   |                    |                   |   |
|   |   RECUEILLI PAR   |    SAINTE CCILE   |   TRANSFORME     |   |
|   |                   |                    |                   |   |
|   |   LES CHRTIENS   |                    |   EN CHAPELLE     |   |
|   |                   |                    |                   |   |
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Dans la +sacristie+, o l'on entre par le bras droit du transept, 
ct de la chapelle Brancacci, on remarque sur les embrasures de la
fentre deux fresques dcouvertes en 1858 et relatives  l'histoire de
_sainte Ccile_. Elles sont de SPINELLO ARETINO et ont encore la
navet et la raideur giottesques.

Dans le +clotre+,  droite de l'glise, on a retrouv en 1851 des
restes de fresques qu'on a crues tre la fameuse procession de la
ddicace de l'glise peinte par MASACCIO et o, selon Vasari, les
portraits taient si frappants qu'on y reconnaissait mme jusqu'au
portier du couvent. Les parties retrouves tiennent en effet de
Masaccio; mais il est bien difficile de croire que ce puisse tre l'oeuvre
primitive, l'glise ayant t dtruite par l'incendie de 1771 et, par
consquent, le mur o elle se trouvait. Une autre _fresque_
reprsente _la Vierge avec l'Enfant Jsus et les vanglistes_; elle
est attribue  GIOVANNI DA MILANO.

Dans le +rfectoire+, sur le clotre, une _Cne_ d'ALESSANDRO
ALLORI.




+ENVIRONS DE FLORENCE+



NORD-EST



+PORTE SAN GALLO+

+--GLISE SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE, BADIA DE FIESOLE, SAN ANSANO+.

+II.--FIESOLE+.

+III.--FIESOLE, VINCIGLIATA, GLISE SAN SALVI+.



I

SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE, LA BADIA DE FIESOLE, SAN ANSANO.

(_Deux heures de voiture_.)


On sort de la ville par la vieille +porte SAN GALLO+, de 1330,
autrefois dcore de fresques disparues de Ghirlandajo, et l'on suit la
via Boccaccio sur la rive droite du Mugnone, affluent de l'Arno, d'o
l'on dcouvre bientt la belle campagne mamelonne des environs de
Florence, sillonne de villas. On passe devant la +VILLA PALMIERI+
o Boccace crivit son Dcameron, pendant la peste de 1348, et dont il
fit le lieu de ses contes, puis on atteint Saint-Dominique, au-dessus
duquel se dresse Fiesole sur la haute colline o s'tagent en terrasses
ses villas et ses jardins et o se dcoupent sur le ciel clair les
silhouettes grles des oliviers et des cyprs auxquels le paysage toscan
emprunte son charme potique et profond.

+SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE+, un des premiers tablissements
dominicains en Toscane, et le couvent o pendant de longues annes
peignit et vcut l'Angelico. L'glise, prcde d'un portique du XVIe
sicle aux armes des Mdicis, n'a aucun caractre et est de toutes les
poques. A l'+intrieur+, derrire le matre-autel, un grand tableau
d'ANGELICO est mdiocre.

+Deuxime chapelle+  droite.

LORENZO DI CREDI, _Baptme du Christ_, ple inspiration du
chef-d'oeuvre de son matre, le Verrocchio,  l'Acadmie.

+Troisime Chapelle+.

ANDREA PERRUCI. Beau _Christ_ sculpt en bois, de grandeur
naturelle.

Le chemin qui se dtache sur la gauche de Saint-Dominique conduit  la
Badia.

+LA BADIA FIESOLANA+ est situe sur une colline dominant le cours du
Mugnone et possde la plus admirable vue, d'un ct sur Florence et de
l'autre sur Fiesole.

La Badia est un des monuments les plus anciens de la Toscane. Ds 406,
elle tait un chteau fortifi; elle devint, en 1028, le plus riche et le
plus clbre monastre de Bndictins de la Toscane et presque de
l'Italie. En 1440,  la prire de Cosme l'Ancien, le pape Eugne IV donna
le couvent aux chanoines du Latran; c'est de cette poque que date toute
sa splendeur. Cosme employa une partie des richesses du couvent  le
restaurer magnifiquement sous la direction de BRUNELLESCHI et en fit l'un
de ses sjours prfrs (1462). Aussi y fondait-il bientt la clbre
Acadmie Platonicienne o il runissait ses familiers et les clients de
sa maison, les Ange Politien, les Marsile Ficin, les Pic de la Mirandole
et tous ceux auxquels la solitude tait indispensable pour favoriser le
travail de la pense. Michel-Ange y habita longuement et les graves
enseignements dont il tait entour ne contriburent pas mdiocrement 
hter la maturit de son puissant esprit.

La faade de la Badia n'a conserv qu'une partie de son revtement du
XIVe sicle, en marbre blanc et cipolin, antrieur  celui de San
Miniato. On entre,  droite de la faade, dans un vestibule d'o part
l'escalier montant au +clotre+ rectangulaire difi par
BRUNELLESCHI, dont le portique est surmont d'une galerie couverte.

Tout a t trait dans le clotre, comme dans le reste de l'abbaye, avec
une simplicit svre et voulue, mais dans un style ample et pur. Sur un
des cts s'ouvre la petite +chapelle+ prive rserve aux moines.
La dcoration de la porte, des deux fentres sur le clotre et
l'encadrement de l'ancien retable en pierre grise sont d'une lgante
simplicit.

Le +Rfectoire+, prcd d'une salle o se trouve un lavabo de style
classique et d'un got exquis, possde une ravissante _chaire_ en
pierre grise  laquelle on monte par un escalier pratiqu dans le mur et
contenu dans une baie ouverte. Les sculptures de premier ordre dont elle
est orne reprsentent des chrubins, des guirlandes et de dlicats
fouillis de feuillages.

A la suite du clotre, un portique ouvert,  cinq arcades surmontes
d'une loggia, donne sur des jardins d'o la vue sur Florence est de toute
beaut.

Dans le +vestibule+ allant du clotre  l'glise, un charmant
_lavabo_ en marbre blanc, ouvrage de MINO DA FIESOLE, se compose
d'une vasque oblongue soutenue par un pied sur lequel courent des
dauphins. Ce lavabo est encadr d'un ordre architectonique dont la frise
porte les armes des Mdicis.

+L'glise+, d'une puret et d'une simplicit remarquables, est en
forme de croix latine  une seule nef, sur laquelle, de chaque ct,
quatre grandes baies cintres donnent accs  des chapelles. Le transept,
plus lev de quelques marches, conduit au choeur termin carrment;  la
croise quatre arcatures soutiennent une coupole en rotonde arrondie;
enfin,  chaque extrmit du transept, s'ouvrent deux ravissantes portes
d'ordre classique aux armes des Mdicis. La dcoration sobre et
harmonieuse du monument est forme par des encadrements qui se dtachent
sur des pilastres de pierre grise.

Les autels sont galement en pierre grise, sauf l'autel principal, bel
ouvrage en mosaque de marbre de la mme poque.

Revenu  Saint-Dominique, on commence  gravir les lacets de la colline
de Fiesole au milieu de vignes et d'oliviers tags sur des terrasses.
Aprs avoir laiss  droite la route de Majano, on passe au pied de
l'ancien COUVENT DE LA DOCCIA, fond en 1414 et dont le portique par
SANTI DI TITO fut lev, dit-on, sur les dessins de MICHEL-ANGE. Avant
d'arriver  Fiesole, on prend  gauche l'ancienne route de pitons, la
via Fiesolana, qui descend rapidement  la petite glise de San Ansano.

+L'GLISE DE SAN ANSANO+ fut fonde au Xe sicle. En 1200, elle
dpendait de la compagnie de la Trinit de Florence et elle fut ensuite
canonicat de la cathdrale de Fiesole, dont elle constituait un bnfice.
Achete en 1795 par le chanoine Bandini, elle fut convertie par lui en un
muse qu'il lgua  la commune de Fiesole.

Les quatre tableaux les plus intressants sont les quatre
_Triomphes_ de BOTTICELLI, petits panneaux sur bois, superbes de
composition, mais malheureusement mal conservs. 1 (Mur de droite)
_Triomphe du Temps_. Saturne, vieux et cass, est perch au sommet
d'un cadran d'horloge o les heures d'or se dtachent sur fond noir. Le
cadran est soutenu sur un char triomphal par deux gnies aux pieds
desquels deux chiens couchs, l'un blanc, l'autre noir, symbolisent le
jour et la nuit. Le char, couvert d'une housse rouge richement brode
d'or, est tran par deux cerfs, image de la rapidit du temps.

2 _Triomphe de la Chastet_. Sur un socle dor plac  l'arrire
d'un char, la Chastet debout, vtue d'une robe de bure seme de chardons
d'or, tient une palme. A ses pieds, ros est enchan par deux femmes,
tandis qu'une troisime bande son arc et qu'une quatrime accourt
apportant d'autres liens. Au char sont atteles les licornes symboliques
de la puret, conduites par des femmes  peine voiles de tuniques
transparentes, que soulve le vent; l'une d'elles marche en avant, avec
la bannire de la puret, une hermine dtache sur un fond rouge.

3 (Mur de gauche) _Triomphe de l'Amour_. Il est reprsent par une
figure de bronze aux ailes dores qui s'envole en dcochant ses traits,
au-dessus d'un bcher autour duquel un vieillard, un guerrier et une
jeune femme sont assis enchans.

Aux quatre angles du char triomphal de l'Amour sont placs des gnies
dors; son attelage est compos de quatre chevaux blancs autour desquels
se pressent de nombreux personnages.

4 _Triomphe de la Religion_. La Foi, l'Esprance et la Charit sont
agenouilles sur un char tir par les btes symboliques donnes comme
attribut aux quatre vanglistes.

Au-dessus du char entour de figures agenouilles plane le Pre ternel
bnissant. Cette composition, trs endommage, est infrieure.

On retrouve dans ces oeuvres de Botticelli, malgr les repeints nombreux,
le charme excessif de sa potique et ravissante nature. Les figures de
femmes dans le _Triomphe de la Chastet_ paraissent les soeurs de
celles du Printemps ou de la Calomnie, tant elles ont semblable envole
et grce lgre dans leur lgante silhouette.

A droite de l'entre, _Enfant Jsus bnissant_, dlicieuse petite
figure nue de LUCA DELLA ROBBIA.

Du mme ct, le bnitier est bord d'une guirlande de feuilles et de
fruits au milieu de laquelle est reprsent un buste vu de face.

Il a pour pendant un autre mdaillon  peu prs du mme genre, mais moins
parfait d'excution. Au-dessus du choeur, belle tte de _Saint
Jean-Baptiste_ dans un mdaillon.

Sur la porte de la sacristie, _la Visitation_, haut relief
polychrome d'ANDREA DELLA ROBBIA.

Sur la porte oppose, un admirable _Saint Jean-Baptiste  genoux devant
le Christ_, mail blanc sur fond de couleur.

Le devant de l'autel est form d'une terre cuite dore, en haut relief,
l'_Adoration des Pasteurs_, attribue  MICHEL-ANGE.

Dans le passage de la sacristie se trouve une petite chapelle dont
l'autel est surmont d'un magnifique mdaillon de LUCA DELLA ROBBIA,
_la Vierge  genoux_, les mains jointes, en adoration devant
l'Enfant avec deux anges volant  ses cts.

Les oeuvres des DELLA ROBBIA sont en si grand nombre  San Ansano,
qu'elles constituent un vritable muse de cet art charmant o s'allient
le plus souvent la perfection de la forme, le charme de la couleur et la
posie raffine du sentiment. L, mieux que partout ailleurs, grce  la
quantit et  la qualit des ouvrages exposs aux regards, on peut
tudier la tradition et l'histoire des terres cuites mailles. Et cela
est particulirement vrai pour Luca, tant cette glise est riche en
pices qui peuvent compter parmi les meilleures du vieux matre, et dans
lesquelles se concilient ses admirables qualits de profonde sincrit
raliste et de grce mue et touchante.




II

FIESOLE.


+FIESOLE+, l'ancienne Fsul des Romains, est une vieille cit
trusque, dont les murs sont en partie conservs. De la vaste place qui
couronne la colline o est btie Fiesole, la vue sur Florence et sa belle
campagne est admirable.

+LA CATHDRALE+ est le type le plus ancien et le plus parfait de
l'architecture toscane, inspire des basiliques du XIe sicle. Elle fut
construite en l'anne 1228, et a trois nefs spares par des colonnes
ingalement places, dont la plupart ont des chapiteaux antiques
simplement poss sur leur ft. A la hauteur de l'avant-dernire trave,
se dresse l'autel destin aux fidles, car, au moyen ge, le choeur tait
un endroit consacr o les lacs n'avaient pas le droit de pntrer.
Devant cet autel, des escaliers descendent  la +crypte+ ouverte par
cinq baies. Elle est forme de trois courtes nefs spares par quatre
lgres colonnes  chapiteaux trusques et a pour clture une admirable
_grille_ de 1300  mdaillons quadrilobs.

Dans la crypte, au fond de son abside, se trouve une statue en terre
cuite vernisse de _San Romolo_ par les DELLA ROBBIA. La curieuse
fresque qui la dcore reprsente Fiesole au XIIIme sicle. Au-dessus de
cette abside s'lve le +choeur+ auquel on accde par des degrs
placs de chaque ct. Le matre-autel est surmont d'un triptyque o
sont peints sur fond d'or la Vierge et quatre Saints de l'cole de
GIOTTO.

A gauche du choeur, se dresse le _tabernacle_ en marbre blanc d'ANDR
FERRUCCI; c'est un excellent ouvrage de la fin du XVe sicle, divis en
trois niches: celle du milieu contenant un colossal ciboire; celles des
cts, _l'Annonciation_ en deux parties. galement dans le choeur,
l'on voit le tombeau de l'vque Jacopo Bavaro, fondateur de l'glise.

La premire chapelle  droite du choeur est la +chapelle Salutati+.

Sur le mur s'lve le _tombeau de l'vque Lionardo Salutati_,
excut de son vivant par MINO DA FIESOLE (1466). C'est un des premiers
ouvrages de Mino, et assurment son chef-d'oeuvre, car l'artiste n'a
jamais retrouv par ailleurs les qualits de grce frache et jeune
allies au fini de l'excution. Le monument est compos d'un magnifique
sarcophage de marbre blanc, de forme antique, reposant sur des consoles
entre lesquelles est plac le buste de l'vque, admirable de vie, de
vrit, de bont, de finesse et d'intelligence. En face du tombeau,
contre le mur, le retable de marbre blanc fut command galement  Mino
par l'vque Salutati.

Cette oeuvre fait dj pressentir, par sa facture plus complique, le
dfaut de simplicit et le manirisme qui sera plus tard gnralement
affect par Mino da Fiesole.

Le retable est divis en trois parties: la partie centrale est occupe
par la _Vierge_ en relief, adorant l'Enfant trait en ronde bosse,
entre saint Rmi gurissant un boiteux, et saint Lonard en mendiant,
figures en bas-relief.

La pluralit des plans montre dj dans cet ouvrage de Mino son amour
pour la complication des lignes et pour la surcharge des procds,
dfauts destins  exercer plus tard une si fcheuse influence sur son
style.

Le +Campanile+ de 1213 est une tour carre d'aspect lanc, termine
par des mchicoulis et par des crneaux.

+LE THTRE ANTIQUE+ tait situ sur l'autre versant de la colline
de Fiesole au nord. Une partie de l'hmicycle avec seize rangs de gradins
a t exhume dans des fouilles rcentes. La vue qu'on dcouvre de ces
ruines sur Fiesole et sur sa campagne est de toute beaut.

Sur la place de l'glise s'lvent, d'un ct le palais piscopal et le
sminaire, et de l'autre le palais Pretorio du XIIIe sicle, qui porte
les armoiries des podestats et contient le muse o sont conservs
quelques objets provenant des fouilles faites  Fiesole.

L'GLISE SANTA MARIA PRIMERANA s'lve  ct du palais Pretorio.

A droite du choeur est un magnifique retable, l'un des premiers ouvrages
de LUCA DELLA ROBBIA, le Christ en croix avec deux anges recueillant son
sang dans des calices. Autour de lui sont groups, dans des attitudes
dsoles, la Vierge, saint Jean et la Madeleine.




III

DE FIESOLE PAR VINCIGLIATA A SAN SALVI

(_Environ cinq heures de voiture_.)


De Florence, aprs avoir gagn Fiesole qu'on traverse, on contourne le
mont Cectioli au sud-est de Fiesole et l'on suit une arte au travers
d'un bois clairsem de pins et de cyprs d'o l'on domine des deux cts,
 une grande hauteur, un paysage montagneux de toute beaut. La route de
Vincigliata, borde de hauts cyprs, se dtache bientt et l'on plonge
sur tout le bassin de Florence que l'on dcouvre  ses pieds avec la
ceinture des Apennins purement dcoups sur l'horizon. On laisse  droite
le CASTEL DI POGGIO, petit chteau avec des restes de fortifications dans
une magnifique situation, en face du monte Cectioli, puis la route
descend par de longs lacets, avec la vue toujours tendue sur le paysage
unique qu'on admire depuis Fiesole, vers le chteau de Vincigliata qu'on
aperoit au-dessous de soi.


+LE CHTEAU DE VINCIGLIATA+ (permission  Florence) appartient  un
Anglais, M. Temple Leader, qui le releva de ses ruines de 1855  1867, et
reconstitua ainsi le type  peu prs unique d'un chteau fort italien du
XIVe sicle. Le chteau proprement dit est une masse carre domine par
une tour carre, le tout formidablement hriss de mchicoulis et de
crneaux et entour d'une enceinte dfendue par deux tours, dont l'une
forme l'entre, tandis que s'tendent en face les btiments d'habitation
relis  l'entre par une sorte de galerie formant clotre.

De ces appartements, situs en contre-bas du grand prau dont est
entoure la tour centrale, on monte  celui-ci par un escalier intrieur
qui dbouche sous le portique d'une de ses faces (les deux autres tant
occupes par des btiments).

Toute cette cour est garnie d'cussons et de sculptures comme la cour du
Bargello, et, comme celle-ci, elle a un escalier extrieur montant 
l'tage suprieur.

Quant aux btiments d'habitation, les appartements sont intelligemment
restaurs dans le got de l'poque. A la chapelle et  la salle de
justice succde la salle d'armes dcore de fresques provenant de
l'ancien hpital de Santa Maria della Scala, _la Vie de saint
Bernard_ attribue  SPINELLO ARETINO.

De Vincigliata la route gagne la valle par de nombreux lacets, et aprs
avoir franchi le Torrent de la Mensola, elle atteint +SAN MARTINO DE LA
MENSOLA+ dont l'glise possde un retable attribu  FRA ANGELICO;
puis on rejoint par une pente rapide la route de Settignano  San Salvi.

+SAN SALVI+ est un ancien couvent de la rgle de Vallombreuse,
mentionn ds 1084, mais dont il ne subsiste que peu de restes.

Dans le +rfectoire+ s'est heureusement conserve une oeuvre des plus
importantes, peinte par ANDREA DEL SARTO, de 1526  1527, dans les toutes
dernires annes de sa vie. Cette composition est peut-tre la seule
_Cne_ qui puisse, de loin il est vrai, tre rapproche de la
fresque de Lonard comme grandeur de composition et comme noblesse de
mise en scne.

On ne peut naturellement rclamer des matres de la grande Renaissance la
simplicit mue et l'intensit parfois poignante des vieux matres, pour
lesquels la peinture n'tait que le moyen de fixer en eux-mmes le
souvenir de leurs visions. Rien de pareil ici; on est en face d'une forme
d'art pour laquelle le sujet importe peu, ou n'est plus rien, et o tout
se rduit  obtenir l'eurythmie, par des procds purement techniques.

Les artistes atteignent un vritable summum dans les groupements naturels
et harmonieux, dans la beaut de l'attitude et du mouvement, dans la
science du coloris, la richesse de la draperie, dignes de toute
admiration, mais il ne faut pas leur demander d'exprimer de certaines
motions qu'ils sont bien incapables de ressentir.

Le long des murs, quelques belles figures de Saints sont encore des
ouvrages de jeunesse d'Andrea del Sarto.

On rentre  Florence par la place Beccaria, au milieu de laquelle a t
conserve la vieille porte Santa Croce.




NORD-OUEST ET OUEST



+PORTA AL PRATO+

+I. CARREGGI, PETRAJA, VILLA DE CASTELLO, LA DOCCIA, SAN STEFANO IN
PANE, PONTE A RIFREDI+.

+II. PERETOLA, BROZZI, SAN DONINO, POGGIO A CAJANO+.




I

CARREGGI, LA PETRAJA, VILLA DE CASTELLO, LA DOCCIA, GLISE SAN STEFANO IN
PANE, PONTE A RIFREDI.

(_Environ cinq heures de voiture_.)

On sort de la ville par la Porte al Prato, et, aprs avoir travers le
Mugnone et dpass la colline de Fiesole qu'on laisse sur la droite, on
suit la route de Ponte a Rifredi jusqu' l'entre de ce village, o l'on
tourne  droite pour atteindre bientt Carreggi.

+LA VILLA DE CARREGGI+ fut btie par Cosme le Vieux. MICHELOZZO
MICHELOZZI la construisit dans ce style classique grco-romain qui alors
pour l'Italie tait une sorte de rage.

Le vieux Cosme destinait Carreggi  devenir l'asile de tous les savants
proscrits auxquels il tendrait une main secourable et hospitalire. Cette
maison ne tarda pas  lui tre un lieu de prdilection,  l'gal de sa
chre Badia de Fiesole, si bien qu'il y mourut en 1464, charg d'ans et
de renomme, aprs avoir donn  la peinture et  l'architecture
l'impulsion qui, de saintes et originales qu'elles taient, les a faites
magnifiquement copistes.

Son fils Pierre eut assez  faire avec les difficults intrieures et
extrieures qu'il rencontra, pour n'avoir pas grand temps  donner aux
plaisirs intellectuels; mais son petit-fils Laurent hrita des gots de
son grand-pre, et la villa de Carreggi devint le rendez-vous de tous les
hellnistes et de tous les latinistes de l'poque,  l'exclusion de la
Badia, trop svre pour ses gots de magnificence. Laurent rtablit  la
villa Carreggi les entretiens du jardin d'Academos, et, ayant dcouvert
que la Grce ftait le 17 novembre l'anniversaire de la naissance de
Platon, chaque anne il y clbrait cette date  grand renfort de
musiciens et de discussions philosophiques. tant tomb malade 
Florence, Laurent se fit aussitt transporter  sa chre villa, o il
mourait en 1492, aprs avoir appel  son lit de mort Jrme Savonarole
dont l'asctique figure parut terrible et jeta l'effroi dans ce lger
milieu paen.

On raconte que, pour rester jusqu'au bout fidle  ses traditions
athniennes, Laurent fit lever  Carreggi son second fils Jean, celui
qui devait tre le pape Lon X.

De sa splendeur passe, la villa n'a conserv que ses beaux jardins; elle
appartient actuellement  la famille Orsi.

La route descend vers le torrent de la Terzolla qu'elle franchit,
contourne les btiments du couvent della Quiete et arrive rapidement 
+LA VILLA PETRAJA+. La villa royale de la Petraja (permission 
Pitti), construite par BUONTALENTI, a conserv assez grand air en dpit
des rparations. C'est un difice carr surmont d'une sorte de beffroi
bord de deux galeries extrieures. Cette tour fortifie rappelle la
destination de la villa, chteau fort jusqu'en 1608, poque o les
Mdicis la transformrent. La Petraja s'lve au pied des montagnes, sur
leurs dernires pentes, et est prcde de beaux jardins tags en
terrasses d'o l'on dcouvre un panorama splendide d'une immense tendue
sur Florence et les montagnes. A droite du chteau se prsente une
ravissante _fontaine de_ TRIBOLO, sorte de vasque, d'o s'lve une
colonne de marbre blanc dcore de satyres chevauchant des dauphins, et
destine  supporter une deuxime vasque orne de guirlandes tenues par
des gnies. De cette conque merge un pidestal qui sert de support  une
charmante baigneuse de bronze tordant ses cheveux, ouvrage de JEAN DE
BOLOGNE.

L'ancienne cour, transforme en salon vitr, est dcore de
_fresques_ de DANIEL DE VOLTERRA sous le portique; d'autres fresques
du XVIIe sicle sont relatives  l'histoire des Mdicis. Le beau parc de
la villa la relie  celle de Castello qu'on gagne  pied en quelques
minutes.

+LA VILLA ROYALE DE CASTELLO+, situe plus bas que la Petraja,
possde,  dfaut d'tendue, un beau jardin dessin et cr par Cosme
l'Ancien et auquel on a conserv les dispositions de l'poque. La
dcoration en fut confie au sculpteur NICOLAS TRIBOLO en 1550, et il fut
orn de sculptures antiques provenues en majeure partie de l'ancien dme
de Florence avant qu'Arnolfo di Cambio ne l'et transform. Au milieu du
jardin s'lve une magnifique _fontaine_ monumentale compose de
deux vasques superposes, ouvrage de TRIBOLO. Sur le bord de la premire
sont couches quatre ravissantes statuettes de bronze, sur la seconde se
dresse un groupe en bronze, _Hercule et Ante_.

Dans la partie suprieure du +jardin+, sous la terrasse, s'ouvre une
grotte artificielle en rocaille o s'agite au-dessus de fontaines la
mnagerie la plus trange, rhinocros, girafes, ours, loups, lions,
singes etc., etc. Sur les bords des superbes vasques formes par des
sarcophages antiques, des oiseaux en bronze dus  JEAN DE BOLOGNE sont
poss un peu partout.

De la villa de Castello, une marche de quelques minutes conduit  la
+Doccia+, la clbre manufacture de faences fonde en 1735 par le
marquis Ginori. Un petit muse contient les plus intressants types de
fabrication.

En sortant de la Doccia, on repasse devant Castello pour atteindre
l'glise de +San Stefano in Pane+. Elle possde un beau retable en
terre vernisse polychrome, par JEAN DELLA ROBBIA.

Deux Saints gardent le tabernacle entour d'une double bordure
d'arabesques et de chrubins et surmont d'un vase de fleurs d'o partent
des guirlandes de fruits. Au-dessus, deux Anges volent en soutenant une
couronne sur la colonne mystique.


II

PERETOLA, BROZZI, SAN DONINO, POGGIO A CAJANO.

(_Environ cinq heures de voiture_.)

On sort de Florence par la porte de Prato et, aprs avoir travers le
Mugnone, on longe le parc de la villa San Donato Peretola.

+L'GLISE SAINTE-MARIE+, fonde au XIIe sicle, est depuis 1449 un
fief de Sainte-Marie Nouvelle.

+Brozzi+. Les vieilles familles florentines des Strozzi, des
Cavalcanti, des Ruccellai possdaient  Brozzi des palais dont les
faades dlabres sont encore ornes de leurs armoiries.

+San Donino+. A droite de la route, on a une fort belle vue sur le
monte Gione et les Apennins; on traverse l'Ombrone sur un pont et on se
trouve dans le pittoresque village de Poggio a Cajano admirablement situ
sur les collines que bordent la rive droite de l'Arno. Au nord, s'tend
la chane des Apennins dont on s'est sensiblement rapproch et qui
profilent leurs belles dcoupures au-dessus d'un riant paysage.

+LA VILLA ROYALE DE POGGIO A CAJANO+ est situe sur le point
culminant de la route qui conduit  Lucques, de sorte que ses trois
faades offrent chacune une charmante vue: l'une sur Florence, l'autre
sur les montagnes et les villages dont elles sont semes, et enfin la
troisime sur Prato, Pistoia, Sesto et tout le val d'Arno infrieur.

Laurent le Magnifique, sduit par la position dlicieuse de Poggio a
Cajano, voulut en faire sa rsidence de prdilection et demanda un plan 
tout ce que Florence comptait alors de plus clbre en architectes et en
peintres. Celui de JULES DE SAN GALLO eut la prfrence; seulement
Laurent exigea qu'il y ajoutt un escalier extrieur, pris sur un autre
dessin et grce auquel on pourrait accder  cheval jusqu'au haut du
perron. Il voulut encore que le plafond de la grande galerie ft
circulaire: construction audacieuse pour la science architecturale
d'alors, par suite de ses vastes proportions et que du reste Sangallo
russit parfaitement.

Aprs la mort de Laurent, les travaux interrompus furent repris est
achevs par Lon X, sous lequel furent excutes les magnifiques fresques
d'ANDREA DEL SARTO, de FRANCIABIGIO et du PONTORNO dont le grand dfaut
est de reprsenter des sujets relatifs aux Mdicis, d'un intrt plus que
mdiocre.

La villa de Cajano rappelle bien des souvenirs de l'histoire de Florence:
Charles-Quint l'habita en 1536, lors du mariage de Marguerite d'Autriche
avec le grand-duc Alexandre. lonore de Tolde, femme du grand-duc Cosme
Ier, s'y laissa mourir de faim, aprs la mort tragique de ses deux fils:
Jean, assassin par son frre Garcia, et celui-ci, son enfant favori, tu
 son tour devant elle par son pre, en punition de ce meurtre. Puis
mourut Cosme, et le grand-duc Franois, d'amoureuse mmoire, habita
souvent Poggio a Cajano avec Bianca Capello, dont l'histoire offre le
plus tonnant assemblage de toutes les misres et de toutes les fortunes.

Fille d'un des patriciens les plus fastueux de la Rpublique vnitienne,
elle se faisait enlever  dix-sept ans par un commis florentin employ en
face du palais de son pre et fuyait avec lui  Florence o elle
l'pousa. La tte de son amant ayant t mise  prix par la Rpublique
srnissime, ils vcurent  Florence cachs et dans la plus extrme
misre jusqu'au jour o Bianca fut aperue  sa fentre par le grand-duc
Francesco qui en devint perdument amoureux, et qui, aprs lui avoir
donn un sauf-conduit pour son mari, en fit sa matresse et l'installa
superbement dans le palais voisin de Pitti appel encore de son nom. La
malheureuse Jeanne d'Autriche, que le grand-duc avait pouse sur ces
entrefaites, impuissante  lutter contre son abandon et l'omnipotence
toujours croissante de la matresse, mourut bientt de chagrin, et
l'ascendant de Bianca tait tel qu'elle se faisait pouser par le
grand-duc, aussitt son deuil termin (1580).

Trois ans aprs ce mariage, le jeune grand-duc hritier, fils de Jeanne
d'Autriche, mourait et,  dfaut de descendance directe, le cardinal
Ferdinand devint grand-duc prsomptif. Comme la perspective de le voir
rgner ne pouvait convenir aux ambitions de Bianca, elle simula bientt
une grossesse et un accouchement, et, le 30 aot 1585, elle faisait
passer pour un fils n d'elle un enfant clandestinement apport. La
supercherie dcouverte par son beau-frre, le principal intress 
l'absence d'hritiers, l'enfant fut dclar inapte  succder. A la suite
de ces vnements, une haine formidable contre Ferdinand s'tant amasse
dans l'me de Bianca, elle rsolut de se dfaire de lui  l'aide du
poison. L'automne suivant, le cardinal fut invit par Franois  venir
chasser avec lui  Poggio a Cajano, une des rserves les plus giboyeuses
du grand-duc. Le jour mme de son arrive, Bianca, dit-on, lui prpara de
ses mains une espce de tourte qu'elle savait particulirement aime de
lui et y mlangea un de ces subtils poisons dont les Borgia avaient
laiss le secret; mais comme une telle gracieuset de sa part ne laissait
pas que d'inquiter le cardinal, il refusa d'y goter. Le grand-duc,
piqu de l'affront inflig  sa femme par son frre, voulut  son dfaut
faire honneur  cette ptisserie et Bianca, qui devait ou avouer son
crime, ou laisser son mari mourir empoisonn, se dcida rapidement 
partager avec lui ce funbre rgal. Le lendemain Francesco et Bianca
taient morts, et Ferdinand qui succdait lanait sa barrette aux orties.

Ces vnements jetrent naturellement une certaine dfaveur sur la villa
de Laurent; lorsque aprs un demi-sicle elle devint un lieu d'exil pour
l'espce de folle que fut Marguerite d'Orlans, fille de Monsieur,
qu'avait pouse, pour son malheur, le grand-duc Cosme III et dont les
extravagances furent telles que l'on consentit  la laisser retourner en
France, trop heureux de s'en dbarrasser.

Le fils de Cosme III, Ferdinand, habita presque exclusivement Poggio pour
vivre spar de sa femme Violante de Bavire, dont il n'avait pu avoir
d'hritiers, et Poggio redevint alors ce qu'il avait t sous Laurent, un
lieu de plaisir et de ftes continuelles. Aprs cette dernire splendeur,
l'histoire politique et scandaleuse de la villa fut termine; elle resta,
toutefois, bien de la couronne et elle appartient encore, aujourd'hui, 
la maison royale d'Italie.

La villa Poggio a Cajano est reste telle qu'elle tait au temps des
Mdicis, un difice carr sans grand caractre, dont le rez-de-chausse
est orn d'un portique et dont la faade prsente une colonnade en style
classique. D'admirables jardins l'entourent, ceux o Laurent se livrait 
son got pour l'agriculture et la zoologie.

+A l'intrieur+, la pice o est morte Bianca Capello est situe au
rez-de-chausse; l'ornementation fort curieuse en est due  un escalier 
balustres et  une belle chemine. Le milieu de ce demi-tage est occup
par une petite salle de spectacle amnage par Lon X.

Au premier, de nombreuses pices, dcores au commencement de ce sicle,
ont la banalit de toutes les rsidences royales; elles possdent de
nombreux portraits en pied, fort mdiocres, des princes de la maison des
Mdicis; ils garnissent un splendide salon o se retrouve intacte la
magnificence de la Renaissance parvenue  son apoge. Cette salle,
dcore par les soins de Lon X, est de la plus grande richesse; le
plafond fort lev, vot en berceau, porte peintes en relief et dans des
dimensions colossales les armes de Lon X surmontes de la tiare
pontificale.

Les armoiries et les devises des Mdicis, sur un fond d'or, forment en se
rptant toute la dcoration. Les murs sont entirement recouverts de
fresques; les quatre principales occupent les deux grands panneaux de la
pice, de chaque ct des portes. La plus belle, par le charme de son
coloris et de sa composition, reprsente _Csar recevant en gypte les
tributs des nations vaincues_, allusion aux prsents faits  Laurent
par un gyptien. Les enfants placs au premier plan qui tiennent des
animaux rares, sont une autre allusion relative au got de Laurent pour
la zoologie.

Une inscription indique que cette fresque, commence en 1521 par ANDREA
DEL SARTO, fut acheve par ALESSANDRO ALLORI en 1580.

De l'autre ct de la porte, une fresque d'ALLORI montre le _Consul
Flaminius dtachant les Achens de leur ligue avec Antiochus_,
allusion  la dite de Crmone o Laurent mit  nant les desseins des
Vnitiens.

En face, FRANCIABIGIO a peint le _Triomphe de Cicron au Capitole_.
Tableau mdiocre, allusion au retour de Cosme l'Ancien  Florence en
1434, aprs son anne d'exil  Padoue. Enfin, en dernier lieu, vient la
superbe fresque d'ANDREA DEL SARTO reprsentant un festin auquel prennent
part Scipion et Syphax, allusion au glorieux voyage de Laurent le
Magnifique  Naples et  la rception qui lui fut faite.

La scne a lieu sous un portique au travers duquel on aperoit la mer et
une ville chelonne sur une montagne. Parmi les esclaves, celui de
gauche, le torse nu et portant deux plats, est tout  fait remarquable de
mouvement et de beaut plastique.

D'autres fresques moins importantes dcorent les extrmits de la salle
et les lunettes. D'admirables coffres de mariage du XVIe sicle, dits
Cassones, contribuent  l'ameublement de cette splendide salle.

On rentre  Florence par la mme route qui bifurque  peu de distance de
la ville sur les CASCINES, promenade  l'ouest, entre l'Arno et la
Mugnone, sur une longueur de quatre kilomtres. Le nom de cette promenade
favorite des Florentins est venu de la mtairie Cascina dont elle
dpendait autrefois.




SUD ET SUD-EST



+PORTA ROMANA+

+I. CHARTREUSE D'EMA. GALUZZO, POGGIO IMPERIALE+.

+II. SAN GIOVANNI DELLA CALZA, VIA LE DEI COLLI, SAN SALVATORE AL
MONTE, SAN MINIATO, PLACE MICHEL-ANGE+.

+III. SAN FRANCESCO DI PAOLA, BELLO SGUARDO+.




I

CHARTREUSE D'EMA, GALUZZO, POGGIO IMPERIALE.

(_Environ trois heures de voiture_.)

On sort de Florence par la vieille Porte Romaine construite par Orcagna
en 1328, et encore encadre de murs crnels. La route traverse des
collines et des mamelons plants de vignes jusqu' Galuzzo o elle passe
le torrent d'Ema pour atteindre bientt la porte d'enceinte de +LA
CHARTREUSE D'EMA+ que l'on aperoit couronnant une colline dont les
flancs sont plants de cyprs. La Chartreuse fut fonde en 1341 par le
Florentin Acciajuoli, fix  Naples o il avait fait une rapide fortune,
et o il tait devenu grand snchal, sans pour cela oublier sa patrie.
Les plans furent, dit-on, dresss par ANDREA ORCAGNA, mais la Chartreuse
ne fut toutefois acheve qu'au XIVe sicle.

Aprs avoir long un btiment du XIVe sicle  fentres cintres, on
pntre dans une petite cour o, par un double escalier intrieur et
extrieur, on monte au clotre entour de portiques du XVIe sicle ou se
trouve la faade de +l'glise+ ddie  saint Laurent.

D'aprs la rgle des Chartreux auxquels fut donn le monastre, lors de
sa fondation, l'glise est divise en deux par une grille isolant les
religieux des fidles. Le style pur de l'glise a t dfigur par les
terribles ornementations du XVIme et du XVIIe sicles.

Sur le bas-ct de droite on descend de la +chapelle Sainte-Marie+,
construite par ORCAGNA et orne d'un beau vitrail du XIVe sicle, dans
la +chapelle spulcrale+ des Acciajuoli, sorte de crypte forme d'un
double bras contenant les tombes. En entrant  droite, _pierre tombale
de Nicolas Acciajuoli_, cardinal et petit-fils du fondateur, par
DONATELLO. Portant la mitre et la chape, il est reprsent en bas-relief,
la tte appuye sur un coussin, les mains croises sur le bas du corps.
De chaque ct, SANGALLO a sculpt d'admirables guirlandes de fruits au
bas desquelles Donatello a plac les figures de la Foi et de la Justice,
tandis qu'au-dessus du dfunt il sculptait les armoiries du cardinal. Le
bras de la chapelle, en face de l'entre, possde de superbes tombeaux
placs devant l'autel.

1 Appuye au mur de gauche et place sur quatre consoles runies par des
arcs trilobs est la table de marbre, sur laquelle repose la belle figure
du _grand Snchal Acciajuoli_ revtu de son armure. ORCAGNA, auquel
on attribue cette oeuvre magnifique, y a reprsent en traits admirables
toute la posie de la mort, tant il a su rendre la srnit profonde, la
calme gravit et la paix ternelle du spulcre. Il a abrit l'effigie
sous un baldaquin en forme de chsse, support par cinq colonnes torses
enlumines de rouge et de vert.

2 Devant l'autel sont runies, sous une mme architecture, les
_pierres tombales_ du pre ainsi que du fils et de la fille
d'Acciajuoli. De ces trois superbes sculptures, celle de droite est la
plus remarquable: elle reprsente un jeune homme en riche armure du XIVe
sicle, couvert de son manteau. Ces dalles d'un haut intrt, attribues
 DONATELLO, paraissent plutt dues  l'cole d'Orcagna.

Sur la gauche de l'glise, s'ouvre le +Chiostrino+, petit clotre
carr dont le retour contre l'glise est occup par le +Colloquio+,
galerie destine aux entretiens des frres. A peine longue de quelques
mtres, son principal ornement consiste en huit fentres garnies de
verrires couvertes de belles arabesques, qui se dveloppent autour d'un
mdaillon central consacr  un sujet de l'Histoire sainte; ce dlicat
travail de JEAN D'UDINE, excut en 1360 dans le style raphalesque, est
un des derniers ouvrages de l'art du verrier en Italie. Faites  l'instar
de la dcoration des loges du Vatican, elles sont d'une lgante
composition, mais elles semblent plutt des peintures sur verre que des
vitraux, car, ds la Renaissance, cet art est en pleine dcadence et
finit par tomber en l'oubli. Les artistes ngligent ou ignorent ces
prcieux enchssements de couleurs qui font du vitrail au moyen ge un
assemblage immense de gemmes; ils ne cherchent plus qu' produire
l'illusion de la peinture,  l'aide d'une matire impropre  ce rsultat
et o l'effet obtenu ainsi est le plus souvent malheureux.

Sur le Chiostrino ouvre le +rfectoire+. Le tympan de sa porte est
orn d'un bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, _Saint Laurent entre deux
Anges_;  ct le lavabo en pierre grise (restaur) est de
BRUNELLESCHI. A gauche du Chiostrino se trouve le +Petit Clotre+
oblong,  deux portiques superposs, d'o un passage conduit au grand
clotre. A gauche, dans ce passage, une belle porte du XVIe sicle en
marqueterie donne accs  la +chapelle du Chapitre+ o sont deux
importantes oeuvres d'art.

1 Effigie en marbre blanc de _Leonardo Buonafede_ excute en 1550
par FRANCESCO DA SANGALLO. L'vque de Cortone, en soutane, en camail et
en mitre, est d'un naturalisme saisissant. Vivant d'nergie, son visage
rid, un peu gras, est plein de bonhomie.

2 Au-dessus de l'autel, l'ami et le compagnon de Fra Bartolommeo,
MARIOTTO ALBERTINELLI, a peint en 1505 une trs belle fresque consacre
au _Christ_, dont deux anges recueillent le sang dans des calices.
Ce bel ouvrage est plac dans un admirable cadre en pierre, de MINO DA
FIESOLE.

+Le Grand Clotre+, dont les plans furent, dit-on, donns par
Orcagna, est support par des colonnes monolithes d'une grande beaut.
Toutes les cellules des chartreux y donnent, et sont uniformment
composes de deux pices superposes, communiquant par un petit escalier
et ouvertes sur un jardinet d'gale largeur d'o la vue sur Florence,
Fiesole, la campagne et les Apennins est admirable. Enfin le dessin du
grand puits central du Clotre est attribu  MICHEL-ANGE.

Aprs avoir quitt la Chartreuse d'Ema, on retourne  la grande place de
+GALUZZO+, l'une des principales communes des environs de Florence,
gouverne par des podestats. Le MUNICIPIO, ancien palais Pretorio, a sa
faade charge des innombrables cussons en pierre, en marbre, en bois ou
mme en terre vernisse par les Della Robbia.

Au milieu de villas entoures de vignes, on gagne bientt +POGGIO
IMPERIALE+. La villa de Poggio Imperiale tait un couvent que la femme
du grand-duc Cosme II, Madeleine d'Autriche, appropria en 1622  son
usage.

Une magnifique alle, compose de hauts cyprs, de chnes d'Italie et de
mlzes, descend de la villa  la Porte Romaine et ramne rapidement 
Florence.


II

SAN GIOVANNI DELLA CALZA, VIALE DEI COLLI, SAN SALVATORE AL MONTE, SAN
MINIATO, PLACE MICHEL-ANGE.

+GLISE SAN GIOVANNI DELLA CALZA+. Derrire l'autel est un beau
tableau du PRUGIN, oeuvre de jeunesse excute vers 1492, alors qu'il
tait profondment influenc par le gnie de Signorelli. Aussi cette
peinture est-elle remarquable par son naturalisme et sa sobrit sans
aucune trace de l'affterie habituelle au Prugin. Le sujet en est
l'_Apparition  saint Jrme de Jsus sur la croix_ dont la
Madeleine treint les pieds avec amour, pendant qu'il la contemple avec
reconnaissance. De l'autre ct de la composition, une belle figure de
saint Jean montre avec compassion le Christ  deux religieuses
agenouilles.

Par la +Porta Romana+ on atteint bientt le +Viale dei Colli+,
une des plus belles promenades de l'Italie, route tablie sur les
collines sud de Florence et qui, par de multiples lacets, mne  la place
Michel-Ange et  la basilique de San Miniato al Monte. Avant d'atteindre
la place, on rencontre un chemin dtach sur la droite qui conduit  la
+Torre del Gallo+, dont le nom est d  ses anciens possesseurs, la
famille des Galli. La lgende affirme que c'est dans cette tour que
Galile fit ses dcouvertes astronomiques.

De la +place Michel-Ange+, l'oeil embrasse un immense et admirable
panorama. La place s'tend en terrasse au-dessus de la porte
Saint-Niccol, o l'on peut descendre directement; au milieu s'lve le
monument consacr  Michel-Ange sur lequel sont reproduits son David et
les allgories des tombeaux des Mdicis.

De la place on monte  San Miniato;  mi-chemin on rencontre au milieu de
cyprs l'+GLISE SAN SALVATORE AL MONTE+ construite par le CRONACA
en 1504 et que ses nobles proportions firent surnommer la belle
Villanella, la belle villageoise. A droite,  l'+intrieur+,
monument funraire en marbre blanc du XVe sicle, buste d'homme
paraissant  une fentre cintre pratique dans le mur.

A gauche de l'autel, beau groupe polychrome de JEAN DELLA ROBBIA. De
l'glise San Salvatore on monte par un jardin  la porte des
+Fortifications de San Miniato construites+, en 1539, par
MICHEL-ANGE, sur la hauteur d'o il dirigea lui-mme pendant onze mois la
dfense de la ville contre le pape Clment VII et les Impriaux. On
pntre par cette porte sur une esplanade o donnent l'glise et le
cimetire qui occupe derrire elle tout le plateau de la colline.

A droite de l'glise s'lve une construction crnele du XIVe sicle
ayant fait partie d'un systme de dfense plus ancien.

+LA BASILIQUE SAN MINIATO AL MONTE+, construite en 1154, remonte
intgralement  cette date.

Quand le style de Nicolas Pisano fut import  Florence, entre les mains
des Florentins la nouvelle architecture prit un splendide essor dont
l'apoge fut atteint par l'glise San Miniato. Ils embellirent ce retour
au classicisme de l'antiquit par l'improvisation charmante des marbres
de diverses couleurs, par un got plus fin, par des dtails plastiques
plus cherchs, enfin par un soin dlicat qui, deux sicles  l'avance,
donne dj le pressentiment de la Renaissance.

L'adorable +faade de San Miniato+, plaque de marbres blanc et
vert, est une rminiscence antique d'une puret absolue; la proportion
entre les tages est peut-tre traite pour la premire fois avec une
harmonie complte de lignes, motive par un sentiment de pur esthtisme.

Le rez-de-chausse, prcd de quelques marches, est form de cinq hautes
arcatures spares par des colonnes de marbre cipolin. Les portes
prennent trois de ces arcatures; des dispositions de marbre cipolin
remplissent les deux autres. Le premier ordre est spar du deuxime par
un entablement dlicatement sculpt. Il est plus troit et repose de
chaque ct sur des contreforts  quadrillages de cipolin, une fentre
d'ordre antique en occupe la partie centrale.

Enfin le troisime ordre, purement antique, est compos d'un fronton
angulaire surmont d'une corniche  modillons dlicats que domine l'aigle
guelfe en bronze.

+Le Campanile+ lev en arrire  gauche a t reconstruit en 1519
par BACCIO D'AGNOLO.

+L'intrieur+, o domine galement la marqueterie de marbre blanc et
vert, est  trois nefs et prsente le type le plus parfait des basiliques
dont les traves sont coupes par des traves transversales. Les colonnes
en marbre blanc portent ou des chapiteaux trs simples de l'poque, ou
des chapiteaux antiques. Le toit est en charpente apparente; le pav de
1207 consiste en nielles de marbre de diffrents dessins qui forment,
dans leur merveilleux tat de conservation, le plus beau tapis d'Orient
qu'il soit possible de rencontrer.

A la hauteur de la cinquime trave se dresse le mur rglementaire de
l'architecture des basiliques, o accdent quatre escaliers, ceux du
milieu descendant  la crypte et ceux des cts montant au choeur ou  son
parvis dont l'accs tait interdit aux fidles.

En avant de la crypte s'lve l'+autel+ rserv au peuple; il fut
reconstruit au XVe sicle par MICHELOZZO sur l'ordre de Pierre de
Mdicis. Inspir par le caractre antique du monument, Michelozzo leva
un autel trs simple, abrit par un sacellum que LUCA DELLA ROBBIA dcora
intrieurement de compartiments  rosaces blanches en relief, sur fond
bleu.

+La crypte+ s'ouvre sur l'glise par cinq baies; elle est soutenue
par quatre grosses colonnes qui, la traversant, sont galement les
colonnes du choeur, et par de nombreuses colonnettes sur lesquelles
retombent les voussures, et se termine par une absidiole ferme d'une
grille.

On accde +au choeur+ surlev par deux escaliers placs de chaque
ct. Le mur qui le spare de la nef est richement dcor par des
sculptures en marbre d'un puissant relief, et surmont d'un dlicat
entablement inspir de l'antique.

Une seconde clture peu leve forme encore en avant du choeur une sorte
de couloir troit sur lequel porte l'ambon carr dont l'avance sur le
mur de sparation a pour supports deux courtes colonnes de marbre. Le
pupitre de l'ambon est soutenu par les symboles des vanglistes
curieusement superposs l'un sur l'autre. Ce monument admirablement
conserv est un des seuls et prcieux spcimens de ce genre de
construction.

De la tribune on pntre dans le choeur termin en abside; une colossale
_mosaque_, restaure en 1297, occupe le tympan. Au-dessus de
l'autel un beau _Christ_ verniss est un ouvrage tardif de LUCA
DELLA ROBBIA. Enfin les stalles du choeur ont t excutes en 1466 par
DOMINICO GAJUOLE et FRANCESCO MANCIATTO; elles sont trs simples, dans un
sentiment franchement gothique.

Sur le bas-ct gauche de la nef la +Chapelle San Giacomo+ fut
construite en 1459 par ROSSELLINO et dcore par ANTONIO POLLAJUOLO et
les DELLA ROBBIA.

La vote est forme par cinq mdaillons de LUCA DELLA ROBBIA, les quatre
vertus cardinales  mi-corps entourent le mdaillon central du
Saint-Esprit; toutes ces figures sont en mail blanc sur fond bleu.

Sur le mur de droite est le tombeau du cardinal Jacques de Portugal,
1459.

En face, fresque de BALDOVINETTI, _l'Annonciation_.

A droite, en entrant dans l'glise, on rencontre une _Vierge_
entoure de saints, ouvrage unique du peintre PAOLO DI STEFANO, excut
en 1426 sous la double influence de Masaccio et de Donatello.

+La Sacristie+, dont l'entre est  droite du choeur, est une belle
salle carre surmonte d'un dme. Elle a conserv intgralement sa
dcoration de fresques excutes en 1385 par SPINELLO ARETINO et
consacres  l'_histoire de saint Benot_.

Spinello est principalement un peintre militaire et nul n'gale sa fougue
et son emportement quand il s'agit de rendre les campagnes de Frdric
Barberousse ou quelque autre sujet du mme genre. Aussi, quand il doit,
comme  la sacristie de San Miniato, dvelopper de longs pisodes
religieux, son style se prte moins  ce travail et tourne souvent 
l'ingal et au heurt. Nanmoins, ces fresques peuvent compter parmi les
plus intressantes que nous ait laisses le XIVe sicle, tant par la
puissance et l'autorit avec lesquelles elles s'imposent que par la
composition tonnante pour l'poque.

+Mur du Sud+.--Saint Benot quitte la maison paternelle.

Saint Benot rpare  l'aide de sa bndiction un verre bris par sa
nourrice.

Entretien de saint Benot et de Totila, sa mort et la vision de saint
Maur.

+Mur de l'Ouest+.--Saint Benot prend l'habit.

Saint Benot rsiste  Satan dans une caverne. Il ressuscite un moine
enseveli sous une tour. Il est tent par le dmon sous la forme d'une
chauve-souris.

+Mur du Nord+.--Saint Benot rsiste  Satan en se roulant sur des
pines.

Il est proclam suprieur du couvent du mont Cassin.

Il sauve Placidius qui se noie.

+Mur de l'Est+.--Saint Benot quitte son couvent.

Il reoit dans l'ordre Maure et Placide.

Il bnit une pierre sur laquelle tait assis Satan et qu'on ne pouvait
soulever.

Il dcouvre l'empoisonnement prpar contre lui  cause de l'austrit de
sa rgle.

Sur deux cts de la sacristie rgne un _buffet gothique_ surmont
d'une _boiserie_, ouvrages de FRANCESCO NONCIATO.


III

GLISE SAINT-FRANOIS DE PAULE ET BELLO SGUARDO.

(_Environ deux heures de voiture_.)

Aprs tre sorti de Florence par la Porta Romana, on longe une partie des
anciens murs pour atteindre l'glise San Francesco di Paola situe au
pied de la colline de Belle Sguardo.

+L'GLISE SAN FRANCESCO DI PAOLA+ possde l'admirable ouvrage de
LUCA DELLA ROBBIA, le tombeau de l'vque de Fiesole, _Benozzo
Federighi_, mort en 1450, et qu'il excuta en 1455. Ce tombeau, adoss
au mur, est plac sous une niche carre; c'est un sarcophage de forme
antique, trs sobre d'ornementation, sur le devant duquel deux anges en
haut relief soutiennent l'inscription commmorative. Sur le sarcophage
repose l'vque en vtements piscopaux trs simples, le visage maci,
d'une tranquillit imposante. Au-dessus de cette trs belle statue, le
fond du mur est occup par trois bas-reliefs: le Christ mort, debout dans
son tombeau, entre la Vierge et saint Jean.

L'encadrement du tombeau est form de plaques de faence vitrifie,
uniques dans leur genre, dont le dessin consiste en une guirlande de
fleurs coupe par des noeuds de ruban.

La route monte rapidement  +Bello Sguardo+ d'o la vue sur Florence
est magnifique.




FAMILLES ET PERSONNAGES

FLORENTINS



+GRANDES FAMILLES+


+Acciajuoli+ (_acciaio_ = acier).--Clbre et riche famille,
devenue, ds 1310, puissante par Nicolas Acciajuoli, nomm  Naples grand
snchal de Jeanne Ire. Son neveu Nicolas Acciajuoli s'empara de la
Grce en 1364 et en fut nomm suzerain par l'impratrice de
Constantinople. La principaut des Acciajuoli dtruite en 1456 par
Mahomet II qui fit tomber la Grce sous le joug turc, les Acciajuoli
rentraient  Florence et prenaient une part active aux affaires
publiques; en 1510, Robert Acciajuoli tait ambassadeur des Mdicis
auprs de Franois Ier.

Florence, tombeaux  la chartreuse d'Ema, nom donn  une rue principale
de la ville.

+Albizzi+.--Noble famille gibeline qui dirigeait le parti
aristocratique dans la seconde moiti du XIVe sicle et dans la premire
du XVme. Prive de toute influence et exile par la rvolution de 1378,
elle reprit le pouvoir en 1381 et gouverna avec despotisme et tyrannie,
jusqu'au rappel des Mdicis (1434), qui l'exila de Florence.

+Alberti+.--Famille sortie, comme les Mdicis, du gros ngoce,
_arts majeurs_, se mit avec eux  la tte des _arts mineurs,
popolo minuto_, contre le parti aristocratique men par les Albizzi
ds le XIVe sicle; les Alberti furent exils par les Albizzi au
pouvoir; mais ils rentrrent avec les Mdicis et restrent fidlement
leurs allis (1434).

+Aldobrandini+.--Noble famille guelfe dont les principaux membres
furent: Silvestre Aldobrandini, clbre jurisconsulte (1449-1558), mort
en exil par suite de son opposition aux Mdicis. La famille, ds lors
exile de Florence  Rome, donna  l'glise le pape Clment VIII.

Jean Aldobrandini, au XVIIe sicle, fut l'acqureur de la fameuse
fresque dite _Noces Aldobrandines_, actuellement  la bibliothque
du Vatican.

+Abati+.--Famille gibeline de l'_Arte Calimara_ qui, ds 1216,
s'leva aux honneurs.

Neri de Abati, prieur vers 1250, fut d'une telle frocit qu'il mit le
feu  une partie de Florence pour satisfaire ses haines. En 1260, Bocca
de Abati trahit Florence en faveur de Sienne  la bataille de Montaperto,
pisode stigmatis par le Dante (_Enfer_, XXXII, 77-108).

+Bardi+.--La banque fut la source de la richesse de cette famille
allie aux Mdicis. Cosme l'Ancien avait pous une Bardi et les Mdicis,
pousss et soutenus par les Bardi, trouvrent toujours en eux les plus
fidles et les plus utiles allis.

+Buondelmonti+.--Fameuse famille  laquelle est due la premire
scission de l'aristocratie en Guelfes et Gibelins par suite de
l'assassinat, en 1215, de Buondelmonte des Buondelmonti par les Uberti 
l'occasion de son refus d'pouser une de leurs parentes  laquelle il
tait fianc.

+Capponi+.--Famille gibeline allie et infode aux Albizzi et qui,
ds 1347, partagea avec eux le pouvoir et l'exil.

+Cavalcanti+.--Trs noble et trs ancienne famille gibeline ayant
toujours pris une part active dans les affaires publiques. Guide
Cavalcanti ({~DAGGER~} 1301) fut un pote remarquable. Il pousa la fille de
Farinata degli Uberti et fut l'ardent ami du Dante.

+Donati+.--Une des plus anciennes familles gibelines. En 1300, Corso
Donati, chef du parti des Noirs, fut expuls de Florence. Rentr avec les
Gibelins triomphants aprs Mortaperto, son despotisme devint tel que son
parti l'abandonna et qu'il dut prendre la fuite. Condamn par contumace,
il se tua au moment o on l'arrtait (1308).

+Pazzi+.--Famille de banquiers gibelins, clbre, ds 1277, par sa
haine des Mdicis et l'opposition qu'elle leur fit toujours, les
considrant comme des parvenus.

En 1478, les Pazzi tramrent contre Julien et Laurent de Mdicis le
fameux complot qui garda leur nom et o fut assassin Julien.

L'histoire de cette conspiration a t crite par Ange Politien.

La chapelle funbre des Pazzi dans le clotre de Santa Croce est d'une
beaut accomplie. Dante a plac un des Pazzi dans le XXXIIme chant de
l'_Enfer_.

+Pulci+.--Noble famille guelfe dont il est dj fait mention parmi
celles que les Gibelins triomphants expulsrent en 1248.

+Pucci+.--Ils faisaient partie des _arts mineurs_, furent
anoblis par les Mdicis auxquels ils s'taient infods.

+Pitti+.--La famille des Pitti, aprs avoir appartenu  la
corporation des marchands, devint, ds 1300, clbre dans la banque.
gaux aux Mdicis, les Pitti furent leurs plus zls partisans. En 1374,
Buonaccorso Pitti, en se dclarant pour eux, entrana une grande partie
de la seigneurie en leur faveur. Luca Pitti, fils du prcdent, fut
clbre par la construction du fameux palais qui porte son nom.

+Portinari+.--Ancienne famille marchande anoblie, clbre par la
passion du Dante pour Batrice Portinari. Folco Portinari, le pre de
Batrice, est le fondateur de l'hpital Santa Maria Nuova. En 1400,
Franois Portinari, agent des Mdicis  Bruges, faisait excuter par Hugo
van der Goes le tableau de l'_Adoration_ o il est reprsent avec
sa famille.

+Soderini+.--Une des plus vieilles et des plus intgres familles
guelfes de Florence, s'tant toujours signale par son opposition aux
empitements des Mdicis. Son membre le plus distingu fut Nicolas
Soderini, le remarquable et zl patriote qui, aprs la mort de
Savonarole, fut nomm gonfalonier  vie. La raction mdicenne le fora
 s'exiler  Venise o il fut assassin par ordre de Cosme Ier.

+Strozzi+.--Une des plus anciennes familles et un des plus glorieux
noms des annales florentines. Souvent  la tte des affaires publiques,
les Strozzi furent aussi distingus dans la politique que dans la science
et dans les armes.

Pallas Strozzi, n en 1372, possesseur d'une immense fortune, la consacra
 la formation de la bibliothque clbre sous son nom. Hostile aux
Mdicis, il mourut  Padoue o Cosme l'avait exil. Philippe Strozzi,
petit-fils du prcdent (1488-1538), ddaigneux des traditions de sa
race, pousa une Mdicis; mais, aprs avoir aid puissamment  leur
restauration, rvolt de leurs excs, il conspira contre eux. Mis  la
torture, ne voulant pas subir une seconde fois ce supplice, il se suicida
dans la citadelle de Pistoie o il tait dtenu. Pierre Strozzi, fils du
prcdent, brlant de venger son pre, entra au service de la France o
il fut nomm marchal. Il conduisit glorieusement une campagne pour
dlivrer Sienne du joug de Cosme Ier.

Le palais Strozzi, via Tornabuoni, est le plus beau des palais
florentins. A l'glise Sainte-Marie Nouvelle la chapelle Strozzi, fonde
par la famille, fut dcore en 1350 par les Orcagna. A droite du choeur,
la chapelle Philippe Strozzi, dcore des fresques de Filippino Lippi
(1486), contient son tombeau.

+Valori+.--Trs ancienne famille guelfe ayant, ds 1277, jou un
rle actif dans la direction des affaires de la Rpublique: enrichis par
la banque, ils furent d'ardents ennemis des Mdicis.

Franois Valori fut un des plus zls partisans de Savonarole auquel il
apporta l'appui de son autorit et de l'estime universelle dont il
jouissait.

+Tornabuoni+.--Famille guelfe dj clbre ds 1200, fit partie, en
1283, des familles exiles par les Gibelins triomphants rentrs aprs la
dfaite de Montaperto. Jean Tornabuoni fit  l'glise Sainte-Marie
Nouvelle le don des fameuses fresques de Ghirlandajo (1490). Le palais
Tornabuoni (n 20, via Tornabuoni) est actuellement le palais Corsini.

+Uberti+.--Noble et ancienne famille gibeline. Proscrite par les
Guelfes, elle doit sa clbrit  Farinata des Uberti qui, rfugi 
Sienne, combattit les Florentins dans les rangs siennois. Rentr 
Florence avec les Gibelins triomphants, ce fut grce  son intervention
que la ville chappa  la destruction totale. Dante a plac cet pisode
au chant X de son _Enfer_.


+HISTORIENS, POTES, LITTRATEURS+

+Dante Alighieri+ (1265-1321).--Clbre pote italien de la noble
famille des Alighieri jete dans l'exil par le triomphe des Gibelins
aprs Montaperto. N en 1265, il cultiva toutes les sciences connues de
son temps. Il prit une part active aux affaires publiques, mais le
triomphe des Noirs l'exila dfinitivement de Florence en 1302. Et, aprs
avoir err dix-neuf ans loin de sa patrie, il mourut  Ravenne en 1321.

Sa vie a t crite par Philippe Villani, Boccace et l'Artin. Il composa
 vingt-six ans son premier ouvrage, _la Vita Nuova_, suivi de prs
par _le Banquet_, oeuvre crite pour prconiser l'emploi de la langue
vulgaire par les prosateurs et les potes. Le chef-d'oeuvre du Dante et de
la langue italienne est la _Divine Comdie_, divise en trois
parties: l'Enfer, le Purgatoire, le Paradis. Il mit vingt-huit ans 
crire son pome, commenc en 1292, pendant lesquels il publia deux
ouvrages en langue latine appels: 1 _De vulgari eloquio_ o il
traite encore de l'emploi et du gnie de la langue italienne; 2 _De
Monarchia_, trait de politique en trois livres qui, sous une forme
scolastique, renferme les thories les plus hardies.

+Franois Guicciardini+ (1482-1540).--Historien clbre n 
Florence en 1482, mort en 1540, sortait d'une famille qui avait occup
les plus grandes charges de la Rpublique florentine. N  une poque o
le gouvernement des Mdicis tait tabli, il leur consacra ses services
et son talent et les reprsenta souvent avec clat comme ambassadeur.
Aprs l'assassinat du grand-duc Alexandre, en 1537, ce fut grce  son
influence et  son loquence que ne fut pas proclame la Rpublique et
que Cosme Ier fut lu grand-duc. Il entreprit alors l'_Histoire de
l'Italie_  laquelle il travailla vingt-sept ans et qui est son
principal titre de gloire. Elle forme vingt livres embrassant de 1494 
1532; c'est l'histoire des guerres d'Italie pendant cette priode, qu'il
a traite en penseur et en crivain suprieur.

Guicciardini crivit encore _Avis et Conseils en matire d'tat_,
_Maximes_ et _Discours politiques_ et enfin un _Dialogue sur
le gouvernement de Florence_.

+Louis Guicciardini+ (1523-1589).--Neveu de Franois, n en 1523,
mort on 1589, remplit diverses fonctions administratives sous Alexandre
et Cosme Ier. Il a laiss des _Mmoires sur la Savoie_ et une
_Description des Pays-Bas_ faite en 1567.

+Nicolas Machiavel+ (1469-1530).--N en 1469, mort en 1530, est une
des plus clbres figures de son temps.--Secrtaire de la _Rpublique
Florentine_ de 1497  1512, il fut charg de vingt-cinq ambassades et
de plusieurs missions intrieures. Au retour des Mdicis, en 1512, il fut
emprisonn et tortur par suite d'une accusation de complot. Sorti de
prison, il vcut dans l'indigence et la retraite et consacra ses loisirs
forcs  la composition de son fameux trait qu'il intitula _le
Prince_; on regarde ce livre de peu d'tendue comme le code de la
tyrannie. Deux ans aprs, en 1516, Machiavel crivit des _Discours sur
la premire dcade Tite-Live_, tude d'histoire romaine pleine de
sagacit et de profondeur; mais o sont reproduites les mmes thories
que dans le trait du _Prince_, c'est--dire cette immoralit vraie
ou feinte applique  la science politique qui a conserv l'appellation
de Machiavlisme. Lorsque Machiavel eut crit _le Prince_, Laurent
le Magnifique le rappela auprs de lui et le nomma historiographe de
Florence. Cette place fut pour lui l'occasion de produire son
chef-d'oeuvre, l'_Histoire de Florence_, crite de 1205  1424,
ouvrage imposant, clair, lgant, plein de profondeur et de couleur
locale, monument de la langue italienne. Les autres oeuvres de Machiavel
sont: une comdie fort licencieuse, _la Mandragore_, et une nouvelle
appele _Belphgor_.

+Saint Philippe Neri+ (1515-1595).--Fondateur de la Congrgation de
l'Oratoire, des Trinitaires et des Maisons hospitalires pour recevoir
les plerins.

+Antoine Neri+ (1520-1600).--Prtre florentin du XVIe sicle, se
livra aux sciences et plus particulirement  la chimie o il fit des
dcouvertes considrables. Ses recherches l'amenrent  s'occuper plus
particulirement de la vitrification sur laquelle il publia un volume
appel _Arte Vetraria_ (l'Art du Verrier).

+Philippe des Nerli+.--De la fameuse famille des Nerli. Infod aux
Mdicis, il crivit ses _Commentaires_ en 1550. Ils vont de 1215 
1257 et sont de prcieux documents jusqu' ce que l'avnement des Mdicis
les fassent tourner  une ridicule apothose des matres qu'il sert.

+Jacopo Nardi+ (1496-1556).--Fameux historien, n en 1496,
contemporain des prcdents, il semble d'une gnration antrieure par
son rpublicanisme enthousiaste, son austrit chagrine et sa roideur
d'esprit. Dans l'exil auquel il se condamna  la suite de l'avnement de
Cosme Ier, il crivit son _Histoire de la Ville de Florence_. Cette
oeuvre de son extrme vieillesse (1550) n'est pas suffisamment originale,
puisqu'elle reproduit en partie le _Diario_ de Buonaccorsi.

+Bernard Segni+ (1499-1559).--Quoique Segni ait t client des
Mdicis et employ  diverses missions par Cosme, il y a un effort rel
vers l'impartialit dans les deux volumes de son _Histoire florentine
des annes 1527  1555_. Outre des traductions de plusieurs ouvrages
d'Aristote, il a laiss un _Trait pour gouverner_, crit en 1549.

+Jacopo Pitti+ (1519-1589).--Ce patricien, descendant de l'illustre
famille des Pitti, aime le peuple et s'indigne jusqu' l'exagration de
l'abus des privilges. Sa franchise et son indpendance paraissent
vraiment admirables, quand on pense qu'il crivait sous les ducs Cosme et
Franois. On lui doit l'_Archivo Storico italiano_, prcieux rcit
de la priode si agite qui s'coule entre les annes 1494 et 1529; mais
l'oeuvre qui fait le plus honneur  son talent, c'est son _Apologie de
Cappucini_, c'est--dire apologie des vieilles modes et du vieux
temps.

+Marsile Ficin+ (1433-1499).--Ce clbre platonicien tait chanoine
de la cathdrale de Florence. Ds l'ge de vingt-trois ans, il commena 
crire sur la philosophie platonicienne. On lui doit une traduction de
Platon  la fois littraire, claire et en bon latin, ainsi que des
traductions de Plotin, de Denys l'Aropagite et des traits de Jamblique
et de Porphyre.

+Brunetto Latini+ (1220-1294).--crivain clbre appartenant  une
noble famille guelfe. Chass par les Gibelins aprs la dfaite des
Guelfes  Montaperto, il se rfugia  Paris o il passa vingt-quatre ans.
Il y composa en franais son _Trsor de toutes choses_, encyclopdie
qui embrasse tout le cycle des connaissances du XIIIe sicle. De retour
 Florence en 1284, il publia en italien son _Tesoretto_, recueil en
vers de prceptes moraux, et le _Pataffio_, collection de proverbes
et de jeux de mots florentins. Brunetto fut le matre de Dante qui l'a
plac dans le quinzime chant de l'Enfer.

+Benot Varchi+ (1502-1565).--Clbre historien qui prit en 1527 une
part active  l'expulsion des Mdicis et dut s'expatrier quand ils
revinrent. Cosme Ier le rappela  la suite de l'admiration suscite par
son _Histoire de Florence_ en quinze volumes crite de 1527  1538.
On a de Varchi, en outre, des traductions italiennes _De la
Consolation_ de Boce, et du _Trait des Bienfaits_, de Snque.

+Jean Villani+ (1275-1348).--Clbre historien mort de la peste en
1348, fit partie des prieurs de 1316  1321 et fut ensuite nomm
directeur des monnaies et surveillant gnral des fortifications. On a de
lui l'_Histoire florentine_, premire partie d'une histoire
universelle allant jusqu'en 1338 o il rapporte tous les vnements et
toutes les annales du monde  Florence, sa patrie.

+Mathieu Villani+.--Frre de Jean et continuateur de son _Histoire
de Florence jusqu' l'anne 1363_.

+Philippe Villani+.--A ajout les vnements de 1363 et de 1364. En
outre, il composa des _Vies des Hommes illustres de Florence_,
ouvrage anecdotique fait  l'instar de Plutarque.

+Antoine de Ser Niccol Pierozzi (saint Antonin)+.--Archevque de
Florence ds 1446, homme de grande renomme, le pape Pie II avait d lui
faire violence pour le tirer de son couvent de Fiesole et de la plus
stricte observance dominicaine. Il eut la rare chance d'tre prophte en
son pays et sa mort fut une apothose, si bien que sa canonisation la
suivit presque aussitt.


+ARCHITECTES, SCULPTEURS, PEINTRES+

+Alberti+ (Leone-Battista) (1405-1472).--Thologien, littrateur,
architecte, sculpteur et mathmaticien, fut surnomm le Vitruve moderne.
Sa passion pour les arts lui fit ngliger ses fonctions sacerdotales. Il
rforma toute l'architecture autant par les difices qu'il construisit
que par ses crits qui firent loi en architecture, en sculpture et
peinture. Ses principaux ouvrages sont _De Re dificatoria_,
_Momus_ ou _De Principe_, enfin _Opera ethica_. Sa vie a
t crite par Pozzelli en 1739.

+Albertinelli+ (Mariotto) (1474-1515).--Peintre et condisciple de
Fra Bartolommeo chez Cosimo Rosselli. Florence possde peu d'oeuvres de ce
matre, une _Visitation_ au Muse des Offices et une _Vierge
adorant l'Enfant_ au Muse Pitti.

+Allori+, dit _le Bronzino_ (1502-1572).--Peintre de portraits
surtout.

+Allori+ (Alexandre) (1535-1607).--Reut les premires leons de son
oncle le Bronzino. Il fournit les cartons des tapisseries excutes sous
le grand-duc Franois. Ses chefs-d'oeuvre sont _le Sacrifice
d'Abraham_ aux Offices, et _la Femme adultre_, dans l'glise San
Spirito.

+Allori+ (Christophe) (1577-1619).--lve de Cigoli et l'un des
meilleurs coloristes de l'cole de la dcadence, sa _Judith_ des
Offices passe pour sa meilleure oeuvre.

+Ammanati+ (Bart) (1511-1592).--Architecte, lve de Sansovino. Son
talent, exagration de celui de Michel-Ange, le porte  une dbauche de
sculpture. On lui doit la _Fontaine_ de la place du Grand-Duc.

+Angelico+ (Fra Giovanni da Fiesole) (1387-1455).--Jeune, riche,
dou de talents extraordinaires, il aurait pu mener dans le monde une
brillante existence: il aima mieux chercher le recueillement et le
silence parmi les moines dominicains. Ses ouvrages sont pleins d'un
charme inexprimable et un artiste ne rendit jamais par la peinture
d'aussi profondes motions. Il ne peignait et ne consentait  peindre que
des sujets religieux et il refusa toujours les honneurs sacerdotaux et
l'archevch de Florence qu'on voulait lui imposer.

Le Muse des Offices, l'Acadmie et surtout le Couvent de Saint-Marc
qu'il dcora entirement, possdent des oeuvres de premier ordre dues  ce
peintre exquis par excellence.

+Aretino+ (Spinello) (1318-1410).--lve de Giotto, et
principalement peintre militaire; il montre la fougue la plus imptueuse
dans ses interprtations religieuses elles-mmes. Ses tableaux du Muse
des Offices et les fresques de l'_glise San Miniato_ donnent un des
meilleurs exemples du talent de Spinello.

+Banco+ (Nanni di) (1400-1421), qu'on prsume lve de Donatello,
mais qui semble bien plutt lui avoir servi de matre. Ses statues d'Or
San Michele, celle de _Saint Luc_ au Dme sont d'excellents
ouvrages, autant comme composition que comme excution.

+Baldovinetti+ (Alesso) (1427-1499).--lve d'Uccello et de
Castagno, fut charg d'une des fresques de la cour de l'glise Santa
Annunziata et d'une partie de la dcoration de la chapelle du cardinal de
Portugal  San Miniato. L'Acadmie contient en outre plusieurs oeuvres de
Baldovinetti.

+Bandinelli+ (Bartolommeo) (1487-1559).--Sculpteur, fut plac dans
l'cole de Rustici o il connut Lonard de Vinci. Ayant chou dans la
peinture, il tudia les ouvrages de Donatello et de Verrocchio. Il se
crut l'gal de Michel-Ange et lui voua une haine ternelle, aussi les
disciples du matre ont-ils cherch  rabaisser son adversaire, en qui
ils ne voient que fausse grandeur, exagration de style, enflure de
mauvais got. On peut juger du bien ou mal fond de ces critiques dans
les diverses oeuvres de Bandinelli: le _Saint Pierre_ de la
cathdrale, l'_Orphe_ du palais Pitti et surtout le groupe
d'Hercule et Cacus, rig sur la place du Palais-Vieux.

+Botticelli+ (Sandro) (1446-1510).--lve de Lippi, d'Andrea
Castagno et de Pollajuolo, un des plus grands gnies de son temps.
Peintre et graveur, ses tableaux, o un caractre passionn se joint 
des conceptions fantastiques, ont une profonde originalit; l'un des
premiers, il introduisit dans l'art moderne l'allgorie et les mythes
antiques. Ses oeuvres  Florence sont de premier ordre et multiples, tant
aux Offices qu' l'Acadmie et  Pitti.

+Brunelleschi+ (1379-1446).--Architecte clbre. Fils d'un notaire,
le got des lettres et surtout du dessin lui rvla sa vocation. Il se
signala comme sculpteur; mais bientt il se tourna vers la gomtrie et
devint un des plus grands architectes de son sicle. On lui doit la
coupole de Sainte-Marie des Fleurs, tour de force pour cette poque,
l'glise Saint-Laurent, l'glise de San Spirito et encore l'immense
palais Pitti.

+Buontalenti+ (Bernardo) (1536-1608).--Peintre, sculpteur et
architecte, tudia dans les ateliers de Bronzino et de Vasari. On lui
doit la construction d'une partie de la galerie des Offices et le plan
des fortifications de Livourne et de Pistoie. Habile  appliquer la
mcanique aux arts, il dirigea les reprsentations thtrales,
introduisit les dcors mobiles et les machines pour les changements 
vue.

+Castagno+ (Andrea) (1390-1457).--Assassina le Vnitien Dominique
pour rester en possession de ses procds secrets pour la peinture 
l'huile. Ses fresques et ses autres tableaux sont  la Cathdrale, 
Santa Apollonia,  l'Acadmie et aux Offices.

+Cellini+ (Benvenuto) (1500-1572).--Sculpteur, graveur, orfvre,
littrateur mme, il eut un caractre bizarre, querelleur et fantasque.
En 1527, au sige de Rome, il tua, dit-il, le conntable de Bourbon et
pointa aussi la pice qui frappa le prince d'Orange. Jet en prison 
Rome au chteau Saint-Ange, sur le soupon d'avoir vol les joyaux de la
tiare pontificale, son vasion le rendit peut-tre plus clbre que son
talent. Sculpteur assez mdiocre, son _Perse_, plac sous la loggia
dei Lanzi, peut tre considr comme son chef-d'oeuvre. Comme orfvre,
Cellini est incomparable et l'on peut dire qu'il a le gnie de cette
matire; tant au Muse du Bargello qu'au Muse des Offices se trouvent
des merveilles qui lui sont dues.

+Cimabue+ (Jean-Gualtieri) (1240-1311).--D'une noble famille guelfe.
Au lieu de suivre la carrire des armes, il s'adonna aux arts avec
passion. Il amliora l'ancien style, donna de l'expression aux figures,
assouplit les lignes et fondit plus harmonieusement les couleurs. Son
chef-d'oeuvre, _la Vierge et Jsus_ de Sainte-Marie Nouvelle, y fut
port en triomphe et processionnellement, tant les contemporains
estimaient l'oeuvre et le caractre de l'homme. L'me de Cimabue tait si
leve qu'ayant pressenti le gnie de Giotto, il se consacra uniquement 
cet lve destin  le surpasser si rapidement.

+Credi+ (Lorenzo di) (1459-1537).--II fut d'abord orfvre, puis
tudia la peinture  l'cole de Verrocchio o il eut pour condisciple
Lonard de Vinci. Il excella  peindre les madones, les vierges, et ses
figures d'ange sont dlicieuses de charme.

+Dolci+ (Carlo) (1616-1686).--Les sujets de Carlo Dolci sont tirs
presque tous de l'Histoire sainte. Il a des qualits de sincrit, de
douceur et de coloris trs relles; il ne tombe que trop souvent dans le
manirisme et le faux sentimentalisme; pourtant ses portraits sont
souvent de premier ordre.

+Donatello+ (1386-1446).--Peut revendiquer l'honneur d'avoir cr la
sculpture moderne. Il eut pour qualits la parfaite ordonnance, la
correction de la forme, la justesse de l'attitude et du mouvement, la
force et la vrit de l'expression, l'habilet de l'excution. Sa
connaissance des effets des passions sur l'me et sur le corps le
conduisirent au ralisme et au naturalisme et il oublia trop souvent dans
la servilit de l'imitation que la beaut est une des conditions vitales
de l'art. Ses principaux ouvrages se trouvent  Florence; ce sont: les
statues de _Saint Pierre_, _Saint Maur_ et _Saint
Georges_,  Or San Michele; celle du _Zuccone_ au Campanile et de
la _Judith_ sous la loggia dei Lanzi. Au Bargello et enfin dans tous
les muses et dans toutes les glises de la ville.

+Finiguerra+ (Tomaso) (1452).--lve de Ghiberti, il travailla avec
lui aux portes du Baptistre. Il inventa, vers 1452, l'art d'obtenir des
estampes sur papier  l'aide de planches de cuivre graves en creux.
Finiguerra se distingua dans les nielles; les pices qu'on possde de lui
sont de toute beaut et il est considr comme le matre de ce genre.
Celles du Bargello sont des chefs-d'oeuvre.

+Franciabigio+ (Marc-Antoine) (1482-1524).--Il fut excellent peintre
de fresques et aida Andrea del Sarto pour la dcoration du vestibule de
Santa Annunziata.

+Gaddi+ (Taddeo) (1300-1352).--Peintre et architecte, fut lve de
Giotto. Il sut donner de l'expression  ses figures et il tudia l'effet
visible des mouvements de l'me. Il a achev le Campanile et donn les
dessins du Ponte Vecchio.

+Ghiberti+ (Lorenzo) (1378-1455).--Clbre sculpteur qui l'emporta
sur ses concurrents pour la commande des fameuses portes du Baptistre.
Il travailla comme architecte  aider Brunelleschi  sa fameuse coupole.
Ses multiples oeuvres ornent le Dme, le Bargello et le Baptistre.

+Ghirlandajo+ (Dominique Corradi, _dit_ il) (1451-1495).--Le
matre de Michel-Ange. Le pre de Ghirlandajo, qui tait orfvre, avait
invent une sorte d'ornement que portaient les jeunes filles et qu'on
appelait des guirlandes; de l lui vint son surnom. Dans la boutique o
il ciselait des mtaux, Ghirlandajo acquit une telle habilet comme
dessinateur qu'il lui suffisait de voir une fois passer une personne pour
en esquisser un portrait des plus ressemblants. Il fut l'un des premiers
peintres florentins  introduire la vie et le costume contemporains dans
les sujets sacrs. Une de ses oeuvres les plus importantes est l'ensemble
des fresques de Sainte-Marie Nouvelle.

+Ghirlandajo+ (Ridolfo) (1483-1561).--lve de son pre et infrieur
 lui. Un de ses meilleurs tableaux est _la Vie de saint Zenobius_
au Muse des Offices.

+Giottino+ (1307).--Un des principaux lves de Giotto, qui, comme
son matre, se consacra aux interprtations religieuses.

+Giotto+ (1276-1336).--Il fut d'abord simple gardeur de moutons.
Cimabue l'ayant aperu un jour dessinant une brebis sur une pierre plate
avec un caillou pointu, l'emmena, lui apprit la peinture et fit du Giotto
le rnovateur de l'art et le plus grand gnie de la peinture, transforme
par son influence. Peintre de fresques, il couvrit les glises de
Florence et de l'Italie de toute la symbolique du moyen ge. Peintre de
portrait, il nous a laiss les images de Brunetto Latini et de son lve
le Dante, de Corso Donati et de tous les grands personnages de l'poque.

Frapps de son caractre et de ses talents, ses contemporains eurent pour
lui une admiration illimite.

Giotto prit part  la construction de la Cathdrale, difia le Campanile,
et fut aussi l'un des principaux architectes des fortifications de
Florence.

+Gozzoli+ (Benozzo) (1420-1497).--lve de Fra Angelico, il sut
runir l'observation de la nature au sentiment potique profond. Son
dessin est faible; mais pour l'expression, la vie et la fracheur, on ne
l'a peut-tre pas surpass. Il avait dans l'esprit quelque chose de
jeune, de brillant et d'heureux, et ses fresques de la chapelle Mdicis
au palais Riccardi sont de vritables chefs-d'oeuvre.

+Lippi+ (Fra Filippo) (1410-1469).--tait novice au monastre del
Carmine pendant que Masaccio le dcorait des fresques admirables de la
chapelle Brancacci. Sa passion pour la peinture intressa  un tel point
Masaccio que celui-ci lui apprit le dessin. Lippi rvla bientt
l'adresse la plus tonnante et l'imagination la plus vive. Les ttes de
ses personnages sont presque toutes des portraits, l'expression et la
vrit y dominent. Lippi mena une des existences les plus mouvementes du
XVe sicle o l'on en compte tant qui furent invraisemblablement
romanesques. Aprs avoir enlev d'un couvent une novice dont il avait un
fils, il mourut empoisonn par la famille de la jeune personne qu'il
refusait obstinment d'pouser.

+Lippi+ (Filippino) (1460-1505).--lve de Botticelli et de son
pre, est loin de les galer comme talent. Il acheva les fresques de la
chapelle Brancacci del Carmine interrompues par la mort de Masaccio. Son
chef-d'oeuvre est l'_Apparition de la Vierge  saint Bernard_, de la
Badia.

+Majano+ (Benedetto) (1442-1497).--On doit  ce charmant sculpteur
les plus belles chaires de l'Italie. Son chef-d'oeuvre est celle de Santa
Croce, d'autres oeuvres sont au Bargello et sont de premier ordre.

Masaccio (Tommaso Guidi di Sar Giovanni) (1401-1428).--Admirable esprit
et me d'une rare lvation, tait un de ces hommes que leur vocation
absorbe au point de les rendre insensibles  tout le reste. Gauche,
distrait et rveur, il fut sans cesse proccup de son art et ralisa des
prodiges. Il eut la splendeur du coloris, la suavit du clair-obscur,
enfin tout tait rassembl dans les oeuvres de Masaccio pour les rendre
inimitables.

Son matre Masolino de Panicale tant mort pendant qu'il excutait les
fresques de la chapelle Brancacci, Masaccio hrita de la commande. La
peinture lui permit de dployer tant d'imagination, de sentiment et
d'adresse que tous les grands artistes de l'Italie, y compris Michel-Ange
et Raphal, puisrent chez lui les plus utiles enseignements.

Le pauvre artiste mourut  vingt-six ans, empoisonn, dit-on, par les
jaloux; il fut un des plus grands peintres et des plus novateurs de l'art
italien.

+Masolino+ (Tommaso di Cristofano Fini) (1383-1440).--Matre et
prcurseur de Masaccio et auquel ont t quelquefois attribues  tort
des crations de son minent lve. Pourtant,  bien examiner les
ouvrages certains de Masolino et entre autres la fresque d'El Carmine,
qui peut assurment lui tre attribue, il est difficile de confondre les
deux matres, tant leur manire de faire les spare et les diversifie et
tant il semble que des gnrations aient pu s'couler entre le matre et
l'lve au point de vue de la conception aussi bien que de l'excution.

+Michel-Ange+ (Buonarroti) (1475-1564).--Le plus grand architecte,
peintre et sculpteur des temps modernes, gnie universel, il atteignit la
sublimit. N d'une noble famille de podestats, au chteau de Caprese,
prs d'Arezzo, il montra ds l'enfance une vocation si prononce pour les
arts que son illustre parent fut, en dpit de son opposition, contrainte
de se rendre au voeu de cette nature exceptionnelle.

On le plaa chez Ghirlandajo qu'il aida comme apprenti aux fresques de
Sainte-Marie Nouvelle; mais,  l'ge de quinze ans, il le quitta, n'ayant
plus rien  apprendre de lui, et tant dj suprieur  tous les matres.
Il se mit alors  tudier Masaccio dans ses chefs-d'oeuvre d'El Carmine,
puis Laurent le Magnifique le dirigea vers la sculpture et, ds cette
poque, Michel-Ange commena la srie de ses chefs-d'oeuvre. Aussi bien 
Rome qu' Florence sa production est multiple, et comme sculpteur, non
moins que comme peintre, son labeur est titanesque.

L'austrit et l'asctisme s'emparrent de lui vers la fin de sa vie,
devant les misres du temps et les dchirements de la malheureuse Italie,
dont il souffrit cruellement.

C'est de cette poque que datent ses admirables dessins et la collection
des sonnets et des stances o s'exhalrent les amertumes de son me.
Mditatif et toujours srieux, il n'eut jamais d'autre passion que son
art.

Insensible  la richesse qui lui vint sur le tard, mprisant le
bien-tre, sa vie fut celle du bndictin, du moine.

+Michelozzo Michelozzi+ (1396-1472).--Il fut lve de Brunelleschi
pour l'architecture et de Donatello pour la sculpture. Ses principaux
ouvrages d'architecture  Florence sont l'ancien palais Mdicis,
aujourd'hui palais Riccardi, la Chapelle des Mdicis  Santa Croce, et de
sculpture, diffrentes oeuvres au Bargello, et la statue de la _Foi_
dans le Baptistre.

+Montelupo+ (Baccio da) (1469-1553).--Ce sculpteur a principalement
t un grand fondeur; ses statues en bronze sont excellentes. Celle de
_Saint Jean_  Or San Michele est une des premires en cette matire
et a l'intrt d'une nouvelle tentative.

+Montelupo+ (Raffaello da), (1505-1570).--lve de son pre et
surtout de Michel-Ange dont il dforma et exagra le style. Il excuta,
d'aprs les modles du matre, les statues des _Saints Cosme_ et
_Damien_ pour la nouvelle sacristie de Saint-Laurent. Il n'a ni
grandeur, ni navet.

+Orcagna+ (Andr) (1329-1384).--Tout  la fois peintre, sculpteur et
architecte, le gnie d'Orcagna a laiss partout son empreinte. Outre le
monument d'Or San Michele, on lui doit l'dification du _Ciborium_
intrieur de cette glise, qui est un monument de l'art en gnral et de
l'art florentin en particulier; c'est galement  lui que sont dues,  la
chapelle Strozzi de Sainte-Marie Nouvelle, les belles fresques illustrant
en quelque sorte le _Paradis_ du Dante.

+Pollajuolo+ (Antoine) (1429-1498).--Jusqu' sa trentime anne,
Pollajuolo fut uniquement orfvre sous la direction de son pre, qui
possdait une des boutiques les mieux achalandes de Florence. On pense
que ce fut Baldovinetti qui le dirigea vers la peinture o, par son
habitude de la plastique, il devait occuper une place spciale et
prpondrante. Ses oeuvres, remarquables par la somptuosit du vtement et
par la beaut sculpturale des attitudes, sont au Muse des Offices: les
_Saints Jacob_, _Vincent et Eustache_, l'admirable petit
chef-d'oeuvre des _Travaux d'Hercule_ et enfin les belles figures des
Vertus dont celle de la _Prudence_ est de premier ordre.

+Pollajuolo+ (Pierre) (1441-1489).--Frre d'Antoine et, dit-on,
lve de Castagno, fut uniquement peintre. La caractristique des oeuvres
de Piero est la trop grande sveltesse de ses figures souvent
insuffisamment dessines, la vulgarit de leur type et la complication de
leur attitude.

+Porta+ (Baccio della) (1445-1533).--Le gnie de ce trs grand
matre se dveloppa sous les auspices de Rosselli et de Lonard de Vinci.
Entran par l'loquence de Savonarole, il s'attacha  lui et prit
l'habit dominicain en 1500, au couvent de San Marco, sous le nom de
_Fra Bartolommeo_, qu'on lui donne ordinairement. Aprs avoir,  la
suite de la mort de Savonarole, renonc  la peinture, il reprit ses
pinceaux en 1504. De cette poque date la srie de ses chefs-d'oeuvre. Sa
grandeur rude, son nergique sublimit, l'lvation svre qui le
caractrise furent ds lors tempres par sa science du dessin et la
beaut pratique de son excution; il gagna en charme et en souplesse. Son
habit lui interdisant jusqu' un certain point le modle vivant, il
inventa, pour poser ses draperies, le mannequin  ressorts. Parmi ses
oeuvres admirables, il faut citer le _Saint Marc_, _le Christ au
tombeau_, _le Christ ressuscit_, _la Sainte Famille_ du
palais Pitti et enfin la splendide fresque de l'hpital Santa Maria
Nuova, _le Jugement dernier_.

+Robbia+ (Luca della) (1400-1482).--Un des plus purs gnies qui
aient honor les arts. Sculpteur du plus rare talent, il inventa les
bas-reliefs en terre cuite maille, et, loin de se laisser entraner par
une matire qui se serait prte  toutes les complications de la
plastique, il ne l'employa jamais qu'avec la discrtion la plus
remarquable, tandis que son got pur et raffin le faisait s'en tenir
presque  la monochromie, c'est--dire au relief maill blanc sur fond
bleu. Luca a enrichi Florence d'innombrables merveilles; il faut
toutefois citer en premire ligne, au Muse du Dme, les hauts reliefs en
marbre, _Enfants chanteurs et musiciens_, puis les _portes en
bronze_ de la sacristie de la cathdrale et enfin les hauts-reliefs en
terre maille qui les surmontent: _l'Ascension_ et _la
Rsurrection_.

+Robbia+ (Andrea della) (1435-1498).--Neveu de Luca, fut initi de
bonne heure par Luca  tous les secrets de la terre maille. Grand
artiste, il a toutefois une interprtation plus gracile et plus mivre
que celle de son illustre matre et parent. Ses ouvrages empruntent dj
 la polychromie des effets que le vieux Luca atteignait, sans les avoir
cherchs, par la seule puret de son art. Les mdaillons d'_Enfants
emmaillotes_ au portique des Innocents sont pourtant de premier ordre
et dignes du matre.

+Robbia+ (Jean della) (1460-1530).--Fils et lve d'Andrea, se
consacra uniquement au bas-relief maill o il employa de vritables
feux d'artifice de polychromie, profusion  laquelle le portait non
seulement son got personnel, mais encore la dcadence du sentiment
artistique chez ses contemporains.

+Rosselli+ (Cosimo) (1438-1507).--Curieux et bizarre esprit, exera
sur la formation des meilleurs artistes de son poque une influence que
ne nous expliquent nullement les productions qui subsistent encore de
lui: sa _Procession_, oeuvre trs noircie de l'glise Saint-Ambroise,
et ses fantasques dessins.

+Rossellino+ (Bernardo di Matteo Gamberelli, _dit_ le)
(1409-1464).--Architecte et sculpteur tout ensemble, comme l'taient
presque tous les grands artistes du temps, il laissa des oeuvres sincres
et dlicates; son chef-d'oeuvre est le tombeau magnifique du secrtaire
d'tat Leonardo Bruni  Santa-Croce.

+Rosso+ (1496-1541).--Il fut successivement  l'cole de
Michel-Ange, du Parmesan et d'Andrea del Sarto. Peintre consciencieux,
d'une poque de pleine dcadence dj, il jouit d'une grande renomme,
et, appel  la cour de Franois Ier, il fut le rival souvent heureux du
Primatice.

Le Rosso s'empoisonna par suite du dsespoir o l'avait plong la mise 
la torture de son ami Pellegrino, reconnu plus tard innocent. On cite,
parmi ses compositions, _l'Assomption de la Vierge_ dans le clotre
de l'glise Santa Annunziata et _la Vierge accompagne de plusieurs
saints_ au palais Pitti.

+Rustici+ (Jean-Franois) (1474?-1554).--Il est prsum lve du
Verrocchio et se consacra surtout  la fonte en bronze de ses statues. Le
meilleur groupe de _la Prdication de Saint Jean_, plac au-dessus
de la porte du Baptistre, est une bonne oeuvre d'une belle patine de
bronze.

+Sangallo+ (Jules Giamberti, _dit_) (1443-1517).--Clbre
architecte, tira son surnom de la porte San Gallo qu'il difia. Une
grande partie des palais de Florence furent construits par lui et la
Villa Mdicenne de Poggio a Cajano est parmi ses oeuvres les plus
marquantes.

+Sangallo+ (Antoine) (1482  1516).--Est le plus renomm de la
famille. Neveu de Jules Sangallo, il fut un des plus fameux architectes
de son temps. lev  l'cole de Brunelleschi qu'il aida dans ses
principaux travaux, Raphal l'appela  Rome et se l'adjoignit pour la
reconstruction de la basilique Saint-Pierre. Rome et l'Italie lui doivent
plusieurs de leurs principaux difices.

+Sansovino+ (Jacopo Tatti, _dit_ le) (1479-1570).--Il tudia
son art sous Contucci de Monte-Sansovino, dont il prit le nom. D'abord
sculpteur, il ne dbuta dans l'architecture qu'en 1515 et passa la
majeure partie de son existence  Venise qu'il enrichit de monuments et
d'oeuvres d'art admirables. Aucun architecte n'eut plus que Sansovino de
noblesse dans l'invention, de fcondit dans les ides, de grce dans le
style, de correction dans les dtails.

+Sarto+ (Andrea del) (1487-1531).--Fils d'un tailleur, une vocation
irrsistible le poussa vers les arts. Des matres grossiers lui apprirent
les premiers lments de la peinture, il se forma lui-mme, en tudiant
les oeuvres de Lonard et de Michel-Ange, mais surtout celles de Masaccio
et de Ghirlandajo dont le gnie tait plus en rapport avec la douceur de
sa propre nature. A l'lgance des traits, ses figures joignent la
sensibilit, la beaut et la noblesse des attitudes. La force et la
grandeur sont les seules qualits qui lui manquent. Aprs une existence
des plus mouvementes, Andrea mourut  Florence de la fameuse peste de
1531. Ses chefs-d'oeuvre sont multiples et les fresques de Santa
Annunziata, _La naissance de la Vierge_, et mieux encore celles des
Scalzo relatives  l'_Histoire de saint Jean-Baptiste_ sont de
premier ordre. Tant au Muse des Offices qu'au Muse du Palais Pitti, ses
ouvrages revtent les mmes qualits de grce et de charme faciles.

+Settignano+ (Desiderio da), (1428-1464).--Passe pour avoir t
lve de Donatello. Son talent fin et distingu n'a pourtant aucune
analogie avec le talent sombre et farouche du matre. La frise de la
_chapelle Pazzi_,  Santa-Croce, _Le Tabernacle_ de l'glise
Saint-Laurent et diffrents ouvrages de sculpture du _Bargello_ font
le plus grand honneur au talent svelte et charmant de Desiderio.

+Uccello+ (Paolo de Dono), (1397-1475).--D'abord orfvre et aide de
Ghiberti dans la fonte de la premire porte du Baptistre, il se consacra
ensuite  la fresque et eut, par les lois de la perspective absolue qu'il
tablit d'une manire prcise, la plus grande influence sur les artistes
de son poque. Ses fresques du Clotre-Vert de Sainte-Marie Nouvelle,
_Le Dluge_ et _l'Ivresse de No_passent pour les oeuvres o tous les
artistes vinrent prendre des leons de perspective.

La fresque de la Cathdrale, le portrait questre de _Hawkwood_,
fait le plus grand honneur au talent d'Uccello.

+Verrocchio+ (Andrea del), (1435-1488).--Il surpassa tous ses
contemporains dans l'art de travailler le bronze. Trs noble et trs
grand artiste, les Mdicis qui le protgrent, eurent le tort de
l'opposer au gnie de Donatello. Ses chefs-d'oeuvre, le _Groupe de Jsus
et de saint Thomas_ d'Or San Michele, _L'Enfant au Dauphin_ du
Palais Vieux, _Le David_ du muse du Bargello sont des oeuvres de
premier ordre, d'un style sans dfaillance ni reproche.

+Vinci+ (Lonard de), (1452-1519).--Le plus grand gnie qui fut
jamais, l'gal mme de Michel-Ange, le Vinci fut  la fois sculpteur,
architecte, physicien, ingnieur, crivain et musicien, admirable esprit
 l'universalit duquel aucune science, aucun art ne semblent avoir pu
chapper ni demeurer trangers. Aprs avoir tudi la sculpture sous le
Verrocchio, il se rendit  Milan o Ludovic le More le garda jusqu'au
jour o l'invasion du Milanais par Louis XII le faisait rentrer dans sa
patrie. Mcontent de l'accueil que lui avaient rserv ses concitoyens et
de celui qu'il avait rencontr auprs du pape, il resta vingt ans presque
errant sans que, vieilli, aigri, assombri, il et trouv justice, mme
chez ses contemporains.

Le got de Lonard, pur et svre, s'exera sur toutes les matires qui
furent soumises  son jugement; il poursuivit la perfection avec patience
avec une exactitude souvent minutieuse et aucune recherche ne put jamais
le rebuter dans la poursuite de son idal de perfection.




TABLE DES MATIRES



+GLISES+


+SANTA ANNUNZIATA+
Portique de Sangallo, Fresques d'A. DEL SARTO et de ses lves.
+Intrieur+: chapelle de la Vierge miraculeuse, par MICHELOZZO.
+Couloir du clotre+: A. DEL SARTO, Vierge au sac.
+Deuxime clotre+: Saint Jean-Baptiste, par MICHELOZZO.


+SANTA APOLLONIA+
A. DEL CASTAGNO, Fresque de la Cne et Pieta.


+SS. APOSTOLI+
Ciborium d'ANDREA DELLA ROBBIA.
Tombeau d'Altovite, BEN. DA ROVEZZANO.


+SAN AMBROGIO+
Fresque, saint Sbastien, COLE DU GIOTTO.
Saint Sbastien, LEONARDO DEL TASSO.
Grisailles, FILIPPINO LIPPI.
Miracle du ciboire, COSIMO ROSSELLI.
Tabernacle, MINO DA FIESOLE.


+BADIA+, constr.: ARNOLFO CAMBIO
+Intrieur+: Bas-relief de la Vierge.
Tombeau du comte Hugo, MINO DA FIESOLE.
Apparition de la Vierge  saint Bernard, FILIPPINO LIPPI.
+Clotre+: Fresques d'ANTONIO SOLARIO, Vie de saint Benot.


+BIGALLO+ (confrrie), constr. goth.
+Salle du Conseil+: Fresque de GIOTTINO, la Misricorde.
VENTURO DI MORO, fresque.


+BATTISTERO+ (San Giovanni), constr. romane.
Revtement, ARNOLFO CAMBIO.
Portes: ANDREA PISANO et GHIBERTI.
Groupes extrieurs: Dcollation de saint Jean-Baptiste, VICENTE DONI.
Prdication, par GIOVANNI RUSTICA.
Baptme de J.-C., par SANSOVINO.
+Intrieur+: Mosaques de JACOBUS.
Fonts baptismaux, COLE PISANE.
Statue de la Madeleine, DONATELLO.
Tombeau de Jean XXIII, pape, DONATELLO et MICHELOZZO.
Groupe de style Barocco, par TICCIATI.


+CAMPANILE+, constr. goth.: GIOTTO et TADDEO GADDI.
Bas-reliefs, GIOTTO ET ANDREA PISANO.
+Ct Ouest+, David Jrmie et Jean-Baptiste, par DONATELLO.
+Ct Est+, Abraham et Habacuc, par DONATELLO.
Reliefs de LUCA DELLA ROBBIA.


+DOME+, constr.: ARNOLFO DI CAMBIO.
Coupole, BRUNELLESCHI,
1 +Porte du Sud+, COLE PISANE.
2 +Porte du Sud+, encadrement des TEDESCO.
+Porte du Nord+: JEAN ET NICOLAS D'AREZZO.
Vierge de la Cintola, NANNI DI BANCO.
Statuettes et ttes de prophtes, DONATELLO.
+Intrieur+:
+Mur de la faade+: Vitrail, Couronnement de la Vierge, GADDO GADDI.
Portrait questre de N. da Tolentino, par ANDREA DEL CASTAGNO; Portrait
questre de John Hawkwood, par P. UCCELLO.
+Bas ct droit+: Monument de Brunelleschi de BUGGIANO. Bustes de
Giotto et de Squarcialupo, par BEN. DA MAJANO.
Statue de Josu DONATELLO; bnitiers, COLE PISANE; Monument de l'vque
d'ORSO DE TINO.
+Sous la coupole+: Clture du choeur, BANDINELLI; Dposition de
Croix, MICHEL-ANGE.
+Transept droit+: Aptres et saints. Fresques de LORENZO de BICCI.
Vitraux sur les dessins d'UCCELLO de GHIBERTI et de DONATELLO.
+Vieille sacristie+: Lunette de la porte, Ascension de LUCA DELLA
ROBBIA;  l'intrieur, deux Anges, par LUCA.
+Chapelle Saint-Zenobe+: Christ sur l'autel, BENEDETTO DA MAJANO.
Reliquaire de saint Zenobe, GHIBERTI.
+Premire Chapelle  gauche+: Statue de saint Jean, par DONATELLO.
+Sacristie neuve+: Portes de bronze et, dans la lunette, la
Rsurrection, LUCA DELLA ROBBIA.
+A l'intrieur+: Lavabo de MINO DA FIESOLE. Marqueteries, par
BENEDETTO DA MAJANO.
+Bas ct gauche+: Portrait du Dante, par MICHELINO.
Saint Zenobe, fresque d'ORCAGNA.
+SANTA CROCE+, constr. goth. D'ARNOLFO DI CAMBIO.
+Intrieur+: Monuments et plaques tombales de l'COLE PISANE.
+Mur d'entre+: Vitrail GHIBERTI.
Statue de saint Louis de Toulouse, par DONATELLO.
+Grande nef+: Chaire de BEN. DA MAJANO. Porte de la chaire,
_id_.
+Bas ct droit+: Monument de Michel-Ange, par VASARI. Au pilier,
Vierge, bas-relief de ROSSELLINO.
DOM VENEZIANO: Saint Jean-Baptiste et saint Franois.
L'Annonciation, grand haut-relief, DONATELLO.
Tombeau de Bruni, par ROSSELLINO.
+Transept droit+:
+Chapelle du saint Sacrement+. Tombeaux. Fresques, COLE DE GIOTTO.
+Chapelle Baroncelli+: GIOTTO, retable.
TADDEO GADDI: Vie de la Vierge.
MAINARDI. Madonna della Cintolla.
+Mur du choeur+:
+Premire chapelle Fardi+: GIOTTO. Vie de saint Franois d'Assise.
+Deuxime chapelle Peruzzi+: GIOTTO. Vies de saint Jean-Baptiste et
de saint Jean l'vangliste, GIOVANNI DA SAN GIOVANNI. Vie de saint
Andr.
+Troisime chapelle+: COLE DE GIOTTO, combat de saint Michel et du
dragon.
+Chapelle du Choeur+: AGNOLO GADDI. Histoire de la vraie Croix.
+Quatrime chapelle Pulci+: Autel de JEAN DELLA ROBBIA. DADDI,
Martyres de saint tienne et de saint Laurent.
+Cinquime chapelle+: MASO, Miracles de saint Sylvestre.
+Transept gauche+:
Crucifix en bois de DONATELLO.
+Bas ct gauche+: Tombeau de Marzuppini, par DESIDERIO DA
SETTIGNANO.
+Transept droit+: Couloir de la Sacristie, constr. de MICHELOZZO.
+Chapelle des Mdicis+: constr. de MICHELOZZO.
Autel et relief, COLE DES DELLA ROBBIA.
+Sacristie+: Buste du Christ, ANDREA DELLA ROBBIA. GIOVANNI DA
MILANO, fresques de la vie de la Vierge et de sainte Madeleine.
+Clotre+: Tombes gothiques.
+Chapelle Pazzi+: constr. BRUNELLESCHI. Frise de Chrubins, par
DESIDERIO DA SETTIGNANO et DONATELLO. Mdaillons en relief des aptres,
LUCA DELLA ROBBIA. Intrieur, vanglistes  la coupole, BRUNELLESCHI.
+Rfectoire+: TADDEO GADDI. Fresque de la Cne. GERINI, Crucifixion.
+Deuxime clotre+: constr. BRUNELLESCHI.


+SAINTE FLICIT+
+Portique+:
+Intrieur+:
+Cinquime autel+: TADDEO GADDI, Vierge.
+Sacristie+: GIOTTO, Christ. NICOL DA PIETRO, Christ entour de la
Madeleine et des saintes Femmes.
+Deuxime sacristie+: Annonciation, COLE D'ORCAGNA.

+SAINT FRANOIS DE VANCHETONI+. Bustes de DONATELLO.

+INNOCENTI+ (Hospice des Enfants Trouvs), constr. BRUNELLESCHI ET
F. DELLA ROBBIA.
+Intrieur+: Tympan de la Chapelle, matre-autel, GHIRLANDAJO,
adoration des Mages.


+SAN JACOPO IN RIPOLI+.
TYMPAN du portail DELLA ROBBIA, Christ et saint Thomas.
+Intrieur+: Mariage mystique de sainte Catherine RIDOLFO
GHIRLANDAJO.


+SAN LORENZO+, constr. BRUNELLESCHI
+Intrieur+: Chaires, DONATELLO. Tombeau de Cosme le Vieux, VERROCCHIO.
Chapelle du Transept gauche.
FRA FILIPPO LIPPI: L'Annonciation.
+Bas ct gauche+: DONATELLO, Tribune des Mdicis.
+Transept droit+: Tabernacle, DESIDERIO SETTIGNANO.
+Ancienne Sacristie+: const. BRUNELLESCHI.
MDAILLONS de la coupole et frise de Chrubins, DONATELLO. Portes de
bronze, DONATELLO. Tombeau des parents de Cosme l'Ancien, buste de saint
Laurent, DONATELLO.
Tombeau de Laurent le Magnifique, VERROCCHIO.
+Bibliothque Laurentienne+: escalier, VASARI. Vestibule et const.,
MICHEL-ANGE.
Boiseries CIPIANO et DEL CINQUE; Vitraux, JEAN D'UDINE.
+Chapelles Mdicis+.
+Chapelle des Princes+: constr., MATTEO NIGETTI. Statues de Cosme
II, par JEAN DE BOLOGNE et de Ferdinand I, par TACCA.
+Nouvelle sacristie+: constr. MICHEL-ANGE.
Tombeau de Julien de Mdicis.
Allgories du jour et de la nuit.
Tombeau de Laurent de Mdicis.
Allgories du Crpuscule et de l'Aurore; MICHEL-ANGE. Sarcophages de
VASARI. Vierge et Enfant de MICHEL-ANGE. Saint Cosme et saint Damien,
MONTELUPO e MONTORSOLI.


+SANTA MADDALENA DE PAZZI+
+Salle du Chapitre+: PRUGIN, Christ en Croix.


+SAN MARCO+ (couvent), restaurations, MICHELOZZO.
FRA ANGELICO, FRA BARTOLOMMEO, SAVONAROLE.
+Premier clotre+: Fresques VANNI, Lunettes des portes I, Saint
Thomas d'Aquin. II, Le Christ en plerin d'Emmas. III, Saint Dominique.
IV, Le Silence; Saint Pierre martyr. Grande Fresque, saint Dominique au
pied de la Croix, FRA ANGELICO.
+Rfectoire+: Fresque SOGLIANI.
+Salle du Chapitre+: Calvaire, par FRA ANGELICO.
+PETIT RFECTOIRE+: Cenacolo, par GHIRLANDAJO.
+Premier tage+.
+Couloirs+: FRA ANGELICO, L'Annonciation. Saint Dominique au pied de
la Croix. Vierge sur un trne entoure de saints,--Angelico et ses lves,
quarante-cinq fresques des cellules.
+Cellules+: XII, XIII et XIV, appartement du Prieur, Souvenirs de
Savonarole.
Cellule XXXIII, Tableau Madonna della Stella, Fra Angelico.
XXXVIII et XXXIX, Cellule et Oratoire de Cosme l'Ancien, fresque de
l'Adoration des Mages, Angelico.
+Bibliothque+: constr. MICHELOZZO, Livres et Manuscrits.


+SAN MARCO (GLISE)+
+A l'Intrieur+: Christ par GIOTTO.
+Deuxime autel  droite+: FRA BARTOLOMMEO, Vierge trnant entoure
de Saints.
Troisime autel, Mosaque romaine, Plaques de Pic de la Mirandole et
d'Ange Politien.


+SANTA MARIA DEL CARMINE+
Intrieur Transept droit.
+Chapelle Brancacci+: Fresques relatives  la cration et  la
mission de saint Pierre, MASACCIO et FILIPPINO LIPPI.
+Sacristie+: Fresques relatives  l'histoire de sainte Ccile,
SPINELLO ARETINO.
+Clotre+: Procession attribue  Masaccio.
+Rfectoire+: Cenacolo d'ALLORI.


+SANTA MARIA NOVELLA+ constr. FRA SISTO, FRA RISTORO, revtements,
avelli LEONE BATTISTA ALBERTI.
+Intrieur+: mur de la faade.
Fresque de la Trinit, MASACCIO.
+Transept  droit. Chapelle Rucellai+: CIMABUE, Vierge. ROSSELLINO,
tombeau de la Beata Villana dei Cerchi.
+Chapelle Philippe Strozzi+: Tombeau Strozzi, par BEN. DA MAJANO.
Miracles de saint Jean l'vangliste et de saint Philippe, Fresques de
FILIPPINO LIPPI, Vitrail sur les dessins de FILIPPINO.
CHOEUR: Fresques de GHIRLANDAJO.
Histoire de la Vierge et de saint Jean-Baptiste.
Boiserie, par BACCIO D'AGNOLO.
+Transept gauche. Chapelle Strozzi+: Fresques du Jugement dernier et
du Paradis, ANDRA ORCAGNA; de l'Enfer, NARDO ORCAGNA.
Retable, Christ glorieux et saints, ANDRA ORCAGNA.
+Sacristie+: Lavabo, JEAN DELLA ROBBIA.
+Sepolcreto+: Plaques commmoratives du XIVe et XVe sicle,
+Clotre vert+, Gense et histoire de la cration, ORCAGNA.
Le Dluge et l'ivresse de No, UCCELLO.
+Chapelle des Espagnols+: constr. goth., Fresque l'glise triomphante,
SIMONE MEMMI.
Triomphe de saint Thomas d'Aquin et le calvaire, TADDEO GADDI.
+PHARMACIE+: La Passion, Fresques attribues  SPINELLO ARETINO.


+SANTA MARIA NUOVA+ (Hpital de), portique, BUONTALENTI.
+L'glise San Egidio+: Fresque le Couronnement de la Vierge, LORENZO
DI BICCI+.--Sous le portique; Fresques de la ddicace, LORENZO DI
BICCI.
+A l'intrieur+: La Vierge et l'Enfant (derrire l'autel), ANDREA
DELLA ROBBIA. Tabernacle, ROSSELLINO et GHIBERTI.
+Galerie de peinture+:
104. CASTAGNO, Crucifixion.
29. Vierge et enfant, haut-relief, par VERROCCHIO.
+Salle I+: 49, 49, 50, Triptyque, Adoration des Mages et donateurs,
HUGO VAN DER GOES.
N 23. BOTTICELLI, Vierge et enfant.
71. BARTOLOMMEO, Jugement dernier.
+Clotre+: ANDREA DEL CASTAGNO, Christ en croix.


+MISERICORDIA+ (confraternit), Retable d'ANDREA DELLA ROBBIA.


+OGNISSANTI+, tympan du portail, Couronnement de la Vierge, DELLA ROBBIA.
+Intrieur+: BOTTICELLI, Fresque de saint Jrme. GHIRLANDAJO,
Fresque saint Augustin.
+Sacristie+: Christ, COLE DU GIOTTO.
+Rfectoire+: Ghirlandajo, Cne. Tabernacle de AG. DE DUCCIO.


+OR SAN MICHELE+, constr. goth. de TADDEO GADDI.
+Extrieur+: Statuettes des fentres, par TALENTI.
+Est+: Statue de Jean-Baptiste, GHIBERTI.
Groupe de saint Thomas, VERROCCHIO.
Statue de saint Luc, par JEAN DE BOLOGNE.
+Nord+: Statue de saint Pierre, DONATELLO.
Statue de quatre saints NANNI DI BANCO.
+Ouest+: Statue de saint Matthieu, GHIBERTI.
Statue de saint tienne, GHIBERTI.
Saint loi, par NANNI DE BANCO.
+Sud+: Saint Marc, par DONATELLO.
Saint Jacob de GHIBERTI.
Saint Georges de DONATELLO.
Saint Jean Ev., par MONTELUPO.
Reliefs des DELLA ROBBIA.
+Intrieur+: constr. d'ORCAGNA.
Tabernacle d'ORCAGNA. Image miraculeuse, B. DADDI.


+SAN ONOFRIO+
Cne attribue  RAPHAEL.


+LO SCALZO+
ANDRA DEL SARTO, Vie de saint Jean l'vangliste, fresques monochromes.


+SAN SPIRITO+
Transept droit, FILIPPINO LIPPI, Vierge des Tana de NERLI.
LORENZO DI CREDI, Vierge et saints.
+Transept gauche+: PIERO DE COSIMO.
Vierge et saints.
+Sacristie +: constr., POLLAJUOLO.
Vestibule, constr. SANGALLO.


+SANTA TRINITA+, constr., NICOLAS PISANO.      286
+Intrieur+: Statue de bois, sainte Madeleine, par DESIDERIO SETTIGNANO.
Annonciation, par LORENZO MONACO.
+Chapelle Sassetti+, constr., Jules de SANGALLO. Fresques de la vie
de saint Franois, GHIRLANDAJO.



+MUSES+


+ACADMIE  DES  BEAUX-ARTS+
Salle I.
31. BALDOVINETTI, la Trinit.
27. ANGELICO, Retables.
Salle  coupole.
MICHEL-ANGE, le David.
Salle III.
36. MASACCIO, Conception.
41. FRA FILIPPO LIPPI, Couronnement de la Vierge.
42. FRA FILIPPO LIPPI, Prdelle.
37 et 39. A. DEL CASTAGNO, Saint Jean-Baptiste et la Madeleine.
38. A. DEL CASTAGNO, saint Jrme en prire.
32. GENTILE DA FABRIANO, Adoration des Mages.
34. ANGELICO, Dposition.
43. VERROCCHIO et LONARD DE VINCI, Baptme de Jsus-Christ.
46. BOTTICELLI, Vierge enfant, saints et saintes.
47. BOTTICELLI, Couronnement de la Vierge.
52. BOTTICELLI, Vierge sur un trne.
49. FRA FILIPPO LIPPI, Vierge et quatre saints.
50. GHIRLANDAJO, Adoration des Mages.
53. PRUGIN, le Jardin de Gethsmani.
56. PRUGIN, la Crucifixion.
55. PRUGIN, Assomption.
58. PRUGIN, Pieta.
54. LUCA SIGNORELLI, Vierge entoure de saints.
57. FILIPPINO LIPPI, Descente de croix.
59. AND. DEL SARTO, quatre Saints.
63. A DEL SARTO, Prdelle du tableau.
66. FRA BARTOLOMMEO, Apparition de la Vierge  saint Bernard.
69. FRA BARTOLOMMEO, saint Vincent.
78 et 82. FRA BARTOLOMMEO, ttes d'Aptres.

+Salle de l'Angelico+

41. FRA ANGELICO, Jugement dernier.
16. Six petits panneaux, vie de saint Cosme et saint Damien.
11  24. Huit panneaux et trente-cinq sujets de la Vie du Christ.
20. Couronnement de la Vierge.
21. Piet.
31. FRA BARTOLOMMEO, Savonarole.
18. PRUGIN, portraits de moines.

+Salle V+

Cartons de FRA BARTOLOMMEO.
Carton du David de MICHEL-ANGE.

+Salle VI+

22. ANT. POLLAJUOLO, saint Augustin.
23. A. POLLAJUOLO, sainte Monique.
24. VERROCCHIO, Tobie et les trois Archanges.
19. LUCA SIGNORELLI, Madeleine au pied de la croix.
16. GHIRLANDAJO, Vierge entre des Saints.
12. FRA FILIPPO LIPPI, Nativit.
6, 7, 8, 9. BOTTICELLI, Christ ressuscitant. Salom avec la tte de
Jean-Baptiste.
Vision de saint Augustin.
Mort de saint Augustin.
20. BOTTICELLI, l'archange Raphal et Tobie.
20. BOTTICELLI, le Printemps.


+MUSE  ARCHOLOGIQUE+.
+Salle V+
BRONZES
A. Minerve.
B. Portrait de Metellus.
C. Chimre.
D. Situla.
Vitrine n 1. Tte de jeune homme.
2. Statuette de Bacchus.
3. Jupiter.
4. Castor.
5. Minerve Mdica.
6. Athn.
+Salle VI+
Vase Franois.
+Salle VIII+
Sarcophage en terre cuite de Larthia Saranthia.
Sarcophages en albtre.
Sarcophage en pierre avec statue.
Statue cinraire.

DEUXIME TAGE

+Galerie des Tapisseries+
Salle I. toffes.
Salle II. Broderies.
Salles III, IV, V. Broderies.
Salle VI. Tapisseries de Florence, XVIIe et XVIIIe sicles.
Salle VII. Tapisseries flamandes. XVIe sicle.
Salle VIII. Tapisseries de Florence, XVIe sicle.
Salle IX. Suite.
Salle XII. Gobelins, histoire d'Esther.
Salle XIII. Suite.
Salle XIV. Tapisseries flamandes, XVIe sicle.
Salle XVI. Tapisseries des Flandres, XVIe sicle.
Salles XVIII, XIX, XX. Sries de tapisseries de Florence des XVIe,
XVIIe et XVIIIe sicles.


+BARGELLO+ (muse national).
+Const.+: TADDEO GADDI. Cour, escalier, BENCI DI CIONE et NERI
FIORAVENTI.
+Rez-de-chausse+.
Salle des Armures. BENVENUTO CELLINI, casque et rondache de Franois
Ier.
+Salle des Portiques+
I. Tombeaux du XIVe sicle.
II. Bas-reliefs de ROVEZZANO.
MICHEL-ANGE, buste de Brutus.
Masque de faune.
Bas-relief de la Vierge avec l'Enfant.
Bacchus ivre.
Petit groupe, Lda et le Cygne.
Rduction en marbre du Mose.
+PREMIER TAGE+
Cloches en bronze.
+Salle I+
DONATELLO, rondes d'enfants, quatre bas-reliefs pour les tribunes des
orgues du Dme.
Le Cupidon (bronze).
Le David (bronze).
Buste en bas-relief de saint Jean.
Statue de saint Jean-Baptiste en pied.
David (marbre).
MICHEL-ANGE, Adam mourant.
MICHEL-ANGE, la Victoire.
+Salle III+
FAENCES
+Chapelle+: GIOTTO, fresques. Vitrines, nielles.
+Salle V+
IVOIRES, AMBRES ET COUPES
+Salle VI+
BRONZES
GHIBERTI, reliquaire de sainte Jacinthe.
VECCHIETTA, statue de Marino Soccino.
VERROCCHIO, David.
Vitrine A. POLLAJUOLO, Hercule et Cacus.
+Salle VII+
BRONZES
+Benvenuto Cellini+, buste de Cosme I.
B. CELLINI, modles pour le Perse.
DONATELLO, frise, Bacchanale d'enfants.
JEAN DE BOLOGNE, le Mercure.

DEUXIME TAGE

ANDREA DEL CASTAGNO, Fresques.
+Salle II+
Bas-reliefs, par les DELLA ROBBIA.
Vitrines des faences.
+Salle III+
TAPISSERIES
+Salle V+
MARBRES
MINO DA FIESOLE, buste de Rinaldo della Luna.
VERROCCHIO, haut-relief, mort de Francesca Pitti.
BEN. DA MAJANO, buste de Mellini.
MINO DA FIESOLE, buste de jeune femme.
A. DEL POLLAJUOLO, buste de jeune guerrier.
BEN. DA MAJANO, buste appel le prtre florentin.
+Salle VI+
MARBRES
VERROCCHIO, bas-relief, la Vierge et l'enfant Jsus.
VERROCCHIO, buste de femme.
MATTEO CIVITALI, la Foi.
MESS. DA FIESOLE, buste de Pierre de Mdicis.
BENED. DA MAJANO, saint Jean.
SANSOVINO, Statue de Bacchus.
MICHEL-ANGE, Apollon.
+Salle IV+
SCEAUX ET MONNAIES


+CASA BUONARROTI Muse Michel-Ange+
1re Chambre, Combat des Centaures et des Lapithes.
2e Chambre, dessins.
Cadre Ier, Cloptre.
Cadre IX, 75. Projet de faade pour Saint-Laurent de Florence.
Cadre XV, 75, Vierge allaitant l'Enfant.
+Chapelle+
72. Vierge assise avec enfant (marbre).


+OFFICES+, constr. VASARI.
+Corridor occidental+.
17. PIETRO LORENZETTI, petit tableau des anachortes.
25. SIMONE DI MARTINO et LIPPO MEMMI, Annonciation.
24 et 26. San Ansano et Santa Giuletta.
45. BICCI DI LORENZO, S. S. Cosimo et Damiano.
52. PAOLO UCCELLO, tableau de bataille.
PIERO DEL POLLAJUOLO:
69. _L'Esprance_.
70. _La Justice_.
71. _La Temprance_.
72. _La Foi_.
73. _La Charit_.
34. LUCA SIGNORELLI, la Vierge avec l'Enfant.
COLE TOSCANE
1 Salle A.
1157. LONARD DE VINCI (?), Tte de jeune homme vue de face, les cheveux
rejets en arrire.
1159. LONARD DE VINCI (?), Tte de Mduse.
1167. MASACCIO, beau portrait en buste d'un vieillard inconnu. Fragment
de fresque galement attribu  Filippino Lippi.
1154. INCONNU, _Le Mdailleur_.
1156 et 1158. SANDRO BOTTICELLI. Histoire de Judith et d'Holopherne, en
petits tableaux.
1156. La Judith.
1158. Holopherne.
1153. ANTOINE POLLAJUOLO, les Travaux d'Hercule.
1178 et 1184. FRA ANGELICO, les Fianailles et les Funrailles de la
Vierge.
1182. BOTTICELLI, La Calomnie. Description d'un tableau disparu
d'Apelles.
2 Salle B.
1257. FILIPPINO LIPPI, l'Adoration des Mages.
1268. FILIPPINO LIPPI, la Vierge et quatre Saints.
1112. ANDREA DEL SARTO, la Vierge avec l'Enfant, saint Franois et saint
Jean l'vangliste.
1279. ANT. BAZZI (dit le _Sodoma_), Saint Sbastien.
1252. LONARD DE VINCI, l'Adoration des Mages.
1257. FILIPPO LIPPI, Adoration des Rois.
1288. LONARD DE VINCI, l'Annonciation.
1301. ANTONIO DEL POLLAJUOLO, Saint Eustache, saint Jacques et saint
Vincent.
1300. PIERO DELLA FRANCESCA, portraits de Frdric de Montefeltro et de
Battista Sforza, sa femme.
1290. BEATO ANGELICO, Couronnement de la Vierge.
1306. ANT. DEL POLLAJUOLO, la Prudence.
1267 _bis_. Sandro FILIPEPPI, dit _Botticelli_, la Vierge et
l'Enfant.
1289. BOTTICELLI, la Vierge et l'Enfant  la Grenade.
1299. BOTTICELLI, la Force.
1307. FRA FILIPPO LIPPI, la Vierge adore l'Enfant prsent par deux
anges.
+La Tribune+
Dcoration POCETTI.
SCULPTURES
342. _Vnus de Mdicis_.
343. _Les Lutteurs_.
344. _Le Satyre dansant_.
345. _L'Apollino_.
346. _Le Rmouleur_.
TABLEAUX
1131. RAPHAEL, portrait de Jules II.
129. RAPHAEL, la Vierge du Chardonneret.
1127. RAPHAEL, Saint Jean dans le dsert.
1123. SB. DEL PIOMBO, La Fornarina.
1120. RAPHAEL, portrait d'une inconnue.
1117. LE TITIEN, la Vnus au petit chien.
1139. MICHEL-ANGE. Sainte Famille.
1141. ALBERT DRER, Adoration des Mages.
1118. CORRGE, le Repos en gypte.
1111. MANTEGNA, Triptyque: l'Adoration des Mages, la Circoncision, la
Rsurrection.
COLE ITALIENNE MATRES DIVERS
+Salle III+
1291. LUCA SIGNORELLI, Sainte Famille.
1298. Prdelle du prcdent.
+Salle IV+
1025. MANTEGNA, la Vierge aux Rochers.
COLE HOLLANDAISE
+Salle V+.
695. LUCAS DE LEYDE (?), Ferdinand, infant d'Espagne.
COLES ALLEMANDE ET FLAMANDE
(1re salle)
+Salle VI+.
795. ROGER VAN DER WEYDEN, Jsus au Spulcre.
784. HANS HOLBEIN, LE JEUNE, portrait de Zwingli.
777 et 768. ALBERT DRER, portrait de son pre.
765. HANS HOLBEIN, LE JEUNE, Richard Southwell.
850. HANS HOLBEIN, cadre de plusieurs petites ttes.
IX. _Mdaillon de Hans Holbein_.
847. LUCAS CRANACH, Luther et Mlanchthon.
845. Jean et Frdric, lecteurs de Saxe.
COLES ALLEMANDE ET FLAMANDE
(2me salle)
+Salle VII+.
SCHOUFFLEIN DE NUREMBERG, Scnes de la vie de saint Pierre et de saint
Paul.
703. JEAN MEMLING, la Madone sur un trne.
COLE FRANAISE
+Salle VIII+.
674. LARGILLIRE, portrait de Jean-Baptiste Rousseau.
671. ANTOINE WATTEAU, le Joueur de flte.
667. FRANOIS CLOUET, Franois Ier (petit portrait questre).
LES GEMMES
+Salle IX+.
_Armoire II_, cassette en cristal de roche, VICENTINO.
_Armoire V_, coupe en pierre dure, attribue  JEAN DE BOLOGNE.
_Armoire VI_, coupe en cristal de roche, par BENVENUTO CELLINI.
+Corridor mridional+
138. TIREUR D'PINE.
141. Base triangulaire grecque.
MICHEL-ANGE, Bacchus et Satyre.
+Corridor occidental+
155-156. Marsyas.
+Salle XXIII+
COLE VNITIENNE
767. FRA SB. DEL PIOMBO, Mort d'Adonis.
599 et 605. TITIEN, portraits du duc et de la duchesse d'Urbin.
626. TITIEN, Flore.
+Salle XXIV+
629. MORONE, Portrait de savant.
631. JEAN BELLIN, La Vierge au lac.
601-638. TINTORET, portraits de l'amiral Venier et de Sansovino.
+Salle Lorenzo Monaco+
1309. LORENZO MONACO, Couronnement de la Vierge.
1310. GENTILE DE FABRIANO, Quatre Saints.
17. ANGELICO, La Vierge trnant.
1297. GHIRLANDAJO, Vierge et Enfant.
1286. BOTTICELLI, Adoration des Mages.
39. BOTTICELLI, Naissance de Vnus.
1309. VENEZIANO, Vierge trnant.
PORTRAITS DES ARTISTES PAR EUX-MMES.
+Salle XIX+
MATRES ANCIENS
233. RUBENS, sans chapeau.
228. RUBENS, avec chapeau.
354. JEAN BELLIN.
288. RAPHAEL.
287. PIERRE PRUGIN, portrait de l'Espagnol LOPEZ PEREGO.
223. VAN DYCK.
237. QUENTIN MATSYS.
236. ANTONIO MOOR.
232. HANS HOLBEIN.
451-452. REMBRANDT.
239. VASE MDICIS.
MATRES MODERNES
+Salle XV+
Inscriptions et statues antiques.
+Salle XVI+
Cabinet de l'Hermaphrodite.
306. Hermaphrodite.
308. Ganymde.
+Salle XVII+
Cabinet des Cames.
371. Buste de Savonarole.
373. Buste de Lon X.
334. Scne allgorique.
Masque de Dante.
Portraits des Mdicis.
Miniatures.
Modle en cire du Penseur.
+Salle XIII+
Dix-sept statues des Niobides.
140. RUBENS, Henri IV  la bataille d'Ivry.
147. RUBENS, Entre d'Henri IV  Paris.
+Salles XI et XII+.
BRONZES ANTIQUES
424. Idolino.
148. DESIDERIO DA SETTIGNANO, Base de l'Idolino.
+Salles des dessins+


+PALAIS PITTI+
+Salle de l'Iliade+
201. TITIEN, le Cardinal Hippolyte de Mdicis.
219. PRUGIN, Vierge et Enfant.
185. TITIEN, le Concert.
207. RIDOLFO GHIRLANDAJO, l'Orfvre.
208. FRA BARTOLOMMEO, Vierge trnant.
+Salle de Saturne+
178. RAPHAEL, Madone du grand-duc.
174. RAPHAEL, Vision d'zchiel.
164. PRUGIN, Dposition.
159. FRA BARTOLOMMEO, Rsurrection.
151. RAPHAEL, Vierge  la chaise.
190. SUSTERMANS, Portrait de Frdric II de Danemark.
113. MICHEL-ANGE, les Parques.
+Salle de Mars+
94. RAPHAEL, Madonna dell'Impannata.
92. TITIEN, portrait d'homme.
86. RUBENS, les Consquences de la guerre.
85. RUBENS, les Quatre Philosophes.
82. VAN DYCK. Le cardinal Bentivoglio.
+Salle d'Apollon+
67. TITIEN, la Madeleine.
64. FRA BARTOLOMMEO, La Dposition.
61. RAPHAEL, Portrait d'Angiolo Doni.
59. RAPHAEL, Madeleine Doni.
58. A. DEL SARTO, Dposition.
54. TITIEN, Pierre Artin.
63. RAPHAEL, Lon X et les cardinaux Rossi et de Mdicis.
+Salle de Vnus+
18. TITIEN, la Belle.
3. TINTORET, Vnus, Vulcain et l'Amour.
+Salle de Promthe+.
372. A. DEL CASTAGNO, portrait d'homme.
373. P. POLLAJUOLO, saint Sbastien.
353. BOTTICELLI, la Belle Simonetta.
347. FILIPPINO LIPPI, Sainte Famille.
343. FRA FILIPPO LIPPI. La Vierge, l'Enfant.



+PALAIS PITTI+, const. BRUNELLESCHI. Grande cour Bart. AMMANATI.
APPARTEMENTS
ARGENTERIE
+Jardins Boboli+. Dessins par TRIBOLO et BUONTALENTI.
Grotte. Quatre statues, par MICHEL-ANGE. Hercule par Michel-Ange.
(le). Groupe de JEAN DE BOLOGNE. Statue de l'Ocan, par JEAN DE BOLOGNE.


+INSTITUT PHILHARMONIQUE+. GIOTTINO, fresque Expulsion du duc d'Athnes.


+LOGGIA DE LANZI+, constr. goth. d'ORCAGNA. Mdaillons des Vertus,
SIMONE TALENTI.
Perse: BENV. CELLINI.
Judith et Holopherne. DONATELLO.
Enlvement des Sabines, JEAN DE BOLOGNE.
Hercule et Nessus, JEAN DE BOLOGNE.


+MAISON DES CARDEURS DE LAINE+.


+PALAIS ANTINORI+, constr. SANGALLO.


+MAISON DE BIANCA CAPELLO+.


+PALAIS CORSINI+.
GALERIE
BOTTICELLI, Vierge.
FILIPPINO, Vierge et Enfant.
MEMLING, portrait d'homme.
SIGNORELLI, Vierge et Saints.
+PALAIS MARTELLI+. Armoiries dans l'escalier et statues de David, et
de saint Jean-Baptiste, par DONATELLO.
En face du Palais, MINO DA FIESOLE, tabernacle.


+PALAIS QUARATESI+, constr. BRUNELLESCHI. Plafond, armoiries des
Pazzi et des Quaratesi, LUCA DELLA ROBBIA.


+PALAIS RICCARDI+, constr. MICHELOZZO.
Cour, Mdaillons en relief, DONATELLO.
Galerie, plafond, L. GIORDANO.
+Chapelle+: Fresques de BENOZZO GOZZOLI, Cortge des rois Mages
allant  Bethlem.


+PALAIS RUCELLAI+, constr. L.-B. ALBERTI.


+PALAIS STROZZI+, constr., par BENEDETTO DA MAJANO. Lanternes par
CAPARRA.
+PALAIS SPINI+.
+PALAIS VIEUX+, constr. goth.


ARNOLFO DI CAMBIO. Constr. intrieure, VASARI.
Cour, MICHELOZZO. Stucages, M. DA FAENZA.
Fontaine. Enfant au Dauphin, VERROCCHIO.
+Intrieur+.
PREMIER TAGE, encadrement de porte, TEDESCO.
+Grande Salle+, constr. et fresques, VASARI.
+Salle de l'Horloge+.
D. GHIRLANDAJO, Saint Zenobe, fresques.
+Salle d'audience+, encadrement et porte, BEN. DA MAJANO. Plafond.
DEUXIME TAGE
+Salle des Lys+, porte de BENED. et de JULES DE MAJANO. Plafond.
Fresques de RID. GHIRLANDAJO
+Chapelle Saint-Bernard+. Peintures de RID. GHIRLANDAJO.


+PLACE DE L'ANNUNZIATA+.
Statue questre de Cosme I, JEAN DE BOLOGNE.


+PLACE SANTA CROCE+.


+PLACE DU DOME+. Colonne Saint-Znobe.


+PLACE SAINTE-MARIE NOUVELLE+. Oblisques.
+PLACE DE LA SEIGNEURIE+
Groupe d'Hercule et de Cacus, par BANDINELLI.
Statue questre de Cosme I, par JEAN DE BOLOGNE.


+PONTE ALLA CARRAJA+.


+PONTE SANTA TRINITA+.


+PONTE VECCHIO+.

+PORTES+.


+ENVIRONS DE FLORENCE+


+SAN ANSANO DE FIESOLE+.
BOTTICELLI: Quatre Triomphes.
LUCA DELLA ROBBIA:
ANDREA et JEAN DELLA ROBBIA: Multiples oeuvres.


+BADIA DE FIESOLE+.
Constr. romane, parties ajoutes, par BRUNELLESCHI; Dcorations
intrieures, DESIDERIO DA SETTIGNANO; Fontaines, par BRUNELLESCHI.
Lavabo, MINO DA FIESOLE.
glise, par BRUNELLESCHI.


+BELLO SGUARDO+.
Villa, MICHELOZZO.


+BROZZI+.
Palais.


+VILLA DI CASTELLO+.
Jardins, dessins par TRIBOLO
Fontaine, par TRIBOLO.
Grotte, animaux, par JEAN DE BOLOGNE.


+CARREGGI+, constr.: MICHELOZZO.
Jardins.


+DOCCIA+.


+SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE+.
LORENZO DI CREDI, Baptme du Christ.
PERRUCCI, Christ sculpt en bois.


+SAN DONINO+.


+CHARTREUSE D'EMA+.
+glise. Intrieur+:
Chapelle Sainte-Marie, ORCAGNA.
+Chapelle spulcrale+: Acciajuoli.
Tombeau de Nicolas Acciajuoli, par DONATELLO.
Tombeau du grand Snchal.
Acciajuoli, Orcagna.
Plaques tombales, COLE D'ORCAGNA.
+Chiostrino+.
+Colloquio+: Vitraux, par JEAN D'UDINE.
+Rfectoire+: Porte, LUCA DELLA ROBBIA, Saint Laurent.
+Chapelle du Chapitre+:
Tombeau de Leonardo Buonafede, par SANGALLO ALBERTINELLI, Crucifixion.
Grand clotre.
Dessin du grand puits, MICHEL-ANGE.


+FIESOLE+.


+Dme+: constr. romane.
+Intrieur +: Tabernacle, FERRUCCI.
+Chapelle Salutati+:
Tombeau de Salutati et retable, MINO DA FIESOLE.


+THTRE ANTIQUE+.


+PALAZZO PRETORIO+, muse.


+G. SANTA MARIA PRIMERANA+.
LUCA DELLA ROBBIA, Crucifixion.


+SAN FRANCESCO DI PAOLO+.
Tombeau de Federighi, par LUCA DELLA ROBBIA.


+SAN  GIOVANNI DELLA CALZA+.
PRUGIN, Crucifixion.


+GALUZZO+.
Place de l'Htel de Ville.


+SAN MINIATO AL MONTE+, constr. romane: Faade classique.
Pav.
Intrieur.
Crypte.
Autel, MICHELOZZO. Intrieur, LUCA DELLA ROBBIA.
Mosaques, choeur.
Ambon.
Stalles, par GAJUOLE.
Chapelle San Giacomo, constr. ROSSELLINO; dcoration, A. POLLAFUOLO et
DELLA ROBBIA BALDOVINETTI, fresque, l'Annonciation.
+Sacristie+:
SPINELLO ARETINO, Fresques de l'histoire de saint Benot.


+PERETOLA+.


+PETRAJA+. constr. BUONTALENTI.
Fontaine de TRIBOLO.
Baigneuse de la fontaine, JEAN BOLOGNE.
+Intrieur+:
DANIEL DE VOLTERRE, fresques.


+PLACE MICHEL-ANGE+.
Monument de MICHEL-ANGE.


POGGIO A CAJANO, constr. SAN GALLO.
+Intrieur+:
Chambre de BIANCA CAPELLO, escalier, chemine.
Salle de Thtre.
Grande galerie, plafond.
AND. DEL SARTO, le Tribut  Csar.
Festin de Scipion et de Syphax.


+POGGIO IMPERIALE+.


+SAN SALVATORE AL MONTE+, constr. du CRONACA.
Groupe polychrome de JEAN DELLA ROBBIA.
Rfectoire.


+SAN SALVI+.
A. DEL SARTO, Cne, fresques de moine.


+SAN STEFANO IN PANE+.
Retable de JEAN DELLA ROBBIA.


+VINCIGLIATA+.







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artistique, by Marcel Nik

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     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
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     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
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electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
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property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
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of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
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LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

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in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
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1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
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If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
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provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
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providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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