The Project Gutenberg EBook of Socrate et sa femme, by Thodore de Banville

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Title: Socrate et sa femme

Author: Thodore de Banville

Release Date: January 12, 2006 [EBook #17501]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK SOCRATE ET SA FEMME ***




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                        SOCRATE ET SA FEMME

                 Comdie par THODORE DE BANVILLE

            TROISIME DITION, PARIS CALMANN LVY, DITEUR
          ANCIENNE MAISON MICHEL LEVY FRRES, 3, RUE AUBER, 3

                               1886




                        COMDIE EN UN ACTE
    Reprsente pour la premire fois,  Paris,  la Comdie-Franaise,
                    le mercredi 2 dcembre 1885.


DU MME AUTEUR

LE BEAU LANDRE, comdie en un acte, en vers.
LE COUSIN DU ROI, comdie en un acte, en vers.
DIANE AU BOIS, comdie en deux actes, en vers.
LE FEUILLETON D'ARISTOPHANE, pice en un acte, en vers.
LES FOURBERIES DE NRINE, comdie en un acte, en vers.
GRINGOIRE, comdie en un acte, en prose.
LA POMME, comdie en un acte, en vers.




                    PRFACE de THODORE DE BANVILLE

Que de dettes j'ai, non pas  payer, ce qui serait impossible, mais 
reconnatre, avec la plus vive gratitude!

 mon cher confrre, M. Jules Claretie,  l'crivain, au romancier,
au journaliste, au critique d'art,  l'auteur dramatique mille fois
applaudi qui administre aujourd'hui la Comdie-Franaise, je dois les
plus affectueux remerciements, et je les lui offre ici du fond du coeur.
Le jour mme de son entre en fonctions, avant tout autre soin, il m'a
crit de venir lire aux comdiens _Socrate et sa Femme_, voulant tout
de suite affirmer sa prdilection pour la Posie, en accueillant un de ses
plus humbles dvots, qui est en mme temps un des plus obstins et des
plus fidles. D'accord avec le Comit de la Comdie, il m'a donn une
hospitalit fraternelle, et il a mis  ma disposition son got exquis, ses
conseils, et toutes les ressources qu'offre le premier thtre du monde.

Que ne dois-je pas  M. Coquelin! Non seulement il a jou le personnage de
Socrate en grand comdien, exprimant la sagesse, l'ironie, la bont, la
superbe loquence du philosophe, bien mieux que je n'avais su le faire;
mais il a adopt ma comdie, il l'a mise en scne; il en a insuffl la
pense et l'me  ses camarades, heureux d'couter les conseils de sa
jeune exprience, et certes, je puis dire que ce petit pome est  lui
autant qu' moi.

Madame Jeanne Samary pleine de verve, d'esprit, d'ingniosit, de
finesse, d'emportement lyrique, est une Xantippe absolument parfaite, et
mademoiselle Tholer a la beaut, la grce ingnue, le charme vainqueur
dont j'avais tent de parer la figure de Myrrhine. L'importance que
j'avais d ncessairement donner aux personnages de Socrate, de Xantippe
et de Myrrhine, m'a contraint  me contenter d'esquisser les autres.
Les excellents artistes qui ont bien voulu s'en charger, mesdemoiselles
Martin et Persoons, MM. Joliet, Gravollet, Falconnier et Hamel, les ont
interprts de faon  en accentuer la vie et le relief.

Le public de la Comdie-Franaise, si intuitif, si dlicatement artiste,
a applaudi, dans _Socrate et sa femme_, non seulement les intentions
comiques, mais aussi les plus subtiles combinaisons d'harmonie et de rimes,
attestant ainsi une fois de plus combien il aime la Posie au thtre,
pourvu qu'elle soit mue et sincre.

T. B.




                           L'AMI DE TOUTE MA VIE
                            AU CRITIQUE MINENT
                        L'RUDIT, AU SAGACE HISTORIEN

                                AUGUSTE VITU

                  CETTE COMDIE EST FRATERNELLEMENT DDIE

                                  T. B.




PERSONNAGES


SOCRATE,      M. COQUELIN.
XANTIPPE,     Mme JEANNE SAMARY.
MYRRHINE,     Mlle THOLER.
ANTISTHNES,  M. JOLIET.
PRAXIAS,      M. GRAVOLLET.
EUPOLIS,      M. FALCONNIER.
DRACS,       M. HAMEL.
MLITTA,      Mlle MARTIN.
BACCHIS,      Mlle PERSOONS.

           _La scne est  Athnes, dans la maison de Socrate,
                   en l'an 429 avant Jsus-Christ._

Le thtre reprsente la petite cour intrieure de la maison de Socrate.
Devant le mur de droite et celui de gauche, percs chacun d'une porte
donnant sur les appartements, rgne une range de colonnettes en bois,
soutenant une corniche avance. Le mur du fond, pais et perc d'une
porte qui s'ouvre sur le vestibule, est surmont d'une petite terrasse
sur laquelle fleurissent des myrtes et des lauriers-roses.  gauche du
spectateur, quelques chaises avec leurs coussins;  droite, une table et
un lit de repos. Au lever du rideau, Socrate debout et immobile, parle
lentement et avec le regard fixe, comme absorb par une vision
intrieure.




                       SCNE PREMIRE

                  SOCRATE, puis XANTIPPE.


                         SOCRATE.

Le corps, hideux et vil, subit tous les dsastres;
Mais l'me suit le vol redoutable des astres
Et, comme eux, plane aussi dans le ciel radieux;
Comme un monstre effrayant et divin, couvert d'yeux,
Elle vit dans la nuit et dans l'horreur sublime
Du chaos sombre et dans le nant de l'abme,
Et contre la mort mme elle trouve un abri
Dans sa propre vertu.

     XANTIPPE, _entrant et appelant Socrate d'une voix forte._

                                        Socrate! mon mari!

_Criant plus fort._

Socrate!

        _ part._

         Autant vaudrait appeler une souche!

_S'avanant sur le devant de la scne, et parlant au public._

Citoyens, voil comme il est. Rien ne le touche.
Une fois, on l'a vu demeurer, d'un soleil
Jusqu' l'autre,  la pierre immobile pareil,
Absorb dans son rve, et sans changer de pose
Pour la nuit noire ou pour l'aurore au voile rose.
Moi, dans ces moments-l, j'touffe. Il y parait.
Ce songeur, ce dormeur veill, qui croirait
Que c'est un homme jeune, et que sa femme est jeune?
Il ne sait mme pas s'il s'enivre ou s'il jene.
Socrate a quarante ans,  peine. Il est subtil
En effet, j'en conviens; mais que deviendra-t-il,
Ce fou, dont le regard voltige dans la nue,
Quand il aura neig sur sa tte chenue?
Il n'entend rien. Je vais, je viens, je ris, je cours,
Je parle; il se soucie autant de mes discours
Que du murmure d'une abeille sur l'Hymette.
Mais patience; puisqu'il veut que je m'y mette,
Je m'en vais lui parler d'une telle faon
Que de ma voix sans doute il entendra le son.

_Criant.  Socrate,_

Socrate! Vagabond! Tratre! Cruel! Bigame!
Sycophante! Voleur!

        SOCRATE, _s'veillant de son rve. Trs doucement._

                   Ce n'est rien, c'est ma femme.

                         XANTIPPE.

Par Hcate! J'en sais de belles!

                         SOCRATE.

                                 Ah! vraiment?

                         XANTIPPE.

Alcibiade, pris d'un sage mouvement,
T'offre un prsent d'argent et d'or. Tu le renvoies.

                         SOCRATE.

C'est dans notre vertu qu'il faut trouver des joies.

                         XANTIPPE.

Charmide envoie ici des esclaves, afin
Qu'ils travaillent pour nous; mais toi, le trait est fin,
Tu les chasses d'ici, car toujours tu me braves.

                         SOCRATE.

Pas du tout. Qu'avions-nous besoin de ces esclaves?

                         XANTIPPE.

Le gain de leur labeur et accru notre bien.

                         SOCRATE.

Il est riche, celui qui n'a besoin de rien.

                         XANTIPPE.

Et que mangerons-nous? Du vent? De la fume?
Toi, l'on te voit, selon ta vie accoutume,
Enseignant aux passants l'art subtil de savoir
Prouver que, si le noir est blanc, le blanc est noir.
Encor, s'ils te payaient les mots avec largesse,
Et si tu leur vendais trois drachmes la sagesse!
Mais non, tu n'es pas fier, tu professes debout,
Et tu vends ton savoir ce qu'il vaut: rien du tout!
Tu ne veux mme pas que l'on t'appelle: Matre.

                         SOCRATE.

Que celui-l se nomme ainsi, qui le croit tre.

                         XANTIPPE.

Le beau mtier! Retourne aux leons d'o tu viens,
Prore. Garde un bras en l'air, les citoyens.
Qu'on pousse vers le Pnyx avec la corde rouge.
Vas-y donc. J'aime  voir une roche qui bouge.
Va-t'en donc enseigner que, ptri de limon,
L'homme dans son esprit, cache un subtil dmon
Qui du bien et du mal devine le principe.
Vas-y! Pourquoi n'y vas-tu pas?

     SOCRATE, sortant. _Avec une extrme douceur._

                              J'y vais, Xantippe.




                         SCNE II


                         XANTIPPE.

J'enrage. Le voil parti, calme, et d'un pas
Toujours gal et sr. Non, je ne connais pas
De misres qui soient plus tristes que les miennes!

_S'adressant au public._

Comprenez-vous cela, femmes athniennes?
Un mari dtach de tout, que rien ne peut
Irriter, puisque nulle injure ne l'meut!
Ah! parmi vous, tranant ma rage inassouvie,
Mes soeurs, il n'en est pas une que je n'envie.
Vos maris sont prudents; ils vous donnent, dit-on,
Sur le dos et les reins de bons coups de bton.
Si vous les trompez, ils vous battent. C'est la mode.
Mais, aprs, quel plaisir quand on se raccommode,
Et comme il semble doux  vos coeurs apaiss,
Lorsque les coups ont plu, qu'il pleuve des baisers!
Mais seule parmi vous, je n'aurai nul salaire,
Hlas! puisque mon ours n'est jamais en colre.
J'ai beau crier, hurler; quand j'exhale mon fiel,
Il dit: Bon. Ce n'est rien, c'est un orage au ciel,
Cela passera. Mais je n'ai pas l'me ingrate.
J'en ferai tant, tant, tant, qu'il faudra que Socrate
S'meuve aussi, duss-je enfin prendre un tison,
Et mettre un jour le feu, moi-mme,  la maison!
Qu'on puisse voir alors, sous le mur qui flamboie,
Rugir mon philosophe, et moi crever de joie!

_Apercevant Socrate qui s'avance, entour d'amis, de femmes
            et de citoyens._

On vient. C'est lui, tranant  ses talons des tas
De gens, de tous les bourgs et de tous les tats.
Troupeau de fous! Pour mieux leur montrer ma science.
Je les laisse d'abord entrer sans dfiance;
Puis je leur ferai voir ce que les Dieux ont mis
De colre dans ma poitrine!




                         SCNE III

                SOCRATE, DRACS, ANTISTHNES,
             PRAXIAS, EUPOLIS, MLITTA, BACCHIS,
                 Citoyens et Femmes d'Athnes


SOCRATE, _entrant, au milieu d'une foule attentive et respectueuse._

                                 Chers amis,
Entrez. C'est bien le moins qu'ici je vous reoive.

_Montrant la table, o un esclave dispose des amphores et des coupes._

Voici du vin vieux; si quelqu'un a soif, qu'il boive,
Et si quelqu'un de vous a soif de vrit,
Qu'il coute. Je parle avec sincrit.

                         DRACS.

Oui, parle-nous, car seul, pendant ces jours funbres,
Tu tiens le clair flambeau qui luit dans les tnbres.
Qui t'coute est savant et marche avec le jour.
Pour moi, Dracs, bien vite oubliant tout, l'amour
Et mon champ caress par la vague marine,
Je quitte ma maison et ma chre Myrrhine,
Et je te suis.

                 SOCRATE, _ Dracs_.

              Vraiment, c'est trop de zle, ami.

_Aux Athniens._

Cependant, veillons notre esprit endormi.

_ Antisthnes._

Ne demandais-tu pas, tout  l'heure, Antisthnes,
Si nous devons porter, vivants, le deuil d'Athnes?

                         ANTISTHNES.

Que faut-il faire? Par un lan de lion,
En vain nous avons pris gine et Solion,

                         EUPOLIS.

Ravag l'Argolide,

                         DRACS.

                   Et pour la cause sainte
Chass les ennemis dans les eaux de Zacinthe.

                         EUPOLIS.

Nous avons eu la guerre hier et nous l'aurons
Demain!

                         ANTISTHNES.

        Vainqueurs, portant des lauriers sur nos fronts,
Archidamos nous prit dans ses serres hautaines,

                         DRACS.

Et nous avons pu voir la peste dans Athnes!

                         ANTISTHNES.

Donc, le temps est venu d'tre austres.

                         EUPOLIS.

                                         Laissons
 d'autres plus heureux les festins,

                         DRACS.

                                    Les chansons,

                         ANTISTHNES.

Les joyaux d'or,

                         EUPOLIS.

Les arts qui firent notre gloire,

                         DRACS.

Et l'orgueil de tailler des figures d'ivoire.

                         ANTISTHNES.

Et la Lyre!

                    SOCRATE, _avec ironie_.

          C'est l votre sagesse!

                                 _ Praxias

                                  Et toi,
Praxias, que dis-tu?

                         PRAXIAS.

                     Je dis que notre loi,
C'est d'tre des hros ivres de posie;
Donc, ne renversons pas le vase d'ambroisie
O s'abreuve le pur gnie athnien!
Guerriers, songeons  l'art aussi.

                         SOCRATE.

                                   Tu parles bien,
Statuaire! car Sparte  la rude mamelle
Rirait de nous, amis, si nous faisions comme elle;
Si vous, Athniens, l'lgance, l'esprit,
Le bon sens ironique et la grce qui rit,
Potes et sculpteurs, matres en toutes choses,
Vous dont le chant ail court dans les lauriers-roses,
Vous lui donniez un jour le plaisir de vous voir
Sous des habits grossiers mangeant le brouet noir!
Quel que soit notre sort, victoires ou dfaites,
Imposons-lui nos chants, nos modes et nos ftes;
Toi, Praxias, tes Dieux  la blancheur de lys,
Et toi, ta comdie au beau rire, Eupolis,
Et vous, votre parure et vos robes,  femmes!
Car, puisque par ses dons toujours nous triomphmes,
N'empchons pas chez nous la Grce de fleurir.
Rions, et soyons ceux qui veulent bien mourir.
Soyons Athniens! Si quelqu'un examine
Les enfants des hros qui firent Salamine,
Qu'il reconnaisse en nous ces hommes surhumains!
Lorsque l'invasion marchait dans nos chemins,
Affreuse, et que les Dieux eux-mmes taient tristes,
Qui sut le mieux mourir parmi nous? Les artistes.
Et plus d'un tomba, jeune et l'oeil tincelant,
Dont une Muse avait bais le front sanglant!
Alors que Xercs, fou de sa gloire emphatique,
Jetait des millions de guerriers sur l'Attique,
Quand l'Asie en fureur inondait tous nos champs,
Le peintre, le sculpteur, le pote aux doux chants,
 Pallas! ont bien su combattre pour ta ville;
Et ce fut un soldat fidle, cet Eschyle
Dont la tombe ne dit qu'un mot, selon ses voeux,
C'est qu'il fut bien connu du Mde aux longs cheveux.
Ah! quand nous marcherons dans les noires mles,
Songeons dans notre esprit aux divins propyles,
Et reprsentons-nous les temples radieux
O Phidias, brillant de gloire, a mis les Dieux.
Oui, pour que la victoire, amis, nous soit aise,
Il faut, cela convient aux enfants de Thse,
Faire  l'heure prsente ainsi qu'auparavant.
Car Sophocle est vivant! Euripide est vivant!
Et dj le laurier d'Eschyle orne leurs ttes.
Allons donc au thtre apprendre des potes
Comment dans un pays grandi par les revers
Les belles actions renaissent des beaux vers.
Soyons tels que le jour o le trpas rapide
Viendra prendre Alcamne ou le jeune Euripide,
On ait assez parl de ce grand citoyen
En crivant de lui: C'est un Athnien.
Les Dieux, dont la colre agite ma parole,
Nous regardent, baigns d'azur, sur l'Acropole:
 l'oeuvre donc, vous tous, pinceau, lyre, ciseau,
Et toi qui fais le fil pourpr, savant fuseau!
Semons le bl, faisons grandir la fleur et l'arbre,
Chantons les demi-dieux gants, taillons le marbre,
Et gardons la pense austre de nos morts,
Car, tant les plus grands, nous serons les plus forts,
Et nous ferons ainsi des conqutes certaines.

                         TOUS.

Il a raison. Vive Socrate!

                         SOCRATE.

                           Vive Athnes!

_Levant sa coupe pleine_,

Et maintenant, buvons. Invoquons sans terreur
La clart du bon sens qui dissipe l'erreur;
Comme Athn, l'clair, fond la nue et dissipe
L'obscurit!

              PRAXIAS, _levant sa coupe_.

            Buvons!

                MLITTA, _de mme_.

                      Socrate!

_Au moment o tous les auditeurs du matre se joignent  Mlitta et
l'acclament avec admiration, entre Xantippe, menaante et furieuse._




                         SCNE IV

            SOCRATE, ANTISTHNES, PRAXIAS, EUPOLIS,
              DRACS, MLITTA, BACCHIS, XANTIPPE,
                 Citoyens et Femmes d'Athnes

                           XANTIPPE.

                                Et Xantippe!
On ne l'invite pas?

                         ANTISTHNES.

                   Bonne Xantippe, bois
Avec nous.

                         XANTIPPE.

          Pourquoi pas avec les loups des bois?
Qu'apportez-vous ici? Du bl? Du vin? De l'huile?
Non? Vous n'apportez rien! Prendre est moins difficile
Hors d'ici, fainants! bavards! Corinthiens!

                         SOCRATE.

Ma femme!

                         XANTIPPE.

         Hors d'ici!

                  _Jetant  la vole les amphores et les coupes_

                     Tiens, les amphores! Tiens,
Les coupes!

           _Renversant la table._

            Tiens!

                         BACCHIS.

                   Voici que la table est par terre

                         XANTIPPE.

C'est ma table. Ce n'est pas moi qu'on fera taire.
Courtisanes, et toi, ridicule artisan,
Philosophes, diseurs de rien, allez-vous-en!

                         MLITTA.

Quels cris fougueux!

                         EUPOLIS.

                     La Peur voltige sur sa trace.

                         DRACS.

Partons!

                         PRAXIAS.

        Elle a l'aspect riant d'un soldat thrace.

                         ANTISTHNES.

Elle est brave!

                         BACCHIS.

               Elle eut fait merveille  Marathon.

                         EUPOLIS.

Cependant je comprends le roi Zeus qui, dit-on,
Pendit au haut du ciel environn de brume
Sa brave femme, ayant  ses pieds une enclume!

                         DRACS.

Partons vite!

                         BACCHIS.

              Au revoir, Socrate.

                         PRAXIAS.

                                 Que les Dieux
Te gardent!

                         SOCRATE.

           J'offre ici tout ce que j'ai de mieux,
Amis! Mon meilleur vin, la vrit suprme,
Je vous les ai donns de bon coeur, et de mme
Pour votre htesse, car ici rien n'est chang,
Je ne puis vous offrir que la femme que j'ai!
Elle est trs bonne au fond, revenez tout  l'heure
Comme le ciel changeant tour  tour rit et pleure,
Elle va s'adoucir, les orages sont courts,
Et nous pourrons alors reprendre ce discours.
Venez, amis.

     XANTIPPE, _bousculant et chassant les htes de Socrate_.

            Allez, ses amis! Folle engeance,
Hors d'ici! Troupeau fait de vice et d'indigence,
Qui ne dit jamais Non quand ce bavard dit Si,
Allez-vous-en! Partez! Hors d'ici! Hors d'ici,
Honntes gens!

_Tous les auditeurs du philosophe sortent, chasss par Xantippe; Socrate
les guide et les accompagne_.




                         SCNE V

                 XANTIPPE, _puis_ MYRRHINE.

                    XANTIPPE, _consterne_.

                  J'en ai des pleurs sous la paupire.
Il ne s'est pas du tout fch. C'est une pierre.
Ah! j'ai beau faire, et c'est en vain que mon sang bout:
Je ne sais quel effort tenter; je suis  bout
D'inventions.

             _Apercevant Myrrhine_.

              Quelle est cette femme si belle
Qui vient chez nous?

                    MYRRHINE.

                     Salut, Xantippe! Je m'appelle
Myrrhine, et je veux voir Socrate.

                    XANTIPPE.

                                   Bien. Tu veux!
Mais moi, je ne veux pas. La belle aux blonds cheveux,
Socrate n'est pas l.

                _Myrrhine veut parler, Xantippe l'arrte_.

                      C'est bon.

                    MYRRHINE.

                                 Mais...

                    XANTIPPE.

                                        Par Aglaure!
C'en est assez. Ta bouche en fleur, tu peux la clore.

                    MYRRHINE.

Il faut...

                    XANTIPPE.

          Il ne faut rien du tout. Je te connais,
Myrrhine! ainsi que tes pareilles. Tu venais,
Comme les autres, dis, lui verser le mlange
De miel et de nectar, la trompeuse louange!
Grand merci. Mon mari n'est pas  marier.

                    MYRRHINE.

Flatter Socrate! Moi! je viens l'injurier.

                    XANTIPPE, _tout  coup radoucie_.

C'est autre chose.

                    MYRRHINE.

                   J'ai la rage en ma poitrine.

                    XANTIPPE.

Se peut-il! conte-moi cela, bonne Myrrhine.
L'injurier! Socrate est l. Tu le verras.

                    MYRRHINE.

Grce  lui, mon mari s'est enfui de mes bras.
Oui, mon mari, Dracs d'Anagyre!

                    XANTIPPE.

                                 Un bel homme,
Je crois?

                    MYRRHINE.

          Beau, patient, travailleur, bti comme
Hercule, et qui nagure, avec des soins touchants,
Savait plaire  sa femme et cultiver ses champs.
C'est de philosophie  prsent qu'il s'affame.

                    XANTIPPE.

Il nglige son champ, j'imagine?

                    MYRRHINE.

                                 Et sa femme.

                    XANTIPPE.

Pauvre Myrrhine! Encor si Dracs tait laid!

                    MYRRHINE.

Un jour, il entendit Socrate qui parlait
D'immortalit, sous les lauriers du Cphise.
Dans la foule ml, Dracs eut l'me prise.

                    XANTIPPE.

Comme les autres! Va, nul homme ne vaut rien.

                    MYRRHINE.

Depuis ce jour, il suit Socrate comme un chien.
Ds le matin, sous les portiques, au Poecile,
On peut voir  sa suite errer mon imbcile.
Cependant, l'hritage o sa vigne fleurit,
Son verger, son jardin...

                    XANTIPPE.

                          Sa femme...

                    MYRRHINE.

                                      Tout prit.
Oui, Dracs, n'est-ce pas que la chose est indigne?
M'abandonne.

                    XANTIPPE.

            Et tu veux qu'il retourne  sa vigne!

                    MYRRHINE.

Mais je verrai Socrate. On dit qu'il est moqueur,
Tant mieux. Je lui dirai ce que j'ai sur le coeur.

                    XANTIPPE.

Fort bien.

                    MYRRHINE.

           Il entendra mes plaintes.

                    XANTIPPE.

                                      merveille,
Ma soeur.

                    MYRRHINE.

         Qu'il n'aille pas faire la sourde oreille!
S'il pense que je vais jener pour ses beaux yeux,
Je lui montrerai bien qu'il se trompe.

                    XANTIPPE.

                                      Tant mieux.

                    MYRRHINE.

Peur des phrases! J'ai mieux que cela, je m'en flatte.

                    XANTIPPE.

Va, tempte, gmis, crie, accable Socrate!
J'y consens, moi qu'il fuit, discourant et rvant,
Pour lire des mots creux, sous la nue et le vent,
Aux gens de Munychie ou du port de Phalre.
Ne faiblis pas. Lorsqu'il sera bien en colre,
Alors, appelle-moi, ma chre, nous rirons!
Les hommes, crois-le bien, seraient moins fanfarons,
Si le mors leur blessait la bouche et la narine.
Voil Socrate. Il vient. Du courage, Myrrhine.
Attaque-le sans peur et d'un front aguerri.
Dchire  belles dents! Mords!

                                _Elle rentre dans la maison._




                         SCNE VI

                     MYRRHINE, SOCRATE.


                         MYRRHINE.

                              Rends-moi mon mari,
Socrate!

                         SOCRATE.

        Qui? Dracs?

                         MYRRHINE.

                    Oui.

                         SOCRATE.

                       Tu l'auras sans doute
gar par hasard, comme on perd sur sa route
Des pices de monnaie ou des bijoux de prix?
Dis, c'est bien cela?

                MYRRHINE, _avec colre_.

                      Non. C'est toi qui me l'a pris!
C'est toi qu'il suit avec une esprance folle,
Cherchant tes yeux, buvant longuement ta parole,
coutant tes discours russ dont il a faim,
Et te suivant au bord de l'Ilissos, afin
D'apprendre la sagesse.  dmence!

                         SOCRATE.

                                    Myrrhine,
En toi le beau Dracs a la beaut divine,
Les cheveux ruisselants, la lvre qui fleurit...--

                         MYRRHINE.

Que va-t-il donc chercher ailleurs!

                         SOCRATE.

                                    C'est un esprit
Qui, par un entretien srieux ou futile,
L'enveloppe  son gr d'une flamme subtile;
C'est la pense, ainsi qu'un grand aigle irrit
Fuyant vers la justice et vers la vrit.
Si tu veux prs de toi le retenir,  femme!
Que ne lui montres-tu ton esprit et ton me?

                         MYRRHINE, _surprise_.

Que dis-tu?

                         SOCRATE.

            Les beaux fruits de pourpre, les raisins
Que le soleil mrit, sur les coteaux voisins,
Les mets bien apprts, les figues de l'Attique,
Le vin, qui met en nous la gait prophtique,
Tous ces trsors si chers  l'homme extasi,
Le laissent froid, sitt qu'il est rassasi,
Et, nous pouvons le voir chez toute crature,
C'est l'esprit qui demande alors sa nourriture.

                         MYRRHINE.

Mais...

                         SOCRATE.

        Lorsqu'il te prit, vierge en pleine floraison,
N'est-ce pas que Dracs restait  la maison?
Du moins on me l'a dit. Faut-il que je le croie?

                         MYRRHINE.

Certes, il y restait.

                         SOCRATE.

                     Sans tristesse?

                         MYRRHINE.

                                    Avec joie.

                         SOCRATE.

Eh bien! qu'y faisait-il, Myrrhine?

                         MYRRHINE.

                                    Il m'admirait.
 cheveux plus touffus que l'paisse fort,
Ors, pourpres et blancheurs dignes d'une desse,
S'criait-il, je veux vous contempler sans cesse,
 beauts o le ciel mit son divin reflet!
Socrate, en ce temps-l, c'est ainsi qu'il parlait,
Car mon Dracs alors n'tait pas un rebelle.

                         SOCRATE.

Et que faisais-tu?

                         MYRRHINE.

                  Moi? Je tchais d'tre belle.

                         SOCRATE.

Ah!

                         MYRRHINE.

    Pour lui plaire, afin d'obir  ses voeux,
Longuement je baignais d'essences mes cheveux,
Je me parais de fins tissus qu'un souffle emporte!

                         SOCRATE.

Bon. Mais lorsque Dracs t'admirait de la sorte,
Aprs ces longs moments  tes genoux passs,
Que lui disais-tu?

                         MYRRHINE, _ingnment_.

                  Rien.

                         SOCRATE.

                       Rien? Ce n'est pas assez.

                         MYRRHINE.

Plus tard, lorsque Dracs qui me fuit et m'oublie,
Te suivait dj, plein de sa triste folie,
Souvent il m'a voulu redire tes discours.
Je lui disais: Ami, les heures et les jours
Sont rapides; pourquoi tous ces propos frivoles?
Si tu me trouves belle,  quoi bon des paroles?
N'avais-je pas raison?

                         SOCRATE.

                       Si fait! Peut-tre. Mais
On peut s'entendre mal en ne parlant jamais.
 Myrrhine, dans Cypre, le de fleurs vtue,
On vit un statuaire pris de sa statue;
Mais, par bonheur, Cypris vint  passer par l,
Si bien que Galate eut une me et parla.
Sans quoi Pygmalion l'et bien vite laisse.
Ta robe est de couleurs charmantes nuance;
Mais on pouserait les roses des jardins,
Si les roses, pour nous oubliant leurs ddains,
Ouvraient pour nous ravir leurs corolles sacres,
Et nous parlaient, aprs qu'on les a respires!
Toi, cependant, qui peux charmer avec la voix,
Ainsi que Philomle errante au fond des bois,
Tu disais:  quoi bon? Dracs est un pauvre homme,
Robuste, mais naf. Pourvu qu'il voie, en somme,
Briller mes yeux de flamme aux toiles pareils,
Et le soleil jouer dans mes cheveux vermeils,
Il ne faut rien de plus  ce coeur qui s'ignore.
Eh bien! il a besoin de quelque chose encore!
Ses yeux, si longtemps clos, sont dsireux de voir:
Il cherche enfin quelle est la rgle du devoir,
 quoi sert notre mort,  quoi sert notre vie;
Et moi, pour endormir sa soif inassouvie,
Je lui fais voir, assis  l'immortel festin,
L'homme libre, ouvrier de son libre destin!

_Avec une douceur persuasive_.

Mais pour guider nos pas dans l'obscur labyrinthe,
Qui vaut une Ariane, avec sa douce plainte?

                         MYRRHINE.

Je te comprends.

                         SOCRATE.

                Dracs apprit de moi comment
Notre me vers le beau s'lve, perdment,
Et se rend la vertu docile et familire.
 Myrrhine,  ton tour deviens son colire!
Si buvant longuement aux flots inpuiss,
Il t'enseigna jadis la douceur des baisers,
Il t'apprendra le noble orgueil, la sainte joie
De saisir, d'embrasser le vrai comme une proie,
Et de sentir en soi le doute vanoui.
Vis avec lui! Cherche avec lui! Pense avec lui!
Ayant reu de moi l'immortelle semence,
Il faut qu'il la transmette, et son labeur commence.
Donc, toi, Myrrhine, sourde  la vaine rumeur,
Sois la terre fertile o passe le semeur
Levant sa large main par le grain dborde,
Et de vous deux natra la moisson de l'ide.
 Myrrhine, c'est l le vritable hymen,
Et quand le laboureur s'approche, ouvrant sa main,
coute avec fiert grandir son pas sonore.
Ne le rebute pas lorsqu'il vient ds l'aurore,
Et garde que, charg de ses dons les meilleurs,
Il ne porte la vie et la richesse ailleurs.
Tu le peux! Ne parer que son corps est barbare;
Donc, pour que ton mari ne suive que toi, pare
Aussi ton me, alors il entendra ta voix.

                         MYRRHINE.

Tu dis vrai! Tu dis vrai! Je le sens. Je le vois.
Grce  toi, je comprends, en devenant meilleure,
Que toute la beaut n'est pas extrieure;
Et tout ce qu' ta suite il cherche en son ennui,
Mon Dracs dsormais le trouvera chez lui.
Sois bni par les Dieux, dont l'oreille m'coute,
 matre excellent, toi qui m'as fait voir ma route!

           _ ce moment on voit Xantippe, qui parat sur la terrasse._




                            SCNE VII

           MYRRHINE, SOCRATE, XANTIPPE _d'abord cache_.


                         XANTIPPE, _ part_.

Que se disent-ils donc? Ils parlent bien longtemps!
coutons.

                       MYRRHINE, _ Socrate_.

         Je le sais depuis que je t'entends,
Je puis vaincre, et je n'ai plus rien qui m'embarrasse.

                       SOCRATE, _avec bont_.

Va donc.

        _Myrrhine va pour sortir; mais elle revient vers Socrate,
         par un vif mouvement d'admiration et de reconnaissance._

                         MYRRHINE.

Bon philosophe, il faut que je t'embrasse!

_Elle prend dans ses mains la tte de Socrate, et applique sur son front
                et sur ses joues de bons gros baisers.
         Xantippe entre  ce mme moment et court vers Myrrhine,
                en proie  la plus violente fureur._

                         XANTIPPE.

Bon apptit, Myrrhine!

                         MYRRHINE, _surprise_.

                       Ah! Xantippe!

                         XANTIPPE.

                                    C'est beau!
Me voil. Je serai votre porte-flambeau!
Ah! coquine! Ah! menteuse! Ah! chienne! Ah! sclrate!
Voleuse! Tu venais injurier Socrate,
Et faire ici du bruit pour ton mari perdu!

                         MYRRHINE.

Je lui disais...

                         XANTIPPE.

                Merci, j'ai trs bien entendu,
Myrrhine! Tu t'y prends de la belle manire.
Tu venais rclamer ton mouton  crinire,
Ton cher Dracs! Ah! coeurs de femme, tes-vous laids!
Ton mari! C'est trs bien le mien que tu voulais.
Mais je comprends: il t'en faut deux, peut-tre quatre.

_Imitant la voix et la dmarche de Myrrhine._

Je viens l'injurier!

                   _Reprenant sur son ton naturel._

                    Tu parlais de le battre,
De faire du tumulte et de tout jeter bas.
Ah! par Hcate! c'est  beaux bras que tu bats!
Cette faon de battre est aimable et gentille,
Mais tu vas voir comme on s'y prend dans ma famille!

_Xantippe veut se prcipiter sur Myrrhine; mais Socrate arrte sa femme,
            la prend dans ses bras et l'y retient captive._

                         SOCRATE, _tenant Xantippe_

Tout beau. L. Calme-toi, ma femme.

                    XANTIPPE, _essayant en vain de se dgager_.

                                    Laisse-moi,
Toi, philosophe! Il a pour elle de l'effroi!
Et, comme c'est toujours la sagesse qu'il cherche,
Il se contenterait trs bien de cette perche.
Mais je la veux! Du moins une fois pourra-t-on
Voir enfin le coussin qui battra le bton!

                    MYRRHINE, _timidement_.

Si j'ai bais le front de Socrate...

                         XANTIPPE.

                                    Sa bouche
En convient. L'impudence est chez elle farouche.
Ainsi tu caressais, pareille au flot amer,
Ce front plus dnud qu'un rocher de la mer!
J'ai trs bien vu. Pareille  la nymphe qu'amuse
Un faune, tu baisais cette tte camuse!
Railleur, chauve, garant au ciel ses yeux errants,
Il est  moi. Cela suffit. Tu me le prends!
Les paroles de miel qui tombent de tes lvres
N'excitent pas en lui d'assez ardentes fivres;
Tu fais en vain sur lui ruisseler tes cheveux,
Cela ne suffit pas; alors, comme tu veux
Que le docile Amour accoure sur vos traces,
Quand ce n'est plus assez des discours, tu l'embrasses!
Tu riais! Maintenant, belle, tu vas pleurer,
Car je vais te griffer et te dfigurer,
Et je veux que ton oeil de colombe se ferme!

_Xantippe s'chappe, et va se jeter les poings ferms sur Myrrhine._

                   MYRRHINE, _reculant, pouvante_.

Xantippe! Non! j'ai peur.

    _Socrate rattrape Xantippe, et de nouveau la retient dans ses bras._

                      SOCRATE, _ Myrrhine_.

                          Ne crains rien. Je tiens ferme.

                    XANTIPPE, _voulant se dgager_.

Socrate, laisse-moi! quoi! je ne pourrai pas
La mordre!

                    SOCRATE, _tranquillement_.

          Non.

                          XANTIPPE.

               Ami, laisse-moi faire un pas!

                          SOCRATE.

Non certes.

    XANTIPPE, _regardant Myrrhine avec des yeux ardents_.

             Qu' mon tour je l'embrasse! Ah! l'indigne,
Voyez-la qui se penche, avec son cou de cygne!
Ce cou charmant, je veux le tordre!

                          SOCRATE.

                                   coute-nous,
Xantippe.

                          XANTIPPE.

          Non, je veux la mettre  deux genoux
L, devant moi, plonger mes deux mains dans l'or fauve
De cette chevelure, et la rendre plus chauve
Que son amant, le beau Socrate!

                               _Exaspre et faisant un suprme effort._

                                Allons! pourquoi
Me retenir? Je veux...

                          SOCRATE.

                      Xantippe, calme-toi.

                XANTIPPE, que sa rage touffe.

Je veux... Je veux... le sang inonde ma poitrine...
Et j'touffe... Je meurs... De l'air!... De l'air!...

                  _Elle tombe sur le lit de repos, ple et inanime._

                SOCRATE, _boulevers_.

                                                  Myrrhine,
Elle pme! De l'eau!

_Il s'agenouille aux pieds de Xantippe et tche de la ranimer._

                MYRRHINE, _apportant un vase d'eau_.

                     Quand ses yeux s'ouvriront,
Je lui dirai...

                          SOCRATE.

               Mouillons ses tempes et son front.
Vois, la neige envahit son visage immobile.
 Myrrhine, elle meurt.

                          MYRRHINE.

                       Pas du tout. Sois tranquille,
Socrate. Je suis femme. Elle vit. Je connais
Cela.

                SOCRATE, _pench sur Xantippe_.

      Xantippe, viens. Ouvre tes yeux. Renais!
Vois dans quelle douleur ton silence me jette.
Entends-moi! Parle-moi! Non, sa bouche est muette.
Dieux! Je succombe. Ayez piti de mes tourments!
Au secours! Dieux!

       _Pendant que Socrate a prononc ces derniers vers, sont entrs
           Antisthnes, Praxias, Eupolis, Dracs, Mlitta, Bacchis
          et tous les personnages qu'on a vus  la scne quatrime._




                             SCNE VIII

                MYRRHINE, SOCRATE, XANTIPPE, ANTISTHNES,
                PRAXIAS, EUPOLIS, DRACS, MLITTA, BACCHIS,
                Citoyens et Femmes d'Athnes.


                       DRACS, _ Socrate_.

                       Pourquoi de tels gmissements?

                MYRRHINE, _mettant un doigt sur les lvres_

Tais-toi, Dracs.

                          DRACS.

                  Myrrhine ici! Quelle merveille!

                    ANTISTHNES,  Socrate.

Pourquoi ces pleurs?

                SOCRATE, _montrant Xantippe vanouie_.

                    Voyez Xantippe!

                          PRAXIAS.

                                   Elle sommeille?

                          SOCRATE.

Elle meurt.

                MLITTA, _aprs avoir regard Xantippe_.

            Ne crois pas cela.

                       BACCHIS, _de mme_.

                               Bnis les Dieux!
Elle vit et respire.

                MYRRHINE, _ Socrate_.

                    Et tu vas voir ses yeux
S'ouvrir  la clart du ciel.

                MLITTA, _ Socrate_.

                             Reprends courage,
Matre.

            MYRRHINE, _aux assistants, sans tre entendue de Socrate_.

        Sa pmoison vient d'un accs de rage.
L'vanouissement est rel; cependant,
Ne pas s'inquiter sans mesure est prudent.

                          SOCRATE.

Secourez-la!

                BACCHIS, _riant,  Mlitta_

            Cdons  son dsir frivole.

                          SOCRATE.

Je tremble que son me errante ne s'envole.

_Les femmes entourent Xantippe, mais sans montrer une relle inquitude.
   Socrate va se joindre  elles, lorsque Eupolis l'arrte et lui barre le
   passage._

                EUPOLIS, _d'un ton railleur_.

Et voil tout?

                          DRACS.

               C'est pour cela que tu gmis?

                        PRAXIAS.

Quoi donc! C'est pour cela qu'il pleure!

                      ANTISTHNES.

                                         mes amis,
Pour une femme folle,

                          DRACS.

                    Acaritre,

                         EUPOLIS.

                              Injuste,

                        ANTISTHNES.

Sombre,

                          PRAXIAS.

          D'un entretien haineux,

                        ANTISTHNES.

                                  D'un esprit fruste,

                          DRACS.

Amre,

                          EUPOLIS.

      Qui le fait ployer comme un roseau,

                          PRAXIAS.

Et qui toujours fait rage avec ses cris d'oiseau!

                          BACCHIS.

Certes, s'il ne te faut qu'une pouse meilleure,

                          MLITTA.

Et plus douce,

                          BACCHIS.

              Tu peux la trouver tout  l'heure.

                       ANTISTHNES.

Ne pleure pas, de peur de ressembler aux fous,
Le mal dont tu guris  propos.

                          SOCRATE.

                               Taisez-vous!
Xantippe va sortir de ma maison dserte,
Et j'en sens dans mon coeur l'irrparable perte.
Car son utile rage tait le fouet ttu
Dont la rude lanire veillant ma vertu,
Comme l'ne fouaill par le vieillard Silne,
Tenait ma patience et ma farce en haleine.
Si quelqu'un me venait verser, dans ma maison,
La molle flatterie et son subtil poison,
Quand j'avais jusqu'au bout, heureux et fier de vivre,
Savour ce doux miel trompeur qui nous enivre,
Ma Xantippe farouche, pre comme la mer,
Me gurissait bien vite avec son fiel amer.
Souvent, amis, lou par tous, on le devine,
J'ai pu me croire issu d'une race divine;
Mais son souffle railleur, glissant sur mon front nu,
Me disait: Tu n'es rien que le premier venu!
S'endormant et mourant dans un repos vulgaire,
Notre vertu ressemble  ces coursiers de guerre
Qui deviennent oisifs sur le gazon des prs;
Et lorsque je rvais, riant aux cieux pourprs,
Oubliant tout, Xantippe accourait ds l'aurore,
Et son cri m'veillait comme un clairon sonore!

                          PRAXIAS.

Matre! viens avec nous.

                       ANTISTHNES.

                        Libre de tous liens,
Pense!

                          EUPOLIS.

      Nous entendrons tes subtils entretiens
Sur les grands Dieux et sur l'ternit des choses,
Prs du clair Ilissos, bord de lauriers-roses.

                          BACCHIS.

Et peut-tre, au soleil qui t'illuminera,
Plus tard, quelque naissant amour devinera
L'nigme de ton coeur, mystrieux OEdipe,

                          MLITTA.

Et te consolera d'avoir perdu Xantippe.


                          SOCRATE.

Elle absente, je n'ai plus faim pour d'autres mets.
Sa place reste vide.

                    _Avec une douleur violente et nave._

                     Et quelle autre jamais
Excellerait comme elle  prodiguer l'insulte?
Vivant prs de Xantippe au sein du noir tumulte,
Je ne craignais plus rien, ni le peuple mouvant,
Ni le tonnerre, ni la grle, ni le vent,
Ni le soleil, ni l'pre hiver et la froidure.
Sans elle, nul espoir que ma sagesse dure,
Car au bruit de sa voix grondant comme un torrent,
Je veillais, je disais  toute heure: Ignorant,
Pense, tudie, apprends! Vil esclave, travaille!

                          EUPOLIS.

 ce titre, il n'est pas une autre qui la vaille.

                          PRAXIAS.

Elle et pouvant l'orage,

                        ANTISTHNES.

                           Et les typhons.

_Xantippe s'veille sans tre vue des assistants, coute les paroles de
   son mari, avec tonnement d'abord, puis les boit avidement, et,
   comme entrane  mesure qu'il parle, tend les bras vers Socrate.
              ce moment, Myrrhine seule est prs d'elle._

                SOCRATE, _suivant sa pense_.

Ainsi, vers la clart des abmes profonds
Dans lesquels se rpand la vie universelle,
Emportant mon esprit et ma force avec elle,
Xantippe va s'enfuir, et je la pleure. Mais
D'ailleurs pourquoi ne pas le dire? Je l'aimais!

                XANTIPPE, _ elle-mme_.

Que dit-il! Cette joie est pour moi la premire.
Il m'aime!

                MYRRHINE, _ Xantippe_.

           Puisqu'enfin tu revois la lumire,
Vite, appelons le matre. Il faut le consoler.

_Appelant Socrate, qui ne l'entend pas._

Socrate!

                XANTIPPE, _mettant sa main sur la bouche de Myrrhine

         Ne dis rien. Non, laisse-le parler.

                SOCRATE, _avec un sentiment profond_.

Je l'aimais, car fidle pouse d'un pauvre homme,
Elle vivait pour moi, probe, sobre, conome.
Ordonnant la maison, voyant tout par ses yeux,
Elle tait ma compagne et me chrissait mieux
Que ceux dont la douceur louangeuse me flatte.
Je l'aimais et je l'aime encore.

                XANTIPPE, _courant  Socrate_.

                                Cher Socrate!
Quoi! Tu m'aimais!

                          SOCRATE.

                   Xantippe! Elle, Dieux immortels!

                        ANTISTHNES.

L'enfer n'a pas voulu la prendre.

                XANTIPPE, _ravie,  Socrate_.

                                  Aprs de tels
Aveux, comment ne pas renatre?

                          SOCRATE.

                               Elle! Xantippe!
Vivante!

                          XANTIPPE.

        Et corrige. Oui, l'erreur se dissipe.
Je n'avais rien de bon, je semais la terreur
Devant moi, je n'tais que rage et que fureur;
J'tais folle, cruelle, abominable, indigne,
Farouche, noircissant la colombe et le cygne,
Plus mchante, en un mot, que le serpent Python.
Mais tu m'en puniras, ami.

                     _Elle va prendre un bton et l'apporte  Socrate_.

                          Prends, ce bton.
Il ne faiblira pas, il est gros comme quatre.

                          SOCRATE.

En effet. Mais pourquoi ce bton?

                          XANTIPPE.

                                  Pour me battre!
Oui, tu me battras.

                          SOCRATE.

                   Moi! Pourquoi?

                          XANTIPPE.

                                  Pour chtier
Mes colres, mes cris, mes pleurs, mon coeur altier,
Ma mchancet rare et mes fureurs ingrates.
Devant tous ces gens-l je veux que tu me battes.
Devant tous. Les petits pour voir tendront leurs cous.
Vite! Bats-moi. Je veux expirer sous tes coups.
Alors que tu m'aimais, je te battais moi-mme:
 prsent, c'est mon tour, puisque c'est moi qui t'aime!
Cher mari, tu pleurais, tu plissais d'effroi,
Me croyant morte. Allons, pas de piti. Bats-moi!

                          SOCRATE.

Non pas.

                          XANTIPPE.

        Mon cher petit Socrate, bats-moi vite!

                          SOCRATE.

Je ne te battrai pas.

                          XANTIPPE.

                      De grce! Je t'invite
 me battre!

                          SOCRATE.

            Mais non.

                          XANTIPPE.

                    Je t'en supplie.

                     SOCRATE, _paternel_.

                                    Allons!

                XANTIPPE, _lui tendant le bton_.

Tiens, ne me soumets pas  des dtours si longs!
Socrate, bats-moi.

                          SOCRATE.

                  Pas du tout.

                          XANTIPPE.

                              Je t'en conjure!

                          SOCRATE.

H! Point!

                          XANTIPPE.

          Me refuser serait me faire injure.

                          SOCRATE.

Mais non.

                XANTIPPE, _clatant en pleurs_.

         Bats-moi!

                          SOCRATE.

                  Voil qu'elle pleure  prsent!
Tu veux...

                          XANTIPPE.

          Je veux cent coups.

                          SOCRATE.

                             Mais...

                          XANTIPPE.

                                    Fais-moi ce prsent.
Donne-moi cent coups.

                          SOCRATE.

                     Non.

                          XANTIPPE.

                         Je n'en puis rien rabattre.

                          SOCRATE.

Voyons, bonne Xantippe, il faut...

                XANTIPPE, _frappant du pied. Avec colre_.

                                  Il faut me battre!

                  SOCRATE, _levant les yeux au ciel_.

Apollon! jour, esprit, clart, protge-nous!

_ Xantippe._

Quittons ce vain propos.

                      XANTIPPE, _insistant_.

                        J'embrasse tes genoux.

                    SOCRATE, _doucement persuasif_.

Te battre! ce serait folie!

                      XANTIPPE, s'animant.

                            sort morose!
Me va-t-il refuser encor si peu de chose?
Quoi donc! Ayant si bien pleur sur mon trpas,
Tu me ddaignerais! Tu ne me battrais pas!
Prends garde.

                   SOCRATE, _avec bonhomie_.

              Que ton coeur pour le bien s'vertue,
C'est admirable; mais vouloir tre battue
Devant tous, apporter mme un bton, cela,
Ma femme, c'est tomber de Charybde en Scylla.

                  XANTIPPE, _dj furieuse_.

En Scylla! Donc je suis un monstre. Je dvore
Les nautonniers! Vas-tu m'injurier encore?
Veux-tu me battre, ou non?

                          _Socrate ne rpond pas_.

                             Tu ne veux pas?

                          SOCRATE.

                                             Non.

                          XANTIPPE.

                                                 Non?
Si fait! Tu me battras, ou j'y perdrai mon nom.

                          SOCRATE.

Mais non.

                    XANTIPPE, exaspre.

         Bats-moi.

                          SOCRATE.

                  Non, par Hercule secourable!

                          XANTIPPE.

Tu ne veux pas?

                          SOCRATE.

               Non.

                          XANTIPPE.

                   Non?

                        _Jetant le bton et donnant un
                           soufflet  Socrate._

                       Eh bien! Tiens!

         _Xantippe, stupfaite de sa propre action et comme foudroye,
                                tombe aux pieds de Socrate._

                XANTIPPE, _ genoux. Avec confusion_.

                                        Misrable!
Voil que je retombe en mon garement.
Ta Xantippe n'est rien que dmence et tourment.
Hlas!  quoi, taille en une telle toffe,
Peut-elle donc servir?

                SOCRATE, _la relevant et la prenant dans ses bras_.

                        faire un philosophe!

_ Dracs._

Et toi, bon Dracs, prends Myrrhine par la main;
Savourez  longs traits, sans attendre  demain,
Le bonheur que les Dieux offrent avec largesse,
Et vous aurez aussi, par surcrot, la sagesse.

                XANTIPPE, _dans les bras de Socrate._
                                        _Au public._

Tout le mal est venu de la femme. Raison
Obscurcie, apptit du lucre, trahison,
Coupes d'or o les vins sont mlangs de lie,
Tout crime, tout mensonge heureux, toute folie
Vient d'elle.

                          SOCRATE.

              Adorez-la pourtant, puisque les Dieux
L'ont faite.

_Aprs avoir rv._

Et c'est encor ce qu'ils ont fait de mieux!

                                     _Le rideau tombe._

FIN

       *       *       *       *       *

BOURLOTON.--Imprimeries runies, B.





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Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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