The Project Gutenberg EBook of Project de restauration de Notre-Dame de
Paris, by Jean-Baptiste Lassus
Eugne-Emmanuel Viollet-le-Duc

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Title: Project de restauration de Notre-Dame de Paris

Author: Jean-Baptiste Lassus
Eugne-Emmanuel Viollet-le-Duc

Release Date: July 27, 2006 [EBook #18920]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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PROJET DE RESTAURATION

DE

NOTRE-DAME DE PARIS

Par MM. Lassus et Viollet-Leduc

RAPPORT

Adress  M. le Ministre de la Justice et des Cultes,

Annex au projet de restauration, remis le 31 janvier 1845.

PARIS.

IMPRIMERIE DE Mme DE LACOMBE,

RUE D'ENGHIEN, 12.

1843.




=NOTRE-DAME DE PARIS.=

       *       *       *       *       *




=Premire Partie.=

=Considrations gnrales sur le systme de la Restauration.=


     MONSIEUR LE MINISTRE,

En nous chargeant de la rdaction du projet de restauration de la
cathdrale de Paris, nous ne nous sommes dissimul, ni l'importance de
la tche que vous vouliez bien nous confier, ni la gravit des questions
et des difficults que nous aurions  rsoudre.

Dans un semblable travail on ne saurait agir avec trop de prudence et de
discrtion; et nous le disons les premiers, une restauration peut tre
plus dsastreuse pour un monument que les ravages des sicles et les
fureurs populaires! car le temps et les rvolutions dtruisent, mais
n'ajoutent rien. Au contraire, une restauration peut, en ajoutant de
nouvelles formes, faire disparatre une foule de vestiges, dont la
raret et l'tat de vtust augmentent mme l'intrt.

Dans ce cas, on ne sait vraiment ce qu'il y a de plus  craindre, ou de
l'incurie qui laisse tomber  terre ce qui menace ruine, ou de ce zle
ignorant qui ajoute, retranche, complte, et finit par transformer un
monument ancien en un monument neuf, dpouill de tout intrt
historique.

Aussi comprend-on parfaitement qu' la vue de semblables dangers,
l'archologie se soit mue, et que des hommes entirement dvous  la
conservation de nos monumens, aient dit: En principe, il ne faut pas
restaurer; soutenez, consolidez, remplacez, comme  l'arc d'Orange, la
pierre entirement ronge par de la pierre neuve, mais gardez-vous d'y
tailler des moulures ou des sculptures.

Nous comprenons la rigueur de ces principes, nous les acceptons
compltement, mais seulement, lorsqu'il s'agira d'une ruine curieuse,
sans destination, et sans utilit actuelle.

Car ils nous paratraient fort exagrs dans la restauration d'un
difice dont l'utilit est encore aussi relle, aussi incontestable
aujourd'hui, qu'au jour de son achvement; d'une glise, enfin, leve
par une religion dont l'immuabilit est un des principes fondamentaux.
Dans ce cas, il faut non seulement que l'artiste s'attache  soutenir,
consolider et conserver; mais encore il doit faire tous ses efforts pour
rendre  l'difice, par des restaurations prudentes, la richesse et
l'clat dont il a t dpouill. C'est ainsi qu'il pourra conserver  la
postrit l'unit d'aspect et l'intrt des dtails du monument qui lui
aura t confi.

Cependant, nous sommes loin de vouloir dire qu'il est ncessaire de
faire disparatre toutes les additions postrieures  la construction
primitive et de ramener le monument  sa premire forme; nous pensons,
au contraire, que chaque partie ajoute,  quelque poque que ce soit,
doit, en principe, tre conserve, consolide et restaure dans le style
qui lui est propre, et cela avec une religieuse discrtion, avec une
abngation complte de toute opinion personnelle.

L'artiste doit s'effacer entirement, oublier ses gots, ses instincts,
pour tudier son sujet, pour retrouver et suivre la pense qui a prsid
 l'excution de l'oeuvre qu'il veut restaurer; car il ne s'agit pas,
dans ce cas, de faire de l'art, mais seulement de se soumettre  l'art
d'une poque qui n'est plus. Sous peine d'tre entran, malgr lui,
dans les voies les plus dangereuses, l'artiste doit reproduire
scrupuleusement non seulement ce qui peut lui paratre dfectueux au
point de vue de l'art, mais mme, nous ne craignons pas de le dire, au
point de vue de la construction. En effet, la construction se trouve
essentiellement lie  la forme, et le moindre changement dans cette
partie si importante de l'architecture gothique en entrane bientt un
autre, puis un autre encore, et, de proche en proche, on est amen 
modifier compltement le systme primitif de construction pour lui en
substituer un moderne; et cela trop souvent aux dpens de la forme.
D'ailleurs, en agissant ainsi, on dtruit une des curieuses pages de
l'histoire de l'art de btir, et plus la prtendue amlioration est
relle, plus le mensonge historique est flagrant.

Ce que nous disons pour la conservation du systme de construction, nous
le dirons aussi pour la conservation rigoureuse des matriaux employs
dans les formes primitives, d'abord dans l'intrt historique, et
surtout dans l'intrt de l'art; car, en changeant la matire, il est
impossible de conserver la forme; ainsi, la fonte ne peut pas plus
reproduire l'aspect de la pierre que le fer ne peut se prter  rendre
celui du bois. Au reste, il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un
coup d'oeil sur les essais qui ont t tents dans ce sens, soit 
Rouen, pour la flche de la cathdrale, soit  Sez, pour les pyramides
des contreforts, soit  Rheims, pour la chapelle de l'archevch.
Partout enfin o la fonte a remplac la pierre, l'oeil le moins exerc
ne peut s'y tromper.  Rouen, comme  Sez et  Rheims, la fonte n'a pu
reproduire que des formes dpouilles, tandis que les moulures et les
sculptures en pierre de ces monumens sont refouilles au ciseau et
impossibles  mouler d'une seule pice. Mais ce ne sont l que de
faibles inconvniens relativement  ceux bien plus graves que la fonte
offre sous le rapport de la solidit. En effet, sans parler du poids,
qui est beaucoup plus considrable qu'on avait pu le prvoir avant
l'excution de grandes pices, un brusque changement de temprature, une
commotion atmosphrique, suffisent pour briser la fonte fragile comme du
verre. De plus, cette matire non seulement ne se marie jamais avec la
pierre, mais elle est pour cette dernire une cause incessante de ruine,
par l'oxidation que l'on ne peut jamais empcher. Comme couleur, nous
n'avons pas besoin de dire que la fonte ne peut jamais reproduire celle
de la pierre, puisque, lors mme qu'on la couvre d'une couche paisse de
peinture, l'oxide rouge du fer la dtruit si promptement qu'il faut
continuellement la renouveler. Quant  la raison d'conomie, elle tombe
facilement devant les rsultats de l'exprience et les calculs que nous
donnons plus bas[1].

[Note 1: Tableau compar des prix des fentres  meneaux en pierre
ou en fonte, prsent au conseil des btimens civils,  sa sance du 13
fvrier 1840.

_valuation faite pour les fentres de Saint-Germain-l'Auxerrois._

PIERRE.

Maonnerie d'aprs un mmoire
rgl et accept par l'entrepreneur.
Le rsum du mmoire
se monte ...........................................1,231 23

MENUISERIE.

Pour les calibres en feuillets, taills
sur l'pure, 27 00, courant
de feuillet sapin, 0,70 c vaut..........................18 70

La faon desdits pour corroyer,
joindre, coller, tracer et chantourner,
douze journes de
menuisier  5 francs....................................60 

Fourniture de colle forte et
clous estims............................................6 

SCULPTURE.

8 chapiteaux  10 fr. chaque............................80 

Fourniture de 17 lames de plomb
entre les joints et 26 goujons en
plomb...................................................90 

Total................................................1,485 93

FONTE.

En supposant la rpartition des modles
sur 24 fentres identiquement semblables,
la fonte coterait 65 fr. les 100 kil.
compris les frais de modle.

(Il faut remarquer ici, que si les fentres
taient toutes varies, les frais de modles
augmenteraient beaucoup le prix
du kil. de fonte.)

Le poids total d'une fentre, dont toutes
les parties seraient fondues en coquilles
et ajustes comme l'indique la figure, serait
de 1,200 k.  65 f. le k. vaut.........................780 

L'ajustement et assemblage de
toutes les parties boulonnes
avec 130 mes de fer forg, et
200 vis taraudes, retouch au
burin, estim..........................................600 

Le double transport et montage
conjointement avec les maons,
estim pour le serrurier seulement......................80 

5 journes de compagnon, maon
et garon...............................................31 

PEINTURE.

Premire couche au minium et
deux couches couleur de pierre,
estimes, superficiel,  1 f. 25 c......................30 

Plus value des chapiteaux...............................16 

chafaudage.............................................25 

Total................................................1,562 
]

Un autre mode de restauration, tent depuis quelques annes, prsente un
rsultat encore plus dplorable; nous voulons parler des mastics,
cimens, et enfin toutes matires trangres  la pierre, avec laquelle
on a vainement essay de les souder  l'aide de moyens toujours
destructifs. L'application de ces cimens ncessite d'abord la
dgradation de toutes les parties que l'on veut restaurer, plus l'emploi
du fer, nouvelle cause de ruine, et tout cela, pour arriver  un
rsultat qui n'offre aucune chance de dure, et qui ne laisse aprs lui
aucun vestige de ce qui existait d'abord. Admettant mme que le moyen
soit durable, l'aspect du mastic ne sera jamais celui de la pierre;
difficile  employer, d'une scheresse qui ne peut rendre, ni la
franchise, ni le grain de la pierre, cette matire conservera toujours
son apparence de pte modele. Ce que nous venons de dire, l'exprience
l'a prouv. Partout o ils ont t employs, ces cimens se dtachent de
la pierre, se gercent, se dcomposent  l'air: que restera-t-il alors
qu'ils seront tombs?

Mais on ne s'est pas born  restaurer de la sculpture par ce moyen, on
a t jusqu' remplacer de la vieille pierre par de la neuve, sur
laquelle on a coll des ornemens en mastic! Dans ce cas, nous pensons
que la raison d'conomie tait surtout invoque. Eh bien! la sculpture
dans la pierre tendre n'est pas plus chre que de la sculpture en
ciment, et l'ouvrier habile prfre toujours le travail de la pierre. Il
n'y a donc que la diffrence du prix de la matire, mais cette
diffrence n'est pas  l'avantage du ciment, si l'on compte, et les
crampons qu'il faut employer, et la difficult de sceller, et la perte
d'une grande partie de ce ciment, qui ne peut tre employ que frais.

Ces motifs, Monsieur le Ministre, sont plus que suffisans pour que nous
croyions devoir rejeter entirement l'emploi de la fonte, du mastic et
de toutes les matires trangres  la construction primitive, dans le
projet de restauration que nous avons l'honneur de vous soumettre.

Quant  la restauration des bas-reliefs qui ornent extrieurement et
intrieurement la cathdrale de Paris, nous croyons qu'il est impossible
de l'excuter dans le style de l'poque, et nous sommes convaincus que
l'tat de mutilation, peu grave d'ailleurs, dans lequel ils se trouvent,
est de beaucoup prfrable  une apparence de restauration, qui ne
serait que trs loigne de leur caractre primitif; car, quel est le
sculpteur qui pourrait retrouver, au bout de son ciseau, cette navet
des sicles passs! Nous pensons donc que le remplacement de toutes les
statues qui ornaient les portails, la galerie des rois, et les
contreforts, ne peut tre excut qu' l'aide de copies de statues
existantes dans d'autres monumens analogues, et de la mme poque. Les
modles ne manquent pas  Chartres,  Rheims,  Amiens, et dans tant
d'autres glises qui couvrent le sol de la France. Ces mmes cathdrale
nous offriront aussi les modles des vitraux qu'il faudra replacer 
Notre-Dame, modles qu'il serait impossible d'imiter, et qu'il est
beaucoup plus sage de copier.

Les principes que nous venons d'mettre, applicables, suivant nous, 
toute restauration, ne sauraient tre oublis, lorsqu'il s'agit d'un
monument aussi important que la cathdrale de Paris, de ce remarquable
difice plac au centre de la capitale, sous les yeux de l'autorit,
visit chaque jour par tout ce qu'il y a de personnes intelligentes et
claires. L, il ne faut ni hsiter, ni faire d'expriences, mais
marcher d'un pas sr, ne rien risquer, russir enfin. Pour arriver  ce
rsultat, il tait ncessaire de dchiffrer les textes, de consulter
tous les documens qui existent sur la construction de cet difice, tant
descriptifs que graphiques, d'tudier surtout les caractres
archologiques du monument, enfin de recueillir les traditions souvent
si prcieuses.

C'est ainsi que nous avons suivi l'dification lente de Notre-Dame, dont
nous avons restaur chaque partie d'aprs l'poque qui lui est propre,
et c'est par ces tudes srieuses que nous avons pu constater les
diffrentes phases de sa construction depuis le XIIe jusqu'au XIVe
sicle. Nous avons reconnu les changemens considrables apports dans la
disposition des fentres de la nef et du choeur, l'adjonction des
chapelles excutes autour de l'abside dans le XIVe sicle, ainsi que la
construction de celles leves  la fin du XIIIe sicle entre les
contreforts de la nef. Le plan de Turgot et les traces encore existantes
nous ont permis de rtablir la dcoration extrieure de ces chapelles,
c'est avec le texte de Corrozet, et les fragmens en place que nous avons
refait les ttes d'perons de la nef.

L'ancien dessin[2] dont nous donnons la gravure en tte de ce rapport,
et quelque descriptions[3] nous ont servi de guide pour la restauration
de la grande porte de la faade occidentale. Puis, c'est  l'aide
d'anciennes gravures, et surtout du prcieux dessin de feu Garneray, que
nous avons rdifi la flche centrale. Enfin le texte de Sauval,
confirm par une fouille que nous avons releve  l'poque des
crmonies funbres du Prince royal, nous a permis de constater le
niveau du sol ancien du parvis de Notre-Dame, et la disposition des
treize marches indiques par tous les historiens.

[Note 2: Ce dessin appartient  M. Gilbert.]

[Note 3: Sainte-Foix, Dubreul, Leboeuf.]

Nous donnons ici le profil de la fouille.

[Illustration]




=Deuxime Partie.=

=Description historique de la cathdrale de Paris, depuis l'poque de sa
construction jusqu' nos jours.=


Ainsi que nous venons d'avoir l'honneur de le dire, monsieur le
Ministre, cette partie importante et difficile de notre travail a
ncessit le dpouillement de tous les textes, de tous les renseignemens
graphiques et historiques relatifs  la cathdrale de Paris, mais c'est
surtout par l'tude srieuse du monument, par l'examen archologique des
formes qui le caractrisent, qu'il tait possible d'arriver 
connaissance parfaite des diffrentes phases de sa construction.

Il fallait que cette analyse minutieuse vint expliquer, complter, et
souvent mme rectifier les opinions rsultant de l'examen des textes
seuls; car souvent un texte peut se prter  des interprtations
diverses, ou paratre inintelligible, tandis que les caractres
archologiques sont l, comme autant de dates irrcusables, graves sur
l'ensemble et jusque sur les moindres dtails du monument.

Il suffira de citer un exemple bien frappant, pris dans le monument mme
qui fait l'objet de ce travail. Si l'on s'en rapportait seulement aux
textes, il faudrait admettre que la porte rouge, ct du nord, a t
btie dans le XVe sicle. Or, cette porte est videmment du XIVe, et du
commencement. Le caractre de son architecture, et la vigueur de
l'ornementation ne permettent aucun doute  cet gard. Dans cette
immense cathdrale, on distingue trois grandes poques, et cependant les
adjonctions qui, pendant trois sicles, sont venues se souder aux
premires constructions, n'ont pas t  l'difice une certaine unit,
une grandeur de conception bien rares dans des monumens levs avec tant
de lenteur.

La partie la plus ancienne de l'glise Notre-Dame est btie par Maurice
de Sully, dans la seconde moiti du XIIe sicle; avant lui, les
constructions n'taient arrives qu'au niveau du sol. Cet vque employa
toute sa fortune  la construction du choeur et d'une partie de la nef.

Plusieurs auteurs[4] et la tradition disent que Notre-Dame est btie sur
pilotis, et cependant, en 1699, des fouilles faites  l'occasion de la
construction du tour du choeur en marbre, et du matre-autel, prouvrent
que cette opinion est errone[5]. Ce qui fut encore confirm par
d'autres fouilles excutes en 1774[6].

[Note 4: Corrozet.]

[Note 5: Est  noter que la fondation o sont les piliers qui
portent les arcades et le mur en pourtour du choeur de l'glise
Notre-Dame, a dix-huit pieds de profondeur au-dessous de leurs bases qui
sont enterres six pouces plus bas que le rez-de-chausse du pav de la
mme glise, poses sur la glaise ferme, sans pilotis ni plates formes,
construites par le haut au-dessous du rez-de-chausse avec trois assises
de pierre de taille dure dans tout le pourtour d'une gale hauteur, et
faisant retraite les unes sur les autres, poses et tailles proprement,
et le surplus au-dessus de gros moellons et mortier de chaux et sable
plus dur que la pierre. (_Procs-verbal de la pose du matre-autel._)]

[Note 6:  cette poque (en 1774), le sieur Boulland, architecte du
chapitre, fit faire, derrire le choeur, une fouille de vingt-quatre
pieds de profondeur et d'une grande longueur, et se trouva  un pied
au-dessous des fondations, et dcouvrit sous chaque pilier trois assises
gales de libages en pierre de Conflans, d'une grande hauteur,
parfaitement conserves et poses sur terre franche. Entre les piliers,
existe une bonne maonnerie de moellon et de mortier.]

Maurice de Sully, qui mourut en 1196, laissa 5,000 livres pour couvrir
le choeur en plomb; ainsi,  cette poque, le choeur tait entirement
termin. Aprs lui, les constructions furent heureusement continues
suivant les premires dispositions, pendant assez de temps pour
permettre l'achvement du vaisseau.

L'glise de Maurice de Sully forme comme le noyau de la cathdrale de
Paris, et il est facile encore de la distinguer malgr la richesse de la
dcoration dont les XIIIe et XIVe sicles sont venus l'envelopper. Ainsi
que nous le prouvons plus loin, c'est aux premires annes du XIIIe
sicle que l'on doit faire remonter la construction de la magnifique
faade occidentale, celle des perons et des galeries de la nef, ainsi
que l'arrangement des grandes fentres, et c'est encore dans la seconde
moiti de ce sicle que furent ajoutes les chapelles de la nef. Enfin
les deux faades des transcepts, les chapelles du choeur, et une grande
partie des arcs-boutans appartiennent au XIVe sicle.

Un fait assez rare et qui peut tre observ  Notre-Dame, c'est que les
XVe, XVIe et XVIIe sicles n'ont rien ajout  cette glise dj
complte.

Les grosses colonnes rondes intrieures, les galeries suprieures du
choeur et les grandes parties de murs levs sur ces galeries
appartiennent  la construction primitive. Alors ces murs taient percs
de fentres beaucoup moins longues que celles qu'on y voit aujourd'hui,
quoi qu'elles aient conserv leurs colonnettes et arcs anciens. Deux de
ces fentres  doubles biseaux se voient encore  l'entre de la nef.
Par leur lvation au-dessus des galeries, elles avaient permis la
construction d'un comble d'une seule pente, dont on voit encore la trace
le long du mur de la tour; les filets et les jets d'eau existent encore
sur toute la face mridionale, et les deux grands perons qui viennent
maintenir les deux extrmits du transcept taient destins, en mme
temps qu'ils contrebutaient,  former les pignons de ces combles. Les
grandes fentres que l'on y voit les clairaient ainsi que les galerie.
Cette disposition, plus simple que celle actuelle, laissait
intrieurement au-dessus de l'arcature des galeries suprieures, un
grand espace vide destin peut-tre  recevoir des peintures.

Le choeur conserve, au-dessous de la corniche actuelle, une large
ceinture de damiers qui tiennent  la construction primitive. Quant aux
arcs-boutans, ils taient probablement comme les deux qui existent
encore contre les murs du choeur, ct du midi, couvert de dalles, orns
d'une dentelure peu saillante. Soit que les fonds aient manqu, soit que
l'architecte ait, aprs la mort de Maurice de Sully, chang la
disposition premire, les galeries suprieures n'ont pas t termines.

Des arcs doubleaux, engags dans les murs qui les ferment aujourd'hui,
feraient penser que ces galeries devaient tre doubles comme les
bas-cts; quoi qu'il en soit, elles ont t bouches provisoirement, et
avec assez peu de soin, lorsque dans le XIIIe sicle les travaux furent
repris avec une grande activit.

Du reste, il y a cela de remarquable dans cette premire construction de
l'glise Notre-Dame, depuis 1161 jusqu'en 1196, mort de Maurice, que
pendant cette priode on peut suivre une des transitions les plus
curieuses de l'art chrtien.

Le choeur, par lequel l'vque fondateur commena son oeuvre, est encore
empreint du caractre roman, et la nef construite  la fin de sa vie, ou
peu de temps aprs sa mort, est dj soumise au got gothique.

Un fait intressant nous donne la date de la construction de la belle
faade occidentale.

Leboeuf nous apprend que c'est en 1218 que l'on abattit la vieille
glise St-tienne, qui gnait la construction de la partie mridionale
de la nouvelle basilique, et que le bas-relief du tympan de la porte
Ste-Anne, sur la faade de Notre-Dame, provient de cette vieille glise,
ainsi que les statues qui dcoraient le parvis de cette porte avant
1793[7].

[Note 7: Ces statues, donnes par Montfaucon dans la monarchie
franaise, comme celles des rois de France, taient, ainsi que le disent
trs bien Leboeuf et Corrozet, celles des rois de Juda.]

L'anne de la dmolition de l'glise Saint-tienne, et le replacement
des sculptures qui la dcoraient,  la porte Sainte-Anne, nous donnent
la date positive de la construction de la faade occidentale de
Notre-Dame, ce qui du reste s'accorde parfaitement avec le caractre
architectonique de cette faade. Malheureusement, des statues si
curieuses, qui ornaient cette porte, il ne reste plus que celle de
Saint-Marcel, restaure maladroitement en 1818.

Nous pouvons donc regarder la faade occidentale de la cathdrale de
Paris comme btie dans la premire moiti du XIIIe sicle; son style est
plein de grandeur et d'unit; la similitude des profils qui la dcorent
depuis le bas jusqu'au sommet des Tours, ne peut pas laisser douter
qu'elle n'ait t construite d'un seul jet, et sans interruption.
Cependant les tours restrent inacheves, les flches en pierre qui
devaient les terminer, et dont on voit parfaitement la naissance dans la
construction intrieure, ne furent pas leves.

Le style particulier  cette faade se retrouve encore dans la grande
corniche qui pourtourne l'difice, et dans les perons de la nef.

La flche en bois, revtue de plomb, qui s'levait sur le comble au
milieu du transcept, devait tre aussi, d'aprs les dessins et gravures
qui seuls peuvent nous en donner une ide, de l'poque de la faade,
ainsi que toute la charpente du grand comble. Un chapiteau fort curieux,
taill dans le poinon qui existe encore au centre de la souche de cette
flche, suffit pour fixer d'une manire prcise l'poque de sa
construction, ainsi celle de la charpente, videmment du XIIIe sicle.
Cette flche, qui contenait six cloches, fut dtruite en 1793.

C'est aprs la construction de la faade occidentale, et vers le milieu
du XIIIe sicle que des modifications graves furent apportes  la
basilique de Maurice de Sully. Les fentres de la nef et du choeur, dont
nous avons dj parl, furent alors largies et allonges jusque sur
l'arcature des galeries, et des meneaux furent placs dans ces fentres
avec assez peu de got. Cette nouvelle disposition eut cela de fcheux,
qu'elle fit substituer aux combles simples qui couvraient les galeries
des terrasses avec doubles cheneaux, qui entretiennent une humidit
constante sur les votes.

L commencent dj les mutilations innombrables que Notre-Dame a subies
depuis, car ces grandes fentres ogivales, non concentriques avec les
anciennes, outre qu'elles ne sont pas en proportion avec tout ce qui les
entoure, sont une cause de ruine pour l'difice, et  laquelle il est
difficile d'apporter un remde efficace.

Soit que les portails des transcepts n'aient pas t achevs ou mme
construits par Maurice de Sully, soit que leur dcoration ne ft plus
dans le got du XIIIe sicle, soit que les fentres de la nef et du
choeur ayant dj t agrandies, fissent paratre trop petits les jours
du transcept, c'est en 1257, sous le rgne de Saint-Louis, que Regnault
de Corbeil, vque de Paris, fit lever ou refaire par matre Jean de
Chelles le portail mridional du transcept, ainsi que le constate
l'inscription curieuse que l'on y voit encore, malgr toutes les
mutilations qu'elle subit chaque jour[8]. Tout le premier systme
d'architecture fut modifi, et des roses furent substitues aux
fentres.

[Note 8: ANNO. DOMINI. MCCLVII. MENSE. FEBRVARIO. IDUS. SECUNDO.
HOC. FUIT. INCEPTUM. CHRISTI. GENITRICIS. HONORE. KALLENSI. LATHOMO.
VIVENTE. JOHANNE. MAGISTRO.]

Jusqu'en 1270, les bas cts de la cathdrale n'taient pas orns de
chapelles, cette disposition plus simple et plus grandiose fut
abandonne  cette poque. Jean de Paris, archidiacre de Soissons, mort
vers 1270, lgua cent livres tournois pour lever ces chapelles[9] qui
furent construites entre les contreforts, et ornes extrieurement de
pignons et statues[10]. Il est probable que les chapelles qui sont au
commencement du choeur furent construites, sinon  la mme poque que
celles des bas-cts de la nef, du moins peu de temps aprs celles-ci,
car elles prsentent les mmes caractres.

[Note 9: Leboeuf. _Observations sur l'antiquit de l'difice de
Notre-Dame._]

[Note 10: Plan de Turgot.--Corrozet. (_Voir les dessins, preuves 
l'appui._)]

Le portail septentrional fut bti cinquante ans aprs celui du midi,
c'est--dire vers l'an 1312 ou 1313. Philippe-le-Bel employa  sa
construction une partie des biens des Templiers, aprs la suppression de
l'ordre. Ainsi que nous l'avons dit plus haut, la construction de la
porte rouge doit tre de cette poque, quoique le docteur Grancolas dans
son histoire abrge de l'glise et de l'universit de Paris, prtende
qu'elle ait t btie par Jean-Sans-Peur, depuis 1404 jusqu'en 1419:

Les chapelles qui font le tour du choeur ainsi que les fentres qui
dcorent la galerie suprieure dans cette partie de l'difice sont du
commencement du XIVe sicle. Cette poque fit pour les fentres de la
galerie ce qui avait t fait dans le XIIIe sicle pour les grandes
fentres; et tous les inconvniens causs par les eaux pluviales sur les
galeries suprieures, se reproduisent sur les votes des chapelles du
choeur. Les actes de fondation de quelques-unes de ces chapelles, faits
en 1324, donnent l'poque de leur fondation, qui s'accordent
parfaitement avec leur caractre archologique[11].

[Note 11: _Dissertations sur l'Histoire ecclsiastique et civile de
Paris_, 1739, t. I, p. 75 et 112.--_Ncrologie du XIIIe sicle_. M. S.,
fonds de N.-D., Bibliot. du Roi, n 3883.]

Intrieurement, les XIIe et XIIIe sicle dominent, l'importance de la
nef laisse  peine apercevoir toutes les constructions faites dans le
XIVe sicle.

Il ne reste plus aujourd'hui qu'une partie des bas-reliefs qui ornaient
le tour du choeur, ceux qui se trouvaient dans le rond-point ont t
dtruits ainsi que le jub qui en fermait l'entre. Une inscription
place du ct du nord, au-dessus d'une figure d'homme  genoux, donnait
la date de cette charmante imagerie[12].

[Note 12: C'est matre Jean Ravy, qui fut maon de Notre-Dame de
Paris l'espace de vingt-six ans, et commena ces nouvelles histoires; et
matre Jean Bouteillier les a parfaites en l'an MCCCLI.]

Le pre Dubreul nous donne des renseignemens curieux sur cette partie
intressante de l'ornementation de Notre-Dame, dont il ne reste que les
portions adosses aux stalles[13].

[Note 13: Le choeur de l'glise Notre-Dame est clos d'un mur perc 
jour autour du grand autel, au haut duquel sont reprsents en grands
personnages de pierre, dors et bien peints, l'_Histoire du
Nouveau-Testament_, et, plus bas, l'_Histoire du Vieux-Testament_, avec
des crits au-dessous qui expliquent lesdites histoires. Le grand
Crucifix qui est au-dessus de la grande porte du choeur avec la croix,
n'est que d'une pice; et le pied d'iccluy, fait en arcade, d'une autre
seule pice, qui sont deux chefs-d'oeuvre de taille et de sculpture.
(Dubreul.--_Thtre des antiquits de Paris_.)]

Il existe un procs-verbal, dat de 1699, de la dmolition de l'ancien
autel qui indique d'une manire fort exacte la disposition si
intressante de cet autel, de ce qui l'entourait, sa dcoration, et
jusqu'aux plus menus dtails. Ce procs-verbal dcrit aussi trs
minutieusement et la chsse de Saint-Marcel, qui tait place derrire
le matre-autel avec son riche dais support par quatre colonnes de
cuivre, et le petit autel des ardens, plac derrire cette chsse[14].

[Note 14: _Descriptions historiques des curiosits de l'glise de
Paris_, par M. C. P. G., 1763. Paris.]

Trois sicles avaient travaill  l'achvement de cette reine des
cathdrales de France, trois sicles avaient jet dans ce grand monument
tout ce qu'ils avaient pu runir de plus riche; tout leur art, toute
leur science. Trois sicles enfin taient parvenus a parfaire l'oeuvre
commence par le pieux vque Maurice de Sully. Le monument tait
complet. Pourquoi ne pas l'avoir conserv ainsi?  partir du XIIIe
sicle ce n'est plus, pour l'glise Notre-Dame, qu'une suite de
mutilations, de changemens sous prtexte d'embellissemens.

De cette poque, ce ne sont plus tant les intempries des saisons qui
dtruisent une si belle oeuvre que la main des hommes.

Lorsqu'on numre cette suite de destructions, on ne comprend pas
comment il reste encore de si beaux vestiges de l'ancien difice. Nous
allons passer rapidement sur tous ces actes de vandalisme que notre
poque veut enfin rparer.

En 1507, le parlement ordonna que la rue qui conduit du pont Notre-Dame
au Petit-Pont, serait remblaye jusqu' dix pieds de hauteur, attendu
qu'il fallait _trop descendre_ pour arriver  Notre-Dame, et _trop
monter_ pour y entrer[15]. Ainsi furent enterres les 13 marches qui
prcdaient les portes de la faade occidentale. Peu aprs, le sol du
parvis finit par atteindre celui de l'glise, et mme par le dpasser.
En 1699, l'excution par Louis XIV du voeu de Louis XIII, fit dtruire
les bas-reliefs du rond-point, l'ancien matre-autel, les stalles en
boiseries du XIVe sicle, le dais de la chsse Saint-Marcel et l'autel
des ardens. Cette charmante dcoration, dont quelques rares dessins,
tapisseries et gravures nous ont laiss l'aspect, fut remplace par la
lourde architecture qui nous cache les belles colonnes du choeur. En
1725, le cardinal de Noailles fit refaire intrieurement la rose, une
partie du pignon et les clochetons du ct du midi, en modifiant tous
les profils et ornemens.

[Note 15: Sauval.--_Histoire des Antiquits de Paris_, t. I.]

Ce prlat, plein d'un zle fatal au monument, fit abattre les saillies
et gargouilles qui ornaient les contreforts, et qui servaient  jeter
les eaux pluviales; il les fit remplacer par des tuyaux en plomb.

L'ancien jub, dont l'ensemble est indiqu dans une gravure de Viator et
quelques fragmens dans un dessin curieux[16], fut dtruit par le
cardinal de Noailles, qui le fit remplacer par une lourde dcoration
dont la rvolution de 1789 a fait justice. C'est  cette poque que
l'glise fut _badigeonne_ pour la premire fois! Cet archevque de
Paris, nous devons lui rendre cette justice, ne borna pas ses soins 
_embellir_, suivant le got de son poque, l'glise de Notre-Dame. En
1726, il fit refaire toute la couverture en plomb[17], quelques parties
de la grande charpente, plusieurs arcs-boutans, les galeries,
terrasses, et reconstruire la grande vote de la croise qui menaait
ruine.

En 1741, les vitraux peints des fentres de la nef, qui reprsentaient
des voques et personnages de l'ancien testament, furent dtruits. En
1753, on enleva galement ceux du sanctuaire qui reprsentaient le
Christ entre la Vierge et saint Jean-Baptiste.

[Note 16: Bib. royale. Estampes.--Topographie, et Artifices de la
perspective, de Viator, trad. Pellegrin.]

[Note 17: Poids total du plomb: 220,240 livres.]

Le chapitre de Notre-Dame fit briser ces verrires, dont le pre Dubreul
parle comme d'une merveille; ce fut un certain _Le Viel,
matre-vitrier_, fort vers dans la thorie de la _peinture sur verre_,
auteur d'un _Trait pratique et historique_ sur cet art[18], qui fut
charg de remplacer cette magnifique dcoration par des verres blancs,
entours de bordures fleurdelises. Nous ne savons si le sieur Le Viel
comprenait ainsi la _partie pratique et historique de son art_; mais ce
qu'il y a de curieux, c'est que ce malheureux ouvrier fut tellement
satisfait de son oeuvre de destruction, qu'il peignit sur l'une des
verrires une longue inscription latine, dans laquelle il dit
pompeusement que les vitraux ont t refaits en verres blancs de France,
et les bordures en verres bleus de Bohme; il termine ainsi: Le tout
fait et peint par Pierre et Jean Le Viel frres, matres-vitriers 
Paris.

[Note 18: _Curiosits de l'glise de Paris_, par M. C. P. G. 1765.]

Nous ne comprenons pas ce que le mot peint peut avoir  faire ici. Cet
acte de barbarie fut malheureusement rpt bien des fois,  cette
poque, dans nos cathdrales. Les chapitres voulurent trouver leurs
glises trop sombres;  Chartres,  Paris,  Reims, et dans cent autres
difices, les verres blancs remplacrent les verrires peintes, et le
badigeonnage acheva d'enlever  nos temples leur mystrieuse obscurit.
Mais,  Notre-Dame, on ne se contenta pas de briser les vitraux; les
meneaux des grandes croises furent encore recoups, retaills de la
faon la plus dplorable, sans doute pour donner plus d'clat et de
dveloppement aux nouveaux _vitraux peints_ des sieurs Leviel.

Ce fut probablement peu de temps aprs cette dernire destruction que
fut enlev le curieux vitrail du XIVe sicle, plac dans la chapelle
d'Harcourt[19].

[Note 19: Ce vitrail reprsentait la cour cleste des papes, des
empereurs, des rois, des reines, des lgats, des cardinaux, des
archevques, des vques, des religieux et religieuses de diffrens
ordres. Il n'en existe plus qu'une description dans les _Curiosits de
l'glise de Paris_.]

Nous voici arrivs  l'une des mutilations les plus importantes de
l'glise Notre-Dame; nous voulons parler de celle qu'a subie la porte
principale du portail actuel. Ce fut le 1er juillet 1771 que Soufflot
posa la premire pierre de la nouvelle construction, chose monstrueuse
qui cota la destruction de la figure du Christ, pose sur le trumeau du
milieu, et d'une partie du beau bas-relief reprsentant le Jugement
dernier. Cet architecte avait dj marqu son passage  Notre-Dame, en
1756, par la construction de la nouvelle sacristie, qui vient si
lourdement s'accoler aux chapelles mridionales de la cathdrale. C'est
vers la mme poque, en 1766, que fut construite la grande cave
pratique sous la nef depuis les piliers de la tour jusqu' ceux du
transcept. En 1772, le chapitre fait restaurer  ses frais plusieurs des
figures qui dcorent les voussures de la porte de la Vierge, sur la
faade occidentale[20].  partir de cette poque, les destructions
deviennent si frquentes jusqu' nos jours, que nous avons pein  les
classer.

[Note 20: _Recueil des conclusions du Chapitre_ de 1767  1772.]

Le dallage du choeur est remplac de 1769  1775, ainsi que celui de la
nef et des bas-cts. En faisant cette opration, on lve le sol de
l'glise, et les bases des colonnes sont plaques en marbre de
Languedoc. Dj, en 1699, en fondant le matre-autel, on avait constat
l'existence de deux dallages superposs, dont l'un tait compos de
petits carreaux octogones en marbre blanc; ainsi, le sol actuel de
l'glise doit tre beaucoup plus lev que l'ancien. C'est en 1771 que
fut pose la grille qui se voyait devant le portail occidental.

En 1773, l'architecte Boulland supprime toute la dcoration du mur des
chapelles de la nef, du ct mridional, et la remplace par un mur lisse
surmont d'un cheneau[21].

[Note 21: Ce travail cota 40,000 livres.]

En 1780, on badigeonne de nouveau toute l'glise, et la statue colossale
de saint Christophe, place devant le premier pilier  droite en
entrant, est enleve et dtruite.

En 1782, le chapitre fait remplacer le petit pav de grs qui formait le
sol de la galerie de la Vierge par un dallage en liais; puis les
arcs-boutans du choeur, du ct du midi, sont engags dans une lourde
maonnerie qui, faite dans le but de les consolider, les entrane vers
une ruine certaine.

En 1787, la faade occidentale[22] est livre  un sieur Parvy,
architecte, qui imagina un moyen de restauration fort simple: il prit le
parti de couper toutes les saillies, gargouilles, moulures, colonnes
mmes, chapiteaux, enfin, tout ce qui pouvait prsenter quelques
difficults  rparer. Cet architecte parvint encore  enlever  la
grande galerie  jour toute son lgance, en bouchant les trfles de son
arcature avec de mauvaises dalles. Ce fut lui qui fit couper  vif tous
les ornemens et moulures qui dcoraient la grande rose de cette faade;
qui reconstruisit, en la dnaturant, l'une des galeries de la cour des
rservoirs, et qui, par une raison impossible  deviner, transforma
toute l'arcature de la grande galerie, du ct de cette cour, en un
parement lisse.

[Note 22: _Description historique de la basilique mtropolitaine de
Paris_, par A. P. M. Gilbert.]

Ces dvastations n'taient que le prlude de celles que la rvolution de
1789 devait faire subir  Notre-Dame de Paris.

Des cbles, attachs aux statues de rois qui dcoraient la galerie
occidentale, les arrachrent de leurs niches sculaires. Les saints, les
aptres des faades, furent jets sur la place. Un grand nombre de ces
dbris resta long-temps aprs la rvolution amoncel le long des
chapelles du nord. Les statues du portail mridional furent ensevelies
pour servir de bornes rue de la Sant. L'un de nous en constata
l'existence en dcembre 1839, et les fit transporter, aux frais de la
ville, au Palais des Thermes.

Les spultures et monumens votifs intrieurs furent briss et enlevs.
Quelques-uns de ces fragmens, dposs au muse des Petits-Augustins,
furent, depuis, transports  Saint-Denis et  Versailles. Il serait
peut-tre  dsirer que ces objets fussent rendus  la cathdrale
dpouille; dans tous les cas, nous en donnons ici une note exacte[23].

[Note 23: Monumens enlevs de l'glise Notre-Dame de Paris,
transfrs au muse des Petits-Augustins, leur destination actuelle.

1 Une pierre octogone ayant servi de support  une statue de l'vque
Matiffas de Bucy. Elle porte cette inscription:

    Ci est le ymage de bonne mmoire Sim

Matiffas de Buci de le esveschie de Soissons jadis esveques de Paris par
qui furent fondes premirement ces trois chapeles ou il gist en l de
grace MCCXXIIII et XVI et puis l fit toutes les autres envir le coeur
de ceste eglise. Pics pour lui.

La statue de l'vque, pose debout sur ce support, ne s'est pas
retrouve; mais la pierre, dont l'inscription vient d'tre reproduite,
est  Saint-Denis, dans la cour des Valois, o elle se dgrade. M.
Debret la tient, depuis plusieurs mois,  la disposition du Ministre de
l'Intrieur, afin qu'elle soit rintgre  Notre-Dame.

2 Une statue en pierre, de grandeur naturelle, reprsentant Adam. Cette
figure est nue. Adam se couvre les parties sexuelles d'une large feuille
de figuier.

Monument de la fin du XIIIe sicle, provenant, suivant Lenoir, d'un des
portails de Notre-Dame. La statue a t porte  Saint-Denis, o elle
gt en ce moment couche par terre dans la cour des Valois. Les dplace
mens qu'elle a subis l'ont prive des deux jambes, qui existent encore,
mais spares du corps.

3 Les deux statues  genoux, en pierre peinte, de Jean Juvenal des
Ursins, et de sa femme, Michelle de Vitry. XVe sicle.

Ces deux statues font maintenant partie du muse de Versailles.

4 Inscription funraire en l'honneur de la famille des Ursins, sur
marbre blanc. XVIIIe sicle.

Cette pitaphe, long-temps abandonne dans une cour des
Petits-Augustins, a t, dit-on, employe comme un marbre ordinaire
pour servir de revtement. Il pourrait se faire qu'elle et t
simplement retourne, et qu'une nouvelle inscription et t grave sur
le revers de l'ancienne.

5 La Figure agenouille du chanoine Pierre de Fayel, avec ses
armoiries, et une inscription indicative des sommes donnes par lui pour
les sculptures de la clture du choeur de Notre-Dame. XIVe sicle.

Cette Figure, en demi-relief, qui faisait elle-mme partie de la clture
du choeur, a t porte  Versailles. Elle n'a point encore t place
dans les galeries du muse, et se trouve au rez-de-chausse, dans une
salle de dpt, prs de la galerie des tableaux-plans.

6 Une Mort, squelette d'albtre, peint couleur de bronze, attribue par
Lenoir au sculpteur Franois Gentil. Ce monument, plac originairement
au cimetire des Innocens, fut transfr  Notre-Dame, lors de la
suppression du cimetire.

La Mort tient une faulx, et s'appuie sur un cartel portant cette
inscription:

    Il n'est vivant tant soit plein d'art
    Ni de force pour rsistance,
    Que je ne frappe de mon dart
    Pour donner aux vers leur pitance.
    Priez Dieu pour les trpasss.

La figure de la Mort est dpose au palais des Beaux-Arts, dans une des
salles du rez-de-chausse, au fond de la troisime cour,  droite en
regardant l'hmicycle.

7 Une Vierge en marbre blanc de grandeur naturelle. XIVe sicle.

On ignore ce que ce monument est devenu.

8 Le clbre tableau reprsentant toute la famille des Ursins. XVe
sicle.

Ce tableau est au muse de Versailles, dans la premire salle de la
collection des portraits.

9 Plusieurs Vierges en pierre peinte ont t transportes du muse des
Petits-Augustins  Saint-Denis. Une de ces statues provenait de
Notre-Dame.

10 Statue en marbre,  genoux, du cardinal Pierre de Gondi, vque de
Paris, place sur un entablement que portent quatre colonnes de marbre
noir, au milieu desquelles on voit un grand cnotaphe de pareil marbre,
charg d'atributs et d'une inscription. XVIIe sicle.

La Statue est  Versailles. Les autres parties du tombeau ont t
disperses, l'entablement se voit encore au Salon des Beaux-Arts, dans
le clotre prs de la chapelle. On fera remarquer  ce sujet que lors de
la translation des monumens historiques de l'ancien muse des
Petits-Augustins,  Versailles, on enleva un certain nombre de mausoles
dont les statues ont seules reparu dans le nouveau muse, dpourvues de
la dcoration qui les accompagnait originairement. Pour citer quelques
exemples, les armoiries, l'pitaphe, les pilastres du tombeau du
cardinal Mazarin, la dcoration architectorale du tombeau du commandant
de Souvr, les pitaphes de Caylus et de Chrin, l'cusson, l'pitaphe
et la tombe de Raymond Philippeaux, conseiller d'tat, etc., etc.,
transfrs  Versailles, n'ont pas t rtablis dans les galeries du
muse.

11 Statue en marbre blanc,  genoux, d'Albert de Gondi, duc de Retz,
marchal de France.

Monument compos comme celui du cardinal de Gondi. XVIIe sicle.

Mme observation.

L'effigie du marchal fait partie du muse de Versailles.

12 Louis XIV,  genoux, statue en marbre blanc, par Coyzevoz.

Rendu  Notre-Dame en 1816, enleve en 1832, puis transporte dans la
chapelle de Versailles.

13 Louis XIII,  genoux, sculpt en marbre blanc, par Guillaume
Coustou.

Mme observation que pour la statue de Louis XIV.

14 Groupe de la descente de croix, par Nicolas Coustou.

Rintgr  Notre-Dame.

15 Mausole du compte d'Harcourt, par Pigalle.

Rintgr  Notre-Dame, maladroitement restaur.

16 Le Christ au tombeau, bas-relief, par Vass.

 Notre-Dame, au matre-autel,

17 Statues, en marbre blanc, de Saint-Louis et de Saint-Maurice,
sculptes en marbre blanc, par Jacques Rousseau, pour la chapelle de
Noailles, XVIIIe sicle.

Ces figures ont t donnes  l'glise de Choisy-le-Roy.

(1) Il existe aux Archives du royaume des dessins trs complets et trs
bien excuts de toutes ces tombes. M. Gilbert, conservateur de
Notre-Dame, possde un dessin, peut-tre unique, de le statue de
Philippe-le-Bel.

(2) Voir aux Archives du royaume, les procs-verbaux dtaills de tous
les objets qui composaient le trsor.]

Tout le sol du choeur tait pav de tombes de cuivre trs remarquables;
elles furent dtruites et fondues, ainsi que la curieuse statue questre
de Philippe-le-Bel. Les cercueils en plomb servirent  faire des balles;
enfin, le trsor, dont il ne reste que quelques morceaux, fut jet dans
le creuset de la Monnaie ou dispers.

Retracer toutes ces dvastations est une chose impossible; et,
d'ailleurs, qui ne se les rappelle ou n'a entendu les raconter cent
fois?

La belle flche en bois du XIIIe sicle ne rsista pas  l'orage
rvolutionnaire, elle fut abattue, les plombs fondus, et aujourd'hui le
milieu du transcept n'en laisse plus voir que la souche mutile. La
vieille basilique chrtienne, ainsi dpouille de tout ce que la
religion y avait runi pendant six cents ans, devint un temple  la
_Raison_.

Depuis cette poque, des modifications srieuses furent encore apportes
aux anciennes constructions. En 1809, un jub en marbre, orn d'abeilles
de bronze dor, et des grilles d'une belle excution, en fer poli, et
enrichies de cuivre, furent poses autour et devant le choeur. En 1811,
on fit placer  toutes les fentres des chapelles des grilles en fer,
qui masquent les meneaux de la manire la plus fcheuse.

En 1812 et 1813, le mur des chapelles de la nef, ct septentrional, fut
refait, les pignons en mauvais tat furent remplacs par des frontons
qui n'appartiennent  aucune poque. La corniche ancienne fut dpose et
repose dans de nouvelles conditions; les gargouilles supprimes et
remplaces par des tuyaux de descente, les arcatures des fentres
coupes  vif et modifies, les gargouilles des piscines brises, et les
murs incrusts de pierres neuves. Le portail du nord ne fut pas plus
respect, des restaurations sans nom modifirent entirement le
caractre de son ornementation. Cette faade est aujourd'hui d'un effet
dplorable.

En 1817, un des arcs-boutans du choeur, ct du midi, est restaur 
neuf, sans tenir compte de l'ancien appareil.

En 1818, la chapelle de l'extrmit du choeur est modifie, la fentre
centrale est bouche par une niche porte extrieurement sur une trompe.
Ce changement fait  l'abside, au point le plus en vue, est une tache
choquante sur la gracieuse ceinture des chapelles qui entourent le
choeur.

C'est  la mme poque, en nettoyant les figures de la porte de la
Vierge, que l'on dcouvrit des traces de peinture et de dorure
parfaitement conserves[24].

[Note 24: Gilbert.]

En 1819, la chapelle de la Vierge est dcore; elle se composait de
trois chapelles ddies  saint Louis,  saint Rigobert, et  saint
Nicaise. Dans cette dernire se voyait l'apothose de saint Nicaise,
peinte sur le mur. Cette peinture a t dtruite, ou peut-tre cache
seulement par le badigeon.  l'entre de cette chapelle se voyait la
statue de Matiffas de Bucy, vque de Paris, puis de Soissons. Cette
statue, exhume depuis peu des caveaux de la sacristie, tait place sur
un socle orn d'une inscription.

En 1820, le dpartement de la Seine alloue 50,000 fr.  la restauration
de Notre-Dame, mais malheureusement cette somme est dpense  faire des
reprises en mastic de Dhil, qui aujourd'hui sont tombes presque
partout, et  badigeonner de nouveau tout l'intrieur de l'glise.

En 1831 les meutes du mois de fvrier dtruisent l'archevch et la
vieille chapelle de l'ancien vch.

La croix du chevet est renverse, elle brise en tombant une portion de
la balustrade du grand comble, et dfonce une vote des galeries
suprieures. L'un des auteurs de cet acte de vandalisme a crit son nom
sur le mur de la galerie intrieurement, avec ses qualits et la
constatation du fait.

La dmolition de l'archevch entrana avec elle la mutilation du
portail du midi, si remarquable par ses bas-reliefs et son inscription.

L'tat d'abandon dans lequel resta si long-temps cette partie de
Notre-Dame, excita l'indignation de tous les amis de nos beaux difices
du moyen-ge. Les murs de cette faade devinrent un dpt d'immondices,
et les enfans brisrent  coups de pierres les bas-reliefs de ce
portail, que le temps avait respects l'espace de six cents ans.

En 1837, par l'intervention de l'administration de l'intrieur, des
cultes, et de l'instruction publique, et sur le rapport de l'un de nous,
le remblai du jardin du ct du midi fut suspendu, et la prfecture de
la Seine fit faire une nouvelle tude du nivellement.

Enfin, c'est en 1840 que furent excuts les derniers essais de
restauration en mastic des clochetons du nord et de la premire chapelle
de la nef, ct mridional. Malheureusement au lieu de chercher 
rtablir les pignons aigus qui existaient dans l'origine, on s'est
content de copier les lourds frontons ajouts sur la face du nord en
1812 et 1813.

       *       *       *       *       *




=Troisime Partie.=

=Restauration extrieure.=


Nous venons, monsieur le ministre, de tracer le tableau bien rapide et
bien triste des dgradations et des mutilations de toutes sortes qui
depuis si long-temps dshonorent notre belle cathdrale. Il nous reste 
parler des moyens que nous avons cru devoir employer pour rparer tant
de dsastres.

Dans l'excution de l'important travail que nous avons l'honneur de vous
soumettre, travail compos de vingt-deux feuilles de dessins, et d'un
devis de toute la dpense, nous sommes rests constamment fidles aux
principes que nous avons mis prcdemment sur la restauration en
gnral. Nous avons repouss compltement toute modification, tout
changement, toute altration, tant de la forme et de la matire que du
systme de construction. C'est avec un respect religieux que nous nous
sommes mis  la recherche des moindres vestiges des formes altres
soit par le temps, soit par la main des hommes. Et lorsque ces
renseignemens nous ont manqu, c'est  l'aide de textes positifs, de
dessins, de gravures et surtout en puisant des autorits dans le
monument mme que nous avons procd  l restauration.

Loin de nous l'ide de complter une oeuvre aussi remarquablement belle,
c'est l une prtention  laquelle nous avouons ne rien comprendre.
Croit-on, par exemple, que ce monument gagnerait  la reconstruction des
deux flches (d'une forme d'ailleurs fort hypothtique) au-dessus des
deux tours? Nous ne le pensons pas. Et mme, en admettant une russite
complte, on obtiendrait peut-tre par cette adjonction un monument
remarquable, mais ce monument ne serait plus Notre-Dame de Paris.

Rendre  notre belle cathdrale toute sa splendeur, lui restituer toutes
les richesses dont elle a t dpouille, telle est la tche que nous
nous sommes impose, elle est certes assez belle pour qu'il soit inutile
de vouloir y rien ajouter.

Quant  la consolidation; nous n'en parlerons pas ici, tous les dtails
de ce travail sont scrupuleusement consigns et apprcis dans le devis
estimatif.

Nous ne nous occuperons donc que de la restauration proprement dite.
Nous avons dj signal les nombreuses dgradations qui marquent le
passage de l'architecte Parvy, dans les travaux faits  Notre-Dame.
C'est  l'aide d'un prcieux dessin appartement  M. Dpaulis, et
surtout en consultant avec soin les restes qui avaient chapp au
marteau des maons, que nous avons pu restaurer le riche encadrement de
la rose, et les belles gerbes de crochets qui s'panouissaient  chaque
angle des contreforts.

Avant cet architecte, Soufflot avait le premier os porter la main sur
la sculpture si justement admire de notre cathdrale. Enfin les
dmolisseurs de 1793 vinrent achever l'oeuvre de destruction en
renversant toutes les statues; les rois et les saints, rien ne fut
pargn. Dans notre restauration nous proposons le rtablissement de
toutes ces sculptures; car tout se lie dans cet ensemble de statues et
de bas-reliefs, et l'on ne peut laisser incomplte une page aussi
admirable, sans risquer de la rendre inintelligible. C'est en prenant
des exemples dans nos anciennes cathdrales que nous avons rtabli les
28 rois dans leurs niches[25], le Christ bnissant, et les douze aptres
dans les brasemens de la porte centrale, les huit figures de la porte
de la Vierge, et les huit statues romanes de celle sainte Anne.

[Note 25:  Chartres, les statues des rois qui ornent le portail du
midi, sont des rois de Juda, ainsi que le prouve une figure de Jess qui
est place sous le premier.

 la cathdrale de Paris, toutes les autorits que nous avons consultes
n'admettent, sur le portail, que des rois de France, et cependant la
statue de Pepin, place au centre et monte sur un lion, est prcisment
dans la mme condition que celle de David, du portail de Chartres, pose
de mme sur un lion;  Reims, les statues colossales du portail de
Notre-Dame taient de mme des rois de France.

Pice du XIIIe sicle, publie par M. A. Juhinal, extraite des
vingt-trois manires de Vilain (_Manuscrit_).

Li vilains Rabuins est cil ki va devant Nostre-Dame,  Paris, et regarde
les rois et dist: Ves-l Ppin, vs-l Charlemainne, et on li coupe sa
borse par derrire.

Bib. royale: _Manuscrit_ 5921, criture du XIIIe sicle.

Extrait: _Hc sunt nomina regum Francorum IN PORTA Beat Mari Parisius
scripta._

Primus rex. Clodoveus.
Secundus--Lotharius.
Tertius.--Chilpericus.
Quartus--Lotharius.
Quintus--Dagobertus.
Sextus--Clodoveus.
Septimus--Lotharius.
Octavus--Theodoricus.
Nonus--Hildericus.
X--Theodoricus.
XI--Clodoveus.
XII--Hildebertus.
XIII--Clodoveus.
XIV--Lotharius.
XV---Chilpericus.
XVI--Theodoricus.
XVII--Hildericus.
XVIII--Pippinus.
XIX--Karolus magnus.
XX--Lodovicus, filius ejus.
XXI--Lotharius.
XXII--Karolus.
XXIII--Lodovicus balbus.
XXIV--Karolus.
XXV--Odo.
XXVI--Karolus.
XXVII--Rudolfus.
XXVIII--Ludovicus.
XXIX--Lotharius.
XXX--Ludovicus regnavit anno uno.
XXXI--Hugo.
XXXII--Robertus.
XXXIII--Henricus.
XXXIV--Philippus.
XXXV--Ludovicus.
XXXVI--Ludovicus.
XXXVII--Philippus, bonus rex.
XXXVIII--Ludovicus, filius ejuz.
XXXIX--Ludovicus qui regnat.

Il est  remarquer, dans ce catalogue, qu'il y a trente-neuf rois, et
que dans la galerie de la faade occidentale, il n'y a place que pour
vingt-huit; mais, dans le titre, le mot _in porta_ indique que ces noms
taient inscrits soit sur le pied-droit de la porte principale, soit sur
les ventaux.]

Dans les quatre niches des perons nous replaons saint Denis, la
religion juive, la religion chrtienne et saint tienne[26], et sur les
pidestaux vides de la galerie de la Vierge, la belle statue qui lui
avait valu ce nom, puis les anges qui l'accompagnaient, ainsi que les
deux statues d'Adam et d've entre les contreforts des tours.

[Note 26: (Corrozet).--Le dessin, appartenant  M. Dpaulis, indique
d'une manire positive, sur l'peron du ct de l'Htel-Dieu, une statue
d'vque; sur ceux qui viennent ensuite, la Religion juive, puis la
Religion chrtienne, et enfin, sur le dernier, une figure drape et
nimbe.

(_Curiosits de Paris_, par M. C. P. G.).--Sur les quatre grands
pilastres sont reprsentes, en grandes figures, deux _Femmes
couronnes_, dont l'une reprsente la Religion; l'autre, la Foi (la
Religion chrtienne et la Religion juive); du ct de l'archevch,
saint Denis, et du ct du clotre saint tienne.]

Nous avons remplac les abat-sons hideux qui viennent aujourd'hui ronger
les faisceaux de colonnes des grandes fentres des tours par un systme
analogue, qui, tout en prservant le beffroi, laisserait voir les
grandes proportions des fentres, et ne nuirait plus  l'ancienne
construction extrieure.

Si de la faade occidentale nous passons aux faades latrales, des
dgradations plus importantes encore dnaturent presque compltement
l'aspect du monument; nous avons eu  rtablir les murs des chapelles de
la nef, avec leur ancienne dcoration de pignons, niches, statues et
gargouilles[27], les contreforts,  couronner des pinacles et statues
qui les terminaient, ainsi que l'indiquaient les textes et surtout la
trace de cette dcoration qui existe encore sur place. En effet les
contreforts ont conserv les supports de leurs gargouilles, et la
corniche qui recevait les pinacles, comme le prouve d'une manire
positive le texte de Corrozet que nous donnons en note[28]. Aux deux
extrmits du transcept, des travaux importans de restauration sont
commands par le mauvais tat des constructions. Les deux grandes roses,
surtout celle du nord, tombent en ruine, et celle du midi, quoique
refaite par le cardinal de Noailles, exigera bientt une reconstruction
complte.

[Note 27: Plan de la ville de Paris, par Turgot.

Ct du nord, prs le portail du transcept, le support du premier pignon
des chapelles de la nef existe: C'est une petite figure d'homme,
accroupie. De ce ct, quelques crochets de l'ancienne corniche se
voient encore dans la corniche neuve, refaite en 1812.

(Voir le dessin: _Dtail d'une trave de la nef_).]

[Note 28: Tout le comble est appuy d'arcs-boutans, au bout
desquels, en partie, sont des pyramides carres et triangulaires, aux
effigies de rois et autres personnages qui sont dedans et dessus.
(Corrozet.)]

La restauration de ces roses, ornes de si beaux vitraux, demande un
examen approfondi de leur construction, vicieuse ds l'origine, et 
laquelle il deviendra ncessaire d'apporter des modifications. Peut-tre
pourrait-on, sans changer leurs profils intrieurs et extrieurs, leur
donner une solidit beaucoup plus grande en augmentant leur paisseur.
La rosace suprieure et les deux clochetons du pignon septentrional sont
dans le plus triste tat; le caractre de ces parties importantes de
l'difice est tellement dnatur, et leur solidit si prcaire, que nous
avons d les restaurer presque entirement, et cela avec d'autant moins
de regret, que l'ornementation des deux portails a t gte et
totalement change. Les restaurations que nous proposons rendront  ces
belles faades toute l'lgance qu'elles ont perdue. Dans la nef et le
choeur, le rtablissement des redens de toutes les grandes fentres
ncessitera la reconstruction de la partie suprieure de tous leurs
meneaux. Au-dessus des chapelles du choeur, du ct du midi et 
l'abside, les perons qui reoivent la pousse des arcs-boutans, ont t
flanqus de lourdes constructions en maonnerie, dans le but de les
consolider. Ces placages, mal combins, portant  faux et du plus
fcheux effet, doivent tre enlevs, et les perons rpars, en se
renfermant dans leur ancienne paisseur.

Une des questions les plus graves de la restauration, est certainement
celle souleve par la rparation des fentres des galeries. Ces
fentres, ainsi que nous l'avons dit dans la partie historique de notre
rapport, n'appartiennent  aucun style. Cette construction provisoire,
faite  l'poque o l'on abandonna probablement l'ide de doubler les
galeries du premier tage, est dans un tat de dgradation auquel il est
indispensable d'apporter remde. Dj au XIVe sicle les architectes
frapps de la laideur de ces baies, ont remplac celles de l'abside par
des grandes fentres  meneaux qui prsentent les mmes inconvniens que
celles de la nef et du choeur, en rendant indispensable le remplacement
des combles simples par des terrasses et cheneaux. Or, ici, trois
questions se prsentent: doit-on conserver les fentres actuelles des
galeries, et les rparer dans leur forme btarde? doit-on les restaurer
dans le style du XIXe sicle? ou bien doit-on les reconstruire dans
celui des galeries?

Nous n'avons pas cru devoir trancher d'une manire positive une question
aussi dlicate. Quoique dans nos dessins nous ayons indiqu la
restauration de ces fentres dans le style des galeries, nous ne donnons
cependant pas la question comme rsolue. Voici les motifs qui nous ont
fait pencher vers ce parti.

Continuer les fentres dans le style du XIVe sicle, ainsi que cela a
t commenc  l'abside, serait une chose dfectueuse sous le rapport de
la construction, ainsi que nous venons de le dire. Les rtablir suivant
leur forme provisoire, ce serait constater un fait curieux, puisqu'il
donne la preuve d'un projet de galerie double. Mais sacrifier l'aspect
des faces latrales de Notre-Dame  ce fait, ne serait-ce pas une chose
purile? une inscription, un figur trac sur la pierre, ne
suffiraient-ils pas aux exigences de l'archologie?

Dans tous les cas, nous avons pens que dans _nos dessins_ il tait
convenable de remplacer ces laides ouvertures par des fentres en
harmonie avec le style gnral des faades, ne ft-ce que pour faciliter
la solution de cette question difficile.

 l'abside, une restauration importante doit complter l'aspect si riche
des chapelles, c'est celle des deux derniers perons, dont les
couronnemens enlevs ou dtruits, ont t remplacs dans le XVe sicle,
par de petites pyramides maigres, et tout  fait en dsaccord avec les
beaux clochetons du choeur. Ces pyramidions, en trs mauvais tat,
remplacent de grands pinacles orns de colonnes et de statues, ainsi que
cela tait pratiqu dans beaucoup de monumens du XIVe sicle. Il est
difficile sur ce point de ne pas restaurer  coup sr, car le
soubassement et les bases mmes des colonnes sont encore  leur place.
Il ne nous reste plus  parler que de la flche centrale, construite en
charpente, couverte de plomb. Cette flche, qui compltait si bien la
cathdrale de Paris, avait cent quatre pieds, depuis le fatage du
comble jusqu'au coq[29].

[Note 29: _Curiosits de Paris_, par M. C. P. C. 1763.]

Les gravures d'Isral Sylvestre, et surtout un prcieux dessin de feu
Garneray[30] nous ont permis de la restaurer compltement.

[Note 30: Nous possdons un calque de ce prcieux dessin, fait avant
la rvolution de 1789.]


=Restauration intrieure.=

Un dbadigeonnage complet nous parat tre la premire opration  faire
 l'intrieur de Notre-Dame, et pour connatre l'tat des votes qui
peuvent tre moins bonnes qu'on ne le suppose, et pour retrouver les
traces de peinture qui pourraient exister, ainsi qu'il est permis de
l'esprer d'aprs les rsultats obtenus par quelques essais partiels.
Toutefois le mode d'excution de ce travail nous parat tre de la plus
grande importance. Il est vident que dans ce cas la brosse et l'ponge
peuvent tre seuls employes, et que le grattage doit tre totalement
exclu. Nous devons dire cependant qu' moins que ce lavage ne nous donne
la preuve positive d'un systme gnral de peinture adopt autrefois 
l'intrieur de Notre-Dame, nous ne pensons pas que ce parti doive tre
adopt. Jusque l nous n'avons admis la peinture que comme dcoration
des chapelles, ou de certaines parties de l'glise.

Quant  la peinture sur verre, quoique dans notre devis nous lui ayons
rserv un chapitre  part, nous croyons cependant que l'excution de
verrires peintes serait un des plus splendides moyens de dcoration
intrieure, rien ne pouvant galer la richesse de ces peintures
transparentes, complment indispensable des monumens de cette poque.
Aussi parmi nos dessins en avons-nous donn un spcimen excut d'aprs
les vitraux de la cathdrale de Bourges. Vous avez bien voulu, Monsieur
le Ministre, nous communiquer une demande de Monseigneur l'archevque,
relativement  l'abaissement de la tribune de l'orgue. Nous sommes les
premiers  reconnatre tous les inconvniens de l'tat actuel signals
par Monseigneur; mais malheureusement cette tribune a t construite ds
le treizime sicle dans le but de maintenir la pousse des arcs des
galeries qui portent les deux normes tours; la destruction, ou mme
l'abaissement simple de cette tribune, pourrait donc prsenter de grands
dangers qu'il serait imprudent de provoquer. Quant  la question
archologique, elle a trop peu d'importance, relativement  celle que
nous venons de donner, pour que nous en parlions.

Dans une restauration comme celle de Notre-Dame, il est impossible de ne
pas chercher  mettre en harmonie avec l'architecture de l'difice tous
les objets accessoires, surtout lorsqu'ils ont une importance relle.
Ainsi, nous remplaons les grilles contournes et de mauvais got des
tribunes par des grilles plus en rapport avec l'architecture qu'elles
accompagnent. Les exemples de serrurerie ne nous manquent pas  Rouen, 
Saint-Denis,  Saint-Germer,  Notre-Dame de Paris mme, sur les belles
portes de la faade occidentale.

Nous avons donn, dans nos dessins, une restauration du choeur de
Notre-Dame, tel qu'il tait avant 1699; mais ce travail n'est qu'une
tude archologique dont nous n'admettons pas l'excution; car nous
pensons qu'il serait fcheux de dtruire, sans de bonnes raisons, un
souvenir historique aussi important que celui-l. D'ailleurs, il serait
peut-tre hasardeux de dtruire une chose excute avec un semblable
luxe, sinon avec got, pour la remplacer par des formes sur lesquelles
il ne reste plus que quelques descriptions ou quelques renseignemens
assez vagues. Dans tous les cas, si l'on devait changer quelque chose 
la dcoration actuelle du choeur de Notre-Dame, ce ne pourrait tre
qu'aprs l'achvement de la restauration extrieure et l'entire
excution des travaux intrieurs. Alors, pourrait-on peut-tre dgager
seulement les colonnes et les ogives du rond-point enveloppes dans ces
massifs revtemens de marbre rouge, puis enlever les tableaux et
dboucher les ogives au-dessus des bas-reliefs du XIVe sicle. Quant aux
stalles, bien qu'elles ne soient nullement en harmonie avec l'difice,
tant de raisons plaident en faveur de leur conservation, qu'il n'est pas
permis de songer  les dtruire ou  les dplacer. Si nous n'avons pas
donn dans nos dessins le choeur de Louis XIV, c'est qu'il ne prsentait
aucun intrt sous le rapport de l'art, et qu'il n'y avait aucune
utilit  le reproduire.

Quoique le dallage de la nef de Notre-Dame ait t surlev, nous ne
pensons pas qu'il soit ncessaire de le baisser. Cette opration, fort
coteuse, et qui n'ajouterait que peu d'effet  la grandeur du vaisseau,
aurait encore l'inconvnient de diminuer le nombre de marches que nous
sommes parvenus  placer au-devant du portail; car c'est avec beaucoup
de peine,  l'aide d'un travail consciencieux sur le nivlement des
abords de la cathdrale, que nous avons pu replacer quatre marches
seulement devant les trois portes de la faade occidentale. Ce travail,
que nous avons indiqu dans un plan gnral, prsentait de grandes
difficults, parce qu'il fallait, avant tout, viter le dchaussement
des maisons de la rue d'Arcole, dchaussement qui ne pourrait tre
excut qu' l'aide d'indemnits considrables.

       *       *       *       *       *




=Quatrime Partie.=

=Sacristie.=


La dmolition de l'Archevch, en supprimant toutes les dpendances de
l'ancienne sacristie de Notre-Dame, a rendu indispensable la
construction d'un nouveau btiment destin  cet usage. Plusieurs
projets ont dj t prsents  l'administration des cultes. La
premire difficult qui se rencontrait pour l'excution de ces diffrens
projets provenait de l'emplacement  choisir.

Devait-on conserver le local actuel? devait-on lever la nouvelle
sacristie derrire l'abside ou la comprendre dans l'intrieur de
Notre-Dame, soit en occupant plusieurs chapelles, soit en modifiant
quelque partie du plan de l'glise.

L'emplacement situ derrire l'abside aurait l'inconvnient de masquer
l'un des points les plus beaux de l'glise mtropolitaine, et
loignerait d'ailleurs les btimens de la sacristie du choeur, tellement
que le service serait toujours trs difficile et deviendrait mme
impossible les jours de ftes, lorsque les bas-cts sont remplis de
monde.

Placer la sacristie dans l'intrieur mme de Notre-Dame, ce serait
admettre que le plan de la basilique peut tre modifi, et nous avons 
cet gard, repouss toute ide de changement de l'ensemble ou des
dtails de l'difice.

Quant  nous, nous avions dj manifest notre opinion  cet gard dans
le projet d'archevch que nous avons eu l'honneur de soumettre  Votre
Excellence, en janvier 1842.  cette poque, comme aujourd'hui, nous
avons cru devoir nous en tenir  l'emplacement actuel comme le seul
possible.

En agissant ainsi, nous nous sommes appuys sur les dispositions
analogues des sacristies de Chartres, de la Sainte-Chapelle de
Paris[31], de celle de Vincennes, et de tant d'autres, toujours places
sur le flanc du monument principal. videmment, ce parti est le seul qui
soit rellement dans le caractre de l'architecture gothique. On a
quelquefois parl de dguiser, de masquer, autant que possible, cette
annexe indispensable, tout cela pour viter de nuire  la symtrie du
monument; mais cette ide est tout--fait contraire  celle des
architectes gothiques, qui se sont toujours gards de dissimuler un
besoin. C'est mme grce  cette libert dans la composition de leurs
plans que ces artistes nous ont transmis des difices aussi remarquables
par la varit motive de leurs constructions que par la beaut de leurs
dtails.

[Note 31: Voir le _fac-simile_ d'un ancien dessin reprsentant la
sainte chapelle avec la sacristie, dtruite sous Louis XVI.]

Au reste, la disposition que nous proposons est celle qui a exist de
tout temps: et, pour construire la sacristie actuelle, Soufflot a
dmoli, de ce ct, un passage qui communiquait avec l'ancienne
sacristie de la mtropole, et tenait alors  l'vch. La gravure que
nous avons fait excuter, d'aprs une ancienne tapisserie du XVe sicle,
en donne la preuve, ainsi que plusieurs gravures d'Isral Sylvestre.

[Illustration: LEVECHE NOSTRE-DAME]

Le projet que nous avons aujourd'hui l'honneur de vous soumettre,
Monsieur le Ministre, n'est donc que l'tude en grand de la disposition
prise par nous dans notre projet d'archevch. Nous avons choisi
l'emplacement actuel consacr par un long usage, parce qu'il est le plus
 proximit du choeur, et parce qu'il permet d'isoler ce btiment de
l'glise, dont il ne masque qu'une faible partie, et sur un point qui,
d'ailleurs, l'a toujours t.

Ce parti prsente encore l'avantage de n'apporter aucun changement dans
la disposition gnrale du plan de Notre-Dame.

Le choix de l'emplacement une fois arrt, il nous restait encore 
rsoudre la question du style  adopter pour cette annexe, si peu
importante relativement  l'ensemble de la cathdrale. Nous l'avouons,
Monsieur le Ministre, il ne nous a pas sembl possible d'hsiter un
instant; car nous avons la conviction qu'il fallait rester en harmonie
avec cette partie du monument.

Il est vident que si l'on abandonne l'imitation de l'architecture de
Notre-Dame pour difier une sacristie dans le style de notre poque,
autant vaut peut-tre conserver celle de Soufflot en la compltant.

Les formes de cette architecture ne sont certainement pas plus en
dsaccord avec le monument que celles en usage aujourd'hui. Dans l'un et
l'autre cas, il est positif que ce serait l une tache sur le flanc de
Notre-Dame. Nous avons cru devoir considrer la sacristie comme partie
inhrente au monument, et, par consquent, nous ne pouvions que nous
efforcer d'en imiter le style.

Du reste, Monsieur le Ministre, nous avons fait tous nos efforts pour
satisfaire aux donnes du programme que vous avez bien voulu nous
adresser. Nous avons tabli au rez-de-chausse tous les services
journaliers de plein-pied avec le sol de l'glise. Un grand vestibule et
le petit passage couvert permettraient aux processions de prendre leur
ordre avant d'entrer dans le choeur. Les latrines sont disposes le plus
en dehors possible du btiment, de manire  viter la mauvaise odeur.
Une porte de service est rserve pour l'entre directe du vin dans la
cave et pour la vidange de la fosse. Un large soupirail, donnant dans la
petite cour, du ct de l'ouest, permet l'introduction du bois et du
charbon qui seront ncessaires pour chauffer le calorifre tabli dans
une des caves; enfin, l'escalier prsente une communication facile du
grand vestibule  la salle capitulaire, qui, par son tendue, pourra,
dans certaines occasions solennelles, recevoir un grand concours de
monde: elle servira de bibliothque et de lieu de runion pour le
chapitre.

Il nous reste, Monsieur le Ministre,  vous faire part des motifs qui
nous ont dtermins dans le choix des chelles adoptes pour l'excution
des dessins. Nous avons pens que l'chelle d'un centimtre pour un
mtre tait celle qui convenait le mieux aux ensembles, d'abord parce
qu'elle est impose par l'administration, puis parce qu'elle nous
permettait de saisir plus facilement l'aspect gnral de notre
restauration. Une chelle plus grande n'aurait pu l'tre assez pour
faire voir dans les dessins de faades toutes les dlicatesses de la
construction et de la forme, sous peine d'avoir des feuilles d'une
dimension dmesure et difficiles  embrasser d'un seul coup d'oeil.
Mais aussi, pour les dtails, nous avons choisi une chelle beaucoup
plus grande, c'est--dire de quatre centimtres pour un mtre, ce qui
nous a permis d'indiquer d'une manire prcise toutes les formes de
l'architecture et de l'ornementation des points importans que nous
proposons de restaurer.

Quant  la dpense qu'entranera l'excution des travaux ncessaires
pour la restauration _complte_ de Notre-Dame et la construction d'une
sacristie neuve, nous avons cru devoir la prvoir aussi largement et
aussi compltement que possible; mais nous avons dispos nos devis de
faon  ce qu'il soit trs facile d'tablir toutes les coupures et
divisions que Votre Excellence pourra juger convenables pour fractionner
le travail.

Nous avons l'honneur d'tre, avec le plus profond respect,

    Monsieur le Ministre,

      De Votre Excellence,

  _Les trs humbles et trs obissans serviteurs,_

        LASSUS, VIOLLET-LEDUC.






End of the Project Gutenberg EBook of Project de restauration de Notre-Dame
de Paris, by Jean-Baptiste Lassus
Eugne-Emmanuel Viollet-le-Duc

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If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
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providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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