The Project Gutenberg EBook of Le Tour du Monde; Ava, by Various

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Title: Le Tour du Monde; Ava
       Journal des voyages et des voyageurs; 2. sem. 1860

Author: Various

Editor: douard Charton

Release Date: May 7, 2008 [EBook #25370]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE TOUR DU MONDE; AVA ***




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                    LE TOUR DU MONDE




            IMPRIMERIE GNRALE DE CH. LAHURE
               Rue de Fleurus, 9,  Paris




                    LE TOUR DU MONDE

               NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES

                PUBLI SOUS LA DIRECTION

                 DE M. DOUARD CHARTON

        ET ILLUSTR PAR NOS PLUS CLBRES ARTISTES




                         1860
                   DEUXIME SEMESTRE

            LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie
         PARIS, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77
          LONDRES, KING WILLIAM STREET, STRAND
              LEIPZIG, 15, POST-STRASSE

                         1860




TABLE DES MATIRES.


UN MOIS EN SICILE (1843.--Indit.), par M. Flix BOURQUELOT.

  Arrive en Sicile. -- Palerme et ses habitants. -- Les monuments
    de Palerme. -- La cathdrale de Monreale. -- De Palerme 
    Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. -- Ruines de
    Sgeste. -- Trapani. -- La spulture du couvent des capucins. --
    Le mont ryx. -- De Trapani  Girgenti. -- La Lettica. --
    Castelvetrano. -- Ruines de Slinonte. -- Sciacca. -- Girgenti
    (Agrigente). -- De Girgenti  Castrogiovanni. -- Caltanizzetta.
    -- Castrogiovanni. -- Le lac Pergusa et l'enlvement de
    Proserpine. -- De Castrogiovanni  Syracuse. -- Calatagirone. --
    Vezzini. -- Syracuse. -- De Syracuse  Catane. -- Lentini. --
    Catane. -- Ascension de l'Etna. -- Taormine. -- Messine. --
    Retour  Naples.                                                 1


VOYAGE EN PERSE, fragments par M. le comte A. de GOBINEAU (1855-1858),
dessins indits de M. Jules LAURENS.

  Arrive  Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le
    Tchhar-Bgh. -- Le collge de la Mre du roi. -- La mosque du
    roi. -- Les quarante colonnes. -- Prsentations. -- Le pont du
    Zend--Roub. -- Un dner  Ispahan. -- La danse et la comdie. --
    Les habitants d'Ispahan. -- D'Ispahan  Kaschan. -- Kaschan. --
    Ses fabriques. -- Son imprimerie lithographique. -- Ses
    scorpions. -- Une lgende. -- Les bazars. -- Le collge. -- De
    Kaschan  la plaine de Thran. -- Koum. -- Feux d'artifice. --
    Le pont du Barbier. -- Le dsert de Khavr. -- Houz-Sultan. --
    La plaine de Thran. -- Thran. -- Notre entre dans la ville.
    -- Notre habitation.                                            16

  Une audience du roi de Perse. -- Nouvelles constructions 
    Thran. -- Temprature. -- Longvit. -- Les nomades. -- Deux
    plerins. -- Le culte du feu. -- La police. -- Les ponts. -- Le
    laisser aller administratif. -- Les amusements d'un bazar persan.
    -- Les fianailles. -- Le divorce. -- La journe d'une Persane.
    -- La journe d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de
    politesses. -- La peinture et la calligraphie persanes. -- Les
    chansons royales. -- Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles:
    drames historiques. -- pilogue. -- Le Dmavend. -- L'enfant qui
    cherche un trsor.                                              34


VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES, par M. Anthony TROLLOPE
(1858-1859); dessins indits de M. A. de BRARD.

  L'le Saint-Thomas. -- La Jamaque: Kingston; Spanish-Town; les
    _rserves_; la vgtation. -- Les planteurs et les ngres. --
    Plaintes d'une Ariane noire. -- La toilette des ngresses. --
    Avenir des multres. -- Les petites Antilles. -- La Martinique.
    -- La Guadeloupe. -- Grenada. -- La Guyane anglaise. -- Une
    sucrerie. -- Barbados. -- La Trinidad. -- La Nouvelle-Grenade. --
    Sainte-Marthe. -- Carthagne. -- Le chemin de fer de Panama. --
    Costa Rica: San Jos; le Mont-Blanco. -- Le Serapiqui. --
    Greytown.                                                       49


VOYAGE DANS LES TATS SCANDINAVES, par M. Paul RIANT. (Le
Tlmark et l'vch de Bergen.) (1858.--Indit.)

  LE TLMARK. -- Christiania. -- Dpart pour le Tlmark. -- Mode
    de voyager. -- Paysage. -- La valle et la ville de Drammen. --
    De Drammen  Kongsberg. -- Le cheval norvgien. -- Kongsberg et
    ses gisements mtallifres. -- Les montagnes du Tlmark. --
    Leurs habitants. -- Hospitalit des _gaards_ et des _sters_. --
    Une sorcire. -- Les lacs Tinn et Mjs. -- Le Westfjord. -- La
    chute du Rjukan. -- Lgende de la belle Marie. -- Dal. -- Le
    livre des trangers. -- L'glise d'Hitterdal. -- L'ivresse en
    Norvge. -- Le chtelain aubergiste. -- Les lacs Sillegjord et
    Bandak. -- Le ravin des Corbeaux.                               65

  --_Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intrieure. --
    Retour  Christiania par Skien.                                 82

  L'VCH DE BERGEN. -- La presqu'le de Bergen. -- Lrdal. -- Le
    Sognefjord. -- Vosse-Vangen. -- Le Vringfoss. -- Le
    Hardangerfjord. -- De Vikor  Sammanger et  Bergen.           85


VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN DANS L'AFRIQUE ORIENTALE
(1860.--Texte et dessins indits.)--Lettre au Directeur du _Tour
du monde_ (Khartoum, 10 mai 1860).

  D'ALEXANDRIE  SOUAKIN. -- L'gypte. -- Le dsert. -- Le simoun.
    -- Suez. -- Un danger. -- Le mirage. -- Tor. -- Qossir. --
    Djambo. -- Djeddah.                                             97


VOYAGE AU MONT ATHOS, par M. A. PROUST (1858.--Indit.)

  Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosques. --
    L'Albanais Rabottas. -- Prparatifs de dpart. -- Vasilika. --
    Galatz. -- Nedgesalar. -- L'Athos. -- Saint-Nicolas. -- Le P.
    Gdon. -- Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. --
    Karis et la rpublique de l'Athos. -- Le vovode turc. -- Le
    peintre Anthims et le pappas Manuel. -- M. de Svastiannoff.  103

  Ermites indpendants. -- Le monastre de Koutloumousis. -- Les
    bibliothques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et les
    peintres modernes. -- Le monastre d'Iveron. -- Les carmes. --
    Peintres et peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un
    Vroukolakas. -- Les bibliothques. -- Les mulets. -- Philotheos.
    -- Les moines et la guerre de l'Indpendance. -- Karacallos. --
    L'union des deux glises. -- Les pnitences et les fautes.     114

  La lgende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. -- Esphigmenou. --
    Thodose le Jeune. -- L'ex-patriarche Anthymos et l'glise
    grecque. -- L'isthme de l'Athos et Xerxs. -- Les monastres
    bulgares: Kiliandari et Zographos. -- La lgende du peintre. --
    Beaut du paysage. -- Castamoniti. -- Une femme au mont Athos. --
    Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xnophon. -- La
    pche aux ponges. -- Retour  Karis. -- Xiropotamos, le couvent
    du Fleuve Sec. -- Dpart de Daphn. -- Marino le chanteur.     130


VOYAGE D'UN NATURALISTE (Charles DARWIN).--L'archipel Galapagos
et les attoles ou les de coraux.--(1838).

  L'ARCHIPEL GALAPAGOS. -- Groupe volcanique. -- Innombrables
    cratres. -- Aspect bizarre de la vgtation. -- L'le Chatam. --
    Colonie de l'le Charles. -- L'le James. -- Lac sal dans un
    cratre. -- Histoire naturelle de ce groupe d'les. --
    Mammifres; souris indigne. -- Ornithologie; familiarit des
    oiseaux; terreur de l'homme; instinct acquis. -- Reptiles;
    tortues de terre; leurs habitudes.                             139

  Encore les tortues de terre; lzard aquatique se nourrissant de
    plantes marines; lzard terrestre herbivore, se creusant un
    terrier. -- Importance des reptiles dans cet archipel o ils
    remplacent les mammifres. -- Diffrences entre les espces qui
    habitent les diverses les. -- Aspect gnral amricain.       146

  LES ATTOLES OU LES DE CORAUX. -- le Keeling. -- Aspect
    merveilleux. -- Flore exigu. -- Voyage des graines. -- Oiseaux.
    -- Insectes. -- Sources  flux et reflux. -- Chasse aux tortues.
    -- Champs de coraux morts. -- Pierres transportes par les
    racines des arbres. -- Grand crabe. -- Corail piquant. --
    Poissons se nourrissant de coraux. -- Formation des attoles. --
    Profondeur  laquelle le corail peut vivre. -- Vastes espaces
    parsems d'les de corail. -- Abaissement de leurs fondations. --
    Barrires. -- Franges de rcifs. -- Changement des franges en
    barrires et des barrires en attoles.                         151


BIOGRAPHIE.--Brun-Rollet.                                          159


VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (Russie asiatique), par OUVAROVSKI
(1830-1839).

  Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le
    paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pche. -- Si les
    poissons morts sont bons  manger. -- La sorcire Agrippine. --
    Mon premier voyage. -- Killm et ses environs. -- Malheurs. --
    Les Yakoutes. -- La chasse et la pche. -- Yakoutsk. -- Mon
    premier emploi. -- J'avance. -- Dernires recommandations de ma
    mre. -- Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudsko. -- Mes bagages. --
    Campement. -- Le froid. -- La rivire Outchour. -- L'Aldan. --
    Voyage dans la neige et dans la glace. -- L'gn. -- Un Tongouse
    qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. --
    Ascension du Diougdjour. -- Stratagme pour prendre un oiseau. --
    La ville d'Oudsko. -- La pche  l'embouchure du fleuve Ut. --
    Navigation pnible. -- Boroukan. -- Une halte dans la neige. --
    Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour  Oudsko et 
    Yakoutsk.                                                      161

  Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois ptrifi. -- Le Sountar. --
    Nouveau voyage. -- Description du pays des Yakoutes. -- Climat.
    -- Population. -- Caractres. -- Aptitudes. -- Les femmes
    yakoutes.                                                      177


DE SYDNEY  ADLADE (Australie du Sud), notes extraites d'une
correspondance particulire (1860).

  Les Alpes australiennes. -- Le bassin du Murray. -- Ce qui reste
    des anciens matres du sol. -- Navigation sur le Murray. --
    Frontires de l'Australie du Sud. -- Le lac Alexandrina. -- Le
    Kanguroo rouge. -- La colonie de l'Australie du Sud. -- Adlade.
    -- Culture et mines.                                           182


VOYAGES ET DCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE, journal du docteur
BARTH (1849-1855).

  Henry Barth. -- But de l'expdition de Richardson. -- Dpart. --
    Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le dsert. -- Le palais des dmons. --
    Barth s'gare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. --
    Dunes. -- Afalesselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. --
    Frontires de l'Asben. -- Extorsions. -- Dluge  une latitude o
    il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du dsert. -- Sombre valle
    de Taghist. -- Riante valle d'Auderas. -- Agadez. -- Sa
    dcadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. -- Pouvoir
    despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de la
    girafe. -- Le Soudan; le Damergou. -- Architecture. -- Katchna;
    Barth est prisonnier. -- Pnurie d'argent. -- Kano. -- Son
    aspect, son industrie, sa population. -- De Kano  Kouka. -- Mort
    de Richardson. -- Arrive  Kouka. -- Difficults croissantes. --
    L'nergie du voyageur en triomphe. -- Ses visiteurs. -- Un vieux
    courtisan. -- Le vizir et ses quatre cents femmes. -- Description
    de la ville, son march, ses habitants. -- Le Dendal. --
    Excursion. -- Angornou. -- Le lac Tchad.                       193

  Dpart. -- Aspect dsol du pays. -- Les Ghouas. -- Mabani. -- Le
    mont Dlabda. -- Forgeron en plein vent. -- Dvastation. --
    Orage. -- Baobab. -- Le Mendif. -- Les Marghis. -- L'Adamaoua. --
    Mboutoudi. -- Proposition de mariage. -- Installation de vive
    force chez le fils du gouverneur de Soulleri. -- Le Bnou. --
    Yola. -- Mauvais accueil. -- Renvoi subit. -- Les Oulad-Sliman.
    -- Situation politique du Bornou. -- La ville de Yo. -- Nggimi
    ou Inggimi. -- Chute dans un bourbier. -- Territoire ennemi. --
    Razzia. -- Nouvelle expdition. -- Troisime dpart de Kouka. --
    Le chef de la police. -- Aspect de l'arme. -- Dikoua. -- Marche
    de l'arme. -- Le Mosgou. -- Adishen et son escorte. -- Beaut du
    pays. -- Chasse  l'homme. -- Erreur des Europens sur le centre
    de l'Afrique. -- Incendies. -- Baga. -- Partage du butin. --
    Entre dans le Baghirmi. -- Refus de passage. -- Traverse du
    Chari. --  travers champs. -- Dfense d'aller plus loin. --
    Hospitalit de Bou-Bakr-Sadik. -- Barth est arrt. -- On lui met
    les fers aux pieds. -- Dlivr par Sadik. -- Masna. -- Un
    savant. -- Les femmes de Baghirmi. -- Combat avec des fourmis. --
    Cortge du sultan. -- Dpches de Londres.                     209

  De Katchna au Niger. -- Le district de Mouniyo. -- Lacs
    remarquables. -- Aspect curieux de Zinder. -- Route prilleuse.
    -- Activit des fourmis. -- Le Ghaladina de Sokoto. -- Marche
    force de trente heures. -- L'mir Aliyou. -- Vourno. --
    Situation du pays. -- Cortge nuptial. -- Sokoto. -- Caprice
    d'une bote  musique. -- Gando. -- Khalilou. -- Un chevalier
    d'industrie. -- Exactions. -- Pluie. -- Dsolation et fcondit.
    -- Zogirma. -- La valle de Foga. -- Le Niger. -- La ville de
    Say. -- Rgion mystrieuse. -- Orage. -- Passage de la Sirba. --
    Fin du rhamadan  Sebba. -- Bijoux en cuivre. -- De l'eau
    partout. -- Barth dguis en schrif. -- Horreur des chiens. --
    Montagnes du Hombori. -- Protection des Touaregs. -- Bambara. --
    Prires pour la pluie. -- Sur l'eau. -- Kabara. -- Visites
    importunes. -- Dangereux passage. -- Tinboctoue, Tomboctou ou
    Tembouctou. -- El Bakay. -- Menaces. -- Le camp du cheik. --
    Irritation croissante. -- Sus au chrtien! -- Les Foullanes
    veulent assiger la ville. -- Dpart. -- Un preux chez les
    Touaregs. -- Zone rocheuse. -- Lenteurs dsesprantes. -- Gogo.
    -- Gando. -- Kano. -- Retour.                                  226


VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE
(1850-1852.--Indit).

  Arrive  San-Francisco. -- Description de cette ville. -- Dpart
    pour les placers. -- Le claim. -- Premire dception. -- La
    solitude. -- Mineur et chasseur. -- Dpart pour l'intrieur. --
    L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivit. --
    Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de tribu.
    -- Dlivrance.                                                 242


VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA (empire des Birmans), par le
capitaine Henri YULE, du corps du gnie bengalais (1855).

  Dpart de Rangoun. -- Frontires anglaises et birmanes. -- Aspect
    du fleuve et de ses bords. -- La ville de Magw. -- Musique,
    concert et drames birmans. -- Sources de naphte; leur
    exploitation. -- Un monastre et ses habitants. -- La ville de
    Pagn. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura. -- Paysage. -- Arrive 
    Amarapoura.                                                    258

  Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'lphant blanc. --
    Population de la ville. -- Recensement suspect. -- Audience du
    roi. -- Prsents offerts et reus. -- Le prince hritier
    prsomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique. --
    Religion bouddhique. -- Visites aux grands fonctionnaires. -- Les
    dames birmanes.                                                273

  Comment on dompte les lphants en Birmanie. -- Excursions autour
    d'Amarapoura. -- Gologie de la valle de l'Irawady. -- Les
    poissons familiers. -- Le serpent hamadryade. -- Les Shans et
    autres peuples indignes du royaume d'Ava. -- Les femmes chez les
    Birmans et chez les Karens. -- Ftes birmanes. -- Audience de
    cong. -- Refus de signer un trait. -- Lettre royale. -- Dpart
    d'Amarapoura et retour  Rangoun. -- Coup d'oeil rtrospectif sur
    la Birmanie.                                                   280


VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, par le capitaine
BURTON (1857-1859).

  But de l'expdition. -- Le capitaine Burton. -- Zanzibar. --
    Aspect de la cte. -- Un village. -- Les Bloutchis. -- Ouamrima.
    -- Fertilit du sol. -- Dgot inspir par le pantalon. -- Valle
    de la mort. -- Supplice de M. Maizan. -- Hallucination de
    l'assassin. -- Horreur du paysage. -- Humidit. -- Zoungomro. --
    Effets de la traite. -- Personnel de la caravane. -- Mtis
    arabes, Hindous, jeunes gens mis en gage par leurs familles. --
    nes de selle et de bt. -- Chane de l'Ousagara. --
    Transformation du climat. -- Nouvelles plaines insalubres. --
    Contraste. -- Ruine d'un village. -- Fourmis noires. -- Troisime
    rampe de l'Ousagara. -- La Passe terrible. -- L'Ougogo. --
    L'Ougogi. -- pines. -- Le Zihoua. -- Caravanes. -- Curiosit des
    indignes. -- Faune. -- Un despote. -- La plaine embrase. --
    Coup d'oeil sur la valle d'Ougogo. -- Aridit. -- Kraals. --
    Absence de combustible. -- Gologie. -- Climat. -- Printemps. --
    Indignes. -- District de Toula. -- Le chef Maoula. -- Fort
    dangereuse.                                                    305

  Arrive  Kazeh. -- Accueil hospitalier. -- Snay ben Amir. --
    tablissements des Arabes. -- Leur manire de vivre. -- Le Temb.
    -- Chemins de l'Afrique orientale. -- Caravanes. -- Porteurs. --
    Une journe de marche. -- Costume du guide. -- Le Mganga. --
    Coiffures. -- Halte. -- Danse. -- Sjour  Kazeh. -- Avidit des
    Bloutchis. -- Saison pluvieuse. -- Yombo. -- Coucher du soleil.
    -- Jolies fumeuses. -- Le Msn. -- Orgies. -- Kajjanjri. --
    Maladie. -- Passage du Malagarazi. -- Tradition. -- Beaut de la
    Terre de la Lune. -- Soire de printemps. -- Orage. -- Faune. --
    Cynocphales, chiens sauvages, oiseaux d'eau. -- Ouakimbou. --
    Ouanyamouzi. -- Toilette. -- Naissances. -- ducation. --
    Funrailles. -- Mobilier. -- Lieu public. -- Gouvernement. --
    Ordalie. -- Rgion insalubre et fconde. -- Aspect du Tanganyika.
    -- Ravissements. -- Kaoul.                                   321

    Tatouage. -- Cosmtiques. -- Manire originale de priser. --
    Caractre des Ouajiji; leur crmonial. -- Autres riverains du
    lac. -- Ouatata, vie nomade, conqutes, manire de se battre,
    hospitalit. -- Installation  Kaoul. -- Visite de Kannna. --
    Tribulations. -- Maladies. -- Sur le lac. -- Bourgades de
    pcheurs. -- Ouafanya. -- Le chef Kanoni. -- Cte inhospitalire.
    -- L'le d'Oubouari. -- Anthropophages. -- Accueil flatteur des
    Ouavira. -- Pas d'issue au Tanganyika. -- Tempte. -- Retour.  337


FRAGMENT D'UN VOYAGE AU SAUBAT (affluent du Nil Blanc), par M.
Andrea DEBONO (1855)                                               348


VOYAGE  L'LE DE CUBA, par M. Richard DANA (1859).

  Dpart de New-York. -- Une nuit en mer. -- Premire vue de Cuba.
    -- Le Morro. -- Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante.
    -- La place d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'htel Le
    Grand. -- Bains dans les rochers. -- Coolies chinois. -- Quartier
    pauvre  la Havane. -- La promenade de Tacon. -- Les surnoms  la
    Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar. -- L'intrieur de
    l'le. -- La vgtation. -- Les champs de canne  sucre. -- Une
    plantation. -- Le caf. -- La vie dans une plantation de sucre.
    -- Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour  la Havane. -- La
    population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystres de
    l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat.      353


EXCURSIONS DANS LE DAUPHIN, par M. Adolphe JOANNE (1850-1860).

  Le pic de Belledon. -- Le Dauphin. -- Les Goulets.              369

  Les gorges d'Omblze. -- Die. -- La valle de Roumeyer. -- La
    fort de Saou. -- Le col de la Cochette.                       385


EXCURSIONS DANS LE DAUPHIN, par M. lise RECLUS (1850-1860).

  La Grave. -- L'Aiguille du midi. -- Le clapier de
    Saint-Christophe. -- Le pont du Diable. -- La Brarde. -- Le col
    de la Tempe. -- La Vallouise. -- Le Pertuis-Rostan. -- Le village
    des Claux. -- Le mont Pelvoux. -- La Balme-Chapelu. -- Moeurs des
    habitants.                                                     402


LISTE DES GRAVURES.                                                417

LISTE DES CARTES.                                                  422

ERRATA.                                                            427




[Illustration: ROYAUME D'AVA.--Grande pagode de Rangoun.--Dessin de
Franais d'aprs une photographie.]




VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA

(EMPIRE DES BIRMANS)

PAR LE CAPITAINE HENRI YULE,

DU CORPS DU GNIE BENGALAIS.

1855.


     Dpart de Rangoun. -- Frontires anglaises et birmanes. -- Aspect
     du fleuve et de ses bords.

Lord Dalhousie, gouverneur gnral de l'Inde, ayant dcid l'envoi
d'une ambassade prs de la cour d'Ava, les membres de la mission, 
laquelle il voulut bien m'adjoindre en qualit de secrtaire, se
runirent  Rangoun dans le courant de juillet 1855. Cette ville est
clbre par sa belle position commerciale et maritime au dbouch de
la navigation intrieure du Pgu et de l'Ava, ainsi que par sa grande
pagode, un des sanctuaires les plus renomms de l'Indo-Chine.

Le 1er aot, au point du jour, toute l'ambassade, porte sur les
bateaux plats _le Sutlege_ et _le Panlang_, remorqus par _le
Bentinck_ et _le Nerbudda_, quitta cette ville et gagna le bras
principal de l'Irawady.

Aprs avoir travers les provinces anglaises d'_Enzada_ et de _Prome_,
on nous annona l'approche d'une dputation birmane qui devait nous
servir d'escorte.

[Illustration: Bateau  voile sur l'Irawady.]

 quelques heures au nord de Prome, des piliers blancs levs sur
chaque rive du fleuve nous indiquent la ligne frontire des
possessions anglaises et birmanes. Les canons des forts saluent notre
passage.

Entre le fleuve et la base des chanes qui bordent son bassin
s'tendent des bandes de terrain o se dploie cette richesse de
vgtation qu'impriment au paysage les bois o les grands arbres se
mlangent aux palmiers lancs. Les villages sont assez nombreux,
agrables d'aspect; le plus souvent la masse sombre d'un monastre
domine de ses triples tages les cabanes et les arbres; puis en
arrire, pour dernier plan, se dressent des collines qui, couvertes
d'un gazon sec, sont couronnes de pagodes auxquelles conduisent des
sentiers tortueux.

Une course au sommet d'une des premires collines des terres d'Ava
nous procure une vue magnifique de la contre et du cours du fleuve.
Dans le lointain nous n'apercevons pas de villages, mais des routes se
dirigeant vers l'intrieur, et de temps  autre apparaissent
quelques-uns de ces chariots indignes (_neat_) qu'entranent de leur
trot rapide des boeufs rouges, vigoureux et en parfait tat.

Ces animaux, quoique beaucoup plus petits que les boeufs de l'Inde
centrale et du Deccan, sont beaucoup plus forts, plus grands que les
boeufs du Bengale; je n'en ai peut-tre jamais vu en meilleure
condition. Ces boeufs sont loin de se livrer  des excs de travail.
La principale raison de leur parfait tat tient probablement  ce que,
les indignes ne consommant pas de lait, les veaux ne sont pas privs
de leur aliment naturel.

Les terres qui avoisinent la frontire sont excessivement ondules, et
les fonds seuls sont cultivs. Le nom de charrue ne peut s'appliquer 
l'instrument qu'on emploie dans les cultures sches; c'est plutt une
sorte de rteau avec trois larges dents d'acacia. Prs d'Ava, surtout
dans les rizires, les paysans se servent de charrues qui rappellent
un peu plus les charrues indoues.

Les terres, bien qu'imparfaitement laboures, taient proprement
tenues et leurs sillons plus rguliers que dans la plupart de nos
champs de l'Inde. Ce mode de culture n'en excita pas moins le mpris
d'un robuste Hindoustan du Doab, zmindar dans notre cavalerie
irrgulire. C'est  Dieu et non pas  leur travail qu'ils doivent
leur nourriture, disait-il. Les paysans se plaignaient beaucoup de la
scheresse; ils n'avaient pas rcolt de riz depuis plusieurs annes,
et n'espraient pas mme une rcolte cette anne encore.

Nous trouvmes enfin  _Menh'la_, chef-lieu de district, la
dputation annonce depuis plusieurs jours. Elle se composait du
Woondouk[1] Moung Mhon; du gouverneur de Tseen-goo, petit vieillard
original; de Makertich, gouverneur du district de Maloon. Ce dernier,
d'origine armnienne, s'habille comme les Birmans; son teint est
peut-tre un peu plus fonc que celui des indignes, dont il se
distingue par des traits plus aquilins. Il y avait en outre des
scribes et des officiers.

         [Note 1: _Woondouk_, ministre de second ordre. Dans le
         _Hlwot-dau_, grand conseil de la couronne, il y a quatre
         _woon-gyi_, assists chacun d'un woondouk. _Woon_, gouverneur
         ou ministre; ce mot signifie littralement fardeau.
         _Woon-gyi_, grand woon; _woondouk_, soutien du woon.]

[Illustration: Canot de parade.]

La dputation tait escorte de cinq ou six canots de guerre; c'tait
la premire fois que nous rencontrions ces immenses embarcations;
l'avant en est trs-bas et trs-fin; l'arrire, trs-lev, se
recourbe au-dessus de l'eau; les rameurs, au nombre de quarante 
soixante, sont deux sur chaque banc: tout l'extrieur du canot est
dor, et toutes les rames le sont aussi. Les matelots, vigoureux et
robustes, portaient tous leur conique chapeau de bambou; dans quelques
canots ils taient vtus de mauvaises jaquettes noires d'uniforme. Des
bandes de mousseline et des _filets_ couverts de clinquant ornent les
poupes leves des canots de guerre, o flotte avec grce une grande
bannire blanche borde d'argent, sur laquelle s'tale le blason de
l'empire, un paon grossirement dessin. Souvent,  ct de l'oiseau
oriental, une carafe europenne sert de pomme au mt de bambou auquel
s'attache le pavillon. C'est un ornement trs en faveur chez les
Birmans, et parfois mme une modeste bouteille  eau de Seltz domine
la pointe extrme des pagodes. Un court mtereau dress  l'extrmit
de la poupe des canots de guerre porte le _htee_[2], cet emblme royal
et sacr. Ce n'est pas  l'arrire, comme en Europe, mais  l'avant du
canot, sur une espce de petite plate-forme, que se place le
personnage le plus important du bord.

         [Note 2: Le _htee_ est l'ornement en fer dor qui couronne le
         dme de toutes les pagodes.]

[Illustration: Bateau de commerce.]

Nous dbarqumes et nous nous rendmes  la rsidence de Makertich.
C'est une lgante construction en bambou, leve sur piliers et
entoure d'une palissade de mme bois, selon la mode du pays. Une
chambre tout  jour d'un ct, garnie de tapis indiens, servait de
pice de rception. Au fond de la salle, on voyait rangs sur un
rtelier les fusils de la garde du gouverneur, qui habite, dans un
coin de la cour, un petit corps de btiment, d'o les femmes
regardaient curieusement les _Kals_ (trangers); les communs et les
corps de garde taient appuys sur la clture elle-mme.

Dans la soire, en compagnie de Makertich, nous allmes faire un tour
dans la ville, qui est toute neuve, et ne date que de l'entre en
fonction de ce gouverneur; elle n'a que six mois d'existence. C'est
certainement la ville la plus propre et d'aspect le plus prospre que
nous ayons rencontre sur le fleuve depuis notre dpart de Rangoun:
une longue voie perpendiculaire  la rivire, et que viennent croiser
trois autres rues, compose cette jeune cit. Les maisons ne sont pas
situes au bord de la rivire; les Birmans ngligent presque
universellement les avantages d'une telle position; une large zone
couverte de grands arbres s'tend toujours entre l'eau et leurs
habitations; des _simul_ (l'arbre  coton des Anglo-Hindous), des
tamarins, de nombreuses varits de figuiers forment un ombrage
impntrable aux rayons du soleil. Les rues sont larges, bien
entretenues, bien draines. Un groupe de monastres et de pagodes
entour d'un bosquet de tamarins, de palmiers et de talipots, s'lve
sur le bord du fleuve, et nous remarquons dans plusieurs de ces
difices religieux l'absence de la forme conique ou mieux de cette
forme en poire qui est le modle strotyp de toutes les pagodes du
Pgu.

Le lendemain _13 aot_ nous nous remmes en route, aprs une visite
matinale de notre escorte, ennuyeux crmonial qu'il fallut subir
pendant tout le voyage. Le woondouk et sa suite taient dans deux
barges remorques par les canots de guerre; ces barges taient peintes
tout en blanc, couleur royale; les parasols d'or des dignitaires se
dressaient aux coins de la cabine, devant laquelle tait une verandah
tendue en drap grossirement brod.

[Illustration: Carte du cours intrieur de l'Irawady.]

Les bateaux, nombreux  _Menh'la_, offraient quelques bons spcimens
des grandes embarcations de l'Irawady; il y en avait de 120  130
tonneaux.

On se sert sur la rivire de deux sortes de barques diffrant
compltement l'une de l'autre. Les plus grandes, les _hnau_, sont
aussi les plus employes: quelle que soit leur grandeur, le modle
pour toutes est le mme. La quille se compose d'un tronc d'arbre qu'on
creuse et qu'on largit  l'aide du feu, quand le bois est vert
encore; c'est simplement un canot. Sur cette espce de quille on monte
les membrures et les clins. Les courbes de l'avant, toujours trs-bas,
sont magnifiques, trs-vides, et ressemblent beaucoup  celles de
nos steamers modernes. L'arrire s'lve beaucoup au-dessus de l'eau,
et ses lignes d'eau sont trs-fines. On y trouve toujours un banc
lev, ou plutt une espce de plate-forme soigneusement sculpte
servant au timonier. Le gouvernail est un large aviron attach  la
hanche de bbord; il se manoeuvre  l'aide d'une petite barre qui
vient en travers du banc du pilote.

[Illustration: Birmans dans une fort.--Dessin de J. Pelcoq d'aprs
une photographie.]

Ce qu'il y a de plus curieux dans ces navires, c'est la mture et la
voilure. Le mt se compose de deux espars; attachs  deux morceaux de
charpente et fixs  la quille, ils sont disposs sur ces pices de
bois de faon  pouvoir s'abaisser et mme se dmonter  volont.
Cette mme mture sert aux fameux pirates d'Ilanon, dans l'archipel
Indien; quand ces cumeurs de mer sont poursuivis, ils se rfugient
dans une crique et abaissent leurs mts, qui pourraient trahir leur
retraite. Il me semble qu'il y a entre les races indo-chinoises et les
habitants de l'archipel Indien de nombreux points de ressemblance qui
doivent fixer l'attention des ethnologistes.

Ces deux mtereaux, runis par des traverses qui forment une espce
d'chelle, se rejoignent au-dessus de la vergue, et se terminent en un
mt unique.

La vergue est forme d'un ou de plusieurs bambous d'une longueur
norme, trs-flexibles; elle est attache au mt par de nombreuses
drisses, de manire  se courber en forme d'arc. Le long de la vergue
court une corde dans laquelle passent des anneaux servant  attacher
la voile, qui,  la manire d'un rideau, se tire des deux cts du
mt. Il y a de plus un hunier install de la mme manire. La voile
est de cette toile de coton lgre qui sert aux vtements des
indignes. S'il n'en tait pas ainsi, il serait impossible  ces
bateaux de porter l'immense voilure qui les caractrise.  Menh'la, un
de ces bateaux se trouvait prs du rivage, je pus mesurer sa vergue;
elle avait, tout en ngligeant sa courbure, cent trente pieds
(trente-neuf mtres) de long, et la surface de la voilure ne pouvait
pas tre au-dessous de quatre mille pieds carrs (367 mtres).

[Illustration: Pattshaing ou tambour-harmonica.]

Ces bateaux ne peuvent marcher que vent arrire; mais pendant la
saison des pluies, le vent est presque toujours favorable  la remonte
d'Irawady. Une flottille de ces bateaux filant devant le vent, avec le
soleil dorant leurs immenses voiles blanches, ressemble  de
gigantesques papillons effleurant l'eau.

Au-dessus de _Menh'la_ le courant est trs-violent, nos steamers
remorqueurs n'avanaient qu' grand'peine. Sur notre gauche se
dressaient d'abruptes collines de grs rouge; au pied de ces rochers,
qui s'entr'ouvrent  et l pour former de charmants vallons herbeux,
apparaissaient de magnifiques arbres qui projetaient leurs ombres sur
les remous de la rivire. La pagode de Myenka-taoung, dj signale
par Crawfurd en 1824, se dresse encore  l'extrmit de la falaise,
suspendue au-dessus des eaux qui minent la base des rochers sur
lesquels elle est assise. C'est l qu'en 1056 fut assassin Chaulu,
roi de Pagn.

Nous nous arrtons  Men-goon (le site du palais rustique), grand
village de deux  trois cents maisons. La population entire est sur
le rivage, drapeaux et bannires flottant au vent, un corps de musique
jouant  tout rompre; des bateaux dors, d'autres embarcations moins
clatantes, mais ayant le mme aspect centipde, circulent autour de
nos vaisseaux; les rameurs poussent des hurlements ou chantent en
choeur, ce qui est la mme chose; deux ou trois individus ressemblant
 des dmons dansent avec frnsie sur les bancs des canots;
l'excitation gnrale donne  ce spectacle un caractre trange et
bizarre.

Un peu au-dessus de Men-goon, le fleuve change d'aspect, il s'tend en
un immense chenal de deux  cinq milles de large (trois mille deux
cents  huit mille mtres), embrassant de nombreuses les d'alluvion;
et il conserve cet aspect jusqu'au confluent du _Kyend-wen_.

Dans tout ce parcours, des berges leves, des falaises escarpes de
_grs ou d'argile rouge_ encaissent la rivire  l'orient. Prs du
fleuve les terrains sont ravins et tourments; plus loin le sol
s'lve en longues pentes ou en collines ondules. La vgtation a
perdu ici son caractre tropical: rare et rabougrie en quelque sorte,
elle ne se compose gure que d'une varit de _zizyphus jujuba_,
_acacia cathechu_, entremls de ces euphorbes dcharns et de ces
ples et maladifs _madars_ qui se rencontrent dans tous les endroits
striles et desschs de l'Inde, depuis le Peshawer jusqu'au Pgu.

[Illustration: Pattshaing  baguettes.]

Htons-nous de dire que ces falaises striles s'ouvrent de temps 
autre pour laisser entrevoir, dans l'intrieur des terres, de jolis
vallons perpendiculaires au fleuve; au dbouch de tous, de verdoyants
bosquets de palmiers et de grands arbres ombragent de riants petits
villages dont la verte ceinture de champs cultivs et de haies bien
entretenues forme un charmant contraste avec les collines striles et
nues qui les environnent.

Sur la rive droite, ces hautes terres disparaissent prs Memboo, 
dix-huit milles (vingt-neuf kilomtres) de Menh'la; une immense plaine
d'alluvion s'tend jusqu'aux derniers contre-forts des monts Aracan;
c'est la province de Tsalen, une des plus riches de l'empire birman.

De Men-goon, nous gagnons Magw; entre ces deux localits, sur des
collines dnudes, brillent les blanches pagodes de Kw-zo, auxquelles
on arrive par d'interminables escaliers.


     La ville de Magw. -- Musique, concert et drames birmans.

Magw, peuple de huit  neuf mille mes, est la plus grande ville que
nous ayons encore vue en ce pays. Il y avait sur la plage deux ou
trois cents bateaux de toute forme et de toute grandeur. Selon le
wondouk, la ville renferme trois mille maisons, et ce chiffre ne nous
sembla nullement exagr.

En approchant de Magw, nous vmes un joli spcimen de pont birman:
les Birmans sont bien plus avancs que les Hindous dans ce genre de
construction; il est rare de ne pas rencontrer de pont l o les
dbordements empchent la circulation.

La longueur de ces ponts est souvent excessive; leur construction ne
m'a jamais sembl varier. Des pilotis en bois de teck de douze 
treize pieds de long, des traverses qui se fixent aux pieux par des
mortaises, un plancher solide, une balustrade souvent lgamment
sculpte, voil tout ce qu'on exige d'un ingnieur birman. Les
pilotis, enfoncs sans l'aide du mouton, rsistent pourtant au
courant.

[Illustration: Harpe birmane.]

Les chaumires des faubourgs taient en bon tat; presque toutes
avaient un large porche en treillage, qui, recouvert de plantes
grimpantes, formait un frais berceau d'ombre et de verdure.

Les principales maisons de la grand'rue taient occupes par des
soldats dont les armes taient ranges le long des verandahs. De
nombreux chevaux circulaient dans les rues; c'tait la monture de la
milice du pays, convoque sans doute pour notre arrive.

Les boutiques taient veuves de leurs marchandises, et la population
avait un air d'inquitude qui est peu dans le caractre des Birmans;
notre prsence semblait les proccuper.

Nous ne rencontrmes aussi que trs-peu de femmes, ce qui n'est pas
l'habitude du pays. C'est la seule fois que nous nous soyons aperus
de ce manque de confiance; mais les femmes ne se montrrent plus en
grand nombre que dans le voisinage de la capitale.

En sortant de la ville, nous nous trouvmes dans une campagne ouverte,
ondule et divise en enclos par des haies de jujubiers morts. La
principale culture tait le ssame. L'aspect des routes et des champs
nous montrait un degr de civilisation auquel nous ne nous attendions
pas.

[Illustration: Harmonica birman.]

Du bord de notre bateau  vapeur, nous avions remarqu une masse
sombre de toitures s'tageant les unes sur les autres; c'taient deux
immenses monastres, d'une construction solide et simple, une chapelle
(_thein_) et enfin une pagode. Le tout, y compris de vastes terrains,
tait entour d'une grossire palissade de bois de teck de sept  huit
pieds de haut.

Le _thein_ tait le monument le plus remarquable et le plus richement
sculpt que nous ayons encore rencontr: ce n'est que dans les
environs d'Amarapoura que nous avons vu des monastres le surpassant;
plutt encore par la richesse que par le got de l'ornementation.

M'tant mis  en faire un croquis, je fus aussitt entour d'une foule
de moines et de profs, tous trs-joyeux, mais aussi trs-questionneurs.
Quand je demandais  l'un d'eux de poser pour que je pusse le
reprsenter dans mon dessin, il s'approcha  toucher mon visage, et je
ne pus lui faire comprendre qu'il tait trop prs.

Le soir, nous fmes connaissance avec le drame birman, distraction qui
prendrait grande place dans ma narration, s'il me fallait raconter
ceux dont nous avons t journellement gratifis pendant tout notre
voyage.

Le gouverneur avait ordonn une exhibition de marionnettes et un drame
rgulier et classique; comme c'tait la premire fois qu'on nous
faisait une politesse de ce genre, le major Mac Phayre, l'ambassadeur,
y exigea notre prsence.

Nous avions un orchestre birman au grand complet, compos
d'instruments trs-curieux, et qui, je crois, sont particuliers  la
Birmanie.

Le principal instrument, tant au point de vue du volume que du son,
est le _pattshaing_ ou tambour-harmonica. C'est une espce de chssis
circulaire, en forme de baquet, d'environ trente pouces
(soixante-quinze centimtres) de haut sur quatre pieds et demi (un
mtre cinquante centimtres) de diamtre. Ce chssis consiste en
espces de douves curieusement sculptes, qu'on maintient les unes
prs des autres  l'aide d'un tenon qui s'introduit dans une mortaise
taille dans un cercle.  l'intrieur sont suspendus verticalement
dix-huit  vingt tambourins, dont le diamtre varie, de six 
vingt-cinq centimtres. Pour accorder l'instrument, on modifie le son
de chaque tambour, quand cela est ncessaire, en tendant avec le
pouce un peu d'argile mouille au centre de la peau d'ne. Le
musicien, accroupi  l'intrieur, joue de cet instrument avec les
doigts ou la paume de la main, et parvient  en tirer certains effets
musicaux. Un autre instrument ressemble beaucoup au _pattshaing_,
mais, au lieu de tambours, il contient des tamtams, et les musiciens
se servent de baguettes pour toucher ce clavier, qui donne des sons
d'une douceur et d'une mlodie charmantes. Le reste de l'orchestre se
compose de deux ou trois clairons  large pavillon, d'une misrable
trompette d'un son, de cymbales, et quelquefois d'un immense tamtam;
invariablement il y a des castagnettes de bambou qui battent fort bien
la mesure, mais qui aussi se font par trop entendre.

Les Birmans ont en outre des instruments pour la musique spciale de
salon ou de concerts; les principaux sont la harpe et l'harmonica aux
touches de bambou et quelquefois d'acier.

Nous avons vu  Amarapoura un de ces derniers instruments; c'tait
l'oeuvre des augustes mains du roi Tharawady, qui, comme Louis XVI,
tait plus adroit mcanicien qu'habile monarque.

Enfin une longue guitare cylindrique  trois cordes, ayant la forme
d'un caman, dont elle porte d'ailleurs le nom, clt la liste de
l'instrumentation birmane.

Revenons au drame. Le sol, couvert de nattes, sert gnralement de
scne. Les personnages distingus se placent sur des estrades, la
_plbe_ s'accroupit, se plaant de son mieux dans tous les espaces
libres. Au milieu de la scne il y a toujours un arbre, ou simplement
une grosse branche d'arbre; comme l'autel dans les tragdies grecques,
c'est le centre de l'action, c'est le seul dcor; on a toujours
rpondu  mes questions  ce sujet que c'tait en prvision du cas o
l'on aurait une fort ou un jardin  reprsenter; mais je suis
convaincu que cet arbre avait une signification symbolique qui, avec
le temps, s'est perdue.

[Illustration: Pagode  Pagn.]

L'clairage,  l'huile minrale, consiste en quelques vases de terre
qu'un des acteurs remplit de temps  autre et qui lancent leurs lueurs
rougetres autour de l'arbre symbolique. L'orchestre, sur un des cts
de la scne, a prs de lui une espce de chevalet d'o pendent une
foule de masques grotesques. Le coffre qui renferme les costumes de la
troupe lui fait face; invariablement ce coffre fait fonction de trne
 l'usage des rois, toujours trs-nombreux dans ces drames.

De fait, rois, princes, princesses, ministres et courtisans sont les
seuls personnages qui y figurent. Quant  l'intrigue, s'il y en a une,
elle est trs-difficile  dcouvrir. Le hros est le plus souvent un
jeune prince, qui a toujours pour valet un bouffon, comme celui de nos
anciennes comdies; le Crispin de Magw remplissait parfaitement son
rle de comique, ainsi qu'en tmoignaient les clats de rire de
l'audience. C'tait le seul acteur digne de ce nom, et son jeu tait
souvent si hautement pic, que pour le comprendre il n'tait pas
besoin de connatre la langue dont il se servait. L'interminable
prolixit du dialogue dpassait toutes les bornes; je ne pense pas que
personne pt comprendre ni ce qu'il signifiait ni sa raison d'tre; ce
qu'il y a de certain, c'est que l'action marchait si lentement qu'il
et fallu plusieurs semaines pour arriver au dnoment.

Une partie du dialogue tait chante; dans ces moments, les attitudes,
les gestes et certaines lamentations prolonges avaient un caractre
trs-comique, mais dont on se lassait bientt. Des danseurs et des
danseuses viennent souvent jouer des intermdes ou mme prendre part 
l'action. Les rles de femmes, dans les villes loignes de la
capitale, taient jous par de jeunes garons.

[Illustration: Reprsentation thtrale dans le royaume d'Ava.--Dessin
de W. Haussoullier et Hadamard d'aprs H. Yule.]

Les marionnettes sont encore plus populaires que les drames: les
reprsentations de ces acteurs de bois ont lieu sur des thtres assez
levs, ayant souvent neuf mtres de dveloppement, ce qui permet de
transporter la scne selon les exigences du sujet; le plus
communment, on voit un trne  un bout, c'est la cour;  l'autre
extrmit des branches d'arbre reprsentent une fort. Les pices que
jouent ces marionnettes sont, comme celles des acteurs vivants,
trs-prolixes, et elles m'ont paru avoir une tendance au surnaturel,
car on y voit des princesses enchantes, des dragons, des esprits
(_hts_), des chariots volants, etc. Ces marionnettes jouent souvent
aussi des mystres qui se rapportent  l'histoire de Gautama, et qu'on
ne pourrait laisser reprsenter par des acteurs.


     Sources de naphte; leur exploitation. -- Un monastre et ses
     habitants.

La ville de Ye-nan-Gyong, que nous atteignmes le 13, rvle la nature
de son industrie et  la vue et  l'odorat; on y sent partout l'odeur
nausabonde du ptrole; la plage est couverte de vases de terre qui
ruissellent d'huile; de toutes parts on voit fumer des poteries. Nous
montmes sur les collines qui entourent la ville; un sol de sable ou
de pierre,  peine assez d'herbe pour ne pas accuser une strilit
absolue,  et l quelques euphorbes rabougris, du bois ptrifi en
abondance, tel est l'aspect dsol du pays.

Le 15 aot fut consacr  visiter les mines; nos chevaux n'taient pas
mauvais; mais je n'en puis dire autant de leur harnachement. Aprs
avoir chevauch pendant trois milles (cinq kilomtres)  travers des
ravins et des collines escarpes de grs en pleine dsagrgation, nous
arrivmes sur une hauteur au centre de l'exploitation. C'est un
plateau irrgulier qui forme une espce de pninsule au milieu des
ravins.

[Illustration: Dagobah ou pagode en forme de cloche.]

Les puits sont, dit-on, au nombre de cent; mais il en est qui sont
abandonns. Leur profondeur est variable, suivant qu'ils sont percs 
la partie suprieure du plateau ou sur ses flancs. Nous en avons
mesur plusieurs  l'aide de longues cordes qui servent  puiser
l'huile, et nous avons trouv cinquante-quatre, cinquante-sept,
quatre-vingt-un et jusqu' quatre-vingt-onze mtres. Cette
exploitation occupe une surface d'environ deux cent soixante hectares.

Un treuil grossier, mont sur un tronc d'arbre, pos lui-mme sur des
branches fourchues, est tout le matriel employ. On laisse descendre
un pot de terre, il se remplit d'huile, puis un ouvrier, homme ou
femme, tirant la corde, descend la pente de la colline jusqu' ce que
le vase arrive  l'orifice du puits. Les Birmans se servent de cette
huile pour l'clairage; on l'emploie aussi pour prserver les bois de
construction des atteintes des insectes; c'est souvent mme un
mdicament. Ce ptrole, qui depuis quelques annes et largement
import en Europe, sert  l'clairage, au graissage des machines, et
la substance solide est employe  la fabrication des bougies.

Cette huile, de couleur verdtre, a la consistance de la mlasse; son
odeur n'est pas dsagrable quand on est en plein air, et qu'elle est
en petite quantit.

Le travail dans ces puits, d'o s'chappent des gaz dltres, n'est
pas sans danger, surtout quand on approche du niveau de l'huile. Le
capitaine Macleod, qui vit travailler au percement de l'un d'eux,
rapporte que les ouvriers ne restent au fond du puits que de quatorze
 vingt-huit secondes; encore en sortent-ils trs-puiss.

Cette exploitation fournit par mois vingt-sept mille
_viss_(quarante-cinq mille kilogrammes de ptrole), il en revient
mille au roi, mille au seigneur du district, et environ neuf mille aux
ouvriers. Par suite de la demande du march europen, cette substance
vaut actuellement,  Londres, de mille  onze cents francs la tonne.
La production totale annuelle de tous les puits, y compris ceux de la
rgion sud, est d'environ douze mille tonnes.

Dans la soire j'allai avec le major Phayre faire une promenade dans
les environs: un chemin bien entretenu nous conduisit,  travers des
collines arides, jusqu' un petit vallon ombreux s'ouvrant sur la
rivire; il avait son monastre et sa pagode. Les coliers du
monastre s'attroupant autour de nous, un vieux _poon-gyi_[3]vint sous
le _zayat_[4]comme s'il voulait nous parler. Ces moines n'adressent
jamais la parole les premiers: c'est la seule classe dans le Pgu avec
laquelle il soit agrable de parler, parce qu'ils ne sont jamais
qumandeurs.

         [Note 3: _Poon-gyi_, grande gloire, nom qui, dans la
         Birmanie, sert  dsigner les prtres de Bouddha.]

         [Note 4: _Zayat_, espce de portique ou d'abri public, qui,
         servant aux voyageurs, aux promeneurs, etc., se trouve dans
         presque toutes les pagodes.]

Nous invitmes le vieux poon-gyi venir visiter les steamers; mais il
nous refusa en lorgnant souponneusement un _avocat de Penang_ (un
bton), que l'un de nous avait  la main. Je crains d'tre battu,
nous dit-il.

Ce peuple semble croire que parler birman implique une communaut de
foi avec eux. On demandait invariablement  l'ambassadeur: Est-ce que
vous adorez les pagodes? Comme en parlant au poon-gyi il avait
employ les termes de respect qu'on emploie  l'gard des prtres, un
des assistants aux dents noires lui dit d'une faon assez
impertinente: Quoi! est-ce que vous adorez les poon-gyis; pourquoi
alors n'avez-vous pas rendu  celui-ci les hommages que vous lui
devez?--Parce qu'aujourd'hui n'est pas un jour de culte, rpliqua
l'envoy. Cette rponse excita un rire gnral dans tout l'auditoire.


     La ville de Pagn. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura.

 mesure que nous approchons de _Pagn_, le fleuve semble grandir. La
rive orientale est magnifique de vgtation. Ce n'est qu'une
succession continue de vallons richement boiss, de bouquets
d'lgants palmiers abritant des villages; c'est un contraste frappant
avec la rive oppose, qui ne prsente qu'une srie de collines
striles, dnudes, dont l'apparence est d'autant plus dsole que les
les qui surgissent  leurs pieds sont couvertes d'une paisse
verdure.

Nous voici enfin  Pagn; d'abord un dme immense apparat, c'est le
_Tsetna-phya_; ensuite des pyramides clatantes qui, tages les unes
sur les autres, surmontent des toitures resplendissantes de dorures;
des temples sombres, tranges, avec leurs bases carres, d'o s'lance
un clocher en forme de mitre; puis enfin des coupoles blanches,
noires, bizarres, fantastiques, se dessinant au milieu des maisons,
des palmiers, des champs et des jardins.

Voici venir les canots de guerre, les parasols dors, les rameurs qui
hurlent, les danseurs frntiques, la musique assourdissante; c'est le
gouverneur de Pagn, le _Myit-sing-woon_, espce de grand shrif de
l'Irawady.

Les temples apparaissent de plus en plus nombreux, les villages se
montrent de toutes parts; de tous cts, sous des arbres majestueux,
une population qui fourmille; enfin nous laissons tomber l'ancre
devant Pagn, et, comme d'habitude, prs du thtre.

L'escorte du Myit-sing-woon tait la plus nombreuse que nous ayons
encore vue. Dans son canot il avait cinquante hommes arms d'pes;
une vingtaine portaient des fusils de tout calibre, mais tous  deux
coups, plusieurs mme de ces quipages portaient un uniforme. Nous
comptmes trente canots, qui en moyenne avaient trente hommes  bord.
Enfin environ deux cents cavaliers, monts sur des petits chevaux
campagnards, parmi lesquels il y avait plus d'une jument suivie de son
poulain, nous attendaient sur la plage. Notre mouillage tait des plus
pittoresques. Prs de nous, sur le bord du fleuve, s'levait un
temple, petit, il est vrai, mais d'une construction trs-originale:
son dme avait la forme d'un oeuf, le gros bout en l'air, et tait
surmont d'une simple flche.

Cet oeuf pose sur une terrasse de _chunam_ ou chaux qui est faite avec
des coquillages ou du corail blanc; elle descend jusqu' la rivire
par une srie de murs en talus, dont les parapets sont couronns d'un
cordon de trfle mystique. En arrire une chsse de bois sculpt et
dor, et un _thein_ en brique avec son clocher pyramidal, s'tagent
l'un derrire l'autre. Ce thein est d'une richesse et d'un fini
d'excution rares actuellement chez les Birmans.

De la rivire, cet ensemble d'architecture tait si fantastique, si
trange, qu'en le voyant, on aurait pu se croire dans un monde
nouveau.

Pagn nous causa  tous un profond tonnement. Aucun des voyageurs qui
nous avaient prcds ne nous avait prpars au spectacle de ruines
aussi vastes, aussi intressantes. C'est  Pagn, dans les dcombres
de la vieille cit, que le 8 fvrier 1826, l'arme des Birmans,
commande par le malheureux Naweng-Chuyen (le roi du coucher du
soleil), livra son dernier combat aux Anglais envahisseurs.

[Illustration: Intrieur d'une pagode.]

Les ruines de Pagn couvrent, le long du fleuve, un espace de treize
kilomtres de long sur trois kilomtres de large. Le nombre des
temples ruins ou en bon tat est de huit cents, peut-tre mme de
mille. Il y en a de toute espce: pagodes en forme de cloche, en forme
de bouton, en forme de potiron ou d'oeuf; _Dagobahs_, _Chaityas_,
_Bo-phyas_[5], tout s'y trouve runi, avec toutes les variantes que
comportent d'ailleurs ces diffrents types. Ces constructions, presque
toutes sur le mme plan, affectent la forme cubique:  l'intrieur une
grande chambre avec des votes gothiques;  la principale entre,
grand porche qui fait saillie;  l'orient, deux portes latrales; le
plan a la forme d'une croix; le btiment s'lve en terrasses
successives pour se terminer par une flche, le plus souvent une
espce de pyramide renfle vers le milieu. Ces constructions sont en
briques revtues de pltre. Les murs intrieurs et les chapelles ont
un revtement pareil, richement dcor de fresques d'un travail
soign.

         [Note 5: _Dagobah_ est le nom donn aux temples de Ceylan; il
         signifie, en sanscrit, rceptacle des reliques. On suppose
         gnralement que notre expression de pagode est une
         corruption de ce mot. _Chaitys_ dsigne les temples
         bouddhistes; _Bo-phya_ est le nom des pagodes en forme d'oeuf
         ou de potiron.]

Tel est en gnral le type de ces pagodes, dont la superficie varie de
quatre-vingts  huit cents mtres carrs.

Ce qu'il y a de plus remarquable sans contredit dans ces temples, ce
sont les chapelles  idoles, colossales statues de neuf mtres qui se
ressemblent toutes; la seule diffrence qui existe entre elles est
dans leur attitude: les unes prient, les autres prchent, celles-ci
donnent leur bndiction. Poses sur un pidestal en bois sculpt en
lotus, elles font face  l'entre des chapelles, qui toutes sont
ornes de magnifiques grilles de sept mtres de haut: ces grilles en
bois sont trs-curieusement fouilles; des guirlandes de feuillage
d'un fini prcieux s'enroulent autour de chaque traverse; les votes
sont treillisses et semes de rosaces d'or.

L'immense niche o se trouve la statue a parfois plus de quinze mtres
d'lvation; tout autour court une dentelle de mtal dor,
soigneusement dcoupe: au sommet de la vote,  l'abri des regards du
spectateur, se trouve une fentre dont le jour est dirig sur la tte
et les paules de l'idole, qui, couverte d'or, semble ruisseler de
lumire. Ce rayonnement clatant au fond d'une chapelle sombre saisit
le spectateur et produit un effet trange.

Ces pagodes sont, je crois, toutes construites en _kucha-pukka_,
c'est--dire en briques cimentes de vase. On se reprsente
difficilement des monuments de ce genre, atteignant une hauteur de
soixante mtres; il faut dire que ces constructions sont presque des
masses solides, si bien que les corridors et les votes ressemblent
plutt  des excavations qu' de grandes nefs. Ces travaux sont
d'ailleurs excuts avec un tel soin, le joint des briques est si bien
fait, qu'il est difficile d'introduire entre elles la lame d'un
couteau. Toute cette maonnerie est couverte de pltre; la nature mme
de cette construction exige qu'il en soit ainsi.

[Illustration: Maison de l'ambassade,  Amarapoura.]

L o le pltre a rsist, les monuments sont en bon tat; quand il a
disparu, les monuments tombent en ruine. Il va sans dire que tous les
ornements sont excuts en pltre; ils sont d'un got et d'un fini
qu'on rencontre rarement dans ce pays et dans les Indes.

Myeen-kyan, ville importante entre Pagn et la capitale du royaume,
fait un grand commerce; c'est le principal march  riz de la
Birmanie. Les rues taient trs-animes: ici on battait le riz, l on
le vannait, plus loin, on l'emballait et on le mettait  bord de
grandes barques de cinquante  cent tonneaux, qui emportaient aussi
des balles de coton destines  la Chine. Celui que nous avons vu
tait sale et court de laine.

Les habitants se pressaient en foule pour voir les navires; ils
regardaient par les sabords ouverts, questionnant, plaisantant sur
tout ce qu'ils voyaient; qu'on ft  sa toilette ou non, ils ne se
drangeaient point.

Les eaux du fleuve taient si hautes et inondaient tellement les
champs et les prs, qu'il nous fut impossible de juger de l'importance
du Kyend-wen, un des affluents de l'Irawady: nous remarqumes au
confluent de ces deux rivires un petit _kyaung_ (monastre), bti sur
pilotis: il avait t construit, nous dit-on, pour les mariniers.

[Illustration: Valle des puits de bitume.--Dessin de Karl Girardet
d'aprs H. Yule.]

Au del de cette ville nous fmes tmoins de la fabrication indigne
du salptre. Comme aux Indes, il se recueille ici sur le sol; pendant
la saison sche, on racle la terre  une profondeur de quinze
centimtres environ; puis on met ce qu'on a ainsi ramass dans des
espces de filtres d'osier garnis d'argile  l'intrieur et qu'on
monte sur des chssis de bois. On les recouvre de balles de riz, puis
on verse de l'eau sur le tout. Cette eau, passant lentement  travers
l'appareil, vient tomber dans un vase en terre qui sert de
rcipient. On rpte les lavages deux fois et on porte les eaux mres
 la cuisson.

Celle-ci s'opre dans de larges vases peu profonds, juste assez levs
au-dessus du sol pour qu'on puisse faire un petit feu: ces chaudires
sont en fonte de Chine, mtal connu par ses qualits tenaces et
ductiles. Le salptre vient se cristalliser sur les parois des vases,
d'o on le retire en les raclant avec un couteau de bois.

La plus grande partie du salptre est vendue au roi; c'est un commerce
libre; cependant, si on en vendait de grandes quantits pour
l'exportation, il est probable qu'on l'arrterait  la frontire. Ce
qui ne se vend pas au roi sert  faire des pices d'artifices, car les
Birmans excellent dans la pyrotechnie.

Le 29 aot, nous rencontrmes une flotte de bateaux de guerre qui
accompagnait une dputation nouvelle envoye  notre rencontre. Le
chef vint abord, c'tait Nan-ma-dau-woon, le gouverneur du palais de
la reine; au commencement de la guerre, il tait gouverneur de Dalla,
et avait t  la tte de la dputation envoye  Calcutta. Il portait
une longue robe d'organdi et avait sur l'paule un _tsal-w_[6] d'or 
douze rangs. C'tait le fonctionnaire le plus distingu que nous
eussions rencontr. Son canot avec ses cinquante-six rameurs tait un
spcimen modle du genre.

         [Note 6: Le _tsal-w_, chane d'or  plusieurs rangs, est
         l'insigne qui distingue les nobles birmans; il se porte
         attach sur l'paule gauche, traverse la poitrine, et vient
         se fixer sur le dos, derrire le bras droit. D'aprs le major
         Phayre, ce serait une modification du fil ou cordon
         brahmanique des Hindous.]

Le spectacle avait un grand caractre. La flottille de canots se
divisa en deux bandes, l'une restant sur la rive droite, l'autre
traversant la rive gauche; les vapeurs avanaient lentement pendant
tous ces prparatifs; nous comptmes trois cents canots; ils avaient
en moyenne un quipage de trente hommes, le tout formant un total de
neuf mille hommes, qui nous accompagnaient de leurs chants et de leur
musique habituelle.

M. Spears, ngociant anglais rsidant depuis longtemps  Amarapoura,
vint  bord avec Antonio Camaretta, Portugais de Goa, un des employs
de confiance du gouvernement birman; il est actuellement receveur des
douanes dans la capitale et matre de la garde-robe du roi.

Nous dbarqumes  Sagan, juste en face du vieil Ava; un bois pais,
quelques pagodes blanches, quelques monastres en ruines, des remparts
couverts d'herbes et de broussailles, indiquent seuls l'ancienne
capitale du royaume. Aussitt arrivs, le padre Abbona, prtre
pimontais, vint nous voir; nous emes de nombreux rapports avec lui
dans la suite.

Le patron du canot de guerre qui avait amen le vieux woon, et qui
tait mont  bord avec lui, nous avait beaucoup amuss le long de la
route. C'tait un gaillard gros et gras, d'un aspect dsagrable, qui
se prlassait avec des airs d'importance, ainsi qu'il convient  qui
possde un abdomen puissant et un _putso_ battant neuf. Sa vanit
subit ici un lger chec, et nous emes un curieux exemple de la
manire dont cela se passe en Birmanie. Au moment du mouillage,
plusieurs canots, qui auraient d tre au large, se trouvrent gner
notre manoeuvre. Un des chefs pronona quelques paroles, et tout
aussitt deux de ces licteurs nus qui suivent tout personnage de
marque, et dont les insignes caractristiques sont un long et
vigoureux rotin et des chapeaux en laque rouge, se prcipitrent sur
notre pilote, au moment o il dbarquait dans toute sa gloire, le
saisirent par sa houppe de cheveux, lui lirent les pieds et les
poings, et sans souci du _putso_ neuf et de son importance, le
jetrent, prs l'avoir fort malmen, sur un tas de briques situ
derrire notre demeure.

Dans la soire, nous explormes la ville et ses environs. Cette ville,
qui plus d'une fois fut la capitale du royaume, est ferme par une
enceinte en briques tombant en ruines et entourant, au milieu d'pais
bouquets de magnifiques tamariniers, quelques rares maisons. Les
boutiques, plus rares encore, ne contenaient rien d'intressant.


     Paysage. -- Arrive  Amarapoura.

Les chemins des environs de la ville auraient eu parfois un aspect
tout anglais, n'taient des haies de cactus qui nous rappelaient  la
ralit. M. Oldham et moi, aprs avoir gravi fort pniblement environ
trois cents marches trs-roides, par un escalier ressemblant beaucoup
 celui qui dcorait le fronton du temple de la Renomme dans les
livres de notre enfance, nous arrivmes  un temple ruin, qui
lui-mme ne nous paya pas de notre fatigue; mais du haut de ses
terrasses nous emes une de ces vues qu'on n'oublie jamais. Il n'est
rien sur les bords du Rhin qui puisse s'y comparer. Ici l'Irawady fait
un coude brusque et s'inflchit presque  angle droit. Tantt,
tincelant comme une zone d'argent, il baigne des les verdoyantes
comme de sombres meraudes, et semble se perdre dans les montagnes
bleues qui apparaissent  l'horizon; tantt il rayonne ardent sous les
feux du soleil, comme un fleuve d'or liquide. Devant nous, Amarapoura,
enveloppe d'une vapeur lgre qui couvre ses maisons de clayonnage et
ses pagodes de pltre, de cette estompe mystrieuse qui permet 
l'imagination de rver de palais de marbre, de pagodes de porphyre et
d'or. Derrire ses lagunes, c'est la merveilleuse Venise!  nos pieds
des arbres splendides (il n'est pas d'arbres comme ceux de la
Birmanie), d'o se dtachent des pagodes, des temples clatants de
dorure; plus loin, large comme un lac, s'tend une nappe d'eau o se
refltent la profonde verdure des coteaux et les nuages blancs qui
courent dans le ciel; puis encore le fleuve, que sillonnent les canots
de guerre tout dors et dont la musique et les chants arrivent jusqu'
nous; plus loin encore les collines nues, abruptes, dsoles de
Sagan, o, sur chaque mamelon, se dresse un sombre monastre ou un
blanc _Bo-phya_; puis des les, des temples, des villages, des
collines nues, et, comme Cyble, couronnes de tours, puis enfin de
l'autre ct de l'Irawady, le vieil Ava, sombre fort o surgissent
encore quelques blanches pagodes ... splendide spectacle qui ne
sortira jamais de ma mmoire!

En allant visiter la pagode de Khoung-moo-dau, nous traversmes
plusieurs villages habits chacun par des corps d'tat distincts: dans
l'un, des fabricants de papier; dans l'autre, des forgerons; un
troisime ne renfermait que des marbriers. Ces derniers sculptent une
quantit innombrable de gautamas en marbre. Ils polissent
merveilleusement ces statues du Bouddha, se servant  cet effet d'une
pte faite avec du bois fossile. On demandait, pour un gautama d'un
mtre de haut, deux cent trente-sept dollars; un petit gautama
portatif, de vingt centimtres environ, tout rehauss d'or, ne valait
que vingt et un dollars.

_30 aot._--Vers midi arriva une autre immense flottille de canots de
guerre; elle escortait le magw-mengyi, qui venait au-devant de
l'envoy anglais. Ce fonctionnaire jouit d'une haute rputation de
modration et d'honntet; il a la prsance sur tous les membres du
_hwlot-dau_ (conseil royal). Un certain air sensuel, combin avec son
air intelligent et rus, le fait ressembler aux portraits de quelques
rois du moyen ge.

L'entrevue fut trs-cordiale; on causa de diffrents sujets, et enfin
on vint  parler du systme plantaire, que le major Phayre chercha 
leur faire comprendre, sans y pouvoir russir toutefois; c'tait trop
compltement oppos  la thorie des Birmans, qui admettent
l'existence d'une montagne centrale (Myen-mo) dont la hauteur est de
plusieurs millions de kilomtres, et autour de laquelle sont
solidement attaches quatre grandes les (l'Europe et l'Asie sont
situes sur l'le du sud). Le soleil claire ces quatre terres en
tournant autour de l'immense Myen-mo. Aprs quelques discussions sur
ce thme, le woon-gyi, se tournant vers le major Phayre, lui demanda
quels taient les peuples qui croyaient  ce systme.

Les Anglais, les Franais, les Portugais, les Amricains, rpondit
celui-ci.

--Tous les blancs, alors. Il faudra que j'en parle au P. Abbona,
rpondit le woon-gyi.

Dans la soire M. Camaretta arriva avec une nombreuse suite de valets
qui portaient une trentaine de plats d'argent massifs, contenant des
ragots et des sucreries que le roi et la reine envoyaient 
l'ambassade.

C'taient les premiers spcimens de la cuisine indigne soumis  notre
apprciation; aussi tous les plats furent-ils soigneusement dgusts.
Il y avait, entre autres, une espce de vol-au-vent de volaille et de
porc, dont la pte tait de farine de riz, qui fut dclar comparable
aux meilleurs produits de l'art culinaire franais. Les sucreries,
prpares sous la direction de Son Altesse la princesse Pakhan, propre
soeur du roi, taient dignes d'une si haute provenance.

Partis le 1er septembre pour la capitale, nous trouvmes le fleuve
tellement dbord, qu'on fut oblig de faire jalonner devant nous le
chenal par des canots de guerre, jusqu' ce que, quittant l'Irawady,
nous fmes notre entre dans le Myit-ng ou lac d'Amarapoura, au
milieu d'une fort d'embarcations de toute espce, parmi lesquelles
apparurent bientt les bateaux du roi. L'un d'eux tait vraiment une
embarcation royale; la proue reprsentait une tte de paon, et sur le
pont s'tageaient les uns sur les autres de nombreux pavillons; le
tout ruisselait d'or. Les tours et dtours de la rivire taient si
frquents que les collines de Sagan avaient l'air de danser autour de
nous.

Enfin, aprs avoir travers un ddale de canaux plus troits les uns
que les autres, si troits que la _Nerbudda_ avec ses tambours brisait
les branches des arbres du rivage, nous arrivons au but de notre
voyage,  cet interminable pont de bois qui traverse le lac pour aller
rejoindre Amarapoura. Le pont et la berge taient couverts de monde,
et plus d'un curieux, pour mieux voir, n'avait pas craint d'entrer
dans l'eau jusqu' mi-corps.

Des lphants nous attendaient au dbarcadre, mais le major Phayre
ayant prfr marcher, nous nous acheminmes pdestrement entre deux
haies de soldats d'assez pitre apparence, tous arms de sabres et de
fusils du vieux modle franais. Les rguliers, ou pour mieux dire les
quasi-rguliers, ceux qui sont de service dans la capitale, avaient
des jaquettes rouges de drap grossier, des ceinturons en tain et de
vastes chapeaux  grands bords, en forme de cloche; ces coiffures sont
en bambou tress et recouvert de laque verte ou dore. Les irrguliers
taient vtus chacun selon sa fantaisie. De temps en temps
apparaissaient sur le second rang des pelotons de cavalerie. Les
cavaliers, monts sur de maigres chevaux, arms de courtes lances et
de _dhas_ ou cimeterres, faisaient triste figure. Quelques officiers
taient splendides, au point de vue de la parade s'entend. Encastrs
entre leurs pommeaux d'or prodigieusement levs, avec d'immenses
quartiers de selle en buffle dor ou couverts de dragons fantastiques,
ils faisaient un effet merveilleux. Ce quartier de selle, qui a
quelquefois un mtre de diamtre, est certainement ce qu'il y a de
plus curieux dans l'accoutrement des cavaliers birmans; c'est
peut-tre un reste des anciennes armures.

Nous arrivmes  notre rsidence, situe  environ trois kilomtres de
notre flottille; ce qui n'tait rien moins que commode; mais il nous
fallut nous rsigner. Les prcdents rglent tout en Birmanie; le
colonel Symes, le capitaine Canning, pendant leur sjour  Amarapoura,
avaient demeur l, ce fut raison suffisante pour nous y loger.

Notre habitation, dont la superficie tait d'environ cinq cents mtres
carrs, tait entoure d'une palissade de bambous.  l'extrieur
existaient des abris servant  environ six cents soldats placs l
pour nous protger, ou plutt pour nous surveiller. Notre demeure,
dans le fait, n'tait rien autre qu'un large bungalow avec de nombreux
pignons et non moins de larmiers, qui, ainsi que nous pmes bientt
nous en assurer par exprience, laissaient facilement pntrer l'eau
dans les chambres. La charpente tait en bois de teck, les murs et
planchers en bambou.

Une immense chambre de plus de vingt-cinq mtres de long nous servait
de salle  manger: de grands vases de Chine garnis d'arbres
artificiels couverts de fleurs et de fruits la dcoraient. Ces
derniers imitant des mangues, des pches, des ananas ou autres fruits,
taient bons  manger ou au moins destins  l'tre, car on les
remplaait tous les jours; c'taient des sucreries ou des ptes de
fruits suspendues aux branches par des fils de fer. Les arbres, assez
bien imits d'ailleurs, formaient une dcoration agrable.

Le plancher de la salle tait couvert de tapis chinois en feutre
imprim; nous avions aussi des tables, des chaises, un _punka_ orn de
grandes lanternes chinoises dans lesquelles on mettait tous les soirs
de petites bougies indignes en cire jaune, et qui n'clairaient gure
mieux que des veilleuses.

[Illustration: Types de grands seigneurs et hauts fonctionnaires
birmans.--Dessin de Morin d'aprs H. Yule.]

Le long de ce salon rgnait une verandah ayant vue sur un grand
portique, immense abri circulaire avec un toit conique support par un
seul mt plac au centre. Sous cet immense parapluie se trouvaient et
le thtre, et les marionnettes, et la musique destine  nos
plaisirs, ou plutt  ceux de notre garde d'honneur, car ils ne nous
causrent jamais que des insomnies.

Dans notre portique-thtre et sur la verandah brillaient d'normes
jarres d'argent massif o deux hommes auraient log sans peine;
d'immenses cuillers, aussi en argent, permettaient de se dsaltrer
avec l'eau qu'elles contenaient: c'tait d'un aspect vraiment royal.

Amarapoura, en pali, la ville immortelle, n'a aucune prtention 
l'antiquit; elle a t fonde par Mentaragyi Phra, fils de ce grand
Alompra, qui, vers le milieu du sicle dernier, affranchit la Birmanie
du joug des Pguans. D'aprs le P. San-Germano, Mentaragyi prit
possession de son palais le 10 mai 1783. La ville fut abandonne par
son successeur en 1822; cet acte fut considr comme de mauvais
augure; ce fut ce qui amena, disent les Birmans, les dsastres de
1824-1826. Les rsidences royales,  chaque changement, avaient
toujours remont la rivire, de Prome  Pagn, de Pagn  Panya, de l
 Ava, puis  Amarapoura: cet abandon des antiques coutumes amena la
mauvaise chance et les revers.

  (_La suite  la prochaine livraison._)




[Illustration: Le palais du roi et l'lphant blanc.--Dessin de Navlet
d'aprs H. Yule.]




VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA

(EMPIRE DES BIRMANS),

PAR LE CAPITAINE HENRI YULE,

DU CORPS DU GNIE BENGALAIS[7].

1855

         [Note 7: Suite.--Voy. page 257.]


     Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'lphant
     blanc. -- Population de la ville. -- Recensement suspect.

Amarapoura est btie sur un terrain lgrement lev au-dessus de la
rivire et qui, dans la saison des pluies, forme une longue pninsule
rattache  la terre ferme par le nord. Des chausses revtues de
briques, ou des ponts de bois d'une longueur norme, la font
communiquer avec les rivages est, sud et sud-ouest. Pendant la saison
sche l'Irawadi ne baigne que le faubourg occidental.

La ville proprement dite, place au point le plus large de la
pninsule, a la forme d'un carr dont chaque ct peut avoir seize
cents mtres environ; un mur de briques de trois mtres cinquante
centimtres  quatre mtres, garni de crneaux et appuy sur des
terrassements, l'entoure de toutes parts. Chacun des cts du carr a
trois portes et de treize  quatorze bastions.  environ trente mtres
du mur, un foss de cinq  six mtres de profondeur, avec une escarpe
et une contrescarpe en briques, en dfend les approches. Toutes ces
dfenses sont d'ailleurs de peu d'importance: il n'y a de canons nulle
part, et, dfendues par les Birmans, toutes ces fortifications
n'offriraient pas plus de rsistance que des chevaux de frise.

Les rues vont d'une porte  l'autre, et, se coupant  angles droits,
divisent la cit en lots rectangulaires.

Suivant le caractre propre  toutes les vieilles cits des Birmans,
et qui se retrouve dans Pgu, Sagan, Toungoo, Tavoy, etc., le palais
occupe le centre de la ville, et ses murs affectent un paralllisme
parfait avec les remparts de la cit. Il y a trois enceintes, et de
plus une haute palissade en troncs de teck,  laquelle vient s'ajouter
un pais mur de briques. Du ct de l'est, o se trouve l'entre
publique, s'tend une esplanade d'environ cent vingt-cinq mtres, qui
se termine par un autre mur en briques avec double porte. Chaque face
du palais a une grille, confie  la garde d'un officier qui, charg
de veiller  la sret du roi, prend le titre de commandant de la
porte du nord, de la porte du sud, et ainsi de suite.

Aprs avoir franchi le dernier mur, on se trouve devant le My-nan
(palais de terre), ainsi nomm  cause de son sol en terre battue:
c'est la grande salle des audiences. Construite sur une terrasse en
briques recouvertes de pltre, de quatre-vingts mtres de long sur
trois mtres de hauteur, sa faade est couronne d'un triple pignon,
et sur les ailes soutenues par des colonnettes s'tage un double toit;
cette construction, tout en bois, est dore. La salle d'audience a de
dix-huit  vingt mtres de profondeur;  son extrmit se trouve le
trne; au-dessus du trne, au centre du palais et de la ville, autant
qu'aient pu y russir les gomtres birmans, s'lve un lgant
_phya-sath_ (clocher de bois) semblable  ceux des monastres, et sur
lequel brille un _htee_ dor, privilge que le roi seul partage avec
les tablissements religieux. Le phya-sath aussi avait t dor, mais,
lors de notre visite, il ne conservait plus de trace de son ancien
clat.

Au nord du palais, se trouve le palais du _seigneur lphant blanc_,
derrire lequel sont les appartements ordinaires de Sa Seigneurie.
Prs de sa demeure se trouvent les curies o l'on renferme les
lphants vulgaires.

L'lphant blanc actuel occupe sa haute position depuis plus de
cinquante ans. Je croirais volontiers que c'est celui dont parle le P.
San-Germano, et qui fut pris en 1806,  la grande joie du roi, qui
venait de perdre celui qu'il possdait.

C'est un lphant norme; il a plus de trois mtres de haut, une tte
superbe, des dfenses magnifiques. Malheureusement son corps est long,
efflanqu, mal fait. Il nous parut dans un mauvais tat de sant. Son
regard est faux et dsagrable, et ses gardiens semblent se mfier de
son caractre: ils nous ont toujours conseill de ne pas nous
approcher de sa tte; le petit anneau rougetre qui entoure son iris
ressemble, dit-on,  un cercle des neuf pierres prcieuses
(talisman).  peu prs uniforme, sa couleur rappelle celle des taches
que l'on voit sur les oreilles et sur la trompe des lphants
ordinaires; en somme il mrite bien son nom d'lphant blanc.

Ses _paraphernalia_ royaux, qu'on dploie quand il arrive des
visiteurs, sont magnifiques: son _driving-hook_[8], qui avait environ
un mtre, tait incrust de perles dans toute sa longueur; a et l
cercl de rubis, son manche tait de cristal avec des ornements d'or.
La tiare, de drap carlate, ruisselait de gros rubis et de diamants
splendides; son front tait orn de cercles des neuf pierres
prcieuses qui dtournent les mauvaises influences.

         [Note 8: Sorte d'aiguillon  crochet qui remplac le fouet du
         cocher entre les mains du mahout du cornac.]

Quand il tait en grand costume, comme les grands dignitaires birmans,
comme le roi lui-mme, il portait sur sa tte une plaque d'or o se
lisaient tous ses titres, et entre ses yeux resplendissait un
croissant de grosses pierres prcieuses.  ses oreilles pendaient
d'normes glands d'argent, et il tait harnach de bandes carlates
tisses d'or et de soie et embosses d'or pur.

Il a un fief qui lui appartient en propre, un _woon_ (ministre),
quatre ombrelles d'or, et une maison compose de trente personnes.
Avant d'entrer dans son palais, les Birmans tent leur chaussure.

On annonce souvent la prise d'lphants blancs; il y a alors grand
moi  la cour; mais la plupart du temps, vrification faite, il se
trouve que ce n'est de leur part qu'une prtention  ce titre, au
grand regret du roi, qui saluerait la venue d'un vritable lphant
blanc comme la conscration par la nature de ses droits lgitimes  la
royaut; car il n'est pas sans quelques remords, parat-il, au sujet
de l'usurpation qui l'a plac sur le trne de son frre. En 1831 on
avait pris un de ces lphants suffisamment blanc pour qu'on lui
assignt un apanage. Mais le gouvernement tant alors oblig de payer
les dernires indemnits de la paix de Yandabo, on fut oblig d'y
appliquer les revenus du nouveau _Senmeng_ (seigneur lphant). Une
dputation prsenta en grande pompe, au pachyderme, une lettre du roi,
crite sur une longue feuille de palmier. Le roi le priait de ne pas
s'offenser si on le privait de son revenu pour payer les _kals_
(trangers), et on lui donnait l'assurance que le tout lui serait
rembours avant deux mois.

Je n'ai pu m'assurer si les Birmans intelligents ont conserv leur
antique superstition pour les lphants blancs, ou s'ils ne voient l
qu'une sorte d'attribut traditionnel de la royaut; quelque chose
comme les chevaux caf au lait qui conduisent la reine d'Angleterre
quand elle ouvre ou proroge le parlement.

Devant le soubassement de la salle d'audience se trouvent une
vingtaine de canons remarquables soit par leur grandeur, soit par leur
excution. J'y remarquai entre autres deux pices de bronze de 24, que
certains dtails semblent dsigner comme d'origine birmane, et qui
font grand honneur  l'intelligence de ce peuple. Quelques pices de
petit calibre imitant des dragons hrisss, la gueule ouverte, les
ailes ployes, sont d'un fini remarquable; ces dernires ont, dit-on,
t prises aux Siamois.

Un peu plus loin on voit une norme pice d'artillerie amene de
l'Aracan,  la fin du dernier sicle, aprs la conqute de ce pays.
Semblable  la Mons-meg d'dimbourg, elle est forme de barres de fer
longitudinales entoures de massifs cercles de fer, trs-imparfaitement
souds. Cette pesante machine a environ huit mtres soixante-dix
centimtres de long; son diamtre extrieur  la culasse est de
quatre-vingts centimtres, mais son calibre n'est que de trente.

Immdiatement  la sortie du palais, on trouve le _yoom-dau_ (maison
de ville), et le _tara-yoom_, chambres de conseil ou de justice; 
l'ouest du palais est l'_anouk-yoom_, o un magistrat spcial juge les
dlits des femmes du palais; non loin de l aussi est la prison
publique: c'est, comme les maisons de la ville, un assemblage de
huttes en nattes et de barrires de bambou. Les prisonniers sont
obligs de se nourrir, de sorte que ceux qui ne peuvent payer ou
attendrir leurs geliers, meurent de faim. Ils sont trs-maltraits.
Le roi, il est vrai, a ordonn de nourrir les prisonniers et s'imagine
que ses ordres sont excuts, mais il n'en est rien. Un jour, en
sortant de son palais, Sa Majest avisa un bouffon trs-activement
occup  piocher;  la demande du roi sur ce qu'il faisait: Je
cherche, rpondit le bouffon, un de ces nombreux ordres qui manent
journellement du palais et du conseil suprme et dont on n'entend
jamais plus parler.

Les rues sont trs-larges et assez propres par un temps sec; on n'y
rencontre pas de ces mauvaises odeurs si insupportables dans les
villes indiennes. Il n'y a cependant aucune police attache au
nettoyage des rues; les chiens sont les seuls tres qui s'occupent de
ce soin. L'coulement des eaux se fait  la grce de Dieu; aussi,
quand il pleut, la boue arrive  une profondeur impraticable; il est
mme des quartiers de la ville dont elle interdit l'accs.

Amarapoura ne s'est jamais releve de l'incendie qui, pendant les
guerres civiles de 1831, la consuma compltement,  l'exception
toutefois du palais du roi. Aussi la population y est-elle
clair-seme; les habitations sont rares; on rencontre souvent de
grands espaces dserts.

La plupart des maisons, construites en bambou, sont exhausses sur des
pieux. Le long des rues principales,  quelques pieds des maisons,
court un rang de palissades bien faites et blanchies  la chaux; les
pieux qui les soutiennent sont couronns de pots de fleurs, et souvent
entre la palissade et la maison fleurissent des arbustes.

Le _yaja-mat_ (palissade du roi) a pour but d'empcher la foule
d'encombrer irrespectueusement le passage du monarque, et mme de le
voir; car il faut dire qu'en Birmanie le droit qu'a un chien de
regarder un roi ne semble pas encore bien tabli. Ce systme de
palissades donne une apparence de propret  la ville; mais comme
elles cachent les boutiques et les habitants, c'est--dire ce qu'il y
a de plus intressant pour un tranger, elles jettent par cela mme un
grand caractre de monotonie sur tout l'ensemble. De fait, quand nous
nous rendions au palais en grand apparat, n'et-ce t de nos
lphants qui nous servaient de monture et nous permettaient de voir
derrire les barrires, nous ne nous serions jamais douts du nombre
de personnes, hommes, femmes, enfants, occups  nous pier.

Aux portes de la ville s'lvent des corps de garde construits en bois
et ouverts de toutes parts. Les portes semblent avoir t tailles au
travers des bastions, et n'ont d'autres ornements que de grossires
moulures en pltre; ces bastions, blanchis  la chaux, rompent
toutefois la monotonie que la couleur de la brique imprime au reste de
la muraille. Au-dessus des portes s'lvent des pavillons  triples
toits pour les entres principales et  doubles toits pour les autres;
de moindres pavillons couvrent les bastions. Dans le passage des
portes les plus frquentes stationne une foule de petits dtaillants
dont le commerce consiste en sandales, peignes de bois, cuillers,
ciseaux, crayons de statite, etc. Des choppes de pareils articles se
groupent aux angles des palissades du palais, et  sa principale porte
on trouve la plupart des marchands de _para-beiks_ (tablettes noires)
et de crayons de statite, qui constituent tout le matriel  crire
des Birmans dans leurs transactions ordinaires.

Les demeures des princes, des ministres d'tat et autres dignitaires
occupent gnralement les emplacements tracs par les rues
rectangulaires qui divisent la ville. Ces palais, entre autres celui
du prince hrditaire, sont vastes, construits en bois et semblables
aux monastres, mais d'un style moins orn; leurs doubles et triples
toitures (permises seulement  la famille royale) sont recouvertes de
tuiles petites et minces. Les autres habitations sont faites de nattes
de bambou encadres de bois de teck, avec des pignons et des larmiers
en teck et des toits de chaume. a et l, dans de larges espaces sous
les remparts, on rencontre les greniers royaux.

On compte, suivant le major Allan, dans l'enceinte des murs, cinq
mille trois cent trente-quatre maisons, ce qui donne un chiffre de
vingt-six mille six cent soixante-dix mes; toute la capitale, y
compris les faubourgs, contiendrait dix-sept mille six cent
cinquante-neuf maisons, qui pourraient fournir une population de
quatre-vingt-dix mille mes. Le woondouk nous apprit un jour que le
nombre des habitants s'levait  dix millions! nombre, suivant lui,
fort exact, car il correspondait  celui des pices d'toffes
distribues lors de l'avnement du roi  chaque homme, femme et enfant
d'Amarapoura; mais, pour nous, ce nombre fabuleux ne pouvait, hlas!
que nous donner une ide approximative du chiffre effrayant des
_pots-de-vin_ prlevs par les fonctionnaires chargs de la fourniture
des toffes.

Le faubourg de l'ouest, qui couvre la pninsule au del des murs
d'Amarapoura, est de beaucoup le plus peupl. Les rues y sont perces
avec la mme rgularit que dans la ville, quoique moins larges, et
sont animes d'une activit qui augmente  mesure qu'on s'loigne du
foyer royal; les principales sont garnies des mmes palissades que
dans la cit et prs du fort; elles constituent le quartier
qu'habitent les trangers. On dit que les natifs ne peuvent, sans
l'autorisation du roi, lever des demeures en briques ou pierres; du
reste leurs habitudes et leurs prjugs les en loignent, et comme
cette prohibition ne s'tend pas aux trangers, les quartiers
qu'habitent ceux-ci,  l'exception des Chinois, sont en partie
construits en briques. Ce sont des maisons  deux tages, assez basses
et de mdiocre apparence, perces d'troites fentres et sans
verandahs. Il n'y a qu'un marchand anglais, demeurant actuellement 
Amarapoura, M. Thomas Spears, qui ait toujours su maintenir son crdit
auprs des rois qu'il a vus se succder, en se tenant  l'cart des
intrigues locales. Quelques agents des maisons de Rangoun viennent
habiter temporairement le quartier des trangers. Nous vmes plusieurs
aventuriers franais pendant notre sjour, mais on ne peut pas les
considrer comme tablis dans le pays. Nous devons citer
particulirement M. Camaretta, Portugais de Goa, qui demeure dans le
pays depuis une trentaine d'annes et a t employ par le
gouvernement birman sous Tharawadi, pre du roi actuel; il fut mme
nomm en 1839 _shabunder_ (surintendant) du port de Rangoun. Il jouit
d'une haute faveur auprs de Mendoon-Men, qu'il a connu enfant, et le
poste de confiance qu'il occupe auprs de lui le rend l'objet de
l'envie des employs birmans. Il parat dvou au roi, et s'il lui
cache de dsagrables vrits, au moins ne l'abuse-t-il point par de
basses flatteries. Il est  cette heure akouk-woon ou receveur des
douanes de la capitale, et jouit de l'estime des trangers. Les
Armniens frquentaient autrefois en grand nombre la cour birmane; on
en compte actuellement une douzaine de familles qui s'occupent de
commerce. Ils sont gnralement ennemis de l'Angleterre et grands
partisans de la Russie; mais on ne saurait dire s'ils sont les
missaires du tzar dans ces rgions lointaines. Makertich, l'un d'eux,
nous escorta de Maloon  la capitale. Gouverneur du district de
Maloon, il remplit aussi le poste de kal-woon ou surintendant des
trangers de l'ouest.

[Illustration: Sculptures comiques dans le monastre royal, 
Amarapoura.--Dessin de Lancelot.]

 quelques exceptions prs, les maisons d'Amarapoura ne sont que des
huttes. Prs de la rivire et l o le terrain est sujet aux
inondations, elles sont bties sur pilotis et s'lvent au-dessus de
l'eau comme les habitations des insulaires malais.

[Illustration: Vue du Maha-Toolut-Boungyot, monastre royal, 
Amarapoura.--Dessin de Lancelot d'aprs H. Yule.]

Le bambou est la seule matire employe dans ces constructions.
Pilotis, murs, revtement et poutres, planchers et toitures, chevilles
et liens, ustensiles et mobilier, tout est bambou. L'emploi de cette
canne dfraye toute la fabrication, on pourrait dire toute
l'industrie du pays: chafaudages, chelles, jetes et ponts,
appareils de pche, roues d'irrigation et copes, rames, mts et
vergues, flches et lances, chapeaux et casques, arcs, cordes et
carquois, jarres  huile, jarres  eau, marmites, tuyaux de pipes,
tuyaux  eau, botes  vtements, botes de luxe, plateaux,
instruments de musique, torches, balles, cordages, soufflets, nattes,
papier, etc., tout cela n'est de mme que bambou.

Le tissage des soies que la Chine importe  l'tat grge occupe les
bras d'une population nombreuse dans les faubourgs et dans la banlieue
de la capitale, particulirement des Munnipoorians ou Kath, comme les
appellent les Birmans. Cette race descend des infortuns qui furent
enlevs de leur pays natal par les Birmans, au temps du roi
Mentaragyri et de ses prdcesseurs; elle constitue la majeure partie
de la population de la capitale, et se trouve rpandue dans presque
tous les districts de la Birmanie centrale. C'est une race opprime;
on en peut juger par ce mot que je recueillis de l'un d'eux: Si un
Birman a cinq enfants, on en prend un pour le service du roi;  un
Kath, on les prend tous les cinq!

 part le bazar des soieries et celui o l'on vend les objets en
laque, qui proviennent gnralement de Pagn et de Nyoungoo, les
magasins de cette capitale offrent peu d'intrt pour l'tranger.

L'objet le plus remarquable du faubourg du nord est le _Ye-nan-dau_ ou
palais d'eau du roi. C'est un monument dans le style monacal,
construit en bois, avec une pyasath ou flche en bois; il s'lve sur
pilotis du sein des eaux du lac intrieur.  l'poque de l'inondation
il doit tre d'un aspect trs-pittoresque. C'est l que le roi
sigeait jadis pour assister aux courses des bateaux de guerre, mais
depuis la perte des provinces du bas Irawady, d'o provenaient les
meilleurs rameurs, ces jeux sont tombs en dsutude.

Deux routes conduisent au _Maha-myat-muni_, le temple de la clbre
idole de bronze qui, en 1784, fut apporte de l'Aracan. Il est 
environ trois kilomtres de la ville. Sur les routes qui y conduisent
se presse la foule des adorateurs journaliers du dieu; le chemin est
bord sur toute sa longueur de boutiques de vtements  bon march, et
surtout de marbriers et de fondeurs de cloches  qui les dvots
assurent un dbit considrable de leurs marchandises.

Une de ces routes est une chausse remblaye, soigneusement entretenue
et garnie de parapets en briques sur toute son tendue. C'est le long
de cette chausse qu'on rencontre les plus splendides modles de
l'architecture birmane et que les artistes de l'Indo-Chine ont dploy
toutes les ressources du got le plus luxueux.

Grce aux photographies du capitaine Tripe, je puis donner au lecteur
une ide assez exacte des plus remarquables d'entre ces constructions,
le _Maha-Toolut-boungyo_ (p. 277) et le _Maha-comiye-peima_ (p. 281).

Ces deux monuments ont t construits, l'un par la reine douairire
actuelle, l'autre par sa fille, la femme du roi rgnant: ils sont
modernes, ce qui explique leur parfait tat de conservation, malgr la
dtrioration rapide de ces constructions tout en bois.

Dans leur enceinte sont de nombreux monastres et des chapelles; au
centre se trouve un _kyoung_ ou sanctuaire immense d'environ cent
mtres de long; le premier et unique tage s'tale en forme de large
terrasse sur laquelle les constructions dressent leurs quadruples
toits.  partir du balcon, tout est dor; larmiers, balustres et toits
sont couverts de sculptures. Mais c'est surtout dans deux petits
btiments situs prs du kyoung central que les artistes birmans ont
dploy tout le luxe que pouvait suggrer leur imagination.

Dans le Maha-Toolut-boungyo, le sanctuaire conserve la forme affecte
aux monastres, mais il est sculpt comme le serait une chsse
d'ivoire, et il ruisselle d'or et de lumire. Les traverses du
soubassement sont dores, aussi bien que les escaliers et les parapets
de briques qui conduisent  la terrasse, ce que je n'avais jamais vu.

Les larmiers, dcoups en gigantesques couronnes impriales, sont
supports par des dragons fantastiques qui, la tte penche, semblent
ronger les pieux qu'ils enserrent de leurs griffes puissantes, tandis
que leur queue se droule flamboyante: il nous semblait les voir
s'agiter.

Les quadruples toits, couverts de zinc, rayonnaient comme s'ils
eussent t d'argent, et les murs incrusts de mosaques, de verre et
de dorure, tincelaient comme une mer de lumire couverte d'un filet
d'or.

Les chelles mme qui servent  monter d'un toit  l'autre pour les
rparations quotidiennes taient couvertes d'or et de verreries.

Le long du soubassement rgnaient des sculptures assez originales,
offrant les types de diffrentes races: des Birmans, des Chinois, un
Anglais. Ce dernier, avec son chien et son fusil, formait une
caricature qui ne manquait pas de vrit.  l'intrieur, on voyait
aussi des scnes fort curieuses d'animaux conversant entre eux et nous
rappelant les illustrations de La Fontaine par Grandville (voir page
276).

Le Maha-comiye-peima, dont le plan gnral ressemble  la construction
dont nous venons de parler, nous fut annonc comme plus fastueux
encore par les Birmans; nous ne voulmes pas les croire d'abord, mais
il fallut nous rendre  l'vidence.

Dans ce monument, les trois clochers ne sont pas dors, sans doute par
suite des guerres civiles de 1852. Le contraste de l'harmonie teinte
du bois de teck avec les masses d'or produit un effet charmant. Les
soubassements, au lieu d'tre compltement dors, sont incrusts de
panneaux de laque carlate, avec des bordures sculptes et dores. Les
piliers se rattachent les uns aux autres par des filigranes d'or en
forme de croissant, d'un travail et d'un got exquis. Les
encorbellements qui soutiennent les larmiers des terrasses n'ont pas
le style de ceux du Toolut-boungyo; ce sont des hommes  ttes
d'animaux: lphants, taureaux, etc. Ces statues, toutes dans
diffrentes attitudes de danse, sont couvertes de dorures et de
mosaques en glaces et en cristaux.

Le balcon de la balustrade est merveilleux. Ce ne sont pas, comme
d'ordinaire, des pilastres en bois tourn ou des panneaux sculpts,
mais de larges bandes sculptes, s'enlaant trs-artistement les unes
dans les autres;  leurs points de rencontre saillissent des
sculptures reprsentant des tres appartenant au monde des rves, qui,
si elles laissent  dsirer au point de vue de l'excution, n'en sont
pas moins trs-mouvementes; le long et au bas de ce balcon rgne un
larmier d'un got exquis: il consiste en bandes sculptes qui,
rappelant le travail du balcon, s'enroulent autour d'cussons.

Des serpents enlacs, caills de verres de couleur, avec des bouquets
de fleurs en mosaques de verre de glace, sortant de leur gueule,
forment les rampes des escaliers, qui sont dors. Les piliers sont
couronns de _htees_ qui sont loin de produire l'effet des couronnes
impriales du Toolut-boungyo. Les murs des tages suprieurs sont
diaprs et fleuris de mosaques en cristallerie; les larmiers et le
faite des toits sont en bois sculpt d'une main-d'oeuvre exquise.

On ne peut regarder ces _kyoungs_ sans un profond sentiment
d'tonnement. On se demande comment un peuple qui, au point de vue des
instruments de travail, a si peu de ressources, en est arriv 
produire des monuments d'un got et d'un travail aussi prcieux.

L'idole colossale apporte du temple d'Aracan est un Gautama dans sa
posture habituelle, c'est--dire accroupi sur un _raja Paln_. Cette
statue a environ trois mtres cinquante centimtres. Sa face est
brillante et polie, mais le reste du corps n'a plus forme humaine,
recouvert qu'il est d'une paisse couche d'or en feuilles, don des
fidles.


     Audience du roi. -- Prsents offerts et reus. -- Le prince hritier
     prsomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique.

Cependant les jours s'coulaient, et nous tions entrs dans la
mauvaise saison. Il pleuvait  torrents; la pluie pntrait  flots
dans notre rsidence. Le _tsare-dau-gyi_ (scribe royal), charg de la
surveillance, se contentait de sourire  nos observations et se
remettait  fumer gravement son cigare. On l'avait sans doute choisi 
cause de son impassibilit devant toute rclamation. Ce devait tre un
des membres de cet universel ministre _des fins de non-recevoir_
qu'on retrouve dans tous les pays. Quand M. Edwards s'adressa au
woondouk  ce sujet, celui-ci lui rpondit en riant, qu' Rangoun, les
Anglais avaient log l'ambassade birmane dans une rsidence jouissant
des mmes avantages. Il ne faisait donc que s'en tenir strictement au
prcdent que nous avions tabli.

Enfin, aprs d'ennuyeuses discussions d'tiquettes, notre entrevue
avec le roi ayant t fixe au 13 septembre, ce jour-l, de grand
matin, le _Nan-ma-dau-Phra-Woon_, le woondouk _Moung-Mhon_ et le
_tara-thoongyi_, grand juge et, de plus, joyeux compagnon, accompagn
d'une suite d'officiers, vinrent nous prendre pour nous conduire au
palais.

Ils taient dans leurs robes d'apparat, et si singulirement travestis
que nous emes quelque peine  les reconnatre tout d'abord. Leur
coiffure, grande mitre de velours carlate, encercle  sa base d'une
couronne de clinquant, se repliait en arrire sous la forme d'une
volute bizarre. Leur robe de mme toffe,  larges manches et brode
de brocart, ressemblait  une lourde chape de prtre romain. Il est de
bon ton, parat-il, d'avoir la mitre trs-serre sur la tte,  peu
prs comme les coiffes des bonnets des paysannes normandes; chaque
dignitaire avait  la main un instrument en ivoire ressemblant  un
couteau  papier, et  l'aide duquel il ramenait son bonnet sur le
front tout en repoussant les quelques cheveux qui s'chappaient de
dessous sa coiffure. Le _tsal-w_, avec le nombre de rangs que
comporte le grade de chacun, et une trompe acoustique compltaient ce
costume officiel.

Le temps s'tait heureusement remis au beau. Les embarcations des
navires de guerre, les vtements rouges de nos soldats, les pavillons
et les flammes qui flottaient au vent, les dignitaires birmans dans un
canot de guerre tout dor avec leurs cinquante matelots qui ramaient
en cadence; le blanc clocher d'Ananda se dtachant du milieu de la
verdure de magnifiques cotonniers et de palmiers lancs; au loin les
montagnes du pays des Shans, tageant les unes sur les autres leurs
rampes azures: tout cet ensemble formait, pendant notre passage du
lac, une scne trs-belle et trs-pittoresque.

En dbarquant nous passmes au milieu de soldats ayant l'air plus ou
moins belliqueux; ce qui nous amusa beaucoup fut de voir ces guerriers
juchs sur de petits tabourets (il avait beaucoup plu la veille et les
rues taient remplies de boue) et les officiers eux-mmes accroupis
sur des siges, naturellement plus levs, et ayant prs d'eux leur
bote de btel, leur crachoir, etc. Je ne remarquai pas un seul bel
homme parmi tous ces disciples de _Mars_. Les femmes regardaient
curieusement  travers les interstices des palissades qui garnissent
toutes les rues; d'autres membres du beau sexe dominaient dans la
foule, d'ailleurs silencieuse; il y en avait beaucoup d'agrables et
qui taient mises avec got; mais elles ont en gnral l'aspect
trs-fatigu et de vilaines bouches. Enfin notre escorte, arrive 
l'entre du palais, la baonnette au bout du fusil, s'arrta et se mit
en rang pour nous laisser passer.

Au mme instant arriva le cortge de l'hritier prsomptif: incident,
sans aucun doute, prpar de longue main pour dployer, par occasion,
aux yeux des sujets birmans la majest de leurs souverains. Le prince
trnait sur une massive litire dore, entour de huit immenses
parapluies d'or dploys au-dessus de lui. Aussitt qu'il fut entr on
ferma les portes sur lui; il nous fallut attendre.

Au bout de quelque temps, le woondouk ayant envoy annoncer notre
arrive, nous entrmes aprs nous tre dbarrasss de nos pes; nous
tions obligs d'en passer par l; c'est la stricte tiquette du
palais; les gardes du roi peuvent seuls entrer avec des armes,
privilge interdit  l'hritier prsomptif lui-mme.

Les dignitaires, en passant par la porte d'entre, _Yw-aau-yoo-Taga_
(la porte royale des lus), trent leurs chaussures et nous
demandrent inutilement d'en faire autant; puis,  mesure que nous
approchmes de la grille intrieure, ils firent quatre fois le
_shikho_ (acte de soumission qui s'excute en mettant les mains sur le
front et en inclinant la tte jusqu' terre), nous engageant encore 
les imiter: second refus de notre part.

Arrivs enfin  la salle d'audience, nous dmes laisser nos souliers 
la porte.

Les longues ailes de cette salle ressemblaient aux transepts d'une
cathdrale. Devant nous s'tendait ce que nous pouvions considrer
comme le choeur, o, au lieu d'un autel, se trouvait le trne, plac
sous la grande flche aux tages sans nombre qu'on aperoit de tous
les cts de la ville. Cette espce de choeur est entour d'immenses
colonnes, dont la base est recouverte de laque et d'ornements rouges.
Il y a aussi des rangs de colonnes le long des transepts;  part la
base des colonnes, fts, chapiteaux, panneaux, tout ruisselle de
dorures.

Le trne ressemble exactement  ceux qui, dans les temples, supportent
les idoles de Gautama. Sa forme singulire rappelle assez deux
triangles runis par leur sommet: ces deux triangles reprsentent le
feu et l'eau qui, dans la cosmogonie bouddhiste, sont les symboles de
la destruction et de la rgnration. Le mortel privilgi qui sige
sur un trne de ce genre reprsente donc le matre de l'univers: telle
est la modeste prtention du souverain d'Ava.

Ce trne, auquel le roi arrive par une porte de treillis dor, est
garni de coussins et de carreaux de velours carlate: c'est une espce
de mosaque d'or, d'argent et de fragments de glaces. Tout autour se
trouvent quelques niches, o l'on voit des statues reprsentant,
dit-on, les progniteurs de la race humaine, puis cinq btons dors
avec des pennons, autres emblmes royaux.

[Illustration: PLAN D'AMARAPOURA et de sa banlieue comprenant les
ruines D'AVA ET DE TSAGAIN d'aprs les relevs du Major Grant Allan
Ingnieur en chef des frontires du Pgou.]

Nous tions accroupis sur des tapis anglais d'Axminster; le reste de
la salle tait simplement recouvert de nattes; seulement, plusieurs
hauts dignitaires avaient leurs tapis particuliers. Il n'y avait
personne devant nous, except une double range de jeunes princes
vtus de brocart d'or et d'argent et de _putso_ (jupons) clatants. Il
y en avait quatre d'un ct, les fils du roi, cinq de l'autre, les
fils de l'hritier de la couronne.

[Illustration: Dtails intrieurs du Maha-comye-peyma, 
Amarapoura.--Dessin de Navlet d'aprs H. Yule.]

Celui-ci, l'_Einshe-men_ lui-mme, assis devant eux sur une espce de
litire sculpte, tait vtu de brocart d'or; sa mitre ressemblait 
celle des autres officiers, elle tait seulement beaucoup plus riche
et couverte de pierreries. Il ne se tourna jamais vers nous, mais
l'usage frquent qu'il faisait d'un miroir tmoignait assez de sa
curiosit. Devant et autour de nous se trouvaient les ministres et
quelques vieux princes du sang,  l'aspect sensuel et aux mchoires
saillantes. Leurs tiares constelles de joyaux et leurs vtements de
pourpre les faisaient ressembler  des abbs mitrs du moyen ge.

Dans les transepts, se tenaient une foule d'officiers infrieurs et
plusieurs _tsaubwas_, princes Shans tributaires; nous fmes frapps de
l'aspect de ces derniers et de leurs manires beaucoup plus
distingues que celles des Birmans.

En s'accroupissant, l'ambassadeur posa la lettre du gouverneur gnral
sur un tabouret dor, recouvert de mousseline. Chacun des officiers
avait prs de lui une espce de petite tagre dore avec des plateaux
o se trouvaient du tabac, du btel, du th conserv et autres curieux
condiments, le tout fort proprement arrang dans des soucoupes d'or et
accompagn de tasses en or et de bouteilles contenant de l'eau
musque.

Nous attendmes pendant environ vingt minutes l'arrive du roi; tout
ce que nous apercevions nous intressait au point de nous faire
oublier la position incommode o nous nous trouvions faute de siges.

Enfin un bruit de musique qui semblait venir des cours intrieures
annona l'arrive de Sa Majest: un dtachement de soldats entra dans
la salle d'audience, se plaa dans les entre-colonnements et
s'agenouilla, chaque homme tenant son fusil entre les genoux, et ses
mains croises dans l'attitude de la prire.

Nous vmes,  travers la grille dore, le roi montant  son trne; il
en gravissait lentement les degrs, se servant de son sabre  fourreau
d'or comme d'une canne. Nous crmes d'abord que c'tait affaire
d'tiquette, mais M. Camaretta nous assura que le vtement du roi,
couvert de pierreries, pesait plus de cinquante kilogrammes. La reine
venait immdiatement derrire son poux.

Le roi resta un moment debout; puis, aprs avoir pousset les
coussins avec son ventail, s'assit  la gauche du trne. La reine se
plaa  la droite du roi, un peu en arrire, lui prsentant de temps 
autre quelques-uns de ces menus objets, de ces articles indispensables
 une personne de haut rang: la bote  btel, le crachoir d'or, etc.
Entre Leurs Majests s'levait l'image sacre d'une oie ou d'un cygne
sur un pidestal d'or.

Aprs s'tre servie de son ventail, et avoir vent son mari, la
reine se fit apporter par une de ses suivantes un cigare allum
qu'elle mit aussitt dans sa royale bouche. Ce n'est pas manquer 
l'tiquette, pour un tranger comme pour un sujet, que de fumer devant
le souverain.

De la distance  laquelle nous tions du roi, il nous parut d'une
taille assez forte. Ses traits, o se refltait la physionomie
nationale, quoique adoucie, indiquaient plus de distinction qu'on n'en
trouve d'ordinaire chez ses sujets, et semblaient empreints de bont
et d'intelligence; ses mains taient remarquables de finesse et de
dlicatesse. Sa longue tunique de soie claire disparaissait,  la
lettre, sous la profusion de joyaux qui la dcoraient. Sa coiffure ou
couronne avait la forme d'une tiare, semblable  un _morion_ hindou,
s'levant en pointe, termine par un ornement haut de plusieurs pouces
et relev en forme d'ailes au-dessus de chaque oreille. Le front tait
orn d'une plaque d'or. Cette couronne s'appelle _tharapeo_.

Le costume de la reine tait beaucoup moins majestueux, ce qui tenait
sans doute au caractre de sa coiffure que peu de femmes auraient
porte  leur avantage. Imaginez-vous un bonnet ajust troitement 
la forme de la tte, cachant les cheveux et les oreilles, et se
dressant en spirale recourbe en avant, comme la corne du rhinocros,
ou comme certaines volutes ptrifies des collections minralogiques,
le tout accompagn de deux longues barbes tombant le long des joues.
Le reste du costume de Sa Majest avait quelques points de
ressemblance avec celui de l'poque de la reine lisabeth. Les manches
et la taille paraissaient formes d'une srie de morceaux d'toffe
taillade, et le cou tait entour d'une collerette aussi taillade et
descendant jusqu' la ceinture; au-dessus de la taille le corsage
tait plastronn de larges pierreries. La robe aussi bien que la
coiffure tait roide de diamants. La reine est la _demi-soeur_ de son
poux, comme l'a toujours voulu la coutume de temps immmorial, parmi
les races royales de Birmanie, ainsi que chez celles d'Aracan et du
Pgu, au temps de l'indpendance de ces contres.

Parmi les jeunes filles qui se tenaient en arrire du trne, tait la
fille du roi, attife  peu prs comme la reine. Une autre charmante
petite fille, les cheveux orns de fleurs et qui regardait  la
drobe les _kals_ ou trangers, tait l'enfant de l'hritier
prsomptif. Une fois le roi entr, nous nous dcouvrmes, et au mme
moment toute l'assemble des natifs se mit la face contre terre, les
mains croises sur le haut de la tte. Les deux ranges de petits
princes agenouills en file devant nous doublrent leurs rangs, et les
deux atwen-woons qui taient  nos cts se tranrent, prosterns
qu'ils taient, jusqu' la moiti de la distance qui nous sparait du
trne, tablissant ainsi un rempart entre le roi et nous.

Une dizaine de brahmanes en toles et en mitres blanches ornes de
feuilles d'or entrrent alors dans les stalles voisines du trne et
commencrent un chant choral en sanscrit, bientt suivi d'un chant
pareil en birman: ce n'tait,  proprement parler, qu'une litanie, ou
numration des dieux hindous, des sages et des cratures saintes dont
on invoque la bndiction et l'intercession en faveur du roi. Les
chants termins, notre ami le tara-thoongyi ou grand juge, qui tait 
notre gauche, lut au roi une adresse nonant que les offrandes que Sa
Majest se proposait d'offrir  certaines pagodes de la capitale
taient prtes, et un des fonctionnaires dit: Qu'on les ddie! Sur
ce, les chants recommencrent. Car, aussi bien que la crmonie du
_A-beit-theit_ ou des lustrations solennelles, ils forment un
prliminaire indispensable des offrandes aux pagodes qui inaugurent
toujours l'ouverture d'une sance royale. La lettre du gouverneur
gnral fut alors retire de son enveloppe et lue  haute voix par un
than-dau-gan ou receveur de la voix royale. Le mme fonctionnaire lut
galement la liste des prsents offerts au roi et  la reine. Le
modle de chemin de fer que sir Macdonald Stephenson avait remis 
l'ambassadeur, pour cette circonstance, fut le seul des prsents
exhib dans la salle, et ne causa pas peu d'intrt aux Birmans.

Trois questions furent alors, suivant la coutume, faites 
l'ambassadeur, comme venant du roi. Sa Majest ne remua pas les
lvres, bien qu'elle part intimer sa volont en inclinant la tte. Ce
fut un atwen-woon qui, en se dtournant  moiti, demanda:

Le roi d'Angleterre va-t-il bien? Puis, sur la rponse affirmative
de l'ambassadeur, le than-dau-gan rpta  haute voix: En raison de
la haute et parfaite gloire de Votre Majest, le roi d'Angleterre est
bien, et je souhaite, en toute humilit, qu'il en soit de mme de
Votre Majest.

Puis une srie de demandes et de rponses ayant eu lieu entre
l'atwen-woon et l'ambassadeur, le than-dau-gan, terrible paraphraseur,
les interprta  peu prs de la sorte: En raison de la haute gloire
et excellence de Votre Majest, il y a cinquante-cinq jours que ces
trangers ont quitt l'Angleterre (le Bengale, avait dit le major
Phayre) et ils sont heureusement arrivs  tes pieds d'or et en toute
obissance, etc.

La pluie et l'air ont t propices sur leur passage, et au del comme
en de des frontires ils n'ont trouv que d'heureuses populations.

Alors des prsents nous furent offerts. Le major Phayre reut une
coupe d'or portant les signes du zodiaque relevs en bosse, un beau
rubis, un _tsal-w_  neuf rangs et un beau putso, les autres
officiers eurent une coupe d'or simple, un anneau, un putso, ou un
anneau et un putso seulement.

Enfin le roi, s'appuyant sur la reine, se leva pour partir; ils
traversrent le treillis dor qui formait le fond de la niche royale.
La musique joua derechef, les portes se refermrent, et l'on nous
annona que nous pouvions nous retirer: annonce accueillie avec
plaisir, car l'attitude force dans laquelle nous sigions et 
laquelle maints d'entre nous tentaient de se drober, nous avait
attir plus d'une fois le visible dplaisir du vieux nanma-dau-woon.

En descendant du palais nous jetmes un coup d'oeil sur les danseurs
et les jongleurs qui opraient dans la cour; ensuite on nous invita 
aller voir le _seigneur lphant blanc_. Nous le contemplmes cas
dans un vaste appartement situ au nord de la salle d'audience; puis,
suivant la mme route que dans la matine, nous arrivmes  la
rsidence, quelque peu fatigus, vers les quatre heures.

15 _septembre._--Le roi, par l'entremise du woondouk, nous a fait
informer qu'il tait charm des prsents que nous lui avions apports,
et surtout d'un candlabre en cristal color en rouge. Il dsirait
aussi savoir si quelqu'un d'entre nous pouvait mettre son matre des
crmonies  mme de se servir de l'appareil photographique. Le major
Phayre, vu les difficults, suggra que l'on pourrait envoyer un des
familiers de la cour en apprendre la manipulation  Calcutta, ce qui
eut lieu plus tard. Mais tous les efforts du capitaine Tripe, l'habile
photographe attach  l'ambassade, n'amenrent qu'un rsultat ngatif.
Cette incapacit de leurs artistes n'empchait pas toutefois les
Birmans de s'extasier devant les rsultats obtenus par le capitaine
Tripe, surtout quand il s'agissait de la reproduction de leurs
monuments et de leurs monastres, si chargs de riches sculptures.

Leur got, sous ce rapport, contraste avec l'inhabilet des Hindous 
reconnatre mme les portraits les plus ressemblants, les dessins
aussi bien que les gravures europennes tant pour eux lettre close.
Ce trait distinctif de l'aptitude des Indiens et des Birmans ne me
parat pas avoir jamais t signal.

La concidence de notre arrive avec celle de la pluie avait t fort
remarque, et,  ce propos, le roi fit observer, en daignant sourire,
qu'il esprait que nous prolongerions notre sjour, car son royaume
avait encore besoin d'eau.

17 _septembre._--Ce jour fix pour notre visite  l'Einshe-men,
l'hritier prsomptif, nous fournit une occasion de naviguer sur le
lac. Accompagns du woondouk et de quelques officiers, nous le
traversmes pour gagner la porte sud de la cit o nous attendaient
des lphants, ainsi qu'une escorte de quinze hommes de notre
cavalerie irrgulire. Aux abords du palais du prince, le plus grand
de la ville et le seul qui soit honor d'un triple toit, se tenait un
fort dtachement du rgiment Madeya, qui nous accompagna et forma la
file de chaque ct de notre cortge.

L'ambassadeur fit avancer son tonjon jusqu' la porte, et nous
descendmes de nos lphants aussi prs que la foule nous le permit;
l nous fmes reus par un des woons du prince, sur l'avis que le
woondouk lui donna de notre arrive. Ce personnage, homme trs-obse,
ne parut pas comprendre, ne rpondit rien, et tout en mchant son
btel se contenta de promener ses regards sur nous.  la fin il dit
lentement: Tous sont-ils arrivs? alors ouvrez la porte. Les larges
portes de bois roulrent sur leurs gonds et le palais du prince nous
apparut: construction immense, modestement orne dans le style
monastique et entoure d'une clture palissade. Les sons d'un
orchestre nous arrivaient de l'intrieur, et  toutes les fentres,
sous toutes les verandahs, se pressait une foule de ttes curieuses.
Deux petits canons bien monts dfendaient l'entre.

Dfilant entre deux lignes de fusiliers en jaquette verte, nous
parvnmes  l'entre de l'escalier o, suivant ce qui tait convenu,
nous laissmes nos souliers. Parvenus au sommet, on nous fit d'abord
passer le long de verandahs o dansaient des bayadres; puis nous
pntrmes dans une salle grande, leve, et si obscure que l'on n'y
voyait rien au premier abord, mais nous y discernmes ensuite une
foule parmi laquelle se trouvaient des gens en uniforme arms de
sabres  large pointe. Ni or ni couleurs n'ornaient les murs et les
piliers de cette salle. Nous nous assmes sur un tapis au centre, 
une dizaine de mtres du mur du fond o se trouvait,  six pieds
d'lvation, une porte  panneaux dont les interstices laissaient
filtrer une lumire plus brillante.

[Illustration: Une porte  Amarapoura.]

Le btel et l'eau  boire furent placs devant nous, et aprs un quart
d'heure, que le silence, l'obscurit et notre position gnante nous
firent paratre bien long, la porte glissa et nous laissa voir le
prince et sa reine (ainsi qu'on l'appelle) s'asseyant sur le plancher
surlev de l'appartement intrieur, au ras de la porte.

Cette scne, vue d'un premier plan obscur dans la vive lumire de
l'appartement intrieur, et encadre par l'ouverture de la porte au
milieu de laquelle ces deux illustres personnages taient immobiles,
nous fit l'effet d'un tableau, et d'un tableau d'un caractre aussi
rare que singulier.

[Illustration: Canon birman.]

Le prince, vtu de brocart, coiff d'une mitre charge de joyaux et
cachant compltement ses cheveux, nous apparut comme le type mogol le
plus accentu, et nous fit une impression bien moins agrable que
celle que nous avions garde de son royal frre.

[Illustration: Danse des lphants.]

La princesse, habille  la mode de sa parente, la grande reine, tait
coiffe et costume d'une faon plus avenante que celle-ci. Ses
oreilles ornes de joyaux taient dgages. C'tait une jeune femme
gracieuse et modeste, d'une physionomie aimable et intelligente, et
qui semblait quelque peu dcontenance et gne dans les plis
encombrants de sa robe. Elle est la _demi-soeur_ de son poux sans
tre la soeur de la reine.

Un silence de quelques minutes, pendant lequel l'assemble parut les
adorer, suivit leur arrive, et lorsqu'une attente suffisante pour
tablir la dignit du prince se fut coule, un des woons se permit
d'attirer l'attention de Sa Hautesse sur nous, en rampant vers la
porte et en relevant la face pour saisir un signe. Le prince ne parut
pas le remarquer, mais ensuite il se dtourna et fit signe  un
officier, plus rapproch de nous, de commencer. Le personnage prit
alors sur un sige, o l'ambassadeur l'avait dpose, la liste des
prsents que le gouverneur gnral offrait au prince, et lut un
discours prliminaire qui informait Sa Hautesse que l'ambassadeur
arriv  la cour apportait des prsents pour l'Einshe-men, ajoutant
que la reine d'Angleterre les lui offrait _respectueusement_. Sur quoi
le major Phayre se leva et dit  mi-voix au woondouk que le lecteur
devait rectifier ce sens de son discours. Aprs quelque change de
sourdes paroles, l'ambassadeur rpta: Je quitte la salle si la
rectification n'est immdiatement faite. Alors le woondouk dit au
lecteur: Ce sont des prsents royaux d'un roi, et vous ne devez pas
vous servir du mot _respectueusement_. L'officier rectifia sa phrase.

Pendant cet incident le prince, tout en conservant son immobilit,
parut sensiblement mu; la sueur perlait sur son front. Le
questionnaire d'tiquette puis, les prsents distribus, le prince
se leva, sa charmante compagne le suivit; les portes se fermrent et
les drobrent  notre vue. En somme cette crmonie, dpourvue de la
splendeur barbare de la sance royale, ne nous parut releve que par
la gracieuse apparition de la princesse. En traversant la cour, nous
inspectmes les canons que nous jugemes de fabrique europenne, quoi
qu'en pt dire le woondouk; puis nous nous arrtmes sous un abri o
nous attendaient des rafrachissements auxquels nous fmes mine de
goter. L le woon du prince s'excusa du manque de convenance survenu
pendant la lecture du discours, incident que l'on devait attribuer
uniquement au lecteur habitu  la formule en usage. Le major Phayre,
toutefois, exigea du woon la promesse que le pauvre diable serait
rprimand.

Le 20 septembre, je partis avec M. Oldham, qui se dirigeait sur
l'Irawady pour visiter les couches de houille qui se trouvent situes
 soixante-dix milles de la capitale. Le lendemain, le major Phayre
eut avec le roi une entrevue, dont le major a bien voulu me
communiquer les dtails par crit.

Nous fmes conduits, dit-il, dans la partie ouest du palais, et en
approchant d'une alle qui paraissait devoir mener au jardin, je vis
une foule de gens assembls sous un btiment circulaire, o il y avait
concours de danse et de musique. C'tait la cour, et comme le roi
tait prsent, je retirai mes souliers, et m'avanai en compagnie du
woondouk, de M. Spears et de deux ou trois officiers birmans. En
pntrant dans l'assemble, j'aperus le roi assis sur un sofa
exhauss sur une estrade. On me fit avancer pour me placer parmi les
ministres qui se tenaient  quelque distance du roi. Il y avait foule,
et tout le monde tait accroupi  terre,  l'exception des danseurs.
Hors du btiment se tenaient les gardes en vestes rouges, avec leurs
casques rouges en papier mch, et leurs fusils, crosse  terre, entre
leurs jambes croises.

On me fit savoir bientt que le roi dsirait me voir en particulier,
et l'on me fit passer dans un autre appartement. Les gardes taient
groups dans une verandah attenante. En entrant, je vis le roi
mi-couch sur un sofa, habill dans le costume du pays, avec un putso
de soie, une ceinture de couleurs clatantes, et une veste en coton,
descendant  la hanche: sa tte tait recouverte d'un simple bonnet.

[Illustration: Canal d'irrigation dans le royaume d'Ava.--D'aprs une
gravure de l'dition anglaise.]

 l'autre extrmit de la chambre, on voyait dans un vase une
imitation de fleurs de lotus;  la gauche du roi,  quelque distance,
une demi-douzaine de ses fils, bambins ou adolescents au-dessous de
seize ans, se vautraient sur le tapis.

Dans l'antichambre, une troupe de musiciens excutait une douce
musique sur des instruments  cordes. En m'asseyant prs du vase 
lotus, je m'aperus que j'avais t suivi par un des awten-woons, et
par quelques officiers et pages qui se blottirent dans un coin de la
chambre, ce qui rendait l'audience aussi peu confidentielle que
possible. Ds que nous fmes assis, le roi leva la main et la musique
cessa. Il me dit alors de regarder le vase au lotus, ce que je fis; et
alors je vis les boutons s'panouir et de l'un d'eux un oiseau
s'chapper. Le roi sourit et paraissait s'attendre  ma surprise aussi
bien qu' mon admiration, sentiments que je ne manquai pas de
manifester. Un de mes voisins me dit que chaque bouton avait contenu
un oiseau prisonnier, mais qu' l'exception de celui-ci, les autres
avaient trouv moyen de s'chapper.

Alors commena une conversation par demandes et rponses, qui se
suivirent, autant qu'il me souvienne, dans l'ordre suivant:

LE ROI. Connaissez-vous la littrature birmane?

L'AMBASSADEUR. J'en connais quelques ouvrages, Sire.

LE ROI. J'ai entendu parler de vous il y a trois ans. Avez-vous lu le
_Mengula-Thoot_?

L'AMBASSADEUR. Je l'ai lu, Sire.

LE ROI. L'avez-vous bien compris?

L'AMBASSADEUR. Je l'espre, l'ayant lu dans une traduction birmane
(l'original est en pali).

LE ROI. Combien de prceptes contient-il?

L'AMBASSADEUR. Trente-huit.

LE ROI. Trs-bien; vous les rappelez-vous?

Et comme le major hsitait et cherchait  excuser son dfaut de
mmoire, le roi se mit  numrer l'un aprs l'autre ces prceptes
contre l'orgueil, la colre, les mauvaises penses, etc., accompagnant
le tout de commentaires et citations qui auraient mieux convenu  un
prdicateur en chaire qu' un souverain parlant au reprsentant d'une
grande puissance, puissance voisine et redoute.


     Religion bouddhique.

Pour bien comprendre l'importance des questions et des sentencieuses
paroles adresses en cette occasion par Sa Majest birmane 
l'ambassadeur anglais, il est ncessaire de jeter un coup d'oeil sur
le bouddhisme, qui forme le fond des croyances religieuses du roi
d'Ava et de la presque universalit de ses sujets.

Cette religion, qui compte encore, aprs vingt-cinq sicles
d'existence, de deux cents  trois cents millions de fidles, est ne
dans la valle du Gange, six cents ans avant Jsus-Christ, lorsque
Rome avait des rois et que l'Asie occidentale tait soumise 
Nabuchodonosor.

Gautama (le Bouddha) est un personnage historique, et quelle que soit
l'ide de divinit que lui attribuent ses adorateurs, on doit
l'admettre comme un grand et patriotique rformateur, qui s'leva
contre les pratiques extrieures des brahmanes, et leur substitua un
code de morale plus pure.

akya-Mouni, akya-Sinha ou Gautama, le fondateur de cette doctrine,
tait le fils d'un souverain de Kapilawastu, petite principaut sise
au nord du Gange, entre Gorakpour et Aoude, et descendant des Suryavas
ou enfants du Soleil. N en l'an 623 avant Jsus-Christ, sa jeunesse
se passa dans les plaisirs.  vingt-neuf ans, la rflexion vint lui
dmontrer la brivet de la vie humaine et l'illusion de ses joies;
aussitt il abandonna ses palais, ses jardins, son faste et ses
plaisirs, son pouse et son enfant, pour adopter la vie de l'ascte
mendiant. Pendant six ans, il se soumit  toutes les privations, et
alors, aprs de profondes mditations  un endroit qui s'appelle
encore aujourd'hui Bouddha-Gaya, il fut miraculeusement investi des
attributs qui le constiturent Bouddha ou _tre clair_. Il consacra
le reste de sa vie  parcourir les Indes, expliquant les lois de
l'existence, la vertu des actions mritoires, et prchant comme la fin
de toute existence, la batitude ou l'anantissement absolu, rendu en
sanscrit par le mot _nirwana_ et en birman par celui de _nigban_. 
l'ge de quatre-vingts ans, il mourut entre deux arbres de sl, dans
un bois  Kusinara, cinq cent quarante-trois ans avant Jsus-Christ.

Sans entrer dans l'exposition des diverses phases du bouddhisme, de
ses doctrines et des spculations mtaphysiques de ses docteurs, on
peut dire que cette religion se caractrise par sa tendance  faire
mpriser  l'homme les choses extrieures et  l'inciter  atteindre,
par ses propres efforts, par le seul dveloppement de ses facults
morales et intellectuelles, jusqu' l'tat divin du nirwana.

L'existence d'un tre suprme et de sa providence ne parat pas
ressortir clairement et universellement des ides de akya et de ses
aptres. Ce qu'il y a de certain, c'est que ni les Birmans ni les
Cingalais n'admettent l'Adi-Bouddha ou tre suprme des Npaulais et
des anciens bouddhistes thistes de l'Inde.

La rcompense et la punition se perptuent dans la succession des
existences qui passent par tous les degrs de la vie anime; c'est l
vraiment la clef de vote du systme, bien qu'il n'y ait pas, ce
semble, de juge ni de directeur moral. Un destin infaillible et
inexorable, qu'on pourrait appeler la force oprante de la nature,
rgit la destine ascendante ou descendante de toute crature, suivant
le mrite ou le dmrite de la srie de ses existences passes. Ceux
mmes qui ont atteint le bonheur cleste en voient la fin et doivent
recommencer les vicissitudes infinies de la transmigration. Anitya,
Dukha, Anatta, le _Passager_, la _Souffrance_ et l'_Irrel_, sont les
conditions de toute existence, et le vrai bien est d'en tre dlivr
par la conqute du nirwana, tat qui peut tre l'absorption dans la
suprme essence, suivant les bouddhistes distes, ou, suivant d'autres
docteurs, le nant absolu; ce serait, d'aprs le savant sanscritiste
Hodgson, le _lieu_ et le _mode_ dans lesquels vivent les lments de
toutes choses, en leur dernier tat d'abstraction et purifis de
toutes les modifications particulires que nos sens et notre
intelligence peuvent comprendre.

Le Bouddha est un tre qui, dans le pass infini des ges, a conu le
dsir d'atteindre ce suprme degr, afin d'acqurir la possibilit de
dlivrer d'autres cratures des misres de la continuit de
l'existence. Il aurait pu atteindre sa libert, il y a des myriades de
sicles; mais son libre arbitre l'en a dtourn, l'a entran dans le
cours des existences successives, et par amour pour ses semblables il
a accept d'innombrables renaissances, endur des souffrances et des
afflictions et subi des preuves comparables aux efforts qu'il
faudrait pour arracher la terre  sa base.  chaque renaissance, son
dsir s'emploie  ces fins;  sa dernire renaissance dans la famille
humaine et sous les signes manifestes de sa haute destine, il
embrasse la vie asctique, atteint le but suprme et se trouve investi
du pouvoir et de la sagesse d'un Bouddha. Alors les mondes
innombrables de l'espace, la vue infinie du pass avec celle de toutes
ses prexistences, aussi bien que celles des autres tres, et mme les
penses des hommes se dvoilent  la vue. Il est dgag des passions
et des motions humaines. Il possde l'infaillible sagesse pour
diriger les cratures dans les sentiers qui mnent au nirwana; la
nature et ses influences, le ciel et ses habitants lui obissent. Mais
il est sujet  la souffrance,  la maladie, et, quand sonne son heure,
 la mort; mme aprs avoir acquis la qualit de Bouddha, il souffre
jusqu'au trpas les peines terrestres que lui valent ses dmrites
antrieurs.

La vie normale de ses disciples est l'asctisme et la mendicit. Ses
conditions premires sont, comme dans l'Inde, la continence, la
pauvret, l'humilit; suivent l'abstraction du monde, l'amour de
toutes les cratures vivantes, la pratique de certains prceptes
moraux, et de nombreuses crmonies rituelles.

Les asctes bouddhistes ont droit  l'adoration des laques. Ce sont
de vritables moines, bien qu'ils assument parfois le caractre de
prtre, en accomplissant certaines crmonies qui passent pour attirer
des grces sur ceux pour lesquels on les accomplit, en pratiquant
certains devoirs, comme de lire quelques-uns des livres sacrs au
peuple et d'instruire la jeunesse. Toutefois, leur principale affaire
est, et a t ds l'origine, de travailler  leur propre rdemption.

La doctrine touchant les laques est obscure; ils constituent
nanmoins le complment ncessaire du systme. L'ascte dpend d'eux
pour sa subsistance, leur prche la doctrine, et les reconnat
capables d'atteindre  quelques mrites et de s'lever dans l'chelle
de la flicit future. Mais on n'atteint le but final qu'en adoptant
la vie monastique.

Le culte des pagodes s'explique difficilement, bien qu'il ait pu
prendre naissance  l'origine dans le respect d aux reliques de
Gautama ou de ses aptres dont elles recueillirent les restes
sacrs[9]. Mais  cette heure la pagode elle-mme, indpendante de
toute relique, semble tre l'objet du culte. On offre  la pagode des
fleurs, des cierges et des feuilles d'or, et ceux qui font acte
d'adoration devant elle acquirent des mrites qui porteront leurs
fruits aussi srement que si le Bouddha tait prsent dans le symbole
sacr.

         [Note 9: Ce culte et l'adoration des reliques n'ont commenc
         que lorsque la puret primitive de la doctrine bouddhique,
         toute spiritualiste  l'origine, tait dj trs-altre par
         suite de l'ignorance superstitieuse des populations. M.
         Barthlemy Saint-Hilaire a donn rcemment, en France, une
         tude complte du bouddhisme. Beaucoup de dtails curieux sur
         cette religion ont t runis dans les notes de l'article
         _Fa-hian_,  la fin de notre volume des _Voyageurs anciens_.]

La morale du bouddhisme, plus pure que celle du brahmanisme, a des
maximes qui rappellent les prceptes de l'vangile. En Birmanie, la
rputation des moines tend  se maintenir sur un bon pied, et
cependant leur systme de morale n'influe gure sur le caractre du
peuple. Ce qui prdomine, dans le systme, est l'appel  la tendresse
du coeur, et pourtant il n'y a pas de pays, si ce n'est peut-tre la
Chine demi-bouddhiste, o la vie soit sacrifie plus aveuglment, plus
cruellement, soit dans l'application des pnalits, soit dans la
perptration des crimes privs.


     Visites aux grands fonctionnaires. -- Les dames birmanes.

Le 24 septembre, l'ambassadeur accompagn du docteur Forsyth, du major
Allan et de M. Edwards, rendit une visite de crmonie aux quatre
woon-gyis et au vieux Moung-Pathea, nan-ma-dau-woon ou contrleur du
palais de la reine mre, et que nous connaissions sous le nom de
Dalla-Woon, d'aprs le poste qu'il occupait en qualit de gouverneur
de ce district au commencement de la guerre. Nous voulmes lui faire
honneur en tant que chef de l'ambassade qui tait alle  Calcutta,
mais aussi  cause de l'estime que nous avions pour lui.

La premire course fut pour le magw-mengyi, le plus considr des
woon-gyis ainsi que le plus intelligent. Il vint  la rencontre de
l'ambassadeur jusqu'au bas de l'escalier et l'introduisit dans la
salle de rception que l'on avait videmment dcore  notre
intention. Des tapis recouvraient le plancher, et il y avait des
chaises disposes autour d'une table qui occupait le centre de la
pice. Un large rideau de soie sparait cette partie de la salle de
l'autre qui servait d'appartement aux femmes. Relev par un de ses
coins, ce rideau permettait de voir les dames de la famille accroupies
sur des tapis.

Bon nombre de Birmans respectables par leur ge, et bien vtus,
sigeaient a et l dans la salle et dans la verandah;  l'extrieur,
il y avait une foule de gens respectueusement accroupis et qui
paraissaient tre des voisins que la curiosit avait pousss 
assister  l'entrevue.

Peu d'instants aprs l'arrive des visiteurs on servit le djeuner.
Deux bandes d'une longue toffe remplaaient la nappe; les plats,
couteaux, fourchettes, tasses et soucoupes, aussi bien que le th,
taient servis  l'anglaise, et un Indien, ancien domestique d'un
officier, remplissait le rle de majordome.

D'abord on servit pain et beurre, muffins et tartes; et comme les
domestiques en rapportaient, le woon-gyi s'cria plaisamment: Allons,
allons, ils connaissent les mets anglais, qu'on apporte maintenant les
mets birmans! et nous pmes compter cinquante-sept plats o les
sucreries et les friandises les plus varies taient accumules 
profusion.

 la demande du major Phayre, la femme du woon-gyi, dame d'un certain
ge, fut prie de vouloir bien s'asseoir  table avec nous. On plaa
une chaise  ct de l'ambassadeur; mais la respectable dame, qui
n'avait pas l'aisance de manires de son mari, demanda qu'on l'cartt
de la table avant de vouloir s'y asseoir, ce qui ne suffit qu' demi
pour la mettre  l'aise, car elle ne tarda pas  ajuster son vtement
de faon  pouvoir croiser ses jambes sous elle. Elle avait de fort
belles bagues ornes de diamants de grand prix.

Le woon-gyi parlait volontiers et avec assez de gaiet, commenant par
les questions d'usage chez les Birmans, sur l'ge des personnes
prsentes, si elles taient ou non maries, et il s'tonna fort que
l'ambassadeur et le major Allan fussent rests garons. Quand vous
vous marierez, dit-il, j'espre que vous amnerez vos femmes ici.

Aprs le djeuner, on apporta le dessert,  la birmane, dans une srie
de plateaux, remplis de petits plats en or et en argent, contenant des
noix de btel, du btel prpar, du chunam, du th confit et marin,
du gingembre sal en tranches minces, de l'ail frit, des noisettes
dpouilles de leur coque et des noix de terre rties. Les convives
birmans semblrent se dlecter du btel et du th marin plus que de
toute autre friandise, et le vieux Camaretta en fit autant. Les
cigares terminrent la fte.

Notre seconde visite officielle fut pour le mein-loung-mengyi, qui
emprunte son titre  un district septentrional du royaume. C'est un
personnage, approchant de la soixantaine, dent et d'assez pauvre
mine. Sa vieille pouse, de manires plus simples et plus distingues
que lui, fit les honneurs d'un djeuner  peu prs pareil  celui
qu'on nous avait servi chez le magw-mengyi, et de temps  autre elle
nous signalait certains plats. Ignorant la coutume de se serrer la
main au moment o l'ambassadeur la quittait, elle lui mit amicalement
la main sur l'paule en l'assurant du plaisir que lui avait fait sa
visite.

 quelques dtails prs nos autres visites ressemblrent aux deux
premires. Je dois mentionner seulement le djeuner que nous offrit le
pakhan-mengyi, parce que sa femme y assista, avec ses deux soeurs et
sa mre. Leurs manires taient aussi distingues que rserves; plus
jolies que ne le sont d'ordinaire les Birmanes, elles possdaient
rellement la dlicatesse et la grce.

[Illustration: Jeunes dames birmanes.--Dessin de Morin d'aprs H.
Yule.]

Elles portaient le _tamein_ national, jupe troite en soie raye, des
jaquettes en fine mousseline blanche, et des ornements d'un clat
qu'auraient envi des femmes plus civilises. Leurs cylindres
d'oreilles taient d'or; le cercle en tait ferm et serti d'un
diamant, rubis ou meraude, entour de brillants de moindre grosseur.
Le collier tait form d'une troite chane d'or, simple ou orne de
perles fines, et garnie de deux rangs de diamants, l'un fixe et
l'autre en pendeloque.  leurs doigts scintillaient des bagues de
prix; nous y remarqumes notamment des rubis de la premire grandeur.

Deux des dames prsentes se ressemblent singulirement, et taient
caractrises par un front fuyant, type de la race d'Alompra. Elles
taient filles de Mekaramen, oncle du roi Tharawadi et que le colonel
Burney signale, dans sa relation, comme trs-curieux de tout ce qui se
rapporte aux sciences europennes.

La vieille mre, femme trs-dispose  la conversation, qui avait
longtemps vcu  Rangoun et aimait  montrer l'habitude qu'elle avait
acquise des manires anglaises, tait la veuve de Moung-Shw-Doung,
autrefois le woong ou ministre de la princesse royale, actuellement
rgnante. Elle se rappelait fort bien Jan-Ken-ning (le major John
Canning) pour l'avoir vu  Rangoun.

Parmi ces femmes, on nous en indiqua une d'un aspect charmant et tout
fminin, comme tant la femme d'un tsaubwa, ou prince shan, de Mon.
Elle tait pour le moment dans la capitale en cong. Nous emes
ainsi l'occasion de voir la haute socit birmane en famille, et
l'impression qu'elle nous laissa fut des plus favorables.

  (_La fin  la prochaine livraison._)




[Illustration: Le temple du Dragon. Dessin de Lancelot d'aprs H.
Yule.]




VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA

(EMPIRE DES BIRMANS)

PAR LE CAPITAINE HENRI YULE,

DU CORPS DU GNIE BENGALAIS[10].

1855

         [Note 10: Suite et fin.--Voy. pages 257 et 273.]


     Comment on dompte les lphants en Birmanie.

Le 26 septembre, plusieurs d'entre nous allrent voir dompter des
lphants, spectacle dont les Birmans sont aussi passionnment pris
que les Espagnols le sont d'un combat de taureaux.

On a construit dans ce but une arne  l'orient de la ville, sur les
bords d'un des lacs. Tout auprs s'lve,  l'usage du roi, un
pavillon en bois ordinairement appel le palais de l'lphant.

C'est l une des institutions fondamentales de Birmanie, et on en
trouve des descriptions dans les livres des plus anciens voyageurs.

L'arne consiste en un enclos d'environ cent yards de diamtre et
entour d'un mur trs-pais de vingt-cinq pieds de haut.  une
vingtaine de pieds en dedans de cette premire enceinte s'en trouve
une seconde, forme de poutres massives, mais espaces de faon 
permettre  un homme d'en traverser aisment les intervalles. Au
centre de l'enclos s'lve un petit rduit, palissad de mme, destin
aux spectateurs. Le mur extrieur est perc de deux portes; leurs
battants sont composs de deux lourdes pices de charpente
verticalement ajustes sur pivot et s'embotant, une fois fermes,
dans une rainure creuse dans le seuil. Des battants de mme nature
sont disposs de distance en distance le long des faces parallles
du mur d'enceinte et de la palissade, de manire  former,  un moment
donn, du couloir qui se trouve entre deux de ces portes, une cage de
vingt pieds de long qui se ferme avec rapidit. Un escalier conduit au
haut du mur, qui parat tre la place favorite des spectateurs de tout
rang; c'est l que des places avaient t prpares pour les personnes
de l'ambassade.

Une fois arrivs, nous vmes un groupe d'environ deux douzaines
d'lphants femelles, les unes montes par leurs cornacs, les autres
libres, runies en une masse compacte dans la plaine,  quatre cents
mtres environ de l'enclos, et gardant avec soin au centre de leur
troupe deux lphants mles sauvages qu'elles avaient attirs. Ces
femelles paraissaient fort bien comprendre leur rle, et poussaient
graduellement leurs victimes du ct de l'arne. Quand elles furent
arrives  l'entre, une femelle avec son mahout (cornac) passa dans
l'intrieur de l'enclos, suivie peu aprs par le plus grand des deux
mles. On ferma l'entre et on dirigea le reste de la troupe vers une
autre porte. Le nouveau captif tait adulte, mais paraissait maigre et
faible, suite naturelle d'une abstinence force. Il courut autour des
palissades pour y chercher une issue; puis paraissant reconnatre le
passage qui s'tait ferm derrire lui, il s'lana de toutes ses
forces contre ses poutres qui servaient de portes et, en
s'agenouillant, il s'effora de les arracher de leurs gonds. Les coups
et les cris des gens qui se tenaient derrire la palissade, aussi bien
que les aiguillons dont le peraient ceux qui s'introduisaient entre
les poutres, lui firent lcher prise. Se retournant pour leur donner
la chasse, il se prcipitait la tte la premire contre les poteaux
dont les intervalles permettaient  ses perscuteurs de s'esquiver,
et, de son choc puissant, branlait toute la construction,  la grande
joie des spectateurs, mais non sans dommage pour lui-mme. Aprs qu'on
eut ainsi longtemps harcel la pauvre bte pour abattre ses forces et
son courage, et ds qu'il eut trahi son puisement, un des principaux
mahouts l'excita  le poursuivre et l'entrana dans le couloir que
formait le passage d'entre. Les portes se fermrent aussitt, l'homme
s'chappa au travers des poteaux et l'lphant se trouva dans une cage
qui ne lui permettait pas de se retourner. Alors on commena  lui
attacher les jambes de derrire et  lui mettre des liens autour du
cou. Afin de l'empcher de s'en dbarrasser, on lui jeta autour de
l'oreille un noeud coulant, fait d'une corde de cuir, et dont
l'extrmit retombait du ct oppos du cou. Toutes les fois qu'il
essayait de saisir le collier avec sa trompe, le premier obstacle
qu'il rencontrait tait cette corde; en tirant dessus il se blessait,
et son attention distraite permettait aux mahouts de continuer  le
charger d'entraves. Pendant cette opration, le malheureux lphant se
ruait avec une vaine fureur sur les poteaux qui l'entouraient, les
dchirant et les faisant voler en clats avec ses dfenses, labourant
la terre et rugissant avec rage.

On lui ajustait un second collier et on le fixait fort et ferme,
tandis qu'il tait couch, haletant de fatigue: tout  coup il se
redressa sur son train de derrire et retomba sur le flanc.... Il
tait mort!

On employa une autre mthode pour rduire le second lphant, animal
de moindre taille.  un signal donn, il fut abandonn par les
femelles qui l'entouraient, et neuf ou dix mles lui donnrent la
chasse, monts par des mahouts arms de lazzos en cuir. On parvint 
lui en lier un  une de ses jambes de derrire, et on en fixa
solidement les extrmits  un pieu fich en terre. Il fut ainsi
rduit au parcours d'un cercle d'environ quarante yards (trente
mtres) de rayon. Les vieux lphants commencrent  l'assaillir, le
chargeant  coups de trompe, le poussant et se le renvoyant jusqu' ce
que la fatigue comment  le gagner. Deux lphants l'entourrent
alors, leurs mahouts lui ajustrent des liens autour du cou et le
menrent sous un abri o il fut attach  des piquets pour y rester
jusqu' ce que le rgime de la ration congrue lui fit comprendre la
ncessit de l'obissance.

Quelques jours plus tard, on nous amena,  la rsidence, deux
lphants danseurs qui nous divertirent grandement. Un d'eux, jeune
sujet de six pieds de haut, n'avait qu'une instruction incomplte; son
art consistait  lever successivement ses jambes, au commandement de
son mahout, et  marcher sur ses genoux, ou pour mieux dire sur les
paturons de ses jambes de devant.  l'ordre qu'on lui donna de marcher
comme les dames d'honneur du palais, il s'avana vers nous avec ses
seules jambes de devant, tranant derrire lui celles de derrire (p.
284).

Le plus g, un vieux mle, tait plus vers dans son art. Son mahout
lui hurlait  l'oreille des ordres auxquels l'lphant rpondait par
un grognement d'assentiment d'un effet assez comique. Son pas le plus
brillant consistait  lever une patte et  lui faire dcrire un cercle
avant de la remettre  terre. Les efforts des mahouts n'taient pas ce
qu'il y avait de moins divertissant; leurs danses, leurs cris, leurs
encouragements, leurs applaudissements contrastaient plaisamment avec
la maladresse de leur lve.  la fin il commena  remuer
alternativement ses quatre pattes et  les jeter tantt  droite,
tantt  gauche; la gravit de sa tte et de ses yeux, l'tranget de
ses lourds mouvements compltaient le spectacle, qui eut un grand
succs de rire parmi tous les assistants, Anglais, Bengalais et
Birmans.


     Excursions autour d'Amarapoura.

Pendant que le major Phayre, avec une patience ultra-diplomatique, et
dans le dsir d'atteindre enfin le but rel de sa mission, la
conclusion d'un trait d'alliance et de commerce, se pliait
complaisamment aux excentricits de la cuisine des Woongyis, et, ce
qui tait bien autrement mritoire, aux incessants examens
mtaphysico-religieux que lui faisait subir le roi, j'excutai
plusieurs excursions autour de la capitale, en compagnie de notre
gologue, le docteur Oldman, que les Birmans qualifiaient du titre
pompeux de _professeur des roches_. La premire, dirige au nord, nous
conduisit successivement  Mengoun, sur la rive droite du fleuve, 
Madeya, localit importante de la rive gauche, aux carrires de marbre
blanc de Tsengo-myo, puis aux cavernes ou grottes de Mal, et enfin 
la ville de Tsampenago, chef-lieu d'un canton fertile, born 
l'orient par la belle range de collines qui spare l'Irawady du
district des mines de rubis. De l nous redescendmes le grand fleuve
jusqu'au confluent du Myit-Nge, et pmes contempler encore une fois,
du haut d'un pic que nous valumes  environ dix-sept cents pieds, le
magnifique panorama qu'arrose cette petite et sinueuse rivire  son
dbouch dans les vastes plaines o dorment, au milieu de la plus
paisse verdure, Sagan et Ava, les vieilles capitales abandonnes.

Cette exploration permit au docteur de dresser une carte gologique de
toute la section du bassin de l'Irawady comprise entre les 22e et 23e
parallles, et de recueillir, sur ces contres, tudies
scientifiquement pour la premire fois, des observations auxquelles
mes lecteurs me sauront gr,  coup sr, de faire quelques emprunts.

Mengoun, qui fut notre premire tape,  seize kilomtres
d'Amarapoura, porte dans le pays le surnom caractristique de _folie_
du roi Mentaragyi. Cet aeul du roi actuel employa les trois derniers
quarts d'un rgne de quarante ans, les sueurs et les bras non
rtribus de milliers de ses sujets, et des sommes incalculables, 
entasser les unes sur les autres, jusqu' une hauteur de cinq cents
pieds, des masses normes de briques et de mortiers: Plion sur Ossa!
On prtend qu'une prdiction avait li la fin de sa vie avec celle de
son oeuvre architecturale; mais il laissa celle-ci inacheve, et vingt
ans aprs lui, le terrible tremblement de terre de 1839 fit de son
temple de Mengoun la montagne de dbris que la photographie nous a
permis de reproduire fidlement (p. 203).

Vis--vis de ce tmoignage du nant de l'homme et de ses oeuvres, une
pagode en miniature, proprette et sans flure, bien plus ancienne que
le gant croul, rappelle involontairement l'apologue du chne et du
roseau.


     Gologie de la valle de l'Irawady. -- Les poissons familiers. Le
     serpent hamadryade[11].

         [Note 11: Tout ce chapitre est emprunt au journal du docteur
         Oldman.]

La formation gologique du pays arros par l'Irawady est assez
simple. Depuis le delta de la rivire, jusque dans le voisinage de la
vieille capitale d'Ava, le cours de la rivire ne prsente que des
roches de formation tertiaire. Tantt l'Irawady s'coule dans des
gorges formes par ces roches, comme au-dessus de Prome; tantt le
courant traverse des plaines tendues qui semblent dessches comme
des lits d'anciens lacs. La direction gnrale de ces roches suit le
cours de ce fleuve, bien qu'en certains endroits leurs strates aient
fait obstacle au courant, qui a d percer des couches assez paisses
d'argile bleutre, entre des grs durs, et se faire un lit encaiss,
comme on le voit au-dessus de Prome.

Si tel est le caractre gnral du sol, il faut remarquer pourtant
que les couches sont souvent disloques, contournes et brises.

Appuye sur les crtes de ces couches bouleverses se trouve une
srie de strates de grs et de conglomrats, moins consolides que les
prcdentes, mais aussi moins contournes. Souvent sablonneuses,
quelquefois calcaires, ces strates sont charges de fer introduit par
voie de filtration. Ou y rencontre aussi d'innombrables ossements
fossiles de mastodontes, d'lphants, de rhinocros, de tapirs, 
cerfs, et de tortues.

On peut fixer l'ge gologique des terrains les plus anciens 
l'poque ocne. Les terrains modernes, par leur analogie et
l'identit de leurs fossiles, paraissent devoir se rapporter 
l'poque miocne.

Prs de la capitale, on rencontre des chanes de roches
mtamorphiques et cristallines dans une direction nord et sud, et
formant une srie de collines distinctes. Il est  prsumer qu'elles
sont antrieures  la formation des couches tertiaires qui les
entourent. Aprs s'tre dposes, ces couches ont t bouleverses par
des ruptions volcaniques qui, ayant bris les roches anciennes, les
ont sillonnes, par intervalles, de longues dykes, et ailleurs les ont
recouvertes de leurs matires en fusion. Rien n'indique que ces
formations trappennes soient antrieures aux couches que l'on peut
attribuer  l'poque miocne. Elles doivent sans doute leur origine
aux mmes forces souterraines qui, de nos jours, couvent et grondent
encore sous le sol birman, qu'elles branlent de fois  autres, et qui
en 1839 notamment, secourent, comme des gerbes de bl mr, les
gigantesques pagodes de Pagn et de Mengoun. Le mme laboratoire
incandescent d'o jaillirent, dans les anciens ges, les tincelants
rubis du district de Momeit et les ppites d'or que roulent tous les
cours d'eau de la Birmanie, entretient ces vastes rservoirs d'huile
minrale qui font aujourd'hui la principale richesse du bassin de
l'Irawady et ces volcans de vase bouillante qui chaque jour hrissent
de cnes nouveaux la plaine de Membo (p. 301).

En redescendant le fleuve, je fus tmoin d'un incident qui m'tonna,
je le confesse, plus que tout ce que j'avais pu voir encore dans cet
trange pays.

[Illustration: Rives de l'Irawady, prs des mines de rubis.--D'aprs
H. Yule.]

Arriv  la proximit d'une petite le qui partageait le cours du
fleuve, le pilote se mit  pousser de toutes ses forces le cri _tet!
tet! tet! tet!_ et comme je lui en demandai la signification, il me
rpondit tranquillement qu'il appelait les poissons. Effectivement je
ne tardai pas  voir bouillonner l'eau sur les deux cts du bateau,
puis surgir  la surface une masse serre de gros poissons au nez
blanc, ressemblant, par la forme de la tte du moins, au chien de mer,
et dont plusieurs atteignaient trois et quatre pieds de longueur. J'en
comptai plus de quarante autour du bateau, dressant presque
verticalement hors de leur lment une moiti au moins de leur corps,
et tenant leur bouche aussi ouverte que possible. Les gens du bateau,
prlevant des poignes de riz dans les plats prpars pour leur propre
dner, s'empressrent de les prsenter  ces htes singuliers, et
chaque poisson, ds qu'il avait reu sa portion, plongeait pour
l'avaler, puis se htait de reparatre le long du bord. Les bateliers
continuaient leur incessant _tet! tet! tet!_ et se penchant par-dessus
le plat-bord, caressaient de la main le dos de ces heureux poissons,
absolument comme on fait  des chiens favoris. Cette scne se
prolongea pendant une bonne demi-heure de navigation, et le seul effet
produit par le contact des mains des bateliers sur leurs aquatiques
convives, me parut tre une surexcitation d'apptit et de familiarit.
On me dit que, durant le mois de mars, il y a dans ces parages une
grande fte et un grand concours de gens. Chacun s'efforce alors de
capturer un poisson, non pour en faire une friture ou une matelote,
mais pour lui rendre la libert ds qu'on lui a dcor le dos d'une
couche bien applique de feuilles d'or, ni plus ni moins que si
c'tait une idole. En effet, je remarquai sur plusieurs poissons des
traces de dorure. Jamais spectacle ne m'a autant amus et intress
que celui-l. J'aurais bien dsir enrichir ma collection
ichthyologique d'au moins un spcimen de ces htes privilgis du
fleuve. Mais au premier mot hasard  ce sujet, tous les assistants,
saisis d'horreur, crirent au sacrilge, et je crus prudent de me
tenir coi et muet sur ce point.

[Illustration: Petite pagode  Mengoun.--D'aprs H. Yule.]

... Le lendemain, comme je revenais de visiter un gisement de houille
peu loign du fleuve, j'aperus en travers du sentier un grand
serpent de l'espce des _hamadryades_ (genre naja). Un homme de ma
suite, porteur d'un fusil  deux coups, se disposait  faire feu sur
la bte, quand tous ses camarades l'arrtrent par un concert de
gestes et de cris. Le serpent, mis en veil par le bruit, leva la
tte, nous regarda un instant, puis s'vada sain et sauf. Je demandai
avec assez d'impatience au chasseur pourquoi il n'avait pas tir sur
ce reptile; la rponse me frappa, comme venant  l'appui d'un fait
avanc par le naturaliste Mason dans son livre sur Tenasserim[12];
fait que j'avais jusque-l rvoqu en doute. Mes gens affirmrent que
si le serpent avait t bless, il nous aurait fait face et nous
aurait poursuivis; qu'il valait donc mieux l'avoir laiss aller
paisiblement. L'animal avait bien trois mtres de longueur.

         [Note 12: Les natifs de Tenasserim dcrivent un serpent
         venimeux, dont la taille atteint dix  douze pieds, et qui,
         d'une couleur plus fonce que la _cobra_ commune, est presque
         entirement noir. Je ne l'ai jamais rencontr, mais la
         description qu'on m'en a faite concorde assez avec le
         caractre gnrique des _hamadryades_ pour m'autoriser  le
         regarder comme une varit du genre. L'hamadryade, dit le
         docteur Crantor, est excessivement farouche, toujours prte 
         se jeter sur quiconque l'attaque et  poursuivre tout ce qui
         l'irrite. C'est l un grand trait d'analogie avec le serpent
         de Tenasserim. Un Birman fort intelligent m'a racont qu'un
         de ses amis tant venu  heurter un jour une niche de ces
         serpents, battit immdiatement en retraite, mais il avait t
         aperu et la mre furieuse se lana immdiatement  sa
         poursuite. L'homme s'enfuit de toutes ses forces  travers
         coteaux, vallons, clairires et halliers; la terreur lui
         donnait des ailes. Arriv sur les bords d'une petite rivire,
         il n'hsite pas  s'y jeter, dans l'espoir de faire ainsi
         perdre sa piste  son terrible ennemi. Mais, hlas! en
         atteignant la rive oppose, il y retrouve la furieuse
         hamadryade, la tte haute, les yeux en feu et dilats par la
         rage, toute prte enfin  enfoncer ses crochets mortels dans
         ses chairs palpitantes. Dsespr, il saisit son turban et,
         par un mouvement instinctif, le lance au reptile, qui, se
         jetant comme un clair sur cet objet inanim, le couvre de
         furieuses morsures, et trompe ainsi sa colre et sa
         vengeance; aprs quoi il regagne tranquillement son repaire.
         (Mason, _Histoire naturelle de la Birmanie_, p. 345.)]

[Illustration: Grand temple de Mengoun, depuis le tremblement de terre
de 1839.--Dessin de K. Girardet d'aprs H. Yule.]


     Les Shans et autres peuples indignes du royaume d'Ava.

Ma seconde excursion fut dirige au sud-est de la capitale, sur la
frontire des petits tats shans, tributaires d'Ava.

Les Shans ou Tais, comme ils se nomment eux-mmes sont, de toutes les
races indo-chinoises, la plus rpandue et probablement la plus
nombreuse. Entourant les Birmans du nord-ouest au sud-est, ils forment
un chanon continu depuis les confins du Munnipour (si tant est que
les habitants de cette valle ne soient pas de la mme race) jusqu'au
coeur du Yunan, et depuis la valle d'Assam jusqu' Bankok et 
Cambodje. Partout ils professent le bouddhisme, partout ils ont
atteint  un degr de civilisation assez lev, et partout ils parlent
une mme langue sans grandes variantes, circonstance remarquable au
milieu de cette diversit d'idiomes que l'on trouve parmi tant
d'autres tribus, en dpit du voisinage et de la parent. Cette
identit caractristique dans la langue des Shans, tendrait  prouver
qu'il y a longtemps qu'ils ont atteint le degr de civilisation o ils
sont arrivs, et que jadis ils ont d constituer un peuple homogne,
avant leur dispersion.

Les traditions siamoises, aussi bien que celles des Shans
septentrionaux, ont gard le souvenir d'un ancien royaume considrable
fond par leur race, au nord du prsent empire birman, et le nom de
Grands-Tais appliqu au peuple de ces pays vient corroborer la
tradition. Des germes de dsunion ont d briser l'unit de cette race,
la fractionner en petites principauts, et le royaume de Siam renferme
peut-tre,  cette heure, le seul tat indpendant de cette famille.
Tous les autres sont tributaires d'Ava, de la Chine, de la Cochinchine
ou de Siam.

Les tats, dont je parlerai sommairement, occupent une tendue de terrain
que l'on peut comprendre en masse entre le quatre-vingt-dix-septime et
le cent unime mridien, le vingt-quatrime et le vingtime degr de
latitude. Ce territoire se termine  l'ouest par la chane qui forme
la frontire orientale de la Birmanie pure.  l'est, il est born par
le Mekhong ou grande rivire de Cambodje; au nord, par la vice-royaut
de Yunan: il comprend les Koshanpris ou neuf tats shans qui,
successivement, ont pass sous la domination des Chinois et des
Birmans, et qui maintenant appartiennent aux premiers. Au sud, il
joint, pendant quelque distance, le territoire des Karens rouges, et,
 partir de l, le Mekhong forme la frontire des principauts
tributaires de Siam.

La suzerainet des Birmans est plus ou moins reconnue dans ces pays;
dans les tats contigus  la Birmanie propre, c'est une ralit active
et tyrannique; vers l'est elle tend  se relcher, et vers l'extrme
orient et le nord-est, bien que ces tats payent hommage  Ava,
l'influence chinoise prdomine.

Toutes ces contres sont sillonnes de chanes de montagnes, dont la
direction est nord et sud, comme celles des principales rivires, le
Salouen et le Mekhong. Le Menam, ou rivire de Siam, prend sa source
dans ces rgions. Le caractre gnral de ces fleuves est torrentiel;
ils sont profondment encaisss et sujets aux dbordements.

Les montagnes sont habites par des tribus plus ou moins sauvages et
connues sous plusieurs dnominations. La plus considrable, peut-tre,
est celle des Laouos, que les Shans considrent comme les restes
sauvages des anciens aborignes. On prtend que leur langue ne
ressemble aucunement  celle des Shans. Quelque barbares qu'on les
dise, ils paraissent adonns  l'agriculture, soignant fort bien
l'indigo, la canne  sucre et le coton, que leur achtent les
marchands chinois du Kiang-hung, du Kiang-tung et des tats
limitrophes. Ils travaillent le fer, sont bons forgerons, et
fabriquent des _dhas_ ou sabres et des fusils  mches. Ils sont de
taille mdiocre, mal btis et laids; ils ont le nez plat, le front bas
et le ventre gros. Ces caractres feraient penser que les Laouos ne
sont que le type dgnr de la race des Shans, telle qu'elle existait
avant d'avoir t modifie par l'action de la civilisation bouddhiste.
Les tribus les plus considrables, les plus sauvages et les plus
indpendantes de ces Laouos, se trouvent dans la partie nord et ouest
de Muang-Lem. Ils ne permettent  personne de pntrer chez eux; et on
dit qu'ils guettent, saisissent et dcapitent les voyageurs, pour
emporter leurs ttes en manire de trophes, comme font les Garows,
les Kookis et autres sauvages, voisins de notre frontire du Sylhet.

La contre habite par les Karen-nis ou Karens rouges, qui se sont
maintenus indpendants des Birmans et des Shans, comprend cette masse
montagneuse qui spare le Sitang du Salouen et s'tend entre la
latitude de Toungoo et le vingtime degr trente minutes. On les croit
de race shanne; cependant il ne m'a gure t possible de trouver
d'autres preuves de cette parent, que l'usage qu'ils font de la braie
pour vtement. On attribue leur dnomination de _rouges_  leur teint,
qui, tant naturellement clair, rougit plus qu'il ne brunit  l'action
du hle; mais je crois que la couleur de leurs pantalons rouges est
pour beaucoup dans ce surnom, les Shans portant le pantalon bleu.

Le nom que se donnent les Karen-nis est Koyas, et les Shans les
appellent Niangs. Leur tradition veut qu'ils soient les descendants
d'un corps d'arme chinois qui s'endormit et que l'arme laissa
derrire elle dans une retraite. Il est singulier que les Kyens de
Yoma-doung aient la mme tradition sur leur origine,  la diffrence,
toutefois, que l'arme tait birmane et non chinoise.

Les Karens rouges sont de petite taille, avec des jambes grles et de
gros ventres; leur malpropret est notoire. Ils vivent dans un tat de
socit qui n'est cependant pas la sauvagerie, et bien des Shans se
sont tablis sur leur territoire, trouvant leur rgime social plus
doux que celui des Birmans. Leurs seuls actes religieux consistent 
apaiser les esprits malins qui frappent de maladie, et les sacrifices
qu'ils leur font sont considrables. Ils se servent, dans leurs
transactions commerciales, d'une monnaie d'argent assez grossire et
des poids en usage en Birmanie; leur agriculture est remarquable sous
plus d'un rapport.

Tout leur pays est montagneux, et dans la partie sud de leur district
il y a des pics de deux mille cinq cents mtres d'lvation. Leurs
villages sont gnralement situs sur des collines arrondies ou
planes. La population est considrable. Dans une partie de leur pays,
entre le Salouen et le Me-pon, on voit les cultures s'tendre jusqu'au
sommet des coteaux, les valles se drouler en terrasses  la mode
chinoise, les routes sillonner le pays, et les villages nombreux  ce
point que d'un coup d'oeil on peut en embrasser huit ou dix. Leur plus
fort village est Ngou-doung, dont les habitants sont en majeure
partie des Shans fugitifs.

Ces Karens rouges sont la terreur des districts avoisinants de la
Birmanie, o ils vont faire des razzias et enlever les habitants,
qu'ils changent comme esclaves contre des buffles et des boeufs chez
les Shans siamois. Ce sont aussi les receleurs des esclaves que font
entre elles les petites communauts karennes sur les frontires du
ct de Toungoo. Les villes voisines leur payent redevance pour se
garantir de leurs incursions, qui s'tendent assez loin pour forcer
les habitants de Nyoung-Ynou,  trente-deux kilomtres de leurs
frontires,  se tenir constamment en garde contre eux.

Les principauts shannes peuvent tre divises en cis-salouennes et
trans-salouennes. Le premier des tats cis-salouens, en quittant le
pays des Karen-ni, qui forme sa frontire sud, est celui de Moby.

Ce petit tat, dans le voisinage des Karens rouges, a t tellement
dvast par eux, qu'il ne reste plus au _tsauboua_ ou prince, que
l'espace compris dans les murs de sa ville.  la fin, n'ayant pu
obtenir de secours de son suzerain d'Ava, il cessa de lui payer tribut
et transfra son allgeance  ses redoutables voisins.

Puis vient l'tat de Mokm ou Moung-m,  cinq jours de marche de Moy
et  trois jours de la frontire des Karen-ni; il est tellement
harass par les razzias des Karens rouges, que tous les chefs de
villages leur payent redevance. La ville de Mokm peut contenir trois
cent cinquante maisons.

 deux jours de marche nord de Mokm se trouve la capitale de l'tat
de Mon, qui est le centre du gouvernement des Birmans sur les
principauts shannes; aussi les Birmans y sont nombreux. Le territoire
est assez tendu au del du Salouen. La ville, qui est situe  cinq
cents mtres au-dessus du niveau de la mer, est la plus grande de
toutes les cits shannes; elle peut contenir huit mille mes. Elle est
btie au pied des collines qui bordent la fertile valle de
Nam-toueen, tributaire du Me-pon.  cinquante-six kilomtres
nord-ouest de Mon se trouve le Nyoung-Ynou. C'est le plus occidental
de tous ces tats et ce fut jadis un des plus grands et des plus
importants. Mais les dprdations des Karens rouges, la tyrannie des
Birmans, les dissensions intrieures ont tellement rduit la puissance
de son tsauboua, qu'elle ne s'tend gure que sur une centaine de
familles.

La ville ne contient pas plus de cent cinquante maisons. Elle est
situe dans un bassin d'alluvion assez tendu et se trouve  cinq cent
cinquante mtres au-dessus de la mer. L'ensemble de ce bassin parat
avoir t le lit d'un lac assez semblable  la valle de Munnipour; il
en reste des traces dans le centre de ce terrain, o se trouve un
petit lac de vingt-deux kilomtres d'tendue, peu profond, et qui tend
 se desscher graduellement.

Bien que le nombre des habitations soit fort rduit sur le territoire
du tsauboua, cependant la population de la valle est considrable et
paye un tribut direct  la cour d'Ava. On y cultive principalement le
riz, la canne  sucre, le mas, etc.

C'est dans ce district que se trouve le lac Nyoung-Ynou,  la surface
duquel flottent d'innombrables les naturelles, formes de racines de
roseaux et d'herbes entremles et recouvertes d'un peu de terre.
Elles servent de bateaux de pche; on y construit mme des chaumires:
elles tremblent sous les pieds, et, par un temps d'orage, tournent 
tout vent; il y en a d'assez grandes pour qu'on y voie trois  quatre
chaumires. Une norme vieille femme, qui habitait un de ces lots, o
nous descendmes pour djeuner, s'amusa beaucoup de la peur que
manifestait un homme de notre suite en mettant le pied sur ce sol
mouvant.

Les tsaubouas de toutes ces petites principauts, mme quand ils sont
dans la dpendance la plus absolue de la Birmanie, tranchent de la
royaut; ils pousent leurs demi-soeurs, ils ont, comme le _Phra_
d'Ava, leur _Einshe-men_, leurs _Atwen-woons_, _Thandaut-ens_,
_Nakhan-gyis_, etc. Leurs palais ont le triple toit, le htee sacr et
le parasol blanc; en un mot, tous les insignes de la royaut.

Le pouvoir que les Birmans exercent sur ces principicules est en
raison de la distance; les plus voisins du centre du royaume sont
tyranniquement opprims; les tributs qu'envoie le Kiang-hung, situ
sur les frontires de Chine, est une simple affaire de forme. Les
contingents que tous ces tributaires runis doivent aux Birmans en
temps de guerre, peuvent s'lever  vingt mille hommes.

Il est  remarquer que tous les voyageurs s'accordent  mentionner
quel sentiment amer tous les Shans tributaires nourrissent contre les
Birmans, et  signaler les loges exagrs qu'ils donnent  la
justice,  la modration et  la bonne foi des Chinois.

Ne pourrait-on pas appliquer  cette double apprciation la moralit
d'un apologue bien connu:

  Notre ennemi, c'est notre matre.


     Les femmes chez les Birmans et chez les Karens.

Une des plus brillantes pages de l'histoire des missions modernes est
celle qui raconte leurs succs chez les Karens du pays birman. Plus de
cent mille membres de ces tribus parses ont, depuis une trentaine
d'annes, t amens  la connaissance de l'vangile, et actuellement
on compte dans leurs rangs environ vingt mille communiants, dont la
foi nave et simple, mais inbranlable, fait l'admiration des
voyageurs chrtiens qui ont pu parcourir le pays. Ces faits sont
connus, grce surtout  une dame des tats-Unis,  qui ses travaux
missionnaires parmi les Karens de la Birmanie ont acquis une juste
clbrit.

[Illustration: CARTE du cours suprieur de l'Irawady et partie Nord du
ROYAUME D'AVA. Grav chez Erhard. R. Bonaparte 42.]

Environ trente-cinq mille femmes karennes, dit Mme Mason, ont, nous
en avons la douce esprance, renonc  leurs superstitions pour
embrasser la doctrine du Christ; mais parmi les Birmans on en
trouverait tout au plus un millier qui aient subi l'influence de
l'vangile, et cependant la longue exprience que j'ai des moeurs du
pays me donne la conviction que le pays birman ne pourra efficacement
tre entran dans les voies de la conversion que lorsque les femmes y
seront entres.

[Illustration: Valle l'Irawady au confluent du Myit-Nge (voy. p.
291).--Dessin de Paul Puet d'aprs H. Yule.]

Ici, la femme ne ressemble en rien  ces cratures douces, timides
et indolentes qui se renferment dans les znanahs de l'Inde, tremblant
 la voix ou sous le regard du matre, et n'exerant sur ses
dterminations aucune espce d'empire. La femme birmane jouit au
contraire d'une influence immense. Aux charmes de sa personne, elle
unit en gnral l'nergie de la volont, et c'est elle, en ralit,
qui donne aux moeurs du pays leurs caractres les plus distinctifs. Il
suffit d'un dsir exprim par la femme d'un chef de village, pour que
le fier montagnard aille porter au loin le pillage et la mort, et dans
la capitale mme de l'empire on a vu des guerres dsastreuses qui
n'avaient pas d'autre cause que celle-l.

La Socit des traits religieux fournit ses traits, la Socit
biblique donne des Bibles, la Socit des Missions envoie ses agents
et construit des _zayats_ (chapelles du pays); mais tout cela en vue
des hommes, et qu'en rsulte-t-il? Un Birman entre dans le zayat,
coute, rflchit, revient encore, puis, aprs avoir bien pes ses
impressions, il dit un jour  sa famille: Cette religion est la
vrit; je suis dcid  adorer dsormais le Jsus-Christ qu'elle
prche. Mais  peine a-t-il laiss tomber ces mots, que sa mre se
prcipite sur lui, lui arrache sa touffe de cheveux, ou menace de se
suicider; sa soeur le maudit, sa matresse l'injurie, ou bien, s'il
est mari, sa femme lui jette l'enfant qu'elle nourrit, s'enfuit et va
chercher ailleurs un autre mari. Nous, chrtiens, nous connaissons les
promesses faites  celui qui, pour obir  l'vangile, abandonne mre,
femme ou enfants, et cependant combien d'hommes parmi nous seraient
rsolus  confesser toujours Jsus-Christ, au prix de pareils
sacrifices? Bien des Birmans, touchs par la prdication de la vrit,
souffriraient, j'en suis sr, la prison, et monteraient courageusement
sur les bchers plutt que d'en renier la profession; mais se peut-il
imaginer une preuve plus intolrable que les perscutions malicieuses
et incessantes d'une femme _paenne_, livre aux emportements d'une
colre qu'aucun frein moral ne vient rprimer?

Chez les Birmans, les femmes, loin de vivre en recluses, comme dans
d'autres contres de l'Orient, frquentent tous les lieux de runion,
et il est vident que ce sont elles qui donnent le ton partout.
Pleines d'aisance et de grce, polies, actives et trs-ruses, elles
exercent, surtout dans leur pays, une sorte de fascination presque
irrsistible, et comme cette prpondrance mme les rend
souverainement hautaines et gostes, il est rare qu'elle n'aboutisse
pas au mal. Aux rgates, aux combats de taureaux,  la table de jeu,
la femme tient toujours le premier rang. Elle s'occupe des affaires,
elle fait le commerce, elle btit des maisons, ou du moins elle dirige
toutes les oprations de ce genre; qu'on juge, d'aprs cela, du bien
que cette partie de la population pourrait faire si son coeur tait un
jour gagn  la cause de la vrit. La femme peut tre appele
l'_ducateur_ du Birman. C'est elle qui apprend  l'enfant tout ce
qu'il croit des sorcires et des esprits. C'est elle qui le mne
chaque soir chercher dans sa robe du sable pour le porter  la pagode.
C'est elle qu'on voit franchissant de longues distances et montant
d'interminables escaliers pour dposer son offrande devant les idoles.
C'est elle qui foule aux pieds le _livre blanc_ (l'vangile) et met la
feuille de palmier entre les mains de son fils. C'est elle, comme je
l'ai dj dit, qui plus d'une fois a souffl le feu de la rvolte et
qui, d'un mot, causera la ruine d'un empire.


     Ftes birmanes. -- Audience de cong. -- Refus de signer un
     trait. -- Lettre royale. -- Dpart d'Amarapoura et retour  Rangoun.

 mon retour, la capitale tait anime par les apprts des ftes qui
se succdent dans ce moment de l'anne,  l'occasion de la fin du
carme bouddhiste. On fabriquait dans la ville toutes sortes
d'offrandes. Dans les faubourgs, les potiers d'tain confectionnaient
des quantits de reliquaires fantastiques et des lanternes normes,
contenant des chandelles de cire de plus de deux pouces d'paisseur.
Les offrandes les plus riches taient promenes  travers la ville.
Ici, un groupe de dvots transportait une gigantesque imitation de
feuilles de ces palmiers que les poongys portent comme parasol. Elle
tait en papier aux couleurs brillantes, orne de quantit de cahiers
de feuilles d'or. L, un autre groupe voiturait un tabernacle en
clinquant, semblable aux tazeas des mahomtans shiites au Mohurrum;
plus loin, un immense dragon de cent pieds de long au moins tait
trs-adroitement manoeuvr dans les rues; il serpentait et rampait,
attaquant parfois les passants de ses dfenses avec une frocit
trs-habilement imite.

Il est peut-tre utile de noter,  ce sujet, qu'une des plus grandes
ftes clbres chez les Birmans tombe le 12 avril, date qui
correspond au dernier jour de leur anne civile et religieuse.

Pour laver les impurets du pass et commencer la nouvelle anne libre
de souillure, le soir du 12 avril, les femmes ont coutume de jeter de
l'eau sur chaque homme qu'elles rencontrent, et les hommes ont droit
de leur riposter. On peut imaginer si cette licence engendre une
gaiet folle, principalement parmi les jeunes femmes qui, armes de
longues seringues et de flacons, entreprennent de jeter de l'eau sur
chaque homme qui passe, et,  leur tour, reoivent celle qu'on leur
jette avec une parfaite bonne humeur. Mais il est dfendu d'employer
de l'eau sale, et il n'est personne, homme ou enfant, qui ait le droit
de porter les mains sur une femme. Lors mme qu'une femme refuserait
de prendre part au jeu, elle ne doit point tre moleste, car elle est
suppose avoir pour excuse la maladie.

Je n'ai pas pass cet anniversaire sur le territoire d'Ava, mais je
puis en parler d'aprs le tmoignage de deux Anglais qui vinrent aprs
nous  Amarapoura, et qui furent invits par un des woons  participer
chez lui  l'amusement national.

 leur entre dans la maison du haut et puissant fonctionnaire (un de
nos vieux amis), les deux voyageurs reurent chacun une bouteille
d'eau de rose, dont ils versrent une partie dans les mains de leur
hte, qui la rpandit aussitt sur ses vtements, de la plus fine
mousseline  fleurs. La dame du logis parut alors  la porte, donnant
 comprendre qu'elle ne pouvait elle-mme participer au jeu; mais, sur
son invitation, sa fille ane, une charmante enfant, encore dans les
bras de sa nourrice, retira d'une coupe d'or un peu d'eau de rose,
mle avec du bois de sandal, et en rpandit sur son pre ainsi que
sur chacun des voyageurs. Ce fut le signal, et le jeu commena; les
trangers s'y taient prpars en s'habillant tout de blanc.

Aussitt une quinzaine de jeunes femmes se prcipitant des
appartements intrieurs dans la salle, et entourant le woon et les
deux invits, les inondrent sans merci. Si l'un d'eux se montrait
contrari d'avoir la face change en gouttire, ces jeunes filles
riaient de tout leur coeur. Les mmes scnes se passaient au dehors. 
la fin, tous les partners de ce jeu aquatique tant fatigus et
compltement tremps, il fut loisible  chacun de rentrer chez soi
pour changer d'habits.

Une heure aprs, nos compatriotes retournrent  la maison du woon et
furent rgals d'une danse et d'un spectacle de marionnettes, qui
durrent jusqu' la naissance du jour. La nouvelle anne tait
inaugure.

... Nous touchions au terme fix  Calcutta pour le retour de notre
mission. Le major Phayre, comprenant que toute insistance pour obtenir
du roi la ratification du fameux trait tait dsormais superflue,
demanda son audience de cong. Elle fut fixe au 21 octobre.

Les souwars de la cavalerie irrgulire et la moiti des Europens
nous escortrent jusqu'au palais pour voir l'lphant blanc; la
musique nous accompagna, le roi ayant manifest le dsir de
l'entendre. La rception eut lieu dans le mme emplacement et avec les
mmes circonstances qu'auparavant; les bayadres du roi tournaient
dans la my-nan, et les belles musiciennes, avec leurs mitres en tte
et leurs robes barioles, jouaient sur leurs instruments dans les
verandahs. Au bout de vingt minutes, le roi entra et se jeta,  moiti
couch, sur un sofa. Il portait un simple tsal-w de vingt-quatre
rangs  la manire accoutume. Aprs quelques minutes de silence, il
demanda  l'ambassadeur: Quand partez-vous?

L'AMBASSADEUR. Sire, aprs-demain.

LE ROI. Combien de jours vous faudra-t-il pour descendre le fleuve?

L'AMBASSADEUR. Nous pourrions faire le trajet en trois jours, mais je
dsire m'arrter  Pagn et dans d'autres localits.

LE ROI ( l'atwen-woon). Veillez  ce que tout soit prt et  ce que
rien ne manque  leur bien-tre.

L'ATWEN-WOON. Les ordres de Votre Majest seront ports sur le haut de
notre tte.

LE ROI ( l'ambassadeur). Avez-vous lu les livres et traits religieux
que je vous ai envoys?

L'AMBASSADEUR. J'ai parcouru le Maha-radza-weug, Sire, mais je n'ai
pas eu le loisir de l'tudier.

LE ROI. Ne les mettez pas de cot, mais tudiez-les, vous en retirerez
grand fruit.

L'AMBASSADEUR. Je le ferai, Sire.

LE ROI. Toute votre suite se porte bien?

L'AMBASSADEUR. Oui, Sire.

LE ROI. J'espre que vous n'avez manqu de rien depuis votre arrive?

L'AMBASSADEUR. Non, grce  Votre Majest.

LE ROI. Si vous dsiriez quelque chose, dites-le au woondouk, et il
veillera  ce que vous soyez satisfait.

L'ambassadeur ayant ensuite prsent quelques-uns des ntres qui
devaient rester dans le voisinage de la Birmanie comme inspecteurs ou
commandants des frontires, le roi, de ce ton dbonnaire et doucement
sentencieux qui lui tait propre, et que durent, sans aucun doute,
possder jadis douard le Confesseur en Angleterre et le bon roi
Robert en France, dclara au major Phayre qu'il tait bien heureux du
choix que le gouverneur gnral avait fait de ces messieurs, car,
ajouta-t-il sagement, on devrait toujours placer sur la frontire des
hommes judicieux et modrs. Il est ais de se fcher et difficile d'y
remdier. La haine peut natre d'un seul mot, et cependant avec de
l'attention on peut empcher une querelle de s'lever. Il est ais de
se lier d'amiti pour quelque temps, mais il est difficile d'y
persvrer. Tous nos soins tendront vers cet objet.

L'AMBASSADEUR. Sire, nous aussi, nous nous y efforcerons.

LE ROI. Comme les deux tats n'en font qu'un, si quelqu'un dsirait
venir des pays anglais dans mon royaume, serait-il libre de le faire?

L'AMBASSADEUR. Certainement, Sire.

LE ROI. Si vous pouvez me procurer quelques-unes des reliques
bouddhiques qui se trouvent dans l'Inde, ainsi que les coffrets
originaux qui les contiennent, crivez pour m'en informer. Ce sont l
des objets que nous vnrons.

L'AMBASSADEUR. Je ferai tout mon possible pour satisfaire le voeu de
Votre Majest.

LE ROI ( M. Camaretta). Voyez  ce que tout soit prt pour le voyage.

( l'ambassadeur). Dsirez-vous me dire autre chose?

L'AMBASSADEUR. Rien de plus que de remercier Votre Majest de toutes
les bonts qu'elle nous a tmoignes depuis que nous sommes entrs
dans son royaume.

LE ROI. La reconnaissance honore les hommes, et ceux qui l'oublient,
les Birmans les considrent comme des tres avilis.  prsent, la
capitale est bien boueuse; en t, la chaleur est gnante; l'hiver est
la meilleure saison pour y venir. Je considre les membres de
l'ambassade comme mes propres nobles, et plus tard s'ils revenaient
ici, mme sans le major Phayre, je serais heureux de les recevoir dans
mon palais. Le kal-woon vous accompagnera jusqu' la frontire, et
j'espre qu'Allan, le commandant de Prome, et lui se lieront
d'amiti.

En ce moment M. Grant, notre artiste photographe, ayant apport au
palais le portrait de l'lphant blanc, un des atwen-woons remit
l'preuve au roi, qui la regarda avec soin et dit: C'est une
gravure. Quand on lui eut affirm le contraire, il s'cria: Les
trangers dessinent de vrais portraits; nos artistes ne dessinent que
pour plaire. Qu'on apporte notre portrait de l'lphant blanc.

[Illustration: Temple ruin de Pagn.--Dessin de Lancelot d'aprs H.
Yule.]

Le dessin de l'artiste birman fut apport et offert  l'ambassadeur de
la part du roi, qui, se levant alors brusquement de son sofa, disparut
 travers les longues colonnades aux portes dores. Ce fut la dernire
fois que nous le vmes.

Sa Majest nous avait paru excite et mal  l'aise pendant l'entrevue,
montrant peu de sa vivacit habituelle. Constamment occup  garnir sa
bouche de pn qu'il rejetait bientt, Mendoun-Men faisait allumer son
cigare qu'il laissait teindre pour de nouveau le faire rallumer.
Avant notre sortie du palais, il nous fit dire par M. Camaretta qu'il
souffrait du mal de tte, ce qui nous expliquait sa retraite
prcipite.

[Illustration: Salces ou volcans de boue,  Membo.--D'aprs H. Yule.]

Aprs son dpart nous nous entretnmes avec les atwen-woons et
gotmes de quelques rafrachissements. Ces messieurs taient
trs-polis, nous assurant qu'ils se sentaient malheureux de l'ide de
notre dpart; ce qui, je l'espre, n'tait pas de leur part une
politesse banale, mais un sentiment rel.

Le 21 octobre, les quatre woon-gyis vinrent djeuner avec nous et nous
faire leurs adieux. Ici nous rcapitulerons leurs noms: le premier
tait le vieux Magw mengyi, dont la physionomie rappelait celle des
Mdicis; puis le Mein-loung mengyi, vieillard corpulent et jovial,
dont la figure rayonnait de cordialit. Le troisime, le pabwoon, ou
matre d'artillerie, connu sous le nom de Myadoung mengyi, tait
maigre, grav de la petite vrole, fin et de belles manires; il nous
accabla de questions sur notre artillerie, son calibre et la porte
des pices. Le dernier, le pakan-woongyi, tait le plus jeune des
quatre piliers de l'tat; c'tait un personnage bilieux d'aspect, avec
de grands yeux noirs et des manires froides et compasses. Il avait
t prtre jusqu'au jour o le roi l'avait appel  la cour.

[Illustration: Cnes volcaniques dans la plaine de Membo.--D'aprs H.
Yule.]

Ils restrent avec nous jusqu' midi et furent en gnral fort
aimables. Les trois woon-gyis les plus gs se montrrent, comme
toujours, gais, plaisants et de belle humeur. Le vieux seigneur de
Mein-loung parut s'intresser fort au progrs de la guerre de Crime,
et demanda mme la permission d'crire mes rponses  ses questions.
Toutes se rapportaient  la distance de l'Angleterre  Sbastopol, 
Saint-Ptersbourg, et de ces villes aux Indes, au nombre des navires
de guerre, des hommes et des canons employs de part et d'autre. Un
tsa-ye-gyi, ou secrtaire, se htait de transcrire mes rponses sur
son noir agenda avec son crayon de statite, lorsque l'on nous annona
le djeuner.

Le matre d'artillerie, de son ct, voulait surtout savoir pourquoi
la guerre tranait en longueur et pourquoi nous la faisions. Comme je
m'efforais de lui expliquer que la puissance de la Russie s'tendait
trop et menaait la tranquillit de l'Europe, cette rponse provoqua
une explosion de rires, dus, sans doute,  ce qu'ils en firent une
application  leur usage et au ntre.

Pendant ce temps le Magw-mengyi eut une confrence particulire avec
le major Phayre, relativement  la politique des frontires.

Enfin ils partirent en nous promettant d'envoyer sous peu la lettre
royale sur laquelle, en vrit, nous ne comptions plus. On avait
apport  bord tous nos effets, et nous attendmes jusqu'au coucher du
soleil sans voir arriver cette missive. Alors l'ambassadeur ne jugea
pas ncessaire de diffrer plus longtemps notre dpart.

Le rgiment birman, de garde  l'ambassade, et qui porte le nom de
Leyta-gyoung, se forma pour nous escorter, mais nous n'avions pas
gagn le lac que l'on nous annona la venue de la procession charge
de la lettre royale; nous fmes donc halte, mais avant qu'elle ne nous
rejoignt, le soleil tait couch.

La tte du cortge se composait de gens revtus du plus fantastique
costume de guerre, de quelques fantassins et de la musique. La lettre
tait porte par un makhangyi install sur un lphant caparaonn
d'un howdah dor et flanqu de deux grands boucliers d'or. Huit
ombrelles dores abritaient la lettre, qu'en ces occasions on ne
confie pas  de hauts dignitaires, afin de rendre par l le respect
que l'on tmoigne  ce papier plus vident.

[Illustration: Paysans birmans en voyage.--D'aprs H. Yule.]

Comme la nuit nous gagnait, et que nous avions plusieurs milles 
franchir, l'ambassadeur proposa d'embarquer la lettre sur la chaloupe
de _la Znobie_, et de la suivre dans les canots des steamers qui se
trouvaient sur le lac. On accepta; le woondouk prit le prcieux papier
des mains du vieux nakhangyi, et le remit  l'ambassadeur en lui
disant: Ceci est la lettre royale de Sa Majest au gouverneur des
Anglais. L'ambassadeur la reut, la passa au secrtaire, qui la
dposa sur un plateau dor et la porta  bord de la chaloupe, o l'on
arbora aussitt le pavillon de la Compagnie des Indes.

L'enveloppe de ladite lettre, d'une apparence trange, consistait en
deux tubes d'ivoire longs de quinze pouces, envelopps eux-mmes dans
un fourreau de velours carlate et charg de plusieurs sceaux
reprsentant le paon et le palais sacr. L'ambassadeur en remit
l'ouverture au moment o nous aurions quitt la frontire, et alors
nous y vmes que le roi avait vit toute allusion au trait qu'on
avait prsent  sa signature, bien que le major Phayre et espr,
d'aprs une conversation confidentielle avec le magw-woongyi, que
quelques mots d'explication auraient t donns  ce sujet.

Le 22 octobre, nous drapmes enfin du mouillage o nous tions rests
si longtemps, et notre petite flottille commena  descendre le
fleuve. Le P. Abbona, MM. Camaretta, Spears, le vieil Armnien
Makertich, le woondouk et le nanmadau Phra Woon insistrent pour nous
suivre au moins jusqu' notre premire station, o nous accompagna
aussi le myo-woon d'Amarapoura, par ordre exprs de son souverain. Le
bon vieux nanmadau Phra Woon, assis sur notre pont, ne cessait de
compter les grains d'ambre de son petit rosaire, en rptant sans
cesse d'une voix touffe: _Aneytya! Dokha! Anatta!_ mots _palis_ qui
expriment le caractre born, transitoire, du bonheur terrestre, et le
nant des affections humaines.

Une douzaine de bateaux de guerre nous fit ainsi cortge jusqu'au
coucher du soleil, moment solennel o nous jetmes l'ancre pour
prendre un dernier cong de nos amis, dont les discours d'adieux nous
touchrent profondment. Le vieux Woon, s'essuyant les yeux avec les
pans de son _putso_, nous dclara que sa femme ne se consolerait pas
plus que lui du dpart du major Phayre. Je prierai Dieu
journellement, ajouta-t-il, pour le major, pour le gouverneur gnral,
pour votre souverain et pour vous tous enfin, demandant  sa
toute-puissance de vous mettre  l'abri des maladies, des dmons et de
tous les malheurs possibles. Cette prire, je l'ai dj faite ce matin
avant de quitter la ville avec vous. Quand je vais y rentrer, le roi
et la reine vont me demander, selon leur habitude, ce que vous avez
dit et pens. Que dois-je leur rpondre?

--Que nous sommes tous on ne peut plus reconnaissants de la
bienveillance dont Leurs Majests ont combl la mission pendant tout
son sjour dans leurs tats. Telle fut la rponse du major, qui
vritablement n'tait que l'interprte fidle des sentiments de tous
ses compagnons. L'ancre fut ensuite leve et nous reprmes notre
voyage, non pourtant avant que le woondouk et fait accepter  chacun
de nous une norme caisse de confitures birmanes.

La baisse des eaux avait donn au pays que nous traversions un aspect
tout nouveau. Des les tendues et de hauts bancs de sable s'levaient
en des endroits o, lors de notre arrive, nous n'avions vu que des
arbres  demi submergs et des maisons inondes. Le chenal du fleuve
tait nanmoins bien mieux dfini, et le paysage sur l'une et l'autre
rive plus frais, plus verdoyant, et plus frquent.

Le 23, dans la matine, nous nous retrouvmes devant les ruines de
Pagn. La journe fut employe  visiter d'abord une manufacture de
laque, principale industrie de ce district, puis  revoir en dtail la
grande pagode de Shw-Zergoug qui s'lve non loin de l.

C'est un des temples les plus clbres de la contre. Tout Birman est
tenu d'y venir en plerinage, au moins une fois en sa vie. Suivant le
colonel Burney[13], il a t fond par Nauratha Men-zan,
quarante-deuxime roi de Pagn, vers l'an 1064 de notre re, et fut
achev par un de ses gnraux, qui monta sur le trne aprs un fils de
Nauratha. On y garde dans une chsse un _fac-simile_ d'une dent de
Gautama; dent que le roi envoya chercher en Chine avec une grande
arme. La sainte relique (une vritable dfense d'lphant), ludant
l'invitation, tint  rester en Chine, et le roi de Pagn fut oblig de
se contenter d'un miraculeux duplicata.

         [Note 13: _Burney's journal to Ava_, 1830.]

Aprs cette halte dans ce lieu que Karl Ritter appelle la Thbade
birmane, nous dmes encore nous arrter le lendemain  Menhl, chez le
gouverneur Makertich, qui avait prpar, pour fter notre passage, un
festival o ne figurrent pas moins de quatre-vingt-quinze jeunes
filles, divises en trois corps de ballets, chantant et dansant.

Le 27, au milieu du jour, nous passmes devant les piliers qui
marquent les frontires de la Birmanie britannique et du territoire
que les guerres de 1824 et de 1852 ont laiss au royaume d'Ava; trois
jours plus tard, le 30 octobre, nous rentrions  Rangoun.


     Coup d'oeil rtrospectif sur la Birmanie.

Ptolme parat tre le premier gographe de l'Occident qui ait parl
d'une manire prcise des contres arroses par l'Irawady. Sa
_Chersonse_ d'or ne peut tre cherche ailleurs que dans la saillie
forme par le delta du grand fleuve, et l'on doit, comme l'a fait le
savant Gosselin, identifier avec Tenasserim la ville de _Thin_ du
gographe Alexandrin, retrouver sa _Tugma metropolis_ dans la
vnrable cit de Tagoung, et _Tharra_, ville centrale de la
Chersonse, dans la moderne Tharawadi, ou peut-tre mieux encore dans
Tharra-Khettara, un des anciens noms de Prome.  l'orient, sur les
confins des _Sin_, Ptolme place les tribus des Kakob et des
Kadop, appellations diffrant bien peu de celles de Kakoos et de
Kadouns que se donnent eux-mmes dans leurs dialectes les Kakhiens et
les Karens d'aujourd'hui. On voit qu'il est difficile d'tre plus
exact et mieux renseign sur les rgions de l'extrme Orient que ne
l'tait Ptolme vers l'an 175 de notre re.

Quant au nom de Chersonse d'or sous lequel il les dsignait  ses
contemporains, on a rattach son origine  la profusion de mtal
prcieux rpandu sur les difices religieux de cette partie de
l'Indo-Chine; mais il est plus probable qu'il est d  quelque rapport
exagr sur les richesses minralogiques de ces contres; car la
dorure des temples et mme l'architecture religieuse n'y ont t
introduites qu'avec les doctrines bouddhiques au commencement du
cinquime sicle.

De Ptolme, il faut descendre jusqu' Marco Polo pour trouver dans un
auteur europen une mention prcise de ces mmes rgions. Le voyageur
vnitien cite Pagn sous le nom chinois de _Mien_, _grande et noble
cit, capitale du royaume_. Peu aprs le passage de Marco Polo, la
valle de l'Irawady subit le joug d'un dtachement de la grande
invasion mongole, et quand,  la faveur des discordes intestines qui
brisrent l'unit de l'empire fond par les fils de Tchenkis, les
Indo-Chinois repoussrent leur domination, le nom d'Ava apparat pour
la premire fois dans l'histoire.

Vers l'an 1500, le territoire birman ne rayonne gure que de trente 
quarante lieues autour de cette mtropole; puis, quatre-vingts ans
plus tard, il est englob tout entier,  titre de vasselage, dans les
limites de l'empire du Pgu, qui couvre toute l'Indo-Chine, depuis le
golfe du Bengale jusqu'aux rives du Cambodje. Deux sicles de luttes,
de rvoltes, de guerres, auxquelles se mlent des aventuriers
europens, naissent de cet tat de choses; enfin vers 1750, les
Pguans, aprs avoir assig et renvers Ava de fond en comble,
mettent fin  sa dynastie nationale. Elle comptait une srie de
trente-neuf rois.

On sait comment, l'anne suivante, un Birman de basse extraction,
c'est--dire Shan ou Karen d'origine, recommena,  la tte d'une
poigne d'hommes, la guerre de l'indpendance, et immortalisa son nom
d'Alompra, par l'expulsion des trangers et la reconstitution de la
Birmanie dans une puissance et des limites qu'elle n'avait jamais
possdes avant lui.

La suprmatie de ce nouvel empire sur les autres tats de l'Indo-Chine
ne se soutint pas longtemps aprs la mort de son fondateur, survenue
en 1760. Ds 1786, les Siamois firent prouver plusieurs checs au
quatrime fils et _successeur_ du grand Alompra. Puis, avec le sicle
actuel naquirent, entre les gouvernements d'Amarapoura et de Calcutta,
des dissentiments qui, ds 1824, se traduisaient en hostilits
ouvertes. Deux ans aprs, la guerre se terminait sous les murs de la
capitale birmane assige, par la cession aux Anglais des provinces
d'Assam, d'Araccam, de Tavai et de Merghi: une moiti de l'empire!
Vingt ans s'coulrent encore, et une violation inconsidre de ce
malheureux trait, par le huitime successeur d'Alompra, n'eut d'autre
rsultat que d'amener sa dposition, prcde de l'annexion du Pgu
tout entier au territoire britannique. Depuis lors, les frontires sud
de la Birmanie ne descendent pas au-dessous du dix-neuvime degr
trente minutes de latitude.

[Illustration: Statue gigantesque de Bouddha,  Amarapoura.--Dessin de
Lancelot d'aprs H. Yule.]

Le roi actuel de ce pays dchu, l'ex-prince de Mengoun, que les
Anglais aiment  proclamer comme _le plus respectable descendant_
d'Alompra, n'est pas de force  reconstituer l'oeuvre de son glorieux
aeul. C'en est fait du rle historique de la Birmanie. Elle glisse
rapidement sur la pente rapide o se prcipitent,  l'heure actuelle,
les moeurs, les institutions, les hommes et les choses de l'antique
Orient. Il en est de ces vieilles socits, ayant pour base
l'esclavage des multitudes et pour couronnement la dification d'un
despote, _fils du ciel_ ou _descendant du soleil_, comme de ces
gigantesques idoles bouddhiques, imposes  l'adoration de la foule et
dont le revtement d'or ne sert qu' voiler les irrparables flures
et les raccordements de pltre.

  Traduit par F. de LANOYE.


Voir: _Recherches sur la gographie des anciens_, par R. F. J.
Gosselin, vol. III, Paris, 1813. -- _Marco Polo_, dition de la
Socit de gographie de Paris. -- _Voyages de Csar-Frdrick, dans
Purchass_, vol. II, 1717. -- _Id._, _de Nicolo Conti dans Romusio_,
vol. I, 340. -- _History of the Discovery and conquest of India by the
Portuguese_, London, 1695, vol. II, 134-8. -- Valentin, _Description
of the Dutch east Indies_, 1726, vol. V, p. 126. -- Dalrymple,
_Oriental repertory_. -- Symes, _Account of an ambassade to Ava_,
1800, in-4. -- _Hiram Cox, Journal of a residence in the Burman
empire_, London, 1821, in-8. -- J. Crawfurd, _Journal of an ambassady
to the court of Ava_, 1829, in-8. -- Burney, _Journal to Ava_, 1830.
-- _Id._ _Historical Review of the political relations between the
British government in India and the empire of Ava_, 1834. -- Rv.
docteur Mason, _Natural productions of Burma_, Maulmain, 1850. --
Colonel Hannay, _A journey to the upper Irawady in 1835-36_
(manuscrit).




GRAVURES.

                                                      Dessinateurs.
  Chapelle de Sainte-Rosalie (prs Palerme)              Rouargue      1
  Types et costumes siciliens                            Rouargue      4
  Ruines  Girgenti (Agrigente)                          Rouargue      5
  Vue de Syracuse                                        Rouargue      8
  Taormine et l'Etna                                     Rouargue      9
  La Marine  Messine                                    Rouargue     12
  Rocher de Scylla                                       Rouargue     13
  Stromboli                                              Rouargue     16
  Pigeonnier prs d'Ispahan                         Jules Laurens     17
  Pont d'Allah-Verdi-Khan sur le Zend--Roud,
     Ispahan                                       Jules Laurens     21
  Collge de la Mre du roi,  Ispahan              Jules Laurens     24
  Une peinture indienne dans le palais des
    Quarante-Colonnes,  Ispahan                    Jules Laurens     25
  Entre de Kaschan                                 Jules Laurens     28
  Une caravane persane au repos                     Jules Laurens     29
  Types persans                                     Jules Laurens     32
  Faubourg de Thran                               Jules Laurens     33
  La porte de Schah-Abdoulazim                      Jules Laurens     36
  Dans une cour,  Thran                          Jules Laurens     37
  Types et portraits persans                        Jules Laurens     40
  Groupe de Persans                                 Jules Laurens     41
  Dans l'Enderoun (appartement intrieur
    -- Costumes d'intrieur et de sortie)           Jules Laurens     44
  Choix d'armes, d'instruments et objets divers
    persans                                         Jules Laurens     45
  Le Dmavend                                       Jules Laurens     48
  Vue de l'le Saint-Thomas                             de Brard     49
  Saint-Pierre,  la Martinique                         de Brard     52
  Cataracte de Weinachts (Guyane anglaise)              de Brard     53
  Une sucrerie  la Guadeloupe                          de Brard     56
  La Pointe--Ptre,  la Guadeloupe                    de Brard     57
  Le port d'Espagne,  la Trinidad                      de Brard     60
  La baie de Panama                                     de Brard     61
  Vue des Bermudes                                      de Brard     64
  Costumes norvgiens d'Hitterdal                          Pelcoq     65
  La valle de Bolkesj                                      Dor     68
  Costumes du Tlmark                                     Pelcoq     69
  La valle de Vestfjordal                                   Dor     72
  Intrieur d'auberge  Bolkesj                         Lancelot     73
  glise d'Hitterdal                                      Wormser     75
  Le Rjukandfoss                                             Dor     76
  Un chalet  Bamble                                     Lancelot     77
  Vue du lac Bandak                                          Dor     80
  Le lac Flatdal                                             Dor     81
  Fjord de Gudvangen                                         Dor     84
  glise de Bakke                                            Dor     85
  Route de Stalheim                                          Dor     88
  Le Vringfoss                                              Dor     89
  Valle de l'Heimdal                                        Dor     92
  Femme du Sogn                                            Pelcoq     93
  Une noce en Norvge                                      Pelcoq     96
  Le march aux grains (Suez)                       Karl Girardet     97
  Port de Suez                                      Karl Girardet    100
  Cimetire europen  Suez                         Karl Girardet    100
  Qossir                                           Karl Girardet    101
  Djeddah                                           Karl Girardet    101
  Port de Souakin                                   Karl Girardet    101
  Mosque de Salonique                              Karl Girardet    104
  Femmes albanaises, prs d'un arabas,
     Vasilika                                       Villevieille    105
  Un Juif de Salonique                                       Bida    108
  Une Juive de Salonique                                     Bida    109
  Sceau du monastre de Karis                                       111
  Vue gnrale de mont Athos                         Villevieille    112
  Le Conseil des pistates au mont Athos                Boulanger    113
  Saint Georges (fresque de Panselinos dans le
    Catholicon de Karis)                                  Pelcoq    116
  Monastre d'Iveron                                Karl Girardet    117
  L'higoumne d'Iveron                                     Pelcoq    120
  La Phiale ou le Baptistre du couvent de Lavra         Lancelot    121
  Croix sculpte en bois dans le trsor de Karis         Thrond    124
  Coffret dans le trsor de Karis                        Thrond    125
  Peinture de la trapeza de Lavra: les trois patriarches  Thrond    128
  La confession                                              Bida    129
  Bas-relief du couvent de Vatopdi                     A. Proust    130
  Albanais, soldat de la garde des pistates         Villevieille    132
  Vue du couvent d'Esphigmenou                      Karl Girardet    133
  Intrieur de la cour principale du couvent slave
    de Kiliandari                                        Lancelot    136
  La rcolte des noisettes au mont Athos             Villevieille    137
  L'le Chatam, dans l'archipel Galapagos            E. de Brard    140
  Baie de la Poste, dans l'le Floriana
    (archipel Galapagos)                             E. de Brard    140
  L'le Charles, dans l'archipel Galapagos           E. de Brard    141
  Aiguade de l'le Charles (archipel Galapagos)      E. de Brard    144
  Oiseaux et reptile (archipel Galapagos)                  Rouyer    145
  Ctes de l'le Albermale, dans l'archipel
    Galapagos                                        E. de Brard    148
  Oeno, dans l'archipel Pomotou (les  coraux)      E. de Brard    149
  Village de Vanou, dans l'le de Vanikoro
    (les  coraux)                                  E. de Brard    149
  Baie de Manevai, dans l'le de Vanikoro
    (les  coraux)                                  E. de Brard    152
  Rcifs et piton de l'le de Borabora
    (les  coraux)                                  E. de Brard    153
  Rade et pic de l'le de Borabora (les  coraux)   E. de Brard    156
  le de Whitsunday, dans l'archipel Pomotou
    (les  coraux)                                  E. de Brard    157
  Brun-Rollet                                                Fath    160
  Traneau yakoute                                    Victor Adam    161
  Une sorcire tongouse                               Victor Adam    164
  Port d'Okhotsk                                      Victor Adam    165
  Bazar de Nertchinsk                                 Victor Adam    168
  Colonie ou village yakoute                          Victor Adam    169
  Voyageur russe en Sibrie                           Victor Adam    172
  Argali (mouton sauvage)                             Victor Adam    173
  Campement de Tongouses                              Victor Adam    176
  Chamans yakoutes                                    Victor Adam    177
  Femme yakoute                                       Victor Adam    180
  Poteaux des frontires du pays des Yakoutes et
    de la Chine                                       Victor Adam    181
  Types indignes (Australie du Sud)                      G. Fath    184
  Spultures australiennes dans les bois                 Lancelot    185
  Spulture australienne au dsert                           Dor    189
  Restes d'un voyageur retrouvs par ses compagnons
    dans les dserts du lac Torrens                          Dor    192
  Oasis d'deri (Fezzan)                                 Rouargue    193
  Mourzouk (capitale du Fezzan)                          Rouargue    196
  Gorge d'Agueri                                         Lancelot    197
  Valle d'Auderaz                                       Rouargue    200
  Vue d'Agadez                                           Lancelot    201
  Vue de Kano (entrept du Soudan central)               Lancelot    204
  Dendal ou boulevard de Kouka (capitale du Bornou)      Lancelot    205
  Vue du lac Tchad                                       Rouargue    208
  Village marghi                                         Rouargue    209
  Halte dans une fort du Marghi                         Rouargue    212
  Village mosgou                                         Rouargue    213
  Chef mosgovien                                         Rouargue    216
  Intrieur d'une habitation mosgovienne                 Rouargue    217
  Chef kanembou                                          Rouargue    220
  Entre du sultan de Baghirmi dans Masna
    (sa capitale)                                        Rouargue    221
  Une razzia  Barea (Mosgou)                            Rouargue    224
  Vue du march de Sokoto                                Hadamard    225
  Bac sur le Niger,  Say                                Rouargue    228
  Vue des monts Homboris                                 Lancelot    229
  Village sonray                                         Lancelot    232
  Vue de Kabra (port de Tembouctou)                      Rouargue    233
  Camp touareg                                           Lancelot    236
  Arrive  Tembouctou                                   Lancelot    237
  Vue gnrale de Tembouctou                             Lancelot    240
  Portrait en pied du baron de Wogan en costume
    de voyage                                           J. Pelcoq    241
  Grass-Valley                                          J. Pelcoq    244
  Un claim ou atelier de mineur                         J. Pelcoq    245
  Fort de _taxodium giganteum_ ou pins gants           Lancelot    248
  Un caon ou passage de la Sierra-Wah                   Lancelot    249
  La case du jugement                                   J. Pelcoq    252
  Le poteau de la guerre                                J. Pelcoq    253
  Types d'Indiennes du Rio-Colorado                     J. Pelcoq    256
  Grande pagode de Rangoun                               Franais    257
  Bateau  voile sur l'Irawady                     Clich anglais    258
  Canot de parade                                  Clich anglais    259
  Bateau de commerce                               Clich anglais    259
  Birmans dans une fort                                J. Pelcoq    261
  Pattshaing ou tambour-harmonica                  Clich anglais    262
  Pattshaing  baguettes                           Clich anglais    262
  Harpe birmane                                    Clich anglais    263
  Harmonica birman                                 Clich anglais    263
  Pagode  Pagn                                   Clich anglais    264
  Reprsentation thtrale dans le royaume d'Ava         Hadamard    265
  Dagobah ou pagode en forme de cloche             Clich anglais    266
  Intrieur d'une pagode                           Clich anglais    267
  Maison de l'ambassade  Amarapoura               Clich anglais    268
  Valle des puits de bitume                        Karl Girardet    269
  Types de grands seigneurs et hauts fonctionnaires
    birmans                                                 Morin    272
  Le palais du roi et l'lphant blanc                     Navlet    273
  Sculptures comiques dans le monastre royal 
    Amarapoura                                           Lancelot    276
  Vue du Maha-Toolut-Boungyo (monastre royal 
    Amarapoura)                                          Lancelot    277
  Dtails intrieurs du Maha-comiye-peima  Amarapoura     Navlet    281
  Une porte  Amarapoura                           Clich anglais    284
  Canon birman                                     Clich anglais    284
  Danse des lphants                              Clich anglais    284
  Canal d'irrigation dans le royaume d'Ava         Clich anglais    285
  Jeunes dames birmanes                                     Morin    288
  Le temple du Dragon                                    Lancelot    289
  Rives de l'Irawady (prs des mines de rubis)     Clich anglais    292
  Petite pagode  Mengoun                          Clich anglais    292
  Grand temple de Mengoun (depuis le tremblement
    de terre de 1839)                               Karl Girardet    293
  Valle de l'Irawady au confluent du Myit-Nge          Paul Huet    297
  Temple ruin  Pagn                                   Lancelot    300
  Salces ou volcans de boue  Membo                Clich anglais    301
  Cnes volcaniques dans la plaine de Membo        Clich anglais    301
  Paysans birmans en voyage                        Clich anglais    302
  Statue gigantesque de Bouddha  Amarapoura             Lancelot    304
  Zanzibar vue de la mer                             E. de Brard    305
  Portrait de feu l'iman de Zanzibar                 E. de Brard    308
  Pont de la ville de Zanzibar                       E. de Brard    309
  Un village de la Mrima                                Lavieille    312
  Jihou la Mkoa ou la roche ronde                 Clich anglais    313
  La fontaine qui bout (source thermale dans le
    Khoutou)                                       Clich anglais    313
  Sycomore africain                                Clich anglais    314
  L'Ougogo                                         Clich anglais    315
  Burton et ses compagnons en marche                    Lavieille    316
  Chane ctire de l'Afrique occidentale               Lavieille    317
  Passe dans l'Ousagara                                 Lavieille    320
  Paysage dans l'Ounyamouzi                            Lavieille    321
  Noirs de l'Ousumboua                               G. Boulanger    324
  Huttes  Msn                                        Lavieille    325
  Ngres porteurs                                    G. Boulanger    328
  Noir de l'Ouganda                                  G. Boulanger    329
  Habitation de Snay ben Amir  Kazeh                   Lavieille    332
  Jeunes dames  Kazeh                               G. Boulanger    333
  Coiffures des indignes de l'Ounyanyemb         Clich anglais    334
  Coiffures des indignes de l'Oujiji              Clich anglais    335
  Maison des trangers  Kaoul                        Lavieille    336
  Navigation sur le lac Tanganyika                      Lavieille    337
  Le capitaine Burton sur le lac Tanganyika             Lavieille    339
  Habitation au bord du lac Tanganyika                  Lavieille    340
  Le bassin du Maroro                                   Lavieille    341
  Instruments et ustensiles des Ouajiji            Clich anglais    342
  Riverains du Tanganyika (ct ouest)             Clich anglais    343
  Riverains du Tanganyika (ct sud)               Clich anglais    343
  Le bassin du Kisanga                                  Lavieille    344
  Vgtation de l'Ougogi                                Lavieille    345
  Passe de l'Ouzagara                              Clich anglais    346
  Rocher de l'lphant prs du cap Gardafui        Clich anglais    347
  Dernier tablissement gyptien dans le Fazogl          Lancelot    348
  Contre des Shelouks sur le Saubat                     Lancelot    349
  Blnia (village bari sur le fleuve Blanc)             Lancelot    352
  Habitants de la Havane                                    Potin    353
  Coolies chinois  Cuba                                   Pelcoq    356
  Vue gnrale de la Havane (capitale de Cuba)           Lancelot    357
  Avenue de palmiers devant une habitation de Cuba   E. de Brard    360
  Cathdrale de la Havane                                  Navlet    361
  La volante (voiture de la Havane)                   Victor Adam    363
  Vue de Matanzas                                        Lancelot    364
  Paysage dans l'le de Cuba: Loma (coteau)
    de Candela                                          Paul Huet    365
  Paysage dans l'le de Cuba (Loma de la Givora)        Paul Huet    368
  Grenoble et les Alpes dauphinoises                Karl Girardet    369
  Les Grands Goulets                                Karl Girardet    372
  Pont-en-Royans                                             Dor    373
  Sainte-Croix et les ruines du chteau de Quint    Karl Girardet    376
  Die et la valle de Roumeyer (vue prise des
    hauteurs de Saint-Justin)                            Franais    377
  Le Mont-Aiguille (vu de Clelles)                       Daubigny    380
  Pontaix                                           Karl Girardet    381
  Roumeyer et le mont Glandaz                            Franais    384
  Entre de la valle de Roumeyer                   Karl Girardet    385
  La valle de Loncel                              Karl Girardet    388
  La valle de la Voure et de la plaine du Rhne
    (vue prise des hauteurs de la Vacherie)         Karl Girardet    389
  Beaufort                                               Franais    392
  La fort de Saou                                       Sabatier    394
  Pot-Cellard                                      Karl Girardet    395
  Bourdeaux                                         Karl Girardet    396
  Le Velan et Plan-de-Baix (vue des sources
    du Rudoux)                                     Karl Girardet    397
  Cascade de la Druse                              Karl Girardet    398
  La gorge de Trente-Pas                            Karl Girardet    400
  Le mont Viso                                           Sabatier    401
  Le pont du Diable                                      Sabatier    405
  Le lac de l'chauda                                    Sabatier    408
  Le Pelvoux                                             Sabatier    409
  Le mont Aurouze                                        Franais    412
  Les montagnes du Devoluy                          Karl Girardet    413
  Ruines de la Chartreuse de Durbon                 Karl Girardet    416




CARTES ET PLANS.


  Carte de la Sicile, par M. A. Vuillemin.                             3
  Carte de la Perse, par M. A. Vuillemin.                             19
  Carte des grandes et petites Antilles, par M. A. Vuillemin.         51
  Carte du haut Tlmark (Norvge mridionale), d'aprs
    M. Paul Riant.                                                    67
  Carte de la presqu'le de Bergen, d'aprs M. Paul Riant.            83
  Carte de la Chalcidique, par M. A. Vuillemin.                      115
  Partie du gouvernement d'Yakoutsk, par Piadischeff.                167
  Carte de l'Australie, par M. A. Vuillemin.                         187
  Carte des voyages du docteur Henri Barth en Afrique (partie
    orientale) d'aprs M. de Lanoye.                                 195
  Voyage du docteur Barth (Itinraire de Sokoto  Tembouctou),
    par M. A. Vuillemin.                                             234
  Carte du cours infrieur de l'Irawady comprenant les possessions
    britanniques et la partie sud du royaume d'Ava, d'aprs le
    capitaine H. Yule.                                               260
  Plan d'Amarapoura et de sa banlieue, d'aprs les relevs du
    major Grant Allan.                                               280
  Carte du cours suprieur de l'Irawady et partie nord du royaume
    d'Ava, d'aprs le cap. Yule.                                     296
  Carte du voyage de Burton et Speke aux grands lacs de l'Afrique
    orientale (Itinraire de Zanzibar  Kazeh).                      307
  Carte du voyage de Burton et Speke aux grands lacs de l'Afrique
    orientale (2e partie).                                           338
  Carte de l'le de Cuba, par M. A. Vuillemin.                       355
  Carte du Dauphin (partie occidentale: Isre et Drme),
    par M. A. Vuillemin.                                             371
  Carte du Dauphin (partie orientale: Isre et Hautes-Alpes),
    par M. A. Vuillemin.                                             404




ERRATA.


I. Sous le titre _Voyage d'un naturaliste_, pages 139 et 146, on
a imprim: (1858.--INDIT).--Cette date et cette qualification ne
peuvent s'appliquer qu' la traduction.

La note qui commence la page 139 donne la date du voyage (1838)
et avertit les lecteurs que le texte a t publi en anglais.


II. Dans un certain nombre d'exemplaires, le voyage du capitaine
Burton AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, 1re partie,
46e livraison, le mot ORIENTALE se trouve remplac par celui
d'OCCIDENTALE.


III. On a omis, sous les titres de _Juif_ et _Juive de
Salonique_, dessins de Bida, pages 108 et 109, la mention
suivante: d'aprs M. A. Proust.


IV. On a galement omis de donner,  la page 146, la description
des oiseaux et du reptile de l'archipel des Galapagos reprsents
sur la page 145. Nous rparons cette omission:

1 _Tanagra Darwinii_, varit du genre des
_Tanagras_ trs-nombreux en Amrique. Ces oiseaux ne diffrent de
nos moineaux, dont ils ont  peu prs les habitudes, que par la
brillante diversit des couleurs et par les chancrures de la
mandibule suprieure de leur bec.

2 _Cactornis assimilis:_ Darwin le nomme _Tisseim des
Galapagos_, o l'on peut le voir souvent grimper autour des
fleurs du grand cactus. Il appartient particulirement  l'le
Saint-Charles. Des treize espces du genre _pinson_, que le
naturaliste trouva dans cet archipel, chacune semble affecte 
une le en particulier.

3 _Pyrocephalus nanus_, trs-joli petit oiseau du
sous-genre _muscicapa_, gobe-mouches, tyrans ou moucherolles. Le
mle de cette varit a une tte de feu. Il hante  la fois les
bois humides des plus hautes parties des les _Galapagos_ et les
districts arides et rocailleux.

4 _Sylvicola aureola._ Ce charmant oiseau, d'un jaune
d'or, appartient aux les Galapagos.

5 Le _Leiocephalus grayii_ est l'une des nombreuses
nouveauts rapportes par les navigateurs du _Beagle_. Dans le
pays on le nomme _holotropis_, et moins curieux peut-tre que
l'_amblyrhinchus_, il est cependant remarquable en ce que c'est
un des plus beaux sauriens, sinon le plus beau saurien qui
existe.

Le saurien _amblyrhinchus cristatus_, que nous reproduisons ici,
est dcrit dans le texte, page 147.

[Illustration: _Amblyrhinchus cristatus_, iguane des les Galapagos.]

       *       *       *       *       *

IMPRIMERIE GNRALE DE CH. LAHURE
Rue de Fleurus, 9,  Paris.

       *       *       *       *       *





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Volunteers and financial support to provide volunteers with the
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business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
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