The Project Gutenberg EBook of Entretiens (1998-2001), by Marie Lebert

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Title: Entretiens (1998-2001)

Author: Marie Lebert

Release Date: October 26, 2008 [EBook #27033]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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ENTRETIENS (1998-2001)


MARIE LEBERT


NEF, University of Toronto, 2001

Copyright  2001 Marie Lebert

Quelle est leur activit sur l'internet? Quelle est leur opinion sur
l'avenir du rseau, l'avenir de l'imprim, le livre lectronique, le droit
d'auteur, le multilinguisme, le cyberespace, la socit de l'information, etc.?
Entretiens avec des bibliothcaires-documentalistes, chercheurs, crivains,
diteurs, gestionnaires, journalistes, libraires, linguistes, professeurs,
traducteurs, etc., francophones et non francophones.

Il existe aussi une version anglaise partielle (avec de nombreux entretiens):
Interviews (1998-2001), et une version espagnole partielle (avec quelques
entretiens): Entrevistas (1998-2001). Les versions originales sont disponibles
sur le NEF: http://www.etudes-francaises.net/entretiens/index.htm


TABLE


(*) Entretiens traduits de l'anglais ou de l'espagnol.

Nicolas Ancion (Madrid) / Ecrivain et responsable ditorial de Luc Pire
lectronique

Alex Andrachmes (Europe) / Producteur audiovisuel, crivain et explorateur
d'hypertexte

Guy Antoine * (New Jersey) / Crateur de Windows on Haiti, site de rfrence sur
la culture hatienne

Silvaine Arabo (Poitou-Charentes) / Pote et plasticienne, cratrice de la
cyber-revue Posie d'hier et d'aujourd'hui

Arlette Attali (Paris) / Responsable de l'quipe "Recherche et projets internet"
 l'Institut national de la langue franaise (INaLF)

Isabelle Aveline (Lyon) / Cratrice de Zazieweb, site consacr  l'actualit
littraire

Jean-Pierre Balpe (Paris) / Directeur du dpartement hypermdias de l'Universit
de Paris 8

Emmanuel Barthe (Paris) / Documentaliste juridique chez Coutrelis & Associs,
cabinet d'avocats, et modrateur de la liste de discussion Juriconnexion

Robert Beard * (Pennsylvanie) / Co-fondateur de yourDictionary.com, portail de
rfrence pour les langues

Michael Behrens * (Bielefeld, Allemagne) / Responsable de la bibliothque
numrique de la Bibliothque universitaire de Bielefeld

Michel Benot (Montral) / Ecrivain, utilise l'internet comme outil de
recherche, de communication et d'ouverture au monde

Guy Bertrand & Cynthia Delisle (Montral) / Respectivement directeur
scientifique et consultante au Centre d'expertise et de veille inforoutes et
langues (CEVEIL)

Olivier Bogros (Lisieux, Normandie) / Crateur de la bibliothque lectronique
de Lisieux et directeur de la bibliothque municipale

Christian Boitet (Grenoble) / Directeur du Groupe d'tude pour la traduction
automatique (GETA), qui participe au Universal Networking Language Programme
(UNLP)

Bernard Boudic (Rennes) / Responsable ditorial du serveur internet du quotidien
Ouest-France

Bakayoko Bourahima (Abidjan) / Documentaliste  l'Ecole nationale suprieure de
statistique et d'conomie applique (ENSEA)

Marie-Aude Bourson (Lyon) / Cratrice de la Grenouille Bleue et de Gloupsy,
sites littraires destins aux nouveaux auteurs

Lucie de Boutiny (Paris) / Ecrivain papier et pixel. Auteur de Non, roman
multimdia publi en feuilleton sur le web

Anne-Ccile Brandenbourger (Bruxelles) / Auteur de La maldiction du parasol,
hyper-roman publi aux ditions 00h00.com

Alain Bron (Paris) / Consultant en systmes d'information et crivain.
L'internet est un des personnages de son roman Sanguine sur toile.

Patrice Cailleaud (Paris) / Membre fondateur et directeur de la communication de
HandiCaPZro

Tyler Chambers * (Boston, Massachusetts) / Crateur de The Human-Languages Page
(devenue iLoveLanguages en 2001) et de The Internet Dictionary Project

Pascal Chartier (Lyon) / Crateur de Livre-rare-book, site professionnel de
livres d'occasion

Richard Chotin (Paris) / Professeur  l'Ecole suprieure des affaires (ESA) de
Lille

Alain Clavet (Ottawa) / Analyste de politiques au Commissariat aux langues
officielles du Canada

Jean-Pierre Cloutier (Montral) / Auteur des Chroniques de Cybrie, chronique
hebdomadaire des actualits de l'internet

Jacques Coubard (Paris) / Responsable du site web du quotidien L'Humanit

Luc Dall'Armellina (Paris) / Co-auteur et webmestre d'oVosite, espace
d'critures hypermdias

Kushal Dave * (Yale) / Etudiant  l'Universit de Yale

Emilie Devriendt (Paris) / Elve professeur  l'Ecole normale suprieure de
Paris et doctorante  l'Universit de Paris 4-Sorbonne

Bruno Didier (Paris) / Webmestre de la bibliothque de l'Institut Pasteur

Catherine Domain (Paris) / Cratrice de la librairie Ulysse, la plus ancienne
librairie de voyage au monde

Helen Dry * (Michigan) / Modratrice de The Linguist List

Bill Dunlap * (Paris & San Francisco) / Fondateur de Global Reach, socit qui
favorise le marketing international en ligne

Pierre-Nol Favennec (Paris & Lannion, Bretagne) / Expert  la direction
scientifique de France Tlcom R&D et directeur de la collection technique et
scientifique des tlcommunications

Grard Fourestier (Nice) / Crateur de Rubriques  Bac, bases de donnes
destines aux tudiants du premier cycle universitaire

Pierre Franois Gagnon (Montral) / Crateur d'Editel, pionnier de l'dition
littraire francophone en ligne

Olivier Gainon (Paris) / Fondateur et grant de CyLibris, maison d'dition
littraire en ligne

Jacques Gauchey (San Francisco) / Spcialiste en industrie des technologies de
l'information, "facilitator" entre les Etats-Unis et l'Europe, journaliste

Raymond Godefroy (Valognes, Normandie) / Ecrivain-paysan, publie son recueil
Fables pour les annes 2000 sur le web avant de le publier sur papier

Muriel Goiran (Rhne-Alpes) / Libraire  la librairie Decitre

Marcel Grangier (Berne) / Responsable de la section franaise des services
linguistiques centraux de l'Administration fdrale suisse

Barbara Grimes * (Hawaii) / Directrice de publication de l'Ethnologue, une
encyclopdie des langues

Michael Hart * (Illinois) / Fondateur du Project Gutenberg, qui est la plus
ancienne bibliothque numrique sur l'internet

Roberto Hernndez Montoya (Caracas) / Responsable de la bibliothque numrique
du magazine lectronique Venezuela Analtica

Randy Hobler * (Dobbs Ferry, New York) / Consultant en marketing internet,
notamment chez Globalink, socit spcialise en produits et services de
traduction

Eduard Hovy * (Marina del Rey, Californie) / Directeur du Natural Language Group
de l'Universit de Californie du Sud

Christiane Jadelot (Nancy) / Ingnieur d'tudes  l'Institut national de la
langue franaise (INaLF)

Grard Jean-Franois (Caen) / Directeur du centre de ressources informatiques de
l'Universit de Caen

Jean-Paul (Paris) / Webmestre du site hypermdia collectif Des cotres furtifs

Anne-Bndicte Joly (Antony, rgion parisienne) / Ecrivain auto-ditant ses
oeuvres et utilisant le web pour les faire connatre

Brian King * / Directeur du WorldWide Language Institute, qui est  l'origine de
NetGlos, un glossaire multilingue de la terminologie de l'internet

Geoffrey Kingscott * (Londres) / Co-directeur du magazine en ligne Language
Today

Steven Krauwer * (Utrecht, Pays-Bas) / Coordinateur d'ELSNET (European Network
of Excellence in Human Language Technologies)

Galle Lacaze (Paris) / Ethnologue et professeur d'crit lectronique dans un
institut universitaire professionnalis

Hlne Larroche (Paris) / Grante de la librairie Itinraires, spcialise dans
les voyages

Pierre Le Loarer (Grenoble) / Directeur du centre de documentation de l'Institut
d'tudes politiques de Grenoble et charg de mission TICE (technologies de
l'information et de la communication pour l'ducation)

Fabrice Lhomme (Bretagne) / Crateur d'Une Autre Terre, site consacr  la
science-fiction

Naomi Lipson (Paris & Tel-Aviv) / Ecrivain multimdia, traductrice et peintre

Philippe Loubire (Paris) / Traducteur littraire et dramatique, spcialiste de
la Roumanie

Pierre Magnenat (Lausanne) / Responsable de la cellule "gestion et prospective"
du centre informatique de l'Universit de Lausanne

Xavier Malbreil (Arige, Midi-Pyrnes) / Auteur multimdia, crateur du site
www.01.com, modrateur de la liste e-critures

Alain Marchiset (Paris) / Prsident du Syndicat de la librairie ancienne et
moderne (SLAM)

Maria Victoria Marinetti (Annecy) / Professeur d'espagnol en entreprise et
traductrice

Michael Martin * (Berkeley, Californie) / Crateur de Travlang, un site consacr
aux voyages et aux langues

Tim McKenna * (Genve) / Ecrivain, s'interroge sur la notion complexe de
"vrit" dans un monde en mutation constante

Emmanuel Mnard (Paris) / Directeur des publications de CyLibris, maison
d'dition littraire en ligne

Yoshi Mikami * (Fujisawa, Japon) / Crateur de The Languages of the World by
Computers and the Internet, et co-auteur de Pour un web multilingue

Jacky Minier (Orlans) / Crateur de Diamedit, site de promotion d'indits
artistiques et littraires

Jean-Philippe Mouton (Paris) / Fondateur et grant de la socit d'ingnierie
Isayas

John Mark Ockerbloom * (Pennsylvanie) / Fondateur de The On-Line Books Page,
rpertoire de livres en ligne disponibles gratuitement

Caoimhn  Donnale * (Ile de Skye, Ecosse) / Webmestre du principal site
d'information en galique cossais, avec une section sur les langues europennes
minoritaires

Jacques Pataillot (Paris) / Conseiller en management chez Cap Gemini Ernst &
Young

Nicolas Pewny (Annecy) / Crateur des ditions du Choucas

Herv Ponsot (Toulouse) / Webmestre du site web des ditions du Cerf,
spcialises en thologie

Olivier Pujol (Paris) / PDG de la socit Cytale et promoteur du Cybook, livre
lectronique

Anissa Rachef (Londres) / Bibliothcaire et professeur de franais langue
trangre  l'Institut franais de Londres

Peter Raggett * (Paris) / Directeur du centre de documentation et d'information
(CDI) de l'Organisation de coopration et de dveloppement conomiques (OCDE)

Patrick Rebollar (Tokyo) / Professeur de littrature franaise, crateur d'un
site web de recherches et activits littraires, modrateur de la liste de
diffusion LITOR (littrature et ordinateur)

Jean-Baptiste Rey (Aquitaine) / Webmestre et rdacteur de Biblio On Line, un
site web destin aux bibliothques

Philippe Rivire (Paris) / Rdacteur au Monde diplomatique et responsable du
site web

Blaise Rosnay (Paris) / Webmestre du site du Club des Potes

Jean-Paul Rousset Saint Auguste (Paris) / Journaliste spcialis dans l'histoire
des techniques

Bruno de Sa Moreira (Paris) / Co-fondateur des ditions 00h00.com, spcialises
dans l'dition numrique

Pierre Schweitzer (Strasbourg) / Architecte designer, concepteur d'@folio
(support de lecture nomade) et de Mot@mot (passerelle vers les bibliothques
numriques)

Henri Slettenhaar * (Genve) / Professeur en technologies de communication  la
Webster University

Murray Suid * (Palo Alto, Californie) / Ecrivain, travaille pour EDVantage
Software, socit internet de logiciels ducatifs

June Thompson * (Hull, Royaume-Uni) / Directeur du C&IT (Communications &
Information Technology) Centre, bas  l'Universit de Hull

Jacques Trahand (Grenoble) / Vice-prsident de l'Universit Pierre Mends
France, charg de l'enseignement  distance et des TICE (technologies de
l'information et de la communication pour l'ducation)

Paul Treanor * (Pays-Bas) / Gre sur son site personnel une section consacre 
l'avenir des langues en Europe

Zina Tucsnak (Nancy) / Ingnieur d'tudes en informatique  l'ATILF (Analyses et
traitements informatiques du lexique franais)

Franois Vadrot (Paris) / Fondateur et PDG de FTPress (French Touch Press),
socit de cyberpresse

Christian Vandendorpe (Ottawa) / Professeur  l'Universit d'Ottawa et
spcialiste des thories de la lecture

Robert Ware * (Colorado) / Crateur de Onelook Dictionaries, un moteur
permettant une recherche rapide dans 650 dictionnaires

Russon Wooldridge (Toronto) / Professeur au dpartement d'tudes franaises de
l'Universit de Toronto et crateur de ressources littraires librement
accessibles en ligne

Denis Zwirn (Paris) / Co-fondateur et PDG de Numilog, librairie en ligne de
livres numriques

Index des entretiens par profession

Bilan, par Marie Lebert


NICOLAS ANCION (Madrid)


#Ecrivain et responsable ditorial de Luc Pire lectronique

Lanc en fvrier 2001, Luc Pire lectronique est le dpartement d'dition
numrique des ditions Luc Pire, cres  l'automne 1994 et bases  Bruxelles
et  Lige. Le catalogue de Luc Pire lectronique, en cours de constitution,
comprendra les versions numriques des livres dj publis par les ditions Luc
Pire (300 titres au catalogue papier en juin 2001) et de nouveaux titres, soit
en version numrique seulement, soit en deux versions, numrique et imprime.

*Entretien du 24 avril 2001

= Pouvez-vous vous prsenter?

Je suis crivain et, depuis 1997, je tente d'utiliser internet comme outil de
communication et de cration. Depuis l'anne 2000, je collabore galement au
dveloppement lectronique des ditions Luc Pire, en tant que responsable
ditorial.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Ma fonction est d'une double nature: d'une part, imaginer des contenus pour
l'dition numrique de demain et, d'autre part, trouver des sources de
financement pour les dvelopper.
En quoi consiste exactement votre activit lie  l'internet?

En tant qu'auteur, je publie des textes en ligne, soit de manire exclusive
(j'ai publi un polar uniquement en ligne et je publie depuis fvrier deux
romans-feuilletons crits spcialement pour ce support), soit de manire
complmentaire (mes textes de posie sont publis sur papier et en ligne). Je
dialogue avec les lecteurs et les enseignants  travers mon site web.

En tant que responsable ditorial au sein de Luc Pire lectronique, je supervise
le contenu du site de la maison d'dition et je conois les prochaines
gnrations de textes publis numriquement (mais pas exclusivement sur
internet).

= Comment voyez-vous l'avenir?

Je pense que l'dition numrique n'en est encore qu' ses balbutiements. Nous
sommes en pleine phase de recherche. Mais l'essentiel est dj acquis: de
nouveaux supports sont en train de voir le jour et cette apparition entrane une
redfinition du mtier d'diteur. Auparavant, un diteur pouvait se contenter
d'imprimer des livres et de les distribuer. Mme s'il s'en dfendait parfois, il
fabriquait avant tout des objets matriels (des livres). Dsormais, le rle de
l'diteur consiste  imaginer et mettre en forme des contenus, en collaboration
avec des auteurs. Il ne fabrique plus des objets matriels, mais des contenus
dmatrialiss. Ces contenus sont ensuite "matrialiss" sous diffrentes
formes: livres papier, livres numriques, sites web, bases de donnes,
brochures, CD-Rom, bornes interactives. Le dpartement de "production" d'un
diteur deviendrait plutt un dpartement d'"exploitation" des ressources. Le
mtier d'diteur se rvle ainsi beaucoup plus riche et plus large. Il peut
amener le livre et son contenu vers de nouveaux lieux, de nouveaux publics.
C'est un vritable dfi qui demande avant tout de l'imagination et de la
souplesse.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Je suis un tltravailleur. J'habite Madrid et les ditions Luc Pire sont 
Bruxelles et Lige, en Belgique. En huit mois, j'ai reu deux plis postaux
relatifs  mon travail et je suis rest plus de six mois sans imprimante. En
dehors des contrats, tout se passe sur l'cran. Pour mon travail, c'est donc
trs clair, 99% de l'information passe par des fichiers informatiques sans
gaspiller de papier.

En tant qu'auteur, je continue  rdiger majoritairement  la main, au stylo sur
papier. Je ne tape le texte que dans une seconde tape sur mon ordinateur. En
ralit, mme si je publie sur le web depuis 1998, je continue  travailler
comme au 19e sicle pour mon criture. Tout  la main dans des petits cahiers
d'colier. Sauf pour mes deux romans-feuilletons, prcisment. J'ai dcid de
changer mon mode d'criture pour ces deux textes et je les cris directement 
l'cran, comme ils seront lus, semaine aprs semaine. C'est un dfi, une
contrainte que je me suis pose volontairement. Pour voir si a change quelque
chose et pour rpondre en dtail  cette question souvent pose aux auteurs:
est-ce que vous crivez  la main ou  la machine?

En tant que lecteur, bien que je lise presque exclusivement les journaux en
ligne, de mme que les critiques littraires et cinmatographiques, je ne peux
pour autant me passer de la littrature imprime. J'ai toujours de bon vieux
romans jaunis sur ma table de nuit et dans mon sac, o que j'aille. Dans le
train, le mtro, je lis. De laids bouquins de poche, dont le papier ne sent pas
bon et dont les couvertures sont cornes, mais qui sont lgers, rsistants et
fourrables dans n'importe quel bagage.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Je crois qu'il est fort imbcile de penser que l'arrive du numrique va tuer le
papier. Comme si l'arrive de la radio avait tu la presse crite, ou la
tlvision le cinma. C'est une opinion tellement stupide que beaucoup de gens
la partagent. Pour ma part, je crois que l'arrive du numrique grand public
offre une panoplie de nouveaux supports pour les contenus. Qu'elle ouvre de
nombreuses possibilits pour imaginer de nouveaux types de crations et de
produits culturels.

J'aime beaucoup le papier, j'adore les livres: ils m'accompagnent depuis
toujours, que ce soient des bandes dessines, des romans, des dictionnaires. Je
pense qu'ils continueront  tre prsents pendant trs longtemps. Mais qu'
leurs cts apparatront de nouveaux formats. Le roman, tel que nous le
connaissons, correspond trs prcisment  des contraintes techniques
d'impression et de reliure; si l'on change les supports, on provoque
l'apparition de nouvelles formes. La plupart des musiciens ont d rinventer la
composition de leurs albums suite  l'arrive du CD qui ajoute vingt minutes au
format 33 tours. Je me rjouis de lire ce qu'il y aura  lire dans dix ans. Mais
j'aurai toujours un Dumas ou un Michaux sur ma table de nuit.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Ces appareils ne me paraissent pas porteurs d'avenir dans le grand public tant
qu'ils restent monotches (ou presque). Un mdecin ou un avocat pourront adopter
ces plate-formes pour remplacer une bibliothque entire, je suis prt  le
croire. Mais pour convaincre le grand public de lire sur un cran, il faut que
cet cran soit celui du tlphone mobile, du PDA (personal digital assistant) ou
de la tlvision. D'autre part, je crois qu'en cherchant  limiter les
fournisseurs de contenus pour leurs appareils (plusieurs types de e-books ne
lisent que les fichiers fournis par la bibliothque du fabricant), les
constructeurs tuent leur machine. L'avenir de ces appareils, comme de tous les
autres appareils technologiques, c'est leur ouverture et leur souplesse. S'ils
n'ont qu'une fonction et qu'un seul fournisseur, ils n'intresseront personne.
Par contre, si  l'achat de son tlphone portable, on reoit une bibliothque
de vingt bouquins gratuits  lire sur le tlphone et la possibilit d'en
charger d'autres, alors on risque de convaincre beaucoup de monde. Et de couper
l'herbe sous le pied des "serpent", "memory" et autres jeux qu'on joue sans
plaisir pour tuer le temps dans les aroports.

= Quel est votre avis sur les dbats relatifs au respect du droit d'auteur sur
le web?

Je ne vois pas de dbat. Le droit d'auteur est un droit, il n'y a pas  revenir
l-dessus. La question intressante est de savoir comment appliquer ce droit
inalinable  la nouvelle ralit de diffusion des oeuvres.

Mon point de vue est trs simple: l'auteur doit tre rmunr pour son travail.
Mais il reste matre de son oeuvre et peut aussi dcider lui-mme de cder ses
droits gratuitement (par exemple pour l'encodage en alphabet braille 
destination des malvoyants) ou de diffuser certains de ses textes gratuitement
(ce que je fais sur internet). Je tiens beaucoup au respect du droit de
paternit de l'auteur, mais je ne pense pas que tout change sur cette plante
doive tre monnay. Je suis trs heureux d'offrir des textes gratuitement. Mais
je ne tolre ni le vol ni la piraterie. Si quelqu'un vole un texte et le diffuse
sous un autre nom, il commet un dlit grave, bien entendu.

= Comment dfinissez-vous la socit de l'information?

Pour moi, la socit de l'information est l'arrive d'un nouveau clivage sur la
plante: distinction entre ceux qui ont accs au savoir, le comprennent et
l'utilisent, et ceux qui n'y ont pas accs pour de nombreuses raisons. Il ne
s'agit cependant pas d'une nouvelle forme de socit du tout car le pouvoir de
l'information n'est li  aucun pouvoir rel (financier, territorial, etc.).
Connatre la vrit ne nourrit personne. Par contre, l'argent permet de trs
facilement propager des rumeurs ou des mensonges. La socit de l'information
est simplement une version avance (plus rapide, plus dure, plus impitoyable) de
la socit industrielle. Il y a ceux qui possdent et jouissent, ceux qui
subissent et ceux dont on ne parle jamais: ceux qui comprennent et ne peuvent
pas changer les choses. Au 19e sicle, certains artistes et certains
intellectuels se retrouvaient dans cette position inconfortable. Grce  la
socit de l'information, beaucoup de gens ont rejoint cette catgorie assise
entre deux chaises. Qui possde des biens matriels et a peur de les perdre mais
considre pourtant que les choses ne vont pas dans la bonne direction.

Mon opinion personnelle, par rapport  tout a, c'est que ce n'est pas
l'information qui sauve. C'est la volont. Pour changer le monde, commenons par
lever notre cul de notre chaise et retrousser nos manches.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Plusieurs fois, les ractions de lecteurs, notamment des adolescents qui
ragissent trs spontanment et s'expriment sans dtour, m'ont fait pleurer
devant mon cran. On passe sa vie  crire des histoires pour donner des
motions aux lecteurs et voil que ce sont eux qui nous en renvoient de plus
fortes! Je n'ai jamais eu cet effet-l qu'avec des messages lectroniques. En
face  face ou par courrier postal, l'motion est bride par les formules de
politesse et les circonlocutions en tous genres.

= Et votre pire souvenir?

A une poque o j'tais entre deux dmnagements, que je n'avais plus ni adresse
fixe ni tlphone, je me connectais dans les bibliothques. J'avais particip 
un concours sur internet pour tre reporter radio pendant deux jours et gagner
un tlphone portable, ce qui m'aurait t bien utile. J'avais laiss les
coordonnes de mes parents. J'ai gagn, on a tlphon pour me prvenir mais ma
mre a mal compris le message et n'a pas jug bon de me mettre au courant. Quand
j'ai finalement appris ce qui tait arriv, il tait trop tard. Internet va
vite, les possibilits sont fantastiques, mais il faut aussi que le reste de la
plante suive le mouvement, sinon on fabrique du vent. C'est une bonne morale.


ALEX ANDRACHMES (Europe)


#Producteur audiovisuel, crivain et explorateur d'hypertexte

L'auteur a choisi de participer  ces entretiens sous le pseudonyme d'@
Andrachmes (Alex Andrachmes).

*Entretien du 16 dcembre 2000

= Pouvez-vous vous prsenter?

La bio classique, un peu promotionnelle, rien de tel: n en 1959, ma dcouverte
du monde de la musique en 1980 passe par des productions audiovisuelles
underground, cold wave, new wave, ou world music... Sans sombrer, ni traner
dans les pubs, c'est au cinma que je consacre ensuite mon nergie, dans une
officine de coproduction soutenant des projets alternatifs qui rencontrent
pourtant un retentissement mondial, prims  Cannes,  Venise, aux Csars,
nomms aux Oscars... C'est au sein d'une tlvision priphrique francophone,
diffuse en hertzien, par cble et satellite, que je renoue avec le monde de la
musique, en crant des structures qui permettent encore aujourd'hui de capter
des concerts live pour diverses chanes, des plus connus des artistes, aux plus
pointus. Je propose aussi la mise en place de magazines en tout genre,
information en prime-time, sciences, modes de vie, nature sauvage, entretiens
littraires, ou cybers... Pratiquement tout ce qui ne se fait plus ailleurs
parce que l'audience ne suivrait pas, je le dfends. Et parfois a marche,
d'autres fois... Et on me consulte de toute l'Europe, conseil en scnario, en
production, productions excutives... Ce n'est pas pour autant que je nglige
l'criture: pices de thtre, crations collectives, co-scnarisation, romans
et nouvelles, je me suis essay  de nombreuses formes, depuis 1977.

= Avez-vous un site web?

De site personnel, point. Mais j'anime www.superfever.com, site d'un personnage
de fiction, Sadie Nassau, producteur au sein d'une socit de divertissements
(STARTOP) produisant pour diverses chanes francophones priphriques, pour le
net, et pour la convergence entre les deux, domaine que je connais bien, comme
vous vous en doutez... Nostalgie? En tant qu'auteur, @Andrachmes pourrait avoir
un parcours parallle  celui de son personnage. Pourrait, car il est plutt 
l'oppos. Voyez  cet gard la bio reprise sur le site superfever.com.
Personnage de fiction, donc, que j'anime au sein d'une exprience toute neuve:
www.thewebsoap.net. Lanc  titre exprimental le 22 septembre 2000, il est
officiellement en ligne depuis le 17 novembre 2000.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Elle me semble assez bien dcrite dans ma bio... Comme j'cris sous un
pseudonyme d'auteur, a dpersonnalise un peu. Curieuse sensation... Ceci dit,
je pourrais vous parler des nombreux sites web des missions dont je m'occupe,
mais ce serait me dvoiler un peu trop.

= En quoi consiste exactement votre activit lie  l'internet?

L'criture. L'criture de mail, mme, principalement des mails fictifs....
Puisque le websoap a comme particularit d'utiliser exclusivement les moyens du
web pour raconter les rcits, il se donne comme objectif de mettre en place. Le
dfi que lance  ses auteurs notre ralisateur/intgrateur Olivier Lefvre est
de taille. En effet, habituellement, l'criture, qu'elle soit de roman, de
scnario ou de thtre, implique des descriptions, des indications de mise en
scne (ou des didascalies pour le thtre). Ici, rien de tout a. Tout doit se
dire sous forme d'adresse  un autre personnage. Il faut ensuite rebondir sur la
ou les rponses, et s'arranger pour que le ncessaire soit dit. De plus,
logiquement, une adresse  un tiers est le plus souvent succinte, pleine de
rfrence et de sous-entendus, entre le ton parl, un ton un peu littraire, un
ton un peu dpersonnalis par rapport  la parole, mais proche quand mme de son
interlocuteur. On est plus proche du roman "pistolaire" du 19e (sicle, pas
l'arrondissement qui n'a rien  voir), que d'une continuit dialogue... Donc,
exercice difficile pour tout "tchatcheur", tre court, mais tout dire, tout en
restant lger... Heureusement, de temps  autre nous sommes aids par un concept
qui nous vient droit du jeu de rle (d'autres auteurs du websoap nous viennent
de ce secteur): le PNJ, le personnage non jou. Des adresses  ce personnage,
proche du second rle d'une fiction classique, mais non jou par un des
"joueurs-auteurs", permet de prparer LE mail dcisif  un autre personnage
principal, en mettant en place la situation. Attention tout de mme: il faut
rester dans la cohrence du rcit et assurer stabilit et visibilit! En fait,
un peu comme dans la dramaturgie cinmatographique ou thtrale, o l'importance
du hors champ n'est plus  inventer, le sens saute d'un mail  l'autre. Plus
clairement, un mail qui a un sens trs positif en tant que tel, peut en prendre
un tout autre, lorsqu'il est complt par une information distille par un autre
mail. Dans cette nouvelle forme d'criture, tout s'invente en temps rel. Et
c'est ce qui est passionnant...

= Les possibilits offertes par l'hypertexte ont-elles chang votre mode
d'criture?

On le voit, les possibilits de l'criture spcifiques  l'internet sont
multiples (si pas infinies, on est en tout cas loin d'en avoir fait le tour).
L'hypertexte en est une, bien entendu. En effet, j'ai jusqu'ici beaucoup parl
du mail. Si des renvois rfrentiels sont souvent fait d'un mail  l'autre, ils
ne sont renforcs d'un vritable lien que quand le sens du rcit l'impose, ce
n'est pas la principale utilisation ici de l'hypertexte. Je ne vous ai pas
encore parl de l'criture spcifique du site web des personnages. L aussi, une
ide originale trs intressante de notre ralisateur/intgrateur, c'est de
caractriser le personnage par son site web. Car qu'y a-t-il de commun, vous le
verrez si vous explorez la galaxie des sites du websoap, entre le site de Mona
(le soleil de la galaxie!), celui de Sadie Nassau (le trou noir, sans doute, de
cette galaxie, qui entrane dans sa chute tout les autres...) et,  l'autre
extrme, celui d'Antonin, l'observateur patent de cette galaxie. Pour ne parler
que de celui de mon personnage, le site se veut clinquant, vendeur, imitant
(jusqu' la perfection?) ce qui se fait de pire dans le secteur du
"webtertainment", terme nouveau que je viens d'inventer. Pour cela, pas besoin
de chercher beaucoup, toutes les socits d'entertainment, des plus grosses
chanes TV commerciales au plus petite start-up (STARTOP?), cherchent de nos
jours  dcrocher le jackpot en attirant les "hits" de "prospects"... Je me suis
inspir (!) au passage de tout ce qui fait la trash TV de nos jours, la tl
voyeuse o on enferme des quidams dans un lieu clos pour tudier leurs
ractions, concepts europens qui cartonnent dans le monde entier. Pas si loin
d'ailleurs de l'entomologie du site "Insectalia" anim par Mona Bliss, un des
personnages principaux du websoap. Pour la petite histoire, dans le nord de
l'Europe, les sites de ces missions de trash TV changent compltement la donne
en matire de web, en faisant exploser le nombre de connexions, sur les rseaux
qui les accueillent (jusqu' 700.000 pour le site big brother en Belgique...).
Pour revenir  l'hypertexte, dans de nombreux mails, je (le personnage) renvoie
 mon (son) site. Au fur et  mesure de la mise en ligne des lments, Sadie
Nassau annonce triomphalement ses succs par mail, avec un lien vers la page
concerne du site... Mais lorsque la mcanique s'enraye, les renvois vers ce
site (effectus automatiquement par le serveur de sa socit STARTOP) prennent
un tout autre sens. Et lorsque d'autres personnages dcouvrent la vrit cache
du personnage de Sadie Nassau, et le lui signalent, ou prviennent d'autres
personnages de ne pas frayer avec lui, l aussi, les liens prennent encore un
autre sens... Inutile de vous prciser que je joue le rle du mauvais...

= Comment voyez-vous l'avenir?

Comme vous avez pu le lire, je m'y intresse de trs prs, puisque toutes les
activits que dveloppe mon personnage ne parlent que de a. L'ensemble du
websoap s'apparente d'ailleurs  une mise en abme des tendances qui traversent
le net de nos jours. Le dchirent mme. Alors l'avenir... Quand on observe, et
mme qu'on joue, des personnages qui reprsentent des tendances  la manire
d'un soap, connatre le vainqueur  l'avance n'est pas simple. Selon le
personnage que j'anime, la rponse est diffrente. Et il y a des piges. Dont le
principal me semble tre celui-ci: si,  force de travail, c'est mon personnage
principal qui plat au public, et non ses opposants, la rponse  votre question
pourrait tre inquitante... Je prfrerais vous en donner une autre, celle que
je dveloppe dans une autre oeuvre, Neiges d'anges (incluse dans Les yeux du
labyrinthe). J'y raconte le rseau projet dans une vingtaine d'annes, aux
mains de personnages comme ce Sadie Nassau qui tiennent le haut du pav. Et sous
ces pavs, quelle plage? C'est toute la question.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Oui, c'est un des questionnements de l'quipe du websoap. A l'heure actuelle, il
semble que l'internet soit encore considr majoritairement comme un outil de
travail, ou au mieux, comme un outil de consultation de documentation, d'infos
en ligne, ou de services (rservations, prix, achats en ligne). Pas encore de
loisir proprement dit,  part pour une minorit d'addicts de jeux, de free TV,
de tlchargements musicaux ou de ... sexe virtuel... La principale raison  cet
tat de fait est technique. La majorit des quipements se trouve dans les
bureaux, et les connexions permanentes (cble, ADSL...) sont loin d'tre
majoritaires. Ce dtour pour constater que le meilleur outil de lecture reste le
livre, qu'on peut emporter n'importe o. Dans ma pratique professionnelle, et
celle de la plupart de mes correspondants dans les mdias, toute la cration de
documents (projets, scnarios, contrats, devis...) passe par l'ordinateur, les
textes circulent par e-mail et attachements, mais leur lecture et/ou analyse
passe par les tirages papier. Rares sont ceux qui changent directement les
infos sans ce passage oblig. Il faut une tournure d'esprit particulire pour
arriver  envisager globalement un document, l'analyser, le corriger, sans
l'imprimer. Par mon activit web, je m'y exerce, et ce n'est au fond pas
dsagrable du tout.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Il n'est pas impossible que, si on assiste  une vritable gnralisation de
l'e-book, ou  travers les Psion, Palm, Wap, UMTS (universal mobile
telecommunications system)... qui sait, le papier finisse par tre dtrn. Mais
dans l'tat actuel, le papier ne me parat pas mort. Les premiers qui auront 
souffrir, me semble-t-il, ce sont les journaux. Puisque la fonction info et
service est dj trs rpandue sur le net, via les sites des journaux eux-mmes.
Les grands mdias sont en train de s'embarquer dans ce train-l, voir les sites
de TF1, Canal+, etc... Les autres (l'dition principalement) passeront encore
longtemps par l'tape tirage papier... Mais il se passe quelque chose via les
sites de webtertainment dont je parlais plus haut, des habitudes se prennent,
surtout chez les jeunes. Et l, une initiative comme la ntre pourrait
participer  un changement de la donne. En effet, l'activit proprement mail est
un phnomne sociologique incontestable qui s'explique par une certaine
dpersonnalisation des contacts permettant aux jeunes d'oser dire plus
facilement ce qu'ils ont  dire. Paradoxalement, le texte qu'ils ont crit leur
parat tre une personnalisation de leur discours, puisqu'il existe sous forme
crite. Enfin, les fonctions envoi et retour confirment l'existence de leur
discours, puisqu'il est lu, et qu'on y rpond. Dans ces changes l, le papier a
dj compltement disparu. L'exploration de ces formes de discours par nos
personnages est donc en pointe. Et leur communication  un large public un rel
enjeu.

Enfin, je pense surtout que c'est l'arrive du fameux "papier lectrique" qui
changera la donne. Ce projet du MIT (Massachusetts Institute of Technology) qui
consiste  charger lectriquement une fine couche de "papier" - dont je ne
connais pas la formule - permettra de charger la (les) feuille(s) de nouveaux
textes, par modification de cette charge lectrique. Un e-book sur papier, en
somme, ce que le monde de l'dition peut attendre de mieux.

= Quel est votre avis sur les dbats relatifs au respect du droit d'auteur sur
le web?

Question pineuse s'il en est. Si c'est pour enrichir encore de grosses socits
multinationales et surtout leurs actionnaires (les fonds de pensions amricains
que Beigbedder touche du doigt), de nombreux internautes dont je suis se
rebellent face au "copyright". Par contre, si c'est pour permettre  des
crateurs, des artistes ou des musiciens de vivre de leurs passions, le droit
d'auteur au sens noble me parat lgitime. Le dbat est le mme que celui de
l'exception culturelle face au GATS (General Agreement on Trade in Services).
Copyright contre droit d'auteur! Mais il rgne dans le domaine une confusion
soigneusement entretenue, ou les deux sont amalgams. "On" fait monter au
crneau des artistes pour dfendre une libert qui pourrait ne profiter
finalement qu'aux multinationales. Firmes qui s'empresseront d'touffer ces
petits soldats de la libert, si on leur en laisse le pouvoir, sur le net. Et
oui, contrairement aux droits d'auteurs qui sont incessibles, le systme de
"copyright" permet  ses "propritaires" de modifier les conditions
contractuelles aux moments qui les arrangent. On a vu plus d'un artiste parvenir
 la vice-prsidence de l'une ou l'autre de ces firmes grce  ses ventes
faramineuses, puis perdre jusqu' leur nom ds que ces ventes ne suivent plus!
Il me semble qu'il faut surveiller de trs prs le fameux accord entre BMG et
Napster, par lequel, contre un abonnement assez minime somme toute, n'importe
qui pourra charger des fichiers en toute lgalit. Certes BMG est une
multinationale, certes Napster est en passe de perdre son procs contre les
autres multinationales de la musique; mais ce systme de forfait peut amener 
des solutions originales d'quilibre entre la libert de l'internaute et la
rmunration lgitime des artistes. Tenant compte de toutes ces contradictions,
valider un modle conomique, puisque c'est le dernier concept  la mode dans le
domaine du net, n'est pas des plus vidents...

= Quelles sont vos suggestions pour un vritable multilinguisme sur le web?

J'attends les fameuses traductions simultanes en direct-live... On nous les
annonce avec les nouveaux processeurs ultra-puissants, mais on nous les
annonait dj pour cette gnration-ci de processeurs. Alors, le genre:
vous/rserv/avion/de le/november 17-2000... Non merci. Plus tard peut-tre.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

Je suis assez proche gographiquement de la socit Lernout & Hauspie, qui est
tombe en faillite. C'tait le leader en matire de reconnaissance vocale...
Donc, je ne suis pas trs optimiste dans ce secteur non plus, pas avant de plus
larges bandes passantes et/ou les processeurs ultra-puissants qu'on nous annonce
donc pour trs bientt.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Lequel? Celui des Gibson, inventeur de la formule, des Spinrad ou des Clarke,
utopies scientifiques pas toujours traites comme elles devraient l'tre? Ou
celui des AOL/Time-Warner, des Microsoft ou des... J6M-Canal/Universal...

Tout ce qu'on peut dire  l'heure actuelle, c'est que ce qu'on peut encore
appeler le cyberspace est multiforme, et qu'on ne sait pas qui le domptera. Ni
s'il faut le dompter d'ailleurs... En tout cas, les crateurs, artistes,
musiciens, les sites scientifiques, les petites "start-up" cratives, voire les
millions de pages perso, les chats, les forums, et tout ce qui donne au net sa
matire propre ne pourra tre ignor par les grands mangeurs de toile. Sans eux,
ils perdraient leurs futurs "abonns". Ce paradoxe a son petit ct subversif
qui me plat assez.

= Et la socit de l'information?

Dans l'idal, un lieu d'change, le fameuse agora du village global. Mais
l'idal... Tant que le dbat existe entre les fous du net, et les VRP de la VPC,
il y a de l'espoir. Le jour o les grands portails se refermeront sur la libert
d'changer des infos en ligne, a risque plutt d'tre la socit de la
dsinformation. Ici aussi, des confusions sont soigneusement entretenues. Quelle
information, celles du 20 heures  relayer telles quelles sur le net? Celles
contenues sur ces fabuleux CD, CD-Rom, DVD chez vous dans les 24 h chrono? Ou
toutes les connaissances contenues dans les milliards de pages non rpertories
par les principaux moteurs de recherche. Ceux qui ont de plus en plus tendance 
mettre en avant les sites les plus visits, qui le sont ds lors de plus en
plus. L, on ne parle mme plus de dsinformation, de complot de puissances
occultes (financires, politiques ou autres...), mais de surinformation, donc de
lassitude, de non-information, et finalement d'uniformisation de la pense. Sans
avoir de dfinition prcise, je vois qu'une socit de l'information qui serait
fige atteindrait le contraire de sa dfinition de base. Du mouvement donc...

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Incontestablement quand apparaissent mes propositions de mails ou de design de
site sur le web. Quand je revois les prparatifs, les brouillons, et que je vois
ce que a donne, c'est comme un flash. Au fond, c'est le mme plaisir lorsque
sur des Napster ou Gnutella, on trouve enfin LE morceau introuvable qu'on avait
perdu d'oue depuis dix ans, on le charge, on attend, 1%>50%>99%>file complete,
on le lance. Raaaah...

= Et votre pire souvenir?

C'tait au tout dbut, une de mes premires utilisations du mdium. Je
recherchais dans le cadre d'un projet des sites un peu rebelles, anarchisants,
des trucs comme a. Je tape "cyberpunk" dans Yahoo!, s'affiche la classique
liste de sites. "Anarchy on the net, cyberpunk rock the web", ce genre...
J'essaye d'en ouvrir quelques uns... Surprise! Un banner "NetNanny" m'interdit
l'accs aux sites. Emanation d'un groupuscule de la "majorit morale"
amricaine, ce "NetNanny" s'autorisait  interdire les sites qui ne lui plaisent
pas... Je ne l'ai plus jamais rencontr depuis, mais quelle salet, ce truc.
Enfin,  l'autre extrmit, il y a bien le procd dit de "l'exit console" o,
au moment de sortir d'un site, on vous "propose" une autre page, puis une autre,
puis une autre, impossible de sortir. a, je n'en ai pas fait l'exprience, mais
a doit tre hard. C'est d'ailleurs un procd de site hard, ai-je lu quelque
part...

*Entretien du 25 janvier 2001

La totalit de cet entretien est consacre  l'e-book.

= Quel est votre sentiment sur l'e-book?

E-book, e-book, ai-je l'air d'utiliser un e-book, avec ses grands yeux qui me
regarderaient dans la nuit? En voil une accroche, isn't it? ("n'est-ce pas"
pour les non-polyglottes...). Pour rpondre  toute question  propos d'e-book,
je n'ai qu'une seule envie, me laisser aller, j'cris sous pseudonyme...
D'accord, pas me laisser aller au point de cette intro, un peu, disons,
lgre..., mais me laisser aller  un exercice auquel j'ai pris got il y a peu,
genre "j'ai test pour vous...". Encore faut-il pour cela disposer de l'appareil
dont on parle. Dites-moi donc, oui, vous aussi, l, ceux qui me lisez: qui
possde un e-book? A part peut-tre les quelques journalistes qui ont pu
bnficier des diffrents modles quelque temps, au moment de leur sortie. Vous
voyez... Donc, rabattons-nous sur ce qu'on en dit sur internet (quelques pages
en franais au hasard, ici, cette page assez bien faite, qui reprend tous les
intervenants du secteur, Olympio.com, CyLibris.com et bien sr 00h00.com).
Examinons ce que j'en sais, et ce que je dduis des deux premiers, avec quelques
raccourcis, pas la peine d'allonger la sauce. Puis, mais soyons un peu crateur,
laissons-nous aller  quelques intuitions... Evidemment, cela va donner une
srie d'impressions sans doute pas trs scientifiques, ni trs documentes. Mais
faute de grive, pour rester dans une comparaison avicole... Pourtant, cela fait
plus d'un an qu'il est sorti, non, l'e-book? Il a fait la vedette du salon de
Paris (oui, du livre, pas de l'automobile, qui s'appelle, lui, le mondial), il
s'est invit  la foire du livre de Bruxelles (une foire...), il a t un peu
clips  celle de Francfort lors du rachat par Spielberg de l'ide du bouquin
de Marc Lvy Et si c'tait vrai, paru chez Laffont. On attend le film... ou
l'e-book. A voir ce qui se vend sur le net, aux USA et en France, il doit y en
avoir des e-books,  moins que ce ne soit l'effet Nasdaq d'avant la chute, des
investissements en valorisation boursire, sur le futur, parat-il. Qui pourrait
nous dire si a se vend? La Fnac annonce pour 2000 un excellent chiffre pour les
e-books, Franklin aussi. Mais  voir les forums qui y sont consacrs (notamment
celui de 00h00), ce secteur n'a pas l'air de dcoller franchement...

= Quelle est la problmatique?

L'e-book, en fait, pose tout simplement la problmatique du terminal ddi...
Sans tre vraiment nouvelle, elle a t assez peu aborde pendant des annes.
Pour le terminal de lecture, quelques lignes dans un bouquin de SF de 1977 (La
Stratgie Ender, de Orson Scott Card, prix Hugo 1986), sous forme d'ardoise
"magique" pour lve studieux, l'auteur appelait cet objet "bureau"... On vient
de loin. Pas la peine de faire de grandes recherches, le sujet a t assez peu
mis en scne, quoi qu'on en dise. On le rencontre dans les Star Trek et autres
Alien 4 o on montre des variantes de l'e-book, au milieu des annes 90. Il faut
dire que le formidable dveloppement de la micro (merci messieurs Jobs, Allen,
Gates et consorts) semblait avoir relgu la problmatique du terminal ddi 
la priode jurassique du dveloppement technologique. A quoi bon inventer le
moindre de ces objets utiles  une seule application, alors que tout ce qu'il
peut contenir ne reprsente que le quart du tiers de ce qu'un micro peut faire.
Une seule application s'est impose, lie  l'cran TV, c'est celle "dite" des
jeux vido qui, elle, s'est largement rpandue. De toute faon, les rseaux ne
permettaient pas de charger de contenu... Et prcisment, la problmatique est
une question de contenu, mais pas encore. D'ailleurs, pendant des annes, le
seul dbouch des auteurs dans ce secteur a t... l'criture de jeux vido!
Depuis dix ans au moins, la micro plafonne. Quelques renouvellements
d'appareils, toujours aussi peu pratiques sur les applications pointues
puisqu'elles doivent tenir compte de l'ensemble de leurs applications.
L'quipement des mnages s'essouffle, ceux qui se sont quips le sont. Pour les
autres, on pntre le march, beaucoup plus lentement. Et voici que se gonfle la
bulle financire du Nasdaq... L'aubaine, les connexions permettent le contenu!
En plus, la com(.com) clate, processeurs hyperboosts, modems  bande de plus
en plus large, start-up, tlphones portables... Tiens, le voil enfin, le
premier terminal ddi qui a clat, dpassant mme le succs des jeux vido! La
bulle financire, enfin, ce qu'il en reste, continue  l'exploiter jusqu' la
corde son tlphone portable. Et il donne  rflchir aux autres secteurs.
Organisateurs personnels, e-books, et autres lecteurs MP3 s'engouffrent dans la
brche. Mme les jeux vido se chargent par internet, de nos jours. Le Nasdaq
attend maintenant la langue pendante qu'on valide ces modles conomiques, qui
ont dj englouti des tombereaux de capitaux. Je crains que si en juin, on ne
sent pas un sensible frmissement dans ces secteurs, a ne chauffe srieusement
dans les start-up. Or, sans contenu, pas de march, c'est le serpent montaire
qui se mord la queue. Tout le monde sait que le contenu met du temps 
s'imposer. Qu'il faut tester des ides, prendre des risques, et s'attendre  ne
pas s'attendre  celles qui s'imposeront. Qui avait prvu le boum du "texto"
(SMS en Belgique),  l'arrive des tlphones portables? 2 millions de ces
petits messages qu'on envoie d'un tlphone portable  l'autre, ou depuis
internet, circulent chaque jour en Belgique. Un vritable phnomne de socit!
Alors, qui va investir dans le contenu, ne fut-ce que pour tenter de reproduire
ce hit? La voil la question du contenu... Mais d'abord, quelles applications
permettent de frquenter des contenus sur les terminaux les plus adapts? Cette
question a un petit parfum de dernire chance. C'est qu'il ne faut pas esprer
attirer Billancourt avec un soft inadapt. Je crois que voil l'heure de mon
fameux "j'ai test pour vous".

= Quels sont les logiciels?

Quels logiciels donc? L'Open eBook, bien sr, le logiciel qui est cens avoir
mis d'accord la plupart des constructeurs, au dbut. Une manire de driv du
langage HTML (et XTML) principal langage d'internet (et des Waps et autres UMTS
pour l'autre, le x). Ce n'est pas trop la peine de dvelopper, tous ceux qui me
lisent ici savent (srement mieux que moi) de quoi je parle. Petite remarque
fondamentale tout de mme sur l'HTML. Pour une lecture classique, il y a une
particularit intrinsque  ce langage. Il s'affiche page par page. Jusque-l,
ma foi... Un livre aussi, il n'y a qu' la tourner, cette page. Seulement,
imaginez un livre o, pour tourner la page, il vous faut vous lever, aller
chercher la page suivante  la bibliothque, vous rasseoir, et ne commencer 
lire cette page qu'aprs toutes ces manipulations... Ereintant, non? C'est la
dmarche qu'effectue pour vous l'HTML. Et parfois, sur internet, c'est long,
long... Donc, solution, on allonge la page un maximum, vous permettant de faire
du "scrolling" par la barre de droite, ou directement par la souris (ah
l'intellimouse, quelle invention...). Autre solution, on cre des raccourcis
genre page suivante, qui a intrt  ne pas tre trop lourde  charger. Et
enfin, en droite ligne de ce qui prcde, on cre les hyperliens, crant de ce
fait l'hypertexte. Drle de dtour, pour viter de se dplacer de son fauteuil
virtuel  la bibliothque tout aussi virtuelle, on invente un nouveau langage
qui rvolutionne la pense contemporaine. A quoi a tient, tout de mme, un peu
de paresse, un paradoxe, et voil... Petite remarque complmentaire, comme a,
en passant. Vu l'habitude des Amricains de breveter les algorythmes, il semble
que BT (British Telecom) ait l'intention de breveter l'hypertexte qu'il aurait
invent, ce qui provoquerait des situations inextricables. Une affaire  suivre
assurment! Les premires rencontres que j'ai eues avec l'HTML m'ont un peu
drout, il y a longtemps dj. Pour la consultation, soit, mais pour la
lecture, la l-e-c-t-u-r-e! Puis, je suis tomb sur le site Anacoluthe.com, celui
o Olivier Lefvre a mis en scne les fameuses Apparitions Inquitantes
d'Anne-Ccile Brandenbourger. Rconciliation immdiate avec l'HTML. Enfin
quelque chose  faire avec la matire littraire qui s'entassait depuis des
annes dans mon ordinateur compltement autiste. On frise l'approche du contenu,
l...

= Et  part l'Open eBook et l'HTML?

Je ne vous ai pas encore parl de Bill (hi Bill), un comble lorsqu'on aborde une
problmatique de logiciel, quelle qu'elle soit... Il n'y a rien  faire, il ne
peut pas s'empcher, ds qu'il y a un nouveau logiciel  mettre au point,
Microsoft se lance. Incorrigible... Et voici, mesdames et messieurs, "le"
logiciel de lecture sens effacer tout les autres: j'ai nomm Microsoft Reader!
C'est quasi comme a qu'il se prsente, comme d'hab. Et comme d'hab, c'est top
cool ;-)... C'est qu'ils en ont des dollars,  Seattle. Tlchargez-le et
testez, vous verrez, en plus c'est gratuit. Vous aurez mme droit  un (tout
petit) document de prsentation. J'attends tout de mme de voir tourner le truc
en rel, avec un bon gros bouquin bien lourd, plein de sens... Adobe,
l'acrobate, ex-Glassbook, qui, soit dit en passant, va changer de nom d'ici peu,
lui, a fait longtemps qu'il officie dans les rseaux (le PDF, grand classique
du genre). C'est un assez bon format de chargement, d'impression, et de lecture.
Il est gratuit aussi, chez Barnes & Noble par exemple, qui diversifie ses
sources, en 2001. Pas comme Amazon.com qui reste Microsoft Reader pur et dur.
Encore qu'ils annonaient pour janvier la possibilit de commander les eBookman
de Franklin. Ils y sont,mais il faut les trouver: rubrique "Electronics", et
browser le nom de l'objet. La rfrence e-book livre du Microsoft Reader, cqfd.
Mais tous ces logiciels manquent un peu de fantaisie, et de libert de choix.
Plutt le format page que le format plan ou normal, ce sont eux qui choisissent
pour vous. Or moi, j'aime choisir, varier selon ce que je lis, l'endroit o je
suis... Tiens, le Cytale me donne en prime le choix des caractres... Tandis que
l'Adobe m'offre un "rotating system", pour lecture sur "notebook computer".
Parce que les autres pas? Non, je n'ose l'imaginer. Et si, la plupart des
systmes proposent du format " la franaise", plutt que celui " l'italienne";
il parat qu'on le prfre depuis les Egyptiens... Un seul document classique
aurait t publi " l'italienne", en largeur donc, dans l'histoire de
l'dition. Mais pourquoi ne pas profiter de la nouveaut pour donner le choix?
Surtout si l'on pense aux nombreuses ditions autres que les livres classiques.
Livres d'architecture, plans, livres d'art, BD, livres pour enfants, et toute
autre application possible. Tiens, un exemple, comment fait-on pour avoir le
fameux "tube" ditorial 2000 en e-book: La terre vue du ciel? Il est bien
disponible en cran de veille  l'adresse Photoservice.com. Ce manque
d'ouverture risque de bloquer un certain nombre de possibilits. Ne dit-on pas
que le premier march vis est celui des applications professionnelles,
ducatives ou de documentation? C'est justement dans ces domaines que des
demandes particulires peuvent surgir inopinment. Autant le prvoir. Allons
bon, nous voil revenus aux ardoises magiques...

= Le e-book est-il une ardoise magique ou un soft?

Quand on frquente tous ces softs, on s'aperoit d'une confusion qui me semble
soigneusement entretenue. Qu'entend-on exactement par e-book? Personne n'est
capable de rpondre  cette question toute simple. Personnellement, et j'ai
ouvert ma rflexion par a, je voyais le petit objet portable sur lequel on lit
des livres numriss. Sur le site Microsoft et celui d'Adobe c'est plutt le
soft qui permet de lire ces livres, tandis que sur ceux d'Amazon.com, de Barnes
& Noble, et des autres vendeurs de "contenu" en ligne, l'e-book, c'est tout
simplement les livres qu'on vend. Et encore, Amazon.com ne vend son "contenu"
qu'en Microsoft Reader, et si chez d'autres le choix est plus grand, ces
"contenus" paraissent un peu "prtextes commerciaux". Chez 00h00, on ne vend que
du Rocket eBook, hormis bien sr, le PDF dont ils sont les pionniers. Par
contre, chez PeanutPress.com, vendeurs d'ouvrages du commerce on a mme droit
au... Peanut Reader! Et d'autres initiatives voient le jour, genre dition 
compte d'auteur chez Publibook.com, qui permet pour un forfait modique d'tre
vendu sur le site en format papier et en format Palm Pilot et Rocket eBook.
Certes, ils allouent  l'auteur entre 18 et 36% des ventes, mais au milieu d'un
catalogue qui pourrait aller jusqu' 6 millions d'auteurs, sans critres, sans
rfrences, n'est-ce pas un peu une manire "d'arnaque classique" du compte
d'auteur adapte au net? A voir. Initiative peut-tre plus riche, celle
d'Olympio.com, initie par Franoise Bourdin, qui suit un peu mieux les auteurs
qu'ils publient, mais dont le Reader Olympio (tait-ce bien utile?) ne marche
pas si bien, dit-on. Quelle importance, me direz-vous? Tout d'abord, on constate
que des plus gros vendeurs aux initiatives marginales, tous ne s'intressent
qu'assez peu  l'objet e-book. Ils ont l'air de se contenter de "vendre" du soft
et les livres qui vont avec... Certes les softs sont gratuits, mais est-ce
encore la tendance actuelle du Nasdaq? Dans la ralit actuelle du march, cela
revient majoritairement  charger le livre choisi sur son ordinateur fixe. Or
qui va lire un livre pendu  son ordinateur fixe,  moins de l'imprimer, pendant
un temps plus ou moins long, selon le type d'installation et d'imprimante? Moi
quand je lis, j'aime lire n'importe o, dans n'importe quelle position, dans
l'escalier, dans le mtro, aux... Partout quoi. Donc, pour vraiment dmarrer,
les e-books devraient imprativement tre portables. Et bien, figurez-vous que
ces portables ont chacun leurs softs (tous drivs de l'Open eBook semble-t-il).
On ne choisit pas son application. Pour peu qu'elles soient trop rigides, et on
regrette son achat. Le seul fait de penser qu'on risque de regretter son achat
n'est pas trs bon pour les chiffres de ventes... D'o l'importance de la
fluidit du soft. Et de sa compatibilit! On a l'air parti vers le terminal
ddi non seulement  la lecture exclusivement, mais  la lecture via un soft
ddi  l'appareil exclusivement. Donc, celui qui matrise le contenu sur le
soft qui se vendra le mieux (hi Bill)... On tourne en rond, voil pourquoi je
pense la confusion soigneusement entretenue. Celui qui possde le plus grand
nombre de livres en "droits numriques" vendra le plus de soft, de books, et
d'appareils... La concurrence va bientt faire rage dans le domaine des achats
de droits, si elle ne le fait pas dj. Et le Rocket eBook de Gemstar, il
n'tait pas sens avoir rejoint l'Open eBook? Parce que la premire pub, ici,
c'est "no scrolling!"... Or, sur 00h00, ceux qui ont essay le Rocket eBook
expliquent comme il est agrable de faire dfiler les pages du livre qu'ils
lisent. Ce mode "tourner la page", ressemble  une fonction hypertexte dguise
en "la" fonction "livre" la plus classique. En fait, comme les autres, cet
e-book a son propre systme de lecture (le RCA REB 1100) inclus dans la machine.
Moi, on l'a vu, je suis plutt "scrolling"... Chez Microsoft (j'cris en Word,
et oui, personne n'est parfait...), je choisis plutt la "view" normale plutt
que celle  la "page", et je "scrolle", je "scrolle". Trs souvent, en HTML,
plutt que de cliquer l'hyperlien pour le chapitre suivant, je scrolle...
Peut-tre est-ce que je trouve plus important de rserver les hyperliens  des
fonctions plus volues? Ou cela me permet-il de survoler le texte et
d'accrocher des mots au passage, comme une premire familiarisation avec les
propositions de l'auteur? Je ne sais pas trs bien. Evidemment si le texte nous
fait des centaines de pages... Tandis que dans tous ces logiciels, les
hyperliens nous sont prsents comme outils de navigation. Chapitres suivants,
mots-cls, notes de bas de page, mme les signets en sont. Bien, trs bien mme,
pratique, a roule, rien  dire. Mais un peu autiste, non? Dans les dmos
tlchargeables, on finit trs vite par tourner en rond. Chez Open eBook, outre
la navigation, chapitre, etc..., les liens sont prsents en plus comme des
rfrences  des publications en ligne. Simplement, quand on lit sur un e-book
portable, on est cens tre hors ligne, donc ces liens donnent sur... le vide!
Impressionnant! Un peu schizophrne aussi. Quelques systmes plus intelligents,
comme le Franklin Reader, proposent des versions pour... Palm Pilot. Version qui
dans ce cas prcis risque de concurrencer son propre eBookMan, dont le nom est
assez bien choisi, remember walkman, discman... Il est cens sortir en fvrier,
mais les informations diffrent selon les sources. Il est en tout cas en
prcommande (voir Amazon.com). Quoiqu'il en soit, le gros avantage de charger
une version e-book sur son organisateur, c'est que dans un avenir trs proche,
avec l'UMTS, il sera reli  un rseau fiable en permanence. Dj, au Japon, la
gnration actuelle de tlphone portable reli au rseau permet la lecture (par
i-mode l'intermdiaire entre le Wap et l'UMTS), et c'est un des "top succs
2000": 15 millions de Japonais l'utilisent. Par contre, nulle part ces
hyperliens ne sont prsents comme vecteurs de sens. Sans doute est-il trop
tt... Et oui, c'est du contenu...

= Parlons maintenant du contenu.

Bon, a va, on va en parler du contenu, je sens que vous insistez. Dans l'tat
actuel des choses surtout telles qu'amorces plus haut, le contenu, c'est "la"
killer application  trouver! C'est l'eldorado du 3 millnaire, dont on est sr
qu'il durera mille ans, lui: c'est "le" millnaire du sicle! Tous ceux qui
s'occupent de contenu se regardent en chien de fusil, dans l'attente de la fin
de ce misrable "effet Bush" qui freine le Nasdaq. Et chacun d'tre sr qu'il la
dtient, cette killer application. La concurrence! Les yeux braqus sur
l'immdiat, y en a-t-il un qui se penchera sur les vritables trsors entasss
depuis des millnaires dans les bibliothques du savoir? Et qui cherchera  le
diffuser dans les rseaux? A voir les millions de pages non rfrences par les
moteurs de recherche les plus courants, dont je parlais dans mon prcdent
entretien, a m'tonnerait. Quoique... Tous ce qui se dit dans les sites, forums
et actes de colloques autour du livre numrique depuis 1998,  l'initiative de
diffrents pouvoirs publics (ministre de la culture, mission
interministrielle), et de rfrents en la matire (00h00, Cytale...), tous
jurent la main sur le coeur avoir cette perspective comme but ultime. Et en
effet, il semble que la numrisation du domaine public soit en bonne voie. Mais
pour ceux qui cherchent  tlcharger gratuitement ce type d'oeuvre, o sont les
rfrences? Qui aura le courage d'inventer "le Napster, le Gnutella" de la
pense? Et ce, en toutes les langues? Qu'on ne se laisse pas paralyser par les
actions d'une justice qui a montr ses limites en se choisissant souverainement
son dirigeant suprme, le procs Napster est bien celui de puissantes
multinationales et non celui de pauvres auteurs spolis. Elles dtiennent la
musique, le cinma, mais pas la pense... Les bibliothques publiques peuvent
encore avoir leur mot  dire. Seulement, ils font peur ces quelques commerants
dfendant leur beefsteak - littralement, leur morceau de boeuf - ici, leur part
de march. Elle n'est pas si ngligeable, si elle permet aux artistes actuels de
vivre de leur talent. Mais a s'arrte l. Leurs actions deviennent coeurantes
lorsqu'elles se mlent de breveter le vivant. Les grands penseurs du pass
doivent pouvoir rester vivants. Il est donc hors de question de les nourrir de
leur propre chair, sous forme de farine littraire, si vous voyez ce que je veux
dire... Surfez donc sur les sites de vendeurs de contenu: tous proposent de
tlcharger gratuitement des "oeuvres", et quelles oeuvres! Si on aime les
petites nouvelles genre Reader's Digest, ou les vieux Sherlock Holmes  deux
sous... Bref, on devrait pouvoir se connecter pour capter ce que l'on veut des
grandes oeuvres de toujours. Dans ce cas, je ne vois pas ce qu'il y aurait de
rbarbatif  acheter les derniers trucs  la mode, ceux qui sont prsents dans
toutes ces libraires amazoniaques en ligne. Ces quelques envoles lyriques pour
signaler  qui de droit que l'ardoise magique peut toujours permettre d'duquer
les masses, comme  l'poque glorieuse de la 3 (rpublique, pas internationale,
ni millnaire d'ailleurs, ce serait "le"...). Qui aura le courage (financier) de
mettre en place une structure simple de contact entre ces applications e-book,
et ce contenu encore totalement libre de droit que constituent les millions de
pages littraires, scientifiques, philosophiques disponible sur le net  qui
voudrait aller les chercher. Franchement, il faudrait les dboguer, ces pages,
c'est peut-tre l qu'il se cache, le "bug" de l'an 2000, dont on a tous oubli
jusqu' l'existence... Terra incognita, on parlait d'Eldorado, tout  l'heure...
C'est de ce genre de truc que je parle, quand je parle de killer application. En
ce sens, l'objet e-book aurait plutt intrt  bnficier d'un disque dur
solide, sur le modle du Juke Box Nomad MP3 de Creative, qui bnficie d'un
disque dur de 6 giga, permettant de charger en MP3 environ 100 heures de musique
(70 CD!), une aubaine pour les adeptes du "peer to peer"; musical. Je ne sais
pas si les jeunes vont adorer, mais le genre "laisse tomber l'ordinateur de
papa, et grce  ton ardoise magique, prpare ton cours par tlchargement
direct", a devrait le faire... Question de communication intelligente. De toute
faon, si personne ne le fait, a se fera tout seul, via le "peer to peer", ce
procd mis au point justement par les "Napster" et autres "Gnutella". Et ce
sera pire pour les dtenteurs de droits, tant pis pour eux... Que fait la
mission interministrielle? Si ce n'est pas de l'exception culturelle, a...

= Comment scuriser le contenu?

En matire de multilinguisme sur le net, ce sont surtout les traductions d'un
code d'identification  l'autre qui rgnent. C'est  dire des trucs du genre
ISAN (international standard audiovisual number), UMID (unique material
identification) et surtout DOI (digital object identifier), qui a certainement
son utilit d'identification lorsqu'on charge le dernier truc  la mode. Ce type
de vente en ligne est cens faire fonctionner le bazar, on est bien oblig de le
constater, mais le ct policier de son identification devrait s'arrter en mme
temps que la notorit du "tube littraire". Question de choix de socit. Texte
qui devrait tre ensuite changeable sous d'autres modalits financires, avant
d'entrer dans un domaine public plus ouvert. Les modalits proposes aujourd'hui
impliquent un vecteur de transmission de la culture qui identifie un peu trop
son consommateur. Ce qui reprsente un danger, quand on pense  l'utilisation
qui pourrait en tre faite. C'est contraire  la Convention de Genve en matire
de droit de l'homme, et mme  celle de Berne, en matire de droit d'auteur. Si
le droit d'auteur est un droit de l'homme comme le proclame la fondation
Beaumarchais de la SACD (Socit des auteurs et compositeurs dramatiques, ndlr),
ou plus simplement le salaire de l'auteur comme le disent les socits de droits
d'auteurs musicaux, il ne faudrait pas qu'il devienne un intgrisme trop
capitaliste. Comme le disait Patrick Altman dans Libration (du 6 avril 2000,
ndlr), ce systme de mise au net totalement exclusive reprsenterait "la
premire fois depuis la tradition orale, [qu']un vecteur de transmission de la
culture permet[trait] de donner sans tre dessaisi de son don". Triste
constatation, non? La validation du modle conomique vaut-elle tous les
renoncements? Peut-on viser l'quilibre budgtaire sans vendre son me? Que ne
ferait-on dire  Faust... Qu'il prfre Big Brother  Don Quichotte? Toujours
est-il que le principal reproche qu'on peut faire au systme de tlchargement
d'e-book (qu'importe le logiciel), c'est qu'il faut s'identifier pour avoir
accs  la culture. Et qui pourra nous dire qui en sont les propritaires, de ce
systme, et qui en sera propritaire demain? Celui qui utilisera de telles bases
de donnes  des fins commerciales ou politiques sera le "king" du sicle, et
plus s'il est assez puissant. C'est le 3 millnaire qui doit durer mille ans,
pas un autre 3 plus hypothtique, mais plus effrayant (dans ce domaine, ce
n'est pas vraiment ce que le 20 a invent de mieux)... C'est, si on veut, un
retour  des pratiques obscurantistes plutt sectaires que d'aucuns refuseraient
de cautionner. Quoique si on observe ce qu'il se passe dans les chats, jeux de
rles, ou plus simplement identifications dans diverses applications, le pseudo
est roi! L'anonymat finit par supplanter l'identit, avec le cortge de
consquence que cette formule charrie  tous niveaux... S'il est le plus souvent
possible de retrouver le demandeur, ce n'est pas sr  100%. Certains pourraient
craindre que cette facult d'anonymat et de pseudonymes se dveloppe et se
rpande, annihilant ainsi les possibilits de traabilit des oeuvres. Raison de
plus pour limiter ces facults de traabilit aux "oeuvres" qui en ont un rel
besoin conomique, et d'empcher que les autres ne soient captes par cette
logique. On peut s'en passer. D'ailleurs, le "peer to peer" (P2P), encore lui,
sera trs bientt trop compliqu  contrler et il s'changera trs bientt
toute oeuvre  la porte du premier utilisateur venu. Un des fondateurs de
Gnutella, Gen Kan, 24 ans, l'a dclar rcemment en mettant en route sa nouvelle
start-up de mcanique logicielle en vue du "peer to peer", Gonesilent.com, qui
sortirait du domaine musical. Pour lui, il faut s'attendre  voir circuler les
oeuvres, les citoyens le demandent. C'est aux dtenteurs de droits de s'adapter
aux techniques de plus en plus pointues. Quant  savoir si ce contact direct
entre explorateurs d'hypertexte reprsente une plaie, un "forward" ou un
"save"...

= Qu'allez-vous lire sur votre e-book?

Bien, admettons donc que l'idal se soit ralis: via un forfait basique, j'ai
accs aux oeuvres de rfrence que je veux, j'ai parcouru ce dont j'avais
besoin, j'ai command les trois ou quatre bouquins dont au sujet duquel tout le
monde cause, a balance pas mal  Paris, merci. Je les ai pays, puis les ai lus
dans toutes les positions du kamasutra, certains, missionnaires (!), d'autres,
dans le mtro, dans l'ascenseur, sur le bureau. Dans un lit, mme! Et quid? Je
m'ennuie  nouveau. L'application classique de l'e-book m'a permis d'acheter le
dernier Brett Easton Ellis, le dernier Beigbedder, le dernier Houellebecq
(quoiqu'il soit meilleur  rciter ses pomes sur fond trip hop en MP3 en ce
moment, chez Tricatel.com), de trouver enfin le bouquin de William Gibson
(Neuromancien, 1986, ndlr) avec la fameuse formule imprissable sur le
cyberspace, j'y ai ajout le 3001 de Clarke et quelques bons vieux Norman
Spinrad et Philip K. Dick pour faire bonne mesure... Et ce, sans les ternels
atermoiements: le "libraire de grande surface", dbord, qui doit le commander 
l'diteur, qui en rfre plus haut avant d'envoyer le communiqu laconique:
produit puis... Ou le libraire.com qui envoie une rduction pour la prochaine
commande parce qu'il n'est pas sr d'honorer celle-ci dans les dix jours, aveu
implicite qu'il ne comprend mme pas de quoi on lui parle... Malheureusement ces
quelques caricatures reprsentent la majorit des cas, rien ne remplacera le
conseil d'un libraire rudit, mais il en reste si peu... En reste-t-il? (Don't
they, pour les non-polyglottes). S'il en restait, ils m'orienteraient vers la
recherche des grands classiques, il parat qu'ils sont libres de droit, si on en
croit ma killer application (plutt publique). Mais tout a va-t-il faire
acheter Billancourt? L'e-book se situe dans une conomie technique qui ne survit
que par l'coulement de ses produits. A l'inverse de son contenu, qui lui
n'existe que dans une conomie de prototype cratif qui ne rpond qu' la loi
des rendements dcroissants. Fameux paradoxe, explosif... Et dire que c'est sur
cette pierre que certains fondent l'conomie du prochain millnaire. Tant mieux.
La socit de l'information a du bon finalement. Elle doit tre informe, et les
informateurs, les crateurs, en sont la pierre angulaire. C'est sur les outils
de navigation que a accroche. Non seulement, ils sont aux mains d'on ne sait
trop qui, voir plus haut, mais en plus, intrinsquement, ils ont le pouvoir
culturel de fausser la pense. Pas moins. C'est la faute  l'hypertexte, qui ne
fait pas que des btises,  vouloir tre brevet, il en fait lire aussi, comme
dirait l'autre. Surtout lorsqu'il ne sert qu' la recherche factuelle. Imaginez
un e-book d'enfer, "tout ce que tu aurais voulu savoir sur..." (de chez
Marabook), on n'entre dans les diffrents chapitres que par les liens du
sommaire, et "l'oeuvre" est tellement volumineuse que personne ne lit
l'ensemble. Ce qui ne drange pas grand monde, au fond. Mais la voil, la killer
application, l'dition "tout ce que tu aurais voulu savoir sur..."! Sauf que
notre chef de collection  la tte de l'quipe de rdacteurs (o est l'auteur?),
n'a voulu choquer personne. Et il a un peu mix les concepts. Avec une qualit
de titre qui en tonnera plus d'un, il aura mis en place une ide sous un titre,
et son contraire sous un autre. Sans aucun point de vue. Toute la culture du
monde sur le mme pied. Ca se vend, c'est donc excellent. Un peu comme si un
site aussi prestigieux que Yahoo se permettait de vendre, au milieu d'antiquits
communistes de l're de l'URSS, des objets de nostalgie nazie. Impensable au 21
sicle? A voir ce que l'on voit en matire d'information sur les mdias
internationaux... Quelle que soit la qualit des intervenants, un charnier 
10.000 morts dont on connat les responsables (quand ils sont avrs), est sur
le mme pied que le dernier battement de cil de la starlette du mois (du jour,
de la semaine, pas du sicle et encore moins du millnaire). C'est l'effet
zapping. S'il faut en passer par l, on peut le faire avec un peu plus de
panache. Voyez les mix que propose le MP3. Certes, c'est de la musique, et les
DJ sont  la mode... Mais au fond, que font-ils d'autre que ce qui est dcrit
plus haut. Ils compilent des oeuvres, en font une bibliothque (musicale),
qu'ils distillent  leur gr selon leur humeur, selon la demande de ceux qui
ravent avec eux, selon l'inspiration. C'est plus engageant que la culture
"Marabook", non? Demandez  votre libraire...

= Que pensez-vous du Cybook de Cytale?

Dans le genre, Cytale, au demeurant un projet trs sympathique, a fait trs
fort. La petite BD qui prsente la journe d'un e-book addict est tordante! Que
va-t-il lire comme journal numrique du matin, le client qui a tlcharg le
Cytale? Le communiqu AFP  peine relift par un journaliste stagiaire? Non
merci, il a dj RTL. Par contre, peut-tre si,  la manire d'Europe 1 grande
poque, on lui offrait un dcodage de l'info faon "Pas vu  la tl", soit
quelques commentaires acides des communiqus de presse qu'il entend en direct
live, peut-tre prendrait-il le temps, le soir, de se brancher pour charger a.
Un peu comme Europe 2 qui diffusait les Guignols de l'info de Canal+ (version
grande poque aussi) le lendemain matin,  l'heure de l'info... Un truc qu'on
attend... Attention, objectivit journalistique:  la moindre citation, on met
le lien, et on diffuse! Le fameux communiqu AFP est accessible par un simple
click sur le titre. Qu'on voie ce que le type de la radio en a fait... Ca ferait
peut-tre rire, et acheter... Petite killer application gratuite, bien plus
rjouissante que celles qui prcdent... A d'autres moments dcrits dans la
journe d'un "cytalien", le besoin de l'apport de notre libraire pourrait se
faire sentir. Tiens, j'ai envie de l'appeler e-libraire, ou mieux, E-bJ
(l'quivalent au sein d'une rdaction e-book d'un disc-jockey, un E-book Jockey,
en somme [prononcez I-bjay au lieu de Di-Jay]). Cytale nous dit: "Midi : une
petite nouvelle, le temps de la pause djeuner, ou un pome au soleil." Ils sont
trop cool chez Cytale, qui a le temps de tlcharger quoi que ce soit comme
pome, la veille (mme le dimanche)? Quant  la petite nouvelle, si c'est celle
qui est disponible gratuitement sur Amazon.com, j'hsite... Je corrigerais la
phrase en, au moins: "Midi : mon e-libraire, ou Eb-J, que m'a-t-il envoy comme
petite nouvelle ou comme pome  lire au soleil, le temps de la pause djeuner?"
J'espre qu'il en tient de bonnes, ce libraire rudit du 3 millnaire... Et
c'est reparti dans toutes les positions du kamasutra (certaines, missionnaires
(!), d'autres, dans le mtro, dans l'ascenseur, sur le bureau. Dans un lit,
mme!) On s'ennuie dj beaucoup moins, non? Savez-vous que les nouveaux e-books
proposent des lecteurs MP3? C'tait pour la lecture aux aveugles de leurs
oeuvres prfres, au dpart, et c'est tant mieux, merci  eux. C'est peut-tre
par l qu'on diffusera cet eBookman de chez Franklin, malgr ses mmoires un peu
faibles. Bref: "couter le dernier Red Hot (Chilli Peppers pour les
non-polyglottes) tlcharg en P2P en tudiant le cours tlcharg de la mme
manire, tout a dans le mtro; puis, ds la matire matrise, passer plutt 
la lecture du texte des Guignols de ce matin, et pourquoi pas,  la vision de
l'extrait en vido, et l, qu'est-ce qu'on rigole!" ressemble plus  l'avenir de
l'e-book comme outil ducatif que tout discours marketing. Et nous voil reparti
vers un terminal multi-fonctions... C'est terrible, l'informatique, la vrit
absolue d'un paragraphe est dmentie dans le paragraphe suivant...

= En bref, on peut passer d'un clic de Shakespeare  l'hypertexte.

En tout cas,  travers ce type de comportement, il est  parier que Shakespeare
soit dfinitivement aussi accessible que Britney Spears, entre deux "chat"
rappelant  ses connaissances o on est, dans le mtro donc... Qu'on se mfie
quand mme. L'exprience du "peer to peer" montre que le rle du mdiateur tend
 disparatre, ne devenant qu'une branche des mtiers du marketing. Le
"consommateur" chargeant en majorit ce qui est le plus souvent rfrenc, qui
l'est donc de plus en plus. Adieu notre libraire, et revoici la ronde infernale
de l'oeuf du serpent qui se mord la queue...

Shakespeare, c'est le type qui a mis en scne Gwyneth dans Shakespeare in love.
A moins que ce soit celui qui ait inspir Lonardo (Di Caprio) dans son Romeo &
Juliet, avant qu'il ne sombre dans une mer d'indiffrence, noy par une fiction
plus forte que lui. Titanic, on connaissait la fin, et il y avait mme un
orchestre... Parce que dans son mtro, l, notre Gwyneth du troisime millnaire
(celle des Red Hot), et son voisin, genre Billancourt post 2000 qui lit
Paris-Turf sur son e-book, ils utilisent l'e-book de la manire la plus basique,
et c'est ce qui devrait faire son succs, s'il doit tre au rendez-vous.
Zapping, Deejaying, c'est la fast culture, si possible interactive et relie au
rseau, en tlchargement permanent. J'en connais qui grimpent au plafond, au
simple nonc de ces "mots" inexistants dans un vocabulaire normalement
constitu (mme Microsoft ne les a pas dans son dico de correction). On oublie
trop souvent que notre ami Shakespeare justement a enrichi la langue anglaise de
nombreux mots nommant les techniques et innovations de son temps. Le plus
souvent,  part le latin et le grec, il s'est inspir du franais, une des
langues les plus vivantes du moment. C'tait vers la fin des annes 1500, il est
temps de renouveler, non? Alors n'y a-t-il pas autre chose  proposer? Vous
ai-je parl de l'hypertexte? Normalement, l, on l'a bien prpar, notre cobaye
de Billancourt, il clique, il surfe, il lit. Si on ne veut pas qu'il ne charge
que ce qu'il connat dj, c'est le moment de lui prsenter de nouvelles
dimensions. Si notre abonn suit le feuilleton, il finira bien par chercher
autre chose. Mme ses mails l'ennuient, il en reoit trop... Et s'il lisait ceux
des autres... Petite rfrence au bluemailer du websoap auquel j'ai particip,
qui n'chappera pas au lecteur attentif de notre prcdent entretien. C'est 
mon sens ce type d'application, qui permettra bientt d'anticiper en matire de
dveloppement e-book et apparents. Ce type d'outil de publication permettra
d'organiser les liens de ce qui sortira jour aprs jour sur un tel rseau: des
infos rfrences, archives, avec liens de l'une  l'autre, des choix de textes
choisis, lis  d'ventuels titres MP3 lancs dans l'application, liens  des
connexions permettant le tlchargement d'oeuvres dans le domaine public, liens
 d'ventuels extraits vidos... Bref un e-book qui serait devenu plutt "UMTS"
et enfin devenu un mdia  part entire. Notre animateur de rseau pourra  ce
moment-l penser  charger une fiction interactive qui contiendrait des liens
hypertextes, du type de ceux qui ont t mis en place dans le websoap. Ainsi, le
lecteur ou la lectrice, un(e) be(au)(lle) captif(ve), tournera dans le
labyrinthe d'une fiction organise par un auteur ou une quipe d'auteur avec un
sentiment de libert inconnu jusqu'ici. Pas mal de possibilits de ce type de
fiction ont t explores dans le websoap, j'en parle plus longuement dans mon
prcdent entretien. Je ne citerai ici que les abonnements aux mails des
personnages, permettant de suivre ceux qu'on prfre dans la fiction prsente.
Liaisons qui prendraient tout naturellement place dans le dispositif e-book plus
"UMTS" tel que je le dcris plus haut. Si le domaine de la fiction suit le
mouvement de la convergence, on peut mme imaginer des relais entre les
mdias... Un websoap crit en ligne repris sur cet e-book "UMTS", racont en
tl d'une manire... tl, repris en MP3 pour sa partie musicale... Chaque
mdia compltant selon sa spcificit le puzzle de la fiction prsente sur un
mme support. Il y a un travail passionnant d'exploration  faire, et personne
ne semble le faire. Je parlais dans mon dernier entretien d'un projet intitul
Neiges d'Anges, qui est maintenant en ligne dans Les yeux du labyrinthe. Il est
li par hypertexte  d'autres projets. Dans l'un d'eux, Elgance, une griffe de
flin, le hros est confront  un bug de son papier lectronique  encre
numrique qu'un pirate s'amuse  configurer de manire absurde... S'il s'agit
bien l de science-fiction, le papier et l'encre lectronique sont dj sur le
march, de manire un peu rudimentaire. C'est la prochaine tape qui voit dj
le jour, l'aprs e-book. Dcidment l'inventivit s'acclre de plus en plus,
doit-on vraiment le regretter?


GUY ANTOINE (New Jersey)


#Crateur de Windows on Haiti, site de rfrence sur la culture hatienne

*Entretien du 22 novembre 1999 (entretien original en anglais)

= Pouvez-vous dcrire Windows on Haiti?

A la fin d'avril 1998, j'ai cr un site internet dont le concept est simple
mais dont le but est ambitieux: d'une part tre une source d'information majeure
sur la culture hatienne, d'autre part contrer les images continuellement
ngatives que les mdias traditionnels donnent d'Hati. Je voulais aussi montrer
la diversit de la culture hatienne dans des domaines tels que l'art,
l'histoire, la cuisine, la musique, la littrature et les souvenirs de la vie
traditionnelle. Le site dispose d'un livre d'or regroupant les tmoignages
personnels des visiteurs sur leurs liens avec Hati. Pour rsumer, il ouvre de
nouvelles "fentres" sur la culture hatienne.

= Quelle est exactement votre activit?

Depuis vingt ans, mon activit professionnelle a trait  l'informatique:
conception de systmes, programmation, gestion de rseaux, localisation de
pannes, assemblage de PC et conception de sites web. De plus, depuis que j'ai
ouvert mon site, il est devenu du jour au lendemain un lieu de rassemblement de
divers groupes et individus intresss par la culture hatienne, ce qui m'amne
 effectuer des tches quasi-professionnelles consistant  regrouper les
informations, crire des commentaires, rdiger des textes et diffuser la culture
hatienne.

= Dans quelle mesure l'internet a-t-il chang cette activit?

L'internet a considrablement chang  la fois mon activit professionnelle et
ma vie personnelle. Etant donn le flux constant d'informations, je dors
beaucoup moins qu'avant. Le principal changement rside dans la multiplicit de
mes contacts avec les milieux culturels, universitaires et journalistiques, et
avec des gens de toutes origines dans le monde entier. Grce  quoi je suis
maintenant bien plus au fait des ressources professionnelles existant de par le
monde dans ce domaine, et du rel engouement suscit  l'chelon international
par Hati, sa culture, sa religion, sa politique et sa littrature. A titre
personnel, j'ai galement davantage d'amis du fait de mes activits lies 
l'internet.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Je vois mon avenir professionnel dans le prolongement de ce que je fais 
l'heure actuelle: utiliser la technologie pour accrotre les changes
interculturels. J'espre m'associer avec les bonnes personnes pour, au-del de
Hati, avancer vers un idal de fraternit dans notre monde.
Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Ce sera un dbat sans fin, parce que l'information devient plus omniprsente que
l'air et plus fluide que l'eau. On peut maintenant acheter la vido d'un film
sorti la semaine prcdente. Bientt on pourra regarder sur le net, et  leur
insu, des scnes de la vie prive des gens. Il est consternant de voir qu'il
existe tant de personnes disposes  faire ces vidos bnvolement, comme s'il
agissait d'un rite d'initiation. Cet tat d'esprit continuera de peser de plus
en plus lourdement sur les questions de copyright et de proprit
intellectuelle.

Les auteurs devront tre beaucoup plus inventifs sur les moyens de contrler la
diffusion de leurs oeuvres et d'en tirer des gains. Le mieux  faire ds 
prsent est de dvelopper les normes de base du professionnalisme, et d'insister
sur la ncessit imprative de mentionner pour toute oeuvre cite au minimum sa
provenance et ses auteurs. La technologie devra voluer pour appuyer un
processus permettant de respecter le droit d'auteur.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Trs positivement. Pour des raisons pratiques, l'anglais continuera  dominer le
web. Je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose, en dpit des sentiments
rgionalistes qui s'y opposent, parce que nous avons besoin d'une langue commune
permettant de favoriser les communications  l'chelon international. Ceci dit,
je ne partage pas l'ide pessimiste selon laquelle les autres langues n'ont plus
qu' se soumettre  la langue dominante. Au contraire. Tout d'abord l'internet
peut hberger des informations utiles sur les langues minoritaires, qui seraient
autrement amenes  disparatre sans laisser de trace. De plus,  mon avis,
l'internet incite les gens  apprendre les langues associes aux cultures qui
les intressent. Ces personnes ralisent rapidement que la langue d'un peuple
est un lment fondamental de sa culture.

De ce fait, je n'ai pas grande confiance dans les outils de traduction
automatique qui, s'ils traduisent les mots et les expressions, ne peuvent gure
traduire l'me d'un peuple. Que sont les Hatiens, par exemple, sans le kreyl
(crole pour les non initis), une langue qui s'est dveloppe et qui a permis
de souder entre elles diverses tribus africaines transplantes  Hati pendant
la priode de l'esclavage? Cette langue reprsente de manire la plus palpable
l'unit de notre peuple. Elle est toutefois principalement une langue parle et
non crite. A mon avis, le web va changer cet tat de fait plus qu'aucun autre
moyen traditionnel de diffusion d'une langue.

Dans Windows on Haiti, la langue principale est l'anglais, mais on y trouve tout
aussi bien un forum de discussion anim conduit en kreyl. Il existe aussi des
documents sur Hati en franais et dans l'ancien crole colonial, et je suis
prt  publier d'autres documents en espagnol et dans diverses langues. Je ne
propose pas de traductions, mais le multilinguisme est effectif sur ce site, et
je pense qu'il deviendra de plus en plus la norme sur le web.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Certaines personnes. Le web est un rseau de serveurs et d'ordinateurs
personnels relis les uns aux autres. Derrire chaque clavier se trouve une
personne, un individu. L'internet m'a donn l'occasion de tester mes ides et
d'en dvelopper d'autres. Le plus important pour moi a t de forger des amitis
personnelles avec des gens loigns gographiquement et ensuite de les
rencontrer.

= Et votre pire souvenir?

Certaines personnes. Je ne souhaite pas m'tendre sur ce sujet, mais certains
ont vraiment le don de vous nerver.

*Entretien du 29 juin 2001 (entretien original en anglais)

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Depuis notre dernier entretien, j'ai t nomm directeur des communications et
des relations stratgiques de Mason Integrated Technologies, une socit qui a
pour principal objectif de crer des outils permettant la communication et
l'accessibilit des documents crs dans des langues minoritaires. Etant donn
l'exprience de l'quipe en la matire, nous travaillons d'abord sur le crole
hatien (kreyl), qui est la seule langue nationale d'Hati, et l'une des deux
langues officielles, l'autre tant le franais. Cette langue ne peut gure tre
considre comme une langue minoritaire dans les Carabes puisqu'elle est parle
par huit  dix millions de personnes.

Outre ces responsabilits, j'ai fait de la promotion du kreyl une cause
personnelle, puisque cette langue est le principal lien unissant tous les
Hatiens, malgr l'attitude ddaigneuse d'une petite lite hatienne - 
l'influence disproportionne - vis--vis de l'adoption de normes pour l'criture
du kreyl et le soutien de la publication de livres et d'informations
officielles dans cette langue. A titre d'exemple, il y avait rcemment dans la
capitale d'Hati un salon du livre de deux semaines,  qui on avait donn le nom
de "Livres en folie". Sur les 500 livres d'auteurs hatiens qui taient
prsents lors du salon, il y en avait une vingtaine en kreyl, ceci dans le
cadre de la campagne insistante que mne la France pour clbrer la francophonie
dans ses anciennes colonies. A Hati cela se passe relativement bien, mais au
dtriment direct de la crolophonie.

En rponse  l'attitude de cette minorit hatienne, j'ai cr sur mon site web
Windows on Haiti deux forums de discussion exclusivement en kreyl. Le premier
forum regroupe des discussions gnrales sur toutes sortes de sujets, mais en
fait ces discussions concernent principalement les problmes socio-politiques
qui agitent Hati. Le deuxime forum est uniquement rserv aux dbats sur les
normes d'criture du kreyl. Ces dbats sont assez anims et une certain nombre
d'experts linguistiques y participent. Le caractre exceptionnel de ces forums
est qu'ils ne sont pas acadmiques. Je n'ai trouv nulle part ailleurs sur
l'internet un change aussi spontan et aussi libre entre des experts et le
grand public pour dbattre dans une langue donne des mrites et des normes de
la mme langue.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Aussi peu que possible, mais cela reprsente encore beaucoup de papier. Si je
vois un document que je souhaite conserver en tant que document de rfrence, je
l'imprime systmatiquement et je le catalogue. Il peut ne pas tre disponible
quand je suis en dplacement. Mais quand je suis dans mon bureau  la maison,
j'aime savoir que je peux y avoir accs d'une manire physique, sans devoir me
fier seulement  une sauvegarde lectronique, au bon fonctionnement du systme
d'exploitation, et  mon fournisseur d'accs internet. De ce fait, pour ce que
je considre utile de conserver, les documents sont souvent en double
exemplaire, imprim et numrique. Le papier joue donc encore un rle important
dans ma vie.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Dsol, je ne l'ai pas encore utilis. Pour le moment, il m'apparat comme un
instrument trs trange, rendu possible grce  la technologie, mais pour lequel
il n'y aura pas de demande importante, hormis peut-tre pour les textes de
rfrence classiques. Cette technologie pourrait tre utile pour les manuels des
lyces et collges, grce  quoi les cartables seraient beaucoup plus lgers.
Mais pour le simple plaisir de la lecture, j'imagine difficilement qu'il soit
possible de passer un moment agrable avec un bon livre lectronique.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Le cyberespace est au sens propre une nouvelle frontire pour l'humanit, un
endroit o chacun peut avoir sa place, assez facilement et avec peu de
ressources financires, avant que les rglements inter-gouvernementaux et les
impts ne l'investissent. Suite  quoi une nouvelle technologie lui succdera.


SILVAINE ARABO (Poitou-Charentes)


#Pote et plasticienne, cratrice de la cyber-revue Posie d'hier et
d'aujourd'hui

Silvaine Arabo est crivain ( ce jour quinze recueils de pomes publis ainsi
que plusieurs recueils d'aphorismes et deux essais) et plasticienne (elle expose
 Paris et en province). En mai 1997, elle cre la cyber-revue Posie d'hier et
d'aujourd'hui pour "diffuser la posie auprs d'un maximum de personnes et lui
donner un coup de jeune dans l'esprit des gens, pour qui elle voque souvent des
souvenirs scolaires - pas toujours agrables - ou qui en ont une image
strotype et/ou ringarde." Quatre ans aprs, en mars 2001, elle cre une
deuxime revue, cette fois sur support papier, Saraswati: revue de posie, d'art
et de rflexion.

*Entretien du 8 juin 1998

= Quel est l'historique de votre site web?

Je suis pote, peintre et professeur de lettres (treize recueils de pomes
publis, ainsi que deux recueils d'aphorismes et un essai sur le thme "posie
et transcendance"; quant  la peinture, j'ai expos mes toiles  Paris - deux
fois - et en province). Pour ce qui est d'internet, je suis autodidacte (je n'ai
reu aucune formation informatique quelle qu'elle soit). J'ai eu l'an pass
l'ide de construire un site littraire centr sur la posie: internet me semble
un moyen privilgi pour faire circuler des ides, pour communiquer ses passions
aussi. Je me suis donc mise au travail, trs empiriquement, et ai finalement
abouti  ce site sur lequel j'essaye de mettre en valeur des potes
contemporains de talent, sans oublier la ncessaire prise de recul ("Rflexions
sur la posie") sur l'objet considr.

= Quel est l'apport de l'internet pour vous en tant que pote?

Disons que la gestion d'un site internet - si l'on veut qu'il demeure vivant -
requiert beaucoup de temps. Mais je fais en sorte que ma cration personnelle
n'en souffre pas. Par ailleurs, internet m'a mise en contact avec d'autres
potes, dont certains fort intressants... Cela rompt le cercle de la solitude
et permet d'changer des ides. On se lance des dfis aussi... Internet peut
donc pousser  la crativit et relancer les motivations des potes puisqu'ils
savent qu'ils seront lus et pourront mme, dans le meilleur des cas,
correspondre avec leurs lecteurs et avoir les points de vue de ceux-ci sur leurs
textes. Je ne vois personnellement que des aspects positifs  la promotion de la
posie par internet, tant pour le lecteur que pour le crateur.

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

Ma vie professionnelle (en tant que professeur de lettres) n'en a pas t
bouleverse puisqu'elle est indpendante de cette cration sur internet. Disons
que trs rcemment, dans le cadre de mon activit professionnelle, j'ai fait
avec mes lves quelques ateliers de posie et que, devant la pertinence de
leurs productions, j'ai dcid de leur consacrer une page sur mon site (rubrique
"Le jardin des jeunes potes"). Je fais galement un "appel du pied" aux
professeurs de lettres francophones pour qu'ils m'adressent des pomes - qu'ils
estiment russis - de leurs lves. Disons que ce site pourrait servir, entre
autres, de motivation - donc de moteur -  la crativit des jeunes enfants ou
des adolescents.

*Entretien du 9 aot 1999

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Mon site s'enrichit sans cesse de nouvelles rubriques, de nouveaux intervenants,
etc. Les mises  jour sont frquentes et le site est dynamique. Bonnes
statistiques de visites. Par ailleurs, ce site a reu plusieurs rcompenses et
il a t salu par divers journaux francophones, dont Sud-Ouest, le magazine
Lire, La Quinzaine Littraire, le magazine informatique Pagina, le journal belge
Park-e-Mail, etc.; par diverses personnalits aussi: l'crivain et diteur
Michel Camus, le physicien des particules lmentaires Basarab Nicolescu, qui
est matre de recherches au CNRS (Centre national de la recherche scientifique),
bien d'autres encore...

Il a galement t slectionn par Interneto (Le meilleur du net); slectionn
par le journal L'officiel du net, qui lui a attribu 4 toiles; slectionn par
diverses universits francophones (Louvain, Toronto, etc.) qui lui ont attribu
de nombreuses toiles. Ce site a en outre t rpertori par la Bibliothque
nationale de France (signets informatiques).

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Je pense qu'il est important qu'une lgislation se mette en place de toute
urgence... Au travail, les juristes!

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Il faudrait des quipes de traducteurs... mais comment mettre cela en place? Il
y a l une vraie question.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Les ami(e)s que ce mode de communication m'a permis de rencontrer dans la
francophonie ainsi que tous ceux et celles qui m'ont dit avoir, grce  moi,
dcouvert ou redcouvert la posie et avoir compris qu'il s'agissait l d'un
mode de fonctionnement majeur de l'esprit humain.

= Et votre pire souvenir?

Certaines mesquineries de webmasters, parfois un esprit de comptition et
d'arrivisme... On retrouve sur internet la socit telle qu'en elle-mme, ni
plus, ni moins.

= Vos citations prfres?

"Quand l'lve est prt arrive le matre." (proverbe bouddhiste)

"Les hommes discutent, la nature agit." (Voltaire)

"La lucidit est la blessure la plus rapproche du soleil." (Ren Char)

*Entretien du 19 juin 2001

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

La cration de la cyber-revue Posie d'Hier et d'Aujourd'hui m'a pousse par la
suite  crer en mars 2001 une revue sur support papier, Saraswati: revue de
posie, d'art et de rflexion (BP 41 - 17102 Saintes cedex). Les deux crations
se compltent et sont vraiment  placer en regard l'une de l'autre.

= Que signifie "Saraswati"?

Saraswati est, dans la mythologie hindoue, la desse de la connaissance, de la
sagesse, de la musique et des arts. Elle est souvent reprsente avec une vina
(instrument  cordes), un bouton de lotus, un livre, un tambour...et elle
chevauche un cygne. Elle est l'pouse de Brahma, le dieu crateur, premier de la
trilogie Brahma/Vishnu (celui qui maintient les structures)/ Shiva (le dieu qui
dtruit...pour reconstruire).


ARLETTE ATTALI (Paris)


#Responsable de l'quipe "Recherche et projets internet"  l'INALF (Institut
national de la langue franaise)

Laboratoire du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), l'INaLF a
pour mission de dvelopper des programmes de recherche sur la langue franaise,
tout particulirement son lexique. Les donnes, traites par des systmes
informatiques spcifiques et originaux, constamment enrichies et renouveles,
portent sur tous les registres du franais: langue littraire (du 14e au 20e
sicle), langue courante (crite, parle), langue scientifique et technique
(terminologies), et rgionalismes. Ces donnes, qui constituent un matriau
d'tude considrable, sont progressivement mises  la disposition de tous ceux
que la langue franaise intresse (enseignants et chercheurs, mais aussi
industriels, secteur tertiaire et grand public), soit par des publications, soit
par la consultation de banques et bases de donnes.

Frantext est une des meilleures bases textuelles en langue franaise disponibles
sur l'internet. Elle rassemble un corpus de textes franais du 16e au 20e sicle
numriss (3.000 textes environ) et un logiciel d'interrogation (Stella) conu
en vue de recherches littraires, linguistiques, lexicographiques,
stylistiques... Rnove courant 1998, elle prsente notamment une interface plus
conviviale, une aide en ligne systmatise et surtout des outils informatiques
plus performants. Deux versions de Frantext sont proposes. L'une comporte
l'ensemble des textes de la base, l'autre une sous-partie compose de 400 romans
des 19e et 20e sicles qui ont fait l'objet d'un codage grammatical. Cette
sous-base est exprimentale.

*Entretien du 11 juin 1998

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

Etant moi-mme plus spcialement affecte au dveloppement des bases textuelles
 l'INaLF, j'ai t amene  explorer les sites du web qui proposaient des
textes lectroniques et  les "tester". Je me suis donc transforme en "touriste
textuelle" avec les bons et mauvais cts de la chose. La tendance au zapping et
au survol tant un danger permanent, il faut bien cibler ce que l'on cherche si
l'on ne veut pas perdre son temps. La pratique du web a totalement chang ma
faon de travailler. Mes recherches ne sont plus seulement livresques et donc
d'accs limit, mais elles s'enrichissent de l'apport des textes lectroniques
accessibles sur l'internet.

= Quels sont vos projets pour l'avenir?

A l'avenir, je pense contribuer  dvelopper des outils linguistiques associs 
la base Frantext et  les faire connatre auprs des enseignants, des
chercheurs, des tudiants et aussi des lycens.

*Entretien du 17 janvier 2000

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Mon activit professionnelle a deux volets: d'une part recherche et projets
internet, d'autre part valorisation des ressources textuelles.

= Quels sont vos nouveaux projets?

- Le Catalogue critique des ressources textuelles sur internet (CCRTI), mis en
ligne en octobre 1999;

- Terminalf - Ressources terminologiques de la langue franaise, en cours de
ralisation.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Comme tous les dbats, il s'agit d'un dbat confus et sans issue.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Les Europens font quelques efforts pour adopter au moins le bilinguisme. Et les
Amricains?

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

La dcouverte de bons sites littraires. Par exemple Zvi Har'El's Jules Verne
Collection, consacr  Jules Verne, ou le Thtre de la foire  Paris (au 17e
sicle).


ISABELLE AVELINE (Lyon)


#Cratrice de Zazieweb, site consacr  l'actualit littraire

"Zazieweb est un site libre et indpendant qui offre des espaces d'interactivit
 ses lecteurs actifs et communicants ! C'est aussi (depuis 1996!) un annuaire
des sites littraires dcouverts avec passion sur le web et chroniqus, une
information littraire au quotidien: Au fil du net: l'actualit du meilleur du
web littraire; Agenda: toutes les manifestations en rapport avec le livre et la
littrature; TV/Radio: une slection des missions littraires sur les deux
semaines  venir; Ebook: des informations et des dossiers sur le livre
numrique, les nouveaux objets de lecture...; et des choix de lectures
"Zazieweb" dans la rubrique Kestulizaz?

N en 1996 sous la forme d'une page perso, Zazieweb est devenu en cinq ans un
site littraire communautaire offrant  la fois des espaces d'changes et
d'expression (les lectures des e-lecteurs, l'espace communautaire, les forums)
et un portail littraire. Zazieweb, c'est aujourd'hui une association qui a pour
vocation la promotion et mise en avant des "petits diteurs", la diffusion de la
littrature contemporaine indpendante, la mise en relation sur le mode
interactif du web des lecteurs/auteurs/diteurs via les espaces persos... et
pleins d'autres choses en devenir!" (extrait du site web)

* Entretien du 8 juin 1998

= Quel est l'historique de Zazieweb?

Zazieweb est n il y a deux ans environ, en juin 1996. C'tait  l'poque un
projet personnel qui entrait dans le cadre d'un master multimdia et que j'ai
essay de "vendre" aux diteurs.

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

Dcouvrir internet a ouvert d'autres possibilits et surtout maintenant je ne
conois pas de ne pas travailler "on the Web".

= Comment voyez-vous l'avenir?

Grce  internet, les choses sont plus souples, on peut trs facilement passer
d'une socit  une autre (la concurrence!), le tltravail pointe le bout de
son nez (en France c'est encore un peu tabou...), il n'y a plus forcment de
grande sparation entre espace pro et personnel.

*Entretien du 3 septembre 1999

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Aujourd'hui je cherche  dvelopper une viabilit financire pour Zazieweb:
change de bandeaux, partenariat, vente d'espace publicitaire cibl, affiliation
 un programme de vente de livres.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Mon premier surf.

= Et votre pire souvenir?

Ma premire connexion.


JEAN-PIERRE BALPE (Paris)


#Directeur du dpartement hypermdias de l'Universit de Paris 8

Jean-Pierre Balpe est directeur du dpartement hypermdias et du laboratoire
Paragraphe de l'Universit de Paris 8. Il est galement secrtaire gnral de la
revue Action potique. Chercheur, thoricien de la littrature informatique,
auteur de divers ouvrages scientifiques et techniques (dernier ouvrage paru:
Contextes de l'art numrique, Herms, 2000), crivain, aprs avoir trs
longtemps crit des pomes et nouvelles publis dans diverses revues, il
s'intresse ds 1975 aux possibilits que l'informatique offre  l'criture
littraire. En 1981 il est un des cofondateurs de l'ALAMO (Atelier de
littrature assiste par la mathmatique et les ordinateurs) et,  ce titre,
conseiller auprs de la BPI (Bibliothque publique d'information) pour les
expositions "Les Immatriaux" et "Mmoires du futur". En 1985 il conoit pour
l'INA (Institut national de l'audiovisuel) et France Tlcom le premier scnario
de tlvision interactive, diffus alors par Canal +. Depuis 1989, il ralise
des logiciels d'criture principalement utiliss lors d'expositions ou de
manifestations publiques, notamment Un roman inachev pour le stand du ministre
de la Culture au MILIA (March international du livre illustr et des nouveaux
mdias)  Cannes et au MIM (March international du multimdia de Montral) en
1995, Romans (Roman) pour l'exposition "Artifices" de novembre 1996 ou sous
forme de spectacles comme Trois mythologies et un pote aveugle, premire oeuvre
gnrative collaborant avec un gnrateur musical. Il a actuellement en chantier
un opra numrique, Barbe-Bleue, rsultat de la collaboration de trois
gnrateurs: gnrateur de texte (le sien), gnrateur de musique (Alexandre
Raskatov) et gnrateur de scnographie (Michel Jaffrennou). Il est galement
l'auteur de Trajectoires, un roman gnratif en ligne.

*Entretien du 28 janvier 2001

= En quoi consiste exactement votre activit lie  l'internet?

La production d'oeuvres artistiques.

= Comment voyez-vous l'avenir?

De faon rsolument optimiste.

= Les possibilits offertes par l'hyperlien ont-elles chang votre mode
d'criture?

L'hyperlien: non; l'informatique: oui puisque j'utilise essentiellement des
gnrateurs d'criture que j'ai crs moi-mme.

= Utilisez-vous encore beaucoup le papier?

Bien sr, depuis le papier toilette en passant par le papier torchon, galement
pour allumer ma chemine car c'est un excellent combustible... Comme je voyage
beaucoup, il m'arrive aussi de lire un peu de tout mais personnellement, je ne
l'utilise gure dans mon travail personnel, j'ai vraiment l'habitude de tout
faire sur cran...

= Quel est votre sentiment sur le livre lectronique?

Trs mitig, j'attends de voir concrtement comment ils fonctionnent et si les
diteurs sont capables de proposer des produits spcifiques  ce support car, si
c'est pour reproduire uniquement des livres imprims, je suis assez sceptique.
L'histoire des techniques montre qu'une technique n'est adopte que si - et
seulement si... - elle apporte des avantages concrets et consquents par rapport
aux techniques auxquelles elle prtend se substituer. Je viens de publier deux
nouvelles sur ce sujet, une dans la revue La Mazarine intitule justement Le
livre et une autre dans la revue Autrement consacre au "livre de chevet" et
intitule Les chambres, vous pouvez y trouver une rponse plus "taye".

= Quel est votre avis sur les dbats relatifs au respect du droit d'auteur sur
le web?

Je ne suis pas cela de trs prs. Je crois que vouloir appliquer des lois faites
pour le papier  un autre mdium est une erreur. Un peu comme si on voulait
facturer le tlphone en exigeant que les utilisateurs achtent des timbres pour
payer leurs conversations...

= Quelles sont vos suggestions pour un vritable multilinguisme sur le web?

Ah bon!... Ce n'est pas multilingue? Je croyais pourtant car il m'arrive de
naviguer en italien, franais, espagnol, arabe, chinois, flamand, etc...
Voulez-vous dire francophone pour multilingue? Si c'est l'anglais que vous
visez, internet ne fait que reproduire sa situation de langue internationale
d'change. Est-ce  dire qu'il n'en faudrait pas? Je n'en suis pas si sr...

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

Posez la question aux producteurs de cinma et aux salles de projection... Le
son est une solution, les claviers adapts en sont une autre, je ne sais s'il
existe des crans spcialiss, mais peut-tre... On peut aussi imaginer des
interactions sonores, Denize en a utilis quelques-unes dans son cdrom
Machines  crire (publi chez Gallimard en 1999, ndlr).

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Il y a tant de livres l-dessus, rpondre en quelques lignes est une gageure ou
une marque de mpris ou un manque de srieux ou une preuve d'inconscience ou une
manifestation d'orgueil...

= Et la socit de l'information?

Je fais l-dessus un cours de 37 h 30...

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Pas un en particulier. Disons que je suis heureux chaque fois que a marche...
et ce n'est hlas pas si souvent...

= Quel est votre pire souvenir li  l'internet?

Mme rponse qu' la question prcdente mais inverse...

*Entretien du 27 fvrier 2002

Dernier-n de la cyber-littrature, le mail-roman utilise le canal du courrier
lectronique. Cette exprience est tente pour la premire fois par Jean-Pierre
Balpe en t 2001 dans Rien n'est sans dire. Pendant trs exactement cent jours,
il crit un chapitre diffus quotidiennement auprs de 500 personnes - ses
proches, ses amis, ses collgues, etc. - en y intgrant les rponses et les
ractions des lecteurs. Racont par un narrateur, ce mail-roman est l'histoire
de Stanislas et Zita et de leur passion tragique dchire par une sombre
histoire politique.

= Comment vous est venue l'ide d'un feuilleton par mail auprs de vos amis et
connaissances?

Tout naturellement, d'une part en me demandant depuis quelque temps dj ce
qu'internet peut apporter sur le plan de la forme  la littrature (mais vous
savez que ce point-l est une de mes obsessions...) et, d'autre part, en lisant
de la littrature "pistolaire" du 18e sicle, ces fameux "romans par lettres".
Il suffit alors de transposer: que peut tre le "roman par lettres" aujourd'hui?
Vous tirez un fil et le reste en dcoule tout naturellement...

Ceci dit, mes "amis et connaissances" sont le point d'entre. Ensuite, le projet
s'est diffus et je suis loin de connatre tous les lecteurs auxquels j'envoyais
ce roman journalier.

= Le droulement de ce feuilleton a-t-il correspondu  vos attentes?

Ce n'est pas vraiment un feuilleton: un feuilleton aurait pu tre crit 
l'avance et diffus au fur et  mesure, or, en m'obligeant  intgrer les
rponses ou les ractions des lecteurs, mon rythme d'criture devait tre
absolument quotidien. Or, pensez qu'il y a 10 puissance 30 lectures possibles de
ce roman...

Oui ET non: au dpart je n'avais pas d'attente, donc oui... De plus, si je
n'avais pas d'attentes (un vieux cynique a toujours une vision pessimiste de la
nature humaine... ne parlons donc pas de sa crativit...) je savais jusqu'o
j'tais prt  aller. Par exemple, je proposais aux lecteurs de participer au
roman mais je n'ai jamais propos qu'ils me remplacent: je voulais rester le
matre (ah mais...). Ce qui m'amusait, c'tait d'intgrer, dans une trame et une
vise que je m'tais  peu prs donnes, les propositions, y compris les plus
farfelues, sans qu'elles paraissent comme telles et sans que je "vende mon me
au diable".

NON car j'ai quand mme t un peu surpris du "classicisme" des propositions de
lecteurs : on y retrouvait quand mme assez massivement les lieux communs les
plus culs (pardon pour le jeu de mot...) des feuilletons tlviss. Si je me
laissais faire, nous n'tions pas loin du loft. D'ailleurs, significativement,
parce que c'tait la priode de diffusion de cette mission, plusieurs lecteurs
y font rfrence dans leurs envois et essaient de m'entraner sur ce terrain.
Autrement dit, le plus surprenant peut-tre est que des lecteurs qui
s'inscrivaient volontairement  une exprience "littraire" n'avaient de cesse
de regarder du ct de la non-littrature, de la banalit et du lieu commun...

= Le droulement de ce mail-roman vous a-t-il rserv des surprises?

J'ai rpondu en partie: peu de surprises car les lecteurs n'ont rien amen de
rellement original qui aurait pu me surprendre. Nous tions un peu sur le
territoire de l'attendu, du conventionnel, en gros d'un ralisme 19e sicle
(mme si certaines propositions croyaient le fuir vers le provocateur... en gros
le cul...). Aucune proposition, par exemple, n'entranait un changement de forme
alors que le projet tait formel pour ne pas dire formaliste. La seule surprise
peut-tre est venue d'un lecteur qui m'a, en change, envoy son propre roman
que j'ai intgr au mien...

= Quelles conclusions tirez-vous de cette exprience?

Plusieurs:

- d'abord c'est un "genre": depuis plusieurs personnes m'ont dit lancer aussi un
mail-roman;

- ensuite j'ai aperu quantit de possibilits que je n'ai pas exploites et que
je me rserve pour un ventuel travail ultrieur;

- la contrainte du temps est ainsi trs intressante  exploiter: le temps de
l'criture bien sr, mais aussi celui de la lecture: ce n'est pas rien de mettre
quelqu'un devant la ncessit de lire, chaque jour, une page de roman. Ce
"pacte" a quelque chose de diabolique;

- le renforcement de ma conviction que les technologies numriques sont une
chance extraordinaire du renouvellement du littraire.

= Pensez-vous renouveler cette exprience  l'occasion?

Oui... Mais il me faut du temps. Le principal problme (ne riez pas...) est que
c'est gratuit et qu'il n'y a aucun moyen de gagner de l'argent avec ce type de
travail. Il faut donc le faire " temps perdu", c'est--dire quand on est ni
oblig de faire autre chose ni quand on est pay pour faire autre chose. J'y
pense donc, j'ai un certain nombre d'ides que je crois intressantes, mais je
ne peux donner ni date ni certitude. En plus, j'ai un temprament assez
"contextuel", j'aime bien les "commandes", les "contraintes" extrieures, je
n'aime pas me "rpter", faire un autre roman internet comme Trajectoires
(www.trajectoires.com) ou ce mail-roman ne me passionne pas, si je le fais, ce
sera sous une forme encore trs diffrente, etc. Comme mes autres projets
fonctionnent bien et me prennent du temps... Mais je n'ai que 60 ans et donc
l'avenir devant moi. Dans les quarante ans  venir, je trouverai bien le moyen
de revenir au mail-roman d'une autre faon...


EMMANUEL BARTHE (Paris)


#Documentaliste juridique et responsable informatique chez Coutrelis & Associs,
cabinet d'avocats - Modrateur et animateur de la liste de discussion
Juriconnexion

* Entretien du 22 octobre 2000

= Pouvez-vous vous prsenter?

Je suis documentaliste juridique et responsable informatique chez Coutrelis &
Associs, un cabinet d'avocats. Les principaux domaines de travail du cabinet
sont le droit communautaire, le droit de l'alimentation, le droit de la
concurrence et le droit douanier. Auparavant, j'ai t responsable pendant cinq
ans de la documentation du cabinet d'avocat Stibbe Simont Monahan Duhot &
Giroux, dont j'ai mis en place les structures et les collections. J'ai galement
effectu une mission de six mois chez Korn/Ferry International, un important
cabinet de recrutement,  l'occasion de sa fusion avec Vuchot & Associs. J'ai
alors travaill sur l'installation du nouveau systme informatique et la fusion
des bases de candidats gres par les deux cabinets.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Je fais de la saisie indexation, et je conois et gre les bases de donnes
internes. Pour des recherches documentaires difficiles, je les fais moi-mme ou
bien je conseille le juriste. Je suis aussi responsable informatique et tlcoms
du Cabinet: conseils pour les achats, assistance et formation des utilisateurs.

De plus, j'assure la veille, la slection et le catalogage de sites web
juridiques: titre, auteur et bref descriptif. Je suis galement formateur
internet juridique aussi bien  l'intrieur de mon entreprise qu' l'extrieur
lors de stages de formation.

Membre du conseil d'administration de Juriconnexion, je m'y suis spcialis dans
les CD-Rom puis l'internet juridique. Depuis l'automne 1999, je m'occupe de
modrer et d'animer la liste de discussion Juriconnexion.

= Quel est le rle de l'association Juriconnexion?

L'association Juriconnexion a pour but la promotion de l'lectronique juridique,
c'est  dire la documentation juridique sur support lectronique et la diffusion
des donnes publiques juridiques. Elle organise des rencontres entre les
utilisateurs et les diteurs juridiques et de bases de donnes, ainsi qu'une
journe annuelle sur un thme. Celle du 23 novembre 2000 portait sur les sites
juridiques francophones.

Vis--vis des autorits publiques, Juriconnexion a un rle de mdiateur et de
lobbying  la fois. L'association, notamment, est favorable  la diffusion
gratuite sur internet des donnes juridiques produites par le Journal officiel
et les tribunaux. Les bibliothcaires-documentalistes juridiques reprsentent la
majorit des membres de l'association, suivis par certains reprsentants des
diteurs et des juristes. Juriconnexion a cr la liste de discussion du mme
nom, qui traite des mmes sujets mais reste ouverte aux non-membres.

= Quelles sont vos suggestions concernant le respect du droit d'auteur sur le
web?

 titre personnel, je pense que la proprit intellectuelle va devoir s'adapter
aux nouvelles conditions cres par internet, c'est--dire une copie 
l'identique et une diffusion  de trs nombreux exemplaires, devenues trs
faciles et d'un trs faible cot, la difficult d'un contrle exhaustif et
systmatique et l'existence d'un esprit internet dfendant la gratuit et le
respect de la vie prive et de l'anonymat.

Dans ce contexte, pour prserver une rmunration des auteurs et des diteurs,
il me semble qu'une des voies envisageables repose sur une baisse trs forte des
prix unitaires en audio et vido. Il s'agit donc de maximiser le versement des
droits lors de la toute premire diffusion. Vis--vis du grand public, une autre
possibilit consisterait en un cryptage fort des donnes et une vrification
automatique et obligatoire des licences. Les "majors" amricaines et allemandes
s'orientent clairement vers une solution de ce type.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure rpartition des langues sur le
web?

Des signes rcents laissent penser qu'il suffit de laisser les langues telles
qu'elles sont actuellement sur le web. En effet les langues autres que l'anglais
se dveloppent avec l'accroissement du nombre de sites web nationaux s'adressant
spcifiquement aux publics nationaux, afin de les attirer vers internet. Il
suffit de regarder l'accroissement du nombre de langues disponibles dans les
interfaces des moteurs de recherche gnralistes.

Il serait nanmoins utile (et bnfique pour un meilleur quilibre des langues)
de disposer de logiciels de traduction automatique de meilleure qualit et 
trs bas prix sur internet. La rcente mise sur le web du GDT (Grand
dictionnaire terminologique, rdig par l'Office de la langue franaise du
Qubec) va dans ce sens.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Professionnellement, j'utilise encore beaucoup le papier, mais nettement moins
les ouvrages que la presse et les sorties papier de documents, de textes
officiels et de jurisprudence. Chez moi, j'ai un faible pour les beaux livres:
livres d'art et ditions originales de recueils de posie.

= Le papier a-t-il encore de beaux jours devant lui?

Ce support a mieux que de beaux jours devant lui: il a un avenir. En effet, les
avantages du papier sont insurpassables:

- la facilit et le confort de lecture, bien suprieurs aux possibilits des
meilleurs crans informatiques (21 pouces y compris);

- une visualisation tridimensionnelle des informations, qui entrane une
meilleure reprsentation mentale des informations. Celles-ci sont alors plus
faciles  comprendre et  manipuler.

Pour bien me faire comprendre, je vais prendre l'exemple suivant que je connais
par coeur: un juriste travaille couramment avec quatre ouvrages ouverts sur sa
table et consults en mme temps ou immdiatement l'un aprs l'autre: un code
(recueil de textes officiels annots), une revue juridique, un recueil de
jurisprudence et une encyclopdie juridique. Imaginons qu'il possde la version
lectronique de chacune de ces publications ou leur runion (a existe). Afin de
ne pas compliquer la dmonstration, je laisse de ct le fait que notre
professionnel du droit doit aussi avoir sous les yeux le dossier de son client
et la consultation ou la plaidoirie qu'il doit rdiger pour lui.

Sur cran, passer d'un ouvrage ou d'un document  l'autre impose  notre juriste
press de perdre de vue l'ouvrage ou le document prcdent, sauf cran 21 pouces
(prix de dpart: 5.500 FF HT, le prix d'un PC de base). L'cran d'ordinateur,
aussi grand soit-il, ne peut afficher, dans le meilleur des cas, que deux pages
A4 et ne permet pas de feuilleter le ou les ouvrages lectroniques. Autant dire
que le juriste, mme partisan de l'informatisation, a bien du mal  se reprer
dans un monde d'une surface de 21 pouces et sans profondeur.

Alors qu'avec le papier:

- il a  sa disposition la possibilit de feuilleter rapidement le contenu des
ouvrages quand (ce qui est frquent) il ne sait pas encore exactement ce qu'il
cherche;

- il visualise les informations en trois dimensions partout dans son bureau,
donc dans un espace d'environ 10 m2 de surface et 2 m de haut, ce qui est
infiniment plus vaste que les 21 pouces maximum sans paisseur de son cran;

- a ne tombe jamais en panne!

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

A priori (puisque je ne possde pas de livre lectronique) je n'ai pas un
enthousiasme dlirant: le livre lectronique n'offre en effet pas les avantages
du support papier et il implique l'achat d'un matriel supplmentaire. A la
limite, affiches sur un cran correct (17 pouces et une bonne carte graphique),
les capacits de mise en page du format HTML me semblent suffisantes. Et pour
une qualit de mise en page optimale, il existe dj le format PDF d'Acrobat,
parfaitement lisible sur les PC et les Mac.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Je ne visualise pas le cyberespace comme vritable espace physique mais comme un
immense mdia nanmoins concentr en un lieu unique: l'cran de l'ordinateur. En
revanche, je conois/pense le cyberespace comme un forum ou une assemble
antique: beaucoup d'animation, diversit des opinions, des discours, des gens
qui se cachent dans les recoins, des personnes qui ne se parlent pas, d'autres
qui ne parlent qu'entre eux...

= Et la socit de l'information?

Il s'agit nettement moins d'une "socit" de l'information que d'une conomie de
l'information. J'espre que la socit, elle, ne sera jamais domine par
l'information, mais restera cimente par des liens entre les hommes de toute
nature, qu'ils communiquent bien ou mal, peu ou beaucoup.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Parmi mes bons souvenirs, je pense  ma premire publication sur le web: celle
de mon bookmark sur le site ForInt Law (Foreign and International Law), en 1996,
grce  la webmestre de ce site, une collgue bibliothcaire juridique dans une
universit amricaine. Je pourrais aussi citer les (trop rares) dcouvertes de
sites juridiques franais dots d'un rel contenu (un contenu indit et de
valeur) et les remerciements que j'ai reus pour la rdaction de la FAQ (foire
aux questions) de la liste de discussion de Juriconnexion que j'ai rcemment
rdige.

= Et votre pire souvenir?

Le pire, ce fut la destruction involontaire de mon fichier bookmark de Netscape,
 une poque o il tait heureusement moins volumineux qu'aujourd'hui.  partir
d'une sauvegarde ancienne, j'ai d retrouver, de mmoire, prs d'un tiers des
URL et rcrire les descriptions des sites.

*Entretien du 4 mai 2001

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Rien de spcial, si ce n'est que le ct informatique et internet est maintenant
bien ancr dans mon travail. Le travail d'animation et de modration de la liste
Juriconnexion porte ses fruits puisque nous approchons les 400 membres.


ROBERT BEARD (Pennsylvanie)


#Co-fondateur de yourDictionary.com, portail de rfrence pour les langues

Cr par Robert Beard en 1999, dans le prolongement de son ancien site "A Web of
Online Dictionaries", intgr  celui-ci le 15 fvrier 2000. Ce portail majeur
est consacr aux dictionnaires - 1.500 dictionnaires dans 230 langues - et aux
langues en gnral (vocabulaires, grammaires, apprentissage des langues, etc.).
En tant que portail de toutes les langues sans exception, il accorde une
importance particulire aux langues minoritaires et menaces.

*Entretien du 1er septembre 1998 (entretien original en anglais)

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

En tant que professeur de langues, je pense que le web prsente une plthore de
nouvelles ressources disponibles dans la langue tudie, de nouveaux instruments
d'apprentissage (exercices interactifs Java et Shockwave) et de test, qui sont 
la disposition des tudiants quand ceux-ci en ont le temps ou l'envie, 24 heures
/ 24 et 7 jours / 7. Aussi bien pour mes collgues que pour moi, et bien sr
pour notre tablissement, l'internet nous permet aussi de publier pratiquement
sans limitation.

= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?

On a d'abord craint que le web reprsente un danger pour le multilinguisme,
tant donn que le langage HTML et d'autres langages de programmation sont bass
sur l'anglais et qu'on trouve tout simplement plus de sites web en anglais que
dans toute autre langue. Cependant, les sites web que je gre montrent que le
multilinguisme est trs prsent et que le web peut en fait permettre de
prserver des langues menaces de disparition. Je propose maintenant des liens
vers des dictionnaires dans 150 langues diffrentes et des grammaires dans 65
langues diffrentes. De plus, comme ceux qui dveloppent les navigateurs
manifestent une attention nouvelle pour la diversit des langues dans le monde,
ceci va encourager la prsence de davantage encore de sites web dans diffrentes
langues.

= Comment voyez-vous l'avenir?

L'internet nous offrira tout le matriel pdagogique dont nous pouvons rver, y
compris des notes de lecture, exercices, tests, valuations et exercices
interactifs plus efficaces que par le pass parce que reposant davantage sur la
notion de communication. Le web sera une encyclopdie du monde faite par le
monde pour le monde. Il n'y aura plus d'informations ni de connaissances utiles
qui ne soient pas diponibles, si bien que l'obstacle principal  la
comprhension internationale et interpersonnelle et au dveloppement personnel
et institutionnel sera lev. Il faudrait une imagination plus dbordante que la
mienne pour prdire l'effet de ces dveloppements sur l'humanit.

*Entretien du 17 janvier 2000 (entretien original en anglais)

= En quoi consiste exactement yourDictionary.com?

"A Web of Online Dictionaries" (WOD) est maintenant intgr 
yourDictionary.com. Le nouveau site indexe 1.200 dictionnaires dans 200 langues
diffrentes. Outre le WOD, il comprend: le mot du jour, des jeux de mots, un
groupe de discussion sur les langues, des grammaires en ligne (incluant des
grammaires dans de nouvelles langues), des lments de base sur la linguistique,
des dictionnaires multilingues, des dictionnaires spcialiss de langue
anglaise, des thsaurus et outils de vocabulaire, des outils permettant
d'identifier des langues, des index de dictionnaires, etc.

YourDictionary.com a pour objectif d'tre le premier portail et la principale
ressource en langues sur le web. Nous sommes en train de rassembler des
dictionnaires et grammaires dans toutes les langues, avec un souci particulier
pour les langues menaces. Le site est supervis par un comit d'experts
linguistiques du monde entier.

= Quelle est exactement votre activit?

Je suis le fondateur et le grant du site, et je suis membre du conseil
d'administration de la socit yourDictionary.com, Inc. Professeur 
l'Universit de Bucknell, je prends ma retraite au printemps, date  laquelle je
dois retirer mes sites des serveurs de l'universit. Je pense que la socit
yourDictionary.com gnrera les ressources me permettant de continuer mon
travail.

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Nos nouvelles ides sont nombreuses. Nous projetons de travailler avec le
Endangered Language Fund aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne pour rassembler
des fonds pour cette fondation et nous publierons les rsultats sur notre site.
Nous aurons des groupes de discussion et des bulletins d'information sur les
langues. Il y aura des jeux de langue destins  se distraire et  apprendre les
bases de la linguistique. La page "Linguistic Fun" (lments de base sur la
linguistique) deviendra un journal en ligne avec des extraits courts,
intressants et mme amusants dans diffrentes langues, choisis par des experts
du monde entier.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

L'accs libre n'est jamais gratuit, puisque ce sont des personnes salaries qui
dveloppent les applications en accs libre appartenant au domaine public. Mon
site web est gratuit, et il n'tait pas une affaire commerciale tant que
l'Universit de Bucknell m'a vers un salaire et m'a fait bnficier de ses
propres services d'accs  l'internet. Maintenant que je prends ma retraite et
que je dois retirer mes sites des serveurs de Bucknell, j'ai eu le choix entre
supprimer mes sites, les vendre ou gnrer des revenus permettant de continuer
cette activit. J'ai choisi la dernire solution. Les ressources disponibles
resteront gratuites parce que nous offrirons d'autres services qui seront
payants. Ces services seront bass sur les rgles du copyright pour garantir le
versement des fonds  la bonne source.

En ce qui concerne le dbat (et les actions judiciaires) sur les liens, je pense
qu'il y a excs dans l'application du copyright. Un lien vers un autre site
devrait appartenir au site qui cre le lien. Il est normal de crer des liens
vers d'autres sites web appartenant  un rseau public. Si des sites ne
souhaitent pas tre sur un rseau public, ils peuvent crer un rseau priv.
Ceci mne  la conclusion que les sites pornographiques peuvent proposer des
liens vers d'autres sites du mme type, conclusion qui peut en inquiter
certains. Je ne vois toutefois pas de problme immdiat  cela dans la mesure o
les liens ne sortent pas de ce cadre.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Si l'anglais domine encore le web, on voit s'accentuer le dveloppement de sites
monolingues et non anglophones du fait des solutions varies apportes aux
problmes de caractres. Les langues menaces sont essentiellement des langues
non crites (un tiers seulement des 6.000 langues existant dans le monde sont 
la fois crites et parles). Je ne pense pourtant pas que le web va contribuer 
la perte de l'identit des langues et j'ai mme le sentiment que,  long terme,
il va renforcer cette identit. Par exemple, de plus en plus d'Indiens
d'Amrique contactent des linguistes pour leur demander d'crire la grammaire de
leur langue et de les aider  laborer des dictionnaires. Pour eux, le web est
un instrument  la fois accessible et trs prcieux d'expression culturelle.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Mon propre site web, dont la popularit continue de me stupfier. Je reois
quotidiennement une douzaine de lettres de visiteurs, dont la moiti au moins me
flicite pour mon travail. Je ne veux pas tomber dans une autosatisfaction
dmesure, mais ces compliments me font trs plaisir. Je suis galement
stupfait du fait que, six ans seulement aprs les dbuts du web, je puisse
dnombrer plus de 1.200 dictionnaires en ligne qui soient dignes d'intrt, dans
plus de 200 langues diffrentes.

= Et votre pire souvenir?

Mon pire souvenir a t de voir mon site web copi sans mention de mon nom. Mais
j'ai toujours pu rsoudre ce problme. En gnral, mes souvenirs lis 
l'internet sont positifs et ils le seront plus encore si yourDictionary.com a du
succs.


MICHAEL BEHRENS (Bielefeld, Allemagne)


#Responsable de la bibliothque numrique de la Bibliothque universitaire de
Bielefeld

*Entretien du 25 septembre 1998 (entretien original en anglais)

= Quand votre bibliothque numrique a-t-elle dbut?

Tout dpend de ce qu'on entend par ce terme. Pour certains de mes collgues,
"bibliothque numrique" signifie tout ce qui, de prs ou de loin, a trait 
l'internet. La bibliothque a inaugur son propre serveur durant l't 1995. Je
ne peux pas vous donner de date prcise parce qu'il nous a fallu du temps pour
que tout fonctionne de manire satisfaisante. Auparavant, la plupart des
services tait accessible par le biais de Telnet, qui n'tait pas beaucoup
utilis par nos clients, malgr le fait qu'ils y aient accs  domicile. A cette
poque, pratiquement personne n'avait d'accs internet chez soi... C'est en
novembre 1996 que nous avons commenc  numriser des livres rares provenant de
notre bibliothque ou du prt inter-bibliothques.

= Combien d'oeuvres numrises avez-vous?

Au cours de la premire phase de nos essais - entre novembre 1996 et juin 1997 -
38 imprims rares ont t numriss en mode image pour consultation sur le web.
Au mme moment, on a prpar aussi quelques documents numriques pour
accompagner des cours de l'universit (des extraits de documents imprims
numriss en mode image). Pour des raisons lies au droit d'auteur, ces
documents ne sont pas disponibles hors du campus. L'tape suivante - que nous
venons de terminer - est la numrisation du Berlinische Monatsschrift (Revue
mensuelle de Berlin), un priodique allemand datant du Sicle des lumires, qui
reprsente 58 volumes, 2.574 articles et 30.626 pages. On prvoit maintenant une
numrisation  plus grande chelle de priodiques allemands des 18e et 19e
sicles, ce qui correspond  environ un million de pages. Ces priodiques ne
seraient pas seulement ceux de la bibliothque, mais le projet serait coordonn
ici, et une partie de la ralisation technique serait galement effectue sur
place.


MICHEL BENOIT (Montral)


#Ecrivain, utilise l'internet comme outil de recherche, de communication et
d'ouverture au monde

Michel Benot crit des nouvelles (polars, rcits noirs, histoires
fantastiques). C'est un passionn de la vie, avec toutes ses contradictions.
Professeur de maths et de sciences, il aime - et pas ncessairement dans le bon
ordre - la course de Formule 1, la lecture, ses enfants, l'informatique, la
pche, Rimbaud, la chasse, le jazz, et la nature sous toutes ses formes.

*Entretien du 29 juin 2000

= Pensez-vous crer un jour un site web?

Je ne sais pas si je crerai un jour un site web. Je pense que non. Tout comme
je sais que je ne ferai jamais de sculpture ou ne composerai jamais de
symphonie. Pour moi, la construction d'un site web est un art du type "arts
appliqus". Il y a des millions de sites qui sont crs en ce moment. La trs
grande majorit prendra ventuellement le chemin de la poubelle de l'histoire.
Il est facile d'imaginer un web compltement satur, et a me devrait pas
tarder. Les fournisseurs pourraient dcrter que tout site qui ne reoit pas
plus de (xx) visites par mois soit limin. Un peu comme toutes ces oeuvres
d'art (???) des sicles passs qui ont disparu du paysage culturel, et on ne
peut pas dire que a a vraiment chang le cours de l'histoire humaine. Donc
laissons aux futurs Rembrandt du clavier le soin de charmer nos yeux.
Personnellement, je me garderai de m'en mler.

= Que reprsente l'internet pour vous?

J'cris. Donc naturellement l'internet s'est impos  moi comme outil de
recherche et de communication, essentiellement. Non, pas essentiellement.
Ouverture sur le monde aussi. Si l'on pense: recherche, on pense: information.
Voyez-vous, si l'on pense: criture, rflexion, on pense: connaissance,
recherche. Donc on va sur la toile pour tout, pour une ide, une image, une
explication. Un discours prononc il y a vingt ans, une peinture expose dans un
muse  l'autre bout du monde. On peut donner une ide  quelqu'un qu'on n'a
jamais vu, et en recevoir de mme.

La toile, c'est le monde au clic de la souris. On pourrait penser que c'est un
beau clich. Peut-tre bien,  moins de prendre conscience de toutes les
implications de la chose. L'instantanit, l'information tout de suite,
maintenant. Plus besoin de fouiller, de se taper des heures de recherche. On est
en train de faire, de produire. On a besoin d'une information. On va la
chercher, immdiatement. De plus, on a accs aux plus grandes bibliothques, aux
plus importants journaux, aux muses les plus prestigieux. On pense  une toile
d'un grand peintre, un instant plus tard, on l'a devant les yeux, on peut
l'imprimer pour l'tudier plus en dtail. Il y a une guerre quelque part dans le
monde, un instant plus tard, on lit les communiqus de propagande d'un ct et
de l'autre. La toile, le web, est en train de donner son vrai sens au village
global, Gaa, la terre-mre.

= Comment voyez-vous l'avenir?

En ce moment, juin 2000, il est extrmement difficile de faire quelque
prdiction que ce soit sur le futur d'internet. Toute prospective le moindrement
pointue, techniquement par exemple, sur l'volution du net sera certainement
farfelue dans un futur plus ou moins rapproch. On peut y aller d'ides, encore
que a doit tre trs gnral. Pas par crainte d'tre ridicule, le ridicule ne
tue pas, c'est connu. Non, par souci d'honntet, tout simplement.

Mon avenir professionnel en inter-relation avec le net, je le vois exploser.
Plus rapide, plus complet, plus productif. Je me vois faire en une semaine ce
qui m'aurait pris des mois. Plus beau, plus esthtique. Je me vois russir des
travaux plus raffins, d'une facture plus professionnelle, mme et surtout dans
des domaines connexes  mon travail, comme la typographie, o je n'ai aucune
comptence. La prsentation, le transport de textes, par exemple. Le travail
simultan de plusieurs personnes qui seront sur des continents diffrents.
Arriver  un consensus en quelques heures sur un projet, alors qu'avant le net,
il aurait fallu plusieurs semaines, parlons de mois entre les francophones. Plus
le net ira se complexifiant, plus l'utilisation du net deviendra profitable,
ncessaire, essentielle.

Parenthse: est-il si farfelu de penser que les historiens des annes 2100
considreront l'avnement du net comme un vnement aussi, sinon plus, important
que la rvolution industrielle? Le feu, l'agriculture, la rvolution
industrielle, le net. On en est rendu  la "rvolution continue de l'Evolution".

a me fait penser  ce merveilleux texte Desiderata, dcouvert dans l'glise
Saint-Paul  Baltimore en 1693, je pense. J'en cite de mmoire une phrase qui me
hante: "Que vous le compreniez ou non, que vous le vouliez ou non (c'est
peut-tre de moi), l'univers volue comme il se doit." J'y crois. Je crois
sincrement qu'au travers l'incroyable dsordre de l'Evolution, il n'y a rien
qui soit soumis au hasard. "Dieu n'a pas cr un monde soumis au hasard", disait
Einstein  Bohr lors d'une de leurs homriques prises de bec.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Beau noeud de vipres, cette affaire. Non pas les dbats sur la reproduction par
le net, mais la reproduction elle-mme. La musique, le cinma, la littrature,
tout va y passer. Peut-tre suis-je trop optimiste, mais je crois que ce qui est
un problme aujourd'hui trouvera sa solution demain. Lors de l'avnement de la
photocopie, on s'est pos les mmes questions. C'est vident qu'il y a eu des
abus. Beaucoup d'auteurs ont t joyeusement flous par des enseignants  la
moralit douteuse qui photocopiaient, sans vergogne, des textes protgs par des
droits d'auteur. Les choses se replacent et plusieurs pays ont vot des lois
svres  ce sujet. Idem pour la reproduction lectronique, soit d'oeuvres
musicales ou visuelles, on ne peut plus faire n'importe quoi sans qu'il en
cote. Je pense qu'il en sera de mme pour les documents informatiques,
programmes, textes, utilitaires ou autres. Les CD, jeux, musique ou vidos
seront incopiables parce qu'ils auront des programmes autodestructeurs insrs
dans leurs trames numriques. Science-fiction? La science-fiction d'aujourd'hui
est la ralit de demain, demandez  vos grands-mres.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Lorsqu'un problme affecte une structure, quelle qu'elle soit, j'ai toujours
tendance  imaginer que c'est techniquement que le problme trouve sa solution.
Vous connaissez cette thorie? Si les Romains avaient trouv le moyen d'enlever
le plomb de leur couvert d'tain, Nron ne serait jamais devenu fou et n'aurait
jamais incendi Rome. Escusi, farfelu? Peut-tre que oui, peut-tre que non. E
que save? L'internet multilingue? Demain, ou aprs demain au plus. Voyons,
pensez au premier ordinateur, il y a de cela un peu plus que cinquante ans. Un
tage au complet pour faire  peine plus que les quatre oprations de base. Dans
ce temps-l, un bug, c'tait vritablement une mouche - ou autre insecte - qui
s'insrait entre les lecteurs optiques. De nos jours (2000), un carte de 3 cm x
5 cm fait la mme chose. La traduction instantane: demain, aprs-demain au
plus.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Les mails que j'changeais avec les gens de B-52, la radio libre et clandestine
de Serbie, pendant le conflit du Kosovo. En 1978, j'ai visit cette rgion. Je
pouvais sentir leurs souffrances, leurs anxits, leurs espoirs. C'est vrai que
je me sentais impuissant devant le drame qui se jouait  des milliers de
kilomtres de chez moi, mais, au moins, je pouvais parler, tmoigner.

= Et votre pire souvenir?

Les quelques rares visites que j'ai faites sur les chats. Le vide, l'ennui qui
s'y distille. L'inculture qui s'y exprime aussi. Dsolant, en mme temps
paniquant. Quelqu'un qui crit: "Ya man, yyyyyyeeeeeeesssssss, j't'aim 4 ever my
luuuuuuvvvvvvvvvvvv" me semble incroyablement dsespr. Un jour, les
travailleurs de rue, qui s'occupent actuellement des itinrants et des drogus,
travailleront sur le net  rcuprer cette humanit souffrante. Je pense
sincrement que, avec la porno, le chat est la poubelle du net. C'est tout ce
que j'en pense, et c'est dj trop.

= Une citation qui vous est chre?

Harlan Ellison a crit ces mots magnifiques: "cris. N'aie pas peur. Ne les
laisse pas t'effrayer. Ils ne peuvent rien te faire. Un crivain crit toujours.
Il est fait pour a. Si on ne veut pas te laisser crire ce que tu veux, si on
te dmolit sur le march, alors cherche un autre march. Fais tout ce que tu
peux, mais cris. Si tu dis: 'ils me tuent', alors tu es foutu. Parce que tout
ce qu'un crivain a d'essentiel  vendre, c'est son courage. S'il n'en a pas, il
est le plus minable des lches. C'est un foireux et un hrtique, parce
qu'crire est une tche sacre."


GUY BERTRAND & CYNTHIA DELISLE (Montral)


#Respectivement directeur scientifique et consultante au CEVEIL (Centre
d'expertise et de veille inforoutes et langues)

Cr en 1995, le CEVEIL est un organisme qubcois qui s'intresse 
l'utilisation et au traitement des langues sur les inforoutes dans une optique
francophone, via des activits de veille et la cration d'un rseau d'changes
et d'expertise. Le CEVEIL s'intresse galement aux industries de la langue en
gnral (reconnaissance vocale, traduction automatique, reconnaissance optique
de caractres, etc.) et  des domaines d'activit connexes, tels la gestion
stratgique de l'information, la gestion des connaissances, la normalisation, la
standardisation, etc. Le CEVEIL fait partie du CEFRIO (Centre francophone
d'information des organisations).

*Entretien du 23 aot 1998

= Quel est l'apport de l'internet pour votre organisme?

Mentionnons, tout d'abord, que l'existence du web constitue en soi une des
raisons d'tre du CEVEIL, puisque nous concentrons nos activits principalement
autour de la thmatique de l'utilisation et du traitement des langues sur
internet.

Par ailleurs, le web est notre principal terrain de cueillette d'information sur
les thmatiques qui nous proccupent. Nous procdons notamment  une
frquentation assidue des sites abordant nos thmatiques de travail - plus
particulirement des sites diffusant des nouvelles quotidiennes et/ou
hebdomadaires. A ce niveau, on peut affirmer sans hsitation que nous exploitons
davantage internet que les diverses ressources crites disponibles pour raliser
nos activits.

Dans un ordre d'ides un peu diffrent, nous utilisons abondamment le courriel
pour entretenir des relations avec les intervenants du milieu et ainsi obtenir
des informations et mener  bien divers projets. Le CEVEIL est une
structure-rseau qui survivrait difficilement sans internet pour relier toutes
les personnes impliques.

Enfin, il convient de signaler que le web constitue galement notre plus
important outil pour la diffusion de nos produits aux clientles-cibles: envoi
de bulletins lectroniques de nouvelles  nos abonns, cration d'un priodique
lectronique, diffusion d'information et de documents via notre site web, etc.

= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?

Le multilinguisme sur internet est la consquence logique et naturelle de la
diversit des populations humaines. Dans la mesure o le web a d'abord t
dvelopp et utilis aux Etats-Unis, il n'est gure tonnant que ce mdium ait
commenc par tre essentiellement anglophone (et le demeure actuellement).
Toutefois, cette situation commence  se modifier et le mouvement ira en
s'amplifiant,  la fois parce que la plupart des nouveaux usagers du rseau
n'auront pas l'anglais comme langue maternelle et parce que les communauts dj
prsentes sur le web accepteront de moins en moins la "dictature" de la langue
anglaise et voudront exploiter internet dans leur propre langue, au moins
partiellement.

On peut prvoir que l'on arrivera sans doute, d'ici quelques annes,  une
situation semblable  ce qui prvaut dans le monde de l'dition en ce qui
concerne la rpartition des diffrentes langues. Ceci signifie nanmoins que
seul un nombre relativement restreint de langues seront reprsentes
(comparativement aux quelques milliers d'idiomes qui existent). Dans cette
optique, nous croyons que le web devrait chercher, entre autres,  favoriser un
renforcement des cultures et des langues minoritaires, en particulier pour les
communauts disperses.

Enfin, l'arrive de langues autres que l'anglais sur internet, si elle constitue
un juste rquilibre et un enrichissement indniable, renforce videmment le
besoin d'outils de traitement linguistique aptes  grer efficacement cette
situation, d'o la ncessit de poursuivre les travaux de recherche et les
activits de veille dans des secteurs comme la traduction automatique, la
normalisation, le reprage de l'information, la condensation automatique
(rsums), etc.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Internet est l pour demeurer. L'apparition de langues autres que l'anglais sur
ce mdium constitue galement un phnomne irrversible. Il sera donc ncessaire
de tenir compte de ces nouvelles ralits aux points de vue conomique, social,
politique, culturel, etc. Des secteurs comme la publicit, la formation
professionnelle, le travail en groupes et en rseaux, la gestion des
connaissances devront voluer en consquence. Cela nous ramne, tel que nous
l'avons mentionn plus haut,  la ncessit de dvelopper des technologies et
des outils vraiment performants qui faciliteront les changes dans un Village
global terriblement plurilingue...

*Entretien du 13 mars 2000

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Le CEVEIL a cess la production de ses clips d'information hebdomadaires et de
son priodique mensuel. Cette situation rsulte moins d'un changement
d'orientation que d'un manque de ressources humaines et financires. La reprise
de ces activits, sans tre impossible, n'est pas envisage pour le moment.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Guy Bertrand: Il est trs important de respecter le droit des auteurs et c'est
aux auteurs de dcider de ce qu'ils veulent en faire. Le web accorde une place
de plus en plus grande  la gratuit des usages. Les auteurs ne sont pas tenus
de s'y plier, mais de plus en plus d'auteurs s'y adaptent volontairement et avec
profit. Les modles d'affaires sur le web voluent trs rapidement et n'ont pas
fini de le faire. De nouveaux modles d'affaires se dvelopperont et la place de
la gratuit y sera forte, mais les droits des auteurs devront tre respects de
faon innovatrice de la part des auteurs et des fournisseurs de services et de
contenus.

Cynthia Delisle: Les droits d'auteur devraient idalement faire l'objet du mme
respect sur le web que dans d'autres mdias, la radio ou la presse par exemple.
Cela dit, internet pose  ce niveau des problmes indits  cause de la facilit
avec laquelle on peut (re)produire et (re)distribuer l'information  grande
chelle, et aussi en raison de la tradition de gratuit du rseau. Cette
tradition fait, d'une part, que les gens rechignent  dbourser pour des
produits et services qu'ils trouveraient tout naturel de payer dans d'autres
contextes et, d'autre part, qu'ils ont peut-tre moins d'tats d'me, dans le
contexte du net,  utiliser des produits pirats. La problmatique du respect
des droits d'auteur constitue,  mon sens, un des enjeux majeurs pour
l'volution du rseau, et il sera certainement trs intressant de voir les
solutions qui seront mises de l'avant  cet gard.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Guy Bertrand: Depuis 1998, le commerce lectronique international s'est beaucoup
dvelopp et les vendeurs veulent de plus en plus communiquer dans les langues
prfres par les acheteurs, ce qui augmentera encore le caractre multilingue
du web. Le commerce lectronique ne dominera pas le web, mais son importance
augmente ainsi que se marque le caractre multilingue du web. Les outils pour le
multilinguisme sur le web sont, hlas!, toujours en retard.

Cynthia Delisle: Je pense que la tendance dj amorce en 1998 s'est confirme
depuis et que l'avenir d'internet passe irrmdiablement par le multilinguisme.
Internet s'internationalise, et on voit mal comment ce phnomne pourrait se
raliser sans s'accompagner d'une diversification linguistique et culturelle du
rseau. Mme si l'anglais demeurera sans doute toujours la langue la plus
utilise sur internet, le pourcentage de sites et de documents offerts en
d'autres langues continuera rgulirement d'augmenter, jusqu' ce qu'un certain
"quilibre" soit atteint.

Par ailleurs, je suis entirement d'accord avec M. Bertrand lorsqu'il souligne
que les outils aptes  traiter cette diversit linguistique ne sont pas encore
au point. La traduction automatique, par exemple, pitine dangereusement depuis
nombre d'annes... Pourtant, les besoins ne cesseront de crotre, d'o la
ncessit de multiplier les efforts de R&D (recherche et dveloppement) dans ces
secteurs.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Guy Bertrand: Ma premire exprience avec le site www.neuromedia.com.

Cynthia Delisle: Le maintien rgulier et  moindre cot, grce au courriel, du
contact avec mes proches lors de sjours prolongs  l'tranger.

= Et votre pire souvenir?

Cynthia Delisle: D'avoir vcu des problmes de harclement (envois rptitifs de
courriels personnels non sollicits... c'tait il y a plusieurs annes, avant
que les logiciels de messagerie ne soient quips de fonctions de filtres!).

*Entretien du 4 juin 2001

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Le CEVEIL termine prsentement ses mandats des dernires annes sur la promotion
des normes pour la francisation des technologies de l'information et des
communications (TIC). Actuellement, nous n'avons plus d'autres mandats 
raliser par la suite. Le site du CEVEIL affiche, en ce moment, beaucoup de
nouveaux contenus (rapports, textes de vulgarisation, etc.) et demeurera en
ligne pour au moins une autre anne.

Ceci tant dit, et bien que le comit de direction ne soit plus fonctionnel
depuis 1999, le CEVEIL demeure apte  remplir (sous la tutelle du CEFRIO)
diffrents mandats sur la thmatique des inforoutes et des langues. Nous sommes
donc ouverts  toute proposition intressante!


OLIVIER BOGROS (Lisieux, Normandie)


#Crateur de la bibliothque lectronique de Lisieux et directeur de la
bibliothque municipale

Le site "La bibliothque lectronique de Lisieux" a t ouvert en juin 1996.
D'abord hberg sur les pages d'un compte personnel CompuServe, il est depuis
juin 1998 install sur un nouveau serveur o il dispose d'un espace disque plus
important (30 Mo) et surtout d'un nom de domaine. Comme l'explique Olivier
Bogros, directeur de la bibliothque municipale de Lisieux (Normandie), "ce site
est entirement consacr et exclusivement rserv  la mise  disposition sur le
rseau (librement et gratuitement) de textes littraires et documentaires du
domaine public franais afin de constituer une bibliothque virtuelle qui
complte celles dj existantes." Ds sa cration, ce site pionnier suscite
beaucoup d'intrt dans la communaut francophone parce qu'il montre ce qui est
faisable sur le web avec beaucoup de dtermination et des moyens limits.

En 2000, la Bibliothque lectronique de Lisieux aborde une nouvelle tape.
LexoTor, lanc officiellement le 27 aot 2000, est le rsultat d'une
collaboration avec le site "Langue du 19e sicle" de l'Universit de Toronto
(Canada). Il s'agit d'une base de donnes qui fonctionne sous le logiciel
TACTweb et qui permet l'interrogation en ligne des textes de la bibliothque
classs en diffrentes rubriques: oeuvres littraires, notamment du 19e sicle;
brochures et opuscules documentaires; manuscrits, livres et brochures sur la
Normandie; confrences et exposs transcrits par des lves du Lyce Marcel
Gambier. L'interrogation permet aussi les analyses et comparaisons textuelles.
L'initiative du projet revient  Russon Wooldridge, professeur au dpartement
d'tudes franaises de l'Universit de Toronto, suite  sa rencontre avec
Olivier Bogros lors du colloque international relatif aux tudes franaises
valorises par les nouvelles technologies d'information et de communication
(12-13 mai 2000, Toronto).

*Entretien du 18 juin 1998

= Quel est l'historique de votre site web?

J'ai dj rapport dans un article paru dans le Bulletin des bibliothques de
France (1997, n 3) ainsi que dans le Bulletin de l'ABF (Association des
bibliothcaires franais) (1997, n 174), comment l'envie de crer une
bibliothque virtuelle avait rapidement fait son chemin depuis ma dcouverte de
l'informatique en 1994: cration d'un bulletin lectronique d'informations
bibliographiques locales (Les Affiches de Lisieux) en 1994 dont la diffusion
locale ne rencontre qu'un trs faible cho, puis en 1995 dbut de la
numrisation de nos collections de cartes postales en vue de constituer une
photothque numrique, saisie de nouvelles d'auteurs d'origine normande courant
1995 en imitation (modeste) du projet de l'ABU (Association des bibliophiles
universels) avec diffusion sur un BBS (bulletin board service) spcialis.
L'ide du site internet vient d'Herv Le Crosnier, enseignant  l'universit de
Caen et modrateur de la liste de diffusion Biblio-fr, qui monta sur le serveur
de l'universit la maquette d'un site possible pour la bibliothque municipale
de Lisieux, afin que je puisse en faire la dmonstration  mes lus. La suite
logique en a t le vote au budget primitif de 1996 d'un crdit pour l'ouverture
d'une petite salle multimdia avec accs public au rseau pour les Lexoviens
(habitants de Lisieux, ndlr). Depuis cette date, un crdit d'entretien pour la
mise  niveau des matriels informatiques est allou au budget de la
bibliothque qui permettra cette anne la monte en puissance des machines,
l'achat d'un graveur de cdroms et la mise  disposition d'une machine
bureautique pour les lecteurs de l'tablissement.... ainsi que la cration en ce
dbut d'anne d'un emploi jeune pour le dveloppement des nouvelles
technologies.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Internet est un outil formidable d'change entre professsionnels (tout ce qui
passe par le courrier lectronique, les listes de diffusion et les forums) mais
qui est un consommateur de temps trs dangereux: on a vite fait si l'on n'y
prend garde de divorcer et de mettre ses enfants  la DASS (Direction de l'aide
sanitaire et sociale). Plus srieusement, c'est pour les bibliothques la
possibilit d'largir leur public en direction de toute la francophonie. Cela
passe par la mise en ligne d'un contenu qui n'est pas seulement la mise en ligne
du catalogue, mais aussi et surtout la constitution de vritables bibliothques
virtuelles. Les professionnels des bibliothques sont les acteurs d'un enjeu
important concernant la place de la langue franaise sur le rseau.

*Entretien du 27 juillet 1999

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

En fait, et pour les deux annes  venir, l'essentiel de notre temps est
consacr  la mise en place de la nouvelle mdiathque (avec une relle
intgration des nouvelles technologies) qui ouvrira en janvier 2001. Nous
rflchissons, toujours dans le domaine patrimonial,  un prolongement du site
actuel vers les arts du livre - illustration, typographie... - toujours  partir
de notre fonds. Sinon, pour ce qui est des textes, nous allons vers un
largissement de la part rserve au fonds normand. Le catalogue en ligne n'est
pas une priorit.

= Comment choisissez-vous les textes de la bibliothque lectronique?

Les oeuvres  diffuser sont choisies  partir d'exemplaires conservs  la
bibliothque municipale de Lisieux ou dans des collections particulires mises 
disposition. Les textes sont saisis au clavier et relus par du personnel de la
bibliothque, puis mis en ligne aprs encodage (370 oeuvres sont actuellement
disponibles en ligne). La mise  jour est mensuelle (3  6 textes nouveaux). Par
got, mais aussi contraints par le mode de production, nous slectionnons plutt
des textes courts (nouvelles, brochures, tirs  part de revues, articles de
journaux...). De mme nous laissons  d'autres (bibliothques ou diteurs) le
soin de mettre en ligne les grands classiques de la littrature franaise,
prfrant consacrer le peu de temps et de moyens dont nous disposons  mettre en
ligne des textes excentriques et improbables.

= Passez-vous beaucoup de temps  la maintenance du site?

La cration et la maintenance du site ne sont encore que des activits
marginales de la bibliothque municipale. L'essentiel de notre activit reste
l'enrichissement et la communication sur place des ressources locales
(c'est--dire des informations physiquement localises  la bibliothque), le
dveloppement de la lecture dans les quartiers... La salle multimdia ouverte en
octobre 1996 doit encore trouver son rythme de croisire, la consultation des
cdroms et la bureautique devanant souvent l'utilisation d'internet.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Effectivement tout cela est trs important et la lgislation doit tre
respecte. Mais n'accusons pas le rseau de tous les maux.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Que chacun s'efforce dj de s'exprimer correctement dans sa langue.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Les courriers lectroniques reus,  propos des textes que nous mettons en ligne
et qui tmoignent de la vivacit de la langue franaise sur le rseau.

= Et votre pire souvenir?

Deux jeunes collgiennes (4e ou 3e) faisant des recherches sur la Rsistance en
France,  partir de la station internet de la bibliothque, sont tombes sur un
site ngationniste. Elles n'ont visiblement pas compris pourquoi nous leur avons
interdit toute copie papier ou disquette dudit site et avons effac les pages 
l'cran. Tout simplement les mots "rvisionnisme" et "ngationnisme" leur
taient totalement inconnus. Moralit: le libre accs au rseau, mais accompagn
d'une mdiation par le personnel de la bibliothque. Le pire des maux:
l'ignorance!

*Entretien du 17 aot 2000

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

La mdiathque n'ouvrira ses portes qu'en janvier 2002 et ce chantier va encore
mobiliser l'essentiel de mon temps.

Nous poursuivons modestement l'enrichissement du corpus de textes de la
bibliothque lectronique.

Une collaboration vient de s'engager entre la bibliothque lectronique de
Lisieux et le site "Langue du 19e sicle"  l'Universit de Toronto. Les textes
en ligne  Lisieux sont interrogeables en ligne  Toronto sous forme de bases de
donnes interactives. L'initiative de ce projet, baptis LexoTor, revient  M.
Russon Wooldridge  la suite d'un colloque organis en mai dernier par son
universit. Le lancement "officiel" est prvu pour le 27 de ce mois.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Je ne crois pas  la mort annonce du papier. Je l'utilise encore beaucoup sous
toutes ses formes. Mais, au contraire de beaucoup, mon rapport  l'informatique
n'a pas entran une augmentation de ma consommation de papier, bien au
contraire. Je suis dans ce domaine plutt adepte du zro papier.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

De quoi parle-t-on? Des machines mono-tches encombrantes et coteuses, avec
format propritaire et offre ditoriale limite? Les Palm, Psion et autres hand
et pocket computers permettent dj de lire ou de crer des livres lectroniques
et en plus servent  autre chose. Ceci dit, la notion de livre lectronique
m'intresse en tant que bibliothcaire et lecteur. Va-t-il permettre de
s'affranchir d'un modle conomique  bout de souffle (la chaine ditoriale
n'est pas le must en la matire)?

Les machines  lire n'ont de mon point de vue de chance d'tre viables que si
leur utilisateur peut crer ses propres livres lectroniques avec (cf. cassettes
vido).

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

Autant que possible j'essaie de rendre accessible  tous la bibliothque
lectronique de Lisieux. Les recommandations du Consortium W3C ne sont pas
toujours videntes  suivre. Les sites textuels ne requirent pas une charte
graphique sophistique  base de Java et autres niaiseries (le summum a t
atteint cette anne par le site officiel du Printemps des potes).

*Entretien du 27 mai 2001

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

La base Lexotor devrait pouvoir bnficier ds ce mois-ci de la dernire version
du logiciel TACTweb, ce qui rendra beaucoup plus riches et pertinentes les
interrogations faites.

Pour ce qui concerne Lisieux, le btiment de la mdiathque est sorti de terre,
le gros oeuvre sera fini fin juin, la livraison est prvue pour novembre. Par
contre l'ouverture initialement prvue pour janvier 2002 sera sans doute
effective fin mars.

Sur le site de la Bibliothque lectronique, le travail se poursuit chaque mois
avec la mise en ligne de textes. J'ai suspendu provisoirement la fabrication de
hiboux (e-books, ndlr) au format Microsoft Reader ou Mobipocket. Il faudrait que
je trouve un partenariat avec un autre site pour que les textes disponibles en
HTML sur notre bibliothque lectronique soient aussi proposs ailleurs dans un
format hiboux multi-plateforme.

A titre personnel j'ai ouvert une autre bibliothque lectronique, Miscellanes,
encore en devenir.


CHRISTIAN BOITET (Grenoble)


#Directeur du GETA (Groupe d'tude pour la traduction automatique), qui
participe  l'UNLP (Universal Networking Language Programme)

Au sein du Laboratoire CLIPS (Communication langagire et interaction
personne-systme) de l'IMAG (Institut d'informatique et mathmatiques appliques
de Grenoble), le GETA (Groupe d'tude pour la traduction automatique), dirig
par Christian Boitet, est une quipe pluridisciplinaire forme d'informaticiens
et de linguistes. Les thmes de recherche du GETA concernent tous les aspects
thoriques, mthodologiques et pratiques de la traduction assiste par
ordinateur (TAO), et plus gnralement de l'informatique multilingue.

*Entretien du 24 septembre 1998

= En quoi consiste l'UNLP (Universal Networking Language Programme), auquel le
GETA participe?

Il s'agit non de TAO (traduction assiste par ordinateur) habituelle, mais de
communication et recherche d'information multilingue. Quatorze groupes ont
commenc le travail sur douze langues (plus deux annexes) depuis dbut 1997.
L'ide est de:

- dvelopper un standard, dit UNL (Universal Networking Language), qui serait le
HTML du contenu linguistique,

- pour chaque langue, dvelopper un gnrateur (dit "dconvertisseur")
accessible sur un ou plusieurs serveurs, et un "enconvertisseur".

L'Universit des Nations Unies (UNU) (Tokyo) finance 50% du cot. D'aprs notre
valuation sur la premire anne, c'est plutt 30  35%, car le travail
(linguistique et informatique) est norme, et le projet passionnant: les
permanents des laboratoires s'y investissent plus que prvu.

Un nonc en langue naturelle est reprsent par un hypergraphe dont chaque
noeud contient une "UW" (universal word, comme match_with(icl>event) ou
match(icl>thing), forms  partir de mots anglais et dnotant des ensembles plus
ou moins fins d'acceptions), ou un autre graphe, le tout muni d'attributs
boolens (pluralit, modalit, aspects) - chaque arc porte une relation
smantique (agt, tim, objs). On en est  la version 1.5 de ce standard, il reste
pas mal  faire, mais au moins douze groupes ont construit chacun une centaine
de graphes pour le tester.

La dconversion tourne pour le japonais, le chinois, l'anglais, le portugais,
l'indonsien, et commence  tourner pour le franais, l'allemand, le russe,
l'italien, l'espagnol, l'hindi, l'arabe, et le mongol.

Chaque langue a une base lexicale de 30.000  120.000 liens UW - lexme.

L'enconversion n'est pas (si on veut de la qualit pour du tout venant) une
analyse classique. C'est une mthode de fabrication de graphes UNL qui suppose
une bonne part d'interaction, avec plusieurs possibilits:

- analyse classique multiple suivie d'une dsambiguisation interactive en langue
source,

- entre sous langage contrl,

- encore plus sduisant (et encore pas clair, au niveau recherche pour
l'instant), entre directe via une interface graphique relie  la base lexicale
et  la base de connaissances.

Les applications possibles sont:

- courriel multilingue,

- informations multilingues,

- dictionnaires actifs pour la lecture de langues trangres sur le web,

- et bien sr TA (traduction automatique) de mauvaise qualit (ce qu'on trouve
actuellement, mais pour tous les couples  cause de l'architecture  pivot) pour
le surf web et la veille.

On travaille actuellement sur les informations sportives sur le web, surtout sur
le foot. On construit une base de documents, o chaque fichier est structur (
la HTML) et contient, pour chaque nonc, l'nonc original, sa structure UNL,
et autant de traductions qu'on en a obtenu. Un tel document peut tre recherch
dans une base en traduisant la question en UNL, puis affich (le UNL viewer
existe depuis un an) dans autant de fentres d'un navigateur web que de langues
slectionnes.

= Quelles sont les perspectives?

Le projet a un problme de volume: grande surface, pas assez d'paisseur. Il
faudrait trois  cinq fois plus de monde partout pour que a avance assez vite
(pour que Microsoft et d'autres ne finissent par tout reprendre et revendre,
alors qu'on vise une utilisation ouverte, du type de ce qu'on fait avec les
serveurs et clients web). Les subventions des socits japonaises  l'UNU pour
ce projet (et d'autres) se tarissent  cause de la crise japonaise. Le groupe
central est beaucoup trop petit (quatre personnes qui font le logiciel, le
japonais, l'anglais, l'administration, c'est peu mme avec de la
sous-traitance).

De plus, le plan gnral est d'ouvrir aux autres langues de l'ONU en 2000. Il
faudrait arriver  un tat satisfaisant pour les douze autres avant.

Du point de vue politique et culturel, ce projet est trs important, en ce qu'il
montre pour la premire fois une voie possible pour construire divers outils
soutenant l'usage de toutes les langues sur internet, qu'elles soient
majoritaires ou minoritaires. En particulier, ce devrait tre un projet majeur
pour la francophonie.

Dans l'tat actuel des choses, je pense que l'lan initial a t donn, mais que
la premire phase (d'ici 2000) risque de retomber comme un souffl si on ne
consolide pas trs vite le projet, dans chaque pays participant.

L'UNU cherche donc comment monter un soutien puissant  la mesure de cette
ambition. Je pense que, pour la Francophonie par exemple, il faudrait un groupe
d'une dizaine de personnes ne se consacrant qu' ce projet pendant au moins dix
ans, plus des stagiaires et des collaborateurs sur le rseau, bnvoles ou
intresss par la mise  disposition gratuite de ressources et d'outils.


BERNARD BOUDIC (Rennes)


#Responsable ditorial du serveur internet du quotidien Ouest-France

Bernard Boudic, 51 ans, 32 ans de presse crite rgionale, a d'abord t
localier  Brest (1969-1978), puis secrtaire de rdaction au service conomique
et social (1978-1984), puis chef-adjoint de ce service (1984-1987), puis chef de
service des informations gnrales (1987-1996), et enfin charg de mission
internet auprs de TC-Multimdia, filiale d'Ouest-France. Il a mis fin  ses
fonctions en dcembre 2000.

*Entretien du 17 juin 1998

= Quel est l'historique de votre site web?

A l'origine (en juillet 1996, ndlr), l'objectif tait de prsenter et relater
les grands vnements de l'Ouest en invitant les internautes  une promenade
dans un grand nombre de pages consacres  nos rgions (tourisme, industrie,
recherche, culture). Trs vite, nous nous sommes aperus que cela ne suffisait
pas. Nous nous sommes tourns vers la mise en ligne de dossiers d'actualit,
puis d'actualits tout court.

= Quelle est son activit prsente?

Aujourd'hui nous avons quatre niveaux d'infos: quotidien, hebdo (tendant de plus
en plus vers un rythme plus rapide), vnements et dossiers. Et nous offrons des
services (petites annonces, guide des spectacles, presse-cole, boutique, etc.).
Nous travaillons sur un projet de journal lectronique total: mise en ligne
automatique chaque nuit de nos quarante ditions (450 pages diffrentes, 1.500
photos) dans un format respectant typographie et hirarchie de l'information et
autorisant la constitution par chacun de son journal personnalis (critres
gographiques croiss avec des critres thmatiques).

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

Internet a chang ma vie professionnelle d'abord parce que je suis devenu le
responsable ditorial du site... Les retombes sur le travail quotidien des
journalistes d'Ouest-France sont encore minces. Nous commenons seulement 
offrir un accs internet  chacun (rdaction d'Ouest-France = 370 journalistes
rpartis dans soixante rdactions, sur douze dpartements... pas simple).
Certains utilisent internet pour la messagerie lectronique (courrier interne ou
externe, rception de textes de correspondants  l'tranger, envoi de fichiers
divers) et comme source d'informations. Mais cette pratique demande encore 
s'tendre et  se gnraliser. Bien sr, nous rflchissons aussi  tout ce qui
touche  l'criture multimdia et  sa rtroaction sur l'criture imprime, aux
changements d'habitudes de nos lecteurs, etc.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Internet est  la fois une menace et une chance. Menace sur l'imprim, trs
certainement (captation de la pub et des petites annonces, changement de
rflexes des lecteurs, perte du got de l'imprim, concurrence d'un mdia
gratuit, que chacun peut utiliser pour diffuser sa propre info, etc.). Mais
c'est aussi l'occasion de relever tous ces dfis et de rajeunir la presse
imprime.

*Entretien du 19 janvier 2001

= Pouvez-vous dcrire l'activit de TC-Multimdia?

TC-Multimdia a t cre en 1986. Elle prennait la suite de l'Association
tlmatique de l'ouest qui avait expriment le minitel (cr  Rennes). D'abord
spcialise exclusivement dans les services vidotex, elle a fait aussi de
l'internet  partir de juillet 1996. Elle est charge d'exploiter sur ce mdia
l'ensemble de la production du journal Ouest-France.

TC-Multimdia exploite sept sites:

http://www.ouest-france.fr

http://www.maville.com

http://www.ouestemploi.com

http://www.ouestfrance-immobilier.com

http://www.ouestfrance-automobile.com

http://www.ouestfrance.affaires.com

http://www.abcvacances.com

Les deux premiers cits sont les plus frquents (environ quatre millions de
pages vues par mois) bien qu'ils ne proposent qu'une slection de nos
informations.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

J'avais (jusqu'en dcembre 2000) la responsabilit ditoriale des sites
d'information (www.ouest-france.fr et www.maville.com) et du dveloppement
ditorial (accords extrieurs, partenariats).

= Comment voyez-vous l'avenir?

Nous avons la chance de disposer d'un gisement d'informations dj utilises
pour le papier (Ouest-France publie dans ses 42 ditions 550 pages diffrentes
toutes les nuits) et de petites annonces. Nous avons une marque connue et
respecte. Mais le modle conomique n'est pas trouv. Nous pensons dvelopper
un service payant  destination des centres de documentation qui leur
permettrait de rechercher dans les 42 ditions n'importe quel article
correspondant  une requte par mots-cls.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Bien sr!

= Les jours du papier sont compts?

Mon avis est que le journal-papier est menac  terme (vingt ans?) s'il ne se
renouvelle pas dans la forme et dans le fond. La prise en mains du journal se
fera de plus en plus tard (40-45 ans?). Il y aura des arbitrages avec la
tlvision (satellite, cble, numrique hertzien), avec l'internet rapide (ADSL,
cble, boucle locale radio, satellite?). Il n'y aura pas de publicit disponible
pour faire vivre tout le monde.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Hors de prix!

= Quel est votre avis sur les dbats relatifs au respect du droit d'auteur sur
le web?

Les internautes ont tendance  penser que c'est un droit d'obtenir tout
gratuitement. Non! Le droit d'auteur doit tre respect.


BAKAYOKO BOURAHIMA (Abidjan)


#Documentaliste  l'ENSEA (Ecole nationale suprieure de statistique et
d'conomie applique)

L'ENSEA (Ecole nationale suprieure de statistique et d'conomie applique)
d'Abidjan assure la formation des statisticiens pour les pays africains
d'expression franaise. Cette formation est dlivre  travers quatre filires
distinctes, conues en fonction du niveau de recrutement des lves: la filire
ISE (ingnieurs statisticiens conomistes), la filire ITS (ingnieurs des
travaux statistiques), la filire AD (adjoints techniques) et la filire AT
(agents techniques). A ce jour, l'ENSEA est le seul tablissement de formation
statistique en Afrique au Sud du Sahara qui dlivre simultanment ces quatre
types de formation  tous les pays francophones de la rgion. L'ENSEA propose
par ailleurs des actions de recyclage et de perfectionnement destines aux
cadres des administrations publiques et prives, et dveloppe progressivement
des programmes d'tude et de recherche.

*Entretien du 12 juillet 2000

= Pouvez-vous prsenter le site web de l'ENSEA?

Notre cole a un site web depuis un peu plus d'un an. Le site a t cr  la
faveur d'un colloque international sur les "Enqutes et systmes d'information"
organis par l'cole en avril 1999. La conception et la maintenance du site ont
t assures par un cooprant franais, enseignant d'informatique. Le site est
actuellement hberg par l'agence locale du Syfed (du rseau Refer de
l'AUPELF-UREF - Agence universitaire de la francophonie). Le site a connu
quelques difficults de mise  jour, en raison des nombreuses occupations
pdagogiques et techniques du webmestre. A ce propos, mon service, celui de la
bibliothque, a eu rcemment des sances de travail avec l'quipe informatique
pour discuter de l'implication de la bibliothque dans l'animation du site. Et
le service de la bibliothque travaille aussi  deux projets d'intgration du
web pour amliorer ses prestations.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Je suis le responsable du service de la bibliothque. A ce titre, je m'occupe
donc de la gestion de l'information scientifique et technique et de la diffusion
des travaux publis par l'cole.

Mon activit professionnelle lie  l'internet, comme je le signalais plus haut,
est plus au stade de projet. En fait, j'espre  la rentre prochaine pouvoir
mettre  la disposition de mes usagers un accs internet pour l'interrogation de
bases de donnes. Par ailleurs, j'ai en projet de raliser et de mettre sur
l'intranet et sur le web un certain nombre de services documentaires (base de
donnes thmatique, informations bibliographiques, service de rfrences
bibliographiques, bulletin analytique des meilleurs travaux d'tudiants...) Il
s'agit donc pour la bibliothque, si j'obtiens les financements ncessaires pour
ces projets, d'utiliser pleinement l'internet pour donner  notre cole une plus
grand rayonnement et de renforcer sa plate-forme de communication avec tous les
partenaires possibles.

= Comment voyez-vous l'avenir?

En intgrant cet outil au plan de dveloppement de la bibliothque, j'espre
amliorer la qualit et largir la gamme de l'information scientifique et
technique mise  la disposition des tudiants, des enseignants et des
chercheurs, tout en tendant considrablement l'offre des services de la
bibliothque.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

J'avoue que ce dbat suscite en moi quelques inquitudes quant  mes attentes
lgitimes vis  vis de l'internet. J'estime que, par rapport  ma vision
professionnelle, le grand espoir qu'apporte l'internet  l'Afrique, c'est de lui
permettre de profiter pleinement et  moindre cot du "brain trust" mondial et
de rduire sa marginalisation conomique, technologique et culturelle.

La lgitimit des droits d'auteur ne devra donc pas faire perdre de vue la
ncessit de prendre en compte les besoins et les contraintes particulires des
pays moins nantis. Autrement, dans ce domaine plus qu'ailleurs, on aboutira
fatalement et trs vite srement  une situation de marginalisation et de
fronde, comme celle qui oppose actuellement les autorits sanitaires d'Afrique
du Sud  certaines grandes firmes pharmaceutiques, au sujet des licences des
thrapies contre le Sida.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Je pense que l'volution vers un internet multilingue ne peut tre qu'une source
relle d'enrichissement culturel et scientifique sur la toile. Pour nous les
Africains francophones, le diktat de l'anglais sur la toile reprsente pour la
masse un double handicap d'accs aux ressources du rseau. Il y a d'abord le
problme de l'alphabtisation qui est loin d'tre rsolu et que l'internet va
poser avec beaucoup plus d'acuit, ensuite se pose le problme de la matrise
d'une seconde langue trangre et son adquation  l'environnement culturel. En
somme,  dfaut de multilinguisme, l'internet va nous imposer une seconde
colonisation linguistique avec toutes les contraintes que cela suppose. Ce qui
n'est pas rien quand on sait que nos systmes ducatifs ont dj beaucoup de mal
 optimiser leurs performances en raison, selon certains spcialistes, des
contraintes de l'utilisation du franais comme langue de formation de base. Il
est donc de plus en plus question de recourir aux langues vernaculaires pour les
formations de base, pour "dsenclaver" l'cole en Afrique et l'impliquer au
mieux dans la valorisation des ressources humaines.

Comment faire? Je pense qu'il n y a pas de chance pour nous de faire prvaloir
une quelconque exception culturelle sur la toile, ce qui serait de nature tout 
fait grgaire. Il faut donc que les diffrents blocs linguistiques
s'investissent beaucoup plus dans la promotion de leur accs  la toile, sans
oublier leurs diffrentes spcificits internes.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Mon meilleur souvenir li  l'internet, c'est quand j'ai pu tirer d'embarras un
de mes amis, thsard en mdecine, qui n'arrivait pas  boucler sa bibliographie
sur un sujet sur lequel il n'y avait pratiquement aucune rfrence au plan
local.

= Et votre pire souvenir?

Les mls indsirables, tous ces trucs bidons qu'on peut vous faire suivre, avec
cinq correspondants ou plus qui vous envoient le mme message.

*Entretien du 16 janvier 2001

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Oui, nous utilisons encore beaucoup de papier dans l'administration et notre
fonds documentaire est exclusivement "papier". Nous comptons bien y intgrer des
supports multimdia, ds que les moyens nous le permettront. Le service
informatique pense dj  une numrisation partielle du fonds documentaire, mais
bon, le problme ici c'est que les ides vont nettement plus vite que les
moyens.

= Le papier a-t-il encore de beaux jours devant lui?

Pour ce qui est de l'Afrique en gnral, je pense que le papier a encore de
beaux jours devant lui. Pour s'en convaincre, il n'y a qu' voir le
dveloppement trs marginal du multimdia surtout dans les institutions
productrices de papier (les administrations) et dans les institutions o, comme
on dit ici, on "fait papier" (les coles). Par ailleurs, il faut compter aussi
avec la lente volution des usages. Je me rappelle que, pour les travaux de
rdaction de ma thse, aprs avoir stock un certain nombre d'articles en ligne
sur mon ordinateur, j'ai jug plus pratique pour moi de les imprimer
intgralement pour pouvoir les exploiter. J'ai donc eu l'impression de mieux
bosser en grattant du papier, habitude oblige.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Je constate que c'est aujourd'hui une ralit. Il faut voir pour la suite
comment cela se dveloppera et quelles en seront surtout les incidences sur la
production, la diffusion et la consommation du livre. A coup sr cela va
entraner de profonds bouleversements dans l'industrie du livre, dans les
mtiers lis au livre, dans l'criture, dans la lecture, etc.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Il y a encore un peu de fantasme autour de ce mot. Quand j'ai fait connaissance
avec ce mot (utilis par Jean-Claude Gudon et Nicholas Ngroponte), il m'avait
d'abord laiss l'illusion d'un espace extra-terrestre o les ordinateurs et
leurs utilisateurs se transportaient pour changer des donnes et communiquer.
Depuis que je navigue moi-mme, je me rends compte qu'il s'agit tout simplement
d'un espace virtuel traduisant le cadre de communication qui rassemble les
internautes  travers le monde.

= Et la socit de l'information?

La socit de l'informatique et de l'internet.


MARIE-AUDE BOURSON (Lyon)


#Cratrice de la Grenouille Bleue et de Gloupsy, sites littraires destins aux
nouveaux auteurs

*Entretien du 27 dcembre 2000

= Pouvez-vous vous prsenter?

Marie-Aude Bourson, 24 ans le 17 janvier 2001 ;o), vit  Lyon. Licence de
sciences conomiques et gestion dveloppeur internet. Ecrivain amateur ;o) J'ai
cr en septembre 1999 le site littraire de la Grenouille Bleue, dans le but de
crer un jour une vritable maison d'dition ddie aux jeunes auteurs
francophones. Il n'y a aucun organisme derrire le nouveau site Gloupsy.com
(continuation de la Grenouille Bleue): il s'agit d'un site gr  titre perso
;o)

= Pouvez-vous dcrire la Grenouille Bleue et Gloupsy?

Grenouille Bleue: cration le 3 septembre 1999. 1.950 lecteurs au 21 dcembre
2000. Objectif: faire connatre de jeunes auteurs francophones, pour la plupart
amateurs. Chaque semaine, une nouvelle complte est envoye par e-mail aux
abonns de la lettre. Les lecteurs ont ensuite la possibilit de donner leurs
impressions sur un forum ddi. Egalement, des jeux d'criture ainsi qu'un
atelier permettent aux auteurs de "s'entraner" ou dcouvrir l'criture. Un
annuaire recense les sites littraires. Un agenda permet de connatre les
diffrentes manifestations littraires. 18 dcembre 2000: fermeture du site pour
problme de marque.

Janvier 2001: ouverture d'un nouveau site, Gloupsy.com, qui fonctionnera selon
le mme principe que la Grenouille Bleue, mais avec plus de "services" pour les
jeunes auteurs ;o) Le but tant de mettre en place une vritable plate-forme
pour "lancer" les auteurs.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Je suis charge du dveloppement de sites web. La littrature et l'criture sont
des passions. En vivre serait un rve ;o)

= Comment voyez-vous l'avenir?

Pour Gloupsy: en faire un jour une vritable maison d'dition avec impression
papier des auteurs dcouverts. Pour internet : une concentration des sites
commerciaux mais une explosion des sites persos qui seront regroups par
communauts d'intrt.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Je n'aime lire un roman que sur papier! On ne remplacera jamais un bon vieux
bouquin par un cran tout froid qui vous coupe votre lecture  cause d'une panne
de pile. Par contre, je lis la presse quotidienne presque uniquement sur le web.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Le support papier devrait tre plus rationnalis: tout ce qui est d'ordre
administratif devrait s'informatiser d'ici quelques annes. Par contre, ct
littrature, je pense qu'on ne pourra remplacer le livre papier: facile 
transporter, objet d'change, lien affectif, collection... Le livre lectronique
sera plus utile pour des documentations techniques ou encore les livres
scolaires.

= Que pensez-vous des dbats relatifs au respect du droit d'auteur sur le web?

Ces dbats sont ncessaires car il s'agit l d'une vritable question de fond.
Il est vident que toute cration porte sur support lectronique est copiable.
Malgr toutes les protections techniques qui seront inventes, il y aura
toujours un petit malin qui dcouvrira la clef pour copier le fichier. Aussi, je
ne crois pas qu'on puisse rellement protger une oeuvre sur internet, qu'il
s'agisse d'un texte, d'une image ou d'une application. D'autre part, on assiste
 une relle "rvolution" dans le domaine informatique: l'avnement du logiciel
libre qui marque un changement dans les mentalits et qui s'tend au monde de
l'internet. Celui-ci se traduit  tous les niveaux: ct dveloppeur de
logiciels et ct utilisateur. Les utilisateurs sont de plus en plus rticents 
payer un logiciel ou de l'info qu'ils peuvent trouver gratuitement ailleurs.

Le modle conomique est donc en train de changer: on ne paiera plus l'outil
mais le service... Malheureusement, ce systme n'est valable que pour les
logiciels. Aussi, comment l'appliquer aux crations littraires ou artistiques?
Seuls les droits moraux peuvent pour l'instant tre reconnus (incrustation d'un
copyright sur les images, copyright moins vident pour les textes).

Conclusion : on ne peut pour l'instant que se reposer sur l'honntet de
l'homme... fragile, donc :o(

Une exprience intressante existe concernant la littrature: le lyber. Il
s'agit de prsenter une oeuvre en lecture complte sur le web. Libre ensuite au
lecteur d'acheter l'ouvrage papier qui pourra rmunrer l'auteur. On part du
principe que le lecteur voudra conserver chez lui une trace de sa lecture s'il
l'a juge vraiment digne d'intrt. C'est ainsi un bon moyen d'liminer les
oeuvres de mauvaise qualit.

Pour ma part, je proposerais une solution intermdiaire: proposer  la lecture
sur le web le tiers du livre. Pour lire la suite, le lecteur commande l'ouvrage
papier. Car je crains qu'un lecteur ne veuille pas forcment acheter un ouvrage
qu'il a dj lu entirement... et l'auteur perd ainsi une partie de sa
rmunration, ce qui est dommage et n'encourage pas  la cration littraire.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

La Grenouille Bleue avait une partie destine aux malvoyants: il suffit de crer
des pages sans images ni tableau. Uniquement du texte, et une structure de site
plus simple qui va droit  l'info. Ainsi les logiciels de reconnaissance/lecture
de pages web sont trs efficaces. Il faut donc sensibiliser les webmestres.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Un espace d'expression, de libert et d'changes o tout peut aller trs (trop)
vite.

= Et la socit de l'information?

Une socit o l'information circule trs vite (trop peut-tre), et o chaque
acteur se doit de rester toujours inform s'il ne veut pas s'exclure.
L'information elle-mme devient une vritable valeur monnayable.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

La rencontre avec des personnes qui sont devenues de vrais amis et que je
frquente dans la "vie relle" ;o)

= Et votre pire souvenir?

Pas vraiment de pire souvenir mais un ras-le-bol rpt contre les lenteurs du
web et les dconnexions intempestives :o(


LUCIE DE BOUTINY (Paris)


#Ecrivain papier et pixel. Auteur de NON, roman multimdia publi en feuilleton
sur le web

Outre ses activits d'crivain et l'animation de son site de cyberlittrature,
Lucie de Boutiny a particip en mai 2001  la fondation de E-critures, une
association d'artistes multimdia cre en collaboration avec Grard Dalmon et
Xavier Malbreil.

*Entretien du 17 juin 2000

= Pouvez-vous dcrire votre site?

Mon site comprend diverses petites expriences de cration hyperlittraire dont
NON, un roman visuel publi en feuilleton sur le web, depuis septembre 1997,
dans l'e-revue d'art contemporain franaise, Synesthsie.

Pour faire srieux, disons que NON prolonge les expriences du roman
post-moderne (rcits tout en digression, polysmie avec jeux sur les registres -
naturaliste, mlo, comique... - et les niveaux de langues, etc.). Cette
hyperstylisation permet  la narration des dveloppements inattendus et offre au
lecteur l'attrait d'une navigation dans des rcits multiples et multimdia, car
l'crit  l'cran s'apparente  un jeu et non seulement se lit mais aussi se
regarde.

Quant au sujet: NON est un roman comique qui fait la satire de la vie
quotidienne d'un couple de jeunes cadres supposs dynamiques. Bien
qu'appartenant  l'lite high-tech d'une industrie florissante, Monsieur et
Madame sont les jouets de la dite rvolution numrique. Madame, aprs quelques
annes de bons et loyaux services d'audit expatrie dans les pays asiatiques,
vient d'tre licencie. A longueur de journes inactives, elle se pme d'extase
devant une sitcom sirupeuse et dpense sans compter l'argent du mnage dans des
achats compulsifs en ligne. Monsieur fait semblant d'aimer son travail de
vendeur de bases de donnes en ligne. Il cherche un sens  sa vie d'homme blanc
suppos appartenir  une lite sociale: ses attentes sont calques sur les
valeurs diffuses par la publicit omniprsente. Les personnages sont des bons
produits. Les images et le style graphique qui accompagnent leur petite vie
conventionnelle ne se privent pas de dtourner nombre de vrais bandeaux
publicitaires et autres icnes qui font l'apologie d'une vie bien encadre par
une socit de contrle.

= Plus gnralement, en quoi consiste exactement votre activit d'crivain?

Je viens du papier (publication rgulire de nouvelles classes "X" en recueil
collectif - Edition Blanche, La Bartavelle, La Musardine... - et un petit roman
urbain, N'importawaque, aux ditions Fleuve Noir). Mes "conseillers
littraires", des amis qui n'ont pas ressenti le vent de libert qui souffle sur
le web, aimeraient que j'y reste, englue dans la pte  papier. Appliquant le
principe de demi dsobissance, je fais des allers-retours papier-pixel.
L'avenir nous dira si j'ai perdu mon temps ou si un nouveau genre littraire
hypermdia va natre.

L'un des projets qui me tient le plus  coeur s'appelle "Mes vrais petits
secrets et les secrets de tous mes amis". Il s'agit d'une borne interactive
ludique et j'espre un peu drangeante. Les frres Simonnet - l'un
vidaste-compositeur, l'autre ingnieur - ont  rsoudre des problmes
techniques, et il nous faut surtout trouver des moyens de financement qui
compltent la sympathique bourse reue par la SCAM (Socit civile des auteurs
multimdia). Avec le multimdia, nous sommes donc tributaires d'une organisation
proche de l'industrie du spectacle, mme si les projets peuvent se dvelopper en
interne, avec les moyens d'un "home studio".

D'une manire gnrale, mon humble exprience d'apprentie auteur m'a rvl
qu'il n'y a pas de diffrence entre crire de la fiction pour le papier ou le
pixel: cela demande une concentration maximale, un isolement  la limite
dsespr, une patience obsessionnelle dans le travail millimtrique avec la
phrase, et bien entendu, en plus de la volont de faire, il faut avoir quelque
chose  dire! Mais avec le multimdia, le texte est ensuite mis en scne comme
s'il n'tait qu'un scnario. Et, si  la base, il n'y a pas un vrai travail sur
le langage des mots, tout le graphisme et les astuces interactives qu'on peut y
mettre fera gadget. Par ailleurs, le support modifie l'apprhension du texte, et
mme, il faut le souligner, change l'oeuvre originale. Et cela ne signifie pas:
"the medium is the message" - je vous pargne le millionime commentaire sur
cette citation. Il n'y a pas non plus dgradation de la littrature mais
dplacement...

Par exemple un concert live de jazz ,cout dans les arnes de Cimiez, n'est
plus le mme une fois enregistr, donc compress, puis cout dans une voiture
qui file sur l'autoroute. Et pourtant, le mlomane se satisfait du formatage car
ce qui compte est: "j'ai besoin de musique, je veux l'entendre maintenant".
Notre rapport  la littrature volue dans ce sens: il y aura de plus en plus
d'adaptations, de formats, de supports, de versions, mais aussi diffrents prix
pour une mme oeuvre littraire, etc. Comme pour la musique aujourd'hui, il nous
faut tre de plus en plus instruits et riches pour possder les bonnes versions.

= Les possibilits offertes par l'hypertexte ont-elles chang votre mode
d'criture?

a) Ce qui a chang: l'ordinateur connect

Ce qui a chang: le bonheur d'crire autrement, car ce qu'il se passe, depuis
l'avnement d'ordinateurs multimdias, relativement peu coteux, connects au
web, est qu'un certain nombre d'artistes clairs par la fe lectricit ont
besoin d'tre illumins. Quelles que soient leurs confessions d'origine (arts
visuels, littrature, posie sonore, exprimentale...), elles/ils utilisent le
mdia numrique comme un outil de cration dont il faut dcouvrir les possibles.
Le net tant volutif, les artistes proposent le plus souvent des tentatives,
c'est curieux, des works in progress, c'est opinitre, ou des pices plus
ambitieuses qui se construisent dans le temps, en fonction de l'amlioration du
web (sa fluidit, sa rsolution d'images, etc.). Ainsi le cyberartiste propose
souvent des actualisations et des versions O.x. Voil qui est intressant et qui
nous sort du march. Pour l'anecdote: NON roman est diffus gratuitement en
pisodes par Synesthsie, une revue d'art contemporain, et a t plusieurs fois
remani au niveau de sa prsentation. Pour toutes ces oeuvres, il n'y a pas de
lgitimit ou de caution "Art", et pourtant il y a dj une quarantaine d'annes
d'exprimentation... Les observateurs les plus technophobes ne peuvent plus nier
qu'il existe des crations informatiques, et que le raz-de-mare bleu pixel est
irrversible.

b) Alors que faire avec l'HTX (HyperText Literature)?

Alors que faire, et comment, tout d'abord, appeler les e-arts visionnaires
mergents qui utilisent le web - je m'en tiens l pour n'voquer que ce que je
connais concrtement.

(Nota Bene: le classique de demain est toujours visionnaire. Et ce n'est pas par
un trait de gnie, n'abusons pas de ce gros mot; un crivain traditionnel peut
s'adonner  l'criture multimdia par lassitude de ce qu'est devenu le livre
papier.)

Mais alors, l'HTX - la littrature HyperTeXtuelle- qui place l'crit sur un
ordinateur conu par l'industrie du loisir plantaire, doit-elle tre labelise
Netart? Littrature numrique? Qu'importent les appellations contrles, ce qui
est irrversible est que cette redcouverte de la littrature, par exemple,
s'inscrit dans un contexte industriel domin par une conomie sauvage (du
logiciel libre au modle de la start-up), par la guerre des monopoles (quel
format pour le livre lectronique = qui va remporter le march, etc.).
Consquences: le cyberartiste le plus autiste ne cre pas hors du monde rel et
sa production, il me semble pour l'instant, rpond  la prolifration des
images, la communication marchande, bref  des thmes socio-contemporains. Cela
est une gnralit, certes, mais on peut observer qu'on assiste  un renouveau
de l'engagement de fond et de forme, car fatalement, nous finissons, quelle que
soit notre irrcuprable indpendance d'esprit, par rejoindre quelques
collectifs d'internautes (via des listes de discussions, forums...) pour
dfendre un certain usage arty qui pourrait tre des technologies numriques.

c) Le march littraire producteur d'ennui

Et l, sur ce territoire vierge  conqurir, on se sent libre d'inventer autre
chose, on le doit puisqu'il n'y a pas vraiment de modles ni rfrences, et de
toutes les faons, on nous somme de nous justifier! Et revenons  nos petits
papiers: de quand datent les derniers dbats littraires: 1948, Qu'est-ce que la
littrature? 1956, L're du soupon? Merci Sartre et Sarraute. Et aprs quoi,
fin 70, sicle XX? Ben, merci Deleuze et Lyotard. Depuis le rhizome, le
post-modernisme, et le fminisme appliqu  la littrature qu'il ne faut pas
oublier une fois de plus, rien sinon qu'aujourd'hui, de nombreux artistes ni
brims ni frustrs mais lucides, ayant un certain sens de l'histoire des arts
littraires, plastiques ou sonores, adoptent les nouveaux mdias. Certains
diront que c'est par une sduction mode, une fascination pour les technologies,
allons bon. Personnellement, je dirais que c'est par ennui - ennui que le livre
papier ait perdu sa magie, ennui que l'art tourne en rond dans les muses et les
institutions, par exemple. Certes, ce dsenchantement qui faisait trs fin de
sicle est une dgnrescence de pays riches o le "spectacle" a atteint les
cimes du simulacre devant notre indiffrence involontairement complice. Il faut
bien ragir au moment o le dluge numrique se rpand: ainsi, pour certains,
connecter la littrature  la machine, c'est essayer de court-circuiter les
institutions culturelles et le march.

d) L'crit rconcili avec l'cran

La lucidit nous a donc ouvert les yeux sur quoi: un cran. Dans ce rectangle
lumineux des lettres. Depuis l'archaque minitel si dcevant en matire de
cration tlmatique, c'est bien la premire fois que, via le web, dans une
civilisation de l'image, l'on voit de l'crit partout prsent 24 h /24, 7 jours
/7. Je suis d'avis que si l'on rconcilie le texte avec l'image, l'crit avec
l'cran, le verbe se fera plus loquent, le got pour la langue plus raffin et
communment partag. Faudra-t-il s'en justifier encore longtemps devant les
diteurs en papier mch qui ont des ides de parchemin frip? Faut-il les
consoler en leur prcisant que la fabrique de littrature numrique emprunte les
recettes de la littrature traditionnelle (y compris celle crite avec la voix,
ou transmise sur des tablettes, voire enregistre sur des papyrus, etc.) et pas
seulement. Bref, il serait temps de rafrachir cette bonne vieille littrature
franco-franaise en phase d'puisement. Ce n'est pas si grave, notre patrimoine
nous sauve mais voil la drle de "mission" dont il convient de "acquitter";
ceci dit, les sermons, les positions qui risquent de se sanctifier en postures,
les bonnes rsolutions moralisantes, je m'en tape, mais pour le coup, j'y cde
-, ou alors il faut s'arrter de se plaindre de la dsacralisation du livre
comme vecteur de la connaissance et de la culture, de la dsertion des lecteurs,
de l'illettrisme rampant, de la tristesse dsute si austre du peuple des
crivains, de leur isolement subi, de la pauvret des moyens financiers qu'on
leur accorde, et cela face  une industrialisation concentrationnaire de
l'dition qui assomme le livre  coups de pilon, etc.

e) Techno-hyper-crivain, c'est quoi?

Alors qui sommes-nous? Les hypercrivains de demain (comment les nommer?) seront
peut-tre les plasticiens qui utilisent le mot comme matire, les crivains
sensibles aux sonorits de l'image,  la mobilit des mots vus autant que lus, 
l'objet texte, des graphistes qui ont le droit de faire de l'art, etc. Et ceux
d'aprs-demain, ceux de la gnration numrique inne, ne se poseront plus la
question de savoir d'o tu parles, de quelle discipline artistique tu proviens,
et quel est ton combat, camarade, comme ils disent.

A moindre frais donc, sans comptences informatiques d'ingnieur diplm (si
l'on compare l'exigeante programmation que demandaient les machines des annes
70), l'apprenti techno-auteur peut aujourd'hui cumuler les casquettes de
crateur producteur diffuseur... C'est inou, plantaire, du jamais vu.
Personnellement, par manque de mgalomanie ou par flemme (je n'ai jamais fait de
mailing list de ma vie ni rdig des lettres d'information ni envoy d'autres
types de faire-part aux e-communauts concernes, etc.), je prfre me soumettre
 l'organisation affective du rseau qui me met en lien, ce qui est l'occasion
de faire des rencontres, sympas. Cela pour dire que nous ne sommes pas forcment
esclaves de toutes les liberts qu'offre la machine.

Mais si les crivains franais classiques en sont encore  se demander s'ils ne
prfrent pas le petit carnet Clairefontaine, le Bic ou le Mont-Blanc ftiche,
et un usage modr du traitement de texte, plutt que l'ordinateur connect,
voire l'installation, c'est que l'HTX (littrature hypertextuelle, ndlr)
ncessite un travail d'accouchement visuel qui n'est pas la vocation originaire
de l'crivain papier. En plus des proccupations du langage (syntaxe, registre,
ton, style, histoire...), le techno-crivain - collons-lui ce label pour le
diffrencier - doit aussi matriser la syntaxe informatique et participer 
l'invention de codes graphiques car lire sur un cran est aussi regarder. De
plus, regarder n'est pas forcment contempler, soit rester passif car, par
idologie empreinte dans l'interface mme de tout ordinateur connect ou du
CD-Rom (bientt le DVD pour tous en attendant le reste), il y a cette contrainte
de l'interactivit.

Ce genre de cration multimdia et hypertextuelle pose une srie de questions:

1/ Peut-on lire sur cran de l'crit qui ne soit pas mis en scne?
L'environnement visuel contribue-t-il  enrichir vraiment le propos d'une
fiction narrative?

2/ Est-ce que le techno-crivain doit tre l'auteur de la mise en cran de ses
crits pour ne pas tre dpossd de ses intentions? Doit-il produire lui-mme
ses images? Doit-il en mettre? Quel est leur statut par rapport au texte? Si un
graphiste compose des images, y aura-t-il collaboration ou trahison?

3/ L'apprentissage des logiciels d'images, de divers langages informatiques, des
limites et des possibilits du support choisi, ne peut tre que non thorique,
empirique. Est-ce une perte de temps pour celui qui cre le fond de la fiction?
Et si l'auteur du texte ne ralise pas lui-mme la mise en scne numrique,
quels types de document doit-il remettre au ralisateur multimdia? En plus du
texte, il devra concevoir un scnario non-linaire, interactif, une arborescence
hypernarrative, un story board visuel, des notes d'intention esthtique? Quel
est son statut d'auteur ds lors: il devient scnariste?

4/ L'HTX (littrature hypertextuelle, ndlr) qui passe par le savoir-faire
technologique rapproche donc le techno-crivain du scnariste, du BD
dessinateur, du plasticien, du ralisateur de cinma, quelles en sont les
consquences au niveau ditorial? Faut-il prvoir un budget de production en
amont? Qui est l'auteur multimdia? Qu'en est-il des droits d'auteur? Va-t-on
conserver le copyright  la franaise? L'HTX sera publie par des diteurs
papier ayant un dpartement multimdia? De nouveaux diteurs vont merger et ils
feront un mtier proche de la production? Est-ce que nous n'allons pas assister
 un nouveau type d'oeuvre collective? Bientt le sampling littraire protg
par le copyleft?

5/ Revenons  des questions de cration: l'cran change la perception du texte,
peut imposer une vitesse de lecture, un environnement graphique frle souvent le
pige dcoratif. Rsultat: la libert imaginaire du lecteur serait domine par
la machine et son joli petit cran fascinant le temps d'une mode permise par
quelques javatrucs ou par quelques logiciels Flash bientt obsoltes? Nous
savons que la machine sduit, alors comment la trans-former pour qu'elle nous
merveille sans artifices faciles? On le sait: le multimdia, livr  la guerre
conomique des monopoles, produit des oeuvres instables mais l'intrt arty n'en
est pas moins solide!

6/ Qu'en est-il du "montage" hypertextuel? Pour aller vite, disons que la
lecture sur cran impose d'crire un livre ouvert  de nombreuses propositions
hypertextuelles? N'est-ce pas un gadget hyperalinant, cette prtendue
interactivit? Est-ce que le cybercrivain n'accorde pas trop de temps et
d'nergie  stimuler une collaboration interactive avec le lecteur? Le lecteur
n'aurait-il pas tendance  se perdre dans les intertextes et les possibles
narratifs? Voici le danger: l'hypertexte peut se transformer en "hypotexte".
Souvent, on peut observer que le lecteur novice clique de lien en lien pour
encadrer son territoire de lecture. Et lorsqu'il revient en arrire, il se perd
et perd son envie de lire sur cran. Mais n'est-ce pas par manque d'habitude
culturelle? Il faut donc rapprendre  crire et  lire sur cran. Quant aux
questions de structure de rcit ouverte, rien de nouveau car qu'est-ce qu'un
roman non-linaire sinon les Essais de Montaigne? Et mme la didactique
dmonstration balzacienne? Le mmorable hypertexte proustien?... pour ne citer
que des classiques.

f) Changeons d'cran

Et voici le changement que j'attends: arrter de considrer les livres
lectroniques comme le stade ultime post-Gutenberg. Le e-book retro-clair pour
l'instant a la mmoire courte: il peut accueillir par exemple dix livres
contenant essentiellement du texte mais pas une seule oeuvre multimdia riche en
son et images, etc.

Donc ce que l'on attend pour commencer: l'cran souple comme feuille de papier
lgre, transportable, pliable, autonome, rechargeable, accueillant tout ce que
le web propose (du savoir, de l'information, des crations...) et cela dans un
format universel avec une rsolution sonore et d'image acceptable. Ds lors nous
pourrons nous repatre d'oeuvres multimdias sur les terrasses de caf, alanguis
sur un canap, au bord d'une rivire,  l'ombre des cerisiers en fleurs...

= Comment voyez-vous l'avenir?

Comme tous ceux qui ont surf avec des modems de 14.4 Ko sur le navigateur
Mosaic et son interface en carton-pte, je suis due par le fait que l'esprit
libertaire ait cd le pas aux activits librales dcrbrantes. Les frres
ennemis devraient se donner la main comme lors des premiers jours car le net 
son origine n'a jamais t un repaire de "has been" mlancoliques, mais rien ne
peut rsister  la force d'inertie de l'argent. C'tait en effet prvu dans le
scnario, des stratgies utopistes avaient t mises en place mais je crains
qu'internet ne soit plus aux mains d'internautes comme c'tait le cas.
L'intelligence collective virtuelle pourtant se dfend bien dans divers forums
ou listes de discussions, et a,  dfaut d'tre souvent efficace, c'est beau.
Dans l'utopie originelle, on aurait aim profiter de ce nouveau mdia, notamment
de communication, pour sortir de cette tarte  la crme qu'on se reoit chaque
jour, merci  la socit du spectacle, et ne pas rpter les erreurs de la
tlvision qui n'est, du point de vue de l'art, jamais devenue un mdia de
cration ambitieux.

Sinon, les crivains franais, c'est historique, sont dans la majorit
technophobes... Les institutions culturelles et les universitaires lettrs en
revanche soutiennent les dmarches hyperlittraires  force de colloques et
publications diverses. Du ct des plasticiens, je suis encore plus rassure, il
est acquis que l'art en ligne existe.

= Comment voyez-vous l'volution vers un web vritablement mutilingue?

Puisque la France s'inscrit dans une tradition d'interventionnisme de la
puissance publique (l'Etat, les collectivits locales...) en matire de culture,
nos institutions devraient financer des logiciels de traduction simultane - ils
seront oprants bientt...-, et plus simplement, donner des aides  la
traduction, et cela dans le cadre d'une stratgie de dveloppement de la
francophonie. Les acteurs culturels sur le web, par exemple, auraient plus de
facilit pour prsenter leur site en plusieurs langues. Les chiffres de
septembre 2000 montrent que 51% des utilisateurs sont anglo-saxons, et 78% des
sites aussi. Les chiffres de cette prpondrance baissent  mesure qu'augmentent
le nombre des internautes de par le monde... L'anglais va devenir la deuxime
langue mondiale aprs la langue natale, mais il y aura d'autres. Un exemple:
personnellement,  l'ge de 4 ans, je parlais trois langues alors que je ne
savais ni lire ni crire. Pour parler une langue, il peut suffire d'avoir la
chance de l'couter. On peut esprer que le cosmopolitisme traverse toutes les
classes sociales en raison, par exemple, de l'Union europenne, du nomadisme des
travailleurs, de la facilit de dplacement  l'tranger des tudiants, de la
prsence des chanes TV et sites trangers, etc.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Le dlire SF du type: "bienvenue dans la 3e dimension, payez-vous du sexe, des
voyages et des vies virtuels" a toujours exist. La mditation, l'sotrisme,
les religions y pourvoient, etc. Maintenant, on est dans le cyberspace... Un
exemple: dans l'industrie, la recherche.

= Et la socit de l'information?

Je prfrerais parler de "communauts de l'information"... Nous sommes plutt
dans une socit de la communication et de la commutation. Il est trs
discutable de savoir si nos discussions sont de meilleure qualit et si nous
serions plus savants... Etre inform n'est pas tre cultiv.
Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

En 1997 ou 1998, j'ai eu droit aux honneurs de la censure. L'une de mes
nouvelles mises en ligne, aujourd'hui publie honorablement sur support papier,
tait censure par mon hbergeur. Il tait inexact que ma petite histoire noire
quoique teinte d'humour tait un hommage rendu  un tueur en srie pdophile,
et cela bien que ce soit en effet le sujet. Mais voil, par un matin gris acier,
on apprit que quelques fournisseurs de services en ligne avaient t embarqus
au commissariat de police le plus proche. Ils taient tenus pour responsables du
contenu des dizaines de milliers sites qu'ils hbergent! Et fatalement
quelques-uns taient suspects d'invitation  la haine raciale, au non-respect de
la personne, etc. Ma petite nouvelle n'en faisait videmment pas partie mais
j'tais trs amuse du fait qu'un "robot trieur", le genre de nettoyeur
informatique qui obit aux ordres des censeurs, ait attent, par erreur,  ma
libert d'expression.

= Et votre pire souvenir?

Il s'agit d'une vraie anecdote virtuelle: un soir, je reois un mail sous
pseudonyme m'annonant que NON, mon roman hypermdia, avait t radiqu de la
plante net. Immdiatement, je me connecte sur mon site. Rien. Je me dbranche,
ouvre mon disque dur  la recherche de NON. Rien. Je cherche mes disques de
sauvegarde. Volatiliss. Cinq ans de travail broys par la masse des pixels!...
Et c'est  ce moment l que je me suis rveille... Le mauvais rve!


ANNE-CECILE BRANDENBOURGER (Bruxelles)


#Auteur de La maldiction du parasol, hyper-roman publi aux ditions 00h00.com

La maldiction du parasol a d'abord eu pour nom: Apparitions inquitantes. La
version originale s'est dveloppe sous forme de feuilleton pendant deux ans sur
le site d'Anacoluthe. Il s'agit d'"une longue histoire  lire dans tous les
sens, un labyrinthe de crimes, de mauvaises penses et de plaisirs ambigus..."
Une histoire qui trouve son aboutissement en tant publie le le 8 fvrier 2000
aux ditions 00h00.com, en tant que premier titre de la collection 2003,
consacre aux nouvelles critures numriques.

Suite  son succs, le 25 aot 2000, le roman est rdit en version imprime
aux ditions "Florent Massot prsente", avec une couverture en 3D. Pour marquer
l'vnement, mme si le texte n'a pas chang, un nouveau titre est donn au
livre.

La maldiction du parasol est "un cyber-polar fait de rcits hypertextuels
imbriqus en gigogne, lit-on sur le site de 00h00. Entre personnages de
feuilleton amricain et intrigue policire, le lecteur est - hypertextuellement
- men par le bout du nez dans cette saga aux allures borgsiennes. (...) C'est
une histoire de meurtre et une enqute policire; des textes crits court et
monts serrs; une balade dans l'imaginaire des sries tl; une dstructuration
(organise) du rcit dans une transposition littraire du zapping; et par
consquent, des sensations de lecture radicalement neuves. (A noter que la
version 'papier' adapte de cette narration hypertextuelle restitue presque
exactement le rythme et le nerf de l'cran.)"

*Entretien du 5 juin 2000

= Les possibilits offertes par l'hypertexte ont-elles chang votre mode
d'criture?

Les possibilits offertes par l'hypertexte m'ont permis de dvelopper et de
donner libre cours  des tendances que j'avais dj auparavant. J'ai toujours
ador crire et lire des textes clats et inclassables (comme par exemple La
vie mode d'emploi de Perec ou Si par une nuit d'hiver un voyageur de Calvino) et
l'hypermdia m'a donn l'occasion de me plonger dans ces formes narratives en
toute libert. Car pour crer des histoires non linaires et des rseaux de
textes qui s'imbriquent les uns dans les autres, l'hypertexte est videmment
plus appropri que le papier.

Je crois qu'au fil des jours, mon travail hypertextuel a rendu mon criture de
plus en plus intuitive. Plus "intrieure" aussi peut-tre, plus proche des
associations d'ides et des mouvements dsordonns qui caractrisent la pense
lorsqu'elle se laisse aller  la rverie. Cela s'explique par la nature de la
navigation hypertextuelle, le fait que presque chaque mot qu'on crit peut tre
un lien, une porte qui s'ouvre sur une histoire.

= Deux portraits de l'auteur

- sur le site d'Anacoluthe,

- sur le site des ditions 00h00.com.


ALAIN BRON (Paris)


#Consultant en systmes d'information et crivain. L'internet est un des
personnages de son roman Sanguine sur toile.

Aprs des tudes d'ingnieur en France et aux tats-Unis et un poste de
directeur de grands projets chez Bull, Alain Bron est maintenant consultant en
systmes d'information chez EdF/GdF (Electricit de France / Gaz de France).

Son deuxime roman, Sanguine sur toile (1999), est disponible en version
imprime aux ditions du Choucas et en version numrique (format PDF) aux
ditions 00h00.com. Il a reu le Prix du Lions Club International 2000.

Alain Bron est galement l'auteur d'un autre roman, Concert pour Asmode (publi
en 1998 aux ditions La Mirandole), et de plusieurs essais socio-conomiques,
dont La dmocratie de la solitude (avec Laurent Maruani, 1997) et La gourmandise
du tapir (avec Vincent de Gaulejac, 1996), parus chez DDB (Descle de Brouwer).

*Entretien du 29 novembre 1999

= Quel est le thme de votre roman Sanguine sur toile?

La "toile", c'est celle du peintre, c'est aussi l'autre nom d'internet: le web -
la toile d'araigne. "Sanguine" voque le dessin et la mort brutale. Mais
l'amour des couleurs justifierait-il le meurtre? Sanguine sur toile voque
l'histoire singulire d'un internaute pris dans la tourmente de son propre
ordinateur, manipul  distance par un trs mystrieux correspondant qui n'a que
vengeance en tte.

J'ai voulu emporter le lecteur dans les univers de la peinture et de
l'entreprise, univers qui s'entrelacent, s'chappent, puis se rejoignent dans la
fulgurance des logiciels. Le lecteur est ainsi invit  prendre l'enqute  son
propre compte pour tenter de dmler les fils tresss par la seule passion. Pour
percer le mystre, il devra rpondre  de multiples questions. Le monde au bout
des doigts, l'internaute n'est-il pas pour autant l'tre le plus seul au monde?
Comptitivit oblige, jusqu'o l'entreprise d'aujourd'hui peut-elle aller dans
la violence? La peinture tend-elle  reproduire le monde ou bien  en crer un
autre? Enfin, j'ai voulu montrer que les images ne sont pas si sages. On peut
s'en servir pour agir, voire pour tuer.

= Quelle est la place de l'internet dans ce roman?

Dans le roman, internet est un personnage en soi. Plutt que de le dcrire dans
sa complexit technique, le rseau est montr comme un tre tantt menaant,
tantt prvenant, maniant parfois l'humour. N'oublions pas que l'cran
d'ordinateur joue son double rle: il montre et il cache. C'est cette
ambivalence qui fait l'intrigue du dbut  la fin. Dans ce jeu, le grand gagnant
est bien sr celui ou celle qui sait s'affranchir de l'emprise de l'outil pour
mettre l'humanisme et l'intelligence au-dessus de tout.

= Quel est le thme du dossier: Internet: anges et dmons!, dont vous tes 
l'origine?

La revue Cultures en mouvement,  laquelle je participe priodiquement, m'a
demand en avril 1999 de diriger un dossier spcial sur la cyberculture. J'ai
donc runi les spcialistes de disciplines trs diffrentes comme un conomiste,
un sociologue, un psychiatre, un artiste, un responsable d'association,... pour
parler d'internet. Nous sommes vite tombs d'accord sur un point essentiel:
internet apporte le meilleur comme le pire. Nous avons donc appel le dossier:
Internet: anges et dmons! L'ensemble des articles a t publi dans le magazine
et dans le mme temps nous avons ouvert un site hberg alors sur
place-internet.com. Des articles dans la presse ont salu ce site qui parle
d'internet sans frnsie et avec un recul salutaire.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

J'ai pass une vingtaine d'annes chez Bull. L, j'ai particip  toutes les
aventures de l'ordinateur et des tlcommunications, j'ai t reprsentant des
industries informatiques  l'ISO(Organisation internationale de normalisation),
et chairman du groupe rseaux du consortium X/Open. J'ai connu aussi les tout
dbuts d'internet avec mes collgues de Honeywell aux Etats-Unis (fin 1978). Je
suis actuellement consultant en systmes d'information chez EdF/GdF o je
m'occupe de la bonne marche des grands projets informatiques dans ces
entreprises et dans leurs filiales internationales. Et j'cris. J'cris depuis
mon adolescence. Des nouvelles (plus d'une centaine), des essais
psycho-sociologiques (La gourmandise du tapir et La dmocratie de la solitude),
des articles et des romans. C'est  la fois un besoin et un plaisir jubilatoire.

= Dans quelle mesure l'internet a-t-il chang votre vie professionnelle?

Comme je suis tomb dans la marmite tout jeune, je n'ai pas l'impression d'avoir
t affect par le phnomne. J'ai un recul suffisant pour reconnatre les
erreurs que j'ai pu commettre avec cet outil et pour prvenir de son usage en
vitant le syndrome de l'ancien combattant.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Ce qui importe avec internet, c'est la valeur ajoute de l'humain sur le
systme. Internet ne viendra jamais compenser la clairvoyance d'une situation,
la prise de risque ou l'intelligence du coeur. Internet acclre simplement les
processus de dcision et rduit l'incertitude par l'information apporte. Encore
faut-il laisser le temps au temps, laisser mrir les ides, apporter une touche
indispensable d'humanit dans les rapports. Pour moi, la finalit d'internet est
la rencontre et non la multiplication des changes lectroniques.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Je considre aujourd'hui le web comme un domaine public. Cela veut dire que la
notion de droit d'auteur sur ce mdia disparat de facto: tout le monde peut
reproduire tout le monde. La cration s'expose donc  la copie immdiate si les
copyrights ne sont pas dposs dans les formes usuelles et si les oeuvres sont
exposes sans procdures de revenus. Une solution est de faire payer l'accs 
l'information, mais cela ne garantit absolument pas la copie ultrieure. Pour
les romans, je prfre de toute faon la forme papier.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Il y aura encore pendant longtemps l'usage de langues diffrentes et tant mieux
pour le droit  la diffrence. Le risque est bien entendu l'envahissement d'une
langue au dtriment des autres, donc l'aplanissement culturel.

Je pense que des services en ligne vont petit  petit se crer pour pallier
cette difficult. Tout d'abord, des traducteurs pourront traduire et commenter
des textes  la demande, et surtout les sites de grande frquentation vont
investir dans des versions en langues diffrentes, comme le fait l'industrie
audiovisuelle.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

A la suite de la parution de mon deuxime roman, Sanguine sur toile, j'ai reu
un message d'un ami que j'avais perdu de vue depuis plus de vingt ans. Il
s'tait reconnu dans un personnage du livre. Nous nous sommes revus rcemment
autour d'une bouteille de Saint-Joseph et nous avons pu changer des souvenirs
et fomenter des projets...

= Et votre pire souvenir?

Virus, chanes du "bonheur", sollicitations commerciales, sites fascistes,
informations non contrles, se dveloppent en ce moment  trs grande chelle.
Je me pose srieusement la question: "Quel bb ai-je bien pu contribuer  faire
natre?"


PATRICE CAILLEAUD (Paris)


#Membre fondateur et directeur de la communication de HandiCaPZro

*Entretien du 22 janvier 2001

= Pouvez-vous dcrire l'activit de HandiCaPZro?

Permettre  la personne dficiente visuelle d'aborder de faon autonome sa vie
quotidienne en lui facilitant les accs  l'information,  la consommation,  la
citoyennet. Porter cette aspiration et la conduire jusqu' ce qu'elle trouve sa
lgitimit auprs des acteurs de la vie socio-conomique et de l'opinion
publique.

= Pouvez-vous dcrire votre site web?

Rflexions, conceptions, tests ont longtemps t  l'tude pour donner aux
internautes aveugles et malvoyants un vritable outil dot d'informations
pragmatiques. Depuis le 15 septembre 2000, tous les services de l'association
dans des domaines comme les loisirs, la tl, la communication, la sant sont
accessibles sur le site www.handicapzero.org. Plus de barrage pour les
internautes aveugles: quel que soit le type de priphrique employ (synthse
vocale, plage braille), la navigation se fait sans obstacle. Par exemple, les
images et illustrations qui abondent sur la toile et rendent les sites
inaccessibles  cette population sont lgendes. Plus d'illisibilit pour les
internautes malvoyants: pour la premire fois sur le web, le site dispose, ds
la page d'accueil, d'une interface "confort de lecture" qui permet, en fonction
de son potentiel visuel, de choisir la couleur de l'cran, la taille et la
couleur de la police. Les pages vues  l'cran sont galement imprimables selon
le format dfini.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Convaincre les dcideurs socio-conomiques de prendre en compte les besoins
spcifiques des usagers, clients et citoyens dficients visuels. Mettre en
oeuvre les dispositifs d'accessibilit.

= En quoi consiste exactement votre activit lie  l'internet?

J'ai particip  la conception ditoriale et graphique du site. Aujourd'hui, mon
rle consiste  dvelopper de nouveaux services accessibles pour le site.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Internet n'est pas entr dans la majorit des foyers des personnes dficientes
visuelles. A cela, trois principales raisons:
- l'ge du public concern, qui se situe au del de la soixantaine (pour 70% du
public);
- le cot trop lev pour une acquisition personnelle d'un matriel spcialis;
- le nombre trop restreint de sites accessibles de faon autonome.

L'avenir de l'accs  l'information pour les personnes aveugles devrait passer
par le web. Ce support,  condition d'une responsabilit des dveloppeurs de
sites sous l'impulsion d'une autorit qui commence  lgifrer, donne un accs
instantan  une information actuelle au contraire des supports braille ou
caractres agrandis qui ncessitent des dlais et des cots d'adaptation, de
transcription et fabrication.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

L'essentiel de l'activit de HandiCaPZro aujourd'hui reste l'impression de
documents papier braille et caractres agrandis. La majorit du public auquel
s'adresse l'association n'est pas encore internaute.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Non, au contraire. L'internet dope les ventes de livres, comme celles des
disques, quoiqu'en disent les diteurs regroups en association de dfense de
leurs intrts. Par ailleurs, les imprimantes des micro-ordinateurs, classiques
ou braille, n'ont jamais t autant sollicites depuis l'accs au web.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Il devrait s'imposer comme une nouvelle solution complmentaire aux problmes
des personnes aveugles et malvoyantes.

= Quel est votre avis sur les dbats relatifs au respect du droit d'auteur sur
le web?

Pour l'instant, les dficients visuels sont les grands bnficiaires du manque
de lgislation sur la toile. Pourvu que a dure! Les droits et autorisations
d'auteurs taient et demeurent des freins pour l'adaptation en braille ou
caractres agrandis d'ouvrage. Les dmarches sont saupoudres, longues et
n'aboutissent que trop rarement.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

Pour les dveloppeurs de sites que a intresse, des recommandations sont
disponibles en nous contactant  [voir le courriel sur le site], ou sur des
sites comme VoirPlus ou BrailleNet. En rgle gnrale, les dispositions 
prendre ne sont pas trop contraignantes. Il ne faudrait pas que le message pour
rendre un site accessible soit trop compliqu au risque de dissuader les bonnes
volonts.


TYLER CHAMBERS (Boston, Massachusetts)


#Crateur de The Human-Languages Page (devenue iLoveLanguages en 2001) et de The
Internet Dictionary Project

The Human-Languages Page (cre par Tyler Chambers en mai 1994) et le Languages
Catalog of the WWW Virtual Library fusionnent en 2001 pour devenir
iLoveLanguages, un catalogue dtaill de plus de 2.000 ressources linguistiques
dans plus de 100 langues diffrentes.

Tyler Chambers mne aussi un autre projet relatif aux langues, The Internet
Dictionary Project, dbut en 1995. Le projet a pour but de crer des
dictionnaires de langues en accs libre sur le web, grce  l'aide des
internautes. Ce site permet donc aux cybernautes du monde entier de participer 
la traduction de termes anglais dans d'autres langues.

*Entretien du 14 septembre 1998 (entretien original en anglais)

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

Ma vie professionnelle est en ce moment compltement distincte de mon activit
sur l'internet. Je suis programmeur/technicien informatique, je trouve cela
stimulant et cela me permet de payer les factures. Mon activit en ligne a
consist  rendre l'information linguistique accessible  davantage de gens par
le biais de deux de mes projets sur le web. Bien que je ne sois pas multilingue,
ni mme bilingue moi-mme, je suis conscient du fait que trs peu de domaines
ont une importance comparable  celle des langues et du multilinguisme.
L'internet m'a permis de toucher des millions de personnes et de les aider 
trouver ce qu'elles cherchaient, ce dont je suis heureux. Je suis devenu aussi
une sorte de clbrit, ou au moins quelqu'un de familier dans certains cercles.
Je viens de dcouvrir qu'un de mes projets est brivement mentionn dans les
ditions asiatique et internationale de Time Magazine. Dans l'ensemble, je pense
que le web a t important pour la sensibilisation aux langues et pour les
questions culturelles. Dans quel autre endroit peut-on chercher au hasard
pendant vingt minutes et trouver des informations intressantes dans trois
langues diffrentes sinon plus ? Les moyens de communication rendent le monde
plus petit en rapprochant les gens. Je pense que le web est le premier mdium -
bien plus que le courrier, le tlgraphe, le tlphone, la radio ou la
tlvision -  rellement permettre  l'usager moyen de franchir les frontires
nationales et culturelles. Isral n'est plus  des milliers de kilomtres, mais
seulement  quelques clics de souris. Notre monde est maintenant suffisamment
petit pour tenir sur un cran d'ordinateur.

= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?

Le multilinguisme sur le web tait invitable bien avant que ce mdium ne se
dveloppe vraiment. Mon premier vrai contact avec l'internet date de 1994, un
peu aprs ses dbuts mais bien avant son expansion. 1994 a t aussi l'anne o
j'ai dbut mon premier projet web multilingue. A cette poque, il existait dj
un nombre significatif de ressources linguistiques en ligne. Ceci tait
antrieur  la cration de Netscape. Mosaic tait le seul navigateur sur le web,
et les pages web taient essentiellement des documents textuels relis par des
hyperliens. A prsent, suite  l'exprience acquise par les internautes, et
suite  l'amlioration des logiciels de navigation, je ne pense pas qu'il existe
une langue vivante qui ne soit pas reprsente sur le web, que ce soit la langue
des Indiens d'Amrique ou les dialectes moyen-orientaux. De mme une plthore de
langues mortes peut maintenant trouver une audience nouvelle grce  des rudits
et autres spcialistes en ligne. A ma connaissance, trs peu de jeux de
caractres ne sont pas disponibles en ligne : les navigateurs permettent
dsormais la visualisation des caractres romains, asiatiques, cyrilliques,
grecs, turcs, etc. Accent Software a un produit appel "Internet avec accents"
qui prtend tre capable de visualiser plus de trente codages diffrents. S'il
existe encore des obstacles  la diffusion d'une langue spcifique sur le web,
ceci ne devrait pas durer.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Comme je l'ai dit plus haut, je pense que l'avenir de l'internet rside dans
davantage de multilinguisme et d'exploration et de comprhension
multiculturelles que nous n'en avons jamais vu. Cependant l'internet sera
seulement le mdium au travers duquel l'information circule. Comme le papier qui
sert de support au livre, l'internet lui-mme augmente trs peu le contenu de
l'information. Par contre il augmente normment la valeur de celle-ci dans la
capacit qu'il a  communiquer cette information. Dire que l'internet
aiguillonne le multilinguisme est  mon sens une opinion fausse. C'est la
communication qui aiguillonne le multilinguisme et l'change multiculturel.
L'internet est seulement le mode de communication le plus rcent rendu
accessible aux gens plus ou moins ordinaires. Il a un long chemin  parcourir
avant d'tre omniprsent dans le monde entier, mais il est vraisemblable que
lui-mme ou un mdium de la mme ligne y arrive. Les langues deviendront encore
plus importantes qu'elles ne le sont quand tout le monde pourra communiquer 
l'chelle de la plante ( travers le web, les discussions, les jeux, le
courrier lectronique, ou toute application appartenant encore au domaine de
l'avenir), mais je ne sais pas si ceci mnera  un renforcement des attaches
linguistiques ou  une fusion des langues jusqu' ce qu'il n'en subsite plus que
quelques-unes ou mme une seule. Une chose qui m'apparat certaine est que
l'internet sera toujours la marque de notre diversit, y compris la diversit
des langues, mme si cette diversit diminue. Et c'est une des choses que j'aime
 son sujet, c'est un exemple  l'chelle mondiale du dicton: "Cela n'a pas
vraiment disparu tant que quelqu'un s'en souvient." Et les gens se souviennent.


PASCAL CHARTIER (Lyon)


#Crateur de Livre-rare-book, site professionnel de livres d'occasion

Grant de la librairie du Bt d'Argent, librairie lyonnaise, Pascal Chartier a
cr ds novembre 1995 Livre-rare-book, site professionel de livres d'occasion.
Quadrilingue (franais, anglais, italien, allemand), le site comprend un
catalogue de livres anciens et de livres d'occasion class par sujets et par
librairie (environ 100 librairies et 300.000 livres en mai 2001) et un annuaire
lectronique international des librairies de livres d'occasion.

En juin 1998, Pascal Chartier considrait que le web lui a ouvert "une vaste
porte",  la fois pour lui et ses clients. Il le considrait aussi "comme
peut-tre la pire et la meilleure des choses. La pire parce qu'il peut gnrer
un travail constant sans limite et la dpendance totale. La meilleure parce
qu'il peut s'largir encore et permettre surtout un travail intelligent!"

*Entretien du 15 janvier 2000

= Quoi de neuf?

La ralisation d'un module de gestion pour permettre aux libraires d'intgrer
leurs livres facilement sur Livre-rare-book, et la traduction en cours du site
en anglais, allemand, italien et portugais. Actuellement, nous avons 33
libraires sur le site et 85.000 livres (le chiffre a fortement augment depuis,
avec environ 100 librairies et 300.000 livres en mai 2001, ndlr).

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Un cercle vicieux.

= Que pensez-vous de l'volution vers un internet multilingue?

Un sujet passionnant.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

La lettre d'une vieille dame qubcoise  qui j'ai pu faire retrouver un livre
de son enfance.

= Et votre pire souvenir?

Les injures gratuites.

*Entretien du 9 novembre 2000

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Oui.

= Les jours du papier sont-ils compts?

C'est toujours un problme d'chelle, de lunettes ou de systme de pense: d'un
ct le papier a encore quelques sicles devant lui, de l'autre ses jours sont
effectivement compts.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Il ne me viendrait pas  l'ide de lire un livre ainsi, mais peut-tre de
rcuprer le texte et de l'imprimer?

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

Le problme est l'argent. Nous avons les lments techniques.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Du vent... ou de l'imaginaire?

= Et la socit de l'information?

Une socit humaine.


RICHARD CHOTIN (Paris)


#Professeur  l'Ecole suprieure des affaires (ESA) de Lille

*Entretien du 4 septembre 2000

= Pouvez-vous dcrire votre site web?

Il s'agit d'un site interne  l'Ecole suprieure des affaires (ESA) qui ne
comprend que la biographie, la bibliographie et les enseignements de chaque
enseignant. Le mien n'chappe pas  cette rgle.

= En quoi consiste votre activit professionnelle?

J'enseigne  l'universit (essentiellement gestion et stratgie). Mon activit
lie  internet est marque par l'importance de la recherche d'lments sur
internet, mais surtout le croisement des donnes afin d'viter la
dsinformation.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Dans les trois annes  venir, je compte dvelopper cette activit. Aprs, la
retraite aidant, je compte diminuer sensiblement mes activits sur le net.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Oui, je lis environ cinq  six journaux (quotidiens et hebdomadaires), deux 
trois livres papier par mois, et environ 3  4.000 photocopies par an.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Il a une certaine utilit mais ne remplacera pas le livre papier, sauf  pouvoir
le tirer ultrieurement si l'intrt est grand.

= Quelles sont vos suggestions pour un meilleur respect du droit d'auteur sur le
web?

Et si l'on supprimait le droit d'auteur en ce qui concerne les livres?

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure rpartition des langues sur le
web?

Le problme est politique et idologique: c'est celui de l'"imprialisme" de la
langue anglaise dcoulant de l'imprialisme amricain. Il suffit d'ailleurs de
se souvenir de l'"imprialisme" du franais aux 18e et 19e sicles pour
comprendre la dficience en langues des tudiants franais: quand on n'a pas
besoin de faire des efforts pour se faire comprendre, on n'en fait pas, ce sont
les autres qui les font.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

L encore, il faudrait une relle motivation des concepteurs de sites envers le
problme des aveugles et une volont politique d'intgration des handicaps (et
pas seulement financire).

= Quel est votre pire souvenir li  l'internet?

C'est lorsque j'ai dcouvert qu'il me faudrait plusieurs vies pour tenter
d'puiser les possibilits de l'outil. Quand j'ai compris que je n'y arriverais
pas, je me suis remis  lire Le mythe de Sisyphe d'Albert Camus afin de ne pas
sombrer dans une mlancolie maniaco-dpressive due  l'absurdit de la
situation.

*Entretien du 5 mai 2001

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Une seule nouveaut, mais de taille, les consquences de l'accessibilit du web
aux aveugles: ma fille vient d'obtenir la deuxime place  l'agrgation de
lettres modernes. Un de ses amis a obtenu la matrise de confrence en droit et
un autre a soutenu sa thse de doctorat en droit galement.

Outre l'aspect performance, cela prouve au moins que si les aveugles taient
rellement aids (tous les aveugles n'ont pas videmment la chance d'avoir un
pre qui peut passer du temps et consacrer de l'argent) par des mthodes plus
actives dans la lecture des documents, telles que celles que je dcris
(obligation d'obtenir en braille ce qui existe en "voyant" notamment), le
handicap pourrait presque disparatre.


ALAIN CLAVET (Ottawa)


#Analyste de politiques au Commissariat aux langues officielles du Canada

"Le mandat du Commissariat est le suivant: faire reconnatre le statut du
franais et de l'anglais, les deux langues officielles du Canada; faire
respecter la loi sur les langues officielles; fournir de l'information sur les
services du Commissariat, les aspects de la loi sur les langues officielles et
son importance pour la socit canadienne. Le Commissaire protge: le droit du
public d'utiliser le franais ou l'anglais pour communiquer avec les
institutions fdrales et pour en recevoir les services l o la loi et le
rglement sur les langues officielles le prvoient; le droit des fonctionnaires
de travailler dans l'une ou l'autre langue officielle dans les rgions dsignes
 cette fin ; le droit de tous les Canadiens et Canadiennes d'expression
franaise ou anglaise de bnficier des mmes chances d'emploi et d'avancement
au sein des institutions fdrales." (extrait du site web)

Alain Clavet est analyste de politiques sur les questions relatives  la dualit
linguistique dans les domaines d'internet et de la radiodiffusion. En aot 1999,
il a rdig une tude spciale intitule Le gouvernement du Canada et le
franais sur internet. Dans l'introduction de cette tude, il explique:
"Internet peut influencer profondment l'organisation du gouvernement du Canada,
sa faon de fournir des services et de communiquer avec les citoyens. La langue
anglaise est prpondrante dans l'ensemble des rseaux lectroniques, y compris
sur internet. Il importe donc que la Commissaire veille  ce que le franais
prenne toute sa place quitable dans les changes reposant sur ce nouveau mode
de communication et de publication."

*Entretien du 3 septembre 1999

= Dans quelle mesure l'internet a-t-il chang votre vie professionnelle?

Internet devient l'un de mes principaux secteurs de spcialisation. Le rseau me
permet de faire des recherches, de communiquer et d'largir mes vues sur les
questions relatives aux langues officielles (l'anglais et le franais, ndlr).

= Comment voyez-vous l'avenir?

Je donne prsentement une srie de communications suite  mon rapport: Le
gouvernement du Canada et le franais sur internet. Je vais continuer dans les
prochaines annes  dvelopper cette expertise.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Des logiciels devraient permettre de tarifer l'usager lorsque ncessaire et les
gouvernements devraient librer de frais le maximum de documents et services,
notamment en franais.

= Quelles solutions pratiques suggrez-vous pour un internet vritablement
multilingue?

J'en suggre plusieurs dans mon rapport (voir le chapitre 5: Observations et
recommandations, ndlr).

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

La dcouverte des toutes les possibilits du modem-cble. La trs grande vitesse
du modem m'a permis de voir la puissance de ce mode de communication. Internet
comme encyclopdie universelle m'est indispensable.

= Et votre pire souvenir?

La lenteur, mais c'est rgl.

*Entretien du 4 septembre 2000

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

J'ai prsent une confrence  l'INET 2000  Yokohama (Japon) (18-21 juillet
2000) sur la diversit linguistique dans le cyberespace. Je serai  Paris pour
la confrence Newropeans (5-7 octobre 2000).

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Un peu moins (qu'avant d'tre connect  internet). Le papier continuera d'avoir
un rle complmentaire.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

La technologie devra s'amliorer encore de ce point de vue afin de devenir
vraiment populaire.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Un lieu de connaissances partages non soumis aux contraintes du temps et de
l'espace.

= Et la socit de l'information?

Le constat que la valeur ajoute centrale (en rfrence  une notion conomique,
celle de la valeur ajoute) devient de plus en plus l'intelligence de
l'information. Ainsi, dans une socit de l'information, la connaissance devient
la plus-value recherche.

*Entretien du 3 mai 2001

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Le gouvernement du Canada a accept l'ensemble des douze recommandations du
rapport: Le gouvernement du Canada et le franais sur internet. Des
investissements importants ont t raliss  cet gard cette anne. Notamment
80 millions de dollars (canadiens, soit 62 millions d'euros, ndlr) pour la
numrisation des collections, 30 millions (23,3 millions d'euros, ndlr) pour la
constitution du Muse virtuel canadien et, le 2 mai 2001, l'annonce de 108
millions supplmentaires (83,7 millions d'euros, ndlr) afin d'accrotre les
contenus culturels canadiens sur internet. Je reprsente galement le Canada 
un comit d'experts de l'Unesco pour la promotion du multilinguisme et de
l'accs universel  l'internet.


JEAN-PIERRE CLOUTIER (Montral)


#Auteur des Chroniques de Cybrie, chronique hebdomadaire des actualits de
l'internet

Jean-Pierre Cloutier, journaliste qubcois, lance en novembre 1994 Les
Chroniques de Cybrie, chronique hebdomadaire des actualits de l'internet, sous
la forme d'une lettre hebdomadaire envoye par courrier lectronique (5.000
abonns en 2001). A partir d'avril 1995, on peut galement lire les Chroniques
directement sur le web. Depuis bientt sept ans maintenant, elles font rfrence
dans la communaut francophone, y compris dans le domaine du livre. Chroniqueur
 temps plein, Jean-Pierre Cloutier est galement photographe.

*Entretien du 8 juin 1998

= En quoi l'internet a-t-il chang votre vie professionnelle?

Il y a deux choses ici, dans mon cas. D'abord une poque o j'tais traducteur
(aprs avoir travaill dans le domaine des communications). Je me suis branch 
internet  la demande de clients de ma petite entreprise de traduction car a
simplifiait l'envoi des textes  traduire et le retour des textes traduits.
Assez rapidement, j'ai commenc  largir mon bassin de clientle et  avoir des
contrats avec des clients amricains.

Puis, il y a eu carrment changement de profession, c'est--dire que j'ai mis de
ct mes activits de traduction pour devenir chroniqueur. Au dbut, je le
faisais  temps partiel, mais c'est rapidement devenu mon activit principale.
C'tait pour moi un retour au journalisme, mais de manire manifestement trs
diffrente. Au dbut, les Chroniques traitaient principalement des nouveauts
(nouveaux sites, nouveaux logiciels). Mais graduellement on a davantage trait
des questions de fond du rseau, puis dbord sur certains points d'actualit
nationale et internationale dans le social, le politique et l'conomique.

Dans le premier cas, celui des questions de fond, c'est relativement simple car
toutes les ressources (documents officiels, dpches, commentaires, analyses)
sont en ligne. On peut donc y mettre son grain de sel, citer, tendre l'analyse,
pousser des recherches. Pour ce qui est de l'actualit, la slection des sujets
est tributaire des ressources disponibles, ce qui n'est pas toujours facile 
dnicher. On se retrouve alors dans la mme situation que la radio ou la tl,
c'est--dire que s'il n'y a pas de clip audio ou d'images, une nouvelle mme
importante devient du coup moins attrayante sur le plan du mdium.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Dans le cas des Chroniques de Cybrie, nous avons pu lancer et maintenir une
formule en raison des cots d'entre relativement faibles dans ce mdium.
Cependant, tout dpendra de l'ampleur du phnomne dit de "convergence" des
mdias et d'une hausse possible des cots de production s'il faut offrir de
l'audio et de la vido pour demeurer concurrentiels. Si oui, il faudra songer 
des alliances stratgiques, un peu comme celle qui nous lie au groupe Ringier et
qui a permis la relance des Chroniques aprs six mois de mise en veilleuse. Mais
quel que soit le degr de convergence, je crois qu'il y aura toujours place pour
l'crit, et aussi pour les analyses en profondeur sur les grandes questions.

*Entretien du 6 aot 1999

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien (nouvelles ralisations, nouveaux
projets, nouvelles ides...)?

Projets et ralisations, non, pas vraiment. Nouvelles ides, oui, mais c'est
encore en gestation.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?
Quelles solutions pratiques suggrez-vous?

Vaste question.

Il y a d'abord les droits d'auteurs et droits de reproduction des grandes
entreprises. Ces dernires sont relativement bien dotes en soutien juridique,
soit par le recours aux services internes du contentieux, soit par l'embauche de
firmes spcialises.

Il est certain que la "dmatrialisation" de l'information, apporte par
internet et les techniques de numrisation, facilite les atteintes de toutes
sortes  la proprit intellectuelle.

L o il y a danger, c'est dans le cas de petits producteurs/diffuseurs de
contenus "originaux" qui n'ont pas les moyens de surveiller l'appropriation de
leurs produits, ni d'enclencher des mesures sur le plan juridique pour faire
respecter leurs droits.

Mais tout a, c'est de l'"officiel", des cas de plagiat que l'on peut prouver
avec des pices "rematrialises". Il y a peut-tre une forme plus insidieuse de
plagiat, celle de l'appropriation sans mention d'origine d'ides, de concepts,
de formules, etc. Difficile dans ces cas de "prouver" le plagiat, car ce n'est
pas du copier/coller pur et simple. Mais c'est une autre dimension de la
question qui est souvent occulte dans le dbat.

Des solutions? Il faut inventer un processus par lequel on puisse inscrire sans
frais une oeuvre (article, livre, pice musicale, etc.) auprs d'un organisme
international ayant pouvoir de sanction. Cette mthode ne rglerait pas tous les
problmes, mais aurait au moins l'avantage de dterminer un cadre de base et qui
sait, peut-tre, agir en dissuasion aux pillards.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue? Quelles solutions
pratiques suggrez-vous?

Cet t, le cap a t franchi. Plus de 50% des utilisateurs et utilisatrices du
rseau sont hors des tats-Unis. L'an prochain, plus de 50% des utilisateurs
seront non anglophones. Il y a seulement cinq ans, c'tait 5%. Formidable, non?

Mais voil, c'est que l'internet est devenu multiforme et exige de plus en plus
des outils performants en raison de l'"enrichissement" des contenus (ou plutt
des contenants, car sur le fond, le contenu vritable, rien n'est enrichi sauf
les entreprises qui les vendent). Il faut des systmes costauds, bien pourvus en
mmoire, avec des microprocesseurs puissants. Or, s'il y a dveloppement du web
non anglophone, il s'adressera pour une bonne part  des populations qui n'ont
pas les moyens de se procurer des systmes puissants, les tout derniers
logiciels et systmes d'exploitation, et de renouveler et mettre  niveau tout
ce bazar aux douze mois.

En outre, les infrastructures de communication, dans bien des rgions hors
Europe ou tats-Unis, font cruellement dfaut. Il y a donc problme de bande
passante.

Je le constate depuis le tout dbut des Chroniques. Des correspondants (Afrique,
Asie, Antilles, Amrique du Sud, rgion Pacifique) me disent apprcier la
formule d'abonnement par courrier lectronique car elle leur permet en
rcuprant un seul message de lire, de s'informer, de faire une prslection des
sites qu'ils ou elles consulteront par la suite. Il faut pour eux, dans bien des
cas, optimiser les heures de consultation en raison des infrastructures
techniques plutt faibles.

C'est dans ces rgions, non anglophones, que rside le dveloppement du web. Il
faut donc tenir compte des caractristiques techniques du mdium si on veut
rejoindre ces "nouveaux" utilisateurs.

Je dplore aussi qu'il se fasse trs peu de traductions des textes et essais
importants qui sont publis sur le web, tant de l'anglais vers d'autres langues
que l'inverse.

Je m'explique. Par exemple, Jon Katz publie une analyse du phnomne de la
culture Goth qui imprgnait les auteurs du massacre de Littleton, et de
l'expression Goth sur le web. La presse francophone tire une phrase ou deux de
l'analyse de Katz, grapille quelques concepts, en fait un article et c'est tout.
Mais c'est insuffisant pour comprendre Katz et saisir ses propos sur la culture
de ces groupes de jeunes.

De mme, la nouveaut d'internet dans les rgions o il se dploie prsentement
y suscite des rflexions qu'il nous serait utile de lire.  quand la traduction
des penseurs hispanophones et autres de la communication?

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Ce n'est pas trs gai, et a n'a rien  voir avec le rayonnement important
qu'ont acquis Les Chroniques de Cybrie au fil des ans.

Dbut 1996, j'ai reu un message qui disait  peu prs ceci: "Mon fils, dans le
dbut de la vingtaine, tait gravement malade depuis des mois. Chaque semaine,
il attendait avec impatience de recevoir dans sa bote aux lettres votre
chronique. Ne pouvant plus sortir de la maison, votre chronique lui permettait
de 'voyager', d'ouvrir ses horizons, de penser  autre chose qu' son mal. Il
est dcd ce matin. Je voulais simplement vous remercier d'avoir allg ses
derniers mois parmi nous."

Alors, quand on reoit un message comme a, on se fout pas mal de parler  des
milliers de gens, on se fout des statistiques d'achalandage, on se dit qu'on
parle  une personne  la fois.

= Et votre pire souvenir?

Pas vraiment un seul "gros et mchant" souvenir. Mais une foule de petits
irritants. Le systme est fragile, le contenu passe au second plan, on parle peu
du capital humain, on nous inonde de versions successives de logiciels, etc.
Mais c'est trs vivable...

*Entretien du 5 aot 2000

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Disons que fin juillet 1998,  peu prs au moment o nous avions notre tout
premier entretien, j'crivais: "Quelqu'un me demandait rcemment quelles taient
les grandes tendances d'internet et si quelque chose avait chang dans la
couverture journalistique de l'espace cyber. Aprs avoir feint de ne pas avoir
entendu la question, question de songer  une rponse adquate, je lui ai
rpondu qu'au dbut, un bon chroniqueur se devait d'avoir les deux pieds bien
ancrs dans le milieu des technologues et des cratifs. Maintenant, il importe
d'avoir un bureau  mi-chemin entre le Palais de justice et la Place de la
bourse, et de cultiver ses amis avocats et courtiers." (Chroniques de Cybrie,
28 juillet 1998)

Je constate que, depuis ce temps, mais surtout depuis un an, cette tendance
s'est confirme. Les considrations financires comme les placements initiaux de
titres (les IPO - initial public offers), les options d'achat d'actions, la
monte fulgurante du Nasdaq fin 1999 et dbut 2000, puis la correction boursire
du printemps, bref, toute cette activit a domin grandement l'actualit du
cyberespace.

Puis, sur le plan juridique, il y a eu l'affaire Microsoft (qui n'est pas encore
termine en raison des appels). C'est la plus visible, celle qui a monopolis
l'attention pendant des mois. Plus rcemment, c'est l'affaire Napster qui
retient l'attention (l aussi, on attend les dcisions en appel). L'affaire UEJF
(Union des tudiants juifs de France) - LICRA (Ligue internationale contre le
racisme et l'antismitisme) - Yahoo! en France est aussi,  mon avis, minemment
importante car elle implique le concept de censure "gographique",  partir d'un
territoire donn. Mais outre ces "causes clbres", il ne se passe pas une
journe sans que les fils de presse ne rapportent des dcisions de tribunaux qui
ont des incidences sur l'avenir d'internet.

Ce sont donc les manoeuvres boursires et les objets de litiges ports devant
les tribunaux qui faonnent le mode de vie en rseau, et ce au dtriment d'une
rflexion et d'une action profonde sur le plan strict de la communication.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Disons que, dans mon cas, l'utilisation du support papier est plus slective.
Pour mes besoins, j'imprime parfois un document rcupr en ligne car le papier
est une "interface de lecture" des plus portables. Sans connexion, sans piles,
sans attirail technique, on transporte le document o on veut, on l'annote, on
le partage, on le donne, on le rcupre, puis il peut prendre facilement le
chemin du bac de recyclage.

Ct des journaux et priodiques, j'en consomme moins qu'avant mon utilisation
rgulire d'internet (1991). Mais l encore, c'est slectif. Le seul priodique
que j'achte rgulirement est le mensuel Wired. Je n'ai jamais t abonn, je
l'achte en kiosque, c'est comme voter avec son fric pour le changement.

Pour ce qui est des livres, comme je suis en guerre perptuelle avec le temps,
j'ai peu l'occasion de lire. Au cours de mes vacances, cet t, j'ai achet des
livres de cyberlibraires et je les ai fait livrer poste restante au bureau de
poste du village o j'tais. Entre trois  cinq jours pour la livraison, c'est
gnial.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Le cinma n'a pas sonn la mort des spectacles sur scne et des arts
d'interprtation, pas plus que la radio. La tlvision n'a pas relgu aux
oubliettes le cinma, au contraire, elle a contribu  une plus grande diffusion
des films. Mme chose pour la vidocassette. Les technologies se succdent, puis
cohabitent.

Je crois qu'il en sera de mme pour le papier. Il est certain que son rle et
ses utilisations seront modifis, que certains contenus demeureront plus
portables et conviviaux sur papier, il y aura des ajustements.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Curieusement, dans l'dition du 28 juillet 1998 des Chroniques de Cybrie que je
cite plus haut, je parlais du numro 4 des Cahiers de mdiologie ayant pour
thme "Les pouvoirs du papier", et aussi des premiers livres numriques.

Force est de constater que, deux ans plus tard, peu de choses ont volu.
D'abord, sur le plan technique, les nouvelles interfaces de lecture n'ont pas
rempli leurs promesses sur le plan de la convivialit, de l'aisance et du
confort, du plaisir de l'exprience de lire.

D'autre part, les contenus proposs sont encore assez maigres. Je ne dis pas
qu'il n'y a rien, mais c'est peu vari, et encore peu de grands titres qui
permettraient des conomies d'chelle.

Oui, Stephen King a fait un pied de nez aux diteurs et publi des oeuvres
originales en ligne. Et alors? On peut difficilement, encore, parler d'une
tendance.

J'ai une thorie des forces qui animent et modifient la socit, et qui se
rsume  classer les phnomnes en tendances fortes, courants porteurs et
signaux faibles.

Le livre lectronique ne rpond pas encore aux critres de tendance forte. On
peroit des signaux faibles qui pourraient annoncer un courant porteur, mais on
n'y est pas encore. Cependant, si et quand on y sera, ce sera un atout important
pour les personnes qui souhaiteront s'auto-diter, et le phnomne pourrait
bouleverser le monde de l'dition traditionnelle.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et mal-voyants?

Mes suggestions s'adressent surtout aux diffuseurs de contenus qui ne respectent
pas les normes techniques. Je m'explique. Le Consortium W3C est un organisme de
normalisation des techniques du web. Ses comits tudient les nouvelles
techniques, et prescrivent des normes d'utilisation. Or les producteurs et
diffuseurs de contenus utilisent souvent des techniques propritales, hors
normes, propres  un logiciel ou  une plate-forme, ce qui donne lieu, par
exemple,  des "sites optimiss" pour Netscape ou pour Internet Explorer.

Si ces sites soi-disant optimiss pour un fureteur ou un autre causent des
problmes pour les utilisateurs ordinaires, imaginez la difficult d'adapter des
contenus livrs hors normes  un consultation pour non-voyants.

Il y a des efforts normes pour rendre accessible  tous le contenu du web, mais
tant et aussi longtemps que les diffuseurs utiliseront des technologies hors
normes, et ne tiendront pas leurs engagements pris, notamment, dans le cadre du
Web Interoperability Project (WIP), la tche sera difficile.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Un monde parallle, un espace o se droule l'ensemble des activits
d'information, de communication, et d'changes (y compris changes commerciaux)
dsormais permises par le rseau. Il y a un centre, autonome, trs interconnect
qui vit par et pour lui-mme. Puis des collectivits plus ou moins ouvertes, des
espaces rservs (intranets), des sous-ensembles (AOL, CompuServe). Il y a
ensuite de trs longues frontires o rgne une culture mixte, hybride, issue du
virtuel et du rel (on pense aux imprims qui ont des versions web, aux sites
marchands). Il y a aussi un sentiment d'appartenance  l'une ou l'autre de ces
rgions du cyberespace, et un sentiment d'identit.

= Et la socit de l'information?

Une socit o l'unit de valeur relle est l'information produite, transforme,
change. Elle correspond au "centre" du cyberespace. Malheureusement, le
concept a tellement t galvaud, banalis, on l'a servi  toutes les sauces
politiciennes pour tenter d'voquer ce qu'on ne pouvait imaginer dans le dtail,
ou concevoir dans l'ensemble, de sorte que l'expression a perdu de son sens.


JACQUES COUBARD (Paris)


#Responsable du site web du quotidien L'Humanit

*Entretien du 23 juillet 1998

= Quel est l'historique de votre site web?

Le site de L'Humanit a t lanc en septembre 1996  l'occasion de la Fte
annuelle du journal. Nous y avons ajout depuis un forum, un site (en
partenariat) pour la rcente Coupe du monde de football, et des donnes sur la
Fte et sur le meeting d'athltisme parrain par L'Humanit. Nous esprons
pouvoir dvelopper ce site  l'occasion du lancement d'une nouvelle formule du
quotidien qui devrait intervenir  la fin de l'anne ou au dbut de l'an
prochain. Nous esprons galement mettre sur site L'Humanit hebdo dans les
mmes dlais.

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

Jusqu' prsent on ne peut pas dire que l'arrive d'internet ait boulevers la
vie des journalistes faute de moyens et de formation (ce qui va ensemble). Les
rubriques sont peu  peu quipes avec des postes ddis, mais une minorit de
journalistes exploite ce gisement de donnes. Certains s'en servent pour
transmettre leurs articles, leurs reportages. Il y a sans doute encore une
"peur" culturelle  plonger dans l'univers du Net. Normal, en face de l'inconnu.
L'avenir devrait donc permettre par une formation (peu complique) de combler ce
handicap. On peut rver  un enrichissement par une sorte d'dition
lectronique, mais nous sommes svrement brids par le manque de moyens
financiers.


LUC DALL'ARMELLINA (Paris)


#Co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'critures hypermdias

*Entretien du 13 juin 2000

= Pouvez-vous prsenter oVosite?

oVosite est un site web (mise en ligne: juin 1997) conu et ralis par un
collectif de six auteurs (Chantal Beaslay, Laure Carlon, Luc Dall'Armellina,
Philippe Meuriot, Anika Mignotte et Claude Rouah) - issus du dpartement
hypermdias de l'Universit Paris 8 - autour d'un symbole primordial et
spirituel, celui de l'oeuf. Le site s'est constitu selon un principe de
cellules autonomes qui visent  exposer et intgrer des sources htrognes
(littrature, photo, peinture, vido, synthse) au sein d'une interface
unifiante.

Les rcits voisins, la premire cellule active, met en scne huit nouvelles
originales - mtaphores d'closion ou de gestation -  travers des ancrages
variant selon trois regards: lments de l'environnement (rouge), personnages de
l'histoire (violet), correspondances potiques (bleu). L'interprtation de ces
regards, c'est--dire le choix des liens pour chaque lment de texte, incombe 
chaque auteur et dpend de sa perception individuelle du sujet au sein de son
univers intime. Les rcits voisins est une oeuvre collective, un travail
d'criture multimdia qui s'est tendu sur prs de six mois.

Dsirs est une proposition de fragmentation d'un pome anonyme (texte de 1692)
et qui occupe l'espace sur le mode de l'apparition des phrases relies  des
mots qui s'affichent et disparaissent au gr d'un alatoire mesur.

De nouvelles cellules sont en couvaison...

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Je suis enseignant en cration numrique auprs d'tudiants des filires "arts"
et "design graphique"  l'Ecole rgionale des beaux-arts de Valence (Drme) et
charg de cours en "cration de site web" UFR6 (unit de formation et de
recherche 6) "Littrature et Informatique" auprs d'tudiants de DESS (diplme
d'enseignement suprieur spcialis)  l'Universit Paris 8 -
Saint-Denis-Vincennes (Seine Saint-Denis).

J'exerce par ailleurs une activit de recherche (doctorant  Paris 8) faite de
cration (sites web et dispositifs hypertextuels), de veille technologique
(outils de cration et technologies) et d'un travail d'analyse des pratiques de
cration numrique. Ces trois ples servent la construction de ma thse en cours
sur le thme: "Vers une cologie de l'cran".

= Comment voyez-vous l'avenir?

La couverture du rseau autour de la surface du globe resserre les liens entre
les individus distants et inconnus (c'est un peu notre cas lors de cet change).
Ce qui n'est pas simple puisque nous sommes placs devant des situations
nouvelles: ni vraiment spectateurs, ni vraiment auteurs, ni vraiment lecteurs,
ni vraiment interacteurs. Ces situations crent des nouvelles postures de
rencontre, des postures de "spectacture" ou de "lectacture" (Jean-Louis
Weissberg). Les notions de lieu, d'espace, de temps, d'actualit sont
requestionnes  travers ce mdium qui n'offre plus gure de distance 
l'vnement mais se situe comme aucun autre dans le prsent en train de se
faire.

L'cart peut tre mince entre l'envoi et la rponse, parfois immdiat (cas de la
gnration de textes). Mais ce qui frappe et se trouve reprable ne doit pas
masquer les aspects encore mal dfinis tels que les changements radicaux qui
s'oprent sur le plan symbolique, reprsentationnel, imaginaire et plus
simplement sur notre mode de relation aux autres. "Plus de proximit" ne cre
pas plus d'engagement dans la relation, de mme "plus de liens" ne crent pas
plus de liaisons, ou encore "plus de tuyaux" ne crent pas plus de partage.

Je rve d'un internet o nous pourrions crire  plusieurs sur le mme
dispositif, une sorte de lieu d'atelier d'critures permanent et qui
autoriserait l'criture personnelle (c'est en voie d'exister), son partage avec
d'autres auteurs, leur mise en relation dans un tissage d'hypertextes et un
espace commun de notes et de commentaires sur le travail qui se cre. Je rve
encore d'un internet gratuit pour tous et partout, avec toute l'utopie que cela
reprsente. Internet est jeune mais a dj ses mythologies, ainsi Xanadu devait
tre cette cit merveilleuse ou tout le savoir du monde y serait lisible en
toutes les langues. Loin d'tre au bout de ce rve, internet tient tout de mme
quelques-unes de ces promesses.

= Les possibilits offertes par l'hypertexte ont-elles chang votre mode
d'criture?

Non - parce qu'crire est de toute faon une affaire trs intime, un mode de
relation qu'on entretient avec son monde, ses proches et son lointain, ses
mythes et fantasmes, son quotidien et enfin, appendus  l'espace du langage,
celui de sa langue d'origine. Pour toutes ces raisons, je ne pense pas que
l'hypertexte change fondamentalement sa manire d'crire, qu'on procde par
touches, par impressions, associations, quel que soit le support d'inscription,
je crois que l'essentiel se passe un peu  notre insu.

Oui - parce que l'hypertexte permet sans doute de commencer l'acte d'criture
plus tt: devanant l'activit de lecture (associations, bifurcations, sauts de
paragraphes) jusque dans l'acte d'crire. L'criture (significatif avec des
logiciels comme StorySpace) devient peut-tre plus modulaire. On ne vise plus
tant la longue horizontalit du rcit mais la mise en espace de ses fragments,
autonomes. Et le travail devient celui d'un tissage des units entre elles.
L'autre aspect li  la modularit est la possibilit d'critures croises, 
plusieurs auteurs. Peut-tre s'agit-il d'ailleurs d'une mta-criture, qui met
en relation les units de sens (paragraphes ou phrases) entre elles.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?
Quelles solutions pratiques suggrez-vous?

Le droit de l'auteur est celui d'un individu et celui de son oeuvre. L'individu
a le droit de disposer d'une garantie, celle que son oeuvre ne soit pas pille
et/ou (pire?) dtourne ou morcele. La notion d'oeuvre est complexe, mais si
l'on accepte celle d'une production originale et personnelle comme ensemble
cohrent qui fait sens et systme pour proposer un regard singulier - celui d'un
auteur - ce droit doit pouvoir tre garanti.

Sans mme voquer les aspects financiers (royalties, etc.) qui sont bien rels,
un standard comme XML devrait pouvoir garantir l'indexation des oeuvres, des
artistes, et une signature numrique attache  leurs productions en ligne.

Un autre standard d'autentification - de type PNG (portable network graphics)
pour l'image - devrait pouvoir permettre d'attribuer une cl numrique
infalsifiable  une production. Un exemple significatif: les ditions numriques
00h00.com ont dit un roman interactif, Apparitions inquitantes, n sur le web
(donc en HTML) mais vendu au format Acrobat PDF qui permet de conditionner son
ouverture par un mot de passe donn lors de l'achat en ligne du roman.

On peut aisment imaginer que, si le WWW Consortium ne propose pas de systme
d'authentification numrique des pages web, diteurs et auteurs vont se tourner
vers des produits ditoriaux plus reprs (livre, cdrom) et pour lesquels
existe un circuit de distribution.

On peut imaginer qu'un auteur puisse faire enregistrer ses logiciels de cration
auprs d'un organisme et obtienne en change une clef numrique (signature
individuelle) qui soit automatiquement appose dans ses fichiers. Une autre
solution consisterait en un dpt - type SACEM (Socit des auteurs,
compositeurs et diteurs de musique) ou SCAM (Socit civile des auteurs
multimdia) ou SACD (Socit des auteurs et compositeurs dramatiques) ou SESAM
(Gestion des droits des auteurs dans l'univers multimdia) - qui fasse
antriorit, mais c'est une solution de protection et non pas un procd de
signature...

Peut-tre existe-t-il une question prlable cache dans celle-ci: ne faut-il pas
 l'heure du numrique, et en regard de ce que Julia Kristeva a appel
l'intertextualit, redfinir la notion et le terme d'auteur?

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue? Quelles solutions
pratiques suggrez-vous?

Les systmes d'exploitation se dotent peu  peu des kits de langues et bientt
peut-tre de polices de caractres Unicode  mme de reprsenter toutes les
langues du monde; reste que chaque application, du traitement de texte au
navigateur web, embote ce pas.

Les difficults sont immenses: notre clavier avec ses  250 touches avoue ses
manques ds lors qu'il faille saisir des Katakana ou Hiragana japonais, pire
encore avec la langue chinoise.

La grande varit des systmes d'critures de par le monde et le nombre de leurs
signes font barrage. Mais les cueils culturels ne sont pas moins importants,
lis aux codes et modalits de reprsentation propres  chaque culture ou
ethnie.

L'anglais s'impose sans doute parce qu'il est devenu la langue commerciale
d'change gnralise; il semble important que toutes les langues puissent
continuer  tre reprsentes parce que chacune d'elle est porteuse d'une vision
"singulire" du monde.

La traduction simultane (propose par AltaVista par exemple) ou les versions
multilingues d'un mme contenu me semblent aujourd'hui les meilleures rponses
au danger de pense unique que reprsenterait une seule langue d'change.

Peut-tre appartient-il aux diteurs des systmes d'exploitation (ou de
navigateurs?) de proposer des solutions de traduction partielle, avec toutes les
limites connues des systmes automatiques de traduction...

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Je n'ai pas de souvenir unique mais plutt des vnements marquants: avoir pu
contacter et converser par e-mail avec des inconnus dont j'avais lu les travaux,
avoir vu des travaux d'amis publis en livre alors qu'ils taient crits
initialement et aprs qu'ils aient exist d'abord pour le web, avoir chang des
vidos et des photos de famille  l'autre bout du monde en quelques secondes.
Quelques instants fugaces de babillard avec des Canadiens perdus dans les grands
froids.

= Et votre pire souvenir?

- L'arrive de ce qu'on appelle l'e-business, pas l'arrive du commerce qui est
une activit respectable (activit naturelle d'change qui cre du lien), mais
celle du discours, du vocabulaire et de l'tat d'esprit qui l'accompagne:
rentabilit, business plan, parts de march, agressivit... et de toute
l'conomie faite de flan, d'effets d'annonce et dont le paroxysme s'est appel
Nasdaq.

- La mise  mort de Mygale par un systme et sa rcupration par un des acteurs
du march a montr que la communaut de partage et d'intrt avait elle aussi un
prix (lev) en fonction de son potentiel d'acheteurs.

*Entretien du 14 novembre 2000

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

C'est toujours une question, une frustration, cette impossibilit du papier 
entrer dans la machine! Les dispositifs d'annotation informatique sont pourtant
loin d'galer ceux, analogiques, de la lecture papier: post-it, pages cornes,
notes en marge, photocopies commentes, agrandies, modifies, partages... que
j'utilise - comme beaucoup - en nombre. Tous ces procds sont des bricolages,
les morceaux de papier pris sur des nappes au djeuner, dans les pages "notes"
des agendas, mais ils sont la base d'un processus de mmorisation,
d'appropriation personnelle. (Voir pour s'en convaincre la gestion archaque des
signets sur les deux navigateurs les plus modernes. Il faut aller voir des
navigateurs de recherche comme Nestor de Romain Zeiliger pour voir pris en
compte l'annotation comme processus cognitif et la reprsentation spatiale comme
mode d'organisation des donnes complexes.) C'est l la question la moins bien
prise en compte dans les dispositifs numriques o la mmoire prise en compte
est celle de la machine et du logiciel, pas celle de nos cheminements intimes.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Les "outils numriques" deviendront peut-tre peu  peu les objets banals de
notre quotidien; en attendant ce(s) jour(s), la souplesse des usages du papier
n'a pas encore son pareil, je crois. Les dbuts des annes 80 avaient annonc la
mort du support papier: son usage - et sa consommation - se sont vus multiplis.
Le papier semble devoir tre encore la surface-support de confort pour la
lecture squentielle, mais pour l'criture numrique ? On peut se poser la
question, l'volution lente mais inexorable des pratiques - et des outils
d'criture - entrane forcment la lecture vers l'ailleurs des dispositifs
interactifs. La tendance qui s'amorce sur le web - mais est-ce que cela
dpassera le stade de tendance? - est la double criture (et donc la double
lecture) propose. De plus en plus de sites sont faits pour satisfaire une
exprience interactive mais proposent aussi leurs contenus "de fond" sous forme
de fichiers Acrobat, donc mis en forme, designs pour l'impression individuelle
sur papier. Une criture interactive gnre ses systmes, dispositifs, mises en
relation, en espaces, en interaction... et ses appareils de lecture. Les
nouvelles oeuvres se lisent sur un micro-ordinateur - connect ou non - pensons
 la spcificit des Machines  crire de Antoine Denize, de Puppet Motel de
Laurie Anderson, de Ceremony of Innocence de Peter Gabriel/Nick Bantock. Mais on
peut aussi penser - et esprer - que J.M.G. Le Clzio continuera de nous
enchanter avec ses rcits sur papier.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Ce n'est qu'un sentiment, je ne possde personnellement pas ce genre d'appareil,
ni de PDA (personal digital assistant) non plus mme si j'en ai eu de nombreuses
fois entre les mains avec un mlange d'envie et de gne. Il me semble que le
"fait" technologique de l'appareil nuit  une lecture un peu "engage". Je lis
mes livres un peu partout, ils tombent parfois de mes mains et de mon lit, j'en
ai oubli dans le train, ils me suivent dans le bus, le mtro, le train, en
vacances, sur la plage ou  la montagne. Ils sont autonomes, je peux les prter,
les donner, je les biffe, corne, annote, bref je les lis. Avec une infinie
lenteur. Je me roule dans leurs plis. Il faudrait peut-tre pouvoir plier ces
livres lectroniques, ou qu'ils soient incassables? Mais la question est
peut-tre qu'ils ne peuvent ni ne doivent remplacer le livre papier bti dans un
systme matriel et conomique cohrent. Peut-tre ont-ils une place  part 
prendre? En devenant les supports de l'hyperlecture peut-tre?

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

Jakob Nielsen voque dans La Conception de sites web - l'art de la simplicit
(Campus Press, 2000) un systme vocal bas sur la lecture de balises HTML ou XML
capables d'interfacer un synthtiseur vocal qui parat convaincant. La WAI (Web
Accessibility Initiative) du W3C (World Wide Web Consortium) a publi, le 5 mai
1999, la premire version des directives (tlchargeables) pour un accs web aux
personnes handicapes, accessible en franais.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Ce pourrait-tre quelque chose comme l'ensemble lectrique mouvant, le systme
invisible mais cohrent des tres humains sensibles et des interfaces
intelligentes dont les activits sont tout ou en partie rgles, conditionnes
ou co-rgules  travers leurs machines connectes ensemble. Peut-tre plus
simplement: la virtualisation sensible et numrique de l'inconscient
collectif... mais l je ne parle plus sous contrle. :=)

= Et la socit de l'information?

La ntre, je pense? L'amricano-nord-europenne. A la Bourse, les annonces ont
des effets mesurables en millions de dollars ou d'euros et dclenchent des
impacts conomiques et humains parfois trs violents: rachats, ventes, hausses
et baisses des valeurs, licenciements. C'est une socit o la valeur absolue
est l'information et son contrle, et la valeur relative l'humain. Et l, il n'y
a plus de "parole sous contrle" mais une question de lecture, donc
d'engagement.


KUSHAL DAVE (Yale)


#Etudiant  l'Universit de Yale

*Entretien du 1er septembre 1998 (entretien original en anglais)

= Comment voyez-vous la relation entre l'imprim et l'internet?

Ce sont bien sr des relations en pleine mutation. Ce que j'ai pu voir jusqu'
prsent, c'est que les mdias lectroniques sont en train de saper les mdias
imprims de deux faons:

a) en favorisant la cration de maisons d'dition alternatives qui permettent de
se librer de la main-mise des grandes maisons d'dition,

b) en forant les publications imprimes  trouver les moyens ncessaires pour
contrecarrer cette tendance. Ces deux groupes de mdias se critiquent l'un
l'autre et proclament chacun leur supriorit. Les mdias de l'imprim jouent la
carte de la crdibilit, alors que les mdias lectroniques pensent qu'ils sont
les seuls pourvoyeurs d'une vrit impartiale.

Il y a donc un problme de "crneau"  trouver, ainsi il existe aussi un
problme financier. Internet est certainement un mdium plus accessible et plus
pratique. A long terme il serait prfrable qu'il puisse bnficier du
savoir-faire de l'imprim, sans les cots levs et les problmes de copyright.
Pendant la priode de transition, il serait galement souhaitable que les
maisons d'dition traditionnelles prennent progressivement en compte ce nouveau
mdium. Dans les publications imprimes, on voit par exemple maintenant des
adresses lectroniques  la suite des articles, ce qui permet aux lecteurs de
contacter directement les auteurs. Des forums de discussion prsents dans
pratiquement toutes les grandes publications lectroniques montrent qu'
l'avenir nous n'aurons plus seulement l'opinion d'une personne, mais les
opinions de plusieurs personnes, et leur interaction entre elles. Le but de ces
forums est de procurer des informations supplmentaires en arrire-plan. De
mme, on peut glaner des statistiques dtailles sur l'indice de consultation de
l'information ou des annonces, ce qui permettra  la publication de s'adapter et
de s'interroger sur ses objectifs. Le lecteur aura ainsi un contenu plus cibl,
plus riche et davantage sur mesure.

= Que reprsente l'internet pour vous?

D'abord un moyen de distraction. ;) Et puis une norme quantit d'informations
banales ou intressantes glanes en surfant sans but prcis.

= Comment voyez-vous l'avenir?

J'aimerais prparer une licence et une matrise en sciences, puis travailler
dans l'industrie pendant quelque temps avant d'crire sur internet dans une
publication connue.

Quant  l'avenir d'internet en gnral, je pense que ce mdium va se
populariser, tout en tant en prise avec le dveloppement d'un rseau commercial
qui va contrecarrer l'esprit convivial du dbut. On aura galement affaire  une
surabondance d'information, et les moteurs de recherche sont dj en train
d'voluer afin de proposer des portails offrant un meilleur service.


CYNTIA DELISLE (Montral)


#Consultante au CEVEIL (Centre d'expertise et de veille inforoutes et langues)

[Entretien conjoint avec Guy Bertrand. Voir: Guy Bertrand.]


EMILIE DEVRIENDT (Paris)


#Elve professeur  l'Ecole normale suprieure de Paris et doctorante 
l'Universit de Paris 4-Sorbonne

Elve professeur  l'Ecole normale suprieure (ENS) de Paris et doctorante 
l'Universit de Paris 4-Sorbonne, Emilie Devriendt anime le sminaire "Outils
informatiques pour l'analyse textuelle" de l'ENS pendant l'anne universitaire
2001-2002.

*Entretien du 27 juin 2001

= En quoi consiste exactement votre activit?

Le fait d'tre tudiante me permet d'emprunter librement les chemins de traverse
qu'il me tente d'explorer: psychologie cognitive, ingnierie linguistique,
internet sont autant de domaines qui m'intriguent et qui me permettent d'adopter
des points de vue diffrents sur le monde de la recherche et des tudes
littraires o j'ai t principalement forme.

Mes travaux de recherche ont pour objet la culture crite (literacy) et les
reprsentations linguistiques du seizime sicle franais. Mon activit lie 
l'informatique et  internet s'inscrit en grande partie dans une rflexion sur
l'histoire des techniques intellectuelles. Elle intervient aussi dans mes
recherches.

= En quoi consiste exactement votre activit lie  l'internet?

Je suis avant tout une grande utilisatrice d'internet, pour mes recherches
essentiellement. Je compte aussi poursuivre une activit entame depuis peu (en
collaboration avec Russon Wooldridge, professeur  l'Universit de Toronto), qui
concerne la publication de ressources littraires en ligne, notamment pour le
seizime sicle franais.

D'autre part, le proslytisme en matire d'outils informatiques pour la
recherche littraire me semble indispensable. Ce qui me proccupe aujourd'hui:
la diffusion de logiciels (d'analyse textuelle par exemple) mene paralllement
 une rflexion mthodologique sur leur utilisation. Un sminaire devrait se
mettre en place  l'Ecole normale suprieure l'an prochain sur ces thmes.

= Comment voyez-vous l'avenir?

L'avenir me semble prometteur en matire de publications de ressources en ligne,
mme si, en France tout au moins, bon nombre de rsistances, inhrentes aux
systmes universitaire et ditorial, ne risquent pas de cder du jour au
lendemain (dans dix-vingt ans, peut-tre?). Ce qui me donne confiance, malgr
tout, c'est la conviction de la ncessit pratique d'internet. J'ai du mal 
croire qu' terme, un chercheur puisse se passer de cette gigantesque
bibliothque, de ce formidable outil. Ce qui ne veut pas dire que les nouvelles
pratiques de recherche lies  internet ne doivent pas tre rflchies, mesures
 l'aune de mthodologies plus traditionnelles, bien au contraire. Il y a une
histoire de l'"outillage", du travail intellectuel, o internet devrait avoir sa
place.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Oui, beaucoup.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Je suis loin de penser que le numrique doive ou puisse remplacer le papier,
tout au moins dans l'tat actuel des technologies lies  internet. On a beau
parler d'une "re de l'immatriel", d'une "virtualisation" du rel etc., je
reste persuade que la trace crite telle que le papier nous en permet la
perception et la conservation (relative si l'on veut, mais fortement
historicise), n'a pas diminu, et n'est pas en passe de se voir remplace par
des squences invisibles de 0 et de 1. La prennit du support numrique me
semble bien plus problmatique que celle du papier: en termes techniques (et
conomiques) d'une part, en termes de politiques de conservation d'autre part.
Par exemple, l'institution d'un dpt lgal sur le web pose d'immenses problmes
(concernant la quantit comme la nature des publications).

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

S'il doit s'agir d'un ordinateur portable lgrement "relook", mais prsentant
moins de fonctionnalits que ce dernier, je n'en vois pas l'intrt. Tel qu'il
existe, l'e-book est relativement lourd, l'cran peu confortable  mes yeux, et
il consomme trop d'nergie pour fonctionner vritablement en autonomie. A cela
s'ajoute le prix scandaleusement lev,  la fois de l'objet mme et des
contenus tlchargeables; sans parler de l'incompatibilit des formats
constructeur, et des "formats" maison d'dition.

J'ai pourtant eu l'occasion de voir un concept particulirement astucieux,
vraiment pratique et peu coteux, qui me semble tre pour l'heure le support de
lecture lectronique le plus intressant : celui du "baladeur de textes" ou
@folio (conu par Pierre Schweitzer, ndlr), en cours de dveloppement  l'Ecole
nationale suprieure des arts et industries de Strasbourg. Bien videmment, les
proccupations de ses concepteurs sont  l'oppos de celles des "gros"
concurrents qu'on connat, en France ou ailleurs: aucune vise ditoriale
monopolistique chez eux, puisque c'est le contenu du web (dans l'idal gratuit)
que l'on tlcharge.

= Comment dfinissez-vous la socit de l'information?

Pour moi, comme j'ai eu l'occasion de le dire ailleurs, le syntagme "socit de
l'information" est plus une formule (journalistique, politique)  la mode depuis
plusieurs annes, qu'une vritable notion. Cette formule tend communment je
crois,  dsigner une nouvelle "re" socio-conomique, post-industrielle, qui
transformerait les relations sociales du fait de la diffusion gnralise des
nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC).
Personnellement, je n'adhre pas  cette vision des choses. Si la diffusion
croissante des NTIC est indniable et constitue un phnomne socio-conomique
propre  l'poque contemporaine, je ne crois pas qu'il faille y voir la marque
de l'avnement d'une nouvelle socit "de l'information".

La formule "socit de l'information" est construite sur le modle
terminologique (socio-conomique) de la "socit industrielle". Mais le
parallle est trompeur: "socit de l'information" met l'accent sur un contenu,
alors que "socit industrielle" dsigne l'infrastructure conomique de cette
socit. L'information en tant que produit (industriel ou service) apparat
peut-tre plus complexe que, par exemple, les produits alimentaires, mais cette
complexit ne suffit pas  dfinir l'avnement dont il est question.

D'autant plus que l'emploi inconditionnel de la formule a contribu  faire de
l'information un terme passe-partout, trs loign mme de sa thorisation
mathmatique (Shannon), de sa signification informatique initiale. Elle traduit
uniquement une idologie du progrs lectronique mise en place dans les annes
1950 et vhicule ensuite par nos gouvernements et la plupart de nos
journalistes, qui dfinissent fallacieusement le dveloppement des NTIC comme un
"ncessaire" vecteur de progrs social. Quelques analystes (sociologues et
historiens des techniques comme Mattelart, Lacroix, Guichard, Wolton) ont trs
bien montr cela.


BRUNO DIDIER (Paris)


#Webmestre de la bibliothque de l'Institut Pasteur

L'Institut Pasteur est une fondation prive dont la mission est de contribuer 
la prvention et au traitement des maladies, en priorit infectieuses, par la
recherche, l'enseignement, et des actions de sant publique.

*Entretien du 10 aot 1999

= En quoi consiste le site web que vous avez cr?

Le site web de la bibliothque de l'Institut Pasteur a pour vocation principale
de servir la communaut pasteurienne. Il est le support d'applications devenues
indispensables  la fonction documentaire dans un organisme de cette taille:
bases de donnes bibliographiques, catalogue, commande de documents et bien
entendu accs  des priodiques en ligne (un peu plus d'une centaine
actuellement). C'est galement une vitrine pour nos diffrents services, en
interne mais aussi dans toute la France et  l'tranger. Il tient notamment une
place importante dans la coopration documentaire avec les instituts du rseau
Pasteur  travers le monde. Enfin j'essaie d'en faire une passerelle adapte 
nos besoins pour la dcouverte et l'utilisation d'internet. Il existe dans sa
forme actuelle depuis 1996 et son audience augmente rgulirement.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Je dveloppe et maintiens les pages du serveur, ce qui s'accompagne d'une
activit de veille rgulire. Par ailleurs je suis responsable de la formation
des usagers, ce qui se ressent dans mes pages. Le web est un excellent support
pour la formation, et la plupart des rflexions actuelles sur la formation des
usagers intgrent cet outil.

= Dans quelle mesure l'internet a-t-il chang votre vie professionnelle?

C'est  la fois dans nos rapports avec l'information et avec les usagers que les
changements ont eu lieu. Nous devenons de plus en plus des mdiateurs, et
peut-tre un peu moins des conservateurs. Mon activit actuelle est typique de
cette nouvelle situation: d'une part dgager des chemins d'accs rapides 
l'information et mettre en place des moyens de communication efficaces, d'autre
part former les utilisateurs  ces nouveaux outils.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Je crois que l'avenir de notre mtier passe par la coopration et l'exploitation
des ressources communes. C'est un vieux projet certainement, mais finalement
c'est la premire fois qu'on dispose enfin des moyens de le mettre en place.

En ce qui concerne mon propre avenir professionnel, j'espre surtout qu'internet
me permettra un jour de travailler  domicile, au moins partiellement. Ce qui
m'viterait 2 heures 30 de transport par jour...

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Je ne suis pas ces dbats. Mais je pense qu'on va avoir du mal  maintenir
l'esprit communautaire qui tait  la base de l'existence d'internet.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Je vois cela tout  fait positivement. Internet n'est une proprit ni
nationale, ni linguistique. C'est un vecteur de culture, et le premier support
de la culture, c'est la langue. Plus il y a de langues reprsentes dans leur
diversit, plus il y aura de cultures sur internet. Je ne pense pas qu'il faille
justement cder  la tentation systmatique de traduire ses pages dans une
langue plus ou moins universelle. Les changes culturels passent par la volont
de se mettre  la porte de celui vers qui on souhaite aller. Et cet effort
passe par l'apprhension de sa langue. Bien entendu c'est trs utopique comme
propos. Concrtement, lorsque je fais de la veille, je peste ds que je
rencontre des sites norvgiens ou brsiliens sans un minimum d'anglais.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Le jour o j'ai gagn une bote de chocolats suisses sur le site de Health On
the Net (ne vous prcipitez pas, le jeu n'existe plus...).

= Et votre pire souvenir?

Les drives du courrier lectronique: des mal levs qui profitent de la
distance ou d'un certain anonymat pour dire des choses pas trs gentilles, ou
adopter des attitudes franchement puriles, avec, hlas, des consquences qui ne
sont pas toujours celles d'un monde d'enfant... Par exemple, une personne a un
jour profit de ce que je lui avait fait copie d'un message, pensant que le
sujet l'intresserait, pour intervenir entre mon interlocuteur et moi, et me
discrditer.


CATHERINE DOMAIN (Paris)


#Cratrice de la librairie Ulysse, la plus ancienne librairie de voyage au monde

Situe au coeur de Paris, dans l'le Saint-Louis, la librairie Ulysse est la
plus ancienne librairie de voyage au monde, avec plus de 20.000 livres neufs et
anciens, cartes et revues sur tous les pays et pour tous les voyages. Elle a t
cre en 1971 par Catherine Domain, membre du SLAM (Syndicat national de la
librairie ancienne et moderne), du Club des explorateurs et du Club
international des grands voyageurs, et fondatrice du Cargo Club (un club de
rencontre pour les passionns de la mer) et du Club Ulysse des petites les du
monde.

Catherine Domain a visit  ce jour 141 pays et les voyages la tenaillent
toujours. En 1998, elle a explor  la voile les les du Kiribati et les
Marshall, au milieu du Pacifique. En 1999, en tant que membre du jury du Prix du
livre insulaire, elle a fait une escale  Ouessant, puis elle a fait le tour de
la Sardaigne  la voile en septembre. En l'an 2000, toujours  la voile, elle a
visit la Croatie pendant un mois. Comme elle tait de nouveau membre du jury du
Prix du livre insulaire, elle a refait escale  Ouessant et aussi  l'le de
Sein.

*Entretien du 10 novembre 2000

= En quoi consiste votre site web?

Mon site (cr en 1999, ndlr) est embryonnaire et en construction, il se veut 
l'image de ma librairie, un lieu de rencontre avant d'tre un lieu commercial.
Il sera toujours en perptuel devenir!

= Dans quelle mesure l'internet a-t-il chang votre vie professionnelle?

Internet me prend la tte, me bouffe mon temps et ne me rapporte presque rien
mais cela ne m'ennuie pas... Pour qu'internet marche, il faut ne faire que a ou
avoir des "esclaves". Je ne veux ni l'un ni l'autre. Je n'ai pas une me de
patron mais d'artisan, et j'attrape vite la bougeote et mal aux yeux.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Extrmement mal, internet tue les librairies spcialises. En attendant d'tre
dvore, je l'utilise comme un moyen d'attirer les clients chez moi, et aussi de
trouver des livres pour que ceux qui n'ont pas encore internet chez eux! Mais
j'ai peu d'espoir...

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

J'avoue tre plus concerne par l'OMC (Organisation mondiale du commerce) que
par les droits d'auteur.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Est-ce qu'il n'est pas multilingue? Je vois qu'il va tuer aussi la langue
franaise et bien d'autres (suppression des accents, ngligence due  la
rapidit, etc.).

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Un dialogue quotidien avec ma soeur qui habite Sri Lanka et mes potes mexicains,
amricains, anglais, sud-africains, etc., car j'ai beaucoup voyag, longtemps et
partout.

= Et votre pire souvenir?

Ma premire anne ordinateur-internet: une longue souffrance technique!


HELEN DRY (Michigan)


#Modratrice de The Linguist List

Le site de la Linguist List donne une srie complte de liens sur la profession
de linguiste (confrences, associations linguistiques, programmes, etc.), la
recherche (articles, rsums de mmoires, projets, bibliographies, dossiers,
textes), les publications, la pdagogie, les ressources linguistiques (langues,
familles linguistiques, dictionnaires, information rgionale) et les ressources
informatiques (polices de caractres et logiciels).

La Linguist List est modre par Helen Dry (Eastern Michigan University),
Anthony Aristar (Wayne State University) et Andrew Carnie (University of
Arizona). Helen Dry, qui est interviewe ici, est professeur de linguistique 
la Eastern Michigan University. Ses principaux domaines de recherche sont la
stylistique linguistique, la linguistique de corpus, la pragmatique et l'analyse
du discours.

*Entretien du 18 aot 1998 (entretien original en anglais)

= La Linguist List est-elle multilingue?

La Linguist List, que je modre, a pour politique d'accepter les informations
dans toutes les langues, puisque c'est une liste pour linguistes. Nous ne
souhaitons cependant pas que le message soit publi dans plusieurs langues, tout
simplement  cause de la surcharge de travail que cela reprsenterait pour notre
personnel de rdaction (nous ne sommes pas une liste fourre-tout, mais une liste
modre: avant d'tre publi, chaque message est class par nos
tudiants-rdacteurs dans une section comprenant des messages du mme type).
Notre exprience nous montre que pratiquement tout le monde choisit de publier
en anglais. Mais nous relions ces informations  un systme de traduction qui
prsente nos pages dans cinq langues diffrentes. Ainsi un abonn ne lit
Linguist en anglais que s'il le souhaite. Nous essayons aussi d'avoir au moins
un tudiant-diteur qui soit rellement multilingue, afin que les lecteurs
puissent correspondre avec nous dans d'autres langues que l'anglais.

*Entretien du 26 juillet 1999 (entretien original en anglais)

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Nous commenons maintenant  rassembler un grand nombre de donnes. Nous grons
plusieurs bases de donnes avec moteur de recherche: rsums de thses de
linguistique, informations sur les programmes universitaires de linguistique,
informations professionnelles sur les linguistes, etc. A ma connaissance, le
fichier des rsums de thses est la seule compilation lectronique qui soit
disponible gratuitement sur l'internet.


BILL DUNLAP (Paris & San Francisco)


#Fondateur de Global Reach, socit qui favorise le marketing international en
ligne

Fondateur de Global Reach, Bill Dunlap est spcialiste du marketing en ligne et
du commerce lectronique international. Sa clientle est essentiellement
amricaine. Global Reach est une mthode permettant aux socits d'tendre leur
prsence sur l'internet en leur donnant une audience internationale, ce qui
comprend la traduction de leur site web dans d'autres langues, la promotion
active de leur site et l'accroissement de la frquentation locale au moyen de
campagnes promotionnelles.

Diplm du Massachusetts Institute of Technology (MIT), Bill Dunlap a toujours
consacr son activit professionnelle  trouver des marchs internationaux pour
des produits et services lis  la haute technologie. A l'apparition de
l'industrie informatique au dbut des annes 80, il cre une socit afin
d'exporter sur le march europen les logiciels pour PC et Apple, ce qui lui
fait connatre les principaux marchs de distribution de PC en Europe et l'amne
 devenir le premier directeur commercial de AST Research. Il est ensuite le
premier directeur commercial au nouveau sige parisien de Compaq Computer, puis
il poursuit son activit au sige europen de Compaq  Munich en tant que
directeur commercial pour la Scandinavie.

En 1985, Bill Dunlap cre Euro-Marketing Associates, une socit internationale
de consultation en marketing base  Paris et  San Francisco. En 1995, il
restructure cette socit en une socit de consultation en ligne dnomme
Global Reach, qui regroupe des consultants internationaux de premier plan, le
but tant de promouvoir les sites web de leurs clients dans chaque pays choisi,
afin d'attirer plus de visiteurs, et donc d'augmenter les ventes.

*Entretien du 11 dcembre 1998 (entretien original en anglais)

= Quel est l'apport de l'internet dans votre activit?

Depuis 1981, dbut de mon activit professionnelle, j'ai t impliqu dans la
venue de socits amricaines en Europe. Ceci est pour beaucoup un problme de
langue, puisque leurs informations commerciales doivent tre disponibles dans
les langues europennes pour tre prises en compte ici, en Europe. Comme le web
est devenu populaire en 1995, j'ai donn  ces activits une dimension "en
ligne", et j'en suis venu  promouvoir le cybercommerce europen auprs de mes
compatriotes amricains. Rcemment, lors de l'Internet World  New York, j'ai
parl du cybercommerce europen et de la manire d'utiliser un site web pour
toucher les diffrents marchs d'Europe.

= En quoi consiste Global Reach?

Promouvoir un site est aussi important que de le crer, sinon plus. On doit tre
prpar  utiliser au moins autant de temps et d'argent  promouvoir son site
qu'on en a pass  l'origine  le crer. Le programme Global Reach permet de
promouvoir un site dans des pays non anglophones, afin d'atteindre une clientle
plus large... et davantage de ventes. Une socit a de nombreuses bonnes raisons
de considrer srieusement le march international. Global Reach est pour elle
le moyen d'tendre son site web  de nombreux pays, de le prsenter  des
visiteurs en ligne dans leur propre langue, et d'atteindre le rseau de commerce
en ligne prsent dans ces pays.

= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme?

Il y a trs peu d'Amricains des Etats-Unis qui sont intresss de communiquer
dans plusieurs langues. Pour la plupart, ils pensent encore que le monde entier
parle anglais. Par contre, ici en Europe (j'cris de France), les pays sont
petits, si bien que, depuis des sicles, une perspective internationale est
ncessaire.

*Entretien du 23 juillet 1999 (entretien original en anglais)

= Quelles sont vos suggestions pour le dveloppement d'un site web multilingue?

Une fois que la page d'accueil d'un site est disponible en plusieurs langues,
l'tape suivante est le dveloppement du contenu dans chaque langue. Un
webmestre notera quelles langues attirent plus de visiteurs (et donc plus de
ventes) que d'autres. Ce seront donc dans ces langues que dbutera une campagne
de promotion multilingue sur le web. Paralllement, il est toujours bon de
continuer  augmenter le nombre de langues dans lesquelles un site web est
disponible. Au dbut, seule la page d'accueil traduite en plusieurs langues
suffit, mais ensuite il est souhaitable de dvelopper un vritable secteur pour
chaque langue.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Le fait de travailler avec des centaines de personnes tout en vitant la
pression. Cela rend la vie vraiment agrable.

= Et votre pire souvenir?

J'ai plusieurs fois mis en place un forum en ligne, et plusieurs individus
anims de mauvaises intentions ont commenc  envoyer des messages injurieux 
l'ensemble du forum. Ces messages ont atteint des centaines de personnes qui ont
 leur tour rpondu par des messages injurieux, avec un effet boule de neige. Je
me rappelle m'tre rveill un matin avec plus de 4.000 messages  tlcharger.
Quelle pagaille!


PIERRE-NOEL FAVENNEC (Paris & Lannion, Bretagne)


#Expert  la direction scientifique de France Tlcom R&D et directeur de la
collection technique et scientifique des tlcommunications

Ingnieur, Pierre-Nol Favennec est expert-coordinateur  la direction
scientifique de France Tlcom R&D pour les tlcommunications optiques et
hertziennes (mobiles). Directeur de la collection technique et scientifique des
tlcommunications (CTST), il est l'auteur de deux livres scientifiques,
Implantation ionique pour la microlectronique et l'optique (Masson, Paris,
1993) et Technologies pour les composants  semiconducteurs (Masson, Paris,
1998). Il est membre du comit consultatif pour la recherche et le dveloppement
de la technologie pour la rgion Bretagne.

*Entretien du 12 fvrier 2001

= Pouvez-vous dcrire l'activit de France Tlcom R&D?

France Tlcom R&D est le centre de recherche et dveloppement de France
Tlcom. Ce centre de R&D de prs de 4.000 ingnieurs et chercheurs est bas 
Issy-les-Moulineaux, Lannion, Rennes, Caen, Grenoble et Belfort. Il a en charge
toutes les tudes utiles pour France Tlcom, tudes allant du court terme
jusqu'au long terme et touchant aux tlcommunications (usages, services,
rseaux et technologies). La mobilit, l'internet et l'international sont les
grands axes d'activits.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Je suis expert-coordinateur  la direction scientifique de France Tlcom R&D
(FTR&D) pour les tlcommunications optiques et hertziennes: matrise d'ouvrage
des recherches amont relevant de mon domaine d'expertise (tlcoms optiques et
radio), coordination, orientation, animation, financement...

J'assure galement la direction de la collection technique et scientifique des
tlcommunications. La collection est publie sous l'gide FTR&D. Elle runit
des ouvrages rdigs en langue franaise par des spcialistes de centres de
recherches, de l'universit et de l'industrie des tlcommunications. La
collection comprend principalement des livres traitant des sciences et
technologies de base utiles aux tlcommunications modernes, des rseaux et
services. Les ouvrages se situent au niveau de l'enseignement de 3e cycle. La
collection contient aussi des ouvrages sur des aspects conomiques, sociaux,
juridiques et politiques des tlcommunications. Ils s'adressent aux ingnieurs
et scientifiques soucieux de l'impact socio-conomique de leurs ralisations et
aussi aux gestionnaires et dcideurs politiques... Leur qualit technique et
scientifique est garantie par un comit scientifique compos d'experts des
diffrents domaines couvrant les sciences et les technologies des
tlcommunications. Plusieurs diteurs collaborent  l'dition des ouvrages
labelliss par la collection (Masson, Dunod, Eyrolles, La Documentation
franaise, Herms, Springer et Presses polytechniques universitaires romandes).

= En quoi consiste exactement votre activit lie  l'internet?

Je n'ai pas d'activit spcifique lie  l'internet mais, France Tlcom tant
la net-compagnie, toutes nos activits sont concernes par l'utilisation, la
mise en place des rseaux ou le futur de l'internet. La collection dite de plus
en plus d'ouvrages dont le sujet touche directement ou indirectement l'internet
(par exemple Des tlcoms  l'internet: conomie d'une mutation, d'Etienne
Turpin, Eyrolles, 2000).

= Comment voyez-vous l'avenir?

Le mariage des tlcommunications et de l'informatique font de l'internet une
technologie extrmement puissante et trs riche d'avenir. Mais l'internet n'est
qu'une technologie, puissante certes, qui vient s'ajouter  celles existantes;
elle ne les remplace pas, elle apporte autre chose: de l'information potentielle
supplmentaire, de la communication virtuelle o il n'y a plus de distance, un
accs potentiel  de la culture venant de partout...

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Le papier est de plus en plus utilis. Personnellement je suis de plus en plus
inond de paperasses:

- avec l'e-mail, les collgues n'hsitent plus  envoyer de gros fichiers qu'il
faut ensuite imprimer pour lecture;

- la lecture est plus agrable sur papier;

- les fichiers reus peuvent n'tre que des projets et on peut recevoir "n"
preuves successives que l'on imprime ncessairement;

- on imprime les mls pour les lire tranquillement plus tard ou parce que c'est
plus agrable de les lire sur papier.

Etc. Il y a beaucoup de raisons pour utiliser toujours plus de papier.

= L'imprim a-t-il encore de beaux jours devant lui?

Les livres "d'tudes", comme ceux de notre collection, ont une dure de vie
longue et ne seront pas remplacs par un e-book, sauf si ce livre n'est utilis
que pour une tude particulire et pour un temps court (quelques semaines). Les
livres  dure de vie courte tels que les romans, journaux, magazines peuvent
effectivement tre un jour remplacs par des e-books. Les livres scolaires
pourront tre (seront) sur e-book. Les encyclopdies volumineuses dont la
consultation n'est qu'pisodique seront sur le web.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Si l'invention du livre-papier avait t faite aprs celle du e-book, nous
l'aurions tous trouv gniale. Mais un e-book a un avenir prometteur si on peut
tlcharger suffisamment d'ouvrages, si la lecture est aussi agrable que sur le
papier, s'il est lger (comme un livre), s'il est pliable (comme un journal),
s'il n'est pas cher (comme un livre de poche)... En d'autres mots, l'e-book a un
avenir s'il est un livre, si le hard fait croire que l'on a du papier imprim...
Techniquement, c'est possible, aussi j'y crois. Au niveau technologique, cela
exigera encore quelques efforts (chimie, lectronique, physique...). Les
avantages sont le volume rduit, le tlchargement et le document personnalis
en lecture.

= Quelles sont vos suggestions pour un vritable multilinguisme sur le web?

Les recherches sur la traduction automatique devraient permettre une traduction
automatique dans les langues souhaites, mais avec des applications pour toutes
les langues et non les seules dominantes (ex: diffusion de documents en
japonais, si l'metteur est de langue japonaise, et lecture en breton, si le
rcepteur est de langue bretonne...). Il y a donc beaucoup de travaux  faire
dans la direction de la traduction automatique et crite de toutes les langues.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

Des tudes sont faites en Californie, et srement ailleurs, pour l'utilisation
de l'informatique et des tlcoms (donc le web) par les malvoyants. Je connais
trop mal le sujet pour avoir un avis.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Le cyberespace est un monde o je suis reli par l'image et le son et sans fil
avec qui je veux, quand je veux et o je veux, o j'ai accs  toutes les
documentations et informations souhaites, et dans lequel ma vie est facilite
par les agents intelligents et les objets communicants.

= Et la socit de l'information?

Une socit dans laquelle tout membre de cette socit a accs immdiatement 
toutes les informations souhaites.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Les premiers mls.

= Et votre pire souvenir?

Le temps pass  la rception d'images.


GERARD FOURESTIER (Nice)


#Crateur de Rubriques  Bac, bases de donnes destines aux tudiants du
premier cycle universitaire

Oeuvre de Grard Fourestier, professeur de franais et diplm en science
politique, Rubriques  Bac (RaBac) propose deux bases de donnes (accessibles
par souscription, avec version dmo en accs libre)  destination des tudiants
du Bac au Deug et de leurs professeurs, et  tous ceux que le sujet intresse.
ELLIT (lments de littrature) est une base de donnes sur la littrature
franaise du 12e sicle  nos jours regroupant plus de 350 articles lis entre
eux par 8.500 liens, ainsi qu'un rpertoire de 450 auteurs (y compris en
sciences et philosophie) qui ont jou un rle majeur dans la formation de cette
littrature. RELINTER (Relations internationales depuis 1945) propose plus de
2.000 liens sur l'volution de la situation du monde contemporain de la deuxime
guerre mondiale  nos jours. Grard Fourestier est aussi l'auteur de Bac-L
(baccalaurat section lettres), un site en accs libre lanc en juin 2001 dans
le prolongement d'ELLIT.

*Entretien du 9 octobre 2000

= Pouvez-vous dcrire Rubriques  Bac?

Rubriques  Bac est une branche des activits du GRIMM (Groupe de recherche et
d'information sur le multimdia), un groupement associatif de personnes
physiques et morales qui pratiquent la recherche et l'information sur
l'informatique, le multimdia et la communication.

Cependant, les perspectives ouvertes par une frquentation du site en
progression rapide, et compte tenu de la mission que j'ai assigne aux recettes
de cette activit,  savoir la ralisation de projets ducatifs en Afrique,
Rubriques  Bac se constituera prochainement en entit juridique propre.

= En quoi consiste le site web?

Le site de Rubriques  Bac a t cr il y a deux ans pour rpondre au besoin de
trouver sur le net, en un lieu unique, l'essentiel, suffisamment dtaill et
abordable par le grand public, dans le but:

a) de se forger avant tout une culture tout en prparant  des examens
probatoires  des tudes de lettres - c'est la raison d'ELLIT (Elments de
littrature), base de donnes en littrature franaise;

b) de comprendre le monde dans lequel nous vivons en en connaissant les tenants
et les aboutissants, d'o RELINTER (Relations internationales).

J'ai dvelopp ces deux matires car elles correspondent  des tudes que j'ai,
entre autres, faites en leur temps, et parce qu'il se trouve que, depuis une
dizaine d'annes, j'exerce des fonctions de professeur dans l'enseignement
public (18 tablissements de la 6e aux Terminales de toutes sections et de tous
types d'tablissements). Faute de temps, je n'ai pu raliser que ces deux
thmes, mais je ne dsespre pas de dvelopper aussi d'autres sujets qui font
partie de ma panoplie universitaire et d'autodidacte curieux de tout comme la
philosophie, l'analyse socitale, l'analyse smantique ou encore l'cologie, et
que je tiens "au chaud dans mes cartons". Ceci tant, je suis  l'afft de
toutes autres ides, venant d'ailleurs, pour ne me rserver alors que la
supervision du contenu mis en forme, la dernire main dans la ralisation
informatique et la gestion en tant que site spcialis.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Pour l'instant et faute de mieux, en raison de mon ge, la cinquantaine, et non
de mes comptences, je m'occupe de mes lves en les prparant  leurs examens
tout en leur donnant envie d'tre utiles, ne serait-ce que pour eux-mmes et en
leur apportant le sens des responsabilits, en un mot un message humaniste.
J'aime ce mtier car, pour moi, le savoir, a se donne, et le matre, comme en
boudhisme, ne peut avoir qu'un seul but: que son lve le dpasse. En outre,
alors que j'ai eu dans le pass d'importantes fonctions de fond de pouvoir, et
que j'ai dirig pour mon compte quelques entreprises, je suis matre  bord dans
mes classes et j'organise mon travail comme je l'entends. C'est pour moi
essentiel.

= En quoi consiste exactement votre activit lie  l'internet?

Comme je l'ai laiss entendre tout  l'heure, mon initiative  propos d'internet
n'est pas directement lie  mes fonctions de professeur. J'ai simplement voulu
rpondre  un besoin plus gnral et non pas troitement scolaire, voire
universitaire. Dbarrass des contraintes du programme, puisque j'agis en mon
nom et pour mon compte et non "es-qualit", mais tout en en donnant la matire
grise qui me parat indispensable pour mieux faire une tte qu' la bien
remplir, je laisse  d'autres le soin de ne prparer qu' l'examen. Pour
rpondre plus prcisment, peut-tre,  votre question, mon activit lie 
internet consiste tout d'abord  en slectionner les outils, puis  savoir les
manier pour la mise en ligne de mes travaux et, comme tout a un cot et doit
avoir une certaine rentabilit, organiser le commercial qui permette de dgager
les recettes indispensables; sans parler du butinage indispensable pour la
recherche d'informations qui seront ensuite traites.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Je le vois en Afrique, l o je suis certainement plus utile, par gard  ce que
je m'estime redevable en tant que nanti et parce que je suis aussi spcialiste
de ce que l'on nomme les bouts de ficelles. Pour des raisons particulires, aux
consquences coteuses pour mes finances, je n'ai pu mener  bien cette anne
mon projet d'un centre culturel au Sngal au profit d'une communaut de
villages en Casamance. Mais je ne dsespre pas!

= Utilisez-vous encore des documents papier?

Oui, mais beaucoup moins qu'avant!

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Un plus, mais il faudra encore du temps et, pour l'instant, le prix, comme pour
la "voiture propre", n'est pas trs attractif. Ceci dit, j'accepte qu'on m'en
offre un, j'en ferai la pub :-) Quoi qu'il en soit, si la chose devait prendre
de l'ampleur, j'ai sous la main, si je puis dire (dans des cartons), une petite
fortune de toutes sortes en "produits Gutenberg" Avis aux collectionneurs qui,
comme chacun sait, sont pour le progrs!.... et pour cause!

= Quelles sont vos suggestions pour un meilleur respect du droit d'auteur sur le
web?

Les mesures de respect: oui, mais de protection: non! Et, quoi qu'il en sera,
que cela n'aboutisse pas  freiner la cration, tant il est vrai que chaque
auteur en a digr d'autres.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure rpartition des langues sur le
web?

Je suis de langue franaise. J'ai appris l'allemand, l'anglais, l'arabe, mais je
suis encore loin du compte quand je surfe dans tous les coins de la plante. Il
serait dommage que les plus nombreux ou les plus puissants soient les seuls qui
"s'affichent" et, pour ce qui est des logiciels de traduction, il y a encore
largement  faire. Je ne sais quoi suggrer au juste sinon, pour l'instant, de
connatre suffisament d'anglais et de crer beaucoup plus encore en franais.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

Ils ont aussi droit de cit dans le cyberspace  la rpublique des lettres et 
la dmocratie du savoir et, bien qu'ils soient encore loin de nos technologies,
n'oublions pas les dizaines de millions d'aveugles et de malvoyants du sud.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Un espace sans odeurs mais pour tous les gots.

= Et la socit de l'information?

Un espace o l'esprit d'examen et le sens critique sont particulirement de
mise.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Quand j'ai sorti mon premier ordinateur de son emballage.

= Et votre pire souvenir?

Cet t,  la plage: mes ordinateurs taient en panne :-)

*Entretien du 3 mai 2001

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

La routine d'un travail de plus en plus prenant et qui, faute de vivre une vie
tranquille en m'attelant  des entreprises pour le moins accaparantes, me laisse
peu de temps  me prlasser sur le sable.

Alors, quand je le peux et pour respirer autre chose, je m'vade vers d'autres
horizons si le prix du billet me le permet, ne serait-ce que pour retrouver ma
compagne qui enseigne  l'tranger, dans son pays, et qui, comme bien d'autres,
se demande pourquoi je ne me range pas bien sagement dans la carrire.

Comme je vous le disais il y a dj quelque temps, je suis professeur mais j'ai
fait bien d'autres choses dans ma vie professionnelle, et je ne peux m'empcher
de suivre autant que je le peux ce qui me passionne - et j'ai bien peur que tout
me passionne - passant le plus clair de mon temps  dcouvrir ce que je ne sais
pas encore.

Faute d'avoir une famille dont il faudrait que je m'occupe quotidiennement l o
je vis en France, je peux consacrer le temps que je veux  dvelopper mes
projets... et la seule criture sur mon clavier m'occupe dj pas mal. Mais tout
n'est pas vain et je peux me vanter en toute modestie :-) et sans ego dmesur
que ce que j'entreprends me procure la satisfaction de le voir grandir sans le
devoir  personne.

Rubriques  Bac est le prototype de ce genre de phnomne chez moi et,
prcisment pour parler du net, je constate tous les jours que ce que j'y fais
est utile, si j'en juge d'aprs la frquentation presque frntique du site. Il
est vrai que, les chances s'approchant, il est bien normal que le nombre des
visites s'accroisse  deux mois du Bac ou des examens d'une manire gnrale;
cela relve du bouche  oreilles - bien sr avec un travail de marketing
derrire - mais au bout du compte cela paye. Ceci dit je ne suis pas riche, loin
de l, et ce n'est peut tre pas le moment. Pour l'heure, ce qui rentre, quand
ce n'est pas rinvesti, va dans ce que j'ai dcid de faire en Afrique.

A ce propos, je vous avais dit combien j'tais comme aimant par ce continent et
en particulier par le Sngal o je me suis dcouvert de nombreuses attaches au
point que, si Dieu le veut - mais il est grand et misricordieux :-), je me suis
propos en personne pour concourir  un projet social, ducatif et de
dveloppement. En partenariat avec quelques-uns de mes amis indignes, j'ai mis
au point un systme d'organisation qui permette, par contrat, la ralisation de
projets individuels o chacun, par synergie,  la manire d'une tontine - pour
faire court, apporte ce qu'il a de savoir-faire et de "pouvoir le faire" pour
l'dification d'une maison commune ouverte  la runion d'humains qui cherchent
le bonheur dans la solidarit. Cela prend plus de temps que prvu mais a
avance, puique nous voil dj avec un tot l-bas et que, dans quelques mois,
un jeune Sngalais qui n'a pas envie de vider les poubelles chez nous va
pouvoir, grce  Rubriques  Bac, venir en Europe quelques mois, recevoir une
formation dans le domaine de l'informatique, la stratgie d'organisation et
repartir en Casamance avec un ordinateur pour la cration d'un relais internet
(un nom de domaine est dj dpos) au bnfice de la population locale pour
m'aider  assurer ma disponibilit en dispense de cours et de savoir-faire en
laboration de projets d'intrt local.

J'enrage que les choses n'aillent pas plus vite, oh... pas pour moi! mais bien
pour eux, quand on sait de quoi, comment et o vivent ces gens-l.
Tiers-mondiste? Oui, quelque part et sans illumination ou parti-pris
idologique, lucide simplement sur ce que j'ai  faire et... dois le faire parce
que il y a une demande de savoirs en face et que le savoir-faire dont ils ont
besoin souvent en procde ou y contribue... n'en dplaise  l'un des mots fameux
de Figaro dans la rplique clbre que lui fait dire Beaumarchais. :-)

Tout cela peut paratre presque simplet, mais qu'en ai-je  faire de ce que l'on
pourrait penser, je ne cherche pas de mdailles...a dsquilibre les
funambules! :=) En revanche je recherche toujours des sponsors qui pourraient
faire que les choses aillent plus vite et je renouvelle mon appel; pourquoi pas
pour plusieurs ordinateurs dont un au moins qui soit portable? Neufs ou
"d'occase" et qui marchent avec modem de connection, le tout gratos bien sr,
car je n'ai toujours pas les moyens de tout faire!... et j'ai mme dj fort 
faire pour me sortir de ce que l'on nomme un revers de fortune. Moyennant -
pourquoi pas - de la pub  finalit culturelle via Rubriques  Bac, et sans que
a me prive du fruit de mon travail ou le dnature pour le transformer en banal
produit marchand.

Et puisque voil la chose dite, et pour ne pas passer ventuellement pour un
bonimenteur, je tiens,  qui voudrait faire le geste qu'ils attendent, les
statistiques de frquentation du site de Rubriques  Bac pour continuer plus
vite l'aventure africaine.


PIERRE FRANCOIS GAGNON (Montral)


#Fondateur d'Editel, pionnier de l'dition littraire francophone en ligne

Pierre Franois Gagnon, diteur en ligne qubcois, vit dans l'agglomration
montralaise depuis plus de vingt ans. Ardent dfenseur de la langue franaise,
il est un des pionniers de l'internet littraire francophone. Ds avril 1995, il
cre Editel, le premier site web d'auto-dition collective de langue franaise,
devenu ensuite un site de cyberdition non commerciale en partenariat avec les
auteurs maison.

*Entretien du 14 juillet 2000

= En quoi Editel est-il pionnier?

En fait, tout le monde et son pre savent ou devraient savoir que le premier
site d'dition en ligne commercial fut Cylibris (fond par Olivier Gainon en
aot 1996, ndlr), prcd de loin lui-mme, au printemps de 1995, par nul autre
qu'Editel, le pionnier d'entre les pionniers du domaine, bien que nous fmes
confins  l'action symbolique collective, faute d'avoir les moyens de dboucher
jusqu'ici sur une formule de commerce en ligne vraiment viable et abordable,
bien qu'il n'existe toujours pas de support de lecture "grand public" qui soit
crdible pour la publication payante de livres numriques. Nous l'attendons
toujours dans le courant de l'an 2000!

= En quoi consiste exactement votre activit?

Nous sommes actuellement trois mousquetaires (Pierre Franois Gagnon, Jacques
Massacrier et Mostafa Benhamza, ndlr)  dvelopper le contenu original et indit
du webzine littraire qui continuera de servir de faade d'animation gratuite,
offerte personnellement par les auteurs maison  leur lectorat,  d'ventuelles
activits d'dition en ligne payantes, ds que possible au point de vue
technico-financier. Est-il encore raliste de rver  la dmocratie conomique?

= Comment voyez-vous l'avenir?

Tout ce que j'espre de mieux pour le petit diteur indpendant issu, comme
Editel, directement du net et qui cherche  y merger enfin, c'est que les
nouveaux supports de lecture, ouverts et compatibles grce au standard OeB (Open
eBook), s'imposeront d'emble comme des objets usuels indispensables,
c'est--dire multifonctionnels et ultramobiles, intgrant  la fois
l'informatique, l'lectronique grand public et les tlcommunications, et pas
plus dispendieux qu'une console de jeux vido: le concept d'origine d'un Marc
Poret chez General Magic en 1994, poignard dans le dos par cet avorton de
Newton d'Apple!

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Le web doit ouvrir toute grande pour les auteurs une nouvelle fentre
d'exploitation de leurs droits exclusifs, et j'ose croire qu'est concevable une
solution de chiffrement qui soit tanche, non propritaire, mais transparente et
sans douleur pour l'utilisateur final.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Je pense que, si les diverses langues de la plante vont occuper chacune le net
en proportion de leur poids dmographique respectif, la ncessit d'une langue
vhiculaire unique se fera sentir comme jamais auparavant, ce qui ne fera
qu'assurer davantage encore la suprmatie plantaire de l'anglais, ne serait-ce
que du fait qu'il a t adopt dfinitivement par l'Inde et la Chine. Or la
marche de l'histoire n'est pas plus comprimable dans le d  coudre d'une
quelconque quation mathmatique que le march des options en bourse!

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

La dcouverte de quelques amitis affinitaires, indfectibles, m'enchante
encore, tandis que l'troitesse de vision, le scepticisme ngatif qu'affichait
la vaste majorit des auteurs de science-fiction et de fantastique vis--vis du
caractre pourtant immanent et inluctable de ce qui n'est aprs tout qu'un
fantasme  la Star Trek, qui hante depuis longtemps l'imaginaire collectif, soit
l'e-book tout communicant qui tienne dans le creux de la paume, ne cesse pas de
m'tonner et de me laisser pantois rtrospectivement.

= Une conclusion?

Je dirai, pour conclure, que je me trouve vraiment fait pour tre "diteur en
ligne, pote et essayiste, et peut-tre mme un jour, romancier"! Fait  noter,
c'est curieusement de la part des potes, toujours visionnaires quand ils sont
authentiques, que le concept de livre numrique a reu le meilleur accueil!


OLIVIER GAINON (Paris)


#Fondateur et grant de CyLibris, maison d'dition littraire en ligne

Cr en aot 1996  Paris par Olivier Gainon, CyLibris (de Cy, cyber et Libris,
livre) utilise l'internet et le numrique pour s'affranchir des contraintes
lies  l'conomie traditionnelle du livre. L'diteur peut ainsi se consacrer 
la dcouverte et  la promotion de nouveaux auteurs littraires francophones, et
 la publication de leurs premires oeuvres (romans, posie, thtre, policier,
science-fiction, fantastique, etc.). Si CyLibris est avant tout un tremplin pour
les nouveaux talents, les auteurs confirms y ont aussi leur place (voir  ce
sujet l'entretien avec Emmanuel Mnard, directeur des publications, qui expose
en dtail la procdure ditoriale de Cylibris).

Vendus uniquement sur le web (avec des extraits en tlchargement libre au
format texte), les livres (52 titres en juin 2001) sont imprims  la commande
et envoys directement au client, ce qui permet d'viter le stock et les
intermdiaires. Le site web procure des informations pratiques  destination des
auteurs en herbe: comment envoyer un manuscrit  un diteur, ce que doit
comporter un contrat d'dition, comment protger ses manuscrits, etc. Depuis le
printemps 2000, CyLibris est membre du Syndicat national de l'dition (SNE).

Par ailleurs, l'quipe de CyLibris lance en mai 1999 une lettre d'information
lectronique sur le monde de l'dition francophone. Souvent humoristique et
dcapante, la lettre, d'abord mensuelle, parat deux fois par mois  compter de
fvrier 2000. Elle change de nom en fvrier 2001 pour devenir Edition-actu.
Depuis ses dbuts, son objectif n'est pas tant de promouvoir les livres de
l'diteur que de prsenter l'actualit du livre tous azimuts.

*Entretien du 23 dcembre 2000

= Quelle est l'activit de CyLibris?

CyLibris a t cr d'abord comme une maison d'dition spcialise sur un
crneau particulier de l'dition et mal couvert  notre sens par les autres
diteurs: la publication de premires oeuvres, donc d'auteurs dbutants. Nous
nous intressons finalement  la littrature qui ne peut trouver sa place dans
le circuit traditionnel: non seulement les premires oeuvres, mais les textes
atypiques, inclassables ou en dcalage avec la mouvance et les modes littraires
dominantes.

Ce qui est rassurant, c'est que nous avons dj eu quelques succs ditoriaux
(grand prix de la Socit des gens de lettres (SGDL) en 1999 pour La Toile de
Jean-Pierre Balpe, prix de la litote pour Willer ou la trahison de Jrme Olinon
en 2000, etc.).

Ce positionnement de "dfricheur" est en soi original dans le monde de
l'dition, mais c'est surtout son mode de fonctionnement qui fait de CyLibris un
diteur atypique. Cr ds 1996 autour de l'internet, CyLibris a voulu
contourner les contraintes de l'dition traditionnelle grce  deux innovations:
la vente directe par l'intermdiaire d'un site de commerce sur internet, et le
couplage de cette vente avec une impression numrique en "flux tendu".

Cela permettait de contourner les deux barrires traditionnelles dans l'dition:
les cots d'impression (et de stockage), et les contraintes de distribution.
Notre systme grait donc des flux physiques: commande reue par internet -
impression du livre command - envoi par la poste. Je prcise que nous
sous-traitons l'impression  des imprimeurs numriques, ce qui nous permet de
vendre des livres de qualit quivalente  celle de l'offset, et  un prix
comparable. Notre systme n'est ni plus cher, ni de moindre qualit, il obit 
une conomie diffrente, qui,  notre sens, devrait se gnraliser  terme.

Aujourd'hui, CyLibris dveloppe une activit de distribution de "livres
numriques", c'est--dire de fichiers tlchargeables. Nous n'avons pas lanc
cette activit au dpart car il nous semblait que les outils de scurisation
(c'est--dire permettant une relle prise en charge des droits d'auteur)
n'existaient pas il y a quatre ans. Les technologies voluent, et nous sommes en
train de tester plusieurs technologies pour lancer une relle activit de livres
numriques en 2001.

Nous quittons donc notre mtier d'diteur pur pour nous intresser de plus en
plus aux technologies autour du livre sur internet. Bien entendu, nous pensons 
faire bnficier d'autres diteurs de ce savoir-faire que nous sommes en train
d'acqurir.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Je suis le crateur et le grant de CyLibris. Je dcrirais donc mon activit
comme double. D'une part celle d'un diteur traditionnel dans la slection des
manuscrits et leur retravail (je m'occupe directement de la collection
science-fiction), mais galement le choix des maquettes, les relations avec les
prestataires, etc.

D'autre part, une activit internet trs forte qui vise  optimiser le site de
CyLibris et mettre en oeuvre une stratgie de partenariat permettant  CyLibris
d'obtenir la visibilit qui lui fait parfois dfaut.

Enfin, je reprsente CyLibris au sein du SNE (Syndicat national de l'dition).

= Comment voyez-vous l'avenir?

CyLibris est aujourd'hui une petite structure. Elle a trouv sa place dans
l'dition, mais est encore d'une conomie fragile sur internet. Notre objectif
est de la rendre prenne et rentable et nous nous y employons. Je pense que les
choses changent et j'espre qu'en 2002 nous aurons doubl notre taille et que
nous serons proche de l'quilibre.

Mon avenir personnel sur internet est cependant lgrement distinct de celui de
CyLibris, au sens o mme si CyLibris disparat, je resterai actif sur
l'internet  l'avenir, cela ne fait pas de doute pour moi. Sous quelle forme et
pour faire quoi? On verra bien...

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Oui, pour lire des textes, etc. Cela dit, je lis de plus en plus sur cran, mais
dans un cadre professionnel (par exemple les lettres d'information auxquelles je
suis abonn, etc.), ds que l'on parle de lecture-plaisir (roman, dtente,
etc.), je ne lis pas sur cran, j'imprime (si ce n'est pas dj le cas), et je
lis sur papier.

Je me rends galement compte que j'ai du mal  lire sur cran un document long
et complexe. Bref, je lis des informations brves et ponctuelles, mais pas
vritablement des dossiers complexes.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Tout dpend de quoi l'on parle. Le papier comme support simple de document crit
est un peu limit: texte et image simplement / pas d'volution en temps rel /
reproduction complexe / etc. L'lectronique offre beaucoup plus d'avantages.

En revanche, sur les aspects plus "pratiques" ("la valeur d'usage"), le papier
reste aujourd'hui imbattable: peu cher, lger, on peut le plier, le dchirer, le
tordre, le laisser tomber, il peut en plus tre physiquement agrable,
esthtiquement beau, etc. Sans mme parler du confort de lecture qui, pour moi
aujourd'hui, donne un grand avantage au papier...

Bref, tout cela pour dire que je pense que le papier va dcrotre dans son
utilisation  terme - mais que ce sera un processus long, et plutt une question
de gnration, quand nos enfants n'auront plus la mme relation que nous pouvons
avoir avec le papier...

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Je ne crois pas trop  un objet qui a des inconvnients clairs par rapport  un
livre papier (prix / fragilit / aspect / confort visuel / etc.), et des
avantages qui me semblent minimes (taille des caractres volutifs / plusieurs
livres dans un mme appareil / rtro-clairage de l'cran / etc.).

De mme, je vois mal le positionnement d'un appareil exclusivement ddi  la
lecture, alors que nous avons les ordinateurs portables d'un ct, les
tlphones mobiles de l'autre et les assistants personnels (dont les pocket PC)
sur le troisime front.

Bref, autant je crois qu' terme la lecture sur cran sera gnralise, autant
je ne suis pas certain que cela se fera par l'intermdiaire de ces objets. On
verra si on en parle encore dans un an, mais je peux me tromper - et j'espre me
tromper, comme diteur sur internet, CyLibris bnficierait forcment d'un
dveloppement de ce type d'appareil.

= Quelles solutions pratiques suggrez-vous pour le respect du droit d'auteur
sur le web?

Il faut distinguer deux aspects: le droit d'auteur et l'application de ce droit.

Pour moi, il ne fait aucun doute que le droit d'auteur s'applique sur internet
(peu de gens le contestent dsormais d'ailleurs), ce qui signifie que ce n'est
pas parce qu'une cration est mise en libre disponibilit sur le rseau que
n'importe qui peut venir la copier, la commercialiser, etc. Et l, on touche
surtout  de la pdagogie: je crois que les internautes ne sont pas sensibiliss
 ces questions et qu'une premire dmarche pdagogique peut permettre de rgler
un certain nombre de problmes. Autre dmarche, il me semble ncessaire pour les
auteurs d'indiquer les droits qu'ils laissent  une oeuvre en libre accs sur
internet: si je peux tlcharger une cration visuelle sur un site, il vaut
mieux que l'auteur indique, par exemple, s'il laisse la libre rutilisation de
cette image du moment que ce n'est pas une dmarche commerciale et sous rserve
que son nom soit cit, s'il est contre toute rutilisation de cette image, etc.
L, tout est possible. A mon sens, sur trop de sites, on trouve des crations
librement tlchargeables, et rien n'indique ce que l'on peut faire ou non avec.

La vraie difficult aujourd'hui rside dans l'application du droit d'auteur dans
un contexte international face  des actes de piratages manifestes (c'est--dire
la rutilisation  des fins commerciales de l'oeuvre d'un ou plusieurs artistes
sans que ces derniers ne peroivent quoi que ce soit). Et l, ce sera forcment
plus lent parce qu'il faut dfinir des modes de coopration internationale,
s'entendre sur des rgles et mettre en place des procdures judiciaires
adquates. C'est un processus lent qui prendra plusieurs annes, mais je suis
optimiste.

Finalement, tout cela est assez classique: pdagogie d'un ct, rglementation
de l'autre.

= Quelles solutions pratiques suggrez-vous pour une meilleure rpartition des
langues sur le web?

Premire tape: le respect des particularismes au niveau technique. Il faut que
le rseau respecte les lettres accentues, les lettres spcifiques, etc. Je
crois trs important que les futurs protocoles de transmission permettent une
transmission parfaite de ces aspects - ce qui n'est pas forcment simple (dans
les futures volutions de l'HTML, ou des protocoles IP, etc.). Donc, il faut que
chacun puisse se sentir  l'aise avec l'internet et que ce ne soit pas
simplement rserv  des (plus ou moins) anglophones. Il est anormal aujourd'hui
que la transmission d'accents puisse poser problme dans les courriers
lectroniques. La premire dmarche me semble donc une dmarche technique.

Si on arrive  faire cela, le reste en dcoule: la reprsentation des langues se
fera en fonction du nombre de connects, et il faudra envisager  terme des
moteurs de recherche multilingues.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Pas de dfinition particulirement. Pour moi, c'est plutt un concept pour nos
auteurs de science-fiction.

= Et la socit de l'information?

Ce que nous vivons aujourd'hui, c'est la mise en rseau de notre socit, au
sens o,  terme, beaucoup des objets quotidiens seront connects au Rseau
(avec un grand R, qui sera lui-mme compos de dizaines de rseaux diffrents).
Bref, c'est une nouvelle manire de vivre et,  terme, certainement une nouvelle
socit. S'agit-il d'une socit de "l'information", je n'en suis pas certain.
Faut-il que nous dfinissions collectivement ce que nous voulons dans cette
socit, cela me semble urgent, et c'est un dbat qui concerne tout le monde,
pas uniquement les "connects"? Bref, sur quelles valeurs de socit fonder
notre action future? Voil un vrai dbat.

J'en profite d'ailleurs pour faire un peu de pub pour un auteur CyLibris: La
Toile de Jean-Pierre Balpe me semble aujourd'hui la meilleure illustration de ce
dbat. La socit qu'il dcrit au travers de ce roman est  mon sens la plus
probable  court terme (l'action se passe en 2015). Est-ce cela que nous
voulons? Est-ce ce type d'organisation? Peut-tre, mais mon souci, c'est que ce
choix soit conscient et non subi.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

La premire fois que des tudiants dans une cole d'ingnieurs m'ont montr le
web. C'tait en 1992, et j'ai trouv cela gnial. D'o la cration de CyLibris
en 1996 (j'ai quand mme mis quatre ans).

= Et votre pire souvenir?

La disparition progressive de CyLibris dans certains moteurs de recherche parce
que, soit nous ne voulions pas payer, soit des accords d'exclusivit avaient t
signs avec des libraires en ligne et que nous tions drfrencs brutalement
(passer de la premire page  la cinquime page est une forme de drfrencement
brutal). Bref, aujourd'hui plus rien ne me trouble et on a appris  vivre avec
ce genre de phnomne. Il n'empche qu'une structure comme CyLibris qui se
crerait juste aujourd'hui aurait les pires difficults pour tre visible sur
internet.


JACQUES GAUCHEY (San Francisco)


#Spcialiste en industrie des technologies de l'information, "facilitator" entre
les Etats-Unis et l'Europe, journaliste

Jacques Gauchey est l'auteur de La valle du risque - Silicon Valley, paru fin
1990 chez Plon. Son mtier - "facilitator" entre les Etats-Unis et l'Europe -
est trs li  ses relations personnelles. En 1993, grce au rseau qu'il a
constitu de part et d'autre de l'Atlantique, il cre la socit G.a
Communications, qui aide les socits amricaines spcialises en technologies
de l'information  dfinir et mettre en place leur politique europenne,
particulirement en matire de stratgie, de partenariat et de visibilit.

Ses activits dans le domaine des nouvelles technologies sont multiples:
directeur du Multimedia Development Group (MDG) en 1996-1997; responsable du
International Group du MDG de 1994  1996, avec des activits allant de la
confrence M3 du MDG (1994)  la publication des ditions 1995 et 1996 du guide
Going Global: Multimedia Marketing & Distribution; prsident de manifestions
telles que les "only-for-CEOs IT conferences"; ETRE (en Europe) et ATRE (en
Asie) (1990, 1991 et 1992), le "World Multimedia: A Mosaic of Markets" du MDG
(San Francisco, 1994), Multimedia Live! (San Francisco, 1995), le sminaire des
AI (Artificial Intelligence) Soft International Partners (Tokyo, 1996), etc. Il
prside rgulirement des groupes de travail en industrie des technologies de
l'information.

Entre 1985 et 1992, Jacques Gauchey a t le correspondant de la cte ouest des
Etats-Unis pour La Tribune, quotidien parisien conomique, financier et
boursier. Auparavant, il a travaill pour Le Figaro et Le Point.

*Entretien du 31 juillet 1999

= Dans quelle mesure l'internet a-t-il chang votre vie professionnelle?

Compltement. Le monde entier est sur mon cran d'ordinateur. Chaque individu a
maintenant accs  une base de donnes globale. A cet individu d'apprendre  y
naviguer ou de s'y noyer.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Mes clients sont tous maintenant des socits internet. Mes outils de travail
sont ou seront bientt tous lis  l'internet que ce soit mon tlphone mobile,
mon PDA (personal digital assistant) et mon PC.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Le droit d'auteur dans son contexte traditionnel n'existe plus. Les auteurs ont
besoin de s'adapter  un nouveau paradigme, celui de la libert totale du flot
de l'information. Le contenu original est comme une empreinte digitale: il est
incopiable. Il survivra et prosprera donc.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

La technologie rsoudra le problme ventuellement. Et que le meilleur gagne.
L'internet a vraiment dcoll aux Etats-Unis  cause d'un concept
rvolutionnaire: une langue unique - l'anglais. Le mouvement "politically
correct" pour l'enseignement obligatoire multi-linguistique dans les coles
amricaines et le respect des diffrentes sous-cultures est un dsastre pour
l'avenir de ce pays (comme il l'est dj en Europe). Aux individus de dcider,
chez eux, s'ils veulent apprendre une autre langue.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

J'ai publi quelques numros d'une lettre d'information en anglais gratuite il y
a quatre ans sur internet. Une dizaine de lecteurs par numro jusqu'au jour (en
janvier 1996) o l'dition lectronique de Wired Magazine cra un lien. En une
semaine j'ai eu une centaine de courriers lectroniques - y compris de lecteurs
francais de mon livre La valle du risque - Silicon Valley, contents de me
retrouver.

= Et votre pire souvenir?

L'internet est un mdium et comme tout mdium un facteur d'clatement du pire.
La fusillade d'Atlanta fin juillet 1999 par un "day trader". La pornographie. La
vente libre des armes en ligne. Les mails non sollicits.


RAYMOND GODEFROY (Valognes, Normandie)


#Ecrivain-paysan, publie son recueil Fables pour les annes 2000 sur le web
avant de le publier sur papier

N en 1923 dans une famille rurale d'Octeville-l'Avenel (Cotentin, Normandie),
Raymond Godefroy obtient en 1938 son brevet d'ajusteur mcanicien  l'Ecole
pratique de Cherbourg. Il parcourt ensuite pendant seize ans tout le nord du
Cotentin en tant que conducteur d'une entreprise de battage.

Mari en 1953 - son pouse est galement de souche paysanne - il fait valoir 
partir de cette anne-l le domaine de la Cour de Lestre. A partir de 1966, il y
pratique l'agrobiologie, une forme de culture pour laquelle il ne cessera de
militer. Partageant ses loisirs entre la mcanique et l'criture, il dpose
plusieurs brevets de machines agricoles et il crit de nombreux articles dans la
revue Agriculture et vie. Il s'oriente ensuite vers la fiction, sous forme de
contes et nouvelles.

Raymond Godefroy est membre de l'Association internationale des crivains
paysans (AIEP), fonde en 1972 dans le but de rassembler et promouvoir les
auteurs servant la pense paysanne. A sa retraite, il dmnage  Valognes, et
l'exploitation du domaine de la Cour de Lestre est reprise par son fils Pierre.

*Entretien du 23 dcembre 1999

= Pouvez-vous vous prsenter?

Je suis n dans le Nord Cotentin de vieille souche paysanne. Je suis g de 77
ans. J'ai quitt l'cole primaire  12 ans avec le certificat d'tudes et, trois
ans plus tard, l'Ecole pratique de Cherbourg avec un brevet d'ajusteur
mcanicien. Je suis rentr  la ferme paternelle pour pratiquer l'agriculture
avec mes parents. Je me suis mari  30 ans. Six enfants sont ns de ce mariage.
J'ai pratiqu l'agrobiologie sur cette ferme pendant 17 ans en militant pour
cette agriculture nouvelle. J'ai crit des articles sur ce sujet, puis des
contes et des nouvelles du genre fantastique, enfin  70 ans mes premiers pomes
et fables.

= Comment vous est venu le dsir d'crire?

Mon dsir d'crire s'est manifest trs tard dans la vie et trs lentement. J'ai
publi mes premiers articles dans Agriculture et vie entre 40 et 50 ans,
dcouvrant l une faon de m'exprimer diffrente de la parole, qui m'obligeait 
affiner ma pense pour transmettre un message clair et agrable  lire.

Pour attirer l'attention des lecteurs j'ai invent des histoires courtes 
morale cologique mais aussi fantastique. Ainsi sont nes toutes ces histoires
publies ensuite sous le titre de Contes cologiques et fantastiques (Caen,
Editions Charles Corlet, 1988 - rdits en 1995  la suite des Extravagantes
histoires de Graundaru, ndlr).

A 60 ans j'ai souffert d'une crise aigu de polyarthrite. Ne pouvant plus
travailler ni me dplacer, j'ai crit le Couguard et d'autres nouvelles,
publies sous le titre: Trois histoires tranges (Marigny, Editions Paoland,
1995, ndlr) (prix Octave Mirebeau 1997). La mme anne sont parues Les
extravagantes histoires du Graundaru (Marigny, Editions Paoland, 1995, ndlr).

Mais il me restait quelque chose d'inassouvi: la posie. Tous les essais
s'taient solds par un chec, blocage au deuxime vers et pas d'inspiration
sauf des banalits, je n'tais pas mr pour le faire. Puis un jour - j'avais
alors 70 ans - grattant un plafond, travail ingrat, j'eus subitement une
inspiration, c'est ainsi qu'est n Les fleurs de mon jardin (pome qui n'est pas
encore publi, ndlr). D'autres ont suivi presque dans interruption. C'est aprs
l'avoir crite que j'ai dcouvert que Les peupliers et le saule pleureur tait
une fable. Les autres ont t voulues. Ainsi sont nes Fables pour l'an 2000,
entre septembre 1996 et avril 1999.

= Pourquoi des fables? Pourquoi l'an 2000?

Je m'explique dans la prface de mon recueil:

"Trois sicles aprs le grand La Fontaine, que peut-on ajouter  une oeuvre
aussi pleine de nuances et de richesse psychologique?

Si depuis tous les temps, la nature humaine est reste toujours la mme, par
contre la connaissance et la vision du monde ont beaucoup chang. Et le rle des
fables est de rvler aux hommes, un peu comme un miroir fantastique, cette
image d'eux-mmes que leurs habitudes journalires dissimulent  leur vue. La
fable permet aussi d'aborder les problmes de socit, comme de courtes comdies
trs proches de la nature. Mais depuis peu les hommes ont acquis un immense
pouvoir: celui de dtruire le monde, soit d'une faon violente, soit petit 
petit en l'empoisonnant et le surexploitant.

Arrivs en l'an 2000, aprs plus de cinq sicles d'humanisme rationnel et
scientifique cherchant  faire reculer le mystre, voil qu'ils dcouvrent (...)
qu'ils n'en viendraient jamais  bout et qu'il fait partie de leur propre
nature. (...) Le prochain millnaire sera-t-il celui de la rvlation mystique
comme certains l'ont prdit? Ou bien, la violence destructrice l'emportant, le
monde pourrait-il tre dtruit par les hommes eux-mmes?

C'est peu probable, si chacun peut s'exprimer sans provoquer d'intransigeantes
ractions et qu'enfin arrivs  la tolrance, les fabulistes puissent  leur
manire - sans tre rejets comme des moralistes dmods - contribuer  travers
l'humour,  une meilleure connaissance les uns des autres. N'oublions pas que La
Fontaine a reu les honneurs du Roi, qu'il n'avait pourtant pas plus mnag que
les autres dans le personnage du Lion.

Les diteurs ont aussi leur rle  jouer afin que la culture soit la plus
diversifie possible, pour repousser le mythe de la culture unique et mondiale
qui nous menace.

Le troisime millnaire c'est demain. C'est une page blanche dont le dbut est
dj crit, mais o le prsent n'tant toujours qu'un court passage entre deux
infinis, rend si difficile la rflexion humaine."

= Avez-vous une fable prfre?

Ma fable prfre est Les borgnes. Puis viennent La Rpublique des grenouilles
et Les animaux malades de la violence. Mais  chacun de retirer la conclusion
qui lui convient  chacune des fables, car toute opinion est respectable. Seul
est intolrable de vouloir l'imposer aux autres d'une faon contrainte ou
dtourne.

= Que reprsente l'internet pour vous?

Internet reprsente pour moi un formidable outil de communication qui nous
affranchit des intermdiaires, des barrages doctrinaires et des intrts des
mdias en place. Soumis aux mmes lois cosmiques, les hommes, pouvant mieux se
connatre, acquerront peu  peu cette conscience du collectif, d'appartenir  un
mme monde fragile pour y vivre en harmonie sans le dtruire.

Internet est absolument comme la langue d'Esope, la meilleure et la pire des
choses, selon l'usage qu'on en fait, et j'espre qu'il ne permettra de
m'affranchir en partie de l'dition et de la distribution traditionnelle qui,
referme sur elle-mme, souffre d'une crise d'intolrance pour entrer  reculons
dans le prochain millnaire (voir  ce sujet la fable Le pote et l'diteur,
ndlr).

= Quel est votre meilleur souvenir de l'anne 1999?

La dmonstration faite par vous de la possibilit de publier les Fables pour
l'an 2000 sur internet (publies sur le site des ditions du Choucas en dcembre
1999, avec un design de Nicolas Pewny, ndlr). Mes meilleurs instants de bonheur
sont aussi ceux qui naissent aprs avoir termin l'criture d'une fable ou d'un
pome.

= Et votre pire souvenir?

Mon pire souvenir est celui de ma post-ranimation aprs un pontage coronarien
en juillet.

= Quels sont vos souhaits pour l'an 2000 et les annes suivantes?

Une meilleure tolrance et une plus grande pluralit des cultures.

*Entretien du 26 janvier 2001

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

J'ai rencontr le prsident du Centre rgional des lettres de Basse-Normandie,
qui s'est vivement intress aux Fables pour les annes 2000. Il a propos une
aide de la rgion Basse-Normandie pour une dition imprime sous forme de
recueil. Le travail est trs avanc et la publication pourrait avoir lieu au
printemps.

= Pourquoi avoir modifi le titre, devenu Fables pour les annes 2000 au lieu de
Fables de l'an 2000?

Tout simplement parce que, les ayant crites avant l'an 2000, je pensais
qu'elles seraient publies avant le changement de millnaire, et que maintenant
en voil pour mille ans avant le prochain. Cela donne le vertige au-del de
toute imagination.

= Avez-vous quelque chose  ajouter  vos propos de 1999 relatifs  l'internet?

Non. Sauf qu'il serait indispensable pour moi d'y tre raccord le plus vite
possible pour mes besoins en documentation et aussi pour la communication.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Non, pas du tout! Le papier est un support qui va subsister encore trs
longtemps et qui garde certains avantages. Il est cependant gourmand en matire
premire, le bois. Les autres supports sont complmentaires, et prsentent des
avantages, surtout pour la circulation et la reproduction  longue distance.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Je ne l'ai pas encore utilis. Je pense qu'il a cependant beaucoup d'intrt. Il
conomise le papier. Je l'imagine dans les bibliothques pour la lecture au
public. L'usage et le temps nous apporteront une rponse, mais l'informatique
n'a pas fini de nous tonner.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Le cyberespace est un moyen pour supprimer l'espace.

= Et la socit de l'information ?

La socit de l'information est un moyen de satisfaire l'apptit de
connaissances et de curiosit qu'ont les hommes de par le monde.


MURIEL GOIRAN (Rhne-Alpes)


#Libraire  la librairie Decitre

En rgion Rhne-Alpes, les huit librairies Decitre sont particulirement
dynamiques dans le domaine des nouvelles technologies et de l'internet. Decitre
propose aussi une librairie en ligne de 430.000 titres.

*Entretien du 8 juin 1998

= Que reprsente l'internet pour vous?

C'est pour l'instant juste un moyen de communication de plus (mail) avec nos
clients des magasins et nos clients bibliothques et centres de documentation.
Nous avons dcouvert son importance en organisant DOCForum, le premier forum de
la documentation et de l'dition spcialise, qui s'est tenu  Lyon en novembre
1997 (la prochaine dition est fixe en novembre 1999). Il nous est apparu
clairement qu'en tant que libraires, nous devions avoir un pied dans le Net.

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

Internet est trs important pour notre avenir. Nous allons mettre en ligne notre
base de 400.000 livres franais  partir de fin juillet 1998, et elle sera en
accs gratuit pour des recherches bibliographiques (l'achat des livres sera
payant bien sr!). Ce ne sera pas une n-ime dition de la base de Plante
Livre, mais notre propre base de gestion, que nous mettons sur internet.


MARCEL GRANGIER (Berne)


#Responsable de la section franaise des services linguistiques centraux de
l'Administration fdrale suisse

*Entretien du 14 janvier 1999

= Quel est l'apport de l'internet dans un service de traduction?

Travailler sans internet est devenu tout simplement impossible: au-del de tous
les outils et commodits utiliss (messagerie lectronique, consultation de la
presse lectronique, activits de services au profit de la profession des
traducteurs), internet reste pour nous une source indispensable et inpuisable
d'informations dans ce que j'appellerais le "secteur non structur" de la toile.
Pour illustrer le propos, lorsqu'aucun site comportant de l'information
organise ne fournit de rponse  un problme de traduction, les moteurs de
recherche permettent dans la plupart des cas de retrouver le chanon manquant
quelque part sur le rseau.

= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?

Le multilinguisme sur internet peut tre considr comme une fatalit heureuse
et surtout irrversible. C'est dans cette optique qu'il convient de creuser la
tombe des rabat-joie dont le seul discours est de se plaindre d'une suprmatie
de l'anglais. Cette suprmatie n'est pas un mal en soi, dans la mesure o elle
rsulte de ralits essentiellement statistiques (plus de PC par habitant, plus
de locuteurs de cette langue, etc.). La riposte n'est pas de "lutter contre
l'anglais" et encore moins de s'en tenir  des jrmiades, mais de multiplier
les sites en d'autres langues. Notons qu'en qualit de service de traduction,
nous prconisons galement le multilinguisme des sites eux-mmes.

La multiplication des langues prsentes sur internet est invitable, et ne peut
que bnficier aux changes multiculturels. Pour que ces changes prennent place
dans un environnement optimal, il convient encore de dvelopper les outils qui
amlioreront la compatibilit. La gestion complte des diacritiques ne constitue
qu'un exemple de ce qui peut encore tre entrepris.

*Entretien du 25 janvier 2000

= En quoi consiste votre site web?

Conu d'abord comme un service intranet, notre site web se veut au service
d'abord des traducteurs oprant en Suisse, qui souvent travaillent sur la mme
matire que les traducteurs de l'administration fdrale, mais galement, par
certaines rubriques, au service de n'importe quel autre traducteur o qu'il se
trouve. Les dictionnaires lectroniques ne sont qu'une partie de l'ensemble, et
d'autres secteurs documentaires ont trait  l'administration, au droit,  la
langue franaise, etc., sans parler des informations gnrales. Le site abrite
par ailleurs les pages de la CST (Confrence des services de traduction des
tats europens).

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Je suis responsable de la section franaise des services linguistiques centraux
(SLC-f) de la Chancellerie fdrale suisse, c'est--dire en charge des questions
organisationnelles de la traduction pour l'ensemble des services linguistiques
du gouvernement suisse.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Le problme est rel mme si la solution n'est pas vidente. On peut toutefois
regretter que la lutte contre ce genre de fraude finira par justifier, avec
d'autres drives, une "police du WWW" malheureusement bien loigne de l'esprit
dans lequel la toile a t cre.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Nous y sommes,  l'internet multilingue: reste  le consolider et  veiller 
l'galit des chances d'accs, ce qui prendra probablement un peu plus de temps.


BARBARA GRIMES (Hawaii)


#Directrice de publication de l'Ethnologue, une encyclopdie des langues

Cette encyclopdie trs documente, qui en est  sa 14e dition, existe en
version web, sur CD-Rom et en version imprime. Elle rpertorie 6.700 langues,
avec de multiples critres de recherche. Barbara F. Grimes en est la directrice
de publication.

*Entretien du 18 aot 1998 (entretien original en anglais)

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

L'internet nous est utile, c'est un outil pratique qui apporte un complment 
notre travail. Nous l'utilisons principalement pour le courrier lectronique.
C'est aussi un moyen commode pour mettre notre documentation  la disposition
d'une audience plus large que celle de l'Ethnologue imprim.

D'un autre ct, l'Ethnologue sur l'internet n'atteint en fait qu'une audience
limite disposant d'ordinateurs. Or, dans les personnes que nous souhaitons
atteindre, nombreux sont ceux qui n'ont pas accs  des ordinateurs. Je pense
particulirement aux habitants du dit "Tiers-monde".

= Envisagez-vous des pages web multilingues?

Les pages web multilingues sont de plus en plus utiles, mais elles sont plus
onreuses  grer. Nous avons eu des demandes nous demandant l'accs 
l'Ethnologue dans plusieurs autres langues, mais nous n'avons pas le personnel
ni les fonds pour la traduction ou la ractualisation, indispensables puisque
notre site est constamment mis  jour.

*Entretien du 15 janvier 2000 (entretien original en anglais)

= En quoi consiste exactement l'Ethnologue?

Il s'agit d'un catalogue des langues dans le monde, avec des informations sur
les endroits o elles sont parles, une estimation du nombre de personnes qui
les parlent, la famille linguistique  laquelle elles appartiennent, les autres
noms utiliss pour ces langues, les noms de dialectes, d'autres informations
socio-linguistiques et dmographiques, les dates des Bibles publies, un index
des noms de langues, un index des familles linguistiques et des cartes
gographiques relatives aux langues.

= Quelle est exactement votre activit?

Je suis la directrice de publication de l'Ethnologue, depuis 1971 et jusqu'en
2000 (8e-14e ditions).

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Tous les copyrights doivent tre respects, de la mme faon que pour l'imprim.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Le fait de recevoir des corrections et de nouvelles informations fiables.

= Et votre pire souvenir?

Des critiques peu aimables sans proposition de corrections.


MICHAEL HART (Illinois)


#Fondateur du Projet Gutenberg, la plus ancienne bibliothque numrique sur
l'internet

Cr par Michael Hart en 1971 alors qu'il tait tudiant  l'Universit
d'Illinois (Etats-Unis), le Projet Gutenberg s'est donn comme mission de mettre
 la disposition de tous le plus grand nombre possible d'oeuvres du domaine
public. La plus ancienne bibliothque numrique sur l'internet est aussi la plus
importante puisqu'elle propose en tlchargement libre et gratuit 3.700 oeuvres
(chiffres de juillet 2001) patiemment numrises en mode texte par 600
volontaires de nombreux pays. Un total de 1.000 nouveaux livres devrait tre
trait en 2001. Si certains documents anciens sont parfois saisis ligne aprs
ligne, le plus souvent parce que le texte original manque de clart, les oeuvres
sont en gnral scannes en utilisant un logiciel OCR (optical character
recognition), puis elles sont relues et corriges  double reprise, parfois par
deux personnes diffrentes. D'abord essentiellement anglophones, les collections
deviennent peu  peu multilingues. Michael Hart se dfinit lui-mme comme un fou
de travail ddiant toute sa vie  son projet, qu'il voit comme tant  l'origine
d'une rvolution no-industrielle.

*Entretien du 23 aot 1998 (entretien original en anglais)

= Comment voyez-vous la relation entre l'imprim et l'internet?

Nous considrons le texte lectronique comme un nouveau mdium, sans vritable
relation avec le papier. Le seul point commun est que nous diffusons les mmes
oeuvres, mais je ne vois pas comment le papier peut concurrencer le texte
lectronique une fois que les gens y sont habitus, particulirement dans les
tablissements d'enseignement.

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

Ma carrire n'aurait pas exist sans l'internet, et le Projet Gutenberg n'aurait
jamais eu lieu... Vous savez srement que le Projet Gutenberg a t le premier
site d'information sur l'internet.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Mon projet est de mettre 10.000 textes lectroniques sur l'internet. Si je
pouvais avoir des subventions importantes, j'aimerais aller jusqu' un million
et tendre aussi le nombre de nos usagers potentiels de 1,x%  10% de la
population mondiale, ce qui reprsenterait la diffusion de 1.000 fois un
milliard de textes lectroniques au lieu d'un milliard seulement.

*Entretien du 23 juillet 1999 (entretien original en anglais)

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Les dbats actuels sont totalement irralistes. Ils sont mens par
"l'aristocratie terrienne de l'ge de l'information" et servent uniquement ses
intrts. Un ge de l'information? Et pour qui? J'ai t le principal opposant
aux extensions du copyright (loi du 27 octobre 1998, ndlr), mais Hollywood et
les grands diteurs ont fait en sorte que le Congrs ne mentionne pas mon action
en public.

= En quoi consiste exactement cette loi?

Le copyright a t augment de 20 ans. Aupararant on devait attendre 75 ans, on
est maintenant pass  95 ans. Bien avant, le copyright durait 28 ans (plus une
extension de 28 ans si on la demandait avant l'expiration du dlai) et il avait
lui-mme remplac un copyright de 14 ans (plus une extension de 14 ans si on la
demandait avant l'expiration du dlai). Comme vous le voyez, on assiste  une
dgradation rgulire et constante du domaine public.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

J'espre que nous aurons un jour un bon Babelfish (le service de traduction
automatique d'Altavista, ndlr). Pour notre bibliothque numrique, j'introduis
une nouvelle langue par mois maintenant, et je vais poursuivre cette politique
aussi longtemps que possible.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Le courrier que je reois me montre combien les gens apprcient que j'aie pass
ma vie  mettre des livres sur l'internet. Certaines lettres sont vraiment
mouvantes, et elles me rendent heureux pour toute la journe.

= Et votre pire souvenir?

Etre convoqu par le prsident de l'Universit d'Illinois suite  une plainte
dpose par l'Universit d'Oxford. Mais j'ai t dfendu par une quipe de six
avocats, la moiti tant de l'Universit d'Illinois, et j'ai gagn le procs. On
pourrait voir cela comme un bon souvenir, mais je hais ce genre de politique
politicienne... Le prsident de l'universit se trouvait tre l'oncle de Tom
Cruise, amusant, non?


ROBERTO HERNANDEZ MONTOYA (Caracas)


#Directeur de la bibliothque numrique du magazine lectronique Venezuela
Analtica

Roberto Hernndez Montoya est licenci s lettres de l'Universit centrale du
Venezuela. Il publie des articles dans El Nacional, Letras, Imagen et
InternetiWorld Venezuela. Il est membre de l'quipe ditoriale de Venezuela
Cultural, Venezuela Analtica et Imagen. Il a fait des tudes d'analyse du
discours  l'Ecole des hautes tudes en sciences sociales (EHESS) de Paris. Il a
t le prsident fondateur de l'Association vnzulienne des diteurs, et le
rdacteur en chef de l'Ateneo de Caracas.

Magazine lectronique conu comme un forum public pour l'change d'ides sur la
politique, l'conomie, la culture, la science et la technologie, Venezuela
Analtica a cr en mai 1997 BitBlioteca, une bibliothque numrique en
espagnol, qui comprend aussi quelques titres en anglais, franais et portugais.

*Entretien du 3 septembre 1998

= Comment voyez-vous la relation entre l'imprim et l'internet?

Je crois qu'ils sont complmentaires. On ne peut pas remplacer le texte imprim
sur papier, au moins dans un futur proche. Le livre en papier est un objet
formidable. On ne peut pas feuilleter un texte lectronique de la mme faon
qu'un livre en papier. Mais un texte lectronique permet de localiser beaucoup
plus rapidement un mot ou un groupe de mots. D'une certaine manire on peut le
lire avec plus de profondeur, mme avec l'incommodit que reprsente la lecture
sur cran. Le texte lectronique est moins cher et peut tre distribu plus
facilement au monde entier (si on ne prend pas en ligne de compte le cot de
l'ordinateur et de la connexion  l'internet).

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

L'internet a t trs important pour moi personnellement. Il est devenu ma
principale activit. Il a donn  notre organisme la possibilit de communiquer
avec des milliers de personnes alors que ceci aurait t impossible du point de
vue financier si on avait publi un magazine sur papier. Je crois que, dans les
annes  venir, l'internet va devenir le mdium primordial de communication et
d'change d'information.


RANDY HOBLER (Dobbs Ferry, New York)


#Consultant en marketing internet, notamment chez Globalink, socit spcialise
en produits et services de traduction

Randy Hobler a t successivement consultant en marketing et internet chez IBM,
Johnson & Johnson, Burroughs Wellcome, Pepsi, Heublein, etc. En 1998, il tait
consultant en marketing internet chez Globalink, socit spcialise en produits
et services de traduction. "J'aime pouvoir combiner ensemble mes comptences en
tant que formateur en haute technologie et en marketing avec ma passion pour les
langues, crivait-il. Aimer ce que je fais et faire ce que j'aime." Globalink a
t rachet par Lernout & Hauspie en 1999.

*Entretien du 3 septembre 1998 (entretien original en anglais)

= Comment voyez-vous l'volution vers un web multilingue?

En 1998, 85 % du contenu du web est en anglais, et ce chiffre est  la baisse.
Il y a non seulement plus de sites web et d'internautes non anglophones, mais
aussi une localisation plus grande de sites de socits et d'organismes, et un
usage accru de la traduction automatique pour traduire des sites web  partir ou
vers d'autres langues.

Comme l'internet n'a pas de frontires nationales, les internautes s'organisent
selon d'autres critres propres au mdium. En termes de multilinguisme, vous
avez des communauts virtuelles, par exemple ce que j'appelle les "nations des
langues", tous ces internautes qu'on peut regrouper selon leur langue maternelle
quel que soit leur lieu gographique. Ainsi la nation de la langue espagnole
inclut non seulement les internautes d'Espagne et d'Amrique latine, mais aussi
tous les hispanophones vivant aux Etats-Unis, ou encore ceux qui parlent
espagnol au Maroc.

= Comment voyez-vous l'avenir de la traduction automatique?

Nous arriverons rapidement au point o une traduction trs fidle du texte et de
la parole sera si commune qu'elle pourra faire partie des plate-formes ou mme
des puces. A ce point, quand le dveloppement de l'internet aura atteint sa
vitesse de croisire, que la fidlit de la traduction atteindra plus de 98% et
que les diffrentes combinaisons de langues possibles auront couvert la grande
majorit du march, la transparence de la langue (toute communication d'une
langue  une autre) sera une vision trop restrictive pour ceux qui vendent cette
technologie. Le dveloppement suivant sera la "transparence transculturelle et
transnationale" dans laquelle les autres aspects de la communication humaine, du
commerce et des transactions au-del du seul langage entreront en scne. Par
exemple, les gestes ont un sens, les mouvements faciaux ont un sens, et ceci
varie en fonction des socits. La lettre O ralise avec le pouce et l'index
signifie "OK" aux Etats-Unis alors qu'en Argentine c'est un geste obscne.

Quand se produira l'invitable dveloppement de la vidoconfrence multilingue
multimdias, il sera ncessaire de corriger visuellement les gestes. Le Media
Lab du MIT (Massachussets Institute of Technology), Microsoft et bien d'autres
travaillent  la reconnaissance informatique des expressions faciales,
l'identification des caractristiques biomtriques par le biais du visage, etc.
Il ne servira  rien  un homme d'affaires amricain de faire une excellente
prsentation  un Argentin lors d'une vidoconfrence multilingue sur le web,
avec son discours traduit dans un espagnol argentin parfait, s'il fait en mme
temps le geste O avec le pouce et l'index. Les ordinateurs pourront intercepter
ces types de messages et les corriger visuellement.

Les cultures diffrent de milliers de faons, et la plupart d'entre elles
peuvent tre modifies par voie informatique lorsqu'on passe de l'une  l'autre.
Ceci inclut les lois, les coutumes, les habitudes de travail, l'thique, le
change montaire, les diffrences de taille dans les vtements, les diffrences
entre le systme mtrique et le systme de mesure anglophone, etc. Les socits
dynamiques rpertorieront et programmeront ces diffrences, et elles vendront
des produits et services afin d'aider les habitants de la plante  mieux
communiquer entre eux. Une fois que ceux-ci seront largement rpandus, ils
contribueront rellement  une meilleure comprhension  l'chelle
internationale.

*Entretien du 10 septembre 2000 (entretien original en anglais)

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Les livres lectroniques continueront de se dvelopper avec l'amlioration de
l'affichage sur cran et d'un matriel plus polyvalent et plus lger. Les
premiers utilisateurs seront notamment les tablissements d'enseignement, du
fait de tous les avantages que peuvent procurer les livres lectroniques aux
tudiants: tlchargement des lectures de tout un trimestre, investissement peu
coteux, liens avec les examens et les dissertations, informations aisment
transfrables, quipement lger au lieu de piles de livres  transporter.


EDUARD HOVY (Marina del Rey, Californie)


#Directeur du Natural Language Group de l'Universit de Californie du Sud

Le Natural Language Group de l' USC/ISI (University of Southern California /
Information Sciences Institute) traite de plusieurs aspects du traitement du
langage naturel: traduction automatique, rsum automatique de texte, accs
multilingue aux verbes et gestion du texte, dveloppement de taxonomies de
concepts (ontologies), discours et gnration de texte, laboration d'importants
lexiques pour plusieurs langues, et communication multimdias.

Son directeur, Eduard Hovy, est docteur en informatique (spcialit:
intelligence artificielle) de l'Universit de Yale (doctorat obtenu en 1987). Il
est membre des dpartements informatiques de l'Universit de Californie du Sud
et de l'Universit de Waterloo. Ses recherches concernent principalement la
traduction automatique, le rsum automatique de texte, l'organisation et la
gnration de textes, et l'laboration semi-automatique d'importants lexiques et
banques terminologiques. Tous ces thmes sont des sujets de recherche au Natural
Language Group.

Eduard Hovy est galement l'auteur ou le directeur de publication de quatre
ouvrages et d'une centaine d'articles techniques. Il a fait partie des comits
de rdaction de Computational Linguistics et du Journal of the Society of
Natural Language Processing of Japan. Il est actuellement le prsident de
l'Association of Machine Translation in the Americas (AMTA, et le vice-prsident
de l'Association for Computational Linguistics (ACL).

*Entretien du 27 aot 1998 (entretien original en anglais)

= Le multilinguisme sur le web est-il un atout ou une barrire?

Dans le contexte de la recherche documentaire et du rsum automatique de texte,
le multilinguisme sur le web est un facteur qui ajoute  la complexit du sujet.
Les gens crivent dans leur propre langue pour diverses raisons : commodit,
discrtion, communication  l'chelon local, mais ceci ne signifie pas que
d'autres personnes ne soient pas intresses de lire ce qu'ils ont  dire ! Ceci
est particulirement vrai pour les socits impliques dans la veille
technologique (disons une socit informatique qui souhaite connatre tous les
articles de journaux et priodiques japonais relatifs  son activit) et des
services de renseignements gouvernementaux (ceux qui procurent l'information la
plus rcente, utilise ensuite par les fonctionnaires pour dcider de la
politique, etc.). Un des principaux problmes auquel ces services doivent faire
face est la trs grande quantit d'informations. Ils recrutent donc du personnel
bilingue "passif" qui peut scanner rapidement les textes afin de mettre de ct
ce qui est sans intrt et de donner ensuite les documents significatifs  des
traducteurs professionnels. Manifestement, une combinaison de rsum automatique
de texte et de traduction automatique sera trs utile dans ce cas. Comme la
traduction automatique est longue, on peut d'abord rsumer le texte dans la
langue trangre, puis effectuer une traduction automatique rapide  partir du
rsultat obtenu, en laissant  un tre humain ou un classificateur de texte (du
type recherche documentaire) le soin de dcider si on doit garder l'article ou
le rejeter.

Pour ces raisons, durant ces cinq dernires annes, le gouvernement des
Etats-Unis a financ des recherches en traduction automatique, en rsum
automatique de texte et en recherche documentaire, et il s'intresse au
lancement d'un nouveau programme de recherche en informatique documentaire
multilingue. On sera ainsi capable d'ouvrir un navigateur tel que Netscape ou
Explorer, entrer une demande en anglais, et obtenir la liste des documents dans
toutes les langues. Ces documents seront regroups par sous-catgorie avec un
rsum pour chacun et une traduction pour les rsums trangers, toutes choses
qui seraient trs utiles.

En consultant MuST (multilingual information retrieval, summarization, and
translation system), vous aurez une dmonstration de notre version de ce
programme de recherche, qui utilise l'anglais comme langue de l'utilisateur sur
un ensemble d'environ 5.000 textes en anglais, japonais, arabe, espagnol et
indonsien.

Entrez votre demande (par exemple, "baby", ou tout autre terme) et appuyez sur
la touche Retour. Dans la fentre du milieu vous verrez les titres (ou bien les
mots-cls, traduits). Sur la gauche vous verrez la langue de ces documents: "Sp"
pour espagnol, "Id" pour indonsien, etc. Cliquez sur le numro situ sur la
partie gauche de chaque ligne pour voir le document dans la fentre du bas.
Cliquez sur "Summarize" pour obtenir le rsum. Cliquez sur "Translate" pour
obtenir la traduction (attention, les traductions en arabe et en japonais sont
extrmement lentes! Essayez plutt l'indonsien pour une traduction rapide mot 
mot).

Ce programme de dmonstration n'est pas (encore) un produit. Nous avons de
nombreuses recherches  mener pour amliorer la qualit de chaque tape. Mais
ceci montre la direction dans laquelle nous allons.

*Entretien du 8 aot 1999 (entretien original en anglais)

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Durant les douze derniers mois, j'ai t contact par un nombre surprenant de
nouvelles socits et start-up en technologies de l'information. La plupart
d'entre elles ont l'intention d'offrir des services lis au commerce
lectronique (vente en ligne, change, collecte d'information, etc.). Etant
donn les faibles rsultats des technologies actuelles du traitement de la
langue naturelle - ailleurs que dans les centres de recherche - c'est assez
surprenant. Quand avez-vous pour la dernire fois trouv rapidement une rponse
correcte  une question pose sur le web, sans avoir eu  passer en revue
pendant un certain temps des informations n'ayant rien  voir avec votre
question? Cependant,  mon avis, tout le monde sent que les nouveaux
dveloppements en rsum automatique de texte, analyse des questions, etc.,
vont, je l'espre, permettre des progrs significatifs. Mais nous ne sommes pas
encore arrivs  ce stade.

Il me semble qu'il ne s'agira pas d'un changement considrable, mais que nous
arriverons  des rsultats acceptables, et que l'amlioration se fera ensuite
lentement et srement. Ceci s'explique par le fait qu'il est trs difficile de
faire en sorte que votre ordinateur "comprenne" rellement ce que vous voulez
dire - ce qui ncessite de notre part la construction informatique d'un rseau
de "concepts" et des relations de ces concepts entre eux - rseau qui, jusqu'
un certain stade au moins, reflterait celui de l'esprit humain, au moins dans
les domaines d'intrt pouvant tre regroups par sujets. Le mot pris  la
"surface" n'est pas suffisant - par exemple quand vous tapez: "capitale de la
Suisse", les systmes actuels n'ont aucun moyen de savoir si vous songez 
"capitale administrative" ou "capitale financire". Dans leur grande majorit,
les gens prfreraient pourtant un type de recherche bas sur une expression
donne, ou sur une question donne formule en langage courant.

Plusieurs programmes de recherche sont en train d'laborer de vastes rseaux de
"concepts", ou d'en proposer l'laboration. Ceci ne peut se faire en deux ans,
et ne peut amener rapidement un rsultat satisfaisant. Nous devons dvelopper 
la fois le rseau et les techniques pour construire ces rseaux de manire
semi-automatique, avec un systme d'auto-adaptation. Nous sommes face  un dfi
majeur.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?
Quelles solutions pratiques suggrez-vous?

En tant qu'universitaire, je suis bien sr un des parasites de notre socit, et
donc tout  fait en faveur de l'accs libre  la totalit de l'information. En
tant que co-propritaire d'une petite start-up, je suis conscient du cot que
reprsente la collecte et la prsentation de l'information, et de la ncessit
de faire payer ce service d'une manire ou d'une autre.

Pour quilibrer ces deux tendances, je pense que l'information  l'tat brut -
et certaines ressources  l'tat brut: langages de programmation ou moyens
d'accs  l'information de base comme les navigateurs web - doivent tre
disponibles gratuitement. Ceci cre un march et permet aux gens de les
utiliser. Par contre l'information traite et les systmes vous permettant
d'obtenir et structurer trs exactement ce dont vous avez besoin doivent tre
payants. Cela permet de financer ceux qui dveloppent ces nouvelles
technologies.

Prenons un exemple:  l'heure actuelle, un dictionnaire n'est pas disponible
gratuitement. Les socits ditrices de dictionnaires refusent de les mettre
librement  la disposition des chercheurs et de toute personne intresse, et
elles avancent l'argument que ces dictionnaires ont demand des sicles de
travail (j'ai eu plusieurs discussions  ce sujet avec des socits de
dictionnaires). Mais de nos jours les dictionnaires sont des instruments
stupides: on doit connatre le mot avant de le trouver! J'aimerais avoir un
outil qui me permette de donner une dfinition approximative, ou peut-tre une
phrase ou deux incluant un espace pour le mot que je cherche, ou mme
l'quivalent de ce mot dans une autre langue, et que la rponse me revienne avec
le(s) mot(s) que je cherche. Un tel outil n'est pas compliqu  construire, mais
il faut d'abord le dictionnaire de base. Je pense que ce dictionnaire de base
devrait tre en accs libre. Par contre on pourrait facturer l'utilisation du
moteur de recherche ou du service permettant d'entrer une information -
partielle ou non - qui soit trs "cible", afin d'obtenir le meilleur rsultat.

Voici un deuxime exemple. On devrait avoir accs librement  la totalit du
web, et  tous les moteurs de recherche "de base" du type de ceux qu'on trouve
aujourd'hui. Pas de copyright et pas de licence. Mais si on a besoin d'un moteur
de recherche qui procure une rponse trs "cible" et trs fiable, je pense
qu'il ne serait pas draisonnable que ce service soit factur.

Le crateur d'une encyclopdie ne va naturellement pas aimer ma proposition.
Mais je lui suggrerais d'quiper son encyclopdie d'un systme d'accs
performant. Sans ce systme, l'information brute donne par cette encyclopdie
n'est qu'un stock d'informations et rien d'autre, et ce stock peut aisment se
perdre dans une masse considrable d'informations qui augmente tous les jours.

*Entretien du 2 septembre 2000 (entretien original en anglais)

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Je vois de plus en plus de petites socits utiliser d'une manire ou d'une
autre les technologies lies aux langues, pour procurer des recherches, des
traductions, des rapports ou d'autres services permettant de communiquer. Le
nombre de crneaux dans lesquels ces technologies peuvent tre utilises
continue de me surprendre, et cela va des rapports financiers et leurs mises 
jour aux communications d'une socit  l'autre en passant par le marketing.

En ce qui concerne la recherche, la principale avance que je vois est due 
Kevin Knight, un collgue de l'ISI (Institut des sciences de l'information de
l'Universit de Californie du Sud), ce dont je suis trs honor. L't dernier,
une quipe de chercheurs et d'tudiants de l'Universit Johns Hopkins (Maryland)
a dvelopp une version  la fois meilleure et plus rapide d'une mthode
dveloppe  l'origine par IBM (et dont IBM reste propritaire) il y a douze ans
environ. Cette mthode permet de crer automatiquement un systme de traduction
automatique, dans la mesure o on lui fournit un volume suffisant de texte
bilingue. Tout d'abord la mthode trouve toutes les correspondances entre les
mots et la position des mots d'une langue  l'autre, et ensuite elle construit
des tableaux trs complets de rgles entre le texte et sa traduction, et les
expressions correspondantes.

Bien que la qualit du rsultat soit encore loin d'tre satisfaisante - personne
ne pourrait considrer qu'il s'agit d'un produit fini, et personne ne pourrait
utiliser le rsultat tel quel - l'quipe a cr en vingt-quatre heures un
systme (lmentaire) de traduction automatique du chinois vers l'anglais. Ceci
constitue un exploit phnomnal, qui n'avait jamais t ralis avant. Les
dtracteurs du projet peuvent bien sr dire qu'on a besoin dans ce cas de trois
millions de phrases disponibles dans chaque langue, et qu'on ne peut se procurer
une quantit pareille que dans les parlements du Canada, de Hong-Kong ou
d'autres pays bilingues. Ils peuvent bien sr arguer galement de la faible
qualit du rsultat. Mais le fait est que, tous les jours, on met en ligne des
textes bilingues au contenu  peu prs quivalent, et que la qualit de cette
mthode va continuer de s'amliorer pour atteindre au moins celle des logiciels
de traduction automatique actuels, qui sont conus manuellement. J'en suis
absolument certain.

D'autres dveloppements sont moins spectaculaires. On observe une amlioration
constante des rsultats dans les systmes pouvant dcider de la traduction
opportune d'un terme (homonyme) qui a des significations diffrentes (par
exemple pre, pair et pre, ndlr). On travaille beaucoup aussi sur la recherche
d'information par recoupement de langues (qui vous permettront bientt de
trouver sur le web des documents en chinois et en franais mme si vous tapez
vos questions en anglais). On voit galement un dveloppement rapide des
systmes qui rpondent automatiquement  des questions simples (un peu comme le
populaire AskJeeves utilis sur le web, mais avec une gestion par ordinateur et
non par des tres humains). Ces systmes renvoient  un grand volume de texte
permettant de trouver des "factiodes" (et non des opinions ou des motifs ou des
chanes d'vnements) en rponse  des questions telles que: "Quelle est la
capitale de l'Ouganda?", ou bien: "Quel ge a le prsident Clinton?", ou bien:
"Qui a invent le procd Xerox?", et leurs rsultats obtenus sont plutt
meilleurs que ce  quoi je m'attendais.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Je ne crois pas au livre lectronique. Encore plus que d'assister  un concert
en public ou d'aller voir un film au cinma, j'aime l'exprience physique
d'avoir un livre sur les genoux et de prendre plaisir  son odeur, son contact
et son poids. Les concerts  la tlvision, les films  la tlvision et les
livres lectroniques font qu'on perd un peu de ce plaisir. Et, pour les livres
particulirement, je ne suis pas prt  cette perte. Aprs tout, dans mon
domaine d'activit, il est beaucoup plus facile et beaucoup plus conomique de
se procurer un livre qu'une place de concert ou de cinma. Tous mes souhaits
vont aux fabricants de livres lectroniques, mais je suis heureux avec les
livres imprims. Et je ne pense pas changer d'avis de sitt, et me ranger dans
la minorit qui utilise les livres lectroniques. Je crains beaucoup moins la
disparition des livres que je n'ai craint autrefois la disparition des cinmas.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Pour moi, le cyberespace est reprsent par la totalit des informations
auxquelles nous pouvons accder par l'internet et les systmes informatiques en
gnral. Il ne s'agit bien sr pas d'un espace, et son contenu est sensiblement
diffrent de celui des bibliothques. Par exemple, bientt mon rfrigrateur, ma
voiture et moi-mme seront connus du cyberespace, et toute personne disposant
d'une autorisation d'accs (et d'une raison pour cela) pourra connatre
prcisment le contenu de mon rfrigrateur et la vitesse de ma voiture (ainsi
que la date  laquelle je devrai changer les amortisseurs), et ce que je suis en
train de regarder maintenant.

En fait, j'espre que la conception de la publicit va changer, y compris les
affiches et les prsentations que j'ai sous les yeux en marchant, afin que cette
publicit puisse correspondre  mes connaissances et  mes gots, tout
simplement en ayant les moyens de reconnatre que "voici quelqu'un dont la
langue maternelle est l'anglais, qui vit  Los Angeles et dont les revenus sont
de tant de dollars par mois". Ceci sera possible du fait de la nature dynamique
d'un cyberespace constamment mis  jour (contrairement  une bibliothque), et
grce  l'existence de puces informatiques de plus en plus petites et bon
march.

Tout comme aujourd'hui j'volue dans un "espace social" (socialspace) qui est un
rseau de normes sociales, d'expectations et de lois, demain, j'voluerai aussi
dans un cyberespace compos d'informations sur lesquelles je pourrai me baser
(parfois), qui limiteront mon activit (parfois), qui me rjouiront (souvent,
j'espre) et qui me dcevront (j'en suis sr).

= Et la socit de l'information?

Une socit de l'information est une socit dans laquelle la majorit des gens
a conscience de l'importance de cette information en tant que produit de base,
et y attache donc tout naturellement du prix. Au cours de l'histoire, il s'est
toujours trouv des gens qui ont compris combien cette information tait
importante, afin de servir leurs propres intrts. Mais quand la socit, dans
sa majorit, commence  travailler avec et sur l'information en tant que telle,
cette socit peut tre dnomme socit de l'information. Ceci peut sembler une
dfinition tournant un peu en rond ou vide de sens, mais je vous parie que, pour
chaque socit, les anthropologues sont capables de dterminer quel est le
pourcentage de la socit occup au traitement de l'information en tant que
produit de base. Dans les premires socits, ils trouveront uniquement des
professeurs, des conseillers de dirigeants et des sages. Dans les socits
suivantes, ils trouveront des bibliothcaires, des experts  la retraite
exerant une activit de consultants, etc.

Les diffrentes tapes de la communication de l'information - d'abord verbale,
puis crite, puis imprime, puis lectronique - ont chaque fois largi (dans le
temps et dans l'espace) le champ de propagation de cette information, en rendant
de ce fait de moins en moins ncessaire le rapprentissage et la rptition de
certaines tches difficiles. Dans une socit de l'information trs volue, je
suppose, il devrait tre possible de formuler votre objectif, et les services
d'information ( la fois les agents du cyberespace et les experts humains)
oeuvreraient ensemble pour vous donner les moyens de raliser cet objectif, ou
bien se chargeraient de le raliser pour vous, et rduiraient le plus possible
votre charge de travail en la limitant au travail vraiment nouveau ou au travail
ncessitant vraiment d'tre refait  partir de documents rassembls pour vous
dans cette intention.


CHRISTIANE JADELOT (Nancy)


#Ingnieur d'tudes  l'INaLF (Institut national de la langue franaise)

Laboratoire du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), l'INaLF a
pour mission de dvelopper des programmes de recherche sur la langue franaise,
tout particulirement son lexique. Les donnes, traites par des systmes
informatiques spcifiques et originaux, constamment enrichies et renouveles,
portent sur tous les registres du franais: langue littraire (du 14e au 20e
sicle), langue courante (crite, parle), langue scientifique et technique
(terminologies), et rgionalismes. Ces donnes, qui constituent un matriau
d'tude considrable, sont progressivement mises  la disposition de tous ceux
que la langue franaise intresse (enseignants et chercheurs, mais aussi
industriels, secteur tertiaire et grand public), soit par des publications, soit
par la consultation de banques et bases de donnes.

Le domaine de comptence de Christiane Jadelot est la lexicographie
informatise. Elle est actuellement charge de la mise en ligne de la huitime
dition du Dictionnaire de l'Acadmie franaise (1932-1935).

*Entretien du 8 juin 1998

= Quel est l'historique du site web de l'INaLF?

Les premires pages sur l'INaLF ont t mises sur l'internet au milieu de
l'anne 1996,  la demande de Robert Martin, directeur de l'INaLF. Je peux en
parler, car j'ai particip  la mise sous internet de ces pages, avec des outils
qui ne sont pas comparables  ceux que l'on utilise aujourd'hui. J'ai en effet
travaill avec des outils sous Unix, qui n'taient pas trs faciles
d'utilisation. Nous avions peu d'exprience de la chose,  l'poque, et les
pages taient trs verbeuses. Mais la direction a senti la ncessit urgente de
nous faire connatre par l'internet, que beaucoup d'autres entreprises
utilisaient dj pour promouvoir leurs produits. Nous sommes en effet "Unit de
recherche et de service" et nous avons donc  trouver des clients pour nos
produits informatiss, le plus connu d'entre eux tant la base textuelle
Frantext. Il me semble que la base Frantext tait dj sur internet (depuis
dbut 1995, ndlr), ainsi qu'une maquette du tome 14 du TLF (Trsor de la langue
francaise, dictionnaire en 16 volumes publi par le CNRS entre 1971 et 1994, et
dont le 14e volume a t consultable en ligne pendant quelque temps, ndlr). Il
tait donc ncessaire de faire connatre l'ensemble de l'INaLF par ce moyen.
Cela correspondait  une demande gnrale.

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

J'ai commenc  utiliser vraiment l'internet en 1994, je crois, avec un logiciel
qui s'appelait Mosaic. J'ai alors dcouvert un outil prcieux pour progresser
dans mes connaissances en informatique, linguistique, littrature... Tous les
domaines sont couverts. Il y a le pire et le meilleur, mais en consommateur
averti, il faut faire le tri de ce que l'on trouve. J'ai surtout apprci les
logiciels de courrier, de transfert de fichiers, de connexion  distance.
J'avais  cette poque des problmes avec un logiciel qui s'appelait Paradox et
des polices de caractres inadaptes  ce que je voulais faire. J'ai tent ma
chance et pos la question dans un groupe de News appropri. J'ai reu des
rponses du monde entier, comme si chacun tait soucieux de trouver une solution
 mon problme! Je n'tais pas habitue  ce type de solidarit. Les habitudes
en France sont plutt de travailler avec des cloisons tanches.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Je pense qu'il faut quiper de plus en plus de laboratoires avec du matriel de
pointe, qui permette d'utiliser tous ces mdias. Nous avons des projets en
direction des lyces et des chercheurs. Le ministre de l'Education nationale a
promis de cbler tous les tablissements, c'est plus qu'une ncessit nationale.
J'ai vu  la tlvision une petite cole dans un village faisant l'exprience de
l'internet. Les lves correspondaient avec des coles de tous les pays, ceci ne
peut tre qu'une exprience enrichissante, bien sr sous le contrle des adultes
forms pour cela. Voil ma petite exprience. Je me suis quipe maintenant 
domicile dans un but plus ludique, en esprant convaincre ma fille d'utiliser au
mieux tous ces outils.

*Entretien du 10 aot 1999

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

L'INaLF est au coeur des problmes de droits d'auteur et d'diteur avec sa base
de textes Frantext. Il me semble que les rgles devraient s'assouplir, car pour
le moment cette base a un accs restreint, ce qui est dommageable pour sa
diffusion et la diffusion de la langue franaise en gnral.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Personnellement je n'ai pas d'tat d'me par rapport  l'usage de la langue
anglaise. On doit la prendre comme un banal outil de communication. Cela dit,
les sites doivent proposer un accs par l'anglais et par la langue du pays
d'origine.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Mon meilleur souvenir est celui voqu en 1998, lorsque, pour mon problme de
polices de caractres, qui tait trs local, j'ai reu des rponses du monde
entier!

= Et votre pire souvenir?

Celui d'avoir envoy un courrier lectronique  une personne qui n'tait pas
destinataire. Ce mode de communication doit tre utilis avec prudence parfois.
Il va plus vite que la pense elle-mme, et peut tre utilis de manire trs
perverse, aprs coup, par le destinataire.


GERARD JEAN-FRANCOIS (Caen)


#Directeur du centre de ressources informatiques de l'Universit de Caen

Directeur du centre de ressources informatiques de l'Universit de Caen (CRIUC),
Grard Jean-Franois est charg de l'exploitation et du dveloppement des
technologies de la communication pour la recherche et la pdagogie.

*Entretien du 13 mars 2001

= Pouvez-vous dcrire l'activit de votre organisme?

L'Universit de Caen Basse-Normandie compte 24.000 tudiants. Elle est unique,
donc pluridisciplinaire pour la rgion. De ce fait, elle est rpartie sur une
douzaine de sites. Les activits principales sont videmment l'enseignement et
la recherche.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Mon activit professionnelle consiste  effectuer la veille technologique et 
mettre en place les moyens ncessaires  l'activit de l'tablissement. Ces
moyens sont essentiellement le rseau de communication, les serveurs et les
quipements individuels. Sur ces quipements sont mis en place les services
(messageries, bases de donnes, visioconfrence...) ncessaires aux utilisateurs
(tudiants, enseignants/chercheurs, personnels techniques et administratifs).

= Et votre activit lie  l'internet?

Par rapport  internet, je me dois de fournir l'accs internet  l'ensemble de
l'tablissement mais galement de rendre visible l'tablissement sur internet,
ceci dans le strict respect de la lgislation en appliquant toutes les mesures
de scurit qui incombent  mon rle de responsable scurit du systme
informatique.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Pour l'avenir, les volutions suivantes se prcisent  l'horizon :

- les dveloppements techniques pour la prise en compte des diffrents mdias,

- la "dmocratisation" de l'internet, qui amnera la mise en place de rseaux
professionnels,

- la multiplication des problmes de scurit lis  la dmatrialisation de
l'information.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Pour mon activit professionnelle, j'utilise encore le papier pour travailler
hors de mon bureau, de mme que pour des livres autres que techniques. En effet,
si des documents techniques (qui sont des bases de donnes) sont facilement
consultables sous forme lectronique, il n'en est pas de mme pour des ouvrages
de fond. Au sujet de la presse, il est hors de question de la supprimer pour la
lecture, mais pour l'archivage oui.

= Le papier a-t-il encore de beaux jours devant lui?

La rponse est oui mais les usages changeront.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Le livre lectronique, c'est quoi? Le livre lectronique tel qu'il existe
actuellement est une base de donnes documentaires qui permet si on le souhaite
de tlcharger le contenu et ensuite de l'diter. Les crans tant ce qu'ils
sont et ce qu'ils resteront longtemps, on ne peut pas esprer lire n'importe o
et n'importe quand un texte de quelque difficult qu'il soit. Pour des documents
ne comportant que des images, cela peut en tre autrement.

= Quel est votre avis sur les dbats relatifs au respect du droit d'auteur sur
le web?

A mon avis, il n'y a pas de dbat. Si on met quelque chose sur le web,
c'est--dire ouvert  tout le monde, cela signifie qu'on l'offre gratuitement 
tout le monde. Si on veut en faire du commerce, les moyens existent pour
scuriser les accs et les copies, il faut tout simplement les mettre en oeuvre.
A l'heure actuelle (et c'est peut-tre une bonne chose) on n'a que deux
alternatives, ou bien on met ses crations dans un tiroir et on vend, ou bien on
offre.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et mal-voyants?

Les progrs techniques concernant les rseaux devraient permettre de mettre sur
le web davantages de documents sonores. Une piste qui peut avoir de l'avenir:
prendre les textes des pages web et les synthtiser sous forme sonore sur son
propre PC.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Le cyberspace peut tre considr comme l'ensemble des informations qui sont
accessibles sans aucune restriction sur le rseau internet.

= Et la socit de l'information?

Il n'y a pas de socit de l'information particulire. De tout temps, elle a
toujours exist. Ce qu'il faut noter, c'est son volution continue. Gutenberg
l'a fait voluer, de mme internet.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

La remarque faite par un internaute d'Outre-Atlantique qui, ayant examin une
photo, nous a averti qu'elle tait  l'envers.

= Et votre pire souvenir?

Pas vraiment de mauvais souvenirs, simplement une amertume envers les mauvais
usages qui en sont faits.


JEAN-PAUL (Paris)


#Webmestre des cotres furtifs, un site hypermdia qui raconte des histoires en
3D

Webmestre des cotres furtifs, Jean-Paul - qui a choisi son prnom comme
pseudonyme - s'est toujours intress  l'criture, imprime ou chante, avant
de centrer son intrt sur les nouvelles formes qu'annoncent le numrique et la
technique de l'hyperlien, l'architecture par liens, le systme des
correspondances dans un rseau o sinon les parfums du moins "les couleurs et
les sons se rpondent"... Depuis 1999, il anime des soires publiques sur le
thme de l'hypertexte  La Maroquinerie (Paris). En 2000, il fait partie de la
grande aventure du Samarkande: www.thewebsoap.net, un feuilleton hypermdia
collectif de onze auteurs diffus en direct sur la toile.

Les cotres furtifs (un cotre est un bateau  voile) ont commenc  mettre le 20
octobre 1998. "L'image et le son font partie intgrante de chaque rcit, avec un
systme d'chos de l'un  l'autre, mais le parti-pris est de laisser la priorit
aux mots." Ils en sont  leur version 2, offrant "deux entres sur deux
histoires qui se croisent comme le ruban de Mbius". La version 3 est en vue,
"consacre  un avatar de Clment Ader".

*Entretien du 5 aot 1999

= Comment voyez-vous l'avenir?

L'internet va me permettre de me passer des intermdiaires: compagnies de
disques, diteurs, distributeurs... Il va surtout me permettre de formaliser ce
que j'ai dans la tte (et ailleurs) et dont l'imprim (la micro-dition, en
fait) ne me permettait de donner qu'une approximation. Puis les intermdiaires
prendront tout le pouvoir. Il faudra alors chercher ailleurs, l o l'herbe est
plus verte...

Pour s'en tenir  la cyber-littrature, ou littrature numrique ou comme on
voudra l'appeler, son avenir est trac par sa technologie mme : il est
maintenant impossible  un(e) auteur(e) seul(e) de manier  la fois les mots,
leur apparence mouvante et leur sonorit. Matriser aussi bien Director,
Photoshop et Cubase, pour ne citer que les plus connus, c'tait possible il y a
dix ans, avec les versions 1. a ne l'est plus. Ds demain (matin), il faudra
savoir dlguer les comptences, trouver des partenaires financiers aux reins
autrement solides que Gallimard, voir du ct d'Hachette-Matra, Warner,
Pentagone, Hollywood.

Au mieux, le statut du... crivaste ? multimdiaste ? sera celui du vidaste, du
metteur en scne, du directeur de produit : c'est lui qui cope des palmes d'or
 Cannes, mais il n'aurait jamais pu les dcrocher seul. Soeur jumelle (et non
pas clone) du cinmatographe, la cyber-littrature (= la vido + le lien) sera
une industrie, avec quelques artisans isols dans la priphrie off-off (aux
droits d'auteur ngatifs, donc).

= Qu'est-ce exactement qu'un cotre?

Il est ainsi appel parce qu'il semble couper l'eau : "Cotre, Cutter, s.m. Petit
btiment de guerre  un mt, fin dans ses formes de l'arrire, fortement paul
& portant bien la voile (...). Les navires de cette sorte, trs bien grs &
voils pour le plus prs et pour louvoyer, peuvent, en outre, naviguer avec
avantage vent arrire (...). Un ctre porte environ 6  8 bouches  feu."
(Bonnefoux et Pris, Dictionnaire de la marine  voile)

Les cotres (hritiers des bateaux rapides des ctes de la Manche et de la mer du
Nord) remontent donc trs bien au vent. Souvent survoils, rapides et maniables,
les cotres taient un lment important des flottes de guerre. Pour les mmes
raisons, ils furent avec les lougres les bateaux prfrs des pirates,
contrebandiers et... postiers maritimes (facteurs, en somme...).

"Aujourd'hui que la terre est plate et les mers dessales, il est temps que nos
cotres se faufilent entre les 6 milliards d'toiles que nous sommes (bientt
6,5). Et que de cotre  cotre se tissent nos liens." (Le cotre courant)

= Vous prfrez signer de votre prnom, plutt que de l'habituel prnom et nom
de famille. Pour quelle raison?

Ce qui me motive, c'est que tout est  faire, sur la toile. A part le CERN
(Laboratoire europen pour la physique des particules) et le Pentagone (qui vont
s'en faire une autre, de toile, limite  leur dsir), personne ne sait
exactement ce qu'elle nous offre. On peut donc travailler librement en acceptant
avec vraisemblance l'ide que tout est ouvert. Utiliser le plus largement, le
plus vite possible cet espace d'autant plus illimit qu'il est intrieur, le
temps que nous rattrape et nous double le vol rapace des bannires toiles de 0
et de 1.

Mais si c'est pour rpter les mmes gestes qu'avant,  quoi bon?

Or cette histoire du nom (directement lie au problme du droit d'auteur)
renvoie au pilier fondamental, tabou, de notre globe: la proprit prive. Rien
que a: en quelques sicles, on nous a rduit  un nom, un seul, d'autant plus
"propre" maintenant qu'il a t nettoy de toute humanit et rduit  un
code-barre SS (Scu Soc) (scurit sociale, ndlr). Ce n'est pas un phnomne
naturel : c'est un choix de civilisation, voulu par les gestionnaires, car
comment faire fonctionner une socit moderne, comment obtenir que soit rendu 
Csar ce qu'il s'approprie, si on laissait chaque individu modifier son
apparence administrative plusieurs fois dans sa vie, passant de "Casse-cou des
Patins ( roulettes)"  "Le 68tard qui fume sous la vranda" aprs avoir t
"Mob dans les virages" (alors que vous savez comme moi qu'un programme simple
suffirait pour "grer" a)? "La nature humaine est foncirement mauvaise et tous
les maffieux en abuseraient. Mais nous sommes l pour vous protger, protger
votre identit." (Le Pentagone) Et le premier acte d'affirmation du plus dmuni,
celui dont les papiers ne sont jamais en rgle, c'est d'abord de tagger son nom
sur les affiches signes " Grande Marque".

Aux cotres, nous essayons furtivement autre chose.

Nous existons, nous avons une adresse. Nous savons qu'il est difficile de se
parler dans l'anonymat ou le collectivisme, alors nous gardons certains points
de repre: il y a le facteur temps, il y a le facteur humain, et chez les
cotres, il y a le cotre facteur, qui rpond souvent au nom de Jean-Paul. Un
prnom qui n'est pas un nom propre puisque justement le propre d'un nom est
qu'il ne nous est pas propre: c'est celui d'une dynastie, d'une srie de pres
dpose chez notaires.

Pas question de renier nos anctres: ils ont fait le monde que nous appelons
ralit. Mais nous levons la toile pour un autre rve. Et nous lanons nos
cotres dans toutes les directions, pour les contacts.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Nous ne nous sentons pas concerns.

a) - S'il s'agit de "respect", c'est une question de morale et d'lgance, qui
n'est pas suceptible de dbat: sur la toile comme ailleurs, on cite ses sources.
Total respect. Pour la plupart d'entre nous.

b) - S'il s'agit de "droit d'auteur", on est dans le domaine juridique, instable
par essence. Le "droit" d'auteur est une notion rcente -- que les Franais
attribuent  Beaumarchais, homme d'ombres, d'affaires, trafiquant d'armes et
grand auteur. L'apparition du numrique, et donc du clonage (qui pose un autre
problme que celui de la copie, rsolu depuis longtemps), oblige  reconsidrer
cette notion.

c) - S'il s'agit de "droitS d'auteur" (au pluriel, donc), on est dans la sphre
de l'conomie, dont la logique est connue: concurrence et rtention: devenir le
premier de la classe, empcher les autres de le devenir. Et pas vu, pas pris.

Sony est diteur de CD (audio et Rom) parce que a rapporte. Et il fabrique des
graveurs (qui permettent de cloner ses propres CD, comme ceux de la concurrence)
parce que a rapporte. Philips faisait de mme, jusqu'au jour o il a vendu sa
division Polygram (que les lois de l'conomie lui permettront de racheter le cas
chant).

"Il ne suffit pas d'tre grand pour tre performant, mais, dans un monde
financier totalement mondialis, a aide. Surtout si on a l'ambition de jouer
les premiers rles." (Herv Babonneau, Ouest-France du 6 aot 1999). "Drle
d'ambition" dit le cotre carr. Jurassic Games et tyrannosaures plus ou moins
rex.

Bien que tangent  la sphre conomique (il faut payer le nom de domaine, et
l'abonnement au serveur), notre cotre-espace ne s'y rduit pas, notre esprit
n'est pas celui de la concurrence. Notre site est en tlchargement libre, et
nous tlchargeons les sites que nous trouvons cratifs.

C'est normal de cloner une oeuvre d'autrui pour en faire cadeau; c'est partager.
Ce qui est dgueulasse, c'est de vendre ce clone.

La fonction des juristes est de donner raison aux puissances du jour: hier
guillotine pour les faiseuses d'anges, aujourd'hui remboursement des avortements
par la Scu (scurit sociale, ndlr) (en France, pas en Pologne).

Copyright ou droit d'auteur, vision europenne ou vision amricaine, qui va
l'emporter? Le principe de proprit prive. La proprit tabou de ceux qui ont
les moyens de la faire garder. Par l'OMC (Organisation mondiale du commerce) par
exemple, charge de rgler la question des "droits" partout dans le monde (mme
virtuel) et, esprent-ils, pour toujours.

Ceux dont la maison est sur le trac d'une future autoroute savent le prix rel
d'un tabou.

Alors les droits des auteurs, crateurs, inventeurs...

Mais si Orson Welles s'est fait bouffer par les studios, Kubrick s'est
mthodiquement rendu indpendant des mmes. Peu importe la loi que se fera
tailler sur mesure Onc' Picsou. Les petits mammifres ont bouff les
tyrannosaures, avec le temps. Et les anciens rois, qui tenaient pourtant leur
pouvoir des dieux, nous leur avons coup la tte. En moins de temps.

"Maxim's pour un temps / Le reste jambon-beurre et kir / Pour tenir Juliette"
(Rimes fminines, CD MT 104, Le Rideau Bouge)

= Quelles solutions pratiques suggrez-vous?

"Donner un sens plus pur aux mots de la tribu", disait S. Mallarm. Et quand les
cartes bancaires auront gagn (dans trois ans, parat-il), inventer d'autres
cartes vers un autre cap de Bonne-Esprance pour aller voir monter "du fond de
l'horizon des toiles nouvelles", comme J.M. 2 Heredia.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Votre livre (vraiment bon. Et utile. Gagne  chaque relecture. Adresses
prcieuses) fait le tour de la question: "Tt ou tard, la rpartition des
langues sur le web correspondra  leur rpartition sur la plante". En fonction
du dynamisme de ceux qui les parlent.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Le vertige qui nous a pris  la rception du premier message... venant du
Canada. 10.000 (?) ans aprs les Inuits, des cotres venaient de dcouvrir
l'Amrique!

= Et votre pire souvenir?

Tout ce sommeil en retard...

*Entretien du 25 juin 2000

= Les possibilits offertes par l'hyperlien ont-elles chang votre mode
d'criture?

La navigation par hyperliens se fait en rayon (j'ai un centre d'intrt et je
clique mthodiquement sur tous les liens qui s'y rapportent) ou en louvoiements
(de clic en clic,  mesure qu'ils apparaissent, au risque de perdre de vue mon
sujet). Bien sr, les deux sont possibles avec l'imprim. Mais la diffrence
saute aux yeux: feuilleter n'est pas cliquer. L'internet n'a donc pas chang ma
vie, mais mon rapport  l'criture. On n'crit pas de la mme manire pour un
site que pour un scnario, une pice de thtre, etc...

En fait, ce n'est pas sur la toile, c'est dans le premier Mac que j'ai dcouvert
l'hypermdia  travers l'auto-apprentissage d'Hypercard. Je me souviens encore
de la stupeur dans laquelle j'ai t plong, durant le mois qu'a dur mon
apprentissage des notions de boutons, liens, navigation par analogies, par
images, par objets. L'ide qu'un simple clic sur une zone de l'cran permettait
d'ouvrir un ventail de piles de cartes dont chacune pouvait offrir de nouveaux
boutons dont chacun ouvrait un nouvel ventail dont... bref l'apprentissage de
tout ce qui aujourd'hui sur la toile est d'une banalit de base, cela m'a fait
l'effet d'un coup de foudre (il parat que Steve Jobs et son quipe eurent le
mme choc lorsqu'ils dcouvrirent l'anctre du Mac dans les laboratoires de Rank
Xerox).

Depuis, j'cris (compose, mets en page, en scne) directement  l'cran. L'tat
"imprim" de mon travail n'est pas le stade final, le but ; mais une forme parmi
d'autres, qui privilgie la linarit et l'image, et qui exclut le son et les
images animes.

J'ai cru un certain temps que le CD-Rom tait le but  atteindre, la forme la
plus acheve de ces nouveaux outils extraordinaires.

Mais le CD-Rom, c'est encore la galaxie Gutenberg. Il fixe, fige (et permet de
vendre) l'tat, le dispositif, la version d'un travail  l'instant T. Il est
ainsi soumis aux mmes contraintes. Tout comme l'arrive de l'criture avait
appauvri la culture orale (l'ade-musicien-comdien-metteur-en-scne remplac
par l'crivain immobile), la technologie de l'imprimerie a "plomb" l'criture,
induisant rapidement l'ide qu'il y a une version finale, , TM & intouchable.
Masquant ainsi la ncessit technique ("On ne va pas refaire un tirage juste
pour changer un !...,  moins que les commerciaux l'exigent, bien sr"), sous
la thorie de la forme parfaite, celle de l'ultime brouillon, publiable. C'est
Valry parlant de la forme acheve des vers de Racine, c'est Flaubert dans son
gueuloir. A l'oppos de matre Frenhofer qui modifia jusqu' la mort son
Chef-d'oeuvre inconnu (dans l'incomprhension gnrale);  l'oppos de je ne
sais plus quel peintre qui allait au Louvre avec sa mallette pour retoucher ses
tableaux.

C'est finalement dans la publication en ligne (l'entoilage?) que j'ai trouv la
mobilit, la fluidit que je cherchais. Le matre mot y est "chantier en cours",
sans palissades. Accouchement permanent,  vue, comme le monde sous nos yeux.
Provisoire, comme la vie qui ttonne, se cherche, se dprend, se reprend.

Avec videmment le risque soulign par les gutenbergs, les orphelins de la
civilisation du livre: plus rien n'est sr. Il n'y a plus de source fiable,
elles sont trop nombreuses, et il devient difficile de distinguer un clerc d'un
gourou. Mais c'est un problme qui concerne le contrle de l'information. Pas la
transmission des motions.

Bref, pour rpondre  votre question: oui, l'hypermdia a chang mon "criture".
Et c'est sur la toile mouvante que je trouve plaisir et sens  participer au
site des cotres. A rouler mon hyper-caillou de facteur Sisyphe dans le grand
fleuve de l'hyper.

= D'autres remarques  ajouter?

Le rseau dominant est celui de l'e-bizz : information, donnes, rationalit,
ca$h. Illusionisme. C'est la marge, l'ourlet de la toile qui m'intresse,
l'enchantement, la magie : "Achte-moi, je ne vaux rien puisque l'amour n'a pas
de prix" (Lo Ferr). Et il n'y a videmment aucun avenir professionnel dans la
gratuit.

Il faudrait aussi revenir en dtail sur la question de la "lecture" sur un
cran. Ce sera (peut-tre) pour les prochains pisodes de notre grand
hyper-feuilleton: Nasdaq & boutons.

*Entretien du 3 dcembre 2000

= Comment se portent les cotres furtifs?

Les cotres roulent doucement sous la lune. Ils contemplent les constellations de
la Toile, en attendant leur prochain dcollage, dans la version 3.

= Quoi de neuf  titre personnel?

A titre personnel, je participe  un jeu de rles hypermdia dont l'avenir me
parat prometteur, parce qu'il est en rapport troit avec les lois de
fonctionnement du "cyberespace": www.thewebsoap.net. Cette @dresse renvoie  une
constellation de sites centrs chacun sur un individu. Ils communiquent et
interagissent par leur bote  lettres, ouverte au public. L'internaute a ainsi
accs  plusieurs portes d'entre dans l'histoire. La nouveaut du feuilleton
est qu'il se droule en "temps rel" (ce qui est impossible dans le monde de
l'imprim; quant aux sries tl, elles aussi sont cantonnes  la forme de
l'pisode  horaire fixe).

Les personnages correspondent quotidiennement, en quasi-direct, ce qui instaure
pour les auteurs un rapport presque journalistique  leur imaginaire et  leur
criture. L'internaute suit,  son propre rythme, libre de s'intresser ou non 
l'intgralit des diffrentes intrigues (amours, galres, showbiz, ombres
malfiques, mystres et rebondissements) ou  l'ensemble de tous les
personnages. C'est avant tout cette fluidit gnrale (apparente! c'est en fait
un sacr travail!) qui m'a fait y participer. Elle permet de garder le ct
impro-jazz que j'aime dans la mise en net.

= Quoi de neuf pour la cration en ligne?

Elle sera de plus en plus collective, donc chre. Or le public n'existe pas
encore, ni donc les droits d'auteurs. La question centrale pour les "crateurs
en ligne" sera alors celle du mcnat ou, plus gnralement, des subventions.
Jusqu' ce qu'une masse critique de public se soit constitue, que ses gots
culturels se soient affirms au point qu'il soit prt  payer (sous la forme de
pages ou de DVD). Alors les crateurs en ligne pourront affiner leurs propres
recherches.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Je lis autant d'imprims qu'avant. La lecture sur cran s'y est rajoute. D'o
des problmes de temps: ces machines qui sont censes travailler  notre place
contribuent en fait  nous bouffer le temps libre qu'elles nous ont dgag.

= Le papier a-t-il encore de beaux jours devant lui?

Ses jours sont encore longs avant que la lecture sur cran prsente la mme
souplesse que celle d'un livre ou d'un magazine que l'on peut lire n'importe o,
dans la position que l'on veut, et ranger, rouler, plier, dchirer facilement
(allez envelopper les pelures de pomme de terre dans un 15 pouces!).

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Il a fallu inventer la hache de pierre avant de construire la Tour Eiffel. Le
but des dinosaures industriels qui s'entretuent pour imposer leur format de
livre lectronique est de dtourner vers eux la partie rentable du contenu des
bibliothques (rebaptis "information"). Ils travaillent aussi pour nous, en
contribuant  banaliser l'usage de l'hyperlien.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

L'ordinateur qui parle et obit  la voix de son vis--vis?

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Un lieu isotrope en expansion pour l'instant infinie. Un modle de la vision que
nous avons aujourd'hui de l'univers. Jusqu' l'invention du clic, le savoir
humain tait senti comme un espace newtonien, avec deux repres absolus: le
temps (linaire: un dbut, une fin) et l'espace (les trois dimensions du temple,
du rouleau, du volumen). Le cyberespace obit aux lois de l'hypertexte. Deux
temps simultans: le temps tax (par le fournisseur d'accs ou par les
impratifs de productivit, gren par l'antique chrono), et le temps aboli, qui
fait passer d'un lien  l'autre, d'un lieu  l'autre  la vitesse de l'lectron,
dans l'illusion du dplacement instantan.

Quant aux repres, quiconque a lanc une recherche dans cet espace sait qu'il
doit lui-mme les dfinir pour l'occasion, et se les imposer (sous peine de se
disperser, de se dissoudre), pour chapper au vertige de la vitesse. A cause de
cette "vitesse de la pense", nous trouvons dans cet espace un "modle" de notre
cerveau. "a tourne dans ma tte",  travers 10, 20, etc... synapses  la fois,
comme un fureteur archivant la toile. Bref les lois du cyberespace sont celles
du rve et de l'imagination.

*Entretien du 3 juin 2001

= Comment dfinissez-vous la socit de l'information?

Plus, plus vite. Mais les donnes ne sont pas l'information. Il faut les liens,
c'est--dire le temps. Plus d'vnements, plus d'crans pour les couvrir. Plus
vite: l'vnement du jour est liquide. Effac, recouvert par la vaguelette du
lendemain, la vague du jour d'aprs, la houle de la semaine, le tsunami du mois.
Cycles aussi "naturels" que les mares estivales du Loch Ness. Pas "effac",
d'ailleurs, l'vnement d'hier (qui n'est pas "tous les vnements d'hier"):
dj archiv, dans des bases de donnes (INA (Institut national de
l'audiovisuel), Gallica, INSEE...), qui donnent l'illusion d'tre exhaustives,
facilement accessibles et momentanment gratuites.

Mais les donnes ne donnent rien par elles-mme. S'informer, c'est lier entre
elles des donnes, liminer celles qui ne sont pas pertinentes (quitte  revenir
sur ces choix plus tard), se trouver ainsi oblig de chercher d'autres donnes
qui corroborent ou infirment les prcdentes... L'information nat du temps
pass  tisser les liens. Or le temps nous est mesur, au quartz prs.
Productique ou temps libre, nous passons de plus en plus de temps  raccrocher
au nez de spammeurs qui nous interrompent pour nous revendre nos dsirs (dont
nous informons les bases de donnes qui les leur vendent). Ce qui est
intressant dans ce bonneteau est que les infos que nous fournissons sur
nous-mmes, nous les truquons suffisamment pour que les commerciaux n'arrivent
pas  en tirer les lois du succs: Survivor II est un bide, aprs le succs de
la version I. De cette incertitude viennent les trous dans le filet qui laissent
parvenir jusqu' nous certaines infos.

Bref la "socit de l'information", c'est le jeu des regards dans le tableau de
de La Tour: "La diseuse de bonne aventure". Le jeune homme qui se fait
dpouiller en est conscient, et complice. Il a visiblement les moyens de
s'offrir les flatteries des trois jolies filles tout en exigeant de la vieille
diseuse qu'elle lui rende l'une de ces picettes dont il a pris la prcaution de
gonfler ostensiblement la bourse qu'on lui coupe.


ANNE-BENEDICTE JOLY (Antony, rgion parisienne)


#Ecrivain auto-ditant ses oeuvres et utilisant le web pour les faire connatre

*Entretien du 18 juin 2000

= En quoi consiste votre site web?

Mon site (mis en ligne le 17 avril 2000) a plusieurs objectifs: prsenter mes
livres (essais, nouvelles et romans auto-dits)  travers des fiches
signaltiques (dont le format est identique  celui que l'on trouve dans la base
de donnes Electre) et des extraits choisis, prsenter mon parcours (de
professeur de lettres et d'crivain), permettre de commander mes ouvrages,
offrir la possibilit de laisser des impressions sur un livre d'or, guider le
lecteur  travers des liens vers des sites littraires.

= Quel avantage voyez-vous  utiliser l'internet?

Je suis crivain. Crer un site internet me permet d'largir le cercle de mes
lecteurs en incitant les internautes  dcouvrir mes crits. Internet est
galement un moyen pour largir la diffusion de mes ouvrages. Enfin, par une
politique de liens, j'espre susciter des contacts de plus en plus nombreux.

= Pourquoi ce choix d'auto-diter vos oeuvres?

Aprs avoir rencontr de nombreuses fins de non-recevoir auprs des maisons
d'dition et ne souhaitant pas opter pour des ditions  compte d'auteur, j'ai
choisi, parce que l'on crit avant tout pour tre lu (!), d'avoir recours 
l'auto-dition. Je suis donc un crivain-diteur et j'assume l'intgralit des
tapes de la chane littraire, depuis l'criture jusqu' la commercialisation,
en passant par la saisie, la mise en page, l'impression, le dpt lgal et la
diffusion de mes livres. Mes livres sont en rgle gnrale dits  250
exemplaires et je parviens systmatiquement  couvrir mes frais fixes.

= A l'heure de l'internet, pensez-vous que les auteurs aient encore besoin des
diteurs?

Je pense qu'internet est avant tout un mdia plus rapide et plus universel que
d'autres, mais je suis convaincue que le livre "papier" a encore, pour des
lecteurs amoureux de l'objet livre, de beaux jours devant lui. Je pense que la
problmatique rside davantage dans la qualit de certains diteurs, pour ne pas
dire la frilosit, devant les cots lis  la fabrication d'un livre, qui
prfrent diter des livres "vendeurs" plutot que de dcider de prendre le
risque avec certains crits ou certains auteurs moins connus ou inconnus.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Encore une fois internet devra me permettre d'aller  la rencontre de lecteurs
(d'internautes) que je n'aurai pas l'occasion en temps ordinaire de ctoyer. Je
pense  des pays francophones tels que le Canada qui semble rserver une place
importante  la littrature francaise. Je suis dja rfrence dans des
annuaires et des moteurs de recherche anglo-saxons, et en passe de dfinir des
accords d'change de liens avec des sites universitaires et littraires
canadiens.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Le respect du droit d'auteur, c'est la survie de la cration. Le web, de par son
universalit et la grande facilit avec laquelle quiconque peut s'approprier ou
copier ce qu'il souhaite, constitue  n'en pas douter une limite  la diffusion
de toute cration. Je suis rticente  l'ide de placer mes textes en
exhaustivit sur la toile car je crains les copies et plagiats. Je pense qu'il
serait sans doute astucieux de prsenter par exemple les premiers chapitres d'un
livre ou un extrait puis d'inciter le lecteur  acqurir l'ouvrage sous forme
papier ou sous forme lectronique grce  une gestion scurise des moyens de
paiement.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Je crois que, par nature, la langue devra tre universelle et l'anglais semble
le mieux plac pour gagner cette bataille. Cependant, les auteurs francophones
devront dfendre la langue sur le net. Nous pourrions fort bien envisager, pour
un livre crit en franais, de prvoir un synopsis de type quatrime de
couverture en deux langues: franais et anglais. Ainsi les lecteurs trangers
prendront connaissance des grandes lignes du livre et sauront faire les efforts
ncessaires pour le lire dans une langue trangre  la leur. S'agissant de
littrature ou de belles lettres, il parat raliste de dfendre un bastion
linguistique.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Le franchissement de la barre des 200 visiteurs sur mon site.

= Et votre pire souvenir?

Je n'en ai pas encore...

*Entretien du 22 novembre 2000

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Mon site a considrablement volu: ajout des caractristiques de mon nouveau
roman (Singulire), cration d'une rubrique "Vu dans les mdias"  partir de
chaque fiche de livres concerns, cration d'une page "Mise  jour" recensant
les modifications apportes au site, et aussi de nombreux nouveaux liens vers
des sites littraires. J'ai mis en ligne la version 2 de mon site le 3 septembre
2000.

= Utilisez-vous encore beaucoup le papier?

Oui, je dois avouer que le passage par l'crit m'est encore ncessaire. Comme
tout crivain je conserve et souhaite conserver une relation privilgie avec
l'crit, la plume, le crissement du stylo sur une feuille blanche. Par ailleurs,
je note, je rature, je corrige, je dveloppe... bref mes premires phases de
cration passent encore systmatiquement par le papier avant la phase de saisie
de mes textes. Par ailleurs, j'entretiens une relation sentimentale avec l'objet
"livre".

= Le papier a-il encore de beaux jours devant lui?

Je pense que le support papier a encore beaucoup de beaux et longs jours devant
lui. Ne serait-ce que pour des raisons de contacts affectifs avec l'objet livre,
mais aussi de par la faible monte en puissance (actuelle) des solutions
lectroniques. Je pense que l'informatique est un moyen performant et totalement
ncessaire pour fabriquer des livres mais je suis une fervente dfenseur du
plaisir de tenir un livre dans sa main, de l'emporter partout avec soi, de
l'annoter, de le prter, de le reprendre, de le feuilleter, de glisser page 38
mon marque-page prfr... J'aime cette relation privilgie que le lecteur noue
avec un livre. J'aime voir vivre l'objet... Pour toutes ces raisons, non
seulement je pense que le livre a encore de beaux jours devant lui, mais au
fond, je le souhaite de tout coeur!

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Le livre lectronique est avant tout un moyen pratique d'atteindre diffremment
une certaine catgorie de lecteurs compose pour partie de curieux aventuriers
des techniques modernes et pour partie de victimes du mode rsolument
technologique. C'est aussi sans doute le moyen de diffusion actuel le plus
universel (ds lors que l'on peut se promener sur la toile!) qui puisse
repousser  ce point les limites de distances. Par rapport  mes remarques
prcdentes, je suis assez dubitative sur le "plaisir" que l'on peut retirer
d'une lecture sur un cran d'un roman de Proust. Dcouvrir la vie des
personnages  coups de souris  molette ou de descente d'ascenseur ne me tente
gure. Ce support, s'il possde  l'vidence comme avantage la disponibilit de
toute oeuvre  tout moment, possde nanmoins des inconvnients encore trop
importants. Ceci tant, sans se cantonner  une position durablement ancre dans
un mode passiste, laissons  ce support le temps ncessaire pour acqurir ses
lettres de noblesse. Pour faire un lien avec votre question suivante, comment
intresser les personnes malvoyantes  un tel support?

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

Je pense que nous devrions voir apparatre des sites disposant de modes
d'emplois ou de guides de dcouverte sonores. L'idal serait de pouvoir guider
un internaute malvoyant, depuis la mise en route des navigateurs (pour taper
l'adresse du site cibl), jusqu' l'arrive sur un site. Sur un site quip, un
assistant guide l'internaute en lui exposant les fonctionnalits du site.
L'accs aux rubriques se fait via des codes alphanumriques (sur le mme
principe que les serveurs tlphoniques  frquence vocale). Le code d'accs 
la rubrique est possible grce  un clavier adapt (touche possdant des
caractres braille). Puis l'assistant propose des choix: tlchargement des
rubriques pour ditions sur imprimante braille ou lecture de la rubrique sous
forme d'extraits sonores. Il faudra se montrer vigilants face au temps de
chargement du son. Puis, pour favoriser les changes, prvoir la possibilit de
dposer des tmoignages vocaux (voire des images via des webcams) sur le serveur
du site.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Le domaine virtuel cr par la mise en relation de plusieurs ordinateurs
communiquant et changeant entre eux.

= Et la socit de l'information?

Permettre l'accs au plus grand nombre de la plus grande quantit d'information
possible tout en garantissant la partialit de l'information et en fournissant
les clefs de comprhension ncessaires  sa bonne utilisation.

*Entretien du 6 mai 2001

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Mon site internet n'a cess de subir des volutions et amliorations. En voici
les principaux points classs sous forme de rubriques:

1) Home page - Accueil: Mon site vient de souffler sa premire bougie (le 17
avril 2001). Le cap des 4.000 visiteurs a t franchi. Mise en ligne (nouvelle
charte de couleurs, nouvelle navigation...) de la version 3 en janvier 2001.
Insertion d'une citation. Insertion d'un espace nouveauts (affichage tournant).

2) Livres: Ajout des couvertures scannes de mes livres. Cration d'une page
spcifique (Textes ailleurs) recensant les autres sites littraires publiant
certains de mes textes. Ajout des prsentations audio de mes livres. Pages 
chargement automatique depuis les fiches signaltiques de mes ouvrages.

3) Bon de commande: Ajout des rfrencements de librairies en ligne proposant
mes livres  la vente et offrant un moyen de paiement scuris.

4) Parcours: Ajout d'une biographie. Ajout de photos. Ajout d'une squence audio
(reprise de la biographie).

5) Mdias: Parution de la ddicace de l'auteur sur le site "La Radio du Livre"
(Radio France).

6) Liens: Cration de nombreux liens littraires. A ce jour, j'ai cr un
change rel avec plus de 100 liens actifs.

Comme vous pouvez le constater, j'ai t trs active ces derniers temps sur ce
nouveau vecteur qu'est l'internet. J'ai beaucoup chang avec des internautes
(e-mail, messages sur le livre d'or, rencontres...). Je confirme mes prcdents
propos: si l'internet et le livre lectronique ne remplaceront pas le support
livre, je reste convaincue que disposer d'un tel rseau de communication est un
avantage pour des auteurs moins (ou pas) connus.

Par ailleurs, et comme vous l'avez galement sans doute remarqu, certains
diteurs on line tendent  se comporter comme de vritables diteurs en
intgrant des risques ditoriaux comme le faisaient au dbut du sicle dernier
certains diteurs classiques.

Les techniques modernes (dition numrique, e-book...) sont accessibles,
n'exigent pas (ou de moins en moins) de moyens financiers importants et peuvent
donc tre au service de ces diteurs. Ils jouent aujourd'hui le rle de
dcouvreur de talents. Il est  ma connaissance absolument inimaginable de
demander  des diteurs traditionnels d'diter un livre en cinquante
exemplaires. L'dition numrique offre cette possibilit, avec en plus rdition
 la demande, presque  l'unit.

En rsum, je souhaite que l'objet livre continue de vivre longtemps et je suis
ravie que des techniques (internet, dition numrique, e-book...) offrent  des
auteurs des moyens de communication leur permettant d'avoir accs  de plus en
plus de lecteurs.

Pour illustrer mes propos: j'ai tiss des relations lecteur-auteur avec une
internaute rsidant en Belgique. Cette dernire m'a adress un bon de commande
pour deux de mes ouvrages. Depuis lors nous communiquons rgulirement et
changeons bien volontiers sur le thme de la lecture et de l'criture. Sans
internet, sans cette technique, sans le travail que je ralise sur ces nouveaux
mdias, il m'aurait t impossible (ou tout le moins hautement improbable) de la
rencontrer. C'est en cela que je considre que ces outils modernes offrent un
largissement sans fin  la vision cratrice et aux changes.

C'est sur ce mot que je souhaiterais conclure: l'change. Grace  internet,
j'change des ides et je vis une exprience tellement enrichissante. Enfin,
comme je vous l'avais galement dit, le travail que je ralise avec
l'association culturelle littraire que j'ai cre avec mon poux (Editions de
l'Avenue) est formidable.


BRIAN KING (monde)


#Directeur du WorldWide Language Institute, qui est  l'origine de NetGlos,
glossaire multilingue de la terminologie de l'internet

Depuis 1995,  l'initiative du WorldWide Language Institute, NetGlos (The
Multilingual Glossary of Internet Terminology) est ralis en commun par un
certain nombre de traducteurs et linguistes, dans les langues suivantes:
allemand, anglais, chinois, croate, espagnol, franais, grec, hbreu,
hollandais/flamand, italien, maori, norvgien et portugais.

*Entretien du 15 septembre 1998 (entretien original en anglais)

= Quel est l'apport de l'internet dans l'activit de votre organisme?

Le principal service que nous offrons est l'enseignement des langues par le
biais du web. Notre organisme est dans la position unique d'en tre venu 
exister du fait de l'internet!

= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?

Bien que l'anglais soit la langue la plus importante du web et de l'internet en
gnral, je pense que le multilinguisme fait invitablement partie des futures
orientations du cyberespace.

Voici quelques-uns des lments qui,  mon sens, permettront que le web
multilingue devienne une ralit:

1. La popularisation de la technologie de l'information

La technologie des ordinateurs a longtemps t le seul domaine d'une lite
"technicienne",  l'aise  la fois dans des langages de programmation complexes
et en anglais, la langue universelle des sciences et techniques. A l'origine,
les ordinateurs n'ont jamais t conus pour manier des systmes d'criture ne
pouvant tre traduits en ASCII (American standard code for information
interchange). Il n'y avait pas de place pour autre chose que les 26 lettres de
l'alphabet anglais dans un systme de codage qui,  l'origine, ne pouvait mme
pas reconnatre les accents aigus et les trmas, sans parler de systmes non
alphabtiques comme le chinois.

Mais la tradition a t bouleverse, et la technologie popularise. Des
interfaces graphiques tels que Windows et Macintosh ont acclr le processus.
La stratgie de marketing de Microsoft a consist  prsenter son systme
d'exploitation comme facile  utiliser par le client moyen. A l'heure actuelle
cette facilit d'utilisation s'est tendue au-del du PC vers le rseau
internet, si bien que, maintenant, mme ceux qui ne sont pas programmeurs
peuvent insrer des applets Java dans leurs pages web sans comprendre une seule
ligne de programmation.

2. La comptition des grandes socits pour avoir une part du "march global"

L'extension de cette popularisation locale est l'exportation de la technologie
de l'information dans le monde entier. La popularisation est maintenant
effective  l'chelon mondial, et l'anglais n'est plus ncessairement la langue
oblige de l'utilisateur. Il n'y a plus vraiment de langue indispensable, mais
seulement les langues personnelles des utilisateurs. Une chose est certaine : il
n'est plus ncessaire de comprendre l'anglais pour utiliser un ordinateur, de
mme qu'il n'est plus ncessaire d'avoir un diplme d'informatique.

La demande des utilisateurs non anglophones et l'effort entrepris par les
socits high-tech se faisant concurrence pour obtenir les marchs mondiaux a
fait de la localisation un secteur en expansion rapide dans le dveloppement des
logiciels et du matriel. Le premier pas a t le passage de l'ASCII  l'ASCII
tendu. Ceci signifie que les ordinateurs commenaient  reconnatre les accents
et les symboles utiliss dans les variantes de l'alphabet anglais, symboles qui
appartenaient le plus souvent aux langues europennes. Cependant une page ne
pouvait tre affiche que dans une seule langue  la fois.

3. Innovation technologique

L'innovation la plus rcente est Unicode. Bien qu'il soit encore en train
d'voluer et qu'il ait tout juste t incorpor dans les derniers logiciels, ce
nouveau systme de codage traduit chaque caractre en 16 bits. Alors que l'ASCII
tendu  8 bits pouvait prendre en compte un maximum de 256 caractres, Unicode
peut prendre en compte plus de 65.000 caractres uniques et il a donc la
possibilit de traiter informatiquement tous les systmes d'criture du monde.

Les instruments sont maintenant plus ou moins en place. Ils ne sont pas encore
parfaits, mais on peut dsormais naviguer sur le web en chinois, en japonais, en
coren, et dans de nombreuses autres langues qui n'utilisent pas l'alphabet
occidental. Comme l'internet s'tend  des parties du monde o l'anglais est
trs peu utilis, par exemple la Chine, il est naturel que ce soit le chinois et
non l'anglais qui soit utilis. La majorit des usagers en Chine n'a pas d'autre
choix que sa langue maternelle.

Une priode intermdiaire prcde bien sr ce changement. Une grande partie de
la terminologie technique disponible sur le web n'est pas encore traduite dans
d'autres langues. Et, comme nous nous en sommes rendus compte dans NetGlos,
notre glossaire multilingue de la terminologie de l'internet, la traduction de
ces termes n'est pas toujours facile. Avant qu'un nouveau terme ne soit accept
comme le terme correct, il y a une priode d'instabilit avec plusieurs
candidats en comptition. Souvent un terme emprunt  l'anglais est le point de
dpart et, dans de nombreux cas, il est aussi le point d'arrive. On assiste
finalement  l'mergence d'un vainqueur qui est ensuite utilis aussi bien dans
les dictionnaires techniques que dans le vocabulaire quotidien de l'usager non
spcialiste. La dernire version de NetGlos est la version russe et elle devrait
tre disponible dans deux semaines environ (fin septembre 1998, ndlr). Elle sera
sans nul doute un excellent exemple du processus dynamique en cours pour la
russification de la terminologie du web.

4. La dmocratie linguistique

Dans un rapport de l'Unesco du dbut des annes 50, l'enseignement dispens dans
sa langue maternelle tait considr comme un droit fondamental de l'enfant. La
possibilit de naviguer sur l'internet dans sa langue maternelle pourrait bien
tre son quivalent  l'ge de l'information. Si l'internet doit vraiment
devenir le rseau mondial qu'on nous promet, tous les usagers devraient y avoir
accs sans problme de langue. Le considrer comme la chasse garde de ceux qui,
par accident historique, ncessit pratique ou privilge politique, connaissent
l'anglais, est injuste  l'gard de ceux qui ne connaissent pas cette langue.

5. Le commerce lectronique

Bien qu'un web multilingue soit souhaitable sur le plan moral et thique, un tel
idal ne suffit pas pour en faire une ralit dpassant les limites actuelles.
De mme que l'utilisateur non anglophone peut maintenant avoir accs  la
technologie dans sa propre langue, l'impact du commerce lectronique peut
constituer une force majeure qui fasse du multilinguisme la voie la plus
naturelle vers le cyberespace.

Les vendeurs de produits et services dans le march virtuel mondial que devient
l'internet doivent tre prpars  faire face  un monde virtuel qui soit aussi
multilingue que le monde physique. S'ils veulent russir, ils doivent s'assurer
qu'ils parlent bien la langue de leurs clients!

= Comment voyez-vous l'avenir?

Comme l'existence de notre organisme est lie  l'importance attache aux
langues, je pense que son avenir sera excitant et stimulant. Mais il est
impossible de pratiquer l'autosuffisance  l'gard de nos russites et de nos
ralisations. La technologie change  une allure frntique. L'apprentissage
durant toute la vie est une stratgie que nous devons tous adopter si nous
voulons rester en tte et tre comptitifs. C'est une tche qui est dj assez
difficile dans un environnement anglophone. Si nous ajoutons  cela la
complexit apporte par la communication dans un cyberespace multilingue et
multiculturel, la tche devient encore plus astreignante. Probablement plus
encore que par le pass, la coopration est aussi indispensable que la
concurrence.

Les germes d'une coopration par le biais de l'internet existent dj. Notre
projet NetGlos a dpendu du bon vouloir de traducteurs volontaires de nombreux
pays: Canada, Etats-Unis, Autriche, Norvge, Belgique, Isral, Portugal, Russie,
Grce, Brsil, Nouvelle-Zlande, etc. Je pense que les centaines de visiteurs
qui consultent quotidiennement les pages de NetGlos constituent un excellent
tmoignage du succs de ce type de relations de travail. Les relations de
coopration s'accrotront encore  l'avenir, mais pas ncessairement sur la base
du volontariat.


GEOFFREY KINGSCOTT (Londres)


#Co-directeur du magazine en ligne Language Today

Geoffrey Kingscott est le directeur gnral de Praetorius, socit britannique
de traduction et de services d'expertise dans les langues appliques. Il est
aussi l'un des deux directeurs de publication de Language today, un magazine en
ligne de rfrence pour les linguistes: traducteurs, interprtes, terminologues,
lexicographes et rdacteurs techniques. Ce magazine est hberg par Logos,
socit de traduction italienne.

*Entretien du 4 septembre 1998 (entretien original en anglais)

= Quel est l'apport de l'internet dans l'activit de votre socit?

L'internet n'a pas apport de changement majeur dans notre socit. C'est un
mdium de plus plutt qu'un mdium visant  remplacer les autres.

Nous continuerons d'avoir un site web pour notre socit, et de publier une
version de notre revue sur le web, mais ceci ne sera qu'un secteur de notre
travail. Nous utilisons l'internet comme une source d'information que nous
distillons ensuite  nos lecteurs, qui autrement seraient confronts au problme
majeur du web: faire face  un flux incontrl d'informations.

= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?

Les caractristiques propres au web sont la multiplicit des gnrateurs de
sites et le bas prix de l'mission de messages. Ceci favorisera donc le
multilinguisme au fur et  mesure du dveloppement du web. Comme celui-ci a vu
le jour aux Etats-Unis, il est encore principalement en anglais, mais ce n'est
qu'un phnomne temporaire. Pour expliquer ceci plus en dtail, je dirais que,
quand nous comptions sur l'imprim ou l'audiovisuel (films, tlvision, radio,
vidos, cassettes), l'information ou le divertissement que nous attendions
dpendait d'agents (diteurs, stations de tlvision ou de radio, producteurs de
cassettes ou de vidos) qui devaient subsister commercialement et, dans le cas
de la radiotldiffusion du service public, avec de svres contraintes
budgtaires. Ceci signifie que la quantit de clients est primordiale, et
dtermine la ncessit de langues autres que l'omniprsent anglais. Ces
contraintes disparaissent avec le web.

Pour ne donner qu'un exemple mineur tir de notre exprience, nous publions la
version imprime de Language Today uniquement en anglais, dnominateur commun de
nos lecteurs. Quand nous utilisons un article qui tait originellement dans une
langue autre que l'anglais, ou que nous relatons un entretien conduit dans une
langue autre que l'anglais, nous le traduisons en anglais et nous ne publions
que la version anglaise, pour la raison suivante: le nombre de pages que nous
pouvons imprimer est limit, et dtermin en fonction de notre clientle
(annonceurs et abonns). Par contre, dans notre version web, nous proposons
aussi la version originale.


STEVEN KRAUWER (Utrecht, Pays-Bas)


#Coordinateur d'ELSNET (European Network of Excellence in Human Language
Technologies)

Financ par la Commission europenne, ELSNET (European Network of Excellence in
Human Language Technologies) regroupe 135 universits et socits. L'objectif
technologique commun aux participants d'ELSNET est de construire des systmes
multilingues pour la parole et la langue naturelle.

Steven Krauwer, coordinateur d'ELSNET, est professeur et chercheur en
linguistique computationnelle  l'Institut de linguistique d'Utrecht. Ses
recherches portent principalement sur la traduction automatique et les
technologies d'valuation de la langue et de la parole.

*Entretien du 23 septembre 1998 (entretien original en anglais)

= Quel est l'apport de l'internet dans votre activit?

L'internet est l'instrument que j'utilise le plus pour communiquer avec les
autres, et c'est ma source principale d'information. Je compte passer le reste
de ma vie professionnelle  utiliser les technologies de l'information pour
supprimer ou rduire les barrires des langues.

= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?

En tant que citoyen europen, je pense que le multilinguisme sur le web est
absolument essentiel. A mon avis, ce n'est pas une situation saine  long terme
que seuls ceux qui ont une bonne matrise de l'anglais puissent pleinement
exploiter les bnfices du web.

En tant que chercheur (spcialis dans la traduction automatique), je vois le
multilinguisme comme un dfi majeur: pouvoir garantir que l'information sur le
web soit accessible  tous, indpendamment des diffrences de langue.

*Entretien du 4 aot 1999 (entretien original en anglais)

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Je suis de plus en plus convaincu que nous devons veiller  ne pas aborder le
problme du multilinguisme en l'isolant du reste. Je reviens de France, o j'ai
pass de trs bonnes vacances d't. Mme si ma connaissance du franais est
sommaire (c'est le moins que l'on puisse dire), il est surprenant de voir que je
peux malgr tout communiquer sans problme en combinant ce franais sommaire
avec des gestes, des expressions du visage, des indices visuels, des schmas,
etc. Je pense que le web (contrairement au systme vieillot du courrier
lectronique textuel) peut permettre de combiner avec succs la transmission des
informations par diffrents canaux (ou moyens), mme si ce processus n'est que
partiellement satisfaisant pour chacun des canaux pris isolment.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Le point de dpart est videmment: "on ne doit pas voler, mme si c'est facile".
Il est intressant d'observer que, aussi complexe que soit la dfinition lgale
de "vol", dans la plupart des cas les gens arrivent trs bien  la cerner:

- si je copie une information du web et que je l'utilise  des fins
personnelles, je ne commets pas de vol, parce que cette information a t mise
sur le web dans le but premier d'tre utilise;

- si je la copie  partir du web et que je la transmets  d'autres en prcisant
le nom de l'auteur, je ne commets pas de vol;

- si je la copie  partir du web et que je la transmets  d'autres en prtendant
que j'en suis l'auteur, je commets un vol;

- si je la copie  partir du web, et que je la vends  d'autres sans avoir
l'autorisation de l'auteur, je commets un vol.

Je ralise qu'il existe de nombreux cas situs dans les zones limites de ces
quatre ensembles et pour lesquels il serait difficile de prciser s'il y a vol
ou non, mais ces prcisions sont du ressort des juristes.

= Quelles solutions pratiques suggrez-vous?

Je prconiserais les rgles suivantes:

- la libert totale pour la copie de l'information  usage personnel;

- la retransmission de l'information uniquement avec l'accrditation de l'auteur
( moins qu'il ne soit bien prcis que cette information est du domaine
public);

- la revente de cette information uniquement avec l'accord de l'auteur ( moins
que celle-ci ne soit du domaine public).

Pour faire respecter ces rgles, on pourrait envisager:

- l'introduction d'"tiquettes normalises" indiquant si l'information est du
domaine public et, si elle ne l'est pas, renvoyant  l'auteur;

- la lecture de ces "tiquettes" par les navigateurs, qui les afficheraient en
mme temps que le document: texte, image, film, etc.;

- l'adoption d'une convention ou d'une rgle selon laquelle l'information ne
peut tre copie sans l'"tiquette" correspondante;

- (ide plus audacieuse) la mise en place d'un ISPN (international standard
person number), similaire  l'ISBN (international standard book number) ou
l'ISSN (international standard serial number), qui identifierait une seule
personne, si bien que les rfrences aux auteurs contenues dans les "tiquettes"
seraient moins dpendantes des changements d'adresses lectroniques ou
d'adresses de pages web ( condition bien sr que les gens mettent  jour leurs
coordonnes dans la base de donnes ISPN).

= Quelles solutions pratiques suggrez-vous pour un vritable multilinguisme sur
le web?

- En ce qui concerne l'auteur: une meilleure formation des auteurs de sites web
pour exploiter les combinaisons de modalits possibles afin d'amliorer la
communication par-del les barrires des langues (et pas seulement par un vernis
superficiel);

- en ce qui concerne l'usager, des logiciels de traduction de type AltaVista
Translation, dont la qualit n'est pas frappante, mais qui a le mrite
d'exister;

- en ce qui concerne le navigateur, des logiciels de traduction intgre,
particulirement pour les langues non dominantes, et des dictionnaires intgrs
plus rapides.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Une nuit, j'ai entendu le fragment d'une chanson sur une station de radio
trangre, ainsi que le nom d'une personne, et par le seul biais de l'internet
j'ai t capable de:

- trouver que ce nom tait celui du compositeur de la chanson,

- trouver le titre de la chanson,

- vrifier qu'il s'agissait bien de la chanson dont j'avais entendu un fragment,

- dcouvrir qu'elle faisait partie d'une comdie musicale,

- trouver le titre du coffret de CD de cette comdie musicale,

- acheter le coffret de CD en question,

- trouver le site web de la comdie musicale,

- trouver le pays et l'endroit dans lesquels cette comdie musicale tait
toujours  l'affiche, y compris le dtail du programme avec les jours et heures
des reprsentations,

- trouver le numro de tlphone et les heures d'ouverture du bureau de
location,

- me procurer un plan de la ville et les indications ncessaires pour trouver le
thtre.

J'aurais pu galement rserver mon htel et mon vol par l'internet mais, dans ce
cas prcis, cela n'a pas t ncessaire. La seule chose que je n'ai pas pu faire
fut la rservation elle-mme parce que,  l'poque, les rservations par
l'internet venant de l'tranger n'taient pas acceptes, pour des raisons de
scurit. J'ai pass un trs bon moment au thtre, et je ne pense pas que ceci
aurait t possible sans l'internet!

= Et votre pire souvenir?

Rien de vraiment spcifique, mais plutt des choses rptitives comme:

- les courriers lectroniques non sollicits  caractre commercial,

- les pages web remplies de publicits,

- les pages surcharges de graphiques inutiles et dont le tlchargement prend
du temps,

- les liens casss.

*Entretien du 1er juin 2001 (entretien original en anglais)

= Utilisez-vous encore des documents papier?

J'utilise le papier en grande quantit. J'imprime tous les documents importants,
parce qu'ils sont beaucoup plus faciles  consulter de cette faon (plus faciles
 parcourir, et jamais de batterie en panne). Je ne pense pas que ceci change
avant longtemps.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Il y a encore un long chemin  parcourir avant que la lecture sur cran soit
aussi confortable que la lecture sur papier.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Pour moi, le cyberespace est la partie de l'univers (incluant personnes,
machines et information) que je peux atteindre "derrire" ma table de travail.

= Et la socit de l'information?

La socit de l'information est une socit dans laquelle:

- l'essentiel du savoir et de l'information n'est plus stock dans des cerveaux
ou des livres mais sur des mdias lectroniques;

- les dpts d'information sont distribus et interconnects au moyen d'une
infrastructure spcifique, et accessibles de partout,

- les processus sociaux sont devenus tellement dpendants de cette information
et de son infrastructure que les citoyens non connects au systme d'information
ne peuvent pleinement participer au fonctionnement de la socit.


GAELLE LACAZE (Paris)


#Ethnologue et professeur d'crit lectronique dans un institut universitaire
professionnalis

Ethnologue, Galle Lacaze est spcialiste de la Mongolie. Professeur dans un
institut universitaire professionnalis (IUP), elle enseigne l'crit
lectronique  des tudiants qui se destinent au mtier d'diteur, de
bibliothcaire et de libraire. Elle effectue aussi des recherches informelles
sur la place du visuel dans la communication, notamment dans l'information
lectronique.

*Entretien du 7 dcembre 2000

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

En tant qu'ethnologue, je dveloppe une mthodologie d'utilisation de l'image
dans le cadre de l'tude du corps. J'enseigne aussi l'crit lectronique,
principalement HTML.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Non, les deux supports ne se superposent pas. Le papier possde des qualits et
l'dition lectronique en possde d'autres.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

C'est un outil de travail intressant. Reste le problme des droits de proprit
intellectuelle sur certains documents. C'est un outil indispensable pour les
bibliothques, mais la version papier des livres disponibles sur internet ne
doit pas disparatre. Il importe aussi de ne pas oublier les "infos-pauvres"
dans l'avance de ces super-technologies.

= Quelles sont vos suggestions pour un meilleur respect du droit d'auteur sur le
web?

L'ducation du netizen; la formation des intermdiaires servant  l'utilisation
des NTI (nouvelles technologies de l'information)  la nettatitude; l'analyse du
rapport entre droits d'auteurs / diffusion du savoir / honntet scientifique.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Une visuelle en trois dimensions: superposition de lignes droites mouvantes
selon des directions multiples o les rencontres de lignes crent des points de
contact.

= Et la socit de l'information?

Une socit o l'information est reue et digre, sans tre touffe par la
profusion.


HELENE LARROCHE (Paris)


#Grante de la librairie Itinraires, spcialise dans les voyages

Situe au coeur de Paris dans l'ancien quartier des Halles, la librairie
Itinraires rassemble tous les ouvrages permettant de prparer, accompagner et
prolonger un voyage: guides, cartes, manuels de conversation, reportages, rcits
de voyage, livres de cuisine, livres d'art et de photographie, ouvrages
d'histoire, de civilisation, d'ethnographie, de religion et de littrature
trangre, et cela pour plus de 160 pays et 250 destinations.

*Entretien du 11 juin 1998

= Comment votre librairie en est venue  utiliser le minitel puis l'internet?

Ds 1985, nous avons cr une base de donnes avec classement des ouvrages par
pays et par thmes. Il y a un peu plus de trois ans (1995), nous avons rendu la
consultation de notre catalogue possible sur minitel et nous effectuons
aujourd'hui prs de 10% de notre chiffre d'affaires avec la vente  distance.

Passer du minitel  internet nous semblait intressant pour atteindre la
clientle de l'tranger, les expatris dsireux de garder par les livres un
contact avec la France et  la recherche d'une librairie qui "livre  domicile"
et bien sr les "surfeurs sur le net", non minitlistes. La vente  distance est
encore trop peu utilise sur internet pour avoir modifi notre chiffre
d'affaires de faon significative. Internet a cependant eu une incidence sur le
catalogue de notre librairie, avec la cration d'une rubrique sur le web,
spcialement destine aux expatris, dans laquelle nous mettons des livres, tous
sujets confondus, qui font partie des meilleures ventes du moment ou/et pour
lesquels la critique s'emballe. Nous avons toutefois dcid de limiter cette
rubrique  60 titres quand notre base en compte 13.000. Un changement non
ngligeable, c'est le temps qu'il faut dgager ne serait-ce que pour rpondre au
courrier que gnrent les consultations du site. Outre le bnfice pour l'image
de la librairie qu'internet peut apporter (et dont nous ressentons dj les
effets), nous esprons pouvoir capter une nouvelle clientle dans notre
spcialit (la connaissance des pays trangers), atteindre et intresser les
expatris et augmenter nos ventes  l'tranger.

*Entretien du 16 janvier 2000

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Peu d'actualisation  nos renseignements antrieurs. Des projets certes qu'il
est trop tt de prciser. Cependant un net regain de personnes qui viennent 
notre librairie aprs nous avoir dcouvert sur le web. C'est donc plutt une
clientle parisienne ou une clientle venue de province pour pouvoir feuilleter
sur place ce que l'on a dcouvert sur le web. Mais l'exprience est trs
intressante et nous conduit  poursuivre.


PIERRE LE LOARER (Grenoble)


#Directeur du centre de documentation de l'Institut d'tudes politiques de
Grenoble et charg de mission TICE (technologies de l'information et de la
communication pour l'ducation)

*Entretien du 5 fvrier 2001

= Pouvez-vous vous prsenter?

Professionnellement, actuellement, je suis charg de mission TICE (technologies
de l'information et de la communication pour l'ducation) et directeur du centre
de documentation de l'Institut d'tudes politiques (IEP) de Grenoble, qui est un
organisme d'enseignement suprieur. Je suis galement webmestre du site web de
cette institution.

Mon parcours professionnel m'a permis de travailler  la fois dans le secteur
public et dans le secteur priv. Et je considre cela comme un grand avantage.
Le passage de l'un  l'autre (et dans les deux sens) devrait tre davantage
favoris.

= Pouvez-vous dcrire le site web de votre organisme?

Conu ds fvrier 1998, il a ouvert en mai 1998. J'tais le chef de projet,
d'autant que j'ai une formation multimdia, outre ma formation initiale en
philosophie, documentation-bibliothques et informatique.

Il y avait un comit de pilotage (au sein de notre Institut) et galement
plusieurs partenaires:

- un graphiste (qui venait de crer le logo de l'Institut)  qui j'ai demand de
dcliner des lments cohrents pour le site, en liaison avec la socit de
multimdia,

- une socit de cration multimdia  qui j'ai demand de crer une "maquette"
de page d'accueil et deux modles de pages (page de rubrique principale, page de
sous-rubrique) pour disposer d'une ligne graphique,

- une ergonome qui avait pour objet de tester et surtout de faire tester la
version 1 (maquette) du site, pour ensuite raliser une version 2
oprationnelle, ce qui a t fait,

- une rdactrice qui, avec moi-mme, a repris, slectionn les informations et
mme partiellement rcrit certains textes et surtout organis avec moi les
rubriques et sous-rubriques, cr les libells d'intituls, etc., ce travail
tant soumis au comit de pilotage,

- le CRI (centre de recherche en informatique) de l'universit pour raliser les
pages HTML en suivant les modles, une fois valids, des pages de diffrents
niveaux et galement pour hberger le site.

Dans un second temps, un professeur d'anglais m' a aid  crer quelques pages
en anglais. Aujourd'hui, le site est maintenu  jour par moi-mme et une
personne qui m'aide grandement pour cette tche. Pour le mettre  jour, nous
travaillons avec un outil d'dition en ligne.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Elle est trs varie. Je ne reviens pas sur mes fonctions de directeur d'un
centre de documentation, sinon pour insister sur:

- l'importance de la formation des tudiants  la recherche documentaire,  la
connaissance des sources d'information, imprimes et lectroniques, et  la
production de documents sous forme numrique,

- la conception, que je reprends  mon compte, de la "bibliothque hybride" qui
gre, donne accs  la fois aux documents imprims et aux documents
lectroniques. Il me semble que l'on peut mme parler de "lecture hybride" o
l'on passe de l'cran  divers supports imprims et l'inverse.

Mes fonctions de charg de mission TICE (technologies de l'information et de la
communication pour l'ducation) visent  mettre ces TICE au service de la
stratgie de l'Institut, pour son dveloppement, pour renforcer encore la
qualit de son enseignement, faciliter des accompagnements pdagogiques, aider
au dveloppement des relations internationales grce aux facilits de l'change
lectronique. Les TICE ne sont pas un but en soi, mais bien un outil au service
d'objectifs stratgiques. Ceci passe, entre autres, par la cration d'intranets
pdagogiques, un renforcement de la formation en bureautique communicante pour
les tudiants, les enseignants et le personnel administratif.

= En quoi consiste exactement votre activit lie  l'internet?

Elle a divers aspects, qui sont assez diffrents: gestionnaire de site,
formateur pour un usage  la fois rflchi et professionnel du web, animateur,
participant  des sminaires, runions diverses sur l'internet (et l'ducation,
les collectivits territoriales, etc.). Membre de l'ISOC (Internet Society), je
participe aux rencontres d'Autrans.

= Utilisez-vous encore beaucoup le papier?

Oui. Et galement beaucoup l'cran.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Le papier a encore de beaux jours devant lui, mme si le support lectronique va
continuer  beaucoup se dvelopper et se diversifier.

= Quel est votre sentiment sur le livre lectronique?

Je prfre vous renvoyer  deux crits rcents. Pour information, le texte que
j'avais crit sur "Lecteurs et livres lectroniques" pour le Bulletin des
Bibliothques de France (de juillet 2000, paru en dcembre 2000, ndlr) est
aujourd'hui disponible au format pdf. Un autre article, mettant  jour un grand
nombre d'informations, va paratre dans Documentaliste-Sciences de l'information
d'ici quelques jours (paru depuis: "Les livres lectroniques ou le passage",
vol. 37, n 5-6, 2000, ndlr).

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Meilleur, je ne sais.

Quand j'ai pu aider tel(le) internaute  l'autre bout du monde (Australie, par
exemple) sur une question prcise, via le hasard du questionnement. Mais ce
n'est pas si frquent (manque de temps, participation aujourd'hui plus que
limite aux listes et forums).

Quand j'ai pu changer des propos avec tel ou tel chercheur de l'autre bout du
monde et avoir ensuite le plaisir de le rencontrer in situ.

Etc., etc.

= Quel est votre pire souvenir li  l'internet?

Pire, je ne sais.

Mais l'avalanche de messages "spam" a le don de m'agacer, voire de m'irriter. De
mme, je n'apprcie gure (euphmisme) certain(s) fournisseur(s) d'accs qui
rdui(sen)t la vision de l'internet  l'espace de leurs propres sites et
ressources, et exigent l'utilisation de leur seul logiciel de messagerie
(propritaire) pour communiquer par ml. Une tromperie quant  la vision et aux
potentialits de l'internet.


FABRICE LHOMME (Bretagne)


#Crateur d'Une Autre Terre, site consacr  la science-fiction

Fabrice Lhomme a cr Une Autre Terre - site personnel - par passion pour la
science-fiction. Il est technicien en informatique, et son activit principale
est la cration de serveurs internet au sein d'une petite socit informatique.

*Entretien du 9 juin 1998

= Quel est l'historique de votre site web?

Le serveur a vu le jour fin novembre 1996. J'ai commenc en prsentant quelques
bibliographies trs incompltes  l'poque et quelques critiques. Rapidement,
j'ai mis en place les forums  l'aide d'un logiciel "maison" qui sert galement
sur d'autres actuellement. Depuis la page ralise pour le premier anniversaire
du serveur, le phnomne le plus marquant que je puisse noter, c'est la
participation de plusieurs personnes au dveloppement du serveur alors que
jusque-l j'avais tout fait par moi-mme. Le graphisme a t refait par un
gnreux contributeur et je reois rgulirement des critiques ralises par
d'autres personnes. Pour ce qui est des nouvelles, la rubrique a eu du mal 
dmarrer mais, une fois qu'il y en a eu un certain nombre, j'ai commenc  en
recevoir rgulirement (effet d'entranement). Actuellement, j'ai toutes les
raisons d'tre satisfait car mon site reoit plus de 2.000 visiteurs diffrents
chaque mois et toutes les rubriques ont une bonne audience. Le forum des
visiteurs est trs actif, ce qui me ravit.

= Quels sont vos projets?

J'envisage pour trs bientt d'ouvrir une nouvelle rubrique proposant des livres
d'occasion  vendre avec l'ambition de proposer un gros catalogue.
Eventuellement j'ouvrirai aussi une rubrique prsentant des biographies car je
reois pas mal de demandes des visiteurs en ce sens. Si l'activit de vente de
livres d'occasion se montre prometteuse, il est possible que j'en fasse une
activit professionnelle sous la forme d'une micro-entreprise.

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

Il faut d'abord prciser qu'Une Autre Terre est un serveur personnel hberg
gratuitement par la socit dans laquelle je travaille. Je l'ai cr uniquement
par passion pour la SF et non dans un but professionnel mme si son audience
peut laisser envisager des dbouchs dans ce sens. Par contre internet a bel et
bien chang ma vie professionnelle. Aprs une exprience de responsable de
service informatique, j'ai connu le chmage et j'ai eu plusieurs expriences
dans le commercial. Le poste le plus proche de mon domaine d'activit que j'ai
pu trouver tait vendeur en micro-informatique en grande surface (je dois
prciser quand mme que je suis attach  ma rgion et que je refusais de
"m'expatrier"). Jusqu'au jour donc o j'ai trouv le poste que j'occupe depuis
deux ans. S'il n'y avait pas eu internet, je travaillerais peut-tre encore en
grande surface. Actuellement, le principal de mon activit tourne autour
d'internet (ralisation de serveurs web, intranet/extranet,...) mais ne se
limite pas  cela. Je suis technicien informatique au sens large du terme
puisque je m'occupe aussi de maintenance, d'installation de matriel, de
rseaux, d'audits, de formations, de programmation, etc.

= Comment voyez-vous l'avenir?

J'ai trouv dans internet un domaine de travail trs attrayant et j'espre
fortement continuer dans ce segment de march. La socit dans laquelle je
travaille est une petite socit en cours de dveloppement. Pour l'instant je
suis seul  la technique (ce qui explique mes nombreuses casquettes) mais nous
devrions  moyen terme embaucher d'autres personnes qui seront sous ma
responsabilit.

*Entretien du 26 juillet 1999

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Le projet que j'avais de vendre des livres d'occasion par ce mdia a abouti
(ouverture de la CyberBouquinerie SF en aot 1998). De ce ct-l, le rsultat
n'est pas  la hauteur de mes esprances. Faute de moyens, je n'ai pas pu
constituer un stock de livres suffisamment important pour satisfaire la
clientle potentielle. Malgr tout, j'ai rgulirement des commandes. a me paie
mes propres livres mais il faudra attendre encore pour en faire une activit
professionnelle...

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

De par mon travail, je fais plus attention aux aspects techniques du web qu'aux
dbats qui s'y rapportent. Il me semble quand mme qu'il y a incompatibilit
entre internet et la notion de droits d'auteur. Internet est un espace ouvert et
il me semble impossible d'empcher quelqu'un d'y diffuser des documents
protgs.

Le fait d'en parler est tout de mme important car a pourra peut-tre
sensibiliser certaines personnes qui n'avaient pas pens au problme. Mais cela
n'arrtera jamais quelqu'un qui le fait en connaissance de cause. La seule
solution qui me semble plausible serait que les hbergeurs surveillent un peu
plus le contenu des pages qu'ils hbergent.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Dans un article "spcial science-fiction" de Club-Internet, Jacques Sadoul
(auteur, directeur de collection, anthologiste...) a parl de mon site comme
faisant partie des meilleurs sites francophones traitant de SF. Quand a vient
d'une personne telle que lui, on ne peut qu'tre ravi...


PHILIPPE LOUBIERE (Paris)


#Traducteur littraire et dramatique, spcialiste de la Roumanie

*Entretien du 24 mars 2001

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Je suis traducteur littraire en franais (ma langue maternelle)  partir
principalement du roumain (et aussi de l'espagnol). Ayant traduit et adapt de
nombreuses pices de thtre, j'ai galement eu l'occasion de m'impliquer dans
la mise en scne, et pas seulement des pices que j'ai pu traduire ou adapter.
Je fais des piges galement pour plusieurs revues sur la Roumanie, sur le monde
arabe et sur la langue franaise (notamment sur le site de l'Association pour la
sauvegarde et l'expansion de la langue franaise - ASSELAF). Il m'arrive
galement de donner des cours d'arabe, langue que j'ai enseigne plusieurs
annes pour l'ducation nationale franaise, pour ne pas perdre la main dans
cette langue.

= En quoi consiste exactement votre activit lie  l'internet?

Les contacts amicaux et professionnels, par courrier lectronique donc, ainsi
que la transmission de documents crits ou d'images, mais assez peu de
navigation.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Sans grand changement, je crois, en ce qui me concerne (mais sait-on jamais?).

= Utilisez-vous encore beaucoup le papier?

J'utilise beaucoup le support papier car, quoique j'crive la plupart du temps
sur ordinateur, j'ai besoin d'imprimer pour me relire. Je lis les journaux. Je
suis trs attach au livre comme objet et comme support de connaissance. Et en
tout cas je fais partie de la chane qui les dite. Je viens mme d'en publier
un: Cntece de alchimist / Chants d'achimiste de Teodor Mazilu, dition bilingue
de posie, traduite par mes soins (publie aux ditions Crater  Bucarest).

= Les jours du papier sont-ils compts?

Je pense que le papier a encore de trs beaux jours devant soi. Mais il va
resserrer une partie de sa gamme, naturellement, c'est--dire la recentrer. Je
suis ravi que l'on conomise ainsi la vie de milliers d'arbres, pour que
certaines donnes d'intrt variable ou  rotation rapide soient dvies sur les
divers supports numriques. Par ailleurs, les journaux (non ncessairement les
quotidiens) restent un moyen dit d'"information" plus digne de foi que la presse
audio-visuelle: leur lecture est le moyen d'essayer de s'informer le moins
passif, celui qui permet la meilleure distanciation par rapport  l'information
(on se fait moins piger par le matraquage tl). Il y a ensuite plus de
diversit dans les titres, dans les opinions, et surtout il y a des journaux
spcialiss (c'est mme le seul moyen d'information susceptible d'tre
spcialis). Le livre, enfin, me parat aujourd'hui le lieu idal de refuge des
valeurs de l'esprit, celles qui ne sont pas frappes d'obsolescence par le
progrs technique ou par les modes. Bref, le papier, c'est la lecture, et c'est
la lecture libre.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Mon opinion, que je garde la plus loigne possible de tout sentiment, est assez
rserve. La lecture sur cran est moins confortable que dans un livre
traditionnel. Le seul intrt ( long terme) serait, me semble-t-il, de trouver
 l'tat numrique des livres puiss, lorsqu'on ne peut se rendre dans une
bibliothque.

= Quel est votre avis sur les dbats relatifs au respect du droit d'auteur sur
le web?

Le dbat sur le droit d'auteur sur le web me semble assez proche sur le fond de
ce qu'il est dans les autres domaines o le droit d'auteur s'exerce, ou devrait
s'exercer. Le producteur est en position de force par rapport  l'auteur dans
pratiquement tous les cas de figure. Les pirates, voire la simple diffusion
libre, ne menacent vraiment directement que les producteurs. Les auteurs ne sont
menacs que par ricochet. Il est possible que l'on puisse lgifrer sur la
question, au moins en France o les corporations se revendiquant de l'exception
culturelle sont actives et rsistent encore un peu aux Amricains, mais le mal
est plus profond. En effet, en France comme ailleurs, les auteurs taient
toujours les derniers et les plus mal pays avant l'apparition d'internet, on
constate qu'ils continuent d'tre les derniers et les plus mal pays depuis. Il
me semble ncessaire que l'on rgle d'abord la question du respect des droits
d'auteur en amont d'internet. Dj dans le cadre gnral de l'dition ou du
spectacle vivant, les socits d'auteurs - SACD (Socit des auteurs et
compositeurs dramatiques), Socit des gens de lettres, SACEM (Socit des
auteurs, compositeurs et diteurs de musique), etc. - faillissent ds lors que
l'on sort de la routine ou du vedettariat, ou ds que les producteurs abusent de
leur position de force, ou tout simplement ne payent pas les auteurs, ce qui est
trs frquent. Il est hypocrite dans ce cas-l de crier haro sur le seul
internet.

= Comment voyez-vous l'volution vers un web vritablement multilingue?

La langue unique est  l'vidence un systme totalitaire. Tout ce qui peut
contribuer  la diversit linguistique, sur internet comme ailleurs, est
indispensable  la survie de la libert de penser. Je n'exagre absolument pas:
l'homme moderne joue l sa survie. Cela dit, je suis trs pessimiste devant
cette volution. Les Anglo-saxons vous crivent en anglais sans vergogne.
L'immense majorit des Franais constate avec une indiffrence totale le
remplacement progressif de leur langue par le mauvais anglais des marchands et
des publicitaires, et le reste du monde a parfaitement admis l'hgmonie
linguistique des Anglo-saxons parce qu'ils n'ont pas d'autres horizons que de
servir ces riches et puissants matres. La seule solution consisterait 
recourir  des lgislations internationales assez contraignantes pour obliger
les gouvernements nationaux  respecter et  faire respecter la langue nationale
dans leur propre pays (le franais en France, le roumain en Roumanie, etc.),
cela dans tous les domaines et pas seulement sur internet. Mais ne rvons pas...

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

L'accompagnement acoustique, mais je n'ai pas de suggestions techniques.

= Comment dfinissez-vous la socit de l'information?

Il n'y a pas, je crois, de socit de l'information. Internet, la tlvision, la
radio ne sont pas des moyens d'information, ce sont des moyens de communication.
L'information participe d'une certaine forme de savoir sur le monde, et les
moyens de communication de masse ne la transmettent pratiquement pas. Ils
l'voquent dans le meilleur des cas (ceux des journalistes de terrain par
exemple), et la dforment voire la truquent dans tous les autres. Et (pour
autant qu'il le veuille!) le pouvoir politique n'est hlas plus aujourd'hui
assez "le" pouvoir pour pouvoir faire respecter l'information et la libert.
L'information, comme toute forme de savoir, est le rsultat d'une implication
personnelle et d'un effort de celui qui cherche  s'informer. C'tait vrai au
Moyen-ge, c'est encore vrai aujourd'hui. La seule diffrence, c'est
qu'aujourd'hui il y a davantage de leurres en travers du chemin de celui qui
cherche.


TIM McKENNA (Genve)


#Ecrivain, s'interroge sur la notion complexe de "vrit" dans un monde en
mutation constante

*Entretien du 17 octobre 2000 (entretien original en anglais)

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

J'enseigne les mathmatiques. En ce moment, je suis en disponibilit pour
prparer une matrise en gestion des tlcommunications.

= En quoi consiste exactement votre activit lie  l'internet?

J'utilise l'internet principalement comme outil de recherche.

= Comment voyez-vous l'avenir?

J'aimerais que l'internet devienne davantage un outil d'accs  l'information et
aux mdias non contrl par les multinationales.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Le droit d'auteur est une question difficile. Le dtenteur de la proprit
intellectuelle pense que ce qu'il a cr lui appartient. Quant au client, il
achte un morceau de plastique (dans le cas d'un CD) ou un ensemble de pages
broches (dans le cas d'un livre). Les commerants n'ont pas encore russi 
faire comprendre au client la notion de proprit intellectuelle. Le
consommateur ne pense pas de manire trs abstraite. Quand il tlcharge des
chansons par exemple, c'est simplement pour les couter, non pour les possder.
L'industrie musicale et le monde de l'dition doivent trouver des solutions pour
que le consommateur prenne en considration la question du copyright lors de ces
tlchargements.

= Comment voyez-vous l'volution vers un web multilingue?

Quand la qualit des logiciels sera suffisante pour que les gens puissent
discuter sur le web en temps rel dans diffrentes langues, nous verrons tout un
monde s'ouvrir  nous. Les scientifiques, les hommes politiques, les hommes
d'affaires et bien d'autres groupes seront  mme de communiquer immdiatement
entre eux sans l'intermdiaire de mdiateurs ou traducteurs.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Le papier joue encore un rle vital dans ma vie. Pour moi, la lecture est une
question de fiert culturelle. J'ai des origines irlandaises (Tim est amricain,
ndlr). Pour paraphraser Thomas Cahil, en Irlande la spiritualit a toujours t
troitement lie  l'apprentissage de la lecture et de l'criture. Ne pas
pouvoir lire sur le papier me manquerait, et la lecture  l'cran est trop
fatigante pour les yeux.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Je ne pense pas que le livre numrique sduise vraiment les amoureux des livres.
Si l'internet est un excellent moyen d'information, les livres ne se bornent pas
 cela. Ceux qui aiment les livres ont une relation personnelle avec eux. Ils
les relisent, notent leurs commentaires sur les pages, s'entretiennent avec eux.
Tout comme le cybersexe ne remplacera jamais le fait d'aimer une femme, le livre
numrique ne remplacera jamais la lecture d'un beau texte en version imprime.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

Les concepteurs de logiciels doivent dvelopper des logiciels activs par la
voix, en ayant  l'esprit les aveugles en ce qui concerne la qualit, et
l'ensemble des utilisateurs en ce qui concerne la rentabilit. Ceci est bien
prfrable que de limiter l'utilisation d'une technologie  la communaut des
aveugles. Il existe d'innombrables exemples de technologies dveloppes 
l'origine pour des personnes ayant une dficience donne et qui ont t
profitables  tous.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Pour moi, le cyberespace est l'ensemble des liens existant entre les individus
utilisant la technologie pour communiquer entre eux, soit pour partager des
informations, soit pour discuter. Dire qu'une personne existe dans le
cyberespace revient  dire qu'elle a limin la distance en tant que barrire
empchant de relier personnes et ides.

= Et la socit de l'information?

Je considre la socit de l'information comme la forme tangible de la
conscience collective de Jung. L'information rside essentiellement dans notre
subconscient mais, grce  l'existence de navigateurs, l'information est
dsormais plus facile  rcuprer. Cette information favorise une meilleure
connaissance de nous-mmes en tant qu'individus et en tant qu'tres humains.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

L'utilisation du courrier lectronique pour rester en contact avec mes amis.

= Et votre pire souvenir?

Apprendre  utiliser l'internet, avant que la technologie n'apporte les
amliorations me permettant de ne plus me proccuper de mon inaptitude dans ce
domaine.


PIERRE MAGNENAT (Lausanne)


#Responsable de la cellule "gestion et prospective" du centre informatique de
l'Universit de Lausanne

*Entretien du 27 octobre 2000

= Pouvez-vous vous prsenter?

Mathmaticien de formation, je me suis ensuite orient vers la recherche en
astrophysique  l'Observatoire de Genve, domaine dans lequel j'ai obtenu mon
doctorat en 1982. Le sujet en tait l'tude de la stabilit des orbites dans des
modles numriques de galaxies, ce qui m'a conduit  dvelopper un usage intense
de l'informatique, et m'a peu  peu dirig totalement vers cette branche encore
neuve  l'poque. En 1985, j'ai accord mes actes  mes prfrences et suis
parti travailler chez un constructeur informatique. J'ai rejoint l'Universit de
Lausanne en 1990 pour occuper le poste o je suis encore.

= Pouvez-vous dcrire l'activit de votre organisme?

L'Universit de Lausanne est une universit gnraliste fonde en 1537
(thologie, droit, lettres, sciences sociales, HEC (hautes tudes commerciales),
sciences (maths, physique, chimie, biologie, sciences de la terre, pharmacie) et
mdecine. Elle comprend environ 10.000 tudiants et 2.200 chercheurs.

= Pouvez-vous dcrire son site web?

Ds le dbut du web, un premier site a t cr par le personnel du centre
informatique (en 1995). Chaque facult, section ou institut s'y est mis par la
suite, sans relle unit et cohrence. Par la suite, certaines rgles d'dition
ont t tablies, et le site remani  plusieurs reprises avec l'aide de
graphistes et d'une personne en charge de fdrer les informations. Nous avons
t la premire universit suisse (voire europenne?)  permettre
l'immatriculation des nouveaux tudiants par le web. Depuis, les applications
administratives (ressources humaines, finances, grades, etc.) sont les unes
aprs les autres adaptes  un usage par le web. Pour le futur proche, nous
tudions la mise en place d'un portail dont l'accs sera personnalis et adapt
aux tches et dsirs de chacun, tudiants, personnel ou visiteur. Il permettra
galement un accs authentifi aux applications administratives.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Je dirige la centrale d'achats informatiques de l'universit. A ce titre, je
dfinis des normes techniques, je procde aux appels d'offres et gre
l'entretien du parc, ainsi que les contrats de licences de logiciels. Je suis
galement responsable de l'tablissement et de la gestion des budgets
informatiques centraux. Une bonne part de mon activit est ainsi lie  des
aspects de prospective et de veille technologique.

= En quoi consiste exactement votre activit lie  l'internet?

Bien avant l'arrive du web, internet tait dj un outil essentiel  mon
activit: courrier lectronique, information par Usenet News puis gopher. Chaque
dveloppement nouveau de l'internet nous a permis de mettre en place des outils
facilitant la vie de nos utilisateurs (listes de prix et configurations,
formulaires de commandes, inventaires en ligne, etc.) tout comme la ntre
(contacts fournisseurs, informations techniques, etc.). Par ailleurs, cet usage
a dteint ds le dbut sur mes activits personnelles (IRC, news, etc.), pour
aboutir  un usage frquent du commerce lectronique et de la bourse en ligne.

= Comment voyez-vous l'avenir?

L'usage de l'internet va encore s'intensifier, tout comme ses aspects intranet
au sein de notre institution. En particulier, l'apparition des "campus virtuels"
proposant des enseignements  distance et/ou collaboratifs va bouleverser
l'usage que l'on en fait jusqu' maintenant, exigeant des bandes passantes
considrablement plus grandes. La tlconfrence, dj mise en place par ATM
(asynchronous transfer mode) entre les universits de Lausanne et Genve, va
galement s'tendre, exigeant elle aussi des moyens considrables et trs
scuriss (par exemple pour les diagnostics mdicaux  distance, voire la
tlchirurgie).

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Oui, hlas. Nous continuons  devoir imprimer beaucoup de choses, ne serait-ce
que pour des raisons administratives. Par contre, pour tout ce qui est
information, je ne la prends plus que sur internet.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Comme pour toute nouvelle technologie, je m'y mettrai avec joie ds que son
usage sera plus pratique et/ou agrable que la mthode traditionnelle. Il faut
donc un support lger et petit, avec un cran parfaitement stable et prcis. Il
faudra de plus qu'il nous procure des avantages: possibilit de copier/coller
des passages sur son poste de travail, accs  des bases de donnes
bibliographiques, etc. Tant que c'est moins agrable qu'un livre, et sans
avantage notable, je reste au livre. C'est comme pour l'agenda/PDA (personal
digital assistant): je ne me suis pas encore rsolu  passer au Palm, car mon
vieux time-system est encore beaucoup plus pratique et rapide. Lors d'une sance
de groupe o nous devons convenir d'une prochaine runion, je suis toujours le
premier  pouvoir dire si telle date me convient, alors que mes collgues
"palms" en sont encore  tapoter au stylet pour trouver la bonne page...

= Quelles sont vos suggestions pour un meilleur respect du droit d'auteur sur le
web?

Je n'ai pas de suggestion, mais plutt une interrogation: que cherche-t-on par
l? Les vnements rcents dans le monde musical ont montr que de grosses
entreprises prennent prtexte du droit d'auteur pour en fait protger leur
profit. Je ne me fais aucune illusion sur la probabilit qu'a et aura un auteur
peu mdiatis, dans un pays autre que les Etats-Unis, de recevoir des royalties
sur un texte ou une musique diffuss sur le web, mme si des dispositifs de
mesure sophistiqus sont mis en place. Par ailleurs, ces dispositifs existent,
permettant donc thoriquement un contrle, alors que a n'est pas le cas sur les
photocopieurs ou les enregistreurs de cassettes. A cet gard, le web n'amne
donc pas vraiment de problme supplmentaire.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure rpartition des langues sur le
web?

La seule solution que je vois serait qu'un effort majeur et global soit
entrepris pour dvelopper des traducteurs automatiques. Je ne pense pas qu'une
quelconque incitation ou autre quota pourrait empcher la domination totale de
l'anglais. Cet effort pourrait - et devrait - tre initi au niveau des tats,
et disposer des moyens suffisants pour aboutir. Concernant le franais, il
existe un groupement de pays francophones dont des dlgus se runissent
rgulirement. Le rsultat de ces runions ne m'est jamais apparu clairement;
l'conomie ralise en supprimant un ou deux de ces raouts permettrait peut-tre
de financer le projet...

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

Pas vraiment d'ide particulire autre que ce qui existe dj, comme les
synthtiseurs vocaux.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

L'ensemble des ressources et acteurs connects et accessibles  un moment donn.

= Et la socit de l'information?

Un mot  la mode, qui ne veut rien dire. Une socit est par essence
communicative, et donc caractrise par des changes d'informations. Les seules
choses qui ont chang, c'est la quantit et la vitesse de ces changes.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Lorsqu'en 1995, je me suis retrouv  mon premier GT (Get Together) en
Californie, une party  laquelle participaient plus de cinquante personnes que
je n'avais jamais vues, mais que je connaissais dj bien pour avoir "chatt"
avec elles pendant deux ans sur IRC (Internet relay chat).

= Et votre pire souvenir?

Lorsque je me suis fait avoir par une fausse information concernant une socit
dont je possdais des actions. C'est un mauvais souvenir mais une bonne leon.


XAVIER MALBREIL (Arige, Midi-Pyrnes)


#Auteur multimdia, crateur du site www.0m1.com, modrateur de la liste
e-critures

Auteur multimdia, Xavier Malbreil est le crateur du site www.0m1.com et le
modrateur de la liste e-critures. Son roman Je ne me souviens pas trs bien est
une exprience d'criture mise en ligne en temps rel. Par ailleurs, certains
des ouvrages de Xavier Malbreil sont publis par les ditions www.manuscrit.com:
Des corps amoureux dans quelques rcits, recueil de quinze nouvelles autour des
nouvelles limites du corps amoureux, et Les prisonniers de l'internet, pisode I
et II, dbut d'une saga "jeunesse" sur l'imaginaire li  l'internet.

*Entretien du 28 mars 2001

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Je fais plusieurs mtiers de plume comme: traducteur, rdacteur publicitaire,
concepteur de sites internet.

= En quoi consiste exactement votre activit lie  l'internet?

Je suis modrateur de la liste e-critures. Webmaster du site www.0m1.com.
Intervenant sur le site www.e-critures.org. Crateur de plusieurs sites.

= Les possibilits offertes par l'hyperlien ont-elles chang votre mode
d'criture?

Oui: j'ai dvelopp une criture hypertextuelle spcifique sur mon site
www.0m1.com dans les rubriques "10 pomes en 4 dimensions" et "Formes libres
flottant sur les ondes".

Non: mon criture traditionnelle (roman, nouvelles) n'a pas t modifie par
l'hyperlien.

= Comment voyez-vous l'avenir?

J'ai plusieurs projets en cours de dveloppement destins  l'internet.
Concernant l'avenir de l'internet, je le crois illimit. Il ne faut pas
confondre les gamelles que se prennent certaines start-up trop gourmandes, ou
dont l'objectif tait mal dfini, et la ralit du net. Mettre des gens loigns
en contact, leur permettre d'intragir, et que chacun, s'il le dsire, devienne
son propre fournisseur de contenu, c'est une rvolution dont nous n'avons pas
encore pris toute la mesure.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Dans mon travail d'criture traditionnelle, je me sers du papier comme d'une
tape intermdiaire. En imprimant ce que j'ai tap sur l'ordinateur, je
visualise mieux (mets  distance) le premier jet, afin de mieux le retravailler.
Puis retour sur cran, et re-impression sur papier, autant de fois qu'il le
faut.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Il y a beaucoup de choses qui pourront se passer du papier, comme les annuaires,
les guides, etc...

Le livre-papier reste encore un objet dsirable (oui, il faut mettre en avant ce
concept d'avoir du dsir pour un livre et toujours se poser la question "depuis
combien de temps n'ai-je pas eu du dsir pour un livre?"). Par contre, ce qui a
t cr pour et par ordinateur ne gagnera rien  tre transfr sur papier. Il
ne sert  rien d'opposer les deux mdias. On lve toujours des chevaux, mme si
la voiture rend des services plus performants. Feuilleter un livre, c'est une
impression physique, dans laquelle la performance n'a rien  voir.

Explorer ludiquement un cran, c'est une joie galement.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Pour l'instant, je trouve a moche, et peu pratique. Nous n'en sommes qu'au
dbut. L'argument selon lequel on pourrait disposer de plusieurs livres
simultanment me semble un peu fallacieux. Quand on est un lecteur, on veut lire
UN livre et pas trente-six  la fois. Ce livre, on l'a choisi, on le dsire.
Quand on en veut un autre, on en prend un autre. Il y a le cas des expditions
lointaines. Oui... mais est-ce vraiment un argument? Il ne faut pas se laisser
prendre aux arguments des vendeurs de gadgets lectroniques.

= Quel est votre avis sur les dbats relatifs au respect du droit d'auteur sur
le web?

Il y a deux choses.

Le web ne doit pas tre un espace de non-droit, et c'est un principe qui doit
s'appliquer  tout, et notamment au droit d'auteur. Toute utilisation
commerciale d'une oeuvre doit ouvrir droit  rtribution.

Mais galement, le web est un lieu de partage. Echanger entre amis des passages
d'un texte qui vous a plu, comme on peut recopier des passages d'un livre
particulirement apprci, pour le faire aimer, cela ne peut faire que du bien
aux oeuvres, et aux auteurs. La littrature souffre surtout de ne pas tre
diffuse. Tout ce qui peut concourir  la faire sortir de son ghetto sera
positif.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Une interconnexion de tous, partout. Avec le libre accs  des banques de
donnes, pour insuffler galement du contenu dans les changes interpersonnels.

= Et la socit de l'information?

La circulation de l'information en temps rel. La connaissance immdiate.
L'oubli immdiat. L'espace satur d'ondes nous entourant, et nous, corps
humains, devenant peu  peu un simple creux laiss par les ondes, une simple
interconnexion. Corps humains devenant instants de l'information.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Une rencontre amoureuse. La rencontre de plusieurs communauts d'crivains.

= Et votre pire souvenir?

Au tout dbut, ne pas avoir matris les codes de communication lis 
l'internet. M'tre laiss entraner dans des polmiques vaines.


ALAIN MARCHISET (Paris)


#Prsident du Syndicat de la librairie ancienne et moderne (SLAM)

En France, le SLAM (Syndicat de la librairie ancienne et moderne) est le seul
syndicat professionnel des libraires de livres anciens, livres illustrs,
autographes et gravures. Cr en 1914, il regroupe aujourd'hui quelque 220
membres.

*Entretien du 7 juillet 2000

= En quoi consiste le site web du SLAM?

L'Association des libraires de livres anciens - le Syndicat national de la
librairie ancienne et moderne (SLAM) - avait dj cr un premier site internet
il y a trois ans, mais ce site ne nous appartenait pas et la conception en tait
un peu statique. Ce nouveau site plus moderne de conception a t ouvert il y a
un an.

Il intgre une architecture de type "base de donnes", et donc un vritable
moteur de recherche, qui permet de faire des recherches spcifiques (auteur,
titre, diteur, et bientt sujet) dans les catalogues en ligne des diffrents
libraires. Le site contient l'annuaire des libraires avec leurs spcialits, des
catalogues en ligne de livres anciens avec illustrations, un petit guide du
livre ancien avec des conseils et les termes techniques employs par les
professionnels, et aussi un service de recherche de livres rares.

De plus l'Association organise chaque anne en novembre une foire virtuelle du
livre ancien sur le site, et en mai une vritable foire internationale du livre
ancien qui a lieu  Paris et dont le catalogue officiel est visible aussi sur le
site. Le SLAM est membre de la Ligue internationale de la librairie ancienne
(LILA), qui est une fdration d'associations professionnelles de libraires de
28 pays dans le monde.

= En quoi consiste exactement votre activit lie  l'internet?

Les libraires membres proposent sur le site du SLAM des livres anciens que l'on
peut commander directement par courrier lectronique et rgler par carte de
crdit. Les livres sont expdis dans le monde entier.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Les libraires de livres anciens vendaient dj par correspondance depuis trs
longtemps au moyen de catalogues imprims adresss rgulirement  leurs
clients. Ce nouveau moyen de vente n'a donc pas t pour nous vraiment
rvolutionnaire, tant donn que le principe de la vente par correspondance
tait dj matris par ces libraires. C'est simplement une adaptation dans la
forme de prsentation des catalogues de vente qui a t ainsi ralise. Dans
l'ensemble la profession envisage assez sereinement ce nouveau moyen de vente.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Ce problme ne nous concerne gure tant donn que nous vendons surtout des
livres anciens et donc des textes qui sont dans le domaine public.

= Et en ce qui concerne un internet multilingue?

Notre site internet est dj bilingue anglais-franais. Bien entendu l'anglais
semble incontournable, mais nous essayons aussi de maintenir le franais autant
que possible.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Notre tonnement initial face aux premires ventes ralises. Nous avions en
effet du mal  imaginer des personnes pianotant sur un clavier pour faire leurs
achats.

= Et votre pire souvenir?

Tous les messages publicitaires dont nous sommes inonds.

*Entretien du 11 juin 2001

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Aprs une exprience de prs de cinq annes sur le net, je pense que la
rvolution lectronique annonce est moins vidente que prvue, et sans doute
plus "virtuelle" que relle pour le moment. Les nouvelles technologies n'ont pas
actuellement rvolutionn le commerce du livre ancien. Nous assistons surtout 
une srie de faillites, de rachats et de concentrations de socits de services
(principalement amricaines) autour du commerce en ligne du livre, chacun
essayant d'avoir le monopole, ce qui bien entendu est dangereux  la fois pour
les libraires et pour les clients qui risquent  la longue de ne plus avoir de
choix concurrentiel possible. Les associations professionnelles de libraires des
29 pays fdres autour de la Ligue internationale de la librairie ancienne
(LILA) ont dcid de ragir et de se regrouper autour d'un gigantesque moteur de
recherche mondial sous l'gide de la LILA,  partir du site www.ilab-lila.com.
Cette fdration reprsente un potentiel de 2.000 libraires indpendants dans le
monde, mais offrant des garanties de scurit et de respect de rgles
commerciales strictes. Ce nouveau moteur de recherche de la LILA (en anglais
ILAB) en pleine expansion est dj rfrenc par AddAll.com et Bookfinder.com.
Voil donc pour les nouveauts et les dernires orientations stratgiques qui
semblent se dessiner sur la toile...


MARIA-VICTORIA MARINETTI (Annecy)


#Professeur d'espagnol en entreprise et traductrice

Maria Victoria Marinetti, de nationalits mexicaine et franaise, est docteur en
ingnierie. Elle est professeur d'espagnol dans plusieurs entreprises du bassin
anncien, et traductrice.

*Entretien du 25 aot 1999

= Quel est l'apport de l'internet dans votre activit?

J'ai accs  un nombre important d'informations au niveau mondial, ce qui est
trs intressant pour moi. J'ai galement la possibilit de transmettre ou de
recevoir des fichiers, des lettres, des photos, etc., dans un va-et-vient
d'information constant.

L'internet me permet de recevoir ou d'envoyer des traductions gnrales ou
techniques du franais vers l'espagnol et vice versa, ainsi que des textes
espagnols corrigs. Dans le domaine technique ou chimique, je propose une aide
technique, ainsi que des informations sur l'exportation d'quipes de haute
technologie vers le Mexique ou d'autres pays d'Amrique latine.

L'internet me donne galement la possibilit de faire des oprations
commerciales en ligne, mme si j'hsite parfois  cause du peu de scurit
offert par ce type de paiement. Les abus sont nombreux, on vend des choses qui
n'existent pas - je considre cela comme du vol - c'est la raison pour laquelle
les gens ne sont pas trs confiants dans ce type de commerce.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Je pense que le droit est maintenant dpass par la technologie, et qu'il n'y a
pas de protection possible au niveau juridique. Il serait souhaitable de crer
une vritable lgislation de l'internet.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Il est trs important de pouvoir communiquer en diffrentes langues. Je dirais
mme que c'est obligatoire, car l'information donne sur le net est 
destination du monde entier, alors pourquoi ne l'aurions-nous pas dans notre
propre langue ou dans la langue que nous souhaitons lire? Information mondiale,
mais pas de vaste choix dans les langues, ce serait contradictoire, pas vrai?

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Le fait que je puisse communiquer avec ma famille et mes amis partout dans le
monde.

= Et votre pire souvenir?

Quelquefois a ne marche pas, c'est lent, imprcis, l'information est norme et
peu structure, et en plus c'est trs cher (en France, nldr).

*Entretien du 11 aot 2001

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Depuis notre premier entretien, j'utilise beaucoup l'internet pour des changes
avec ma famille du Mexique et mes amis d'un peu partout dans le monde, c'est un
outil de communication rapide, agrable et fantastique pour moi.

Par contre, dans l'utilisation d'internet comme outil de tltravail, trs peu
d'entreprises ont le matriel et l'exprience ncessaires pour utiliser les
changes de donnes dans le travail de tous les jours, notamment pour la voix et
l'image (par exemple pour la formation via le net ou pour des confrences 
plusieurs via le net).

Pour ma part, je rencontre ce problme car je souhaite faire de la tlformation
en langue espagnole, en utilisant la voix et l'image, et mes entreprises
clientes ne sont pas habitues  utiliser facilement ces moyens de communication
malgr leur caractre pratique (pas de dplacements  faire) et malgr la
fiabilit accrue de ces nouveaux moyens de communication par l'internet.

En conclusion, les socits de conseil informatique ont encore beaucoup  faire
pour familiariser les entreprises  l'utilisation des nouvelles technologies
lies aux transferts de donnes par l'internet.

En ce qui concerne la recherche d'une information prcise (technique, juridique
ou lie  un domaine particulier), les moteurs de recherche donnent trs
rarement des rponses pertinentes. D'une manire gnrale, le problme reste
donc qu'il est trs difficile d'obtenir une rponse prcise  une question
prcise.


MICHAEL MARTIN (Berkeley, Californie)


#Crateur et prsident de Travlang, un site consacr aux voyages et aux langues

En 1994, alors qu'il est tudiant en physique, Michael Martin cre une rubrique
intitule Foreign Languages for Travelers sur le site de son universit  New
York. Cette rubrique s'toffe rapidement et rencontre un grand succs. L'anne
suivante, il dcide de crer Travlang, devenu depuis un site majeur dans le
domaine des voyages et des langues, et nomm meilleur site de voyages en 1997.
Michael C. Martin est maintenant chercheur en physique au Lawrence Berkeley
National Laboratory (Californie), et il continue d'actualiser son site. Travlang
est acquis en fvrier 1999 par GourmetMarket.com, puis rachet en janvier 2000
par iiGroup. En juillet 2000, le site atteint les 2 millions de visiteurs par
mois.

Les deux principales rubriques de Travlang sont: a) Foreign Languages for
Travelers, qui donne la possibilit d'apprendre 70 langues diffrentes sur le
web, et b) Translating Dictionaries, qui donne accs  des dictionnaires
gratuits dans diverses langues (afrikaans, allemand, danois, espagnol,
espranto, finnois, franais, frison, hollandais, hongrois, italien, latin,
norvgien, portugais, sudois et tchque). On peut aussi rserver son htel, sa
voiture ou son billet d'avion, connatre les taux de change, consulter une
rubrique de 7.000 liens vers d'autres sites de langues et de voyages, etc.

*Entretien du 25 aot 1998 (entretien original en anglais)

= Quel est l'apport de l'internet dans votre activit?

Et bien, nous avons fait de Travlang une petite socit! L'internet est vraiment
un outil important pour communiquer avec des gens avec lesquels vous n'auriez
pas l'occasion de dialoguer autrement. J'apprcie vraiment la collaboration
gnrale qui a rendu possibles les pages de Foreign Languages for Travelers.

= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?

Je pense que le web est un endroit idal pour rapprocher les cultures et les
personnes, et ceci inclut le multilinguisme. Notre site Travlang est trs
populaire pour cette raison, car les gens aiment tre en contact avec d'autres
parties du monde.

A mon avis, la traduction informatique intgrale va devenir monnaie courante, et
elle permettra de communiquer  la base avec davantage de gens. Ceci aidera
aussi  amener davantage l'internet au monde non anglophone.


EMMANUEL MENARD (Paris)


#Directeur des publications de CyLibris, maison d'dition littraire en ligne

Cet entretien expose en dtail la procdure ditoriale de CyLibris, en
complment de la prsentation de CyLibris par Olivier Gainon, son fondateur et
grant.

*Entretien du 19 fvrier 2001

= Pouvez-vous dcrire en dtail la procdure ditoriale de CyLibris?

Si la dmarche de commercialisation et de fabrication de CyLibris tranche
nettement avec le modle couramment appliqu dans l'dition franaise, notre
procdure ditoriale est en revanche beaucoup plus classique. Tout au moins dans
ses principes, sinon dans sa mise en oeuvre.

Rappelons tout d'abord que la ligne ditoriale de CyLibris repose sur deux axes
forts:

(a) Tout d'abord, la dcouverte, la publication et la promotion de "jeunes
auteurs". La notion de "jeune auteur" ne fait bien sr pas appel  l'tat civil,
mais dsigne plutt des crivains qui font leurs premires armes, soit qu'il
s'agisse de premires oeuvres, soit qu'ils n'aient jusqu'alors pas t publis.
Naturellement, ce choix littraire n'a rien d'exclusif; en effet, un auteur dj
publi chez nous et qui souhaite nous proposer un second texte est le bienvenu
(Jean Pailler en littrature gnrale, Jrme Touzalin en thtre, Philippe Ward
en fantastique pour ne citer que quelques exemples) de mme qu'un auteur
"reconnu" et dj dit par ailleurs qui dsire travailler avec nous ( titre
d'exemple,  nouveau, on peut citer Philippe Raulet, Eyet-Chkib Djaziri ou Jean
Millemann entre autres).

(b) Ensuite, tant affranchi d'un certain nombre de contraintes strictement
conomico-commerciales du fait de son modle original, CyLibris s'est donn
comme vocation de s'intresser  des textes atypiques, inclassables, hors
normes. C'est ainsi que notre catalogue compte aujourd'hui des exemples:

- de mlange des genres (La Table d'Hads, policier fantastique, ou La Toile
(prix 1999 de la Socit des gens de lettres), roman policier et de
science-fiction, mais aussi rflexion socio-technologique sur l'internet),

- de textes originaux dans leur forme (Racontez!, suite d'hilarantes fausses
rdactions, Bruits de Chute, succession de monologues acides ou drles ou encore
Le Style Mode d'Emploi, sur le modle des Exercices de Style de Queneau),

- de genres dlaisss ou peu rpandus (Artah, exemple de "fantastique  la
franaise" rsolument dmarqu du modle amricain ou La Zone du Dehors,
science-fiction politique et philosophique),

- de textes violents et rsolument "anti-commerciaux" (comme Journal de
l'Apocalypse, rcemment rachet et republi par les ditions Baleine, ou Nux
Vomica).

On verra par la suite l'impact de cette politique ditoriale sur le
fonctionnement pratique de CyLibris.

Le trajet d'un manuscrit envoy chez CyLibris est le suivant:

(a) La premire lecture est assure par notre comit de lecture, regroupant une
quinzaine de lecteurs aux gots aussi varis que possible. Cette premire
lecture, ventuellement suivie d'une seconde en cas d'hsitation du lecteur,
donne lieu soit  un refus (signifi par lettre et systmatiquement argument),
soit  un premier accord  valider par le directeur des publications. Il nous
faut signaler ici les critres d'valuation du comit de lecture, car elles
tranchent ouvertement avec ceux qui sont appliqus dans certaines autres
structures. Ds la cration de CyLibris, nous avons affich notre volont d'tre
en phase avec l'attente du lectorat, et cela a eu deux consquences notables:
tout d'abord, notre comit de lecture est constitu de lecteurs non
professionnels et n'appartenant pas au monde de l' dition, tant nous semblait
patent le hiatus entre l'offre des diteurs et l'attente du public; ensuite, la
"rgle du jeu" institue a t de valider ou non le manuscrit en fonction du
plaisir pris  sa lecture, sans s'embarrasser des paramtres plus ou moins
sotriques du monde de l'dition, d'ailleurs entours d'un pais mystre qui ne
peuvent que susciter interrogations voire suspicion. Il est  signaler que
compte tenu de notre intrt pour les premires oeuvres, un manuscrit imparfait
mais qui nous semble receler un potentiel est gnralement accept, dans
l'optique d'un retravail dont il sera question plus loin. Le taux d'acceptation
de CyLibris  ce stade oscille entre 2 et 5% selon les priodes, pour une
moyenne de moins de 1% dans l'dition.

(b) Le manuscrit ayant pass cette premire tape est ensuite valid par le
directeur des publications en fonction de sa cohrence avec la ligne ditoriale
de CyLibris, et de la somme de retravail ncessaire.

(c) Une fois cette validation obtenue, l'auteur est contact pour la
contractualisation de sa publication. Le contrat d'dition propos est conforme
aux usages de la profession, avec des droits d'auteurs de 10% du prix de vente
HT de l'ouvrage. Toutefois, compte tenu du procd de fabrication de nos livres,
le contrat est exempt des conditions habituelles de retirage, qui sont
remplaces par une dure fixe de proprit des droits intellectuels.

(d) C'est ensuite que commence la partie la plus intressante sans doute du
processus,  savoir la collaboration avec l'auteur pour retravailler le
manuscrit et l'amener  un niveau de qualit conforme aux attentes des deux
parties. Cette tape est bien sr d'une dure variable, entre des oeuvres qui
ont t publies quasiment en l'tat, et d'autres dont la maturation a dur
jusqu' un an et demi (notre libert vis--vis du systme des offices de mise en
place fait qu'il ne s'agit pas d'un problme notable), ce qui aboutit  des
dlais de publication diffrents d'un ouvrage  l'autre. Ce retravail,
susceptible de porter sur le fond ou la forme, est men par l' auteur avec un
directeur de collection (pour le policier / suspense, le thtre, le fantastique
et la science-fiction) ou un directeur de publication (dans le cas de la
"littrature gnrale").

(e) Lorsque le texte dfinitif a t obtenu, il reste  runir et constituer les
outils de prsentation et de promotion de l'oeuvre:

- rsum (pour le site internet et pour la quatrime de couverture),

- premire de couverture,

- argumentaire  destination des points de commercialisation,

- argumentaire figurant sur le site  destination des internautes,

- extraits (trois au total) reprsentatifs de l'oeuvre, en libre disposition sur
le site.

Cette tape est mene conjointement par l'auteur et l'quipe ditoriale.

(f) La promotion se fait de faon classique (par la presse spcialise et les
supports adapts  l'oeuvre (exemple des romans historiques ou de la littrature
de genre) mais aussi  travers l'internet (listes de discussion, sites
partenaires). Ce point fait d'ailleurs l'objet, avec la constitution et
l'extension d'un rseau de distribution plus vaste, des projets de
dveloppements majeurs de CyLibris en 2001.


YOSHI MIKAMI (Fujisawa, Japon)


#Crateur de The Languages of the World by Computers and the Internet et
co-auteur de Pour un web multilingue

Cr en dcembre 1995 par Yoshi Mikami, le site "The Languages of the World by
Computers and the Internet", communment appel "Logos Home Page" ou "Kotoba
Home Page", donne, pour chaque langue, un bref historique, les caractristiques,
le systme d'criture, le jeu de caractres et la configuration du clavier pour
l'utilisation de l'ordinateur et de l'internet dans la langue donne.

Yoshi est galement co-auteur (avec Kenji Sekine et Nobutoshi Kohara) de Pour un
web multilingue, paru en japonais, anglais, allemand et franais (Paris,
Editions O'Reilly, septembre 1998, ISBN 2-84177-055-9).

*Entretien du 17 dcembre 1998 (entretien original en anglais)

= Quelle est votre exprience dans le domaine des langues?

Ma langue maternelle est le japonais. Comme j'ai suivi mes tudes de troisime
cycle aux Etats-Unis et que j'ai travaill dans l'informatique, je suis devenu
bilingue japonais/anglais amricain. J'ai toujours t intress par diffrentes
langues et cultures, aussi j'ai appris le russe, le franais et le chinois dans
la foule. A la fin de 1995, j'ai cr sur le web le site "The Languages of the
World by Computers and the Internet" et j'ai tent de donner - en anglais et en
japonais - un bref historique de toutes ces langues, ainsi que les
caractristiques propres  chaque langue et  sa phontique. Suite 
l'exprience acquise, j'ai invit mes deux associs  crire un livre sur la
conception, la cration et la prsentation de pages web multilingues, livre qui
fut publi en aot 1997 sous le titre : The Multilingual Web Guide (dition
japonaise, et traduit ensuite en allemand, anglais et franais, ndlr), le
premier livre au monde sur un tel sujet.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Il y a des milliers d'annes de cela, en Egypte, en Chine et ailleurs, les gens
taient plus sensibles au fait de communiquer leurs lois et leurs rflexions non
seulement dans une langue mais dans plusieurs. Dans notre monde moderne, chaque
tat a adopt plus ou moins une seule langue de communication. A mon avis,
l'internet verra l'utilisation plus grande de langues diffrentes et de pages
multilingues (et pas seulement une gravitation autour de l'anglais amricain) et
un usage plus cratif de la traduction informatique multilingue. 99% des sites
web crs au Japon sont en japonais!


JACKY MINIER (Orlans)


#Crateur de Diamedit, site de promotion d'indits artistiques et littraires

"Conu ds 1997, le site Diamedit (Delta Industries Arts Media) vit le jour
l'anne suivante, quand son grand frre - le portail historique Royalement Vtre
- fut vraiment lanc, explique Jacky Minier, son crateur. "Le prsent a
maintenant rattrap l'histoire, et le nombre sans cesse croissant de nouveaux
crivains sur le web m'a amen  promouvoir beaucoup plus cette anne l'dition
littraire. Consacr uniquement aux indits artistiques et littraires, Diamedit
prend aujourd'hui toute sa dimension. La qualit des auteurs svrement
slectionns pour leur indiscutable talent et leur originalit, la sobrit des
crans, les corrections effectues, la prsentation professionnelle, tout est
tourn vers la mise en valeur des textes proposs. Cela apporte  ce site une
empreinte de srieux rarement trouve ailleurs."

Outre Diamedit, site de promotion d'indits artistiques et littraires, Jacky
Minier gre Royalement Vtre, site de promotion des patrimoines historiques
rgionaux, et Beau Cans, une initiative d'internautes pour une vie nouvelle.

*Entretien du 10 octobre 2000

= Pouvez-vous dcrire Diamedit?

J'ai imagin ce site d'dition virtuelle il y a maintenant plusieurs annes, 
l'aube de l're internautique francophone. A l'poque, il n'y avait aucun site
de ce genre sur la toile  l'exception du site qubcois Editel de Pierre
Franois Gagnon. J'avais alors crit un roman et quelques nouvelles que j'aurais
aim publier mais, le systme franais d'dition classique papier tant ce qu'il
est, frileux et  la remorque de l'Audimat, il est devenu de plus en plus
difficile de faire connatre son travail lorsqu'on n'est pas dj connu
mdiatiquement. J'ai donc imagin d'utiliser le web pour faire la promotion
d'auteurs inconnus qui, comme moi, avaient envie d'tre lus. Diamedit est fait
pour les indits. Rien que des indits. Pour encourager avant tout la cration.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Je suis, comme beaucoup de pionniers du net sans doute, autodidacte et
multiforme. A la fois informaticien, crivain, auteur de contenus, webmestre,
graphiste au besoin, lecteur, correcteur pour les tapuscrits des autres, et
commercial, tout  la fois.

Mon activit est donc un mlange de ces diverses facettes. Toutefois, de plus en
plus, je suis amen  me consacrer davantage  la promotion de mes sites que
j'avais jusque-l tendance  ngliger un peu, et j'envisage de dlguer
largement la slection des tapuscrits aux auteurs eux-mmes, qui coopteraient
ainsi entre eux les nouveaux venus. De cette manire, le cercle grandissant de
passionns de l'criture devrait maintenir de lui-mme un niveau de qualit
suffisant pour conserver ou amplifier l'attrait que Diamedit exerce sur ses
lecteurs.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Souriant. Je le vois trs souriant. Je crois que le plus dur est fait et que le
savoir-faire cumul depuis les annes de dbroussaillage verra bientt la
valorisation de ces efforts. Le nombre des branchs francophones augmente trs
vite maintenant et, mme si en France on a encore beaucoup de retard sur les
Amriques, on a aussi quelques atouts spcifiques. En matire de crativit
notamment. C'est pile poil le crneau de Diamedit. De plus, je me sens moins
seul maintenant qu'il y a seulement deux ans. Des confrres srieux ont fait
leur apparition dans le domaine de la publication d'indits. Tant mieux! Plus on
sera et plus l'expression artistique et cratrice prendra son envol. En la
matire, la concurrence n'est  craindre que si on ne maintient pas le niveau
d'excellence. Il ne faut pas publier n'importe quoi si on veut que les visiteurs
comme les auteurs s'y retrouvent.

= Utilisez-vous encore des documents papier?

Oui, j'en utilise quand mme, bien sr. La lecture directe  l'cran est encore
assez vite fatigante pour de nombreuses paires d'yeux, mme avec l'amlioration
des capacits d'affichage des moniteurs et les lissages de polices d'cran. Et
puis, pour un roman par exemple, rien n'en vaut la lecture dans un bon fauteuil
au coin de sa chemine...

= Les jours du papier sont-ils compts?

Le livre papier a encore de beaux jours devant lui. Mais l'accs par le net 
toutes ces offres indites est une nouvelle richesse, inimaginable il y a
quelques annes, tant pour les lecteurs que pour les auteurs. a permet de
slectionner beaucoup plus tranquillement que dans une librairie ( condition
que l'oeuvre y soit dite) et surtout d'accder  des ouvrages qui n'auraient
jamais t publis autrement. Selon moi, le papier n'est pas l'ennemi du net en
matire de littrature. Il en est le prolongement et l'aboutissement. En fait,
le net peut tre considr comme un formidable moyen de promotion et de relance
de la lecture, par les dcouvertes qu'il permet de faire. Mais c'est maintenant
l'internaute lui-mme qui dcide de ce qu'il veut lire. Il choisit, il imprime,
et il lit tranquillement dans son fauteuil au coin de sa chemine...

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

L'e-book est sans aucun doute un support extraordinaire. Il aura son rle 
jouer dans la diffusion des oeuvres ou des journaux lectroniques, mais il ne
remplacera jamais le vritable bouquin papier de papa. Il le compltera. A mon
sens, il menace beaucoup plus la presse que la librairie. Ce sera certainement
un outil de substitution formidable pour les scolaires, tudiants, etc., qui
auront beaucoup moins lourd  transporter dans leurs sacs que les tonnes de
manuels actuels. Mais quant au plaisir de lire dessus des ouvrages de nature
littraire, posies, romans, rcits, SF, BD, etc., je n'y crois pas dans
l'immdiat. Il faudra encore attendre quelques amliorations techniques au plan
de l'ergonomie et surtout des changements de comportements humains. Et a, c'est
l'affaire d'au moins une  deux gnrations. Voyez la monnaie lectronique: on
ne paie pas encore son boulanger ou ses cigarettes avec sa carte de crdit et on
a toujours besoin d'un peu de monnaie dans sa poche, en plus de sa carte Visa.
L'achat d'un livre n'est pas un acte purement intellectuel, c'est aussi un acte
de sensualit que ne comblera jamais un e-book. Naturellement, l'dition
classique devra en tenir compte sur le plan marketing pour se diffrencier
davantage, mais je crois que l'utilisation des deux types de supports sera bien
distincte. Le tlphone n'a pas tu le courrier, la radio n'a pas tu la presse,
la tlvision n'a pas tu la radio ni le cinma... Il y a de la place pour tout,
simplement, a oblige  chaque fois  une adaptation et  un regain de
crativit. Et c'est tant mieux!

= Quelles sont vos suggestions pour un meilleur respect du droit d'auteur sur le
web?

Le problme est simple. La solution l'est aussi. Avant l'invention du net, les
contrats d'dition ne tenaient pas compte de ce nouveau support, et pour cause.
Cette nouvelle interface fait craindre aux diteurs la perte de sources de
profits par les risques de copies pirates. Mais quel est ce risque? Est-il rel?
Ce n'est pas un risque de "manque  gagner", c'est une opportunit de promotion.
La plupart des gens qui accdent  une oeuvre de manire illgale sont des
lecteurs ou auditeurs qui n'auraient sans doute jamais achet l'oeuvre en
question, parfois mme n'en auraient jamais entendu parler! Le simple fait
qu'ils aient l'opportunit de la lire (ou de l'couter en MP3) - et de la faire
lire ou couter  leurs amis - constitue de la promotion gratuite, du bouche 
oreille qui participe de la dcouverte et de la promotion des artistes. Les
grandes maisons de logiciels le savent bien, qui distribuent leurs programmes
entiers, gratuitement pour une priode limite. Ceux qui peuvent les acheter les
achtent, ceux qui ne peuvent pas les utilisent quand mme et leur font de la
publicit quand le produit est bon. (Quand le produit n'est pas bon, ils ne
l'auraient pas achet de toute manire!) Alors, o est le problme? Le seul
problme rside dans les prix prohibitifs pratiqus par les socits d'dition,
dans les marges commerciales de produits qui n'ont plus rien  voir avec la
cration artistique ou les droits d'auteurs, mais relvent de marketing, de
parts de march, de ratios comptables et de marges de profits. Certains artistes
l'ont d'ailleurs parfaitement compris qui mettent leurs oeuvres directement sur
le net.

En matire d'dition numrique, il suffit de crer des droits spcifiques,
distincts des droits relatifs aux ditions ordinaires sur support papier. Le
tatouage des oeuvres lors de l'impression personnelle est un excellent moyen de
limiter la diffusion d'impressions excessives. En mme temps, permettre cette
impression pour utilisation personnelle est aussi un excellent moyen de
promotion de l'auteur et de son oeuvre. Mme si c'est un exemplaire gratuit. Et
quand cet auteur (ou artiste) deviendra trs connu, les mmes diteurs papier
qui le boudent se jetteront dessus pour le publier alors qu'ils auraient  peine
lu son manuscrit auparavant!

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure rpartition des langues sur le
web?

Je ne sais pas pour les autres langues mais, pour le franais, il est certain
que quand nous aurons atteint la proportion amricaine de foyers connects
(50%), nous pourrons esprer une plus grande reprsentativit sur le web. Pour
l'instant, heureusement qu'il y a les Qubcois et les Belges pour maintenir la
prsence de la langue franaise. C'est tout de mme un comble.

Si je devais donner un conseil (mais conseiller qui, quel organisme?), je
suggrerais de porter davantage d'attention  la qualit des contenus. La France
a de tous temps t un pays de culture et d'invention, d'imagination. Mme dans
les secteurs o nous n'avons pas t pionniers comme en informatique, nous avons
de belles russites. Soyons aussi performants dans l'expression de la culture,
dans la mise en valeur de notre patrimoine, historique, scientifique,
littraire, etc.

Si nous pouvons mettre en ligne les multiples facettes de la richesse culturelle
qui a fait notre civilisation, nul doute que le tourisme internautique vers les
contenus franais serait amplifi et la prsence franaise plus oprante. C'est
une des voies dans laquelle j'essaie, avec Royalement Vtre, de crer une
attraction.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

Il faut distinguer malvoyants et aveugles. Pour les malvoyants jusqu' un
certain degr, il est assez simple de prvoir des moyens de grossissement des
caractres et des illustrations. Pour les aveugles, c'est une toute autre
affaire. Il faut envisager des fichiers vocaux qui permettront  ces derniers
d'accder aux contenus des pages enregistrs oralement. Un simple avertissement
sonore  l'entre du site demanderait au handicap visuel de frapper une touche
et de lancer ainsi le "son" de la page. C'est une chose trs facile  raliser
avec la technologie RealAudio ou autre.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

C'est un espace de libert pour l'imaginaire, une dimension inexplore de la
plante, une jungle et un paradis tout  la fois, o tout est possible mme si
tout n'est pas permis par l'thique, o le contenu du portefeuille des
intervenants n'a aucun rapport direct avec la valeur des contenus des sites.
C'est avant tout une vaste agora, une place publique o l'on s'informe et o
l'on informe.

a peut tre galement une place de foires et marchs, mais l'argent n'y a cours
que trs accessoirement, mme si la possibilit de vendre en ligne est relle et
ne doit pas tre nglige ni mprise. Il n'y est pas la seule valeur de
rfrence, contrairement au monde rel et, mme dans les cas trs mdiatiques de
start-up multimillionnaires, le rapport  l'argent n'est qu'une consquence, la
matrialisation d'esprances financires, trs vite sanctionne en cas
d'ambitions excessives comme on le voit rgulirement sur le site Vakooler: Ki
Vakooler aujourd'hui? (Qui va couler aujourd'hui?), aprs les envoles lyriques
et dlirantes des premiers temps.

A terme, je pense que le cyberespace restera un lieu beaucoup plus convivial que
la socit relle.

= Et la socit de l'information?

La socit de l'information amne un recadrage des hirarchies dans les rapports
qui s'tablissent entre les gens, de manire beaucoup plus naturelle,  partir
des discussions en forums notamment. Dans la vie relle, on est souvent
influenc, voire impressionn, par les titres ou la largeur du bureau d'un
interlocuteur "install" dans le systme. Sur le net, seuls comptent le sens
contenu dans le propos et la manire de l'exprimer. On distingue trs vite les
vritables intelligences raffines des clowns ou autres mythomanes. Une forme de
pdagogie conviviale, non intentionnelle et surtout non magistrale, s'en dgage
gnralement qui profite au visiteur lambda, lequel parfois apporte aussi sa
propre exprience. Tout a laisse augurer d'une crativit multiforme, dans un
bouillonnement commun  des milliers de cerveaux relis fonctionnant  la
manire d'une fourmilire. C'est non seulement un vritable moyen d'change du
savoir, mais de surcrot un moyen de l'augmenter en quantit, de l'approfondir,
de l'intgrer entre diffrentes disciplines. Le net va rendre les gens plus
intelligents en favorisant leur plus grande convivialit, en cassant les
dpartements et domaines rservs de certains mandarins. Mais il est clair qu'il
faudra aussi faire attention aux drives que cette libert implique.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

L'criture d'une pice de thtre "carabine" (genre chansons de carabins ;c))
en 1.300 alexandrins, avec un ami rencontr sur le net sans jamais l'avoir
rencontr de visu. En symbiose complte avec un parfait inconnu, et une grande
jubilation prouve  cette criture  quatre mains.

= Et votre pire souvenir?

Les consommations tlphoniques des dbuts, avant que je ne sois cbl, ou
quelques engueulades sur certains forums avec des paranos.


JEAN-PHILIPPE MOUTON (Paris)


#Fondateur et grant de la socit d'ingnierie Isayas

Fondateur et grant de la socit d'ingnierie Isayas, Jean-Philippe Mouton, 27
ans, a reu son diplme d'ingnieur en hautes tudes industrielles (HEI) en
1997.

*Entretien du 25 janvier 2001

= Pouvez-vous dcrire l'activit d'Isayas?

Isayas tend son activit selon trois ples:

1/ Gestion de deux sites portails:

Monbebe.net, "un site pour apprendre  tre parents", qui est un site
francophone  vocation communautaire, n en 1998. Il propose aux jeunes parents
un partage d'exprience, par l'intermdiare de listes de discussion, de listes
de diffusion... Les articles et photos prsents sur le site sont envoys par les
internautes, qui sont principalement franais et canadiens.

Theozik.com, "le site mondial des mthodes musicales", qui propose aux
internautes musiciens d'apprendre la musique online. Le site, en cours
d'laboration, met en ligne des partitions associes  des extraits sonores pour
la basse, la guitare et la batterie. Les exercices sont organiss par niveaux et
par styles. Diffrents services compltent le site : annuaires, petites
annonces, liste de diffusion, forum de discussion...

2/ Conseil & Conception & Ralisation de systmes d'information:

Etudes techniques et intgration de systmes d'information client/serveur, web,
mobiles.

3/ Accompagnement des entreprises dans leurs dmarches internet:

- Formalisation des besoins de nos clients,

- Formation de nos clients  nos interfaces de gestion ditoriales de sites
internet,

- Procdures de rferencement internet, dclarations administratives (CNIL -
Commission nationale de l'informatique et des liberts, etc.),

- Mise en place de partenariats avec des rgies publicitaires (Adistar,
Adonsale...).

= Pouvez-vous dcrire le site web de votre socit?

Le site de la socit est un site web vitrine, relativement simple. Ce site a
pour vocation de prsenter la socit d'ingnierie, de mentionner quelques-unes
de ses ralisations, de proposer des stages.... Une version plus volue (Flash
5) devrait voir le jour d'ici quelques mois.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Je suis grant de la socit et consultant technique. Mon activit se dcompose
donc:

- en une partie commerciale et relationnelle, pour que notre jeune socit soit
reconnue et pour que nous puissions par l developper notre production,

- en une partie oprationelle, lors de mon intervention sur des projets
techniques.

= En quoi consiste exactement votre activit lie  l'internet?

Mon activit internet est une activit technique de mise en place de systmes,
trs souvent interfacs avec des bases de donnes.

Il m'est par ailleurs ncessaire d'effectuer une veille internet: la
connaissance des produits et des pratiques lis  l'internet sont indispensables
dans le cadre de mon activit. Je travaille pour cela avec des rgies
publicitaires, des socits qui possdent une offre complmentaire  la ntre
(hbergement, progiciels internet, graphisme et animation, paiement
scuris...).

= Comment voyez-vous l'avenir?

Je pense que le dveloppement et la maintenance de systmes informatiques
internet est une activit qui vient dans la continuit des systmes MVS
(multiple virtual storage) et client/serveur. De nouvelles socits sont cres
pour rpondre aux besoins informatiques rcents des entreprises, alors que
l'activit dans le domaine des vieux systmes ralentit.

La rcession du net touche aujourd'hui en priorit les entreprises nouvelles de
business online. Internet n'a pas pour vocation vritable de crer de nouveaux
commerces, c'est un moyen de communication, un nouvel outil marketing, la
possibilit pour les entreprises d'avoir des franchises  moindre cot, une
information accessible par l'ensemble de ses interlocuteurs... Je suis de ceux
qui croient que les socits d'ingnierie risquent d'tre moins touches par le
phnomne "start down" que d'autres dans ce domaine.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

C'est une trs bonne chose, mais cet outil prsente aujourd'hui deux
inconvnients:

- tout d'abord, rien ne remplacera le marque-page, ni l'odeur des bouquins qui
sont lus sur la plage dans le sable par toute la famille durant l't... En
bref, l'e-book ne peut remplacer le rapport charnel du lecteur et de son livre;

- de plus, cet instrument est rserv  une classe de personnes qui peuvent
financirement s'en permettre l'acquisition.

L'UMTS (universal mobile telecommunications system) promis devrait permettre un
accs mobile en temps rel  l'information, et c'est pour cette raison que ce
type de systme va probablement fusionner avec les autres systmes mobiles
(tlphonie, Palm...) pour se vulgariser. Il est donc clair qu'il faut se
pencher sur le sujet.

*Entretien du 4 mai 2001

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

L'activit d'Isayas est croissante et les deux ples (diteurs + technique)
fonctionnent simultanment de manire correcte:

- Theozik.com est aliment en mthodes musicales de facon progressive. Nous
esprons arriver au cap des 800 mthodes pour septembre 2001... Gros challenge.

- Monbebe.net a intgr Karine comme responsable ditoriale.

Les projets de l'agence web sont principalement de nature technique pour une
harmonisation des donnes des entreprises. Nous effectuons des prestations de
conseil et de ralisation techniques mettant en oeuvre des bases de donnes, des
systmes de listes de diffusion/discussion, de l'interfaage internet/systmes
informatiques des entreprises, du e-learning, du multilinguisme, etc.

Tous les sites internet conus par nos soins possdent des interfaces de mise 
jour des donnes destines aux clients qui n'ont comme connaissances
informatiques que celle de la navigation web.

Nous sommes en permanence  la recherche de nouveaux projets:

- dans ce qu'on appelle la "matrise d'ouvrage" de systmes d'information, pour
accompagner les entreprises dans leurs dmarches informatiques (projets de
conseil),

- dans ce qu'on appelle la "matrise d'oeuvre", pour raliser des modules
techniques qui s'intgrent dans un processus d'informatisation et de
communication.

Actuellement, Isayas n'a pas vritablement ralis de projet mettant en oeuvre
le e-book, et reste encore dans des domaines moins "exotiques" qui sont plus
proches des systmes d'information classiques.


JOHN MARK OCKERBLOOM (Pennsylvanie)


#Fondateur de The On-Line Books Page, rpertoire de livres en ligne disponibles
gratuitement

The On-Line Books Page rpertorie plus de 12.000 textes lectroniques d'oeuvres
anglophones. John Mark Ockerbloom a dbut ce rpertoire en 1993 - en mme temps
qu'il crait le site web du dpartement d'informatique de l'Universit Carnegie
Mellon (CMU, Pittsburgh, Pennsylvanie). Il a obtenu son doctorat en informatique
dans la mme universit en 1998. Durant l't 1999, il rejoint l'Universit de
Pennsylvanie, o il travaille  la R&D (recherche et dveloppement) de la
bibliothque numrique, au sein du dpartement des bibliothques et de
l'informatique. A la mme date, The On-Line Books Page est transfre dans cette
bibliothque numrique.

*Entretien du 2 septembre 1998 (entretien original en anglais)

= Quel est l'historique de votre site web?

J'tais webmestre ici pour la section informatique du CMU (Carnegie Mellon
University), et j'ai dbut notre site local en 1993. Il comprenait des pages
avec des liens vers des ressources disponibles localement, et  l'origine "The
On-Line Books Page" tait une de ces pages, avec des liens vers des livres mis
en ligne par des collgues de notre dpartement (par exemple Robert Stockton,
qui a fait des versions web de certains textes du Project Gutenberg).

Ensuite les gens ont commenc  demander des liens vers des livres disponibles
sur d'autres sites. J'ai remarqu que de nombreux sites (et pas seulement le
Project Gutenberg ou Wiretap) proposaient des livres en ligne, et qu'il serait
utile d'en avoir une liste complte qui permette de tlcharger ou de lire des
livres o qu'ils soient sur l'internet. C'est ainsi que mon index a dbut. J'ai
quitt mes fonctions de webmestre en 1996, mais j'ai gard "The On-Line Books
Page", parce que, entre temps, je m'tais passionn pour l'norme potentiel qu'a
l'internet de rendre la littrature accessible au plus grand nombre. Maintenant
il y a tant de livres mis en ligne que j'ai du mal  rester  jour (en fait j'ai
beaucoup de retard). Mais je pense pourtant continuer cette activit d'une
manire ou d'une autre.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Je suis trs intress par le dveloppement de l'internet en tant que mdium de
communication de masse dans les prochaines annes. J'aimerais aussi rester
impliqu d'une manire ou d'une autre dans la mise  disposition gratuite pour
tous de livres sur l'internet, que ceci fasse partie intgrante de mon activit
professionnelle ou que ceci soit une activit bnvole mene sur mon temps
libre.

*Entretien du 5 aot 1999 (entretien original en anglais)

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Tout dpend de ce que recouvre ce terme "dbats". A mon avis, il est important
que les internautes comprennent que le copyright est un contrat social conu
pour le bien public - incluant  la fois les auteurs et les lecteurs.

Ceci signifie que les auteurs devraient avoir le droit d'utiliser de manire
exclusive et pour un temps limit les oeuvres qu'ils ont cres, comme ceci est
spcifi dans la loi actuelle sur le copyright. Mais ceci signifie galement que
leurs lecteurs ont le droit de copier et de rutiliser ce travail autant qu'ils
le veulent  l'expiration de ce copyright. Aux Etats-Unis, on voit maintenant
diverses tentatives visant  retirer ces droits aux lecteurs, en limitant les
rgles relatives  l'utilisation de ces oeuvres, en prolongeant la dure du
copyright (y compris avec certaines propositions visant  le rendre permanent)
et en tendant la proprit intellectuelle  des travaux distincts des oeuvres
de cration (comme on en trouve dans les propositions de copyright pour les
bases de donnes). Il existe mme des propositions visant  entirement
remplacer la loi sur le copyright par une loi instituant un contrat beaucoup
plus lourd. Je trouve beaucoup plus difficile de soutenir la requte de Jack
Valenti, directeur de la MPAA (Motion Picture Association of America), qui
demande d'arrter de copier les films sous copyright, quand je sais que, si ceci
tait accept, aucun film n'entrerait jamais dans le domaine public (Mary Bono a
fait mention des vues de Jack Valenti au Congrs l'anne dernire).

Si on voit les socits de mdias tenter de bloquer tout ce qu'elles peuvent, je
ne trouve pas surprenant que certains usagers ragissent en mettant en ligne
tout ce qu'ils peuvent. Malheureusement, cette attitude est  son tour contraire
aux droits lgitimes des auteurs.

Comment rsoudre cela pratiquement? Ceux qui ont des enjeux dans ce dbat
doivent faire face  la ralit, et reconnatre que les producteurs d'oeuvres et
leurs usagers ont tous deux des intrts lgitimes dans l'utilisation de
celles-ci. Si la proprit intellectuelle tait ngocie au moyen d'un quilibre
des principes plutt que par le jeu du pouvoir et de l'argent que nous voyons
souvent, il serait peut-tre possible d'arriver  un compromis raisonnable.


CAOIMHIN O DONNAILE (Ile de Skye, Ecosse)


#Webmestre du principal site d'information en galique cossais, avec une
section sur les langues europennes minoritaires

Caoimhn P.  Donnale est responsable du site de l'Universit Sabhal Mr Ostaig
(situe sur l'le de Skye, en Ecosse), qui se trouve galement tre le principal
site d'information en galique cossais. Sur ce site, il tient  jour en anglais
et en galique European Minority Languages, une liste de langues minoritaires -
ou rendues minoritaires - classe par ordre alphabtique et par famille
linguistique.

*Entretien du 18 aot 1998 (entretien original en anglais)

= Comment voyez-vous l'volution vers un web multilingue?

Je vois quatre points importants:

- L'internet a contribu et contribuera au dveloppement fulgurant de l'anglais
comme langue mondiale.

- L'internet peut grandement aider les langues minoritaires. Ceci ne se fera pas
tout seul, mais seulement si les gens choisissent de dfendre une langue.

- Le web est trs utile pour dispenser des cours de langues, et la demande est
importante.

- La norme Unicode (ISO 10646) pour les jeux de caractres est trs importante
et elle va grandement favoriser le multilinguisme sur le web.

*Entretien du 15 janvier 2000 (entretien original en anglais)

= Quelle est votre activit professionnelle?

J'enseigne l'informatique - en langue galique - dans une universit situe sur
l'le de Skye en Ecosse. Je gre le site web de l'tablissement qui,  l'chelle
internationale, est le principal site d'information sur le galique cossais.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Je n'ai pas suivi ces dbats, mais je pense que la dure du copyright est
beaucoup trop longue. A part cela, je pense que le copyright devrait tre
respect en gnral.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Le dveloppement de l'internet amne le danger de la suprmatie de l'anglais.
Toutefois, si les gens ont la ferme volont d'accorder une place  d'autres
langues, l'internet permettra de les aider dans cette dmarche.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Avoir trouv des informations utiles dans le cadre de ma vie prive.

= Et votre pire souvenir?

Je n'ai pas de souvenir qui soit vraiment mauvais. Juste le courant: le courrier
non sollicit (spam) ou les piratages informatiques.

*Entretien du 31 mai 2001 (entretien original en anglais)

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Il y a eu une forte augmentation de l'utilisation des technologies de
l'information dans notre universit: beaucoup plus d'ordinateurs, davantage de
personnel spcialis en informatique, des crans plats. Les tudiants font tout
sur ordinateur, ils utilisent un correcteur d'orthographe en galique et une
base terminologique en ligne en galique. Notre site web est beaucoup plus
visit. On utilise davantage l'audio. Il est maintenant possible d'couter la
radio en galique (cossais et irlandais) en continu sur l'internet partout dans
le monde. Une ralisation particulirement importante a t la traduction en
galique du logiciel de navigation Opera. C'est la premire fois qu'un logiciel
de cette taille est disponible en galique.

= Avez-vous quelque chose  ajouter  vos rponses des annes passes?

J'aimerais insister sur le fait que, en ce qui concerne l'avenir des langues
menaces, l'internet acclre les choses dans les deux sens. Si les gens ne se
soucient pas de prserver les langues, l'internet et la mondialisation qui
l'accompagne acclreront considrablement la disparition de ces langues. Si les
gens se soucient vraiment de les prserver, l'internet constituera une aide
irremplaable.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Oui, mais beaucoup moins que l'information transmise par voie lectronique.
J'envoie environ 2.000 courriers lectroniques par an, contre 100 lettres
imprimes, 500 appels tlphoniques et 15 fax. Le papier sera encore utilis
pendant longtemps, mais son pourcentage par rapport  l'information lectronique
continuera de baisser.

= Quel est votre sentiment sur le livre lectronique?

Je ne sais pas trs bien en quoi il consiste. C'est le web qui me parat la
chose vraiment importante.


JACQUES PATAILLOT (Paris)


#Conseiller en management chez Cap Gemini Ernst & Young

*Entretien du 26 janvier 2000

= En quoi consiste le site web de votre socit?

Le site Ernst & Young France a t cr en 1998. Dans un premier temps, il
s'agissait simplement d'un site de communication sur notre socit et nos
activits. Depuis, ce site s'est naturellement enrichi et dvelopp. (Depuis cet
entretien, la socit a fusionn avec Cap Gemini pour devenir CGEY (Cap Gemini
Ernst & Young), ndlr.)

= Quels sont les changements apports par l'internet dans votre vie
professionnelle?

Internet a chang (et change) notre vie professionnelle sous deux aspects:

- accs aux donnes pour nos consultants, sur les clients, les clients
potentiels, etc. Ce sont les aspects communication / information.

- Internet a gnr de nouveaux besoins dans les entreprises et, en consquence,
les socits de conseil en management ont dvelopp (et dveloppent) des
solutions de commerce lectronique pour rpondre  ces proccupations. C'est
donc un tout nouveau panel d'activits qui est offert aux socits de conseil.
Cela changera profondment le monde du consulting, et des investissements
importants sont en cours pour le dveloppement de ces solutions e-quelque chose.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Ma vie de consultant sera,  court terme, galement influence par le
dveloppement de services en lignes  travers internet. Pour certaines activits
de conseil, des rponses directes peuvent tre apportes aux clients rels et
potentiels par des spcialistes d'un sujet donn,  travers le web. On volue
vers le conseil en ligne.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

A partir du moment o internet, par conception, est un "monde ouvert", le
problme des droits d'auteurs est complexe. A mon sens, il y a peu de solutions
 ce problme.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Peu de chances,  mon avis, de voir un internet multilingue. Malheureusement le
poids de l'anglais est trop fort, et la duplication des textes/informations
n'est pas raliste.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

C'est quand je trouve rapidement l'info que je cherche.

= Et votre pire souvenir?

C'est  l'inverse lorsque je n'en sors pas!

*Entretien du 13 novembre 2000

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Nous avons fusionn avec Cap Gemini pour devenir CGEY (Cap Gemini Ernst &
Young). De 800 consultants en France, nous sommes passs  12.000, et 67.000
dans le monde. La mise en place de la nouvelle organisation m'a beaucoup occup,
en plus de mon activit habituelle.

= Utilisez-vous encore des documents papier?

Non. Pratiquement rien en interne pour la gestion, tout est fait  travers
l'internet et/ou Lotus notes. Liaison internet galement avec les clients pour
les offres commerciales, les documents de projets, les mmos... Seuls les
contrats restent sur papier. Je reois peu de courrier extrieur sur papier (qui
est d'ailleurs le signe d'un contenu probablement peu intressant!). Je lis la
presse  travers les bases de donnes. Bien sr, les journaux au petit djeuner
restent ncessaires! Quant aux livres, c'est vrai, je les utilise toujours.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Dans ce contexte, dans mon mtier de consulting, les jours du papier sont
compts. Par contre, dans ma vie personnelle, si j'utilise le courrier
lectronique pour la correspondance, les livres ne sont pas dtrns, ou en tout
cas ils sont moins affects.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Je n'ai pas d'exprience e-book. Le plaisir de la lecture commence, pour moi,
par une visite et une discussion avec le libraire spcialis. Il se poursuit par
la possession et la conservation du livre.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Comme l'"conomie connecte" (de l'anglais "connected economy") o tous les
agents sont relis lectroniquement pour les changes d'information.

= Et la socit de l'information?

C'est un vieux concept, dont on parlait dj en 1975! Seules les technologies
ont chang.


NICOLAS PEWNY (Annecy)


#Crateur des ditions du Choucas

"Vous aimez les livres? l'art? la photo? la littrature? les polars? Vous tes
au bon endroit. Bienvenue!" (extrait du site web) Les ditions du Choucas ont
malheureusement cess leur activit en mars 2001. Une disparition de plus 
dplorer chez les petits diteurs indpendants. Fort de son exprience dans le
domaine de la librairie, de l'dition, de l'internet et du numrique, Nicolas
Pewny met maintenant ses comptences au service d'autres organismes.

*Entretien du 8 juin 1998

= Quel est l'historique de votre site web?

Le site des ditions du Choucas (fondes en 1992, ndlr) a t cr fin novembre
1996. Lorsque je me suis rendu compte des possibilits que l'internet pouvait
nous offrir, je me suis jur que nous aurions un site le plus vite possible. Un
petit problme: nous n'avions pas de budget pour le faire raliser. Alors, au
prix d'un grand nombre de nuits sans sommeil, j'ai cr ce site moi-mme et l'ai
fait rfrencer (ce n'est pas le plus mince travail). Le site a alors volu en
mme temps que mes connaissances (encore relativement modestes) en la matire et
s'est agrandi, et il a commenc  tre un peu connu mme hors de France et
d'Europe.

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

Le changement que l'internet a apport dans notre vie professionnelle est
considrable. Nous sommes une petite maison d'dition installe en province.
L'internet nous a fait connatre rapidement sur une chelle que je ne
souponnais pas. Mme les mdias "classiques" nous ont ouvert un peu leurs
portes grce  notre site. Les manuscrits affluent par le courrier lectronique.
Ainsi nous avons dit deux auteurs qubcois. Beaucoup de livres se ralisent
(corrections, illustrations, envoi des documents  l'imprimeur) par ce moyen.
Ds le dbut de l'existence du site, nous avons reu des demandes de pays ou
nous ne sommes pas (encore) reprsents: Etats-Unis, Japon, Amrique latine,
Mexique, malgr notre volont de ne pas devenir un site commercial mais un site
d'information et  connotation culturelle (nous n'avons pas de systme de
paiement scuris, etc., nous avons juste rfrenc sur une page les libraires
qui vendent en ligne).

= Comment voyez-vous l'avenir?

J'aurais tendance  rpondre par deux questions: pouvez-vous me dire comment va
voluer l'internet Comment vont voluer les utilisateurs? Nous voudrions bien
rester aussi peu commercial que possible et augmenter l'interactivit et le
contact avec les visiteurs du site. Y russirons-nous? Nous avons dj reu des
propositions qui vont dans un sens oppos. Nous les avons mis en veille. Mais si
l'volution va dans ce sens, pourrons-nous rsister, ou trouver une voie
moyenne? Honntement, je n'en sais rien.

*Entretien du 29 juillet 1999

= Pouvez-vous dcrire votre site web?

Il y a bientt trois ans (dj...) que nous avons cr notre site web (fin
novembre 1996, ndlr). "Vous aimez les livres? l'art? la photo? la littrature?
les polars? Vous tes au bon endroit. Bienvenue!" C'est avec ces mots que nous
accueillons les visiteurs de notre site o nous tentons de faire partager nos
coups de coeur et nos passions. Tous nos titres rcents y sont prsents, on
peut contacter nos auteurs, participer  un jeu-concours, consulter le dbut -
parfois le texte intgral - des nouveauts. Le texte intgral? Oui, nous croyons
 la survie du livre dans son format classique paralllement au format
lectronique. Le livre, ce n'est pas seulement un texte. C'est aussi un objet
que l'on aime toucher, montrer, emmener en voyage, prter... Nous pensons que le
fait de pouvoir consulter le texte incite  se procurer le livre (si on a aim
bien sr).

= Quelle est votre activit sur le rseau?

La maintenance et les mises  jour du site, le courrier lectronique, etc. sont
devenus pour moi une tche quotidienne s'ajoutant aux autres: mise en page des
textes, correction, cration des couvertures, rapport avec les auteurs, avec les
mdias, suivi de la distribution-diffusion, etc. Car comme dans d'autres petites
maisons d'dition nous faisons tout nous-mmes (sauf l'impression). A la suite
de la mise en ligne de Corrida, l'exposition virtuelle Lorca-Puig, et plus
rcemment du site pour la recherche de sponsors pour Mon copain de Pkin, un
livre de photographies ddi  Pkin, il semblerait que nous soyons amens 
crer des sites ayant un rapport avec l'art et/ou le livre.

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

A part les ralisations cites plus haut, nous avons acquis un nom de domaine
choucas.com - l'ancienne URL teaser.fr/choucas reste cependant toujours valable.
Nous avons mis le dbut de chaque livre en format PDF et pour quelques livres le
texte intgral en ligne. Un jeu-concours qui remporte un certain succs a aussi
t mis en place. On peut gagner le livre de son choix. Beaucoup de nos
visiteurs nous reprochaient de ne pouvoir acheter en ligne sur notre site. Aprs
pas mal d'hsitations nous avons choisi Alapage pour la qualit de son service
et pour la fiabilit de leur base de donnes. Nanmoins la page des librairies
en ligne est toujours sur notre site si l'on prfre acheter ailleurs. Nous
avons dj quelques interviews d'auteurs disponibles en RealAudio sur une de nos
pages. Nous allons essayer d'en faire d'autres avec de la vido. Enfin une
alternative du site en DHTML, Javascript, Flash, existe. Nous la mettrons
paralllement en ligne  l'automne (1999).

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Je me demande s'il faut un droit particulier pour le web. Les lois existent
dj. Et les contrevenants existaient bien avant la popularisation de
l'internet. Enfin, si ces dbats plaisent au ministre de la Culture... Le
soutien  la publication,  la distribution,  l'existence du livre me semblent
plus importants, si l'on veut viter que l'dition, dans le futur, ne soit
l'apanage de deux ou trois grands groupes. videmment cette action-l est moins
mdiatique.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Chaque langue possde son gnie propre. La difficult, c'est de ne pas le perdre
en route.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Un message enthousiaste d'un prtre bouddhiste du Tibet qui a ador l'exposition
Lorca.

= Et votre pire souvenir?

Un orage tandis que j'envoyais l'image de la couverture  un auteur. Plus
rien... le nant. Plus d'ordinateur. Heureusement que je sauvegarde tout au fur
et  mesure. Chez l'auteur tout a "saut" aussi, et il n'y avait pas d'orage.
Dans la prsentation du livre Sanguine sur Toile (d'Alain Bron), on lit: "Les
images ne sont pas si sages. On peut s'en servir pour agir, voire pour tuer..."
Le contexte m'avait fait ressentir une peur instinctive, jusqu' ce que la
logique reprenne le dessus.

*Entretien du 30 juillet 2000

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Notre activit d'diteur s'est comme prvu enrichie d'activits lies 
l'internet.

Nous venons de mettre en ligne la version franaise d'un site de montagne et de
vacances. D'autres sites sont en cours de ralisation et nous intervenons
souvent en tant que consultants (rfrencements, veille concurrentielle, design,
etc.).

Nous avons trois titres en format lectronique disponibles en partenariat avec
00h00.com: Perles noires (ouvrage collectif), Les Banquiers du temps, de Daniel
Ichbiah, et Sanguine sur toile, d'Alain Bron (Prix du Lions Club International
2000). D'autres devraient suivre.

Bientt trois autres titres en partenariat avec MobiPocket seront disponibles en
format MobiPocket Reader compatible Palm OS, Psion, Windows CE: Un, et autres
mcomptes, de Daniel Bouillot, On achve bien les cadavres, de Fred Belin, et
Loto Meurtrier, de Franois Quentin (Prix Edmond Locard 1999).

= Utilisez-vous encore des documents papier?

Nous en utilisons bien sr. Le livre papier, lorsque l'impression avec les
techniques modernes sera meilleur march, devrait devenir l'alli du livre
lectronique.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Cela dpend de quel domaine il s'agit. Je pense que le temps des dictionnaires
et encyclopdies et autres ouvages de rfrences techniques et scientifiques
"papier" est compt. Pour les romans ou les beaux livres, cela dpend de
l'volution des deux supports.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Je pense qu'on est loin des formats et des techniques dfinitifs. Beaucoup de
recherches sont en cours, et un format et un support idal verront certainement
le jour sous peu.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et mal-voyants?

Je n'ai pas de suggestion particulire  formuler. Sauf peut-tre que l'on donne
plus de moyens pour une meilleure accessibilit. Cela vaut pour l'accs 
l'internet en gnral, d'ailleurs.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Je reprendrai volontiers une phrase d'Alain Bron, ami et auteur de Sanguine sur
Toile (publi en 1999 par les ditions du Choucas): "un formidable rservoir de
rponses quand on cherche une information et de questions quand on n'en cherche
pas. C'est ainsi que l'imaginaire peut se dvelopper (Ma correspondante en
Nouvelle-Zlande est-elle jolie? L'important, c'est qu'elle ait de l'esprit.)"

= Et la socit de l'information?

Une socit qui pourrait apporter beaucoup, si l'on empche qu'elle ne rime trop
avec "consommation" et tout ce qui accompagne ce mot. Mais il est dj trop tard
peut-tre...

*Entretien du 14 juin 2001

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Je disais en rponse  une de vos questions: "Je me demande s'il faut un droit
particulier pour le web. Les lois existent dj. Et les contrevenants existaient
bien avant la popularisation de l'internet. Enfin, si ces dbats plaisent au
ministre de la Culture... Le soutien  la publication,  la distribution, 
l'existence du livre me semblent plus importants, si l'on veut viter que
l'dition, dans le futur, ne soit l'apanage de deux ou trois grands groupes.
Evidemment c'est moins mdiatique."

Et ainsi, comme si je le prvoyais, notre distributeur a dpos son bilan. Et
malheureusement les ditions du Choucas (ainsi que d'autres diteurs) ont cess
leur activit ditoriale. Je maintiens gracieusement le site web pour tmoignage
de mon savoir-faire d'diteur on- et off-line. L'incomptence des diffrents
ministres de la Culture et la nullit de ce ministre me sidrent. Une sorte de
"franc-maonnerie" au sens large du terme: il est catastrophique de ne pas en
faire partie et -  mon avis - dsastreux pour son thique personnelle d'en
faire partie. Ces gens n'oeuvrent que pour eux-mmes avec les deniers des
contribuables...

Enfin je ne regrette pas ces dix annes de lutte de satisfactions et de malheurs
passs aux ditions du Choucas. J'ai connu des auteurs intressants dont
certains sont devenus des amis... Maintenant je fais des publications et des
sites internet pour d'autres. En ce moment pour une ONG (organisation non
gouvernementale) internationale caritative; je suis ravi de participer
(modestement)  leur activit  but non lucratif. Enfin on ne parle plus de
profit ou de manque  gagner, c'est reposant.


HERVE PONSOT (Toulouse)


#Webmestre du site web des ditions du Cerf, spcialises en thologie

*Entretien du 8 juin 1998

= En quoi consiste le site web du Cerf?

Pour les ditions du Cerf dont je m'occupe sur le plan internet, le site existe
en lien avec les ditions, mais marginalement quand mme: le serveur se trouve
en dehors du Cerf, et il est gr par une personne extrieure au Cerf, moi-mme.
Bref, il s'agit plutt d'un service rendu, dont on ne peut dire qu'il ait
boulevers la maison Cerf. Il reste que, par la grce de Dieu, de plus en plus
de consultants arrivent sur ce site, et que des commandes me sont adresses de
plus en plus rgulirement, sans que nous les ayons cherches, puisque le site a
t cr en priorit pour rendre service aux chercheurs, et secondairement pour
faire de la publicit pour la maison et renouveler son image...

Mais j'ai constat, et beaucoup de personnes m'ont confirm, que les sites de
service pouvaient se rvler rentables, parfois plus facilement et plus
rapidement que les sites commerciaux: l'exemple le plus connu est fourni par les
sites de recherche sur internet. La suite envisage pour le site Cerf ne devrait
pas fondamentalement changer par rapport  ce qui se passe aujourd'hui: rendre
service aux chercheurs, faire connatre la maison en lui donnant une image
dynamique. Nous pensons certes un jour faire du site, ou d'un site voisin, un
site commercial: mais la maison ne peut se permettre, compte tenu de sa faible
surface financire, d'tre leader en ce domaine; les pas seront donc compts et
trs prudents.


OLIVIER PUJOL (Paris)


#PDG de la socit Cytale et promoteur du Cybook, livre lectronique

Conu par la socit Cytale, le Cybook est le premier livre lectronique
europen  tre mis sur le march (date exacte de commercialisation: 23 janvier
2001). Il a les caractristiques suivantes: 21 x 16 cm, 1 kg, un cran couleur
10 pouces, tactile, rtro-clair,  cristaux liquides (LCD), avec une
rsolution de 600*800, quatre boutons de commande, une mmoire de 32 Mo
permettant de stocker 15.000 pages de texte, soit 30 livres de 500 pages, une
batterie lithium-ion d'une autonomie de 5 h, un modem 56 K intgr avec un
connecteur son, un port infrarouge, des extensions pour carte PCMCIA et port USB
permettant de brancher des priphriques, et enfin un prix: 867 euros. Il suffit
d'une prise tlphonique pour connecter le Cybook  l'internet et tlcharger
des livres  partir de la librairie lectronique situe sur le site de Cytale,
qui a conclu des partenariats avec plusieurs diteurs et socits de presse et
qui espre constituer rapidement un catalogue de plusieurs milliers de titres.

*Entretien du 2 dcembre 2000

= Pouvez-vous vous prsenter?

Olivier Pujol, PDG de Cytale, lecteur frntique, et internaute. J'ai crois il
y a deux ans le chemin balbutiant d'un projet extraordinaire, le livre
lectronique. Depuis ce jour, je suis devenu le promoteur impnitent de ce
nouveau mode d'accs  l'crit,  la lecture, et au bonheur de lire. La lecture
numrique se dveloppe enfin, grce  cet objet merveilleux: bibliothque,
librairie nomade, livre "adaptable", et aussi moyen d'accs  tous les sites
littraires (ou non), et  toutes les nouvelles formes de la littrature, car
c'est galement une fentre sur le web. Et ceci n'aurait pu exister sans
internet!

= Pouvez-vous dcrire l'activit de Cytale?

Conception et commercialisation d'un livre lectronique, conception,
dveloppement et gestion d'un site internet de diffusion de livres numriques,
prparation et formatage de livres numriques.

= Pouvez-vous dcrire son site web?

- Le premier site - "institutionnel" - a t cr en octobre 1999,  destination
des professionnels et des investisseurs.

- Le deuxime site (relookage du premier) a t cr en mai 2000, pour tester un
look diffrent.

- Le troisime site - "libraire" - est en cours de ralisation.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Dvelopper la lecture numrique en France, Europe, et plus.

= Comment voyez-vous l'avenir?

L'utilisation d'internet pour le transport de contenu est un secteur de
dveloppement majeur. La socit a pour vocation de dvelopper une base de
contenu en provenance d'diteurs, et de les diffuser vers des supports de
lecture scuriss.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Oui.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Les jours du papier ne sont pas compts. Le support papier est parfaitement
adapt  certains usages: la lecture numrique sur ordinateur n'est pas
pratique, et ce pour de nombreuses raisons. Elle ne s'est d'ailleurs pas
dveloppe du tout depuis dix ans.

Par ailleurs, le papier n'est pas seulement un support "oblig". C'est galement
un matriau noble, agrable, avec des qualits propres (toucher, odeur,
flexibilit) qui font que son usage n'est en rien menac (il s'impose mme
parfois dans des secteurs inattendus comme la confection!).

Le livre lectronique, permettant la lecture numrique, ne concurrence pas le
papier. C'est un complment de lecture, qui ouvre de nouvelles perspectives pour
la diffusion de l'crit et des oeuvres mlant le mot et d'autres mdias (image,
son, image anime...).

Les projections montrent une stabilit de l'usage du papier pour la lecture,
mais une croissance de l'industrie de l'dition, tire par la lecture numrique,
et le livre lectronique (de la mme faon que la musique numrique a permis aux
mlomanes d'accder plus facilement  la musique, la lecture numrique supprime,
pour les jeunes gnrations commme pour les autres, beaucoup de freins  l'accs
 l'crit).

= Quelles sont vos suggestions pour un meilleur respect du droit d'auteur sur le
web?

Utiliser des balladeurs ddis et scuriss pour la musique, et des livres
lectroniques scuriss pour la lecture.

Les mesures de protection des droits dveloppes pour l'ordinateur sont
systmatiquement dtournes un jour ou l'autre, et ce, universellement. Une
solution de piratage trouve  un bout de la plante peut tre instantanment
mise  la disposition de tous, et  porte d'un simple clic. Le PC connect sur
internet aura beaucoup de mal  tre scuris valablement dans un avenir proche.

Une autre solution serait d'imposer une "police plantaire du web", avec accs
gal  tous les pays, et  tous les ordinateurs personnels. C'est orwellien, et
un peu inquitant, mais heureusement peu facile  mettre en place.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure rpartition des langues sur le
web?

Le concept mme de rpartition des langues est absurde. Par sa nature ouverte,
le web est dj aujourd'hui le meilleur outil de propagation et donc de
prservation de langues qui, sans le web, pourraient tre menaces d'extinction.
La seule solution pour qu'une langue accroisse sa prsence sur le web est que
ses promoteurs aient vraiment envie de se bouger!

Il faut se souvenir que l'imprimerie avait t accuse de sonner le glas de
toutes les langues autres que le latin! La ralit a t que l'imprimerie, en
permettant  toutes les langues de se transmettre plus facilement, a provoqu la
mort du latin.

Une suggestion? Les moteurs de recherche multilingues et les traducteurs
automatiques.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

Le dveloppement des moteurs de type BrailleSurf associs  de la synthse
vocale, et le respect par les concepteurs de sites de quelques rgles
(documentation des images, ou association de commentaires textuels  certaines
applications telles que les animations flash). Ds que notre site atteindra un
niveau oprationnel suffisant, il sera entirement adapt  cet effet (voir les
directives du gouvernement dans ce sens).

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

J'ai beaucoup de mal  le dfinir. C'est un fourre-tout qui englobe des machines
lectroniques interconnectes et des sources d'informations.

= Et la socit de l'information?

Une socit o l'accs  l'information, l'information elle-mme et la capacit 
bien utiliser l'information sont des biens plus prcieux que les biens
matriels. Il faut noter que l'information a toujours t un avantage
professionnel considrable. Il fut un temps o un avantage concurrentiel pouvait
exister sur un territoire limit, et tre protg pour un temps long, par le
secret, ou l'ignorance des autres. Les voyages, la mondialisation des changes,
la performance de la logistique ont normment affaibli la notion de protection
"gographique" d'un avantage concurrentiel. La socit de l'information est une
socit o la protection de l'information est presque impossible, et o son
usage devient donc la valeur essentielle.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Pas de "meilleur souvenir". Dcouvrir instantanment une rponse  une question
qui m'aurait demand des heures de recherche il y a quelques annes est un
"meilleur souvenir" quotidien, et recevoir un mail d'un ami brsilien ou
hongrois en est un autre.

= Et votre pire souvenir?

De tomber systmatiquement sur des sites pornos ou de pdophilie en faisant
certaines requtes anodines.


ANISSA RACHEF (Londres)


#Bibliothcaire et professeur de franais langue trangre  l'Institut franais
de Londres

L'Institut franais de Londres est un organisme officiel franais destin 
faire connatre la langue et la culture franaises dans la capitale britannique.
5.000 tudiants environ suivent les cours de langue chaque anne, ce qui fait de
cet institut l'un des plus importants instituts franais au monde. Le centre
culturel inclut une bibliothque multimdia, un cinma, une salle de confrence
et un restaurant. Le site web de l'Institut est mis en ligne en 1998, et les
pages consacres  la mdiathque en 2000.

*Entretien du 22 avril 2001

= Pouvez-vous vous prsenter?

Je suis bibliothcaire  la mdiathque de l'Institut franais de Londres. Je
suis charge du catalogage du fonds documentaire qui est constitu de livres, de
vidos, de disques compacts et de disques optiques ainsi que de priodiques.
Avant mon installation  Londres, soit de 1980  1983, j'ai travaill  la
bibliothque universitaire d'Alger en qualit d'attache de recherche. C'est
d'Alger et en deux ans que j'ai prpar le DSB (diplme suprieur des
bibliothques), diplme de conservateur assimil  celui de l'ENSB de Lyon
(Ecole nationale suprieure des bibliothques, devenue ensuite l'ENSSIB - Ecole
nationale suprieure des sciences de l'information et des bibliothques).
Recrute selon un statut local depuis septembre 1987  l'Institut franais de
Londres, j'y exerce le mtier de bibliothcaire au sein d'une quipe de huit
membres. Par ailleurs, titulaire d'un diplme de FLE (franais langue
trangre), j'assure des heures d'enseignement de franais dans le mme
institut.

= Pouvez-vous dcrire l'activit de la mdiathque?

La mdiathque de l'Institut franais de Londres fut inaugure en mai 1996
(ainsi que la connexion  l'internet pour le personnel et les usagers, ndlr).
L'objectif est double: servir un public s'intressant  la culture et la langue
franaises et "recruter" un public allophone en mettant  disposition des
produits d'appel tels que vidos documentaires, livres audio, CD-Rom. La mise en
place rcente d'un espace multimdia sert aussi  fidliser les usagers.
L'installation d'un service d'information rapide a pour fonction de rpondre
dans un temps minimum  toutes sortes de questions poses via courrier
lectronique, ou par fax. Ce service exploite les nouvelles technologies pour
des recherches trs spcialises. Nous laborons galement des dossiers de
presse destins aux tudiants et professeurs prparant des examens de niveau
secondaire.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Je m'occupe essentiellement de catalogage, d'indexation et de cotation. Je suis
charge galement du service de prt inter-bibliothques. J'anime des ateliers
in situ de catalogage UNIMARC (MARC: machine readable catalogue) ainsi que des
ateliers d'indexation RAMEAU (rpertoire d'autorits matires encyclopdique et
alphabtique unifi). J'labore ponctuellement des amnagements de vedettes
matires propres  notre catalogue.

= En quoi consiste exactement votre activit lie  l'internet?

J'utilise internet pour des besoins de base. Recherches bibliographiques,
commande de livres, courrier professionnel, prt inter-bibliothques. C'est
grce  internet que la consultation de catalogues collectifs, tels SUDOC
(Systme universitaire de documentation) et OCLC (Online Computer Library
Center), a t possible. C'est ainsi que que j'ai pu mettre en place un service
de fourniture de documents extrieurs  la mdiathque. Des ouvrages peuvent
dsormais tre achemins vers la mdiathque pour des usagers ou bien 
destination des bibliothques anglaises.

= Utilisez-vous encore des documents papier?

Le papier est encore prsent dans la mdiathque. Cependant l'introduction de
documents lectroniques, tels que le CD-Rom du Monde par exemple, a permis une
puration de la collection papier.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

C'est assez rvolutionnaire, avec un gain de place considrable. Je trouve cela
trs futuriste.

= Comment dfinissez-vous la socit de l'information?

Actuellement l'information est le produit que la socit consomme le plus.


PETER RAGGETT (Paris)


#Directeur du centre de documentation et d'information (CDI) de l'OCDE
(Organisation de coopration et de dveloppement conomiques)

"L'OCDE rassemble 30 pays membres au sein d'une organisation qui, avant tout,
offre aux gouvernements un cadre pour examiner, laborer et perfectionner les
politiques conomiques et sociales. Ils y comparent leurs expriences
respectives, s'y efforcent d'apporter des rponses aux problmes qui leur sont
communs et s'y emploient  coordonner des politiques intrieures et
internationales qui, dans le contexte actuel de mondialisation des conomies,
doivent former un ensemble de plus en plus homogne. (...) L'OCDE est un club de
pays qui partagent les mmes ides. C'est un club de riches en ce sens que ses
Membres produisent les deux tiers des biens et services du monde, mais ce n'est
pas un club priv. En fait, l'exigence essentielle pour en devenir Membre est
qu'un pays soit attach aux principes de l'conomie de march et de la
dmocratie pluraliste. Au noyau d'origine, constitu de pays d'Europe et
d'Amrique du Nord, sont venus s'ajouter le Japon, l'Australie, la
Nouvelle-Zlande, la Finlande, le Mexique, la Rpublique tchque, la Hongrie, la
Pologne et la Core. De plus, l'OCDE a tabli de nombreux contacts avec le reste
du monde dans le cadre de programmes avec des pays de l'ancien bloc sovitique,
d'Asie et d'Amrique latine, contacts qui pourraient, dans certains cas,
dboucher sur une adhsion." (extrait du site web)

Rserv aux agents de l'OCDE, le centre de documentation et d'information (CDI)
a pour but de leur procurer les informations ncessaires  leurs recherches. Les
collections imprimes comprennent environ 60.000 monographies et 2.500
priodiques. Le CDI fournit aussi nombre de documents lectroniques manant de
CD-Rom, de bases de donnes et du web.

Peter Raggett, son directeur, est bibliothcaire professionnel depuis vingt ans.
Il a d'abord t en poste dans les bibliothques gouvernementales du Royaume-Uni
avant de devenir fonctionnaire international  l'OCDE en 1994, comme
sous-directeur puis directeur du CDI. Il utilise l'internet depuis 1996. Les
pages intranet du CDI, dont il est l'auteur, sont devenues une des principales
sources d'information du personnel de l'organisation.

*Entretien du 18 juin 1998 (entretien original en anglais)

= En quoi consiste votre activit lie  l'internet?

Je dois filter l'information pour les usagers de la bibliothque, ce qui
signifie que je dois bien connatre les sites et les liens qu'ils proposent.
J'ai slectionn plusieurs centaines de sites pour en favoriser l'accs  partir
de l'intranet de l'OCDE, et cette slection fait partie du bureau de rfrence
virtuel propos par la bibliothque  l'ensemble du personnel. Outre les liens,
ce bureau de rfrence contient des pages de rfrences aux articles,
monographies et sites web correspondant aux diffrents projets de recherche en
cours  l'OCDE, l'accs en rseau aux CD-Rom, et une liste mensuelle des
nouveaux titres. Le catalogue de la bibliothque sera lui aussi bientt
disponible sur l'intranet.

= Comment voyez-vous l'avenir?

L'internet offre aux chercheurs un stock d'informations considrable. Le
problme pour eux est de trouver ce qu'ils cherchent. Jamais auparavant on
n'avait senti une telle surcharge d'informations, comme on la sent maintenant
quand on tente de trouver un renseignement sur un sujet prcis en utilisant les
moteurs de recherche disponibles sur l'internet. A mon avis, les bibliothcaires
auraient un rle important  jouer pour amliorer la recherche et l'organisation
de l'information sur l'internet.

Je prvois aussi une forte expansion de l'internet pour l'enseignement et la
recherche. Les bibliothques seront amenes  crer des bibliothques numriques
permettant  un tudiant de suivre un cours propos par une institution 
l'autre bout du monde. La tche du bibliothcaire sera de filtrer les
informations pour le public.

Personnellement, je me vois devenir de plus en plus un bibliothcaire virtuel.
Je n'aurai pas l'occasion de rencontrer les usagers, ils me contacteront plutt
par courrier lectronique, par tlphone ou par fax, j'effectuerai la recherche
et je leur enverrai les rsultats par voie lectronique.

*Entretien du 4 aot 1999 (entretien original en anglais)

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Notre site intranet va tre compltement remani d'ici la fin de l'anne, et
nous allons y mettre le catalogue de la bibliothque, ce qui permettra  nos
usagers d'y avoir accs directement de leur cran. Ce catalogue sera conforme 
la norme Z39.50. (Z39.50 est une norme dfinissant un protocole pour la
recherche documentaire d'un ordinateur  un autre. Elle permet  l'utilisateur
d'un systme de rechercher des informations chez les utilisateurs d'autres
systmes utilisant la mme norme sans devoir connatre la syntaxe de recherche
utilise par ces systmes, ndlr.)

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Le problme du droit d'auteur est loin d'tre rsolu. Les diteurs souhaitent
naturellement toucher leur d pour chaque article command alors que les
bibliothcaires et usagers veulent pouvoir immdiatement tlcharger
(gratuitement si possible) le contenu intgral de ces articles. A prsent chaque
diteur semble avoir sa propre politique d'accs aux versions lectroniques. Il
serait souhaitable qu'une politique homogne soit mise en place, de prfrence
en autorisant largement le tlchargement des documents lectroniques.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Je pense qu'il appartient aux organisations et socits europennes d'offrir des
sites web si possible en trois ou quatre langues. A l'heure de la mondialisation
et du commerce lectronique, les socits ont un march potentiel sur plusieurs
pays  la fois. Permettre aux francophones, germanophones ou japonais de
consulter un site web aussi facilement que les anglophones donnera une plus
grande comptitivit  une firme donne.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Avoir trouv en dix minutes les informations biographiques et les articles d'un
professeur reu par l'OCDE.

= Et votre pire souvenir?

Les problmes de lenteur pour la connection  l'internet et le transfert des
donnes.

*Entretien du 31 juillet 2000 (entretien original en anglais)

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Le catalogue du CDI est disponible sur l'intranet de l'OCDE depuis octobre 1999,
si bien que les fonctionnaires peuvent dsormais le consulter depuis leur
bureau.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Nous fournissons toujours des photocopies d'articles de priodiques, un peu
moins cependant que par le pass parce que le texte intgral de nombreux
articles est maintenant disponible sur l'internet en format PDF. En revanche le
prt des monographies en version imprime n'a pas diminu depuis que l'OCDE
utilise l'internet.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Je pense que le papier aura toujours sa place, et ce malgr l'arrive du livre
numrique. Mais, quand les gens s'y seront accoutums, l'utilisation du papier
dcrotra.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Il est intressant d'observer combien la prsentation du livre lectronique
copie celle du livre traditionnel,  l'exception du fait que la page papier est
remplace par un cran. A mon avis, le livre lectronique va permettre de
remplacer certains documents papier, mais pas tous. J'espre aussi qu'ils seront
impermables  l'eau, pour je puisse continuer  lire dans mon bain.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

Je prconise une augmentation du nombre d'enregistrements sonores, qui
permettraient aux aveugles et malvoyants d'couter les textes du web au moyen
des haut-parleurs de leurs ordinateurs ou bien d'couteurs.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Le cyberespace est cette zone "extrieure" qui se trouve de l'autre ct du PC
lorsqu'on se connecte  l'internet. Pour ses utilisateurs ou ses clients, tout
fournisseur de services internet ou serveur de pages web se trouve donc dans le
cyberespace.

= Et la socit de l'information?

La socit de l'information est cette socit dont le produit le plus prcieux
est l'information. Jusqu'au 20e sicle, ce sont les produits manufacturiers qui
ont t les plus considrs. Ils ont ensuite t remplacs par l'information. En
fait, on parle maintenant davantage d'une socit du savoir, dans laquelle, du
point de vue conomique, le produit le plus pris est le savoir acquis par
chacun.


PATRICK REBOLLAR (Nagoya & Tokyo)


#Professeur de littrature franaise, crateur d'un site web de recherches et
activits littraires et modrateur de la liste de diffusion LITOR (littrature
et ordinateur)

Professeur de franais, de littrature franaise et d'applications informatiques
dans des universits japonaises,  Tokyo et Nagoya, Patrick Rebollar utilise
l'ordinateur pour la recherche et l'enseignement depuis plus de dix ans. En
1994, il voit apparatre internet "dans le champ culturel et linguistique
francophone" et il dbute un site web de recherches et activits littraires en
1996. Il est le modrateur de LITOR (Littrature et ordinateur), liste de
diffusion francophone cre en octobre 1999 par l'quipe de recherche Hubert de
Phalse (Universit Paris 3).

*Entretien du 17 juillet 1998

= Quel est l'historique de votre Chronologie littraire?

Pour la Chronologie littraire (1848-1914), cela a commenc dans les premires
semaines de 1997, en prparant un cours sur le roman fin de sicle (19e). Je
rassemblai alors de la documentation et m'aperus d'une part que les diverses
chronologies trouves apportaient des informations complmentaires les unes des
autres, et d'autre part que les quelques documents littraires alors prsents
sur le web n'taient pas prsents de faon chronologique, mais toujours
alphabtique. Je fis donc un document unique qui contenait toutes les annes de
1848  1914, et l'augmentais progressivement. Jusqu' une taille gnante pour le
chargement, et je dcidai alors, fin 1997, de le scinder en faisant un document
pour chaque anne. Ds le dbut, je l'ai utilis avec mes tudiants, sur papier
ou sur cran. Je sais qu'ils continuent de s'en servir, bien qu'ils ne suivent
plus mon cours. J'ai reu pas mal de courrier pour saluer mon entreprise, plus
de courrier que pour les autres activits web que j'ai dveloppes.

= Et pour vos Signets?

Animant des formations d'enseignants  l'Institut franco-japonais de Tokyo, je
voyais d'un mauvais oeil d'imprimer rgulirement des adresses pour demander aux
gens de les recopier. J'ai donc commenc par des petits documents rassemblant
les quelques adresses web  utiliser dans chaque cours (avec Word), puis me suis
dit que cela simplifierait tout si je mettais en ligne mes propres signets, vers
la fin 1996. Quelques mois plus tard, je dcidai de crer les sections finales
de nouveaux signets afin de visualiser des adresses qui sinon taient fondues
dans les catgories. Cahin-caha, je renouvelle chaque mois. Mais les quantits
de travail entranes par le Salon du livre de Tokyo (et les interviews
d'crivains), en janvier 1998, et le Festival de Yokohama (juin 1998), font
qu'il y a bien longtemps que je n'ai pas fait srieusement mon travail de veille
techno-culturelle...

= Quel est l'impact de l'internet sur votre vie professionnelle?

Mon travail de recherche est diffrent, mon travail d'enseignant est diffrent,
mon image en tant qu'enseignant-chercheur de langue et de littrature est
totalement lie  l'ordinateur, ce qui a ses bons et ses mauvais cts (surtout
vers le haut de la hirarchie universitaire, plutt constitue de gens gs et
technologiquement rcalcitrants). J'ai cess de m'intresser  certains
collgues proches gographiquement mais qui n'ont rien de commun avec mes ides,
pour entrer en contact avec des personnes inconnues et rparties dans diffrents
pays (et que je rencontre parfois,  Paris ou  Tokyo, selon les vacances ou les
colloques des uns ou des autres). La diffrence est d'abord un gain de temps,
pour tout, puis un changement de mthode de documentation, puis de mthode
d'enseignement privilgiant l'acquisition des mthodes de recherche par mes
tudiants, au dtriment des contenus (mais cela dpend des cours).
Progressivement, le paradigme rticulaire l'emporte sur le paradigme
hirarchique - et je sais que certains enseignants m'en veulent  mort
d'enseigner a, et de le dire d'une faon aussi crue. Cependant ils sont obligs
de s'y mettre...

= Comment voyez-vous votre avenir professionnel?

Mon avenir professionnel, qui sera de toute faon en liaison directe avec
l'internet, n'est pas plus clair que mon avenir lui-mme. J'attends les
opportunits professionnelles car l'enseignement universitaire n'est pas assez
dynamique dans ce domaine, et je ne suis pas sr d'y rester - pourtant j'aime
enseigner et j'aime les tudiants.

= Et l'avenir du rseau?

Trouble. Entre ceux qui cherchent  gagner de l'argent  tout prix, et ceux qui
en font une banque d'images pornographiques, ceux qui cherchent des amis pour
pallier un manque et ceux qui cherchent du travail. Ceux qui... et ceux qui...
le rseau devient progressivement une projection du monde lui-mme, plus prcise
et exacte chaque jour.

*Entretien du 27 janvier 2000

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Mon activit s'articule dsormais autour de trois ples:

- veille technologique et culturelle,

- enseignement assist par ordinateur,

- cration de pages littraires pdagogiques (mise en ligne en fvrier ou mars
2000 d'une oeuvre de Balzac, L'Illustre Gaudissart, avec notes de lecture
prpares par des tudiants japonais en doctorat pendant l'anne universitaire
1999).

Pour raliser ce document balzacien, nous avons travaill dans une salle
entirement informatise de l'Universit Gakushuin (Tokyo) et nous avons utilis
majoritairement des donnes en ligne (Dictionnaire de l'Acadmie franaise,
index de Balzac, cdrom Littr, etc.)

Autre nouvelle ralisation,  l'actif de l'quipe de recherche Hubert de Phalse
(Universit Paris 3)  laquelle j'appartiens : la cration d'une liste de
diffusion francophone nomme LITOR (Littrature et ordinateur), en octobre 1999,
dont je suis le modrateur et qui compte actuellement prs de 180 membres,
majoritairement des universitaires d'une douzaine de pays.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Je pense que le droit d'auteur doit tre dfendu, tout en tant redfini et
uniformis au niveau international, ce qui n'est pas vident.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Il s'agit d'abord d'un problme logiciel. Comme on le voit avec Netscape ou
Internet Explorer, la possibilit d'affichage multilingue existe. La
compatibilit entre ces logiciels et les autres (de la suite Office de
Microsoft, par exemple) n'est cependant pas acquise. L'adoption de la table
Unicode devrait rsoudre une grande partie des problmes, mais il faut pour cela
rcrire la plupart des logiciels, ce  quoi les producteurs de logiciels
rechignent du fait de la dpense, pour une rentabilit qui n'est pas vidente
car ces logiciels entirement multilingues intressent moins de clients que les
logiciels de navigation.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

L'coute de radios franaises. Ds qu'elle a t possible, en 1997, puis
amliore jusqu' aujourd'hui, elle m'a permis de rester en contact troit avec
l'actualit culturelle et politique franaises. De mme, la possibilit
d'acheter des livres et des disques, et d'tre livr dans des dlais
raisonnables  des prix normaux.

*Entretien du 14 dcembre 2000

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Autant qu'avant, mais je n'imprime pas beaucoup  partir de mon ordinateur, sauf
pour des prparations de cours  distribuer aux tudiants.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Je ne vois pas de problme pour les "jours du papier" dans l'avenir, alors que
justement, il faudrait en diminuer la consommation. Je crains d'ailleurs que
bien des gens n'impriment tout et n'importe quoi avec leur ordinateur,
consommant ainsi bien plus de papier qu'ils ne le faisaient avant.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

N'ayant pas encore eu l'objet en main, je rserve mon avis. Je trouve
enthousiasmant le principe de stockage et d'affichage mais j'ai des craintes
quant  la commercialisation des textes sous des formats payants. Les chercheurs
pourront-ils y mettre leurs propres corpus et les retravailler? L'outil
sera-t-il vraiment souple et lger, ou faut-il attendre le dveloppement de
l'encre lectronique? Je crois galement que l'on prpare un cartable
lectronique pour les lves des coles, ce qui pourrait tre bon pour leur
dos...

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

Amliorer les logiciels de lecture orale de l'crit. Crer des crans tactiles
qui affichent le texte en braille et dvelopper des logiciels de traduction
automatique et d'affichage sur cran braille (sous l'gide d'une fondation
internationale subventionne par les gouvernements, l'Unesco, etc., et qui
lverait des fonds auprs des entreprises intresses).

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

La rplique virtuelle et trs imparfaite du monde des relations humaines,
sociales, commerciales et politiques. En privant partiellement les utilisateurs
de la matrialit du monde (spatiale, temporelle, corporelle), le cyberespace
permet de nombreuses interactions instantanes et multi-locales. A noter que les
tres humains se montrent aussi stupides ou intelligents, malveillants ou
dvous dans le cyberespace que dans l'espace rel...

= Et la socit de l'information?

Une grande mise en scne (mondialise) qui fait prendre les vessies pour des
lanternes. En l'occurrence, les gouvernants de toutes sortes, notamment sous le
nom de "march", diffusent de plus en plus de prescriptions contraignantes
(notamment commerciales, politiques et morales) qu'ils russissent, un peu grce
aux merveilles technologiques,  faire passer pour des liberts. Notons que
"cyberntique" et "gouvernement" ont la mme racine grecque...


JEAN-BAPTISTE REY (Aquitaine)


#Webmestre et rdacteur de Biblio On Line, un site web destin aux bibliothques

*Entretien du 8 juin 1998

= Quel est l'historique de Biblio On Line?

Le site dans sa premire version a t lanc en juin 1996. Une nouvelle version
(l'actuelle) a t mise en place  partir du mois de septembre 1997. Le but de
ce site est d'aider les bibliothques  intgrer internet dans leur
fonctionnement et dans les services qu'elles offrent  leur public. Le service
est dcompos en deux parties:

1) une partie "professionnelle" o les bibliothcaires peuvent retrouver des
informations professionnelles et des liens vers les organismes, les institutions
et les projets et ralisations ayant trait  leur activit,

2) une partie comprenant annuaire, mode d'emploi de l'internet, villes et
provinces, etc... permet au public des bibliothques d'utiliser le service
Biblio On Line comme un point d'entre vers internet.

= Dans quelle mesure l'internet a-t-il chang votre vie professionnelle?

Personnellement internet a compltement modifi ma vie professionnelle puisque
je suis devenu webmestre d'un site internet et responsable du secteur nouvelles
technologies d'une entreprise informatique parisienne (QuickSoft Ingnierie). Il
semble que l'essort d'internet en France commence (enfin) et que les demandes
tant en matire d'informations, de formations que de ralisations soient en
grande augmentation.


PHILIPPE RIVIERE (Paris)


#Rdacteur au Monde diplomatique et responsable du site web

Le site du Monde diplomatique permet l'accs  l'ensemble des articles de la
revue depuis 1998, par date, sujet et pays. L'intgralit du mensuel en cours
est consultable gratuitement pendant les deux semaines suivant sa parution. Un
forum permanent de discussions en ligne lui permet d'changer avec ses lecteurs.

*Entretien du 17 juin 1998

= Quel est l'historique de votre site web?

Mont dans le cadre d'un projet exprimental avec l'INA (Institut national de
l'audiovisuel), dbut 1995, le site tait le premier site d'un journal franais.
Depuis il a bien grandi, autour des mmes services de base: archives et annonce
de sommaire.

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

Grce  internet, le travail journalistique s'enrichit de sources faciles
d'accs, aisment disponibles. Le travail ditorial est facilit par l'change
de courriers lectroniques; par contre, une charge de travail supplmentaire due
aux messages reus commence  peser fortement.

*Entretien du 26 juillet 1999

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Notre site a bien grandi depuis, autour des mmes services de base: archives et
annonce de sommaire. Des services complmentaires viennent s'y ajouter: bases
documentaires comprenant des textes de rfrence (cas du cahier Irak), dossiers
d'actualit permettant au journal d'intervenir en dehors de son cadre mensuel,
etc.


BLAISE ROSNAY (Paris)


#Webmestre du site du Club des potes

Fond il y a quarante ans par Jean-Pierre Rosnay, le pre de Blaise Rosnay, le
Club des Potes propose une dcouverte de la posie de tous les temps et de tous
les pays depuis les origines jusqu' aujourd'hui.

*Entretien du 8 juin 1998

= Quel est l'historique de votre site web?

Le site du Club des Potes a t cr en 1996, il s'est enrichi de nombreuses
rubriques au cours des annes et il est mis  jour deux fois par semaine.

= Quel est l'apport de l'internet dans votre activit?

L'internet nous permet de communiquer rapidement avec les potes du monde
entier, de nous transmettre des articles et pomes pour notre revue, ainsi que
de garder un contact constant avec les adhrents de notre association. Par
ailleurs, nous avons organis des travaux en commun, en particulier dans le
domaine de la traduction.

= Quels sont vos projets?

Nos projets pour notre site sont d'y mettre encore et toujours plus de posie.
Ajouter encore des enregistrements sonores de posie dite ainsi que des vidos
de spectacles.

*Entretien du 16 janvier 2000

= En quoi consiste exactement votre activit sur l'internet?

Je mets en page des pomes, je modre modrment le forum des potes, j'anime
une rubrique d'actualit potique ("Etat d'urgence posie"), je rdige des notes
de lecture sur les sites potiques de l'internet francophone, et je dialogue
avec les internautes curieux de posie. Le site du Club des Potes est mis 
jour deux fois par semaine au moins.

= Quelles sont vos nouvelles ralisations et vos nouveaux projets?

Nous sommes en train de raliser une version anime (utilisant la technologie
Flash) de la rubrique "La posie et l'enfant".

Ds que nous aurons un peu plus de moyens, nous nous connecterons par le cble
au Club des Potes et nous retransmettrons nos spectacles  l'aide d'une webcam.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

La diffusion de la culture doit tre facilite sur l'internet. Les diteurs et
les pouvoirs publics doivent encourager tous les projets raliss par des
passionns de tel ou tel auteur qui partagent leur passion avec les autres sur
internet sans en faire profit.

Exemple: il serait absurde qu'un jeune homme qui aime Le Petit Prince de
Saint-Exupry ne soit pas encourag  partager son amour et  l'illustrer par
quelques extraits de cette oeuvre qui, soit dit en passant, est un beau
plaidoyer pour le coeur contre les raisons de l'argent. En rsum, il me semble
que l'internet peut encore devenir un moyen de partage de la culture et de la
beaut  condition que la culture et la beaut ne soient pas considres comme
des biens de consommation. C'est la moindre des choses, car, justement, la
posie et la beaut vhiculent d'autres valeurs morales et spirituelles.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Dans la mesure o la culture franaise, y compris contemporaine, pourra tre
diffuse sans obstacles, la langue franaise aura la possibilit de rester
vivante sur le rseau. Ses oeuvres, lies au gnie de notre langue, susciteront
ncessairement de l'intrt puisqu'elles sont en prise avec l'volution actuelle
de l'esprit humain. Dans la mesure o il y aura une volont d'utiliser
l'internet comme moyen de partage de la connaissance, de la beaut, de la
culture, toutes les langues, chacune avec leur gnie propre, y auront leur
place. Mais si l'internet, comme cela semble tre le cas, abandonne ces
promesses pour devenir un lieu unique de transactions commerciales, la seule
langue qui y sera finalement parle sera une sorte de jargon dnaturant la belle
langue anglaise, je veux dire un anglais amoindri  l'usage des relations
uniquement commerciales.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

D'innombrables rencontres avec des potes du monde entier que nous avons
dcouverts sur internet et qui sont venus nous rendre visite au Club des Potes.
D'innombrables messages de soutien et d'encouragement.

= Et votre pire souvenir?

Le constat que, faute d'une volont politique de partage culturel, les
initiatives les plus belles sont le plus souvent dcourages par la logique
marchande et que l'internet risque de se transformer peu  peu en vitrine de
supermarch.

*Entretien du 9 novembre 2000

= Utilisez-vous encore des documents papier?

Le moins possible: en fait nous apprenons les pomes par coeur et ce que nous
aimons le mieux, c'est de transmettre la posie dans sa tradition orale. Mais en
vrit l'internet aussi nous parat un peu vieillot. C'est d'un coeur  l'autre,
en passant par les lvres et l'oreille, que la posie se propage  la vitesse de
la pense.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Cela n'a qu'une importance relative. On imprime beaucoup de btises sur du
papier et le paysage de l'internet commence aussi  se dgrader srieusement.
Les marchands de papier (lisez "diteurs") laisseront-ils place au marchands
d'lectrons par internet interpos (lisez "producteurs de contenus sur internet"
(sic))? Peu nous importe. La posie poursuit son voyage pour l'ternit.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Je n'ai aucun sentiment pour les machines. Elles ne sont mme pas douces 
caresser.
Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

L'usage de la voix bien sr. Notre site propose bien sr de nombreux pomes dits
et chants  couter.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Une toile irise o se refltent nos dsirs insenss.

= Et la socit de l'information?

Une socit de plus en plus mal frquente. Quand donc les humains associs
apprendront-ils  converger vers la beaut?

*Entretien du 3 mai 2001

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Dans le cadre des nouveauts, nous avons cr cette anne Posie vive qui nous
permet d'offrir un espace aux internautes-potes qui nous intressent.

Cela complte gracieusement Posie.net dont la vocation est davantage de
prsenter un trs large panorama des grandes voix de la posie de tous les pays
et de tous les temps.

Nous allons crer (il sera en ligne la semaine prochaine,  savoir le 8 mai
2001, je pense) "Nouvailes, le site des nouvelles qui vous donnent des ailes",
qui offrira tous les jours une bonne nouvelle (une nouvaile!)  ses visiteurs,
ce qui les changera des informations tlvises, radiodiffuses, et maintenant
interntises, qui sont bien faites pour briser le moral des plus rsistants des
coeurs sensibles.

Nous allons en profiter pour redonner aussi un coup de jeune  "Ulysse,
chercheur de connaissances", un beau site de partage de la culture, rpertoire
des plus belles ressources culturelles sur l'internet.

Voil. En d'autres termes, nous travaillons toujours ardemment  donner un peu
d'me au monde virtuel aussi bien que rel.


JEAN-PAUL ROUSSET SAINT AUGUSTE (Paris)


#Journaliste spcialis dans l'histoire des techniques

*Entretien du 28 mai 2001

= Pouvez-vous vous prsenter?

J'ai une formation d'historien. Je suis de trs prs et depuis longtemps le
dveloppement de la micro-informatique. J'exerce plusieurs activits, dont
certaines sont lies aux produits high-tech (PDA, e-books).

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Commercialisation de produits techniques (mon principal employeur distribue des
produits culturels et techniques). Et aussi journalisme.

= En quoi consiste exactement votre activit lie  l'internet?

Usage priv, et usage comme outil professionnel (utilisation intensive de
l'e-mail, et des ressources documentaires du web ou des newsgroups).

= Comment voyez-vous l'avenir?

J'espre un internet toujours plus ouvert et dense en informations, o le
principe d'change et de gratuit prvaut. Ce modle a de grandes chances de
perdurer, sans pour autant tre le modle dominant. Un sub-internet pourrait
bien s'instaurer, n des communauts virtuelles trs attaches aux principes
sus-cits.

= Utilisez-vous encore beaucoup le papier?

Oui. Il a encore de longs jours devant lui.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Intressant, mais la route sera longue: la technologie utilise ne peut pas
autoriser une diffusion de masse aujourd'hui. Parier  long terme sur l'avenir
de ces produits ne fait pas courir beaucoup de risque. Mais les produits qui
enterreront le livre-papier ne sont pas ns (et pas mme conus, juste rvs).

= Quel est votre avis sur les dbats relatifs au respect du droit d'auteur sur
le web?

Toutes les publications du web ne valent pas forcment des droits d'auteur! Plus
srieusement, ds lors qu'une publication est diffuse aussi bien sur le web que
d'autres mdias, ou bien qu'elle relve de principes comparables  une
publication papier, je ne vois pas de raison de distinguer les deux (un article
command pour publication sur le web doit tre soumis aux mmes rgles de
rmunration qu'une publication papier).

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Un lieu d'change particulirement vaste.

= Et la socit de l'information?

Un mythe.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Dans un newsgroup, la rencontre d'un Japonais qui devait venir en France, et qui
prparait son voyage. Aprs quelques changes de messages, j'ai appris qu'il
allait tre hberg chez une de ses connaissances...  200 mtres de chez moi.

= Et votre pire souvenir?

Ma bote  e-mails inonde de messages de pubs (argent, voyance, sexe...) aprs
un simple passage sur un forum de discussions... sur le Mac.


BRUNO DE SA MOREIRA (Paris)


#Co-fondateur des ditions 00h00.com, spcialises dans l'dition numrique

Cres par Jean-Pierre Arbon, ancien directeur de Flammarion, et Bruno de Sa
Moreira, ancien directeur de Flammarion Multimdia, les ditions 00h00.com
(prononcer: zro heure) dbutent leur activit le 18 mai 1998. "La cration de
00h00.com marque la vritable naissance de l'dition en ligne. C'est en effet la
premire fois au monde que la publication sur internet de textes au format
numrique est envisage dans le contexte d'un site commercial, et qu'une
entreprise propose aux acteurs traditionnels de l'dition (auteurs et diteurs)
d'ouvrir avec elle sur le rseau une nouvelle fentre d'exploitation des droits.
Les textes offerts par 00h00.com sont soit des indits, soit des textes du
domaine public, soit des textes sous copyright dont les droits en ligne ont fait
l'objet d'un accord avec leurs ayants-droit." (extrait du site web)

*Entretien du 31 juillet 1998

= Quel est l'historique de votre site web?

Le site a ouvert le 18 mai dernier, la gestation du projet: brainstorming,
faisabilit, cration de la socit et montage financier, dveloppement
technique du site et informatique ditoriale, mise au point et production des
textes et prparation du catalogue  l'ouverture a dur un an.
Dans quelle mesure l'internet a-t-il chang votre vie professionnelle?

Radicalement, puisqu'aujourd'hui mon activit professionnelle est 100% base sur
internet. Le changement ne s'est pas fait radicalement, lui, mais
progressivement (audiovisuel, puis multimdia, puis internet).

= Comment voyez-vous l'avenir?

Difficile de rpondre, il s'agit du prsent, nous faisons un pari, mais cela me
semble un mdia capable d'une trs large popularisation, sans doute grce  des
terminaux plus faciles d'accs que le seul micro-ordinateur.

[NDLR: Les 600 titres du catalogue - indits ou rditions lectroniques
d'ouvrages publis par des diteurs franais - sont disponibles sous la forme
d'un exemplaire numrique et d'un exemplaire papier. Les exemplaires numriques
reprsentent 85% des ventes. Les collections sont trs diverses: 2003 (nouvelles
critures), actualit et socit, communication et NTIC (nouvelles technologies
de l'information et de la communication), posie, policiers, science-fiction,
etc. Pas de stock, pas de contrainte physique de distribution, mais un lien
direct avec le lecteur et entre les lecteurs. Sur le site, les
cybernautes/lecteurs peuvent crer leur espace personnel afin d'y rdiger leurs
commentaires, recommander des liens vers d'autres sites, participer  des
forums, etc. "Internet est un lieu sans pass, o ce que l'on fait ne s'value
pas par rapport  une tradition, lit-on sur le site. Il y faut inventer de
nouvelles manires de faire les choses. (...) Le succs de l'dition en ligne ne
dpendra pas seulement des choix ditoriaux: il dpendra aussi de la capacit 
structurer des approches neuves, fondes sur les lecteurs autant que sur les
textes, sur les lectures autant que sur l'criture, et  rendre immdiatement
perceptible qu'une aventure nouvelle a commenc."]

*Entretien du 18 janvier 2000

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Nous allons dvelopper notre outil d'dition en ligne pour permettre d'tendre
nos activits: produire et distribuer nos oeuvres dans plusieurs formats (avec
le PDF, systmatiser l'offre au format Rocket eBook, au format Palm Pilot, au
futur format Microsoft Reader, etc.), ainsi que dvelopper une offre ditoriale
en ligne en plusieurs langues ( commencer par l'anglais). [fin]

[NDLR: Le 15 septembre 2000, 00h00.com est rachet par Gemstar, socit
amricaine leader dans le domaine des technologies et systmes interactifs pour
les produits numriques. Gemstar s'tait engag sur le nouveau march de
l'dition numrique ds janvier 2000 en acqurant NuvoMedia et Softbook Press,
les deux socits amricaines  l'origine des premiers modles de livres
lectroniques (e-books), respectivement le Rocket eBook et le Softbook Reader.
Selon Henry Yuen, prsident de Gemstar, cit par l'AFP, "les comptences
ditoriales dont dispose 00h00.com et les capacits d'innovation et de
crativit dont elle a fait preuve sont les atouts ncessaires pour faire de
Gemstar un acteur majeur du nouvel ge de l'dition numrique qui s'ouvre en
Europe". 00h00 est maintenant un partenaire dterminant dans le dveloppement
sur le march de l'dition franaise et europenne des nouveaux modles de
livres lectroniques, produits et commercialiss par Thomson Multimdia, sous
licence de Gemstar.]


PIERRE SCHWEITZER (Strasbourg)


#Architecte designer, concepteur d'@folio (support de lecture nomade) et de
Mot@mot (passerelle vers les bibliothques numriques)

*Entretien du 21 janvier 2001

= Pouvez-vous dcrire @folio?

@folio est un support de lecture nomade. J'hsite  parler de livre
lectronique, car le mot "livre" dsigne aussi bien le contenu ditorial (quand
on dit qu'untel a crit un livre) que l'objet en papier, gnial, qui permet sa
diffusion.

La lecture est une activit intime et itinrante par nature. @folio est un
baladeur de textes, simple, lger, autonome, que le lecteur remplit selon ses
dsirs  partir du web, pour aller lire n'importe o. Il peut aussi y imprimer
des documents personnels ou professionnels provenant d'un CD-Rom. Les textes
sont mmoriss en faisant: "imprimer", mais c'est beaucoup plus rapide qu'une
imprimante, a ne consomme ni encre ni papier. Les liens hypertextes sont
maintenus au niveau d'une reliure tactile.

Le projet est n  l'atelier Design de l'Ecole d'architecture de Strasbourg o
j'tais tudiant. Il est dvelopp  l'Ecole nationale suprieure des arts et
industries de Strasbourg avec le soutien de l'Anvar-Alsace.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Mon projet de design est  l'origine du concept, en 1996. Aujourd'hui, je
participe avec d'autres  sa formalisation, les prototypes, design, logiciels,
industrialisation, environnement technique et culturel, etc., pour transformer
ce concept en un objet grand public pertinent.

Nous dveloppons aussi Mot@mot, une passerelle entre @folio et les fonds
numriss en mode image, chez les diteurs numriques ou dans les bibliothques
numriques, comme Gallica  la Bibliothque nationale de France (35.000 ouvrages
en ligne).

= Pouvez-vous prsenter Mot@mot?

La plus grande partie du patrimoine crit existant est fix dans des livres, sur
du papier. Pour rendre ces oeuvres accessibles sur la toile, la numrisation en
mode image est un moyen trs efficace. Le projet Gallica en est la preuve. Mais
il reste le problme de l'adaptation des fac-simils d'origine  nos crans de
lecture aujourd'hui: rduits brutalement  la taille d'un cran, les fac-simils
deviennent illisibles. Sauf  manipuler les barres d'ascenseur, ce qui ncessite
un ordinateur et ne permet pas une lecture confortable.

La solution propose par Mot@mot consiste  dcouper le livre, mot  mot, du
dbut  la fin (enfin, les pages scannes du livre...). Ces mots restent donc
des images, il n'y a pas de reconnaissance de caractres, donc pas d'erreur
possible. On obtient une chane d'images-mots liquide, qu'on peut remettre en
page aussi facilement qu'une chane de caractres. Il devient alors possible de
l'adapter  un cran de taille modeste, sans rien perdre de la lisibilit du
texte. La typographie d'origine est conserve, les illustrations aussi.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Internet pose une foule de questions et il faudra des annes pour organiser des
rponses, imaginer des solutions. L'tat d'excitation et les soubresauts autour
de la dite "nouvelle" conomie sont sans importance, c'est l'poque qui est
passionnante.

= Il existe deux modes de numrisation des textes: le mode image et le mode
caractre. Lequel prconisez-vous?

Le mode image permet d'avancer vite et  trs faible cot. C'est important car
la tche de numrisation du domaine public est immense. Il faut tenir compte
aussi des diffrentes ditions: la numrisation du patrimoine a pour but de
faciliter l'accs aux oeuvres, il serait paradoxal qu'elle aboutisse  focaliser
sur une dition et  abandonner l'accs aux autres.

Chacun des deux modes de numrisation s'applique de prfrence  un type de
document, ancien et fragile ou plus rcent, libre de droit ou non (pour l'auteur
ou pour l'dition), abondamment illustr ou pas. Les deux modes ont aussi des
statuts assez diffrents: en mode texte, a peut tre une nouvelle dition d'une
oeuvre; en mode image, c'est une sorte d' "dition d'dition", grce  un de ses
exemplaires (qui fonctionne alors comme une fonte d'imprimerie pour du papier:
une trace optique sur un support, numrique, c'est assez joli  raliser).

En pratique, le choix dpend bien sr de la nature du fonds  numriser, des
moyens et des buts  atteindre. Difficile de se passer d'une des deux faons de
faire. Mot@mot essaie de rendre le dilemme moins crucial.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Oui, encore trop. J'ai renonc au papier de mon agenda depuis le dbut de
l'anne... a ne se passe pas trop mal. L'organiseur de poche est un substitut
du papier pour ce qu'il y a de plus primitif dans l'criture: tenir des listes.
Efficace. Jack Goody m'a fait voir a cet t dans La raison graphique (ditions
de Minuit, 1978, ndlr), un bouquin crit  la fin des annes 70!

Et puis j'aime bien emprunter mes livres en bibliothque. a consomme aussi
moins de papier! J'y lis volontiers mes livres: les salles de lecture, leur
silence, leur lumire sont des havres de srnit dans la fureur des villes.

Avec le web et internet, le pronostic sur la consommation de papier est
incertain. D'un ct, la logique du rseau et la dmatrialisation des supports,
e-mail, documents  jour exclusivement en ligne, leur accessibilit  distance,
le dclin de la paperasse, etc. Mais d'un autre ct, il y a le besoin trivial
d'imprimer pour lire. Parce que la lecture s'accomode assez mal du nez coll sur
un tube cathodique.

Avec ou sans papier, l'volution de la lecture est une chose remarquable avec
internet. Mme les radios et les tls qui s'installent sur le web donnent des
contenus  lire et des espaces pour crire. L'air de rien, c'est une sacre
innovation.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Fabriquer une encyclopdie ncessitait, il y a peu, des dizaines de kilos de
papier, des kilos d'encre. Aujourd'hui, a tient sur une galette optique de 15
grammes et cote environ 10 fois moins cher que l'"ancien modle" en papier.

Un stick de mmoire flash (pour la photo numrique, du MP3 ou @folio) pse 2
grammes et contient aujourd'hui jusqu' 120 millions de caractres, l'quivalent
de 5 volumes Petit Robert, soit 10 kilos de papier environ... et contrairement
au papier, le stick est rinscriptible  l'infini, c'est mieux qu'un palimpseste
;-)

Mais il y a plus de papier dans le secteur de l'emballage que dans celui de
l'dition (journaux, livres) et le dveloppement du e-commerce ne rduira pas
les besoins d'emballage. L'atelier Design de l'Ecole d'architecture de
Strasbourg a produit l'an dernier un superbe projet de mobilier urbain, un totem
 l'chelle du quartier, hors gel, qui fonctionne comme une poste automatique,
ouverte 7 jours/7 et 24 heures/24, o l'on vient retirer ses paquets, muni d'un
code d'accs envoy par e-mail.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

C'est un terme un peu obscur pour moi. Mais je dteste encore plus "ralit
virtuelle". Bizarre, cette ide de conceptualiser un ailleurs sans pouvoir y
mettre les pieds. Evidemment un peu idalis, "sans friction", o les choses ont
des avantages sans les inconvnients, o les autres ne sont plus des "comme
vous", o on prend sans jamais rien donner, "meilleur" - parat-il. Facile quand
on est sr de ne jamais aller vrifier. C'est la porte ouverte  tous les excs,
avec un discours technologique  outrance, dconnect du rel, mais a ne prend
pas.

Dans la ralit, internet n'est qu'une volution de nos moyens de communication.
Bon nombre d'applications s'apparentent ni plus ni moins  un tlgraphe volu
(Morse, 1830): modem, e-mail... Les mots du tlgraphe traversaient les ocans
entre Londres, New-York, Paris et Toyo, bien avant l'invention du tlphone.
Bien sr, la commutation tlphonique a fait quelques progrs: jusqu'
l'hypertexte cliquable sous les doigts, les URL (uniform resource locator) en
langage presqu'humain, bientt accessibles y compris par les systmes d'criture
non alphabtiques...

Mais notre vrai temps rel, c'est celui des messages au fond de nos poches et de
ceux qui se perdent, pas le temps zro des tlcommunications. La segmentation
et la redondance des messages, une trouvaille d'internet? Au 19e sicle, quand
Reuters envoyait ses nouvelles par pigeon voyageur, il en baguait dj
plusieurs. Nos pages perso? Ce sont des aquariums avec un rpondeur, une radio
et trois photos plongs dedans. Tout ce joyeux "bazar" est dans nos vies
relles, pas dans le "cyberespace".

= Et la socit de l'information?

J'aime bien l'ide que l'information, ce n'est que la forme des messages. La
circulation des messages est facilite, techniquement, et elle s'intensifie. Et
dsormais, le monde volue avec a.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Au tout dbut, quand vous ralisez le systme: le matin,  l'heure o vous vous
levez, les derniers messages arrivent de la cte ouest de l'Amrique. Le jour se
passe et le soir, quand vous allez vous coucher, ce sont les tous premiers
messages qui arrivent des Dragons. C'est comme la lumire autour de la nouvelle
lune.

= Et votre pire souvenir?

Je ne l'ai pas gard comme souvenir.


HENRI SLETTENHAAR (Genve)


#Professeur en technologies de la communication  la Webster University

Henri Slettenhaar est spcialiste des technologies de la communication. En 1958,
il rejoint le CERN (Laboratoire europen pour la physique des particules) pour
travailler sur le premier ordinateur numrique, et il participe au dveloppement
des premiers rseaux numriques du CERN. Son exprience amricaine dbute en
1966 quand il rejoint pendant 18 mois une quipe du Stanford Linear Accelerator
Center (SLAC) pour crer un numrisateur de film. De retour au SLAC en 1983, il
conoit un systme numrique de contrle qui sera utilis pendant dix ans.
Depuis prs de vingt ans, il est professeur en technologies de l'information 
la Webster University de Genve. Il est le directeur du nouveau programme de
gestion des tlcoms (Telecom Management Program) cr  l'automne 2000. Il est
galement consultant auprs de nombreux organismes.

En 1992, Henri Slettenhaar cre la Silicon Valley Association (SVA), une
association suisse qui organise des voyages d'tude dans des ples de haute
technologie (Silicon Valley, San Francisco, Los Angeles, Finlande, etc.). Outre
des visites de socits, start-up, universits et centres de recherche, ces
voyages comprennent des confrences, prsentations et discussions portant sur
les nouvelles technologies de l'information (internet, multimdia,
tlcommunications, etc.), les derniers dveloppements de la recherche et de ses
applications, et les mthodes les plus rcentes en matire de stratgie
commerciale et de cration d'entreprise.

*Entretien du 21 dcembre 1998 (entretien original en anglais)

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

Je ne peux pas imaginer ma vie professionnelle sans l'internet. Cela fait vingt
ans que j'utilise le courrier lectronique. Les premires annes, c'tait le
plus souvent pour communiquer avec mes collgues dans un secteur gographique
trs limit. Depuis l'explosion de l'internet et l'avnement du web, je
communique principalement par courrier lectronique, mes confrences sont en
grande partie sur le web et mes cours ont tous un prolongement sur le web. En ce
qui concerne les visites que j'organise dans la Silicon Valley, toutes les
informations sont disponibles sur le web, et je ne pourrais pas organiser ces
visites sans utiliser l'internet. De plus, l'internet est pour moi une
fantastique base de donnes disponible en quelques clics de souris.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Je vais encore renforcer l'utilisation de l'internet dans mes activits
professionnelles. En ce qui concerne les langues, je suis enchant qu'il existe
maintenant tant de documents disponibles dans leur langue originale. Je prfre
de beaucoup lire l'original avec difficult plutt qu'une traduction mdiocre.

= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?

Je vois le multilinguisme comme un facteur fondamental. Les communauts locales
prsentes sur le web devraient en tout premier lieu utiliser leur langue pour
diffuser des informations. Si elles veulent galement prsenter ces informations
 la communaut mondiale, celles-ci doient tre aussi disponibles en anglais. Je
pense qu'il existe un rel besoin de sites bilingues.

*Entretien du 23 aot 1999 (entretien original en anglais)

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

C'est un dbat important et, comme par le pass, des solutions doivent tre
trouves dans les nouvelles technologies.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

A mon avis, il existe deux catgories sur le web. La premire est la recherche
globale dans le domaine des affaires et de l'information. Pour cela, la langue
est d'abord l'anglais, avec des versions locales si ncessaire. La seconde, ce
sont les informations locales de tous ordres dans les endroits les plus reculs.
Si l'information est  destination d'une ethnie ou d'un groupe linguistique,
elle doit d'abord tre dans la langue de l'ethnie ou du groupe, avec peut-tre
un rsum en anglais. Nous avons vu rcemment l'importance que pouvaient prendre
ces sites locaux, par exemple au Kosovo ou en Turquie, pour n'voquer que les
vnements les plus rcents. Les gens ont pu obtenir des informations sur leurs
proches grce  ces sites.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

La vision d'images venant directement de l'espace, et particulirement de
Jupiter.

= Et votre pire souvenir?

La surcharge d'information. Je suis submerg par toutes ces informations et je
ne dispose pas encore des outils qui me permettraient de ne trouver que ce que
je cherche.

*Entretien du 30 aot 2000 (entretien original en anglais)

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

L'explosion de la technologie du mobile. Le tlphone mobile est devenu pour
beaucoup de gens, moi y compris, le moyen de communication personnel vous
permettant d'tre joignable  tout moment o que vous soyiez. Toutefois
l'internet mobile est encore du domaine du rve. Comme expliqu dans un article
sur la tlphonie mobile en Finlande, les nouveaux services offerts par les
tlphones GSM sont extrmement primitifs et trs chers, si bien que le Wap a
reu le sobriquet de "Wait And Pay".

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure rpartition des langues sur le
web?

Le multilinguisme s'est beaucoup dvelopp. De nombreux sites de commerce
lectronique sont maintenant multilingues, et il existe maintenant des socits
qui vendent des produits permettant la localisation des sites (adaptation des
sites aux marchs nationaux, ndlr).

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

J'ai difficult  croire que les gens sont prts  lire sur un cran. En ce qui
me concerne, je prfre de beaucoup toucher et lire un vrai livre.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Le cyberespace est notre espace virtuel,  savoir l'espace de l'information
numrique (constitu de bits, et non d'atomes). Si on considre son spectre, il
s'agit d'un espace limit. Il doit tre gr de telle faon que tous les
habitants de la plante puissent l'utiliser et en bnficier. Il faut donc
liminer la fracture numrique.

= Et la socit de l'information?

La socit de l'information est l'ensemble des personnes utilisant
quotidiennement le cyberespace de manire intensive et qui n'envisageraient pas
de vivre sans cela,  savoir les nantis, ceux qui sont du bon ct de la
fracture numrique.

*Entretien du 8 juillet 2001 (entretien original en anglais)

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Ce qui me vient  l'esprit est le changement considrable apport par le fait
que j'ai maintenant une connexion  dbit rapide chez moi. Le fait d'tre
constamment connect est totalement diffrent du fait de se connecter de temps 
autre par la ligne tlphonique.

Je reois maintenant mes messages ds leur arrive dans ma messagerie. Je peux
couter mes stations radio prfres o qu'elles soient. Je peux couter les
actualits quand je veux. Et aussi couter la musique que j'aime  longueur de
journe.

Aujourd'hui par exemple j'ai suivi les commentaires et le score du championnat
de tennis de Wimbledon en temps rel. La seule chose qui manque est une vido de
bonne qualit en temps rel. La largeur de bande est encore insuffisante pour
cela.

Mon domicile est maintenant quip d'un rseau local avec et sans fil. Je peux
utiliser mon ordinateur portable partout  l'intrieur et  l'extrieur de la
maison, et mme chez les voisins, tout en restant connect. La mme technologie
me permet maintenant d'utiliser la carte de rseau local sans fil de mon
ordinateur quand je voyage. Par exemple, lors de mon dernier voyage  Stockholm,
je pouvais tre connect  l'htel, au centre de confrences,  l'aroport et
mme au pub irlandais!


MURRAY SUID (Palo Alto, Californie)


#Ecrivain, travaille pour EDVantage Software, une socit internet de logiciels
ducatifs

Murray Suid vit  Palo Alto (Californie), une ville situe au coeur de la
Silicon Valley. Il est l'auteur de livres pdagogiques (par exemple Ten-Minute
Grammar Grabbers), de livres pour enfants (par exemple The Kids' How to Do
Almost Everything Guide), de ralisations multimdia (par exemple The Writing
Trek) et de scnarios (par exemple Summer of the Flying Saucer - produit par la
socit irlandaise Magma Films en 2001).

*Entretien du 7 septembre 1998 (entretien original en anglais)

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

L'internet est devenu mon principal instrument de recherche, et il a largement -
mais pas compltement - remplac la bibliothque traditionnelle et la
communication de personne  personne pour une recherche prcise. A l'heure
actuelle, au lieu de tlphoner ou d'aller interviewer les gens sur rendez-vous,
je le fais par courrier lectronique. Du fait de la rapidit inhrente  la
messagerie lectronique, j'ai pu collaborer  distance avec des gens,
particulirement pour des scnarios. J'ai par exemple travaill avec deux
producteurs allemands.

Cette correspondance est galement facile  conserver et  organiser, et je peux
donc aisment accder  l'information change de cette faon. De plus, le fait
d'utiliser le courrier lectronique permet aussi de garder une trace des ides
et des rfrences documentaires. Ce type de courrier fonctionnant bien mieux que
le courrier classique, l'internet m'a permis de beaucoup augmenter ma
correspondance. De mme le rayon gographique de mes correspondants s'est
beaucoup tendu, surtout vers l'Europe. Auparavant, j'crivais rarement  des
correspondants situs hors des Etats-Unis. C'est galement beaucoup plus facile,
je prends nettement plus de temps qu'avant pour aider d'autres crivains dans
une sorte de groupe de travail virtuel. Ce n'est pas seulement une attitude
altruiste, j'apprends beaucoup de ces changes qui, avant l'internet, me
demandaient beaucoup plus d'efforts.

= Comment voyez-vous la relation entre l'imprim et l'internet?

Tout d'abord, l'internet est au service de l'imprim. Je n'aurais jamais pu
prparer mon dernier livre publi, The Kids' How to Do (Almost) Everything
Guide, sans utiliser le courrier lectronique parce que cela m'aurait cot trop
de temps et d'argent pour localiser les experts. L'internet est un outil de
recherche majeur pour les auteurs de livres, d'articles, etc.

De mme,  notre poque qui bouge si vite, de nombreuses donnes ne restent pas
valables longtemps, si bien que le contenu des livres devient vite obsolte.
Mais un livre peut avoir un prolongement sur le web - et donc vivre en partie
dans le cyberespace. L'auteur peut ainsi aisment l'actualiser et le corriger,
alors qu'auparavant il devait attendre longtemps jusqu' l'dition suivante,
quand il y en avait une.

En termes de marketing, le web devient galement indispensable, particulirement
pour les petits diteurs qui ne peuvent se permettre de publicit dans les
principaux magazines ou missions de radio. Bien que les grandes maisons
d'dition aient toujours l'avantage, grce au cyberespace les petits diteurs
peuvent mettre en place une straggie de marketing efficace.

Les livres sur support papier seront encore disponibles pendant quelque temps,
parce que nous avons l'habitude de ce support. De nombreux lecteurs aiment le
toucher du papier, et le poids du livre dans les mains ou dans un sac. Je n'ai
pas encore eu l'occasion d'utiliser un livre numrique, mais j'aimerais faire
cette exprience,  cause de la facilit de recherche, des possibilits de
couleur et de son envisages  l'avenir, etc. De toute vidence les livres
multimdia peuvent tre facilement tlchargs  partir du web et, mme si ce
n'est pas encore le cas, de tels livres domineront  l'avenir le march de
l'dition.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Je ne sais pas trs bien, parce que ne suis pas trs au fait des aspects
techniques de l'internet. J'aimerais avoir directement accs  des oeuvres
numriques de la Library of Congress, par exemple, de la mme faon que les
archives de journaux, que je lis maintenant en ligne. Pour le moment, je trouve
bien des livres en ligne (en mode image, ndlr), mais j'ai besoin d'avoir une
version imprime pour les utiliser. Je prfrerais avoir accs en ligne  une
version en mode texte et copier les parties dont j'ai besoin pour mon travail,
au lieu d'avoir  photocopier ou scanner les pages qui m'intressent.

J'espre que l'internet proposera bientt la tlphonie avec vido, ce serait un
progrs vraiment apprciable.

Je ne sais pas si je publierai des livres sur le web, au lieu de les publier en
version imprime. J'utiliserai peut-tre ce nouveau support si les livres
deviennent multimdias. Pour le moment je participe au dveloppement de matriel
pdagogique multimdia. C'est un nouveau type de matriel qui me plat beaucoup
et qui permet l'interactivit entre des textes, des films, des documents audio
et des graphiques tous relis les uns aux autres.

*Entretien du 3 aot 1999 (entretien original en anglais)

= Quoi de neuf depuis notre entretien de 1998?

En plus des livres complts par un site web, je suis en train d'adopter la mme
formule pour mes oeuvres multimdia - qui sont sur CD-Rom - afin de les
ractualiser et d'enrichir leur contenu.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?
Quelles solutions pratiques suggrez-vous?

Je pense que la solution est de crer des units d'information ne pouvant tre
voles. En d'autres termes, l'oeuvre qui est vendue doit avoir plus de valeur
que sa copie. Par exemple, il est pour le moment plus facile et meilleur march
d'acheter un de mes livres que de le photocopier dans son intgralit. J'essaie
donc de concevoir mes livres de telle faon que toutes les pages aient leur
utilit, et non seulement quelques-unes.

J'aimerais vendre mes livres en ligne - au format PDF - mais je n'ai pas encore
tudi la manire d'empcher les acheteurs de redistribuer les fichiers. Ceci
est peut-tre possible par le cryptage. Mais je ne connais pas cette technique.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

La rencontre avec des experts et des auteurs qui ont particip  mes projets de
publications.

= Et votre pire souvenir?

Avoir t insult par une personne que je ne connaissais pas, et qui avait trs
mauvaise opinion de moi alors qu'elle ne savait absolument rien  mon sujet.

*Entretien du 11 octobre 2000 (entretien original en anglais)

= Quoi de neuf depuis notre entretien de 1999?

EDVantage Software, notre socit, est maintenant une socit internet et non
plus une socit multimdia (CD-Rom). Nous procurons du matriel pdagogique en
ligne aux tudiants et aux professeurs.

= Utilisez-vous encore beaucoup le papier?

Non, nous utilisons trs peu de papier. Nous faisons cependant quelques
impressions, surtout pour les runions au cours desquelles nous discutons des
manuscrits.

= Pensez-vous que le papier sera encore utilis  l'avenir?

J'espre que non.

= Quel est votre sentiment sur le livre lectronique?

Je n'ai pas encore eu l'occasion d'en utiliser un.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Il est n'importe o, c'est--dire partout. L'exemple le plus simple est ma bote
aux lettres lectronique, qui me suit o que j'aille.

= Et la socit de l'information?

Une socit dans laquelle les ides et le savoir sont plus importants que les
objets.


JUNE THOMPSON (Hull, Royaume-Uni)


#Directeur du C&IT (Communications & Information Technology) Centre, bas 
l'Universit de Hull

Depuis ses dbuts en 1989, le C&IT Centre fait partie de l'Institut des langues
de l'Universit d'Hull (Royaume-Uni), et vise  promouvoir l'utilisation des
ordinateurs dans l'apprentissage et l'enseignement des langues. Le Centre donne
des informations sur la manire dont l'apprentissage des langues assist par
ordinateur peut tre effectivement intgr  des cours existants en offrant un
soutien aux professeurs qui utilisent l'informatique dans l'enseignement qu'ils
dispensent (par exemple dans la rubrique: Internet Resources for Language
Teachers and Learners).

Hberg par le C&IT Centre, EUROCALL (European Association for Computer Assisted
Language Learning) regroupe des professeurs de langues exerant en Europe et
dans le monde entier. L'association a pour but de promouvoir l'utilisation des
langues trangres en Europe, l'utilisation de la technologie pour
l'apprentissage des langues  l'chelon europen, et l'laboration et la
diffusion d'un matriel de qualit. Un congrs annuel fait le point sur les
recherches et les applications dans ce domaine.

EUROCALL a contribu  la cration de WELL (Web Enhanced Language Learning).
Destin  l'enseignement suprieur au Royaume-Uni, ce programme vise 
dvelopper l'utilisation du web pour l'apprentissage des langues et 
sensibiliser les professeurs sur les possibilits offertes par le web et les
nouvelles technologies. Le site permet l'accs  des ressources web de qualit
dans douze langues diffrentes. Slectionnes et dcrites par des experts, ces
ressources sont compltes par des informations et des exemples sur la manire
de les utiliser pour l'enseignement ou l'apprentissage d'une langue.

*Entretien du 14 dcembre 1998 (entretien original en anglais)

= Quel a t l'apport de l'internet dans votre activit?

L'utilisation de l'internet a apport une nouvelle dimension  notre tche, qui
consiste  aider les professeurs de langue  utiliser les nouvelles technologies
dans ce domaine.

= Comment voyez-vous l'volution vers un web multilingue?

Avec l'internet, on a la possibilit de davantage utiliser les langues
trangres, aussi notre organisation ne soutient absolument pas la suprmatie de
l'anglais en tant que langue de l'internet. A ce sujet, une intressante
confrence a t donne par Madanmohan Rao  la Confrence WorldCALL de
Melbourne en juillet 1998.

A mon avis, dans un avenir proche, l'utilisation de l'internet pour les langues
va continuer  se dvelopper en mme temps que d'autres supports (par exemple
l'utilisation de CD-Rom - certains tablissements n'ont pas suffisamment de
matriel informatique en rseau), dans le cadre d'activits  caractre
pdagogique. Dans cette optique, notre organisme travaille troitement avec le
projet WELL (Web Enhanced Language Learning).


JACQUES TRAHAND (Grenoble)


#Vice-prsident de l'Universit Pierre Mends France, charg de l'enseignement 
distance et des TICE (technologies de l'information et de la communication pour
l'ducation)

*Entretien du 17 dcembre 1999

= Pouvez-vous prsenter le site web de votre universit?

Ce site a t restructur depuis 1996 pour viter une trop grande htrognit
des prsentations des diffrentes units et quipes de notre universit. Il vise
entre autres  donner une meilleure information aux tudiants franais et
trangers qui envisagent de venir tudier dans notre universit.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Je suis vice-prsident charg de l'enseignement  distance et des technologies
de l'information et de la communication pour l'ducation. A ce titre je
supervise le dploiement des technologies permettant d'amliorer les services
aux tudiants (et donc aux enseignants, aux personnels administratifs et  tous
les acteurs et partenaires).

= Dans quelle mesure l'internet a-t-il chang votre vie professionnelle?

Internet est un nouveau type de ressource utilisable pour chercher, produire et
stocker des connaissances,  ce titre les activits de formation et de recherche
ne peuvent l'ignorer. Ce nouveau mdia modifie les contraintes lies  l'espace
(prsentiel versus distant) et au temps (synchrone versus asynchrone).

= Comment voyez-vous l'avenir?

Il va falloir inventer et organiser les nouveaux mtiers de la formation
(diteur, mdiateur, tuteur, valuateur...) et les faire prendre en compte dans
les institutions de formation.

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?

Ces problmes me semblent voisins de ceux du photocopiage. Il faut dvelopper un
code de bons usages et tenter de le faire respecter.


PAUL TREANOR (Pays-Bas)


#Gre sur son site personnel une section consacre  l'avenir des langues en
Europe

Cr en 1996 par Paul Treanor, ce site web est divis en six parties: idologie
de l'internet et du cyberespace, gopolitique et nationalisme, avenir de
l'Europe, thorie et planification urbaines, libralisme et thique, et
questions acadmiques. Certaines pages - dont le contenu prtant  controverse
pourrait donner lieu  des poursuites judiciaires - ne se trouvent que sur le
site dupliqu. Ainsi, au cas o celui-ci serait ferm, le premier site se
trouverait toujours disponible. Paul Treanor crit galement des articles pour
le magazine en ligne allemand Telepolis.

*Entretien du 18 aot 1998 (entretien original en anglais)

= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?

Vous parlez du web au singulier. Comme vous l'avez sans doute lu (sur mon site,
ndlr), je pense que "le web" est un concept politique, non technologique. Une
civilisation est possible avec des ordinateurs trs sophistiqus mais pas
d'interconnexion. L'ide qu'il devrait exister "un web" est drive de la
tradition librale du march unique ouvert, de prfrence mondial.

L'internet devrait tre tout simplement dcoup en nets multiples, et l'Europe
devrait couper ses liens avec les Etats-Unis et construire un autre Net
spcifique et incompatible avec le premier. (...) Rappelez-vous qu'il y a quinze
ans tout le monde pensait qu'il n'y aurait qu'un metteur de tlvision 
l'chelle mondiale, CNN. Or il existe maintenant des chanes de tlvision
nationales franaises, allemandes ou espagnoles.

La rponse  votre question est donc que l'entit "un web" sera de toute manire
divise, probablement en quatre parties:

1. un internet propre aux Etats-Unis et au Canada, avec nombre des
caractristiques actuelles;

2. des internets nationaux spars, avec des liens limits avec l'extrieur;

3. un nouvel internet gnral pour relier entre eux les nets de la catgorie 2;

4. et peut-tre un internet spcifique  l'Union europenne.

Comme vous le voyez, cette structure est parallle  celle qui existe en
gopolitique. Toute l'infrastructure des tlcommunications a suivi des modles
similaires. (...)

La politique actuelle de l'Union europenne prtend tre neutre, mais en fait
elle soutient le dveloppement de l'anglais comme langue de contact pour
communiquer.

*Entretien du 25 juillet 1999 (entretien original en anglais)

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

La nature de l'internet a profondment chang durant ces deux dernires annes.
Il n'est dsormais plus possible de parler de manire idaliste de son impact
social ou politique: l'internet est devenu entirement commercial, ce qui tait
aisment prvisible. Je l'ai toujours dcrit comme une structure librale et
comme un march de l'information. Cette main-mise du commerce est donc logique.

On dit souvent que l'internet s'apparente maintenant  la tlvision. Son
contenu est certainement dtermin par les forces du march, et il consiste de
plus en plus en un certain nombre de sites trs volumineux qui proposent une
quantit considrable d'informations. D'une certaine manire ceux-ci ressemblent
 des chanes de tlvision, bien que cette mtaphore ne soit pas tout  fait
exacte.

= Comment voyez-vous l'volution vers un web multilingue?

Le multilinguisme futur de l'internet est dtermin par les forces du march. A
prsent il n'existe pas de volont politique d'imposer le multilinguisme. Le
fait d'avoir des informations dans plusieurs langues correspond  un intrt
commercial, au moins pour l'Europe. Par contre, pour les diffrentes langues de
l'Afrique, il n'existe pas de potentiel conomique.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Je ne me fais aucune illusion sur l'internet. Il ne me vient  l'esprit aucune
exception  citer.

= Et votre pire souvenir?

La pire chose que j'aie vue rcemment sur l'internet est le fait que des
milliers de personnes aient ajout le logo de la radio B92 de Belgrade sur leur
site, sans se poser de questions sur la nature de cette radio ni sur la
politique qu'elle reprsentait. En fait cette radio mettait dj d'un avion de
l'OTAN (Organisation du trait de l'Atlantique Nord). La campagne mene montre
combien il est facile de manipuler le public de ce nouveau mdium.


ZINA TUCSNAK (Nancy)


#Ingnieur d'tudes en informatique  l'ATILF (Analyses et traitements
informatiques du lexique franais)

L'ATILF a dvelopp des programmes de recherche sur la langue franaise,
principalement son vocabulaire. Traites par des systmes informatiques
spcifiques, les donnes (lexicales et textuelles) portent sur divers registres
du franais : langue littraire (du 14e au 20e sicle), langue courante (crite
et parle), langue scientifique et technique (terminologies), et rgionalismes.

Les bases de donnes de l'ATILF comprennent notamment: (1) Frantext, un corpus 
dominante littraire constitu de textes franais qui s'chelonnent du 16e au
20e sicle. Sur l'intgralit du corpus, il est possible d'effectuer des
recherches simples ou complexes (base non catgorise). Sur un sous-ensemble
comportant des oeuvres en prose des 19e et 20e sicles, les recherches peuvent
galement tre effectues selon des critres syntaxiques (base catgorise); (2)
l'Encylopdie de Diderot et d'Alembert, en collaboration avec l'ARTFL (American
and French Research on the Treasury of the French Language) de l'Universit de
Chicago. Il s'agit de la version internet de la premire dition,  savoir 17
volumes de texte et 11 volumes de planches; (3) Dictionnaires d'autrefois
(16e-19e sicles): Dictionnaires de l'Acadmie franaise, 1re (1694), 5e (1798),
et 6e (1835) ditions, Dictionarium latinogallicum de Robert Estienne, Thresor
de la langue franoyse (versions ancienne et moderne) de Jean Nicot,
Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle; (4) le Catalogue critique
des ressources textuelles sur internet (CCRTI), un ensemble de sites qui
diffusent des ressources textuelles en ligne sur le web, slectionns en
fonction de leur srieux sur le plan du traitement ditorial et du traitement
numrique des textes; (5) le Dictionnaire de l'Acadmie franaise, 8e dition
(1932).

*Entretien du 23 octobre 2000

= Pouvez-vous prsenter votre organisme?

Je fais partie du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), plus
prcisment du dpartement des Sciences de l'homme et de la socit (SHS).
L'ATILF (Analyses et traitements informatiques du lexique franais) participe
activement  la valorisation des innovations scientifiques et techniques et au
rayonnement de la culture franaise  l'tranger.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Je suis ingnieure informaticienne. Mon travail s'articule autour de deux axes
principaux: grer des bases textuelles informatises (Encyclopdie Diderot,
Dictionnaires d'autrefois) et assurer l'administration des serveurs de notre
laboratoire. Je gre plusieurs sites internet: Encyclopdie Diderot,
Dictionnaires d'autrefois, Webcourrier et Ressources informatiques  l'INaLF.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Je ne conois pas l'avenir sans internet. C'est une volution constante.

= Utilisez-vous encore des documents papier?

Non, pas personnellement. Les dictionnaires lectroniques et autres e-books
rvolutionnent l'accs  la culture. En quelques clics, l'utilisateur peut
trouver l'information recherche.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

L'e-book offre une combinaison d'opportunits: la digitalisation et l'internet.
Les diteurs apportent leur titres  tous les lecteurs du monde. C'est une
nouvelle re de la publication.

= Quelles sont vos suggestions pour un meilleur respect du droit d'auteur sur le
web?

Le droit en informatique et en particulier le droit d'auteur sur la toile est
une discipline de plus en plus dveloppe et recherche. Malgr quelques cas qui
ont fait jurisprudence, le lgislateur n'est pas en mesure de solutionner toute
la problmatique actuelle. L'absence des frontires est un gros handicap.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure rpartition des langues sur le
web?

C'est un vaste problme. Le meilleur moyen sera l'application d'une loi par
laquelle on va attribuer un "quota"  chaque langue. Mais est-ce que ce n'est
pas une utopie de demander l'application d'une telle loi dans une socit de
consommation comme la ntre?

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

Il faudrait fournir des alternatives quivalentes au contenu visuel et auditif:
le texte peut tre expdi directement  des synthtiseurs vocaux et  des
gnrateurs de braille et peut tre reprsent sur du papier.La voix synthtique
et le braille sont indispensables aux individus non voyants et mal entendants.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Je crois que, dans le cyberespace, l'information et la quantit de l'information
sont gouvernes par des lois mathmatiques. Mais les modles mathmatiques n'ont
pas trouv encore leur solution, un peu comme le mouvement perptuel ou la
quadrature du cercle.

= Et la socit de l'information?

La socit de l'information peut tre dfinie comme un milieu dans lequel se
dveloppent la culture et la civilisation par l'intermdiaire de l'informatique,
qui restera la base et la thorie de cette socit.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Mon meilleur souvenir est li  la mise en oeuvre d'un serveur qui permet la
lecture de son courrier depuis n'importe quel ordinateur muni d'une connexion
internet. Le principe d'un tel serveur existait dj, surtout sur des grandes
sites amricains. Mais rien ne remplace la sensation du devoir accompli.

= Et votre pire souvenir?

Ce sont les CV bidons, publis sur des pages personnelles. Surtout quand les
auteurs s'appropient des ralisations ou des activits qu'ils n'effectuent pas.
Mais cela ouvre un dbat plus large sur la rpression des fraudes sur internet.


FRANCOIS VADROT (Paris)


#Fondateur et PDG de FTPress (French Touch Press), socit de cyberpresse

*Entretien du 20 mai 2000

= Pouvez-vous prsenter FTPress?

FTPress (French Touch Press) est une socit franaise de cyberpresse. Elle a
donn naissance aux sites suivants:

- www.ftpress.com, le site de la socit de presse "matresse", qui prsente le
concept, les produits, l'organisation... et les membres de l'quipe, sous forme
de portraits trs personnels;

- www.internetactu.com, le site d'Internet Actu, consacr  l'actualit
d'internet et des nouvelles technologies, cr le 9 septembre 1999 sous cette
forme-l (mais successeur de LMB Actu (Le Micro Bulletin Actu), qui se trouvait
au sein de la Dlgation aux systmes d'information (DSI) du CNRS (Centre
national de la recherche scientifique));

- www.pixelactu.com, le site de Pixel Actu, consacr  l'actualit de l'image
numrique, cr le 31 janvier 2000;

- www.esanteactu.com, le site de eSant Actu, consacr  l'actualit de la
eSant,  savoir le croisement de la sant (vue par les professionnels du
secteur) et d'internet, lanc le 16 mai 2000;

- www.lafontaine.net, le site de Jean de la Fontaine, qui prsente l'intgralit
de son oeuvre, ainsi que plein de dessins, pastiches, enregistrements, et publie
quotidiennement "La fable du jour";

- www.commissairetristan.com, le site des Aventures du Commissaire Tristan, le
premier cyberpolar online (gratuit), coproduit par FTPress et AlloCin, lanc 
mi-juin 2000.

Les projets sont nombreux pour les prochains mois.

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

En (trs) rsum, cela consiste  dvelopper une socit, FTPress, spcialise
dans la presse online (enfin pour l'instant, car tout bouge tellement vite que
ce pourrait bien ne plus tre le cas dans quelques mois). Le concept de FTPress
est de raliser des mdias professionnels spcialiss chacun dans un secteur
conomique: la sant, l'automobile, l'image numrique, les ressources humaines,
la logistique, etc. Chaque mdia traite de l'conomie, de la technologie, des
aspects politiques et sociaux, d'un secteur modifi par l'arrive des nouvelles
technologies et d'internet. Le premier a t Internet Actu, cr au CNRS en
fvrier 1996, suivi de Pixel Actu (fvrier 2000), puis de eSant Actu (mai
2000). Nous sommes partis de l'crit, mais nous allons maintenant vers le
multimdia, avec prochainement des missions de tlvision. FTPress ralise
aussi des mdias pour des tiers.

= Comment voyez-vous votre avenir professionnel?

Mon avenir professionnel, je le vois comme un prsent professionnel. Si vous
m'aviez pos cette question il y a deux ans, je vous aurais rpondu qu' force
de travailler avec internet (en tant que directeur aux systmes d'information du
CNRS) et  propos d'internet (en tant que directeur de la publication LMB Actu),
je rvais de crer une entreprise internet. Mais je me demandais alors comment
m'y prendre. Si vous me l'aviez pose il y a un an, je vous aurais rpondu que
j'avais fait le saut, que les ds taient jets, et que j'avais annonc mon
dpart de l'administration... pour crer FTPress. Je ne pouvais plus supporter
de rester o j'tais. Je devenais aigre. C'tait crer mon entreprise ou bien...
prendre une anne sabbatique  ne rien faire. Et aujourd'hui je suis en plein
dedans. J'ai l'impression de vivre les histoires que l'on lit dans la presse sur
les start-ups. C'est dur  supporter physiquement, tant le dveloppement est
rapide. Alors, mon avenir, je le vois  la plage, sans internet, pour me reposer
avec ma femme ;-)

= Que pensez-vous des dbats lis au respect du droit d'auteur sur le web?
Quelles solutions pratiques suggrez-vous?

Ces dbats sont fonds. Certaines personnes, souvent d'ailleurs celles qui ont
le pouvoir donn par une institution d'appartenance, s'assoient sur le droit
d'auteur, n'hsitant pas  apposer leur nom sur un texte crit par un autre.
Chez FTPress, nous appliquons grosso modo le principe de la GPL (general public
licence, licence publique qui sert de fondement  Linux, ndlr) pour les
logiciels libres. Nos textes sont reproductibles gratuitement dans la mesure o
ce n'est pas fait dans des fins commerciales, et bien sr sous rserve que la
source soit mentionne. Quant aux auteurs des dits textes, ils sont rmunrs
normalement, avec un statut de journalistes, et galement intresss dans
l'entreprise, par le jeu de bons de souscription (alias stock options). Cet
intressement aux rsultats et  la valeur de l'entreprise complte la
rmunration traditionnelle du journaliste pour un texte destin  une
publication dtermine. En contrepartie, FTPress ne paie plus les auteurs si le
texte est revendu  un tiers (qui en fait un usage commercial). Je pense que
c'est une solution  cette question dans le domaine de la presse. Mais c'est un
problme complexe et vari, qui ne peut trouver une seule rponse.

= Comment voyez-vous l'volution vers un internet multilingue?

Je ne sais pas rpondre, sinon une banalit, comme: "chacun gardera son langage
privilgi, avec l'anglais comme langue d'change". Mais peut-on rellement
penser que toute la population du monde va communiquer dans tous les sens?
Peut-tre? Via des systmes de traduction instantane, par crit ou par oral?
J'ai du mal  imaginer qu'on verra de sitt des outils capables de translater
les subtilits des modes de pense propres  un pays: il faudrait pour lors
traduire, non plus du langage, mais tablir des passerelles de sensibilit. A
moins que la mondialisation n'uniformise tout cela? En rsum, je pense que la
bonne question est celle d'un internet multiculturel.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Quand nous avons franchi la barre des 10.000 abonns  LMB Actu, dbut 1998.

= Et votre pire souvenir?

Une fois, quand nous avons crit une btise dans Internet Actu, et que les
messages incendiaires des abonns ont commenc  arriver en trombe, dans les dix
minutes suivant l'envoi. On a tous commenc  paniquer, car on venait de
basculer LMB Actu dans le priv et la socit FTPress ne reposait que sur le
successeur, Internet Actu. Un dsabonnement massif et c'en tait fini de nous.
Mais finalement, toutes ces ractions nous ont permis de dmarrer la tribune des
lecteurs, qui a t bien apprcie! Souvent, les erreurs ont du bon, du moment
qu'on les avoue, et qu'on l'affiche ouvertement: ces changes crent des liens
entre les lecteurs et les auteurs.

*Entretien du 25 novembre 2000

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Plein de choses! De nouveaux magazines (DRH Actu, NetLocal Actu, Automates
intelligents dans quelques jours, Correspond@nces avec la Fondation la Poste,
etc.), de la TV (avec un studio propre), un nouveau systme d'information (ou de
production) trs puissant (Reef.com), le kiosque de presse (avec des partenaires
presse externe,  commencer par Diora), etc.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

a n'a pas chang: j'imprime souvent nos propres publications pour les lire dans
les transports en commun. Je n'ai pas beaucoup le temps de lire, hormis des
romans.

= Le papier a-t-il encore de beaux jours devant lui?

Oui, il a encore de l'avenir, il y aura toujours du papier, ou si ce n'est pas
le papier (matriau) que l'on connat, ce sera un support souple, lger et fin
comme lui (pour dans dix ans en principe).

= Quel est votre sentiment sur le livre lectronique?

Ce n'est rien d'autre qu'un ordinateur portable ddi. Je ne vois pas bien
pourquoi on se priverait des autres fonctions de l'ordinateur, quitte 
transporter un cran.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

Ne pas abuser des interfaces purement graphiques, et conserver une distribution
en texte simple (il n'y a d'ailleurs pas que les aveugles qui apprcient).

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Rien d'original... Je ne vois pas trs bien quoi rajouter au sens des deux mots
qui composent ce terme.

= Et la socit de l'information?

Une socit dont l'information est le moteur, dans tous les sens du terme.


CHRISTIAN VANDENDORPE (Ottawa)


#Professeur  l'Universit d'Ottawa et spcialiste des thories de la lecture

Professeur  l'Universit d'Ottawa (Canada) et smioticien spcialis dans les
thories de la lecture, Christian Vandendorpe est l'auteur d'un essai intitul
Du papyrus  l'hypertexte (La Dcouverte, Paris, 1999).

*Entretien du 21 mai 2001

= Pouvez-vous vous prsenter?

Je suis professeur  l'Universit d'Ottawa. Intress par la smiotique (thorie
gnrale des signes et des systmes de significations linguistiques, ndlr), j'ai
fait une thse sur la lecture de la fable. J'ai dcouvert l'hypertexte comme
outil de rdaction  partir de la ralisation d'une grammaire sur disque compact
pour mes tudiants, Communication crite (Didascom, Kingston, 1999). C'est pour
raffiner ma rflexion sur ce nouvel environnement d'criture et de lecture que
j'ai rdig un essai, Du papyrus  l'hypertexte.

= Comment voyez-vous l'avenir de l'imprim?

Le papier est un support remarquable: lger, conomique, polyvalent, et dont les
diverses textures en appellent non seulement au sens de la vue, mais aussi au
toucher et  l'odorat. Il a encore de beaux jours devant lui, surtout pour les
ouvrages de luxe ou de prestige et que l'on voudra pouvoir manipuler et
conserver pour leur valeur en tant qu'objets. Le papier va aussi rester comme
support pour des textes d'une certaine ampleur que l'on voudra pouvoir lire 
loisir. L'impression sur demande va rpondre  cette demande. En mme temps, les
textes destins  la lecture courante vont de plus en plus tre apprhends sur
des supports numriques. C'est dj le cas pour le courrier lectronique et les
activits de lecture sur le web. Mais l'ordinateur n'est pas un support idal
pour la lecture, en raison de la position qu'il impose au lecteur. En outre, la
technologie de l'hypertexte encourage une lecture ergative, tourne vers
l'action et la recherche de rponses brves et rapides plutt que vers la
lecture de fiction ou d'essais.

= Comment voyez-vous l'avenir de l'internet?

Cet outil fabuleux qu'est le web peut acclrer les changes entre les tres,
permettant des collaborations  distance et un panouissement culturel sans
prcdent. Mais cet espace est encore fragile. Il risque d'tre confisqu par
des juridictions nationales. Ou il peut tre transform en une gigantesque
machine  sous au moyen de laquelle la quasi-totalit de nos activits entrerait
dans le circuit conomique et ferait l'objet d'une tarification minute. On ne
peut pas encore prdire dans quel sens il voluera. Le phnomne Napster a
contribu  un dbut de prise en main par les juges, qui tendent  imposer sur
cet espace les conceptions en vigueur dans le monde physique. On pourrait ainsi
en touffer le potentiel d'innovation. Il existe cependant des signes
encourageants, notamment dans le dveloppement des liaisons de personne 
personne et surtout dans l'immense effort accompli par des millions
d'internautes partout au monde pour en faire une zone riche et vivante. Il faut
aussi saluer la dcision du MIT (Masachusetts Institute of Technology) de placer
tout le contenu de ses cours sur le web d'ici dix ans, en le mettant
gratuitement  la disposition de tous. Entre les tendances  la privatisation du
savoir et celles du partage et de l'ouverture  tous, je crois en fin de compte
que c'est cette dernire qui va l'emporter.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Le livre lectronique va acclrer cette mutation du papier vers le numrique,
surtout pour les ouvrages techniques. Mais les dveloppements les plus
importants sont encore  venir. Lorsque le procd de l'encre lectronique sera
commercialis sous la forme d'un codex numrique plastifi offrant une parfaite
lisibilit en lumire rflchie, comparable  celle du papier - ce qui devrait
tre courant vers 2010 ou 2015 -, il ne fait gure de doute que la part du
papier dans nos activits de lecture quotidienne descendra  une fraction de ce
qu'elle tait hier. En effet, ce nouveau support portera  un sommet l'idal de
portabilit qui est  la base mme du concept de livre. Tout comme le codex
avait dplac le rouleau de papyrus, qui avait lui-mme dplac la tablette
d'argile, le codex numrique dplacera le codex papier, mme si ce dernier
continuera  survivre pendant quelques dcennies, grce notamment au procd
d'impression sur demande qui sera bientt accessible dans des librairies
spcialises. Avec sa matrice de quelques douzaines de pages susceptibles de
permettre l'affichage de millions de livres, de journaux ou de revues, le codex
numrique offrira en effet au lecteur un accs permanent  la bibliothque
universelle. En plus de cette ubiquit et de cette instantanit, qui rpondent
 un rve trs ancien, le lecteur ne pourra plus se passer de l'indexabilit
totale du texte lectronique, qui permet de faire des recherches plein texte et
de trouver immdiatement le passage qui l'intresse. Enfin, le codex numrique
permettra la fusion des notes personnelles et de la bibliothque et acclrera
la mutation d'une culture de la rception vers une culture de l'expression
personnelle et de l'interaction.

= Quel est votre avis sur les dbats relatifs au respect du droit d'auteur sur
le web?

En gros, je suis assez favorable aux positions dfendues aux tats-Unis par
l'Electronic Frontier Foundation (EFF). D'abord, il me parat prmatur de
lgifrer en cette matire, alors mme que nous sommes au milieu d'un changement
de civilisation. Il faudrait sans doute revoir les principes philosophiques sur
lesquels repose la lgislation actuelle au lieu de prendre pour acquis qu'ils
sont valides, tels quels et sans plus d'examen, dans le nouvel environnement
technologique en train de se mettre en place. Plusieurs arguments militent en
faveur d'une telle rvision. D'abord, l'exprience de la lecture et
l'apprhension du texte ne sont pas du mme ordre selon qu'elles s'effectuent 
partir d'un livre, d'un cran d'ordinateur, d'un livre lectronique ou, demain,
d'un codex numrique. Il y aurait donc lieu de faire des distinctions au plan du
droit de citation ou du droit de lecture. Si, sur un cran, la valeur d'usage du
texte n'est pas la mme, ni sa prennit en tant qu'objet, les droits ne
devraient pas s'appliquer non plus de la mme faon.

Idalement, l'ensemble de la production intellectuelle devrait tre accessible
sur le web aprs dix ans (et mme sans aucun dlai en ce qui concerne les
articles scientifiques). On ne paierait pour lire que si l'on choisissait de
faire imprimer un texte donn en format codex dans une librairie agre ou si
l'on choisissait de le tlcharger sur son livre lectronique ou son codex
numrique. videmment, le fait qu'un texte soit accessible gratuitement sur le
web ne signifierait pas que l'on ait le droit de se l'approprier. La paternit
intellectuelle est un droit inalinable. Et la piraterie resterait un dlit: il
ne serait pas permis  un diteur d'diter  son profit un texte qu'il aurait
"trouv" sur le web.

Un autre argument  considrer est que la nouvelle technologie acclre la
globalisation des changes et que les conditions d'panouissement de la culture
sont en train de changer. On invoque gnralement  l'appui du droit d'auteur le
fait que l'absence de rtribution des artistes aurait un effet ngatif sur la
cration. Mais est-ce vraiment le cas dans la situation actuelle? On voit en
effet des auteurs trs cratifs qui ne retirent gure de droits par manque d'une
commercialisation adquate; en revanche, des auteurs qui bnficient d'une
position dominante dans la distribution commerciale amassent des fortunes avec
des productions insignifiantes. Le mouvement de globalisation va renforcer 
l'extrme cette ingalit. En bref, on peut se demander si, au lieu de favoriser
la diversit culturelle, le droit d'auteur ne sert pas principalement  la
constitution d'immenses conglomrats de distribution qui imposent des produits
standardiss. Au lieu de renforcer ce phnomne de commercialisation de la
culture, et de criminaliser les comportements de millions d'usagers, il serait
plus intressant, d'un point de vue culturel, de faire du web une zone franche,
 l'gal de la bibliothque publique, o chacun peut tre en contact avec la
rumeur du monde, tant et aussi longtemps que l'on ne fait de celle-ci qu'un
usage priv.

Surtout, il faut craindre les effets pervers d'une juridiction "dure" en matire
de droits d'auteur. Pour en grer l'application, les empires commerciaux vont
exiger la mise en place de mcanismes de traabilit des oeuvres qui
transformeront le web, et donc notre principal instrument d'accs  la culture,
en un immense rseau grillag o seront entirement places sous contrle non
seulement nos habitudes de consommation, mais aussi nos habitudes de lecture.
Une perspective qui fait peur et qui marquerait la fin de la bibliothque.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

C'est le nouveau territoire de la culture, un espace qui pourrait jouer le rle
de l'Agora dans la Grce ancienne, mais  un niveau plantaire.


ROBERT WARE (Colorado)


#Crateur de OneLook Dictionaries, un moteur permettant une recherche rapide
dans 650 dictionnaires

Cr par Robert Ware, OneLook Dictionaries est un moteur de recherche puisant
dans les quelque 3 millions de mots de 750 dictionnaires (chiffres 2001)
traitant de sujets divers (affaires, argot, gnralits, informatique et
internet, mdecine, religion, sciences, sports, technologie, etc.) dans diverses
langues (en anglais, franais, allemand, italien et espagnol). Son correspondant
franais est Dicorama.

*Entretien du 2 septembre 1998 (entretien original en anglais)

= Comment voyez-vous l'volution vers un web multilingue?

A titre personnel, je suis presque uniquement en contact avec des gens qui ne
pratiquent qu'une langue et ne sont pas trs motivs pour dvelopper leurs
aptitudes linguistiques. Etre en contact avec le monde entier change cette
approche des choses. Et la change en mieux! J'ai t long  inclure des
dictionnaires non anglophones (en partie parce que je suis monolingue). Mais
vous en trouverez maintenant quelques-uns.

Un fait intressant s'est produit dans le pass qui a t trs instructif pour
moi.

En 1994, je travaillais pour un tablissement scolaire et j'essayais d'installer
un logiciel sur un modle d'ordinateur particulier. J'ai trouv une personne qui
tait en train de travailler sur le mme problme, et nous avons commenc 
changer des courriers lectroniques. Soudain, cela m'a frapp... Le logiciel
avait t crit  40 km de l, mais c'tait une personne situe de l'autre ct
de la plante qui m'aidait. Les distances et les considrations gographiques
n'importaient plus!

En effet c'est patant, mais  quoi cela nous mne-t-il? Je ne puis communiquer
qu'en anglais mais, heureusement, mon correspondant pouvait utiliser aussi bien
l'anglais que l'allemand qui tait sa langue maternelle. L'internet a supprim
une barrire, celle de la distance, mais il subsiste la barrire de la langue,
bien relle.

Il semble que l'internet propulse simultanment les gens dans deux directions
diffrentes. L'internet, anglophone  l'origine, relie les gens dans le monde
entier. Par l mme il favorise une langue commune pour communiquer. Mais il
cre aussi des contacts entre des personnes de langues diffrentes et permet
ainsi le dveloppement d'un intrt plus grand pour le multilinguisme. Si une
langue commune est apprciable, elle ne remplace en aucun cas cette ncessit.

L'internet favorise ainsi  la fois une langue commune et le multilinguisme, et
ceci est un facteur qui aide  trouver des solutions. L'intrt croissant pour
les langues et le besoin qu'on en a stimulent de par le monde la cration de
cours de langues et d'instruments d'aide linguistique, et l'internet fournit la
possibilit de les rendre disponibles rapidement et  bon march.


RUSSON WOOLDRIDGE (Toronto)


#Professeur au dpartement d'tudes franaises de l'Universit de Toronto et
crateur de ressources littraires librement accessibles en ligne

Professeur au dpartement d'tudes franaises de l'Universit de Toronto, Russon
Wooldridge est crateur de sites dans le domaine des tudes franaises (voir son
site professionnel, notamment "Summary of electronic publications"), dont le Net
des tudes franaises. Il est galement diteur en ligne (revue, actes de
colloques) et chercheur (histoire de la langue, volution des mdias du papier
et du web).

*Entretien du 8 fvrier 2001

= En quoi consiste exactement votre activit professionnelle?

Aider les tudiants  vivre en franais (cours de langue de premire anne du
1er cycle d'tudes, par exemple),  perfectionner leurs comptences
linguistiques (cours de traduction de quatrime anne du 1er cycle, par
exemple),  approfondir leur connaissance de domaines spcifiques du savoir
exprims en franais (cours et thses de 2e et 3e cycles) et,  tous les
niveaux,  se servir des outils appropris. Mes activits de recherche,
autrefois menes dans une tour d'ivoire, se font maintenant presque uniquement
par des collaborations locales ou  distance.

= En quoi consiste exactement votre activit lie  l'internet?

Pour moi, c'est presque la mme question. Tout mon enseignement exploite au
maximum les ressources d'internet (le web et le courriel): les deux lieux
communs d'un cours sont la salle de classe et le site du cours, sur lequel je
mets tous les matriaux des cours. Je mets toutes les donnes de mes recherches
des vingt dernires annes sur le web (rdition de livres, articles, textes
intgraux de dictionnaires anciens en bases de donnes interactives, de traits
du 16e sicle, etc.). Je publie des actes de colloques, j'dite un journal, je
collabore avec des collgues franais, mettant en ligne  Toronto ce qu'ils ne
peuvent pas publier en ligne chez eux. En mai 2000 j'ai organis  Toronto un
colloque international sur "Les tudes franaises valorises par les nouvelles
technologies". Tout cela se trouve sur mon site.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Je me rends compte que sans internet mes activits seraient bien moindres, ou du
moins trs diffrentes de ce qu'elles sont actuellement. Donc je ne vois pas
l'avenir sans. Mais il est crucial que ceux qui croient  la libre diffusion des
connaissances veillent  ce que le savoir ne soit pas bouff, pour tre vendu,
par les intrts commerciaux. Ce qui se passe dans l'dition du livre en France,
o on n'offre gure plus en librairie que des manuels scolaires ou pour concours
(c'est ce qui s'est pass en linguistique, par exemple), doit tre vit sur le
web. Ce n'est pas vers les amazon.com qu'on se tourne pour trouver la science
dsintresse. Sur mon site, je refuse toute sponsorisation.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

J'imprime de moins en moins. Alors qu'il y a trois ans je distribuais encore
beaucoup de papier  mes tudiants, depuis quelque temps je mets tout sur le web
et c'est  eux d'imprimer, s'ils le souhaitent! Je n'envoie plus de papier  mes
correspondants; je leur cris par courriel et, si j'ai un document  leur
transmettre, je l'envoie en fichier attach en format html. Je n'cris plus pour
le papier mais uniquement pour le web. Je prends toujours plaisir, quand mme, 
lire un roman reli ou un journal sur papier, bien que je consulte rgulirement
la presse en ligne.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Dangereux de jouer aux prophtes! Le sort de l'imprim dpendra peut-tre plus
de facteurs colo-conomiques que de facteurs humains ou sociaux. Que peut faire
en gnral le got ou l'habitude face aux forces conomiques? On peut constater
que le cot du papier va en augmentant, que le nombre d'arbres va en diminuant,
que la pollution crot tous les jours, qu'un ordinateur utilise de moins en
moins d'lectricit avec chaque nouveau modle. La fabrication du papier
est-elle, sera-t-elle, plus ou moins polluante et consommatrice de sources
naturelles que la fabrication de l'lectricit?

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Il est certain que le livre lectronique devient de plus en plus attrayant avec
les progrs techniques, tout comme les jeux lectroniques. Je dois avouer que je
ne m'intresse de prs ni aux livres lectroniques, ni aux jeux lectroniques.
Je lis en ligne pour mon travail, mais je prfre quitter mon ordinateur quand
il s'agit de lire pour le plaisir.

= Quel est votre avis sur les dbats relatifs au respect du droit d'auteur sur
le web?

C'est une question importante, qui est loin d'tre rsolue. Je prfre parler de
la proprit intellectuelle. On a le modle du livre imprim: si un auteur
universitaire publie un livre sur papier, son institution n'en rclame pas la
proprit, alors qu'il arrive qu'un livre publi sur un serveur institutionnel
soit considr comme appartenant  l'institution en question, ce qui est,  mon
avis, injuste. A part cela, tout ce que l'auteur peut faire est de mettre un
copyright  son nom sur les textes qu'il a crits et qu'il publie en ligne et
puis compter sur sa rputation pour que ses lecteurs "srieux" en sachent la
provenance. Le piratage a toujours exist: Voltaire voyait ses livres publis
anonymement en Hollande au 18e sicle, par exemple.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

Je n'ai pas de comptence pour rpondre  cette question. La technologie
trouvera srement un moyen de rendre l'accs possible par chacun des cinq sens,
l'odorat y compris.

= Comment dfinissez-vous le cyberespace?

Je travaille dans la mme universit que Marshall McLuhan autrefois (nos
carrires se sont un moment croises). Le "village global" qu'il entrevoyait 
l'poque de la radio et de la tlvision est devenu une ralit dans l're
d'internet. Mais un village sans classes sociales (il n'y a pas de chtelain).

= Et la socit de l'information?

Si on veut parler de "socit" il ne peut pas tre question d'une opposition
"haves" vs. "have-nots" (munis vs. dmunis), sauf dans la mesure o l'accs 
l'information est plus ou moins libre ou limit d'un point de vue technologique
ou conomique, voire politique. Par exemple, l'accs  l'information en ligne
est plus libre au Canada qu'en France, plus libre en France qu'en Algrie, etc.
Internet est potentiellement un moyen pour que chacun puisse s'approprier son
propre contrle de l'information, qui n'est plus diffuse par les seuls canaux
dirigistes, comme l'Edition ou l'Universit, entre autres.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Une lettre que j'ai reue par courriel  propos de mon site sur le Dictionnaire
de l'Acadmie franaise. Je la cite intgralement:

"Sujet: 'Bravo! mais encore un effort' / Bonjour, Je m'appelle Sophie, j'ai 10
ans, et je suis contente de trouver un dictionnaire sur internet. Mais je
voudrais tout trouver, j'ai un expos  faire sur la Fte du travail (1er mai)
et ma requte n'a pas abouti... L'on voudrait tout trouver... Merci encore.
Sophie"

= Et votre pire souvenir?

Voyons... (j'ai tendance  vacuer les mauvais souvenirs). Je pense ne pas avoir
vraiment de "pire souvenir" en fait. Disons plutt quelques dceptions quand je
donne  X, Y et Z (et  d'autres) et que X, Y et Z ne donnent rien en retour. Je
connais pas mal de "chercheurs" carriristes. Stoque et un peu cynique,
j'observe d'un oeil dsabus, mais quand mme dgot, le dtournement
mercantile de matriaux crs en premier lieu dans le but de les mettre
librement en ligne (un cas particulier est document sur le site du projet
d'informatisation du Dictionnaire de l'Acadmie franaise). La nature humaine
est partout la mme: la soif de pouvoir chez certains vs. le partage et le
pouvoir individuel.

*Entretien du 15 mai 2001

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Un pas de plus vers l'autonomisation de l'usager comme crateur de ressources en
ligne: la dernire version de TACTweb, rcemment installe sur un serveur de
l'Universit de Toronto, permet dornavant de construire des bases interactives
importantes comme les dictionnaires de la Renaissance (Estienne et Nicot; base
RenDico), les deux principales ditions du Dictionnaire de l'Acadmie franaise
(1694 et 1835), les collections de la Bibliothque lectronique de Lisieux (base
LexoTor), les oeuvres compltes de Maupassant, ou encore les thtres complets
de Corneille, Molire, Racine, Marivaux et Beaumarchais (base Thtre 17e-18e).
 la diffrence de grosses bases comme Frantext ou ARTFL (American and French
Research on the Treasury of the French Language) ncessitant l'intervention
d'informaticiens professionnels, d'quipes de gestion et de logiciels coteux,
TACTweb, qui est un gratuiciel que l'on peut dcharger en ligne et installer
soi-mme, peut tre gr par le chercheur individuel crateur de ressources
textuelles en ligne.


DENIS ZWIRN (Paris)


#Co-fondateur et PDG de Numilog, librairie en ligne de livres numriques

*Entretien du 19 fvrier 2001

= Quelle est l'origine de Numilog?

Ds 1995, j'avais imagin et dessin des modles de lecteurs lectroniques
permettant d'emporter sa bibliothque avec soi et pesant comme un livre de
poche. Dbut 1999, j'ai repris ce projet avec un ami spcialiste de la cration
de sites internet, en ralisant la formidable synergie possible entre des
appareils de lecture lectronique mobiles et le dveloppement d'internet, qui
permet d'acheminer les livres dmatrialiss en quelques minutes dans tous les
coins du monde.

= Pouvez-vous dcrire l'activit de la socit?

Numilog est d'abord une librairie en ligne de livres numriques. Notre site
internet est ddi  la vente en ligne de ces livres, qui sont envoys par
courrier lectronique ou tlchargs aprs paiement par carte bancaire. Il
permet galement de vendre des livres par chapitres.

Numilog est galement un studio de fabrication de livres numriques:
aujourd'hui, les livres numriques n'existent pas chez les diteurs, il faut
donc d'abord les fabriquer avant de pouvoir les vendre, dans le cadre de
contrats ngocis avec les diteurs dtenteurs des droits. Ce qui signifie les
convertir  des formats convenant aux diffrents "readers" du march: Acrobat
Reader, Acrobat eBook Reader (que nous sommes les premiers en France 
diffuser), et bientt Microsoft Reader et les lecteurs lectroniques du type
Rocket eBook. Ce qui signifie galement soigner leur mise en page numrique: la
mise en page d'un livre numrique ne doit pas tre la mme que celle du livre
papier correspondant si on veut proposer au lecteur une exprience de lecture
confortable qui ne le doive pas.

Enfin, Numilog devient progressivement un diffuseur car, sur internet, il est
important d'tre prsent en de trs nombreux points du rseau pour faire
connatre son offre. Pour les livres en particulier, il faut les proposer aux
diffrents sites thmatiques ou de communauts, dont les centres d'intrt
correspondent  leur sujet (sites de fans d'histoire, de management, de SF...).
Numilog facilitera ainsi la mise en oeuvre de multiples "boutiques de livres
numriques" thmatiques.

= Pouvez-vous dcrire le site web?

Le site www.numilog.com prsente un catalogue thmatique de livres numriques.
Le site a t ouvert au public en septembre 2000 et propose 500 titres  la
mi-fvrier 2001 (et prs de 650 en juin 2001, ndlr). Chaque mois, 50  100
titres nouveaux devraient y tre ajouts. Cette base de livres est accessible
par un moteur de recherche. Chaque livre fait l'objet d'une fiche avec un rsum
et un extrait. En quelques clics, il peut tre achet en ligne par carte
bancaire, puis reu par e-mail ou tlchargement. Dbut mars 2001, le site de
Numilog sera relook et prsentera des fonctionnalits nouvelles, comme
l'intgration d'une "authentique vente au chapitre" (les chapitres vendus
isolment seront traits comme des lments inclus dans la fiche-livre, et non
comme d'autres livres) et la gestion trs ergonomique des formats de lecture
multiples. (Toutes ces fonctionnalits sont maintenant oprationnelles, ndlr.)

= Comment voyez-vous l'avenir?

Le dveloppement attendu d'internet est une panace qui possde suffisamment
d'vidence pour ne pas y insister: il ne s'agit pas d'une mode, mais d'une
rvolution des moyens de communication qui prsente des avantages objectifs
tellement forts qu'on ne voit pas, sauf nouveau saut technologique inattendu,
comment elle pourrait ne pas se rpandre.

En ce qui concerne les livres numriques, selon Dirk Brass (Microsoft), dans les
trente ans qui viennent, ils devraient reprsenter 90% des livres. Ce pari est
moins certain que le prcdent, mais ce n'est que parce qu'il indique une date.
Je vois donc l'avenir de mes activits comme li  ces deux anticipations: il
s'agit de permettre  un public d'internautes de plus en plus large d'avoir
progressivement accs  des bases de livres numriques aussi importantes que
celles des livres papier, mais avec plus de modularit, de richesse
d'utilisation et  moindre prix.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Numilog en tant qu'entreprise utilise encore beaucoup le papier dans la mesure
o nous scannons de nombreux livres pour les numriser, mais il s'agit l d'une
activit ayant pour but de faire disparatre la ncessit du papier!

A titre personnel, j'utilise encore beaucoup le papier dans la mesure o de
nombreux documents ne sont pas encore disponibles sous forme numrique, la
presse hebdomadaire notamment... et les livres, puisque le volume de titres
disponibles  ce jour en format de lecture  l'cran est ridicule par rapport
aux quelques 600.000 titres existant en franais. Pour crire et envoyer du
courrier ou des documents, par contre, j'utilise trs peu le papier: le couple
traitement de texte / courrier lectronique en a fait disparatre quasiment
totalement l'utilit.

= Les jours du papier sont-ils compts?

Je pense sincrement que l'usage du papier devrait fortement rgresser dans les
dix  quinze ans qui viennent, grce  toutes les techniques de rdaction, de
lecture, et de communication numrique. Et cela aura un impact positif sur les
forts! Cela ne signifie pas qu'il disparatra, notamment si on parvient 
raliser des hybrides papier / numrique, grce  des techniques telles que
l'encre lectronique. Mais il se peut dans ce cas qu'il soit concurrenc par
d'autres types de matires souples prsentant des qualits de robustesse et
d'agrment tactile quivalente ou suprieure.

= Quelle est votre opinion sur le livre lectronique?

Le concept de livre lectronique reprsente une extraordinaire avance
technologique et culturelle. Il doit permettre de faciliter la lecture et
l'accs aux livres d'un trs large public dans les annes  venir. Ses
principaux atouts sont la possibilit de transporter avec soi des dizaines de
livres, de les lire dans des conditions de trs bonne ergonomie en reproduisant
l'agrment des livres traditionnels, tout en bnficiant de nombreuses
fonctionnalits de lecture absentes des livres traditionnels. Pour qu'il
devienne un produit de consommation de masse, il faudra toutefois qu'il perde
encore du poids et surtout que son prix soit attractif. En effet, le livre
lectronique stricto sensu est aujourd'hui concurrenc par des appareils que les
gens achtent dj massivement pour d'autres raisons que la lecture, mais qui
peuvent servir de lecteurs lectroniques grce  des logiciels ddis  la
lecture: les assistants personnels (PDA) et les ordinateurs ultra-portables. Le
cot marginal de la fonction "livre lectronique" dans ces appareils est nul.
Pour cette raison, je crois que l'avenir est  l'usage de plate-formes
diversifies selon les profils et les besoins des utilisateurs, et  une
convergence progressive entre les lecteurs lectroniques stricto sensu (qui
intgreront des fonctions d'agendas) et les PDA (dont certains auront des crans
plus grands).

= Quel est votre avis sur les dbats relatifs au respect du droit d'auteur sur
le web?

Sur le plan juridique, une confusion est souvent faite entre la diffusion des
oeuvres en rseau, l'accs  des sources d'information gratuites en ligne (mais
qui ne sont pas des livres) et la vente d'exemplaires individuels de livres
numriques. Il est de la responsabilit de chaque acteur du web de ne pas
diffuser d'oeuvres sans l'accord de l'auteur, le web n'tant qu'un support de
diffusion parmi d'autres. Dans une librairie en ligne, on achte un livre
numrique comme un livre papier: aprs paiement et pour un usage individuel.
Aprs le tlchargement, le code de la proprit intellectuelle s'applique  la
version numrique au mme titre qu' la version papier de l'oeuvre: la
reproduction n'est autorise que pour l'usage priv de l'acheteur.

Le problme est donc exclusivement d'ordre technologique (....et civique):
comment faire pour que ces droits soient effectivement respects, compte tenu de
la possibilit de copier un livre numrique et de l'envoyer  des amis?
Plusieurs rponses srieuses existent dj. Les livres destins aux lecteurs
lectroniques peuvent tre crypts de telle manire que seul un appareil dsign
(ou plusieurs) puisse les lire. Ils ne peuvent en gnral pas tre imprims et
sont donc en ce sens bien plus protecteurs que les livres papier, en vitant
tout "photocopillage". En ce qui concerne les livres numriques pour
ordinateurs, des solutions logicielles comparables ont t dveloppes, par
exemple par Adobe et par Microsoft, qui permettent de dsigner un ordinateur ou
un PDA comme support de lecture unique d'un livre. Des logiciels tels que Adobe
Content Server proposent dj des solutions plus sophistiques, telles que la
possibilit de dfinir un temps de lecture autorise ou de prter un livre
numrique comme on prterait un vrai livre.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilit du web aux
aveugles et malvoyants?

L'usage de logiciels de reconnaissance vocale et la conception de sites web
adapts  ces logiciels est sans doute  terme la meilleure solution. En ce qui
concerne les malvoyants, les livres numriques prsentent l'intrt de pouvoir
agrandir fortement la police de caractres.

= Quel est votre meilleur souvenir li  l'internet?

Le jour de ma premire connexion  domicile, le 31 dcembre 1995: c'est un de
mes plus beaux souvenirs de rveillon!


INDEX DES ENTRETIENS PAR PROFESSION


[Auteurs "classiques" / Auteurs hypermdias et multimdias /
Bibliothcaires-documentalistes / Concepteurs d'appareils de lecture / Crateurs
de sites littraires / Editeurs / Gestionnaires / Journalistes / Libraires /
Linguistes (langue franaise) / Linguistes (toutes langues) / Professeurs]

(*) Entretiens traduits par Marie Lebert

= Auteurs "classiques"

Silvaine Arabo (Poitou-Charentes) / Pote et plasticienne, cratrice de la
cyber-revue Posie d'hier et d'aujourd'hui

Michel Benot (Montral) / Ecrivain, utilise l'internet comme outil de
recherche, de communication et d'ouverture au monde

Alain Bron (Paris) / Consultant en systmes d'information et crivain.
L'internet est un des personnages de son roman Sanguine sur toile.

Raymond Godefroy (Valognes, Normandie) / Ecrivain-paysan, publie son recueil
Fables pour l'an 2000 sur le web avant de le publier sur papier

Anne-Bndicte Joly (Antony, rgion parisienne) / Ecrivain auto-ditant ses
oeuvres et utilisant le web pour les faire connatre

Tim McKenna (Genve) / Ecrivain, s'interroge sur la notion complexe de "vrit"
dans un monde en mutation constante

= Auteurs hypermdias et multimdias

Alex Andrachmes (Europe) / Producteur audiovisuel, crivain et explorateur
d'hypertexte

Lucie de Boutiny (Paris) / Ecrivain papier et pixel. Auteur de NON, roman
multimdia publi en feuilleton sur le web

Anne-Ccile Brandenbourger (Bruxelles) / Auteur de La maldiction du parasol,
hyper-roman publi aux ditions 00h00.com

Luc Dall'Armellina (Paris) / Co-auteur et webmestre d'oVosite, espace
d'critures hypermdias

Jean-Paul (Paris) / Webmestre du site hypermdia collectif Des cotres furtifs

Naomi Lipson (Paris & Tel-Aviv) / Ecrivain multimdia, traductrice et peintre

Xavier Malbreil (Arige, Midi-Pyrnes) / Auteur multimdia, crateur du site
www.0m1.com, modrateur de la liste e-critures

Murray Suid (Palo Alto, Californie) / Ecrivain, travaille pour EDVantage
Software, socit internet de logiciels ducatifs

= Bibliothcaires-documentalistes

Emmanuel Barthe (Paris) / Documentaliste juridique chez Coutrelis & Associs,
cabinet d'avocats, et modrateur de la liste de discussion Juriconnexion

Michael Behrens * (Bielefeld, Allemagne) / Responsable de la bibliothque
numrique de la Bibliothque universitaire de Bielefeld

Olivier Bogros (Lisieux, Normandie) / Crateur de la bibliothque lectronique
de Lisieux et directeur de la bibliothque municipale

Bakayoko Bourahima (Abidjan) / Documentaliste  l'Ecole nationale suprieure de
statistique et d'conomie applique (ENSEA)

Bruno Didier (Paris) / Webmestre de la bibliothque de l'Institut Pasteur

Michael Hart (Illinois) / Fondateur du Project Gutenberg, la plus ancienne
bibliothque numrique sur l'internet

Roberto Hernndez Montoya (Caracas) / Responsable de la bibliothque numrique
du magazine lectronique Venezuela Analtica

Pierre Le Loarer (Grenoble) / Directeur du centre de documentation de l'Institut
d'tudes politiques de Grenoble et charg de mission TICE (technologies de
l'information et de la communication pour l'ducation)

John Mark Ockerbloom (Pennsylvanie) / Fondateur de The On-Line Books Page,
rpertoire de livres en ligne disponibles gratuitement

Anissa Rachef (Londres) / Bibliothcaire et professeur de franais langue
trangre  l'Institut franais de Londres

Peter Raggett (Paris) / Directeur du centre de documentation et d'information
(CDI) de l'Organisation de coopration et de dveloppement conomiques (OCDE)

Jean-Baptiste Rey (Aquitaine) / Webmestre et rdacteur de Biblio On Line, un
site web destin aux bibliothques

= Concepteurs d'appareils de lecture

Olivier Pujol (Paris) / PDG de la socit Cytale et promoteur du Cybook, livre
lectronique

Pierre Schweitzer (Strasbourg) / Architecte designer, concepteur d'@folio
(support de lecture nomade) et de Mot@mot (passerelle vers les bibliothques
numriques)

= Crateurs de sites littraires

Isabelle Aveline (Lyon) / Cratrice de Zazieweb, un site consacr  l'actualit
littraire sur l'internet

Fabrice Lhomme (Bretagne) / Crateur d'Une Autre Terre, site consacr  la
science-fiction

Blaise Rosnay (Paris) / Webmestre du site du Club des Potes

= Editeurs

Nicolas Ancion (Madrid) / Ecrivain et responsable ditorial de Luc Pire
lectronique

Marie-Aude Bourson (Lyon) / Cratrice de la Grenouille Bleue et de Gloupsy,
sites littraires destins aux nouveaux auteurs

Pierre-Nol Favennec (Paris & Lannion, Bretagne) / Expert  la direction
scientifique de France Tlcom R&D et directeur de la collection technique et
scientifique des tlcommunications

Pierre Franois Gagnon (Montral) / Crateur d'Editel, pionnier de l'dition
littraire francophone en ligne

Olivier Gainon (Paris) / Fondateur et grant de CyLibris, maison d'dition
littraire en ligne

Emmanuel Mnard (Paris) / Directeur des publications de CyLibris, maison
d'dition littraire en ligne

Jacky Minier (Orlans) / Crateur de Diamedit, site de promotion d'indits
artistiques et littraires

Nicolas Pewny (Annecy) / Crateur des ditions du Choucas

Herv Ponsot (Toulouse) / Webmestre du site web des ditions du Cerf,
spcialises en thologie

Bruno de Sa Moreira (Paris) / Co-fondateur des ditions 00h00.com, spcialises
dans l'dition numrique

= Gestionnaires

Patrice Cailleaud (Paris) / Membre fondateur et directeur de la communication de
HandiCaPZro

Grard Jean-Franois (Caen) / Directeur du centre de ressources informatiques de
l'Universit de Caen

Pierre Magnenat (Lausanne) / Responsable de la cellule "gestion et prospective"
du centre informatique de l'Universit de Lausanne

Jean-Philippe Mouton (Paris) / Fondateur et grant de la socit d'ingnierie
Isayas

Jacques Pataillot (Paris) / Conseiller en management chez Cap Gemini Ernst &
Young

= Journalistes

Bernard Boudic (Rennes) / Responsable ditorial du serveur internet du quotidien
Ouest-France

Jean-Pierre Cloutier (Montral) / Auteur des Chroniques de Cybrie, chronique
hebdomadaire des actualits de l'internet

Jacques Coubard (Paris) / Responsable du site web du quotidien L'Humanit

Jacques Gauchey (San Francisco) / Spcialiste en industrie des technologies de
l'information, "facilitator" entre les Etats-Unis et l'Europe, journaliste

Philippe Rivire (Paris) / Rdacteur au Monde diplomatique et responsable du
site web

Jean-Paul Rousset Saint Auguste (Paris) / Journaliste spcialis dans l'histoire
des techniques

Franois Vadrot (Paris) / Fondateur et PDG de FTPress (French Touch Press),
socit de cyberpresse

= Libraires

Pascal Chartier (Lyon) / Crateur de Livre-rare-book, site professionnel de
livres d'occasion

Catherine Domain (Paris) / Cratrice de la librairie Ulysse, la plus ancienne
librairie de voyage au monde

Muriel Goiran (Rhne-Alpes) / Libraire  la librairie Decitre

Hlne Larroche (Paris) / Grante de la librairie Itinraires, spcialise dans
les voyages

Alain Marchiset (Paris) / Prsident du Syndicat de la librairie ancienne et
moderne (SLAM)

Denis Zwirn (Paris) / Co-fondateur et PDG de Numilog, librairie en ligne de
livres numriques

= Linguistes (langue franaise)

Arlette Attali (Paris) / Responsable de l'quipe "Recherche et projets internet"
 l'Institut national de la langue franaise (INaLF)

Guy Bertrand & Cynthia Delisle (Montral) / Respectivement directeur
scientifique et consultante au Centre d'expertise et de veille inforoutes et
langues (CEVEIL)

Alain Clavet (Ottawa) / Analyste de politiques au Commissariat aux langues
officielles du Canada

Marcel Grangier (Berne) / Responsable de la section franaise des services
linguistiques centraux de l'Administration fdrale suisse

Christiane Jadelot (Nancy) / Ingnieur d'tudes  l'Institut national de la
langue franaise (INaLF)

Philippe Loubire (Paris) / Traducteur littraire et dramatique, spcialiste de
la Roumanie

Zina Tucsnak (Nancy) / Ingnieur d'tudes en informatique  l'ATILF (Analyses et
traitements informatiques du lexique franais)

= Linguistes (toutes langues)

Guy Antoine (New Jersey) / Crateur de Windows on Haiti, site de rfrence sur
la culture hatienne

Robert Beard (Pennsylvanie) / Co-fondateur de yourDictionary.com, portail de
rfrence pour les langues

Christian Boitet (Grenoble) / Directeur du Groupe d'tude pour la traduction
automatique (GETA), qui participe au Universal Networking Language Programme
(UNLP)

Tyler Chambers * (Boston, Massachusetts) / Crateur de The Human-Languages Page
(devenue iLoveLanguages en 2001) et de The Internet Dictionary Project

Helen Dry * (Michigan) / Modratrice de The Linguist List

Bill Dunlap (Paris & San Francisco) / Fondateur de Global Reach, socit qui
favorise le marketing international en ligne

Barbara Grimes (Hawaii) / Directrice de publication de l'Ethnologue, une
encyclopdie des langues

Randy Hobler (Dobbs Ferry, New York) / Consultant en marketing internet,
notamment chez Globalink, socit spcialise en produits et services de
traduction

Eduard Hovy (Marina del Rey, Californie) / Directeur du Natural Language Group
de l'Universit de Californie du Sud

Brian King * / Directeur du WorldWide Language Institute, qui est  l'origine de
NetGlos, un glossaire multilingue de la terminologie de l'internet

Geoffrey Kingscott * (Londres) / Co-directeur du magazine en ligne Language
Today

Steven Krauwer (Utrecht, Pays-Bas) / Coordinateur d'ELSNET (European Network of
Excellence in Human Language Technologies)

Michael Martin * (Berkeley, Californie) / Crateur de Travlang, un site consacr
aux voyages et aux langues

Yoshi Mikami * (Fujisawa, Japon) / Crateur de The Languages of the World by
Computers and the Internet, et co-auteur de Pour un web multilingue

Caoimhn  Donnale (Ile de Skye, Ecosse) / Webmestre du principal site
d'information en galique cossais, avec une section consacre aux langues
europennes minoritaires

June Thompson * (Hull, Royaume-Uni) / Directeur du C&IT (Communications &
Information Technology) Centre, bas  l'Universit de Hull

Paul Treanor (Pays-Bas) / Gre sur son site personnel une section consacre 
l'avenir des langues en Europe

Robert Ware * (Colorado) / Crateur de Onelook Dictionaries, un moteur
permettant une recherche rapide dans 650 dictionnaires

= Professeurs

Jean-Pierre Balpe (Paris) / Directeur du dpartement hypermdias de l'Universit
de Paris 8

Richard Chotin (Paris) / Professeur  l'Ecole suprieure des affaires (ESA) de
Lille

Kushal Dave * (Yale) / Etudiant  l'Universit de Yale, devenu professeur depuis

Emilie Devriendt (Paris) / Elve professeur  l'Ecole normale suprieure de
Paris et doctorante  l'Universit de Paris 4-Sorbonne

Grard Fourestier (Nice) / Crateur de Rubriques  Bac, bases de donnes
destines aux tudiants du premier cycle universitaire

Galle Lacaze (Paris) / Ethnologue et professeur d'crit lectronique dans un
institut universitaire professionnalis

Maria Victoria Marinetti (Annecy) / Professeur d'espagnol en entreprise et
traductrice

Patrick Rebollar (Tokyo) / Professeur de littrature franaise, crateur d'un
site web de recherches et activits littraires, modrateur de la liste de
diffusion LITOR (littrature et ordinateur)

Henri Slettenhaar (Genve) / Professeur en technologies de la communication  la
Webster University

Jacques Trahand (Grenoble) / Vice-prsident de l'Universit Pierre Mends
France, charg de l'enseignement  distance et des TICE (technologies de
l'information et de la communication pour l'ducation)

Christian Vandendorpe (Ottawa) / Professeur  l'Universit d'Ottawa et
spcialiste des thories de la lecture

Russon Wooldridge (Toronto) / Professeur au dpartement d'tudes franaises de
l'Universit de Toronto et crateur de ressources littraires librement
accessibles en ligne


BILAN, par Marie Lebert


[Gense / Les dbuts / Pourquoi par courriel? / Pourquoi ces questions? /
Pourquoi les mmes questions aux uns et aux autres? / Pourquoi sur plusieurs
annes? / Pourquoi en plusieurs langues? / Tentatives auprs des "canaux
dirigistes" / Publication sur le Net des tudes franaises / Bilan sur les
questions poses, et leurs rponses / Quelques chiffres / Le Livre 010101 / Les
Entretiens sont eux-mmes un rseau / La suite des Entretiens / Publications
issues des Entretiens]

Profession: traductrice-ditrice pour gagner ma vie, chercheuse, crivain et
journaliste le reste du temps. Comme tant d'autres, je suis une adepte de
l'internet. Je m'intresse aux bouleversements apports dans le monde du livre
par le rseau et les technologies numriques. Entre 1998 et 2001, je conduis des
entretiens par courriel avec une centaine de professionnels du livre et de la
presse, et apparents, souvent  plusieurs reprises (une fois par an environ)
avec les mmes correspondants. En 2001, je rassemble le tout dans un livre
d'enqute. En 2002, j'en fais une synthse. Rcit. [14 septembre 2002]

= Gense

Mon premier contact avec le web date d'avril 1996. Je commence  m'y intresser
de prs en dcembre 1997. A l'poque le rseau est en pleine expansion. On
assiste aux prmices de ce qu'il va rapidement devenir, soit, entre autres, une
formidable encyclopdie, une gigantesque bibliothque, une immense librairie, un
organe de presse des plus complets, et plus important encore, un nouveau moyen
de faire circuler l'information et le savoir. De plus, au cours de l'anne 1998,
d'embryonnaire avec quelques dizaines de sites qubcois, le web francophone
devient progressivement l'oeuvre de toute la communaut francophone. On devine
aussi les dbuts de fortes secousses numriques dans l'industrie du livre
imprim. Le tout forme un sujet passionnant, insaisissable, avec de mois en mois
des lments nouveaux dans un domaine jusque-l relativement statique. Ce sujet
m'intresse. Je dcide de lui consacrer du temps.

= Les dbuts

Entre dcembre 1997 et juin 1998, je me promne sur la toile  la recherche de
sites et de ceux qui les font. Recherche de lien en lien, cole buissonnire,
utilisation des moteurs de recherche existants, surtout AltaVista pour le web
international et Yahoo! pour le web francophone. A l'poque il est encore
possible - mais plus pour longtemps - de faire le tour de la toile sur un sujet
donn sans trop se perdre dans ses multiples mandres. Sous-entendu: la quantit
de pages web est encore lisible par un seul individu. En bref, je me fais ma
propre culture du rseau (une expression un peu pompeuse peut-tre...) avant de
contacter les gens.

En juin 1998, en utilisant les adresses lectroniques trouves sur les pages
d'accueil, je contacte par courriel une cinquantaine de professionnels du livre
et de la presse particulirement actifs sur le rseau, l'expression
"professionnels du livre et de la presse" tant  prendre au sens large
puisqu'elle englobe crivains, journalistes, diteurs, libraires,
bibliothcaires, documentalistes, professeurs, traducteurs, linguistes,
spcialistes du numrique, etc. Presque tout le monde rpond  la parfaite
inconnue que je suis, alors que je n'enqute ni pour Le Monde ni pour Lib. Le
web des dbuts, coopratif, participatif et solidaire, me diront les
nostalgiques, et ils ont raison. C'est comme cela que les Entretiens ont dbut.

= Pourquoi par courriel?

Tout d'abord parce que le courriel abolit le temps, les distances et les
frontires. Reste le problme de la langue, on y reviendra plus loin. Ensuite
parce que rpondre par crit est cens tre relativement facile pour les
professionnels du livre et de la presse, dont le mtier est justement l'crit.
Et enfin parce que cela permet au correspondant d'avoir tout  la fois le temps
de rflchir, de rpondre quand il veut, de se relire, de reprendre ses rponses
dans les jours qui suivent, et d'en garder une trace.

D'emble, la "rgle du jeu" est que les participants rpondent  leur guise 
tout ou partie des questions, dans leur dlai qui leur convient, qui va du jour
suivant  plusieurs mois aprs. Je suis souvent sduite par leur disponibilit
malgr une activit professionnelle prenante. Je suis souvent sduite aussi par
la qualit de leurs rponses. Rponses courtes ou longues, envoyes toutes
ensemble ou en plusieurs fois, sans discussion ou avec. Pour certains, il s'agit
d'une simple rponse  un questionnaire, pour d'autres il s'agit d'un change
sur plusieurs courriels, d'o le terme "entretiens". Beaucoup me disent que ces
questions leur donnent l'occasion de rflchir sur des thmes essentiels, par
exemple la place que conserve l'imprim dans leur vie, les avantages qu'ils
voient au numrique, ou encore ce qu'ils entendent par socit de l'information.

Point important, les professionnels sollicits ont des profils varis. Il se
trouve que, sur les 97 participants, les diffrents corps de mtiers sont  peu
prs correctement reprsents: 14 crivains, 7 journalistes, 10 diteurs, 12
bibliothcaires-documentalistes, 12 professeurs, etc. Point tout aussi
important, les participants ne sont en aucune faon choisis en fonction de leur
notorit. Ils sont choisis en fonction de leur exprience du numrique et de
l'intrt de celle-ci. Si certains ont de gros moyens financiers et bnficient
de l'appui des mdias, d'autres se dbrouillent avec conviction et sans moyens
dans un anonymat relatif ou total, et il est grand temps de leur donner aussi la
parole.

Entre 1998 et 2002, au fil de mes voyages, ou dans le but prcis de faire leur
connaissance, je rencontre plusieurs correspondants,  Paris, en Normandie, 
Genve,  Montral,  San Francisco ou ailleurs. A la date d'aujourd'hui, j'ai
rencontr 32 correspondants sur les 97 interviews, et j'ai l'intention d'en
rencontrer encore quelques autres. Mais, mme dans les rares cas o il m'est
arriv de rencontrer un correspondant en personne avant de lui proposer un
entretien, l'entretien vritablement dit a toujours eu lieu par courriel. J'ai
refus les propositions d'entretiens verbaux, non pas pour m'viter la fatigue
de les retranscrire, mais pour les raisons voques plus haut.

= Pourquoi ces questions?

Je voulais absolument viter tout ce dont j'ai moi-mme en horreur, c'est--dire
les questionnaires  trous, les rponses par oui ou par non, les rponses dans
les huit jours, les rponses o on vous demande d'emble de faire court mme si,
pour une fois, vous avez des choses  dire, les rponses  but uniquement
statistique o on vous considre non pas comme une personne mais comme un
numro, etc.

Je voulais offrir  chacun une certaine libert. Libert de choix: chacun rpond
uniquement aux questions juges intressantes. Libert de temps: pas de dlai.
Quand les gens prennent le temps de vous rpondre sur des sujets relativement
difficiles, la moindre de choses est de ne pas "leur mettre la pression".
Libert de parole: les rponses sont toutes publies dans leur intgralit, et
les correspondants qui le souhaitent peuvent les modifier dans les jours suivant
publication. Libert d'exploitation (quel horrible mot...): chacun peut bien sr
rutiliser son texte  sa guise.

En 1998, les questions concernent l'activit de chacun: aussi bien l'activit
professionnelle que l'activit lie  l'internet, qui sont parfois diffrentes.
Si possible aussi un descriptif du site web ainsi qu'un historique, tout comme
une description rapide de l'organisme metteur s'il y a lieu. Eventuellement une
courte biographie de l'auteur, pour expliquer comment il en est venu 
l'internet. Et enfin la vision que chacun a de l'avenir, soit pour son activit,
soit pour l'activit de l'organisme dont il relve, soit pour l'internet li au
livre, soit pour l'internet en gnral.

Un an aprs, j'envoie de nouvelles questions aux personnes interviewes en 1998.
Nous sommes dans un domaine qui volue trs vite, et il se passe tellement de
choses d'une anne sur l'autre qu'il m'apparat plus important de contacter les
mmes personnes que de multiplier  l'infini le nombre des participants (je
limite ce nombre  cent). Dans les 47 personnes interviewes en 1998, 14 s'en
tiennent  un seul entretien et 33 poursuivent les annes suivantes, une ou
plusieurs fois de suite. Paralllement, je contacte aussi d'autres personnes, le
plus souvent par le mme biais,  partir de leur site web. Les nouveaux
participants venant s'ajouter aux "anciens" sont au nombre de 9 en 1999, 25 en
2000 et 16 en 2001.

En 1999, les nouvelles questions poses ont trait au multilinguisme, au droit
d'auteur,  l'accessibilit du web pour les aveugles et malvoyants, et aux
souvenirs personnels (meilleur et pire souvenir) lis au rseau. En 2000, elles
concernent l'imprim, le livre lectronique et, pour les auteurs hypermdias, le
rle que joue l'hyperlien dans leur criture. En 2001, les questions envoyes
visent essentiellement  actualiser et complter les rponses des annes
prcdentes, et poser  nouveau les questions laisses de ct jusque-l.

Certains ne sont pas intresss par les questions proposes telle ou telle
anne, et me disent prfrer "passer leur tour" jusqu' l'anne suivante. Ou
alors ils me disent ne rien avoir  ajouter pour le moment, y compris pour
l'actualisation des informations, les choses n'avanant souvent pas aussi vite
qu'ils l'auraient souhait. Sur les 97 personnes ayant particip aux entretiens
entre 1998 et 2001, 48 personnes participent une fois, 32 personnes participent
 deux reprises (et pas toujours d'une anne sur l'autre, pour les raisons que
je viens d'voquer), 13 personnes participent  trois reprises, et 4 personnes
participent  quatre reprises.

Les questions ont un effet de cumul d'une anne sur l'autre, si bien que les
personnes contactes en 2000 ou 2001 se trouvent avoir des questionnaires
nettement plus longs que les personnes contactes en 1998 et 1999.

= Pourquoi les mmes questions aux uns et aux autres?

Si je dcide de poser les mmes questions aux uns et aux autres, ce n'est bien
sr ni par souci de rapidit, ni pour viter de me fatiguer, ni parce que je
manque d'imagination. C'est le meilleur moyen que j'aie trouv de rassembler de
nombreux avis sur le mme sujet, pour pouvoir ensuite juxtaposer et
ventuellement recouper ces rponses. Ceci m'est notamment trs utile pour
crire certains passages du Livre 010101 sans me contenter de gnralits un peu
faciles, sinon de platitudes. De plus, comme,  partir de 1999, les Entretiens
sont disponibles en ligne, plusieurs correspondants me disent avoir plaisir 
lire les diffrentes rponses aux questions sur lesquelles ils ont eux mmes
"planch". Ils me disent aussi tre souvent surpris par la diversit de ces
rponses, par exemple, en 2000, le sentiment de chacun sur le livre lectronique
(e-book), qui vient de faire son apparition.

= Pourquoi sur plusieurs annes?

Comme dit plus haut, je prfre interviewer les mmes participants sur plusieurs
annes,  raison d'un entretien par an environ, plutt que de multiplier le
nombre des participants. A la rflexion, je suis heureuse d'avoir adopt cette
dmarche, qui tait au dbut un peu intuitive.

Chose qui tait pressentie par beaucoup ds 1998, les annes 1998-2001 s'avrent
bien des annes charnires pour le dveloppement de l'internet et des
technologies numriques dans le monde du livre et de la presse. Ces annes
apportent des changements considrables,  savoir en 1998 la cration de
nombreux sites, en 1999 le dveloppement d'un web  la fois francophone et
multilingue, en 2000 le passage du papier au numrique et les perspectives du
tout numrique, et en 2001 des pronostics revus  la baisse pour le numrique
qui, plutt que de faire cavalier seul, semble parti pour cohabiter avec
l'imprim pendant pas mal d'annes. Les rponses des uns et des autres sur
plusieurs annes permettent de mesurer cette volution de l'intrieur.

A titre individuel aussi, l'actualisation des entretiens d'une anne sur l'autre
a un rel intrt puisque, pour chaque participant, les choses bougent souvent
de manire significative pendant ce laps de temps. Pour plusieurs participants,
une actualisation est mme ncessaire au bout d'un trimestre ou d'un semestre,
ce qui explique que les dates de certains entretiens soient assez rapproches
dans le temps.

= Pourquoi en plusieurs langues?

Il est vident que, mme si ce travail est d'abord destin  prendre le pouls de
la communaut francophone, ceci ne doit pas tre un carcan, d'autant que, pour
des raisons  la fois historiques, gographiques et techniques, l'internet est
d'abord anglophone avant d'tre multilingue. Des pionniers comme Michael Hart,
fondateur du Project Gutenberg en 1971, ou encore John Mark Ockerbloom,
fondateur de The Online Book Page en 1993, ont tous deux particip  "mes"
entretiens. Sur les 97 personnes qui participent, 72 personnes sont francophones
ou considres comme telles puisque totalement bilingues, 23 personnes sont
anglophones et 2 personnes sont hispanophones. Je traduis systmatiquement en
franais les entretiens reus en anglais et en espagnol, et les mets (presque)
immdiatement en ligne dans les deux langues, qui sont donc - comme chacun l'a
dj compris - la langue originale et le franais.

Je traduis aussi plusieurs entretiens du franais vers l'anglais (avec l'aide de
Greg Chamberlain qui vrifie et amliore mes traductions) et du franais vers
l'espagnol (avec l'aide de Maria Victoria Marinetti pour la mme raison). Si
tous les entretiens reus en anglais et en espagnol sont traduits en franais,
je considre que les participants anglophones et hispanophones ne comprenant pas
le franais ont eux aussi le droit de savoir ce que pensent les francophones,
d'o l'intrt de ces traductions. Les remerciements de correspondants
anglophones  ce sujet -  commencer par les participants anglophones aux
entretiens - me montrent que je n'ai pas perdu mon temps. Plus gnralement,
comme le multilinguisme sur le web me parat essentiel, ainsi que la ncessit
de multiplier les traductions, cela m'a permis de mettre ces ides en pratique 
mon trs modeste chelon.

Point de dtail qui a son intrt, certains participants appartenant aux
communauts non francophones et ne matrisant pas parfaitement le franais font
de rels efforts pour rpondre en franais, ce qui est mritoire, mais qui
enlve aux rponses une partie de l'intrt qu'elles auraient pu avoir si le
correspondant s'tait exprim dans sa langue maternelle. J'ai pu en juger en
comparant les rponses lorsque le correspondant change de langue d'une anne sur
l'autre. Ceci montre une fois de plus l'avantage de s'exprimer dans sa propre
langue et l'intrt de traductions professionnelles, on ne le rptera jamais
assez. Mais j'ai t touche par cette attention, et j'ai bien aim aussi les
commentaires du genre : "Surtout n'oubliez pas de corriger mes fautes..."

Quelques chiffres maintenant. L'intgralit des 97 entretiens est propose en
franais, avec 72 entretiens originaux et 25 traductions. Sur les 39 entretiens
en anglais, 24 sont des textes originaux et 15 des traductions. Sur les 12
entretiens proposs en espagnol, 2 sont des textes originaux et 10 des
traductions (j'explique dans le paragraphe suivant la raison des dix
traductions). Par ailleurs, sur les 97 entretiens, 57 entretiens sont unilingues
( savoir uniquement en franais), 31 entretiens sont bilingues (30 bilingues
franais-anglais et un bilingue franais-espagnol) et 8 entretiens sont
trilingues (franais, anglais, espagnol). Un entretien est quadrilingue, celui
de Bruno Didier, grce  la traduction en allemand faite par sa collgue Monika
Wechsler.

En fait j'aurais souhait que la srie soit intgralement trilingue, et j'y
crois encore en 1999-2000. A cette date, j'ai aussi pour projet de contacter
plusieurs hispanophones, d'autant que le web hispanophone est en pleine
expansion, particulirement en Amrique latine. Il me faut donc montrer aux
hispanophones unilingues en quoi consiste "mon" projet, non pas en thorie, ce
qui ne sert pas  grand chose, mais en leur donnant la possibilit de lire une
douzaine d'entretiens. Voici la raison pour laquelle je traduis en espagnol dix
entretiens francophones et anglophones. Mais, une fois de plus, je place la
barre un peu haut. Les traductions du franais vers l'anglais et l'espagnol
restent malheureusement trop peu nombreuses pour des raisons de temps (les
journes n'ont que vingt-quatre heures et je dois gagner ma vie par ailleurs) et
pour des raisons financires (je rmunre bien sr Greg et Maria Victoria pour
leur travail). Quant aux quelques contacts pris en vue de trouver un financement
pour ces traductions, ils chouent tous lamentablement, aussi bien en Europe
qu'en Amrique du Nord.

= Tentatives auprs des "canaux dirigistes"

Comme nombre de ceux qui poursuivent contre vents et mares une activit
bnvole pendant plusieurs annes, je fais galement quelques tentatives auprs
des "canaux dirigistes" pour les intresser  mon travail et obtenir un
financement tant en gardant le mme esprit et toute libert de manoeuvre. J'y
mets vraiment du mien puisque je prends  plusieurs reprises mon bton de
plerin pour sillonner la France, le Qubec, la Belgique et la Suisse, en
suivant les conseils de certains disant que, dans ce domaine, le contact "rel"
est prfrable au contact "virtuel".

Je contacte des organismes en tous genres, traditionnels et numriques, y
compris des diteurs et socits de presse qui,  priori, sont censs
s'intresser au livre, et qui s'y intressent, mais uniquement pour couvrir le
travail d'organismes "reconnus" et donner la parole aux directeurs et
responsables de ceci ou de cela. On n'a donc pas vraiment la mme optique. On me
propose aussi de monter un projet (une expression qui semble vraiment  la
mode...) alors que le projet est non seulement mont mais aussi ralis, et
qu'il marche trs bien, merci pour lui. On me propose encore de remplir des
dizaines sinon des centaines de paperasses pour un rsultat tout  fait
hypothtique, une chose que j'ai faite par le pass  l're du papier mais qui
me parat passablement ringarde  l'heure de l'internet.

Pour rsumer, encore du temps perdu pour un rsultat nul, mais au moins, comme
tant d'autres, j'aurais essay.

= Publication sur le Net des tudes franaises

Ds 1999, la srie des Entretiens est disponible en ligne, afin que les
participants potentiels sachent  quoi s'en tenir sur l'esprit du travail et
puissent lire ce qui a dj t crit sur tel ou tel sujet. Autre avantage de la
mise en ligne, les participants peuvent retrouver leurs propres textes pour les
relire s'ils en ont envie, ou encore pour crer un lien vers eux  partir de
leur propre site, ou encore pour les actualiser et les complter l'anne
suivante. Avant la mise en ligne, j'archivais toutes les rponses et j'envoyais
 chacun un copier-coller avec son texte de l'anne prcdente, au cas o il ne
l'aurait pas conserv, ce qui s'est avr plus d'une fois fort utile.

Avant de trouver leur place dfinitive en juillet 2001 sur le Net des tudes
franaises (NEF), les Entretiens dmnagent malheureusement un peu trop souvent,
 mon corps dfendant. Une premire srie trouve place sur Biblio On Line (merci
 Jean-Baptiste Rey), puis sur le site du CEVEIL (merci  Cynthia Delisle). De
courts extraits de versions anciennes et actualises depuis sont publis dans
E-Doc, une rubrique d'Internet Actu que j'anime pendant cinq mois, entre juin et
octobre 2000 (merci  Franois Vadrot). Je dcide ensuite de poster les
Entretiens sur mon site personnel CompuServe en attendant la possibilit de les
publier sur le mme site pendant de nombreuses annes, sans craindre une
fermeture de rubrique et un changement d'URL.

Enfin la lumire aprs les errements... Quelques mois aprs avoir interview
Russon Wooldridge, professeur au dpartement d'tudes franaises de l'Universit
de Toronto, notre correspondance se poursuit de manire informelle. En t 2001,
je lui demande s'il accepterait de publier la srie des entretiens sur le Net
des tudes franaises (NEF), cr  son initiative et dont l'esprit me sduit.
Le NEF se veut d'une part "un filet trouv qui ne capte que des morceaux choisis
du monde des tudes franaises, tout en tissant des liens entre eux", d'autre
part un rseau dont les "auteurs sont des personnes oeuvrant dans le champ des
tudes franaises et partageant librement leur savoir et leurs produits avec
autrui". Deux belles dfinitions qui s'appliquent aussi aux Entretiens. Il tait
donc normal qu'il y ait synergie puis fusion. Les Entretiens sont intgrs au
NEF en juillet 2001, tout comme Le Livre 010101: enqute, qui rassemble les
rponses de manire thmatique (voir ci-dessous un descriptif plus dtaill du
Livre 010101). En mai 2002, Russon cre une base interactive sous TACTweb qui
permet des recherches textuelles dans l'ensemble du travail.

= Bilan sur les questions poses, et leurs rponses

Revenons de manire plus dtaille sur les questions poses. Elles sont parfois
lies aux proccupations du moment, par exemple le droit d'auteur ou le
multilinguisme. Certaines sont intemporelles, par exemple la dfinition par
chacun du cyberespace ou de la socit de l'information. Certaines sont beaucoup
plus profondes qu'elles n'en ont l'air, par exemple le meilleur et le pire
souvenir de chacun sur le rseau.

Demander  chaque participant de se prsenter et de dcrire son activit et/ou
l'activit de son organisme va de soi avant d'aller plus avant. L'actualisation
d'anne en anne montre que les choses avancent  la fois vite et pas vite
(comme diraient mes amis normands.... Chose qui s'avre aussi vraie dans la vie
cyber que dans la vie relle, l'enthousiasme et la tnacit  titre individuel
sont souvent contrs par des problmes financiers ou des problmes de
"reconnaissance" par l'organisme ou la structure.

Certaines questions visent  entraner une prise de conscience. La question sur
le multilinguisme - qui a suscit quelques remous - est cense faire toucher du
doigt plusieurs problmes  la fois: ncessit d'un web multilingue (en 1998,
c'tait moins vident que maintenant), ncessit de dfendre la place du
franais sur le rseau (idem), et enfin importance de la traduction dans les
deux sens: vers le franais, et  partir du franais. Plus gnralement, on
n'insiste peut-tre pas assez sur le fait que l'internet et les technologies
numriques ne nous offrent pas seulement l'e-book mais aussi la possibilit d'un
meilleur change entre les diffrentes communauts linguistiques. De plus, au
lieu de vilipender les anglophones, certains francophones devraient plutt
reconnatre que, pour la premire fois peut-tre, grce au rseau, et pas
seulement pour des raisons commerciales, la communaut anglophone s'intresse au
multilinguisme. Un sujet qu'il serait intressant de creuser.

Autre question visant  entraner une prise de conscience, celle sur
l'accessibilit du web aux personnes aveugles et malvoyantes. Les rponses
montrent la ncessit d'une vritable sensibilisation des personnes voyantes (y
compris les professionnels du livre...) au fait que les personnes handicapes
visuelles ont elles aussi droit  deux modes de connaissance - la lecture et
l'coute - tout comme les personnes voyantes. Si les professionnels interrogs
suggrent presque tous le dveloppement de documents audio, beaucoup ne pensent
pas  la conversion dsormais possible des documents numriques en braille.
Pourquoi les personnes aveugles devraient-elles se limiter  l'coute, alors que
le dveloppement du numrique leur ouvre enfin largement accs  la lecture?

Plus gnralement, nombre de passages des entretiens sont  mon humble avis de
petits chefs-d'oeuvre, dans l'esprit et/ou le style, et je les ai relus
plusieurs fois au fil des annes. Entre autres, j'ai beaucoup aim les rponses
sur le meilleur et pire souvenir de chacun. J'ai d'ailleurs regroup ces
rponses sur une page web spcifique. J'ai beaucoup aim aussi les dfinitions
personnelles des uns et des autres sur le cyberespace et la socit de
l'information, qui pourraient faire l'objet d'une tude, pourquoi pas, si
l'tude en question veut bien ne pas se limiter  les gloser. Comme le dit trs
justement un de mes correspondants  qui je m'ouvrais du problme, les rponses
se suffisent sans doute  elles-mmes, d'o l'intrt de tout simplement les
rassembler, ce qui donne l aussi une trs belle page web. De par son contenu
bien sr. Pour le graphisme, je laisse aux auteurs hypermdias le soin de se
pencher sur la question.

= Quelques chiffres

Bien que n'aimant pas trop les statistiques - qui deviennent vite rductrices -
je regroupe ici quelques chiffres (pour la plupart dj cits), et laisse aux
spcialistes le soin d'aller plus avant s'ils le souhaitent (conversion en
tableaux et analyses de tous ordres).

Etablie  titre purement indicatif - puisque de nombreux participants ont en
fait plusieurs casquettes - la liste par professions donne les chiffres
suivants: 14 auteurs, dont 6 auteurs "classiques" et 8 auteurs hypermdias, 12
bibliothcaires-documentalistes, 2 concepteurs d'appareils de lecture, 3
crateurs de sites littraires, 10 diteurs, 5 gestionnaires, 7 journalistes, 26
linguistes, dont 8 francophones et 18 non francophones, et enfin 12 professeurs.
En fait, contrairement  ce qu'on pourrait penser, les linguistes ne sont pas
sur-reprsents. Il s'agit plutt d'une erreur de ma part. D'une part, le terme
est utilis faute de mieux pour tous ceux qui s'intressent de trs prs aux
langues. D'autre part j'aurais d faire clater cette catgorie en plusieurs
catgories: traducteurs, concepteurs de dictionnaires et d'encyclopdies,
spcialistes de la traduction automatique, etc. Cette dernire prcision est 
destination des chercheurs qui vont se pencher sur le problme, puisque certains
m'ont dj dit vouloir tudier cette srie d'entretiens. Ils peuvent d'emble
indiquer que, si j'ai russi un relatif quilibre entre les divers corps de
mtiers, j'ai compltement rat la parit, puisque, sur les 97 participants, 77
sont des hommes et 20 sont des femmes. A tort ou  raison, je n'ai pas utilis
le sexe comme critre de choix des correspondants.

Les langues maintenant. Les 97 entretiens ont une version franaise. Ce sont
soit des textes originaux (72) soit des traductions (25). Les 39 entretiens en
anglais sont soit des originaux (24) soit des traductions (15). Les 12
entretiens en espagnol sont soit des originaux (2) soit des traductions (10).
Dans les 97 entretiens, 57 entretiens sont unilingues (franais), 31 entretiens
sont bilingues (franais-anglais, sauf un franais-espagnol), 8 entretiens sont
trilingues (franais, anglais, espagnol) et un entretien remporte la palme du
multilinguisme puisqu'il est quadrilingue (franais, anglais, espagnol,
allemand).

La rpartition sur plusieurs annes enfin. 47 personnes participent aux
entretiens en 1998. 14 s'arrtent l et 33 poursuivent les annes suivantes.
Viennent s'ajouter ensuite 9 nouveaux participants en 1999, 25 nouveaux
participants en 2000 et 16 nouveaux participants en 2001. Sur les 97
participants, 48 participants rpondent une fois, 32 participants rpondent 
deux reprises, 13 participants rpondent  trois reprises, et 4 participants
rpondent  quatre reprises. Prcision qui a son importance, ces derniers
chiffres ne peuvent tre exploits tels quels puisque, contrairement  ceux qui
ont particip  l'aventure ds ces dbuts, les participants qui n'ont t
contacts qu'en 2000 ou 2001 n'ont videmment pas eu le loisir de rpondre sur
plusieurs annes. Cependant, que ce soit dans un seul questionnaire (en 2000 et
2001) ou dans plusieurs questionnaires (1998, 1999, 2000 et 2001), tous ont reu
 peu prs les mmes questions.

= Le Livre 010101

Au printemps 2001, forte d'une centaine d'entretiens, je rassemble les rponses
par thmes, en y ajoutant des informations techniques sur le dveloppement de
tel ou tel secteur: dition lectronique, bibliothque numrique, librairie en
ligne, livre numrique, livre lectronique, rfrence en ligne, logiciels de
traduction, etc. Cela donne Le Livre 010101: enqute, publi en juillet 2001.

Le deuxime semestre 2001 marque la fin d'une poque (la prhistoire du
numrique peut-tre...) avant le dbut d'une autre, et ceci vaut non seulement
pour la "nouvelle" conomie dans son ensemble mais aussi pour le livre
numrique. Aprs les nombreuses initiatives individuelles et collectives des
annes 1998-2001 et l'enthousiasme qui va avec, on assiste  un ralentissement
accompagn d'une certaine lassitude, avant un nouveau dpart sans doute.

Si, en 2001, j'avais l'impression que ce n'tait pas "mr" pour une synthse sur
le sujet, le premier semestre 2002 me parat la priode opportune pour l'crire.
Je m'appuie sur les trois sources que sont les entretiens, les enqutes et le
suivi de l'actualit pendant cinq ans. Cela donne une nouvelle version du Livre
010101, distribu par Numilog au format PDF en septembre 2002. Sous toutes
rserves, le livre devrait tre rgulirement actualis selon une priodicit
qui reste  dterminer. Une version imprime serait galement bienvenue, mais 
ce jour mes dmarches n'ont (encore) rien donn pour trouver un partenaire qui
prenne en charge la fabrication (de qualit) et la distribution (efficace).

= Les Entretiens sont eux-mmes un rseau

Ds 1999, les Entretiens agissent comme un rseau, les participants se
contactant ensuite directement, parfois  mon initiative, parfois en consultant
tout simplement la liste des entretiens. Il arrive aussi que des participants
soient contacts par des organismes ayant trouv "leur" entretien par le biais
de moteurs de recherche. C'est le cas de certains auteurs hypermdias. J'aime en
tout cas cette ide d'un rseau aux multiples ramifications.

Pour moi aussi les Entretiens ont agi comme un rseau.

En fvrier 2001 je prends contact avec Russon Wooldridge, crateur du Net des
tudes franaises (NEF), grce  Olivier Bogros, crateur de la Bibliothque
lectronique de Lisieux, qui participe rgulirement aux Entretiens depuis 1998
et qui est lui-mme membre du NEF. Russon participe d'abord aux Entretiens avant
de les publier sur le NEF en juillet 2001.

Je prends ensuite contact avec Emilie Devriendt grce  Russon. Emilie participe
aux Entretiens en juin 2001 avant que je ne lui propose l'anne suivante de
poursuivre ce travail. Elle dcide de former quipe avec Russon Wooldridge et
Dominique Scheffel-Dunand.

Olivier Gainon, fondateur de CyLibris, participe aux Entretiens en dcembre
2000. Pionnier de l'dition en ligne, CyLibris publie une lettre d'information
lectronique volontairement dcale et souvent humoristique, dont le ton me
plat, et  laquelle je contribue  partir d'octobre 2001.

Denis Zwirn, co-fondateur et PDG de Numilog, participe aux Entretiens en fvrier
2001. En septembre 2002, Numilog distribue la nouvelle version du Livre 010101
au format PDF.

Quelques exemples parmi d'autres, sans parler de la trentaine de rencontres
"virtuelles" qui sont ensuite devenues relles.

= La suite des Entretiens

En janvier 2002, je dcide de repasser le flambeau  une nouvelle quipe. Tout
bnvole "fatigue" au bout de quelques annes, surtout quand il s'agit d'un
travail trs prenant en plus de l'activit professionnelle habituelle, limite
au minimum vital pour avoir justement du temps pour l'animation des entretiens
et le travail de recherche qui l'accompagne. Lors du colloque du Net des tudes
franaises en mai 2002  Lisieux (Normandie), trois membres actifs du NEF
composent une petite quipe pour reprendre le flambeau. Ce sont Emilie Devriendt
(Ecole normale suprieure de Paris), Dominique Scheffel-Dunand (Universit de
Toronto) et Russon Wooldridge (Universit de Toronto). La nouvelle srie
d'entretiens dbute en juin 2002. Elle est intitule Entreliens. Nouveau
souffle, nouvelles personnes, nouvelles questions, nouvelles ides... le rseau
continue de s'tendre.

= Publications issues des Entretiens, ou qui en citent des extraits

2003 [en projet]: Le Livre 010101 (1993-2003). Deux volumes publis en ligne sur
le Net des tudes franaises (Universit de Toronto).

2002: Littrature et internet des origines (1971)  nos jours: quelques
expriences, communication lors du 2e colloque international "Les tudes
franaises valorises par les nouvelles technologies d'information et de
communication", Lisieux (Normandie), mai 2002.

2001-2002: Articles dans Edition Actu, la lettre d'information lectronique de
CyLibris (Paris).

2001: Le Livre 010101: Enqute. Publi en ligne sur le Net des tudes franaises
(Universit de Toronto).

2001: Entretiens / Interviews / Entrevistas (1998-2001). Srie trilingue
(franais, anglais, espagnol) publie sur le Net des tudes franaises
(Universit de Toronto).

2000: Srie d'articles (E-Doc, 1-20, juin-octobre 2000) dans Internet Actu,
publi par FTPress (French Touch Press, Paris).

2000: "L'impact des NTIC [nouvelles technologies de l'information et de la
communication] sur les auteurs, les diteurs et les libraires", dans: La
publication en ligne, Les cahiers du numrique, I/5 (Herms Science, Paris).

1999: "Les cyberbibliothques" et "Slection de sites web", dans: "L'information
scientifique et technique et l'outil internet", Le Micro Bulletin Thmatique, n
1, publi par la Dlgation aux systmes d'information du CNRS (Centre national
de la recherche scientifique, Paris).

1999: De l'imprim  internet. Publi en version PDF et en version imprime par
les Editions 00h00 (Paris) entre avril 1999 et dcembre 2002. Publi ensuite en
ligne par le Net des tudes franaises. Disponible aussi en anglais avec un
texte diffrent.

1999: Le multilinguisme sur le web. Publi en ligne par le CEVEIL (Centre
d'expertise et de veille inforoutes et langues, Montral) entre fvrier 1999 et
dcembre 2002. Publi ensuite par le Net des tudes franaises. Disponible aussi
en anglais.

Copyright  2001 Marie Lebert







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state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
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number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's
eBook number, often in several formats including plain vanilla ASCII,
compressed (zipped), HTML and others.

Corrected EDITIONS of our eBooks replace the old file and take over
the old filename and etext number.  The replaced older file is renamed.
VERSIONS based on separate sources are treated as new eBooks receiving
new filenames and etext numbers.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.

EBooks posted prior to November 2003, with eBook numbers BELOW #10000,
are filed in directories based on their release date.  If you want to
download any of these eBooks directly, rather than using the regular
search system you may utilize the following addresses and just
download by the etext year.

http://www.ibiblio.org/gutenberg/etext06

    (Or /etext 05, 04, 03, 02, 01, 00, 99,
     98, 97, 96, 95, 94, 93, 92, 92, 91 or 90)

EBooks posted since November 2003, with etext numbers OVER #10000, are
filed in a different way.  The year of a release date is no longer part
of the directory path.  The path is based on the etext number (which is
identical to the filename).  The path to the file is made up of single
digits corresponding to all but the last digit in the filename.  For
example an eBook of filename 10234 would be found at:

http://www.gutenberg.org/1/0/2/3/10234

or filename 24689 would be found at:
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An alternative method of locating eBooks:
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