The Project Gutenberg EBook of Le Livre 010101: Enqute, by Marie Lebert

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Title: Le Livre 010101: Enqute

Author: Marie Lebert

Release Date: October 26, 2008 [EBook #27036]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE LIVRE 010101: ENQUTE ***




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LE LIVRE 010101: ENQUETE


MARIE LEBERT


NEF, University of Toronto, 2001

Copyright  2001 Marie Lebert

Date de septembre 2001, une enqute sur le livre numrique mene auprs de tous
ses acteurs: auteurs, diteurs, libraires, bibliothcaires-documentalistes,
professeurs, traducteurs, linguistes, concepteurs de machines de lecture, etc.
La version originale est disponible sur le NEF:
http://www.etudes-francaises.net/entretiens/00livre.htm


TABLE


1. Introduction

2. Chronologie

3. Qu'apporte l'internet aux auteurs?

4. Presse en ligne et cyberpresse

5. Le respect du droit d'auteur sur l'internet

6. L'dition lectronique

7. Le livre numrique se gnralise

8. Le livre lectronique merge

9. Livre numrique, livre braille et livre vocal

10. Les librairies "classiques" et cyber

11. Bibliothques "en dur" et bibliothques numriques

12. Apprendre et enseigner

13. Quel avenir pour l'imprim?

14. La multiplicit des langues: barrire ou richesse?

15. La traduction automatique

16. Le livre et l'internet: quelques sagas

17. L'avenir du rseau

18. Cyberespace et socit de l'information

19. Expriences et souvenirs

20. Rpertoire de sites web

21. Glossaire

22. Personnes cites

23. Adresses web

24. Index


1. INTRODUCTION


Le dveloppement de l'internet depuis quelques annes, la gnralisation des
livres numriques (versions numrises d'un livre) depuis trois ans et
l'apparition des livres lectroniques (appareils de lecture permettant de lire 
l'cran des livres numriques) depuis quelques mois amnent de profonds
changements dans le monde du livre.

Le grand vecteur du numrique est le web, qui est la partie visible de l'iceberg
et joue souvent le rle de vitrine. S'il est peut-tre contamin par l'emprise
des multinationales, le web n'en est pas moins devenu une gigantesque
encyclopdie, une norme bibliothque, une immense librairie et un organe de
presse des plus complets. Il est aussi une discothque, une vidothque et une
artothque. Le web est relay par les autres services procurs par l'internet, 
commencer par le courrier lectronique, les listes de diffusion, les forums de
discussion, etc. A ceci s'ajoutent un certain nombre de services purement
informatiques, notamment la production de textes lectroniques sous diverses
formes et divers formats, et la numrisation des oeuvres imprimes en mode texte
et en mode image.

Le numrique secoue durement le monde de l'imprim, rput jusque-l pour sa
stabilit. Le livre n'est pas menac pour autant, loin s'en faut, mais il se
convertit: publication de livres en version numrique, avec impression
uniquement  la demande, oeuvres multimdias et hypermdias, diteurs
lectroniques, librairies en ligne, bibliothques numriques, dictionnaires et
encyclopdies en ligne, logiciels de traduction automatique, appareils de
lecture de la taille d'un livre, etc.

Point n'est besoin de pleurer la mort du papier. On a dsormais deux supports
(papier et numrique) au lieu d'un (papier). Plutt que de se lamenter sur le
bon (?) vieux temps, beaucoup ont choisi d'explorer les avantages du numrique.
Cependant, jusque-l, peu de professionnels sont devenus des adeptes du "zro
papier". Le plus souvent, l'imprimante reste la fidle compagne de l'ordinateur.
Certains s'accordent  dire qu'ils n'ont jamais autant imprim. Tous
reconnaissent l'utilit du numrique pour ses qualits pratiques, mais restent
amoureux du papier et de l'imprim pour le plaisir de l'objet.

Le livre imprim a cinq sicles et demi. Le livre numrique est plus difficile 
dater. Si on le considre comme un texte lectronique, il aurait trente ans et
serait n avec le Projet Gutenberg, cr par Michael Hart en 1971 alors qu'il
tait tudiant  l'Universit d'Illinois, pour rpandre le plus largement
possible les oeuvres du domaine public sous la forme de documents lectroniques
au format texte. Si on le rduit  son aspect commercial, le livre numrique
n'aurait que trois ans et serait n en mai 1998 avec la mise en vente des
premires versions numriques commercialises par les ditions 00h00.com.

La boucle semble maintenant boucle, ou plus exactement l'imprim et le
numrique se sont maintenant rejoints puisque, depuis le 23 novembre 2000, la
version numrique de la Bible de Gutenberg, premier ouvrage  avoir jamais t
imprim (en 1454-1455) est en accs libre sur le site de la British Library,
soit trs exactement 546 ans plus tard. Dans quelques annes, il deviendra
probablement ridicule de distinguer l'imprim du numrique, si ce n'est pour
choisir un support, et ceci d'autant plus quand le papier lectronique deviendra
monnaie courante.

Comment s'effectue le passage vers le numrique pour les diffrents acteurs du
monde du livre: crivains, journalistes, diteurs, libraires, bibliothcaires,
documentalistes, traducteurs, chercheurs, professeurs, linguistes, etc.? Quel
usage font-ils de l'internet? Comment voient-ils l'avenir? Utilisent-ils encore
beaucoup l'imprim? Quelle est leur opinion sur le livre lectronique? Que
pensent-ils des dbats en cours sur le respect du droit d'auteur sur l'internet?
Quels avantages voient-ils  la multiplicit des langues sur le web? Comment
dfinissent-ils le cyberespace et la socit de l'information?

Pour des raisons pratiques, dans les pages qui suivent, on utilisera
l'expression "professionnels du livre" pour englober tous ces acteurs.
"Professionnels de l'imprim" n'est plus trs opportun  l're du numrique.
"Professionnels de l'information et de la documentation" est un peu long, de
mme que "professionnels du livre et de la presse". Comme l'internet fait partie
de notre vie quotidienne depuis plusieurs annes maintenant, on a choisi de ne
plus lui attribuer de majuscule mais de le considrer comme un nom commun. La
mme remarque vaut pour "net", "web" et "rseau".

Le Livre 010101 se base principalement sur des entretiens conduits par courrier
lectronique auprs de nombreux professionnels ayant des profils trs varis.
Les participants n'ont en aucune faon t choisis en fonction de leur
notorit. Ils ont t choisis en fonction de leur exprience du numrique et de
l'intrt de celle-ci. Si certains ont de gros moyens financiers et bnficient
de l'appui des mdias, d'autres se dbrouillent avec conviction et sans moyens
dans un anonymat relatif ou total, et il est grand temps de leur donner aussi la
parole. Ce livre s'y emploie. Tout comme les entretiens, il est publi en ligne
en juillet 2001 sur le Net des tudes franaises.

Dbuts en juin 1998, les premiers entretiens ont constitu la trame de deux
tudes, De l'imprim  internet (00h00.com, Paris) et Le multilinguisme sur le
web (CEVEIL, Montral), toutes deux publies dbut 1999. Les entretiens se sont
ensuite poursuivis, chacun relatant sa propre exprience au fil des ans. Ceux
qui le souhaitaient ont reu de nouvelles questions chaque anne, avec rponse 
tout ou partie des questions dans le dlai souhait: quelques jours, quelques
semaines ou quelques mois. De nouveaux participants sont rgulirement venus se
joindre aux "anciens".

Le but des entretiens est aussi de connatre l'avis des professionnels du livre
(et apparents) sur un sujet donn (le livre lectronique, le droit d'auteur, le
multilinguisme, l'avenir du rseau, l'avenir de l'imprim, etc.), d'o l'intrt
de poser les mmes questions aux uns et aux autres. Comme on le verra, les
points de vue sont trs diffrents, ce qui ajoute  la richesse du livre. Que
tous soient ici chaleureusement remercis pour leur participation et leur
fidlit.

= Marie, Russon, Greg et Maria Victoria

Marie Lebert, l'auteur de ce livre, est traductrice et documentaliste
(spcialise dans les catalogues, bibliographies et index) auprs
d'organisations internationales, pour gagner sa vie. Depuis janvier 1998, grce
 l'internet, elle travaille exclusivement  distance. Elle est galement
chercheuse, crivain et journaliste. Depuis toujours, elle est une nomade
impnitente.

Russon Wooldridge, diteur en ligne, est professeur au dpartement d'tudes
franaises de l'Universit de Toronto. Il est le crateur de sites dans le
domaine des tudes franaises, dont le Net des tudes franaises, sur lequel ce
livre est publi. Il est galement chercheur (histoire de la langue, volution
des mdias du papier et du web).

Greg Chamberlain, journaliste et traducteur anglais, et Maria Victoria
Marinetti, mexicaine, professeur d'espagnol en entreprise et traductrice,
vrifient et amliorent les traductions de Marie Lebert vers l'anglais et
l'espagnol. Si tous les entretiens reus en anglais et en espagnol sont
systmatiquement traduits en franais, on considre que les participants
anglophones et hispanophones ne comprenant pas le franais ont eux aussi le
droit de savoir ce que pensent les francophones, d'o l'intrt de ces
traductions, malheureusement trop peu nombreuses.


2. CHRONOLOGIE


Cette chronologie prsente les principales balises du dveloppement du numrique
dans le domaine du livre et de la presse. Mis  part le Projet Gutenberg, apparu
ds 1971, le dveloppement du numrique est li  celui du web, et ne prend donc
son essor qu'en 1993-1994, avec une acclration sensible depuis aot 2000.
Cette acclration prfigure sans doute le passage prochain au "tout numrique",
au moins pour le stockage et la diffusion des donnes.

1971: Cration du Projet Gutenberg, premire bibliothque numrique au monde

Cr par Michael Hart en 1971 alors qu'il tait tudiant  l'Universit
d'Illinois, le Projet Gutenberg a pour but de mettre gratuitement  la
disposition de tous le plus grand nombre possible d'oeuvres du domaine public.
Lorsque l'utilisation du web se gnralise, le projet trouve un second souffle
et un rayonnement international. La plus ancienne bibliothque numrique sur
l'internet propose dsormais 3.700 oeuvres (chiffres de juillet 2001) qui, au
fil des annes, ont t patiemment numrises en mode texte par des volontaires
de nombreux pays (600 volontaires actifs en 2000). D'abord essentiellement
anglophones, les collections deviennent peu  peu multilingues.

1993: Cration d'ABU: la bibliothque universelle, premire bibliothque
numrique francophone

La premire bibliothque numrique francophone voit le jour en 1993, 
l'initiative de l'Association des bibliophiles universels (ABU, Paris). Ses
membres, bnvoles, scannent ou dactylographient eux-mmes des oeuvres
francophones du domaine public. A ce jour, les collections comprennent 283
textes de 100 auteurs (chiffres de juin 2001).

Novembre 1994: Premier numro des Chroniques de Cybrie, chronique hebdomadaire
des actualits de l'internet

Jean-Pierre Cloutier, journaliste qubcois, lance en novembre 1994 Les
Chroniques de Cybrie, chronique hebdomadaire des actualits de l'internet, sous
la forme d'une lettre hebdomadaire envoye par courrier lectronique (5.000
abonns en 2001). A partir d'avril 1995, on peut galement lire les Chroniques
directement sur le web. Depuis bientt sept ans maintenant, elles font rfrence
dans la communaut francophone, y compris dans le domaine du livre.

Fvrier 1995: Mise en ligne du site web du Monde diplomatique

Mont dans le cadre d'un projet exprimental avec l'INA (Institut national de
l'audiovisuel) et prsent en fvrier 1995 lors du forum des images Imagina, le
site web du mensuel Le Monde diplomatique est le premier site d'un priodique
imprim franais. A sa suite, rapidement, des quotidiens imprims crent un site
web: Libration fin 1995, Le Monde et L'Humanit en 1996, etc.

Avril 1995: Cration d'Editel, pionnier de l'dition littraire francophone

En avril 1995, Pierre Franois Gagnon, qubcois, cre Editel, le premier site
web d'auto-dition collective de langue franaise, devenu ensuite un site de
cyberdition non commerciale en partenariat avec les auteurs maison (25 textes
tlchargeables en janvier 2001) et un webzine littraire.

Juillet 1995: Naissance du libraire en ligne Amazon.com, futur gant du commerce
lectronique

En juillet 1995, Amazon.com est fond par Jeff Bezos suite  une tude de march
dmontrant que les livres sont les meilleurs "produits"  vendre sur l'internet.
Il cre donc une librairie en ligne qui dbute avec dix employs et trois
millions d'articles, et devient vite une rfrence dans le domaine du commerce
lectronique. Cinq ans plus tard, en novembre 2000, Amazon.com compte 7.500
employs, 28 millions d'articles, 23 millions de clients et quatre filiales
(Royaume-Uni, Allemagne, France et Japon). Admir par certains, son modle
conomique est violemment contest par d'autres, notamment en matire de gestion
du personnel.

Fvrier 1996: Naissance de LMB Actu (Le Micro Bulletin Actu), qui devient
Internet Actu en septembre 1999

En fvrier 1996, Franois Vadrot, directeur des systmes d'information du CNRS
(Centre national de la recherche scientifique, France), cre LMB Actu (Le Micro
Bulletin Actu), lettre d'information hebdomadaire consacre  l'actualit de
l'internet et des nouvelles technologies. Trois ans plus tard, en aot 1999, il
cre la socit de cyberpresse FTPress (French Touch Press). En septembre 1999,
LMB Actu est remplac par Internet Actu (environ 55.000 abonns en juin 2001
pour l'ensemble des ditions hebdomadaires et quotidiennes). D'autres
publications suivent, ainsi que des ralisations multimdias, des missions de
tlvision, etc., dont certaines suivent de prs l'actualit du livre.

Aot 1996: Cration de CyLibris,premier diteur en ligne franais

Cr en aot 1996 par Olivier Gainon, CyLibris (de Cy, cyber et Libris, livre)
dcide d'utiliser l'internet et le numrique pour s'affranchir des contraintes
lies  l'conomie traditionnelle du livre. L'diteur peut ainsi se consacrer 
la dcouverte et  la promotion de nouveaux auteurs littraires, et  la
publication de leurs premires oeuvres. Vendus uniquement sur le web, les livres
(52 titres en juin 2001) sont imprims  la commande et envoys directement au
client, ce qui permet d'viter le stock et les intermdiaires. CyLibris devient
membre du Syndicat national de l'dition (SNE) au printemps 2000.

Octobre 1996: Cration du concept d'@folio, support numrique de lecture nomade

En octobre 1996, Pierre Schweitzer cre le concept d'@folio (prononcer a-folio),
support numrique de lecture nomade, dans le cadre d'un projet de design dpos
 l'Ecole d'architecture de Strasbourg. Le projet a beaucoup progress depuis et
la commercialisation d'@folio ne devrait plus tarder. Lger, et trs simple de
fabrication et d'utilisation (son prix serait donc modique), @folio permet
d'emporter avec soi des textes glans sur l'internet. Sa mmoire, extensible,
lui permet de stocker des centaines de pages relies en hypertexte. Son
interface, ergonomique et intuitive, mime les gestes traditionnels de la
lecture: tourner ou effleurer la page.

Octobre 1997: Cration de Gallica, bibliothque numrique de la Bibliothque
nationale de France (BnF)

Mise en ligne en octobre 1997 par la Bibliothque nationale de France (BnF),
Gallica est  l'chelon mondial une des plus importantes bibliothques
lectroniques existant sur le rseau, avec 80.000 documents - imprims et images
fixes - allant du Moyen-Age au dbut du 20e sicle. Les imprims sont
essentiellement numriss en mode image.

Mai 1998: Naissance des ditions 00h00.com, pionnier de l'dition numrique

"Zro heure" est un nom choisi  dessein par Jean-Pierre Arbon et Bruno de Sa
Moreira, fondateurs des ditions 00h00.com, pour voquer "cette ide d'origine,
de nouveau dpart". En mai 1998, 00h00.com fait le pari de concilier dition
lectronique et commerce, en vendant des livres en version numrique (qui
reprsentent 85% des ventes) et en version papier, imprime  la demande. Pas de
stock, pas de contrainte physique de distribution, mais un trs beau site, sur
lequel on lit: "internet est un lieu sans pass, o ce que l'on fait ne s'value
pas par rapport  une tradition. Il y faut inventer de nouvelles manires de
faire les choses."

Octobre 1998: Cration du format Open eBook (OeB)

Apparu en octobre 1998, l'OeB (Open eBook) est un format de livre numrique bas
sur les formats HTML et XML. La premire version (1.0) de l'Open eBook
Publication Structure (OEBPS) est disponible en septembre 1999. Elle est
remplace en juillet 2001 par la version 1.0.1. Le format OeB est utilis
notamment par le Reader de Microsoft, le Gemstar eBook et le Mobipocket. Cr en
janvier 2000, l'Open eBook Forum (OeBF) dveloppe le format OeB afin qu'il
devienne le standard majeur, sinon unique, de publication des livres numriques.
Ce consortium international runit plusieurs dizaines d'entreprises: des
fabricants de livres lectroniques, des diteurs, des fabricants de logiciels et
de matriels, des libraires en ligne, etc.

Dcembre 1999: Mise en ligne de WebEncyclo, la premire encyclopdie francophone
disponible gratuitement sur le web

En dcembre 1999, les ditions Atlas mettent en ligne gratuitement leur
encyclopdie WebEncyclo. La recherche est possible par mots-clefs, thmes,
mdias (cartes, liens internet, photos et illustrations) et ides. La section
"Webencyclo contributif" regroupe les contributions envoyes par des
spcialistes.

Dcembre 1999: Mise en ligne de l'Encyclopaedia Britannica, la premire
encyclopdie anglophone disponible gratuitement sur le web

Cr en dcembre 1999, le site Britannica.com propose en accs libre et gratuit
l'quivalent des 32 volumes de la 15e dition de l''Encyclopaedia Britannica,
encyclopdie de rfrence de langue anglaise. Le site propose aussi l'actualit
mondiale, une slection d'articles de 70 magazines, un guide des meilleurs sites
web (plus de 125.000 sites), une slection de livres, etc., le tout tant
accessible  partir d'un moteur de recherche unique. Depuis septembre 2000, le
site fait partie des cent sites les plus visits au monde.

Juillet 2000: Autopublication sur l'internet de The Plant, de Stephen King,
premier auteur de best-sellers  se lancer dans un tel pari

L'amricain Stephen King, matre du suspense, est le premier auteur  succs 
distribuer une oeuvre uniquement sur l'internet. Riding The Bullet, une nouvelle
de 66 pages, provoque un vritable raz-de-mare lors de sa "sortie" sur le web
le 14 mars 2000. 400.000 exemplaires sont tlchargs en 24 heures sur les sites
des libraires en ligne qui la vendent. Suite  ce succs mdiatique et
financier, Stephen King dcide de se passer des services de Simon & Schuster,
son diteur habituel. Il cre un site web spcifique et dbute la publication en
pisodes de The Plant le 24 juillet 2000. Le premier chapitre est tlchargeable
en plusieurs formats (PDF, OeB, HTML, texte, etc.). Enthousiastes, sceptiques ou
inquiets, les professionnels du livre suivent l'exprience de prs. En novembre
2000, aprs la parution du sixime chapitre, Stephen King dcide d'arrter la
publication pendant un an ou deux, le nombre de tlchargements et de paiements
ayant rgulirement baiss au fil des chapitres.

Aot 2000: Le Microsoft Reader disponible pour les ordinateurs de bureau

En mars 2000, une premire version du Microsoft Reader (qui utilise le format
OeB) permet la lecture de livres sur les ordinateurs de poche. En aot 2000, le
Microsoft Reader est utilisable sur un ordinateur de bureau. Des partenariats
sont prvus avec les deux grands libraires en ligne, Barnes & Noble.com et
Amazon.com, dans le cadre de l'ouverture prochaine de leurs librairies
numriques (respectivement le 8 aot et le 28 aot 2000).

Septembre 2000: Rachat des ditions 00h00.com par l'amricain Gemstar

Socit leader dans le domaine des technologies et des systmes interactifs pour
les produits numriques, l'amricain Gemstar tend son empire. En janvier 2000,
il rachte les deux socits amricaines  l'origine des premiers modles de
livres lectroniques, NuvoMedia, cratrice du Rocket eBook, et Softbook Press,
cratrice du Softbook Reader. Le 15 septembre 2000, il rachte les ditions
00h00.com, fondes  Paris en mai 1998 par Jean-Pierre Arbon et Bruno de Sa
Moreira. Ce rachat permet  Gemstar d'accder  l'dition numrique francophone,
dont 00h00.com est devenu depuis son lancement le site de rfrence avec plus de
600 titres, essentiellement des rditions lectroniques d'ouvrages publis par
d'autres diteurs.

Septembre 2000: Mise en ligne gratuite du Grand dictionnaire terminologique
(GDT), dictionnaire bilingue franais-anglais

Le GDT rassemble un fonds terminologique de 3 millions de termes franais et
anglais du vocabulaire industriel, scientifique et commercial, dans 2.000
domaines d'activit. Son volume reprsenterait 3.000 ouvrages de rfrence
imprims. La mise en ligne gratuite du GDT le 18 septembre 2000 est le rsultat
d'un partenariat entre l'Office de la langue franaise du Qubec, auteur du
dictionnaire, et la socit Semantix, spcialise dans la mise au point de
solutions logicielles pour l'intgration de fonctions linguistiques. Cette mise
en ligne est un succs: ds le premier mois, le dictionnaire est consult par
1,3 million de personnes, avec des pointes de 60.000 requtes quotidiennes.

Octobre 2000: Lancement du Gemstar eBook  New York

Lanc le 12 octobre 2000  New York, le Gemstar eBook est le successeur du
Rocket eBook (de NuvoMedia) et du Softbook Reader (de SoftBook Press), suite au
rachat de leurs socits par Gemstar en janvier 2000. Commercialiss en novembre
2000 aux Etats-Unis, les deux modles - REB1100 (modle noir et blanc, sucesseur
du Rocket eBook) et REB1200 (modle couleur, sucesseur du Softbook Reader) -
sont construits et vendus sous le label RCA (appartenant  Thomson Multimedia).
La commercialisation en Europe est prvue courant 2001.

Octobre 2000: Le eBookMan de Franklin reoit le eBook Technology Award de la
Foire internationale du livre de Francfort

Cr par Franklin, socit leader spcialise dans les PDA (personal digital
assistants) et les dictionnaires de poche, le eBookMan reoit le 20 octobre 2000
le eBook Technology Award de la Foire internationale du livre de Francfort
(13-17 octobre 2000). Un mois aprs, la version test (beta) du eBookMan est
prsente au Comdex Trade Show de Las Vegas (13-17 novembre 2000). Trois modles
(EBM-900, EBM-901 et EBM-911) sont commercialiss dbut 2001 aux Etats-Unis.

Novembre 2000: La Bible de Gutenberg disponible en ligne sur le site de la
British Library

Depuis le 22 novembre 2000, la version numrique de la Bible de Gutenberg est en
accs libre sur le site de la British Library. Cette Bible est le premier
ouvrage que Gutenberg ait imprim, en 1454-1455, dans son atelier de Mayence
(Allemagne). Il l'aurait imprim en 180 exemplaires, et 48 exemplaires (dont
certains incomplets) existeraient toujours. La British Library en possde deux
versions compltes, et une partielle.

Janvier 2001: Commercialisation du Cybook, livre lectronique conu par la
socit Cytale

Conu par la socit Cytale, le Cybook est le premier livre lectronique
europen  tre mis sur le march. Olivier Pujol, PDG de Cytale, le prsente le
15 dcembre 2000  un groupe de professionnels: auteurs, diteurs, spcialistes
des nouvelles technologies, etc. Distribu depuis le 23 janvier 2001, le Cybook
ne ncessite qu'une prise tlphonique pour la connexion  l'internet. Le
tlchargement des ouvrages s'effectue  partir de la librairie lectronique
situe sur le site web.


3. QU'APPORTE L'INTERNET AUX AUTEURS?


[Dans ce chapitre:]

[3.1. Auteurs "classiques" / Des changes accrus / Un outil de recherche et
d'ouverture sur le monde / Une source d'inspiration romanesque // 3.2. Auteurs
multimdias et hypermdias / Un rapport diffrent  l'criture / Des
hyper-romans publis en feuilleton sur le web / Un espace d'criture hypermdia
/ Vers un nouveau genre littraire?]


3.1. Auteurs "classiques"


= Des changes accrus

De l'avis gnral, l'internet renforce considrablement les relations de
l'auteur avec le lecteur. Site web et courrier lectronique permettent de
multiplier les changes, sans contrainte de temps et de lieu.

Nicolas Ancion utilise l'internet comme outil de communication et de cration
depuis 1997: "Je publie des textes en ligne, soit de manire exclusive (j'ai
publi un polar uniquement en ligne et je publie depuis fvrier (2001) deux
romans-feuilletons crits spcialement pour ce support), soit de manire
complmentaire (mes textes de posie sont publis sur papier et en ligne). Je
dialogue avec les lecteurs et les enseignants  travers mon site web."

En avril 2000, Anne-Bndicte Joly, crivain, dcide d'auto-publier ses oeuvres
en utilisant le web pour les faire connatre. "Mon site a plusieurs objectifs,
crit-elle. Prsenter mes livres (essais, nouvelles et romans auto-dits) 
travers des fiches signaltiques (dont le format est identique  celui que l'on
trouve dans la base de donnes Electre) et des extraits choisis, prsenter mon
parcours (de professeur de lettres et d'crivain), permettre de commander mes
ouvrages, offrir la possibilit de laisser des impressions sur un livre d'or,
guider le lecteur  travers des liens vers des sites littraires. (...) Crer un
site internet me permet d'largir le cercle de mes lecteurs en incitant les
internautes  dcouvrir mes crits. Internet est galement un moyen pour largir
la diffusion de mes ouvrages. Enfin, par une politique de liens, j'espre
susciter des contacts de plus en plus nombreux. (...) Internet devra me
permettre d'aller  la rencontre de lecteurs (d'internautes) que je n'aurai pas
l'occasion en temps ordinaire de ctoyer. Je pense  des pays francophones tels
que le Canada qui semble rserver une place importante  la littrature
franaise. Je suis dj rfrence dans des annuaires et des moteurs de
recherche anglo-saxons, et en passe de dfinir des accords d'change de liens
avec des sites universitaires et littraires canadiens."

Pote et plasticienne, Silvaine Arabo dbute en mai 1997 la cyber-revue Posie
d'hier et d'aujourd'hui. "Pour ce qui est d'internet, je suis autodidacte (je
n'ai reu aucune formation informatique quelle qu'elle soit), explique-t-elle.
En 1997 j'ai eu l'ide de construire un site littraire centr sur la posie:
internet me semble un moyen privilgi pour faire circuler des ides, pour
communiquer ses passions aussi. Je me suis donc mise au travail, trs
empiriquement, et ai finalement abouti  ce site sur lequel j'essaye de mettre
en valeur des potes contemporains de talent, sans oublier la ncessaire prise
de recul (rubrique 'Rflexions sur la posie') sur l'objet considr."

L'utilisation de l'internet a-t-elle des incidences sur son activit de pote?
"Disons que la gestion d'un site internet - si l'on veut qu'il demeure vivant -
requiert beaucoup de temps. Mais je fais en sorte que ma cration personnelle
n'en souffre pas. Par ailleurs, internet m'a mise en contact avec d'autres
potes, dont certains fort intressants... Cela rompt le cercle de la solitude
et permet d'changer des ides. On se lance des dfis aussi... Internet peut
donc pousser  la crativit et relancer les motivations des potes puisqu'ils
savent qu'ils seront lus et pourront mme, dans le meilleur des cas,
correspondre avec leurs lecteurs et avoir les points de vue de ceux-ci sur leurs
textes. Je ne vois personnellement que des aspects positifs  la promotion de la
posie par internet: tant pour le lecteur que pour le crateur. "En mars 2001,
elle cre sur support papier, Saraswati: revue de posie, d'art et de rflexion.
Cyber-revue et revue papier, "les deux crations se compltent et sont vraiment
 placer en regard l'une de l'autre."

Murray Suid crit des livres pdagogiques et des livres pour enfants. Il est
galement l'auteur d'oeuvres multimdias et de scnarios. "L'internet est devenu
mon principal instrument de recherche, et il a largement - mais pas compltement
- remplac la bibliothque traditionnelle et la communication de personne 
personne pour une recherche prcise. A l'heure actuelle, au lieu de tlphoner
ou d'aller interviewer les gens sur rendez-vous, je le fais par courrier
lectronique. Du fait de la rapidit inhrente  la messagerie lectronique,
j'ai pu collaborer  distance avec des gens, particulirement pour des
scnarios. J'ai par exemple travaill avec deux producteurs allemands. Cette
correspondance est galement facile  conserver et  organiser, et je peux donc
aisment accder  l'information change de cette faon. De plus, le fait
d'utiliser le courrier lectronique permet aussi de garder une trace des ides
et des rfrences documentaires. Ce type de courrier fonctionnant bien mieux que
le courrier classique, l'internet m'a permis de beaucoup augmenter ma
correspondance. De mme le rayon gographique de mes correspondants s'est
beaucoup tendu, surtout vers l'Europe (Murray Suid habite en Californie, ndlr).
Auparavant, j'crivais rarement  des correspondants situs hors des Etats-Unis.
C'est galement beaucoup plus facile, je prends nettement plus de temps qu'avant
pour aider d'autres crivains dans une sorte de groupe de travail virtuel. Ce
n'est pas seulement une attitude altruiste, j'apprends beaucoup de ces changes
qui, avant l'internet, me demandaient beaucoup plus d'efforts."

Ds 1998, Murray Suid prconise une solution dsormais choisie par de nombreux
auteurs. "Un livre peut avoir un prolongement sur le web - et donc vivre en
partie dans le cyberespace. L'auteur peut ainsi aisment l'actualiser et le
corriger, alors qu'auparavant il devait attendre longtemps jusqu' l'dition
suivante, quand il y en avait une. (...) Je ne sais pas si je publierai des
livres sur le web, au lieu de les publier en version imprime. J'utiliserai
peut-tre ce nouveau support si les livres deviennent multimdias. Pour le
moment je participe au dveloppement de matriel pdagogique multimdia. C'est
un nouveau type de matriel qui me plat beaucoup et qui permet l'interactivit
entre des textes, des films, des documents audio et des graphiques tous relis
les uns aux autres. Un an aprs, en aot 1999, il relate: "En plus des livres
complts par un site web, je suis en train d'adopter la mme formule pour mes
oeuvres multimdias - qui sont sur CD-Rom - afin de les ractualiser et
d'enrichir leur contenu." Depuis, Murray Suid participe  des ralisations
multimdias  caractre pdagogique conues pour le rseau. Il travaille
notamment pour EDVantage Software qui, de socit multimdia, est devenue une
socit internet de logiciels ducatifs.

= Un outil de recherche et d'ouverture sur le monde

Michel Benot crit des nouvelles policires, des rcits noirs et des histoires
fantastiques. "L'internet s'est impos  moi comme outil de recherche et de
communication, essentiellement. Non, pas essentiellement. Ouverture sur le monde
aussi. Si l'on pense: recherche, on pense: information. Voyez-vous, si l'on
pense: criture, rflexion, on pense: connaissance, recherche. Donc on va sur la
toile pour tout, pour une ide, une image, une explication. Un discours prononc
il y a vingt ans, une peinture expose dans un muse  l'autre bout du monde. On
peut donner une ide  quelqu'un qu'on n'a jamais vu, et en recevoir de mme. La
toile, c'est le monde au clic de la souris. On pourrait penser que c'est un beau
clich. Peut-tre bien,  moins de prendre conscience de toutes les implications
de la chose. L'instantanit, l'information tout de suite, maintenant. Plus
besoin de fouiller, de se taper des heures de recherche. On est en train de
faire, de produire. On a besoin d'une information. On va la chercher,
immdiatement. De plus, on a accs aux plus grandes bibliothques, aux plus
importants journaux, aux muses les plus prestigieux. On pense  une toile d'un
grand peintre, un instant plus tard, on l'a devant les yeux, on peut l'imprimer
pour l'tudier plus en dtail. Il y a une guerre quelque part dans le monde, un
instant plus tard, on lit les communiqus de propagande d'un ct et de l'autre.
La toile, le web, est en train de donner son vrai sens au village global, Gaa,
la terre-mre. (...)

Mon avenir professionnel en inter-relation avec le net, je le vois exploser.
Plus rapide, plus complet, plus productif. Je me vois faire en une semaine ce
qui m'aurait pris des mois. Plus beau, plus esthtique. Je me vois russir des
travaux plus raffins, d'une facture plus professionnelle, mme et surtout dans
des domaines connexes  mon travail, comme la typographie, o je n'ai aucune
comptence. La prsentation, le transport de textes, par exemple. Le travail
simultan de plusieurs personnes qui seront sur des continents diffrents.
Arriver  un consensus en quelques heures sur un projet, alors qu'avant le net,
il aurait fallu plusieurs semaines, parlons de mois entre les francophones. Plus
le net ira se complexifiant, plus l'utilisation du net deviendra profitable,
ncessaire, essentielle."

= Une source d'inspiration romanesque

Dans son roman Sanguine sur toile (Le Choucas, 1999), l'internet est un
personnage en soi, explique Alain Bron, consultant en systmes d'information et
crivain. "Plutt que de le dcrire dans sa complexit technique, le rseau est
montr comme un tre tantt menaant, tantt prvenant, maniant parfois
l'humour. N'oublions pas que l'cran d'ordinateur joue son double rle: il
montre et il cache. C'est cette ambivalence qui fait l'intrigue du dbut  la
fin. Dans ce jeu, le grand gagnant est bien sr celui ou celle qui sait
s'affranchir de l'emprise de l'outil pour mettre l'humanisme et l'intelligence
au-dessus de tout."

En quoi consiste l'intrigue? "La "toile", c'est celle du peintre, c'est aussi
l'autre nom d'internet: le web - la toile d'araigne, explique l'auteur.
"Sanguine" voque le dessin et la mort brutale. Mais l'amour des couleurs
justifierait-il le meurtre? Sanguine sur toile voque l'histoire singulire d'un
internaute pris dans la tourmente de son propre ordinateur, manipul  distance
par un trs mystrieux correspondant qui n'a que vengeance en tte. J'ai voulu
emporter le lecteur dans les univers de la peinture et de l'entreprise, univers
qui s'entrelacent, s'chappent, puis se rejoignent dans la fulgurance des
logiciels. Le lecteur est ainsi invit  prendre l'enqute  son propre compte
pour tenter de dmler les fils tresss par la seule passion. Pour percer le
mystre, il devra rpondre  de multiples questions. Le monde au bout des
doigts, l'internaute n'est-il pas pour autant l'tre le plus seul au monde?
Comptitivit oblige, jusqu'o l'entreprise d'aujourd'hui peut-elle aller dans
la violence? La peinture tend-elle  reproduire le monde ou bien  en crer un
autre? Enfin, j'ai voulu montrer que les images ne sont pas si sages. On peut
s'en servir pour agir, voire pour tuer."

Autre roman dans lequel le web est omniprsent, La Toile, de Jean-Pierre Balpe,
directeur du dpartement hypermdias de l'Universit Paris 8. Publi en 1999 par
CyLibris, maison d'dition en ligne, cet roman est une projection dans l'avenir.
"Notre internet (...) fait ple figure auprs de l'omniprsente toile
lectronique sur laquelle repose le monde de 2015, lit-on sur le site de
l'diteur. Chacun vit, travaille, communique, s'instruit  travers le rseau...
Chacun? Non, car le systme engendre aussi ses exclusions, et rejette dans la
marginalit les non-intgrs, ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas tre
"citoyens du web". Dans cet avenir plus que probable, un "web artist" ouzbque,
Khamid Khan Kharamidov, est retrouv assassin dans une chambre d'htel de
Montral. Pour la police, ce n'est d'abord qu'une affaire de routine. Pour
Blaise Carver, universitaire spcialis en sciences de la communication et
hisorien du rseau, enquter sur la mort de Kharamidov et jouer les dtectives
amateurs n'est d'abord qu'un pari amical. Mais bientt, tous ralisent que la
mort du 'web artist' n'est que le sommet de l'iceberg, et que derrire ce crime
s'tendent une infinit de ramifications qui, du Canada  l'Angleterre, de la
Sibrie  l'Australie, de Paris  Sion, mettent en pril l'quilibre du monde
entier. Tandis que, devant sa console, Blaise Carver commence  entrevoir
l'effrayante vrit, un compte  rebours, quelque part, est dj enclench..."


3.2. Auteurs multimdias et hypermdias


Principe de base du web, le lien hypertexte permet de relier entre eux des
documents textuels et des images. Quant au lien hypermdia, il permet l'accs 
des graphiques, des documents audio et vido et des images animes. L'hyperlien
ouvre de nombreuses perpectives pour la cration en gnral et la littrature en
particulier. Des crivains n'ont pas tard  en explorer les possibilits.

= Un rapport diffrent  l'criture

Jean-Paul, crivain et musicien, est le webmestre du site des cotres furtifs,
qui raconte des histoires en 3D. "La navigation par hyperliens se fait en rayon
(j'ai un centre d'intrt et je clique mthodiquement sur tous les liens qui s'y
rapportent) ou en louvoiements (de clic en clic,  mesure qu'ils apparaissent,
au risque de perdre de vue mon sujet). Bien sr, les deux sont possibles avec
l'imprim. Mais la diffrence saute aux yeux: feuilleter n'est pas cliquer.
L'internet n'a donc pas chang ma vie, mais mon rapport  l'criture. On n'crit
pas de la mme manire pour un site que pour un scnario, une pice de thtre,
etc.

En fait, ce n'est pas sur la toile, c'est dans le premier Mac que j'ai dcouvert
l'hypermdia  travers l'auto-apprentissage d'Hypercard. Je me souviens encore
de la stupeur dans laquelle j'ai t plong, durant le mois qu'a dur mon
apprentissage des notions de boutons, liens, navigation par analogies, par
images, par objets. L'ide qu'un simple clic sur une zone de l'cran permettait
d'ouvrir un ventail de piles de cartes dont chacune pouvait offrir de nouveaux
boutons dont chacun ouvrait un nouvel ventail dont... bref l'apprentissage de
tout ce qui aujourd'hui sur la toile est d'une banalit de base, cela m'a fait
l'effet d'un coup de foudre (il parat que Steve Jobs et son quipe eurent le
mme choc lorsqu'ils dcouvrirent l'anctre du Mac dans les laboratoires de Rank
Xerox).

Depuis, j'cris (compose, mets en page, en scne) directement  l'cran. L'tat
'imprim' de mon travail n'est pas le stade final, le but ; mais une forme parmi
d'autres, qui privilgie la linarit et l'image, et qui exclut le son et les
images animes. (...) C'est finalement dans la publication en ligne
(l'entoilage?) que j'ai trouv la mobilit, la fluidit que je cherchais. Le
matre mot y est "chantier en cours", sans palissades. Accouchement permanent, 
vue, comme le monde sous nos yeux. Provisoire, comme la vie qui ttonne, se
cherche, se dprend, se reprend. Avec videmment le risque soulign par les
gutenbergs, les orphelins de la civilisation du livre: plus rien n'est sr. Il
n'y a plus de source fiable, elles sont trop nombreuses, et il devient difficile
de distinguer un clerc d'un gourou. Mais c'est un problme qui concerne le
contrle de l'information. Pas la transmission des motions."

Jean-Paul a particip au websoap, un projet d'criture hypertextuelle conu pour
l'internet par Olivier Lefvre, mis en ligne le 17 novembre 2000 et interrompu
(provisoirement?) quelques semaines aprs. Il s'agit d'"un jeu de rles
hypermdias dont l'avenir me parat prometteur, parce qu'il est en rapport
troit avec les lois de fonctionnement du 'cyberespace': www.thewebsoap.net.
Cette adresse renvoie  une constellation de sites centrs chacun sur un
individu. Ils communiquent et interagissent par leur bote  lettres, ouverte au
public. L'internaute a ainsi accs  plusieurs portes d'entre dans l'histoire.
La nouveaut du feuilleton est qu'il se droule en 'temps rel' (ce qui est
impossible dans le monde de l'imprim; quant aux sries tl, elles aussi sont
cantonnes  la forme de l'pisode  horaire fixe). Les personnages
correspondent quotidiennement, en quasi-direct, ce qui instaure pour les auteurs
un rapport presque journalistique  leur imaginaire et  leur criture.
L'internaute suit,  son propre rythme, libre de s'intresser ou non 
l'intgralit des diffrentes intrigues (amours, galres, showbiz, ombres
malfiques, mystres et rebondissements) ou  l'ensemble de tous les
personnages. C'est avant tout cette fluidit gnrale (apparente! c'est en fait
un sacr travail!) qui m'a fait y participer. Elle permet de garder le ct
impro-jazz que j'aime dans la mise en net."

"Les possibilits de l'criture spcifiques  l'internet sont multiples (si pas
infinies, on est en tout cas loin d'en avoir fait le tour)", crit Alex
Andrachmes, producteur audiovisuel, crivain et explorateur d'hypertexte. A
l'origine, il s'intresse surtout  "l'criture de mail (...): des mails
fictifs". Tout comme Jean-Paul, il participe au websoap, qui "a comme
particularit d'utiliser exclusivement les moyens du web pour raconter les
rcits qu'il se donne comme objectif de mettre en place. Le dfi que lance  ses
auteurs notre ralisateur/intgrateur Olivier Lefvre est de taille. En effet,
habituellement, l'criture, qu'elle soit de roman, de scnario ou de thtre,
implique des descriptions, des indications de mise en scne (ou des didascalies
pour le thtre). Ici, rien de tout a. Tout doit se dire sous forme d'adresse 
un autre personnage. Il faut ensuite rebondir sur la ou les rponses, et
s'arranger pour que le ncessaire soit dit. De plus, logiquement, une adresse 
un tiers est le plus souvent succinte, pleine de rfrence et de sous-entendus,
entre le ton parl, un ton un peu littraire, un ton un peu dpersonnalis par
rapport  la parole, mais proche quand mme de son interlocuteur. On est plus
proche du roman "pistolaire" du 19e (sicle, pas l'arrondissement qui n'a rien
 voir), que d'une continuit dialogue... Donc, exercice difficile pour tout
'tchatcheur', tre court, mais tout dire, tout en restant lger... Heureusement,
de temps  autre nous sommes aids par un concept qui nous vient droit du jeu de
rle (d'autres auteurs du websoap nous viennent de ce secteur): le PNJ, le
personnage non jou. Des adresses  ce personnage, proche du second rle d'une
fiction classique, mais non jou par un des "joueurs-auteurs", permet de
prparer "le" mail dcisif  un autre personnage principal, en mettant en place
la situation. Attention tout de mme: il faut rester dans la cohrence du rcit
et assurer stabilit et visibilit! En fait, un peu comme dans la dramaturgie
cinmatographique ou thtrale, o l'importance du hors champ n'est plus 
inventer, le sens saute d'un mail  l'autre. Plus clairement, un mail qui a un
sens trs positif en tant que tel, peut en prendre un tout autre, lorsqu'il est
complt par une information distille par un autre mail. Dans cette nouvelle
forme d'criture, tout s'invente en temps rel. Et c'est ce qui est
passionnant..."

Naomi Lipson, crivain multimdia, traductrice et peintre, fait elle aussi
partie de l'quipe du websoap. "Aux cts d'Olivier Lefvre, qui est le
concepteur du projet, j'ai cr le personnage principal, Mona Bliss, autour
duquel gravitent une galaxie d'autres personnages, tous dous d'une vie propre,
c'est--dire, sur la toile, d'un site personnel et d'une bote aux lettres
lectronique dont le contenu est accessible  tous sur le Blue Mailer (site qui
permet au lecteur de lire sur le web le contenu des diffrentes botes aux
lettres, ndlr)."

Plus gnralement, "j'ai toujours baign dans l'criture, raconte-t-elle, mais
je n'ai produit de textes dignes de ce nom que grce  l'ordinateur, qui a
profondment modifi ma faon d'crire et de penser. Quand il m'arrive par
hasard de retourner au stylo et au papier, je suis perdue, mon criture, comme
intrinsquement hypertextuelle, part (apparemment) dans tous les sens sur la
page blanche. La structure n'est plus la mme. Bien sr, avec ma formation
classique (hypokhgne, latin-grec) je pourrais rapidement retrouver l'criture
linaire, mais franchement, je n'en ai plus envie. Je me sens en parfaite
adquation avec l'hypertexte, tout simplement. Peut-tre parce que j'ai l'esprit
d'escalier..."

= Des hyper-romans publis en feuilleton sur le web

Lucie de Boutiny est l'auteur de Non, roman multimdia publi en feuilleton sur
le web par Synesthsie, revue en ligne d'art contemporain. "NON prolonge les
expriences du roman post-moderne (rcits tout en digression, polysmie avec
jeux sur les registres - naturaliste, mlo, comique... - et les niveaux de
langues, etc.), explique-t-elle. Cette hyperstylisation permet  la narration
des dveloppements inattendus et offre au lecteur l'attrait d'une navigation
dans des rcits multiples et multimdias, car l'crit  l'cran s'apparente  un
jeu et non seulement se lit mais aussi se regarde. Quant au sujet: NON est un
roman comique qui fait la satire de la vie quotidienne d'un couple de jeunes
cadres supposs dynamiques. Bien qu'appartenant  l'lite high-tech d'une
industrie florissante, Monsieur et Madame sont les jouets de la dite rvolution
numrique. (...) Les personnages sont de bons produits. Les images et le style
graphique qui accompagnent leur petite vie conventionnelle ne se privent pas de
dtourner nombre de vrais bandeaux publicitaires et autres icnes qui font
l'apologie d'une vie bien encadre par une socit de contrle."

Lucie de Boutiny publie aussi bien sur papier que sur cran. "D'une manire
gnrale, mon humble exprience d'apprentie auteur m'a rvl qu'il n'y a pas de
diffrence entre crire de la fiction pour le papier ou le pixel: cela demande
une concentration maximale, un isolement  la limite dsespr, une patience
obsessionnelle dans le travail millimtrique avec la phrase, et bien entendu, en
plus de la volont de faire, il faut avoir quelque chose  dire! Mais avec le
multimdia, le texte est ensuite mis en scne comme s'il n'tait qu'un scnario.
Et, si  la base, il n'y a pas un vrai travail sur le langage des mots, tout le
graphisme et les astuces interactives qu'on peut y mettre fera gadget. Par
ailleurs, le support modifie l'apprhension du texte, et mme, il faut le
souligner, change l'oeuvre originale."

Les possibilits offertes par l'hyperlien ont nanmoins chang son mode
d'criture. "Ce qui a chang: le bonheur d'crire autrement, car ce qu'il se
passe, depuis l'avnement d'ordinateurs multimdias, relativement peu coteux,
connects au web, est qu'un certain nombre d'artistes clairs par la fe
lectricit ont besoin d'tre illumins. Quelles que soient leurs confessions
d'origine (arts visuels, littrature, posie sonore, exprimentale...),
elles/ils utilisent le mdia numrique comme un outil de cration dont il faut
dcouvrir les possibles. Le net tant volutif, les artistes proposent le plus
souvent des tentatives, c'est curieux, des works in progress, c'est opinitre,
ou des pices plus ambitieuses qui se construisent dans le temps, en fonction de
l'amlioration du web (sa fluidit, sa rsolution d'images, etc.). Ainsi le
cyberartiste propose souvent des actualisations et des versions O.x. Voil qui
est intressant et qui nous sort du march."

Roman d'Anne-Ccile Brandenbourger, La maldiction du parasol s'est d'abord
intitule Apparitions inquitantes. "Longue histoire  lire dans tous les sens,
un labyrinthe de crimes, de mauvaises penses et de plaisirs ambigus", la
version originale s'est dveloppe sous forme de feuilleton pendant deux ans sur
le site d'Anacoluthe, en collaboration avec Olivier Lefvre. L'histoire est
publie en fvrier 2000 aux ditions 00h00.com, en tant que premier titre de la
collection 2003, consacre aux nouvelles critures numriques. Suite au succs
du livre, six mois aprs, en aot 2000, le roman est rdit en version imprime
aux ditions "Florent Massot prsente", avec une couverture en 3D et un nouveau
titre.

"Les possibilits offertes par l'hypertexte m'ont permis de dvelopper et de
donner libre cours  des tendances que j'avais dj auparavant, crit l'auteur.
J'ai toujours ador crire et lire des textes clats et inclassables (comme par
exemple La vie mode d'emploi de Perec ou Si par une nuit d'hiver un voyageur de
Calvino) et l'hypermdia m'a donn l'occasion de me plonger dans ces formes
narratives en toute libert. Car pour crer des histoires non linaires et des
rseaux de textes qui s'imbriquent les uns dans les autres, l'hypertexte est
videmment plus appropri que le papier. Je crois qu'au fil des jours, mon
travail hypertextuel a rendu mon criture de plus en plus intuitive. Plus
'intrieure' aussi peut-tre, plus proche des associations d'ides et des
mouvements dsordonns qui caractrisent la pense lorsqu'elle se laisse aller 
la rverie. Cela s'explique par la nature de la navigation hypertextuelle, le
fait que presque chaque mot qu'on crit peut tre un lien, une porte qui s'ouvre
sur une histoire."

= Un espace d'criture hypermdia

Mis en ligne en juin 1997, oVosite est l'oeuvre d'un collectif de six auteurs
issus du dpartement hypermdias de l'Universit Paris 8: Chantal Beaslay, Laure
Carlon, Luc Dall'Armellina, Philippe Meuriot, Anika Mignotte et Claude Rouah.
oVosite est conu et ralis "autour d'un symbole primordial et spirituel, celui
de l'oeuf, explique Luc Dall'Armellina. Le site s'est constitu selon un
principe de cellules autonomes qui visent  exposer et intgrer des sources
htrognes (littrature, photo, peinture, vido, synthse) au sein d'une
interface unifiante."

Les possibilits offertes par l'hypertexte ont-elles chang son mode d'criture?

"Non - parce qu'crire est de toute faon une affaire trs intime, un mode de
relation qu'on entretient avec son monde, ses proches et son lointain, ses
mythes et fantasmes, son quotidien et enfin, appendus  l'espace du langage,
celui de sa langue d'origine. Pour toutes ces raisons, je ne pense pas que
l'hypertexte change fondamentalement sa manire d'crire, qu'on procde par
touches, par impressions, associations, quel que soit le support d'inscription,
je crois que l'essentiel se passe un peu  notre insu.

Oui - parce que l'hypertexte permet sans doute de commencer l'acte d'criture
plus tt: devanant l'activit de lecture (associations, bifurcations, sauts de
paragraphes) jusque dans l'acte d'crire. L'criture (significatif avec des
logiciels comme StorySpace) devient peut-tre plus modulaire. On ne vise plus
tant la longue horizontalit du rcit mais la mise en espace de ses fragments,
autonomes. Et le travail devient celui d'un tissage des units entre elles.
L'autre aspect li  la modularit est la possibilit d'critures croises, 
plusieurs auteurs. Peut-tre s'agit-il d'ailleurs d'une mta-criture, qui met
en relation les units de sens (paragraphes ou phrases) entre elles."

Cette double rponse est aussi celle de Xavier Malbreil, auteur multimdia et
modrateur de la liste e-critures: "Oui: j'ai dvelopp une criture
hypertextuelle spcifique sur mon site www.0m1.com dans les rubriques '10 pomes
en 4 dimensions' et 'Formes libres flottant sur les ondes'. Non: mon criture
traditionnelle (roman, nouvelles) n'a pas t modifie par l'hyperlien."

= Vers un nouveau genre littraire?

Pour Lucie de Boutiny, crivain papier et pixel, "les crivains franais, c'est
historique, sont dans leur majorit technophobes. Les institutions culturelles
et les universitaires lettrs en revanche soutiennent les dmarches
hyperlittraires  force de colloques et publications diverses. Du ct des
plasticiens, je suis encore plus rassure, il est acquis que l'art en ligne
existe."

"Je viens du papier, ajoute-t-elle. (...) Mes 'conseillers littraires', des
amis qui n'ont pas ressenti le vent de libert qui souffle sur le web,
aimeraient que j'y reste, englue dans la pte  papier. Appliquant le principe
de demi-dsobissance, je fais des allers-retours papier-pixel. L'avenir nous
dira si j'ai perdu mon temps ou si un nouveau genre littraire hypermdia va
natre. (...) Si les crivains franais classiques en sont encore  se demander
s'ils ne prfrent pas le petit carnet Clairefontaine, le Bic ou le Mont-Blanc
ftiche, et un usage modr du traitement de texte, plutt que l'ordinateur
connect, voire l'installation, c'est que l'HTX (littrature hypertextuelle,
ndlr) ncessite un travail d'accouchement visuel qui n'est pas la vocation
originaire de l'crivain papier. En plus des proccupations du langage (syntaxe,
registre, ton, style, histoire...), le techno-crivain - collons-lui ce label
pour le diffrencier - doit aussi matriser la syntaxe informatique et
participer  l'invention de codes graphiques car lire sur un cran est aussi
regarder."

"L'avenir de la cyber-littrature, techno-littrature ou comme on voudra
l'appeler, est trac par sa technologie mme", crit Jean-Paul, webmestre du
site des cotres furtifs. Il est maintenant impossible  un(e) auteur(e) seul(e)
de manier  la fois les mots, leur apparence mouvante et leur sonorit.
Matriser aussi bien Director, Photoshop et Cubase, pour ne citer que les plus
connus, c'tait possible il y a dix ans, avec les versions 1. a ne l'est plus.
Ds demain (matin), il faudra savoir dlguer les comptences, trouver des
partenaires financiers aux reins autrement solides que Gallimard, voir du ct
d'Hachette-Matra, Warner, Pentagone, Hollywood. Au mieux, le statut du...
crivaste? multimdiaste? sera celui du vidaste, du metteur en scne, du
directeur de produit: c'est lui qui cope des palmes d'or  Cannes, mais il
n'aurait jamais pu les dcrocher seul. Soeur jumelle (et non pas clone) du
cinmatographe, la cyber-littrature (= la vido + le lien) sera une industrie,
avec quelques artisans isols dans la priphrie off-off (aux droits d'auteur
ngatifs, donc)."

"La couverture du rseau autour de la surface du globe resserre les liens entre
les individus distants et inconnus, explique Luc Dall'Armellina, co-auteur et
webmestre d'oVosite. Ce qui n'est pas simple puisque nous sommes placs devant
des situations nouvelles: ni vraiment spectateurs, ni vraiment auteurs, ni
vraiment lecteurs, ni vraiment interacteurs. Ces situations crent des nouvelles
postures de rencontre, des postures de 'spectacture' ou de 'lectacture'
(Jean-Louis Weissberg). Les notions de lieu, d'espace, de temps, d'actualit
sont requestionnes  travers ce mdium qui n'offre plus gure de distance 
l'vnement mais se situe comme aucun autre dans le prsent en train de se
faire. L'cart peut tre mince entre l'envoi et la rponse, parfois immdiat
(cas de la gnration de textes). Mais ce qui frappe et se trouve reprable ne
doit pas masquer les aspects encore mal dfinis tels que les changements
radicaux qui s'oprent sur le plan symbolique, reprsentationnel, imaginaire et
plus simplement sur notre mode de relation aux autres. 'Plus de proximit' ne
cre pas plus d'engagement dans la relation, de mme 'plus de liens' ne crent
pas plus de liaisons, ou encore 'plus de tuyaux' ne crent pas plus de partage.
Je rve d'un internet o nous pourrions crire  plusieurs sur le mme
dispositif, une sorte de lieu d'atelier d'critures permanent et qui
autoriserait l'criture personnelle (c'est en voie d'exister), son partage avec
d'autres auteurs, leur mise en relation dans un tissage d'hypertextes et un
espace commun de notes et de commentaires sur le travail qui se cre. Je rve
encore d'un internet gratuit pour tous et partout, avec toute l'utopie que cela
reprsente. Internet est jeune mais a dj ses mythologies, ainsi Xanadu devait
tre cette cit merveilleuse ou tout le savoir du monde y serait lisible en
toutes les langues. Loin d'tre au bout de ce rve, internet tient tout de mme
quelques-unes de ces promesses."


4. PRESSE EN LIGNE ET CYBERPRESSE


[Dans ce chapitre:]

[4.1. Presse "classique" et cyber // 4.2. Trois exemples / Ouest-France,
quotidien imprim prsent sur le web / Les Chroniques de Cybrie, lettre
lectronique hebdomadaire / FTPress, socit de cyberpresse]

Bien que cet ouvrage concerne essentiellement le livre, il semble essentiel de
consacrer un chapitre  la presse en ligne, que ce soit la presse imprime
prsente sur le web ou la cyberpresse. Pourquoi? D'abord parce que le monde du
livre et celui de la presse ont toujours t trs lis. Et ensuite parce qu'il
est possible que la diffrence entre le livre et la presse s'amenuise au fil des
ans, au moins dans le domaine de la presse spcialise. Depuis peu, chez
certains diteurs de documentaires, les livres peuvent tre vendus en chapitres
indpendants les uns des autres (voir 6.1), un lment que les auteurs ont
dsormais  l'esprit lors de la rdaction. Aussi la frontire ne
deviendra-t-elle pas de plus en plus tnue entre le chapitre et l'article?


4.1. Presse "classique" et cyber


Les premires ditions lectroniques de journaux sont disponibles par le biais
de services commerciaux tels que America Online ou CompuServe. Puis les diteurs
de ces journaux crent des serveurs web. La plupart des journaux et magazines
sur papier ont maintenant leur site web sur lequel ils proposent une slection
d'articles ou bien la version intgrale de leur dernier numro, ainsi que des
forums, des dossiers et des archives. D'autres journaux et magazines sont
purement lectroniques.

Mont dans le cadre d'un projet exprimental avec l'INA (Institut national de
l'audiovisuel) et prsent en fvrier 1995 lors du forum des images Imagina, le
site web du mensuel Le Monde diplomatique est le premier site d'un priodique
imprim franais. Il permet l'accs  l'ensemble des articles depuis 1998, par
date, sujet et pays. L'intgralit du mensuel en cours est consultable
gratuitement pendant les deux semaines suivant sa parution. Un forum permanent
de discussions en ligne permet des changes avec les lecteurs. Le site comprend
aussi des bases documentaires comprenant des textes de rfrence et des dossiers
d'actualit. A sa suite, rapidement, des quotidiens imprims crent un site web:
Libration fin 1995, Le Monde et L'Humanit en 1996, etc.

La presse doit maintenant compter avec l'internet pour les diverses ressources
qu'offre le rseau: rapidit de propagation de l'information, accs  de
nombreux sites d'information, liens  des articles et sources traitant du mme
sujet, bases de donnes documentaires allant du gnral au spcialis et
rciproquement (cartes, textes officiels, informations d'ordre politique,
conomique, social, culturel, etc.), bases de donnes iconographiques (photos,
images, figures, graphiques, etc.), archivage avec moteur de recherche. Le
rseau permet une information en profondeur qu'aucun organe de presse ne pouvait
donner jusqu'ici. Derrire l'information du jour se trouve toute une
encyclopdie qui aide  la comprendre.

Signe des temps, en novembre 2000,  Lille, la Fdration nationale de la presse
franaise (FNPF) organise un congrs consacr  l'avenir de la presse face au
dveloppement de l'internet et des nouvelles technologies ("Demain la presse",
13e congrs de la FNPF, 23-24 novembre 2000, Lille). 500 acteurs de la presse
franaise y changent leurs expriences. Le congrs prcdent s'tait tenu en
octobre 1991, soit dix ans auparavant. "En dix ans, il s'est pass beaucoup de
choses, souligne Alain Boulonne, prsident de la FNPF (cit par l'AFP). Avec la
monte en puissance des nouvelles technologies, nous sommes confronts  un
avenir extrmement improbable, dans lequel la presse doit se battre pour trouver
sa place." Trois questions dominent les travaux:  qui appartiendra demain
l'entreprise de presse, les problmes de labellisation des contenus sur le web,
et l'internet en tant qu'opportunit pour valoriser les fonds ditoriaux.


4.2. Trois exemples


Voici trois exemples reprsentatifs de la presse en ligne: Ouest-France,
quotidien imprim prsent sur le web depuis juillet 1996 (4.2.1), Les Chroniques
de Cybrie, lettre lectronique hebdomadaire cre ds novembre 1994 et prsente
sur le web depuis avril 1995 (4.2.2), et enfin FTPress, socit de cyberpresse
cre en septembre 1999 (4.2.3).

= Ouest-France, quotidien imprim prsent sur le web

Ouest-France, le grand quotidien de l'ouest avec ses 42 ditions diffrentes,
ouvre son serveur internet en juillet 1996. Bernard Boudic en a t le
responsable ditorial jusqu'en dcembre 2000. "TC-Multimdia a t cre en
1986, explique-t-il. Elle prennait la suite de l'Association tlmatique de
l'ouest qui avait expriment le minitel (cr  Rennes). D'abord spcialise
exclusivement dans les services vidotex, elle a fait aussi de l'internet 
partir de juillet 1996. Elle est charge d'exploiter sur ce mdia l'ensemble de
la production du journal Ouest-France."

"A l'origine, l'objectif tait de prsenter et relater les grands vnements de
l'Ouest en invitant les internautes  une promenade dans un grand nombre de
pages consacres  nos rgions (tourisme, industrie, recherche, culture), crit
Bernard Boudic en juin 1998. Trs vite, nous nous sommes aperus que cela ne
suffisait pas. Nous nous sommes tourns vers la mise en ligne de dossiers
d'actualit, puis d'actualits tout court. Aujourd'hui (en juin 1998, ndlr) nous
avons quatre niveaux d'infos: quotidien, hebdo (tendant de plus en plus vers un
rythme plus rapide), vnements et dossiers. Et nous offrons des services
(petites annonces, guide des spectacles, presse-cole, boutique, etc.). Nous
travaillons sur un projet de journal lectronique total: mise en ligne
automatique chaque nuit de nos quarante ditions (450 pages diffrentes, 1.500
photos) dans un format respectant typographie et hirarchie de l'information et
autorisant la constitution par chacun de son journal personnalis (critres
gographiques croiss avec des critres thmatiques)."

"Internet a chang ma vie professionnelle d'abord parce que je suis devenu le
responsable ditorial du site, ajoute-t-il  la mme poque. Les retombes sur
le travail quotidien des journalistes d'Ouest-France sont encore minces. Nous
commenons seulement  offrir un accs internet  chacun (la rdaction
d'Ouest-France comprend 370 journalistes rpartis dans soixante rdactions, sur
douze dpartements... pas simple). Certains utilisent internet pour la
messagerie lectronique (courrier interne ou externe, rception de textes de
correspondants  l'tranger, envoi de fichiers divers) et comme source
d'informations. Mais cette pratique demande encore  s'tendre et  se
gnraliser. Bien sr, nous rflchissons aussi  tout ce qui touche 
l'criture multimdia et  sa rtroaction sur l'criture imprime, aux
changements d'habitudes de nos lecteurs, etc. (...) Internet est  la fois une
menace et une chance. Menace sur l'imprim, trs certainement (captation de la
pub et des petites annonces, changement de rflexes des lecteurs, perte du got
de l'imprim, concurrence d'un mdia gratuit, que chacun peut utiliser pour
diffuser sa propre info, etc.). Mais c'est aussi l'occasion de relever tous ces
dfis et de rajeunir la presse imprime."

Trois ans aprs, en janvier 2001, quelles sont les perspectives? "Nous avons la
chance de disposer d'un gisement d'informations dj utilises pour le papier
(Ouest-France publie dans ses 42 ditions 550 pages diffrentes toutes les
nuits) et de petites annonces. Nous avons une marque connue et respecte. Mais
le modle conomique n'est pas trouv. Nous pensons dvelopper un service payant
 destination des centres de documentation qui leur permettrait de rechercher
dans les 42 ditions n'importe quel article correspondant  une requte par
mots-cls."

En ce qui concerne le journal imprim en gnral , "mon avis est que le
journal-papier est menac  terme (20 ans ?) s'il ne se renouvelle pas dans la
forme et dans le fond. La prise en mains du journal se fera de plus en plus tard
(40-45 ans?). Il y aura des arbitrages avec la tlvision (satellite, cble,
numrique hertzien), avec l'internet rapide (ADSL, cble, boucle locale radio,
satellite?). Il n'y aura pas de publicit disponible pour faire vivre tout le
monde."

= Les Chroniques de Cybrie, lettre lectronique hebdomadaire

Jean-Pierre Cloutier, journaliste qubcois, lance Les Chroniques de Cybrie,
chronique hebdomadaire des actualits de l'internet, en novembre 1994 sous la
forme d'une lettre hebdomadaire envoye par courrier lectronique (environ 5.000
abonns en 2001). A partir d'avril 1995, on peut galement lire les Chroniques
directement sur le web. Depuis bientt sept ans maintenant, elles font rfrence
dans la communaut francophone, y compris dans le domaine du livre.

Quel est l'historique des Chroniques? "Il y a deux choses ici, dans mon cas,
relate Jean-Pierre Cloutier en juin 1998. D'abord une poque o j'tais
traducteur (aprs avoir travaill dans le domaine des communications). Je me
suis branch  internet  la demande de clients de ma petite entreprise de
traduction car a simplifiait l'envoi des textes  traduire et le retour des
textes traduits. Assez rapidement, j'ai commenc  largir mon bassin de
clientle et  avoir des contrats avec des clients amricains.

Puis, il y a eu carrment changement de profession, c'est--dire que j'ai mis de
ct mes activits de traduction pour devenir chroniqueur. Au dbut, je le
faisais  temps partiel, mais c'est rapidement devenu mon activit principale.
C'tait pour moi un retour au journalisme, mais de manire manifestement trs
diffrente. Au dbut, les Chroniques traitaient principalement des nouveauts
(nouveaux sites, nouveaux logiciels). Mais graduellement on a davantage trait
des questions de fond du rseau, puis dbord sur certains points d'actualit
nationale et internationale dans le social, le politique et l'conomique.

Dans le premier cas, celui des questions de fond, c'est relativement simple car
toutes les ressources (documents officiels, dpches, commentaires, analyses)
sont en ligne. On peut donc y mettre son grain de sel, citer, tendre l'analyse,
pousser des recherches. Pour ce qui est de l'actualit, la slection des sujets
est tributaire des ressources disponibles, ce qui n'est pas toujours facile 
dnicher. On se retrouve alors dans la mme situation que la radio ou la tl,
c'est--dire que s'il n'y a pas de clip audio ou d'images, une nouvelle mme
importante devient du coup moins attrayante sur le plan du mdium."

Toujours en juin 1998, quelles taient les perspectives? "Dans le cas des
Chroniques de Cybrie, nous avons pu lancer et maintenir une formule en raison
des cots d'entre relativement faibles dans ce mdium. Cependant, tout dpendra
de l'ampleur du phnomne dit de 'convergence' des mdias et d'une hausse
possible des cots de production s'il faut offrir de l'audio et de la vido pour
demeurer concurrentiels. Si oui, il faudra songer  des alliances stratgiques,
un peu comme celle qui nous lie au groupe Ringier (entre avril 1998 et mars
2001, ndlr) et qui a permis la relance des Chroniques aprs six mois de mise en
veilleuse. Mais quel que soit le degr de convergence, je crois qu'il y aura
toujours place pour l'crit, et aussi pour les analyses en profondeur sur les
grandes questions."

Deux ans aprs, en aot 2000, Jean-Pierre Cloutier crit: "Fin juillet 1998, 
peu prs au moment o nous avions notre tout premier entretien, j'crivais:
"Quelqu'un me demandait rcemment quelles taient les grandes tendances
d'internet et si quelque chose avait chang dans la couverture journalistique de
l'espace cyber. Aprs avoir feint de ne pas avoir entendu la question, question
de songer  une rponse adquate, je lui ai rpondu qu'au dbut, un bon
chroniqueur se devait d'avoir les deux pieds bien ancrs dans le milieu des
technologues et des cratifs. Maintenant, il importe d'avoir un bureau 
mi-chemin entre le Palais de justice et la Place de la bourse, et de cultiver
ses amis avocats et courtiers." (Chroniques de Cybrie, 28 juillet 1998) Je
constate que, depuis ce temps, mais surtout depuis un an, cette tendance s'est
confirme. Les considrations financires comme les placements initiaux de
titres (les IPO - initial public offers), les options d'achat d'actions, la
monte fulgurante du Nasdaq fin 1999 et dbut 2000, puis la correction boursire
du printemps, bref, toute cette activit a domin grandement l'actualit du
cyberespace.

Puis, sur le plan juridique, il y a eu l'affaire Microsoft (qui n'est pas encore
termine en raison des appels). C'est la plus visible, celle qui a monopolis
l'attention pendant des mois. Plus rcemment, c'est l'affaire Napster qui
retient l'attention (l aussi, on attend les dcisions en appel). L'affaire UEJF
(Union des tudiants juifs de France) - LICRA (Ligue internationale contre le
racisme et l'antismitisme) - Yahoo! en France est aussi,  mon avis, minemment
importante car elle implique le concept de censure 'gographique',  partir d'un
territoire donn. Mais outre ces 'causes clbres', il ne se passe pas une
journe sans que les fils de presse ne rapportent des dcisions de tribunaux qui
ont des incidences sur l'avenir d'internet. Ce sont donc les manoeuvres
boursires et les objets de litiges ports devant les tribunaux qui faonnent le
mode de vie en rseau, et ce au dtriment d'une rflexion et d'une action
profonde sur le plan strict de la communication."

= FTPress, socit de cyberpresse

En fvrier 1996, Franois Vadrot, alors directeur des systmes d'information du
CNRS (Centre national de la recherche scientifique, France), cre LMB Actu (Le
Micro Bulletin Actu), lettre d'information hebdomadaire consacre  l'actualit
de l'internet et des nouvelles technologies. Trois ans plus tard, en aot 1999,
il cre FTPress (French Touch Press), socit franaise de cyberpresse. En
septembre 1999, LMB Actu est remplac par Internet Actu (environ 55.000 abonns
en juin 2001 pour l'ensemble des ditions hebdomadaires et quotidiennes).
D'autres publications suivent, ainsi que des ralisations multimdias, des
missions de tlvision, etc., dont certaines suivent de prs l'actualit du
livre.

"En (trs) rsum, mon activit consiste  dvelopper une socit, FTPress,
spcialise dans la presse online (enfin pour l'instant, car tout bouge
tellement vite que ce pourrait bien ne plus tre le cas dans quelques mois),
explique Franois Vadrot en mai 2000. Le concept de FTPress est de raliser des
mdias professionnels spcialiss chacun dans un secteur conomique: la sant,
l'automobile, l'image numrique, les ressources humaines, la logistique, etc.
Chaque mdia traite de l'conomie, de la technologie, des aspects politiques et
sociaux, d'un secteur modifi par l'arrive des nouvelles technologies et
d'internet. Le premier a t Internet Actu, cr au CNRS en fvrier 1996, suivi
de Pixel Actu (en janvier 2000, devenu Objectif numrique en dcembre 2000,
ndlr), puis de eSant Actu (en mai 2000, devenu Interactive sant en janvier
2001, ndlr). Nous sommes partis de l'crit, mais nous allons maintenant vers le
multimdia, avec prochainement des missions de tlvision. FTPress ralise
aussi des mdias pour des tiers."

"Mon avenir professionnel, je le vois comme un prsent professionnel, poursuit
Franois Vadrot. Si vous m'aviez pos cette question il y a deux ans (mai 1998),
je vous aurais rpondu qu' force de travailler avec internet (en tant que
directeur aux systmes d'information du CNRS) et  propos d'internet (en tant
que directeur de la publication LMB Actu), je rvais de crer une entreprise
internet. Mais je me demandais alors comment m'y prendre. Si vous me l'aviez
pose il y a un an (mai 1999), je vous aurais rpondu que j'avais fait le saut,
que les ds taient jets, et que j'avais annonc mon dpart de
l'administration... pour crer FTPress. Je ne pouvais plus supporter de rester
o j'tais. Je devenais aigre. C'tait crer mon entreprise ou bien... prendre
une anne sabbatique  ne rien faire. Et aujourd'hui je suis en plein dedans.
J'ai l'impression de vivre les histoires que l'on lit dans la presse sur les
start-up."

En novembre 2000, plusieurs projets en gestation ont pris corps: "de nouveaux
magazines (DRH Actu, NetLocal Actu, Automates intelligents, Correspond@nces avec
la Fondation la Poste, etc.), de la TV (avec un studio propre), un nouveau
systme d'information (ou de production) trs puissant (Reef.com), le kiosque de
presse (avec des partenaires presse externes,  commencer par Diora), etc."
D'autres magazines ont vu le jour depuis, notamment Captain-doc, guide de la
documentation lectronique lanc en janvier 2001. Ariel Suhamy est  la barre du
navire, en collaboration avec Genevive Vidal.


5. LE RESPECT DU DROIT D'AUTEUR SUR L'INTERNET


[Dans ce chapitre:]

[5.1. Le web est un espace public bas sur l'change // 5.2. Le respect du droit
d'auteur est essentiel // 5.3. Il importe de ne pas freiner la diffusion // 5.4.
Il n'est pas facile de contrer le piratage et le plagiat // 5.5. Les solutions
sont d'ordre technologique // 5.6. Une lgislation adapte semble ncessaire //
5.7. Il est essentiel d'duquer le lecteur/client // 5.8. Ce dbat occulte les
vrais problmes]

La question du respect du droit d'auteur sur l'internet est tudie par de
nombreux spcialistes. Ce ne sont pas non plus les sites web qui manquent sur le
sujet. Dans le cadre de ce livre, on a prfr recueillir directement l'avis des
professionnels du livre. Ces rponses s'articulent autour de huit grands thmes:
1) le web est un espace public bas sur l'change (5.1); 2) le respect du droit
d'auteur est essentiel (5.2); 3) il importe de ne pas freiner la diffusion
(5.3); 4) il n'est pas facile de contrer le piratage et le plagiat (5.4); 5) les
solutions sont d'ordre technologique (5.5); 6) une lgislation adapte semble
ncessaire (5.6); 7) il est essentiel d'duquer le lecteur/client (5.7); 8) ce
dbat occulte les vrais problmes (5.8).


5.1. Le web est un espace public bas sur l'change


Alain Bron, consultant en systmes d'information et crivain: "Je considre
aujourd'hui le web comme un domaine public. Cela veut dire que la notion de
droit d'auteur sur ce mdia disparat de facto: tout le monde peut reproduire
tout le monde. La cration s'expose donc  la copie immdiate si les copyrights
ne sont pas dposs dans les formes usuelles et si les oeuvres sont exposes
sans procdures de revenus. Une solution est de faire payer l'accs 
l'information, mais cela ne garantit absolument pas la copie ultrieure."

Jacques Gauchey, spcialiste en industrie des technologies de l'information et
journaliste: "Le droit d'auteur dans son contexte traditionnel n'existe plus.
Les auteurs ont besoin de s'adapter  un nouveau paradigme, celui de la libert
totale du flot de l'information. Le contenu original est comme une empreinte
digitale: il est incopiable. Il survivra et prosprera donc."

Xavier Malbreil, auteur multimdia: "Il y a deux choses. Le web ne doit pas tre
un espace de non-droit, et c'est un principe qui doit s'appliquer  tout, et
notamment au droit d'auteur. Toute utilisation commerciale d'une oeuvre doit
ouvrir droit  rtribution. Mais galement, le web est un lieu de partage.
Echanger entre amis des passages d'un texte qui vous a plu, comme on peut
recopier des passages d'un livre particulirement apprci, pour le faire aimer,
cela ne peut faire que du bien aux oeuvres, et aux auteurs. La littrature
souffre surtout de ne pas tre diffuse. Tout ce qui peut concourir  la faire
sortir de son ghetto sera positif."

Grard Fourestier, crateur de Rubriques  Bac: "Les mesures de respect: oui,
mais de protection: non! Et, quoi qu'il en sera, que cela n'aboutisse pas 
freiner la cration, tant il est vrai que chaque auteur en a digr d'autres."

Fabrice Lhomme, technicien informatique et crateur d'Une Autre Terre, site
consacr  la science-fiction. "De par mon travail, je fais plus attention aux
aspects techniques du web qu'aux dbats qui s'y rapportent. Il me semble quand
mme qu'il y a incompatibilit entre internet et la notion de droits d'auteur.
Internet est un espace ouvert et il me semble impossible d'empcher quelqu'un
d'y diffuser des documents protgs. Le fait d'en parler est tout de mme
important car a pourra peut-tre sensibiliser certaines personnes qui n'avaient
pas pens au problme. Mais cela n'arrtera jamais quelqu'un qui le fait en
connaissance de cause. La seule solution qui me semble plausible serait que les
hbergeurs surveillent un peu plus le contenu des pages qu'ils hbergent."

Blaise Rosnay, webmestre du site du Club des potes: "La diffusion de la culture
doit tre facilite sur l'internet. Les diteurs et les pouvoirs publics doivent
encourager tous les projets raliss par des passionns de tel ou tel auteur qui
partagent leur passion avec les autres sur internet sans en faire profit.
Exemple: il serait absurde qu'un jeune homme qui aime Le Petit Prince de
Saint-Exupry ne soit pas encourag  partager son amour et  l'illustrer par
quelques extraits de cette oeuvre qui, soit dit en passant, est un beau
plaidoyer pour le coeur contre les raisons de l'argent. En rsum, il me semble
que l'internet peut encore devenir un moyen de partage de la culture et de la
beaut  condition que la culture et la beaut ne soient pas considrs comme
des biens de consommation. C'est la moindre des choses, car, justement, la
posie et la beaut vhiculent d'autres valeurs morales et spirituelles."

Patrice Cailleaud, directeur de la communication de HandiCaPZro: "Pour
l'instant, les dficients visuels sont les grands bnficiaires du manque de
lgislation sur la toile. Pourvu que a dure! Les droits et autorisations
d'auteurs taient et demeurent des freins pour l'adaptation en braille ou
caractres agrandis d'ouvrage. Les dmarches sont saupoudres, longues et
n'aboutissent que trop rarement."

Grard Jean-Franois, directeur du centre de ressources informatiques de
l'Universit de Caen: "A mon avis, il n'y a pas de dbat. Si on met quelque
chose sur le web, c'est--dire ouvert  tout le monde, cela signifie qu'on
l'offre gratuitement  tout le monde. Si on veut en faire du commerce, les
moyens existent pour scuriser les accs et les copies, il faut tout simplement
les mettre en oeuvre. A l'heure actuelle (et c'est peut-tre une bonne chose) on
n'a que deux alternatives, ou bien on met ses crations dans un tiroir et on
vend, ou bien on offre."

Jacques Pataillot, conseiller en management chez Cap Gemini Ernst & Young: "A
partir du moment o internet, par conception, est un 'monde ouvert', le problme
des droits d'auteurs est complexe. A mon sens, il y a peu de solutions  ce
problme."

Marie-Aude Bourson, cratrice de Gloupsy, site littraire destin aux nouveaux
auteurs: "Il est vident que toute cration porte sur support lectronique est
copiable. Malgr toutes les protections techniques qui seront inventes, il y
aura toujours un petit malin qui dcouvrira la clef pour copier le fichier.
Aussi, je ne crois pas qu'on puisse rellement protger une oeuvre sur internet,
qu'il s'agisse d'un texte, d'une image ou d'une application. D'autre part, on
assiste  une relle 'rvolution' dans le domaine informatique: l'avnement du
logiciel libre qui marque un changement dans les mentalits qui s'tend au monde
de l'internet. Celui-ci se traduit  tous les niveaux: ct dveloppeur de
logiciels et ct utilisateur. Les utilisateurs sont de plus en plus rticents 
payer un logiciel ou de l'info qu'ils peuvent trouver gratuitement ailleurs. Le
modle conomique est donc en train de changer: on ne paiera plus l'outil mais
le service... Malheureusement, ce systme n'est valable que pour les logiciels.
Aussi, comment l'appliquer aux crations littraires ou artistiques? Seuls les
droits moraux peuvent pour l'instant tre reconnus (incrustation d'un copyright
sur les images, copyright moins vident pour les textes). Conclusion: on ne peut
pour l'instant que se reposer sur l'honntet de l'homme... fragile, donc. Une
exprience intressante existe concernant la littrature: le lyber. Il s'agit de
prsenter une oeuvre en lecture complte sur le web. Libre ensuite au lecteur
d'acheter l'ouvrage papier qui pourra rmunrer l'auteur. On part du principe
que le lecteur voudra conserver chez lui une trace de sa lecture s'il l'a jug
vraiment digne d'intrt. C'est ainsi un bon moyen d'liminer les oeuvres de
mauvaise qualit. Pour ma part, je proposerais une solution intermdiaire:
proposer  la lecture sur le web le tiers du livre. Pour lire la suite, le
lecteur commande l'ouvrage papier. Car je crains qu'un lecteur ne veuille pas
forcment acheter un ouvrage qu'il a dj lu entirement... et l'auteur perd
ainsi une partie de sa rmunration, ce qui est dommage et n'encourage pas  la
cration littraire."

Jacky Minier, crateur de Diamedit, site de promotion d'indits artistiques et
littraires: "Le problme est simple. La solution l'est aussi. Avant l'invention
du net, les contrats d'dition ne tenaient pas compte de ce nouveau support, et
pour cause. Cette nouvelle interface fait craindre aux diteurs la perte de
sources de profits par les risques de copies pirates. Mais quel est ce risque?
Est-il rel? Ce n'est pas un risque de 'manque  gagner', c'est une opportunit
de promotion. La plupart des gens qui accdent  une oeuvre de manire illgale
sont des lecteurs ou auditeurs qui n'auraient sans doute jamais achet l'oeuvre
en question, parfois mme n'en auraient jamais entendu parler! Le simple fait
qu'ils aient l'opportunit de la lire (ou de l'couter en MP3) - et de la faire
lire ou couter  leurs amis - constitue de la promotion gratuite, du bouche 
oreille qui participe de la dcouverte et de la promotion des artistes. Les
grandes maisons de logiciels le savent bien, qui distribuent leurs programmes
entiers, gratuitement pour une priode limite. Ceux qui peuvent les acheter les
achtent, ceux qui ne peuvent pas les utilisent quand mme et leur font de la
publicit quand le produit est bon. (Quand le produit n'est pas bon, ils ne
l'auraient pas achet de toute manire!) Alors, o est le problme? Le seul
problme rside dans les prix prohibitifs pratiqus par les socits d'dition,
dans les marges commerciales de produits qui n'ont plus rien  voir avec la
cration artistique ou les droits d'auteurs, mais relvent de marketing, de
parts de march, de ratios comptables et de marges de profits. Certains artistes
l'ont d'ailleurs parfaitement compris qui mettent leurs oeuvres directement sur
le net. En matire d'dition numrique, il suffit de crer des droits
spcifiques, distincts des droits relatifs aux ditions ordinaires sur support
papier. Le tatouage des oeuvres lors de l'impression personnelle est un
excellent moyen de limiter la diffusion d'impressions excessives. En mme temps,
permettre cette impression pour utilisation personnelle est aussi un excellent
moyen de promotion de l'auteur et de son oeuvre. Mme si c'est un exemplaire
gratuit. Et quand cet auteur (ou artiste) deviendra trs connu, les mmes
diteurs papier qui le boudent se jetteront dessus pour le publier alors qu'ils
auraient  peine lu son manuscrit auparavant!"

Jean-Paul, webmestre du site des cotres furtifs, qui raconte des histoires en
3D: "Nous ne nous sentons pas concerns. a) S'il s'agit de 'respect', c'est une
question de morale et d'lgance, qui n'est pas suceptible de dbat: sur la
toile comme ailleurs, on cite ses sources. Total respect. Pour la plupart
d'entre nous. b) S'il s'agit de 'droit d'auteur', on est dans le domaine
juridique, instable par essence. Le 'droit' d'auteur est une notion rcente --
que les Franais attribuent  Beaumarchais, homme d'ombres, d'affaires,
trafiquant d'armes et grand auteur. L'apparition du numrique, et donc du
clonage (qui pose un autre problme que celui de la copie, rsolu depuis
longtemps), oblige  reconsidrer cette notion. c) S'il s'agit de 'droits
d'auteur' (au pluriel, donc), on est dans la sphre de l'conomie, dont la
logique est connue: concurrence et rtention: devenir le premier de la classe,
empcher les autres de le devenir. Et pas vu, pas pris.

Sony est diteur de CD (audio et Rom) parce que a rapporte. Et il fabrique des
graveurs (qui permettent de cloner ses propres CD, comme ceux de la concurrence)
parce que a rapporte. Philips faisait de mme, jusqu'au jour o il a vendu sa
division Polygram (que les lois de l'conomie lui permettront de racheter le cas
chant). 'Il ne suffit pas d'tre grand pour tre performant, mais, dans un
monde financier totalement mondialis, a aide. Surtout si on a l'ambition de
jouer les premiers rles.' (Herv Babonneau, Ouest-France du 6 aot 1999). (...)
Bien que tangent  la sphre conomique (il faut payer le nom de domaine, et
l'abonnement au serveur), notre cotre-espace (le site des cotres furtifs, ndlr)
ne s'y rduit pas, notre esprit n'est pas celui de la concurrence. Notre site
est en tlchargement libre, et nous tlchargeons les sites que nous trouvons
cratifs. C'est normal de cloner une oeuvre d'autrui pour en faire cadeau ;
c'est partager. Ce qui est dgueulasse, c'est de vendre ce clone. (...)
Copyright ou droit d'auteur, vision europenne ou vision amricaine, qui va
l'emporter? Le principe de proprit prive. La proprit tabou de ceux qui ont
les moyens de la faire garder. Par l'OMC (Organisation mondiale du commerce) par
exemple, charge de rgler la question des 'droits' partout dans le monde (mme
virtuel) et, esprent-ils, pour toujours. Ceux dont la maison est sur le trac
d'une future autoroute savent le prix rel d'un tabou. Alors les droits des
auteurs, crateurs, inventeurs... Mais si Orson Welles s'est fait bouffer par
les studios, Kubrick s'est mthodiquement rendu indpendant des mmes. Peu
importe la loi que se fera tailler sur mesure Onc' Picsou. Les petits mammifres
ont bouff les tyrannosaures, avec le temps. Et les anciens rois, qui tenaient
pourtant leur pouvoir des dieux, nous leur avons coup la tte. En moins de
temps."


5.2. Le respect du droit d'auteur est essentiel


Barbara Grimes, directrice de publication de l'Ethnologue, encyclopdie des
langues, jusqu'en 2000: "Tous les copyrights doivent tre respects, de la mme
faon que pour l'imprim."

Caiomhn  Donnale, webmestre du principal site d'information en galique
cossais: "Je pense que la dure du copyright est beaucoup trop longue. A part
cela, je pense que le copyright devrait tre respect en gnral."

Nicolas Ancion, crivain et responsable ditorial de Luc Pire lectronique: "Je
ne vois pas de dbat. Le droit d'auteur est un droit, il n'y a pas  revenir
l-dessus. La question intressante est de savoir comment appliquer ce droit
inalinable  la nouvelle ralit de diffusion des oeuvres. Mon point de vue est
trs simple: l'auteur doit tre rmunr pour son travail. Mais il reste matre
de son oeuvre et peut aussi dcider lui-mme de cder ses droits gratuitement
(par exemple pour l'encodage en alphabet braille  destination des malvoyants)
ou de diffuser certains de ses textes gratuitement (ce que je fais sur
internet). Je tiens beaucoup au respect du droit de paternit de l'auteur, mais
je ne pense pas que tout change sur cette plante doive tre monnay. Je suis
trs heureux d'offrir des textes gratuitement. Mais je ne tolre ni le vol ni la
piraterie. Si quelqu'un vole un texte et le diffuse sous un autre nom, il commet
un dlit grave, bien entendu."

Anne-Bndicte Joly, crivain qui auto-dite ses livres: "Le respect du droit
d'auteur, c'est la survie de la cration. Le web, de par son universalit et la
grande facilit avec laquelle quiconque peut s'approprier ou copier ce qu'il
souhaite, constitue  n'en pas douter une limite  la diffusion de toute
cration. Je suis rticente  l'ide de placer mes textes en exhaustivit sur la
toile car je crains les copies et plagiats. Je pense qu'il serait sans doute
astucieux de prsenter par exemple les premiers chapitres d'un livre ou un
extrait puis d'inciter le lecteur  acqurir l'ouvrage sous forme papier ou sous
forme lectronique grce  une gestion scurise des moyens de paiement."

Naomi Lipson, crivain multimdia, traductrice et peintre: "En tant qu'auteur,
j'aimerais que mes droits soient protgs, bien sr. Mais rien ne semble plus
difficile aujourd'hui..."

Murray Suid, crivain et auteur de logiciels ducatifs multimdia: "Je pense que
la solution est de crer des units d'information ne pouvant tre voles. En
d'autres termes, l'oeuvre qui est vendue doit avoir plus de valeur que sa copie.
Par exemple, il est pour le moment plus facile et meilleur march d'acheter un
de mes livres que de le photocopier dans son intgralit. J'essaie donc de
concevoir mes livres de telle faon que toutes les pages aient leur utilit, et
non seulement quelques-unes. J'aimerais vendre mes livres en ligne - au format
PDF - mais je n'ai pas encore tudi la manire d'empcher les acheteurs de
redistribuer les fichiers. Ceci est peut-tre possible par le cryptage."

Bernard Boudic, responsable ditorial du serveur internet du quotidien
Ouest-France jusqu'en dcembre 2000: "Les internautes ont tendance  penser que
c'est un droit d'obtenir tout gratuitement. Non! Le droit d'auteur doit tre
respect."

Franois Vadrot, PDG de FTPress, socit de cyberpresse: "Ces dbats sont
fonds. Certaines personnes, souvent d'ailleurs celles qui ont le pouvoir donn
par une institution d'appartenance, s'assoient sur le droit d'auteur, n'hsitant
pas  apposer leur nom sur un texte crit par un autre. Chez FTPress, nous
appliquons grosso modo le principe de la GPL (general public licence) pour les
logiciels libres. Nos textes sont reproductibles gratuitement dans la mesure o
ce n'est pas fait dans des fins commerciales, et bien sr sous rserve que la
source soit mentionne. Quant aux auteurs des dits textes, ils sont rmunrs
normalement, avec un statut de journalistes, et galement intresss dans
l'entreprise, par le jeu de bons de souscription (alias stock options). Cet
intressement aux rsultats et  la valeur de l'entreprise complte la
rmunration traditionnelle du journaliste pour un texte destin  une
publication dtermine. En contrepartie, FTPress ne paie plus les auteurs si le
texte est revendu  un tiers (qui en fait un usage commercial). Je pense que
c'est une solution  cette question dans le domaine de la presse. Mais c'est un
problme complexe et vari, qui ne peut trouver une seule rponse."

Robert Beard, co-fondateur de yourDictionary.com, portail pour les langues:
"L'accs libre n'est jamais gratuit, puisque ce sont des personnes salaries qui
dveloppent les applications en accs libre appartenant au domaine public. Mon
site web est gratuit, et il n'tait pas une affaire commerciale tant que
l'Universit de Bucknell (situe  Lewisburg, Pennsylvanie, ndlr) m'a vers un
salaire et m'a fait bnficier de ses propres services d'accs  l'internet.
Maintenant que je prends ma retraite et que je dois retirer mes sites des
serveurs de Bucknell, j'ai eu le choix entre supprimer mes sites, les vendre ou
gnrer des revenus permettant de continuer cette activit. J'ai choisi la
dernire solution. Les ressources disponibles resteront gratuites parce que nous
offrirons d'autres services qui seront payants. Ces services seront bass sur
les rgles du copyright pour garantir le versement des fonds  la bonne source.
En ce qui concerne le dbat (et les actions judiciaires) sur les liens, je pense
qu'il y a excs dans l'application du copyright. Un lien vers un autre site
devrait appartenir au site qui cre le lien. Il est normal de crer des liens
vers d'autres sites web appartenant  un rseau public."

Guy Bertrand, directeur scientifique du Centre d'expertise et de veille
inforoutes et langues (CEVEIL, Qubec): "Il est trs important de respecter le
droit des auteurs et c'est aux auteurs de dcider de ce qu'ils veulent en faire.
Le web accorde une place de plus en plus grande  la gratuit des usages. Les
auteurs ne sont pas tenus de s'y plier, mais de plus en plus d'auteurs s'y
adaptent volontairement et avec profit. Les modles d'affaires sur le web
voluent trs rapidement et n'ont pas fini de le faire. De nouveaux modles
d'affaires se dvelopperont et la place de la gratuit y sera forte, mais les
droits des auteurs devront tre respects de faon innovatrice de la part des
auteurs et des fournisseurs de services et de contenus."

Cynthia Delisle, consultante au CEVEIL: "Les droits d'auteur devraient
idalement faire l'objet du mme respect sur le web que dans d'autres mdias, la
radio ou la presse par exemple. Cela dit, internet pose  ce niveau des
problmes indits  cause de la facilit avec laquelle on peut (re)produire et
(re)distribuer l'information  grande chelle, et aussi en raison de la
tradition de gratuit du rseau. Cette tradition fait, d'une part, que les gens
rechignent  dbourser pour des produits et services qu'ils trouveraient tout
naturel de payer dans d'autres contextes et, d'autre part, qu'ils ont peut-tre
moins d'tats d'me, dans le contexte du net,  utiliser des produits pirats.
La problmatique du respect des droits d'auteur constitue,  mon sens, un des
enjeux majeurs pour l'volution du rseau, et il sera certainement trs
intressant de voir les solutions qui seront mises de l'avant  cet gard."

Steven Krauwer, coordinateur d'ELSNET (European Network of Excellence in Human
Language Technologies): "Le point de dpart est videmment: 'on ne doit pas
voler, mme si c'est facile'. Il est intressant d'observer que, aussi complexe
que soit la dfinition lgale de 'vol', dans la plupart des cas les gens
arrivent trs bien  la cerner: a) si je copie une information du web et que je
l'utilise  des fins personnelles, je ne commets pas de vol, parce que cette
information a t mise sur le web dans le but premier d'tre utilise; b) si je
la copie  partir du web et que je la transmets  d'autres en prcisant le nom
de l'auteur, je ne commets pas de vol; c) si je la copie  partir du web et que
je la transmets  d'autres en prtendant que j'en suis l'auteur, je commets un
vol; d) si je la copie  partir du web, et que je la vends  d'autres sans avoir
l'autorisation de l'auteur, je commets un vol. Je ralise qu'il existe de
nombreux cas situs dans les zones limites de ces quatre ensembles et pour
lesquels il serait difficile de prciser s'il y a vol ou non, mais ces
prcisions sont du ressort des juristes. Je prconiserais les rgles suivantes:
a) la libert totale pour la copie de l'information  usage personnel; b) la
retransmission de l'information uniquement avec l'accrditation de l'auteur (
moins qu'il ne soit bien prcis que cette information est du domaine public);
c) la revente de cette information uniquement avec l'accord de l'auteur ( moins
que celle-ci ne soit du domaine public).

Pour faire respecter ces rgles, on pourrait envisager: a) l'introduction
d''tiquettes normalises' indiquant si l'information est du domaine public et,
si elle ne l'est pas, renvoyant  l'auteur; b) la lecture de ces 'tiquettes'
par les navigateurs, qui les afficheraient en mme temps que le document: texte,
image, film, etc.; c) l'adoption d'une convention ou d'une rgle selon laquelle
l'information ne peut tre copie sans l''tiquette' correspondante; d) (ide
plus audacieuse) la mise en place d'un ISPN (international standard person
number), similaire  l'ISBN (international standard book number) ou l'ISSN
(international standard serial number), qui identifierait une seule personne, si
bien que les rfrences aux auteurs contenues dans les 'tiquettes' seraient
moins dpendantes des changements d'adresses lectroniques ou d'adresses de
pages web ( condition bien sr que les gens mettent  jour leurs coordonnes
dans la base de donnes ISPN)."


5.3. Il importe de ne pas freiner la diffusion


Eduard Hovy, directeur du Natural Language Group de l'Universit de Californie
du Sud: "En tant qu'universitaire, je suis bien sr un des parasites de notre
socit, et donc tout  fait en faveur de l'accs libre  la totalit de
l'information. En tant que co-propritaire d'une petite start-up, je suis
conscient du cot que reprsente la collecte et la prsentation de
l'information, et de la ncessit de faire payer ce service d'une manire ou
d'une autre. Pour quilibrer ces deux tendances, je pense que l'information 
l'tat brut - et certaines ressources  l'tat brut: langages de programmation
ou moyens d'accs  l'information de base comme les navigateurs web - doivent
tre disponibles gratuitement. Ceci cre un march et permet aux gens de les
utiliser. Par contre l'information traite et les systmes vous permettant
d'obtenir et structurer trs exactement ce dont vous avez besoin doivent tre
payants. Cela permet de financer ceux qui dveloppent ces nouvelles
technologies.

Prenons un exemple:  l'heure actuelle, un dictionnaire (spcialis, ndlr) n'est
pas disponible gratuitement. Les socits ditrices de dictionnaires refusent de
les mettre librement  la disposition des chercheurs et de toute personne
intresse, et elles avancent l'argument que ces dictionnaires ont demand des
sicles de travail (j'ai eu plusieurs discussions  ce sujet avec des socits
de dictionnaires). Mais de nos jours les dictionnaires sont des instruments
stupides: on doit connatre le mot avant de le trouver! J'aimerais avoir un
outil qui me permette de donner une dfinition approximative, ou peut-tre une
phrase ou deux incluant un espace pour le mot que je cherche, ou mme
l'quivalent de ce mot dans une autre langue, et que la rponse me revienne avec
le(s) mot(s) que je cherche. Un tel outil n'est pas compliqu  construire, mais
il faut d'abord le dictionnaire de base. Je pense que ce dictionnaire de base
devrait tre en accs libre. Par contre on pourrait facturer l'utilisation du
moteur de recherche ou du service permettant d'entrer une information -
partielle ou non - qui soit trs 'cible', afin d'obtenir le meilleur rsultat.

Voici un deuxime exemple. On devrait avoir accs librement  la totalit du
web, et  tous les moteurs de recherche 'de base' du type de ceux qu'on trouve
aujourd'hui. Pas de copyright et pas de licence. Mais si on a besoin d'un moteur
de recherche qui procure une rponse trs 'cible' et trs fiable, je pense
qu'il ne serait pas draisonnable que ce service soit factur. Le crateur d'une
encyclopdie ne va naturellement pas aimer ma proposition. Mais je lui
suggrerais d'quiper son encyclopdie d'un systme d'accs performant. Sans ce
systme, l'information brute donne par cette encyclopdie n'est qu'un stock
d'informations et rien d'autre, et ce stock peut aisment se perdre dans une
masse considrable d'informations qui augmente tous les jours."

Les bibliothcaires-documentalistes sont les premiers  insister rgulirement
sur la ncessit de trouver un quilibre pour ne pas freiner la diffusion de
l'information.

Bruno Didier, webmestre de la mdiathque de l'Institut Pasteur: "Je ne suis pas
ces dbats, mais je pense qu'on va avoir du mal  maintenir l'esprit
communautaire qui tait  la base de l'existence d'internet."

Bakayoko Bourahima, documentaliste  l'ENSEA (Ecole nationale suprieure de
statistique et d'conomie applique) d'Abidjan: "J'avoue que ce dbat suscite en
moi quelques inquitudes quant  mes attentes lgitimes vis--vis de l'internet.
J'estime que, par rapport  ma vision professionnelle, le grand espoir
qu'apporte l'internet  l'Afrique, c'est de lui permettre de profiter pleinement
et  moindre cot du 'brain trust' mondial et de rduire sa marginalisation
conomique, technologique et culturelle. La lgitimit des droits d'auteur ne
devra donc pas faire perdre de vue la ncessit de prendre en compte les besoins
et les contraintes particulires des pays moins nantis. Autrement, dans ce
domaine plus qu'ailleurs, on aboutira fatalement et trs vite srement  une
situation de marginalisation et de fronde, comme celle qui oppose actuellement
les autorits sanitaires d'Afrique du Sud  certaines grandes firmes
pharmaceutiques, au sujet des licences des thrapies contre le Sida."

Peter Raggett, directeur du centre de documentation de l'OCDE (Organisation de
coopration et de dveloppement conomiques): "Le problme du droit d'auteur est
loin d'tre rsolu. Les diteurs souhaitent naturellement toucher leur d pour
chaque article command alors que les bibliothcaires et usagers veulent pouvoir
immdiatement tlcharger (gratuitement si possible) le contenu intgral de ces
articles. A prsent chaque diteur semble avoir sa propre politique d'accs aux
versions lectroniques. Il serait souhaitable qu'une politique homogne soit
mise en place, de prfrence en autorisant largement le tlchargement des
documents lectroniques."


5.4. Il n'est pas facile de contrer le piratage et le plagiat


Jacques Trahand, vice-prsident de l'Universit Pierre Mends France de
Grenoble: "Ces problmes me semblent voisins de ceux du photocopiage. Il faut
dvelopper un code de bons usages et tenter de le faire respecter."

Russon Wooldridge, professeur au dpartement d'tudes franaises de l'Universit
de Toronto: "C'est une question importante, qui est loin d'tre rsolue. Je
prfre parler de proprit intellectuelle. On a le modle du livre imprim: si
un auteur universitaire publie un livre sur papier, son institution n'en rclame
pas la proprit, alors qu'il arrive qu'un livre publi sur un serveur
institutionnel soit considr comme appartenant  l'institution en question, ce
qui est,  mon avis, injuste. A part cela, tout ce que l'auteur peut faire est
de mettre un copyright  son nom sur les textes qu'il a crits et qu'il publie
en ligne et puis compter sur sa rputation pour que ses lecteurs 'srieux' en
sachent la provenance. Le piratage a toujours exist: Voltaire voyait ses livres
publis anonymement en Hollande au 18e sicle, par exemple."

Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybrie: "Vaste question. Il y a
d'abord les droits d'auteurs et droits de reproduction des grandes entreprises.
Ces dernires sont relativement bien dotes en soutien juridique, soit par le
recours aux services internes du contentieux, soit par l'embauche de firmes
spcialises. Il est certain que la 'dmatrialisation' de l'information,
apporte par internet et les techniques de numrisation, facilite les atteintes
de toutes sortes  la proprit intellectuelle. L o il y a danger, c'est dans
le cas de petits producteurs/diffuseurs de contenus 'originaux' qui n'ont pas
les moyens de surveiller l'appropriation de leurs produits, ni d'enclencher des
mesures sur le plan juridique pour faire respecter leurs droits. Mais tout a,
c'est de l''officiel', des cas de plagiat que l'on peut prouver avec des pices
'rematrialises'. Il y a peut-tre une forme plus insidieuse de plagiat, celle
de l'appropriation sans mention d'origine d'ides, de concepts, de formules,
etc. Difficile dans ces cas de 'prouver' le plagiat, car ce n'est pas du
copier/coller pur et simple. Mais c'est une autre dimension de la question qui
est souvent occulte dans le dbat. Des solutions? Il faut inventer un processus
par lequel on puisse inscrire sans frais une oeuvre (article, livre, pice
musicale, etc.) auprs d'un organisme international ayant pouvoir de sanction.
Cette mthode ne rglerait pas tous les problmes, mais aurait au moins
l'avantage de dterminer un cadre de base et qui sait, peut-tre, agir en
dissuasion aux pillards."

Michel Benot, auteur de nouvelles policires, rcits noirs et histoires
fantastiques: "Beau noeud de vipres, cette affaire. Non pas les dbats sur la
reproduction par le net, mais la reproduction elle-mme. La musique, le cinma,
la littrature, tout va y passer. Peut-tre suis-je trop optimiste, mais je
crois que ce qui est un problme aujourd'hui trouvera sa solution demain. Lors
de l'avnement de la photocopie, on s'est pos les mmes questions. C'est
vident qu'il y a eu des abus. Beaucoup d'auteurs ont t joyeusement flous par
des enseignants  la moralit douteuse qui photocopiaient, sans vergogne, des
textes protgs par des droits d'auteur. Les choses se replacent et plusieurs
pays ont vot des lois svres  ce sujet. Idem pour la reproduction
lectronique, soit d'oeuvres musicales ou visuelles, on ne peut plus faire
n'importe quoi sans qu'il en cote. Je pense qu'il en sera de mme pour les
documents informatiques, programmes, textes, utilitaires ou autres. Les CD,
jeux, musique ou vidos seront incopiables parce qu'ils auront des programmes
autodestructeurs insrs dans leurs trames numriques. Science-fiction? La
science-fiction d'aujourd'hui est la ralit de demain, demandez  vos
grands-mres."

Olivier Pujol, PDG de Cytale, qui a lanc le premier livre lectronique
europen, prconise "des balladeurs ddis et scuriss pour la musique, et des
livres lectroniques scuriss pour la lecture. Les mesures de protection des
droits dveloppes pour l'ordinateur sont systmatiquement dtournes un jour ou
l'autre, et ce, universellement. Une solution de piratage trouve  un bout de
la plante peut tre instantanment mise  la disposition de tous, et  porte
d'un simple clic. Le PC connect sur internet aura beaucoup de mal  tre
scuris valablement dans un avenir proche. Une autre solution serait d'imposer
une 'police plantaire du web', avec accs gal  tous les pays, et  tous les
ordinateurs personnels. C'est orwellien, et un peu inquitant, mais heureusement
peu facile  mettre en place."

Marcel Grangier, responsable de la section franaise des services linguistiques
centraux de l'Administration fdrale suisse: "Le problme est rel mme si la
solution n'est pas vidente. On peut toutefois regretter que la lutte contre ce
genre de fraude finira par justifier, avec d'autres drives, une 'police du WWW'
malheureusement bien loigne de l'esprit dans lequel la toile a t cre."


5.5. Les solutions sont d'ordre technologique


Henri Slettenhaar, professeur en technologies de la communication  la Webster
University de Genve: "Comme par le pass, des solutions doivent tre trouves
dans les nouvelles technologies."

Denis Zwirn, PDG de Numilog, librairie en ligne de livres numriques: "Sur le
plan juridique, une confusion est souvent faite entre la diffusion des oeuvres
en rseau, l'accs  des sources d'information gratuites en ligne (mais qui ne
sont pas des livres) et la vente d'exemplaires individuels de livres numriques.
Il est de la responsabilit de chaque acteur du web de ne pas diffuser d'oeuvres
sans l'accord de l'auteur, le web n'tant qu'un support de diffusion parmi
d'autres. Dans une librairie en ligne, on achte un livre numrique comme un
livre papier: aprs paiement et pour un usage individuel. Aprs le
tlchargement, le code de la proprit intellectuelle s'applique  la version
numrique au mme titre qu' la version papier de l'oeuvre: la reproduction
n'est autorise que pour l'usage priv de l'acheteur. Le problme est donc
exclusivement d'ordre technologique (....et civique): comment faire pour que ces
droits soient effectivement respects, compte tenu de la possibilit de copier
un livre numrique et de l'envoyer  des amis? Plusieurs rponses srieuses
existent dj. Les livres destins aux lecteurs lectroniques peuvent tre
crypts de telle manire que seul un appareil dsign (ou plusieurs) puisse les
lire. Ils ne peuvent en gnral pas tre imprims et sont donc en ce sens bien
plus protecteurs que les livres papier, en vitant tout 'photocopillage'. En ce
qui concerne les livres numriques pour ordinateurs, des solutions logicielles
comparables ont t dveloppes, par exemple par Adobe et par Microsoft, qui
permettent de dsigner un ordinateur ou un PDA (personal digital assistant)
comme support de lecture unique d'un livre. Des logiciels tels que Adobe Content
Server proposent dj des solutions plus sophistiques, telles que la
possibilit de dfinir un temps de lecture autorise ou de prter un livre
numrique comme on prterait un vrai livre."

Alain Clavet, analyste de politiques au Commissariat aux langues officielles du
Canada: "Des logiciels devraient permettre de tarifer l'usager lorsque
ncessaire et les gouvernements devraient librer de frais le maximum de
documents et services, notamment en franais."

Pierre Franois Gagnon, crateur d'Editel, diteur littraire en ligne: "Le web
doit ouvrir toute grande pour les auteurs une nouvelle fentre d'exploitation de
leurs droits exclusifs, et j'ose croire qu'est concevable une solution de
chiffrement qui soit tanche, non propritaire, mais transparente et sans
douleur pour l'utilisateur final."

Emmanuel Barthe, documentaliste juridique: "A titre personnel, je pense que la
proprit intellectuelle va devoir s'adapter aux nouvelles conditions cres par
internet, c'est--dire une copie  l'identique et une diffusion  de trs
nombreux exemplaires, devenues trs faciles et d'un trs faible cot, la
difficult d'un contrle exhaustif et systmatique et l'existence d'un esprit
internet dfendant la gratuit et le respect de la vie prive et de l'anonymat.
Dans ce contexte, pour prserver une rmunration des auteurs et des diteurs,
il me semble qu'une des voies envisageables repose sur une baisse trs forte des
prix unitaires en audio et vido. Il s'agit donc de maximiser le versement des
droits lors de la toute premire diffusion. Vis--vis du grand public, une autre
possibilit consisterait en un cryptage fort des donnes et une vrification
automatique et obligatoire des licences. Les 'majors' amricaines et allemandes
s'orientent clairement vers une solution de ce type."

Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'critures
multimdias: "Le droit de l'auteur est celui d'un individu et celui de son
oeuvre. L'individu a le droit de disposer d'une garantie, celle que son oeuvre
ne soit pas pille et/ou (pire?) dtourne ou morcele. La notion d'oeuvre est
complexe, mais si l'on accepte celle d'une production originale et personnelle
comme ensemble cohrent qui fait sens et systme pour proposer un regard
singulier - celui d'un auteur - ce droit doit pouvoir tre garanti. Sans mme
voquer les aspects financiers (royalties, etc.) qui sont bien rels, un
standard comme XML devrait pouvoir garantir l'indexation des oeuvres, des
artistes, et une signature numrique attache  leurs productions en ligne. Un
autre standard d'autentification - de type PNG (portable network graphics) pour
l'image - devrait pouvoir permettre d'attribuer une cl numrique infalsifiable
 une production. Un exemple significatif: les ditions numriques 00h00.com ont
dit un roman interactif, Apparitions inquitantes, n sur le web (donc en
HTML) mais vendu au format Acrobat PDF qui permet de conditionner son ouverture
par un mot de passe donn lors de l'achat en ligne du roman. On peut aisment
imaginer que, si le Consortium W3 ne propose pas de systme d'authentification
numrique des pages web, diteurs et auteurs vont se tourner vers des produits
ditoriaux plus reprs (livre, cdrom) et pour lesquels existe un circuit de
distribution. On peut imaginer qu'un auteur puisse faire enregistrer ses
logiciels de cration auprs d'un organisme et obtienne en change une clef
numrique (signature individuelle) qui soit automatiquement appose dans ses
fichiers. Une autre solution consisterait en un dpt - type SACEM (Socit des
auteurs, compositeurs et diteurs de musique) ou SCAM (Socit civile des
auteurs multimdia) ou SACD (Socit des auteurs et compositeurs dramatiques) ou
SESAM (Gestion des droits des auteurs dans l'univers multimdia) - qui fasse
antriorit, mais c'est une solution de protection et non pas un procd de
signature... Peut-tre existe-t-il une question prlable cache dans celle-ci:
ne faut-il pas  l'heure du numrique, et en regard de ce que Julia Kristeva a
appel l'intertextualit, redfinir la notion et le terme d'auteur?"


5.6. Une lgislation adapte semble ncessaire


Faut-il appliquer la lgislation actuelle? Nicolas Pewny, crateur des ditions
du Choucas: "Je me demande s'il faut un droit particulier pour le web. Les lois
existent dj. Et les contrevenants existaient bien avant la popularisation de
l'internet."

Faut-il plutt dfinir une lgislation propre  l'internet? Patrick Rebollar,
professeur et modrateur de la liste de diffusion LITOR (littrature et
ordinateur): "Je pense que le droit d'auteur doit tre dfendu, tout en tant
redfini et uniformis au niveau international, ce qui n'est pas vident."
Jean-Pierre Balpe, directeur du dpartement hypermdias de l'Universit Paris 8:
"Je crois que vouloir appliquer des lois faites pour le papier  un autre mdium
est une erreur. Un peu comme si on voulait facturer le tlphone en exigeant que
les utilisateurs achtent des timbres pour payer leurs conversations..." Maria
Victoria Marinetti, professeur d'espagnol en entreprise: "Je pense que le droit
est maintenant dpass par la technologie, et qu'il n'y a pas de protection
possible au niveau juridique. Il serait souhaitable de crer une vritable
lgislation de l'internet."

Zina Tucsnak, ingnieur d'tudes en informatique  l'ATILF (Analyses et
traitements informatiques du lexique franais): "Le droit en informatique et en
particulier le droit d'auteur sur la toile est une discipline de plus en plus
dveloppe et recherche. Malgr quelques cas qui ont fait jurisprudence, le
lgislateur n'est pas en mesure de solutionner toute la problmatique actuelle.
L'absence des frontires est un gros handicap."

Christian Vandendorpe, professeur  l'Universit d'Ottawa: "En gros, je suis
assez favorable aux positions dfendues aux tats-Unis par l'Electronic Frontier
Foundation (EFF). D'abord, il me parat prmatur de lgifrer en cette matire,
alors mme que nous sommes au milieu d'un changement de civilisation. Il
faudrait sans doute revoir les principes philosophiques sur lesquels repose la
lgislation actuelle au lieu de prendre pour acquis qu'ils sont valides, tels
quels et sans plus d'examen, dans le nouvel environnement technologique en train
de se mettre en place. Plusieurs arguments militent en faveur d'une telle
rvision. D'abord, l'exprience de la lecture et l'apprhension du texte ne sont
pas du mme ordre selon qu'elles s'effectuent  partir d'un livre, d'un cran
d'ordinateur, d'un livre lectronique ou, demain, d'un codex numrique. Il y
aurait donc lieu de faire des distinctions au plan du droit de citation ou du
droit de lecture. Si, sur un cran, la valeur d'usage du texte n'est pas la
mme, ni sa prennit en tant qu'objet, les droits ne devraient pas s'appliquer
non plus de la mme faon. Idalement, l'ensemble de la production
intellectuelle devrait tre accessible sur le web aprs dix ans (et mme sans
aucun dlai en ce qui concerne les articles scientifiques). On ne paierait pour
lire que si l'on choisissait de faire imprimer un texte donn en format codex
dans une librairie agre ou si l'on choisissait de le tlcharger sur son livre
lectronique ou son codex numrique. videmment, le fait qu'un texte soit
accessible gratuitement sur le web ne signifierait pas que l'on ait le droit de
se l'approprier. La paternit intellectuelle est un droit inalinable. Et la
piraterie resterait un dlit: il ne serait pas permis  un diteur d'diter 
son profit un texte qu'il aurait 'trouv' sur le web.

Un autre argument  considrer est que la nouvelle technologie acclre la
globalisation des changes et que les conditions d'panouissement de la culture
sont en train de changer. On invoque gnralement  l'appui du droit d'auteur le
fait que l'absence de rtribution des artistes aurait un effet ngatif sur la
cration. Mais est-ce vraiment le cas dans la situation actuelle? On voit en
effet des auteurs trs cratifs qui ne retirent gure de droits par manque d'une
commercialisation adquate; en revanche, des auteurs qui bnficient d'une
position dominante dans la distribution commerciale amassent des fortunes avec
des productions insignifiantes. Le mouvement de globalisation va renforcer 
l'extrme cette ingalit. En bref, on peut se demander si, au lieu de favoriser
la diversit culturelle, le droit d'auteur ne sert pas principalement  la
constitution d'immenses conglomrats de distribution qui imposent des produits
standardiss. Au lieu de renforcer ce phnomne de commercialisation de la
culture, et de criminaliser les comportements de millions d'usagers, il serait
plus intressant, d'un point de vue culturel, de faire du web une zone franche,
 l'gal de la bibliothque publique, o chacun peut tre en contact avec la
rumeur du monde, tant et aussi longtemps que l'on ne fait de celle-ci qu'un
usage priv.

Surtout, il faut craindre les effets pervers d'une juridiction 'dure' en matire
de droits d'auteur. Pour en grer l'application, les empires commerciaux vont
exiger la mise en place de mcanismes de traabilit des oeuvres qui
transformeront le web, et donc notre principal instrument d'accs  la culture,
en un immense rseau grillag o seront entirement places sous contrle non
seulement nos habitudes de consommation, mais aussi nos habitudes de lecture.
Une perspective qui fait peur et qui marquerait la fin de la bibliothque."

Olivier Gainon, fondateur et grant de Cylibris, maison d'dition littraire en
ligne: "Il faut distinguer deux aspects: le droit d'auteur et l'application de
ce droit. Pour moi, il ne fait aucun doute que le droit d'auteur s'applique sur
internet (peu de gens le contestent dsormais d'ailleurs), ce qui signifie que
ce n'est pas parce qu'une cration est mise en libre disponibilit sur le rseau
que n'importe qui peut venir la copier, la commercialiser, etc. Et l, on touche
surtout  de la pdagogie: je crois que les internautes ne sont pas sensibiliss
 ces questions et qu'une premire dmarche pdagogique peut permettre de rgler
un certain nombre de problmes. Autre dmarche, il me semble ncessaire pour les
auteurs d'indiquer les droits qu'ils laissent  une oeuvre en libre accs sur
internet: si je peux tlcharger une cration visuelle sur un site, il vaut
mieux que l'auteur indique, par exemple, s'il laisse la libre rutilisation de
cette image du moment que ce n'est pas une dmarche commerciale et sous rserve
que son nom soit cit, s'il est contre toute rutilisation de cette image, etc.
L, tout est possible. A mon sens, sur trop de sites, on trouve des crations
librement tlchargeables, et rien n'indique ce que l'on peut faire ou non avec.
La vraie difficult aujourd'hui rside dans l'application du droit d'auteur dans
un contexte international face  des actes de piratages manifestes (c'est  dire
la rutilisation  des fins commerciales de l'oeuvre d'un ou plusieurs artistes
sans que ces derniers ne peroivent quoi que ce soit). Et l, ce sera forcment
plus lent parce qu'il faut dfinir des modes de coopration internationale,
s'entendre sur des rgles et mettre en place des procdures judiciaires
adquates. C'est un processus lent qui prendra plusieurs annes, mais je suis
optimiste. Finalement, tout cela est assez classique: pdagogie d'un ct,
rglementation de l'autre."


5.7. Il est essentiel d'duquer le lecteur/client


Tout comme Olivier Gainon dans les lignes qui prcdent, d'autres professionnels
du livre insistent sur la ncessit d'duquer le lecteur/client.

Tim McKenna, crivain et philosophe: "Le droit d'auteur est une question
difficile. Le dtenteur de la proprit intellectuelle pense que ce qu'il a cr
lui appartient. Quant au client, il achte un morceau de plastique (dans le cas
d'un CD) ou un ensemble de pages broches (dans le cas d'un livre). Les
commerants n'ont pas encore russi  faire comprendre au client la notion de
proprit intellectuelle. Le consommateur ne pense pas de manire trs
abstraite. Quand il tlcharge des chansons par exemple, c'est simplement pour
les couter, non pour les possder. L'industrie musicale et le monde de
l'dition doivent trouver des solutions pour que le consommateur prenne en
considration la question du copyright lors de ces tlchargements."

Galle Lacaze, ethnologue et professeur d'crit lectronique, prconise
"l'ducation du netizen; la formation des intermdiaires servant  l'utilisation
des NTI (nouvelles technologies de l'information)  la nettatitude; l'analyse du
rapport entre droits d'auteurs / diffusion du savoir / honntet scientifique."

Guy Antoine, crateur de Windows on Haiti, site de rfrence sur la culture
hatienne: "Ce sera un dbat sans fin, parce que l'information devient plus
omniprsente que l'air que nous respirons et plus fluide que l'eau. On peut
maintenant acheter la vido d'un film sorti la semaine prcdente. Bientt on
pourra regarder sur le net, et  leur insu, des scnes de la vie prive des
gens. Il est consternant de voir qu'il existe tant de personnes disposes 
faire ces vidos bnvolement, comme s'il agissait d'un rite d'initiation. Cet
tat d'esprit continuera de peser de plus en plus lourdement sur les questions
de copyright et de proprit intellectuelle. Les auteurs devront tre beaucoup
plus inventifs sur les moyens de contrler la diffusion de leurs oeuvres et d'en
tirer des gains. Le mieux  faire ds  prsent est de dvelopper les normes de
base du professionnalisme, et d'insister sur la ncessit imprative de
mentionner pour toute oeuvre cite au minimum sa provenance et ses auteurs. La
technologie devra voluer pour appuyer un processus permettant de respecter le
droit d'auteur."

John Mark Ockerbloom, crateur de The On-Line Book Page: "A mon avis, il est
important que les internautes comprennent que le copyright est un contrat social
conu pour le bien public - incluant  la fois les auteurs et les lecteurs. Ceci
signifie que les auteurs devraient avoir le droit d'utiliser de manire
exclusive et pour un temps limit les oeuvres qu'ils ont cres, comme ceci est
spcifi dans la loi actuelle sur le copyright. Mais ceci signifie galement que
leurs lecteurs ont le droit de copier et de rutiliser ce travail autant qu'ils
le veulent  l'expiration de ce copyright. Aux Etats-Unis, on voit maintenant
diverses tentatives visant  retirer ces droits aux lecteurs, en limitant les
rgles relatives  l'utilisation de ces oeuvres, en prolongeant la dure du
copyright (y compris avec certaines propositions visant  le rendre permanent)
et en tendant la proprit intellectuelle  des travaux distincts des oeuvres
de cration (comme on en trouve dans les propositions de copyright pour les
bases de donnes). Il existe mme des propositions visant  entirement
remplacer la loi sur le copyright par une loi instituant un contrat beaucoup
plus lourd. Je trouve beaucoup plus difficile de soutenir la requte de Jack
Valenti, directeur de la MPAA (Motion Picture Association of America), qui
demande d'arrter de copier les films sous copyright, quand je sais que, si ceci
tait accept, aucun film n'entrerait jamais dans le domaine public (...). Si on
voit les socits de mdias tenter de bloquer tout ce qu'elles peuvent, je ne
trouve pas surprenant que certains usagers ragissent en mettant en ligne tout
ce qu'ils peuvent. Malheureusement, cette attitude est  son tour contraire aux
droits lgitimes des auteurs. Comment rsoudre cela pratiquement? Ceux qui ont
des enjeux dans ce dbat doivent faire face  la ralit, et reconnatre que les
producteurs d'oeuvres et leurs usagers ont tous deux des intrts lgitimes dans
l'utilisation de celles-ci. Si la proprit intellectuelle tait ngocie au
moyen d'un quilibre des principes plutt que par le jeu du pouvoir et de
l'argent que nous voyons souvent, il serait peut-tre possible d'arriver  un
compromis raisonnable."


5.8. Ce dbat occulte les vrais problmes


Michael Hart, fondateur du Projet Gutenberg: "Les dbats actuels sont totalement
irralistes. Ils sont mens par 'l'aristocratie terrienne de l'ge de
l'information' et servent uniquement ses intrts. Un ge de l'information? Et
pour qui? J'ai t le principal opposant aux extensions du copyright (loi
adopte par le Congrs amricain le 27 octobre 1998, ndlr), mais Hollywood et
les grands diteurs ont fait en sorte que le Congrs ne mentionne pas mon action
en public."

Nicolas Pewny, crateur des ditions du Choucas: "Je me demande s'il faut un
droit particulier pour le web. Les lois existent dj. Et les contrevenants
existaient bien avant la popularisation de l'internet. Enfin, si ces dbats
plaisent au ministre de la Culture... Le soutien  la publication,  la
distribution,  l'existence du livre me semblent plus importants, si l'on veut
viter que l'dition, dans le futur, ne soit l'apanage de deux ou trois grands
groupes. videmment cette action-l est moins mdiatique."

Philippe Loubire, traducteur littraire et dramatique: "Le dbat sur le droit
d'auteur sur le web me semble assez proche sur le fond de ce qu'il est dans les
autres domaines o le droit d'auteur s'exerce, ou devrait s'exercer. Le
producteur est en position de force par rapport  l'auteur dans pratiquement
tous les cas de figure. Les pirates, voire la simple diffusion libre, ne
menacent vraiment directement que les producteurs. Les auteurs ne sont menacs
que par ricochet. Il est possible que l'on puisse lgifrer sur la question, au
moins en France o les corporations se revendiquant de l'exception culturelle
sont actives et rsistent encore un peu aux Amricains, mais le mal est plus
profond. En effet, en France comme ailleurs, les auteurs taient toujours les
derniers et les plus mal pays avant l'apparition d'internet, on constate qu'ils
continuent d'tre les derniers et les plus mal pays depuis. Il me semble
ncessaire que l'on rgle d'abord la question du respect des droits d'auteur en
amont d'internet. Dj dans le cadre gnral de l'dition ou du spectacle
vivant, les socits d'auteurs (SACD (Socit des auteurs et compositeurs
dramatiques), Socit des gens de lettres, SACEM (Socit des auteurs,
compositeurs et diteurs de musique), etc.) faillissent ds lors que l'on sort
de la routine ou du vedettariat, ou ds que les producteurs abusent de leur
position de force, ou tout simplement ne payent pas les auteurs, ce qui est trs
frquent. Il est hypocrite dans ce cas-l de crier haro sur le seul internet."

Pierre Magnenat, responsable de la cellule "gestion et prospective" du centre
informatique de l'Universit de Lausanne: "Que cherche-t-on par l? Les
vnements rcents dans le monde musical ont montr que de grosses entreprises
prennent prtexte du droit d'auteur pour en fait protger leur profit. Je ne me
fais aucune illusion sur la probabilit qu'a et aura un auteur peu mdiatis,
dans un pays autre que les Etats-Unis, de recevoir des royalties sur un texte ou
une musique diffuss sur le web, mme si des dispositifs de mesure sophistiqus
sont mis en place. Par ailleurs, ces dispositifs existent, permettant donc
thoriquement un contrle, alors que a n'est pas le cas sur les photocopieurs
ou les enregistreurs de cassettes. A cet gard, le web n'amne donc pas vraiment
de problme supplmentaire."

Alex Andrachmes, producteur audiovisuel, crivain et explorateur d'hypertexte:
"Question pineuse s'il en est. Si c'est pour enrichir encore de grosses
socits multinationales et surtout leurs actionnaires (les fonds de pensions
amricains que Beigbedder touche du doigt), de nombreux internautes dont je suis
se rebellent face au 'copyright'. Par contre, si c'est pour permettre  des
crateurs, des artistes ou des musiciens de vivre de leurs passions, le droit
d'auteur au sens noble me parat lgitime. Le dbat est le mme que celui de
l'exception culturelle face au GATS (General Agreement on Trade in Services).
Copyright contre droit d'auteur! Mais il rgne dans le domaine une confusion
soigneusement entretenue, ou les deux sont amalgams. 'On' fait monter au
crneau des artistes pour dfendre une libert qui pourrait ne profiter
finalement qu'aux multinationales. Firmes qui s'empresseront d'touffer ces
petits soldats de la libert, si on leur en laisse le pouvoir, sur le net. Et
oui, contrairement aux droits d'auteurs qui sont incessibles, le systme de
'copyright' permet  ses 'propritaires' de modifier les conditions
contractuelles aux moments qui les arrangent. On a vu plus d'un artiste parvenir
 la vice-prsidence de l'une ou l'autre de ces firmes grce  ses ventes
faramineuses, puis perdre jusqu' leur nom ds que ces ventes ne suivent plus!
Il me semble qu'il faut surveiller de trs prs le fameux accord entre BMG et
Napster, par lequel, contre un abonnement assez minime somme toute, n'importe
qui pourra charger des fichiers en toute lgalit. Certes BMG est une
multinationale, certes Napster est en passe de perdre son procs contre les
autres multinationales de la musique; mais ce systme de forfait peut amener 
des solutions originales d'quilibre entre la libert de l'internaute et la
rmunration lgitime des artistes. Tenant compte de toutes ces contradictions,
valider un modle conomique, puisque c'est le dernier concept  la mode dans le
domaine du net, n'est pas des plus vidents..."


6. L'EDITION ELECTRONIQUE


[Dans ce chapitre:]

[6.1. Un dveloppement rapide // 6.2. Un service complmentaire pour les
diteurs "classiques" / L'exemple des ditions du Choucas // 6.3. Les diteurs
en ligne francophones / Editel, cr en 1995 / CyLibris, cr en 1996 /
Diamedit, cr en 1997 / 00h00.com, cr en 1998 / La Grenouille Bleue -
Gloupsy, cr en 1999 / Luc Pire lectronique, cr en 2001 // 6.4. Vers un
nouveau type d'dition? / L'auto-dition, solution adopte par certains auteurs
/ Un pari en cours: l'dition de la littrature hypertexte et hypermdia / Un
pari  venir: l'dition de documentaires hypertextes et hypermdias]


6.1. Un dveloppement rapide


De plus en plus de livres et de revues sont publis en deux versions: numrique
et imprime. Ce qui, aprs tout, est assez logique puisque tout document imprim
rcent est prcd d'une version lectronique sur traitement de texte, tableur
ou base de donnes. Certaines publications sont uniquement numriques, ou
n'existent dsormais plus qu'en version numrique. L'dition lectronique est
dsormais en bonne place  ct de l'dition traditionnelle, du fait des
avantages qu'elle offre: stockage plus simple, accs plus rapide, diffusion plus
facile, cot moins lev, etc. Tt ou tard, tous les livres et revues auront une
version numrique, et il deviendra probablement ridicule d'tablir une
distinction entre document lectronique et document imprim, si ce n'est le
choix du support.

Pour la publication d'ouvrages et de priodiques  caractre scientifique, dans
lesquels l'information la plus rcente est primordiale, la numrisation permet
de s'orienter vers une diffusion en ligne qui rend beaucoup plus facile les
ractualisations rgulires. Point n'est besoin d'attendre une nouvelle dition
imprime soumise aux contraintes commerciales et aux exigences de l'diteur. Si
ncessaire, une dition imprime est toujours possible, mais uniquement  la
demande, ou tout simplement en tirant les quelques pages ncessaires sur son
imprimante. Certaines universits produisent des manuels "sur mesure" composs
d'un choix de chapitres slectionns dans une base de donnes, choix complt
par divers articles et commentaires. Pour un sminaire, une confrence, ou toute
autre manifestation, un trs petit tirage peut tre effectu  partir d'un choix
de textes lectroniques.

Le numrique amne une certaine zizanie dans le monde de l'dition, ce qui n'est
peut-tre pas un mal: des diteurs vendent directement leurs titres en ligne,
des diteurs numriques et librairies numriques diffusent les versions
numriques de livres publis par des diteurs "classiques", des auteurs
s'auto-ditent ou promeuvent eux-mmes leurs oeuvres publies, des sites
littraires se chargent de promouvoir de nouveaux auteurs pour pallier les
carences de l'dition traditionnelle, etc.


6.2. Un service complmentaire pour les diteurs "classiques"


Trs vite, des diteurs "classiques" exploitent les possibilits de l'internet
pour faciliter et renforcer leur activit. On prendra ici l'exemple des ditions
du Choucas, petit diteur indpendant bas dans la rgion d'Annecy
(Haute-Savoie).

= L'exemple des ditions du Choucas

En 1992, Nicolas et Suzanne Pewny fondent les ditions du Choucas, spcialises
dans la littrature et les livres d'art. Ils crent leur site web ds novembre
1996. "Lorsque je me suis rendu compte des possibilits que l'internet pouvait
nous offrir, je me suis jur que nous aurions un site le plus vite possible,
explique Nicolas Pewny en juin 1998. Un petit problme: nous n'avions pas de
budget pour le faire raliser. Alors, au prix d'un grand nombre de nuits sans
sommeil, j'ai cr ce site moi-mme et l'ai fait rfrencer (ce n'est pas le
plus mince travail). Le site a alors volu en mme temps que mes connaissances
(encore relativement modestes) en la matire et s'est agrandi, et il a commenc
 tre un peu connu mme hors de France et d'Europe.

Le changement que l'internet a apport dans notre vie professionnelle est
considrable. Nous sommes une petite maison d'dition installe en province.
L'internet nous a fait connatre rapidement sur une chelle que je ne
souponnais pas. Mme les mdias 'classiques' nous ont ouvert un peu leurs
portes grce  notre site. Les manuscrits affluent par le courrier lectronique.
Ainsi nous avons dit deux auteurs qubcois. Beaucoup de livres se ralisent
(corrections, illustrations, envoi des documents  l'imprimeur) par ce moyen.
Ds le dbut de l'existence du site, nous avons reu des demandes de pays ou
nous ne sommes pas (encore) reprsents: Etats-Unis, Japon, Amrique latine,
Mexique, malgr notre volont de ne pas devenir un site commercial mais un site
d'information et  connotation culturelle (nous n'avons pas de systme de
paiement scuris, etc., nous avons juste rfrenc sur une page les libraires
qui vendent en ligne). (...) Nous voudrions bien rester aussi peu commercial que
possible et augmenter l'interactivit et le contact avec les visiteurs du site.
Y russirons-nous? Nous avons dj reu des propositions qui vont dans un sens
oppos. Nous les avons mis en veille. Mais si l'volution va dans ce sens,
pourrons-nous rsister, ou trouver une voie moyenne? Honntement, je n'en sais
rien."

Un an aprs, en juillet 1999, Nicolas Pewny relate: "Tous nos titres rcents
sont prsents sur le web, on peut contacter nos auteurs, participer  un
jeu-concours, consulter le dbut - parfois le texte intgral - des nouveauts.
Le texte intgral? Oui, nous croyons  la survie du livre dans son format
classique paralllement au format lectronique. Le livre, ce n'est pas seulement
un texte. C'est aussi un objet que l'on aime toucher, montrer, emmener en
voyage, prter... Nous pensons que le fait de pouvoir consulter le texte incite
 se procurer le livre (si on a aim bien sr). La maintenance et les mises 
jour du site, le courrier lectronique, etc. sont devenus pour moi une tche
quotidienne s'ajoutant aux autres: mise en page des textes, correction, cration
des couvertures, rapport avec les auteurs, avec les mdias, suivi de la
distribution-diffusion, etc. Car comme dans d'autres petites maisons d'dition
nous faisons tout nous-mmes (sauf l'impression). A la suite de la mise en ligne
de Corrida, l'exposition virtuelle Lorca-Puig, et plus rcemment du site pour la
recherche de sponsors pour Mon copain de Pkin, un livre de photographies ddi
 Pkin, il semblerait que nous soyons amens  crer des sites ayant un rapport
avec l'art et/ou le livre. (...) Nous avons mis le dbut de chaque livre en
format PDF et pour quelques livres le texte intgral en ligne. Un jeu-concours
qui remporte un certain succs a aussi t mis en place. On peut gagner le livre
de son choix. Beaucoup de nos visiteurs nous reprochaient de ne pouvoir acheter
en ligne sur notre site. Aprs pas mal d'hsitations nous avons choisi Alapage
pour la qualit de son service et pour la fiabilit de leur base de donnes.
Nanmoins la page des librairies en ligne est toujours sur notre site si l'on
prfre acheter ailleurs. Nous avons dj quelques interviews d'auteurs
disponibles en RealAudio sur une de nos pages. Nous allons essayer d'en faire
d'autres avec de la vido. Enfin une alternative du site en DHTML, Javascript,
Flash, existe. Nous la mettrons paralllement en ligne  l'automne (1999)."

Fin 1999, sduit par les Fables pour l'an 2000 de Raymond Godefroy,
crivain-paysan normand, Nicolas Pewny cre la version web de ce recueil. En
2000, les ditions du Choucas lancent plusieurs versions numriques de leurs
publications en partenariat avec 00h00.com et Mobipocket.

Mais le bilan des annes 1992-2001 est assez lourd: dix ans de travail acharn
pour publier une quarantaine de titres  l'enseigne du Choucas et de nombreux
autres titres pour des tiers, des revenus sans aucune comparaison avec le
travail investi, et enfin le dpt de bilan de Distique, leur distributeur. En
mars 2001, Nicolas et Suzanne Pewny dcident de cesser leur activit d'diteur,
tout en condamnant svrement l'attitude du ministre de la Culture  l'gard
des petits diteurs indpendants. "Le soutien  la publication,  la
distribution,  l'existence du livre me semblent importants, si l'on veut viter
que l'dition, dans le futur, ne soit l'apanage de deux ou trois grands groupes,
crit Nicolas Pewny en juin 2001. (...) Mais je ne regrette pas ces dix annes
de lutte de satisfactions et de malheurs passs aux ditions du Choucas. J'ai
connu des auteurs intressants dont certains sont devenus des amis... Maintenant
je fais des publications et des sites internet pour d'autres. En ce moment pour
une ONG (organisation non gouvernementale) internationale caritative; je suis
ravi de participer (modestement)  leur activit  but non lucratif. Enfin on ne
parle plus de profit ou de manque  gagner, c'est reposant."


6.3. Les diteurs en ligne francophones


Comme on le verra dans les lignes qui suivent, une place importante est occupe
par l'dition en ligne non commerciale. A ceux qui se demandent s'il s'agit l
de vritables diteurs, on rtorquera que le fait de publier des versions
numriques de livres publis en version imprime par d'autres maisons d'dition
ne constitue peut-tre pas non plus une vritable activit d'dition. Pourquoi
n'y aurait-il pas enfin de la place pour tout le monde: diteurs commerciaux,
diteurs non commerciaux, diteurs de versions numriques, etc.? Pourquoi
l'dition en ligne devrait-elle ds ses dbuts tre monopolise par une seule
maison d'dition ayant le rseau de relations ncessaire et le soutien des
mdias? Et reproduire ainsi le schma de l'dition traditionnelle,  savoir la
difficult qu'ont les petits diteurs d'tre entendus et diffuss, et tout
simplement d'exister face  quelques maisons d'dition ayant pignon sur rue?

= Editel, cr en 1995

Ds avril 1995, Pierre Franois Gagnon, un qubcois passionn de littrature,
dcide d'utiliser le numrique pour la rception des textes, leur stockage et
leur diffusion. Il cre Editel, le premier site web d'auto-dition collective de
langue franaise, devenu ensuite un site de cyberdition non commerciale en
partenariat avec les auteurs maison (35 textes tlchargeables en janvier 2001)
et un webzine littraire.

En juillet 2000, il relate: "En fait, tout le monde et son pre savent ou
devraient savoir que le premier site d'dition en ligne commercial fut CyLibris
(cr en aot 1996 par Olivier Gainon, ndlr), prcd de loin lui-mme, au
printemps de 1995, par nul autre qu'Editel, le pionnier d'entre les pionniers du
domaine, bien que nous fmes confins  l'action symbolique collective, faute
d'avoir les moyens de dboucher jusqu'ici sur une formule de commerce en ligne
vraiment viable et abordable, bien qu'il n'existe toujours pas de support de
lecture 'grand public' qui soit crdible pour la publication payante de livres
numriques. Nous l'attendons toujours dans le courant de l'an 2000! Nous sommes
actuellement trois mousquetaires (Pierre Franois Gagnon, Jacques Massacrier et
Mostafa Benhamza, ndlr)  dvelopper le contenu original et indit du webzine
littraire qui continuera de servir de faade d'animation gratuite, offerte
personnellement par les auteurs maison  leur lectorat,  d'ventuelles
activits d'dition en ligne payantes, ds que possible au point de vue
technico-financier. Est-il encore raliste de rver  la dmocratie conomique?
Tout ce que j'espre de mieux (...), c'est que les nouveaux supports de lecture,
ouverts et compatibles grce au standard OeB (Open eBook), s'imposeront d'emble
comme des objets usuels indispensables, c'est--dire multifonctionnels et
ultramobiles, intgrant  la fois l'informatique, l'lectronique grand public et
les tlcommunications, et pas plus dispendieux qu'une console de jeux vido."

= CyLibris, cr en 1996

Fond en aot 1996  Paris par Olivier Gainon, CyLibris (de Cy, cyber et Libris,
livre) utilise l'internet et le numrique pour s'affranchir des contraintes
lies  l'conomie traditionnelle du livre. L'diteur peut ainsi se consacrer 
la dcouverte et  la promotion de nouveaux auteurs littraires francophones, et
 la publication de leurs premires oeuvres (romans, posie, thtre, policier,
science-fiction, fantastique, etc.). Si CyLibris est avant tout un tremplin pour
les nouveaux talents, les auteurs confirms y ont aussi leur place (voir  ce
sujet l'entretien avec Emmanuel Mnard, directeur des publications, qui expose
en dtail la procdure ditoriale de CyLibris).

Vendus uniquement sur le web, avec des extraits en tlchargement libre au
format texte, les livres (52 titres en juin 2001) sont imprims  la commande et
envoys directement au client, ce qui permet d'viter le stock et les
intermdiaires. Le site procure des informations pratiques  destination des
auteurs en herbe: comment envoyer un manuscrit  un diteur, ce que doit
comporter un contrat d'dition, comment protger ses manuscrits, etc. Au
printemps 2000, CyLibris devient membre du Syndicat national de l'dition (SNE).

"CyLibris a t cr d'abord comme une maison d'dition spcialise sur un
crneau particulier de l'dition et mal couvert  notre sens par les autres
diteurs: la publication de premires oeuvres, donc d'auteurs dbutants,
explique Olivier Gainon. Nous nous intressons finalement  la littrature qui
ne peut trouver sa place dans le circuit traditionnel: non seulement les
premires oeuvres, mais les textes atypiques, inclassables ou en dcalage avec
la mouvance et les modes littraires dominantes. Ce qui est rassurant, c'est que
nous avons dj eu quelques succs ditoriaux (grand prix de la Socit des gens
de lettres (SGDL) en 1999 pour La Toile de Jean-Pierre Balpe, prix de la litote
pour Willer ou la trahison de Jrme Olinon en 2000, etc.).

Ce positionnement de 'dfricheur' est en soi original dans le monde de
l'dition, mais c'est surtout son mode de fonctionnement qui fait de CyLibris un
diteur atypique. Cr ds 1996 autour de l'internet, CyLibris a voulu
contourner les contraintes de l'dition traditionnelle grce  deux innovations:
la vente directe par l'intermdiaire d'un site de commerce sur internet, et le
couplage de cette vente avec une impression numrique en 'flux tendu'. Cela
permettait de contourner les deux barrires traditionnelles dans l'dition: les
cots d'impression (et de stockage), et les contraintes de distribution. Notre
systme grait donc des flux physiques: commande reue par internet - impression
du livre command - envoi par la poste. Je prcise que nous sous-traitons
l'impression  des imprimeurs numriques, ce qui nous permet de vendre des
livres de qualit quivalente  celle de l'offset, et  un prix comparable.
Notre systme n'est ni plus cher, ni de moindre qualit, il obit  une conomie
diffrente, qui,  notre sens, devrait se gnraliser  terme.

Aujourd'hui, CyLibris dveloppe une activit de distribution de 'livres
numriques', c'est--dire de fichiers tlchargeables. Nous n'avons pas lanc
cette activit au dpart car il nous semblait que les outils de scurisation
(c'est--dire permettant une relle prise en charge des droits d'auteur)
n'existaient pas il y a quatre ans. Les technologies voluent, et nous sommes en
train de tester plusieurs technologies pour lancer une relle activit de livres
numriques en 2001. Nous quittons donc notre mtier d'diteur pur pour nous
intresser de plus en plus aux technologies autour du livre sur internet. Bien
entendu, nous pensons  faire bnficier d'autres diteurs de ce savoir-faire
que nous sommes en train d'acqurir."

En quoi consiste exactement l'activit d'Olivier Gainon? "Je dcrirais mon
activit comme double. D'une part celle d'un diteur traditionnel dans la
slection des manuscrits et leur retravail (je m'occupe directement de la
collection science-fiction) , mais galement le choix des maquettes, les
relations avec les prestataires, etc. D'autre part, une activit internet trs
forte qui vise  optimiser le site de CyLibris et mettre en oeuvre une stratgie
de partenariat permettant  CyLibris d'obtenir la visibilit qui lui fait
parfois dfaut. Enfin, je reprsente CyLibris au sein du SNE (Syndicat national
de l'dition). CyLibris est aujourd'hui une petite structure. Elle a trouv sa
place dans l'dition, mais est encore d'une conomie fragile sur internet. Notre
objectif est de la rendre prenne et rentable et nous nous y employons. Je pense
que les choses changent et j'espre qu'en 2002 nous aurons doubl notre taille
et que nous serons proche de l'quilibre."

Par ailleurs, l'quipe de CyLibris lance en mai 1999 une lettre d'information
lectronique sur le monde de l'dition francophone. Souvent humoristique et
dcapante, la lettre, d'abord mensuelle, parat deux fois par mois  compter de
fvrier 2000. Elle change de nom en fvrier 2001 pour devenir Edition-actu.
Depuis ses dbuts, son objectif n'est pas tant de promouvoir les livres de
l'diteur que de prsenter l'actualit du livre tous azimuts.

= Diamedit, cr en 1997

Diamedit, site de promotion d'indits artistiques et littraires, est conu en
1997 par Jacky Minier. "J'ai imagin ce site d'dition virtuelle il y a
maintenant plusieurs annes,  l'aube de l're internautique francophone,
explique-t-il. A l'poque, il n'y avait aucun site de ce genre sur la toile 
l'exception du site qubcois Editel de Pierre Franois Gagnon. J'avais alors
crit un roman et quelques nouvelles que j'aurais aim publier mais, le systme
franais d'dition classique papier tant ce qu'il est, frileux et  la remorque
de l'Audimat, il est devenu de plus en plus difficile de faire connatre son
travail lorsqu'on n'est pas dj connu mdiatiquement. J'ai donc imagin
d'utiliser le web pour faire la promotion d'auteurs inconnus qui, comme moi,
avaient envie d'tre lus. Diamedit est fait pour les indits. Rien que des
indits. Pour encourager avant tout la cration.

Je suis, comme beaucoup de pionniers du net sans doute, autodidacte et
multiforme. A la fois informaticien, crivain, auteur de contenus, webmestre,
graphiste au besoin, lecteur, correcteur pour les tapuscrits des autres, et
commercial, tout  la fois. Mon activit est donc un mlange de ces diverses
facettes. Toutefois, de plus en plus, je suis amen  me consacrer davantage 
la promotion de mes sites que j'avais jusque-l tendance  ngliger un peu, et
j'envisage de dlguer largement la slection des tapuscrits aux auteurs
eux-mmes, qui coopteraient ainsi entre eux les nouveaux venus. De cette
manire, le cercle grandissant de passionns de l'criture devrait maintenir de
lui-mme un niveau de qualit suffisant pour conserver ou amplifier l'attrait
que Diamedit exerce sur ses lecteurs."

Comment Jacky Minier voit-il l'avenir? "Souriant. Je le vois trs souriant. Je
crois que le plus dur est fait et que le savoir-faire cumul depuis les annes
de dbroussaillage verra bientt la valorisation de ces efforts. Le nombre des
branchs francophones augmente trs vite maintenant et, mme si en France on a
encore beaucoup de retard sur les Amriques, on a aussi quelques atouts
spcifiques. En matire de crativit notamment. C'est pile poil le crneau de
Diamedit. De plus, je me sens moins seul maintenant qu'il y a seulement deux
ans. Des confrres srieux ont fait leur apparition dans le domaine de la
publication d'indits. Tant mieux! Plus on sera et plus l'expression artistique
et cratrice prendra son envol. En la matire, la concurrence n'est  craindre
que si on ne maintient pas le niveau d'excellence. Il ne faut pas publier
n'importe quoi si on veut que les visiteurs comme les auteurs s'y retrouvent."

= 00h00.com, cr en 1998

Cres par Jean-Pierre Arbon, ancien directeur de Flammarion, et Bruno de Sa
Moreira, ancien directeur de Flammarion Multimdia, les ditions 00h00.com
(prononcer: zro heure) dbutent leur activit en mai 1998. "La cration de
00h00.com marque la vritable naissance de l'dition en ligne (ou plus
exactement de l'dition numrique commerciale, ndlr), lit-on sur le site web.
C'est en effet la premire fois au monde que la publication sur internet de
textes au format numrique est envisage dans le contexte d'un site commercial,
et qu'une entreprise propose aux acteurs traditionnels de l'dition (auteurs et
diteurs) d'ouvrir avec elle sur le rseau une nouvelle fentre d'exploitation
des droits. Les textes offerts par 00h00.com sont soit des indits, soit des
textes du domaine public, soit des textes sous copyright dont les droits en
ligne ont fait l'objet d'un accord avec leurs ayants-droit. (...) Internet est
un lieu sans pass, o ce que l'on fait ne s'value pas par rapport  une
tradition. Il y faut inventer de nouvelles manires de faire les choses. (...)
Le succs de l'dition en ligne ne dpendra pas seulement des choix ditoriaux:
il dpendra aussi de la capacit  structurer des approches neuves, fondes sur
les lecteurs autant que sur les textes, sur les lectures autant que sur
l'criture, et  rendre immdiatement perceptible qu'une aventure nouvelle a
commenc."

Les 600 titres du catalogue - essentiellement des rditions numriques
d'ouvrages publis par d'autres diteurs - sont disponibles sous la forme d'un
exemplaire numrique et d'un exemplaire papier. D'aprs l'diteur, les
exemplaires numriques reprsentent 85% des ventes. Les collections sont trs
diverses: 2003 (nouvelles critures), actualit et socit, communication et
NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication), posie,
policiers, science-fiction, etc. Pas de stock, pas de contrainte physique de
distribution, mais un lien direct avec le lecteur et entre les lecteurs. Sur le
site, les lecteurs peuvent crer leur espace personnel afin d'y rdiger leurs
commentaires, recommander des liens vers d'autres sites, participer  des
forums, etc.

Les ditions 00h00.com sont rachetes en septembre 2000 par l'amricain Gemstar,
socit leader dans le domaine des technologies et systmes interactifs pour les
produits numriques. Aprs avoir acquis en janvier 2000 les deux socits
amricaines  l'origine des premiers modles de livres lectroniques, NuvoMedia,
cratrice du Rocket eBook, et Softbook Press, cratrice du Softbook Reader,
Gemstar continue ainsi d'tendre son empire en accdant cette fois au march
francophone. Selon Henry Yuen, prsident de Gemstar (cit par l'AFP), "les
comptences ditoriales dont dispose 00h00.com et les capacits d'innovation et
de crativit dont elle a fait preuve sont les atouts ncessaires pour faire de
Gemstar un acteur majeur du nouvel ge de l'dition numrique qui s'ouvre en
Europe". 00h00.com prpare le lancement en Europe du Gemstar eBook, livre
lectronique produit et commercialis par Thomson Multimdia sous licence de
Gemstar (voir 8.1 pour un descriptif plus complet).

= La Grenouille Bleue / Gloupsy, cr en 1999

Marie-Aude Bourson, une lyonnaise passionne de littrature et d'criture, ouvre
en septembre 1999 le site littraire de la Grenouille Bleue. "L'objectif est de
faire connatre de jeunes auteurs francophones, pour la plupart amateurs,
explique-t-elle. Chaque semaine, une nouvelle complte est envoye par e-mail
aux abonns de la lettre. Les lecteurs ont ensuite la possibilit de donner
leurs impressions sur un forum ddi. Egalement, des jeux d'criture ainsi qu'un
atelier permettent aux auteurs de 's'entraner' ou dcouvrir l'criture. Un
annuaire recense les sites littraires. Un agenda permet de connatre les
diffrentes manifestations littraires." En dcembre 2000, elle doit fermer le
site pour un problme de marque. En janvier 2001, elle ouvre un nouveau site,
Gloupsy.com, qui fonctionne selon le mme principe que la Grenouille Bleue,
"mais avec plus de 'services' pour les jeunes auteurs, le but tant de mettre en
place une vritable plate-forme pour 'lancer' les auteurs". Elle envisage d'"en
faire un jour une vritable maison d'dition avec impression papier des auteurs
dcouverts".

= Luc Pire lectronique, cr en 2001

Lanc en fvrier 2001, Luc Pire lectronique est le dpartement d'dition
numrique des ditions Luc Pire, cres  l'automne 1994 et bases  Bruxelles
et  Lige. Le catalogue de Luc Pire lectronique, en cours de constitution,
comprendra les versions numriques des livres dj publis par les ditions Luc
Pire (300 titres au catalogue papier en juin 2001) et de nouveaux titres, soit
en version numrique seulement, soit en deux versions, numrique et imprime.
Nicolas Ancion, son responsable ditorial, explique: "Ma fonction est d'une
double nature: d'une part, imaginer des contenus pour l'dition numrique de
demain et, d'autre part, trouver des sources de financement pour les dvelopper.
(...) Je supervise le contenu du site de la maison d'dition et je conois les
prochaines gnrations de textes publis numriquement (mais pas exclusivement
sur internet)."

Je pense que l'dition numrique n'en est encore qu' ses balbutiements,
ajoute-t-il. Nous sommes en pleine phase de recherche. Mais l'essentiel est dj
acquis: de nouveaux supports sont en train de voir le jour et cette apparition
entrane une redfinition du mtier d'diteur. Auparavant, un diteur pouvait se
contenter d'imprimer des livres et de les distribuer. Mme s'il s'en dfendait
parfois, il fabriquait avant tout des objets matriels (des livres). Dsormais,
le rle de l'diteur consiste  imaginer et mettre en forme des contenus, en
collaboration avec des auteurs. Il ne fabrique plus des objets matriels, mais
des contenus dmatrialiss. Ces contenus sont ensuite 'matrialiss' sous
diffrentes formes: livres papier, livres numriques, sites web, bases de
donnes, brochures, CD-Rom, bornes interactives. Le dpartement de 'production'
d'un diteur deviendrait plutt un dpartement d''exploitation' des ressources.
Le mtier d'diteur se rvle ainsi beaucoup plus riche et plus large. Il peut
amener le livre et son contenu vers de nouveaux lieux, de nouveaux publics.
C'est un vritable dfi qui demande avant tout de l'imagination et de la
souplesse."


6.4. Vers un nouveau type d'dition?


= L'auto-dition, solution adopte par certains auteurs

Les diteurs ne peuvent vivre sans les auteurs, alors que les auteurs peuvent
enfin vivre sans les diteurs. La cration d'un site web leur permet de faire
connatre leurs oeuvres en vitant les intermdiaires. C'est aprs avoir utilis
le circuit traditionnel des diteurs - et avoir t passablement due par
celui-ci - qu'Anne-Bndicte Joly dcide de s'auto-publier et d'utiliser le web
pour se faire connatre. En avril 2000, elle cre son propre site. "Aprs avoir
rencontr de nombreuses fins de non-recevoir auprs des maisons d'dition et ne
souhaitant pas opter pour des ditions  compte d'auteur, j'ai choisi, parce que
l'on crit avant tout pour tre lu (!), d'avoir recours  l'auto-dition,
raconte-t-elle. Je suis donc un crivain-diteur et j'assume l'intgralit des
tapes de la chane littraire, depuis l'criture jusqu' la commercialisation,
en passant par la saisie, la mise en page, l'impression, le dpt lgal et la
diffusion de mes livres. Mes livres sont en rgle gnrale dits  250
exemplaires et je parviens systmatiquement  couvrir mes frais fixes. Je pense
qu'internet est avant tout un mdia plus rapide et plus universel que d'autres,
mais je suis convaincue que le livre 'papier' a encore, pour des lecteurs
amoureux de l'objet livre, de beaux jours devant lui. Je pense que la
problmatique rside davantage dans la qualit de certains diteurs, pour ne pas
dire la frilosit, devant les cots lis  la fabrication d'un livre, qui
prfrent diter des livres 'vendeurs' plutot que de dcider de prendre le
risque avec certains crits ou certains auteurs moins connus ou inconnus.(...)
Si l'internet et le livre lectronique ne remplaceront pas le support livre, je
reste convaincue que disposer d'un tel rseau de communication est un avantage
pour des auteurs moins (ou pas) connus."

Elle place toutefois quelques espoirs dans l'dition numrique. "Certains
diteurs on line tendent  se comporter comme de vritables diteurs en
intgrant des risques ditoriaux comme le faisaient au dbut du sicle dernier
certains diteurs classiques. Les techniques modernes (dition numrique,
e-book...) sont accessibles, n'exigent pas (ou de moins en moins) de moyens
financiers importants et peuvent donc tre au service de ces diteurs. Ils
jouent aujourd'hui le rle de dcouvreur de talents. Il est  ma connaissance
absolument inimaginable de demander  des diteurs traditionnels d'diter un
livre en cinquante exemplaires. L'dition numrique offre cette possibilit,
avec en plus rdition  la demande, presque  l'unit. En rsum, je souhaite
que l'objet livre continue de vivre longtemps et je suis ravie que des
techniques (internet, dition numrique, e-book...) offrent  des auteurs des
moyens de communication leur permettant d'avoir accs  de plus en plus de
lecteurs."

Ces commentaires font cho  ceux de Jacky Minier, crateur de Diamedit, site de
promotion d'indits artistiques et littraires. "En matire d'dition numrique,
(...) permettre une impression pour utilisation personnelle est un excellent
moyen de promotion de l'auteur et de son oeuvre. Mme si c'est un exemplaire
gratuit. Et quand cet auteur (ou artiste) deviendra trs connu, les mmes
diteurs papier qui le boudent se jetteront dessus pour le publier alors qu'ils
auraient  peine lu son manuscrit auparavant!"

Raymond Godefroy, crivain-payan, a d'abord publi son recueil Fables pour l'an
2000 en version web sur le site des ditions du Choucas, en dcembre 1999, avant
d'envisager une version imprime. "Internet reprsente pour moi un formidable
outil de communication qui nous affranchit des intermdiaires, des barrages
doctrinaires et des intrts des mdias en place, crit-il fin 1999. Soumis aux
mmes lois cosmiques, les hommes, pouvant mieux se connatre, acquerront peu 
peu cette conscience du collectif, d'appartenir  un mme monde fragile pour y
vivre en harmonie sans le dtruire. Internet est absolument comme la langue
d'Esope, la meilleure et la pire des choses, selon l'usage qu'on en fait, et
j'espre qu'il ne permettra de m'affranchir en partie de l'dition et de la
distribution traditionnelle qui, referme sur elle-mme, souffre d'une crise
d'intolrance pour entrer  reculons dans le prochain millnaire."

Si certains auteurs manifestent un optimisme mesur, d'autres ne se font pas
d'illusion. "L'internet va me permettre de me passer des intermdiaires:
compagnies de disques, diteurs, distributeurs, crit Jean-Paul, crivain et
musicien. Il va surtout me permettre de formaliser ce que j'ai dans la tte (et
ailleurs) et dont l'imprim (la micro-dition, en fait) ne me permettait de
donner qu'une approximation. Puis les intermdiaires prendront tout le pouvoir.
Il faudra alors chercher ailleurs, l o l'herbe est plus verte..."

= Un pari en cours: l'dition de la littrature hypertexte et hypermdia

"La lucidit nous a ouvert les yeux sur quoi: un cran, constate Lucie de
Boutiny, auteur multimdia. Dans ce rectangle lumineux des lettres. Depuis
l'archaque minitel si dcevant en matire de cration tlmatique, c'est bien
la premire fois que, via le web, dans une civilisation de l'image, l'on voit de
l'crit partout prsent 24 h /24, 7 jours /7. Je suis d'avis que si l'on
rconcilie le texte avec l'image, l'crit avec l'cran, le verbe se fera plus
loquent, le got pour la langue plus raffin et communment partag.
Faudra-t-il s'en justifier encore longtemps devant les diteurs en papier mch
qui ont des ides de parchemin frip? Faut-il les consoler en leur prcisant que
la fabrique de littrature numrique emprunte les recettes de la littrature
traditionnelle (y compris celle crite avec la voix, ou transmise sur des
tablettes, voire enregistre sur des papyrus, etc.) et pas seulement. Bref, il
serait temps de rafrachir cette bonne vieille littrature franco-franaise en
phase d'puisement. Ce n'est pas si grave, notre patrimoine nous sauve mais
voil la drle de 'mission' dont il convient de s'acquitter - ceci dit, les
sermons, les positions qui risquent de se sanctifier en postures, les bonnes
rsolutions moralisantes, je m'en tape, mais pour le coup, j'y cde -, ou alors
il faut s'arrter de se plaindre de la dsacralisation du livre comme vecteur de
la connaissance et de la culture, de la dsertion des lecteurs, de l'illettrisme
rampant, de la tristesse dsute si austre du peuple des crivains, de leur
isolement subi, de la pauvret des moyens financiers qu'on leur accorde, et cela
face  une industrialisation concentrationnaire de l'dition qui assomme le
livre  coups de pilon, etc."

Encore balbutiante, l'dition d'oeuvres de fiction hypertextuelle cherche sa
voie. "L'HTX (littrature hypertextuelle, ndlr) qui passe par le savoir-faire
technologique rapproche donc le techno-crivain du scnariste, du BD
dessinateur, du plasticien, du ralisateur de cinma, quelles en sont les
consquences au niveau ditorial? Faut-il prvoir un budget de production en
amont? Qui est l'auteur multimdia? Qu'en est-il des droits d'auteur? Va-t-on
conserver le copyright  la franaise? L'HTX sera publie par des diteurs
papier ayant un dpartement multimdia? De nouveaux diteurs vont merger et ils
feront un mtier proche de la production? Est-ce que nous n'allons pas assister
 un nouveau type d'oeuvre collective? Bientt le sampling littraire protg
par le copyleft?"

= Un pari  venir: l'dition de documentaires hypertextes et hypermdias

Pour les documentaires aussi, il est grand temps d'utiliser les nouvelles formes
d'criture et de lecture autorises par le lien hypertexte et hypermdia, comme
c'est dj le cas depuis quelques annes dans le domaine de la fiction. Pourquoi
les auteurs de documentaires n'exploiteraient-ils pas eux aussi les possibilits
offertes par l'hyperlien, en permettant ainsi au lecteur toutes sortes de
cheminements, linaires, non linaires, par thmes, etc.? C'est la dmarche qui
est tente dans le livre que vous tes en train de lire.

Outre plusieurs possibilits de lecture, le documentaire hypertexte offre de
nombreux avantages par rapport au documentaire imprim. Un simple lien permet
d'accder aux sites web mentionns, ainsi qu'au texte intgral des documents
cits et des rfrences bibliographiques. Les erreurs peuvent aussitt tre
corriges. Le livre peut tre rgulirement actualis (ajouts en fonction de
l'actualit, derniers chiffres et statistiques, etc.).

Ces horripilants index en fin d'ouvrage - mais combien pratiques, au moins quand
ils existent - sont remplacs par la fonction "recherche" sur une page donne ou
par un moteur de recherche pour l'ensemble du site (en installant celui de
Google par exemple). Un index peut toujours tre envisag, mais considrablement
allg, et principalement pour rpertorier les concepts et notions. Pour prendre
un exemple, dans l'index de ce livre, pour "livre numrique", on a quelques
renvois aux chapitres et sous-chapitres, alors qu'un moteur de recherche
donnerait une liste impressionnante de rponses, le terme revenant  longueur de
page. L'index offre donc un service complmentaire.

Il reste  inventer un nouveau type de maison d'dition proposant des livres
web, avec une infrastructure permettant leur actualisation immdiate et
constante par FTP. Si ceci vaut pour tous les sujets, cela parat d'autant plus
indispensable pour les nouvelles technologies et l'internet. La place des livres
traitant du web n'est-elle pas sur le web? L'auteur pourrait choisir de mettre
son livre en consultation payante ou gratuite. La question du droit d'auteur
serait galement entirement  revoir, ce qui ne serait srement pas un mal.
Paiement  la source, paiement  la consultation? Et comment l'diteur serait-il
rmunr? Quant aux versions imprimes, globales ou partielles, elles pourraient
tre faites  la demande, comme c'est dj le cas chez plusieurs diteurs de
livres "classiques".

Quant au documentaire hypermdia, il permettrait d'inclure des images animes,
de la musique et des vidos. Ceci dans un deuxime temps peut-tre. En France
par exemple, seule 6% de la population dispose pour le moment de l'internet 
dbit rapide, un lment statistique que les crateurs et webmestres oublient
trop souvent de prendre en considration. Pour le moment, si on cre des oeuvres
hypermdias pour qu'elles soient lues ou consultes, il est prfrable de
proposer deux versions, une "lourde" pour les 6% qui ont l'internet par cble et
DSL, et une "lgre" pour les 94% qui ont une connexion "standard". La remarque
vaut aussi pour la littrature hypermdia et plus gnralement pour n'importe
quel site professionnel. Si les crateurs et webmestres tiennent absolument  ne
proposer qu'une version "lourde", en pariant sur l'avenir, ils pourraient au
moins aller tester leur site de temps  autre  partir d'une connexion
"standard" (avec le risque d'tre surpris, sinon horrifis par ce que le lecteur
"standard" doit endurer), ceci pendant encore deux ou trois ans (?), avant que
le World Wide Wait ne soit plus qu'un mauvais souvenir.


7. LE LIVRE NUMERIQUE SE GENERALISE


[Dans ce chapitre:]

[7.1. Les diffrents formats // 7.2. Une vente assure  la fois par les
diteurs et les libraires // 7.3. Quelques commentaires]

Ce chapitre traite du livre numrique, dfini ici comme tant la version
numrise d'un livre. Le chapitre suivant traite du livre lectronique, appareil
de lecture permettant de lire  l'cran des livres numriques.


7.1. Les diffrents formats


Les annes 1999 et 2000 sont marques par la prolifration des formats de livres
numriques: PDF (portable document format), OeB (open ebook), Microsoft Reader,
Glassbook Reader, Gemstar Reader, HTML (hypertext markup language), XML
(extensible markup language), texte (.txt), Word (.doc), etc. Inquiets pour
l'avenir du livre numrique qui,  peine n, propose presque autant de formats
que de titres, certains insistent sur l'intrt - sinon la ncessit - d'un
format unique. Depuis quelques mois, on observe un effort mritoire visant 
dvelopper les formats au sein de deux grandes familles, celle du PDF (dvelopp
par Adobe) et celle de l'OeB (utilis notamment par Microsoft et Gemstar).

Premier-n, le format PDF (portable digital format), lisible  l'aide du
logiciel Acrobat Reader, est longtemps considr comme la norme internationale
en matire de diffusion de documents lectroniques. Ce format de fichier
universel conserve les polices, le formatage, les couleurs et les images du
document source, quelles que soient l'application et la plate-forme utilises
pour le crer. Compacts, les fichiers PDF peuvent tre partags, visualiss,
parcourus et imprims en conservant leur aspect d'origine.

Apparu en octobre 1998, l'OeB (open ebook) est un format bas sur l'HTML et le
XML. La premire version (1.0) de l'Open eBook Publication Structure (OEBPS) est
disponible sur le web en septembre 1999. Elle a t remplace en juillet 2001
par la version 1.0.1. Le format OeB est utilis notamment par le Reader de
Microsoft, le Gemstar eBook et le Mobipocket. Cr en janvier 2000, l'Open eBook
Forum (OeBF) a pour tche de dvelopper et de promouvoir l'Open eBook (OeB) afin
qu'il devienne le standard majeur, sinon unique, de publication des livres
numriques. Ce consortium international runit plusieurs dizaines d'entreprises:
des fabricants de livres lectroniques, des diteurs, des fabricants de
logiciels et de matriels (dont Adobe), des libraires en ligne, etc.

En mars 2000, une premire version du Microsoft Reader (qui utilise le format
OeB) permet la lecture de livres sur les ordinateurs de poche. En aot 2000, le
Microsoft Reader est utilisable sur un ordinateur de bureau. Ses
caractristiques: un affichage  l'cran utilisant la technologie Cleartype, le
choix de la taille des caractres, l'accs d'un clic  un dictionnaire
(Merriam-Webster Dictionary) et la mmorisation des mots-cls pour des
recherches ultrieures. Ce logiciel tant disponible gratuitement, Microsoft
facture les diteurs pour l'utilisation de la technologie correspondante et
touche une commission sur chaque vente de livre numrique. Des partenariats sont
aussitt prvus avec les deux grands libraires en ligne, Barnes & Noble.com et
Amazon.com, dans le cadre de l'ouverture prochaine de leurs librairies
numriques (respectivement le 8 aot et le 28 aot 2000).

Face au Microsoft Reader, Adobe cherche  dfendre la place de l'Acrobat Reader.
En aot 2000, la socit annonce l'acquisition de Glassbook, qui dveloppe des
logiciels de distribution et d'affichage de livres numriques, en permettant
l'automatisation de la chane de production pour les diteurs, les libraires,
les distributeurs et les bibliothques. Adobe annonce galement une extension de
son partenariat avec Barnes & Noble.com, afin de proposer davantage de titres
lisibles avec l'Acrobat Reader ou le Glassbook Reader. En janvier 2001, fort de
l'exprience de Glassbook, Adobe annonce deux produits de distribution de livres
numriques payants. Le premier est l'Acrobat eBook Reader, disponible en
tlchargement gratuit, qui est un Acrobat intgrant la gestion des droits. Le
deuxime, l'Acrobat Content Server for eBooks, est destin aux diteurs et
distributeurs. Il s'agit d'un serveur de contenu assurant le conditionnement, la
protection, la distribution et la vente scurise de livres numriques au format
PDF. Il permet de grer les droits d'un livre donn, selon les consignes donnes
par le gestionnaire des droits, en autorisant ou non par exemple l'impression,
le prt, etc.


7.2. Une vente assure  la fois par les diteurs et les libraires


Si elle existe ds mai 1998, la vente de livres numriques se gnralise 
compter de l'automne 2000. Elle est effectue soit directement par les diteurs,
soit par le biais des libraires, avec impression  la demande dans les deux cas.
On voit apparatre les premires librairies numriques. Ces librairies, qui
vendent des livres en version numrique, sont  distinguer des librairies en
ligne, qui vendent des livres et autres produits culturels sur tous supports
(imprim, CD, CD-Rom, vido, DVD, etc.) sur l'internet.

Le livre commence aussi  se vendre "en pices dtaches". C'est notamment le
cas dans la librairie numrique Numilog (voir 10.3) ou dans la librairie en
ligne de l'OCDE (Organisation de coopration et de dveloppement conomiques),
pour ne prendre que deux exemples. Rserv jusque-l aux manuels universitaires
ou aux dossiers pour sminaires, colloques et confrences, le livre numrique /
imprim " la carte", constitu de chapitres provenant de sources diffrentes,
aborde lui aussi sa phase grand public.

Publis en mai 1998 par 00h00.com, les premiers livres numriques commerciaux en
langue franaise sont plusieurs grands classiques (Le Tour du monde en 80 jours,
Colomba, Poil de carotte, Le Misanthrope, etc.), ainsi que deux indits: Sur le
bout de la langue, de Rouja Lazarova, et La Coupe est pleine, de Pierre
Marmiesse. L'diteur dbute aussi des accords avec des diteurs "classiques"
pour publier certains de leurs titres en version numrique (par exemple Bill
Gates et la saga Microsoft, de Daniel Ichbiah).

En mars 2000, Stephen King cre l'vnement en distribuant sa nouvelle Riding
The Bullet uniquement sur l'internet. Il est le premier auteur  succs 
risquer un tel pari. 400.000 exemplaires sont tlchargs en vingt-quatre heures
sur les sites des libraires en ligne qui la vendent (au prix de 2,50 $US, soit
2,65 euros). Suite  cette premire exprience, il dcide de se passer des
services de Simon & Schuster, son diteur habituel. Il cre un site web
spcifique et, en juillet 2000, commence la publication en pisodes d'un roman,
The Plant, en proposant un premier chapitre tlchargeable en plusieurs formats
(PDF, OeB, HTML, texte, etc.) pour la somme de 1 $US (1,05 euros), avec paiement
diffr ou paiement immdiat sur le site d'Amazon.com. D'autres chapitres
suivent. Mais cette deuxime exprience est beaucoup moins concluante. Le nombre
de tlchargements et de paiements baisse de chapitre en chapitre. Fin novembre
2000, aprs la publication du sixime chapitre, l'auteur dcide d'interrompre
l'exprience pendant un an ou deux. Que l'exprience plaise ou non, le
matraquage mdiatique et les nombreuses critiques l'accompagnant contribuent 
faire connatre le livre numrique chez les professionnels du livre et dans le
grand public. D'autres auteurs de best-sellers, notamment Frederick Forsyth et
Arturo Prez-Reverte en Europe, se lancent dans des expriences numriques un
peu diffrentes (voir 16.3).

A la mme poque, durant l't 2000, Simon & Schuster profite de la
mdiatisation de l'exprience de Stephen King pour se lancer dans l'aventure. Il
dcide de publier certains titres de Star Trek, srie de science-fiction, en
version numrique seulement, sans correspondant imprim, et dans plusieurs
formats. D'aprs l'diteur, avec six titres vendus par minute, et quarante
nouveaux titres publis chaque anne (en incluant les histoires et rcits bass
sur les sries tlvises et les films), Star Trek serait la srie la plus
vendue au monde. Le premier titre numrique, The Belly of the Beast, de Dean
Wesley Smith, est disponible en aot 2000 pour 5 $US (5,30 euros). D'autres
diteurs lui embotent le pas: Random House, IDG Books, South-Western, etc.

Autre exemple dans le monde francophone, en octobre 2000, les PUF (Presses
universitaires de France) annoncent la parution de quatre nouveaux titres
simultanment en version numrique et en version imprime. Trois titres ont
trait  l'internet: La presse sur internet, de Charles de Laubier, La science et
son information  l'heure d'internet, de Gilbert Varet et Internet et nos
fondamentaux (paru en novembre), crit par un collectif d'auteurs. Le quatrime
titre, HyperNietzsche, publi sous la direction de Paolo d'Iorio dans la
collection "critures lectroniques", est disponible dans son intgralit sur le
site des PUF.

En novembre 2000, pour convertir les auteurs qu'il publie  ce nouveau format,
Random House, premier diteur mondial de livres en langue anglaise, annonce que
ses auteurs recevront 50% des bnfices nets raliss sur la vente de leurs
livres numriques, au lieu des 15% habituels. Dans un communiqu en date du 1er
novembre 2000 (cit par l'AFP), Erik Enggstrom, son PDG, explique: "Notre
nouvelle politique en matire de droits d'auteurs sur les livres lectroniques
montre que Random House s'engage  mettre en place ce nouveau format en
partenariat avec ses auteurs et d'une manire telle qu'il leur permette
d'augmenter leur lectorat." C'est la premire fois qu'une maison d'dition
traditionnelle de rputation internationale propose un contrat de ce type. Des
diteurs lectroniques lancent galement cette formule, comme Online Originals
(Londres) qui,  la mme poque, commence  publier Quintet, la premire srie
uniquement lectronique de Frederick Forsyth, matre anglais du thriller.

En janvier 2001, Barnes & Noble - qui est non seulement une chane de librairies
double d'une librairie en ligne (en partenariat avec Bertelsmann pour cette
dernire) mais aussi un diteur de livres classiques et illustrs - se lance
dans l'dition numrique en crant Barnes & Noble Digital. Pour attirer les
auteurs, Barnes & Noble Digital propose de leur verser 35% du prix de vente des
livres numriques vendus sur son site et sur les sites affilis, un pourcentage
nettement suprieur aux droits verss par les autres diteurs en ligne (qui,
aprs avoir t de 15%  l'origine, serait dbut 2001 de 25% en moyenne).
L'opration vise d'abord  attirer les auteurs de best-sellers dsireux de
passer au format lectronique. L'diteur commence aussi la publication numrique
de titres tombs dans le domaine public.

En avril 2001, Adobe, fort de son nouveau logiciel Acrobat eBook Reader, qui
permet d'intgrer la gestion des droits, annonce un partenariat avec Amazon.com
pour la mise en vente de 2.000 livres numriques: titres de grands diteurs
amricains, dont Simon & Schuster, guides de voyages, ouvrages pour enfants,
etc. L'offre, qui dbute dans la maison-mre, doit tre tendue courant 2001 aux
filiales d'Amazon en Europe et au Japon.

Comme on vient de le voir dans ces lignes, le nombre de livres numriques est
sans proportion avec celui des livres imprims. "Le volume de titres disponibles
 ce jour en format de lecture  l'cran est ridicule par rapport aux quelques
600.000 titres existant en franais, indique en fvrier 2001 Denis Zwirn, PDG de
la librairie numrique Numilog. Mais ceci ne devrait plus tre le cas d'ici deux
ou trois ans. Nombre d'diteurs numrisent maintenant leurs fonds. Ceux qui en
ont les moyens le font  la vitesse grand V. Les diteurs (de logiciels et de
livres) et les libraires qui ont pignon sur rue sont dsormais soucieux de ne
pas rater un march naissant qui devrait connatre une forte expansion dans les
prochaines annes.


7.3. Quelques commentaires


Le livre numrique entrane scepticisme ou curiosit chez les professionnels du
livre. Il lui reste  faire ses preuves. Voici quelques ractions. D'autres
opinions sont exposes dans le chapitre consacr au livre lectronique, appareil
de lecture permettant de lire des livres numriques.

Jean-Paul, auteur multimdia: "Il a fallu inventer la hache de pierre avant de
construire la Tour Eiffel. Le but des dinosaures industriels qui s'entretuent
pour imposer leur format de livre lectronique (appel ici livre numrique,
ndlr) est de dtourner vers eux la partie rentable du contenu des bibliothques
(rebaptis 'information'). Ils travaillent aussi pour nous, en contribuant 
banalyser l'usage de l'hyperlien."

Philippe Loubire, traducteur littraire et dramatique: "Mon opinion est assez
rserve. La lecture sur cran est moins confortable que dans un livre
traditionnel. Le seul intrt ( long terme) serait, me semble-t-il, de trouver
 l'tat numrique des livres puiss, lorsqu'on ne peut se rendre dans une
bibliothque."

Richard Chotin, professeur  l'ESA (Ecole suprieure des affaires) de Lille: "Il
a une certaine utilit mais ne remplacera pas le livre papier, sauf  pouvoir le
tirer ultrieurement si l'intrt est grand."

Steven Krauwer, coordinateur d'ELSNET (European Network of Excellence in Human
Language Technologies): "Il y a encore un long chemin  parcourir avant que la
lecture sur cran soit aussi confortable que la lecture sur papier."

Henri Slettenhaar, professeur en technologies de la communication  la Webster
University de Genve: "J'ai difficult  croire que les gens sont prts  lire
sur un cran. En ce qui me concerne, je prfre de beaucoup toucher et lire un
vrai livre."

Jacques Pataillot, conseiller en management dans la socit Cap Gemini Ernst &
Young: "Le plaisir de la lecture commence, pour moi, par une visite et une
discussion avec le libraire spcialis. Il se poursuit par la possession et la
conservation du livre."

Tim McKenna, crivain et philosophe: "Je ne pense pas que le livre numrique
sduise vraiment les amoureux des livres. Si l'internet est un excellent moyen
d'information, les livres ne se bornent pas  cela. Ceux qui aiment les livres
ont une relation personnelle avec eux. Ils les relisent, notent leurs
commentaires sur les pages, s'entretiennent avec eux. Tout comme le cybersexe ne
remplacera jamais le fait d'aimer une femme, le livre numrique ne remplacera
jamais la lecture d'un beau texte en version imprime."

Zina Tucsnak, ingnieur d'tudes en informatique  l'ATILF (Analyse et
traitements informatiques du lexique franais): "L'e-book offre une combinaison
d'opportunits : la digitalisation et l'internet. Les diteurs apportent leur
titres  tous les lecteurs du monde. C'est une nouvelle re de la publication."

Bakayoko Bourahima, documentaliste  l'ENSEA (Ecole nationale suprieure de
statistique et d'conomie applique) d'Abidjan: "Il faut voir pour la suite
comment le livre numrique se dveloppera et quelles en seront surtout les
incidences sur la production, la diffusion et la consommation du livre. A coup
sr cela va entraner de profonds bouleversements dans l'industrie du livre,
dans les mtiers lis au livre, dans l'criture, dans la lecture, etc."

Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybrie, chronique hebdomadaire
des actualits de l'internet: "Dans l'dition du 28 juillet 1998 des Chroniques
de Cybrie, je parlais du numro 4 des Cahiers de mdiologie ayant pour thme
'Les pouvoirs du papier', et aussi des premiers livres numriques. Force est de
constater que, deux ans plus tard (en aot 2000, date de l'entretien, ndlr), peu
de choses ont volu. D'abord, sur le plan technique, les nouvelles interfaces
de lecture n'ont pas rempli leurs promesses sur le plan de la convivialit, de
l'aisance et du confort, du plaisir de l'exprience de lire. D'autre part, les
contenus proposs sont encore assez maigres. Je ne dis pas qu'il n'y a rien,
mais c'est peu vari, et encore peu de grands titres qui permettraient des
conomies d'chelle. Oui, Stephen King a fait un pied de nez aux diteurs et
publi des oeuvres originales en ligne. Et alors? On peut difficilement, encore,
parler d'une tendance. J'ai une thorie des forces qui animent et modifient la
socit, et qui se rsume  classer les phnomnes en tendances fortes, courants
porteurs et signaux faibles. Le livre lectronique (appel ici livre numrique,
ndlr) ne rpond pas encore aux critres de tendance forte. On peroit des
signaux faibles qui pourraient annoncer un courant porteur, mais on n'y est pas
encore. Cependant, si et quand on y sera, ce sera un atout important pour les
personnes qui souhaiteront s'auto-diter, et le phnomne pourrait bouleverser
le monde de l'dition traditionnelle."


8. LE LIVRE ELECTRONIQUE EMERGE


[Dans ce chapitre:]

[8.1. Les diffrents modles // 8.2. Ce qu'en pensent les professionnels du
livre / Une machine peu sduisante pour les amoureux du livre / Un appareil
monotche  l'intrt limit / Un intrt certain pour les bibliothques / Une
tape vers le papier lectronique de demain // Le "j'ai test pour vous" d'Alex
Andrachmes]

Ce chapitre traite du livre lectronique, dfini ici comme l'appareil de lecture
permettant de lire  l'cran des livres numriques. On s'intresse au vritable
livre lectronique, et non aux PDA (personal digital assistants) ayant de
multiples fonctions, l'une d'entre elles tant la lecture de livres numriques
sur un cran lilliputien. Le livre numrique, dfini comme la version numrise
d'un livre, est trait dans le chapitre prcdent.


8.1. Les diffrents modles


Conu par Pierre Schweitzer, architecte designer  Strasbourg, @folio est un
support numrique de lecture nomade. "J'hsite  parler de livre lectronique,
explique-t-il, car le mot 'livre' dsigne aussi bien le contenu ditorial (quand
on dit qu'untel a crit un livre) que l'objet en papier, gnial, qui permet sa
diffusion. La lecture est une activit intime et itinrante par nature. @folio
est un balladeur de textes, simple, lger, autonome, que le lecteur remplit
selon ses dsirs  partir du web, pour aller lire n'importe o. Il peut aussi y
imprimer des documents personnels ou professionnels provenant d'un CD-Rom. Les
textes sont mmoriss en faisant: 'imprimer', mais c'est beaucoup plus rapide
qu'une imprimante, a ne consomme ni encre ni papier. Les liens hypertextes sont
maintenus au niveau d'une reliure tactile."

A l'origine du concept, son projet de design, qui date d'octobre 1996. "Le
projet est n  l'atelier Design de l'Ecole d'architecture de Strasbourg o
j'tais tudiant. Il est dvelopp  l'Ecole nationale suprieure des arts et
industries de Strasbourg avec le soutien de l'Anvar-Alsace. Aujourd'hui, je
participe avec d'autres  sa formalisation, les prototypes, design, logiciels,
industrialisation, environnement technique et culturel, etc., pour transformer
ce concept en un objet grand public pertinent." En t 2001, l'quipe d'@folio
aborde la phase commerciale et cherche des investisseurs. La mme quipe
dveloppe aussi Mot@mot, qui est une passerelle entre @folio et les fonds
numriss en mode image (voir 11.2).

Lanc en octobre 2000  New York, le Gemstar eBook est le successeur du Rocket
eBook (conu par NuvoMedia) et du Softbook Reader (conu par SoftBook Press),
suite au rachat des deux socits par Gemstar en janvier 2000. Commercialiss en
novembre 2000 aux Etats-Unis, les deux modles - REB1100 (noir et blanc,
sucesseur du Rocket eBook) et REB1200 (couleur, sucesseur du Softbook Reader) -
sont construits et vendus sous le label RCA, appartenant  Thomson Multimedia.
Avec une mmoire de 8 Mo, un modem interne de 36,6 K et une batterie lithium-ion
rechargeable, le modle en noir et blanc (REB1100) peut stocker 20 romans, soit
8.000 pages de texte. Il cote 299 $US (316 euros). La mmoire peut tre tendue
 72 Mo, permettant de stocker 150 livres. Un peu plus grand, le modle couleur
(REB1200) a un cran tactile  cristaux liquides de plus haute rsolution, un
modem interne de 56 K et une connection Ethernet (permettant l'accs 
l'internet par cble et DSL). Il cote 699 $US (738 euros). Le Gemstar eBook
sera commercialis courant 2001 en Europe avec l'appui des ditions 00h00.com,
rachetes par Gemstar en septembre 2000 (voir 6.3.4).

En octobre 2000, le eBookMan de Franklin, socit leader spcialise dans les
PDA (personal digital assistants) et les dictionnaires de poche, reoit le eBook
Technology Award de la Foire internationale du livre de Francfort (13-17 octobre
2000). Les logiciels de lecture utiliss sont le Franklin Reader et le Microsoft
Reader. Un mois aprs, la version test (beta) du eBookMan est prsente au
Comdex Trade Show de Las Vegas (13-17 novembre 2000). Trois modles (EBM-900,
EBM-901 et EBM-911) sont disponibles dbut 2001  des prix allant de 129,95 
229,95 $US (137  243 euros). Le prix est essentiellement fonction de la mmoire
vive (8 ou 16 Mo) et de la qualit de l'cran  cristaux liquides (rtro-clair
ou non). L'appareil permet aussi l'coute de livres audio et des fichiers
musicaux au format MP3, et le stockage de donnes personnelles (agenda, carnet
d'adresses, mmo, etc.).

Conu par la socit Cytale, le Cybook est commercialis en janvier 2001.
Premier livre lectronique europen disponible sur le march, il cote 867
euros. Ses caractristiques sont les suivantes: 21 x 16 cm, 1 kg, un cran
couleur 10 pouces, tactile, rtro-clair,  cristaux liquides, avec une
rsolution de 600 x 800 pixels, quatre boutons de commande, une mmoire de 32 Mo
permettant de stocker 15.000 pages de texte, soit 30 livres de 500 pages, une
batterie lithium-ion d'une autonomie de 5 h, un modem 56 K intgr avec un
connecteur son, un port infrarouge, des extensions pour carte PCMCIA (sigle de
Personal Computer Memory Card International Association) et port USB (universal
serial bus) permettant de brancher des priphriques. Il suffit d'une prise
tlphonique pour connecter le Cybook  l'internet et tlcharger des livres 
partir de la librairie lectronique situe sur le site web de Cytale, qui a
conclu des partenariats avec plusieurs diteurs et socits de presse pour
constituer rapidement un catalogue de plusieurs milliers de titres.

"J'ai crois il y a deux ans le chemin balbutiant d'un projet extraordinaire, le
livre lectronique, explique en dcembre 2000 Olivier Pujol, PDG de Cytale.
Depuis ce jour, je suis devenu le promoteur impnitent de ce nouveau mode
d'accs  l'crit,  la lecture, et au bonheur de lire. La lecture numrique se
dveloppe enfin, grce  cet objet merveilleux: bibliothque, librairie nomade,
livre 'adaptable', et aussi moyen d'accs  tous les sites littraires (ou non),
et  toutes les nouvelles formes de la littrature, car c'est galement une
fentre sur le web. Et ceci n'aurait pu exister sans internet! (...)
L'utilisation d'internet pour le transport de contenu est un secteur de
dveloppement majeur. La socit a pour vocation de dvelopper une base de
contenu en provenance d'diteurs, et de les diffuser vers des supports de
lecture scuriss."

"S'il doit s'agir d'un ordinateur portable lgrement 'relook', mais prsentant
moins de fonctionnalits que ce dernier, je n'en vois pas l'intrt, explique
Emilie Devriendt, lve professeur  l'Ecole normale suprieure de Paris. Tel
qu'il existe, l'e-book est relativement lourd, l'cran peu confortable  mes
yeux, et il consomme trop d'nergie pour fonctionner vritablement en autonomie.
A cela s'ajoute le prix scandaleusement lev,  la fois de l'objet mme et des
contenus tlchargeables; sans parler de l'incompatibilit des formats
constructeur, et des 'formats' maison d'dition. J'ai pourtant eu l'occasion de
voir un concept particulirement astucieux, vraiment pratique et peu coteux,
qui me semble tre pour l'heure le support de lecture lectronique le plus
intressant : celui du 'baladeur de textes' ou @folio (conu par Pierre
Schweitzer, ndlr), en cours de dveloppement  l'Ecole nationale suprieure des
arts et industries de Strasbourg. Bien videmment, les proccupations de ses
concepteurs sont  l'oppos de celles des 'gros' concurrents qu'on connat, en
France ou ailleurs: aucune vise ditoriale monopolistique chez eux, puisque
c'est le contenu du web (dans l'idal gratuit) que l'on tlcharge."

En bref, comme on le voit, le livre lectronique n'en est qu' ses dbuts. On
attend impatiemment la commercialisation d'@folio.


8.2. Ce qu'en pensent les professionnels du livre


La critique unanime est son prix. Selon les modles, le prix oscille pour le
moment entre 137 et 837 euros. "Pour qu'il devienne un produit de consommation
de masse, il faudra (...) que son prix soit attractif", crit Denis Zwirn, PDG
de la librairie numrique Numilog. De l'avis de Grard Fourestier, crateur de
Rubriques  Bac, le livre lectronique est "un plus, mais il faudra encore du
temps et, pour l'instant, le prix, comme pour la 'voiture propre', n'est pas
trs attractif. Ceci dit, j'accepte qu'on m'en offre un, j'en ferai la pub."
'Hors de prix!', dclare Bernard Boudic, responsable ditorial du serveur web de
Ouest-France jusqu'en dcembre 2000. "Cet instrument est rserv  une classe de
personnes qui peuvent financirement s'en permettre l'acquisition", commente
Jean-Philippe Mouton, grant de la socit d'ingnierie Isayas.

Il reste donc  attendre soit la mise sur le march de modles moins chers, soit
une forte demande qui ferait baisser progressivement les prix des modles
existants, tout comme les tlviseurs ou les ordinateurs en d'autres temps.

Les autres commentaires se rpartissent en quatre grandes "tendances": une
machine peu sduisante pour les amoureux du livre (8.2.1), un appareil monotche
 l'intrt limit (8.2.2), un intrt certain pour les bibliothques (8.2.3),
une tape vers le papier lectronique de demain (8.2.4). De plus, Alex
Andrachmes, producteur audio-visuel, crivain et explorateur d'hypertexte, s'est
livr  un "j'ai test pour vous" des plus passionnants (8.3).

= Une machine peu sduisante pour les amoureux du livre

Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'critures
hypermdias: "Ce n'est qu'un sentiment, je ne possde personnellement pas ce
genre d'appareil, ni de PDA (personal digital assistant) non plus mme si j'en
ai eu de nombreuses fois entre les mains avec un mlange d'envie et de gne. Il
me semble que le 'fait' technologique de l'appareil nuit  une lecture un peu
'engage'. Je lis mes livres un peu partout, ils tombent parfois de mes mains et
de mon lit, j'en ai oubli dans le train, ils me suivent dans le bus, le mtro,
le train, en vacances, sur la plage ou  la montagne. Ils sont autonomes, je
peux les prter, les donner, je les biffe, corne, annote, bref je les lis. Avec
une infinie lenteur. Je me roule dans leurs plis. Il faudrait peut-tre pouvoir
plier ces livres lectroniques, ou qu'ils soient incassables? Mais la question
est peut-tre qu'ils ne peuvent ni ne doivent remplacer le livre papier bti
dans un systme matriel et conomique cohrent. Peut-tre ont-ils une place 
part  prendre? En devenant les supports de l'hyperlecture peut-tre?"

Anne-Bndicte Joly, crivain qui auto-dite ses livres: "Le livre lectronique
est avant tout un moyen pratique d'atteindre diffremment une certaine catgorie
de lecteurs compose pour partie de curieux aventuriers des techniques modernes
et pour partie de victimes du mode rsolument technologique. C'est aussi sans
doute le moyen de diffusion actuel le plus universel (ds lors que l'on peut se
promener sur la toile!) qui puisse repousser  ce point les limites de
distances. (...) Je suis assez dubitative sur le 'plaisir' que l'on peut retirer
d'une lecture sur un cran d'un roman de Proust. Dcouvrir la vie des
personnages  coups de souris  molette ou de descente d'ascenseur ne me tente
gure. Ce support, s'il possde  l'vidence comme avantage la disponibilit de
toute oeuvre  tout moment, possde nanmoins des inconvnients encore trop
importants. Ceci tant, sans se cantonner  une position durablement ancre dans
un mode passiste, laissons  ce support le temps ncessaire pour acqurir ses
lettres de noblesse."

Xavier Malbreil, auteur multimdia: "Pour l'instant, je trouve a moche, et peu
pratique. Nous n'en sommes qu'au dbut. L'argument selon lequel on pourrait
disposer de plusieurs livres simultanment me semble un peu fallacieux. Quand on
est un lecteur, on veut lire 'un' livre et pas trente-six  la fois. Ce livre,
on l'a choisi, on le dsire. Quand on en veut un autre, on en prend un autre. Il
y a le cas des expditions lointaines. Oui... mais est-ce vraiment un argument?
Il ne faut pas se laisser prendre aux arguments des vendeurs de gadgets
lectroniques."

Emmanuel Barthe, documentaliste juridique: "A priori (puisque je ne possde pas
de livre lectronique) je n'ai pas un enthousiasme dlirant: le livre
lectronique n'offre en effet pas les avantages du support papier et il implique
l'achat d'un matriel supplmentaire. A la limite, affiches sur un cran
correct (17 pouces et une bonne carte graphique), les capacits de mise en page
du format HTML me semblent suffisantes. Et pour une qualit de mise en page
optimale, il existe dj le format PDF d'Acrobat, parfaitement lisible sur les
PC et les Mac."

Marie-Aude Bourson, cratrice de Gloupsy, site littraire destin aux jeunes
auteurs: "Je n'aime lire un roman que sur papier! On ne remplacera jamais un bon
vieux bouquin par un cran tout froid qui vous coupe votre lecture  cause d'une
panne de pile. (...) Ct littrature, je pense qu'on ne pourra remplacer le
livre papier: facile  transporter, objet d'change, lien affectif,
collection... Le livre lectronique sera plus utile pour des documentations
techniques ou encore les livres scolaires."

Jacky Minier, crateur de Diamedit, site de promotion d'indits artistiques et
littraires: "L'e-book est sans aucun doute un support extraordinaire. Il aura
son rle  jouer dans la diffusion des oeuvres ou des journaux lectroniques,
mais il ne remplacera jamais le vritable bouquin papier de papa. Il le
compltera. A mon sens, il menace beaucoup plus la presse que la librairie. Ce
sera certainement un outil de substitution formidable pour les scolaires,
tudiants, etc., qui auront beaucoup moins lourd  transporter dans leurs sacs
que les tonnes de manuels actuels. Mais quant au plaisir de lire dessus des
ouvrages de nature littraire, posies, romans, rcits, SF, BD, etc., je n'y
crois pas dans l'immdiat. Il faudra encore attendre quelques amliorations
techniques au plan de l'ergonomie et surtout des changements de comportements
humains. Et a, c'est l'affaire d'au moins une  deux gnrations. Voyez la
monnaie lectronique: on ne paie pas encore son boulanger ou ses cigarettes avec
sa carte de crdit et on a toujours besoin d'un peu de monnaie dans sa poche, en
plus de sa carte Visa. L'achat d'un livre n'est pas un acte purement
intellectuel, c'est aussi un acte de sensualit que ne comblera jamais un
e-book. Naturellement, l'dition classique devra en tenir compte sur le plan
marketing pour se diffrencier davantage, mais je crois que l'utilisation des
deux types de supports sera bien distincte. Le tlphone n'a pas tu le
courrier, la radio n'a pas tu la presse, la tlvision n'a pas tu la radio ni
le cinma... Il y a de la place pour tout, simplement, a oblige  chaque fois 
une adaptation et  un regain de crativit. Et c'est tant mieux!"

Grard Jean-Franois, directeur du centre de ressources informatiques de
l'Universit de Caen: "Le livre lectronique tel qu'il existe actuellement est
une base de donnes documentaires qui permet, si on le souhaite, de tlcharger
le contenu et ensuite de l'diter. Les crans tant ce qu'ils sont et ce qu'ils
resteront longtemps, on ne peut pas esprer lire n'importe o et n'importe quand
un texte de quelque difficult qu'il soit. Pour des documents ne comportant que
des images, il peut en tre autrement."

Russon Wooldridge, professeur au dpartement d'tudes franaises de l'Universit
de Toronto: "Il est certain que le livre lectronique devient de plus en plus
attrayant avec les progrs techniques, tout comme les jeux lectroniques. Je
dois avouer que je ne m'intresse de prs ni aux livres lectroniques, ni aux
jeux lectroniques. Je lis en ligne pour mon travail, mais je prfre quitter
mon ordinateur quand il s'agit de lire pour le plaisir."

Eduard Hovy, directeur du Natural Language Group de l'Universit de Californie
du Sud: "Je ne crois pas au livre lectronique. Encore plus que d'assister  un
concert en public ou d'aller voir un film au cinma, j'aime l'exprience
physique d'avoir un livre sur les genoux et de prendre plaisir  son odeur, son
contact et son poids. Les concerts  la tlvision, les films  la tlvision et
les livres lectroniques font qu'on perd un peu de ce plaisir. Et, pour les
livres particulirement, je ne suis pas prt  cette perte. Aprs tout, dans mon
domaine d'activit, il est beaucoup plus facile et beaucoup plus conomique de
se procurer un livre qu'une place de concert ou de cinma. Tous mes souhaits
vont aux fabricants de livres lectroniques, mais je suis heureux avec les
livres imprims. Et je ne pense pas changer d'avis de sitt, et me ranger dans
la minorit qui utilise les livres lectroniques. Je crains beaucoup moins la
disparition des livres que je n'ai craint autrefois la disparition des cinmas."

= Un appareil monotche  l'intrt limit

Jean-Pierre Balpe, directeur du dpartement hypermdias de l'Universit Paris 8:
"J'attends de voir concrtement comment ils fonctionnent et si les diteurs sont
capables de proposer des produits pcifiques  ce support car, si c'est pour
reproduire uniquement des livres imprims, je suis assez sceptique. L'histoire
des techniques montre qu'une technique n'est adopte que si - et seulement si...
- elle apporte des avantages concrets et consquents par rapport aux techniques
auxquelles elle prtend se substituer."

Nicolas Ancion, crivain et responsable ditorial de Luc Pire lectronique: "Ces
appareils ne me paraissent pas porteurs d'avenir dans le grand public tant
qu'ils restent monotches (ou presque). Un mdecin ou un avocat pourront adopter
ces plate-formes pour remplacer une bibliothque entire, je suis prt  le
croire. Mais pour convaincre le grand public de lire sur un cran, il faut que
cet cran soit celui du tlphone mobile, du PDA (personal digital assistant) ou
de la tlvision. D'autre part, je crois qu'en cherchant  limiter les
fournisseurs de contenus pour leurs appareils (plusieurs types de e-books ne
lisent que les fichiers fournis par la bibliothque du fabricant), les
constructeurs tuent leur machine. L'avenir de ces appareils, comme de tous les
autres appareils technologiques, c'est leur ouverture et leur souplesse. S'ils
n'ont qu'une fonction et qu'un seul fournisseur, ils n'intresseront personne.
Par contre, si  l'achat de son tlphone portable, on reoit une bibliothque
de vingt bouquins gratuits  lire sur le tlphone et la possibilit d'en
charger d'autres, alors on risque de convaincre beaucoup de monde. Et de couper
l'herbe sous le pied des 'serpent', 'memory' et autres jeux qu'on joue sans
plaisir pour tuer le temps dans les aroports."

Olivier Gainon, crateur de CyLibris, maison d'dition littraire en ligne: "Je
ne crois pas trop  un objet qui a des inconvnients clairs par rapport  un
livre papier (prix / fragilit / aspect / confort visuel / etc.), et des
avantages qui me semblent minimes (taille des caractres volutifs / plusieurs
livres dans un mme appareil / rtro-clairage de l'cran / etc.). De mme, je
vois mal le positionnement d'un appareil exclusivement ddi  la lecture, alors
que nous avons les ordinateurs portables d'un ct, les tlphones mobiles de
l'autre et les assistants personnels (dont les pocket PC) sur le troisime
front. Bref, autant je crois qu' terme la lecture sur cran sera gnralise,
autant je ne suis pas certain que cela se fera par l'intermdiaire de ces
objets. On verra si on en parle encore dans un an, mais je peux me tromper - et
j'espre me tromper, comme diteur sur internet, CyLibris bnficierait
forcment d'un dveloppement de ce type d'appareil."

Pierre Magnenat, responsable de la cellule "gestion et prospective" du centre
informatique de l'Universit de Lausanne: "Comme pour toute nouvelle
technologie, je m'y mettrai avec joie ds que son usage sera plus pratique et/ou
agrable que la mthode traditionnelle. Il faut donc un support lger et petit,
avec un cran parfaitement stable et prcis. Il faudra de plus qu'il nous
procure des avantages: possibilit de copier/coller des passages sur son poste
de travail, accs  des bases de donnes bibliographiques, etc. Tant que c'est
moins agrable qu'un livre, et sans avantage notable, je reste au livre. C'est
comme pour l'agenda/PDA (personal digital assistant): je ne me suis pas encore
rsolu  passer au Palm, car mon vieux time-system est encore beaucoup plus
pratique et rapide. Lors d'une sance de groupe o nous devons convenir d'une
prochaine runion, je suis toujours le premier  pouvoir dire si telle date me
convient, alors que mes collgues 'palms' en sont encore  tapoter au stylet
pour trouver la bonne page..."

Jean-Philippe Mouton, grant de la socit d'ingnierie Isayas: "Cet outil
prsente aujourd'hui deux inconvnients. Tout d'abord, rien ne remplacera le
marque-page, ni l'odeur des bouquins qui sont lus sur la plage dans le sable par
toute la famille durant l't... En bref, l'e-book ne peut remplacer le rapport
charnel du lecteur et de son livre. De plus, cet instrument est rserv  une
classe de personnes qui peuvent financirement s'en permettre l'acquisition.
L'UMTS (universal mobile telecommunications system) promis devrait permettre un
accs mobile en temps rel  l'information, et c'est pour cette raison que ce
type de systme va probablement fusionner avec les autres systmes mobiles
(tlphonie, Palm...) pour se vulgariser. Il est donc clair qu'il faut se
pencher sur le sujet."

Franois Vadrot, PDG de FTPress, socit de cyberpresse: "Ce n'est rien d'autre
qu'un ordinateur portable ddi. Je ne vois pas bien pourquoi on se priverait
des autres fonctions de l'ordinateur, quitte  transporter un cran."

Denis Zwirn, PDG de Numilog, librairie en ligne de livres numriques: "Le
concept de livre lectronique reprsente une extraordinaire avance
technologique et culturelle. Il doit permettre de faciliter la lecture et
l'accs aux livres d'un trs large public dans les annes  venir. Ses
principaux atouts sont la possibilit de transporter avec soi des dizaines de
livres, de les lire dans des conditions de trs bonne ergonomie en reproduisant
l'agrment des livres traditionnels, tout en bnficiant de nombreuses
fonctionnalits de lecture absentes des livres traditionnels. Pour qu'il
devienne un produit de consommation de masse, il faudra toutefois qu'il perde
encore du poids et surtout que son prix soit attractif. En effet, le livre
lectronique stricto sensu est aujourd'hui concurrenc par des appareils que les
gens achtent dj massivement pour d'autres raisons que la lecture, mais qui
peuvent servir de lecteurs lectroniques grce  des logiciels ddis  la
lecture: les assistants personnels (PDA - personal digital assistants) et les
ordinateurs ultra-portables. Le cot marginal de la fonction 'livre
lectronique' dans ces appareils est nul. Pour cette raison, je crois que
l'avenir est  l'usage de plate-formes diversifies selon les profils et les
besoins des utilisateurs, et  une convergence progressive entre les lecteurs
lectroniques stricto sensu (qui intgreront des fonctions d'agendas) et les PDA
(dont certains auront des crans plus grands)."

= Un intrt certain pour les bibliothques

Olivier Bogros, crateur de la Bibliothque lectronique de Lisieux: "De quoi
parle-t-on? Des machines mono-tches encombrantes et coteuses, avec format
propritaire et offre ditoriale limite? Les Palm, Psion et autres hand et
pocket computers permettent dj de lire ou de crer des livres lectroniques et
en plus servent  autre chose. Ceci dit, la notion de livre lectronique
m'intresse en tant que bibliothcaire et lecteur. Va-t-il permettre de
s'affranchir d'un modle conomique  bout de souffle (la chane ditoriale
n'est pas le must en la matire)? Les machines  lire n'ont de mon point de vue
de chance d'tre viables que si leur utilisateur peut crer ses propres livres
lectroniques avec (cf. cassettes vido)."

Peter Raggett, directeur du centre de documentation de l'OCDE (Organisation de
coopration et de dveloppement conomiques): "Il est intressant d'observer
combien la prsentation du livre lectronique copie celle du livre traditionnel,
 l'exception du fait que la page papier est remplace par un cran. A mon avis,
le livre lectronique va permettre de remplacer certains documents papier, mais
pas tous. J'espre aussi qu'ils seront impermables  l'eau, pour je puisse
continuer  lire dans mon bain."

Anissa Rachef, bibliothcaire  l'Institut franais de Londres: "C'est assez
rvolutionnaire, avec un gain de place considrable. Je trouve cela trs
futuriste."

Galle Lacaze, professeur d'crit lectronique dans un institut universitaire
professionnel: "C'est un outil de travail intressant. Reste le problme des
droits de proprit intellectuelle sur certains documents. C'est un outil
indispensable pour les bibliothques, mais la version papier des livres
disponibles sur internet ne doit pas disparatre. Il importe aussi de ne pas
oublier les 'infos-pauvres' dans l'avance de ces super-technologies."

Patrick Rebollar, professeur de littrature franaise dans des universits
japonaises: "N'ayant pas encore eu l'objet en main, je rserve mon avis. Je
trouve enthousiasmant le principe de stockage et d'affichage mais j'ai des
craintes quant  la commercialisation des textes sous des formats payants. Les
chercheurs pourront-ils y mettre leurs propres corpus et les retravailler?
L'outil sera-t-il vraiment souple et lger, ou faut-il attendre le dveloppement
de l'encre lectronique? Je crois galement que l'on prpare un cartable
lectronique pour les lves des coles, ce qui pourrait tre bon pour leur
dos..."

Guy Antoine, crateur de Windows on Haiti, site de rfrence sur la culture
hatienne: "Dsol, je ne l'ai pas encore utilis. Pour le moment, il m'apparat
comme un instrument trs trange, rendu possible grce  la technologie, mais
pour lequel il n'y aura pas de demande importante, hormis peut-tre pour les
textes de rfrence classiques. Cette technologie pourrait tre utile pour les
manuels des lyces et collges, grce  quoi les cartables seraient beaucoup
plus lgers. Mais pour le simple plaisir de la lecture, j'imagine difficilement
qu'il soit possible de passer un moment agrable avec un bon livre
lectronique."

= Une tape vers le papier lectronique de demain

"La technologie devra s'amliorer encore de ce point de vue afin de devenir
vraiment populaire", dclare Alain Clavet, analyste de politiques au
Commissariat aux langues officielles du Canada. C'est aussi l'avis de Nicolas
Pewny, crateur des ditions du Choucas: "Je pense qu'on est loin des formats et
des techniques dfinitifs. Beaucoup de recherches sont en cours, et un format et
un support idal verront certainement le jour sous peu." Selon Franois Vadrot,
PDG de FTPress, "il y aura toujours du papier, ou si ce n'est pas le papier
(matriau) que l'on connat, ce sera un support souple, lger et fin comme lui
(pour dans dix ans en principe)."

Selon Alex Andrachmes, producteur audiovisuel, crivain et explorateur
d'hypertexte, "c'est l'arrive du fameux 'papier lectrique' qui changera la
donne. Ce projet du MIT (Massachusetts Institute of Technology) qui consiste 
charger lectriquement une fine couche de 'papier' - dont je ne connais pas la
formule - permettra de charger la (les) feuille(s) de nouveaux textes, par
modification de cette charge lectrique. Un e-book sur papier, en somme, ce que
le monde de l'dition peut attendre de mieux."

"Et voici le changement que j'attends: arrter de considrer les livres
lectroniques comme le stade ultime post-Gutenberg, crit Lucie de Boutiny,
crivain papier et pixel. Le e-book retro-clair pour l'instant a la mmoire
courte: il peut accueillir par exemple dix livres contenant essentiellement du
texte mais pas une seule oeuvre multimdia riche en son et images, etc. Donc ce
que l'on attend pour commencer: l'cran souple comme feuille de papier lgre,
transportable, pliable, autonome, rechargeable, accueillant tout ce que le web
propose (du savoir, de l'information, des crations...) et cela dans un format
universel avec une rsolution sonore et d'image acceptable. Ds lors nous
pourrons nous repatre d'oeuvres multimdias sur les terrasses de caf, alanguis
sur un canap, au bord d'une rivire,  l'ombre des cerisiers en fleurs..."

"Si l'invention du livre-papier avait t faite aprs celle du e-book, nous
l'aurions tous trouv gniale, crit Pierre-Nol Favennec, directeur de
collection et expert  la direction scientifique de France Tlcom RD. Mais un
e-book a un avenir prometteur si on peut tlcharger suffisamment d'ouvrages, si
la lecture est aussi agrable que sur le papier, s'il est lger (comme un
livre), s'il est pliable (comme un journal), s'il n'est pas cher (comme un livre
de poche)... En d'autres mots, l'e-book a un avenir s'il est un livre, si le
hard fait croire que l'on a du papier imprim... Techniquement, c'est possible,
aussi j'y crois. Au niveau technologique, cela exigera encore quelques efforts
(chimie, lectronique, physique...). Les avantages sont le volume rduit, le
tlchargement et le document personnalis en lecture."

Selon Christian Vandendorpe, professeur  l'Universit d'Ottawa et spcialiste
des thories de la lecture, "le livre lectronique va acclrer cette mutation
du papier vers le numrique, surtout pour les ouvrages techniques. Mais les
dveloppements les plus importants sont encore  venir. Lorsque le procd de
l'encre lectronique sera commercialis sous la forme d'un codex numrique
plastifi offrant une parfaite lisibilit en lumire rflchie, comparable 
celle du papier - ce qui devrait tre courant vers 2010 ou 2015 -, il ne fait
gure de doute que la part du papier dans nos activits de lecture quotidienne
descendra  une fraction de ce qu'elle tait hier. En effet, ce nouveau support
portera  un sommet l'idal de portabilit qui est  la base mme du concept de
livre. Tout comme le codex avait dplac le rouleau de papyrus, qui avait
lui-mme dplac la tablette d'argile, le codex numrique dplacera le codex
papier, mme si ce dernier continuera  survivre pendant quelques dcennies,
grce notamment au procd d'impression sur demande qui sera bientt accessible
dans des librairies spcialises. Avec sa matrice de quelques douzaines de pages
susceptibles de permettre l'affichage de millions de livres, de journaux ou de
revues, le codex numrique offrira en effet au lecteur un accs permanent  la
bibliothque universelle. En plus de cette ubiquit et de cette instantanit,
qui rpondent  un rve trs ancien, le lecteur ne pourra plus se passer de
l'indexabilit totale du texte lectronique, qui permet de faire des recherches
plein texte et de trouver immdiatement le passage qui l'intresse. Enfin, le
codex numrique permettra la fusion des notes personnelles et de la bibliothque
et acclrera la mutation d'une culture de la rception vers une culture de
l'expression personnelle et de l'interaction."

Les recherches sur le papier lectronique de demain sont en cours. Cre en 1997
par des chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology), la socit E
Ink est en train de concevoir un papier lectronique flexible ressemblant au
papier classique, avec un systme d'encre lectronique permettant de changer le
texte  volont en se connectant  une ligne de tlphone ou  un systme de
tlphonie sans fil. Les grands caractres tant beaucoup plus faciles 
produire que les petits, cette technologie - qui devrait tre pleinement
oprationnelle en 2003 ou 2004 - est dj utilise pour des panneaux de
signalisation.

Paralllement, le Molecular Machines Research Group, quipe de recherche du
Media Lab du MIT, travaille sur des projets de papier lectronique et de livre
utilisant le papier lectronique. IBM et Xerox s'intressent eux aussi au sujet.
Une quipe d'IBM labore le prototype d'un journal lectronique de 16 pages
utilisant l'encre lectronique. Les chercheurs de PARC (Palo Alto Research
Center), le centre Xerox de la Silicon Valley, mettent au point un papier
lectronique utilisant une nouvelle technique d'affichage appele le gyricon.


8.3. Le "j'ai test pour vous" d'Alex Andrachmes


A la question: "Quel est votre sentiment sur le livre lectronique (e-book)?,
Alex Andrachmes, producteur audiovisuel, crivain et explorateur d'hypertexte,
rpond en janvier 2001 en envoyant un texte superbe et foisonnant qui fait le
tour de la question: problmatique, modles, logiciels, textes disponibles,
scurisation du contenu, etc. [Ce texte est disponible dans le livre: Entretiens
(1998-2001).]


9. LIVRE NUMERIQUE, LIVRE BRAILLE ET LIVRE VOCAL


[Dans ce chapitre:]

[9.1. L'dition en braille // 9.2. Les perspectives offertes par le livre
numrique // 9.3. Le livre numrique vocal // 9.4. Un publiphone pour couter la
presse // 9.5. Un web plus accessible aux aveugles et malvoyants]


9.1. L'dition en braille


Alphabet tactile invent en 1829 par le franais Louis Braille, le braille est
le seul systme d'criture accessible aux aveugles. Il s'agit d'un systme de
six points compos de deux colonnes de trois points. La combinaison de ces six
points permet de former toutes les lettres de l'alphabet, les signes de
ponctuation, les symboles techniques, etc.

Le braille est d'abord emboss sur papier au moyen d'une tablette et d'un
poinon. A la fin des annes 70, il est produit  l'aide d'un afficheur braille
pizo-lectrique permettant un affichage dynamique. Vient ensuite la machine
Perkins avec son clavier de six touches. Puis apparat le matriel informatique,
par exemple le blocs-notes braille, qui sert  la fois de machine  crire le
braille et, quand il est connect  un PC, d'cran tactile permettant de lire
l'cran. Le braille informatique s'affiche sur huit points, ce qui permet
d'augmenter par quatre le nombre de combinaisons possibles.

Dans de nombreux pays, malgr l'existence de matriel informatique, l'dition en
braille reste encore confidentielle - pour la France, 400 titres par an dont 200
scolaires - et mme clandestine, le problme du droit d'auteur sur les
transcriptions n'tant pas rsolu. Les livres en gros caractres et en version
enregistre sont eux aussi peu nombreux par rapport  la production imprime
standard, malgr tous les efforts dispenss par quelques diteurs spcialiss et
nombre de bnvoles depuis tant d'annes.

Pourtant les choses peuvent aller vite quand existent  la fois la motivation et
les moyens. Aux Etats-Unis, le dernier titre de Harry Potter (Harry Potter and
the Goblet of Fire, de Joanne K. Rowling) est publi en braille par la National
Braille Press (NBP) le 27 juillet 2000, soit vingt jours seulement aprs sa
sortie, avec un premier tirage de 500 exemplaires. Les 734 pages du livre
imprim chez Scholastic donnent 1.184 pages en braille, mais le prix du livre
braille n'est pas plus lev. Ce trs court dlai a t possible grce  deux
facteurs. D'une part Scholastic a fourni le fichier lectronique, une initiative
dont feraient bien de s'inspirer nombre d'diteurs . D'autre part les 31 membres
de l'quipe de NBP ont travaill sans relche pendant quinze jours. Comme les
titres prcdents de la srie, le livre est galement disponible au format
PortaBook,  savoir un fichier en braille informatique abrg stock sur
disquette et lisible au moyen d'un lecteur braille portable ou d'un logiciel
braille sur micro-ordinateur (voir 16.2 pour le rcit dtaill des aventures de
Harry Potter sur l'internet).


9.2. Les perspectives offertes par le livre numrique


La gnralisation des livres numriques offre enfin aux malvoyants et aux
aveugles la possibilit d'accder  de trs nombreux textes, chance qu'ils
n'avaient pas jusque-l. Le document numrique permet de dissocier contenu et
prsentation. Le lecteur peut modifier la prsentation  son gr. Quant au
contenu, on dispose maintenant des technologies permettant de le convertir
automatiquement dans un autre systme de codage ou une autre langue, y compris
le braille et la synthse vocale. De l'avis de Patrice Cailleaud, directeur de
la communication de HandiCaPZro, le livre numrique "devrait s'imposer comme
une nouvelle solution complmentaire aux problmes des personnes aveugles et
malvoyantes". Toutefois "les droits et autorisations d'auteurs taient et
demeurent des freins pour l'adaptation en braille ou caractres agrandis
d'ouvrage. Les dmarches sont saupoudres, longues et n'aboutissent que trop
rarement."

Lors du Salon du livre de la jeunesse de Montreuil de dcembre 1999, les
ditions 00h00.com et l'association BrailleNet lancent l'opration "2000 livres
jeunesse sur internet pour les aveugles et malvoyants en l'an 2000",  savoir un
service internet permettant de commander en ligne des ouvrages en diffrents
formats. Ces ouvrages sont soit des versions numriques tlchargeables et
consultables sur micro-ordinateur, terminal braille lectronique ou synthtiseur
de parole, soit des versions imprimes en gros caractres ou en braille.

Pour rpondre au problme soulev par le manque d'ouvrages adapts, BrailleNet
cre aussi la base de donnes Hlne, qui propose en accs restreint des livres
numriques (oeuvres littraires rcentes, documentations techniques, ouvrages
scientifiques, ouvrages scolaires, supports de cours adapts) permettant des
impressions en braille ou en gros caractres, en partenariat avec les organismes
(associations, diteurs, tablissements d'enseignement) ralisant ces versions
adaptes. Dans le cadre de sa participation au projet de BrailleNet, l'INRIA
(Institut national de recherche en informatique et en automatique) dveloppe une
bibliothque numrique comportant des ouvrages du domaine public mis en ligne
sur diffrents serveurs web et des ouvrages prpars pour une impression braille
par des coles ou des centres de transcription.

Mais il reste encore beaucoup  faire pour proposer un vritable service public
du type de celui qui est propos aux Etats-Unis par la Library of Congress
depuis aot 1999. Gr par le National Library Service for the Blind and
Physically Handicapped (NLS/BPH), un serveur permet aux aveugles et malvoyants
de tlcharger des livres au format braille pour une lecture sur plage tactile
et par synthse vocale. Les collections de dpart - 2.700 livres en braille
abrg disponibles en tlchargement ou consultables en ligne - augmentent de
plusieurs centaines de titres par an. Les sources sont codes pour une
impression ( l'aide d'une imprimante braille) ou une lecture en ligne en
braille abrg ( l'aide de plages tactiles ou toute autre interface d'accs
braille). Ce service fournit aussi un logiciel de relecture, qui permet de
dsagrger le texte pour l'utiliser sur synthse vocale.

Dans le domaine des livres lectroniques - appareils de lecture permettant de
lire  l'cran des livres numriques - les choses bougent aussi.

En novembre 2000, Microsoft dcide de collaborer avec Pulse Data, une entreprise
no-zlandaise spcialise dans les produits informatiques pour non-voyants.
Pulse Data est l'auteur de BrailleNote, un PDA (personal digital assistant) sans
cran utilisant le systme d'exploitation Windows CE. Une interface permet de
transformer en braille les textes lus au moyen du Microsoft Reader. Les aveugles
peuvent ainsi avoir accs  un catalogue de prs de 2.000 livres numriques.
Aprs ouverture du fichier, ils ont le choix entre la version vocale et la
version en braille lectronique. Alors qu'il faut en gnral des mois pour qu'un
livre soit traduit en braille, la traduction des livres numriques est
instantane.

Livre lectronique conu par la socit Cytale et commercialis depuis janvier
2001, le Cybook permet l'agrandissement des caractres, l'inversion des
contrastes, la suppression de la couleur, le changement de police, etc., en bref
tout ce qui permet de contourner un handicap visuel. Cytale travaille avec
l'INSERM (Institut national de la sant et de la recherche mdicale) 
l'adaptation de son logiciel pour permettre la lecture de livres numriques au
moyen d'une extension braille ou d'un systme de synthse vocale.


9.3. Le livre numrique vocal


Depuis vingt ans sinon plus, les aveugles et malvoyants coutent des livres
enregistrs sur bande magntique ou sur cassettes, le plus souvent par des
bnvoles. Depuis quelques annes, ils ont  leur disposition des livres en
version audio sur CD-Rom. Depuis peu, il existe des technologies permettant de
convertir automatiquement un document dans un autre systme de codage ou une
autre langue, y compris le braille et la synthse vocale. Des logiciels -
notamment ceux de Quack - permettent la lecture d'un fichier texte au moyen
d'une voix synthtique. Les outils informatiques standard sont en train
d'intgrer la synthse de parole, avec possibilit de traduction automatique. Et
la qualit de la synthse de parole s'amliore.

Cependant, les aveugles s'accordent souvent  dire que rien ne remplace une
"vraie" voix, moins parfaite peut-tre, mais vivante, avec des nuances, des
intonations, des inflexions, etc. C'est ce que pense l'quipe du RAAMM
(Regroupement des aveugles et amblyopes du Montral mtropolitain), qui a choisi
d'enregister la presse sur publiphone (voir 9.4). Des dizaines de titres sont
lus par plus de 150 volontaires voyants. L'enregistrement ou l'coute se fait 
domicile  partir de son poste de tlphone.

Par ailleurs, nombreux sont les organismes qui disposent d'enregistrements
raliss en analogique au fil des annes, sur bandes magntiques et sur
cassettes. On envisage maintenant la numrisation et le stockage informatique de
tous ces enregistrements, qui pourraient tre utiliss non seulement par la
communaut desservie par l'organisme propritaire mais partout ailleurs. Ce
potentiel  destination des bibliothques audio permettrait  chaque organisme
d'accrotre ses collections de manire exponentielle. De nouvelles bibliothques
audio pourraient tre constitues  moindre cot, notamment dans les pays en
dveloppement. Pour ce faire, le consortium international DAISY (digital audio
information system) a t cr en 1996 afin d'laborer une norme internationale
pour la production, l'change et l'utilisation du livre numrique vocal et
organiser la numrisation du matriel audio  l'chelle mondiale.

Le consortium DAISY regroupe des organismes du monde entier au service des
personnes handicapes visuelles. Ses activits comprennent entre autres la
dfinition de normes de spcification de fichiers ( partir de celles du
Consortium W3C), la conception de logiciels ncessaires  l'industrie du livre
numrique vocal (notamment pour passer de bandes son analogiques  des bandes
son numriques), la normalisation de lignes directrices de production, l'change
de livres numriques vocaux entre bibliothques, la dfinition d'une loi
internationale du droit d'auteur pour les personnes atteintes de dficience
visuelle, la protection des documents faisant l'objet d'un droit d'auteur, et la
promotion de la norme DAISY  l'chelle mondiale.


9.4. Un publiphone pour couter la presse


Mme si elle n'a pas (encore) directement trait au numrique, il importe de
revenir sur l'exprience du RAAMM, brivement mentionne plus haut. Le RAAMM
(Regroupement des aveugles et amblyopes du Montral mtropolitain) est une
association  but non lucratif qui rassemble des personnes ayant une dficience
visuelle, afin de dfendre leurs droits, promouvoir leurs intrts et favoriser
leur intgration  part entire dans tous les domaines (emploi, scurit du
revenu, transports en commun, sant, services sociaux, habitation, ducation,
loisirs, culture, etc.). Des bnvoles offrent des services d'accompagnement
pour les activits de la vie quotidienne (recherche d'emploi ou de logement,
sorties, inscriptions, courses, achats, etc.). Ils assurent aussi des services
de lecture  domicile (contrats d'affaires, manuels, notes de cours, articles de
revues, recettes de cuisine, etc.) et de lecture sur cassettes, ainsi que la
production de documents en braille. A cela s'ajoutent des activits de formation
et de loisirs.

Entre autres activits, le RAAMM a mis sur pied un publiphone, qui est un
systme tlphonique interactif. Cr en 1993, le publiphone proposait 
l'origine une vingtaine de rubriques d'information. Trois ans aprs, en 1996,
elles sont au nombre de 67. Sept ans aprs, en 2000, on en compte 350, avec
plusieurs rubriques pour un quotidien comme La Presse par exemple. Les chiffres
sont loquents: 10.500 connexions et 100.000 rubriques consultes par mois, et
163 bnvoles pour assurer la lecture. "Avant l'instauration du publiphone, je
n'avais accs  l'information crite que lorsque les autres avaient le temps et
le got de me lire cette information, dclare un auditeur. Maintenant,  toutes
fins pratiques, je lis ce que je veux, quand je le veux."

En composant un simple numro de tlphone, on a accs  des menus  touches
permettant de slectionner la rubrique souhaite. De ce fait, les rubriques sont
rparties en neuf grandes catgories: 1) les informations provenant du RAAMM et
d'autres organismes desservant la population des handicaps visuels; 2) les
rubriques "consommation et emploi": marchs d'alimentation, produits en
pharmacie, produits en quincaillerie, magasins  rayons, magasins de disques,
offres d'emplois; 3) les horaires: tlvision, radio, cinmas, arts et
spectacles, expositions des muses et des maisons de la culture de Montral,
vnements spciaux, livres et autres documents adapts ; 4) les quotidiens: La
Presse, Le Journal de Montral et Le Devoir; 5) les hebdomadaires: 7 Jours, Les
Affaires, Le Courrier Laval, Le Courrier du Sud, Voir, Ici; 6) le coin jeunesse;
7) les revues: Le Bel ge, Coup de pouce, Capital sant, Femme plus, Elle
Qubec, Infotech, L'Actualit, Qubec science, Guide ressources, Protgez-vous,
Enfants Qubec, Clin d'oeil; 8) les programmes de tlvision et les quotidiens
en langue anglaise (Lottery results, TV listings, The Gazette, The Globe & Mail,
The Mirror, Hour); 9) les priodiques en langue anglaise (Time Magazine, Today's
Parent Magazine, National Geographic, Sports Illustrated Magazine).

Dans un deuxime temps, un nouveau systme devrait tre mis en place, qui
utiliserait les technologies les plus rcentes ainsi que l'internet. Il
permettrait notamment d'archiver les enregistrements prcdents, ce qui n'est
malheureusement pas le cas pour le moment.


9.5. Un web plus accessible aux aveugles et malvoyants


"Rflexions, conceptions, tests ont longtemps t  l'tude pour donner aux
internautes aveugles et malvoyants un vritable outil dot d'informations
pragmatiques, explique Patrice Cailleaud, directeur de communication de
HandiCaPZro. Depuis le 15 septembre 2000, tous les services de l'association
dans des domaines comme les loisirs, la tl, la communication, la sant sont
accessibles sur le site www.handicapzero.org. Plus de barrage pour les
internautes aveugles: quel que soit le type de priphrique employ (synthse
vocale, plage braille), la navigation se fait sans obstacle. Par exemple, les
images et illustrations qui abondent sur la toile et rendent les sites
inaccessibles  cette population sont lgendes. Plus d'illisibilit pour les
internautes malvoyants: pour la premire fois sur le web, le site dispose, ds
la page d'accueil, d'une interface 'confort de lecture' qui permet, en fonction
de son potentiel visuel, de choisir la couleur de l'cran, la taille et la
couleur de la police. Les pages vues  l'cran sont galement imprimables selon
le format dfini."

L'activit de Patrice Cailleaud consiste  "convaincre les dcideurs
socio-conomiques de prendre en compte les besoins spcifiques des usagers,
clients et citoyens dficients visuels. Mettre en oeuvre les dispositifs
d'accessibilit. J'ai particip  la conception ditoriale et graphique du site.
Aujourd'hui, mon rle consiste  dvelopper de nouveaux services accessibles
pour le site."

"Internet n'est pas entr dans la majorit des foyers des personnes dficientes
visuelles, ajoute Patrice Cailleaud. A cela, trois principales raisons: l'ge du
public concern, qui se situe au del de la soixantaine (pour 70% du public); le
cot trop lev pour une acquisition personnelle d'un matriel spcialis; le
nombre trop restreint de sites accessibles de faon autonome. L'avenir de
l'accs  l'information pour les personnes aveugles devrait passer par le web.
Ce support,  condition d'une responsabilit des dveloppeurs de sites sous
l'impulsion d'une autorit qui commence  lgifrer, donne un accs instantan 
une information actuelle au contraire des supports braille ou caractres
agrandis qui ncessitent des dlais et des cots d'adaptation, de transcription
et fabrication. (...) Pour les dveloppeurs de sites que a intresse, des
recommandations sont disponibles en nous contactant  HandiCaPZro, ou sur des
sites comme VoirPlus ou BrailleNet. En rgle gnrale, les dispositions 
prendre ne sont pas trop contraignantes. Il ne faudrait pas que le message pour
rendre un site accessible soit trop compliqu au risque de dissuader les bonnes
volonts."

Quelles sont les suggestions des professionnels du livre voyants pour rendre le
web plus accessible aux aveugles et malvoyants?

Jean-Pierre Balpe, directeur du dpartement hypermdias de l'Universit Paris 8:
"Le son est une solution, les claviers adapts en sont une autre, je ne sais
s'il existe des crans spcialiss, mais peut-tre... On peut aussi imaginer des
interactions sonores, Denize en a utilis quelques-unes dans son cdrom
Machines  crire (Gallimard, 1999, ndlr)."

Olivier Bogros, crateur de la Bibliothque lectronique de Lisieux: "Autant que
possible j'essaie de rendre accessible  tous la bibliothque lectronique de
Lisieux. Les recommandations du consortium W3C ne sont pas toujours videntes 
suivre. Les sites textuels ne requirent pas une charte graphique sophistique 
base de Java et autres niaiseries."

Marie-Aude Bourson, cratrice des sites littraires La Grenouille Bleue et
Gloupsy: "La Grenouille Bleue (qui a d fermer pour un problme de marque et qui
a t remplace par Gloupsy, ndlr) avait une partie destine aux malvoyants: il
suffit de crer des pages sans images ni tableau. Uniquement du texte, et une
structure de site plus simple qui va droit  l'info. Ainsi les logiciels de
reconnaissance/lecture de pages web sont trs efficaces. Il faut donc
sensibiliser les webmestres."

Richard Chotin, professeur  l'ESA (Ecole suprieure des affaires) de Lille: "Il
faudrait une relle motivation des concepteurs de sites envers le problme des
aveugles et une volont politique d'intgration des handicaps (et pas seulement
financire)."

Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybrie, chronique hebdomadaire
des actualits de l'internet: "Mes suggestions s'adressent surtout aux
diffuseurs de contenus qui ne respectent pas les normes techniques. Je
m'explique. Le Consortium W3C est un organisme de normalisation des techniques
du web. Ses comits tudient les nouvelles techniques, et prescrivent des normes
d'utilisation. Or les producteurs et diffuseurs de contenus utilisent souvent
des techniques propritales, hors normes, propres  un logiciel ou  une
plate-forme, ce qui donne lieu, par exemple,  des 'sites optimiss' pour
Netscape ou pour Internet Explorer. Si ces sites soi-disant optimiss pour un
fureteur ou un autre causent des problmes pour les utilisateurs ordinaires,
imaginez la difficult d'adapter des contenus livrs hors normes  un
consultation pour non-voyants. Il y a des efforts normes pour rendre accessible
 tous le contenu du web, mais tant et aussi longtemps que les diffuseurs
utiliseront des technologies hors normes, et ne tiendront pas leurs engagements
pris, notamment, dans le cadre du Web Interoperability Project (WIP), la tche
sera difficile."

Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'critures
hypermdias: "Jakob Nielsen voque dans La Conception de sites web - l'art de la
simplicit (Campus Press, 2000) un systme vocal bas sur la lecture de balises
HTML ou XML capables d'interfacer un synthtiseur vocal qui parat convaincant.
La WAI (Web Accessibility Initiative) du Consortium W3C a publi, le 5 mai 1999,
la premire version des directives (tlchargeables) pour un accs web aux
personnes handicapes, accessible en franais."

Anne-Bndicte Joly, crivain qui auto-dite ses oeuvres: "Je pense que nous
devrions voir apparatre des sites disposant de modes d'emplois ou de guides de
dcouverte sonores. L'idal serait de pouvoir guider un internaute malvoyant,
depuis la mise en route des navigateurs (pour taper l'adresse du site cibl),
jusqu' l'arrive sur un site. Sur un site quip, un assistant guide
l'internaute en lui exposant les fonctionnalits du site. L'accs aux rubriques
se fait via des codes alphanumriques (sur le mme principe que les serveurs
tlphoniques  frquence vocale). Le code d'accs  la rubrique est possible
grce  un clavier adapt (touche possdant des caractres braille). Puis
l'assistant propose des choix: tlchargement des rubriques pour ditions sur
imprimante braille ou lecture de la rubrique sous forme d'extraits sonores. Il
faudra se montrer vigilants face au temps de chargement du son. Puis, pour
favoriser les changes, prvoir la possibilit de dposer des tmoignages vocaux
(voire des images via des webcams) sur le serveur du site."

Olivier Pujol, PDG de Cytale et promoteur du Cybook, livre lectronique,
prconise "le dveloppement des moteurs de type BrailleSurf associs  de la
synthse vocale, et le respect par les concepteurs de sites de quelques rgles
(documentation des images, ou association de commentaires textuels  certaines
applications telles que les animations flash). Ds que notre site atteindra un
niveau oprationnel suffisant, il sera entirement adapt  cet effet."

Patrick Rebollar, professeur de littrature franaise dans des universits
japonaises, suggre d'"amliorer les logiciels de lecture orale de l'crit.
Crer des crans tactiles qui affichent le texte en braille et dvelopper des
logiciels de traduction automatique et d'affichage sur cran braille (sous
l'gide d'une fondation internationale subventionne par les gouvernements,
l'Unesco, etc., et qui lverait des fonds auprs des entreprises intresses)."

Zina Tucsnak, ingnieur d'tudes en informatique  l'ATILF (Analyses et
traitements informatiques du lexique franais): "Il faudrait fournir des
alternatives quivalentes au contenu visuel et auditif: le texte peut tre
expdi directement  des synthtiseurs vocaux et  des gnrateurs de braille
et peut tre reprsent sur du papier. La voix synthtique et le braille sont
indispensables aux individus non voyants et mal entendants."

Plusieurs des rponses reues, non cites ici, montrent qu'il serait ncessaire
de sensibiliser les voyants au fait que les aveugles ont eux aussi droit  deux
modes de connaissance, la lecture et l'coute, tout comme les voyants. Pourquoi
les aveugles devraient-ils se limiter  l'coute, alors que le numrique permet
enfin la conversion facile du document, et donc la lecture de ce document en
braille?

La conclusion de ce chapitre appartient  Richard Chotin, professeur  l'Ecole
suprieure des affaires (ESA) de Lille. A la question: "Quoi de neuf cette
anne?", il rpond en mai 2001: "Une seule nouveaut, mais de taille, les
consquences de l'accessibilit du web aux aveugles: ma fille vient d'obtenir la
deuxime place  l'agrgation de lettres modernes. Un de ses amis a obtenu la
matrise de confrence en droit et un autre a soutenu sa thse de doctorat en
droit galement. Outre l'aspect performance, cela prouve au moins que si les
aveugles taient rellement aids (tous les aveugles n'ont pas videmment la
chance d'avoir un pre qui peut passer du temps et consacrer de l'argent) par
des mthodes plus actives dans la lecture des documents (obligation d'obtenir en
braille ce qui existe en 'voyant' notamment), le handicap pourrait presque
disparatre."


10. LES LIBRAIRIES "CLASSIQUES" ET CYBER


[Dans ce chapitre:]

[10.1. Qu'apporte l'internet aux librairies "classiques"? / Un exemple: les
librairies de voyage / Autre exemple: les librairies d'ancien // 10.2. Les
librairies en ligne // 10.3. Les premires librairies numriques / L'exemple de
Numilog]


10.1. Qu'apporte l'internet aux librairies "classiques"?


A titre d'exemple, on a choisi ici deux catgories de librairies: les librairies
de voyage et les librairies d'ancien.

= Un exemple: les librairies de voyage

Au coeur de Paris, dans l'le Saint-Louis, la librairie Ulysse propose plus de
20.000 livres, cartes et revues neufs et anciens sur tous les pays et pour tous
les voyages. Cre en 1971 par Catherine Domain, elle est  l'poque la premire
librairie au monde uniquement consacre aux voyages. Sur le site web de la
librairie, Catherine Domain raconte: "Au terme de dix annes de voyages sur tous
les continents, je me suis arrte, en 1970, et me suis dit: 'Que vais-je bien
pouvoir faire pour vivre?' Consciente de la ncessit de m'insrer dans une
socit d'une faon ou d'une autre, j'ai procd  un choix par dduction et par
le refus d'avoir patron et employ. Me souvenant de mes grand-pres, l'un
navigateur au long cours, l'autre libraire en Prigord, et constatant que
j'tais oblige de visiter une quinzaine de librairies avant de trouver la
moindre documentation sur un pays aussi proche que la Grce, une 'librairie de
voyage' s'est impose  mon esprit, entre Colombo et Surabaya, au cours d'un
tour du monde."

Catherine Domain n'a pas pour autant abandonn les voyages. Elle est  la fois
membre du SLAM (Syndicat national de la librairie ancienne et moderne), du Club
des explorateurs et du Club international des grands voyageurs. Elle a fond le
Cargo Club, un club de rencontre pour les passionns de la mer, et le Club
Ulysse des petites les du monde. Elle a visit  ce jour 141 pays et les
voyages la tenaillent toujours. En 1998, elle explore  la voile les les du
Kiribati et les les Marshall, au milieu du Pacifique. En 1999, en tant que
membre du jury du Prix du livre insulaire, elle fait une escale  Ouessant, puis
elle fait le tour de la Sardaigne  la voile. En l'an 2000, toujours  la voile,
elle visite la Croatie pendant un mois. De nouveau membre du jury du Prix du
livre insulaire, elle refait escale  Ouessant et aussi  l'le de Sein.

En 1999, Catherine Domain se lance dans une exprience autrement plus ingrate,
qui est la ralisation d'un site web. "Mon site est embryonnaire et en
construction, crit-elle, il se veut  l'image de ma librairie, un lieu de
rencontre avant d'tre un lieu commercial. Il sera toujours en perptuel
devenir! Internet me prend la tte, me bouffe mon temps et ne me rapporte
presque rien mais cela ne m'ennuie pas... Pour qu'internet marche, il faut ne
faire que a ou avoir des 'esclaves'. Je ne veux ni l'un ni l'autre. Je n'ai pas
une me de patron mais d'artisan, et j'attrape vite la bougeote et mal aux
yeux." Elle est trs pessimiste sur l'avenir de sa librairie: "Internet tue les
librairies spcialises. En attendant d'tre dvore, je l'utilise comme un
moyen d'attirer les clients chez moi, et aussi de trouver des livres pour que
ceux qui n'ont pas encore internet chez eux! Mais j'ai peu d'espoir..."

Autre librairie de voyage, situe  Paris dans l'ancien quartier des Halles, la
librairie Itinraires rassemble tous les ouvrages permettant de prparer,
accompagner et prolonger un voyage: guides, cartes, manuels de conversation,
reportages, rcits de voyage, livres de cuisine, livres d'art et de
photographie, ouvrages d'histoire, de civilisation, d'ethnographie, de religion
et de littrature trangre, et cela pour plus de 160 pays et 250 destinations.

Comment la librairie en est-elle venue  utiliser le minitel puis l'internet?
"Ds 1985, nous avons cr une base de donnes avec classement des ouvrages par
pays et par thmes, crit Hlne Larroche en juin 1998. Il y a un peu plus de
trois ans (dbut 1995), nous avons rendu la consultation de notre catalogue
possible sur minitel et nous effectuons aujourd'hui prs de 10% de notre chiffre
d'affaires avec la vente  distance. Passer du minitel  internet nous semblait
intressant pour atteindre la clientle de l'tranger, les expatris dsireux de
garder par les livres un contact avec la France et  la recherche d'une
librairie qui 'livre  domicile' et bien sr les 'surfeurs sur le net', non
minitlistes. La vente  distance est encore trop peu utilise sur internet pour
avoir modifi notre chiffre d'affaires de faon significative. Internet a
cependant eu une incidence sur le catalogue de notre librairie, avec la cration
d'une rubrique sur le web, spcialement destine aux expatris, dans laquelle
nous mettons des livres, tous sujets confondus, qui font partie des meilleures
ventes du moment ou/et pour lesquels la critique s'emballe. Nous avons toutefois
dcid de limiter cette rubrique  60 titres quand notre base en compte 13.000.
Un changement non ngligeable, c'est le temps qu'il faut dgager ne serait-ce
que pour rpondre au courrier que gnrent les consultations du site. Outre le
bnfice pour l'image de la librairie qu'internet peut apporter (et dont nous
ressentons dj les effets), nous esprons pouvoir capter une nouvelle clientle
dans notre spcialit (la connaissance des pays trangers), atteindre et
intresser les expatris et augmenter nos ventes  l'tranger." En janvier 2000,
elle mentionne "un net regain de personnes qui viennent  notre librairie aprs
nous avoir dcouvert sur le web. C'est donc plutt une clientle parisienne ou
une clientle venue de province pour pouvoir feuilleter sur place ce que l'on a
dcouvert sur le web. Mais l'exprience est trs intressante etnous conduit 
poursuivre."

= Autre exemple: les librairies d'ancien

Les librairies d'ancien n'ont elles aussi pas tard  utiliser l'internet pour
tendre leur champ d'activit.

Le SLAM (Syndicat de la librairie ancienne et moderne), seul syndicat
professionnel des libraires de livres anciens, livres illustrs, autographes et
gravures, regroupe aujourd'hui quelque 220 membres. "Le SLAM avait dj cr un
premier site internet en 1997, explique Alain Marchiset, son prsident, en
juillet 2000. Mais ce site ne nous appartenait pas et la conception en tait un
peu statique. Ce nouveau site plus moderne de conception a t ouvert il y a un
an. Il intgre une architecture de type 'base de donnes', et donc un vritable
moteur de recherche, qui permet de faire des recherches spcifiques (auteur,
titre, diteur, et bientt sujet) dans les catalogues en ligne des diffrents
libraires. Le site contient l'annuaire des libraires avec leurs spcialits, des
catalogues en ligne de livres anciens avec illustrations, un petit guide du
livre ancien avec des conseils et les termes techniques employs par les
professionnels, et aussi un service de recherche de livres rares. De plus
l'association organise chaque anne en novembre une foire virtuelle du livre
ancien sur le site, et en mai une vritable foire internationale du livre ancien
qui a lieu  Paris et dont le catalogue officiel est visible aussi sur le site."

Comment se passe la vente en ligne? "Les libraires membres proposent sur le site
du SLAM des livres anciens que l'on peut commander directement par courrier
lectronique et rgler par carte de crdit. Les livres sont expdis dans le
monde entier. Les libraires de livres anciens vendaient dj par correspondance
depuis trs longtemps au moyen de catalogues imprims adresss rgulirement 
leurs clients. Ce nouveau moyen de vente n'a donc pas t pour nous vraiment
rvolutionnaire, tant donn que le principe de la vente par correspondance
tait dj matris par ces libraires. C'est simplement une adaptation dans la
forme de prsentation des catalogues de vente qui a t ainsi ralise. Dans
l'ensemble la profession envisage assez sereinement ce nouveau moyen de vente."

En juin 2001, Alain Marchiset poursuit: "Aprs une exprience de prs de cinq
annes sur le net, je pense que la rvolution lectronique annonce est moins
vidente que prvue, et sans doute plus 'virtuelle' que relle pour le moment.
Les nouvelles technologies n'ont pas actuellement rvolutionn le commerce du
livre ancien. Nous assistons surtout  une srie de faillites, de rachats et de
concentrations de socits de services (principalement amricaines) autour du
commerce en ligne du livre, chacun essayant d'avoir le monopole, ce qui bien
entendu est dangereux  la fois pour les libraires et pour les clients qui
risquent  la longue de ne plus avoir de choix concurrentiel possible. Les
associations professionnelles de libraires des 29 pays fdres autour de la
Ligue internationale de la librairie ancienne (LILA) ont dcid de ragir et de
se regrouper autour d'un gigantesque moteur de recherche mondial sous l'gide de
la LILA,  partir du site www.ilab-lila.com. Cette fdration reprsente un
potentiel de 2.000 libraires indpendants dans le monde, mais offrant des
garanties de scurit et de respect de rgles commerciales strictes. Ce nouveau
moteur de recherche de la LILA (en anglais ILAB) en pleine expansion est dj
rfrenc par AddAll.com et Bookfinder.com."

Grant de la librairie du Bt d'Argent, librairie d'ancien situe  Lyon, Pascal
Chartier cre ds novembre 1995 Livre-rare-book, site professionel de livres
d'occasion. Le site comprend un catalogue de livres anciens et livres d'occasion
class par sujets et par librairie (environ 100 librairies et 300.000 livres en
juin 2001) et un annuaire lectronique international des librairies de livres
d'occasion. Selon Pascal Chartier, l'internet, qui a ouvert "une vaste porte"
aux libraires et  leurs clients, est "peut-tre la pire et la meilleure des
choses. La pire parce qu'il peut gnrer un travail constant sans limite et la
dpendance totale. La meilleure parce qu'il peut s'largir encore et permettre
surtout un travail intelligent!" L'anne 2000 est marque par "la ralisation
d'un module de gestion pour permettre aux libraires d'intgrer leurs livres
facilement sur Livre-rare-book, et la traduction du site en anglais, allemand,
italien et portugais."


10.2. Les librairies en ligne


Comme on vient de le voir, le web offre aux librairies "classiques" une vitrine
qui leur permet d'agrandir leur rayon gographique. Elles peuvent aussi grer
une librairie en ligne. C'est le cas notamment pour la FNAC, Virgin, France
Loisirs, Le Furet du Nord, qui officie dans le nord de la France, Decitre, dans
la rgion Rhne-Alpes, etc.

D'autres librairies n'ont ni murs, ni vitrine, ni enseigne sur la rue. Leur
seule vitrine est leur site web, et toutes leurs transactions s'effectuent sur
la toile. Pour ne citer que les plus connues, ces librairies en ligne ont pour
nom Chapitre.com, librairie en ligne indpendante cre en 1997 par Juan Pirlot
de Corbion et connue pour la qualit de ses services, Alapage, cr en 1996 par
Patrice Magnard et filiale de France Tlcom Multimdia depuis septembre 1999,
Amazon France, filiale d'Amazon.com en activit depuis aot 2000, Bol.fr,
filiale de Vivendi et de Bertelsmann Online (ferm en aot 2001) et
CDiscount.com, qui propose des livres, des DVD et "le meilleur de la musique et
de la vido  prix fourmi". Les grandes librairies en ligne anglophones sont
Amazon.com (bas aux Etats-Unis), Barnes & Noble.com (bas aux Etats-Unis),
Internet BookShop (bas au Royaume-Uni), Chaptersglobe.com (bas au Canada),
etc.

Outre un catalogue rpertoriant tous les titres disponibles, avec recherche par
auteur, par titre ou par sujet, et la possibilit de passer sa commande en
ligne, les sites web permettent de lire des rsums, extraits et critiques de
livres, et sont parfois de vritables revues littraires auxquelles contribuent
des chroniqueurs de renom, dont certains ont abandonn les journaux et magazines
papier pour le web.

En France, la loi sur le prix unique du livre laisse peu de latitude sur les
prix, et n'offre pas les possibilits de rduction qui existent dans les pays o
le prix du livre est libre (Royaume-Uni, Etats-Unis, etc.). En revanche, tout
comme les libraires "classiques", les libraires en ligne sont optimistes sur les
perspectives d'un march francophone international qui commence  compter dans
les statistiques. Cependant, en juillet 2001, l'annonce de la fermeture de
Bol.fr (le 1er aot 2001, avec traitement des commande jusqu'au 15 septembre) et
les difficults rencontres par d'autres librairies semblent montrer que le
nombre de librairies en ligne franaises est trop important par rapport au
march actuel."


10.3. Les premires librairies numriques


Une librairie numrique est une librairie vendant des livres numriques (au
format PDF, Acrobat eBook Reader, Microsoft Reader, etc.). Elle est  distinguer
de la librairie en ligne, qui vend des livres et autres produits culturels - pas
forcment numriques - sur l'internet.

Si Barnes & Noble.com a ouvert son eBook Store le 8 aot 2000, suivi par
Amazon.com le 28 aot 2000 - suite aux accords passs par l'un et par l'autre
avec Microsoft pour l'utilisation du Microsoft Reader - les librairies
numriques ne sont pas l'apanage des mastodontes du mtier, comme en tmoigne
l'activit de Numilog, qui a dbut ses activits bien avant cette date.
10.3.1. L'exemple de Numilog

"Ds 1995, j'avais imagin et dessin des modles de lecteurs lectroniques
permettant d'emporter sa bibliothque avec soi et pesant comme un livre de
poche, explique Denis Zwirn, PDG de Numilog. Dbut 1999, j'ai repris ce projet
avec un ami spcialiste de la cration de sites internet, en ralisant la
formidable synergie possible entre des appareils de lecture lectronique mobiles
et le dveloppement d'internet, qui permet d'acheminer les livres dmatrialiss
en quelques minutes dans tous les coins du monde."

La librairie a trois ples d'activits. "Numilog est d'abord une librairie en
ligne de livres numriques. Notre site internet est ddi  la vente en ligne de
ces livres, qui sont envoys par courrier lectronique ou tlchargs aprs
paiement par carte bancaire. Il permet galement de vendre des livres par
chapitres. Numilog est galement un studio de fabrication de livres numriques:
aujourd'hui, les livres numriques n'existent pas chez les diteurs, il faut
donc d'abord les fabriquer avant de pouvoir les vendre, dans le cadre de
contrats ngocis avec les diteurs dtenteurs des droits. Ce qui signifie les
convertir  des formats convenant aux diffrents 'readers' du march: Acrobat
Reader, Acrobat eBook Reader (que nous sommes les premiers en France 
diffuser), et bientt Microsoft Reader et les lecteurs lectroniques du type
Rocket eBook. Ce qui signifie galement soigner leur mise en page numrique: la
mise en page d'un livre numrique ne doit pas tre la mme que celle du livre
papier correspondant si on veut proposer au lecteur une exprience de lecture
confortable qui ne le doive pas. Enfin, Numilog devient progressivement un
diffuseur car, sur internet, il est important d'tre prsent en de trs nombreux
points du rseau pour faire connatre son offre. Pour les livres en particulier,
il faut les proposer aux diffrents sites thmatiques ou de communauts, dont
les centres d'intrt correspondent  leur sujet (sites de fans d'histoire, de
management, de SF...). Numilog facilitera ainsi la mise en oeuvre de multiples
'boutiques de livres numriques' thmatiques."

Ouvert en septembre 2000, le site web prsente un catalogue thmatique de livres
numriques (650 titres en juin 2001), avec ajout de 50  100 titres nouveaux par
mois. "Cette base de livres est accessible par un moteur de recherche. Chaque
livre fait l'objet d'une fiche avec un rsum et un extrait. En quelques clics,
il peut tre achet en ligne par carte bancaire, puis reu par e-mail ou
tlchargement." Depuis mars 2001, le site prsente des fonctionnalits
nouvelles, comme l'intgration d'une "authentique vente au chapitre" (les
chapitres vendus isolment seront traits comme des lments inclus dans la
fiche-livre, et non comme d'autres livres) et la gestion trs ergonomique des
formats de lecture multiples.Le but tant de "permettre  un public
d'internautes de plus en plus large d'avoir progressivement accs  des bases de
livres numriques aussi importantes que celles des livres papier, mais avec plus
de modularit, de richesse d'utilisation et  moindre prix".


11. BIBLIOTHEQUES "EN DUR" ET BIBLIOTHEQUES NUMERIQUES


[Dans ce chapitre:]

[11.1. Du bibliothcaire au cyberthcaire / Le Projet Gutenberg / The On-Line
Books Page / La Bibliothque lectronique de Lisieux / La mdiathque de
l'Institut Pasteur / Le centre de documentation de l'Organisation de coopration
et de dveloppement conomiques (OCDE) / Le centre de documentation de
l'Institut d'tudes politiques (IEP) de Grenoble / La bibliothque de l'Ecole
nationale suprieure de statistique et d'conomie applique (ENSEA) d'Abidjan /
L'association Juriconnexion (documentation juridique) / La mdiathque de
l'Institut franais de Londres // 11.2. Numrisation en mode texte et en mode
image // 11.3. Les bibliothques traditionnelles sont-elles menaces?]


11.1. Du bibliothcaire au cyberthcaire


Sur une ancienne version de son site web (1998), la British Library dfinissait
la bibliothque numrique comme une entit rsultant de l'utilisation des
technologies numriques pour acqurir, stocker, prserver et diffuser des
documents qui sont soit publis directement sous forme numrique, soit numriss
 partir d'un document imprim, audiovisuel ou autre. Une collection numrique
devient une bibliothque numrique quand elle rpond aux quatre facteurs
suivants: 1) elle peut tre cre et produite dans un certain nombre d'endroits
diffrents, mais elle est accessible en tant qu'entit unique, 2) elle doit tre
organise et indexe pour un accs aussi facile que possible  partir du lieu de
base o elle est produite, 3) elle doit tre stocke et gre de manire  avoir
une existence assez longue aprs sa cration, 4) elle doit trouver un quilibre
entre le respect du droit d'auteur et les exigences universitaires.

Choisies pour leur intrt et leur varit, voici quelques expriences: le
Projet Gutenberg, projet pilote en ligne depuis 1991 (11.1.1); The On-Line Books
Page (11.1.2), en ligne depuis 1993; la Bibliothque lectronique de Lisieux, en
ligne depuis 1996 (11.1.3); la mdiathque de Institut Pasteur, en ligne depuis
1996 (11.1.4); le centre de documentation de l'Organisation de coopration et de
dveloppement conomiques (OCDE), en ligne interne depuis 1996 (11.1.5); le
centre de documentation de l'Institut d'tudes politiques (IEP) de Grenoble, en
ligne depuis 1998 (11.1.6); la bibliothque de l'Ecole nationale suprieure de
statistique et d'conomie applique (ENSEA) d'Abidjan, en ligne depuis 1999
(11.1.7) ; l'association Juriconnexion (documentation juridique), en ligne
depuis 1999 (11.1.8); la mdiathque de l'Institut franais de Londres, en ligne
depuis 2000 (11.1.9)

= Le Projet Gutenberg

Projet pionnier, le Projet Gutenberg a inspir bien d'autres bibliothques
numriques depuis. Il dbute en 1971 quand Michael Hart, tudiant  l'Universit
d'Illinois, reoit un compte de 100 millions de dollars de "temps machine" dans
le laboratoire informatique (Materials Research Lab) de son universit. Il
dcide aussitt de consacrer ce crdit  la recherche et au stockage des oeuvres
du domaine public disponibles dans les bibliothques. Il dcide aussi de stocker
les textes lectroniques de la manire la plus simple possible, au format ASCII,
avec des lettres capitales pour les termes en italique, gras ou souligns, afin
qu'ils puissent tre lus sans problme quels que soient la machine et le
logiciel utiliss. Peu aprs, il dfinit la "mission" du Projet Gutenberg:
mettre  la disposition de tous le plus grand nombre possible d'oeuvres du
domaine public. Travailleur acharn, il dcide de ddier toute sa vie  son
projet, qu'il voit comme tant  l'origine d'une rvolution no-industrielle.

Lorsque l'utilisation du web se gnralise, le projet trouve un second souffle,
et un rayonnement international. Les collections se chiffrent maintenant  3.700
oeuvres (chiffres de juillet 2001) qui, au fil des annes, ont t patiemment
numrises en mode texte par des volontaires de nombreux pays (600 volontaires
actifs en 2000). Un total de 1.000 nouveaux livres devrait tre trait en 2001.
Cinquante heures environ sont ncessaires pour slectionner, scanner, corriger
et mettre en page un texte lectronique. Un ouvrage de taille moyenne - par
exemple un roman de Stendhal ou de Jules Verne - est compos de deux fichiers
ASCII. Si certains documents anciens sont parfois saisis ligne aprs ligne, le
plus souvent parce que le texte original manque de clart, les oeuvres sont en
gnral scannes en utilisant un logiciel OCR (optical character recognition),
puis elles sont relues et corriges  double reprise, parfois par deux personnes
diffrentes. D'abord essentiellement anglophones, les collections deviennent peu
 peu multilingues.

"Nous considrons le texte lectronique comme un nouveau mdium, sans vritable
relation avec le papier, explique Michael Hart. Le seul point commun est que
nous diffusons les mmes oeuvres, mais je ne vois pas comment le papier peut
concurrencer le texte lectronique une fois que les gens y sont habitus,
particulirement dans les tablissements d'enseignement. (...) Ma carrire
n'aurait pas exist sans l'internet, et le Projet Gutenberg n'aurait jamais eu
lieu... Vous savez srement que le Projet Gutenberg a t le premier site
d'information sur l'internet. Mon projet est de mettre 10.000 textes
lectroniques sur l'internet. Si je pouvais avoir des subventions importantes,
j'aimerais aller jusqu' un million et tendre aussi le nombre de nos usagers
potentiels de 1,x%  10% de la population mondiale, ce qui reprsenterait la
diffusion de 1.000 fois un milliard de textes lectroniques au lieu d'un
milliard seulement. (...) J'introduis une nouvelle langue par mois maintenant,
et je vais poursuivre cette politique aussi longtemps que possible."

= The On-Line Books Page

Autre projet pilote  l'poque, The On-Line Books Page rpertorie plus de 12.000
textes lectroniques d'oeuvres anglophones en accs libre sur le web. John Mark
Ockerbloom, qui est  l'poque tudiant  l'Universit Carnegie Mellon
(Pittsburgh, Pennsylvanie), dbute ce rpertoire en 1993 dans le cadre du site
web du dpartement d'informatique, dont il est le webmestre.

"J'tais webmestre ici pour la section informatique du CMU (Carnegie Mellon
University), et j'ai dbut notre site local en 1993, raconte John Mark
Ockerbloom en septembre 1998. Il comprenait des pages avec des liens vers des
ressources disponibles localement, et  l'origine The On-Line Books Page tait
une de ces pages, avec des liens vers des livres mis en ligne par des collgues
de notre dpartement (par exemple Robert Stockton, qui a fait des versions web
de certains textes du Projet Gutenberg). Ensuite les gens ont commenc 
demander des liens vers des livres disponibles sur d'autres sites. J'ai remarqu
que de nombreux sites (et pas seulement le Project Gutenberg ou Wiretap)
proposaient des livres en ligne, et qu'il serait utile d'en avoir une liste
complte qui permette de tlcharger ou de lire des livres o qu'ils soient sur
l'internet. C'est ainsi que mon index a dbut. J'ai quitt mes fonctions de
webmestre en 1996, mais j'ai gard The On-Line Books Page, parce que, entre
temps, je m'tais passionn pour l'norme potentiel qu'a l'internet de rendre la
littrature accessible au plus grand nombre. Maintenant il y a tant de livres
mis en ligne que j'ai du mal  rester  jour (en fait j'ai beaucoup de retard).
Mais je pense pourtant continuer cette activit d'une manire ou d'une autre. Je
suis trs intress par le dveloppement de l'internet en tant que mdium de
communication de masse dans les prochaines annes. J'aimerais aussi rester
impliqu d'une manire ou d'une autre dans la mise  disposition gratuite pour
tous de livres sur l'internet, que ceci fasse partie intgrante de mon activit
professionnelle ou que ceci soit une activit bnvole mene sur mon temps
libre."

John Mark Ockerbloom obtient son doctorat en informatique en 1998. En 1999, il
rejoint le dpartement des bibliothques et de l'informatique de l'Universit de
Pennsylvanie, o il travaille  la R&D (recherche et dveloppement) de la
bibliothque numrique. A la mme poque, il transfre The On-Line Books Page
dans cette bibliothque numrique. La prsentation est toujours la mme et les
mises  jour sont rgulires.

= La Bibliothque lectronique de Lisieux

La Bibliothque lectronique de Lisieux ouvre en juin 1996. "Ce site est
entirement consacr et exclusivement rserv  la mise  disposition sur le
rseau (librement et gratuitement) de textes littraires et documentaires du
domaine public franais afin de constituer une bibliothque virtuelle qui
complte celles dj existantes", explique Olivier Bogros, son crateur, qui est
aussi directeur de la bibliothque municipale de Lisieux (Normandie). Ds sa
cration, ce site pionnier suscite beaucoup d'intrt dans la communaut
francophone parce qu'il montre ce qui est faisable sur le web avec beaucoup de
dtermination et des moyens limits. D'abord hberg sur les pages du compte
CompuServe d'Olivier Bogros, il est depuis juin 1998 install sur un nouveau
serveur avec un espace disque plus important (30 Mo) et un nom de domaine.

Quel est l'historique du site? La premire tape est la "cration d'un bulletin
lectronique d'informations bibliographiques locales (Les Affiches de Lisieux)
en 1994 dont la diffusion locale ne rencontre qu'un trs faible cho", raconte
Olivier Bogros lors d'un premier entretien. Les tapes suivantes sont "en 1995
la numrisation de nos collections de cartes postales en vue de constituer une
photothque numrique" puis "la saisie de nouvelles d'auteurs d'origine normande
courant 1995 en imitation (modeste) du projet de l'ABU (Association des
bibliophiles universels) avec diffusion sur un BBS (bulletin board service)
spcialis. L'ide du site internet vient d'Herv Le Crosnier, enseignant 
l'Universit de Caen et modrateur de la liste de diffusion Biblio-fr, qui monta
sur le serveur de l'universit la maquette d'un site possible pour la
bibliothque municipale de Lisieux, afin que je puisse en faire la dmonstration
 mes lus. La suite logique en a t le vote au budget primitif de 1996 d'un
crdit pour l'ouverture d'une petite salle multimdia avec accs public au
rseau pour les Lexoviens (habitants de Lisieux, ndlr). Depuis cette date, un
crdit d'entretien pour la mise  niveau des matriels informatiques est allou
au budget de la bibliothque qui permettra cette anne (deuxime semestre 1998,
ndlr) la monte en puissance des machines, l'achat d'un graveur de cdroms et
la mise  disposition d'une machine bureautique pour les lecteurs de
l'tablissement.... ainsi que la cration d'un emploi jeune pour le
dveloppement des nouvelles technologies."

En juillet 1999, Olivier Bogros relate: "Nous rflchissons, toujours dans le
domaine patrimonial,  un prolongement du site actuel vers les arts du livre -
illustration, typographie... - toujours  partir de notre fonds. Sinon, pour ce
qui est des textes, nous allons vers un largissement de la part rserve au
fonds normand. (...) Les oeuvres  diffuser sont choisies  partir d'exemplaires
conservs  la bibliothque municipale de Lisieux ou dans des collections
particulires mises  disposition. Les textes sont saisis au clavier et relus
par du personnel de la bibliothque, puis mis en ligne aprs encodage (370
oeuvres sont actuellement disponibles en ligne). La mise  jour est mensuelle (3
 6 textes nouveaux). Par got, mais aussi contraints par le mode de production,
nous slectionnons plutt des textes courts (nouvelles, brochures, tirs  part
de revues, articles de journaux...). De mme nous laissons  d'autres
(bibliothques ou diteurs) le soin de mettre en ligne les grands classiques de
la littrature franaise, prfrant consacrer le peu de temps et de moyens dont
nous disposons  mettre en ligne des textes excentriques et improbables. (...)
La cration et la maintenance du site ne sont encore que des activits
marginales de la bibliothque municipale (...) En fait, et pour les deux annes
 venir, l'essentiel de notre temps est consacr  la mise en place de la
nouvelle mdiathque (avec une relle intgration des nouvelles technologies)
[et pour le quotidien]  l'enrichissement et la communication sur place des
ressources locales (c'est--dire des informations physiquement localises  la
bibliothque), le dveloppement de la lecture dans les quartiers... La salle
multimdia ouverte en octobre 1996 doit encore trouver son rythme de croisire,
la consultation des cdroms et la bureautique devanant souvent l'utilisation
d'internet."

En aot 2000, Olivier Bogros crit: "La mdiathque n'ouvrira ses portes qu'en
janvier 2002 et ce chantier va encore mobiliser l'essentiel de mon temps. Nous
poursuivons modestement l'enrichissement du corpus de textes de la bibliothque
lectronique. Une collaboration vient de s'engager entre la bibliothque
lectronique de Lisieux et le site 'Langue du 19e sicle"  l'Universit de
Toronto. Les textes en ligne  Lisieux sont interrogeables en ligne  Toronto
sous forme de bases de donnes interactives. L'initiative de ce projet, baptis
LexoTor, revient  M. Russon Wooldridge  la suite d'un colloque organis en mai
dernier par son universit."

Lanc officiellement le 27 aot 2000, LexoTor est une base de donnes qui
fonctionne sous le logiciel TACTweb et qui permet l'interrogation en ligne des
textes de la bibliothque classs en diffrentes rubriques: oeuvres littraires,
notamment du 19e sicle; brochures et opuscules documentaires ; manuscrits,
livres et brochures sur la Normandie; confrences et exposs transcrits par des
lves du Lyce Marcel Gambier. L'interrogation permet aussi les analyses et
comparaisons textuelles. Le projet est issu de la rencontre d'Olivier Bogros
avec Russon Wooldridge, professeur au dpartement d'tudes franaises de
l'Universit de Toronto, lors d'un colloque international que ce dernier a
organis les 12 et 13 mai 2000 dans son universit sur le thme: "Les tudes
franaises valorises par les nouvelles technologies d'information et de
communication".

En mai 2001, Olivier Bogros poursuit: "La base Lexotor devrait pouvoir
bnficier ds ce mois-ci de la dernire version du logiciel TACTweb, ce qui
rendra beaucoup plus riches et pertinentes les interrogations faites. Pour ce
qui concerne Lisieux, le btiment de la mdiathque est sorti de terre, le gros
oeuvre sera fini fin juin, la livraison est prvue pour novembre. Par contre
l'ouverture initialement prvue pour janvier 2002 sera sans doute effective fin
mars. Sur le site de la bibliothque lectronique, le travail se poursuit chaque
mois avec la mise en ligne de textes. J'ai suspendu provisoirement la
fabrication de hiboux (e-books, ndlr) au format Microsoft Reader ou Mobipocket.
Il faudrait que je trouve un partenariat avec un autre site pour que les textes
disponibles en HTML sur notre bibliothque lectronique soient aussi proposs
ailleurs dans un format hiboux multiplateforme. A titre personnel, j'ai ouvert
une autre bibliothque lectronique, Miscellanes, encore en devenir."

= La mdiathque de l'Institut Pasteur

Bas  Paris et dans plusieurs rgions du monde, l'Institut Pasteur est une
fondation prive dont la mission est de contribuer  la prvention et au
traitement des maladies, en priorit infectieuses, par la recherche,
l'enseignement, et des actions de sant publique.

"Le site web de la bibliothque a pour vocation principale de servir la
communaut pasteurienne, explique Bruno Didier, son webmestre. Il est le support
d'applications devenues indispensables  la fonction documentaire dans un
organisme de cette taille: bases de donnes bibliographiques, catalogue,
commande de documents et bien entendu accs  des priodiques en ligne (un peu
plus d'une centaine actuellement). C'est galement une vitrine pour nos
diffrents services, en interne mais aussi dans toute la France et  l'tranger.
Il tient notamment une place importante dans la coopration documentaire avec
les instituts du rseau Pasteur  travers le monde. Enfin j'essaie d'en faire
une passerelle adapte  nos besoins pour la dcouverte et l'utilisation
d'internet. Il existe dans sa forme actuelle depuis 1996 et son audience
augmente rgulirement."

En quoi consiste exactement son activit? "Je dveloppe et maintiens les pages
du serveur, ce qui s'accompagne d'une activit de veille rgulire. Par ailleurs
je suis responsable de la formation des usagers, ce qui se ressent dans mes
pages. Le web est un excellent support pour la formation, et la plupart des
rflexions actuelles sur la formation des usagers intgrent cet outil. C'est 
la fois dans nos rapports avec l'information et avec les usagers que les
changements ont eu lieu. Nous devenons de plus en plus des mdiateurs, et
peut-tre un peu moins des conservateurs. Mon activit actuelle est typique de
cette nouvelle situation: d'une part dgager des chemins d'accs rapides 
l'information et mettre en place des moyens de communication efficaces, d'autre
part former les utilisateurs  ces nouveaux outils. Je crois que l'avenir de
notre mtier passe par la coopration et l'exploitation des ressources communes.
C'est un vieux projet certainement, mais finalement c'est la premire fois qu'on
dispose enfin des moyens de le mettre en place."

= Le centre de documentation de l'Organisation de coopration et de
dveloppement conomiques (OCDE)

L'OCDE (Organisation de coopration et de dveloppement conomiques) regroupe
trente pays membres "au sein d'une organisation qui, avant tout, offre aux
gouvernements un cadre pour examiner, laborer et perfectionner les politiques
conomiques et sociales", lit-on sur le site web de l'organisation. "Ils y
comparent leurs expriences respectives, s'y efforcent d'apporter des rponses
aux problmes qui leur sont communs et s'y emploient  coordonner des politiques
intrieures et internationales qui, dans le contexte actuel de mondialisation
des conomies, doivent former un ensemble de plus en plus homogne. (...) L'OCDE
est un club de pays qui partagent les mmes ides. C'est un club de riches en ce
sens que ses membres produisent les deux tiers des biens et services du monde,
mais ce n'est pas un club priv. En fait, l'exigence essentielle pour en devenir
membre est qu'un pays soit attach aux principes de l'conomie de march et de
la dmocratie pluraliste. Au noyau d'origine, constitu de pays d'Europe et
d'Amrique du Nord, sont venus s'ajouter le Japon, l'Australie, la
Nouvelle-Zlande, la Finlande, le Mexique, la Rpublique tchque, la Hongrie, la
Pologne et la Core. De plus, l'OCDE a tabli de nombreux contacts avec le reste
du monde dans le cadre de programmes avec des pays de l'ancien bloc sovitique,
d'Asie et d'Amrique latine, contacts qui pourraient, dans certains cas,
dboucher sur une adhsion."

Situ dans un des btiments de son sige parisien et rserv aux agents de
l'OCDE, le centre de documentation et d'information (CDI) permet la consultation
de 60.000 monographies imprimes et 2.500 priodiques. Le CDI fournit aussi
nombre de documents lectroniques manant du web, de bases de donnes et de
CD-Rom. Peter Raggett, son directeur, a d'abord t en poste dans les
bibliothques gouvernementales du Royaume-Uni avant de devenir fonctionnaire
international  l'OCDE en 1994, comme sous-directeur puis directeur du CDI. Il
utilise l'internet depuis 1996. Les pages intranet du CDI, dont il est l'auteur,
sont devenues une des principales sources d'information du personnel de
l'organisation.

"Je dois filter l'information pour les usagers de la bibliothque, ce qui
signifie que je dois bien connatre les sites et les liens qu'ils proposent,
explique Peter Raggett en juin 1998. J'ai slectionn plusieurs centaines de
sites pour en favoriser l'accs  partir de l'intranet de l'OCDE, et cette
slection fait partie du bureau de rfrence virtuel propos par la bibliothque
 l'ensemble du personnel. Outre les liens, ce bureau de rfrence contient des
pages de rfrences aux articles, monographies et sites web correspondant aux
diffrents projets de recherche en cours  l'OCDE, l'accs en rseau aux CD-Rom,
et une liste mensuelle des nouveaux titres." En aot 1999, il relate: "Notre
site intranet va tre compltement remani d'ici la fin de l'anne, et nous
allons y mettre le catalogue de la bibliothque, ce qui permettra  nos usagers
d'y avoir accs directement de leur cran. Ce catalogue sera conforme  la norme
Z3950 (une norme dfinissant un protocole pour la recherche documentaire d'un
ordinateur  un autre, ndlr)." Depuis octobre 1999, le catalogue du CDI est
disponible sur l'intranet.

Comment Peter Raggett voit-il l'avenir de la profession? "L'internet offre aux
chercheurs un stock d'informations considrable. Le problme pour eux est de
trouver ce qu'ils cherchent. Jamais auparavant on n'avait senti une telle
surcharge d'informations, comme on la sent maintenant quand on tente de trouver
un renseignement sur un sujet prcis en utilisant les moteurs de recherche
disponibles sur l'internet. A mon avis, les bibliothcaires auraient un rle
important  jouer pour amliorer la recherche et l'organisation de l'information
sur l'internet. Je prvois aussi une forte expansion de l'internet pour
l'enseignement et la recherche. Les bibliothques seront amenes  crer des
bibliothques numriques permettant  un tudiant de suivre un cours propos par
une institution  l'autre bout du monde. La tche du bibliothcaire sera de
filtrer les informations pour le public. Personnellement, je me vois devenir de
plus en plus un bibliothcaire virtuel. Je n'aurai pas l'occasion de rencontrer
les usagers, ils me contacteront plutt par courrier lectronique, par tlphone
ou par fax, j'effectuerai la recherche et je leur enverrai les rsultats par
voie lectronique."

= Le centre de documentation de l'Institut d'tudes politiques (IEP) de
Grenoble

Pierre Le Loarer est directeur du centre de documentation de l'Institut d'tudes
politiques (IEP) de Grenoble. Conu ds fvrier 1998, le site web de l'IEP ouvre
trois mois aprs, en mai. "J'tais le chef de projet, explique Pierre Le Loarer,
d'autant que j'ai une formation multimdia, outre ma formation initiale en
philosophie, documentation-bibliothques et informatique. Il y avait un comit
de pilotage (au sein de notre Institut) et galement plusieurs partenaires: un
graphiste (qui venait de crer le logo de l'Institut)  qui j'ai demand de
dcliner des lments cohrents pour le site, en liaison avec la socit de
multimdia; une socit de cration multimdia  qui j'ai demand de crer une
'maquette' de page d'accueil et deux modles de pages (page de rubrique
principale, page de sous-rubrique) pour disposer d'une ligne graphique; une
ergonome qui avait pour objet de tester et surtout de faire tester la version 1
(maquette) du site, pour ensuite raliser une version 2 oprationnelle, ce qui a
t fait; une rdactrice qui, avec moi-mme, a repris, slectionn les
informations et mme partiellement rcrit certains textes et surtout organis
avec moi les rubriques et sous-rubriques, cr les libells d'intituls, etc.,
ce travail tant soumis au comit de pilotage; le CRI (centre de recherche en
informatique) de l'universit pour raliser les pages HTML en suivant les
modles, une fois valids, des pages de diffrents niveaux et galement pour
hberger le site. Dans un second temps, un professeur d'anglais m' a aid 
crer quelques pages en anglais. Aujourd'hui, le site est maintenu  jour par
moi-mme et une personne qui m'aide grandement pour cette tche."

En quoi consiste exactement l'activit de Pierre Le Loarer? "Elle est trs
varie. Je ne reviens pas sur mes fonctions de directeur d'un centre de
documentation, sinon pour insister sur deux facteurs: l'importance de la
formation des tudiants  la recherche documentaire,  la connaissance des
sources d'information, imprimes et lectroniques, et  la production de
documents sous forme numrique; la conception, que je reprends  mon compte, de
la 'bibliothque hybride' qui gre, donne accs  la fois aux documents imprims
et aux documents lectroniques. Il me semble que l'on peut mme parler de
'lecture hybride' o l'on passe de l'cran  divers supports imprims et
l'inverse.

Mes fonctions de charg de mission TICE (technologies de l'information et de la
communication pour l'ducation) visent  mettre ces TICE au service de la
stratgie de l'Institut, pour son dveloppement, pour renforcer encore la
qualit de son enseignement, faciliter des accompagnements pdagogiques, aider
au dveloppement des relations internationales grce aux facilits de l'change
lectronique. Les TICE ne sont pas un but en soi, mais bien un outil au service
d'objectifs stratgiques. Ceci passe, entre autres, par la cration d'intranets
pdagogiques, un renforcement de la formation en bureautique communicante pour
les tudiants, les enseignants et le personnel administratif.

Quant  mon activit internet, elle a divers aspects, qui sont assez diffrents:
gestionnaire de site, formateur pour un usage  la fois rflchi et
professionnel du web, animateur, participant  des sminaires, runions diverses
sur l'internet (et l'ducation, les collectivits territoriales, etc.). Membre
de l'ISOC (Internet Society), je participe aux rencontres d'Autrans."

= La bibliothque de l'ENSEA (Ecole nationale suprieure de statistique et
d'conomie applique) d'Abidjan

L'ENSEA (Ecole nationale suprieure de statistique et d'conomie applique)
d'Abidjan assure la formation des statisticiens pour les pays africains
d'expression franaise. Cette formation est dlivre  travers quatre filires
distinctes, conues en fonction du niveau de recrutement des lves: la filire
ISE (ingnieurs statisticiens conomistes), la filire ITS (ingnieurs des
travaux statistiques), la filire AD (adjoints techniques) et la filire AT
(agents techniques). A ce jour, l'ENSEA est le seul tablissement de formation
statistique qui dlivre simultanment ces quatre types de formation  tous les
pays francophones situs au sud du Sahara. L'ENSEA propose par ailleurs des
actions de recyclage et de perfectionnement destines aux cadres des
administrations publiques et prives, et dveloppe progressivement des
programmes d'tude et de recherche.

"Le site a t cr  la faveur d'un colloque international sur les enqutes et
systmes d'information organis par l'cole en avril 1999, explique Bakayoko
Bourahima, documentaliste. La conception et la maintenance du site ont t
assures par un cooprant franais, enseignant d'informatique. Le site est
actuellement hberg par l'agence locale du Syfed (du rseau Refer de
l'AUPELF-UREF - Agence universitaire de la francophonie). Le site a connu
quelques difficults de mise  jour, en raison des nombreuses occupations
pdagogiques et techniques du webmestre. A ce propos, mon service, celui de la
bibliothque, a eu rcemment des sances de travail avec l'quipe informatique
pour discuter de l'implication de la bibliothque dans l'animation du site. Et
le service de la bibliothque travaille aussi  deux projets d'intgration du
web pour amliorer ses prestations."

Bakayoko Bourahima est responsable du service de la bibliothque. "Je m'occupe
de la gestion de l'information scientifique et technique et de la diffusion des
travaux publis par l'cole, crit-il. (...) J'espre bientt pouvoir mettre 
la disposition de mes usagers un accs internet pour l'interrogation de bases de
donnes. Par ailleurs, j'ai en projet de raliser et de mettre sur l'intranet et
sur le web un certain nombre de services documentaires (base de donnes
thmatique, informations bibliographiques, service de rfrences
bibliographiques, bulletin analytique des meilleurs travaux d'tudiants...) Il
s'agit donc pour la bibliothque, si j'obtiens les financements ncessaires pour
ces projets, d'utiliser pleinement l'internet pour donner  notre cole une plus
grand rayonnement et de renforcer sa plate-forme de communication avec tous les
partenaires possibles. En intgrant cet outil au plan de dveloppement de la
bibliothque, j'espre amliorer la qualit et largir la gamme de l'information
scientifique et technique mise  la disposition des tudiants, des enseignants
et des chercheurs, tout en tendant considrablement l'offre des services de la
bibliothque."

= L'association Juriconnexion (documentation juridique)

Emmanuel Barthe est documentaliste juridique et responsable informatique chez
Coutrelis & Associs, un cabinet d'avocats. "Les principaux domaines de travail
du cabinet sont le droit communautaire, le droit de l'alimentation, le droit de
la concurrence et le droit douanier, explique-t-il. Je fais de la saisie
indexation, et je conois et gre les bases de donnes internes. Pour des
recherches documentaires difficiles, je les fais moi-mme ou bien je conseille
le juriste. Je suis aussi responsable informatique et tlcoms du Cabinet:
conseils pour les achats, assistance et formation des utilisateurs. De plus,
j'assure la veille, la slection et le catalogage de sites web juridiques:
titre, auteur et bref descriptif. Je suis galement formateur internet juridique
aussi bien  l'intrieur de mon entreprise qu' l'extrieur lors de stages de
formation. Auparavant, j'ai t responsable pendant cinq ans de la documentation
du cabinet d'avocat Stibbe Simont Monahan Duhot & Giroux, dont j'ai mis en place
les structures et les collections. J'ai galement effectu une mission de six
mois chez Korn/Ferry International, un important cabinet de recrutement, 
l'occasion de sa fusion avec Vuchot & Associs. J'ai alors travaill sur
l'installation du nouveau systme informatique et la fusion des bases de
candidats gres par les deux cabinets.

Membre du conseil d'administration de Juriconnexion, je m'y suis spcialis dans
les CD-Rom puis l'internet juridique. Depuis l'automne 1999, je m'occupe de
modrer et d'animer la liste de discussion Juriconnexion. L'association
Juriconnexion a pour but la promotion de l'lectronique juridique, c'est  dire
la documentation juridique sur support lectronique et la diffusion des donnes
publiques juridiques. Elle organise des rencontres entre les utilisateurs et les
diteurs juridiques et de bases de donnes, ainsi qu'une journe annuelle sur un
thme. Celle du 23 novembre 2000 portait sur les sites juridiques francophones.
Vis--vis des autorits publiques, Juriconnexion a un rle de mdiateur et de
lobbying  la fois. L'association, notamment, est favorable  la diffusion
gratuite sur internet des donnes juridiques produites par le Journal officiel
et les tribunaux. Les bibliothcaires-documentalistes juridiques reprsentent la
majorit des membres de l'association, suivis par certains reprsentants des
diteurs et des juristes. Juriconnexion a cr la liste de discussion du mme
nom, qui traite des mmes sujets mais reste ouverte aux non-membres." En mai
2001, l'association approche les 400 membres.

= La mdiathque de l'Institut franais de Londres

L'Institut franais de Londres est un organisme officiel franais destin 
faire connatre la langue et la culture franaises dans la capitale britannique.
5.000 tudiants environ suivent les cours de langue chaque anne, ce qui fait de
cet institut l'un des plus importants instituts franais au monde. Le centre
culturel inclut une bibliothque multimdia, un cinma, une salle de confrence
et un restaurant.

Anissa Rachef est bibliothcaire dans cet organisme. "Je suis charge du
catalogage du fonds documentaire qui est constitu de livres, de vidos, de
disques compacts et de disques optiques ainsi que de priodiques, crit-elle.
Avant mon installation  Londres, soit de 1980  1983, j'ai travaill  la
bibliothque universitaire d'Alger en qualit d'attache de recherche. C'est
d'Alger et en deux ans que j'ai prpar le DSB (diplme suprieur des
bibliothques), diplme de conservateur assimil  celui de l'ENSB de Lyon
(Ecole nationale suprieure des bibliothques, devenue ensuite l'ENSSIB - Ecole
nationale suprieure des sciences de l'information et des bibliothques, ndlr).
Recrute selon un statut local depuis septembre 1987  l'Institut franais de
Londres, j'y exerce le mtier de bibliothcaire au sein d'une quipe de huit
membres. Par ailleurs, titulaire d'un diplme de FLE (franais langue
trangre), j'assure des heures d'enseignement de franais dans le mme
institut.

La mdiathque de l'Institut franais de Londres fut inaugure en mai 1996.
L'objectif est double: servir un public s'intressant  la culture et la langue
franaises et 'recruter' un public allophone en mettant  disposition des
produits d'appel tels que vidos documentaires, livres audio, CD-Rom. La mise en
place rcente d'un espace multimdia sert aussi  fidliser les usagers.
L'installation d'un service d'information rapide a pour fonction de rpondre
dans un temps minimum  toutes sortes de questions poses via courrier
lectronique, ou par fax. Ce service exploite les nouvelles technologies pour
des recherches trs spcialises. Nous laborons galement des dossiers de
presse destins aux tudiants et professeurs prparant des examens de niveau
secondaire. Je m'occupe essentiellement de catalogage, d'indexation et de
cotation. Je suis charge galement du service de prt inter-bibliothques.
J'anime des ateliers in situ de catalogage UNIMARC (MARC: machine readable
catalogue) ainsi que des ateliers d'indexation RAMEAU (rpertoire d'autorits
matires encyclopdique et alphabtique unifi). J'labore ponctuellement des
amnagements de vedettes matires propres  notre catalogue. J'utilise internet
pour des besoins de base. Recherches bibliographiques, commande de livres,
courrier professionnel, prt inter-bibliothques. C'est grce  internet que la
consultation de catalogues collectifs, tels SUDOC (Systme universitaire de
documentation) et OCLC (Online Computer Library Center), a t possible. C'est
ainsi que que j'ai pu mettre en place un service de fourniture de documents
extrieurs  la mdiathque. Des ouvrages peuvent dsormais tre achemins vers
la mdiathque pour des usagers ou bien  destination des bibliothques
anglaises."


11.2. Numrisation en mode texte et en mode image


La numrisation du document imprim, c'est--dire sa conversion sous une forme
chiffre binaire, peut tre effectue soit en mode texte, soit en mode image.

La numrisation en mode texte consiste  scanner le livre puis  contrler le
rsultat  l'cran en relisant le tout. Les documents originaux manquant de
clart - certains livres anciens par exemple - sont saisis ligne aprs ligne. Ce
mode de numrisation est long, et la notion de livre ou de page n'est pas
conserve, puisque le texte apparat en continu  l'cran. Cette mthode est
nettement plus coteuse que la numrisation en mode image, mais trs prfrable,
puisqu'elle permet la recherche textuelle, l'indexation, les recherches
squentielles, les analyses, les comparaisons, etc. C'est la mthode utilise
par le Projet Gutenberg (11.1.1), la Bibliothque lectronique de Lisieux
(11.1.3), et bien d'autres.

La numrisation en mode image correspond  la "photographie" du livre page aprs
page. La notion de livre est conserve. La version informatique est en quelque
sorte le fac-simil de la version imprime. On peut donc "feuilleter" le texte
page aprs page sur l'cran. C'est la mthode employe pour les numrisations 
grande chelle, par exemple pour la constitution de Gallica, bibliothque
numrique de la Bibliothque nationale de France (BnF). Mme si, pour des
raisons de cot, la BnF a choisi la numrisation en mode image, elle utilise le
mode texte pour les tables des matires, les sommaires et les lgendes des
corpus iconographiques, afin de faciliter la recherche plein-texte. Pourquoi ne
pas tout numriser en mode texte ? La BnF rpond sur le site de Gallica: "Le
mode image conserve l'aspect initial de l'original y compris ses lments non
textuels. Si le mode texte autorise des recherches riches et prcises dans un
document et permet une rduction significatice du volume des fichiers manipuls,
sa ralisation, soit par saisie soit par OCR (optical character recognition),
implique des cots de traitement environ 10 fois suprieurs  la simple
numrisation. Ces techniques parfaitement envisageables pour des volumes limits
ne pouvaient ici tre conomiquement justifiables au vu des 35.000 documents
(reprsentant presque 15 millions de pages) mis en ligne."

Selon Pierre Schweitzer, l'architecte designer qui a conu @folio, support
numrique de lecture nomade, "le mode image permet d'avancer vite et  trs
faible cot. C'est important car la tche de numrisation du domaine public est
immense. Il faut tenir compte aussi des diffrentes ditions: la numrisation du
patrimoine a pour but de faciliter l'accs aux oeuvres, il serait paradoxal
qu'elle aboutisse  focaliser sur une dition et  abandonner l'accs aux
autres. Chacun des deux modes de numrisation s'applique de prfrence  un type
de document, ancien et fragile ou plus rcent, libre de droit ou non (pour
l'auteur ou pour l'dition), abondamment illustr ou pas. Les deux modes ont
aussi des statuts assez diffrents: en mode texte a peut tre une nouvelle
dition d'une oeuvre, en mode image c'est une sorte d''dition d'dition', grce
 un de ses exemplaires (qui fonctionne alors comme une fonte d'imprimerie pour
du papier: une trace optique sur un support, numrique, c'est assez joli 
raliser). En pratique, le choix dpend bien sr de la nature du fonds 
numriser, des moyens et des buts  atteindre. Difficile de se passer d'une des
deux faons de faire."

L'quipe d'@folio travaille notamment sur le logiciel Mot@Mot, une passerelle
entre @folio (voir 8.1) et les fonds numriss en mode image. "La plus grande
partie du patrimoine crit existant est fix dans des livres, sur du papier,
explique Pierre Schweitzer. Pour rendre ces oeuvres accessibles sur la toile, la
numrisation en mode image est un moyen trs efficace. Le projet Gallica en est
la preuve. Mais il reste le problme de l'adaptation des fac-simils d'origine 
nos crans de lecture aujourd'hui: rduits brutalement  la taille d'un cran,
les fac-simils deviennent illisibles. Sauf  manipuler les barres d'ascenseur,
ce qui ncessite un ordinateur et ne permet pas une lecture confortable. La
solution propose par Mot@mot consiste  dcouper le livre, mot  mot, du dbut
 la fin (enfin, les pages scannes du livre...). Ces mots restent donc des
images, il n'y a pas de reconnaissance de caractres, donc pas d'erreur
possible. On obtient une chane d'images-mots liquide, qu'on peut remettre en
page aussi facilement qu'une chane de caractres. Il devient alors possible de
l'adapter  un cran de taille modeste, sans rien perdre de la lisibilit du
texte. La typographie d'origine est conserve, les illustrations aussi."


11.3. Les bibliothques traditionnelles sont-elles menaces?


Face  un web encyclopdique et des bibliothques numriques de plus en plus
nombreuses, les jours des bibliothques traditionnelles sont-ils compts? Ou
bien, au contraire, l'internet joue-t-il un rle de catalyseur pour les
relancer?

En fait, il n'est peut-tre pas trs opportun d'opposer bibliothque
traditionnelle et bibliothque numrique. Nombre de bibliothques numriques
sont cres par des bibliothques traditionnelles  partir de leurs propres
fonds. Grce  quoi la consultation de ces fonds devient facile. Ce qui n'tait
pas le cas jusque-l, pour des raisons diverses: souci de conservation des
documents rares et fragiles, heures d'ouverture rduites, nombreux formulaires 
remplir, longs dlais de communication, pnurie de personnel. Autant de
barrires  franchir qui demandaient souvent au lecteur une patience  toute
preuve et une dtermination hors du commun pour arriver jusqu'au document. A
prsent, si on tient absolument  consulter l'original, on le fait en
connaissance de cause, aprs avoir "feuillet" le fac-simil numrique sur le
web.

Autre lment  prendre en compte, la bibliothque numrique peut enfin rendre
comptatibles deux objectifs qui ne l'taient gure,  savoir la conservation des
documents et leur prt. Dornavant le document ne quitte son rayonnage qu'une
seule fois pour tre scann, et le grand public y a facilement accs.

Un exemple parmi d'autres: depuis dcembre 2000, le site web de la Bibliothque
municipale de Lyon donne accs  la plus importante collection franaise
d'enluminures mdivales,  savoir 12.000 images scannes dans 457 documents
appartenant  la bibliothque: manuscrits allant du 5e au 16e sicle, incunables
ou livres de la Renaissance. Les documents sont  dominante religieuse (bibles,
missels, brviaires, pontificaux, livres d'heures, droit canon) ou profane
(philosophie, histoire, littrature, sciences, etc.). Les images qui ont t
numrises - plusieurs centaines pour certains documents - sont les peintures en
pleine page et les miniatures, ainsi que les initiales ornes et les dcors des
marges.

Autre exemple significatif, depuis novembre 2000, la version numrique de la
Bible de Gutenberg, premier ouvrage  avoir jamais t imprim, est en accs
libre sur le site de la British Library. Cette Bible date de 1454-1455, et elle
aurait t imprime par Gutenberg en 180 exemplaires dans son atelier de Mayence
(Allemagne). 48 exemplaires, dont certains incomplets, existeraient toujours. La
British Library en possde deux versions compltes, et une partielle. En mars
2000, dix chercheurs et experts techniques de l'Universit Keio de Tokyo et de
NTT (Nippon Telegraph and Telephone Communications) sont venus travailler sur
place pendant deux semaines pour numriser ces deux Bibles, lgrement
diffrentes,  l'aide de matriels hautement sophistiqus.

La bibliothque numrique menace-t-elle pour autant la bibliothque
traditionnelle? Il y a quelques annes, sur leur site web, alors que l'internet
en tait encore  ses dbuts, plusieurs grandes bibliothques insistaient sur la
ncessit de garder son importance  la communication physique des imprims,
manuscrits, partitions musicales, bandes sonores, etc., tout en affirmant avoir
conscience de la ncessit du dveloppement parallle des documents numriques.
Ce type de commentaires a disparu. Les rles respectifs des bibliothques
traditionnelles et des bibliothques numriques semblent assez clairs
maintenant.

Les bibliothques nationales et autres grandes bibliothques de conservation ont
pour mission de prserver un patrimoine pluricentenaire - manuscrits,
incunables, livres imprims, collections de journaux, partitions musicales,
gravures, images, photos, films, documents lectroniques, etc. - accumul au fil
des sicles grce au dpt lgal. Si le fait de disposer de supports numriques
favorise  la fois la conservation et la communication, il faut bien un endroit
pour stocker les documents physiques originaux,  commencer par les Bibles de
Gutenberg.

Les bibliothques publiques ne semblent pas prs de disparatre non plus. A
l'heure actuelle, malgr l'engouement suscit par le livre lectronique,
pratiquement personne n'est prt  lire Zola ou Proust  l'cran. Mais c'est
peut-tre une question de gnration. Et la mise sur le march d'un livre
lectronique bon march, suivi du papier lectronique dans quelques annes,
risque de changer bien des choses.

Pour les bibliothques spcialises, par contre, le changement est nettement
plus radical. Dans nombre de domaines o l'information la plus rcente est
primordiale, on s'interroge maintenant sur l'utilit d'aligner des documents
imprims sur des rayonnages, alors qu'il est tellement plus pratique de
rassembler, stocker, archiver, organiser, cataloguer et diffuser des documents
lectroniques, et de les imprimer seulement  la demande.

L'avenir sera-t-il les bases de donnes numriques dcrites dans les dernires
pages de Chaos et cyberculture (ditions du Lzard, 1997) de Timothy Leary,
philosophe et visionnaire? "Toute l'information du monde est  l'intrieur. Et
grce au cyberespace, tout le monde peut y avoir accs. Tous les signaux humains
contenus jusque-l dans les livres ont t numriss. Ils sont enregistrs et
disponibles dans ces banques de donnes, sans compter tous les tableaux, tous
les films, toutes les missions de tl, tout, absolument tout." Reste  savoir
si la consultation sera gratuite ou payante.


12. APPRENDRE ET ENSEIGNER


[Dans ce chapitre:]

[12.1. Dictionnaires et encyclopdies en ligne // 12.2. Bases de donnes en
ligne // 12.3. L'universit et le numrique / L'Universit de Caen / La Webster
University de Genve / L'Universit de Lausanne / L'Universit de Tokyo /
L'Universit de Toronto // 12.4. Les perspectives]


12.1. Dictionnaires et encyclopdies en ligne


Un des premiers dictionnaires disponibles gratuitement sur le web est le
Dictionnaire universel francophone en ligne, qui correspond  la partie "noms
communs" de la version imprime du dictionnaire du mme nom, issu de la
collaboration d'Hachette avec l'AUPELF-UREF (Agence universitaire de la
francophonie), et publi par Hachette Edicef. Cette partie "noms communs"
rpertorie 45.000 mots et 116.000 dfinitions. Elle prsente "sur un pied
d'galit, le franais dit 'standard' et les mots et expressions en franais tel
qu'on le parle sur les cinq continents". Pour la langue anglaise, le site
Merriam-Webster OnLine permet l'accs libre au Collegiate Dictionary et au
Collegiate Thesaurus, deux ouvrages de rfrence.

La fin 1999 marque le saut du papier au numrique pour plusieurs encyclopdies
de renom. En dcembre 1999, les ditions Atlas mettent en ligne gratuitement sur
le web leur encyclopdie WebEncyclo. La recherche est possible par mots-clefs,
thmes, mdias (cartes, liens internet, photos, illustrations) et ides. Depuis
les dbuts du site, un appel  contribution incite les spcialistes d'un sujet
donn  envoyer des articles.

Dcembre 1999 voit aussi la mise en ligne du site Britannica.com, qui propose en
accs libre et gratuit l'quivalent des 32 volumes de la 15e dition de
l'Encyclopaedia Britannica (dont la version imprime est toujours disponible au
prix de 1.250 $US, soit 1.320 euros). Le site propose aussi l'actualit
mondiale, une slection d'articles de 70 magazines, un guide des meilleurs sites
web (plus de 125.000 sites), une slection de livres, etc., le tout tant
accessible  partir d'un moteur de recherche unique. Depuis septembre 2000, le
site fait partie des cent sites les plus visits au monde. En ligne aussi,
l'ensemble du fonds documentaire de l'Encyclopaedia Universalis, soit 28.000
articles signs par 4.000 auteurs. La consultation est payante sur la base d'un
abonnement annuel, mais de nombreux documents sont galement en accs libre.
Disponible depuis mars 2000 en consultation payante, la version en ligne des 20
volumes du clbre Oxford English Dictionary bnficie d'une mise  jour
trimestrielle d'environ 1.000 entres nouvelles ou rvises. Le Quid,
encyclopdie en un volume ractualise une fois par an depuis 1963, met de
nombreux documents en accs libre sur le web. Encarta, la fameuse encyclopdie
de Microsoft, est en accs libre et gratuit depuis septembre 2000.

Toujours en accs libre, Eurodicautom, propos par le Service de traduction de
la Commission europenne, est un dictionnaire multilingue de termes conomiques,
scientifiques et techniques, juridiques, etc., relatifs aux divers champs
d'activit de l'Union europenne. Il permet des combinaisons entre ses onze
langues officielles (allemand, anglais, danois, espagnol, finnois, franais,
grec, hollandais, italien, portugais et sudois), ainsi que le latin.

Ralis par l'Office de la langue franaise du Qubec, Le Signet est dnomm 
juste titre "la rfrence branche en terminologie". Il donne accs  six mille
fiches bilingues franais-anglais dans le secteur des technologies de
l'information. TERMITE est la base de donnes quadrilingue (anglais, espagnol,
franais et russe) de la Section de traduction de l'Union internationale des
tlcommunications (UIT). Compose de 59.000 entres, elle est alimente  la
fois par les traducteurs de l'UIT et des spcialistes des tlcommunications
extrieurs  l'UIT.

Moins d'un an aprs la mise en ligne gratuite d'encyclopdies gnrales de
renom, autre vnement: la mise en ligne gratuite en septembre 2000 du Grand
dictionnaire terminologique (GDT), qui rassemble un fonds terminologique de 3
millions de termes franais et anglais du vocabulaire industriel, scientifique
et commercial, dans 2.000 domaines d'activit. Ce fonds quivaudrait  3.000
ouvrages de rfrence imprims. Sa mise en ligne est le rsultat d'un
partenariat entre l'Office de la langue franaise du Qubec, auteur du
dictionnaire, et la socit Semantix, spcialise dans la mise au point de
solutions logicielles pour l'intgration de fonctions linguistiques. Cette mise
en ligne est un succs: un mois plus tard, le GDT a t consult par 1,3 million
de personnes, avec des pointes de 60.000 requtes quotidiennes. "Nous croyons
que la nouvelle de l'accessibilit  un dictionnaire terminologique bilingue
gratuit dans internet s'est rpandue comme une trane de poudre parmi les
internautes, qui se communiquent trs rapidement les nouvelles, explique Francis
Malka, fondateur et chef de la direction technologique de Semantix (cit par
l'AFP). Nous recevons des requtes de partout  travers le globe, mme si la
grande majorit des requtes provient du Canada."

Dictionnaires lectroniques, une liste tablie par la section franaise des
services linguistiques centraux de l'Administration fdrale suisse, rpertorie
de faon aussi exhaustive que possible les meilleurs dictionnaires monolingues,
bilingues et multilingues. Elle est complte par des rpertoires d'abrviations
et d'acronymes et des rpertoires d'informations gographiques. Responsable de
la section franaise des services linguistiques, Marcel Grangier explique:
"Conu d'abord comme un service intranet, notre site web se veut au service
d'abord des traducteurs oprant en Suisse, qui souvent travaillent sur la mme
matire que les traducteurs de l'administration fdrale, mais galement, par
certaines rubriques, au service de n'importe quel autre traducteur o qu'il se
trouve. Les dictionnaires lectroniques ne sont qu'une partie de l'ensemble, et
d'autres secteurs documentaires ont trait  l'administration, au droit,  la
langue franaise, etc., sans parler des informations gnrales."

"Travailler sans internet est devenu tout simplement impossible, ajoute Marcel
Grangier. Au-del de tous les outils et commodits utiliss (messagerie
lectronique, consultation de la presse lectronique, activits de services au
profit de la profession des traducteurs), internet reste pour nous une source
indispensable et inpuisable d'informations dans ce que j'appellerais le
"secteur non structur" de la toile. Pour illustrer le propos, lorsqu'aucun site
comportant de l'information organise ne fournit de rponse  un problme de
traduction, les moteurs de recherche permettent dans la plupart des cas de
retrouver le chanon manquant quelque part sur le rseau."

D'autres outils utiles sont les moteurs permettant la recherche dans plusieurs
dictionnaires. Propos par Foreignworld.com, DictSearch est un moteur de
recherche dans 200 dictionnaires de langues (67 langues source et 69 langues
cible, soit plus de 300 combinaisons de langues en juillet 2001). Le Logos
Dictionary, dictionnaire multilingue de plus de 7,5 millions d'entres, est un
des outils linguistiques proposs par Logos, socit de traduction
internationale base  Modne (Italie). Cr par Robert Ware, OneLook
Dictionaries est un moteur de recherche puisant dans les quelque 3 millions de
mots de 750 dictionnaires (en anglais, franais, allemand, italien, espagnol,
etc.) traitant de sujets divers (affaires, argot, gnralits, informatique et
internet, mdecine, religion, sciences, sports, technologie, etc.). Son
correspondant franais est Dicorama.

On assiste enfin au dveloppement de portails de dictionnaires. Par exemple
yourDictionary.com, cr par Robert Beard en 1999, dans le prolongement de son
ancien site, "A Web of Online Dictionaries", maintenant intgr  celui-ci.
Consacr aux dictionnaires - 1.500 dictionnaires dans 230 langues - et aux
langues en gnral (vocabulaires, grammaires, apprentissage des langues, etc.),
yourDictionary.com se veut le portail de toutes les langues sans exception. Il
accorde une importance particulire aux langues minoritaires et menaces.


12.2. Bases de donnes en ligne


Russon Wooldridge, professeur au dpartement d'tudes franaises de l'Universit
de Toronto, est le crateur de ressources littraires librement accessibles en
ligne. Un pas de plus est franchi vers l'autonomisation de l'usager comme
crateur de ressources en ligne, souligne-t-il en mai 2001. "La dernire version
de TACTweb, rcemment installe sur un serveur de l'Universit de Toronto,
permet dornavant de construire des bases interactives importantes comme les
dictionnaires de la Renaissance (Estienne et Nicot ; base RenDico), les deux
principales ditions du Dictionnaire de l'Acadmie franaise (1694 et 1835), les
collections de la Bibliothque lectronique de Lisieux (base LexoTor), les
oeuvres compltes de Maupassant, ou encore les thtres complets de Corneille,
Molire, Racine, Marivaux et Beaumarchais (base thtre 17e-18e).  la
diffrence de grosses bases comme Frantext ou ARTFL (American and French
Research on the Treasury of the French Language) ncessitant l'intervention
d'informaticiens professionnels, d'quipes de gestion et de logiciels coteux,
TACTweb, qui est un gratuiciel que l'on peut dcharger en ligne et installer
soi-mme, peut tre gr par le chercheur individuel crateur de ressources
textuelles en ligne."

A la suite de l'INaLF (Institut national de la langue franaise), scinde en
deux organismes distincts en janvier 2001, l'ATILF (Analyse et traitements
informatiques du lexique franais) dveloppe des programmes de recherche sur la
langue franaise, principalement son vocabulaire. Traites par des systmes
informatiques spcifiques, les donnes (lexicales et textuelles) portent sur
divers registres du franais: langue littraire (du 14e au 20e sicle), langue
courante (crite et parle), langue scientifique et technique (terminologies),
et rgionalismes.

Les bases de donnes de l'ATILF comprennent notamment: a) Frantext, un corpus 
dominante littraire constitu de textes franais qui s'chelonnent du 16e au
20e sicle. Sur l'intgralit du corpus, il est possible d'effectuer des
recherches simples ou complexes (base non catgorise). Sur un sous-ensemble
comportant des oeuvres en prose des 19e et 20e sicles, les recherches peuvent
galement tre effectues selon des critres syntaxiques (base catgorise); b)
l'Encyclopdie de Diderot et d'Alembert, en collaboration avec l'ARTFL (American
and French Research on the Treasury of the French Language) de l'Universit de
Chicago. Il s'agit de la version internet de la premire dition,  savoir 17
volumes de texte et 11 volumes de planches; c) Dictionnaires d'autrefois
(16e-19e sicles): Dictionnaires de l'Acadmie franaise, 1e (1694), 5e (1798),
et 6e (1835) ditions, Dictionarium latinogallicum de Robert Estienne, Thresor
de la langue franoyse (versions ancienne et moderne) de Jean Nicot,
Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle; d) le Catalogue critique
des ressources textuelles sur internet (CCRTI), un ensemble de sites qui
diffusent des ressources textuelles en ligne sur le web, slectionns en
fonction de leur srieux sur le plan du traitement ditorial et du traitement
numrique des textes; e) le Dictionnaire de l'Acadmie franaise, 8e dition
(1932).

"L'avenir me semble prometteur en matire de publications de ressources en
ligne, mme si, en France tout au moins, bon nombre de rsistances, inhrentes
aux systmes universitaire et ditorial, ne risquent pas de cder du jour au
lendemain (dans dix-vingt ans, peut-tre?), crit Emilie Devriendt, lve
professeur  l'Ecole normale suprieure de Paris. Ce qui me donne confiance,
malgr tout, c'est la conviction de la ncessit pratique d'internet. J'ai du
mal  croire qu' terme, un chercheur puisse se passer de cette gigantesque
bibliothque, de ce formidable outil. Ce qui ne veut pas dire que les nouvelles
pratiques de recherche lies  internet ne doivent pas tre rflchies, mesures
 l'aune de mthodologies plus traditionnelles, bien au contraire. Il y a une
histoire de l''outillage', du travail intellectuel, o internet devrait avoir sa
place."

Dans un tout autre registre, l'Ethnologue, une encyclopdie des langues, a mis
la totalit de son contenu en accs libre sur le web, ce qui ne l'empche pas
d'tre galement diffuse en version imprime et sur CD-Rom, tous deux payants.
Cette encyclopdie trs documente rpertorie 6.700 langues, avec de multiples
critres de recherche. Barbara F. Grimes, sa directrice de publication entre
1971 et 2000 (8e-14e ditions), explique: "Il s'agit d'un catalogue des langues
dans le monde, avec des informations sur les endroits o elles sont parles, une
estimation du nombre de personnes qui les parlent, la famille linguistique 
laquelle elles appartiennent, les autres noms utiliss pour ces langues, les
noms de dialectes, d'autres informations socio-linguistiques et dmographiques,
les dates des Bibles publies, un index des noms de langues, un index des
familles linguistiques et des cartes gographiques relatives aux langues."

Autre exemple, Rubriques  Bac, cre par Grard Fourestier, professeur de
franais  Nice et diplm en science politique. Rubriques  Bac propose deux
bases de donnes accessibles par souscription, avec version dmo en accs libre,
 destination des tudiants du premier cycle universitaire et de leurs
professeurs. La premire, ELLIT (lments de littrature), a trait  la
littrature franaise du 12e sicle  nos jours et regroupe plus de 350 articles
lis entre eux par 8.500 liens, ainsi qu'un rpertoire de 450 auteurs qui ont
jou un rle majeur dans la formation de cette littrature. La deuxime,
RELINTER (Relations internationales depuis 1945), recense plus de 2.000 liens
sur l'volution de la situation du monde contemporain de la deuxime guerre
mondiale  nos jours.

"Rubriques  Bac est une branche des activits du GRIMM (Groupe de recherche et
d'information sur le multimdia), explique Grard Fourestier. Le GRIMM est un
groupement associatif de personnes physiques et morales qui pratiquent la
recherche et l'information sur l'informatique, le multimdia et la
communication. Cependant, les perspectives ouvertes par une frquentation du
site en progression rapide, et compte tenu de la mission que j'ai assigne aux
recettes de cette activit,  savoir la ralisation de projets ducatifs en
Afrique, Rubriques  Bac se constituera prochainement en entit juridique
propre."

Quel est l'historique du site? "Le site de Rubriques  Bac a t cr en 1998
pour rpondre au besoin de trouver sur le net, en un lieu unique, l'essentiel,
suffisamment dtaill et abordable par le grand public, dans le but: a) de se
forger avant tout une culture tout en prparant  des examens probatoires  des
tudes de lettres - c'est la raison d'ELLIT (Elments de littrature), base de
donnes en littrature franaise; b) de comprendre le monde dans lequel nous
vivons en en connaissant les tenants et les aboutissants, d'o RELINTER
(Relations internationales). J'ai dvelopp ces deux matires car elles
correspondent  des tudes que j'ai, entre autres, faites en leur temps, et
parce qu'il se trouve que, depuis une dizaine d'annes, j'exerce des fonctions
de professeur dans l'enseignement public (18 tablissements de la 6e aux
terminales de toutes sections et de tous types d'tablissements). Faute de
temps, je n'ai pu raliser que ces deux thmes, mais je ne dsespre pas de
dvelopper aussi d'autres sujets qui font partie de ma panoplie universitaire et
d'autodidacte curieux de tout comme la philosophie, l'analyse socitale,
l'analyse smantique ou encore l'cologie, et que je tiens 'au chaud dans mes
cartons'. Ceci tant, je suis  l'afft de toutes autres ides, venant
d'ailleurs, pour ne me rserver alors que la supervision du contenu mis en
forme, la dernire main dans la ralisation informatique et la gestion en tant
que site spcialis.

Pour l'instant et faute de mieux, en raison de mon ge, la cinquantaine, et non
de mes comptences, je m'occupe de mes lves en les prparant  leurs examens
tout en leur donnant envie d'tre utiles, ne serait-ce que pour eux-mmes et en
leur apportant le sens des responsabilits, en un mot un message humaniste.
J'aime ce mtier car, pour moi, le savoir, a se donne, et le matre, comme en
boudhisme, ne peut avoir qu'un seul but: que son lve le dpasse. En outre,
alors que j'ai eu dans le pass d'importantes fonctions de fond de pouvoir, et
que j'ai dirig pour mon compte quelques entreprises, je suis matre  bord dans
mes classes et j'organise mon travail comme je l'entends. C'est pour moi
essentiel. (...) Mon activit lie  internet consiste tout d'abord  en
slectionner les outils, puis  savoir les manier pour la mise en ligne de mes
travaux et, comme tout a un cot et doit avoir une certaine rentabilit,
organiser le commercial qui permette de dgager les recettes indispensables;
sans parler du butinage indispensable pour la recherche d'informations qui
seront ensuite traites. (...) Mon initiative  propos d'internet n'est pas
directement lie  mes fonctions de professeur. J'ai simplement voulu rpondre 
un besoin plus gnral et non pas troitement scolaire, voire universitaire.
Dbarrass des contraintes du programme, puisque j'agis en mon nom et pour mon
compte et non 'es-qualit', mais tout en en donnant la matire grise qui me
parat indispensable pour mieux faire une tte qu' la bien remplir, je laisse 
d'autres le soin de ne prparer qu' l'examen."


12.3. L'universit et le numrique


Voici quelques expriences de par le monde, provenant de professionnels des
Universits de Caen, Genve, Lausanne, Tokyo et Toronto.

= L'Universit de Caen

Directeur du centre de ressources informatiques de l'Universit de Caen (CRIUC),
Grard Jean-Franois est charg de l'exploitation et du dveloppement des
technologies de la communication pour la recherche et la pdagogie.
"L'Universit de Caen Basse-Normandie compte 24.000 tudiants, crit-il. Elle
est unique, donc pluridisciplinaire pour la rgion. De ce fait, elle est
rpartie sur une douzaines de sites. Les activits principales sont videmment
l'enseignement et la recherche. Mon activit professionnelle consiste 
effectuer la veille technologique et  mettre en place les moyens ncessaires 
l'activit de l'tablissement. Ces moyens sont essentiellement le rseau de
communication, les serveurs et les quipements individuels. Sur ces quipements
sont mis en place les services (messageries, bases de donnes,
visioconfrence...) ncessaires aux utilisateurs (tudiants,
enseignants/chercheurs, personnels techniques et administratifs). Par rapport 
internet, je me dois de fournir l'accs internet  l'ensemble de l'tablissement
mais galement lgislation en appliquant toutes les mesures de scurit qui
incombent  mon rle de responsable scurit du systme informatique."

= La Webster University de Genve

Henri Slettenhaar est spcialiste des technologies de la communication. En 1958,
dans le cadre du CERN (Laboratoire europen pour la physique des particules), il
travaille sur le premier ordinateur numrique et il participe au dveloppement
des premiers rseaux numriques. Son exprience amricaine dbute en 1966: il
rejoint pendant dix-huit mois une quipe du Stanford Linear Accelerator Center
(SLAC) pour crer un numrisateur de film. De retour au SLAC en 1983, il conoit
un systme numrique de contrle qui sera utilis pendant dix ans. Depuis prs
de vingt ans, il est professeur  la Webster University de Genve. Dans ce
cadre, il dirige le Telecom Management Program, programme cr  l'automne 2000
pour rpondre  la ncessit de former les tudiants dans un domaine en pleine
expansion. Il est galement consultant auprs de nombreux organismes.

En 1992, Henri Slettenhaar cre la Silicon Valley Association (SVA), une
association suisse qui organise des voyages d'tude dans des ples de haute
technologie: Silicon Valley, San Francisco, Los Angeles, Finlande, etc. Outre
des visites de socits, start-up, universits et centres de recherche, ces
voyages comprennent des confrences, prsentations et discussions portant sur
les nouvelles technologies de l'information (internet, multimdia,
tlcommunications, etc.), les derniers dveloppements de la recherche et de ses
applications, et les mthodes les plus rcentes en matire de stratgie
commerciale et de cration d'entreprise.

"Je ne peux pas imaginer ma vie professionnelle sans l'internet, crit Henri
Slettenhaar. Cela fait vingt ans que j'utilise le courrier lectronique. Les
premires annes, c'tait le plus souvent pour communiquer avec mes collgues
dans un secteur gographique trs limit. Depuis l'explosion de l'internet et
l'avnement du web, je communique principalement par courrier lectronique, mes
confrences sont en grande partie sur le web et mes cours ont tous un
prolongement sur le web. En ce qui concerne les visites que j'organise dans la
Silicon Valley, toutes les informations sont disponibles sur le web, et je ne
pourrais pas organiser ces visites sans utiliser l'internet. De plus, l'internet
est pour moi une fantastique base de donnes disponible en quelques clics de
souris."

= L'Universit de Lausanne

Pierre Magnenat est responsable de la cellule "gestion et prospective" du centre
informatique de l'Universit de Lausanne. Lors d'un entretien lectronique, il
relate son parcours professionnel: "Mathmaticien de formation, je me suis
ensuite orient vers la recherche en astrophysique  l'Observatoire de Genve,
domaine dans lequel j'ai obtenu mon doctorat en 1982. Le sujet en tait l'tude
de la stabilit des orbites dans des modles numriques de galaxies, ce qui m'a
conduit  dvelopper un usage intense de l'informatique, et m'a peu  peu dirig
totalement vers cette branche encore neuve  l'poque. En 1985, j'ai accord mes
actes  mes prfrences et suis parti travailler chez un constructeur
informatique. J'ai rejoint l'Universit de Lausanne en 1990 pour occuper le
poste o je suis encore. L'Universit de Lausanne est une universit gnraliste
fonde en 1537 (thologie, droit, lettres, sciences sociales, HEC (hautes tudes
commerciales), sciences (maths, physique, chimie, biologie, sciences de la
terre, pharmacie) et mdecine. Elle comprend environ 10.000 tudiants et 2.200
chercheurs. Ds le dbut du web, un premier site a t cr par le personnel du
centre informatique (en 1995). Chaque facult, section ou institut s'y est mis
par la suite, sans relle unit et cohrence. Par la suite, certaines rgles
d'dition ont t tablies, et le site remani  plusieurs reprises avec l'aide
de graphistes et d'une personne en charge de fdrer les informations. Nous
avons t la premire universit suisse (voire europenne?)  permettre
l'immatriculation des nouveaux tudiants par le web. Depuis, les applications
administratives (ressources humaines, finances, grades, etc.) sont les unes
aprs les autres adaptes  un usage par le web. Pour le futur proche, nous
tudions la mise en place d'un portail dont l'accs sera personnalis et adapt
aux tches et dsirs de chacun, tudiants, personnel ou visiteur. Il permettra
galement un accs authentifi aux applications administratives."

En quoi consiste exactement son activit? "Je dirige la centrale d'achats
informatiques de l'universit. A ce titre, je dfinis des normes techniques, je
procde aux appels d'offres et gre l'entretien du parc, ainsi que les contrats
de licences de logiciels. Je suis galement responsable de l'tablissement et de
la gestion des budgets informatiques centraux. Une bonne part de mon activit
est ainsi lie  des aspects de prospective et de veille technologique. Bien
avant l'arrive du web, internet tait dj un outil essentiel  mon activit:
courrier lectronique, information par Usenet News puis gopher. Chaque
dveloppement nouveau de l'internet nous a permis de mettre en place des outils
facilitant la vie de nos utilisateurs (listes de prix et configurations,
formulaires de commandes, inventaires en ligne, etc.) tout comme la ntre
(contacts fournisseurs, informations techniques, etc.). Par ailleurs, cet usage
a dteint ds le dbut sur mes activits personnelles (IRC, news, etc.), pour
aboutir  un usage frquent du commerce lectronique et de la bourse en ligne."

= L'Universit de Tokyo

Professeur de franais, de littrature franaise et d'applications informatiques
dans des universits japonaises,  Tokyo et Nagoya, Patrick Rebollar utilise
l'ordinateur pour la recherche et l'enseignement depuis plus de dix ans. En
1994, il voit apparatre l'internet "dans le champ culturel et linguistique
francophone". En 1996, il dbute un site web de recherches et activits
littraires. En octobre 1999, il devient le modrateur de LITOR (Littrature et
ordinateur), liste de diffusion francophone cre en octobre 1999 par l'quipe
de recherche Hubert de Phalse de l'Universit Paris 3, et qui comptait en
janvier 2000 prs de 180 membres, majoritairement des universitaires d'une
douzaine de pays.

En juillet 1998, Patrick Rebollar expose l'impact de l'internet sur sa vie
professionnelle: "Mon travail de recherche est diffrent, mon travail
d'enseignant est diffrent, mon image en tant qu'enseignant-chercheur de langue
et de littrature est totalement lie  l'ordinateur, ce qui a ses bons et ses
mauvais cts (surtout vers le haut de la hirarchie universitaire, plutt
constitue de gens gs et technologiquement rcalcitrants). J'ai cess de
m'intresser  certains collgues proches gographiquement mais qui n'ont rien
de commun avec mes ides, pour entrer en contact avec des personnes inconnues et
rparties dans diffrents pays (et que je rencontre parfois,  Paris ou  Tokyo,
selon les vacances ou les colloques des uns ou des autres). La diffrence est
d'abord un gain de temps, pour tout, puis un changement de mthode de
documentation, puis de mthode d'enseignement privilgiant l'acquisition des
mthodes de recherche par mes tudiants, au dtriment des contenus (mais cela
dpend des cours). Progressivement, le paradigme rticulaire l'emporte sur le
paradigme hirarchique - et je sais que certains enseignants m'en veulent  mort
d'enseigner a, et de le dire d'une faon aussi crue. Cependant ils sont obligs
de s'y mettre..."

En janvier 2000, son activit s'articule autour de trois ples: "veille
technologique et culturelle, enseignement assist par ordinateur, cration de
pages littraires pdagogiques (mise en ligne en fvrier ou mars 2000 d'une
oeuvre de Balzac, L'Illustre Gaudissart, avec notes de lecture prpares par des
tudiants japonais en doctorat pendant l'anne universitaire 1999). Pour
raliser ce document balzacien, nous avons travaill dans une salle entirement
informatise de l'Universit Gakushuin (Tokyo) et nous avons utilis
majoritairement des donnes en ligne (Dictionnaire de l'Acadmie franaise,
index de Balzac, cdrom Littr, etc.)."

= L'Universit de Toronto

Professeur au dpartement d'tudes franaises de l'Universit de Toronto, Russon
Wooldridge est le crateur de sites dans le domaine des tudes franaises, dont
le Net des tudes franaises (site sur lequel le livre que vous tes en train de
lire est publi). Il est galement diteur en ligne (revue, actes de colloques)
et chercheur (histoire de la langue, volution des mdias du papier et du web).
Son activit consiste  "aider les tudiants  vivre en franais (cours de
langue de premire anne du 1er cycle d'tudes, par exemple),  perfectionner
leurs comptences linguistiques (cours de traduction de quatrime anne du 1er
cycle, par exemple),  approfondir leur connaissance de domaines spcifiques du
savoir exprims en franais (cours et thses de 2e et 3e cycles) et,  tous les
niveaux,  se servir des outils appropris."

"Mes activits de recherche, autrefois menes dans une tour d'ivoire, se font
maintenant presque uniquement par des collaborations locales ou  distance,
explique-t-il. (...) Tout mon enseignement exploite au maximum les ressources
d'internet (le web et le courriel): les deux lieux communs d'un cours sont la
salle de classe et le site du cours, sur lequel je mets tous les matriaux des
cours. Je mets toutes les donnes de mes recherches des vingt dernires annes
sur le web (rdition de livres, articles, textes intgraux de dictionnaires
anciens en bases de donnes interactives, de traits du 16e sicle, etc.). Je
publie des actes de colloques, j'dite un journal, je collabore avec des
collgues franais, mettant en ligne  Toronto ce qu'ils ne peuvent pas publier
en ligne chez eux."


12.4. Les perspectives


En juin 1998, Christiane Jadelot, ingnieur d'tudes  l'INaLF (Institut
national de la langue franaise), insiste sur la ncessit d'"quiper de plus en
plus de laboratoires avec du matriel de pointe, qui permette d'utiliser tous
ces mdias. Nous avons des projets en direction des lyces et des chercheurs. Le
ministre de l'Education nationale a promis de cbler tous les tablissements,
c'est plus qu'une ncessit nationale. J'ai vu  la tlvision une petite cole
dans un village faisant l'exprience de l'internet. Les lves correspondaient
avec des coles de tous les pays, ceci ne peut tre qu'une exprience
enrichissante, bien sr sous le contrle des adultes forms pour cela."

En septembre 1998, Robert Beard, co-fondateur de yourDictionary.com, portail
pour les langues, insiste sur le fait que "l'internet nous offrira tout le
matriel pdagogique dont nous pouvons rver, y compris des notes de lecture,
exercices, tests, valuations et exercices interactifs plus efficaces que par le
pass parce que reposant davantage sur la notion de communication. Le web sera
une encyclopdie du monde faite par le monde pour le monde. Il n'y aura plus
d'informations ni de connaissances utiles qui ne soient pas diponibles, si bien
que l'obstacle principal  la comprhension internationale et interpersonnelle
et au dveloppement personnel et institutionnel sera lev. Il faudrait une
imagination plus dbordante que la mienne pour prdire l'effet de ces
dveloppements sur l'humanit."

"Il va falloir inventer et organiser les nouveaux mtiers de la formation
(diteur, mdiateur, tuteur, valuateur ...) et les faire prendre en compte dans
les institutions de formation", crit en dcembre 1999 Jacques Trahand,
vice-prsident de l'Universit Mends France de Grenoble.

Quelles sont les perpectives en 2001?

Pierre Magnenat, responsable de la cellule "gestion et prospective" du centre
informatique de l'Universit de Lausanne: "L'usage de l'internet va encore
s'intensifier, tout comme ses aspects intranet au sein de notre institution. En
particulier, l'apparition des 'campus virtuels' proposant des enseignements 
distance et/ou collaboratifs va bouleverser l'usage que l'on en fait jusqu'
maintenant, exigeant des bandes passantes considrablement plus grandes. La
tlconfrence, dj mise en place par ATM (asynchronous transfer mode) entre
les Universits de Lausanne et Genve, va galement s'tendre, exigeant elle
aussi des moyens considrables et trs scuriss (par exemple pour les
diagnostics mdicaux  distance, voire la tlchirurgie)."

Russon Wooldridge, professeur au dpartement d'tudes franaises de l'Universit
de Toronto: "Il est crucial que ceux qui croient  la libre diffusion des
connaissances veillent  ce que le savoir ne soit pas bouff, pour tre vendu,
par les intrts commerciaux. Ce qui se passe dans l'dition du livre en France,
o on n'offre gure plus en librairie que des manuels scolaires ou pour concours
(c'est ce qui s'est pass en linguistique, par exemple), doit tre vit sur le
web. Ce n'est pas vers les Amazon.com qu'on se tourne pour trouver la science
dsintresse."

Christian Vandendorpe, professeur  l'Universit d'Ottawa: "Il faut saluer la
dcision du MIT (Masachusetts Institute of Technology) de placer tout le contenu
de ses cours sur le web d'ici dix ans, en le mettant gratuitement  la
disposition de tous. Entre les tendances  la privatisation du savoir et celles
du partage et de l'ouverture  tous, je crois en fin de compte que c'est cette
dernire qui va l'emporter."


13. QUEL AVENIR POUR L'IMPRIME?


[Dans ce chapitre:]

[13.1. L'imprim vu par les auteurs // 13.2. L'imprim vu par les
bibliothcaires-documentalistes // 13.3. L'imprim vu par les diteurs // 13.4.
L'imprim vu par les gestionnaires // 13.5. L'imprim vu par les linguistes //
13.6. L'imprim vu par les professeurs // 13.7. L'imprim vu par les
spcialistes du numrique]

Nous vivons une priode transitoire, marque par la gnralisation des documents
numriques et la numrisation  grande chelle des documents imprims. Comme on
le verra dans les lignes qui suivent, si les professionnels du livre
reconnaissent tous les nombreuses qualits pratiques du numrique dans leur vie
professionnelle, certains utilisent encore beaucoup leur imprimante et tout
autant les documents imprims. A titre personnel, pour des raisons aussi bien
pratiques que sentimentales, pratiquement personne ne peut se passer du livre
imprim, et encore moins de ce matriau extraordinaire qu'est le papier. Reste 
attendre quelques annes, lorsque le papier lectronique permettra de concilier
dans un mme support les avantages du numrique et le plaisir irremplaable du
papier.


13.1. L'imprim vu par les auteurs


Alex Andrachmes, producteur audiovisuel, crivain et explorateur d'hypertexte,
utilise encore beaucoup de documents papier. "A l'heure actuelle, il semble que
l'internet soit encore considr majoritairement comme un outil de travail, ou
au mieux, comme un outil de consultation de documentation, d'infos en ligne, ou
de services (rservations, prix, achats en ligne). Pas encore de loisir
proprement dit,  part pour une minorit d'addicts de jeux, de free TV, de
tlchargements musicaux ou de... sexe virtuel... La principale raison  cet
tat de fait est technique. La majorit des quipements se trouve dans les
bureaux, et les connexions permanentes (cble, ADSL...) sont loin d'tre
majoritaires. Ce dtour pour constater que le meilleur outil de lecture reste le
livre, qu'on peut emporter n'importe o. Dans ma pratique professionnelle, et
celle de la plupart de mes correspondants dans les mdias, toute la cration de
documents (projets, scnarios, contrats, devis...) passe par l'ordinateur, les
textes circulent par e-mail et attachements, mais leur lecture et/ou analyse
passe par les tirages papier. Rares sont ceux qui changent directement les
infos sans ce passage oblig. Il faut une tournure d'esprit particulire pour
arriver  envisager globalement un document, l'analyser, le corriger, sans
l'imprimer. Par mon activit web, je m'y exerce, et ce n'est au fond pas
dsagrable du tout."

Les jours du papier sont-ils compts? "Il n'est pas impossible que, si on
assiste  une vritable gnralisation de l'e-book, ou  travers les Psion,
Palm, WAP, UMTS (universal mobile telecommunications system)... qui sait, le
papier finisse par tre dtrn. Mais dans l'tat actuel, le papier ne me parat
pas mort. Les premiers qui auront  souffrir, me semble-t-il, ce sont les
journaux. Puisque la fonction info et service est dj trs rpandue sur le net,
via les sites des journaux eux-mmes. Les grands mdias sont en train de
s'embarquer dans ce train-l, voir les sites de TF1, Canal+, etc... Les autres
(l'dition principalement) passeront encore longtemps par l'tape tirage
papier... Mais il se passe quelque chose via les sites de webtertainment dont je
parlais plus haut, des habitudes se prennent, surtout chez les jeunes. Et l,
une initiative comme la ntre pourrait participer  un changement de la donne.
En effet, l'activit proprement mail est un phnomne sociologique incontestable
qui s'explique par une certaine dpersonnalisation des contacts permettant aux
jeunes d'oser dire plus facilement ce qu'ils ont  dire. Paradoxalement, le
texte qu'ils ont crit leur parat tre une personnalisation de leur discours,
puisqu'il existe sous forme crite. Enfin, les fonctions envoi et retour
confirment l'existence de leur discours, puisqu'il est lu, et qu'on y rpond.
Dans ces changes-l, le papier a dj compltement disparu. L'exploration de
ces formes de discours par nos personnages est donc en pointe. Et leur
communication  un large public un rel enjeu."

Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybrie, chronique hebdomadaire
des actualits de l'internet: "Disons que, dans mon cas, l'utilisation du
support papier est plus slective. Pour mes besoins, j'imprime parfois un
document rcupr en ligne car le papier est une 'interface de lecture' des plus
portables. Sans connexion, sans piles, sans attirail technique, on transporte le
document o on veut, on l'annote, on le partage, on le donne, on le rcupre,
puis il peut prendre facilement le chemin du bac de recyclage. Ct des journaux
et priodiques, j'en consomme moins qu'avant mon utilisation rgulire
d'internet (1991). Mais l encore, c'est slectif. Le seul priodique que
j'achte rgulirement est le mensuel Wired. Je n'ai jamais t abonn, je
l'achte en kiosque, c'est comme voter avec son fric pour le changement. Pour ce
qui est des livres, comme je suis en guerre perptuelle avec le temps, j'ai peu
l'occasion de lire. Au cours de mes vacances, cet t, j'ai achet des livres de
cyberlibraires et je les ai fait livrer poste restante au bureau de poste du
village o j'tais. Entre trois  cinq jours pour la livraison, c'est gnial."

Les jours du papier sont-ils compts? "Le cinma n'a pas sonn la mort des
spectacles sur scne et des arts d'interprtation, pas plus que la radio. La
tlvision n'a pas relgu aux oubliettes le cinma, au contraire, elle a
contribu  une plus grande diffusion des films. Mme chose pour la
vidocassette. Les technologies se succdent, puis cohabitent. Je crois qu'il en
sera de mme pour le papier. Il est certain que son rle et ses utilisations
seront modifis, que certains contenus demeureront plus portables et conviviaux
sur papier, il y aura des ajustements."

Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'critures
multimdias: "C'est toujours une question, une frustration, cette impossibilit
du papier  entrer dans la machine! Les dispositifs d'annotation informatique
sont pourtant loin d'galer ceux, analogiques, de la lecture papier: post-it,
pages cornes, notes en marge, photocopies commentes, agrandies, modifies,
partages... que j'utilise - comme beaucoup - en nombre. Tous ces procds sont
des bricolages, les morceaux de papier pris sur des nappes au djeuner, dans les
pages 'notes' des agendas, mais ils sont la base d'un processus de mmorisation,
d'appropriation personnelle. (Voir pour s'en convaincre la gestion archaque des
signets sur les deux navigateurs les plus modernes. Il faut aller voir des
navigateurs de recherche comme Nestor de Romain Zeiliger pour voir pris en
compte l'annotation comme processus cognitif et la reprsentation spatiale comme
mode d'organisation des donnes complexes.) C'est l la question la moins bien
prise en compte dans les dispositifs numriques o la mmoire prise en compte
est celle de la machine et du logiciel, pas celle de nos cheminements intimes."

Les jours du papier sont-ils compts? "Les 'outils numriques' deviendront
peut-tre peu  peu les objets banals de notre quotidien ; en attendant ce(s)
jour(s), la souplesse des usages du papier n'a pas encore son pareil, je crois.
Les dbuts des annes 80 avaient annonc la mort du support papier: son usage -
et sa consommation - se sont vus multiplis. Le papier semble devoir tre encore
la surface-support de confort pour la lecture squentielle, mais pour l'criture
numrique? On peut se poser la question, l'volution lente mais inexorable des
pratiques - et des outils d'criture - entrane forcment la lecture vers
l'ailleurs des dispositifs interactifs. La tendance qui s'amorce sur le web -
mais est-ce que cela dpassera le stade de tendance? - est la double criture
(et donc la double lecture ) propose. De plus en plus de sites sont faits pour
satisfaire une exprience interactive mais proposent aussi leurs contenus 'de
fond' sous forme de fichiers Acrobat, donc mis en forme, designs pour
l'impression individuelle sur papier. Une criture interactive gnre ses
systmes, dispositifs, mises en relation, en espaces, en interaction... et ses
appareils de lecture. Les nouvelles oeuvres se lisent sur un micro-ordinateur -
connect ou non - pensons  la spcificit des Machines  crire de Antoine
Denize, de Puppet Motel de Laurie Anderson, de Ceremony of Innocence de Peter
Gabriel/Nick Bantock. Mais on peut aussi penser - et esprer - que J.M.G. Le
Clzio continuera de nous enchanter avec ses rcits sur papier."

Pour Raymond Godefroy, crivain-paysan, "le papier est un support qui va
subsister encore trs longtemps et qui garde certains avantages. Il est
cependant gourmand en matire premire, le bois. Les autres supports sont
complmentaires, et prsentent des avantages, surtout pour la circulation et la
reproduction  longue distance."

Jean-Paul, webmestre du site des cotres furtifs, qui raconte des histoires en
3D: "Je lis autant d'imprims qu'avant. La lecture sur cran s'y est rajoute.
D'o des problmes de temps: ces machines qui sont censes travailler  notre
place contribuent en fait  nous bouffer le temps libre qu'elles nous ont
dgag."

Les jours du papier sont-ils compts? "Ses jours sont encore longs avant que la
lecture sur cran prsente la mme souplesse que celle d'un livre ou d'un
magazine que l'on peut lire n'importe o, dans la position que l'on veut, et
ranger, rouler, plier, dchirer facilement (allez envelopper les pelures de
pomme de terre dans un 15 pouces!)."

Anne-Bndicte Joly, crivain qui auto-dite ses oeuvres: "Je dois avouer que le
passage par l'crit m'est encore ncessaire. Comme tout crivain je conserve et
souhaite conserver une relation privilgie avec l'crit, la plume, le
crissement du stylo sur une feuille blanche. Par ailleurs, je note, je rature,
je corrige, je dveloppe... bref mes premires phases de cration passent encore
systmatiquement par le papier avant la phase de saisie de mes textes. Par
ailleurs, j'entretiens une relation sentimentale avec l'objet 'livre'."

Les jours du papier sont-ils compts? "Je pense que le support papier a encore
beaucoup de beaux et longs jours devant lui. Ne serait-ce que pour des raisons
de contacts affectifs avec l'objet livre, mais aussi de par la faible monte en
puissance (actuelle) des solutions lectroniques. Je pense que l'informatique
est un moyen performant et totalement ncessaire pour fabriquer des livres mais
je suis une fervente dfenseur du plaisir de tenir un livre dans sa main, de
l'emporter partout avec soi, de l'annoter, de le prter, de le reprendre, de le
feuilleter, de glisser page 38 mon marque-page prfr... J'aime cette relation
privilgie que le lecteur noue avec un livre. J'aime voir vivre l'objet... Pour
toutes ces raisons, non seulement je pense que le livre a encore de beaux jours
devant lui, mais au fond, je le souhaite de tout coeur!"

Naomi Lipson, crivain multimdia, traductrice et peintre: "Mes yeux rclament
le papier! Je suis une maniaque du ml, que je lis sur cran, pour tout le
reste, je garde un grand plaisir  lire sur papier. Un de mes diteurs prfrs,
Jos Corti, publie des livres dont il faut encore ouvrir les pages au
coupe-papier. Le plaisir qui en dcoule est pour moi immense, mais une page web
bien mise en page, une graphie claire m'en procurent aussi. Je ne distingue pas
les anciens et les nouveaux mdias, pour moi, la beaut prime."

Les jours du papier sont-ils compts? "Mes yeux fragiles esprent que le papier
survivra, mme si j'ai des doutes l-dessus... Il parat que les nouveaux mdias
ne vont pas radiquer les anciens, mais se superposer  eux. Ce sera une
possibilit de plus, un choix. Dans ce cas-l, tant mieux."

Tim McKenna, crivain et philosophe: "Le papier joue encore un rle vital dans
ma vie. Pour moi, la lecture est une question de fiert culturelle. J'ai des
origines irlandaises. Pour paraphraser Thomas Cahil, en Irlande la spiritualit
a toujours t troitement lie  l'apprentissage de la lecture et de
l'criture. Ne pas pouvoir lire sur le papier me manquerait, et la lecture 
l'cran est trop fatigante pour les yeux."

Xavier Malbreil, auteur multimdia: "Dans mon travail d'criture traditionnelle,
je me sers du papier comme d'une tape intermdiaire. En imprimant ce que j'ai
tap sur l'ordinateur, je visualise mieux (mets  distance) le premier jet, afin
de mieux le retravailler. Puis retour sur cran, et re-impression sur papier,
autant de fois qu'il le faut."

Les jours du papier sont-ils compts? "Il y a beaucoup de choses qui pourront se
passer du papier, comme les annuaires, les guides, etc... Le livre-papier reste
encore un objet dsirable (oui, il faut mettre en avant ce concept d'avoir du
dsir pour un livre et toujours se poser la question 'depuis combien de temps
n'ai-je pas eu du dsir pour un livre?'). Par contre, ce qui a t cr pour et
par ordinateur ne gagnera rien  tre transfr sur papier. Il ne sert  rien
d'opposer les deux mdias. On lve toujours des chevaux, mme si la voiture
rend des services plus performants. Feuilleter un livre, c'est une impression
physique, dans laquelle la performance n'a rien  voir. Explorer ludiquement un
cran, c'est une joie galement."

Blaise Rosnay, pote et webmestre du site du Club des potes, utilise "le moins
possible des documents papiers. En fait nous apprenons les pomes par coeur et
ce que nous aimons le mieux, c'est de transmettre la posie dans sa tradition
orale. Mais en vrit l'internet aussi nous parat un peu vieillot. C'est d'un
coeur  l'autre, en passant par les lvres et l'oreille, que la posie se
propage  la vitesse de la pense."

Les jours du papier sont-ils compts? "Cela n'a qu'une importance relative. On
imprime beaucoup de btises sur du papier et le paysage de l'internet commence
aussi  se dgrader srieusement. Les marchands de papier (lisez 'diteurs')
laisseront-ils place au marchands d'lectrons par internet interpos (lisez
'producteurs de contenus sur internet' (sic))? Peu nous importe. La posie
poursuit son voyage pour l'ternit."

Murray Suid, crivain travaillant pour une socit internet de logiciels
ducatifs: "Nous utilisons trs peu de papier. Nous faisons cependant quelques
impressions, surtout pour les runions au cours desquelles nous discutons des
manuscrits. (...) Les livres sur support papier seront encore disponibles
pendant quelque temps, parce que nous avons l'habitude de ce support. De
nombreux lecteurs aiment le toucher du papier, et le poids du livre dans les
mains ou dans un sac."


13.2. L'imprim vu par les bibliothcaires-documentalistes


Emmanuel Barthe, documentaliste juridique: "Professionnellement, j'utilise
encore beaucoup le papier, mais nettement moins les ouvrages que la presse et
les sorties papier de documents, de textes officiels et de jurisprudence. Chez
moi, j'ai un faible pour les beaux livres: livres d'art et ditions originales
de recueils de posie."

Le papier a-t-il encore de beaux jours devant lui? "Ce support a mieux que de
beaux jours devant lui: il a un avenir. En effet, les avantages du papier sont
insurpassables: la facilit et le confort de lecture, bien suprieurs aux
possibilits des meilleurs crans informatiques (21 pouces y compris); une
visualisation tridimensionnelle des informations, qui entrane une meilleure
reprsentation mentale des informations. Celles-ci sont alors plus faciles 
comprendre et  manipuler. Pour bien me faire comprendre, je vais prendre
l'exemple suivant que je connais par coeur: un juriste travaille couramment avec
quatre ouvrages ouverts sur sa table et consults en mme temps ou immdiatement
l'un aprs l'autre: un code (recueil de textes officiels annots), une revue
juridique, un recueil de jurisprudence et une encyclopdie juridique. Imaginons
qu'il possde la version lectronique de chacune de ces publications ou leur
runion (a existe). Afin de ne pas compliquer la dmonstration, je laisse de
ct le fait que notre professionnel du droit doit aussi avoir sous les yeux le
dossier de son client et la consultation ou la plaidoirie qu'il doit rdiger
pour lui. Sur cran, passer d'un ouvrage ou d'un document  l'autre impose 
notre juriste press de perdre de vue l'ouvrage ou le document prcdent, sauf
cran 21 pouces (prix de dpart: 5.500 FF HT, le prix d'un PC de base). L'cran
d'ordinateur, aussi grand soit-il, ne peut afficher, dans le meilleur des cas,
que deux pages A4 et ne permet pas de feuilleter le ou les ouvrages
lectroniques. Autant dire que le juriste, mme partisan de l'informatisation, a
bien du mal  se reprer dans un monde d'une surface de 21 pouces et sans
profondeur. Alors qu'avec le papier: il a  sa disposition la possibilit de
feuilleter rapidement le contenu des ouvrages quand (ce qui est frquent) il ne
sait pas encore exactement ce qu'il cherche; il visualise les informations en
trois dimensions partout dans son bureau, donc dans un espace d'environ 10 m2 de
surface et 2 m de haut, ce qui est infiniment plus vaste que les 21 pouces
maximum sans paisseur de son cran ; a ne tombe jamais en panne!"

Bakayoko Bourahima, documentaliste  l'ENSEA (Ecole nationale suprieure de
statistique et d'conomie applique) d'Abidjan: "Nous utilisons encore beaucoup
de papier dans l'administration et notre fonds documentaire est exclusivement
'papier'. Nous comptons bien y intgrer des supports multimdias, ds que les
moyens nous le permettront. Le service informatique pense dj  une
numrisation partielle du fonds documentaire, mais bon, le problme ici c'est
que les ides vont nettement plus vite que les moyens."

Les jours du papier sont-ils compts? "Pour ce qui est de l'Afrique en gnral,
je pense que le papier a encore de beaux jours devant lui. Pour s'en convaincre,
il n'y a qu' voir le dveloppement trs marginal du multimdia surtout dans les
institutions productrices de papier (les administrations) et dans les
institutions o, comme on dit ici, on 'fait papier' (les coles). Par ailleurs,
il faut compter aussi avec la lente volution des usages. Je me rappelle que,
pour les travaux de rdaction de ma thse, aprs avoir stock un certain nombre
d'articles en ligne sur mon ordinateur, j'ai jug plus pratique pour moi de les
imprimer intgralement pour pouvoir les exploiter. J'ai donc eu l'impression de
mieux bosser en grattant du papier, habitude oblige."

Olivier Bogros, crateur de la Bibliothque lectronique de Lisieux: "Je ne
crois pas  la mort annonce du papier. Je l'utilise encore beaucoup sous toutes
ses formes. Mais, au contraire de beaucoup, mon rapport  l'informatique n'a pas
entran une augmentation de ma consommation de papier, bien au contraire. Je
suis dans ce domaine plutt adepte du zro papier."

Pierre Le Loarer, directeur du centre de documentation de l'Institut d'tudes
politiques de Grenoble, utilise beaucoup l'imprim, "et galement beaucoup
l'cran". Il pense que le papier "a encore de beaux jours devant lui, mme si le
support lectronique va continuer  beaucoup se dvelopper et se diversifier."

Anissa Rachef, bibliothcaire  l'Institut franais de Londres: "Le papier est
encore prsent dans la mdiathque. Cependant l'introduction de documents
lectroniques, tels que le CD-Rom du Monde par exemple, a permis une puration
de la collection papier."

Peter Raggett, directeur du centre de documentation de l'OCDE (Organisation de
coopration et de dveloppement conomiques): "Nous fournissons toujours des
photocopies d'articles de priodiques, un peu moins cependant que par le pass
parce que le texte intgral de nombreux articles est maintenant disponible sur
l'internet en format PDF. En revanche le prt des monographies en version
imprime n'a pas diminu depuis que l'OCDE utilise l'internet."

Les jours du papier sont-ils compts? "Je pense que le papier aura toujours sa
place, et ce malgr l'arrive du livre numrique. Mais, quand les gens s'y
seront accoutums, l'utilisation du papier dcrotra."


13.3. L'imprim vu par les diteurs


Nicolas Ancion, crivain et responsable ditorial de Luc Pire lectronique: "Je
suis un tltravailleur. J'habite Madrid et les ditions Luc Pire sont 
Bruxelles et Lige, en Belgique. En huit mois, j'ai reu deux plis postaux
relatifs  mon travail et je suis rest plus de six mois sans imprimante. En
dehors des contrats, tout se passe sur l'cran. Pour mon travail, c'est donc
trs clair, 99% de l'information passe par des fichiers informatiques sans
gaspiller de papier. En tant qu'auteur, je continue  rdiger majoritairement 
la main, au stylo sur papier. Je ne tape le texte que dans une seconde tape sur
mon ordinateur. En ralit, mme si je publie sur le web depuis 1998, je
continue  travailler comme au 19e sicle pour mon criture. Tout  la main dans
des petits cahiers d'colier. Sauf pour mes deux romans-feuilletons,
prcisment. J'ai dcid de changer mon mode d'criture pour ces deux textes et
je les cris directement  l'cran, comme ils seront lus, semaine aprs semaine.
C'est un dfi, une contrainte que je me suis pose volontairement. Pour voir si
a change quelque chose et pour rpondre en dtail  cette question souvent
pose aux auteurs: est-ce que vous crivez  la main ou  la machine? En tant
que lecteur, bien que je lise presque exclusivement les journaux en ligne, de
mme que les critiques littraires et cinmatographiques, je ne peux pour autant
me passer de la littrature imprime. J'ai toujours de bon vieux romans jaunis
sur ma table de nuit et dans mon sac, o que j'aille. Dans le train, le mtro,
je lis. De laids bouquins de poche, dont le papier ne sent pas bon et dont les
couvertures sont cornes, mais qui sont lgers, rsistants et fourrables dans
n'importe quel bagage."

Les jours du papier sont-ils compts? "Je crois qu'il est fort imbcile de
penser que l'arrive du numrique va tuer le papier. Comme si l'arrive de la
radio avait tu la presse crite, ou la tlvision le cinma. C'est une opinion
tellement stupide que beaucoup de gens la partagent. Pour ma part, je crois que
l'arrive du numrique grand public offre une panoplie de nouveaux supports pour
les contenus. Qu'elle ouvre de nombreuses possibilits pour imaginer de nouveaux
types de crations et de produits culturels. J'aime beaucoup le papier, j'adore
les livres: ils m'accompagnent depuis toujours, que ce soient des bandes
dessines, des romans, des dictionnaires. Je pense qu'ils continueront  tre
prsents pendant trs longtemps. Mais qu' leurs cts apparatront de nouveaux
formats. Le roman, tel que nous le connaissons, correspond trs prcisment 
des contraintes techniques d'impression et de reliure; si l'on change les
supports, on provoque l'apparition de nouvelles formes. La plupart des musiciens
ont d rinventer la composition de leurs albums suite  l'arrive du CD qui
ajoute vingt minutes au format 33 tours. Je me rjouis de lire ce qu'il y aura 
lire dans dix ans. Mais j'aurai toujours un Dumas ou un Michaux sur ma table de
nuit."

Pierre-Nol Favennec, directeur de collection et expert  la direction
scientifique de France Tlcom R&D: "Le papier est de plus en plus utilis.
Personnellement je suis de plus en plus inond de paperasses. Avec l'e-mail, les
collgues n'hsitent plus  envoyer de gros fichiers qu'il faut ensuite imprimer
pour lecture. La lecture est plus agrable sur papier. Les fichiers reus
peuvent n'tre que des projets et on peut recevoir 'n' preuves successives que
l'on imprime ncessairement. On imprime les mls pour les lire tranquillement
plus tard ou parce que c'est plus agrable de les lire sur papier. Etc. Il y a
beaucoup de raisons pour utiliser toujours plus de papier."

Les jours du papier sont-ils compts? "Les livres 'd'tudes', comme ceux de
notre collection, ont une dure de vie longue et ne seront pas remplacs par un
e-book, sauf si ce livre n'est utilis que pour une tude particulire et pour
un temps court (quelques semaines). Les livres  dure de vie courte tels que
les romans, journaux, magazines peuvent effectivement tre un jour remplacs par
des e-books. Les livres scolaires pourront tre (seront) sur e-book. Les
encyclopdies volumineuses dont la consultation n'est qu'pisodique seront sur
le web."

Olivier Gainon, fondateur de CyLibris, maison d'dition littraire en ligne,
utilise encore beaucoup l'imprim, "pour lire des documents, des textes, etc.
Cela dit, je lis de plus en plus sur cran, mais dans un cadre professionnel
(par exemple les lettres d'information auxquelles je suis abonn, etc.), ds que
l'on parle de lecture-plaisir (roman, dtente, etc.), je ne lis pas sur cran,
j'imprime (si ce n'est pas dj le cas), et je lis sur papier. Je me rends
galement compte que j'ai du mal  lire sur cran un document long et complexe.
Bref, je lis des informations brves et ponctuelles, mais pas vritablement des
dossiers complexes."

Les jours du papier sont-ils compts? "Tout dpend de quoi l'on parle. Le papier
comme support simple de document crit est un peu limit: texte et image
simplement / pas d'volution en temps rel / reproduction complexe / etc.
L'lectronique offre beaucoup plus d'avantages. En revanche, sur les aspects
plus 'pratiques' ('la valeur d'usage'), le papier reste aujourd'hui imbattable:
peu cher, lger, on peut le plier, le dchirer, le tordre, le laisser tomber, il
peut en plus tre physiquement agrable, esthtiquement beau, etc. Sans mme
parler du confort de lecture qui, pour moi aujourd'hui, donne un grand avantage
au papier... Bref, tout cela pour dire que je pense que le papier va dcrotre
dans son utilisation  terme - mais que ce sera un processus long, et plutt une
question de gnration, quand nos enfants n'auront plus la mme relation que
nous pouvons avoir avec le papier..."

Jacky Minier, crateur de Diamedit, site de promotion d'indits artistiques et
littraires lit toujours beaucoup de documents imprims. "La lecture directe 
l'cran est encore assez vite fatigante pour de nombreuses paires d'yeux, mme
avec l'amlioration des capacits d'affichage des moniteurs et les lissages de
polices d'cran. Et puis, pour un roman par exemple, rien n'en vaut la lecture
dans un bon fauteuil au coin de sa chemine..."

Les jours du papier sont-ils compts? "Le livre papier a encore de beaux jours
devant lui. Mais l'accs par le net  toutes ces offres indites est une
nouvelle richesse, inimaginable il y a quelques annes, tant pour les lecteurs
que pour les auteurs. a permet de slectionner beaucoup plus tranquillement que
dans une librairie ( condition que l'oeuvre y soit dite) et surtout d'accder
 des ouvrages qui n'auraient jamais t publis autrement. Selon moi, le papier
n'est pas l'ennemi du net en matire de littrature. Il en est le prolongement
et l'aboutissement. En fait, le net peut tre considr comme un formidable
moyen de promotion et de relance de la lecture, par les dcouvertes qu'il permet
de faire. Mais c'est maintenant l'internaute lui-mme qui dcide de ce qu'il
veut lire. Il choisit, il imprime, et il lit tranquillement dans son fauteuil au
coin de sa chemine..."

Nicolas Pewny, crateur des ditions du Choucas: "Nous utilisons le papier bien
sr. Le livre papier, lorsque l'impression avec les techniques modernes sera
meilleur march, devrait devenir l'alli du livre lectronique."

Les jours du papier sont-ils compts? "Cela dpend de quel domaine il s'agit. Je
pense que le temps des dictionnaires et encyclopdies et autres ouvages de
rfrences techniques et scientifiques 'papier' est compt. Pour les romans ou
les beaux livres, cela dpend de l'volution des deux supports."

Franois Vadrot, PDG de FTPress, socit de cyberpresse, utilise toujours autant
l'imprim. "a n'a pas chang: j'imprime souvent nos propres publications pour
les lire dans les transports en commun. Je n'ai pas beaucoup le temps de lire,
hormis des romans. Le papier a encore de l'avenir, il y aura toujours du papier,
ou si ce n'est pas le papier (matriau) que l'on connat, ce sera un support
souple, lger et fin comme lui (pour dans dix ans en principe)."


13.4. L'imprim vu par les gestionnaires


Patrice Cailleaud, directeur de communication de HandiCaPZro, prcise:
"L'essentiel de l'activit de HandiCaPZro aujourd'hui reste l'impression de
documents papier braille et caractres agrandis. La majorit du public auquel
s'adresse l'association n'est pas encore internaute."

Les jours du papier sont-ils compts? "Non, au contraire. L'internet dope les
ventes de livres, comme celles des disques, quoiqu'en disent les diteurs
regroups en association de dfense de leurs intrts. Par ailleurs, les
imprimantes des micro-ordinateurs, classiques ou braille, n'ont jamais t
autant sollicites depuis l'accs au web."

Grard Jean-Franois, directeur du centre de ressources informatiques de
l'Universit de Caen: "Pour mon activit professionnelle, j'utilise encore le
papier pour travailler hors de mon bureau, de mme que pour des livres autres
que techniques. En effet, si des documents techniques (qui sont des bases de
donnes) sont facilement consultables sous forme lectronique, il n'en est pas
de mme pour des ouvrages de fond. Au sujet de la presse, il est hors de
question de la supprimer pour la lecture, mais pour l'archivage oui." Le papier
a-t-il encore de beaux jours devant lui? "La rponse est oui mais les usages
changeront."

Pierre Magnenat, responsable de la cellule "gestion et prospective" du centre
informatique de l'Universit de Lausanne, utilise-t-il encore beaucoup
l'imprim? "Oui, hlas. Nous continuons  devoir imprimer beaucoup de choses, ne
serait-ce que pour des raisons administratives. Par contre, pour tout ce qui est
information, je ne la prends plus que sur internet."

Jacques Pataillot, conseiller en management chez Cap Gemini Erst & Young,
n'utilise pratiquement plus de de documents imprims. "Pratiquement rien en
interne pour la gestion, tout est fait  travers l'internet et/ou Lotus notes.
Liaison internet galement avec les clients pour les offres commerciales, les
documents de projets, les mmos... Seuls les contrats restent sur papier. Je
reois peu de courrier extrieur sur papier (qui est d'ailleurs le signe d'un
contenu probablement peu intressant!). Je lis la presse  travers les bases de
donnes. Bien sr, les journaux au petit djeuner restent ncessaires! Quant aux
livres, c'est vrai, je les utilise toujours."

Les jours du papier sont-ils compts? "Dans ce contexte, dans mon mtier de
consulting, les jours du papier sont compts. Par contre, dans ma vie
personnelle, si j'utilise le courrier lectronique pour la correspondance, les
livres ne sont pas dtrns, ou en tout cas ils sont moins affects."


13.5. L'imprim vu par les linguistes


Guy Antoine, crateur du site Windows on Haiti, site de rfrence sur la culture
hatienne, utilise les documents papier "aussi peu que possible, mais cela
reprsente encore beaucoup de papier. Si je vois un document que je souhaite
conserver en tant que document de rfrence, je l'imprime systmatiquement et je
le catalogue. Il peut ne pas tre disponible quand je suis en dplacement. Mais
quand je suis dans mon bureau  la maison, j'aime savoir que je peux y avoir
accs d'une manire physique, sans devoir me fier seulement  une sauvegarde
lectronique, au bon fonctionnement du systme d'exploitation, et  mon
fournisseur d'accs internet. De ce fait, pour ce que je considre utile de
conserver, les documents sont souvent en double exemplaire, imprim et
numrique. Le papier joue donc encore un rle important dans ma vie."

Alain Clavet, analyste de politiques au Commissariat aux langues officielles du
Canada, utilise l'imprim "un peu moins qu'avant d'tre connect  internet". Il
pense que "le papier continuera d'avoir un rle complmentaire".

Philippe Loubire, traducteur littraire et dramatique: "J'utilise beaucoup le
support papier car, quoique j'crive la plupart du temps sur ordinateur, j'ai
besoin d'imprimer pour me relire. Je lis les journaux. Je suis trs attach au
livre comme objet et comme support de connaissance. Et en tout cas je fais
partie de la chane qui les dite."

Les jours du papier sont-ils compts? "Je pense que le papier a encore de trs
beaux jours devant soi. Mais il va resserrer une partie de sa gamme,
naturellement, c'est--dire la recentrer. Je suis ravi que l'on conomise ainsi
la vie de milliers d'arbres, pour que certaines donnes d'intrt variable ou 
rotation rapide soient dvies sur les divers supports numriques. Par ailleurs,
les journaux (non ncessairement les quotidiens) restent un moyen dit
d''information' plus digne de foi que la presse audio-visuelle: leur lecture est
le moyen d'essayer de s'informer le moins passif, celui qui permet la meilleure
distanciation par rapport  l'information (on se fait moins piger par le
matraquage tl). Il y a ensuite plus de diversit dans les titres, dans les
opinions, et surtout il y a des journaux spcialiss (c'est mme le seul moyen
d'information susceptible d'tre spcialis). Le livre, enfin, me parat
aujourd'hui le lieu idal de refuge des valeurs de l'esprit, celles qui ne sont
pas frappes d'obsolescence par le progrs technique ou par les modes. Bref, le
papier, c'est la lecture, et c'est la lecture libre."

Zina Tucsnak, ingnieur d'tudes en informatique  l'ATILF (Analyse et
traitements informatiques du lexique franais), n'utilise plus de documents
papier. "Les dictionnaires lectroniques et autres e-books rvolutionnent
l'accs  la culture. En quelques clics, l'utilisateur peut trouver
l'information recherche."

Steven Krauwer, coordinateur d'ELSNET (European Network of Excellence in Human
Language Technologies): "J'utilise le papier en grande quantit. J'imprime tous
les documents importants, parce qu'ils sont beaucoup plus faciles  consulter de
cette faon (plus faciles  parcourir, et jamais de batterie en panne). Je ne
pense pas que ceci change avant longtemps."


13.6. L'imprim vu par les professeurs


Jean-Pierre Balpe, directeur du dpartement hypermdias de l'Universit Paris 8,
utilise-t-il encore l'imprim? "Comme je voyage beaucoup, il m'arrive aussi de
lire un peu de tout mais personnellement, je ne l'utilise gure dans mon travail
personnel, j'ai vraiment l'habitude de tout faire sur cran..."

Richard Chotin, professeur  l'ESA (Ecole suprieure des affaires) de Lille, lit
encore beaucoup de documents imprims. "Je lis environ cinq  six journaux
(quotidiens et hebdomadaires), deux  trois livres papier par mois, et environ 3
 4.000 photocopies par an."

Emilie Devriendt, lve professeur  l'Ecole normale suprieure de Paris,
utilise encore beaucoup l'imprim. "Je suis loin de penser que le numrique
doive ou puisse remplacer le papier, tout au moins dans l'tat actuel des
technologies lies  internet, crit-elle. On a beau parler d'une 're de
l'immatriel', d'une 'virtualisation' du rel etc., je reste persuade que la
trace crite telle que le papier nous en permet la perception et la conservation
(relative si l'on veut, mais fortement historicise), n'a pas diminu, et n'est
pas en passe de se voir remplace par des squences invisibles de 0 et de 1. La
prennit du support numrique me semble bien plus problmatique que celle du
papier: en termes techniques (et conomiques) d'une part, en termes de
politiques de conservation d'autre part. Par exemple, l'institution d'un dpt
lgal sur le web pose d'immenses problmes (concernant la quantit comme la
nature des publications)."

Patrick Rebollar, professeur de littrature franaise dans des universits
japonaises,  Tokyo et Nagoya, utilise l'imprim autant qu'avant. "Mais je
n'imprime pas beaucoup  partir de mon ordinateur, sauf pour des prparations de
cours  distribuer aux tudiants."

Les jours du papier sont-ils compts? "Je ne vois pas de problme pour les
'jours du papier' dans l'avenir, alors que justement, il faudrait en diminuer la
consommation. Je crains d'ailleurs que bien des gens n'impriment tout et
n'importe quoi avec leur ordinateur, consommant ainsi bien plus de papier qu'ils
ne le faisaient avant."

Christian Vandendorpe est professeur  l'Universit d'Ottawa et spcialiste des
thories de la lecture. Comment voit-il l'avenir de l'imprim? "Le papier est un
support remarquable: lger, conomique, polyvalent, et dont les diverses
textures en appellent non seulement au sens de la vue, mais aussi au toucher et
 l'odorat. Il a encore de beaux jours devant lui, surtout pour les ouvrages de
luxe ou de prestige et que l'on voudra pouvoir manipuler et conserver pour leur
valeur en tant qu'objets. Le papier va aussi rester comme support pour des
textes d'une certaine ampleur que l'on voudra pouvoir lire  loisir.
L'impression sur demande va rpondre  cette demande. En mme temps, les textes
destins  la lecture courante vont de plus en plus tre apprhends sur des
supports numriques. C'est dj le cas pour le courrier lectronique et les
activits de lecture sur le web. Mais l'ordinateur n'est pas un support idal
pour la lecture, en raison de la position qu'il impose au lecteur. En outre, la
technologie de l'hypertexte encourage une lecture ergative, tourne vers
l'action et la recherche de rponses brves et rapides plutt que vers la
lecture de fiction ou d'essais."

Russon Wooldridge, professeur au dpartement d'tudes franaises de l'Universit
de Toronto: "J'imprime de moins en moins. Alors qu'il y a trois ans je
distribuais encore beaucoup de papier  mes tudiants, depuis quelque temps je
mets tout sur le web et c'est  eux d'imprimer, s'ils le souhaitent! Je n'envoie
plus de papier  mes correspondants; je leur cris par courriel et, si j'ai un
document  leur transmettre, je l'envoie en fichier attach en format HTML. Je
n'cris plus pour le papier mais uniquement pour le web. Je prends toujours
plaisir, quand mme,  lire un roman reli ou un journal sur papier, bien que je
consulte rgulirement la presse en ligne."

Les jours du papier sont-ils compts? "Dangereux de jouer aux prophtes! Le sort
de l'imprim dpendra peut-tre plus de facteurs colo-conomiques que de
facteurs humains ou sociaux. Que peut faire en gnral le got ou l'habitude
face aux forces conomiques? On peut constater que le cot du papier va en
augmentant, que le nombre d'arbres va en diminuant, que la pollution crot tous
les jours, qu'un ordinateur utilise de moins en moins d'lectricit avec chaque
nouveau modle. La fabrication du papier est-elle, sera-t-elle, plus ou moins
polluante et consommatrice de sources naturelles que la fabrication de
l'lectricit?"


13.7. L'imprim vu par les spcialistes du numrique


Denis Zwirn, PDG de Numilog, librairie en ligne de livres numriques: "Numilog
en tant qu'entreprise utilise encore beaucoup le papier dans la mesure o nous
scannons de nombreux livres pour les numriser, mais il s'agit l d'une activit
ayant pour but de faire disparatre la ncessit du papier! A titre personnel,
j'utilise encore beaucoup le papier dans la mesure o de nombreux documents ne
sont pas encore disponibles sous forme numrique, la presse hebdomadaire
notamment... et les livres, puisque le volume de titres disponibles  ce jour en
format de lecture  l'cran est ridicule par rapport aux quelques 600.000 titres
existant en franais. Pour crire et envoyer du courrier ou des documents, par
contre, j'utilise trs peu le papier: le couple traitement de texte / courrier
lectronique en a fait disparatre quasiment totalement l'utilit."

Les jours du papier sont-ils compts? "Je pense sincrement que l'usage du
papier devrait fortement rgresser dans les dix  quinze ans qui viennent, grce
 toutes les techniques de rdaction, de lecture, et de communication numrique.
Et cela aura un impact positif sur les forts! Cela ne signifie pas qu'il
disparatra, notamment si on parvient  raliser des hybrides papier /
numrique, grce  des techniques telles que l'encre lectronique. Mais il se
peut dans ce cas qu'il soit concurrenc par d'autres types de matires souples
prsentant des qualits de robustesse et d'agrment tactile quivalente ou
suprieure."

Olivier Pujol, PDG de la socit Cytale et promoteur du Cybook, livre
lectronique: "Les jours du papier ne sont pas compts. Le support papier est
parfaitement adapt  certains usages: la lecture numrique sur ordinateur n'est
pas pratique, et ce pour de nombreuses raisons. Elle ne s'est d'ailleurs pas
dveloppe du tout depuis dix ans. Par ailleurs, le papier n'est pas seulement
un support 'oblig'. C'est galement un matriau noble, agrable, avec des
qualits propres (toucher, odeur, flexibilit) qui font que son usage n'est en
rien menac (il s'impose mme parfois dans des secteurs inattendus comme la
confection!). Le livre lectronique, permettant la lecture numrique, ne
concurrence pas le papier. C'est un complment de lecture, qui ouvre de
nouvelles perspectives pour la diffusion de l'crit et des oeuvres mlant le mot
et d'autres mdias (image, son, image anime...). Les projections montrent une
stabilit de l'usage du papier pour la lecture, mais une croissance de
l'industrie de l'dition, tire par la lecture numrique, et le livre
lectronique (de la mme faon que la musique numrique a permis aux mlomanes
d'accder plus facilement  la musique, la lecture numrique supprime, pour les
jeunes gnrations commme pour les autres, beaucoup de freins  l'accs 
l'crit)."

Pierre Schweitzer, concepteur d'@folio, support numrique de lecture nomade,
utilise-t-il encore beaucoup de documents imprims? "Oui, encore trop. J'ai
renonc au papier de mon agenda depuis le dbut de l'anne (2001). a ne se
passe pas trop mal. L'organiseur de poche est un substitut du papier pour ce
qu'il y a de plus primitif dans l'criture: tenir des listes. Efficace. Jack
Goody m'a fait voir a cet t dans La raison graphique (ditions de Minuit,
1978, ndlr), un bouquin crit  la fin des annes 70! Et puis j'aime bien
emprunter mes livres en bibliothque. a consomme aussi moins de papier! J'y lis
volontiers mes livres: les salles de lecture, leur silence, leur lumire sont
des havres de srnit dans la fureur des villes. Avec le web et internet, le
pronostic sur la consommation de papier est incertain. D'un ct, la logique du
rseau et la dmatrialisation des supports, e-mail, documents  jour
exclusivement en ligne, leur accessibilit  distance, le dclin de la
paperasse, etc. Mais d'un autre ct, il y a le besoin trivial d'imprimer pour
lire. Parce que la lecture s'accomode assez mal du nez coll sur un tube
cathodique. Avec ou sans papier, l'volution de la lecture est une chose
remarquable avec internet. Mme les radios et les tls qui s'installent sur le
web donnent des contenus  lire et des espaces pour crire. L'air de rien, c'est
une sacre innovation."

Les jours du papier sont-ils compts? "Fabriquer une encyclopdie ncessitait,
il y a peu, des dizaines de kilos de papier, des kilos d'encre. Aujourd'hui, a
tient sur une galette optique de 15 grammes et cote environ 10 fois moins cher
que l''ancien modle' en papier. Un stick de mmoire flash (pour la photo
numrique, du MP3 ou @folio) pse 2 grammes et contient aujourd'hui jusqu' 120
millions de caractres, l'quivalent de 5 volumes Petit Robert, soit 10 kilos de
papier environ... et contrairement au papier, le stick est rinscriptible 
l'infini, c'est mieux qu'un palimpseste ;-) Mais il y a plus de papier dans le
secteur de l'emballage que dans celui de l'dition (journaux, livres) et le
dveloppement du e-commerce ne rduira pas les besoins d'emballage. L'atelier
Design de l'Ecole d'architecture de Strasbourg a produit l'an dernier un superbe
projet de mobilier urbain, un totem  l'chelle du quartier, hors gel, qui
fonctionne comme une poste automatique, ouverte 7 jours/7 et 24 heures/24, o
l'on vient retirer ses paquets, muni d'un code d'accs envoy par e-mail."


14. LA MULTIPLICITE DES LANGUES: BARRIERE OU RICHESSE?


[Dans ce chapitre:]

[14.1. D'anglophone, l'internet est devenu multilingue // 14.2. Les impratifs
sont d'abord conomiques // 14.3. L'anglais reste "la" langue internationale
d'change // 14.4. Qu'en est-il du franais? // 14.5. Communication et changes
culturels // 14.6. Le rseau au service des langues minoritaires // 14.7. Des
outils pour passer d'une langue  l'autre]


14.1. D'anglophone, l'internet est devenu multilingue


A l'origine, les ordinateurs ne pouvaient "lire" que des systmes d'criture
pouvant tre traduits en ASCII (American standard code for information
interchange), un standard minimal de 128 caractres alphanumriques utilis pour
les changes d'information. Binaire, le code ASCII de chaque lettre est compos
de sept bits (A=1000001, B=1000010, etc.). L'ASCII permet uniquement la lecture
de l'anglais,  savoir 26 lettres sans accent, auxquelles s'ajoutent les signes
de ponctuation, les symboles techniques, etc. Ce systme de codage ne peut donc
pas reconnatre les lettres avec accents prsentes dans bon nombre de langues
europennes, et  plus forte raison les systmes non alphabtiques (chinois,
japonais, coren, etc.).

Ceci ne pose pas de problme majeur tant que l'internet, anglophone  plus de
90%, est utilis essentiellement en Amrique du Nord. "L'internet a vraiment
dcoll aux Etats-Unis  cause d'un concept rvolutionnaire: une langue unique -
l'anglais, explique Jacques Gauchey, journaliste dans la Silicon Valley. Le
mouvement 'politically correct' pour l'enseignement obligatoire
multi-linguistique dans les coles amricaines et le respect des diffrentes
sous-cultures est un dsastre pour l'avenir de ce pays (comme il l'est dj en
Europe). Aux individus de dcider, chez eux, s'ils veulent apprendre une autre
langue." C'est aussi l'avis de Jacques Pataillot, conseiller en management 
Paris chez Cap Gemini Ernst & Young: "Peu de chances,  mon avis, de voir un
internet multilingue. Malheureusement le poids de l'anglais est trop fort, et la
duplication des textes/informations n'est pas raliste."

Mais les temps ont chang, et dsormais moins de la moiti des internautes
habite l'Amrique du Nord. Selon les statistiques de Global Reach (t 2001), le
pourcentage d'internautes non anglophones est de 52,5% (47,5% pour les
anglophones) et continue rgulirement d'augmenter. Le pourcentage des Europens
non anglophones est de 28,9%, et celui des Asiatiques de 23,5%. Si les
anglophones d'Amrique du Nord restent le plus important groupe linguistique,
leur nombre est dsormais infrieur  celui des internautes europens et
asiatiques, dont le nombre a t multipli par sept depuis 1993.

Le multilinguisme devient donc essentiel. "Il est trs important de pouvoir
communiquer en diffrentes langues", s'exclame Maria Victoria Marinetti,
mexicaine, professeur d'espagnol dans des entreprises franaises et traductrice.
"Je dirais mme que c'est obligatoire, car l'information donne sur le net est 
destination du monde entier, alors pourquoi ne l'aurions-nous pas dans notre
propre langue ou dans la langue que nous souhaitons lire? Information mondiale,
mais pas de vaste choix dans les langues, ce serait contradictoire, pas vrai?"

De l'avis de Guy Bertrand et Cynthia Delisle, du CEVEIL (Centre qubcois
d'expertise et de veille inforoutes et langues, Qubec), "le multilinguisme sur
internet est la consquence logique et naturelle de la diversit des populations
humaines. Dans la mesure o le web a d'abord t dvelopp et utilis aux
Etats-Unis, il n'est gure tonnant que ce mdium ait commenc par tre
essentiellement anglophone (et le demeure actuellement). Toutefois, cette
situation commence  se modifier (en mars 2000, ndlr) et le mouvement ira en
s'amplifiant,  la fois parce que la plupart des nouveaux usagers du rseau
n'auront pas l'anglais comme langue maternelle et parce que les communauts dj
prsentes sur le web accepteront de moins en moins la 'dictature' de la langue
anglaise et voudront exploiter internet dans leur propre langue, au moins
partiellement. (...) L'arrive de langues autres que l'anglais sur internet, si
elle constitue un juste rquilibre et un enrichissement indniable, renforce
videmment le besoin d'outils de traitement linguistique aptes  grer
efficacement cette situation, d'o la ncessit de poursuivre les travaux de
recherche et les activits de veille dans des secteurs comme la traduction
automatique, la normalisation, le reprage de l'information, la condensation
automatique (rsums), etc."

Solution provisoire, les alphabets europens commencent d'abord par tre
reprsents par des versions tendues de l'ASCII codes non plus sur sept mais
sur huit bits, afin de prendre en compte les caractres accentus. L'extension
pour le franais est la norme ISO-Latin-1. Mais le passage de l'ASCII  l'ASCII
tendu devient vite un vritable casse-tte, y compris au sein de l'Union
europenne, les problmes tant entre autres la multiplication des systmes
d'encodage pour un ordinateur ou un serveur, la corruption des donnes dans les
tapes transitoires, l'incompatibilit des systmes entre eux, les pages ne
pouvant tre affiches que dans une seule langue  la fois, etc.

Une solution pourrait tre l'Unicode. Apparu en 1998, ce systme de codage
traduit chaque caractre en 16 bits, lisible quels que soient la plate-forme, le
logiciel et la langue utiliss. Alors que l'ASCII tendu  8 bits pouvait
prendre en compte un maximum de 256 caractres, l'Unicode peut prendre en compte
plus de 65.000 caractres uniques, et donc traiter informatiquement tous les
systmes d'criture de la plante. Il permet aussi la transmission de caractres
par des logiciels de diverses provenances.

Mais, mme avec l'Unicode, les problmes restent nombreux, comme le souligne Luc
Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'critures
multimdias: "Les systmes d'exploitation se dotent peu  peu des kits de
langues et bientt peut-tre de polices de caractres Unicode  mme de
reprsenter toutes les langues du monde; reste que chaque application, du
traitement de texte au navigateur web, embote ce pas. Les difficults sont
immenses: notre clavier avec ses  250 touches avoue ses manques ds lors qu'il
faille saisir des Katakana ou Hiragana japonais, pire encore avec la langue
chinoise. La grande varit des systmes d'critures de par le monde et le
nombre de leurs signes font barrage. Mais les cueils culturels ne sont pas
moins importants, lis aux codes et modalits de reprsentation propres  chaque
culture ou ethnie. L'anglais s'impose sans doute parce qu'il est devenu la
langue commerciale d'change gnralise; il semble important que toutes les
langues puissent continuer  tre reprsentes parce que chacune d'elle est
porteuse d'une vision 'singulire' du monde."

Selon Patrick Rebollar, professeur de littrature franaise au Japon, "il s'agit
d'abord d'un problme logiciel. Comme on le voit avec Netscape ou Internet
Explorer, la possibilit d'affichage multilingue existe. La compatibilit entre
ces logiciels et les autres (de la suite Office de Microsoft, par exemple) n'est
cependant pas acquise. L'adoption de la table Unicode devrait rsoudre une
grande partie des problmes, mais il faut pour cela rcrire la plupart des
logiciels, ce  quoi les producteurs de logiciels rechignent du fait de la
dpense, pour une rentabilit qui n'est pas vidente car ces logiciels
entirement multilingues intressent moins de clients que les logiciels de
navigation."

Que prconise Olivier Gainon, crateur de CyLibris, maison d'dition littraire
en ligne? "Premire tape: le respect des particularismes au niveau technique.
Il faut que le rseau respecte les lettres accentues, les lettres spcifiques,
etc. Je crois trs important que les futurs protocoles de transmission
permettent une transmission parfaite de ces aspects - ce qui n'est pas forcment
simple (dans les futures volutions de l'HTML, ou des protocoles IP, etc.).
Donc, il faut que chacun puisse se sentir  l'aise avec l'internet et que ce ne
soit pas simplement rserv  des (plus ou moins) anglophones. Il est anormal
aujourd'hui que la transmission d'accents puisse poser problme dans les
courriers lectroniques. La premire dmarche me semble donc une dmarche
technique. Si on arrive  faire cela, le reste en dcoule: la reprsentation des
langues se fera en fonction du nombre de connects, et il faudra envisager 
terme des moteurs de recherche multilingues."

De l'avis d'Emmanuel Barthe, documentaliste juridique, "des signes rcents
laissent penser qu'il suffit de laisser les langues telles qu'elles sont
actuellement sur le web. En effet les langues autres que l'anglais se
dveloppent avec l'accroissement du nombre de sites web nationaux s'adressant
spcifiquement aux publics nationaux, afin de les attirer vers internet. Il
suffit de regarder l'accroissement du nombre de langues disponibles dans les
interfaces des moteurs de recherche gnralistes. Il serait nanmoins utile (et
bnfique pour un meilleur quilibre des langues) de disposer de logiciels de
traduction automatique de meilleure qualit et  trs bas prix sur internet. La
rcente mise sur le web du GDT (Grand dictionnaire terminologique, rdig par
l'Office de la langue franaise du Qubec) va dans ce sens."

Tt ou tard, la rpartition des langues sur le web correspondra-t-elle  leur
rpartition sur la plante? Rien n'est moins sr  l'heure de la "fracture
numrique" entre riches et pauvres, Nord et Sud, pays dvelopps et pays en
dveloppement. Selon Zina Tucsnak, ingnieur d'tudes  l'ATILF (Analyse et
traitements informatiques du lexique franais), "le meilleur moyen sera
l'application d'une loi par laquelle on va attribuer un 'quota'  chaque langue.
Mais n'est-ce pas une utopie de demander l'application d'une telle loi dans une
socit de consommation comme la ntre?"


14.2. Les impratifs sont d'abord conomiques


Les impratifs sont d'abord conomiques, comme le souligne Paul Treanor, qui
gre une section sur l'avenir des langues en Europe. "La politique actuelle de
l'Union europenne prtend tre neutre, mais en fait elle soutient le
dveloppement de l'anglais comme langue de contact pour communiquer. (...) Le
multilinguisme futur de l'internet est dtermin par les forces du march. A
prsent il n'existe pas de volont politique d'imposer le multilinguisme. Le
fait d'avoir des informations dans plusieurs langues correspond  un intrt
commercial, au moins pour l'Europe. Par contre, pour les diffrentes langues de
l'Afrique, il n'existe pas de potentiel conomique."

De l'avis de Guy Bertrand, directeur scientifique du CEVEIL (Centre d'expertise
et de veille inforoutes et langues, Qubec), "le commerce lectronique
international s'est beaucoup dvelopp depuis 1998 et les vendeurs veulent de
plus en plus communiquer dans les langues prfres par les acheteurs, ce qui
augmentera encore le caractre multilingue du web."

Bas  la fois  San Francisco et  Paris, Bill Dunlap est spcialiste du
marketing en ligne et du commerce lectronique international. "Il y a trs peu
d'Amricains des Etats-Unis qui sont intresss de communiquer dans plusieurs
langues, explique-t-il. Pour la plupart, ils pensent encore que le monde entier
parle anglais. Par contre, en Europe, les pays sont petits, si bien que, depuis
des sicles, une perspective internationale est ncessaire." Dans cette optique,
il a fond Global Reach, une mthode permettant aux socits d'tendre leur
prsence sur l'internet en leur donnant une audience internationale, grce  la
traduction de leur site web dans d'autres langues, la promotion active de leur
site et l'accroissement de la frquentation locale par des campagnes
promotionnelles.

"Depuis 1981, dbut de mon activit professionnelle, j'ai t impliqu dans la
venue de socits amricaines en Europe, raconte-t-il. Ceci est pour beaucoup un
problme de langue, puisque leurs informations commerciales doivent tre
disponibles dans les langues europennes pour tre prises en compte ici, en
Europe. Comme le web est devenu populaire en 1995, j'ai donn  ces activits
une dimension 'en ligne', et j'en suis venu  promouvoir le cybercommerce
europen auprs de mes compatriotes amricains. Promouvoir un site est aussi
important que de le crer, sinon plus. On doit tre prpar  utiliser au moins
autant de temps et d'argent  promouvoir son site qu'on en a pass  l'origine 
le crer. Le programme Global Reach permet de promouvoir un site dans des pays
non anglophones, afin d'atteindre une clientle plus large... et davantage de
ventes. Une socit a de nombreuses bonnes raisons de considrer srieusement le
march international. Global Reach est pour elle le moyen d'tendre son site web
 de nombreux pays, de le prsenter  des visiteurs en ligne dans leur propre
langue, et d'atteindre le rseau de commerce en ligne prsent dans ces pays. Une
fois que la page d'accueil d'un site est disponible en plusieurs langues,
l'tape suivante est le dveloppement du contenu dans chaque langue. Un
webmestre notera quelles langues attirent plus de visiteurs (et donc plus de
ventes) que d'autres. Ce seront donc dans ces langues que dbutera une campagne
de promotion multilingue sur le web. Paralllement, il est toujours bon de
continuer  augmenter le nombre de langues dans lesquelles un site web est
disponible. Au dbut, seule la page d'accueil traduite en plusieurs langues
suffit, mais ensuite il est souhaitable de dvelopper un vritable secteur pour
chaque langue."

Selon Peter Raggett, directeur du centre de documentation de l'OCDE
(Organisation de coopration et de dveloppement conomiques), "il appartient
aux organisations et socits europennes d'offrir des sites web si possible en
trois ou quatre langues. A l'heure de la mondialisation et du commerce
lectronique, les socits ont un march potentiel sur plusieurs pays  la fois.
Permettre aux francophones, germanophones ou japonais de consulter un site web
aussi facilement que les anglophones donnera une plus grande comptitivit  une
firme donne."


14.3. L'anglais reste "la" langue internationale d'change


Malgr tout, si le nombre des utilisateurs non anglophones (52,5% en t 2001)
dpasse maintenant celui des utilisateurs anglophones (47,5%), la proportion des
sites web en anglais reste encore trs leve. State of the Internet 2000, une
tude mene par l'ITTA (International Technology and Trade Associates) pour
l'USIC (United States Internet Council), donne le pourcentage de 78%, et de 96%
pour les sites de commerce lectronique.

"Cette suprmatie n'est pas un mal en soi, dans la mesure o elle rsulte de
ralits essentiellement statistiques (plus de PC par habitant, plus de
locuteurs de cette langue, etc.), explique Marcel Grangier, responsable de la
section franaise des services linguistiques centraux de l'Administration
fdrale suisse. La riposte n'est pas de 'lutter contre l'anglais' et encore
moins de s'en tenir  des jrmiades, mais de multiplier les sites en d'autres
langues. Notons qu'en qualit de service de traduction, nous prconisons
galement le multilinguisme des sites eux-mmes. La multiplication des langues
prsentes sur internet est invitable, et ne peut que bnficier aux changes
multiculturels. Pour que ces changes prennent place dans un environnement
optimal, il convient encore de dvelopper les outils qui amlioreront la
compatibilit. La gestion complte des diacritiques ne constitue qu'un exemple
de ce qui peut encore tre entrepris."

Pierre Franois Gagnon, crateur d'Editel, maison d'dition francophone en
ligne: "Je pense que, si les diverses langues de la plante vont occuper chacune
le net en proportion de leur poids dmographique respectif, la ncessit d'une
langue vhiculaire unique se fera sentir comme jamais auparavant, ce qui ne fera
qu'assurer davantage encore la suprmatie plantaire de l'anglais, ne serait-ce
que du fait qu'il a t adopt dfinitivement par l'Inde et la Chine. Or la
marche de l'histoire n'est pas plus comprimable dans le d  coudre d'une
quelconque quation mathmatique que le march des options en bourse!"

Christiane Jadelot, ingnieur d'tudes  l'INaLF (Institut national de la langue
franaise): "Personnellement je n'ai pas d'tat d'me par rapport  l'usage de
la langue anglaise. On doit la prendre comme un banal outil de communication.
Cela dit, les sites doivent proposer un accs par l'anglais et par la langue du
pays d'origine." C'est ce que fait le SLAM (Syndicat de la librairie ancienne et
moderne). "Notre site internet est bilingue anglais-franais, explique Alain
Marchiset, son prsident. Bien entendu l'anglais semble incontournable, mais
nous essayons aussi de maintenir le franais autant que possible."

Ce biblinguisme est prconis aussi par Anne-Bndicte Joly, crivain qui
auto-dite ses livres: "Je crois que, par nature, la langue devra tre
universelle et l'anglais semble le mieux plac pour gagner cette bataille.
Cependant, les auteurs francophones devront dfendre la langue sur le net. Nous
pourrions fort bien envisager, pour un livre crit en franais, de prvoir un
synopsis de type quatrime de couverture en deux langues: franais et anglais.
Ainsi les lecteurs trangers prendront connaissance des grandes lignes du livre
et sauront faire les efforts ncessaires pour le lire dans une langue trangre
 la leur. S'agissant de littrature ou de belles lettres, il parat raliste de
dfendre un bastion linguistique."

"Pour des raisons pratiques, l'anglais continuera  dominer le web, crit Guy
Antoine, crateur de Windows on Haiti, site de rfrence sur la culture
hatienne. Je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose, en dpit des
sentiments rgionalistes qui s'y opposent, parce que nous avons besoin d'une
langue commune permettant de favoriser les communications  l'chelon
international. Ceci dit, je ne partage pas l'ide pessimiste selon laquelle les
autres langues n'ont plus qu' se soumettre  la langue dominante. Au contraire.
Tout d'abord l'internet peut hberger des informations utiles sur les langues
minoritaires, qui seraient autrement amenes  disparatre sans laisser de
trace. De plus,  mon avis, l'internet incite les gens  apprendre les langues
associes aux cultures qui les intressent. Ces personnes ralisent rapidement
que la langue d'un peuple est un lment fondamental de sa culture."


14.4. Qu'en est-il du franais?


"Je vois que l'internet va tuer la langue franaise et bien d'autres
(suppression des accents, ngligence due  la rapidit, etc.)", s'inquite
Catherine Domain, cratrice de la librairie Ulysse. Il n'empche, nombreux sont
ceux qui oeuvrent pour le dveloppement du franais sur le web, et ce depuis les
dbuts du rseau. Pour Olivier Bogros, un de ceux-ci, la priorit est "que
chacun s'efforce dj de s'exprimer correctement dans sa langue". Ds juin 1996
il cre la Bibliothque lectronique de Lisieux, une des premires bibliothques
numriques francophones en accs libre et gratuit. Dans sa chronique
hebdomadaire, prsente sur le web depuis avril 1995, Jean-Pierre Cloutier,
journaliste qubcois, ne cesse de dfendre la place du franais sur le rseau.

Ces exemples ne sont que de deux exemples parmi tant d'autres. Les initiatives
individuelles et collectives ont fleuri, d'abord au Qubec, ensuite en Europe et
maintenant en Afrique.

D'aprs Bakayoko Bourahima, documentaliste  l'ENSEA (Ecole nationale suprieure
de statistique et d'conomie applique) d'Abidjan, "l'volution vers un internet
multilingue ne peut tre qu'une source relle d'enrichissement culturel et
scientifique sur la toile. Pour nous les Africains francophones, le diktat de
l'anglais sur la toile reprsente pour la masse un double handicap d'accs aux
ressources du rseau. Il y a d'abord le problme de l'alphabtisation qui est
loin d'tre rsolu et que l'internet va poser avec beaucoup plus d'acuit,
ensuite se pose le problme de la matrise d'une seconde langue trangre et son
adquation  l'environnement culturel. En somme,  dfaut de multilinguisme,
l'internet va nous imposer une seconde colonisation linguistique avec toutes les
contraintes que cela suppose. Ce qui n'est pas rien quand on sait que nos
systmes ducatifs ont dj beaucoup de mal  optimiser leurs performances en
raison, selon certains spcialistes, des contraintes de l'utilisation du
franais comme langue de formation de base. Il est donc de plus en plus question
de recourir aux langues vernaculaires pour les formations de base, pour
'dsenclaver' l'cole en Afrique et l'impliquer au mieux dans la valorisation
des ressources humaines. Comment faire? Je pense qu'il n y a pas de chance pour
nous de faire prvaloir une quelconque exception culturelle sur la toile, ce qui
serait de nature tout  fait grgaire. Il faut donc que les diffrents blocs
linguistiques s'investissent beaucoup plus dans la promotion de leur accs  la
toile, sans oublier leurs diffrentes spcificits internes."

Au Canada, pays bilingue, le Commissariat aux langues officielles a pour mandat
de "faire reconnatre le statut du franais et de l'anglais, les deux langues
officielles du Canada; faire respecter la loi sur les langues officielles ;
fournir de l'information sur les services du Commissariat, les aspects de la loi
sur les langues officielles et son importance pour la socit canadienne".
Analyste de politiques, Alain Clavet travaille particulirement sur les
questions relatives  la dualit linguistique dans les domaines d'internet et de
la radiodiffusion. Publi en aot 1999, son rapport Le gouvernement du Canada et
le franais sur internet insiste sur la prpondrance de la langue anglaise
"dans l'ensemble des rseaux lectroniques, y compris sur internet. Il importe
donc que la Commissaire veille  ce que le franais prenne toute sa place
quitable dans les changes reposant sur ce nouveau mode de communication et de
publication."

En mai 2001, Alain Clavet relate: "Le gouvernement du Canada a accept
l'ensemble des douze recommandations du rapport. Des investissements importants
ont t raliss  cet gard cette anne. Notamment 80 millions de dollars
(canadiens, soit 62 millions d'euros, ndlr) pour la numrisation des
collections, 30 millions (23,3 millions d'euros, ndlr) pour la constitution du
Muse virtuel canadien et, le 2 mai 2001, l'annonce de 108 millions
supplmentaires (83,7 millions d'euros, ndlr) afin d'accrotre les contenus
culturels canadiens sur internet."

En France, si les efforts sont certains, il reste beaucoup  faire.

Jacky Minier, crateur de Diamedit, site de promotion d'indits artistiques et
littraires: "Pour le franais, il est certain que quand nous aurons atteint la
proportion amricaine de foyers connects (50%), nous pourrons esprer une plus
grande reprsentativit sur le web. Pour l'instant, heureusement qu'il y a les
Qubcois et les Belges pour maintenir la prsence de la langue franaise. C'est
tout de mme un comble. Si je devais donner un conseil (mais conseiller qui,
quel organisme?), je suggrerais de porter davantage d'attention  la qualit
des contenus. La France a de tous temps t un pays de culture et d'invention,
d'imagination. Mme dans les secteurs o nous n'avons pas t pionniers comme en
informatique, nous avons de belles russites. Soyons aussi performants dans
l'expression de la culture, dans la mise en valeur de notre patrimoine,
historique, scientifique, littraire, etc. Si nous pouvons mettre en ligne les
multiples facettes de la richesse culturelle qui a fait notre civilisation, nul
doute que le tourisme internautique vers les contenus franais serait amplifi
et la prsence franaise plus oprante."

Lucie de Boutiny, crivain papier et pixel: "Puisque la France s'inscrit dans
une tradition d'interventionnisme de la puissance publique (l'Etat, les
collectivits locales...) en matire de culture, nos institutions devraient
financer des logiciels de traduction simultane - ils seront oprants bientt...
-, et plus simplement, donner des aides  la traduction, et cela dans le cadre
d'une stratgie de dveloppement de la francophonie. Les acteurs culturels sur
le web, par exemple, auraient plus de facilit pour prsenter leur site en
plusieurs langues. Les chiffres de septembre 2000 montrent que 51% des
utilisateurs sont anglo-saxons, et 78% des sites aussi. Les chiffres de cette
prpondrance baissent  mesure qu'augmentent le nombre des internautes de par
le monde... L'anglais va devenir la deuxime langue mondiale aprs la langue
natale, mais il y aura d'autres. Un exemple: personnellement,  l'ge de 4 ans,
je parlais trois langues alors que je ne savais ni lire ni crire. Pour parler
une langue, il peut suffire d'avoir la chance de l'couter. On peut esprer que
le cosmopolitisme traverse toutes les classes sociales en raison, par exemple,
de l'Union europenne, du nomadisme des travailleurs, de la facilit de
dplacement  l'tranger des tudiants, de la prsence des chanes TV et sites
trangers, etc."

Blaise Rosnay, webmestre du site du Club des potes: "Dans la mesure o la
culture franaise, y compris contemporaine, pourra tre diffuse sans obstacles,
la langue franaise aura la possibilit de rester vivante sur le rseau. Ses
oeuvres, lies au gnie de notre langue, susciteront ncessairement de l'intrt
puisqu'elles sont en prise avec l'volution actuelle de l'esprit humain. Dans la
mesure o il y aura une volont d'utiliser l'internet comme moyen de partage de
la connaissance, de la beaut, de la culture, toutes les langues, chacune avec
leur gnie propre, y auront leur place. Mais si l'internet, comme cela semble
tre le cas, abandonne ces promesses pour devenir un lieu unique de transactions
commerciales, la seule langue qui y sera finalement parle sera une sorte de
jargon dnaturant la belle langue anglaise, je veux dire un anglais amoindri 
l'usage des relations uniquement commerciales."

C'est aussi ce que pense Philippe Loubire, traducteur littraire et dramatique.
"La langue unique est  l'vidence un systme totalitaire. Tout ce qui peut
contribuer  la diversit linguistique, sur internet comme ailleurs, est
indispensable  la survie de la libert de penser. Je n'exagre absolument pas:
l'homme moderne joue l sa survie. Cela dit, je suis trs pessimiste devant
cette volution. Les Anglo-saxons vous crivent en anglais sans vergogne.
L'immense majorit des Franais constate avec une indiffrence totale le
remplacement progressif de leur langue par le mauvais anglais des marchands et
des publicitaires, et le reste du monde a parfaitement admis l'hgmonie
linguistique des Anglo-saxons parce qu'ils n'ont pas d'autres horizons que de
servir ces riches et puissants matres. La seule solution consisterait 
recourir  des lgislations internationales assez contraignantes pour obliger
les gouvernements nationaux  respecter et  faire respecter la langue nationale
dans leur propre pays (le franais en France, le roumain en Roumanie, etc.),
cela dans tous les domaines et pas seulement sur internet. Mais ne rvons
pas..."

Richard Chotin, professeur  l'ESA (Ecole suprieure des affaires) de Lille,
rappelle non sans raison que la suprmatie de l'anglais a succd  celle du
franais. "Le problme est politique et idologique: c'est celui de
l''imprialisme' de la langue anglaise dcoulant de l'imprialisme amricain. Il
suffit d'ailleurs de se souvenir de l''imprialisme' du franais aux 18e et 19e
sicles pour comprendre la dficience en langues des tudiants franais: quand
on n'a pas besoin de faire des efforts pour se faire comprendre, on n'en fait
pas, ce sont les autres qui les font."

De plus, la France n'est pas sans exercer pression pour imposer la suprmatie de
la langue franaise sur d'autres langues, comme on tmoigne l'exprience de Guy
Antoine, crateur du site Windows on Haiti, qui crit en juin 2001: "J'ai fait
de la promotion du kreyl (crole) une cause personnelle, puisque cette langue
est le principal lien unissant tous les Hatiens, malgr l'attitude ddaigneuse
d'une petite lite hatienne -  l'influence disproportionne - vis--vis de
l'adoption de normes pour l'criture du kreyl et le soutien de la publication
de livres et d'informations officielles dans cette langue. A titre d'exemple, il
y avait rcemment dans la capitale d'Hati un salon du livre de deux semaines, 
qui on avait donn le nom de 'Livres en folie'. Sur les 500 livres d'auteurs
hatiens qui taient prsents lors du salon, il y en avait une vingtaine en
kreyl, ceci dans le cadre de la campagne insistante que mne la France pour
clbrer la francophonie dans ses anciennes colonies. A Hati cela se passe
relativement bien, mais au dtriment direct de la crolophonie.

En rponse  l'attitude de cette minorit hatienne, j'ai cr sur mon site web
Windows on Haiti deux forums de discussion exclusivement en kreyl. Le premier
forum regroupe des discussions gnrales sur toutes sortes de sujets, mais en
fait ces discussions concernent principalement les problmes socio-politiques
qui agitent Hati. Le deuxime forum est uniquement rserv aux dbats sur les
normes d'criture du kreyl. Ces dbats sont assez anims et une certain nombre
d'experts linguistiques y participent. Le caractre exceptionnel de ces forums
est qu'ils ne sont pas acadmiques. Je n'ai trouv nulle part ailleurs sur
l'internet un change aussi spontan et aussi libre entre des experts et le
grand public pour dbattre dans une langue donne des mrites et des normes de
la mme langue."

S'il est la langue officielle de 50 pays, le franais est aussi la deuxime
langue utilise dans les organisations internationales, aprs l'anglais. L
aussi, malgr la pression anglophone, relle ou suppose selon les cas, des
francophones veillent  ce que le franais ait la place qui lui revient, au mme
titre que les autres grandes langues de communication que sont l'anglais,
l'arabe, le chinois et l'espagnol, dans le respect de la diversit des peuples,
des langues et des cultures. On souhaiterait pourtant moins de manifestations de
prestige et davantage d'actions concrtes. "Concernant le franais, il existe un
groupement de pays francophones dont des dlgus se runissent rgulirement",
crit Pierre Magnenat, responsable de la cellule "gestion et prospective" du
centre informatique de l'Universit de Lausanne. "Le rsultat de ces runions ne
m'est jamais apparu clairement; l'conomie ralise en supprimant un ou deux de
ces raouts permettrait peut-tre de financer un projet majeur et global pour
dvelopper des traducteurs automatiques."


14.5. Communication et changes culturels


Pour Bruno Didier, webmestre de la mdiathque de l'Institut Pasteur, "internet
n'est une proprit ni nationale, ni linguistique. C'est un vecteur de culture,
et le premier support de la culture, c'est la langue. Plus il y a de langues
reprsentes dans leur diversit, plus il y aura de cultures sur internet. Je ne
pense pas qu'il faille justement cder  la tentation systmatique de traduire
ses pages dans une langue plus ou moins universelle. Les changes culturels
passent par la volont de se mettre  la porte de celui vers qui on souhaite
aller. Et cet effort passe par l'apprhension de sa langue. Bien entendu c'est
trs utopique comme propos. Concrtement, lorsque je fais de la veille, je peste
ds que je rencontre des sites norvgiens ou brsiliens sans un minimum
d'anglais."

Selon Alain Bron, consultant en systmes d'information et crivain, "il y aura
encore pendant longtemps l'usage de langues diffrentes et tant mieux pour le
droit  la diffrence. Le risque est bien entendu l'envahissement d'une langue
au dtriment des autres, donc l'aplanissement culturel. Je pense que des
services en ligne vont petit  petit se crer pour pallier cette difficult.
Tout d'abord, des traducteurs pourront traduire et commenter des textes  la
demande, et surtout les sites de grande frquentation vont investir dans des
versions en langues diffrentes, comme le fait l'industrie audiovisuelle."

Financ par la Commission europenne, ELSNET (European Network of Excellence in
Human Language Technologies) regroupe 135 universits et socits de 26 pays
diffrents dont l'objectif commun est de construire des systmes multilingues
pour la parole et la langue naturelle. Son coordinateur, Steven Krauwer, est
chercheur en linguistique computationnelle  l'Institut de linguistique
d'Utrecht (Pays-Bas). En septembre 1998, il crit: "En tant que citoyen
europen, je pense que le multilinguisme sur le web est absolument essentiel. A
mon avis, ce n'est pas une situation saine  long terme que seuls ceux qui ont
une bonne matrise de l'anglais puissent pleinement exploiter les bnfices du
web. En tant que chercheur (spcialis dans la traduction automatique), je vois
le multilinguisme comme un dfi majeur: pouvoir garantir que l'information sur
le web soit accessible  tous, indpendamment des diffrences de langue."

En aot 1999, il ajoute: "Je suis de plus en plus convaincu que nous devons
veiller  ne pas aborder le problme du multilinguisme en l'isolant du reste. Je
reviens de France, o j'ai pass de trs bonnes vacances d't. Mme si ma
connaissance du franais est sommaire (c'est le moins que l'on puisse dire), il
est surprenant de voir que je peux malgr tout communiquer sans problme en
combinant ce franais sommaire avec des gestes, des expressions du visage, des
indices visuels, des schmas, etc. Je pense que le web (contrairement au systme
vieillot du courrier lectronique textuel) peut permettre de combiner avec
succs la transmission des informations par diffrents canaux (ou moyens), mme
si ce processus n'est que partiellement satisfaisant pour chacun des canaux pris
isolment."

A la mme date, Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybrie,
chronique hebdomadaire des actualits de l'internet, crit: "L'internet est
devenu multiforme et exige de plus en plus des outils performants en raison de
l''enrichissement' des contenus (ou plutt des contenants, car sur le fond, le
contenu vritable, rien n'est enrichi sauf les entreprises qui les vendent). Il
faut des systmes costauds, bien pourvus en mmoire, avec des microprocesseurs
puissants. Or, s'il y a dveloppement du web non anglophone, il s'adressera pour
une bonne part  des populations qui n'ont pas les moyens de se procurer des
systmes puissants, les tous derniers logiciels et systmes d'exploitation, et
de renouveler et mettre  niveau tout ce bazar aux douze mois. En outre, les
infrastructures de communication, dans bien des rgions hors Europe ou
tats-Unis, font cruellement dfaut. Il y a donc problme de bande passante. Je
le constate depuis le tout dbut des Chroniques. Des correspondants (Afrique,
Asie, Antilles, Amrique du Sud, rgion Pacifique) me disent apprcier la
formule d'abonnement par courrier lectronique car elle leur permet en
rcuprant un seul message de lire, de s'informer, de faire une prslection des
sites qu'ils ou elles consulteront par la suite. Il faut pour eux, dans bien des
cas, optimiser les heures de consultation en raison des infrastructures
techniques plutt faibles. C'est dans ces rgions, non anglophones, que rside
le dveloppement du web. Il faut donc tenir compte des caractristiques
techniques du mdium si on veut rejoindre ces 'nouveaux' utilisateurs.

Je dplore aussi qu'il se fasse trs peu de traductions des textes et essais
importants qui sont publis sur le web, tant de l'anglais vers d'autres langues
que l'inverse. Je m'explique. Par exemple, Jon Katz publie une analyse du
phnomne de la culture Goth qui imprgnait les auteurs du massacre de
Littleton, et de l'expression Goth sur le web. La presse francophone tire une
phrase ou deux de l'analyse de Katz, grapille quelques concepts, en fait un
article et c'est tout. Mais c'est insuffisant pour comprendre Katz et saisir ses
propos sur la culture de ces groupes de jeunes. De mme, la nouveaut d'internet
dans les rgions o il se dploie prsentement y suscite des rflexions qu'il
nous serait utile de lire.  quand la traduction des penseurs hispanophones et
autres de la communication?"

Henri Slettenhaar est professeur en technologies de la communication  la
Webster University de Genve. De nationalit hollandaise, il enseigne en
anglais, et parle aussi couramment le franais. Ses rponses sur trois ans
montrent combien les choses ont chang en matire de multilinguisme. En dcembre
1998, il crit: "Je vois le multilinguisme comme un facteur fondamental. Les
communauts locales prsentes sur le web devraient en tout premier lieu utiliser
leur langue pour diffuser des informations. Si elles veulent galement prsenter
ces informations  la communaut mondiale, celles-ci doient tre aussi
disponibles en anglais. Je pense qu'il existe un rel besoin de sites
bilingues." En aot 1999, il ajoute: "A mon avis, il existe deux catgories sur
le web. La premire est la recherche globale dans le domaine des affaires et de
l'information. Pour cela, la langue est d'abord l'anglais, avec des versions
locales si ncessaire. La seconde, ce sont les informations locales de tous
ordres dans les endroits les plus reculs. Si l'information est  destination
d'une ethnie ou d'un groupe linguistique, elle doit d'abord tre dans la langue
de l'ethnie ou du groupe, avec peut-tre un rsum en anglais. Nous avons vu
rcemment l'importance que pouvaient prendre ces sites locaux, par exemple au
Kosovo ou en Turquie, pour n'voquer que les vnements les plus rcents. Les
gens ont pu obtenir des informations sur leurs proches grce  ces sites." En
aot 2000, il complte: "Le multilinguisme s'est beaucoup dvelopp. De nombreux
sites de commerce lectronique sont maintenant multilingues, et il existe
maintenant des socits qui vendent des produits permettant la localisation des
sites (adaptation des sites aux marchs nationaux, ndlr)."

Randy Hobler, consultant en marketing internet: "Comme l'internet n'a pas de
frontires nationales, les internautes s'organisent selon d'autres critres
propres au mdium. En termes de multilinguisme, vous avez des communauts
virtuelles, par exemple ce que j'appelle les 'nations des langues', tous ces
internautes qu'on peut regrouper selon leur langue maternelle quel que soit leur
lieu gographique. Ainsi la nation de la langue espagnole inclut non seulement
les internautes d'Espagne et d'Amrique latine, mais aussi tous les
hispanophones vivant aux Etats-Unis, ou encore ceux qui parlent espagnol au
Maroc."

"L'internet incite les gens  apprendre les langues associes aux cultures qui
les intressent, crit Guy Antoine, crateur du site Windows on Haiti. Ces
personnes ralisent rapidement que la langue d'un peuple est un lment
fondamental de sa culture." "Je pense que la bonne question est [moins celle
d'un internet multilingue que] celle d'un internet multiculturel", rsume
Franois Vadrot, PDG de FTPress.


14.6. Le rseau au service des langues minoritaires


Ds ses dbuts, l'internet reprsente une chance pour les langues minoritaires.
"Nous croyons que le web devrait chercher, entre autres,  favoriser un
renforcement des cultures et des langues minoritaires, en particulier pour les
communauts disperses, crivent en aot 1998 Guy Bertrand et Cynthia Delisle,
du CEVEIL (Centre dexpertise et de veille inforoutes et langues, Qubec). Grce
 la tenacit de certains membres de ces communauts linguistiques minoritaires,
c'est dsormais le cas.

Guy Antoine, qui a cr Windows on Haiti, site de rfrence sur la culture
hatienne, raconte: "A la fin d'avril 1998, j'ai cr un site internet dont le
concept est simple mais dont le but est ambitieux: d'une part tre une source
d'information majeure sur la culture hatienne, d'autre part contrer les images
continuellement ngatives que les mdias traditionnels donnent d'Hati. Je
voulais aussi montrer la diversit de la culture hatienne dans des domaines
tels que l'art, l'histoire, la cuisine, la musique, la littrature et les
souvenirs de la vie traditionnelle. Le site dispose d'un livre d'or regroupant
les tmoignages personnels des visiteurs sur leurs liens avec Hati. Pour
rsumer, il ouvre de nouvelles 'fentres' sur la culture hatienne."

L'utilisation de l'internet a eu un impact considrable sur son activit. En
novembre 1999, il crit: "Le principal changement rside dans la multiplicit de
mes contacts avec les milieux culturels, universitaires et journalistiques, et
avec des gens de toutes origines dans le monde entier. Grce  quoi je suis
maintenant bien plus au fait des ressources professionnelles existant de par le
monde dans ce domaine, et du rel engouement suscit  l'chelon international
par Hati, sa culture, sa religion, sa politique et sa littrature. (...)
L'internet peut hberger des informations utiles sur les langues minoritaires,
qui seraient autrement amenes  disparatre sans laisser de trace. Depuis que
j'ai ouvert mon site, il est devenu du jour au lendemain un lieu de
rassemblement de divers groupes et individus intresss par la culture
hatienne, ce qui m'amne  effectuer des tches quasi-professionnelles
consistant  regrouper les informations, crire des commentaires, rdiger des
textes et diffuser la culture hatienne. (...) Je vois mon avenir professionnel
dans le prolongement de ce que je fais  l'heure actuelle: utiliser la
technologie pour accrotre les changes interculturels. J'espre m'associer avec
les bonnes personnes pour, au-del de Hati, avancer vers un idal de fraternit
dans notre monde."

La culture et la langue sont intimement lies. "Que sont les Hatiens, par
exemple, sans le kreyl (crole pour les non initis), une langue qui s'est
dveloppe et qui a permis de souder entre elles diverses tribus africaines
transplantes  Hati pendant la priode de l'esclavage? Cette langue reprsente
de manire la plus palpable l'unit de notre peuple. Elle est toutefois
principalement une langue parle et non crite. A mon avis, le web va changer
cet tat de fait plus qu'aucun autre moyen traditionnel de diffusion d'une
langue. Dans Windows on Haiti, la langue principale est l'anglais, mais on y
trouve tout aussi bien un forum de discussion anim conduit en kreyl. Il existe
aussi des documents sur Hati en franais et dans l'ancien crole colonial, et
je suis prt  publier d'autres documents en espagnol et dans diverses langues.
Je ne propose pas de traductions, mais le multilinguisme est effectif sur ce
site, et je pense qu'il deviendra de plus en plus la norme sur le web."

En juin 2001, il ajoute: "Depuis notre dernier entretien, j'ai t nomm
directeur des communications et des relations stratgiques de Mason Integrated
Technologies, une socit qui a pour principal objectif de crer des outils
permettant la communication et l'accessibilit des documents crs dans des
langues minoritaires. Etant donn l'exprience de l'quipe en la matire, nous
travaillons d'abord sur le crole hatien (kreyl), qui est la seule langue
nationale d'Hati, et l'une des deux langues officielles, l'autre tant le
franais. Cette langue ne peut gure tre considre comme une langue
minoritaire dans les Carabes puisqu'elle est parle par huit  dix millions de
personnes."

Autre exprience, celle de Caiomhn  Donnale, qui enseigne l'informatique en
langue galique  l'Universit Sabhal Mr Ostaig, situe sur l'le de Skye, en
Ecosse. Le site web de l'universit, dont il est le webmestre, est aussi le
principal site d'information en galique cossais, avec une section en anglais
et en galique sur les langues europennes minoritaires, classes par ordre
alphabtique et par famille linguistique. "Le dveloppement de l'internet amne
le danger de la suprmatie de l'anglais, crit-il en janvier 2000. Toutefois, si
les gens ont la ferme volont d'accorder une place  d'autres langues,
l'internet permettra de les aider dans cette dmarche." En mai 2001, il insiste
encore "sur le fait que, en ce qui concerne l'avenir des langues menaces,
l'internet acclre les choses dans les deux sens. Si les gens ne se soucient
pas de prserver les langues, l'internet et la mondialisation qui l'accompagne
acclreront considrablement la disparition de ces langues. Si les gens se
soucient vraiment de les prserver, l'internet constituera une aide
irremplaable."

Par ailleurs, il souligne "une forte augmentation de l'utilisation des
technologies de l'information dans notre universit: beaucoup plus
d'ordinateurs, davantage de personnel spcialis en informatique, des crans
plats. Les tudiants font tout sur ordinateur, ils utilisent un correcteur
d'orthographe en galique et une base terminologique en ligne en galique. Notre
site web est beaucoup plus visit. On utilise davantage l'audio. Il est
maintenant possible d'couter la radio en galique (cossais et irlandais) en
continu sur l'internet partout dans le monde. Une ralisation particulirement
importante a t la traduction en galique du logiciel de navigation Opera.
C'est la premire fois qu'un logiciel de cette taille est disponible en
galique."

Robert Beard, co-fondateur de yourDictionary.com, portail de rfrence pour les
langues, relate: "Si l'anglais domine encore le web, on voit s'accentuer le
dveloppement de sites monolingues et non anglophones du fait des solutions
varies apportes aux problmes de caractres. Les langues menaces sont
essentiellement des langues non crites (un tiers seulement des 6.000 langues
existant dans le monde sont  la fois crites et parles). Je ne pense pourtant
pas que le web va contribuer  la perte de l'identit des langues et j'ai mme
le sentiment que,  long terme, il va renforcer cette identit. Par exemple, de
plus en plus d'Indiens d'Amrique contactent des linguistes pour leur demander
d'crire la grammaire de leur langue et de les aider  laborer des
dictionnaires. Pour eux, le web est un instrument  la fois accessible et trs
prcieux d'expression culturelle."

C'est aussi l'opinion d'Olivier Pujol, PDG de Cytale et promoteur du Cybook,
livre lectronique: "Par sa nature ouverte, le web est dj aujourd'hui le
meilleur outil de propagation et donc de prservation de langues qui, sans le
web, pourraient tre menaces d'extinction. La seule solution pour qu'une langue
accroisse sa prsence sur le web est que ses promoteurs aient vraiment envie de
se bouger! Il faut se souvenir que l'imprimerie avait t accuse de sonner le
glas de toutes les langues autres que le latin! La ralit a t que
l'imprimerie, en permettant  toutes les langues de se transmettre plus
facilement, a provoqu la mort du latin."


14.7. Des outils pour passer d'une langue  l'autre


Jean-Pierre Balpe est directeur du dpartement hypermdias de l'Universit Paris
8. A la question: "Quelles sont vos suggestions pour un vritable multilinguisme
sur le web?", qui avait son intrt en 1998 mais qu'il n'est peut-tre plus
utile de poser en 2001, il rtorque: "Ah bon! Ce n'est pas multilingue? Je
croyais pourtant car il m'arrive de naviguer en italien, franais, espagnol,
arabe, chinois, flamand, etc. Voulez-vous dire francophone pour multilingue? (La
rponse est non, ndlr.) Si c'est l'anglais que vous visez, internet ne fait que
reproduire sa situation de langue internationale d'change. Est-ce  dire qu'il
n'en faudrait pas? Je n'en suis pas si sr."

Il est vrai que le multilinguisme progresse  pas de gant et que toutes les
langues sont dsormais reprsentes sur le web. Les progrs sont normes depuis
1998. Mais nombreux sont ceux qui sont unilingues, et ceci vaut pour toutes les
communauts linguistiques. Miriam Mellman, qui habite San Francisco, ne parle
que l'anglais. "Internet est plantaire, il est donc important qu'il soit
multilingue, dclare-t-elle. Ce serait formidable que des gens paresseux comme
moi puissent disposer de programmes de traduction instantane. Mme si je dcide
d'apprendre une autre langue que l'anglais, il en existe bien d'autres, et ceci
rendrait la communication plus facile. Je ne sais pas si un tel programme est
techniquement possible, mais il serait trs pratique."

La demande ne vient pas seulement des unilingues, mais aussi de ceux qui parlent
deux ou plusieurs langues. Le numrique en gnral et le web en particulier leur
ouvrent  tous des perspectives sans prcdent, et ils aimeraient bnficier de
cette manne multilingue en ayant accs aux langues qu'ils ne connaissent pas.
"Je suis de langue franaise, raconte Grard Fourestier, crateur de Rubriques 
Bac. J'ai appris l'allemand, l'anglais, l'arabe, mais je suis encore loin du
compte quand je surfe dans tous les coins de la plante. Il serait dommage que
les plus nombreux ou les plus puissants soient les seuls qui 's'affichent' et,
pour ce qui est des logiciels de traduction, il y a encore largement  faire."

Chercheur en traduction automatique et coordinateur d'ELSNET (European Network
of Excellence in Human Language Technologies), Steven Krauwer suggre les
solutions suivantes: "en ce qui concerne l'auteur, une meilleure formation des
auteurs de sites web pour exploiter les combinaisons de modalits possibles afin
d'amliorer la communication par-del les barrires des langues (et pas
seulement par un vernis superficiel); en ce qui concerne l'usager, des logiciels
de traduction de type AltaVista Translation, dont la qualit n'est pas
frappante, mais qui a le mrite d'exister; en ce qui concerne le navigateur, des
logiciels de traduction intgre, particulirement pour les langues non
dominantes, et des dictionnaires intgrs plus rapides."

Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'critures
multimdias: "La traduction simultane (propose par AltaVista par exemple) ou
les versions multilingues d'un mme contenu me semblent aujourd'hui les
meilleures rponses au danger de pense unique que reprsenterait une seule
langue d'change. Peut-tre appartient-il aux diteurs des systmes
d'exploitation (ou de navigateurs?) de proposer des solutions de traduction
partielle, avec toutes les limites connues des systmes automatiques de
traduction..."

Pierre Magnenat, responsable de la cellule "gestion et prospective" du centre
informatique de l'Universit de Lausanne: "La seule solution que je vois serait
qu'un effort majeur et global soit entrepris pour dvelopper des traducteurs
automatiques. Je ne pense pas qu'une quelconque incitation ou autre quota
pourrait empcher la domination totale de l'anglais. Cet effort pourrait - et
devrait - tre initi au niveau des tats, et disposer des moyens suffisants
pour aboutir."

Les logiciels de traduction automatique ne sont pas encore satisfaisants (voir
15), et la gestion de sites web multilingues demande beaucoup d'argent. La seule
solution  court terme semble rsider dans le dveloppement des moteurs de
recherche multilingues.

Il importe aussi d'avoir  l'esprit l'ensemble des langues et pas seulement les
langues dominantes, comme le souligne Pierre-Nol Favennec, expert  la
direction scientifique de France Tlcom R&D: "Les recherches sur la traduction
automatique devraient permettre une traduction automatique dans les langues
souhaites, mais avec des applications pour toutes les langues et non les seules
dominantes (ex: diffusion de documents en japonais, si l'metteur est de langue
japonaise, et lecture en breton, si le rcepteur est de langue bretonne...). Il
y a donc beaucoup de travaux  faire dans la direction de la traduction
automatique et crite de toutes les langues."

Mais ces logiciels sont-ils une solution? Nicolas Pewny, fondateur des ditions
du Choucas, rappelle que "chaque langue possde son gnie propre. La difficult,
c'est de ne pas le perdre en route". C'est aussi l'avis de Guy Antoine, crateur
du site Windows on Haiti: "Je n'ai pas grande confiance dans les outils de
traduction automatique qui, s'ils traduisent les mots et les expressions, ne
peuvent gure traduire l'me d'un peuple."

Ces logiciels ne seront eux-mmes qu'une tape. L'tape suivante devrait tre la
traduction instantane. Alex Andrachmes, producteur audiovisuel et crivain,
attend "les fameuses traductions simultanes en direct-live... On nous les
annonce avec les nouveaux processeurs ultra-puissants, mais on nous les
annonait dj pour cette gnration-ci de processeurs. Alors, le genre:
vous/rserv/avion/de le/november 17-2000... Non merci. Plus tard peut-tre."

"Quand la qualit des logiciels sera suffisante pour que les gens puissent
discuter sur le web en temps rel dans diffrentes langues, nous verrons tout un
monde s'ouvrir  nous, crit Tim McKenna, crivain et philosophe. Les
scientifiques, les hommes politiques, les hommes d'affaires et bien d'autres
groupes seront  mme de communiquer immdiatement entre eux sans
l'intermdiaire de mdiateurs ou traducteurs."

"Peut-on rellement penser que toute la population du monde va communiquer dans
tous les sens?, se demande Franois Vadrot, PDG de FTPress. Peut-tre? Via des
systmes de traduction instantane, par crit ou par oral? J'ai du mal 
imaginer qu'on verra de sitt des outils capables de translater les subtilits
des modes de pense propres  un pays: il faudrait pour lors traduire, non plus
du langage, mais tablir des passerelles de sensibilit."

Pour conclure, laissons la parole  Michel Benot, crivain: "Lorsqu'un problme
affecte une structure, quelle qu'elle soit, j'ai toujours tendance  imaginer
que c'est techniquement que le problme trouve sa solution. Vous connaissez
cette thorie? Si les Romains avaient trouv le moyen d'enlever le plomb de leur
couvert d'tain, Nron ne serait jamais devenu fou et n'aurait jamais incendi
Rome. Escusi, farfelu? Peut-tre que oui, peut-tre que non. E que save?
L'internet multilingue? Demain, ou aprs demain au plus. Voyons, pensez au
premier ordinateur, il y a de cela un peu plus que cinquante ans. Un tage au
complet pour faire  peine plus que les quatre oprations de base. Dans ce
temps-l, un bug, c'tait vritablement une mouche - ou autre insecte - qui
s'insrait entre les lecteurs optiques. De nos jours, un carte de 3 cm x 5 cm
fait la mme chose. La traduction instantane: demain, aprs-demain au plus."


15. LA TRADUCTION AUTOMATIQUE


[Dans ce chapitre:]

[15.1. Dfinition et historique // 15.2. Une qualit mdiocre, puis des progrs
sensibles]

Comme on l'a vu dans le chapitre prcdent, si la traduction automatique offre
dj de rels services, on en en attend bien davantage. Voici le point sur le
sujet, ainsi que le point de vue de spcialistes travaillant sur les logiciels 
venir.


15.1. Dfinition et historique


La traduction automatique (TA) est un outil pratique, mais elle ne remplace pas
et n'est pas destine  remplacer le professionnel qui traduit. L'tre humain
n'intervient pas au cours du processus, contrairement  la traduction assiste
par ordinateur (TAO), qui exige une certaine interaction entre l'homme et la
machine.

Un logiciel de traduction automatique analyse le texte dans la langue source
(texte  traduire) et gnre automatiquement le texte correspondant dans la
langue cible (texte traduit), en utilisant des rgles prcises pour le transfert
de la structure grammaticale. "Il existe aujourd'hui un certain nombre de
systmes produisant un rsultat qui, s'il n'est pas parfait, est de qualit
suffisante pour tre utile dans certaines applications spcifiques, en gnral
dans le domaine de la documentation technique, lit-on sur le site de l'EAMT
(European Association for Machine Translation). De plus, les logiciels de
traduction, qui sont essentiellement destins  aider le traducteur humain 
produire des traductions, jouissent d'une popularit croissante auprs des
organismes professionnels de traduction."

Voici un rsum des informations que donnait le site web de Globalink, disparu
depuis, la socit ayant t rachete par Lernout & Hauspie en 1999.

Ds leurs dbuts, la traduction automatique et le traitement de la langue
naturelle progressent de pair avec l'volution de l'informatique quantitative.
Pendant la seconde guerre mondiale, le dveloppement des premiers ordinateurs
programmables bnficie des progrs de la cryptographie et des efforts faits
pour tenter de fissurer les codes secrets allemands et autres codes de guerre.
Suite  la guerre, la traduction et l'analyse du texte en langue naturelle
procurent une base de travail au secteur mergent des technologies de
l'information.

Dans les annes 50, la recherche porte sur la traduction littrale,  savoir la
traduction mot  mot sans prise en compte des rgles linguistiques. Le projet
russe dbut  l'Universit de Georgetown en 1950 reprsente la premire
tentative systmatique visant  crer un systme de traduction automatique
utilisable. Des recherches sont galement menes en Europe et aux Etats-Unis
tout au long des annes 50 et au dbut des annes 60. Au mme moment, les
progrs rapides en linguistique thorique culminent en 1965 avec la publication
de Aspects of the Theory and Syntax de Noam Chomsky, qui propose une nouvelle
dfinition de la phonologie, de la morphologie, de la syntaxe et de la
smantique du langage humain.

En 1966, aux Etats-Unis, le rapport ALPAC fait une estimation prmaturment
ngative de la valeur des systmes de traduction automatique, et des
perspectives offertes par ceux-ci, mettant fin au financement et 
l'exprimentation dans ce domaine pour la dcennie suivante. C'est seulement 
la fin des annes 70 que des tentatives srieuses sont  nouveau entreprises,
paralllement aux progrs de l'informatique et des technologies des langues.
Cette priode voit aussi le dveloppement de systmes de transfert et
l'mergence des premires tentatives commerciales. Des socits comme Systran et
Metal sont persuades que la traduction automatique est un march viable et
utile. Elles mettent sur pied des produits et services de traduction automatique
relis  un serveur central. Mais les problmes sont nombreux: des cots levs
de dveloppement, une lexicographie demandant un norme travail, des difficults
pour proposer de nouvelles combinaisons de langues, l'inaccessibilit de tels
systmes pour l'utilisateur moyen, et enfin la difficult de passer  de
nouveaux stades de dveloppement.


15.2. Une qualit mdiocre, puis des progrs sensibles


Le dernier en date des logiciels de traduction automatique est celui d'IBM, le
WebSphere Translation Server. Le logiciel est capable de traduire instantanment
en plusieurs langues des pages web, des courriers lectroniques et des dialogues
en direct (chats). Il interprte 500 mots  la seconde et permet d'ajouter des
vocabulaires spcifiques (finance, sciences, etc.). Les fournisseurs de services
en ligne et les entreprises peuvent proposer en espagnol, en allemand, en
franais et en italien leurs textes rdigs en anglais, et vice-versa. Les
documents en anglais peuvent galement tre traduits en chinois, en japonais et
en coren, mais l'inverse est impossible. Test notamment par la Deutsche Bank,
le logiciel est commercialis en mars 2001 pour 10.000 $US (10.500 euros).
"Jusqu' prsent, l'industrie de la traduction automatique n'tait constitue
que de quelques socits et ne possdait pas de leader clairement tabli.
L'entre d'IBM sur ce march reprsente un tournant majeur et permettra
d'acclrer l'adoption de la traduction par ordinateur, un march estim  378
millions de dollars (397 millions d'euros, ndlr)  l'horizon 2003", dclare dans
un communiqu (cit par l'AFP) Steve McClure, vice-prsident du Speech and
Natural Language Software, une des branches du cabinet de conseil International
Data Corporation.

Il n'empche, les "quelques socits" concurrentes d'IBM ont de nombreuses
ralisations  leur actif. Softissimo, diteur de logiciels de traduction
automatique et d'apprentissage des langues, est la socit cratrice de Reverso,
une srie de logiciels de traduction. La socit est galement l'auteur de
produits d'criture multilingue, de dictionnaires lectroniques, d'aide  la
rdaction et de mthodes de langues. Reverso quipe notamment Voil, le moteur
de recherche de France Tlcom. Systran (acronyme de : System Translation) est
spcialis dans la technologie et les logiciels de traduction automatique. Son
logiciel est utilis notamment dans AltaVista World, le service de traduction
automatique d'AltaVista. Alis Technologies propose des technologies et des
services de consultation en matire de communication linguistique. Lernout &
Hauspie (L&H) est le leader mondial des technologies de reconnaissance vocale.
La socit propose des produits et services en matire de dicte, traduction,
compression vocale, synthse vocale et documentation industrielle automatiques,
et ce pour le grand public, les professionnels et les industriels.

Des quipes de recherche sont galement trs actives. En voici quelques-unes.
Financ par le programme HLT (Human Language Technologies) de la Communaut
europenne, ELSNET (European Network of Excellence in Human Language
Technologies) regroupe 135 universits et socits de 26 pays diffrents
spcialises dans les technologies de la langue et de la parole. Au sein du
Laboratoire CLIPS (Communication langagire et interaction personne-systme) de
l'Institut d'informatique et mathmatiques appliques (IMAG) de Grenoble, le
GETA (Groupe d'tude pour la traduction automatique) est une quipe
pluridisciplinaire forme d'informaticiens et de linguistes. Ses thmes de
recherche concernent tous les aspects thoriques, mthodologiques et pratiques
de la traduction assiste par ordinateur (TAO), et plus gnralement de
l'informatique multilingue. Le GETA participe  l'Universal Networking Language
Programme (UNLP), un projet de "mtalangage numrique" pour l'encodage, le
stockage, la recherche et la communication d'informations multilingues
indpendamment d'une langue source - et donc d'un systme de pense - donne. Ce
projet est men sous l'gide de l'Universit des Nations unies (UNU, Tokyo).
Dans le cadre de l'Institut des sciences de l'information (ISI) de l'Universit
de Californie du Sud (USC), le Natural Language Group traite de plusieurs
aspects du traitement de la langue naturelle: traduction automatique, rsum
automatique de texte, accs multilingue aux verbes et gestion du texte,
dveloppement de taxonomies de concepts (ontologies), discours et gnration de
texte, laboration d'importants lexiques pour plusieurs langues, et
communication multimdias.

Recueillis sur trois ans (1998, 1999, 2000), les propos d'Eduard Hovy, directeur
du Natural Language Group, sont clairants sur les progrs rcents de la
traduction automatique.

Ses commentaires en aot 1998: "Dans le contexte de la recherche documentaire et
du rsum automatique de texte, le multilinguisme sur le web est un facteur qui
ajoute  la complexit du sujet. Les gens crivent dans leur propre langue pour
diverses raisons: commodit, discrtion, communication  l'chelon local, mais
ceci ne signifie pas que d'autres personnes ne soient pas intresses de lire ce
qu'ils ont  dire! Ceci est particulirement vrai pour les socits impliques
dans la veille technologique (disons une socit informatique qui souhaite
connatre tous les articles de journaux et priodiques japonais relatifs  son
activit) et des services de renseignements gouvernementaux ceux qui procurent
l'information la plus rcente, utilise ensuite par les fonctionnaires pour
dcider de la politique, etc.). Un des principaux problmes auquel ces services
doivent faire face est la trs grande quantit d'informations. Ils recrutent
donc du personnel bilingue 'passif' qui peut scanner rapidement les textes afin
de mettre de ct ce qui est sans intrt et de donner ensuite les documents
significatifs  des traducteurs professionnels. Manifestement, une combinaison
de rsum automatique de texte et de traduction automatique sera trs utile dans
ce cas. Comme la traduction automatique est longue, on peut d'abord rsumer le
texte dans la langue trangre, puis effectuer une traduction automatique rapide
 partir du rsultat obtenu, en laissant  un tre humain ou un classificateur
de texte (du type recherche documentaire) le soin de dcider si on doit garder
l'article ou le rejeter.

Pour ces raisons, durant ces cinq dernires annes, le gouvernement des
Etats-Unis a financ des recherches en traduction automatique, en rsum
automatique de texte et en recherche documentaire, et il s'intresse au
lancement d'un nouveau programme de recherche en informatique documentaire
multilingue. On sera ainsi capable d'ouvrir un navigateur tel que Netscape ou
Explorer, entrer une demande en anglais, et obtenir la liste des documents dans
toutes les langues. Ces documents seront regroups par sous-catgorie avec un
rsum pour chacun et une traduction pour les rsums trangers, toutes choses
qui seraient trs utiles.

En consultant MuST (multilingual information retrieval, summarization, and
translation system), vous aurez une dmonstration de notre version de ce
programme de recherche, qui utilise l'anglais comme langue de l'utilisateur sur
un ensemble d'environ 5.000 textes en anglais, japonais, arabe, espagnol et
indonsien. Entrez votre demande (par exemple, 'baby', ou tout autre terme) et
appuyez sur la touche Retour. Dans la fentre du milieu vous verrez les titres
(ou bien les mots-cls, traduits). Sur la gauche vous verrez la langue de ces
documents: 'Sp' pour espagnol, 'Id' pour indonsien, etc. Cliquez sur le numro
situ sur la partie gauche de chaque ligne pour voir le document dans la fentre
du bas. Cliquez sur 'Summarize' pour obtenir le rsum. Cliquez sur 'Translate'
pour obtenir la traduction (attention, les traductions en arabe et en japonais
sont extrmement lentes! Essayez plutt l'indonsien pour une traduction rapide
mot  mot). Ce programme de dmonstration n'est pas (encore) un produit. Nous
avons de nombreuses recherches  mener pour amliorer la qualit de chaque
tape. Mais ceci montre la direction dans laquelle nous allons."

Ses commentaires en aot 1999: "Durant les douze derniers mois, j'ai t
contact par un nombre surprenant de nouvelles socits et start-up en
technologies de l'information. La plupart d'entre elles ont l'intention d'offrir
des services lis au commerce lectronique (vente en ligne, change, collecte
d'information, etc.). Etant donn les faibles rsultats des technologies
actuelles du traitement de la langue naturelle - ailleurs que dans les centres
de recherche - c'est assez surprenant. Quand avez-vous pour la dernire fois
trouv rapidement une rponse correcte  une question pose sur le web, sans
avoir eu  passer en revue pendant un certain temps des informations n'ayant
rien  voir avec votre question? Cependant,  mon avis, tout le monde sent que
les nouveaux dveloppements en rsum automatique de texte, analyse des
questions, etc., vont, je l'espre, permettre des progrs significatifs. Mais
nous ne sommes pas encore arrivs  ce stade.

Il me semble qu'il ne s'agira pas d'un changement considrable, mais que nous
arriverons  des rsultats acceptables, et que l'amlioration se fera ensuite
lentement et srement. Ceci s'explique par le fait qu'il est trs difficile de
faire en sorte que votre ordinateur 'comprenne' rellement ce que vous voulez
dire - ce qui ncessite de notre part la construction informatique d'un rseau
de 'concepts' et des relations de ces concepts entre eux - rseau qui, jusqu'
un certain stade au moins, reflterait celui de l'esprit humain, au moins dans
les domaines d'intrt pouvant tre regroups par sujets. Le mot pris  la
'surface' n'est pas suffisant - par exemple quand vous tapez: 'capitale de la
Suisse', les systmes actuels n'ont aucun moyen de savoir si vous songez 
'capitale administrative' ou 'capitale financire'. Dans leur grande majorit,
les gens prfreraient pourtant un type de recherche bas sur une expression
donne, ou sur une question donne formule en langage courant.

Plusieurs programmes de recherche sont en train d'laborer de vastes rseaux de
'concepts', ou d'en proposer l'laboration. Ceci ne peut se faire en deux ans,
et ne peut amener rapidement un rsultat satisfaisant. Nous devons dvelopper 
la fois le rseau et les techniques pour construire ces rseaux de manire
semi-automatique, avec un systme d'auto-adaptation. Nous sommes face  un dfi
majeur."

Ses commentaires en septembre 2000: "Je vois de plus en plus de petites socits
utiliser d'une manire ou d'une autre les technologies lies aux langues, pour
procurer des recherches, des traductions, des rapports ou d'autres services
permettant de communiquer. Le nombre de crneaux dans lesquels ces technologies
peuvent tre utilises continue de me surprendre, et cela va des rapports
financiers et leurs mises  jour aux communications d'une socit  l'autre en
passant par le marketing.

En ce qui concerne la recherche, la principale avance que je vois est due 
Kevin Knight, un collgue de l'ISI (Institut des sciences de l'information de
l'Universit de Californie du Sud, ndlr), ce dont je suis trs honor. L't
dernier, une quipe de chercheurs et d'tudiants de l'Universit Johns Hopkins
(Maryland) a dvelopp une version  la fois meilleure et plus rapide d'une
mthode dveloppe  l'origine par IBM (et dont IBM reste propritaire) il y a
douze ans environ. Cette mthode permet de crer automatiquement un systme de
traduction automatique, dans la mesure o on lui fournit un volume suffisant de
texte bilingue. Tout d'abord la mthode trouve toutes les correspondances entre
les mots et la position des mots d'une langue  l'autre, et ensuite elle
construit des tableaux trs complets de rgles entre le texte et sa traduction,
et les expressions correspondantes.

Bien que la qualit du rsultat soit encore loin d'tre satisfaisante - personne
ne pourrait considrer qu'il s'agit d'un produit fini, et personne ne pourrait
utiliser le rsultat tel quel - l'quipe a cr en vingt-quatre heures un
systme (lmentaire) de traduction automatique du chinois vers l'anglais. Ceci
constitue un exploit phnomnal, qui n'avait jamais t ralis avant. Les
dtracteurs du projet peuvent bien sr dire qu'on a besoin dans ce cas de trois
millions de phrases disponibles dans chaque langue, et qu'on ne peut se procurer
une quantit pareille que dans les parlements du Canada, de Hong-Kong ou
d'autres pays bilingues. Ils peuvent bien sr arguer galement de la faible
qualit du rsultat. Mais le fait est que, tous les jours, on met en ligne des
textes bilingues au contenu  peu prs quivalent, et que la qualit de cette
mthode va continuer de s'amliorer pour atteindre au moins celle des logiciels
de traduction automatique actuels, qui sont conus manuellement. J'en suis
absolument certain.

D'autres dveloppements sont moins spectaculaires. On observe une amlioration
constante des rsultats dans les systmes pouvant dcider de la traduction
opportune d'un terme (homonyme) qui a des significations diffrentes (par
exemple pre, pair et pre, ndlr). On travaille beaucoup aussi sur la recherche
d'information par recoupement de langues (qui vous permettront bientt de
trouver sur le web des documents en chinois et en franais mme si vous tapez
vos questions en anglais). On voit galement un dveloppement rapide des
systmes qui rpondent automatiquement  des questions simples (un peu comme le
populaire AskJeeves utilis sur le web, mais avec une gestion par ordinateur et
non par des tres humains). Ces systmes renvoient  un grand volume de texte
permettant de trouver des 'factiodes' (et non des opinions ou des motifs ou des
chanes d'vnements) en rponse  des questions telles que: 'Quelle est la
capitale de l'Ouganda?', ou bien: 'Quel ge a le prsident Clinton?', ou bien:
'Qui a invent le procd Xerox?', et leurs rsultats obtenus sont plutt
meilleurs que ce  quoi je m'attendais."

L'tape suivante est dfinie par Randy Hobler, consultant en marketing internet:
"Nous arriverons rapidement au point o une traduction trs fidle du texte et
de la parole sera si commune qu'elle pourra faire partie des plate-formes ou
mme des puces, crit-il. A ce point, quand le dveloppement de l'internet aura
atteint sa vitesse de croisire, que la fidlit de la traduction atteindra plus
de 98% et que les diffrentes combinaisons de langues possibles auront couvert
la grande majorit du march, la transparence de la langue (toute communication
d'une langue  une autre) sera une vision trop restrictive pour ceux qui vendent
cette technologie. Le dveloppement suivant sera la 'transparence
transculturelle et transnationale' dans laquelle les autres aspects de la
communication humaine, du commerce et des transactions au-del du seul langage
entreront en scne. Par exemple, les gestes ont un sens, les mouvements faciaux
ont un sens, et ceci varie en fonction des socits. La lettre O ralise avec
le pouce et l'index signifie 'OK' aux Etats-Unis alors qu'en Argentine c'est un
geste obscne.

Quand se produira l'invitable dveloppement de la vidoconfrence multilingue
multimdias, il sera ncessaire de corriger visuellement les gestes. Le MediaLab
du MIT (Massachussets Institute of Technology), Microsoft et bien d'autres
travaillent  la reconnaissance informatique des expressions faciales,
l'identification des caractristiques biomtriques par le biais du visage, etc.
Il ne servira  rien  un homme d'affaires amricain de faire une excellente
prsentation  un Argentin lors d'une vidoconfrence multilingue sur le web,
avec son discours traduit dans un espagnol argentin parfait, s'il fait en mme
temps le geste O avec le pouce et l'index. Les ordinateurs pourront intercepter
ces types de messages et les corriger visuellement.

Les cultures diffrent de milliers de faons, et la plupart d'entre elles
peuvent tre modifies par voie informatique lorsqu'on passe de l'une  l'autre.
Ceci inclut les lois, les coutumes, les habitudes de travail, l'thique, le
change montaire, les diffrences de taille dans les vtements, les diffrences
entre le systme mtrique et le systme de mesure anglophone, etc. Les socits
dynamiques rpertorieront et programmeront ces diffrences, et elles vendront
des produits et services afin d'aider les habitants de la plante  mieux
communiquer entre eux. Une fois que ceux-ci seront largement rpandus, ils
contribueront rellement  une meilleure comprhension  l'chelle
internationale."


16. LE LIVRE ET L'INTERNET: QUELQUES SAGAS


[Dans ce chapitre:]

[16.1. La librairie en ligne Amazon.com s'implante en France et au Japon //
16.2. Les aventures de Harry Potter dferlent sur l'internet // 16.3. Trois
auteurs de best-sellers prennent le risque du numrique]

Dans le domaine du livre aussi, le rseau permet un marketing  l'chelle
mondiale. Il parat donc intressant de retracer brivement trois sagas qui ont
fait la "une" de l'an 2000: d'abord l'implantation de la librairie en ligne
Amazon.com en France et au Japon (16.1); ensuite le succs du dernier titre des
aventures de Harry Potter, qui bat tous les records de vente en ligne (16.2); et
enfin les expriences numriques de trois auteurs de best-sellers (Stephen King,
Frederick Forsyth et Arturo Prez-Reverte) qui, alors que d'autres attendent que
le modle conomique soit bien rod, n'hsitent pas  prendre des risques
(16.3).


16.1. La librairie en ligne Amazon.com s'implante en France et au Japon


Au printemps 1994, Jeff Bezos, futur patron d'Amazon.com, fait une tude de
march dmontrant que les livres sont les meilleurs "produits"  vendre sur
l'internet. Il dresse une liste de vingt produits marchands, qui vont des
vtements aux instruments de jardinage. Les cinq premiers du classement se
trouvent tre les livres, les CD, les vidos, les logiciels et le matriel
informatique.

"J'ai utilis tout un ensemble de critres pour valuer le potentiel de chaque
produit, relate Jeff Bezos dans le kit de presse d'Amazon. Le premier critre a
t la taille des marchs existants. J'ai vu que la vente des livres
reprsentait un march mondial de 82 milliards de dollars (ce qui, en 1994,
correspondait  61 milliards d'euros, ndlr). Le deuxime critre a t la
question du prix. Je voulais un produit bon march. Mon raisonnement tait le
suivant: puisque c'tait le premier achat que les gens allaient faire en ligne,
il fallait que la somme  payer soit modique. Le troisime critre a t la
varit dans le choix: il y avait trois millions de titres de livres alors qu'il
n'y avait que 300.000 titres pour les CD, par exemple. Ceci tait galement
important: plus le choix est grand, plus le service informatique d'organisation
et de slection doit tre performant."

En juillet 1995, il cre la librairie en ligne Amazon, qui dbute avec dix
employs. Les deux premires filiales d'Amazon sont toutes deux cres en 1998,
en Allemagne et au Royaume-Uni. En aot 2000, avec 1,8 millions de clients en
Grande-Bretagne, 1,2 millions de clients en Allemagne et quelques centaines de
milliers de clients en France, Amazon ralise 23% de ses ventes en dehors des
Etats-Unis. "En 2003, 35% seulement de nos clients seront aux Etats-unis et 65%
hors du territoire amricain", assure Jeff Bezos.

Le principal groupe de clients trangers tant les clients japonais, Jeff Bezos
profite d'un colloque international sur les technologies de l'information 
Tokyo pour annoncer le 18 juillet 2000 son intention d'implanter Amazon.com au
Japon (cette implantation sera effective le 1er novembre). Il insiste aussi sur
le march  fort potentiel reprsent par ce pays, avec des prix immobiliers
levs se rpercutant sur ceux des biens et services, si bien que le shopping en
ligne est plus avantageux que le shopping traditionnel, et une forte densit de
population, qui entrane des livraisons  domicile faciles peu coteuses. Le 1er
aot, un centre d'appels est ouvert dans la ville de Sapporo, sur l'le
d'Hokkaido.

Le 8 aot 2000, le principal concurrent d'Amazon.com, Barnes & Noble.com,
annonce d'une part son partenariat avec Microsoft pour la diffusion de livres
numriques lisibles au moyen du Microsoft Reader et d'autre part l'ouverture de
sa librairie numrique, le eBook Store. Trois semaines aprs, le 28 aot,
Amazon.com annonce  son tour son alliance avec Microsoft pour la mme raison -
vendre des livres numriques lisibles au moyen du Microsoft Reader - et
l'ouverture d'une librairie numrique dans les mois qui suivent.

Le 31 aot 2000, Amazon ouvre sa troisime filiale, Amazon France, avec vente de
livres, musique, DVD et vidos (auxquels viennent s'ajouter logiciels et jeux
vido en juin 2001), et livraison en 48 heures. A cette date la vente de livres
en ligne ne reprsente en France que 0,5% du march, contre 5,4% aux Etats-Unis.
Comme tous les libraires en ligne francophones, Amazon France s'intresse
galement de prs  la clientle francophone internationale.

Le 29 aot 2000, interrog par l'AFP au sujet de la loi Lang, qui n'autorise
qu'un rabais de 5% sur le prix du livre, Denis Terrien, prsident d'Amazon
France  cette date (jusqu'au 14 mai 2001), rpond: "L'exprience que nous avons
en Allemagne, o le prix du livre est fix, nous montre que le prix n'est pas
l'lment essentiel dans la dcision d'achat. C'est tout le service qui est
ajout qui compte. Chez Amazon, nous avons tout un tas de services en plus,
d'abord le choix - nous vendons tous les produits culturels franais. On a un
moteur de recherche trs performant. En matire de choix de musique, on est
ainsi le seul site qui peut faire une recherche par titre de chanson. Outre le
contenu ditorial, qui nous situe entre un magasin et un magazine, nous avons un
service client 24h/24 7jours/7, ce qui est unique sur le march franais. Enfin
une autre spcificit d'Amazon, c'est le respect de nos engagements de
livraison. On s'est fix pour objectif d'avoir plus de 90% de nos ventes en
stock."

Prpare dans le plus grand secret, l'ouverture d'Amazon France n'est rendue
publique que le 23 aot 2000. Avec une centaine de salaris, dont certains ont
t envoys en formation au sige du groupe  Seattle (Washington), la filiale
franaise s'installe  Guyancourt (rgion parisienne), qui abrite
l'administration, les services techniques et le marketing. Son service de
distribution est bas  Boigny-sur-Bionne, dans la banlieue d'Orlans. Son
service client est bas  La Haye (Pays-Bas), dans l'optique d'une expansion
future d'Amazon en Europe.

Amazon France compte au moins quatre rivaux de taille: la Fnac, qui appartient
au groupe Pinault-Printemps-Redoute, Alapage, qui appartient  France Tlcom,
Bol.fr, issu de l'association du franais Vivendi et de l'allemand Bertelsmann,
et Chapitre.com, libraire en ligne indpendant. Un mois aprs son lancement,
Amazon.fr est  la seconde place des sites de biens culturels franais. Selon
les chiffres publis le 24 octobre 2000 par Media Metrix Europe, socit d'tude
d'audience de l'internet, le site a reu 217.000 visites uniques en septembre
2000, juste devant Alapage (209.000 visites uniques), mais loin derrire la Fnac
(401.000 visites uniques). Suivent Cdiscount.com (115.000 visites) et Bol.fr
(74.000 visites). Le site amricain Amazon.com profite lui aussi de l'effet de
curiosit puisque il totalise 137.000 visites uniques, soit 23.000 visites de
plus que le mois prcdent.

Le 1er novembre 2000, Amazon Japon, quatrime filiale du gant amricain, et
premire filiale non europenne, ouvre ses portes avec un catalogue de 1,1
million de titres en japonais et 600.000 titres en anglais. Pour rduire les
dlais de livraison  un ou deux jours au lieu des six semaines ncessaires 
l'acheminement des livres depuis les Etats-Unis, un centre de distribution de
15.800 m2 est cr  Ichikawa, dans l'est de Tokyo.

A la mme date, Amazon.com annonce son intention de pntrer le march
francophone du Canada, et de lancer sa version canadienne-franaise en 2001,
avec vente de livres, musique et films (VHS et DVD). La socit dbute
l'embauche de personnel francophone connaissant le march canadien.

En novembre 2000, la librairie compte 7.500 employs, 28 millions d'articles, 23
millions de clients et quatre filiales (Royaume-Uni, Allemagne, France et
Japon). La maison mre a beaucoup diversifi ses activits. En effet elle vend
non seulement des livres, des vidos, des CD et des logiciels, mais aussi des
appareils lectroniques, des appareils de cuisine et de jardinage, des produits
de sant, des jouets et des voitures. Elle organise des ventes aux enchres avec
Sotheby's Holdings. Le 14 novembre 2000, Amazon.com ouvre sa librairie
numrique, avec 1.000 titres disponibles au dpart, et une augmentation rapide
du stock prvue pour les mois suivants.

Mme pour le marketing des librairies en ligne, le papier n'est pas mort, loin
s'en faut. Pour la deuxime anne conscutive, le 17 novembre 2000, en prvision
des ftes, Amazon envoie un catalogue imprim  10 millions de clients.

Mais, malgr la discrtion du librairie en ligne sur les conditions de travail
de son personnel, les problmes commencent  filtrer. Le Prewitt Organizing Fund
et le syndicat SUD-PTT Loire Atlantique dbutent le 21 novembre 2000 une action
de sensibilisation auprs des salaris d'Amazon France pour de meilleures
conditions de travail et de salaires. Ils rencontrent une cinquantaine de
salaris travaillant dans le centre de distribution de Boigny-sur-Bionne, dans
la banlieue d'Orlans. SUD-PTT dnonce chez Amazon "des conditions de travail
dgrades, la flexibilit des horaires, le recours aux contrats prcaires dans
les priodes de flux, des salaires au rabais, et des garanties sociales
minimales". Une action similaire est mene en Allemagne et en Grande-Bretagne.
Patrick Moran, responsable du Prewitt Organizing Fund, entend constituer une
alliance des salaris de la nouvelle conomie (Alliance of New Economy Workers).
De son ct, Amazon.com riposte en insistant dans des documents internes sur
l'inutilit de syndicats au sein de l'entreprise.

Le 30 janvier 2001, Amazon, qui emploie 1.800 personnes en Europe, annonce une
rduction de 15% des effectifs et la restructuration du service clientle
europen, qui tait bas  La Hague (Pays-Bas). Les 240 personnes qu'emploie ce
service sont transfres dans les centres de Slough (Royaume-Uni) et Regensberg
(Allemagne). Aux Etats-Unis, dans la maison-mre, suite  un quatrime trimestre
dficitaire, un plan de rduction de 15% des effectifs entrane 1.300
licenciements.


16.2. Les aventures de Harry Potter dferlent sur l'internet


Ne sous la plume de l'cossaise J.K. Rowling, la srie des aventures de Harry
Potter voit le jour en 1995. A ce jour, quatre volumes sont parus. Destine aux
enfants de 9-13 ans, la srie devrait compter en tout sept volumes, chacun
correspondant  une anne de la vie de Harry Potter (de 11  18 ans).

En quatre ans, le jeune magicien est devenu une vritable star auprs de
millions d'enfants et de leurs parents. Petits et grands, tous s'accordent 
dire que ces livres sont des chefs-d'oeuvre d'humour et de suspense, avec la
peur et le fantastique en prime. De l'avis des libraires et des bibliothcaires,
l'engouement des enfants pour cette srie ne semble jamais avoir eu
d'quivalent. En juin 2000, juste avant la parution du quatrime tome, le nombre
de livres vendus s'lve  35 millions d'exemplaires traduits en 35 langues
diffrentes. Dans 140 pays ils ne quittent pas le haut de la liste des
meilleures ventes de livres pour enfants. Le New York Times a mme d sparer sa
liste de best-sellers pour enfants de celle des adultes, afin d'viter que Harry
Potter n'occupe indfiniment la premire place des best-sellers tous ges
confondus.

Le 7 juillet 2000, le quatrime titre, Harry Potter and the Goblet of Fire
(Harry Potter et le gobelet de feu), dferle sur le monde anglophone. Avant sa
sortie aux Etats-Unis, il est pr-command par prs d'un million d'enfants, dont
400.000 commandes pour Amazon.com et 360.000 sur le site ou dans les librairies
Barnes & Noble. Opration de marketing sans prcdent, le lancement officiel a
lieu trs exactement le 7 juillet 2000  minuit et une minute, avec librairies
ouvertes en pleine nuit, queues impressionnantes, et service exceptionnel mis en
place dans les librairies en ligne pour rpondre  la demande et assurer une
livraison rapide.

Le premier tirage de Scholastic, l'diteur de la srie aux Etats-Unis, est de
3,8 millions d'exemplaires. Celui de l'diteur anglais, Bloomsbury, est de 1
million d'exemplaires pour le Royaume-Uni, 400.000 exemplaires pour le Canada et
200.000 pour l'Australie et la Nouvelle-Zlande (en vente le 14 juillet pour ces
deux derniers pays). 375.000 exemplaires sont vendus ds le premier jour. Ce
premier tirage est immdiatement suivi d'un deuxime tirage de 1,5 million
d'exemplaires.

Aux Etats-Unis, Harry Potter and the Goblet of Fire est publi en braille par la
National Braille Press (NBP) le 27 juillet 2000, soit vingt jours seulement
aprs sa sortie, avec un premier tirage de 500 exemplaires. Les 734 pages de
l'original donnent 1.184 pages braille, mais le prix du livre braille n'est pas
plus lev. Ce trs court dlai a t possible grce  deux facteurs. D'une part
Scholastic, l'diteur original, a fourni le fichier lectronique, une initiative
dont feraient bien de s'inspirer nombre d'diteurs. D'autre part les 31 membres
de l'quipe de la National Braille Press ont travaill sans relche pendant
quinze jours. Comme les titres prcdents de la srie, l'ouvrage est galement
disponible au format PortaBook,  savoir un fichier en braille informatique
abrg disponible sur disquette et lisible au moyen d'un lecteur braille
portable ou d'un logiciel braille sur micro-ordinateur.

En Allemagne, un groupe de fans dcide de se partager la traduction bnvole des
37 chapitres du quatrime volume. Fin aot 2000, il propose les six premiers
chapitres en tlchargement libre sur le site Harry-auf-Deutsch-Community, et
les neuf chapitres suivants sont en cours de traduction. Cette traduction non
autorise suscite de vives controverses, la sortie officielle du livre tant
prvue le 14 octobre chez Carlsen Verlag, avec un premier tirage d'un million
d'exemplaires. La riposte de l'diteur officiel est rapide. Ses avocats menacent
Bernd Klemann, coordonnateur du projet, de poursuites, de deux ans
d'emprisonnement et d'une amende de 210.000 euros s'il n'arrte pas ses
activits avant le 31 aot. Les tlchargements cessent donc. Ces dmls entre
un diteur tabli et un site internet non commercial mettent  nouveau sur la
sellette divers problmes: respect du droit d'auteur, respect de l'exclusivit
d'un diteur, conditions de tlchargement libre des oeuvres sous copyright,
etc. Des diteurs connus soutiennent Carlsen Verlag. Ils profitent de l'occasion
pour rappeler que les profits dgags par les best-sellers leur permettent de
publier aussi des livres  petit tirage. Il reste  esprer que ce soit vraiment
le cas. La version allemande du quatrime tome est lance par Carlsen Verlag le
14 octobre 2000, avec un premier tirage d'un million d'exemplaires, et 150
librairies ouvertes la nuit du lancement.

Fin novembre 2000, la srie est traduite dans 200 langues et les ventes des
quatre titres toutes ditions confondues atteignent 66 millions d'exemplaires.
La srie est rcompense par 50 prix littraires.

Le 29 novembre 2000, la traduction franaise du quatrime tome, Harry Potter et
la coupe de feu, dferle sur la francophonie. Son traducteur, Jean-Franois
Mnard, qui traduit la srie depuis ses dbuts, a travaill sans relche pendant
deux mois. Le titre parat chez Gallimard dans la collection Folio Junior, comme
les trois titres prcdents (Harry Potter  l'cole des sorciers, Harry Potter
et la chambre des secrets, Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban), vendus
jusque-l  1,4 million d'exemplaires. Ds le 24 novembre 2000, ce sont les
grandes manoeuvres. Amazon France s'allie  Chronopost pour une livraison dans
les meilleurs dlais. Chronopost et Amazon s'engagent  assurer la livraison du
livre partout en France le jour mme de sa sortie, mercredi 29 novembre, et ce
avant 10 h du matin si la commande est passe avant 14 h la veille.

Le premier tirage du quatrime tome est de 450.000 exemplaires, achemins vers
4.500 points de vente en France, en Belgique et en Suisse. Les 50.000
exemplaires destins au Qubec (inclus dans les chiffres du premier tirage) sont
imprims sur place pour viter le cot du transport et les dlais de livraison.
En France, quelques dizaines de librairies ouvrent exceptionnellement leurs
portes dans la nuit du 28 au 29 novembre, avec achat du livre  partir de minuit
et une minute. Le jour mme de la sortie du livre, Gallimard annonce un deuxime
tirage de 100.000 exemplaires.

Seule ombre au tableau, mais de taille: le prix du quatrime tome est de 19
euros, alors que les tomes prcdents, publis au format de poche, valent 5
euros. Gallimard publie aussi un coffret regroupant les quatre tomes, ainsi que
Rencontre avec J.K. Rowling, un entretien de l'auteur avec Lindsey Fraser,
critique de livres pour enfants. En partenariat avec France Culture, l'diteur
sort galement l'audiobook du premier volume (Harry Potter  l'cole des
sorciers), lu par Bernard Giraudeau.

Pendant ce temps, J. K. Rowling protge prement sa vie prive et travaille au
cinquime tome, qui devrait s'intituler Harry Potter et l'ordre du phnix. Harry
Potter aura 15 ans, puisqu'il gagne une anne par tome. Deux autres tomes
suivront ensuite.

Ds 1997, Warner Bros, filiale du groupe Time Warner, acquiert les droits
d'adaptation de la srie pour le cinma. Puis Electronic Arts, diteur de jeux
vido, obtient auprs de Warner Bros les droits mondiaux sur la srie, afin de
dvelopper des jeux pour PC et pour l'internet. Le film issu du premier tome est
en prparation sous la direction de Chris Columbus, d'aprs un scnario de Steve
Kloves. La sortie du film est prvue le 16 novembre 2001.


16.3. Trois auteurs de best-sellers prennent le risque du numrique


Stephen King aux Etats-Unis, Frederick Forsyth au Royaume-Uni et Arturo
Prez-Reverte en Espagne sont les premiers auteurs de best-sellers  se lancer
dans l'dition numrique, sous le feu des critiques de tous ordres manant des
mdias et de professionnels du livre qui prfrent attendre que le modle
conomique soit bien rod pour se lancer.

Stephen King, matre du suspense, est le premier auteur  succs  distribuer
une oeuvre uniquement sur l'internet. En mars 2000, sa nouvelle Riding The
Bullet, une nouvelle assez volumineuse puisqu'elle fait 66 pages, provoque un
vritable raz-de-mare lors de sa "sortie" sur le web. 400.000 exemplaires sont
tlchargs en 24 heures sur les sites des libraires en ligne qui la vendent (au
prix de 2,50 $US = 2,90 euros).

En juillet 2000, fort de cette exprience prometteuse, Stephen King dcide de se
passer des services de Simon & Schuster, son diteur habituel. Il cre un site
web spcifique pour permettre le tlchargement des diffrents chapitres, et
commence l'auto-publication en pisodes de The Plant, un roman pistolaire qui
raconte l'histoire d'une plante carnivore s'emparant d'une maison d'dition en
lui promettant le succs commercial en change de sacrifices humains. Le 24
juillet 2000, le premier chapitre est tlchargeable en plusieurs formats (PDF,
OeB, HTML, texte, etc.) pour la somme de1 $US (1,16 euros), avec paiement
diffr ou paiement immdiat sur le site d'Amazon.com.

Sur son site, dans une lettre aux lecteurs, Stephen King raconte que ce premier
chapitre lui a cot la somme de 124.150 $US (144.250 euros) pour la cration,
le design et la publicit du site web, sans compter sa prestation en tant
qu'crivain et les services de son assistante. Il prcise aussi que la
publication des chapitres suivants est lie au paiement du premier chapitre par
75% des lecteurs au moins. "Mes amis, vous avez l'occasion de devenir le pire
cauchemar des diteurs, dclare-t-il. Comme vous voyez, c'est simple. Pas de
cryptage assommant! Vous voulez imprimer l'histoire et en faire profiter un(e)
ami(e)? Allez-y. Une seule condition: tout repose sur la confiance, tout
simplement. C'est la seule solution. Je compte sur deux facteurs. Le premier est
l'honntet. Prenez ce que bon vous semble et payez pour cela, dit le proverbe.
Le second est que vous aimerez suffisamment l'histoire pour vouloir en lire
davantage. Si vous le voulez vraiment, vous devez payer. Rappelez-vous: payez et
l'histoire continue. Volez, et l'histoire s'arrte."

Le 31 juillet, le chapitre est tlcharg 152.132 fois avec paiement par 76% des
lecteurs, dont certains ont tenu  payer davantage que le dollar demand,
parfois mme jusqu' 10 ou 20 $US (11,6 ou 23,2 euros), pour compenser le manque
 gagner de ceux qui ne paieraient pas, et viter ainsi que la srie ne
s'arrte. La barre des 75% est donc dpasse de peu, au grand soulagement des
fans, si bien que le deuxime chapitre suit le 21 aot.

Le 25 aot, dans une nouvelle lettre aux lecteurs, Stephen King annonce un
nombre de tlchargements du deuxime chapitre lgrement infrieur  celui du
premier chapitre. Il en attribue la cause  une publicit moindre et  des
problmes de tlchargement. Si le nombre de tlchargements n'a que lgrement
dcru, le nombre de paiements est en nette diminution, le public ne payant
qu'une fois pour plusieurs tlchargements. L'auteur s'engage cependant 
publier le troisime chapitre comme prvu fin septembre, et  prendre une
dcision ensuite sur la poursuite ou non de l'exprience, en fonction du nombre
de paiements. Il envisage aussi des chapitres plus longs que les premiers, qui
reprsentent 5.000 signes. Il prvoit onze ou douze chapitres en tout, avec un
nombre total de 1,7 million de tlchargements. Le ou les derniers chapitres
seraient gratuits.

Plus volumineux, les chapitres 4 et 5 passent  2 $US (2,32 euros). Mais les
choses ne se passent pas aussi bien que l'auteur le souhaiterait. Le nombre de
tlchargements et de paiements ne cesse de dcliner: 40.000 tlchargements
seulement pour le cinquime chapitre, alors que le premier chapitre avait t
tlcharg 120.000 fois, et paiement pour 46% des tlchargements seulement. Fin
novembre, Stephen King annonce l'interruption de la publication pendant un an ou
deux, aprs la parution du sixime chapitre, tlchargeable gratuitement  la
mi-dcembre. "The Plant va retourner en hibernation afin que je puisse continuer
 travailler, indique-t-il sur son site. Mes agents insistent sur la ncessit
d'observer une pause afin que la traduction et la publication  l'tranger
puissent rattraper la publication amricaine." Mais cette dcision semble
d'abord lie  l'chec commercial de l'exprience.

Cet arrt suscite de trs nombreuses critiques de la part des lecteurs et des
professionnels du livre. Mais on pourrait au moins reconnatre  l'auteur un
mrite, celui d'avoir t le premier  se lancer dans l'aventure. Nombre
d'auteurs et d'diteurs ont suivi l'exprience pendant quatre mois, soit par
rel intrt, soit par simple curiosit, et certains avec inquitude. Quand
Stephen King a dcid d'arrter l'exprience, quelques journalistes et critiques
littraires ont affirm qu'il s'tait ridiculis aux yeux du monde entier!
N'est-ce pas un peu exagr?

En novembre 2000, deux Europens, l'anglais Frederick Forsyth et l'espagnol
Arturo Prez-Reverte, dcident de se lancer eux aussi dans l'aventure. Mais,
forts de l'exprience de Stephen King peut-tre, ils n'ont pas l'intention de se
passer d'diteur, preuve s'il en est que ceux-ci sont encore utiles.

Frederick Forsyth, matre anglais du thriller, se lance dans le numrique avec
l'appui d'Online Originals, diteur lectronique londonien. Le 1er novembre
2000, Online Originals publie The Veteran, histoire d'un crime violent commis 
Londres, et la premire d'une srie de cinq nouvelles lectroniques intitule
Quintet. Disponible au format Microsoft Reader, Glassbook et PDF, elle est
vendue en ligne au prix de 3,99  (soit 6,60 euros), directement par l'diteur
et aussi par le biais de diffrents libraires en ligne (aux Etats-Unis par
Barnes & Noble, Contentville et Glassbook, et au Royaume-Uni par Alphabetstreet,
BOL.com et WHSmith). La seconde histoire, The Miracle, est publie le 22
novembre, et la troisime, The Citizen, le 13 dcembre. On attend les deux
suivantes: The Art of the Matter et Draco.

"La publication en ligne sera essentielle  l'avenir, dclare l'auteur sur le
site de Online Originals. Elle cre un lien simple et surtout rapide et direct
entre le producteur original (l'auteur) et le consommateur final (le lecteur),
avec trs peu d'intermdiaires. Il est passionnant de participer  cette
exprience. Je ne suis absolument pas un spcialiste des nouvelles technologies.
Je n'ai jamais vu de livre lectronique. Mais je n'ai jamais vu non plus de
moteur de Formule 1, ce qui ne m'empche de constater combien ces voitures de
course sont rapides."

La premire exprience numrique de l'crivain espagnol Arturo Prez-Reverte est
un peu diffrente. L'auteur est notamment connu pour une srie historique se
droulant au 17e sicle et dont le hros est le capitaine Alatriste. Le nouveau
titre  paratre s'intitule El Oro del Rey. Le 3 novembre 2000, en collaboration
avec son diteur Alfaguara, Arturo Prez-Reverte dcide de publier El Oro del
Rey en version numrique en exclusivit sur l'internet pendant un mois, sur le
site du portail Inicia (qui appartient au groupe Prisa), et ce jusqu'au 30
novembre, date de sa mise en librairie. Entre le 3 et le 30 novembre, le roman
est disponible au format PDF au prix de 2,90 euros. A partir du 1er dcembre, la
version imprime est vendue en librairie pour 15,10 euros.

Rsultat de l'exprience, le nombre de tlchargements est trs satisfaisant,
mais pas celui des paiements. Le 30 novembre 2000, El Oro del Rey a t
tlcharg 332.000 fois, avec paiement par 12.000 clients seulement. "Pour tout
acheteur du livre lectronique, il y avait une cl pour le tlcharger en 48
heures sur le site internet et, surtout au dbut, beaucoup d'internautes se sont
changs ce code d'accs dans les forums de dialogue en direct (chat) et ont
tlcharg leur exemplaire sans payer. On a voulu tester et cela faisait partie
du jeu. Arturo Perez-Reverte voulait surtout qu'on le lise", a expliqu Marilo
Ruiz de Elvira, directrice de contenus du portail Inicia (cite par l'AFP).


17. L'AVENIR DU RESEAU


[Dans ce chapitre:]

[17.1. Convergence multimdia et conditions de travail // 17.2. L'avenir du
rseau vu par les auteurs // 17.3. L'avenir du rseau vu par les diffuseurs de
contenu // 17.4. L'avenir du rseau vu par les gestionnaires]


17.1. Convergence multimdia et conditions de travail


La numrisation permettant dsormais de crer, enregistrer, combiner, stocker,
rechercher et transmettre des donnes de manire simple et rapide, le processus
matriel de production s'en trouve considrablement acclr. Les progrs des
technologies de l'information en gnral, et de la numrisation en particulier,
entranent progressivement l'unification de tous les secteurs lis 
l'information: imprimerie, publication, conception graphique, presse,
enregistrement sonore, ralisation de films, radiodiffusion, tldiffusion, etc.
C'est ce qu'on appelle la convergence multimdia.

Si on nous annonce tous les jours de nouvelles prouesses techniques, la
convergence multimdia a ses revers,  commencer par la surinformation et la
dsinformation. D'o le rle des journalistes pour trier cette information, la
commenter et faire preuve d'esprit critique.

Plus graves encore, les autres revers de la convergence multimdia sont les
contrats occasionnels et prcaires, l'isolement des tltravailleurs, le non
respect du droit d'auteur, etc. A part pour le droit d'auteur, tant donn
l'enjeu financier qu'il reprsente, il est rare que ces problmes fassent la
"une" des journaux.

Pour ne prendre qu'un exemple, celui de la presse, les dirigeants syndicaux
insistent rgulirement sur la pression constante exerce sur les journalistes
des salles de rdaction. Dsormais leurs articles doivent tre prts  n'importe
quelle heure - et non plus seulement en fin de journe - et le rythme de travail
est extrmement soutenu. Ces tensions  rptition sont encore aggraves par une
journe de travail sur cran pendant huit  dix heures d'affile. Souvent, les
normes de scurit au travail ne sont pas respectes. Aprs quelques annes de
ce rgime, des journalistes "craquent"  l'ge de 35 ou 40 ans.

Les journalistes ne sont pas les seuls  "craquer" aprs plusieurs annes de
tension et de stress. Le fait de pouvoir tre joint  tout moment par courrier
lectronique, par tlphone portable et par SMS (short message service)
n'arrange rien,  moins, quand on peut, de faire barrage et de s'efforcer de ne
pas travailler 24 heures par jour, ce qui n'est pas toujours facile.

De plus, les problmes auxquels la "nouvelle conomie" est confronte depuis la
fin 2000 n'arrangent rien. Ces derniers mois ont t marqus par l'effondrement
des valeurs internet en bourse, alors qu'on prdisait pour ces valeurs une
croissance de 30% et plus. Les recettes publicitaires sont moins importantes que
prvu alors qu'elles sont souvent la principale source de revenus des socits
internet. Enfin le ralentissement conomique, observ d'abord aux Etats-Unis et
ensuite partout ailleurs, entrane la fermeture de nombreuses dot.com ou le
licenciement d'une partie de leur personnel.

Pour ne prendre que quelques exemples, le 16 novembre 2000, les dirigeants de
Britannica.com, le site web de l'Encyclopaedia Britannica (voir 12.1), annoncent
une restructuration du site dans l'optique d'une plus grande rentabilit. 75
personnes sont licencies, soit 25% du personnel. L'quipe qui travaille sur la
version imprime n'est pas affecte. Le 30 janvier 2001, la librairie en ligne
Amazon.com, qui emploie 1.800 personnes en Europe, annonce une rduction de 15%
des effectifs et la restructuration du service clientle europen, qui tait
bas  La Hague (Pays-Bas). Les 240 personnes qu'emploie ce service sont
transfres dans les centres de Slough (Royaume-Uni) et Regensberg (Allemagne).
Aux Etats-Unis, dans la maison-mre, suite  un quatrime trimestre 2000
dficitaire, un plan de rduction de 15% des effectifs entrane 1.300
licenciements.

Les mdias amricains suppriment de nombreux emplois dans leurs filiales
internet. Le 7 janvier 2001, le New York Times Co. - qui dite de grands
journaux comme le New York Times et le Boston Globe - annonce la suppression de
69 postes sur les 400 que compte New York Times Digital, sa filiale internet,
soit 17% de ses effectifs. Selon la direction, les licenciements devraient
permettre  la socit de recouvrer la rentabilit en 2002, aprs une perte de
18 millions de $US (19 millions d'euros) au troisime trimestre 2000 pour un
chiffre d'affaires de 12,1 millions de $US (12,7 millions d'euros), en hausse de
prs de 100% par rapport  l'anne prcdente.

De son ct,  la mme date, le groupe CNN annonce une rorganisation interne
avec suppression de 500  1.000 postes, dont une bonne partie des 750 postes de
CNN Interactive, la division interactive du groupe, qui supervise une quinzaine
de sites  l'enseigne CNN en plusieurs langues (anglais, allemand, espagnol,
italien, portugais, japonais, sudois, etc.). News Corporation, le groupe de
mdias contrl par Rupert Murdoch, dcide de fusionner sa division internet
News Digital Media, qui produit les principaux sites web du groupe, avec les
chanes de tlvision auxquelles ces sites sont associs (Fox, Fox Sports et Fox
News), ce qui signifie la suppression de la moiti des 400 emplois existants.

En juillet 2001, ce sont les librairies en ligne franaises qui sont touches,
le nombre de librairies semblant trop important par rapport au march actuel
(voir 10.2). La librairie Bol.fr dcide de fermer ses portes le 1er aot, avec
traitement des commandes reues jusqu'au 15 septembre.

Autre facteur trs inquitant, les conditions de travail des salaris de la
nouvelle conomie laissent fort  dsirer. Pour ne prendre que l'exemple le plus
connu, Amazon.com ne fait plus seulement la "une" pour son modle conomique,
mais pour les conditions de travail de son personnel. Le Prewitt Organizing Fund
et le syndicat SUD-PTT Loire Atlantique dbutent le 21 novembre 2000 une action
de sensibilisation auprs des salaris d'Amazon France pour de meilleures
conditions de travail et de salaires (voir 16.1 pour le descriptif d'Amazon
France). Ils rencontrent une cinquantaine de salaris travaillant dans le centre
de distribution de Boigny-sur-Bionne, dans la banlieue d'Orlans. SUD-PTT
dnonce chez Amazon "des conditions de travail dgrades, la flexibilit des
horaires, le recours aux contrats prcaires dans les priodes de flux, des
salaires au rabais, et des garanties sociales minimales". Une action similaire
est mene en Allemagne et en Grande-Bretagne. Patrick Moran, responsable du
Prewitt Organizing Fund, entend constituer une alliance des salaris de la
nouvelle conomie (Alliance of New Economy Workers).


17.2. L'avenir du rseau vu par les auteurs


Comment les auteurs voient-ils sur l'avenir du rseau?

Michel Benot, auteur de nouvelles noires et fantastiques: "En ce moment, il est
extrmement difficile de faire quelque prdiction que ce soit sur le futur
d'internet. Toute prospective le moindrement pointue, techniquement par exemple,
sur l'volution du net sera certainement farfelue dans un futur plus ou moins
rapproch. On peut y aller d'ides, encore que a doit tre trs gnral. Pas
par crainte d'tre ridicule, le ridicule ne tue pas, c'est connu. Non, par souci
d'honntet, tout simplement. (...) Parenthse: est-il si farfelu de penser que
les historiens des annes 2100 considreront l'avnement du net comme un
vnement aussi, sinon plus, important que la rvolution industrielle? Le feu,
l'agriculture, la rvolution industrielle, le net. On en est rendu  la
'rvolution continue de l'Evolution'. a me fait penser  ce merveilleux texte
Desiderata, dcouvert dans l'glise Saint-Paul  Baltimore en 1693, je pense.
J'en cite de mmoire une phrase qui me hante: 'Que vous le compreniez ou non,
que vous le vouliez ou non, l'univers volue comme il se doit.' J'y crois. Je
crois sincrement qu'au travers l'incroyable dsordre de l'Evolution, il n'y a
rien qui soit soumis au hasard. 'Dieu n'a pas cr un monde soumis au hasard',
disait Einstein  Bohr lors d'une de leurs homriques prises de bec."

Lucie de Boutiny, crivain papier et pixel: "Comme tous ceux qui ont surf avec
des modems de 14.4 Ko sur le navigateur Mosaic et son interface en carton-pte,
je suis due par le fait que l'esprit libertaire ait cd le pas aux activits
librales dcrbrantes. Les frres ennemis devraient se donner la main comme
lors des premiers jours car le net  son origine n'a jamais t un repaire de
'has been' mlancoliques, mais rien ne peut rsister  la force d'inertie de
l'argent. C'tait en effet prvu dans le scnario, des stratgies utopistes
avaient t mises en place mais je crains qu'internet ne soit plus aux mains
d'internautes comme c'tait le cas. L'intelligence collective virtuelle pourtant
se dfend bien dans divers forums ou listes de discussions, et a,  dfaut
d'tre souvent efficace, c'est beau. Dans l'utopie originelle, on aurait aim
profiter de ce nouveau mdia, notamment de communication, pour sortir de cette
tarte  la crme qu'on se reoit chaque jour, merci  la socit du spectacle,
et ne pas rpter les erreurs de la tlvision qui n'est, du point de vue de
l'art, jamais devenue un mdia de cration ambitieux."

Alain Bron, consultant en systmes d'information et crivain: "Ce qui importe
avec internet, c'est la valeur ajoute de l'humain sur le systme. Internet ne
viendra jamais compenser la clairvoyance d'une situation, la prise de risque ou
l'intelligence du coeur. Internet acclre simplement les processus de dcision
et rduit l'incertitude par l'information apporte. Encore faut-il laisser le
temps au temps, laisser mrir les ides, apporter une touche indispensable
d'humanit dans les rapports. Pour moi, la finalit d'internet est la rencontre
et non la multiplication des changes lectroniques."

Tim McKenna, crivain et philosophe: "J'aimerais que l'internet devienne
davantage un outil d'accs  l'information et aux mdias non contrl par les
multinationales."

Xavier Malbreil, auteur multimdia: "Concernant l'avenir de l'internet, je le
crois illimit. Il ne faut pas confondre les gamelles que se prennent certaines
start-up trop gourmandes, ou dont l'objectif tait mal dfini, et la ralit du
net. Mettre des gens loigns en contact, leur permettre d'intragir, et que
chacun, s'il le dsire, devienne son propre fournisseur de contenu, c'est une
rvolution dont nous n'avons pas encore pris toute la mesure."

Christian Vandendorpe, professeur et crivain: "Cet outil fabuleux qu'est le web
peut acclrer les changes entre les tres, permettant des collaborations 
distance et un panouissement culturel sans prcdent. Mais cet espace est
encore fragile. Il risque d'tre confisqu par des juridictions nationales. Ou
il peut tre transform en une gigantesque machine  sous au moyen de laquelle
la quasi-totalit de nos activits entrerait dans le circuit conomique et
ferait l'objet d'une tarification minute. On ne peut pas encore prdire dans
quel sens il voluera. Le phnomne Napster a contribu  un dbut de prise en
main par les juges, qui tendent  imposer sur cet espace les conceptions en
vigueur dans le monde physique. On pourrait ainsi en touffer le potentiel
d'innovation. Il existe cependant des signes encourageants, notamment dans le
dveloppement des liaisons de personne  personne et surtout dans l'immense
effort accompli par des millions d'internautes partout au monde pour en faire
une zone riche et vivante."


17.3. L'avenir du rseau vu par les diffuseurs de contenu


En juin 1998, Olivier Bogros, crateur de la Bibliothque lectronique de
Lisieux, crivait: "Internet est un outil formidable d'change entre
professsionnels (tout ce qui passe par le courrier lectronique, les listes de
diffusion et les forums) mais qui est un consommateur de temps trs dangereux:
on a vite fait si l'on n'y prend garde de divorcer et de mettre ses enfants  la
DASS (Direction de l'aide sanitaire et sociale). Plus srieusement, c'est pour
les bibliothques la possibilit d'largir leur public en direction de toute la
francophonie. Cela passe par la mise en ligne d'un contenu qui n'est pas
seulement la mise en ligne du catalogue, mais aussi et surtout la constitution
de vritables bibliothques virtuelles. Les professionnels des bibliothques
sont les acteurs d'un enjeu important concernant la place de la langue franaise
sur le rseau."

De l'avis de Marie-Aude Bourson, cratrice de Gloupsy, site littraire faisant
connatre de nouveaux auteurs, l'internet verra "une concentration des sites
commerciaux mais une explosion des sites persos qui seront regroups par
communauts d'intrt".

Denis Zwirn, PDG de Numilog: "Le dveloppement attendu d'internet est une
panace qui possde suffisamment d'vidence pour ne pas y insister: il ne s'agit
pas d'une mode, mais d'une rvolution des moyens de communication qui prsente
des avantages objectifs tellement forts qu'on ne voit pas, sauf nouveau saut
technologique inattendu, comment elle pourrait ne pas se rpandre."


17.4. L'avenir du rseau vu par les gestionnaires


Pierre-Nol Favennec, expert  la direction scientifique de France Tlcom R&D:
"Le mariage des tlcommunications et de l'informatique font de l'internet une
technologie extrmement puissante et trs riche d'avenir. Mais l'internet n'est
qu'une technologie, puissante certes, qui vient s'ajouter  celles existantes ;
elle ne les remplace pas, elle apporte autre chose: de l'information potentielle
supplmentaire, de la communication virtuelle o il n'y a plus de distance, un
accs potentiel  de la culture venant de partout..."

Grard Jean-Franois, directeur du centre de ressources informatiques de
l'Universit de Caen: "Pour l'avenir, les volutions suivantes se prcisent 
l'horizon: les dveloppements techniques pour la prise en compte des diffrents
mdias; la 'dmocratisation' de l'internet, qui amnera la mise en place de
rseaux professionnels; la multiplication des problmes de scurit lis  la
dmatrialisation de l'information."

Jean-Philippe Mouton, grant de la socit d'ingnierie Isayas: "Je pense que le
dveloppement et la maintenance de systmes informatiques internet est une
activit qui vient dans la continuit des systmes MVS (multiple virtual
storage) et client/serveur. De nouvelles socits sont cres pour rpondre aux
besoins informatiques rcents des entreprises, alors que l'activit dans le
domaine des vieux systmes ralentit. La rcession du net touche aujourd'hui en
priorit les entreprises nouvelles de 'business online'. Internet n'a pas pour
vocation vritable de crer de nouveaux commerces, c'est un moyen de
communication, un nouvel outil marketing, la possibilit pour les entreprises
d'avoir des franchises  moindre cot, une information accessible par l'ensemble
de ses interlocuteurs... Je suis de ceux qui croient que les socits
d'ingnierie risquent d'tre moins touches par le phnomne 'start-down' que
d'autres dans ce domaine."

La conclusion de ce chapitre appartient  Pierre Schweitzer, architecte designer
et concepteur d'@folio, support numrique de lecture nomade: "Internet pose une
foule de questions et il faudra des annes pour organiser des rponses, imaginer
des solutions. L'tat d'excitation et les soubresauts autour de la dite
'nouvelle' conomie sont sans importance, c'est l'poque qui est passionnante."


18. CYBERESPACE ET SOCIETE DE L'INFORMATION


[Dans ce chapitre:]

[18.1. Le cyberespace: dfinitions / Le cyberespace vu par les auteurs / Le
cyberespace vu par les bibliothcaires-documentalistes / Le cyberespace vu par
les diteurs / Le cyberespace vu par les gestionnaires / Le cyberespace vu par
les linguistes / Le cyberespace vu par les professeurs / Le cyberespace vu par
les spcialistes du numrique // 18.2. La socit de l'information: dfinitions
/ Un concept vide de sens / La socit de l'information vue par les auteurs / La
socit de l'information vue par les bibliothcaires-documentalistes / La
socit de l'information vue par les diteurs / La socit de l'information vue
par les linguistes / La socit de l'information vue par les professeurs / La
socit de l'information vue par les spcialistes du numrique]

On rappelle souvent que la paternit du terme "cyberspace" revient  William
Gibson, qui le dfinit ainsi dans Neuromancien, roman de science-fiction paru en
1984: "Cyberespace: une hallucination consensuelle exprimente quotidiennement
par des milliards d'oprateurs rguliers, dans chaque nation, par des enfants 
qui on enseigne des concepts mathmatiques... Une reprsentation graphique des
donnes extraites des banques de tous les ordinateurs dans le systme humain.
Complexit incroyable. Des lignes de lumire qui vont dans le non-espace de
l'esprit, des agglomrats et des constellations de donnes. Et qui fuient, comme
les lumires de la ville." (traduction personnelle  partir du texte anglais)

Quant  la socit de l'information, elle n'est pas si rcente. On annonce
presque quotidiennement son avnement depuis les annes 70, comme le rappelle
Jacques Pataillot, conseiller en management chez Cap Gemini Ernst & Young:
"C'est un vieux concept, dont on parlait dj en 1975! Seules les technologies
ont chang."

Les termes "cyberespace" et "socit de l'information" sont sur toutes les
lvres, et dans tous les crits. La littrature sur le sujet est abondante, et
n'est pas prs de tarir. Plutt que la rpertorier, ou de gloser sur le sujet,
on a prfr demander aux professionnels du livre quelles taient leurs propres
dfinitions. Voici leurs rponses.


18.1. Le cyberespace: dfinitions


= Le cyberespace vu par les auteurs

Alex Andrachmes, producteur audiovisuel, crivain et explorateur d'hypertexte:
"Lequel? Celui des Gibson, inventeur de la formule, des Spinrad ou des Clarke,
utopies scientifiques pas toujours traites comme elles devraient l'tre? Ou
celui des AOL/Time-Warner, des Microsoft ou des... J6M-Canal/Universal... Tout
ce qu'on peut dire  l'heure actuelle, c'est que ce qu'on peut encore appeler le
cyberspace est multiforme, et qu'on ne sait pas qui le domptera. Ni s'il faut le
dompter d'ailleurs... En tout cas, les crateurs, artistes, musiciens, les sites
scientifiques, les petites 'start-up' cratives, voire les millions de pages
perso, les chats, les forums, et tout ce qui donne au net sa matire propre ne
pourra tre ignor par les grands mangeurs de toile. Sans eux, ils perdraient
leurs futurs 'abonns'. Ce paradoxe a son petit ct subversif qui me plat
assez."

Lucie de Boutiny, crivain papier et pixel: "Le dlire SF du type: 'bienvenue
dans la 3e dimension, payez-vous du sexe, des voyages et des vies virtuels' a
toujours exist. La mditation, l'sotrisme, les religions y pourvoient, etc.
Maintenant, on est dans le cyberspace."

Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybrie, chronique hebdomadaire
des actualits de l'internet, dfinit le cyberespace comme "un monde parallle,
un espace o se droule l'ensemble des activits d'information, de
communication, et d'changes (y compris changes commerciaux) dsormais permises
par le rseau. Il y a un centre, autonome, trs interconnect qui vit par et
pour lui-mme. Puis des collectivits plus ou moins ouvertes, des espaces
rservs (intranets), des sous-ensembles (AOL, CompuServe). Il y a ensuite de
trs longues frontires o rgne une culture mixte, hybride, issue du virtuel et
du rel (on pense aux imprims qui ont des versions web, aux sites marchands).
Il y a aussi un sentiment d'appartenance  l'une ou l'autre de ces rgions du
cyberespace, et un sentiment d'identit."

Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'critures
hypermdias: "Ce pourrait-tre quelque chose comme l'ensemble lectrique
mouvant, le systme invisible mais cohrent des tres humains sensibles et des
interfaces intelligentes dont les activits sont tout ou en partie rgles,
conditionnes ou co-rgules  travers leurs machines connectes ensemble.
Peut-tre plus simplement: la virtualisation sensible et numrique de
l'inconscient collectif..."

Jean-Paul, webmestre du site des cotres furtifs, qui raconte des histoires en
3D, le dfinit comme "un lieu isotrope en expansion pour l'instant infinie. Un
modle de la vision que nous avons aujourd'hui de l'univers. Jusqu' l'invention
du clic, le savoir humain tait senti comme un espace newtonien, avec deux
repres absolus: le temps (linaire: un dbut, une fin) et l'espace (les trois
dimensions du temple, du rouleau, du volumen). Le cyberespace obit aux lois de
l'hypertexte. Deux temps simultans: le temps tax (par le fournisseur d'accs
ou par les impratifs de productivit, gren par l'antique chrono), et le temps
aboli, qui fait passer d'un lien  l'autre, d'un lieu  l'autre  la vitesse de
l'lectron, dans l'illusion du dplacement instantan. Quant aux repres,
quiconque a lanc une recherche dans cet espace sait qu'il doit lui-mme les
dfinir pour l'occasion, et se les imposer (sous peine de se disperser, de se
dissoudre), pour chapper au vertige de la vitesse. A cause de cette 'vitesse de
la pense', nous trouvons dans cet espace un 'modle' de notre cerveau. 'a
tourne dans ma tte',  travers 10, 20, etc... synapses  la fois, comme un
fureteur archivant la toile. Bref les lois du cyberespace sont celles du rve et
de l'imagination."

Pour Anne-Bndicte Joly, crivain auto-ditant ses livres, le cyberespace est
"le domaine virtuel cr par la mise en relation de plusieurs ordinateurs
communiquant et changeant entre eux".

Naomi Lipson, crivain multimdia, traductrice et peintre: "J'aime la mtaphore
du labyrinthe. Le mdia se nourrissant lui-mme, le cyberespace contient une
infinit de sites sur les labyrinthes."

Tim McKenna, crivain et philosophe: "Pour moi, le cyberespace est l'ensemble
des liens existant entre les individus utilisant la technologie pour communiquer
entre eux, soit pour partager des informations, soit pour discuter. Dire qu'une
personne existe dans le cyberespace revient  dire qu'elle a limin la distance
en tant que barrire empchant de relier personnes et ides."

Pour Xavier Malbreil, auteur multimdia et modrateur de la liste e-critures, il
s'agit d'"une interconnexion de tous, partout. Avec le libre accs  des banques
de donnes, pour insuffler galement du contenu dans les changes
interpersonnels".

Murray Suid, crivain travaillant pour une socit internet de logiciels
ducatifs: "Le cyberespace est n'importe o, c'est--dire partout. L'exemple le
plus simple est ma bote aux lettres lectronique, qui me suit o que j'aille."

= Le cyberespace vu par les bibliothcaires-documentalistes

Emmanuel Barthe, documentaliste juridique et modrateur de la liste de
discussion Juriconnexion: "Je ne visualise pas le cyberespace comme vritable
espace physique mais comme un immense mdia nanmoins concentr en un lieu
unique: l'cran de l'ordinateur. En revanche, je conois/pense le cyberespace
comme un forum ou une assemble antique: beaucoup d'animation, diversit des
opinions, des discours, des gens qui se cachent dans les recoins, des personnes
qui ne se parlent pas, d'autres qui ne parlent qu'entre eux..."

Bakayoko Bourahima, documentaliste  l'ENSEA (Ecole nationale suprieure de
statistique et d'conomie applique) d'Abidjan: "Il y a encore un peu de
fantasme autour de ce mot. Quand j'ai fait connaissance avec ce mot (utilis par
Jean-Claude Gudon et Nicholas Ngroponte), il m'avait d'abord laiss l'illusion
d'un espace extra-terrestre o les ordinateurs et leurs utilisateurs se
transportaient pour changer des donnes et communiquer. Depuis que je navigue
moi-mme, je me rends compte qu'il s'agit tout simplement d'un espace virtuel
traduisant le cadre de communication qui rassemble les internautes  travers le
monde."

Peter Raggett, directeur du centre de documentation de l'OCDE (Organisation de
coopration et de dveloppement conomiques): "Le cyberespace est cette zone
'extrieure' qui se trouve de l'autre ct du PC lorsqu'on se connecte 
l'internet. Pour ses utilisateurs ou ses clients, tout fournisseur de services
internet ou serveur de pages web se trouve donc dans le cyberespace."

= Le cyberespace vu par les diteurs

Pour Marie-Aude Bourson, cratrice de Gloupsy, site littraire destin aux
nouveaux auteurs, le cyberespace est "un espace d'expression, de libert et
d'changes o tout peut aller trs (trop) vite".

Pierre-Nol Favennec, directeur de collection et expert  la direction
scientifique de France Tlcom R&D: "Le cyberespace est un monde o je suis
reli par l'image et le son et sans fil avec qui je veux, quand je veux et o je
veux, o j'ai accs  toutes les documentations et informations souhaites, et
dans lequel ma vie est facilite par les agents intelligents et les objets
communicants."

Jacky Minier, crateur de Diamedit, site de promotion d'indits artistiques et
littraires: "C'est un espace de libert pour l'imaginaire, une dimension
inexplore de la plante, une jungle et un paradis tout  la fois, o tout est
possible mme si tout n'est pas permis par l'thique, o le contenu du
portefeuille des intervenants n'a aucun rapport direct avec la valeur des
contenus des sites. C'est avant tout une vaste agora, une place publique o l'on
s'informe et o l'on informe. a peut tre galement une place de foires et
marchs, mais l'argent n'y a cours que trs accessoirement, mme si la
possibilit de vendre en ligne est relle et ne doit pas tre nglige ni
mprise. Il n'y est pas la seule valeur de rfrence, contrairement au monde
rel et, mme dans les cas trs mdiatiques de start-up multimillionnaires, le
rapport  l'argent n'est qu'une consquence, la matrialisation d'esprances
financires, trs vite sanctionne en cas d'ambitions excessives comme on le
voit rgulirement sur le site Vakooler: Ki Vakooler aujourd'hui? (Va couler:
qui va couler aujourd'hui?, ndlr), aprs les envoles lyriques et dlirantes des
premiers temps. A terme, je pense que le cyberespace restera un lieu beaucoup
plus convivial que la socit relle."

Nicolas Pewny, crateur des ditions du Choucas: "Je reprendrai volontiers une
phrase d'Alain Bron, ami et auteur de Sanguine sur Toile (publi en 1999 par les
ditions du Choucas, ndlr): 'un formidable rservoir de rponses quand on
cherche une information et de questions quand on n'en cherche pas. C'est ainsi
que l'imaginaire peut se dvelopper... (Ma correspondante en Nouvelle-Zlande
est-elle jolie ? L'important, c'est qu'elle ait de l'esprit.)'"

= Le cyberespace vu par les gestionnaires

Grard Jean-Franois, directeur du centre de ressources informatiques de
l'Universit de Caen: "Le cyberspace peut tre considr comme l'ensemble des
informations qui sont accessibles sans aucune restriction sur le rseau
internet."

Pour Pierre Magnenat, responsable de la cellule "gestion et prospective" du
centre informatique de l'Universit de Lausanne, le cyberespace est "l'ensemble
des ressources et acteurs connects et accessibles  un moment donn".

Pour Jacques Pataillot, conseiller en management chez Cap Gemini Ernst & Young,
le cyberespace est "l''conomie connecte' (de l'anglais 'connected economy') o
tous les agents sont relis lectroniquement pour les changes d'information".

= Le cyberespace vu par les linguistes

Guy Antoine, crateur du site Windows on Haiti, site de rfrence sur la culture
hatienne: "Le cyberespace est au sens propre une nouvelle frontire pour
l'humanit, un endroit o chacun peut avoir sa place, assez facilement et avec
peu de ressources financires, avant que les rglements inter-gouvernementaux et
les impts ne l'investissent. Suite  quoi une nouvelle technologie lui
succdera."

Pour Alain Clavet, analyste de politiques au Commissariat aux langues
officielles du Canada, il s'agit d'"un lieu de connaissances partages non
soumis aux contraintes du temps et de l'espace".

Eduard Hovy, directeur du Natural Language Group de l'Universit de Californie
du Sud: "Pour moi, le cyberespace est reprsent par la totalit des
informations auxquelles nous pouvons accder par l'internet et les systmes
informatiques en gnral. Il ne s'agit bien sr pas d'un espace, et son contenu
est sensiblement diffrent de celui des bibliothques. Par exemple, bientt mon
rfrigrateur, ma voiture et moi-mme seront connus du cyberespace, et toute
personne disposant d'une autorisation d'accs (et d'une raison pour cela) pourra
connatre prcisment le contenu de mon rfrigrateur et la vitesse de ma
voiture (ainsi que la date  laquelle je devrai changer les amortisseurs), et ce
que je suis en train de regarder maintenant. En fait, j'espre que la conception
de la publicit va changer, y compris les affiches et les prsentations que j'ai
sous les yeux en marchant, afin que cette publicit puisse correspondre  mes
connaissances et  mes gots, tout simplement en ayant les moyens de reconnatre
que 'voici quelqu'un dont la langue maternelle est l'anglais, qui vit  Los
Angeles et dont les revenus sont de tant de dollars par mois'. Ceci sera
possible du fait de la nature dynamique d'un cyberespace constamment mis  jour
(contrairement  une bibliothque), et grce  l'existence de puces
informatiques de plus en plus petites et bon march. Tout comme aujourd'hui
j'volue dans un espace social qui est un rseau de normes sociales,
d'expectations et de lois, demain, j'voluerai aussi dans un cyberespace compos
d'informations sur lesquelles je pourrai me baser (parfois), qui limiteront mon
activit (parfois), qui me rjouiront (souvent, j'espre) et qui me dcevront
(j'en suis sr)."

Steven Krauwer, coordinateur d'ELSNET (European Network of Excellence in Human
Language Technologies): "Pour moi, le cyberespace est la partie de l'univers
(incluant personnes, machines et information) que je peux atteindre 'derrire'
ma table de travail."

Zina Tucsnak, ingnieur d'tudes en informatique  l'ATILF (Analyse et
traitements informatiques du lexique franais): "Je crois que, dans le
cyberespace, l'information et la quantit de l'information sont gouvernes par
des lois mathmatiques. Mais les modles mathmatiques n'ont pas trouv encore
leur solution, un peu comme le mouvement perptuel ou la quadrature du cercle."

= Le cyberespace vu par les professeurs

Pour Galle Lacaze, ethnologue et professeur d'crit lectronique dans un
institut universitaire professionnel, il s'agit d'"une visuelle en trois
dimensions: superposition de lignes droites mouvantes selon des directions
multiples o les rencontres de lignes crent des points de contact".

Pour Patrick Rebollar, professeur de littrature franaise et modrateur de la
liste de diffusion LITOR (Littrature et ordinateur), le cyberespace est "la
rplique virtuelle et trs imparfaite du monde des relations humaines, sociales,
commerciales et politiques. En privant partiellement les utilisateurs de la
matrialit du monde (spatiale, temporelle, corporelle), le cyberespace permet
de nombreuses interactions instantanes et multi-locales. A noter que les tres
humains se montrent aussi stupides ou intelligents, malveillants ou dvous dans
le cyberespace que dans l'espace rel..."

Henri Slettenhaar, professeur en technologies de la communication  la Webster
University de Genve: "Le cyberespace est notre espace virtuel,  savoir
l'espace de l'information numrique (constitu de bits, et non d'atomes). Si on
considre son spectre, il s'agit d'un espace limit. Il doit tre gr de telle
faon que tous les habitants de la plante puissent l'utiliser et en bnficier.
Il faut donc liminer la fracture numrique."

Pour Christian Vandendorpe, professeur  l'Universit d'Ottawa et spcialiste
des thories de la lecture, le cyberespace est "le nouveau territoire de la
culture, un espace qui pourrait jouer le rle de l'Agora dans la Grce ancienne,
mais  un niveau plantaire".

Russon Wooldridge, professeur au dpartement d'tudes franaises de l'Universit
de Toronto: "Je travaille dans la mme universit que Marshall McLuhan autrefois
(nos carrires se sont un moment croises). Le 'village global' qu'il
entrevoyait  l'poque de la radio et de la tlvision est devenu une ralit
dans l're d'internet. Mais un village sans classes sociales (il n'y a pas de
chtelain)."

= Le cyberespace vu par les spcialistes du numrique

Pierre Schweitzer, architecte designer et concepteur d'@folio, support numrique
de lecture nomade: "C'est un terme un peu obscur pour moi. Mais je dteste
encore plus 'ralit virtuelle'. Bizarre, cette ide de conceptualiser un
ailleurs sans pouvoir y mettre les pieds. Evidemment un peu idalis, 'sans
friction', o les choses ont des avantages sans les inconvnients, o les autres
ne sont plus des 'comme vous', o on prend sans jamais rien donner, 'meilleur' -
parat-il. Facile quand on est sr de ne jamais aller vrifier. C'est la porte
ouverte  tous les excs, avec un discours technologique  outrance, dconnect
du rel, mais a ne prend pas. Dans la ralit, internet n'est qu'une volution
de nos moyens de communication. Bon nombre d'applications s'apparentent ni plus
ni moins  un tlgraphe volu (Morse, 1830): modem, e-mail... Les mots du
tlgraphe traversaient les ocans entre Londres, New-York, Paris et Toyo, bien
avant l'invention du tlphone. Bien sr, la commutation tlphonique a fait
quelques progrs: jusqu' l'hypertexte cliquable sous les doigts, les URL
(uniform resource locators) en langage presqu'humain, bientt accessibles y
compris par les systmes d'criture non alphabtiques... Mais notre vrai temps
rel, c'est celui des messages au fond de nos poches et de ceux qui se perdent,
pas le temps zro des tlcommunications. La segmentation et la redondance des
messages, une trouvaille d'internet? Au 19e sicle, quand Reuters envoyait ses
nouvelles par pigeon voyageur, il en baguait dj plusieurs. Nos pages perso? Ce
sont des aquariums avec un rpondeur, une radio et trois photos plongs dedans.
Tout ce joyeux 'bazar' est dans nos vies relles, pas dans le 'cyberespace'."


18.2. La socit de l'information: dfinitions


= Un concept vide de sens

Grard Jean-Franois, directeur du centre de ressources informatiques de
l'Universit de Caen: "Il n'y a pas de socit de l'information particulire. De
tout temps, elle a toujours exist. Ce qu'il faut noter, c'est son volution
continue. Gutenberg l'a fait voluer, de mme internet."

Philippe Loubire, traducteur littraire et dramatique: "Il n'y a pas, je crois,
de socit de l'information. Internet, la tlvision, la radio ne sont pas des
moyens d'information, ce sont des moyens de communication. L'information
participe d'une certaine forme de savoir sur le monde, et les moyens de
communication de masse ne la transmettent pratiquement pas. Ils l'voquent dans
le meilleur des cas (ceux des journalistes de terrain par exemple), et la
dforment voire la truquent dans tous les autres. Et (pour autant qu'il le
veuille!) le pouvoir politique n'est hlas plus aujourd'hui assez 'le' pouvoir
pour pouvoir faire respecter l'information et la libert. L'information, comme
toute forme de savoir, est le rsultat d'une implication personnelle et d'un
effort de celui qui cherche  s'informer. C'tait vrai au Moyen-ge, c'est
encore vrai aujourd'hui. La seule diffrence, c'est qu'aujourd'hui il y a
davantage de leurres en travers du chemin de celui qui cherche."

Pour Pierre Magnenat, responsable de la cellule "gestion et prospective" du
centre informatique de l'Universit de Lausanne, il s'agit d'"un mot  la mode,
qui ne veut rien dire. Une socit est par essence communicative, et donc
caractrise par des changes d'informations. Les seules choses qui ont chang,
c'est la quantit et la vitesse de ces changes."

Patrick Rebollar, professeur de littrature franaise et modrateur de la liste
de diffusion LITOR (Littrature et ordinateur), dfinit la socit de
l'information comme "une grande mise en scne (mondialise) qui fait prendre les
vessies pour des lanternes. En l'occurrence, les gouvernants de toutes sortes,
notamment sous le nom de 'march', diffusent de plus en plus de prescriptions
contraignantes (notamment commerciales, politiques et morales) qu'ils
russissent, un peu grce aux merveilles technologiques,  faire passer pour des
liberts. Notons que 'cyberntique' et 'gouvernement' ont la mme racine
grecque..."

= La socit de l'information vue par les auteurs

Nicolas Ancion, crivain et responsable ditorial de Luc Pire lectronique:
"Pour moi, la socit de l'information est l'arrive d'un nouveau clivage sur la
plante: distinction entre ceux qui ont accs au savoir, le comprennent et
l'utilisent, et ceux qui n'y ont pas accs pour de nombreuses raisons. Il ne
s'agit cependant pas d'une nouvelle forme de socit du tout car le pouvoir de
l'information n'est li  aucun pouvoir rel (financier, territorial, etc.).
Connatre la vrit ne nourrit personne. Par contre, l'argent permet de trs
facilement propager des rumeurs ou des mensonges. La socit de l'information
est simplement une version avance (plus rapide, plus dure, plus impitoyable) de
la socit industrielle. Il y a ceux qui possdent et jouissent, ceux qui
subissent et ceux dont on ne parle jamais: ceux qui comprennent et ne peuvent
pas changer les choses. Au 19e sicle, certains artistes et certains
intellectuels se retrouvaient dans cette position inconfortable. Grce  la
socit de l'information, beaucoup de gens ont rejoint cette catgorie assise
entre deux chaises. Qui possde des biens matriels et a peur de les perdre mais
considre pourtant que les choses ne vont pas dans la bonne direction. Mon
opinion personnelle, par rapport  tout a, c'est que ce n'est pas l'information
qui sauve. C'est la volont. Pour changer le monde, commenons par lever notre
cul de notre chaise et retrousser nos manches."

Alex Andrachmes, producteur audiovisuel, crivain et explorateur d'hypertexte:
"Dans l'idal, un lieu d'change, le fameuse agora du village global. Mais
l'idal... Tant que le dbat existe entre les fous du net et les VRP (voyageurs
reprsentants de commerce, ndlr) de la VPC (vente par correspondance, ndlr), il
y a de l'espoir. Le jour o les grands portails se refermeront sur la libert
d'changer des infos en ligne, a risque plutt d'tre la socit de la
dsinformation. Ici aussi, des confusions sont soigneusement entretenues. Quelle
information, celles du 20 heures  relayer telles quelles sur le net? Celles
contenues sur ces fabuleux CD, CD-Rom, DVD chez vous dans les 24 h chrono? Ou
toutes les connaissances contenues dans les milliards de pages non rpertories
par les principaux moteurs de recherche. Ceux qui ont de plus en plus tendance 
mettre en avant les sites les plus visits, qui le sont ds lors de plus en
plus. L, on ne parle mme plus de dsinformation, de complot de puissances
occultes (financires, politiques ou autres...), mais de surinformation, donc de
lassitude, de non-information, et finalement d'uniformisation de la pense. Sans
avoir de dfinition prcise, je vois qu'une socit de l'information qui serait
fige atteindrait le contraire de sa dfinition de base. Du mouvement donc..."

Lucie de Boutiny, crivain papier et pixel: "Je prfrerais parler de
'communauts de l'information'... Nous sommes plutt dans une socit de la
communication et de la commutation. Il est trs discutable de savoir si nos
discussions sont de meilleure qualit et si nous serions plus savants... Etre
inform n'est pas tre cultiv."

Pour Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybrie, chronique
hebdomadaire des actualits de l'internet, la socit de l'information est "une
socit o l'unit de valeur relle est l'information produite, transforme,
change. Elle correspond au 'centre' du cyberespace. Malheureusement, le
concept a tellement t galvaud, banalis, on l'a servi  toutes les sauces
politiciennes pour tenter d'voquer ce qu'on ne pouvait imaginer dans le dtail,
ou concevoir dans l'ensemble, de sorte que l'expression a perdu de son sens."

Pour Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'critures
hypermdias, la socit de l'information est "la ntre, je pense?
L'amricano-nord-europenne. A la Bourse, les annonces ont des effets mesurables
en millions de dollars ou d'euros et dclenchent des impacts conomiques et
humains parfois trs violents: rachats, ventes, hausses et baisses des valeurs,
licenciements. C'est une socit o la valeur absolue est l'information et son
contrle, et la valeur relative l'humain."

Jean-Paul, webmestre du site des cotres furtifs, qui raconte des histoires en
3D, dfinit la socit de l'information en trois mots: "plus, plus vite. Mais
les donnes ne sont pas l'information. Il faut les liens, c'est  dire le temps.
Plus d'vnements, plus d'crans pour les couvrir. Plus vite: l'vnement du
jour est liquide. Effac, recouvert par la vaguelette du lendemain, la vague du
jour d'aprs, la houle de la semaine, le tsunami du mois. Cycles aussi
'naturels' que les mares estivales du Loch Ness. Pas 'effac', d'ailleurs,
l'vnement d'hier (qui n'est pas 'tous les vnements d'hier'): dja archiv,
dans des bases de donnes qui donnent l'illusion d'tre exhaustives, facilement
accessibles et momentanment gratuites. Mais les donnes ne donnent rien par
elles-mme. S'informer, c'est lier entre elles des donnes, liminer celles qui
ne sont pas pertinentes (quitte  revenir sur ces choix plus tard), se trouver
ainsi oblig de chercher d'autres donnes qui corroborent ou infirment les
prcdentes... L'information nat du temps pass  tisser les liens. Or le temps
nous est mesur, au quartz prs. Productique ou temps libre, nous passons de
plus en plus de temps  raccrocher au nez de spammeurs qui nous interrompent
pour nous revendre nos dsirs (dont nous informons les bases de donnes qui les
leur vendent). Ce qui est intressant dans ce bonneteau est que les infos que
nous fournissons sur nous-mmes, nous les truquons suffisamment pour que les
commerciaux n'arrivent pas  en tirer les lois du succs: Survivor II est un
bide, aprs le succs de la version I. De cette incertitude viennent les trous
dans le filet qui laissent parvenir jusqu' nous certaines infos. Bref la
'socit de l'information', c'est le jeu des regards dans le tableau de de La
Tour: 'La diseuse de bonne aventure'. Le jeune homme qui se fait dpouiller en
est conscient, et complice. Il a visiblement les moyens de s'offrir les
flatteries des trois jolies filles tout en exigeant de la vieille Diseuse
qu'elle lui rende l'une de ces picettes dont il a pris la prcaution de gonfler
ostensiblement la bourse qu'on lui coupe."

Pour Anne-Bndicte Joly, crivain auto-ditant ses livres, la socit de
l'information permet "l'accs au plus grand nombre de la plus grande quantit
d'information possible tout en garantissant la partialit de l'information et en
fournissant les clefs de comprhension ncessaires  sa bonne utilisation".

Tim McKenna, crivain et philosophe: "Je considre la socit de l'information
comme la forme tangible de la conscience collective de Jung. L'information
rside essentiellement dans notre subconscient mais, grce  l'existence de
navigateurs, l'information est dsormais plus facile  rcuprer. Cette
information favorise une meilleure connaissance de nous-mmes en tant
qu'individus et en tant qu'tres humains."

Xavier Malbreil, auteur multimdia et modrateur de la liste e-critures, dfinit
la socit de l'information comme "la circulation de l'information en temps
rel. La connaissance immdiate. L'oubli immdiat. L'espace satur d'ondes nous
entourant, et nous, corps humains, devenant peu  peu un simple creux laiss par
les ondes, une simple interconnexion. Corps humains devenant instants de
l'information."

Pour Murray Suid, crivain travaillant pour une socit internet de logiciels
ducatifs, il s'agit d'"une socit dans laquelle les ides et le savoir sont
plus importants que les objets".
18.2.3. La socit de l'information vue par les bibliothcaires-documentalistes

Emmanuel Barthe, documentaliste juridique et modrateur de la liste de
discussion Juriconnexion: "Il s'agit nettement moins d'une 'socit' de
l'information que d'une conomie de l'information. J'espre que la socit,
elle, ne sera jamais domine par l'information, mais restera cimente par des
liens entre les hommes de toute nature, qu'ils communiquent bien ou mal, peu ou
beaucoup."

Pour Bakayoko Bourahima, documentaliste  l'ENSEA (Ecole nationale suprieure de
statistique et d'conomie applique) d'Abidjan, la socit de l'information est
"la socit de l'informatique et de l'internet".

Peter Raggett, directeur du centre de documentation de l'OCDE (Organisation de
coopration et de dveloppement conomiques): "La socit de l'information est
cette socit dont le produit le plus prcieux est l'information. Jusqu'au 20e
sicle, ce sont les produits manufacturiers qui ont t les plus considrs. Ils
ont ensuite t remplacs par l'information. En fait, on parle maintenant
davantage d'une socit du savoir, dans laquelle, du point de vue conomique, le
produit le plus pris est le savoir acquis par chacun."

= La socit de l'information vue par les diteurs

Pour Marie-Aude Bourson, cratrice de Gloupsy, site littraire destin aux
nouveaux auteurs, il s'agit d'"une socit o l'information circule trs vite
(trop peut-tre), et o chaque acteur se doit de rester toujours inform s'il ne
veut pas s'exclure. L'information elle-mme devient une vritable valeur
monnayable."

Pour Pierre-Nol Favennec, directeur de collection et expert  la direction
scientifique de France Tlcom R&D, il s'agit d'"une socit dans laquelle tout
membre de cette socit a accs immdiatement  toutes les informations
souhaites".

Olivier Gainon, crateur de CyLibris, maison d'dition littraire en ligne: "Ce
que nous vivons aujourd'hui, c'est la mise en rseau de notre socit, au sens
o,  terme, beaucoup des objets quotidiens seront connects au Rseau (avec un
grand R, qui sera lui-mme compos de dizaines de rseaux diffrents). Bref,
c'est une nouvelle manire de vivre et,  terme, certainement une nouvelle
socit. S'agit-il d'une socit de 'l'information'? Je n'en suis pas certain.
Faut-il que nous dfinissions collectivement ce que nous voulons dans cette
socit? Cela me semble urgent, et c'est un dbat qui concerne tout le monde,
pas uniquement les 'connects'. Bref, sur quelles valeurs de socit fonder
notre action future? Voil un vrai dbat. J'en profite d'ailleurs pour faire un
peu de pub pour un auteur CyLibris: La Toile de Jean-Pierre Balpe me semble
aujourd'hui la meilleure illustration de ce dbat. La socit qu'il dcrit au
travers de ce roman est  mon sens la plus probable  court terme (l'action se
passe en 2015). Est-ce cela que nous voulons? Est-ce ce type d'organisation?
Peut-tre, mais mon souci, c'est que ce choix soit conscient et non subi."

Jacky Minier, crateur de Diamedit, site de promotion d'indits artistiques et
littraires: "La socit de l'information amne un recadrage des hirarchies
dans les rapports qui s'tablissent entre les gens, de manire beaucoup plus
naturelle,  partir des discussions en forums notamment. Dans la vie relle, on
est souvent influenc, voire impressionn, par les titres ou la largeur du
bureau d'un interlocuteur 'install' dans le systme. Sur le net, seuls comptent
le sens contenu dans le propos et la manire de l'exprimer. On distingue trs
vite les vritables intelligences raffines des clowns ou autres mythomanes. Une
forme de pdagogie conviviale, non intentionnelle et surtout non magistrale,
s'en dgage gnralement qui profite au visiteur lambda, lequel parfois apporte
aussi sa propre exprience. Tout a laisse augurer d'une crativit multiforme,
dans un bouillonnement commun  des milliers de cerveaux relis fonctionnant 
la manire d'une fourmilire. C'est non seulement un vritable moyen d'change
du savoir, mais de surcrot un moyen de l'augmenter en quantit, de
l'approfondir, de l'intgrer entre diffrentes disciplines. Le net va rendre les
gens plus intelligents en favorisant leur plus grande convivialit, en cassant
les dpartements et domaines rservs de certains mandarins. Mais il est clair
qu'il faudra aussi faire attention aux drives que cette libert implique."

Pour Nicolas Pewny, crateur des ditions du Choucas, il s'agit d'"une socit
qui pourrait apporter beaucoup, si l'on empche qu'elle ne rime trop avec
'consommation' et tout ce qui accompagne ce mot. Mais il est dj trop tard
peut-tre..."

= La socit de l'information vue par les linguistes

Pour Alain Clavet, analyste de politiques au Commissariat aux langues
officielles du Canada, la socit de l'information est "le constat que la valeur
ajoute centrale (en rfrence  une notion conomique, celle de la valeur
ajoute) devient de plus en plus l'intelligence de l'information. Ainsi, dans
une socit de l'information, la connaissance devient la plus-value recherche."

Eduard Hovy, directeur du Natural Language Group de l'Universit de Californie
du Sud: "Une socit de l'information est une socit dans laquelle la majorit
des gens a conscience de l'importance de cette information en tant que produit
de base, et y attache donc tout naturellement du prix. Au cours de l'histoire,
il s'est toujours trouv des gens qui ont compris combien cette information
tait importante, afin de servir leurs propres intrts. Mais quand la socit,
dans sa majorit, commence  travailler avec et sur l'information en tant que
telle, cette socit peut tre dnomme socit de l'information. Ceci peut
sembler une dfinition tournant un peu en rond ou vide de sens, mais je vous
parie que, pour chaque socit, les anthropologues sont capables de dterminer
quel est le pourcentage de la socit occup au traitement de l'information en
tant que produit de base. Dans les premires socits, ils trouveront uniquement
des professeurs, des conseillers de dirigeants et des sages. Dans les socits
suivantes, ils trouveront des bibliothcaires, des experts  la retraite
exerant une activit de consultants, etc. Les diffrentes tapes de la
communication de l'information - d'abord verbale, puis crite, puis imprime,
puis lectronique - ont chaque fois largi (dans le temps et dans l'espace) le
champ de propagation de cette information, en rendant de ce fait de moins en
moins ncessaire le rapprentissage et la rptition de certaines tches
difficiles. Dans une socit de l'information trs volue, je suppose, il
devrait tre possible de formuler votre objectif, et les services d'information
( la fois les agents du cyberespace et les experts humains) oeuvreraient
ensemble pour vous donner les moyens de raliser cet objectif, ou bien se
chargeraient de le raliser pour vous, et rduiraient le plus possible votre
charge de travail en la limitant au travail vraiment nouveau ou au travail
ncessitant vraiment d'tre refait  partir de documents rassembls pour vous
dans cette intention."

Steven Krauwer, coordinateur d'ELSNET (European Network of Excellence in Human
Language Technologies): "La socit de l'information est une socit dans
laquelle: a) l'essentiel du savoir et de l'information n'est plus stock dans
des cerveaux ou des livres mais sur des mdias lectroniques; b) les dpts
d'information sont distribus et interconnects au moyen d'une infrastructure
spcifique, et accessibles de partout; c) les processus sociaux sont devenus
tellement dpendants de cette information et de son infrastructure que les
citoyens non connects au systme d'information ne peuvent pleinement participer
au fonctionnement de la socit."

Zina Tucsnak, ingnieur d'tudes en informatique  l'ATILF (Analyse et
traitements informatiques du lexique franais): "La socit de l'information
peut tre dfinie comme un milieu dans lequel se dveloppent la culture et la
civilisation par l'intermdiaire de l'informatique, qui restera la base et la
thorie de cette socit."

= La socit de l'information vue par les professeurs

Pour Emilie Devriendt, lve professeur  l'Ecole normale suprieure de Paris,
"le syntagme 'socit de l'information' est plus une formule (journalistique,
politique)  la mode depuis plusieurs annes, qu'une vritable notion. Cette
formule tend communment je crois,  dsigner une nouvelle 're'
socio-conomique, post-industrielle, qui transformerait les relations sociales
du fait de la diffusion gnralise des nouvelles technologies de l'information
et de la communication (NTIC). Personnellement, je n'adhre pas  cette vision
des choses. Si la diffusion croissante des NTIC est indniable et constitue un
phnomne socio-conomique propre  l'poque contemporaine, je ne crois pas
qu'il faille y voir la marque de l'avnement d'une nouvelle socit 'de
l'information'. La formule 'socit de l'information' est construite sur le
modle terminologique (socio-conomique) de la 'socit industrielle'. Mais le
parallle est trompeur: 'socit de l'information' met l'accent sur un contenu,
alors que 'socit industrielle' dsigne l'infrastructure conomique de cette
socit. L'information en tant que produit (industriel ou service) apparat
peut-tre plus complexe que, par exemple, les produits alimentaires, mais cette
complexit ne suffit pas  dfinir l'avnement dont il est question. D'autant
plus que l'emploi inconditionnel de la formule a contribu  faire de
l'information un terme passe-partout, trs loign mme de sa thorisation
mathmatique (Shannon), de sa signification informatique initiale. Elle traduit
uniquement une idologie du progrs lectronique mise en place dans les annes
1950 et vhicule ensuite par nos gouvernements et la plupart de nos
journalistes, qui dfinissent fallacieusement le dveloppement des NTIC comme un
'ncessaire' vecteur de progrs social. Quelques analystes (sociologues et
historiens des techniques comme Mattelart, Lacroix, Guichard, Wolton) ont trs
bien montr cela."

Pour Galle Lacaze, ethnologue et professeur d'crit lectronique dans un
institut universitaire professionnel, il s'agit d'"une socit o l'information
est reue et digre, sans tre touffe par la profusion".

Henri Slettenhaar, professeur en technologies de la communication  la Webster
University de Genve: "La socit de l'information est l'ensemble des personnes
utilisant quotidiennement le cyberespace de manire intensive et qui
n'envisageraient pas de vivre sans cela,  savoir les nantis, ceux qui sont du
bon ct de la fracture numrique."

Russon Wooldridge, professeur au dpartement d'tudes franaises de l'Universit
de Toronto: "Si on veut parler de 'socit' il ne peut pas tre question d'une
opposition 'haves' vs. 'have-nots' (munis vs. dmunis), sauf dans la mesure o
l'accs  l'information est plus ou moins libre ou limit d'un point de vue
technologique ou conomique, voire politique. Par exemple, l'accs 
l'information en ligne est plus libre au Canada qu'en France, plus libre en
France qu'en Algrie, etc. Internet est potentiellement un moyen pour que chacun
puisse s'approprier son propre contrle de l'information, qui n'est plus
diffuse par les seuls canaux dirigistes, comme l'Edition ou l'Universit, entre
autres."

= La socit de l'information vue par les spcialistes du numrique

Olivier Pujol, PDG de Cytale et promoteur du Cybook, livre lectronique, la
dfinit comme "une socit o l'accs  l'information, l'information elle-mme
et la capacit  bien utiliser l'information sont des biens plus prcieux que
les biens matriels. Il faut noter que l'information a toujours t un avantage
professionnel considrable. Il fut un temps o un avantage concurrentiel pouvait
exister sur un territoire limit, et tre protg pour un temps long, par le
secret, ou l'ignorance des autres. Les voyages, la mondialisation des changes,
la performance de la logistique ont normment affaibli la notion de protection
'gographique' d'un avantage concurrentiel. La socit de l'information est une
socit o la protection de l'information est presque impossible, et o son
usage devient donc la valeur essentielle."

Pierre Schweitzer, architecte designer et concepteur d'@folio, support numrique
de lecture nomade: "J'aime bien l'ide que l'information, ce n'est que la forme
des messages. La circulation des messages est facilite, techniquement, et elle
s'intensifie. Et dsormais, le monde volue avec a."

Franois Vadrot, PDG de FTPress, socit de cyberpresse, dfinit la socit de
l'information comme "une socit dont l'information est le moteur, dans tous les
sens du terme".


19. EXPERIENCES ET SOUVENIRS


[Dans ce chapitre:]

[19.1. Les auteurs et l'internet // 19.2. Les bibliothcaires- documentalistes
et l'internet // 19.3. Les concepteurs d'appareils de lecture et l'internet //
19.4. Les crateurs de sites littraires et l'internet // 19.5. Les diteurs et
l'internet // 19.6. Les gestionnaires et l'internet // 19.7. Les libraires et
l'internet // 19.8. Les linguistes et l'internet // 19.9. Les professeurs et
l'internet]

Plutt que de rdiger une conclusion, difficile  envisager pour un sujet aussi
neuf, on prfre laisser la parole aux professionnels du livre cits tout au
long de ces pages. Tous utilisent l'internet depuis plusieurs annes. Beaucoup
ont un souvenir particulirement marquant li au rseau, que celui-ci soit bon
ou mauvais, ou alors une exprience particulirement marquante, que celle-ci
soit positive ou ngative. Quels sont ces souvenirs et ces expriences?


19.1. Les auteurs et l'internet


Alex Andrachmes (Europe) est producteur audiovisuel, crivain et explorateur
d'hypertexte. Son meilleur souvenir: "Incontestablement quand apparaissent mes
propositions de mails ou de design de site sur le web. Quand je revois les
prparatifs, les brouillons, et que je vois ce que a donne, c'est comme un
flash. Au fond, c'est le mme plaisir lorsque sur des Napster ou Gnutella, on
trouve enfin 'le' morceau introuvable qu'on avait perdu d'oue depuis dix ans,
on le charge, on attend, 1%>50%>99%>file complete, on le lance. Raaaah..."

Son pire souvenir: "C'tait au tout dbut, une de mes premires utilisations du
mdium. Je recherchais dans le cadre d'un projet des sites un peu rebelles,
anarchisants, des trucs comme a. Je tape 'cyberpunk' dans Yahoo!, s'affiche la
classique liste de sites. 'Anarchy on the net, cyberpunk rock the web', ce
genre... J'essaye d'en ouvrir quelques uns... Surprise! Un banner 'NetNanny'
m'interdit l'accs aux sites. Emanation d'un groupuscule de la 'majorit morale'
amricaine, ce 'NetNanny' s'autorisait  interdire les sites qui ne lui plaisent
pas... Je ne l'ai plus jamais rencontr depuis, mais quelle salet, ce truc.
Enfin,  l'autre extrmit, il y a bien le procd dit de 'l'exit console' o,
au moment de sortir d'un site, on vous 'propose' une autre page, puis une autre,
puis une autre, impossible de sortir. a, je n'en ai pas fait l'exprience, mais
a doit tre hard. C'est d'ailleurs un procd de site hard, ai-je lu quelque
part..."

Jean-Pierre Balpe (Paris) est directeur du dpartement hypermdias de
l'Universit Paris 8. Son meilleur souvenir: "Pas un en particulier. Disons que
je suis heureux chaque fois que a marche... et ce n'est hlas pas si
souvent..." Son pire souvenir;: "Mme rponse qu' la question prcdente mais
inverse..."

Michel Benot (Montral), crivain, utilise l'internet comme outil de recherche,
de communication et d'ouverture au monde. Son meilleur souvenir: "Les mails que
j'changeais avec les gens de B-52, la radio libre et clandestine de Serbie,
pendant le conflit du Kosovo. En 1978, j'ai visit cette rgion. Je pouvais
sentir leurs souffrances, leurs anxits, leurs espoirs. C'est vrai que je me
sentais impuissant devant le drame qui se jouait  des milliers de kilomtres de
chez moi, mais, au moins, je pouvais parler, tmoigner."

Son pire souvenir: "Les quelques rares visites que j'ai faites sur les chats. Le
vide, l'ennui qui s'y distille. L'inculture qui s'y exprime aussi. Dsolant, en
mme temps paniquant. Quelqu'un qui crit: 'Ya man, yyyyyyeeeeeeesssssss,
j't'aim 4 ever my luuuuuuvvvvvvvvvvvv' me semble incroyablement dsespr. Un
jour, les travailleurs de rue, qui s'occupent actuellement des itinrants et des
drogus, travailleront sur le net  rcuprer cette humanit souffrante. Je
pense sincrement que, avec la porno, le chat est la poubelle du net."

Silvaine Arabo (Poitou-Charentes), pote et plasticienne, a cr la cyber-revue
Posie d'hier et d'aujourd'hui. Son meilleur souvenir: "Les ami(e)s que ce mode
de communication m'a permis de rencontrer dans la francophonie ainsi que tous
ceux et celles qui m'ont dit avoir, grce  moi, dcouvert ou redcouvert la
posie et avoir compris qu'il s'agissait l d'un mode de fonctionnement majeur
de l'esprit humain." Son pire souvenir: "Certaines mesquineries de webmasters,
parfois un esprit de comptition et d'arrivisme... On retrouve sur internet la
socit telle qu'en elle-mme, ni plus, ni moins."

Lucie de Boutiny (Paris), crivain papier et pixel, est l'auteur de NON, roman
multimdia publi en feuilleton sur le web. Son meilleur souvenir: "En 1997 ou
1998, j'ai eu droit aux honneurs de la censure. L'une de mes nouvelles mises en
ligne, aujourd'hui publie honorablement sur support papier, tait censure par
mon hbergeur. Il tait inexact que ma petite histoire noire quoique teinte
d'humour tait un hommage rendu  un tueur en srie pdophile, et cela bien que
ce soit en effet le sujet. Mais voil, par un matin gris acier, on apprit que
quelques fournisseurs de services en ligne avaient t embarqus au commissariat
de police le plus proche. Ils taient tenus pour responsables du contenu des
dizaines de milliers sites qu'ils hbergent! Et fatalement quelques-uns taient
suspects d'invitation  la haine raciale, au non-respect de la personne, etc. Ma
petite nouvelle n'en faisait videmment pas partie mais j'tais trs amuse du
fait qu'un 'robot trieur', le genre de nettoyeur informatique qui obit aux
ordres des censeurs, ait attent, par erreur,  ma libert d'expression."

Son pire souvenir: "Il s'agit d'une vraie anecdote virtuelle: un soir, je reois
un mail sous pseudonyme m'annonant que NON, mon roman hypermdia, avait t
radiqu de la plante net. Immdiatement, je me connecte sur mon site. Rien. Je
me dbranche, ouvre mon disque dur  la recherche de NON. Rien. Je cherche mes
disques de sauvegarde. Volatiliss. Cinq ans de travail broys par la masse des
pixels!... Et c'est  ce moment l que je me suis rveille... Le mauvais rve!"

Alain Bron (Paris) est consultant en systmes d'information et crivain. Son
meilleur souvenir: "A la suite de la parution de mon deuxime roman, Sanguine
sur toile (publi en 1999 par les ditions du Choucas, ndlr), j'ai reu un
message d'un ami que j'avais perdu de vue depuis plus de vingt ans. Il s'tait
reconnu dans un personnage du livre. Nous nous sommes revus rcemment autour
d'une bouteille de Saint-Joseph et nous avons pu changer des souvenirs et
fomenter des projets..."

Son pire souvenir: "Virus, chanes du 'bonheur', sollicitations commerciales,
sites fascistes, informations non contrles, se dveloppent en ce moment  trs
grande chelle. Je me pose srieusement la question: 'Quel bb ai-je bien pu
contribuer  faire natre?'"

Jean-Pierre Cloutier (Montral) est l'auteur des Chroniques de Cybrie,
chronique hebdomadaire des actualits de l'internet. Son meilleur souvenir: "Ce
n'est pas trs gai, et a n'a rien  voir avec le rayonnement important qu'ont
acquis Les Chroniques de Cybrie au fil des ans. Dbut 1996, j'ai reu un
message qui disait  peu prs ceci: 'Mon fils, dans le dbut de la vingtaine,
tait gravement malade depuis des mois. Chaque semaine, il attendait avec
impatience de recevoir dans sa bote aux lettres votre chronique. Ne pouvant
plus sortir de la maison, votre chronique lui permettait de 'voyager', d'ouvrir
ses horizons, de penser  autre chose qu' son mal. Il est dcd ce matin. Je
voulais simplement vous remercier d'avoir allg ses derniers mois parmi nous.'
Alors, quand on reoit un message comme a, on se fout pas mal de parler  des
milliers de gens, on se fout des statistiques d'achalandage, on se dit qu'on
parle  une personne  la fois."

Son pire souvenir: "Pas vraiment un seul 'gros et mchant' souvenir. Mais une
foule de petits irritants. Le systme est fragile, le contenu passe au second
plan, on parle peu du capital humain, on nous inonde de versions successives de
logiciels, etc. Mais c'est trs vivable..."

Luc Dall'Armellina (Paris) est co-auteur et webmestre d'oVosite, espace
d'critures hypermdias. Son meilleur souvenir: "Je n'ai pas de souvenir unique
mais plutt des vnements marquants: avoir pu contacter et converser par e-mail
avec des inconnus dont j'avais lu les travaux, avoir vu des travaux d'amis
publis en livre alors qu'ils taient crits initialement et aprs qu'ils aient
exist d'abord pour le web, avoir chang des vidos et des photos de famille 
l'autre bout du monde en quelques secondes. Quelques instants fugaces de
babillard avec des Canadiens perdus dans les grands froids."

Ses pires souvenirs: "L'arrive de ce qu'on appelle l'e-business, pas l'arrive
du commerce qui est une activit respectable (activit naturelle d'change qui
cre du lien), mais celle du discours, du vocabulaire et de l'tat d'esprit qui
l'accompagne: rentabilit, business plan, parts de march, agressivit... et de
toute l'conomie faite de flan, d'effets d'annonce et dont le paroxysme s'est
appel Nasdaq. La mise  mort de Mygale par un systme et sa rcupration par un
des acteurs du march a montr que la communaut de partage et d'intrt avait
elle aussi un prix (lev) en fonction de son potentiel d'acheteurs."

Jacques Gauchey (San Francisco) est spcialiste en industrie des technologies de
l'information, "facilitator" entre les Etats-Unis et l'Europe, et journaliste.
Son meilleur souvenir: "J'ai publi quelques numros d'une lettre d'information
en anglais gratuite il y a quatre ans sur internet. Une dizaine de lecteurs par
numro jusqu'au jour (en janvier 1996) o l'dition lectronique de Wired
Magazine cra un lien. En une semaine j'ai eu une centaine de courriers
lectroniques - y compris de lecteurs francais de mon livre La valle du risque
- Silicon Valley (publi en 1990 chez Plon, ndlr) contents de me retrouver." Son
pire souvenir: "L'internet est un mdium et comme tout mdium un facteur
d'clatement du pire. La fusillade d'Atlanta fin juillet 1999 par un 'day
trader'. La pornographie. La vente libre des armes en ligne. Les mails non
sollicits."

Jean-Paul (Paris) est le webmestre du site des cotres furtifs, qui raconte des
histoires en 3D. Son meilleur souvenir: "Le vertige qui nous a pris  la
rception du premier message... venant du Canada. 10.000 (?) ans aprs les
Inuits, des cotres venaient de dcouvrir l'Amrique!" Son pire souvenir: "Tout
ce sommeil en retard..."

Anne-Bndicte Joly (Antony, rgion parisienne), crivain auto-diteur, utilise
le web pour faire connatre ses livres. Son meilleur souvenir: "Le
franchissement de la barre des 200 visiteurs sur mon site." Son pire souvenir:
"Je n'en ai pas encore..."

Naomi Lipson (Paris et Tel-Aviv) est crivain multimdia, traductrice et
peintre. Son meilleur souvenir: "Pour moi, le rseau est un vivier de gens
exceptionnels. J'ai fait des rencontres relles et virtuelles absolument
incroyables en deux ans. Ces gens prexistaient au rseau, bien sr, mais sans
lui, et surtout sans le ml, je ne les aurais jamais contacts!" Elle n'a pas de
mauvais souvenirs: "J'ai eu beaucoup de chance. En restant trs courtoise aussi,
je crois avoir vit les dsagrments les plus courants de la vie sur la toile.
C'est aussi simple que a. Et avec un peu de prudence, on vite trs bien les
virus."

Tim McKenna (Genve), crivain, s'interroge sur la notion complexe de "vrit"
dans un monde en mutation constante. Son meilleur souvenir: "L'utilisation du
courrier lectronique pour rester en contact avec mes amis." Son pire souvenir:
"Apprendre  utiliser l'internet, avant que la technologie n'apporte les
amliorations me permettant de ne plus me proccuper de mon inaptitude dans ce
domaine."

Xavier Malbreil (Arige, Midi-Pyrnes), auteur multimdia, a cr le site
www.0m1.com et il est le modrateur de la liste e-critures. Ses meilleurs
souvenirs: "Une rencontre amoureuse. La rencontre de plusieurs communauts
d'crivains." Son pire souvenir: "Au tout dbut, ne pas avoir matris les codes
de communication lis  l'internet. M'tre laiss entraner dans des polmiques
vaines."

Murray Suid (Palo Alto, Californie), crivain, travaille pour EDVantage
Software, socit internet de logiciels ducatifs. Son meilleur souvenir: "La
rencontre avec des experts et des auteurs qui ont particip  mes projets de
publications." Son pire souvenir: "Avoir t insult par une personne que je ne
connaissais pas, et qui avait trs mauvaise opinion de moi alors qu'elle ne
savait absolument rien  mon sujet."


19.2. Les bibliothcaires-documentalistes et l'internet


Emmanuel Barthe (Paris) est documentaliste juridique chez Coutrelis & Associs,
cabinet d'avocats, et modrateur de la liste de discussion Juriconnexion. Ses
meilleurs souvenirs: "Parmi mes bons souvenirs, je pense  ma premire
publication sur le web: celle de mon bookmark sur le site ForInt Law (Foreign
and International Law), en 1996, grce  la webmestre de ce site, une collgue
bibliothcaire juridique dans une universit amricaine. Je pourrais aussi citer
les (trop rares) dcouvertes de sites juridiques franais dots d'un rel
contenu (un contenu indit et de valeur) et les remerciements que j'ai reus
pour la rdaction de la FAQ (foire aux questions) de la liste de discussion de
Juriconnexion que j'ai rcemment rdige ( la date de l'entretien, en octobre
2000, ndlr)."

Son pire souvenir: "Ce fut la destruction involontaire de mon fichier bookmark
de Netscape,  une poque o il tait heureusement moins volumineux
qu'aujourd'hui.  partir d'une sauvegarde ancienne, j'ai d retrouver, de
mmoire, prs d'un tiers des URL (uniform resource locators) et rcrire les
descriptions des sites."

Olivier Bogros (Lisieux, Normandie) a cr la Bibliothque lectronique de
Lisieux et il est le directeur de la bibliothque municipale. Son meilleur
souvenir: "Les courriers lectroniques reus,  propos des textes que nous
mettons en ligne et qui tmoignent de la vivacit de la langue franaise sur le
rseau." Son pire souvenir: "Deux jeunes collgiennes (4e ou 3e) faisant des
recherches sur la Rsistance en France,  partir de la station internet de la
bibliothque, sont tombes sur un site ngationniste. Elles n'ont visiblement
pas compris pourquoi nous leur avons interdit toute copie papier ou disquette
dudit site et avons effac les pages  l'cran. Tout simplement les mots
'rvisionnisme' et 'ngationnisme' leur taient totalement inconnus. Moralit:
le libre accs au rseau, mais accompagn d'une mdiation par le personnel de la
bibliothque. Le pire des maux: l'ignorance!"

Bakayoko Bourahima (Abidjan) est documentaliste  l'Ecole nationale suprieure
de statistique et d'conomie applique (ENSEA). Son meilleur souvenir: "C'est
quand j'ai pu tirer d'embarras un de mes amis, thsard en mdecine, qui
n'arrivait pas  boucler sa bibliographie sur un sujet sur lequel il n'y avait
pratiquement aucune rfrence au plan local." Son pire souvenir: "Les mls
indsirables, tous ces trucs bidons qu'on peut vous faire suivre, avec cinq
correspondants ou plus qui vous envoient le mme message."

Bruno Didier (Paris) est le webmestre de la mdiathque de l'Institut Pasteur.
Son meilleur souvenir: "Le jour o j'ai gagn une bote de chocolats suisses sur
le site de Health On the Net (ne vous prcipitez pas, le jeu n'existe plus...)."
Son pire souvenir: "Les drives du courrier lectronique: des mal levs qui
profitent de la distance ou d'un certain anonymat pour dire des choses pas trs
gentilles, ou adopter des attitudes franchement puriles, avec, hlas, des
consquences qui ne sont pas toujours celles d'un monde d'enfant... Par exemple,
une personne a un jour profit de ce que je lui avait fait copie d'un message,
pensant que le sujet l'intresserait, pour intervenir entre mon interlocuteur et
moi, et me discrditer."

Michael Hart (Illinois) est le fondateur du Project Gutenberg, la plus ancienne
bibliothque numrique sur l'internet. Son meilleur souvenir: "Le courrier que
je reois me montre combien les gens apprcient que j'aie pass ma vie  mettre
des livres sur l'internet. Certaines lettres sont vraiment mouvantes, et elles
me rendent heureux pour toute la journe." Son pire souvenir: "Etre convoqu par
le prsident de l'Universit d'Illinois suite  une plainte (relative  un
problme de copyright, ndlr) dpose par l'Universit d'Oxford. Mais j'ai t
dfendu par une quipe de six avocats, la moiti tant de l'Universit
d'Illinois, et j'ai gagn le procs. On pourrait voir cela comme un bon
souvenir, mais je hais ce genre de politique politicienne... Le prsident de
l'universit se trouvait tre l'oncle de Tom Cruise, amusant, non?"

Pierre Le Loarer (Grenoble) est directeur du centre de documentation de
l'Institut d'tudes politiques de Grenoble et charg de mission TICE
(technologies de l'information et de la communication pour l'ducation). Ses
meilleurs souvenirs: "Quand j'ai pu aider tel(le) internaute  l'autre bout du
monde (Australie, par exemple) sur une question prcise, via le hasard du
questionnement. Mais ce n'est pas si frquent (manque de temps, participation
aujourd'hui plus que limite aux listes et forums). Quand j'ai pu changer des
propos avec tel ou tel chercheur de l'autre bout du monde et avoir ensuite le
plaisir de le rencontrer in situ. Etc., etc."

Ses pires souvenirs: "L'avalanche de messages 'spam' a le don de m'agacer, voire
de m'irriter. De mme, je n'apprcie gure (euphmisme) certain(s)
fournisseur(s) d'accs qui rdui(sen)t la vision de l'internet  l'espace de
leurs propres sites et ressources, et exigent l'utilisation de leur seul
logiciel de messagerie (propritaire) pour communiquer par ml. Une tromperie
quant  la vision et aux potentialits de l'internet."

Peter Raggett (Paris) est directeur du centre de documentation et d'information
(CDI) de l'Organisation de coopration et de dveloppement conomiques (OCDE).
Son meilleur souvenir: "Avoir trouv en dix minutes les informations
biographiques et les articles d'un professeur reu par l'OCDE." Son pire
souvenir: "Les problmes de lenteur pour la connection  l'internet et le
transfert des donnes."


19.3. Les concepteurs d'appareils de lecture et l'internet


Olivier Pujol (Paris), PDG de la socit Cytale, promeut le Cybook, livre
lectronique. Ses bons souvenirs: "Dcouvrir instantanment une rponse  une
question qui m'aurait demand des heures de recherche il y a quelques annes est
un 'meilleur souvenir' quotidien, et recevoir un mail d'un ami brsilien ou
hongrois en est un autre." Ses mauvais souvenirs: "De tomber systmatiquement
sur des sites pornos ou de pdophilie en faisant certaines requtes anodines."

Pierre Schweitzer (Strasbourg), architecte designer, est le concepteur d'@folio
(support de lecture nomade) et de Mot@mot (passerelle vers les bibliothques
numriques). Son meilleur souvenir: "Au tout dbut, quand vous ralisez le
systme: le matin,  l'heure o vous vous levez, les derniers messages arrivent
de la cte ouest de l'Amrique. Le jour se passe et le soir, quand vous allez
vous coucher, ce sont les tous premiers messages qui arrivent des Dragons. C'est
comme la lumire autour de la nouvelle lune." Son pire souvenir: "Je ne l'ai pas
gard comme souvenir."


19.4. Les crateurs de sites littraires et l'internet


Grard Fourestier (Nice) est le crateur de Rubriques  Bac, bases de donnes
destines aux tudiants du premier cycle universitaire. Son meilleur souvenir:
"Quand j'ai sorti mon premier ordinateur de son emballage." Son pire souvenir:
"Cet t (t 2000, ndlr),  la plage: mes ordinateurs taient en panne :-)"

Fabrice Lhomme (Bretagne) est le crateur d'Une Autre Terre, site consacr  la
science-fiction. Son meilleur souvenir: "Dans un article 'spcial
science-fiction' de Club-Internet, Jacques Sadoul (auteur, directeur de
collection, anthologiste...) a parl de mon site comme faisant partie des
meilleurs sites francophones traitant de SF. Quand a vient d'une personne telle
que lui, on ne peut qu'tre ravi..."

Blaise Rosnay (Paris) est le webmestre du site du Club des Potes. Ses meilleurs
souvenirs: "D'innombrables rencontres avec des potes du monde entier que nous
avons dcouverts sur internet et qui sont venus nous rendre visite au Club des
Potes. D'innombrables messages de soutien et d'encouragement." Son pire
souvenir: "Le constat que, faute d'une volont politique de partage culturel,
les initiatives les plus belles sont le plus souvent dcourages par la logique
marchande et que l'internet risque de se transformer peu  peu en vitrine de
supermarch."


19.5. Les diteurs et l'internet


Nicolas Ancion (Madrid) est crivain et responsable ditorial de Luc Pire
lectronique. Son meilleur souvenir: "Plusieurs fois, les ractions de lecteurs,
notamment des adolescents qui ragissent trs spontanment et s'expriment sans
dtour, m'ont fait pleurer devant mon cran. On passe sa vie  crire des
histoires pour donner des motions aux lecteurs et voil que ce sont eux qui
nous en renvoient de plus fortes ! Je n'ai jamais eu cet effet-l qu'avec des
messages lectroniques. En face  face ou par courrier postal, l'motion est
bride par les formules de politesse et les circonlocutions en tous genres."

Son pire souvenir: "A une poque o j'tais entre deux dmnagements, que je
n'avais plus ni adresse fixe ni tlphone, je me connectais dans les
bibliothques. J'avais particip  un concours sur internet pour tre reporter
radio pendant deux jours et gagner un tlphone portable, ce qui m'aurait t
bien utile. J'avais laiss les coordonnes de mes parents. J'ai gagn, on a
tlphon pour me prvenir mais ma mre a mal compris le message et n'a pas jug
bon de me mettre au courant. Quand j'ai finalement appris ce qui tait arriv,
il tait trop tard. Internet va vite, les possibilits sont fantastiques, mais
il faut aussi que le reste de la plante suive le mouvement, sinon on fabrique
du vent. C'est une bonne morale."

Marie-Aude Bourson (Lyon) est la cratrice de la Grenouille Bleue et de Gloupsy,
sites littraires destins aux nouveaux auteurs. Son meilleur souvenir: "La
rencontre avec des personnes qui sont devenues de vrais amis et que je frquente
dans la 'vie relle'." Son pire souvenir: "Pas vraiment de pire souvenir mais un
ras-le-bol rpt contre les lenteurs du web et les dconnexions intempestives."

Pierre-Nol Favennec (Paris & Lannion, Bretagne) est expert  la direction
scientifique de France Tlcom R&D et directeur de collection. Son meilleur
souvenir: "Les premiers mls." Son pire souvenir: "Le temps pass  la rception
d'images."

Pierre Franois Gagnon (Montral) est le crateur d'Editel, pionnier de
l'dition littraire francophone en ligne. Son meilleur souvenir: "La dcouverte
de quelques amitis affinitaires, indfectibles, m'enchante encore, tandis que
l'troitesse de vision, le scepticisme ngatif qu'affichait la vaste majorit
des auteurs de science-fiction et de fantastique vis--vis du caractre pourtant
immanent et inluctable de ce qui n'est aprs tout qu'un fantasme  la Star
Trek, qui hante depuis longtemps l'imaginaire collectif, soit l'e-book tout
communicant qui tienne dans le creux de la paume, ne cesse pas de m'tonner et
de me laisser pantois rtrospectivement."

Olivier Gainon (Paris) est le fondateur et grant de CyLibris, maison d'dition
littraire en ligne. Son meilleur souvenir: "La premire fois que des tudiants
dans une cole d'ingnieurs m'ont montr le web. C'tait en 1992, et j'ai trouv
cela gnial. D'o la cration de CyLibris en 1996 (j'ai quand mme mis quatre
ans)." Son pire souvenir: "La disparition progressive de CyLibris dans certains
moteurs de recherche parce que, soit nous ne voulions pas payer, soit des
accords d'exclusivit avaient t signs avec des libraires en ligne et que nous
tions drfrencs brutalement (passer de la premire page  la cinquime page
est une forme de drfrencement brutal). Bref, aujourd'hui plus rien ne me
trouble et on a appris  vivre avec ce genre de phnomne. Il n'empche qu'une
structure comme CyLibris qui se crerait juste aujourd'hui aurait les pires
difficults pour tre visible sur internet."

Jacky Minier (Orlans) est le crateur de Diamedit, site de promotion d'indits
artistiques et littraires. Son meilleur souvenir: "L'criture d'une pice de
thtre 'carabine' (genre chansons de carabins ;c)) en 1.300 alexandrins, avec
un ami rencontr sur le net sans jamais l'avoir rencontr de visu. En symbiose
complte avec un parfait inconnu, et une grande jubilation prouve  cette
criture  quatre mains." Son pire souvenir: "Les consommations tlphoniques
des dbuts, avant que je ne sois cbl, ou quelques engueulades sur certains
forums avec des paranos."

Nicolas Pewny (Annecy) est le crateur des ditions du Choucas. Son meilleur
souvenir: "Un message enthousiaste d'un prtre bouddhiste du Tibet qui a ador
l'exposition Lorca." Son pire souvenir: "Un orage tandis que j'envoyais l'image
de la couverture  un auteur. Plus rien... le nant. Plus d'ordinateur.
Heureusement que je sauvegarde tout au fur et  mesure. Chez l'auteur tout a
'saut' aussi, et il n'y avait pas d'orage. Dans la prsentation du livre
Sanguine sur Toile, d'Alain Bron (publi en 1999 par les ditions du Choucas),
on lit: 'Les images ne sont pas si sages. On peut s'en servir pour agir, voire
pour tuer...' Le contexte m'avait fait ressentir une peur instinctive, jusqu'
ce que la logique reprenne le dessus."


19.6. Les gestionnaires et l'internet


Grard Jean-Franois est directeur du centre de ressources informatiques de
l'Universit de Caen (Normandie). Son meilleur souvenir: "La remarque faite par
un internaute d'Outre-Atlantique qui, ayant examin une photo, nous a averti
qu'elle tait  l'envers." Ses pires souvenirs: "Pas vraiment de mauvais
souvenirs, simplement une amertume envers les mauvais usages qui sont faits
d'internet."

Pierre Magnenat est responsable de la cellule "gestion et prospective" du centre
informatique de l'Universit de Lausanne. Son meilleur souvenir: "Lorsqu'en
1995, je me suis retrouv  mon premier GT (get together) en Californie, une
party  laquelle participaient plus de cinquante personnes que je n'avais jamais
vues, mais que je connaissais dj bien pour avoir 'chatt' avec elles pendant
deux ans sur IRC (Internet relay chat)." Son pire souvenir: "Lorsque je me suis
fait avoir par une fausse information concernant une socit dont je possdais
des actions. C'est un mauvais souvenir mais une bonne leon."

Jacques Pataillot (Paris) est conseiller en management chez Cap Gemini Ernst &
Young. Ses bons souvenirs: "C'est quand je trouve rapidement l'info que je
cherche." Ses mauvais souvenirs: "C'est  l'inverse lorsque je n'en sors pas!"

Franois Vadrot (Paris) est le fondateur et PDG de FTPress (French Touch Press),
socit de cyberpresse. Son meilleur souvenir: "Quand nous avons franchi la
barre des 10.000 abonns  LMB Actu, dbut 1998 (remplac par Internet Actu en
septembre 1999, ndlr)." Son pire souvenir: "Une fois, quand nous avons crit une
btise dans Internet Actu, et que les messages incendiaires des abonns ont
commenc  arriver en trombe, dans les dix minutes suivant l'envoi. On a tous
commenc  paniquer, car on venait de basculer LMB Actu dans le priv et la
socit FTPress ne reposait que sur le successeur, Internet Actu. Un
dsabonnement massif et c'en tait fini de nous. Mais finalement, toutes ces
ractions nous ont permis de dmarrer la tribune des lecteurs, qui a t bien
apprcie! Souvent, les erreurs ont du bon, du moment qu'on les avoue, et qu'on
l'affiche ouvertement: ces changes crent des liens entre les lecteurs et les
auteurs."


19.7. Les libraires et l'internet


Pascal Chartier (Lyon) est le crateur de Livre-rare-book, site professionnel de
livres d'occasion. Son meilleur souvenir: "La lettre d'une vieille dame
qubcoise  qui j'ai pu faire retrouver un livre de son enfance." Son pire
souvenir: "Les injures gratuites."

Catherine Domain (Paris) a fond la librairie Ulysse, la plus ancienne librairie
de voyage au monde. Son meilleur souvenir: "Un dialogue quotidien avec ma soeur
qui habite Sri Lanka et mes potes mexicains, amricains, anglais, sud-africains,
etc., car j'ai beaucoup voyag, longtemps et partout." Son pire souvenir: "Ma
premire anne ordinateur-internet: une longue souffrance technique!"

Alain Marchiset (Paris) est prsident du Syndicat de la librairie ancienne et
moderne (SLAM). Ses bons souvenirs: "Notre tonnement initial face aux premires
ventes ralises. Nous avions en effet du mal  imaginer des personnes pianotant
sur un clavier pour faire leurs achats." Ses mauvais souvenirs: "Tous les
messages publicitaires dont nous sommes inonds."

Denis Zwirn (Paris) est co-fondateur et PDG de Numilog, librairie en ligne de
livres numriques. Son meilleur souvenir: "Le jour de ma premire connexion 
domicile, le 31 dcembre 1995: c'est un de mes plus beaux souvenirs de
rveillon!"


19.8. Les linguistes et l'internet


Guy Antoine (New Jersey) a cr Windows on Haiti, site de rfrence sur la
culture hatienne. Ses bons souvenirs: "Certaines personnes. Le web est un
rseau de serveurs et d'ordinateurs personnels relis les uns aux autres.
Derrire chaque clavier se trouve une personne, un individu. L'internet m'a
donn l'occasion de tester mes ides et d'en dvelopper d'autres. Le plus
important pour moi a t de forger des amitis personnelles avec des gens
loigns gographiquement et ensuite de les rencontrer." Ses mauvais souvenirs:
"Certaines personnes. Je ne souhaite pas m'tendre sur ce sujet, mais certains
ont vraiment le don de vous nerver."

Arlette Attali (Paris) est responsable de l'quipe "Recherche et projets
internet"  l'Institut national de la langue franaise (INaLF). Ses bons
souvenirs: "La dcouverte de bons sites littraires. Par exemple Zvi Har'El's
Jules Verne Collection, consacr  Jules Verne, ou le Thtre de la foire 
Paris (au 17e sicle)."

Robert Beard (Pennsylvanie) est le co-fondateur de yourDictionary.com, portail
de rfrence pour les langues. Ses meilleurs souvenirs sont lis  son site web:
"Sa popularit continue de me stupfier. Je reois quotidiennement une douzaine
de lettres de visiteurs, dont la moiti au moins me flicite pour mon travail.
Je ne veux pas tomber dans une autosatisfaction dmesure, mais ces compliments
me font trs plaisir. Je suis galement stupfait du fait que, six ans seulement
aprs les dbuts du web, je puisse dnombrer plus de 1.200 dictionnaires en
ligne qui soient dignes d'intrt, dans plus de 200 langues diffrentes." Son
pire souvenir: "Mon pire souvenir a t de voir mon site web copi sans mention
de mon nom. Mais j'ai toujours pu rsoudre ce problme. En gnral, mes
souvenirs lis  l'internet sont positifs et ils le seront plus encore si
yourDictionary.com a du succs."

Alain Clavet (Ottawa) est analyste de politiques au Commissariat aux langues
officielles du Canada. Son meilleur souvenir: "La dcouverte des toutes les
possibilits du modem-cble. La trs grande vitesse du modem m'a permis de voir
la puissance de ce mode de communication. Internet comme encyclopdie
universelle m'est indispensable." Son pire souvenir: "La lenteur, mais c'est
rgl."

Cynthia Delisle (Montral) est consultante au Centre d'expertise et de veille
inforoutes et langues (CEVEIL). Son meilleur souvenir: "Le maintien rgulier et
 moindre cot, grce au courriel, du contact avec mes proches lors de sjours
prolongs  l'tranger." Son pire souvenir: "D'avoir vcu des problmes de
harclement (envois rptitifs de courriels personnels non sollicits... c'tait
il y a plusieurs annes, avant que les logiciels de messagerie ne soient quips
de fonctions de filtres!)."

Bill Dunlap (Paris & San Francisco) est le fondateur de Global Reach, socit
qui favorise le marketing international en ligne. Son meilleur souvenir: "Le
fait de travailler avec des centaines de personnes tout en vitant la pression.
Cela rend la vie vraiment agrable." Son pire souvenir: "J'ai plusieurs fois mis
en place un forum en ligne, et plusieurs individus anims de mauvaises
intentions ont commenc  envoyer des messages injurieux  l'ensemble du forum.
Ces messages ont atteint des centaines de personnes qui ont  leur tour rpondu
par des messages injurieux, avec un effet boule de neige. Je me rappelle m'tre
rveill un matin avec plus de 4.000 messages  tlcharger. Quelle pagaille!"

Barbara Grimes (Hawaii) a t la directrice de publication de l'Ethnologue,
encyclopdie des langues, jusqu'en dcembre 2000. Son meilleur souvenir: "Le
fait de recevoir des corrections et de nouvelles informations fiables." Son pire
souvenir: "Des critiques peu aimables sans proposition de corrections."

Christiane Jadelot (Nancy) est ingnieur d'tudes  l'Institut national de la
langue franaise (INaLF). Son meilleur souvenir: "Lorsque, pour mon problme de
polices de caractres, qui tait trs local, j'ai reu des rponses du monde
entier! (...) J'avais  cette poque des problmes avec un logiciel qui
s'appelait Paradox et des polices de caractres inadaptes  ce que je voulais
faire. J'ai tent ma chance et pos la question dans un groupe de News
appropri. J'ai reu des rponses du monde entier, comme si chacun tait
soucieux de trouver une solution  mon problme! Je n'tais pas habitue  ce
type de solidarit. Les habitudes en France sont plutt de travailler avec des
cloisons tanches."

Son pire souvenir: "Celui d'avoir envoy un courrier lectronique  une personne
qui n'tait pas destinataire. Ce mode de communication doit tre utilis avec
prudence parfois. Il va plus vite que la pense elle-mme, et peut tre utilis
de manire trs perverse, aprs coup, par le destinataire."

Steven Krauwer (Utrecht, Pays-Bas) est le coordinateur d'ELSNET (European
Network of Excellence in Human Language Technologies). Son meilleur souvenir:
"Une nuit, j'ai entendu le fragment d'une chanson sur une station de radio
trangre, ainsi que le nom d'une personne, et par le seul biais de l'internet
j'ai t capable de trouver que ce nom tait celui du compositeur de la chanson,
trouver le titre de la chanson, vrifier qu'il s'agissait bien de la chanson
dont j'avais entendu un fragment, dcouvrir qu'elle faisait partie d'une comdie
musicale, trouver le titre du coffret de CD de cette comdie musicale, acheter
le coffret de CD en question, trouver le site web de la comdie musicale,
trouver le pays et l'endroit dans lesquels cette comdie musicale tait toujours
 l'affiche, y compris le dtail du programme avec les jours et heures des
reprsentations, trouver le numro de tlphone et les heures d'ouverture du
bureau de location, me procurer un plan de la ville et les indications
ncessaires pour trouver le thtre. J'aurais pu galement rserver mon htel et
mon vol par l'internet mais, dans ce cas prcis, cela n'a pas t ncessaire. La
seule chose que je n'ai pas pu faire fut la rservation elle-mme parce que, 
l'poque, les rservations par l'internet venant de l'tranger n'taient pas
acceptes, pour des raisons de scurit. J'ai pass un trs bon moment au
thtre, et je ne pense pas que ceci aurait t possible sans l'internet!"

Ses mauvais souvenirs: "Rien de vraiment spcifique, mais plutt des choses
rptitives comme les courriers lectroniques non sollicits  caractre
commercial, les pages web remplies de publicits, les pages surcharges de
graphiques inutiles et dont le tlchargement prend du temps, les liens casss."

Caoimhn  Donnale (Ile de Skye, Ecosse) est le webmestre du principal site
d'information sur le galique cossais, sur lequel il tient  jour une liste des
langues europennes minoritaires. Son meilleur souvenir: "Avoir trouv des
informations utiles dans le cadre de ma vie prive." Son pire souvenir: "Je n'ai
pas de souvenir qui soit vraiment mauvais. Juste le courant: le courrier non
sollicit (spam) ou les piratages informatiques."

Paul Treanor (Pays-Bas) gre sur son site personnel une section consacre 
l'avenir des langues europennes. Il n'a pas de bons souvenirs. "Je ne me fais
aucune illusion sur l'internet. Il ne me vient  l'esprit aucune exception 
citer." Son pire souvenir: "La pire chose que j'aie vue sur l'internet est le
fait que des milliers de personnes aient ajout le logo de la radio B92 de
Belgrade sur leur site, sans se poser de questions sur la nature de cette radio
ni sur la politique qu'elle reprsentait. En fait cette radio mettait dj d'un
avion de l'OTAN (Organisation du trait de l'Atlantique Nord). La campagne mene
montre combien il est facile de manipuler le public de ce nouveau mdium."

Zina Tucsnak (Nancy) est ingnieur d'tudes en informatique  l'ATILF (Analyse
et traitements informatiques du lexique franais). "Mon meilleur souvenir est
li  la mise en oeuvre d'un serveur qui permet la lecture de son courrier
depuis n'importe quel ordinateur muni d'une connexion internet. Le principe d'un
tel serveur existait dj, surtout sur des grandes sites amricains. Mais rien
ne remplace la sensation du devoir accompli." Son pire souvenir: "Ce sont les CV
bidons, publis sur des pages personnelles. Surtout quand les auteurs
s'appropient des ralisations ou des activits qu'ils n'effectuent pas. Mais
cela ouvre un dbat plus large sur la rpression des fraudes sur internet."


19.9. Les professeurs et l'internet


Richard Chotin (Paris) est professeur  l'Ecole suprieure des affaires (ESA) de
Lille. Son pire souvenir: "C'est lorsque j'ai dcouvert qu'il me faudrait
plusieurs vies pour tenter d'puiser les possibilits de l'outil. Quand j'ai
compris que je n'y arriverais pas, je me suis remis  lire Le mythe de Sisyphe
d'Albert Camus afin de ne pas sombrer dans une mlancolie maniaco-dpressive due
 l'absurdit de la situation."

Maria Victoria Marinetti (Annecy) est professeur d'espagnol en entreprise et
traductrice. Ses bons souvenirs: "Le fait que je puisse communiquer avec ma
famille et mes amis partout dans le monde." Ses mauvais souvenirs: "Quelquefois
a ne marche pas, c'est lent, imprcis, l'information est norme et peu
structure, et en plus c'est trs cher (en France, ndlr)."

Patrick Rebollar (Tokyo) est professeur de littrature franaise dans des
universits japonaises, crateur d'un site web de recherches et activits
littraires, et modrateur de la liste de diffusion LITOR (littrature et
ordinateur). Ses meilleurs souvenirs sont lis  "l'coute de radios franaises.
Ds qu'elle a t possible, en 1997, puis amliore jusqu' aujourd'hui, elle
m'a permis de rester en contact troit avec l'actualit culturelle et politique
franaises. De mme, la possibilit d'acheter des livres et des disques, et
d'tre livr dans des dlais raisonnables  des prix normaux."

Henri Slettenhaar (Genve) est professeur en technologies de la communication 
la Webster University. Son meilleur souvenir: "La vision d'images venant
directement de l'espace, et particulirement de Jupiter." Son pire souvenir: "La
surcharge d'information. Je suis submerg par toutes ces informations et je ne
dispose pas encore des outils qui me permettraient de ne trouver que ce que je
cherche."

Russon Wooldridge (Toronto) est professeur au dpartement d'tudes franaises de
l'Universit de Toronto et crateur de ressources littraires librement
accessibles en ligne. Son meilleur souvenir: "Une lettre que j'ai reue par
courriel  propos de mon site sur le Dictionnaire de l'Acadmie franaise. Je la
cite intgralement: 'Sujet: 'Bravo! mais encore un effort'. Bonjour, je
m'appelle Sophie, j'ai 10 ans, et je suis contente de trouver un dictionnaire
sur internet. Mais je voudrais tout trouver, j'ai un expos  faire sur la Fte
du travail (1er mai) et ma requte n'a pas abouti... L'on voudrait tout
trouver... Merci encore. Sophie'."

Son pire souvenir: "Voyons... (j'ai tendance  vacuer les mauvais souvenirs).
Je pense ne pas avoir vraiment de 'pire souvenir' en fait. Disons plutt
quelques dceptions quand je donne  X, Y et Z (et  d'autres) et que X, Y et Z
ne donnent rien en retour. Je connais pas mal de 'chercheurs' carriristes.
Stoque et un peu cynique, j'observe d'un oeil dsabus, mais quand mme
dgot, le dtournement mercantile de matriaux crs en premier lieu dans le
but de les mettre librement en ligne (un cas particulier est document sur le
site du Projet d'informatisation du Dictionnaire de l'Acadmie franaise). La
nature humaine est partout la mme: la soif de pouvoir chez certains vs. le
partage et le pouvoir individuel."

Ce livre vient toutefois de montrer que nombreux sont ceux qui pratiquent le
partage et le pouvoir individuel. Le tout est qu'ils puissent continuer de
rsister  la soif de pouvoir de certains.


20. REPERTOIRES DE SITES WEB


[Annuaires spcialiss / Bibliothques: catalogues / Bibliothques: rpertoires
/ Bibliothques numriques: rpertoires / Dictionnaires: rpertoires / Editeurs:
rpertoires / Langue franaise: promotion / Langues: localisation et
internationalisation / Langues: rpertoires / Langues: traitement informatique /
Librairies: rpertoires / Livre lectronique: modles / Presse: rpertoires /
Proprit intellectuelle / Sciences de l'information: sites francophones /
Sciences de l'information: sites anglophones / Traduction / Traitement de
l'information: fournisseurs de services]

Slectif et subjectif, ce rpertoire inventorie 100 sites (ou pages) web
regroups dans les rubriques suivantes: annuaires, bibliothques, catalogues,
diteurs, langues, librairies, livre lectronique, presse, proprit
intellectuelle, sciences de l'information, traduction et traitement de
l'information. De nombreux autres sites sont mentionns dans la liste d'adresses
web.

#Annuaires spcialiss

= Bibliothque nationale de France (BnF) - Signets (Les)

Une slection commente d'environ 2.000 sites et pages web choisis par les
bibliothcaires de la BnF.

= Ministre de la Culture (France) - L'internet culturel

Un annuaire qui comporte notamment des rubriques sur les langues, le livre et
la lecture, les mdias, le multimdia, les rgions de France et les sciences
humaines et sociales.

= Zazieweb - Annuaire des sites

L'annuaire de Zazieweb, site d'Isabelle Aveline destin  la communaut des
e-lecteurs. "Site indpendant et libre, zazieweb.com offre des espaces
d'changes et de rencontres pour lecteurs communicants et actifs!"

= Librarians' Index to the Internet

Gr par Carole Leita, bibliothcaire de rfrence au Berkeley Digital Library
SunSITE (Californie), un rpertoire d'environ 7.500 ressources internet
slectionnes par plus de cent bibliothcaires.

= WWW Virtual Library (The)

Dbut par Tim Berners-Lee, crateur du World Wide Web en 1989-90, le plus
ancien rpertoire du web est poursuivi pendant plusieurs annes par Arthur
Secret. Rput pour sa qualit, ce rpertoire est dsormais aliment de manire
cooprative par nombre d'organismes. Les pages centrales sont gres par Gerard
Manning, et la base de donnes des diffrentes sections par Alan Thornhill et
Jennifer Drummond.

#Bibliothques: catalogues

= Bibliothque nationale de France (BnF) - Catalogues

Les catalogues des livres et priodiques, documents audiovisuels (documents
sonores, vidos, multimdias, images numrises...), collections spcialises
(cartes, estampes, partitions, monnaies, affiches...), documents numriss
(livres, priodiques, images fixes), etc. Ces catalogues sont dcrits en dtail
dans les Signets de la BnF.

= Bibliothque nationale de France (BnF) - Catalogue des documents numriss

Le catalogue des monographies et priodiques numriss en mode texte ou en
mode image, auxquels s'ajoutent les images du catalogue des documents
audiovisuels.

= Bibliothque du Centre Pompidou - Catalogue

Le catalogue en ligne de la BPI (bibliothque publique d'information) du
Centre Pompidou, situe au coeur de Paris, dans le quartier des Halles.

= Bibliothque du Centre Pompidou - Catalogues de bibliothques franaises

Six sections: Bibliothque nationale de France, bibliothques universitaires
et de grands tablissements, bibliothques publiques, bibliothques
spcialises, rseaux de bibliothques et catalogues collectifs, vidothques.

= Ecole nationale suprieure des sciences de l'information et des bibliothques
(ENSSIB) - Catalogues des bibliothques francophones

Un rpertoire en trois sections: bibliothques gnrales, bibliothques
spcialises, profils Z3950 et passerelles Z3950.

= Bibliothque nationale du Qubec (BNQ) - Catalogue multimdia

Ce catalogue multimdia contient environ 500.000 notices de livres,
priodiques, documents musicaux, cartographiques, iconographiques et
lectroniques, et fonds d'archives. Il permet aussi l'accs  des livres
numriss, documents iconographiques et extraits musicaux.

= British Library Public Catalogue (BLPC) (The)

Le catalogue en ligne de la British Library est dot d'un service en ligne
permettant de demander soit le prt de documents soit des photocopies.

= Library of Congress - Online Catalogs

Le catalogue en ligne de la Library of Congress: livres, priodiques, fichiers
informatiques, manuscrits, cartes et plans, images, bandes son, etc.

= PubMed

Gr par la National Library of Medecine (Etats-Unis), ce catalogue est *la*
rfrence en matire de mdecine et de sant. Il recense 11 millions de notices
provenant de Medline, PreMedline, etc., avec des liens vers les priodiques en
ligne.

#Bibliothques: rpertoires

= Catalogue collectif de France (CCFr)

Le CCFr comprend le rpertoire national des bibliothques et centres de
documentation, qui contient la description dtaille de 3.900 bibliothques. Il
offre aussi une interface unique  trois grands catalogues: le catalogue des
fonds rtroconvertis des bibliothques municipales, le catalogue BN-Opale Plus
(catalogue des livres et priodiques de la Bibliothque nationale de France) et
le catalogue du Systme universitaire de documentation (catalogue des
bibliothques universitaires), soit un ensemble de 14 millions de documents
conservs dans les principales bibliothques municipales, universitaires et de
recherche. Courant 2001, le CCFr compte ouvrir un service de fourniture de
documents: prt, reproduction ou rservation sur place.

= Bibliothque nationale de France (BnF) - Signets (Les) - Bibliothques et
centres de documentation

Ralis par le personnel de la BnF, un rpertoire d'adresses des bibliothques
et des centres de documentation, en France et  l'tranger.

= SiteBib

Hberg sur le site de l'Association des bibliothcaires franais (ABF), un
site de coopration entre sites web spcialiss en bibliothconomie et sciences
de l'information, afin d'organiser une gestion partage des liens. Rubriques:
bibliothques (adresses, sites, catalogues), bases de donnes, institutions,
partenaires, informations professionnelles, sciences de l'information, internet
mode d'emploi.

= Oriente-Express (L')

Par la Bibliothque du Centre Pompidou (Paris), un rpertoire d'adresses de
bibliothques et de centres de documentation privs ou publics, situs  Paris
ou dans la rgion parisienne, ouverts  un large public ou faisant rfrence
dans leur domaine.

= Gabriel (Gateway to Europe's National Libraries)

Trilingue (franais, anglais, allemand), Gabriel est le serveur web des
bibliothques nationales europennes. Il permet d'offrir un point d'accs unique
 leurs services, collections et catalogues.

= Libweb: Library Servers via WWW

Un service de la Digital Berkeley Library (Californie). Thomas Dowling recense
les sites web de bibliothques (6.100 dans plus de 100 pays en juin 2001), avec
mise  jour quotidienne.

= Unesco Libraries Portal

Par l'Unesco (Organisation des Nations unies pour l'ducation, la science et
la culture), un portail  vocation internationale  destination des
bibliothcaires et de leurs usagers. Plusieurs rubriques: sites web des
bibliothques (internationales, nationales, rgionales, gouvernementales,
spcialises, publiques, prives, etc.), associations et rseaux, accs et
conservation, bibliothconomie, formation, ressources en ligne, confrences et
runions.

#Bibliothques numriques: rpertoires

= Athena Literature Resources

Un rpertoire mondial des ressources littraires gr par Pierre Perroud,
crateur d'Athena, bibliothque numrique hberge par l'Universit de Genve.

= Bibliothque nationale de France (BnF) - Signets (Les)

Une slection du personnel de la BnF. Cliquer sur "L" pour trouver, classes
par ordre alphabtique, les rubriques "Langues et littratures" d'un pays, d'une
rgion ou d'une commaunaut linguistique donne.

= Electronic Text Service - Major Online Text Collections

Par les bibliothques de l'Universit de Columbia (Etats-Unis), un rpertoire
mondial des collections de textes lectroniques disponibles en ligne, classes
par langue et par sujet.

= Universal Library - Collections

Le rpertoire de l'Universal Library, hberge par l'Universit Carnegie
Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie, Etats-Unis).

#Dictionnaires: rpertoires

= Administration fdrale suisse - Dictionnaires lectroniques

Un rpertoire tabli par la section franaise des services ling uistiques
centraux de l'Administration fdrale suisse. Cette liste trs complte de
dictionnaires monolingues, bilingues et multilingues est complte par des
rpertoires d'abrviations et d'acronymes et des rpertoires d'informations
gographiques.

= Bibliothque nationale de France (BnF) - Signets (Les) - Dictionnaires et
encyclopdies

Une slection effectue par le personnel de la BnF.

= YourDictionary.com

Cr par Robert Beard en 1999, dans le prolongement de son ancien site "A Web
of Online Dictionaries" maintenant intgr  celui-ci. Ce portail majeur recense
les meilleurs dictionnaires (1.800 dictionnaires dans plus de 250 langues en
juin 2001) et divers outils linguistiques: vocabulaires, grammaires, mthodes
d'apprentissage des langues, etc. En tant que portail de toutes les langues sans
exception, il accorde une importance particulire aux langues minoritaires et
menaces.

= Travlang's Translating Dictionaries

Cr par Michael C. Martin, ce site, consacr aux voyages et aux langues,
offre une section permettant l'accs  de nombreux dictionnaires de langues
destins au grand public.

#Editeurs: rpertoires

= Bibliothque nationale de France (BnF) - Signets (Les) - Editeurs

Gr par le personnel de la BnF, un rpertoire d'diteurs en trois rubriques:
liste d'diteurs franais ou francophones, rpertoires d'diteurs franais ou
francophones, rpertoires d'diteurs trangers.

= France Edition - Editeurs adhrents

Le rpertoire des 250 diteurs membres de France Edition, organisme de
promotion de l'dition franaise  l'tranger.

= AcqWeb's Directory of Publishers and Vendors

Un rpertoire international d'diteurs et de diffuseurs sur le site de la
bibliothque de la Vanderbilt University (Tennessee, Etats-Unis).

= Publishers' Catalogues Home Page

Par Northern Lights Internet Solutions, organisme bas  Saskatoon
(Saskatchewan, Canada), un rpertoire international de 7.000 diteurs, avec
recherche possible par ville, tat/province, pays, sujet et type de publication
(livres, magazines, etc.).

= WWW Virtual Library (The) - Publishers

Le rpertoire international d'diteurs de la WWW Virtual Library est tenu 
jour par Jonathan Bowen, du Oxford University Computing Laboratory
(Royaume-Uni).

#Langue franaise: promotion

= Agence intergouvernementale de la francophonie (AIF)

L'AIF est l'oprateur principal de l'Organisation internationale de la
francophonie (OIF) regroupant 49 tats et gouvernements "qui, unis par la mme
langue, souhaitent, par des actions de coopration multilatrale, utiliser ces
liens au service de la paix, du dialogue des cultures et du dveloppement".
Situ  Bordeaux, le Centre international francophone de documentation et
d'information (CIFDI) est rattach  l'Institut francophone des nouvelles
technologies de l'information et de la formation (INTIF), organe subsidiaire de
l'AIF.

= Agence universitaire de la francophonie (AUF)

L'AUF, connue aussi sous le nom d'AUPELF-UREF, s'attache  renforcer un espace
scientifique de langue franaise anim par ses principaux acteurs:
tablissements d'enseignement, enseignants, chercheurs et tudiants.

= Dlgation gnrale  la langue franaise (DGLF)

La DGLF a pour mission de veiller  l'emploi et  la promotion du franais en
France, favoriser son utilisation comme langue de communication internationale,
et dvelopper le plurilinguisme, garant de la diversit culturelle.

= Maison de la Francit

Association subventionne par la Commission communautaire franaise, la Maison
de la Francit agit pour la dfense et la promotion de la langue franaise 
Bruxelles et au sein de la communaut franaise Wallonie-Bruxelles.

= Office de la langue franaise (OLF)

Le mandat de cet organisme gouvernemental qubcois est de veiller 
l'implantation et au maintien du franais dans les milieux de travail, des
affaires et de l'administration, et de dfinir et conduire la politique
qubcoise en matire de linguistique et de terminologie.

= Analyses et traitements informatiss du lexique franais (ATILF)

Branche du CNRS (Centre national de la recherche scientifique, France),
l'ATILF dveloppe des programmes de recherche sur la langue franaise,
principalement son vocabulaire. Les donnes - lexicales et textuelles - portent
sur divers registres du franais: langue littraire (14e-20e sicles), langue
courante (crite, parle), langue scientifique et technique (terminologies), et
rgionalismes. L'ATILF a remplac en 2001 l'INaLF (Institut national de la
langue franaise), scinde en deux organismes: l'ATILF et l'ILF (Institut de
linguistique franaise).

#Langues: localisation et internationalisation

= Consortium Unicode

Une organisation dont le but est de promouvoir l'utilisation d'Unicode, un
systme de codage cr en 1998 afin de favoriser le multilinguisme. Unicode
spcifie un nombre unique pour chaque caractre, quels que soient la
plate-forme, le logiciel et la langue utiliss. Chaque caractre tant traduit
en 16 bits, Unicode peut prendre en compte plus de 65.000 caractres uniques, et
donc traiter informatiquement tous les systmes d'criture de la plante.

= Languages of the World by Computers and the Internet (The)

Cr par Yoshi Mikami, ce site donne, pour chaque langue, son systme
d'criture, son jeu de caractres et la configuration du clavier pour
l'utilisation de programmes informatiques et de l'internet.

= Localisation Industry Standard Association (LISA)

Spcialiss dans l'industrie de la localisation et de l'internationalisation,
les 240 membres de LISA comprennent des diteurs de logiciels, des fabricants de
matriel, des vendeurs de services de localisation, et un nombre croissant de
socits venant des secteurs voisins des technologies de l'information.

= W3C Internationalization / Localization

Sur le site du Consortium W3, consortium industriel international qui
travaille au dveloppement des protocoles communs du web, une section proposant
notamment une dfinition des protocoles utiliss pour l'internationalisation et
la localisation ainsi que des conseils pour crer un site multilingue.

#Langues: rpertoires

= Ethnologue: Languages of the World

Cette encyclopdie trs documente, qui en est  sa 14e dition, existe en
version web, sur CD-Rom et en version imprime. Elle rpertorie 6.800 langues,
avec de multiples critres de recherche.

= European Minority Languages

Sur le site de l'Universit Sabhal Mr Ostaig (le de Skye, Ecosse), principal
site d'information sur le galique cossais, une liste de langues minoritaires
tenue  jour par Caoimhn P.  Donnale en galique et en anglais. Cette liste
est classe par ordre alphabtique de langues et par famille linguistique.

= C&IT (Communications & Information Technology) Centre

Rattach  l'Institut des langues de l'Universit d'Hull (Royaume-Uni), ce
centre vise  promouvoir l'utilisation des ordinateurs dans l'apprentissage et
l'enseignement des langues, notamment en slectionnant des informations
(Internet Resources for Language Teachers and Learners)  destination des
professeurs.

= iLoveLanguages

Ouvert en 2001, ce site rsulte de la fusion entre le site de Tyler Chambers
consacr aux langues (The Human-Languages Page) et celui de la WWW Virtual
Library (Languages Catalog). Il s'agit d'un catalogue rpertoriant 2.000
ressources linguistiques dans plus de 100 langues diffrentes. Ces ressources
sont rparties en diffrentes sections: langues et littrature, coles et
institutions, ressources linguistiques, produits et services, organismes,
emplois et stages, dictionnaires et cours de langues.

= Linguist List (The)

Le site de la Linguist List propose une srie de liens sur la profession de
linguiste (confrences, associations linguistiques, programmes), la recherche
(articles, rsums de mmoires, projets, bibliographies, dossiers, textes), les
publications, la pdagogie, les ressources linguistiques (langues, familles
linguistiques, dictionnaires, information rgionale) et les ressources
informatiques (polices de caractres et logiciels).

= Web Enhanced Language Learning (WELL)

Destin  l'enseignement suprieur au Royaume-Uni, ce programme vise 
dvelopper l'utilisation du web pour l'apprentissage des langues et 
sensibiliser les professeurs sur les possibilits offertes par les nouvelles
technologies. Le site permet l'accs  des ressources web de qualit dans douze
langues diffrentes. Slectionnes et dcrites par des experts, ces ressources
sont compltes par des exemples sur la manire de les utiliser pour
l'enseignement ou l'apprentissage d'une langue.

#Langues: traitement informatique

= Association europenne pour les ressources linguistiques (ELRA)

L'ELRA (European Language Resources Association) a pour but de fournir une
organisation centralise pour la validation, la gestion et la distribution des
ressources et outils linguistiques (parole, texte et terminologie), et de
promouvoir leur utilisation auprs des organismes europens s'occupant de R&D
(recherche et dveloppement) en tlmatique.

= FRANCIL (Rseau francophone de l'ingnierie de la langue)

FRANCIL est un programme de l'AUPELF-UREF (Agence universitaire de la
francophonie) destin  renforcer ses activits dans le domaine du gnie
linguistique, notamment le traitement automatique des langues.

= Institut Dalle Molle pour les tudes smantiques et cognitives (ISSCO)

Rattach  l'Universit de Genve, l'ISSCO mne des recherches thoriques et
appliques en linguistique computationnelle et en intelligence artificielle.
L'institut est spcialis dans le traitement multilingue des langues dans les
domaines suivants: traduction automatique, environnement linguistique,
gnration multilingue, traitement du discours, collection de donnes, etc.

= Laboratoire de recherche applique en linguistique informatique (RALI)

Bas  Montral, le RALI regroupe des informaticiens et des linguistes menant
des recherches dans le traitement automatique de la langue. Ses domaines de
comptence sont les outils d'aide  la traduction, la production et le
traitement des textes, et le reprage d'information.

= Association for Computational Linguistics (ACL)

A la fois scientifique et professionnel, cet organisme international rassemble
les spcialistes de la langue naturelle et de la computation. Publie par la MIT
(Massachusetts Institute of Technology) Press, la revue trimestrielle de l'ACL,
Computational Linguistics, est un forum de premier plan dans le domaine de la
linguistique computationnelle et du traitement de la langue naturelle.

= Natural Language Group (The)

Au sein de l'Institut en sciences de l'information (ISI) de l'Universit de
Californie du Sud (USC), ce centre de recherche traite de plusieurs aspects du
traitement de la langue naturelle: traduction automatique, rsum automatique de
texte, accs multilingue aux verbes et gestion du texte, dveloppement de
taxonomies de concepts (ontologies), discours et gnration de texte,
laboration de grands lexiques pour plusieurs langues, communication multimdia.

= Text Encoding Initiative (TEI) Consortium

Cr par trois sponsors (Association for Computers and the Humanities,
Association for Computational Linguistics, Association for Literary and
Linguistic Computing), ce projet international a pour but d'tablir des
directives sur l'encodage des textes lectroniques  destination de la
recherche.

#Librairies: rpertoires

= Bibliothque nationale de France (BnF) - Signets (Les) - Libraires

Par le personnel de la BnF, un rpertoire des libraires franais (gnralistes
et spcialiss) et des libraires trangers.

= Livre-rare-book

Cr en novembre 1995 par Pascal Chartier, grant de la librairie du Bt
d'Argent (Lyon), un site professionnel des livres d'occasion, qui comprend un
catalogue de livres anciens et de livres d'occasion class par sujet et par
librairie (environ 110 librairies et 300.000 livres en juillet 2001) et un
annuaire lectronique international des librairies d'occasion.

= Syndicat national de la librairie ancienne et moderne (SLAM)

Le site du SLAM, qui regroupe la majorit des libraires franais de livres
anciens. On y trouve des catalogues en ligne  prix marqu (avec moteur de
recherche), un service de recherche de livres puiss ou rares, un annuaire des
libraires avec leurs spcialits, un guide des termes techniques employs par
les professionnels et bibliophiles, etc.

= France Antiques

Bas  Amboise (Loire), ce site se veut celui de tous les professionnels du
march de l'art ancien franais: antiquaires, libraires, commissaires-priseurs,
diteurs d'art, fournisseurs et artisans d'art, etc. Il propose un rpertoire de
catalogues et un annuaire de librairies d'ancien, ainsi qu'un service gratuit de
recherche de livres.

#Livre lectronique: modles

= @folio

Conu par Pierre Schweitzer, architecte designer  Strasbourg, @folio
(prononcer a-folio) est un support numrique de lecture nomade permettant
d'aller lire n'importe o des textes glans sur l'internet. Sa commercialisation
est trs attendue par ceux qui prnent un "livre lectronique" pratique et bon
march.

= Cybook (Cytale)

Conu par la socit Cytale, le Cybook, premier livre lectronique europen 
tre mis sur le march, est commercialis depuis le 23 janvier 2001.

= eBookMan (Franklin)

Cr par Franklin, socit leader spcialise dans les PDA (personal digital
assistants) et les dictionnaires de poche, le eBookMan reoit le 20 octobre 2000
le eBook Technology Award de la Foire internationale du livre de Francfort. Les
logiciels de lecture utiliss sont le Franklin Reader et le Microsoft Reader. Il
est commercialis en janvier 2001.

= Gemstar eBook

Le Gemstar eBook est le successeur du Rocket eBook (de NuvoMedia) et du
Softbook Reader (de SoftBook Press), suite au rachat de leurs socits par
Gemstar en janvier 2000. Commercialiss en novembre 2000 aux Etats-Unis, les
deux modles (REB1100 et REB1200) sont construits et vendus sous le label RCA
(appartenant  Thomson Multimedia). La commercialisation en Europe est prvue
pour 2001.

#Presse: rpertoires

= Agence France Presse (AFP) - Mdias

Pour la France, un rpertoire des quotidiens, priodiques, presse rgionale,
chanes de tlvision, radios et journaux lectroniques. Pour la communaut
francophone ou non, un rpertoire des titres franais classs par pays. Des
sections aussi pour les mdias germanophones, anglophones, hispanophones et
lusophones (en portugais).

= Courrier international - Kiosque en ligne

Le guide mondial de la presse en ligne, avec recherche par lieu gographique
et par ordre alphabtique.

= Internet Public Library (IPL) - Online Newspapers / Online Serials

Ralise par le personnel de l'IPL, une slection de journaux en ligne (par
continents et pays) et de magazines en ligne (3.000 titres par titres et
sujets).

= Michigan Electronic Library - News, Media & Periodicals

Un rpertoire des rpertoires (y compris des rpertoires d'index).

= PresseWeb

Par Grard Verdon, un rpertoire international qui recense tous les mdias
prsents sur le web, y compris la presse spcialise, la radio et la tlvision.

= Repres de Jean-Pierre Cloutier

Par l'auteur des Chroniques de Cybrie, chronique hebdomadaire des actualits
de l'internet, ses repres en six rubriques: a) recherche / rpertoires /
portails, b) actualit WWW et technologique, c) nouvelles et actualits, d)
ressources pour journalistes, e) journalistes, chroniqueurs, f) listes de
diffusion.

#Proprit intellectuelle

= GNU (GNU's Not Unix) General Public Licence (GPL)

Le document officiel de la Free Software Foundation (FSF) sur la licence
publique, qui sert de fondement  Linux pour les logiciels libres. Une
traduction en franais est disponible.

= Lex Mercatoria: Intellectual Property

Le rpertoire de la Lex Mercatoria sur la protection de la proprit
intellectuelle.

= Organisation mondiale de la proprit intellectuelle (OMPI)

L'OMPI a pour tche de promouvoir la protection de la proprit intellectuelle
 travers le monde grce  la coopration entre les tats. Elle assure aussi
l'administration de divers traits multilatraux relatifs aux aspects juridiques
et administratifs de la proprit intellectuelle. Cr en 1994, le Centre
d'arbitrage et de mdiation de l'OMPI tente de rgler des litiges commerciaux
internationaux entre particuliers ou entreprises prives, notamment des litiges
lis  l'enregistrement et  l'utilisation des noms de domaine.

#Sciences de l'information: sites francophones

= Association des professionnels de l'information et de la documentation (ADBS)

Avec ses 5.600 adhrents, l'ADBS se place au premier rang europen des
associations de spcialistes de l'information.

= ADBS-info

Une liste de diffusion (5.000 abonns en juillet 2001) dont l'objectif est de
"faciliter les changes d'informations, d'ides et d'expriences au sein de la
communaut des professionnels de l'information et de la documentation, notamment
par rapport au dveloppement des accs lectroniques  l'information".

= Biblio-fr

Cre en 1993, la liste de diffusion Biblio-fr regroupe des bibliothcaires et
documentalistes francophones, et tous ceux qui sont intresss par la diffusion
lectronique de l'information documentaire. Modre par Herv Le Crosnier,
professeur  l'Universit de Caen (Normandie), elle "se fixe comme objectif
d'assurer la prsence sur le rseau informatique mondial d'un regard
francophone, notamment dans les domaines touchant  la circulation de
l'information".

= Biblio On Line

Conu par la socit de services informatiques Quick Soft Ingnierie, un site
 destination des bibliothques et de leur public.

= Ecole nationale des sciences de l'information et des bibliothques (ENSSIB)

Une mine d'informations. Voir notamment les pages de la bibliothque de
l'ENSSIB et le Bulletin des bibliothques de France (BBF).

= Bibliothque nationale de France (BnF) - Signets (Les) - Sciences de
l'information

Gre par le personnel de la BnF, la section "Sciences de l'information et
histoire du livre" comprend sept rubriques: livre et lecture (institutions,
bibliothconomie et sciences de l'information), formation aux mtiers du livre
et de la documentation, histoire du livre, histoire de la presse, livre pour
enfants, conservation et techniques du livre.

#Sciences de l'information: sites anglophones

= American Society for Information Science and Technology (ASIST)

L'ASIST, association pilote dans le domaine des nouvelles technologies,
regroupe 4.000 professionnels de l'information.

= Association of Research Libraries (ARL)

L'ARL regroupe les bibliothques des institutions de recherche
nord-amricaines. Forum pour les changes d'ides, l'association favorise une
action collective visant  dvelopper la communication dans le domaine de la
recherche.

= International Federation of Library Associations and Institutions (IFLA)

L'IFLA, organisme international indpendant  destination des bibliothcaires
du monde entier, est un carrefour pour changer des ides et promouvoir la
coopration internationale et la recherche.

= Internet Public Library (IPL) Services for Librarians

Gre par le personnel de l'IPL, une section destine aux professionnels de la
documentation, avec slection, descriptif et catalogage des ressources
disponibles sur le web.

= Library Journal

Publie par Cahners, une revue professionnelle de rfrence lue par 100.000
abonns, et connue notamment pour ses analyses de documents (livres, documents
audio, documents vido, CD-Rom, sites web, magazines, etc.), souvent disponibles
avant la parution des dits documents.

#Traduction

= Aquarius

Par Language Networks (Amsterdam), un rpertoire international de 20.000
traducteurs et interprtes.

= Fdration internationale des traducteurs (FIT)

Sur le site, la liste complte des membres et des divers comits, les
publications de la FIT, les statuts et autres documents officiels.

= Language today

Un magazine en ligne de rfrence pour les linguistes: traducteurs,
interprtes, terminologues, lexicographes et rdacteurs techniques. Ce magazine
est une ralisation commune de Logos, socit de traduction italienne (qui
procure le site web), et Praetorius, socit britannique de traduction et de
services d'expertise dans les langues appliques.

#Traitement de l'information: fournisseurs de services

= Blackwell's

Blackwell est un fournisseur international de livres, abonnements, bases de
donnes bibliographiques et contrle d'autorits  destination des bibliothques
universitaires, bibliothques de recherche et grandes bibliothques publiques du
monde entier. Anglaise  l'origine, la socit a conquis le march amricain
puis mondial.

= Dawson

Spcialiste du traitement de l'information (abonnements, livres et nouvelles
technologies)  destination des professionnels de la documentation, Dawson est
la principale socit europenne d'abonnements, et le plus grand fournisseur
europen de livres  destination des entreprises et des universits.

= Dialog Web

Le site web permettant d'accder  la base Dialog, gre par Knight-Ridder
Information. Dialog regroupe 600 bases de donnes dans les domaines suivants:
affaires, industrie, actualits (pays, gouvernements, monde), droits et brevets,
chimie, environnement, sciences et techniques, rfrence.

= Ingenta

Ingenta (qui a fusionn avec UnCover) est un service payant qui dlivre des
publications (26.000 publications) et articles (11 millions d'articles provenant
de 18.000 priodiques rassembls depuis l'automne 1988). Si l'envoi des
documents est payant, la recherche dans les bases de donnes est gratuite.

= Lexis-Nexis & lexisONE

Division du groupe Reed Elsevier, Lexis-Nexis, fournisseur international de
documents lgaux, vise en priorit les professionnels du droit, des affaires et
des nouvelles technologies. Ses bases de donnes et ses outils de gestion en
ligne lui permettent de fournir les documents les plus "pointus" par voie
lectronique, sur CD-Rom ou sur papier. Avec des clients dans plus de soixante
pays, la socit est connue pour son professionnalisme, ainsi que pour le cot
de ses services. Durant l't 2000, Lexis-Nexis lance lexisONE, un service
gratuit (avec inscription requise)  destination des particuliers et des petites
socits.

= Online Computer Library Center (OCLC)

OCLC gre notamment l'Online Union Catalog, appel aussi WorldCat, qui est le
plus grand catalogue collectif mondial avec ses 46 millions de notices en 400
langues (avec translitration pour les caractres non-romains) produites ou
utilises par des milliers de bibliothques adhrentes.

= Research Libraries Information Network (RLIN)

Cr par le Research Library Group (RLG), RLIN, accessible par abonnement, est
un catalogue collectif comprenant des millions de notices en 365 langues, avec
plusieurs notices pour le mme document, alors que l'Online Union Catalog d'OCLC
(dcrit dans la notice qui prcde) ne propose qu'une notice par document. RLIN
est particulirement utile pour ses notices de livres anciens, documents
iconographiques et ouvrages en caractres non latins.


21. GLOSSAIRE


= 3D (3 dimensions)

Utilis pour dfinir les images de synthse dfilant  l'cran, parce qu'elles
donnent l'illusion du relief.

= AACR2 (Anglo-American cataloguing rules 2 - rgles de catalogage
anglo-amricaines, version 2)

Les normes de catalogage des bibliothcaires-documentalistes anglo-saxons.

= Adresse lectronique

Adresse utilise sur le rseau internet pour envoyer et recevoir du courrier
lectronique.

= Adresse web

Adresse compose d'une srie de chiffres permettant d'identifier un serveur
sur le rseau.

= Agent intelligent

Logiciel programmable permettant d'effectuer une recherche d'informations 
partir d'une demande spcifique exprime en langage courant.

= Analogique

Dfinit un signal de valeur continue, par opposition au signal numrique qui
ne peut prendre que quelques valeurs dfinies ( par ex. 0 ou 1 en langage
binaire).

= Annuaire

Vise  recenser les sites web et  en proposer un classement thmatique, une
lourde tche qui s'avre de plus en plus difficile tant donn la vitesse
exponentielle  laquelle crot le web. Le prcurseur fut Yahoo!, qu'il n'est pas
utile de prsenter.

= Applet Java

Ecrite en langage Java, une mini-application envoye par un site sur un
ordinateur afin que celui-ci renvoie  son tour des donnes vers le site de
dpart. Utilis pour cerner les centres d'intrt de l'internaute (point de vue
du commerant) ou pour le "fliquer" (point de vue de certains clients).

= Archie

Diminutif du terme "archives". Il s'agit d'un service de recherche de fichiers
dans les archives de l'internet.

= ASCII (American standard code for information interchange)

Standard minimal de 128 caractres alphanumriques utilis pour les changes
d'information texte. Binaire, le code ASCII de chaque lettre est compos de sept
bits (A=1000001, B=1000010, etc.). Les alphabets europens sont reprsents par
des versions tendues de l'ASCII codes sur huit bits, afin de prendre en compte
les caractres accentus. L'extension pour le franais est la norme ISO-Latin-1.

= Asynchrone

Dfinit un mode de communication permettant la non-simultanit de l'mission
et de la rception des informations (par exemple le courrier lectronique),
contrairement  une communication synchrone qui exige la simultanit de
l'mission et de la rception (par exemple le tlphone).

= ATM (asynchronous transfer mode - mode de transfert asynchrone)

Protocole pouvant transmettre tout type d'information, y compris la voix et la
vido. Ce protocole permet l'acheminement indpendant de l'information
fragmente en de multiples paquets et reconstitue  l'arrive pour recomposer
l'information initiale, le tout dans un dlai donn.

= Autoroute de l'information

Appel aussi "inforoute" par souci de concision. Il s'agit de l'ensemble des
rseaux de communication par cble ou satellite, permettant la transmission
rapide d'informations de toute nature. Inclut la tlmatique, la tlvision
numrique et les cblages informatiques.

= AZERTY

Sigle correspondant aux premires touches des caractres alphabtiques du
clavier franais. A l'exception de la France, les utilisateurs des langues
indo-europennes disposent en gnral d'un clavier QWERTY.

= Bande passante

Ce terme dsigne le dbit support par une ligne de communication. La bande
passante peut tre troite (fils de cuivre de la ligne tlphonique classique),
moyenne (RNIS - rseau numrique  intgration de services ou DSL - digital
subscriber line) ou large (fibres optiques).

= BBS (bulletin board system)

Un systme informatis reliant les utilisateurs d'un mme groupe d'intrt
(association, entreprise, organisme public, etc.) pour des annonces,
discussions, messages, programmes, ainsi que pour le transfert de fichiers, la
visioconfrence, etc. Appel babillard par les Qubcois.

= Binaire

A base deux, et qui utilise donc uniquement les lments 0 et 1. En code
ASCII, cela donne: A=1000001, B=1000010, etc.

= Bit

Acronyme de "binary digit". Unit de numration binaire (0 ou 1).

= CD (compact disc)

Disque optique permettant l'enregistrement de sons (CD-audio), de donnes
(CD-Rom) ou de vidos (CD-vido).

= CD-I (compact disc interactive)

Disque permettant de stocker un ensemble de textes, images et documents audio
ou vido. Consultable sur un tlviseur au moyen d'un lecteur adapt connect au
poste.

= CD-Rom (compact disc-read only memory)

Apparu en 1984, un disque compact stockant des textes, images et sons sous
forme numrise. Sa grande capacit de stockage (650 mgaoctets, soit
l'quivalent de 600 disquettes informatiques, 200.000 pages de texte ou 1.000
photos de dfinition moyenne) convient particulirement pour les encyclopdies,
les catalogues, les manuels techniques et les jeux. Le CD-Rom fut le premier
outil multimdia permettant l'application grand public des techniques numriques
 l'image. Son successeur est le DVD (digital video disc).

= Cdrom

L'orthographe prconise par l'Acadmie franaise pour CD-Rom.

= Client

Dans l'architecture client/serveur, ce terme dsigne la machine permettant
d'utiliser les donnes ou les programmes disponibles sur un serveur.

= Commerce lectronique

L'ensemble des transactions  distance faites sur le rseau, avec paiement
lectronique scuris. Appel aussi cyber-commerce.

= Cookie

Chane de caractres qui constitue un numro d'identification attribu par le
site  un internaute. Le cookie permet donc de noter les visites de l'internaute
et de dfinir ainsi ses centres d'intrt: sports, voyages, musique, livres,
etc. L'existence de cookies est signale par les versions rcentes des
navigateurs, et l'internaute peut donc les dsactiver s'il le souhaite.

= Courriel

Terme utilis par les Qubcois pour le courrier lectronique.

= Courrier lectronique

Ensemble des messages envoys lectroniquement d'un ordinateur  l'autre 
travers le rseau internet, dont il reprsenterait 60% du trafic.

= Cyberespace

Traduction de "cyberspace", terme invent par William Gibson dans
Neuromancien, roman de science-fiction paru en 1984.

= Disque dur

Support de stockage des donnes dans un ordinateur.

= Disquette

Support magntique permettant de transfrer ou de conserver des donnes
informatiques.

= DOS (disk operating system - systme d'exploitation  disque)

Systme permettant  l'ordinateur de stocker des informations sur le disque
dur et de communiquer avec ses priphriques: cran, clavier, souris,
imprimante, etc.

= DSL (digital subscriber line - ligne d'abonn numrique)

Procd permettant d'augmenter considrablement (cent fois plus vite que la
ligne tlphonique selon certaines publicits) la vitesse de transmission des
donnes sur les lignes tlphoniques standard tout en prservant la circulation
de la voix et du fax (appel aussi tlcopie).

= DTD (definition of type of document - dfinition du type de document)

Description de la structure logique d'un document, correspondant le plus
souvent  un format MARC (machine readable catalogue).

= DVD (digital video disc)

Apparu en 1996, fait suite au CD-Rom pour stocker textes, sons et images sur
un support optique. Sa capacit de stockage varie de 4,7  17 gigaoctets (24
CD-Rom). Un film de deux heures peut tre stock sur une face de DVD. Les
diffrentes versions sont le DVD-vido, le DVD-Rom, le DVD-Ram (r-enregistrable
une fois) et le DVD-E (r-enregistrable plusieurs fois). Le DVD va
progressivement remplacer les cassettes audio et vido et les disques optiques.

= E-book

Anglicisme utilis aussi bien pour le livre numrique (version numrise d'un
livre) que pour le livre lectronique (appareil de lecture permettant de lire 
l'cran des livres numriques).

= EDI (electronic date interchange - change de donnes informatis)

Utilis dans le commerce lectronique inter-entreprises.

= En ligne

Dfinit les services et rseaux accessibles par le biais d'un modem ou d'une
liaison tlmatique. Correspond au terme anglais "on line".

= Ethernet

Rseau local  dbit trs rapide, permettant par exemple de relier entre eux
les diffrents services d'une mme universit ou d'une mme entreprise.

= Extranet

Rseau propre  une communaut et fonctionnant selon le mme principe que
l'internet. Permet par exemple de relier tous les clients d'une entreprise.

= FAQ (frequently asked questions - foire aux questions)

Souvent prsente sur un site, la liste des questions les plus frquentes que
se posent les nouveaux arrivants et les rponses-types.

= Favori

Permet de conserver l'adresse d'un site dans un rpertoire spcifique du
logiciel de navigation. Appel aussi signet.

= Fibre optique

Support autorisant le transfert de donnes numriques  trs haut dbit sur de
longues distances.

= Forum de discussion

Lieu d'change sur l'internet par le biais du courrier lectronique. Souvent
thmatique, un forum est lisible par tous et chacun peut y participer.

= Fournisseur d'accs internet

Permet de se connecter  l'internet moyennant un abonnement. En France, les
fournisseurs les plus connus sont Wanadoo (France Tlcom), Club-Internet
(Groupe Hachette) et AOL (filiale de America Online). Depuis 1999, de nouveaux
fournisseurs offrent des services gratuits.

= Freeware

Logiciel gratuit. Selon les cas, il appartient au domaine public ou bien son
auteur en conserve le copyright. Ne pas confondre avec shareware (un logiciel
tlchargeable qui doit tre achet  l'auteur aprs une priode d'essai
gratuite). Les dfenseurs inconditionnels de la langue franaise utilisent le
terme de gratuiciel.

= FTP (file transfer protocol - protocole de transfert de fichier)

Protocole dfinissant les rgles de transfert de fichiers entre deux
ordinateurs.

= Gopher

Le gopher est un systme d'information  base de menus textuels  plusieurs
niveaux. Dans le cas des bibliothques numriques de premire gnration, il
s'agissait d'un ensemble d'index permettant l'accs au texte intgral des
documents.

= Hors ligne

Dfinit les applications disponibles en utilisation locale, comme les CD-Rom.
Correspond au terme anglais "off line".

= HTML (hypertext markup language)

Langage de marquage utilis pour crer ou mettre en forme des documents
destins au web. Permet notamment de proposer des liens hypertextes ou
hypermdias vers d'autres documents, et d'inclure des images et documents
sonores.

= HTTP (hypertext transfer protocol)

Protocole de transfert des pages hypertextes sur le web.

= Hyperlien

Un hyperlien peut tre un lien hypertexte ou un lien hypermdia.

= Hypermdia

Systme utilisant des liens - appels donc liens hypermdias - permettant
l'accs  des graphiques, des documents audio et vido, et des images animes,
de la mme faon que les liens hypertextes relient entre eux des textes ou des
images.

= Hypertexte

Principe de base du web. Systme permettant de relier entre eux des documents
textuels au moyen de liens hypertextes qui, d'un simple clic de souris,
permettent l'accs  un autre document. Les liens hypertextes sont en gnral
souligns et d'une couleur diffrente de celle du texte.

= Infographie

Procd de cration de graphiques et d'images assiste par ordinateur.

= Inforoute

Synonyme d'autoroute de l'information.

= Interactivit

Mode de communication bas sur un dialogue individualis permettant 
l'utilisateur de dcider lui-mme du droulement des oprations.

= Interface

Partie du programme permettant la communication entre l'utilisateur et son
ordinateur, par exemple les textes (interface texte) et les images (interface
graphique). Dfinit aussi l'lment permettant la communication entre deux
appareils, par exemple un ordinateur et un modem.

= Internaute

Utilisateur de l'internet.

= Internet

Le rseau des rseaux qui, outre le web, inclut de nombreux services: courrier
lectronique, forums de discussion, IRC (Internet relay chat), TCP (transmission
control protocol), visioconfrence, etc.

= Intranet

Rseau interne propre  un organisme, l'intranet utilise la technologie de
l'internet (protocoles et applications TCP/IP).

= IP (Internet protocol)

Protocole de communication permettant d'acheminer les donnes en mode paquet
non connect.

= IRC (Internet relay chat)

Systme qui permet  deux ou plusieurs utilisateurs de discuter sur le rseau
en mode texte et en temps rel.

= ISBD (international standard bibliographical description)

Cette norme pour la notice bibliographique d'un document a t conue par
l'IFLA (International Federation of Library Associations and Institutions) en
1977 pour l'change de donnes bibliographiques  l'chelon international.

= ISBN (international standard book number)

Form de dix chiffres, ce code numrique se prsente avec ou sans tirets.
Voici un exemple: Le cybermarketing, d'Arnaud Dufour a t publi par les PUF
(Presses universitaires de France)  Paris en 1997 dans la collection "Que
sais-je?" (n 3186) et son ISBN est 2-13-048352-6. Ce code numrique regroupe
les lments suivants : code du pays de publication (2 pour la France), code de
l'diteur (13 pour les PUF), code propre au livre (048352 pour ce titre),
chiffre de contrle (6 pour le mme livre). L'ISBN permet d'identifier le livre
dans le monde entier pour commande ou classement. Il est galement souvent
transcrit au dos du livre sous forme de code-barre.

= ISO (International Organization for Standardization - Organisation
internationale de normalisation)

L'ISO dfinit les normes permettant de faciliter l'change international de
biens et de services, et de dvelopper la coopration internationale dans divers
domaines: conomique, intellectuel, scientifique et technologique. Par exemple,
la norme ISO-Latin-1 dfinit l'extension des caractres ASCII pour le franais.

= ISSN (international standard serial number)

Code numrique de 8 chiffres permettant d'identifier toute publication en
srie (priodique, srie, collection, etc.). Il se prsente sous forme de deux
groupes de quatre chiffres spars par un tiret. Le huitime chiffre est un
chiffre de contrle.

= JACKPHY

Un sigle regroupant les premires lettres des langues suivantes: Japanese
(japonais), Arabic (arabe), Chinese (chinois), Korean (coren), Persian
(persan), Hebrew (hbreu) et Yiddish (yiddish). Utilis dans la description de
catalogues de bibliothques pour indiquer la prsence de notices translitres
de documents dans ces langues.

= Java

Langage de programmation HTML cr par Sun en 1995 pour permettre des images
animes, ce qui a rendu les pages web beaucoup plus vivantes que par le pass,
mais n'a pas toujours contribu  leur clart.

= Kiosque

Ordinateur utilis comme centre d'information dans un lieu public, par exemple
une borne interactive dans un muse ou un cran d'accs au catalogue dans une
bibliothque.

= LAN (local area network - rseau local d'entreprise)

Rseau local permettant l'interconnexion d'quipements informatiques dans un
rayon infrieur au kilomtre.

= Librairie en ligne

Librairie vendant des livres et autres produits culturels sur l'internet.

= Librairie numrique

Librairie vendant des livres numriques (au format PDF, Acrobat eBook Reader,
Microsoft Reader, etc.).

= Linux

Contraction de Linus (Linus Torvalds, son crateur) et d'Unix, le systme
d'exploitation dont Linux est driv. Ce systme d'exploitation pour ordinateurs
personnels (PC) est un logiciel libre diffus gratuitement sur l'internet, ce
qui permet  tout programmeur de participer  son laboration. D'abord utilis
par les dveloppeurs de logiciels, les universits et les fournisseurs d'accs 
l'internet, il a ensuite gagn les entreprises et le grand public, et
concurrence maintenant le systme d'exploitation de Microsoft.

= Livre lectronique

Appareil de lecture permettant de lire  l'cran des livres numriques.

= Livre numrique

Version numrise d'un livre.

= Liste de diffusion

Liste permettant la transmission d'un message par courrier lectronique  tous
les adhrents.

= MARC (machine readable catalogue)

Format international permettant le stockage et l'change informatique de
notices bibliographiques.

= Mmoire

La mmoire de l'ordinateur comprend une mmoire vive ou mmoire RAM
(random-access memory), qui permet de lire et crire les donnes, et une mmoire
morte ou mmoire ROM (read-only memory), qui permet le stockage des informations
que l'ordinateur soit allum ou teint.

= Messagerie lectronique

Service permettant d'envoyer et de recevoir du courrier lectronique.

= Microprocesseur

Puce lectronique contenant un circuit lectronique miniature.

= Minitel

Lanc en 1982 par France Tlcom, le minitel est un terminal permettant la
consultation de serveurs  domicile (accs par Tltel, le rseau vidotex
franais), consultation fortement encourage par l'Etat franais avec la
distribution gratuite de millions de terminaux. En 2000, 9 millions de minitels
sont utiliss par 25 millions de personnes (sur 60 millions d'habitants). De
nombreux serveurs minitel ont maintenant leur correspondant sur le web, avec les
avantages qu'offrent la consultation au prix d'une communication tlphonique
locale, la facilit de navigation et les avantages du multimdia. Mais le
minitel reste toujours trs utilis, y compris pour les transactions
commerciales. Certains moteurs de recherche ont ouvert un service minitel
(Yahoo!, AltaVista) ou pensent en ouvrir un (Google).

= Modem

Contraction de "modulateur-dmodulateur". Appareil permettant de relier
l'ordinateur au rseau internet par le biais de la ligne tlphonique. La
transmission des donnes informatiques est possible grce  la conversion des
signaux numriques en signaux analogiques. La vitesse du modem standard est de
56 Kbit/s.

= Moniteur

Synonyme d'cran.

= Moteur de recherche

Recense informatiquement tous les sites web et les classe par thmes et par
rubriques. Les plus connus sont AltaVista et Google.

= MS-DOS (Microsoft disc operating system)

Systme d'exploitation produit par Microsoft pour quiper les
micro-ordinateurs.

= Multimdia

Outil de communication informatique (ordinateur, logiciel, disque compact,
serveur, etc.) combinant des composantes audio et vido utilisant texte, son et
graphiques au moyen de squences fixes et animes.

= Navigateur

Logiciel permettant de rechercher et de visualiser l'information sur le web.
Les deux principaux navigateurs sont Microsoft Explorer et Netscape Navigator.

= Net

Abrviation d'internet.

= Ntiquette

L'tiquette de l'internet. Rassemble les rgles de savoir-vivre applicables
sur le rseau, notamment pour le courrier lectronique et les forums de
discussion.

= Nom de domaine

Partie centrale d'une adresse web, qui permet d'identifier et de situer le
serveur.

= NTIC

Sigle utilis pour "nouvelles technologies de l'information et de la
communication".

= Numrisation

Codification d'informations (textes, images et sons) en langage gnralement
binaire (0 ou 1) pour permettre le traitement de ces informations par voie
informatique (cration, enregistrement, combinaison, stockage, recherche et
transmission). Un procd similaire permet dsormais le traitement de
l'criture, de la musique et du cinma alors que, par le pass, ce traitement
tait assur par des procds diffrents sur des supports diffrents (papier
pour l'criture, bande magntique pour la musique et cellulod pour le cinma).

= OCR (optical character recognition - reconnaissance optique de caractres)

Technologie permettant de reconstituer un texte d'aprs son image numrise.

= Octet

Groupe de 8 bits reprsentant un caractre alphabtique ou quelques points
formant une image. Un mgaoctet reprsente un million d'octets. Un gigaoctet
reprsente un milliard d'octets. Un hexaoctet reprsente un milliard de
milliards d'octets.

= OeB (Open eBook)

Cr en octobre 1998, ce format de livre numrique est bas sur les formats
HTML et XML. La premire version (1.0) de la Open eBook Publication Structure
est disponible en septembre 1999. Elle est remplace en juillet 2001 par la
version 1.0.1. Le format OeB est utilis notamment par le Reader de Microsoft,
le Gemstar eBook et le Mobipocket.

= OeBF (Open eBook Forum)

Cr en janvier 2000, le Open eBook Forum (OeBF) a pour tche de dvelopper et
de promouvoir l'Open eBook (OeB) afin qu'il devienne le standard majeur, sinon
unique, utilis pour la publication de livres numriques. Ce consortium
international runit plusieurs dizaines d'entreprises: des fabricants de livres
lectroniques, des diteurs, des fabricants de logiciels et de matriels, des
libraires en ligne, etc.

= OPAC (online public access catalogue - catalogue en ligne d'accs public)

Sigle caractrisant les catalogues de bibliothques en ligne.

= PAO (publication assiste par ordinateur)

A remplac l'imprimerie traditionnelle, avec des cots moindres et un travail
plus rapide.

= Paquet

Ensemble de donnes transitant ensemble sur le rseau. L'information
fragmente en de multiples paquets est reconstitue  l'arrive pour recomposer
l'information initiale, le tout dans un dlai donn.

= PC (personal computer - ordinateur personnel)

Micro-ordinateur  usage personnel utilis  domicile ou au bureau.

= PDA (personal digital assistant - assistant numrique personnel)

Ordinateur de poche intgrant de nombreuses fonctions de gestion, et servant
le plus souvent de complment au PC du domicile ou du bureau.

= PDF (portable document format)

Format de fichier cr par Adobe pour conserver le contenu format d'un
document lectronique, avec mise en page, graphiques et styles.

= PGP (pretty good privacy)

Logiciel de cryptage. Une cl de 128 bits offrirait un bon niveau de scurit.

= Pixel

Abrg de "picture element". Reprsent sous forme numrique, il s'agit du
point constitutif d'une image sur l'cran d'un ordinateur ou d'un tlviseur. Le
nombre de pixels dfinit la qualit de rsolution de l'cran.

= Portail

Point d'entre sur le web,  caractre gnral ou thmatique. Un portail de
fournisseur d'accs va par exemple comporter les informations du jour, la mto,
un moteur de recherche, etc. Un portail peut tre aussi thmatique, par exemple
yourDictionary.com, excellent portail pour les dictionnaires et les langues en
gnral.

= Processeur

Cerveau interne de l'ordinateur. La vitesse du processeur est mesure en
mgahertz (MHz).

= Protocole

Dfinition de normes communes pour les changes de donnes entre ordinateurs
(TCP/IP, FTP, etc.) par les systmes de tlcommunications. Les normes ISO
(Organisation internationale de normalisation) et UIT (Union internationale des
tlcommunications) permettent une normalisation des protocoles  l'chelon
international.

= Pull

Se traduit littralement par "tirer", pour dcrire la dmarche de l'internaute
qui va chercher lui-mme ses informations sur l'internet, par opposition au
"push" (pousser), technologie qui lui permet d'avoir  sa disposition des
informations automatiquement slectionnes.

= Push

Apparue en 1996, une technologie permettant d'envoyer vers l'internaute des
informations automatiquement slectionnes en fonction de ses centres d'intrt.
On parle donc de "pull-push",  savoir la technologie du pousser-tirer.

= QWERTY

Sigle correspondant aux premires touches des caractres alphabtiques du
clavier. Caractrise le clavier standard utilis par la plupart des utilisateurs
de langues indo-europennes. La France fait exception puisque son clavier
standard est l'AZERTY.

= RAM (random-access memory)

Mmoire vive de l'ordinateur, qui permet de lire et crire des donnes, et qui
fonctionne seulement lorsque celui-ci est allum, contrairement  la ROM
(read-only memory) qui permet le stockage des informations que l'ordinateur soit
allum ou teint. La RAM se mesure en mgaoctets (Mo).

= RAMEAU (rpertoire d'autorits matires encyclopdique et alphabtique unifi)

Utilis  la Bibliothque nationale de France (BnF) et dans nombre de
bibliothques franaises, cet ensemble hirarchis de mots-cls permet d'indexer
les documents d'une bibliothque afin de pouvoir ensuite les retrouver par
sujets.

= Ralit virtuelle

Dfinit une technologie permettant d'offrir  l'utilisateur un environnement
virtuel en trois dimensions (3D).

= Rseau

Systme permettant la communication de donnes entre des ordinateurs relis
les uns aux autres, soit localement au moyen de cbles spciaux, soit en longue
distance par le rseau tlphonique ou les cbles  fibre optique.

= RNIS (rseau numrique  intgration de services)

Rseau fonctionnant par cble tlphonique avec services de tlphonie,
tlcopie (fax) et transfert de donnes. Le rseau RNIS franais est Numris.

= ROM (read-only memory)

Mmoire morte de l'ordinateur, qui permet de stocker les informations que
l'ordinateur soit allum ou teint, contrairement  la mmoire vive, dnomme
mmoire RAM (random-access memory), utilise uniquement lorsque l'ordinateur est
sous tension, pour la lecture et l'criture de donnes.

= RTF (rich text format)

Cr par Microsoft, un format de fichier destin  faciliter l'change de
documents entre diffrents programmes de traitement de texte, tout en conservant
le formatage du texte (polices de caractre, paragraphes, etc.) lors du
transfert d'un programme  un autre.

= Serveur

Dans l'architecture client/serveur, c'est l'ordinateur servant de distributeur
d'informations consultables  distance au moyen d'autres ordinateurs appels
clients.

= Serveur proxy

Serveur hbergeant un double du site pour diminuer le temps d'accs  ce site
dans une zone gographique donne.

= Serveur web

Serveur stockant les informations affiches dans le site web correspondant.

= SGML (standard generalized markup language)

Norme ISO identifiant la structure d'un texte, avec ses caractristiques
telles que en-ttes, colonnes, marges ou tableaux, afin de conserver cette
structure lors d'applications telles que la PAO (publication assiste par
ordinateur) ou l'dition lectronique. Le SGML comprend notamment les langages
HTML (hypertext markup language) et VRML (virtual reality markup language).

= Shareware

Logiciel tlchargeable soumis au copyright et qui doit tre achet 
l'auteur, le plus souvent  prix modique, aprs une priode d'essai gratuite. Ne
pas confondre avec freeware (qui est un logiciel gratuit appartenant au domaine
public ou dont l'auteur conserve le copyright). Les dfenseurs inconditionnels
de la langue franaise utilisent le terme de partagiciel.

= Signet

Permet de conserver l'adresse d'un site dans un rpertoire spcifique du
logiciel de navigation. Appel aussi favori.

= Site web

Dfini par une adresse web, appele aussi URL (uniform service locator), un
ensemble de textes, images et sons relis entre eux par des liens permettant
d'aller d'un document  l'autre.

= Smiley

Marque typographique permettant  l'internaute d'exprimer son humeur :-)

= Spam

Message lectronique non sollicit. L'envoi de spams est interdit par la
ntiquette. L'Etat de Washington a t le premier  proposer une loi
anti-spamming en avril 1998.

= Systme d'exploitation

Programme de base permettant  l'ordinateur de contrler ses priphriques
(cran, clavier, souris, imprimante, etc.), d'organiser le systme de classement
de son disque dur et de faire fonctionner d'autres programmes. Linux ou Windows
par exemple sont les systmes d'exploitation des ordinateurs personnels (PC).

= TCP (transmission control protocol)

Protocole de transport utilis dans la plupart des applications internet.

= TCP/IP (transmission control protocol/internet protocol)

Ensemble de protocoles permettant le transport de donnes sur l'internet.

= Tlchargement

Transfert d'un fichier  distance depuis l'internet sur son propre ordinateur,
y compris par FTP (file transfer protocol).

= Tltravail

Travail exerc  distance  temps plein ou partiel en utilisant les modes de
communication lectroniques, informatiques et tlmatiques (rseau informatique,
tlphone, tlcopieur, etc.).

= Telnet (terminal network protocol)

Protocole d'application dfinissant l'mulation d'un terminal sur l'internet.
Il permet d'ouvrir une connexion avec un serveur  distance comme si on le
consultait sur place. Avant d'tre possible directement sur le web, la
consultation  distance des catalogues de bibliothques a d'abord t effectue
par le biais de Telnet.

= Terminal

Poste avec cran, clavier et circuit simple permettant de se connecter  un
ordinateur ou  un serveur extrieur.

= TI (technologies de l'information)

Correspond  l'anglais IT (information technologies). En franais, on utilise
davantage TIC ou NTIC.

= TIC (technologies de l'information et de la communication)

Synonyme de NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la
communication). Les TICE sont les technologies de l'information et de la
communication pour l'ducation.

= Toile

Traduction littrale de l'anglais "web", ce terme est parfois utilis par les
francophones pour dsigner le rseau.

= Transpac

Rseau de France Tlcom pour la transmission numrique de donnes.

= Unicode

Systme de codage cr en 1998, Unicode spcifie un nombre unique pour chaque
caractre, quels que soient la plate-forme, le logiciel et la langue utiliss.
Alors que l'ASCII tendu  8 bits pouvait prendre en compte un maximum de 256
caractres, Unicode traduit chaque caractre en 16 bits et peut donc prendre en
compte plus de 65.000 caractres uniques, et traiter informatiquement tous les
systmes d'criture de la plante.

= Unix

Systme d'exploitation multi-tche et multi-utilisateur trs rpandu dans le
domaine scientifique.

= URL (uniform resource locator)

Sigle synonyme d'adresse web.

= Usenet

Acronyme de "users' network". Il s'agit du plus grand BBS (bulletin board
service) du monde,  savoir une plate-forme d'change compose de listes de
messages lectroniques et de sujets abords dans des forums de discussion. Non
censur, Usenet est gouvern par les rgles de la ntiquette.

= Virtuel

Par opposition  "rel", concerne tout ce qui est cr de manire artificielle
grce aux techniques informatiques, par exemple l'univers virtuel. Dans le cas
d'entits qui sont bien relles quoique numriques, il semble prfrable
d'utiliser le terme "cyber".

= Visioconfrence

Confrence  distance au moyen d'un rseau d'ordinateurs quips de camras.

= VRML (virtual reality modeling language)

Langage permettant de crer sur une page web des images en 3 dimensions (3D),
qui sont donc des espaces virtuels dans lesquels l'internaute peut se dplacer.

= W3 (World Wide Web)

Synonyme de WWW.

= WAIS (wide area information service)

Systme permettant de classer, chercher et rcuprer des documents dans des
bases de donnes interrogeables au moyen de mots-cls.

= Web

Dvelopp en 1989-90 par Tim Berners-Lee au CERN (Laboratoire europen pour la
physique des particules)  Genve, un systme multimdia international bas sur
l'hyperlien. Appel aussi World Wide Web (son nom d'origine), WWW, W3, ou encore
"toile" par certains francophones, le web est un sous-ensemble de l'internet.

= Webmestre

Responsable du site web et administrateur de systme du serveur web.

= Windows

Cr par Microsoft, un systme d'exploitation pour les PC. Son correspondant
professionnel pour serveurs et stations de travail est Windows NT.

= Z3950

Une norme dfinissant un protocole pour la recherche documentaire d'un
ordinateur  un autre. Elle permet  l'utilisateur d'un systme de rechercher
des informations chez les utilisateurs d'autres systmes utilisant la mme norme
sans devoir connatre la syntaxe de recherche utilise par ces systmes.


22. PERSONNES CITEES


Ce livre doit beaucoup  ces 76 professionnels du livre ou de la presse, ou
apparents, qui ont accept de prendre de leur temps pour rpondre  mes
questions, dont certains  plusieurs reprises depuis l't 1998.

Nicolas Ancion (Madrid), crivain et responsable ditorial de Luc Pire
lectronique

Alex Andrachmes (Europe), producteur audiovisuel, crivain et explorateur
d'hypertexte

Guy Antoine (New Jersey), crateur de Windows on Haiti, site de rfrence sur la
culture hatienne

Silvaine Arabo (Poitou-Charentes), pote et plasticienne, cratrice de la
cyber-revue Posie d'hier et d'aujourd'hui

Arlette Attali (Paris), responsable de l'quipe "Recherche et projets internet"
 l'Institut national de la langue franaise (INaLF)

Jean-Pierre Balpe (Paris), directeur du dpartement hypermdias de l'Universit
Paris 8

Emmanuel Barthe (Paris), documentaliste juridique chez Coutrelis & Associs,
cabinet d'avocats, et modrateur de la liste de discussion Juriconnexion

Robert Beard (Pennsylvanie), co-fondateur de yourDictionary.com, portail de
rfrence pour les langues

Michel Benot (Montral), crivain, utilise l'internet comme outil de recherche,
de communication et d'ouverture au monde

Guy Bertrand (Montral), directeur scientifique du Centre d'expertise et de
veille inforoutes et langues (CEVEIL)

Olivier Bogros (Lisieux, Normandie), crateur de la bibliothque lectronique de
Lisieux et directeur de la bibliothque municipale

Bernard Boudic (Rennes), responsable ditorial du serveur internet du quotidien
Ouest-France

Bakayoko Bourahima (Abidjan), documentaliste  l'Ecole nationale suprieure de
statistique et d'conomie applique (ENSEA)

Marie-Aude Bourson (Lyon), cratrice de la Grenouille Bleue et de Gloupsy, sites
littraires destins aux nouveaux auteurs

Lucie de Boutiny (Paris), crivain papier et pixel, auteur de NON, roman
multimdia publi en feuilleton sur le web

Anne-Ccile Brandenbourger (Bruxelles), auteur de La maldiction du parasol,
hyper-roman publi aux ditions 00h00.com

Alain Bron (Paris), consultant en systmes d'information et crivain. L'internet
est un des personnages de Sanguine sur toile, son dernier roman.

Patrice Cailleaud (Paris), membre fondateur et directeur de la communication de
HandiCaPZro

Pascal Chartier (Lyon), crateur de Livre-rare-book, site professionnel de
livres d'occasion

Richard Chotin (Paris), professeur  l'Ecole suprieure des affaires (ESA) de
Lille

Alain Clavet (Ottawa), analyste de politiques au Commissariat aux langues
officielles du Canada

Jean-Pierre Cloutier (Montral), auteur des Chroniques de Cybrie, chronique
hebdomadaire des actualits de l'internet

Luc Dall'Armellina (Paris), co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'critures
hypermdias

Cynthia Delisle (Montral), consultante au Centre d'expertise et de veille
inforoutes et langues (CEVEIL) (entretien conjoint avec celui de Guy Bertrand)

Emilie Devriendt (Paris), lve professeur  l'Ecole normale suprieure de Paris
et doctorante  l'Universit de Paris 4-Sorbonne

Bruno Didier (Paris), webmestre de la bibliothque de l'Institut Pasteur

Catherine Domain (Paris), cratrice de la librairie Ulysse, la plus ancienne
librairie de voyage au monde

Bill Dunlap (Paris & San Francisco), fondateur de Global Reach, socit qui
favorise le marketing international en ligne

Pierre-Nol Favennec (Paris & Lannion, Bretagne), expert  la direction
scientifique de France Tlcom R&D et directeur de la collection technique et
scientifique des tlcommunications

Grard Fourestier (Nice), crateur de Rubriques  Bac, bases de donnes
destines aux tudiants du premier cycle universitaire

Pierre Franois Gagnon (Montral), crateur d'Editel, pionnier de l'dition
littraire francophone en ligne

Olivier Gainon (Paris), fondateur et grant de CyLibris, maison d'dition
littraire en ligne

Jacques Gauchey (San Francisco), spcialiste en industrie des technologies de
l'information, "facilitator" entre les Etats-Unis et l'Europe, et journaliste

Raymond Godefroy (Valognes, Normandie), crivain-paysan, publie son recueil
Fables pour l'annes 2000 sur le web avant de le publier sur papier

Marcel Grangier (Berne), responsable de la section franaise des services
linguistiques centraux de l'Administration fdrale suisse

Barbara Grimes (Hawaii), directrice de publication de l'Ethnologue, une
encyclopdie des langues

Michael Hart (Illinois), fondateur du Project Gutenberg, la plus ancienne
bibliothque numrique sur l'internet

Randy Hobler (Dobbs Ferry, New York), consultant en marketing internet,
notamment chez Globalink, socit spcialise en produits et services de
traduction

Eduard Hovy (Marina del Rey, Californie), directeur du Natural Language Group de
l'Universit de Californie du Sud

Christiane Jadelot (Nancy), ingnieur d'tudes  l'Institut national de la
langue franaise (INaLF)

Grard Jean-Franois (Caen), directeur du centre de ressources informatiques de
l'Universit de Caen

Jean-Paul (Paris), webmestre du site des cotres furtifs, qui raconte des
histoires en 3D

Anne-Bndicte Joly (Antony, rgion parisienne), crivain auto-ditant ses
oeuvres et utilisant le web pour les faire connatre

Steven Krauwer (Utrecht, Pays-Bas), coordinateur d'ELSNET (European Network of
Excellence in Human Language Technologies)

Galle Lacaze (Paris), ethnologue et professeur d'crit lectronique dans un
institut universitaire professionnel

Hlne Larroche (Paris), grante de la librairie Itinraires, spcialise dans
les voyages

Pierre Le Loarer (Grenoble), directeur du centre de documentation de l'Institut
d'tudes politiques de Grenoble et charg de mission TICE (technologies de
l'information et de la communication pour l'ducation)

Fabrice Lhomme (Bretagne), crateur d'Une Autre Terre, site consacr  la
science-fiction

Naomi Lipson (Paris et Tel-Aviv), crivain multimdia, traductrice et peintre

Philippe Loubire (Paris), traducteur littraire et dramatique, spcialiste de
la Roumanie

Tim McKenna (Genve), crivain, s'interroge sur la notion complexe de "vrit"
dans un monde en mutation constante

Pierre Magnenat (Lausanne), responsable de la cellule "gestion et prospective"
du centre informatique de l'Universit de Lausanne

Xavier Malbreil (Arige, Midi-Pyrnes), auteur multimdia, crateur du site
www.0m1.com et modrateur de la liste e-critures

Alain Marchiset (Paris), prsident du Syndicat de la librairie ancienne et
moderne (SLAM)

Maria Victoria Marinetti (Annecy), professeur d'espagnol en entreprise et
traductrice

Jacky Minier (Orlans), crateur de Diamedit, site de promotion d'indits
artistiques et littraires

Jean-Philippe Mouton (Paris), fondateur et grant de la socit d'ingnierie
Isayas

John Mark Ockerbloom (Pennsylvanie), fondateur de The On-Line Books Page,
rpertoire de livres en ligne disponibles gratuitement

Caoimhn  Donnale (Ile de Skye, Ecosse), webmestre du principal site
d'information en galique cossais, avec une section sur les langues europennes
minoritaires

Jacques Pataillot (Paris), conseiller en management chez Cap Gemini Ernst &
Young

Nicolas Pewny (Annecy), crateur des ditions du Choucas

Olivier Pujol (Paris), PDG de la socit Cytale et promoteur du Cybook, livre
lectronique

Anissa Rachef (Londres), bibliothcaire et professeur de franais langue
trangre  l'Institut franais de Londres

Peter Raggett (Paris), directeur du centre de documentation et d'information
(CDI) de l'Organisation de coopration et de dveloppement conomiques (OCDE)

Patrick Rebollar (Tokyo), professeur de littrature franaise, crateur d'un
site web de recherches et activits littraires et modrateur de la liste de
diffusion LITOR (littrature et ordinateur)

Blaise Rosnay (Paris), webmestre du site du Club des Potes

Pierre Schweitzer (Strasbourg), architecte designer, concepteur d'@folio
(support de lecture nomade) et de Mot@mot (passerelle vers les bibliothques
numriques)

Henri Slettenhaar (Genve), professeur en technologies de la communication  la
Webster University

Murray Suid (Palo Alto, Californie), crivain, travaille pour EDVantage
Software, socit internet de logiciels ducatifs

Jacques Trahand (Grenoble), vice-prsident de l'Universit Pierre Mends France,
charg de l'enseignement  distance et des TICE (technologies de l'information
et de la communication pour l'ducation)

Paul Treanor (Pays-Bas), gre sur son site personnel une section consacre 
l'avenir des langues en Europe

Zina Tucsnak (Nancy), ingnieur d'tudes en informatique  l'ATILF (Analyses et
traitements informatiques du lexique franais)

Franois Vadrot (Paris), fondateur et PDG de FTPress (French Touch Press),
socit de cyberpresse

Christian Vandendorpe (Ottawa), professeur  l'Universit d'Ottawa et
spcialiste des thories de la lecture

Russon Wooldridge (Toronto), professeur au dpartement d'tudes franaises de
l'Universit de Toronto et crateur de ressources littraires librement
accessibles en ligne

Denis Zwirn (Paris), co-fondateur et PDG de Numilog, librairie en ligne de
livres numriques


23. ADRESSES WEB


Cette liste d'adresses recense des sites (et pages) web relatifs aux sujets
traits dans ce livre. 100 sites sont prsents en dtail dans le rpertoire de
sites web.

@folio: http://www.atfolio.net/

@graph: http://www.agraph.org/

00h00.com: http://www.00h00.com/

ABU: la bibliothque universelle: http://abu.cnam.fr/

AcqWeb's Directory of Publishers and Vendors:
http://acqweb.library.vanderbilt.edu/acqweb/pubr.html

ADBS-info: http://listes.cru.fr/wws/info/adbs-info

Administration fdrale suisse - Dictionnaires lectroniques:
http://www.admin.ch/ch/f/bk/sp/dicos/dicos.html

Adobe: http://www.adobe.fr/

Adobe Acrobat: http://www.adobe.fr/products/acrobat/

Adobe eBook Reader: http://www.adobe.com/products/ebookreader/

Adobe eBooks Central: http://www.adobe.com/epaper/ebooks/

Agence France Presse (AFP) - Mdias:
http://www.afp.com/francais/links/?cat=links

Agence intergouvernementale de la francophonie (AIF):
http://agence.francophonie.org/

Agence universitaire de la francophonie (AUF): http://www.aupelf-uref.org/

Alapage: http://www.alapage.com/

Alis Technologies: http://www.alis.com/

Alliance of New Economy Workers (ANEW): http://www.anewunion.org/

Amazon.com: http://www.amazon.com/

American Society for Information Science and Technology (ASIST):
http://www.asis.org/

Anacoluthe: http://www.anacoluthe.com/

Analyse et traitements informatiques du lexique franais (ATILF):
http://www.inalf.fr/atilf/

Ancion, Nicolas (site): http://ibelgique.ifrance.com/ancion/

Andrachmes, Alex (site): http://homeusers.brutele.be/acmahaux/andrachmes/

Aquarius: http://aquarius.net/

ARTFL (American and French Research on the Treasury of the French Language)
Project: http://humanities.uchicago.edu/ARTFL/ARTFL.html

Association des professionnels de l'information et de la documentation (ADBS):
http://www.adbs.fr/

Association europenne pour les ressources linguistiques (ELRA):
http://www.icp.grenet.fr/ELRA/fr/

Association for Computational Linguistics (ACL):
http://www.cs.columbia.edu/~acl/

Association of Research Libraries (ARL): http://www.arl.org/

Athena: http://un2sg4.unige.ch/athena/

Athena Literature Resources: http://un2sg4.unige.ch/athena/html/booksite.html

Autre Terre (Une): http://www.acdev.com/~fabrice/

Barnes & Noble: http://www.bn.com/

Barnes & Noble Digital: http://ebooks.barnesandnoble.com/bn_digital

Barnes & Noble - eBook Store: http://ebooks.barnesandnoble.com/

Bertelsmann: http://www.bertelsmann.de/

Bible de Gutenberg: http://prodigi.bl.uk/gutenbg/

Biblio-fr: http://www.cru.fr/Listes/biblio-fr@cru.fr/

Biblio On Line: http://www.biblionline.com/

Bibliopolis: http://www.bibliopolis.fr/

Bibliothque de l'Institut Pasteur: http://www.pasteur.fr/infosci/biblio/

Bibliothque du Centre Pompidou: http://www.bpi.fr/

Bibliothque du Centre Pompidou - Catalogue: http://sbib.ck.bpi.fr/

Bibliothque lectronique de Lisieux (La): http://www.bmlisieux.com/

Bibliothque municipale de Lyon: http://www.bm-lyon.fr/

Bibliothque municipale de Lyon - Enluminures:
http://sgedh.si.bm-lyon.fr/dipweb2/phot/enlum.htm

Bibliothque nationale de France (BnF): http://www.bnf.fr/

Bibliothque nationale de France (BnF) - Catalogues:
http://www.bnf.fr/web-bnf/catalog/

Bibliothque nationale de France (BnF) - Signets (Les):
http://www.bnf.fr/web-bnf/liens/

Bibliothque nationale du Qubec (BNQ): http://www2.biblinat.gouv.qc.ca/

Bibliothque nationale du Qubec (BNQ) - Catalogue multimdia:
http://www.biblinat.gouv.qc.ca:6611/

Bitout, Claude (site): http://www.multimania.com/mirra/

Blackwell's Book Services: http://www.blackwell.com/

Bol.fr: http://www.bol.fr/

Boutiny, Lucie de (site): http://www.synesthesie.com/boutiny/

BrailleNet: http://www.braillenet.jussieu.fr/

BrailleNet - Base de donnes Hlne: http://www.braillenet.jussieu.fr/bv/helene/

BrailleNet - Bibliothque virtuelle: http://www.inrialpes.fr/braillenet/BV/

BrailleNote: http://www.braillenote.com/

Brandenbourger, Anne-Ccile (site): http://www.anacoluthe.com/

British Library (The): http://www.bl.uk/

British Library Public Catalogue (BLPC) (The): http://blpc.bl.uk/

Bureau international du travail (BIT):
http://www.ilo.org/public/french/index.htm

C&IT (Communications & Information Technology) Centre:
http://www.hull.ac.uk/Hull/CTI_Web/

Cap Gemini Ernst & Young: http://www.cgey.com/

Captain-doc: http://www.captaindoc.com/

Catalogue collectif de France (CCFr): http://www.ccfr.bnf.fr/

Cdiscount.com: http://www.cdiscount.com/

Centre d'expertise et de veille inforoutes et langues (CEVEIL):
http://www.ceveil.qc.ca/

Centre international francophone de documentation et d'information (CIFDI):
http://cifdi.francophonie.org/

Choucas (Le): http://www.choucas.com/

Chroniques de Cybrie (Les): http://cyberie.qc.ca/chronik/

Cloutier, Jean-Pierre (site): http://cyberie.qc.ca/jpc/

Club des potes: http://www.franceweb.fr/poesie/

Commissariat aux langues officielles (CLO) du Canada: http://www.ocol-clo.gc.ca/

Consortium DAISY (Digital Audio Information System): http://www.daisy.org/

Consortium Unicode: http://www.unicode.org/

Consortium W3C: http://www.w3.org/

Consortium W3C - Internationalization / Localization:
http://www.w3.org/International/

Cotres furtifs (des): http://www.cotres.net/

Courrier international - Kiosque en ligne:
http://www.courrierinternational.com/kiosk/kiosq.htm

CyLibris: http://www.editions-cylibris.fr/

Cytale: http://www.cytale.com/

Dall'Armellina, Luc (site): http://lucdall.free.fr/

Dawson: http://www.dawson.co.uk/

Dlgation gnrale  la langue franaise (DGLF):
http://www.culture.fr/culture/dglf/

DialogWeb: http://www.dialogweb.com/

Diamedit: http://www.royalement-votre.com/diamedit/

Dicorama: http://www.dicorama.com/

Dictionnaire universel francophone en ligne:
http://www.francophonie.hachette-livre.fr/

Dictionnaires lectroniques: http://www.admin.ch/ch/f/bk/sp/dicos/dicos.html

DictSearch: http://www.foreignword.com/Tools/dictsrch.htm

Digital Audio Information System (DAISY): http://www.daisy.org/

Documentaliste - Sciences de l'information:
http://www.adbs.fr/adbs/prodserv/document/html/

eBookMan (Franklin): http://www.franklin.com/ebookman/

Ecole d'architecture de Strasbourg (EAS): http://www.strasbourg.archi.fr/eas/

Ecole nationale suprieure des arts et industries de Strasbourg (ENSAIS):
http://www-ensais.u-strasbg.fr/

Ecole nationale suprieure des sciences de l'information et des bibliothques
(ENSSIB): http://www.enssib.fr/

Ecole nationale suprieure de statistique et d'conomie applique (ENSEA)
d'Abidjan: http://www.ensea.refer.ci/

Ecole normale suprieure de Paris: http://www.ens.fr/

Ecole suprieure des affaires (ESA) de Lille: http://www2.univ-lille2.fr/esa/

E-critures: http://www.egroups.fr/group/e-critures

Editel: http://www.editel.com/

Edition-actu: http://www.editions-cylibris.fr/bar_lettres.html

Editions: voir au nom de l'diteur

EDVantage Software: http://www.edvantage.com/

E Ink: http://www.eink.com/

Electre: http://www.electre.com/

Electronic Arts: http://www.ea.com/

Electronic Book Exchange (EBX) Working Group: http://www.ebxwg.org/

Electronic Paper Project: http://www.media.mit.edu/micromedia/elecpaper.html

Encarta: http://encarta.msn.com/

Encyclopaedia Britannica: http://www.britannica.com/

Encylopaedia Universalis: http://www.universalis-edu.com/

Ethnologue: Languages of the World: http://gamma.sil.org/ethnologue/

Eurodicautom: http://eurodic.ip.lu/cgi-bin/edicbin/EuroDicWWW.pl

European Association for Machine Translation (EAMT): http://www.lim.nl/eamt/

European Minority Languages:
http://www.smo.uhi.ac.uk/saoghal/mion-chanain/Failte_en.html

European Network of Excellence in Human Language Technologies (ELSNET):
http://www.elsnet.org/

Fables pour l'an 2000: http://www.choucas.com/legend.html

Fdration nationale de la presse franaise (FNPF): http://www.fedepresse.org/

Fdration internationale des journalistes (IFJ): http://www.ifj.org/

Fdration internationale des traducteurs (FIT): http://www.fit-ift.org/

Foire internationale du livre de Francfort: http://www.frankfurt-book-fair.com/

Forsyth, Frederick (site): http://www.onlineoriginals.com/quintet.html

France Antiques: http://www.franceantiq.fr/home_fr.htm

France Edition - Editeurs adhrents: http://franceedition.org/editeurs/

France Tlcom R&D (collection):
http://www.rd.francetelecom.fr/fr/frameset/fr_direct_pubcoll.htm

FRANCIL (Rseau francophone de l'ingnierie de la langue):
http://www.limsi.fr/Recherche/FRANCIL/frcl.html

Franklin: http://www.franklin.com/

Frantext: http://www.inalf.fr/frantext.htm

FTPress (French Touch Press): http://www.ftpress.com/

G.a Communications: http://hometown.aol.com/jgauchey

Gabriel (Gateway to Europe's National Libraries):
http://portico.bl.uk/gabriel/fr/

Gallica: http://gallica.bnf.fr/

Gemstar: http://www.gemstarebook.com/

Gemstar France: http://www.gemstar.com.fr/

Global Internet Statistics (by language): http://www.glreach.com/globstats/

Global Reach: http://www.glreach.com/

Gloupsy: http://www.gloupsy.com/

GNU General Public Licence (GPL): http://www.gnu.org/copyleft/

Godefroy, Raymond (site): http://www.choucas.com/legend.html

Grand dictionnaire terminologique (GDT): http://www.granddictionnaire.com/

Groupe d'tude pour la traduction automatique (GETA):
http://www-clips.imag.fr/geta/

Gutenberg Bible (The): http://prodigi.bl.uk/gutenbg/

HandiCaPZro: http://www.handicapzero.org/

Harry-auf-Deutsch-Community: http://www.harry-auf-deutsch.de/

Harry Potter (Bloomsbury: http://www.bloomsburymagazine.com/harrypotter/

Harry Potter (Carlsen Verlag): http://www.harrypotter.de/

Harry Potter (Gallimard): http://www.harrypotter.gallimard-jeunesse.fr/

Harry Potter (Scholastic): http://www.scholastic.com/harrypotter/

Harry Potter (Warner Bros): http://harrypotter.warnerbros.com/

HLTCentral (HLT: Human Language Technologies): http://www.hltcentral.org/

IBM: http://www.fr.ibm.com/

IBM WebSphere Translation Server:
http://www-4.ibm.com/software/speech/enterprise/ep_8.html

iLoveLanguages: http://www.ilovelanguages.com/

Ingenta: http://www.ingenta.com/

Institut Dalle Molle pour les tudes smantiques et cognitives (ISSCO):
http://issco-www.unige.ch/french.html

Institut d'tudes politiques (IEP) de Grenoble:
http://www-sciences-po.upmf-grenoble.fr/fr/

Institut d'tudes politiques (IEP) de Grenoble - Centre de documentation:
http://www-sciences-po.upmf-grenoble.fr/fr/doc/document.htm

Institut franais de Londres:
http://www.institut.ambafrance.org.uk/institut/institut.html

Institut franais de Londres - Mdiathque:
http://www.institut.ambafrance.org.uk/library/library.html

Institut francophone des nouvelles technologies de l'information et de la
formation (INTIF): http://intif.francophonie.org/

Institut national de l'audiovisuel (INA): http://www.ina.fr/

Institut national de la langue franaise (INaLF, Paris): http://www.inalf.fr/

Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA):
http://www.inria.fr/

Institut national de la sant et de la recherche mdicale (INSERM):
http://www.inserm.fr/

Institut Pasteur: http://www.pasteur.fr/

Institut Pasteur - Mdiathque: http://www.pasteur.fr/infosci/biblio/

International Committee on Computational Linguistics (ICCL):
http://www.dcs.shef.ac.uk/research/ilash/iccl/

International Federation of Library Associations and Institutions (IFLA):
http://www.ifla.org/

Internet Actu: http://www.internetactu.com/

Internet Public Library (IPL): http://www.ipl.org/

Internet Public Library (IPL) - Online Newspapers:
http://www.ipl.org/reading/news/

Internet Public Library (IPL) - Online Serials:
http://www.ipl.org/reading/serials/

Internet Public Library (IPL) - Services for Librarians:
http://www.ipl.org/svcs/

Internet Dictionary Project (The): http://www.june29.com/IDP/

Isayas: http://www.isayas.com/

iUniverse: http://www.iuniverse.com/

Jean-Paul (site): http://www.cotres.net/

Joly, Anne-Bndicte (site): http://ab.joly.free.fr/

Jupiter MMXI: http://fr.jupitermmxi.com/home.jsp

Juriconnexion: http://www.juriconnexion.org/

King, Stephen (site): http://www.stephenking.com/

Laboratoire de recherche applique en linguistique informatique (RALI):
http://www-rali.iro.umontreal.ca/Accueil.fr.html

Language futures Europe: http://web.inter.nl.net/users/Paul.Treanor/eulang.html

Language Today: http://www.logos.it/owa-s/dictionary_dba.sp_lt

Languages of the World by Computers and the Internet (The):
http://www.threeweb.ad.jp/logos/

Langue du 19e sicle (Universit de Toronto):
http://www.chass.utoronto.ca/epc/langueXIX/

Lernout & Hauspie (L&H): http://www.lhsl.com/fr/

Lex Mercatoria: Intellectual Property:
http://www.jus.uio.no/lm/intellectual.property/

Lexis-Nexis: http://www.lexisnexis.com/

LexisONE: http://www.lexisone.com/

LexoTor: http://www.chass.utoronto.ca/epc/langueXIX/lexotor/

Libration - Multimdia: http://www.liberation.com/multi/index.html

Librairie Decitre: http://www.decitre.fr/

Librairie Itinraires: http://www.itineraires.com/

Librairie Ulysse: http://www.ulysse.fr/

Librarians' Index to the Internet: http://lii.org/

Library Journal: http://libraryjournal.reviewsnews.com/

Library of Congress: http://www.lcweb.loc.gov/

National Library Service for the Blind and Physically Handicapped (NLS):
http://www.loc.gov/nls/

Library of Congress - Online Catalogs: http://www.lcweb.loc.gov/catalog/

Libweb: Library Servers via WWW: http://sunsite.berkeley.edu/Libweb/

Ligue internationale de la librairie ancienne (LILA): http://www.ilab-lila.com

Linguist List (The): http://www.linguistlist.org/

Lipson, Naomi (site): http://www.multimania.com/chimere21/

LITOR (Liste de diffusion sur les tudes littraires et l'ordinateur):
http://www.cavi.univ-paris3.fr/phalese/litor1.htm

Livre-rare-book: http://www.livre-rare-book.com/

Localisation Industry Standard Association (LISA): http://www.lisa.org/

Logos Dictionary: http://www.logos.it/dictionary/owa/sp?lg=EN

Luc Pire lectronique: http://www.lucpire.be/

Maison de la Francit: http://www.synec-doc.be/francite/

Malbreil, Xavier (site): http://www.0m1.com/

Massachusetts Institute of Technology (MIT): http://www.mit.edu/

Massachusetts Institute of Technology (MIT) - Media Lab:
http://www.media.mit.edu/

Media Lab du MIT: http://www.media.mit.edu/

Merriam-Webster OnLine: http://www.m-w.com/

Michigan Electronic Library - News, Media & Periodicals:
http://mel.lib.mi.us/news/news-index.html

Microsoft: http://www.microsoft.com/

Microsoft Reader: http://www.microsoft.com/reader/

MightyWords: http://www.mightywords.com/

Ministre de la Culture - Guide de l'internet culturel:
http://www.portail.culture.fr/sdx/pic/culture/int/index.htm

Miscellanes: http://www.miscellanees.com/

Mobipocket: http://www.mobipocket.com/fr/HomePage/

Molecular Machines Research Group: http://www.media.mit.edu/nanomedia/

Monde diplomatique (Le): http://www.monde-diplomatique.fr/

Monde interactif (Le): http://interactif.lemonde.fr/

Mot@Mot : http://atfolio.u-strasbg.fr/logiciel/motamot.html

Multilingual Information Society (MLIS) Programme:
http://158.169.50.95:10080/mlis/fr/

National Braille Press (NBP): http://www.nbp.org/

National Library Service for the Blind and Physically Handicapped (NLS/BPH):
http://www.loc.gov/nls/

Natural Language Group at ISI (Information Sciences Institute) (The):
http://www.isi.edu/natural-language/nlp-at-isi.html

Net des tudes franaises (Le): http://www.etudes-francaises.net/

NON_roman: http://www.synesthesie.com/boutiny/

Numilog.com: http://www.numilog.com/

Office de la langue franaise du Qubec: http://www.olf.gouv.qc.ca/

OneLook Dictionaries: http://www.onelook.com/

On-Line Books Page (The): http://digital.library.upenn.edu/books/

Online Computer Library Center (OCLC): http://www.oclc.org/home/

Online Originals: http://www.onlineoriginals.com/

Open eBook (OeB): http://www.openebook.org/

Organisation internationale de la francophonie (OIT):
http://www.francophonie.org/oif.cfm

Organisation internationale du travail (OIT):
http://www.ilo.org/public/french/index.htm

Organisation mondiale de la proprit intellectuelle (OMPI):
http://www.wipo.int/index.html.fr

Organisation mondiale de la proprit intellectuelle (OMPI) - Centre d'arbitrage
et de mdiation: http://arbiter.wipo.int/center/index-fr.html

Organisation mondiale de la sant (OMS): http://www.who.int/

Organisation mondiale de la sant (OMS/WHO) - Library Catalogue:
http://saturn.who.ch/

Oriente-Express (L'): http://www.bpi.fr/4/orient/

Ouest-France: http://www.ouest-france.fr/

oVosite: http://hypermedia.univ-paris8.fr/oVosite/

Oxford English Dictionary: http://www.oed.com/

Prez-Reverte, Arturo (site): http://capitanalatriste.inicia.es/

Posie d'hier et d'aujourd'hui: http://www.multimania.com/mirra/

PresseWeb: http://www.presseweb.ch/

Presses universitaires de France (PUF): http://puf.ornis.fr/

Prewitt Organizing Fund: http://www.organizingfund.org/

Project Gutenberg: https://www.gutenberg.org/

Publishers' Catalogues Home Page: http://www.lights.com/publisher/

PubMed: http://www.ncbi.nlm.nih.gov/PubMed/

Pulse Data: http://www.pulsedata.co.nz/

Quid: http://www.quid.fr/

Random House: http://www.randomhouse.com/

Rebollar, Patrick (site): http://www.twics.com/~berlol/

Regroupement des aveugles et amblyopes du Montral mtropolitain (RAAMM):
http://www.cam.org/~raamm/

Research Libraries Information Network (RLIN): http://www.rlg.org/rlin.html

Rowling, J.K. (site): http://www.jkrowling.com/

Rubriques  Bac: http://rabac.com/

Salon du Livre 2001, Paris: http://www.ebook-europe.com/

Semantix: http://www.semantix.com/francais/

Services linguistiques centraux de l'administration fdrale suisse (Les):
http://www.admin.ch/ch/f/bk/sp/

Signet (Le): http://w3.olf.gouv.qc.ca/banque/

Silicon Valley Association (SVA, Suisse): http://www.siliconvalley.ch/

SimonSays.com (Simon & Schuster): http://www.simonsays.com/

SiteBib: http://www.abf.asso.fr/sitebib/

Socit des gens de lettres (SGDL): http://www.sdgl.org/

Softissimo: http://www.softissimo.com/

SUD-PTT: http://www.multimania.com/sudptt44/

Syndicat de la librairie ancienne et moderne (SLAM): http://www.slam-livre.fr/

Syndicat national de l'dition (SNE): http://www.snedition.fr/

Systme universitaire de documentation (SUDOC): http://www.sudoc.abes.fr/

Systran: http://www.systransoft.com/

TACTweb: http://tactweb.humanities.mcmaster.ca/tactweb/doc/tact.htm

TERMITE (ITU Telecommunication Terminology Database):
http://www.itu.int/search/wais/Termite/

Travlang: http://www.travlang.com/

Travlang - Foreign Languages for Travelers: http://www.travlang.com/languages/

Travlang - Translating Dictionaries: http://dictionaries.travlang.com/

Treanor, Paul (site): http://web.inter.nl.net/users/Paul.Treanor/

TTT.org -Translation, Theory and Technology: http://www.ttt.org/

UNCAPS (United Nations System): http://uncaps.unsystem.org/

Unesco Libraries Portal: http://www.unesco.org/webworld/portal_bib/

Unicode: http://www.unicode.org/

Union internationale des tlcommunications (UIT):
http://www.itu.int/home/index-fr.html

Universal Networking Language Programme (UNLP): http://www.unl.ias.unu.edu/

Universit de Berkeley: http://www.berkeley.edu/

Universit de Caen: http://www.unicaen.fr/

Universit de Lausanne: http://www.unil.ch/

Universit d'Ottawa: http://www.uottawa.ca/

Universit de Paris 4-Sorbonne: http://www.paris4.sorbonne.fr/

Universit de Paris 8: http://www.univ-paris8.fr/

Universit de Paris 8 - Dpartement hypermdias:
http://hypermedia.univ-paris8.fr/

Universit Pierre Mends France (Grenoble): http://www.upmf-grenoble.fr/upmf/

Universit de Toronto: http://www.chass.utoronto.ca/

Universit de Toronto - Dpartement d'tudes franaises:
http://www.chass.utoronto.ca/french/

Voir Plus: http://www.voirplus.net/

W3C: http://www.w3.org/

W3C - Internationalization / Localization: http://www.w3.org/International/

WebEncyclo: http://www.webencyclo.com/

Web Enhanced Language Learning (WELL): http://www.well.ac.uk/

Webster University (Genve): http://www.webster.ch/

Windows on Haiti: http://www.windowsonhaiti.com/

Wired: http://www.wired.com/

Wooldridge, Russon (site): http://www.chass.utoronto.ca/~wulfric/

WorldWide Language Institute (WWLI): http://www.wwli.com/

www.0m1.com: http://www.0m1.com/

WWW Virtual Library (The): http://vlib.org/

WWW Virtual Library (The) - Publishers:
http://archive.museophile.sbu.ac.uk/publishers/

Xerox Palo Alto Research Center (PARC): http://www.parc.xerox.com/

Xerox Palo Alto Research Center (PARC) - Electronic Reusable Paper:
http://www.parc.xerox.com/dhl/projects/gyricon/

Xerox Research Centre Europe (XRCE): http://www.rxrc.xerox.com/home.fr.html

Yeux du labyrinthe (Les): http://homeusers.brutele.be/acmahaux/andrachmes/

yourDictionary.com (YDC): http://www.yourdictionary.com/

Zazieweb: http://www.zazieweb.com/

Zazieweb - Annuaire des sites: http://www.zazieweb.com/annuaire.php


24. INDEX

[*9.5 = chapitre.section]

Accessibilit du web 9.5

Annuaires spcialiss 20.1

Auteurs 3, 13.1, 17.2, 18.1, 18.2, 19.1

Auteurs multimdias et hypermdias 3.2

Avenir 6.4, 8.2, 9.2, 12.4, 17

Bases de donnes 12.2

Best-sellers 16.2, 16.3

Bibliothcaires 11, 13.2, 18.1, 18.2, 19.2

Bibliothques 8.2, 11

Bibliothques numriques 11.1, 20.4

Bibliothques traditionnelles 11.3, 20.2, 20.3

Chronologie 2

Conditions de travail 17.1

Convergence multimdia 17.1

Cryptage 5.5

Cyberespace 18.1

Cyberpresse 4, 9.4, 20.13

Dictionnaires 12.1, 20.5

Documentaires hypertexte et hypermdia 6.4

Documentalistes 11, 13.2, 18.1, 18.2, 19.2

Documentation juridique 11.1

Droit d'auteur 5, 20.14

Ecriture 3.1, 3.2, 3.2

Editeurs 6, 7.2, 13.3, 18.1, 18.2, 19.5

Edition 6, 7.2, 20.6

Edition braille 9.1

Edition classique 6.2

Edition lectronique 6

Encre lectronique 8.2

Encyclopdies 12.1

Enseignement 12

Feuilletons hypermdias 3.2

Fournisseurs de services 20.18

Gestionnaires 13.4, 17.4, 18.1, 19.6

Hypermdia 3.2, 6.4

Hyper-romans 3.2

Hypertexte 3.2, 6.4

Imprim 13

Internationalisation 20.8

Journalistes 4, 17.1

Langue anglaise 14.3

Langue franaise 14.4, 20.7

Langues 14, 15, 20.8, 20.9, 20.10

Langues minoritaires 14.6

Lgislation 5.6

Libraires 10, 19.7

Librairies 7.2, 10, 20.11

Librairies classiques 10.1

Librairies d'ancien 10.1

Librairies de voyage 10.1

Librairies en ligne 10.2

Librairies numriques 10.3

Linguistes 13.5, 14, 15, 18.1, 18.2, 19.8

Linguistique computationnelle 15, 20.10

Littrature 3, 6, 13.1

Littrature hypertexte et hypermdia 3.2, 6.4, 13.1

Livre lectronique 8, 20.12

Livre numrique 7, 9.2, 9.3

Livre numrique braille 9.2

Livre numrique vocal 9.3

Livre pour enfants 16.2

Localisation 20.8

Moteurs de recherche 12.1, 12.2, 14.7

Multilinguisme 14, 20.8

Multimdia 3.2

Multinationales 5.8

Numrisation 11.2

Papier 13

Papier lectronique 8.2

Perspectives 6.4, 8.2, 9.2, 12.4, 17

Piratage 5.4

Plagiat 5.4

Presse 4, 9.4

Presse en ligne 4, 17.1, 20.13

Professeurs 12, 13.6, 18.1, 18.2, 19.9

Proprit intellectuelle 5, 20.14

Publiphone 9.4

Romans 3.1, 3.2

Sciences de l'information 11, 20.15, 20.16

Socit de l'information 18.2

Spcialistes du numrique 13.7, 18.1, 18.2, 19.3

Souvenirs 19

Traduction 14.7, 15, 20.17

Traduction automatique 14.7, 15, 20.10

Traitement de l'information 11, 12, 20.15, 20.16, 20.18

Universit 12.2, 12.3, 12.4

Copyright  2001 Marie Lebert







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1.F.

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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's
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