Project Gutenberg's Parapilla, pome en cinq chants, by Charles Borde

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Title: Parapilla, pome en cinq chants

Author: Charles Borde

Release Date: December 28, 2008 [EBook #27641]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PARAPILLA, POME EN CINQ CHANTS ***














PARAPILLA, _POME_ EN CINQ CHANTS, _Traduit de L'ITALIEN._


A FLORENCE.

_M. DCC. LXXVI._



CHANT PREMIER.


    D'autres pourront chanter le Labarum,
    Le bouclier de l'Amant d'Egrie,
    Ou l'Oriflamme, ou le Palladium,
    Ou des Rhmois l'Ampoule si chrie,
    Prsents sacrs, tous descendus des Cieux,
    Des Rois dvots merveilleuses trennes:
    Je veux chanter un don plus prcieux.
    Ce bijou-ci plairoit beaucoup aux Reines;
    Il est cleste, unique, plein d'attraits:
    Mais par malheur, sur les traces d'Astre,
    Il remonta l-haut dans l'Empire;
    Le Ciel jaloux a repris ses bienfaits.

    Tendre Vnus, & vous Minerve mme,
    Guidez mes chants, inspirez tous mes Vers;
    Vous m'aiderez  charmer l'univers;
    Et mon Hros, par sa beaut suprme,
    Tiendra sur lui vos yeux toujours ouverts.

    Grace  ma muse, Emule de Virgile,
    J'ai fait l'exorde; & c'est beaucoup, dit-on;
    Parler des Dieux, n'est pas chose facile:
    Or sus, ma lyre, il faut baisser d'un ton.

    Jadis vivoit dans les murs de Florence
    Un beau Galant, d'une haute naissance,
    Nomm Rodric; hlas! trop gnreux.
    Car de la Blonde allant droit  la Brune,
    En beaux festins, cadeaux, plaisirs & jeux,
    Il eut bientt dissip sa fortune.
    Que devenir en cette extrmit?
    Sage il devint, grace  l'adversit.
    Fuyant sa honte, et cachant sa misere,
    L'infortun, d'un peu d'argent comptant
    Qui lui restoit, achete une chaumiere,
    Et tout auprs un petit bout de champ.
    L, tout pensif, sans valets ni servantes,
    Il travailloit, ayant parmi ces foins
    Un peu d'humeur: on en auroit  moins.

    L'aurore ouvroit ses portes clatantes,
    Quand tout--coup un beau jeune Garon
    Vint l'aborder, & lui dit sans faon:
    Hol, l'ami, dis-moi ce que tu plantes?
    Rodric, peu fait  ces tons levs,
    Lui rpondit: c'est ce que vous savez.
    Jeunes Beauts, ce ne sont pas ses termes:
    Il se servit de mots un peu plus fermes,
    Disant tout haut les choses par leur nom,
    Que je tairai, si vous le trouvez bon.
    Vous connoissez cette plante si belle;
    De vos beaux yeux un doux regard suffit,
    Un seul regard, c'est le soleil pour elle,
    Mais reprenons le fil de mon rcit.

    Lorsque Rodric, ayant martel en tte,
    Eut profr ce discours malhonnte,
    Le beau Garon froidement dclara:
    Vous en plantez, eh bien, il en viendra.
    Soudain il fuit comme une ombre lgere,
    Et de son pied touche  peine la terre.

    Rodric alors resta ptrifi,
    Lui qui parloit en tout temps comme un livre:
    Avoir ainsi manqu de savoir-vivre,
    Brutalement avoir congdi,
    O Ciel! & qui?... c'est un Ange... sans doute,
    C'est Gabril, de la cleste vote
    Exprs pour lui descendu par piti.
    Un tel soupon n'a rien de fort trange.
    Durant le cours de ses plaisirs mondains.
    Toujours Rodric honora ce bel Ange,
    Beau messager du Matre des destins.
    Car  Florence on brle plus de cierges
    Aux Chrubins, qu'aux onze mille Vierges;
    Informez-vous, chacun vous le dira.
    Mais quel remords, & quelle tourderie!
    Comme il gmit & se dsespra!
    Si de l'effet la menace est suivie,
    Plus de ressource; & comment se nourrir:
    Pauvre Rodric, tu n'as plus qu' mourir.

    L'astre du jour, durant cette lgie,
    De ses rayons prodiguant les bienfaits,
    Lanoit par-tout la chaleur & la vie:
    Soir & matin Rodric est aux aguets.
    Finalement,  douleurs!  regrets!
    Le fruit fatal s'levant sur la terre,
    Nouvel OEdipe, est vainqueur de sa mere.
    Fille qui trouve un serpent sous ses pieds
    En foltrant sur la verte prairie,
    De plus d'effroi ne peut tre saisie.
    Point de pcheurs qui ne soient chtis.
    Rodric puni se signe, s'agenouille,
    De pleurs amers son visage se mouille:
    Ecoutez bien, mes vers sont un sermon.

    Le Gabril est n plaisant, mais bon;
    Il pardonna. Les ales tendues,
    Je l'apperois, qui, d'un air triomphant,
    Par de pourpre & port sur des nues,
    Dit  Rodric: Calme-toi, mon enfant;
    Tu viens de voir un singulier prodige,
    Mais ce n'est rien: prend la plus belle tige:
    Dans un panier alors tu la mettras;
    Cours  la Ville, & l tu la vendras
    Cent mille cus; c'est le prix, & pour cause;
    Car aussi-tt que l'on verra la chose,
    Femme ni fille,  tous ne manquera
    De s'tonner, & de crier AH! AH!
    Or, dans l'instant la divine merveille,
    Chez celle-l qui poussera ce cri,
    S'introduira, mais non pas par l'oreille;
    Et l sans cesse, un doux charivari
    Excitera volupt sans pareille,
    Si l'on ne dit ce mot, PARAPILLA.
    Adieu, Rodric; retiens bien tout cela.
    L'Ange s'envole, & Rodric s'humilie.

    Il s'en va donc cueillir le fruit de vie,
    Bien proprement le place en un panier,
    D'un tas de fleurs lui fait un oreiller,
    Le tout couvert de belle mousseline:
    Le Pain bni n'a pas meilleure mine.
    Quant au surplus des fruits de ce jardin,
    Vous le dirai-je? il disparut soudain.

    Le cher Rodric cependant s'achemine;
    Il va bientt revoir ces lieux chris,
    Temple des Arts, enfants des Mdicis.
    Tout s'embellit sous leurs mains souveraines;
    Nobles Tyrans, & modeles des Rois,
    Les Muses mme avoient dict leurs loix,
    Et leur Palais est l'asyle d'Athenes.
    Avec transport Rodric hta ses pas;
    Et le voil, criant sa marchandise,
    Et par son nom, de crainte de mprise,
    Sans quoi les gens ne devineroient pas.
    Car lisez bien Fable, Roman, Histoire,
    Interrogez Sorciers & Loup-garoux,
    Point ne verrez que jamais  la foire
    On ait vendu de semblables bijoux.
    Contes en l'air, me diront cent critiques;
    Tant pis pour eux: c'est un homme de bien
    Qui nous transmit tous ces faits authentiques;
    Si l'on en doute, on ne croira plus rien.
    Gens indvots, grands faiseurs d'Epigrammes,
    Exercez-vous, j'en prends peu de souci;
    Moi, je suis simple, & c'est aux bonnes ames
    Que je veux plaire en crivant ceci.
    Or, prparez vos yeux & vos oreilles.
    O Gabril! que ton bras est puissant!
    Vous allez voir d'tonnantes merveilles
    Mais laissez-moi respirer un moment.




CHANT II.


    Fille du Ciel, douce Philosophie,
    Combien de foux abusant de ton nom,
    Et des Franois corrompant le gnie,
    Ont, en Mgere, affubl la raison!
    Timon se leve, & dit d'un ton sublime:
    Meurent les Arts, & prissent l'esprit!
    L'homme est charmant sitt qu'il s'abrutit;
    Et tous les sots reoivent pour maxime,
    Qu'il est grand jour aussi-tt qu'il fait nuit.
    Ainsi bravant la sagesse ternelle
    Qui nous traa les routes du bonheur,
    L'homme insens se croit plus sage qu'elle.
    Eh! qu'a produit cette sombre fureur?
    Triste & farouche on ddaigne la vie,
    Le Suicide a souill ma patrie;
    De noirs forfaits remplacent le plaisir:
    On trembleroit de caresser les graces,
    Le fanatisme est errant sur nos traces,
    La gaiet suit, & je cours la saisir.

    A l'heure mme toit  sa toilette
    Bien tristement Madame Capponi,
    Trs-mal nomme, & les aimant, nenni;
    Au demeurant riche, belle, discrete,
    Pleurant encor la mort de son mari,
    Et du veuvage assez mal satisfaite.

    Le Crieur passe, & certain son qui plat.
    Frappe la Dame, & la trompe peut-tre.
    Marton, dit-elle, allez  la fentre,
    Ecoutez bien, & sachez ce que c'est.
    Marton bientt revient toute trouble;
    Le croirez-vous! ah! Madame, coutez!
    C'est un Marchand,... je suis merveille.--
    Mais que vend-il?--Ce que vous regrettez.
    La Dame dit: faites venir cet homme.--
    Quoi! l'appeller!... la chose vous surprend?
    Tenez pour sr qu' Paris ou dans Rome
    Toute autre qu'elle en auroit fait autant;
    Et telle ici qui fait la prcieuse,
    A son Marchand, qu'elle voit chaque jour;
    Le Roi, la Reine, avec toute la Cour,
    N'ont-ils pas vu la piece curieuse?
    Or, c'est le cas, ou jamais il n'en fut.

    Le Marchand dont  l'instant comparut;
    Bien humblement il fit sa rvrence,
    Ote le voile, & le tout se passa
    Comme  Rodric Gabril l'annona.
    Figurez-vous en pareille occurrence
    L'motion & le saisissement
    D'une Beaut qui se voit envahie,
    Et sans respect ainsi prise  partie.
    Et nanmoins le premier mouvement,
    Si naturel, fut de se laisser faire,
    Se rsignant, soupirant de grand coeur,
    Et des deux mains, par excs de pudeur,
    Cachant ses yeux. Le second tout contraire
    Fut d'carter, hlas! le tmraire:
    Mais vains efforts & nouvel embarras;
    Elle le veut, elle ne le peut pas.--
    Mon cher Monsieur, voulez-vous que je meure!
    Je ne puis plus endurer ce mchant...
    Ah! par piti, dlivrez-moi sur l'heure.--
    Trs-volontiers. Prononcez seulement
    PARAPILLA.--F donc, c'est du grimoire,
    Vous me trompez.--Non; vous pouvez m'en croire,
    Le terme est neuf... propre  la chose.--Mais!
    Elle frmit, & ne dira jamais
    Ce vilain mot. La charmante hypocrite
    Gagnoit ainsi du temps & du plaisir,
    Et ce ne fut qu'avec un grand soupir
    Qu'elle lcha la parole susdite.
    L'esprit malin a dj pris la fuite.
    Parmi les fleurs prompt  se recueillir,
    On le prendroit pour un Saint dans sa niche.
    AH! reprit-elle, avec un air confus,
    Et le voil dans l'instant qui dniche
    Pour se nicher tout comme ci-dessus.
    Que ne peut point un procd si tendre!
    Le cher ami dj ressuscit,
    PARAPILLA se fait long-temps attendre.
    Le phnomene est vingt fois rpt;
    Prcaution que prend toujours le Sage,
    S'il veut  fond savoir la vrit.
    Je n'en dirai sur cela davantage,
    J'en ai trop dit, peut-tre; mais enfin
    Vous connoissez ce pauvre genre humain:
    Pour peu qu'un fait soit hors de leur porte
    Un grave sot, une tte vente
    Vous traitera de menteur, ou de fou,
    Si l'on ne dit comment, pourquoi, par o.

    Pour terminer, la Dame bien instruite,
    Bien exerce, acheta le bijou,
    Sans marchander sur la valeur prescrite.
    Le bon Rodric eut les cent mille cus.
    C'toit alors une assez forte somme,
    Qui suffisoit pour vivre en honnte homme.
    Il est heureux; que voulez-vous de plus?
    Mais il nous reste un trsor bien plus rare!
    Que devint-il? tout vous sera cont.

    Jamais trsor ne fut par un avare
    Gard si bien, si souvent visit:
    Il est cach au fond d'une cassette,
    A double clef, & fermante  secret:
    Mme Marton, confidente discrete,
    Ne le vit plus, quoiqu' son grand regret.
    La Dame, hlas! toujours se squestroit;
    Dirai-je seule, ou bien en tte--tte?
    Ne se lassant d'prouver sa conqute,
    Examinant cette proprit,
    D'aller, venir toujours  volont;
    Rare talent & vertu souveraine,
    Que n'eut jamais pour Princesse ou pour Reine
    Aucun Amant, tant soumis ait t.
    Ainsi passa le cours d'une semaine
    Comme un instant: la Dame en tout ceci
    Ne regrettoit au monde ame qui vive;
    Plus de visite active, ni passive:
    Tout le quartier toit fort en souci.
    C'est une nigme; est-elle folle, ou morte?
    Chacun raisonne, & chacun dit son mot.
    Force valets vont sans cesse  la porte:
    Or, convenez que le monde est bien sot.

    La belle Veuve eut une soeur Abbesse,
    Que tous les jours, avant ce cas pressant,
    Elle alloit voir par excs de tendresse.
    De la Nonnain peignez-vous la dtresse!
    Huit mortels jours ont dur comme cent.
    Chaque matin un billet de reproche,
    De dsespoir; son trpas est si proche,
    Que notre Belle  la fin se rsout,
    Vole au parloir: la scene fut touchante:
    La Dame foible, & la Nonne exigeante;
    De point en point on lui raconta tout.
    Peut-on mentir, hlas!  ce qu'on aime!
    Oserez-vous cacher votre bonheur,
    A qui le doit sentir comme vous-mme?
    L'Abbesse avoit un grand fond de pudeur;
    Elle frmit des pchs de sa soeur,
    Et d'autant plus que l'outil diabolique
    Fut srement form par art magique,
    Oh! non, dit l'autre; il est venu du Ciel,
    C'est un prsent de l'Ange Gabril.
    Prouvant ce point d'une faon trs-claire:
    S'il est ainsi, prtez-le-moi, ma chere,
    J'aurai bientt connu la vrit;
    Si dans le fait c'est un fruit de la grace,
    Que parmi vous on appelle efficace,
    Il ne sauroit blesser la puret:
    Mais pardonnez  ce coeur agit,
    Qui doute encore; il s'agit de votre ame.

    Au nom du Ciel, au nom de la vertu,
    Tant fut enfin requis & dbattu,
    Qu'il faut permettre un soin qu'elle rclame.
    Le lendemain, de crainte d'accident,
    Un laquais sr, & de plus trs-prudent,
    Doit apporter la cleste cassette;
    Un autre  part des clefs sera charg:
    Et le retour est de mme arrang.
    Le tout enfin, aprs l'preuve faite,
    Fidlement sera rendu le soir.
    Adieu, ma soeur, adieu, jusqu'au revoir.

    La Dame alors revient en diligence,
    Le coeur serr, pleurant son imprudence,
    Et maudissant ce funeste projet.
    Qu'a-t-elle dit, hlas! qu'a-t-elle fait!
    Comment pouvoir supporter cette absence!
    Et cependant, au fond, ce n'est qu'un jour.
    Ah! c'est un siecle! ainsi compte l'Amour.
    Vous concevez que la nuit fut fort tendre;
    On n'entendit que le bruit des soupirs,
    Tous prcds, ou suivis des plaisirs:
    Un doux repos vint enfin les suspendre.
    Mais quel rveil! quel trouble! quel moment!
    L'ame, sans doute, a ses pressentiments!
    Ah! c'est sa faute; elle fut fort peu sage,
    Trop confiante, & connut mal le prix
    D'un tendre Amant que l'on tient au logis,
    Point indiscret, & sur-tout point volage;
    Dont nul voisin ne disoit, le voil;
    Et qui, charm de son doux hermitage,
    Quand on vouloit, se trouvoit toujours l.
    Mais  sa soeur elle a promis ce gage:
    L'heure s'envole ainsi que les amours.
    Adieu, dit-elle; & de l'oeil & du geste,
    Le caressant en personne modeste,
    Elle l'enferme, il part, & pour toujours.




CHANT III.


    Mes chers amis, faites treve  vos larmes:
    Si l'imprudente prouve quelqu'ennui,
    Elle eut huit jours de plaisirs, Dieu merci,
    Sans nulle pause. En ce sjour d'allarmes
    C'est un bon lot: hlas! tout nous apprend
    Que le bonheur est chose fugitive;
    D'un pied boteux jusqu' nous il arrive,
    Se montre  peine, & s'chappe  l'instant.

    Mais j'apperois les murs de l'Abbaye,
    Vaste difice, o les Burneleschis,
    Les Sartonis, par cent travaux exquis,
    Ont de leur art puis le gnie.
    L'azur & l'or y mlent leurs couleurs.
    L, dans le sein de la magnificence,
    L'oisivet, par des voeux imposteurs,
    Se vante encor d'embrasser l'indigence.
    La chastet s'y garde comme ailleurs.
    C'est un serrail de Sultanes jalouses,
    Et qui par fois, pour charmer leur ennui,
    D'un mme Dieu se disant les pouses,
    Font des enfants qui ne sont pas de lui.
    Pour mon Hros, c'est l'isle de Cythere.
    Que l'Aumnier va languir aujourd'hui!

    Le saint dpt arrive au Monastere:
    L'oreille au guet, & qui n'est pas d'un sourd,
    L'Abbesse est-l, marmottant sa priere:
    Donnez, donnez, dit-elle  la Tourriere;
    Hlas, ma soeur, le fardeau n'est pas lourd.
    Et la voil qui court  sa cellule,
    A deux genoux invoquant sainte Ursule.
    On mit le tout sur un petit Autel,
    Puis on s'arma du livre aux exorcismes;
    On parcourut le sacr Rituel,
    Lisant tout haut, faisant cent solcismes,
    Sans que jamais Belzbut, Astarot,
    A son latin rpondissent un mot,
    Dieu soit lou, dit-elle, je suis sre
    Qu'il n'est point-l de dmons malfaisants;
    La chose vient du Ciel mme en droiture,
    Le doigt divin se trouve l-dedans.
    En ce moment les clefs lui sont remises,
    Elle ouvre, & crie en toute humilit.

    Peindrai-je ici les nobles entreprises
    Du fier vainqueur & son activit,
    Lorsqu'il franchit de plein saut les obstacles,
    Gages certains de la virginit.
    Point ne faisons de semblables miracles,
    Foibles mortels! La Nonne soupira
    Et commenoit  prononcer PARA...
    Mais s'arrtant sur la foi des Oracles,
    Elle s'crie: O Ciel, soyez bni!
    La Nonne est chaste, il faut beaucoup de gases.
    Abrgeons donc. La Dame Capponi
    Eut des transports; l'Abbesse a des extases.
    Il est certain qu'elle vit plusieurs fois
    Le Paradis, tout comme je vous vois.

    Hlas! parmi ses tendres agonies,
    Elle oublia tout net d'aller au Choeur,
    O l'on chantoit les Vpres, les Complies;
    Et c'est de-l que vint tout le malheur:
    Madame en tout donnoit le bon exemple,
    Et se montroit fort assidue au Temple:
    Par quel hasard n'avoir point assist?...

    Toutes les Soeurs, au sortir de l'Office,
    Courent en foule, & Professe & Novice,
    Pour s'informer de sa chere sant.
    En tte sont deux des plus familieres,
    Qui de sa porte ont franchi les barrieres.
    Quoi! direz-vous, la porte  double tour
    N'toit pas close! hlas! non, je l'avoue;
    Et le dmon, qui des filles se joue,
    A sa mmoire a fait ce mauvais tour;
    Ou Gabril, car on ne sait qu'en croire.
    Quoi qu'il en soit, c'est un fait avr.
    Or, coutez la suite de l'histoire.

    Dans le moment que le couple est entr,
    Sur ses lauriers se reposoit l'Abbesse;
    Et n'allez pas la taxer de paresse:
    Aux champs de Mars & dans ceux de Cypris,
    La gloire cote, & cote trop peut-tre;
    Et c'est toujours aux dpens de son tre
    Qu'un grand courage a disput le prix.
    Vous le jugez, sans que je vous le dise,
    Qu'alors la chose  l'cart toit mise;
    Mme la bote, o gt le beau Phnix,
    Etoit ouverte aux pieds du Crucifix.
    Agns l'a vu, la voil qui s'crie...
    A ses genoux le vainqueur a vol,
    L'affaire est faite, autant de viol.
    La forte, hlas! craint de perdre la vie;
    Elle est sans art, ne sachant rien de rien.
    L'Abbesse dit, que tout est pour son bien,
    Mais vainement: & pour la faire taire,
    Car  ses cris tout le monde accouroit,
    Il fallut bien rvler le mystere,
    Et les deux mots par qui tout s'oproit,
    Dont l'autre Soeur, trs-habile coliere,
    Fort  propos sut faire son profit;
    Car le grand mot par Agns tant dit,
    Le fier Tarquin soudain la rpudie.
    Soeur Madelon, qui ne craint pas le viol,
    Le couche en joue & l'arrte en son vol:
    L'oiseau s'abat; elle se l'approprie.
    Et cependant interrogeant Agns,
    Toutes les Soeurs autour d'elle assembles,
    De Gabril ont appris les secrets.
    Les cris, les pleurs les avoient fort troubles;
    Mais contemplant l'adresse & la valeur
    De Madelon, & la grace divine
    Dont  leurs yeux sa face s'illumine,
    Ce noble exemple a ranim leur coeur.
    Elles n'ont vu jamais dans leur Eglise
    Miracle aucun qui soit plus  leur guise:
    Au don du Ciel, toutes prtendent part.
    Toutes l'auront, l'Abbesse l'autorise.
    Il le falloit; & sans plus de retard:
    Ou c'toit fait du voeu d'obissance.
    L'ordre est donn, les Soeurs sont en silence,
    A deux genoux; & l'Abbesse commence.

    Vous avez vu dans le saint temps Pascal
    Un Directeur assis au Tribunal:
    A droite,  gauche, un essaim de femelles
    Est  l'afft, avanant pas  pas
    L'une aprs l'autre; & si l'une d'entre elles
    Est trop long-temps  dbrouiller son cas,
    Chacune dit: elle ne finit pas;
    Quoi! tout te jour il faudra se morfondre!
    Tel des Nonnains toit l'empressement,
    Plus grand cent fois, j'ose vous en, rpondre.
    PARAPILLA marchoit si lentement,
    A chaque fois les AH font tel esclandre,
    Sont si nombreux, si prompts, que bien souvent
    Le Directeur ne sait auquel entendre.
    Plusieurs disoient leur _Benedicite_,
    En attendant, d'autres _Veni Sancte_.
    Un beau spectacle, toit la sous-Prieure
    Se recueillant en fille intrieure,
    Et soumettant, la chair  l'Eternel;
    L'instant d'aprs une autre moins docile,
    Pleine du Dieu, n'ayant rien de mortel,
    Se dbattoit, ainsi que la Sibylle;
    L'autre s'enfuit avec le trait fatal;
    La Mere Alix pensa le trouver mal:
    Il est trop vrai que ses forces succombent,
    Son oeil se ferme, & ses lunettes tombent.
    Soeur Madelon, dj faite au pril,
    Tint fort long-temps le galant en fourriere;
    On murmuroit: o le miracle est-il?
    Bref, le hros accomplit sa carriere,
    Mais ce ne fut qu'aprs un long combat,
    Bien disput, bien digne de mmoire:
    Puis on entonne un beau _Magnificat_.
    Tort ou raison, les Soeurs crioient victoire.
    Mais ce qui doit charmer tout bon Chrtien,
    Trente blesss se portent tous trs-bien,
    Et vont gaiement souper au Rfectoire.

    Mais savez-vous, Lecteur, l'heure qu'il est?
    Minuit sonn. Depuis la nuit tombante,
    Un grand Laquais est l-bas en arrt,
    Qui crie, & peste, & jure, & se lamente;
    L'Abbesse enfin lui porte le coffret;
    Le drle parti & s'en va comme un trait.




CHANT IV.


    Rien ne me charme autant que la morale,
    Noble aliment fait pour l'esprit humain;
    Voil pourquoi ce Pome en est plein:
    Malheur pourtant  celui qui l'tale
    Sans la parer, sans la couvrir de fleurs,
    Car il fera biller tous les Lecteurs.
    L'ame est rebelle aussi-tt qu'on l'ennuye.
    Massillon mme a sa coquetterie,
    Et Fnelon daigna peindre Eucharis.
    Que si je trace aux Belles de Paris
    Des volupts dignes du Paradis,
    Tristes Docteurs, Censeurs atrabilaires,
    Quel est mon but? Cela ne doit-il pas
    Les dtacher des choses d'ici-bas?
    Chrira-t-on de semblables miseres?
    Galant, de Cour si beaux, si bien tourns,
    Faites les fiers, on va vous rire au nez.

    En ces temps-l vous saurez que la Ville
    Fut divise en diffrents partis,
    Et qu'on craignoit une guerre civile.
    Les plus suspects, toient les Capponis.
    Le Barigel couroit toutes les nuits,
    Espionnant, faisant par-tout la ronde,
    Interrogeant & fouillant tout le monde,
    Et pour un rien les menant en prison.
    Il rencontra cheminant dans la rue,
    L'homme au coffret: l'heure toit trs-indue;
    Et la livre excitant le soupon:
    Arrte-l... Dis-moi ce que tu portes?--
    Je n'en sais rien.--La clef?--Je ne l'ai pas...--
    Allons, coquin, au cachot de ce pas.
    L'autre entendant ces paroles trop fortes,
    Jette la bote, objet du dml,
    Et court, & fuit, & tout honteux arrive
    A la maison, disant: on m'a vol.
    Mais la cassette? hlas! elle est captive.
    Ce cher trsor, par quel arrt du Ciel
    Va-t-il tomber aux mains d'un Barigel?
    Belles, pleurez, mais sachez vous soumettre;
    Suivons toujours notre histoire  la lettre.

    Au point du jour, le Prvt harass,
    Rentrant chez lui, n'eut rien de plus press
    Que de forcer la bote & la serrure.
    Les gens fort sots ne s'tonnent de rien:
    Comme il n'toit du tout Physicien,
    Il ddaigna son trange capture;
    Et laissant-l le tout  l'aventure,
    Entre deux draps il se met promptement,
    Et bille, & ronfle, & dort profondment.

    Ce jour-l mme il marioit sa fille,
    Fort ingnue, au reste assez gentille.
    A l'heure dite on va la rveiller.
    Tous les parents venoient de s'assembler;
    Chacun s'embrasse & l'on court  l'Eglise;
    Le Prtre dit: _Ego, vos conjungo._
    Puis l'on s'en vient, & l'on dne  gogo,
    Tout en disant mainte & mainte sottise.
    On rit, on boit, & chacun prophtise
    Le siecle d'or aux deux nouveaux conjoints:
    C'est fort bien fait; mais gare les adjoints.

    En nous chargeant d'une chane si dure,
    Avons-nous bien consult la nature?
    Se condamner  se plaire toujours!
    Enchane-t-on les Graces, les Amours?
    Ces petits Dieux n'ont-ils pas tous des ales!
    Hymen se trompe, il en fait des rebelles.
    Tyran farouche, imprieux, jaloux,
    Comme un Vautour, le soupon le dchire:
    Il est puni; l'Amour tombe aux genoux
    De la Beaut, la console, l'admire;
    Par son respect, il veut tout mriter:
    Elle est esclave, il en fait une Reine,
    Une Desse; on ne peut rsister.
    Vous le croyez... Mais c'est trop m'carter
    De mon sujet, Gabril m'y ramene...

    L'aprs-midi, sans trop savoir pourquoi,
    La Marie a quitt la cohue.
    Toute inquiete, & rvant  part soi,
    En attendant que la nuit soit venue.
    Dire comment la Belle est parvenue
    A cette chambre o son pere couchoit,
    Je n'en sais rien; mais enfin c'est un fait,
    Et l'y voil. Quoi, dit-elle, un coffret
    De bois de rose en belle mozaque?
    Sachons un peu quel est ce beau secret.
    Ainsi pensoient Eve, Psych, Pandore,
    Madame Loth, & bien d'autres encore.
    Incessamment vous jugez qu'elle ouvrit;
    Vous devinez comment l'autre s'y prit,
    Comme il accourt, comme il entre en mnage?
    Si que la Belle,  son apprentissage,
    Croit que c'est-l la fin du Sacrement
    Qu'elle ignoroit, & se pme d'autant.

    L'poux survient, qui, la trouvant prcoce:
    Parbleu, dit-il, ne vous pressez pas tant,
    Vous allez voir un beau prsent de noce.
    Non, mon ami, non, je le tiens... Hlas!
    C'est bien en vain qu'il se jette en ses bras,
    Ivre d'amour, impatient superbe;
    On lui crioit, vous nous importunez:
    Notre homme reste avec un pied de nez,
    Et c'est de-l que nous vient le proverbe.

    Du haut des Cieux Gabril a souri:
    Que voulez-vous? tel est son caractere,
    Il ne craint pas de berner un mari.

    Le voil donc fix dans la carriere;
    Bravant l'hymen, tonnant les Amours,
    Ce fier athlete, & triomphant toujours.
    Mortels heureux, on vante l'Elise;
    Il toit-l! mais quoi, dans ce bas lieu
    Du plus grand bien il ne nous faut qu'un peu,
    Et toujours feindre est chose mal-aise.

    La chere Enfant, si l'on veut le savoir,
    Fuyoit le monde, & sur-tout les voisines:
    Chacun disoit: elle fait trop de mines.
    Vous qui riez, je voudrois vous y voir.

    Mais tout prend fin parmi l'espece humaine;
    Car un beau jour que son pere mourut,
    Que les parents, amis, tout accourut:
    AH! disoit-elle, eh respirant  peine.
    Chaque soupir trompoit, encourageoit
    Notre Hros; plus elle s'affligeoit,
    Plus son aspect vous sduit, vous enchante.
    Baigns de pleurs, ses regards sont divins,
    C'est Mdicis, des crayons de Rubens.
    Bref, sa douleur parut si ravissante,
    Que le scandale en fut universel.
    Toute perdue & le coeur plein d'angoisse,
    Elle s'chappe & vole  sa paroisse,
    Et se prosterne, & dit: Pouvoir du Ciel,
    Rendez la paix  ces sombres demeures!
    Ce _Memento_ n'toit pas dans ses heures;
    Elles sont-l, prs d'elle,  l'abandon.
    Une dvote  coffe rabattue,
    A ses cts faisant le cou de grue,
    Prioit aussi, mais sur un autre ton.
    L'autre reprit son livre de prieres,
    Et tout--coup  ses regards brilla
    Un beau billet en trs-gros caracteres,
    En lettres d'or: dites, PARAPILLA.
    Ne doutant point de quelques grands mysteres,
    Elle obit: Mesdames, plaignez-la.
    Triste miracle, & peu digne d'envie!
    Elle ne fit de mines de sa vie.

    Mais l'habitude a de puissants appas.
    Bien que l'Epoux obtnt mainte victoire,
    Qu'elle et par fois quelqu'Amant dans ses bras,
    Toujours pleurant les beaux jours de sa gloire,
    Elle disoit, non, vous ne m'aimez pas.

    Or maintenant, quelle fut la retraite
    Du fugitif? La dvote en prit soin.
    C'toit Marton: il n'alla pas fort loin.
    Du grand Laquais porteur de la cassette.
    Elle a tir l'aveu le plus complet;
    De-l, suivant le gibier  la piste,
    Grace au soupon, bon physionomiste,
    Elle connut quel lieu le recloit.
    Mais il s'agit d'en tre l'exorciste,
    Sans se commettre; & le plan bien conu,
    Le mot du guet, plac juste en mesure,
    A mis  fin cette belle aventure.
    Encor un Chant, tout vous sera connu.




CHANT V.


    Quelques Lecteurs pourront trouver trange
    Qu'interrompant de si nobles travaux,
    Une Soubrette occupe mon Hros.
    Mais ce Pome est dict par un Ange:
    Aux yeux du Ciel le chne, le roseau,
    Le grain de sable, & le plus beau joyau,
    Tout est gal. Les charmes, la tendresse
    Sont-ils un don de la seule richesse?
    Oh! qu'il est doux par fois de droger!
    Plus d'un Hros est devenu berger,
    Et plus d'un Duc en conte  la suivante.

    Notre Marton toit fort avenante;
    Gens du bel air lui conviendroient beaucoup.
    Mais dans le deuil de la Dame prudente,
    Nul n'est reu: ds qu'elle eut fait son coup,
    Droit au logis retourne la Donzelle.
    Genoux serrs, tremblant que son captif
    Ne ft tent de prendre cong d'elle,
    Et ne lui ft un affront positif.

    Tel un filou qui, d'une main adroite,
    Vient de voler un bijou prcieux,
    Cachant son trouble, observe  gauche,  droite,
    L'air affair, redoutant tous les yeux:
    Ainsi Marton a regagn sa porte.
    Dans son rduit, toute seule au retour,
    Sachons comment la Belle se comporte;
    Vous y verrez tout ce que peut l'Amour.

    Souvenez-vous qu' la premiere vue
    Le noble objet eut son affection;
    Depuis ce jour, c'est une passion
    Que le dpit & l'absence ont accrue.
    Amour alors devient un autre Mars.
    Notre Hros courut bien des hasards.
    Si du destin la main toute-puissante
    Avoit permis qu'il pt tre vaincu,
    Marton, sans doute, eut t triomphante,
    Mais vous savez qu'il ne l'a pas voulu.
    Bientt Marton  sa douce Matresse,
    Avec usure, a rendu tous ses torts.
    Seule  son tour en proie  ses transports,
    De six laquais l'importune tendresse
    Gmit en vain; la Belle & ses appas
    Ne se font voir qu'aux heures du repas;
    Et lorsqu'il faut parotre  sa toilette,
    Deux tours de main, voil l'affaire faite.

    La Capponi trouva qu'on lui manquoit,
    Et le cong lui fut donn tout net.
    Sans balancer, Marton & compagnie
    L'ont accept. Tous deux incognito,
    Ne se lassant de leur charmant duo,
    Vont occuper une chambre garnie,
    Ne voyant qu'eux dans ce vaste Univers,
    Et fort contents d'avoir bris leurs fers.

    Amour! Amour! quelle est ton imprudence!
    Diane mme a senti ta puissance:
    Combien de soins pour son Endymion!
    Combien l'Aurore a gmi pour Tithon!
    Et qu' Vnus tes malheurs & tes charmes,
    Bel Adonis, ont fait verser de larmes!
    Mais sans chercher des exemples si beaux,
    Que de Las jadis si bien payes
    Par des Prlats, par des Chefs de Bureaux;
    Dans un grenier maintenant oublies,
    Ont tout perdu pour des Godelureaux!

    Marton, sans doute, a fait une folie;
    La pauvre enfant, son fonds est bien petit:
    Ce fier rgime augmente l'apptit;
    Sa bourse fut bientt  l'agonie.
    Elle pleura, s'arracha les cheveux.
    Voyez gmir l'imprudente fillette!
    Son coeur pouss par de contraires voeux
    Est devenu la frle girouette,
    Triste jouet des vents tumultueux.
    Que faire enfin? Les extrmes se touchent;
    La faim, la soif tellement l'effarouchent:
    Allons, dit-elle, & sans plus diffrer...
    Mais perdre, hlas! de si douces caresses!
    Et quel moyen de consoler mes sens,
    De remplacer d'ternelles tendresses!
    H bien, j'aurai, s'il le faut, dix Amants!
    Les grands malheurs font les grands sentiments.

    Fort  propos dans la maison voisine,
    Lucrece alors, avec trente valets,
    En grand fracas vint loger ses attraits.
    Manon va voir cette beaut divine.
    Entr'elles deux le march se conclut,
    Argent comptant, sans biller ni cdule:
    Elle en obtint le prix qu'elle voulut;
    Et soyez sr qu'avec un grand scrupule,
    Incessamment son voeu fut acquitt.
    Mais que l'on doit d'estime  cette Belle,
    Qui veut orner de cette raret
    Son cabinet d'Histoire naturelle!
    Qu'elle a de got & de sagacit!
    Or, apprenez que c'est une Princesse,
    Fille du Pape, & de plus, sa Matresse.

    Alors sigeoit le fameux Borgia,
    Du doux Jesus terrible Grand-Vicaire,
    Ha de Rome & chri dans Cythere;
    Comme l'on sait, chantant _Alleluia_,
    Et clbrant, plus souvent que la Messe,
    Le cas joyeux dans les bras de Lucrece.
    Nul n'a jamais viol celle-ci;
    A Tarquin mme elle et dit, grand merci.

    Nous avons vu comme quoi dans Florence
    Elle acheta, sans plaindre la dpense,
    Le don sacr: puis elle s'en revint
    Au Vatican trouver le Pere Saint.
    Le beau bijou ne quittoit sa ceinture;
    Il l'amusa beaucoup dans la voiture,
    Toujours charmant, & par monts & par vaux.
    Si vous savez tant soit peu de physique;
    Fort aisment ce mystere s'explique,
    Elle pmoit presqu' tous les cahots.
    La carosse toit toute en allarmes.
    Hlas! bon Dieu! dit sa Dame d'honneur,
    Vous plairoit-il ce flacon d'eau des Carmes?
    Depuis quand donc avez-vous tant de peur?
    AH! disoit l'autre, elle va jusqu'au coeur.

    Mais quoi? dj le tot du Capitole,
    Et des Chrtiens l'auguste Mtropole,
    Frappe les yeux: non telle qu'aujourd'hui,
    O d'Agrippa la fameuse rotonde,
    Sur les desseins du fier Buonarotti,
    S'leve aux Cieux pour commander au monde;
    Mais telle encor que le grand Constantin
    L'avoit jadis par ses mains consacre,
    Humble au-dehors, & bien plus rvre
    Avant le temps de Luther & Calvin.
    Oh! qu'ici-bas les destins sont bisarres!
    Tout change en mal sur ce globe maudit:
    Rome autrefois redoutoit les Barbares,
    Ses Attilas ce sont les gens d'esprit.
    Mais des enfers que peut la folle rage?

    LA Voyageuse enfin rentre au Palais,
    Le cher objet toujours serr de prs.
    Bon jour, ma fille, as-tu fait bon voyage?
    Et fourrageant dj tous ses attraits,
    D'une main libre... Alte-l, dit Lucrece:
    Mon trs-cher pere, & mon trs-cher amant,
    Vous que mon coeur doit chrir doublement,
    Votre sant, c'est ce qui m'intresse.
    Vous pouvez tout, & mieux que Jupiter
    Savez lancer & la foudre & l'clair.
    En fait d'amour il n'en est pas tout comme:
    Vous le savez, ailleurs qu'_in Cathedr_,
    Je vous ai vu sujet  l'_Errata_:
    Le Dieu du monde est souvent moins qu'un homme,
    Pour m'pargner tout fcheux accident,
    Saint Gabril m'a fait un beau prsent.
    Malgr l'Eglise, en dpit de la Bible,
    Pour cette fois j'ai trouv l'infaillible.
    Voyez plutt: ce n'est pas tout encor,
    Ajouta-t-elle avec un air novice;
    Quand je permets qu'il prenne un peu l'essor,
    Vous allez voir comme il fait l'exercice.

    Incontinent le Lutin mis en jeu,
    Part, s'lanant comme d'une soupape,
    Et va brider le nez du Pere en Dieu.
    Imaginez l'effroi du vieux Satrape
    A cet aspect subit, inattendu.
    Dans sa fureur il poursuit l'anti-Pape;
    Mais  son poste un soupir l'a rendu.
    Plus d'une fois on rpta la chose.
    Tel qu'un volant qui jamais ne repose,
    L'oiseau lger partoit & retournoit.
    Le Saint Prlat couroit, & entonnoit:
    Au nom du Ciel, de la Vierge Marie,
    Dmon, fuyez, je vous excommunie;
    Le pourchassant, alongeant ses deux doigts,
    Faisant sur lui de grands signes de croix,
    Le tout en vain: & s'il court  Lucrece,
    Dj l'intrus l'a gagn de vtesse.
    La folle clate, & l'orgueilleux rival
    Demeure ferme au lieu Pontifical.

    Notre Alexandre toit non moins colere
    Que celui-l qui prit Perspolis.
    Je n'ai donc plus les clefs du Paradis!
    Et tout de suite il crit  Saint Pierre,
    Jurant de mettre & le Ciel & la Terre
    En interdit, si justice on ne rend
    Brieve & prompte, & sur-tout accusant
    Le Gabril d'tre un mauvais plaisant.

    Ce fut au Ciel une rumeur du diable:
    Saintes & Saints tout s'assemble, tout court.
    L'Ange a beau jeu pour ne pas rester court;
    Il s'en explique, & d'un art admirable,
    Il dtailla les vices du vaurien:
    Puis persifflant le Pape & sa pantouffle
    Qu'il fait baiser, le traite de maroufle.
    A tout cela, Pierre dit: J'en conviens;
    Je n'eus jamais cet orgueil peu chrtien:
    Pourtant l-bas il occupe ma place;
    Pour ce brigand, je vous demande grace.
    Le tout s'appaise, & tout s'arrange au mieux.

    Mais Gabril, par une bonne clause,
    Pour son client obtint l'apothose.
    Le beau Phnix, transport dans les Cieux,
    Devint le page & l'amant des Cometes.
    Chacun d'ici peut le voir sans lunettes.

    O Gabril! si je t'ai mal chant,
    J'espere, au moins, que dans la Chrtient,
    Ce foible crit te vaudra quelqu'antienne.
    Jeunes Beauts, faites-lui la neuvaine;
    Aux cas urgents, dites PARAPILLA,
    Mais, sans y joindre aucune force humaine:
    Et vous verrez combien il est bon-l.


FIN.





End of Project Gutenberg's Parapilla, pome en cinq chants, by Charles Borde

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     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
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- You comply with all other terms of this agreement for free
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1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
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property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
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1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
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in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
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1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
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If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


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