The Project Gutenberg EBook of Le Plerin amoureux, by William Shakespeare

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Title: Le Plerin amoureux

Author: William Shakespeare

Translator: Franois Pierre Guillaume Guizot

Release Date: February 21, 2009 [EBook #28150]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE PLERIN AMOUREUX ***




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 Note du transcripteur.

     ===============================================
     Ce document est tir de:

     OEUVRES COMPLTES DE
     SHAKSPEARE

     TRADUCTION DE
     M. GUIZOT

     NOUVELLE DITION ENTIREMENT REVUE
     AVEC UNE TUDE SUR SHAKSPEARE
     DES NOTICES SUR CHAQUE PICE ET DES NOTES.

     Volume 8
     La vie et la mort du roi Richard III
     Le roi Henri VIII.--Titus Andronicus
     POEMES ET SONNETS:
     Vnus et Adonis.--La mort de Lucrce
     La plainte d'une amante
     Le Plerin amoureux.--Sonnets.

     PARIS
     A LA LIBRAIRIE ACADMIQUE
     DIDIER ET Cie, LIBRAIRES-DITEURS
     35, QUAI DES AUGUSTINS
     1863

     =================================================





LE PLERIN AMOUREUX

POME.


I.--La cleste rhtorique de tes yeux, contre lesquels le monde ne
pourrait se dfendre, n'a-t-elle pas invit mon coeur  ce lche
parjure? Des voeux rompus  cause de toi ne mritent pas un chtiment.
J'ai manqu  mes engagements envers une femme, mais je prouverai que je
n'ai pas manqu  mes engagements envers toi, parce que tu es une
desse; mon serment tait terrestre, tu es un amour cleste; ta grce,
une fois que je la possde, gurit chez moi tous les torts. Mon serment
n'tait qu'un souffle, un souffle est une vapeur, ainsi donc, beau
soleil, toi qui brilles sur cette terre, dissipe ce serment vaporeux, il
est en ton pouvoir; si je manque, ce ne sera donc plus ma faute. Si je
manque, quel fou ne serait assez sage pour perdre son serment afin de
gagner un paradis?

II.--La douce Cythre, assise prs d'un ruisseau avec le jeune Adonis
charmant, pur et frais, fit la cour  cet enfant par des regards
sduisants, des regards comme la reine de la beaut peut seule en
lancer. Elle lui racontait des histoires pour enchanter ses oreilles;
elle lui accordait des faveurs pour gagner ses yeux; pour amollir son
coeur elle le touchait de la main, et cette main lgre sait triompher
de la chastet; mais soit que sa grande jeunesse ne comprt pas ce
qu'elle voulait, ou qu'il refust d'accepter ce qu'elle lui offrait,
l'aimable proie ne voulut pas mordre  l'hameon, et souriait et
plaisantait  chacune de ses offres gracieuses; alors la belle reine
tomba par terre sur le dos; il tait prs d'elle, il se leva et
s'enfuit,  fou insens!

III.--Si l'amour me rend parjure, comment pourrai-je prter serment 
l'amour? jamais foi n'a t garde lorsqu'elle n'tait pas jure  la
beaut; je suis parjure envers moi-mme, mais je le resterai fidle; les
penses qui sont pour moi comme des chnes se pliaient devant toi comme
de l'osier. L'tude abandonne ses gots et prend tes yeux pour levier,
tous les plaisirs que l'on peut imaginer y clatent. S'il s'agit de
connaissances, il suffit de te connatre; la langue qui sait te louer
est assez savante; l'esprit qui te voit sans admiration n'est
qu'ignorance, et c'est quelque honneur pour moi que d'admirer tes
facults. Ton oeil me semble lancer les clairs de Jupiter; son
redoutable tonnerre est dans ta voix, qui est toute musicale et d'une
douce ardeur lorsqu'elle n'est pas anime par la colre. Cleste comme
tu l'es, oh! ne sois pas indigne d'entendre chanter les louanges des
cieux d'une voix si humaine.

IV.--A peine le soleil avait-il sch l'herbe couverte de rose,  peine
les troupeaux s'taient-ils abrits sous les haies, que Cythre tout
perdue d'amour, vint impatiemment attendre Adonis sous un saule
croissant au bord d'un ruisseau, ruisseau o Adonis avait coutume de se
rafrachir. Le temps tait chaud, mais elle tait plus ardente encore en
attendant l'approche de celui qui tait souvent venu en ce lieu. Il
arrive enfin et jetant son manteau, il se trouve nu sur la rive
verdoyante du ruisseau; le soleil contemplait le monde d'un oeil
clatant mais moins ardent que celui de la reine; lui, l'apercevant,
s'lance dans l'eau, et s'y arrte. O Jupiter, s'crie-t-elle, pourquoi
ne suis-je pas un ruisseau!

V.--Celle que j'aime est belle, mais elle n'est pas si belle
qu'inconstante; elle est douce comme une colombe, mais elle n'est ni
sre ni fidle; elle est plus transparente que le verre, mais tout aussi
fragile que le verre; elle est plus molle que la cire, mais elle est
rouille comme le fer; c'est un ple lis avec une nuance de pourpre pour
l'embellir; nulle n'est plus belle, nulle n'est plus perfide qu'elle.

Combien de fois ses lvres ne se sont-elles pas colles aux miennes,
profrant entre chaque baiser des serments d'amour et de fidlit!
Combien de contes a-t-elle faits pour me plaire, redoutant mon amour et
craignant de le perdre! Cependant au milieu de toutes ces protestations
de puret, sa foi, ses serments, ses larmes, tout cela n'tait que des
paroles.

Elle brlait d'amour comme la paille s'enflamme au feu; elle et son
amour s'teignaient aussi vite que brle la paille; elle inventait
l'amour, et elle djouait ses inventions; elle ordonnait  l'amour de
subsister, et puis elle changeait aussitt. tait-ce une amante ou une
femme dbauche? elle ne valait rien pour le meilleur des deux, et
n'excellait ni dans l'un ni dans l'autre mtier.

VI.--Si la musique et la douce posie se conviennent, ce qui doit tre,
puisqu'ils sont frre et soeur, l'amour devrait tre grand entre toi et
moi puisque tu aimes l'une, et moi l'autre; tu chris Dorsland qui ravit
tous les sens en jouant divinement du luth, Spencer m'est cher par la
profondeur de son imagination, qui, dpassant toute imagination, n'a pas
besoin qu'on la dfende. Tu aimes  entendre les sons mlodieux et doux
que produit le luth de Phbus, le roi de la musique, et moi je suis
surtout plong dans les dlices quand il se met  chanter. Les potes
prtendent que le mme dieu rgne sur toutes deux, le mme chevalier les
arme toutes deux, et tu les possdes toutes deux.

VII.--La matine tait belle lorsque la belle reine d'amour[1].........
plus ple dans sa tristesse que sa blanche colombe, par amour pour
Adonis, jeune homme fier et indompt, vint se poster sur une colline
escarpe; voici Adonis qui arrive avec son cor et ses chiens; elle,
pauvre reine, avec la bonne volont d'un amour exalt, dfend au jeune
homme de passer ces limites. Une fois, dit-elle, j'ai vu un beau jeune
homme l-bas dans ces bruyres, gravement bless par un sanglier; il
avait reu un coup dans la cuisse, c'tait un spectacle dplorable. Vois
ma cuisse, dit-elle, c'tait l qu'tait la blessure, elle lui montre
la sienne, il voit plus d'une blessure et rougissant il s'enfuit et la
laisse seule.

[Note 1: Le second vers est perdu.]

VIII.--Douce rose, belle fleur, trop tt cueillie, bientt fltrie,
cueillie, en bouton, fltrie au printemps. Belle perle d'Orient, trop
tt obscurcie, belle crature trop tt perce par le cruel aiguillon de
la mort! comme une prune verte suspendue  un arbre, que le vent fait
tomber avant son temps. Je te pleure, et cependant je n'en ai point de
raison; pourquoi? tu ne m'as rien laiss dans ton testament. Cependant
tu m'as laiss plus que je ne demandais; pourquoi? je ne te demandais
rien; oh! oui, chre amie, je te demande pardon, tu m'as laiss ton
inconstance mme.

IX.--Vnus avec Adonis, assis prs d'elle,  l'ombre d'un myrte,
commenait  lui faire la cour; elle dit au jeune homme comment le dieu
Mars l'avait recherche, et comment elle s'tait prise de lui, quand il
s'tait pris d'elle. C'tait ainsi, disait-elle que le dieu de la
guerre m'embrassait, et alors elle secouait Adonis dans ses bras;
c'tait ainsi, disait-elle, que le dieu de la guerre me dlaait, comme
si l'enfant qu'elle avait prs d'elle allait user des mmes charmes
amoureux; voil, disait-elle, comme il s'emparait de mes lvres, et elle
s'emparait de celles du jeune homme avec les siennes; mais pendant
qu'elle reprenait haleine, le voil qui s'chappe sans vouloir
comprendre ce qu'elle voulait dire et ce dont elle avait envie. Ah! si
je pouvais tenir ma dame en cette passe pour m'embraser et me tenir dans
ses bras jusqu' ce que je prisse la fuite!

X.--La vieillesse morose et la jeunesse ne peuvent vivre ensemble; la
jeunesse est pleine d'agrments, la vieillesse est pleine de soucis; la
jeunesse est comme une matine d't, la vieillesse est comme un ciel
d'hiver; la jeunesse est brillante comme l't, la vieillesse dpouille
comme l'hiver; la jeunesse est pleine de gaiet, la vieillesse a
l'haleine courte; la jeunesse est leste, la vieillesse infirme; la
jeunesse est hardie et bouillante, la vieillesse est faible et glace;
la jeunesse est indompte, la vieillesse est molle. Vieillesse, je
t'abhorre, jeunesse, je t'adore; celle que j'aime, celle que j'aime est
jeune! Vieillesse, je te dfie; oh! doux berger, va-t'en, il me semble
que tu restes bien longtemps.

XI.--La beaut n'est qu'une vanit dont la valeur est douteuse, un
vernis brillant qui disparat tout d'un coup, une fleur qui meurt
lorsqu'elle commence  fleurir, un verre fragile qui se casse en un
instant, une vanit douteuse, un vernis, un verre, une fleur, perdue,
brise, morte en une heure.

Et comme les biens perdus se retrouvent rarement ou jamais, comme c'est
en vain qu'on frotte pour ranimer un vernis disparu, comme les fleurs
mortes se fltrissent  terre, comme il n'y a point de ciment qui puisse
rparer un verre cass, de mme la beaut une fois altre est perdue 
jamais, en dpit des remdes, du fard, des peines et des dpenses.

XII.--Bonne nuit, dormez bien. Ah! ni l'un ni l'autre ne sera mon
partage; elle me dit bonne nuit, elle qui loigne de moi le repos, et
elle m'envoie sous un toit tendu de soucis pour rflchir aux
inquitudes que me cause ma dfaveur. Portez-vous bien, a-t-elle dit,
revenez demain; je ne pouvais me bien porter, je me suis nourri de
chagrin pour mon souper. Cependant, en me voyant partir, elle a souri
doucement; par ddain ou par amiti, je n'en sais rien; peut-tre se
rjouissait-elle de se moquer de mon exil, peut-tre voulait-elle que je
revinsse errer prs d'elle; _errer_, c'est un mot fait pour les ombres
comme moi, qui prennent toute la peine sans pouvoir s'emparer du profit.

XIII.--Seigneur, quels regards mes yeux lancent vers l'Orient! Mon coeur
veille, le lever du matin rappelle tous les sens de leur oisif repos.
N'osant pas me lier au tmoignage de mes yeux, pendant que Philomde
chante assise sur son lit, assis je l'coute, et je souhaiterais que ses
chants fussent accords sur le mme ton que ceux de l'alouette.

Car celle-ci salue le jour par ses chansons, elle chasse la nuit sombre
aux tristes rves; la nuit disparue, je m'lance chez ma belle, mon
coeur retrouve son esprance, mes yeux le spectacle qu'ils dsiraient,
ma tristesse se change en consolation, ma consolation est mle de
tristesse; pourquoi? Elle a soupir et m'a dit de revenir demain.

Si j'tais avec elle, la nuit s'coulerait trop vite, mais maintenant
les heures ont des minutes de surcrot; pour me dsoler, chaque minute
semble une heure; cependant,  soleil, brille, non pour moi, mais pour
venir en aide aux fleurs! Nuit, disparais; jour, commence  poindre; 
bon jour, emprunte aujourd'hui  la nuit; nuit, abrge-toi pour cette
nuit, tu t'allongeras demain.


SONNETS SUR DIVERS AIRS EN MUSIQUE.


XIV.--C'tait la fille d'un seigneur, la plus belle des trois soeurs,
qui aimait son matre autant que possible, jusqu' ce qu'ayant vu un
Anglais le plus beau qu'on pt voir, son caprice vint  changer. L'issue
du combat fut longtemps douce, l'amour lutta avec l'amour pour savoir
s'il fallait laisser le matre sans amante, ou tuer le brave chevalier;
l'une ou l'autre des deux alternatives tait pnible  la pauvre
damoiselle. Mais il fallait refuser l'un des deux, c'tait l ce qu'il y
avait de triste, il n'y avait rien  faire pour profiter de tous les
deux; entre les deux, le brave chevalier fut bless par son ddain.
Hlas! elle n'y pouvait rien. Aussi l'art luttant contre les armes
remporta la victoire; par le don de la science il remporta la belle;
Lullaby, Lullaby, le savant tient la belle dame, et l-dessus ma chanson
est finie.

XV.--Un beau jour (jour funeste), l'amour, qui a toujours rgn sur le
mois de mai, aperut une fleur d'une beaut rare qui jouait
voluptueusement dans les airs. Le vent nuisible commenait  trouver
passage entre les ptales velouts, et l'amant qui se mourait d'amour
aurait voulu tre le souffle du ciel. L'air, disait-il, peut souffler
sur tes joues. Air, si je pouvais triompher comme toi! mais, hlas! ma
main a jur de ne jamais te sparer de tes pines, voeu, hlas, bien
imprudent pour la jeunesse, pour la jeunesse toujours prte  cueillir
une fleur. Toi pour qui Jupiter jurerait que Junon est une thiopienne,
et renierait son nom de Jupiter afin de devenir mortel par amour pour
toi.

XVI.--Mes troupeaux ne mangent pas, mes brebis ne portent pas, mes
bliers sont languissants; tout va de travers, l'amour se meurt, c'est
en renonant  sa foi, c'est en reniant son coeur qu'on en est venu l.
J'ai oubli toutes mes joyeuses danses; j'ai perdu l'amour de ma dame.
Dieu le sait, l o sa confiance et son amour taient inbranlables je
rencontre un non sans espoir de changement. Une folle contrarit m'a
caus toutes ces pertes. Oh! Fortune ennemie, perfide, maudite dame, je
sais que l'inconstance appartient plus aux femmes qu'aux hommes. Je
gmis tout en deuil, je mprise toute crainte, l'amour m'a abandonn, je
vis en esclavage, mon coeur est sanglant, il a besoin de secours; 
cruelle ressource, il est rempli de fiel. Mon chalumeau de berger ne
peut plus rsonner, la clochette de mon blier sonne un glas funbre;
mon chien,  la queue coupe, qui avait coutume de jouer, ne joue plus
du tout; il a l'air d'avoir peur; avec des soupirs profonds, il se met 
pleurer en hurlant  sa faon  la vue de ma triste situation. Comme les
soupirs rsonnent  travers une terre insensible, semblables  un
millier d'hommes vaincus dans un combat sanglant.

Les sources pures ne jaillissent pas, les doux oiseaux ne chantent pas,
les plantes vertes ne produisent rien, elles meurent; les bestiaux
restent  pleurer, les troupeaux dorment tous, les nymphes regardent
derrire elles avec effroi. Tous les plaisirs que nous connaissions,
nous autres pauvres bergers, toutes nos gaies assembles dans la plaine,
toutes nos ftes du soir sont finies, tout notre amour est perdu, car
l'amour est mort. Adieu, ma douce amie, tu es la cause de toute ma
douleur. Jamais on ne vit ton gal pour remplir le coeur de joie. Le
pauvre Corydon en sera rduit  vivre seul, je ne vois point pour lui
d'autre ressource.

XVII.--Puisque ton oeil a choisi la dame et marqu la dame que tu dois
frapper, permets  la raison de gouverner des choses dignes de blme
aussi bien que l'amour, qui est une puissance partiale. Prends conseil
de quelque tte plus sage, qui ne soit pas trop jeune et qui soit
marie.

Et quand tu viendras raconter ton histoire, n'adoucis pas ta langue par
un langage trop soign, de peur qu'elle ne devine quelque ruse subtile;
les estropis reconnaissent bientt ceux qui boitent, mais dis-lui
nettement que tu l'aimes, et que tu veux qu'elle soit  toi.

Qu'importe qu'elle fronce les sourcils, son front assombri s'claircira
avant le soir, et alors elle se repentira trop tard d'avoir si bien
cach sa joie, et avant qu'il soit jour elle dsirera plus d'une fois ce
qu'elle avait repouss avec ddain.

Qu'importe qu'elle essaye d'user de rsistance, qu'elle lutte, qu'elle
crie, qu'elle dise non; sa faible force cdera  la fin, et la ruse lui
apprendra  dire: Si les femmes taient aussi fortes que les hommes, je
vous rponds que vous n'auriez rien obtenu.

Conforme-toi  tous ses dsirs, ne redoute pas la dpense, et surtout
lorsque tes libralits peuvent mriter des louanges en retentissant aux
oreilles de ta dame; les balles d'or finissent par abattre le chteau le
plus imprenable, les tours, les villes.

Suis-la toujours avec une ferme confiance; sois modeste et fidle dans
tes requtes;  moins que ta dame ne soit injuste, ne te presse jamais
de choisir de nouveau; quand le moment te sera propice, ne te fais pas
faute d'offrir, mme lorsqu'elle te refuse.

Le coq qui foule les femmes ne saura jamais les ruses et les dtours que
les femmes emploient en les cachant sous des apparences extrieures, les
finesses et les raffinements qui se cachent chez elles. N'avez-vous pas
souvent entendu dire que le non d'une femme ne veut rien dire?

Les femmes pensent encore  lutter avec les hommes,  pcher sans
s'inquiter de la saintet; il n'y a point de ciel qui leur semble
saint, except quand le temps et l'ge les atteignent. S'il n'y avait
d'autre joie dans le lit que des baisers, les femmes se marieraient
entre elles.

Mais doucement, c'est assez, c'en est trop, je crains, de peur que ma
matresse n'entende ma chanson; elle ne se fera pas faute de me donner
un soufflet pour apprendre  ma langue  tre si longue, mais elle
rougira, je le dis ici, en me voyant trahir ainsi ses secrets.

XVIII.--Vis avec moi, sois mon amie, et nous jouirons de tous les
plaisirs que peuvent fournir les collines et les valles, les ravins et
les champs, et les montagnes rugueuses.

Nous nous assirons sur les rochers, nous verrons les bergers patre
leurs troupeaux au bois, des rivires peu profondes et des chutes d'eau
prs desquelles les oiseaux mlodieux chantent leurs madrigaux.

L je te ferai un lit de roses, avec mille bouquets odorants, un chapeau
de fleurs, et un corsage tout brod de feuilles de myrte.

Une ceinture de paille et des boutons de lierre, avec des agrafes de
corail et des boutons d'ambre, si ces plaisirs peuvent te sduire, viens
vivre avec moi et sois mon amie.


RPONSE DE L'AMIE

Si le monde et l'amour taient jeunes, si la vertu rsidait dans la
bouche de tous les bergers, ces aimables plaisirs pourraient m'engager 
vivre avec toi et  tre ton amie.


XIX.--Il arriva un jour, dans le joyeux mois de mai, qu' l'ombre
agrable que donnait un buisson de myrtes, les animaux sautaient, les
oiseaux chantaient, les arbres poussaient et les plantes grandissaient;
personne ne songeait  gmir, excepte le rossignol; lui, le pauvre
oiseau, comme s'il tait abandonn, appuyait sa poitrine contre une
aubpine, et l il chantait une si lugubre romance que c'tait une
grande piti de l'entendre. Fi donc, fi donc, fi donc, criait-il
parfois, puis il disait: Tre, Tre. En l'entendant ainsi se
plaindre, j'avais toutes les peines du monde  retenir mes larmes, car
ses chagrins si vivement dpeints me faisaient penser aux miens. Ah!
pensais-je, tu gmis en vain, personne ne prend piti de ta peine; ces
arbres insensibles, ils ne peuvent t'entendre; ces ours froces, ils ne
te consoleront pas; le roi Pandion est mort, tous tes amis sont
ensevelis, tous les oiseaux, tes semblables, chantent sans s'inquiter
de tes chagrins, comme toi, pauvre oiseau, il n'y a me vivante qui ait
piti de moi. Tant que l'inconstante Fortune nous a souri, toi et moi on
nous a tromps. Tous ceux qui te flattent ne sont pas des amis dans le
malheur. Les paroles sont lgres comme le vent; les amis fidles sont
rares  trouver. Chacun sera ton ami tant que tu auras de quoi dpenser,
mais si ta provision d'cus devient restreinte, nul ne supplera  tes
besoins. Si le riche est prodigue, on le qualifie de libral, et on le
flatte en disant: Quel dommage qu'il ne soit pas roi! S'il est enclin
au vice, on l'y attire bien vite; s'il a le got des femmes, elles
l'acceptent au commandement; mais une fois que la Fortune devient
cruelle, adieu son grand renom, ceux qui rampaient nagure devant lui ne
recherchent plus sa socit. Celui qui est vraiment ton ami, il t'aidera
dans tes besoins; si tu as du chagrin, il pleurera; si tu veilles, il ne
pourra dormir; ainsi dans chacun de tes chagrins de coeur, il en portera
une partie. Voil les signes infaillibles pour reconnatre un ami fidle
d'un ennemi flatteur.


CHANSON[2].

[Note 2: La collection qui a pour titre le _Plerin amoureux_ se termine
avec le sonnet sur divers airs en musique qui porte le no. XIX. Malone
ajoute  cette collection ce charmant petit pome dont on trouve la
premire strophe dans _Mesure pour Mesure_.]


carte, oh! carte ces lvres qui se sont si doucement parfumes, et ces
yeux, l'aube du jour, ces flambeaux qui induisent l'amour en erreur;
mais rends-moi mes baisers, ces sceaux d'amour apposs en vain.

Cache, oh! cache ces collines de neige que porte ton sein glac; les
roses qui croissent  leur cime sont de celles qui couronnent le mois
d'avril, mais rends-moi d'abord mon pauvre coeur que tu as li dans ces
chanes de glace.


VERS FAISANT PARTIE DES POMES A LA SUITE DU _Martyr de l'amour_, PAR
CHESTER, IMPRIMS EN 1601.


Que l'oiseau  la voix la plus forte qui perche sur l'arbre unique de
l'Arabie soit le triste hraut et le trompette au son duquel obissent
de chastes ailes.

Mais toi, avant-coureur criard, odieux prcurseur du dmon, prophte de
l'issue des fivres, n'approche pas de cette runion.

Interdisez l'approche de cette assemble  tous les oiseaux aux ailes de
proie,  l'exception de l'aigle, le roi emplum; rglez strictement les
obsques.

Que le cygne, lui qui prvoit la mort, soit le prtre en surplis blanc
qui chante la musique des morts, de peur que le _Requiem_ ne manque de
solennit.

Et toi, vieille corneille qui engendres ta race d'bne avec le souffle
que tu donnes et reprends, tu feras partie de nos pleureurs.

C'est ici que commence l'antienne: l'amour et la constance sont morts,
le phnix et la tourterelle ont disparu dans la mme flamme.

Ils s'aimaient tant qu'en eux l'essence de l'amour n'tait qu'une; ils
taient deux et distincts, mais la division tait nulle, le nombre
prissait devant l'amour.

Les coeurs taient loigns mais non spars; on ne voyait ni distance
ni espace entre la tourterelle et son roi, mais chez eux c'tait une
merveille.

L'amour brillait  ce point entre eux que la tourterelle voyait briller
ses droits dans les yeux du phnix: chacun des deux tait le trsor de
l'autre.

La proprit tait ainsi trouble de ce que l'individualit n'tait pas
la mme; le double nom d'une nature unique n'tait ni un ni deux.

La raison confondue en elle-mme voyait des tres diviss exister
ensemble, ne se connaissant plus sparment, tant leurs natures taient
confondues.

Et elle criait: Comme cet tre unique semble vritablement en former
deux! L'amour a raison, la raison n'en a point; ce qui est spar peut
ainsi rester uni.

C'est l-dessus qu'elle a chant cet hymne funbre au phnix et  la
tourterelle, tous les deux matres et toiles de l'amour, pour servir de
choeur  leur fin tragique.


THRENOS.


La beaut, la vrit et la raret, la grce dans toute sa simplicit
gisent ici rduites en cendres.

La mort est maintenant le nid du phnix, et le fidle coeur de la
tourterelle se repose  toute ternit.

Ils n'ont point laiss de postrit, ce n'tait pas par infirmit, mais
par chastet dans le mariage.

La vrit peut se parer d'apparences, mais elle n'est plus; la beaut
peut se vanter, mais ce n'est plus elle; la vrit et la beaut sont
enterres ici.

Que celles qui sont belles ou fidles s'approchent de cette urne et
disent une prire pour ces oiseaux qui sont morts.








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     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
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     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
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     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
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     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

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forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
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of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
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Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
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liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
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LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

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is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

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in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
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WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

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If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
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interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
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providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
