The Project Gutenberg EBook of Une courte histoire de l'eBook, by Marie Lebert

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

** This is a COPYRIGHTED Project Gutenberg eBook, Details Below **
**     Please follow the copyright guidelines in this file.     **

Title: Une courte histoire de l'eBook

Author: Marie Lebert

Release Date: August 26, 2009 [EBook #29802]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK UNE COURTE HISTOIRE DE L'EBOOK ***




Produced by Al Haines







UNE COURTE HISTOIRE DE L'EBOOK


MARIE LEBERT


NEF, Universit de Toronto, 2009


Copyright  2009 Marie Lebert. Tous droits rservs.


  ----
  Ce livre est ddi  toutes les personnes
  ayant rpondu  mes questions pendant dix ans,
  en Europe, en Amrique (tout le continent),
  en Afrique et en Asie.
  Avec tous mes remerciements pour leur temps
  et pour leur amiti.
  ----

Une courte histoire de l'ebook - appel aussi livre numrique - de 1971
 nos jours, avec le Projet Gutenberg, Amazon, Adobe, Mobipocket,
Google Books, l'Internet Archive et bien d'autres. Ce livre se base sur
quelques milliers d'heures de navigation sur le web pendant dix ans et
sur une centaine d'entretiens conduits de par le monde.

Ce livre est disponible aussi en anglais et en espagnol. Les trois
versions sont disponibles dans les Dossiers du NEF <http://www.etudes-
francaises.net/dossiers/ebook.htm>.

Marie Lebert, chercheuse et journaliste, s'intresse aux technologies
dans le monde du livre, des autres mdias et des langues. Elle est
l'auteure de "Technologies et livre pour tous" (en franais et en
anglais, 2008), "Les mutations du livre" (en franais, 2007) et "Le
Livre 010101" (en franais, 2003). Ses livres et dossiers sont publis
par le NEF (Net des tudes franaises), Universit de Toronto, et sont
librement disponibles sur le NEF <http://www.etudes-francaises.net>.



TABLE

  ====  Introduction
  1971: Le Projet Gutenberg est la premire bibliothque numrique.
  1990: Le web booste l'internet.
  1993: L'Online Books Page recense les ebooks gratuits.
  1994: De plus en plus de textes sont disponibles en ligne.
  1995: Amazon.com est la premire grande librairie en ligne.
  1996: Des diteurs se lancent sur l'internet.
  1997: La convergence multimdia est le sujet d'un colloque.
  1998: Les bibliothques emmnagent sur le web.
  1999: Les bibliothcaires deviennent cyberthcaires.
  2000: L'information devient multilingue.
  2001: Copyright, copyleft et Creative Commons.
  2002: Le web devient une vaste encyclopdie.
  2003: Les nouveauts sont en version numrique.
  2004: Des auteurs sont cratifs sur le net.
  2005: Google s'intresse  l'ebook.
  2006: Vers une bibliothque numrique plantaire.
  2007: Nous lisons sur divers appareils lectroniques.
  2008: Les ebooks sont partout.
  2009: Cyberespace et socit de l'information.
  ====  Chronologie
  ====  Remerciements



INTRODUCTION


Le livre a beaucoup chang depuis 1971.

Le livre imprim a cinq sicles et demi. Le livre numrique a bientt
quarante ans. Il est n avec le Projet Gutenberg, cr en juillet 1971
par Michael Hart pour distribuer gratuitement les oeuvres du domaine
public par voie lectronique. Mais il faut attendre le web et le
premier navigateur au dbut des annes 1990 pour que le Projet
Gutenberg trouve sa vitesse de croisire.

Signe des temps, en novembre 2000, la British Library met en ligne la
version numrique de la Bible de Gutenberg, premier livre  avoir
jamais t imprim. Datant de 1454 ou 1455, cette Bible aurait t
imprime par Gutenberg en 180 exemplaires dans son atelier de Mayence,
en Allemagne. 48 exemplaires, dont certains incomplets, existeraient
toujours, dont trois - deux version compltes et une partielle -  la
British Library.

Des milliers d'oeuvres du domaine public sont en accs libre sur le
web. Les libraires et les diteurs ont pour la plupart un site web.
Certains naissent  directement sur le web, avec la totalit de leurs
transactions s'effectuant via l'internet. De plus en plus de livres et
revues ne sont disponibles qu'en version numrique, pour viter les
cots d'une publication imprime. On peut dsormais lire un livre sur
son ordinateur, sur son assistant personnel (PDA), sur son tlphone,
sur son smartphone ou sur un appareil ddi.

L'internet est devenu indispensable pour se documenter, pour
communiquer, pour avoir accs aux documents et pour largir ses
connaissances. Le web est devenu une gigantesque encyclopdie, une
norme bibliothque, une immense librairie et un mdium des plus
complets. De statique dans les livres imprims, l'information est
devenue fluide, avec possibilit d'actualisation constante.

Nous n'avons plus besoin de courir dsesprment aprs l'information
dont nous avons besoin. L'information dont nous avons besoin est enfin
 notre porte. Y compris pour ceux qui suivent leurs tudes par
correspondance, qui vivent en rase campagne, qui travaillent  domicile
ou qui sont clous dans un lit.

Voici le voyage virtuel que nous allons suivre:

  1971: Le Projet Gutenberg est la premire bibliothque numrique.
  1990: Le web booste l'internet.
  1993: L'Online Books Page recense les ebooks gratuits.
  1994: De plus en plus de textes sont disponibles en ligne.
  1995: Amazon.com est la premire grande librairie en ligne.
  1996: Des diteurs se lancent sur l'internet.
  1997: La convergence multimdia fait l'objet d'un colloque.
  1998: Les bibliothques emmnagent sur le web.
  1999: Les bibliothcaires deviennent cyberthcaires.
  2000: L'information devient multilingue.
  2001: Copyright, copyleft et Creative Commons.
  2002: Le web devient une vaste encyclopdie.
  2003: Les nouveauts sont en version numrique.
  2004: Des auteurs sont cratifs sur le net.
  2005: Google s'intresse  l'ebook.
  2006: Vers une bibliothque numrique plantaire.
  2007: Nous lisons sur divers appareils lectroniques.
  2008: Les ebooks sont partout.
  2009: Cyberespace et socit de l'information.

Sauf indication contraire, les citations prsentes dans ce livre sont
des extraits des Entretiens du NEF <http://www.etudes-
francaises.net/entretiens/>.



1971: LE PROJET GUTENBERG EST LA PREMIERE BIBLIOTHEQUE NUMERIQUE


= [Rsum]

Fond par Michael Hart en juillet 1971 alors qu'il tait tudiant 
l'Universit d'Illinois (Etats-Unis), le Projet Gutenberg a pour but de
diffuser gratuitement par voie lectronique le plus grand nombre
possible d'oeuvres du domaine public. Nous considrons le texte
lectronique comme un nouveau mdium, sans vritable relation avec le
papier, crit Michael. Le seul point commun est que nous diffusons les
mmes oeuvres, mais je ne vois pas comment le papier peut concurrencer
le texte lectronique une fois que les gens y sont habitus,
particulirement dans les tablissements d'enseignement. Lorsque
l'utilisation du web se gnralise dans les annes 1990, le Projet
Gutenberg trouve un second souffle et un rayonnement international. Au
fil des ans, des centaines d'oeuvres sont patiemment numrises en mode
texte par des milliers de volontaires. D'abord essentiellement
anglophones, les collections deviennent peu  peu multilingues. Le
Projet Gutenberg Europe dbute en janvier 2004. Le Projet Gutenberg
franchit la barre des 20.000 titres en dcembre 2006 et celle des
25.000 titres en avril 2008.


= Un pari depuis 38 ans

# Gestation

Quels furent les tous dbuts du projet? Alors tudiant  l'Universit
d'Illinois (Etats-Unis), Michael Hart se voit attribuer quelques
millions de dollars de temps machine dans le laboratoire informatique
(Materials Research Lab) de son universit. Le 4 juillet 1971, jour de
la fte nationale, il saisit "The United States Declaration of
Independence" (Dclaration de l'indpendance des Etats-Unis, signe le
4 juillet 1776) sur le clavier de son ordinateur. En caractres
majuscules, puisque les caractres minuscules n'existent pas encore. Le
texte lectronique reprsente 5 Ko (kilo-octets). Mais l'envoi d'un
fichier de 5 Ko  la centaine de personnes que reprsente le rseau de
l'poque aurait fait imploser celui-ci, la bande passante tant infime.
Michael diffuse donc un message indiquant o le texte est stock - sans
lien hypertexte toutefois, puisque le web ne voit le jour que vingt ans
aprs - suite  quoi le fichier est tlcharg par six personnes.

Dans la foule, Michael dcide de consacrer ce crdit-temps de quelques
millions de dollars  la recherche des oeuvres du domaine public
disponibles en bibliothque et  la numrisation de celles-ci. Il
dcide aussi de stocker les textes lectroniques de la manire la plus
simple possible, au format ASCII, pour que ces textes puissent tre lus
sans problme quels que soient la machine, la plateforme et le logiciel
utiliss. Au lieu d'tre un ensemble de pages relies, le livre devient
un texte lectronique que l'on peut drouler en continu, avec des
lettres capitales pour les termes en italique, en gras et souligns de
la version imprime.

Peu aprs, Michael dfinit la mission du Projet Gutenberg: mettre  la
disposition de tous, par voie lectronique, le plus grand nombre
possible d'oeuvres du domaine public. Nous considrons le texte
lectronique comme un nouveau mdium, sans vritable relation avec le
papier, explique-t-il plus tard, en aot 1998. Le seul point commun est
que nous diffusons les mmes oeuvres, mais je ne vois pas comment le
papier peut concurrencer le texte lectronique une fois que les gens y
sont habitus, particulirement dans les coles.

Aprs avoir saisi "The United States Declaration of Independence en
1971", Michael poursuit ses efforts en 1972 en saisissant un texte plus
long, "The United States Bill of Rights" (Dclaration des droits
amricaine). Cette Dclaration des droits comprend les dix premiers
amendements ajouts en 1789  la Constitution des Etats-Unis (qui date
elle-mme de 1787), et dfinissant les droits individuels des citoyens
et les pouvoirs respectifs du gouvernement fdral et des Etats. En
1973, un volontaire saisit "The United States Constitution"
(Constitution des Etats-Unis) dans son entier.

# Persvrance

D'anne en anne, la capacit de la disquette augmente rgulirement -
le disque dur n'existe pas encore - si bien qu'il est possible
d'envisager des fichiers de plus en plus volumineux. Des volontaires
entreprennent la numrisation de la Bible, compose elle-mme de
plusieurs livres, qui peuvent tre traits sparment et occuper chacun
un fichier diffrent.

Michael Hart dbute la saisie des oeuvres compltes de Shakespeare, une
pice aprs l'autre, avec un fichier pour chaque pice. Cette version
n'est d'ailleurs jamais mise en ligne, du fait d'une loi plus
contraignante sur le copyright entre en vigueur dans l'intervalle, et
qui vise non pas le texte de Shakespeare, tomb depuis longtemps dans
le domaine public, mais les commentaires et notes de l'dition
correspondante. D'autres ditions annotes appartenant au domaine
public seront mises en ligne quelques annes plus tard.

Paralllement, l'internet, qui tait encore embryonnaire en 1971,
dbute vritablement en 1974, suite  la cration du protocole TCP/IP
(transmission control protocol/internet protocol). En 1983, le rseau
est en plein essor.

# De 10  1.000 ebooks

En aot 1989, le Projet Gutenberg met en ligne son dixime texte, "The
King James Bible", publie pour la premire fois en 1611 et dont la
version la plus connue date de 1769. L'ensemble des fichiers de
l'Ancien Testament et du Nouveau Testament reprsente 5 Mo (mga-
octets).

En 1990, les internautes sont au nombre de 250.000, et le standard en
vigueur est la disquette de 360 Ko. En janvier 1991, Michael Hart
saisit "Alice's Adventures in Wonderland" (Alice au pays des
merveilles) de Lewis Carroll (paru en 1865). En juillet de la mme
anne, il saisit "Peter Pan" de James M. Barrie (paru en 1904). Ces
deux classiques de la littrature enfantine tiennent chacun sur une
disquette standard.

Arrive ensuite le web, oprationnel en 1991. Le premier navigateur,
Mosaic, apparat en novembre 1993. Lorsque l'utilisation du web se
gnralise, il devient plus facile de faire circuler les textes
lectroniques et de recruter des volontaires.

Le Projet Gutenberg rode sa mthode de travail, avec la numrisation
d'un texte par mois en 1991, deux textes par mois en 1992, quatre
textes par mois en 1993 et huit textes par mois en 1994.

En janvier 1994, le Projet Gutenberg fte son centime livre avec la
mise en ligne de "The Complete Works of William Shakespeare" (Les
oeuvres compltes de William Shakespeare). Shakespeare crivit
l'essentiel de son oeuvre entre 1590 et 1613.

La production continue ensuite d'augmenter, avec une moyenne de 8
textes par mois en 1994, 16 textes par mois en 1995 et 32 textes par
mois en 1996.

Comme on le voit, entre 1991 et 1996, la production double chaque
anne. Tout en continuant de numriser des livres, Michael coordonne
dsormais le travail de dizaines de volontaires.

Depuis la fin 1993, le Projet Gutenberg s'articule en trois grands
secteurs: a) Light Literature (littrature de divertissement), qui
inclut par exemple "Alice's Adventures in Wonderland", "Peter Pan" ou
"Aesop's Fables" (Les Fables d'Esope); b) Heavy Literature (littrature
srieuse), qui inclut par exemple La Bible, les oeuvres de
Shakespeare ou "Moby Dick"; c) Reference Literature (littrature de
rfrence), compose d'encyclopdies et de dictionnaires, par exemple
le "Roget's Thesaurus". Cette prsentation en trois secteurs est
abandonne par la suite pour laisser place  un classement par
rubriques plus dtaill.

Le Projet Gutenberg se veut universel, aussi bien pour les oeuvres
choisies que pour le public vis, le but tant de mettre la littrature
 la disposition de tous, en dpassant largement le public habituel des
tudiants et des enseignants. Le secteur consacr  la littrature de
divertissement est destin  amener devant l'cran un public trs
divers, par exemple des enfants et leurs grands-parents recherchant le
texte lectronique de "Peter Pan" aprs avoir vu le film Hook, ou
recherchant la version lectronique d'"Alice au pays des merveilles"
aprs avoir regard l'adaptation filme  la tlvision, ou recherchant
l'origine d'une citation littraire aprs avoir vu un pisode de Star
Trek. Pratiquement tous les pisodes de Star Trek citent des livres
ayant leur correspondant numrique dans le Projet Gutenberg.

L'objectif est donc que le public, qu'il soit familier ou non avec le
livre imprim, puisse facilement retrouver des textes entendus dans des
conversations, des films, des musiques, ou alors lus dans d'autres
livres, journaux et magazines. Les fichiers lectroniques prennent peu
de place grce  l'utilisation du format ASCII. On peut facilement les
tlcharger par le biais de la ligne tlphonique. La recherche
textuelle est tout aussi simple. Il suffit d'utiliser la fonction
chercher prsente dans n'importe quel logiciel.

En 1997, la production est toujours de 32 titres par mois. En juin
1997, le Projet Gutenberg met en ligne "The Merry Adventures of Robin
Hood" (Les aventures de Robin des Bois) de Howard Pyle (paru en 1883).
En aot 1997, il met en ligne son millime texte lectronique, "La
Divina Commedia" (La Divine Comdie) de Dante Alighieri (parue en
1321), dans sa langue d'origine, en italien.

En aot 1998, Michael Hart crit: Mon projet est de mettre 10.000
textes lectroniques sur l'internet. (Ce sera chose faite en octobre
2003, ndlr.) Si je pouvais avoir des subventions importantes,
j'aimerais aller jusqu' un million et tendre aussi le nombre de nos
usagers potentiels de 1,x%  10% de la population mondiale, ce qui
reprsenterait la diffusion de 1.000 fois un milliard de textes
lectroniques, au lieu d'un milliard seulement.

# De 1.000  10.000 ebooks

Entre 1998 et 2000, la moyenne est constante, avec 36 textes par mois.
En mai 1999, les collections comptent 2.000 livres. Le 2.000e texte est
Don Quijote (Don Quichotte) de Cervants (paru en 1605), dans sa langue
d'origine, en espagnol.

Disponible en dcembre 2000, le 3.000e titre est le troisime volume de
"A l'ombre des jeunes filles en fleurs" de Marcel Proust (paru en
1919), dans sa langue d'origine, en franais. La moyenne passe  104
livres par mois en 2001.

Mis en ligne en octobre 2001, le 4.000e texte est "The French Immortals
Series" (La srie des Immortels franais), dans sa traduction anglaise.
Publi  Paris en 1905 par la Maison Mazarin, ce livre rassemble
plusieurs fictions d'crivains couronns par l'Acadmie franaise,
comme Emile Souvestre, Pierre Loti, Hector Malot, Charles de Bernard,
Alphonse Daudet, etc.

Disponible en avril 2002, le 5.000e texte est "The Notebooks of
Leonardo da Vinci" (Les Carnets de Lonard de Vinci), qui datent du
dbut du 16e sicle. Un texte qui, en 2009, se trouve toujours dans le
Top 100 des livres tlchargs.

En 1988, Michael Hart choisit de numriser "Alice's Adventures in
Wonderland" et "Peter Pan" parce que, dans l'un et l'autre cas, leur
version numrise tient sur une disquette de 360 Ko, le standard de
l'poque. Quinze ans plus tard, en 2002, on dispose de disquettes de
1,44 Mo et on peut aisment compresser les fichiers en les zippant. Un
fichier standard peut dsormais comporter trois millions de caractres,
plus qu'il n'en faut pour un livre de taille moyenne, puisqu'un roman
de 300 pages numris au format ASCII reprsente un mgaoctet. Un livre
volumineux tient sur deux fichiers ASCII, tlchargeables tels quels ou
en version zippe. Cinquante heures environ sont ncessaires pour
slectionner un livre de taille moyenne, vrifier qu'il est bien du
domaine public, le scanner, le corriger, le formater et le mettre en
page.

Quelques numros de livres sont rservs pour l'avenir, par exemple le
numro 1984 (eBook #1984) pour le roman ponyme de George Orwell,
publi en 1949, et qui est donc loin d'tre tomb dans le domaine
public.

En 2002, les collections s'accroissent de 203 titres par mois. Au
printemps 2002, elles reprsentent le quart des oeuvres du domaine
public en accs libre sur le web, recenses de manire pratiquement
exhaustive par l'Internet Public Library (IPL). Un beau rsultat d au
patient travail de milliers de volontaires actifs dans de nombreux
pays.

1.000 livres en aot 1997, 2.000 livres en mai 1999, 3.000 livres en
dcembre 2000, 4.000 livres en octobre 2001, 5.000 livres en avril
2002, 10.000 livres en octobre 2003. Le 10.000e livre est The Magna
Carta, qui fut le premier texte constitutionnel anglais, sign en 1215.

Entre avril 2002 et octobre 2003, les collections doublent, passant de
5.000  10.000 livres en dix-huit mois. La moyenne mensuelle est de 348
livres numriss en 2003.

Dix mille livres. Un chiffre impressionnant quand on pense  ce que
cela reprsente de pages scannes, relues et corriges. Cette
croissance rapide est due  l'activit de Distributed Proofreaders
(DP), un site conu en 2000 par Charles Franks pour permettre la
correction partage. Les volontaires choisissent un livre en cours de
traitement pour relire et corriger une page donne. Chacun travaille 
son propre rythme. A titre indicatif, il est conseill de relire une
page par jour. C'est peu de temps sur une journe, et c'est beaucoup
pour le projet.

En aot 2003, un CD "Best of Gutenberg" est disponible avec une
slection de 600 livres. En dcembre 2003, date  laquelle le Projet
Gutenberg franchit la barre des 10.000 livres, la quasi-totalit des
livres (9.400 livres) est grave sur un DVD. CD et DVD sont envoys
gratuitement  qui en fait la demande. Libre ensuite  chacun de faire
autant de copies que possible et de les distribuer autour de soi.

# De 10.000  20.000 ebooks

En dcembre 2003, les collections approchent les 11.000 livres.
Plusieurs formats sont dsormais prsents, par exemple les formats
HTML, XML et RTF, le format principal - et obligatoire - restant
l'ASCII. Le tout reprsente 46.000 fichiers, soit une capacit totale
de 110 gigaoctets. Le 13 fvrier 2004, date de la confrence de Michael
Hart au sige de l'UNESCO  Paris, les collections comprennent trs
exactement 11.340 livres dans 25 langues. En mai 2004, les 12.500
livres disponibles reprsentent 100.000 fichiers dans vingt formats
diffrents, soit une capacit totale de 135 Go (giga-octets), destine
 doubler chaque anne avec l'ajout d'environ 300 livres par mois (338
livres en 2004).

Paralllement, le Project Gutenberg Consortia Center (PGCC), qui avait
t lanc en 1997 pour rassembler des collections de livres numriques
dj existantes et provenant de sources extrieures, est officiellement
affili au Projet Gutenberg en 2003.

Par ailleurs, un projet europen est lanc  l'instigation du Projet
Rastko, bas  Belgrade, en Serbie. Distributed Proofreaders Europe
dbute en dcembre 2003, et Projet Gutenberg Europe en janvier 2004,
avec cent livres disponibles en avril 2005. Les livres sont en
plusieurs langues pour reflter la diversit linguistique prvalant en
Europe, avec cent langues prvues sur le long terme.

En janvier 2005, le Projet Gutenberg fte ses 15.000 livres, avec la
mise en ligne de "The Life of Reason" de George Santayana (paru en
1906).

En juin 2005, le nombre de livres s'lve  16.000. Si 25 langues
seulement taient prsentes en fvrier 2004, 42 langues sont
reprsentes en juin 2005, dont l'iroquois, le sanscrit et les langues
mayas.En dcembre 2006, on compte 50 langues. A la date du 16 dcembre
2006, les langues comprenant plus de 50 titres sont l'anglais (17.377
livres), le franais (966 titres), l'allemand (412 titres), le finnois
(344 titres), le hollandais (244 titres), l'espagnol (140 titres),
l'italien (102 titres), le chinois (69 titres), le portugais (68
titres) et le tagalogue (51 titres).

Lanc en aot 2001, le Project Gutenberg Australia fte ses 500 livres
en juillet 2005, tandis que le Project Gutenberg Canada est en
gestation, tout comme un Projet Gutenberg au Portugal et un autre aux
Philippines.

En dcembre 2006, le Projet Gutenberg franchit la barre des 20.000
livres. Le 20.000e livre est un livre audio, "Twenty Thousand Leagues
Under the Sea", version anglaise de "Vingt mille lieues sous les mers
de Jules Verne" (publi en 1869). La moyenne est de 345 nouveaux livres
par mois en 2006.

S'il a fallu 32 ans, de juillet 1971  octobre 2003, pour numriser les
10.000 premiers livres, il n'aura fallu que trois ans et deux mois,
d'octobre 2003  dcembre 2006, pour numriser les 10.000 livres
suivants.

A la mme date, le Project Gutenberg Australia approche les 1.500
livres (c'est chose faite en avril 2007) et le Projet Gutenberg Europe
compte 400 livres.

La section Project Gutenberg PrePrints dbute en janvier 2006 pour
accueillir de nouveaux documents suffisamment intressants pour tre
mis en ligne, mais ne pouvant tre intgrs aux collections existantes
sans traitement ultrieur par des volontaires, pour diverses raisons:
collections incompltes, qualit insuffisante, conversion souhaite
dans un autre format, etc. Cette section comprend 379 titres en
dcembre 2006.

# Des dizaines de milliers d'ebooks

Project Gutenberg News dbute en novembre 2006  l'instigation de Mike
Cook. Il s'agit d'un site web qui complte la lettre d'information
hebdomadaire et mensuelle existant depuis nombre d'annes. Le site
offre par exemple les statistiques de production hebdomadaires,
mensuelles et annuelles depuis 2001. La production hebdomadaire est de
24 livres en 2001, 47 livres en 2002, 79 livres en 2003, 78 livres en
2004, 58 livres en 2005, 80 livres en 2006 et 78 livres en 2007. La
production mensuelle est de 104 livres en 2001, 203 livres en 2002, 348
livres en 2003, 338 livres en 2004, 252 livres en 2005, 345 livres en
2006 et 338 livres en 2007. La production annuelle est de 1.244 livres
en 2001, 2.432 livres en 2002, 4.176 livres en 2003, 4.058 livres en
2004, 3.019 livres en 2005, 4.141 livres en 2006 et 4.049 livres en
2007.

Le Projet Gutenberg Canada (PGC) voit le jour le 1er juillet 2007, le
jour de la fte nationale,  l'instigation de Michael Shepard et David
Jones. Il est suivi de Distributed Proofreaders Canada (DPC), avec une
production qui dbute en dcembre 2007. Les cent premiers livres sont
disponibles en mars 2008, avec des livres en anglais, en franais et en
italien.

Distributed Proofreaders (DP), lanc en octobre 2000, comptabilise
52.000 volontaires en janvier 2008, avec un nombre total de 11.950
livres traits en sept ans et trois mois. Distributed Proofreaders
Europe (DP Europe), lanc en dcembre 2003, comptabilise 1.500
volontaires. Distributed Proofreaders Canada (DPC), lanc en dcembre
2007, comptabilise 250 volontaires.

Le Projet Gutenberg franchit la barre des 25.000 livres en avril 2008.
Le 25.000e livre est "English Book Collectors", de William Younger
Fletcher (publi en 1902).

Le Projet Gutenberg comptabilise 32.500 ebooks le 1er mars 2009 pour
l'ensemble de ses sites, avec 28.147 ebooks pour le Project Gutenberg
USA, 1.750 ebooks pour le Project Gutenberg Australia, 600 ebooks pour
le Project Gutenberg Europe et 250 ebooks pour le Project Gutenberg
Canada, auxquels il convient d'ajouter les 2.020 ebooks de la section
PrePrints. Le Project Gutenberg Consortia Center (PGCC) - qui rassemble
des collections de livres numriss par d'autres sources - comptabilise
75.000 ebooks  la mme date.


= Du pass vers l'avenir

Le pari fait par Michael Hart en 1971 est donc russi, avec une
progression assez impressionnante si on pense au nombre de pages relues
et corriges: 10 livres en aot 1989, 100 livres en janvier 1994, 1.000
livres en aot 1997, 2.000 livres en mai 1999, 3.000 livres en dcembre
2000, 4.000 livres en octobre 2001, 5.000 livres en avril 2002, 10.000
livres en octobre 2003, 15.000 livres en janvier 2005, 20.000 livres en
dcembre 2006 et 25.000 livres en avril 2008.

Mais les rsultats du Projet Gutenberg ne se mesurent pas seulement 
ces chiffres, qui restent assez modestes par rapport au nombre de
livres imprims appartenant au domaine public. Les rsultats se
mesurent galement  l'influence du projet, qui est considrable.
Premier site d'information sur l'internet et premire bibliothque
numrique, le Projet Gutenberg a inspir bien d'autres bibliothques
numriques au fil des ans, par exemple le Projekt Runeberg pour la
littrature scandinave ou le Projekt Gutenberg-DE pour la littrature
allemande, pour n'en citer que deux.

La structure administrative et financire du Projet Gutenberg se limite
au strict minimum, avec une devise qui tient en trois mots: Less is
more. Michael Hart insiste rgulirement sur la ncessit d'un cadre
aussi souple que possible laissant toute initiative aux volontaires, et
la porte grande ouverte aux ides nouvelles. Le but est d'assurer la
prennit du projet indpendamment des crdits, des coupures de crdits
et des priorits culturelles, financires et politiques du moment. Pas
de pression possible donc par le pouvoir et par l'argent. Et respect 
l'gard des volontaires, qui sont assurs de voir leur travail utilis
pendant de nombreuses annes, si ce n'est pour plusieurs gnrations,
d'o l'intrt d'un format numrique qui soit toujours valable dans
quelques sicles. Le suivi rgulier du projet est assur grce  une
lettre d'information hebdomadaire et mensuelle, des forums de
discussion, des wikis et des blogs.

Les dons servent  financer des ordinateurs et des scanners, et 
envoyer des CD et DVD gratuits  tous ceux qui en font la demande.
Suite au CD Best of Gutenberg disponible en aot 2003 avec une
slection de 600 titres et  un premier DVD disponible en dcembre 2003
avec 9.400 titres, un deuxime DVD est disponible en juillet 2006 avec
17.000 titres. A partir de 2005, CD et DVD sont disponibles sous forme
d'images ISO sur le site de BitTorrent, ces images pouvant tre
tlcharges pour graver des CD et DVD sur place  titre personnel. En
2007, le Projet Gutenberg envoie 15 millions de livres par voie postale
sous forme de CD et DVD.

Chose souvent passe sous silence, Michael Hart est le vritable
inventeur de l'ebook. Si on considre l'ebook dans son sens
tymologique,  savoir un livre numris pour diffusion sous forme de
fichier lectronique, celui-ci aurait bientt quarante ans et serait n
avec le Projet Gutenberg en juillet 1971. Une paternit beaucoup plus
rconfortante que les divers lancements commerciaux dans un format
propritaire ayant maill le dbut des annes 2000. Il n'y a aucune
raison pour que la dnomination ebook ne dsigne que l'ebook
commercial et soit rserve aux Amazon, Barnes & Noble, 00h00, Gemstar
et autres. L'ebook non commercial est un ebook  part entire - et non
un parent pauvre - tout comme l'dition lectronique non commerciale
est une forme d'dition  part entire - et tout aussi valable que
l'dition commerciale. En 2003, les etexts du Projet Gutenberg
deviennent des ebooks, pour coller  la terminologie ambiante.

En juillet 1971, l'envoi d'un fichier de 5 Ko  cent personnes aurait
fait sauter l'embryon de rseau disponible  l'poque. En novembre
2002, le Projet Gutenberg peut mettre en ligne les 75 fichiers du
"Human Genome Project" ( savoir le squenage du gnome humain),
chaque fichier se chiffrant en dizaines sinon en centaines de mga-
octets. Ceci peu de temps aprs la parution initiale du Human Genome
Project en fvrier 2001, puisqu'il appartient d'emble au domaine
public.

En 2004, la capacit de stockage des disques durs est telle qu'il
serait possible de faire tenir l'intgralit de la Library of Congress
au format texte sur un support de stockage cotant 140 dollars US. Et
quelques annes seulement nous spareraient d'une cl USB (universal
serial bus) permettant de stocker l'intgralit du patrimoine crit de
l'humanit.

Qu'en est-il des documents autres que l'crit? En septembre 2003, le
Projet Gutenberg se lance dans la diffusion de livres audio. En
dcembre 2006, on compte 367 livres lus par une synthse vocale (Audio
Book, computer-generated) et 132 livres lus par l'tre humain (Audio
Book, human-read). Le nombre de ces derniers devrait rgulirement
augmenter. Par contre, les livres lus par une synthse vocale ne seront
plus tre stocks dans une section spcifique, mais raliss  la
demande  partir des fichiers lectroniques existant dans les
collections gnrales. Les lecteurs aveugles ou malvoyants pourront 
l'avenir utiliser une commande vocale pour demander le fichier de tel
ou tel livre.

Lance elle aussi en septembre 2003, la section "Sheet Music
Subproject" est consacre aux partitions musicales numrises (Music,
Sheet). Elle est complte par une section d'enregistrements musicaux
(Music, recorded). Des sections sont galement disponibles pour les
images fixes (Pictures, still) et animes (Pictures, moving). Ces
collections devraient tre dveloppes dans les prochaines annes.

Mais la numrisation des livres reste prioritaire. Et la demande est
norme. En tmoigne le nombre de tlchargements, qui se comptent
dsormais en dizaines de milliers par jour. A la date du 31 juillet
2005, on compte 37.532 fichiers tlchargs dans la journe, 243.808
fichiers tlchargs dans la semaine et 1.154.765 fichiers tlchargs
dans le mois. A la date du 6 mai 2007, on compte 89.841 fichiers
tlchargs dans la journe, 697.818 fichiers tlchargs dans la
semaine et 2.995.436 fichiers tlchargs dans le mois. Courant mai, ce
nombre atteint les 3 millions. Ceci uniquement pour le principal site
de tlchargement, ibiblio.org (bas  l'Universit de Caroline du
Nord, Etats-Unis), qui hberge aussi le site du Projet Gutenberg. Le
deuxime site de tlchargement est l'Internet Archive, qui est le site
de sauvegarde et qui met  la disposition du Projet Gutenberg une
capacit de stockage illimite.

Un Top 100 recense les cent titres et les cent auteurs les plus
tlchargs dans la journe, dans la semaine et dans le mois.

Le Projet Gutenberg dispose de 40 sites miroirs rpartis dans de
nombreux pays, et il en cherche d'autres. La circulation des fichiers
se fait aussi en mode P2P (peer-to-peer), qui permet d'changer des
fichiers directement d'un utilisateur  l'autre.

Les livres du Projet Gutenberg peuvent aider  combler la fracture
numrique. Ils sont aisment tlchargeables sur PDA. Un ordinateur ou
un PDA d'occasion ne cote que quelques dollars ou quelques dizaines de
dollars, en fonction du modle. Certains PDA fonctionnent  l'nergie
solaire, permettant la lecture dans les rgions pauvres et recules.

Plus tard, il sera peut-tre possible d'envisager une traduction
simultane dans une centaine de langues, en utilisant un logiciel de
traduction automatique qui aurait alors un taux de fiabilit de l'ordre
de 99%, un pourcentage dont on est encore loin. Ce logiciel de
traduction automatique serait relay par des traducteurs (non pas des
machines, mais des tres humains), sur un modle comparable  la
technologie OCR relaye par des correcteurs (non pas des logiciels,
mais des tres humains) pour offrir un contenu de grande qualit.

38 ans aprs les dbuts du Projet Gutenberg, Michael Hart se dfinit
toujours comme un fou de travail ddiant toute sa vie  son projet,
qu'il voit comme tant  l'origine d'une rvolution no-industrielle.
Il se dfinit aussi comme altruiste, pragmatique et visionnaire. Aprs
avoir t trait de toqu pendant de nombreuses annes, il force
maintenant le respect.

Au fil des ans, la mission du Projet Gutenberg reste la mme,  savoir
changer le monde par le biais de l'ebook gratuit indfiniment
utilisable et reproductible, et favoriser ainsi la lecture et la
culture pour tous  moindres frais. Cette mission se rsume en quelques
mots: encourager la cration et la distribution d'ebooks, par autant
de personnes que possible, et par tous les moyens. Tout en prenant les
virages ncessaires pour intgrer de nouvelles ides, de nouvelles
mthodes et de nouveaux supports.



1990: LE WEB BOOSTE L'INTERNET


= [Rsum]

Vinton Cerf est souvent appel le pre de l'internet parce qu'il cre
en 1974 (avec Bob Kahn) le protocole TCP/IP (transmission control
protocol/internet protocol),  la base de tout change de donnes.
L'internet se dveloppe  partir de 1983. Le web est conu en 1989-90
par Tim Berners-Lee, alors chercheur au CERN (Centre europen pour la
recherche nuclaire)  Genve. En 1989, Tim Berners-Lee met en rseau
des documents utilisant l'hypertexte. En 1990, il met au point le
premier serveur HTTP (hypertext transfert protocol) et le premier
navigateur web. En 1991, le web est oprationnel et change radicalement
l'utilisation de l'internet. Le web prend son essor en novembre 1993
grce  Mosaic, premier navigateur  destination du grand public.
Quinze ans aprs la cration du web, le magazine Wired constate dans
son numro d'aot 2005 que moins de la moiti du web est commercial,
le reste fonctionne avec la passion. Quant  l'internet, quelque
trente ans aprs ses dbuts, ses trois pouvoirs - l'ubiquit, la
varit et l'interactivit - rendent son potentiel d'usages quasi
infini (Le Monde, 19 aot 2005).


= L'internet et le web

Apparu en 1974, l'internet est d'abord un phnomne exprimental
enthousiasmant quelques branchs. A partir de 1983, il relie les
centres de recherche et les universits. Suite  l'apparition du web en
1990 et du premier navigateur en 1993, il envahit notre vie
quotidienne. Les signes cabalistiques des adresses web fleurissent sur
les livres, les journaux, les affiches et les publicits.

La presse s'enflamme pour ce nouveau mdium. L'internet est dfini
comme un ensemble de rseaux commerciaux, rseaux publics, rseaux
privs, rseaux d'enseignement, rseaux de services, etc., qui oprent
 l'chelle plantaire pour offrir d'normes ressources en information
et en communication. On nous promet l'internet dans tous les foyers. On
parle de mariage de l'ordinateur et de la tlvision avec crans
interchangeables ou intgrs, et d'accs  l'internet par le mme biais
que la tlvision cble.

La majuscule d'origine d'Internet s'estompe. Internet devient
l'internet, avec un i minuscule. De nom propre il devient nom commun,
au mme titre que l'ordinateur, le tlphone, le fax et le minitel. La
mme remarque vaut pour le World Wide Web, qui devient tout simplement
le web.

Une dfinition officielle de l'internet est entrine en octobre 1995
aux Etats-Unis par une rsolution du Federal Networking Council (FNC),
en consultation avec les diffrentes communauts d'internautes et les
organismes dfendant la proprit intellectuelle. L'internet est dfini
comme un systme d'information global obissant aux trois
caractristiques suivantes: (a) des adresses d'un type unique bases
sur le protocole IP (internet protocol) ou ses extensions, (b) des
communications utilisant le TCP/IP (transmission control
protocol/internet protocol), ses extensions ou des protocoles
compatibles, (c) la mise  disposition de services publics ou privs 
partir de ces infrastructures.

C'est le web qui rend l'internet trs populaire et qui permet sa
gigantesque progression. Directeur de l'Internet Activities Board
(IAB), Christian Huitema explique que le World Wide Web repose sur
trois ides principales, la navigation par "hypertexte", le support du
multimdia, et l'intgration des services prexistants.

Plus communment appel web, Web, WWW ou W3, le World Wide Web est cr
par Tim Berners-Lee en 1989-1990 au CERN (Centre europen pour la
recherche nuclaire)  Genve, en Suisse. Le web rvolutionne la
consultation de l'internet en permettant la publication de documents au
moyen du systme hypertexte,  savoir un ensemble de liens hypertextes
permettant de passer d'un document textuel ou visuel  l'autre au moyen
d'un simple clic de souris. Devenue vritablement interactive,
l'information devient soudain beaucoup plus attractive.

Un site web est le plus souvent form d'un ensemble de pages-cran
relies entre elles par des liens hypertextes, qui sont en gnral
souligns et d'une couleur diffrente de celle du texte. Grce  un
simple clic, l'utilisateur est renvoy soit  une autre partie du
document, soit  un autre document du site, soit  un autre site. Cette
interactivit est ensuite encore accrue par la possibilit de liens
hypermdia permettant de lier des textes et des images avec des
graphiques, vidos ou bandes sonores.

Comme on le voit, le web est trs postrieur  l'internet, rseau
informatique global mis sur pied en 1974 et connectant universits et
centres de recherche depuis 1983. Et mme si, improprement, on les
considre souvent comme synonymes, le web n'est qu'un des aspects de
l'internet, qui englobe plusieurs autres services: courriel, gopher,
telnet (terminal network protocol), FTP (file transfer protocol), IRC
(internet relay chat), forums de discussion, messagerie instantane,
visioconfrence, tlphonie sur IP (internet protocol), etc.

Le web bnficie logiquement de l'infrastructure internet,
particulirement aux Etats-Unis et au Canada. A la question pose en
dcembre 1997 par Pierre Ruetschi, journaliste  la Tribune de Genve,
un quotidien suisse: Pourquoi l'Europe a-t-elle accumul un tel retard
sur les Etats-Unis en matire de prsence et de dveloppement sur
l'internet?, Tim Berners-Lee rpond en expliquant l'avance des Etats-
Unis par les normes investissements faits par l'tat. Il insiste aussi
sur l'avance technologique de l'Europe dans plusieurs domaines:
minitel, cartes  puce, tlphones cellulaires, etc.

On se plaint souvent de l'hgmonie amricaine alors que il s'agit
surtout d'une avance technique. Malgr tous les efforts des
dynosaures politiques et commerciaux, il est impossible  quelque
pays ou  quelque communaut que ce soit de mettre la main sur le
web, ou du moins de le contrler totalement.

Dvelopp par le NSCA (National Center for Supercomputing Applications)
 l'Universit d'Illinois et distribu gratuitement  partir de
novembre 1993, Mosaic est le premier logiciel de navigation destin au
grand public et contribue largement au dveloppement rapide du web.
Dbut 1994, une partie de l'quipe de Mosaic migre dans la Netscape
Communications Corporation pour commercialiser son logiciel sous le nom
de Nescape Navigator. En 1995, pour concurrencer le Netscape Navigator,
Microsoft cre l'Internet Explorer. Viennent ensuite d'autres
navigateurs, comme Opera ou Safari.

Deux tudiants de l'Universit de Stanford (Californie), Jerry Lang et
David Filo, lancent en janvier 1994 l'annuaire Yahoo! pour recenser les
sites web et les classer par thmes. L'annuaire est un succs, avec un
classement plus pointu que celui de moteurs de recherche comme
AltaVista, o ces tches sont entirement automatises. Divis en 63
grandes catgories (en 1998), Yahoo! offre une interface en plusieurs
langues: anglais, allemand, coren, franais, japonais, norvgien et
sudois. Yahoo! travaille d'ailleurs de concert avec AltaVista. Quand
une recherche ne donne pas de rsultat dans l'un, elle est
automatiquement aiguille sur l'autre.

En dcembre 1997, AltaVista propose AltaVista Translation, un service
de traduction automatise de l'anglais vers les langues suivantes:
allemand, espagnol, franais, italien et portugais, et vice versa. Bien
qu'ayant ses limites, avec une traduction de trois pages maximum et un
texte traduit trs approximatif, ce service est immdiatement trs
apprci. De plus, il ouvre la voie  d'autres services du mme genre
et contribue grandement au plurilinguisme du web.


= Quelques concepts

L'internet est bien plus qu'une invention purement technique. Sur le
site de l'Internet Society, organisme professionnel international fond
en 1992 pour coordonner et promouvoir le dveloppement de l'internet,
le document "The Brief History of Internet" propose de l'internet une
triple dfinition. L'internet est: (a) un instrument de diffusion
internationale, (b) un mcanisme de diffusion de l'information, (c) un
moyen de collaboration et d'interaction entre les individus et les
ordinateurs, indpendamment de leur situation gographique.

Selon ce document, bien plus que toute autre invention (tlgraphe,
tlphone, radio ou ordinateur), l'internet rvolutionne de fond en
comble le monde des communications. Il reprsente l'un des exemples les
plus russis d'interaction entre un investissement soutenu dans la
recherche et le dveloppement d'une infrastructure de l'information,
tous deux l'objet d'un rel partenariat entre les gouvernements, les
universits et les entreprises.

Sur le site du World Wide Web Consortium (W3C), fond en octobre 1994
pour dvelopper les protocoles communs ncessaires au web, l'crivain
Bruce Sterling dcrit le dveloppement spectaculaire de l'internet dans
le document "Short History of the Internet". L'internet se dveloppe
plus vite que les tlphones cellulaires ou les tlcopieurs. En 1996,
sa croissance est de 20% par mois. Le nombre des machines ayant une
connexion directe TCP/IP a doubl depuis 1988. D'abord prsent dans
l'arme et les instituts de recherche, l'internet dferle dans les
coles, les universits et les bibliothques, et il est galement pris
d'assaut par le secteur commercial.

Bruce Sterling s'intresse aussi aux raisons pour lesquelles on se
connecte  l'internet. Une des raisons essentielles lui semble tre la
libert. L'internet est un exemple d'anarchie relle, moderne et
fonctionnelle. Il n'y a pas de censeurs officiels (tout au moins les
premires annes, NDLR), de patrons, de comits de direction ou
d'actionnaires. Toute personne peut parler d'gale  gale avec une
autre, du moment qu'elle se conforme aux protocoles TCP/IP, des
procotoles qui ne sont pas sociaux ou politiques mais strictement
techniques.

Bruce Sterling indique enfin que l'internet est aussi une bonne affaire
commerciale. Contrairement  la tlphonie traditionnelle (de l'poque,
NDLR), il n'y a pas de frais longue distance. Et, contrairement aux
rseaux informatiques commerciaux, il n'y pas de frais d'accs. En
fait, l'internet, qui n'existe mme pas officiellement en tant
qu'entit, n'a pas de facturation propre. Chaque groupe ayant accs 
l'internet est responsable de ses propres machines et de ses propres
connexions.

L'internet concurrence-t-il la tlvision et de la lecture? se
demandent avec inquitude les mdias traditionnels. Au Qubec, o 30,7%
de la population est connecte  l'internet en mars 1998, un sondage
ralis par l'institut Som pour le magazine en ligne Branchez-vous!
indique que 28,8% des Qubcois connects regardent moins la tlvision
qu'avant. Par contre, seuls 12,1% lisent moins, ce qui, d'aprs le
quotidien en ligne Multimdium, est plutt encourageant pour le
ministre de la Culture et des Communications qui a la double tche de
favoriser l'essor de l'inforoute et celui... de la lecture!

En France, lors d'un entretien avec Annick Rivoire publi dans le
quotidien Libration du 16 janvier 1998, le philosophe Pierre Lvy
explique que l'internet va contribuer  la fin des monopoles: Le
rseau dsenclave, donne plus de chance aux petits. On crie "ah! le
monopole de Microsoft", mais on oublie de dire que l'internet sonne la
fin du monopole de la presse, de la radio et de la tlvision, et de
tous les intermdiaires. Pierre Lvy dfinit aussi ce qu'il appelle
l'intelligence collective: Les rseaux permettent de mettre en
commun nos mmoires, nos comptences, nos imaginations, nos projets,
nos ides, et de faire en sorte que toutes les diffrences, les
singularits se relancent les unes les autres, entrent en
complmentarit, en synergie.

Le philosophe Timothy Leary constate en 1994 dans son livre "Chaos et
cyberculture": Jamais l'individu n'a eu  sa porte un tel pouvoir.
Mais,  l'ge de l'information, il faut saisir les signaux. Populariser
signifie "rendre accessible au peuple". Aujourd'hui, le rle du
philosophe est de personnaliser, de populariser et d'humaniser les
concepts informatiques, de faon  ce que personne ne se sente exclu.

Il nous faut cependant garder la tte froide. Pour contrer  la fois
ceux qui mettent les technologies sur un pidestal et ceux qui y sont
systmatiquement hostiles, un mouvement appel Technorealism est lanc
sur le web en mars 1998 aux Etats-Unis. Les ides mises dans
"Technorealism Overview" sont ensuite reprises au Qubec dans le
"Manifeste pour un technoralisme". Ce manifeste s'appuie sur les huit
principes suivants: (1) les technologies ne sont pas neutres, (2)
l'internet est un mdia rvolutionnaire, mais ce n'est pas une utopie,
(3) le gouvernement a un rle important  jouer dans le cyberespace,
(4) l'information n'est pas un gage de connaissance, (5) brancher les
coles n'assurera pas une ducation de meilleure qualit, (6)
l'information doit tre protge (en relation avec le droit d'auteur,
NDLR), (7) les ondes sont du domaine public et c'est le public qui
devrait en tirer les bnfices, (8) une bonne comprhension des
technologies devrait constituer un des fondements de la citoyennet.

Selon ce manifeste, plus le cyberespace devient populaire, plus il
ressemble  la socit relle dans toute sa complexit. Chacun des
cts positifs ou habilitants de la vie en ligne est accompagn de
dimensions malicieuses, perverses. (...) Contrairement  ce que
certains prtendent, le cyberespace n'est pas un lieu distinct qui
serait rgi par des rgles distinctes de celles de la socit civile.
Les gouvernements doivent respecter les rgles et coutumes nes avec le
cyberespace, mais cela ne veut pas dire pour autant que le public n'a
aucun droit sur un citoyen qui draille ou une entreprise qui commet
une fraude. En tant que reprsentant du peuple et gardien des valeurs
dmocratiques, l'tat a le droit et la responsabilit d'aider 
intgrer le cyberespace  la socit civile. (...) Peu importe la
puissance de nos ordinateurs, nous ne devrions jamais nous en servir
pour pallier la lucidit, le raisonnement et le jugement.

Le web est toutefois une formidable aventure. Selon les termes mmes de
Tim Berners-Lee, son inventeur, le rve derrire le web est un espace
d'information commun dans lequel nous communiquons en partageant
l'information. Son universalit est essentielle,  savoir le fait qu'un
lien hypertexte puisse pointer sur quoi que ce soit, quelque chose de
personnel, de local ou de global, aussi bien une bauche qu'une
ralisation trs sophistique. Deuxime partie de ce rve, le web
deviendrait d'une utilisation tellement courante qu'il serait un miroir
raliste (sinon la principale incarnation) de la manire dont nous
travaillons, jouons et nouons des relations sociales. Une fois que ces
interactions seraient en ligne, nous pourrions utiliser nos ordinateurs
pour nous aider  les analyser, donner un sens  ce que nous faisons,
et voir comment chacun trouve sa place et comment nous pouvons mieux
travailler ensemble. ("The World Wide Web: A very short personal
history", avril 1998, disponible sur le site web du W3C)



1993: L'ONLINE BOOKS PAGE RECENSE LES EBOOKS GRATUITS


= [Rsum]

L'Online Books Page est cre en janvier 1993 par John Mark Ockerbloom
pour rpertorier les textes lectroniques anglophones du domaine public
en accs libre sur le web. A cette date, John Mark est doctorant 
l'Universit Carnegie Mellon (Etats-Unis). En 1999, il rejoint
l'Universit de Pennsylvanie pour travailler  la R&D (recherche et
dveloppement) de la bibliothque numrique. A la mme poque, il y
transfre l'Online Books Page tout en gardant la mme prsentation,
trs sobre, et tout en poursuivant son travail d'inventaire dans le
mme esprit. En 2003, ce rpertoire fte ses dix ans d'existence et
recense plus de 20.000 textes lectroniques, dont 4.000 textes publis
par des femmes. En dcembre 2006, il recense 25.000 titres. Fin 2007,
il compte 30.000 titres, dont 7.000 titres du Projet Gutenberg.


= [Texte]

Alors que certains numrisent les oeuvres du domaine public, comme le
Projet Gutenberg et des projets connexes, d'autres se donnent pour
tche de rpertorier celles qui sont en accs libre sur le web, en
offrant au lecteur un point d'accs commun. C'est le cas de John Mark
Ockerbloom, doctorant  l'Universit Carnegie Mellon (Pittsburgh,
Pennsylvanie, Etats-Unis), qui cre l'Online Books Page pour recenser
les oeuvres anglophones.

Cinq ans plus tard, en septembre 1998, John Mark relate: J'tais
webmestre ici pour la section informatique de la CMU (Carnegie Mellon
University), et j'ai dbut notre site local en 1993. Il comprenait des
pages avec des liens vers des ressources disponibles localement, et 
l'origine l'Online Books Page tait l'une de ces pages, avec des liens
vers des livres mis en ligne par des collgues de notre dpartement
(par exemple Robert Stockton, qui a fait des versions web de certains
textes du Projet Gutenberg). Ensuite les gens ont commenc  demander
des liens vers des livres disponibles sur d'autres sites. J'ai remarqu
que de nombreux sites (et pas seulement le Projet Gutenberg ou Wiretap)
proposaient des livres en ligne, et qu'il serait utile d'en avoir une
liste complte qui permette de tlcharger ou de lire des livres o
qu'ils soient sur l'internet. C'est ainsi que mon index a dbut. J'ai
quitt mes fonctions de webmestre en 1996, mais j'ai gard la gestion
de l'Online Books Page, parce qu'entre temps je m'tais passionn pour
l'norme potentiel qu'a l'internet de rendre la littrature accessible
au plus grand nombre. Maintenant il y a tant de livres mis en ligne que
j'ai du mal  rester  jour. Je pense pourtant poursuivre cette
activit d'une manire ou d'une autre. Je suis trs intress par le
dveloppement de l'internet en tant que mdium de communication de
masse dans les prochaines annes. J'aimerais aussi rester impliqu dans
la mise  disposition gratuite de livres sur l'internet, que ceci fasse
partie intgrante de mon activit professionnelle, ou que ceci soit une
activit bnvole mene sur mon temps libre.

Fin 1998, John Mark Ockerbloom obtient son doctorat en informatique. En
1999, il rejoint l'Universit de Pennsylvanie, o il travaille  la R&D
(recherche et dveloppement) de la bibliothque numrique. A la mme
poque, il y transfre l'Online Books Page tout en gardant la mme
prsentation, trs sobre, et tout en poursuivant son travail
d'inventaire dans le mme esprit. Ce rpertoire recense 12.000 textes
en ligne en 1999, 20.000 textes en 2003, dont 4.000 textes publis par
des femmes, 25.000 textes en 2006 et 30.000 textes en 2007, dont 7.000
textes du Projet Gutenberg.

En 1999, le dbat fait rage sur le durcissement de la loi de 1976 sur
le copyright par un amendement dat du 27 octobre 1998. De nombreuses
oeuvres censes tomber dans le domaine public restent dsormais sous
copyright, au grand dam de Michael Hart, fondateur du Projet Gutenberg,
de John Mark Ockerbloom et de bien d'autres.

John Mark explique en aot 1999: A mon avis, il est important que les
internautes comprennent que le copyright est un contrat social conu
pour le bien public - incluant  la fois les auteurs et les lecteurs.
Ceci signifie que les auteurs doivent avoir le droit d'utiliser de
manire exclusive et pour un temps limit les oeuvres qu'ils ont
cres, comme ceci est spcifi dans la loi actuelle sur le copyright.
Mais ceci signifie galement que leurs lecteurs ont le droit de copier
et de rutiliser ce travail autant qu'ils le veulent  l'expiration de
ce copyright. Aux Etats-Unis, on voit maintenant diverses tentatives
visant  retirer ces droits aux lecteurs, en limitant les rgles
relatives  l'utilisation de ces oeuvres, en prolongeant la dure du
copyright (y compris avec certaines propositions visant  le rendre
permanent) et en tendant la proprit intellectuelle  des travaux
distincts des oeuvres de cration (comme on en trouve dans les
propositions de copyright pour les bases de donnes). Il existe mme
des propositions visant  entirement remplacer la loi sur le copyright
par une loi instituant un contrat beaucoup plus lourd. Je trouve
beaucoup plus difficile de soutenir la requte de Jack Valenti,
directeur de la MPAA (Motion Picture Association of America), qui
demande d'arrter de copier les films sous copyright, quand je sais
que, si ceci tait accept, aucun film n'entrerait jamais dans le
domaine public (...). Si on voit les socits de mdias tenter de
bloquer tout ce qu'elles peuvent, je ne trouve pas surprenant que
certains usagers ragissent en mettant en ligne tout ce qu'ils peuvent.
Malheureusement, cette attitude est  son tour contraire aux droits
lgitimes des auteurs.

Comment rsoudre cela pratiquement? Ceux qui ont des enjeux dans ce
dbat doivent faire face  la ralit, et reconnatre que les
producteurs d'oeuvres et leurs usagers ont tous deux des intrts
lgitimes dans l'utilisation de celles-ci. Si la proprit
intellectuelle tait ngocie au moyen d'un quilibre des principes
plutt que par le jeu du pouvoir et de l'argent que nous voyons
souvent, il serait peut-tre possible d'arriver  un compromis
raisonnable.



1994: DE PLUS EN PLUS DE TEXTES SONT DISPONIBLES EN LIGNE


= [Rsum]

Au dbut des annes 1990, les premires ditions lectroniques de
journaux sont disponibles par le biais de services commerciaux tels que
America Online ou CompuServe. Avec l'apparition du premier navigateur
fin 1993 et la croissance rapide du web qui s'ensuit, nombre de zines
non commerciaux naissent sous forme lectronique, et les organes de
presse commerciaux crent aussi leurs propres sites. Par ailleurs,
certains diteurs mettent certains de leurs titres sur le web, avec
accs libre et gratuit, dans l'espoir de voir les ventes des versions
imprimes augmenter. La NAP (National Academy Press) est la premire 
prendre un tel risque, ds 1994, avec un pari gagn. Elle est suivie
par la MIT Press (MIT: Massachusetts Institute of Technology) en 1995.


= E-zines

Les premiers titres purement lectroniques sont des oeuvres courtes,
rpertories dans l'E-zine-list, une liste cre en t 1993 par John
Labovitz. Abrg de fanzine ou magazine, un zine est gnralement
l'oeuvre d'une personne ou d'un petit groupe. Quant au e-zine, abrg
de zine lectronique, il est uniquement diffus par courriel ou sur un
site web. Le plus souvent, il ne contient pas de publicit, ne vise pas
un profit commercial et n'est pas dirig vers une audience de masse.

Comment l'E-zine-list dbute-t-elle? Dans l'historique prsent sur le
site, John Labovitz relate qu' l'origine son intention est de faire
connatre Crash, un zine imprim dont il souhaite faire une version
lectronique. A la recherche de rpertoires, il ne trouve que le groupe
de discussion Alt.zines, et des archives comme The Well et The Etext
Archives. Lui vient alors l'ide d'un rpertoire organis. Il commence
avec douze titres classs manuellement sur un traitement de texte. Puis
il crit sa propre base de donnes. En quatre ans, de 1993  1997, les
quelques dizaines d'e-zines deviennent plusieurs centaines, et la
signification mme d'e-zine s'largit pour recouvrir tout type de
publication publie par voie lectronique, mme s'il subsiste toujours
un groupe original et indpendant dsormais minoritaire qui continue de
publier suivant son coeur ou de repousser les frontires de ce que nous
appelons un e-zine. En t 1998, l'E-zine-list comprend 3.000 titres.


= La presse en ligne

Le dveloppement de la presse en ligne (dans les annes 1990) est
intressant parce qu'il prfigure celui du livre en ligne (dans les
annes 2000).

Au dbut des annes 1990, les premires ditions lectroniques de
journaux sont disponibles par le biais de services commerciaux tels que
America Online ou CompuServe. Suite  l'apparition du premier
navigateur fin 1993 et  la croissance rapide du web qui s'ensuit, les
organes de presse crent leurs propres sites.

Au Royaume-Uni, le Times et le Sunday Times font web commun sur un site
dnomm Times Online, avec possibilit de crer une dition
personnalise.

Aux Etats-Unis, la version en ligne du Wall Street Journal est payante,
avec 100.000 abonns en 1998. Celle du New York Times est disponible
sur abonnement gratuit. Le Washington Post propose l'actualit
quotidienne en ligne et de nombreux articles archivs, le tout avec
images, sons et vidos. Pathfinder (rebaptis ensuite Time) est le site
web du groupe Time-Warner, diteur de Time Magazine, Sports
Illustrated, Fortune, People, Southern Living, Money, Sunset, etc. On
peut y lire les articles maison et les rechercher par date ou par
sujet. Lanc en 1992 en Californie, Wired, premier magazine imprim
entirement consacr  la culture cyber, est bien videmment prsent
sur le web.

Mis en ligne en fvrier 1995, le site web du mensuel Le Monde
diplomatique est le premier site d'un priodique imprim franais.
Mont dans le cadre d'un projet exprimental avec l'Institut national
de l'audiovisuel (INA), ce site est inaugur lors du forum des images
Imagina. Il donne accs  l'ensemble des articles depuis janvier 1994,
par date, par sujet et par pays. L'intgralit du mensuel en cours est
consultable gratuitement pendant deux semaines suivant sa parution. Un
forum de discussion permet au journal de discuter avec ses lecteurs.

Fin 1995, le quotidien Libration met en ligne son site web, peu aprs
le lancement du Cahier Multimdia, un cahier imprim hebdomadaire
inclus dans l'dition du jeudi. Le site propose la Une du quotidien, la
rubrique Multimdia (qui regroupe les articles du Cahier Multimdia et
les archives des cahiers prcdents), le Cahier Livres complt par
Chapitre Un (le premier chapitre des nouveauts retenues par le
quotidien), et bien d'autres rubriques. La rubrique Multimdia est
ensuite rebaptise Numriques.

Le site du quotidien Le Monde est lanc en 1996. On y trouve des
dossiers en ligne, la Une en version graphique  partir de 13 h,
l'intgralit du journal avant 17 h, l'actualit en liaison avec l'AFP
(Agence France-Presse), et des rubriques sur la Bourse, les livres, le
multimdia et les sports. En 1998, le journal complet en ligne cote 5
FF (0,76 euros) alors que l'dition papier cote 7,50 FF (1,15 euros).
S'ils concernent le multimdia, les articles du supplment imprim
hebdomadaire Tlvision-Radio-Multimdia sont disponibles gratuitement
en ligne dans la rubrique Multimdia, rebaptise ensuite Nouvelles
technologies.

L'Humanit est le premier quotidien franais  proposer la version
intgrale du journal en accs libre. Classs par rubriques, les
articles sont disponibles entre 10 h et 11 h du matin,  l'exception de
L'Humanit du samedi, disponible en ligne le lundi suivant. Tous les
articles sont archivs sur le site.

La presse rgionale est tout aussi prsente sur le web, par exemple
Dernires nouvelles d'Alsace et Ouest-France.

Lanc en septembre 1995, le site des Dernires nouvelles d'Alsace
propose l'intgrale de l'dition du jour ainsi que des informations
pratiques: cours de la Bourse, calcul des impts, etc., avec 5.500
visites quotidiennes en juin 1998. Il offre aussi une dition abrge
en allemand.

Le site web du quotidien Ouest-France est mis en ligne en juillet 1996.
D'abord appel France-Ouest, le site est ensuite renomm Ouest-France,
du nom du journal.

Quelles sont les retombes de l'internet pour les journalistes? Selon
Bernard Boudic, le responsable ditorial du site, interview en juin
1998, elles sont encore minces (en juin 1998, NDLR). Nous commenons
seulement  offrir un accs internet  chacun (rdaction d'Ouest-
France: 370 journalistes rpartis dans soixante rdactions, sur douze
dpartements... pas simple). Certains utilisent internet pour la
messagerie lectronique (courrier interne ou externe, rception de
textes de correspondants  l'tranger, envoi de fichiers divers) et
comme source d'informations. Mais cette pratique demande encore 
s'tendre et  se gnraliser. Bien sr, nous rflchissons aussi 
tout ce qui touche  l'criture multimdia et  sa rtro-action sur
l'criture imprime, aux changements d'habitudes de nos lecteurs, etc.
(...)

Internet est  la fois une menace et une chance. Menace sur l'imprim,
trs certainement (captation de la pub et des petites annonces,
changement de rflexes des lecteurs, perte du got de l'imprim,
concurrence d'un mdia gratuit, que chacun peut utiliser pour diffuser
sa propre info, etc.). Mais c'est aussi l'occasion de relever tous ces
dfis, de rajeunir la presse imprime.

Tous sujets que l'on retrouve quelques annes plus tard dans les dbuts
du livre numrique: rapport accru de l'auteur avec ses lecteurs,
ncessit d'une formation technique, version payante et/ou version
gratuite, version numrique et/ou version imprime, etc.


= Livres gratuits / payants

La publication en ligne d'un livre  titre gratuit nuit-elle aux ventes
de la version imprime ou non? La National Academy Press (NAP) est la
premire  prendre un tel risque, ds 1994, avec un pari gagn.

A premire vue, cela parat illogique, crit Beth Berselli,
journaliste au Washington Post, dans un article repris par le Courrier
international de novembre 1997. Un diteur de Washington, la National
Academy Press (NAP), qui a publi sur internet 700 titres de son
catalogue actuel, permettant ainsi  tout un chacun de lire
gratuitement ses livres, a vu ses ventes augmenter de 17% l'anne
suivante. Qui a dit que personne n'achterait la vache si on pouvait
avoir le lait gratuitement?

Une politique atypique porte donc ses fruits. Editeur universitaire, la
National Academy Press (qui devient ensuite la National Academies
Press) publie environ 200 livres par an, essentiellement des ouvrages
scientifiques et techniques et des ouvrages mdicaux. En 1994,
l'diteur choisit de mettre en accs libre sur le web le texte intgral
de plusieurs centaines de livres, afin que les lecteurs puissent les
feuilleter  l'cran, comme ils l'auraient fait dans une librairie,
avant de les acheter ensuite si utile. La NAP est le premier diteur 
se lancer dans un tel pari, une initiative salue par les autres
maisons d'dition, qui hsitent cependant  se lancer elles aussi dans
l'aventure, et ce pour trois raisons: le cot excessif qu'entrane la
mise en ligne de milliers de pages, les problmes lis au droit
d'auteur, et enfin une concurrence qu'ils estiment nuisible  la
vente.

Dans le cas de la NAP, ce sont les auteurs eux-mmes qui, pour mieux
faire connatre leurs livres, demandent  ce que ceux-ci soient mis en
ligne sur le site. Pour l'diteur, le web est un nouvel outil de
marketing face aux 50.000 ouvrages publis chaque anne aux Etats-Unis.
Une rduction de 20% est accorde pour toute commande effectue en
ligne. La prsence de ces livres sur le web entrane aussi une
augmentation des ventes par tlphone. En 1998, le site de la NAP
propose le texte intgral d'un millier de titres. La solution choisie
par la NAP est galement adopte ds 1995 par la MIT Press, qui voit
rapidement ses ventes doubler pour les livres disponibles en version
intgrale sur le web.



1995: AMAZON.COM EST LA PREMIERE GRANDE LIBRAIRIE EN LIGNE


= [Rsum]

En juillet 1995, Jeff Bezos fonde  Seattle (Etats-Unis) la librairie
en ligne Amazon.com, que le public appellera tout simplement Amazon.
Amazon dbute avec dix salaris et trois millions d'articles, et
devient vite un gant du commerce lectronique. Cinq ans plus tard, en
novembre 2000, la socit compte 7.500 salaris, 28 millions
d'articles, 23 millions de clients et quatre filiales au Royaume-Uni
(filiale ouverte en octobre 1998), en Allemagne (filiale ouverte  la
mme date), en France (filiale ouverte en aot 2000) et au Japon
(filiale ouverte en novembre 2000). Une cinquime filiale est ouverte
au Canada (en juin 2002), suivie d'une sixime filiale, Joyo, en Chine
(en septembre 2004). Au 3e trimestre 2003, la socit devient
bnficiaire pour la premire fois. Prsent dans sept pays et devenu
une rfrence mondiale du commerce en ligne (avec eBay), Amazon fte
ses dix ans d'existence en juillet 2005, avec 9.000 salaris et 41
millions de clients actifs, attirs par des produits attirs par des
produits culturels, high-tech et autres aux prix attractifs et une
livraison en 48 heures maximum dans les pays hbergeant une plateforme
Amazon.


= Aux Etats-Unis

# Dbuts

Un nouveau type de librairie nat sur le web au milieu des annes 1990.
Ces librairies n'ont ni murs, ni vitrine, ni enseigne sur la rue, et
toutes leurs transactions s'effectuent via l'internet. C'est le cas
d'Amazon.com qui, sous la houlette de Jeff Bezos, ouvre ses portes
virtuelles en juillet 1995 avec un catalogue de trois millions de
livres et dix salaris bass  Seattle, dans l'Etat de Washington, sur
la cte ouest des Etats-Unis.

Quinze mois auparavant, au printemps 1994, Jeff Bezos fait une tude de
march pour dcider du meilleur produit  vendre sur l'internet. Dans
sa liste de vingt produits marchands, qui comprennent entre autres les
vtements et les instruments de jardinage, les cinq premiers du
classement se trouvent tre les livres, les CD, les vidos, les
logiciels et le matriel informatique.

J'ai utilis tout un ensemble de critres pour valuer le potentiel de
chaque produit, relate Jeff Bezos en 1997 dans le kit de presse
d'Amazon. Le premier critre a t la taille des marchs existants.
J'ai vu que la vente des livres reprsentait un march mondial de
82 milliards de dollars US. Le deuxime critre a t la question du
prix. Je voulais un produit bon march. Mon raisonnement tait le
suivant: puisque c'tait le premier achat que les gens allaient faire
en ligne, il fallait que la somme  payer soit modique. Le troisime
critre a t la varit dans le choix: il y avait trois millions de
titres pour les livres alors qu'il n'y avait que 300.000 titres pour
les CD, par exemple.

# Expansion

Au printemps 1997, Amazon dcide de s'inspirer du systme d'associs
en ligne lanc quelques mois auparavant par la grande librairie en
ligne britannique Internet Bookshop. Tout possesseur d'un site web peut
vendre des livres appartenant au catalogue d'Amazon et toucher un
pourcentage de 15% sur les ventes. L'associ(e) slectionne les
titres du catalogue qui l'intressent, en fonction de ses centres
d'intrt, et rdige ses propres rsums. Amazon reoit les commandes
par son intermdiaire, expdie les livres, rdige les factures et lui
envoie un rapport hebdomadaire d'activit avec rglement correspondant.
Au printemps 1998, le rseau d'Amazon compte plus de 30.000 sites
affilis.

A la mme date, outre les livres, on trouve aussi des CD, des DVD, des
jeux informatiques, etc., avec un catalogue qui serait au moins dix
fois suprieur  celui des plus grandes chanes de supermarchs. On
peut consulter le catalogue  l'cran, lire le rsum des livres
choisis ou mme des extraits, puis passer sa commande en ligne. Trs
attractif, le contenu ditorial du site change quotidiennement et se
veut un magazine littraire en ligne, avec des conseils de lecture, des
articles manant de journalistes connus (qui travaillaient auparavant
dans la presse imprime), des entretiens avec des auteurs et des
commentaires de lecteurs.

L'volution rapide d'Amazon en tant que pionnier d'un nouveau modle
conomique est suivie de prs par des analystes de tous bords, tout
comme sa popularit auprs d'un public qui s'habitue aux achats en
ligne. En 1998, avec 1,5 million de clients dans 160 pays et une trs
bonne image de marque, Amazon est rgulirement cit comme un symbole
de russite dans le cybercommerce. Si la librairie en ligne est
toujours dficitaire, sa cotation boursire est excellente suite  une
introduction  la Bourse de New York en mai 1997.

Avant qu'Amazon n'assoie dfinitivement sa suprmatie nationale, le
libraire en ligne se lance dans une guerre des prix avec son principal
concurrent aux Etats-Unis, Barnes & Noble.com,  la grande joie des
clients qui profitent de cette course aux rabais pour faire une
conomie de 20  40% sur certains titres. Contrairement  Amazon,
librairie uniquement virtuelle, Barnesandnoble.com s'appuie sur la
grande chane de librairies traditionnelles Barnes & Noble (B&N) qui,
en 1997, comprend 480 librairies en dur rparties dans tout le pays.
Barnes & Noble lance sa librairie en ligne en mai 1997, en partenariat
avec le gant des mdias allemand Bertelsmann, mais rachtera la part
dtenue par Bertelsmann (36,8%) en juillet 2003 pour 164 millions de
dollars US.


= En Europe

La prsence europenne d'Amazon dbute en octobre 1998, avec les deux
premires filiales implantes simultanment en Allemagne et au Royaume-
Uni.

En aot 2000, Amazon compte 1,8 million de clients au Royaume-Uni, 1,2
million de clients en Allemagne et quelques centaines de milliers de
clients en France. Amazon ouvre sa troisime filiale europenne, Amazon
France, avec livres, musique, DVD et vidos (auxquels viennent
s'ajouter logiciels et jeux vidos en juin 2001), et livraison en 48
heures. A cette date, la vente de livres en ligne en France ne
reprsente que 0,5% du march, contre 5,4% aux Etats-Unis.

Prpare dans le plus grand secret, l'ouverture d'Amazon France n'est
rendue publique que le 23 aot 2000. Avec une centaine de salaris,
dont certains ont t envoys en formation au sige du groupe  Seattle
(Etats-Unis), la filiale franaise s'installe  Guyancourt, en rgion
parisienne, pour l'administration, les services techniques et le
marketing. Son service de distribution est bas  Boigny-sur-Bionne,
dans la banlieue d'Orlans. Son service clients est bas  La Haye, aux
Pays-Bas, dans l'optique d'une expansion future d'Amazon en Europe.

Amazon France compte au moins quatre rivaux de taille dans l'hexagone:
Fnac.com, Alapage, Chapitre.com et BOL.fr.

Le service en ligne Fnac.com s'appuie sur le rseau des librairies
Fnac, rparti sur toute la France et dans quelques autres pays
europens, et qui appartient au groupe Pinault-Printemps-Redoute.

Alapage, librairie en ligne fonde en 1996 par Patrice Magnard, rejoint
le groupe France Tlcom en septembre 1999 puis devient en juillet 2000
une filiale  part entire de Wanadoo, le fournisseur d'accs internet
de France Tlcom.

Chapitre.com est une librairie en ligne indpendante cre en 1997 par
Juan Pirlot de Corbion.

BOL.fr est la succursale franaise de BOL.com (BOL: Bertelsmann On
Line), lance en aot 1999 par Bertelsmann, gant allemand des mdias,
en partenariat avec Vivendi, multinationale franaise.

Un mois aprs son lancement en aot 2000, Amazon.fr est  la seconde
place des sites de biens culturels franais. Selon les chiffres publis
le 24 octobre 2000 par Media Metrix Europe, socit d'tude d'audience
de l'internet, le site a reu 217.000 visites uniques en septembre
2000, juste devant Alapage (209.000 visites) mais loin derrire
Fnac.com (401.000 visites). Suivent Cdiscount.com (115.000 visites) et
BOL.fr (74.000 visites).

Contrairement  leurs homologues anglophones, les librairies en ligne
franaises ne peuvent se permettre les rductions substantielles
proposes par celles des Etats-Unis ou du Royaume-Uni, pays dans
lesquels le prix du livre est libre. Si la loi franaise sur le prix
unique du livre (loi Lang) leur laisse peu de latitude,  savoir un
rabais de 5% seulement sur le prix du livre, les librairies en ligne
sont toutefois optimistes sur les perspectives d'un march francophone
international. Ds 1997, un nombre significatif de commandes provient
de l'tranger, par exemple 10% des commandes pour le service en ligne
de la Fnac.

Interrog par l'AFP (Agence France-Presse) au sujet de la loi Lang, qui
autorise un rabais de 5% seulement sur le prix du livre, Denis Terrien,
prsident d'Amazon France (jusqu'en mai 2001), rpond en aot 2000:
L'exprience que nous avons en Allemagne, o le prix du livre est
fix, nous montre que le prix n'est pas l'lment essentiel dans la
dcision d'achat. C'est tout le service qui est ajout qui compte. Chez
Amazon, nous avons tout un tas de services en plus, d'abord le choix -
nous vendons tous les produits culturels franais. On a un moteur de
recherche trs performant. En matire de choix de musique, on est ainsi
le seul site qui peut faire une recherche par titre de chanson. Outre
le contenu ditorial, qui nous situe entre un magasin et un magazine,
nous avons un service client 24h/24 7jours/7, ce qui est unique sur le
march franais. Enfin une autre spcificit d'Amazon, c'est le respect
de nos engagements de livraison. On s'est fix pour objectif d'avoir
plus de 90% de nos ventes en stock.

Admir par beaucoup, le modle conomique d'Amazon a toutefois de
nombreux revers en matire de gestion du personnel, avec des contrats
de travail prcaires, de bas salaires et des conditions de travail
laissant  dsirer.

Malgr la discrtion d'Amazon  ce sujet, les problmes commencent 
filtrer. En novembre 2000, le Prewitt Organizing Fund et le syndicat
SUD-PTT Loire Atlantique dbutent une action de sensibilisation auprs
des salaris d'Amazon France pour de meilleures conditions de travail
et des salaires plus levs. Ils rencontrent une cinquantaine de
salaris travaillant dans le centre de distribution de Boigny-sur-
Bionne. SUD-PTT dnonce dans un communiqu des conditions de travail
dgrades, la flexibilit des horaires, le recours aux contrats
prcaires dans les priodes de flux, des salaires au rabais, et des
garanties sociales minimales. Une action similaire est mene en
Allemagne et en Grande-Bretagne. Patrick Moran, responsable du Prewitt
Organizing Fund, entend constituer une alliance des salaris de la
nouvelle conomie sous le nom d'Alliance of New Economy Workers. De son
ct, Amazon riposte en diffusant des documents internes sur
l'inutilit de syndicats au sein de l'entreprise.

Fin janvier 2001, Amazon, qui emploie 1.800 personnes en Europe,
annonce une rduction de 15% des effectifs et la fermeture du service
clientle de La Hague (Pays-Bas). Les 240 personnes qu'emploie ce
service sont transfres dans les centres de Slough (Royaume-Uni) et
Regensberg (Allemagne).


= Dans le monde

Le deuxime groupe de clients trangers (aprs les clients europens)
est la clientle japonaise. Lors d'un colloque international sur les
technologies de l'information  Tokyo en juillet 2000, Jeff Bezos
annonce son intention prochaine d'implanter Amazon au Japon. Il insiste
aussi sur le march  fort potentiel reprsent par ce pays, avec des
prix immobiliers levs se rpercutant sur ceux des biens et services,
si bien que le shopping en ligne est plus avantageux que le shopping
traditionnel. La densit de la population entrane des livraisons 
domicile faciles et peu coteuses.

Un centre d'appels est ouvert en aot 2000 dans la ville de Sapporo,
sur l'le d'Hokkaido. La filiale japonaise dbute ses activits trois
mois plus tard, en novembre 2000. Amazon Japon, quatrime filiale du
gant amricain et premire filiale non europenne, ouvre ses portes
avec un catalogue de 1,1 million de titres en japonais et 600.000
titres en anglais. Pour rduire les dlais de livraison et proposer des
dlais de 24  48 heures au lieu des six semaines ncessaires 
l'acheminement des livres depuis les Etats-Unis, un centre de
distribution de 15.800 m2 est cr dans la ville d'Ichikawa, situe 
l'est de Tokyo.

En novembre 2000, entre la maison-mre et les quatre filiales, la
socit compte 7.500 salaris, 28 millions d'articles et 23 millions de
clients.

A la mme date, Amazon dbute l'embauche de personnel francophone
connaissant le march canadien, dans le but de lancer une antenne
canadienne franaise avec vente de livres, musique et films (VHS et
DVD). Amazon Canada, cinquime filiale de la socit, verra le jour en
juin 2002, avec un site bilingue anglais-franais.

Toujours en novembre 2000, Amazon ouvre sa librairie numrique, avec
1.000 titres disponibles au dpart, et une augmentation rapide du stock
prvue pour les mois suivants.

Mme pour le marketing d'une grande librairie en ligne, le papier n'est
pas mort, loin s'en faut. Pour la deuxime anne conscutive, en
prvision des ftes de l'anne 2000, Amazon envoie un catalogue imprim
 10 millions de clients.

L'anne 2001 marque un tournant dans les activits d'Amazon, qui doit
faire face aux secousses de la nouvelle conomie affectant les
entreprises internet. Suite  un quatrime trimestre dficitaire en
2000, un plan de rduction de 15% des effectifs entrane 1.300
licenciements aux Etats-Unis et 270 licenciements en Europe fin janvier
2001. Amazon opte aussi pour une plus grande diversification de ses
produits et dcide de vendre non seulement des livres, des vidos, des
CD et des logiciels, mais aussi des produits de sant, des jouets, des
appareils lectroniques, des ustensiles de cuisine et des outils de
jardinage. En novembre 2001, la vente des livres, disques et vidos ne
reprsente plus que 58% du chiffre d'affaires global, qui est de 4
milliards de dollars US, avec 29 millions de clients.

La socit devient bnficiaire pour la premire fois au troisime
trimestre 2003.

En octobre de la mme anne, Amazon lance un service de recherche plein
texte (Search Inside the Book) aprs avoir scann le texte intgral de
120.000 titres, un nombre promis  une croissance rapide. Amazon lance
aussi son propre moteur de recherche, A9.com.

Une sixime filiale est ouverte en Chine sous le nom de Joyo en
septembre 2004.

En 2004, le bnfice net d'Amazon est de 588 millions de dollars US,
dont 45% gnr par ses six filiales, avec un chiffre d'affaires de 6,9
milliards de dollars.

Prsent dans sept pays (Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni, Allemagne,
France, Japon, Chine) et devenu une rfrence mondiale du commerce en
ligne, Amazon fte ses dix ans d'existence en juillet 2005, avec 9.000
salaris et 41 millions de clients attirs par des produits culturels,
high-tech et autres aux prix attractifs et une livraison en 48 heures
maximum dans les pays hbergeant une plateforme Amazon.

Amazon poursuit ensuite sa croissance, vend de plus en plus d'ebooks
aprs avoir rachet la socit Mobipocket (en avril 2005) et lance sa
tablette de lecture, le Kindle, en novembre 2007, avec un catalogue de
80.000 ebooks. 538.000 tablettes sont vendues en 2008. Une nouvelle
version du Kindle, le Kindle 2, est lance en fvrier 2009, avec un
catalogue de 230.000 ebooks.


= Et les petits libraires?

Qu'en est-il des petites librairies, gnrales et spcialises? Ces
librairies se dbrouillent au mieux avec des moyens limits, comme la
librairie Ulysse, sise au coeur de Paris, dans l'le Saint-Louis, tout
en se faisant peu d'illusions sur le raz-de-mare qui est en train de
les emporter.

Cre en 1971 par Catherine Domain, la librairie Ulysse est la premire
librairie au monde uniquement consacre au voyage. Ses 20.000 livres,
cartes et revues neufs et d'occasion reclent des documents
introuvables ailleurs. A la fois libraire et grande voyageuse,
Catherine Domain est membre du Syndicat national de la librairie
ancienne et moderne (SLAM), du Club des explorateurs et du Club
international des grands voyageurs.

En 1999, elle dcide de se lancer dans un voyage autrement plus ingrat,
virtuel cette fois-ci,  savoir la ralisation d'un site web en
autodidacte. Mon site est embryonnaire et en construction, raconte-t-
elle en novembre 2000. Il se veut  l'image de ma librairie, un lieu de
rencontre avant d'tre un lieu commercial. Il sera toujours en
perptuel devenir! Internet me prend la tte, me bouffe mon temps et ne
me rapporte presque rien, mais cela ne m'ennuie pas...

Elle est toutefois pessimiste sur l'avenir des librairies comme la
sienne. Internet tue les librairies spcialises. En attendant d'tre
dvore, je l'utilise comme un moyen d'attirer les clients chez moi, et
aussi de trouver des livres pour ceux qui n'ont pas encore internet
chez eux! Mais j'ai peu d'espoir...



1996: DES EDITEURS SE LANCENT SUR L'INTERNET


= [Rsum]

A partir de 1996, l'dition lectronique creuse son sillon  ct de
l'dition traditionnelle, du fait des avantages qu'elle procure: pas de
stock, cot de fonctionnement moins lev, diffusion plus facile. Elle
amne aussi un souffle nouveau dans le monde de l'dition, et mme une
certaine zizanie. On voit des diteurs traditionnels vendre directement
leurs titres en ligne, des diteurs lectroniques commercialiser les
versions numrises de livres publis par des diteurs traditionnels,
des libraires numriques vendre les versions numrises de livres
publis par des diteurs partenaires, sans parler des auteurs qui
choisissent de s'auto-diter sur le web ou de promouvoir eux-mmes
leurs oeuvres publies, et des nouvelles plateformes d'dition
littraire qui se chargent de dcouvrir de nouveaux talents pour
pallier les carences de l'dition traditionnelle. Le numrique pourra-
il  terme rajeunir la structure ditoriale en place, passablement
sclrose dans certains pays et ne favorisant gure les nouveaux
auteurs dans d'autres pays?


= Editeurs lectroniques

# Editel

En avril 1995, Pierre Franois Gagnon, pote et essayiste qubcois,
dcide d'utiliser le numrique pour la rception des textes, leur
stockage et leur diffusion. Il cre Editel, premier site d'auto-dition
collective de langue franaise. En juillet 2000, il relate: En fait,
tout le monde et son pre savent ou devraient savoir que le premier
site d'dition en ligne commercial fut CyLibris (fond en aot 1996,
NDLR), prcd de loin lui-mme, au printemps de 1995, par nul autre
qu'Editel, le pionnier d'entre les pionniers du domaine, bien que nous
fmes confins  l'action symbolique collective, faute d'avoir les
moyens de dboucher jusqu'ici sur une formule de commerce en ligne
vraiment viable et abordable (...). Nous sommes actuellement trois
mousquetaires (Pierre Franois Gagnon, Jacques Massacrier et Mostafa
Benhamza, NDLR)  dvelopper le contenu original et indit du webzine
littraire qui continuera de servir de faade d'animation gratuite,
offerte personnellement par les auteurs maison  leur lectorat, 
d'ventuelles activits d'dition en ligne payantes, ds que possible
au point de vue technico-financier. Est-il encore raliste de rver 
la dmocratie conomique?

# CyLibris

Fond par Olivier Gainon en aot 1996, CyLibris (de Cy, cyber et
Libris, livre), bas  Paris, est le pionnier francophone de l'dition
lectronique commerciale. CyLibris est en effet la premire maison
d'dition  utiliser l'internet et le numrique pour publier de
nouveaux auteurs littraires et quelques auteurs confirms, dans divers
genres: littrature gnrale, policiers, science-fiction, thtre et
posie. Vendus uniquement sur le web, les livres sont imprims  la
commande et envoys directement au client, ce qui permet d'viter le
stock et les intermdiaires. Des extraits sont disponibles en
tlchargement libre.

Pendant son premier trimestre d'activit, CyLibris signe des contrats
avec treize auteurs. Fin 1999, CyLibris compte 15.000 visites
mensuelles sur son site et 3.500 livres vendus tous exemplaires
confondus, avec une anne 1999 financirement quilibre. En 2001,
certains titres sont galement vendus en version imprime par un rseau
de librairies partenaires, notamment la Fnac, et en version numrique
par Mobipocket et Numilog pour lecture sur ordinateur et sur PDA. En
2003, le catalogue de CyLibris comprend une cinquantaine de titres.

CyLibris a t cr d'abord comme une maison d'dition spcialise sur
un crneau particulier de l'dition et mal couvert  notre sens par les
autres diteurs: la publication de premires oeuvres, donc d'auteurs
dbutants, explique Olivier Gainon en dcembre 2000. Nous nous
intressons finalement  la littrature qui ne peut trouver sa place
dans le circuit traditionnel: non seulement les premires oeuvres, mais
les textes atypiques, inclassables ou en dcalage avec la mouvance et
les modes littraires dominantes. Ce qui est rassurant, c'est que nous
avons dj eu quelques succs ditoriaux: le grand prix de la SGDL
(Socit des gens de lettres) en 1999 pour 'La Toile' de Jean-Pierre
Balpe, le prix de la litote pour 'Willer ou la trahison' de Jrme
Olinon en 2000, etc. Ce positionnement de "dfricheur" est en soi
original dans le monde de l'dition, mais c'est surtout son mode de
fonctionnement qui fait de CyLibris un diteur atypique.

Cr ds 1996 autour de l'internet, CyLibris a voulu contourner les
contraintes de l'dition traditionnelle grce  deux innovations: la
vente directe par l'intermdiaire d'un site de commerce sur internet,
et le couplage de cette vente avec une impression numrique en "flux
tendu". Cela permettait de contourner les deux barrires
traditionnelles dans l'dition: les cots d'impression (et de stockage)
et les contraintes de distribution. Notre systme grait donc des flux
physiques: commande reue par internet, impression du livre command,
envoi par la poste. Je prcise que nous sous-traitons l'impression 
des imprimeurs numriques, ce qui nous permet de vendre des livres de
qualit quivalente  celle de l'offset, et  un prix comparable. Notre
systme n'est ni plus cher, ni de moindre qualit, il obit  une
conomie diffrente qui,  notre sens, devrait se gnraliser  terme.

En quoi consiste l'activit d'un diteur lectronique? Je dcrirais
mon activit comme double, explique Olivier Gainon. D'une part celle
d'un diteur traditionnel dans la slection des manuscrits et leur
retravail (je m'occupe directement de la collection science-fiction),
mais galement le choix des maquettes, les relations avec les
prestataires, etc. D'autre part, une activit internet trs forte qui
vise  optimiser le site de CyLibris et mettre en oeuvre une stratgie
de partenariat permettant  CyLibris d'obtenir la visibilit qui lui
fait parfois dfaut. Enfin, je reprsente CyLibris au sein du SNE
(Syndicat national de l'dition, dont CyLibris fait partie depuis le
printemps 2000, NDLR). CyLibris est aujourd'hui une petite structure.
Elle a trouv sa place dans l'dition, mais est encore d'une conomie
fragile sur internet. Notre objectif est de la rendre prenne et
rentable et nous nous y employons.

Le site web se veut aussi un carrefour de la petite dition. Il procure
des informations pratiques aux auteurs en herbe: comment envoyer un
manuscrit  un diteur, ce que doit comporter un contrat d'dition,
comment protger ses manuscrits, comment tenter sa chance dans des
revues ou concours littraires, etc.

Par ailleurs, l'quipe de CyLibris lance en mai 1999 CyLibris Infos,
une lettre d'information lectronique gratuite dont l'objectif n'est
pas tant de promouvoir les livres de l'diteur que de prsenter
l'actualit de l'dition francophone. Volontairement dcale et souvent
humoristique sinon dcapante, la lettre, d'abord mensuelle, parat deux
fois par mois  compter de fvrier 2000. Elle compte 565 abonns en
octobre 2000. Elle change de nom en fvrier 2001 pour devenir Edition-
actu, qui compte 1.500 abonns en 2003 avant de laisser place au blog
de CyLibris. CyLibris cesse ses activits ditoriales en 2007.

# 00h00

Lui aussi pionnier de l'dition lectronique commerciale, 00h00 (qui se
prononce: zro heure) fait son apparition en mai 1998, un peu moins de
deux ans aprs CyLibris. Mais le champ d'investigation de 00h00 est
quelque peu diffrent,  en tant que premier diteur en ligne. Son
activit est en effet de vendre des livres numriques via l'internet -
et non des livres imprims comme CyLibris. En 2000, les versions
numriques (au format PDF) reprsentent 85% des ventes, les 15%
restants tant des versions imprimes  la demande du client, un
service que l'diteur procure en complment.

00h00 est fond par Jean-Pierre Arbon et Bruno de Sa Moreira,
respectivement ancien directeur gnral de Flammarion et ancien
directeur de Flammarion Multimdia. Aujourd'hui mon activit
professionnelle est 100% base sur internet, explique Bruno de Sa
Moreira en juillet 1998. Le changement ne s'est pas fait radicalement,
lui, mais progressivement (audiovisuel puis multimdia puis internet).
(...) La gestation du projet a dur un an: brainstorming, faisabilit,
cration de la socit et montage financier, dveloppement technique du
site et informatique ditoriale, mise au point et production des textes
et prparation du catalogue  l'ouverture. (...) Nous faisons un pari,
mais l'internet me semble un mdia capable d'une trs large
popularisation, sans doute grce  des terminaux plus faciles d'accs
que le seul micro-ordinateur.

La cration de 00h00 marque la vritable naissance de l'dition en
ligne, lit-on sur le site web en 1999. C'est en effet la premire fois
au monde que la publication sur internet de textes au format numrique
est envisage dans le contexte d'un site commercial, et qu'une
entreprise propose aux acteurs traditionnels de l'dition (auteurs et
diteurs) d'ouvrir avec elle sur le rseau une nouvelle fentre
d'exploitation des droits. Les textes offerts par 00h00 sont soit des
indits, soit des textes du domaine public, soit des textes sous
copyright dont les droits en ligne ont fait l'objet d'un accord avec
leurs ayants droit. (...) Avec l'dition en ligne merge probablement
une premire vision de l'dition au 21e sicle. C'est cette ide
d'origine, de nouveau dpart qui s'exprime dans le nom de marque,
00h00. (...) Internet est un lieu sans pass, o ce que l'on fait ne
s'value pas par rapport  une tradition. Il y faut inventer de
nouvelles manires de faire les choses. (...) Le succs de l'dition en
ligne ne dpendra pas seulement des choix ditoriaux: il dpendra aussi
de la capacit  structurer des approches neuves, fondes sur les
lecteurs autant que sur les textes, sur les lectures autant que sur
l'criture, et  rendre immdiatement perceptible qu'une aventure
nouvelle a commenc.

Les collections sont trs diverses: indits, thtre classique
franais, contes et rcits fantastiques, contes et rcits
philosophiques, souvenirs et mmoires, philosophie classique, ralisme
et naturalisme, cyberculture, romans d'enfance, romans d'amour,
nouvelles et romans d'aventure. Le recherche est possible par auteur,
par titre et par genre. Pour chaque livre, on a un descriptif court, un
descriptif dtaill, la table des matires et une courte prsentation
de l'auteur. S'ajoutent ensuite les commentaires des lecteurs. Pas de
stock, pas de contrainte physique de distribution, mais un lien direct
avec le lecteur et entre les lecteurs. Sur le site, les
internautes/lecteurs qui le souhaitent peuvent crer leur espace
personnel pour y rdiger leurs commentaires, participer  des forums ou
recommander des liens vers d'autres sites. Ils peuvent s'abonner  la
lettre d'information de 00h00 pour tre tenus au courant des
nouveauts. L'diteur produit aussi des clips littraires pour
prsenter les ouvrages publis.

En 2000, le catalogue comprend 600 titres, qui comprennent une centaine
d'oeuvres originales et des rditions lectroniques d'ouvrages publis
par d'autres diteurs. Les oeuvres originales sont rparties en
plusieurs collections: nouvelles critures interactives et
hypertextuelles, premiers romans, documents d'actualit, tudes sur les
NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication),
co-ditions avec des diteurs traditionnels ou de grandes institutions.
Le paiement est effectu en ligne grce  un systme scuris mis en
place par la Banque populaire. Ceux que le paiement en ligne rebute
peuvent rgler leur commande par carte bancaire (envoi par fax) ou par
chque (envoi par courrier postal).

En septembre 2000, 00h00 est rachet par Gemstar-TV Guide
International, socit amricaine spcialise dans les produits et
services numriques pour les mdias. Quelques mois auparavant, en
janvier 2000, Gemstar rachte les deux socits californiennes ayant
lanc les premires tablettes de lecture, NuvoMedia, cratrice du
Rocket eBook, et SoftBook Press, cratrice du SoftBook Reader. Selon un
communiqu de Henry Yuen, prsident de Gemstar, les comptences
ditoriales dont dispose 00h00 et ses capacits d'innovation et de
crativit sont les atouts ncessaires pour faire de Gemstar un acteur
majeur du nouvel ge de l'dition numrique qui s'ouvre en Europe. La
communaut francophone ne voit pas ce rachat d'un trs bon oeil, la
mondialisation de l'dition semblant justement peu compatible avec
l'innovation et la crativit. Moins de trois ans plus tard, en juin
2003, 00h00 cesse dfinitivement ses activits, tout comme la branche
eBook et les tablettes de Gemstar.

Il reste le souvenir d'une belle aventure. En octobre 2006, Jean-Pierre
Arbon, devenu chanteur, raconte sur son site: J'avais fond, avec
Bruno de Sa Moreira, une maison d'dition d'un genre nouveau, la
premire au monde  tenter  grande chelle l'aventure de l'dition en
ligne. Tout tait  faire,  inventer. L'dition numrique tait terra
incognita: on explorait, on dfrichait.


= Editeurs traditionnels

# Le Choucas, diteur indpendant

Fond en 1992 par Nicolas et Suzanne Pewny, alors libraires en Haute-
Savoie, Le Choucas est une petite maison d'dition spcialise dans les
romans policiers, la littrature, la photographie et les livres d'art.

En juin 1998, Nicolas Pewny raconte: Le site des ditions du Choucas a
t cr fin novembre 1996. Lorsque je me suis rendu compte des
possibilits qu'internet pouvait nous offrir, je me suis jur que nous
aurions un site le plus vite possible. Un petit problme: nous n'avions
pas de budget pour le faire raliser. Alors, au prix d'un grand nombre
de nuits sans sommeil, j'ai cr ce site moi-mme et l'ai fait
rfrencer (ce n'est pas le plus mince travail). Le site a alors volu
en mme temps que mes connaissances (encore relativement modestes) en
la matire et s'est agrandi, et a commenc  tre un peu connu mme
hors France et Europe.

Le changement qu'internet a apport dans notre vie professionnelle est
considrable. Nous sommes une petite maison d'dition installe en
province. Internet nous a fait connatre rapidement sur une chelle que
je ne souponnais pas. Mme les mdias "classiques" nous ont ouvert un
peu leur portes grce  notre site. Les manuscrits affluent par le
courrier lectronique. Ainsi nous avons dit deux auteurs qubcois
(Fernand Hroux et Liz Morency, auteurs de "Affaire de coeurs", paru en
septembre 1997, NDLR). Beaucoup de livres se ralisent (corrections,
illustrations, envoi des documents  l'imprimeur) par ce moyen. Ds le
dbut du site nous avons reu des demandes de pays o nous ne sommes
pas (encore) reprsents: Etats-Unis, Japon, Amrique latine, Mexique,
malgr notre volont de ne pas devenir un site "commercial" mais
d'information et  "connotation culturelle". (Nous n'avons pas de
systme de paiement scuris, nous avons juste rfrenc sur une page
les libraires qui vendent en ligne).

En ce qui concerne l'avenir, j'aurais tendance  rpondre par deux
questions: Pouvez vous me dire comment va voluer internet? Comment
vont voluer les utilisateurs? Nous voudrions bien rester aussi peu
"commercial" que possible et augmenter l'interactivit et le contact
avec les visiteurs du site. Y russirons-nous? Nous avons dj reu des
propositions qui vont dans un sens oppos. Nous les avons mis "en
veille". Mais si l'volution va dans ce sens, pourrons-nous rsister,
ou trouver une "voie moyenne"? Honntement, je n'en sais rien.

Le Choucas cesse malheureusement ses activits en mars 2001, une
disparition de plus  dplorer chez les petits diteurs indpendants.
Fort de son exprience dans le domaine de la librairie, de l'dition,
de l'internet et du numrique, Nicolas Pewny devient consultant en
dition lectronique et met ses comptences au service d'autres
organismes.

# Editeurs et technologies

Les technologies numriques conduisent les diteurs scientifiques et
techniques  repenser leur travail et, pour certains,  s'orienter vers
une diffusion en ligne. Les tirages imprims restent toujours possibles
 titre ponctuel. Certaines universits diffusent dsormais des manuels
sur mesure composs d'un choix de chapitres et d'articles
slectionns dans une base de donnes, auxquels s'ajoutent les
commentaires des professeurs. Pour un sminaire, un trs petit tirage
peut tre fait  la demande  partir de documents transmis par voie
lectronique  un imprimeur. Quant aux revues spcialises, certaines
optent pour une publication en ligne complte par un partenariat avec
une socit spcialise pour une impression  la demande

Enseignante-chercheuse  l'Ecole pratique des hautes tudes (EPHE,
Paris-Sorbonne), Marie-Joseph Pierre crit en fvrier 2003: Il me
parat vident que la publication des articles et ouvrages au moins
scientifiques se fera de plus en plus sous forme numrique, ce qui
permettra aux chercheurs d'avoir accs  d'normes banques de donnes,
constamment et immdiatement volutives, permettant en outre le contact
direct et le dialogue entre les auteurs. Nos organismes de tutelle,
comme le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) par
exemple, ont dj commenc  contraindre les chercheurs  publier sous
ce mode, et incitent fortement les laboratoires  diffuser ainsi leurs
recherches pour qu'elles soient rapidement disponibles. Nos rapports
d'activit  deux et  quatre ans - ces normes dossiers peineux
rsumant nos labeurs - devraient prochainement se faire sous cette
forme. Le papier ne disparatra pas pour autant, et je crois mme que
la consommation ne diminuera pas... Car lorsqu'on veut travailler sur
un texte, le livre est beaucoup plus maniable. Je m'aperois dans mon
domaine que les revues qui ont commenc rcemment sous forme numrique
commencent  tre aussi imprimes et diffuses sur papier dignement
reli. Le passage de l'un  l'autre peut permettre des rvisions et du
recul, et cela me parat trs intressant.

Journaliste et infographiste, Marc Autret a derrire lui dix ans de
journalisme multi-tches et d'hyperformation dans le domaine de
l'dition, du multimdia et du droit d'auteur. Il explique en dcembre
2006: C'est un "socle" irremplaable pour mes activits d'aujourd'hui,
qui en sont le prolongement technique. Je suis un "artisan" de
l'information et je travaille essentiellement avec des diteurs. Ils
sont tellement en retard, tellement trangers  la rvolution
numrique, que j'ai du pain sur la planche pour pas mal d'annes.
Aujourd'hui je me concentre sur le conseil, l'infographie, la
typographie, le pr-presse et le webdesign, mais je sens que la part du
logiciel va grandir. Des secteurs comme l'animation 3D,
l'automatisation des tches de production, l'intgration multi-
supports, la base de donnes et toutes les technologies issues de XML
vont s'ouvrir naturellement. Les diteurs ont besoin de ces outils,
soit pour mieux produire, soit pour mieux communiquer. C'est l que je
vois l'volution, ou plutt l'intensification, de mon travail.



1997: LA CONVERGENCE MULTIMEDIA EST LE SUJET D'UN COLLOQUE


= [Rsum]

La convergence multimdia peut tre dfinie comme la convergence des
secteurs de l'informatique, du tlphone et de la radiotlvision dans
une industrie utilisant l'internet pour la distribution de cette
information. Cette convergence entrane l'unification progressive des
secteurs lis  l'information (imprimerie, dition, presse, conception
graphique, enregistrements sonores, films, etc.) suite  l'utilisation
des techniques de numrisation. La numrisation permettant dsormais de
traiter des donnes de manire simple et rapide, le processus matriel
de production s'en trouve considrablement acclr. Si, dans certains
secteurs, ce phnomne entrane de nouveaux emplois, par exemple ceux
lis  la production audio-visuelle, d'autres secteurs sont soumis 
des restructurations drastiques. La convergence multimdia a de
nombreux revers, par exemple des contrats prcaires pour les salaris,
l'absence de syndicats pour les tltravailleurs ou le droit d'auteur
mis  mal pour les auteurs. Tel est le thme du Colloque sur la
convergence multimdia organis en janvier 1997 par l'Organisation
internationale du travail (OIT).


= Dfinition

Depuis bientt trente ans (en 1997), la chane de l'dition est soumise
 de nombreux bouleversements. Dans les annes 1970, l'imprimerie
traditionnelle est d'abord branle par les machines de
photocomposition. Le cot de l'impression continue ensuite de baisser
avec les photocopieurs, les photocopieurs couleur, les procds
d'impression assiste par ordinateur et le matriel d'impression
numrique. Dans les annes 1990, l'impression est souvent assure  bas
prix par des ateliers de PAO (publication assiste par ordinateur).
Tout contenu est dsormais systmatiquement numris pour permettre son
transfert par voie lectronique.

La numrisation permet de crer, d'enregistrer, de combiner, de
stocker, de rechercher et de transmettre  des textes, des sons et des
images de manire simple et rapide. Des procds similaires permettent
le traitement de l'criture, de la musique et du cinma alors que, par
le pass, ce traitement tait assur par des procds diffrents sur
des supports diffrents (papier pour l'criture, bande magntique pour
la musique, cellulod pour le cinma). De plus, des secteurs distincts
comme l'dition (qui produit des livres) et l'industrie musicale (qui
produit des disques) travaillent de concert pour produire des CD-ROM.

La numrisation acclre le processus matriel de production. Dans la
presse, alors qu'auparavant le personnel de production devait
dactylographier les textes du personnel de rdaction, les journalistes
envoient dsormais directement leurs textes pour mise en page. Dans
l'dition, le rdacteur, le concepteur artistique et l'infographiste
travaillent souvent simultanment sur le mme ouvrage.

On assiste progressivement  la convergence de tous les secteurs lis 
l'information: imprimerie, dition, presse, conception graphique,
enregistrements sonores, films, radiodiffusion, etc.

La convergence multimdia peut tre dfinie comme la convergence des
secteurs de l'informatique, du tlphone et de la radiotlvision dans
une industrie de la communication et de la distribution utilisant les
mmes autoroutes de l'information. Si, dans certains secteurs, ce
phnomne entrane de nouveaux emplois, par exemple ceux lis  la
production de films ou de produits audio-visuels, d'autres secteurs
sont soumis  d'inquitantes restructurations. Ces problmes sont
suffisamment proccupants pour pour tre dbattus lors du Colloque sur
la convergence multimdia organis en janvier 1997 par l'Organisation
internationale du travail (OIT)  Genve.


= Interventions

Plusieurs interventions de ce colloque soulvent des problmes de fond,
dont certains sont toujours d'actualit douze ans plus tard.

Bernie Lunzer, secrtaire-trsorier de la Newspaper Guild (Etats-Unis),
insiste sur les batailles juridiques faisant rage autour des problmes
de proprit intellectuelle. Ces batailles visent notamment l'attitude
des directeurs de publication, qui amnent les crivains indpendants 
signer des contrats particulirement choquants cdant tous leurs droits
au directeur de publication, avec une contrepartie financire ridicule.

Heinz-Uwe Rbenach, de l'Association allemande de directeurs de
journaux (Bundesverband Deutscher Zeitungsverleger), insiste lui aussi
sur la ncessit pour les entreprises de presse de grer et de
contrler l'utilisation sur le web des articles de leurs journalistes,
et de demander une contrepartie financire permettant de continuer 
investir dans les nouvelles technologies.

Un problme tout aussi proccupant est celui de la pression constante
exerce sur les journalistes des salles de rdaction, dont le travail
doit tre disponible tout au long de la journe, au lieu d'tre utilis
seulement en fin de journe. Ces tensions  rptition sont encore
aggraves par un travail  l'cran pendant huit  dix heures d'affile.
Le rythme de travail et l'utilisation intensive de l'ordinateur
entranent de proccupants problmes de scurit au travail. Aprs
quelques annes de ce rgime, des journalistes craquent  l'ge de 35
ou 40 ans.

Selon Carlos Alberto de Almeida, prsident de la Fdration nationale
des journalistes (FENAJ: Federao nacional dos jornalistas) au Brsil,
les nouvelles technologies devaient donner la possibilit de
rationaliser le travail et d'en rduire la dure afin de favoriser
l'enrichissement intellectuel et les loisirs. En pratique, les
professionnels des mdias sont obligs d'effectuer un nombre d'heures
de travail de plus en plus grand. La journe lgale de cinq heures est
en fait une journe de dix  douze heures. Les heures supplmentaires
ne sont pas payes, comme ne sont pas payes non plus celles effectues
le week-end par un journaliste pendant sa priode de repos.

Si elles acclrent le processus de production, la numrisation des
documents et l'automatisation des mthodes de travail entranent une
diminution de l'intervention humaine et donc un accroissement du
chmage. Alors qu'auparavant le personnel de production devait retaper
les textes du personnel de rdaction, la mise en page automatique
permet de combiner les deux tches de rdaction et de composition.

Etienne Reichel, directeur supplant de Viscom (Visual Communication),
association suisse pour la communication visuelle, dmontre que le
transfert de donnes via l'internet et la suppression de certaines
phases de production rduisent le nombre d'emplois. Le travail de vingt
typographes est maintenant assur par six travailleurs qualifis, alors
que les entreprises de communication visuelle taient auparavant
gnratrices d'emplois. Par contre, l'informatique permet  certains
professionnels de s'installer  leur compte, comme c'est le cas pour
30% des salaris ayant perdu leur emploi suite  la restructuration de
leur entreprise.

Professeur associ en sciences sociales  l'Universit d'Utrecht (Pays-
Bas), Peter Leisink prcise que la rdaction des textes et la
correction d'preuves se font dsormais  domicile, le plus souvent par
des travailleurs ayant pris le statut d'indpendants  la suite de
licenciements et de dlocalisations ou fusions d'entreprises. Or cette
forme d'emploi tient plus du travail prcaire que du travail
indpendant, car ces personnes n'ont que peu d'autonomie et sont
gnralement tributaires d'une seule maison d'dition.

A part quelques cas particuliers mis en avant par les organisations
d'employeurs, la convergence multimdia entrane des suppressions
massives d'emplois.

Selon Michel Muller, secrtaire gnral de la FILPAC (Fdration des
industries du livre, du papier et de la communication) en France, les
industries graphiques franaises ont perdu 20.000 emplois en dix ans.
Entre 1987 et 1996, les effectifs passent de de 110.000  90.000
salaris. Les entreprises mettent en place des plans sociaux coteux
pour favoriser le reclassement des personnes licencies, en crant des
emplois souvent artificiels, alors qu'il aurait t prfrable de
financer des tudes fiables sur la manire d'quilibrer crations et
suppressions d'emplois quand il tait encore temps.

Partout dans le monde, de nombreux postes  faible qualification
technique sont remplacs par des postes exigeant des qualifications
techniques leves. Les personnes peu qualifies sont licencies.
D'autres suivent une formation professionnelle complmentaire, parfois
auto-finance et prise sur leur temps libre, et cette formation
professionnelle ne garantit pas pour autant le remploi.

Directeur de AT&T, gant des tlcommunications aux Etats-Unis, Walter
Durling insiste sur le fait que les nouvelles technologies ne
changeront pas fondamentalement la situation des salaris au sein de
l'entreprise. L'invention du film n'a pas tu le thtre et celle de la
tlvision n'a pas fait disparatre le cinma. Les entreprises
devraient crer des emplois lis aux nouvelles technologies et les
proposer  ceux qui sont obligs de quitter d'autres postes devenus
obsoltes.

Des arguments bien thoriques alors que le problme est plutt celui du
pourcentage. Combien de crations de postes pour combien de
licenciements?

De leur ct, les syndicats prconisent la cration d'emplois par
l'investissement, l'innovation, la formation aux nouvelles
technologies, la reconversion des travailleurs dont les emplois sont
supprims, des conventions collectives quitables, la dfense du droit
d'auteur, une meilleure protection des travailleurs dans le secteur
artistique et enfin la dfense des tltravailleurs en tant que
travailleurs  part entire.



1998: LES BIBLIOTHEQUES EMMENAGENT SUR LE WEB


= [Rsum]

A partir de 1998, nombre de bibliothques traditionnelles crent un
site web, qui devient leur vitrine virtuelle et permet de proposer
leur catalogue en ligne, des informations pratiques et un choix de
sites pour viter  leurs lecteurs de se perdre sur la toile. Elles
crent aussi une bibliothque numrique pour faire connatre leurs
collections  un large public. Qu'elles soient des bibliothques de
textes, des bibliothques d'images (fixes ou animes) ou des
bibliothques sonores, ou qu'elles associent les trois supports, ces
bibliothques numriques se dveloppent rapidement et permettent
d'avoir accs  des documents jusque-l difficiles - sinon presque
impossibles -  consulter parce qu'appartenant  des fonds anciens, des
fonds rgionaux ou des fonds spcialiss.


= Bibliothques traditionnelles

La premire bibliothque traditionnelle prsente sur le web est la
Bibliothque municipale d'Helsinki (Finlande), qui inaugure son site en
fvrier 1994. Des bibliothques mettent sur pied des cyberespaces 
destination de leurs lecteurs. D'autres bibliothques font connatre
les joyaux de leurs collections par le biais du web. Des bibliothques
nationales unissent leurs efforts pour crer un portail commun.

Face  un web encyclopdique et des bibliothques numriques de plus en
plus nombreuses, les jours des bibliothques traditionnelles sont-ils
compts? La bibliothque numrique menace-t-elle vraiment l'existence
de la bibliothque traditionnelle? Telles sont les questions qu'on se
pose en 1998. A cette date, plusieurs grandes bibliothques expliquent
sur leur site que,  ct d'un secteur numrique en pleine expansion,
la communication physique des documents reste essentielle. Ces
commentaires disparaissent ensuite. Au dbut des annes 2000, toute
bibliothque traditionnelle quelque peu dynamique dispose de
collections numriques, soit  usage interne, soit en accs libre sur
le web.

La raison d'tre des bibliothques nationales est de prserver un
patrimoine accumul au fil des sicles: manuscrits, incunables, livres
imprims, journaux, priodiques, gravures, affiches, partitions
musicales, images, photos, films, etc. Ceci n'est pas prs de changer.
Si le fait de disposer de supports numriques favorise la
communication, il faut bien un endroit pour stocker les documents
physiques originaux,  commencer par les Bibles de Gutenberg.

De plus, les bibliothques nationales archivent aussi les documents
lectroniques et les pages web. A la Bibliothque nationale de France
(BnF) par exemple, il a t dcid de collecter et d'archiver les sites
dont le nom de domaine se termine en .fr, ou encore les sites ddis
aux campagnes lectorales, d'abord pour les prsidentielles de 2002,
puis pour les lgislatives de 2004, et enfin pour les prsidentielles
et lgislatives de 2007, en copiant et sauvegardant les sites
institutionnels, les sites et blogs officiels des candidats, les sites
d'analyses, les sites des mdias traditionnels, les sites
d'associations et de syndicats, etc.

Les bibliothques publiques ne semblent pas prs de disparatre non
plus. Malgr la curiosit suscite par le livre numrique, les lecteurs
assurent rgulirement lors de sondages divers qu'ils ne sont pas prts
 lire Zola ou Proust  l'cran. Question de gnration peut-tre. Les
enfants ayant appris  lire directement  l'cran ne verront sans doute
aucun problme  lire des livres en ligne sur des supports
lectroniques en tous genres.

Si les bibliothques nationales et les bibliothques publiques restent
toujours utiles, la situation est diffrente pour les bibliothques
spcialises. Dans nombre de domaines o l'information la plus rcente
est primordiale, on s'interroge maintenant sur la ncessit d'aligner
des documents imprims sur des rayonnages, alors qu'il est tellement
plus pratique de rassembler, stocker, archiver, organiser, cataloguer
et diffuser des documents lectroniques, et de les imprimer seulement 
la demande.

Fondateur de la bibliothque numrique Athena, Pierre Perroud insiste
sur la complmentarit du texte lectronique et du livre imprim. Selon
lui, les textes lectroniques reprsentent un encouragement  la
lecture et une participation conviviale  la diffusion de la culture,
notamment pour l'tude et la recherche textuelle. Ces textes sont un
bon complment du livre imprim - celui-ci restant irremplaable
lorsqu'il s'agit de lire. Mais le livre imprim reste un compagnon
mystrieusement sacr vers lequel convergent de profonds symboles: on
le serre dans la main, on le porte contre soi, on le regarde avec
admiration; sa petitesse nous rassure autant que son contenu nous
impressionne; sa fragilit renferme une densit qui nous fascine; comme
l'homme il craint l'eau et le feu, mais il a le pouvoir de mettre la
pense de celui-l  l'abri du Temps. (extraits de la revue
Informatique-Informations, Genve, fvrier 1997)


= Bibliothques numriques

Objectif poursuivi par des gnrations de bibliothcaires, la diffusion
du livre devient enfin possible  vaste chelle, puisque celui-ci peut
dsormais tre converti en fichier lectronique et transiter via
l'internet pour toucher un public qui n'a pas toujours accs  une
bibliothque traditionnelle.

Si certaines bibliothques numriques naissent directement sur le web,
la plupart manent de bibliothques traditionnelles. En 1996, la
Bibliothque municipale de Lisieux (Normandie) lance la Bibliothque
lectronique de Lisieux, qui offre les versions numriques d'oeuvres
littraires courtes choisies dans les collections municipales. En 1997,
la Bibliothque nationale de France (BnF) cre Gallica qui, dans un
premier temps, propose des images et textes du 19e sicle francophone.
Une slection de 3.000 livres est complte par un chantillon de la
future iconothque numrique. En 1998, la Bibliothque municipale de
Lyon met les enluminures de 200 manuscrits et incunables  la
disposition de tous sur son site web. Trois exemples parmi tant
d'autres.

Les bibliothques numriques permettent  un large public d'avoir accs
 des documents difficiles  consulter parce qu'appartenant  des fonds
anciens, locaux,  rgionaux ou spcialiss, peu accessibles pour des
raisons diverses: souci de conservation des documents rares et
fragiles, heures d'ouverture rduites, nombreux formulaires  remplir,
longs dlais de communication, pnurie de personnel, qui sont autant de
barrires  franchir et demandent souvent au lecteur une patience 
toute preuve et une dtermination hors du commun pour arriver jusqu'au
document.

Grce  la bibliothque numrique, la bibliothque traditionnelle peut
enfin rendre compatibles deux objectifs qui jusque-l ne l'taient
gure,  savoir la conservation des documents et la communication de
ceux-ci. D'une part le document ne quitte son rayonnage qu'une seule
fois pour tre scann, d'autre part le grand public y a enfin accs. Si
le lecteur souhaite consulter le document original, il pourra se lancer
dans le parcours voqu plus haut, mais en connaissance de cause, grce
au feuilletage pralable  l'cran.

Selon la British Library, pionnire dans ce domaine, la bibliothque
numrique peut tre dfinie comme une entit rsultant de l'utilisation
des technologies numriques pour acqurir, stocker, prserver et
diffuser des documents. Ces documents sont soit publis directement
sous forme numrique, soit numriss  partir d'un document imprim,
audiovisuel ou autre. Une collection numrique devient une bibliothque
numrique si elle rpond aux quatre critres suivants: 1) elle peut
tre cre et/ou produite dans un certain nombre d'endroits diffrents,
mais elle est accessible en tant qu'entit unique; 2) elle doit tre
organise et indexe pour un accs facile au serveur du lieu; 3) elle
doit tre stocke et gre de manire  avoir une existence assez
longue aprs sa cration; 4) elle doit trouver un quilibre entre le
respect du droit d'auteur et les exigences universitaires.

Hberge par l'Universit Carnegie Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie,
Etats-Unis), l'Universal Library insiste sur les trois avantages de la
bibliothque numrique: 1) elle occupe moins de place qu'une
bibliothque traditionnelle et son contenu peut tre copi ou
sauvegard lectroniquement; 2) elle est immdiatement accessible 
quiconque sur l'internet; 3) comme toute recherche sur son contenu est
automatise, elle permet une rduction significative des cots de
fonctionnement et une meilleure accessibilit des documents.

A titre historique, le site Library 2000 prsente un condens des
recherches menes entre octobre 1995 et octobre 1997 par le MIT/LCS
(Massachusetts Institute of Technology / Laboratory of Computer
Science). Pragmatique, le projet Library 2000 a consist  tudier
pendant deux ans les problmes poss par le stockage en ligne d'une
trs grande quantit de documents, puis  dvelopper un prototype sens
conomiquement viable en l'an 2000, prototype grce auquel plusieurs
grandes bibliothques numriques sont mises en ligne  compter de
novembre 1997.

En ce qui concerne les images, les problmes de bande passante
s'estompent. Aprs avoir propos avec enthousiasme des images en pleine
page trs agrables  l'oeil mais excessivement longues  apparatre 
l'cran, nombreux sont les sites qui optent ensuite pour des images de
format rduit, avec possibilit de cliquer ou non sur ces images pour
obtenir un format plus grand. Cette prsentation reste souvent la norme
ensuite, mme avec la gnralisation de l'internet  dbit rapide. Le
passage du petit format ou grand format est dsormais rapide sinon
immdiat,  la grande satisfaction des iconographes, photographes et
autres amateurs d'images.


= Numrisation: mode texte ou image

Qui dit bibliothque numrique dit numrisation. Pour pouvoir tre
consult  l'cran, un livre peut tre numris soit en mode texte soit
en mode image.

La numrisation en mode texte implique la saisie d'un texte. Elle
consiste  patiemment saisir le livre sur un clavier, page aprs page,
solution souvent adopte lors de la constitution des premires
bibliothques numriques, ou alors quand les documents originaux
manquent de clart, pour les livres anciens par exemple. Les annes
passant, la numrisation en mode texte consiste surtout  scanner le
livre en mode image, puis  le convertir en texte grce  un logiciel
OCR (optical character recognition), avec relecture ventuelle 
l'cran pour corriger le texte obtenu puisqu'un bon logiciel OCR serait
fiable  90%.

La version informatique du livre ne conserve pas la prsentation
originale du livre ou de la page. Le livre devient texte,  savoir un
ensemble de caractres apparaissant en continu  l'cran. A cause du
temps pass au traitement de chaque livre, ce mode de numrisation est
assez long, et donc nettement plus coteux que la numrisation en mode
image. Dans de nombreux cas, il est toutefois trs prfrable,
puisqu'il permet l'indexation, la recherche et l'analyse textuelles,
une tude comparative entre plusieurs textes ou plusieurs versions du
mme texte, etc. C'est la mthode utilise par exemple par le Projet
Gutenberg, fond ds 1971, ou encore la Bibliothque lectronique de
Lisieux, cre en 1996.

La numrisation en mode image correspond  la photographie du livre
page aprs page. La version informatique est le fac-simil numrique de
la version imprime. La prsentation originale tant conserve, on peut
feuilleter le texte page aprs page  l'cran. C'est la mthode
employe pour les numrisations  grande chelle, par exemple pour le
programme de numrisation de la Bibliothque nationale de France (BnF)
et la constitution de sa bibliothque numrique Gallica. La
numrisation en mode texte est toutefois utilise pour les tables des
matires, les sommaires et les corpus de documents iconographiques,
afin de faciliter la recherche textuelle.

Pourquoi ne pas tout numriser en mode texte? La BnF rpond en 2000 sur
le site de Gallica: Le mode image conserve l'aspect initial de
l'original y compris ses lments non textuels. Si le mode texte
autorise des recherches riches et prcises dans un document et permet
une rduction significative du volume des fichiers manipuls, sa
ralisation, soit par saisie soit par OCR, implique des cots de
traitement environ dix fois suprieurs  la simple numrisation. Ces
techniques, parfaitement envisageables pour des volumes limits, ne
pouvaient ici tre conomiquement justifiables au vu des 50.000
documents (reprsentant presque 15 millions de pages) mis en ligne.

Concepteur de Mot@mot, logiciel de remise en page de fac-simils
numriques, Pierre Schweitzer insiste sur l'utilit des deux modes de
numrisation. Le mode image permet d'avancer vite et  trs faible
cot, explique-t-il en janvier 2001. C'est important car la tche de
numrisation du domaine public est immense. Il faut tenir compte aussi
des diffrentes ditions: la numrisation du patrimoine a pour but de
faciliter l'accs aux oeuvres, il serait paradoxal qu'elle aboutisse 
se focaliser sur une dition et  abandonner l'accs aux autres. Chacun
des deux modes de numrisation s'applique de prfrence  un type de
document, ancien et fragile ou plus rcent, libre de droit ou non (pour
l'auteur ou pour l'dition), abondamment illustr ou pas. Les deux
modes ont aussi des statuts assez diffrents: en mode texte a peut
tre une nouvelle dition d'une oeuvre, en mode image c'est une sorte
d'"dition d'dition", grce  un de ses exemplaires (qui fonctionne
alors comme une fonte d'imprimerie pour du papier). En pratique, le
choix dpend bien sr de la nature du fonds  numriser, des moyens et
des buts  atteindre. Difficile de se passer d'une des deux faons de
faire.


= Gallica

Secteur numrique de la Bibliothque nationale de France (BnF), Gallica
est inaugur en octobre 1997 avec des images et textes du 19e sicle
francophone, sicle de l'dition et de la presse moderne, sicle du
roman mais aussi des grandes synthses historiques et philosophiques,
sicle scientifique et technique. A l'poque, le serveur stocke
2.500 livres numriss en mode image complts par les 250 livres
numriss en mode texte de la base Frantext de l'INaLF (Institut
national de la langue franaise). Classs par discipline, ces livres
sont complts par une chronologie du 19e sicle et des synthses sur
les grands courants en histoire, sciences politiques, droit, conomie,
littrature, philosophie, sciences et histoire des sciences. Le site
propose aussi un chantillon de la future iconothque numrique, 
savoir le fonds du photographe Eugne Atget, une slection de documents
sur l'crivain Pierre Loti, une collection d'images de l'Ecole
nationale des ponts et chausses ayant trait aux grands travaux lis 
la rvolution industrielle en France, et enfin un choix de livres
illustrs de la Bibliothque du Muse de l'homme.

Fin 1997, Gallica se considre moins comme une banque de donnes
numrises que comme un laboratoire dont l'objet est d'valuer les
conditions d'accs et de consultation  distance des documents
numriques. Le but est d'exprimenter la navigation dans ces
collections, en permettant aussi bien le libre parcours du chercheur ou
du curieux que des recherches textuelles pointues.

Dbut 1998, Gallica annonce 100.000 volumes et 300.000 images pour la
fin 1999, avec un accroissement rapide des collections ensuite. Sur les
100.000 volumes prvus, qui reprsenteront 30 millions de pages
numrises, plus du tiers concerne le 19e sicle. Quant aux 300.000
images fixes, la moiti appartient aux dpartements spcialiss de la
BnF (Estampes et photographie, Manuscrits, Arts du spectacle, Monnaies
et mdailles, etc.). L'autre moiti provient de collections
d'tablissements publics (muses et bibliothques, Documentation
franaise, Ecole nationale des ponts et chausses, Institut Pasteur,
Observatoire de Paris, etc.) ou privs (agences de presse dont Magnum,
l'Agence France-Presse, Sygma, Rapho, etc.).

Par ailleurs,  la mme date, le site bilingue franais-anglais de la
BnF est  la fois solidement ancr dans le pass et rsolument ouvert
sur l'avenir, comme en tmoigne le menu principal de la page d'accueil,
avec ses neuf rubriques: (1) nouveau ( savoir les nouvelles
manifestations culturelles); (2) connatre la BnF; (3) les actualits
culturelles; (4) les expositions virtuelles (quatre expositions en
septembre 1998: les splendeurs persanes, le roi Charles V et son temps,
naissance de la culture franaise, tous les savoirs du monde); (5) des
informations pratiques; (6) l'accs aux catalogues de la BnF; (7)
l'information professionnelle (conservation, dpt lgal, produits
bibliographiques, etc.); (8) la bibliothque en rseau (Francophonie,
coopration nationale, coopration internationale, etc.); (9) les
autres serveurs (bibliothques nationales, bibliothques franaises,
universits, etc.). Bien en vue sur la page d'accueil, un logo permet
d'accder  Gallica.

En mai 1998, la BnF revoit ses esprances  la baisse et modifie
quelque peu ses orientations premires. Jrme Strazzulla, journaliste
au Figaro, explique dans l'dition du 3 juin 1998 que la BnF est
passe d'une esprance universaliste, encyclopdique,  la ncessit
de choix ditoriaux pointus. Dans le mme article, le prsident de la
BnF, Jean-Pierre Angremy, rapporte la dcision du comit ditorial de
Gallica: Nous avons dcid d'abandonner l'ide d'un vaste corpus
encyclopdique de cent mille livres, auquel on pourrait sans cesse
reprocher des trous. Nous nous orientons aujourd'hui vers des corpus
thmatiques, aussi complets que possibles, mais plus restreints. (...)
Nous cherchons  rpondre, en priorit, aux demandes des chercheurs et
des lecteurs. Le premier corpus aura trait aux voyages en France, avec
mise en ligne prvue en 2000. Ce corpus rassemblera des textes,
estampes et photographies du 16e sicle  1920. Les corpus envisags
ensuite auront les thmes suivants: Paris, les voyages en Afrique des
origines  1920, les utopies, et les mmoires des Acadmies des
sciences de province.

En 2003, Gallica rassemble 70.000 ouvrages et 80.000 images allant du
Moyen-Age au dbut du 20e sicle, tous documents libres de droits.
Mais, de l'avis de nombreux usagers, les fichiers sont trs lourds
puisque les livres sont numriss en mode image, et l'accs en est trs
long. Chose tout aussi problmatique, la numrisation en mode image
n'autorise pas la recherche textuelle alors que Gallica se trouve tre
la plus grande bibliothque numrique francophone du rseau en nombre
de titres disponibles en ligne. Seule une petite collection de livres
(1.117 livres en fvrier 2004) est numrise en mode texte, celle de la
base Frantext de l'ATILF (Analyse et traitement informatique de la
langue franaise, le laboratoire ayant succd  l'INaLF), intgre
dans Gallica.

En fvrier 2005, Gallica compte 76.000 ouvrages. A la mme date, la BnF
annonce la mise en ligne prochaine (entre 2006 et 2009) de la presse
franaise parue entre 1826 et 1944,  savoir 22 titres reprsentant 3,5
millions de pages. Dbut 2006, les premiers journaux disponibles en
ligne sont les quotidiens Le Figaro (fond en 1826), La Croix (fonde
en 1883), L'Humanit (fonde en 1904) et Le Temps (fond en 1861 et
disparu en 1942).

En dcembre 2006, les collections comprennent 90.000 ouvrages numriss
(fascicules de presse compris), 80.000 images et des dizaines d'heures
de ressources sonores. Gallica dbute la conversion en mode texte des
livres numriss en mode image afin de favoriser l'accs  leur contenu
et leur indexation par les moteurs de recherche.

En novembre 2007, la BnF annonce la numrisation de 300.000 ouvrages
supplmentaires d'ici 2010,  savoir 45 millions de pages qui seront
accessibles sur son nouveau site Gallica2, simultanment en mode image
et en mode texte.



1999: LES BIBLIOTHECAIRES DEVIENNENT CYBERTHECAIRES


= [Rsum]

Selon Peter Raggett, bibliothcaire depuis plus de vingt ans,
l'internet offre aux chercheurs un stock d'informations considrable.
Le problme pour eux est de trouver ce qu'ils cherchent (en 1999).
Jamais auparavant on n'avait senti une telle surcharge d'informations,
comme on la sent maintenant quand on tente de trouver un renseignement
sur un sujet prcis en utilisant les moteurs de recherche disponibles
sur l'internet. A mon avis, les bibliothcaires auront un rle
important  jouer pour amliorer la recherche et l'organisation de
l'information sur le rseau. (...) La tche du bibliothcaire sera de
filtrer les informations pour le public. Personnellement, je me vois de
plus en plus devenir un bibliothcaire virtuel. Je n'aurai pas
l'occasion de rencontrer les usagers, ils me contacteront plutt par
courriel, par tlphone ou par fax, j'effectuerai la recherche et je
leur enverrai les rsultats par voie lectronique.


= Bibliothcaires et internet

Le bibliothcaire-documentaliste voit son activit professionnelle
frappe de plein fouet par l'informatique puis par l'internet. Dans les
annes 1980, l'informatique permet aux bibliothcaires de remplacer des
catalogues de fiches sur bristol par des catalogues consultables 
l'cran, avec un classement alphabtique ou systmatique effectu par
la machine. L'informatisation du prt et des commandes de livres fait
disparatre l'impressionnant stock de fiches et bordereaux ncessaires
lors des oprations manuelles. L'informatique en rseau permet ensuite
la gestion de catalogues collectifs regroupant dans une mme base de
donnes les catalogues des bibliothques de la mme rgion, du mme
pays ou de la mme spcialit, entranant du mme coup des services
trs facilits pour le prt inter-bibliothques et le regroupement des
commandes auprs des fournisseurs. Puis les bibliothques ouvrent un
serveur minitel pour la consultation de leur catalogue, dsormais
disponible au domicile du lecteur. Ces catalogues sont progressivement
transfrs sur l'internet, avec une consultation plus souple et plus
attractive que sur minitel. Outre le catalogue en ligne, les sites web
des bibliothques offrent un ensemble de documents numriss ou encore
un choix de liens hypertextes vers d'autres sites, vitant ainsi aux
usagers de se perdre sur la toile.

Selon Olivier Bogros, directeur de la Bibliothque municipale de
Lisieux (Normandie), interview en juin 1998, l'internet est un outil
formidable d'change entre professionnels (tout ce qui passe par le
courrier lectronique, les listes de diffusion et les forums) (...).
C'est aussi pour les bibliothques la possibilit d'largir leur public
en direction de toute la Francophonie. Cela passe par la mise en ligne
d'un contenu qui n'est pas seulement la mise en ligne du catalogue,
mais aussi et surtout la constitution de vritables bibliothques
virtuelles.

La liste de diffusion Biblio-fr est cre en 1993 par Herv Le
Crosnier, professeur  l'Universit de Caen (Normandie),  l'intention
des bibliothcaires et documentalistes francophones et [de] toute
personne intresse par la diffusion lectronique de l'information
documentaire. La liste se veut le regard francophone des
documentalistes sur les questions souleves par le dveloppement de
l'internet, par exemple la diffusion de la connaissance,
l'organisation de collections de documents lectroniques, la
maintenance et l'archivage de l'crit lectronique. Biblio-fr compte
3.329 abonns le 20 dcembre 1998 et 15.136 abonns le 20 avril 2007.
Une autre liste de diffusion est ADBS-info, gre par l'Association des
professionnels de l'information et de la documentation (ADBS), avec
7.699 abonns le 20 avril 2007.

Des portails sont crs  l'intention des bibliothques, par exemple
Biblio On Line. Jean-Baptiste Rey, son rdacteur et webmestre, relate
en juin 1998: Le site dans sa premire version a t lanc en juin
1996. Une nouvelle version (l'actuelle) a t mise en place  partir du
mois de septembre 1997. Le but de ce site est d'aider les bibliothques
 intgrer internet dans leur fonctionnement et dans les services
qu'elles offrent  leur public. Le service est dcompos en deux
parties: (a) une partie "professionnelle" o les bibliothcaires
peuvent retrouver des informations professionnelles et des liens vers
les organismes, les institutions, et les projets et ralisations ayant
trait  leur activit; (b) une partie comprenant annuaire, mode
d'emploi de l'internet, villes et provinces, etc... permet au public
des bibliothques d'utiliser le service Biblio On Line comme un point
d'entre vers internet.

Le site de l'ENSSIB (Ecole nationale suprieure des sciences de
l'information et des bibliothques) hberge la version lectronique du
Bulletin des bibliothques de France (BBF), une revue professionnelle
bimensuelle dans laquelle professionnels et spcialistes de
l'information discutent de toutes les questions concernant la politique
et le dveloppement des bibliothques et des centres de documentation:
volution par secteur, grands projets, informatisation, technologies de
l'information, crits lectroniques, rseaux, coopration, formation,
gestion, patrimoine, usagers et publics, livre et lecture...

Annie Le Saux, rdactrice de la revue, relate en juillet 1998: C'est
en 1996 que le BBF a commenc  paratre sur internet (les numros de
1995). (...) Nous nous servons beaucoup du courrier lectronique pour
prendre contact avec nos auteurs et pour recevoir leurs articles. Cela
diminue grandement les dlais. Nous avons aussi recours au web pour
prendre connaissance des sites mentionns lors de colloques, vrifier
les adresses, retrouver des indications bibliographiques dans les
catalogues des bibliothques...


= Quelques expriences

# En 1999

Avec cette manne documentaire qu'offre dsormais l'internet, que vont
devenir les bibliothcaires-documentalistes? Vont-ils devenir des
cyberthcaires, ou bien vont-ils progressivement disparatre parce que
les usagers n'auront tout simplement plus besoin d'eux? A la fin des
annes 1990, il ne semble pas que la profession soit en danger, au
contraire. Piloter les usagers sur l'internet, filtrer et organiser
l'information  leur intention, crer et grer un site web, rechercher
des documents dans des bases de donnes spcialises, telles sont
dsormais les tches de nombreux bibliothcaires. C'est le cas de Peter
Raggett  l'OCDE et de Bruno Didier  l'Institut Pasteur.

Peter Raggett est sous-directeur (puis directeur) de la Bibliothque
centrale de l'OCDE (Organisation de coopration et de dveloppement
conomiques), rebaptise ensuite Centre d'information et de
documentation (CDI).

Situe  Paris, l'OCDE regroupe trente pays membres. Au noyau
d'origine, constitu des pays d'Europe de l'Ouest et d'Amrique du
Nord, viennent s'ajouter le Japon, l'Australie, la Nouvelle-Zlande, la
Finlande, le Mexique, la Rpublique tchque, la Hongrie, la Pologne et
la Core.

Rserve aux fonctionnaires de l'organisation, la bibliothque permet
la consultation de 60.000 monographies et 2.500 priodiques imprims.
En ligne depuis 1996, ses pages intranet deviennent une source
d'information majeure pour le personnel.

Je dois filtrer l'information pour les usagers de la bibliothque, ce
qui signifie que je dois bien connatre les sites et les liens qu'ils
proposent, explique Peter Raggett en aot 1999. J'ai slectionn
plusieurs centaines de sites pour en favoriser l'accs  partir de
l'intranet de l'OCDE. Cette slection fait partie du bureau de
rfrence virtuel propos par la bibliothque  l'ensemble du
personnel. Outre de nombreux liens, ce bureau de rfrence contient des
pages recensant les articles, monographies et sites web correspondant
aux diffrents projets de recherche en cours  l'OCDE, l'accs en
rseau aux CD-ROM et une liste mensuelle des nouveaux titres.

Comment voit-il l'avenir de la profession? L'internet offre aux
chercheurs un stock d'informations considrable. Le problme pour eux
est de trouver ce qu'ils cherchent. Jamais auparavant on n'avait senti
une telle surcharge d'informations, comme on la sent maintenant quand
on tente de trouver un renseignement sur un sujet prcis en utilisant
les moteurs de recherche disponibles sur l'internet. A mon avis, les
bibliothcaires auront un rle important  jouer pour amliorer la
recherche et l'organisation de l'information sur le rseau. Je prvois
aussi une forte expansion de l'internet pour l'enseignement et la
recherche. Les bibliothques seront amenes  crer des bibliothques
numriques permettant  un tudiant de suivre un cours propos par une
institution  l'autre bout du monde. La tche du bibliothcaire sera de
filtrer les informations pour le public. Personnellement, je me vois de
plus en plus devenir un bibliothcaire virtuel. Je n'aurai pas
l'occasion de rencontrer les usagers, ils me contacteront plutt par
courriel, par tlphone ou par fax, j'effectuerai la recherche et je
leur enverrai les rsultats par voie lectronique.

En 1999, Bruno Didier est bibliothcaire  l'Institut Pasteur (Paris),
une fondation prive dont le but est la prvention et le traitement des
maladies infectieuses par la recherche, l'enseignement et des actions
de sant publique.

Sduit par les perspectives qu'offre le rseau pour la recherche
documentaire, Bruno Didier cre le site web de la bibliothque en 1996
et devient son webmestre. Le site web de la bibliothque a pour
vocation principale de servir la communaut pasteurienne, relate-t-il
en aot 1999. Il est le support d'applications devenues indispensables
 la fonction documentaire dans un organisme de cette taille: bases de
donnes bibliographiques, catalogue, commande de documents et bien
entendu accs  des priodiques en ligne. C'est galement une vitrine
pour nos diffrents services, en interne mais aussi dans toute la
France et  l'tranger. Il tient notamment une place importante dans la
coopration documentaire avec les instituts du rseau Pasteur  travers
le monde. Enfin j'essaie d'en faire une passerelle adapte  nos
besoins pour la dcouverte et l'utilisation d'internet. (...) Je
dveloppe et maintiens les pages du serveur, ce qui s'accompagne d'une
activit de veille rgulire. Par ailleurs je suis responsable de la
formation des usagers, ce qui se ressent dans mes pages. Le web est un
excellent support pour la formation, et la plupart des rflexions
actuelles sur la formation des usagers intgrent cet outil.

Son activit professionnelle a chang de manire radicale, tout comme
celle de ses collgues. C'est  la fois dans nos rapports avec
l'information et avec les usagers que les changements ont eu lieu,
explique-t-il. Nous devenons de plus en plus des mdiateurs, et peut-
tre un peu moins des conservateurs. Mon activit actuelle est typique
de cette nouvelle situation: d'une part dgager des chemins d'accs
rapides  l'information et mettre en place des moyens de communication
efficaces, d'autre part former les utilisateurs  ces nouveaux outils.
Je crois que l'avenir de notre mtier passe par la coopration et
l'exploitation des ressources communes. C'est un vieux projet
certainement, mais finalement c'est la premire fois qu'on dispose
enfin des moyens de le mettre en place.

# En 2000

En 2000, Bakayoko Bourahima est responsable de la bibliothque de
l'Ecole nationale suprieure de statistique et d'conomie applique
(ENSEA) d'Abidjan (Cte d'Ivoire). L'ENSEA est un tablissement qui
assure la formation de statisticiens pour les pays africains
d'expression franaise. Son site web est mis en ligne en avril 1999
dans le cadre du rseau REFER, un rseau mis sur pied par l'Agence
universitaire de la Francophonie (AUF) pour desservir la communaut
scientifique et technique en Afrique, en Asie et en Europe orientale
(24 pays participants en 2002).

En tant que responsable de la bibliothque, Bakayoko Bourahima s'occupe
de la gestion de l'information et de la diffusion des travaux publis
par l'ENSEA. Quel est l'apport de l'internet dans son travail? Mon
service a eu rcemment des sances de travail avec l'quipe
informatique pour discuter de l'implication de la bibliothque dans
l'animation du site, relate-t-il en juillet 2000. Le service de la
bibliothque travaille aussi  deux projets d'intgration du web pour
amliorer ses prestations. (...) J'espre bientt pouvoir mettre  la
disposition de mes usagers un accs internet pour l'interrogation de
bases de donnes. Par ailleurs, j'ai en projet de raliser et de mettre
sur l'intranet et sur le web un certain nombre de services
documentaires (base de donnes thmatique, informations
bibliographiques, service de rfrences bibliographiques, bulletin
analytique des meilleurs travaux d'tudiants...). Il s'agit donc pour
la bibliothque, si j'obtiens les financements ncessaires pour ces
projets, d'utiliser pleinement l'internet pour donner  notre Ecole un
plus grand rayonnement et de renforcer sa plateforme de communication
avec tous les partenaires possibles. En intgrant cet outil au plan de
dveloppement de la bibliothque, j'espre amliorer la qualit et
largir la gamme de l'information scientifique et technique mise  la
disposition des tudiants, des enseignants et des chercheurs, tout en
tendant considrablement l'offre des services de la bibliothque.

En 2000, Emmanuel Barthe est documentaliste juridique et responsable
informatique de Coutrelis & Associs, un cabinet d'avocats parisien.
Les principaux domaines de travail du cabinet sont le droit
communautaire, le droit de l'alimentation, le droit de la concurrence
et le droit douanier, crit-il en octobre 2000. Je fais de la saisie
indexation, et je conois et gre les bases de donnes internes. Pour
des recherches documentaires difficiles, je les fais moi-mme ou bien
je conseille le juriste. Je suis aussi responsable informatique et
tlcoms du cabinet: conseils pour les achats, assistance et formation
des utilisateurs. De plus, j'assure la veille, la slection et le
catalogage de sites web juridiques: titre, auteur et bref descriptif.
Je suis galement formateur internet juridique aussi bien  l'intrieur
de mon entreprise qu' l'extrieur lors de stages de formation.

Par ailleurs, Emmanuel Barthe est le modrateur de Juriconnexion, une
liste de discussion cre par l'association du mme nom. L'association
Juriconnexion a pour but la promotion de l'lectronique juridique,
c'est--dire la documentation juridique sur support lectronique et la
diffusion des donnes publiques juridiques. Elle organise des
rencontres entre les utilisateurs et les diteurs juridiques (et de
bases de donnes), ainsi qu'une journe annuelle sur un thme. Vis--
vis des autorits publiques, Juriconnexion a un rle de mdiateur et de
lobbying  la fois. L'association, notamment, est favorable  la
diffusion gratuite sur internet des donnes juridiques produites par le
Journal officiel et les tribunaux. Les bibliothcaires-documentalistes
juridiques reprsentent la majorit des membres de l'association,
suivis par certains reprsentants des diteurs et des juristes.

# En 2001

En 2001, Anissa Rachef est bibliothcaire et professeur  l'Institut
franais de Londres. Prsents dans de nombreux pays, les instituts
franais sont des organismes officiels proposant des cours et
manifestations culturelles. A Londres, 5.000 tudiants environ
s'inscrivent aux cours chaque anne. Inaugure en mai 1996, la
mdiathque utilise l'internet ds sa cration.

L'objectif de la mdiathque est double, explique Anissa Rachef en
avril 2001. Servir un public s'intressant  la culture et la langue
franaises et "recruter" un public allophone en mettant  disposition
des produits d'appel tels que vidos documentaires, livres audio, CD-
ROM. La mise en place rcente d'un espace multimdia sert aussi 
fidliser les usagers. L'installation d'un service d'information rapide
a pour fonction de rpondre dans un temps minimum  toutes sortes de
questions poses via le courrier lectronique, ou par fax. Ce service
exploite les nouvelles technologies pour des recherches trs
spcialises. Nous laborons galement des dossiers de presse destins
aux tudiants et professeurs prparant des examens de niveau
secondaire. Je m'occupe essentiellement de catalogage, d'indexation et
de cotation. (...) J'utilise internet pour des besoins de base.
Recherches bibliographiques, commande de livres, courrier
professionnel, prt inter-bibliothques. C'est grce  internet que la
consultation de catalogues collectifs, tels SUDOC (Systme
universitaire de documentation) et OCLC (Online Computer Library
Center), a t possible. C'est ainsi que j'ai pu mettre en place un
service de fourniture de documents extrieurs  la mdiathque. Des
ouvrages peuvent dsormais tre achemins vers la mdiathque pour des
usagers ou bien  destination des bibliothques anglaises.



2000: L'INFORMATION DEVIENT MULTILINGUE


= [Rsum]

De pratiquement anglophone  ses dbuts, le web, devenu multilingue en
2000, permet une large diffusion des textes lectroniques sans
contrainte de frontires. Mais la barrire de la langue est loin
d'avoir disparu. Que prconise Olivier Gainon, fondateur des ditions
CyLibris? Premire tape: le respect des particularismes au niveau
technique, explique-t-il en dcembre 2000. Il faut que le rseau
respecte les lettres accentues, les lettres spcifiques, etc. Je crois
trs important que les futurs protocoles permettent une transmission
parfaite de ces aspects - ce qui n'est pas forcment simple (dans les
futures volutions de l'HTML ou des protocoles IP, etc.). Donc il faut
que chacun puisse se sentir  l'aise avec l'internet et que ce ne soit
pas simplement rserv  des (plus ou moins) anglophones. Il est
anormal aujourd'hui que la transmission d'accents puisse poser problme
dans les courriers lectroniques. La premire dmarche me semble donc
une dmarche technique. Si on arrive  faire cela, le reste en dcoule:
la reprsentation des langues se fera en fonction du nombre de
connects, et il faudra envisager  terme des moteurs de recherche
multilingues.


= Premiers pas

A tort ou  raison, on se plaint souvent de l'hgmonie de l'anglais
sur l'internet. Celle-ci tait invitable au dbut, puisque le rseau
se dveloppe d'abord en Amrique du Nord avant de s'tendre au monde
entier. En 1997, on note dj la prsence de nombreuses langues, cette
prsence dpendant du dynamisme de chaque communaut linguistique. En
dcembre 1997, Tim Berners-Lee, inventeur du web, dclare  Pierre
Ruetschi, journaliste  la Tribune de Genve, un quotidien suisse:
Pourquoi les Francophones ne mettent-ils pas davantage d'informations
sur le web? Est-ce qu'ils pensent que personne ne veut la lire, que la
culture franaise n'a rien  offrir? C'est de la folie, l'offre est
videmment norme. C'est chose faite dans les annes qui suivent.

Consultant en marketing internet de produits et services de traduction,
Randy Hobler crit en septembre 1998: Comme l'internet n'a pas de
frontires nationales, les internautes s'organisent selon d'autres
critres propres au mdium. En termes de multilinguisme, vous avez des
communauts virtuelles, par exemple ce que j'appelle les "nations des
langues", tous ces internautes qu'on peut regrouper selon leur langue
maternelle quel que soit leur lieu gographique. Ainsi la nation de la
langue espagnole inclut non seulement les internautes d'Espagne et
d'Amrique latine, mais aussi tous les Hispanophones vivant aux Etats-
Unis, ou encore ceux qui parlent espagnol au Maroc.

En 1998 et 1999, la ncessit d'un web multilingue occupe tous les
esprits. Au dbut des annes 2000, le web, devenu multilingue, permet
une large diffusion des textes lectroniques sans contrainte de
frontires, mais la barrire de la langue est loin d'avoir disparu. La
priorit semble tre la cration de passerelles entre les communauts
linguistiques pour favoriser la circulation des crits dans d'autres
langues, en amliorant notamment les outils de traduction.

Au cours de l't 2000, les usagers non anglophones dpassent la barre
des 50%. Ce pourcentage continue ensuite d'augmenter, comme le montrent
les statistiques de la socit Global Reach, mises  jour  intervalles
rguliers. Le nombre d'usagers non anglophones est de 52,5% en t
2001, 57% en dcembre 2001, 59,8% en avril 2002, 64,4% en septembre
2003 (dont 34,9% d'Europens non anglophones et 29,4% d'Asiatiques) et
64,2% en mars 2004 (dont 37,9% d'Europens non anglophones et 33%
d'Asiatiques).

Bruno Didier, webmestre de la Bibliothque de l'Institut Pasteur, crit
en aot 1999: Internet n'est une proprit ni nationale, ni
linguistique. C'est un vecteur de culture, et le premier support de la
culture, c'est la langue. Plus il y a de langues reprsentes dans leur
diversit, plus il y aura de cultures sur internet. Je ne pense pas
qu'il faille justement cder  la tentation systmatique de traduire
ses pages dans une langue plus ou moins universelle. Les changes
culturels passent par la volont de se mettre  la porte de celui vers
qui on souhaite aller. Et cet effort passe par l'apprhension de sa
langue. Bien entendu c'est trs utopique comme propos. Concrtement,
lorsque je fais de la veille, je peste ds que je rencontre des sites
norvgiens ou brsiliens sans un minimum d'anglais.

Ds dcembre 1997, le moteur de recherche AltaVista lance Babel Fish
Translation, un logiciel de traduction automatique de l'anglais vers
cinq autres langues (allemand, espagnol, franais, italien, portugais),
et vice versa. Aliment par un dictionnaire multilingue de 2,5 millions
de mots, ce service gratuit est l'oeuvre de Systran, socit pionnire
en traitement automatique des langues. Le texte  traduire doit tre de
trois pages maximum. La page originale et la traduction apparaissent en
vis--vis  l'cran. La traduction tant entirement automatise, elle
est videmment approximative. Si cet outil a ses limites, il a le
mrite d'exister et il prfigure ceux des annes suivantes, dvelopps
entre autres par Systran, Alis Technologies, Globalink ou Lernout &
Hauspie.


= De l'ASCII  l'Unicode

Communiquer dans plusieurs langues implique d'avoir des systmes de
codage adapts  nos alphabets ou idogrammes respectifs.

Le premier systme d'encodage informatique est l'ASCII (American
standard code for information interchange). Publi en 1968 aux Etats-
Unis par l'American National Standards Institute (ANSI), avec
actualisation en 1977 et 1986, l'ASCII est un code standard de
128 caractres traduits en langage binaire sur sept bits (A est traduit
par 1000001, B est traduit par 1000010, etc.). Les 128 caractres
comprennent 33 caractres de contrle (qui ne reprsentent donc pas de
symbole crit) et 95 caractres imprimables: les 26 lettres sans accent
en majuscules (A-Z) et minuscules (a-z), les chiffres, les signes de
ponctuation et quelques symboles, le tout correspondant aux touches du
clavier anglais ou amricain.

L'ASCII permet uniquement la lecture de l'anglais et du latin. Il ne
permet pas de prendre en compte les lettres accentues prsentes dans
bon nombre de langues europennes, et  plus forte raison les langues
non alphabtiques (chinois, japonais, coren, etc.). Ceci ne pose pas
de problme majeur les premires annes, tant que l'change de fichiers
lectroniques se limite essentiellement  l'Amrique du Nord. Mais le
multilinguisme devient bientt une ncessit vitale. Des variantes de
l'ASCII (norme ISO-8859 ou ISO-Latin) prennent en compte les caractres
accentus de quelques langues europennes. Par exemple, la variante
pour le franais est dfinie par la norme ISO-8859-1 (ISO-Latin-1).
Mais le passage de l'ASCII original  ses diffrentes extensions
devient vite un vritable casse-tte, y compris au sein de l'Union
europenne, les problmes tant entre autres la multiplication des
variantes, la corruption des donnes dans les changes informatiques ou
encore l'incompatibilit des systmes, les pages ne pouvant tre
affiches que dans une seule langue  la fois.

Avec le dveloppement du web, l'change des donnes s'internationalise
de plus en plus. On ne peut plus se limiter  l'utilisation de
l'anglais et de quelques langues europennes, traduites par un systme
d'encodage datant de 1968.

Publi pour la premire fois en janvier 1991, l'Unicode est un systme
d'encodage universel sur 16 bits spcifiant un nombre unique pour
chaque caractre. Ce nombre est lisible quels que soient la plateforme,
le logiciel et la langue utiliss. L'Unicode peut traiter 65.000
caractres uniques et prendre en compte tous les systmes d'criture de
la plante. A la grande satisfaction des linguistes, il remplace
progressivement l'ASCII. L'Unicode dispose de plusieurs variantes en
fonction des besoins, par exemple UTF-8, UTF-16 et UTF-32 (UTF: Unicode
transformation format). Il devient une composante des spcifications du
W3C (World Wide Web Consortium), l'organisme international charg du
dveloppement du web.

L'utilisation de l'Unicode se gnralise en 1998, par exemple pour les
fichiers texte sous plateforme Windows (Windows NT, Windows 2000,
Windows XP et versions suivantes), qui taient jusque-l en ASCII. Mais
l'Unicode ne peut rsoudre tous les problmes, comme le souligne en
juin 2000 Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, un
espace d'criture hypermdia: Les systmes d'exploitation se dotent
peu  peu des kits de langues et bientt peut-tre de polices de
caractres Unicode  mme de reprsenter toutes les langues du monde;
reste que chaque application, du traitement de texte au navigateur web,
embote ce pas. Les difficults sont immenses: notre clavier avec ses 
250 touches avoue ses manques ds lors qu'il faille saisir des Katakana
ou Hiragana japonais, pire encore avec la langue chinoise. La grande
varit des systmes d'criture de par le monde et le nombre de leurs
signes font barrage. Mais les cueils culturels ne sont pas moins
importants, lis aux codes et modalits de reprsentation propres 
chaque culture ou ethnie.

Que prconise Olivier Gainon, fondateur de CyLibris et pionnier de
l'dition littraire en ligne?  Premire tape: le respect des
particularismes au niveau technique, explique-t-il en dcembre 2000. Il
faut que le rseau respecte les lettres accentues, les lettres
spcifiques, etc. Je crois trs important que les futurs protocoles
permettent une transmission parfaite de ces aspects - ce qui n'est pas
forcment simple (dans les futures volutions de l'HTML ou des
protocoles IP, etc.). Donc il faut que chacun puisse se sentir  l'aise
avec l'internet et que ce ne soit pas simplement rserv  des (plus ou
moins) anglophones. Il est anormal aujourd'hui que la transmission
d'accents puisse poser problme dans les courriers lectroniques. La
premire dmarche me semble donc une dmarche technique. Si on arrive 
faire cela, le reste en dcoule: la reprsentation des langues se fera
en fonction du nombre de connects, et il faudra envisager  terme des
moteurs de recherche multilingues.

Yoshi Mikami est informaticien  Fujisawa, au Japon. En dcembre 1995,
il lance le site "The Languages of the World by Computers and the
Internet", communment appel Logos Home Page ou Kotoba Home Page. Son
site donne un bref historique de chaque langue, ses caractristiques,
son systme d'criture, son jeu de caractres et enfin la configuration
du clavier dans la langue donne. Yoshi Mikami est galement co-auteur
(avec Kenji Sekine et Nobutoshi Kohara) de "Pour un web multilingue",
publi en aot 1997 en japonais par les ditions O'Reilly avant d'tre
traduit en anglais, en allemand et en franais (version franaise parue
en septembre 1998).

Yoshi explique en dcembre 1998: Ma langue maternelle est le japonais.
Comme j'ai suivi mes tudes de troisime cycle aux Etats-Unis et que
j'ai travaill dans l'informatique, je suis devenu bilingue
japonais/anglais amricain. J'ai toujours t intress par diffrentes
langues et cultures, aussi j'ai appris le russe, le franais et le
chinois dans la foule. A la fin de 1995, j'ai cr sur le web le site
"The Languages of the World by Computers and the Internet" et j'ai
tent de donner - en anglais et en japonais - un bref historique de
toutes ces langues, ainsi que les caractristiques propres  chaque
langue et  sa phontique. Suite  l'exprience acquise, j'ai invit
mes deux associs  crire un livre sur la conception, la cration et
la prsentation de pages web multilingues, livre qui fut publi en aot
1997 sous le titre "The Multilingual Web Guide", le premier livre au
monde sur un tel sujet.

Comment voit-il l'volution vers un web multilingue? Il y a des
milliers d'annes de cela, en Egypte, en Chine et ailleurs, les gens
taient plus sensibles au fait de communiquer leurs lois et leurs
rflexions non seulement dans une langue mais dans plusieurs. Dans
notre monde moderne, chaque Etat a adopt plus ou moins une seule
langue de communication. A mon avis, l'internet verra l'utilisation
plus grande de langues diffrentes et de pages multilingues (et pas
seulement une gravitation autour de l'anglais amricain) et un usage
plus cratif de la traduction informatique multilingue. 99% des sites
web crs au Japon sont en japonais!


= De l'anglais au plurilinguisme

Aprs avoir t anglophone  pratiquement 100%, l'internet est encore
anglophone  plus de 80% en 1998, un pourcentage qui s'explique par
trois facteurs: (a) la cration d'un grand nombre de sites web manant
des Etats-Unis, du Canada et du Royaume-Uni; (b) une proportion
d'usagers particulirement forte en Amrique du Nord par rapport au
reste du monde; (c) l'usage de l'anglais en tant que principale langue
d'change internationale.

L'anglais reste en effet prpondrant et ceci n'est pas prs de
disparatre. Comme indiqu en janvier 1999 par Marcel Grangier,
responsable de la section franaise des services linguistiques centraux
de l'Administration fdrale suisse, cette suprmatie n'est pas un mal
en soi, dans la mesure o elle rsulte de ralits essentiellement
statistiques (plus de PC par habitant, plus de locuteurs de cette
langue, etc.). La riposte n'est pas de "lutter contre l'anglais" et
encore moins de s'en tenir  des jrmiades, mais de multiplier les
sites en d'autres langues. Notons qu'en qualit de service de
traduction, nous prconisons galement le multilinguisme des sites eux-
mmes. La multiplication des langues prsentes sur internet est
invitable, et ne peut que bnficier aux changes multiculturels.

Professeur en technologies de la communication  la Webster University
de Genve, Henk Slettenhaar insiste lui aussi sur la ncessit de sites
bilingues, dans la langue originale et en anglais. Les communauts
locales prsentes sur le web devraient en tout premier lieu utiliser
leur langue pour diffuser des informations, crit-il en dcembre 1998.
Si elles veulent galement prsenter ces informations  la communaut
mondiale, celles-ci doivent tre aussi disponibles en anglais. Je pense
qu'il existe un rel besoin de sites bilingues. (...) Mais je suis
enchant qu'il existe maintenant tant de documents disponibles dans
leur langue originale. Je prfre de beaucoup lire l'original avec
difficult plutt qu'une traduction mdiocre.

Henk ajoute en aot 1999: A mon avis, il existe deux types de
recherches sur le web. La premire est la recherche globale dans le
domaine des affaires et de l'information. Pour cela, la langue est
d'abord l'anglais, avec des versions locales si ncessaire. La seconde,
ce sont les informations locales de tous ordres dans les endroits les
plus reculs. Si l'information est  destination d'une ethnie ou d'un
groupe linguistique, elle doit d'abord tre dans la langue de l'ethnie
ou du groupe, avec peut-tre un rsum en anglais.

Philippe Loubire, traducteur littraire et dramatique, dnonce pour sa
part la main-mise anglophone sur le rseau. Tout ce qui peut
contribuer  la diversit linguistique, sur internet comme ailleurs,
est indispensable  la survie de la libert de penser, explique-t-il en
mars 2001. Je n'exagre absolument pas: l'homme moderne joue l sa
survie. Cela dit, je suis trs pessimiste devant cette volution. Les
Anglo-saxons vous crivent en anglais sans vergogne. L'immense majorit
des Franais constate avec une indiffrence totale le remplacement
progressif de leur langue par le mauvais anglais des marchands et des
publicitaires, et le reste du monde a parfaitement admis l'hgmonie
linguistique des Anglo-saxons parce qu'ils n'ont pas d'autres horizons
que de servir ces riches et puissants matres. La seule solution
consisterait  recourir  des lgislations internationales assez
contraignantes pour obliger les gouvernements nationaux  respecter et
 faire respecter la langue nationale dans leur propre pays (le
franais en France, le roumain en Roumanie, etc.), cela dans tous les
domaines et pas seulement sur internet. Mais ne rvons pas...

Richard Chotin, professeur  l'Ecole suprieure des affaires (ESA) de
Lille, rappelle  juste titre que la suprmatie de l'anglais a succd
 celle du franais. Le problme est politique et idologique: c'est
celui de l'"imprialisme" de la langue anglaise dcoulant de
l'imprialisme amricain, explique-t-il en septembre 2000. Il suffit
d'ailleurs de se souvenir de l'"imprialisme" du franais aux 18e et
19e sicles pour comprendre la dficience en langues des tudiants
franais: quand on n'a pas besoin de faire des efforts pour se faire
comprendre, on n'en fait pas, ce sont les autres qui les font.

Guy Antoine, crateur de Windows on Haiti, site de rfrence sur la
culture hatienne, croit en la ncessit de l'anglais en tant que
langue commune. Il relate en novembre 1999: Pour des raisons
pratiques, l'anglais continuera  dominer le web. Je ne pense pas que
ce soit une mauvaise chose, en dpit des sentiments rgionalistes qui
s'y opposent, parce que nous avons besoin d'une langue commune
permettant de favoriser les communications  l'chelon international.
Ceci dit, je ne partage pas l'ide pessimiste selon laquelle les autres
langues n'ont plus qu' se soumettre  la langue dominante. Au
contraire. Tout d'abord l'internet peut hberger des informations
utiles sur les langues minoritaires, qui seraient autrement amenes 
disparatre sans laisser de traces. De plus,  mon avis, l'internet
incite les gens  apprendre les langues associes aux cultures qui les
intressent. Ces personnes ralisent rapidement que la langue d'un
peuple est un lment fondamental de sa culture. De ce fait, je n'ai
pas grande confiance dans les outils de traduction automatique qui,
s'ils traduisent les mots et les expressions, ne peuvent gure traduire
l'me d'un peuple. Que sont les Hatiens, par exemple, sans le kreyl
(crole pour les non initis), une langue qui s'est dveloppe et qui a
permis de souder entre elles diverses tribus africaines transplantes 
Hati pendant la priode de l'esclavage? Cette langue reprsente de
manire la plus palpable l'unit de notre peuple. Elle est toutefois
principalement une langue parle et non crite. A mon avis, le web va
changer cet tat de fait plus qu'aucun autre moyen traditionnel de
diffusion d'une langue. Dans Windows on Haiti, la langue principale est
l'anglais, mais on y trouve tout aussi bien un forum de discussion
anim conduit en kreyl. Il existe aussi des documents sur Hati en
franais et dans l'ancien crole colonial, et je suis prt  publier
d'autres documents en espagnol et dans diverses langues. Je ne propose
pas de traductions, mais le multilinguisme est effectif sur ce site, et
je pense qu'il deviendra de plus en plus la norme sur le web.

Bakayoko Bourahima, bibliothcaire de l'Ecole nationale suprieure de
statistique et d'conomie applique (ENSEA)  Abidjan, crit en juillet
2000: Pour nous les Africains francophones, le diktat de l'anglais sur
la toile reprsente pour la masse un double handicap d'accs aux
ressources du rseau. Il y a d'abord le problme de l'alphabtisation
qui est loin d'tre rsolu et que l'internet va poser avec beaucoup
plus d'acuit, ensuite se pose le problme de la matrise d'une seconde
langue trangre et son adquation  l'environnement culturel. En
somme,  dfaut de multilinguisme, l'internet va nous imposer une
seconde colonisation linguistique avec toutes les contraintes que cela
suppose. Ce qui n'est pas rien quand on sait que nos systmes ducatifs
ont dj beaucoup de mal  optimiser leurs performances, en raison,
selon certains spcialistes, des contraintes de l'utilisation du
franais comme langue de formation de base. Il est donc de plus en plus
question de recourir aux langues vernaculaires pour les formations de
base, pour "dsenclaver" l'cole en Afrique et l'impliquer au mieux
dans la valorisation des ressources humaines. Comment faire? Je pense
qu'il n'y a pas de chance pour nous de faire prvaloir une quelconque
exception culturelle sur la toile, ce qui serait de nature tout  fait
grgaire. Il faut donc que les diffrents blocs linguistiques
s'investissent beaucoup plus dans la promotion de leur accs  la
toile, sans oublier leurs diffrentes spcificits internes.

Tt ou tard, le pourcentage des langues sur le rseau correspondra-t-il
 leur rpartition sur la plante? Rien n'est moins sr  l'heure de la
fracture numrique entre riches et pauvres, entre zones rurales et
zones urbaines, entre rgions favorises et rgions dfavorises, entre
l'hmisphre nord et l'hmisphre sud, entre pays dvelopps et pays en
dveloppement.

Selon Zina Tucsnak, ingnieur d'tudes au laboratoire ATILF (Analyse et
traitement informatique de la langue franaise), interviewe en octobre
2000, le meilleur moyen serait l'application d'une loi par laquelle on
va attribuer un "quota"  chaque langue. Mais n'est-ce pas une utopie
de demander l'application d'une telle loi dans une socit de
consommation comme la ntre?

A la mme date, Emmanuel Barthe, documentaliste juridique, exprime un
avis contraire: Des signes rcents laissent penser qu'il suffit de
laisser les langues telles qu'elles sont actuellement sur le web. En
effet, les langues autres que l'anglais se dveloppent avec
l'accroissement du nombre de sites web nationaux s'adressant
spcifiquement aux publics nationaux, afin de les attirer vers
internet. Il suffit de regarder l'accroissement du nombre de langues
disponibles dans les interfaces des moteurs de recherche gnralistes.


= Langues minoritaires

De plus, l'imprialisme dnonc plus haut ne concerne pas seulement
les Etats-Unis et la langue anglaise. La France elle aussi n'est pas
sans exercer pression pour imposer la suprmatie de la langue franaise
sur d'autres langues, comme en tmoigne Guy Antoine, crateur du site
Windows on Haiti. Il relate en juin 2001: J'ai fait de la promotion du
kreyl (crole hatien) une cause personnelle, puisque cette langue est
le principal lien unissant tous les Hatiens, malgr l'attitude
ddaigneuse d'une petite lite hatienne -  l'influence
disproportionne - vis--vis de l'adoption de normes pour l'criture du
kreyl et le soutien de la publication de livres et d'informations
officielles dans cette langue. A titre d'exemple, il y avait rcemment
dans la capitale d'Hati un Salon du livre de deux semaines,  qui on
avait donn le nom de "Livres en folie". Sur les 500 livres d'auteurs
hatiens qui taient prsents lors du salon, il y en avait une
vingtaine en kreyl, ceci dans le cadre de la campagne insistante que
mne la France pour clbrer la Francophonie dans ses anciennes
colonies. A Hati cela se passe relativement bien, mais au dtriment
direct de la Crolophonie.

En rponse  l'attitude de cette minorit hatienne, j'ai cr sur mon
site web Windows on Haiti deux forums de discussion exclusivement en
kreyl. Le premier forum regroupe des discussions gnrales sur toutes
sortes de sujets, mais en fait ces discussions concernent
principalement les problmes socio-politiques qui agitent Hati. Le
deuxime forum est uniquement rserv aux dbats sur les normes
d'criture du kreyl. Ces dbats sont assez anims, et un certain
nombre d'experts linguistiques y participent. Le caractre exceptionnel
de ces forums est qu'ils ne sont pas acadmiques. Je n'ai trouv nulle
part ailleurs sur l'internet un change aussi spontan et aussi libre
entre des experts et le grand public pour dbattre dans une langue
donne des attributs et des normes de la mme langue.

En septembre 2000, Guy Antoine rejoint l'quipe dirigeante de Mason
Integrated Technologies, dont l'objectif est de crer des outils
permettant l'accessibilit des documents publis dans des langues dites
minoritaires. Etant donn l'exprience de l'quipe en la matire, nous
travaillons d'abord sur le crole hatien (kreyl), qui est la seule
langue nationale d'Hati, et l'une des deux langues officielles,
l'autre tant le franais. Cette langue ne peut gure tre considre
comme une langue minoritaire dans les Carabes puisqu'elle est parle
par huit  dix millions de personnes.

Autre exprience, celle de Caoimhn  Donnale, professeur
d'informatique  l'Institut Sabhal Mr Ostaig, situ sur l'le de Skye,
en Ecosse. Caoimhn dispense ses cours en galique cossais. Il est
aussi le webmestre du site de l'institut, qui est bilingue anglais-
galique et se trouve tre la principale source d'information mondiale
sur le galique cossais. Sur ce site, il tient  jour la page
"European Minority Languages", une liste de langues europennes
minoritaires elle aussi bilingue, avec classement par ordre
alphabtique de langues et par famille linguistique. Interview en mai
2001, Caoimhn raconte: Nos tudiants utilisent un correcteur
d'orthographe en galique et une base terminologique en ligne en
galique. (...) Il est maintenant possible d'couter la radio en
galique (cossais et irlandais) en continu sur l'internet partout dans
le monde. Une ralisation particulirement importante a t la
traduction en galique du logiciel de navigation Opera. C'est la
premire fois qu'un logiciel de cette taille est disponible en
galique.

En fvrier 2000, Robert Beard co-fonde yourDictionary.com en tant que
portail de rfrence pour toutes les langues sans exception, avec une
section spcifique consacre aux langues menaces (Endangered Language
Repository). Les langues menaces sont essentiellement des langues non
crites, crit-il en janvier 2000. Un tiers seulement des quelque 6.000
langues existant dans le monde sont  la fois crites et parles. Je ne
pense pourtant pas que le web va contribuer  la perte de l'identit
des langues et j'ai mme le sentiment que,  long terme, il va
renforcer cette identit. Par exemple, de plus en plus d'Indiens
d'Amrique contactent des linguistes pour leur demander d'crire la
grammaire de leur langue et de les aider  laborer des dictionnaires.
Pour eux, le web est un instrument  la fois accessible et trs
prcieux d'expression culturelle.

Caoimhn  Donnale indique pour sa part en mai 2001: En ce qui
concerne l'avenir des langues menaces, l'internet acclre les choses
dans les deux sens. Si les gens ne se soucient pas de prserver les
langues, l'internet et la mondialisation qui l'accompagne acclreront
considrablement la disparition de ces langues. Si les gens se soucient
vraiment de les prserver, l'internet constituera une aide
irremplaable.


= Traductions

L'internet tant une source d'information  vocation mondiale, il
semble indispensable de favoriser les activits de traduction. Auteur
des Chroniques de Cybrie, une chronique hebdomadaire en ligne des
actualits du rseau, Jean-Pierre Cloutier dplore en aot 1999 qu'il
se fasse trs peu de traductions des textes et essais importants qui
sont publis sur le web, tant de l'anglais vers d'autres langues que
l'inverse. (...) La nouveaut d'internet dans les rgions o il se
dploie prsentement y suscite des rflexions qu'il nous serait utile
de lire.  quand la traduction des penseurs hispanophones et autres de
la communication?

Professeur d'espagnol en entreprise et traductrice, Maria Victoria
Marinetti crit  la mme date: Il est trs important de pouvoir
communiquer en diffrentes langues. Je dirais mme que c'est
obligatoire, car l'information donne sur le net est  destination du
monde entier, alors pourquoi ne l'aurions-nous pas dans notre propre
langue ou dans la langue que nous souhaitons lire? Information
mondiale, mais pas de vaste choix dans les langues, ce serait
contradictoire, pas vrai?

Une solution rsidera peut-tre dans l'utilisation  grande chelle des
logiciels de traduction automatique, dont on nous promet l'amlioration
d'ici quelques annes. Il va sans dire que, pour le moment, la
traduction automatique n'offre pas la qualit de travail des
professionnels de la traduction, et qu'il est prfrable de faire appel
 ces derniers lorsqu'on a le temps et l'argent ncessaires. Mais qui a
l'argent ncessaire pour faire traduire des centaines sinon des
milliers de pages web et, qui plus est, en plusieurs langues? Les
logiciels de traduction sont donc trs pratiques pour fournir un
rsultat immdiat et  moindres frais, sinon gratuit, mme si celui-ci
est trs imparfait. Depuis 1998, des logiciels sont en accs libre sur
le web - par exemple ceux de Systran, d'Alis technologies ou de Google
- et permettent de traduire en quelques secondes une page web ou un
texte court, avec plusieurs combinaisons de langues possibles.

Le but d'un logiciel de traduction est d'analyser le texte dans la
langue source (texte  traduire) et de gnrer automatiquement le texte
correspondant dans la langue cible (texte traduit), en utilisant des
rgles prcises pour le transfert de la structure grammaticale. Comme
l'explique l'EAMT (European Association for Machine Translation) sur
son site, il existe aujourd'hui un certain nombre de systmes
produisant un rsultat qui, s'il n'est pas parfait, est de qualit
suffisante pour tre utile dans certaines applications spcifiques, en
gnral dans le domaine de la documentation technique. De plus, les
logiciels de traduction, qui sont essentiellement destins  aider le
traducteur humain  produire des traductions, jouissent d'une
popularit croissante auprs des organismes professionnels de
traduction.

La tche est immense. Comme le souligne en fvrier 2001 Pierre-Nol
Favennec, expert  la direction scientifique de France Tlcom R&D,
les recherches sur la traduction automatique devraient permettre une
traduction automatique dans les langues souhaites, mais avec des
applications pour toutes les langues et non les seules dominantes (ex.:
diffusion de documents en japonais, si l'metteur est de langue
japonaise, et lecture en breton, si le rcepteur est de langue
bretonne...). Il y a donc beaucoup de travaux  faire dans le domaine
de la traduction automatique et crite de toutes les langues.



2001: COPYRIGHT, COPYLEFT ET CREATIVE COMMONS


= [Rsum]

Lance en 2001  l'initiative de Lawrence Lessig, professeur de droit 
la Stanford Law School (Californie), la licence Creative Commons a pour
but de favoriser la diffusion d'oeuvres numriques tout en protgeant
le droit d'auteur. L'organisme du mme nom propose des licences-type,
qui sont des contrats flexibles de droit d'auteur compatibles avec une
diffusion sur l'internet. Simplement rdiges, ces autorisations non
exclusives permettent aux titulaires des droits d'autoriser le public 
utiliser leurs crations tout en ayant la possibilit de restreindre
les exploitations commerciales et les oeuvres drives. L'auteur peut
par exemple choisir d'autoriser ou non la reproduction et la
rediffusion de ses oeuvres. Ces contrats peuvent tre utiliss pour
tout type de cration: texte, film, photo, musique, site web, etc.
Finalise en fvrier 2007, la version 3.0 de la Creative Commons
instaure une licence internationale et la compatibilit avec d'autres
licences similaires, dont le copyleft et la GPL (general public
license).


= Internet et droit d'auteur

Si le dbat relatif au droit d'auteur sur l'internet est vif  la fin
des annes 1990, Philippe Loubire, traducteur littraire et
dramatique, ramne ce dbat aux vrais problmes. Ce dbat me semble
assez proche sur le fond de ce qu'il est dans les autres domaines o le
droit d'auteur s'exerce, ou devrait s'exercer, crit-il en mars 2001.
Le producteur est en position de force par rapport  l'auteur dans
pratiquement tous les cas de figure. Les pirates, voire la simple
diffusion libre, ne menacent vraiment directement que les producteurs.
Les auteurs ne sont menacs que par ricochet. Il est possible que l'on
puisse lgifrer sur la question, au moins en France o les
corporations se revendiquant de l'exception culturelle sont actives et
rsistent encore un peu aux Amricains, mais le mal est plus profond.
En effet, en France comme ailleurs, les auteurs taient toujours les
derniers et les plus mal pays avant l'apparition d'internet, on
constate qu'ils continuent d'tre les derniers et les plus mal pays
depuis. Il me semble ncessaire que l'on rgle d'abord la question du
respect des droits d'auteur en amont d'internet. Dj dans le cadre
gnral de l'dition ou du spectacle vivant, les socits d'auteurs -
SACD (Socit des auteurs et compositeurs dramatiques), SGDL (Socit
des gens de lettres), SACEM (Socit des auteurs, compositeurs et
diteurs de musique), etc. - faillissent ds lors que l'on sort de la
routine ou du vedettariat, ou ds que les producteurs abusent de leur
position de force, ou tout simplement ne payent pas les auteurs, ce qui
est trs frquent.

Pour nombre d'auteurs, le web est avant tout un espace public bas sur
l'change. Alain Bron, consultant en systmes d'information et auteur
de romans, crit en novembre 1999: Je considre aujourd'hui le web
comme un domaine public. Cela veut dire que la notion de droit d'auteur
sur ce mdia disparat de facto: tout le monde peut reproduire tout le
monde. La cration s'expose donc  la copie immdiate si les copyrights
ne sont pas dposs dans les formes usuelles et si les oeuvres sont
exposes sans procdures de revenus.

Jacques Gauchey, journaliste et spcialiste des technologies de
l'information, exprime un avis diffrent. Le droit d'auteur dans son
contexte traditionnel n'existe plus, crit-il en juillet 1999. Les
auteurs ont besoin de s'adapter  un nouveau paradigme, celui de la
libert totale du flot de l'information. Le contenu original est comme
une empreinte digitale: il est incopiable. Il survivra et prosprera
donc.

Selon Xavier Malbreil, auteur multimdia interview en mars 2001, il y
a deux choses. Le web ne doit pas tre un espace de non-droit, et c'est
un principe qui doit s'appliquer  tout, et notamment au droit
d'auteur. Toute utilisation commerciale d'une oeuvre doit ouvrir droit
 rtribution. Mais galement, le web est un lieu de partage. Echanger
entre amis des passages d'un texte qui vous a plu, comme on peut
recopier des passages d'un livre particulirement apprci, pour le
faire aimer, cela ne peut faire que du bien aux oeuvres, et aux
auteurs. La littrature souffre surtout de ne pas tre diffuse. Tout
ce qui peut concourir  la faire sortir de son ghetto sera positif.


= Copyleft et Creative Commons

Des auteurs et autres crateurs souhaitent respecter la vocation
premire du web, rseau de diffusion  l'chelon mondial. De ce fait,
les adeptes de contrats flexibles - copyleft, GPL (general public
license) et Creative Commons - sont de plus en plus nombreux.

L'ide du copyleft est lance ds 1984 par Richard Stallman, ingnieur
en informatique et dfenseur inlassable du mouvement Open Source au
sein de la Free Software Foundation (FSF). Conu  l'origine pour les
logiciels, le copyleft est formalis par la GPL (general public
license) et tendu par la suite  toute oeuvre de cration. Il contient
la dclaration normale du copyright affirmant le droit d'auteur. Son
originalit est de donner au lecteur le droit de librement redistribuer
le document et de le modifier. Le lecteur s'engage toutefois  ne
revendiquer ni le travail original, ni les changements effectus par
d'autres personnes. De plus, tous les travaux drivs de l'oeuvre
originale sont eux-mmes soumis au copyleft.

Lance en 2001  l'initiative de Lawrence Lessig, professeur de droit 
la Stanford Law School, en Californie, la licence Creative Commons a
elle aussi pour but de favoriser la diffusion d'oeuvres numriques tout
en protgeant le droit d'auteur. L'organisme du mme nom propose des
licences-type, qui sont des contrats flexibles de droit d'auteur
compatibles avec une diffusion sur l'internet. Simplement rdiges, ces
autorisations non exclusives permettent aux titulaires des droits
d'autoriser le public  utiliser leurs crations tout en ayant la
possibilit de restreindre les exploitations commerciales et les
oeuvres drives. L'auteur peut par exemple choisir d'autoriser ou non
la reproduction et la rediffusion de ses oeuvres. Ces contrats peuvent
tre utiliss pour tout type de cration: texte, film, photo, musique,
site web, etc. Finalise en fvrier 2007, la version 3.0 de la Creative
Commons instaure une licence internationale et la compatibilit avec
d'autres licences similaires, dont le copyleft et la GPL.

Une licence Creative Commons est utilise pour un million d'oeuvres en
2003, 4,7 millions d'oeuvres en 2004, 20 millions d'oeuvres en 2005, 50
millions d'oeuvres en 2006, 90 millions d'oeuvres en 2007 et 130
millions d'oeuvres en 2008.

En complment, Science Commons est fond en 2005 pour dfinir les
stratgies et les outils ncessaires  la diffusion sur le web de la
recherche scientifique, et ccLearn est fond en 2007 en vue de dfinir
des stratgies et outils pour l'enseignement.


= Domaine public et copyright

Chose inquitante  l'heure d'une socit dite de l'information, le
domaine public se rduit comme peau de chagrin. A une poque qui n'est
pas si lointaine, 50% des oeuvres appartenaient au domaine public, et
pouvaient donc tre librement utilises par tous. D'ici 2100, 99% des
oeuvres seraient rgies par le droit d'auteur, avec un maigre 1% laiss
au domaine public. Un problme pineux pour tous ceux qui grent des
bibliothques numriques, et qui affecte aussi bien le Projet Gutenberg
que Google Books.

Si le Projet Gutenberg s'est donn pour mission de diffuser
gratuitement par voie lectronique le plus grand nombre possible
d'oeuvres du domaine public, sa tche n'est gure facilite par les
coups de boutoir ports au domaine public. Michael Hart, son fondateur,
se penche sur la question depuis plus de trente ans, avec l'aide d'un
groupe d'avocats spcialiss dans le droit d'auteur.

Dans la section Copyright HowTo, le Projet Gutenberg dtaille les
calculs  faire pour dterminer si un titre publi aux Etats-Unis
appartient ou non au domaine public. Les oeuvres publies avant 1923
sont soumises au droit d'auteur pendant 75 ans  partir de leur date de
publication (elles sont donc maintenant dans le domaine public). Les
oeuvres publies entre 1923 et 1977 sont soumises au droit d'auteur
pendant 95 ans  partir de leur date de publication (rien ne tombera
dans le domaine public avant 2019). Une oeuvre publie en 1998 et les
annes suivantes est soumise au droit d'auteur pendant 70 ans  partir
de la date du dcs de l'auteur s'il s'agit d'un auteur personnel (rien
dans le domaine public avant 2049), ou alors pendant 95 ans  partir de
la date de publication - ou 120 ans  partir de la date de cration -
s'il s'agit d'un auteur collectif (rien dans le domaine public avant
2074). Tout ceci dans les grandes lignes. D'autres rgles viennent
s'ajouter  ces rgles de base, la loi sur le copyright ayant t
amende plusieurs fois fois depuis 1971, date de fondation du Projet
Gutenberg.

Nettement plus contraignant que l'amendement prcdent, une nouveau
renforcement du copyright est entrin par le Congrs le 27 octobre
1998 pour contrer le formidable vhicule de diffusion qu'est
l'internet. Au fil des sicles, chaque avance technique est
accompagne d'un durcissement du copyright, qui semble tre la rponse
des diteurs  un accs plus facile au savoir, et la peur affrente de
perdre des royalties. Le copyright a t augment de 20 ans, explique
Michael Hart en juillet 1999. Auparavant on devait attendre 75 ans, on
est maintenant pass  95 ans. Bien avant, le copyright durait 28 ans
(plus une extension de 28 ans si on la demandait avant l'expiration du
dlai) et, avant cela, le copyright durait 14 ans (plus une extension
de 14 ans si on la demandait avant l'expiration du dlai). Comme on le
voit, on assiste  une dgradation rgulire et constante du domaine
public.

Les dates voques par Michael sont les suivantes, comme expliqu en
dtail dans son blog:

(a) 1790 est la date de la main-mise de la Guilde des imprimeurs (les
diteurs de l'poque en Angleterre) sur les auteurs, qui entrane la
naissance du copyright. Le 1790 Copyright Act institue un copyright de
14 ans aprs la date de publication de l'oeuvre, plus une extension de
28 ans si celle-ci est demande avant l'expiration du dlai. Les
oeuvres pouvant tre lgalement imprimes passent subitement de 6.000 
600, et neuf titres sur dix disparaissent des librairies. Quelque 335
ans aprs les dbuts de l'imprimerie, cense ouvrir les portes du
savoir  tous, le monde du livre est dsormais contrl par les
diteurs et non plus par les auteurs. Cette nouvelle lgislation est
galement effective aux Etats-Unis et en France.

(b) 1831 est la date d'un premier renforcement du copyright pour
contrer la rdition de vastes collections du domaine public sur les
nouvelles presses  vapeur. Le 1831 Copyright Act institue un copyright
de 28 ans aprs la date de publication de l'oeuvre, plus une extension
de 14 ans si celle-ci est demande avant l'expiration du dlai, 
savoir un total de 42 ans.

(c) 1909 est la date d'un deuxime renforcement du copyright pour
contrer une rdition des collections du domaine public sur les
nouvelles presses lectriques. Le 1909 Copyright Act double la priode
de l'extension, qui passe  28 ans, le tout reprsentant un total de 56
ans.

(d) 1976 est la date d'un nouveau durcissement du copyright suite
l'apparition de la photocopieuse lance par Xerox. Le 1976 Copyright
Act institue un copyright de 50 ans aprs le dcs de l'auteur. De ce
fait, tout copyright en cours avant le 19 septembre 1962 n'expire pas
avant le 31 dcembre 1976.

(e) 1998 est la date d'un durcissement supplmentaire du copyright
suite au dveloppement rapide des technologies numriques et aux
centaines de milliers d'oeuvres dsormais disponibles sur CD et DVD et
sur le web, gratuitement ou  un prix trs bas. Le 1998 Copyright Act
allonge la dure du copyright qui est dsormais de 70 ans aprs le
dcs de l'auteur, pour protger l'empire Disney (raison pour laquelle
on parle souvent de Mickey Mouse Copyright Act) et nombre de
multinationales culturelles.

Pour ne prendre qu'un exemple, le classique mondial "Gone With the
Wind" ("Autant en emporte le vent") de Margaret Mitchell, publi en
1939, aurait d tomber dans le domaine public au bout de 56 ans, en
1995, conformment  la lgislation de l'poque, librant ainsi les
droits pour les adaptations en tous genres. Suite aux lgislations de
1976 et 1998, ce classique ne devrait dsormais tomber dans le domaine
public qu'en 2035.

La lgislation de 1998 porte un coup trs rude aux bibliothques
numriques, en plein essor avec le dveloppement du web, et
scandalisent ceux qui les grent,  commencer par Michael Hart et John
Mark Ockerbloom, crateur de l'Online Books Page. Mais comment faire le
poids vis--vis des majors de l'dition? Nombre de titres doivent tre
retirs des collections.

Michael raconte en juillet 1999: J'ai t le principal opposant aux
extensions du copyright, mais Hollywood et les grands diteurs ont fait
en sorte que le Congrs ne mentionne pas mon action en public. Les
dbats actuels sont totalement irralistes. Ils sont mens par
"l'aristocratie terrienne de l'ge de l'information" et servent
uniquement ses intrts. Un ge de l'information? Et pour qui?

En effet. Les instances politiques ne cessent de parler d'ge de
l'information alors que, en parallle, elles durcissent la
rglementation relative  la mise  disposition de cette information.
La contradiction est flagrante. Le copyright est pass d'une dure de
30 ans en moyenne en 1909  une dure de 95 ans en moyenne en 1998,
explique aussi Michael dans son blog. En 89 ans, de 1909  1998, le
copyright a subi une extension de 65 ans qui affecte les trois quarts
de la production du 20e sicle. Seul un livre publi avant 1923 peut
tre considr avec certitude comme du domaine public.

Un durcissement similaire touche les pays de l'Union europenne. La
rgle gnrale est dsormais un copyright de 70 ans aprs le dcs de
l'auteur, alors qu'il tait auparavant de 50 ans, suite aux pressions
exerces par les diteurs de contenu sous le prtexte d'harmoniser
les lois nationales relatives au copyright pour rpondre  la
mondialisation du march.

A ceci s'ajoute la lgislation sur le copyright des ditions numriques
en application des traits internationaux de l'OMPI (Organisation
mondiale de la proprit intellectuelle). Ces traits sont signs en
1996 dans l'optique de contrler la gestion des droits numriques. Le
Digital Millenium Copyright Act (DMCA) est entrin en octobre 1998 aux
Etats-Unis. La directive EUCD (European Union Copyright Directive) est
entrine en mai 2001 par la Communaut europenne. Cette directive
s'intitule trs prcisment Directive 2001/29/EC du Parlement europen
et du Conseil sur l'harmonisation de certains aspects du droit d'auteur
et des droits voisins dans la socit de l'information. Elle fait
suite  la directive de fvrier 1993 (Directive 93/98/EEC) qui visait 
harmoniser les lgislations des diffrents pays en matire de
protection du droit d'auteur. La directive EUCD entre peu  peu en
vigueur dans tous les pays de l'Union europenne, avec mise en place de
lgislations nationales, le but officiel tant de renforcer le respect
du droit d'auteur sur l'internet et de contrer ainsi le piratage. En
France, par exemple, la loi DADVSI (Droit d'auteur et droits voisins
dans la socit de l'information) est promulgue en aot 2006, et n'est
pas sans susciter de nombreux remous.



2002: LE WEB DEVIENT UNE VASTE ENCYCLOPEDIE


= [Rsum]

En 2002, le MIT (Massachusetts Institute of Technology) dcide de
publier le contenu de ses cours en ligne, avec accs libre et gratuit,
en privilgiant la diffusion libre du savoir. Mise en ligne en
septembre 2002, la version pilote du MIT OpenCourseWare (MIT OCW) offre
en accs libre le matriel d'enseignement de 32 cours reprsentatifs
des cinq facults du MIT. Ce matriel d'enseignement comprend des
textes de confrences, des travaux pratiques, des exercices et
corrigs, des bibliographies, des documents audio et vido, etc.
Paralllement, la Public Library of Science (PLoS) met sur pied des
revues scientifiques en ligne de haut niveau. En ce qui concerne les
encyclopdies, Wikipdia ouvre la voie en 2001, en lanant une
encyclopdie crite collectivement et dont le contenu est librement
rutilisable. Wikipdia est rdig par des milliers de volontaires,
avec possibilit de corriger et de complter les articles, aussi bien
les leurs que ceux d'autres contributeurs. Suivent d'autres
encyclopdies comme Citizendium et l'Encyclopedia of Life.


= Vers un savoir numrique

Sur le site de l'Internet Society (ISOC), qu'il fonde en 1992 pour
promouvoir le dveloppement de l'internet, Vinton Cerf explique: Le
rseau fait deux choses (...): comme les livres, il permet d'accumuler
de la connaissance. Mais, surtout, il la prsente sous une forme qui la
met en relation avec d'autres informations. Alors que, dans un livre,
l'information est maintenue isole.

De plus, l'information contenue dans les livres reste la mme, au moins
pendant une priode donne, alors que l'internet privilgie
l'information la plus rcente et constamment actualise.

Lors d'une confrence organise par l'IFIP (International Federation of
Information Processing) en septembre 1996, Dale Spender, professeur et
chercheuse, tente de cerner les changements fondamentaux apports par
l'internet dans l'acquisition du savoir et les mthodes d'enseignement.
Voici son argumentation rsume en deux paragraphes.

Pendant plus de cinq sicles, l'enseignement est principalement bas
sur l'information donne par les livres. Or les habitudes lies 
l'imprim ne peuvent tre transfres au monde numrique.
L'enseignement en ligne offre des possibilits tellement nouvelles
qu'il n'est gure possible d'effectuer les distinctions traditionnelles
entre enseignant et enseign. Le passage de la culture imprime  la
culture numrique exige d'entirement repenser le processus
d'enseignement, puisque nous avons maintenant l'opportunit sans
prcdent de pouvoir influer sur le genre d'enseignement que nous
souhaitons.

Dans la culture imprime, l'information contenue dans les livres
restait la mme un certain temps, ce qui nous a encourag  penser que
l'information tait stable. La nature mme de l'imprim est lie  la
notion de vrit, stable elle aussi. Cette stabilit et l'ordre qu'elle
engendre ont t un des fondements de l'ge industriel et de la
rvolution scientifique. Les notions de vrit, de lois, d'objectivit
et de preuve ont t les lments de rfrence de nos croyances et de
nos cultures. Mais la rvolution numrique change tout ceci. Soudain
l'information en ligne supplante l'information imprime pour devenir la
plus fiable et la plus utile, et l'usager est prt  la payer en
consquence. C'est cette transformation radicale dans la nature de
l'information qui doit tre au coeur du dbat concernant les mthodes
d'enseignement.

En tmoigne l'exprience de Russon Wooldridge, professeur au
dpartement des tudes franaises de l'Universit de Toronto (Canada),
qui relate en fvrier 2001: Tout mon enseignement exploite au maximum
les ressources d'internet (le web et le courriel): les deux lieux
communs d'un cours sont la salle de classe et le site du cours, sur
lequel je mets tous les matriaux des cours. Je mets toutes les donnes
de mes recherches des vingt dernires annes sur le web (rdition de
livres, articles, textes intgraux de dictionnaires anciens en bases de
donnes interactives, de traits du 16e sicle, etc.). Je publie des
actes de colloques, j'dite un journal, je collabore avec des collgues
franais, mettant en ligne  Toronto ce qu'ils ne peuvent pas publier
en ligne chez eux. En mai 2000 j'ai organis  Toronto un colloque
international sur "Les tudes franaises valorises par les nouvelles
technologies". (...)

Je me rends compte que sans internet mes activits seraient bien
moindres, ou du moins trs diffrentes de ce qu'elles sont
actuellement. Donc je ne vois pas l'avenir sans. Mais il est crucial
que ceux qui croient  la libre diffusion des connaissances veillent 
ce que le savoir ne soit pas bouff, pour tre vendu, par les intrts
commerciaux. Ce qui se passe dans l'dition du livre en France, o on
n'offre gure plus en librairie que des manuels scolaires ou pour
concours (c'est ce qui s'est pass en linguistique, par exemple), doit
tre vit sur le web. Ce n'est pas vers les amazon.com qu'on se tourne
pour trouver la science dsintresse. Sur mon site, je refuse toute
sponsorisation.


= Quelques projets pilotes

# Cours du MIT

Professeur  l'Universit d'Ottawa (Canada), Christian Vandendorpe
salue en mai 2001 la dcision du MIT (Massachusetts Institute of
Technology) de placer tout le contenu de ses cours sur le web d'ici dix
ans, en le mettant gratuitement  la disposition de tous. Entre les
tendances  la privatisation du savoir et celles du partage et de
l'ouverture  tous, je crois en fin de compte que c'est cette dernire
qui va l'emporter. Le MIT dcide en effet de publier le contenu de ses
cours en ligne, avec accs libre et gratuit, une initiative mene avec
le soutien financier de la Hewlett Foundation et de la Mellon
Foundation.

Mise en ligne en septembre 2002, la version pilote du MIT
OpenCourseWare (MIT OCW) offre en accs libre le matriel
d'enseignement de 32 cours reprsentatifs des cinq facults du MIT. Ce
matriel d'enseignement comprend des textes de confrences, des travaux
pratiques, des exercices et corrigs, des bibliographies, des documents
audio et vido, etc. Le lancement officiel du site a lieu un an plus
tard, en septembre 2003, avec accs  quelques centaines de cours. En
mars 2004, 500 cours sont disponibles dans 33 disciplines. En mai 2006,
1.400 cours sont disponibles dans 34 disciplines. La totalit des 1.800
cours dispenss par le MIT est en ligne en novembre 2007, avec
actualisation rgulire. Certains cours sont traduits en espagnol, en
portugais et en chinois avec l'aide d'autres organismes.

Le MIT espre que cette exprience de publication lectronique - la
premire du genre - va permettre de dfinir un standard et une mthode
de publication, et inciter d'autres universits  crer un
opencourseware pour la mise  disposition gratuite de leurs propres
cours. Un opencourseware peut tre dfini comme la publication
lectronique en accs libre du matriel d'enseignement d'un ensemble de
cours. A cet effet, le MIT lance l'OpenCourseWare Consortium (OCW
Consortium) en dcembre 2005, avec accs libre et gratuit au matriel
d'enseignement de cent universits dans le monde un an plus tard.

# Public Library of Science

A l'heure de l'internet, il parat assez scandaleux que le rsultat de
travaux de recherche - travaux originaux et demandant de longues annes
d'efforts - soit dtourn par des diteurs spcialiss s'appropriant ce
travail et le monnayant  prix fort. L'activit des chercheurs est
souvent finance par les deniers publics, et de manire substantielle
en Amrique du Nord. Il semblerait donc normal que la communaut
scientifique et le grand public puissent bnficier librement du
rsultat de ces recherches.

Dans le domaine scientifique et mdical par exemple, 1.000 nouveaux
articles sont publis chaque jour, en ne comptant que les articles
rviss par les pairs. Se basant sur ce constat, la Public Library of
Science (PLoS) est fonde en octobre 2000  San Francisco 
l'initiative de Harold Varmus, Patrick Brown et Michael Eisen,
chercheurs dans les universits de Stanford et Berkeley (Californie).
Le but est de contrer les pratiques de l'dition spcialise en
regroupant tous les articles scientifiques et mdicaux au sein
d'archives en ligne en accs libre. Au lieu d'une information
dissmine dans des millions de rapports et des milliers de priodiques
en ligne ayant chacun des conditions d'accs diffrentes, un point
d'accs unique permettrait de lire le contenu intgral de ces articles,
avec moteur de recherche multicritres et systme d'hyperliens entre
les articles.

Pour ce faire, la PLoS fait circuler une lettre ouverte demandant que
les articles publis par les diteurs spcialiss soient distribus
librement dans un service d'archives en ligne, et incitant les
signataires de cette lettre  promouvoir les diteurs prts  soutenir
ce projet. La rponse de la communaut scientifique internationale est
remarquable. Au cours des deux annes suivantes, la lettre ouverte est
signe par 30.000 chercheurs de 180 pays. Bien que la rponse des
diteurs soit nettement moins enthousiaste, plusieurs diteurs donnent
galement leur accord pour une distribution immdiate des articles
publis par leurs soins, ou alors une distribution dans un dlai de six
mois. Mais dans la pratique, mme les diteurs ayant donn leur accord
formulent nombre d'objections au nouveau modle propos, si bien que le
projet d'archives en ligne ne voit finalement pas le jour.

Un autre objectif de la Public Library of Science est de devenir elle-
mme diteur. La PLoS fonde donc une maison d'dition scientifique non
commerciale qui reoit en dcembre 2002 une subvention de 9 millions de
dollars US de la part de la Moore Foundation. Une quipe ditoriale de
haut niveau est constitue en janvier 2003 pour lancer des priodiques
de qualit selon un nouveau modle d'dition en ligne bas sur la
diffusion libre du savoir.

Le premier numro de PLoS Biology sort en octobre 2003, avec une
version en ligne gratuite et une version imprime au prix cotant
(couvrant uniquement les frais de fabrication et de distribution). PLoS
Medicine est lanc en octobre 2004. Trois nouveaux titres voient le
jour en 2005: PLoS Genetics, PLoS Computational Biology et PLoS
Pathogens. PLoS Clinical Trials voit le jour en 2006. PloS Neglected
Tropical Diseases est lanc  l'automne 2007 en tant que premire
publication scientifique consacre aux maladies tropicales ngliges.
Ces maladies affectent les populations pauvres, aussi bien dans les
zones rurales que dans les zones urbaines.

Tous les articles de ces priodiques sont librement accessibles en
ligne, sur le site de la PLoS et dans PubMed Central, le service
d'archives en ligne public et gratuit de la National Library of
Medicine (Etats-Unis), avec moteur de recherche multicritres. Les
versions imprimes sont abandonnes en 2006 pour laisser place  un
service d'impression  la demande propos par la socit Odyssey Press.
Ces articles peuvent tre librement diffuss et rutiliss ailleurs, y
compris pour des traductions, selon les termes de la licence Creative
Commons, la seule contrainte tant la mention des auteurs et de la
source. La PLoS lance aussi PLoS ONE, un forum en ligne permettant la
publication d'articles sur tout sujet scientifique et mdical.

Le succs est total. Trois ans aprs les dbuts de la Public Library of
Science en tant qu'diteur, PLoS Biology et PLos Medicine ont la mme
rputation d'excellence que les grandes revues Nature, Science ou The
New England Journal of Medicine. La PLoS reoit le soutien financier de
plusieurs fondations tout en mettant sur pied un modle conomique
viable, avec des revenus manant des frais de publication pays par les
auteurs, et manant aussi de la publicit, des sponsors et des
activits destines aux membres de la PLoS. De plus, la PLoS souhaite
que ce modle conomique d'un genre nouveau inspire d'autres diteurs
pour crer des revues du mme type ou pour mettre des revues existantes
en accs libre.

# Wikipdia

Issu du terme hawaen wiki (qui signifie: vite, rapide), un wiki est
un site web permettant  plusieurs utilisateurs de collaborer en ligne
sur un mme projet. A tout moment, ces utilisateurs peuvent contribuer
 la rdaction du contenu, modifier ce contenu et l'enrichir en
permanence. Le wiki est utilis par exemple pour crer et grer des
dictionnaires, des encyclopdies ou encore des sites d'information sur
un sujet donn. Le programme prsent derrire l'interface d'un wiki est
plus ou moins labor. Un programme simple gre du texte et des
hyperliens. Un programme labor permet d'inclure des images, des
graphiques, des tableaux, etc. L'encyclopdie wiki la plus connue est
Wikipdia.

Cre en janvier 2001  l'initiative de Jimmy Wales et de Larry Sanger,
Wikipdia est une encyclopdie gratuite crite collectivement et dont
le contenu est librement rutilisable. Elle est immdiatement trs
populaire. Sans publicit et finance par des dons, cette encyclopdie
cooprative est rdige par des milliers de volontaires - appels
Wikipdiens, et qui s'inscrivent en prenant un pseudonyme - avec
possibilit de corriger et de complter les articles, aussi bien les
leurs que ceux d'autres contributeurs. Les articles restent la
proprit de leurs auteurs, et leur libre utilisation est rgie par la
licence GFDL (GNU free documentation license).

En dcembre 2004, Wikipdia compte 1,3 million d'articles rdigs dans
100 langues par 13.000 contributeurs. En dcembre 2006, elle compte 6
millions d'articles dans 250 langues, et elle est un de dix sites les
plus visits du web. En mai 2007, la version francophone fte ses
500.000 articles. A la mme date, Wikipdia compte 7 millions
d'articles dans 192 langues, dont 1,8 million en anglais, 589.000 en
allemand, 260.000 en portugais et 236.000 en espagnol.

Fonde en juin 2003, la Wikimedia Foundation gre non seulement
Wikipdia mais aussi Wiktionary, un dictionnaire et thsaurus
multilingue lanc en dcembre 2002, puis Wikibooks (livres et manuels
en cours de rdaction) lanc en juin 2003, auxquels s'ajoutent ensuite
Wikiquote (rpertoire de citations), Wikisource (textes appartenant au
domaine public), Wikimedia Commons (sources multimdia), Wikispecies
(rpertoire d'espces animales et vgtales), Wikinews (site
d'actualits) et enfin Wikiversity (matriel d'enseignement), lanc en
aot 2006. La fin 2007 voit le lancement d'un moteur de recherche
dnomm Wiki Search, qui utilise le rseau de contributeurs de
Wikipdia pour classer les sites en fonction de leur qualit.

# Citizendium

Une nouvelle tape s'ouvre avec les dbuts de Citizendium (abrg de:
The Citizens' Compendium), une grande encyclopdie collaborative en
ligne conue en novembre 2006 et lance en mars 2007 (version bta) par
Larry Sanger, co-fondateur de Wikipdia, mais qui quitte ensuite
l'quipe de Wikipdia suite  des problmes de qualit de contenu.

Citizendium est bas sur le mme modle que Wikipdia - collaborative
et gratuite - tout en vitant ses travers - vandalisme et manque de
rigueur. Les auteurs signent leurs articles de leur vrai nom, et ces
articles sont dits par des experts (editors) gs d'au moins 25 ans
et titulaires d'une licence universitaire. De plus, des constables
sont chargs de la bonne marche du projet et du respect du rglement.
Le jour de son lancement le 25 mars 2007, Citizendium comprend 1.100
articles, 820 auteurs et 180 experts. 9.800 articles sont disponibles
en janvier 2009.

Dans "Why Make Room for Experts in Web 2.0?", une communication date
d'octobre 2006 et actualise depuis, Larry Sanger voit dans Citizendium
l'mergence d'un nouveau modle de collaboration massive de dizaines de
milliers d'intellectuels et scientifiques, non seulement pour les
encyclopdies, mais aussi pour les manuels d'enseignement, les ouvrages
de rfrence, le multimdia et les applications en 3D. Cette
collaboration est base sur le partage des connaissances, dans la
ligne du web 2.0, un concept lanc en 2004 pour caractriser les
notions de communaut et de partage et qui se manifeste d'abord par une
floraison de wikis, blogs et sites sociaux. D'aprs Larry Sanger, il
importe aussi de crer des structures permettant des collaborations
scientifiques, et Citizendium pourrait servir de prototype dans ce
domaine.

# Encyclopedia of Life

Cet appel semble se concrtiser rapidement avec le lancement en mai
2007 du projet de l'Encyclopedia of Life. Cette vaste encyclopdie
collaborative en ligne rassemblera les connaissances existantes sur
toutes les espces animales et vgtales connues (1,8 million), y
compris les espces en voie d'extinction, avec l'ajout de nouvelles
espces au fur et  mesure de leur identification, ce qui
reprsenterait entre 8 et 10 millions d'espces en tout.

Il s'agira d'une encyclopdie multimdia permettant de ressembler
textes, photos, cartes, bandes sonores et vidos, avec une page web par
espce, et permettant aussi d'offrir un portail unique  des millions
de documents pars, en ligne et hors ligne. Outil d'apprentissage et
d'enseignement pour une meilleure connaissance de notre plante, cette
encyclopdie sera  destination de tous: scientifiques, enseignants,
tudiants, scolaires, mdias, dcideurs et grand public.

Ce projet collaboratif est men par plusieurs grandes institutions:
Field Museum of Natural History, Harvard University, Marine Biological
Laboratory, Missouri Botanical Garden, Smithsonian Institution et
Biodiversity Heritage Library.

Le directeur honoraire du projet est Edward Wilson, professeur mrite
 l'Universit de Harvard, qui - dans un essai dat de 2002 - est le
premier  mettre le voeu d'une telle encyclopdie. Cinq ans aprs - en
2007 - c'est dsormais chose possible grce aux avances technologiques
rcentes, notamment les outils logiciels permettant l'agrgation de
contenu, le mash-up ( savoir le fait de rassembler un contenu donn 
partir de nombreuses sources diffrentes), les wikis de grande taille
et la gestion de contenu  vaste chelle.

En tant que consortium des dix plus grandes bibliothques des sciences
de la vie (d'autres suivront), la Biodiversity Heritage Library a
d'ores et dj dbut la numrisation de 2 millions de documents, dont
les dates de publication s'talent sur 200 ans. En mai 2007, date du
lancement officiel du projet, on compte dj 1,25 million de pages
traites dans les centres de numrisation de Londres, Boston et
Washington DC, et disponibles sur le site de l'Internet Archive.

Le financement initial est assur par la MacArthur Foundation (10
millions de dollars US) et la Sloan Foundation (2,5 millions de
dollars). 100 millions de dollars sont ncessaires pour un financement
sur dix ans, avant que l'encyclopdie ne puisse s'autofinancer. La
ralisation des pages web dbute courant 2007. L'encyclopdie fait ses
dbuts  la mi-2008. Oprationnelle d'ici 2012, elle devrait tre
complte - c'est--dire  jour - en 2017.

Dans la ligne du "Human Genome Project" (Squencage du gnome humain),
publi pour la premire fois en fvrier 2001 et appartenant d'emble au
domaine public, l'Encyclopedia of Life permettra de proposer toutes les
connaissances disponibles  ce jour sur les espces animales et
vgtales. La version initiale sera d'abord en anglais avant d'tre
traduite en plusieurs langues par de futurs organismes partenaires.

L'encyclopdie sera aussi un macroscope permettant de dceler les
grandes tendances  partir d'un stock d'informations considrable,  la
diffrence du microscope permettant l'tude de dtail.

En plus de sa flexibilit et de sa diversit, elle permettra  chacun
de contribuer au contenu sous une forme s'apparentant au wiki, ce
contenu tant ensuite valid ou non par des scientifiques.



2003: LES NOUVEAUTES SONT EN VERSION NUMERIQUE


= [Rsum]

En 2003, les livres numriques prennent peu  peu une place
significative  ct de leurs correspondants imprims, avec des livres
aux formats PDF (pour l'Adobe Reader), LIT (pour le Microsoft Reader)
et PRC (pour le Mobipocket Reader), OeB (pour de nombreux logiciels de
lecture), entre autres. Des centaines de best-sellers sont vendus en
version numrique sur Amazon.com, Barnesandnoble.com, Yahoo! eBook
Store ou sur des sites d'diteurs (Random House, PerfectBound, etc.),
pour lecture sur ordinateur ou sur assistant personnel (PDA). Numilog
distribue 3.500 titres numriques (livres et priodiques) en franais
et en anglais. Mobipocket distribue 6.000 titres numriques dans
plusieurs langues, soit sur son site soit dans des librairies
partenaires. Le catalogue de Palm Digital Media approche les 10.000
titres, lisibles sur les gammes Palm et Pocket PC, avec 15  20
nouveaux titres par jour et 1.000 nouveaux clients par semaine.


= Adobe Reader

Le format PDF (portable document format) est lanc en juin 1993 par la
socit Adobe, en mme temps que l'Acrobat Reader (gratuit), premier
logiciel de lecture du march, tlchargeable gratuitement pour lecture
des fichiers au format PDF. Le but de ce format est de figer les
documents numriques dans une prsentation donne, pour conserver la
prsentation originale du document source, quelle que soit la
plateforme utilise pour le crer et pour le lire. Le format PDF
devient au fil des ans un standard international de diffusion des
documents. Tout document peut tre converti au format PDF  l'aide du
logiciel Adobe Acrobat (payant).

Dix ans plus tard, 10% des documents disponibles sur l'internet sont au
format PDF. Des millions de fichiers PDF sont prsents sur le web pour
lecture ou tlchargement, ou bien transitent par courriel. L'Acrobat
Reader pour ordinateur est progressivement disponible dans plusieurs
langues et pour diverses plateformes (Windows, Mac, Linux).

Adobe annonce en aot 2000 l'acquisition de la socit Glassbook,
spcialise dans les logiciels de distribution de livres numriques 
l'intention des diteurs, libraires, diffuseurs et bibliothques. Adobe
passe aussi un partenariat avec Amazon.com et Barnes & Noble.com afin
de proposer des titres lisibles sur l'Acrobat Reader et le Glassbook
Reader.

En janvier 2001, Adobe lance deux nouveaux logiciels.

Le premier logiciel, gratuit, est l'Acrobat eBook Reader. Il permet de
lire les fichiers PDF de livres numriques sous droits, avec gestion
des droits par l'Adobe Content Server. Il permet aussi d'ajouter des
notes et des signets, de choisir l'orientation de lecture des livres
(paysage ou portrait), ou encore de visualiser leur couverture dans une
bibliothque personnelle. Il utilise la technique d'affichage CoolType
et comporte un dictionnaire intgr.

Le deuxime logiciel, payant, est l'Adobe Content Server, destin aux
diteurs et distributeurs. Il s'agit d'un logiciel serveur de contenu
assurant le conditionnement, la protection, la distribution et la vente
scurise de livres numriques au format PDF. Ce systme de gestion des
droits numriques (DRM: digital rights management) permet de contrler
l'accs aux livres numriques sous droits, et donc de grer les droits
d'un livre selon les consignes donnes par le gestionnaire des droits,
par exemple en autorisant ou non l'impression ou le prt.

En avril 2001, Adobe conclut un partenariat avec Amazon, qui met en
vente 2.000 livres numriques lisibles sur l'Acrobat eBook Reader:
titres de grands diteurs, guides de voyages, livres pour enfants, etc.

L'Acrobat Reader s'enrichit d'une version PDA, pour le Palm Pilot (en
mai 2001) puis pour le Pocket PC (en dcembre 2001).

En dix ans, entre 1993 et 2003, l'Acrobat Reader aurait t tlcharg
500 millions de fois. Ce logiciel gratuit est dsormais disponible dans
de nombreuses langues et pour de nombreuses plateformes (Windows, Mac,
Linux, Palm OS, Pocket PC, Symbian OS, etc.).

En mai 2003, l'Acrobat Reader (5e version) fusionne avec l'Acrobat
eBook Reader (2e version) pour devenir l'Adobe Reader (dbutant  la
version 6), qui permet de lire aussi bien les fichiers PDF standard que
les fichiers PDF scuriss comme ceux des livres numriques sous
droits.

Fin 2003, Adobe ouvre sa librairie en ligne, Digital Media Store, avec
les titres au format PDF de grands diteurs - HarperCollins Publishers,
Random House, Simon & Schuster, etc. - ainsi que les versions
lectroniques de journaux et magazines comme le New York Times, Popular
Science, etc. Adobe lance aussi Adobe eBooks Central, un service
permettant de lire, publier, vendre et prter des livres numriques, et
l'Adobe eBook Library, qui se veut un prototype de bibliothque de
livres numriques.

En novembre 2004, l'Adobe Content Server est remplac par l'Adobe
LiveCycle Policy Server.

Les versions rcentes d'Adobe Acrobat permettent de crer des PDF
compatibles avec les formats OeB (open ebook) puis ePub (format ayant
succd au format OeB), devenus eux aussi des standards du livre
numrique.


= Open eBook et ePub

Les annes 1998 et 1999 sont marques par la prolifration des formats,
chacun lanant son propre format de livre numrique dans le cadre d'un
march naissant promis  une expansion rapide.

Aux formats classiques - formats TXT (texte), DOC (Microsoft Word),
HTML (hypertext markup language), XML (extensible markup language) et
PDF (portable document format) - s'ajoutent des formats propritaires
crs par plusieurs socits pour lecture sur leurs propres logiciels -
Glassbook Reader, Peanut Reader, Rocket eBook Reader (pour lecture sur
le Rocket eBook), Franklin Reader (pour lecture sur le eBookMan),
logiciel de lecture Cytale (pour lecture sur le Cybook), Gemstar eBook
Reader (pour lecture sur le Gemstar eBook), Palm Reader (pour lecture
sur le Palm Pilot), etc. -, ces logiciels correspondant le plus souvent
 un appareil donn et ne pouvant tre utiliss sur d'autres appareils.

Inquiets pour l'avenir du livre numrique qui,  peine n, propose
presque autant de formats que de titres, certains insistent sur
l'intrt - sinon la ncessit - d'un format unique. A l'instigation du
NIST (National Institute of Standards & Technology) aux Etats-Unis,
l'Open eBook Initiative voit le jour en juin 1998 et constitue un
groupe de travail de 25 personnes sous le nom d'Open eBook Authoring
Group. Ce groupe labore l'OeB (open ebook), un format de livre
numrique bas sur le langage XML et destin  normaliser le contenu,
la structure et la prsentation des livres numriques.

Le format OeB est dfini par l'OeBPS (open ebook publication
structure), dont la version 1.0 est disponible en septembre 1999.
Tlchargeable gratuitement, l'OeBPS dispose d'une version ouverte et
gratuite appartenant au domaine public. La version originale est
destine aux professionnels de la publication puisqu'elle doit tre
associe  une technologie normalise de gestion des droits numriques,
et donc  un systme de DRM (digital rights management) permettant de
contrler l'accs des livres numriques sous droits.

Fond en janvier 2000 pour prendre la suite de l'Open eBook Initiative,
l'OeBF (Open eBook Forum) est un consortium industriel international
regroupant constructeurs, concepteurs de logiciels, diteurs, libraires
et spcialistes du numrique (85 participants en 2002) dans l'optique
de dvelopper le format OeB et l'OeBPS. Le format OeB devient un
standard qui sert lui-mme de base  de nombreux formats, par exemple
le format LIT (pour le Microsoft Reader) ou le format PRC (pour le
Mobipocket Reader).

En avril 2005, l'Open eBook Forum devient l'International Digital
Publishing Forum (IDPF), et le format OeB laisse la place au format
ePub.


= Microsoft Reader

Lanc en avril 2000, le Microsoft Reader est un logiciel permettant la
lecture de livres numriques au format LIT (abrg du terme anglais
literature), lui-mme bas sur le format OeB. Le Microsoft Reader
quipe d'abord le Pocket PC, l'assistant personnel lanc  la mme date
par Microsoft. Quatre mois plus tard, en aot 2000, le Microsoft Reader
est utilisable sur toute plateforme Windows, et donc aussi bien sur
ordinateur que sur assistant personnel. Ses caractristiques sont un
affichage utilisant la technologie ClearType, le choix de la taille des
caractres, la mmorisation des mots-cls pour des recherches
ultrieures, et l'accs d'un clic au Merriam-Webster Dictionary.

Ce logiciel tant tlchargeable gratuitement, Microsoft facture les
diteurs et distributeurs pour l'utilisation de sa technologie de
gestion des droits numriques (DRM), et touche une commission sur la
vente de chaque titre. La gestion des droits numriques s'effectue au
moyen du Microsoft DAS Server (DAS: digital asset server). Microsoft
passe aussi des partenariats avec les grandes librairies en ligne -
Barnes & Noble.com en janvier 2000 puis Amazon.com en aot 2000 - pour
la vente de livres numriques lisibles sur le Microsoft Reader. Barnes
& Noble.com ouvre son secteur eBooks en aot 2000, suivi par Amazon.com
en novembre 2000.

En novembre 2002, le Microsoft Reader est disponible pour tablette PC,
ds la commercialisation de cette nouvelle machine par 14 fabricants.


= Mobipocket Reader

Face  Adobe avec son format PDF (lisible sur l'Acrobat Reader) et
Microsoft avec son format LIT (lisible sur le Microsoft Reader), un
nouvel acteur s'impose rapidement sur le march, sur un crneau bien
spcifique, celui des appareils mobiles. Fond  Paris en mars 2000 par
Thierry Brethes et Nathalie Ting, Mobipocket se spcialise d'emble
dans la lecture et la distribution scurise de livres pour assistant
personnel. La socit est finance en partie par Viventures, branche de
la multinationale franaise Vivendi.

Mobipocket conoit le Mobipocket Reader, logiciel de lecture permettant
la lecture de fichiers au format PRC. Gratuit et disponible en
plusieurs langues (franais, anglais, allemand, espagnol, italien), ce
logiciel est universel, c'est--dire utilisable sur tout assistant
personnel. En octobre 2001, le Mobipocket Reader reoit l'eBook
Technology Award de la Foire internationale du livre  Francfort. A la
mme date, Franklin passe un partenariat avec Mobipocket pour
l'installation du Mobipocket Reader sur l'eBookMan, l'assistant
personnel multimdia de Franklin, au lieu du partenariat prvu 
l'origine entre Franklin et Microsoft pour l'installation du Microsoft
Reader.

Si le Mobipocket Reader est gratuit, d'autres logiciels Mobipocket sont
payants. Le Mobipocket Web Companion est un logiciel d'extraction
automatique de contenu pour les sites de presse partenaires de la
socit. Le Mobipocket Publisher permet aux particuliers (version
prive gratuite ou version standard payante) et aux diteurs (version
professionnelle payante) de crer des livres numriques scuriss
utilisant la technologie Mobipocket DRM, afin de contrler l'accs aux
livres numriques sous droits. Dans un souci d'ouverture aux autres
formats, le Mobipocket Publisher permet aussi de crer des livres
numriques au format LIT, lu par le Microsoft Reader.

Dj utilisable sur n'importe quel PDA, le Mobipocket Reader peut tre
utilis sur tout ordinateur et pour toute plateforme en avril 2002,
avec le lancement de nouvelles versions pour ordinateur personnel.

Au printemps 2003, le Mobipocket Reader quipe tous les PDA du march,
 savoir les gammes Palm Pilot, Pocket PC, eBookMan et Psion, auxquels
s'ajoutent les smartphones de Nokia et de Sony Ericsson. A la mme
date, le nombre de livres lisibles sur le Mobipocket Reader se chiffre
 6.000 titres dans plusieurs langues (franais, anglais, allemand et
espagnol), distribus soit sur le site de Mobipocket soit dans les
librairies partenaires.

Mobipocket est rachet par Amazon.com en avril 2005. Ce rachat permet 
Amazon de beaucoup toffer son catalogue d'ebooks, en prvision du
lancement de sa tablette de lecture Kindle en novembre 2007. Le site de
Mobipocket propose 70.000 ebooks en 2008.


= Numilog

Numilog ouvre ses portes virtuelles en octobre 2000 pour devenir en
quelques annes la plus grande librairie numrique francophone du
rseau.

En fvrier 2001, Denis Zwirn, prsident de Numilog, relate: Ds 1995,
j'avais imagin et dessin des modles de lecteurs lectroniques
permettant d'emporter sa bibliothque avec soi et pesant comme un livre
de poche. Dbut 1999, j'ai repris ce projet avec un ami spcialiste de
la cration de sites internet, en ralisant la formidable synergie
possible entre des appareils de lecture lectronique mobiles et le
dveloppement d'internet, qui permet d'acheminer les livres
dmatrialiss en quelques minutes dans tous les coins du monde. (...)
Nous avons cr une base de livres accessible par un moteur de
recherche. Chaque livre fait l'objet d'une fiche avec un rsum et un
extrait. En quelques clics, il peut tre achet en ligne par carte
bancaire, puis reu par email ou tlchargement.

Le site offre ensuite des fonctionnalits nouvelles, comme
l'intgration d'une "authentique vente au chapitre" (les chapitres
vendus isolment sont traits comme des lments inclus dans la fiche-
livre, et non comme d'autres livres) et la gestion trs ergonomique des
formats de lecture multiples.

Fonde en avril 2000 (six mois avant l'ouverture de la librairie), la
socit Numilog a en fait une triple activit: librairie en ligne,
studio de fabrication et diffuseur. Numilog est d'abord une librairie
en ligne de livres numriques, explique Denis en 2001. Notre site
internet est ddi  la vente en ligne de ces livres, qui sont envoys
par courrier lectronique ou tlchargs aprs paiement par carte
bancaire. Il permet aussi de vendre des livres par chapitres. Numilog
est galement un studio de fabrication de livres numriques:
aujourd'hui, les livres numriques n'existent pas chez les diteurs, il
faut donc d'abord les fabriquer avant de pouvoir les vendre, dans le
cadre de contrats ngocis avec les diteurs dtenteurs des droits. Ce
qui signifie les convertir  des formats convenant aux diffrents
"readers" du march. (...) Enfin Numilog devient aussi progressivement
un diffuseur. Car, sur internet, il est important d'tre prsent en de
trs nombreux points du rseau pour faire connatre son offre. Pour les
livres en particulier, il faut les proposer aux diffrents sites
thmatiques ou de communauts, dont les centres d'intrt correspondent
 leur sujet (sites de fans d'histoire, de management, de science-
fiction...). Numilog facilitera ainsi la mise en oeuvre de multiples
"boutiques de livres numriques" thmatiques.

Rpartis  l'origine en trois grandes catgories - savoir, guides
pratiques et littrature - les livres sont disponibles en plusieurs
formats: format PDF pour lecture sur l'Acrobat Reader (devenu l'Adobe
Reader en mai 2003), format LIT pour lecture sur le Microsoft Reader et
format PRC pour lecture sur le Mobipocket Reader.

En septembre 2003, le catalogue comprend 3.500 titres (livres et
priodiques) en franais et en anglais, grce  un partenariat avec une
quarantaine d'diteurs, le but  long terme tant de permettre  un
public d'internautes de plus en plus large d'avoir progressivement
accs  des bases de livres numriques aussi importantes que celles des
livres papier, mais avec plus de modularit, de richesse d'utilisation
et  moindre prix.

Au fil des ans, Numilog devient la principale librairie francophone de
livres numriques, suite  des accords avec de nombreux diteurs:
Gallimard, Albin Michel, Eyrolles, Herms Science, Pearson Education
France, etc. Numilog propose aussi des livres audionumriques lisibles
sur synthse vocale. Une librairie anglophone est lance suite  des
accords de diffusion conclus avec plusieurs diteurs anglo-saxons:
Springer-Kluwer, Oxford University Press, Taylor & Francis, Kogan Page,
etc. Les diffrents formats proposs permettent la lecture des livres
sur tout appareil lectronique: ordinateur, assistant personnel,
tlphone portable, smartphone et tablette de lecture.

La socit est galement prestataire de services pour les technologies
DRM (digital rights management),  savoir les systmes de gestion des
droits numriques permettant de contrler l'accs aux livres numriques
sous droits, et donc de grer les droits d'un livre selon les consignes
donnes par le gestionnaire des droits, par exemple en autorisant ou
non l'impression ou le prt.

En 2004, Numilog met sur pied un systme de bibliothque en ligne pour
le prt de livres numriques. Ce systme est surtout destin aux
bibliothques, aux administrations et aux entreprises.

En janvier 2006, Numilog s'associe avec la ville de Boulogne-
Billancourt (en rgion parisienne) pour lancer la version exprimentale
de la Bibliothque numrique pour le handicap (BnH).

En dcembre 2006, le catalogue de Numilog comprend 35.000 livres grce
 un partenariat avec 60 diteurs francophones et des diteurs
anglophones.

En janvier 2009, Numilog, devenue filiale du groupe Hachette Livre (en
mai 2008), est un distributeur-diffuseur numrique reprsentant 100
diteurs francophones et anglophones, avec un catalogue de 50.000
livres numriques distribus auprs des particuliers et des
bibliothques. Numilog propose galement aux librairies un service de
vente de livres numriques sur leur propre site.



2004: DES AUTEURS SONT CREATIFS SUR LE NET


= [Rsum]

En 2004, nombre d'auteurs s'accordent  reconnatre les bienfaits de
l'internet, que ce soit pour la recherche d'information, la diffusion
de leurs oeuvres, les changes avec les lecteurs ou la collaboration
avec d'autres crateurs. Des crivains frus de nouvelles technologies
font un travail de dfricheur en explorant les possibilits offertes
par l'hyperlien. Les technologies numriques donnent naissance 
plusieurs genres: roman multimdia, roman hypertexte, roman hypermdia,
site d'criture hypermdia, mail-roman, etc. Une vritable littrature
numrique - appele aussi littrature lectronique ou cyber-littrature
- bouscule dsormais la littrature traditionnelle en lui apportant un
souffle nouveau, tout en s'intgrant  d'autres formes artistiques
puisque le support numrique favorise la fusion de l'crit avec l'image
et le son.


= Posie

Pote et plasticienne, Silvaine Arabo vit en France, dans la rgion
Poitou-Charentes. En mai 1997, elle cre l'un des premiers sites
francophones consacrs  la posie, "Posie d'hier et d'aujourd'hui",
sur lequel elle propose de nombreux pomes, y compris les siens.

En juin 1998, elle raconte: Je suis pote, peintre et professeur de
lettres (13 recueils de pomes publis, ainsi que deux recueils
d'aphorismes et un essai sur le thme "posie et transcendance"; quant
 la peinture, j'ai expos mes toiles  Paris - deux fois - et en
province). (...) Pour ce qui est d'internet, je suis autodidacte (je
n'ai reu aucune formation informatique quelle qu'elle soit). J'ai eu
l'ide de construire un site littraire centr sur la posie: internet
me semble un moyen privilgi pour faire circuler des ides, pour
communiquer ses passions aussi. Je me suis donc mise au travail, trs
empiriquement, et ai finalement abouti  ce site sur lequel j'essaye de
mettre en valeur des potes contemporains de talent, sans oublier la
ncessaire prise de recul (rubrique "Rflexions sur la posie") sur
l'objet considr. (...)

Par ailleurs, internet m'a mis en contact avec d'autres potes, dont
certains fort intressants. Cela rompt le cercle de la solitude et
permet d'changer des ides. On se lance des dfis aussi. Internet peut
donc pousser  la crativit et relancer les motivations des potes
puisqu'ils savent qu'ils seront lus et pourront mme, dans le meilleur
des cas, correspondre avec leurs lecteurs et avoir les points de vue de
ceux-ci sur leurs textes. Je ne vois personnellement que des aspects
positifs  la promotion de la posie par internet, tant pour le lecteur
que pour le crateur.

Trs vite, Posie d'hier et d'aujourd'hui prend la forme d'une cyber-
revue. Quatre ans plus tard, en mars 2001, Silvaine Arabo cre une
deuxime revue, "Saraswati: revue de posie, d'art et de rflexion",
cette fois sur papier. Les deux revues se compltent et sont vraiment
 placer en regard l'une de l'autre.


= Fables

Fond en 1992 par Nicolas et Suzanne Pewny, alors libraires en Haute-
Savoie, Le Choucas est une petite maison d'dition spcialise dans les
romans policiers, la littrature, la photographie et les livres d'art.
Bien qu'tant d'abord un diteur  vocation commerciale, Nicolas Pewny
tient aussi  avoir des activits non commerciales pour faire connatre
des auteurs peu diffuss, par exemple Raymond Godefroy, crivain-paysan
normand, qui dsesprait de trouver un diteur pour son recueil de
fables, "Fables pour l'an 2000". Quelques jours avant l'an 2000,
Nicolas Pewny ralise un beau design pour ces fables et publie le
recueil en ligne sur le site du Choucas.

Internet reprsente pour moi un formidable outil de communication qui
nous affranchit des intermdiaires, des barrages doctrinaires et des
intrts des mdias en place, crit Raymond Godefroy en dcembre 1999.
Soumis aux mmes lois cosmiques, les hommes, pouvant mieux se
connatre, acquerront peu  peu cette conscience du collectif,
d'appartenir  un mme monde fragile pour y vivre en harmonie sans le
dtruire. Internet est absolument comme la langue d'Esope, la meilleure
et la pire des choses, selon l'usage qu'on en fait, et j'espre qu'il
me permettra de m'affranchir en partie de l'dition et de la
distribution traditionnelle qui, referme sur elle-mme, souffre d'une
crise d'intolrance pour entrer  reculons dans le prochain
millnaire.

Trs certainement autobiographique, la fable "Le pote et l'diteur"
(sixime fable de la troisime partie du recueil) relate on ne peut
mieux les affres du pote  la recherche d'un diteur. Raymond Godefroy
restant trs attach au papier, il auto-publie la version imprime de
ses fables en juin 2001, avec un titre lgrement diffrent, "Fables
pour les annes 2000", puisque le cap du 21e sicle est dsormais
franchi.


= Romans policiers

Michel Benot habite Montral, au Qubec. Auteur de nouvelles
policires, de rcits noirs et d'histoires fantastiques, il utilise
l'internet pour largir ses horizons et pour abolir le temps et la
distance. Il relate en juin 2000: L'internet s'est impos  moi comme
outil de recherche et de communication, essentiellement. Non, pas
essentiellement. Ouverture sur le monde aussi. Si l'on pense
"recherche", on pense "information". Voyez-vous, si l'on pense
"criture", "rflexion", on pense "connaissance", "recherche". Donc on
va sur la toile pour tout, pour une ide, une image, une explication.
Un discours prononc il y a vingt ans, une peinture expose dans un
muse  l'autre bout du monde. On peut donner une ide  quelqu'un
qu'on n'a jamais vu, et en recevoir de mme. La toile, c'est le monde
au clic de la souris. On pourrait penser que c'est un beau clich.
Peut-tre bien,  moins de prendre conscience de toutes les
implications de la chose. L'instantanit, l'information tout de suite,
maintenant. Plus besoin de fouiller, de se taper des heures de
recherche. On est en train de faire, de produire. On a besoin d'une
information. On va la chercher, immdiatement. De plus, on a accs aux
plus grandes bibliothques, aux plus importants journaux, aux muses
les plus prestigieux. (...)

Mon avenir professionnel en inter-relation avec le net, je le vois
exploser. Plus rapide, plus complet, plus productif. Je me vois faire
en une semaine ce qui m'aurait pris des mois. Plus beau, plus
esthtique. Je me vois russir des travaux plus raffins, d'une facture
plus professionnelle, mme et surtout dans des domaines connexes  mon
travail, comme la typographie, o je n'ai aucune comptence. La
prsentation, le transport de textes, par exemple. Le travail simultan
de plusieurs personnes qui seront sur des continents diffrents.
Arriver  un consensus en quelques heures sur un projet, alors qu'avant
le net, il aurait fallu plusieurs semaines, parlons de mois entre les
Francophones. Plus le net ira se complexifiant, plus l'utilisation du
net deviendra profitable, ncessaire, essentielle.

Autre exprience, celle d'Alain Bron, consultant en systmes
d'information et crivain. L'internet est un des personnages de son
deuxime roman, "Sanguine sur toile", disponible en version imprime
aux ditions du Choucas en 1999, puis en version numrique (format PDF)
aux ditions 00h00.com en 2000.

Quel est le thme de ce roman? La "toile", c'est celle du peintre,
c'est aussi l'autre nom d'internet: le web - la toile d'araigne,
raconte l'auteur en novembre 1999. "Sanguine" voque le dessin et la
mort brutale. Mais l'amour des couleurs justifierait-il le meurtre?
Sanguine sur toile voque l'histoire singulire d'un internaute pris
dans la tourmente de son propre ordinateur, manipul  distance par un
trs mystrieux correspondant qui n'a que vengeance en tte. J'ai voulu
emporter le lecteur dans les univers de la peinture et de l'entreprise,
univers qui s'entrelacent, s'chappent, puis se rejoignent dans la
fulgurance des logiciels. Le lecteur est ainsi invit  prendre
l'enqute  son propre compte pour tenter de dmler les fils tresss
par la seule passion. Pour percer le mystre, il devra rpondre  de
multiples questions. Le monde au bout des doigts, l'internaute n'est-il
pas pour autant l'tre le plus seul au monde? Comptitivit oblige,
jusqu'o l'entreprise d'aujourd'hui peut-elle aller dans la violence?
La peinture tend-elle  reproduire le monde ou bien  en crer un
autre? Enfin, j'ai voulu montrer que les images ne sont pas si sages.
On peut s'en servir pour agir, voire pour tuer. (...) Dans le roman,
internet est un personnage en soi. Plutt que de le dcrire dans sa
complexit technique, le rseau est montr comme un tre tantt
menaant, tantt prvenant, maniant parfois l'humour. N'oublions pas
que l'cran d'ordinateur joue son double rle: il montre et il cache.
C'est cette ambivalence qui fait l'intrigue du dbut  la fin. Dans ce
jeu, le grand gagnant est bien sr celui ou celle qui sait s'affranchir
de l'emprise de l'outil pour mettre l'humanisme et l'intelligence au-
dessus de tout.


= Oeuvres de fiction

Murray Suid vit  Palo Alto, dans la Silicon Valley, en Californie. Il
est l'auteur de livres pdagogiques, de livres pour enfants, d'oeuvres
multimdia et de scnarios. Ds septembre 1998, il prconise une
solution choisie depuis par de nombreux auteurs: Un livre peut avoir
un prolongement sur le web - et donc vivre en partie dans le
cyberespace. L'auteur peut ainsi aisment l'actualiser et le corriger,
alors qu'auparavant il devait attendre longtemps, jusqu' l'dition
suivante, quand il y en avait une. (...) Je ne sais pas si je publierai
des livres sur le web, au lieu de les publier en version imprime.
J'utiliserai peut-tre ce nouveau support si les livres deviennent
multimdia. Pour le moment, je participe au dveloppement de matriel
pdagogique multimdia. C'est un nouveau type de matriel qui me plat
beaucoup et qui permet l'interactivit entre des textes, des films, des
bandes sonores et des graphiques qui sont tous relis les uns aux
autres.

Un an aprs, en aot 1999, il ajoute: En plus des livres complts par
un site web, je suis en train d'adopter la mme formule pour mes
oeuvres multimdia - qui sont sur CD-ROM - afin de les actualiser et
d'enrichir leur contenu.

Quelques mois plus tard, l'intgralit de ses oeuvres multimdia est
sur le rseau. Le matriel pdagogique auquel il contribue est conu
non plus pour diffusion sur CD-ROM, mais pour diffusion sur le web.
D'entreprise multimdia, la socit de logiciels ducatifs qui
l'emploie s'est reconvertie en entreprise internet.

Autre exprience, celle d'Anne-Bndicte Joly, romancire et essayiste,
qui habite en rgion parisienne. En avril 2000, elle dcide d'auto-
publier ses oeuvres en utilisant l'internet pour les faire connatre.
Mon site a plusieurs objectifs, relate-t-elle en juin 2000. Prsenter
mes livres (essais, nouvelles et romans auto-dits)  travers des
fiches signaltiques (dont le format est identique  celui que l'on
trouve dans la base de donnes Electre) et des extraits choisis,
prsenter mon parcours (de professeur de lettres et d'crivain),
permettre de commander mes ouvrages, offrir la possibilit de laisser
des impressions sur un livre d'or, guider le lecteur  travers des
liens vers des sites littraires. (...) Crer un site internet me
permet d'largir le cercle de mes lecteurs en incitant les internautes
 dcouvrir mes crits. Internet est galement un moyen pour largir la
diffusion de mes ouvrages. Enfin, par une politique de liens, j'espre
susciter des contacts de plus en plus nombreux.


= Romans numriques

Lucie de Boutiny est l'auteur de "NON", roman multimdia dbut en aot
1997 et publi en feuilleton par Synesthsie, une revue en ligne d'art
contemporain. "NON" est un roman comique qui fait la satire de la vie
quotidienne d'un couple de jeunes cadres supposs dynamiques, raconte-
t-elle en juin 2000. Bien qu'appartenant  l'lite high-tech d'une
industrie florissante, Monsieur et Madame sont les jouets de la dite
rvolution numrique. (...) "NON" prolonge les expriences du roman
post-moderne (rcits tout en digression, polysmie avec jeux sur les
registres - naturaliste, mlo, comique... - et les niveaux de langues,
etc.). Cette hyperstylisation permet  la narration des dveloppements
inattendus et offre au lecteur l'attrait d'une navigation dans des
rcits multiples et multimdia, car l'crit  l'cran s'apparente  un
jeu et non seulement se lit mais aussi se regarde.

Les romans prcdents de Lucie de Boutiny sont publis sous forme
imprime. Un roman numrique requiert-il une dmarche diffrente?
D'une manire gnrale, mon humble exprience d'apprentie auteur m'a
rvl qu'il n'y a pas de diffrence entre crire de la fiction pour le
papier ou le pixel: cela demande une concentration maximale, un
isolement  la limite dsespr, une patience obsessionnelle dans le
travail millimtrique avec la phrase, et bien entendu, en plus de la
volont de faire, il faut avoir quelque chose  dire! Mais avec le
multimdia, le texte est ensuite mis en scne comme s'il n'tait qu'un
scnario. Et si,  la base, il n'y a pas un vrai travail sur le langage
des mots, tout le graphisme et les astuces interactives qu'on peut y
mettre fera gadget. Par ailleurs, le support modifie l'apprhension du
texte, et mme, il faut le souligner, change l'oeuvre originale.

Autre roman numrique, "Apparitions inquitantes" est n sous la plume
d'Anne-Ccile Brandenbourger. Il s'agit d'une longue histoire  lire
dans tous les sens, un labyrinthe de crimes, de mauvaises penses et de
plaisirs ambigus. Pendant deux ans, cette histoire se construit sous
forme de feuilleton sur le site d'Anacoluthe, en collaboration avec
Olivier Lefvre. En fvrier 2000, l'histoire est publie en version
numrique (au format PDF) aux ditions 00h00, en tant que premier titre
de la Collection 2003, consacre aux critures numriques, avec version
imprime  la demande.

00h00 prsente l'ouvrage comme un cyber-polar fait de rcits
hypertextuels imbriqus en gigogne. Entre personnages de feuilleton
amricain et intrigue policire, le lecteur est - hypertextuellement -
men par le bout du nez dans cette saga aux allures borgsiennes. (...)
C'est une histoire de meurtre et une enqute policire; des textes
crits court et monts serrs; une balade dans l'imaginaire des sries
tl; une destructuration (organise) du rcit dans une transposition
littraire du zapping; et par consquent, des sensations de lecture
radicalement neuves.

Suite au succs du livre, les ditions Florent Massot publient en aot
2000 une deuxime version imprime (la premire tant celle de 00h00,
imprime uniquement  la demande), avec une couverture en 3D, un
nouveau titre - "La maldiction du parasol" - et une maquette d'Olivier
Lefvre restituant le rythme de la version originale.

Anne-Ccile Brandenbourger relate en juin 2000: Les possibilits
offertes par l'hypertexte m'ont permis de dvelopper et de donner libre
cours  des tendances que j'avais dj auparavant. J'ai toujours ador
crire et lire des textes clats et inclassables (comme par exemple
"La vie mode d'emploi" de Perec ou "Si par une nuit d'hiver un
voyageur" de Calvino) et l'hypermdia m'a donn l'occasion de me
plonger dans ces formes narratives en toute libert. Car, pour crer
des histoires non linaires et des rseaux de textes qui s'imbriquent
les uns dans les autres, l'hypertexte est videmment plus appropri que
le papier. Je crois qu'au fil des jours, mon travail hypertextuel a
rendu mon criture de plus en plus intuitive. Plus "intrieure" aussi
peut-tre, plus proche des associations d'ides et des mouvements
dsordonns qui caractrisent la pense lorsqu'elle se laisse aller 
la rverie. Cela s'explique par la nature de la navigation
hypertextuelle, le fait que presque chaque mot qu'on crit peut tre un
lien, une porte qui s'ouvre sur une histoire.

A la mme date, Lucie de Boutiny raconte: Mes "conseillers
littraires", des amis qui n'ont pas ressenti le vent de libert qui
souffle sur le web, aimeraient que j'y reste, englue dans la pte 
papier. Appliquant le principe de demi-dsobissance, je fais des
allers-retours papier-pixel. L'avenir nous dira si j'ai perdu mon temps
ou si un nouveau genre littraire hypermdia va natre. (...) Si les
crivains franais classiques en sont encore  se demander s'ils ne
prfrent pas le petit carnet Clairefontaine, le Bic ou le Mont-Blanc
ftiche, et un usage modr du traitement de texte, plutt que
l'ordinateur connect, voire l'installation, c'est que l'HTX (hypertext
literature) ncessite un travail d'accouchement visuel qui n'est pas la
vocation originaire de l'crivain papier. En plus des proccupations du
langage (syntaxe, registre, ton, style, histoire...), le techno-
crivain - collons-lui ce label pour le diffrencier - doit aussi
matriser la syntaxe informatique et participer  l'invention de codes
graphiques car lire sur un cran est aussi regarder.


= Mail-romans

Le premier mail-roman francophone est lanc en 2001 par Jean-Pierre
Balpe, chercheur, crivain et directeur du dpartement hypermdia de
l'Universit Paris 8. Pendant trs exactement cent jours, entre le 11
avril et le 19 juillet 2001, il diffuse quotidiennement par courriel un
chapitre de "Rien n'est sans dire" auprs de cinq cents personnes - sa
famille, ses amis, ses collgues, etc. - en y intgrant les rponses et
ractions des lecteurs. Raconte par un narrateur, l'histoire est celle
de Stanislas et Zita, qui vivent une passion tragique dchire par une
sombre histoire politique.  Cette ide d'un mail-roman m'est venue
tout naturellement, relate l'auteur en fvrier 2002. D'une part en me
demandant depuis quelque temps dj ce qu'internet peut apporter sur le
plan de la forme  la littrature (...) et d'autre part en lisant de la
littrature "pistolaire" du 18e sicle, ces fameux "romans par
lettres". Il suffit alors de transposer: que peut tre le "roman par
lettres" aujourd'hui?

Jean-Pierre Balpe tire plusieurs conclusions de cette exprience:
D'abord c'est un "genre": depuis, plusieurs personnes m'ont dit lancer
aussi un mail-roman. Ensuite j'ai aperu quantit de possibilits que
je n'ai pas exploites et que je me rserve pour un ventuel travail
ultrieur. La contrainte du temps est ainsi trs intressante 
exploiter: le temps de l'criture bien sr, mais aussi celui de la
lecture: ce n'est pas rien de mettre quelqu'un devant la ncessit de
lire, chaque jour, une page de roman. Ce "pacte" a quelque chose de
diabolique. Et enfin le renforcement de ma conviction que les
technologies numriques sont une chance extraordinaire du
renouvellement du littraire.


= Sites hypermdia

Principe de base du web, le lien hypertexte permet de relier entre eux
des documents textuels et des images. Quant au lien hypermdia, il
permet l'accs  des graphiques, des images animes, des bandes sonores
et des vidos. Des crivains frus de nouvelles technologies ne tardent
pas  en explorer les possibilits, dans des sites d'criture
hypermdia et des oeuvres d'hyperfiction.

Mis en ligne en juin 1997, oVosite est un espace d'criture conu par
un collectif de six auteurs issus du dpartement hypermdia de
l'Universit Paris 8: Chantal Beaslay, Laure Carlon, Luc Dall'Armellina
(qui est aussi webmestre), Philippe Meuriot, Anika Mignotte et Claude
Rouah. oVosite est un site web conu et ralis (...) autour d'un
symbole primordial et spirituel, celui de l'oeuf, explique Luc
Dall'Armellina en juin 2000. Le site s'est constitu selon un principe
de cellules autonomes qui visent  exposer et intgrer des sources
htrognes (littrature, photo, peinture, vido, synthse) au sein
d'une interface unifiante.

Les possibilits offertes par l'hyperlien ont-elles chang son mode
d'criture? Sa rponse est  la fois ngative et positive.

Ngative d'abord: Non - parce qu'crire est de toute faon une affaire
trs intime, un mode de relation qu'on entretient avec son monde, ses
proches et son lointain, ses mythes et fantasmes, son quotidien et
enfin, appendus  l'espace du langage, celui de sa langue d'origine.
Pour toutes ces raisons, je ne pense pas que l'hypertexte change
fondamentalement sa manire d'crire, qu'on procde par touches, par
impressions, associations, quel que soit le support d'inscription, je
crois que l'essentiel se passe un peu  notre insu.

Positive ensuite: Oui - parce que l'hypertexte permet sans doute de
commencer l'acte d'criture plus tt: devanant l'activit de lecture
(associations, bifurcations, sauts de paragraphes) jusque dans l'acte
d'crire. L'criture (ceci est significatif avec des logiciels comme
StorySpace) devient peut-tre plus modulaire. On ne vise plus tant la
longue horizontalit du rcit, mais la mise en espace de ses fragments,
autonomes. Et le travail devient celui d'un tissage des units entre
elles. L'autre aspect li  la modularit est la possibilit
d'critures croises,  plusieurs auteurs. Peut-tre s'agit-il
d'ailleurs d'une mta-criture, qui met en relation les units de sens
(paragraphes ou phrases) entre elles.

Luc ajoute aussi: La couverture du rseau autour de la surface du
globe resserre les liens entre les individus distants et inconnus. Ce
qui n'est pas simple puisque nous sommes placs devant des situations
nouvelles: ni vraiment spectateurs, ni vraiment auteurs, ni vraiment
lecteurs, ni vraiment interacteurs. Ces situations crent des nouvelles
postures de rencontre, des postures de "spectacture" ou de "lectacture"
(Jean-Louis Weissberg). Les notions de lieu, d'espace, de temps,
d'actualit sont requestionnes  travers ce mdium qui n'offre plus
gure de distance  l'vnement mais se situe comme aucun autre dans le
prsent en train de se faire. L'cart peut tre mince entre l'envoi et
la rponse, parfois immdiat (cas de la gnration de textes).

Mais ce qui frappe et se trouve reprable ne doit pas masquer les
aspects encore mal dfinis tels que les changements radicaux qui
s'oprent sur le plan symbolique, reprsentationnel, imaginaire et plus
simplement sur notre mode de relation aux autres. "Plus de proximit"
ne cre pas plus d'engagement dans la relation, de mme "plus de liens"
ne crent pas plus de liaisons, ou encore "plus de tuyaux" ne crent
pas plus de partage. Je rve d'un internet o nous pourrions crire 
plusieurs sur le mme dispositif, une sorte de lieu d'atelier
d'critures permanent et qui autoriserait l'criture personnelle (c'est
en voie d'exister), son partage avec d'autres auteurs, leur mise en
relation dans un tissage d'hypertextes et un espace commun de notes et
de commentaires sur le travail qui se cre.

L'avenir de la cyber-littrature est trac par sa technologie mme,
comme l'explique en aot 1999 Jean-Paul, webmestre du site hypermdia
cotres.net: Il est maintenant impossible  un(e) auteur(e) seul(e) de
manier  la fois les mots, leur apparence mouvante et leur sonorit.
Matriser aussi bien Director, Photoshop et Cubase, pour ne citer que
les plus connus, c'tait possible il y a dix ans, avec les versions 1.
a ne l'est plus. Ds demain (matin), il faudra savoir dlguer les
comptences, trouver des partenaires financiers aux reins autrement
plus solides que Gallimard, voir du ct d'Hachette-Matra, Warner,
Pentagone, Hollywood. Au mieux, le statut de... l'crivaste? du
multimdiaste? sera celui du vidaste, du metteur en scne, du
directeur de produit: c'est lui qui cope des palmes d'or  Cannes,
mais il n'aurait jamais pu les dcrocher seul. Soeur jumelle (et non
pas clone) du cinmatographe, la cyber-littrature (= la vido + le
lien) sera une industrie, avec quelques artisans isols dans la
priphrie off-off (aux droits d'auteur ngatifs, donc).

Quelques mois plus tard, en juin 2000, Jean-Paul s'interroge sur
l'apport de l'internet dans son criture: La navigation par hyperliens
se fait en rayon (j'ai un centre d'intrt et je clique mthodiquement
sur tous les liens qui s'y rapportent) ou en louvoiements (de clic en
clic,  mesure qu'ils apparaissent, au risque de perdre de vue mon
sujet). Bien sr, les deux sont possibles avec l'imprim. Mais la
diffrence saute aux yeux: feuilleter n'est pas cliquer. L'internet n'a
donc pas chang ma vie, mais mon rapport  l'criture. On n'crit pas
de la mme manire pour un site que pour un scnario, une pice de
thtre, etc. (...) Depuis, j'cris (compose, mets en page, en scne)
directement  l'cran. L'tat "imprim" de mon travail n'est pas le
stade final, le but; mais une forme parmi d'autres, qui privilgie la
linarit et l'image, et qui exclut le son et les images animes. (...)
C'est finalement dans la publication en ligne (l'entoilage?) que j'ai
trouv la mobilit, la fluidit que je cherchais. Le matre mot y est
"chantier en cours", sans palissades. Accouchement permanent,  vue,
comme le monde sous nos yeux. Provisoire, comme la vie qui ttonne, se
cherche, se dprend, se reprend. Avec videmment le risque soulign par
les gutenbergs, les orphelins de la civilisation du livre: plus rien
n'est sr. Il n'y a plus de source fiable, elles sont trop nombreuses,
et il devient difficile de distinguer un clerc d'un gourou. Mais c'est
un problme qui concerne le contrle de l'information. Pas la
transmission des motions.

Jean-Paul fait  nouveau le point sur son activit d'entoileur beaucoup
plus tard, en janvier 2007: J'ai gagn du temps. J'utilise moins de
logiciels, dont j'intgre le rsultat dans Flash. Ce dernier m'assure
de contrler  90% le rsultat  l'affichage sur les crans de
rception (au contraire de ceux qui prfrent prsenter des oeuvres
ouvertes, o l'intervention tantt du hasard tantt de l'internaute est
recherche). Je peux maintenant me concentrer sur le coeur de la chose:
l'architecture et le dveloppement du rcit. (...) Les deux points
forts des trois ou quatre ans  venir sont: (1) la gnralisation du
trs haut dbit (c'est--dire en fait du dbit normal), qui va
m'affranchir des limitations purement techniques, notamment des soucis
de poids et d'affichage des fichiers (mort dfinitive, enfin, des
histogrammes de chargement); (2) le dveloppement de la 3 D. C'est le
rcit en hypermdia (= le multimdia + le clic) qui m'intresse. Les
piges que pose un rcit en 2 D sont dj passionnants. Avec la 3 D, il
va falloir chevaucher le tigre pour viter la simple prouesse technique
et laisser la priorit au rcit.



2005: GOOGLE S'INTERESSE A L'EBOOK


= [Rsum]

En octobre 2004, Google lance la premire partie de son programme
Google Print, tabli en partenariat avec les diteurs pour consulter 
l'cran des extraits de livres, puis commander les livres auprs d'une
librairie en ligne. En dcembre 2004, Google lance la deuxime partie
de son programme Google Print, cette fois  destination des
bibliothques, le but tant de numriser 15 millions de livres, 
commencer par ceux des bibliothques de plusieurs universits
partenaires (Harvard, Stanford, Michigan, Oxford) et de la ville de New
York. La version bta de Google Print est mise en ligne en mai 2005. En
aot 2005, le programme est suspendu pour cause de conflit avec les
diteurs de livres sous droits. Il reprend en aot 2006 sous le nom de
Google Books. La numrisation des fonds de grandes bibliothques se
poursuit, tout comme le dveloppement de partenariats avec les diteurs
qui le souhaitent. En octobre 2008, Google clt le conflit avec les
associations d'auteurs et d'diteurs en annonant un accord avec eux,
accord qui serait effectif courant 2009.


= Google Print

En 2005, alors que le Projet Gutenberg poursuit la mise en ligne
gratuite des oeuvres du domaine public, tche immense entreprise depuis
nombre d'annes, le livre devient un objet convoit par les gants de
l'internet que sont Google, Yahoo! et Microsoft, d'une part par souci
mritoire de mettre le patrimoine mondial  la disposition de tous,
d'autre part  cause de l'enjeu reprsent par les recettes
publicitaires gnres par les liens commerciaux accols aux rsultats
des recherches.

Google dcide de mettre son expertise au service du livre, et lance la
version bta de Google Print en mai 2005. Ce lancement est prcd de
deux tapes.

En octobre 2004, Google lance la premire partie de son programme
Google Print, tabli en partenariat avec les diteurs pour pouvoir
consulter  l'cran des extraits de livres, puis commander les livres
auprs d'une librairie en ligne.

En dcembre 2004, Google lance la deuxime partie de son programme
Google Print, cette fois  destination des bibliothques. Il s'agit
d'un projet de bibliothque numrique de 15 millions de livres
consistant  numriser plusieurs grandes bibliothques partenaires, 
commencer par la bibliothque de l'Universit du Michigan (dans sa
totalit,  savoir 7 millions d'ouvrages), les bibliothques des
universits de Harvard, de Stanford et d'Oxford, et celle de la ville
de New York. Le cot estim au dpart se situe entre 150 et 200
millions de dollars US, avec la numrisation de 10 millions de livres
sur six ans et un chantier d'une dure totale de dix ans.

En aot 2005, soit trois mois aprs son lancement, Google Print est
suspendu pour un temps indtermin suite  un conflit grandissant avec
les associations d'auteurs et d'diteurs de livres sous droits, celles-
ci reprochant  Google de numriser les livres sans l'accord pralable
des ayants droit.


= Google Books

Le programme reprend en aot 2006 sous le nom de Google Books (Google
Livres). Google Books permet de rechercher les livres par date, titre
ou diteur. La numrisation des fonds de grandes bibliothques se
poursuit, axe cette fois sur les livres libres de droit, tout comme le
dveloppement de partenariats avec les diteurs qui le souhaitent.

Les livres libres de droit sont consultables  l'cran en texte
intgral, leur contenu est copiable et l'impression est possible page 
page. Ils sont galement tlchargeables sous forme de fichiers PDF et
imprimables dans leur entier. Les liens publicitaires associs aux
pages de livres sont situs en haut et  droite de l'cran.

Le conflit avec les associations d'auteurs et d'diteurs se poursuit
lui aussi, puisque Google continue de numriser des livres sous droits
sans l'autorisation pralable des ayants droit, en invoquant le droit
de citation pour prsenter des extraits sur le web. L'Authors Guild et
l'Association of American Publishers (AAP) invoquent pour leur part le
non respect de la lgislation relative au copyright pour attaquer
Google en justice. Le feuilleton judiciaire dure de nombreux mois.

Fin 2006, d'aprs le buzz mdiatique, Google scannerait 3.000 livres
par jour, ce qui reprsenterait un million de livres par an. Le cot
estim serait de 30 dollars par livre - d'autres sources mentionnent un
cot double. Google Books comprendrait 3 millions de livres. Tous
chiffres  prendre avec prcaution, la socit ne communiquant pas de
statistiques  ce sujet.

A l'exception de la New York Public Library, les collections en cours
de numrisation appartiennent toutes  des bibliothques universitaires
(Harvard, Stanford, Michigan, Oxford, Californie, Virginie, Wisconsin-
Madison, Complutense de Madrid). S'y ajoutent dbut 2007 les
bibliothques des universits de Princeton et du Texas (Austin), ainsi
que la Biblioteca de Catalunya (Catalogne, Espagne) et la Bayerische
Staatbibliothek (Bavire, Allemagne). En mai 2007, Google annonce la
participation de la premire bibliothque francophone, la Bibliothque
cantonale et universitaire (BCU) de Lausanne (Suisse), pour la
numrisation de 100.000 titres en franais, allemand et italien publis
entre le 17e et le 19e sicle. Suit ensuite un partenariat avec la
Bibliothque municipale de Lyon (France) sign en juillet 2008 pour
numriser 500.000 livres.

En octobre 2008, aprs trois ans de conflit, Google met fin aux
poursuites  son encontre par les associations d'auteurs et d'diteurs.
La socit annonce un accord qui serait effectif courant 2009. Cet
accord serait bas sur un partage des revenus gnrs par Google Books
ainsi qu'un large accs aux ouvrages puiss, et le paiement de 125
millions de dollars US  l'Authors Guild et l'Association of American
Publishers (AAP) pour clturer ce conflit.

Suite  cet accord, Google devrait proposer de plus larges extraits des
livres, jusqu' 20% d'un mme ouvrage, avec un lien commercial pour
acheter une copie - numrique ou non - de l'oeuvre. Les ayants droit
auront la possibilit de participer ou non au projet Google Books, et
de retirer leurs livres des collections. Par ailleurs, les
bibliothques universitaires et publiques (des tats-Unis) pourront
accder  un portail gratuit gr par Google et donnant accs aux
textes de millions de livres puiss. Un abonnement permettra aux
universits et aux coles de consulter les collections des
bibliothques les plus renommes.

En novembre 2008, Google Books comprend 7 millions d'ouvrages
numriss, en partenariat avec 24 bibliothques et 2.000 diteurs
partenaires. Les 24 bibliothques partenaires se situent principalement
aux Etats-Unis (16), mais aussi en Allemagne (1), en Belgique (1), en
Espagne (2), en France (1), au Japon (1), au Royaume-Uni (1) et en
Suisse (1).

En fvrier 2009, Google Books lance un portail spcifique pour lecture
sur tlphone mobile et smartphone, par exemple sur l'iPhone 3G d'Apple
ou sur le G1 de T-Mobile (ce dernier utilisant Android, la plateforme
de Google). Le catalogue comprend 1,5 million de livres du domaine
public, auxquels s'ajoutent 500.000 autres titres tlchargeables hors
des Etats-Unis, du fait d'une lgislation du copyright moins
restrictive dans certains pays.



2006: VERS UNE BIBLIOTHEQUE NUMERIQUE PLANETAIRE


= [Rsum]

Lance en octobre 2005  l'instigation de l'Internet Archive, l'Open
Content Alliance (OCA) - - qui dbute vritablement en 2006 - est un
vaste projet public et coopratif de bibliothque numrique mondiale
proposant un rpertoire multilingue de livres et documents multimdia
pour consultation et tlchargement sur tout moteur de recherche. L'OCA
regroupe de nombreux  partenaires: bibliothques, universits,
organisations gouvernementales, associations  but non lucratif,
organismes culturels, socits informatiques (Adobe, Hewlett Packard,
Microsoft, Yahoo!, Xerox, etc.). Les premiers participants sont les
bibliothques des universits de Californie et de Toronto, l'European
Archive, les Archives nationales du Royaume-Uni, O'Reilly Media et les
Prelinger Archives. L'OCA souhaite s'inspirer de l'initiative de Google
tout en vitant ses travers,  savoir la numrisation de livres sous
droits sans l'accord pralable des diteurs, tout comme la consultation
et le tlchargement impossibles sur un autre moteur de recherche.


= L'Internet Archive

En raction au projet Google Books, l'Internet Archive pense qu'une
bibliothque  vocation mondiale ne doit pas tre lie  des enjeux
commerciaux. Elle s'associe en janvier 2005  Yahoo! pour mettre sur
pied l'Open Content Alliance (OCA), dans l'optique de fdrer un grand
nombre de partenaires pour crer une bibliothque plantaire publique
respectueuse du copyright et sur un modle ouvert.

Qu'est-ce exactement que l'Internet Archive? Fonde en avril 1996 par
Brewster Kahle  San Francisco (Californie), l'Internet Archive a pour
but de constituer, stocker, prserver et grer une bibliothque de
l'internet, en archivant la totalit du web tous les deux mois, afin
d'offrir un outil de travail aux universitaires, chercheurs et
historiens, et de prserver un historique de l'internet pour les
gnrations futures.

En octobre 2001, l'Internet Archive met ses archives en accs libre sur
le web grce  la Wayback Machine, qui permet  tout un chacun de
consulter l'historique d'un site web,  savoir le contenu et la
prsentation d'un site web  diffrentes dates, thoriquement tous les
deux mois  partir de 1996.

L'Internet Archive dbute aussi la constitution de collections
numriques telles que le Million Book Project (10.520 livres en avril
2005), des archives de films de la priode 1903-1973, des archives de
concerts live rcents, des archives de logiciels, etc. Toutes ces
collections sont en consultation libre sur le web.


= L'Open Content Alliance

En janvier 2005, l'Internet Archive s'associe  Yahoo! pour mettre sur
pied l'Open Content Alliance (OCA), une initiative visant  crer un
rpertoire libre et multilingue de livres numriss et de documents
multimdia pour consultation sur n'importe quel moteur de recherche.

L'OCA est officiellement lance en octobre 2005 et dbute vritablement
en 2006. Le but de l'initiative est de s'inspirer de Google Books tout
en vitant ses travers,  savoir la numrisation des livres sous droits
sans l'accord pralable des diteurs, tout comme la consultation et le
tlchargement impossibles sur un autre moteur de recherche.

L'OCA regroupe de nombreux partenaires: des bibliothques et des
universits bien sr, mais aussi des organisations gouvernementales,
des associations  but non lucratif, des organismes culturels et des
socits informatiques (Adobe, Hewlett Packard, Microsoft, Yahoo!,
Xerox, etc.).

Les premiers partenaires sont les bibliothques des universits de
Californie et de Toronto, l'European Archive, les Archives nationales
du Royaume-Uni, O'Reilly Media et les Prelinger Archives. Seuls les
livres appartenant au domaine public sont numriss, pour viter les
problmes de copyright auxquels se heurte Google. Les collections
numrises sont intgres  la section Text Archive de l'Internet
Archive.

En dcembre 2006, l'Open Content Alliance franchit la barre des 100.000
livres numriss, avec un rythme de 12.000 nouveaux livres par mois. A
la mme date, l'Internet Archive reoit une subvention d'un million de
dollars de la part de la Sloan Foundation pour numriser les
collections du Metropolitan Museum of Art (l'ensemble des livres et
plusieurs milliers d'images) ainsi que certaines collections de la
Boston Public Library (les 3.800 livres de la bibliothque personnelle
de John Adams, deuxime prsident des Etats-Unis), du Getty Research
Institute (une srie de livres d'art), de la John Hopkins University
(une srie de documents lis au mouvement anti-esclavagiste) et de
l'Universit de Californie  Berkeley (une srie de documents relatifs
 la rue vers l'or).

En mai 2007, l'Open Content Alliance franchit la barre des 200.000
livres numriss.

La barre du million de livres numriss est atteinte en dcembre 2008.

Si Microsoft est un des partenaires de l'OCA, il se lance galement
dans l'aventure  titre personnel. En dcembre 2006 est mise en ligne
aux Etats-Unis la version bta de Live Search Books, qui permet une
recherche par mots-cls dans les livres du domaine public. Ces livres
sont numriss par Microsoft suite  des accords passs avec de grandes
bibliothques, les premires tant la British Library et les
bibliothques des universits de Californie et de Toronto, suivies en
janvier 2007 par celles de la New York Public Library et de
l'Universit Cornell. Microsoft compte aussi ajouter des livres sous
droits, mais uniquement avec l'accord pralable des diteurs.

Tout comme Google Books, Live Search Books permet de consulter des
extraits comportant les mots-cls, qui sont eux-mme surligns. Mais
les collections sont moins riches que celles de Google Books, le moteur
de recherche est plus rudimentaire, et il n'est pas possible de
tlcharger les livres au format PDF dans leur entier.

En mai 2007, Microsoft annonce des accords avec plusieurs grands
diteurs, dont Cambridge University Press et McGraw Hill.

Microsoft met finalement un terme  ce projet en mai 2008 pour
concentrer ses efforts sur d'autres activits. Les 750.000 livres dj
numriss sont verss dans les collections de l'Open Content Alliance.


= Europeana

En Europe, certains s'inquitent de l'hgmonie amricaine que
reprsente Google Books. Il existe sur le web une Bibliothque
europenne, qui est en fait un portail commun aux 43 bibliothques
nationales, lanc en janvier 2004 par la CENL (Conference of European
National Librarians) et hberg sur le site de la Bibliothque
nationale des Pays-Bas.

En septembre 2005, la Commission europenne lance une vaste
consultation sur un projet de bibliothque numrique europenne, avec
rponse requise en janvier 2006, suite  quoi le projet est
officiellement lanc en mars 2006.

Le plan de la Commission europenne visant  promouvoir l'accs
numrique au patrimoine de l'Europe prend forme rapidement, lit-on dans
le communiqu de presse. Dans les cinq prochaines annes, au moins six
millions de livres, documents et autres oeuvres culturelles seront mis
 la disposition de toute personne disposant d'une connexion 
l'internet, par l'intermdiaire de la "bibliothque numrique
europenne". Afin de stimuler les initiatives de numrisation
europennes, la Commission va cofinancer la cration d'un rseau
paneuropen de centres de numrisation. La Commission abordera
galement, dans une srie de documents stratgiques, la question du
cadre appropri  adopter pour assurer la protection des droits de
proprit intellectuelle dans le cadre des bibliothques numriques.

Europeana et ses deux millions de documents sont disponibles en
novembre 2008, avec un serveur qui dclare rapidement forfait suite 
la trs forte demande des premires heures, puis une priode
exprimentale avec consultation partielle des collections suite au
renforcement de la capacit de ce serveur.



2007: NOUS LISONS SUR DIVERS APPAREILS ELECTRONIQUES


= [Rsum]

Si le Kindle, le lecteur de livres d'Amazon, est lanc en novembre
2007, la lecture sur appareil mobile dbute dix ans auparavant. On lit
d'abord sur son ordinateur - portable ou non - avant de lire sur les
agendas lectroniques que sont le Psion et les appareils de Franklin.
La socit Palm lance en mars 1996 le Palm Pilot, premier PDA du
march. Le Pocket PC de Microsoft est lanc en avril 2000. Suivent
ensuite les premiers smartphones de Nokia et Sony Ericsson.
Paralllement, on voit l'mergence de tablettes de lecture ddies. Les
premires sont le Rocket eBook, le SoftBook Reader ou le Gemstar eBook,
et ne durent pas. Aprs une priode morose, des tablettes plus lgres
gagnent en puissance et qualit d'cran, par exemple le Cybook
(nouvelle version) ou le Sony Reader, auquel s'ajoute le Kindle
d'Amazon.com en novembre 2007. L'cran LCD laisse la place  un cran
utilisant la technologie E Ink. On parle maintenant d'un support souple
ultra-fin appel papier lectronique, qui serait lanc par E Ink,
Plastic Logic et d'autres en 2010.


= Tablettes de lecture

# Premiers pas

Les livres numriques sont d'abord lisibles uniquement sur l'cran de
l'ordinateur, que celui-ci soit un ordinateur de bureau ou un
ordinateur portable sinon ultra-portable. Outre le stockage d'un
millier de livres sinon plus - en fonction de la taille du disque dur -
l'ordinateur permet l'utilisation d'outils bureautiques standard,
l'accs au web, l'coute de fichiers musicaux et le visionnement de
vidos ou de films. Certains usagers sont galement tents par le
webpad, un ordinateur-cran sans disque dur disposant d'une connexion
sans fil  l'internet, apparu en 2001, ou alors la tablette PC, une
tablette informatique pourvue d'un cran tactile, apparue fin 2002.

En 1999, pour plus de mobilit, on voit apparatre des appareils ddis
de la taille d'un (gros) livre, souvent appels ebooks, livres
lectroniques, tablettes de lecture ou mme liseuses. Les premiers
appareils suscitent un engouement certain, mme si peu de gens vont
jusqu' les acheter, vu leur prix prohibitif et un choix de livres
restreint. Le catalogue de livres numriques est encore ridicule par
rapport  la production imprime.

Les premires tablettes de lecture sont conues et dveloppes dans la
Silicon Valley, en Californie. Elles disposent d'un cran  cristaux
liquides (LCD: liquid crystal display) rtro-clair ou non, noir et
blanc ou en couleur. Elles fonctionnent sur batterie et disposent d'un
modem intgr et d'un port USB, pour connexion  l'internet et
tlchargement des livres  partir de librairies numriques.

Le modle le plus connu, le Rocket eBook, est cr par la socit
NuvoMedia, finance par la chane de librairies Barnes & Noble et le
gant des mdias Bertelsmann. Un deuxime modle, le SoftBook Reader,
est dvelopp par la socit SoftBook Press, finance par les deux
grandes maisons d'dition Random House et Simon & Schuster. Plusieurs
autres modles ont une dure de vie assez courte, par exemple
l'EveryBook, appareil  double cran cr par la socit du mme nom,
ou encore le Millennium eBook, cr par la socit Librius.com. A cette
poque, qui n'est pas si lointaine, toutes ces tablettes lectroniques
psent entre 700 grammes et 2 kilos et peuvent stocker une dizaine de
livres.

# Gemstar eBook

Lancs en octobre 2000  New York, les deux premiers modles de Gemstar
eBook sont les successeurs du Rocket eBook (conu par NuvoMedia) et du
SoftBook Reader (conu par SoftBook Press), suite au rachat de
NuvoMedia et de SoftBook Press en janvier 2000 par Gemstar-TV Guide
International, une grosse socit spcialise dans les produits et
services numriques pour les mdias.

Commercialiss en novembre 2000 aux Etats-Unis, ces deux modles - le
REB 1100 (cran noir et blanc, successeur du Rocket eBook) et le REB
1200 (cran couleur, successeur du SoftBook Reader) - sont construits
et vendus sous le label RCA, appartenant  Thomson Multimedia. Le
systme d'exploitation, le navigateur et le logiciel de lecture sont
spcifiques au produit, tout comme le format de lecture, bas sur le
format OeB (open ebook).

Les ventes sont trs infrieures aux pronostics. En avril 2002, un
article du New York Times annonce l'arrt de la fabrication de ces
appareils par RCA. En automne 2002, leurs successeurs - le GEB 1150 et
le GEB 2150 - sont produits sous le label Gemstar et vendus par SkyMall
 un prix beaucoup plus comptitif (199 et 349 dollars US), avec ou
sans abonnement annuel ou bisannuel  la librairie numrique Gemstar
eBook. Mais les ventes restent peu concluantes et Gemstar dcide de
mettre fin  ses activits eBook. La socit cesse la vente de ses
tablettes de lecture en juin 2003 et celle de ses livres numriques le
mois suivant.

# Cybook

Premire tablette de lecture europenne, le Cybook (21 x 16 cm, 1 kilo)
est conu et dvelopp par la socit franaise Cytale, et
commercialis en janvier 2001. Sa mmoire - 32 Mo (mga-octets) de
mmoire SDRAM (synchronous dynamic random access memory) et 16 Mo de
mmoire flash - permet de stocker 15.000 pages de texte, soit 30 livres
de 500 pages.

J'ai crois il y a deux ans le chemin balbutiant d'un projet
extraordinaire, le livre lectronique, crit en dcembre 2000 Olivier
Pujol, PDG de Cytale. Depuis ce jour, je suis devenu le promoteur
impnitent de ce nouveau mode d'accs  l'crit,  la lecture, et au
bonheur de lire. La lecture numrique se dveloppe enfin, grce  cet
objet merveilleux: bibliothque, librairie nomade, livre "adaptable",
et aussi moyen d'accs  tous les sites littraires (ou non), et 
toutes les nouvelles formes de la littrature, car c'est galement une
fentre sur le web.

Mais les ventes sont trs infrieures aux pronostics et forcent la
socit  se dclarer en cessation de paiement. Cytale est mis en
liquidation judiciaire en juillet 2002 et cesse ses activits  la mme
date. La commercialisation du Cybook est reprise quelques mois plus
tard par la socit Bookeen, cre en 2003  l'initiative de Michael
Dahan et Laurent Picard, deux ingnieurs de Cytale. En juillet 2007,
Bookeen dvoile la nouvelle version de sa tablette, baptise Cybook
Gen3, avec un cran utilisant la technologie E Ink.

# Sony Reader

En avril 2004, Sony lance au Japon son premier Reader, le Libri 1000-
EP, produit en partenariat avec les socits Philips et E Ink. Cette
tablette est d'ailleurs la premire  utiliser la technologie
d'affichage dveloppe par E Ink et dnomme encre lectronique.
L'appareil pse 300 grammes (avec piles et protection d'cran), pour
une taille de 12,6 x 19 x 1,3 centimtres. Sa mmoire est de 10 Mo
(mga-octets) - avec possibilit d'extension - et sa capacit de
stockage de 500 livres. Son cran de 6 pouces a une dfinition de 170
DPI (dots per inch) et une rsolution de 800 x 600 pixels. Un port USB
permet le tlchargement des livres  partir de l'ordinateur.
L'appareil comprend aussi un clavier, une fonction enregistrement et
une synthse vocale. Il fonctionne avec quatre piles alcalines, qui
permettraient la consultation de 10.000 pages. Son prix est de 375
dollars US. Le Libri cde ensuite la place au Sony Reader, lanc en
octobre 2006 aux Etats-Unis au prix de 350 dollars, avec plusieurs
nouveaux modles sortis depuis avec succs.

# Kindle

La librairie en ligne Amazon.com lance en novembre 2007 sa propre
tablette de lecture, le Kindle, qui a le format d'un livre (19 x 13 x
1,8 cm, 289 grammes), avec un cran noir et blanc (6 pouces, 800 x 600
pixels), un clavier, une mmoire de 256 Mo (extensible par carte SD) et
enfin une connexion sans fil (wifi) et un port USB. Vendu 400 dollars
US (273 euros), il peut contenir jusqu' 200 livres parmi les 88.000
disponibles dans le catalogue d'Amazon. 538.000 Kindle sont vendus en
2008. En janvier 2009, Amazon rachte la socit Audible.com et sa
collection de livres, journaux et magazines audio - 80.000 titres -
tlchargeables sur baladeurs, tlphones et smartphones. En fvrier
2009, Amazon lance une nouvelle version du Kindle, le Kindle 2, avec un
catalogue de 230.000 titres.


= PDA

# Psion

Le Psion Organiser est le vtran des agendas lectroniques. Le premier
modle est lanc ds 1984 par la socit britannique Psion. Au fil des
ans, la gamme des appareils s'tend et la socit se dveloppe 
l'international. En 2000, les divers modles (Srie 7, Srie 5mx, Revo,
Revo Plus) sont concurrencs par le Palm Pilot et le Pocket PC. Les
ventes baissent et la socit dcide de diversifier ses activits.
Suite au rachat de Teklogix par Psion, Psion Teklogix est fond en
septembre 2000 pour dvelopper des solutions mobiles sans fil 
destination des entreprises. Psion Software est fond en 2001 pour
dvelopper les logiciels de la nouvelle gnration d'appareils mobiles
utilisant la plateforme Symbian OS, par exemple ceux du smartphone
Nokia 9210, modle prcurseur commercialis la mme anne.

Enseignante-chercheuse  l'Ecole pratique des hautes tudes (EPHE,
Paris-Sorbonne), Marie-Joseph Pierre utilise un Psion depuis plusieurs
annes pour lire et tudier dans le train lors de ses frquents
dplacements entre Argentan (Normandie), sa ville de rsidence, et
Paris. Elle achte son premier Psion en 1997, un Srie 3, remplac
ensuite par un Srie 5, remplac lui-mme par un Psion 5mx en juin
2001.

En fvrier 2002, elle raconte: J'ai charg tout un tas de trucs
littraires - dont mes propres travaux et dont la Bible entire - sur
mon Psion 5mx (16 + 16 Mo), que je consulte surtout dans le train ou
pour mes cours, quand je ne peux pas emporter toute une bibliothque.
J'ai mis les lments de programme qui permettent de lire page par page
comme sur un vritable ebook. Ce qui est pratique, c'est de pouvoir
charger une norme masse documentaire sur un support minuscule. Mais ce
n'est pas le mme usage qu'un livre, surtout un livre de poche qu'on
peut feuilleter, tordre, sentir..., et qui s'ouvre automatiquement  la
page qu'on a aime. C'est beaucoup moins agrable  utiliser, d'autant
que sur PDA, la page est petite: on n'a pas de vue d'ensemble. Mais
avec une qualit apprciable: on peut travailler sur le texte
enregistr, en rechercher le vocabulaire, rutiliser des citations,
faire tout ce que permet le traitement informatique du document, et
cela m'a pas mal servi pour mon travail, ou pour mes activits
associatives. Je fais par exemple partie d'une petite socit potique
locale, et nous faisons prochainement un rcital potique. J'ai voulu
rechercher des textes de Victor Hugo, que j'ai maintenant pu lire et
mme charger  partir du site de la Bibliothque nationale de France:
c'est vraiment extra.

# eBookMan (Franklin)

Base dans le New Jersey (Etats-Unis), la socit Franklin
commercialise ds 1986 le premier dictionnaire consultable sur une
machine de poche. Quinze ans plus tard, Franklin distribue 200 ouvrages
de rfrence sur des machines de poche: dictionnaires unilingues et
bilingues, encyclopdies, bibles, manuels d'enseignement, ouvrages
mdicaux et livres de loisirs.

En octobre 2000, Franklin lance l'eBookMan, un assistant personnel
multimdia qui - entre autres fonctionnalits (agenda, dictaphone,
etc.) - permet la lecture de livres numriques sur le logiciel de
lecture Franklin Reader. A la mme date, l'eBookMan reoit l'eBook
Technology Award de la Foire internationale du livre de Francfort.
Trois modles (EBM-900, EBM-901 et EBM-911) sont disponibles dbut
2001. Leurs prix respectifs sont de 130, 180 et 230 dollars US. Le prix
est fonction de la taille de la mmoire vive (8 ou 16 Mo) et de la
qualit de l'cran  cristaux liquides (cran LCD), rtro-clair ou
non selon les modles. Nettement plus grand que celui de ses
concurrents, l'cran n'existe toutefois qu'en noir et blanc,
contrairement  la gamme Pocket PC ou  certains modles Palm avec
cran couleur. L'eBookMan permet l'coute de livres audio et de
fichiers musicaux au format MP3.

En octobre 2001, Franklin dcide de ne pas intgrer le Microsoft Reader
 l'eBookMan, mais de lui prfrer le Mobipocket Reader, logiciel de
lecture jug plus performant, et prim  la mme date par l'eBook
Technology Award de la Foire internationale du livre de Francfort.
Paralllement, le Franklin Reader est progressivement disponible pour
les gammes d'appareils mobiles Psion, Palm, Pocket PC et Nokia.
Franklin dveloppe aussi une librairie numrique sur son site en
passant des partenariats avec plusieurs socits, notamment avec
Audible.com pour avoir accs  sa collection de 4.500 livres
audionumriques.

# Palm Pilot et Pocket PC

Lorsque le livre numrique commence  se gnraliser en 2000, tous les
fabricants de PDA dcident d'intgrer un logiciel de lecture dans leur
machine, en plus des fonctionnalits standard (agenda, dictaphone,
lecteur de MP3, etc.). En parallle, ils ngocient les droits de
diffusion numrique de centaines de titres, soit directement soit par
le biais de librairies numriques. Si certains professionnels du livre
s'inquitent de la petitesse de l'cran, les adeptes de la lecture sur
PDA assurent que la taille de l'cran n'est pas un problme. Les grands
favoris du march sont les gammes Palm Pilot et Pocket PC.

La socit Palm lance le premier Palm Pilot en mars 1996 et vend 23
millions de machines entre 1996 et 2002. Le systme d'exploitation du
Palm Pilot est le Palm OS et son logiciel de lecture le Palm Reader. En
mars 2001, la gamme Palm Pilot propose plusieurs modles et permet la
lecture de livres numriques sur le Mobipocket Reader.

Commercialis par Microsoft en avril 2000, le Pocket PC utilise le
systme d'exploitation Windows CE, qui intgre le nouveau logiciel de
lecture Microsoft Reader. En octobre 2001, Windows CE est remplac par
Pocket PC 2002, qui permet entre autres de lire des livres numriques
sous droits. Ces livres sont protgs par un systme de gestion des
droits numriques, le Microsoft DAS Server (DAS: digital asset server).
En 2002, la gamme Pocket PC propose plusieurs modles et permet la
lecture sur trois logiciels: le Microsoft Reader bien sr, le
Mobipocket Reader et le Palm Reader.

Le march des PDA poursuit sa croissance. D'aprs The Seybold Report,
on compte 17 millions de PDA dans le monde en avril 2001 (et seulement
100.000 tablettes de lecture). 13,2 millions de PDA sont vendus en
2001, et 12,1 millions en 2002. En 2002, la gamme Palm Pilot est
toujours le leader du march (36,8% des machines vendues), suivi par la
gamme Pocket PC de Microsoft et les modles de Hewlett-Packard, Sony,
Handspring, Toshiba et Casio. Les systmes d'exploitation utiliss sont
essentiellement le Palm OS (pour 55% des machines) et le Pocket PC
(pour 25,7% des machines).

En 2004, on note une plus grande diversit des modles et une baisse
des prix chez tous les fabricants. Les trois principaux fabricants sont
Palm, Sony et Hewlett-Packard. Suivent Handspring, Toshiba, Casio et
d'autres. Mais le PDA est de plus en plus concurrenc par le
smartphone, qui est un tlphone portable doubl d'un PDA, et les
ventes commencent  baisser. En fvrier 2005, Sony dcide de se retirer
compltement du march des PDA.


= Smartphones

Le premier smartphone est le Nokia 9210, modle prcurseur lanc en
2001 par la socit finlandaise Nokia, grand fabricant mondial de
tlphones portables. Apparaissent ensuite le Nokia Series 60, le Sony
Ericsson P800, puis les modles de Motorola et de Siemens. Ces
diffrents modles permettent de lire des livres numriques sur le
Mobipocket Reader.

Appel aussi tlphone multimdia, tlphone multifonctions ou encore
tlphone intelligent, le smartphone dispose d'un cran couleur, du son
polyphonique et de la fonction appareil photo, qui viennent s'ajouter
aux fonctions habituelles de l'assistant personnel: agenda, dictaphone,
lecteur de livres numriques, lecteur de musique, etc.

Les smartphones reprsentent 3,7% des ventes de tlphones portables en
2004 et 9% des ventes en 2006,  savoir 90 millions d'units sur un
milliard.

Si les livres numriques ont une longue vie devant eux, les appareils
de lecture risquent de muer rgulirement. Denis Zwirn, prsident de
Numilog, grande librairie en ligne francophone, explique en fvrier
2003: L'quipement des individus et des entreprises en matriel
pouvant tre utilis pour la lecture numrique dans une situation de
mobilit va continuer de progresser trs fortement dans les dix
prochaines annes sous la forme de machines de plus en plus
performantes (en terme d'affichage, de mmoire, de fonctionnalits, de
lgret...) et de moins en moins chres. Cela prend ds aujourd'hui la
forme de PDA (Pocket PC et Palm Pilot), de tablettes PC et de
smartphones, ou de smart displays (crans tactiles sans fil). Trois
tendances devraient tre observes: la convergence des usages
(tlphone/PDA), la diversification des types et tailles d'appareils
(de la montre-PDA-tlphone  la tablette PC waterproof), la
dmocratisation de l'accs aux machines mobiles (des PDA pour enfants 
15 euros). Si les diteurs et les libraires numriques savent en saisir
l'opportunit, cette volution reprsente un environnement
technologique et culturel au sein duquel les livres numriques, sous
des formes varies, peuvent devenir un mode naturel d'accs  la
lecture pour toute une gnration.

On se demande si des tablettes ddies peuvent vraiment russir 
s'imposer face aux smartphones multifonctions.  On se demande aussi
s'il existe une clientle spcifique pour les deux machines, la lecture
sur tlphone portable et smartphone tant destine au grand public, et
la lecture sur tablette tant rserve aux gros consommateurs de
documents que sont les lycens, les tudiants, les professeurs, les
chercheurs ou les juristes. Le dbat n'est pas prt d'tre clos.

La comptition risque d'tre rude sur un march trs prometteur. Reste
 voir quels modles seront retenus par l'usager parce que solides,
lgers, conomiques et procurant un vritable confort de lecture,
sans oublier l'aspect esthtique et les possibilits de lecture en 3 D.
Selon Jean-Paul, webmestre du site hypermdia cotres.net, interview en
janvier 2007, on progresse. Les PDA et autres baladeurs multimdia ont
form le public  manipuler des crans tactiles de dimension
individuelle (par opposition aux bornes publiques de circulation et
autres tirettes--sous). L'hypermdia est maintenant une vidence. Il
ne reste plus qu' laisser se bousculer les ingnieurs et les
marketteurs pour voir sortir un objet rentable, lger, attirant, peu
fragile, occupant au mieux l'espace qui spare les deux mains d'un
terrien assis dans le bus ou sur sa lunette WC: la surface d'une
feuille A4 en format italien, soit  800 x 600 pixels. Bien sr, ce que
montrera cette surface ne sera pas en 2 D mais en 3 D. Comme les GPS
prochaine gnration, ou les crans de vise sur le cockpit d'un A-
Win.

On nous parle de papier lectronique pour 2010, avec les socits E Ink
et Plastic Logic en tte de file pour nous proposer des supports de
lecture souples et ultra-fins.



2008: LES EBOOKS SONT PARTOUT


= [Rsum]

En 2008, offrir un livre numrique devient tendance, et le lire sur
son smartphone l'est encore plus. Preuve que les choses ont bien volu
depuis la panique ayant saisi les diteurs et libraires  la fin des
annes 1990. Trois termes paraissent essentiels en 2008: stockage,
organisation et diffusion. Dans un proche avenir, on devrait disposer
de l'ensemble du patrimoine mondial stock sous forme numrique, d'une
organisation effective de l'information et d'un rseau internet
omniprsent. Confidentiel en 2000, puis parent pauvre des fichiers
musicaux et vido, le livre numrique est en bonne place  ct de la
musique et des films. Editeur puis consultant en dition lectronique,
Nicolas Pewny voit le livre numrique du futur comme un "ouvrage
total" runissant textes, sons, images, vido, interactivit: une
nouvelle manire de concevoir et d'crire et de lire, peut-tre sur un
livre unique, sans cesse renouvelable, qui contiendrait tout ce qu'on a
lu, unique et multiple compagnon.


= [Texte]

Fondateur du Projet Gutenberg en 1971, Michael Hart prcise souvent
dans ses crits que, si Gutenberg a permis  chacun d'avoir ses propres
livres - jusque-l rservs  une lite -, le Projet Gutenberg permet 
chacun d'avoir une bibliothque complte - jusque-l rserve  la
collectivit -, sur un support qu'on peut glisser dans sa poche, le
support optimal actuel tant la cl USB. Le Projet Gutenberg compte
prs de 30.000 livres en novembre 2008, soit la taille d'une
bibliothque publique de quartier.

Le futur sera-t-il le cyberespace dcrit par le philosophe Timothy
Leary en 1994 dans son livre "Chaos et cyberculture"? Toute
l'information du monde est  l'intrieur (de gigantesques bases de
donnes, NDLR). Et grce au cyberespace, tout le monde peut y avoir
accs. Tous les signaux humains contenus jusque-l dans les livres ont
t numriss. Ils sont enregistrs et disponibles dans ces banques de
donnes, sans compter tous les tableaux, tous les films, toutes les
missions de tl, tout, absolument tout. Nous n'en sommes pas encore
l. Mais sur les 30 millions de livres du domaine public que
compteraient les bibliothques (sans compter les diffrentes ditions),
5 millions seraient dj librement disponibles sur le web.

Tim Berners-Lee est l'inventeur du web en 1990. A la question de Pierre
Ruetschi, journaliste  la Tribune de Genve, un quotidien suisse:
Sept ans plus tard, tes-vous satisfait de la faon dont le web a
volu?, il rpond en dcembre 1997 que, s'il est heureux de la
richesse et de la varit de l'information disponible, le web n'a pas
encore la puissance prvue dans sa conception d'origine. Il aimerait
que le web soit plus interactif, que les gens puissent crer de
l'information ensemble, et pas seulement consommer celle qui leur est
propose. Le web doit devenir un mdia de collaboration, un monde de
connaissance que nous partageons.

Son souhait commence  se concrtiser sept ans aprs, avec ce qu'on
appelle le web 2.0. La paternit de l'expression web 2.0 revient
d'ailleurs  un diteur, Tim O'Reilly, qui utilise cette expression
pour la premire fois en 2004 comme titre d'une srie de confrences.
Le web ne vise plus seulement  utiliser l'information. Il incite aussi
les usagers  changer et collaborer en ligne, sur des blogs, des wikis
ou des encyclopdies coopratives comme Wikipdia et Citizendium.

Un enjeu tout aussi important est l'accessibilit de l'internet pour
tous. Mis en ligne en septembre 2000 par l'association du mme nom, le
site Handicapzro devient en fvrier 2003 un portail gnraliste
offrant un accs adapt  l'information pour les Francophones ayant un
problme visuel,  savoir plus de 10% de la population. Le portail
offre des informations dans nombre de domaines: actualits, programmes
de tlvision, mto, sant, emploi, consommation, loisirs, sports,
tlphonie, etc. Les personnes aveugles peuvent accder au site au
moyen d'une plage braille ou d'une synthse vocale. Les personnes
malvoyantes peuvent paramtrer sur la page d'accueil la taille et la
police des caractres ainsi que la couleur du fond d'cran pour une
navigation confortable. Les personnes voyantes peuvent correspondre en
braille avec des aveugles par le biais du site. En octobre 2006, le
portail adopte une nouvelle prsentation en enrichissant encore son
contenu, en adoptant une navigation plus intuitive pour la page
d'accueil, en proposant des raccourcis de clavier, en offrant un
service amlior pour l'affichage confort de lecture, etc. Plus de 2
millions de visiteurs utilisent les services du portail au cours de
l'anne 2006. Handicapzro entend ainsi dmontrer que, sous rserve du
respect de certaines rgles lmentaires, l'internet peut devenir enfin
un espace de libert pour tous.

Un autre enjeu est l'infrastructure de l'internet. La connexion au
rseau est dsormais plus facile, avec la DSL (digital subscriber
line), le cble ou la fibre optique, tout comme les technologies WiFi
(wireless fidelity) pour un secteur gographique limit et WiMAX
(worldwide interoperability for microwave access) pour un secteur
gographique tendu. Jean-Paul, webmestre du site hypermdia
cotres.net, rsume la situation en janvier 2007: J'ai l'impression que
nous vivons une priode "flottante", entre les temps hroques, o il
s'agissait d'avancer en attendant que la technologie nous rattrape, et
le futur, o le trs haut dbit va librer les forces qui commencent 
bouger, pour l'instant dans les seuls jeux.

La prochaine gnration de l'internet serait un rseau pervasif
permettant de se connecter en tout lieu et  tout moment sur tout type
d'appareil  travers un rseau unique et omniprsent. Le concept de
rseau pervasif est dvelopp par Rafi Haladjian, fondateur de la
socit Ozone. La nouvelle vague touchera notre monde physique, notre
environnement rel, notre vie quotidienne dans tous les instants,
explique-t-il en 2007. Nous n'accderons plus au rseau, nous
l'habiterons. Les composantes futures de ce rseau (parties filiaires,
parties non filiaires, oprateurs) seront transparentes  l'utilisateur
final. Il sera toujours ouvert, assurant une permanence de la connexion
en tout lieu. Il sera galement agnostique en terme d'application(s),
puisque fond sur les protocoles mmes de l'internet. (extrait du site
web d'Ozone)

Pierre Schweitzer, inventeur du projet @folio, une tablette de lecture
nomade, crit en dcembre 2006: La chance qu'on a tous est de vivre
l, ici et maintenant cette transformation fantastique. Quand je suis
n en 1963, les ordinateurs avaient comme mmoire quelques pages de
caractres  peine. Aujourd'hui, mon baladeur de musique pourrait
contenir des milliards de pages, une vraie bibliothque de quartier.
Demain, par l'effet conjugu de la loi de Moore et de l'omniprsence
des rseaux, l'accs instantan aux oeuvres et aux savoirs sera de
mise. Le support de stockage lui-mme n'aura plus beaucoup d'intrt.
Seules importeront les commodits fonctionnelles d'usage et la potique
de ces objets.

Pierre ajoute: La lecture numrique dpasse de loin, de trs loin
mme, la seule question du "livre" ou de la presse, Le livre et le
journal restent et resteront encore, pour longtemps, des supports de
lecture techniquement indpassables pour les contenus de valeur ou pour
ceux dpassant un seuil critique de diffusion. Bien que leur modle
conomique puisse encore voluer (comme pour les "gratuits" la presse
grand public), je ne vois pas de bouleversement radical  l'chelle
d'une seule gnration. Au-del de cette gnration, l'avenir nous le
dira. On verra bien. Pour autant, d'autres types de contenus se
dveloppent sur les rseaux. Internet dfie l'imprim sur ce terrain-
l: celui de la diffusion en rseau (dmatrialise = cot marginal
nul) des oeuvres et des savoirs. L o l'imprim ne parvient pas 
quilibrer ses cots. L o de nouveaux acteurs peuvent venir prendre
leur place.

Or, dans ce domaine nouveau, les quilibres conomiques et les logiques
d'adoption sont radicalement diffrents de ceux que l'on connat dans
l'empire du papier - voir par exemple l'volution des systmes de
validation pour les archives ouvertes dans la publication scientifique.
Ou les modles conomiques mergents de la presse en ligne. Il est donc
vain, dangereux mme, de vouloir transformer au forceps l'cologie du
papier - on la ruinerait  vouloir le faire!  la marge, certains
contenus trs spcifiques, certaines niches ditoriales, pourraient
tre transformes - l'encyclopdie ou la publication scientifique le
sont dj: de la mme faon, les guides pratiques, les livres
d'actualit quasi-jetables et quelques autres segments qui envahissent
les tables des librairies pourraient l'tre, pour le plus grand bonheur
des libraires. Mais il n'y a l rien de massif ou brutal selon moi: nos
habitudes de lecture ne seront pas bouleverses du jour au lendemain,
elles font partie de nos habitudes culturelles, elles voluent
lentement, au fur et  mesure de leur adoption (= acceptation) par les
gnrations nouvelles.

Marc Autret, journaliste et infographiste, crit pour sa part  la mme
date: Sans vouloir faire dans la divination, je suis convaincu que
l'e-book (ou "ebook": impossible de trancher!) a un grand avenir dans
tous les secteurs de la non-fiction. Je parle ici de livre numrique en
termes de "logiciel", pas en terme de support physique ddi (les
conjectures tant plus incertaines sur ce dernier point). Les diteurs
de guides, d'encyclopdies et d'ouvrages informatifs en gnral
considrent encore l'e-book comme une dclinaison trs secondaire du
livre imprim, sans doute parce que le modle commercial et la scurit
de cette exploitation ne leur semblent pas tout  fait stabiliss
aujourd'hui. Mais c'est une question de temps. Les e-books non
commerciaux mergent dj un peu partout et oprent d'une certaine
faon un dfrichage des possibles. Il y a au moins deux axes qui
mergent: (a) une interface de lecture/consultation de plus en plus
attractive et fonctionnelle (navigation, recherche, restructuration 
la vole, annotations de l'utilisateur, quizz interactif...); (b) une
intgration multimdia (vido, son, infographie anime, base de
donnes, etc.) dsormais fortement couple au web. Aucun livre physique
n'offre de telles fonctionnalits. J'imagine donc l'e-book de demain
comme une sorte de wiki cristallis, empaquet dans un format. Quelle
sera alors sa valeur propre? Celle d'un livre: l'unit et la qualit du
travail ditorial!

Denis Zwirn, prsident de Numilog, grande librairie en ligne
francophone, voit 2008 comme une date essentielle dans la courbe de
croissance du march des livres numriques, avec la conjonction de
trois facteurs:

(1) le dveloppement de vastes catalogues en ligne utilisant
pleinement les fonctionnalits de la recherche plein texte dans les
livres numriss, comme ceux de la future Bibliothque numrique
europenne, de VollTextSuche Online, de Google et d'Amazon. Une fois le
contenu trouv dans un des ouvrages ainsi "sond" par ce type de
recherche rvolutionnaire pour le grand public, il est naturel de
vouloir accder  la totalit de l'ouvrage... dans sa version
numrique.

(2) Des progrs techniques cruciaux tels que la proposition commerciale
d'appareils de lecture  base d'encre lectronique amliorant
radicalement l'exprience de lecture finale pour l'usager en la
rapprochant de celle du papier. Par exemple l'iLiad d'Irex ou le Sony
Reader, mais bien d'autres appareils s'annoncent. Le progrs concerne
toutefois tout autant le dveloppement des nouveaux smartphones
multifonctions comme les BlackBerry ou l'iPhone, ou la proposition de
logiciels de lecture  l'interface fortement amliore et pense pour
les ebooks sur PC, comme Adobe Digital Edition.

(3) Enfin, le changement important d'attitude de la part des
professionnels du secteur, diteurs, et probablement bientt aussi
libraires. Les diteurs anglo-saxons universitaires ont massivement
trac une route que tous les autres sont en train de suivre, en tout
cas aux Etats-Unis, en Europe du Nord et en France: proposer une
version numrique de tous les ouvrages. Mme pour les plus rticents
encore il y a quelques annes, ce n'est plus une question de
"pourquoi?", c'est simplement devenu une question de "comment?". Les
libraires ne vont pas tarder  considrer que vendre un livre numrique
fait partie de leur mtier normal.

Selon Denis, le livre numrique n'est plus une question de colloque,
de dfinition conceptuelle ou de divination par certains "experts":
c'est un produit commercial et un outil au service de la lecture. Il
n'est pas besoin d'attendre je ne sais quel nouveau mode de lecture
hypermoderne et hypertextuel enrichi de multimdia orchestrant
savamment sa spcificit par rapport au papier, il suffit de proposer
des textes lisibles facilement sur les supports de lecture lectronique
varis qu'utilisent les gens, l'encre lectronique pouvant
progressivement envahir tous ces supports. Et de les proposer de
manire industrielle. Ce n'est pas et ne sera jamais un produit de
niche (les dictionnaires, les guides de voyage, les non voyants...):
c'est en train de devenir un produit de masse, riche de formes
multiples comme l'est le livre traditionnel.



2009: CYBERESPACE ET SOCIETE DE L'INFORMATION


= [Rsum]

En 2009 (date de publication de ce livre), il semblerait que le
cyberespace devienne omniprsent dans une socit dite de
l'information, si ce n'est dj fait. Comment dfinir cyberespace et
socit de l'information?  Voici les rponses des professionnels du
livre interviews au fil des ans, qui remplaceront une conclusion pour
ouvrir au contraire des perspectives. Pour mmoire, la paternit du
terme cyberespace revient  William Gibson, qui utilise ce terme dans
son roman "Neuromancien", paru en 1984: Cyberespace: une hallucination
consensuelle exprimente quotidiennement par des milliards
d'oprateurs rguliers, dans chaque nation, par des enfants  qui on
enseigne des concepts mathmatiques... Une reprsentation graphique des
donnes extraites des banques de tous les ordinateurs dans le systme
humain. Complexit incroyable. Des lignes de lumire qui vont dans le
non-espace de l'esprit, des agglomrats et des constellations de
donnes. Et qui fuient, comme les lumires de la ville. Quant  la
socit de l'information, elle n'est pas si rcente. On annonce
rgulirement son avnement depuis plus de trente ans, comme le
rappelle Jacques Pataillot, conseiller en management chez Cap Gemini
Ernst & Young: C'est un vieux concept, dont on parlait dj en 1975!
Seules les technologies ont chang.


= Cyberespace

# Auteurs

Alex Andrachmes, producteur audiovisuel, crivain et explorateur
d'hypertexte, se demande de quel cyberespace on parle: Celui des
Gibson, inventeur de la formule, des Spinrad ou des Clarke, utopies
scientifiques pas toujours traites comme elles devraient l'tre? Ou
celui des AOL/Time-Warner, des Microsoft ou des... J6M-
Canal/Universal... Tout ce qu'on peut dire  l'heure actuelle, c'est
que ce qu'on peut encore appeler le cyberspace est multiforme, et qu'on
ne sait pas qui le domptera. Ni s'il faut le dompter d'ailleurs... En
tout cas, les crateurs, artistes, musiciens, les sites scientifiques,
les petites "start-up" cratives, voire les millions de pages perso,
les chats, les forums, et tout ce qui donne au net sa matire propre ne
pourra tre ignor par les grands mangeurs de toile. Sans eux, ils
perdraient leurs futurs "abonns". Ce paradoxe a son petit ct
subversif qui me plat assez.

D'aprs Lucie de Boutiny, romancire multimdia, le cyberespace est le
dlire SF du type: "bienvenue dans la 3e dimension, payez-vous du sexe,
des voyages et des vies virtuels" a toujours exist. La mditation,
l'sotrisme, les religions y pourvoient, etc. Maintenant, on est dans
le cyberspace.

Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybrie, une chronique
hebdomadaire des actualits de l'internet, dfinit le cyberespace comme
un monde parallle, un espace o se droule l'ensemble des activits
d'information, de communication, et d'changes (y compris changes
commerciaux) dsormais permises par le rseau. Il y a un centre,
autonome, trs interconnect qui vit par et pour lui-mme. Puis des
collectivits plus ou moins ouvertes, des espaces rservs (intranets),
des sous-ensembles (AOL, CompuServe). Il y a ensuite de trs longues
frontires o rgne une culture mixte, hybride, issue du virtuel et du
rel (on pense aux imprims qui ont des versions web, aux sites
marchands). Il y a aussi un sentiment d'appartenance  l'une ou l'autre
de ces rgions du cyberespace, et un sentiment d'identit.

Selon Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, un espace
d'criture hypermdia, ce pourrait-tre quelque chose comme l'ensemble
lectrique mouvant, le systme invisible mais cohrent des tres
humains sensibles et des interfaces intelligentes dont les activits
sont tout ou en partie rgles, conditionnes ou co-rgules  travers
leurs machines connectes ensemble. Peut-tre plus simplement: la
virtualisation sensible et numrique de l'inconscient collectif...

Jean-Paul, webmestre du site hypermdia cotres.net, dfinit le
cyberespace comme un lieu isotrope en expansion pour l'instant
infinie. Un modle de la vision que nous avons aujourd'hui de
l'univers. Jusqu' l'invention du clic, le savoir humain tait senti
comme un espace newtonien, avec deux repres absolus: le temps
(linaire: un dbut, une fin) et l'espace (les trois dimensions du
temple, du rouleau, du volumen). Le cyberespace obit aux lois de
l'hypertexte. Deux temps simultans: le temps tax (par le fournisseur
d'accs ou par les impratifs de productivit, gren par l'antique
chrono), et le temps aboli, qui fait passer d'un lien  l'autre, d'un
lieu  l'autre  la vitesse de l'lectron, dans l'illusion du
dplacement instantan. Quant aux repres, quiconque a lanc une
recherche dans cet espace sait qu'il doit lui-mme les dfinir pour
l'occasion, et se les imposer (sous peine de se disperser, de se
dissoudre), pour chapper au vertige de la vitesse. A cause de cette
"vitesse de la pense", nous trouvons dans cet espace un "modle" de
notre cerveau. "a tourne dans ma tte",  travers 10, 20, etc...
synapses  la fois, comme un fureteur archivant la toile. Bref les lois
du cyberespace sont celles du rve et de l'imagination.

Pour Anne-Bndicte Joly, crivain auto-ditant ses livres, le
cyberespace est le domaine virtuel cr par la mise en relation de
plusieurs ordinateurs communiquant et changeant entre eux.

Naomi Lipson, crivain multimdia, traductrice et peintre, ajoute:
J'aime la mtaphore du labyrinthe. Le mdia se nourrissant lui-mme,
le cyberespace contient une infinit de sites sur les labyrinthes.

Pour Tim McKenna, crivain et philosophe, le cyberespace est
l'ensemble des liens existant entre les individus utilisant les
technologies pour communiquer entre eux, soit pour partager des
informations, soit pour discuter. Dire qu'une personne existe dans le
cyberespace revient  dire qu'elle a limin la distance en tant que
barrire empchant de relier personnes et ides.

Pour Xavier Malbreil, auteur multimdia et modrateur de la liste e-
critures, il s'agit d'une interconnexion de tous, partout. Avec le
libre accs  des banques de donnes, pour insuffler galement du
contenu dans les changes interpersonnels.

Pour Murray Suid, auteur de livres pdagogiques et de logiciels
ducatifs, le cyberespace est n'importe o, c'est--dire partout.
L'exemple le plus simple est ma bote aux lettres lectronique, qui me
suit o que j'aille.

# Documentalistes

Emmanuel Barthe, documentaliste juridique et modrateur de la liste de
discussion Juriconnexion, relate: Je ne visualise pas le cyberespace
comme vritable espace physique mais comme un immense mdia nanmoins
concentr en un lieu unique: l'cran de l'ordinateur. En revanche, je
conois/pense le cyberespace comme un forum ou une assemble antique:
beaucoup d'animation, diversit des opinions, des discours, des gens
qui se cachent dans les recoins, des personnes qui ne se parlent pas,
d'autres qui ne parlent qu'entre eux...

Selon Bakayoko Bourahima, documentaliste  l'ENSEA (Ecole nationale
suprieure de statistique et d'conomie applique) d'Abidjan, il y a
encore un peu de fantasme autour de ce mot. Quand j'ai fait
connaissance avec ce mot (utilis par Jean-Claude Gudon et Nicholas
Ngroponte), il m'avait d'abord laiss l'illusion d'un espace extra-
terrestre o les ordinateurs et leurs utilisateurs se transportaient
pour changer des donnes et communiquer. Depuis que je navigue moi-
mme, je me rends compte qu'il s'agit tout simplement d'un espace
virtuel traduisant le cadre de communication qui rassemble les
internautes  travers le monde.

Pour Peter Raggett, sous-directeur de la Bibliothque centrale de
l'OCDE (Organisation de coopration et de dveloppement conomiques),
le cyberespace est cette zone "extrieure" qui se trouve de l'autre
ct du PC lorsqu'on se connecte  l'internet. Pour ses utilisateurs ou
ses clients, tout fournisseur de services internet ou serveur de pages
web se trouve donc dans le cyberespace.

# Editeurs

Pour Marie-Aude Bourson, cratrice de Gloupsy, site littraire destin
aux nouveaux auteurs, le cyberespace est un espace d'expression, de
libert et d'changes o tout peut aller trs (trop) vite.

Pour Pierre-Nol Favennec, expert  la direction scientifique de France
Tlcom R&D et directeur de collection, le cyberespace est un monde o
je suis reli par l'image et le son et sans fil avec qui je veux, quand
je veux et o je veux, o j'ai accs  toutes les documentations et
informations souhaites, et dans lequel ma vie est facilite par les
agents intelligents et les objets communicants.

Pour Jacky Minier, crateur de Diamedit, site de promotion d'indits
artistiques et littraires, c'est un espace de libert pour
l'imaginaire, une dimension inexplore de la plante, une jungle et un
paradis tout  la fois, o tout est possible mme si tout n'est pas
permis par l'thique, o le contenu du portefeuille des intervenants
n'a aucun rapport direct avec la valeur des contenus des sites. C'est
avant tout une vaste agora, une place publique o l'on s'informe et o
l'on informe. a peut tre galement une place de foires et marchs,
mais l'argent n'y a cours que trs accessoirement, mme si la
possibilit de vendre en ligne est relle et ne doit pas tre nglige
ni mprise. Il n'y est pas la seule valeur de rfrence, contrairement
au monde rel et, mme dans les cas trs mdiatiques de start-up
multimillionnaires, le rapport  l'argent n'est qu'une consquence, la
matrialisation d'esprances financires, trs vite sanctionne en cas
d'ambitions excessives comme on le voit rgulirement sur le site
"Vakooler: Ki Vakooler aujourd'hui?" (qui peut se transcrire en: Va
couler: qui va couler aujourd'hui?, NDLR), aprs les envoles lyriques
et dlirantes des premiers temps. A terme, je pense que le cyberespace
restera un lieu beaucoup plus convivial que la socit relle.

Nicolas Pewny, fondateur des ditions du Choucas, crit pour sa part:
Je reprendrai volontiers une phrase d'Alain Bron, ami et auteur de
Sanguine sur Toile (publi en 1999 par les ditions du Choucas, NDLR):
"un formidable rservoir de rponses quand on cherche une information
et de questions quand on n'en cherche pas. C'est ainsi que l'imaginaire
peut se dvelopper... (Ma correspondante en Nouvelle-Zlande est-elle
jolie ? L'important, c'est qu'elle ait de l'esprit.)"

# Gestionnaires

Selon Grard Jean-Franois, directeur du centre de ressources
informatiques de l'Universit de Caen, le cyberspace peut tre
considr comme l'ensemble des informations qui sont accessibles sans
aucune restriction sur le rseau internet.

Pour Pierre Magnenat, responsable de la cellule gestion et
prospective" du centre informatique de l'Universit de Lausanne, le
cyberespace est l'ensemble des ressources et acteurs connects et
accessibles  un moment donn.

Pour Jacques Pataillot, conseiller en management chez Cap Gemini Ernst
& Young, le cyberespace est l'"conomie connecte" (de l'anglais
"connected economy") o tous les agents sont relis lectroniquement
pour les changes d'information.

# Linguistes

Pour Guy Antoine, crateur de Windows on Haiti, un site de rfrence
sur la culture hatienne, le cyberespace est au sens propre une
nouvelle frontire pour l'humanit, un endroit o chacun peut avoir sa
place, assez facilement et avec peu de ressources financires, avant
que les rglements inter-gouvernementaux et les impts ne
l'investissent. Suite  quoi une nouvelle technologie lui succdera.

Pour Alain Clavet, analyste de politiques au Commissariat aux langues
officielles du Canada, il s'agit d'un lieu de connaissances partages
non soumis aux contraintes du temps et de l'espace.

Eduard Hovy, directeur du Natural Language Group de l'Universit de
Californie du Sud, relate pour sa part: Pour moi, le cyberespace est
reprsent par la totalit des informations auxquelles nous pouvons
accder par l'internet et les systmes informatiques en gnral. Il ne
s'agit bien sr pas d'un espace, et son contenu est sensiblement
diffrent de celui des bibliothques. Par exemple, bientt mon
rfrigrateur, ma voiture et moi-mme seront connus du cyberespace, et
toute personne disposant d'une autorisation d'accs (et d'une raison
pour cela) pourra connatre prcisment le contenu de mon rfrigrateur
et la vitesse de ma voiture (ainsi que la date  laquelle je devrai
changer les amortisseurs), et ce que je suis en train de regarder
maintenant. En fait, j'espre que la conception de la publicit va
changer, y compris les affiches et les prsentations que j'ai sous les
yeux en marchant, afin que cette publicit puisse correspondre  mes
connaissances et  mes gots, tout simplement en ayant les moyens de
reconnatre que "voici quelqu'un dont la langue maternelle est
l'anglais, qui vit  Los Angeles et dont les revenus sont de tant de
dollars par mois". Ceci sera possible du fait de la nature dynamique
d'un cyberespace constamment mis  jour (contrairement  une
bibliothque), et grce  l'existence de puces informatiques de plus en
plus petites et bon march. Tout comme aujourd'hui j'volue dans un
espace social qui est un rseau de normes sociales, d'expectations et
de lois, demain, j'voluerai aussi dans un cyberespace compos
d'informations sur lesquelles je pourrai me baser (parfois), qui
limiteront mon activit (parfois), qui me rjouiront (souvent,
j'espre) et qui me dcevront (j'en suis sr).

Pour Steven Krauwer, coordinateur d'ELSNET (European Network of
Excellence in Human Language Technologies), le cyberespace est la
partie de l'univers (incluant personnes, machines et information) que
je peux atteindre "derrire" ma table de travail.

Selon Zina Tucsnak, ingnieur d'tudes en informatique au laboratoire
ATILF (Analyse et traitements informatiques du lexique franais), dans
le cyberespace, l'information et la quantit de l'information sont
gouvernes par des lois mathmatiques. Mais les modles mathmatiques
n'ont pas trouv encore leur solution, un peu comme le mouvement
perptuel ou la quadrature du cercle.

# Professeurs

Pour Galle Lacaze, ethnologue et professeur d'crit lectronique dans
un institut universitaire professionnel, il s'agit d'une visuelle en
trois dimensions: superposition de lignes droites mouvantes selon des
directions multiples o les rencontres de lignes crent des points de
contact.

Pour Patrick Rebollar, professeur de littrature franaise et
modrateur de la liste de diffusion LITOR (littrature et ordinateur),
le cyberespace est la rplique virtuelle et trs imparfaite du monde
des relations humaines, sociales, commerciales et politiques. En
privant partiellement les utilisateurs de la matrialit du monde
(spatiale, temporelle, corporelle), le cyberespace permet de nombreuses
interactions instantanes et multi-locales. A noter que les tres
humains se montrent aussi stupides ou intelligents, malveillants ou
dvous dans le cyberespace que dans l'espace rel...

Selon Henk Slettenhaar, professeur en technologies de la communication
 la Webster University de Genve, le cyberespace est notre espace
virtuel,  savoir l'espace de l'information numrique (constitu de
bits, et non d'atomes). Si on considre son spectre, il s'agit d'un
espace limit. Il doit tre gr de telle faon que tous les habitants
de la plante puissent l'utiliser et en bnficier. Il faut donc
liminer la fracture numrique.

Pour Christian Vandendorpe, professeur  l'Universit d'Ottawa et
spcialiste des thories de la lecture, le cyberespace est le nouveau
territoire de la culture, un espace qui pourrait jouer le rle de
l'Agora dans la Grce ancienne, mais  un niveau plantaire.

Russon Wooldridge, professeur au dpartement d'tudes franaises de
l'Universit de Toronto, relate: Je travaille dans la mme universit
que Marshall McLuhan autrefois (nos carrires se sont un moment
croises). Le "village global" qu'il entrevoyait  l'poque de la radio
et de la tlvision est devenu une ralit dans l're d'internet. Mais
un village sans classes sociales (il n'y a pas de chtelain).

# Visionnaire(s)

Pour Pierre Schweitzer, architecte designer et concepteur du projet
@folio, un support numrique de lecture nomade, c'est un terme un peu
obscur pour moi. Mais je dteste encore plus "ralit virtuelle".
Bizarre, cette ide de conceptualiser un ailleurs sans pouvoir y mettre
les pieds. Evidemment un peu idalis, "sans friction", o les choses
ont des avantages sans les inconvnients, o les autres ne sont plus
des "comme vous", o on prend sans jamais rien donner, "meilleur" -
parat-il. Facile quand on est sr de ne jamais aller vrifier. C'est
la porte ouverte  tous les excs, avec un discours technologique 
outrance, dconnect du rel, mais a ne prend pas. Dans la ralit,
internet n'est qu'une volution de nos moyens de communication. Bon
nombre d'applications s'apparentent ni plus ni moins  un tlgraphe
volu (Morse, 1830): modem, email... Les mots du tlgraphe
traversaient les ocans entre Londres, New-York, Paris et Tokyo, bien
avant l'invention du tlphone. Bien sr, la commutation tlphonique a
fait quelques progrs: jusqu' l'hypertexte cliquable sous les doigts,
les URL en langage presqu'humain, bientt accessibles y compris par les
systmes d'criture non alphabtiques... Mais notre vrai temps rel,
c'est celui des messages au fond de nos poches et de ceux qui se
perdent, pas le temps zro des tlcommunications. La segmentation et
la redondance des messages, une trouvaille d'internet? Au 19e sicle,
quand Reuters envoyait ses nouvelles par pigeon voyageur, il en baguait
dj plusieurs. Nos pages perso? Ce sont des aquariums avec un
rpondeur, une radio et trois photos plongs dedans. Tout ce joyeux
"bazar" est dans nos vies relles, pas dans le "cyberespace".


= Socit de l'information

# Un concept vide de sens

Pour Grard Jean-Franois, directeur du centre de ressources
informatiques de l'Universit de Caen, il n'y a pas de socit de
l'information particulire. De tout temps, elle a toujours exist. Ce
qu'il faut noter, c'est son volution continue. Gutenberg l'a fait
voluer, de mme internet.

Selon Philippe Loubire, traducteur littraire et dramatique, il n'y a
pas, je crois, de socit de l'information. Internet, la tlvision, la
radio ne sont pas des moyens d'information, ce sont des moyens de
communication. L'information participe d'une certaine forme de savoir
sur le monde, et les moyens de communication de masse ne la
transmettent pratiquement pas. Ils l'voquent dans le meilleur des cas
(ceux des journalistes de terrain par exemple), et la dforment voire
la truquent dans tous les autres. Et (pour autant qu'il le veuille!) le
pouvoir politique n'est hlas plus aujourd'hui assez "le" pouvoir pour
pouvoir faire respecter l'information et la libert. L'information,
comme toute forme de savoir, est le rsultat d'une implication
personnelle et d'un effort de celui qui cherche  s'informer. C'tait
vrai au Moyen-ge, c'est encore vrai aujourd'hui. La seule diffrence,
c'est qu'aujourd'hui il y a davantage de leurres en travers du chemin
de celui qui cherche.

Pour Pierre Magnenat, responsable de la cellule gestion et
prospective du centre informatique de l'Universit de Lausanne, il
s'agit d'un mot  la mode, qui ne veut rien dire. Une socit est par
essence communicative, et donc caractrise par des changes
d'informations. Les seules choses qui ont chang, c'est la quantit et
la vitesse de ces changes.

Patrick Rebollar, professeur de littrature franaise et modrateur de
la liste de diffusion LITOR (littrature et ordinateur), dfinit la
socit de l'information comme une grande mise en scne (mondialise)
qui fait prendre les vessies pour des lanternes. En l'occurrence, les
gouvernants de toutes sortes, notamment sous le nom de "march",
diffusent de plus en plus de prescriptions contraignantes (notamment
commerciales, politiques et morales) qu'ils russissent, un peu grce
aux merveilles technologiques,  faire passer pour des liberts. Notons
que "cyberntique" et "gouvernement" ont la mme racine grecque...

# Auteurs

Nicolas Ancion, crivain et responsable ditorial de Luc Pire
lectronique, relate: Pour moi, la socit de l'information est
l'arrive d'un nouveau clivage sur la plante: distinction entre ceux
qui ont accs au savoir, le comprennent et l'utilisent, et ceux qui n'y
ont pas accs pour de nombreuses raisons. Il ne s'agit cependant pas
d'une nouvelle forme de socit du tout car le pouvoir de l'information
n'est li  aucun pouvoir rel (financier, territorial, etc.).
Connatre la vrit ne nourrit personne. Par contre, l'argent permet de
trs facilement propager des rumeurs ou des mensonges. La socit de
l'information est simplement une version avance (plus rapide, plus
dure, plus impitoyable) de la socit industrielle. Il y a ceux qui
possdent et jouissent, ceux qui subissent et ceux dont on ne parle
jamais: ceux qui comprennent et ne peuvent pas changer les choses. Au
19e sicle, certains artistes et certains intellectuels se retrouvaient
dans cette position inconfortable. Grce  la socit de l'information,
beaucoup de gens ont rejoint cette catgorie assise entre deux chaises.
Qui possde des biens matriels et a peur de les perdre mais considre
pourtant que les choses ne vont pas dans la bonne direction. Mon
opinion personnelle, par rapport  tout a, c'est que ce n'est pas
l'information qui sauve. C'est la volont. Pour changer le monde,
commenons par lever notre cul de notre chaise et retrousser nos
manches.

Pour Alex Andrachmes, producteur audiovisuel, crivain et explorateur
d'hypertexte, la socit de l'information est dans l'idal, un lieu
d'change, le fameuse agora du village global. Mais l'idal... Tant que
le dbat existe entre les fous du net et les VRP (voyageurs
reprsentants de commerce, NDLR) de la VPC (vente par correspondance,
NDLR), il y a de l'espoir. Le jour o les grands portails se
refermeront sur la libert d'changer des infos en ligne, a risque
plutt d'tre la socit de la dsinformation. Ici aussi, des
confusions sont soigneusement entretenues. Quelle information, celles
du 20 heures  relayer telles quelles sur le net? Celles contenues sur
ces fabuleux CD, CD-ROM, DVD chez vous dans les 24 h chrono? Ou toutes
les connaissances contenues dans les milliards de pages non
rpertories par les principaux moteurs de recherche. Ceux qui ont de
plus en plus tendance  mettre en avant les sites les plus visits, qui
le sont ds lors de plus en plus. L, on ne parle mme plus de
dsinformation, de complot de puissances occultes (financires,
politiques ou autres...), mais de surinformation, donc de lassitude, de
non-information, et finalement d'uniformisation de la pense. Sans
avoir de dfinition prcise, je vois qu'une socit de l'information
qui serait fige atteindrait le contraire de sa dfinition de base. Du
mouvement donc...

Lucie de Boutiny, romancire multimdia, crit: Je prfrerais parler
de "communauts de l'information"... Nous sommes plutt dans une
socit de la communication et de la commutation. Il est trs
discutable de savoir si nos discussions sont de meilleure qualit et si
nous serions plus savants... Etre inform n'est pas tre cultiv.

Pour Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybrie, chronique
hebdomadaire des actualits de l'internet, la socit de l'information
est une socit o l'unit de valeur relle est l'information
produite, transforme, change. Elle correspond au "centre" du
cyberespace. Malheureusement, le concept a tellement t galvaud,
banalis, on l'a servi  toutes les sauces politiciennes pour tenter
d'voquer ce qu'on ne pouvait imaginer dans le dtail, ou concevoir
dans l'ensemble, de sorte que l'expression a perdu de son sens.

Pour Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, un espace
d'criture hypermdia, la socit de l'information est la ntre, je
pense? L'amricano-nord-europenne. A la Bourse, les annonces ont des
effets mesurables en millions de dollars ou d'euros et dclenchent des
impacts conomiques et humains parfois trs violents: rachats, ventes,
hausses et baisses des valeurs, licenciements. C'est une socit o la
valeur absolue est l'information et son contrle, et la valeur relative
l'humain.

Jean-Paul, webmestre du site hypermdia cotres.net, dfinit la socit
de l'information en trois mots: Plus, plus vite. Mais les donnes ne
sont pas l'information. Il faut les liens, c'est--dire le temps. Plus
d'vnements, plus d'crans pour les couvrir. Plus vite: l'vnement du
jour est liquide. Effac, recouvert par la vaguelette du lendemain, la
vague du jour d'aprs, la houle de la semaine, le tsunami du mois.
Cycles aussi "naturels" que les mares estivales du Loch Ness. Pas
"effac", d'ailleurs, l'vnement d'hier (qui n'est pas "tous les
vnements d'hier"): dja archiv, dans des bases de donnes qui
donnent l'illusion d'tre exhaustives, facilement accessibles et
momentanment gratuites. Mais les donnes ne donnent rien par elles-
mme. S'informer, c'est lier entre elles des donnes, liminer celles
qui ne sont pas pertinentes (quitte  revenir sur ces choix plus tard),
se trouver ainsi oblig de chercher d'autres donnes qui corroborent ou
infirment les prcdentes... L'information nat du temps pass  tisser
les liens. Or le temps nous est mesur, au quartz prs. Productique ou
temps libre, nous passons de plus en plus de temps  raccrocher au nez
de spammeurs qui nous interrompent pour nous revendre nos dsirs (dont
nous informons les bases de donnes qui les leur vendent). Ce qui est
intressant dans ce bonneteau est que les infos que nous fournissons
sur nous-mmes, nous les truquons suffisamment pour que les commerciaux
n'arrivent pas  en tirer les lois du succs: Survivor II est un bide,
aprs le succs de la version I. De cette incertitude viennent les
trous dans le filet qui laissent parvenir jusqu' nous certaines infos.
Bref la "socit de l'information", c'est le jeu des regards dans le
tableau de de La Tour "La diseuse de bonne aventure". Le jeune homme
qui se fait dpouiller en est conscient, et complice. Il a visiblement
les moyens de s'offrir les flatteries des trois jolies filles tout en
exigeant de la vieille Diseuse qu'elle lui rende l'une de ces picettes
dont il a pris la prcaution de gonfler ostensiblement la bourse qu'on
lui coupe.

Pour Anne-Bndicte Joly, crivain auto-ditant ses livres, la socit
de l'information permet l'accs au plus grand nombre de la plus grande
quantit d'information possible tout en garantissant la partialit de
l'information et en fournissant les clefs de comprhension ncessaires
 sa bonne utilisation.

Tim McKenna, crivain et philosophe, crit: Je considre la socit de
l'information comme la forme tangible de la conscience collective de
Jung. L'information rside essentiellement dans notre subconscient
mais, grce  l'existence de navigateurs, l'information est dsormais
plus facile  rcuprer. Cette information favorise une meilleure
connaissance de nous-mmes en tant qu'individus et en tant qu'tres
humains.

Selon Xavier Malbreil, auteur multimdia et modrateur de la liste e-
critures, la socit de l'information est la circulation de
l'information en temps rel. La connaissance immdiate. L'oubli
immdiat. L'espace satur d'ondes nous entourant, et nous, corps
humains, devenant peu  peu un simple creux laiss par les ondes, une
simple interconnexion. Corps humains devenant instants de
l'information.

Pour Murray Suid, auteur de livres pdagogiques et de logiciels
ducatifs, il s'agit d'une socit dans laquelle les ides et le
savoir sont plus importants que les objets.

# Documentalistes

Selon Emmanuel Barthe, documentaliste juridique et modrateur de la
liste de discussion Juriconnexion, il s'agit nettement moins d'une
"socit" de l'information que d'une conomie de l'information.
J'espre que la socit, elle, ne sera jamais domine par
l'information, mais restera cimente par des liens entre les hommes de
toute nature, qu'ils communiquent bien ou mal, peu ou beaucoup.

Pour Bakayoko Bourahima, documentaliste  l'ENSEA (Ecole nationale
suprieure de statistique et d'conomie applique) d'Abidjan, la
socit de l'information est la socit de l'informatique et de
l'internet.

Pour Peter Raggett, sous-directeur de la Bibliothque centrale de
l'OCDE (Organisation de coopration et de dveloppement conomiques),
la socit de l'information est cette socit dont le produit le plus
prcieux est l'information. Jusqu'au 20e sicle, ce sont les produits
manufacturiers qui ont t les plus considrs. Ils ont ensuite t
remplacs par l'information. En fait, on parle maintenant davantage
d'une socit du savoir, dans laquelle, du point de vue conomique, le
produit le plus pris est le savoir acquis par chacun.

# Editeurs

Pour Marie-Aude Bourson, cratrice de Gloupsy, site littraire destin
aux nouveaux auteurs, il s'agit d'une socit o l'information circule
trs vite (trop peut-tre), et o chaque acteur se doit de rester
toujours inform s'il ne veut pas s'exclure. L'information elle-mme
devient une vritable valeur monnayable.

Pour Pierre-Nol Favennec, expert  la direction scientifique de France
Tlcom R&D et directeur de collection, il s'agit d'une socit dans
laquelle tout membre de cette socit a accs immdiatement  toutes
les informations souhaites.

Olivier Gainon, crateur de CyLibris et pionnier de l'dition
littraire en ligne, relate: Ce que nous vivons aujourd'hui, c'est la
mise en rseau de notre socit, au sens o,  terme, beaucoup des
objets quotidiens seront connects au Rseau (avec un grand R, qui sera
lui-mme compos de dizaines de rseaux diffrents). Bref, c'est une
nouvelle manire de vivre et,  terme, certainement une nouvelle
socit. S'agit-il d'une socit de "l'information"? Je n'en suis pas
certain. Faut-il que nous dfinissions collectivement ce que nous
voulons dans cette socit? Cela me semble urgent, et c'est un dbat
qui concerne tout le monde, pas uniquement les "connects". Bref, sur
quelles valeurs de socit fonder notre action future? Voil un vrai
dbat. (...) "La Toile" de Jean-Pierre Balpe me semble aujourd'hui la
meilleure illustration de ce dbat. La socit qu'il dcrit au travers
de ce roman est  mon sens la plus probable  court terme (l'action se
passe en 2015). Est-ce cela que nous voulons? Est-ce ce type
d'organisation? Peut-tre, mais mon souci, c'est que ce choix soit
conscient et non subi.

Selon Jacky Minier, crateur de Diamedit, site de promotion d'indits
artistiques et littraires, la socit de l'information amne un
recadrage des hirarchies dans les rapports qui s'tablissent entre les
gens, de manire beaucoup plus naturelle,  partir des discussions en
forums notamment. Dans la vie relle, on est souvent influenc, voire
impressionn, par les titres ou la largeur du bureau d'un interlocuteur
"install" dans le systme. Sur le net, seuls comptent le sens contenu
dans le propos et la manire de l'exprimer. On distingue trs vite les
vritables intelligences raffines des clowns ou autres mythomanes. Une
forme de pdagogie conviviale, non intentionnelle et surtout non
magistrale, s'en dgage gnralement qui profite au visiteur lambda,
lequel parfois apporte aussi sa propre exprience. Tout a laisse
augurer d'une crativit multiforme, dans un bouillonnement commun 
des milliers de cerveaux relis fonctionnant  la manire d'une
fourmilire. C'est non seulement un vritable moyen d'change du
savoir, mais de surcrot un moyen de l'augmenter en quantit, de
l'approfondir, de l'intgrer entre diffrentes disciplines. Le net va
rendre les gens plus intelligents en favorisant leur plus grande
convivialit, en cassant les dpartements et domaines rservs de
certains mandarins. Mais il est clair qu'il faudra aussi faire
attention aux drives que cette libert implique.

Pour Nicolas Pewny, fondateur des ditions du Choucas, il s'agit d'une
socit qui pourrait apporter beaucoup, si l'on empche qu'elle ne rime
trop avec "consommation" et tout ce qui accompagne ce mot. Mais il est
dj trop tard peut-tre...

Franois Vadrot, PDG de la socit de cyberpresse FTPress, la dfinit
comme une socit dont l'information est le moteur, dans tous les sens
du terme.

# Linguistes

Pour Alain Clavet, analyste de politiques au Commissariat aux langues
officielles du Canada, la socit de l'information est le constat que
la valeur ajoute centrale (en rfrence  une notion conomique, celle
de la valeur ajoute) devient de plus en plus l'intelligence de
l'information. Ainsi, dans une socit de l'information, la
connaissance devient la plus-value recherche.

Selon Eduard Hovy, directeur du Natural Language Group de l'Universit
de Californie du Sud,  une socit de l'information est une socit
dans laquelle la majorit des gens a conscience de l'importance de
cette information en tant que produit de base, et y attache donc tout
naturellement du prix. Au cours de l'histoire, il s'est toujours trouv
des gens qui ont compris combien cette information tait importante,
afin de servir leurs propres intrts. Mais quand la socit, dans sa
majorit, commence  travailler avec et sur l'information en tant que
telle, cette socit peut tre dnomme socit de l'information. Ceci
peut sembler une dfinition tournant un peu en rond ou vide de sens,
mais je vous parie que, pour chaque socit, les anthropologues sont
capables de dterminer quel est le pourcentage de la socit se
consacrant au traitement de l'information comme produit de base. Dans
les socits anciennes, ils trouveront uniquement des professeurs, des
conseillers de dirigeants et des sages. Dans les socits suivantes,
ils trouveront des bibliothcaires, des experts  la retraite exerant
une activit de consultant, etc. Les diffrentes tapes de la
communication de l'information - d'abord verbale, puis crite, puis
imprime, puis lectronique - ont chaque fois largi (dans le temps et
dans l'espace) le champ de propagation de cette information, en rendant
de ce fait de moins en moins ncessaire le rapprentissage et la
rptition de certaines tches difficiles. Dans une socit de
l'information trs volue, je suppose, il devrait tre possible de
formuler votre objectif, et les services d'information ( la fois les
agents du cyberespace et les experts humains) oeuvreraient ensemble
pour vous donner les moyens de raliser cet objectif, ou bien se
chargeraient de le raliser pour vous, et rduiraient le plus possible
votre charge de travail en la limitant  un travail vraiment nouveau ou
 un travail ncessitant vraiment d'tre refait  partir de documents
rassembls pour vous dans cette intention.

Pour Steven Krauwer, coordinateur d'ELSNET (European Network of
Excellence in Human Language Technologies), la socit de
l'information est une socit dans laquelle: (a) l'essentiel du savoir
et de l'information n'est plus stock dans des cerveaux ou des livres
mais sur des mdias lectroniques; (b) les dpts d'information sont
distribus et interconnects au moyen d'une infrastructure spcifique,
et accessibles de partout; (c) les processus sociaux sont devenus
tellement dpendants de cette information et de son infrastructure que
les citoyens non connects au systme d'information ne peuvent
pleinement participer au fonctionnement de la socit.

Selon Zina Tucsnak, ingnieur d'tudes en informatique au laboratoire
ATILF (Analyse et traitements informatiques du lexique franais), la
socit de l'information peut tre dfinie comme un milieu dans lequel
se dveloppent la culture et la civilisation par l'intermdiaire de
l'informatique, qui restera la base et la thorie de cette socit.

# Professeurs

Pour Emilie Devriendt, lve professeur  l'Ecole normale suprieure de
Paris, le syntagme "socit de l'information" est plus une formule
(journalistique, politique)  la mode depuis plusieurs annes, qu'une
vritable notion. Cette formule tend communment je crois,  dsigner
une nouvelle "re" socio-conomique, post-industrielle, qui
transformerait les relations sociales du fait de la diffusion
gnralise des nouvelles technologies de l'information et de la
communication (NTIC). Personnellement, je n'adhre pas  cette vision
des choses. Si la diffusion croissante des NTIC est indniable et
constitue un phnomne socio-conomique propre  l'poque
contemporaine, je ne crois pas qu'il faille y voir la marque de
l'avnement d'une nouvelle socit "de l'information". La formule
"socit de l'information" est construite sur le modle terminologique
(socio-conomique) de la "socit industrielle". Mais le parallle est
trompeur: "socit de l'information" met l'accent sur un contenu, alors
que "socit industrielle" dsigne l'infrastructure conomique de cette
socit. L'information en tant que produit (industriel ou service)
apparat peut-tre plus complexe que, par exemple, les produits
alimentaires, mais cette complexit ne suffit pas  dfinir l'avnement
dont il est question. D'autant plus que l'emploi inconditionnel de la
formule a contribu  faire de l'information un terme passe-partout,
trs loign mme de sa thorisation mathmatique (Shannon), de sa
signification informatique initiale. Elle traduit uniquement une
idologie du progrs lectronique mise en place dans les annes 1950 et
vhicule ensuite par nos gouvernements et la plupart de nos
journalistes, qui dfinissent fallacieusement le dveloppement des NTIC
comme un "ncessaire" vecteur de progrs social. Quelques analystes
(sociologues et historiens des techniques comme Mattelart, Lacroix,
Guichard, Wolton) ont trs bien montr cela.

Pour Henk Slettenhaar, professeur en technologies de la communication 
la Webster University de Genve, la socit de l'information est
l'ensemble des personnes utilisant quotidiennement le cyberespace de
manire intensive et qui n'envisageraient pas de vivre sans cela, 
savoir les nantis, ceux qui sont du bon ct de la fracture numrique.

Pour Galle Lacaze, ethnologue et professeur d'crit lectronique dans
un institut universitaire professionnel, il s'agit d'une socit o
l'information est reue et digre, sans tre touffe par la
profusion.

Russon Wooldridge, professeur au dpartement d'tudes franaises de
l'Universit de Toronto, crit: Si on veut parler de "socit" il ne
peut pas tre question d'une opposition "haves" vs. "have-nots" (munis
vs. dmunis), sauf dans la mesure o l'accs  l'information est plus
ou moins libre ou limit d'un point de vue technologique ou conomique,
voire politique. Par exemple, l'accs  l'information en ligne est plus
libre au Canada qu'en France, plus libre en France qu'en Algrie, etc.
Internet est potentiellement un moyen pour que chacun puisse
s'approprier son propre contrle de l'information, qui n'est plus
diffuse par les seuls canaux dirigistes, comme l'Edition ou
l'Universit, entre autres.

# Visionnaires

Olivier Pujol, PDG de Cytale et promoteur de sa tablette de lecture, la
dfinit comme une socit o l'accs  l'information, l'information
elle-mme et la capacit  bien utiliser l'information sont des biens
plus prcieux que les biens matriels. Il faut noter que l'information
a toujours t un avantage professionnel considrable. Il fut un temps
o un avantage concurrentiel pouvait exister sur un territoire limit,
et tre protg pour un temps long, par le secret, ou l'ignorance des
autres. Les voyages, la mondialisation des changes, la performance de
la logistique ont normment affaibli la notion de protection
"gographique" d'un avantage concurrentiel. La socit de l'information
est une socit o la protection de l'information est presque
impossible, et o son usage devient donc la valeur essentielle.

Laissons le mot de la fin  Pierre Schweitzer, architecte designer et
concepteur du projet @folio, un support numrique de lecture nomade:
J'aime bien l'ide que l'information, ce n'est que la forme des
messages. La circulation des messages est facilite, techniquement, et
elle s'intensifie. Et dsormais, le monde volue avec a.



CHRONOLOGIE

[Chaque ligne dbute par l'anne ou bien l'anne/mois. Par exemple,
1971/07 signifie juillet 1971.]

  1968: Le code ASCII est le premier systme d'encodage informatique.
  1971/07: Le Projet Gutenberg est la premire bibliothque numrique.
  1974: L'internet fait ses dbuts.
  1977: L'UNIMARC est cr en tant que format bibliographique commun.
  1983: L'internet prend son envol.
  1984: Le copyleft est institu pour les logiciels.
  1990: Le web fait ses dbuts.
  1991/01: L'Unicode est un systme d'encodage pour toutes les langues.
  1993/01: L'Online Books Page est le premier rpertoire d'ebooks
gratuits.
  1993/06: Adobe lance le format PDF et l'Acrobat Reader.
  1993/11: Mosaic est le premier logiciel de navigation sur le web.
  1994: Le premier site de bibliothque est mis en ligne.
  1994: Les diteurs utilisent le web comme outil de marketing.
  1995/07: Amazon.com est la premire grande librairie en ligne.
  1995: La grande presse se met en ligne.
  1996/03: Le Palm Pilot est le premier assistant personnel (PDA).
  1996/04: L'Internet Archive est cre pour archiver le web.
  1996/07: CyLibris est le pionnier francophone de l'dition
lectronique.
  1996/10: Le projet @folio travaille sur un baladeur de textes
ouvert.
  1996: Des professeurs se penchent sur de nouvelles mthodes
d'enseignement.
  1997/01: La convergence multimdia est le sujet d'un colloque.
  1997/04: E Ink dveloppe une technologie d'encre lectronique.
  1997/10: Gallica est la section numrique de la Bibliothque
nationale de France.
  1997: L'dition lectronique commence  se gnraliser.
  1997: Le Logos Dictionary est mis en ligne gratuitement.
  1998/05: Les ditions 00h00 vendent uniquement des livres
numriques.
  1999/09: Le format Open eBook (OeB) est un standard de livre
numrique.
  1999/12: WebEncyclo est la premire encyclopdie francophone en accs
libre.
  1999/12: Britannica.com est premire encyclopdie anglophone en accs
libre.
  1999: Les bibliothcaires numriques font carrire.
  1999: Certains auteurs se mettent au numrique.
  2000/01: Le Million Book Project veut proposer un million de livres
sur le web.
  2000/02: yourDictionary.com est un portail pour les langues.
  2000/03: Mobipocket se consacre aux livres numriques pour assistant
personnel.
  2000/07: La moiti des usagers de l'internet est non anglophone.
  2000/07: Stephen King auto-publie un roman en ligne.
  2000/08: Microsoft lance le format LIT et le Microsoft Reader.
  2000/09: Le Grand dictionnaire terminologique (GDT) est bilingue
franais-anglais.
  2000/09: La librairie Numilog se consacre aux livres numriques.
  2000/09: Le portail Handicapzro dmontre que l'internet est pour
tous.
  2000/10: Distributed Proofreaders numrise les livres du domaine
public.
  2000/10: La Public Library of Science lancera des revues en ligne
gratuites.
  2000/11: La version numrise de la Bible de Gutenberg est
disponible.
  2001/01: Wikipdia est la premire grande encyclopdie collaborative
gratuite.
  2001: Creative Commons rnove le droit d'auteur en l'adaptant au web.
  2003/09: Les cours du MIT OpenCourseWare sont  la disposition de
tous.
  2004/01: Le Projet Gutenberg Europe sera multilingue.
  2004/10: Google lance Google Print pour le rebaptiser ensuite Google
Books.
  2005/04: Amazon.com rachte la socit Mobipocket.
  2005/10: L'Open Content Alliance lance une bibliothque numrique
universelle.
  2006/08: Le catalogue collectif WorldCat devient gratuit sur le web.
  2006/10: Microsoft lance Live Search Books mais l'abandonne ensuite.
  2006/10: Sony lance sa tablette de lecture Sony Reader.
  2007/03: Citizendium lance une encyclopdie en ligne collaborative
fiable.
  2007/03: IATE (Inter-Active Terminology for Europe) est une base
terminologique europenne.
  2007/05: L'Encyclopedia of Life rpertoriera toutes les espces
vgtales et animales.
  2007/11: Amazon.com lance sa tablette de lecture Kindle.
  2008/05: Numilog devient une filiale d'Hachette Livre.
  2008/10: Google Books propose un accord aux associations d'auteurs et
d'diteurs.
  2008/11: Europeana est la bibliothque numrique europenne.
  2009/02: Amazon.com lance le Kindle 2.



REMERCIEMENTS

Ce livre doit beaucoup  toutes les personnes ayant accept de rpondre
 mes questions, dont certaines pendant plusieurs annes. Certains
entretiens ont t publis tels quels par le NEF (Net des tudes
franaises), Universit de Toronto. Ils sont disponibles en ligne
<www.etudes-francaises.net/entretiens/index.html>. D'autres entretiens
ont t directement inclus dans ce livre, avec des textes de Nicolas
Ancion, Alex Andrachmes, Guy Antoine, Silvaine Arabo, Arlette Attali,
Marc Autret, Isabelle Aveline, Jean-Pierre Balpe, Emmanuel Barthe,
Robert Beard, Michael Behrens, Michel Benot, Guy Bertrand, Olivier
Bogros, Christian Boitet, Bernard Boudic, Bakayoko Bourahima, Marie-
Aude Bourson, Lucie de Boutiny, Anne-Ccile Brandenbourger, Alain Bron,
Patrice Cailleaud, Tyler Chambers, Pascal Chartier, Richard Chotin,
Alain Clavet, Jean-Pierre Cloutier, Jacques Coubard, Luc
Dall'Armellina, Kushal Dave, Cynthia Delisle, Emilie Devriendt, Bruno
Didier, Catherine Domain, Helen Dry, Bill Dunlap, Pierre-Nol Favennec,
Grard Fourestier, Pierre Franois Gagnon, Olivier Gainon, Jacques
Gauchey, Raymond Godefroy, Muriel Goiran, Marcel Grangier, Barbara
Grimes, Michael Hart, Roberto Hernndez Montoya, Randy Hobler, Eduard
Hovy, Christiane Jadelot, Grard Jean-Franois, Jean-Paul, Anne-
Bndicte Joly, Brian King, Geoffrey Kingscott, Steven Krauwer, Galle
Lacaze, Michel Landaret, Hlne Larroche, Pierre Le Loarer, Claire Le
Parco, Annie Le Saux, Fabrice Lhomme, Philippe Loubire, Pierre
Magnenat, Xavier Malbreil, Alain Marchiset, Maria Victoria Marinetti,
Michael Martin, Tim McKenna, Emmanuel Mnard, Yoshi Mikami, Jacky
Minier, Jean-Philippe Mouton, John Mark Ockerbloom, Caoimhn 
Donnale, Jacques Pataillot, Alain Patez, Nicolas Pewny, Marie-Joseph
Pierre, Herv Ponsot, Olivier Pujol, Anissa Rachef, Peter Raggett,
Patrick Rebollar, Philippe Renaut, Jean-Baptiste Rey, Philippe Rivire,
Blaise Rosnay, Bruno de Sa Moreira, Pierre Schweitzer, Henk
Slettenhaar, Murray Suid, June Thompson, Zina Tucsnak, Franois Vadrot,
Christian Vandendorpe, Robert Ware, Russon Wooldridge et Denis Zwirn.


Copyright  2009 Marie Lebert. Tous droits rservs.








End of Project Gutenberg's Une courte histoire de l'eBook, by Marie Lebert

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK UNE COURTE HISTOIRE DE L'EBOOK ***

***** This file should be named 29802-8.txt or 29802-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/2/9/8/0/29802/

Produced by Al Haines

Updated editions will replace the previous one--the old editions will be
renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no one
owns a United States copyright in these works, so the Foundation (and
you!) can copy and distribute it in the United States without permission
and without paying copyright royalties. Special rules, set forth in the
General Terms of Use part of this license, apply to copying and
distributing Project Gutenberg-tm electronic works to protect the
PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project Gutenberg is a
registered trademark, and may not be used if you charge for the eBooks,
unless you receive specific permission. If you do not charge anything
for copies of this eBook, complying with the rules is very easy. You may
use this eBook for nearly any purpose such as creation of derivative
works, reports, performances and research. They may be modified and
printed and given away--you may do practically ANYTHING with public
domain eBooks. Redistribution is subject to the trademark license,
especially commercial redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://www.gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
This particular work is one of the few copyrighted individual works
included with the permission of the copyright holder.  Information on
the copyright owner for this particular work and the terms of use
imposed by the copyright holder on this work are set forth at the
beginning of this work.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS,' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's
eBook number, often in several formats including plain vanilla ASCII,
compressed (zipped), HTML and others.

Corrected EDITIONS of our eBooks replace the old file and take over
the old filename and etext number.  The replaced older file is renamed.
VERSIONS based on separate sources are treated as new eBooks receiving
new filenames and etext numbers.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.

EBooks posted prior to November 2003, with eBook numbers BELOW #10000,
are filed in directories based on their release date.  If you want to
download any of these eBooks directly, rather than using the regular
search system you may utilize the following addresses and just
download by the etext year.

http://www.ibiblio.org/gutenberg/etext06

    (Or /etext 05, 04, 03, 02, 01, 00, 99,
     98, 97, 96, 95, 94, 93, 92, 92, 91 or 90)

EBooks posted since November 2003, with etext numbers OVER #10000, are
filed in a different way.  The year of a release date is no longer part
of the directory path.  The path is based on the etext number (which is
identical to the filename).  The path to the file is made up of single
digits corresponding to all but the last digit in the filename.  For
example an eBook of filename 10234 would be found at:

http://www.gutenberg.org/1/0/2/3/10234

or filename 24689 would be found at:
http://www.gutenberg.org/2/4/6/8/24689

An alternative method of locating eBooks:
http://www.gutenberg.org/GUTINDEX.ALL

*** END: FULL LICENSE ***
