The Project Gutenberg EBook of Le Tour du Monde; Mont Cleste, by Various

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org


Title: Le Tour du Monde; Mont Cleste
       Journal des voyages et des voyageurs; 2e Sem. 1905

Author: Various

Editor: douard Charton

Release Date: November 21, 2009 [EBook #30518]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE TOUR DU MONDE; MONT CLESTE ***




Produced by Carlo Traverso, Christine P. Travers and the
Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
(This file was produced from images generously made
available by the Bibliothque nationale de France
(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)






[Note au lecteur de ce fichier digital:

Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont t
corriges.

Ce fichier est un extrait du recueil du journal "Le Tour du monde:
Journal des voyages et des voyageurs" (2e semestre 1905).

Les articles ont t regroups dans des fichiers correspondant
aux diffrentes zones gographiques, ce fichier contient les articles
sur le Mont Cleste.

Chaque fichier contient l'index complet du recueil dont ces
articles sont originaires.

La liste des illustrations tant trs longue, elle a t dplace et
place en fin de fichier.]





                    LE TOUR DU MONDE




                         PARIS
                IMPRIMERIE FERNAND SCHMIDT
                  20, rue du Dragon, 20




                NOUVELLE SRIE--11e ANNE
                       2e SEMESTRE




                    LE TOUR DU MONDE

                         JOURNAL
              DES VOYAGES ET DES VOYAGEURS




                     Le Tour du Monde
             a t fond par douard Charton
                         en 1860




                         PARIS
              LIBRAIRIE DE HACHETTE ET Cie
             79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79
         LONDRES, 18, KING WILLIAM STREET, STRAND
                          1905

Droits de traduction et de reproduction rservs.




TABLE DES MATIRES


L'T AU KACHMIR

Par _Mme F. MICHEL_

  I. De Paris  Srnagar. -- Un guide pratique. -- De Bombay 
     Lahore. -- Premiers prparatifs. -- En _tonga_ de
     Rawal-Pindi  Srnagar. -- Les Kachmiris et les matres du
     Kachmir. -- Retour  la vie nomade.                             1

  II. La Valle heureuse en _dounga_. -- Bateliers et
     batelires. -- De Baramoula  Srnagar. -- La capitale du
     Kachmir. -- Un peu d'conomie politique. -- En amont de
     Srnagar.                                                      13

  III. Sous la tente. -- Les petites valles du Sud-Est. --
     Histoires de voleurs et contes de fes. -- Les ruines de
     Martand. -- De Brahmanes en Moullas.                           25

     IV. Le plerinage d'Amarnth. -- La valle du Lidar. -- Les
     plerins de l'Inde. -- Vers les cimes. -- La grotte sacre.
     -- En _dholi_. -- Les Goudjars, pasteurs de buffles.           37

  V. Le plerinage de l'Haramouk. -- Alpinisme funbre et
     hydrothrapie religieuse. -- Les temples de Vangth. --
     Frissons d'automne. -- Les adieux  Srnagar.                  49


SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE

Par _le docteur LAMY_

_Mdecin-major des troupes coloniales_.

  I. Voyage dans la brousse. -- En file indienne. -- Motso.
     -- La route dans un ruisseau. -- Dengura. -- Kodioso. --
     Villes et villages abandonns. -- O est donc Betti? --
     Arrive  Dioubasso.                                           61

  II. Dans le territoire de Mop. -- Coutumes du pays. -- La
     mort d'un prince hritier. -- L'preuve du poison. -- De
     Mop  Betti. -- Bnie, roi de Betti, et sa capitale. --
     Retour  Petit-Alp.                                          73

  III. Rapports et rsultats de la mission. -- Valeur
     conomique de la cte d'Ivoire. -- Richesse de la flore. --
     Supriorit de la faune.                                       85

  IV. La fivre jaune  Grand-Bassam. -- Deuils nombreux. --
     Retour en France.                                              90


L'LE D'ELBE

Par _M. PAUL GRUYER_

  I. L'le d'Elbe et le canal de Piombino. -- Deux mots
     d'histoire. -- Dbarquement  Porto-Ferraio. -- Une ville
     d'opra. -- La teste di Napoleone et le Palais imprial.
     -- La bannire de l'ancien roi de l'le d'Elbe. -- Offre 
     Napolon III, aprs Sedan. -- La bibliothque de l'Empereur.
     -- Souvenir de Victor Hugo. Le premier mot du pote. -- Un
     enterrement aux flambeaux. Cagoules noires et cagoules
     blanches. Dans la paix des limbes. -- Les diffrentes routes
     de l'le.                                                      97

  II. Le golfe de Procchio et la montagne de Jupiter. -- Soir
     temptueux et morne tristesse. -- L'ascension du Monte
     Giove. -- Un village dans les nues. -- L'Ermitage de la
     Madone et la Sedia di Napoleone. -- Le vieux gardien de
     l'infini. Bastia, Signor!. Vision sublime. -- La cte
     orientale de l'le. Capoliveri et Porto-Longone. -- La gorge
     de Monserrat. -- Rio 1 Marina et le monde du fer.             109

  III. Napolon, roi de l'le d'Elbe. -- Installation aux
     Mulini. -- L'Empereur  la gorge de Monserrat. -- San
     Martino Saint-Cloud. La salle des Pyramides et le plafond
     aux deux colombes. Le lit de Bertrand. La salle de bain et
     le miroir de la Vrit. -- L'Empereur transporte ses pnates
     sur le Monte Giove. -- Elbe perdue pour la France. --
     L'ancien Muse de San Martino. Essai de reconstitution par
     le propritaire actuel. Le lit de Madame Mre. -- O il faut
     chercher  Elbe les vraies reliques impriales. Apollon
     gardant ses troupeaux. ventail et bijoux de la princesse
     Pauline. Les clefs de Porto-Ferraio. Autographes. La robe de
     la signorina Squarci. -- L'glise de l'archiconfrrie du
     Trs-Saint-Sacrement. La Pieta de l'Empereur. Les
     broderies de soie des Mulini. -- Le vieil aveugle de
     Porto-Ferraio.                                                121


D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE

Par _M. VICTOR CHAPOT_

_membre de l'cole franaise d'Athnes._

  I. -- Alexandrette et la monte de Belan. -- Antioche et
     l'Oronte; excursions  Daphn et  Soueidieh. -- La route
     d'Alep par le Kasr-el-Benat et Dana. -- Premier aperu
     d'Alep.                                                       133

  II. -- Ma caravane. -- Village d'Yazides. -- Nisib. --
     Premire rencontre avec l'Euphrate. -- Biredjik. --
     Souvenirs des Htens. -- Excursion  Resapha. -- Comment
     atteindre Ras-el-An? Comment le quitter? -- Enfin  Orfa!    145

  III. -- Sjour  Orfa. -- Samosate. -- Valle accidente de
     l'Euphrate. -- Roum-Kaleh et Antab. -- Court repos  Alep.
     -- Saint-Symon et l'Alma-Dagh. -- Huit jours trappiste! --
     Conclusion pessimiste.                                        157


LA FRANCE AUX NOUVELLES-HBRIDES

Par _M. RAYMOND BEL_

      qui les Nouvelles-Hbrides: France, Angleterre ou
     Australie? Le condominium anglo-franais de 1887. --
     L'oeuvre de M. Higginson. -- Situation actuelle des les. --
     L'influence anglo-australienne. -- Les ressources des
     Nouvelles-Hbrides. -- Leur avenir.                           169


LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE

Par _M. ALBERT THOMAS_

  I. -- Moscou. -- Une dception. -- Le Kreml, acropole
     sacre. -- Les glises, les palais: deux poques.             182

  II. -- Moscou, la ville et les faubourgs. -- La bourgeoisie
     moscovite. -- Changement de paysage; Nijni-Novgorod: le
     Kreml et la ville.                                            193

  III. -- La foire de Nijni: marchandises et marchands. --
     L'oeuvre du commerce. -- Sur la Volga. --  bord du
     _Sviatoslav_. -- Une visite  Kazan. -- La sainte mre
     Volga.                                                       205

  IV. -- De Samara  Tomsk. -- La vie du train. -- Les
     passagers et l'quipage: les soires. -- Dans le steppe:
     l'effort des hommes. -- Les migrants.                        217

  V. -- Tomsk. -- La mle des races. -- Anciens et nouveaux
     fonctionnaires. -- L'Universit de Tomsk. -- Le rle de
     l'tat dans l'oeuvre de colonisation.                         229

  VI. -- Heures de retour. -- Dans l'Oural. -- La
     Grande-Russie. -- Conclusion.                                 241


LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES

Par _M. GERSPACH_

     La petite ville de Lugano; ses charmes; son lac. -- Un peu
     d'histoire et de gographie. -- La cathdrale de
     Saint-Laurent. -- L'glise Sainte-Marie-des-Anges. --
     Lugano, la ville des fresques. -- L'oeuvre du Luini. --
     Procds employs pour le transfert des fresques.             253


SHANGHA, LA MTROPOLE CHINOISE

Par _M. MILE DESCHAMPS_

  I. -- Woo-Sung. -- Au dbarcadre. -- La Concession
     franaise. -- La Cit chinoise. -- Retour  notre
     concession. -- La police municipale et la prison. -- La
     cangue et le bambou. -- Les excutions. -- Le corps de
     volontaires. -- meutes. -- Les conseils municipaux.          265

  II. -- L'tablissement des jsuites de Zi-ka-oue. --
     Pharmacie chinoise. -- Le camp de Kou-ka-za. -- La fumerie
     d'opium. -- Le charnier des enfants trouvs. -- Le
     fournisseur des ombres. -- La concession internationale. --
     Jardin chinois. -- Le Bund. -- La pagode de Long-hoa. --
     Fou-tchou-road. -- Statistique.                              277


L'DUCATION DES NGRES AUX TATS-UNIS

Par _M. BARGY_

     Le problme de la civilisation des ngres. -- L'Institut
     Hampton, en Virginie. -- La vie de Booker T. Washington. --
     L'cole professionnelle de Tuskegee, en Alabama. --
     Conciliateurs et agitateurs. -- Le vote des ngres et la
     casuistique de la Constitution.                               289


 TRAVERS LA PERSE ORIENTALE

Par _le Major PERCY MOLESWORTH SYKES_

_Consul gnral de S. M. Britannique au Khorassan_.

  I. -- Arrive  Astrabad. -- Ancienne importance de la
     ville. -- Le pays des Turkomans:  travers le steppe et les
     Collines Noires. -- Le Khorassan. -- Mechhed: sa mosque;
     son commerce. -- Le dsert de Lout. -- Sur la route de
     Kirman.                                                       301

  II. -- La province de Kirman. -- Gographie: la flore, la
     faune; l'administration, l'arme. -- Histoire: invasions et
     dvastations. -- La ville de Kirman, capitale de la
     province. -- Une saison sur le plateau de Sardou.             313

  III. -- En Baloutchistan. -- Le Makran: la cte du golfe
     Arabique. -- Histoire et gographie du Makran. -- Le Sarhad.  325

  IV. -- Dlimitation  la frontire perso-baloutche. -- De
     Kirman  la ville-frontire de Kouak. -- La Commission de
     dlimitation. -- Question de prsance. -- L'oeuvre de la
     Commission. -- De Kouak  Klat.                              337

  V. -- Le Seistan: son histoire. -- Le delta du Helmand. --
     Comparaison du Seistan et de l'gypte. -- Excursions dans le
     Helmand. -- Retour par Yezd  Kirman.                         349


AUX RUINES D'ANGKOR

Par _M. le Vicomte DE MIRAMON-FARGUES_

     De Sagon  Pnm-penh et  Compong-Chuang. --  la rame sur
     le Grand-Lac. -- Les charrettes cambodgiennes. -- Siem-Rap.
     -- Le temple d'Angkor. -- Angkor-Tom -- Dcadence de la
     civilisation khmer. -- Rencontre du second roi du Cambodge.
     -- Oudong-la-Superbe, capitale du pre de Norodom. -- Le
     palais de Norodom  Pnm-penh. -- Pourquoi la France ne
     devrait pas abandonner au Siam le territoire d'Angkor.        361


EN ROUMANIE

Par _M. Th. HEBBELYNCK_

  I. -- De Budapest  Petrozeny. -- Un mot d'histoire. -- La
     valle du Jiul. -- Les Boyards et les Tziganes. -- Le march
     de Targu Jiul. -- Le monastre de Tismana.                    373

  II. -- Le monastre d'Horezu. -- Excursion  Bistritza. --
     Romnicu et le dfil de la Tour-Rouge. -- De Curtea de Arges
      Campolung. -- Dfil de Dimboviciora.                       385

  III. -- Bucarest, aspect de la ville. -- Les mines de sel de
     Slanic. -- Les sources de ptrole de Doftana. -- Sinaa,
     promenade dans la fort. -- Busteni et le domaine de la
     Couronne.                                                     397


CROQUIS HOLLANDAIS

Par _M. Lud. GEORGES HAMN_

_Photographies de l'auteur._

  I. -- Une ville hollandaise. -- Middelburg. -- Les nuages.
     -- Les _boerin_. -- La maison. -- L'clusier. -- Le march.
     -- Le village hollandais. -- Zoutelande. -- Les bons
     aubergistes. -- Une soire locale. -- Les sabots des petits
     enfants. -- La kermesse. -- La pit du Hollandais.           410

  II. -- Rencontre sur la route. -- Le beau cavalier. -- Un
     djeuner dcevant. -- Le pre Kick.                           421

  III. -- La terre hollandaise. -- L'eau. -- Les moulins. --
     La culture. -- Les polders. -- Les digues. -- Origine de la
     Hollande. -- Une nuit  Veere. -- Wemeldingen. -- Les cinq
     jeunes filles. -- Flirt muet. -- Le pochard. -- La vie sur
     l'eau.                                                        423

  IV. -- Le pcheur hollandais. -- Volendam. -- La lessive. --
     Les marmots. -- Les canards. -- La pche au hareng. -- Le
     fils du pcheur. -- Une le singulire: Marken. -- Au milieu
     des eaux. -- Les maisons. -- Les moeurs. -- Les jeunes
     filles. -- Perspective. -- La tourbe et les tourbires. --
     Produit national. -- Les tourbires hautes et basses. --
     Houille locale.                                               433


ABYDOS

dans les temps anciens et dans les temps modernes

Par _M. E. AMELINEAU_

     Lgende d'Osiris. -- Histoire d'Abydos  travers les
     dynasties,  l'poque chrtienne. -- Ses monuments et leur
     spoliation. -- Ses habitants actuels et leurs moeurs.         445


VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHSE AUX MONTS CLESTES

Par _M. JULES BROCHEREL_

  I. -- De Tachkent  Prjevalsk. -- La ville de Tachkent. --
     En tarentass. -- Tchimkent. -- Aouli-Ata. -- Tokmak. -- Les
     gorges de Bouam. -- Le lac Issik-Koul. -- Prjevalsk. -- Un
     chef kirghize.                                                457

  II. -- La valle de Tomghent. -- Un aoul kirghize. -- La
     traverse du col de Tomghent. -- Chevaux alpinistes. -- Une
     valle dserte. -- Le Kizil-tao. -- Le Saridjass. --
     Troupeaux de chevaux. -- La valle de Kachkateur. -- En vue
     du Khan-Tengri.                                               469

  III. -- Sur le col de Tuz. -- Rencontre d'antilopes. -- La
     valle d'Inghiltchik. -- Le tchiou mouz. -- Un chef
     kirghize. -- Les gorges d'Attialo. -- L'aoul d'Oustchiar.
     -- Arrts par les rochers.                                   481

  IV. -- Vers l'aiguille d'Oustchiar. -- L'aoul de Kaende. --
     En vue du Khan-Tengri. -- Le glacier de Kaende. -- Bloqus
     par la neige. -- Nous songeons au retour. -- Dans la valle
     de l'Irtach. -- Chez le kaltch. -- Cuisine de Kirghize. --
     Fin des travaux topographiques. -- Un enterrement kirghize.   493

  V. -- L'heure du retour. -- La valle d'Irtach. -- Nous
     retrouvons la douane. -- Arrive  Prjevalsk. -- La
     dispersion.                                                   505

  VI. -- Les Khirghizes. -- L'origine de la race. -- Kazaks et
     Khirghizes. -- Le classement des Bourouts. -- Le costume
     khirghize. -- La yourte. -- Moeurs et coutumes khirghizes.
     -- Mariages khirghizes. -- Conclusion.                        507


L'ARCHIPEL DES FERO

Par _Mlle ANNA SEE_

     Premire escale: Trangisvaag. -- Thorshavn, capitale de
     l'Archipel; le port, la ville. -- Un peu d'histoire. -- La
     vie vgtative des Feroens. -- La pche aux dauphins. -- La
     pche aux baleines. -- Excursions diverses  travers
     l'Archipel.                                                   517


PONDICHRY

chef-lieu de l'Inde franaise

Par _M. G. VERSCHUUR_

     Accs difficile de Pondichry par mer. -- Ville blanche et
     ville indienne. -- Le palais du Gouvernement. -- Les htels
     de nos colonies. -- Enclaves anglaises. -- La population;
     les enfants. -- Architecture et religion. -- Commerce. --
     L'avenir de Pondichry. -- Le march. -- Les coles. -- La
     fivre de la politique.                                       529


UNE PEUPLADE MALGACHE LES TANALA DE L'IKONGO

Par _M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ_

  I. -- Gographie et histoire de l'Ikongo. -- Les Tanala. --
     Organisation sociale. Tribu, clan, famille. -- Les lois.      541

  II. -- Religion et superstitions. -- Culte des morts. --
     Devins et sorciers. -- Le Sikidy. -- La science. --
     Astrologie. -- L'criture. -- L'art. -- Le vtement et la
     parure. -- L'habitation. -- La danse. -- La musique. -- La
     posie.                                                       553


LA RGION DU BOU HEDMA

(sud tunisien)

Par _M. Ch. MAUMEN_

     Le chemin de fer Sfax-Gafsa. -- Maharess. -- Lella Mazouna.
     -- La fort de gommiers. -- La source des Trois Palmiers. --
     Le Bou Hedma. -- Un groupe mgalithique. -- Renseignements
     indignes. -- L'oued Hadedj et ses sources chaudes. -- La
     plaine des Ouled bou Saad et Sidi haoua el oued. -- Bir
     Saad. -- Manoubia. -- Khrangat Touninn. -- Sakket. -- Sened.
     -- Ogla Zagoufta. -- La plaine et le village de Mech. --
     Sidi Abd el-Aziz.                                             565


DE TOLDE  GRENADE

Par _Mme JANE DIEULAFOY_

  I. -- L'aspect de la Castille. -- Les troupeaux en
     _transhumance_. -- La Mesta. -- Le Tage et ses potes. -- La
     Cuesta del Carmel. -- Le Cristo de la Luz. -- La machine
     hydraulique de Jualino Turriano. -- Le Zocodover. -- Vieux
     palais et anciennes synagogues. -- Les Juifs de Tolde. --
     Un souvenir de l'inondation du Tage.                          577

  II. -- Le Taller del Moro et le Salon de la Casa de Mesa. --
     Les pupilles de l'vque Siliceo. -- Santo Tom et l'oeuvre
     du Greco. -- La mosque de Tolde et la reine Constance. --
     Juan Guaz, premier architecte de la Cathdrale. -- Ses
     transformations et adjonctions. -- Souvenirs de las Navas.
     -- Le tombeau du cardinal de Mendoza. Isabelle la Catholique
     est son excutrice testamentaire. -- Ximns. -- Le rite
     mozarabe. -- Alvaro de Luda. -- Le porte-bannire d'Isabelle
      la bataille de Toro.                                        589

  III. -- Entre d'Isabelle et de Ferdinand, d'aprs les
     chroniques. -- San Juan de los Reyes. -- L'hpital de Santa
     Cruz. -- Les Soeurs de Saint-Vincent de Paul. -- Les
     portraits fameux de l'Universit. -- L'ange et la peste. --
     Sainte-Locadie. -- El Cristo de la Vega. -- Le soleil
     couchant sur les pinacles de San Juan de los Reyes.           601

  IV. -- Les cigarrales. -- Le pont San Martino et son
     architecte. -- Dvouement conjugal. -- L'inscription de
     l'Htel de Ville. -- Cordoue, l'Athnes de l'Occident. -- Sa
     mosque. -- Ses fils les plus illustres. -- Gonzalve de
     Cordoue. -- Les comptes du _Gran Capitan_. -- Juan de Mena.
     -- Doa Maria de Pardes. -- L'industrie des cuirs repousss
     et dors.                                                     613




  TOME XI, NOUVELLE SRIE.--39e LIV.         N 39.--30 Septembre 1905.


[Illustration: Le bazar de Tachkent s'tale dans un quartier vieux et
ftide (page 458).--D'aprs une photographie.]




VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHSE AUX MONTS CLESTES

PAR M. JULES BROCHEREL.

     I. -- De Tachkent  Prjevalsk. -- La ville de Tachkent. -- En
     tarentass. -- Tchimkent. -- Aouli-Ata. -- Tokmak. -- Les gorges
     de Bouam. -- Le lac Issik-Koul. -- Prjevalsk. -- Un chef
     kirghize.


[Illustration: Un kozaque de Djarghess (page 468).--D'aprs une
photographie.]

Le 28 juin, aprs trente-quatre jours de voyage, j'arrivais 
Tachkent, capitale du Turkestan russe. En m'embarquant  Gnes, je
pensais pouvoir franchir cette distance en moins de trois semaines.
Mais, en Orient, le temps ne fait pas monnaie, et on le dpense sans
compter. Quand on part on ne sait jamais quand on arrive, et quand on
arrive on ignore  quel moment on se remettra en route. Le chemin est
jalonn de menus incidents et de petites msaventures qui, tout en
prouvant la patience et le caractre, n'en demeurent pas moins des
contre-temps toujours fcheux pour un voyageur press. Hommes et
choses semblent figs dans une fatidique immobilit, contre laquelle
on ne peut rien.

Aussi, ce n'est pas sans un vif soulagement que j'aperus sur le quai
de la gare de Tachkent la haute stature de don Scipion Borghse, et la
face barbue du guide Zurbriggen, qui me souhaitrent la bienvenue par
de cordiales et chaleureuses poignes de main. Pensez donc! Ils
m'attendaient depuis quinze jours.

Nous dcidmes de partir le surlendemain, car la saison tait dj
avance et nous risquions fort de compromettre la campagne d'alpinisme
que nous allions entreprendre. Les deux journes qui nous restaient,
nous les employmes  visiter la ville, et  rgler nos instruments 
l'Observatoire mtorologique.

Presque toutes les villes asiatiques ont des rserves d'imprvu pour
le nouveau dbarqu, et possdent je ne sais quelle charmante
originalit qui le captive de prime abord. Il n'en est point ainsi de
Tachkent. Cette ville n'a jamais t, dans les temps passs, qu'un
petit centre de commerce et un entrept de marchandises. Elle n'a,
pour ainsi dire, pas subi l'influence de l'pope timourienne, et n'a
pas, par consquent, reu l'empreinte de l'art iranien, qui laissa de
si belles traces dans la ville de Samarkand. Les ruines grandioses,
que les archologues recherchent avec avidit, y font compltement
dfaut.

Tachkent, comme tendue, est aussi grande que Paris, mais ne compte
que 300000 habitants. Sauf les quartiers indignes, refouls dans les
faubourgs, la ville prsente un aspect moderne, presque amricain. On
s'aperoit immdiatement que c'est une cit toute jeune, cre sur un
plan dtermin. Ses larges avenues qui s'entre-croisent et s'allongent
pendant plusieurs verstes, sont rgulirement plantes d'une double
range d'arbres, arross par des ruisseaux qui coulent abondamment des
deux cts de la chausse.

Les maisons russes sont confortables, quoique trs basses, composes
d'un seul rez-de-chausse,  cause des frquents tremblements de
terre. Invariablement, un porche en bois y donne accs, et une vaste
cour ombrage les entoure de trois cts.

Dans les rues, on trouve un peu partout des magasins de nouveauts,
des clubs, des bibliothques, des cafs, tout le confort de la vie
moderne, avec ses dfauts et sa corruption. Certes, si Tachkent ne
peut tre considre comme une ville trs attrayante, elle ne doit pas
non plus tre traite de lieu d'exil, comme de complaisants voyageurs
l'ont avanc. Le nombre des trangers qui l'habitent va toujours en
augmentant; il n'est pas rare que quelques-uns d'entre eux la quittent
aprs fortune faite.

L'emplacement de la ville est bien choisi pour devenir un des plus
grands centres commerciaux de l'Asie. Situe au carrefour des routes
de la Sibrie, de la Chine, de l'Afghanistan et de la Perse, relie 
l'Europe par une ligne de chemin de fer, environne de cultures
superbes qui ne font que s'tendre, son avenir est des plus assurs.
Et si la ligne projete qui doit passer par la Smiretchi et aboutir,
 Taga, au Transsibrien s'effectue, son dveloppement ne peut que
s'accentuer encore, car elle changera ses produits avec les pays du
Nord, et deviendra un comptoir de premier ordre en Asie centrale.

Le bazar de Tachkent ne ressemble gure  ceux de Bokhara, de Thran
ou de Tiflis. C'est un quartier  part, dont l'lment tatar a t
modifi par les races qui se sont tour  tour succd dans le
Turkestan: quartier vieux et ftide, dont la lumire et l'eau semblent
 jamais bannies.

Ce qui caractrise le bazar de Tachkent, plus que les ruelles obscures
et fangeuses, recouvertes de loques invraisemblables et de nattes
railles, plus que les choppes encombres de marchandises bizarres,
et plus que la foule bigarre qui s'y presse, ou y caracole, c'est la
distribution des mtiers en trente-deux groupes, et de chacun de ces
groupes en trente-deux spcialits. Quelle complication pour le
moindre achat qu'on y peut faire!

[Illustration: Itinraire de Tachkent  Prjevalsk.]

Tachkent est une vraie ppinire de races, ayant chacune son quartier,
son temple, sa langue, son costume et ses traditions, animes les unes
 l'gard des autres de rancunes et de haines que les sicles n'ont
pas touffes. Au-dessus de ces races diverses, il existe un lment
hybride, composite qui constitue le fond de la population de la ville,
et forme, pour ainsi dire, un trait d'union entre les naturels et les
exotiques: ce sont les Sartes. D'aucuns ont voulu croire que les
Sartes taient un produit du mlange d'Ouzbegs et de Tadjiks. C'est
une erreur. Leur tige gnalogique s'est greffe aux plus disparates
tronons turco-mongoliques. Ce qui est certain, c'est qu'ils forment
une caste privilgie. Le Sarte est plus instruit, plus souple et plus
entreprenant que tout autre de ses coreligionnaires.

L'habitation des indignes est plutt misrable, et d'une solidit
assez problmatique. Les maisons, toujours trs basses, divises au
plus en deux ou trois compartiments, sont construites quelquefois en
traves de bois, mais le plus souvent elles se composent exclusivement
de murs en pis. Les toits ne sont que des treillis de branchages,
consolids par une paisse couche de terre, o ne tardent pas  se
former des plants de coquelicots et de capucines. Tant que dure la
belle saison, tout va bien. Pendant les grandes chaleurs, une agrable
fracheur rgne  l'intrieur de ces demeures, et en hiver l'paisseur
de la couche d'argile est trs efficace  conserver le peu de chaleur
entretenue  grand'peine par la petite quantit de combustible dont
on dispose. Mais, dans les fortes pluies, la terre se gonfle, craque,
et la frle charpente s'effondre tout  coup, surprenant quelquefois
la famille au milieu de la nuit. Aussi a-t-on soin de maintenir la
toiture en bon tat, afin d'viter autant que possible ces sortes
d'accidents.

[Illustration: Les marchands de pain de Prjevalsk (page 466).--D'aprs
une photographie.]

Le 30 juin,  cinq heures du matin, nous quittons Tachkent. Les
tarentass, qu'on a lous la veille, nous attendent dans la cour de
l'htel. Les bagages, plutt encombrants, sont chargs, et nous
prenons place  l'intrieur, o nous nous amnageons une petite
couchette sur une brasse de paille.

Nous sommes dirigs sur Prjevalsk, prs du lac Issik-Koul, au coeur
mme des Monts Clestes. La distance qui nous en spare est d'environ
900 kilomtres, que nous comptons pouvoir franchir en une semaine.
Naturellement nous voyagerons jour et nuit, autant que nous le
permettront l'tat de la route, la solidit de nos quipages et la
qualit des chevaux que nous relayerons le long du chemin.

Au moment du dpart, tout va bien: le yemtchik fait claquer son fouet,
les grelots de la dounga tintent joyeusement, et l'air du matin chasse
les derniers vestiges d'un sommeil opinitre.

La route, en sortant des faubourgs, dbouche dans la rase campagne et
remonte lentement un long plateau, d'une triste sauvagerie. La teinte
brle du gazon, macule a et l de flaques saumtres, s'tend 
l'infini et s'estompe dans la ligne de l'horizon. Le terrain, sur
lequel nous roulons  toute allure, s'enchevtre peu  peu de bosses
et de fondrires. Le tarentass se fait alors connatre pour ce qu'il
vaut. Nous avons beau nous cramponner aux rebords de la capote et
appuyer nergiquement les pieds sous le sige du cocher, impossible
d'viter les chocs et les heurts de la course folle. Deux mouvements
contraires secouent avec rage nos vhicules: un mouvement d'avant en
arrire et d'arrire en avant et un mouvement de gauche  droite et de
droite  gauche, le tangage et le roulis! On saute, on danse, on
rebondit, on se cogne contre les ferrures, on est projet contre son
voisin et on retombe d'une hauteur de plusieurs pieds sur les valises
qui servent de siges.

Le soleil, qui s'est lev, brle dj nos visages. Les chevaux, quand
ils ne s'embourbent pas dans la terre molle, soulvent des nuages de
poussire, qui nous recouvrent entirement, bien que nos quipages se
tiennent  une discrte distance l'un de l'autre, afin d'amoindrir cet
ennui. Le prince et moi, nous jetons quelquefois un coup d'oeil en
arrire, afin de constater si Zurbriggen et Abbas nous suivent. Nous
n'apercevons ni chevaux ni voiture, mais une vritable nue qui fonce
sur nous  une vitesse effrne. De temps  autre, nous rencontrons
d'interminables thories de chariots, trans par des chevaux ou par
des buffles, attachs au vhicule qui les prcde. Plus loin, ce sont
de longues caravanes de chameaux qui s'cartent sur le bord de la
route, avec de grotesques balancements de ttes et de lasses
courbatures de corps, comme s'ils marchaient sur une surface mouvante.
Ces convois, s'avanant d'un pas rythm, mcanique, hommes, btes et
choses de la mme teinte, ressemblent  des processions de revenants
condamns par la fatalit  errer sans cesse sur la terre.

Vers midi, le chemin se droule, en de brefs lacets, sur la pente
d'une cte o court un filet d'eau encadr de verdure. Sur les bords
du ruisseau quelques _yourtes_ (maisonnettes) sont dissmines parmi
les saules. Une modeste maison de poste nous invite  un sommaire
djeuner pendant qu'on relaye les chevaux. Dans les environs, quelques
champs d'orge revtent d'une blonde toison les mouvements du terrain.
Des cavaliers s'y rendent, la faux sur l'paule; d'autres en
reviennent portant d'normes faix d'herbes sur le devant de la selle.
Des chiens hargneux jappent aux jambes de nos chevaux et ne cessent
d'aboyer que lorsque nous sommes dj loin, dans les steppes.

Toute l'aprs-midi s'coule en plein dsert. Les _stantzias_ ne sont
pas toutes situes au milieu d'un bouquet d'arbres. Quelques-unes
d'entre elles doivent se contenter d'eau de pluie qu'on recueille dans
des citernes, creuses dans le sol. Aussi, malgr la soif qui nous
dvore, nous nous abstenons de boire quoi que ce soit.

Peu avant Tchimkent, nous devons traverser une srie de petits fosss,
dont l'eau, en se faufilant dans les ornires traces par les roues, a
converti la couche de poussire en une boue tenace et profonde d'o
nos attelages ont mille peines  se dptrer. On cherche  viter
cette fondrire en prenant  ct, mais c'est quelquefois pire.

Nous traversons une rivire et nous pntrons peu aprs dans la ville
de Tchimkent. Il est dix heures du soir. Sauf quelques rares lumires,
c'est l'obscurit la plus complte, et de toute la cit verte nous
ne voyons que le bouge qui sert de maison de poste, et o nous devons
attendre deux heures avant de pouvoir repartir.

[Illustration: Un des trente-deux quartiers du bazar de Tachkent (page
458).--D'aprs une photographie.]

Il y a l un gnral qui doit se rendre  Viernyi, et il va sans dire
que les chevaux disponibles sont pour lui. C'est un contre-temps qui
ne laisse pas de nous aigrir....

 minuit nous repartons, et nous regagnons bientt le steppe. La route
parat bonne, et nous cherchons  nous assoupir. L'air est
relativement frais, et surtout il n'y a pas de poussire.

Fatigus par un cahotement de vingt-quatre heures, les muscles
dtendus, nous finissons par sommeiller autant que nous le permettent
le roulement de la voiture, le carillon de la dounga, et les cris, les
sifflements dont le cocher se sert pour encourager ses chevaux.

Mais le soleil ne tarde pas  nous frapper en plein visage; en mme
temps nous prouvons des secousses si violentes et si continues, que
nos yeux s'ouvrent: impossible de dormir. Nous descendons un couloir
d'rosion, o les galets dtachs des terrains suprieurs se sont
donn rendez-vous sur la route mme. Quant  les entasser sur les
bords, ou  les transporter ailleurs, personne n'y songe.

[Illustration: Un contrefort montagneux borde la rive droite du Tchou
(page 462).--D'aprs une photographie.]

N'allez pas croire que le yemtchick ait modr l'allure endiable de
ses chevaux: sauf l o la pente est trop raide, et o forcment il
doit ralentir son train, c'est comme s'il roulait sur une pelouse.

 Vannovsk, petit poste de Kozaques, perdu dans le steppe, nous devons
attendre de dix heures du matin jusqu' trois heures de l'aprs-midi.
Ici, ce n'est plus le gnral qui a de l'avance sur nous, mais le
courrier. On ne connat pas l'heure de son passage, mais on a t
inform qu'il arrivera et repartira dans la journe. Cela sufft au
_smotrissiel_ pour nous refuser les chevaux pendant un temps
indtermin.

Fortement intrigus de cet tat de choses insolite, nous demandons des
explications sur le fonctionnement trange de la poste. Le smotrissiel
nous dit que notre _podoroyn_ (feuille de route) n'est que de
troisime classe, et que par consquent il ne nous confre aucun
privilge. Il ne nous donne droit d'avoir des chevaux que quand le
courrier et les fonctionnaires auront t servis.

Heureusement, dans l'aprs-midi, nous apprenons que des moujiks du
village nous loueraient volontiers des chevaux jusqu' la prochaine
station. Nous dbattons les prix, et nous obtenons deux _trokas_ pour
quatre roubles. Nous faisons de mme pour les relais suivants, car la
poste n'a pas l'air de se presser, et nous ne pouvons attendre son bon
plaisir.

Vers le soir, nous atteignons le col de Tchak-pak, large dpression
qui s'ouvre dans la chane du Karataou, se dtachant des monts
Alexandre, et s'avanant, comme une jete cyclopenne, dans l'espace
plat et dsert. Au del, nous nous engageons dans une petite gorge
boursoufle de rochers, et parseme de broussailles blanchtres. Comme
la route est en pente raide, le cocher a attach les roues du
tarentass, afin que son poids n'entrant pas les chevaux. Ayant mis
pied  terre, pour nous dgourdir un peu, nous dcouvrons une source
d'eau frache qui jaillit de la flure d'un rocher. C'est une aubaine
inattendue, qui nous permet de nous rafrachir le gosier, brl par la
chaleur et la poussire.

 la tombe de la nuit, nous passons  Aouli-Ata, village
insignifiant, qui doit sa petite clbrit au tombeau d'un khan vnr
par les Kirghizes. Son nom lui vient de l: _Saint-Pre_.

La rgion qui se prolonge au del d'Aouli-Ata, c'est le
_Tegherek-minn_ des nomades, le pays des mille torrents dont parle
le plerin chinois Hiouen-Tsang, et o s'tablit, selon la tradition,
le premier royaume des _Kara-Kitas_, les Chinois noirs. C'est le
bassin suprieur du Tchou, dont les nombreux affluents, descendant des
monts Alexandre, arrosant la zone qui s'tend  leurs pieds,
facilitent la culture. Graphiquement, ce faisceau de rivires a
quelque analogie avec un pin-parasol, dont les racines disparatraient
dans le steppe. En effet, le Tchou, aprs tre devenu un fleuve
respectable, finit on ne sait o, absorb par les sables du dsert.

Ce pays a t la voie historique des migrations, de la guerre, et du
commerce entre la Chine du nord et l'Asie occidentale. Mais les villes
que btissait un conqurant, un autre les renversait, et l'on n'y voit
plus que des ruines. Il en est ainsi de Merke et de Pichpek, que nous
rencontrons sur notre chemin, et o de nombreuses colonies russes
cherchent  redonner l'ancienne fertilit  ce sol strilis par le
dpeuplement.

La fatigante monotonie des plaines du steppe est ici frquemment
rompue par le cours des rivires, sur la berge desquelles des fouillis
de joncs gigantesques mettent une odeur de fourrs de fauves. Les
tigres y apparaissent quelquefois pour donner la chasse aux sangliers
et aux antilopes qui y pullulent.

 Pichpek, nous laissons  gauche le grand _track_, qui continue sur
Viernyi, en vitant, par un grand lacet, le contrefort qui se
prolonge et borde la rive droite du Tchou. Ceux qui veulent esquiver
ce fastidieux dtour, prennent par Tokmak, o un sentier mne
rapidement  la capitale de la Smiretchi, en escaladant le col de
Kastek.

Enfin, nous approchons des montagnes, qui, depuis plusieurs jours, se
droulaient sans fin sur notre droite, et qui, avec leur dentelle de
neige, ne faisaient qu'augmenter notre impatience. Le paysage a chang
d'aspect, et le regard peut se rafrachir en se reposant sur la
verdure des prairies. Mais pas la moindre trace d'un bois, d'une fort
quelconque. Allons-nous en tre privs pendant toute la dure du
voyage? Au moment o nous formulons cette question, nous voyons venir
au-devant de nous une file de chariots chargs de troncs de sapins.
C'est d'un heureux prsage.

Vers le milieu de la troisime nuit, nos voitures s'arrtent  la
station de Tjillaryk, isole compltement, et accote  l'escarpement
d'un promontoire,  l'entre des gorges de Bouam.

Ici, un incident se produit.  la merci d'un vent furieux et glac,
nous frappons  la maison de poste, mais inutilement. On explore les
environs; pas le moindre signe de vie. Tandis que quelques-uns de
nous, dcourags, vont s'enfouir dans le tarentass, Zurbriggen revient
 la charge.

J'enfoncerai la porte, dit-il, mais je veux savoir quelque chose. Et
il cogne dur sur le panneau. Enfin, on entend craquer le plancher, et
la porte s'ouvre. Un tout jeune homme  moiti dshabill se prsente,
une bougie  la main. Nous n'attendons pas qu'il nous invite 
pntrer dans son logis, bien que son accueil ne soit pas pour nous y
convier. Un rapide coup d'oeil, jet  l'intrieur de la poste, suffit
 nous faire rebrousser chemin!

Nous apprenons qu'il n'y a pas un seul cheval libre, et que,
d'ailleurs, la route tant mauvaise, il est prudent d'attendre
jusqu'au lendemain. De bonne heure, on pourra aller chercher les
btes, qui ne sont pas rentres du pturage. Nous profitons de ce
sursis pour faire un petit somme, blottis sous les couvertures.  la
premire lueur du jour on attelle les chevaux, et on repart.

Cette fois, les voitures ont chang leur train enrag, et c'est 
petits pas que nous grimpons un raidillon, surplombant un affreux
prcipice. La route est trace sur de nombreux mamelons qu'on remonte
et redescend, tel un ruban qu'on laisserait choir sur une surface
ondule.

Les parois du dfil sont dchires a et l, montrant la nudit de
leur structure. Ce sont d'normes dpts de calcaires rougetres,
entremls de couches de schistes moirs. Dans la partie suprieure,
il y a de curieuses formations de _pouddingues_, qu'on prendrait pour
des coules de lave, n'taient leurs raflures grenues provoques par
la corrosion des eaux.

En somme, c'est une gorge trs intressante pour le gologue, mais
ennuyeuse pour le simple voyageur qui doit  chaque instant mettre
pied  terre, et n'a pas mme la compensation d'une chappe
pittoresque. Aprs deux relais, pendant lesquels nous repassons sur la
rive droite du Tchou, nous apercevons devant nous une nappe d'eau
bleutre qui s'tend  perte de vue. Au del, une muraille crnele,
s'estompant dans la brume, nous annonce l'approche de la haute
montagne. C'est le lac Issik-Koul et la chane du Terske Ala-taou.

[Illustration: Le bazar de Prjevalsk, principale tape des caravaniers
de Viernyi et de Kachgar (page 466).--D'aprs une photographie.]

Le tableau est admirable de couleur et de ligne. Au premier plan, la
dclivit fauve du talus de la montagne s'vase lentement vers le
lac, o de minuscules falaises abritent des colonies de cygnes
sauvages, de plicans, de toute une tribu varie d'oiseaux aquatiques.
La grve, d'un rouge dor, borde la chatoyante surface de l'eau, d'une
polychromie sans cesse changeante. Tout au fond, au-dessus d'une
couche ouate de vapeurs violettes, le Terske Ala-taou dresse son
rempart de roches, avec les arabesques lumineuses de ses reliefs et le
fouillis cendr de ses ombres. Le tout est si tnu, si effac et si
dilu, que l'loignement semble beaucoup plus grand qu'il ne l'est en
ralit.

[Illustration: Couple russe de Prjevalsk.--D'aprs une photographie.]

Pendant les premires cent verstes, la campagne est absolument inculte
et inhabite. La route traverse de nombreux cnes de djection,
encombrs de dbris de la montagne, et bossels de petits tertres de
terre, portant chacun une touffe de gramines. Notre passage met en
moi des milliers de livres, qui se sauvent de chaque ct du chemin,
tandis que de grands vautours les guettent, perchs sur un tombeau
kirghize, ou planant au-dessus de nos ttes.

Mais  mesure que nous avanons, le paysage s'anime de quelques
troupeaux de btail; nous voyons des aouls kirghizes, et des villages
de Kozaques; deux de ces derniers sont mme de petits bourgs trs
florissants, grce  des torrents qui arrosent les environs.

Le long de la route dfilent d'innombrables tombeaux kirghizes groups
en ncropoles, ou isols dans le steppe. Les bords du lac Issik-Koul
sont rputs comme sacrs par les nomades, et les gens aiss s'y font
construire des monuments funraires. Tous ces tombeaux sont en terre
glaise battue, et affectent presque toujours la forme d'une pyramide
tronque s'levant en menus gradins. Quelques-uns sont mme trs
somptueux par rapport aux matriaux employs et  l'endroit dsol o
ils se trouvent. Leur construction se compose de quatre murs en
argile, supportant un dme, sur le haut duquel sont fixs diffrents
attributs, comme crnes d'animaux, verroteries et queues de cheval
flottant au bout d'une perche. La faade est agrmente d'ouvertures
ogivales, ouvrages de motifs et inscriptions en relief, le tout
faonn dans un style incertain et avec des symtries enfantines.

 l'extrmit orientale du lac, le Kounghe Ala-taou court tout prs
du lac, et le chemin est taill quelquefois dans le roc. Les flancs de
la montagne sont trs tourments, et se hrissent de quelques sombres
sapinires.  droite, dans un endroit dsert et sauvage, le monastre
de Trotsky mire ses btisses dans les eaux du lac. Il parat que ce
couvent est une prison, un refuge, un lieu d'exil, et un cottage en
mme temps.

[Illustration: Arrive d'une caravane  Prjevalsk.--D'aprs une
photographie.]

 dix heures, le 6 juillet, nous passons par Preobrajensk, qui
chelonne ses maisons sur le dos d'une falaise. Nous ne sommes plus
qu' 30 verstes de Prjevalsk. Le plateau qui spare les deux villes,
s'tage en plusieurs terrasses successives, entrecoupes par les eaux
du Tioum et du Djargalan qui ont creus des lits profonds dans cet
instable terrain d'alluvions. Sauf au bord de l'eau, le sol est
partout dpourvu de vgtation.

Enfin nous atteignons le dernier repli, et nous entrevoyons l'ancienne
Karakol, assise pittoresquement au milieu d'une verte frondaison et
appuye au pied d'un amphithtre de hautes montagnes neigeuses. De
prime abord, elle ressemble  une bourgade des Alpes, avec ses
clochers, ses vergers, ses bois et ses glaciers, s'tageant sur les
hauteurs. Seulement, autour d'elle, le steppe la cerne, inculte et
comme brl par le feu. Cette grande tache de vert tendre, perce de
points blancs et dors, rjouit nos yeux. Mme de loin on sent la
bienfaisante influence de cette vgtation inopine, et la vue seule
de la neige nous rafrachit le visage.

Aux abords de la ville, la route est flanque de peupliers, au del
desquels s'tendent des champs de crales et de pavots multicolores.
Un cimetire s'allonge  la droite du chemin, avec ses tumulus et ses
sarcophages en terre glaise.

[Illustration: Le chef des kirghizes de Prjevalsk et sa petite
famille.--D'aprs une photographie.]

Il est deux heures de l'aprs-midi quand nous pntrons dans la cour
de la maison de poste de Prjevalsk. Nous quittons nos tarentass. Ce
n'est pas trop tt! Nous sommes tous meurtris, et comme dsarticuls.
Zurbriggen ne peut s'empcher d'exprimer sa satisfaction. Il nous
assure que jamais, dans ses voyages aux Indes, en Australie et dans
l'Argentine, il n'a rencontr d'aussi malencontreux vhicules.

Le smotrissiel, trs obligeamment, nous offre les deux pices qu'on
destine habituellement aux voyageurs. Les meubles n'existent pas, mais
nous coucherons par terre. Ce sera toujours mieux que sur le
tarentass. En attendant, une foule de gamins et de badauds ont envahi
la cour, attirs par l'tranget de notre accoutrement. Peu aprs
arrive un gendarme colossal, qui requiert nos papiers. Apprenant qui
nous sommes, il s'en va incontinent en rfrer au gouverneur qui
vient, accompagn d'un interprte, nous prsenter ses compliments
protocolaires.

Nous dsirerions que ces messieurs nous donnassent, au moins, quelques
utiles indications sur le massif du Khan Tengri et les valles qui y
aboutissent, mais ils ne peuvent rien nous apprendre que nous ne
sachions dj. Cependant, le Gouverneur nous promet un garde pour nous
accompagner, et M. Kross, l'interprte-pharmacien de la ville, fera de
son mieux pour nous aider dans nos recherches.

Le lendemain, il nous conduit chez un chef kirghize, duquel nous
esprions avoir des renseignements et surtout un guide attitr des
montagnes. C'tait un vieux renard que ce chef, borgne,  la barbe de
fleuve, et drap dans une ample houppelande en soie de couleur. En
entrant dans son logis--une masure en dcrpitude,--nous apermes une
couve de marmots, qui jouaient dans la cour avec les oies et les
poules qui s'chapprent en tout sens, par des issues invisibles. Le
personnage nous reoit dans une pice qui, pour tre le home d'un
chef, n'en demeure pas moins un trou malpropre, o il y a pour tous
meubles un tapis et deux ou trois coffres pousss dans les coins. Nous
nous asseyons  la turque autour de lui et nous l'coutons
attentivement afin de dchiffrer quelque chose du charabia qu'il
dbite avec une volubilit dbordante. Notre interprte officieux n'a
pas l'air de se dranger trop souvent pour nous traduire en allemand
le discours du chef.  force d'attention, nous pntrons le
raisonnement de notre hte, qui n'est autre qu'une violente diatribe
contre les nouveaux matres du pays, qui l'ont dpossd de ses
privilges d'antan. Cette franchise est imprudente de sa part. Il ne
se gne pas pour souligner ses phrases, en nous tapant sur l'paule,
ou en nous pressant familirement les genoux. Il nous prend la main,
dont il carte les doigts s'il veut numrer quelque chose. Il nous
promet tout ce que nous voulons avec des _da, da, da_ pleins
d'excuses. Avant de se sparer de nous, il nous offre le _tchia_, que
sert une de ses nices, une superbe jeune fille de seize ans, dans un
nglig par trop indiscret. Il faut croire que ce rus personnage
n'tait pas trs vers dans les us et coutumes des Occidentaux: il
cassait le sucre avec une brosse quelconque sur le plancher, et nous
jetait ngligemment les morceaux en prenant nos tasses pour cibles.

Dans la soire nous allons visiter le boulevard. C'est ainsi que les
Russes d'Asie appellent les parcs qu'ils entretiennent avec de grands
soins dans toute ville qui se respecte. L'glise, le parc et le club,
ce sont les trois lments _sine qua non_ de l'existence dans ces
pays. Le parc de Prjevalsk est surtout intressant pour nous avec son
jardinet de plantes locales, et les quelques grosses pierres blanches
qui surgissent dans le feuillage des buissons. De loin, ces pierres ne
nous disent pas grand'chose; mais, en approchant, on distingue des
formes rgulires, quelque chose comme des ttes humaines,
grossirement sculptes. Ces pierres sont d'anciens monuments
funraires des Nestoriens, qui  une poque indtermine ont d
habiter le pays. Il serait trs intressant pour l'histoire de ce
peuple, de recueillir et d'analyser tous les documents que leur
passage a jalonns en Asie centrale. M. Gourdet, un ingnieur franais
tabli  Viernyi, qui nous fit l'honneur d'un entretien, avait dj
retrouv maintes paves des doctrinaires de Nestorius, qui jadis
tendaient leurs colonies jusque sur les confins de la Mongolie.

 Prjevalsk nous devions nous procurer des chevaux, acheter les
grosses provisions de bouche, et recruter des indignes pour la
conduite des btes de somme.

[Illustration: Notre djighite, sorte de garde et de policier (page
467).--D'aprs une photographie.]

Les chevaux valent une trentaine de roubles environ; les juments 
lait jusqu' quarante et cinquante. Mais les maquignons auxquels nous
nous adressmes, nous en demandrent tout de suite le double, nous
traitant en trangers. Nous les droutmes bientt par un petit
stratagme. Nous fmes rpandre le bruit que nous allions nous rendre
ailleurs, et, pour donner plus de crance  ce bruit, nous apprtmes
les voitures. Cela fit son effet. Depuis lors, pendant toute la
journe, et plusieurs jours de suite, tous les chevaux de la ville et
des environs dfilrent devant nos yeux, dans la cour de la maison.
Nous n'avions qu' choisir. Nous en prmes douze: six pour la selle,
et six pour le bt.

On ne peut imaginer les ennuis de toutes sortes que demande
l'organisation d'une petite caravane dans un pays o l'on ne peut se
faire comprendre que par l'intermdiaire de tierces personnes.
Heureusement pour nous, Abbas se multipliait avec une abngation et
une honntet extraordinaires, et M. Kross nous pilotait dans les
magasins de la ville.

Le bazar de Prjevalsk est trs frquent par les Kirghizes et par les
caravaniers qui font la navette entre Viernyi et Kachgar, en passant
par les cols de Djououka et de Bedel. En dehors de ce peu de commerce,
la ville est sans importance.

Les environs sont trs fertiles, riches en pturages, en crales et
en arbres  fruits; seulement, on ne cultive que pour la consommation
locale. On n'exporte gure que de l'opium, de la laine et quelques
fourrures. Avec le chemin de fer Transasiatique, le bassin de
l'Issik-Koul acquerra un dveloppement considrable, car le terrain,
form d'alluvions, est des plus productifs. L'eau est plus que
suffisante, les valles foisonnent de gibier, et les montagnes
reclent de vastes gisements miniers. En dehors de ces ressources, le
pays est trs sain, d'une captivante beaut, tout en ayant un climat
tempr.

[Illustration: Le monument de Prjevalsky,  Prjevalsk.--D'aprs une
photographie.]

Avant de quitter la ville, nous allmes dposer une gerbe de fleurs
sur la tombe du grand explorateur Prjevalsky, qu'un modeste monument
rappelle  la postrit  l'endroit mme o il succomba. Il se trouve
tout prs du lac, sur le haut d'une falaise, isol au bord du steppe.
L'emplacement ne pouvait tre mieux choisi pour recevoir le corps de
celui qui passa la moiti de sa vie  errer dans les solitudes de
l'Asie centrale. Une pyramide en rocaille supporte un aigle aux ailes
ployes, tenant dans ses serres une croix orthodoxe et une chane
brise, pour indiquer que la civilisation russe a supprim l'aveugle
fatalisme qui retenait les populations dans la barbarie. Vers la
moiti du socle merge le mdaillon du clbre savant, avec des
inscriptions rappelant ses exploits.  ct du monument, la pierre
tombale est entoure d'un parterre de fleurs, qu'un jardinier
entretient constamment.

Le 11 juillet,  deux heures de l'aprs-midi, nous partons de
Prjevalsk. Notre caravane se compose de sept hommes et de treize
chevaux. Le chef kirghize nous avait bien promis un de ses administrs
pour nous guider dans les montagnes de sa juridiction, mais nous
l'attendmes en vain. Nous apprmes plus tard que ce bonhomme n'avait
jamais t chef de tribu, mais qu'il tait rput par les nomades
comme un puits de science, une espce de Salomon, tranchant les
questions les plus ardues. Aussi les Kirghizes viennent-ils le
consulter souvent; et, pour cet effet, ils n'hsitent pas  faire des
centaines de verstes.

[Illustration: Des ttes humaines, grossirement sculptes, monuments
funraires des nestoriens... (page 466).--D'aprs une photographie.]

Notre personnel se compose d'Abbas, d'un _djighite_, d'un jeune colon
russe, Piotra, et d'un nomade, chasseur de profession. Ces quatre
individus de races si diffrentes, ont toutes les peines du monde 
s'accorder. Le nomm Abbas est un irani authentique dracin du
Farsistan, dont l'accoutrement est une singulire rminiscence des
milieux dans lesquels il a pass. Imaginez un homme plutt malingre,
d'une taille moyenne,  la figure quelconque,  la barbe crpue et 
la chevelure d'bne ruisselant en boucles sur le revers du veston.
Car il porte un veston, un pantalon et des bottines jaunes 
l'europenne, tandis que, en dessous et en dessus, il s'affuble de
nippes persanes, plisses et serres  la taille par une ceinture avec
boucle de fantaisie.  son ct, pend l'insparable yatagan, et sur
son chef s'lve un magistral bonnet en toison d'agneau. De loin, il a
plutt un air rbarbatif et des allures d'gorgeur. Au fond, c'est un
brave homme, honnte jusqu'au scrupule, et qui avec ses aptitudes
multiples et le zle considrable qu'il dploie, peut devenir, suivant
les occurrences, un drogman, un cuisinier, un caravanier et autre
chose encore.

Le djighite est une sorte de garde et de policier aux ordres du
Gouvernement russe. Bien qu'il soit aussi kirghize que les nomades
auxquels il a affaire, il se prtend suprieur  eux et les traite
avec la dernire brutalit. Il va sans dire que quand il accomplit une
tourne pour faire rentrer les tributs, une bonne part du produit
entre dans sa poche, l'employ des finances n'ayant qu'une vague ide
de la statistique de ses contribuables. Le ntre tait porteur d'une
lettre autographe en langues russe et kirghize, munie du sceau du
gouverneur, dans laquelle il tait ordonn de nous recevoir en amis et
de nous offrir tout ce dont nous pourrions avoir besoin. Ce papier
tait pour nous comme un talisman qui nous rendait presque
intangibles. Nous sachant des protgs de la Russie, les nomades se
seraient bien gards de nous molester en quoi que ce soit, car la
moindre transgression au devoir d'hospitalit leur aurait peut-tre
cot cher. Le djighite, pour faire connatre sa qualit, porte une
plaque en tle sur son _tchiapann_ et est arm d'un sabre et d'un
revolver. Notre djighite a l'air trs malin, tout en tant un dvou
serviteur, bien qu'il ne soit pas pay par nous. Cependant on lui a
promis un cadeau s'il fait bien son service.

Piotra et le chasseur sont des personnages de moindre importance. Le
premier est fils d'un Kozaque, cantonn  Prjevalsk; il nous sert de
sommelier. Le deuxime, un Kirghize de corps et d'me, est le meilleur
caravanier qu'on puisse rencontrer; il conduit bien ses chevaux et
vite avec soin les accidents de la route, mais une fois arriv 
l'tape il devient de plomb, et il est impossible de le faire bouger.

En sortant de Prjevalsk nous prenons la route qui, passant par le col
de Santach, contourne les deux chanes de l'Ala-taou transilien et du
Kounghe Ala-taou et aboutit  Viernyi. Elle se droule au milieu
d'une campagne fertile, mais peu cultive,  l'escarpe des derniers
contreforts du kirghize Ala-taou.

Aprs une dizaine de verstes, nous touchons Aksouskijie, une
misrable colonie de Kozaques. Toute la population se range sur le
chemin; les hommes aux lourdes bottes et  la chemise carlate tombant
sur le pantalon, nous saluent respectueusement. Les femmes, aux formes
rebondies, et couvertes de haillons aux couleurs clatantes, se
tiennent dans l'embrasure des portes, les poings sur les hanches.

Vers sept heures, nous nous arrtons prs d'un ruisseau, pour camper.
Un peu plus bas, une vingtaine de masures se cachent derrire une haie
de saules: c'est Djarghess, autre colonie de Kozaques.

Notre arrive et notre installation n'ont pas manqu d'attirer des
curieux; ce sont presque tous des Kozaques du village voisin, qui
viennent familirement s'accroupir autour du feu. Une bonne femme
pousse mme la gracieuset jusqu' nous offrir un vase de lait. Nous
lui distribuons de gros morceaux de sucre, dont elle est trs friande.

En attendant le dner, nous flnons autour des tentes tout en admirant
un inoubliable coucher de soleil. En aval, la petite rivire de
Djargalan serpente au milieu d'une plaine bleutre, agrmente de
quelques arbres solitaires, dont les sombres silhouettes se dtachent
sur les lointains lumineux. Suivant les sinuosits du ruisseau, les
yourtes ou tentes des nomades s'grnent prs de la berge dans une
bate quitude, avec des panaches de fume s'envolant au-dessus de
leur dme en feutre.  notre gauche,  plus de deux cents verstes, les
monts Alexandre, d'un lilas cendr, lvent leurs ttes neigeuses. 
droite l'Ala-taou s'avance insensiblement de notre ct, accentuant
ses dtails, et fonant sa teinte  mesure qu'il s'approche de nous,
gouach a et l par les derniers panouissements du soleil. Le lac
reste masqu par l'paisse couche de vapeurs que la subite fracheur
de la nuit a condenses.

Mais Piotra, le Russe, nous a prpar le dner sur un tapis de feutre,
devant la tente du prince. Nous nous asseyons gaiement par terre,
appuys sur un coude, autour d'une serviette o est plac le modeste
et frugal repas. Dans le menu figure encore un poulet rti. Seulement,
il est d'une rsistance inbranlable.

Enfin,  dix heures, nous nous glissons dans nos sacs, et nous
cherchons  nous endormir. C'est la premire nuit de campement. Notre
corps a dj subi maintes preuves; notre piderme s'est pour ainsi
dire insensibilis sur le tarentass, ce qui n'empche pas que nous
sentions encore quelques menus cailloux nous agacer insolemment les
ctes. Mais la fatigue ne tarde pas  nous plonger dans les bras de
Morphe.

  (_ suivre._)                         JULES BROCHEREL.

[Illustration: Enfants kozaques sur des boeufs.--D'aprs une
photographie.]

Droits de traduction et de reproduction rservs.




  TOME XI, NOUVELLE SRIE.--40e LIV.         N 40.--7 Octobre 1905.


[Illustration: Un de nos campements dans la montagne.--D'aprs une
photographie.]




VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHSE AUX MONTS CLESTES[1]

         [Note 1: _Suite. Voyez page 457._]

PAR M. JULES BROCHEREL.

     II. -- La valle de Tomghent. -- Un aoul kirghize. -- La
     traverse du col de Tomghent. -- Chevaux alpinistes. -- Une
     valle dserte -- Le Kizil-tao. -- Le Saridjass. -- Troupeaux de
     chevaux. -- La valle de Kachkateur. -- En vue du Khan Tengri.


[Illustration: Monte du col de Tomghent.--D'aprs une photographie.]

Le 12 juillet nous sommes debout ds cinq heures. Mais il faut faire
et prendre le th, assembler les chevaux, trier les bagages et les
charger; il est bien sept heures quand nous levons le camp pour
quitter la pauvre bourgade kozaque d'Aksouskijie.

Pendant qu'on dmarre, nous croisons d'innombrables caravanes de
Kirghizes, qui migrent vers les monts Alexandre,  la recherche de
nouveaux pturages. Ces longues files d'hommes, de femmes et
d'enfants, monts sur des chevaux, des chameaux ou des boeufs; ces
milliers de brebis s'avanant comme une mare vivante; ces centaines
de chevaux aux robes multicolores, de tous les ges et de toutes
tailles; ces bandes de chameaux attachs les uns aux autres,
disparaissant sous les objets les plus divers, et procdant d'un pas
uniforme; enfin ce confus clapotement des sabots sur le gravier de la
route, ml aux hennissements des poulains appelant leurs mres, aux
blements des agneaux, aux cris dchirants des dromadaires, aux
sifflements et aux appels des bergers,... tout cela forme un spectacle
unique: c'est un dfil ferique, propre  frapper et  mouvoir les
gens les plus blass.

Peu aprs Djarghess, la route effleure un mamelon rocheux, et continue
 gravir lentement la pente de gauche de la valle de Djargalan. En
aval, toute une ville de yourtes se rveille prs de la rivire; de
nombreux troupeaux, partent en tout sens, tandis qu'autour des tentes
errent des personnages microscopiques. Nous suivons un sentier qui
nous conduit  l'entre de la valle de Tomghent, dont les lianes sont
presque entirement recouverts par une paisse sapinire. Le chemin
longe la rive gauche du torrent, au milieu d'un chaotique
amoncellement de pierres et d'un enchevtrement de branches qui sont
loin de faciliter la circulation. Pourtant, la route est assez
frquente par les Kirghizes qui habitent de l'autre ct de la
montagne, mais aucun ne s'est avis de frayer un passage convenable
au milieu de ce dangereux fouillis de ronces. Dans certains endroits,
on est oblig de se coucher sur le cou du cheval pour viter une
branche qui empite sur le chemin; ailleurs il faut se livrer  de
vrais tours d'acrobate pour contourner un gros bloc roul sur le
sentier. Il en est ainsi depuis des sicles, et cela continuera encore
longtemps.

[Illustration: Dans la valle de Kizil-tao (page 473).--D'aprs une
photographie.]

Nous admirons l'habilet avec laquelle nos montures triomphent des
mille et un obstacles de ce terrain tourment, le flair et l'adresse
avec lesquels elles savent viter les passages dangereux. Seulement,
il faut se tenir sur le qui-vive, car le moindre faux mouvement de la
bte nous lancerait vite dans le torrent qui gronde  ct.

Un pont primitif, fait avec des troncs d'arbres jets transversalement
sur deux poutres, nous mne sur l'autre rive. Ici, il faut gravir une
srie de raidillons jonchs de cailloux qui s'boulent en avalanches
sous les pieds des chevaux. Arrivs  un certain point, un croulement
de monolites semble nous barrer le chemin. Eh bien, non: nos chevaux
passent par dessus les rocs avec une agilit de chvre, ou posent
adroitement leurs sabots dans les interstices des blocs, sans que
leurs jarrets en reoivent la moindre gratignure.

[Illustration: Itinraire du voyage aux Monts Clestes.]

Mais la fort devient clairseme, la valle se dcouvre et un superbe
cirque de pturages dcline moelleusement vers la rivire. Nous
longeons le gravier du torrent. Au del nous rencontrons un aoul
kirghize, compos de quelques yourtes grenes le long d'un ruisseau.
 notre approche toute la tribu sort des tentes et nous regarde
anxieusement, presque affole de notre brusque apparition. Le fusil
que Zurbriggen porte en bandoulire n'est peut-tre pas fait pour leur
donner une opinion trop bienveillante sur nos intentions. Cependant un
homme, qui a reconnu le djighite, se dtache du groupe, et lui demande
ce que nous voulons. Nous nous arrtons en face d'eux, dans une
dpression de la colline. Pendant que nous hissons nos tentes,
quelques membres de la colonie nous apportent de la crme, du lait et
des borsaks, biscuits faits avec de la farine d'orge frite dans de la
graisse de mouton. En change, nous donnons aux femmes des bagues et
des peignes en aluminium, ce qui les met au comble du bonheur.

[Illustration: La carabine de Zurbriggen intriguait fort les indignes
(page 472).--D'aprs une photographie.]

Je remarque une jeune fille, rouge comme une pivoine, aux traits
rguliers, coiffe d'un bonnet en poil de renard, sous lequel descend
une multitude de petites nattes de cheveux couleur jais. Sous son
tchiapann entre-bill on entrevoit une charpente rudement taille. En
s'en allant toute joyeuse du modeste cadeau reu, elle ne trouve rien
de mieux que d'administrer de formidables coups de poing  son petit
frre, l'envoyant  maintes reprises rouler sur le gazon. C'est une
faon  elle de le taquiner.

L'endroit o nous sommes s'appelle Bak-hali-koul. Nous n'avons jamais
su pourquoi; les nomades n'en savent rien; pourtant, la valle est
toujours la mme.

_13 juillet._--Plus haut, la valle se bifurque. Nous nous engageons
dans le vallon de gauche, qui se dirige vers le Levant. Deux cavaliers
nous ont aperus d'en haut, et descendent  notre rencontre. Ils
s'enquirent auprs du djighite, lequel pour toute rponse exhibe le
papier dont il est muni. Ne sachant le dchiffrer, ils appellent un
jeune homme qui se trouve tre l'unique lettr de la tribu. En
apprenant qui nous sommes, on fait avertir le boloch ou chef, de notre
arrive.

Quand nous atteignons la premire cabane, nous nous voyons cerns par
une foule de personnages aux longues robes et coiffs invariablement
d'un bonnet en peau d'agneau. Au premier rang se tiennent les anciens
de la tribu, parmi lesquels le boloch, qui, s'avanant de notre ct,
nous souhaite la bienvenue dans un incomprhensible charabia, tout en
nous faisant une srie de courbettes, les mains soigneusement croises
sur le ventre.

Un tapis est tendu sur l'herbe, o l'on nous invite  nous reposer un
instant. Pendant que nous vidons les triers, des hommes tiennent la
bride de nos chevaux. Tout le monde prend place autour de nous, en
cercles concentriques; on apporte une outre de _koumiss_, et des bols
de faence. Ces cuelles sont pour les naturels du pays un luxe
exceptionnel, une vaisselle rserve exclusivement pour les grandes
occasions. Aussi les renferme-t-on avec soin dans des tuis _ad hoc_,
bien capitonns, appels _tchiennegat_.

Toute la caravane fait honneur au koumiss du boloch, sauf Zurbriggen
et moi. Acquiesant aux incitations ritres du chef, j'essaie
pourtant d'approcher le bol de mes lvres; mais,  l'instant mme, je
sens une telle puanteur se dgager du liquide, que je dois dtourner
la tte pour ne pas avoir la nause. On dit que le koumiss est une
boisson capiteuse, trs rafrachissante et d'un got agrable;
peut-tre, mais toujours est-il qu'on le prpare dans des vases en
peau qui ont plusieurs centimtres de crasse, et en outre le lait
contient un tas de malproprets qui ne vous engagent pas  le boire.

Ce qui excita le plus la curiosit des nomades, ce furent nos
chaussures cloutes et la carabine de Zurbriggen. On se la passait de
main en main, pendant que d'autres examinaient nos brodequins, en
palpant la semelle et en comptant un  un les clous qui en sortaient.

Comme il est un peu tard, nous croyons prudent de nous remettre
immdiatement en route. Des cavaliers kirghizes s'offrent pour nous
accompagner jusque sur le col de Tomghent.

Dans la monte nous rencontrons de nombreuses yourtes, autour
desquelles des femmes sont occupes  tanner des peaux de mouton, et 
tresser des bandes d'toffe. Les peaux sont tendues au moyen de
piquets enfoncs dans le sol, et recouvertes d'un mlange de lait
caill et de terre argileuse, qu'on renouvelle tous les deux jours;
aprs quoi, on les racle avec un couteau.

Des troupeaux de brebis, de chvres, de chameaux sont disperss un peu
partout sur les deux flancs de la valle, jusqu' la limite des
neiges.

Le chemin devient trs escarp; il faut le chercher au milieu d'une
vaste zone d'boulis qui s'paississent  mesure que nous montons. 
midi nous nous trouvons tous runis au bas du col. Un glacier, dblay
de neige, ray en diagonale par une bande obscure, descend jusqu'
nous. En temps ordinaire, c'est--dire quand il y a beaucoup de neige,
on monte en suivant cette ligne, qui n'est autre que de la fiente de
moutons, dpose au fur et  mesure par les caravanes. Mais ce chemin
nous est absolument interdit dans l'tat o se trouve la glace. Les
sabots des chevaux n'auraient aucune prise et les btes glisseraient
invitablement avec charges et cavaliers. Nous croyons prfrable
d'attaquer le glacier de front au lieu de le prendre de biais. La
distance qui nous sparera du sommet sera moindre; puis les chevaux,
en gravissant ainsi la pente, se trouveront avoir plus d'adhrence sur
la surface gele.

Pendant qu'on dcharge les chevaux, Zurbriggen taille des marches avec
son piolet, afin de faciliter l'ascension. Je lui embote le pas,
tenant mon cheval par la bride. Aprs une cinquantaine de mtres, je
m'aperois que celui-ci, au lieu de mettre ses pieds dans les creux,
prfre marcher  ct, o ses sabots peuvent entamer une lgre
crote de neige durcie. Enchant des aptitudes alpinistes de mon
coursier, je le laisse faire, et continuant ainsi je parviens sans
encombre au sommet du col.

[Illustration: Au sud du col, s'levait une blanche pyramide de glace
(page 478).--D'aprs une photographie.]

Profitant de cette leon, nous conduismes en trs peu de temps toutes
les btes sur le haut du glacier. Puis on transporta les bagages. Les
Kirghizes, malgr leurs chaussures rudimentaires, se mirent  la
besogne avec beaucoup de courage et de dvouement.

Quand tout fut termin, et pendant que nous tions en train de nous
restaurer un peu, survint une bourrasque de grle qui eut vite fait de
transpercer nos vtements. Il fallait transiger avec l'estomac et
dmnager sance tenante de cette altitude de 3545 mtres, d'autant
plus qu'il soufflait un vent glacial, qui risquait d'tre dangereux.

Nous dvalmes lentement sur l'autre versant, et, aprs quelques
rapides dgringolades, nous atteignmes le thalweg de la valle de
Kizil-tao. Nous campmes sur la berge,  l'herbe drue et haute, o les
chevaux s'en donnrent  belles dents.

Mais si le site tait charmant, il manquait compltement de
combustible. On avait beau interroger du regard tous les replis de la
valle: pas l'ombre d'un arbuste. En outre, elle paraissait inhabite,
manquait par consquent de bois, de lait et de viande. Nous n'avions
certainement pas compt l-dessus, et le djighite, qui devait tre
pourtant au courant des lieux, ne nous en avait souffl mot. Il est
vrai que nous ne risquions pas encore de mourir de faim, avec notre
rserve de provisions; mais nous tenions  les mnager pour la haute
montagne. Et comme nous nous trouvions encore assez prs d'une tribu
de Kirghizes, et pas trs loigns d'une fort, nous dcidmes
d'envoyer ds le lendemain matre Abbas et le djighite chez le boloch,
pour acheter un troupeau de moutons et des charges de bois.

[Illustration: La valle de Kizil-tao.--D'aprs une photographie.]

En attendant nous nous mmes  la recherche d'herbes et de racines
sches, avec lesquelles nous parvnmes, non sans beaucoup de peine, 
faire un peu de feu. Il nous fallut presque deux heures, avant de
pouvoir dguster une tasse de th, et le dner, trs long  prparer,
n'avait pas prcisment le meilleur parfum; mais ces bagatelles
n'taient rien en comparaison du bien-tre que quelques aliments
chauds causrent  nos estomacs extnus.

_14 juillet._--Pendant qu'Abbas et le djighite rebroussent chemin, en
qute de moutons et de bois, nous faisons une reconnaissance dans la
partie suprieure de la valle. Un bel amphithtre de pics, coups de
glaciers, domine le fond du bassin, travers par une quantit de
ruisseaux arrosant les molles ondulations du gazon. Deux cols
s'ouvrent au nord et au sud: le premier dit de Karaguer communique
avec l'embranchement ouest de la valle de Tomghent; l'autre, plus
lev et aussi moins frquent  cause des difficults qu'il prsente,
est celui d'Otrouk, donnant sur l'autre vallon.

Le soir, arrivrent nos deux hommes avec tout un troupeau de moutons
et de chvres et deux boeufs encombrs de troncs d'arbres. Le boloch
les accompagnait, avec quelques membres de sa tribu. Nous retnmes
deux jeunes gens pour la conduite des btes. Notre caravane comptait
dsormais, en personnes et animaux, soixante-trois ttes.

La valle de Kizil-tao est ainsi appele  cause de la profusion de
dpts d'oligistes plus ou moins rougetres qu'on y rencontre.
_Kizil_, en kirghize, signifie rouge, et _tao_, pierre, c'est donc la
valle aux pierres rouges. Les valles, les monts et les cols du
Thian-chan empruntent leur nom  la couleur ou  la forme de certains
objets, dont la bizarrerie a frapp l'imagination des nomades. Deux
vallons dbouchent dans la valle de Kizil-tao, pour la plupart du
temps inhabite:  droite celui d'Otrouk, et  gauche celui du
Berkout, ce dernier communiquant avec le plateau de Saridjass.

Dans le contrefort qui la spare de la valle de Keou-eou-leou s'ouvre
le col de Torpeu, haut de 3066 mtres, duquel on embrasse une vaste
tendue de montagnes. Ce passage, non mentionn sur les cartes russes,
est trs frquent par les nomades qui transitent par la valle de
Kizil-tao.

Celle-ci, jusque-l panouie largement, se rtrcit tout  coup, et ce
n'est plus qu'une troite gorge o le torrent se fraye  grand'peine
une issue. Le sentier court au ras de l'eau, dont tantt il longe le
courant et tantt il coupe les dtours. Nous devons alors traverser en
choisissant les endroits o le lit s'tale, afin que le courant ne
nous emporte pas. Mais il ne nous est pas toujours donn de trouver un
point guable, et force nous est alors de franchir le fleuve o nous
pouvons. On est oblig de jeter un  un les moutons dans l'eau, et de
les laisser se dbrouiller tout seuls.

C'tait vraiment piti de voir ces pauvres btes, jetes brutalement 
l'eau, dont elles avaient une instinctive rpulsion, ballottes par le
courant, lances contre les rochers, englouties momentanment dans un
creux, puis finalement, aprs une lutte hroque contre l'inexorable
lment, atterrir tremblantes sur le gravier de la rive. Aussi, quand
elles le pouvaient, prfraient-elles s'vader sur les escarpements de
la montagne, ce qui obligeait le berger  une gymnastique dont il se
serait dispens volontiers.

Peu  peu nous atteignons la valle du Saridjass qui n'est autre
qu'une tranche effroyable, tranche de roches bouleverses, au milieu
desquelles serpente un fleuve norme aux eaux fangeuses. Mais ce qui
nous inquite, c'est de savoir par o cette masse d'eau va s'chapper,
la montagne s'levant d'un seul bloc et bornant partout le regard.
Existerait-il une mystrieuse issue par quelques antres souterrains?
Pour le moment, il ne nous est pas possible d'lucider ce problme.
Les topographes russes n'taient pas plus avancs, puisque sur la
carte que nous avions ils ne savaient par o faire sortir cette
rivire, la laissant se perdre au sein du Keou-eou-leou.

Le chemin escalade les parois de la tranche, souvent dchires par
des boulements, puis redescend  mme le niveau du fleuve, pour
franchir aussitt un autre prcipice. Dans les anfractuosits sont
tapis quelques rares arbrisseaux, et sur les artes des sapins
rabougris profilent leurs branches ajoures.

Un peu plus loin, un gros bloc semble plac  dessein au milieu du
fleuve.  son sommet s'lve un petit cairn, amas de pierres
maintenant une petite perche au bout de laquelle est fix un crne de
cheval. Ce singulier monument rappelle, parat-il, le souvenir d'un
fait dramatique survenu en cet endroit. Ce crne est celui du coursier
d'un chef kirghize, d'un _torgoi_, qui prit en voulant traverser la
rivire, au temps de la conqute russe.

_17 juillet._--De loin, la valle du Saridjass apparat comme une
immense plaine limite par une bordure de pics neigeux. Mais, en
l'abordant, on est surpris de l'tranget de sa configuration qui est
loin d'tre celle qu'on s'tait imagine. Si ce n'est l'tendue
dmesure, il n'y a l aucun simulacre de plaine. C'est une succession
de mamelons, de promontoires et de collines, une srie de couloirs, de
vallons et de conques, le tout recouvert par un manteau de gazon
ventr, a et l, par des raflures de terre jauntre, trou par des
cueils de rochers aux reflets mtalliques, et bris par de profondes
coupures, au fond desquelles bouillonnent les eaux bourbeuses des
torrents.

[Illustration: Le col de Karaguer, valle de Tomghent (page
473).--D'aprs une photographie.]

Il est impossible, par un examen superficiel du terrain, de trouver
l'explication ou la cause de cette perturbation. Des surprises de
toutes sortes attendent le voyageur  chaque tournant du sentier, et
drouteraient la perspicacit du gologue le plus clair. Certes,
l'poque glaciaire a d tre l'un des principaux agents de
transformation, pour laisser des traces si manifestes d'un gigantesque
travail.

 partir de notre camp, la valle s'ouvre peu  peu avec des couloirs
qui dbouchent de chaque ct. Les phnomnes glaciaires commencent 
devenir trs visibles. Les minences et les artes s'arrondissent et
s'adoucissent de plus en plus, par suite du frottement de l'ancien
glacier, tandis que la paroi de gauche de la valle conserve encore
pour longtemps son aspect tourment.

Notre caravane avance toujours du mme pas, silencieusement, comme un
convoi funbre. C'est que la chaleur est devenue insupportable; le
paysage est toujours de la mme teinte et de la mme monotonie. On
traverse un ruisseau, on remonte sur la berge, on longe une terrasse,
on pntre dans un couloir pour redescendre dans un torrent, et ainsi
de suite sans discontinuer.

[Illustration: Sur le col de Tomghent.--D'aprs une photographie.]

De temps  autre, le cri aigu d'une marmotte nous donne un moment
d'motion. On galope de ce ct, Zurbriggen met pied  terre, paule
son fusil et attend patiemment que le rongeur sorte de son terrier.
Puis un coup part, et la pauvre victime de la civilisation vient
augmenter le trophe accroch  la selle du guide.

[Illustration: J'tais enchant des aptitudes alpinistes de nos
coursiers (page 472).--D'aprs une photographie.]

Ne sachant que faire, j'observe notre troupeau de moutons qu'un
garonnet kirghize chasse devant lui. Comme on devient parfois
terre--terre, en un tel voyage! Une des plus grandes consolations,
c'est trop souvent de penser qu'on aura quelque chose  se mettre sous
la dent. Ce n'est pas la perspective d'un mets dlicat qui nous tente.
L'art culinaire n'a rien  voir ici.  force de caracoler, de suer et
de respirer  pleins poumons l'air vivifiant de la montagne, on
aiguise un apptit formidable, et,  l'heure du repas, on est bien
aise de faire bonne chre et d'absorber les plats que matre Abbas
nous prpare. Pourvu qu'on mange, et le plus possible, cela sufft. On
devient d'une voracit pantagrulique.

Les pauvres petits agneaux, avec l'trange sac de graisse qui se
dandine sur leur postrieur, tondus  grands coups de ciseaux,
n'avaient gure le temps de mordre les brins d'herbe, l'inexorable
berger ne leur laissait pas un moment de rpit. Il fallait que leurs
jambes fissent un triple travail, pour suivre l'allure des chevaux.
Quand, par malheur, ils rencontraient un ruisseau, c'tait un blement
 vous fendre le coeur, car ils n'avaient que fort peu de got pour
l'eau, bien qu'ils nageassent  merveille. Mais souvent l'eau tait
profonde et le courant trs prononc, et alors c'tait un naufrage
gnral, une mouvante noyade, o les pauvres petits animaux taient
entrans bien loin  la drive. Aussi, le soir, quand elles
arrivaient  l'tape et qu'on ne s'occupait plus d'elles, ces pauvres
btes, au lieu d'aller chercher le peu de nourriture dont elles
avaient besoin, s'accroupissaient, extnues, sur le sol.

Les deux boeufs, par exemple, taient d'un grotesque achev avec leur
anneau en bois pass au museau, leur carcasse anguleuse, et surtout
leur charge de troncs d'arbres attachs  l'une de leurs extrmits
sur une sorte de bt rudimentaire, et tranant de l'autre par terre,
en dcrivant sur le sable de menus zigzags  chaque pas qu'ils
faisaient. Quand ils devaient traverser un terrain en pente, c'tait
un mauvais quart d'heure pour eux. Pensez donc! le tronc qui se
trouvait en amont les poussait en aval, tandis que l'autre, suspendu
dans le vide, les y entranait. Au passage d'une rivire, ils ne
trouvaient quelquefois rien de mieux que de s'arrter tout  coup au
beau milieu de l'eau, narguant l'impatience des conducteurs qui ne
savaient comment s'y prendre pour les faire sortir de leur stupide
immobilit.

Le soir, faute de trouver un endroit propice, nous campmes tout prs
d'un marcage. L'eau de celui-ci, qu'on nous servit pendant le dner,
nous octroya certaines coliques, qui nous tinrent veills pendant
toute la nuit.

[Illustration: Le plateau de Saridjass, peu tourment, est pourvu
d'une herbe suffisante pour les chevaux (page 477).--D'aprs une
photographie.]

Peu aprs notre dpart du camp, nous laissons  gauche le vallon du
Berkout, dont le col donne dans la valle de Kizil-tao. Le contrefort
qui la spare du Saridjass semble une gigantesque moraine, entirement
recouverte de pturages crevs par quelques lots de roches, qui
rompent un peu la maussade uniformit de cet interminable dos d'ne.

 un certain moment, nous remarquons un groupe d'_ovispoli_ de l'autre
ct du fleuve, paissant tranquillement dans une combe. Ces animaux
sont de la taille d'un veau, mais d'une carrure plus accentue, avec
un manteau aux poils touffus et blonds, et portent sur le crne une
paire d'normes cornes en spirales. Les Kirghizes les appellent:
_koudja_. Ce mouton sauvage se tient de prfrence sur les hauts
plateaux du Pamir et du Tian-Chan. Il est inutile de le chercher sur
les pentes abruptes des montagnes, o il ne peut circuler, vu que ses
cornes, qui sortent latralement de la tte, se heurteraient contre
les rochers. En automne, les mles se livrent des batailles acharnes.
Le plus souvent,  force de se choquer le crne, un des combattants
tombe assomm sur le terrain, et son cadavre ne reste pas longtemps
avant d'tre cartel et dpec par les oiseaux de proie et les
fauves des environs. Les cornes seules demeurent sur place,
recueillies quelquefois par les nomades qui les talent sur des
rochers dont les formes tranges attirent leur attention.

[Illustration: Nous passons  gu le Kizil-sou.--D'aprs des
photographies.]

Le plateau du Saridjass est surtout peupl de milliers de chevaux,
partags en plusieurs troupeaux, et dissmins un peu partout dans la
haute valle. C'est un endroit trs favorable  l'levage hippique. Le
terrain est peu tourment, et si l'herbe n'est pas trs fournie, elle
est suffisante cependant pour nourrir quelques centaines de milliers
de btes.

Pour surveiller autant de chevaux, il y a relativement peu de
gardiens.  vrai dire, leur tche se rsume  bien peu de chose: elle
consiste  ne pas perdre de vue les btes pendant le jour et  les
rassembler le soir autour de leurs tentes. Mais, s'ils n'ont rien 
faire, ces pauvres diables de bergers ne jouissent pas d'une vie trs
enviable. Ils logent, soit sous un rocher, soit sous un feutre jet en
forme de tente, rarement dans une yourte. Leur nourriture n'est autre
que le koumiss. Ils n'ont pas autre chose. Tous ces chevaux
appartiennent  des Kozaques de la Smiretchi et de la Dzoungarie.
Deux fois par an, ils viennent faire un choix et conduisent des
troupes de chevaux aux foires de Kouldja, d'Ak-sou ou de Kachgar, o
ils les vendent de 30  60 francs la tte.

Le sol sur lequel nous marchons est sillonn d'une multitude
d'ornires traces paralllement, comme si le terrain avait t
labour par une charrue. Ce sont les chevaux qui ont cannel ainsi le
gazon, parce que, comme les chameaux, ils aiment  marcher cte 
cte; de cette manire, ils creusent autant de sentiers rguliers
qu'il y a d'espace disponible.

Le torrent a tout  coup disparu de notre vue et il semble que la
toison vgtale ne doive pas discontinuer d'un ct  l'autre de la
valle. Le fleuve est dissimul dans un foss profond, coup  pic. Un
peu plus haut, il rapparat, et partage ses eaux en de nombreux
canaux.

Mais le plateau, ou ce qui de loin nous parut comme tel, a pris fin,
et nous nous trouvons bientt dans la rgion de la haute montagne.
L'air mme est devenu trs vif et nous annonce le voisinage des
glaciers. En effet, sur notre droite, le flanc gauche de la valle se
dresse brusquement et se brise en plusieurs conques, o des glaciers
montrent leur tte crevasse au-dessus de leurs moraines frontales.
Vers le soir, nous sommes au dbouch de la valle de Kachkateur, qui
s'ouvre  droite du Saridjass, et mne par deux cols dans les valles
de Kokdjart et de Kapkak, dans le bassin de l'Ili.

_19 juillet._--Le Khan Tengri, le prince des cieux, comme le
dsignent les Mongols dans leur langue image, est le pic gant de
toute la chane des monts Clestes. Cette dnomination pompeuse n'a
rien de dplac, si l'on considre sa position exceptionnelle et
surtout son lvation considrable, qui, selon quelques voyageurs,
dpasse 7200 mtres d'altitude.

Presque tous les peuples barbares vivant en contact continuel avec la
nature sauvage sont enclins  glorifier des choses inanimes,  donner
un sens, une signification  des objets dont la singularit dpasse
les bornes de leur comprhension. Pour ne parler ici que de l'Asie
centrale, on peut dire que le nom des villes, des fleuves, des lacs et
des montagnes se rapporte le plus souvent  une impression que
l'habitant de ces contres a reue au moment o il en a aperu le
site. Nous avons dj eu l'occasion de relever ce fait dont
l'exactitude ne saurait tre mise en doute. Il serait dsirable que
les explorateurs eussent le tact de respecter ces rgles de
nomenclature gographique d'un cachet beaucoup plus original, en
vitant de la remplacer par les noms de savants, qui n'ont quelquefois
aucun rapport avec les localits ou les objets qu'il s'agit de
dsigner.

La situation du Khan Tengri n'a jamais t exactement tablie. Les
gographes l'ont cas un peu partout, sauf  sa vraie place. Les rares
voyageurs qui l'approchrent ne sont mme pas tous d'accord; cela
provient sans doute de ce qu'on n'a fait que l'entrevoir d'une
certaine distance, et presque toujours du fond d'une des valles qui
rayonnent autour de sa base.

Tandis qu'il est visible des plaines du Teks,  plus de 200 verstes
au nord, et mme de la route de Kachgar  Koutcha, il demeure partout
ailleurs masqu par les contreforts qui constituent sa vaste assise.
Sur quelques-unes des cartes que nous avions sous les yeux, le Khan
Tengri semblait s'lever isolment au nord de la petite ville de Ba,
sur le chemin d'Ak-sou.

Suivant l'enqute que nous avions faite  Prjevalsk et selon les
indications de la carte russe dont nous tions nantis, le 18 juillet
nous devions tre tout prs du pic, nous trouvant  une vingtaine de
verstes du point terminus de la valle du Saridjass, o il tait
plac. Nous brlions de le voir et de l'tudier, mme d'une certaine
distance, impatients de prsenter nos hommages  cette mystrieuse
souverainet, qui, depuis des mois, hantait notre esprit.

Nous dcidmes donc d'escalader un pic quelconque de la valle de
Kachkateur, mais dont l'lvation ft assez considrable pour jouir
d'une vaste tendue de montagnes.  dix heures, nous arrivons sur le
col de Kachkateur, passage trs frquent par les nomades qui
s'adonnent  l'levage des chevaux sur le plateau du Saridjass. De ce
col, en suivant la valle de Kokdjart, on arrive aux villages de
Tald-boulak, de Dgilkarkara et de Kheghen.

Au sud du col, s'levait une blanche pyramide de glace, dont les
angles se hrissaient de rochers. C'est par l que nous dirigemes nos
pas, et au bout de deux heures nous atteignmes sans difficult aucune
le sommet, form par une calotte de neige surplombant en une
gigantesque corniche la valle de Kapkak.

[Illustration: Panorama du massif du Khan Tengri.--D'aprs une
photographie.]

En tant nos lunettes  neige pour mieux voir, nous prouvmes un
douloureux blouissement qui nous contraignit  fermer instinctivement
les yeux. Jamais, jusqu'alors, nous ne nous tions trouvs au milieu
d'un pareil scintillement de neige, d'une fulguration de glaces aussi
intense. Partout o le regard pouvait plonger ou s'arrter, il ne
distinguait qu'une succession chaotique de pics, d'artes, de dmes,
d'aiguilles, un moutonnement infini de montagnes recouvertes de neiges,
enchevtres les unes dans les autres et se dirigeant en tous sens.

[Illustration: Entre de la valle de Kachkateur.--D'aprs une
photographie.]

[Illustration: Nous baptismes Kachkateur-tao, la pointe de 4250
mtres que nous avions escalade.--D'aprs une photographie.]

On a souvent compar l'aspect d'une vaste tendue de montagnes aux
vagues de la mer, qui se seraient subitement solidifies par un coup
de baguette magique. Sur les Alpes cette comparaison est exacte, car
le dploiement des contreforts imite parfaitement,  peu de chose
prs, la formation des ondes de la mer. Mais ici le bouleversement
tait tel, l'asymtrie si frappante, que cette similitude nous
semblait trop modeste. C'tait plutt un ocan agit par un
cataclysme, aux prises avec une tempte effrne. Les roches mmes qui
crnelaient les crtes de leurs tranges silhouettes, prsentaient des
reflets de poteries, des clats de verre de Venise, avec des effets
d'ombres qui faisaient qu' grand'peine on les discernait de la neige
qui les saupoudrait.

Le Khan Tengri dominait de sa haute pyramide de granit cette arme de
colosses qui semblaient former comme une garde d'honneur et interdire
l'approche aux profanes. Il se trouvait  une quarantaine de verstes
au sud de nous, formant le centre, d'o rayonnaient et divergeaient de
tous cts les contreforts et les valles.

D'aprs notre carte, le Khan Tengri aurait d tre  l'est du col de
Kachkateur,  moins d'une vingtaine de verstes de l'endroit o nous
tions. Nous n'emes pas de difficult  constater que cette carte
tait tout  fait errone sur ce point, et que si nous voulions
aboutir  quelque rsultat, nous devions nous en mfier. Nous faisions
fausse route, car par la valle du Saridjass, jamais nous n'aurions
abord le colosse. Il fallait tourner bride et nous en approcher par
un autre ct. Aprs quelques observations sur le massif, nous
baptismes Kachkateur-tao, la pointe que nous venions d'escalader.
Elle mesurait 4250 mtres d'altitude.

Une heure aprs nous tions sur le col, o le pauvre Kirghize qui
gardait nos chevaux,  la merci d'un vent glacial, battait la semelle
depuis longtemps, prenant force chiques de _nass_, pour combattre la
faim, ne se doutant pas qu'il avait les vivres sur le dos!

En descendant rejoindre le camp, nous trouvmes une paire d'normes
cornes de cerf,  3000 mtres, gisant l, qui sait depuis combien de
temps, rougies par les intempries, et calcines par le soleil.

_20 juillet._--Au del du Saridjass-tao s'tend la valle
d'Inghiltchik, qui, selon toute probabilit, doit prendre naissance au
pied du Khan Tengri. Mais le contrefort qui les divise est trs lev
et encombr dans sa majeure partie par des neiges ternelles. Pour des
alpinistes, ces entraves taient moins que rien, car, avec un guide
comme Zurbriggen, les difficults s'aplanissent et deviennent des jeux
d'enfants. Mais nous n'tions pas seuls et il fallait aussi
transporter tous les bagages de la caravane, car arrivs de l'autre
ct, nous n'aurions rien trouv ni pour nous abriter ni pour nous
sustenter. Nos chevaux ne craignaient gure le vertige, et leurs
aptitudes de grimpeurs nous faisaient esprer que mme dans un passage
un peu laborieux ils se comporteraient bien. Seulement, il fallait
trouver ce passage, ce qui n'tait pas trs facile avec l'ignorance
des lieux et l'impatience qui nous agitait, et qui cartait toute
vellit d'un long ttonnement. Cependant le djighite nous fit
comprendre que, peut-tre, en interrogeant les gardiens des chevaux,
il trouverait notre affaire. De l'endroit o nous tions il ne fallait
pas compter pouvoir franchir la montagne. On devait dvaler jusqu' la
rencontre d'un vallon dont le col n'tait pas trop dur pour nos
montures.

En attendant, nous nous rveillons avec 20 centimtres de neige sur
nos tentes. Et ce n'est que trs tard que nous pouvons partir.

Le passage  gu du Saridjass-sou n'tait pas sans offrir quelques
dangers; nanmoins nous arrivmes sains et saufs sur l'autre rive,
aprs avoir prouv dans maintes baignades des motions assez vives.

Sur l'autre versant, nous ne fmes pas peu dconcerts de trouver, au
lieu de la plaine que nous attendions, un terrain ondoyant de
collines, creus de rservoirs d'eau bourbeuse et sillonn de
ruisseaux qui disparaissaient dans les dchirures du sol. Le terrain
tait morainique par excellence, par consquent trs poreux, et
surtout d'une uniformit sans pareille. Il n'tait pas prudent de
s'loigner trop de la caravane, car on aurait eu vite fait de
s'garer. Aussi, nous ne nous perdions jamais de vue et marchions en
file indienne trs serre.

Le soir, on campa en face de la valle d'Adeurteur, dont le glacier
s'appelle de Mouchktoff, en l'honneur d'un officier russe du mme nom,
qui, le premier, entrevit le plateau du Saridjass.

Le lendemain matin, mme surprise que la veille. Pendant la nuit, la
neige tait tombe drue sur nos tentes.  la premire heure, des
hennissements dchirants et un pitinement acclr de sabots nous
firent sursauter dans nos sacs. C'tait une avalanche effrne de
chevaux, descendant des coteaux suprieurs chasss par une tourmente
de neige.

 midi, nous nous acheminons, toujours sur le mme versant, qui
augmente peu  peu sa dclivit et s'approche de plus en plus de la
ligne des vraies montagnes. Nous longeons plusieurs mares d'eau
peuples par des colonies de canards sauvages. Piotra, notre jeune
colon russe, se met en devoir d'attraper quelques-uns de ces
volatiles; dpouill de vtements, il se dissimule entirement dans
l'eau, et saisit par les pattes les pauvres btes qui, ne se doutant
pas de sa prsence, passaient  la porte de sa main. Entre temps, le
djighite s'est inform auprs des bergers, et dcouvre finalement un
passage pour franchir la montagne. C'est le col de Tuz. En htant un
peu le pas, nous arrivons le soir,  l'embouchure de la valle du mme
nom.

  (_ suivre._)                         JULES BROCHEREL.

[Illustration: La valle de Tomghent.--D'aprs une photographie.]

Droits de traduction et de reproduction rservs.




  TOME XI, NOUVELLE SRIE.--41e LIV.         N 41.--14 Octobre 1905.


[Illustration: Des kirghizes d'Oustchiar taient venus  notre
rencontre (page 489).--D'aprs une photographie.]




VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHSE AUX MONTS CLESTES[2]

         [Note 2: _Suite. Voyez pages 457 et 469._]

PAR M. JULES BROCHEREL.

     III. -- Sur le col de Tuz. -- Rencontre d'antilopes. -- La valle
     d'Inghiltchik. -- Le tchiou mouz. -- Un chef kirghize. -- Les
     gorges d'Attialo. -- L'aoul d'Oustchiar. -- Arrts par les
     rochers.


[Illustration: Kirghize joueur de flte.--D'aprs une photographie.]

Le passage du col de Tuz est une tape importante dans l'excursion aux
Monts Clestes; le vallon qui le prcde ne s'aperoit pas depuis le
thalweg du Saridjass-sou; il reste masqu par une moraine s'avanant
comme une sorte de digue entre les deux fleuves, qui, avant de se
runir, roulent longtemps presque paralllement l'un  l'autre.

Le 22, en quittant notre camp, nous sommes assaillis par des nues de
moustiques qui s'abattent sur nous avec une voracit cruelle. Nous
avons beau couper l'air de nos cravaches pour loigner ces agaants
insectes, notre piderme devient leur proie et nous en souffrons
beaucoup.

Vers dix heures, nous rencontrons un groupe de trois _arkars_, espce
d'antilope du genre du chamois, qui paissaient tranquillement sur une
pente gazonne. Ils ne semblent gure surpris de notre prsence, et au
lieu de dtaler  notre approche ils continuent  tondre les bouquets
d'herbes, en s'arrtant de temps  autre pour nous regarder. De la
taille d'un petit chamois, ils sont trs frles, avec un pelage ras,
d'un blond d'ocre, qui se confond facilement avec la teinte du
terrain. Ils portent une paire de petites cornes droites, lgrement
divergentes. C'est l'_antilope argalis_, commune dans la chane du
Tien Chan.

Le vallon de Tuz se divise en trois combes. Nous prenons par celle de
droite; les autres sont impraticables. Des traces de sentier nous
conduisent rapidement aux premiers boulis, au bas d'un norme bastion
de roches caverneuses. Il y a bien un semblant de chemin qui ctoie en
rampant les escarpements bouleverss de la montagne, qu'on distingue
de loin aux pierres remues par les frquentes traverses des
caravanes, et qui se dtache comme une longue bande claire sur la
teinte ferrugineuse du sol. En ralit, c'est une parodie de sentier,
car nous avanons avec beaucoup de peine, les cailloux qui jonchent le
sol roulant avec une facilit extraordinaire.

Zurbriggen, qui nous a devancs, s'est plac en statue questre sur le
haut du bastion. Quand nous parvenons  lui, il secoue tristement sa
barbe rousse, malmenant la pipe teinte au coin de sa bouche. C'est un
mauvais prsage.

[Illustration: Le massif du Kizil-tao (page 486).--D'aprs une
photographie.]

Par o passerons-nous? nous dit-il en promenant son regard sur
l'amphithtre de rochers et de glaces qui nous fait face  quelques
centaines de mtres.

Nous appelons le djighite. Celui-ci nous indique une raie fonce qui
traverse le glacier du milieu.

_Vot doroga!_--Voil le chemin--nous rpond-il en russe. _Djol
djman!_--C'est trs mauvais, ajoute-t-il dans son dialecte.

Prs de nous, un petit lac recueille les eaux de trois glaciers, qui,
bien que de petites dimensions, sont presque tous dcouverts, et d'une
inclinaison assez alarmante. Mais le chasseur, prenant par la bride
deux chevaux, a dj escalad la moraine frontale. Nous le suivons
sans savoir au juste ce que nous allons faire. Avec un courage un peu
tmraire, nous hissons toutes les btes sur le sommet du pierrier, o
elles ont bien de la peine  se tenir debout, tant la place est exigu
et le sol glissant,  cause du suintement du glacier.

[Illustration: Rgion des Monts Clestes.]

Zurbriggen, tenant sa bte par les rnes, s'aventure audacieusement
sur la pente glace. D'abord il monte droit devant lui, puis un
brusque renflement le contraint d'obliquer  droite, en prenant le
glacier en charpe.

Nous tentons d'en faire autant, en suivant les fissures o un petit
relief permet de poser les pieds, et cherchons les endroits rugueux et
granuls. Dpourvus de piolet, nous sommes forcs de nous servir des
mains, afin de ne pas tomber. Mais quand il nous faut tourner 
droite, pour traverser diagonalement le glacier, nous jugeons que le
jeu est dcidment trop dangereux. Les chevaux auraient toutes les
chances de verser les charges, en mme temps qu'ils dgringoleraient
invitablement jusqu'aux abrupts rochers d'en bas.

Le guide, parvenu miraculeusement en lieu sr, nous crie de toutes ses
forces de ne pas avancer, car il avait failli tomber, et son cheval en
tremblait encore d'pouvante.

Tout  coup un cheval charg roula comme une pierre contre la moraine,
o stationnait le restant de la caravane. Abbas jeta un cri de
douleur, se ramassant sur lui-mme, sous les pieds du cheval. On le
dgagea. Il avait une jambe blesse.

[Illustration: Les kirghizes mnent au village une vie peu
occupe.--D'aprs une photographie.]

Continuer dans de pareilles conditions, c'tait de la folie. Nous
dcidmes donc de camper tout prs du lac, afin de pouvoir chercher
pendant le reste de la journe une route meilleure.

Abandonnant nos chevaux  leur sort, nous rejoignmes le guide, et en
quelques minutes nous parvnmes au sommet du col. Nous tions  3450
mtres d'altitude.  nos pieds s'tendait la valle d'Inghiltchik sur
une longueur de cent verstes, flanque au sud par une paroi
vertigineuse qui s'levait  plus de 6000 mtres.

Mais le temps pressait, et pour l'instant il convenait de dcouvrir un
passage sr, plutt que de nous dlecter du spectacle de la nature. 
droite du col, au del d'une arte de rocher, descendait un glacier
avec une pente trs douce et des moraines latrales peu escarpes.
C'tait par l que nous devions passer.

En arrivant au campement, nous trouvmes deux malades, Abbas et
Piotra. Celui-ci se roulait par terre en se tenant le ventre dans des
contorsions atroces. L'autre se plaignait de souffrir de la jambe. On
les frictionna avec un antiseptique, et on administra un purgatif au
jeune Russe. La confiance aveugle que ces hommes simples avaient en
notre toute-puissance, aidrent  l'efficacit des remdes. Nous emes
plus tard occasion de nous servir de notre pharmacie auprs des
Kirghizes. Bien qu'ils soient des hommes trs endurcis, ce sont
toujours des malades plus imaginaires que rels. Il suffit alors d'un
rien pour les gurir incontinent. Ils professent  l'gard de la
mdecine des civiliss une confiance illimite.

Le lendemain, au bout de trois heures, nous parvenons jusqu'au col de
Tuz numro deux. En ralit ce sont deux cols que frquentent les
nomades, selon que l'un des deux est plus ou moins praticable. Nous ne
faisons donc que suivre l'exemple des Kirghizes.

Tandis que la caravane marchait vers la valle d'Inghiltchik, je
grimpai sur une petite minence pour procder  mes travaux. La valle
se dveloppait en forme de croissant,  la priphrie duquel je me
trouvais. De la sorte, mon regard pouvait plonger en amont et en aval
dans presque toute la longueur de ce gigantesque sillon.

Au premier coup d'oeil, on peut facilement distinguer dans ce massif,
trois sections. La partie suprieure, longue de 50 verstes environ,
est occupe entirement par un glacier colossal, ayant la forme d'un
tronc d'arbre dont les embranchements se perdent dans des gorges. La
partie moyenne de la valle, presque plate, est constitue par le
thalweg mme du fleuve, qui s'tend sur une largeur de 2  3 verstes.
Aprs une vingtaine de verstes d'un amoncellement de pierres, et d'un
fouillis de canaux, une cluse naturelle de rochers runit tous les
ruisseaux en un unique faisceau. C'est l que la valle infrieure
commence, revtue de maigres pturages.

Le versant qui tombe du fate du Saridjass-tao, est recouvert jusqu'
mi-hauteur d'une forte couche de dpts morainiques, marquant par une
ligne nettement trace le niveau de l'ancien glacier. Le terrain est
brl par le soleil, et sa couleur jauntre ne fait que rehausser
l'blouissement des neiges suprieures.

Mais la paroi de roches qui fait vis--vis est tout ce qu'on peut
imaginer de plus terrible, de plus convuls, de plus disloqu dans la
nature. Des aiguilles s'lancent avec une sveltesse tonnante,
s'alignent en de multiples ranges au-dessus du contrefort qui est
labour par des fentes, et tourment en tout sens par une force
diabolique.

Ce bloc incommensurable de granit et de gneiss est taillad de
gradins, fendu de fissures qui stupfient parfois par leur tranchante
nettet. Un talus de dbris s'adosse  la base des rochers,
dissimulant les anfractuosits. Des filets d'eau gazouillent en des
flures tnbreuses, dont les parois tiennent en suspension d'normes
rochers, pris entre les bords de la crevasse.

Pour descendre le col de Tuz, il s'agit de faire un saut de 2000
mtres. Ne croyez pas qu'un sentier facilite la besogne et qu'on n'ait
qu' se laisser glisser. Il faut s'ouvrir une route. Quand je parvins
aux premiers gazons, mon cheval saignait de ses quatre pieds, et ne
paraissait pas trs enthousiasm de ce divertissement.

Vers trois heures nous arrivons tous au bas du coteau, dont la bordure
s'tait croule par suite de l'rosion du torrent. Le paysage manque
toujours de charme, bien qu'il s'gaye de quelques arbrisseaux blottis
dans les anses de la berge. Des bouquets de crucifres, couleur
safran, des chardons, des centaures rouges et des anmones jaunes
foltrant en de longues tranes sur les buissons, se disputent une
pitre existence dans le maigre terrain du talus. Quelquefois un
ruisseau jaillit on ne sait comment de ce roc torrfi et arrose des
parterres de gramines, formant de vritables oasis, dans le pierrier
interrompu.

Sur une petite terrasse du rivage, quelque chose d'insolite attire
notre attention. C'est un tombeau kirghize form par des troncs
d'arbres entrecroiss, au centre duquel s'lve une pyramide de
cailloux.

[Illustration: Notre petite troupe s'aventure audacieusement sur la
pente glace (page 482).--D'aprs une photographie.]

Peu de temps aprs, nous atteignons un _al_ abandonn de nomades.
C'est l qu'ils viennent s'tablir pendant la mauvaise saison, car il
parat qu'alors, le versant que nous venons d'arpenter dans sa
hauteur, expos comme il est aux rayons du soleil, se dbarrasse vite
de la neige, et se recouvre d'herbes. Autour d'un gros bloc de granit,
on voit distinctement les cercles tracs par les _keregas_,
c'est--dire les treillis de bois qui forment la carcasse de la
yourte. Au milieu, les trois pierres calcines de l'tre, sont encore
debout. L'herbe a pouss, drue et haute, l o le stationnement
prolong des animaux a engraiss le sol.

Mais, au lieu de nous installer dans cet emplacement, nous prfrons
nous cacher  l'abri d'un mamelon, afin de protger notre camp de
l'haleine par trop rfrigrante du glacier qui, tout prs de nous,
vomit par mille bouches des torrents d'eau bourbeuse. En face, la
masse crasante du Kizil-tao, voile de nuages, nous menace
incessamment de tonnantes avalanches, dont la chute nous amuse plutt
qu'elle ne nous effraie, car nous sommes hors de leur porte. En
amont, une mignonne cascade apparat parmi les broussailles.

[Illustration: Valle suprieure d'Inghiltchik.--D'aprs une
photographie.]

Les Kirghizes y runissent habituellement leurs troupeaux de moutons,
le site se trouvant clos naturellement.

_24 juillet._--Nous allons faire une reconnaissance sur le glacier
d'Inghiltchik, afin de chercher un endroit par o faire passer les
chevaux. Si nous avons cette chance, nous nous transporterons le plus
haut possible, de manire  pouvoir tablir notre quartier gnral
tout prs de la base du Khan Tengri. Il doit tre, certainement, au
point terminus de cette gigantesque coule de glace, que les nomades
appellent le tchiou mouz, le grand glacier.

La surface est trs mouvemente: c'est tout un systme de lacs et de
torrents, de combes et de monticules, littralement encombrs de
pierres qui, suivant leur provenance et la plasticit du glacier,
s'accumulent en stries longitudinales et transversales, de couleurs
varies. Vu d'en haut, le glacier ressemble  la carapace d'un
reptile.

Nous n'attendons pas longtemps pour nous apercevoir de l'impossibilit
absolue d'y amener nos btes,  cause du manque de pturages et de
l'impraticabilit du terrain. Pour remonter le glacier d'Inghiltchik
jusqu' ses origines et y sjourner pendant quelques semaines, il et
fallu avoir sous la main une quipe de porteurs solides et chausss
_ad hoc_; ce qui n'tait pas le cas des hommes dont nous disposions,
ni de ceux que nous aurions pu trouver dans les valles voisines. Ils
sont d'abord mal habills, et puis on ne peut leur faire porter quoi
que ce soit sur les paules. Nous nous rsignmes donc  chercher
ailleurs le point d'attaque du Khan Tengri. Nous dcidmes de
l'aborder depuis le col du Mouj-art, en passant sur le territoire
chinois.

En levant le camp, nous ne fmes pas peu surpris de voir le djighite
nous amener un vieux Kirghize qui vint, sur-le-champ, se prosterner
devant nous comme s'il implorait une grce. Ce n'tait rien moins que
le chef, le _chirta_, de toute la valle de Kande, venu exprs pour
offrir ses bons offices. La veille, pendant que nous dambulions sur
le glacier d'Inghiltchik, le djighite avait tout  coup disparu sans
crier gare et, pour qurir son homme, il avait parcouru tout
simplement 150 verstes et accompli le voyage en vingt-quatre heures.

Matre Abbas, abandonnant pour un moment ses casseroles, remplit
gravement les fonctions de matre des crmonies et d'interprte.
D'une flegmatique imperturbabilit, il envisagea la chose avec son
tact habituel, c'est--dire en traitant son hte comme une vieille
connaissance  lui. Il faut dire qu'il n'aimait gure les Kirghizes,
il les considrait comme des quantits ngligeables. En parlant d'eux
et de leurs femmes, il avait coutume de dire que c'taient des
chiens.... capables de manger jusqu' des charognes.

Ce _chirta_ ne paraissait pas,  vrai dire, d'une trs haute
distinction. Sauf quelques paroles de convenance, qu'Abbas nous
traduisait dans son franais de Thran, il ne savait gure s'exprimer
qu' force de courbettes et de salamalecs, qu'il excutait
automatiquement  tout propos, en fermant les yeux et en pressant les
mains sur la poitrine.

 peine tions-nous en route que deux nouveaux cavaliers vinrent 
notre rencontre et se joignirent  nous. C'taient deux sujets de
notre autocrate en raccourci, mands par lui pour venir en aide 
notre caravane. Comme on le voit, si ce chef n'tait pas trs avenant,
il connaissait au moins les rgles lmentaires de l'hospitalit.

Ces hommes nous furent d'une grande utilit pour passer  gu le
fleuve qui, en certains endroits, mesurait prs de 200 mtres de
largeur. Nous atterrmes sur l'autre rive,  l'entre du vallon
d'Attialo, le seul passage communiquant avec la valle de Kande qui
longe, au sud, celle d'Inghiltchik.

Le contrefort qui les spare se prsente, au point de vue gologique,
comme le noyau central du groupe du Khan Tengri. C'est un systme
ayant des caractres propres, tant par son aspect extrieur que par la
nature de ses roches.  son profil anguleux et  la disposition en
ventail des couches granitiques, on reconnat aisment l'origine
plutonique de sa formation. Ce qui est surprenant dans la constitution
de ce massif, c'est qu' un moment donn il cesse inopinment, coup
en biais, du sud-ouest au nord-est, par l'entaille des gorges
d'Attialo. De loin, on ne s'attendrait pas  cette surprise, parce
que la chane ne semble gure interrompue et parat continuer sous la
forme attnue d'un contrefort servant d'appui gigantesque  la masse
imposante du Kizil-tao. Mais, de prs, comme nous le constatons en
remontant le vallon d'Attialo, on dcouvre que cet appendice montueux
est d'une origine et d'une structure toutes diffrentes.

[Illustration: Valle de Kande: l'eau d'un lac s'coulait au milieu
d'une prairie maille de fleurs.--D'aprs une photographie.]

Aprs deux ou trois verstes, le vallon se partage en deux:  gauche,
une effroyable tranche parat contourner le bastion de granit, comme
pour l'isoler. Nous prenons par celui de droite. Aprs quelques heures
de rapide monte, la pluie nous surprend et nous oblige de nous
arrter au pied d'une paroi de rochers, coiffe de glaces. Il y a bien
des pierres qui dgringolent de temps  autre et voltigent autour de
notre camp, mais, habitus comme nous sommes  ces bagatelles, nous
n'y faisons mme plus attention.

C'est le chapeau rabattu, le col relev et le plaid sur les paules,
que nous partons de notre bivouac de 3000 mtres, sans savoir au
juste o nous coucherons le soir. Lentement, fouetts par la pluie que
le vent chasse contre nous, nous gravissons l'chelonnement des
terrasses ventres par les boulements, contournant de temps  autre
quelques moraines, dont les glaciers s'enfuient dans des gouffres
envelopps de brouillard,  notre gauche.

Au sommet du col, les nuages se dchirent un instant, et nous nous
apercevons que nous frlons un lac, dont l'eau s'coule en serpentant
au milieu d'une prairie maille de fleurs. Dans notre singulier tat
d'me, voisin de l'indolence maussade, cette esquisse de paysage, aux
lignes estompes et noyes dans un flottement de vapeurs, nous est
comme un soulagement. La lourdeur apathique dans laquelle sommeillait
notre esprit, disparat tout  coup, et c'est presque avec
enthousiasme que nous saluons ce lambeau de gazon ensoleill, qui nous
rappelle un petit coin des Alpes, un fragment de la patrie lointaine.

Mais cet attendrissement nostalgique n'est pas de longue dure. Aprs
cette oasis alpestre, nous nous engageons, sans transition aucune,
dans un affreux dfil, qui nous fait l'effet de quelque tunnel.

[Illustration: Les femmes kirghizes d'Oustchiar se rangrent, avec
leurs enfants, sur notre passage (page 489).--D'aprs une
photographie.]

Le temps s'obscurcit et la pluie recommence de plus belle. Le torrent
s'est grossi dmesurment. Il nous faut quand mme le traverser et le
longer  plusieurs reprises, avec la menace continuelle des pierres
qui se dtachent des pentes suprieures et dgringolent avec une
rapidit extraordinaire. Pour viter des accidents, nous sommes
contraints  de prilleuses galopades sur le terrain tremp et
glissant au plus haut degr.

Soudain, le djighite s'arrte tout court et nous fait signe d'en faire
autant. Il nous dit alors, qu'un peu plus loin il y a un prcipice
trs dangereux, et qu'il serait de la dernire imprudence de s'y
aventurer. Nous nous regardons interloqus. Que faire? Pourquoi ne
nous avait-il pas avertis plutt? Devrons-nous camper en cet endroit?
Nous nous trouvons sur une bande de gravois charris par la rivire,
dont l'eau tourbillonne  ct, entranant, dans sa course, de gros
blocs qui, en formant un barrage, auraient pu enlever notre camp et
nous avec lui.

Mais  la seule pense de retourner en arrire et de refaire la route
de tout  l'heure, nous nous rsignons  accepter notre triste sort.
Ce soir-l, nous ne nous attardmes pas  flner, comme d'habitude,
autour des tentes, pour faire la causette, et nous ne dnmes pas non
plus sur le tchiamkerr tendu  l'entre de nos demeures. Aprs une
courte inspection sur la solidit de celles-ci et une enqute sur leur
impermabilit, nous enfilmes nos sacs-lits et nous attendmes que le
Dieu du sommeil mt un terme  notre surexcitation.

[Illustration: Le chirta de Kande (page 485).--D'aprs une
photographie.]

Pendant la nuit, les cauchemars les plus insenss nous faisaient
sursauter  chaque instant, avec la hantise s'attachant  notre esprit
qu' tout moment nous allions tre anantis. La pluie qui crpitait
avec une intensit toujours croissante sur la toile, nous faisait
penser au torrent, dont le volume d'eau avait d augmenter encore et
dans lequel on entendait s'entrechoquer sourdement les pierres que le
courant dsagrgeait des berges. Et les alles et venues des chevaux
qui rdaient autour du camp, frlant les tentes, buttant contre les
piquets et les cordes tendues, n'taient pas sans nous donner de
srieuses apprhensions sur la solidit de notre logis.

Vers le matin cependant, les nuages se dissiprent, et un splendide
soleil scha vite nos bagages tremps.

Le prcipice, dont le djighite nous avait entretenus la veille, tait
une norme crevasse s'ouvrant dans la montagne dans le sens de la
pente. Nous dmes le remonter et le contourner avec mille prcautions,
 cause de l'humidit du sol. Avant de quitter les gorges d'Attial,
nous refaisons instinctivement le geste fameux du Dante. Arrivs en
lieu sr, nous contemplons la beaut farouche de ce gouffre, o le
torrent se dbat furieusement entre les parois exigus qui
l'emprisonnent, disparaissant de temps en temps dans des antres
invisibles.

Le versant que nous venons de ctoyer prsente  dcouvert sa rude
charpente en gneiss micaschiste, ravage a et l par les
effondrements des assises rocheuses, dont les dbris se sont entasss
les uns sur les autres, formant une mosaque accidente de pierres de
toutes couleurs et de toutes tailles. Mais de l'autre ct, la nature
plus solide de la roche a conserv aux escarpements leur structure
primitive; ce sont des parois verticales, s'tageant en gradins, et
dchiquetes au fate par des blocs isols, qui donnent l'illusion
d'un formidable castel du Moyen ge. La couleur ferrugineuse des
roches, stries verticalement de bandes bleutres, brunies par
l'coulement des eaux, et une multitude de trous vass produits par
je ne sais quel agent, donnaient  cette assise de calcaire
dolomitique une vtust d'un pittoresque charmant.

Aprs quelques dtours, nous descendons dans la valle de Kande, o
le chirta nous attendait avec deux hommes de sa tribu. Il nous
apportait une outre pleine de koumiss, qu'il nous offrit trs
obligeamment. Puis, prenant la tte de la caravane, il nous guida 
travers le ddale de canaux qui sillonnent les pierres du thalweg et
nous amena, aprs force baignades, sur un tertre gazonn,  la lisire
d'un bois de sapins.

[Illustration: Nous salumes la valle de Kande comme un coin de la
terre des alpes (page 480).--D'aprs une photographie.]

L, le chef nous invite  pousser jusqu' son aoul, qui se trouve 
environ une demi-journe de marche, en amont. Mais presss comme nous
sommes d'atteindre le but de nos prgrinations, nous dclinons ses
avances, en lui laissant esprer que plus tard peut-tre nous serions
 mme d'acquiescer  son dsir.

Pour franchir le contrefort qui flanque au sud la valle de Kande, il
nous faut redescendre celle-ci pendant trois heures environ, aprs
quoi nous serpentons  travers de beaux pturages, jusqu'au col
d'Oustchiar, que nous touchons vers deux heures de l'aprs-midi. L
encore, deux Kirghizes aux visages inconnus, nous attendent avec la
provision traditionnelle de koumiss. Leur prsence nous tonne
profondment. Comment ces hommes savaient-ils notre venue, puisqu'ils
habitent l'autre versant? Mystre! Escorts par ces deux cavaliers
d'honneur, nous arrivmes une heure aprs  leur aoul, tabli prs
d'un torrent dans le creux de la courbe.

Tous les hommes prsents s'en vinrent incontinent  notre rencontre,
pendant que les enfants se sauvaient pouvants et que les femmes nous
guettaient anxieusement  travers les fissures des yourtes. C'tait,
pour tout ce monde, un vnement incomprhensible, que notre visite
dans leur pays.

Aussi le djighite et Abbas avaient-ils grand'peine  leur expliquer le
but de notre voyage et  les convaincre qu'aucune ide hostile ne nous
animait.

Pendant toute l'aprs-midi notre camp se trouva envahi par l'lment
mle de la colonie, qui fraternisait avec nous comme avec de vieux
amis. Les Kirghizes ont ceci de particulier, qu'ils deviennent d'une
effronterie extraordinaire une fois qu'ils vous savent inoffensifs. Le
koumiss coula  flots, chang par Abbas contre de copieuses libations
de th, prpar d'avance dans une grande marmite.

Dans la soire, nous fmes un petit tour au milieu des yourtes, au
grand ahurissement des femmes, qui se cachaient  notre approche. Mais
les maris qui nous accompagnaient les firent sortir et ranger sur
notre passage; elles s'excutrent avec assez de bonne grce. Si leur
accoutrement tait pittoresque, leurs personnes n'avaient rien de bien
apptissant, et, il fallait quelque attention pour les distinguer des
hommes, tellement leur charpente tait disgracieuse et leurs traits
durs et repoussants.

Invits par un Kirghize, nous pntrmes dans une yourte. Deux femmes
se tenaient dissimules derrire un rideau; sur notre demande, le mari
le fit glisser sur la tringle. Une d'elles tait occupe auprs d'un
bb de quelques mois, qu'elle emmaillottait avec des peaux d'agneaux.
Elle lui tendit bientt un biberon fait d'une corne de boeuf vide,
avec au bout une ventouse de parchemin en guise de suon. L'autre
femme tait en train de broder pour son poux une calotte. Pour ce
faire, elle avait tendu l'toffe sur un cercle en bois, qu'elle tenait
entre ses genoux, et passait  travers le tissu un fil de laine, au
moyen d'une pointe d'os. Le dessin n'tait gure symtrique, mais les
couleurs, bien que trop vives, taient savamment combines, et le tout
formait un ensemble harmonieux de teintes et de lignes.

Sur ces entrefaites, le btail rentra. Ce fut un spectacle saisissant,
que cette avalanche d'animaux, descendant des pentes de la montagne,
refouls par les ptres jusque dans l'emplacement exigu o on les
parque pendant la nuit. Un affolement gnral rgne dans l'aoul, 
l'arrive des troupeaux. Toutes les femmes sortent des yourtes;
chacune cherche  reconnatre son btail, l'appelle et s'efforce de le
runir.  cet effet, on tend par terre une longue corde, o l'on
attache les brebis, les chvres, les vaches et les juments.

Les jeunes gens aident leurs mres  trier les btes. Mais les hommes
se gardent bien de faire quoi que ce soit; ils se contentent
d'observer et, le cas chant, de gronder les femmes, si elles se
trompent. De gros marmots joufflus, gs de deux ou trois ans  peine,
 la peau tanne par l'air, aux formes rebondies, laids comme des
Kirghizes, petits monstres de sant, se mlent  la bagarre, se
roulent, courent nus comme des btes, en voulant imiter leurs ans.

_29 juillet._--Avant de quitter l'aoul d'Oustchiar, comme un de nos
chevaux boitait srieusement, nous l'changemes moyennant quelques
roubles contre un autre appartenant aux nomades.  ce petit march
assista naturellement toute la tribu, et Dieu sait combien il aurait
dur si nous n'avions pas ordonn  Abbas d'envoyer se promener tous
ces faiseurs d'embarras.

 dix heures, nous atteignons le col d'Artchiar qui s'ouvre dans le
petit contrefort qui spare les vallons d'Oustchiar et d'Artchiar.
Depuis le sommet on jouit d'une belle vue sur le pic d'Oustchiar,
s'levant au del de l'aoul, revtu d'une cuirasse de glace, et coiff
d'une toque de neige. De l'autre ct du col, quatre ou cinq ranges
de montagnes se superposent et s'entre-croisent, nous cachant
compltement l'issue de la conque qui dcline  nos pieds. Cependant
nous suivons l'encoignure de la combe qui nous mne en quelques heures
dans un tranglement du vallon, o le torrent disparat tout  coup
dans un prcipice, dont les parois se rapprochent pour nous barrer la
route.

Mais une espce de sentier escalade une coule d'boulis et ctoie une
suite de promontoires et d'perons qui s'lancent audacieusement dans
le vide. Nous nous trouvons environns par une affreuse tombe de
roches disloques et tourmentes en tout sens, s'croulant
vertigineusement  des profondeurs insondables. Il nous semble tre
enserrs dans un tau d'o nous chercherions vainement  nous dgager.

[Illustration: Femmes maries de la valle de Kande avec leur
progniture.--D'aprs une photographie.]

Pourtant les chevaux avancent toujours du mme pas alerte, se plient
avec une souplesse fline contre les grumeaux qui empitent sur le
sentier, vitent les pierres roulantes, contournent les craquelures,
traversent un avalement, enjambent un rcif; et ainsi de suite pendant
deux heures.

Cramponns nergiquement au pommeau de la selle, nous nous laissons
conduire, presque inconsciemment. Ce n'est pas le moment de mettre en
relief notre virtuosit hippique, et de faire de la haute cole. Le
moindre faux pas du cheval nous enverrait vite dans le nant. De temps
en temps nous nous assurons, du haut d'une minence, que toute la
caravane est au complet. Aprs le dernier mamelon, nous descendons par
des fondrires creuses dans des bancs de terre glaise, au fond du
vallon,  l'endroit o il se partage en deux embranchements.

La vgtation a tout  fait chang son caractre alpestre, et devient
d'une singulire tranget. Des herbes pineuses, coriaces,
mouchetes de fleurs multicolores, parsment le terrain d'un roux
fauve; des halliers  l'odeur nausabonde, des tamaris, des ails, des
thyms, toute une lgion de plantes inconnues simulent des gestes
convulsifs d'agonie et ont des exhalations ftides qui vous prennent 
la gorge. Puis un saule solitaire au beau milieu du torrent, tordu,
mutil par la violence des crues. Tout cet amoncellement de prcipices
et toute cette flore inaccoutume vous frappent d'tonnement et vous
font sentir que vous tes dans une ambiance insolite, o tout est
mystre, o le moindre objet vous saisit par sa bizarrerie.

[Illustration: L'lment mle de la colonie vint tout l'aprs-midi
voisiner dans notre campement (page 489).--D'aprs une photographie.]

L'unique chemin qui se prsente devant nous, c'est le lit du torrent,
large de quelques mtres seulement, dont l'eau s'vertue  trouver un
passage au milieu d'un amoncellement de blocs de toutes sortes et
entre deux hautes murailles qui s'lvent toutes droites vers le ciel.
Avec sa teinte sombre de cachot macule des taches sanglantes de
lichens, cette saigne de la montagne est d'un aspect vraiment
terrifiant. Mais, en songeant que depuis des sicles ces rochers
menacent ainsi les voyageurs, nous franchissons sans crainte l'entre
de cet enfer et nous pntrons dans la pnombre de la gorge.

Aprs quelques pas, le couloir formant un coude brusque, le torrent se
jette violemment contre la paroi de rochers, nous coupant la route.
Force nous est alors de faire un plongeon dans l'eau, et d'y patauger
avec l'ala d'une noyade. Ce jeu prilleux se renouvelle maintes fois,
au grand mcontentement de Zurbriggen qui ne semble pas avoir des
sympathies trs prononces pour ces manoeuvres nautiques. Aussi met-il
prudemment sa pipe insparable dans la poche, pour avoir les mains
plus libres et parer aux chutes.

Les gorges d'Artchiar se greffent directement sur la valle de Kokab,
vers laquelle nous nous dirigions. Nous nous arrtmes sur une langue
de terre s'enfonant entre les deux fleuves. Cette digue, forme par
le hasard des alluvions, tait une sorte de prau dans la claustrale
svrit de ces montagnes dnudes. Partout, les flancs de la valle
descendaient  pic dans le foss du fleuve, dlabrs, labours et
lavs par le branle-bas des averses.

Le soir, nous allumons de grands feux pour faire peur aux fauves, qui,
au dire des Kirghizes, abondent dans les environs.

Notre intention tant de descendre sur le territoire chinois, afin
d'aborder le Khan Tengri par la valle du Mouj-art, nous comptions
suivre le cours du Kokab-sou, pensant qu'il nous aurait conduits en
amont d'Ak-sou. Mais nous faisions notre projet sans connatre le
terrain sur lequel nous allions voluer.

En touchant la valle de Kokab nous constatons de suite
l'impossibilit absolue de continuer notre chemin de ce ct. Une
tranche de prs de mille mtres de profondeur, et dans l'troit
encaissement un courant imptueux qui tourbillonnait avec une
vhmence effrne, soulevant des nuages de vapeurs, voil ce dont
nous disposons pour tout chemin. Il ne fallait pas y songer.

En amont, la valle parat plus accessible, et un adoucissement de la
cte nous invite  en tenter la monte. Cependant, aprs avoir suivi
pendant quelque temps le talus de la montagne, aprs avoir pass  gu
le fleuve, nous nous trouvons tout  coup dans la position
dsavantageuse d'avoir  combattre de front le courant. L'eau tait
profonde de 3  4 mtres.  peine les chevaux s'y plongent qu'ils sont
entrans comme des plumes. Et encore si, cet obstacle franchi, la
route tait libre! Autant que le regard peut fouiller, il ne voit que
prcipices sur prcipices.

Nous sommes tout  fait consterns. tre venus de si loin pour butter
contre des rochers, c'tait bien la peine! Mais que faire? Nous ne
pouvions gure admettre de poursuivre notre voyage  pied. Bon gr,
mal gr, il nous fallait battre en retraite.

En attendant, comme nous ne nous sentons pas le courage de recommencer
les baignades de tout  l'heure, nous campons o nous nous trouvons.
Avec un peu de bonne volont nous dblayons le terrain des pierres,
tandis que les chevaux s'en vont brouter les ramilles des buissons de
la berge.

Nous ne voulons pourtant pas quitter la valle de Kokab avant d'tre
fixs sur sa physionomie. Le lendemain, nous escaladons la montagne 
laquelle nous sommes adosss.

C'est une ascension pnible et longue  la fois, pendant laquelle nous
rencontrons de nombreux troupeaux de bouquetins, aux cornes normes,
appels par les savants _ovis argalis_.

 quatre heures, nous atteignons 3850 mtres. Nous ne sommes pas
encore arrivs sur le plus haut sommet du contrefort; mais, comme il
est tard, il faut aussi que nous mnagions du temps pour la descente.

De notre belvdre nous n'apercevions, malheureusement, que les bosses
des chanons convergeant vers l'axe de la valle de Kokab.  l'est et
au sud, des pics de 5000  6000 mtres dressent leurs masses de
granit recouvertes de glaciers et de neiges ternelles.  l'extrmit
du Kok-Chaal-tao, s'ouvre une large baie, d'o nous entrevoyons une
plaine vaporeuse, probablement le dsert de Taclamakan.

Mais le soleil dcline  l'horizon.  2000 mtres de profondeur, on
voit distinctement nos hommes et nos btes fourmillant autour des
tentes, dresses sur l'emplacement de l'avant-veille. Le chemin pour y
arriver semble tout indiqu par une tombe d'boulis, s'engouffrant
dans un couloir. En quelques bonds nous y arrivons. Mais l commence
la srie de nos malheurs. Il nous faut franchir des sauts de rochers,
nous laisser glisser sur des pierres suintantes, marcher  petits pas
dans des gouttires, faire en somme des tours d'acrobates, recevoir
mme le corpulent Zurbriggen sur les paules. Et quand nous croyons
avoir termin la srie des msaventures, nous nous trouvons tout juste
au commencement des gorges d'Artchiar!

Voil qui est vexant! Comme bien vous pensez, nous n'avions aucunement
envie de nous accommoder pendant toute la nuit de ce cachot, avec la
perspective d'une pneumonie. Prenant philosophiquement ce fcheux
contre-temps, nous dcidons cote que cote d'atteindre au plus vite
notre camp. Mais c'est  grand-peine. Pourtant, attachs tous les
trois  la mme corde, en sondant l'eau avec les pieds, en ttant le
vide avec le piolet ou les mains,  minuit nous parvenons au camp. Il
est vrai que nous avions les chaussures bourres de gravier, que nos
sacs taient remplis d'eau, et que nous-mmes nous tions tremps
jusqu'aux os. Un bon feu, une bonne soupe et un somme prolong eurent
vite raison des souffrances endures pendant cette malencontreuse
nuit.

  (_ suivre._)                         JULES BROCHEREL.

[Illustration: Un aoul kirghize.]

Droits de traduction et de reproductions rservs.




  TOME IX, NOUVELLE SRIE.--42e LIV.         N 42.--21 Octobre 1905.


[Illustration: Yeux brids, pommettes saillantes, nez pat, les
femmes de Kande sont de vilaines kirghizes (page 496).--D'aprs une
photographie.]




VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHSE AUX MONTS CLESTES[3]

         [Note 3: _Suite. Voyez pages 457, 469 et 481._]

PAR M. JULES BROCHEREL.

     IV. -- Vers l'aiguille d'Oustchiar. -- L'aoul de Kande. -- En
     vue du Khan Tengri. -- Le glacier de Kande. -- Bloqus par la
     neige. -- Nous songeons au retour. -- Dans la valle de l'Irtach.
     -- Chez le kaltch. -- Cuisine de Kirghize. -- Fin des travaux
     topographiques. -- Un enterrement kirghize.


[Illustration: Enfant kirghize.--D'aprs une photographie.]

_1er aot._--Journe de repos aux gorges d'Artchiar. On prend force
bains d'eau et de soleil. On herborise dans les environs; des plantes
rares enrichissent notre collection. Dans l'aprs-midi, une bande de
loups traverse les coteaux. Nous leur envoyons quelques balles; ils se
sauvent en hurlant.

Pendant la nuit s'est abattue une pluie torrentielle, et vingt-quatre
heures durant c'est une cataracte du ciel, une avalanche de boue et de
pierres qui nous tiennent confins sous nos tentes. La montagne semble
prise d'une attaque de nerfs. Le Kokab-sou, formant la gouttire des
deux versants, recueille l'apport de milliers de torrents, qui se
prcipitent des hauteurs, entranant tout sur leur passage. La
montagne ressemble  une norme ponge, vomissant de toutes parts des
flots de liquide.

Les deux fleuves varient  tout moment la direction de leur courant,
et viennent menacer le soubassement de notre logis.

Le 3 aot, en sortant des tentes, nous retrouvons un ciel limpide
comme une glace, et un soleil flamboyant. La montagne s'est tue, et de
l'emportement de la veille il ne subsiste que de tardifs larmoiements
qui ruissellent dans les rainures, et imprgnent l'air d'une agrable
fracheur.

Nous pouvons donc, sans trop de dangers, affronter le dfil
d'Artchiar, remonter au col, recommencer en somme le chemin que nous
avions fait cinq jours auparavant.

Le soir, quand, aprs avoir rencontr en route un berger et son
troupeau nous arrivons  Oustchiar, les nomades se montrent enchants
de nous revoir. Nous y trouvons un courrier mand exprs par le
gouverneur de Prjevalsk. Il nous prsente une lettre par laquelle nous
apprenons la guerre qui vient d'clater en Chine. Ce fonctionnaire
nous conseille fort d'viter ce territoire volcanique, pour nous
pargner des dsagrments.

[Illustration: Kirghize dressant un aigle.--D'aprs une photographie.]

Dans la matine du jour suivant, nous nous mlons aux Kirghizes,
visitant leurs tentes, nous intressant  leurs travaux (l'un d'eux
dressait un aigle), observant les femmes dans leurs occupations, et
leur offrant des bijoux en aluminium. Trs touches, elles nous
sourient gracieusement, et, si elles le pouvaient, elles entameraient
bien une causette avec nous. Elles ne semblent plus effarouches; au
contraire.

 trois heures de l'aprs-midi, le prince, Zurbriggen et moi,
accompagns d'un cavalier kirghize, nous partons pour une excursion.
C'est vers l'lgante aiguille d'Oustchiar que nous dirigeons nos pas.
 la tombe de la nuit, nous bivouaquons  3850 mtres,  la base de
la pyramide terminale.

Zurbriggen nous assure en partant que nous djeunerons au camp.
Seulement, il ne prvoit pas la chemine de glaces, qui nous attend,
et o,  la merci des avalanches de pierres, nous restons quatre
heures pour gagner quelques centaines de mtres. Glace dcouverte,
verglas sur les rochers, attaches s'enlevant au moindre effort,
c'tait plus qu'il ne fallait pour nous dcourager.

Mais avec de la patience et de la prudence on arrive  bout de tout:
nous atteignons l'arte sud; suivant son tranchant puis le dos d'un
nv,  une heure de l'aprs-midi nous posons le pied sur l'extrme
calotte de l'aiguille d'Oustchiar. On procde immdiatement  son
baptme; aprs quoi, nous donnons satisfaction  nos estomacs.

[Illustration: Itinraire du voyage aux Monts Clestes.]

C'est 4500 mtres d'altitude que mesure ce clocheton de granit et de
glace. Notre premier souci, c'est de regarder si nous apercevons le
fameux Khan Tengri. Nous n'avons pas de peine  le discerner, car il
se dtache au fond de la valle de Kande, pos sur un socle de
glaciers qui divergent de tous les cts. Les deux valles de Kande
et de Kokab s'allongent au couchant et au sud, se tournant le dos.

Mais cette surface mouvemente de roches est d'un aspect triste et
d'une sauvagerie sans gale. Pas la moindre tache de vert ne trouble
la teinte terreuse de cette rgion torrfie par la chaleur du soleil.
Si ce n'tait la dentelle de neige qui frange les cnes hrissant la
croupe des contreforts, on dirait un relief ptri dans de la terre
glaise.

[Illustration: Nous rencontrmes sur la route d'Oustchiar un berger et
son troupeau (page 493).--D'aprs une photographie.]

Au sud, deux pics, l'Ak-sou-tao et le Djannart-tao, posts en
sentinelles  l'entre de deux valles, paraissent tre placs pour
veiller  l'approche d'un ennemi imaginaire. Entre eux deux s'ouvre la
baie, par o s'chappent les eaux du Djannart-sou, que nous voyons
serpenter au loin, comme un ruban d'argent, dans les plaines bleutres
de la Kachgarie. Au-dessus, une raie indcise nous indique la position
des collines de Bittama-tao, cernant au sud le plateau d'Outch
Tourfan. Plus loin, c'est le Gobi fabuleux, qu'on devine plutt qu'on
ne le voit dans les lignes de l'horizon.

Nous sommes admirablement placs pour embrasser, d'un seul coup
d'oeil, la vasque immense qui recueille les eaux de centaines de
glaciers, et est borde tout autour par un cercle de montagnes hautes
de 5000 mtres. Nous constatons que l'artre principale de ce systme
hydrographique est le Saridjass-sou, qui, sauf aux dbouchs des
valles, est enfoui dans un foss troit et profond, long de prs de
300 verstes. C'est un spectacle curieux et imposant  la fois, que de
voir ce fleuve majestueux, blanc comme du lait, circuler dans les
mandres des montagnes, disparatre soudain au tournant d'un mamelon,
pour se montrer plus loin comme s'il sortait des entrailles de la
terre.

Au couchant, deux valles nous font vis--vis:  gauche, celle de
Djannart, avec les vallons du Katch, de Bichirtik et d'Archiriak
creuss dans la masse du Kook-chaal-tao. Au fond, l'chancrure
d'Ichtik nous laisse apercevoir les moutonnements du plateau de
Karagan, o prend naissance le Naryn, qui devient plus bas le
Syr-Daria.  droite, la valle d'Irtach, aprs un parcours d'une
trentaine de verstes, tourne brusquement au nord, derrire les massifs
de Terekty-tao et de Keou-eou-leou-tao.

Nous nous arrtons encore un instant pour admirer les trois pics qui
tiennent compagnie  l'Aiguille d'Oustchiar, troitement groups les
uns prs des autres. Celui du milieu, surtout, conquiert de suite
notre attention. Son air rbarbatif n'est pas pour inviter  en tenter
l'escalade. Nous le nommons: _Kargan-tach_, l'aigle de pierre.

La descente au camp s'effectue d'une haleine. Et quand nous nous
retrouvons sous nos tentes spacieuses, autour de la nappe charge de
confitures, et que nous savourons le th au lait, il nous semble tre
dans un palais. Coucher sur le gazon aprs une nuit passe sur des
pierres et une journe sur la glace, c'est tout ce qu'on peut rver de
plus confortable, dans ces contres.

[Illustration: Je photographiai les kirghizes de Kande qui s'taient,
pour nous recevoir, assembls sur une minence.--D'aprs une
photographie.]

_6 aot._--La vue du Khan-Tengri nous donne un regain d'enthousiasme.
Il nous semble mme que son ascension n'est aucunement dangereuse. Il
suffirait d'aller camper  sa base et d'attendre le moment propice
pour en effectuer l'escalade. Seulement, il faut que le temps se mette
au beau, sans quoi on ne pourrait y arriver.

Aujourd'hui on flne tout comme les Kirghizes, et, pareils  des
enfants, nous nous roulons sur le gazon. Aprs un surmenage physique
et une longue tension de nerfs, on aime  s'allonger parmi les herbes,
et  regarder courir les nuages pendant que les muscles se dtendent
et que le sang reprend son rythme habituel. C'est d'une hygine bien
entendue.

Le lendemain nous partons pour l'aoul de Kande. Les Kirghizes
viennent nous accompagner jusque sur le col d'Oustchiar. Nous
refaisons le chemin du 28 juillet; puis nous suivons le flanc gauche
de la valle, en douce dclivit et recouvert de pturages, entremls
de bois de sapins.

Au soleil couchant nous atteignons le campement des nomades. Ceux-ci,
assembls sur une minence, nous accueillent avec des _salams_ et des
_bas_ qui n'en finissent plus. Le _chirta_ nous fait dire que lui,
sa famille et sa tribu sont trs heureux de nous avoir pour htes. Il
nous prie de rester pendant quelques jours, ce que nous acceptons de
bon coeur.

L'aoul de Kande compte environ cent cinquante individus, partags en
une vingtaine de tentes.

Abbas nous ayant dit que le _chirta_ avait sa fille fiance, nous
faisons tant et si bien, qu'on nous la laisse voir et portraiturer.
Mais, avant de se prsenter, elle se fait une toilette en rgle,
endossant ses plus beaux atours. Elle est toute jeune, et trs grande
pour son ge. Mais, bien qu'elle soit habille en soie, chamarre de
bijoux aux doigts, aux poignets et aux oreilles; qu'elle porte des
bottines richement travailles et qu'elle se coiffe d'une toque en
fourrure avec une aigrette de plumes blanches, elle reste toujours une
vilaine Kirghize, avec des yeux brids, des pommettes saillantes et un
nez pat. Il s'en faut de beaucoup que cette jeune personne excite
notre admiration.

Elle est promise au _kaltch_--ou chef--de la valle d'Irtach, un des
plus riches nomades de la contre. Mais, avant de prendre possession
de ce trsor, celui-ci devra soustraire pas mal d'units du nombre de
ses troupeaux. Le chirta, appuy par ses deux fils clibataires,
avait t d'une exigence extrme: le jour du mariage, l'poux devra
lui amener 40 chameaux, 400 chevaux et 5000 moutons, sans compter une
foule d'autres petits cadeaux secondaires. Ce que c'est que d'tre la
fille d'un chef, et d'avoir treize ans!

_9 aot._--Aprs quelques heures de marche nous arrivons au glacier de
Kande et nous prenons par la moraine de gauche pendant deux ou trois
verstes. Le chaos de blocs s'paississant de plus en plus, nous ne
croyons pas devoir pousser plus loin et nous cherchons un emplacement
pour notre camp. Nous le trouvons dans une ride de la cte de la
montagne, entre deux torrents dvalant des glaciers suprieurs.

L'endroit est pourvu de tout le ncessaire pour un sjour prolong.
Les buissons de _to-gorouks_ abondent, une source d'eau gazouille 
ct, et les chevaux ont de quoi satisfaire leur apptit.

Le jour suivant, nous grimpons jusqu' 4000 mtres, au-dessus de
notre camp, pour faire une reconnaissance et nous assurer si nous ne
pourrions pas aller un peu plus haut avec les chevaux.

[Illustration: Le glacier de Kande.--D'aprs une photographie.]

Le glacier de Kande est encaiss trs troitement entre deux hautes
parois de rochers, et s'avance, ou plutt coule lentement, sans que sa
surface accuse un obstacle trop violent.  droite et  gauche, il s'en
racine au sein mme de la montagne, par une multitude de glaciers
secondaires qui se dessinent nettement  leur jonction par des
panchements blanchtres, quasi-spars par des chapelets de
pierrailles.

Une double range de pics, sombres clochetons de pierre ou
tincelantes pyramides de glace, se dressent de chaque ct, semblant
lui faire une escorte d'honneur. Au fond, dominant tous les autres, se
lve le Khan Tengri, qui apparat comme un globe norme de cristal,
comme le dme d'une mosque colossale. Il n'a rien de rebutant et se
prsente plutt comme un souverain oriental, qui, du haut de sa
ventripotence accueille ses courtisans avec un sourire bat.

Comme nous apercevons des bandes de gazon qui revtent les dpendances
du glacier, et que celui-ci est plat et presque pas accident, nous
croyons pouvoir y conduire nos chevaux et camper  quelques verstes
plus haut.

Laissant une partie de notre bagage, de nos provisions, des chevaux et
des moutons,  la garde du djighite, le lendemain nous nous acheminons
sur le glacier de Kande. Pendant la journe, nous gagnons  peine 15
kilomtres. Mais avec combien de peines, d'ennuis et de cruaut 
l'gard de nos pauvres btes! Celles-ci sont tout  fait reintes. La
plupart ont les pieds qui saignent et les jarrets corchs. Un cheval,
dans une chute, s'est mme bless  une cuisse, et le sang coule en
abondance. Le soir, on les ramne  un pturage qui se trouve en aval
de notre camp, pour y rester jusqu' notre retour.

Nous sommes  3296 mtres d'altitude. Nous campons sur le glacier
mme, ou plutt sur la crote de pierre qui le recouvre. Abbas se
trouve un peu dpays, et il nous fait observer que de sa vie il n'a
jamais vu de neige. Pensez donc! il vient des bords du Chatt el-arab!
Et il a toujours ses babouches aux pieds!

_12 aot._--Nous essuyons une tempte de neige, qui nous emprisonne
pendant toute la journe. Les chvres et les moutons ne font que bler
du matin au soir, et pour apaiser leur faim enrage ils mchent notre
bois de chauffage!

Nous sommes noys dans une masse de brouillards. Des confettis
unicolores voltigent incessamment et nous ensevelissent sous leurs
amoncellements. Si ce temps continue, nous allons tre enferms
pendant quelques jours, et mis  la dite.

Le temps, aprs deux jours, s'est enfin remis au beau, et nous en
profitons pour une excursion au fond du glacier. Trois Kirghizes,
chausss sommairement de pantoufles en peau de cheval, nous
accompagnent comme porteurs. Ne sachant pas combien de temps nous
resterons partis, nous forons la dose de nos provisions de bouche, et
nous emportons deux tentes.

Pour commencer, tout va bien. Nous marchons sur le gravier qui couvre
le glacier, puis sur la glace mme; la petite couche de neige ne nous
gne pas. Mais,  mesure que nous avanons, la neige devient de plus
en plus paisse et molle; et force nous est de nous attacher  la
corde. Le glacier se fend en des crevasses transversales, se creuse en
des avalements et se troue de moulins d'eau, o nous marchons avec
beaucoup de circonspection. Malgr toute la mastria de Zurbriggen,
qui nous guide, il nous arriverait que, la neige cdant tout  coup
sous le poids de notre corps, nous disparatrions dans des oubliettes,
si la providentielle corde ne nous retenait pas.

Vers la partie suprieure, le glacier prsente une petite cascade de
sracs. La chute n'est gure comparable  celle de la Mer de Glace,
mais les flures sont si serres les unes contre les autres, et si
longues, qu'elles ressemblent aux feuillets d'un livre entr'ouvert.
Pour cheminer l-dessus, il faut tre des quilibristes de premier
ordre; et encore, c'est tellement fragile, que tout semble devoir
s'effondrer au moindre choc des piolets.

[Illustration: L'aiguille d'Oustchiar vue de Kande (page 494).]

Nous croyons donc qu'il vaut mieux l'viter et prendre par la pente de
neige qui descend  notre gauche, et sur laquelle dgringolent les
avalanches d'un glacier suprieur. L, nous sommes rassurs sur la
solidit non quivoque du sol sur lequel nous marchons, mais la menace
d'une vole de blocs de glaons nous met des ailes aux pieds, et,
profitant d'une accalmie, en quelques bonds nous atterrissons sur une
moraine.

[Illustration: Notre cabane au pied de l'aiguille d'Oustchiar (page
494).--D'aprs des photographies.]

Bien qu'il soit assez raide et entreml de nvs, l'endroit,  dfaut
de mieux, se prte  un bivouac. Nous creusons un trou dans les
boulis, pour nous y coucher pendant la nuit; mais, en enlevant les
pierres, l'excavation se remplit d'eau, qui filtre  travers les
dtritus. Zurbriggen prfre se loger dans la fente d'un rocher.

Les Kirghizes, extnus de fatigue, refusent tout aliment; ils
souffrent horriblement des yeux, car, n'ayant pas de lunettes, la
rverbration de la neige les a affligs d'ophtalmie. Nous les
soignons de notre mieux, et leur recommandons de se tenir bien
chauffs sous leurs tentes.

La nuit n'est pas trs gaie. Avec les remous d'eau sous nos
impermables et les cailloux qui en sortent, avec 16 degrs de froid
et une couche de 20 centimtres de neige sur la toile de notre tente,
vous pouvez vous figurer ce que peut tre le sommeil!

Cependant,  5 heures, Zurbriggen nous rveille,--manire de parler,
car notre sommeil n'avait rien de trs profond. Tant bien que mal,
nous revtons nos effets, raides comme du bois, et nous chaussons les
brodequins, devenus de bronze. Tout tait gel, hommes et choses.
Aprs nous tre frotts des pieds  la tte pour nous dgourdir, nous
nous encordons, Zurbriggen en tte, moi en queue, et le prince au
milieu.

[Illustration: Kirghizes de Kande.--D'aprs une photographie.]

Nous nous dirigeons vers le col qui nous fait face, dans le but de
voir si, de ce ct, l'ascension du pic de Kande, que nous croyons
tre le Khan Tengri, est possible.

Notre bivouac se trouve  4040 mtres; le pic doit bien mesurer plus
de 6000 mtres. Entre celui-ci et une aiguille  notre gauche,
s'encaisse un glacier, se dcoupant en quelques crevasses.

Les premiers rayons du soleil frappent en plein la paroi de rochers
qui se dresse  droite du glacier, couverte d'un capuchon de glace
dont les bords penchent dans le vide avec une quantit de stalactites
qui paraissent attendre notre passage pour s'abattre sur nous.
Heureusement, ces dents de requins sont trop impatientes, et des tic
tac nous avertissent qu'il faut nous mfier de ces croquemitaines.

Nous nous engageons dans la zone des crevasses et commenons 
zigzaguer  droite et  gauche, en avant et en arrire, en avanant de
deux ou trois mtres chaque quart d'heure. Mais  un certain moment,
nous nous trouvons perchs sur le haut d'un monolithe de glace, avec
un gouffre qui nous cerne de toutes parts. Il y a bien une
pseudo-passerelle de neige qui franchit, tel un pont suspendu, une
troue bante, mais le guide, qui l'a sonde avec son piolet, n'ose
pas la prendre. Cependant, comme nous n'avons pas d'autres moyens pour
nous dgager de cette impasse, elle nous apparat comme notre unique
planche de salut. Tandis que le guide se trane doucement  quatre
pattes, nous tenons la corde solidement enroule au manche du piolet,
enfonc dans la neige. Un  un, nous rampons le plus lgrement
possible, en vitant de faire un choc quelconque ou d'lever la voix,
car la moindre vibration de l'air pourrait amener un effondrement de
neige.

Au del, le glacier s'aplanit. En quelques minutes, nous atteignons la
base du col, que nous gagnons en creusant force marches, dans la neige
durcie.

Le col d'_Ak-Monok_--c'est ainsi que nous le baptisons--atteint 4560
mtres, et s'ouvre  l'extrmit est du contrefort qui spare les deux
valles d'Inghiltchik et de Kande. Il est inutile de dire que nous
avons t les premiers  le franchir; nous serons peut-tre aussi les
derniers.

Cette petite excursion a t la plus fructueuse entreprise de
l'expdition; grce  elle, nous avons t  mme de connatre la
vraie topographie du Khan Tengri. Celui-ci n'tait aucunement le pic
que nous avions aperu depuis Oustchiar et qui s'levait au fond du
glacier de Kande. Il se trouve plus au nord,  vingt verstes du col
d'Ak-Monok.

[Illustration: Le pic de Kande s'lve  6000 mtres.--D'aprs une
photographie.]

Le glacier d'Inghiltchik se divise plus haut en deux grandes branches,
partages par un contrefort au sommet duquel se dgage la pyramide du
Khan Tengri. Ce pic se trouve, par consquent, isol, et n'a aucune
attache directe avec les nombreuses chanes qui rayonnent autour de
lui. Il est certain, cependant, que l'ossature granitique de ce
systme de montagnes doit ncessairement former un ensemble homogne,
et que le massif, au centre duquel surgit le Khan Tengri, comprend les
contreforts du Saridjass-taou, d'Inghiltchik-tao, de Kande-tao et de
Mouj-art-tao, pour ne parler que des principaux, et dont nous avons
constat l'existence.

Nous profitmes des avantages exceptionnels que nous offrait le col
d'Ak-Monok, pour faire des observations avec les instruments que nous
avions apports.

La descente se fit rapide, et en une heure nous arrivmes au bivouac.
Nous jugemes qu'il tait dsormais inutile de tenter l'ascension du
pic de Kande, celui que nous prtendions tre le Khan Tengri. Si le
temps n'avait pas t aussi inconstant, et si nos Kirghizes avaient pu
faire la navette entre le bivouac et le camp, nous y serions rests
pendant quelques jours encore. Nous aurions voulu savoir comment le
Khan Tengri tait fait de l'autre ct, et il nous aurait t possible
de lier convenablement,  des points de repre antrieurement dfinis,
la trame de notre trigonomtrie.

Le lendemain, les chevaux sont amens de trs bonne heure  notre
camp, du milieu du glacier de Kande. Mais  quel tat piteux taient
rduites ces pauvres btes; elles se tenaient  peine debout! Ayant
enfourch mon coursier, il se refuse  faire un pas. Il semble avoir
des jambes de bois. Je dois recourir  l'amabilit d'un Kirghize, qui
me cde sa monture.

[Illustration: La fille du chirta (chef) de Kande, fiance au
kaltch de la valle d'Irtach (page 496).--D'aprs une photographie.]

Cahin-caha, clopin-clopant, nous arrivons  l'endroit o nous avons
laiss le djighite. Il est en faction, mais par hasard. Nous pensons
bien, comme du reste il nous l'a avou plus tard, qu'il n'est pas
rest une minute  la garde de nos bagages. Il a pass son temps 
consoler les femmes dlaisses de Kande. Cependant, sa prsence dans
le pays a suffi pour viter l'envie de nous enlever notre matriel.

Pendant deux jours de suite, nous sommes clous sous les tentes, la
pluie ne cessant un instant de tomber. Il est inutile que nous
cherchions  nous draidir les membres. Le terrain est imprgn d'eau,
et on enfonce jusqu' la cheville, sans compter que si nous nous
cartions de quelques mtres nous servirions vite de cible  la
mitraille que la montagne nous lance sans cesse d'en haut.

Les chevaux, quand ils ne s'engouffrent pas dans des trous que leur
poids ouvre tout  coup, glissent de leurs quatre pieds jusqu' la
rencontre d'un rocher. Aussi ont-ils pris le parti de se tenir tous
assembls autour de nos tentes.

Toutefois,  force d'attendre, les nuages se dissipent, et nous
pouvons, sans trop de risques, nous dgager de ces lieux si
inhospitaliers. En quelques heures nous atteignons le campement des
nomades, qui, pendant notre absence, se sont transports plus en bas
dans la valle.

Les Kirghizes sont des gens trs serviables; ils guettent la moindre
occasion de se rendre utiles. Je ne comprends pas pourquoi des
voyageurs ont os les calomnier. S'ils sont rustres, ce n'est pas leur
faute; mais sous cette corce rude on retrouve quelquefois des
sentiments, qui, pour maner de barbares, ne sont pas moins trs
apprciables.

Nous comptions retourner  Prjevalsk en vitant de repasser sur le
chemin que nous avions pris en venant. Tout en htant les tapes nous
pensions visiter la valle d'Irtach, o nous songions tre en mesure
de clore notre lev topographique qui, de la sorte, aurait embrass
tout le bassin du Djannart-sou.

Nos chevaux taient tous plus ou moins fourbus; nous devions en outre
traverser de grands cours d'eau, o ces pauvres btes, anmies par le
surmenage, n'auraient peut-tre pas eu la force de sauver nos bagages.
Devinant notre perplexit, le chirta nous offrit trs obligeamment
trois chameaux pour le transport des colis, et des chevaux de selle
pour tous les membres de la caravane.  l'aoul d'Irtach on les
remplacerait par des animaux du kaltch, son futur gendre, auquel il
envoyait immdiatement une estafette pour le prvenir.

Tant d'amabilit ne pouvait nous laisser insensibles: nous prommes de
le rcompenser en payant largement les hommes qui nous accompagneraient,
et de le recommander auprs du Gouverneur de Prjevalsk, et on partit. En
quittant l'aoul nous dmes distribuer des _shake-hands_  tous les
membres de la tribu, tandis que les femmes se pressaient sur notre
passage, nous prsentant leurs nourrissons et nous criant  tue-tte:
_Koch! koch!_ Adieu! adieu!

On ne pourrait imaginer une valle aussi singulire que celle de
Kande. Longue de 60 verstes environ, elle se dveloppe en serpentant
irrgulirement, s'enflant d'un ct pour se rtrcir de l'autre, ici
coupe  pic, l s'vasant en de molles ondulations. La partie la plus
caractristique, sous le point de vue gologique, est celle qui vient
aprs le col d'Oustchiar. Il semble que la dpression de celui-ci soit
la rsultante d'un affaissement subit de la montagne, et que les
matriaux qui devaient s'y entasser jadis aient t entrans au
thalweg de la valle. En bordure du fleuve s'lvent, en effet, de
fantastiques falaises, tranches verticalement par l'affouillement des
eaux, et taillades, sillonnes, ronges par les ruissellements des
pluies. Ces emptements sdimenteux, dposs en couches successives,
montrent  nu leur composition, qui rappelle vaguement une
construction de l'poque romaine.

Chemin faisant, nous frlons une ncropole kirghize. Le sol est
ventr de trous, bossel de buttes funraires en argile battue, ou
d'entassements de pierres. Les Kirghizes vnrent leurs trpasss.
Quand ils passent prs d'un cimetire, ils ne manquent jamais de
visiter les tombes de la famille, et d'y faire leurs prires. Si
besoin est, ils s'arrtent pour restaurer la spulture. C'est pourquoi
on voit celles-ci presque toujours en bon tat.

En atteignant la limite infrieure de la valle, nous sommes arrts
par le Saridjass-sou, dont les eaux roulent avec fracas, bouillonnant
entre des berges escarpes. En face de nous dbouche la valle
d'Irtach, mais nous ne savons comment nous y prendre pour y arriver,
car le gu de ce courant imptueux est absolument impraticable. Il ne
nous reste d'autre moyen que de le remonter jusqu' ce que nous
trouvions un endroit o nous pourrons le traverser.

Nous suivons un sentier qui longe la rive gauche du Saridjass-sou, et
nous finissons aprs mille difficults par passer la rivire  gu.

[Illustration: Le kaltch (chef) de la valle d'Irtach, l'heureux
fianc de la fille du chirta de Kande (page 496).--D'aprs une
photographie.]

La valle de Keou-eou-leou, que nous remontons ensuite pendant toute
la journe, est assez quelconque, et aucun incident ne rompt la
monotonie du chemin.

Au fond de la valle, les Kirghizes qui nous accompagnaient depuis
Oustchiar nous quittent, pour suivre la route qui, passant par le col
de Karakol, mne directement sur Prjevalsk o ils sont dirigs.

L'ascension du col de Keou-eou-leou, haut de 4160 mtres, est trs
lente; les chameaux, prouvs par la rarfaction de l'air, s'arrtent
 chaque instant, afin de reprendre haleine.

C'est par une chaleur insupportable, que le jour suivant nous dvalons
la grande ornire d'Irtach. Le terrain est jaune, les pentes des
montagnes sont rouges, et le ciel est d'un bleu intense. Il nous semble
voyager dans les _ambas_ du centre africain. De temps  autre, des
glaciers lointains se montrent discrtement dans l'entre-billement des
gouffres qui fuient  droite et  gauche de la valle. Soudain, celle-ci
tourne brusquement au levant, flanque au sud par une bizarre muraille
de roches basaltiques, dont l'uniformit au fate parat trop trange
pour tre naturelle.

Et nous descendons toujours, courbs sur nos montures, les yeux
souffrants et le visage pel par la rverbration du soleil.  la
douzime heure de marche, comme nous ne rencontrons pas encore de
nomades, nous nous arrtons pour camper, malgr la rsistance
opinitre des Kirghizes qui veulent arriver le soir mme chez le
kaltch.

Celui-ci, qui a t prvenu, vient nous rendre visite. Il sait dj
qui nous sommes, et ce que nous voulons de lui. Il nous donnera
chameaux et chevaux  discrtion. Cependant, il se montre quelque peu
froid et rserv, et ne semble pas trs enthousiaste de notre
prsence, comme l'avait t le chirta.

Le prince et moi, nous profitons d'une journe de repos, pour rendre
visite au chef. Il nous reoit dans une yourte luxueuse, richement
dcore pour l'occasion. Nous prenons place sur un tapis de fourrures
et nous nous accroupissons  la mode kirghize. Autour des parois on a
accroch des tapis authentiques de Kachgar, entremls de festons
d'toffes voyantes.

[Illustration: Le glacier de Kande.]

[Illustration: Cheval kirghize au repos sur les flancs du
Kande.--D'aprs des photographies.]

Tout de suite le kaltch introduit ses femmes qui, aprs une
rvrence, se ratatinent en demi-cercle en face de nous. Au milieu on
tend une toile, sur laquelle, apports par des domestiques,
s'amoncellent des plats de viandes fumantes, puis des vases de lait,
du th, du sucre et des borsaks. Tout cela est bien embarrassant pour
nous, qui venons de faire notre djeuner au camp.

Malgr nos dngations, le kaltch nous force  accepter une cte de
mouton qu'il nous tend avec le bout de ses doigts. Il a eu soin de
choisir des morceaux bien gras, ce qui fait qu'il nous est impossible
de les avaler. Notre geste n'a pas t inaperu par le chef, qui
ordonne de prparer un autre mets. Mais, hlas! en le voyant prparer,
il nous enlve toute envie de l'ingurgiter. Voici la recette: on rpe
de la viande dans des bols de bouillon, on la ptrit avec les mains en
ayant soin que la pte jaillisse entre les doigts; puis on saupoudre
d'herbes et de sel, et on sert.

Nous acceptons cependant, pour lui faire plaisir, quelques bols de th
et de lait. Avant de nous les offrir, un Kirghize chasse soigneusement
avec une paille les corps trangers qui flottent sur le liquide; aprs
que nous les avons vids, les bols sont lchs avec plaisir par les
femmes, qui ne laissent pas perdre une goutte du liquide. Ces deux
petits traits dmontrent le sans-gne vraiment naf qui rgne encore
dans les moeurs kirghizes.

Nous allons ensuite faire une excursion dans les trois vallons qui
prennent le nom collectif de _Outch-koul_, les trois lacs. En ralit,
il n'en existe qu'un seul, dans la combe qui se montre la premire, et
qui, pour ce fait, est appele _Bach-koul_. C'est un endroit trs
propice pour l'hivernage.

_29 aot._--Afin de coordonner et clore notre lev topographique,
Zurbriggen et moi nous grimpons sur la pointe qui se dresse au sud de
notre camp. C'est le point le plus lev de l'Ichigart-tao, qui spare
les deux valles d'Irtach et de Djannart.

Nous vitons les coules d'boulis, en suivant l'arte nord, hrisse
de clochetons dolomitiques qui nous donnent pas mal de fil  retordre.
Nous croyions le chemin facile et nous avions oubli de nous pourvoir
d'une corde, ce qui nous oblige  des tours de force de gymnastique,
o Zurbriggen fait des miracles d'quilibre. Et dire que, par l'autre
versant, un cheval aurait pu arriver sur le sommet! Tandis que nous
risquions inutilement notre peau, que nous suions sang et eau, que
nous nous arrachions les ongles, nous aurions pu ailleurs avoir le
mme rsultat en nous promenant les mains dans les poches!

Cependant, nos peines sont bien rcompenses par le panorama splendide
dont nous jouissons depuis le sommet du _Karahoum_, qui mesure 4150
mtres d'altitude. C'est surtout vers le mystrieux plateau du
Djannart que nous jetons notre dvolu, et nous y braquons nos
appareils.

Nous ne croyons pas qu'on puisse rencontrer aussi facilement ailleurs
des contrastes et des surprises aussi inexplicables que dans les
monts Clestes. Nous emes dj maintes fois l'occasion de signaler ce
fait. La nature semble ici avoir obi  des lois particulires, dont
le dispositif est et demeure trs complexe et difficile  tudier.
Comment se sont-elles formes et par quelle suite de mtamorphoses
ont-elles pass, ces bizarres montagnes, pour se manifester en un si
complet dsaccord avec l'ide que nous nous sommes forge d'un
soulvement terrestre?

En attendant que des voyageurs plus perspicaces tranchent cette
obscure question, contentons-nous de relever l'anatomie de cette vaste
cuve, dont l'ensemble constitue la valle de Djannart. Longue
d'environ 150 verstes, large de 100, elle se dploie comme une immense
arne, presque plate au milieu, et s'vasant tout autour par une haute
muraille de montagnes.

Au sud, se dveloppent les crnelures neigeuses du Kook-chaal-tao,
dmasquant la frontire russo-chinoise. De nombreux glaciers
s'alignent et se pressent les uns contre les autres, escaladent les
roches, ou s'panchent lentement dans les courbes comme des coules de
cristal. Dans ce contrefort, nous distinguons les valles de Djannart,
qui donne le nom  tout le bassin, du Katch et de Bichirtik; puis,
au fond, celle d'Ichtik, qui aboutit au plateau de Karagan. Vient
ensuite la valle d'Akchirak, qui prend origine au col du mme nom,
point de dpart du chanon sur lequel nous nous trouvons.

De notre belvdre, nous revoyons avec plaisir des pics connus: la
pointe d'Oustchiar, le Kande-tao, le Khan Tengri, le Kizil-tao, puis
les groupes de Terekty et de Keou-eou-leou, d'o merge un _horn_ tout
saupoudr de neige, qui nous rappelle involontairement le Cervin. Au
couchant, jaillissent les dmes qui couronnent le glacier de Prtovsk,
la source prtendue du Syr-Daria.

 notre dpart du camp, nous assistons  un enterrement kirghize. Il y
a quelques jours, les bergers d'Irtach ont dcouvert un cadavre dans
le torrent. Le kaltch, ne pouvant le reconnatre, a fait de suite
colporter la nouvelle, qui est parvenue jusqu' Prjevalsk, o se
trouvaient les parents du dfunt. Pendant ce temps, on a immerg le
cadavre dans l'eau, en l'y maintenant par des pierres et des cordes.
C'est un systme frigorifique usit par les nomades.

 l'arrive des parents, on a transport le cadavre sur une civire
improvise, jusqu' l'endroit destin  l'inhumation. C'est ici qu'a
lieu la crmonie,  laquelle nous sommes prsents. Elle est trs
sommaire. Le kaltch demande aux parents s'ils reconnaissent bien le
mort pour un des leurs;  leur rponse affirmative, il fait rpter 
haute voix, par tous les assistants, que le tel des tels est trpass
par suite d'un accident. Puis on enveloppe le cadavre dans des
feutres, on le ficelle avec des cordes, et on le descend dans la
fosse, pendant que les parents font mine de larmoyer. On tourne
ensuite autour du trou en y jetant  chaque pas une poigne de terre,
jusqu' ce qu'il soit combl; aprs quoi on y amoncelle un tas de
pierres. C'est une spulture trs expditive et pas beaucoup
complique; au surplus elle ne cote pas grand'chose.

Le soir, en campant sur le haut de la valle d'Irtach, nous apprenons
pourquoi elle s'appelle ainsi. C'est  cause d'une pierre qui prsente
vaguement la forme d'une selle de cheval. Ce _phnomne_ est connu 
cent lieues  la ronde; tous les nomades qui ont occasion de passer
par l, ne manquent pas d'aller la voir et d'y apporter un tribut de
crnes d'animaux. La pierre est place sur un gros bloc erratique,
autour duquel s'amoncellent les cornes de toutes espces de btes.

  (_ suivre._)                         JULES BROCHEREL.

[Illustration: Retour des champs.--D'aprs une photographie.]

Droits de traduction et de reproduction rservs.




  TOME XI, NOUVELLE SRIE.--43e LIV.         N 43.--28 Octobre 1905.


[Illustration: Femmes kirghizes de la valle d'Irtach.--D'aprs une
photographie.]




VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHSE AUX MONTS CLESTES[4]

         [Note 4: _Suite. Voyez pages 457, 469, 481 et 493._]

PAR M. JULES BROCHEREL.

     V. -- L'heure du retour. -- La valle d'Irtach. -- Nous
     retrouvons la douane. -- Arrive  Prjevalsk. -- La dispersion.


[Illustration: Un chef de district dans la valle d'Irtach.]

La valle d'Irtach, longue de prs de 100 verstes, prsente la forme
d'un Z trs ouvert; le trait suprieur s'appuie au Terske-ala-tao,
qui ferme au sud le bassin du lac Issik-koul.  l'extrmit du trait,
 la place du petit croc descendant, s'ouvre le col de Djoukoutchiak,
trs frquent par les nomades qui se rendent au march de Prjevalsk.
C'est le chemin que nous prenons pour notre retour.

En face du col, du ct sud, circule une belle range de prs
entremls de glaciers, dont les torrents sillonnent un vaste plateau
et se recueillent dans une multitude de petits lacs marcageux.

Ce col, haut de 3850 mtres, est trs prilleux pour les chevaux;
aussi les deux versants sont-ils jalonns de cadavres en putrfaction
ou de squelettes dcharns par les vautours, qui s'envolent en avant,
sur notre passage. Il faut d'abord s'ouvrir une route au milieu des
pierres, puis on escalade une paule de glace, au del de laquelle on
suit le dos des moraines jusqu' la rencontre des premiers pturages.

Peu  peu nous quittons la rgion de la haute montagne pour celle des
forts. Le versant nord du Terske-ala-tao est trs bois et habit
par une telle profusion d'animaux, qu'on ne peut faire un pas sans que
des quadrupdes se faufilent sous les votes des buissons, ou que de
ceux-ci s'chappent des nues d'oiseaux.

Le vallon se joint  la valle de Zououka, par laquelle transitent
habituellement les caravaniers qui font le service des transports
entre Viernyi et Kachgar. Ce service est entre les mains d'une tribu
de Sartes qui en ont le monopole, et se le passent de pre en fils.
Tout en voyageant, ils trouvent encore le moyen de marauder chez les
nomades en leur changeant des pelleteries de prix pour des toiles de
coton ou de la quincaillerie russe. Ces caravaniers passent leur vie 
travers les monts Clestes, en toute saison. Leur famille les suit
toujours; les femmes montent  califourchon sur des ballots de coton
ou des cylindres de toile, et les enfants sont emprisonns dans des
cages en bois places latralement au bt du cheval.

En arrivant  la douane de Zououka, tablie  l'embranchement de la
valle, nous assistons  la visite des marchandises. Elles sont
tales sur l'herbe dans un pittoresque ple-mle, avec les chiens et
moutons qui passent dessus. Les douaniers enregistrent, sans se
presser, les articles taxs, fouillent avec un cruel acharnement les
moindres colis, jusqu' faire dshabiller les femmes pour vrifier si
elles n'ont rien de prohib sous leurs dessous. Bien entendu ces
fonctionnaires ont toujours raison; la rsistance des femmes ou les
invectives et les apostrophes des maris ne les meuvent gure.
Quelquefois, pour aplanir les difficults et trancher les diffrends,
les gabelous ont recours  quelques coups de trique.

Ces femmes sont habilles luxueusement, pour des voyageuses. Elles
portent de gros bracelets en argent au cou, et aux oreilles leur
pendent de longues chanettes qui battent sur les paules, et
s'embrouillent  chaque instant aux boutons de la veste.

 partir de Zououka, la valle s'ouvre largement; ses deux flancs
dclinent  vue d'oeil et deviennent deux longues collines, semblables
 deux murailles en briques. En effet, d'normes dpts de roches
sdimentaires, de couleur rouge, stries horizontalement de profonds
sillons et taillades de petits coups tranchants, vous donnent
l'illusion frappante de deux immenses digues, leves pour contenir un
torrent imaginaire. Le sol sur lequel nous marchons est partout de la
mme teinte, ce qui fait qu' la moindre pluie, la rivire prend
l'aspect d'un courant de sang, sortant d'un abattoir cyclopen.

 mesure que nous descendons et que la montagne s'carte, nous
entrevoyons vaguement, comme dans un rve, une blanche dentelle qui
barre tout au fond l'horizon, comme un brise-bise suspendu dans le
ciel. C'est le Kounghe-ala-tao, s'levant au del du lac Issik-koul,
dont la nappe d'eau, d'un bleu tendre, se dilue  droite et  gauche,
 perte de vue, dans la bue d'or qui se dgage du sol.

Le bassin du lac Issik-koul, en quelque endroit qu'on se trouve, est
vraiment enchanteur. Le paysage accuse des teintes si varies et si
lgres, et les lignes du tableau sont si indcises et si vastes,
qu'en les admirant vous restez merveill et bloui de cette grce
inattendue et de cette grandeur un peu factice, qui vous semble
incommensurable.

Mais nous arrivons bientt  Slifkina, un village de Kozaques qui est
 l'avant-garde du rgne de la civilisation, du ct des monts
Clestes. C'est la dernire agglomration de Russes, dans la limite du
sud et de l'ouest du lac Issik-koul. Au del, le Terske-ala-tao tombe
par endroits  pic dans les eaux du lac, et les rivages, quand ils se
prsentent plats, sont toujours inhabits, mme par les nomades.

[Illustration: Le pic du Kara-tach, vu d'Irtach, prend vaguement
l'aspect d'une pyramide.--D'aprs une photographie.]

On ne saurait redire la joie que nous prouvons en revoyant des tres
humains qui ne sont plus des Kirghizes, et des habitations autres que
des yourtes. On se croit presque dans une grande ville.

Les chevelures d'toupe et les costumes carlates des Kozaques ne nous
choquent plus; et la face joufflue et rubiconde des femmes russes
parat s'tre idalise pendant notre absence. Nous arrivons jusqu'
les trouver belles.

Nous nous rattrapons de notre longue abstinence, en faisant bombance
pendant tout le restant de la journe. Nous nous bourrons de _pivo_ et
de grosses pommes dores. Le soir, nous faisons un dner plantureux:
des oeufs, un poulet, des pommes de terre, du riz et du dessert.

[Illustration: Les caravaniers passent leur vie dans les Monts
Clestes, emmenant leur famille avec leurs marchandises (page
506).--D'aprs une photographie.]

Slifkina ou _Kizil-sou_, comme l'appellent les Kirghizes, se trouve 
trente verstes au couchant de Prjevalsk. Ce n'est plus sur les
glaciers, au bord des prcipices, ou entre des pierres, que nous
caracolons, mais sur une belle route toute blanche, qui se dploie
comme une charpe  travers un tapis de verdure. Nous ne sommes plus
dsormais inquits par la traverse des fleuves: les rivires que
nous rencontrons, nous les passons sur des ponts solides, o gament
retentissent les sabots des chevaux.

Pourtant, malgr cette tranquillit et cette sret d'me, aprs une
vingtaine de verstes de ce paysage plat et uniforme, nous trouvons que
le dcor devient monotone, et que nous nous y fatiguons presque plus
que sur les montagnes. Et puis une poussire!... et un soleil!

Peu aprs, nous tions  Prjevalsk. Au lieu de nous rinstaller  la
maison de poste, pour ne pas en perdre l'habitude nous campons dans un
verger.

Le surlendemain, 4 septembre, tout le monde rentre dans ses foyers;
Zurbriggen et Abbas partent pour Tachkent, et le Prince et moi nous
prenons la route des coliers, du ct de la Sibrie.


     VI. -- Les Khirghizes. -- L'origine de la race. -- Kazaks et
     Khirgizes. -- Le classement des Bourouts. -- Le costume
     khirghize. La yourte. -- Moeurs et coutumes khirghizes. --
     Mariages khirghizes. -- Conclusion.

La science n'a pas encore dit son dernier mot sur les tribus
composites qui se disputent les pitres ressources de la portion de
l'Asie centrale que nous venions de parcourir. Bien des voyageurs
croient pourtant avoir tranch cette question ardue d'une faon
dfinitive. Quand les recherches du savant peuvent s'appuyer sur
l'histoire et que des documents positifs dmontrent la connexit de
certains vnements, on peut toujours chafauder un raisonnement qui
ne s'carte pas trop de la vrit. Mais les peuples ne sont pas censs
avoir tous une histoire, ne possdent pas tous des preuves matrielles
de leur anciennet et des monuments qui rappellent leurs antcdents.
Isols par des montagnes ou des dserts, n'ayant jamais subi
l'influence d'une civilisation ou l'ayant vite, pour conserver leur
libert, ces peuples sont rests  l'tat primitif. Vivants avec les
animaux et comme des animaux, ils n'ont jamais prouv le besoin de
secouer leur somnolence.

Les Kirghizes sont de ceux-l. Ils n'ont presque pas chang depuis
deux mille ans. Et pendant cette longue srie de sicles, ils n'ont
rien fait qui puisse clairer l'rudit sur l'arbre gnalogique de
leur race et les vicissitudes de leur existence.

On se perd encore en conjectures sur la provenance du mot _Kirghize_.
En turc, il semble que ce serait quelque chose comme: coureurs de
champs. Dans l'idiome des nomades ce mot signifie quarante filles:
_Karr-Keuz_.  notre avis, il faut recourir au chinois pour en avoir
l'tymologie exacte.

Depuis le Xe sicle de notre re, les livres chinois mentionnent
l'existence d'un peuple dans le Tien-Chan-Nan-Sou, la route
mridionale des monts Clestes. Plus tard, vers la fin du XIIIe
sicle, le clbre missionnaire Hiouen Tsang, qui, le premier,
traversa le continent asiatique, parle des _Ki-zi-li-tz_, dont il
avait pu, en passant, tudier les moeurs. Il nous dit avoir rencontr
les Kirghizes dans les valles de la Dzoungarie. Ces valles
n'auraient t que leur patrie d'adoption, car, d'aprs les lgendes,
ils avaient d habiter auparavant l'Alta oriental. Pourchasss
continuellement par les Mongols au sud, et par les Tatars au nord, ils
se virent forcs de se transporter dans le Tabargata, et, de l,
quelques sicles aprs, dans les monts Clestes. Le nom primitif de
_Ki-zi-li-tz_, se serait transform, plus tard, en celui de
Kirr-ki-tz, quand le peuple embrassa la foi mahomtane.

M. Ujfalvy de Mez-Kovesd, pendant sa mission dans le Turkestan, a cru
entrevoir des affinits de races entre les habitants du steppe et ceux
de la montagne. Selon lui et plusieurs autres voyageurs, il
n'existerait aucune diffrence entre les Kara-Kirghizes et les
Kirghizes-Kazaks, les nomades de la plaine. Si ces deux peuples mnent
le mme genre de vie et s'habillent d'une faon presque identique,
leur langue n'en est pas moins trs diffrente. Et puis, ils sont
anims les uns  l'gard des autres d'une haine si froce, qu'il
semble impossible de concevoir qu'ils soient du mme sang.

Si l'on envisage la question au point de vue anthropologique, on peut
constater aussi des dissemblances trs prononces entre les deux
types. La constitution de leur corps, la tte, la nuance de leur
teint, la couleur et la forme des cheveux, n'ont presque pas
d'analogie. Il est donc imprudent de vouloir certifier que les Kazaks
soient des Kirghizes. Il faudrait, pour lucider ce problme, des
donnes probantes, recueillies pendant un long sjour dans les lieux
mmes.

Il n'y a pour nous, que les Kirghizes--ou Bourouts,--peuplade qui
habite exclusivement dans les valles du Tien Chan, du Pamir  la
Dzoungarie, du lac Issik-koul  Ak-sou.

Il serait impossible de faire une valuation, mme approximative, de
la quantit d'individus qui composent le peuple kirghize. On parle de
400 ou 500000; mais ils sont certainement deux fois plus nombreux.
Lorsqu'on demande  un chef de dire combien de ttes compte son aoul,
il ne le saura pas; en revanche, il vous dira le chiffre exact de ses
chevaux et de ses moutons.

On ne peut gure classer les Kirghizes dans un ordre quelconque. Leur
pays n'est pas connu dans son entier, et par consquent il serait
puril de dnommer des tribus qui n'ont pas encore t en contact avec
les voyageurs. Les renseignements que les nomades vous donnent
quelquefois, doivent toujours tre contrls, avant d'tre accepts.
Cependant, jusqu'ici, on partage le peuple kirghize en deux grandes
branches: celle de _gauche_ et celle de _droite_. La premire
catgorie s'appelle sol et comprend tout le bassin du Naryn, du haut
Oxus et du Kook-chal-daria. Elle se divise en quatre tribus:
_Koutchi_, _Sorou_, _Moundouz_ et _Kitas_. Cette dernire
dnomination s'applique spcialement aux habitants du territoire
chinois.

[Illustration: La valle de Zououka, par o transitent les caravaniers
de Viernyi  Kachgar (page 505).--D'aprs une photographie.]

La branche de droite, appele _on_, rside dans le bassin du lac
Issik-koul et dans les valles attenantes au massif du Khan-tengri.
Elle est divise en sept tribus: _Bogon_, _Sary-Baghichtch_,
_Son-Baghichtch_, _Soulton_, _Echrik_, _Sagaz_ et _Bassindz_.

Le Gouvernement russe les a classs autrement. Partant de ce principe
que l'habitant d'un aoul, quand il parle de celui d'une autre valle,
dit simplement: _celui_ ou _ceux_ de tel village, il les appelle selon
le lieu o ils campent habituellement. Ainsi les _Tourghensky_ sont
ceux qui hantent le vallon de Tourghent, et ainsi de suite. Il va sans
dire que les Russes ne connaissent pas le nombre exact de leurs sujets
kirghizes. La plupart de ceux-ci chappent encore actuellement  la
dme, pourtant modique, de un rouble et demi par yourte ou famille. Ce
tribut, c'est l'unique lien qui les tienne attachs  la Russie, car
tels ils taient avant l'occupation du Turkestan, tels ils sont encore
aujourd'hui, c'est--dire des gens libres et indpendants.

[Illustration: Le massif du Djoukoutchiak; au pied, le dangereux col
du mme nom frquent par les nomades qui se rendent  Prjevalsk (page
505).--D'aprs une photographie.]

Le Kirghize est gnralement bien bti, et trs fort. Il a le nez
pat, rarement aquilin, l'angle facial un peu fuyant, les zygomas
trs saillants, et les yeux noirs, petits et un peu obliques, qui
rappellent ceux des Chinois. La barbe et la moustache sont trs peu
fournies. Les villosits sont presque toujours noires et lisses.
Souvent on aperoit parmi eux des types purement mongols. On en
rencontre quelquefois des blonds, mais c'est l'exception. Les hommes
sont relativement bien taills et d'un aspect agrable.

En revanche, il est rare de trouver des femmes un peu avenantes. Les
jeunes filles ont des traits rguliers et sont en gnral poteles,
mais les lignes sont trop accuses. Elles ont seulement de trs beaux
yeux noirs et des dents superbes. Le costume qu'elles portent ne
contribue certes pas  rehausser leur physique.

L'accoutrement du Kirghize est trs lmentaire. Par-dessus une
chemise en cotonnade imprime, aux manches dmesurment longues, et un
large pantalon galement en toile, serr  la ceinture par une
coulisse, le Kirghize, homme ou femme, endosse toujours une veste en
cretonne capitonne de laine ou d'ouate qui s'agrafe sur la poitrine
par des boutons en bois et se serre  la taille au moyen d'une charpe
enroule et noue sur le devant. Les manches en sont trs courtes;
elles n'arrivent mme pas au coude, en sorte que la chemise tombe sur
la main, et doit tre  chaque instant rejete par un mouvement vif du
poignet. Il y a des sicles que les Kirghizes font ce geste.

Ce rudimentaire habillement constitue la toilette d'intrieur, ou, si
l'on prfre, celle que l'on porte gnralement dans le village, en
t. Ajoutez  cela une espce de botte arrivant jusqu'au genou, avec
un talon haut de 10 centimtres au moins, et une calotte crasseuse
cachant la nudit du crne soigneusement ras, et vous connatrez tout
l'quipement du Kirghize.

Par les temps froids et en voyage, le Kirghize se protge cependant
contre les intempries par un ample _tchiapann_, sorte de grand
pardessus matelass, qui cache toute sa personne. Selon la
temprature, il en porte un, deux ou trois, et mme davantage, s'il le
faut. Il coiffe alors son chef d'un chapeau rond en feutre blanc, avec
les ailes bordes d'une large tresse noire, s'abaissant sur le devant
et releves par derrire. Ce couvre-chef est une rminiscence
chinoise, et, comme il n'est pas toujours facile de se le procurer, on
le remplace par un bonnet en feutre grossier doubl de peau d'agneau,
avec le poil en dedans. Cette coiffure n'est pas disgracieuse du tout,
et complte admirablement le costume. Elle a surtout l'avantage trs
prcieux, sur les montagnes, qu'elle permet de protger les oreilles;
elle peut se porter la peau en dehors en cas de pluie.

Les femmes sont vtues exactement comme les hommes: les dtails seuls
varient. Ainsi les bottes sont plus lgantes, bordes de soie, ornes
de gaufrages en cuir de couleur, et,  la semelle et au talon, de
pointes en cuivre. Les pantalons sont plus larges et plus longs; le
tchiapann est d'une toffe plus voyante et riche, souvent en soie de
Bokhara ou de Kachgar.

Ce qui distingue surtout les femmes kirghizes, c'est la blanche
cornette qui les coiffe, en leur donnant un air monacal. Imaginez un
cylindre, haut de 30 centimtres, form d'une bande de toile empese,
s'enroulant autour du crne, et dont les deux bouts flottent sur le
dos. Les cheveux sont soigneusement relevs et emprisonns dans cette
bote, qui sert, en outre, de poche pour y dposer temporairement les
menus objets dont la femme a besoin  chaque instant. Comme vous
voyez, c'est trs pratique. Les cheveux sont runis en deux ou trois
tresses, dont quelques-unes descendent sur le dos et portent attache
une chanette ou boucle.  l'extrmit infrieure de celle-ci pend un
trousseau de clefs et de plaques en cuivre, qui tombe sur les talons,
de telle sorte qu'au moindre mouvement on entend un bruit de ferraille
semblable  celui que produit un forat en marchant.

Ce turban ou letchik, est l'uniforme des femmes maries. Les jeunes
filles sont plus coquettes. Elles s'ornent la tte d'une toque de
fourrure de renard, avec un petit panache de plumes d'aigle, en guise
d'aigrette. Les cheveux sont partags en plusieurs nattes, qui tombent
de chaque ct des tempes et sur le dos, ces dernires retenues par
une pice d'toffe agrmente de verroteries et de coraux. La jeune
fille en qute d'un mari est chamarre de bijoux, et richement vtue.
Mais cette coquetterie, elle devra la payer bien cher plus tard, car
elle deviendra l'esclave d'un homme souvent brutal, toujours
autoritaire.

La yourte kirghize n'est pas aussi spacieuse que celle des Kazaks et
que la _kibitka_ des Turkomans. Elle est de proportions plus modestes
et d'un aspect moins luxueux. Les Kirghizes sont contraints  de
frquents dplacements,  cause de la pauvret des pturages. D'un
autre ct, la rigueur et la dure de la mauvaise saison les obligent
 rduire les dimensions de leur _home_, afin de condenser le maximum
de chaleur avec le minimum de combustible, celui-ci tant trs rare.

[Illustration: Le chaos des pics dans le Kara-tao.--D'aprs une
photographie.]

La tente kirghize se compose d'un treillis en bois flexible, fix au
sol par des piquets et entre-crois au moyen de lanires en peaux.
Cette charpente s'lve sur une hauteur de 2  3 mtres sur autant de
largeur. Le plafond est soutenu par des tringles en bois, convergeant
en rayons au milieu du dme, o est pratique une ouverture
circulaire, qui sert en mme temps de chemine et de fentre.
Au-dessus de cette frle carcasse, on adapte de grands feutres tenus
adhrents par un systme de cordes. Le tout se dresse et se dmonte en
quelques minutes. L'ensemble forme la charge de deux chameaux.
L'intrieur est fort simple, mme chez les riches. Les piles de
feutres servant de matelas pendant la nuit, des coffres en bois, des
outres, des harnais et d'autres objets de moindre importance, tranent
un peu partout, accrochs aux parois, ou jonchant le sol. Au milieu de
la yourte, pose sur trois pierres verticales ou sur un pidestal en
fer, trne une norme marmite--le _kazan_--qui constitue l'unique
rcipient que les nomades emploient pour popoter leur cuisine. Le
matriel dont les Kirghizes disposent pour leurs diffrentes
occupations journalires, n'est pas trs compliqu. En dehors du
kazan, ils possdent une sorte d'aiguire en cuivre cisel, et deux ou
trois bols en bois; comme fourchette, ils se servent de leurs doigts.
Pour les manipulations du lait, ils n'ont que des seaux en peau brute
pour le traire et des outres pour le conserver.

[Illustration: talon kirghize de la valle d'Irtach, et son
cavalier.--D'aprs une photographie.]

Les Kirghizes ne connaissent pas l'emploi des allumettes: chacun d'eux
est arm d'une petite sacoche en cuir contenant une pierre, un
fragment de fer et de l'amadou. Cette pochette et un petit couteau 
lame fixe ne les quittent jamais; il les tiennent en permanence
attachs  leur ceinture. Le couteau s'emploie aux usages les plus
divers:  abattre les animaux,  racler les peaux,  se raser la tte,
 tailler le bois, etc.; c'est, en somme, l'unique instrument
tranchant que connaissent les nomades.

[Illustration: Vhicule kirghize employ dans la valle
d'Irtach.--D'aprs une photographie.]

Tous les travaux sont  la charge des femmes. Elles ont de quoi
s'occuper pendant toute la journe. Le matin, une fois le btail rendu
aux pturages, elles fabriquent le koumiss avec le lait de la veille;
elles tannent des peaux, battent des feutres, tissent des tresses,
confectionnent des vtements, et, si le temps le permet, elles brodent
des morceaux d'toffe avec de la laine. Le soir  l'arrive des
troupeaux, aides par les jeunes filles et les garonnets, elles
trient les animaux, et les attachent  de longues cordes fixes au
sol. Malgr ce dur labeur, qui ne leur laisse pas un moment de rpit,
les femmes kirghizes ne semblent pas trop se plaindre de leur sort.
Elles sont trs gaies; elles jasent et chantent tout le temps.

Les hommes passent leurs journes  surveiller leurs femmes, tout en
se racontant rciproquement des histoires, et tiennent des
conciliabules sur les coups  faire. Leurs discours roulent presque
toujours sur les chevaux. La langue kirghize, peu dveloppe en
gnral, abonde en expressions qui ont trait aux chevaux; ceux-ci
reoivent pour chaque anne d'ge un nom particulier. Ils ne leur ont
pas vou de culte comme l'Arabe, ils n'ont pas su lever et ennoblir
leur nature, mais ils s'en servent constamment, et ne sauraient
presque vivre sans leurs coursiers qui remplissent une partie de leur
existence.

Si le monde antique plaait le Tatar dans ces contres inconnues et
croyait reconnatre dans ces hommes sauvages la figure d'un centaure,
demi-homme et demi-cheval, il faut convenir que le Kirghize rpond
aujourd'hui encore  l'ide du centaure. Il faut le voir  cheval:
agile et droit, il ne semble faire qu'un avec la selle, et, bien que
celle-ci soit plus que rudimentaire--elle est en bois,--il accomplit
sans la moindre fatigue les plus longs voyages, et par des sentiers
presque toujours dangereux.

[Illustration: Les roches plisses des environs de Slifkina, sur la
route de Prjevalsk.--D'aprs une photographie.]

En revanche, le Kirghize dteste les courses  pied, et il vite, mme
quand il le peut, une centaine de pas. Il se fatigue vite. Ainsi, pour
se rendre d'une yourte  l'autre, il tient en permanence une monture
devant sa tente. Il est vrai qu'il est paresseux au plus haut degr,
et que la plupart du temps il sommeille comme un rongeur. Il ne peut
se tenir debout pendant plus de quelques minutes. On ne saurait
imaginer deux Kirghizes causant dans la position verticale. Quand ils
ont quelque chose  se dire, ils s'accroupissent sur leurs talons, et,
se prenant mutuellement par la main, ils dbitent leurs nouvelles.
Dans cette posture gnante ils sont capables de demeurer une
demi-journe.

Le Kirghize lve des chevaux non seulement pour les monter, mais
aussi pour en tirer le koumiss. En gnral, tous les Orientaux
raffolent de ce nectar, mais aucun n'en est aussi friand que le
Kirghize. Il ne vit que de lui et que pour lui. Vouloir l'en priver,
c'est comme lui ter l'air qu'il respire. S'il n'en est pas repu, rien
ne l'arrtera: il lchera votre caravane pour explorer les replis de
la montagne, afin de dcouvrir un aoul o il puisse se rassasier.

[Illustration: Campement kirghize, prs de Slifkina.--D'aprs une
photographie.]

L'outre du koumiss est  la disposition des passants. On ne la refuse
jamais aux voyageurs. Aussi quand il se met en route, le Kirghize
n'a-t-il aucune envie de prendre de quoi se sustenter pendant le
voyage. Il compte toujours sur les aouls qui s'grnent le long du
chemin.

En dehors du koumiss, dont il fait usage  tout moment, le Kirghize ne
prend qu'un repas par jour. Assembles dans la yourte, dix, quinze,
vingt personnes se renouvellent autour du kazan, contenant un mouton
tout entier. Chacune d'elles sort son _pitchiak_ de sa gaine, empoigne
un os quelconque, et puis, allons-y! tant que a dure on fait agir les
mchoires. Et l'on puise  tour de rle dans le bouillon. Ensuite on
trinque avec le koumiss, qu'on a eu soin d'agiter pralablement dans
son outre pour lui donner de l'effervescence.

Aussi, aprs s'tre repu de la sorte, le Kirghize perd sa rsistance
et se laisse volontiers entraner par la somnolence invitable d'une
digestion laborieuse.

Les gens riches font usage de th et de pain. Celui-ci est fabriqu
sur place, avec de la farine d'orge, qu'on roule en boulettes et qu'on
grille dans de la graisse de mouton.

Le combustible employ par les Kirghizes consiste presque uniquement
en tiges et en racines de _teo-gorouk_--queues de chameaux,--ainsi
appel  cause de la ressemblance des branches avec l'appendice de cet
animal. C'est un buisson, du genre du rhododendron, qui s'enfonce
profondment dans le sol et s'panouit en un bouquet de ramilles
pineuses, hautes d'un demi-mtre environ. Cette plante pousse jusqu'
3000 mtres d'altitude, toujours sur les versants tourns au nord.

C'est grce  cet arbuste providentiel que les nomades peuvent
sjourner dans les hautes valles du Tien-Chan, qui, se trouvant prs
des glaciers, conservent longtemps leurs herbages verdoyants en dpit
de la chaleur estivale.

Mais lorsque,  cent lieues  la ronde, il lui est impossible de
rencontrer du bois, le Kirghize a recours  la fiente des animaux,
pour entretenir son feu. Un brasero semblable ne produit pas,
prcisment, une atmosphre trs respirable dans l'intrieur de la
yourte, mais heureusement le Kirghize ne possde pas un odorat trs
subtil.

 temps perdu, le Kirghize se fait braconnier. Il dresse des aigles
pour la chasse des renards et des btes  fourrure. Il assomme les
loups  coups de matraque; pour les gros animaux, comme les ours et
les _ovis poli_, il s'arme d'un fusil  silex, portant attach  un
tiers du ft un chevalet mobile, qui sert d'appui pour le tir.
Cependant, ce Nemrod n'est pas trs dangereux pour les animaux de
toutes sortes qui pullulent dans les valles des monts Clestes. Il ne
chasse que pour ses besoins; rarement il fait commerce de pelleteries.

On a souvent dit que les Kirghizes taient farouches et indomptables.
Nous les trouvmes, au contraire, trs soumis et dbonnaires. En cela
ils diffrent des Kazaks, qui sont pillards et tratres. Les Kirghizes
n'ont pas l'esprit belliqueux des Turkomans ou des Afghans; ils sont
avant tout et surtout poltrons. Quand ils n'ont rien  risquer, ils ne
ratent pas le coup. Le vol, chez eux, est un dlit  l'ordre du jour.
Aussi ont-ils la prcaution de tenir sous l'oeil leurs troupeaux, qui,
pendant la nuit, sont assembls prs de l'aoul et gards par des
chiens.

Les Kirghizes sont d'une bonhomie et d'une navet vraiment
extraordinaires. Cette simplicit de caractre provient peut-tre du
genre de vie qu'ils mnent et de l'isolement dans lequel ils passent
leur existence. Ils sont fatalistes en toutes circonstances. Tout leur
est prsage, bon ou mauvais: la chute d'un fil sur une pierre blanche,
la nuance de la flamme, la couleur ou la forme d'un nuage, la
rencontre de tel animal, ou la vue de telle fleur, tout cela a une
signification pour eux, et sur ces riens ils rglent souvent les actes
de leur vie.

Pour conjurer les mauvais esprits ils recourent  toutes sortes
d'expdients. Leur purilit ne connat pas de limite. Ainsi une
pierre un peu bizarre, la prsence d'un arbuste dans la flure d'une
roche, la chute d'un arolithe ou une source d'eau thermale, prennent
pour eux les proportions d'un miracle, et ils ne s'approchent de ces
objets qu'aprs des tours de bras et des gnuflexions ritres.

Ils se disent mahomtans sunnites, mais en ralit ils ne le sont
point. Ils ne font ni les ablutions, ni les prires prescrites par le
Coran; ils n'ont ni mosques ni mollahs, et ils ne connaissent
aucunement les plerinages au tombeau du Prophte. Ils ont bien
conserv de l'islamisme certaines pratiques et coutumes qui les
assimilent  la religion de Mahomet, mais il ne faut voir dans cela
que des simagres que les Kirghizes talent devant les trangers. En
fait, ils ne professent aucune croyance bien dtermine; ils relvent
plutt un peu de toutes les sectes qui jadis foisonnaient dans l'Asie
du nord. Cependant, s'il y a un prcepte du Coran qu'ils suivent  la
lettre, c'est bien celui qui conseille la pluralit des femmes. Autant
que cela lui est possible, le Kirghize pousera une, deux, trois
femmes, et mme davantage.

Le contingent des femmes est en rapport avec la quantit des troupeaux
que le Kirghize possde. C'est avec cette valeur marchande qu'il
achte ses pouses.

[Illustration: Femme kirghize tannant une peau (page 512).--D'aprs
une photographie.]

Accompagn de quelques parents et amis, il parcourt monts et vaux,
fouille tous les aouls, sonde par-ci par-l, use de toutes sortes de
subterfuges pour dnicher les _kez_, qui demeurent presque toujours
invisibles. Une fois qu'il a fait son choix, il s'entend avec les
parents sur la dot  payer, aprs marchandage de part et d'autre.
Enfin, aprs s'tre chamaills pendant des semaines et des mois, on
tombe d'accord, et la jeune fille est dsormais passe  l'tat
d'objet quelconque. Aprs le contrat, pendant une anne, dfense lui
est faite de parler  des hommes autres que ceux de sa famille; elle
doit rester dans l'intrieur de la yourte, o les commres viennent la
visiter, passer d'innombrables heures  bavarder avec elle, et l'aider
 prparer son trousseau.

La crmonie du mariage, prside par le chef de la tribu, consiste en
un change d'accolades entre poux et parents; aprs quoi, tous les
assistants communient dans une agape pantagrulique, o le koumiss
coule  flots, o les borsaks et les quartiers de moutons jouent des
rles prpondrants. Le fianc prsente alors les troupeaux  son
beau-pre. Celui-ci vrifie l'tat des btes, et les compte pour
s'assurer qu'on ne l'a pas vol. Puis, en change, il fait prsent 
son gendre de quelques chameaux et chevaux. Ce prsent forme la dot de
la jeune fille, elle lui appartient sa vie durant. Le mari en gre et
en conserve la proprit aussi longtemps qu'il retiendra l'pouse sous
le toit conjugal; s'il la rpudie, il doit rendre son bien,  moins
qu'elle ne soit fautive.

[Illustration: Les glaciers du Djoukoutchiak-tao.--D'aprs une
photographie.]

Les Kirghizes ne prennent pas plusieurs femmes  la fois, comme le
font en gnral les musulmans. Ils n'en pousent qu'une seule; aprs
quelque temps, quand elle commence  dplaire, ils en pousent une
autre toute jeune, et ainsi de suite, autant que le leur permettent
les richesses dont ils disposent. La nouvelle arrive est toujours la
favorite du mari. Les autres ne comptent plus. Tandis que la frache
pouse se dorlotera dans la yourte, choye et garde jalousement par
son matre, les autres travailleront dehors, et coucheront  l'cart.

Avant l'arrive des Russes, les Kirghizes ne connaissaient gure
l'usage des monnaies; ils changeaient leurs marchandises contre des
ttes de btail. Encore maintenant, ils n'ont pas d'ides bien
prcises sur la mesure du temps, ils ne savent pas leur ge, ni
l'anne de l're musulmane. L'an se divise d'aprs les lunes, et les
mois selon les quartiers de celle-ci. Pour compter le temps, ils
disent: une journe, une demi-journe, un quart de journe. Cette
mthode sert aussi  mesurer les distances; ainsi, ils diront que tel
aoul se trouve  une demi-journe de marche, ou plus ou moins. Pour
les petites mesures, ils emploient les bras, les pieds, ou la main.

Il est difficile de rencontrer parmi les nomades du Tien-Chan, des
individus lettrs ou un peu distingus. Ceux qui savent lire ou crire
se comptent sur les doigts. La plupart se prlassent dans une
inconsciente ignorance, et ils ne font rien pour se dgager de
l'avilissement qui les abrutit depuis un temps immmorial. Cette
abjecte barbarie les a toujours empchs de se grouper en socit
police, et de former une nation homogne. Chaque tribu vit dans son
domaine, vitant le voisinage des autres. On campe dans des endroits
dtermins, o chaque yourte roccupe le mme emplacement que l'anne
prcdente. C'est une routine plutt qu'une coutume,  laquelle,
cependant, le Kirghize, comme dans tous les actes de sa vie, est li
corps et me.

Les individus qui composent un aoul, vivant dans une communaut
patriarcale, sont solidaires des droits que leur ont lgus les
anctres. Ainsi ils veillent  ce que les aouls avoisinants ne
viennent pas empiter sur leurs pturages, ce qui crerait des droits
pour plus tard. Il arrive, en effet, qu'une tribu trs peuple cherche
 s'tendre sur le territoire d'une autre dont le nombre des membres
est moindre. Souvent, elles se confondent ensemble.

Les Kirghizes sont rests comme ils taient du temps o ils vinrent
tablir leurs pnates dans les valles sauvages des monts Clestes. La
vie des Kirghizes consiste  rditer en tout point ce que firent et
ce que furent leurs devanciers. Et a n'est pas prs de changer.

Le sentiment chez les Kirghizes est trs born. Ils ne s'attachent pas
ou peu aux hommes et aux choses. S'ils sont capables d'aimer leurs
femmes, ce n'est pas par tendresse ou par sympathie, mais parce
qu'ils sont anims par l'instinct de la brute. Pour leurs enfants,
ils nourrissent une affection bien superficielle. S'ils aiment leurs
montagnes, c'est uniquement parce qu'ils y sont habitus, et
qu'ailleurs il ne leur serait pas si facile de conserver leur libert
vagabonde. Ils n'ont aucune ide de patrie.

Les manifestations de leur intelligence n'ont pas des envoles d'une
trs grande envergure. Ils ne possdent aucun sens artistique. Ils
ornementent bien leurs feutres d'arabesques, les cuirs de gaufrages,
les harnais de placages d'argent, mais ces vellits sont tellement
primitives, qu'on ne peut en tenir compte. D'ailleurs, ces objets,
quand ils ne sont pas copis, proviennent des Sartes ou des
Kachgariens.

Par contre les Kirghizes sont des troubadours inlassables. Presque
tous, hommes et femmes, dans un moment de dlassement, fredonnent un
refrain, ou geignent une complainte. Ils l'accompagnent quelquefois
avec une espce de luth creus d'une seule pice dans un morceau de
bois, sur lequel ils pincent des cordes en boyau. Un autre instrument
de musique plus commun, est un fifre fait d'une branche d'arbre,
fendue et creuse, qui produit un son rauque, cacophonique. Pour en
jouer, on appuie son extrmit suprieure contre une dent, et on ouvre
ou on ferme alternativement l'ouverture infrieure avec le doigt.

Le peuple kirghize est encore  l'tat d'enfance.  ct de dfauts
ataviques propres  la race et enracins dans des coutumes surannes,
il prsente des dispositions qui ne demandent qu' tre cultives et
exploites. Mais tant que leurs montagnes resteront leur domaine
exclusif et que des barrires de granit les spareront du reste du
monde, les Kirghizes continueront  demeurer tels qu'ils sont.

Il faut qu'une sve nouvelle et puissante vienne aviver leurs forces
endormies, et qu'une race jeune et entreprenante les entrane dans la
sphre de la productivit consciente de l'humanit.

Mais ce n'est pas de sitt que cela arrivera. Et les Kirghizes
pourront encore longtemps jouir de la quitude de leur vie solitaire,
et narguer la servitude que toute civilisation entrane avec elle.

Il ne faudrait maintenant pas se mprendre sur la porte d'un voyage
au Tien-Chan. Sa raison d'tre rside uniquement dans un but
scientifique. Il n'y a rien  y dcouvrir, sinon des glaciers et des
torrents. On n'y rencontre pas de cits tumultueuses ou de ruines
historiques; on ne risque pas non plus d'tre dvor par des
cannibales, et les explorateurs qui ambitionnent les aventures
fantastiques n'y trouvent pas leur compte. Cependant, pour celui qui
sait se contenter de la nature, brutale et vierge; pour celui qui
affectionne les sveltes lgances des pics et les sinuosits
immacules des glaciers; pour celui qui s'extasie devant une fleur,
qui s'intresse  un fragment de roche, et qui se rjouit de la vue
d'un humble insecte; pour cet homme-l, ces montagnes mornes et
dsertes, et ces valles immenses qui semblent  jamais condamnes 
la strilit, s'animent, s'gayent et lui parlent de choses inconnues,
excitent sa naturelle curiosit de tout savoir, et l'incitent  la
conqute de nouveaux problmes,  la dcouverte et  la solution de
nouvelles hypothses et questions.

Notre petit voyage aux monts Clestes, s'il n'a pas t trs gai, ni
trs mouvement, nous a toutefois mis dans les conditions de pouvoir
dterminer exactement la physionomie d'un vaste soulvement terrestre
et surtout l'aspect d'une rgion jusque-l inexplore.

Ces rsultats, qui ne sont pas  ddaigner pour la science
gographique, suffisent  rcompenser nos exploits d'alpinistes.

                                        JULES BROCHEREL.

[Illustration: Tombeau kirghize.--D'aprs une photographie.]

Droits de traduction et de reproduction rservs.


       *       *       *       *       *


TABLE DES GRAVURES ET CARTES


L'T AU KACHMIR

Par _Mme F. MICHEL_


  En rickshaw sur la route du mont Abou.
    (D'aprs une photographie.)                                      1

  L'lphant du touriste  Djapour.                                 1

  Petit sanctuaire latral dans l'un des temples djans du mont Abou.
    (D'aprs une photographie.)                                      2

  Pont de cordes sur le Djhilam, prs de Garhi. (Dessin de Massias,
    d'aprs une photographie.)                                       3

  Les Karvas ou plateaux alluviaux forms par les rosions du
    Djhilam. (D'aprs une photographie.)                             4

  Ekkas et Tongas sur la route du Kachmir: vue prise au relais
    de Rampour. (D'aprs une photographie Jadu Kissen,  Delhi.)     5

  Le vieux fort Sikh et les gorges du Djhilam  Ouri. (D'aprs une
    photographie.)                                                   6

  Shr-Garhi ou la Maison du Lion, palais du Mahrdja  Srnagar.
    (Photographie Bourne et Sheperd,  Calcutta.)                    7

  L'entre du Tchinar-Bgh, ou Bois des Platanes, au-dessus de
    Srnagar; au premier plan une dounga, au fond le sommet du
    Takht-i-Souleiman. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)          7

  Ruines du temple de Brankoutri. (D'aprs une photographie.)        8

  Types de Pandis ou Brahmanes Kachmirs. (Photographie Jadu Kissen,
     Delhi.)                                                        9

  Le quai de la Rsidence; au fond, le sommet du Takht-i-Souleiman.
    (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                            10

  La porte du Kachmir et la sortie du Djhilam  Baramoula.
    (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                            11

  Nos tentes  Lahore. (D'aprs une photographie.)                  12

  Dounga ou bateau de passagers au Kachmir. (Photographie Bourne
    et Shepherd,  Calcutta.)                                       13

  Vichnou port par Garouda, idole vnre prs du temple de
    Vidja-Broer (hauteur 1m 40.)                                    13

  Enfants de bateliers jouant  cache-cache dans le creux d'un
    vieux platane. (D'aprs une photographie.)                      14

  Batelires du Kachmir dcortiquant du riz, prs d'une range de
    peupliers. (Photographie Bourne et Shepherd,  Calcutta.)       15

  Campement prs de Palhallan: tentes et doungas. (D'aprs une
    photographie.)                                                  16

  Troisime pont de Srnagar et mosque de Shah Hamadan; au fond,
    le fort de Hari-Paryat. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)    17

  Le temple inond de Pandrethan. (D'aprs une photographie.)       18

  Femme musulmane du Kachmir. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)  19

  Pandit Narayan assis sur le seuil du temple de Narasthn.
    (D'aprs une photographie.)                                     20

  Pont et bourg de Vidjabroer. (Photographie Jadu Kissen, 
    Delhi.)                                                         21

  Ziarat de Cheik Nasr-oud-Din,  Vidjabroer. (D'aprs une
    photographie.)                                                  22

  Le temple de Panyech:  gauche, un brahmane;  droite, un
    musulman. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                  23

  Temple hindou moderne  Vidjabroer. (D'aprs une photographie.)   24

  Brahmanes en visite au Naga ou source sacre de Valtongou.
    (D'aprs une photographie.)                                     25

  Gargouille ancienne, de style hindou, dans le mur d'une mosque,
     Houtamourou, prs de Bhavan.                                  25

  Temple ruin,  Khotair. (D'aprs une photographie.)              26

  Naga ou source sacre de Kothair. (D'aprs une photographie.)     27

  Ver-Ng: le bungalow au-dessus de la source. (D'aprs une
    photographie.)                                                  28

  Temple rustique de Voutanr. (D'aprs une photographie.)          29

  Autel du temple de Voutanr et accessoires du culte. (D'aprs une
    photographie.)                                                  30

  Noce musulmane,  Rozlou: les musiciens et le fianc. (D'aprs
    une photographie.)                                              31

  Sacrifice bhramanique,  Bhavan. (D'aprs une photographie.)      31

  Intrieur de temple de Martand: le repos des coolies employs au
    dblaiement. (D'aprs une photographie.)                        32

  Ruines de Martand: faade postrieure et vue latrale du temple.
    (D'aprs des photographies.)                                    33

  Place du campement sous les platanes,  Bhavan. (D'aprs une
    photographie.)                                                  34

  La Ziarat de Zan-oud-Din,  Eichmakam. (Photographie Bourne et
    Shepherd,  Calcutta.)                                          35

  Naga ou source sacre de Brar, entre Bhavan et Eichmakar.
    (D'aprs une photographie.)                                     36

  Maisons de bois,  Palgm. (Photographie Bourne et Shepherd, 
    Calcutta.)                                                      37

  Palanquin et porteurs.                                            37

  Ganech-Bal sur le Lidar: le village hindou et la roche
    miraculeuse. (D'aprs une photographie.)                        38

  Le massif du Kolahoi et la bifurcation de la valle du Lidar
    au-dessus de Palgm, vue prise de Ganeth-Bal. (Photographie
    Jadu Kissen,  Delhi.)                                          39

  Valle d'Amarnth: vue prise de la grotte. (D'aprs une
    photographie.)                                                  40

  Pondjtarni et le camp des plerins: au fond, la passe du
    Mahgounas. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                41

  Cascade sortant de dessous un pont de neige entre Tannin et
    Zodji-Pl. (D'aprs une photographie.)                          42

  Le Koh-i-Nour et les glaciers au-dessus du lac ecra-Nag.
    (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                            43

  Grotte d'Amarnth. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)           43

  Astan-Marg: la prairie et les bouleaux. (D'aprs une
    photographie.)                                                  44

  Campement de Goudjars  Astan-Marg. (D'aprs une photographie.)   45

  Le bain des plerins  Amarnath. (D'aprs une photographie.)      46

  Plerins d'Amarnth: le Sdhou de Patiala; par derrire, des
    brahmanes, et  droite, des musulmans du Kachmir. (D'aprs une
    photographie.)                                                  47

  Mosque de village au Kachmir. (D'aprs une photographie.)        48

  Brodeurs Kachmiris sur toile. (Photographie Bourne et Shepherd,
     Calcutta.)                                                    49

  Mendiant musulman. (D'aprs une photographie.)                    49

  Le Brahma Sr et le camp des plerins au pied de l'Haramouk.
    (D'aprs une photographie.)                                     50

  Lac Gangbal au pied du massif de l'Haramouk. (Photographie Jadu
    Kissen,  Delhi.)                                               51

  Le Noun-Kl, au pied de l'Haramouk, et le bain des plerins.
    (D'aprs une photographie.)                                     52

  Femmes musulmanes du Kachmir avec leurs houkas (pipes) et leur
    hangri (chaufferette). (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)   53

  Temples ruins  Vangth. (D'aprs une photographie.)             54

  Mla ou foire religieuse  Hazarat-Bal. (En haut, photographie
    par l'auteur; en bas, photographie Jadu Kissen,  Delhi.)       55

  La villa de Cheik Safai-Bagh, au sud du lac de Srnagar. (D'aprs
    une photographie.)                                              56

  Nishat-Bgh et le bord oriental du lac de Srnagar. (Photographie
    Jadu Kissen,  Delhi.)                                          57

  Le canal de Mar  Sridagar. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)  58

  La mosque de Shah Hamadan  Srnagar (rive droite). (Photographie
    Jadu Kissen,  Delhi.)                                          59

  Spcimens de l'art du Kachmir. (D'aprs une photographie.)        60


SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE

Par _le docteur LAMY_

_Mdecin-major des troupes coloniales_.


  La barre de Grand-Bassam ncessite un grand dploiement de force
    pour la mise  l'eau d'une pirogue. (D'aprs une photographie.) 61

  Le fminisme  Adoko: un mdecin concurrent de l'auteur.
    (D'aprs une photographie.)                                     61

  Travail et Maternit ou Comment vivent les femmes de
    Petit-Alp. (D'aprs une photographie.)                       62

   Motso: soins maternels. (D'aprs une photographie.)            63

  Installation de notre campement dans une clairire dbroussaille.
    (D'aprs une photographie.)                                     64

  Environs de Grand-Alp: des hangars dans une palmeraie, et une
    douzaine de grands mortiers destins  la prparation de l'huile
    de palme. (D'aprs une photographie.)                           65

  Dans le sentier troit, montant, il faut marcher en file indienne.
    (D'aprs une photographie.)                                     66

  Nous utilisons le ft renvers d'un arbre pour traverser la M.
    (D'aprs une photographie.)                                     67

  La popote dans un admirable champ de bananiers. (D'aprs une
    photographie.)                                                  68

  Indignes coupant un acajou. (D'aprs une photographie.)          69

  La cte d'Ivoire.--Le pays Atti.                                 70

  Ce fut un sauve-qui-peut gnral quand je braquai sur les
    indignes mon appareil photographique. (Dessin de J. Lave,
    d'aprs une photographie.)                                      71

  La rue principale de Grand-Alp. (D'aprs une photographie.)     72

  Les Trois Graces de Mop (pays Atti). (D'aprs une
    photographie.)                                                  73

  Femme du pays Atti portant son enfant en groupe. (D'aprs une
    photographie.)                                                  73

  Une clairire prs de Mop. (D'aprs une photographie.)           74

  La garnison de Mop se porte  notre rencontre. (D'aprs une
    photographie.)                                                  75

  Femme de Mop fabriquant son savon  base d'huile de palme et de
    cendres de peaux de bananes. (D'aprs une photographie.)        76

  Danse excute aux funrailles du prince hritier de Mop.
    (D'aprs une photographie.)                                     77

  Toilette et embaumement du dfunt. (D'aprs une photographie.)    78

  Jeune femme et jeune fille de Mop. (D'aprs une photographie.)   79

  Route, dans la fort tropicale, de Malamalasso  Daboissu.
    (D'aprs une photographie.)                                     80

  Beni Coam, roi de Betti et autres lieux, entour de ses femmes
    et de ses hauts dignitaires. (D'aprs une photographie.)        81

  Chute du Mala-Mala, affluent du Como,  Malamalasso. (D'aprs
    une photographie.)                                              82

  La valle du Como  Malamalasso. (D'aprs une photographie.)     83

  Tam-tam de guerre  Mop. (D'aprs une photographie.)             84

  Piroguiers de la cte d'Ivoire pagayant. (D'aprs une
    photographie.)                                                  85

  Allou, le boy du docteur Lamy. (D'aprs une photographie.)        85

  La fort tropicale  la cte d'Ivoire. (D'aprs une
    photographie.)                                                  86

  Le dbitage des arbres. (D'aprs une photographie.)               87

  Les lianes sur la rive du Como. (D'aprs une photographie.)      88

  Les occupations les plus frquentes au village: discussions et
    farniente Atti. (D'aprs une photographie.)                    89

  Un incendie  Grand-Bassam. (D'aprs une photographie.)           90

  La danse indigne est caractrise par des poses et des gestes
    qui rappellent une pantomime. (D'aprs une photographie.)       91

  Une inondation  Grand-Bassam. (D'aprs une photographie.)        92

  Un campement sanitaire  Abidjean. (D'aprs une photographie.)    93

  Une rue de Jackville, sur le golfe de Guine. (D'aprs une
    photographie.)                                                  94

  Grand-Bassam: cases dtruites aprs une pidmie de fivre jaune.
    (D'aprs une photographie.)                                     95

  Grand-Bassam: le boulevard Treich-Laplne. (D'aprs une
    photographie.)                                                  96


L'LE D'ELBE

Par _M. PAUL GRUYER_


  L'le d'Elbe se dcoupe sur l'horizon, abrupte, montagneuse et
    violtre.                                                       97

  Une jeune fille elboise, au regard nergique,  la peau d'une
    blancheur de lait et aux beaux cheveux noirs.                   97

  Les rues de Porto-Ferraio sont toutes un escalier (page 100).     98

  Porto-Ferraio:  l'entre du port, une vieille tour gnoise,
    trapue, bizarre de forme, se mire dans les flots.               99

  Porto-Ferraio: la porte de terre, par laquelle sortait Napolon
    pour se rendre  sa maison de campagne de San Martino.         100

  Porto-Ferraio: la porte de mer, o aborda Napolon.              101

  La teste de Napolon (page 100).                               102

  Porto-Ferraio s'chelonne avec ses toits plats et ses faades
    scintillantes de clart (page 99).                             103

  Porto-Ferraio: les remparts dcoupent sur le ciel d'un bleu
    sombre leur profil anguleux (page 99).                         103

  La faade extrieure du Palais des Mulini o habitait Napolon
     Porto-Ferraio (page 101).                                    104

  Le jardin imprial et la terrasse de la maison des Mulini
    (page 102).                                                    105

  La Via Napoleone, qui monte au Palais des Mulini.              106

  La salle du conseil  Porto-Ferraio, avec le portrait de la
    dernire grande-duchesse de Toscane et celui de Napolon,
    d'aprs le tableau de Grard.                                  107

  La grande salle des Mulini aujourd'hui abandonne, avec ses
    volets clos et les peintures dcoratives qu'y fit faire
    l'empereur (page 101).                                         107

  Une paysanne elboise avec son vaste chapeau qui la protge du
    soleil.                                                        108

  Les mille mtres du Monte Capanna et de son voisin, le Monte
    Giove, dvalent dans les flots de toute leur hauteur.          109

  Un enfant elbois.                                                109

  Marciana Alta et ses ruelles troites.                           110

  Marciana Marina avec ses maisons ranges autour du rivage et
    ses embarcations tires sur la grve.                          111

  Les chtaigniers dans le brouillard, sur le faite du Monte
    Giove.                                                         112

  ... Et voici au-dessus de moi Marciana Alta surgir des nues
    (page 111).                                                    113

  La Seda di Napoleone sur le Monte Giove o l'empereur
    s'asseyait pour dcouvrir la Corse.                            114

  La blanche chapelle de Monserrat au centre d'un amphithtre de
    rochers est entoure de sveltes cyprs (page 117).             115

  Voici Rio Montagne dont les maisons rgulires et cubiques ont
    l'air de dominos empils... (page 118).                        115

  J'aperois Poggio, un autre village perdu aussi dans les nues.  116

  Une des trois chambres de l'ermitage.                            117

  L'ermitage du Marciana o l'empereur reut la visite de la
    comtesse Walewska, le 3 Septembre 1814.                        117

  Le petit port de Porto-Longone domin par la vieille citadelle
    espagnole (page 117).                                          118

  La maison de Madame Mre  Marciana Alta.--Bastia, signor!--La
    chapelle de la Madone sur le Monte Giove.                      119

  Le coucher du soleil sur le Monte Giove.                         120

  Porto-Ferraio et son golfe vus des jardins de San Martino.       121

  L'arrive de Napolon  l'le d'Elbe. (D'aprs une caricature du
    temps.)                                                        121

  Le drapeau de Napolon roi de l'le d'Elbe: fond blanc, bande
    orang-rouge et trois abeilles jadis dores.                   122

  La salle de bains de San Martino a conserv sa baignoire de
    pierre.                                                        123

  La chambre de Napolon  San Martino.                            123

  La cour de Napolon  l'le d'Elbe. (D'aprs une caricature du
    temps.)                                                        124

  Une femme du village de Marciana Alta.                           125

  Le plafond de San Martino et les deux colombes symboliques
    reprsentant Napolon et Marie-Louise.                         126

  San Martino rappelle par son aspect une de ces maisonnettes 
    la Jean-Jacques Rousseau, agrestes et paisibles (page 123).    126

  Rideau du thtre de Porto-Ferraio reprsentant Napolon sous la
    figure d'Apollon gardant ses troupeaux chez Admte.            127

  La salle gyptienne de San Martino est demeure intacte avec ses
    peintures murales et son bassin  sec.                         127

  Broderies de soie du couvre-lit et du baldaquin du lit de Napolon
    aux Mulini, dont on a fait le trne piscopal de l'vque
    d'Ajaccio.                                                     128

  La signorina Squarci dans la robe de satin blanc que son aeule
    portait  la cour des Mulini.                                  129

  ventail de Pauline Borghse, en ivoire sculpt, envoy en
    souvenir d'elle  la signora Traditi, femme du maire de
    Porto-Ferraio.                                                 130

  Le lit de Madame Mre, qu'elle s'tait fait envoyer de Paris 
    l'le d'Elbe.                                                  130

  Le vieil aveugle Soldani, fils d'un soldat de Waterloo,
    chauffait,  un petit brasero de terre jaune, ses mains
    osseuses.                                                      131

  L'entre du goulet de Porto-Ferraio par o sortit la flottille
    impriale, le 26 fvrier 1815.                                 132


D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE

Par _M. VICTOR CHAPOT_

_membre de l'cole franaise d'Athnes_.


  Dans une sorte de cirque se dressent les pans de muraille du
    Ksar-el-Benat (page 142). (D'aprs une photographie.)          133

  Le canal de Sleucie est, par endroits, un tunnel (page 140).    133

  Vers le coude de l'Euphrate: la pense de relever les traces de
    vie antique a dict l'itinraire.                              134

  L'Antioche moderne: de l'ancienne Antioche il ne reste que
    l'enceinte, aux flancs du Silpios (page 137).                  135

  Les rues d'Antioche sont troites et tortueuses; parfois, au
    milieu, se creuse en foss. (D'aprs une photographie.)        136

  Le tout-Antioche inonde les promenades. (D'aprs une
    photographie.)                                                 137

  Les crtes des collines sont couronnes de chapelles ruines
    (page 142).                                                    138

  Alep est une ville militaire. (D'aprs une photographie.)        139

  La citadelle d'Alep se dtache des quartiers qui l'avoisinent
    (page 143). (D'aprs une photographie.)                        139

  Les parois du canal de Sleucie s'lvent jusqu' 40 mtres.
    (D'aprs une photographie.)                                    140

  Les tombeaux de Sleucie s'tageaient sur le Kasios. (D'aprs
    une photographie.)                                             141

   Alep une seule mosque peut presque passer pour une oeuvre
    d'art. (D'aprs une photographie.)                             142

  Tout alentour d'Alep la campagne est dserte. (D'aprs une
    photographie.)                                                 143

  Le Kasr-el-Benat, ancien couvent fortifi.                       144

  Balkis veille, de loin et de haut, l'ide d'une taupinire
    (page 147). (D'aprs une photographie.)                        145

  Stle Hittite. L'artiste n'a excut qu'un premier ravalement
    (page 148).                                                    145

  glise armnienne de Nisib; le plan en est masqu au dehors.
    (D'aprs une photographie.)                                    146

  Tell-Erfat est peupl d'Yazides; on le reconnat  la forme des
    habitations. (D'aprs une photographie.)                       147

  La rive droite de l'Euphrate tait couverte de stations romaines
    et byzantines. (D'aprs une photographie.)                     148

  Biredjik vu de la citadelle: la plaine s'allonge indfiniment
    (page 148). (D'aprs une photographie.)                        149

  Srsat: village mixte d'Yazides et de Bdouins (page 146).
    (D'aprs une photographie.)                                    150

  Les Tcherkesses diffrent des autres musulmans; sur leur personne,
    pas de haillons (page 152). (D'aprs une photographie.)        151

  Ras-el-An. Deux jours se passent, mlancoliques, en ngociations
    (page 155). (D'aprs une photographie.)                        152

  J'ai laiss ma tente hors les murs devant Orfa. (D'aprs une
    photographie.)                                                 153

  Environs d'Orfa: les vignes, basses, courent sur le sol. (D'aprs
    une photographie.)                                             154

  Vue gnrale d'Orfa. (D'aprs une photographie.)                 155

  Porte arabe  Rakka (page 152). (D'aprs une photographie.)      156

  Passage de l'Euphrate: les chevaux apeurs sont ports dans le
    bac  force de bras (page 159). (D'aprs une photographie.)    157

  Bdouin. (D'aprs une photographie.)                             157

  Citadelle d'Orfa: deux puissantes colonnes sont restes debout.
    (D'aprs une photographie.)                                    158

  Orfa: mosque Ibrahim-Djami; les promeneurs flnent dans la cour
    et devant la piscine (page 157). (D'aprs une photographie.)   159

  Pont byzantin et arabe (page 159). (D'aprs une photographie.)   160

  Mausole d'Alif, orn d'une frise de ttes sculptes (page 160).
    (D'aprs une photographie.)                                    161

  Mausole de Thodoret, selon la lgende, prs de Cyrrhus.
    (D'aprs une photographie.)                                    162

  Kara-Moughara: au sommet se voit une grotte taille (page 165).
    (D'aprs une photographie.)                                    163

  L'Euphrate en amont de Roum-Kaleh; sur la falaise campait un petit
    corps de lgionnaires romains (page 160). (D'aprs une
    photographie.)                                                 163

  Trappe de Checkhl: un grand difice en pierres a remplac les
    premires habitations (page 166).                              164

  Trappe de Checkhl: la chapelle (page 166). (D'aprs une
    photographie.)                                                 165

  Pre Maronite (page 168). (D'aprs une photographie.)            166

  Acbs est situ au fond d'un grand cirque montagneux (page 166).
    (D'aprs une photographie.)                                    167

  Trappe de Checkhl: premires habitations des trappistes
    (page 166). (D'aprs une photographie.)                        168


LA FRANCE AUX NOUVELLES-HBRIDES

Par _M. RAYMOND BEL_


  Indignes hbridais de l'le de Spiritu-Santo. (D'aprs une
    photographie.)                                                 169

  Le petit personnel d'un colon de Malli-Colo. (D'aprs une
    photographie.)                                                 169

  Le quai de Franceville ou Port-Vila, dans l'le Vat. (D'aprs
    une photographie.)                                             170

  Une case de l'le de Spiritu-Santo et ses habitants. (D'aprs
    une photographie.)                                             171

  Le port de Franceville ou Port-Vila, dans l'le Vat, prsente
    une rade magnifique. (D'aprs une photographie.)               172

  C'est  Port-Vila ou Franceville, dans l'le Vat, que la France
    a un rsident. (D'aprs une photographie.)                     173

  Dieux indignes ou Tabous. (D'aprs une photographie.)           174

  Les indignes hbridais de l'le Mallicolo ont un costume et
    une physionomie moins sauvages que ceux de l'le Pentecte.
    (D'aprs des photographies.)                                   175

  Pirogues de l'le Vao. (D'aprs une photographie.)               176

  Indignes employs au service d'un bateau. (D'aprs une
    photographie.)                                                 177

  Un sous-bois dans l'le de Spiritu-Santo. (D'aprs une
    photographie.)                                                 178

  Un banquet de Franais  Port-Vila (Franceville). (D'aprs
    une photographie.)                                             179

  La colonie franaise de Port-Vila (Franceville). (D'aprs
    une photographie.)                                             179

  La rivire de Luganville. (D'aprs une photographie.)            180


LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE

Par _M. ALBERT THOMAS_


  Les enfants russes, aux grosses joues pales, devant l'isba
    (page 182). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         181

  La reine des cloches Tsar Kolokol (page 180). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 181

  Les chariots de transport que l'on rencontre en longues files
    dans les rues de Moscou (page 183).                            182

  Les paysannes en plerinage arrives enfin  Moscou, la cit
    sainte (page 182). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)  183

  Une chapelle o les passants entrent adorer les icnes
    (page 183). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         184

  La porte du Sauveur que nul ne peut franchir sans se dcouvrir
    (page 185). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        185

  Une porte du Kreml (page 185). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    186

  Les moines du couvent de Saint-Serge, un des couvents qui
    entourent la cit sainte (page 185). (D'aprs une photographie
    de M. J. Cahen.)                                               187

  Deux villes dans le Kreml: celle du XVe sicle, celle d'Ivan,
    et la ville moderne, que symbolise ici le petit palais
    (page 190).                                                    188

  Le mur d'enceinte du Kreml, avec ses crneaux, ses tours aux
    toits aigus (page 183). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    189

  Tout prs de l'Assomption, les deux glises-soeurs se dressent:
    les Saints-Archanges et l'Annonciation (page 186). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 189

   l'extrmit de la place Rouge, Saint-Basile dresse le fouillis
    de ses clochers (page 184). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    190

  Du haut de l'Ivan Vliki, la ville immense se dcouvre (page 190).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    191

  Un des isvotchiks qui nous mnent grand train  travers les rues
    de Moscou (page 182).                                          192

  Il fait bon errer parmi la foule pittoresque des marchs moscovites,
    entre les petits marchands, artisans ou paysans qui apportent l
    leurs produits (page 195). (D'aprs une photographie de M. J.
    Cahen.)                                                        193

  L'isvotchik a revtu son long manteau bleu (page 194). (D'aprs
    une photographie de M. J. Cahen.)                              193

  Itinraire de Moscou  Tomsk.                                    194

   ct d'une picerie, une des petites boutiques o l'on vend le
    kvass, le cidre russe (page 195). (D'aprs une photographie de
    M. J. Cahen.)                                                  195

  Et des Tatars offraient des toffes tales sur leurs bras
    (page 195). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         196

  Patients, rsigns, les cochers attendent sous le soleil de midi
    (page 194). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         197

  Une cour du quartier ouvrier, avec l'icne protectrice (page 196).
    (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)                     198

  Sur le flanc de la colline de Nijni, au pied de la route qui
    relie la vieille ville  la nouvelle, la citadelle au march
    (page 204). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         199

  Le march tincelait dans son fouillis (page 195). (D'aprs une
    photographie de M. J. Cahen.)                                  200

  Dj la grande industrie pntre: on rencontre  Moscou des
    ouvriers modernes (page 195). (D'aprs une photographie.)      201

  Sur l'Oka, un large pont de bois barrait les eaux (page 204).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    202

  Dans le quartier ouvrier, les familles s'entassent,  tous les
    tages, autour de grandes cours (page 196). (D'aprs une
    photographie de M. J. Cahen.)                                  203

  Le char funbre tait blanc et dor (page 194). (D'aprs une
    photographie.)                                                 204

   Nijni, toutes les races se rencontrent, Grands-Russiens, Tatars,
    Tcherkesses (page 208). (D'aprs une photographie de M. J.
    Cahen.)                                                        205

  Une femme tatare de Kazan dans l'enveloppement de son grand chle
    (page 214). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        205

  Nous avons travers le grand pont qui mne  la foire (page 205).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    206

  Au dehors, la vie de chaque jour s'talait, ple-mle, 
    l'orientale (page 207). (D'aprs une photographie de M. J.
    Cahen.)                                                        207

  Les galeries couvertes, devant les boutiques de Nijni (page 206).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    208

  Dans les rues, les petits marchands taient innombrables
    (page 207). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         209

  Dans une rue, c'taient des coffres de toutes dimensions, peints
    de couleurs vives (page 206). (D'aprs une photographie de M.
    J. Cahen.)                                                     210

  Prs de l'asile, nous sommes alls au march aux cloches
   (page 208). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)          211

  Plus loin, sous un abri, des balances gigantesques taient pendues
    (page 206). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         211

  Dans une autre rue, les charrons avaient accumul leurs roues
    (page 206). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         212

  Paysannes russes, de celles qu'on rencontre aux petits marchs
    des dbarcadres ou des stations (page 215). (D'aprs une
    photographie de M. J. Cahen.)                                  213

  Le Kreml de Kazan. C'est l que sont les glises et les
    administrations (page 214). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    214

  Sur la berge, des tarantass taient ranges (page 216). (D'aprs
    une photographie de M. Thibeaux.)                             215

  Partout sur la Volga d'immenses paquebots et des remorqueurs
    (page 213). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        216

   presque toutes les gares il se forme spontanment un petit
    march (page 222). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)  217

  Dans la plaine (page 221). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    217

  Un petit fumoir, vitr de tous cts, termine le train
    (page 218). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        218

  Les migrants taient l, ple-mle, parmi leurs misrables
    bagages (page 226). (D'aprs une photographie de M. J.
    Cahen.)                                                        219

  Les petits garons du wagon-restaurant s'approvisionnent
    (page 218). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        220

  migrants prenant leur maigre repas pendant l'arrt de leur train
    (page 228). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine)           221

  L'ameublement du wagon-restaurant tait simple, avec un bel air
    d'aisance (page 218). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine) 222

  Les gendarmes qui assurent la police des gares du Transsibrien.
    (Photographie de M. Thibeaux.)                                223

  L'glise, prs de la gare de Tchliabinsk, ne diffre des isbas
    neuves que par son clocheton (page 225). (Photographie extraite
    du Guide du Transsibrien.)                                  224

  Un train de constructeurs tait remis l, avec son wagon-chapelle
    (page 225). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine.)          225

  Vue De Stretensk: la gare est sur la rive gauche, la ville sur
    la rive droite. (Photographie de M. A. N. de Koulomzine.)      226

  Un point d'migration (page 228). (Photographie de M. A. N. de
    Koulomzine.)                                                   227

  Enfants d'migrants (page 228). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    228

  Un petit march dans une gare du Transsibrien. (Photographie de
    M. Legras.)                                                    229

  La cloche luisait, immobile, sous un petit toit isol (page 230).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    229

  Nous sommes passs prs d'une glise  clochetons verts (page 230).
    (Photographie de M. Thibeaux.)                                230

  Tomsk a group dans la valle ses maisons grises et ses toits
    verts (page 230). (Photographie de M. Brocherel.)              231

  Aprs la dbcle de la Tome, prs de Tomsk (page 230). (D'aprs
    une photographie de M. Legras.)                                232

  Le chef de police demande quelques explications sur les passeports
    (page 232). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        233

  La cathdrale de la Trinit  Tomsk (page 238). (Photographie
    extraite du Guide du Transsibrien.)                         234

  Tomsk: en revenant de l'glise (page 234). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 235

  Tomsk n'tait encore qu'un campement, sur la route de l'migration
    (page 231). (D'aprs une photographie.)                        236

  Une rue de Tomsk, dfinie seulement par les maisons qui la bordent
    (page 231). (Photographie de M. Brocherel.)                    237

  Les cliniques de l'Universit de Tomsk (page 238). (Photographie
    extraite du Guide du Transsibrien.)                         238

  Les longs btiments blancs o s'abrite l'Universit (page 237).
    (Photographie extraite du Guide du Transsibrien.)           239

  La voiture de l'icne stationnait parfois (page 230). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 240

  Flneurs  la gare de Petropavlosk (page 242). (D'aprs une
    photographie de M. Legras.)                                    241

  Dans les valles de l'Oural, habitent encore des Bachkirs
    (page 245). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        241

  Un taillis de bouleaux entourait une petite mare. (D'aprs une
    photographie.)                                                 242

  Les rivires roulaient une eau claire (page 244). (D'aprs une
    photographie.)                                                 243

  La ligne suit la valle des rivires (page 243). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 244

  Comme toute l'activit commerciale semble frle en face des eaux
    puissantes de la Volga! (page 248.) (D'aprs une photographie
    de M. G. Cahen.)                                               245

  Bachkirs sculpteurs. (D'aprs une photographie de M. Paul
    Labb.)                                                        246

   la gare de Tchliabinsk, toujours des migrants (page 242).
    (D'aprs une photographie de M. J. Legras.)                    247

  Une bonne d'enfants, avec son costume traditionnel (page 251).
    (D'aprs une photographie de M. G. Cahen.)                     248

  Joie nave de vivre, et mlancolie.--un petit march du sud
    (page 250). (D'aprs une photographie de M. G. Cahen.)         249

  Un russe dans son vtement d'hiver (page 249). (D'aprs une
    photographie de M. G. Cahen.)                                  250

  Dans tous les villages russes, une activit humble, pauvre de
    moyens.--Marchands de poteries (page 248). (D'aprs une
    photographie de M. G. Cahen.)                                  251

  L, au passage, un Kirghize sur son petit cheval (page 242).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)         252


LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES

Par _M. GERSPACH_


  Lugano: les quais offrent aux touristes une merveilleuse
    promenade. (Photographie Alinari.)                             253

  Porte de la cathdrale Saint-Laurent de Lugano (page 256).
    (Photographie Alinari.)                                        253

  Le lac de Lugano dont les deux bras enserrent le promontoire de
    San Salvatore. (D'aprs une photographie.)                     254

  La ville de Lugano descend en amphithtre jusqu'aux rives de son
    lac. (Photographie Alinari.)                                   255

  Lugano: faubourg de Castagnola. (D'aprs une photographie.)      256

  La cathdrale de Saint-Laurent: sa faade est dcore de figures
    de prophtes et de mdaillons d'aptres (page 256).
    (Photographie Alinari.)                                        257

  Saint-Roch: dtail de la fresque de Luini  Sainte-Marie-des-Anges
    (Photographie Alinari.)                                        258

  La passion: fresque de Luini  l'glise Sainte-Marie-des-Anges
    (page 260). (Photographie Alinari)                             259

  Saint Sbastien: dtail de la grande fresque de Luini 
    Sainte-Marie-des-Anges. (Photographie Alinari.)                260

  La madone, l'enfant Jsus et Saint Jean, par Luini, glise
    Sainte-Marie-des-Anges (page 260). (Photographie Alinari.)     261

  La Scne: fresque de Luini  l'glise Sainte-Marie-des-Anges
    (page 260).                                                    262

  Lugano: le quai et le faubourg Paradiso.
    (Photographie Alinari.)                                        263

  Lac de Lugano: viaduc du chemin de fer du Saint-Gothard.
    (D'aprs une photographie.)                                    264


SHANGHA, LA MTROPOLE CHINOISE

Par _M. MILE DESCHAMPS_


  Les quais sont anims par la population grouillante des Chinois
    (page 266). (D'aprs une photographie.)                        265

  Acteurs du thtre chinois. (D'aprs une photographie.)          265

  Plan de Shangha.                                                266

  Shangha est sillonne de canaux qui,  mare basse, montrent
    une boue noire et mal odorante. (Photographie de Mlle Hlne
    de Harven.)                                                    267

  Panorama de Shangha. (D'aprs une photographie.)                268

  Dans la ville chinoise, les camelots sont nombreux, qui dbitent
    en plein vent des marchandises ou des lgendes extraordinaires.
    (D'aprs une photographie.)                                    269

  Le poste de l'Ouest, un des quatre postes o s'abrite la milice
    de la Concession franaise (page 272). (D'aprs une
    photographie.)                                                 270

  La population ordinaire qui grouille dans les rues de la ville
    chinoise de Shangha (page 268).                               271

  Les coolies conducteurs de brouettes attendent nonchalamment
    l'arrive du client (page 266). (Photographies de Mlle H. de
    Harven.)                                                       271

  Une maison de th dans la cit chinoise. (D'aprs une
    photographie.)                                                 272

  Les brouettes, qui transportent marchandises ou indignes, ne
    peuvent circuler que dans les larges avenues des concessions
    (page 270). (D'aprs une photographie.)                        273

  La prison de Shangha se prsente sous l'aspect d'une grande cage,
     forts barreaux de fer. (D'aprs une photographie.)           274

  Le parvis des temples dans la cit est toujours un lieu de
    runion trs frquent. (D'aprs une photographie.)            275

  Les murs de la cit chinoise, du ct de la Concession franaise.
    (D'aprs une photographie.)                                    276

  La navigation des sampans sur le Ouang-P. (D'aprs une
    photographie.)                                                 277

  Aiguille de la pagode de Long-Hoa. (D'aprs une photographie.)   277

  Rickshaws et brouettes sillonnent les ponts du Yang King-Pang.
    (D'aprs une photographie.)                                    278

  Dans Broadway, les boutiques alternent avec des magasins de belle
    apparence (page 282).                                          279

  Les jeunes Chinois flnent au soleil dans leur Cit.
    (Photographies de Mlle H. de Harven.)                          279

  Sur les quais du Yang-King-Pang s'lvent des btiments, banques
    ou clubs, qui n'ont rien de chinois. (D'aprs une
    photographie.)                                                 280

  Le quai de la Concession franaise prsente,  toute heure du
    jour, la plus grande animation. (D'aprs une photographie.)    281

  Hong-Hoa: pavillon qui surmonte l'entre de la pagode. (D'aprs
    une photographie.)                                             282

  L'omnibus du pauvre (wheel-barrow ou brouette) fait du deux 
    l'heure et cote quelques centimes seulement. (D'aprs une
    photographie.)                                                 283

  Une station de brouettes sur le Yang-King-Pang. (D'aprs une
    photographie.)                                                 284

  Les barques s'entre-croisent et se choquent devant le quai
    chinois de Tou-Ka-Dou. (D'aprs une photographie.)             285

  Chinoises de Shangha. (D'aprs une photographie.)               286

  Village chinois aux environs de Shangha. (D'aprs une
    photographie.)                                                 287

  Le charnier des enfants trouvs (page 280). (D'aprs une
    photographie.)                                                 288


L'DUCATION DES NGRES AUX TATS-UNIS

Par _M. BARGY_


  L'cole maternelle de Hampton accueille et occupe les ngrillons
    des deux sexes. (D'aprs une photographie.)                    289

  Institut Hampton: cours de travail manuel. (D'aprs une
    photographie.)                                                 289

  Booker T. Washington, le leader de l'ducation des ngres aux
    tats-Unis, fondateur de l'cole de Tuskegee, en costume
    universitaire. (D'aprs une photographie.)                     290

  Institut Hampton: le cours de maonnerie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 291

  Institut Hampton: le cours de laiterie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 292

  Institut Hampton: le cours d'lectricit. (D'aprs une
    photographie.)                                                 293

  Institut Hampton: le cours de menuiserie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 294

  Le salut au drapeau excut par les ngrillons de l'Institut
    Hampton. (D'aprs une photographie.)                           295

  Institut Hampton: le cours de chimie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 296

  Le basket ball dans les jardins de l'Institut Hampton. (D'aprs
    une photographie.)                                             297

  Institut Hampton: le cours de cosmographie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 298

  Institut Hampton: le cours de botanique. (D'aprs une
    photographie.)                                                 299

  Institut Hampton: le cours de mcanique. (D'aprs une
    photographie.)                                                 300


 TRAVERS LA PERSE ORIENTALE

Par _le Major PERCY MOLESWORTH SYKES_

_Consul gnral de S. M. Britannique au Khorassan._


  Une foule curieuse nous attendait sur les places de Mechhed.
    (D'aprs une photographie.)                                    301

  Un poney persan et sa charge ordinaire. (D'aprs une
    photographie.)                                                 301

  Le plateau de l'Iran. Carte pour suivre le voyage de l'auteur,
    d'Astrabad  Kirman.                                           302

  Les femmes persanes s'enveloppent la tte et le corps d'amples
    toffes. (D'aprs une photographie.)                           303

  Paysage du Khorassan: un sol rocailleux et ravag, une rivire
    presque  sec; au fond, des constructions  l'aspect de fortins.
    (D'aprs une photographie.)                                    304

  Le sanctuaire de Mechhed est parmi les plus riches et les plus
    visits de l'Asie. (D'aprs une photographie.)                 305

  La cour principale du sanctuaire de Mechhed. (D'aprs une
    photographie.)                                                 306

  Enfants nomades de la Perse orientale. (D'aprs une
    photographie.)                                                 307

  Jeunes filles kurdes des bords de la mer Caspienne. (D'aprs une
    photographie.)                                                 308

  Les prparatifs d'un campement dans le dsert de Lout. (D'aprs
    une photographie.)                                             309

  Le dsert de Lout n'est surpass, en aridit, par aucun autre de
    l'Asie. (D'aprs une photographie.)                            310

  Avant d'arriver  Kirman, nous avions  traverser la chane de
    Kouhpaia. (D'aprs une photographie.)                          311

  Rien n'gale la dsolation du dsert de Lout. (D'aprs une
    photographie.)                                                 312

  La communaut Zoroastrienne de Kirman vint, en chemin, nous
    souhaiter la bienvenue. (D'aprs une photographie.)            313

  Un marchand de Kirman. (D'aprs une photographie.)               313

  Le dme de Djabalia, ruine des environs de Kirman, ancien
    sanctuaire ou ancien tombeau. (D'aprs une photographie.)      314

   Kirman: le jardin qui est lou par le Consulat, se trouve  un
    mille au del des remparts. (D'aprs une photographie.)        315

  Une avenue dans la partie ouest de Kirman. (D'aprs une
    photographie.)                                                 316

  Les gardes indignes du Consulat anglais de Kirman. (D'aprs une
    photographie.)                                                 317

  La plus ancienne mosque de Kirman est celle dite Masdjid-i-Malik.
   (D'aprs une photographie.)                                     318

  Membres des cheikhis, secte qui en compte 7 000 dans la province
    de Kirman. (D'aprs une photographie.)                         319

  La Masdjid Djami, construite en 1349, une des quatre-vingt-dix
    mosques de Kirman. (D'aprs une photographie.)                320

  Dans la partie ouest de Kirman se trouve le Bagh-i-Zirisf,
    terrain de plaisance occup par des jardins. (D'aprs une
    photographie.)                                                 321

  Les environs de Kirman comptent quelques maisons de th. (D'aprs
    une photographie.)                                             322

  Une tour de la mort, o les Zoroastriens exposent les cadavres.
    (D'aprs une photographie.)                                    323

  Le fort dit Kala-i-Dukhtar ou fort de la Vierge, aux portes de
    Kirman. (D'aprs une photographie.)                            324

  Le Farma Farma. (D'aprs une photographie.)                    325

  Indignes du bourg d'Aptar, Baloutchistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 325

  Carte du Makran.                                                 326

  Baloutches de Pip, village de deux cents maisons groupes autour
    d'un fort. (D'aprs une photographie.)                         327

  Des forts abandonns rappellent l'ancienne puissance du
    Baloutchistan. (D'aprs une photographie.)                     328

  Chameliers brahmanes du Baloutchistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 329

  La passe de Fanoch, faisant communiquer la valle du mme nom et
    la valle de Lachar. (D'aprs une photographie.)               330

  Musiciens ambulants du Baloutchistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 331

  Une halte dans les montagnes du Makran. (D'aprs une
    photographie.)                                                 332

  Baloutches du district de Sarhad. (D'aprs une photographie.)    333

  Un fortin sur les frontires du Baloutchistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 334

  Dans les montagnes du Makran:  des collines d'argile succdent
    de rugueuses chanes calcaires. (D'aprs une photographie.)    335

  Bureau du tlgraphe sur la cte du Makran. (D'aprs une
    photographie.)                                                 336

  L'oasis de Djalsk, qui s'tend sur 10 kilomtres carrs, est
    remplie de palmiers-dattiers, et compte huit villages.
    (D'aprs une photographie.)                                    337

  Femme Parsi du Baloutchistan. (D'aprs une photographie.)        337

  Carte pour suivre les dlimitations de la frontire
    perso-baloutche.                                               338

  Nous campmes  Fahradj, sur la route de Kouak, dans une
    palmeraie. (D'aprs une photographie.)                         339

  C'est  Kouak que les commissaires anglais et persans s'taient
    donn rendez-vous. (D'aprs une photographie.)                 340

  Le sanctuaire de Mahoun, notre premire tape sur la route de
    Kouak. (D'aprs une photographie.)                             341

  Cour intrieure du sanctuaire de Mahoun. (D'aprs une
    photographie.)                                                 342

  Le khan de Klat et sa cour. (D'aprs une photographie.)         343

  Jardins du sanctuaire de Mahoun. (D'aprs une photographie.)     344

  Dans la valle de Kalagan, prs de l'oasis de Djalsk. (D'aprs
    une photographie.)                                             345

  Oasis de Djalsk: Des difices en briques abritent les tombes
    d'une race de chefs disparue. (D'aprs une photographie.)      346

  Indignes de l'oasis de Pandjgour,  l'est de Kouak. (D'aprs
    une photographie.)                                             347

  Camp de la commission de dlimitation sur la frontire
    perso-baloutche. (D'aprs une photographie.)                   348

  Campement de la commission des frontires perso-baloutches.
    (D'aprs une photographie.)                                    349

  Parsi de Yezd. (D'aprs une photographie.)                       349

  Une sance d'arpentage dans le Seistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 350

  Les commissaires persans de la dlimitation des frontires
    perso-baloutches. (D'aprs une photographie.)                  351

  Le delta du Helmand.                                             352

  Sculptures sassanides de Perspolis. (D'aprs une photographie.) 352

  Un gouverneur persan et son tat-major. (D'aprs une
    photographie.)                                                 353

  La passe de Buzi. (D'aprs une photographie.)                    354

  Le Gypsies du sud-est persan.                                    355

  Sur la lagune du Helmand. (D'aprs une photographie.)            356

  Couple baloutche. (D'aprs une photographie.)                    357

  Vue de Yezd, par o nous passmes pour rentrer  Kirman. (D'aprs
    une photographie.)                                             358

  La colonne de Nadir s'lve comme un phare dans le dsert.
    (D'aprs une photographie.)                                    359

  Mosque de Yezd. (D'aprs une photographie.)                     360


AUX RUINES D'ANGKOR

Par _M. le Vicomte De MIRAMON-FARGUES_


  Entre le sanctuaire et la seconde enceinte qui abrite sous ses
    votes un peuple de divinits de pierre.... (D'aprs une
    photographie.)                                                 361

  Emblme dcoratif (art khmer). (D'aprs une photographie.)       361

  Porte d'entre de la cit royale d'Angkor-Tom, dans la fort.
    (D'aprs une photographie.)                                    362

  Ce grand village, c'est Siem-Rap, capitale de la province.
    (D'aprs une photographie)                                     363

  Une chausse de pierre s'avance au milieu des tangs. (D'aprs
    une photographie.)                                             364

  Par des escaliers invraisemblablement raides, on gravit la
    montagne sacre. (D'aprs une photographie.)                   365

  Colonnades et galeries couvertes de bas-reliefs. (D'aprs une
    photographie.)                                                 366

  La plus grande des deux enceintes mesure 2 kilomtres de tour;
    c'est un long clotre. (D'aprs une photographie.)             367

  Trois dmes hrissent superbement la masse formidable du temple
    d'Angkor-Wat. (D'aprs une photographie.)                      367

  Bas-relief du temple d'Angkor. (D'aprs une photographie.)       368

  La fort a envahi le second tage d'un palais khmer. (D'aprs
    une photographie.)                                             369

  Le gouverneur rquisitionne pour nous des charrettes  boeufs.
    (D'aprs une photographie.)                                    370

  La jonque du deuxime roi, qui a, l'an dernier, succd  Norodom.
    (D'aprs une photographie.)                                    371

  Le palais du roi,  Oudong-la-Superbe. (D'aprs une
    photographie.)                                                 371

  Sculptures de l'art khmer. (D'aprs une photographie.)           372


EN ROUMANIE

Par _M. Th. HEBBELYNCK_


  La petite ville de Petrozeny n'est gure originale; elle a, de
    plus, un aspect malpropre. (D'aprs une photographie.)         373

  Paysan des environs de Petrozeny et son fils. (D'aprs une
    photographie.)                                                 373

  Carte de Roumanie pour suivre l'itinraire de l'auteur.          374

  Vendeuses au march de Targu-Jiul. (D'aprs une photographie.)   375

  La nouvelle route de Valachie traverse les Carpathes et aboutit
     Targu-Jiul. (D'aprs une photographie.)                      376

  C'est aux environs d'Arad que pour la premire fois nous voyons
    des buffles domestiques. (D'aprs une photographie.)           377

  Montagnard roumain endimanch. (Clich Anerlich.)                378

  Derrire une haie de bois blanc s'lve l'habitation modeste.
    (D'aprs une photographie.)                                    379

  Nous croisons des paysans roumains. (D'aprs une photographie.)  379

  Costume national de gala, roumain. (Clich Cavallar.)            380

  Dans les vicissitudes de leur triste existence, les tziganes ont
    conserv leur type et leurs moeurs. (Photographie Anerlich.)   381

  Un rencontre prs de Padavag d'immenses troupeaux de boeufs.
    (D'aprs une photographie.)                                    382

  Les femmes de Targu-Jiul ont des traits rudes et svres, sous
    le linge blanc. (D'aprs une photographie.)                    383

  En Roumanie, on ne voyage qu'en victoria. (D'aprs une
    photographie.)                                                 384

  Dans la valle de l'Olt, les castrinza des femmes sont
    dcores de paillettes multicolores.                           385

  Dans le village de Slanic. (D'aprs une photographie.)           385

  Roumaine du dfil de la Tour-Rouge. (D'aprs une photographie.) 386

  La petite ville d'Horezu est charmante et anime. (D'aprs une
    photographie.)                                                 387

  La perle de Curtea, c'est cette superbe glise blanche,
    scintillante sous ses coupoles dores. (D'aprs une
    photographie.)                                                 388

  Une ferme prs du monastre de Bistritza. (D'aprs une
    photographie.)                                                 389

  Entre de l'glise de Curtea. (D'aprs une photographie.)        390

  Les religieuses du monastre d'Horezu portent le mme costume
    que les moines. (D'aprs une photographie.)                    391

  Devant l'entre de l'glise se dresse le baptistre de Curtea.
    (D'aprs une photographie.)                                    392

  Au march de Campolung. (D'aprs une photographie.)              393

  L'excursion du dfil de Dimboviciora est le complment oblig
    d'un sjour  Campolung. (D'aprs une photographie.)           394

  Dans le dfil de Dimboviciora. (D'aprs des photographies.)     395

  Dans les jardins du monastre de Curtea.                         396

  Sinaa: le chteau royal, Castel Pels, sur la montagne du mme
    nom. (D'aprs une photographie.)                               397

  Un enfant des Carpathes. (D'aprs une photographie.)             397

  Une fabrique de ciment groupe autour d'elle le village de Campina.
    (D'aprs une photographie.)                                    398

  Vue intrieure des mines de sel de Slanic. (D'aprs une
    photographie.)                                                 399

  Entre Campina et Sinaa la route de voiture est des plus
    potiques. (D'aprs une photographie.)                         400

  Un coin de Campina. (D'aprs une photographie.)                  401

  Les villas de Sinaa. (D'aprs une photographie.)                402

  Vues de Bucarest: le boulevard Coltei. -- L'glise du Spiritou
    Nou. -- Les constructions nouvelles du boulevard Coltei. --
    L'glise mtropolitaine.--L'Universit.--Le palais Stourdza.
    -- Un vieux couvent. -- (D'aprs des photographies.)           403

  Le monastre de Sinaa se dresse derrire les villas et les
    htels de la ville. (D'aprs une photographie.)                404

  Une des deux cours intrieures du monastre de Sinaa. (D'aprs
    une photographie.)                                             405

  Une demeure princire de Sinaa. (D'aprs une photographie.)     406

  Busteni (les villas, l'glise), but d'excursion pour les habitants
    de Sinaa. (D'aprs une photographie.)                         407

  Slanic: un wagon de sel. (D'aprs une photographie.)             408


CROQUIS HOLLANDAIS

Par _M. Lud. GEORGES HAMN_

_Photographies de l'auteur._


   la kermesse.                                                   409

  Ces anciens, pour la plupart, ont une maigreur de bon aloi.      409

  Des boerin bien prises en leurs justins marchent en roulant,
    un joug sur les paules.                                       410

  Par intervalles une femme sort avec des seaux; elle lave sa
    demeure de haut en bas.                                        410

  Emplettes familiales.                                            411

  Les mnagres sont l, galement calmes, lentes, avec leurs
    grosses jupes.                                                 411

  Jeune mtayre de Middelburg.                                    412

  Middelburg: le faubourg qui prend le chemin du march conduit
     un pont.                                                     412

  Une mre, songeuse, promenait son petit garon.                  413

  Une famille hollandaise au march de Middelburg.                 414

  Le march de Middelburg: considrations sur la grosseur des
    betteraves.                                                    415

  Des groupes d'anciens en culottes courtes, chapeaux marmites.    416

  Un septuagnaire appuy sur son petit-fils me sourit
    bonassement.                                                   417

  Roux en le dcor roux, l'clusier fumait sa pipe.                417

  Le village de Zoutelande.                                        418

  Les grandes voitures en forme de nacelle, recouvertes de bches
    blanches.                                                      419

  Aussi comme on l'aime, ce home.                                  420

  Les filles de l'htelier de Wemeldingen.                         421

  Il se campe prs de son cheval.                                  421

  Je rencontre  l'ore du village un couple minuscule.            422

  La campagne hollandaise.                                         423

  Environs de Westkapelle: deux femmes reviennent du molen.      423

  Par tous les sentiers, des marmots se juchrent.                 424

  Le pre Kick symbolisait les gnrations des Nerlandais
    dfunts.                                                       425

  Wemeldingen: un moulin colossal domine les digues.               426

  L'une entonna une chanson.                                       427

  Les moutons broutent avec ardeur le long des canaux.             428

  Famille hollandaise en voyage.                                   429

  Ah! les moulins; leur nombre droute l'esprit.                   429

  Les chariots enfoncs dans les champs marcageux sont enlevs
    par de forts chevaux.                                          430

  La digue de Westkapelle.                                         431

  Les cluses ouvertes.                                            432

  Les petits garons rdent par bandes,  grand bruit de sabots
    sonores....                                                    433

  Jeune mre  Marken.                                             433

  Volendam, sur les bords du Zuiderzee, est le rendez-vous des
    peintres de tous les pays.                                     434

  Avec leurs figures rondes, panouies de contentement, les petites
    filles de Volendam font plaisir  voir.                        435

  Aux jours de lessive, les linges multicolores flottent partout.  436

  Les jeunes filles de Volendam sont coiffes du casque en dentelle,
     forme de salade renverse.                                 437

  Deux pcheurs accroupis au soleil,  Volendam.                   438

  Une lessive consciencieuse.                                      439

  Il y a des couples d'enfants ravissants, d'un type expressif.    440

  Les femmes de Volendam sont moins claquemures en leur logis.    441

  Vtu d'un pantalon dmesur, le pcheur de Volendam a une allure
    personnelle.                                                   442

  Un commencement d'idylle  Marken.                               443

  Les petites filles sont charmantes.                              444


ABYDOS

dans les temps anciens et dans les temps modernes

Par _M. E. AMELINEAU_


  Le lac sacr d'Osiris, situ au sud-est de son temple, qui a t
    dtruit. (D'aprs une photographie.)                           445

  Sti Ier prsentant des offrandes de pain, lgumes, etc. (D'aprs
    une photographie.)                                             445

  Une rue d'Abydos. (D'aprs une photographie.)                    446

  Maison d'Abydos habite par l'auteur, pendant les trois premires
    annes. (D'aprs une photographie.)                            447

  Le prtre-roi rendant hommage  Sti Ier (chambre annexe de la
    deuxime salle d'Osiris). (D'aprs une photographie.)          448

  Thot prsentant le signe de la vie aux narines du roi Sti Ier
    (chambre annexe de la deuxime salle d'Osiris). (D'aprs une
    photographie.)                                                 449

  Le dieu Thot purifiant le roi Sti Ier (chambre annexe de la
    deuxime salle d'Osiris, mur sud). (D'aprs une photographie.) 450

  Vue intrieure du temple de Ramss II. (D'aprs une
    photographie.)                                                 451

  Perspective de la seconde salle hypostyle du temple de Sti Ier.
    (D'aprs une photographie.)                                    451

  Temple de Sti Ier, mur est, pris du mur nord. Salle due 
    Ramss II. (D'aprs une photographie.)                         452

  Temple de Sti Ier, mur est, montrant des scnes diverses du
    culte. (D'aprs une photographie.)                             453

  Table des rois Sti Ier et Ramss II, faisant des offrandes aux
    rois leurs prdcesseurs. (D'aprs une photographie.)          454

  Vue gnrale du temple de Sti Ier, prise de l'entre. (D'aprs
    une photographie.)                                             455

  Procession des victimes amenes au sacrifice (temple de
    Ramss II). (D'aprs une photographie.)                        456


VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHSE AUX MONTS CLESTES

Par _M. JULES BROCHEREL_


  Le bazar de Tackhent s'tale dans un quartier vieux et ftide.
    (D'aprs une photographie.)                                    457

  Un Kozaque de Djarghess. (D'aprs une photographie.)             457

  Itinraire de Tachkent  Prjevalsk.                              458

  Les marchands de pain de Prjevalsk. (D'aprs une photographie.)  459

  Un des trente-deux quartiers du bazar de Tachkent. (D'aprs une
    photographie.)                                                 460

  Un contrefort montagneux borde la rive droite du tchou.
    (D'aprs une photographie.)                                    461

  Le bazar de Prjevalsk, principale tape des caravaniers de
    Viernyi et de Kachgar. (D'aprs une photographie.)             462

  Couple russe de Prjevalsk. (D'aprs une photographie.)           463

  Arrive d'une caravane  Prjevalsk. (D'aprs une photographie.)  464

  Le chef des Kirghizes et sa petite famille. (D'aprs une
    photographie.)                                                 465

  Notre djighite, sorte de garde et de policier. (D'aprs une
    photographie.)                                                 466

  Le monument de Prjevalsky,  Prjevalsk. (D'aprs une
    photographie.)                                                 467

  Des ttes humaines, grossirement sculptes, monuments funraires
    des Nestoriens... (D'aprs une photographie.)                  467

  Enfants kozaques sur des boeufs. (D'aprs une photographie.)     468

  Un de nos campements dans la montagne. (D'aprs une
    photographie.)                                                 469

  Monte du col de Tomghent. (D'aprs une photographie.)           469

  Dans la valle de Kizil-Tao. (D'aprs une photographie.)         470

  Itinraire du voyage aux Monts Clestes.                         470

  La carabine de Zurbriggen intriguait fort les indignes. (D'aprs
    une photographie.)                                             471

  Au sud du col s'levait une blanche pyramide de glace. (D'aprs
    une photographie.)                                             472

  La valle de Kizil-Tao. (D'aprs une photographie.)              473

  Le col de Karaguer, valle de Tomghent. (D'aprs une
    photographie.)                                                 474

  Sur le col de Tomghent. (D'aprs une photographie.)              475

  J'tais enchant des aptitudes alpinistes de nos coursiers.
    (D'aprs une photographie.)                                    475

  Le plateau de Saridjass, peu tourment, est pourvu d'une herbe
    suffisante pour les chevaux. (D'aprs une photographie.)       476

  Nous passons  gu le Kizil-Sou. (D'aprs des photographies.)    477

  Panorama du massif du Khan-Tengri. (D'aprs une photographie.)   478

  Entre de la valle de Kachkateur. (D'aprs une photographie.)   479

  Nous baptismes Kachkateur-Tao, la pointe de 4 250 mtres que
    nous avions escalade. (D'aprs une photographie.)             479

  La valle de Tomghent. (D'aprs une photographie.)               480

  Des Kirghizes d'Oustchiar taient venus  notre rencontre.
    (D'aprs une photographie.)                                    481

  Kirghize joueur de flte. (D'aprs une photographie.)            481

  Le massif du Kizil-Tao. (D'aprs une photographie.)              482

  Rgion des Monts Clestes.                                       482

  Les Kirghizes mnent au village une vie peu occupe. (D'aprs
    une photographie.)                                             483

  Notre petite troupe s'aventure audacieusement sur la pente
    glace. (D'aprs une photographie.)                            484

  Valle suprieure d'Inghiltchik. (D'aprs une photographie.)     485

  Valle de Kaende: l'eau d'un lac s'coulait au milieu d'une
    prairie maille de fleurs. (D'aprs une photographie.)        486

  Les femmes kirghizes d'Oustchiar se rangrent, avec leurs
    enfants, sur notre passage. (D'aprs une photographie.)        487

  Le chirta de Kaende. (D'aprs une photographie.)                488

  Nous salumes la valle de Kaende comme un coin de la terre des
    Alpes. (D'aprs une photographie.)                             489

  Femmes maries de la valle de Kaende, avec leur progniture.
    (D'aprs une photographie.)                                    490

  L'lment mle de la colonie vint tout l'aprs-midi voisiner
    dans notre campement. (D'aprs une photographie.)              491

  Un aoul kirghize.                                              492

  Yeux brids, pommettes saillantes, nez pat, les femmes de
    Kaende sont de vilaines Kirghizes. (D'aprs une photographie.) 493

  Enfant kirghize. (D'aprs une photographie.)                     493

  Kirghize dressant un aigle. (D'aprs une photographie.)          494

  Itinraire du voyage aux Monts Clestes.                         494

  Nous rencontrmes sur la route d'Oustchiar un berger et son
    troupeau. (D'aprs une photographie.)                          495

  Je photographiai les Kirghizes de Kaende, qui s'taient, pour
    nous recevoir, assembls sur une minence. (D'aprs une
    photographie.)                                                 496

  Le glacier de Kaende. (D'aprs une photographie.)                497

  L'aiguille d'Oustchiar vue de Kaende.                            498

  Notre cabane au pied de l'aiguille d'Oustchiar. (D'aprs des
    photographies.)                                                498

  Kirghizes de Kaende. (D'aprs une photographie.)                 499

  Le pic de Kaende s'lve  6 000 mtres. (D'aprs une
    photographie.)                                                 500

  La fille du chirta (chef) de Kaende, fiance au kaltch de la
    valle d'Irtach. (D'aprs une photographie.)                   501

  Le kaltch (chef) de la valle d'Irtach, l'heureux fianc de
    la fille du chirta de Kaende. (D'aprs une photographie.)     502

  Le glacier de Kaende.                                            503

  Cheval kirghize au repos sur les flancs du Kaende. (D'aprs
    des photographies.)                                            503

  Retour des champs. (D'aprs une photographie.)                   504

  Femmes kirghizes de la valle d'Irtach. (D'aprs une
    photographie.)                                                 505

  Un chef de district dans la valle d'Irtach. (D'aprs une
    photographie.)                                                 505

  Le pic du Kara-tach, vu d'Irtach, prend vaguement l'aspect d'une
    pyramide. (D'aprs une photographie.)                          506

  Les caravaniers passent leur vie dans les Monts Clestes,
    emmenant leur famille avec leurs marchandises. (D'aprs une
    photographie.)                                                 507

  La valle de Zououka, par o transitent les caravaniers de Viernyi
     Kachgar. (D'aprs une photographie.)                         508

  Le massif du Djoukoutchiak; au pied, le dangereux col du mme nom,
    frquent par les nomades qui se rendent  Prjevalsk. (D'aprs
    une photographie.)                                             509

  Le chaos des pics dans le Kara-Tao. (D'aprs une photographie.)  510

  talon kirghize de la valle d'Irtach et son cavalier. (D'aprs
    une photographie.)                                             511

  Vhicule kirghize employ dans la valle d'Irtach. (D'aprs une
    photographie.)                                                 511

  Les roches plisses des environs de Slifkina, sur la route de
    Prjevalsk. (D'aprs une photographie.)                         512

  Campement kirghize, prs de Slifkina. (D'aprs une
    photographie.)                                                 513

  Femme kirghize tannant une peau. (D'aprs une photographie.)     514

  Les glaciers du Djoukoutchiak-Tao. (D'aprs une photographie.)   515

  Tombeau kirghize. (D'aprs une photographie.)                    516


L'ARCHIPEL DES FERO

Par _Mlle ANNA SEE_


  L'espoir des Fero se rendant  l'cole. (D'aprs une
    photographie.)                                                 517

  Les enfants transportent la tourbe dans des hottes en bois.
    (D'aprs une photographie.)                                    517

  Thorshavn apparut, construite en amphithtre au fond d'un petit
    golfe.                                                         518

  Les fermiers de Kirkeboe en habits de fte. (D'aprs une
    photographie.)                                                 519

  Les poneys feroens et leurs caisses  transporter la tourbe.
    (D'aprs une photographie.)                                    520

  Les dnicheurs d'oiseaux se suspendent  des cordes armes d'un
    crampon. (D'aprs une photographie.)                           521

  Des lots isols, des falaises de basalte ruines par le heurt
    des vagues. (D'aprs des photographies.)                       522

  On pousse vers la plage les cadavres des dauphins, qui ont
    environ 6 mtres. (D'aprs une photographie.)                  523

  Les femmes feroennes prparent la laine.... (D'aprs une
    photographie.)                                                 524

  On sale les morues. (D'aprs une photographie.)                  525

  Feroen en costume de travail. (D'aprs une photographie.)       526

  Les femmes portent une robe en flanelle tisse avec la laine
    qu'elles ont carde et file. (D'aprs une photographie.)      527

  Dj mlancolique!... (D'aprs une photographie.)                528


PONDICHRY

chef-lieu de l'Inde franaise

Par _M. G. VERSCHUUR_


  Groupe de Brahmanes lecteurs franais. (D'aprs une
    photographie.)                                                 529

  Musicien indien de Pondichry. (D'aprs une photographie.)       529

  Les enfants ont une bonne petite figure et un costume peu
    compliqu. (D'aprs une photographie.)                         530

  La visite du march est toujours une distraction utile pour le
    voyageur. (D'aprs une photographie.)                          531

  Indienne en costume de fte. (D'aprs une photographie.)         532

  Groupe de Brahmanes franais. (D'aprs une photographie.)        533

  La pagode de Villenour,  quelques kilomtres de Pondichry.
    (D'aprs une photographie.)                                    534

  Intrieur de la pagode de Villenour. (D'aprs une photographie.) 535

  La Fontaine aux Bayadres. (D'aprs une photographie.)           536

  Plusieurs rues de Pondichry sont larges et bien bties.
    (D'aprs une photographie.)                                    537

  tang de la pagode de Villenour. (D'aprs une photographie.)     538

  Brahmanes franais attendant la clientle dans un bazar.
    (D'aprs une photographie.)                                    539

  La statue de Dupleix  Pondichry. (D'aprs une photographie.)   540


UNE PEUPLADE MALGACHE

LES TANALA DE L'IKONGO

Par _M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ_


  Les populations souhaitent la bienvenue  l'tranger. (D'aprs
    une photographie.)                                             541

  Femme d'Ankarimbelo. (D'aprs une photographie.)                 541

  Carte du pays des Tanala.                                        542

  Les femmes tanala sont sveltes, lances. (D'aprs une
    photographie.)                                                 543

  Panorama de Fort-Carnot. (D'aprs une photographie.)             544

  Groupe de Tanala dans la campagne de Milakisihy. (D'aprs une
    photographie.)                                                 545

  Un partisan tanala tirant  la cible  Fort-Carnot. (D'aprs
    une photographie.)                                             546

  Enfants tanala. (D'aprs une photographie.)                      547

  Les hommes, tous arms de la hache. (D'aprs une photographie.)  548

  Les cercueils sont faits d'un tronc d'arbre creus, et recouverts
    d'un drap. (D'aprs une photographie.)                         549

  Le battage du riz. (D'aprs une photographie.)                   550

  Une halte de partisans dans la fort. (D'aprs une
    photographie.)                                                 551

  Femmes des environs de Fort-Carnot. (D'aprs une photographie.)  552

  Les Tanala au repos perdent toute leur lgance naturelle.
    (D'aprs une photographie.)                                    553

  Une jeune beaut tanala. (D'aprs une photographie.)             553

  Le Tanala, maniant une sagaie, a le geste lgant et souple.
    (D'aprs une photographie.)                                    554

  Le chant du e manenina,  Iaborano. (D'aprs une
    photographie.)                                                 555

  La rue principale  Sahasinaka. (D'aprs une photographie.)      556

  La danse est excute par des hommes, quelquefois par des femmes.
    (D'aprs une photographie.)                                    557

  Un danseur botomaro. (D'aprs une photographie.)                 558

  La danse, chez les Tanala, est expressive au plus haut degr.
    (D'aprs des photographies.)                                   559

  Tapant  coups redoubls sur un long bambou, les Tanala en tirent
    une musique trange. (D'aprs une photographie.)               560

  Femmes tanala tissant un lamba. (D'aprs une photographie.)      561

  Le village et le fort de Sahasinaka s'lvent sur les hauteurs
    qui bordent le Faraony. (D'aprs une photographie.)            562

  Un dtachement d'infanterie coloniale traverse le Rienana.
    (D'aprs une photographie.)                                    563

  Profil et face de femmes tanala. (D'aprs une photographie.)     564


LA RGION DU BOU HEDMA

(sud tunisien)

Par _M. Ch. MAUMEN_


  Les murailles de Sfax, vritable dcor d'opra.... (D'aprs une
    photographie.)                                                 565

  Salem, le domestique arabe de l'auteur. (D'aprs une
    photographie.)                                                 565

  Carte de la rgion du Bou Hedma (sud tunisien).                  566

  Les sources chaudes de l'oued Hadedj sont sulfureuses. (D'aprs
    une photographie.)                                             567

  L'oued Hadedj, d'aspect si charmant, est un bourbier qui sue la
    fivre. (D'aprs une photographie.)                            568

  Le cirque du Bou Hedma. (D'aprs une photographie.)              569

  L'oued Hadedj sort d'une troite crevasse de la montagne.
    (D'aprs une photographie.)                                    570

  Manoubia est une petite paysanne d'une douzaine d'annes.
    (D'aprs une photographie.)                                    571

  Un puits dans le dfil de Touninn. (D'aprs une photographie.)  571

  Le ksar de Sakket abrite les Ouled bou Saad Sdentaires, qui
    cultivent oliviers et figuiers. (D'aprs une photographie.)    572

  De temps en temps la fort de gommiers se rvle par un arbre.
    (D'aprs une photographie.)                                    573

  Le village de Mech; dans l'arrire-plan, le Bou Hedma. (D'aprs
    une photographie.)                                             574

  Le Khrangat Touninn (dfile de Touninn), que traverse le chemin
    de Bir Saad  Sakket. (D'aprs une photographie.)              575

  Le puits de Bordj Saad. (D'aprs une photographie.)              576


DE TOLDE  GRENADE

Par _Mme JANE DIEULAFOY_


  Aprs avoir crois des boeufs superbes.... (D'aprs une
    photographie.)                                                 577

  Femme castillane. (D'aprs une photographie.)                    577

  On chemine  travers l'inextricable rseau des ruelles
    silencieuses. (D aprs une photographie.)                      578

  La rue du Commerce,  Tolde. (D'aprs une photographie.)        579

  Un reprsentant de la foule innombrable des mendiants de Tolde.
    (D'aprs une photographie.)                                    580

  Dans des rues tortueuses s'ouvrent les entres monumentales
    d'anciens palais, tel que celui de la Sainte Hermandad.
    (Photographie Lacoste,  Madrid.)                              581

  Porte du vieux palais de Tolde. (D'aprs une photographie.)     582

  Fire et isole comme un arc de triomphe, s'lve la merveilleuse
    Puerta del Sol. (Photographie Lacoste,  Madrid.)              583

  Dtail de sculpture mudejar dans le Transito. (D'aprs une
    photographie.)                                                 584

  Ancienne sinagogue connue sous le nom de Santa Maria la Blanca.
    (Photographie Lacoste,  Madrid.)                              585

  Madrilne. (D'aprs une photographie.)                           586

  La porte de Visagra, construction massive remontant  l'poque
    de Charles Quint. (Photographie Lacoste,  Madrid.)            587

  Tympan mudejar. (D'aprs une photographie.)                      588

  Des familles d'ouvriers ont tabli leurs demeures prs de
    murailles solides. (D'aprs une photographie.)                 589

  Castillane et Svillane. (D'aprs une photographie.)             589

  Isabelle de Portugal, par le Titien (Muse du Prado).
    (Photographie Lacoste,  Madrid.)                              590

  Le palais de Pierre le Cruel. (D'aprs une photographie.)        591

  Statue polychrome du prophte lie, dans l'glise de Santo Tom
    (auteur inconnu). (D'aprs une photographie.)                  592

  Porte du palais de Pierre le Cruel. (D'aprs une photographie.)  593

  Portrait d'homme, par le Greco. (Photographie Hauser y Menet,
     Madrid.)                                                     594

  La cathdrale de Tolde.                                         595

  Enterrement du comte d'Orgaz, par le Greco (glise Santo Tom).
    (D'aprs une photographie.)                                    596

  Le couvent de Santo Tom conserve une tour en forme de minaret.
    (D'aprs une photographie.)                                    597

  Les vques Mendoza et Ximns. (D'aprs une photographie.)      598

  Salon de la prieure, au couvent de San Juan de la Penitencia.
    (D'aprs une photographie.)                                    599

  Prise de Melilla (cathdrale de Tolde). (D'aprs une
    photographie.)                                                 600

  C'est dans cette pauvre demeure que vcut Cervants pendant son
    sjour  Tolde. (D'aprs une photographie.)                   601

  Saint Franois d'Assise, par Alonzo Cano, cathdrale de Tolde.  601

  Porte des Lions. (Photographie Lacoste,  Madrid.)               602

  Le clotre de San Juan de los Reyes apparat comme le morceau le
    plus prcieux et le plus fleuri de l'architecture gothique
    espagnole. (Photographie Lacoste,  Madrid.)                   603

  Ornements d'glise,  Madrid. (D'aprs une photographie.)        604

  Porte due au ciseau de Berruguete, dans le clotre de la
    cathdrale de Tolde. (Photographie Lacoste,  Madrid.)        605

  Une torea. (D'aprs une photographie.)                           606

  Vue intrieure de l'glise de San Juan de Los Reyes.
    (Photographie Lacoste,  Madrid.)                              607

  Une rue de Tolde. (D'aprs une photographie.)                   608

  Porte de l'hpital de Santa Cruz. (Photographie Lacoste,
     Madrid.)                                                     609

  Sur les bords du Tage. (Photographie Lacoste,  Madrid.)         610

  Escalier de l'hpital de Santa Cruz. (D'aprs une photographie.) 611

  Dtail du plafond de la cathdrale. (D'aprs une photographie)   612

  Pont Saint-Martin  Tolde. (D'aprs une photographie.)          613

  Guitariste castillane. (D'aprs une photographie.)               613

  La Casa consistorial, htel de ville. (D'aprs une
    photographie.)                                                 614

  Le patio des Templiers. (D'aprs une photographie.)            615

  Jeune femme de Cordoue avec la mantille en chenille lgre.
    (D'aprs une photographie.)                                    616

  Un coin de la Mosque de Cordoue. (Photographie Lacoste,
     Madrid.)                                                     617

  Chapelle de San Fernando, de style mudejar, leve au
    centre de la Mosque de Cordoue. (D'aprs une photographie.)   618

  La mosque qui fait la clbrit de Cordoue, avec ses dix-neuf
    galeries hypostyles, orientes vers la Mecque. (Photographie
    Lacoste,  Madrid.)                                            619

  Dtail de la chapelle de San Fernando. (D'aprs une
    photographie.)                                                 620

  Vue extrieure de la Mosque de Cordoue, avec l'glise
    catholique leve en 1523, malgr les protestations des
    Cordouans. (D'aprs une photographie.)                         621

  Statue de Gonzalve de Cordoue. (D'aprs une photographie.)       622

  Statue de doa Maria Manrique, femme de Gonzalve de Cordoue.
    (D'aprs une photographie.)                                    623

  Dtail d'une porte de la mosque. (D'aprs une photographie.)    624





End of Project Gutenberg's Le Tour du Monde; Mont Cleste, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE TOUR DU MONDE; MONT CLESTE ***

***** This file should be named 30518-8.txt or 30518-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/3/0/5/1/30518/

Produced by Carlo Traverso, Christine P. Travers and the
Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
(This file was produced from images generously made
available by the Bibliothque nationale de France
(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)


Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
