The Project Gutenberg EBook of Dictionnaire raisonn de l'architecture
franaise du XIe au XVIe sicle (6/9), by Eugne-Emmanuel Viollet-Le-Duc

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Title: Dictionnaire raisonn de l'architecture franaise du XIe au XVIe sicle (6/9)

Author: Eugne-Emmanuel Viollet-Le-Duc

Release Date: December 28, 2009 [EBook #30786]

Language: French

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PARIS

IMPRIM CHEZ BONAVENTURE ET DUCESSOIS
Quai des Augustins, 55, prs du Pont-Neuf.




DICTIONNAIRE RAISONN
DE
L'ARCHITECTURE
FRANAISE
DU XIe AU XVIe SICLE

PAR

M. VIOLLET-LE-DUC
ARCHITECTE DU GOUVERNEMENT
INSPECTEUR-GNRAL DES DIFICES DIOCSAINS




TOME SIXIME

[Illustration]

PARIS
B. BANCE, DITEUR
RUE BONAPARTE, 13.

MDCCCLXIII



G


GBLE, s. m. Terme de charpenterie appliqu  la maonnerie. Il y a
encore une association de charpentiers  laquelle on donne le nom de
_Gavauds_, et, dans le Berri, un homme qui a les jambes arques en
dehors s'appelle un _gavaud_. Le gble est originairement la runion, 
leur sommet, de deux pices de bois inclines. Le gble d'une lucarne
comprend deux arbaltriers assembls dans un bout de poinon et venant
reposer au pied,  l'extrmit de deux semelles (1).

Nous avons vu ailleurs (voy. CATHDRALE, CONSTRUCTION) qu' la fin du
XIIe sicle et au commencement du XIIIe, on reconstruisit, dans les
villes du domaine royal et du nord de la France, toutes les cathdrales
et un grand nombre d'glises paroissiales. Bien qu'en commenant ces
difices les ressources fussent abondantes, lorsqu'on atteignit le
niveau des votes hautes, l'argent vint  manquer, ou du moins ne put-on
le recueillir que beaucoup plus lentement. Il fallut donc employer des
moyens provisoires de couvertures qui permissent d'abriter les
constructions faites, tant pour viter les dgradations causes par la
pluie et la gele que pour livrer ces difices au culte. D'ailleurs,
dans les trs-grands monuments, comme la cathdrale d'Amiens, par
exemple, il et t imprudent d'lever les piles, les grandes fentres,
le mur et le bahut qui les surmontent, de poser la charpente suprieure
sur ces murs isols, ou plutt sur ce quillage, sans bander les grandes
votes et les arcs-boutants qui les contre-buttent; car la stabilit de
ces sortes d'difices ne consiste qu'en un systme d'quilibre, de
pressions opposes, dont nous avons suffisamment expliqu le mcanisme 
l'article CONSTRUCTION. Il fallait donc souvent maonner les hautes
votes parties par parties, puis attendre la rcolte des ressources
ncessaires pour lever, les murs-goutterots et les grandes charpentes.
Alors on couvrait provisoirement chaque portion de vote termine par le
procd le plus simple et le plus conomique: au-dessus des
arcs-formerets, on levait des gbles en charpente dont le sommet tait
au niveau d'un fatage pos sur des potelets suivant l'axe principal de
la vote. On runissait ces sommets de gbles avec ce fatage, on
chevronnait, et on posait du lattis et de la tuile sur le tout (2) (voy.
le trac A). Les constructeurs avaient eu le soin de rserver, dans les
reins des votes, des cuvettes aboutissant  des gargouilles jetant les
eaux directement sur le sol, comme  la Sainte-Chapelle de Paris, ou
dans les caniveaux de couronnements d'arcs-boutants, comme  Notre-Dame
d'Amiens (v. le trac B, en C). Ainsi pouvait-on attendre plusieurs
mois, plusieurs annes mme, avant de se mettre  lever les tympans
au-dessus des fentres, les bahuts et les grandes charpentes; les votes
taient couvertes, et les maonneries n'avaient rien  craindre de la
pluie, de la neige ou de la gele. Ds que les approvisionnements
accumuls permettaient de continuer l'oeuvre, entre ces gbles, et sans
dtruire les couvertures provisoires, on levait les piles D et les
portions de bahuts G; sur ces portions de bahuts, dont l'arase
suprieure atteignait le niveau des fatages des couvertures
provisoires, on faisait passer les sablires du comble dfinitif (voy.
le trac A, en H), on posait la grande charpente, on la couvrait et,
celle-ci termine, on enlevait par-dessous les couvertures provisoires,
les gbles de bois, et on posait les tympans sur les formerets ou
archivoltes de fentres, ainsi que les bouts de corniches et de bahuts
manquants. Des tuyaux mnags dans les piles D (voy. le trac B)
jetaient les eaux des chneaux E dans les gargouilles C, qui avaient
ainsi t utilises avec les couvertures provisoires et avec les
couvertures dfinitives. Mais les yeux s'taient habitus  voir ces
gbles de bois surmontant les formerets des votes, interrompant les
lignes horizontales des corniches et bahuts. Lorsqu'on les enlevait,
souvent les couronnements des difices achevs devaient paratre froids
et pauvres; les architectes eurent donc l'ide de substituer  ces
constructions provisoires, dont l'effet tait agrable, des gbles en
pierre. C'est ce que Pierre de Montereau fit  la Sainte-Chapelle de
Paris ds 1245[1]. Cet exemple fut suivi frquemment vers la fin du
XIIIe sicle, et notamment autour du choeur de la cathdrale d'Amiens;
puis, plus tard,  Cologne.

Pendant la seconde moiti du XIIIe sicle, les gbles de pierre
devinrent ainsi un motif de dcoration souvent employ. Les portails
nord et sud du transsept de la cathdrale de Paris, dont la construction
date de 1257, sont surmonts de gbles qui ne remplissent aucune
fonction utile, mais qui terminent les archivoltes par de grands
triangles en partie ajours, rompant la monotonie des lignes
horizontales de ces immenses pignons.

Voici (3) le gble du portail mridional de Notre-Dame de Paris. La
balustrade et la galerie passent derrire ce gble, qui n'est autre
chose qu'un mur triangulaire isol de 0,33 c. d'paisseur. D'autres
gbles, plus petits, surmontent les niches qui accompagnent ce portail,
et forment ainsi une grande dentelure  la base de l'difice. Nous avons
dit ailleurs[2] comment les constructeurs du moyen ge s'taient servis
de ces gbles dcoratifs pour charger les sommets des arcs-formerets et
empcher leur gauchissement.

Les trois portails de la cathdrale d'Amiens, trs-profonds, compris
entre de larges contre-forts saillants, sont couverts par des combles 
double pente ferms par des gbles pleins, donnant un angle presque
droit au sommet et dcors seulement par des crochets rampants et un
fleuron de couronnement.  la cathdrale de Laon, la mme disposition a
t adopte; mais l'architecte de la faade de la cathdrale de Reims,
vers 1260, voulut, tout en conservant ce principe, donner aux gbles des
trois portails une richesse sans gale.

Le gble du portail central (4) reprsente le Couronnement de la Vierge
de grandeur colossale, surmont d'une succession de dais s'tageant, en
manire de gradins, jusqu'au sommet du triangle. La statuaire est
ronde-bosse; les saillies sont prononces au point de faire presque
oublier la forme primitive du gble. Ici les lignes de l'architecture
sont dtruites par la sculpture.

Le XIVe sicle, tout en donnant aux gbles une grande richesse de
dtails, eut toujours pour principe, cependant, de laisser aux lignes de
l'architecture leur importance ncessaire. Le gble du portail de la
Calende,  la cathdrale de Rouen, est un des mieux composs parmi ceux
qui nous restent de cette poque (5). Il est entirement ajour
au-dessus de la galerie, et orn de bas-reliefs dans des lobes
au-dessous; ses rampants sont garnis de redans dlicats, qui ont
remplac les crochets, comme au portail mridional de la cathdrale de
Paris.

Au XVe sicle, les rampants des gbles deviennent plus aigus encore,
plus pais, plus chargs de moulures, et les dcoupures intrieures plus
ajoures et plus maigres.  la fin du XVe sicle, souvent les rampants
des gbles forment des angles curvilignes concaves, en manire
d'accolades allonges, au-dessus des archivoltes. (Voy. CONTRE-COURBE;
CONSTRUCTION, fig. 106, 108; FENTRE, fig. 19, 26; FLCHE, fig. 4,6;
LUCARNE, PIGNON.)

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]

     [Note 1: Voy. FENTRE, fig. 19.]

     [Note 2: Voy. CONSTRUCTION, fig. 108.]



GALERIE, s. f. Passage couvert, de plain-pied, donnant  l'intrieur ou
 l'extrieur, servant de communication d'un lieu  un autre, de
circulation, aux diffrents tages d'un difice; c'est plutt l'aspect
monumental que le plus ou moins de largeur et de hauteur qui fait donner
le nom de galerie  un passage. La dnomination de galerie entrane avec
elle l'ide d'un promenoir troit relativement  sa longueur, mais
dcor avec une certaine richesse. On donne aussi le nom de _galerie_ 
tout passage de service, trs-troit d'ailleurs, mais trs-apparent et
faisant partie de l'architecture d'un difice. On dit la galerie des
Rois  Notre-Dame, la _galerie des Latraux_ de la cathdrale de Rouen,
bien que cette dernire galerie ne soit qu'un trs-fcheux passage.
Quant aux galeries qui surmontent les bas-cts dans les glises, les
archologues sont convenus de leur donner le nom de _triforium_, que
nous leur conserverons sans discuter la valeur de cette dnomination.

Nous diviserons les galeries en galeries _de service_ contribuant  la
dcoration extrieure ou intrieure des monuments, et en galeries
_promenoirs_, dans les chteaux ou les difices publics ou privs.

Les architectes du moyen ge tablissaient, dans leurs grands monuments,
des couloirs de service  diffrentes hauteurs, afin de rendre la
surveillance et l'entretien faciles. Les hautes faades des cathdrales,
par exemple, taient divises en plusieurs tages de galeries qui
permettaient de communiquer de l'intrieur  l'extrieur, d'entretenir
les parements, de rparer les vitres des roses, et de dcorer au besoin
les faades,  l'aide de tentures, lors des grandes crmonies. Nos
cathdrales franaises du Nord, bties vers le commencement du XIIIe
sicle, celles dont les faades ont t termines, sont dcores de
galeries superposes.  Notre-Dame de Paris, la faade, qui a t
construite entre les annes 1210 et 1225, prsente, au-dessus des trois
portails, une premire galerie, fort riche, dont les entre-colonnements
sont remplis de statues colossales des rois de Juda. Cette galerie est
un vritable portique couvert par un plafond de dalles paisses.
Au-dessus est la galerie de la Vierge, sous la rose; celle-ci est
dcouverte et n'est qu'une terrasse munie d'une balustrade. Une
troisime galerie, en manire de portique trs-svelte et trs-riche,
ceint la base des deux tours et les runit. Sur la faade de Notre-Dame
d'Amiens, au-dessus des trois porches, est une galerie de service
couverte, richement dcore d'arcatures et de colonnettes; la galerie
des Rois la surmonte, et celle-ci supporte une terrasse comme  Paris. 
Reims,  la base des deux tours occidentales, au-dessus de la rose
centrale, est la galerie dcouverte dite du _Gloria_. C'est de cette
galerie qu' certaines ftes de l'anne, devant le peuple assembl sur
le parvis, le clerg de Notre-Dame entonnait le _Gloria in excelsis..._
Une longue suite de statues colossales de rois enveloppe la base du
pignon et des tours au-dessus de cette terrasse.  Notre-Dame de
Chartres, on observe une disposition analogue, mais dans des proportions
beaucoup plus simples, et ne s'tendant qu'entre les deux tours. On peut
donc ainsi se faire une ide de ce que sont les galeries dans les
difices du moyen ge. Nous allons entrer dans de plus amples dtails
sur ces parties importantes des constructions.

_Galeries des Rois_. La plus ancienne galerie des Rois  laquelle on
puisse donner ce nom, en ce qu'elle sert en mme temps de passage pour
le service et de dcoration, est celle de la faade de Notre-Dame de
Paris; on ne saurait lui assigner une date postrieure  1220. Elle se
compose d'une suite de piles (1) portant un plafond de pierre sur des
encorbellements, et devant chacune desquelles est plante une colonne.
Les rois sont poss en A et abrits sous l'arcature porte par ces
colonnes. La fig. 2 donne cette galerie en coupe; les statues des rois
sont places en A, un peu en retraite du socle des colonnes, et en B est
une circulation pour le service, derrire les piliers de renfort poss
au droit des colonnes. La terrasse dite de _la Vierge_ est en C. La fig.
3 prsente l'aspect extrieur de la galerie. Par son style comme par sa
composition, cette galerie est certainement la plus belle de toutes
celles qui existent sur les faades de nos cathdrales franaises. On
observera comme cette arcature, basse, simple par la composition
gnrale, brillante par ses dtails, forme un encadrement favorable
autour des statues des rois. Quant  son effet sur l'ensemble de la
faade, il est excellent. La galerie des Rois de Notre-Dame de Paris
trace une zone riche et solide cependant au-dessus des trois portails et
les couronne trs-heureusement. La statuaire est bien  l'chelle du
monument, parat grande, sans pour cela rapetisser les membres de
l'architecture[3].

Le style de la galerie des Rois de Notre-Dame de Reims est tout autre.

 Reims, cette galerie remplace celle qui  Paris enveloppe la base des
tours: elle n'est qu'une dcoration et ne fournit pas une circulation
continue. La construction date de la fin du XIIIe sicle, la statuaire
en est mdiocre. Cette galerie tant donne en dtail dans l'ouvrage de
M. J. Gailhabaud[4], il ne parat pas ncessaire de la reproduire ici.

Quant  la cathdrale d'Amiens, la disposition de sa galerie des Rois
est fort belle. Comme celle de Paris, elle surmonte les trois portails;
mais  Amiens, entre la galerie des Rois et les gbles des porches, est
une galerie intermdiaire du plus beau style de l'art du XIIIe sicle
(1235 environ). La galerie basse (4), celle des Rois et la terrasse
suprieure A sont praticables et communiquent avec les tages intrieurs
des tours. Derrire la galerie basse s'ouvrent de grandes baies sans
meneaux, qui clairaient la nef centrale,  travers une autre galerie
intrieure, avant la pose de la tribune des grandes orgues. D'autres
fentres courtes sont ouvertes derrire la galerie des Rois; celles-ci
donnent sur une seconde galerie qui surmonte la galerie infrieure. Le
plan (5) explique cette belle disposition, qui, malheureusement, est
masque aujourd'hui par le buffet d'orgues. On remarquera (fig. 4) que
la galerie infrieure porte sur des piles composes de trois colonnes
groupes devant un pilastre; des arcs de dcharge richement dcors de
redans et d'animaux sculpts sur le devant des sommiers reposent sur ces
piles. Entre ces arcs de dcharge, l'arcature est libre: c'est un simple
remplissage  jour port sur une colonne monolithe et maintenu seulement
sous l'intra-dos des archivoltes par deux tenons dpendants des deux
morceaux suprieurs du cercle. Ainsi l'architecte n'avait pas  craindre
la rupture des parties de ce remplissage  jour sous la charge ou le
tassement des parties suprieures. Une seule assise de pierre spare la
galerie basse de celle des Rois. Le dallage du passage dcouvert
suprieur porte sur des linteaux qui forment les sommiers de l'arcature
des rois. Chacun de ces sommiers est taill en caniveau et rejette
extrieurement les eaux du dallage par les ttes de gargouilles qui
dcorent les faces au-dessus des tailloirs.

_Galeries de service des glises_. Avec la galerie des Rois de la
cathdrale d'Amiens, nous voyons une de ces galeries de service et
dcoratives  la fois qui venaient couper les lignes verticales des
faades. Ces galeries, pendant le XIIIe sicle, sont passablement
varies dans leur composition et leurs dtails; elles prennent une
importance considrable comme la grande galerie  jour de la base des
tours de Notre-Dame de Paris, comme celles du portail de Notre-Dame de
Dijon, ou elles ne sont que des portiques bas, trapus, comme la galerie
de la faade de Notre-Dame de Laon.

La question d'art et de proportions domine dans ces cas la question de
service. Cependant ces galeries ont toujours une utilit. Dans leurs
grands difices, les architectes du moyen ge tablissaient des moyens
de circulation faciles  des niveaux diffrents, afin de pouvoir
surveiller et entretenir les constructions, les couvertures et les
verrires, sans tre obligs, comme on le fait aujourd'hui, de poser des
chafaudages dispendieux et nuisibles,  cause des dgradations qu'ils
occasionnent aux sculptures et parties dlicates de l'architecture.

Les deux galeries superposes de la face occidentale de l'glise
Notre-Dame de Dijon (XIIIe sicle) sont remarquablement belles, comme
composition et sculpture. Nous donnons (6) l'une de ces galeries,
surmonte d'une haute frise d'ornements en faon de mtopes poses entre
des figures saillantes. Ces galeries taient destines  relier la base
de deux tours qui n'ont jamais t leves.

 l'extrieur des glises rhnanes du XIIe sicle, sous les combles,
rgnent souvent des galeries de circulation, particulirement autour des
absides. Ces galeries taient prises alors aux dpens des reins des
votes en cul-de-four de ces absides; elles sont basses, formes de
colonnettes portant une arcature plein cintre, et donnent de la richesse
et de la lgret aux couronnements de ces difices.

Nous observerons que ce parti est adopt quelquefois dans le midi de la
France, notamment dans les monuments religieux construits en brique.
Ainsi, au sommet de l'glise des Jacobins  Toulouse, on voit une
galerie de service, un vritable chemin de ronde, plac sous le chneau,
et qui, donnant dans des chauguettes places aux angles de l'difice,
permet de faire le tour de la construction prs du sommet des votes.
Cette galerie A (7) prend jour du dehors, par les oeils B, et permet
d'examiner les votes par les petites fentres C vitres et s'ouvrant
sous les formerets; elle est porte sur de grands arcs de dcharge D
bands d'un contre-fort  l'autre et abritant parfaitement les verrires
places en E. Toute cette construction est en brique et prsente un
aspect des plus monumental.

 l'intrieur des grands vaisseaux gothiques vots, on trouve,
au-dessus des triforiums, particulirement en Bourgogne, des galeries de
service qui passent derrire les formerets des votes. Nous voyons des
galeries de ce genre  l'intrieur de l'glise Notre-Dame de Dijon, de
Notre-Dame de Semur, de Saint-tienne d'Auxerre (voy. CONSTRUCTION, fig.
78, 79 bis. et 88). Dans les glises de Champagne et de Bourgogne, nous
voyons aussi que des galeries de service sont disposes dans les
bas-cts et chapelles, au-dessus des arcatures de rez-de-chausse, sous
les appuis des fentres (voy. CONSTRUCTION, fig. 86, 87).

Une galerie de ce genre, fort joliment compose, existe autour des
bas-cts du choeur de l'glise abbatiale de Saint-Jean  Sens[5]. Sous
les formerets des votes de ces bas-cts s'ouvrent des triples
fentres; la galerie passe  travers leurs pieds-droits comme elle passe
derrire les piles portant les votes (8).

Nous ne pouvons omettre ici les galeries de service qui coupent  peu
prs aux deux tiers de la hauteur des bas-cts les piles de la nef de
la cathdrale de Rouen, qui passent sur des arcades et pourtournent ces
piles du ct du collatral. Cette disposition singulire, et dont on ne
s'explique gure aujourd'hui le motif, a paru assez ncessaire alors
(vers 1220) pour que l'on ait cru devoir bander des arcs sous les
archivoltes et donner aux encorbellements pourtournant les piles une
importance et une richesse considrables. La figure perspective 9 donne,
en A, le plan de la galerie au niveau B de la naissance des arcades. En
C devait exister une balustrade, dont les supports sont en place, mais
qui n'a, croyons-nous, jamais t pose. La nef de l'glise
Saint-tienne-du-Mont  Paris, qui date du XVIe sicle, prsente une
disposition analogue. Ces galeries ne pouvaient servir qu' faciliter la
tenture des nefs, les jours de fte. On observera encore,  ce sujet,
combien les architectes du moyen ge apportent de varit dans
l'ensemble comme dans les dtails de leurs conceptions. Leurs mthodes
souples leur donnent toujours des moyens neufs lorsqu'il s'agit de
satisfaire  un besoin, de remplir les diverses parties d'un programme.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]

     [Note 3: Voy., au 7e _Entretien sur l'Architecture_,
     l'ensemble de cette faade.]

     [Note 4: _L'Architecture du Ve au XVIIe sicle et les arts
     qui en dpendent_. T. I.]

     [Note 5: Actuellement chapelle de l'hospice (1230 environ).]



_Galeries de service des palais_. On tablissait souvent, dans les
chteaux et palais du moyen ge, des galeries de service donnant sur les
pices principales (voy. CONSTRUCTION, fig. 119 et 120). Ces galeries
desservaient un ou plusieurs tages. Au sommet des btiments fortifis
des XIVe et XVe sicles, elles devenaient des chemins de ronde propres 
la dfense et taient munies alors de mchicoulis (voy. CHTEAU, DONJON,
MCHICOULIS). Nous voyons dans quelques chteaux les restes de ces
galeries de service; elles sont quelquefois prises dans l'paisseur mme
des murs, passent  travers des contre-forts, comme dans l'exemple cit
ci-dessus (fig. 120, CONSTRUCTION), ou sont portes sur des
encorbellements.

Dans le btiment mridional du palais des Papes  Avignon, du ct de la
cour, on trouve encore une jolie galerie, du XIVe sicle, qui donnait
entre dans les salles du second tage. Nous reproduisons (10) la coupe
transversale de cette galerie vote en arcs d'ogives et claire par de
petites fentres ouvrant sur la cour. Le dessus de cette galerie servait
de chemin de ronde dcouvert, crnel et dcor de pinacles.

Ces sortes de galeries de service aboutissaient  des escaliers et se
combinaient avec ceux-ci. Vers la fin du XIVe sicle, on augmenta la
largeur de ces couloirs, et on arriva,  la fin du XVe sicle,  en
faire de vritables promenoirs. Cet usage fut adopt dfinitivement au
XVIe sicle, comme on peut le voir aux chteaux de Blois, de
Fontainebleau (galerie de Franois Ier), de Chambord, etc. Alors on les
enrichit de peintures, de sculptures, on les garnit de bancs. Les
galeries remplacrent ainsi fort souvent la grand'salle du chteau
fodal.

Sauval rapporte[6] qu'en 1432 le duc de Bethfort fit faire, au palais
des Tournelles, une galerie longue de dix-huit toises et large de deux
et demie: on la nomme la _gallerie des Courges_, parce qu'il la fit
peindre de courges vertes; elle toit termine d'un comble peint de ses
armes et de ses devises, couverte de tuiles assises  mortier de chaux
et ciment, et environne de six bannires rehausses de ses armoiries et
de celles de sa femme. Mais dans les sicles passs, ajoute cet auteur,
il n'y en a point eu de plus magnifique que celle qu'acheva Charles V
dans l'appartement de la reine  l'htel Saint-Pol. Cette galerie tait
peinte depuis le lambris jusqu' la vote, de faon  reprsenter un
bosquet tout rempli de plantes, d'arbres fruitiers, de fleurs, parmi
lesquels se jouaient des enfants; la vote tait blanc et azur. Outre
cela, continue Sauval, le roi Charles V fit peindre encore une petite
alle par o passoit la reine pour venir  son oratoire de l'glise
Saint-Paul. L, de ct et d'autre, quantit d'anges tendoient une
courtine des livres du roi: de la vote, ou pour mieux dire d'un ciel
d'azur qu'on y avoit figur, descendoit une lgion d'anges, jouant des
instrumens et chantant des antiennes de Notre-Dame. Le ciel, au reste,
aussi bien de l'alle que de la gallerie, toit d'azur d'Allemagne
(outremer) qui valoit dix livres parisis la livre, et le tout ensemble
cota six-vingt cus.

Les galeries des habitations prives, destines  desservir plusieurs
pices se commandant, taient habituellement disposes en forme
d'appentis donnant un portique  rez-de-chausse, propre  abriter les
provisions de bois de chauffage,  faire scher le linge, etc. Ces
galeries, lgrement construites en bois sur des colonnes de pierre ou
sur des poteaux, n'avaient que la largeur d'un corridor, 1m,00  1m,50
c. (voy. MAISON).

[Illustration: Fig. 10.]

     [Note 6: _Hist. et Antiq. de la ville de Paris_. T. II, p.
     281.]



GALETAS, s. m. tage d'une maison, sous le comble, destin  garder des
provisions,  tendre le linge. Beaucoup de maisons du moyen ge,
particulirement dans le midi de la France, o le besoin de fracheur se
fait sentir, possdaient leurs galetas sous les combles (voy. MAISON).



GARDE-CORPS, GARDE-FOUS, s. m. (voy. BALUSTRADE).



GARGOUILLE, s. f. _Gargolle_, _guivre_, _canon_, _lanceur_. Ce n'est
gure que vers le commencement du XIIIe sicle que l'on plaa des
chneaux et, par suite, des gargouilles  la chute des combles.
Jusqu'alors, dans les premiers sicles du moyen ge, l'eau des toits ou
des terrasses s'gouttait directement sur la voie publique au moyen de
la saillie donne aux corniches (voy. CHNEAU).  la cathdrale de
Paris, du temps de Maurice de Sully; c'est--dire lors de l'achvement
du choeur en 1190, il n'y avait point de chneaux et de gargouilles;
plus tard, dans le mme difice, vers 1210 encore, les eaux des chneaux
s'coulaient sur la saillie des larmiers, au moyen de rigoles mnages
de distance en distance. Nous voyons apparatre les gargouilles, vers
1220, sur certaines parties de la cathdrale de Laon. Ces gargouilles
sont larges, peu nombreuses, composes de deux assises, l'une formant
rigole, l'autre recouvrement (1). Dj cependant ces gargouilles
affectent la forme d'animaux fantastiques, lourdement taills, comme
pour laisser voir leur structure. Bientt les architectes du XIIIe
sicle reconnurent qu'il y avait un avantage considrable  diviser les
chutes d'eau. Cela, en effet, vitait les longues pentes dans les
chneaux et rduisait chacune des chutes  un trs-mince filet d'eau ne
pouvant nuire aux constructions infrieures. On multiplia donc les
gargouilles; en les multipliant, on put les tailler plus fines, plus
sveltes, et les sculpteurs s'emparrent de ces pierres saillantes pour
en faire un motif de dcoration des difices. La varit des formes
donne aux gargouilles est prodigieuse; nous n'en connaissons pas deux
pareilles en France, et nos monuments du moyen ge en sont couverts.
Beaucoup de ces gargouilles sont des chefs-d'oeuvre de sculpture; c'est
tout un monde d'animaux et de personnages composs avec une grande
nergie, vivants, taills hardiment par des mains habiles et sres. Ces
tres s'attachent adroitement aux larmiers, se soudent  l'architecture
et donnent aux silhouettes des difices un caractre particulier,
marquant leurs points saillants, accusant les ttes des contre-forts,
faisant valoir les lignes verticales. On peut juger de l'habilet des
architectes et des sculpteurs dans la combinaison et l'excution de ces
lanceurs par la difficult qu'on prouve  les combiner et les faire
excuter. Dans les pastiches modernes que l'on a faits des difices
gothiques, il est fort rare de voir des gargouilles qui se lient
heureusement  l'architecture: elles sont ou mal places, ou lourdes, ou
trop grles, ou molles de forme, pauvres d'invention, sans caractre;
elles n'ont pas cet aspect rel si remarquable dans les exemples
anciens; ce sont des tres impossibles, ridicules souvent, des
caricatures grossires dpourvues de style.

Certains calcaires du bassin de la Seine, comme le liais-cliquard, se
prtaient merveilleusement  la sculpture de ces longs morceaux de
pierre en saillie sur les constructions. Il fallait, en effet, une
matire assez ferme, assez tenace pour rsister, dans ces conditions, 
toutes les causes de destruction qui htaient leur ruine. Aussi est-ce 
Paris ou dans les contres o l'on trouve des liais, comme  Tonnerre,
par exemple, que l'on peut recueillir encore les plus beaux exemples de
gargouilles. D'ailleurs l'cole de sculpture de Paris, au moyen ge, a
sur celles des provinces voisines une supriorit incontestable, surtout
en ce qui touche  la statuaire.

Les gargouilles sont employes systmatiquement  Paris vers 1240; c'est
 Notre-Dame que nous voyons apparatre, sur les corniches suprieures
refaites vers 1225, des gargouilles, courtes encore, robustes, mais
tailles dj par des mains habiles (2). Celles qui sont places 
l'extrmit des caniveaux des arcs-boutants de la nef, et qui sont  peu
prs de la mme poque, sont dj plus longues, plus sveltes, et
soulages par des corbeaux qui ont permis de leur donner une trs-grande
saillie en avant du nu des contre-forts (3).

 la Sainte-Chapelle du Palais  Paris, les gargouilles sont plus
lances, plus dveloppes: ce ne sont plus seulement des bustes
d'animaux, mais des animaux entiers attachs par leurs pattes aux
larmiers suprieurs; leurs ttes se dtournent pour jeter les eaux le
plus loin possible des angles des contre-forts (4). Quelques-unes de ces
gargouilles sont videmment sculptes par des artistes consomms.

Nous avons indiqu,  l'article GBLE, comment les constructeurs
gothiques, lorsqu'ils levaient les grandes votes des nefs,
mnageaient, provisoirement, des cuvettes dans les reins de ces votes,
avec gargouilles extrieures pour rejeter les eaux pluviales dans les
caniveaux des arcs-boutants jusqu' l'achvement des combles dfinitifs.
Ces gargouilles provisoires devenaient dfinitives elles-mmes, lorsque
les chneaux suprieurs taient poss, au moyen d'une conduite presque
verticale, descendant du chneau jusqu' ces gargouilles. Voici (5) une
de ces gargouilles  double fin, provenant des parties suprieures de la
nef de la cathdrale d'Amiens (1235 environ).

Les gargouilles sont doubles de chaque ct des contre-forts, comme 
la Sainte-Chapelle de Paris, comme autour de la salle synodale de Sens,
autour des chapelles du choeur de Notre-Dame de Paris; ou elles
traversent l'axe de ces contre-forts, comme  Saint-Nazaire de
Carcassonne et dans tant d'autres difices des XIIIe et XIVe sicles, et
alors elles portent sur une console (6); ou elles sont appuyes sur la
tte mme de ces contre-forts, comme autour des chapelles du choeur de
la cathdrale de Clermont (7) (fin du XIIIe sicle).

C'est vers ce temps que la composition des gargouilles devient plus
complique, que les figures humaines remplacent souvent celles
d'animaux, ainsi qu'on le voit dans ce dernier exemple, qui nous montre
un dmon ail paraissant entraner une petite figure nue.

Il existe autour des monuments de cette poque bon nombre de gargouilles
qui sont de vritables morceaux de statuaire. L'glise Saint-Urbain de
Troyes porte, au sommet des contre-forts de l'abside, des gargouilles
fort remarquables; nous donnons l'une d'elles (8).

Pendant le XIVe sicle, les gargouilles sont gnralement longues, dj
grles et souvent charges de dtails; au XVe sicle, elles
s'amaigrissent encore et prennent un caractre d'trange frocit. Bien
que les dtails en soient fins et souvent trop nombreux, cependant leur
masse conserve une allure franche, d'une silhouette nergique; les
pattes, les ailes des animaux sont bien attaches, les ttes tudies
avec soin (9 et 9 bis). Ces parties importantes de la sculpture du moyen
ge ont toujours t traites par des mains exerces; elles conservent
trs-tard leur caractre original, et encore, aux premiers temps de la
Renaissance, on voit, sur les difices, des gargouilles qui conservent
le style du XVe sicle. Ce n'est que pendant la seconde moiti du XVIe
sicle que les sculpteurs repoussent absolument les anciennes formes
donnes aux lanceurs, pour adopter des figures de chimres rappelant
certaines figures antiques, ou des consoles, ou de simples tuyaux de
pierre en forme de canons.

Pendant le moyen ge on n'a pas toujours sculpt les gargouilles;
quelquefois, dans les endroits qui n'taient pas exposs  la vue, les
gargouilles sont seulement panneles. Il en est un grand nom cette
sorte qui affectent une forme trs-simple (10)[7]. Les gargouilles sont
frquentes dans l'le-de-France, dans la Champagne et sur les bords
basse Loire; elles sont rares en Bourgogne, dans le centre et le midi de
la France; ou si l'on en trouve dans les monuments d'outre-Loire, c'est
qu'elles tiennent  des difices levs aux XIIIe, XIVe et XVe sicles,
par des architectes du Nord, comme la cathdrale de Clermont, celle de
Limoges, celle de Carcassonne (Saint-Nazaire), celle de Narbonne. L o
les matriaux durs sont peu communs, comme en Normandie, par exemple,
les gargouilles sont courtes, rarement sculptes, ou manquent
absolument, les eaux s'gouttant des toits sans chneaux.

Les chneaux en plomb, poss sur les difices civils ou religieux,
portaient aussi leurs gargouilles de mtal. Nous en possdons fort peu
aujourd'hui de ce genre d'une poque antrieure au XVI sicle. En voici
une (11) qui se voit  l'angle d'une maison de Vitr; elle date du XVe
sicle et est faite en plomb repouss (voy. PLOMBERIE). Nous ne
connaissons pas de gargouilles du moyen ge en terre cuite. Dans les
difices en brique, les gargouilles sont en pierre, ainsi qu'on peut le
voir aux Jacobins de Toulouse, au collge Saint-Rmond, et dans beaucoup
d'autres difices anciens de la mme ville.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 9. bis.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]

     [Note 7: Notre-Dame de Paris.]



GAUFRURE, s. f. Application de ptes sur la pierre ou le bois, formant
des ornements saillants, des _fonds gaufrs_, ordinairement dors (voy.
APPLICATION, PEINTURE).



GIRON, s. m. Est la largeur d'une marche d'escalier. Le giron est dit
_droit_, lorsque la marche est d'une gale largeur dans toute sa
longueur; _triangulaire_, lorsque la marche est renferme dans une cage
circulaire. Alors on mesure le giron de la marche au milieu de sa
longueur.



GIROUETTE, s. f. _Wire-wire_. Plaque de tle ou de cuivre munie d'une
douille ou de deux anneaux, et roulant sur une tige de fer place au
sommet d'un comble. Les girouettes sont destines  indiquer d'o vient
le vent. Pendant le moyen ge, il n'tait pas permis  tout le monde de
placer des girouettes sur les combles des habitations. La girouette
tait un signe de noblesse, et sa forme n'tait pas arbitraire. Les
gentilshommes, dit le Laboureur[8], ont seuls droit d'avoir des
girouettes sur leurs maisons; elles sont en pointes comme les pennons,
pour les simples chevaliers, et carres comme les bannires, pour les
chevaliers bannerets.--On sait, dit encore Sainte-Palaye[9], que le
premier acte de possession d'un fief, d'une seigneurie, d'une place
prise  la guerre, tait marqu par la bannire du nouveau seigneur,
arbore sur le lieu le plus minent, sur la tour la plus leve. Les
girouettes anciennes sont rares; habituellement elles taient peintes
aux armes du seigneur ou dcoupes de faon  figurer les pices de ces
armes; quelquefois on les surmontait d'une couronne, mais cela vers la
fin du XVe sicle. La plupart des girouettes ou _wire-wire_ anciennes
sont disposes de telle faon que la partie pleine est maintenue en
quilibre par des contre-poids, de manire  faciliter le roulement sur
le pivot de fer (1). Les girouettes du moyen ge sont petites, haut
montes sur les tiges de fer et accompagnes d'pis en plomb (voy. PI).
L'Htel-Dieu de Beaune conserve encore les anciennes girouettes de ses
combles, peintes aux armes de Nicolas Rollin, chancelier de Bourgogne
(1441); ces girouettes sont carres, avec un seul contre-poids, et
dcores aux deux angles extrmes de feuilles dcoupes. Voici l'une
d'elles (2). Nous avons encore vu au chteau d'Amboise, en 1833, des
girouettes du commencement du XVIe sicle, aux armes de France dcoupes
et couronnes (3). Il y a longtemps que tous les bourgeois de France
peuvent mettre des girouettes sur leurs maisons, et ne s'en font-ils pas
faute.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]

     [Note 8: _Origines des armoiries_, p. 93. (Voy. Salvaing,
     Chambolas, et la Peirre.)]

     [Note 9: _Mmoires sur l'ancienne chevalerie_, t. I. p. 360
     (Notes).]



GNOMON, s. m. Style scell dans une dalle et donnant l'heure du jour par
l'ombre qu'il projette sur un cadran. Nous voyons, dans les _Olim_,
qu'au XIIIe sicle il y avait des gnomons sur les grands chemins. Louis
IX, en 1267, fait faire une enqute par un certain chevalier, Guiters de
Vilte, bailli de Tours, et un chanoine de Loches, Thobald de Compans,
pour savoir si le roi a le droit de faire enlever les stalles de chevaux
fixes  terre et les cadrans solaires supports par des colonnes,
toutes choses qui obstruent les chemins. Nous voyons des cadrans
solaires des XIVe et XVe sicles aux angles de certains difices du
moyen ge, notamment  l'angle du clocher vieux de la cathdrale de
Chartres et  l'angle du clotre de la cathdrale de Laon (voy. CLOTRE,
fig. 16).



GOND, s. m. Morceau de fer coud, dont la patte est scelle dans la
pierre et dont le mamelon cylindrique ou lgrement conique entre dans
l'oeil de la penture d'une porte (voy. SERRURERIE).



GORGE, s. f. Moulure concave. On donnait aussi le nom de _gorge_,
autrefois,  la partie de la hotte d'une chemine comprise entre la
tablette et la corniche de couronnement sous le plafond.



GOTHIQUE (ARCHITECTURE). Voy. ARCHITECTURE.



GOUSSET, s. m. Pice de bois horizontale pose diagonalement pour
maintenir le roulement d'une enrayure compose de pices assembles
d'querre (1). A est un gousset (voy. CHARPENTE).

[Illustration: Fig. 1.]



GOT, s. m. Un homme d'esprit a dit: Le manque de got conduit au
crime. Le mot tant vrai,  notre sens, nous sommes entours de
criminels ou de gens disposs  le devenir. Le got est l'habitude du
beau et du bien; pour tre homme de got, il est donc essentiel de
discerner le bien du mal, le beau du laid. Le got (car les dfinitions
ne manquent pas, si la qualit est rare) est encore le respect pour le
vrai; nous n'admettons pas qu'on puisse tre artiste de got sans tre
homme de got, car le got n'est pas un avantage matriel, comme
l'adresse de la main, mais un dveloppement raisonn des facults
intellectuelles. C'est ce qui fait que nous rencontrons dans le monde
nombre d'artistes habiles qui, malgr leur talent, n'ont pas de got, et
quelques amateurs qui sont gens de got, sans pour cela pratiquer les
arts. On considre, en gnral, parmi les artistes, les amateurs comme
un flau, comme des usurpateurs dont l'influence est pernicieuse.
Non-seulement nous ne partageons pas cette opinion, mais nous croyons
que si le got tient encore une place en France, c'est principalement au
public que nous devons cet avantage. Nous prtendons ne parler ici que
de l'architecture. Nous ne saurions admettre qu'un architecte obissant
 des intrts troits,  des passions mesquines, dont le caractre
n'est ni respectable ni respect, puisse mettre du got dans ses
oeuvres. L'homme de got ne ment pas  sa conscience, il exprime ses
penses par les moyens les plus naturels. Avoir du got dans les arts,
c'est aimer le vrai, c'est savoir l'exprimer simplement; c'est repousser
l'exagration, toujours fausse; c'est laisser voir le ct moral de
l'homme, sa raison, ses affections, ses tendances et son but. Si donc ce
ct moral est faible, si la raison est obscure, si les affections sont
basses et le but vulgaire ou odieux, il est difficile que le got soit
satisfait.

Le bon got, comme la vrit, ne s'impose pas, il persuade; et le jour
o l'on vient dire: Voici l'expression du bon got, on ne se
contentera pas de votre affirmation, il faudra plus que cela; il faudra
que cette expression du _bon got_ soit discute, prouve par un accord
intime entre vos principes et la forme qu'ils adoptent. Vos principes
tant vicieux, si belle que soit la forme, le got fait dfaut. Faites
que la forme soit le langage de l'ide, et vous serez artiste de got;
encore faut-il avoir des ides, les avoir bonnes et les exprimer en bon
langage.

On a pens, depuis longtemps dj, qu'il suffisait, pour faire preuve de
got, d'adopter certains types reconnus beaux et de ne jamais s'en
carter. Cette mthode, admise par l'Acadmie des Beaux-Arts en ce qui
touche  l'architecture, nous a conduits  prendre pour l'expression du
got certaines formules banales,  exclure la varit, l'invention, et 
mettre hors la loi du got tous les artistes qui cherchaient  exprimer
des besoins nouveaux par des formes nouvelles, ou tout au moins soumises
 de nouvelles applications.

Depuis le XVIIe sicle, on a mis en honneur bien des hypocrisies, et
nous avons l'hypocrisie du got, comme nous avons l'hypocrisie
religieuse. Ce sont des dcouvertes dont,  la rigueur, nous nous
serions passs. Mais de mme que l'hypocrisie religieuse, c'est--dire
l'observation extrieure des formules sans les principes, conduit 
l'incrdulit et  la dbauche, de mme l'hypocrisie du got amne  la
dpravation, et pendant que l'Acadmie des Beaux-Arts contraint ses
initis  se soumettre  des formules dont elle n'explique mme pas le
sens, nous voyons, autour de nous, l'architecture se livrer au plus
trange dvergondage, non-seulement en dehors du sanctuaire des initis,
mais dans leur sanctuaire mme. Le got (en architecture), au lieu
d'tre une loi dcoulant d'un principe vrai, gnral, admis par tous et
applicable  toute chose, est devenu le privilge d'une cole exclusive.
Il a t convenu, par exemple, que les ordres de l'antiquit romaine
taient oeuvres de got; ce que nous admettons sans difficult, si ces
ordres ont une raison d'tre; ce que nous n'admettons pas, si rien ne
justifie leur emploi. L'art, rduit  certaines pratiques, dclares
seules orthodoxes en matire de got, s'est atrophi, descendant d'un
degr  chaque gnration d'initis; on est devenu architecte de got en
suivant une ornire de plus en plus troite et profonde, et  la
condition de n'en jamais sortir. Quelques architectes trouvent peut-tre
 cela un avantage, car rien n'est plus doux et facile, dans les arts,
que de faire partie d'une coterie puissante; mais on peut affirmer que
l'art y a perdu. Avec l'Acadmie des Beaux-Arts, gardienne jalouse du
got depuis un assez long temps, dit-elle, l'architecture, encore si
vivace au milieu du XVIIe sicle, est tombe peu  peu dans un
affaissement qui nous a conduits de chute en chute  l'anarchie, 
l'obissance aveugle ou  la rvolte. Mais quant au got, au bon got,
c'est--dire  cette connaissance exacte des besoins, des ides, du
gnie de notre civilisation,  cette expression vraie et tempre de ce
qu'elle a droit de nous demander, il faut chercher longtemps pour le
trouver; et si, par aventure, ce got du vrai se fait jour, il tonne la
foule, et excite la censure, sinon les colres de ceux qui se donnent
comme les seuls dpositaires des saines doctrines.

Toute forme d'architecture qui ne peut tre donne comme la consquence
d'une ide, d'un besoin, d'une ncessit, ne peut tre regarde comme
oeuvre de got. S'il y a du got dans l'excution d'une colonne, ce
n'est pas une raison pour que la colonnade dont elle fait partie soit
une oeuvre de got; car, pour cela, il faut que cette colonnade soit 
sa place et ait une raison d'tre. Si l'on vient dire: Ce palais est
mal distribu, incommode; les services ne sont pas  leur place, les
pices sont obscures, la construction est vicieuse, mais il est dcor
avec got; c'est  peu prs comme si on prtendait qu'un livre est
rempli d'erreurs, que les ides de l'auteur sont confuses, son sujet mal
dvelopp, mais qu'il est crit avec lgance. La premire loi, pour un
crivain, c'est de savoir ce qu'il veut dire et de se faire comprendre;
la clart est une des conditions du got en littrature comme en
architecture. Pour exprimer ses ides avec clart, avec lgance,
faut-il avoir des ides, faut-il que ces ides prcdent la forme qui
devra servir  les exprimer. Mais si, au contraire, nous nous
proccupons de la forme avant de savoir ce qu'elle devra exprimer, nous
ne faisons pas preuve de got. Si les portiques des Romains, levs prs
des places publiques; si ces vastes promenoirs couverts, accessibles 
la foule, laissant circuler l'air et la lumire sous un beau climat,
marquaient le got des matres du monde en fait de constructions
urbaines, la colonnade du Louvre, leve sur un rez-de-chausse,
inaccessible au public, n'abritant les rares visiteurs qui la parcourent
ni du soleil ni de la pluie, n'tant pas en rapport de proportions et de
dimensions avec les autres parties du palais, ne peut raisonnablement
passer pour une oeuvre de got. Nous admettrons bien, si l'on veut, que
l'ordre est tudi avec got, c'est--dire qu'il est en rapport
harmonieux de proportions avec lui-mme; mais ce portique, comme
portique appliqu  un palais, est de trs-mauvais got.

        Sed nunc non erat bis locus...

Il est des temps, heureux pour l'art, o le got n'a pas besoin d'tre
dfini; il existe par cela mme que l'art est vrai, qu'il se soumet aux
enseignements de la raison, qu'il ne rpudie pas son origine et ne parle
qu'autant qu'il a quelque chose  dire. Dans ces temps, on ne se
proccupe pas de donner les rgles du got, pas plus que parmi
d'honntes gens on ne se proccupe de discuter sur ce qui est licite et
ce qui ne l'est pas. On commence  parler du got quand le got
s'loigne de l'art pour se rfugier dans l'esprit de rares artistes; on
n'crit des livres sur la vertu que quand le vice domine. Ces temps
heureux sont loin de nous; ils ont exist chez les Grecs de l'antiquit,
ils ont brill pendant le moyen ge, ils pourraient renatre peut-tre,
 la condition d'admettre que le got consiste dans l'observation de
principes trs-simples, non dans la prfrence donne  telle forme sur
une autre. Quand le got est renferm dans les limites d'une coterie, si
puissante qu'on veuille la supposer, ce n'est plus qu'une prtention
funeste, dont chacun tend  s'affranchir; car le got, le bon got
possde ce privilge de s'imposer  travers les temps et malgr les
prjugs comme tout ce qui dcoule de la vrit. Mais  peine,
aujourd'hui, si l'on s'entend sur ce que c'est que le got. On professe,
lorsqu'il s'agit d'architecture, de vritables hrsies en matire de
got; on donne, chaque jour, comme des modles de got, des oeuvres dont
il est impossible de comprendre le sens, qui ne se font remarquer que
par un dsaccord complet entre le but et l'apparence. On nous dit que
cette faade est de bon got; mais, pourquoi? Est-ce parce que toutes
ses parties sont symtriques, qu'elle est orne de colonnes et de
statues, que de nombreux ornements sont rpandus partout? Mais cette
symtrie extrieure cache des services fort divers: ici une grande
salle, l des cabinets, plus loin un escalier. Cette fentre qui claire
la chambre du matre est de mme taille et de mme forme que cette autre
qui s'ouvre sur un couloir. Ces colonnes saillantes accusent-elles des
murs de refend, tiennent-elles lieu de contre-forts? Mais les murs de
refend sont placs  ct de ces colonnes et non sur leur axe; les
contre-forts sont superflus, puisque les planchers ne portent mme pas
sur ce mur de face. Nous voyons des niches vides au milieu de trumeaux
l o nous aurions besoin de trouver un point d'appui. Pourquoi, si nous
raillons ces gens qui veulent paratre autres qu'ils ne sont, si nous
mprisons un homme qui cherche  nous en imposer sur sa qualit, sur son
rang dans le monde, et si nous trouvons ses faons d'tre de
trs-mauvais got, pourquoi trouvons-nous qu'il y ait du got  lever
une faade de palais devant des bureaux de commis,  placer des
colonnades devant des murs qui n'en ont nul besoin,  construire des
portiques pour des promeneurs qui n'existent pas,  cacher des toits
derrire des acrotres comme une chose inconvenante,  donner  une
mairie l'aspect d'une glise, ou  un palais de justice l'apparence d'un
temple romain? Le got n'est pas, comme le pensent quelques-uns, une
fantaisie plus ou moins heureuse, le rsultat d'un instinct. Personne ne
nat homme de got. Le got, au contraire, n'est que l'empreinte laisse
par une ducation bien dirige, le couronnement d'un labeur patient, le
reflet du milieu dans lequel on vit. Savoir, ne voir que de belles
choses, s'en nourrir, comparer; arriver, par la comparaison,  choisir;
se dfier des jugements tout faits, chercher  discerner le vrai du
faux, fuir la mdiocrit, craindre l'engouement, c'est le moyen de
former son got. Le got est comme la considration: on ne l'acquiert
qu' la longue, en s'observant et en observant, en ne dpassant jamais
la limite du vrai et du juste, en ne se fiant point au hasard. Comme
l'honneur, le got ne souffre aucune tache, aucun cart, aucune
concession banale, aucun oubli de ce que l'on doit aux autres et 
soi-mme. Le respect pour le public est, de la part d'un artiste qui
produit une oeuvre, la premire marque de got. Or la sincrit est la
meilleure faon d'exprimer le respect. Si le mensonge tait jamais
permis, ce serait envers ceux que l'on mprise. Cependant nous nous
sommes loigns des rgles du got  ce point, dans l'art de
l'architecture, que nous ne montrons plus au public que des
_apparences_. Nous simulons la pierre avec des enduits ou du ciment, le
marbre et le bois avec de la peinture. Ces voussures que vous croyez en
pierre sculpte ne sont qu'un pltrage sur des lattes; ces panneaux de
chne, ce sont des planches de sapin recouvertes de ptes et d'une
couche de dcoration; ces pilastres de marbre et d'or, qui paraissent
porter une corniche et soutenir un plafond, sont des plaques de pltre
accroches au mur charg de leur poids inutile. Ces caissons du plafond
lui-mme, qui nous reprsentent des compartiments de menuiserie, ne sont
autre chose que des enduits moulurs suspendus par des crampons de fer 
un grossier plancher qui n'a nul rapport avec cette dcoration; si bien
que, dans cette salle o vous croyez voir la main-d'oeuvre le disputer 
la richesse de la matire, tout est mensonge. Ces piliers qui paraissent
porter sont eux-mmes accrochs comme des tableaux; ces arcs masquent
des plates-bandes en bois ou en fer; cette vote est suspendue  un
plancher qu'elle fatigue; ces colonnes de marbre sont des cylindres de
stuc revtant des poteaux. L'artiste, dites-vous, est homme de got;
oui, si c'est faire preuve de got de se moquer de vous et de tromper le
public sur la qualit de l'oeuvre.

Comment procdaient cependant ces artistes du moyen ge en France,
accuss de mauvais got par les beaux-esprits des XVIIe et XVIIIe
sicles, peu connaisseurs en architecture, et par nos dbiles coles
modernes, copiant avec du carton et du pltre les robustes splendeurs de
ces derniers sicles, et tombant, de contrefaons en contrefaons, par
ennui et fatigue, par dfaut de principes et de convictions, jusqu'
l'imitation du _style_ du temps de Louis XVI, comme si l'art de ce temps
d'affaissement possdait un style? comme si, pour en venir  cette
triste extrmit, il tait ncessaire d'envoyer nos jeunes architectes 
Rome et  Athnes s'inspirer des arts de l'antiquit?

Leur premire loi tait la sincrit. Avaient-ils de la pierre, du bois,
du mtal, des stucs  mettre en oeuvre? ils donnaient  chacune de ces
matires la structure, la forme et la dcoration qui pouvaient leur
convenir; et, lors mme qu'ils tentaient d'imposer  l'une de ces
matires des formes empruntes  d'autres, le got leur traait les
limites qu'on ne saurait dpasser, car jamais ils ne cherchaient 
tromper sur l'apparence. On peut bien trouver que telle rose, tels
meneaux sont dlicatement travaills: personne ne prendra une rose en
pierre, des meneaux en pierre pour du bois ou du fer; encore ces dtails
des difices religieux ne sont-ils que des claires-voies, des
accessoires qui ne tiennent pas  la vritable structure, on le
reconnat sans tre architecte. Pour eux, une salle est une salle; une
maison, une maison; un palais, un palais; une glise, une glise; un
chteau, un chteau; et jamais il ne leur serait venu  l'esprit de
donner  un difice municipal la silhouette d'une glise en manire de
pendant, pour amuser les badauds, grands amateurs de la symtrie.
Font-ils couvrir cette salle d'un berceau en bois? c'est bien un lambris
que nous voyons, non point le simulacre d'une vote en maonnerie.
Font-ils un plafond? c'est la structure du plancher qui donne ses
compartiments, sa dcoration.  leur avis, un toit est fait pour couvrir
un difice; aussi lui donnent-ils la pente suffisante pour rejeter les
eaux; ils ne le dissimulent pas derrire un attique; dans un mme
palais, ils n'lveront pas des toits plats et des toits aigus: ils
adopteront les uns ou les autres partout, suivant le besoin, le climat
ou la nature des couvertures. Est-ce une galerie qui passe derrire ce
mur? nous le reconnatrons,  l'extrieur, par la manire dont les jours
sont percs; est-ce une grand'salle? les fentres seront hautes et
larges; est-ce une suite de cellules? les fentres seront frquentes et
petites. Partant de principes vrais, simples, raisonns, le got n'est
plus affaire de hasard: il s'attache  quelque chose de rel; il apporte
dans l'tude des dtails le respect pour la vrit; il se complat 
exprimer les besoins, les ncessits du programme;  chaque instant il
varie son expression, suivant le thme qui lui est donn. Savoir ne dire
que ce qu'il faut et savoir dire les choses  propos est une preuve de
got dans les relations du monde; c'est faire preuve de peu de got de
donner  la maison d'un simple particulier habite par des locataires
l'apparence d'un palais. Si le propritaire peut payer ce luxe,
direz-vous, pourquoi ne pas le satisfaire? Soit; mais vous ne pourrez
nous empcher de trouver que l'architecte et son client ont mauvais
got, et l'extravagance de celui-ci n'excuse pas la complaisance du
premier. On n'crit pas une ordonnance de police comme un discours 
l'Acadmie, un inventaire avec le style qui convient  un roman; et la
lettre que vous adressez  votre jardinier pour lui recommander de
planter des salades en temps opportun n'est pas faite comme celle que
vous crivez  un prince pour rclamer sa bienveillance. Pourquoi donc,
si nous admettons ces distinctions dans la faon d'crire, ne les
observons-nous pas dans notre architecture? Nous trouvons dans l'art du
moyen ge cet -propos, marque d'un got sr. L'glise du village ne
ressemble pas  une cathdrale; elle n'est pas un diminutif de celle-ci.
La maison d'un bourgeois n'est pas faite avec les rognures d'un palais.
La halle de la cit ne peut tre prise pour une salle de ftes,
l'hpital pour une maison de ville; et l'tranger qui se promenait
autrefois dans nos cits pouvait deviner la destination de chaque
difice  son apparence extrieure; il ne lui serait jamais arriv de
chercher un bnitier  la porte d'une mairie, croyant entrer dans une
glise, ou de demander, sous le vestibule d'une caserne, le nom du riche
seigneur pour lequel on a bti ce majestueux difice.

Le got est relatif  l'objet; il s'appuie donc avant tout sur la
raison. Comme le bon sens est une des qualits (fort ancienne) de notre
pays, nous avons apport dans nos arts un got dlicat, lorsque nous
avons t laisss  nos propres instincts. Malheureusement,
l'architecture s'est brouille depuis longtemps en France avec le bon
sens, et par suite avec le bon got, sous l'influence de doctrines
errones. On a reconnu, au XVIIe sicle, que l'architecture antique
tait un art soumis  un got pur, ce qui est incontestable; on s'est
mis  faire de l'architecture antique, sans penser que, si
l'architecture antique est conforme au got, c'est qu'elle est une
expression nette, prcise, de la civilisation qui l'a constitue. Mais
si par cela mme l'architecture antique se soumet aux rgles du got
sous les empereurs romains, elle est contraire  ces rgles sous la
socit de Louis XIV, qui ne ressemble pas absolument  la socit de
Tibre ou de Claude. Alors (au XVIIe sicle) on ne faisait gure entrer
le raisonnement dans les questions d'art; l'architecture tait une
affaire de colonnades, de chapiteaux, de frontons et de corniches, de
symtrie, toutes choses qu'on dclarait tre de _grand got_, comme on
disait alors, sans dfinir d'ailleurs ce qu'on entendait par ce _grand
got_, qui n'est,  notre avis, qu'un grand engouement. Cependant (car
c'est une occasion de faire preuve de got, et de ne pas tomber dans
l'exagration) il est juste de reconnatre que ce sicle (nous parlons
de celui de Louis XIV) a su produire en architecture des oeuvres d'une
grande valeur, toutes fois qu'elles n'ont pas abandonn compltement
notre sens franais. Certes, on ne peut nier que l'Htel des Invalides,
par exemple, ne soit un chef-d'oeuvre d'architecture. Pourquoi? Est-ce
parce que nous y trouvons des archivoltes romaines, des corniches
romaines? Non certainement: c'est parce que cet difice prsente un plan
parfaitement appropri  l'objet; partout de la grandeur, sans place
perdue, des services faciles, un aspect gnral extrieur qui indique
clairement sa destination. Mais  qui devons-nous ces belles
dispositions? Est-ce  l'antiquit romaine? Sont-ce les architectes
romains qui nous ont donn, entre autres choses, cette belle composition
de la cour, avec ses quatre escaliers aux angles, autour desquels tourne
le clotre? Non, c'est l le plan d'une cour d'abbaye franaise, avec
son vaste rfectoire, avec ses dortoirs, son glise accessible de tous
les points des btiments, ses galeries et ses services journaliers.
C'est par ces dispositions appropries  l'objet que l'Htel des
Invalides est une oeuvre de got, et non parce que l'architecte a sem
sur ses faades quelques profils romains; au contraire, ces dtails
emprunts  une architecture entirement trangre  notre climat,  nos
usages et  notre gnie, ne font que gter le monument, ou le rendre, au
moins, froid, monotone. Ces toits  pentes rapides (qui sont bien
franais) jurent avec ces corniches antiques, avec ces arcades qui ont
le grand tort de vouloir rappeler quelque portique de thtre ou
d'amphithtre romain. En cela le got ne saurait tre satisfait, car le
got demande aussi un rapport, une corrlation entre l'ensemble et les
dtails. Quand Molire a pris  Plaute son sujet d'_Amphytrion_, bien
qu'il ait adopt le canevas antique, il a fait parler Mercure, la Nuit,
Jupiter, Amphytrion, Alcmne et Sosie, comme parlaient les seigneurs,
les dames et les valets de la cour, et non comme des Grecs. Bien mieux,
il a donn  ses personnages les sentiments, les ides et les prjugs
de son temps; pour exprimer ces ides, ces sentiments, il n'a pas cousu
des mots grecs ou latins  sa phrase franaise. Le nom des personnages
ne fait l rien  l'affaire, et Jupiter pourrait s'appeler Louis le
Grand et porter la grande perruque. Certes Molire, comme tous les
auteurs illustres du XVIIe sicle, apprciait fort les anciens, avait su
s'en servir; cessait-il pour cela d'tre Franais, et si nous
l'admirons, n'est-ce pas parce qu'il est bien Franais? Pourquoi donc, 
l'architecture seule, serait-il permis de s'exprimer comme l'colier
limousin de Rabelais, et en quoi ce jargon peut-il tre conforme aux
rgles du got?

La pierre, le bois, le fer, sont les matriaux avec lesquels
l'architecte btit, satisfait aux besoins de son temps; pour exprimer
ses ides, il donne des formes  ces matriaux; ces formes ne sont pas
et ne peuvent tre dues au hasard, elles sont produites par les
ncessits de la construction, par ces besoins mmes auxquels l'artiste
est tenu de satisfaire, et par l'impression qu'il veut produire sur le
public; c'est une sorte de langage pour les yeux: comment admettre que
ce langage ne corresponde pas  l'ide, soit dans l'ensemble, soit dans
les dtails? et comment admettre aussi qu'un langage form de membres
sans relations entre eux puisse tre compris? Cette confusion,
introduite au XVIIe sicle, a bientt fait de l'architecture un art
incomprhensible pour le public; nous en voyons aujourd'hui plus que
jamais les tristes effets.

De l'introduction irrflchie de certaines formes et non de l'esprit de
l'antiquit dans l'architecture, on en est venu bientt  la corruption
de ces formes dont les principes n'avaient point t reconnus tout
d'abord. Au XVIIIe sicle, on croyait encore pratiquer les arts romains,
tandis qu'on ne faisait qu'aggraver le dsordre qui s'tait mis dans
l'tude de l'architecture. Cependant le got, le sentiment des
convenances est assez naturel chez nous, pour que, dans ce dsordre
mme, on trouve les traces de cette qualit franaise. Nos chteaux, nos
difices publics du dernier sicle ont un certain air de grandeur calme,
une raison, bien loigns des exagrations que l'on rencontre alors dans
les difices analogues btis en Italie et en Allemagne. L'un des signes
les plus visibles de la confusion qui s'est faite dans les esprits
depuis cette poque, c'est le rle infime que l'on a donn au got dans
l'architecture. Le got est devenu une qualit de dtail, un attrait
fugitif,  peine apprciable, que l'on ne saurait dfinir, vague, et qui
ds lors n'tait plus considr par nos architectes comme la consquence
de principes invariables. Le got n'a plus t qu'un esclave de la mode,
et il s'est trouv alors que les artistes reconnus pour avoir du got en
1780 n'en avaient plus en 1800. Cette dprciation du got a fait dire,
par exemple, que tel artiste ne possdait ni la thorie ni la pratique
de son art; qu'il tait, en deux mots, passablement ignorant, mais qu'il
_avait du got_. Est-il donc possible de faire preuve de got en
architecture, sans tre profondment vers dans cet art? Comme preuve de
la dprciation du got, citons un auteur srieux, clair, et voyons ce
qu'il dit  propos du got[10]. De mme, pour tout ce qui a rapport 
l'imitation des beaux-arts[11], la facult qu'on appelle le _got_
s'exerce principalement sur les qualits agrables, sur le choix d'une
certaine manire d'tre ou de faire que le sentiment seul comprend, et
qu'aucune analyse ne peut dmontrer. Voil qui est embarrassant, et
c'est le cas de dire: On ne peut disputer des gots, puisqu'on ne peut
dmontrer s'il existe ou n'existe pas. Et plus loin: Le got n'est pas
celui qui, dans la composition, fait dcouvrir ces grands partis
d'ordonnance, ces lignes heureuses, ces masses imposantes qui saisissent
 la fois l'esprit et les yeux; mais ce sera lui souvent qui mlera 
ces combinaisons l'attrait de la facilit, d'o rsultera l'apparence
d'une cration spontane. Ainsi nous voyons que, pour un des auteurs
les plus distingus qui ont crit sur l'art de l'architecture au
commencement de ce sicle, le got est insaisissable; il ne prside
point  l'ordonnance gnrale, il n'est appel par l'artiste que quand
l'oeuvre est conue et qu'il ne s'agit plus que de lui donner un tour
attrayant, c'est--dire lorsqu'il faut, en bon franais, la soumettre
aux exigences de la mode du jour. C'tait bien la peine de parler et
d'crire sur le got pendant deux sicles, de fonder des acadmies
destines  maintenir les rgles du got, pour en arriver  cette
conclusion: L'attrait de la facilit... une manire d'tre et de faire
que le sentiment seul comprend!

Rapetissant le got  ces maigres et fugitives fonctions, on a d
ncessairement rapetisser ceux qui sont considrs comme les
dpositaires du got. Aussi, les architectes ont vu bientt une certaine
partie des difices publics sortir de leurs mains, puisque le got
n'avait rien  voir dans les grands partis d'ordonnance, les masses
imposantes. On a pens que leur concours tait inutile s'il s'agissait
de btir des ponts, d'lever des quais, de faire de grands travaux de
terrassement, des casernes, des ouvrages militaires. Et si le public
trouve la plupart de ces btisses laides, disgracieuses, barbares mme,
on peut dire que le got n'entre pour rien l-dedans, et que lui,
public, n'a point  l'y chercher. Eh bien, nos architectes du moyen ge,
d'accord avec le public de leur temps, croyaient que le got se dvoile
aussi bien dans la construction d'un pont et d'une forteresse que dans
l'ornementation d'une chapelle ou d'une chambre  coucher; pour eux, le
got prsidait  la conception, aux dispositions d'ensemble, aussi bien
qu'aux dtails de l'architecture, et l'on pourra reconnatre mme que
cette qualit gnrale en matire de got se retrouve jusque pendant le
XVIIe sicle. Il suffit de voir comme taient conus les chteaux de
Vaux, de Maison, de Coulommiers, du Rincy, de Berny, de Versailles, de
Monceaux, de Saint-Germain, de Chantilly, leurs parcs et dpendances,
pour s'assurer que le got, chez les architectes qui ont prsid  la
construction et  l'arrangement de ces rsidences, n'tait pas seulement
une qualit s'attachant aux dtails, un tour indfinissable que le
sentiment seul comprend et qu'aucune analyse ne peut dmontrer, mais au
contraire le rsultat de bonnes traditions, du savoir, de vues
gnrales, justes et larges en mme temps, rsultat dont les causes
comme les effets peuvent tre dmontrs. C'est bien plutt dans les
dispositions d'ensemble que les architectes du XVIIe sicle montrent
leur got que dans l'excution des dtails. Par le fait, le got se
manifeste dans tout, prside  tout, au milieu des civilisations qui
sont dans les conditions propres  son dveloppement. Il y autant de
got dans la composition et l'ordonnance du Parthnon, dans la manire
dont il est plant sur l'Acropole d'Athnes, que dans le trac et
l'excution des profils et des sculptures.

Voyons maintenant comment les artistes du moyen ge, en France, ont
manifest cette qualit essentielle. Ainsi que nous l'avons dit plus
haut, le vrai est la premire condition du got. Les architectes de ces
temps possdent de la brique pour btir, leur construction ne simulera
pas un difice en pierre de taille; ils adopteront, non-seulement la
structure, mais la dcoration que peut fournir la brique; ils viteront,
dans les bandeaux et les corniches, les fortes saillies; ce ne sera pas
par la sculpture qu'ils produiront de l'effet, mais par les masses que
donnent naturellement des parements de terre-cuite revtissant un
blocage. Aussi les monuments de brique levs par les architectes du
moyen ge rappellent-ils certaines constructions romaines du temps de
l'Empire; employant les mmes procds, ils taient entrans  rappeler
les mmes formes, bien qu'alors les habitudes des constructeurs fussent
trs-diffrentes de celles des Romains. Ils font ressortir la grandeur
de ces masses simples par des cordons dlicats mais trs-accentus dans
leurs dtails, ainsi qu'on peut les composer avec des briques poses sur
l'angle et en encorbellement. S'ils mlent la pierre  la brique, et si
la pierre est rare, ils ne l'emploieront que pour des colonnes
monostyles, des chapiteaux, des tablettes de corniches, des corbeaux
sculpts, des appuis de fentres, des jambages et des archivoltes. Plus
la matire est chre, plus ils sauront en rehausser le prix par la
main-d'oeuvre. conomes de matriaux (ce qui est encore une preuve de
got), ils ne les prodigueront pas inutilement, les choisissant suivant
la fonction qu'ils doivent remplir, la place qu'ils doivent occuper.
Dans un mme difice, nous verrons des colonnes monostyles, dont le
transport, la taille et la pose ont d demander beaucoup de temps, de
soins et de peine, porter des constructions en petits matriaux, monts
et poss  la main. Observateurs fidles des principes de leur
construction[12], ils voudront que ces principes soient apparents; leur
appareil n'est pas seulement une science, c'est un art qui veut tre
apprci, qui s'adresse aux yeux, explique  tous les procds employs
sans qu'il soit ncessaire d'tre initi aux secrets du praticien.
Jamais la construction ne dissimule ses moyens; elle ne parat tre que
ce qu'elle est. Aussi (et c'est l une observation que chacun peut
faire) un difice du moyen ge gagne plutt qu'il ne perd  faire voir
son appareil, les joints et lits de sa construction; en peut-on dire
autant des difices btis depuis le XVIIIe sicle? Dans la plupart de
ces monuments, au contraire, la construction relle n'est-elle pas
tellement en dsaccord avec les formes, qu'on est forcment entran 
chercher les moyens propres  la dissimuler? Imagine-t-on l'effet que
produirait, par exemple, la colonnade du Louvre avec des joints et lits
franchement accuss comme ils le sont sur la faade de Notre-Dame de
Paris? En cela donc on ne peut refuser aux architectes du moyen ge
d'tre vrais. On objectera peut-tre ceci: que les Grecs et mme les
Romains n'ont pas accus l'appareil, les moyens de la construction, le
dtail de la structure, et que cependant on ne saurait prtendre qu'ils
ont ainsi manqu de got en cessant d'tre vrais. Les Grecs et les
Romains, lorsqu'ils ont employ la pierre ou le marbre, ont eu en vue
d'lever des difices qui parussent tout d'une pice; ils posaient leurs
pierres parfaitement jointives, sans mortier entre elles, de manire 
ce que les sutures demeurassent invisibles. Chez les Grecs, l'ide de
donner  un difice l'aspect d'une matire homogne, comme le serait un
monument taill dans le roc, tait dominante  ce point que, s'ils ne
pouvaient employer des matriaux d'une extrme finesse et puret,
lorsqu'ils btissaient en pierre et non en marbre, ils revtissaient
cette pierre d'un stuc fin, color, qui cachait absolument ces joints et
lits  peine visibles. Or nous avons adopt ou cru adopter les formes de
l'architecture des Grecs et des Romains, et nous construisons comme les
architectes du moyen ge, en posant nos pierres sur mortier ou pltre.
C'est alors que nous ne faisons pas preuve de got, puisque notre
construction est visible, malgr nos efforts pour la dissimuler, et que
nous adoptons des formes videmment altres si l'appareil reste
apparent. Si donc, en construction, pour montrer du got il faut tre
vrai, les anciens, comme les artistes du moyen ge, taient des gens de
got, et nous ne saurions aujourd'hui prtendre au mme avantage.

Passons aux dispositions gnrales. On ne saurait nier que nos glises
du moyen ge, grandes ou petites, remplissaient parfaitement leur objet;
que les plans de ces difices, emprunts le plus souvent  la basilique
romaine, mais profondment modifis suivant les besoins et les moyens de
construction, taient bien conus, puisque, depuis lors, on n'a rien su
trouver de mieux, et que, mme dans les temps o l'architecture du moyen
ge tait considre comme un art barbare, on n'a fait autre chose que
de copier ces plans, en les gtant toutefois. La belle disposition des
sanctuaires avec collatraux, qui appartient au moyen ge, est
non-seulement propre  l'objet, mais produit infailliblement un
trs-grand effet. Or cette disposition est simple, facile  comprendre,
favorable aux dveloppements des crmonies du culte et  toutes les
dcorations les plus somptueuses. Partout une circulation facile, de
l'air et de la lumire. Si, dans les chteaux des XIIIe, XIVe et XVe
sicles, on ne dcouvre pas ces dispositions symtriques adoptes depuis
lors, c'est qu'en ralit les besoins journaliers des habitants de ces
demeures ne se prtaient point  la symtrie. On songeait bien plutt 
trouver des distributions intrieures convenables, des moyens de dfense
suffisants, qu' prsenter aux passants des faades pondres. Le got
ne consistait pas alors  chercher cette symtrie sans raison, mais 
exprimer au contraire les besoins divers par les aspects diffrents
donns aux btiments. La grand'salle, la chapelle, les logis, les
cuisines, les dfenses, les communs, adoptaient le caractre
d'architecture propre  chacune de ces parties. De mme que dans la cit
tous les difices taient marqus au coin de leur destination propre,
dans le chteau, chaque service possdait une physionomie particulire.
Cela n'tait pas conforme au got des architectes du XVIIe sicle, mais
c'tait conforme au got absolu, c'est--dire  la vrit et  la
raison. Les anciens ne procdaient pas autrement, et les diverses
parties qui composaient une _villa_ romaine n'avaient pas de rapports
symtriques entre elles.

Les maisons des particuliers, pendant le moyen ge, soit qu'elles
occupassent une grande surface, soit qu'elles fussent petites,
laissaient voir clairement,  l'extrieur, leur distribution intrieure.
La salle, le lieu de runion de la famille se distinguaient des chambres
et des cabinets par l'ordonnance de ses baies; les escaliers taient
visibles, en hors-d'oeuvre le plus souvent, et si des tages taient
entre-sols, l'architecte ne coupait pas de grandes fentres par les
planchers. Une faade en pans-de-bois ne se cachait pas sous un enduit
simulant la pierre, et les dtails taient  l'chelle de l'habitant. Si
des portiques protgeaient les passants, ils taient assez bas et assez
profonds pour les abriter en laissant une circulation facile sous leurs
arcades. Avant de songer  faire d'une fontaine un point de vue, on
croyait qu'elle tait destine  fournir de l'eau  tous ceux qui en
avaient besoin. Avant de faire de l'entre d'un tablissement public une
dcoration monumentale, on trouvait convenable d'abriter sous un auvent
les personnes qui frappaient  la porte. La tche de l'architecte de
got tait donc de donner  toute chose une apparence conforme 
l'usage, quitte  appliquer la dcoration que comportait chaque partie.
L'architecture ne s'imposait pas, elle obissait; mais elle obissait
comme une personne libre, sans contrainte, sans abandonner ses
principes, en mettant ses ressources et son savoir au service des
besoins auxquels il fallait satisfaire, considrant, avant tout, ces
besoins comme une question dominante.

Pour en revenir  des mthodes conformes au got, nous avons donc
quelque chose  faire, beaucoup  dfaire; nous avons  laisser de ct
ce que des esprits peu indulgents considrent comme le pdantisme
d'cole, une coterie arrive  la puissance d'une oligarchie tyrannique;
nous avons  respecter le vrai,  repousser le mensonge,  lutter contre
des habitudes dj vieilles et considres par cela mme comme
respectables; nous avons encore  acqurir cette souplesse dans l'emploi
des moyens mis  notre disposition, souplesse qui est un des charmes de
l'architecture des anciens comme de l'architecture du moyen ge et de la
Renaissance. Un amateur des arts disait un jour devant nous, en admirant
fort quelque groupe en terre-cuite de Bouchardon: C'est l'antiquit,
moins la roideur! Autant de mots, autant d'hrsies en fait de got.
Les terres-cuites de Bouchardon ne ressemblent nullement aux antiques,
et la sculpture antique n'est jamais roide. Ce qui est roide, gn,
contraint, c'est, en toute chose, l'imitation, la recherche, la
_manire_. Celui qui sait, celui qui est vrai fait ce qu'il fait avec
grce, avec souplesse, avec got par consquent. En architecture, la
seule faon de montrer du got, c'est d'appliquer  propos des principes
qui nous sont devenus familiers; ce n'est pas de rechercher l'imitation
de formes, si belles qu'elles soient, sans savoir pourquoi on les imite.

     [Note 10: Quatremre de Quincy, _Dictionnaire
     d'Architecture_, art. _Got_.]

     [Note 11: Qu'est-ce que l'imitation des beaux-arts? L'auteur
     veut-il parler des arts d'imitation ou de l'imitation de la
     nature dans l'art?]

     [Note 12: Voy. CONSTRUCTION.]



GOUTTIRE, s. f. Voy. GARGOUILLE.



GRANGE, s. f. Btiment rural propre  renfermer les fourrages et les
grains. Les moines, qui s'occupaient fort, surtout  dater du XIe
sicle, de travaux agricoles, btirent un grand nombre de granges soit
dans l'enceinte des abbayes, soit dans la campagne.  l'article
ARCHITECTURE MONASTIQUE, nous avons donn quelques-uns de ces btiments,
entours de murs de clture, comme le sont aujourd'hui nos fermes. Ces
granges taient en assez grand nombre et gnralement bien construites,
car il en existe encore plusieurs dans l'le-de-France, la Normandie, la
Champagne et la Touraine, qui datent des XIIe, XIIIe et XIVe sicles.
C'est principalement  la fin du XIIe sicle, au moment o les abbayes,
devenues trs-riches, s'appliquaient  l'exploitation de leurs terres,
que les plus belles granges et les plus vastes ont t leves.
Habituellement elles se composent de trois nefs spares par deux
ranges de piles ou de poteaux supportant une norme charpente. MM.
Verdier et Catiois, dans leur excellent ouvrage sur l'_Architecture
domestique au moyen ge_, en donnent quelques-unes, et entre autres la
belle grange monumentale de l'abbaye de Maubuisson, qui date de la
premire moiti du XIIIe sicle. M. de Caumont, dans son _Bulletin
monumental_[13], signale celles de Perrires, celle d'Ardennes, celles
de l'Eure; elles datent des XIIe, XIIIe et XIVe sicles. L'une des
granges de l'abbaye de Longchamps, prs Paris, existe encore tout
entire; elle date du XIIIe sicle. Nous en donnons le plan (1).

L'entre est pratique sur l'un des grands cts, en A. Cette entre se
compose d'une porte charretire, avec porte btarde  ct; en B est un
puits. La fig. 2 prsente l'un des pignons renforcs chacun de cinq
contre-forts, et la fig. 3 la coupe transversale. La charpente est
excute avec le plus grand soin, en beau bois de chne,  vive arte.
La fig. 4 donne l'une des traves longitudinales[14]. Ces granges sont
toujours places sur des terrains abrits, secs, nivels avec soin, de
manire  loigner les eaux pluviales de la base des murs. Dans le
voisinage des chteaux, et mme quelquefois dans la bille, des granges
taient leves pour recevoir les approvisionnements de fourrages et de
grains ncessaires  la garnison.

Les grandes abbayes avaient le soin de btir leurs granges sur des
terrains entours de murs de clture, dfendus par des chauguettes et
de bonnes portes flanques. Ces centres de provisions de grains et de
fourrages taient occups par des moines que l'on dtachait
temporairement dans ces tablissements isols au milieu des champs, par
suite de quelque faute, et pour faire pnitence. Ils taient habits
aussi par des frres convers et par des paysans. Ils contenaient donc
des logements disposs prs des portes, et, la nuit, les voyageurs
pouvaient trouver un gte dans ces dpendances, signales au loin par un
fanal et le son d'une cloche suspendue au-dessus de l'une des entres.
Peu  peu les granges d'abbayes, avec leurs enceintes et logis, virent
se grouper autour d'elles des habitations de paysans, et devinrent ainsi
le noyau d'un hameau. Nous avons en France beaucoup de villages qui
n'ont pas une autre origine, et qui ont conserv le nom de _la Grange_.
En temps de guerre, les paysans se renfermaient dans l'enceinte et s'y
dfendaient de leur mieux.  l'instigation de quelque seigneur rival de
l'abbaye, il leur arrivait aussi de piller les granges des moines ou d'y
mettre le feu, ce qui ne leur tait pas d'un grand profit.

Quelquefois ces btiments ruraux contenaient des tables 
rez-de-chausse; telle est la belle grange qui existe encore prs de
l'glise de Saint-Martin-au-Bois, dans le dpartement de l'Oise. Le
rez-de-chausse est vot et est destin  recevoir des troupeaux;
au-dessus, un vaste grenier sert de magasin aux fourrages. Les granges
sont elles-mmes, dans certaines localits, des btiments fortifis,
entours de fosss, flanqus de tours; toutefois cette disposition
n'apparat gure qu'au XVe sicle, c'est--dire  l'poque o la
campagne, en France, tait continuellement ravage par des bandes de
routiers.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]

     [Note 13: T. XIV, p. 491; t. XV, p. 193, 443 et 492.]

     [Note 14: Nous devons ces dessins, relevs avec le plus grand
     soin,  M. Davioud, architecte de la ville de Paris.]



GRIFFE, s. f. C'est le nom que l'on donne  un appendice de la base des
colonnes pendant une certaine partie du moyen ge. On sait que les bases
des ordres ionique et corinthien romains se composent de tores
circulaires reposant sur une plinthe carre (1). Il rsulte de cette
disposition que les tores A laissent quatre angles B, dcouverts, 
surface suprieure horizontale, que le moindre mouvement de la colonne
fait briser. Nous ne nions pas que la composition de ce dtail
architectonique ne soit parfaitement classique; mais, cet aveu fait, on
nous permettra de considrer cette disposition comme vicieuse, au point
de vue de la construction, peu rassurante mme pour l'oeil, qui ne
comprend pas  quoi servent ces angles minces rservs sous une charge
verticale. Les anciens avaient eux-mmes si bien senti l'inconvnient
pratique de la plinthe carre, qu'ils amaigrissaient, sous les
diagonales _ab_, le lit infrieur de ces angles saillants (2). C'tait
un aveu de leur inutilit; il et t plus simple de ne pas les
conserver, et de donner  la plinthe une forme circulaire ou polygonale.

Il faut croire que les architectes romans voulurent viter la casse des
angles des plinthes de bases, car, ds le XIe sicle, nous observons
dj que, du dernier tore  l'angle de la plinthe, on laisse un
appendice ou renfort qui donne un certain empattement et une plus grande
rsistance  ces angles. Ces premires griffes (3) sont trs-simples de
forme: ce sont des boutons, des ergots qui, partant du tore, s'appuient
sur la surface triangulaire des quatre angles de la plinthe (voy. BASE).
Mais bientt, ces appendices tant fort prs de l'oeil, on en fit des
morceaux de sculpture trs-soigns et souvent trs-riches. Au XIIe
sicle, dans les difices rhnans, on voit des bases de colonnes
cylindriques armes de griffes volumineuses, finement sculptes, qui
amortissent puissamment les tores sur les plinthes. Voici (4) une de ces
griffes provenant des bases des gros piliers du choeur de la cathdrale
de Strasbourg. Cet ornement donne  la base une fermet trs-convenable
 ce membre de l'architecture, fermet qui manque absolument  la base
romaine; le gros tore infrieur, aplati (voy. BASE), se prte d'ailleurs
 recevoir ces appendices.

Autour du choeur de l'glise abbatiale de Vzelay, les gros piliers
cylindriques reposent sur des bases ornes de fort belles griffes (5).
Nous en trouvons de trs-remarquables, galement sculpts, sur les
angles des plinthes des grosses colonnes du sanctuaire de l'glise
collgiale de Poissy; quelques-unes (car ces griffes sont varies 
chaque base) reprsentent des animaux fantastiques sculpts avec
beaucoup de finesse (6). Ces deux exemples appartiennent  la fin du
XIIe sicle. Au commencement du XIIIe sicle, les griffes sont moins
varies comme forme; mais leur sculpture est nergique, bien approprie
 la place, largement modele.

Voici (7) une des griffes provenant des bases du tour du choeur de la
cathdrale de Laon. Cette feuille, termine par un crochet, enroule sur
elle-mme  son extrmit, se lie intimement au tore; elle semble avoir
pouss sur sa surface et l'envelopper. On comprend que ces appendices
puissants donnent de la solidit aux cornes de la plinthe et leur
permettent de rsister  une pression produite par un tassement
irrgulier.

Quelquefois (au commencement du XIIIe sicle) la griffe n'est qu'un
videment pratiqu  l'angle d'une plinthe trs-paisse. On voit des
exemples de ces sortes de griffes aux colonnes engages des chapelles du
tour du choeur de la cathdrale de Troyes (8). La griffe la plus
vulgaire adopte  cette poque affecte la forme d'une feuille d'eau,
ressemblant assez au rez-de-coeur de l'architecture antique, mais d'un
model plus nergique. C'est ainsi que sont sculptes les griffes des
bases des colonnes de la partie infrieure de la cathdrale de Paris
(9). Vers le milieu du XIIIe sicle, les plinthes des bases tant
presque toujours tailles sur plan octogonal, la griffe disparat. On la
voit renatre dans quelques monuments du XIVe sicle, comme  la
cathdrale (ancienne) de Carcassonne(10),  la cathdrale de Sens
(11)[15]. Elle disparat dfinitivement au XVe sicle. On peut regretter
que ce bel ornement ait t compltement abandonn; et bien que si, par
aventure, un architecte s'avisait de l'employer de nouveau, comme un
appendice ncessaire, rassurant pour l'oeil, on ne manquerait pas
d'accuser cet architecte de nous faire rtrograder vers les temps
barbares. Il ne faut pas dsesprer de lui voir reprendre la place qu'il
occupait si lgitimement.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]

     [Note 15: Pilier de gauche  l'entre de la nef, repris au
     XIVe sicle.]



GRILLAGE, s. m. Rseau en fer mince ou en fil de fer destin  garantir
les vitraux contre la grle,  prserver des sculptures du contact,
quelquefois aussi des objets prcieux dposs dans les trsors des
glises ou des chteaux. Il reste peu d'exemples de grillages d'une
poque ancienne; cependant nous en possdons encore qui datent du XIIIe
sicle. Les fentres du chevet de l'ancienne cathdrale de Bziers
conservent leurs grillages, qui sont de jolies pices de forge. Ils se
composent (1) de montants simples et alternativement de montants
auxquels sont soudes de fines brindilles de fer. Ces grillages sont
scells dans les tableaux des baies au moyen des traverses A; celles-ci
sont pourvues d'oeils renfls, ainsi que l'indique le dtail B. Les
traverses ont 0,02 c. d'paisseur sur 0,035m c. de largeur; les montants
ont 0,015m d'paisseur sur 0,02 c. de largeur; les brindilles ont en
moyenne 0,01 c. carr, et sont retenues au moyen d'embrasses C serres 
froid. Mais ce sont l plutt des grilles trs-dlicates que des
grillages.

Voici (2) un exemple de grillages fabriqus avec des fils de fer et qui
datent du XIVe sicle. Ce fragment a t trouv  Rouen chez un marchand
de ferrailles, et nous en avons vu un autre absolument semblable dans la
cathdrale de Munich. On admettra que les anciens serruriers ou
grillageurs avaient plus d'imagination que ceux de notre temps. Nos
grillages modernes sont d'un aspect moins agrable.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]



GRILLE, s. f. Clture  jour en fer ou en bronze. L'antiquit romaine
employait souvent le bronze coul pour les grilles de clture. 
l'exemple des anciens, dans les premiers temps du moyen ge, ce procd
fut quelquefois adopt. Tout le monde connat les belles grilles en
cuivre coul de Notre-Dame d'Aix-la-Chapelle, et qui datent de l'poque
de Charlemagne[16]. Ces cltures avaient t vraisemblablement
fabriques soit en Orient, soit par des artistes byzantins tablis en
Lombardie. Mais, outre que ces cltures taient fort chres, tant 
cause de la matire employe que par les frais de modle et de moulage,
elles pouvaient tre brises facilement. Le fer, d'un emploi trs-commun
dans les Gaules ds une poque recule, fut de prfrence adopt pour
toutes les cltures  jour fabriques pendant le moyen ge en France.
L'art du forgeron tait d'ailleurs dvelopp chez nous, et il se
perfectionna singulirement pendant les XIe et XIIe sicles. Il faut
savoir qu'alors on n'avait pas les moyens de fabrication introduits par
l'industrie moderne; le fer tait tendu en plaques ou corroy en forme
de barres,  la main, sans le secours de ces cylindres puissants qui,
aujourd'hui, rduisent instantanment un bloc de fer rouge en fil de
fer. Obtenir une barre de fer longue, d'une gale paisseur, bien
quarrie et dresse, c'tait l une premire difficult, dont nous ne
pouvons avoir une ide, puisque tous les fers nous sont livrs, par les
usines, rduits en barres de toutes grosseurs et de sections
trs-varies, sans que la main du forgeron ait en rien particip  ce
premier travail. Bien que l'on ne puisse mconnatre les immenses
avantages de la fabrication mcanique, il est certain cependant que les
forgerons ont d peu  peu perdre l'habitude de manier le fer et d'en
connatre les qualits. Il y a vingt-cinq ans, on aurait vainement
cherch  Paris un forgeron capable de faonner la grille la plus
simple, et si nous en trouvons aujourd'hui, c'est grce aux recherches
sur les arts industriels du moyen ge, grce  quelques-uns de ces
architectes, qui, au dire de plusieurs, ne tendent  rien moins qu'
faire rtrograder l'art de l'architecture vers la barbarie. Ceci dit,
afin de rendre  chacun ce qui lui est d, occupons-nous des grilles. On
comprendra sans peine que, lorsqu'il fallait rduire  la main un
morceau de fer rougi en une barre, on vitait autant que possible de
donner  ces barres une grande longueur. Le forgeron, oblig de
retourner le bloc sur l'enclume et de l'amener peu  peu aux dimensions
d'une tringle quarrie, ne pouvait dpasser certaines dimensions assez
peu tendues, et devait chercher, par des combinaisons d'assemblage, 
viter les pices trs-longues, par consquent trs-lourdes. Cela seul
explique pourquoi les plus anciennes grilles sont composes autant que
possible, de petites pices de forge.

Une des plus anciennes grilles que nous connaissions, et qui soit une
oeuvre d'art, se trouve dans la cathdrale du Puy-en-Vlay. Cette grille
ouvrante,  un vantail, se compose d'un chssis de fer de 0,04 c. sur
0,02 c. d'paisseur, contenant quatre traverses spares par des
montants de 0,015m sur 0,02 c., entre lesquels sont disposs des
rinceaux de fer trs-artistement composs. Cette grille date,
pensons-nous, du commencement du XIIe sicle. En voici un fragment (1).
Dans la hauteur, on compte cinq panneaux de brindilles soudes  des
embases et arrtes aux montants par des embrasses B. Ces embrasses ne
sont pas soudes, mais simplement contournes  chaud. Le fer forg  la
main prsentant toujours des irrgularits, le forgeron, pour dissimuler
ces dfauts, a eu l'ide de couvrir les montants, les brindilles et
leurs embases, de coups de poinon et de burin qui donnent  cette
ferronnerie un aspect brillant, prcieux et fin. Le dtail (2) indique
ce genre de travail fait  froid. L'irrgularit mme du travail donne
un charme particulier  ces pices de forge dans lesquelles on sent
partout la main de l'homme. Les montants de cette grille sont poss de
champ et portent, ainsi que nous l'avons dit, 0,015m sur 0,02 c. Les
brindilles ont en moyenne 0,007m sur 0,015m.

Pendant le cours du XIIe sicle, le mode de fabrication des grilles ne
se modifie gure; ce sont toujours des montants compris dans des chssis
et renfermant des ornements composs de brindilles de fer  section
carre ou mplate. Quand on veut donner beaucoup de force aux grilles,
les montants, comme les brindilles, se prsentent de champ (3); quand,
au contraire, on prtend donner un aspect lger  ces grilles, les
montants et brindilles prsentent  la vue leur ct large (4). Ceci
peut paratre trange, car le trac gomtral produit prcisment
l'effet contraire; mais les architectes du moyen ge ne se proccupaient
pas de l'effet gomtral, purement de convention. Il est clair que,
toute grille se voyant obliquement dans la plus grande partie de sa
surface, si les fers sont poss de champ, leurs cts larges
apparaissent et se dveloppent, ce qui donne un aspect robuste 
l'ouvrage; si les fers, au contraire, sont poss de plat, leurs faces
larges diminuent par l'effet de la perspective, et les surfaces troites
n'empitent point sur les vides. La fig. 5, qui donne le mme dessin de
grille, l'un, celui A, obtenu avec des fers de champ, l'autre, celui B,
avec des fers de plat, fera comprendre cette loi si simple et si peu
observe gnralement, par suite de l'habitude que nous avons prise de
ne pas nous proccuper de l'effet perspectif en excution. D'aprs le
trac gomtral, la grille A semblerait lgre et la grille B paratrait
robuste, tandis qu'en excution c'est le contraire qui a lieu.

Vers la fin du XIIe sicle, cependant, les serruriers cherchrent,
parfois, d'autres combinaisons que celles donnes par des enroulements
de brindilles compris entre des montants et des traverses: ils
assemblrent ensemble, avec beaucoup d'adresse, des panneaux d'ornements
formant, par leur runion, de grands dessins. Cela toutefois ne fut
gure employ que pour des cltures dlicates et composes de fers
trs-minces. M. Didron possde une trs-jolie grille de ce genre, qui a
t grave dans les _Annales archologiques_[17], et qui appartient
certainement  la serrurerie si remarquable de la fin du XIIe sicle et
du commencement du XIIIe. Ces grilles, composes de brindilles enroules
et seulement ornes de quelques coups de poinons ou de gravures,
semblrent trop pauvres aux forgerons du XIIe sicle, lorsqu'il fallut
entourer des sanctuaires, fermer certaines parties importantes des
difices religieux ou civils; bientt ils terminrent ces brindilles par
des ornements enlevs  chaud au moyen d'une tampe ou matrice de fer
tremp. C'est ainsi que sont fabriques les belles grilles dont nous
voyons encore quelques dbris dans l'glise abbatiale de Saint-Denis, et
dont nous donnons ici un spcimen (6). Ces grilles, qui datent de la fin
du XIIe sicle, sont forges avec une rare perfection, et il semble
qu'entre les mains de l'ouvrier le fer avait acquis la mallabilit du
plomb. Les ornements ne sont tamps que sur une face. Notre figure est
au quart de l'excution; en A, nous avons trac la section d'une des
brindilles, moiti d'excution. L'abb Suger avait fait faire pour son
glise des grilles en cuivre fondu, ainsi que le constatent les auteurs
contemporains et Dom Doublet qui les avait vues; elles ont t dtruites
au commencement du dernier sicle. On observera que le systme de
grilles en fer composes de panneaux d'ornements compris entre des
montants et traverses offrait en mme temps beaucoup de solidit et de
lgret; ces panneaux pouvaient tre facilement monts, dmonts ou
rpars, riches ou simples, trs-fournis ou grles. Il arrivait que ces
panneaux taient parfois embrevs entre des montants munis de plaques de
fer dbordant leur largeur et formant ainsi une suite de rainures.
Beaucoup de sanctuaires d'glises taient ferms par des grilles ainsi
combines; nous en trouvons encore un assez bel exemple dans le choeur
de l'glise abbatiale de Saint-Germer[18], et, de tous cts, des dbris
qui nous font assez voir que leur emploi tait frquent, que ces sortes
d'ouvrages n'taient point trs-rares, et que les forgerons les
faonnaient sans difficult. Des armoires contenant des objets prcieux,
des tombeaux, des chsses, taient entours parfois de grilles d'une
extrme richesse, surtout  l'poque o l'art du forgeron nous fournit
les plus beaux exemples de serrurerie, nous voulons parler du XIIIe
sicle (voy. SERRURERIE). Ces sortes de grilles ne sont dcores que du
ct de la face extrieure, et les brindilles, au lieu d'tre comprises
entre des montants et des traverses, sont souvent appliques devant
l'armature principale. Telle est, par exemple, la belle grille en fer
qui protge le tombeau de la reine Elonor dans le choeur de l'glise
abbatiale de Westminster. Nous possdons aussi, dans les magasins de
l'glise impriale de Saint-Denis, des fragments de grilles forges et
assembles suivant cette mthode (6 bis), qui avait l'avantage de roidir
singulirement les chssis simples composs de montants et de traverses.
Ces enroulements de brindilles finement forges, tampes et retouches
au burin, rives sur des chssis en fer, leur donnaient une grande
richesse en mme temps qu'une solidit  toute preuve.

Les grilles de dfense des trsors, des sanctuaires, des riches
tombeaux, de prcieux reliquaires, prsentent non-seulement un obstacle
aux voleurs ou aux indiscrets, mais elles sont aussi parfois armes de
pointes et de chardons qui en rendent l'escalade prilleuse: telle est
la grille du sanctuaire de l'glise de Conques (Aveyron), dont nous
donnons (6 ter) un fragment. Cette grille, qui n'a que 1m,40 de hauteur,
non compris les couronnements, prsente extrieurement, au droit de
chaque montant, un appendice saillant qui te toute ide de tenter une
escalade; de plus, les montants eux-mmes sont munis de fers pointus,
barbels, forgs avec soin. Les appendices A se terminent par de petites
ttes de dragons qui semblent tre les gardiens du sanctuaire. Cette
grille curieuse est dcrite et dessine en gomtral dans le tome Xl des
_Annales archologiques_ de M. Didron; elle nous parat appartenir  la
fin du XIIe sicle ou au commencement du XIIIe.

Avant de prsenter des modles de grilles de clture d'une poque plus
rcente, il est ncessaire de dire quelques mots des grilles dormantes
et de garde scelles dans les baies vitres, et servant  la fois de
grillage et de dfense. Les fentres de trsors d'glises, de
rez-de-chausse, de baies de chteaux, taient souvent munies de ces
sortes de grilles artistement travailles. Nous voyons encore, 
l'extrieur des baies romanes de l'glise de la Brde (Gironde), des
grilles du XIIe sicle, intressantes  tudier. Leur fabrication est
trs-nave, et cependant elles produisent un fort bon effet. Ces
fentres romanes n'ont pas plus de 0,26 c. de largeur sur une hauteur de
0,90 c. La dfense (7) consiste en une seule barre verticale de fer
carr de 0,03 c., avec traverses A fiches comme des clavettes  travers
des renflements de la barre verticale. Ces traverses sont aplaties, 0,02
c. sur 0,007m. Des enroulements en fer plat de 0,03 c. sur 0,004m sont
galement traverss et maintenus, par consquent, au moyen des
traverses-clavettes A. La tige verticale est affte  sa partie
suprieure pour entrer dans un trou pratiqu dans la clef de l'arc, et
faonne en queue de carpe  sa partie infrieure pour fournir un bon
scellement. Ici donc pas de soudures, seulement de petites pices de
forge assembles de la manire la plus naturelle. Nous avons vu aussi de
ces sortes de grilles de dfense poses devant des fentres du XIIIe
sicle, et qui se composent de barres verticales en fer plat de 0,035m
sur 0,02 c., avec clavettes rives en croix, ainsi que l'indique la fig.
8[19]. Le rivet est carr afin d'empcher les clavettes A de tourner. Il
nous faut mentionner ici encore une fort belle grille dormante de
dfense trouve  Agen, rue Saint-Antoine[20]. Elle remplit aujourd'hui
un cintre complet de 1m,60 de diamtre, et devait, pensons-nous, garnir
une rose. Six panneaux, disposs en claveaux, composent le demi-cintre,
et sont maintenus au moyen de deux demi-cercles et de sept barres
rayonnantes (9). Nous donnons, en A, le dtail de la pice principale de
l'un de ces panneaux forms de brindilles en fer carr de 0,008m,
soudes au moyen d'embases B, suivant la mthode employe par les
forgerons des XIIIe et XIVe sicles (voy. SERRURERIE).

Revenons maintenant aux grilles de cltures avec parties ouvrantes. La
fig. 6 nous fournit un des premiers exemples de ces sortes de grilles
avec ornements tamps; mais l, les fers sont tamps et ctels sur le
plat; le travail tait beaucoup plus difficile s'il s'agissait d'orner
les brindilles sur le champ du fer. C'est cependant ce que firent
souvent les forgerons du XIIIe sicle. On voit encore dans l'glise de
Brane, prs de Soissons, des portions de grilles dormantes d'un
charmant dessin, forges suivant cette mthode. Trs-lgres en
apparence, ces grilles, dont les fers se prsentent de champ, ont une
grande solidit. Nous donnons (10) un des fragments de leurs panneaux.
En A est trace la section des brindilles, grandeur d'excution. Ces
brindilles sont tampes des deux cts en B et C, ce qui ajoute
singulirement  la difficult d'excution. L'paisseur du champ diminue
beaucoup  l'extrmit de chaque tigette portant un ornement, de manire
 ce que ces ornements se renferment dans l'paisseur EF.

Cependant l'art du forgeron, en France, ne restait pas stationnaire; il
cherchait des moyens nouveaux, des formes qui n'avaient pas encore t
employes. Ds le commencement du XIVe sicle, le systme des grilles
composes de brindilles contournes et tampes, assembles au moyen
d'embrasses non soudes, comme les grilles de Saint-Denis, de
Saint-Germer, de Saint-Aventin[21], de Brane, de la cathdrale de
Reims, n'taient plus gure usites; on cherchait d'autres combinaisons,
on introduisait les plaques de fer battu dcoupes et modeles, comme
moyen dcoratif,  la place des ornements tamps en plein fer. Les
forgerons voulaient produire plus d'effet avec des moyens de fabrication
plus simples. L'industrie se perfectionnait, mais l'art y perdait. Les
rivets remplaaient les embrasses et mme les soudures; on voulait
fabriquer plus vite et avec peu de dpense; il ne faut pas moins
reconnatre que les ouvriers de cette poque taient beaucoup plus
habiles que les ntres lorsqu'il s'agissait de manier le fer et de le
soumettre  l'action du feu. En effet, pour qui a pris la peine de se
rendre compte des procds employs par les forgerons, ce qui doit
surprendre dans la fabrication de ces ouvrages dlicats, c'est l'galit
dans l'excution et la mallabilit laisse au mtal. Les fers de ces
anciennes grilles, bien qu'ils aient d passer au feu un grand nombre de
fois avant d'arriver  l'achvement de l'ouvrage, ne sont jamais brls;
ils conservent leur souplesse, et les soudures sont faites avec une
perfection et une libert trs-difficiles  obtenir aujourd'hui[22]. La
lime s'est charge de rectifier les maladresses du forgeron; alors la
lime ne s'attaquait jamais aux pices apparentes: c'tait le marteau
seul qui laissait son empreinte sur le fer.

Voici un fragment d'une grille de clture du XIVe sicle (11) qui
explique la transition entre le systme des grilles avec ornements
tamps et ceux obtenus au moyen de plaques de tle modeles, rapportes
 l'aide de rivures. Ici ce n'est pas encore la tle rapporte, mais ce
n'est plus le fer tamp; le principe des montants et traverses
persiste, chaque brindille est faonne ainsi que l'indique le dtail A;
les feuilles dcoupes sont obtenues aux dpens de la brindille dont le
fer a t refoul pour former une masse, aplatie ensuite au marteau. Au
lieu d'tre attaches aux montants par des embrasses, comme dans les
grilles du XIIIe sicle, ces brindilles sont rives latralement en C.
Les montants passs  travers les oeils des traverses hautes sont rives
sous les traverses basses en D; de plus, ils sont recouverts sur les
deux faces de deux plaques minces de fer battu retouches et graves au
burin. Ces plaques, que nous avons supprimes dans le trac de
l'ensemble de la grille, sont figures dans le dtail E; les montants et
traverses ont 0,016m de large sur 0,025m de champ; les brindilles,
0,006m sur 0,016m de champ. La grille tout entire, d'une traverse 
l'autre, porte prs d'un mtre[23].

Gnralement,  la fin du XIVe sicle et au commencement du XVe, les
plaques de fer battu servant d'ornements sont soudes aux gros fers ou
aux brindilles; ce n'est que plus tard que la tle rive est employe
comme dcoration. Il existe, dans le clotre de la cathdrale du
Puy-en-Vlay, une grille de ce genre trs-habilement forge. Nous en
donnons un ensemble (12). Chaque trave porte une accolade soude aux
contre-forts A (voy., en K, la section sur _a b_). Le sommet de
l'accolade est riv, en B, au montant-milieu de la trave qui est tors;
les autres montants sont  section carre de 0,015m de gros. Les trfles
C sont aplatis  la forge aux dpens des extrmits des redans. Les
fleurons D sont en tle et souds aux accolades. Entre chaque montant,
de petites plaques de tle dcoupe et embrves forment l'arcature E
(voy. le dtail G). Les fleurons du couronnement sont galement en tle
et souds avec soin aux pointes des fers. Les bases et chapiteaux des
montants, les profils des contre-forts sont faonns au marteau, sans
trace de lime. On posait souvent alors (vers le commencement du XVe
sicle) les montants ou traverses sur l'angle, comme l'indique le dessin
ci-contre. Cela permettait parfois de maintenir les ornements de
remplissage sans avoir recours aux rivets ou aux embrasses. En voici un
exemple remarquable qui provient de la cathdrale de Constance (13). On
voit ici comment le fer diagonal A est maintenu prisonnier par les deux
entailles qui entrent dans les deux traverses B poses sur l'angle. Dans
cet exemple, les fers plats des brindilles rives en C aux fers
diagonaux se convertissent en plaques de tle dcoupe  leur pli D, et
ces tles sont toutes varies, comme l'indiquent les divers tracs H.

Dans le clotre de cette dernire cathdrale, on voit encore une jolie
grille du XVe sicle, sans ornements de fer battu ou tamp, mais dont
la composition simple et le procd de fabrication mritent d'tre
signals (14). De distance en distance, des contre-forts A reoivent des
traverses B,  travers lesquelles passent les montants C poss d'angle.
Ces montants sont, de deux en deux, lgis  leur partie suprieure,
ainsi que l'indique le dtail D, pour recevoir les brindilles E et leurs
rivets. Les autres montants F possdent un tenon, qui vient s'assembler
dans la corniche suprieure,  travers les brindilles, en G.

L'ornementation infrieure prsente une construction analogue. Les
brindilles se retournent le long des contre-forts, comme nous le voyons
en I, et les traverses L les fixent  ces contre-forts, ainsi que
l'indique le dtail O. D'autre part, ces brindilles s'appuient le long
des videments faonns  la partie infrieure des lances P auxquelles
des rivets les attachent. Les montants F'passent,  travers ces
brindilles, en R, pour venir s'assembler dans la barre horizontale S. On
comprend que ce systme de ferrures est fort solide; les brindilles ne
sont pas seulement attaches par des rivets, mais dpendent de la
structure principale, puisque les montants ou les traverses les arrtent
d'une manire sre par des tenons. Les montants sont en fer carr de
0,015m, les contre-forts en fer de 0,03 c. sur 0,025m, les traverses en
fer de 0,03 c. sur 0,02 c.

Les derniers exemples de grilles que nous venons de donner indiquent, la
plupart, des couronnements plus ou moins riches. En effet, les grilles
du moyen ge en possdaient toujours,  moins qu'elles ne fussent
disposes pour servir d'appuis. Ces couronnements prennent parfois, 
dater du XVe sicle, une grande importance, et ne sont que la
prolongation dcore des montants dpassant la traverse suprieure. Dans
les baies de la clture du choeur de la cathdrale de Toulouse, on
remarque des grilles dormantes, trs-simples d'ailleurs, fabriques au
XVe sicle, et dont les couronnements remplissent les trilobes d'une
arcature en pierre. Voici (15) l'un d'eux. Les grilles dormantes des
fentres de chteaux ou de maisons sont presque toujours termines par
des couronnements que l'on peut considrer comme un panouissement des
montants. Nous citerons ici les grilles des fentres du chteau de
Tarascon (XVe sicle). Ces grilles se composent de montants serrs
pntrant des traverses  oeils renfls et formant avec eux des carrs
parfaits. Les deux montants extrmes et celui du milieu sont termins
(16) par des fleurons de tle soude, tandis que les extrmits
infrieures de ces mmes montants sont afftes en pointes trs-aigus.
Chaque montant est scell dans la pierre par un coude en querre, ainsi
que l'indique le profil A. Il en est de mme des traverses. Souvent les
montants de grilles dormantes de fentres sont termins  la partie
suprieure et  l'extrmit infrieure par des pointes de fer
trs-ouvrages qui prsentent des dfenses formidables; ces sortes de
grilles _pineuses_, dont nous prsentons (17) un spcimen, taient
places devant les fentres des chteaux, afin d'viter surtout les
tentatives de trahison, l'introduction d'ennemis dans une place de
guerre au moyen d'chelles, par les ouvertures donnant sur le dehors.
Ces grilles, profondment scelles au plomb  chaque traverse A et mme
quelquefois  chaque montant, ne pouvaient tre arraches qu'aprs un
long travail. Les mesures de prcaution taient mme pousses si loin
que, dans certains cas, les montants et traverses taient assembls de
telle faon qu'il devenait impossible soit de faire couler les montants
dans les oeils des traverses, soit les traverses dans les oeils des
montants, ces oeils tant alternativement pratiqus dans les traverses
et les montants (18). Il fallait tre fort habile forgeron pour
fabriquer de pareilles grilles, car chaque oeil renfl devait tre forg
 mesure que l'on assemblait les traverses et les montants; c'est--dire
que la grille devait tre forge toute brandie, ce qui devait
occasionner un travail considrable. L'ouvrier devait ainsi mettre au
feu chaque maille de grille un certain nombre de fois. Mais ces hommes
semblaient se jouer avec les difficults de main-d'oeuvre qui
aujourd'hui nous paraissent insurmontables. L'exemple que nous donnons
ici provient d'une maison de Constance. On trouve des grilles de ce
genre, c'est--dire  oeils alterns,  Troyes,  Strasbourg, et dans
beaucoup de localits du Nord et de l'Est. Elles datent des XIVe, XVe et
XVIe sicles. Celle-ci (fig. 18) est du commencement du XVIe sicle.
Toutefois, l'habilet des forgerons n'est pas gale dans toutes les
provinces qui composent la France de nos jours.

On travaillait beaucoup mieux le fer au nord de la Loire et dans les
provinces voisines du Rhin que dans l'Ouest et dans le Midi. Certaines
grilles appartenant  des difices du XVe sicle, sur les bords de la
Garonne, par exemple, quoique bien composes, ne peuvent tre compares
aux ouvrages de ferronnerie de l'le-de-France, de la Picardie ou des
Flandres. On voit encore, dans l'glise Saint-Sernin de Toulouse, une
grille (19) qui clt le choeur au droit des piles du transsept; quoique
cette oeuvre de serrurerie soit fort bien entendue, comme composition,
le travail en est des plus grossiers. Les montants en fer carr,
lourdement travaills, se terminent par des couronnements E en fer battu
et souds. Des frises en tle faonne et ajoure A et B masquent les
traverses de la grille et leurs trous renfls, ainsi que l'indique le
profil D. Les tles de la traverse _b_, dtailles en B, se terminent
par un petit crnelage avec rosaces, dont le figur perspectif C
explique la faon. Les tles des traverses _ab_, AB, sont maintenues par
des rivets qui passent au-dessus et au-dessous des barres horizontales;
elles sont donc entirement indpendantes des grilles et ne servent qu'
la dcoration de l'oeuvre. Ces grilles, qui datent de la fin du XVe
sicle, sont des premires o la tle rapporte et rive remplace les
plaques de fer battu et soudes. Cela simplifiait la fabrication, allait
permettre de dcorer la serrurerie d'une faon trs-riche, mais devait
peu  peu supprimer l'cole des forgerons, si brillante pendant une
partie du XIIe sicle et tout le cours du XIIIe. Cette cole, cependant,
n'tait pas prs de s'teindre dans les provinces du Nord-Est, ainsi que
nous venons de le dire, et la serrurerie des XVe et XVIe sicles est,
comme oeuvre de forge, sur les bords du Rhin, dans les Flandres, en
Suisse et en Bavire, d'une excution parfaite. Nous ne savons pas quel
fut le forgeron qui fabriqua les grilles du tombeau de Maximilien 
Insbruck; mais, comme oeuvre de serrurerie, ces grilles sont suprieures
 tout ce que nous connaissons en ce genre (voy. serrurerie).  la fin
du XVe sicle et au commencement du XVIe, on trouve assez souvent, dans
les provinces de l'Est, des grilles dont les panneaux sont faonns
ainsi que l'indique la fig. 20. Tout le compartiment est form d'une
seule tige de fer rond de 0,012m de grosseur, se repliant sur elle-mme
et se pntrant, comme le fait voir le trac A.  l'article serrurerie,
nous dcrivons les procds de fabrication de ces sortes de grilles,
qu' grand'peine, et aprs avoir brl bien des tringles de fer, nous
sommes parvenus  faire reproduire par des forgerons trs-habiles.
Cependant ces sortes de grilles composes de tiges de fer se pntrant
en tous sens sont assez communes pour que l'on doive admettre qu'on les
faonnait aux XVe et XVIe sicles sans difficults. Elles prsentaient,
quoique lgres, une parfaite solidit; car ce qui aujourd'hui rend les
grilles peu solides, malgr le poids extraordinaire qu'on est oblig de
leur donner, ce sont ces tenons et ces goupilles qui font de la
serrurerie une fabrication que l'on pourrait comparer  la menuiserie.
Assembler des fers au moyen de tenons et de mortaises avec goupilles et
paru aux forgerons du moyen ge et de la Renaissance une normit; ce
moyen, convenable lorsqu'il s'agit de menuiserie, ne s'accorde point
avec la nature du fer et les dimensions qu'on doit donner aux parties
d'une grille. De fait, nous ne savons plus souder le fer, nous
l'assemblons; ce n'est plus l de la serrurerie; et cependant nous
croyons savoir employer les mtaux propres aux btiments beaucoup mieux
que ne le faisaient les serruriers qui nous ont prcds de quelques
sicles. Il est clair que la grande fabrication, celle des usines, s'est
dveloppe de notre temps d'une manire remarquable; mais il est certain
aussi que la main-d'oeuvre est tombe bien au-dessous de ce qu'elle
tait il y a quelques sicles, lorsqu'il s'agit de travailler le fer. On
a fait cependant encore de fort belles grilles en France pendant les
XVIe, XVIIe et XVIIIe sicles; mais la tle repousse et rive joue le
rle principal dans la dcoration de ces ouvrages; on a perdu les
procds de soudure si habilement pratiqus par les corporations de
forgerons des temps antrieurs.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 6. bis.]
[Illustration: Fig. 6. ter.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 20.]

     [Note 16: Voy. Gailhabaud, _Architecture du_ Ve _au_ XVIIe
     _sicle_, t. IV.]

     [Note 17: T. X, p, 117.]

     [Note 18: Voy. l'_Encyclopdie d'architecture_. Bance,
     diteur.]

     [Note 19: Maison  Saint-Antonin (Tarn-et-Garonne).]

     [Note 20: Par M. Alaux, architecte. Cette grille, ou plutt
     ce fragment de grille, est dispos aujourd'hui sous le cintre
     d'une porte d'habitation dont la construction remonte  une
     poque assez rcente. Le centre de la grille n'existe plus,
     nous le supposons rtabli.]

     [Note 21: Voy. Gailhabaud, _L'Architecture du_ Ve _au_ XVIIe
     _sicle et les arts qui en dpendent_, t. IV.]

     [Note 22: Nous ne voulons pas paratre injuste envers notre
     temps: avec un peu de persistance et de bons avis on arrive
     encore aujourd'hui  faire fabriquer ces ouvrages de
     ferronnerie. D'ailleurs ce ne sont jamais les ouvriers qui
     nous font dfaut en France. L'obstacle, c'est la routine, ce
     sont les prjugs; tranchons le mot: l'ignorance des chefs,
     ignorance passe  l'tat de privilge inattaquable.]

     [Note 23: Provenant d'une clture, magasins de Saint-Denis.]



GRISAILLE. (Voy. VERRIRE.)



GUETTE, s. f. _Gate_. La personne charge de guetter au sommet des
dfenses des chteaux.

       Nous n'avons point de gate, sauriiez-vous gaitier?[24]

La _gate_ tait charge non-seulement de prvenir les gens du chteau
de tout ce qui se passait dans la campagne, mais aussi de jouer des airs
 certains moments de la journe:

       Gautiers est demorez, s'acheta monel,
       Grant buisine d'airain et cornet et fretel[25].

Quelquefois le nom de _gaite_ est donn au lieu o se tient le guetteur
(voy. CHAUGUETTE).

     [Note 24: _Gautier d'Aupais_. Fabliau du XIIIe sicle, pub.
     par Fr. Michel; 1835.]

     [Note 25: _Gautier d'Aupais_. Fabliau du XIIIe sicle, pub.
     par Fr. Michel; 1835.]



GUICHET, s. m. Petit vantail dcoup dans le grand vantail d'une porte
et pouvant s'ouvrir sparment (voy. PORTE).



GYPSERIE, s. f. Ouvrage lger en pltre. On a fort employ le pltre
pendant le moyen ge, particulirement pour enduire les intrieurs. Nous
avons vu encore, dans le palais archipiscopal de Narbonne, une petite
rose dont les compartiments en pltre sparaient deux salles voisines.
Cet ouvrage datait du XIVe sicle. Bon nombre de manteaux de chemines,
dans les maisons, taient faits en pltre (voy. CHEMINE). On faisait
aussi en pltre des cloisons, des cltures  jour dans les intrieurs
des palais, des augets de plafond (voy. PLANCHER).

H


HALLE, s. f. Lieu enclos, couvert ou dcouvert, dans lequel des
marchands, moyennant une redevance paye au seigneur dudit lieu,
acquiraient le droit de vendre certaines natures de marchandises. Ds
les Xe et XIe sicles il y avait  Paris une halle qui se tenait sur un
terrain entour d'un foss dsign sous le nom de _Campelli_,
_Champeaux_,  peu prs sur l'emplacement du march des Innocents. Au
commencement du XIIe sicle, dit Sauval[26], Louis le Gros y tablit un
nouveau march pour les merciers et les changeurs... Philippe-Auguste,
en 1181, y transfra la foire de Saint-Lazare... Deux ans aprs il y fit
faire deux halles entoures d'une muraille _garnie de logis_ et ferme
de bonnes portes, afin que, quand il pleut, les marchands y pussent
vendre leurs marchandises et les tenir  couvert en tout temps et en
toute sret. Les halles se multiplirent singulirement  Paris
pendant le cours des XIIIe et XIVe sicles; saint Louis en fit tablir
plusieurs vers 1263. Gnralement les halles, pendant le moyen ge,
n'taient autre chose qu'un espace appartenant  un seigneur fodal ou 
la ville, sur lequel on permettait la vente de marchandises. La halle se
tenait sur une place, sous des porches d'glises, sous des portiques de
maisons, autour des beffrois, des htels de ville, sous des appentis.
Par le fait, la halle n'avait pas un caractre monumental qui lui ft
particulier. Il n'y a donc pas lieu de nous tendre ici sur ces
tablissements. Sauval, cependant, mentionne la halle aux draps en gros
de Paris, qui, ds 1417, consistait en vingt traves, avait six toises
de large, et tait couverte d'une vote de pierre de taille. Mais cette
halle ayant t dmolie en 1572, nous n'avons aucun renseignement sur sa
structure.

     [Note 26: L. IV.]



HERSE, s. f. _Harse_, _coulisse_. Lourde claire-voie compose de pices
de fer ou de charpente assembles, s'engageant verticalement dans deux
rainures et formant un obstacle sous le passage d'une porte fortifie.
La herse se relve au moyen de contre-poids et d'un treuil; elle retombe
par son propre poids. Les Romains connaissaient la herse; on la voit
figure sur des vignettes de manuscrits ds les IXe et XIe sicles.
Toutefois, dans les difices militaires encore debout, nous n'en
connaissons pas qui soient antrieures au XIIe sicle.

Nous avons l'occasion de donner un certain nombre de combinaisons de
herses  l'article PORTE.



HEURTOIR, s. m. _Hurtoir_. Marteau pour frapper aux portes. Les premiers
heurtoirs paraissent avoir t de petits maillets suspendus
extrieurement aux huis des portes.

       Bien sembloit l'hermitage de vieil antiquit.
       Cele part est ale s'a  l'uisset hurt.
       D'un maillet qui l pent a sus l'uis assen[27].

Les anneaux de fer attachs  des ttes de bronze en dehors des portes,
ds une poque trs-ancienne, servaient galement de heurtoirs, car ils
sont souvent munis d'une boule ou partie renfle qui frappait sur une
grosse tte de clou. Ces anneaux facilitaient le tirage des vantaux
lorsqu'on voulait les fermer; de plus ils taient,  la porte de
certaines glises, un signe d'asile. Pour requrir l'asile, il suffisait
de saisir l'anneau.  ce sujet, Lebeuf[28] dit avoir eu connaissance de
cet ancien usage (mentionn d'ailleurs par Grgoire de Tours) dans
l'histoire des miracles de saint Germain, recueillis par le moine Hrie
d'Auxerre, sous Charles le Chauve. Au XVIe sicle, pour indiquer
l'action de se servir du heurtoir, on disait _tabuter_  la porte[29].

Voici (1) l'un des plus anciens heurtoirs  anneau que nous connaissions
en France, et qui est attach  la porte du nord de la cathdrale du
Puy-en-Vlay; il date du XIe sicle; la tte de bronze est parfaitement
conserve; l'anneau seul a t enlev. Nous en donnons un second (2) qui
date du commencement du XIIIe sicle et qui est intact; il est attach 
la porte occidentale de la cathdrale de Noyon. Ici la tte et l'anneau
sont en bronze.

Mais ces heurtoirs  anneaux paraissent avoir t particulirement
destins aux portes d'glises, par suite peut-tre de cette tradition du
droit d'asile. Aux vantaux des portes d'habitations, les heurtoirs sont
primitivement, ainsi que nous le disions tout  l'heure, des maillets,
puis plus tard des marteaux suspendus au moyen de deux tourillons. Les
plus anciens dont nous ayons pu nous procurer des dessins sont
trs-simples de forme (3)[30] et ne sont orns que par les gravures au
burin qui couvrent la tige du marteau ainsi que les deux boucles servant
 maintenir ses tourillons. Les heurtoirs du XVe sicle sont moins
rares; il en existe un fort beau sur le vantail de la porte de
l'Htel-Dieu de Beaune[31]. En voici un autre qui provient de Chteaudun
et qui est de la mme poque (4). Les tourillons du marteau sont
garantis de l'humidit par un petit toit en appentis perc d'une
lucarne. Le tout est en fer forg d'un joli travail. L'un des plus beaux
provient d'une maison de Troyes (5), et est actuellement dpos dans le
muse archologique de la ville. Il appartient galement au XVe sicle,
et le marteau se meut non plus au moyen de deux tourillons, mais est
suspendu par un oeil  travers lequel passe un boulon. Devant la tige du
heurtoir, sur un cul-de-lampe trs-dlicatement forg et cisel, est
pos un enfant nu portant un cusson armoy, vair de... au chef de...
charg d'un lion lopard de... Cette petite figure est une pice de
forge trs-remarquable. En A, on voit le profil du marteau, moiti
d'excution. Probablement l'cu tait peint aux couleurs du blason.

Au XVIe sicle, on en revient aux heurtoirs en forme d'anneau ou de
boucle, avec poids  l'extrmit, pour les portes d'htels et de
maisons. Il en existe de fort jolis de ce genre aux muses du Louvre et
de Cluny. Les heurtoirs  marteau ne furent plus gure en usage que pour
les portes d'habitations rurales.

Il y avait aussi des heurtoirs aux portes des chteaux forts.--Atant es
vous, chevalier qui hurte  la porte: et on vint as creniaus[32].
Toutefois il faut admettre que ces heurtoirs ne pouvaient tre attachs
qu'aux huis des poternes sans pont-levis, ou aux portes des barrires
extrieures.

Les heurtoirs ont disparu de nos maisons et htels pour faire place aux
sonnettes ou timbres, qui ont cet avantage de ne pas rveiller toute la
maisonne si quelque habitant attard veut se faire ouvrir la porte au
milieu de la nuit.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]

     [Note 27: _Li Romans de Berte aus grans pis_, ch. XLV. dit.
     Techener; 1832.]

     [Note 28: _Histoire de la ville et du diocse de Paris_, t.
     I, p. 374.]

     [Note 29: _Cymbalum mundi_.]

     [Note 30: Heurtoir qui nous parat tre du XIVe sicle, et
     qui provient d'une porte d'une maison de Vzelay.]

     [Note 31: Voy. l'_Archit. viv. et domest._ par MM. Verdier
     et Cattois, t, I, p. 6.]

     [Note 32: _La Chronique de Rains_ (XIIIe sicle), ch. XXXI.
     Publ. d'aprs le manuscrit de la Bib. imp., par Louis Pris;
     1837.]



HPITAL. (Voy. HTEL-DIEU.)



HORLOGE, s. f. _Reloige_, _reloge_, _orloge_. Ds le XIe sicle, il y
avait des horloges dans les glises et dans les chteaux. Ces horloges
taient habituellement places  l'intrieur comme de grands meubles.
Cet usage se perptua jusqu'au XVIe sicle. Toutefois des sonneries
annonaient l'heure  l'extrieur.

       Quant il ont le convers o
       Durement furent esbahi
       Qu'il n'orent o soner cloche
       Ne champenelle, ne reloge[33].

Guillaume Durand, au XIIIe sicle, dans le chapitre Ier de son
oeuvre[34], considre l'horloge comme une des parties essentielles de
l'glise. L'horloge, dit-il, sur laquelle on lit et on compte les
heures, signifie l'empressement et le soin que les prtres doivent avoir
 dire les Heures canoniques au temps voulu, selon cette parole: Sept
fois par jour je te louai, Seigneur.

L'abb Pierre de Chastelux donna, vers 1340,  l'abbaye de Cluny, une
horloge remarquable en ce que son mcanisme prsentait un calendrier
perptuel qui marquait l'anne, le mois, la semaine, le jour, l'heure et
les minutes, et un calendrier ecclsiastique qui dsignait les ftes et
les offices de chaque jour. Cette horloge indiquait encore les phases de
la lune, les mouvements du soleil, puis quantit de petites figurines
mobiles reprsentant le mystre de la Rsurrection, la Mort, saint
Hugues et saint Odilon, abbs de Cluny, la sainte Vierge, la passion,
etc. Les heures taient annonces par un coq qui battait des ailes et
chantait  deux reprises; en mme temps un ange ouvrait une porte et
saluait la sainte Vierge; le Saint-Esprit descendait sur sa tte sous la
forme d'une colombe, le Pre ternel la bnissait; un carillon
harmonique de petites clochettes jouait un air; des animaux fantastiques
agitaient leurs ailes, faisaient mouvoir leurs yeux; l'heure sonnait, et
toutes les figurines rentraient dans l'intrieur de l'horloge[35].

Ces horloges compliques taient fort en vogue pendant les XIVe, XVe et
XVIe sicles.  l'extrieur mme, les sonneries des horloges taient
presque toujours accompagnes de _Jacquemars_, qui frappaient sur les
timbres avec des marteaux. Quelques beffrois de nos villes du Nord,
notamment celui de Compigne, ont conserv ces jacquemars qui jouissent
d'une grande popularit. Tout le monde a vu ou entendu parler des
horloges clbres des cathdrales de Lyon et de Strasbourg. La premire
horloge intrieure de Strasbourg fut commence en 1352 et acheve en
1354, sous l'piscopat de Jean de Lichtenberg; elle se composait d'un
coffre de menuiserie, avec un grand disque en bois, reprsentant en
peinture les indications relatives aux principales ftes mobiles. Dans
la partie du milieu se trouvait un cadran dont les aiguilles marquaient
les mouvements du soleil et de la lune, les heures et leurs
subdivisions. Le couronnement tait orn d'une statuette de la Vierge,
devant laquelle on voyait,  l'heure de midi, s'incliner trois mages; un
coq chantait au mme instant en battant des ailes. Un petit carillon
jouait des airs  certaines heures. Cette horloge fut remplace en 1547,
puis refaite en 1838; c'est celle que nous voyons aujourd'hui sur la
paroi du transsept mridional, en face de l'emplacement rserv 
l'ancienne horloge[36].

On voit encore dans les cathdrales de Beauvais et de Reims des horloges
dont les coffres datent du XIVe sicle. Elles sont toutes deux fort bien
graves dans le recueil publi par M. Gailhabaud[37].

Sur les tours d'glises du XIIe au XIVe sicle, aucun espace n'est
dispos pour le placement de cadrans pouvant tre aperus de loin; ce
qui fait supposer qu'avant le XVe sicle, si des sonneries indiquaient
les heures aux habitants des villes, il n'y avait point de cadrans
extrieurs. On ne voit apparatre ceux-ci que vers la fin du XVe sicle.
Ils sont alors couverts par de petits auvents, et faonns soit en bois,
soit en plomb, et revtus de peintures.

     [Note 33: Rutebeuf, _Du segrestain et de la famme au
     chevalier_ (XIIIe sicle).]

     [Note 34: Cap. I,  XXXV.]

     [Note 35: _Hist. de l'abbaye de Cluny_, par M. P. Lorain, p.
     203.]

     [Note 36: Voy. _Descript. abrge de l'horloge astron. de la
     cathd. de Strasbourg_, 1847.]

     [Note 37: _L'Architecture du_ Ve _au_ XVIIe _sicle_, t. IV.]



HTEL, s. m. On donnait le nom d'_htel_ aux habitations qui, dans les
villes, appartenaient  des seigneurs ou  de riches particuliers, mais
qui n'avaient point le caractre d'un chteau, c'est--dire qui ne
possdaient point de droits fodaux.

La rsidence des souverains dans Paris s'appelait le _palais_. Le
Louvre, bti hors les murs, tait un chteau. On dsignait les autres
rsidences souveraines tablies dans Paris, mais qui n'avaient point un
caractre fodal, non plus sous le nom de _palais_, mais sous celui
d'_htel_. On disait l'htel Saint-Pol, l'htel des Tournelles. On
disait aussi l'htel de Cluny, l'htel de Sens, l'htel de Bourbon,
l'htel de Nevers, l'htel de la Trmoille.  Bourges, l'habitation de
Jacques Coeur est un vritable htel. Toutefois, pour ne pas mettre de
la confusion dans l'esprit de nos lecteurs, nous avons rang les htels
dans l'article MAISON, la diffrence entre l'htel et la maison tant
souvent difficile  tablir.



HTEL DE VILLE, s. m. Maison commune. Le mouvement politique qui se
manifesta, ds le XIe sicle, dans un certain nombre de villes, et qui
eut pour rsultat l'affranchissement de la commune, chercha
naturellement  centraliser la _conjuration_ en levant un difice
propre  contenir les jurs. Toutes fois qu'une charte de commune tait
octroye, le droit d'riger une maison commune et un beffroi s'y
trouvait compris. Mais, jusqu'au XIVe sicle, les communes ont  subir
des vicissitudes si diverses, aujourd'hui octroyes, demain abolies,
qu'il nous reste bien peu de maisons de ville antrieures  cette
poque, le premier acte de l'autorit qui abolissait la commune tant
d'exiger la dmolition de l'htel et du beffroi. Les maisons communes,
dit M. Champollion-Figeac[38], appartenaient quelquefois au roi ou aux
seigneurs suzerains qui en permettaient l'usage  de certaines
conditions. En 1271, celle de Carcassonne provint d'un don royal, et le
snchal y exerait la police au nom du monarque[39]... Celle de la
ville de Limoges appartenait, en 1275, au vicomte de ce nom, qui
permettait aux consuls de s'y assembler avec le prvt pour discuter les
affaires municipales, et elle portait le nom de _Consulat_. Elle avait
cependant t construite par la commune; mais il fut reconnu que c'tait
sur un emplacement appartenant au vicomte, ce qui fut cause que la
proprit lui fut adjuge sur sa rclamation.

L'tat prcaire des communes, le peu de ressources dont elles
disposaient pour subvenir  toutes les charges qui leur taient
imposes, devaient les arrter souvent dans leurs projets de
constructions de maisons de ville. Cependant certaines grandes cits,
comme Bordeaux, par exemple, possdaient des difices btis pour servir
de maisons de ville, vers la fin du XIIe sicle[40]. Il est certain que
les villes de la Gaule situes au midi de la Loire avaient conserv,
beaucoup mieux que celles du nord, les traditions municipales des
derniers temps de l'Empire romain. C'est l seulement, dit M. Aug.
Thierry[41], que les cits affranchies atteignirent  la plnitude de
cette existence rpublicaine, qui tait en quelque sorte l'idal auquel
aspiraient toutes les communes. Aussi ces villes possdaient-elles des
difices auxquels on peut donner le nom de _maison commune_,  une
poque o, dans le Nord, on n'avait eu ni le loisir ni les moyens
matriels ncessaires  leur rection. Certaines parties du Capitole de
Toulouse indiquent une date fort ancienne, et cet htel municipal tait
une vritable forteresse ds le XIIe sicle.

Dans la petite ville de Saint-Antonin, situe dans le dpartement de
Tarn-et-Garonne, cit autrefois importante et riche, il existe encore un
htel de ville du milieu du XIIe sicle, qui est certainement l'un des
plus curieux difices civils de la France. Il servait de halle 
rez-de-chausse.

Le premier et le second tage contenaient chacun une salle et un
cabinet. Une tour servant de beffroi couronnait un des cts de la
faade. Voici (1), en A, le plan du rez-de-chausse. L'espace H servait
de halle couverte et tait mis en communication avec un march M
existant autrefois sur ce point; en P tait le passage d'une voie
publique sous le beffroi. L'escalier pour monter aux tages suprieurs
tait primitivement bti en E; mais cet escalier, dtruit depuis
longtemps, a t remplac par une vis qui est dispose en V. Le dessous
du beffroi a subi quelques changements, afin de consolider les piles qui
taient fort altres; mais ces changements laissent parfaitement voir
la construction primitive. En B est trac le plan du premier tage,
auquel on arrivait par la porte F donnant sur l'ancien escalier. Ce
premier tage se compose d'une salle S et d'un cabinet N ayant vue sur
la place publique par la fentre R et sur une rue principale par celle
T. Le sol de ce cabinet est lev de quelques marches au-dessus de celui
de la salle. Le plan C est celui du second tage. La porte d'entre
tant autrefois perce en F', du cabinet N' on montait  la guette du
beffroi par un escalier en bois ou plutt une sorte d'chelle de meunier
passant  travers la vote en berceau tiers-point qui couvre l'espace
_a,b,c,d_. La salle principale S, au premier tage, est largement
claire par une belle claire-voie qui a toujours t dispose pour tre
vitre.

Nous donnons (2) l'lvation de cet difice, dont la partie suprieure X
seule est moderne[42], et (3) un dtail de la claire-voie du premier
tage. En A est trace la coupe de cette claire-voie avec le plancher B
et l'arc C de rez-de-chausse. En D, nous avons prsent la face
extrieure d'une partie (1/3) du fenestrage, et, en E, sa face
intrieure. Des chssis ouvrants viennent battre sur des traverses en
bois hautes et basses G. La construction de tout le monument est traite
avec soin, faite en pierre trs-dure du pays; la sculpture est d'une
finesse et d'une puret remarquables, tous les profils sont d'un
excellent style et taills en perfection. Des cuvettes en faence
maille, incrustes dans la pierre, ornaient certaines parties de la
faade[43]. Sur l'un des deux piliers qui coupent la claire-voie en
trois traves, on remarque une statue d'un personnage couronn tenant un
livre de la main droite et de la gauche un long sceptre termin par un
oiseau; sur l'autre, un groupe d'Adam et d've tents par le serpent.
Ces figures en ronde-bosse, petite nature, sont d'un beau caractre et
sculptes avec une extrme dlicatesse de dtails. La figure du
personnage couronn a t l'occasion de quelques discussions.
Quelques-uns ont voulu voir l Mose, d'autres Charlemagne, d'autres
encore un roi contemporain du monument.  grand'peine, sur le livre
ouvert, nous avons pu, il y a quelques annes, dcouvrir les fragments
d'une inscription peinte.

Nous donnons ici les traces visibles de cette peinture sur les deux
pages (4); traces dont nous n'avons pu dchiffrer le sens. Peut-tre
quelques archologues seront-ils plus heureux que nous. Sans donner ici
notre opinion pour autre chose que comme une hypothse nouvelle, nous
verrions dans cette statue le Christ dominateur: _Christus regnat,
Christus imperat_.

Les colonnettes et chapiteaux de la claire-voie, son encadrement et les
fentres, taient colors; sur les murs des salles recouverts d'enduits,
nous avons pu constater des traces de peintures de deux poques (XIIe et
XVe sicle). Derrire le portique du rez-de-chausse tait une place
ayant toujours servi de march; autrefois on ne pouvait y arriver qu'en
passant sous les arcades du rez-de-chausse.

Si nous voyons encore, dans le nord de l'Allemagne et en Belgique, des
htels de ville d'une poque assez ancienne, comme ceux de Lubeck,
d'Aix-la-Chapelle, btis au XIIIe sicle, ceux de Brunswick, de Dantzig,
de Munster, de Ratisbonne, levs pendant les XIVe et XVe sicles, nous
ne possdons plus en France d'difices de ce genre, sauf celui de
Saint-Antonin, antrieurs  la fin du XVe sicle et au commencement du
XVIe. On peut encore tudier les htels de ville de cette poque 
Orlans,  Compigne,  Saumur,  Luxeuil,  Beaugency,  Saint-Quentin.
Entre tous, le plus complet, le plus remarquable, est certainement
l'htel de ville de Compigne, grav avec beaucoup de soin dans
l'ouvrage de MM. Verdier et Cattois[44].

Cet difice se compose d'un seul corps de logis, avec grand escalier 
vis dans la partie antrieure centrale; cet escalier est couronn par un
trs-joli beffroi. Au rez-de chausse, au premier et au second tage, de
grandes salles sont disposes  droite et  gauche de la tour centrale.
Au-dessus de la porte, une large niche avait t remplie par une statue
questre de Louis XII. Deux chauguettes saillantes flanquent les deux
angles du btiment. On observera que cette tradition avait t suivie
encore dans l'htel de ville de Paris, lev pendant le XVIe sicle et
termin sous Henri IV.

Les maisons de ville du Nord possdaient toujours un balcon saillant,
une bretche, d'o l'on pouvait parler au peuple assembl sur la place.
 Compigne, ce balcon n'est dj plus qu'une petite loge dispose  la
base du beffroi, au niveau de la balustrade du comble.  Paris, la
bretche est remplace par le large escalier avec perron qui donne accs
 la cour centrale; mais  Arras, bien que l'difice municipal date de
la fin du XVIe sicle, la bretche traditionnelle existe encore ou
existait il y a peu d'annes.

Plusieurs causes avaient contribu  priver les villes franaises
situes au nord de la Loire des btiments destins aux runions
municipales. Jusqu'au XIVe sicle, l'affranchissement des communes, bien
qu'il et eu des consquences considrables au point de vue politique,
n'avait pu que trs-difficilement s'tablir d'une manire durable. Vers
la fin du XIIe sicle, des vques, soit pour reconqurir l'autorit
diocsaine qui leur avait t en grande partie enleve par les
tablissements religieux, soit pour trouver un point d'appui dans leurs
tentatives d'empitement sur le pouvoir fodal laque, s'taient mis 
lever  Noyon,  Senlis,  Sens,  Paris,  Amiens,  Chartres, 
Troyes,  Bourges,  Reims,  Soissons,  Laon,  Cambrai,  Arras, 
Beauvais,  Auxerre,  Rouen, d'immenses glises cathdrales,  la
construction desquelles les populations urbaines avaient apport une
ardeur d'autant plus active, que ces difices prenaient alors  la fois
un caractre civil et religieux. Les citadins appels par les vques 
concourir  l'dification du _monument_, avec l'assurance que ce
monument leur serait ouvert pour leurs assembles, regardrent
longtemps, dans ces villes dpendantes ou voisines du domaine royal, la
cathdrale comme un difice municipal. Et nous voyons en effet que,
jusqu'au XVe sicle, les cathdrales servent non-seulement au service
religieux, mais  des runions politiques et profanes (voy. CATHDRALE).
Cette habitude prise, les populations urbaines du nord de la France
sentaient moins le besoin d'lever des maisons de ville, d'autant qu'ils
savaient par exprience que ces difices municipaux excitaient la
dfiance des seigneurs suzerains. L'ombre des cathdrales leur
suffisait. Ainsi, ce n'est qu'en 1452 que Jean de Bourgogne accorde les
permissions ncessaires pour btir un htel de ville  Auxerre. Les
habitants, dit Lebeuf[45], n'en avaient point eu jusqu'alors: quand il
leur fallait traiter de leurs affaires, ils taient obligs de tenir
leurs assembles dans les places publiques ou dans les glises, dans les
chapitres de communauts ou dans les clotres religieux. C'tait aussi
dans ces lieux qu'on reprsentait les ftes qui servaient de
divertissements publics. La cathdrale de Laon servit, jusqu'au XVIe
sicle, de lieu de runion pour les habitants de la ville. Des
assembles se tiennent pendant les XIVe et XVe sicles dans les
cathdrales d'Auxerre, de Paris, de Sens, lorsqu'il s'agit de dlibrer
sur les affaires publiques. Ces difices avaient conserv quelque chose
de la basilique romaine; des marchs s'installaient sous leurs porches,
et mme, sous leurs votes, on vendait. Les vques s'levrent
naturellement contre ces habitudes; mais ce ne fut que bien tard qu'ils
parvinrent  les dtruire entirement. Il ne faut pas, par consquent,
demander  la France des XIIe, XIIIe et XIVe sicles, ces vastes
btiments municipaux des villes de l'Italie et de la Flandre; ils n'ont
jamais exist parce qu'ils n'avaient pas lieu d'exister. Mais aussi
est-ce dans ces provinces franaises situes au nord de la Loire que
l'on voit s'lever, sous une puissante impulsion, les plus grandes
cathdrales qui aient t construites dans la chrtient  cette poque.

Pour se faire une ide exacte de ce qu'il y avait de prcaire dans
l'tablissement municipal de la ville de Paris, par exemple, il suffit
de lire ce qu'crit Sauval sur ce qu'tait la maison de ville avant le
milieu du XIVe sicle. Ce ne fut qu'en 1357 que le receveur des gabelles
vendit au prvt des marchands, tienne Marcel, la maison qui devint
dfinitivement l'htel de ville. Pour ce qui est du btiment, ajoute
Sauval, c'toit un pelit logis qui consistoit en deux pignons, et qui
tenoit  plusieurs maisons bourgeoises. Ce fait seul donne assez 
entendre que les htels de ville, en France, ne diffraient gure, pour
la plupart, jusqu'au XVe sicle, des maisons de particuliers. Cependant
Bourgueville[46] prtend que la ville de Caen possdait une maison
commune de fort ancienne et admirable structure, de quatre estages en
hauteur, en arcs-boutans fondez dedans la rivire sur pilotins, laquelle
flue par trois grandes arches (cet htel de ville tait bti sur le pont
Saint-Pierre); et aux coings de cest difice et maison sont quatre tours
qui se joignent par carneaux, en l'une desquelles (qui faict le befroy)
est pose la grosse orloge: ceste quelle maison, pont et rivire,
sparent les deux costez de la ville, de faon que les quatre murailles
d'icelle commencent, finissent et aboutissent sur ce pont, anciennement
appell de Darnetal, comme il se treuve par certaine chartre, estant au
matrologe ou chartrier de la ville, de l'an 1365. En effet, dans de
vieux plans de la ville de Caen[47], on voit, figur sur le pont
Saint-Pierre, un btiment en forme de chtelet (car il fallait passer
sous l'htel de ville pour traverser l'Orne) dont la face orientale est
ouverte en face la grande rue qui servait de lieu de foire. Le btiment
est flanqu de quatre tourelles et couvert en pavillon; la tour du
beffroi tait btie  l'angle sud-ouest. La salle d'assemble, situe au
premier tage, avait ses fentres ouvertes sur la rivire, du ct de
l'arrive des navires, au nord, et, au sud, sur des prairies. La
situation de cette maison commune tait donc des mieux choisies pour une
ville marchande et industrielle.

La disposition des maisons communes,  dater de la fin du XIIIe sicle,
parat avoir t  peu prs la mme dans les villes du Nord, depuis la
Picardie jusqu' Lubeck. Un beffroi s'levait au centre de la faade et
tait flanqu latralement de deux grandes salles o pntrait un grand
logis  pignons latraux. Le beffroi servait de prison commune, de dpt
des archives et de guette avec carillon. Devant la faade s'ouvrait, 
rez-de-chausse, un portique avec grands escaliers et loge ou bretche
pour les cris publics. La ville de Lubeck possde encore les restes d'un
vaste htel de ville qui, au XIIIe sicle, se composait de trois grands
logis accols, avec trois pignons sur la face antrieure et trois autres
sur la face postrieure. Ces pignons taient percs de trs-grandes
fentres  meneaux qui clairaient largement ces trois salles. Le
rez-de-chausse tait occup par des services secondaires. Il n'est pas
besoin de rappeler ici que les maisons des villes du Nord du XIIIe au
XVIe sicle prsentaient leurs pignons sur la rue. Ce parti avait t
adopt pour les htels de ville, et  Saint-Quentin encore la maison
commune, dont la construction est du XVIe sicle, conserve le principe
de cette disposition. En runissant les documents pars que nous avons
pu nous procurer sur les maisons communes de ces villes riches et
commerantes du Nord, il est possible de prsenter un type de ces
constructions qui, plus qu'aucune autre, ont t soumises  tant de
changements et de catastrophes. Comme il serait beaucoup trop long et
fastidieux de donner sparment ces renseignements pars, nous avons
pens que nos lecteurs ne nous sauraient pas mauvais gr de les runir
en un faisceau et de prsenter un type complet d'un htel de ville de la
fin du XIIIe sicle.

C'est ce que nous avons essay de faire en traant la fig. 5, qui donne,
en A, le plan du rez de-chausse d'un difice municipal, et en B le plan
du premier tage. Sous le portique antrieur C,  droite et  gauche,
montent deux rampes qui arrivent au vestibule D, prcd de la loge E.
On entre  rez-de-chausse, sous les votes du vestibule, dans les
prisons F du beffroi, et par les portes C dans les salles H destines 
des services journaliers. Au premier tage, du vestibule D on pntre
dans la pice I situe sous le beffroi, et de l dans une premire salle
K servant de vestibule aux deux grandes salles L, largement claires
par les fenestrages M.

La fig. 6 prsente l'lvation perspective de cet difice.

Toutefois il arrivait frquemment, avant le XVe sicle, que les beffrois
taient indpendants de l'htel de ville. Celui de Tournay, qui date du
XIIe sicle, est isol. Celui d'Amiens, dont la partie basse remonte au
XIVe sicle, tait galement indpendant de la maison commune, ainsi que
ceux de Commines et de Cambrai. Millin, dans le tome V de ses
_Antiquits nationales_, donne une vue de l'htel de ville de Lille,
dmoli en 1664, et reproduite d'aprs un dessin de la bibliothque de
Saint-Pierre. D'aprs ce dessin, le btiment principal, sans beffroi, se
compose d'un corps de logis  trois tages, avec deux grands pignons et
chauguettes aux angles. La base du comble est crnele.  la suite de
ce btiment s'lve un logis plus bas avec crnelages surmonts de lions
et de deux statues de sauvages, dont l'une porte l'tendard de la ville.
Ces constructions, autant que l'imperfection du dessin permet de le
reconnatre, paraissent appartenir au XIIIe sicle. Si beaucoup de
beffrois trs-anciens des villes du Nord taient isols, celui de
Bergues Saint-Winox (Nord), qui datait du XIVe sicle, se trouvait
autrefois dispos, relativement  la maison commune de cette ville,
comme l'est celui de notre fig. 6. On observera qu' Compigne le
beffroi est au centre du btiment principal et sur sa face; seulement il
pntre un gros et profond logis dont les deux pignons sont placs
latralement, de manire toutefois  prsenter, au premier tage, un
plan pareil  celui de la fig. 5.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]

     [Note 38: _Droits et usages concernant les travaux de
     construction, etc., sous la troisime race des rois de
     France_. Paris, 1860.]

     [Note 39: On observera que les Carcassonnais, chasss de
     l'ancienne ville aprs le sige mis par Trincavel, obtinrent
     du roi saint Louis de rebtir une ville de l'autre ct de
     l'Aude (voy. ARCHITECTURE MILITAIRE).]

     [Note 40: Voy. le _Bulletin des comits historiques_, fvrier
     1854; _Notice sur l'htel de ville de Bordeaux_, par M.
     Lamothe.]

     [Note 41: _Lettres sur l'histoire de France_ (XIIIe sicle).]

     [Note 42: Cet difice a t restaur sous la direction des
     Monuments historiques. La restauration s'est borne toutefois
      la construction de l'escalier postrieur, au couronnement
     de la tour qui menaait ruine et  la rfection des
     planchers. Voy. l'_Archit. civ. et domest._ de MM. Verdier et
     Cattois.]

     [Note 43: Nous n'avons pu trouver que des fragments de ces
     cuvettes de faence, qui avaient de 0,30 c.  0,40 c. de
     diamtre.]

     [Note 44: _Archit. civ. et domest. au moyen ge et  la
     Renaissance_, t. I.]

     [Note 45: _Mm. sur l'hist. civ. et eccls. d'Auxerre (sous
     la dpend. du duc de Bourgogne)_, t. III, p. 319.]

     [Note 46: _Les Recherches et antiquitez de la province de
     Neustrie,  prsent duch de Normandie, etc._, par Ch. de
     Bourgueville, sieur de Bras. Nouv. dit. Caen, 1833.]

     [Note 47: Notamment celui de Mrian et celui grav en
     _fac-simile_ dans l'ouvrage de Bourgueville, dit. de 1833.]





HOTEL-DIEU, s. m. _Maison-Dieu_, _maladrerie_, _hospice_, _hpital_,
_lproserie_. Rien n'tablit que les anciens eussent des maisons de
refuge pour les malades o ceux-ci pouvaient recevoir les soins des
mdecins et attendre leur gurison.  Athnes, les soldats mutils
taient entretenus aux frais de la rpublique[48]; mais il n'est pas dit
que ce secours ft autre chose qu'une pension; d'ailleurs ce fait ne
parat pas avoir exist dans les autres villes de la Grce.  Sparte,
aprs la bataille perdue par les Lacdmoniens contre Antigone, les
maisons des citoyens furent ouvertes pour recevoir les blesss[49]. Les
Romains, en campagne, avaient des espaces rservs aux hommes et aux
chevaux malades; mais aucun auteur ne signale, ni  Rome ni dans les
villes de l'Empire, des hpitaux destins soit aux soldats blesss, soit
aux pauvres malades. Saint Jrme, le premier, parle d'une certaine
Fabiola, dame romaine fort riche, qui fonda, vers l'an 380, un hpital
dans lequel on recevait les malades, jusqu'alors gisant abandonns dans
les rues et sur les places publiques. Dans les premiers temps du moyen
ge, en effet, dans les villes de l'Italie, de la France, de
l'Allemagne, il se fait de nombreuses fondations pour soigner et loger
les malades, les voyageurs, les pauvres. Dans l'origine, ces fondations
consistent en l'abandon d'une maison, d'un local, avec une rente
perptuelle. Naturellement, les tablissements religieux rguliers, les
chapitres, les paroisses mme, taient les conservateurs de la
fondation. La plus ancienne mention, peut-tre, de l'Htel-Dieu de
Paris remonte, dit M. Gurard dans sa prface aux cartulaires de
l'glise Notre-Dame de Paris[50],  l'anne 829. Du Breul[51] admet que
cet tablissement fut fond par saint Landry, vingt-huitime vque de
Paris, vers l'an 660. Guillaume de Nangis dit, dans la _Vie du roi saint
Louis_, que ce prince l'augmenta considrablement en 1258. Lebeuf[52]
prtend que cet hpital portait encore le nom de _Saint-Christophe_ dans
le Xe sicle; il ne trouve point de preuves que saint Landry ait tabli
proche de la cathdrale une maladrerie ou un Htel-Dieu. On doit
distinguer, dit-il, entre un Hpital, un Htel-Dieu ou une Maladrerie.
J'ai beaucoup de peine  croire que les Maladreries ayent t
originairement proche les cathdrales qui toient bties dans
l'intrieur des cits. Pour ce qui est des indigens qui ne faisoient que
passer, j'avoue qu'on a pu leur donner l'hospitalit dans ce quartier-l
sous la seconde race de nos rois... Peut-tre, ajoute-t-il, qu'avec de
plus profondes recherches on trouveroit l'poque du changement de
l'hpital ou maison de l'hospitalit de cette cathdrale en Maladrerie
ou Htel-Dieu. En 1168, sous l'piscopat de Maurice de Sully, le nombre
des lits fut augment par suite d'un statut du chapitre de Notre-Dame.
Il fut dcid que tous les chanoines qui viendraient  mourir ou qui
quitteraient lenr prbende donneraient  cet hpital un lit garni.
Trente ans aprs ce rglement, Adam, clerc du roi Philippe Auguste, fit
don  l'Htel-Dieu de deux maisons dans Paris, afin que, sur le revenu
de ces maisons, le jour de son anniversaire, on fournirait aux malades
tout ce qu'il leur viendroit dans la pense de vouloir manger.

Pendant les XIe, XIIe et XIIIe sicles, il est fond une quantit
prodigieuse d'hospices; presque toutes les abbayes avaient un hpital
dans leur enceinte. De plus, on fonda un grand nombre de lproseries
hors les villes. La maison de Saint-Lazare, dit Lebeuf[53], ne doit
tre considre que comme une clbre Lproserie. Autant la ville de
Paris toit fameuse, autant sa Lproserie l'toit en son espce. Ce fut
dans le XIIe sicle que l'on commena  avoir une attention plus
singulire de sparer les lpreux d'avec le reste du peuple: de l
l'poque de l'origine de toutes ces maladreries du titre de
Saint-Lazare, dont on voit encore des restes proche une infinit de
bourgs et de villages du royaume... Ds le rgne de Louis le Jeune, il y
avoit entre Paris et Saint-Denis un hpital de lpreux, qui consistoit
en un assemblage de plusieurs cabanes o ils toient renferms. Odon de
Dueil, moine de Saint-Denis, crit qu'il fut tmoin, comme, en l'an
1147, le mercredi onzime de juin, ce mme roi, venant prendre
l'tendard  Saint-Denis avant de partir pour la croisade, entra dans
cet hpital situ sur sa route, et prit la peine d'y rendre visite aux
lpreux dans leurs cellules, accompagn seulement de deux personnes.
Cette clbre lproserie, ds la fin du XIIe sicle, tait gouverne par
des religieux de l'ordre de Saint-Augustin. Les lproseries taient au
nombre de 2,000 dans les tats du roi de France, au XIIIe sicle, ainsi
que le prouve une donation faite par Louis VIII, dans son testament du
mois de juin 1225[54]. Nous ne chercherons pas  tablir si la lpre fut
importe en France par les croiss revenus de Palestine, ou si, comme le
prtendent quelques auteurs, cette maladie existait dj, ds l'poque
celtique, sur le sol occidental de l'Europe[55]. Ce qu'il est difficile
de nier, c'est que cette maladie, ou une maladie certainement analogue,
qui tait ou que l'on croyait contagieuse, existait sur toute la surface
de l'Europe au XIIe sicle, mme dans les contres qui n'avaient envoy
personne en Palestine, puisque, d'aprs Mathieu Pris, on ne comptait
pas moins de 19,000 lproseries en France, en Allemagne, en Angleterre,
en Italie, en Espagne, en Brabant, en Suisse, en Hongrie, en Pologne, en
Bohme et dans les tats du Danemark. Ces tablissements, situs hors
des villes, ainsi que nous venons de le dire, consistaient en une
enceinte dans laquelle s'levaient des cellules assez semblables 
celles des chartreux, avec une chapelle commune. Les religieux qui
avaient cure du temporel et du spirituel des lproseries logeaient dans
des btiments voisins de l'glise.

Il est clair que les dispositions architectoniques n'avaient rien  voir
dans ces enclos parsems de cabanes. Il n'en est pas de mme pour les
hpitaux. Il nous reste, de l'poque du moyen ge et particulirement
des XIIe et XIIIe sicles, d'admirables btiments affects aux malades
recueillis dans les monastres, dans le voisinage des cathdrales, ou
mme dans des cits florissantes. Chaque monastre possdait son
aumnerie, c'est--dire un personnel charg d'exercer l'hospitalit.
Pendant le moyen ge, l'hospitalit tait obligatoire. Ds l'poque
carlovingienne, il existait des impts destins  secourir les pauvres,
les plerins, les malades. Charlemagne avait, dans ses ordonnances et
capitulaires, recommand  ses sujets d'offrir l'hospitalit, et il
n'tait pas permis alors de refuser aux voyageurs le couvert, le feu et
l'eau[56]. Les communes rivalisrent avec les rois, les seigneurs et
les simples particuliers, dans ces oeuvres de bienfaisance. Beaucoup de
villes tablirent des hospices,  leurs dpens, soit dans des btiments
neufs, soit dans des difices abandonns que l'on faisait restaurer en
vue de cette destination. Des hospices furent mme btis dans des lieux
isols pour servir de refuges aux voyageurs et les garantir contre les
voleurs qui infestaient les routes; ces btiments taient souvent fonds
par des cnobites et sous la garde de religieux. Les villes tant
habituellement fermes le soir, les voyageurs attards taient
contraints de passer la nuit  la belle toile; des maisons de refuge,
sortes de caravansrails gratuits, s'levrent non loin des portes. En
1202, deux nobles allemands voulurent remdier  ce grave inconvnient,
et firent construire un hospice hors la porte de Saint-Denis  Paris. Un
emplacement d'une contenance de deux arpents fut promptement couvert de
btiments. Une grande salle en pierre de taille, leve au milieu du sol
au moyen d'arcades formes  croix d'osier, y fut construite pour y
coucher les pauvres; elle avait vingt-deux toises et demie de long et
six toises de largeur[57]. En 1310, le nombre des maisons-Dieu,
maladreries et lproseries qui recevaient des secours en argent sur la
cassette particulire du roi de France, tait de cinq cents environ;
dans la banlieue de Paris seulement, quarante-huit maladreries
profitaient de ces dons. La charit publique et prive sut encore rendre
son assistance plus efficace, en fondant des hpitaux pour certaines
infirmits particulires. Saint Louis donna l'exemple en faisant btir
l'hospice des _Quinze-Vingts_ pour les aveugles de Paris; sans parler
des lproseries, on fonda, dans beaucoup de villes, des hospices pour
les boiteux, pour les fous, pour les vieillards indigents, pour les
femmes en couche. Les confrries voulurent aussi avoir leurs maisons de
refuge, leurs hospices, et enfin, pendant les pestes qui dsolrent les
villes du moyen ge, des vques, des seigneurs laques prtrent des
locaux dpendant de leurs rsidences pour soigner les malades, et
voulurent souvent eux-mmes les assister.  ct des dsordres de toute
nature et des abus sans nombre qui signalrent cette poque, il faut
donc reconnatre que tous, petits et grands, cherchaient  adoucir le
sort des classes souffrantes par les moyens les plus efficaces, et que
l'esprit de charit ne fut jamais plus actif que dans ces temps. Il faut
dire que, souvent, tel seigneur qui fondait un hospice en mourant avait,
sa vie durant, fait plus de malheureux qu'on n'en pouvait secourir de
longtemps dans la maison leve par lui. Le moyen ge est ainsi fait:
c'est un mlange sans mesure de bien et de mal; aussi y a-t-il autant
d'injustice  prsenter cette poque comme un temps de misres
continuelles que comme un ge de foi vive, de charit et de sagesse.
Partout,  ct d'un mal, d'un abus monstrueux, trouve-t-on le sentiment
du droit, le respect pour l'homme, pour ses malheurs et ses faiblesses.
Le mot de _fraternit_ n'est pas seulement dans les discours, il trouve
partout une application pratique, et si la passion ou l'intrt font
trop souvent enfreindre cette loi sacre, du moins son principe n'est
jamais mconnu. Par le fait, nos grandes institutions de charit nous
viennent du moyen ge et lui survivent; il est bon de ne pas trop
l'oublier: ayant profit de la belle partie de l'hritage, peut-tre
serait-il juste d'tre indulgents pour son ct misrable.

On comprendra que parmi tant d'difices levs sous l'inspiration d'une
charit vive et voulant immdiatement porter remde au mal, beaucoup
n'taient que des bicoques, des maisons que l'on appropriait tant bien
que mal au service des pauvres et des malades; car nombre de ces
hospices se composaient d'une maison donne par un simple bourgeois,
avec une rente  prendre sur son bien. Peu  peu ces modestes donations
s'tendaient, s'enrichissaient par les qutes et devenaient des
tablissements importants. Cependant il nous reste encore quelques
hpitaux du moyen ge qui, au point de vue de l'art, sont remarquables.
Bien btis, bien ars, spacieux, ils ont aussi cet avantage, sur les
constructions analogues que nous levons aujourd'hui gnralement, de
laisser  l'art une large place, de ne point attrister les malades par
cet aspect froid et dsol qui caractrise de notre temps (sauf de rares
exceptions) les difices publics de charit[58].

Parmi les hpitaux les plus anciens qui existent encore en France, il
faut citer l'Htel-Dieu de Chartres, situ prs de la cathdrale, et
l'hpital d'Angers. Ce dernier surtout est remarquable par son tendue
et par les services qui l'entourent. En voici le plan (1). Il se compose
d'une grande salle  trois nefs A, prcde d'un clotre, d'une chapelle
voisine B, de logements, dnaturs aujourd'hui, et d'un vaste magasin ou
grenier C, propre  renfermer des provisions de toutes natures. La
construction de cet tablissement date de 1153. La chapelle est un peu
plus moderne (1184). C'est aussi vers cette dernire poque que fut
lev le grand btiment aux provisions. La fig. 2 prsente la coupe
transversale de la grande salle, dans laquelle quatre ranges de lits
peuvent facilement trouver place. La construction de ces btiments est
excellente, traite avec soin, les chapiteaux des piliers d'un excellent
style. Le btiment des provisions est un difice remarquable par ses
dispositions et ses dtails[59].

L'Htel-Dieu de Chartres date  peu prs de la mme poque et consiste
aujourd'hui en une grande salle  trois nefs, spares par deux rangs de
colonnes et portant des charpentes lambrisses. Au fond, trois votes en
pierre ferment les trois dernires traves. C'est une disposition
analogue  celle de l'hpital d'Angers, et qui parat avoir t
gnralement suivie pendant les XIIe et XIIIe sicles.

Dans les btiments abbatiaux de Saint-Jean-des-Vignes de Soissons et
d'Ourscamp, on voit encore de belles salles qui ont t affectes aux
malades. La salle dite _des Morts_,  Ourscamp, est, entre toutes ces
constructions hospitalires, la plus belle et la mieux entendue. C'est
toujours un grand vaisseau divis en trois nefs, celle du milieu plus
large que les deux autres; le tout est couvert par des votes d'arte et
un vaste grenier.

La fig. 3 prsente le plan de cette salle avec son annexe, qui servait
probablement de cuisine et de laboratoire; la fig. 4 la coupe
transversale de la grande salle des malades, et la fig. 5 une de ses
traves. On observera que les fentres sont disposes de manire 
donner beaucoup de jour  l'intrieur, celles du haut tant  vitrages
fixes et celles du bas pouvant s'ouvrir pour arer la salle. Suivant la
disposition gnralement adopte  cette poque, il devait y avoir
quatre ranges de lits disposs ainsi que l'indique notre plan en A; la
salle pouvait en contenir facilement cent. Le long du mur, au droit des
colonnes, sont perces de petites niches  hauteur de la main, pour
dposer les boissons ou les pansements des malades. Une grande chemine,
s'ouvrant contre le pignon B, permettait d'assainir et de rchauffer ce
vaste intrieur[60]. Le btiment et son annexe sont isols. Le pignon G
seul est rapproch des bras de croix de l'glise,  laquelle on pouvait
probablement communiquer par le petit passage H. Toute la construction
date des premires annes du XIIIe sicle; et l'intrieur tait peint de
joints rouges avec archivoltes festonnes en petites arcatures.

 l'article CONSTRUCTION, fig. 123 et suivantes, nous avons donn un
btiment dpendant de l'abbaye Sainte-Marie de Breteuil, dont une partie
servait d'hospice pour les pauvres. Presque toutes les abbayes
possdaient ainsi des btiments assez vastes pour donner asile aux
voyageurs, ou mme de vritables hpitaux, comme cette grande salle
d'Ourscamp[61].

La ville de Tonnerre possdait, au XIe sicle dj, un Htel-Dieu situ,
suivant l'usage,  ct de l'glise Notre-Dame, qui servait de chapelle
 cet tablissement; un autre hpital, galement de la mme poque,
existait dans le faubourg de Bourberault. Les dpendances de cet
hpital, dit M. Camille Dormois[62], ne consistaient qu'en une petite
chapelle obscure, une trs-petite maison et un jardin. En 1204, Eudes
III, duc de Bourgogne, fonda, dans la mme ville, l'hpital du
Saint-Esprit; mais Marguerite de Bourgogne, belle-soeur de saint Louis,
reine de Sicile, voulut doter la ville de Tonnerre d'un hpital
magnifique. En 1293, elle acheta un vaste clos prs d'une source appele
_Fontenille_, le long de l'Armenon et des murs de la ville. Dans l'acte
de fondation, il est dit que les pauvres seront hbergs dans
l'tablissement, les convalescents nourris sept jours et renvoys avec
chemise, cotte et soulier; qu'une chapelle sera btie avec quatre
autels; que les frres et soeurs, au nombre de vingt, chargs des soins
intrieurs, auront pour mission de donner  manger et  boire  ceux qui
auront faim et soif, de recevoir les trangers et plerins et de les
hberger, de vtir les pauvres, de visiter les malades, de consoler les
prisonniers et d'ensevelir les morts; que les frres et soeurs auront
des dortoirs et rfectoires spars, et ne devront prendre leurs repas
qu'aprs le service des malades. L'hpital fut-promptement lev, et
Marguerite se fit btir,  ct, un logis pour pouvoir surveiller
elle-mme son tablissement; lorsqu'elle mourut, en 1308, les btiments
et leurs dpendances taient complts depuis longtemps. Il nous reste
de cet hpital la grande salle et quelques dpendances, et nos lecteurs
ne nous sauront pas mauvais gr probablement de leur donner un ensemble
ainsi que des dtails de la partie principale de cette grande salle, en
mme temps chapelle et hospice.

La figure 6 prsente le plan  l'chelle de 0,001m pour mtre. En A est
la grande salle, autrefois prcde d'un porche B avec escalier, dont
nous allons indiquer la destination. Cette salle contenait quarante
cellules de boiseries, sortes d'alcves dans chacune desquelles tait
plac un lit (voir en C). En D tait un autel principal sous une vote,
et en F deux chapelles galement votes. Le tombeau de la fondatrice
tait en E, et se composait d'une figure de bronze couche sur un
sarcophage. La sacristie des chapelles tait en G. En H, un jub, pos
devant le choeur, mettait en communication deux galeries latrales qui,
tablissant une circulation continue au-dessus des alcves, permettaient
d'ouvrir les fentres et de surveiller l'intrieur des cellules. On
pouvait monter  ces galeries par l'escalier latral du porche[63] et
par un escalier I qui tait mis en communication avec une galerie
runissant le logis L de la reine  la grande salle. De ses
appartements, situs au premier tage de ce logis, cette princesse
pouvait ainsi, soit descendre dans la salle, soit inspecter les cellules
en se promenant sur la galerie qu'elles portaient. En Z tait une petite
chapelle. Les btiments de service de l'hpital sont situs en K et la
cuisine en M. On communiquait de ces btiments avec la salle au moyen
d'une autre galerie N aboutissant  une petite porte. La voie publique
passe en O. En P tait le cimetire; en J, le jardin de la reine, born
par la muraille de la ville et par le ruisseau de Fontenille. En R, un
lavoir; en V, un bras de l'Armenon, et en S le prieur. Deux canaux
souterrains passant des deux cts de la grande salle entranaient dans
la rivire les vidanges de l'tablissement. Outre les murailles de la
ville, des remparts entouraient les autres parties du clos. En X tait
un puits public.

La fig. 7 donne la coupe transversale de ce magnifique vaisseau, qui n'a
pas moins de 18m,60 de largeur dans oeuvre sur 88m,00 de long depuis le
porche jusqu'au sanctuaire. La coupe (fig. 7) montre, en A, les alcves
avec la galerie suprieure B, passant par-dessus le jub. On aperoit au
fond les trois absides. La charpente en chne, bien conserve, nous
donne des bois d'une longueur extraordinaire; les entraits, d'un seul
morceau, ont 21m,40; les arbaltriers et chevrons portant ferme, 19m,00.
Elle est entirement lambrisse en berceau plein cintre lgrement
surbaiss  l'intrieur. En C, nous avons trac l'un des chevrons
portant ferme, et en D une coupe d'une trave de charpente avec le
lambrissage et les ventilateurs E, de 0m,10 d'ouverture. Les fentres
latrales,  meneaux, sont disposes pour pouvoir tre ouvertes du bas
jusqu' la naissance des tiers-points, et des marches, mnages dans
l'appui, permettent de tirer les targettes. Ce vaisseau, qui existe 
peu prs intact, sauf le porche, produit un grand effet. C'est un des
plus beaux exemples de l'architecture civile de la fin du XIIIe sicle;
il n'a pas moins fallu que toute l'insistance de la _Commission des
monuments historiques_ pour obtenir de la ville de Tonnerre sa
conservation. Pourquoi la ville de Tonnerre voulait-elle dmolir cet
difice? C'est ce qu'on aurait beaucoup de peine  savoir probablement.
Pourquoi la ville d'Orlans a-t-elle dmoli son ancien Htel-Dieu, l'un
des plus beaux difices de la Renaissance? Combien de villes se sont
ainsi, sans raison srieuse, dpouilles des monuments qui constataient
leur anciennet, qui leur donnaient un intrt particulier et qui
retenaient des trangers dans leurs murs! Beaucoup regrettent, un peu
tardivement, ces actes de vandalisme, et s'tonnent de ce que les
voyageurs passent indiffrents au milieu de leurs rues neuves,
n'accordant pas mme un regard au frontispice  colonnes du palais de
justice, ou  la faade de l'hpital nouveau que l'on confond volontiers
avec une caserne.

La disposition des lits de l'hpital de Tonnerre, logs chacun dans une
cellule avec galerie de service suprieure, mrite de fixer notre
attention. Chaque malade, en tant soumis  une surveillance d'autant
plus facile qu'elle s'exerait de la galerie, se trouvait possder une
vritable chambre. Il profitait du cube d'air norme que contient la
salle et recevait du jour par les fentres latrales; sa tte tant
place du ct du mur et abrite par la saillie du balcon, il ne pouvait
tre fatigu par l'clat de la lumire. On objectera peut-tre que la
ventilation de ces cellules tait imparfaite; mais la salle ne contenant
que quarante lits, les fentres latrales pouvant tre ouvertes, et le
vaisseau tant fort lev, ventil par les trous percs dans le
lambrissage de la charpente, on peut admettre que les conditions de
salubrit taient bonnes.

Pour faire saisir  nos lecteurs la disposition des cellules et des
galeries de surveillance, nous prsentons(8) une vue perspective d'une
des traves de la salle.

Les fentres de la galerie taient garnies de vitraux en grisaille,
celles du sanctuaire en vitraux colors. Une longue flche en charpente
surmontait ce sanctuaire; elle tait couverte de plomberie peinte et
dore, et ne fut dtruite qu'en 1793. Toute la charpente de la salle est
couverte en tuiles vernies avec fatires en terre cuite maille.

Par l'escalier carr pratiqu vers le nord,  ct de l'une des deux
chapelles du chevet, on arrivait  une salle vote btie au-dessus de
cette chapelle, et servant autrefois, comme encore aujourd'hui, de
trsor et de chartrier. Le tympan de la porte principale s'ouvrant sous
le porche du ct de la rue tait dcor d'un bas-relief reprsentant le
Jugement dernier, dont il existe encore quelques fragments[64].

Tous ceux qui s'intressent quelque peu  nos anciens difices ont
visit le charmant Htel-Dieu de Beaune, fond en 1443 par Nicolas
Rolin, chancelier du duc de Bourgogne. Cet tablissement est  peu prs
tel que le XVe sicle nous l'a laiss, bien qu'il soit construit, en
grande partie, en bois. Il se compose de trois corps de logis levs
autour d'une cour quadrangulaire. Dans le btiment qui donne sur la rue
est place la grande salle, avec sa chapelle  l'extrmit, la porterie
et quelques pices votes destines aux provisions. Les deux autres
corps de logis, devant lesquels passe une galerie  deux tages,
contiennent le noviciat des soeurs, trois salles, la cuisine et la
pharmacie. De grands gbles en charpente, vitrs, donnent du jour dans
les salles par-dessus les galeries du dehors, tandis que l'aration se
fait par les galeries mmes et par les faces opposes (voy.
l'_Architecture civile et domestique_ de MM. Verdier et Cattois, t. I).
La cour de cet tablissement, d'un aspect riant, bien proportionne,
contenant encore son puits du XVe sicle, son lavoir et sa chaire,
donnerait presque envie de tomber malade  Beaune. La porte sur la rue
est protge par un auvent en charpente couvert en ardoise (voy.
AUVENT).

Nous donnons (9) le plan de l'Htel-Dieu de Beaune, et (10) la vue de
l'angle de la cour du ct de l'escalier principal desservant les deux
tages. En A (voy. le plan) est l'entre; en B, un passage de service;
en C, la grande salle lambrisse[65] avec sa chapelle D, maintenant
spare de la salle; en E, le rfectoire des soeurs et le salon de la
suprieure; en F, les salles aux provisions; en G, le noviciat des
soeurs; en H, des salles de malades; en I, un passage donnant sur un
jardin; en K, la cuisine, et en L la pharmacie; le puits est plac en O,
la chaire en M, et le lavoir en P.

Examinons maintenant un de ces tablissements plus modestes qui,
loigns des grands centres, voisins de quelque abbaye ou de quelque
prieur, taient si fort rpandus sur le sol franais au moyen ge.
Entrons dans la maladrerie dite du _Tortoir_, non loin de la route qui
mne de Laon  la Fre (Aisne). Nous allons retrouver l les curieuses
dispositions intrieures de l'hpital de Tonnerre. La maladrerie du
Tortoir date, croyons-nous, de la premire moiti du XIVe sicle[66].
L'ensemble de l'tablissement, compris dans un carr, contient encore
trois btiments de l'poque de la construction (11). A, la salle des
malades; B, une chapelle; C, un corps de logis  deux tages, pour les
religieux probablement et pour la cuisine. Les autres btiments qui
existent aujourd'hui dans l'enceinte sont d'une poque assez rcente.
Occupons-nous de cette salle A. Ses deux extrmits sont fermes par
deux pignons avec chemines. Sur le prau,  l'intrieur de l'enceinte,
s'ouvre une large porte, avec guichet  ct; sur cette face, pas
d'autres ouvertures que deux fentres releves. Devant cette large porte
tait suspendu un appentis trs-saillant (si l'on en juge par ses
amorces et les entailles de la charpente), qui servait d'abri aux
chariots amenant les malades. Pour l'usage ordinaire, on se contentait
de passer par la petite porte. Sur les dehors, au contraire, cette salle
de malades tait perce de deux rangs de larges fentres disposes de
telle faon que celles du bas clairaient des cellules en bois,
semblables  celles de l'hpital de Tonnerre, et celles du haut
s'ouvraient sur une galerie,  laquelle on montait par un escalier
mnag dans la trave I (voy. le plan) dpourvue de fentre.  Tonnerre,
l'intervalle entre chaque cloison est de 2 toises (3m,95); mme espace
entre les axes des contre-forts de la salle du Tortoir (voy., fig. 12,
un angle de la face de la salle du ct extrieur). En supposant les
cloisons des cellules de la mme profondeur que celles de l'hpital de
Tonnerre, et plaant sept cloisons dans l'axe de chaque contre-fort, la
salle ayant dix mtres de large, il restait six mtres pour la
circulation du ct de l'entre, en dehors des cellules (voy. le plan),
et on pouvait placer sept lits dans celles-ci, l'escalier de la galerie
prenant la place d'une cellule. Or ce nombre de sept lits est
trs-frquemment admis dans ces petits tablissements de charit. Si
nous nous rappelons que les maladreries taient spcialement rserves
aux malheureux affects de maladies contagieuses, et que des prcautions
minutieuses taient prises non-seulement pour les sparer des
populations, mais aussi pour les isoler entre eux, nous comprendrons ici
cette disposition des cellules avec fentres, qui permettaient  ces
pauvres gens de voir la campagne et de se rchauffer aux premiers rayons
du soleil, car ces fentres donnent au levant. Elles taient d'ailleurs
munies de volets  l'intrieur, de manire  viter la trop grande
chaleur. Un chemin de ronde avec mchicoulis runissait les btiments et
tait mis en communication, par des portes perces dans les pignons,
avec la galerie intrieure. Un foss entourait l'enceinte, ainsi qu'on
peut le reconnatre en examinant les soubassements extrieurs de la
grande salle. On n'arrivait au sommet des quatre tourelles que par la
galerie et des chelles poses dans ces tourelles servant
d'chauguettes.

Le moyen ge montrait donc dans la composition de ces tablissements de
bienfaisance l'esprit ingnieux qu'on lui accorde dans la construction
des monuments religieux. C'est un singulier prjug, en effet, de
vouloir que ces architectes eussent t si subtils lorsqu'il s'agissait
d'lever des glises, et en mme temps si grossiers lorsqu'il fallait
lever des difices civils. Ce n'est pas leur faute si l'on a dtruit,
depuis le XVIe sicle, la plupart de ces tablissements de bienfaisance
diviss  l'infini, mais gnralement bien disposs d'ailleurs, pour les
remplacer par des hpitaux dans lesquels, au contraire, on a cherch,
peut-tre  tort,  concentrer le plus grand nombre de malades possible.
Louis XIV, le grand niveleur de toute chose et de tout tat en France, a
gratifi les hpitaux levs sous son rgne des biens de ces nombreuses
maladreries et lproseries qui n'avaient plus gure de raison d'exister,
puisque, de son temps, il n'y avait pas de lpreux  soigner; mais ce
n'est pas  dire que les hpitaux du XVIIe sicle soient des modles 
suivre comme disposition, au point de vue de la salubrit, de l'hygine,
et du respect que l'on doit avoir pour les malades pauvres. Dans le peu
d'hpitaux du moyen ge qui nous sont rests, nous trouvons un esprit de
charit bien entendu et dlicat. Ces btiments sont d'un aspect
monumental sans tre riches; les malades ont de l'espace, de l'air et de
la lumire; ils sont souvent spars les uns des autres, comme on peut
le constater dans les exemples prcdents; leur individualit est
respecte, et certes s'il est une chose qui rpugne aux malheureux qui
trouvent un refuge dans ces tablissements, malgr les soins si clairs
qu'on leur donne abondamment aujourd'hui, c'est la communaut dans de
vastes salles. Souvent alors la souffrance de chaque malade s'accrot
par la vue de la souffrance du voisin. Sans prtendre que le systme
cellulaire, appliqu frquemment dans les hpitaux du moyen ge, ft
prfrable matriellement au systme adopt de notre temps, il est
certain qu'au point de vue moral il prsentait un avantage. Nous tenons
 constater qu'il manait d'un sentiment de charit trs-noble chez les
nombreux fondateurs et constructeurs de nos maisons-Dieu du moyen ge.

Avant de terminer cet article, nous tenterons encore de dtruire une
erreur fort rpandue, touchant l'tablissement des lproseries. On a
prtendu que la lpre avait t rapporte d'Orient en Occident au moment
des croisades; mais, ainsi que nous l'avons dit plus haut, il y avait,
du temps de Mathieu Pris, 19,000 ladreries en Europe, la plupart bties
dans des contres qui n'avaient eu aucun rapport avec l'Orient. De plus,
des 300,000 hommes conduits en Orient par le frre de Philippe 1er,
5,000  peine parvinrent en Palestine, et trs-peu revinrent en Europe.
De l'arme de l'empereur Conrad III, il ne resta qu'un bien petit nombre
de croiss en tat de revoir leur patrie. Louis le Jeune et Richard
Coeur-de-Lion revinrent presque seuls de Palestine. Comment donc ces
armes, qui furent englouties en Orient, auraient-elles pu rapporter et
rpandre la lpre en Occident, de manire qu'on ft oblig de fonder
19,000 maisons pour soigner les lpreux? Sans entrer dans une discussion
qui ne serait pas  sa place ici,  propos de l'invasion de cette
maladie en Europe et particulirement en France, on peut toutefois
reconnatre comme certain qu'elle existait. bien avant les
croisades[67].

Voici la liste des principaux hpitaux fonds  Paris du VIIe au XVIe
sicle:

Htel-Dieu, fond, dit la tradition. par saint Landry (VIIe sicle).

Hpital des Haudriettes, fond sous Clovis, et o l'on prtend que
mourut sainte Genevive. Au XIIIe sicle, la famille Haudry
reconstruisit cet tablissement.

Hpital de Saint-Gervais, fond par Gatien Masson, prtre, en 1171, la
chapelle de cet hpital ne fut ddie qu'en 1411.

Hpital de Sainte-Catherine, appel primitivement de Sainte-Opportune
(1180 environ), La chapelle fut construite en 1222, puis rpare en
1479.

Hpital de la Sainte-Trinit, rue Saint-Denis, fond par les deux frres
Escuacol en 1202. Cet hpital possdait une fort belle salle pour
coucher les pauvres. En 1210, on y ajouta une chapelle. Les enfants des
pauvres taient recueillis et levs dans l'tablissement. Cet hpital
fut successivement augment jusqu'en 1598.

Hpital des Quinze-Vingts, fond par saint Louis en 1254.

Hpital de Saint-Marcel (anciennement de l'Oursine), fond par
Marguerite de Provence aprs la mort de saint Louis.

Hpital des Jacobins, fond en 1263. En 1366, Jeanne de Bourbon, femme
de Charles V, l'augmenta.

Hpital de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, fond par Philippe IV en 1286.

Hpital tenant au prieur de la Charit (Notre-Dame-des-Billettes),
fond par le bourgeois de Paris Roger Flamming, en 1299.

Hpital Saint-Jacques-aux-Plerins, rue Saint-Denis, fond en 1315 par
Louis X. La chapelle fut termine en 1323.

Hpital Saint-Julien-aux-Mntriers, fond par deux mntriers en 1330.
En 1334, les fondateurs augmentrent cet hpital par l'acquisition de
plusieurs maisons voisines.

Hpital du Saint-Spulcre, fond par Philippe de Valois en 1333.

Hpital du Saint-Esprit, fond en 1361 pour les enfants.

Hpital conventuel ou commanderie du Petit-Saint-Antoine, fond en 1368,
sous Charles V.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]

     [Note 48: Plutarque, l'_ie de Solon_, cap. XXXI.]

     [Note 49: Justin, _Historia_, lib. XXVIII.]

     [Note 50: _Collection des docum. ind. sur l'hist. de
     France_. Paris, 1850. T. I.]

     [Note 51: _Le Tht. des antiq. de Paris_, 1612. L. I, p.
     71.]

     [Note 52: _Hist. de la ville et du dioc. de Paris_, t. I, p.
     22.]

     [Note 53: _Hist. de la ville et du dioc. de Paris_, t. I, 2e
     partie, p. 481.]

     [Note 54: Art. 13. Donamus et legamus duobus millibus
     domorum leprosorum decem millia librarum, videlicet cuilibet
     earum centum solidos.]

     [Note 55: Voy. le curieux ouvrage de M. Labourt, _Recherches
     sur l'origine des ladreries, maladreries et lproseries_,
     Paris, 1854.]

     [Note 56: Voy. _Droits et usages concern. les travaux de
     construction publ. ou prives sous la troisime race des rois
     de France_, par M. A. Champollion-Figeac, p. 166. Paris,
     1860.]

     [Note 57: _Ibidem_.]

     [Note 58: Il faut reconnatre que depuis peu on a fait chez
     nous de grands progrs en ce genre. L'hospice de Charenton,
     ceux de Vincennes et du Vzinet, sont non-seulement
     parfaitement appropris  leur destination; mais ce sont
     aussi, comme oeuvres d'architecture, des difices faits pour
     donner aux malades des ides plutt agrables que tristes.]

     [Note 59: Voy. l'_Archit. civ. et domest._ de MM. Verdier et
     Cattois, t., II.]

     [Note 60: Voy., pour de plus amples dtails, les gravures des
     _Archives des monum. hist._, publies par les ordres du
     ministre d'tat; aussi l'ouvrage prcdemment cit de MM.
     Verdier et Cattois, t. II, p. 104.]

     [Note 61: L'abbaye d'Ourscamp appartient aujourd'hui  M.
     Peign-Delacour, qui, heureusement, conserve avec un soin
     particulier ces restes remarquables.]

     [Note 62: _Notes hist. sur l'hpital de Tonnerre_. Auxerre,
     1853.]

     [Note 63: Les comptes de 1556, d'aprs l'excellent travail de
     M. C. Dormois cit plus haut, prsentent des dpenses
     occasionnes par la rfection de l'une de ces galeries.

     Pay  Jehan Desmaisons, charpentier, la somme de 91 liv. 40
     s. pour la fasson de la grande gallery dudit hospital,
     contenant 20 toises de long et 2 de large...  Nicolas...,
     maon, pour avoir fait la massonnerie pour soutenir les
     poteaux d'icelle gallery...  Jehan et Pierre les Mathieux,
     couvreurs, la somme de 8 liv. 13 s. pour avoir couvert
     l'escalier de la d. gallery...  Jehan, marchand,... pour
     ferrer les portes de l'hospital et les chevrons de la grande
     gallery,... etc.]

     [Note 64: C'est  M. Lefort, architecte  Sens, que nous
     devons un relev minutieux de cette grande salle de l'hpital
     de Tonnerre. M. Lefort a eu l'obligeance de mettre tous ses
     dessins  notre disposition.]

     [Note 65: Un plafond a t tabli sous la vote en bardeau et
     a dtruit l'aspect grandiose de cette salle.]

     [Note 66: Voy. l'_Archit. civ. et domest._ de MM. Verdier et
     Cattois, t. II, p. 107.]

     [Note 67: Voy.  ce sujet les _Recherches sur l'origine des
     ladreries, maladreries et lproseries_, par L. A. Labourt.
     Paris, 1854.]

Il existait encore, en dehors de ces tablissements, dans un grand
nombre de communauts et dans les paroisses, des maisons ou salles pour
les malades, les pauvres et les plerins.



HTELLERIE. Il existait,  l'poque gallo-romaine, sur les grands
chemins, des htelleries  distances assez rapproches pour que le
voyageur pt trouver un gte  la fin de chaque journe. Ces auberges,
_mansions_, taient de grandes htelleries dans lesquelles on trouvait
des chevaux de poste, un gte,  boire et  manger. Elles servaient
d'tapes pour les soldats et taient places sous la surveillance
d'inspecteurs, _frumentarii_ et _curiosi_, qui veillaient  leur bonne
tenue et qui taient chargs d'espionner les voyageurs. Les htelleries
devenaient ainsi des lieux utiles  la police secrte des prfets du
prtoire, et cependant, pour avoir droit de gte dans les _mansions_, il
fallait se munir d'une sorte de carte de circulation, _diploma
tractatorium_. D'ailleurs, les _mansions_ servaient de gte
non-seulement aux simples particuliers et aux soldats, mais aux
magistrats et prteurs en tourne, et  l'empereur lui-mme lorsqu'il
voyageait. C'est dans une _mansion_ du pays des Sabins que Titus fut
pris de la fivre dont il mourut peu de jours aprs. S'il fallait
montrer sa carte de circulation pour coucher dans une mansion,  plus
forte raison ne pouvait-on se procurer des chevaux de relais qu'avec des
_lettres de poste_.

Aprs l'invasion des barbares, cette institution des htelleries
impriales fut, bien entendu, entirement ruine. Les races germaines
pratiquaient largement l'hospitalit. Un Franc, un Bourguignon, ne
croyaient pas pouvoir refuser l'entre de sa maison  un tranger;
aussi, dans les voyages, pendant les premiers sicles du moyen ge,
avait-on pour habitude,  chaque couche, de demander le gte et la
nourriture dans les habitations que l'on rencontrait sur son chemin. Si
le propritaire auquel on s'adressait tait trop pauvre ou trop 
l'troit pour pouvoir vous satisfaire, il vous accompagnait chez un
voisin mieux partag, et tous ensemble prenaient leur repas. Aucune
autre nation, dit Tacite en parlant des Germains[68], n'accueille ses
convives et ses htes avec plus de gnrosit; fermer sa maison a une
personne, quelle qu'elle ft, serait un crime[69]. Selon sa fortune,
chacun reoit l'hte, offre un repas; et lorsque les provisions sont
puises, celui qui, tout  l'heure, recevait, indique un autre asile et
y conduit: ils entrent chez ce nouvel hte sans invitation, et sont
accueillis avec une gale bont: connus, inconnus, sont, quant aux
droits d'hospitalit, traits avec les mmes gards. En faisant la part
de l'exagration dans le tableau trac par Tacite, il est certain
toutefois que les conqurants barbares des Gaules regardaient
l'hospitalit comme un devoir dont on ne pouvait s'affranchir.

Cependant, du temps de Grgoire de Tours, il existait des auberges,
puisqu'il en signale quelques-unes. Les tablissements monastiques
rpandus sur le sol des Gaules ds le IXe sicle exeraient
l'hospitalit, et dans les abbayes ou prieurs des XIe et XIIe sicles
il est toujours fait mention de la maison des htes, btie proche la
porte d'entre. Il n'en existait pas moins, au XIIe sicle, un nombre
prodigieux d'htelleries sur les grands chemins et dans les faubourgs
des villes, et ces htelleries, moins bien surveilles que ne l'taient
celles du temps de l'Empire, taient le refuge des voleurs, des
assassins, des femmes perdues, des joueurs et des dbauchs. La lgende
de l'_Enfant prodigue_ le reprsente toujours,  cette poque, dans une
htellerie, au milieu de femmes qui l'enivrent et lui drobent son
argent. Courtois d'Arras est dpouill dans une auberge o on lui
prsente tout ce qui peut sduire un jeune homme: car les htelleries
alors taient bien garnies, pourvues de bons lits _mous de plumes_, de
bon vin  foison, souvent frelat cependant, de volaille et de venaison;
des filles taient attaches  l'tablissement et servaient d'appt pour
attirer, retenir et dpouiller les voyageurs.

Au XIIIe sicle, les htelleries, tavernes, taient le refuge de la lie
des villes, et les ordonnances des rois restaient sans effet devant ces
repaires de la canaille. Sous Philippe Auguste, en 1192, et pendant la
rgence de la reine Blanche de Castille, en 1229, des rixes terribles
eurent lieu entre des coliers de l'Universit et des cabaretiers de
Paris; le prvt fut incarcr  la suite de la premire, et
l'Universit renvoya les clercs  la suite de la seconde, sous le
prtexte qu'on ne leur rendait pas justice. Au XIVe sicle, ces
dsordres ne firent que s'accrotre; la plupart des hteliers taient
coupeurs de bourses, dtrousseurs de passants; si bien qu'en 1315, pour
ter aux aubergistes l'envie d'assassiner les trangers qui s'arrtaient
chez eux, il fut rendu une ordonnance dans laquelle il tait dit que
l'hoste qui retient les effets d'un tranger mort chez lui doit rendre
le triple de ce qu'il a retenu[70]. C'est dans une htellerie de la rue
Saint-Antoine,  l'enseigne de l'Aigle, que Jeanne de Divion vint
s'installer pour fabriquer les faux  l'aide desquels Robert d'Artois
prtendait s'emparer de la succession de la comtesse de Mahaut. Ce lieu,
dit M. Le Roux de Lincy, tait un petit sjour situ au bord de la
rivire et plus loin que la Grve, partie de la ville alors presque
dserte. Les htelleries servaient aussi de repaire aux faux
monnayeurs, ainsi que le tmoigne ce passage du _Renart contrefait[71]_:

       C'est hostel de gloutonnie
       Plain de trestoute ribandie
       Recept de larrons et houlliers
       De bougres, de faux monnoiers.
       Quant tous malvais voeullent trichier
       Es tavernes se vont muchier
       Hostel de bourdes et vantance
       Plain de male perseverance.

C'tait aussi dans les htelleries que venaient discourir les fauteurs
de troubles publics, que se cachaient les espions[72].

On comprendra que ces tablissements n'taient autre chose que des
maisons, le plus souvent isoles, et n'ayant d'autre marque distinctive
qu'une enseigne pendue  la porte.

     [Note 68: _Germania_, cap. XXI.]

     [Note 69: La loi ripuaire faisait de l'hospitalit un devoir
     imprieux, et punissait d'une amende ceux qui y
     manquaient.--Les _Capitulaires_ de Charlemagne commandent
     l'hospitalit sous les mmes peines.]

     [Note 70: Laurire.]

     [Note 71: Manuscrit de la Bib. imp., n 6985, f. Lancelot,
     f 32.]

     [Note 72: Voy. _les Htelleries et Cabarets au moyen ge_,
     par Franc. Michel et d. Fournier: t. I. _Le Livre d'or des
     mtiers_.]



HOURD, s. m. _Hourt_, _hour_, _ourdeys_, _gourt_. chafaud ferm de
planches; appliqu  l'architecture militaire, est un ouvrage en bois,
dress au sommet des courtines ou des tours, destin  recevoir des
dfenseurs, surplombant le pied de la maonnerie et donnant un
flanquement plus tendu, une saillie trs-favorable  la dfense. Nous
avons expliqu, dans l'article ARCHITECTURE MILITAIRE (voy. fig. 14, 15,
16 et 32), les moyens de construction et l'utilit des hourds; toutefois
l'objet prend une si grande importance dans l'art de la dfense des
places du XIe au XIVe sicle, que nous devons entrer dans des
dveloppements.

Il y a tout lieu de croire que, ds l'poque romaine, les hourds taient
en usage, car il est question, dans les _Commentaires_ de Csar,
d'ouvrages en bois qui sont de vritables hourds. Nous en avons donn un
exemple  l'article FOSS, fig. 1. Dans l'ouvrage en bois qui couronnait
les fosss du camp de Csar devant les Bellovaques, les galeries
runissant les tours sont des hourds continus protgeant un parapet
infrieur[73]. La ncessit pour les dfenseurs de commander le pied des
remparts, d'enfiler les fosss et de se mettre  l'abri des projectiles
lancs par les assigeants, dut faire adopter les hourds ds l'poque
gallo-romaine. Les crnelages suprieurs ne pouvaient, en cas de sige,
prsenter une dfense efficace, puisque en tirant, les archers ou
arbaltriers taient obligs de se dcouvrir. Si l'assigeant se logeait
au pied mme des murs, il devenait de toute impossibilit aux assigs
non-seulement de lui dcocher des traits, mais mme de le voir, sans
passer la moiti du corps en dehors des crneaux.  la fin du XIe sicle
dj et au commencement du XIIe, nous remarquons, au sommet des tours et
remparts, des trous de hourds percs au niveau des chemins de ronde[74].
Souvent alors ces trous sont doubles, de manire  permettre de poser,
sous la solive en bascule, un lien destin  soulager sa porte.

Les merlons des tours et courtines du chteau de Carcassonne (1100
environ) sont hauts (1m,60  1m,80); les trous de hourds sont espacs
rgulirement, autant que le permet la courbe des tours ou les
dispositions intrieures; sous leurs pieds-droits sont percs, tout 
travers, quatre trous: deux un peu au-dessous de l'appui des crneaux,
deux au niveau du chemin de ronde. Du chemin de ronde (1), les
charpentiers faisaient couler par le trou infrieur une premire pice
A, puis une seconde pice B, fortement en bascule. L'ouvrier passant par
le crneau se mettait  cheval sur cette seconde pice B, ainsi que
l'indique le dtail perspectif B', puis faisait entrer le lien C dans
son embrvement. La tte de ce lien tait runie  la pice B par une
cheville; un potelet D, entr de force par derrire, roidissait tout le
systme. L-dessus, posant des plats-bords, il tait facile de monter
les doubles poteaux E, entre lesquels on glissait les madriers servant
de garde antrieure, puis on assujettissait la toiture qui couvrait le
hourdis et le chemin de ronde, afin de mettre les dfenseurs  l'abri
des projectiles lancs  toute vole. Des entailles G mnages entre les
madriers de face permettaient de viser. Ainsi des arbaltriers posts
sur les hourds pouvaient envoyer des projectiles par des meurtrires
multiplies et jeter des pierres par le mchicoulis K sur les
assaillants. Du chemin de ronde, d'autres arbaltriers ou archers
avaient encore les meurtrires  demeure L, par lesquelles, au-dessous
des hourds, ils envoyaient des traits aux assigeants. La communication
du chemin de ronde avec le hourd s'tablissait de plain-pied par les
crnelages, dont les merlons sont assez levs pour permettre  un homme
de passer. La couverture tait faite de forts madriers sur lesquels on
posait de la grande ardoise ou de la tuile, et si on craignait l'envoi
de projectiles incendiaires, des peaux fraches, de grosses toffes de
laine, du fumier ou du gazon. Ce blindage tait fait au sommet des
courtines et tours de toute place forte destine  subir un sige en
rgle, le crnelage en maonnerie ne servant qu'en temps de paix et pour
la garde ordinaire. Par le fait, les crneaux taient autant de portes
qui mettaient les hourds en communication avec le chemin de ronde sur un
grand nombre de points; et si le hourdage venait  brler ou  tre
dtruit par les pierriers de l'assigeant, il restait encore debout une
dfense de maonnerie offrant une dernire protection aux soldats qui
garnissaient les remparts.

Ces sortes de hourds n'taient pas gnralement poss  demeure, mais
seulement en temps de guerre. En temps de paix, ces charpentes taient
facilement dmontes et ranges  couvert dans les tours et dans les
nombreux rduits disposs le long des remparts,  l'intrieur. Aussi,
pour faciliter la pose et pour viter de numroter les pices, de les
classer et de les chercher, les trous de hourds sont percs  des
distances gales, sauf dans certains cas exceptionnels, de sorte que
tous les madriers de garde, formant parement, coups de longueur,
glissaient indiffremment entre les montants doubles assembls 
l'extrmit des solives en bascule. On comprend ds lors comment la pose
des hourds pouvait tre rapidement excute. En effet, les montants
doubles de face poss (2), et dont la section est trace en A, le
charpentier n'avait qu' laisser couler entre eux les madriers de garde,
ainsi qu'on le voit en B. Si des pierres d'un fort volume, lances par
les machines de l'assigeant, avaient rompu quelques madriers, on
pouvait de mme les remplacer promptement et facilement du dedans des
hourds pendant la nuit, sans avoir besoin ni de clous ni de chevilles.

Cependant, quelquefois, les hourds taient  demeure, particulirement
au sommet des tours; alors on les _hourdait_ en maonnerie comme des
pans de bois, ou on les couvrait d'ardoises. Il existe encore, dans le
chteau de Laval, une tour du XIIe sicle qui a conserv un hourdage
suprieur dont la construction parat remonter au XIIIe sicle. Ce
hourdage fait partie du comble et se combine avec lui (3). C'est un bel
ouvrage de charpenterie excut en beau et fort bois de chne. Suivant
l'usage de cette poque, chaque chevron de la charpente est arm, porte
ferme et repose sur les blochets A (voy. la coupe C), lesquels sont
ports sur la tte des poteaux de face D recevant une sablire S, et
maintenus par les grandes contre-fiches intrieures moises E. Ces
contre-fiches viennent en outre soulager ces chevrons vers le premier
tiers de leur longueur. Sous chaque poteau de face et sous chaque
contre-fiche est pos un patin P qui forme bascule et mchicoulis. En G,
on voit le systme du hourdage de face, lequel est volig et couvert
d'ardoises comme le comble lui-mme. De distance en distance, de petites
ouvertures sont perces dans le hourdage pour permettre de tirer.
L'enrayure basse est maintenue par des entraits comme dans toutes les
charpentes de combles coniques. Nous reviendrons tout  l'heure sur ces
hourds  demeure, trs-frquents dans les constructions militaires du
XVe sicle qui ne sont point couronnes par des mchicoulis avec murs de
garde en pierre de taille.

Pendant le XIIIe sicle, on simplifia encore le systme des hourdages en
charpente au sommet des remparts. On renona aux trous doubles, on se
contenta d'un seul rang de larges trous carrs (0,30 c. x 0,30 c.
environ) percs au niveau des chemins de ronde; et, en effet, une pice
de bois de chne de 0,30 c. d'quarrissage, ft-elle de trois mtres en
bascule, peut porter un poids norme. Or les hourds avaient rarement
plus de 1m,95 c. de saillie (une toise). Il n'est pas ncessaire de
s'tendre ici sur ces hourds simples, dont nous avons suffisamment
indiqu la construction dans l'article ARCHITECTURE MILITAIRE, fig. 32.
Mais souvent, au XIIIe sicle, il est question de hourds doubles,
notamment dans l'_Histoire de la croisade contre les Albigeois_[75].

 Toulouse, assige par le comte Simon de Montfort, les habitants
augmentent sans cesse les dfenses de la ville:

       E parec ben a lobra e als autres mestiers
       Que de dins et de fora ac aitans del obriers
       Que garniron la vila els portals els terriers
       Els murs e las bertrescas els cadafales dobliers
       Els fossatz e las lissas els pons els escaliers
       E lains en Toloza ac aitans carpentiers.
       ...[76]

Ailleurs, au sige de Beaucaire:

       Mas primier fassam mur ses cans e ses sablo
       Ab los cadafales dobles et ab ferm bescalo[77].

Nous avons d chercher sur les monuments mmes la trace de ces hourds 
deux tages. Or,  la cit de Carcassonne, des deux cts de la porte
Narbonnaise, dont la construction remonte au rgne de Philippe le Hardi,
nous avons pu reconnatre les dispositions d'un de ces chafauds
doubles, indiques par la construction de merlons trs-puissants et
taills d'une manire toute particulire. Ces merlons (4) sont
appareills en fruit sur le chemin de ronde, ainsi que l'indique le
profil A. Leur base est traverse au niveau du chemin de ronde, par des
trous de hourds de 0,30 c. de ct, rgulirement espacs. Sur le
parement du chemin de ronde du ct de la ville est une retraite
continue B. Les hourds doubles taient donc disposs ainsi: de cinq
pieds en cinq pieds passaient par les trous de hourds les fortes solives
C, sur l'extrmit desquelles,  l'extrieur, s'levait le poteau
inclin D, avec des contre-poteaux E formant la rainure pour le passage
des madriers de garde. Des moises doubles J pinaient ce poteau, se
reposaient sur la longrine F, mordaient les trois poteaux GHI, celui G
tant appuy sur le parement inclin du merlon, et venaient saisir le
poteau postrieur K galement inclin. Un second rang de moises, pos en
L,  1m,80 du premier rang, formait l'enrayure des arbaltriers M du
comble. En N, un mchicoulis tait rserv le long du parement extrieur
de la courtine. Ce mchicoulis tait servi par des hommes placs en O,
sur le chemin de ronde, au droit de chaque crneau muni d'une ventrire
P. Les archers et arbaltriers du hourd infrieur taient posts en R,
et n'avaient pas  se proccuper de servir ce premier mchicoulis. Le
second hourd possdait un mchicoulis en S. Les approvisionnements de
projectiles se faisaient au dedans de la ville par les guindes T. Des
escaliers Q, disposs de distance en distance, mettaient les deux hourds
en communication. De cette manire, il tait possible d'amasser une
quantit considrable de pierres en V, sans gner la circulation sur les
chemins de ronde ni les arbaltriers. En X, on voit de face, 
l'extrieur, la charpente du hourdage dpourvue de ses madriers de
garde, et, en Y, cette charpente garnie. Par les meurtrires et
mchicoulis, on pouvait lancer ainsi sur l'assaillant un nombre
prodigieux de projectiles. Comme toujours, les meurtrires U,  demeure,
perces dans les merlons, dgageaient au-dessous des hourds et
permettaient  un second rang d'arbaltriers posts entre les fermes,
sur le chemin de ronde, de viser l'ennemi. On conoit que l'inclinaison
des madriers de garde tait trs-favorable au tir. Elle permettait, de
plus, de faire surplomber le second mchicoulis S en dehors du hourdage
infrieur. La dpense que ncessitaient des charpentes aussi
considrables ne permettait gure de les tablir que dans des
circonstances exceptionnelles, sur des points mal dfendus par la
nature, et c'tait prcisment le cas des deux cts de la porte
Narbonnaise, particulirement pour la courtine du nord (voy. PORTE), sur
l'tendue de laquelle, entre cette porte et la tour du Trsau, ce
systme a t appliqu.

Si les courtines taient garnies de hourds,  plus forte raison le
sommet des tours devait-il tre muni de cette dfense ncessaire,
puisqu'on avait plus d'avantage  attaquer une tour qu'une courtine;
aussi les tours de la cit de Carcassonne sont-elles toutes perces, au
niveau de leur plancher suprieur, de trous de hourds trs-larges, bien
dresss et galement rpartis sur la circonfrence. Mais ces tours tant
couvertes par des charpentes, il tait indispensable de disposer
celles-ci de telle sorte que l'on pt poser les toitures des hourds sans
gter celles des tours.  cet effet, on laissait au-dessus des corniches
un espace vide entre les blochets, pour passer les chevrons du hourd
(5), qui taient cals sur les semelles du comble et arrts derrire
les jambettes au moyen de clefs, ainsi que l'indique le profil A. Le
hourdage d'une tour ronde se trouvait former un plan polygonal  plus ou
moins de cts, suivant que la circonfrence de la tour tait plus ou
moins tendue, car les trous de hourds sont toujours, comme les crneaux
et meurtrires, percs  distances gales. Le mchicoulis continu tait
ouvert soit le long du parement de la tour, en B, soit le long des
madriers de garde, en C, suivant le lieu et l'occasion; voici pourquoi:
les bases des tours (comme celles des courtines) sont montes en talus,
sauf de rares exceptions. Le talus finissait ordinairement au niveau de
la crte de la contrescarpe du foss. Si l'assaillant parvenait 
combler le foss, il arrivait au sommet du talus, en G, comme l'indique
le trac M. Alors le mchicoulis perc en C ne battait pas verticalement
les mineurs attachs en G; il tait donc ncessaire d'avoir un
mchicoulis, en B, le long du parement mme de la tour. Si, au
contraire, le mineur s'attachait  la base de la tour, au fond du foss
en F, il fallait ouvrir un mchicoulis en C, directement au-dessus de
lui, car les projectiles tombant par le mchicoulis B, ricochant sur le
talus, devaient dcrire une parabole _ab_ par-dessus la tte des
mineurs. Mais si l'assaillant se prsentait en masse  la base d'une
tour ou d'une courtine, garanti par une galerie roulante, une _gate_, le
projectile tombant verticalement du mchicoulis B lui causait plus de
dommages en ricochant, car il pouvait entrer ainsi sous la _gate_. En P,
nous donnons une vue perspective du sommet d'une tour de la fin du XIIIe
sicle, faisant partie de l'enceinte de la cit de Carcassonne, avec ses
hourds poss et en partie recouverts de peaux fraches, afin d'viter
l'effet des projectiles incendiaires sur toutes les pices saillantes du
hourdage.

Mais, ds la premire moiti du XIIIe sicle, on avait dj cherch 
parer, au moins en partie, aux dangers d'incendie que prsentaient ces
hourds saillants poss sur des solives en bascule, et contre lesquels
les assaillants lanaient une quantit de barillets de feux grgeois, de
dards garnis d'toupe, de rsine ou de bitume enflamms, toutes matires
qui, par leur nature, pouvaient s'attacher aux charpentes et produire un
feu trs-vif que l'eau ne pouvait teindre. Nous voyons dj, au sommet
des tours leves  Coucy par Enguerrand III de 1220  1230, des
consoles en pierre destines  la pose des hourds de bois. La
combinaison de ces hourds est trs-apparente et fort ingnieuse au
sommet du donjon de Coucy (voy. DONJON, fig. 39). Le pied des hourds de
ce donjon clbre, le plus grand de tous ceux que possde l'Europe, est
 40 mtres au-dessus de la contrescarpe du foss. Et bien qu' cette
hauteur les assigs n'eussent pas  redouter les projectiles
incendiaires, ils ont tabli, tout autour de l'norme cylindre,
quarante-huit consoles de pierre de 1m,07 de saillie sur 0,30 c.
d'paisseur, pour asseoir le hourdage dont notre fig. 6 donne la coupe
en A. En B, on voit l'une des consoles formes de deux assises chacune.
Sur ces consoles, en temps de guerre, reposait un patin C, recevant deux
poteaux inclins DE. Des moises F, poses un peu au-dessus du niveau de
la ventrire des crneaux, servaient  porter un plancher destin aux
arbaltriers. En avant de ce plancher tait ouvert un mchicoulis G 
l'aplomb de la base du talus du donjon au fond du foss. Suivant le
systme prcdemment expliqu, des madriers de garde entraient en
rainure en avant des poteaux D, doubls d'un deuxime poteau pinc  sa
base par les moises. Au sommet de la corniche H est lev un talus
double de pierre, sur lequel venait s'appuyer le double chevronnage II',
dont le glissement tait maintenu par l'querre J. Sur le banc continu K
intrieur taient poss d'autres poteaux inclins L, pincs par les
moises M et s'assemblant dans les chevrons I'. Sur ces moises M, des
longrines recevaient un plancher O, qui, au droit de chaque crneau, se
reposait sur la ventrire, mais de manire  laisser entre ces planchers
et celui du hourdage un mchicoulis N  l'aplomb du parement extrieur
de la tour. Le plancher O, mis en communication avec la terrasse par
quelques escaliers P, permettait d'arriver au plancher du hourdage, et
de poster un second rang d'arbaltriers qui pouvaient tirer par les
meurtrires en maonnerie R (voy. la face intrieure T qui reprsente,
en T', le crnelage nu, et en T''le crnelage avec les hourds). L'angle
du tir est surtout dispos pour couvrir de projectiles le chemin de
ronde de la chemise du donjon. Les mchicoulis suffisaient amplement
pour battre le fond du foss dall, creus entre cette chemise et la
tour. Les dfenseurs posts soit sur le hourdage, soit  l'intrieur,
taient ainsi parfaitement  couvert. Des pierres amasses dans
l'embrasure des crneaux sur le plancher O pouvaient tre pousses du
pied et tre jetes rapidement par le mchicoulis N. En S sont perces
les conduites rejetant  l'extrieur les eaux de la terrasse; ces
conduites taient autrefois garnies de plomb, comme la terrasse
elle-mme. Un fragment du plan du sommet du donjon de Coucy, avec les
hourds poss supposs coups au niveau _ab_ (7), complte l'explication
de la fig. 6.

Nous avons tenu  nous rendre compte de la manire de poser ces hourds,
 une hauteur de 46 mtres au-dessus du fond du foss, sur des consoles
isoles en contre-bas des crnelages. Ayant eu  poser un chafaudage 
la hauteur de ces consoles, pour placer deux cercles en fer et pour
rparer les couronnements profondment lzards par l'explosion de 1652,
nous avons d chercher naturellement quels avaient t les moyens
pratiques employs au XIIIe sicle pour assembler les hourds. Or tout
est prvu et calcul dans ce remarquable couronnement de donjon pour
faciliter ce travail en apparence si prilleux, et nous avons t
conduit, par la disposition mme des maonneries, des pleins et des
vides,  appliquer les procds qu'employaient les charpentiers du XIIIe
sicle, par la raison qu'on ne peut en employer d'autres. On se rappelle
(voy. DONJON, fig. 38 et 39) comment est trac le plan de la plate-forme
du donjon de Coucy. Cette plate-forme se compose d'un large chemin de
ronde circulaire, pourtournant une vote  douze pans revtue de plomb
et formant un pavillon plat, au centre duquel est perc un oeil. Ce
chemin de ronde circulaire, et divis par pentes et contre-pentes pour
rejeter les eaux en dehors, pouvait tre facilement nivel au moyen de
madriers poss sur cales. Ces madriers (voy. fig. 8), sur deux rangs A
et B, formaient deux chemins de bois sur lesquels taient pose une grue
dont les roues A, d'un plus grand diamtre que celles B, permettaient la
manoeuvre circulaire. Le nez C de cette grue dpassait l'aplomb de la
grande corniche D  l'extrieur. Comme sur les talus de cette corniche
s'levaient quatre pinacles P, il fallait que la flche de la grue pt
se relever pour passer au droit de ces pinacles. Cette flche pivotait
donc sur un tourillon G, et tait ramene  son inclinaison, puis
arrte  la queue par la traverse F et par un boulon I. Le dtail K
prsente cette grue de face du ct du treuil. Mais il fallait que les
charpentiers pussent,  l'extrieur, assembler les pices que cette grue
pchait et enlevait par les ouvertures des crneaux. Un chafaud en
bascule, indiqu en L en profil et en L' de face, permettait d'avoir un
premier pont M au droit de chaque crneau et au niveau des moises basses
du hourdage, et un second pont N, en contre-bas, pour pouvoir poser les
patins sur les consoles et assembler les poteaux inclins dans ces
patins. Des ouvriers  cheval sur le sommet des talus de la corniche
pouvaient facilement assembler les chevrons entre eux et rgler le plan
de chaque ferme. Ainsi, de l'intrieur du donjon, l'opration entire de
la pose des hourds pouvait se faire en peu de temps et sans exiger
d'autres chafauds que ces petits planchers en bascule tablis en dehors
de chaque crneau, d'autres engins que cette grue, manoeuvrant
circulairement par le moyen de ses roues de diamtres diffrents.
L'chafaud L en bascule tait fait seulement pour un crneau et
transport successivement par la grue elle-mme[78]. En examinant cette
dernire figure avec attention, on voit 1 que l'ouverture des crneaux
est mise en rapport avec les cartements des consoles, pour que les
moises pendantes O puissent passer juste le long de leurs parois; 2 que
la fermeture en tiers-point de ces crneaux est faite pour permettre
d'tanonner convenablement les deux solives en bascule posant sur la
ventrire V; 3 qu'au moyen des deux traverses RR, des jambettes
inclines S et des chandelles galement inclines J, les solives en
bascule M ne pouvaient ni branler ni s'en aller au vide; 4 que les
talus de la grande corniche, dont on ne pouvait s'expliquer l'utilit,
sont parfaitement motivs par l'inclinaison des chevrons qui venaient se
reposer franchement sur leurs faces; 5 que la forte saillie intrieure
et extrieure de cette corniche soulageait d'autant ces chevrons;
qu'enfin ce qu'il y a d'trange au premier abord dans ce couronnement
colossal, nullement motiv par la prsence des crneaux et des
meurtrires, s'explique du moment qu'on tudie la combinaison des hourds
et la manire de les poser. Mais telle est cette architecture du moyen
ge: il faut sans cesse chercher l'explication de toutes ses formes, car
elles ont ncessairement, surtout dans les difices militaires, une
raison d'tre, une utilit; et cela contribue  l'effet saisissant de
ces vastes constructions.

La fig. 9 donne en perspective les manoeuvres des charpentiers posant
les hourds du donjon de Coucy. On voit comment les petits ponts en
bascule des crneaux suffisaient parfaitement pour assembler ces
charpentes ferme par ferme; car celles-ci places, la circulation tait
de suite tablie en dehors pour clouer les planches du chemin de ronde
et les madriers de la couverture. Il faut bien admettre certainement que
les charpentiers de cette poque taient fort habiles au levage, et il
suffit d'ailleurs, pour s'en convaincre, de voir les charpentes qu'ils
ont dresses; mais les moyens pratiques employs ici sont si bien
expliqus par la disposition des lieux, et ces moyens sont si srs, si
peu dangereux, comparativement  ce que nous voyons faire chaque jour,
que le hourdage du donjon de Coucy ne devait prsenter aucune difficult
srieuse[79].

Il ne fallait pas moins, pour _armer_ une fortification de ses hourds,
des ouvriers, du bois en quantit, et encore risquait-on de laisser
brler ces galeries extrieures par l'ennemi; aussi, vers le
commencement du XIVe sicle, renonce-t-on gnralement en France aux
hourds de charpente pour les remplacer par des mchicoulis avec mur de
garde en pierre (voy. ARCHITECTURE MILITAIRE, fig. 33, 34, 36, 37 et 38,
et l'article MCHICOULIS). Ce n'est que dans les provinces de l'Est que
les architectes militaires continuent  employer les hourds. On en voit
encore un grand nombre, qui datent des XIV, XVe et XVIe sicles, en
Suisse, en Allemagne; mais ces hourds sont habituellement poss sur la
tte des murs et ne se combinent plus avec les crnelages comme ceux des
XIIe et XIIIe sicles.

Voici, par exemple, un hourdage pos au sommet d'un clocher du XIIe
sicle,  Dugny prs Verdun. Ce hourdage (10) est, bien entendu, d'une
poque postrieure, du XIVe sicle, pensons-nous. Il se compose d'un pan
de bois pos en encorbellement sur des solives et revtu d'une chemise
de planches verticales cloues sur les traverses hautes et basses de ce
pan de bois. Le tout est recouvert d'un comble[80]. Beaucoup de tours
des environs de Verdun sont encore garnies de ces hourds levs pendant
les guerres des XIVe et XVe sicles et qui, depuis lors, ont t laisss
en place et servent de beffrois.

 Constance, en Suisse, on voit encore un certain nombre de tours
garnies de hourds qui datent du XVe sicle. Le btiment de la douane de
cette ville, qui date de 1398, a conserv  sa partie suprieure une
belle galerie de hourds de la mme poque, galerie dont nous prsentons
(11) une coupe. Ces hourds se combinent avec la charpente du comble et
couronnent la tte des murs sur deux cts du btiment faisant face aux
quais (voy. BRETCHE, fig. 3). Le trac A fait voir le systme de
hourdage en planches verticales  l'extrieur, et le trac B le dtail
de la dcoupure infrieure de ces planches en sapin d'une forte
paisseur, avec leurs couvre-joints C. Comme toujours, un mchicoulis
continu est rserv en D.

On tablit encore des hourds contre l'artillerie  feu; mais alors on
prenait la prcaution de remplacer les planches par un hourdis en
maonnerie entre les membrures. On voit des hourds de ce genre encore
existants en Lorraine et en Suisse, notamment au-dessus de la tour qui
termine le pont de Constance du ct de la ville.  Nuremberg, il existe
encore des hourds du XVIe sicle sur les remparts levs par Albert
Drer (voy. CRNEAU, fig. 18). Ces hourds sont maonns entre les
membrures et couronnent les parapets des courtines par-dessus la grosse
artillerie.

On donnait aussi le nom de _hourd_  des chafauds que l'on dressait
soit dans des salles, soit sur l'un des cts d'un champ, pour permettre
 des personnes de distinction de voir certaines crmonies, des ballets
ou des combats en champ clos. Ces hourds taient alors encourtins,
c'est--dire recouverts de riches toffes, d'cussons armoys, de
peintures sur toile, de tapisseries. Leur intrieur tait dispos en
gradins et quelquefois divis en loges spares par des cloisons
drapes. Les manuscrits du XVe sicle nous ont conserv un grand nombre
de ces chafauds dcors, tablis  l'occasion d'un tournois, d'un
banquet ou d'une fte.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]

     [Note 73: _De Bello Gallico_, I. VIII, c. IX.]

     [Note 74: Au chteau de Carcassonne, par exemple, o les
     trous de hourds sont partout conservs.]

     [Note 75: Voy. _Coll. des docum. ind. sur l'hist. de
     France_, 1re srie; _Hist. polit._; _Hist. de la croisade
     contre les hrt. albigeois, en vers provenaux, par un pote
     contemporain_, trad. par M. C. Fauriel; 1837.]

     [Note 76: Vers 6854 et suiv.

       Il y parut bien  l'oeuvre et aux autres mtiers;
       Dedans comme dehors on ne voit qu'ouvriers
       Qui garnissent la ville et les portes et les plates-formes,
       Les murs et les bretches, les _hourds doubles_,
       Les fosss et les lices, les ponts, les escaliers,
       Et dans Toulouse ce ne sont que charpentiers.
       ...]

     [Note 77: Vers 3988 et suiv.

       Mais auparavant faisons un mur sans chaux ni sable
       Avec un _double hourd_ et escalier solide.]

     [Note 78: C'est l le procd qui a t employ par nous lors
     de la restauration, sans qu'il y ait eu le moindre accident 
     dplorer. Trois ouvriers ont t tus pendant les reprises
     des lzardes, mais par suite d'une ngligence dans la
     manoeuvre. Ce malheur est arriv, d'ailleurs, en dehors des
     ponts dont il est fait ici mention, et sur lesquels on a pu
     barder des pierres lourdes, des pices de fer et de bois d'un
     poids considrable.]

     [Note 79: Nous le rptons: une opration absolument
     semblable a t faite, par les mmes moyens, en trs-peu de
     temps et avec des bois lgers, par quatre ouvriers
     charpentiers conduits par un ancien compagnon habile, M. La
     France; ce ne sont donc pas l des hypothses.]

     [Note 80: Le dessin de ce clocher nous a t communiqu par
     M. Petitot-Bellovne, de Verdun.]



HOURDAGE, s. m. _Hourdes_. Runion de hourds (voy. HOURD).



HOURDIS, s. m. Maonnerie de brique ou de pltras faite entre les
membrures d'un pan de bois.



HUIS, s. m. Vieux mot employ pour dsigner les vantaux d'une porte;
toute partie de menuiserie ouvrante (voy. PORTE, VANTAIL).



HUISSERIE, s. f. Partie de menuiserie isole formant cloison ou barrire
(voy. MENUISERIE).


I


IMAGERIE, s. f. _Ymagerie_. Ce mot s'appliquait, au moyen ge,  toute
reprsentation de scnes sculptes sur la pierre ou le bois. Les
sculpteurs de figures avaient le titre d'_ymagiers_  dater du XIIIe
sicle (voy. STATUAIRE).



IMBRICATION, s. f. S'emploie aujourd'hui pour dsigner un appareil
dlicat de parements, formant des dessins varis par la disposition de
petites pierres tailles ou de briques. Les imbrications sont
quelquefois composes de pierres de diverses couleurs, comme en Auvergne
et dans certaines provinces du Midi; de pierres et de terres cuites,
comme dans le clotre de la cathdrale du Puy; de briques de diverses
nuances ou mailles. Les imbrications obtenues au moyen de pierres
poses de manire  dcorer des parements sont frquentes pendant les
XIe et XIIe sicles. On n'en trouve plus que fort rarement dans les
difices du XIIIe sicle. Les imbrications formes de briques de nuances
varies se rencontrent particulirement dans les maisons et chteaux des
XVe et XVIe sicles (voyez APPAREIL).



INCRUSTATION, s. f. Ce mot ne peut s'appliquer dans l'architecture du
moyen ge en France qu' des remplissages en plomb ou en mastic
d'intailles faites dans de la pierre dure, comme, par exemple, dans des
dallages, dans des pierres tombales (voy. DALLAGE). En France, on n'a
pas employ ce genre d'incrustation si frquent en Italie, et qui
consiste  remplir avec des marbres de couleur, dcoups, des dessins
creuss dans des plaques de marbre blanc. On voit des incrustations de
ce genre dans la petite glise de San-Miniato prs Florence, faites pour
dcorer le pavage, la clture et l'ambon du sanctuaire et mme la faade
(XIIIe sicle). La cathdrale de Sienne, celle de Florence
(Sainte-Marie-des-Fleurs), celle de Gnes, sont couvertes extrieurement
d'incrustations de marbre.



INTRADOS, s, m. Surface intrieure d'un arc ou d'une vote (voyez
EXTRADOS).


J


JAMBAGE, s. m. Nom que l'on donne aux deux montants verticaux d'une
baie, porte ou fentre, lorsque cette baie est termine par un linteau.
Lorsque la baie est ferme par un arc, on donne, de prfrence, aux deux
montants verticaux qui portent l'arc, le nom de _pieds droits_, AA (1)
sont les jambages de la baie B (voy. PORTE).

[Illustration: Fig. 1.]



JAMBETTE, s. f. Terme de charpenterie qui dsigne habituellement la
petite pice de bois lgrement incline qui soulage le pied de
l'arbaltrier d'une ferme ou un chevron et s'assemble dans l'entrait ou
le blochet. A (1) est une jambette (voy. CHARPENTE).

[Illustration: Fig. 1.]



JARDIN, s. m. _Cortil_, _courtil_, _gardin_. Dans les bourgs et les
villes mme (principalement celles des provinces du Nord), beaucoup de
maisons possdaient des jardins. Il est fait mention de jardins dans un
grand nombre de pices des XIIe et XIIIe sicles; et souvent, derrire
ces maisons, dont les faades donnaient sur des rues troites et
boueuses, s'ouvraient de petits jardins.

L'amour pour les jardins et les fleurs a toujours t trs-vif parmi les
populations du nord de la France, et les fabliaux, les romans, sont
remplis de descriptions de ces promenades prives. Pour les chteaux, le
jardin tait une annexe oblige; il se composait toujours d'un prau
gazonn, avec fontaine lorsque cela tait possible, de berceaux de
vignes, de parterres de fleurs, principalement de roses, fort prises
pendant le moyen ge, d'un verger et d'un potager. Si l'on pouvait avoir
quelque pice d'eau, on y mettait des cygnes et du poisson[81]. Des
paons animaient les pelouses, et les volires taient une des
occupations favorites des dames. Les intendants de Charlemagne devaient
nourrir des paons sur ses domaines[82]; la liste des plantes dont on
devait orner les jardins est mme donne tout au long[83]. On y trouve
les lis, les roses, quantit de plantes potagres; le pommier, le
prunier, le chtaignier, le sorbier, le nflier, le poirier, le pcher,
le coudrier, l'amandier, le mrier, le laurier, le pin, le figuier, le
noyer et le cerisier.

Dans le _Mnagier de Paris_[84], il est fait mention de toutes les
plantes potagres et d'agrment que l'on doit cultiver dans les jardins.
On y trouve les fves, la marjolaine, la violette, la sauge, la lavande,
la menthe, le panais, l'oseille, les poireaux, la vigne, le chou blanc
pomm, les pinards, le framboisier, la joubarbe, la girofle, le
persil, le fenouil, le basilic, la laitue, la courge, la bourrache, la
follette, les choux-fleurs, les brocoli, l'hysope, la pivoine, la
serpentine, le lis, le rosier, le groseillier, les pois, le cerisier, le
prunier, etc. L'auteur ne se contente pas de donner une simple
nomenclature, il indique la manire de planter, de semer, de soigner, de
fumer, de greffer ces plantes; les mthodes employes pour dtruire les
fourmis, les chenilles, pour conserver les fruits, les lgumes et mme
les fleurs en hiver. Dans la campagne, les jardins taient entours de
haies ou de palis, quelquefois de murs; les alles taient dj, au XVe
sicle, bordes de huis. Le trac de ces jardins ressemblait beaucoup 
ces plans que nous voyons reproduits dans les oeuvres de Du Cerceau[85],
c'est--dire qu'ils ne se composaient que de plates-bandes spares par
des alles et de grandes pelouses quadrangulaires (praux) entoures
d'arbres et de treilles formant ombrage.

Les abbayes possdaient de magnifiques jardins avec vergers, qui taient
souvent, pour ces tablissements religieux, une source de produits
considrables. Les moines faisaient excuter des travaux importants pour
y amener de l'eau et les arroser au moyen de petits canaux de maonnerie
ou de bois. Tel monastre tait renomm pour ses pommes ou ses poires,
tel autre pour ses raisins ou ses prunes; et, bien entendu, les
religieux faisaient tout pour conserver une rputation qui augmentait
leur richesse.

[Illustration: Fig. 1.]

     [Note 81: _De ornatu mundi_, pome de Hildebert.]

     [Note 82: _Capitularia_, d. de Baluze, t. I, ch. CCCXXXVII.]

     [Note 83: Ch. CCCXLI et CCCXLII.]

     [Note 84: Compos, vers 1393, par un bourgeois parisien.
     Publ. par la Socit des bibliophiles franais. T. II, p. 43
     et suiv.]

     [Note 85: _Des plus excellens bastimens de France_.]



JESS (ARBRE DE). Gnalogie du Christ. Dans l'vangile selon saint
Matthieu, il est dit que Jess engendra David, qui fut roi, et que,
depuis ce roi jusqu' Jsus-Christ, il y eut vingt-huit gnrations. Or,
dans beaucoup de nos monuments religieux, la gnalogie du Christ est
reprsente commenant  Jess, duquel sort un tronc d'arbre portant un
certain nombre de rois, puis saint Joseph, la sainte Vierge et le
Christ. Ce motif de sculpture et de peinture a fourni aux statuaires et
aux peintres verriers particulirement un de leurs sujets favoris 
dater de la fin du XIIe sicle. Beaucoup de nos cathdrales places sous
le vocable de la sainte Vierge prsentent un arbre de Jess dans les
voussures de la porte principale. On en voit un fort bien sculpt au
portail central de la cathdrale d'Amiens, dans la voussure
intermdiaire du ct droit en entrant. Le Jess (1) est reprsent
dormant suivant l'usage, coiff d'un bonnet juif; au-dessus de lui est
plac le roi David, couronn, et toute la succession des rois. On voit
galement un arbre de Jess, sculpt au commencement du XIIIe sicle, 
la porte centrale de la cathdrale de Laon; un du XVIe sicle au portail
de la cathdrale de Rouen, etc. Un vitrail du XIIe sicle, au-dessus de
l'entre de la cathdrale de Chartres, reprsente un arbre de Jess qui
est un des plus beaux exemples de l'art de la verrerie  cette poque;
l, Jess est couch sur un lit, au pied duquel brle une lampe. Il
existe galement un trs-beau vitrail du temps de l'abb Suger,
reprsentant l'arbre gnalogique, dans la chapelle de la Vierge de
l'glise abbatiale de Saint-Denis. On en trouve galement, du XIIIe
sicle, dans les cathdrales de Reims, d'Amiens, de Bourges,  la
Sainte-Chapelle du Palais. Un des vitraux les plus remarquables du XVIe
sicle qui existe en France se voit dans l'une des chapelles absidales
de l'glise Saint-tienne de Beauvais, et reprsente un arbre de Jess;
on en trouve, de la mme poque, dans les cathdrales d'Autun, de Sens,
etc. On en sculptait quelquefois sur les poteaux corniers des maisons.
Il n'y a pas longtemps qu'il existait un arbre de Jess  l'angle d'une
maison de la rue Saint-Denis,  Paris. On en trouve un,  peu prs
intact,  l'angle d'une maison de Sens.



JOINT, s. m. Sparation verticale remplie de mortier ou de pltre entre
deux pierres d'appareil. Chaque pierre d'appareil est toujours place
entre deux lits horizontaux AB, CD (1) et deux joints verticaux AC, BD
(voy. CONSTRUCTION).

Dans les constructions du moyen ge, les joints, d'abord trs-pais
jusqu'au XIe sicle, deviennent alors trs-minces, particulirement dans
les provinces mridionales et en Bourgogne, et sont presque dpourvus de
mortier; ils s'paississent vers le milieu du XIIe sicle, et les
pierres tant poses  bain de mortier sans tre ravales aprs la pose,
ces joints en mortier ne sont pas repasss au fer, mais simplement
coups  la truelle. Les constructeurs ne faisant pas de ravalements ne
faisaient pas non plus de rejointoiements.

Cependant il est quelques provinces, comme l'Auvergne, o, pendant les
XIe et XIIe sicles, on faisait des joints en mortier lgrement
saillants sur les parements et coups vifs aux artes, ainsi que
l'indique le profil (2); mais ces joints ne s'appliquent gnralement
qu' de petits appareils. Ils sertissent, par exemple, les imbrications
composes de matriaux de diverses couleurs, en formant autour de chaque
pierre un filet d'un centimtre de largeur environ, saillant d'un
millimtre sur le nu du mur. Ces sortes de joints taient faits aprs la
pose, repasss et soigneusement recoups au fer. Le mortier en est fort
dur, mais n'a pas toujours une parfaite adhrence avec celui qui a servi
 la pose et qu'il a fallu dgrader  une certaine profondeur pour
rejointoyer.

On voit aussi, dans des difices de la fin du XIe sicle des provinces
mridionales voisines du Centre, comme l'glise Saint-Sernin de
Toulouse, par exemple, des joints saillants, mais  section convexe (3).
Ceux-ci, en n'arrtant pas l'humidit qui coule le long des parements,
sont moins sujets  se dgrader par l'effet de la gele.

La dure des joints dpend beaucoup de la qualit de la pierre employe.
Avec les calcaires poreux, avec les calcaires siliceux trs-rugueux, on
fait d'excellents joints; il n'en peut-tre de mme avec le grs, qui
jamais n'adhre parfaitement au mortier par suite de son aptitude
particulire  absorber l'humidit. Alors les mortiers se desschent et
se dgradent promptement. Aussi avons-nous observ, dans quelques
monuments de l'Alsace, comme  la cathdrale de Strasbourg, par
exemple[86], que les constructeurs (pour viter, sur des plans inclins
ou des parements directement exposs  la pluie, la dgradation des
joints de mortier, toujours pulvrulents, surtout prs de la surface
extrieure), avaient pratiqu, des deux cts de ces joints, de petites
saignes pour conduire les eaux sur les parements et prserver le
mortier du lavage (4).

En principe, du moment qu'on ne peut poser les pierres absolument
jointives, comme le faisaient les Grecs et mme les Romains lorsqu'ils
employaient le grand appareil, mieux vaut un joint pais qu'un joint
mince, le mortier ne se conservant qu' la condition de former un volume
assez considrable. Les plus mauvais joints sont les joints couls soit
en mortier, soit en pltre. L'eau s'vaporant ou tant absorbe par la
pierre, le _coulis_ subit un retrait, et il reste des vides dans
lesquels vient se loger la poussire qui engendre des vgtaux. La seule
mthode  employer quand on lve des constructions en pierre, c'est de
poser les pierres  la louve et  bain de mortier; le fichage est
quelquefois command, comme, par exemple, dans les reprises en
sous-oeuvre; mais il demande  tre fait avec un soin extrme. Dans ce
cas, ds que le mortier fich commence  prendre, il faut le bourrer
avec des palettes de fer jusqu'au refus; puis on rejointoie quelque
temps aprs jusqu' une profondeur de cinq  six centimtres. Bien
entendu, ce que nous disons ici s'applique encore plus aux lits qu'aux
joints.

Les architectes du moyen ge ont souvent simul des joints en peinture
dans les intrieurs, soit en rouge sur fond blanc ou jaune, soit en
blanc sur fond ocre (voy. PEINTURE).

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]

     [Note 86: Face des contre-forts du transsept expose au vent
     de pluie.]



JUB, s. m. _Ambon_, _lectrier_, _doxale_, _pupitre_. Le jub appartient
 la primitive glise; c'tait alors une tribune leve place en bas du
choeur, entre celui-ci et les fidles rpandus dans la nef. Du haut de
cette tribune se faisaient les leons tires des ptres ou des
vangiles, et mme des prdications. Prudence rapporte que l'vque
instruisait le peuple du haut du jub[87]. Grgoire de Tours dcrit le
jub de l'glise de Saint-Cyprien[88]. Le pape Martin Ier fit lire les
canons du concile de Latran du haut du jub de cette basilique. Les
capitulaires de Charlemagne ordonnent d'y lire les rglements du prince.
On chantait aussi, au jub, l'_Alleluia_, les _proses_ ou _squences_;
mais cet usage ne fut pas conserv. Du temps de Guillaume Durand, on
chantait dj _in plano_, et on ne montait au jub que les jours de
grandes ftes pour dire les leons.

Ce n'est pas ici le lieu de chercher  dcrire les diverses sortes de
jubs qui existaient dans les glises d'Orient et d'Occident pendant les
premiers sicles; il est certain que l'ambon de l'glise grecque et de
l'glise latine, jusqu'au XIVe sicle, n'tait point du tout, comme
forme, ce que nous entendons aujourd'hui par jub. Les ambons de
Saint-Vital de Ravenne, de Saint-Marc de Venise, de
Saint-Laurent-hors-les-murs  Rome, de Saint-Ambroise de Milan, de la
cathdrale de Sienne, de l'glise de San-Miniato  Florence, sont plutt
de vastes chaires pouvant contenir plusieurs personnes que des jubs
comme ceux de nos glises occidentales qui,  dater du XIIe sicle au
moins, forment une sparation, une sorte de galerie releve entre le
haut de la nef et le bas du choeur. Dans les glises abbatiales
d'Occident, ces jubs servaient ainsi de clture antrieure au choeur
des religieux, clture perce quelquefois de trois portes, mais le plus
souvent d'une seule. Deux escaliers y montaient: l'un  droite en
entrant, du ct de l'ptre, l'autre  gauche du ct de l'vangile; ce
qui n'empchait pas la galerie suprieure d'tre d'une seule venue d'un
ct  l'autre de la nef, comme une tribune. Il n'existe plus en France,
malheureusement, un seul jub d'une poque ancienne, et cependant toutes
nos glises abbatiales, toutes nos cathdrales en possdaient, mais
aussi beaucoup d'glises paroissiales. Il faut observer toutefois que
les grandes cathdrales bties vers la fin du XIIe sicle et le
commencement du XIIIe, comme celles de Noyon, de Paris, de Chartres, de
Bourges, de Reims, d'Amiens, de Rouen, n'avaient point t primitivement
disposes pour recevoir des jubs et des cltures de choeur (voy.
CHOEUR). Ce ne fut que vers le milieu du XIIIe sicle que les vques ou
les chapitres firent lever des jubs devant le choeur des cathdrales.
Thiers cependant prtend que la cathdrale de Sens[89], de son temps,
possdait un jub fort ancien, puisqu'il lui donne une date de huit
sicles (ce qui d'ailleurs n'tait pas possible, la cathdrale ayant t
construite  la fin du XIIe sicle). Mais sa description est
intressante, car elle nous indique que ce jub tait, suivant la
tradition primitive, spar en deux ambons. Ils sont, dit-il[90], de
pierre, spars l'un de l'autre; le crucifix est entre deux[91]. Ils
sont soutenus par-devant de quatre colonnes de pierre, qui font trois
arcades en face. Ils ont chacun leur entre du ct du choeur, et chacun
leur sortie du ct de la nef, aux deux cts de la principale porte du
choeur. La plupart des autres tribunes de cette sorte n'ont que chacune
un escalier par lequel on entre et on sort. Ce qu'il y a de particulier
aux tribunes de Sens, est qu'on chante l'ptre dans celle qui est 
gauche en entrant au choeur, et l'vangile dans celle qui est  droite.
Non-seulement il n'est pas possible d'accorder au jub de la cathdrale
de Sens l'ge que lui donne Thiers, mais il est fort douteux mme que ce
jub ft antrieur au XIIIe sicle. Jusqu'au XIVe sicle, la cathdrale
de Sens ne possdait pas de transsept, conformment aux dispositions de
plusieurs grandes glises piscopales bties  la fin du XIIe sicle ou
au commencement du XIIIe; elle se composait d'une seule nef avec
collatraux pourtournant le sanctuaire et de trois chapelles: l'une
carre  l'abside, et deux orientes latralement  la hauteur du
bas-choeur actuel[92]. On ne saurait indiquer ds lors la place d'un
jub contemporain de l'glise du XIIe sicle. Toujours suivant les
donnes des cathdrales de cette poque, on ne voit pas qu'une clture
ait t prvue autour du sanctuaire. Or il ne se faisait gure de jub
sans clture. Nous ne pouvons donc considrer l'opinion de Thiers comme
suffisamment fonde pour admettre que, mme exceptionnellement, en
France, il ait exist des jubs dans les cathdrales bties par l'cole
laque de 1160  1230. Nous admettrions plus volontiers que, dans ces
difices, il a pu tre lev des ambons, ou vastes chaires, comme celles
de Saint-Marc de Venise, sauf le style; mais certainement le sanctuaire
tait entirement ouvert et souvent de plain-pied avec le collatral,
comme  Notre-Dame de Paris, comme  Meaux,  Sens, et  Senlis
primitivement. Les jubs n'apparurent dans les cathdrales qu'aprs
l'acte d'union des barons de France en novembre 1246, c'est--dire
lorsque les vques durent renoncer  leur prtention de connatre de
toutes les contestations judiciaires, sous le prtexte que tout procs
rsultant d'une fraude, et que toute fraude tant un pch, c'tait au
pouvoir religieux  juger les affaires relles, personnelles ou mixtes,
les causes fodales ou criminelles, et mme les simples dlits. Les
vques tant rduits, par la fermet du roi saint Louis, par
l'tablissement de ses baillis royaux et l'organisation du parlement, 
s'en tenir  la juridiction spirituelle ou  celle qu'ils possdaient
comme seigneurs fodaux; ne pouvant, comme ils l'avaient espr au
commencement du XIIIe sicle, faire de la cathdrale, la _cathedra_, le
sige de toute espce de juridiction, se contentrent d'en faire des
_glises_ piscopales, et s'enfermrent avec leurs chapitres dans ces
vastes sanctuaires levs sous une inspiration  la fois politique et
religieuse (voy. CATHDRALE).

Nous avons donn,  l'article CHOEUR, les figurs de deux jubs, ceux de
l'glise abbatiale de Saint-Denis et de la cathdrale de Paris. C'est
d'aprs ces dispositions que furent levs les jubs de Notre-Dame de
Chartres, de Saint-tienne de Bourges, de Notre-Dame d'Amiens, de la
cathdrale de Reims, de 1250  1500[93]. Celui de la cathdrale d'Alby,
qui date du commencement du XVIe sicle; ceux des glises de la
Madeleine  Troyes, de Saint-tienne-du-Mont  Paris, de
Saint-Florentin, d'Arques, qui existent encore, sont des oeuvres
remarquables de l'poque de la Renaissance.

On conserve, dans l'une des chapelles des cryptes de Notre-Dame de
Chartres, les dbris de l'ancien jub jet bas par le chapitre dans le
dernier sicle. Ces fragments, qui appartiennent tous au milieu du XIIIe
sicle, sont d'une beaut rare, entirement peints et dors; ils ont t
dcouverts par feu Lassus, notre confrre et ami. Nous avons trouv
depuis peu, sous le dallage du choeur de la cathdrale de Paris, refait
par l'ordre de Louis XIV, quantit de dbris du jub qui datait du
commencement du XIVe sicle et tait d'une finesse d'excution
incomparable. Malheureusement ces fragments ne sont pas assez nombreux
pour pouvoir reconstituer d'une manire certaine et dans toutes leurs
parties ces charmants monuments. De tous les jubs que nous possdons
encore en France, celui de la cathdrale d'Alby est certainement le plus
vaste, le plus complet et le plus prcieux; charg d'une multitude
infinie de sculptures, de tailles dlicates, il prsente un des
spcimens les plus extraordinaires de l'art gothique arriv aux
dernires limites de la dlicatesse et de la complication des formes.
Quelques glises de Bretagne conservent encore leurs jubs de bois; nous
citerons, comme le plus remarquable, celui de Saint-Fiacre au Faout,
qui date de la fin du XVe sicle. Il est entirement peint.

     [Note 87: Hymne de saint Hippolyte.]

     [Note 88: L. I, Mirac., ch. XLIV.]

     [Note 89: _Dissertations eccls. sur les jubs des glises_.
     Paris, 1688.]

     [Note 90: Chap. III.]

     [Note 91: Il est probable que cette sparation n'tait pas
     telle qu'il fallt descendre de l'ambon de droite pour monter
     dans celui de gauche, puisque l'ensemble formait trois
     arcades,  moins toutefois d'admettre que l'arcade du milieu
     n'tait qu'un _arc_ portant le crucifix.]

     [Note 92: Cette disposition, dont nous retrouvions des traces
     trs-visibles en lvation, est confirme par des fouilles
     rcentes que MM. Lance, architecte diocsain, et Lefort,
     inspecteur, ont bien voulu faire excuter sous nos yeux.]

     [Note 93: Tous ces jubs ont t dtruits.]




JUGEMENT DERNIER. Ce sujet est frquemment reprsent, soit en
sculpture, soit en peinture, dans nos glises du moyen ge. Mais la
manire de le reprsenter diffre suivant le temps et suivant les coles
provinciales.

C'est sur le portail des glises abbatiales que nous voyons le Jugement
dernier tenant tout d'abord une place importante; mais, au XIIIe sicle,
il apparat dans les tympans des portes principales des cathdrales, des
glises paroissiales et mme des chapelles.

Sur la porte de la cathdrale d'Autun, dont la construction est de 1140
environ, nous voyons sculpt un des jugements derniers les plus anciens
et les plus complets. Le Christ occupe la partie centrale du tympan; 
ct de lui se tient un ange qui pse les mes et un diable qui attend
les damns. Dans le linteau,  la droite du Christ, sont les lus qui
regardent le ciel. Un ange colossal prend une  une les mes des
bienheureux et les introduit, par une fentre, dans un palais qui
reprsente le paradis  la gauche du Sauveur sont les damns; un ange
arm d'une pe leur interdit la communication avec les lus. Ces
damns, nus, ont la tte plonge dans leurs mains. Dj, dans cette
sculpture, l'ide dramatique domine; les expressions sont rendues avec
une vigueur sauvage qui ne manque ni de style ni de noblesse. Mais c'est
au commencement du XIIIe sicle que les artistes se sont plu 
reprsenter d'une manire tendue les scnes du Jugement dernier;
non-seulement alors elles occupent les tympans au-dessus des portes,
mais les claveaux infrieurs des voussures. Le Jugement dernier de la
porte centrale de la cathdrale de Paris est un des mieux traits. Le
linteau est entirement occup par des personnages de divers tats
sortant de leurs tombeaux, rveills par deux anges qui, de chaque ct,
sonnent de la trompette. Tous ces personnages sont vtus; on y voit un
pape, un roi, des guerriers, des femmes, un ngre. Dans la zone
suprieure, au centre, est un ange qui pse les mes; deux dmons
essayent de faire pencher l'un des plateaux de leur ct.  la droite du
Christ sont les lus, tous vtus de longues robes et couronns. Ces lus
sont reprsents imberbes, jeunes et souriants; ils regardent le Christ.
 la gauche, un dmon pousse une foule d'mes enchanes portant chacune
le costume de leur tat. Les expressions de ces personnages sont rendues
avec un rare talent: la terreur, le dsespoir se peignent sur leurs
traits. Dans la partie suprieure est, au centre, le Christ assis,
demi-nu, qui montre ses plaies; deux anges, debout,  droite et 
gauche, tiennent les instruments de la Passion; puis sont placs 
genoux, implorant le Sauveur, la Vierge et saint Jean. Les voussures du
ct des damns sont occupes,  la partie infrieure, par des scnes de
l'enfer, et, du ct des lus, par un ange et les patriarches, parmi
lesquels on voit Abraham tenant des mes dans son giron; puis des lus
groups. Cette sculpture remarquable date de 1210  1215; elle tait
entirement peinte et dore.

Nous trouvons le mme sujet reprsent  la cathdrale de Chartres, 
Amiens,  Reims,  Bordeaux. Mais, dans ces derniers bas-reliefs, les
mes sont reprsentes nues gnralement, sauf celles des lus, et les
compositions sont loin de valoir celle de Notre-Dame de Paris. Le
sentiment dramatique est dj exagr, les groupes sont confus, les
damns grimaants, les dmons plus ridicules qu'effrayants. Presque
toujours l'entre de l'enfer est reprsente par une gueule norme
vomissant des flammes au milieu desquelles des dmons plongent les
damns. Au XIVe sicle, ce sujet, bien que frquemment reprsent, perd
beaucoup de son importance; les figures, trop nombreuses, sont petites,
et les artistes, en cherchant la ralit, en multipliant les scnes, les
personnages, ont enlev  leur sculpture ce caractre de grandeur si
bien trac  Paris. On voit des bas-reliefs reprsentant le Jugement
dernier sur le tympan du portail des Libraires  la cathdrale de Rouen,
sur la porte principale de l'glise Saint-Urbain de Troyes, qui datent
du XIVe sicle, et qui, par leurs dtails sinon par l'ensemble,
prsentent encore des sculptures traites avec une rare habilet. Des
vitraux de roses taient souvent occups par des scnes du Jugement
dernier ds le commencement du XIIIe sicle. Celles de la rose de
l'glise de Mantes, qui appartiennent  cette poque, sont fort belles.
La rose sud de la cathdrale de Sens (XVIe sicle) prsente d'assez
bonnes peintures de ce mme sujet. Mais les meilleures peintures sur
verre du Jugement dernier, de l'poque de la Renaissance, sont celles de
la sainte-chapelle du chteau de Vincennes, attribues  Jean Cousin. Il
existe aussi quelques peintures murales du Jugement dernier en France;
nous mentionnerons particulirement celles de la cathdrale d'Alby, qui
datent de la fin du XVe sicle.


K


KARNEL, s. m. (voy. CRNEAU).



KEMINE, s f. (voy. CHEMINE).


L


LABYRINTHE, s. m. Il tait d'usage, pendant le moyen ge, de disposer,
au milieu de la nef de certaines grandes glises, des pavages de pierres
blanches et noires ou de carreaux de couleur formant, par leurs
combinaisons, des mandres compliqus auxquels on donnait le nom de
_labyrinthe_, de _chemin de Jrusalem_ ou _de la Lieue_. Nous ne
saurions dire quelle fut l'origine de ces sortes de pavages. M. Louis
Pris, dans son _Mmoire du mobilier de Notre-Dame de Reims_, prtend
que ces pavages taient une rminiscence de quelque tradition paenne:
c'est possible; cependant il n'en est fait mention ni dans Guillaume
Durand, ni dans les auteurs antrieurs  lui qui ont crit sur les
choses touchant aux glises. Les plus anciens labyrinthes que nous
connaissions ne sont pas antrieurs  la fin du XIIe sicle, et le
seigneur de Caumont, dans son _Voyaige d'oultremer en Jhrusalem_[94],
en parlant du labyrinthe de Crte[95], ne dit rien qui puisse faire
croire  une tradition de cette nature, c'est--dire qu'il n'tablit
aucun point de comparaison entre le labyrinthe du Minotaure et ceux
qu'il avait videmment vus tracs sur le pav des glises de son pays.
Le labyrinthe de la cathdrale de Reims s'appelait _ddale_, _mandre_,
_lieue_ ou _chemin de Jrusalem_. Quelques archologues ont voulu voir,
dans ces pavs  combinaisons de lignes concentriques, un jeu des
matres des oeuvres, en se fondant sur ce fait, que trois de ces
labyrinthes, ceux de Chartres, de Reims et d'Amiens, reprsentaient,
dans certains compartiments, les figures des architectes qui avaient
lev ces cathdrales. Nous nous garderons de trancher la question. On
trouve les tracs de la plupart de ces labyrinthes dans l'ouvrage de M.
Am intitul: _Carrelages maills du moyen ge et de la Renaissance_.
M. Vallet, dans sa description de la crypte de Saint-Bertin de
Saint-Omer, tablit que les fidles devaient suivre  genoux les
nombreux lacets tracs par les lignes de ces mandres, en mmoire du
trajet que fit Jsus de Jrusalem au Calvaire. La petite basilique de
_Reparatus_  Orlans-Ville (Algrie) montre, sur son pav, une mosaque
que l'on peut prendre pour un de ces labyrinthes, c'est--dire un
mandre compliqu. Or cette basilique date de 328, ainsi que le croit M.
F. Prvost. Cet usage est-il venu d'Orient aprs les premires
croisades? ou est-il une tradition locale? Nous inclinons  penser que
la reprsentation des matres de l'oeuvre sur ces pavages les
rattacherait  quelque symbole maonnique adopt par l'cole des matres
laques, d'autant que nous ne voyons apparatre ces labyrinthes sur les
pavages des glises qu'au moment o les constructions religieuses
tombent dans les mains de cette cole puissante. Si ces mandres avaient
t tracs pour reprsenter le trajet de Jsus de la porte de Jrusalem
au Calvaire, il est  croire qu'un signe religieux aurait rappel les
stations, ou du moins la dernire; or on ne remarque rien de semblable
sur aucun des labyrinthes encore existants ou sur ceux dont les dessins
nous sont rests. De plus, nous trouvons des carrelages maills qui
reprsentent des combinaisons de lignes en mandres dans des dimensions
si petites, qu'on ne pouvait,  coup sr, suivre ces chemins compliqus,
ni  pied ni  genoux, puisque quelques-uns de ces labyrinthes, comme
celui de l'glise abbatiale de Toussaints (Marne), n'ont pas plus de
0,25 c. de cts.  vrai dire, ces derniers mandres datent du XIVe
sicle et peuvent passer pour une copie d'oeuvres plus grandes; mais,
encore une fois, les petits ou les grands ne renferment aucun signe
religieux.

     [Note 94: En 1418. Publi par M. le marquis de la Grange.
     Paris, A. Aubry, 1858.]

     [Note 95: Page 41.]



LAMBOURDE, s. f. Terme de charpenterie qui sert  dsigner une pice de
bois pose horizontalement le long d'un mur sur des corbeaux, ou
flanquant une poutre matresse, sur laquelle viennent s'assembler et
porter les solives des planchers dont la construction reste apparente. A
(1) est une lambourde accole  un mur, et BB sont des lambourdes
flanquant une poutre matresse. Dans ce dernier cas, les lambourdes
taient maintenues contre la poutre au moyen de longues chevilles de
fer, de boulons  clavettes ou d'triers (voy. PLANCHER). On donne aussi
le nom de lambourdes  des longrines de bois de faible quarrissage qui
poses sur les planchers, servent  clouer les parquets; mais les
parquets n'tant pas fort anciens en France, la dnomination de
_lambourde_ donne  ces longues cales est trs-moderne.

[Illustration: Fig. 1.]



LAMBRIS, s. m. _Lambruscature_. Ne s'employait, au moyen ge, que pour
dsigner un revtement uni de planches. Les charpentes des XIIIe, XIVe
et XVe sicles sont souvent,  l'intrieur, garnies de lambris en forme
de berceau plein cintre ou en tiers-point. Ce sont alors des charpentes
lambrisses (voy. CHARPENTE). Ces lambris taient toujours revtus de
peintures plus ou moins riches. On en voit encore beaucoup en Bretagne,
en Normandie et en Picardie. La grand'salle du Palais  Rouen est
couverte par une charpente lambrisse. La salle de l'hpital de Tonnerre
possde galement une norme charpente lambrisse (voy. HTEL-DIEU,
SALLE). On garnissait aussi frquemment de lambris la partie infrieure
des salles ou chambres, c'est--dire de planches avec couvre-joints
au-dessous des tapisseries. Ces lambris taient isols des murs et
clous sur des tasseaux scells au pltre dans des rainures A (1). On
vitait ainsi la fracheur des murs, toujours assez dangereuse dans les
habitations.

[Illustration: Fig. 1.]



LANTERNE DES MORTS. _Fanal_, _tournile_, _phare_. Pile creuse en pierre
termine  son sommet par un petit pavillon ajour, perc  si base
d'une petite porte, et destine  signaler au loin, la nuit, la prsence
d'un tablissement religieux, d'un cimetire. Adont moru Salehedins li
miudres princes qui onkes fust en Paienie et fu enfouis en la cymitre
S. Nicholai d'Acre de jouste sa mre qui moult ricement y fu ensvelie:
et  sour eaus une tournile bile et grant, o il art nuit et jour une
lampe plaine d'oile d'olive: et le paient et font alumer cil del
hospital de S. Jehan d'Acre, qui les grans rentes tinent que Salehedins
et sa mre laissirent[96].

Les provinces du centre et de l'ouest de la France conservent encore un
assez grand nombre de ces monuments pour faire supposer qu'ils taient
jadis fort communs. Peut-tre doit-on chercher dans ces difices une
tradition antique de la Gaule celtique. En effet, ce sont les
territoires o se trouvent les pierres leves, les _menhirs_, qui nous
prsentent des exemples assez frquents de lanternes des morts. Les mots
_lanterne_, _fanal_, _phare_, _pharus ignea_[97], ont des tymologies
qui indiquent un lieu sacr, une construction, une lumire. _Later_,
_laterina_, en latin, signifient brique, lingot, bloc, amas de briques;
[Grec phanos], en grec, lumineux, flambeau; [Grec phans],
dieu de lumire; _fanum_, lieu consacr; _par_, en celtique, pierre
consacre; _fanare_, rciter des formules de conscration. Le dieu celte
Cruth-Loda habite un palais dont le toit est parsem de feux
nocturnes[98]. Encore de nos jours, dans quelques provinces de France,
les pierres leves dont on attribue,  tort selon nous[99], l'rection
aux druides, passent pour s'clairer, la nuit, d'elles-mmes, et pour
gurir les malades qui se couchent autour la nuit prcdant la
Saint-Jean. La pierre des rables (Touraine), entre autres, prvient les
terreurs nocturnes. Il est bon d'observer que le _menhir_ des rables
est perc d'un trou de part en part, ainsi que plusieurs de ces pierres
leves. Ces trous n'taient-ils pas disposs pour recevoir une lumire?
et s'ils devaient recevoir une lumire, ont-ils t percs par les
populations qui primitivement ont lev ces blocs, ou plus tard? Que les
menhirs aient t des pierres consacres  la lumire, au soleil, ou des
pierres prservatrices destines  dtourner les maladies,  loigner
les mauvais esprits, ou des termes, des bornes, traditions des voyages
de l'Hercule tyrien, toujours est-il que le phare du moyen ge,
habituellement accompagn d'un petit autel, semble, particulirement
dans les provinces celtiques, avoir t un monument sacr d'une certaine
importance. Il en existait  la porte des abbayes, dans les cimetires,
et principalement sur le bord des chemins et auprs des maladreries. On
peut donc admettre que les lanternes des morts riges sur le sol
autrefois celtique ont perptu une tradition fort antique, modifie par
le christianisme.

Les premiers aptres des Gaules, de la Bretagne, de la Germanie et des
contres scandinaves, prouvaient des difficults insurmontables
lorsqu'ils prtendaient faire abandonner aux populations certaines
pratiques superstitieuses. Souvent ils taient contraints de donner 
ces pratiques, qu'ils ne pouvaient dtruire, un autre but et de les
dtourner, pour ainsi dire, au profit de la religion nouvelle, plutt
que de risquer de compromettre leur apostolat par un blme absolu de ces
traditions profondment enracines. M. de Caumont[100] pense que les
lanternes des morts, pendant le moyen ge, taient destines
particulirement aux services des morts qu'on apportait de trs-loin et
qui n'taient point introduits dans l'glise. Il admet alors que le
service se faisait dans le cimetire et que le fanal remplaait les
cierges. Cette opinion est partage par M. l'abb Cousseau[101]: Les
glises mres (_ecclesi matrices_) seules, dit M. Cousseau, possdaient
sans restrictions tous les droits qui se rattachent  l'exercice du
culte. Cela rsultait de ce que souvent le seigneur, en faisant donation
d'une glise  un corps religieux, apportait  sa libralit cette
restriction, que le droit de dme, le droit de spulture, etc., ne
seraient pas compris dans la donation. Que les lanternes des morts
aient t utilises pour les services funbres dans les cimetires, le
fait parat probable; mais qu'on ait lev des colonnes de plusieurs
mtres de hauteur pour placer  leur sommet, _en plein jour_, des lampes
allumes dont personne n'aurait pu apercevoir l'clat, et cela seulement
avec l'intention de remplacer l'clairage des cierges, c'est douteux. Si
les lanternes des morts n'eussent t destines qu' tenir lieu de
cierges pendant les enterrements, il eut t plus naturel de les faire
trs-basses et disposes de manire que la lumire pt tre aperue de
jour par l'assistance. Au contraire tout, dans ces petits monuments,
parat combin pour que la lampe que renferme leur lanterne suprieure
puisse tre vue de trs-loin et de tous les points de l'horizon. M.
Lecointre, archologue de Poitiers[102], remarque que les colonnes
creuses ou fanaux taient levs particulirement dans les cimetires
qui bordaient les chemins de grande communication ou qui taient dans
des lieux trs-frquents. Il pense que ces lanternes taient destines
 prserver les vivants de la peur des revenants et des esprits de
tnbres, de les garantir de ce _timore nocturno_, de ce _negotio
perambulante in tenebris_ dont parle le Psalmiste; enfin de convier les
vivants  la prire pour les morts. Quant  l'ide qu'on attachait 
ces monuments, au XIIe sicle par exemple, M. Lecointre nous parat tre
dans le vrai; mais nous n'en sommes pas moins disposs  croire que ces
colonnes appartiennent, par la tradition,  des usages ou  des
superstitions d'une trs-haute antiquit[103]. Il est  regretter qu'il
ne nous reste plus de lanternes des morts antrieures au XIIe sicle; il
n'y a pas  douter de leur existence, puisqu'il en est parfois fait
mention, entre autres  la bataille livre entre Clovis et Alaric, mais
nous ne connaissons pas la forme de ces premiers monuments chrtiens.

Une des lanternes des morts les mieux conserves, datant du XIIe sicle,
se voit  Celfrouin (Charente)(4). La petite porte qui servait 
introduire,  allumer et  guinder la lampe, est releve de trois mtres
au-dessus de la plate-forme circulaire sur laquelle s'lve l'dicule;
ce qui fait supposer qu'il fallait se servir d'une chelle pour allumer
cette lampe et la hisser au sommet de la chemine. La lanterne de
Celfrouin, contrairement  l'usage adopt, n'a qu'une seule ouverture au
sommet, par laquelle on peut apercevoir la lumire de la lampe. Quant 
la petite tablette qui se trouve dispose sous l'ouverture infrieure,
elle ne saurait tre considre comme un autel, mais seulement comme un
repos destin  appuyer l'chelle et  placer la lampe pour l'arranger
avant de la monter.

Une autre lanterne, plus complte que celle-ci, se trouve dans le
village de Ciron (Indre); elle date de la fin du XIIe sicle. Pose sur
une large plate-forme leve de sept marches au-dessus du sol, elle
possde une table d'autel et,  la droite de cette table, l'ouverture
ncessaire  l'introduction de la lampe (2). Cette porte tait ferme
par un vantail en bois. Nous donnons, en A, le plan gnral du monument
de Ciron; en B, le plan au niveau de l'autel, et en C, au niveau de la
lanterne suprieure. La fig. 3 prsente l'lvation et la coupe de ce
monument, bien conserv encore aujourd'hui. La lanterne est 
claire-voie, de manire  laisser voir la lumire de tous les points de
l'horizon. La fig. 4 prsente une vue perspective et un plan de la
lanterne des morts d'Antigny (Vienne), qui date du milieu du XIIIe
sicle. Le monument, suivant l'usage, repose sur une plate-forme de
trois marches; il est sur plan carr, possde son petit autel avec une
marche, une porte latrale pour l'introduction de la lampe et quatre
ouvertures au sommet pour laisser passer la lumire. L'amortissement
suprieur tait probablement termin par une croix, comme les deux
exemples prcdents.

Les lanternes des morts perdent leur caractre de pierre leve, de
colonne isole, pendant le XIVe sicle, et sont remplaces par de
petites chapelles ajoures dans lesquelles on tenait une lampe allume
(voy. CHAPELLE, fig. 20). C'est ainsi que les vieilles traditions
gauloises, qui s'taient perptues  travers le christianisme jusqu'
la fin du XIIIe sicle, changeaient de forme peu  peu jusqu' faire
oublier leurs origines.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]

     [Note 96: _La Chronique de Rains_ (XIIIe sicle). Publ. par
     Louis Pris. Paris, Techener, 1837.]

     [Note 97: Il existait un _pharus ignea_ prs Poitiers, sur
     l'emplacement de l'glise Saint-Hilaire, lors de la bataille
     de Clovis contre Alaric.]

     [Note 98: Edward, _Recherches sur les langues celtiques_
     (voy. l'ouvrage de M. L. A. Labourt: _Recherches sur
     l'origine des ladreries, maladreries_, etc. Paris, 1854.)]

     [Note 99: Ce n'est pas ici le lieu de discuter cette question
     qne nous nous proposons de traiter ailleurs. Nous devons dire
     seulement que nous considrons ces monuments comme
     appartenant  des traditions antrieures  la domination des
     Celtes.]

     [Note 100: _Cours d'antiquits_, t. VI.]

     [Note 101: _Bulletin monumental_, t. IX, p. 540.]

     [Note 102: _Bulletin monumental_, t. III, p. 452.]

     [Note 103: Pour ne donner ici qu'un petit nombre d'exemples
     de l'antiquit de cette tradition, Hrodote rapporte que,
     dans le temple de l'Hercule tyrien, il y avait une colonne
     isole en meraude (escarboucle) qui clairait d'elle-mme
     tout l'intrieur de ce temple. Le gographe Pomponius Mla
     prtend qu'au sommet du mont Ida, clbre dans l'antiquit
     par le jugement de Pris, on voit, la nuit, briller des feux
     qui se runissent en faisceau avant le lever du soleil.
     Euripide dit la mme chose dans les _Troyennes_.]




LARMIER, s. m. Profil pris dans une hauteur d'assise, formant bandeau ou
membre suprieur de la corniche, et destin  protger les parements, en
faisant couler loin des murs l'eau pluviale.

Le larmier de la corniche romaine n'est qu'un lger videment A (1)
pratiqu au-dessous de la saillie forme par le membre saillant de la
corniche; par consquent, l'eau pluviale, avant de quitter la pierre
protectrice, suit la pente _ab_, le filet _c_, la doucine _d_ et la face
_e_. Ce principe est  peu prs suivi pendant l'poque romane, et mme
souvent alors, le larmier faisant dfaut, l'eau bave sans obstacle tout
le long des profils jusqu'aux parements des murs que ces profils doivent
protger. Si l'cole laque de la fin du XIIe sicle soumettait toutes
les parties de la construction  un raisonnement absolu, elle ne
ngligeait pas les profils; pour l'excution de ce dtail, elle
abandonnait les traditions romanes; elle inventait des profils en raison
des ncessits reconnues, comme elle inventait un systme de
construction appuy sur de nouveaux principes. Cette cole donna donc
aux larmiers, c'est--dire aux assises protectrices des parements, le
profil qui tait le plus favorable au rejet des eaux. Ce profil se
composait (2) d'un talus A, termin  sa partie infrieure par un
coupe-larmes B nettement dcoup. Si l'on voulait loigner davantage la
goutte d'eau du parement, on ajoutait une moulure sous le coupe-larme
(3) (voy. CORNICHE). Ce principe fut suivi pendant les XIIIe, XIVe et
XVe sicles; vers ces derniers temps, on voulut donner plus de lgret
 ces talus, et, au lieu de les couper suivant un plan droit, on leur
donna une forme concave (4). Mais comme cet videment affaiblissait la
pierre, comme aussi le filet A paraissait pais  ct de cette surface
courbe, on arriva  profiler l'extrmit du larmier, le coupe-larme,
suivant le trac (5), vers la fin du XVe sicle. Le larmier persiste
longtemps encore dans l'architecture de la Renaissance; c'est qu'en
effet ce profil tait certainement le plus propre  garantir les
parements sous un climat o les pluies sont frquentes. En rgle
gnrale, le filet B du larmier (fig. 2) est toujours trac  angle
droit avec la ligne du talus. Les larmiers sont puissants et pais dans
l'architecture du XIIIe sicle de l'le-de-France; ils sont plus fins et
moins hauts en Champagne; ils ne se voient qu'assez tard (vers la
seconde moiti du XIIIe sicle) en Bourgogne, et alors ils affectent
toujours la forme d'une dalle talute avec une mouchette profonde sous
le talus (voy. PROFIL).

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]



LATRINES, s. f. _Priv, retrait_. Le mot _latrines_ ne s'emploie qu'au
pluriel. On admet volontiers que nos aeux, dans leurs maisons, palais
et chteaux, n'avaient aucune de ces commodits dont aujourd'hui on ne
saurait se passer (dans les villes du Nord au moins); et de ce qu'
Versailles les seigneurs de la cour de Louis XIV se trouvaient dans la
ncessit de se mettre  leur aise dans les corridors, faute de
cabinets, on en dduit, en faisant une rgle de proportion, que chez les
ducs de Bourgogne ou d'Orlans, au XVe sicle, on ne prenait mme pas
tant de prcautions[104].

Cependant, si les chteaux du moyen ge ne prsentaient pas des faades
arranges par _belle symtrie_, des colonnades et des frontons, ils
possdaient des latrines pour les nobles seigneurs comme pour la
garnison et les valets; ils en possdaient autant qu'il en fallait et
trs-bien disposes.  Coucy, les tours et le donjon du commencement du
XIIIe sicle ont des latrines  chaque tage, construites de manire 
viter l'odeur et tous les inconvnients attachs  cette ncessit. Les
latrines du donjon s'panchent dans une fosse large, bien construite, et
dont la vidange pouvait se faire sans incommoder les habitants. Quant
aux latrines des tours, elles taient tablies dans les angles rentrants
forms par la rencontre de ces tours et les courtines, et rejetaient les
matires au dehors dans l'escarpement bois qui entoure le chteau.

Voici (1) un de ces cabinets donnant sur un palier A en communication
avec les salles et l'escalier. B est la courtine, C la tour. De B en D
est construit un mur en encorbellement masquant le sige E. En F est un
urinoir et en G une fentre. Le trac H donne l'aspect du cabinet 
l'extrieur, et le trac I sa coupe sur AX. L il n'y avait pas 
craindre l'odeur, puisque les matires tombaient dans un prcipice.

La fig. 2 nous prsente un cabinet qui existe encore intact dans le
chteau de Landsperg (Bas-Rhin)[105], et qui jette, de mme que ceux des
tours de Coucy, les matires  l'extrieur. Le sige d'aisances est
entirement port en encorbellement sur le nu du mur. La figure A donne
le plan, la figure B la coupe, et la figure C la vue de l'encorbellement
du sige avec la chute en perspective. Comme il y avait lieu de se
dfier des traits qui pouvaient tre lancs du dehors, on observera que
le constructeur a eu la prcaution de placer une dalle de champ
descendant en contre-bas des deux corbeaux latraux, afin de masquer
compltement les jambes de la personne assise sur le sige, compos
d'une simple dalle troue. La nuit, il tait d'usage de se faire
accompagner, lorsqu'on se rendait au cabinet, par un serviteur tenant un
flambeau. Cette habitude ne parat avoir t abandonne que fort tard.
Grgoire de Tours rapporte qu'un prtre mourut aux privs pendant que le
serviteur qui l'avait accompagn avec un flambeau l'attendait derrire
le voile qui tombait sur l'entre[106]; et dans les _Mmoires_ de Jehan
Berthelin, crits vers 1545, nous lisons qu'un chevalier du roi, log 
Rouen  l'htel du Cheval blanc, luy estant lev il se en alit aux
pryvetz avec le serviteur dudit logis, lesquels tous deux fondyrent et
tombrent dedens lesdits pryvets, et furent tous deux noiez 
l'ordure[107]. Dans les _Cent nouvelles nouvelles_, il est galement
question de personnages qui se font accompagner par des serviteurs. Ceci
explique pourquoi, dans les latrines du moyen ge, on laissait une place
large devant les siges, ou souvent une sorte de couloir assez long
entre le sige et l'entre.

Les fosses taient l'objet d'une attention particulire de la part des
constructeurs; nous en avons de nombreux exemples dans des chteaux du
moyen ge. Elles taient votes en pierre, avec ventilation et pertuis
pour l'extraction. Mais c'est surtout dans la construction des latrines
communes que les architectes ont fait preuve de soin. Dans les chteaux
devant contenir une assez grosse garnison, il y a toujours une tour ou
un btiment spar rservs  l'tablissement des latrines. Il y avait
au chteau de Coucy, entre la grand'salle et le btiment des cuisines,
des latrines importantes dont la fosse est conserve. On voit des restes
de latrines disposes pour un personnel nombreux dans un des trois
chteaux de Chauvigny (Poitou). En Angleterre, au chteau de Langley
(Northumberland), il existe un btiment  quatre tages destin aux
latrines, lesquelles sont tablies d'une manire tout  fait
monumentale. On en voyait de fort belles et grandes au chteau de
Marcoussis,  peu prs pareilles  celles de Langley. Les latrines du
chteau de Marcoussis, leves au XIIIe sicle, adosses  l'une des
courtines, se composaient d'un btiment troit, couvert, mais dpourvu
de planchers, et dont les cabinets (3)[108] communiquaient avec les
tages des logis voisins au moyen des portes et des passages B (voir la
coupe transversale A). La fosse tait en C, et sa vote tait compose
de deux arcs doubleaux entre lesquels passaient les trois trmies de
chute des trois tages de siges. Ces siges taient au nombre de quatre
 chaque tage, et du sol D (rez-de-chausse) au comble, pos  1m,00
environ en contre-haut de la fentre suprieure E, il n'y avait pas de
planchers. Ainsi la ventilation pouvait se faire facilement et l'odeur
n'tait pas entrane par les portes B dans les logis voisins. En F,
nous avons trac la coupe du btiment paralllement aux siges, et pour
les laisser voir, nous avons suppos les appuis G en partie dtruits.

Au chteau de Pierrefonds, dont la construction date de 1400, il est une
tour, du ct des logements de la garnison, qui tait entirement
destine aux latrines. Nous donnons (4) les tracs de cette curieuse
construction. En A est figur le plan de la tour au niveau du sol
extrieur du chteau qui est le sol de la fosse; en C est le pertuis
d'extraction; en D, un ventilateur, et en E un massif de pierres de
taille plant au milieu de la fosse pour faciliter la vidange des
matires. Le trac B donne le plan du premier tage (rez-de-chausse
pour la cour du chteau). Des salles G, on ne pouvait arriver aux
latrines que par le long couloir F, muni de deux portes. La salle H
possdait une suite de siges en I et un coffre L qui tait la descente
des latrines des deux tages suprieurs. La coupe perspective faite sur
BK fait voir, en M, la fosse avec le massif N et le ventilateur O; en P,
les siges du rez-de-chausse; en R, les siges du premier tage, et en
S les siges du troisime. Pour faire voir les trmies et tous les
siges, nous avons suppos les planchers enlevs. La dernire trmie S
se prolongeait, par une chemine latrale, jusqu'au-dessus des combles,
de manire  former appel, et prs du tuyau de prolongation de cette
dernire trmie tait dispos un petit foyer pour activer cet appel. Il
faut bien reconnatre que beaucoup de nos tablissements occups par un
personnel nombreux, tels que les casernes, les lyces, les sminaires,
n'ont pas des latrines aussi bien disposes que celles-ci. Observons
que, grce au pertuis latral d'extraction de la fosse et au massif
central, il tait trs-facile de faire faire des vidanges frquentes et
promptes; que cette fosse contenait un cube d'air considrable; qu'elle
tait doublement ventile, et que, par consquent, elle ne devait pas
dgager beaucoup de gaz dans les pices, lesquelles taient ventiles
par des fentres; que d'ailleurs toutes les entres mnages aux divers
tages de cette tour consistent en des couloirs longs, dtourns,
ventils eux-mmes et ferms par des doubles portes.

Dans le mme chteau, les latrines du grand logis seigneurial ou donjon
sont disposes, avec un soin extrme, dans une partie troite des
btiments recevant de l'air de deux cts, isoles et ouvrant les
fentres des cabinets au nord (voy. DONJON, fig. 41, 42 et 43). Il faut
remarquer que les jours des grandes latrines de la garnison que nous
venons de donner dans la figure prcdente s'ouvrent galement vers le
nord. Ces prcautions minutieuses apportes  la construction de ces
parties importantes des habitations font place, vers la fin du XVIe
sicle,  une ngligence extrme. Mais c'est qu'alors on se proccupait
avant tout de faire ce qu'on appelait de belles ordonnances symtriques;
que le bien-tre des habitants d'un palais ou d'une maison, ce que nous
appelons le _comfort_, tait soumis  des conditions architectoniques
plutt faites pour des dieux que pour de simples mortels. En finissant,
nous ne devons pas omettre de prmunir nos lecteurs contre les rcits
d'oubliettes que font tous les _cicerone_ chargs de guider les amateurs
de ruines fodales. Dix-neuf fois sur vingt, ces oubliettes, qui
meuvent si vivement les visiteurs des chteaux du moyen ge, sont de
vulgaires latrines, comme certaines chambres de torture sont des
cuisines. Plusieurs fois nous avons fait vidanger des fosses de chteau
que l'on considrait, avec une respectueuse terreur, comme ayant
englouti de malheureux humains; mls  beaucoup de poudrette, on y
trouvait quantit d'os de lapins ou de livres, quelques pices de
monnaie, des tessons et des momies de chats en abondance.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]

     [Note 104: Cette ngligence  satisfaire aux ncessits de
     notre nature physique tait pousse trs-loin dans le temps
     o l'on songeait surtout  faire de l'architecture _noble_.
     Non-seulement le chteau de Versailles, o rsidait la cour
     pendant le XVIIIe sicle, ne renfermait qu'un nombre
     tellement restreint de privs, que tous les personnages de la
     cour devaient avoir des chaises perces dans leurs
     gardes-robes; mais des palais beaucoup moins vastes n'en
     possdaient point. Il n'y a pas fort longtemps que tous les
     appartements des Tuileries taient dpourvus de cabinets, si
     bien qu'il fallait chaque matin faire faire une vidange
     gnrale par un personnel _ad hoc_. Nous nous souvenons de
     l'odeur qui tait rpandue, du temps du roi Louis XVIII, dans
     les corridors de Saint-Cloud, car les traditions de
     Versailles s'y taient conserves scrupuleusement. Ce fait,
     relatif  Versailles, n'est point exagr. Un jour que nous
     visitions, tant trs-jeune, ce palais avec une respectable
     dame de la cour de Louis XV, passant dans un couloir empest,
     elle ne put retenir cette exclamation de regret: Cette odeur
     me rappelle un bien beau temps!]

     [Note 105: Ce dessin nous a t fourni par M. Cron,
     architecte. Ce chteau date du XIIe sicle.]

     [Note 106: Lib. II, cap. XXIII.]

     [Note 107: _Journal du bourgeois de Rouen; Revue rtrospect.
     normande._ Publ. par Andr Pottier; 1842.]

     [Note 108: D'aprs un ancien dessin en notre possession.]



LAVABO, s. m. Grande vasque en pierre ou en marbre rpandant l'eau par
une quantit de petits orifices, percs autour de ses bords, dans un
bassin infrieur, et destin aux ablutions; par extension, le nom de
_lavabo_ a t donn  la salle ou  l'aire au milieu de laquelle
s'levait la fontaine. La plupart des clotres de religieux possdaient
un lavabo. Quelquefois le lavabo tait pos au centre du prau,  ciel
ouvert, plus frquemment le long d'une des galeries du clotre ou dans
un angle, et alors le lavabo tait couvert; c'tait une annexe du
clotre vers laquelle les religieux se dirigeaient avant d'entrer au
rfectoire et en revenant des travaux des champs, quand ils
travaillaient aux champs. Les cisterciens, qui, au XIIe sicle, se
piquaient de revenir aux premires rigueurs de la vie monastique, qui
excluaient de leurs couvents tout luxe, toute superfluit, avaient
cependant construit des lavabos dans leurs clotres, disposs non point
comme un motif de dcoration, mais comme un objet de premire ncessit.
C'est qu'en effet les cisterciens du XIIe sicle s'occupaient  de rudes
travaux manuels; il leur fallait, avant d'entrer  l'glise ou au
rfectoire, laver les souillures qui couvraient leurs mains. Aussi
voyons-nous que les lavabos des monastres cisterciens sont une partie
importante du clotre. L'abbaye de Pontigny possdait un lavabo dont la
cuve existe encore; celle du Thoronet (Var), XIIe sicle, possde au
contraire l'dicule qui contenait la cuve, tandis que celle-ci a
disparu.

Voici (1) le plan de ce lavabo; c'est une salle hexagone tenant  la
galerie du clotre qui longe le rfectoire; les religieux entraient dans
la salle par une porte et sortaient par l'autre, de manire  eviter
tout dsordre; ils se rangeaient ainsi autour du bassin, au nombre de
six ou huit, pour faire leurs ablutions.

La fig. 2 prsente la coupe de ce lavabo sur _ab_[109]. Conformment 
la rgle de l'ordre de Cteaux, cette salle est extrmement simple,
couverte par une coupole en pierre  cinq pans avec artiers dans les
angles rentrants.

L'abbaye de Fontenay, prs Montbard, dpendant du mme ordre, possdait,
le long de l'une des galeries de son clotre, un lavabo d'une
remarquable construction (3)[110]. En A tait le rfectoire. Les
religieux entraient  la file dans le lavabo par une arcade et sortaient
par l'autre, comme au Thoronet. Une colonne centrale, passant  travers
la vasque B, portait la retombe de quatre votes d'arte avec arcs
doubleaux. Cette salle, assez spacieuse pour permettre  quinze
religieux au moins de se tenir autour du bassin, tait basse comme les
galeries du clotre et bien abrite du vent et du soleil par consquent.

La fig. 4 prsente une vue perspective de ce lavabo prise du point C, en
supposant la vote coupe de _a_ en _b_. C'tait l un difice dont la
disposition tait rigoureusement prise d'aprs le programme donn et qui
devait prsenter un aspect agrable, bien que l'architecture en ft
trs-simple. Les beaux matriaux calcaires dont disposaient les
religieux de Fontenay leur avaient permis d'lever cette salle au moyen
de gros blocs de pierre; les noyaux des piles sont monolithes, les bases
et chapiteaux pris dans une seule assise. Ce mode de construction
ajoutait au caractre de grandeur du monument malgr sa petite
dimension. L'abbaye de Saint-Denis possdait une fort belle vasque dans
son clotre qui servait aux ablutions des moines; cette vasque, dpose
aujourd'hui au milieu de la seconde cour de l'cole des Beaux-Arts, date
du XIIIe sicle, est d'un profil remarquable et prsente, tout autour,
entre chaque goulotte, une tte sculpte d'un beau style[111]. Lorsque
les moines ne pouvaient amener l'eau dans une vasque pour les ablutions
journalires, ils se contentaient d'un puits avec une auge circulaire ou
semi-circulaire[112] autour ou  proximit.

Cependant, en Espagne, les couvents possdaient des lavabos magnifiques.
Le voisinage des tablissements arabes, dans lesquels l'abondance de
l'eau tait considre comme une ncessit de premier ordre, avait d
exercer une certaine influence sur les constructions des clotres. C'est
aussi dans les monastres du midi de la France qu'on trouvait autrefois
les lavabos les mieux disposs et les plus spacieux. Il est  regretter
que ces salles, qui se prtaient si bien aux compositions
architectoniques, aient t dtruites partout, ds avant la fin du
dernier sicle, par les moines eux-mmes, qui ne se soumettaient plus 
l'usage de se laver au mme moment et ensemble. Les lavabos consistaient
seulement parfois en une grande auge en marbre, en pierre ou en bronze,
place  l'entre du rfectoire (voyez, dans le _Dictionnaire du
Mobilier_, l'article LAVOIR).

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]

     [Note 109: Voy. les gravures faites d'aprs les relevs de M.
     Questel, dans le recueil des archives des _Monuments
     historiques_, pub. sous les auspices de M. le ministre
     d'tat.]

     [Note 110: On voit encore en place les deux entres du
     lavabo, et nous avons retrouv, en 1844, dans les dbris qui
     jonchaient le clotre, les fragments des piles de la salle,
     dont le primtre tait apparent au-dessus du sol du prau.]

     [Note 111: Voy. la gravure de cette vasque dans les _Exemples
     de dcoration_ de M. Lon Gaucherel.]

     [Note 112: Voy. le clotre de la cathdrale de Girone.]



LAVATOIRE, s. m. Auge place dans une salle prs du clotre des
monastres, et servant  dposer et laver les morts avant leur
ensevelissement.

L'usage de laver les morts avant de les enterrer est une pratique qui
remonte  l'antiquit[113] et qui s'est conserve jusqu' la fin du
dernier sicle dans quelques provinces, comme le pays basque, par
exemple, les environs d'Avranches et le Vivarais. Le sieur de
Molon[114] dcrit ainsi le lavatoire de l'abbaye de Cluny: Au milieu
d'une chapelle fort spacieuse et fort longue, o l'on entre du clotre
dans le chapitre, est le lavatoire, qui est une pierre longue de six ou
sept pieds, creuse environ de sept ou huit pouces de profondeur, avec
un oreiller de pierre qui est d'une mme pice que l'auge; et un trou au
bout du ct des pieds, par o s'coulait l'eau aprs qu'on avait lav
le mort. L'auteur donne un figur de ce lavatoire que nous prsentons
ici (1); il ajoute qu'il y avait des pierres semblables dans l'hpital
de la ville de Cluny, dans le chapitre de l'glise cathdrale de Lyon,
dans le revestiaire de celle de Rouen et dans presque tous les
monastres des ordres de Cluny et de Cteaux.

[Illustration: Fig. 1.]

     [Note 113: Voy. les _Actes des aptres_, chap. IX; Sidoine
     Apollinaire, liv. III, lettre III.]

     [Note 114: _Voyages liturgiques en France_. Paris, 1718.]



LGENDE, s. f. Ce mot, en architecture, s'applique aux reprsentations
groupes, soit sculptes, soit peintes, sur mur ou sur verre, de sujets
lgendaires, comme, par exemple, l'histoire de l'Enfant prodigue,
l'histoire du mauvais Riche, ou bien certaines vies de saints racontes
dans la _Lgende dore_. Les portails de nos glises du moyen ge
prsentent souvent des sujets lgendaires sculpts sur leurs
soubassements  dater de la fin du XIIIe sicle.  la cathdrale
d'Auxerre, au portail de la Calende de la cathdrale de Rouen, au
portail occidental de celle de Lyon, on voit de trs-fines sculptures
reprsentant des sujets lgendaires. Mais c'est surtout sur les vitraux
que s'tendent les sries innombrables de ces sortes de sujets (voy.
VITRAIL).



LICE, s. f. Barrire, palissade, par extension, espace rserv entre les
deux enceintes d'une ville fortifie, ou entre les murs et les barrires
extrieures (voy. ARCHITECTURE MILITAIRE). On donnait aussi le nom de
lices aux champs clos destins aux exercices, joutes, tournois, pas
d'armes et jugements de Dieu.

Lorsqu'une arme campait et s'entourait de palis, on disait sortir des
lices pour sortir de l'enceinte palissade. Quand Harold vient de
Londres au-devant de Guillaume le Btard, il fait placer son corps
d'arme derrire des palissades. Le matin de la bataille, Harold va
reconnatre l'ennemi,

       E de lor lices furz issu[115].

Aprs la bataille de Mansourah ou de la Massoure, des espions viennent
avertir saint Louis qu'il sera attaqu de grand matin dans son camp. Et
lors commanda le roy  touz les cheveteins des batailles que il feissent
leur gent armer ds la mienuit, et se traisissent hors des paveillons
jusques  la lice, qui estoit tele que il y avoit lous merriens, pour ce
que les Sarrazins ne se frissent parmi l'ost; et estoient atachis en
terre en tel manire, que l'en pooit passer parmi le merrien 
pi[116]. Ainsi, dans les campements faits  la hte, les pieux qui
formaient la lice taient espacs l'un de l'autre de manire  permettre
aux gens de pied de passer entre eux. Ces pieux formaient ainsi une
suite de merlons qui n'empchaient pas les fantassins de se jeter sur
l'assaillant, mais qui arrtaient les charges de cavalerie, et
permettaient aux soldats de se rallier s'ils taient obligs de se
replier.

Les chteaux taient toujours entours de lices, c'est--dire de
barrires palissades, quelquefois avec fosss, qui protgeaient le pied
des remparts et permettaient de faire des rondes extrieures lorsque
l'on tait investi. C'tait l une tradition des populations guerrires
du Nord.

       Amis, beau-frre, est Orenge si riche?
       Dist li chtis: Si m'ast Dex, beau sire,
       Se viez le pals de la vile,
       Qui toz est fez  voltes et  lices[117]!

Ce qui veut dire que le chteau de la ville est maonn, vot et
entour de palissades de bois.

     [Note 115: Le _Roman de Rou_, vers 12,125.]

     [Note 116: _Hist. de saint Louis_, Joinville. Pub. par M.
     Franc. Michel; 1858.]

     [Note 117: _La prise d'Orenge; Guillaume d'Orange_, chanson
     de geste des XIe et XIIe sicles, pub. par M. W. J. A.
     Jonckbloet; 1854.]



LIEN, s. m. Terme de charpenterie. Pice de bois ayant un tenon  chaque
bout et qui, pose en charpe, lie le poinon avec l'arbaltrier ou avec
le fatage d'une charpente de comble (1). A tant le poinon et B les
arbaltriers, les pices C sont des liens; D tant des poinons et F le
fatage, les pices G sont des liens.

[Illustration: Fig. 1.]



LIERNE, s. f. Nervure d'une vote en arcs d'ogive qui runit la clef des
arcs ogives aux sommets des tiercerons. Les nervures A (1) sont des
liernes (voy. CONSTRUCTION, VOTE).

Dans la charpenterie, les liernes sont des pices de bois horizontales
qui runissent  leur base deux poinons dans le sens longitudinal du
comble et qui reoivent les solives des faux planchers. Ce sont aussi
des pices de bois courbes, poses horizontalement entre les
arbaltriers d'un comble conique, et qui servent  assembler les
chevrons lorsque ceux-ci doivent tre rpartis  distances  peu prs
gales dans la hauteur de la toiture. Les pices A (2) sont des liernes.
Dans les combles de tours cylindriques, les liernes sont ncessaires
lorsque la charpente n'est pas dispose de manire  ce que chaque
chevron porte ferme. La mthode des chevrons portant ferme tant presque
toujours adopte dans les charpentes de combles du moyen ge, il est
rare qu'on ait eu recours aux liernes. On les emploie depuis le XVe
sicle pour les charpentes sphrodes formant coupole.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]



LIMON, s. m. Est une pice de bois rampante qui porte les marches d'un
escalier  leur extrmit oppose au mur (voy. ESCALIER). Les limons de
pierre n'taient pas employs dans l'architecture du moyen ge, les
rvolutions des marches dans les escaliers  plan carr ou barlong tant
alors portes sur des arcs, ce qui tait beaucoup plus solide que le
systme de limons appareills.



LINOIR, s. m. Terme de charpenterie. Pice de bois pose
horizontalement au-dessus des lucarnes ou des souches de chemines pour
recevoir les chevrons du comble.



LINTEAU, s. m. Bloc de pierre pos sur les jambages d'une porte ou d'une
fentre pour fermer la partie suprieure. Dans la charpenterie, la pice
de bois horizontale qui remplit le mme office s'appelle aussi _linteau_
(voy. FENTRE, PORTE).



LIS (FLEUR DE). Voyez FLORE.



LIT, s. m. Surface horizontale de pose d'une pierre de taille. Chaque
pierre de taille est comprise entre deux lits: le lit infrieur et le
lit suprieur; naturellement le lit suprieur d'une pierre reoit le lit
infrieur de celle qui vient au-dessus. Les Grecs posaient leurs
matriaux taills, marbre ou pierre,  joints et lits vifs, sans
mortier. Dans le grand appareil, les Romains firent de mme, et cela
avec tant de perfection que, dans les constructions grecques et romaines
leves en pierres de taille ou en marbre, on aperoit  peine la suture
entre les blocs. Cette mthode a quelquefois t imite pendant le moyen
ge, particulirement dans les contres o il existait encore un grand
nombre de monuments antiques, comme en Provence et dans le Languedoc;
mais l'imitation est fort loin d'atteindre la perfection de la taille
antique en ce qui concerne les lits. Dans les provinces du centre et du
nord de la France, on employa le mortier entre les pierres d'appareil
depuis l'poque mrovingienne. Les lits de mortier sont fort pais du
VIIe au XIIe sicle; ils deviennent fins et rguliers  cette poque,
reprennent une paisseur qui varie de 0,01 c.  0,03 c. au XIIIe sicle,
lorsque l'on lve les grands difices religieux, les chteaux et les
palais; puis s'amincissent de nouveau pendant les XIVe et XVe sicles,
mais en conservant toujours une paisseur de 0,01 c. au maximum. Quant
aux lits taills, ils sont planes, bien lays, sans flches, depuis le
XIIe sicle jusqu'au XVIe. Dans les constructions du moyen ge, les lits
sont dresss avec autant de soin que les parements.

On appelle _pierre pose en dlit_ celle dont le lit de carrire est
vertical au lieu d'tre horizontal. Les matriaux calcaires se sont
forms par une suite de dpts marins, lacustres ou fluvials, et se
composent ainsi d'une superposition de couches plus ou moins homognes.
Lorsque ces couches n'ont pas t fortement agglutines par une
circonstance naturelle, elles tendent  se sparer. Il est donc
important de poser les pierres _sur leur lit de carrire_, c'est--dire
conformment  leur position gologique. Cependant les Romains et les
constructeurs du moyen ge ne se sont pas fait faute d'employer les
calcaires en dlit, mais alors ils choisissaient avec soin ceux qui
pouvaient sans danger prendre cette position (voyez CONSTRUCTION,
JOINT).



LOGE, s. f. Pice ou portion de galerie, dpendant d'un difice public
ou priv, leve au-dessus du sol extrieur et s'ouvrant largement sur
le dehors, sans vitrines ou fermetures  demeure. La loge ressemble
d'une part au portique, de l'autre  la bretche; cependant il faut la
distinguer de ces deux membres d'architecture. La loge diffre du
portique en ce qu'elle est leve au-dessus de la voie publique, possde
une entre particulire et que sa longueur est borne, tandis que le
portique est une galerie couverte dont la longueur est indtermine. La
loge tenant  des maisons diffre de la bretche en ce point important
qu'elle est ouverte aux intempries, en dehors des appartements, tandis
que la bretche est ferme par des vitres ou volets et ajoute aux pices
une annexe saillante sur la voie publique. L'architecture franaise du
moyen ge n'admettait gure la loge que dans les provinces mridionales,
o elle pouvait avoir une certaine utilit. Dans nos climats, on
prfrait toujours une pice ferme  ces salles ouvertes  tous vents,
si frquentes dans les villes italiennes des XIIIe et XIVe sicles. Les
municipalits italiennes levaient volontiers ces difices propres aux
runions de citoyens, couverts par des votes ou des lambris pour viter
les rayons du soleil. C'tait dans ces loges que les marchands venaient
s'entretenir de leurs affaires, comme aujourd'hui dans les bourses et
cercles. On concevra facilement qu'en France les _parloirs_, qui
correspondent aux grandes loges d'Italie, devaient tre clos neuf mois
sur douze; ds lors, ils n'taient que des salles plus ou moins vastes.
De mme aussi, dans nos maisons, il tait rare de trouver sous les
combles ces loges que l'usage a fait ouvrir au sommet des habitations
italiennes, et qui sont disposes pour respirer l'air frais du soir.
Cependant la loge n'tait pas absolument bannie de nos habitations du
nord. Il existait encore, il y a peu d'annes, sur la place de la
cathdrale de Laon, une petite maison du XIIIe sicle, dpendant
autrefois du chapitre, qui possdait une loge  la base de son comble,
dispose en appentis et interrompue aux angles par des chauguettes.

La figure 1 donne l'lvation perspective de la faade de cette maison.
 la base du pignon, lev en retraite, tait pratique une loge en
charpente qui se retournait sur les deux murs goutterots et passait
alors sous le comble. C'tait comme un chemin de ronde avec ses
chauguettes.

La figure 2 prsente en A le plan de la faade de la maison,  l'tage
sous la loge, et en B le plan de cette loge. Les loges voisines du
comble prenaient le nom de _soliers_, comme les combles eux-mmes; elles
servaient  la dfense, elles permettaient de voir tout ce qui se
passait au dehors, elles donnaient aux habitants un schoir excellent.
Observons que ces loges sont basses, bien abrites et fermes aux
extrmits.

Dans le voisinage des places de marchs, on tablissait aussi parfois
des loges peu leves au-dessus du sol de la voie publique sous quelques
maisons, pour permettre aux marchands de traiter de leurs affaires 
l'abri du soleil et de la pluie. Il existe encore  Vire (Calvados) une
petite loge de ce genre, dispose sous une maison du XIVe sicle. Rien
n'est plus simple que cette construction (3), qui se compose de deux
piles et de deux colonnes en pierre, reposant sur un bahut; d'une aire
dalle et de quelques marches poses  chacune des extrmits donnant
sur la voie publique. La faade de la maison, en pan de bois hourd de
briques, repose sur les deux piles d'angles et les deux colonnes, si
bien que cette loge n'est autre chose qu'un bout de portique surlev
avec bahut sous ses colonnes.

Sur les faades des htels de ville, des palais, des maisons de riches
particuliers, il y avait quelquefois, mais fort rarement en France, des
loges disposes  la faon des bretches, c'est--dire portes en
encorbellement sur des consoles. Ces loges, par leur petite dimension,
n'taient,  proprement parler, que des balcons couverts. Elles taient
moins rares dans les provinces de l'est et du sud-est que dans
l'le-de-France, les provinces de l'ouest et du centre. Quelques maisons
de Dijon en possdaient autrefois; on en trouvait  Metz,  Verdun et
vers les bords du Rhin, comme en tmoignent de nombreuses gravures des
XVIe et XVIIe sicles. Ces loges en encorbellement, ou plutt ces
bretches ouvertes, taient poses au-dessus des portails des maisons,
au premier tage, et formaient ainsi une sorte d'auvent sur l'entre.

Nous donnons (4) l'une d'elles que nous trouvons indique assez finement
dans un manuscrit franais du XVe sicle de la bibliothque de Munich.
Elle est faite entirement de pierre, recouverte de plomb et pose
au-dessus d'une porte.

Les guerres d'Italie de la fin du XVe sicle inspirrent aux seigneurs
franais le got des loges; mais les architectes du commencement de la
Renaissance, qui conservaient les traditions senses de l'art de notre
pays, se dcidrent dificilement  leur donner l'aspect d'une
construction ouverte sur trois cts; ils les traitaient plutt comme
des portiques bas d'une longueur rduite, s'ouvrant seulement par la
face.

Au sommet de l'escalier de la Chambre des Comptes,  Paris, il y avait
ainsi un vestibule non vitr qui pouvait bien passer pour une loge
(voyez ESCALIER, figure 3). Ce vestibule se composait de deux traves
ouvertes sur la cour de la Sainte-Chapelle; ses arcades, dpourvues de
vitrages comme celles de l'escalier, taient flanques de contre-forts
dcors de statues[118]. La loge, premier vestibule de la chambre, tait
fort riche, ainsi qu'on en peut juger par notre figure 5, qui en donne
une perspective extrieure. Au-dessous,  rez-de-chausse, tait la
porte des logements du premier huissier et du receveur des pices. Le
grand palier couvert que nous donnons ici comme une loge tenait lieu de
petite salle des pas-perdus. Nous possdons  Paris un monument
trs-remarquable par le style de son architecture et qui tait trait 
la manire des loges italiennes, c'est le monument dont on a fait la
fontaine des Innocents. Cette loge se composait de trois arcades, deux
de face et une en retour. Dans le soubassement, au-dessous de l'arcade
en retour, sur la rue, en dehors, tait une fontaine. Des balustrades se
trouvaient entre les pieds-droits[119]. La loge et fontaine des
Innocents tait leve au coin de la rue Saint-Denis et de la rue aux
Fers. Pierre Lescot en fut l'architecte et Jean Goujon le sculpteur. En
1785, on la dposa pice  pice et on en fit le monument que nous avons
vu restaurer depuis peu, monument auquel il est bien difficile
aujourd'hui de donner une signification, car on ne comprend pas trop
pourquoi on a eu l'ide de placer une fontaine jaillissante  six ou
huit mtres de hauteur au-dessus du sol, et pourquoi, la mettant si
haut, on a jug ncessaire de la faire couler  l'abri de la pluie, sous
un dme. On admet une fontaine couverte si elle est  la porte des
passants, mais un jet d'eau couronnant une pyramide de cuvettes n'a
vraiment pas besoin de parapluie. Aprs tout, les charmantes sculptures
du monument nous restent, et il y aurait mauvaise grce  se plaindre
des transformations tranges qu'on a fait subir  l'architecture de
Pierre Lescot.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]

     [Note 118: Voyez l'oeuvre d'Isral Silvestre, Mrian, et,
     dans la _Topographie de la France_, Bibl. imp., de grands
     dessins de la faade de la Chambre des Comptes.]

     [Note 119: Voyez l'oeuvre d'Isral Sylvestre, Marot, Mrian,
     Flibien.]



LUCARNE, s. f. Baie ouverte dans les rampants d'un comble, destine 
clairer les galetas. Pendant le moyen ge on a fait des lucarnes avec
devanture en pierre, d'autres entirement en bois apparent ou recouvert
de plomb ou d'ardoises. Les lucarnes n'ont toutefois t adoptes que
lorsque les combles ont pris une grande importance. Pendant la priode
romane, les charpentes des combles tant gnralement plates, il n'y
avait pas lieu de les clairer par des lucarnes, puisqu'on ne pouvait y
mnager des logements; mais,  dater du XIIIe sicle, les btiments
d'habitation furent couronns par des combles formant, en coupe, un
triangle quilatral au moins; on utilisait la partie infrieure de ces
combles en y pratiquant des chambres claires et ares par des
lucarnes. Plus tard, on donna le nom de _mansardes_  ces fentres, et
on fit  Mansart cet honneur de le considrer comme l'inventeur de ces
baies, qui existaient sur tous les difices publics ou privs du nord
bien avant lui.

Nous nous occuperons d'abord des lucarnes dont la devanture de pierre
pose sur la corniche, au nu des murs de face. Les XIIIe, XIVe et XVe
sicles nous fournissent un grand nombre d'exemples de ces sortes de
baies qui se composent de deux pieds-droits avec allge et d'un linteau
termin par un gble et un tympan. Ces lucarnes avec face en pierre sont
gnralement assez leves pour qu'une personne puisse facilement
s'approcher de l'allge et regarder dans la rue; leurs baies sont mme
souvent garnies d'une traverse en pierre, comme dans l'exemple que nous
donnons ici (1)[120]. Les pieds-droits sont pauls par deux
contre-forts qui leur donnent de l'assiette sur la tte du mur; de
petites gargouilles pourtournent ces contre-forts et rejettent les eaux
des noues dans le chneau A, existant entre chaque lucarne, et muni de
grandes gargouilles. Le linteau est d'un seul morceau et porte avec lui
les deux petits pignons latraux. Un second morceau de pierre forme le
couronnement. Les rampants du gble portent larmier devant et derrire,
de manire  recouvrir le comble en ardoise B de la lucarne. Les joues
sont en retraite sur les pieds-droits; ce genre de lucarne est frquent
au XIIIe sicle. Quelquefois, mais rarement  cette poque, les tympans
sont dcors et les rampants garnis de crochets. Cependant ces
couronnements des difices, se dcoupant sur les combles, ne tardrent
pas  recevoir une assez riche ornementation. Il tait d'usage, pendant
la seconde moiti du XIIIe sicle et jusqu'au XVIe, de pratiquer, dans
les logis des palais et chteaux, des grandes salles sous les combles.
On ne pouvait clairer ces salles lambrisses que par des lucarnes
trs-hautes, descendant jusqu'au sol intrieur plac au-dessous de la
corniche extrieure et interrompant celle-ci. Les charpentes se
composaient seulement de chevrons portant-ferme, dont les entraits
s'assemblaient dans les jambettes descendant en contre-bas des blochets
(voir l'article CHARPENTE, figure 26). L'importance de ces lucarnes
exigeait un soin particulier dans leur construction, car il fallait que
leur devanture en pierre pt se soutenir d'elle-mme, qu'elle ret des
pntrations en charpente, et que les filtrations d'eau pluviale fussent
vites entre la pierre et la couverture. Conformment aux habitudes de
btir des architectes du moyen ge, ces prcautions relatives  la
stabilit et  la runion des matriaux trs-divers sont minutieusement
observes. Nous avons, de nos jours, remplac ce soin dans l'tude des
dtails par des moyens assez grossiers, tels que solins en pltre,
raccords en zinc; mais aussi faut-il envoyer sans cesse les couvreurs
rparer les vices primitifs d'une construction mal tudie, ou tout au
moins, pour terminer l'oeuvre d'une manire passable, faire succder
plusieurs fois sur ces points dlicats les maons aux couvreurs, les
couvreurs aux maons et ainsi  diverses reprises. Dans ces temps
anciens d'ignorance, lorsque le maon avait termin son ouvrage, venait
le charpentier, puis le couvreur; chacun trouvait les choses disposes
pour n'avoir plus  y revenir lorsque la dernire ardoise et la dernire
fatire taient poses. La fig. 2 montre une de ces grandes lucarnes de
combles lambrisss. En A nous en donnons la section horizontale fait au
niveau _a b_ de la face B. La corniche du btiment avec son chneau est
en E; la face de la lucarne est paule latralement par des
contre-forts F et postrieurement par les pilastres G, contre lesquels
viennent s'appuyer les joues en charpente. De petits caniveaux H
recueillent les eaux du comble qui coulent le long de ces joues pour
les verser dans les chneaux (voir la face latrale D). Sur les
sablires I poses sur les joues (voir la face postrieure C), venaient
s'embrver les madriers formant chevrons et recevant les lambris
intrieurs de manire  dgager le jour dormant K, les chssis
rectangulaires tant seuls ouvrants. Des lucarnes de ce genre existaient
au Palais  Paris, sur les btiments du commencement du XIVe sicle, aux
chteaux de Montargis, de Sully, de Coucy et de Pierrefonds
(commencement du XVe sicle), et de beaucoup d'autres palais ou
chteaux. Celles du milieu et de la fin du XVe sicle sont
trs-communes.

Dans certaines provinces de France, comme la Bretagne, la Picardie et la
Normandie, on avait pour habitude, pendant les XIVe et XVe sicles, de
donner  certains btiments des campagnes,  des logis de chteaux, une
assez faible hauteur et de les couronner par des combles normes, car
bien que ces btiments fussent simples en paisseur, ils contenaient
quelquefois jusqu' dix et onze mtres dans oeuvre en largeur; or, les
combles tant tracs d'aprs un triangle quilatral, on comprend que
les fatages devaient s'lever beaucoup au-dessus de la corniche. Ces
btiments, en coupe, taient alors disposes de cette manire (3): 1 Un
tage de caves A; 2 un rez-de-chausse B; 3 un premier tage C,  demi
mansard; 4 un tage  mi-comble D et le grenier; ds lors les fentres
du premier tage C participaient dj de la lucarne et ne faisaient
qu'un tout avec elle. Nous possdons un fort bel exemple de ce genre de
construction dans le chteau de Josselin, en Bretagne (4), dont la
construction date des dernires annes du XVe sicle. L, le fatage des
lucarnes est au niveau du fatage du comble; leur face est dcore de
sculptures, de chiffres, devises et armoiries; les baies sont larges,
munies de meneaux, les gbles hauts et flanqus de pinacles. La
balustrade est pose sur le bord d'un chneau jetant ses eaux par une
gargouille entre chacune des lucarnes. Dans l'tage mansard suprieur,
les lucarnes formaient comme des cabinets bien clairs, dans lesquels
on pouvait se tenir pour travailler ou jouir de la vue de la campagne.
L'aspect pittoresque que donnaient ces grandes lucarnes aux faades des
logis engagea les constructeurs  leur accorder de plus en plus
d'importance; elles devinrent quelquefois la partie principale de la
dcoration, vers la fin du XVe sicle et le commencement du XVIe, ainsi
qu'on peut le voir encore au palais de justice de Rouen, o il semble
que les faades ne sont faites que pour les lucarnes, puisque leur
composition part du sol de la cour. Dans des proportions plus modestes
on voit encore de belles lucarnes du commencement du XVIe sicle 
l'htel de Cluny,  Paris,  l'htel de ville de Compigne; sur des
maisons de Tours, de Bourges, d'Orlans et de Caen; sur l'htel de ville
de Saumur, etc. Les lucarnes du chteau de Josselin, comme celles du
palais de justice de Rouen, sont de vritables pignons masquant des
combles pntrant,  angle droit, le toit principal. Dans ce cas elles
servent mme  maintenir la pousse des charpentes lorsque celles-ci
sont dpourvues d'entraits  leur base, ou du moins elles rompent cette
pousse, sur les murs goutterots, de distance en distance, et donnent 
ces murs, par leur poids, une grande stabilit.

Les lucarnes en charpente, petites et modestes pendant les XIIIe et XIVe
sicles, prennent de mme beaucoup d'importance pendant le XVe sicle;
comme les lucarnes  faces de pierre, elles n'apparaissent, dans
l'architecture du moyen ge, qu'au moment o les combles cessent d'tre
plats et sont tracs au moins d'aprs une pente de 45. Alors elles sont
poses, non sur les bahuts de ces combles, mais sur leurs chevrons, pour
clairer des galetas. Toujours elles sont bien combines comme charpente
et d'une forme gracieuse, contrairement  ce qui se pratique
aujourd'hui.

Les plus anciennes lucarnes de bois que nous connaissions ne sont, 
proprement parler, que de grands _chiens-assis_, faits pour donner de
l'air et de la lumire dans les greniers, mais qui ne pouvaient point
recevoir des chssis vitrs; elles sont tailles dans de grosses pices
de charpente et couvertes avec de la tuile, de l'ardoise ou du plomb. Il
en existait sur le comble incendi de la cathdrale de Chartres, qui
datait du XIIIe sicle. Voici (5) quelle tait leur structure: Deux
linoirs A formaient un jour rectangulaire comprenant deux intervalles
de chevrons. Sur les chevrons B, s'assemblaient deux potences D recevant
la devanture E  leur extrmit, et de petits entraits avec chevrons F.
De fortes planches de chne taient cloues sur ces chevrons et les
reliaient avec la devanture; sur ces planches tait pos le plomb, qui
formait bourrelet sur le devant et sur les cts, ainsi que l'indique le
dtail G. D'autres feuilles de plomb revtaient la devanture et les
joues, compris leur paisseur. Les bois taient forts de 0,15 c.  0,25
c. d'quarrissage, et nettement coups.

On voit apparatre cependant, au XIVe sicle, des lucarnes en charpente
d'une assez grande dimension, quelquefois divises en deux baies par un
meneau. Les combles de la cathdrale d'Autun en ont conserv
quelques-unes qui datent de la fin du XIVe sicle et sont d'une assez
belle forme (6); le bois de ces lucarnes est toujours rest apparent et
est abrit par un comble en tuile trs-saillant. Ces lucarnes taient
faites pour tre fermes, au-dessous du linteau, par des volets avec
vitrages s'ouvrant en dedans; le gble restait ouvert.

L'glise de Notre-Dame de Chlons-sur-Marne a conserv, sur la croupe de
l'abside, une jolie lucarne recouverte de plomb, avec pi et girouette
(7). On voit encore, sur les grands combles de la cathdrale de Reims,
des lucarnes qui datent du XVe sicle, mais qui sont aujourd'hui
dfigures par de nombreuses restaurations. Ces lucarnes sont, de mme
que celle de Notre-Dame de Chlons, couronnes par des pis. Quelques
maisons en pans de bois du XVe sicle, dont les faades ne sont point
des pignons, mais des murs goutterots, sont surmontes de lucarnes assez
belles. Dans l'ouvrage de MM. Verdier et Cattois, sur l'_architecture
civile et domestique_, nous en signalerons quelques-unes, notamment
celles de l'htel-Dieu de Beaune et celle d'une maison  Lisieux. Les
architectes du XVe sicle ont quelquefois adopt, pour la construction
des lucarnes de charpente, la disposition des lucarnes de pierre, cites
plus haut, du chteau de Josselin, c'est--dire qu'ils ont pos les
lucarnes empitant sur la hauteur du mur de face et clairant un tage
sous comble, un grenier.

Nous donnons (8) une lucarne tablie d'aprs ce systme et qui provient
d'une maison de Gallardon (Eure-et-Loir). En A, nous la prsentons de
face et, en B, en coupe. Ici les bois sont apparents sous la ventrire
C, qui est couverte d'ardoises. Le plomb ne recouvre que l'pi et le
fate. Les rampants et les joues sont aussi garnis d'ardoises. Des
chssis vitrs fermaient les baies.

Si l'on consulte les anciennes vues peintes et graves faites d'aprs
des chteaux et palais du moyen ge, on voit que les lucarnes
remplissaient un rle important dans ces habitations, puisque les
combles contenaient beaucoup de logements. Quelquefois, comme au chteau
de Pierrefonds, les lucarnes de pierre ou de bois se combinaient avec
les crnelages des chemins de ronde et taient alors destines 
clairer les salles places derrire ces passages extrieurs. Leur face
portait alors sur le mur du chemin de ronde, et le jour pntrant leur
couverture arrivait dans la salle par une baie perce dans le gros mur.

Il est certain que les architectes du moyen ge, contrairement  ce qui
se pratique aujourd'hui gnralement, apportaient un soin minutieux dans
l'tude de toutes les parties des combles, soit au point de vue de la
solidit, de la bonne excution, soit au point de vue de l'art. Pour
eux, bien couronner un difice tait l'affaire importante, et ils ne
pensaient pas que le rle de l'architecte cesst  la hauteur des
corniches. La composition des lucarnes avait d ncessairement fixer
leur attention, puisque ces parties importantes des combles se
dtachaient sur le ciel et contribuaient ainsi  l'aspect monumental des
difices. Nous devons observer, d'ailleurs, que cette tradition s'est
maintenue pendant les XVIe et XVIIe sicles; car beaucoup de chteaux de
la Renaissance, du temps de Henri IV et de Louis XIII ont conserv des
lucarnes composes avec soin, souvent fort richement dcores de
sculptures et de statues, et prenant, dans la disposition des faades,
la plus grande place.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]

     [Note 120: D'une maison de Beauvais du XIIIe sicle, dmolie
     aujourd'hui.]



LUNETTE, s. f. Oeil circulaire mnag au centre d'une vote d'arte, en
guise de grande clef, pour le passage des cloches.


M


MCHICOULIS, s. m. Trous carrs ou larges rainures pratiques
horizontalement le long du chemin de ronde d'une tour ou d'une courtine,
et permettant d'en dfendre le pied en laissant tomber des pierres, des
pices de bois ou des matires brlantes. Les mchicoulis existaient
dans les hourds de bois que l'on levait sur les remparts dans les
premiers temps du moyen ge et jusqu'au XIIIe sicle (voyez HOURD). Mais
les hourds tant souvent incendis par les assigeants, on les remplaa,
vers la fin du XIIIe sicle, par des chemins de ronde de pierre btis en
encorbellement au sommet des murs et tours, et percs de trous
rapprochs par lesquels on laissait tomber sur l'assaillant des
matriaux de toute nature, de l'eau bouillante, de la poix chauffe,
etc. Nous avons vu,  l'article _Hourd_, comment au chteau de Coucy
dj, c'est--dire au commencement du XIIIe sicle, on avait remplac
les solives en bascules des hourdages en bois par des consoles en
pierre. Cependant, ds cette poque, on avait tabli de vritables
mchicoulis de pierre au sommet de quelques difices, notamment sur
l'une des dpendances de la cathdrale de Puy-en-Vlay, dpendance dont
la construction remonte au XIIe sicle. Cette belle btisse, connue dans
le pays sous le nom de Btiment des mchicoulis, mrite une mention
toute particulire, car c'est une des plus remarquables constructions
militaires que nous possdions en France, une dfense importante et
solide place au-dessus d'une grande salle vote en berceau
tiers-point, dfense qui peut contenir deux cents hommes et couvrir de
projectiles tout le flanc sud de la cathdrale, entre celle-ci et le
rocher de Corneille. C'tait comme un ouvrage avanc pour le chteau qui
couronnait ce rocher, arrtant les assaillants sur le seul point o il
tait abordable, et masquant absolument le clotre et ses dpendances.
Dans l'origine, c'est--dire au XIIe sicle, la grande salle qui servit
longtemps de salle des tats provinciaux tait couverte immdiatement
sur la vote en berceau par une double pente en tuiles poses  bain de
mortier. Au XIIIe sicle, on surmonta cette salle de la dfense dont
nous donnons ici le plan (1). On n'arrivait  cette dfense que par un
passage troit, communiquant  la porte A. Devant des contre-forts B
s'ouvrent des mchicoulis C, d'autres mchicoulis D dfendent le nu des
murs entre ces contre-forts. Des piles E poses sur les contre-forts en
arrire des mchicoulis et d'autres piles F leves sur le mur donnant
vers le clotre portent des filires sur lesquelles reposent les fermes
qui soutiennent la couverture abritant toute la surface du btiment. Aux
deux extrmits sont des pignons.

La coupe transversale, faite sur _a b_ (2) indique en A la grande salle
des tats; en B, les contre-forts. On voit comment sont disposs les
mchicoulis, dont le crnelage C est port sur des arcs reposant sur des
encorbellements. Un parapet D garantissait les dfenseurs contre les
traits lancs du dehors. Les meutrires sont perces dans les ventrires
des crneaux et non dans les merlons, ainsi que l'indique le plan et la
coupe. Par suite de la disposition des piles, la dfense tait
compltement indpendante de la charpente. La face extrieure du
crnelage donne la figure 3. Les mchicoulis sont solidement construits
au moyen d'arcs bands sur des assises en encorbellement. On observera
la construction intressante des grands mchicoulis entre les
contre-forts, dont les arcs jumeaux sont surmonts d'un arc de dcharge
qui soulage l'encorbellement du milieu. Au droit de chaque contre-fort,
les chevrons de la charpente font saillie afin d'abriter les petits
mchicoulis. Toute cette construction est faite en belles pierres
d'appareil de lave, et il semble qu'elle date d'hier. Son effet
extrieur est saisissant. Ces mchicoulis, en faon de larges rainures,
appartiennent particulirement aux provinces mridionales et ont prcd
de prs d'un sicle les mchicoulis du nord qui consistent en une suite
de trous carrs mnags entre des consoles. Nous verrons tout  l'heure
des mchicoulis en forme de rainures dans des dfenses du XIVe sicle,
appartenant  la cathdrale de Bziers.

Les mchicoulis de la grande salle du Puy ne sont pas d'ailleurs les
seuls de ce genre que l'on trouve en Auvergne. L'glise de Royat, prs
de Clermont, est couronne par des mchicoulis dont le style et la
construction mritent d'tre tudis. Alors, les architectes chargs de
diriger des travaux militaires ne croyaient pas que la laideur ou la
vulgarit des formes ft une des conditions du programme impos, sous le
prtexte de tout sacrifier  l'utile. Parce que l'art entrait pour
quelque chose dans leur composition, ces dfenses ne perdaient rien de
leur force; souple, prt  satisfaire  tous les besoins et mme  les
indiquer, l'artiste savait plaire aux yeux par l'tude attentive et
vraie des moindres dtails. Certes, dans des travaux destins  la
dfense d'une place ou d'un poste, quand l'art, comme chez les Chinois,
intervient pour sculpter ou peindre, sur les crneaux, des monstres
hideux, destins  pouvanter les assaillants, on peut rire de ses
inspirations; mais quand, au contraire, loin de s'amuser  ces
purilits, l'art, se soumettant  toutes les exigences de la dfense,
sait donner aux moindres dtails une forme belle, indiquant clairement
leur destination; quand il ne cherche autre chose que la structure la
mieux raisonne, la plus solide, on peut admettre qu'il est bon de lui
laisser prendre sa place. Or, il est donn  l'art seul d'exprimer par
des formes convenables tous les besoins, mme les plus vulgaires, et
nous ne verrions nul inconvnient  ce que, dans nos dfenses modernes,
l'aspect extrieur ft d'accord avec la ralit[121]. Couronner
aujourd'hui une porte, une caserne, un ouvrage dfendu par des
mchicoulis, cela serait ridicule; mais il l'est tout autant, au moins,
de donner  ces ouvrages militaires l'aspect d'un htel, de les entourer
de pilastres romains, de les terminer par des corniches profiles
suivant les rgles de Vignole, et de border leurs baies de chambranles
emprunts aux traits d'architecture qui remplissent les talages des
marchands de gravures. Tous les exemples des diverses parties de
l'architecture du moyen ge que nous donnons dans cet ouvrage font assez
voir que chacune de ces parties remplit exactement une fonction, et
qu'on ne saurait confondre un dtail d'un difice militaire avec un
dtail d'un difice civil ou religieux. Chaque monument conserve une
physionomie qui lui est propre, chaque dtail s'accorde avec la partie
du programme qui l'a command, et plus le programme tend  imposer une
certaine forme ncessite par un besoin dfini, imprieux, et plus
l'architecture donne  cette forme un caractre accentu. Nous en aurons
la preuve une fois de plus ici, si l'on veut bien nous suivre dans notre
tude sur les mchicoulis.

Voici (4) quelle est la disposition des mchicoulis couronnant l'glise
de Royat. En A on voit le mchicoulis en coupe; il est prsent de face
en B. Cette construction appartient  la premire moiti du XIIIe
sicle; elle se compose d'une suite d'arcades portes sur des consoles.
Entre chaque contre-fort de l'difice, on compte quatre arcades.
L'architecte, ayant compris que les angles, plus encore que les faces,
avaient besoin d'tre protgs par des mchicoulis, a adopt une
disposition d'encorbellements C qui permettent aux merlons de suivre
leurs plans, et qui laissent  chacun de ces angles un large mchicoulis
en querre. Le dtail des consoles est trac dans la figure 5, de profil
en B et de face en C. On voit ici percer le got de l'artiste, car ces
consoles sont galbes de la manire la plus heureuse. Mais si nous nous
rapprochons des provinces du nord, les mchicoulis ne se prsentent
gure qu' la fin du XIIIe sicle. La facilit de se procurer du bois et
aussi le grand relief des fortifications de ces contres permettaient de
conserver le systme des hourds plus longtemps. Les dfenses de
Carcassonne, par exemple, qui ont t leves par Philippe le Hardi vers
1285, ne prsentent nulle part de traces de mchicoulis, bien qu'il y en
et dj dans les provinces du centre et du midi, et que ces dfenses
fussent tablies avec un grand luxe de prcautions dfensives: mais
Carcassonne tait alors entoure, de vastes forts, et ses remparts
avaient t levs par des architectes du nord.

Vers la mme poque, en Bourgogne, o la pierre calcaire est abondante,
belle et solide, nous voyons poindre les mchicoulis. Il en existe dj
au sommet de la tour du chteau de Montbard; mais ces mchicoulis ne
sont point continus, ils ne forment que des sortes d'chauguettes
saillantes sur chacune des faces de cette tour, dont le plan, est un
carr termin par trois pans coups. Ces mchicoulis dfendent donc les
faces et non les angles. Nous en prsentons en A (6) le plan; en B, la
face intrieure; en C, la face extrieure; en D, la coupe sur _a b_; en
E, la face latrale sur _c d_, et en F, la section, sur _m n_. Ces
mchicoulis sont couverts et prsentent,  l'extrieur, l'aspect d'un
merlon saillant port sur des corbeaux, perc d'une meurtrire en forme
de quatre-feuilles. Les joues et la face de cette logette saillante
sont construites au moyen de trois dalles de 0,20 c. d'paisseur; le
chaperon est fait de deux pierres. Le trou du mchicoulis est presque 
la hauteur des ventrires des crneaux, de sorte qu'il fallait
ncessairement soulever les projectiles que l'on voulait laisser tomber
sur l'assaillant. Quant aux merlons poss entre ces mchicoulis, ils
sont couronns de pinacles, percs de meurtrires dans les faces longues
et arms de crochets en fer, ainsi que les joues des mchicoulis,
destins  suspendre des volets de bois. Une figure perspective (7) fera
saisir l'ensemble de ce systme de dfense. Cette construction est faite
de beaux matriaux que le temps n'a pas altrs. Les pinacles seuls ont
t jets bas; nous ne les avons pu restaurer qu'au moyen de fragments.

Il est clair que les assaillants placs en O,  la base de la tour (voir
le plan, figure 6), ne pouvaient gure tre atteints par les projectiles
tombant de ces mchicoulis; mais il faut dire que cette tour est leve
sur un escarpement de rochers et que l'assig comptait sur les
ricochets. On ne tarda pas cependant  chercher un systme de
mchicoulis continus pouvant battre toute l'tendue des remparts, et
ceux-ci furent,  leur base, disposs en prvision des effets produits
par la chute des projectiles, ainsi que cela avait t tent dj pour
les hourds (voyez ce mot). On voulut aussi que les mchicoulis pussent
battre les angles saillants. Mais ces perfectionnements ne furent
introduits dans l'art de la fortification des places et chteaux que
vers le milieu du XIVe sicle. On voit des mchicoulis de cette poque
fort bien tablis au sommet de la tour du chteau de Beaucaire. Le plan
de cette tour, ou plutt de ce donjon, donne la figure ci-contre (8),
prsentant vers l'extrieur de la forteresse le bec saillant A.

Bien que ce bec domine un escarpement de rocher considrable et qu'il
soit plein, cependant il est couronn par la range de mchicoulis qui
pourtourne l'ouvrage. En plan (9), les consoles de ces mchicoulis
biaisent pour arriver  former deux lignes parallles  la pointe, ainsi
que l'indique le trac A. Le bec est donc domin par un crneau
perpendiculaire  son axe et par deux trous de mchicoulis
triangulaires; il est dfendu. Nous en prsentons en B la vue
perspective. Le profil C est pris sur l'axe d'une arcature de
mchicoulis. On remarquera la saillie D, mnage en contre-bas des
consoles, et qui tait destine  empcher les projectiles E, tombant
par les trous, de ricocher le long des asprits des parements, ce qui
les et fait dvier de leur ligne verticale de chute; or, la ligne
verticale de chute tait calcule avec grand soin par les constructeurs
militaires, elle venait toujours rencontrer un talus qui faisait dcrire
 ces projectiles une certaine parabole en raison de leur poids et de la
hauteur de la muraille. Si l'assaillant venait se loger au pied mme du
rempart, il pouvait facilement se garantir des projectiles tombant
verticalement au moyen d'un pavois bard de fer et rembourr d'toupes,
mais il lui tait bien plus difficile de parer des coups arrivant
obliquement; d'ailleurs, ces coups empchaient les approches. Afin
d'tre assurs de l'effet des projectiles tombant  travers les
mchicoulis, les assigs avaient le soin de les faire tailler. Dans des
siges longs et lorsque les approvisionnements venaient  manquer, on
jetait par les mchicoulis tout ce qui se trouvait sous la main,
morceaux de bois, tuiles, cailloux, moellons. Mais si la place tait
bien munie, les projectiles propres  la dfense par les mchicoulis
taient faits de pierres lourdes, sphriques et d'un diamtre rgulier;
alors seulement on pouvait tre assur de leur effet[122]. Donc si l'on
veut tudier des mchicoulis, il faut en mme temps observer
l'inclinaison des talus infrieurs des murailles, car ces talus sont
commands par la hauteur de cette muraille, par la saillie des
mchicoulis et par la ncessit de battre tel point du foss, ou de
l'escarpe, ou du terre-plein. Dans les fortifications du XIVe sicle et
du commencement du XVe, les mchicoulis et les talus sont combins
simultanment pour produire un certain effet impos par les besoins de
la dfense. Soit (10) en A la coupe du rempart avec mchicoulis, le
rempart peu lev au-dessus du fond du foss G; il s'agit ds lors
d'empcher l'assaillant de s'approcher assez pour pouvoir poser des
chelles, le talus formera un angle accus avec le nu du mur vertical,
alors les projectiles seront renvoys loin du point H (pied du talus) et
rouleront en ressautant au fond du foss. Plus le projectile sera lourd
et plus la parabole IK se rapprochera de la ligne droite et s'loignera
du point H. Si l'ennemi arrive au point H, des projectiles d'un poids
mdiocre pourront l'atteindre. S'il comble partie du foss et qu'il
arrive au niveau L, il reoit le projectile obliquement et dans toute sa
force.

En supposant que les remparts B sont assez levs pour ne pas craindre
les chelades, le talus formera avec la verticale un angle plus obtus,
et le projectile viendra tomber obliquement prs du pied du talus. En
supposant encore que le rempart est peu lev au-dessus de la
contrescarpe du foss, mais que celui-ci est profond (C), le talus sera
dispos de telle faon que le projectile le rasera dans toute la hauteur
 une faible distance. Si le rempart est construit sur un escarpement de
rocher (D), le talus sera trac de manine que le projectile viendra
tomber au pied de ce rocher afin d'en carter les mineurs. Ceci fait
comprendre combien il tait important d'avoir des projectiles sphriques
et d'un poids connu pour dfendre le pied des remparts au moyen des
mchicoulis, suivant la nature de l'attaque, et comment la section des
talus devait tre trace en raison de la nature des lieux. Or, si nous
savons aujourd'hui que les officiers du gnie calculent avec prcision
les angles des bastions et la coupe des remparts pour obtenir certains
effets, nous pouvons tre assurs qu'au XIVe sicle les architectes
militaires n'apportaient pas moins de soin et de calcul dans le trac de
leurs constructions, ce qui ne les empchait pas de donner aux corbeaux
de leurs mchicoulis, aux chaperons de leurs crneaux et  tous les
dtails de ces constructions, des proportions heureuses et des profils
d'un beau caractre.

Cependant nous avons vu,  l'article HOURD, que les chemins de ronde en
charpente avec mchicoulis taient couverts. Il fallait, en effet,
abriter les dfenseurs placs sur ces chemins de ronde, derrire les
crnelages, contre les projectiles lancs  toute vole par les
assaillants; on se mit donc  couvrir aussi les mchicoulis de pierre,
comme on avait couvert les hourds, par des combles en charpente, mais 
demeure cette fois. Les mchicoulis de ce genre les plus remarquables
qui existent en France sont certainement ceux du chteau de Pierrefonds;
ils datent de 1400. Nous y reviendrons tout  l'heure.

Il est ncessaire, avant de nous occuper de ces sortes de mchicoulis,
de parler de ceux des remparts d'Avignon, levs vers le milieu du XIVe
sicle, et qui prsentent certaines particularits dignes d'attention,
comme, par exemple, les retours d'querre sur les tours, les consoles
d'angle, les mchicoulis ressautants, etc. Les mchicoulis des remparts
d'Avignon n'ayant jamais t destins  tre couverts et tant surmonts
d'un simple crnelage, afin d'viter la bascule les constructeurs ont
donn aux encorbellements un assez grand nombre d'assises de manire 
charger la queue de chaque corbeau. Ainsi (11), soit en A l'angle d'une
tour, il y aura des corbeaux diagonaux en B, lesquels, suivant la coupe
_c d_, donneront le profil D possdant six assises de corbeaux; les deux
encorbellements C seront lgrement biais pour obtenir des arcs BC gaux
aux arcs CF, les encorbellements C et F n'auront que cinq assises (voir
le profil E fait sur _e f_). En lvation, cet angle prsentera le trac
G, qui explique pourquoi l'encorbellement d'angle B, tant plus long que
les autres, prend une assise de plus en contre-bas. Les arcs des
mchicoulis voisins de l'angle pntrent cet encorbellement diagonal. En
_g_ est figur, en perspective, l'assise _g'_; en _h_, l'assise _h'_; en
_i_, l'assise _i'_; en _l_, l'assise _l'_. Ces pierres, tant charges 
la queue par le massif O (voir les coupes D E), ne peuvent basculer sous
le poids du crnelage. Les chauguettes flanquantes et les tours tant
plus leves que les courtines, le chemin de ronde devient un
emmarchement et les mchicoulis ressautent ainsi que l'indique le figur
L; chaque marche _m_ est perce de son mchicoulis (voyez le profil P
fait sur la ligne _r h_). On voit au palais des Papes,  Avignon, des
mchicoulis obtenus au moyen de grands arcs qui reposent sur des
contre-forts. Ces mchicoulis donnaient de longues rainures par
lesquelles on pouvait jeter non-seulement des pierres, mais des pices
de bois en travers (voyez ARCHITECTURE MILITAIRE, figure 40); ils
avaient l'inconvnient de ne pas battre le devant de ces contre-forts et
de laisser ainsi des points accessibles aux assaillants. Ce systme n'a
gure t employ par les architectes militaires des provinces du nord;
ceux-ci ont admis de prfrence le systme des mchicoulis continus.
C'est, en effet, dans les oeuvres des architectes septentrionaux qu'il
faut toujours aller chercher les dfenses les plus srieuses; beaucoup
de fortifications du midi de la France et de l'Italie semblent faites
plutt pour frapper les yeux que pour opposer un obstacle formidable aux
assaillants, et dans ces contres souvent les mchicoulis sont une
dcoration, un couronnement, non point une dfense efficace.

Nous l'avons dit tout  l'heure, les mchicoulis ne se dfendent bien
que s'ils sont couverts comme l'taient les hourds. Examinons donc les
mchicoulis du chteau de Pierrefonds. Ceux-ci formaient une ceinture
non interrompue au sommet des tours et courtines; ils taient
non-seulement couverts, mais encore surmonts d'un crnelage qui
commandait les approches au loin. Voici (12) comment taient disposs
ces mchicoulis. En A, nous donnons le plan d'une section de chemin de
ronde des tours prise au niveau _a_. Les trous des mchicoulis sont
tracs en _b_. En B est figure la coupe de toute la dfense et en C sa
face extrieure dveloppe. Les chemins de ronde D, avec leurs
mchicoulis, sont couverts par les combles en appentis G. De distance en
distance, des lucarnes E, poses sur le mur du chemin de ronde, en face
des fentres F, clairent les salles I. En K est le crnelage suprieur.
Les queues des assises des corbeaux L, profondment engages dans la
maonnerie, sont charges par le gros mur, afin de maintenir la bascule.
Les linteaux M sont appareills en clausoirs entre chaque corbeau, ainsi
que l'indique le trac extrieur; les sommiers O sont donc taills
conformment au trac perspectif O'; ainsi aucune chance de rupture dans
la construction. Un dmaigrissement du parement entre chaque corbeau
laisse en P une arte saillante qui empche les traits lancs du bas de
remonter en ricochant dans le chemin de ronde par les trous des
mchicoulis.  la base des tours et courtines, un talus prononc fait
ricocher les projectiles jets par les trous, ainsi que l'indique la
figure 10. C'tait l une dfense srieuse et combine d'une manire
tout  fait remarquable lorsque les armes ne possdaient pas encore
d'artillerie  feu, et lorsque les chemins de ronde taient assez levs
au-dessus du sol pour que leurs murs et leurs couvertures n'eussent rien
 craindre des machines de jet tels que les mangonneaux, les pierriers
et trbuchets. Sans modifier en rien ce systme, vers le milieu du XVe
sicle, on voulut donner aux mchicoulis,  l'extrieur, un aspect moins
svre; quelquefois on les dcora. Tels sont, par exemple, les
mchicoulis poss au-dessus de la porte du beau chteau du roi Ren, 
Tarascon (13).  la fin du XVe sicle, les progrs de l'artillerie  feu
firent renoncer  ce moyen de dfense; cependant on figura encore, par
tradition du moins, des mchicoulis au sommet des tours des chteaux.

On tablit quelquefois des mchicoulis sur le couronnement des glises
lorsqu'on jugeait que celles-ci pouvaient tre investies; c'est ainsi
que sur l'abside de la cathdrale de Bziers, entre les contre-forts, et
pour dfendre les fentres contre une escalade, on a construit vers le
commencement du XIVe sicle des mchicoulis termins par un parapet avec
crnelages  jour en forme de balustrade. Ce monument, plac sur le
point culminant de la ville et se reliant aux fortifications, tait
considr comme une citadelle, et de tout temps il avait t garni de
crnelages (voy. CRNEAU). Lors de la reconstruction de son abside,
aprs les guerres des Albigeois, on ne fit donc que se conformer  une
tradition. Voici (14) une vue extrieure de l'un de ces mchicoulis du
chevet: en A est trace la coupe de la dfense. Ajoutons que les
fentres sont garnies de grillages trs-serrs et qui prsentaient un
obstacle suffisant pour arrter les assaillants  l'aplomb des rainures
des mchicoulis. Nos corniches  grandes consoles, nos balcons en
saillie ports sur des corbeaux sont encore une dernire trace de ces
mchicoulis si frquents dans les habitations seigneuriales des XIVe et
XVe sicles. Pour terminer, disons que les trous des mchicoulis des
fortifications du nord de la France ont des dimensions videmment
rglementaires; ils forment un carr qui varie de 0,33 c. (1 pied) 
0,40 c. (15 pouces): aussi les projectiles destins  couler dans ces
trous pouvaient-ils tre indiffremment ports dans telle ou telle place
forte; ce qui tait un point important.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]

     [Note 121: Combien est-il de nos casernes casemates qui ont
     l'apparence de maisons de carton? Telles qu'elles sont, nous
     admettons qu'elles rsisteraient parfaitement aux effets des
     bombes; mais  voir,  l'extrieur, leur maigre structure,
     personne ne leur prte les qualits robustes qu'elles
     possdent.]

     [Note 122: Il n'y a pas  douter que les projectiles destins
     aux mchicoulis fussent taills d'avance et sphriques. Nous
     avons trouv une norme quantit de ces balles de pierre dans
     des constructions antrieurement  l'emploi de l'artillerie 
     feu, et ce qui est plus probant, on en voit souvent qui sont
     rests engags dans des trous de mchicoulis trop troits
     pour les laisser passer.]



MAONNERIE, s. f. Toute construction dans laquelle il entre de la pierre
ou du moellon, de la brique, du mortier ou du pltre (voy.
CONSTRUCTION).



MAIN-COURANTE, s. f. Couronnement d'une rampe d'escalier (voyez
ESCALIER).



MAISON, s. f. _Meson_, _hostel_; (petite maison) _borde_, _bordel_,
_abitacle_. Il faut distinguer les maisons des villes des maisons des
champs, mais ces dernires ne sauraient tre confondues avec les
manoirs. La vritable maison des champs est celle du colon, du paysan,
de la famille attache  la terre seigneuriale. Quant aux maisons des
villes, celles des seigneurs ont un caractre particulier. Nous les
rangeons dans les palais ou les htels[123]. Il est vrai que, jusqu'au
XIIe sicle, la noblesse n'habitait gure les villes, et les moeurs des
conqurants du sol des Gaules se conservrent longtemps chez leurs
descendants.

Les habitations des Gallo-Romains ne purent tre modifies immdiatement
aprs les invasions des Ve et VIe sicles. Les nouveaux possesseurs du
territoire ne songrent pas, vraisemblablement,  faire btir des
maisons sur une forme nouvelle, ils occuprent les _vill_ romaines;
car, vivant aux champs plus volontiers que dans les cits, s'ils y
faisaient construire des habitations pour leurs colons ou leurs serfs,
ces maisons devaient ncessairement conserver la forme consacre par une
longue habitude.

Dans l'art de l'architecture, la maison est certainement ce qui
caractrise le mieux les moeurs, les gots et les usages d'une
population; son ordonnance, comme ses distributions, ne se modifie qu'
la longue, et si puissants que soient des conqurants, leur tyrannie ne
va jamais jusqu' tenter de changer la forme des habitations du peuple
conquis; il arrive au contraire que l'envahisseur se plie, en ce qui
concerne les habitations, aux usages du vaincu, surtout si celui-ci est
plus civilis. Cependant le nouveau venu introduit peu  peu dans ces
usages des modifications qui tiennent  son caractre et  ses
traditions; il s'tablit un compromis entre les deux principes en
prsence et, un sicle ou deux couls, l'habitation laisse par le
premier possesseur du sol s'est peu  peu transforme. Toutefois il ne
faudrait pas croire que ces transformations soient telles qu'elles ne
laissent subsister des traces trs-apparentes des habitudes et par
consquent de la structure primitives. Ds les premiers sicles du moyen
ge, c'est--dire pendant l'poque carlovingienne, la demeure des champs
du Franais prend un caractre de dfense. Quant  la maison des villes,
occupant un espace plus troit par suite de la ncessit o l'on se
trouvait d'enceindre ces villes de murailles, elle dut ncessairement
abandonner, dans bien des circonstances, les dispositions tendues 
rez-de-chausse pour superposer des tages afin de trouver en hauteur
l'espace qui lui manquait en surface. Si les Romains n'employaient pas
le bois  profusion lorsqu'ils construisaient des maisons pour eux, il
est certain que les populations des Gaules ne cessrent jamais de se
servir de cette matire: peut-tre donnrent-elles, pendant la
domination romaine, une importance plus grande aux constructions en
maonnerie; mais, sous l'influence des invasions du nord, elles
reprirent certainement les constructions de bois sans difficults.

En effet, l'art de la charpente, l'emploi exclusif du bois dans la
construction n'appartient qu'aux races indo-germaniques. Le bois enrichi
de peintures joue un rle important dans la construction de l'poque
mrovingienne, et les incendies frquents qui dtruisirent des villes
tout entires pendant les premiers sicles du moyen ge tmoignent assez
de l'emploi presque exclusif de la charpente dans les constructions
prives.

De ces habitations antrieures au XIe sicle, il ne reste rien
aujourd'hui; on ne peut donc s'en faire une ide qu'en recueillant les
renseignements laconiques donns par les crivains, les vignettes de
manuscrits, fort imparfaites, et quelques bas-reliefs. Mais, si vagues
que soient ces documents, ils n'en sont pas moins concluants sur un
point important,  savoir que les maisons des premiers temps du moyen
ge taient faites de bois, que ces constructions de bois taient un
mlange de charpenterie et d'empilages de pices assembles aux angles;
et ce point mrite toute notre attention. Expliquons-nous. Il y a deux
manires de construire en employant exclusivement le bois: ou l'on peut
empiler les uns sur les autres des troncs d'arbres quarris en les
embrvant aux retours d'querre; ou l'on peut, par des combinaisons plus
ou moins ingnieuses, en se servant du bois tantt comme support rigide,
tantt comme chane, tantt comme dcharge, tantt comme simple
remplissage, obtenir des pans de bois d'une extrme solidit,
trs-lgers et permettant d'lever les constructions  de grandes
hauteurs. La premire de ces mthode n'exige pas de la part des
constructeurs de grands efforts d'intelligence; nous la voyons suivie
encore chez les peuples slaves, tandis que la seconde n'appartient
qu'aux races blanches pures; nous la voyons pratique  l'origine chez
tous les peuples descendus des plateaux septentrionaux de l'Inde, chez
les Scandinaves, chez les Francs, chez les Normands. Les renseignements
que l'on peut runir sur les habitations des poques mrovingienne et
carlovingienne nous laissent voir quelques traces de la mthode des
constructions de bois, par empilage, une connaissance assez dveloppe
de la construction de bois de charpente assembls et des traditions
gallo-romaines.

 l'poque o nous pouvons commencer  recueillir des fragments
d'habitations franaises, c'est--dire  la fin du XIe sicle, nous
constatons encore la prsence de ces influences diverses, tenant d'une
part  la civilisation latine, de l'autre aux traditions
indo-germaniques plus ou moins pures. Il se produit mme, dans l'art de
la construction des maisons en France, au moyen ge, des oscillations
singulires qui dpendent de la prdominance du caractre gaulois ou
germain sur les restes de la civilisation latine, ou de celle-ci sur les
traditions locales et sur les gots des envahisseurs transrhnans.

Ainsi, au XIIe sicle, pendant le plus grand dveloppement de l'institut
monastique clunisien et cistercien, dans les villes o domine
l'influence de nos abbayes, la maison est construite en maonnerie, la
tradition romaine rsiste  l'influence du nord; tandis que dans les
villes plus indpendantes ou immdiatement places sous le pouvoir
royal, la maison de bois tend chaque jour  remplacer la maison de
pierre. Le plus ou moins d'abondance de l'une de ces deux matires, 
proximit des centres de population, bois ou pierre, n'avait pas une
influence dcisive sur le systme de construction adopt.

Pour ne pas sortir des limites de cet ouvrage, nous devons nous borner 
signaler ce fait, dont nous essayerons ailleurs de donner l'explication.

     [Note 123: Voir, pour les htels, la fin de l'article sur les
     maisons des villes.]



MAISONS DES VILLES.--La raret du terrain, dans les villes ou bourgades
fermes, obligeait les constructeurs  lever plusieurs tages au-dessus
du rez-de-chausse. Si  Rome, dans l'antiquit, les maisons possdaient
un grand nombre d'tages superposs, il ne parat pas que cette mthode
ft suivie dans les villes provinciales.  Pompe, les maisons n'ont
qu'un rez-de-chausse,  trs-peu d'exceptions prs; les peintures
antiques indiquent rarement des habitations composes de plusieurs
tages. Au contraire, ds l'poque mrovingienne, les maisons urbaines
possdent un ou plusieurs tages au-dessus du rez-de-chausse; les
auteurs mentionnent souvent leurs tages, et les reprsentations
sculptes ou peintes nous les montrent plutt dans la forme de tours ou
de pavillons levs que comme des logis juxtaposs. Grgoire de Tours
signale des maisons  plusieurs tages: Priscus, dit-il, avait ordonn,
au commencement de son piscopat, que l'on exhausst les btiments de la
maison piscopale[124].... Le duc Beppolen tant  table dans une
maison  trois tages, tout  coup le plancher s'croula[125]...

Les maisons mrovingiennes, dont il reste des traces nombreuses dans le
nord de la France, se composent habituellement d'une cave en maonnerie
non vote, surmonte de constructions de bois; leur primtre est petit
et les logements devaient ncessairement tre superposs. C'est d'aprs
ce programme que paraissent avoir t construites les maisons dont nous
donnons ici (1 et 2) les copies. La figure 1 indique videmment une
construction de bois; mais il faut dire qu'elle se trouve sur un
chapiteau de l'glise primitive de Vzelay, antrieure  l'tablissement
de la commune; tandis que, dans cette mme localit, on voit encore de
nombreux fragments de maisons de pierre du commencement du XIIe
sicle[126]. En effet, Aug. Thierry, dans ses _Lettres sur l'histoire de
France_[127], en racontant les phases de l'tablissement de la commune
de Vzelay, signale cette tendance des citoyens mancips  s'entourer
des signes extrieurs de leur affranchissement. Ils levrent autour de
leurs maisons, chacun selon sa richesse, des murailles crneles... L'un
des plus considrables parmi eux, nomm Simon, jeta les fondements d'une
grosse tour carre... La figure 2 prsente une particularit qu'il ne
faut pas omettre, c'est un escalier extrieur; nous verrons en effet que
ces escaliers extrieurs, ou grands perrons, jouent un rle important
dans les habitations des XIe et XIIe sicles. La tapisserie de Bayeux
nous montre Harold et ses compagnons banquetant dans une maison au
moment de leur passage en Normandie. La salle du banquet est situe au
premier tage sur un rez-de-chausse form d'arcades; un perron descend
de cette salle suprieure au bord de la mer. Ce rez-de-chausse est
videmment construit en maonnerie, tandis que le premier tage parat
tre un ouvrage de charpenterie.

On retrouve cette disposition des escaliers extrieurs dans des
manuscrits grecs du VIIIe sicle (voy. PERRON), et nous la voyons se
perptuer jusqu'au XVIe sicle. Signalons ce fait important: c'est qu'en
France, pendant la premire priode du moyen ge et jusqu'au XIIe
sicle, il semble que dans les habitations prives on ait maintenu les
traditions de l'antiquit gallo-romaine pour le rez-de-chausse, et que
l'on ait adopt les habitudes introduites par les peuples venus du nord
pour les tages suprieurs. Il se pourrait bien, en effet, qu'aprs
l'invasion, les nouveaux conqurants aient conserv bon nombre de ces
habitations de ville ou de campagne gallo-romaines, et que sur les
rez-de-chausses qui les composaient ils aient fait lever, en
charpenterie, des salles et des services dont ils avaient besoin. On
aurait ainsi adopt depuis lors un systme de construction rsultant de
deux mthodes entes l'une sur l'autre par les habitudes de deux
civilisations ou plutt de deux races diffrentes. Dans les maonneries,
l'influence gallo-romaine se fait sentir trs-tard, tandis que les
ouvrages de bois ont, ds l'origine, un caractre qui appartient
videmment aux races du nord et qui ne rappelle point l'art de la
charpenterie des Romains. Cette superposition de deux systmes de
constructions, issus de deux civilisations opposes, ne parvient qu'
grand peine  former un ensemble complet, et, jusqu' la fin du XIIe
sicle, on reconnat que le mlange n'est point effectu.

L'cole laque du XIIIe sicle parvient  oprer ce mlange, parce
qu'elle abandonne entirement les traditions romaines, et c'est
seulement  cette poque que les constructions prives prennent un
caractre vritablement franais, homogne, adoptent des mthodes
logiques, en raison des matriaux mis en oeuvre. Il suffit de jeter les
yeux sur les manuscrits occidentaux des IXe, Xe et XIe sicles, sur
quelques sculptures d'ivoire de cette poque et mme sur la tapisserie
de Bayeux, pour constater l'influence des traditions de constructions
gallo-romaines dans les maonneries du rez-de-chausse des habitations
et celle des constructions de bois indo-germaniques pour les
couronnements des palais et maisons, tandis que les glises affectent
toujours ou la forme de la basilique latine ou celle de l'difice
religieux byzantin.

videmment, si les seigneurs et les citadins laissaient les moines
arranger l'architecture de leurs monastres  leur guise (et ceux-ci
taient latins par tradition), ils exeraient une influence sur les
constructeurs chargs d'lever leurs habitations, et malgr l'antipathie
qui existait entre les castes des conqurants venus d'outre-Rhin et les
vieux Gaulois devenus latins, il semblerait qu'au contact de ces races
plus pures, le Gallo-Romain se rappelait son origine, reprenait peu 
peu les gots natifs, ragissait contre l'influence si longtemps subie
des arts romains et, dans ses habitations, se plaisait  composer un art
qui ft  lui. Aussi, au XIIe sicle dj, les maisons des citadins ne
ressemblent nullement aux btiments d'habitation des monastres: c'est
un autre art, ce sont d'autres mthodes de construire; l'architecture
civile se forme avec l'tablissement des communes, elle prend une allure
indpendante tout comme le chteau fodal qui, de son ct, s'loigne de
plus en plus de la villa romaine aux traditions de laquelle les abbayes
seules restent fidles. Il est toujours intressant de voir comment,
chez les populations livres  leurs instincts, les arts, et
l'architecture en particulier, refltent les tendances des esprits.

Au XIIe sicle, l'architecture monastique, arrive  son apoge, ne
progresse plus. Saint Bernard essaye de lui rendre la signification
qu'elle perd chaque jour, en lui imposant la simplicit comme premire
condition; mais aprs lui, cet art puritain, qu'il a prtendu donner
comme type des tablissements religieux, est entran dans le torrent
commun. L'architecture militaire fodale et l'architecture domestique au
contraire se dveloppent avec une prodigieuse activit; les vieux restes
des arts romains sont dcidment mis de ct, et les bourgeois, comme
les seigneurs, veulent avoir un art flexible qui se prte  toutes les
exigences des habitudes changeantes d'une socit. Ds que le pouvoir
des tablissements religieux s'affaiblit, l'esprit municipal et mme
politique se rvle, et le sicle n'est pas encore achev que tous les
travaux d'art et d'industrie sont entre les mains de ces gens de ville
qui, cinquante ans plus tt, devaient tous demander aux couvents depuis
le plan du palais jusqu'aux serrures des portes.

Il serait du plus haut intrt de possder encore aujourd'hui
quelques-unes de ces maisons de ville du XIe sicle, c'est--dire de
l'poque o les traditions gallo-romaines, encore assez entires, et
gauloises primitives, se mlangeaient si trangement avec les formes
d'architecture importes par les peuples du nord de la Germanie et par
les Normands. Nous n'avons sur ces temps que les documents
trs-imparfaits donns par les manuscrits; ils nous permettent,
toutefois, de constater la prsence de ces ouvrages de bois qui n'ont
gure d'analogie qu'avec quelques anciennes charpenteries du Danemark,
du Tyrol et de la Suisse[128].

L'aspect de la maison de ville franaise de la fin du XIe sicle et du
commencement du XIIe ne rappelle pas la maison romaine. Les vues ne sont
plus prises, ainsi que dans la maison antique, sur des cours
intrieures, mais sur la voie publique, et la cour, s'il en existe,
n'est rserve qu'aux services domestiques. De la rue on entre
directement dans la salle principale, presque toujours releve au-dessus
du sol de plusieurs marches. Si l'habitation a quelque importance, cette
premire salle, dans laquelle on reoit, dans laquelle on mange, est
double d'une arrire-salle qui sert alors de cuisine, ou, les jours
ordinaires, de salle  manger; les chambres sont situes au premier
tage. Mais un plan trac nous vitera de trop longues explications.
Voici donc (3) le plan d'une de ces maisons du commencement du XIIe
sicle[129]. De la rue on monte  la salle A par un escalier
dtourn[130] prsentant un premier palier avec banc, puis un second
palier ferm devant la porte d'entre qui est pleine.

Ce second palier est ou port en encorbellement ou pos  l'angle
externe sur une colonnette; le dessous du palier ainsi suspendu sert
d'abri  la descente des caves. Celles-ci sont gnralement spacieuses,
bien bties, bien votes, avec colonnes centrales et arcs-doubleaux.
Quelquefois mme il y a deux tages de caves, particulirement dans les
pays vignobles.  ct de la porte d'entre, qui est pleine et ferre
lourdement, est une petite ouverture pour reconnatre les personnes qui
frappent  l'huis. De cette premire salle, qui n'est habituellement
claire que par une fentre donnant sur le dehors et par la porte
lorsqu'il fait beau[131], on entre dans un dgagement B aboutissant 
l'escalier en limaon qui monte au premier, et sous lequel on passe dans
la petite cour D intrieure, commune quelquefois  plusieurs habitations
et possdant un puits. C'est sur cette cour que s'claire
l'arrire-salle C servant de cuisine. Au premier, la distribution est la
mme; la pice du devant sert de chambre  coucher pour les matres, la
salle postrieure est rserve aux domestiques. Mais ce premier tage
est trs-souvent construit en bois[132]. Son fentrage large occupe plus
de la moiti de l'espace et le tout est couvert par un toit saillant,
car le btiment, double  cette poque, ne prsente que rarement son
pignon sur la rue. Le pan de bois de face du premier tage, fait en
grosses pices, port sur de trs-fortes solives qui d'autre part
reposent sur le mur de refend, est hourd en mortier entre les bois; sur
l'enduit sont tracs des dessins  la pointe. Le dessous de la saillie
des toits et le pan de bois lui-mme sont peints de couleurs
tranchantes, jaune et noir, blanc et brun ou rouge, rouge et noir[133].
Nous donnons, au-dessous du plan, la vue de la faade de cette maison
romane.

Les distributions intrieures de la maison romane s'taient sensiblement
loignes de celles des maisons gallo-romaines et mrovingiennes; en
effet, on constate encore dans ces dernires la sparation de
l'appartement des femmes, tandis que la vie en commun est indique dans
la maison du XIe sicle. Grgoire de Tours mentionne encore des
gynces: On envoya, dit-il, Septimine dans le domaine de Marlheim
tourner la meule pour prparer chaque jour les farines ncessaires  la
nourriture des femmes runies dans le gynce[134]. Dans la maison
romane du XIIe sicle, la famille se runit autour du mme foyer. 
rez-de-chausse, la grande pice est la boutique, si le propritaire est
un marchand; alors la salle est au premier tage. Cette salle sert de
chambre  coucher, de lieu de runion; elle est vaste et contient le lit
du pre, de la mre et des enfants en bas ge. Les apprentis ou
domestiques couchent dans le galetas lev au-dessus du premier. Presque
toujours alors la cuisine est spare du logis principal par une petite
cour; une galerie permet d'y arriver  couvert; une alle contenant un
degr droit flanque la boutique et donne entre directement de la rue
dans la salle du premier tage. De cette salle on communique galement 
l'tage au-dessus de la cuisine par une galerie. C'est d'aprs ce
systme que sont leves les maisons de la ville de Cluny qui datent du
XIIe sicle[135]. Nous donnons (4) le plan de l'une d'elles.

Le rez-de-chausse A fait voir l'alle avec le degr droit en C, la
boutique en D, la galerie ou portique  jour en E, la cour en F, la
cuisine en H avec sa grande chemine I. Un puits est en G. Le premier
tage, trac en B, montre l'arrive du degr en K, la salle en L, la
galerie  jour ou vitre en N avec un petit degr pour monter aux
galetas, et une chambre en O. La coupe gnrale sur _ab_ de cette maison
est trace dans la figure 5 en A, et l'lvation de la faade sur la rue
en B. Cette faade est encore aujourd'hui conserve jusqu'au niveau C,
l'tage du galetas ayant seul t dtruit; quant aux btiments
postrieurs, il en reste  peine quelques traces. Les maisons du XIIe
sicle de la ville de Cluny sont mitoyennes, c'est--dire spares par
des murs communs  deux proprits, et bien que cette coutume soit
ordinaire dans la plupart des villes franaises, il est certaines
localits, particulirement en Bourgogne, o les maisons des XIIe et
XIIIe sicles sont spares par une ruelle troite et possdent par
consquent chacune des murs latraux indpendants. On peut reconnatre
que cette coutume existait galement dans la plupart des _bastides_, ou
petites villes fermes, leves d'un seul jet  la fin du XIIIe sicle,
sous la domination d'douard Ier, dans la Guienne. Mais les rglements
en vigueur concernant la plantation des maisons dans les villes de
France au moyen ge, leurs saillies sur la voie publique, la manire de
prendre les jours, les coulements des eaux, variaient  l'infini,
chaque seigneur ayant tabli une coutume particulire sur le territoire
soumis  sa juridiction. Il arrivait aussi que deux maisons taient
accoles avec mur mitoyen intermdiaire, comble unique  deux gots sur
deux ruelles latrales.

On voit encore dans la petite ville de Montrale (Yonne) quelques
maisons construites d'aprs ce systme, et une, entre autres, proche de
la porte du ct d'Avallon, qui est assez bien conserve. La fig. 6 en
reproduit le plan. Cette maison double parat remonter aux premires
annes du XIIIe sicle.

En A sont les entres avec perrons et bancs de pierre; en B, les
descentes de caves donnant, suivant l'habitude bourguignonne, sur la
voie publique; en CC', les salles du rez-de-chausse. En D sont deux
petites cours entoures d'appentis en bois ne s'levant que d'un
rez-de-chausse. La cage de l'escalier est commune, bien que ses rampes
soient spares. De la salle C, on monte au premier en prenant le palier
E, et de la salle C' en prenant le palier F; ainsi,  l'tage suprieur,
la porte de l'escalier de la maison C est en G, et celle de la maison C'
est en H. En I est un puits commun. Sur la rue, cette maison double
prsente la faade (7).

Les contre-forts antrieurs avec leurs encorbellements portent un balcon
au premier tage et la saillie du toit a deux gots avec pignon commun,
de sorte que les deux perrons, les deux descentes de caves et les deux
balcons sont abrits. Derrire ces habitations sont plants de petits
jardins auxquels on arrive par les ruelles. Nous ne saurions dire si ces
jardins taient communs  plusieurs maisons ou s'ils appartenaient
seulement  quelques-unes d'elles, car les cltures de ces terrains ont
t depuis longtemps bouleverses; ils arrivaient en bordure le long de
l'ancien rempart.

Les ruelles d'isolement entre les maisons, qu'elles fussent simples ou
jumelles, avaient ncessairement amen les architectes  lever les murs
goutterots sur les ruelles et les pignons sur la rue. Ces ruelles, qu'en
langage gascon on appelle _endronnes_, existaient mme parfois lorsque
les maisons formaient portique continu ou alle couverte sur la rue,
disposition assez frquente dans les bastides franaises et anglaises
bties aux XIIIe et XIVe sicles sur les bords de la Garonne, de la
Dordogne, du Lot et dans les provinces mridionales[136]. On conoit
parfaitement pourquoi, s'il fallait laisser des ruelles entre les
proprits, on runissait deux lots pour profiter du terrain d'une
ruelle. De deux maisons, deux propritaires n'en faisaient rellement
qu'une, avec mur de sparation dans l'axe du pignon. Toutefois cette
mthode est rarement employe.

Les ruelles entre les maisons n'ont quelquefois que la largeur d'un
caniveau, ainsi qu'on peut le constater encore dans la ville de
Montpazier, dont le plan gnral est d'une si parfaite rgularit et
ordonnance (voyez ALIGNEMENT, fig. 1); mais alors ces maisons possdent
deux faades, l'une sur une rue de 10 mtres de largeur, l'autre
postrieure sur une ruelle de 3 mtres environ[137]. Nous reviendrons
tout  l'heure sur ces habitations de la fin du XIIIe sicle.

Nous avons donn une maison de la ville de Cluny qui date du XIIe
sicle; dans notre article CONSTRUCTION, fig. 115, 116, 117 et 118, on
voit les lvations, plans et coupes d'une faade de maison de cette
mme ville, construite vers la moiti du XIIIe sicle. Dj les jours
sont plus larges, les tages plus levs, la construction de pierre plus
importante et d'une apparence plus svelte. Dans quelques villes fermes
on levait, au XIIIe sicle, des habitations  plusieurs tages dont les
faades taient entirement construites en pierre. Sur la place de la
petite ville de Saint-Antonin (Tarn-et-Garonne), qui possde une si
belle maison municipale du XIIe sicle (voy. HTEL DE VILLE), on voit
encore un assez grand nombre de maisons du XIIIe sicle d'une apparence
monumentale[138]. Ces maisons sont spacieuses, profondes, possdant des
faades assez tendues, remarquablement construites. Le rez-de-chausse
est occup par des magasins ou boutiques, le premier et le second tage
sont occups sur la rue par une grande salle sur le devant avec un
escalier et petite salle annexe donnant sur une ruelle, comme 
Montpazier. Voici (8) la faade d'une de ces maisons donnant sur la
place de la ville.

Les arcades du rez-de-chausse servaient de lieu de vente les jours de
march, ainsi que cela se pratique encore dans beaucoup de localits.
Alors des rideaux taient tendus sous les arcs pour abriter vendeurs et
acheteurs. Les grandes salles du premier et du second tage sont
claires largement par des arcatures continues, qui  l'intrieur
forment quatre fentres spares par des trumeaux troits. Au sommet de
la maison, sous le comble, est le galetas o habitaient les gens, o
l'on mettait les provisions. On observera que les pieds-droits des
fentres du premier et du second tage sont garnis,  la hauteur des
naissances, d'anneaux de fer avec crochets. Ces anneaux taient destins
 recevoir des perches auxquelles taient fixes des bannes. Cet usage
s'est perptu dans le midi de la France, en Italie et en Espagne. La
fig. 9 reproduit la disposition de ces bannes.

En A est un des anneaux-crochets scells dans la maonnerie. Les bannes
taient divises par traves, ainsi que les perches qui s'emmanchaient
l'une dans l'autre (voir le dtail B). Des perches-tais C soulevaient
les extrmits des toiles dont le mouvement et le dversement taient
maintenus par des cordelles passant dessous, en croix de saint Andr, et
venant se fixer par des anneaux aux crochets D. Une large pente fronce
tombait sur le devant, autant pour arrter les rayons du soleil que pour
donner du poids  la partie infrieure de la banne et obliger ainsi les
perches-tais C  rester inclines.

La petite ville de Cordes, entre Saint-Antonin et Gaillac, a conserv
presque toutes ses maisons qui datent des XIIIe et XIVe sicles et se
rapprochent, par leur style d'architecture et leurs dispositions
intrieures, de celle que nous venons de dcrire. Mais ces villes des
bords de la Garonne, du Tarn, du Lot et de l'Aveyron, taient
profondment pntres de l'esprit communal, ou plutt n'avaient jamais
abandonn les traditions municipales de l'poque gallo-romaine; la
plupart ont conserv des restes d'habitations prives qui indiquent une
administration locale trs-dveloppe, une grande prosprit intrieure
et des habitudes de bien-tre et mme de luxe qui ont disparu depuis les
guerres de religion du XVIe sicle. Notre poque se laisse aller
volontiers au courant de certains prjugs qui flattent l'amour propre
et dispensent d'tudier bien des questions ardues, en ce qu'elles
demandent du temps et des recherches. Combien de fois n'a-t-on pas dit
ou crit, par exemple, que les maisons des villes du moyen ge ne sont
que de pauvres bicoques, tristes, petites, obscures, inhabitables
enfin[139]? Certes, les vieilles maisons de Saint-Antonin, de Cordes, de
Saint-Yriex, de Montpazier, de Toulouse, de Prigueux, d'Alby, de
Mont-Ferrand, de Cluny, de Provins, de Bourges, de Laon, de Beauvais, de
Reims, de Soissons, de Dol, de Caen, de Chartres, de Dreux, d'Angers,
etc., ne sont que des petits difices, si on les compare  nos htels
modernes de Paris, de Lyon ou de Rouen; mais il ne faut pas oublier que
la plupart de ces maisons anciennes, debout encore, n'existent que dans
des villes singulirement dchues, que dans des villes de deuxime ou
troisime ordre, abandonnes aujourd'hui, alors riches et prospres,
quoiqu'elles fussent peu importantes si on les compare aux grands
centres de population de la mme poque; que ces vieilles maisons, si on
les met en parallle avec celles que l'on btit aujourd'hui dans ces
mmes localits, sont incomparablement mieux construites, mieux
entendues et d'un aspect moins pauvre; qu'elles indiquent un tat social
plus avanc, tabli plus solidement, une prosprit moins fugitive, des
institutions municipales plus robustes. Il est vident que, tablissant
un parallle entre une des maisons de la petite ville de Cordes et
l'htel de M...,  Paris, on donnera le champ libre  la raillerie; mais
comparons une maison ancienne de Saint-Antonin avec une de celles qu'on
btit aujourd'hui dans la mme localit; comparons l'htel de M... avec
l'htel de Sens ou l'htel de Trmoille, ou l'htel Saint-Pol, ou
l'htel de Cluny, ou mme la maison de Jacques Coeur,  Bourges, qui
existe encore  peu prs entire: de quel ct seront les rieurs?

Nous ne voulons point faire ici de la critique sociale, ni mme de la
politique; nous parlons art. Or, c'est une trange illusion de
confondre, quand il s'agit d'art, l'tat civilis avec le dveloppement
intellectuel. De ce qu'une socit est parfaitement police, de ce
qu'elle a rpandu des habitudes de _confort_ dans les dernires classes
de la socit, cela ne dit point du tout qu'elle dveloppe son
intelligence; cela ne fait pas surtout que la vie se rpande dans tous
les rameaux du corps social. Si au XIIe sicle, si pendant les XIIIe et
XIVe sicles on btissait de grands difices, et si les artistes
abondaient  Paris,  Rouen,  Lyon,  Reims,  Chartres,  Bourges, 
Tours,  Toulouse; dans la dernire petite ville, dans le dernier
village de France, on trouvait un art relativement aussi lev: en
est-il ainsi aujourd'hui? Nous btissons de magnifiques palais  Paris,
 Lyon ou  Marseille; mais que fait-on dans les chefs-lieux de canton,
dans les villages? de pauvres constructions branlantes, mal conues,
hideuses d'aspect, bien qu'elles affectent une certaine apparence de
luxe; des maisons incommodes,  peine abrites, cachant l'ignorance du
constructeur ou la mesquinerie du propritaire sous des enduits que
chaque hiver fait tomber. Dans ces faibles btisses, non-seulement l'art
n'entre plus, mais le bon sens, la raison semblent en tre exclus. Un
lambeau de vanit purile apparat seulement sur la faade symtrique ou
dans des intrieurs pauvrement luxueux. Nous sommes merveills de voir
dans une petite ville antique comme Pomp de mchantes maisons bties
en briques revtues d'enduits prsenter cependant des exemples d'un art
dlicat; mais nous possdions, au moyen ge, ce mme privilge de mettre
de l'art dans tout. Les maisons de Pomp ne seraient gure
_confortables_ pour nous, gens du XIXe sicle; celles du XIIIe sicle en
France ne le sont gure plus: qu'est-ce que cela fait  la question
d'art? Les maisons de Pomp nous charment parce qu'elles sont bien les
demeures des habitants de la Campanie; celles de Cluny ou de Cordes ont
les mmes qualits. Mais que seront les ntres pour les populations qui
les verront dans six sicles, s'il en reste quelqu'une? Le _confort_ est
aujourd'hui le matre, nous l'admettons; alors soyons consquents.

Est-il confortable d'lever  Marseille des maisons sur le modle de
celles de Paris, ou mme de construire des faades exposes au nord
pareilles  celles qui sont ouvertes vers le midi? Est-il confortable
d'clairer des pices, petites et grandes, au moyen de fentres d'gales
dimensions, d'avoir des trumeaux troits pour de grandes salles, et
larges pour des cabinets? Des portiques sur la rue, qui laissent
pntrer le soleil ou la pluie sur toute la largeur de leur pav,
sont-ils confortables? Est-ce une chose confortable que cette division
multiplie des pices sur une surface peu tendue, qui fait que la vie
intrieure se passe  ouvrir et fermer des portes, et qu'on ne sait o
placer les meubles les plus indispensables. Et ces tages de moins de
trois mtres de hauteur, sous plafond, sont-ils sains et confortables?
Ces murs minces, ces toits en zinc qui soumettent les intrieurs 
toutes les variations de la temprature, cette absence de saillies
devant les faades qui laisse les baies exposes tout le jour au soleil,
sont-ce l des choses confortables? Allons aux champs, c'est bien pis!
La petite maison blanche, aux murs minces comme du carton, aux toits
couverts de feuilles de zinc, aux fentres fermant mal, aux
rez-de-chausses humides, aux planchers qui crient, aux escaliers qui
crient, aux cuisines rpandant une odeur nausabonde dans l'intrieur,
mais qui,  l'extrieur, parat un beau petit, pavillon carr, brillant
au soleil; cette habitation est-elle confortable? Le chteau moderne
avec ses tourelles, ses toits orns, des placages de briques et de
pierres qui prtendent imiter la vieille construction... ce chteau
est-il confortable? Non point. Tout cela est apparence: les tourelles
sont accroches avec du fer; les toits compliqus, couverts avec des
moyens conomiques, mais garnis de crtes  jour en zinc, laissent
filtrer les eaux dans les intrieurs; les murs trop minces craquent; les
planchers, trop faibles pour leurs portes, flchissent. Les coulements
d'eau sont insuffisants; les chemines fument parce que les tres sont
larges comme il convient dans un chteau, et que les tuyaux sont troits
puisqu'ils passent dans des murs minces. Partout les porte--faux
produisent des lzardes, parce qu'on a demand de grandes pices 
rez-de-chausse, et que les tages suprieurs sont diviss  l'infini
par des cloisons. Des chemines portent sur le milieu des planchers.
Nous n'en finirions pas si nous voulions numrer toutes les misres
plus ou moins secrtes du _chteau_ moderne; misres qui se rvlent de
temps  autre par quelque procs intent  l'architecte complaisant qui
n'a fait, au total, que ce qu'on lui a demand. Sur son refus d'ailleurs
ne s'en serait-il pas trouv dix autres?

Les maisons du moyen ge taient faites pour les habitudes de ceux qui
les levaient; de plus, elles sont toujours sagement et simplement
construites. Chaque besoin est indiqu par une disposition particulire:
la porte n'est pas faite pour plaire aux regards du passant, mais pour
celui qui entre dans la maison. La fentre n'est pas dispose avec un
art symtrique, mais elle claire la pice qu'elle est destine 
clairer, et elle prend la dimension qui convient  cette pice.
L'escalier n'est point cach, mais apparent. La faade est abrite si
cela est ncessaire. La sculpture est rare, mais les planchers sont bons
et solides, les murs d'une paisseur suffisante. Dans les provinces
mridionales, les fentres sont petites; dans celles du nord, elles sont
nombreuses et larges. D'ailleurs, pour la maison du bourgeois, le
programme diffre peu. Toujours la salle  chaque tage avec escalier
intrieur, ou, plus souvent, sur le derrire avec petite cour. Cela
n'est pas confortable pour nous, c'est accord; mais cette disposition
convenait aux habitudes du temps o, mme dans le chteau, la _famille_,
c'est--dire les proches et les serviteurs, se runissaient dans la mme
pice autour du matre. Le programme tant donn, les architectes y ont
satisfait pleinement, ce qui nous permet de supposer qu'ils eussent
satisfait galement  tout autre programme, voire  ceux d'aujourd'hui.

Si, dans une ville du nord, commerante et populeuse, nous cherchons des
maisons construites sur un programme semblable  celui qui faisait
lever celles de Saint-Antonin, de Cordes, de Sarlat, datant de 1230 
1300, nous en trouvons quelques-unes  Beauvais,  Soissons,  Amiens,
trs-mutiles, il est vrai, mais qui laissent encore voir leur systme
de structure. C'est toujours la grande salle  chaque tage sur la rue;
mais dans les villes du nord, l'architecture civile est plus large, plus
monumentale. Les maisons se ressentent de l'esprit des communes ayant
reconquis leurs privilges. Examinons, par exemple, cette maison dont on
voit encore de beaux fragments dans la rue Saint-Martin,  Amiens, et
qui rappelle par son style les maisons de Beauvais et de Soissons de la
mme poque (9 _bis_); elle date de 1230  1240, comme celle de
Saint-Antonin. Mais il y a un certain air magistral, dans cette
architecture, qui lui donne une supriorit marque sur celle des villes
du midi. Nous avons rtabli le pignon et le rez-de-chausse d'aprs
d'autres fragments du mme temps et des mmes contres, ces parties
ayant t dtruites ou modifies dans la maison de la rue Saint-Martin
d'Amiens[140].

Cette diffrence marque de style est plus frappante encore lorsqu'on
tablit le parallle entre les habitations bties en pierre dans le
nord, et celles en grande partie leves en brique dans certaines villes
du midi. Voici (10) une maison de Caussade (Tarn-et-Garonne); elle est
contemporaine de celle de Saint-Antonin et de celle d'Amiens, et date du
milieu du XIIIe sicle. Les bases des piles du rez-de-chausse, les
colonnettes des fentres, les bandeaux et les sommiers sont seuls en
pierre dure de Caylus; le reste de la construction est en brique[141].
En plan, cette maison donne au premier et au second tage une grande
salle presque carre avec chemine, un escalier et un cabinet
postrieurs clairs sur un jardin. Le troisime tage est divis par
une cloison et forme deux pices. On sent encore, dans cette habitation,
l'influence de la petite forteresse prive; c'tait l un reste de ces
traditions des municipalits mridionales si fort prouves pendant les
guerres des Albigeois[142]. Prenons encore dans le nord une maison un
peu plus rcente, de 1240  1250 environ; cherchons une des plus grandes
et des plus riches de cette poque; allons  Reims, et examinons la
maison dite des Musiciens, situe dans la rue du Tambour. Cette maison,
dont le rez-de-chausse est fort mutil, a conserv intact son premier
tage sur la voie publique. Au-dessus s'levait le toit, avec des
mansardes dont on ne trouve plus que des traces sous le comble moderne.

La faade de cette maison possde quatre fentres hautes et larges au
premier tage avec cinq niches dans les trumeaux; ces niches sont
dcores de figures de musiciens assis, plus grandes que nature: le
premier musicien, en commenant par la gauche, joue du tambour et d'une
sorte de clarinette; le second joue de la cornemuse, le troisime (celui
du milieu) tenait un faucon sur le poing, le quatrime joue de la harpe
et le cinquime du violon; ce dernier est coiff d'un chapel de fleurs.
Voici (11) une trave de cette faade. Des boutiques du rez-de-chausse
indiques dans notre figure, il ne reste que les petits arcs et un des
pieds-droits. Une large porte cochre s'ouvre vers l'extrmit oppose
et donnait dans une cour autrefois entoure de btiments de la mme
poque, mais dont on ne trouve que des fragments. Le btiment sur la rue
est simple en paisseur, et tait, parat-il, divis en deux salles 
peu prs gales. L'escalier tenait aux btiments de la cour.

Cette maison appartenait peut-tre  la confrrie des mntriers de
Reims qui, au XIIIe sicle, jouissait d'une certaine rputation
non-seulement en Champagne, mais dans tout le nord. Comme on peut en
juger par l'examen de notre figure, la construction est simple,
l'ornementation riche. Les figures sont du meilleur style
champenois[143].

Les provinces avaient pour leurs btiments privs des coles d'art
diffrentes comme pour leurs glises et leurs tablissements publics;
une maison de la Bourgogne, au XIIIe sicle, ne ressemblait pas  une
maison de l'Aquitaine, de l'le-de-France ou de la Normandie. Ainsi, par
exemple, nous ne trouvons qu'en Bourgogne ces sortes de maisons dont
l'escalier  vis est engag dans le mur de face sur la rue et sert de
vestibule  rez-de-chausse.  Avallon,  Flavigny, dans la petite ville
de Smur en Auxois et mme  Dijon, on voit encore des restes de maisons
qui prsentent en plan la disposition que voici (12). Au milieu de la
faade est plant l'escalier A, partie en encorbellement au-dessus de la
porte d'entre B;  gauche ou  droite, selon que gironne l'escalier,
est la porte C qui donne entre dans la premire pice D, de laquelle on
pntre dans la seconde E, puis dans la troisime F; ainsi  chaque
tage. De la pice E commune, on entre dans une cour ou un petit jardin
G. En faade sur la voie publique, cette maison prsente l'lvation
(13). La porte d'entre B est abrite par la saillie de l'escalier, dont
la cage est pose sur l'about des marches formant encorbellement devant
la faade; une entre de cave O est pratique sous l'allge d'une des
fentres du rez-de-chausse; les caves, en Bourgogne, ont toujours t
une dpendance importante des habitations. Cette disposition simple,
conomique et commode (car rien ne s'oppose  ce qu'au premier et au
second la petite pice E ne devienne une antichambre donnant dans les
deux salles D et F), s'accordait bien avec les procds et matriaux de
construction de la Bourgogne, qui fournit de la pierre dure excellente,
propre  monter ces cages d'escalier d'une faible paisseur en saillie
sur l'about des marches de la premire rvolution.

Du reste, en examinant les habitations de cette poque qui existent
encore dans une mme province, si l'on constate que certaines
dispositions gnrales des plans taient adoptes par tous au mme
moment, comme s'accordant avec les besoins, on signale galement dans
les dtails, dans la manire dont les jours sont percs, une extrme
varit. C'est que dans cette belle phase du moyen ge, le sentiment de
l'individualit n'tait pas teint; que chacun pensait plutt 
satisfaire  ses gots ou  ses besoins personnels qu' imiter son
voisin et  se modeler sur un type uniforme. Aucune municipalit alors
n'aurait song  imposer  tous les propritaires d'une mme rue une
hauteur uniforme de bandeaux et un style uniforme d'architecture, et
dans ce sicle, qu'on nous signale comme un temps d'oppression, l'ide
ne serait jamais venue  une autorit quelconque de mouler les
habitations de mille citoyens sur un mme type. Chacun avait trop alors
la conscience de son individualit, de la responsabilit personnelle,
pour supposer que des hommes pussent tre parqus comme des animaux d'un
jardin zoologique dans des barraques pareilles pour rcrer les yeux des
promeneurs oisifs. On remarquera dans l'lvation fig. 13 la disposition
des chneaux de pierre inclins vers deux gargouilles extrmes et ports
sur des corbeaux saillants. C'est encore l une disposition commune en
Bourgogne et dans la haute Champagne. Ailleurs, l o les pierres
longues et rsistantes font dfaut, ces chneaux sont simplement creuss
dans une poutre ou en planches recouvertes de plomb. Ds le milieu du
XIIIe sicle en effet, en Bourgogne et en Champagne, on vite de laisser
goutter les eaux des combles devant les faades, et on les conduit par
des chneaux dans des gargouilles saillantes poses  l'aplomb des
jambes-trires.

Nous avons encore vu  Vitteaux (Cte-d'Or), il y a quinze ans,
plusieurs maisons charmantes des XIIIe et XIVe sicles, presque toutes
dmolies ou dnatures aujourd'hui. L'une d'elles, datant de la seconde
moiti du XIIIe sicle, prsentait en plan la disposition suivante (14)
 rez-de-chausse.

En A, sous la cage d'escalier, comme dans l'exemple prcdent, est la
porte d'entre. La porte de cave donne sur la rue, en B. Ayant franchi
la porte d'entre, on passe dans un petit vestibule C; de l en face,
dans la cuisine D, et  gauche dans la salle. La mme distribution se
rpte au premier tage et donne deux chambres; puis au second, sous
comble, est une grande pice divise en deux dans l'paisseur du
btiment. L'lvation (15) montre en A la porte d'entre, et en B celle
de la cave. La cage de l'escalier n'est plus porte sur l'about des
marches, mais sur une plate-bande rampante bien appareille. Au sommet,
la cage de l'escalier passe de la forme cylindrique au plan hexagonal,
afin de faciliter la couverture faite en bardeaux. Une cour intrieure,
ou plutt un petit jardin plant, derrire la maison, donne de l'air et
de la lumire  la cuisine et  la partie postrieure de la salle. Le
btiment du ct de ce jardin est ferm par un pan de bois (voir le
plan). Profitant de la saillie donne par l'escalier en encorbellement,
et d'une console  l'aplomb de la jambe-trire de gauche, l'architecte
a pos une ferme boiteuse en saillie, abritant toute la faade (voir
l'lvation). Les eaux coulant dans les chneaux mitoyens sont rejetes
 gauche sur la rue par une gargouille en bois, et  droite dans la cour
par une conduite en bois-tombant dans un petit rservoir en pierre plac
 l'angle de la cuisine. Au rez-de-chausse et au premier sont disposes
des chemines sur les murs mitoyens, chemines dont les ttes sont
visibles dans l'lvation. Ainsi donc sur un terrain de 100 mtres
environ, sur lesquels 49 mtres superficiels taient rservs  la
construction, l'architecte bourguignon de la petite ville de Vitteaux
trouvait le moyen d'lever une maison capable de loger convenablement
une famille dans des pices saines, bien claires, assez spacieuses, et
pour une somme videmment trs-modique; car on remarquera que le mur de
face et les murs mitoyens sont seuls en maonnerie; les planchers
portent sur ces deux murs mitoyens et sur le pan de bois du milieu. Une
construction de ce genre, avec le mode adopt, coterait, caves
comprises, en province, 250 fr. le mtre superficiel; la maison
reviendrait donc  la somme de 12,250 fr. Or, nous pouvons voir les
btisses que l'on lve tous les jours dans les petites villes des
dpartements; sur une surface aussi peu tendue, elles cotent plus
cher, sont moins saines et moins commodes, mais aussi sont-elles
remarquablement laides, bien qu'elles essayent de ressembler  la grosse
maison bourgeoise de la grande ville la plus voisine. Ce n'est
certainement pas la richesse de l'ornementation qui plat dans ces
constructions civiles, puisqu'elles sont gnralement dpourvues de
sculpture jusqu'au XVe sicle; ce n'est pas non plus cette symtrie
vulgaire tant prise par les dilits modernes. Ce qui plat, ce qui
charme dans ces modestes btisses, c'est l'empreinte des besoins et des
habitudes de la famille qu'elles protgent; c'est la sincrit des
procds de construction, l'imprvu, l'adresse et l'esprit, disons-le,
avec lesquels l'artiste a su profiter de tous les accidents du programme
donn. En supposant que nos villes modernes fussent ensevelies sous les
cendres, comme Pomp, il serait bien difficile aux archologues qui les
dcouvriraient dans deux mille ans de se faire une ide des gots, des
moeurs et des habitudes de la gnration qui les a leves; mais si on
pntre aujourd'hui dans une maison du moyen ge passablement conserve,
tout, dans ces habitations, nous reporte aux faons de vivre de leurs
habitants. L on sent un peuple qui a son caractre  lui, ses gots
distincts, ses traditions et ses tendances.

D'ailleurs, l'htel du seigneur et mme la maison du bourgeois devenu un
personnage important dans la cit se distinguent de l'habitation du
citadin, du commerant ou du fabricant, d'une manire tranche. Si le
citadin pose sa faade sur la rue, tient  vivre sur la rue, l'homme
noble, au contraire, lve son logis en arrire, entre cour et jardin;
sur la voie publique, il place un mur de clture ou des communs. Autant
la maison du simple bourgeois ressemble  une lanterne, autant celle du
seigneur ou de l'homme devenu un gros personnage est ferme aux regards
du passant. Nous avons lu quelque part que la marquise de Rambouillet
fut la premire  Paris qui eut l'ide de se faire btir un htel entre
cour et jardin; c'est l une de ces erreurs comme tant d'autres
propages avec insistance pour faire croire que le XVIIe sicle a tout
fait et qu'avant cette poque il n'y avait que tnbres et barbarie.
D'abord, Tallemant des Raux, qui seul, parmi les contemporains de la
marquise, parle des soins qu'elle prit de la construction de son htel,
ne dit pas un mot de cela, et, l'et-il dit, que les htels existant
bien antrieurement  cette poque lui donneraient le plus complet
dmenti. En effet, les htels de Saint-Pol, des Tournelles, de Bourbon,
de la Trmoille, de Sens, de Guise, de Cluny,  Paris, taient et sont
encore entre cour et jardin. Il tait donc facile, dans une ville, de
reconnatre les habitations des personnages considrables entre celles
des bourgeois. Mais les maisons des bourgeois elles-mmes avaient un
cachet particulier en raison de l'tat ou de la position de ceux qui les
habitaient. Les maisons d'une ville manufacturire et marchande comme
Beauvais, Amiens, Reims, Troyes, ne ressemblaient pas  celles d'une
ville habite par des propritaires de terres et vivant de leurs revenus
ou d'un commerce de grains, de vins ou autres produits. Si la maison du
Rmois ou du bourgeois de Troyes est ouverte  rez-de-chausse ou leve
sur un portique qui permet aux marchands de parler de leurs affaires,
celle de Provins, par exemple, ou de Laon, est soigneusement mure sur
la rue jusqu' la hauteur du premier tage. La fig. 16 reproduit la
faade d'une de ces maisons de Provins, donnant sur la rue de Paris, et
datant de la seconde moiti du XIIIe sicle.

Ici, l'habitant se renferme; le dehors n'a pas  s'occuper de ce qui se
passe chez lui. La salle est au premier tage ainsi que les chambres. Le
rez-de-chausse est rserv aux communs, aux provisions,  la cuisine.
Les tages sont hauts entre planchers; on sent que dans ces habitations
la vie est simple et large. D'ailleurs, on observera avec quel soin la
construction est faite, comme les vides des fentres sont bien soulags
par ces arcs de dcharge en pierre; comme cette faade, compose de si
peu d'lments, prend un caractre monumental. Savoir mettre de l'art
dans un mur en moellon perc de baies, sans dcoration aucune, sans
procds de construction dispendieux, en se bornant au strict
ncessaire, n'est-ce pas la marque d'un tat social trs-avanc, au
point de vue de l'art, et pouvons-nous en dire autant de notre sicle?
Nous n'ignorons pas que, pour un grand nombre de personnes aujourd'hui,
l'art n'est qu'une des expressions du luxe, une superfluit, et qu'en
fait d'architecture, une faade qui n'est pas plaque de colonnes ou de
pilastres, de moulures et d'ornements ramasss un peu partout suivant la
mode, n'est point une oeuvre d'art. Le moyen ge qui a laiss peu de
livres ou de discours sur l'art, mais qui tait artiste, savait mettre
de l'art sur la faade la plus riche et sur le mur de l'humble
habitation du citadin d'une petite ville; il savait aimer et respecter
cet art dans ses modestes expressions comme dans ses conceptions
splendides. Un sicle qui ne croit plus pouvoir manifester son got pour
l'art qu'en accumulant les ornements, qu'en dpensant des sommes
normes, mais qui dans les oeuvres de chaque jour oublie ses principes
lmentaires, passe d'un type  un autre, n'a plus d'originalit, ce
sicle penche vers le dclin des arts. Quand une poque est descendue 
ce niveau infrieur dans l'histoire des arts, peu  peu l'excution
s'appauvrit; ne trouvant plus  s'attacher qu' des oeuvres
privilgies, elle se retire des extrmits pour concentrer ses derniers
efforts sur quelques points; chaque jour la barbarie gagne du terrain.

On btit encore des palais, des monuments o toutes les richesses sont
amonceles sans ordre ni raison; mais les habitations, les difices de
la petite cit, ne sont plus que des oeuvres grossires, ridicules,
uniformment vulgaires, et dont les vices de construction feront
promptement justice. C'est la seule consolation qui reste, au milieu de
ces misres, aux esprits assez proccups des choses d'art, pour croire
encore que la postrit juge un peu les civilisations d'aprs leurs
monuments. Quand l'art n'est plus qu'une affaire de luxe, le jour de sa
proscription est proche. Au moyen ge, la puissance vitale de l'art se
manifeste partout; son expression est un besoin pour tous, grands et
petits. Les vieilles maisons qui couvraient encore nos anciennes villes
franaises il y a quelques annes, et que des besoins nouveaux font
disparatre rapidement, en taient la preuve vivante. Nous ne prtendons
pas que l'on doive, aux dpens de la salubrit publique, en prsence des
dveloppements de la prosprit des classes moyennes, conserver quand
mme des masures pourries; mais nous aimerions retrouver aujourd'hui
dans nos constructions prives ces instincts d'une population aimant les
arts et sachant en rpandre partout les vritables expressions. Mais
non, ce vieux et riche sang gaulois, qui, aprs une longue compression,
avait pu, vers le XIIIe sicle, circuler librement, porter la vie dans
toutes les provinces, couvrir le sol d'difices de toute nature,
originaux, logiques, francs, sans alliages, vritable enveloppe d'une
nation pleine de qualits brillantes; ce sang limpide et pur s'est
coagul de nouveau sous une seconde invasion trangre. Il a fallu
redevenir romains, et encore, sous quels Romains! La symtrie a d
remplacer la logique, une imitation ple d'un art mort s'est substitue
 l'originalit native de notre pays. Des doctrines fausses, enseignes
avec persistance, ont peu  peu pris racine dans tous les esprits, et
l'engouement pour un art fastueux que personne ne comprend et que
personne n'explique, parce qu'il ne saurait tre expliqu devant des
esprits naturellement clairs et logiques, a remplac ce got inn pour
cet art vrai fait pour notre taille et au milieu duquel nous nous
sentions chez nous.

La maison du moyen ge, en France, est l'habitation de l'homme ne sur le
sol. La maison de nos jours est l'habitation banale, uniformment
confortable; comme si la vie du ngociant, ses moeurs et ses besoins
ressemblaient  la vie, aux moeurs et aux besoins du soldat; comme si le
logement qui convient  un notaire convenait  une femme  la mode.
Cette uniformit, incommode pour tous,  tout prendre, est telle que
l'homme aujourd'hui vou  une carrire est oblig de se faire btir une
maison pour lui, s'il ne veut pas chaque jour avoir  lutter contre les
ennuis et les difficults que lui cause le logis banal. Chacun est mal 
l'aise dans la bote qu'il loue, mais les passants ne voient que des
faades  peu prs identiques et qui nous auraient dj fait mourir du
spleen si dans notre pays nous pouvions tomber sous l'empire de cette
maladie[144].

Mais (et c'est l un motif de ne pas dsesprer de l'avenir) ce n'est
pas de notre temps qu'on a tent pour la premire fois de _mouler_,
dirons-nous, les habitants d'une cit dans des compartiments rguliers,
aligns, identiques. Les seigneurs, au moyen ge, ne comprenaient pas
beaucoup mieux que nos dilits modernes les questions d'art, ce qui n'a
pas empch la nation de possder son art. Les Anglais, notamment, ne
paraissent pas  cette poque avoir pntr le gnie franais; et en
leur qualit d'trangers, nous ne saurions leur en vouloir: Dans la
seconde moiti du XIIIe sicle, temps de paix et de prosprit, dit M.
Flix de Verneilh[145], un petit coin de l'une des provinces se couvrit
rapidement de ces villes neuves appeles _bastides_ dans l'ancienne
langue du midi. Voici par quelles circonstances. Alphonse de Poitiers,
frre de saint Louis, tait devenu, par son mariage avec l'hritire des
comtes de Toulouse, le seigneur nominal d'une partie de la Guienne.
Comme tel, et bien que cette souverainet se rduist souvent  un
titre, il prtendit assurer son autorit directe en faisant btir une
capitale, Villefranche de Rouergue. Dans l'Agnois, il fonda Villeneuve
d'Agen et plusieurs bourgs moins considrables. Dans le Prigord, o il
avait quelques possessions, il fonda aussi des bastides. Ces villes, ou
bastides, taient construites sur des terrains accords gratuitement,
suivant l'indication des _ingnieurs_, et jouissaient de franchises
tendues. C'tait un moyen d'attirer sous la dpendance directe du
suzerain des populations entires; le moyen russit malgr les
protestations des seigneurs fodaux et les excommunications des vques.
De son ct, continue M. F. de Verneilh, douard Ier, d'abord comme duc
et bientt comme roi, multiplia singulirement les fondations de ce
genre; et c'est un des meilleurs titres de ce grand prince au souvenir
reconnaissant de l'ancien duch de Guienne. Libourne, entre autres, lui
doit son existence (1286)... Beaumont fut ainsi construit pour le
compte du roi d'Angleterre en 1272; le marchal Jean de La Linde
commena sur son propre domaine la bastide de La Linde. On btit la
ville de Montpazier vers 1284. Or, ce plan de Montpazier trac en 1284
n'a pas t altr depuis. Comme tous les plans de villes de cette
poque, tracs en Guienne et en Prigord, la ville de Montpazier est
non-seulement aligne avec une rgularit parfaite (voir l'article
ALIGNEMENT, fig. 1), mais encore toutes les maisons sont d'gales
dimensions et distribues de la mme manire. Un lot des maisons de la
ville de Montpazier (17) fait voir avec quelle uniformit cellulaire ces
habitations sont construites. Certes, la rgularit observe dans des
villes modernes, comme Napolon-Vende, comme certaines villes
d'Algrie, n'est que dsordre, en comparaison de cette symtrie absolue.
Il faut admettre (ce qui tait vrai alors) que tous les gens venant
s'tablir dans ces bastides privilgies, sorte de refuges offerts par
en suzerain, taient tous sur le pied de l'galit; quels qu'ils
fussent, il est certain qu'ils se soumettaient  ces conditions
d'alignement, de faades et de surfaces imposes, puisque ces villes ont
t bties d'un seul jet et ont atteint un degr de prosprit relative
trs-lev peu aprs leur construction.

On reconnat ainsi que ces ides, que nous croyions appartenir  notre
poque, de _cits ouvrires_, de centres de populations tablies sous
une apparence d'galit absolue, ne sont pas nouvelles, et que le moyen
ge a mme atteint dans ce sens un point pratique dont nous sommes
encore fort loigns. Mais si modestes que soient ces habitations, elles
sont du moins en rapport avec les besoins et les habitudes de l'poque.
Elles se composent toutes d'un rez-de-chausse, d'un premier et
quelquefois d'un second tage; leurs faades sont varies d'aspect, en
raison des gots ou de l'tat de fortune de chacun; d'ailleurs bien
bties et solides. La place de la ville seule, sur un ct de laquelle
s'lve la halle, est entoure de portiques trs-larges, bas et
aboutissant aux rues donnant entre sur cette place; car les
_ingnieurs_ qui ont trac les plans de ces bastides se sont bien gards
de percer les rues dans les milieux des cts du carr, ce qui et t
peut-tre conforme aux rgles acadmiques, mais point du tout  celles
de la raison. Une place est gnralement, dans une ville, une aire plus
ou moins vaste o l'on se runit; si deux rues coupent le centre 
angles droits, il est clair que les gens qui passent gnent beaucoup
ceux qui demeurent. tablir la circulation sur les cts d'une place et
laisser le milieu en dehors de cette circulation a toujours t la
proccupation des planteurs de villes du moyen ge. Des pans coups,
mnags aux retours d'querre des maisons d'angle, permettent aux
chariots d'entrer dans la place facilement les jours de march. Nous
prsentons (18) le plan d'un quart de la place de la bastide de
Montpazier[146], et (19) la vue perspective d'une des entres de cette
place prise du point A du plan. On voit dans cette figure comment les
angles des maisons sont ports en encorbellement au-dessus des larges
pans coups qui donnent entre diagonalement sur la place.

Les maisons de ces bastides de la fin du XIIIe sicle sont construites
en pierre, en brique ou moellon; la structure de bois est exclue des
faades. Du reste, les maisons de bois sont trs-rares dans les
provinces mridionales, tandis que ds la fin du XIII sicle nous voyons
qu'elles deviennent de plus en plus frquentes dans les provinces du
Nord. D'abord, ce ne sont que les tages suprieurs qui sont construits
en pans de bois, puis bientt le rez-de-chausse seul se maintient en
pierre; puis enfin, pendant le XVe sicle et le commencement du XVIe,
des faades tout entires sont non-seulement leves en pans de bois,
mais souvent mme entirement boises comme de grands meubles, sans
qu'il y ait trace apparente de maonnerie. Outre le got que les
populations du Nord ont toujours conserv pour les constructions de
bois, outre l'influence qu'exeraient sur ces populations les traditions
apportes par les invasions septentrionales, le voisinage de grandes
forts, la construction de bois prsentait des avantages qui devaient
entraner tous les habitants des villes populeuses des provinces
franaises proprement dites  employer cette mthode.

Comme nous l'avons dit, dans ces grandes villes du Nord, telles que
Paris, Rouen, Beauvais, Amiens, Troyes, Caen, etc., la place tait rare.
Ces villes, entoures de murailles, ne pouvaient s'tendre comme de nos
jours; on cherchait donc  gagner en hauteur la surface qui manquait en
plan, et on empitait autant que faire se pouvait sur le vide de la voie
publique, au moyen d'tages poss en encorbellement: or, la construction
de bois se prtait seule  ces dispositions imposes par la ncessit.
On pensait alors  bien abriter les parements des faades par la saillie
des toits, soit que l'on levt sur la rue un mur goutterot ou un
pignon. Les rues devenant de plus en plus troites  mesure que les
villes devenaient plus riches et populeuses sans pouvoir reculer leurs
murailles, on agrandissait les fentres pour prendre le plus de jour
possible. Mais,  ce sujet, nous devons placer ici une observation. De
notre temps, et non sans raison, on aime  clairer largement les
intrieurs des pices d'une habitation; il n'en tait pas ainsi pendant
le moyen ge. Les maisons romanes les plus anciennes sont perces de
fentres relativement troites et laissent passer peu de lumire, les
habitants cherchaient l'obscurit dans les intrieurs avec autant de
soin que nous cherchons la lumire; il y avait l encore les restes
d'une tradition antique. Au XIIIe sicle, les maisons commencent 
prendre des jours plus larges; on veut au moins une salle bien claire.
Ce got s'tend  mesure que la vie active, l'industrie et le commerce
prennent plus d'importance parmi les populations urbaines. Tous les
tats avaient besoin de la lumire du jour pour se livrer  leurs
occupations. La maison n'tait plus le refuge ferm de la famille,
c'tait encore l'atelier; aussi est-ce dans les villes industrielles que
les maisons s'ouvrent largement sur la rue ds la fin du XIIIe sicle.

Malgr la mise  jour des faades des maisons ds cette poque, on ne
conoit gure aujourd'hui comment, dans ces rues troites, bordes
d'habitations dont les tages surplombaient, certaines industries
pouvaient s'exercer; cela ne s'explique que quand on a vu, par exemple,
les ouvriers en soie de Lyon travailler aux tissus les plus dlicats
dans des pices o  peine on croirait pouvoir lire. La vue s'habitue 
l'obscurit, et l'excessive lumire naturelle ou factice que nous
rpandons partout aujourd'hui n'est pas une condition absolue pour
travailler  des ouvrages d'une grande finesse. Quoi qu'il en soit, de
ces ateliers du moyen ge, qui nous sembleraient si sombres aujourd'hui,
sortaient des ouvrages d'orfvrerie, des broderies et des tissus dont,
avec toute la lumire que nous nous donnons, nous atteignons
difficilement la dlicatesse. Ce sont l des questions d'habitude, et de
ce qu'un ouvrier s'est habitu ds l'enfance  travailler sous un jour
douteux, il ne s'ensuit pas que cet ouvrier est un maladroit. De ce que
nos pres voyaient reprsenter le _Cid_ de Corneille  la lueur des
chandelles, il ne faudrait pas en conclure qu'ils apprciaient moins
vivement le chef-d'oeuvre du pote tragique. Laissons donc l, une fois
pour toutes, ces reproches adresss aux architectes des maisons du moyen
ge d'en avoir fait des rduits sombres, inhabitables; sombres et
inhabitables pour nous, soit; mais les citadins de ce temps les
trouvaient commodes et suffisamment claires. Cela est indpendant de la
question d'art; le plus ou moins de qualit architectonique d'une faade
de maison ne dpend pas de la plus ou moins grande largeur de la rue sur
laquelle elle s'lve. Nous en avons la preuve tous les jours.

Voici (20) une de ces maisons leves en maonnerie et bois que nous
avons dessine  Chteaudun en 1841. Le rez-de-chausse et le premier
tage sont levs en pierre, les murs mitoyens en moellon; le mur du
fond, sur une cour, galement en pierre. Au rez-de-chausse (voir le
plan A) s'ouvre sur la rue un vaste magasin avec poteau central et bout
de mur de refend B. Une poutre matresse porte sur un corbeau de la pile
du milieu de la faade, sur le poteau central et sur la tte de ce
tronon de mur de refend; il reoit le solivage. Un escalier  vis,
ajour, monte au premier et au second tage. Du couloir C, on passe dans
la cour D et dans une arrire-salle E. Au premier tage, la distribution
est pareille; seulement la poutre matresse passe  travers les murs de
face et reoit les entraits de la charpente. Pour obtenir le plus de
lumire possible sur la rue, le constructeur a band deux arcs de
dcharge dans l'paisseur du mur de face, et sous ces arcs il a pos de
vritables chssis en pierre trs-ajours. L'tage de comble est divis
en deux pices dans l'paisseur du btiment. On observera qu'une ferme
de la charpente est en saillie sur le mur de face, afin de bien
l'abriter. Cette ferme repose sur les bouts des sablires soulages par
des liens et sur l'about de la filire d'axe galement soulage par un
lien. Les solivages des planchers sont poss aux niveaux G et H. La
construction de cette maison appartient au commencement du XIVe sicle.
Toutefois, dans cet exemple, l'tage de comble en bois n'est pas pos en
encorbellement.

La figure 21 donne le plan et l'lvation d'une maison de Laval d'une
poque un peu plus rcente, mais o la structure de bois prend plus
d'importance et s'lve en encorbellement sur le rez-de-chausse. Cette
maison, dont la faade s'lve sur une rue ayant une forte pente, est
divise pour deux mnages. La pente de la rue a permis au constructeur
de donner un entre-sol A  l'habitant de gauche, les solivages des
planchers tant en B et C; l'habitant de droite ne possde qu'un
rez-de-chausse lev et un premier tage, le solivage du plancher tant
au niveau C'. Ainsi que l'indique le plan P, chaque habitant possde son
escalier, montant de la boutique au premier. Un pan de bois de refend
pos dans l'axe de la faade spare les deux habitations du haut en bas.
Le pan de bois de face du premier tage est en saillie sur le n du pan
de bois du rez-de-chausse et repose sur trois sablires en
encorbellement (voy. PAN DE BOIS). Ce pan de bois du premier tage est
abrit par la ferme de tte du comble pose sur les abouts des sablires
S. Les poteaux corniers de face ne sont l que pour maintenir le pan de
bois sur la rue, car derrire ces poteaux corniers s'lvent les murs
mitoyens en moellon portant chemines. Ici la maonnerie de la faade
s'arrte  la hauteur du rez-de-chausse de l'habitation de gauche, et
plus bas pour l'habitation de droite. Les pans de bois, comme dans
l'exemple prcdent, sont hourds en maonnerie entre les poteaux,
dcharges et tournisses.

Ces deux exemples font dj voir avec quelle libert les architectes de
maisons employaient ces mthodes simples et senses qu'ils avaient su
trouver; profitant de la disposition des lieux, des pentes, de la
qualit des matriaux, remplissant les programmes donns sans s'attacher
 des formes de convention, mais cependant observant avec scrupule les
principes d'une construction solide et durable. Il fallait bien que ces
principes fussent bons pour que des habitations leves  l'aide de
moyens aussi simples et peu dispendieux aient pu durer cinq sicles.

Au moment o le mode des pans de bois en encorbellement semble prvaloir
pour les habitations urbaines, ce mode n'est pas soumis au mme systme
de construction dans toutes les provinces composant aujourd'hui la
France. Savant, recherch dans les provinces au nord de la Loire, il
conserve vers celles du centre et de l'est une apparence primitive. Dans
la Bresse, par exemple, les maisons en bois des XIVe et XVe sicles
possdent des pans de bois o le systme d'empilage, admis en Suisse
encore aujourd'hui, est apparent et se mle au systme de charpente
d'assemblage. Ce systme de charpente par empilages de bois, outre qu'il
appartient  certaines populations dont le caractre ethnique est
reconnaissable, est aussi provoqu par l'abondance des arbres rsineux,
droits, comme le sapin des Vosges, du Jura et des Alpes. S'il est
difficile, en effet, d'empiler horizontalement des brins de chne qui
demandent un quarrissement long et pnible, rien n'est plus ais au
contraire que de poser les uns sur les autres des troncs de sapins,
naturellement droits et faciles  quarrir. Dans les provinces de l'est
et mme dans celles du centre, les forts taient abondantes et
nombreuses au moyen ge; dans la Haute-Loire notamment, dans la Loire et
l'Ardche, partie de l'ancien Lyonnais, les montagnes, arides
aujourd'hui, taient, il y a quatre sicles, couvertes de forts
sculaires, protges par les lois fodales. Aussi n'est-il pas rare de
trouver encore dans ces contres de vieilles maisons de bois, tmoins de
l'abondance de cette matire. Dans la petite ville d'Annonay, il existe,
ou il existait encore il y a quelques annes (car ces vieilles
habitations disparaissent comme les feuilles en automne), un petit
nombre de maisons des XIVe et XVe sicles presque entirement
construites en bois, dont la construction mritait d'tre tudie, et
qui avaient chapp aux incendies du XVIe sicle. Nous donnons (22)
l'une d'elles, que nous classons parmi les maisons du XIVe sicle.

Sur un rez-de-chausse lev en gros blocs de pierre est pose une
paisse en rayure en sapin, dont le troisime rang forme plancher et
dborde sur la face de manire  porter, en encorbellement, le pan de
bois du premier, compos sur la face antrieure de trois sablires
superposes, jointives, sur lesquelles s'assemblent les montants. Deux
poteaux corniers retiennent les extrmits des trois sablires.
Latralement, des pans de bois ordinaires, hourds en moellon et
mortier, forment murs mitoyens. Sur ce premier pan de bois, un second
plancher en bascule reoit un second tage galement en pans de bois,
surmont d'un comble trs-saillant sur la rue, dont notre figure
explique suffisamment la combinaison. La saillie du comble sur le n du
mur du rez-de-chausse est de 3m50 environ; la faade tait donc
parfaitement mise  l'abri de la pluie et de la neige; ces habitations
taient ainsi appropries au climat de cette contre, chaud en t,
trs-rude en hiver. Il est facile de reconnatre que ces sortes de
maisons en bois ne ressemblent point  celles leves au nord de la
Loire. Il y a l d'autres traditions et aussi d'autres besoins. Le
citadin des villes du Lyonnais demandait moins de jour et un abri plus
efficace.  Annonay, par exemple, on voulait non-seulement garantir les
faades contre les bourrasques de neige, mais aussi les rues montueuses,
de manire  faciliter la circulation des habitants en hiver. C'est
qu'au moyen ge, quoi qu'en aient pu dire les dtracteurs de cette
poque, le citadin ne se renfermait pas dans cet gosme brutal si
gnral aujourd'hui; en levant sa maison, il pensait aussi qu'il tait
citoyen, il btissait pour lui et pour sa ville. De notre temps, les
rglements de voirie sont tablis pour sauvegarder les intrts communs.
Alors les rglements de voirie taient certainement moins complets et
moins prvoyants, mais chaque citoyen pensait un peu plus  l'intrt
gnral et tenait  assurer le bien-tre de tous. Or, cette alliance de
l'intrt gnral et de l'intrt particulier, comprise par tous les
habitants d'une mme ville, est plus intelligente que ne peuvent l'tre
les rglements les plus complets et les mieux excuts. Au point de vue
de l'art, le rsultat est bien autrement intressant. Il en est de cela
comme de la charit prive compare  la charit publique. Si celle-ci
est plus rgulire et peut-tre plus efficace, la premire est plus
dlicate et intelligente. Mais nous n'avons pas  nous occuper de ce
triste ct de notre civilisation moderne, qui semble avoir besoin
d'tre journellement vante pour se distraire de comparaisons fcheuses.
Revenons  notre architecture domestique.

Les constructions de maisons par empilages sont mieux caractrises si
nous nous rapprochons des Alpes, Nantua (Ain), on voit encore quelques
maisons  peu prs de la mme poque que celle d'Annonay, donne
ci-dessus, mais dont la structure se rapproche davantage de celle des
habitations suisses dites _chlets_[147]. On retrouve dans ces maisons
(23) des traditions fort anciennes. La manire dont les pans de bois du
premier tage sont poss sur la maonnerie, les sablires doubles sous
le comble, appartiennent tout  fait  des constructions primitives de
certaines peuplades qui n'employaient que le mode de charpente par
empilage, tandis que le trac de la ferme de face formant auvent et
certaines parties des pans de bois se rapprochent des charpentes
assembles si frquentes dans le nord de la France. Il faut se hter de
faire une tude complte et critique de ces vieux dbris des habitations
du sol des Gaules, car cette tude peut puissamment aider au classement
des races rpandues sur ce territoire. Les difices religieux et les
chteaux se sont levs sous des influences souvent trangres au sol o
nous les trouvons aujourd'hui, tandis que les maisons ont conserv
trs-tard les traditions primitives des populations indignes. En
Angleterre, par exemple, on ne peut mconnatre que toutes les
constructions de bois des XIVe et XVe sicles, nombreuses encore, ont
une grande analogie avec l'art de la charpenterie navale. Les
assemblages des bois, leur force relative, l'emploi frquent des
courbes, reportent sans cesse l'esprit vers les combinaisons de la
charpente des navires; tandis qu' la mme poque, dans le nord de la
France, nous voyons employer un mode de charpente qui ne se compose que
de bois de bout et de traverses avec quelques dcharges et croix de
saint Andr; dans l'est, un mode fort ancien et qui appartient plus ou
moins  ce noyau de populations qui occupaient tout l'espace compris
entre la haute Loire, la Sane, les Alpes et le Jura; dans l'ouest et le
midi, un systme de charpente trs-restreint, et qui ne se compose que
de planchers et de chevronnages, laissant le maon lever les murs de
face, latraux et de refend.

Nous sommes trs-port  croire que les maisons de certaines contres au
moyen ge ne diffraient gure de celles leves par leurs populations
avant la domination romaine; les Romains n'ont exerc une influence sur
le mode de construire les habitations que dans quelques provinces: dans
la Provence, une petite partie du Lyonnais, le Languedoc, la Saintonge,
l'Angoumois, le Prigord et une partie de la Bourgogne. Partout
ailleurs, des traditions remontant  une haute antiquit s'taient
conserves, et, vers le XIVe sicle, sauf dans la Provence et le
Languedoc, il s'est fait une raction dfinitivement _antiromaine_, au
point de vue de la structure des habitations. Il semblerait qu' cette
poque, la vieille nation gauloise revenait, en construisant ses
habitations,  un art dont les principes taient rests  l'tat latent.
La fodalit sculire, loin de comprimer ce mouvement, parat au
contraire y avoir aid, non certainement par suite d'un got particulier
pour une forme d'art, mais  cause de sa haine sourde pour les
institutions monastiques, lesquelles, comme nous l'avons dit plus haut,
avaient conserv les traditions gallo-romaines assez pures. Le moyen ge
est un compos d'lments trs-divers et souvent opposs; il est
difficile, sans entrer dans de longs dveloppements, de rendre compte
des effets, tranges en apparence, qui se produisent tout  coup au sein
des populations sans cesse en travail. C'est dans l'habitation du
citadin et de l'homme des champs, autant que dans l'histoire politique,
que l'on trouve les traces du mouvement national qui commena pendant le
rgne de saint Louis, et qui se continua avec une merveilleuse activit
pendant les XIVe et XVe sicles,  travers ces temps d'invasions, de
guerres et de misres de toutes sortes. Il semble qu'alors les habitants
des villes, qui s'taient empars de la pratique des arts, cherchaient
dans toutes les constructions  s'loigner des traditions conserves par
les couvents; ils revenaient  la structure de bois, et se livraient aux
combinaisons hardies que permet la charpente; ils ouvraient de plus en
plus les faades de leurs maisons, de manire  composer les rues de
devantures  jour qui semblaient faites pour rendre la vie de tous les
citadins commune. Il rsultait ncessairement de ce voisinage intime une
solidarit plus complte entre les citoyens; sans tre obligs de
descendre sur la voie publique, ils pouvaient s'entendre, se concerter.
Dans certaines rues du XIVe sicle, les habitants des maisons formaient
un conciliabule en ouvrant leurs fentres. Ce besoin politique, cette
entente ncessite par l'tat de lutte de la classe bourgeoise contre
les pouvoirs clricaux et sculiers, explique ces dispositions, qui nous
paraissent si bizarres aujourd'hui, de maisons qui, quoique
trs-ouvertes sur leurs faades, forment des ruelles impntrables, qui
se touchent presque au fate, en laissant  leur base une circulation
trs-facile  intercepter. La grande question pour la cit alors,
c'tait la concentration, la runion des moyens, l'entente complte  un
moment donn; force tait donc de grouper les maisons autant que
possible et de mettre leurs habitants en communication immdiate. Les
faades en charpente se prtaient bien mieux que celles en maonnerie 
ces dispositions resserres et  ce systme de claires-voies; de plus
elles prenaient moins de ce terrain si prcieux. Il n'y a donc pas lieu
de s'tonner si, parmi les populations urbaines qui ont acquis vers le
XIVe sicle des privilges, une certaine indpendance, qui sont devenues
industrieuses et riches, la construction de bois a t presque
exclusivement adopte. Dans les villes du Midi, o les traditions de la
municipalit romaine ne s'taient jamais entirement perdues, et qui
n'avaient pas te forces de ragir violemment contre le pouvoir fodal,
surtout contre le pouvoir fodal clrical devenu plus lourd pour les
cits que la puissance laque, l'architecture domestique conserva la
construction de maonnerie, des dispositions de rues relativement plus
larges, et n'adopta point ces faades entirement ouvertes qui
mettaient, pour ainsi dire, tous les bourgeois d'une cit en contact les
uns avec les autres.

Nous venons de dire que le pouvoir fodal clrical pesait plus
lourdement alors sur les villes du Nord que tout autre. On se rappelle
que (dans l'article CATHDRALE) nous avons expliqu comment les vques,
vers la fin du XIIe sicle, proccups de l'importance exagre que
prenaient les tablissements monastiques, lesquels avaient absorb 
leur profit une grande partie de l'autorit diocsaine d'une part, et
dsireux d'empiter sur le pouvoir fodal laque de l'autre,
s'entendirent avec la plupart des grandes villes situes au nord de la
Loire[148], pour lever des cathdrales qui deviendraient le monument de
la cit, dans lequel les habitants pourraient se runir  leur gr,
traiter des affaires publiques, faire juger leurs procs[149]; comment
ces vques espraient ainsi dtruire le pouvoir colossal que s'taient
attribu les abbayes, et amoindrir celui des seigneurs laques; comment
cette tentative, d'abord seconde avec une ardeur extrme par les cits,
choua en partie  la suite de la protestation des quatre barons
dlgus en 1246 vers le roi Louis IX, et de l'tablissement des baillis
royaux; comment cependant la bourgeoisie, faisant alliance plus intime
avec la royaut dont elle sentait ds lors le pouvoir protecteur, cessa
brusquement de subvenir  la construction de ces immenses basiliques,
regardes comme une garantie de leurs liberts futures, pour lutter
contre le pouvoir fodal de l'vque et des chapitres, le plus tendu,
presque toujours, dans la cit. Cette lutte, soutenue souvent par les
seigneurs laques et tolre par le pouvoir royal lorsqu'il y trouvait
un moyen d'tendre son autorit, eut pour rsultat d'entretenir au sein
de la population de ces villes une fermentation incessante et de lui
donner une ide de sa force si elle se maintenait unie. De l ces
habitations si intimement lies, si voisines, toutes construites  peu
prs sur un mme programme suivi jusqu' la fin du XVe sicle.

Il nous faut toujours pntrer dans les moeurs du moyen ge lorsque nous
voulons avoir la raison de son architecture. Les Romains passaient une
grande partie de leur temps dans les monuments publics, dans les
basiliques, sous les portiques, dans les thermes et les difices
destins  des jeux, thtres, cirques, amphithtres, etc. Bien que, de
nos jours, les grandes villes contiennent beaucoup de monuments publics,
cependant, lorsqu'on jette les yeux sur le plan de la Rome antique, o
les monuments occupent une si grande surface relative, on se demande o
logeaient les habitants d'une ville aussi populeuse; c'est que les
Romains (nous ne parlons pas de ceux qui possdaient des palais immenses
dont la surface prenait encore un espace considrable) ne demeuraient
gure chez eux que pour prendre leur repas et dormir. Au moyen ge, au
contraire, dans les villes du nord de la France, chaque famille vivait
dans sa maison; les citoyens n'avaient pas d'occasion de se grouper, et
les villes eussent-elles t assez riches pour lever de nombreux
difices publics, que le principe du gouvernement fodal s'y serait
oppos. L'glise tait le seul monument de la cit o la runion des
citoyens ft admise; ainsi s'explique-t-on l'empressement avec lequel
les villes populeuses vinrent en aide aux vques, lorsqu'ils
projetrent de construire les grandes cathdrales. Mais lorsque cet lan
fut tout  coup suspendu, la bourgeoisie, trouvant dans le pouvoir royal
des garanties srieuses, se mit  construire des habitations avec une
ardeur toute nouvelle, et le bois se prtait merveilleusement  la
satisfaction prompte de ces besoins: rapidit dans l'excution,
conomie, et, ce qui importait plus encore, faible surface occupe par
les pleins.

Partout ailleurs, jusqu' la fin du XVIe sicle, l'architecture suit son
cours rgulier, elle amliore les habitations, les rend plus claires et
plus commodes, mais continue  employer les mthodes romaines. La forme
seule se modifie. On voit dans la Bourgogne, dans le Lyonnais, dans le
Limousin, dans le Prigord, dans l'Auvergne et le Languedoc, des maisons
des XIVe et XVe sicles qui ne diffrent de celles du XIIe et du XIIIe
que par leur style d'architecture[150]. Ni la structure, ni la
disposition de ces habitations ne se modifient d'une manire sensible.
Dans des provinces plus mridionales encore et qui, au XIVe sicle,
n'taient pas franaises, on voit lever,  cette poque, des
habitations dont le style conservait absolument le caractre roman.
Telles sont, par exemple, quelques maisons de la ville de Perpignan;
l'une de ces maisons, qui depuis avait t affecte aux service du
palais de justice, prsente une faade d'un got presque antique, malgr
les dtails emprunts au style aragonais de cette poque (24)[151]. Du
ct de l'est, les traditions de la construction romane se conservent
aussi trs-tard dans les habitations, c'est--dire jusqu'au XVe sicle.
Certaines maisons de Trves, de Cologne, de Mayence, qui ont t leves
au commencement du XIIIe sicle, pourraient, dans l'le-de-France et la
Champagne, passer pour des maisons romanes. On retrouve mme encore dans
quelques-unes de ces habitations des dispositions particulires qui
n'appartiennent en France qu'au XIIe sicle ou au commencement du XIIIe:
telles sont, par exemple, ces chemines dont les tuyaux sont ports en
encorbellement sous les murs de face,  partir du premier tage (voy.
CHEMINE). Nous donnons (25) la faade d'une des vieilles maisons de la
ville de Trves qui date du commencement du XIVe sicle, et qui montre
sa chemine au milieu du mur pignon sur la rue.

L'tre est plac ainsi que l'indique le fragment de plan A, et le tuyau,
termin par le couronnement B, repose sur trois consoles en forme de
chapiteaux et sur deux petits arcs entre les fentres du premier tage.
Il devait tre assez agrable, en se chauffant, de jouir de la vue du
dehors. Des fentres ainsi perces permettaient de travailler auprs de
la chemine, et de se chauffer sans tre incommod par la rverbration
de la flamme. Les gens de ce temps avaient donc leur _confort_, et de ce
que nous ne saurions nous en accommoder aujourd'hui, il ne s'ensuit pas
que le ntre soit plus sagement entendu. Si primitif que ft ce
_confort_, au moins l'architecture s'y soumettait-elle entirement,
tandis qu'aujourd'hui notre architecture (du moins celle qu'on veut nous
persuader tre ntre) est en dsaccord perptuel avec nos habitudes
intrieures.

Revenons aux maisons des villes franaises des XIVe et XVe sicles. Le
bois domine dcidment dans leur construction  dater de cette poque,
et gnralement ce sont les pignons qui se prsentent sur la rue, les
terrains propres  btir ayant plus de profondeur que de largeur, par
cette raison, qui domine toujours dans les villes, que le terrain en
faade est le plus recherch. Cependant si le terrain tait en bordure,
ce qui se prsentait quelquefois, les pignons s'tablissaient sur les
murs mitoyens et le pan de bois de face sur la rue tait goutterot.
Voici (26) une maison de Beauvais[152] qui prsentait cette disposition.
Au rez-de-chausse tait un portique avec boutiques en arrire, ainsi
qu'on en voit encore  Reims[153]. Le premier tage sur la rue se
composait de deux pices auxquelles on montait par un escalier  vis
dispos au fond de l'alle A. Sous le comble tait une grande pice
claire par deux lucarnes, une sur la rue, l'autre sur une petite cour.
Cette habitation datait du commencement du XVe sicle. Il existe encore
quelques maisons de ce genre  Orlans, sauf le portique.

Aprs la guerre de l'indpendance, au XVe sicle, lorsque les Anglais
furent contraints d'abandonner le nord et l'ouest de la France, il y
eut, sous le rgne de Louis Xl, un mouvement prononc de prosprit au
sein des populations urbaines. Des constructions prives s'levrent en
grand nombre,  Paris,  Reims,  Orlans,  Beauvais,  Rouen, dans
toutes les cits de la Normandie, de la Picardie et de l'le-de-France.
Par suite de ce besoin de construire, le terrain acquit une valeur
considrable, et tout en laissant une circulation libre 
rez-de-chausse, en supprimant mme les portiques dont les piliers ou
poteaux taient un embarras, on posa les faades en encorbellement sur
la rue ds le niveau du plancher du premier tage. Ces faades
devenaient ainsi de vritables bretches, larges et donnant aux tages
jusqu' deux mtres de saillie sur le nu du soubassement. Les devantures
des boutiques taient ds lors parfaitement abrites. Ce systme de
construction tait surtout admis au dbouch des rues sur les places de
marchs, presque toujours entoures de portiques.

On voit encore  Reims[154] une maison dont la faade en pan de bois,
parfaitement conserve du haut en bas, est ainsi porte en
encorbellement sur cinq fortes potences et est en saillie de 1m,65 sur
la voie publique (26 _bis_). D'un ct, un mur mitoyen A en pierre porte
les chemines, et sa jambe trire reoit deux liens. De l'autre, la
mitoyennet n'est tablie que sur un simple pan de bois. Les statues en
bois qui taient rapportes sur le poteau cornier du ct de la jambe
trire de pierre n'existent plus; mais les deux liens infrieurs
extrmes reprsentent sculpts, en demi-ronde bosse, d'un ct Samson
tuant le lion, et de l'autre saint Michel terrassant le dmon. Ce pan de
bois de face, faisant bretche, puisqu'il prend un jour latral, est
taill avec une grande perfection; et il faut, en effet, que ses
assemblages aient t parfaitement disposs, puisque la charpente n'a
pas subi de dformation, bien que dans toute sa hauteur il n'y ait pas
de croix de Saint-Andr. Les intervalles des poteaux sont hourds en
maonnerie et enduits.

Voici galement (27) une maison de Rouen en pan de bois,  quatre
tages, un peu antrieure  la prcdente, c'est--dire appartenant  la
premire moiti du XVe sicle, et qui forme angle de deux rues[155]. Les
pans de bois de chaque tage sont poss en encorbellement les uns sur
les autres (voir la coupe A), de sorte que le troisime tage prend une
surface sensiblement plus grande que celle occupe par le
rez-de-chausse. La corniche  la base du pignon figure une suite de
mchicoulis.

Au XVe sicle, les fentres de ces maisons de bois sont multiplies et
petites; cela tait une ncessit de construction ds lors que les pans
de bois atteignaient une grande hauteur. En effet, ces sortes de
constructions, par la nature mme de la matire employe, sont sujettes
 jouer. De grands chssis de fentres eussent t souvent drangs,
comprims ou gauchis par le mouvement des pices de bois. Il et fallu
continuellement les dmonter et les retoucher, tandis que de petits
chssis taient bien moins sensibles aux changements de temprature ou
suivaient plus aisment les mouvements de la charpente. On remarquera,
d'ailleurs, que les allges de ces fentres, soigneusement garnies de
croix de Saint-Andr, empchaient le dversement des poteaux
d'huisseries, et que le poids des pans de bois est report sur les
poteaux corniers par des dcharges  chaque tage. Mais les habitants
des villes du Nord cherchent de plus en plus  ouvrir ces faades en
bois.  la fin du XVe sicle souvent, ils en font de vritables
lanternes, ainsi que le dmontre l'exemple ci-contre (28) tir galement
d'une maison de Rouen[156]. Seules les allges avec leurs croix de
Saint-Andr arrtent le roulement du pan de bois, taill du reste avec
toute la perfection d'une oeuvre de menuiserie. C'est que aussi,  cette
poque, la maison de bois perd le caractre de construction de
charpenterie pour prendre celui d'un meuble, d'un bahut immense.

Dans la figure 28, les hourdis en maonnerie dans les allges sont
encore apparents; bientt ces hourdis disparaissent derrire des
panneaux de menuiserie, et toute la face de la maison ne prsente plus
qu'un assemblage de boiseries. C'est d'aprs cette donne qu'ont t
construites beaucoup de maisons  la fin du XVe sicle et au
commencement du XVIe.

La figure 29, qui reproduit une portion d'habitation de l'abbaye de
Saint-Amand,  Rouen, laisse voir au-dessus d'un rez-de-chausse en
maonnerie deux tages de pans de bois entirement garnis, 
l'extrieur, de panneaux de menuiserie sculpts. Lorsqu'un peu plus
tard, avec la Renaissance, on en revint aux constructions de pierre,
cette habitude s'tait si bien conserve que l'on btit encore un grand
nombre de maisons de bois, mais dans lesquelles cependant on trouve des
formes de pilastres et de bandeaux qui n'appartiennent point au systme
de construction en charpente. Il existe encore dans la rue de la
Grosse-Horloge,  Rouen, deux maisons de ce genre qui sont couvertes de
dtails prcieux. Nous donnons (30) une portion de l'une d'elles[157].

Le XVIe sicle vit lever encore quantit de ces maisons si coquettes,
dernier reflet de l'art du moyen ge. Aprs les dsastres de la fin de
ce sicle, les habitations reviennent  un style plus simple, mais les
plans se modifient trs-peu et beaucoup de maisons du temps de Henri IV
et de Louis XIII reproduisent exactement les plans des habitations
antrieures. Ce n'est gure que sous le rgne de Louis XIV que les
maisons (nous ne parlons pas des htels) perdent tout caractre
extrieur. Ce sont presque toujours alors des murs unis ou des pans de
bois hourds et crpis, percs de fentres carres, sans rien qui occupe
les yeux; mais aussi les intrieurs se modifient profondment.

La _salle_, que nous retrouvons dans les habitations jusque vers le
commencement du XVIIe sicle, fait place  des chambres. Les surfaces
sont divises; chacun veut tre chez soi, et les habitudes de la vie en
commun disparaissent. On comprend comment une famille s'attachait  sa
maison lorsque la salle commune, qui mme souvent servait de chambre aux
matres, avait vu natre et mourir plusieurs gnrations, avait t
tmoin des ftes de l'intrieur, avait t longtemps foule par des pas
amis; on comprend alors comment chaque bourgeois tenait  ce que sa
maison ft plaisante, orne; mais on ne comprend pas le luxe rpandu sur
des faades de maisons banales dans lesquelles les habitants ne laissent
qu'un souvenir fugitif. Naturellement l'aspect de ces maisons doit tre
banal comme leur usage. Au point de vue de l'art, est-ce l un progrs?

Des exemples d'habitations urbaines que nous venons de prsenter dans
cet article il ressort une srie d'observations intressantes. Le
caractre _individuel_ de ces habitations est frappant; or, nous nous
rangeons de l'avis de ceux qui prtendent que l'tat moral d'un peuple,
sa vitalit est en raison du plus ou moins de responsabilit laisse 
chacun. La vritable civilisation, cette civilisation distincte de
l'tat polic, la civilisation fertile, active, est celle au milieu de
laquelle le citoyen conserve la plnitude de son individualit. Les
civilisations thocratiques ou despotiques de l'Orient sont destines 
jeter un vif clat  un moment donn, puis  s'teindre peu  peu, pour
ne jamais plus se relever. Alors, en effet, le citoyen n'existe pas: il
y a le souverain, la thocratie ou l'aristocratie; puis un troupeau
d'hommes dont le passage est marqu seulement par ces monuments
prodigieux tels que ceux de l'gypte, de l'Inde ou de l'Asie Mineure.
Sous un tat pareil, la maison n'existe pas; entre le palais et la hutte
de terre il n'y a pas d'intermdiaire, et encore toutes les huttes de
terre se ressemblent-elles et par la forme et par la dimension. Aux
races septentrionales qui migrrent en Occident, conduisant avec eux
ces grands charriots contenant leurs familles, vritables maisons
roulantes que l'on fixait au sol le jour o la tribu avait conquis une
place,  ces races seules, les Grecs de l'antiquit en tte, il a t
donn de btir des maisons, c'est--dire des habitations indiquant les
habitudes et les gots de chacun, se modifiant au fur et  mesure des
changements qui s'oprent dans ces habitudes et ces gots. Le systme
fodal, bien qu'impos en France par la conqute, bien qu'anthipatique
aux populations gallo-romaines, n'tait pas fait pour dtruire
l'_individualisme_, la responsabilit personnelle; au contraire, il
dveloppait avec nergie ce sentiment naturel aux populations
occidentales, il tablissait la lutte  l'tat permanent, il laissait un
dernier recours contre l'oppression par l'emploi du mcanisme fodal
lui-mme: car tout individu opprim par un seigneur pouvait toujours
recourir au suzerain, et toute municipalit pouvait, en se jetant tantt
dans le parti de l'vque, tantt dans celui du baron laque, ou en les
repoussant l'un et l'autre pour se donner au suzerain, faire un dernier
appel contre la tyrannie. Ce n'tait pas l certainement un tat rgl,
polic, comme nous l'entendons; mais ce n'tait pas non plus un tat
contraire au dveloppement intellectuel de l'individu. Aussi,
l'individu, dans les villes du moyen ge, est quelque chose et, par
suite, son habitation conserve un caractre dfini, reconnaissable.

Le gouvernement absolu de Louis XIV touffe presque entirement ce
sentiment si actif encore jusqu' la fin du XVIe sicle, et la maison du
citadin franais au XVIIe perd tout caractre individuel. L'habitation
des villes devient un magasin de famille. Uniformment bties,
uniformment perces ou distribues, ces demeures engloutissent les
citoyens qui perdent, en y entrant, toute physionomie individuelle et ne
se reconnaissent plus, pour ainsi dire, que par des noms de rues et des
numros d'ordre. Aussi nous voyons qu'en Angleterre, o le sentiment de
la responsabilit personnelle, de la distinction de l'individu s'est
beaucoup mieux conserv que chez nous, les habitants des grandes villes,
s'ils possdent des maisons  peu prs semblables comme apparence, les
possdent du moins par familles et ne se prtent que difficilement 
cette runion de nombreux locataires dans une mme habitation. Ce fait
nous parat avoir une signification morale d'une haute importance, et ce
n'est pas sans une vive satisfaction que nous voyons de nos jours ce
sentiment de la distinction de la famille, de l'_individualisme_,
s'emparer de nouveau des esprits, et ragir contre l'nervant systme
introduit en France sous le gouvernement de Louis XIV.

Chacun dsire avoir sa maison: or, si l'immense majorit des habitants
de nos grandes cits ne peut encore satisfaire ce got  la ville, du
moins cherche-t-on  s'affranchir des conditions fcheuses de la demeure
banale, en faisant lever ces myriades de petites maisons suburbaines
qui peuplent tous nos environs, et dans lesquelles les familles mme peu
fortunes peuvent passer une bonne partie de l'anne. Ce sera une des
gloires du gouvernement actuel de la France d'avoir su prendre les
mesures les plus radicales pour provoquer cette tendance saine des
esprits: car, selon nous, un tat ne pourra se dire moralement civilis
que le jour o chaque citoyen possdera son logis en propre, dans lequel
il pourra lever sa famille, o il laissera les souvenirs du bien qu'il
a pu faire ou des services qu'il a rendus  ses voisins. Les murs
parlent, et tel homme qui fera une action honteuse dans le logement lou
qu'il quittera dans six mois hsitera, entre les murs qui lui
appartiennent et o ses enfants grandiront,  se livrer  ses mauvais
penchants.

Il nous faut parler maintenant des htels, c'est--dire des maisons de
ville qui appartenaient  des seigneurs ou  de riches particuliers et
qui occupaient des espaces assez tendus, qui renfermaient des cours et
mme quelquefois des jardins, mais qui n'affectaient pas les
dispositions de dfense des palais seigneuriaux, qui n'taient point
munies de tours et de murailles crneles. Ainsi que nous l'avons dit en
commenant cet article, l'htel n'avait pas habituellement ses
appartements d'habitation sur la voie publique, mais plutt des communs,
des dpendances, quelquefois un simple mur avec porterie. Autant les
bourgeois, les marchands, tenaient  participer  la vie journalire de
la rue (c'tait d'ailleurs pour la plupart d'entre eux une ncessit),
autant le noble et le ngociant enrichi, menant un grand train, tenaient
 se renfermer chez eux,  vivre  la ville de la vie fodale, isole,
n'ayant pas de communications habituelles avec le dehors. Le caractre
de l'htel, ou, si on l'aime mieux, de la maison noble, diffre donc
entirement de celui de la maison du bourgeois. Ces sortes d'habitations
ont d subir plus de changements encore que les maisons des bourgeois.
Occupant des espaces plus considrables, ayant successivement appartenu
 des personnages riches, elles ont t modifies suivant le got du
jour; nous ne trouvons plus en France d'htels antrieurs au XVe sicle,
ou du moins les dbris qui nous en restent n'ont qu'une mdiocre valeur.

Un des plus anciens, parmi ces htels, se voit encore  Provins; il
appartenait  quelque riche chanoine de Saint-Quiriace. Il se
compose(31) de deux corps de btiments distincts, spars par un
passage vot.  gauche se trouvait la grande salle de rception place
au premier tage; on y arrivait de la cour par un escalier extrieur en
bois. Trois fentres gmines ouvertes sur la faade qui regarde
l'glise clairaient cette pice; elle tait chauffe par une grande
chemine en pierre et recouverte par une charpente apparente lambrisse
en berceau.  droite du passage se trouvaient la cuisine et deux pices
places entre cour et jardin et qui servaient  l'habitation[158].

Dans quelques-unes de ces villes florissantes du Midi, aujourd'hui 
peine connues, il existe encore des habitations des XIIIe et XIVe
sicles qui participent  la fois de l'htel et de la maison. Le riche
ngociant de ces municipalits des bords de la Garonne, de l'Aveyron, du
Tarn et du Lot, au sein desquelles les traditions gallo-romaines
s'taient assez bien conserves, prtendait, lorsqu'il construisait un
htel, avoir des magasins sur la rue soit pour l'exercice de son propre
ngoce, soit pour louer. Ces constructions mixtes taient frquentes 
Toulouse,  Alby,  Saint-Antonin,  Cordes,  Gaillac, 
Villeneuve-d'Agen.

Nous donnons (32) le plan d'un de ces htels situ dans la grande rue de
la ville de Cordes, en face la promenade de la _Bride_.

 droite et  gauche de l'entre A, sont des magasins ou boutiques
s'ouvrant sur la rue. En B est la cour principale et en C une petite
cour de service  laquelle on arrive par un passage D. La salle ouverte
E servait probablement d'curie. F est un cellier. Un large escalier 
vis G donne entre dans la grande salle du rez-de-chausse H, leve de
sept marches au-dessus du sol de la cour. Un passage I communique  un
jardin K, situ en dehors du vieux rempart contre lequel est adoss
l'htel. Des btiments d'une poque rcente ont t construits en partie
sur le jardin de _a_ en _b_. Les boutiques LL n'avaient pas accs dans
la cour et probablement ceux qui les occupaient logeaient ailleurs, 
moins que ces magasins ne fussent  l'usage du propritaire de l'htel.
Le grand escalier G monte au premier tage dans une salle situe
au-dessus de celle H, et communique par un passage en bois M au logis de
face dont la surface n'tait divise que par des cloisons. Un second
tage s'lve encore sur ce logis de face et est desservi par le grand
escalier et un second passage. L'curie et le cellier ne possdent qu'un
rez-de-chausse. Une petite terrasse N avec perron donne sur la cour en
face de la salle H[159]. Cette habitation, qui date des premires annes
du XIVe sicle, a tous les caractres de l'htel du moyen ge, bien que
des boutiques s'ouvrent sur la rue et que le btiment de face serve de
logement au premier et au second tage.

Les renseignements que l'on peut runir sur les htels des XIIIe et XIVe
sicles, dans les villes du Nord, ne sont pas assez complets pour nous
permettre de donner des plans de ces habitations. Nous constatons
seulement qu'elles contenaient des cours, avec portiques sur une ou deux
faces, un corps de logis en retraite donnant sur la cour et sur un
jardin, et des communs disposs dans le voisinage de la rue. Le plus
ancien difice de ce genre, encore entier, est l'htel de Jacques Coeur,
 Bourges. C'est sur un fief tabli sur les murs qui fermaient la ville
que Jacques Coeur leva cette splendide demeure[160].

Nous en donnons (33) le plan  rez-de-chausse.

Les tours S, R, Q faisaient partie des remparts de la ville et furent
utiliss. Celle S fut couronne par un riche pavillon crnel, et un
escalier y fut accol ainsi qu' la tour Q. La disposition du rempart,
formant un angle trs-ouvert et sur lequel le mur de face fut mont,
obligea l'architecte  donner  ses btiments la disposition biaise que
nous voyons se reproduire dans la cour. Mais alors on ne songeait gure
aux combinaisons symtriques et l'on profitait du terrain autant que
cela tait possible. L'entre de l'htel est sur la rue en A et se
compose d'une porte cochre avec poterne B  ct; l'escalier F monte 
la chapelle situe au-dessus de l'entre. Du dehors, il tait donc
facile d'arriver  cette chapelle sans entrer dans l'intrieur de
l'habitation. De l'entre A, pour les voitures ou pour les cavaliers, et
de la poterne B, on pntrait dans la grande cour C, sous le portique
ferm D et sous celui E. Ce dernier portique tait ajour sur une cour
G, possdant un puits mitoyen G'. En H est l'escalier principal, donnant
entre,  rez-de-chausse, dans une grande salle  manger I et dans une
galerie de service J, communiquant aux cuisines disposes en K et K'. La
cuisine K' possdait un four avec chemine et fourneau potager. De la
rue, on pouvait directement arriver aux cuisines par le couloir L et la
petite cour de service L', mise en communication avec la grande cour par
le passage L''. La grande salle  manger, chauffe par une immense
chemine _c_, est accompagne d'une petite tribune I' destine aux
mntriers. On arrivait  cette tribune sans passer par la salle mais
par l'escalier _f_ Sur l'aire de la salle I s'ouvre une trappe _i_
donnant dans les caves. Cette trappe tait-elle rserve au service du
sommelier qui pouvait ainsi faire monter directement le vin frais dans
la salle au moment des repas, ou bien, comme quelques-uns le prtendent,
permettait-elle de jeter dans les caves l'argenterie en cas d'incendie:
c'est ce que nous ne saurions dcider. La grande chemine _c_, de six
mtres d'ouverture, tait richement dcore; son manteau reprsentait
une ville fortifie, et des deux cts deux statues d'Adam et d've nus
taient spares par l'arbre de science. M tait l'office d'o, par un
tour _m_, on faisait passer les plats dresss dans la salle. Le petit
escalier droit que l'on remarque dans cet office descendait dans l'tage
infrieur de la tour S, qui servait ainsi d'annexe  l'office. Donnant
dans la petite cuisine K, est, au-dessous du four, une laverie vote et
dalle avec gargouille aboutissant  un puits perdu. Des latrines pour
les domestiques taient places  ct de cette laverie sous le massif
de l'escalier. Un escalier _n_ met cette cuisine en communication avec
un entre sol de la tour S et un premier tage au moyen de la vis _t_. La
petite cour L' possde un beau puits avec gargouille, permettant de
remplir les rservoirs disposs dans la grande cuisine K. Des cuisines
on apportait les mets dans l'office par le passage J qui se dgageait
sous le grand escalier H. En passant sous l'escalier O, on trouvait un
couloir qui mettait la grande cour en communication directe avec la
place de Berri P. En TT' sont deux grandes pices dont la destination
n'est pas connue mais qui paraissent, par leur position, avoir d servir
de chambre avec garde-robe dispose dans la tour carre R. Tout cet
angle, compris la tour Q, constitue un appartement complet, indpendant,
puisqu'on pouvait de la grande chambre T' descendre dans la petite cour
G par l'escalier _g_, ou monter aux tages suprieurs. La conciergerie
tait en V. Quant  la galerie D, elle servait de lieu de runion pour
les pauvres auxquels on distribuait les restes de la table de Jacques
Coeur. Ces pauvres n'avaient pas ainsi un accs dans l'htel et
pouvaient attendre,  l'abri, que de la cuisine on leur apportt ce qui
leur tait rserv. Les escaliers X, H, O, _g_ montent de fond et
desservent les tages suprieurs.

Si ce plan est irrgulier, on doit reconnatre que sa disposition est
bien entendue. Chaque service est  sa place, les communications entre
eux sont faciles et cependant ils sont indpendants.  la droite de
l'entre, service de cuisine avec sa cour, sa sortie particulire et son
grand portique de distribution d'aumnes. En face, l'escalier principal
pour les appartements suprieurs et la salle  manger du
rez-de-chausse.  gauche, appartement complet, indpendant, avec sa
cour et son portique, permettant d'entrer ou de sortir  couvert.
Beaucoup d'htels du XVIIe sicle sont loin de prsenter des
distributions aussi commodes et aussi bien tudies.

La figure 34 trace le plan du premier tage de l'htel de Jacques Coeur.
L'escalier principal A donne entre dans la grande salle B, qui
possdait une estrade comme les grandes salles des chteaux. Les
appartements d'habitation taient en C; ils taient mis en communication
avec la grande salle B et avec la galerie D par des couloirs de service
et des issues directes. De la galerie D on se rendait  la chapelle E, 
laquelle aussi on montait directement du vestibule infrieur par
l'escalier F. Une autre galerie G mettait galement la chapelle en
communication avec la salle J et l'appartement spar K, lequel
possdait un escalier L particulier. Le service de l'appartement
principal C se faisait par l'escalier M ou par l'escalier X. Le salon I
trouvait une issue par l'escalier N; la grande salle B elle-mme, outre
le grand escalier, tait desservie par le second escalier O. Au premier
tage comme au rez-de-chausse, les divers services de cet htel taient
rendus indpendants, et les pices destines aux rceptions ne pouvaient
gner les dispositions prives des habitants. Comme dans les chteaux,
on voit que le programme obligeait l'architecte  trouver des
combinaisons de plans trs-compliques pour satisfaire aux gots ou aux
besoins particuliers du propritaire. Il est certain que ces dgagements
nombreux, dissimuls, paraissaient indispensables, et que l'on
sacrifiait toute ide de symtrie aux ncessits de l'habitation, telles
qu'on les comprenait alors. On observera que les appartements destins 
l'habitation se composent, outre les grandes pices, de nombreux
rduits, cabinets, garde-robes, qui ne laissaient pas d'tre fort
commodes; que toutes ces pices, grandes et petites, sont claires.

Jacques Coeur, en utilisant les tours gallo-romaines des remparts,
n'avait peut-tre pas t fch de donner  son htel un aspect de
domaine fodal, et c'est, en grande partie, la conservation de ces tours
qui a ncessit les irrgularits de ce plan. L'architecture adopte se
prte d'ailleurs  ces dfauts de symtrie, et rien n'est plus
pittoresque, plus brillant, que cet intrieur de cour, avec ses
tourelles d'escaliers, ses combles distincts surmonts de tuyaux de
chemine, d'pis, de lucarnes, de fatages de plomb, autrefois dors et
peints.

Nous prsentons (35) une vue cavalire de cet htel, prise du point P'
(voir le plan du rez-de-chausse). La construction est partout traite
avec un soin extrme et la sculpture d'un charmant style, approprie 
chacun des services, entremle d'emblmes, de devises, de coeurs, de
plumes et de coquilles. Ainsi, au-dessus des trois baies de l'escalier
de la chapelle, dans les tympans, le sculpteur a plac un prtre revtu
de l'aube, se disposant  la bndiction de l'eau; derrire lui un jeune
clerc sonne la messe; puis vient un mendiant, appuy sur une bquille,
comme pour indiquer que le lieu saint est accessible  tous. Le second
bas-relief reprsente des clercs prparant l'autel. Le troisime, des
femmes qui arrivent  l'office, prcdes d'un enfant qui ouvre une
porte. En haut de l'escalier est un quatrime bas-relief reprsentant le
Pre ternel avec deux anges en adoration. Au-dessus de la porte de
l'escalier, ct des cuisines, est sculpte une large chemine devant
laquelle pend un coquemard; un enfant tourne la broche, une femme lave
des plats, et un cuisinier pile des pices dans un mortier.

Parmi les devises graves sur quelques tympans, ou peintes sur des
vitraux, on lit celle-ci: A coeurs vaillants riens impossible. Puis
ces mots nigmatiques: Dieu. faire. taire. de. ma. joie. ou bien
encore ce dicton: En bouche close n'entre mousche. Jacques Coeur avait
adopt pour armes: _d'azur  la fasce d'or charge de trois coquilles de
sable, accompagne de trois coeurs de gueule poss, 2 en chef, 1 en
pointe_.

Les votes de la chapelle sont entirement peintes; dans chacun des
triangles de cette vote est un ange vtu de blanc, tenant un phylactre
et se dtachant sur un fond bleu toil d'or. Ces peintures sont d'une
bonne excution et passablement conserves. On sait combien l'illustre
ngociant parvenu du XVe sicle paya cher ces magnificences. L'homme est
une des individualits les plus remarquables de notre pays. Cette
habitation est donc un difice intressant  tous les points de vue,
parmi ceux de ce genre que nous possdons en France[161].

Nous allons arriver  la fin du XVe sicle, et dcrire l'un des plus
charmants htels de ce temps, si riche en constructions de ce genre.

Il existait encore, en 1840, rue des Bourdonnais, un htel dit de La
Trmoille; c'tait un fief rgulier, cr  Paris sous Charles VI et
relevant directement du roi, plus tard de l'vque. Il fut rebti, tel
que nous l'avons vu, vers 1490, par Louis de La Trmoille, n en 1460.
Ce fut ce Louis de La Trmoille qui prit le duc d'Orlans  la bataille
de Saint-Aubin-du-Cormier en 1488; ce qui n'empcha pas le Valois,
devenu roi de France, de lui confier le commandement de l'arme du
Milanais en 1500. Il fut tu  la bataille de Pavie. Voici (36) le plan
du rez-de-chausse de cet htel.

La porte d'entre A, accompagne de sa poterne _a_, s'ouvrait sur la rue
des Bourdonnais; elle donnait entre dans une cour assez spacieuse,
possdant prs de l'entre un portique avec retour du ct droit. Au
fond, s'levait le logis principal. Sous une tourelle, porte sur deux
colonnes  gauche, en B, tait un passage mettant la cour en
communication avec un jardin qui s'tendait jusqu' la rue Tirechappe et
qui, de ce ct, possdait une porte charretire avec communs  droite
et  gauche pour les quipages et chevaux. Un grand perron C donnait
entre dans la grande salle D, dans l'escalier principal E, dans la
salle F par la porte G et dans la petite pice vote H, en descendant
quelques marches. Continuant  descendre, on arrivait aux caves, bien
votes et spacieuses. Une autre porte I, avec perron et montoir K,
permettait de pntrer directement de la cour dans les deux pices M et
L. Un second escalier N, de service, montait aux tages suprieurs et
desservait mme les combles. En O tait une petite cour avec puits. Les
cuisines et leurs dpendances se trouvaient en P; elles taient en
grande partie dtruites et enclaves dans une proprit voisine. Un
portique R, se reliant  celui de l'entre du ct de la rue Tirechappe,
permettait de passer  couvert de cette cuisine et des communs dans le
logis principal en traversant le palier infrieur de l'escalier de
service, et d'arriver ainsi  la salle  manger D. La conciergerie tait
dispose du ct de la rue Tirechappe en V. En Y, on dcouvrit un got
fort bien construit, qui autrefois conduisait les eaux pluviales et
mnagres sous cette rue. Au premier tage, la distribution du grand
logis tait la mme que celle du rez-de-chausse; le mur de refend _b_
se trouvait cependant supprim, les deux salles L et M profitaient de la
largeur du passage B, et cette dernire donnait entre dans l'oratoire
ou cabinet plac dans la tourelle d'angle. Le portique Q ne formait, au
premier, qu'une seule galerie coude depuis le point S jusqu'au point T.
Cette galerie, largement claire sur la cour, n'tait perce sur la rue
que par trois petites fentres. Le grand logis seul, entre cour et
jardin, possdait un second tage desservi par les deux escaliers E, N.
Le btiment des cuisines, les communs et le portique R n'avaient qu'un
rez-de-chausse. En X, nous donnons un ensemble de l'htel de La
Trmoille avec les dveloppements du jardin et des btiments des
communs.

L'architecture de cet htel tait une des plus gracieuses crations de
la fin du XVe sicle. La tourelle de gauche, le grand escalier, les
portiques avec leur premier tage, n'avaient subi que de lgres
mutilations. Quant  la faade du logis sur la cour, elle avait t fort
gte, mais tous les lments de sa dcoration subsistaient par parties
sous des pltrages modernes. Du ct du jardin, la faade tait
trs-simple. Ce qu'on ne pouvait trop admirer dans cette charmante
architecture, c'tait le got dlicat qu'y avait dploy l'architecte.
L'assemblage des parties lisses et des parties dcores tait des plus
heureux. Tout cela fut jet bas en 1840. De concert avec la commission
des Monuments historiques, nous fmes alors les plus pressantes
sollicitations pour conserver ce chef-d'oeuvre. Toutefois, nous ne pmes
obtenir autre chose que le transport de quelques fragments  l'cole des
beaux-arts, o on les voit encore enclaves dans le mur de gauche en
entrant.

Nous donnons (37) la faade du grand logis comprise entre la tourelle et
l'escalier[162].

Tout le monde connat l'htel de Cluny, qui contient aujourd'hui le
muse des objets du moyen ge et qui est bti sur les thermes de Julien;
cet difice est du mme temps que l'htel de La Trmoille et prsente
une disposition analogue. Sur la rue des Mathurins, s'lve un mur de
clture crnel, le logis est situ entre cour et jardin. Nous
empruntons  M. le baron de Guilhermy cet aperu sommaire de l'histoire
de cet htel[163]:

Dans la premire moiti du XIVe sicle, vers 1340, Pierre de Chaslus,
abb de Cluny, acheta l'emplacement du palais des Thermes, dans
l'intention d'y construire un logis rapproch du collge que son abbaye
possdait en face de la Sorbonne. Ce projet ne parat pas avoir t
suivi d'excution; car ce ne fut qu' la fin du XVe sicle que Jean de
Bourbon, un des successeurs de Pierre de Chaslus, entreprit la
construction de l'difice qui subsiste encore. Quand ce prlat mourut,
en 1485, les fondations sortaient  peine de terre. Jacques d'Amboise,
qui runissait en mme temps les titres d'vque de Clermont, d'abb de
Cluny, d'abb de Jumiges et d'abb de Saint-Alyre, reprit, en 1490,
l'oeuvre de son prdcesseur et la conduisit jusqu' son entire
perfection.

Plus heureux que l'htel de La Trmoille, l'htel de Cluny fut conserv,
grce  la collection que Dusommerard sut y runir et  la rputation
europenne qu'acquit bientt ce muse d'objets du moyen ge. En 1842,
l'tat acheta cet htel et la collection qu'il renfermait, se fit cder
par la ville de Paris les restes des Thermes de Julien, et aujourd'hui
cet ensemble est devenu le rendez-vous de toutes les personnes qui
prennent quelque souci des choses du pass[164].

Nous donnons (38) le plan du rez-de-chausse de cet htel. Le logis
d'habitation est plus vaste que celui de l'htel de La Trmoille, mais
le jardin tait moins tendu. En A est la porte principale sur la rue
des Mathurins-Saint-Jacques avec sa poterne A'. La conciergerie est en
B; puis s'lve un portique C qui donne entre dans les pices H du
rez-de-chausse, pices dans lesquelles on entre galement par le grand
escalier F et par une petite porte _f_. La cuisine est en D, avec son
perron, et son escalier particulier P, ayant  la fois issue au dehors,
sur le sol de la cuisine et dans la salle H'. Une porte _g_ donne
directement entre de la cour dans cette cuisine. En I, est une pice en
retour sur le jardin avec escalier d'angle R, ayant porte sur le jardin,
porte sur cette salle I et sur la galerie L. En K est une salle ouverte,
sorte de prau couvert sous la chapelle situe au premier tage. F est
une cour avec entre O dans l'une des salles antiques des thermes. M est
galement une salle antique dans laquelle probablement taient disposes
les curies. La galerie L communiquait autrefois  des latrines. Le mur
sur la rue est crnel et tait muni d'un chemin de ronde en bois port
sur des corbeaux dtruits aujourd'hui et remplacs par des potences en
fer. Un petit escalier S permet de descendre de la salle I dans le prau
couvert K et de monter directement  la chapelle. Le jardin G, de 17
mtres de largeur sur 35 mtres de longueur environ, tait bord par des
proprits particulires. L'escalier principal F est termin par une
plate-forme  laquelle on arrive par un petit escalier  vis partant de
l'tage sous comble. L'htel de Cluny, comme celui de La Trmoille,
possde des caves, un rez-de-chausse, un premier tage et un tage sous
comble mansard. Les constructions sont assez bien conserves. Les
planchers anciens, forms de poutres recevant un solivage, sont encore
apparents, et plusieurs des chemines datent de la construction
primitive. Bien que l'architecture des logis n'ait pas l'lgante
dlicatesse de l'htel de La Trmoille, cependant elle ne manque ni de
grce ni de style. Les fentres sont heureusement perces, les escaliers
trs-habilement disposs et la chapelle est un petit chef-d'oeuvre. Elle
possde une absidiole porte en encorbellement sur la pile extrieure du
prau couvert. Comme ce prau, elle est vote, et ses quatre votes en
arcs d'ogives portent sur une colonne centrale[165]. La figure 39 donne
la vue cavalire de cet htel, prise du ct de l'entre.

Il existe encore  Paris un htel de la fin du XVe sicle: c'est l'htel
de Sens, qui servait de rsidence aux archevques de Sens lorsqu'ils
sjournaient  Paris[166]. Cet htel est situ au carrefour form par la
rencontre des rues de l'Htel-de-Ville, du Figuier, de l'toile, des
Barrs et du Fauconnier. Il fut lev par l'archevque Tristan de
Salazar, de 1475  1519. Les mutilations nombreuses qu'il a subies lui
ont enlev presque entirement son caractre.

On voit encore de jolis htels de la Renaissance et du commencement du
XVIIe sicle dans quelques villes de province. L'htel de Pinc, 
Angers, est un charmant difice du XVIe sicle; celui de Vauxluisant, 
Troyes, qui date des premires annes du XVIIe sicle, est remarquable
par son plan et les heureuses silhouettes de ses btiments.  Toulouse,
il reste encore bon nombre d'htels du XVIe sicle. L'oeuvre de
Ducerceau (_Les maisons des villes_) prsente de nombreux exemples de
bons plans et de btiments d'un got excellent.

Si les maisons, pendant le XVIIe sicle, ne furent plus gure que des
logis banals, dans lesquels il est difficile de trouver la trace d'un
art, il n'en fut pas de mme des htels. Sous les rgnes de Henri IV, de
Louis XIII, de Louis XIV et de Louis XV, Paris, Lyon, Toulouse,
Bordeaux, Caen, Nantes, virent lever quantit de beaux htels, qui
conservaient encore la disposition des habitations des nobles et riches
bourgeois du moyen ge et de la Renaissance. Les htels Lambert,
Carnavalet, de Mazarin (Bibliothque impriale), de Pimodan, de Soubise
(archives de l'Empire), sont encore des modles de grandeur et de bon
got qui font quelque tort  tout ce que l'on fait en ce genre de nos
jours. C'est qu'il est plus facile d'acqurir la richesse que le
sentiment de la grandeur et le got.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 9. bis.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21.]
[Illustration: Fig. 22.]
[Illustration: Fig. 23.]
[Illustration: Fig. 24.]
[Illustration: Fig. 25.]
[Illustration: Fig. 26.]
[Illustration: Fig. 26. bis.]
[Illustration: Fig. 27.]
[Illustration: Fig. 28.]
[Illustration: Fig. 29.]
[Illustration: Fig. 30.]
[Illustration: Fig. 31.]
[Illustration: Fig. 32.]
[Illustration: Fig. 33.]
[Illustration; Fig. 34.]
[Illustration: Fig. 35.]
[Illustration: Fig. 36.]
[Illustration: Fig. 37.]
[Illustration: Fig. 38.]
[Illustration: Fig. 39.]

     [Note 124: _Hist. Franc._ Lib. IV, cap. XXXVI.]

     [Note 125: _Ibid._ Lib. VIII, cap. XLII.]

     [Note 126: La figure 1 reproduit une maison sculpte sur un
     chapiteau de l'glise de Vzelay, antrieur  la
     reconstruction du commencement du XIIe sicle. La figure 2
     donne une maison copie sur un chapiteau du clotre de
     Moissac (XIIe sicle).]

     [Note 127: Lettre XXII.]

     [Note 128: Il faut dire toutefois que l'lment slave a
     modifi profondment ces constructions dans le Tyrol;
     cependant on y reconnat encore la trace de ces charpentes
     indo-germaniques, caractrises dans les monuments
     manuscrits.]

     [Note 129: D'aprs des plans recueillis particulirement en
     Bourgogne, dans le Nivernais et la haute Champagne.]

     [Note 130: Cette disposition est frquente dans les contres
     o la pierre est belle et abondante, comme en Bourgogne et la
     haute Champagne; elle tait adopte, bien entendu, lorsque
     les maisons appartenaient  des particuliers n'ayant pas
     besoin de boutiques sur la rue. On voit des restes de ces
     maisons avec escalier et palier ferm  Vzelay,  Montrale
     (Yonne). Nous avons galement pu reconnatre ces dispositions
     dans des habitations de Montbar, de Semur, de
     Chtillon-sur-Seine, d'Arc-en-Barrois, de Chteau-Villain, de
     Joinville. Il existe encore des rez-de-chausses de ce genre
     parfaitement conservs dans certaines villes d'Italie et
     particulirement  Viterbe (voyez l'_Architecture civile et
     domestique_ de MM. Verdier et Cattois).]

     [Note 131: L'usage de laisser les portes des rez-de-chausses
     ouvertes dans les temps tranquilles, et lorsque la
     temprature n'tait pas trop rude, est un usage antique qui
     s'est perptu trs-tard. Ces portes taient alors simplement
     masques par un rideau. Les vignettes des manuscrits et les
     vitraux indiquent toujours ce genre de fermeture.]

     [Note 132: Ayant trouv quantit de ces rez-de-chausses de
     maisons du XIIe sicle surmonts d'tages modernes en
     maonnerie, nous avons t induit  penser que les premiers
     tages taient construits lgrement dans l'origine. C'est
     alors qu'examinant les ttes des murs de refend qui seules
     restaient anciennes dans ces constructions, nous avons pu
     constater la trace des pans de bois de face ports en
     encorbellement et affleurant la saillie de ces sortes de
     contre-forts levs sur le prolongement des murs mitoyens.]

     [Note 133: Nous avons trouv des traces de ces peintures sur
     des bois dposs et reposs dans des constructions des XIVe
     et XVe sicles, particulirement sur des chevrons de combles
     retaills.]

     [Note 134: _Hist. Franc._ Lib. IX, cap. XXXVIII.]

     [Note 135: Voy. l'_Architecture domestique_ de MM. Verdier et
     Cattois. M. Verdier a relev quelques-unes de ces jolies
     maisons.]

     [Note 136: Nous citerons parmi ces bastides bties d'un seul
     jet, de 1260  1330, celles d'Aigues-Mortes, de Carcassonne
     (ville basse), de Libourne, de Villeneuve-d'Agen, de
     Villefranche-de-Rouergue, de Montflanquin, de Valence, de
     Castillonns, de Sauveterre, de Puyguilhem, de La Sauvetat,
     de Villeral en Agnais, de Villefranche-de-Belvs, de La
     Linde, de Beaumont, de Domme, de Sainte-Foy (Gironde), de
     Ville-franche-de-Longchapt, de Molires et de Montpazier dans
     le bas Prigord; de Mont-Sgur, de Belin, de Cadillac, de
     Saint-Osbert, de Cron, dans les environs de Bordeaux (voy,
     les articles sur l'_Architec. civile du moyen ge_, par MM.
     Flix de Verneilh et Victor Petit; _Annales archologiques_,
     t. VI, X, XI et XII.) Dans le nord de la France, nous
     citerons encore les villes de Villeneuve-le-Roi, de
     Villeneuve-l'Archevque; toutes ces bastides prsentent des
     plans rguliers tirs au cordeau, avec places, marchs,
     glises, fontaines et remparts, maisons avec ou sans alles
     couvertes, mais bties d'aprs un lotissement gal. Nous
     savons que ces faits drangent quelque peu les thories sur
     l'irrgularit et le dsordre systmatiques que l'on prte
     aux constructions civiles du moyen ge; mais nous ne pouvons
     qu'engager les archologues  visiter ces localits, s'ils
     veulent prendre une ide de ce qu'tait une petite ville du
     XIIIe sicle, leve, sur un plan arrt, dans un espace de
     temps trs-court. Comme le dit si bien M. F. de Verneilh:
     Dans la seconde moiti du XIIIe sicle et dans une rgion
     trs-limite de la France, en Guienne et en Languedoc,
     cinquante villes peut-tre se sont fondes sans que nos
     historiens aient donn la moindre attention  cette grande
     oeuvre de civilisation et de progrs. Au moins vingt de ces
     bastides, les plus rcentes et les plus parfaites, sont dues
      la domination anglaise, et l'histoire des Sismondi et des
     Guizot ne parle pas de ce bienfait toujours actuel, quoiqu'il
     date de six sicles. Si, au lieu de fonder tant de villes,
     douard Ier en avait violemment dtruit une seule, tous nos
     livres retentiraient encore de ce fait d'armes. Mais
     l'histoire du moyen ge est ainsi faite... Ajoutons que ces
     renseignements prcieux, recueillis par un de nos plus
     savants archologues franais, ne paraissent pas avoir t
     consults par M. Champollion-Figeac, qui, s'tendant
     longuement sur les constructions urbaines du moyen ge dans
     son trait des _Droits et usages_, et entamant la question
     d'architecture sans avoir eu le loisir d'aller visiter
     quelques-unes de ces constructions civiles, nous demande o
     nous avons pris les plans d'Aigues-Mortes, de
     Villeneuve-le-Roi, de Sainte-Foy et de Montpazier! et si
     l'excution rpondit aux _projets_! qui nous demande encore
     de lui _dmontrer_ l'anciennet des maisons de la ville de
     Cluny... Mais ne pourrions-nous, avec bien plus de raison,
     lui demander de nous _dmontrer_ l'authenticit des textes
     qu'il prend la peine de transcrire? Ces villes sont debout,
     habites, et en quelques jours chacun peut les voir avec
     leurs vieilles rues alignes, les restes de leurs remparts,
     leurs places et leurs glises; quant aux projets de leur
     plantation, il serait intressant de les retrouver sans
     doute, bien que cette dcouverte ne pt rien ajouter 
     l'importance du fait de l'existence de ces villes qui, depuis
     six sicles, n'ont pas cess d'tre habites.]

     [Note 137: On observera que cet usage s'est conserv 
     Londres.]

     [Note 138: Saint Louis acheta du comte de Toulouse la ville
     de Saint-Antonin, moyennant 1,500 livres tournois. La maison
     que nous donnons est un peu postrieure  l'poque de cette
     acquisition.]

     [Note 139: Voir l'ouvrage de M. Champollion-Figeac, _Droits
     et usages_, dj cit. Si un homme d'une rudition profonde
     partage ces prjugs, on ne doit pas s'tonner de les voir
     rpandus dans le vulgaire.]

     [Note 140: Il existe encore sous cette maison denx tages de
     caves fort belles.]

     [Note 141: Cette maison appartient  M. de Maleville, qui a
     bien voulu nous promettre de ne point la vendre ni la
     dtruire. Les boutiques du bas ont t bouches et les
     fentres du premier tage modifies au XVe sicle, mais on
     retrouve parfaitement le plan et la forme des fentres
     primitives. Celles des deux tages suprieurs sont
     conserves.]

     [Note 142: Voyez dans l'ouvrage de MM. Verdier et Cattois,
     l'_Architecture civile et domestique_, quelques maisons des
     provinces mridionales, notamment celle du _Veneur_, 
     Cordes. On voit sur la faade de la maison Caussade, donne
     ici, des anneaux scells aux jambages des fentres pour
     porter les perches et les bannes, prservatives du soleil.]

     [Note 143: Plusieurs fois dj il a t question de dmolir
     cette belle maison, le plus intressant des difices civils
     de Reims. En attendant cette dmolition, l'un des
     propritaires (car la faade appartient  deux particuliers)
     a le soin de faire peindre  l'huile tous les deux ou trois
     ans sa faade, compris les statues. Si cette maison doit tre
     dmolie, il serait bien  souhaiter que la faade pt tre
     replace  Reims mme; certes, le sacrifice minime que la
     ville s'imposerait alors serait bien largement compens par
     l'intrt que prsente la conservation de cette oeuvre
     d'art.]

     [Note 144: Il faut tre vrai, l'excs, en France, amne
     bientt la raction, et tout porte  croire que les orgies de
     symtrie auxquelles on s'est livr depuis le commencement du
     sicle, et particulirement depuis quelques annes,
     conduiront  un soulvement universel contre cette faon
     barbare de comprendre l'art de l'architecture.]

     [Note 145: Voy. les _Annales archologiques_, t. VI, p. 71.
     Peu d'archologues ont fait, de notre temps, des tudes aussi
     compltes et riches de fait que M. Flix de Verneilh, en ce
     qui regarde les villes du moyen ge particulirement.]

     [Note 146:  Montpazier, les proprits possdent toutes
     leurs murs latraux. Il n'y a pas de murs mitoyens. Cette
     disposition est mme conserve autour de la place, l o
     existe un portique: c'est une exception  la rgle.]

     [Note 147: La construction des chlets est des plus
     intressantes  tudier, et c'est une de celles qui se
     rapprochent le plus, en Europe, des structures en bois des
     ges primitifs.]

     [Note 148: Noyon, Senlis, Paris, Bourges, Chartres, Rouen,
     Sens, Arras, Amiens, Cambrai, Troyes, Reims, Laon, Soissons,
     Beauvais, Auxerre, etc.]

     [Note 149: Par suite de ce raisonnement que l'glise, en
     vertu d'un pouvoir que Dieu lui a donn, doit prendre
     connaissance de tout ce qui est pch, afin de savoir si elle
     doit remettre ou retenir, lier ou dlier. C'tait l un
     empitement sur le pouvoir judiciaire de la fodalit laque
     en masse.]

     [Note 150: Voy. l'_Architecture civile et domestique_, de MM.
     Verdier et Cattois.]

     [Note 151: Les colonnettes des fentres du premier tage de
     cette maison sont en marbre; le reste de la faade est
     construit en pierre et en petit moellon. On remarquera
     l'appareil exagr des claveaux de la porte centrale, les
     plates-bandes des baies latrales du rez-de-chausse. Il y a
     l les restes de traditions qui sont bien loignes de celles
     des provinces du Nord.]

     [Note 152: Cette maison existait encore sur la place de
     Beauvais, ct oriental, en 1834.]

     [Note 153: D'une poque plus rcente.]

     [Note 154: Place des Marchs.]

     [Note 155: Rue de la Tuile. Le dessin de cette maison nous a
     t fourni par M. Devret, architecte, qui, au salon de 1861,
     a expos plusieurs habitations anciennes de Rouen et
     d'Orlans releves avec un soin extrme. Le ministre d'tat,
     sur la demande de la commission des monuments historiques, a
     fait relever aussi un certain nombre de ces maisons d'Orlans
     par M. Vaudoyer.]

     [Note 156: Rue Malpalu. Nous empruntons encore ce dessin au
     travail de M. Devret.]

     [Note 157: Ces maisons, qui font aussi partie du travail de
     M. Devret, vont prochainement disparatre par suite du
     percement d'une nouvelle voie. Il serait  dsirer que ces
     prcieuses faades fussent dposes,  l'abri des
     intempries, dans quelque monument public de la ville de
     Rouen.]

     [Note 158: Voy. l'_Archit. civ. et domest._ par MM. Verdier
     et Callois, t. II, p. 205.]

     [Note 159: Ces plans ont t relevs par M. Thomas,
     ex-architecte du Tarn. M. Thomas a fait sur les maisons de
     Cordes un travail intressant dpos aux archives des
     Monuments historiques.]

     [Note 160: Par une charte de 1224, Louis VIII permit aux
     habitants de Bourges de btir sur les remparts. Plusieurs
     tours et courtines devinrent ainsi des proprits prives. En
     1443, Jacques Coeur acheta de Jacques Belin, moyennant 1,200
     cus, le fief comprenant deux tours des remparts de Bourges
     sur lequel il btit son htel. (Voy. les _Antiq. et les
     monuments du Berry_, par Haz. 1834.)]

     [Note 161: Ce charmant difice, converti en palais de
     justice, avait subi de nombreuses mutilations. Plac
     aujourd'hui entre les mains d'un de nos confrres les plus
     distingus, M. Bailly, nous sommes assurs qu'il sera
     restaur avec le soin et le respect qu'il mrite.]

     [Note 162: Voyez, pour les dtails de cette tourelle et de
     l'escalier, l'_Archit. civ. et domest._ de MM. Verdier et
     Cattois, t. II.]

     [Note 163: Voy. _Itinraire archol. de Paris_, Paris, 1855.]

     [Note 164: M. Edmond Dusommerard, fils du fondateur de la
     collection, est depuis 1843 conservateur de ce muse qui,
     grce  son intelligente direction, s'accrot chaque jour et
     est un des plus riches de l'Europe.]

     [Note 165: Voir, pour les dtails de cet htel, _la
     Statistique monumentale de Paris_, publie par M. A. Lenoir,
     sous la direction du ministre de l'instruction publique.]

     [Note 166: L'vch de Paris fut, jusqu'au XVIIe sicle,
     suffragant de l'archevch de Sens.]



MAISONS DES CHAMPS.--Ainsi que nous l'avons dit en commenant cet
article, il ne faut pas confondre la maison des champs avec le manoir.
Le manoir est l'habitation d'un gentilhomme, d'un chevalier, qui ne
possde pas les droits seigneuriaux de haute et basse justice, mais qui
est propritaire terrien et qui n'a d'autre redevance  fournir au
seigneur que le service militaire personnel (voy. MANOIR). La maison des
champs, la _masure_, est l'habitation du fermier, du colon, du mtayer,
du bordier, du paysan. Les habitants des campagnes renouvellent moins
souvent que ceux des villes leurs demeures, d'abord parce qu'ils sont
plus pauvres, puis parce que leurs besoins varient peu. Un citadin de
nos jours n'a rien conserv des habitudes de son aeul, tandis qu'un
paysan, au milieu du XIXe sicle, vit  peu prs comme vivait celui du
XIVe. Aussi, plus on descend les degrs de l'chelle et moins on trouve
de diffrences entre les demeures des champs du moyen ge et celles de
notre temps. En parcourant les campagnes de nos provinces franaises qui
ont t particulirement soustraites au contact des habitants des
grandes villes, comme certaines parties du Languedoc, la Corrze,
l'Auvergne, le Berry, la Saintonge, la Bretagne, la Haute-Marne, le
Morvan, le Jura et les Vosges, on dcouvre encore des habitations
sculaires qui n'ont t que bien lgrement modifies et nous
fournissent, trs-probablement par transmission, des exemples des
demeures des campagnards gallo-romains.

En effet, dans ces habitations, on reconnat l'emploi de certains
procds de construction qui conservent tous les caractres d'un art
naf, et si la matire est brute, si la main-d'oeuvre est grossire,
l'application du principe est vraie et parfois tout empreinte de ce
charme qui s'attache aux arts primitifs, pour qui sait voir. Il existe
encore, au milieu des bois du Morvan, certaines demeures de paysans dans
lesquelles un campagnard duen, s'il revenait aprs dix-huit sicles, ne
trouverait nul changement; et nous avons vu mme, sur les bords de la
Loire, de la Seine et dans les Vosges, des paysans demeurant dans des
grottes creuses de mains d'hommes, qui sont conserves telles que les
armes romaines ont pu les voir. La varit de ces demeures des champs
sur le sol de la France est une des preuves de la conservation de
traditions recules; car si toutes nos maisons des villes se ressemblent
aujourd'hui, il n'en est pas ainsi dans les campagnes, et la chaumire
du Picard ne ressemble point  celle du Breton; celle-ci diffre
essentiellement de la cabane du Morvandiau, qui ne rappelle en rien
celle du Franc-Comtois, de l'Auvergnat ou du Bas-Languedocien.

Il nous est arriv de nous arrter dans certains villages de France, o
chaque maison, faite sur un patron unique, conservait un caractre
d'pret primitive fort loign de notre civilisation moderne, o tout
tend  perdre sa physionomie propre. On ne s'attend pas, pensons-nous, 
ce que nous donnions ici des maisons de paysans classes par poques
certaines, comme nous avons pu le faire pour les habitations urbaines.
La transmission de quelques types admis, depuis des sicles, interdit
d'ailleurs ce classement. Puisque nous sommes amens  croire que
certaines provinces n'ont pas cess d'lever les mmes maisons rurales
depuis l'poque de l'invasion des barbares, il est vident que nous
pourrions difficilement distinguer une habitation du Xe sicle d'une
autre du XIVe. Nous nous contenterons donc de fournir quelques-uns de
ces types bien caractriss, sans leur assigner une poque prcise, et
cela d'autant moins, que ces constructions, faites en gnral  l'aide
des plus faibles ressources, n'ont pu rsister  l'action du temps et
n'ont conserv ce caractre primitif que par la reproduction des mmes
procds, l'emploi des mmes matriaux et la conformit des habitudes.
Toutefois, les maisons rurales les plus anciennes, ou du moins celles
qui paraissent avoir subi le moins d'altrations, appartiennent aux
contres du Centre et de l'Est. Dans le Morvan, la vieille maison du
paysan ne prsente  l'extrieur qu'une masse de pierres amonceles. Des
murs levs en gros blocs de granit percs de petites ouvertures, un
rez-de-chausse trs-bas, servant de cellier, de dpt, de poulailler ou
de porcherie. Porte leve d'un ou deux mtres au-dessus du sol avec
escalier et palier engag dans la muraille; plafond form de grosses
poutres avec solivage. Grenier au-dessus protg par une lourde
charpente couverte en plaquettes de pierres appeles _laves_ dans le
pays (40). Chaque maison ne contient qu'une pice avec sa chemine; si
l'on veut deux pices, ce sont deux maisons qui se joignent par les
pignons. Dans cette habitation, aucune dcoration, rien qui fasse
pressentir un got pour l'art mme le plus grossier. Les bois sont 
peine quarris, le plancher est couvert d'une terre battue enduite d'une
couche forme de sable granitique et d'argile[167]. Si on se rapproche
du Nivernais et de la haute Bourgogne, souvent au contraire, dans les
maisons de paysans, trouve-t-on les traces d'un art; les intrieurs de
porte sont taills avec soin, les jambages bien dresss, les intrieurs
sont enduits et quelquefois recouverts jusqu' la hauteur d'appui d'un
lambris. Les bois sont quarris, chanfreins mme; la tuile, ds les
temps anciens, remplace la lourde couverture en pierre. Parfois les
escaliers extrieurs sont coquettement disposs, le palier garni de
beaux garde-corps en pierre; les solives des plafonds dbordent 
l'extrieur, forment auvent et s'assemblent dans les chevrons (41)[168].
Ces habitations de la campagne bourguignonne sont souvent parementes
avec soin, et affectent certaines formes architectoniques.

Les maisons de paysans encore bien conserves, dans le village de
Rougemont, entre Montbar et Aisy, en fournissent la preuve. Ces maisons,
qui datent la plupart du commencement du XIIIe sicle, prsentent leur
pignon sur la route, sont bties avec un soin remarquable (42) et
possdent presque toutes un tage au-dessus du rez-de-chausse; mais il
faut dire que ce village dpendait d'une riche abbaye. C'est, en effet,
dans le voisinage des tablissements religieux que les maisons des
campagnards sont le mieux construites, jusques au XIVe sicle, et ces
maisons sont habituellement leves en maonnerie. Suenon[169] dit que
les terrains destins aux habitations des paysans autour des
tablissements agricoles des religieux taient diviss en parties
gales. Nous croyons, dit M. L. Delisle[170], que ce prcepte a t
souvent suivi dans notre province (en Normandie), o, depuis longtemps,
le mot _boels_ a le sens de cour ou masure. On assignait donc aux colons
des boels, ordinairement plus longs que larges, d'o le nom si rpandu
de _longs boels_.  l'une des extrmits du boel, chacun levait sa
chaumire. Toutes les portes s'ouvraient du mme ct sur le chemin, qui
devenait la rue du village. Cette disposition est observe  Rougemont
comme dans beaucoup d'autres centres agricoles appartenant aux abbayes
pendant les XIIe et XIIIe sicles.

Dans le Nord, en Normandie et en Picardie, les habitations des champs,
la _masure_ mansura, masura, masagium, mesagium, masnagium, tait un
clos avec maison habituellement construite en bois. Sur les bords de la
basse Seine, de l'Orne, de la Dives, sur les ctes de la Manche, depuis
Eu jusqu' Cherbourg, les Normands ont laiss des traces encore
apparentes de leur gnie particulier. Les maisons des paysans sont en
pans de bois hourds en terre mle de paille, couvertes en chaume ou en
bardeaux. Si, depuis quelques annes, les anciennes habitations de ces
campagnes tendent  disparatre pour tre remplaces par la petite
maison de brique, couverte en ardoise, on en voyait encore un grand
nombre jusqu'en 1830, qui rappelaient, par leur structure, les
charpentes de la Norvge, du Danemark, et celles indiques sur la
tapisserie de Bayeux. Les Normands, comme tous les peuples de la
Scandinavie, ne construisaient qu'en bois et taient bons charpentiers
ds l'poque o ils vinrent s'tablir sur les ctes de la France.
Navigateurs, leurs habitations conservaient quelque chose de la
structure navale. Les manuscrits considrs comme saxons en Angleterre,
et conservs en assez grand nombre au British Museum, prsentent dans
leurs vignettes des spcimens d'habitations qui rappellent aussi les
constructions navales.

En Norvge et en Islande, il existe encore quelques-unes de ces btisses
en charpente d'une poque assez rcente (XVIe sicle), mais qui
reproduisent exactement les formes et les procds d'un art beaucoup
plus ancien. Dans ces habitations, comme sur les broderies de la
tapisserie de Bayeux, on remarque, par exemple, ces poinons richement
dcors qui terminent les deux extrmits du fatage et qui sont relis
au-dessus du comble par une pice de bois dcoupe en manire de crte.
On voyait encore dans les campagnes de l'Eure, il n'y a pas longtemps,
des restes affaiblis de cette tradition exprims clairement dans notre
figure 43. Ces maisons normandes des XIe et XIIe sicles ne contenaient
qu'une salle assez leve, claire de tous cts, couverte par une
charpente grossirement lambrisse. Le foyer tait plac vers le milieu
de la pice, et la fume s'chappait par un tuyau de bois passant 
travers la couverture en bardeaux pais.

Dans les provinces du Centre, comme l'Auvergne, le Vlay et la partie
septentrionale de l'ancienne Aquitaine, il semblerait que les traditions
celtiques s'taient conserves trs-avant dans le moyen ge. Les maisons
des habitants des campagnes taient en partie creuses sous terre et
recouvertes d'une sorte de _tumulus_ form de terre et de pierres
amonceles sur des pices de bois poses rayonnant autour d'une poutre
principale. Une ouverture pratique sur un des cts de cet
amoncellement servait de porte et de fentre, la fume du foyer
s'chappait par un orifice mnag au centre du _tumulus_. Nous avons vu,
dans les montagnes du Cantal, des habitations de ce genre qui
paraissaient anciennes, et qui certainement taient une tradition d'une
poque fort recule. Il n'est pas besoin de dire que l'art n'entre pour
rien dans ces sortes d'habitations. Certaines chaumires du Bocage et de
la Bretagne ont bien quelques rapports avec celles-ci, en ce que le sol
intrieur est plus bas que le sol extrieur, et que les toits couverts
en chaume descendent presque jusqu' terre. Mais ces habitations
n'affectent pas  l'extrieur la forme conique, elles sont couvertes par
des toits  double pente avec deux pignons en pierres sches ou en pans
de bois hourds en torchis.

En nous rapprochant des bords du Rhin, dans les provinces de l'Est, dans
les montagnes des Vosges, prs des petits lacs de Grardmer et de
Retournemer, on voit encore des habitations de paysans qui prsentent
tous les caractres de la construction de bois par empilage. Basses,
larges, bien faites pour rsister aux ouragans et pour supporter les
neiges, elles ont un aspect robuste. Presque toujours ces maisons se
composent de trois pices  rez-de-chausse et de quatre pices sous
comble (43 _bis_). Le plan A d'une de ces maisons, prise au niveau du
rez-de-chausse, prsente en B la salle d'entre, de laquelle on passe
ou dans la grande salle C, ou dans l'arrire-pice D qui possde
l'unique escalier montant au premier tage sous comble. C'est dans la
salle C, claire par les deux bouts, que se runit toute la maisonne
pour les repas et la veille. C'est aussi dans cette pice que se
prparent les aliments. Une grande chemine avec pieds-droits,
contre-coeur, manteau et tuyau en maonnerie, traverse la toiture. C'est
la seule partie du btiment qui, avec les socles, ne soit pas en bois.
La couverture est faite ou en tuiles, ou en grs schisteux, ou en lames
minces de grs; de plus elle est charge de pierres. Les maisons
s'lvent sur un soubassement de 1m,00 de hauteur environ, form de gros
blocs de grs. Un pan de bois compos de troncs d'arbres assez
grossirement quarris spare la masure dans sa longueur par le milieu,
et supporte l'extrmit suprieure des chevrons. Ce pan de bois, les
deux autres latraux, dbordent sur les deux pignons, en encorbellement,
et forment ainsi des auvents trs-prononcs. Un plancher fait de solives
porte sur ces trois pans de bois parallles. Ces masures ne prennent de
jour qu' travers les pans de bois formant pignons. Il est difficile de
ne pas voir, dans ces habitations, une tradition fort ancienne et qui se
rapproche des constructions en bois de la vieille Suisse, si
intressantes  tudier.

C'est sur les bords de la Garonne, dans le Languedoc et la Provence que
l'on trouve les habitations rurales les plus gracieuses, celles qui
rappellent le mieux ces maisons des champs des peintures antiques. La
tradition romaine est reste plus pure, dans ces contres, que partout
ailleurs en France. Ces maisons de paysans sont larges, spacieuses,
basses, orientes toujours de la manire la plus favorable, possdant
des portiques ou plutt des appentis  jour, bas, afin d'abriter les
habitants qui, sous ce climat doux, se livrent  leurs travaux en dehors
de la maison.

Dans les plaines de Toulouse, dans l'Arige et l'Aude, du ct de
Limoux, on voit au milieu de bouquets d'arbres sculaires des maisons
bties sur ces donnes et qui sont relativement anciennes, c'est--dire
qui datent du XVe sicle. D'ailleurs, celles que l'on construit encore
aujourd'hui, en briques crues ou en cailloux, suivent exactement le mme
programme. En effet, ces populations ont toujours t agricoles,
attaches  la terre, et n'ont gure modifi leurs habitudes depuis le
XIVe sicle. Voici (44) une de ces habitations rurales.

Le systme des _tenures  moiti_ des fiefs fermes tait usit au moyen
ge dans les provinces du Languedoc comme il l'est encore aujourd'hui.
Les paysans qui tenaient ces fermages, ces mtayers couraient moins de
risques que ceux qui affermaient  temps ou qui obtenaient une
concession territoriale moyennant certaines redevances fixes; ils
vivaient dans un tat de scurit plus complet. C'est ce qui explique le
caractre d'aisance que l'on observe dans les habitations rurales de
cette contre, mais aussi leur uniformit depuis plusieurs sicles.

Dans le Nord, et particulirement en Normandie, le systme des _tenures
 moiti_, ou des concessions perptuelles moyennant une rente fixe, fut
gnralement remplac ds le XIIIe sicle par le bail  terme. Le
seigneur conservait la proprit de sa terre et en cdait la jouissance
 un cultivateur pour un temps limit et  des conditions dtermines.
Plusieurs causes, dit M. L. Delisle[171], favorisrent les
dveloppements de cette tenure, et la firent prfrer aux concessions
perptuelles. Dans les premiers sicles de la fodalit, on n'avait
gure connu que ces dernires; mais on finit par s'apercevoir que la
rente stipule par contrat d'infodation perdait avec le temps la plus
grande partie de sa valeur. C'tait une consquence invitable,
non-seulement de l'altration des monnaies, mais encore de la rvolution
qui s'oprait dans le rapport de l'argent avec les objets de
consommation. D'une autre part, l'affaiblissement du rgime fodal
tendait  priver les seigneurs des principaux moyens qu'ils employaient
prcdemment pour exploiter leurs domaines non fieffs. On conoit donc
comment ils furent amens  traiter avec les fermiers. Ils se
dchargeaient des embarras et des frais de l'exploitation, et n'taient
plus exposs  voir leur fortune rduite  des rentes dont la valeur
nominale n'tait pas altre, mais dont la valeur relle devenait de
plus en plus insignifiante. Quelquefois mme le seigneur, ayant besoin
d'argent comptant, faisait payer au fermier, en passant le contrat de
louage, le montant total du prix de fermage pendant plusieurs annes. Il
est vident que ces vritables emprunts taient faits  des conditions
onreuses pour le propritaire et tendaient  enrichir le laboureur.
Aussi, est-ce en Normandie o l'on voit les habitations rurales prendre
une importance relative considrable et se modifier plus rapidement que
dans toute autre province.

Sur les ctes de la Mditerrane, on trouve parfois des habitations des
champs qui affectent la forme d'une tour ou d'un petit donjon, et qui
appartiennent  une poque assez ancienne; mais ces maisons ont t
plutt habites par des pirates que par des agriculteurs. Il en existe
quelques-unes entre Toulon et Cannes.

Voici (45) l'une d'elles encore entire, btie  l'entre du village de
Cannet, prs Cannes,  mi-cte et  quatre kilomtres environ de la mer.
Elle consiste en une tour carre possdant deux tages et un
rez-de-chausse sans communication avec l'extrieur. La porte, releve
de trois mtres au-dessus du terrain extrieur, n'tait accessible qu'au
moyen d'une chelle que l'on pouvait facilement rentrer pour viter les
importuns. Le premier tage, ou plutt le second (car on ne communique
au rez-de-chausse que par une trappe mnage dans le plancher du
premier), est perc de six mchicoulis en forme de hottes, et ne
possdait pas de fentre. Le premier n'a d'autre ouverture que la porte.
De cet tage on montait  celui des mchicoulis par une chelle de
meunier[172]. L'ornement en torsade qui dcore le linteau de la porte
indique une poque assez ancienne. Au Cannet, cette tour est connue sous
le nom de la _Maison du brigand_. Le dernier tage est vot en moellon
sous le comble. On voit encore, en Corse, un certain nombre
d'habitations de ce genre.

Ces habitations des champs, disposes de manire  pouvoir servir de
refuge  quelques hommes vivant isols et mal, probablement, avec leurs
voisins, se retrouvent aussi sur les ctes occidentales. L'une des mieux
conserves et des plus importantes existe prs de Bordeaux (46); elle
tait entoure autrefois d'un foss plein d'eau. Un escalier de douze
marches engages dans la muraille conduisait du niveau de l'eau  la
porte releve. Peut-tre jetait-on une planche sur le foss lorsqu'on
voulait entrer. Cette porte donne issue dans la salle unique du premier
tage, laquelle est munie d'une chemine, perce d'une petite fentre et
de six meurtrires.

On communiquait  une cave par une trappe perce au centre de la pice.
En prenant l'escalier  vis on arrive au second tage possdant une
chemine comme le premier; des meurtrires et un mchicoulis sont
suspendus sur la porte d'entre[173].

On nous a signal quelques-unes de ces habitations sur les ctes entre
Bordeaux et Bayonne et mme au del, jusqu' Saint-Jean de Luz. Nous
inclinons  croire que ces maisons datent de l'poque de la domination
anglaise en Guienne. En effet, on voit dans le comt de Suffolk, en
Angleterre, une petite maison (Wenham Hall) construite en brique d'aprs
le mme mode et qui date de la fin du XIIIe sicle. Cette construction
est un paralllogramme avec escalier  vis dans une tourelle  l'un des
angles. L'entre tait releve, et on arrivait par des marches engages
dans la muraille.

Il ne faut pas omettre ici les maisons bties dans les cimetires, les
_maisons croises_ qui taient franches, en dehors de toute juridiction
sculire, qui servaient de refuge aux plerins, aux malades, et qui se
trouvaient places sous la surveillance de religieux. Ces maisons se
reconnaissaient  des croix de bois fiches sur leur comble.

[Illustration: Fig. 40.]
[Illustration: Fig. 41.]
[Illustration: Fig. 42.]
[Illustration: Fig. 43.]
[Illustration: Fig. 43. bis.]
[Illustration: Fig. 44.]
[Illustration: Fig. 45.]
[Illustration: Fig. 46.]

     [Note 167: Dans ces maisons, d'un aspect si pauvre, il n'est
     pas rare de trouver des familles de paysans relativement
     riches et possdant des biens assez considrables. Chez ces
     populations, rien n'est sacrifi au bien-tre. Leur unique
     proccupation est de possder la terre et d'amasser des cus
     pour agrandir leur petit domaine.]

     [Note 168: Entre Dijon et Saint-Seine.]

     [Note 169: _Leges Scani_, I. IV. c. j, cit dans le _Gloss._
     de du Cange, au mot _Boel_.]

     [Note 170: _tudes sur la condition de la classe agric. en
     Normandie au moyen ge_, p. 396. vreux, 1851.]

     [Note 171: _tudes sur la condit. de la classe agric. en
     Normandie au moyen ge_, p. 51. vreux, 1851.]

     [Note 172: Nous devons ces dessins  l'obligeance de M.
     Mrime.]

     [Note 173: Ces dessins nous ont t fournis par M. Durand,
     architecte  Bordeaux.]



MANOIR, s. m. (_manerium_[174]). Le manoir, bien que ce nom dsigne
parfois un chteau, est l'habitation d'un propritaire de fief, noble ou
non, mais qui ne possde pas les droits seigneuriaux permettant d'lever
un chteau avec tours et donjon. Le manoir est ferm cependant, il peut
tre clos de murs et entour de fosss, mais non dfendu par des tours,
hautes courtines crneles et rduit formidable. Le manoir est la maison
des champs place, au point de vue architectonique, entre le chteau
fodal et la maison du vavasseur, degr suprieur de la classe attache
 la terre seigneuriale, homme libre. Les vavasseurs, dit M.
Delisle[175]  propos de la position de cette classe en Normandie,
diffraient essentiellement des nobles, qui ne tenaient leur fief que
moyennant la foi, l'hommage et le service militaire. Dans certaines
seigneuries cependant, ils devaient le service militaire  cheval, arms
de lances, d'cus et d'pes. Les demeures des vavasseurs, et mme des
_ans_, c'est--dire de ceux qui tenaient du seigneur des terres plus
ou moins tendues, qui runissaient plusieurs vavassoreries sous leur
main et qui demeuraient responsables du service et des redevances des
vavasseurs du groupe, ne pouvaient tre considres comme des manoirs en
ce qu'elles n'taient point fermes.

Le manoir quelquefois n'est qu'une maison peu tendue, entoure de murs
avec jardin; plus souvent c'est une agglomration de btiments destins
 l'exploitation, entours de fosss, avec logis principal pour
l'habitation du propritaire. Les _vill_ des rois de la premire race
taient plutt des manoirs que des chteaux, et, jusqu'au XVIe sicle,
les grands seigneurs suzerains en France, outre leurs chteaux, qui
taient de vritables places fortes, se plaisaient  lever des maisons
de plaisance pour se livrer au plaisir de la chasse, ou pour se retirer
pendant un certain temps; ces maisons peuvent tre considres comme des
manoirs. Beaucoup d'abbayes royales possdaient dans leur enclos des
manoirs o les princes venaient se reposer des affaires (voy.
ARCHITECTURE MONASTIQUE). La maison de plaisance de Bictre, prs Paris,
ou plutt de Vincestre[176], qui fut brle par le peuple en 1411, tait
un grand manoir plutt qu'un chteau, bien qu'elle possdait une
tour[177]. Sous les rois de la troisime race, Fontainebleau, Blois
taient de mme, de grandes maisons de plaisance qui avaient les
caractres du manoir.

L'Angleterre a conserv un nombre assez considrable de ces maisons de
campagne des XIIIe, XIVe et XVe sicles; mais en France nous n'en
connaissons pas qui soient entires et qui remontent au-del du XVe
sicle. Le manoir, proprement dit, contenait toujours une salle, comme
le chteau, et en Angleterre la dnomination de _manor-house_ s'est
conserve. C'est qu'en effet dans ces rsidences la salle est la partie
importante du programme jusqu'au XVe sicle.

Au XIIe sicle, le roi Richard d'Angleterre avait  Southampton un
manoir qui servait de lieu de rendez-vous au moment de l'embarquement.
Ce btiment se composait d'une salle, d'une chapelle et d'un
cellier[178]. Une chambre prive tait souvent place  ct de la
salle.

Le nom de _manoir_ est quelquefois appliqu  la maison de l'hte, du
colon, mais lorsque cette maison est entoure d'une clture:

       Lez le bois avoit un manoir
       O un vilain soloit manoir
       Qui moult avoit cos et gelines[179].

La disposition des manoirs,  la fin du XIIe sicle et pendant une
partie du XIIIe, tait la mme en France et en Angleterre. L'abbaye de
Saint-Maur possdait au Piple, prs Boissy-Saint-Lger, un manoir d'o
dpendaient vingt-deux arpents de vigne, avec deux pressoirs et sept
arpents de bois. L'abb Pierre Ier, vers le milieu du XIIIe sicle, fit
rebtir ce manoir en partie; on y construisit, par son ordre, une
chapelle, une salle avec cellier au-dessous, et un logis qui fut entour
de murs et de larges fosss[180]. Cependant, ds le XIIIe sicle, la
distinction entre le chteau et le manoir fut moins tranche en
Angleterre que de ce ct-ci du dtroit. Beaucoup de chteaux anglais de
cette poque seraient pour nous de grands manoirs en ce qu'ils ne
possdent pas les dfenses qui constituent chez nous le chteau. Les
chteaux d'Aydon (Northumberland) de Stokesay (Shropshire)[181]
seraient, en France, classs parmi les manoirs, et celui d'Aydon
particulirement est un des plus complets et des plus vastes que l'on
puisse voir. Il comprend un corps de logis principal  trois tages avec
ailes, des cours et un jardin enclos de bonnes murailles. Ce manoir est
crnel, mais ne possde ni tours ni donjons. Les chteaux les plus
forts en Angleterre conservent, sauf de rares exceptions, une apparence
de _maison de campagne_ qui les distingue de nos grandes rsidences
fodales, telles que Coucy, par exemple, ce qu'explique l'tat intrieur
du pays depuis le XIIIe sicle.

Plusieurs des chteaux de la Guienne, btis sous la domination anglaise,
bien qu'ils conservent, dans leurs dtails, tous les caractres d
l'architecture franaise de la fin du XIIIe sicle et du commencement du
XIVe, prsentent cette particularit de rappeler les dispositions des
grands manoirs anglo-normands. Il suffit, pour s'en assurer, de
feuilleter l'excellent ouvrage que publie sur ces difices M. Lo
Drouyn[182]. Logis carrs, avec enceintes, absence de tours flanquantes,
btiments percs sur le dehors, basses-cours entoures de murs, fosss
extrieurs. Plans irrguliers comme ceux de la villa romaine, services
spars les uns des autres et formant autant de corps de btisses. Les
Anglais ont conserv, dans les dispositions des maisons de campagne
qu'ils lvent aujourd'hui, ces traditions du moyen ge, ne s'en
trouvent pas plus mal et appliquent sans difficult ces principes vrais
 la vie moderne. Nous reconnaissons volontiers que les Anglais sont nos
matres en fait de _confort_ (ils ont trouv le mot), et nous rptons
sur tous les tons que l'architecture du moyen ge ne peut se prter 
nos habitudes modernes. Il y a l une de ces contradictions si
nombreuses dans les jugements que nous portons en France  propos des
choses d'art.

Dj, dans le chteau du moyen ge, on reconnat que les services divers
occupent la place convenable, prennent leur importance relative sans que
les architectes se soient autrement proccups des questions de
symtrie. Mais dans le chteau la raison militaire imposait souvent des
distributions qui ont pu contrarier ou modifier certaines habitudes de
bien-tre (voy. CHTEAU); il n'en est pas ainsi dans le manoir. L il
s'agit seulement de satisfaire aux besoins et aux gots de l'habitant.
La question de dfense est accessoire; le manoir n'est qu'une maison de
campagne suffisamment ferme pour tre  l'abri d'un coup de main tent
par quelques aventuriers, elle ne prtend point rsister  un sige en
rgle. Simple, pendant les XIIe et XIIIe sicles, comme les habitudes
des propritaires terriens de ce temps, le manoir ne possde alors
qu'une salle avec cellier au-dessous et petit appartement accol; 
l'entour viennent se grouper quelques btiments ruraux, granges,
tables, pressoir, fournil, logis des htes ou des colons, le tout
enclos d'une muraille ou d'un foss profond.

Au XIVe sicle le manoir s'tend, il essaye de ressembler au chteau, il
possde plusieurs tages, les services se compliquent.  la fin du XVe
sicle, le manoir prend souvent toute l'importance du chteau, sauf les
dfenses, consistant en tours nombreuses, ouvrages avancs, courtines
leves. Plessis-les-Tours, habit par Louis XI, n'tait qu'un grand
manoir, et sa vritable dfense consistait en une surveillance assidue
des abords qui en loignait les indiscrets et les gens suspects. Lorsque
l'artillerie  feu devint un moyen d'attaque contre lequel la
fortification du moyen ge fut reconnue impuissante, des manoirs
s'levrent en grand nombre parce qu'on constatait chaque jour
l'inutilit des dfenses dispendieuses leves par les sicles
prcdents. Au XVIe sicle, beaucoup de petits chteaux mme virent
dmolir leurs tours inutiles, percer leurs courtines sur les dehors, et
furent ainsi convertis en manoirs. Ces modifications apportes en France
par les moeurs, par la centralisation du pouvoir, par l'affaiblissement
de la fodalit, dans les rsidences des champs, modifications qui
tendaient  remplacer le chteau par le manoir, n'avaient pas de raisons
de se produire en Angleterre. Dans ce pays le chteau n'est qu'une place
forte; l'habitation de campagne prend, ds une poque ancienne, l'aspect
du manoir, et elle le conserve encore aujourd'hui.

Il n'existe plus en France de ces manoirs des XIIIe et XIVe sicles,
comme on en voit encore en Angleterre; les guerres des XVe et XVIe
sicles en renversrent un grand nombre, car ces rsidences ne pouvaient
se dfendre contre des corps arms. Au dernier sicle, l'amour de la
nouveaut fit dtruire une quantit immense de ces demeures des champs.
Quelques-unes des plus solides, se rapprochant des dispositions
dfensives du chteau, furent seules conserves. Quant aux manoirs
ouverts, et qui seraient pour nous des maisons de campagne, c'est 
peine si dans quelques fermes de la Champagne, de la Bourgogne, de
l'le-de-France, de Laonnais, du Soissonnois et du Beauvoisis, on en
retrouve quelques traces, telles que caves, substructions et enceintes.

Nous dcrirons plusieurs des manoirs encore debout, et nous entrerons
dans quelques dtails touchant les conditions imposes aux constructeurs
de ces demeures. Charlemagne fit btir deux palais d'un remarquable
travail, dit Eginhard[183], le premier non loin de Mayence, prs de la
terre d'Ingelheim[184]; l'autre  Nimgue sur le Vahal[185]. 
l'exemple de l'empereur, sous les carlovingiens, les demeures
construites par les grands propritaires tenaient de la _villa_ romaine.
Mais  mesure que le systme fodal se constituait, l'habitation des
champs se convertissait en place forte, et ce ne fut gure qu'au XIIIe
sicle, sous le rgne de Louis IX, que le pouvoir royal fut assez fort
pour rglementer la construction des habitations des propritaires
terriens.  ce sujet, les _Olim_ nous fournissent de nombreux
renseignements. Nous voyons que le parlement intervient pour empcher
des chevaliers, des cuyers, de fortifier leurs demeures[186]. Au sein
de l'organisation fodale plusieurs motifs arrtaient le trop grand
dveloppement des demeures fortifies, obligeaient mme, dans certains
cas, les grands barons  se contenter de manoirs. Des seigneurs
puissants relevaient souvent, pour certains fiefs, de seigneurs qui,
dans l'ordre hirarchique de la socit, leur taient de beaucoup,
infrieurs; ainsi, le duc de Bourgogne tait, par rapport au fief de
Chtillon, vassal de l'vque de Langres. Ces grands vassaux devaient
donc porter leurs causes au tribunal de ces seigneurs, quand des procs
surgissaient, soit  l'occasion des fiefs qu'ils tenaient d'eux, soit
par rapport  un dlit quelconque commis sur le territoire de ces fiefs.
Cette jurisprudence tait trop simple, trop conforme  l'usage des
fiefs, pour avoir jamais t conteste. Mais les plaignants, quand ils
avaient pour adversaire un des grands barons du royaume, et pour juge un
seigneur hors d'tat de faire excuter ses arrts et par consquent de
les prononcer avec indpendance, s'adressaient  la cour du roi, et
demandaient que l'inculp fut tenu, comme vassal direct de la couronne,
de rpondre devant elle[187].

Grce  cette intervention du parlement du roi dans les contestations
entre vassaux, intervention provoque par les baillis royaux, un grand
seigneur possdant un fief relevant d'un seigneur moins puissant que lui
ne pouvait plus y lever une de ces demeures fortifies qui eut domin
le pays; il tait contraint de se contenter d'un simple manoir, auquel,
bien entendu, il donnait, si bon lui semblait, toute l'importance, comme
habitation, mais non comme place forte, d'un vritable chteau. C'est
aussi au moment o la fodalit est srieusement attaque, c'est--dire
 dater du rgne de Louis IX, que l'on leva beaucoup de grands manoirs
en France. Ces manoirs, bien qu'ils n'eussent pas les signes visibles de
la demeure fodale, c'est--dire les tours munies, les courtines et le
donjon, possdaient, comme fiefs, les droits fodaux, droits de chasse
entre autres, car nous voyons presque toujours que des _garennes_
dpendent des manoirs; or la garenne, comme l'a dmontr M.
Championnire[188], tait le droit exclusif de chasse sur les terres des
vassaux et non le droit d'lever, en certains lieux, des lapins. Mais
des arrts du parlement[189] avaient admis en principe que le droit
d'tablir de nouveaux pages, de nouvelles garennes et de nouveaux
viviers[190] n'appartenait qu'au roi. Ainsi d'une part, le roi, par
l'organe de son parlement, s'opposait, autant qu'il tait possible,  la
construction des chteaux fortifis, et de l'autre refusait la sanction
des droits les plus chers aux seigneurs, la chasse et les pages,
lorsque ces droits n'taient pas tablis sur une possession antrieure.
D'ailleurs, l'acquisition d'un fief ne donnait pas les prrogatives de
la noblesse, et si des roturiers achetaient un fief, ou portion d'un
fief, ce qui eut lieu frquemment  dater du XIIIe sicle, ils ne
pouvaient y btir un chteau, une demeure fortifie; des contestations
s'levaient souvent entre un seigneur et son vassal sur la nature de la
construction leve par ce dernier; beaucoup de manoirs prtendaient
ressembler  des chteaux et tenir lieu de dfense,  dater du moment
surtout o les grands barons ruins taient obligs d'aliner leurs
biens. Ce fut ainsi que pendant les XIVe et XVe sicles, la France se
couvrit de manoirs qui pouvaient protger leurs habitants contre les
bandes armes rpandues sur le territoire, et que beaucoup de maisons de
propritaires de fiefs devinrent des postes assez bien munis et ferms
pour inquiter le pays et ajouter aux causes de dsordre de ce temps.

Ds le XIIIe sicle, les bords de la Garonne, de la Dordogne, du Lot, du
Gers, du Tarn et de l'Aveyron virent lever un grand nombre de ces
manoirs ferms, propres  la dfense; c'est qu'en effet dans ces
contres les fiefs taient trs-diviss, et, depuis la guerre des
Albigeois, les grands barons des provinces mridionales ruins, rduits
 l'impuissance. Le sol se couvrait de propritaires  peu prs gaux en
pouvoir et en richesse; la domination anglaise, loin de changer cet tat
de choses, y voyait au contraire un gage de scurit pour elle, de
prosprit pour le pays.

Ces manoirs ferms sont dsigns, dans le Bordelais, sous le nom de
_Casteras_, et sont encore assez communs.

Non loin de Bordeaux,  l'entre des Landes, est un manoir qui parat
appartenir  la premire moiti du XIIIe sicle, et qui conserve des
traces de distributions intrieures d'un grand intrt; il s'agit du
_Castera_ de Saint-Mdard-en-Jalle. La Jalle est un ruisseau qui prend
sa source au lieu nomm _Cap d'aou bos_ (Tte du bois), et qui se jette
dans la Garonne.

Le manoir de Saint-Mdard est bti sur la rive droite du ruisseau qui,
sur ce point, s'tend et forme un marcage. Un foss large entourait
cette habitation fortifie, dont nous donnons le plan au niveau du
rez-de-chausse (1). Ce plan est trac sur un carr avec quatre
tourelles aux angles. La porte est en A, et deux meurtrires s'ouvrent,
 rez-de-chausse dont le sol est peu lev au-dessus du marcage, sur
chacune des faces du carr. Dans l'origine, cette enceinte carre
enveloppait une construction de bois dont on voit les scellements sur
les parois intrieures.  la place des deux murs O,O, d'une poque plus
rcente, il y avait quatre gros poteaux de bois qui portaient le
plancher du premier, des cloisons et un pan de bois de refend. Un
escalier de bois permettait de monter au premier tage. Ce
rez-de-chausse du sol au plafond n'a pas plus de 2m,65.

Le premier tage (2) prsente une disposition des plus curieuses. Il
tait entre-sol dans une partie de la surface ainsi que le prouvent 1
les scellements de solivages, la trace des huisseries; 2 les troites
fentres BB'B'' doubles dans la hauteur de l'tage et spares par des
linteaux; 3 les grandes fentres CC'C'' qui prennent toute la hauteur
de l'tage, qui sont larges et divises dans leur largeur par un meneau.
Cet entre-sol tait en bois, port sur les poteaux de fonds et sur ceux
_dd'_. De plus le pan de bois de refend portait les combles doubles,
ainsi que nous le verrons tout  l'heure. Un degr en bois P permettait
de monter  l'entre-sol. La grande salle R avait entre le plancher et le
plafond 4m,30 de hauteur, et chacun des tages entre-sols 2m,30 environ;
de sorte que le plancher au-dessus de cette grande salle et celui
au-dessus de l'entre-sol, en comptant l'paisseur des poutres et solives,
s'arrasait au niveau d'un chemin de ronde suprieur.

En effet, en calculant ces hauteurs,
       L'tage entre-sol                     2m,30
       paisseur du plancher                     30
       L'entre-sol                            2m,30  5m,20
       paisseur du plancher                     30

       Hauteur de la grande salle             4m,30
       Poutres et corbeaux                       60  5m,20
       Solivages                                 30

L'escalier  vis N montait du sol de la grande salle au chemin de ronde
dfendu par un parapet crnel. I sont des chemines et K des armoires.
En L sont des latrines sur le dehors; en M, dans la tourelle nord ouest,
sont disposes d'autres latrines avec tuyau de chute indiqu sur le plan
du rez-de-chausse.

Nous donnons (3) la vue perspective de ce manoir prise du cot de
l'entre. La maonnerie est entire, sauf les parapets crnels, dont il
ne reste que des fragments[191]. Tous les bois ont t brls et ont
laiss de nombreuses traces. Les combles se divisaient
trs-vraisemblablement en deux, conformment aux habitudes des
constructions de ce temps, et renfermaient des logements en pans de bois
au niveau du chemin de ronde, ainsi que l'indique notre vue. Sur la
face, quatre trous carrs mnags dans la btisse du parement au-dessus
de l'entre taient destins  recevoir un hourd saillant auquel on
descendait par le chemin de ronde. Nous avons prsent une des fermes de
ce hourd, pose. Cette mthode, qui consiste  envelopper un logis de
bois d'une chemise de pierre fortifie, est curieuse  observer, car
nous la voyons employe dans beaucoup de ces donjons carrs du XIIe
sicle tel que celui de Loches, par exemple. Il est  prsumer que les
pans de bois ou plutt les poteaux infrieurs durent tre remplacs, car
au XIVe ou au XVe sicle on leva les deux murs figurs sur le plan du
rez-de-chausse.

Il existe encore dans la Gironde un manoir d'une poque moins ancienne
(de la fin du XIIIe sicle ou du commencement du XIVe), qui ressemble
beaucoup, par ses dispositions,  celui de Saint-Mdard-en-Jalle, mais
o la maonnerie a remplac les divisions intrieures en bois: c'est le
manoir de Camarsac; situ sur un point assez lev, il domine
l'embouchure de la Dordogne et tait autrefois entour de fosss.
L'entre de ce manoir (4) tait en C et protge par une porte
extrieure pose  angle droit sur le mur de face. La porte s'ouvrait
sur une premire salle D avec escalier E montant de fond[192]. De cette
premire salle (voir le plan A du rez-de-chausse), on pntrait dans
les trois autres pices perces seulement, dans l'origine, de
meurtrires destines  battre le foss. En G est un arc qui porte le
mur de refend lev au premier tage. Ce rez-de-chausse ne pouvait
servir que comme dpt des provisions, ou comme refuge en temps de
guerre. Le premier tage (voir le plan B) tait destin  l'habitation.
Il est divis en cinq salles avec communication centrale H,
trs-ingnieusement dispose. Quatre de ces salles possdent des
chemines I. Dans la salle L s'ouvre un mchicoulis K, battant la porte
d'entre. De la salle L et de celle M on passe dans la tourelle d'angle
F servant de latrines et dans le couloir muni de meurtrires qui
battaient le foss du ct de l'entre. Deux combles poss sur les murs
latraux et sur le mur de refend couvraient ce castera, qui tait
couronn de mchicoulis avec crnelage sur ses quatre fronts. Des
meurtrires perces dans les chauguettes dfendaient les angles et
flanquaient les faces. Les pices du premier tage taient claires par
des fentres troites, remplaces aujourd'hui par des baies modernes. Ce
castera ou manoir tait un vritable donjon et offrait un refuge
trs-sr. La figure 5 donne la vue perspective de cette habitation
fortifie prise du ct de l'entre[193].

En Angleterre, quelques manoirs du XIVe sicle prsentent des
dispositions  peu prs semblables  celles-ci, notamment celui de
Belsay (Northumberland). Il est certain que ces casteras n'taient que
le logis principal d'une agglomration de btiments ruraux entours d'un
mur ou d'un foss; c'tait la demeure du possesseur du fief. Pendant les
XIVe et XVe sicles, les manoirs adoptent plus franchement les
dispositions d'une habitation des champs, mme dans les provinces
mridionales. Ainsi  Xaintrailles, prs de Nrac (Lot-et-Garonne), on
voit encore les restes assez entiers du manoir o naquit le clbre
Pothon. Ce manoir date des premires annes du XVe sicle (6). Il se
compose d'une _baille_ ou basse-cour B, occupe aujourd'hui par des
btiments modernes. Le chemin A, qui conduit au manoir, donnait entre
dans cette baille par une premire porte A'. Franchissant un foss, on
entrait dans la cour intrieure E par une porte charretire ou par une
poterne. Du passage de la porte on entrait dans la salle F, o se tenait
le gardien ou mme un poste au besoin. La grande salle est en G et la
cuisine en H avec porte sur la cour.  gauche est une autre grande salle
I dans laquelle on entre en passant sur le palier infrieur du grand
escalier K. En L est un petit donjon avec escalier extrieur M et
escalier intrieur  vis. Le donjon ne se runissait aux deux corps de
logis que par des courtines aujourd'hui englobes dans des constructions
rcentes. Ces deux logis ne se dfendaient que par un crnelage  la
base du comble et par quatre chauguettes poses aux quatre angles. Le
manoir est entour de jardins du ct gauche et derrire le donjon. Cet
ensemble est assez bien conserv, sauf la partie _ab_ comprise entre le
grand escalier et le logis de droite qui a t rase, et dont on
n'aperoit plus que les fondations. La figure 7 donne la vue perspective
du manoir de Xaintrailles, prise des jardins[194].

Prs de Nesles (Oise), on aperoit encore les restes d'un joli manoir de
la fin du XVIe sicle[195]. Il tait entour d'un enceinte polygonale
avec foss et porte dfendue. Une tour quadrangulaire, troite,
couronne par quatre mchicoulis, servait d'oratoire  rez-de-chausse
et de guette au sommet; de plus elle commandait l'entre. Modifis au
XVIIe sicle, puis plus rcemment encore, les btiments d'habitation ont
perdu leur caractre et ne laissent voir que des murs recrpis; ils
servent aujourd'hui  l'exploitation des terres environnantes (8).

Dans les vignettes des manuscrits du XVe sicle, on voit parfois des
manoirs assez bien figurs, qui rappellent les dispositions de ceux que
nous venons de donner en dernier lieu, et donnent une agglomration de
btiment accols sans symtrie, mais suivant les besoins des habitants.

Beaucoup de ces manoirs du commencement du XVe sicle et passablement
dfendus furent ouverts au XVIe, leurs murs extrieurs furent percs de
fentres et les fosss, en partie combls, remplacs par des terrasses.

Tel est le manoir de Sdires (Corrze) dont nous donnons (9) une vue.
Ce manoir, bti pendant les premires annes du XVe sicle, se composait
de la tour carre A, du logis B et de la porterie C. Les autres
btiments E taient probablement plus bas et fermaient la cour
intrieure Au XVIe sicle, des fentres furent perces sur les dehors
dans le vieux logis; les intrieurs furent refaits et des btiments,
aujourd'hui presque entirement dmolis, s'levrent en E et en F; on
combla les fosss du ct du jardin. C'est ainsi que ces manoirs du
moyen ge, dont les premiers possesseurs avaient fait des rsidences
fortifies, se changeaient au XVIe sicle en demeures de plaisance, ne
conservant de leur ancien caractre que des mchicoulis devenus inutiles
et des morceaux de fosss au devant des portes.

Les chteaux de Rambouillet, de Nantouillet, prs Paris, de la
Rochefoucauld en Angoumois, de Villers-Cotterets, de Compigne, etc.,
n'taient plus que des manoirs sous le rgne de Franois Ier, par suite
des travaux d'appropriation qu'on y avait fait excuter pour les ouvrir
sur les dehors et leur enlever leur caractre de forteresses.

Le XVIe sicle leva quantit de manoirs dont il reste des dbris. Nous
citerons, entre autres, le manoir d'Ango, prs de Dieppe, construit par
le clbre armateur vers 1525. Il avait acquis la belle terre de
Varengeville, dit M. Vitet dans son excellente histoire de Dieppe[196],
ancien domaine de la famille de Longueil; la beaut du pays, la
proximit de Dieppe, l'engagrent  dmolir le vieux castel pour s'y
faire btir un _manoir_  la moderne et  sa fantaisie. C'est ce manoir
dont il reste encore quelques corps de logis convertis en ferme, mais
que, par une antique habitude, les habitants du pays ne connaissent et
ne dsignent jamais que sous le nom de _chteau_. Ce manoir tait
considrable en tendue puisque Ango put y recevoir le roi Franois Ier.
Mais, ainsi que nous l'avons dit dj, les manoirs au XVIe sicle
remplaaient le chteau. Azay-le-Rideau, Meillant, Chenonceaux, Anet,
par leurs dispositions et leur destination, appartiennent aux manoirs
bien plus qu'aux chteaux et se rapprochent singulirement de la villa
antique. Le chteau symtrique du rgne de Louis XIV a fait disparatre
les dernires traces du manoir, puisque depuis cette poque les simples
maisons de campagne ont cherch  copier, en petit, ces masses
pondres, rgulires, qui distinguent particulirement, en France, le
chteau de la fin du XVIIe sicle entre toutes les habitations des
sicles prcdents. Mais il y a dans les dispositions des grands
chteaux du XVIIe slecle, tels que ceux de Richelieu, de Coulommiers, de
Maisons, de Monceaux, de Vaux, etc., une certaine ampleur, une majest
qui conviennent  ces demeures princires, et qui rfltent l'existence
large des seigneurs d'un puissant pays qui n'ont pas besoin de se
renfermer dans leurs demeures comme les barons du moyen ge; cette
ampleur et cette majest, rduites aux proportions de l'habitation d'un
bourgeois servi par deux ou trois domestiques, deviennent des ridicules.
En cela, nos voisins les Anglais ont mieux su garder la mesure, et leurs
petites maisons de campagne sont bien, aujourd'hui, la demeure des
particuliers dont la fortune et les gots sont modestes, et qui
prfrent les commodits intrieures  la satisfaction vaine d'lever un
diminutif de chteau.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]

     [Note 174: Habitatio cum certa agri portione, a manendo
     dicta, Gallis, _Manoir_; quomodo in Consuetudinibus nostris
     municipalibus vulgo accipitur pro prcipua feudi domo, qu
     cum universo ipsius ambitu penes primogenitum esse debet...
     (DUCANGE.)]

     [Note 175: _tudes sur la condition de la classe agr. en
     Normandie au moyen ge_, p. 6. vreux, 1851.]

     [Note 176: Parce qu'elle avait appartenu en 1204  Jean,
     vque de Vinchester. (Voy. Sauval, _Antiq. de la ville de
     Paris_, t. II, p. 72.)]

     [Note 177: On voit des ruines du manoir de Bictre dans une
     gravure reprsentant le ballet donn par le comte de Soissons
     au Louvre en 1632. M. le comte Horace de Vielcastel nous a
     fourni de prcieux renseignements  ce sujet.]

     [Note 178: Voy. _Domest. archit., twelfth century_, par Huds.
     Turner, H. Parker. Oxford, 1851.]

     [Note 179: _Le roman du Renart_, v. 8593.]

     [Note 180: _Hist. du diocse de Paris_, Lebeuf, t. XIV, p.
     324.]

     [Note 181: _Domest. archit., thirteenth century_, chap. IV.]

     [Note 182: _La Guienne militaire, pendant la domination
     anglaise_, par Lo Drouyn. Bordeaux.]

     [Note 183: _Vita Karoli_ imperat., cap. XVII.]

     [Note 184:  quatre lieues S.-O. de Mayence.]

     [Note 185: Le manoir d'Ingelheim et celui de Nimgue furent
     rebtis sous forme de chteaux par Frdric Ier. Ermoldus
     Nigellus donne la description du palais d'Ingelheim, I. IV et
     V. Il ressemblait  une _villa_ romaine par les dispositions
     d'ensemble.]

     [Note 186: Voici un exemple: tienne de Breziac, cuyer,
     construisait une maison fortifie, ainsi qu'il tait dit, sur
     le mont Avoie. L'abb de Cluny s'y opposait, prtendant que
     cet cuyer ne pouvait construire en ce lieu  cause de
     certaines conventions intervenues autrefois entre leurs
     prdcesseurs, et aussi parce que cela tournait au dtriment
     de son glise et de tout le pays; c'est pourquoi l'abb
     demandait que l'on dtruisit ce qui avait t construit en
     cet endroit et que l'on enjoignit  l'cuyer de ne plus y
     btir dsormais. tienne, d'autre part, rpondait que l'abb
     ne devait pas tre cout  ce sujet et qu'on ne devait pas
     dtruire sa demeure; il ajoutait qu'il n'avait pas lev une
     forteresse, qu'il ne relevait pas de l'abb, que lui-mme et
     ses prdcesseurs taient de temps immmorial en saisine de
     cette montagne comme de son aleu, ainsi que de la garenne et
     des autres dpendances. En rsum, ayant entendu les raisons
     des deux parties, et ayant appris par le bailli de Mcon que
     cette montagne, par elle-mme, tait dj trs-forte, et que
     plusieurs nobles et autres personnes rclamaient et
     s'opposaient de leur ct  ce que l'on difit en ce lieu,
     parce qu'une maison (forte) pourrait causer au pays un grand
     prjudice, il fut arrt que l'cuyer tienne de Breziac ne
     pourrait construire une maison de ce genre sur la montagne
     sus dsigne, et que la portion de la dite maison dj
     construite par tienne serait dtruite et supprime.
     (_Arrestat. in pallam_, 1264, arr. VI.)]

     [Note 187: _Les Olim_, publ. par le comte Beugnot, t. I,
     notes, p. 1045. _Docum. ind. sur l'Histoire de France_, Ire
     srie, _hist. polit._]

     [Note 188: _De la Proprit des eaux courantes_. Paris, 1846,
     p. 86-97.]

     [Note 189: Voir  ce sujet un arrt de 1317. _Les Olim_, t.
     III, 2e part., 1317, arr. LXV.]

     [Note 190: Les _vivaria_ ou _viaria_ taient des lieux clos
     ou non, dans lesquels taient levs des animaux de petite
     espce et particulirement des lapins.]

     [Note 191: Voy. la _Notice sur le castera prs de
     Saint-Mdard-en-Jalle_, par M. Durand. 1839. (_Recueil de
     l'acadmie royale de Bordeaux_, lecture du 21 fv. 1839.)]

     [Note 192: La tourelle E ainsi que l'chauguette F ont t
     modifies au XVe sicle; on leur a donn un plus fort
     diamtre.]

     [Note 193: Ces dessins nous ont t fournis par M. Alaux,
     architecte  Bordeaux.]

     [Note 194: Partie de ce manoir tait encore occupe en 1843
     par M. le marquis de Lusignan.]

     [Note 195: Le manoir de Launay, qui fut la rsidence de
     Santeuil.]

     [Note 196: _Histoire de Dieppe_, 4e partie, p. 451.]



MARBRE, s. m. Calcaire cristallis, dur, recevant le poli.--En France,
on a peu employ le marbre, pendant le moyen ge; d'abord parce que
cette matire n'y est pas trs-commune, puis parce que son emploi exige
des frais considrables. Les architectes romans des premiers temps
dpouillrent souvent des monuments antiques de leurs colonnes et de
leurs chapiteaux pour les appliquer  leurs nouvelles btisses; sous les
premiers carlovingiens mme, par un reste des traditions romaines, ils
firent sculpter parfois des chapiteaux dans du marbre, mais ces exemples
sont rares. Cette matire dure, longue  travailler, ne pouvait convenir
 des artistes qui n'avaient plus les ressources suffisantes pour mener
 fin des ouvrages de cette nature. Dans le midi de la France, l'emploi
du marbre ne cessa pas cependant jusques vers le milieu du XIVe sicle,
principalement dans le voisinage des Pyrnes. Il existe encore
plusieurs clotres de ces provinces mridionales dont les colonnes et
les chapiteaux mme sont en marbre (voy. CLOTRE). On employa aussi
parfois le marbre de couleur comme incrustation pendant les XIe, XIIe et
XIIIe sicles[197], comme pav, et le marbre blanc pour des autels, des
retables, des tombeaux et des statues. Le systme de construction admis
 la fin du XIIe sicle en France ne se prtait point d'ailleurs 
l'emploi du marbre, qui, mme dans l'antiquit romaine (except
lorsqu'il s'agit de points d'appuis isols comme des colonnes), n'tait
gure appliqu que sous forme de revtement.

Les potes et les chroniqueurs du moyen ge ne se font pas faute
cependant de mentionner des ouvrages de marbres, _palais marbrins_,
_escaliers marbrins_, _chambres marbrines_. Ce qui prouve que l'emploi
de cette matire tait considr comme un luxe extraordinaire. Les abbs
qui reconstruisirent leurs monastres pendant les XIe et XIIe sicles,
ou les contemporains qui racontent leurs _gestes_, ne manquent pas de
signaler de nombreux ouvrages en marbre qui n'ont jamais exist. Ce sont
l de ces hyperboles trs-frquentes chez ces chroniqueurs. C'est ainsi
que Suger avait, dit-on, fait venir des colonnes de marbre d'Italie pour
le pourtour du sanctuaire de l'glise abbatiale de Saint-Denis; or, ces
colonnes sont en pierre dure provenant de carrires prs Pontoise. Le
vulgaire donne souvent aussi le nom de _marbre_  certains calcaires
durs qui prennent le poli, mais qui n'ont pas pour cela les qualits du
marbre.

Lorsque les sculpteurs du moyen ge ont voulu tailler le marbre, ils
s'en sont tirs  leur honneur; il suffit, pour s'en assurer, d'aller
voir  Saint-Denis un assez grand nombre de statues de marbre blanc des
XIVe et XVe sicles qui sont d'une excellente facture (voy. STATUAIRE).

Les muses de Toulouse et d'Avignon possdent aussi beaucoup de dbris
de monuments en marbre des XIIe, XIIIe, XIVe et XVe sicles, d'un beau
travail.

     [Note 197:  la cathdrale de Lyon, par exemple.]



MARCH, s. m. Lieu de vente, couvert (voy. HALLE).



MARQUETERIE (ouvrage de), voy. MENUISERIE.



MENEAU, s. m.; peu usit au singulier.--On donne ce nom aux montants et
compartiments de pierre qui divisent la surface d'une fentre en
plusieurs parties vides que l'on remplit soit au moyen de vitrages
dormants, soit au moyen de chssis ouvrants, galement pourvus de
vitrages (voy. FENTRE). En Italie, en Espagne et mme en France, dans
les premiers sicles du moyen ge, les fentres des difices publics
taient souvent dpourvues de vitres; des claires-voies en pierre, en
mtal ou en bois taient alors disposes dans leur ouverture bante,
pour tamiser la lumire et empcher le vent ou la pluie de pntrer dans
les intrieurs. Lorsque l'usage des vitrages devint habituel, vers le
XIe sicle, on garnit les baies de vitraux maintenus au moyen de
barlotires en fer. Mais vers la fin du XIIe sicle, au moment de
l'adoption du systme de l'architecture dite gothique, les fentres
venant  s'agrandir, il fallut disposer dans leur surface vide des
sparations en pierre pour maintenir les vitraux; car les armatures en
fer, difficiles  fabriquer, flexibles, ne prsentaient pas une
rsistance suffisante  l'effort du vent. D'ailleurs, ces baies larges
et hautes, laisses vides, n'taient pas d'un heureux effet; elles ne
donnaient pas l'chelle de la structure, et les architectes des coles
laques de la fin du XIIe sicle possdaient assez le sentiment des
proportions pour ne pas laisser de grandes surfaces vides sans les
occuper par des compartiments de pierre qui pouvaient seuls rappeler
leur dimension. On voit apparatre ces divisions vers les premires
annes du XIIIe sicle dans l'le-de-France, le Soissonnais, le
Beauvaisis et la Champagne. Ces premiers meneaux sont composs d'assises
de pierre, sont _btis_. Tels sont les meneaux de la cathdrale de
Soissons et de la cathdrale de Chartres. Les meneaux des fentres des
chapelles du choeur de Notre-Dame de Reims, bien qu'ils datent de 1215
environ, sont encore composs d'assises ou de claveaux (voy. FENTRES,
fig. 13, 14, 15, 16, 17 et 18). Mais bientt l'cole laque du XIIIe
sicle fit, des meneaux, de vritables chssis de pierre forms de
montants poss en dlit et de compartiments ajours dcoups dans des
dalles plus ou moins paisses suivant les dimensions des baies. Dans les
difices vots, comme les glises ou certaines grandes salles
d'assemble, dont les fentres occupent toute ou presque toute la
surface laisse sous les formerets des votes, les meneaux se composent
d'abord d'un montant central, avec deux tiers-points surmonts d'un
oeil. Telles sont les fentres hautes du choeur et de la nef de la
cathdrale de Paris, refaites vers 1225 (voir CATHDRALE, fig. 3 et 4).
Or, les meneaux des fentres hautes de Notre-Dame de Paris peuvent tre
considrs comme les premiers qui aient t faits en manire de chssis
de pierre, rigides, entre des pieds-droits et des arcs construits par
assises.

Il est intressant de voir comment l'architecte introduisit ces chssis
de pierre dans les anciennes fentres du XIIe sicle, et comment les
meneaux furent appareills. Les fentres hautes du choeur de Notre-Dame
de Paris avaient t construites vers 1170. Elles se composaient (1),
conformment au trac A, de pieds-droits avec colonnettes  l'extrieur
(voir la section horizontale B, faite sur _ab_), surmonts de deux arcs
en tiers-point concentriques C extra-dosss d'un rang de damiers. En D
tait le filet de recouvrement du comble en appentis pos sur la
galerie, et en E des roses s'ouvrant sous cet appentis au-dessus des
votes de cette galerie (voir CATHDRALE, fig. 3 et 4). Le systme,
nouveau alors, des meneaux qui permettaient de remplir de trs-grandes
fentres de vitraux colors, avait si bien sduit les vques, les
chapitres et leurs architectes, qu'on n'hsita pas  dtruire les roses
E, les anciens appuis des fentres du XIIe sicle J,  remplacer les
combles par des terrasses,  couper les pieds-droits F et  enlever
l'arc intrieur des baies. Cela fait, on tailla dans les pierres
restantes les colonnettes G,  l'intrieur et  l'extrieur; on incrusta
des morceaux H dans les parties laisses vides par l'enlvement des
claveaux des roses, ainsi que l'indique le trait hach, on passa le
meneau I au milieu des baies, et on appareilla sur ce meneau et sur les
pieds-droits recoups le chssis de pierre suprieur compos de deux
arcs et d'un oeil. La courbe des arcs des fentres primitives fut ainsi
change, et entre l'extra-dos du chssis de pierre et l'intra-dos du
second arc du XIIe sicle, laiss en place, on incrusta le remplissage
K. Les joints de ce chssis de pierre, marqus sur notre figure, furent
couls en plomb avec goujons de fer poss ainsi que l'indique le dtail
L. Il est  prsumer que la crainte qu'avaient les architectes de voir
flchir les arcs des vieilles fentres, affaiblis d'un rang de claveaux,
les dtermina  donner plus d'aigut  l'arc tiers-point des meneaux.
Chacun de ces meneaux se composait ainsi: 1 de la colonnette centrale,
dont nous donnons la section en M; 2 du sommier central en fourche; 3
des deux sommiers latraux; 4 des deux closoirs des arcs infrieurs; 5
des quatre claveaux latraux; 6 de la clef de l'oeil et de deux
closoirs suprieurs, en tout treize morceaux de pierre pour une fentre
de 10m,00 de haut sur 3m,40 de largeur en moyenne. Mais les espaces
vides laisss entre ces divisions de pierre taient trop grands encore
pour pouvoir tre vitrs sans le secours du fer. Une barre transversale
passant  la naissance des arcs en N et traversant la tte du chapiteau
P fut pose en construisant le chssis. Des barlotires O, scelles
entre les pieds-droits et le meneau central, formrent une suite de
panneaux quadrangulaires; des montants verticaux R servirent encore 
diminuer la largeur des deux vides et formrent la bordure du vitrail.
Dans l'oeil, quatre barres S vinrent aussi diviser la surface vide du
cercle. Ces barres furent scelles dans le chssis circulaire. On
observera que les joints de l'appareil tendent toujours aux centres du
cercle ou des tiers-points.

Dj cependant les fentres des chapelles du choeur de la cathdrale de
Reims, contemporaines de celles que nous donnons ci-dessous, possdaient
des meneaux qui, construits par assises, renfermaient dans l'oeil
suprieur des redents destins  diminuer le vide de ces oeils (voy.
FENTRE, fig. 18). Dans ce cas, comme toujours, c'est  la Champagne que
sont dues les innovations dans l'architecture gothique. Les fentres
hautes de la nef et du choeur de Notre-Dame de Reims, bien que
construites vers le milieu du XIIIe sicle, ont consacr le principe
admis par l'architecte primitif de cet incomparable difice. Ces
fentres, indiques d'ailleurs dans le croquis de Villard de Honnecourt
antrieurement  la reprise des travaux de la cathdrale en 1241,
appartiennent ainsi comme composition  une poque plus ancienne. Elles
se composent d'un meneau central portant deux tiers-points avec un oeil
subdivis par des redents  six lobes (2). Les meneaux reproduisent sur
une plus grande largeur ceux des chapelles. Les vides n'ont pas moins de
2m,30 (7 pieds), aussi ont-ils t garnis de puissantes armatures en
fer. Les redents de l'oeil sont rapports en feuillure, comme l'indique
la section A faite sur _ab_. La feuillure maintenant les vitraux est
refouille intrieurement, ainsi qu'on le voit par la section
horizontale B, faite sur le meneau central, l'extrieur tant en E. Les
panneaux de vitraux sont maintenus dans l'oeil au moyen de pitons _d_
scells  l'intrieur des redents. L'armature en fer de cet oeil est
elle-mme scelle au nu intrieur des redents. La section C est faite
sur _ef_. On remarquera que les tiers-points du grand arc et des deux
petits arcs ont pour gnrateur un triangle quilatral, les centres des
arcs tant poss aux naissances mmes des courbes. On observera aussi
que le second rang de colonnettes porte les boudins formant le nerf
principal des meneaux, mais que ces boudins ne suivent pas la courbe du
grand arc; de sorte que le nerf ou boudin de l'oeil pntre dans le
grand biseau X, que cet oeil semble circonscrit par l'archivolte, mais
indpendant de son profil, que les meneaux paraissent n'tre qu'un
chssis rapport ne faisant pas corps avec l'architecture, le tout tant
cependant fait avec la btisse. Le systme admis par l'architecte
primitif de la cathdrale de Reims et scrupuleusement suivi par ses
successeurs jusqu' la fin du XIIIe sicle n'tait plus de mode
cependant  dater de 1240.  cette poque dj, on prtendait ne plus
laisser des vides aussi larges pour les panneaux des vitraux. Les
fentres prenant toute la largeur entre les piles, un seul meneau ne
suffisait pas toujours; on voulut subdiviser ces espaces lorsqu'ils
taient trs-larges, et au lieu de deux claires-voies on en tablit
quatre, de manire  ne plus avoir  vitrer que des vides de 1m,00 
1m,30 au plus (3 ou 4 pieds). Mais cette extension du principe
prsentait des difficults; car rien, dans l'architecture antique, dans
l'architecture romane, ni dans l'architecture orientale, ne pouvait 
cette poque servir d'exemple. L'architecte qui conut les premiers
plans de la cathdrale d'Amiens, Robert de Luzarches, mais qui vit
seulement lever les parties basses de la nef, avait dispos les
fentres des collatraux suivant le systme adopt pour les fentres de
la cathdrale de Reims: un meneau central, deux tiers-points et un oeil
circulaire avec redents rapports en feuillure.

Ses successeurs, ayant  vitrer les normes fentres hautes de la nef,
qui ont 6m,00 de largeur sur 13m,00 de hauteur, songrent  garnir ces
vides d'une armature en pierre assez puissante et assez serre pour
pouvoir poser des vitraux entre leurs vides sans avoir recours  cet
amas de ferrailles que nous voyons appliques aux fentres de la
cathdrale de Reims. Toutefois, ils partirent toujours du mme principe:
ils tablirent l'ossature principale suivant la donne admise 
Notre-Dame de Reims, c'est--dire qu'ils la composrent d'un meneau
central portant deux arcs en tiers-point avec un oeil circulaire
suprieur; mais dans les deux grands intervalles laisss entre les
pieds-droits et ce meneau central ils firent un second chssis de
pierre, compos de la mme manire: d'un meneau central portant deux
tiers-points et un oeil. Ce systme de _cristallisation_, c'est--dire
de rptition  l'infini du principe admis que nous voyons appliqu
rigoureusement ds la fin du XIIIe sicle dans l'architecture gothique,
n'atteignit pas de prime abord ses consquences logiques; il y eut des
ttonnements, il se prsenta des difficults d'excution qui ne furent
qu'imparfaitement rsolues. Les fentres hautes de la nef de la
cathdrale d'Amiens sont certainement une de ces premires tentatives,
car leur construction ne saurait tre postrieure  1235. Ces fentres
(3)[198] se composent, comme on le sait, d'un meneau central bti par
hautes assises, de deux meneaux divisionnaires d'une plus faible
section, composs de pierres en dlit, de deux arcs en tiers-points
parfaits, principaux, avec le grand oeil suprieur, et de deux arcs en
tiers-points parfaits portant sur les meneaux divisionnaires avec leur
oeil secondaire. Ces arcs en tiers-points secondaires portent leur nerf
ou boudin continuant la section des meneaux divisionnaires, et ce nerf
ou boudin vient pntrer dans les biseaux des pieds-droits et du meneau
central, ainsi que le fait voir le trac perspectif A. Quant aux oeils
secondaires B et C, leur section est particulire et ne participe pas
des membres dans lesquels ils pntrent. On observera mme que, gn par
l'appareil, le constructeur a pos les redents de l'oeil B en feuillure
comme ceux du grand oeil central. (En E, nous donnons au double la
section sur _ab_ de ces oeils secondaires.)

 Amiens, les constructeurs ne possdaient que des matriaux d'une assez
mdiocre rsistance et d'une dimension peu considrable; ils avaient
donc prouv des difficults pour construire ces normes claires-voies,
ils avaient d multiplier les joints pour viter les trop grands
morceaux de pierre. Or, si on fait attention  l'appareil que nous avons
exactement reproduit, on verra qu'en effet les morceaux n'ont que des
dimensions ordinaires et que les joints sont tracs de manire  viter
les ruptures qui sont  craindre dans ces ouvrages  claires-voies.
Comme il arrive toujours, ce ne sont pas les moyens les plus simples qui
se prsentent d'abord  l'esprit de ceux qui inventent. Ces meneaux,
avec leurs sections varies, avec leurs redents en feuillure, offraient
certainement des difficults de tracs et de tailles, des pntrations
dont les tailleurs de pierre ne se rendaient pas aisment compte, un
dsaccord entre les membres principaux et les membres secondaires, des
parties grles et des parties lourdes, des jarrets dans les courbes
comme aux points I, par exemple; cependant dj les architectes avaient
fait rgner le boudin ou nerf G tout au pourtour de l'archivolte,
continuant la section de la colonnette H et venant pntrer le nerf de
grand oeil  la tangente.

C'tait un progrs de trac sur les meneaux des fentres de Notre-Dame
de Reims. Mais on n'arrive pas, si rapidement que l'on marche, aux
mthodes simples, aux procds pratiques sans des ttonnements. Donner
un dessin sur une chelle rduite des compartiments ajours d'une
fentre et une seule section pouvant suffire  en tracer l'pure en
grand, c'tait videmment le but auquel devaient tendre les architectes.
Il s'agissait de trouver une mthode. Il fallait aussi viter la
disproportion entre les ajours, c'est--dire les rpartir de telle sorte
qu'ils ne fussent ni trop resserrs ni trop lches. Il fallait (puisque
le parti tait admis de ne plus avoir des armatures en fer d'une grande
surface) faire un rseau de pierre assez galement serr pour viter ces
armatures lourdes, compliques et dispendieuses. Les architectes de la
nef haute de la cathdrale d'Amiens avaient d s'apercevoir de la
disproportion qui existait entre les oeils des meneaux, de la lourdeur
des tiers-points secondaires englobant les oeils infrieurs, de la
difficult des tailles de ces pntrations de membres  sections
diffrentes. Aussi, levant peu aprs les fentres hautes de la nef
celles qui s'ouvrent dans le mur occidental du transsept, ils avaient
dj apport des perfectionnements dans le trac des meneaux de ces
fentres (4).

Relevant la naissance de l'archivolte au-dessus des chapiteaux des
meneaux, ils purent donner un diamtre moindre  l'oeil principal,
trouver entre les petits tiers-points infrieurs et les deux
tiers-points secondaires un large espace qu'ils remplirent par des
trilobes qui ne donnaient plus un diminutif de l'oeil central. Dans
l'oeil central, au lieu de redents simples, ils imaginrent des redents
_redents_ A qui occupaient mieux la surface vide et diminuaient
l'importance de l'armature en fer. De plus ils ajoutrent des redents B
aux tiers-points infrieurs. Ce dessin gnral est videmment mieux
conu que celui donn figure 3; mais aussi le travail de l'appareilleur
et du tailleur de pierre est simplifi. On observera que, dans ce trac,
seuls les redents de l'oeil central sont embrevs en feuillure (voir la
coupe C, faite sur _ab_); tous les autres membres sont pris dans
l'appareil gnral. De plus, une seule section est gnratrice de tous
les membres; ainsi le meneau central est le profil DEF. Les meneaux
secondaires I sont donns par la section drive GEH. Les redents des
tiers-points infrieurs adoptent la section KEL. Quant  la section
faite sur _ed_, elle est donne par DEM. Au moyen de cette combinaison,
les axes seuls des boudins principaux P et des boudins ou colonnettes
secondaires S tant tracs, et la section DEF avec ses drivs tant
donne, l'ensemble des meneaux tait obtenu sans difficult par
l'appareilleur. Restaient seulement, en dehors de cette combinaison, les
redents de l'oeil central. Tous les profils de cette section DEF
_roulaient_, sauf l'exception admise seulement pour l'extra-dos T des
tiers-points secondaires et de l'oeil central, qui prend le profil
simplifi DMD. On observera encore que, dans cette pure, l'appareil est
infiniment plus simple et rationnel que dans l'pure prcdente. Les
joints tendent sans difficults aux centres des tiers-points et en mme
temps aux centres des lobes. Ces joints taient donc toujours normaux
aux courbes, vitaient les aiguts et par consquent les causes de
brisures. Enfin les armatures en fer sont rduites  de simples
barlottires garnies de pitons et  quelques barres secondaires lgres.

Toutefois, dans cette combinaison ingnieuse, des ttonnements sont
encore apparents, aucune mthode gomtrique ne prside au point de
dpart du trac. Nous allons voir que les architectes du mme difice
arrivent bientt  des mthodes sres,  des rgles donnes par des
combinaisons gomtriques.

Les fentres des chapelles du choeur de la cathdrale d'Amiens sont
contemporaines de la Sainte-Chapelle de Paris, elles datent de 1240 
1245; or, les meneaux de ces fentres sont tracs d'aprs un principe
gomtrique fort-simple et trs-bon. Il faut dire que ces meneaux
consistent en un seul faisceau central portant la claire-voie sous les
archivoltes (voy. CHAPELLE, fig. 39 et 40).

Soit (5), en A, la section horizontale d'une de ces fentres avec son
meneau central B. Soient les lignes BB'B'', axes du meneau central et
des colonnettes des pieds-droits. On remarquera d'abord que le mme
profil est adopt pour le meneau central et les pieds-droits. Soit la
ligne CD, la naissance de l'arc qui doit terminer la fentre. L'espace
entre les deux axes E et F, demi-largeur de la fentre, est divis en
quatre parties gales E_f_, _f_G, G_h_, _h_F. Du point _f_, prenant la
demi-paisseur de la colonnette ou boudin, cette demi-paisseur est
porte sur la ligne de base en _f_. Du point _h_, on reporte galement
cette demi-paisseur en _h'_. Prenant la longueur E_h'_, on la reporte
sur la ligne de base en _h''_. Sur cette base _h'h''_, on lve le
triangle quilatral _h'h''_H. Sur la base _f'h'_, on lve galement le
triangle quilatral I_f'h'_, et du sommet H du grand triangle
quilatral on tracera le petit triangle quilatral H_i'i_, semblable 
celui I_f'h'_. Prenant alors la longueur _ef'_ et les points I_f'h'_,
H_ii'_ comme centres, on dcrit les trilobes. Prenant les points _h'_ et
_h''_ comme centres et la longueur _h''_O comme rayon, on dcrit le
grand arc OP. Pour trouver les centres des deux arcs tiers-points
infrieurs, des points _f'_ et _h'_, on trace deux lignes parallles 
_h'_I et  _f'_I; ces deux parallles rencontrent les arcs infrieurs du
trilobe en _l_ et _l'_. Sur ces deux lignes, de _l_ en _m_ et de _l'_ en
_m'_, on prend une largeur gale  la colonnette ou boudin. De ces deux
points _m_ et _m'_, on tire deux parallles  _mg'_ et  _m'g_; ces deux
parallles rencontrent les lignes internes des boudins en _n_ et en
_n'_; ds lors les deux triangles _mng'_, _m'gn'_ sont quilatraux, et
prenant les points _g_ et _g'_ comme centres et la longueur _gn'_ comme
rayon, on trace les arcs tiers-points infrieurs. En T, nous avons trac
la moiti des meneaux avec les paisseurs des profils. Ainsi, toutes les
sections normales aux courbes donnent la section gnratrice du meneau
central B.

L'appareil est simple, logique, solide, car toutes les coupes sont
normales, comme l'indique le trac T. Sans ttonnements, le boudin, aux
points de rencontre de deux figures courbes, conserve toujours sa mme
paisseur, ce qui est la rgle la plus essentielle du trac des
claires-voies des meneaux.  dater du milieu du XIIIe sicle, les
meneaux sont toujours tracs d'aprs des mthodes gomtriques
dlicates, au moins dans les difices levs dans l'le de France, la
Champagne et la Picardie. Parmi ces meneaux, ceux dont les dessins
paraissent les plus compliqus sont souvent produits par un procd
gomtrique simple et n'offrant aucune difficult  l'appareilleur. Nous
en fournirons la preuve. D'abord les architectes de cette poque vitent
les meneaux  sections diffrentes dans la mme fentre; ils adoptent
une seule section, mme pour des meneaux de fentres  quatre traves,
comme celles suprieures de l'glise abbatiale de Saint-Denis (voy.
FENTRE, fig. 24). Ds lors, il ne s'agit plus que de tracer les
compartiments au moyen des lignes d'axes de la section des meneaux. Ce
principe permet d'ailleurs de garnir les fentres d'un, de deux, de
trois, de quatre meneaux, sans difficult, de tracer les compartiments 
une petite chelle, suivant une mthode gomtrique, et de laisser faire
ainsi, sans danger d'erreurs, le trac de l'pure sur le chantier.

Les meneaux des fentres de l'glise de Saint-Urbain de Troyes, qui
datent de la seconde moiti du XIIIe sicle (1260 environ), sont tracs
conformment  ce principe, c'est--dire qu'avec le dessin que nous
donnons ici de l'une de ces fentres et une section des meneaux,
grandeur d'excution, l'pure peut tre faite pour couper les panneaux.
C'tait l un avantage considrable dans un temps o beaucoup de
monuments s'levaient dans les provinces franaises, et mme 
l'tranger, sur des dessins envoys par nos architectes du domaine
royal. L'influence extraordinaire que le style adopt par notre cole
laque avait acquise sur toute l'tendue du territoire actuellement
franais, sur une partie de l'Allemagne et de l'Espagne, tait telle que
les architectes avaient d forcment chercher des mthodes de tracs qui
ne fussent pas sujettes  de fausses interprtations.

 l'article CONSTRUCTION, pages 197 et suivantes,  propos de la
structure de l'glise Saint-Nazaire de Carcassonne, nous avons fait voir
que les combinaisons les plus compliques de tracs pouvaient facilement
tre transmises  l'aide de dessins faits  une petite chelle; la
supriorit que devraient nous donner sur nos devanciers de six sicles
des connaissances plus tendues en gomtrie et tant d'autres avantages
n'est pas telle cependant que nous puissions aussi facilement
aujourd'hui transmettre les dtails de notre architecture avec une
complte confiance dans la manire de les interprter. L'architecture
n'est digne d'tre considre comme un art qu'autant qu'elle sort tout
entire du cerveau de l'artiste et qu'elle peut s'crire. Un temps o
l'on arrive  ttonner pendant l'excution et  _effacer_, pour ainsi
dire, sur le monument mme au lieu d'effacer sur le papier, ne peut
avoir la prtention de possder une architecture[199]. Une pareille
poque ne saurait montrer trop de respect pour les artistes qui savaient
ce qu'ils voulaient et qui combinaient un difice tout entier dans leur
cerveau avant d'ouvrir les chantiers. Examinons donc les meneaux des
fentres du choeur de Saint-Urbain de Troyes (6).

Soit AB la largeur de la fentre. Sur cette largeur, qui donne les axes
des boudins ou colonnettes des pieds-droits ayant pour section une
demi-section de meneau, on a trac l'arc bris CDE; donc la base CD et
les deux arcs de cercle circonscrivent un triangle quilatral. Divisant
ce triangle quilatral par l'axe EF et par les deux lignes CG, DH
passant par les milieux des deux lignes DE, CE, on obtient la figure
EKIL, dans laquelle nous inscrivons le cercle dont le centre est sur
l'axe en M. Marquant sur les lignes LC, LD deux points M'M''  une
distance gale  la longueur LM, on trace les deux autres cercles 
l'aide de rayons gaux  celui du cercle dont le centre est en M. Il est
clair que ces trois cercles sont tangents et inscrits par le grand arc
bris. Divisant ensuite la largeur AB en trois parties gales A,_ab_,B
et chacune de ces trois divisions en deux, nous levons des points N et
O deux verticales, soit celle OP qui rencontre la circonfrence du
cercle M'' en P. De ce point P, prenant une longueur gale  _b_B, nous
formons le triangle quilatral P_b_S. Alors nous avons la base RS de la
claire-voie portant sur les meneaux. Prenant les points _b_S comme
centres et la longueur _b_S comme rayon, nous traons les trois arcs
briss infrieurs; nous cherchons sur cette base RS les centres T du
second arc bris milieu, partant des naissances _a,b_ et devant tre
tangent aux deux circonfrences M'M''. Toutes ces lignes forment les
axes X des meneaux dont nous avons donn la section en Y. Le trac plus
sombre Z sur cette section Y donne la section des redents. L'axe _p_ de
ces redents est  une certaine distance de l'axe X et ne se confond pas
avec lui. Pour tracer les redents, nous prenons donc cette distance 
l'intrieur de la circonfrence des cercles et des arcs briss
infrieurs. Pour les redents des cercles, _m_ tant le point marqu sur
l'axe  la distance X_p_ donne par la section des meneaux, on divise la
longueur _m_M en deux parties gales; du point _m'_ milieu et prenant
_m'm_ comme rayon, nous traons les redents  quatre lobes des cercles.
Quant aux redents des arcs briss infrieurs, ils sont tracs suivant un
mme rayon; les centres des branches infrieures tant placs sur la
ligne de base RS. Les redents de l'espace Q sont de mme inscrits dans
un triangle quilatral. En AA, nous avons trac  l'chelle de 0m,05
pour mtre le dtail des redents des cercles avec l'armature circulaire
en fer pince par les quatre extrmits des lobes et destine 
maintenir les verrires. L'appareil des meneaux est indiqu par les
lignes _g_, etc. En BB est donn le dtail des chapiteaux. Ces meneaux,
qui n'ont que 0m,095 d'paisseur sur 0m,23 de champ, suffisent pour
maintenir les vitraux de fentres qui ont 4m,40 de largeur sur 9m,20 de
hauteur de l'appui  la clef, et encore reposent-ils sur une galerie 
tour (voy. _CONSTRUCTION_, fig. 103); ils sont taills dans du beau
liais de Tonnerre et sont bien conservs. Il tait impossible de
combiner et d'excuter un chssis de pierre plus lger, mieux entendu et
plus rsistant eu gard  son extrme tnuit.

Les formerets de la vote circonscrivent exactement les grands arcs
briss qui ont servi de cintre pour les bander; car ces arcs entrent en
feuillure sous ces formerets, comme l'indique la section X'. Il n'est
pas besoin de dire que les meneaux verticaux sont d'une pice et que les
ajours sont taills dans de trs-grands morceaux de pierre, ainsi que
l'indique l'appareil trac sur la figure 6.

Vers la fin du XIIIe sicle et le commencement du XIVe, on employa des
mthodes encore plus prcises et plus rationnelles. On remarquera, dans
l'exemple prcdent, qu'il y a encore certains tracs qui sont livrs au
ttonnement; ainsi, l'inscription du cercle du sommet, gnrateur des
trois autres, dans la figure EKIL, ne peut gure tre obtenue dans la
pratique qu'en cherchant sur l'axe EF le centre M au moyen du
_troussequin_; les tangentes de ce cercle avec les lignes CI, DH et les
deux arcs CE, DE ne pouvant tre connues d'avance que par des oprations
gomtriques compliques que certainement il tait inutile de faire, les
architectes ont donc t amens  chercher des mthodes gomtriques qui
pussent toujours tre dmontres et par consquent dont le trac ft
absolu. Ce rsultat est remarquable dans la partie de l'glise de
Saint-Nazaire de Carcassonne qui fut leve au commencement du XIVe
sicle. Le triangle quilatral devient, dans cet difice, le gnrateur
de tous les compartiments des meneaux. Prenons d'abord les fentres du
sanctuaire de cette glise qui sont les plus simples, et qui ne sont
divises que par un meneau central supportant une claire-voie. Le trac
gnrateur est fait sur l'axe des colonnettes ou boudins. Soit (7) une
de ces fentres. Les trois lignes verticales AA'A'' passent par les axes
des colonnettes dont la section est donne en B. Cet axe est trac en
_a_. La naissance de l'arc bris tant en CC', sur cette base CC' on
lve le triangle quilatral CC'D, et prenant CC' comme centres on
trace les deux arcs CD, C'D qui sont toujours les axes des boudins
donns en _a_ sur la section B. Divisant les lignes CD, C'D en deux
parties gales, des points _dd'_ diviseurs et des points DCC'_c_, pris
comme centres, nous traons les trois angles curvilignes quilatraux
inscrits. Deux verticales abaisses des deux points _dd'_ divisent les
deux arcs C_c_, _c_C' en deux segments gaux. Prenant alors 
l'intrieur des deux traves des distances gales  la distance qu'il y
a entre les axes gnrateurs _a_ et les axes _b_ des membres secondaires
du faisceau dont la section est en B, soit en _ee'_, la naissance de la
claire-voie tant fixe au niveau E, sur cette naissance nous cherchons
le centre de l'arc de cercle qui doit passer par les points _e_ et _f_;
centre qui s'obtient naturellement en faisant passer une ligne par les
points _e_ et _f_ en levant une perpendiculaire du milieu de cette
ligne jusqu' sa rencontre avec la ligne de niveau E. Ds lors, on
considre les arcs C'D, C'_d'_, _cd'_, _dd'_, etc., comme membres
principaux, et les arcs _c_C', _ef_, _e'f_ comme membres secondaires.
Les centres des redents G sont pris sur les axes passant par le sommet
des triangles curvilignes, ainsi que l'indiquent les rayons ponctus;
ces redents sont membres secondaires. c'est--dire que leur section est
celle donne par la seconde section gnratrice dont l'axe est en _b_.
Mais les arcs C_c_, _c_C' tant secondaires eux-mmes, les axes des
redents sont tangents  ces arcs, comme on le voit en _g_. Quant aux
redents infrieurs _h_, ils sont tertiaires et prennent la section _h'_
sous-division de la section gnratrice B. Les chapiteaux des arcs sont
placs au niveau CC'.

Le trac F de la moiti de la claire-voie, sur une chelle de 0m,04 pour
mtre, explique le trac de cette pure de manire  faire comprendre la
section de tous les membres. Souvent, comme dans le cas prsent, la
section des extra-dos M est simplifie et donne la coupe N, mais cette
disposition est rare;  dater de la fin du XIIIe sicle les sections
sont uniformes aux intra-dos comme aux extra-dos des arcs des
claires-voies. Sur ce trac est donne la section du formeret qui
enveloppe exactement l'arc de la claire-voie lui servant ainsi de
cintre. Les claires-voies de ces fentres sont d'une heureuse
proportion; de l'appui  la naissance E des arcs infrieurs les
colonnettes ont 7m,70 et sont composes de deux ou trois morceaux.

Les compartiments des claires-voies suprieures engendrs par des
triangles quilatraux se prtaient parfaitement au systme des meneaux
disposs par trois traves, assez gnralement adopt au XIVe sicle.
Puisqu'on dcorait les fentres par des vitraux, on voulait avoir un
motif milieu; les fentres, par deux et quatre traves, taient moins
favorables  la peinture des sujets que la division par trois. Il y
avait donc entente entre l'architecte et le peintre verrier. Dans la
mme glise de Saint-Nazaire, les grandes fentres orientales du
transsept sont, en effet, divises en trois traves au moyen de deux
meneaux; les compartiments surmontant ces meneaux, bien que varis entre
eux; procdent tous de combinaisons donnes par le triangle quilatral.
Voici (8) l'une de ces fentres.

Il est entendu qu' dater du milieu du XIII sicle les compartiments des
meneaux sont tracs en prenant les axes des colonnettes ou boudins.
Soient donc _aa'_ les axes de ces colonnettes dont la section est donne
en A, avec ses dcompositions en membres secondaires et tertiaires; la
ligne _b_ tant l'axe du membre secondaire et celle _c_ l'axe du membre
tertiaire. La naissance du formeret tant en B, sur la ligne de base BB'
on lve le triangle quilatral BB'C. Les points BB' sont les centres
des arcs principaux BC, B'C. Du mme point B' et du point D, prenant BD
comme rayon, nous dcrivons les deux arcs B'_e_, D_e_; du point _e_
comme centre, nous dcrivons le troisime arc DB', mais en diminuant le
rayon de la distance qu'il y a entre les deux axes A et _b_. Il est
clair que le centre _e_ se trouve sur le ct B'C du grand triangle
quilatral. Prenant les points _e_ et C comme centres, nous traons le
triangle quilatral curviligne suprieur. Du point _f_ de rencontre de
l'arc de base avec l'axe de la fentre et prenant toujours la distance
_aa'_ comme rayon, nous obtenons les points de rencontre _g_ qui sont
les centres de l'arc bris milieu _fg_. Ce sont l les axes des membres
principaux du compartiment, ceux dont la section est la plus forte,
celle A. Il s'agit maintenant de tracer les compartiments dont la
section est donne sur l'axe _b_ secondaire. Prenant les points C_e_
comme centres, et ayant divis l'arc C_e_ en deux parties gales, les
longueurs _ei_, C_i_, nous donnent les rayons des trois arcs formant le
riangle curviligne concave  l'intrieur du triangle curviligne convexe
suprieur. Ayant lev les deux verticales _ll'_  une distance des axes
_aa'_ gale  la distance existant entre le grand axe A et l'axe
secondaire _b_, du point _n_, prenant la distance _ll'_ comme rayon,
nous obtenons les points _oo'_ qui sont les centres des arcs infrieurs
_on_, _o'n_. Toujours en observant la distance entre les deux axes A et
_b_ de la section, nous traons le trfle milieu dont les centres sont
poss aux angles d'un triangle quilatral; puis, sur la ligne de niveau
_oo'_ prolonge, nous levons l'arc bris central infrieur tangent aux
lobes du trfle. Tous ces membres appartiennent  la section secondaire
dont l'axe est en _b_. Les redents, les petits trfles et les
subdivisions traces en P appartiennent  la section tertiaire _c_. En R
est reprsente la moiti des meneaux avec tous leurs membres, suivant
l'paisseur de chaque section, obtenus en portant  droite et  gauche
des axes les demi-paisseurs de ces sections. En S, nous figurons un des
chapiteaux _s_ des meneaux, et en T les goujons qui traversent les
barres de fer places  la naissance des claires-voies et qui sont
destins  maintenir dans leur plan et les colonnettes verticales et les
compartiments. Ces scellements de goujons et tous les joints d'appareils
sont couls en plomb, prcaution devenue ncessaire du jour o l'on
avait rduit la section des meneaux  une trs-petite surface. Si l'on
veut apporter quelque attention  la disposition de cet appareil, on
remarquera que les vides laisss au milieu des morceaux d'une grande
dimension sont trsillonns par ces subdivisions de trfles et de
redents qui ajoutent  la solidit de ces claires-voies. Ces architectes
de l'cole gothique franaise sont de terribles logiciens, et la
composition des meneaux de leurs grandes baies en est une nouvelle
preuve.

Ainsi, par exemple, ces redents H que nous voyons apparatre vers le
milieu du XIIIe sicle dans l'le-de-France et d'abord  la
Sainte-Chapelle de Paris, ces redents considrs comme une dcoration,
un agrment, sont primitivement indiqus par un besoin de solidit.
Chaque fois qu'un inconvnient rsultait d'une forme adopte, on
cherchait et on trouvait aussitt un moyen d'y remdier, et ce moyen
devenait un motif de dcoration. On voit dans la figure 8 que la branche
K est isole et que le moindre tassement, qu'une pression ingale
pourrait la briser en L; or, cette branche est consolide au moyen du
redent P formant lien en potence au-dessous. Il est clair que les
trfles X, inscrits dans les triangles vids des plus grands morceaux
de l'appareil, donnent une grande force aux branches de ces triangles.
De mme les redents M des branches des triangles curvilignes suprieurs
et ceux N des trois trsillons droits ajoutent singulirement  la
rsistance de ces parties d'appareil. On ne fait pas autre chose
aujourd'hui lorsqu'on veut donner une plus grande rsistance  des
pices de fonte de fer, par exemple, sans augmenter sensiblement leur
poids; mais il est vrai que l'on veut considrer ces moyens comme des
innovations dues  la science moderne.

On nous permettra, tout en rendant justice  notre temps, de restituer
cependant  chaque poque ce qui lui revient de fait; on est bien forc,
quand on veut tudier avec attention la composition de ces claires-voies
de pierre adoptes par l'cole laque du moyen ge, de reconnatre que
ces claires-voies, occupant des surfaces considrables relativement 
celles donnes par les modes d'architecture antrieurs et modernes, sont
traces, combines et appareilles de manire  prsenter le moins de
pleins et  offrir la plus grande rsistance possible. Par le trac des
nerfs principaux et des coupes des joints, toutes les pesanteurs sont
reportes sur les meneaux verticaux, mais principalement sur les
jambages; quant aux panneaux ajours, ils sont rendus presque aussi
rigides que des dalles pleines au moyen de ces trsillonnements
tertiaires tels que les trfles et les redents. Il fallait que ces
combinaisons fussent assez bonnes, puisque la plupart de nos grands
difices gothiques ont conserv leurs meneaux, et que quand ils ont
souffert des dgradations, il est facile de les restaurer ou de les
remplacer comme on remplace un chssis de fer ou de menuiserie. Les
meneaux de pierre ont mme cet avantage qu'ils peuvent tre rpars en
partie s'il s'est fait quelques brisures, tandis qu'un chssis de bois
ou de fer, une fois altr, doit tre refait  neuf.

Ajoutons que ces meneaux de pierre supportent des vitraux d'un poids
norme et les armatures de fer destines  les attacher. Ne considrant
ces membres d'architecture qu'au point de vue de l'effet qu'ils
produisent, ils nous paraissent former des dessins d'un aspect agrable,
rassurants pour l'oeil et heureusement composs. C'est dans
l'le-de-France qu'il faut toujours aller chercher les meilleurs
exemples de cette architecture au moment o elle se dveloppe pour
arriver aux formules. On trouve au sein de cette cole, la plus pure et
la plus _classique_ de l'art du moyen ge, une sobrit, une application
de principes vrais, obtenue  l'aide des mthodes les plus simples, une
dlicatesse dans les proportions, dans le choix des profils qui laissent
au second rang les oeuvres des autres provinces[200]. Nous donnons (9)
une des fentres des chapelles du choeur de Notre-Dame de Paris, leves
en mme temps que le choeur de l'glise de Saint-Nazaire de Carcassonne,
c'est--dire vers 1320.

On voit ici l'absence de toute combinaison complique, c'est toujours le
dessin des meneaux des fentres de la Sainte Chapelle du Palais, mais
allg. Ces fentres se divisent encore en quatre traves au moyen d'un
meneau central dont la section est donne par l'axe A, et de deux
meneaux secondaires dont la section drive de la principale est donne
par l'axe _b_. Soient _a_ et _a'_ les axes de la section principale A.
Du point B, prenant _a'a''_ comme rayon, on dcrit l'arc concentrique au
formeret CB. Donc, BC est le ct d'un triangle quilatral. De ce mme
point B et du point I, milieu de la base du triangle, prenant BI comme
rayon, nous traons les arcs BE. Or, BE est gal  EC. On trace le
cercle suprieur tangent aux arcs BC,IE. Tels sont les axes des membres
principaux, ceux dont la section est donne par le profil dont l'axe est
A. Reportant en dedans de la fentre et des points _aa'_ une distance
gale  la distance qu'il y a entre les axes A et _b_, en _ee'_ et
divisant la ligne de base _ee'_ en deux parties gales, prenant _ef_
comme rayon, nous traons les arcs infrieurs _efg_, _fe'g'_, puis nous
traons le sous-arc secondaire concentrique  l'arc bris IBE. Nous
inscrivons un second cercle dont le centre est en F, tangent aux deux
arcs infrieurs et  l'arc secondaire IBE. Prenant  l'intrieur de ce
cercle et des arcs infrieurs une distance gale  la distance qu'il y a
entre l'axe _b_ de la section secondaire et l'axe _c_ de la section
tertiaire, nous traons les axes des redents.

L'pure de ces meneaux est donc facile  faire, la composition est
heureuse, claire, solide et d'un appareil solide, ainsi qu'on peut le
voir en G. En K est donne la section du pied-droit _h_, portant le
formeret de la vote formant archivolte  l'extrieur. En L est donn le
profil de l'appui dont l'extrieur est en _l_ avec la pntration des
bases. Le trac _m_ donne la projection horizontale des tailloirs des
chapiteaux, celui _n_ la projection horizontale des bases. C'est ici que
la fonction des redents est vidente. Ces redents _i_ donnent une grande
force supplmentaire aux branches principales et secondaires des arcs,
et on voit comme ils sont adroitement disposs pour ne pas gner les
coupes des joints. Le meneau central et les deux meneaux secondaires
verticaux sont d'un seul morceau chacun; quant  la claire-voie
suprieure, elle se compose seulement de quinze morceaux, et cependant
ces fentres ont 4m,00 de largeur sur 4m,50 environ de hauteur sous
clef, dans oeuvre.

Une fois le principe logique admis dans la construction des meneaux
comme dans les autres membres de l'architecture gothique, les
architectes ne s'arrtent pas. Bientt ils renoncent totalement aux
sections gnratrice, secondaire et tertiaire; ils adoptent une seule
section pour tous les membres des meneaux, sauf les redents qui prennent
moins de champ. Vers la fin du XIVe sicle on cherche dj mme  viter
les arcs briss. Les meneaux ne se composent que de courbes et de
contre-courbes, de manire  ne former plus qu'un rseau d'une
rsistance uniforme. En thorie cela tait logique; en pratique, ces
formes taient d'un aspect moins satisfaisant.

Pour ne pas charger cet article, dj trs-tendu, d'un trop grand
nombre d'exemples, nous allons tudier les meneaux adopts au XVe
sicle, et dans la composition desquels on aperoit cette tendance des
constructeurs de cette poque de ne plus tenir compte que de la logique,
souvent aux dpens du style et de la simplicit apparente.

Alors, dans la composition des meneaux, les architectes cherchent 
rsumer toutes les forces et pesanteurs en une pression verticale. Soit
(10) une de ces fentres du XVe sicle[201]. La section des trois
meneaux de ces fentres est la mme (voir le dtail A), elle se
reproduit galement dans la claire-voie; les redents seuls ont moins de
champ et prennent la section B. Au moyen des grandes contre-courbes des
deux divisions principales, les pesanteurs sont amenes sur le meneau
central C et sur les jambages D. Une partie de ces pesanteurs est mme
dvie sur les meneaux intermdiaires E par les courbes renverses _a_
et par celles _b_. Les combinaisons de ces courbes et contre-courbes
font assez connatre le but que s'est propos d'atteindre le
constructeur, savoir: une claire-voie formant un rseau dont les mailles
se rsolvent en des pressions verticales, un systme d'trsillonnement
gnral et des renforts  tous les points faibles donns par les
redents. On comprend, par exemple, que la corne _c_ se briserait sous la
moindre pression, si elle n'tait renforce par le redent _d_. Les
barres _e_ destines  maintenir les panneaux des vitraux viennent
encore ajouter un trsillonnement  celui donn par la combinaison de
la claire-voie de pierre.

Si l'on veut examiner ces meneaux avec attention, on reconnatra que
tous les points faibles, ceux qui doivent subir les plus fortes
pressions, sont tays ou trsillonns par des courbes qui tendent 
rendre tous les membres solidaires; que ces courbes sont traces en
raison de la vritable direction des pressions, de manire  dcomposer
celles qui sont obliques et  les ramener  des pesanteurs agissant
verticalement; que les joints d'appareil sont coups perpendiculairement
 la direction de ces pressions, afin d'viter les joints maigres,
sujets  glisser ou  causer des brisures. Nous n'avons pas pour ce
genre d'architecture un got bien vif, mais il nous est impossible de ne
pas reconnatre l l'oeuvre de constructeurs trs-expriments,
trs-savants, logiques jusqu' l'excs et chez lesquels la fantaisie ou
le hasard n'avait pas de prise. Quand l'abus d'un principe conduit  de
pareilles conceptions, il faut dplorer l'abus, mais il faut
quitablement constater la valeur du principe et tcher d'en tirer
profit en vitant ses excs. Ces gens-l connaissaient  fond les
ressources de leur art, ne faisaient toute chose que guids par leur
raison. Il ne nous appartient pas aujourd'hui de leur jeter la pierre,
nous qui, possesseurs de matriaux varis et excellents, ne savons pas
en tirer parti, et qui montrons notre insuffisance lorsqu'il s'agit de
combinaisons de ce genre en architecture. Dans ce dernier exemple, les
meneaux verticaux sont d'une seule pice chacun, de l'appui  la
naissance des courbes. La barre G traverse la tte de ces meneaux et
maintient les sommiers de la claire-voie au moyen de goujons en os[202].
Quant aux barres H, ce sont des barlotires simplement engages d'un
centimtre ou deux dans les montants. Des vergettes maintenaient les
panneaux des vitraux engags dans les feuillures I. Les barres et
barlotires, ainsi que les tringles _e_, sont garnies de pitons et de
clavettes. Les architectes du XVe sicle se fiaient si bien  la
combinaison de leurs meneaux qu'ils les taillrent souvent dans de la
pierre demi-dure, dans du banc royal, par exemple. Il faut dire aussi
qu'ils leur donnaient une section relativement plus forte que celle
adopte pour les meneaux du XIVe sicle, qui sont toujours les plus
dlicats. Ces compartiments de meneaux furent conservs jusque vers le
milieu du XVIe sicle. Cependant,  l'poque de la Renaissance, quelques
tentatives furent faites pour mettre les meneaux en harmonie avec les
nouvelles formes de l'architecture en vogue  cette poque. Tmoin
certains des meneaux de l'glise de la Fert-Bernard, qui prsentent le
plus singulier mlange des traditions du moyen ge et de rminiscences
de l'antiquit romaine. On croirait voir des arabesques de Pompii
excutes en pierre.

Voici (11)l'une de ces combinaisons. La fentre est divise par deux
meneaux verticaux G, son axe tant en M. L'appareilleur n'a pas ici
cherch des coupes savantes pour assembler les morceaux de la
claire-voie. Celle-ci ne se compose rellement que de trois linteaux
ajours, superposs, dont on voit les lits en LL'L'', les branches
d'arcs O faisant partie de ces linteaux. On reconnat encore cependant
que l'architecte, par la disposition des arabesques, a voulu donner de
la rsistance aux points faibles des videments. Les figurines, les
enroulements n'existent qu'en dehors du vitrial, les panneaux de verre
tant enchsss dans les compartiments principaux. La colonnette K mme
ne porte que la demi-paisseur des meneaux et n'existe que du ct du
dehors. En A est trace la section sur _ab_ et en B la section sur _cd_.
La partie la plus dlicate de cette claire-voie n'est gure qu'une
dcoration extrieure qui ne maintient en aucune faon les panneaux de
verre, mais qui cependant donne un peu plus de solidit  l'ouvrage. Ces
meneaux produisent un assez bon effet et sont excuts avec une finesse
et une perfection remarquables. Les soffites rampants sous les corniches
et frontons sont orns de gravures dlicates. Le systme de linteaux ou
d'assises ajours adopts ici ne pouvait convenir qu' des fentres
assez troites, puisqu'il interdisait les joints verticaux. Dans la mme
glise, les claires-voies des fentres ayant trois meneaux et quatre
traves sont combines dans le genre de celles donnes prcdemment,
fig. 10.

Les fentres de l'architecture civile possdaient aussi des meneaux,
lorsqu'elles taient d'une trop grande largeur pour qu'il ft possible
de ne les fermer qu'avec un seul ventail (voy. FENTRE, fig. 29, 31, 32,
33, 35, 36, 37, 38, 40, 41 et 42). Ces meneaux, jusqu' la fin du XIIIe
sicle, ne consistent habituellement qu'en une colonnette soulageant le
linteau. Les architectes dployaient un certain luxe de sculpture dans
les meneaux de palais et quelquefois mme ornaient leurs fts de
figures, en manire de cariatides. Nous avons retrouv  Sens un
trs-beau meneau de ce genre qui date du XIIe sicle (12)[203]. La
statuette adosse  la colonne  section octogonale formant le corps du
meneau reprsente la Gomtrie ou l'Architecture; elle tient un grand
compas d'appareilleur. En A est trace la section du meneau faite sur
_ab_, et en B le ct du meneau avec le renfort postrieur destin 
recevoir les targettes. Dans la section A, nous n'avons pas indiqu par
des hachures la coupe de la figure afin de laisser voir celle de la
colonnette dans le ft de laquelle s'engage la statue. Sur la partie
infrieure des meneaux des fentres hautes de la cathdrale de Nevers, 
l'extrieur, on remarque aussi des statuettes adosses aux fts des
colonnettes centrales.

 l'poque de la Renaissance, on voit aussi des meneaux en forme de
cariatides, ou de ganes surmontes de bustes. Ce ne fut gure que sous
le rgne de Louis XIV que l'on renona dfinitivement aux meneaux; on
les employait encore au commencement du XVIIe sicle pour maintenir les
fermetures des baies de croises. Les fentres intrieures de la cour du
Louvre taient originairement garnies de meneaux d'un aspect monumental
qui donnait de l'_chelle_  ces grandes ouvertures. Ces meneaux sont
remplacs aujourd'hui par des montants en bois avec impostes galement
en bois, qui ne sont gure en harmonie avec l'difice, qu'il faut
repeindre tous les dix ans et refaire  neuf lorsqu'ils viennent 
pourrir, c'est--dire deux ou trois fois par sicle. Cela est, dit-on,
plus conforme aux rgles de la bonne architecture; pourquoi? Nous
serions fort embarrasss de le dire.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]

     [Note 198: Voyez l'ensemble de la composition de ces fentres
      l'article FENTRE, fig. 20.]

     [Note 199: Il n'est pas besoin ici de rappeler combien de
     fois,  Paris mme, nous avons vu depuis peu dfaire et
     refaire sur les monuments eux-mmes; c'est une manire de
     chercher le bien ou le mieux quelque peu dispendieuse. Jadis
     on l'essayait sur le papier; mais, une fois l'excution
     commence, toutes les parties se tenaient, taient
     solidaires, et ne pouvaient ainsi tre changes sans qu'il
     ft possible de donner des raisons srieuses de ces
     changements.]

     [Note 200: Il ne faut pas oublier que la construction du
     choeur de l'glise Saint-Nazaire de Carcassonne est due  un
     architecte du domaine royal.]

     [Note 201: Celle que nous donnons ici vient du choeur de
     l'glise d'Eu, dans lequel l'architecture du milieu du XVe
     sicle est pure et sagement entendue.]

     [Note 202:  dater du XVe sicle, les constructeurs qui
     avaient eu l'occasion de constater combien les goujons en
     fer, en gonflant par suite de l'oxydation, taient
     prjudiciables aux travaux de pierre et les faisaient
     clater, remplacrent ces goujons de mtal par des goujons en
     os de mouton ou en corne de cerf. Ces derniers ont conserv
     toute leur duret.]

     [Note 203: Cette colonnette, qui servait de meneau  une
     fentre, est place aujourd'hui  l'une des baies du
     rez-de-chausse de la salle synodale de Sens.]



MENUISERIE, s. f. (_Hucherie_, _huisserie_, menuisiers, _scieurs d'aiz_,
_manhuissiers_). Si les populations du Nord sont particulirement aptes
 faire des ouvrages de charpenterie, elles ne sont pas moins habiles 
donner aux bois ces formes  la fois dlicates, lgres et solides qui
constituent la menuiserie. L'art de la menuiserie n'est d'ailleurs
qu'une branche, qu'un driv de l'art des charpentiers dans les premiers
sicles du moyen ge; les moyens d'excution sont les mmes.

L'art de la menuiserie se distingue nettement de l'art de la
charpenterie, lorsque l'on commence  employer pour le dbitage, la
coupe et le polissage des bois, des outils trs-perfectionns.
L'invention de la scie remonte  une haute antiquit; les anciens
connaissaient le rabot ou la demi-varlope et la varlope. Cependant,
jusqu'au XIIIe sicle, on employait souvent, pour la menuiserie, des
bois refendus (merrain), travaills au ciseau et  la gouge sans le
secours du rabot.

Il ne nous reste qu'un bien petit nombre d'objets de menuiserie
antrieurs au XIIIe sicle, et ces fragments ressemblent beaucoup, pour
la combinaison des assemblages,  des oeuvres de charpenterie excutes
sur une petite chelle. Mais  dater du XIIIe sicle, l'art de la
menuiserie prend un grand essor, possde ses rgles particulires et
arrive  un degr de perfection remarquable. Les ouvrages de menuiserie
qui nous restent des XIVe et XVe sicles sont souvent des chefs-d'oeuvre
de combinaison, de coupe et de trait. Les traditions de cet art,
conserves jusqu'au XVIIe sicle, rsultent: 1 d'une parfaite
connaissance des bois; 2 d'un principe de trac savant; 3 d'un emploi
judicieux de la matire, en raison de ses qualits propres.

Comme dans tout systme de construction, dans la menuiserie, la matire
employe doit commander les procds d'assemblages et imposer les
formes; or, le bois est une matire qui possde des proprits
particulires dont il faut tenir compte dans la combinaison des oeuvres
de menuiserie comme dans la combinaison des oeuvres de charpente; les
artisans du moyen ge ne se sont pas carts de ce principe vrai. La
connaissance des bois est une des conditions imposes au menuisier;
cette connaissance tant acquise, faut-il encore savoir les employer en
raison de leur texture et de leur force. Le bois qui se prte le mieux
aux ouvrages de menuiserie est le chne,  cause de sa rigidit, de la
finesse de ses fibres, de sa duret gale, de sa dure et de sa beaut.
Aussi, pendant le moyen ge, en France du moins, le chne a-t-il t
exclusivement employ dans la menuiserie de btiment.

Pour tre employ dans la menuiserie, le chne, doit tre parfaitement
sec, c'est--dire dbit depuis au moins six ans. Si nous examinons les
ouvrages de menuiserie des XIIIe, XIVe et XVe sicles, nous observons,
en effet, que les bois n'ont point jou, qu'ils sont rests dans leurs
assemblages et qu'ils ne prsentent pas de gerces. Ces bois, une fois
dbits, taient d'abord laisss dans des lieux humides et mme dans
l'eau, puis empils  claires-voies sous des abris secs, retourns
souvent et quelquefois soumis  l'action de la fume[204].

Les menuisiers du moyen ge n'employaient pas les bois trop vieux qui
sont sujets  se gercer et  se piquer. Ils faisaient dbiter des chnes
de deux cents  trois cents ans, c'est--dire des troncs, dont le
diamtre,  3m,00 au-dessus du sol, aubier dduit, varie de 0m,70 
1m,00. Ces troncs taient scis en quatre dans la longueur  angle
droit; chaque quart tait dbit suivant diverses mthodes, mais
toujours en tenant compte, autant que possible, de la texture du bois.
Un tronc de chne qu'on laisse dessch se gerce conformment  la
figure A (O), ce qui est facile  expliquer. Les couches concentriques
sont d'autant plus dures et compactes qu'elles se rapprochent du centre,
d'autant plus poreuses qu'elles se rapprochent de la circonfrence. Ces
couches contiennent donc d'autant plus d'eau qu'elles ont un plus grand
rayon. Lorsque le bois se dessche, les couches extrieures prennent un
retrait plus considrable que celles intrieures; il en rsulte des
fentes ou gerces, tendant toutes au coeur du tronc. Si le dbitage du
bois est fait, sans tenir compte de cet effet de la dessiccation, les
planches dbites se gercent ou se contournent; elles sont sensibles 
toutes les variations de la temprature. Si, au contraire, ce dbitage
est fait en raison de la direction naturelle des gerces, les planches se
rtrcissent dans leur largeur, mais ne peuvent ni se fendre ni
cartiner, c'est--dire se courber dans le sens de leur sciage. Le chne
est form d'une succession de couches comme tous les bois, mais ces
couches sont runies par des espces de chevilles naturelles qui les
rendent solidaires; ces chevilles, qu'on nomme _mailles_, tendent au
centre du tronc. Si donc le dbitage est fait comme l'indique le trac
sur le quart B, il est fait dans les meilleures conditions; c'est ce
qu'on appelle le dbitage sur _maille_ (paralllement aux mailles). Ce
dbitage est long et laisse tomber beaucoup de triangles qui ne sont que
des chanlattes. Le meilleur dbitage aprs celui-ci est le dbitage
trac sur le quart D, puis celui trac sur le quart E. Quant aux
madriers et membrures, le dbitage le plus conomique est celui trac en
F. Les mailles du chne donnent non-seulement de la solidit aux
planches dbites suivant les rayons du tronc, mais encore prsentent
des parements d'un aspect soyeux, moir, qui ajoute beaucoup  la beaut
du bois. Les chnes dbits sur maille sont donc les meilleurs pour la
menuiserie[205].

Bien que les menuisiers employassent la colle de peau et la colle de
fromage, cependant la solidit de l'oeuvre dpendait avant tout de la
disposition des assemblages  queue d'hironde, ou chevills.

Pour joindre des ais, on ne se servit qu'assez tard (vers le XVe sicle)
des rainures ou languettes. On les runit au moyen de queues d'hirondes
entailles  mi-bois (1), ainsi qu'on le voit en A; ou de barres
embrves et chevilles, B; ou de barres--queues entirement embrves,
C; ou de prisonniers D; en bois dur ou mme en fer. Ce sont l des
combinaisons lmentaires qui ont d tre appliques de tout temps. En
effet, des ouvrages de bois de l'antiquit gyptienne sont faonns
d'aprs ces procds.

Sur les rives des ais, on interposait une couche de colle de fromage qui
faisait adhrer les planches ou les madriers entre eux. Au moyen d'un
racloir de fer recourb, on polissait la face vue et on la recouvrait de
peinture, ou on l'intaillait  une faible profondeur en rservant des
ornements ou des figures. C'est d'aprs ce procd que sont faites les
portes en pin de la cathdrale du Puy-en-Vlay qui remontent au XIe
sicle. Ces ornements, lgrement dcoups en relief, taient eux-mmes,
ainsi que les fonds, recouverts de peintures sur une impression d'oxyde
de plomb (_minium_)[206].

Deux conditions principales semblent avoir t imposes aux oeuvres de
menuiserie du moyen ge: conomie de la matire, et la plus grande force
possible laisse au bois au droit des assemblages.--conomie de la
matire, en ce que les renforts sont vits du moment qu'ils ne peuvent
tre compris dans une pice quarrie; en ce que les panneaux, par
exemple, n'ont jamais que la largeur d'une planche, c'est--dire 0m,22
au plus, 8 pouces; les montants et traverses, 0m,08, 3 pouces au plus,
pour les ouvrages ordinaires.--Plus grande force possible laisse au
bois l o il porte assemblage, en ce que les chanfreins, lgissements
et moulures s'arrtent ds qu'un assemblage est ncessaire.
L'observation de ces deux conditions donne un caractre particulier  la
menuiserie. Si la matire est conomise, si elle est employe en raison
de ses qualits, la main-d'oeuvre est prodigue, comme pour faire
ressortir les prcieuses proprits du bois; car il ne faut pas oublier
que pendant le moyen ge la main-d'oeuvre est toujours en raison de la
valeur de la matire; elle lui est suprieure, mais dans une proportion
relative.

Les menuisiers du moyen ge tiennent compte de la valeur du bois, comme
les appareilleurs tiennent compte de la valeur de la pierre. Il y a l
une ide juste, un principe vrai et un sentiment de l'conomie qui
imposent l'attention et l'tude, sans nuire  l'art, car c'est de l'art.
Ces artisans pensaient qu'une matire aussi prcieuse que le bois, qui
vient lentement et demande des prparations longues pour tre
dfinitivement mise en oeuvre, mrite qu'on ne la prodigue pas et qu'on
donne l'ide de sa valeur par le soin avec lequel on la travaille. Ces
artisans ne donnaient pas  la menuiserie de pin, de mlze ou de sapin,
les formes que permet l'emploi du chne ou du noyer. Observant les
qualits particulires aux diverses essences, ils tenaient  la lgret
jointe  la solidit; ce qui est la premire loi de la menuiserie, ainsi
que nous l'avons dit dj. Jamais, par consquent, il ne leur serait
venu  la pense de _simuler_ en menuiserie des formes convenables pour
de la pierre; jamais ils n'appliquaient  la menuiserie de grandes
courbes qui exigent un dchet considrable et forcent de couper le bois
 contre-fil. Toutes leurs combinaisons partent de la ligne droite, au
moins pour les membrures. L'tude de cet art, si fort dtourn de sa
voie aujourd'hui, est donc intressante; car avec un systme de
structure trs-restreint, des dimensions qui se renferment dans les
forces de bois dbits uniformment, ces artisans sont parvenus 
trouver les combinaisons les plus varies et les plus ingnieuses sans
tre arrts jamais par les difficults que pouvaient prsenter ces
combinaisons.

Il nous faut classer les ouvrages de menuiserie par natures, afin de
mettre de l'ordre dans cet article. Nous commencerons par les plus
simples en principe, par les claires-voies, les assemblages de bois
d'gale force, prsentant des cltures  jour sur un seul plan, des
grillages en un mot.

CLTURES, CLAIRES-VOIES, CLOTETS, LAMBRIS.--Voici (2) une de ces grilles
de bois comme on en voit encore dans la cathdrale de Ble et dans
quelques glises des provinces de l'Est. D'un simple treillis de
chevrons assembls  mi-bois, le menuisier arrivait  faonner une
clture d'une aspect monumental. Le principe mis ci-dessus, et qui
consiste  laisser au bois toute sa force au droit des assemblages, est
scrupuleusement observ; mais entre ces assemblages, au droit des vides,
l'ouvrier a pratiqu des lgissements qui forment une dcoration et
enlvent  cette combinaison si simple l'apparence grossire qu'elle
aurait si les bois eussent conserv leur quarrissage[207].

Voici encore (3) un exemple d'un grillage formant lambris plein. Les
montants et les traverses sont de mme, assembls  mi-bois, lgis
entre les assemblages. Les vides carrs laisss entre le grillage sont
remplis par des petits panneaux simplement engags dans une feuillure
comme des tablettes dans un cadre (voir la section A)[208].

Ces sortes de grilles en bois taient fort en usage au moyen ge dans
les chteaux et les maisons; souvent les grandes salles taient divises
par des claires-voies de ce genre, mobiles, que l'on plaait lorsque
l'on voulait obtenir des divisions provisoires. En hiver, des
tapisseries taient suspendues  ces claires-voies; en t, elles
restaient  jour. Ces divisions mobiles, appeles _clotets_, taient
souvent fort richement dcores, possdant des panneaux  jour et
formes d'entrelacs, de membrures ingnieusement assembls, toujours 
mi-bois. Car, ne l'oublions pas, le caractre dominant de la menuiserie
franaise au moyen ge, c'est d'tre assemble, de conserver une
structure logique en concordance parfaite avec la forme. Il existe en
Italie, en Espagne, en Orient mme, des ouvrages de menuiserie d'un
aspect saisissant, qui sduisent par leur excessive richesse et leur
combinaison complique; mais lorsque l'on examine attentivement la
structure de ces ouvrages, on s'aperoit bientt que cette structure ne
concorde nullement avec l'apparence. La lgret n'est qu'extrieure, la
construction est des plus grossires; ce sont, par exemple,--ainsi que
cela se voit dans la menuiserie arabe de l'Espagne,--des placages de
moulures coupes d'onglet et cloues sur des fonds de madriers rangs 
ct les uns des autres plutt qu'assembls; ce sont des collages de
bois dcoups, rapports les uns sur les autres, suivant un charmant
dessin, mais sans que cette dcoration s'accorde en rien avec la
structure vraie; ce sont encore,--ainsi qu'on peut l'observer dans
certaines oeuvres de menuiserie de l'Italie et mme de l'Allemagne du
moyen ge,--de vritables billes de bois runies par des _prisonniers_,
 travers lesquelles passent des moulures, des bas-reliefs, des
ornements, coups en pleine masse comme dans un bloc de marbre. Les
moulures sont tailles  contre-fil, les joints tombent au milieu d'un
relief, peu importe. Entre l'emploi de la matire et la faon de la
dcorer, il n'y a nulle harmonie, nulle entente; le menuisier et
l'artiste sont deux hommes qui travaillent l'un aprs l'autre
sparment. Le menuisier n'est qu'un assembleur de blocs; l'artiste,
qu'un sculpteur ne se proccupant pas de la nature de la matire qu'on
lui fournit.  coup sr, ces oeuvres peuvent tre fort belles au point
de vue de l'art du sculpteur, mais on ne saurait les considrer comme de
la menuiserie. Pourquoi faut-il que nous en soyons venus au point
d'expliquer ainsi et de revendiquer ces qualits si bien franaises?
Pourquoi sont-elles mconnues, oublies?... Ces ouvrages de bois des
Arabes, des Orientaux, ont au moins conserv la forme traditionnelle de
la vritable menuiserie, et si les artisans n'en comprennent pas et n'en
savent plus appliquer la structure, du moins ils en ont respect
l'apparence; mais on n'en saurait dire autant de la menuiserie
italienne, non plus que de celle que l'on fait en France depuis le XVIIe
sicle par imitation et, contrairement  notre esprit, minemment
logique[209].

Voici (4) une de ces cltures en bois de sapin comme on en voit encore
dans les provinces de l'Est et sur des vignettes de manuscrits ou
peintures du XVe sicle[210]. Le systme se compose de tringles de sapin
de 18 lignes d'quarrissage (0m,04). Sur les montants A, s'assemblent 
mi-bois les charpes B. Sur celles-ci, les charpes C, D et E; sur ces
derniers, les montants F, toujours  mi-bois. Tout l'ouvrage est
maintenu entre un chssis G, H, I, fait de chevrons de 3 pouces
d'paisseur (0m,08) sur 3 pouces et demi (0m,095). Au droit de chaque
assemblage  mi-bois, est une cheville en fer doux K, munie de deux
rondelles et rive. Sur les faces de chaque hexagone, les artes sont
chanfreines, ainsi que l'indique le dtail L, et dans les triangles 
jour M, les artes des tringles sont galement entailles de manire 
former des toiles  six pointes, composes de deux triangles
quilatraux se pntrant. On observe ici que, si le principe est
simple, si la matire est commune, la main-d'oeuvre prend une certaine
importance. En N, nous avons prsent une coupe de la clture faite sur
_ab_, et en P un dtail perspectif du morceau O dsassembl. Il est
inutile de faire remarquer la solidit et la parfaite rigidit de ce
lger treillis, dont l'effet est trs-brillant. Ces sortes d'ouvrages de
menuiserie taient presque toujours peints de couleurs claires,
rehausses de filets bruns ou noirs. Ainsi, dans l'exemple que nous
donnons ici, les fonds taient blancs, les chanfreins des hexagones brun
rouge, ainsi que les trois biseaux des toiles; celles-ci taient en
outre bordes d'un mince filet noir. Les rondelles et rivets en fer
taient galement peints en noir.

Nous pourrions multiplier ces exemples, mais les personnes du mtier
sentiront tout le parti qu'on peut tirer de ces combinaisons sans qu'il
soit ncessaire d'insister.

Il y a, dans la menuiserie franaise du XIVe sicle, certains ouvrages
qui ont bien quelque ressemblance avec les oeuvres des Orientaux
mentionnes ci-dessus, mais dont la structure cependant est mieux
raisonne. Ces cltures, ces barrires, ces lambris taient simplement
forms de planches poses jointives, embrves dans un bti; pour
empcher les planches de gauchir, de coffiner, autant que pour dcorer
les surfaces planes, au moins d'un ct, le menuisier rapportait
par-dessus un treillis de bois lgers assembls  mi-bois et formant des
combinaisons gomtriques plus ou moins compliques. La surface plane
des planches tait mme souvent sculpte en faible relief (puisque la
sculpture tait obtenue aux dpens de l'paisseur de ces planches) entre
les compartiments forms par les treillis.

Voici (5) un exemple de ces ouvrages de menuiserie. Les joints des
planches, d'une largeur d'un pied (0m,32), sont marqus sur notre
dessin. Le treillis assembl  ses extrmits dans les membrures du
bti, ainsi qu'il est indiqu en _a_ (voir le dtail A), est clou, 
chaque rencontre, sur les planches du fond, et forme ainsi une surface
parfaitement rigide qui empche le gauchissement de ce fond. Ce treillis
est assembl  mi-bois avec coupes d'onglet au droit des moulures, ainsi
qu'on le voit en _b_. La coup C donne en _c_ l'paisseur de la planche
et en _d_ celle du treillis[211]. Une claire-voie, compose de
colonnettes tournes, surmontait l'appui D; de distance en distance, des
montants E maintenaient le tout. En F, nous donnons le profil de la
traverse suprieure _f_; en G, le profil de l'appui _g_ et en H, le
profil de la traverse basse _h_. Nous verrons tout  l'heure des vantaux
d'une porte de l'glise de Gannat, combins d'aprs le mme principe.

On comprendra comment les tringles de bois, rapportes sur ces planches
et se coupant dans tous les sens, devaient les maintenir dans leur plan.
Ce systme, toutefois, est exceptionnel dans les oeuvres de menuiserie
du moyen ge en ce que nous n'y trouvons pas les panneaux embrvs, mais
un fond simple sur lequel est clou un rseau de bois; ce rseau n'est
pas seulement une dcoration rapporte, il est compos de pices
assembles et se tient de lui-mme. Ds le XIIIe sicle, on avait
faonn en France des ouvrages de menuiserie o le systme des panneaux
embrvs en feuillures est adopt; mais les languettes et feuillures
sont gnralement alors  _grain d'orge_.

Nous donnons (6) un de ces panneaux, prsent de face en A, en coupe en
B, et en section horizontale en B'. Ce systme mrite quelque attention.
Un lambris se compose de montants et de traverses, entre lesquels sont
embrvs des panneaux. Les montants de _rive_, ceux qui forment les
extrmits du lambris, reoivent les traverses  tenons et mortaises;
tandis que les montants intermdiaires s'assemblent dans les traverses.
En C, on voit un montant d'extrmit; en D, un montant intermdiaire.
Dans ce cas, la moulure E de la traverse est pousse sans tenir compte
des assemblages. Puis, lorsqu'il s'agit de faire les assemblages des
montants intermdiaires, la moulure est enleve, ainsi qu'il est indiqu
en F. Ds lors, cette moulure vient battre contre la tte des montants.
Ceux-ci ne sont chanfreins ou moulurs que dans leur partie libre; les
chanfreins ou moulures s'arrtent en G par un cong, pour laisser au
montant toute sa force au droit des assemblages et pour viter les
joints d'onglet toujours dfectueux. Les panneaux H sont embrvs 
grain d'orge, suivant la section I; s'ils sont amincis sur leurs quatre
rives pour entrer en feuillure, ils conservent toute leur force au
centre, comme le marque la section B' en K. Ces panneaux sont libres
dans leurs feuillures; ils peuvent se rtrcir sans inconvnients. Les
montants et traverses tant assembls carrment, le jeu que donne la
dessiccation des bois n'apparat pas dans les joints, ainsi qu'il arrive
toujours avec le procd des onglets. Tout le systme se rtrcit
ensemble. Nous donnons en L divers modes d'assemblages des montants avec
les traverses des lambris. En M, ce sont les montants dont la moulure
est pousse, sans tenir compte de l'assemblage, et ce sont les traverses
qui portent des _arrts m_ au droit de chacun de ces assemblages. En N,
les montants et traverses ont l'un et l'autre des arrts au droit des
assemblages. En O, de mme. En M'N'O', sont tracs les assemblages des
montants avec les traverses basses ou plinthes. En M''N''O'', les
sections horizontales des panneaux avec les montants.

Lorsque les lambris sont hauts, il est ncessaire de les couper dans
leur hauteur par une ou plusieurs traverses intermdiaires qui vitent
les panneaux trop longs, toujours ports  gauchir. Ainsi (7), soit un
lambris de cinq pieds de haut (1m,62), on aura d'abord une semelle ou
plinthe A, dans laquelle viendra s'embrver la traverse basse B. Sur
cette traverse basse s'assembleront les montants C intermdiaires, et
elle-mme s'assemblera dans les montants extrmes D. Le mme systme
renvers sera adopt pour la traverse haute F et la corniche E. Mais en
G, on assemblera entre chaque montant des traverses  tenons H et
mortaises, afin de diminuer, comme nous l'avons dit, la longueur des
panneaux. Ceux-ci seront souvent, lorsqu'il s'agit de lambris adosss 
des murs, simplement poss en feuillure, ainsi que l'indique la coupe en
I, et retenus par quelques pattes. Ces panneaux ne peuvent influer en
rien sur la membrure, et s'ils sont faits en bois bien sec, n'ayant que
la largeur d'une planche de merrain ou dbite comme nous l'avons marqu
au commencement de cet article, tout l'ouvrage subira sans inconvnients
les changements de temprature. Car la question principale, dans les
oeuvres de menuiserie, est toujours de laisser au bois la facilit de
gonfler ou de se rtrcir sans influer sur les assemblages. Les tenons K
des montants passent  travers la traverse haute et la corniche, afin
d'empcher le gauchissement de celle-ci, ce qui ne manque pas d'arriver
lorsque ces corniches ou cimaises sont simplement embrves  languettes
dans les traverses hautes. En effet, l'paisseur de ces corniches ou
cimaises tant plus forte que celle de la traverse haute, elles ont
assez de puissance, lorsqu'elles gauchissent, pour faire clater la
languette prise dans le bois de fil. Ce systme de lambris  panneaux
est adopt pendant les XIIIe et XIVe sicles avec des variantes dans les
profils. Quant aux assemblages, jusqu'au XVe sicle, ils sont toujours
francs, c'est--dire pris dans le bois conservant son quarrissage.

L'exemple que nous donnons, figure 7, montre les moulures de toutes les
traverses pousses sans arrts et celles des montants avec arrts au
droit de ces assemblages. Mme lorsque la moulure d'encadrement des
panneaux se suit sans interruption sur les montants et les traverses,
ainsi que cela est souvent pratiqu dans les lambris du XVe sicle, les
assemblages d'onglet sont vits. Nous en trouvons un exemple dans l'un
des jolis lambris qui tapissent les chapelles de la nef de l'glise de
Semur-en-Auxois (8). Les montants et traverses de ces lambris ont 0m,04
d'paisseur (1 pouce 1/2); on voit que le profil d'encadrement A
s'arrondit en quart de cercle pour se continuer le long des montants,
mais que les assemblages sont toujours francs, sans onglets. Cette
moulure d'encadrement ne se retourne pas sur la traverse intermdiaire
B, et celle-ci ne possde que des chanfreins peu prononcs avec arrts
au droit de chaque assemblage. Quant aux panneaux infrieurs, ils sont
sans moulures d'encadrement, mais avec des chanfreins comme pour donner
plus de solidit  ce soubassement. Une corniche C, dont nous donnons le
profil en C', est cloue sur la face de la traverse haute. Dans la frise
suprieure D, des panneaux ajours poss en long allgissent la
boiserie. Les panneaux pleins n'ont que 0m,20 de largeur vue (8 pouces,
compris les languettes), 0m,01 d'paisseur aux rives (5 lignes), mais
sont renforcs par ces nervures figurant des parchemins plis. (Voir la
section horizontale E, faite au niveau _e_, et la section F, faite au
niveau _f_.) En G est trac la coupe verticale des lambris, en H le
profil de la traverse A, et en I l'arrt de la moulure d'encadrement sur
les traverses.

Nous donnons (9) plusieurs exemples de ces renforcements de panneaux,
figurant des parchemins plis. L'exemple A montre des petites baguettes
ornes, passant derrire ces parchemins.

Dans la menuiserie antrieure au XVe sicle, il tait d'usage souvent,
surtout pour les meubles, de revtir les panneaux de peau d'ne ou de
toile colle sur le bois au moyen de colle de fromage ou de peau.
Lorsque ces boiseries vieillirent, ces revtements durent quelquefois se
dcoller en partie des bois djets; de l des plis, des bords
retourns. Il est  prsumer que les menuisiers eurent l'ide de faire
de ces accidents un motif d'ornement et un moyen de donner de
l'paisseur aux panneaux, tout en laissant leurs rives et languettes
trs-minces. De l ces panneaux  parchemins plisss si fort en vogue
pendant le XVe sicle et le commencement du XVIe.

Nos ouvriers du moyen ge n'taient pas seulement d'habiles praticiens,
ils taient observateurs, attentifs  profiter de tout ce que le hasard
leur faisait dcouvrir. Un dfaut, un effet du temps sur les matriaux,
devenait pour eux motif de perfectionnement ou d'ornement. Aimant leur
mtier parce qu'il tait le produit d'un labeur raisonn et non une
vague et inexplique tradition d'un art tranger, ils suivaient leur
propre gnie, trouvant des combinaisons nouvelles dans l'observation
journalire de l'atelier sans emprunter au dehors des formes dont le
sens n'avait plus pour eux de signification. Les architectes ont depuis
longtemps dj dtourn la menuiserie de sa vritable ligne en voulant
lui imposer des formes en dsaccord avec ses ressources. Pendant les
deux derniers sicles on a imit beaucoup de choses  l'aide de la
menuiserie, le stuc, le marbre, la pierre, le bronze, des colonnes, des
draperies, des corniches saillantes, des arcs, tout, sauf la menuiserie,
et cela au nom du grand art classique. Il semblerait, au contraire, que
l'art classique consistait  employer le bois, la pierre ou le mtal, en
raison des proprits particulires  chacune de ces matires. Ouvrons
un trait de menuiserie de ces derniers temps et nous y verrons, quoi?
Comment on fait des colonnes corinthiennes, des arcs et des pntrations
de courbes, des culs-de-lampes, des trompes avec des madriers et des
planches, afin de simuler en bois des ouvrages de maonnerie; comment on
fait des portes  grands cadres, des consoles et des corniches de 0m,50
de saillie; comment tout cela ne peut tenir qu'avec force querres,
plates-bandes, vis et colle. De sorte que les menuisiers ont fini par ne
plus savoir faire de la menuiserie vritable, et que depuis un petit
nombre d'annes seulement plusieurs d'entre eux ont commenc 
rapprendre cet art pratiqu il y a quatre cents ans avec autant de
savoir que de got. Mais c'est toujours dans les contres du Nord qu'il
faut chercher les oeuvres de menuiserie dignes de ce nom. Occupons-nous
maintenant des portes, des huis pleins ou  claires-voies, des croises.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]

     [Note 204: C'est ainsi qn'ont d tre prpars les bois qui
     ont servi  faire les stalles de la cathdrale d'Auch. Ces
     bois ont acquis l'apparence du bronze florentin.]

     [Note 205: Qualit que nous appelons aujourd'hui chne de
     Hollande et qui est encore, en grande partie, fournie par la
     Champagne. En effet, beaucoup de bois de menuiserie qui nous
     viennent de la Hollande sont achets par des marchands
     hollandais dans les forts au-dessus de Reims. La manire de
     dbiter nos bois nous rend tributaires des Hollandais. En
     effet, les Hollandais dbitent les bois sur _maille_,
     c'est--dire qu'ils font faire les sciages, autant que
     possible, tendant toujours au centre de l'arbre, ainsi que
     cela se pratiquait au moyen ge et ainsi que le pratiquent
     encore les fendeurs de merrain. (Voy.  ce sujet le _Trait
     de l'valuation de la menuiserie_ par A. Boileau et F.
     Bellot, Paris, 1847, p. 48 et suiv.; et Hassenfratz, _Thorie
     des bois_, Paris, 1804, p. 133.)]

     [Note 206: Beaucoup de menuiseries anciennes conservent des
     traces d'une impression au minium, et cette impression a
     singulirement contribu  leur conservation. Ce procd,
     renouvel depuis une dizaine d'annes par nous-mme, donne
     d'excellents rsultats. Aujourd'hui, il est assez
     gnralement adopt. (Voyez, relativement  l'assemblage et
     au polissage des ais, l'oeuvre du moine Thophile,
     _Diversarum artium schedula_, lib, I, cap. XVII.)]

     [Note 207: Cette grille conserve des formes qni appartiennent
      l'poque romane, bien que nous ne la croyions pas
     antrieure, comme fabrication, au XIVe sicle.]

     [Note 208: De l'htel de ville de Gand (XVe sicle).]

     [Note 209: Nous avons souvent l appel  dmonter des
     oeuvres de menuiserie des XVIIe et XVIIIe sicles. On ne
     comprend pas comment une sculpture, souvent aussi dlicate,
     une ornementation charmante, s'allie  une structure aussi
     grossire et peu raisonne. Les belles stalles de Notre-Dame
     de Paris, qui datent du commencement du dernier sicle, sont
     un exemple de cet alliage de moyens barbares masqus sous la
     plus riche apparence.]

     [Note 210: Celle que nous donnons ici a t dessine par nous
      Luxeuil.]

     [Note 211: Cet ouvrage de menuiserie existait en fragments
     dans la cathdrale de Perpignan en 1834, et servait de
     lambris dans la chapelle Saint-Jean. Il tait en sapin.]



HUIS.--Les portes les plus anciennes que nous retrouvons parses encore
dans quelques provinces franaises ne sont pas antrieures au XIe
sicle, et il faut dire qu' cette poque ces ouvrages de menuiserie
sont trs-grossiers. Ils consistent en une srie d'ais simplement
jointifs, doubls par d'autres ais disposs de manire  se relier aux
premiers par des clous. C'est suivant ce principe que sont disposs des
vantaux de portes de la cathdrale du Puy-en-Vlay et un vantail d'une
porte de l'glise de la Voulte-Chilhac (IO). Du ct intrieur A, cette
porte ne prsente qu'une suite de planches jointives;  l'extrieur B,
d'autres planches poses sur les premires en travers sont cloues et
prsentent une apparence de panneaux couverts d'ornements plats[212]. En
C est donne la coupe de l'huis faite par _ab_. Cette sorte de
menuiserie est tout orientale, comme les ornements qui la dcorent. On
ne voit l ni assemblages, ni aucune des combinaisons  la fois lgres
et solides qui constituent les oeuvres de menuiserie. Ce sont des
planches cloues les unes sur les autres, et rien de plus.
Trs-postrieurement  cette poque, on voit encore dans des provinces
du centre de la France des huis qui, bien que moins navement excuts,
dcoulent encore du mme principe. Il existe dans l'glise de Gannat une
porte  deux vantaux (11)[213], dont chaque huis est compos de quatre
planches poses jointives; pour les rendre solidaires et les empcher de
gauchir, l'ouvrier a pos en dehors un treillis de bois formant comme
des panneaux  peu prs carrs. En A, la porte est prsente 
l'intrieur. Le dtail B donne la moiti d'un vantail du ct extrieur
avec son treillis. Le dtail C indique le mode d'assemblage des montants
et traverses du treillis, la section D tant faite sur _a b_ et la
section E sur _e f_. G prsente l'assemblage perspectif des traverses et
F la section sur le battement. Un clou  tte carre en pointe de
diamant est fich au milieu de chaque assemblage et dans les traverses
et montants entre chacun de ces assemblages. Ces clous, au droit des
joints des planches, ont leurs pointes doubles, rabattues  droite et 
gauche, ainsi qu'on le voit en D. Cet ouvrage est solide, puisqu'il est
rest en place depuis le XIVe sicle; mais ce n'est pas l une oeuvre de
menuiserie comme on en voit  cette poque et mme antrieurement dans
les provinces du Nord. Les vantaux de cette porte sont serrs au moyen
de pentures cloues en dedans, ainsi que l'indique le figur A. Les
planches et le treillis sont en chne, et le tout est d'ailleurs bien
dress.

La figure 12 nous montre les anciens vantaux de porte de la
Sainte-Chapelle haute de Paris. Cet ouvrage de menuiserie datait du
milieu du XIIIe sicle comme l'difice; il tait autrefois dcor de
peintures  l'extrieur et  l'intrieur. En A, nous prsentons un
vantail du ct intrieur; en B, du ct extrieur. Le systme consiste
en une membrure fortement assemble avec deux montants, trois traverses
et des dcharges destines  reporter tout le poids de l'huis sur les
gonds. Les traverses sont assembles dans les montants  queue
d'hironde, et les dcharges, outre des tenons, possdent des
embrvements qui roidissent l'ouvrage. Devant ce bti sont cloues des
frises assembles  grain d'orge; puis une dcoration en bois mince est
cloue sur ces frises  l'extrieur. En C, nous avons indiqu la section
des vantaux. Les pentures poses en dedans sur les trois
traverses,--nous avons trac une seule de ces pentures sur la traverse
du milieu,--sont doubles en dehors par des plates-bandes en fer mince,
ornes de gravures. Ainsi ces traverses se trouvent serres entre deux
bandes de fer, et les clous des pentures intrieures sont rivs
extrieurement sur ces bandes de tle. Des clous  ttes carres en
pointes de diamant trs-plates runissent encore les frises  la
membrure. Le gble avec son tiers-point, ses redents, ses crochets et
colonnettes, n'est qu'un placage maintenu au moyen de pointes. Un
battement existe  la jonction des deux vantaux avec le trumeau central
en pierre et forme comme un petit contre-fort sur la rive du vantail. 
l'intrieur, les montants, traverses et dcharges sont chanfreins entre
les assemblages et lgissent la membrure. Ces vantaux, trs-altrs par
des guichets que l'on avait pratiqus  travers les huis et presque
entirement pourris dans leur partie infrieure, ont d tre remplacs
lors des restaurations.

L'emploi de ce systme de portes est trs-frquent pendant les XIIIe et
XIVe sicles. Il est lger, solide et se prte bien  la pose des
ferrures de suspension. Les portes de la faade de la cathdrale de
Paris, dcores  l'extrieur des belles pentures si connues, sont
combines de la mme manire et datent probablement du commencement du
XIIIe sicle, car nous ne pensons pas qu'elles aient t refaites. Leur
parement extrieur, sous les pentures, tait couvert primitivement d'une
peinture rouge trs-brillante d'un ton laqueux.

La cathdrale de Poitiers possde encore ses vantaux de portes qui
datent du commencement du XIVe sicle. Ces oeuvres de menuiserie sont
d'un certain intrt, parce qu'elles servent de transition entre les
vantaux composs d'un bti contre lequel tait appliqu un parquet de
planches de chne et les vantaux  panneaux embrvs entre la membrure
elle-mme. De plus quelques-uns de ces vantaux sont dj munis de
guichets. La figure 12 _bis_ prsente l'un de ces vantaux en A du ct
intrieur, et en B du ct extrieur. Les montants _a_ et _b_ sont plus
pais que les traverses haute et basse; ils ont 0m, 13, tandis que
celles-ci n'ont que 0m,10. Quant aux traverses intermdiaires, elles
n'ont que 0m,08. Des montants de mme paisseur sont assembls entre ces
traverses et reoivent des panneaux entre eux, ainsi que le fait voir en
C et D le dtail P.  l'extrieur, la membrure tout entire et les
panneaux sont au mme nu, et ces panneaux ne se distinguent des autres
parties que par un lgissement indiqu en G dans le dtail P. Des
dcharges assembles dans les montants C, et n'ayant que la moiti de
l'paisseur de ceux-ci, empchent le vantail de se dformer et de
fatiguer les assemblages par son poids. En I est trac un dtail
perspectif de l'assemblage des dcharges avec les montants
intermdiaires; ces pices sont runies  leur rencontre par des clous K
 tte carre et  doubles pointes rabattues  l'intrieur. En L est
trac le dtail du battement, muni d'une colonnette  pans, saillante 
l'extrieur, O tant le chapiteau figur en _o_, R la bague _r_, S la
base _s_. Ces dtails sont  l'chelle de 0m,10 pour mtre.

Ce ne fut gure qu' la fin du XIVe sicle que les menuisiers se mirent
 faire des portes  panneaux, c'est--dire ayant les faces extrieure
et intrieure pareilles et composes de montants et de traverses entre
lesquels taient embrves des planches  grains d'orges ou 
languettes. L'glise Notre-Dame de Beaune possde encore au commencement
du bas ct du choeur, ct nord, un huis de ce genre qui date de la fin
du XIVe sicle (13).

En A est l'une des faces de cet huis, compos de deux montants de rive,
de deux traverses hautes et basses, de trois autres traverses
intermdiaires et de deux autres montants assembls dans les traverses.
En B est trac le dtail d'une traverse C, avec le montant intermdiaire
D assembl et le bout d'un panneau E. En F est la section horizontale
d'un panneau avec les deux montants; en G, la section verticale d'une
traverse avec deux panneaux et leurs languettes; en H nous donnons le
dtail perspectif d'un montant dsassembl, son extrmit suprieure
tant en _a_. Dj les panneaux sont renforcs dans leur milieu, ainsi
que l'indique la section F, et ce sont les baguettes des montants et
traverses qui reoivent entre elles les languettes des panneaux laisss
libres d'ailleurs.  la partie infrieure de ces panneaux, des
chanfreins pousss sur les traverses remplacent les baguettes, afin de
ne point arrter la poussire. Ces baguettes se joignent d'onglet  la
partie suprieure des panneaux et reposent en sifflet sur les chanfreins
infrieurs, comme l'indique notre dtail perspectif H. Ainsi, les
baguettes et chanfreins pouvaient tre pousss au _guillaume_ le long
des montants et traverses sans arrts, et les assemblages taient faits
aprs coup en enlevant des baguettes et chanfreins ce qu'il fallait pour
faire les repos et les mortaises. Bien entendu, cette porte, comme les
prcdentes, est en chne.

Mais le XIVe sicle avait fait, en menuiserie, des oeuvres remarquables;
il nous reste de cette poque des stalles fort belles (voy. STALLE), des
fragments de boiseries taills et assembls de main de matre.
L'incurie, l'amour du changement, le faux got, ont laiss ou fait
disparatre un nombre prodigieux de ces oeuvres d'art. Il faut
aujourd'hui en chercher les dbris dans quelques muses, en recueillir
quelques traces conserves par de vieilles gravures ou des dessins. La
Normandie, la Picardie, la Champagne et la Bourgogne taient
particulirement riches en beaux ouvrages de menuiserie. Les vantaux de
porte, trs-simples jusqu' cette poque, taient devenus depuis lors un
motif de dcoration de bois. On renonait aux applications de bronze,
aux pentures de fer trs-histories, aux revtements de cuir peint, pour
donner au bois les formes les plus riches, sans cependant abandonner les
principes de la vraie construction qui appartiennent  la menuiserie.
Quelquefois alors, on laissait dans ces vantaux des ajours, et s'ils
taient d'une trop grande dimension pour tre ouverts  chaque instant,
on y pratiquait des guichets, ainsi qu'on a pu le remarquer dj dans
l'exemple donn figure 12 _bis_.

Voici (14)[214] une de ces portes. Sa membrure se composait de deux
montants de rive, de deux traverses haute et basse, d'une large traverse
intermdiaire, de deux dcharges B formant gble et de deux montants
intermdiaires C, assembls  mi-bois avec les dcharges dans la partie
suprieure et servant de dormants au guichet dans la partie infrieure.
Les panneaux A, de la partie suprieure, taient ajours et vitrs
probablement. Pour faire comprendre la construction de ce grand vantail,
nous donnons en D la coupe faite sur _a b_, montrant le chapiteau des
montants intermdiaires; en E la section faite sur _c d_ du gble; en F
la section faite sur _g h_; en G la section faite sur la traverse
intermdiaire avec le battement _i_ du guichet; en II la section faite
sur la traverse intermdiaire du guichet; en K la section faite sur la
traverse basse avec le battement _l_ du guichet; en OP la section
verticale faite sur les panneaux latraux de la partie infrieure; en R
la section faite sur _n p_; en S est l'chelle de l'ensemble; en _s_,
celle des dtails.

Il existe encore un assez bon nombre de vantaux du XVe sicle; nous
citerons ceux du portail sud de la cathdrale de Bourges, ceux du
portail principal de l'glise Notre-Dame de Beaune, ceux de la porte
principale de l'htel de Jacques Coeur,  Bourges, ceux de
l'avant-portail des libraires de la cathdrale de Rouen, ceux de
l'htel-Dieu de Beaune parmi les plus remarquables. On employait fort
souvent, au XVe sicle, ces vantaux ajours, soit comme fermeture de
vestibules, de chapelles, d'oratoires ou mme de rduits, c'est--dire
de cabinets donnant dans une chambre. Ces vantaux ajours taient mme
parfois briss et pouvaient se replier comme nos volets, de manire  ne
pas prendre de place dans de petites pices lorsqu'on voulait les tenir
ouverts. On voit encore  l'entre d'une des chapelles du nord de
l'glise de Semur-en-Auxois une de ces portes excute avec un got
parfait (15). Cette porte se compose de deux vantaux, chacun d'eux se
repliant en deux feuilles. En A nous prsentons un vantail en dehors, et
en B en dedans. La section horizontale C est faite au niveau D, et la
section E au niveau F. La brisure est indique en G et le battement des
deux vantaux en H. En I est trace la section verticale de la traverse
suprieure et de la traverse intermdiaire. En K, la section _a b_,
moiti d'excution. Cette jolie menuiserie conserve encore ses ferrures,
qui sont trs-finement travailles (voy. SERRURERIE). Tout cela s'ouvre
facilement, est agrable  la main; c'est bien l de la menuiserie
d'appartement, lgre, lgante, solide, faite pour l'usage journalier.
Rien n'est plus simple, cependant, que sa construction, ainsi que le
fait voir notre figure. Ici les moulures d'encadrement des panneaux se
retournent sans arrts, mais ne sont pas assembles d'onglet, le retour
d'querre de ces moulures tant coup  contre-fil dans les montants.
Les battements saillants du milieu et des brisures sont chevills sur
les montants, ainsi que les profils L. Il n'y a ni clous, ni vis; les
ferrures seules sont retenues au moyen de crampons trs-adroitement
combins pour ne point fatiguer ni ces ferrures ni le bois.

 l'intrieur des chssis de croises, on posait dans les appartements
des volets pleins ou ajours qui taient de vritables vantaux. Les
ajours de ces volets taient quelquefois pratiqus dans leur partie
infrieure pour permettre de voir  l'extrieur sans ouvrir le vantail.

La fig. 16 reprsente un de ces volets[215] solidement construit et
d'une forte paisseur; la membrure principale A (voy. la section B faite
sur _a b_) encadre un second chssis C, qui maintient les panneaux D. En
E, nous avons trac le profil pris sur _e_; en F le profil des deux
membrures AC et en G, le dtail perspectif de l'assemblage _g_ de la
traverse intermdiaire dans le montant. Les panneaux infrieurs sont
dlicatement ajours suivant le profil E, les membres secondaires de cet
ajour ne prenant que l'paisseur _h i_.

L'art de la menuiserie, au XVe sicle, arrivait  une perfection
d'excution qui ne fut jamais atteinte depuis. Le got dominant dans
l'architecture alors se prtait d'ailleurs aux formes qui conviennent 
de la menuiserie, puisque les ouvrages de pierre avaient le dfaut de
rappeler les dlicates combinaisons donnes par l'emploi du bois. Les
menuisiers du XVe sicle n'employaient que des bois parfaitement purgs,
secs et sains, et ils les travaillaient avec une adresse que nous avons
grand'peine  atteindre aujourd'hui, lors mme que nous voulons payer la
main-d'oeuvre. Les menuiseries de la seconde moiti du XVe sicle ne
sont pas trs-rares en France et, grce  l'excellent choix et  la
scheresse des bois employs, ces menuiseries sont biens conserves, ne
se sont pas djetes ni gerces, et ne sont piques que lorsqu'elles ont
t places dans des conditions tout  fait dfavorables.

Pour terminer notre tude sur les huis, les vantaux de porte, nous
donnerons ici l'un de ceux qui ferment l'entre principale de la nef de
l'glise Notre-Dame de Beaune. La structure de ces vantaux (17) est
simple, elle se compose de vingt panneaux embrvs entre des montants et
des traverses; un guichet, compos de quatre panneaux _a_, s'ouvre au
milieu du vantail. Deux montants de rive, deux traverses haute et basse,
trois montants intermdiaires avec quatre rangs d'entre-toises forment
l'ossature de ce vantail. Les montants sont renforcs de contre-forts et
les entre-toises de profils saillants. Ces contre-forts et les panneaux
sont dlicatement moulurs et sculpts dans du beau bois de chne.

Nous donnons (18) quelques dtails de cet ouvrage de menuiserie,
c'est--dire le panneau _b_ et partie de celui infrieur _c_, avec les
contre-forts des montants et profils des entre-toises. En A est trace la
coupe de ces dtails, faite sur _e f_; en B, la section horizontale d'un
montant avec son contre-fort; en C, la section  une plus grande chelle
des moulures vides dans l'paisseur des panneaux. Cette manire
d'orner les panneaux par des compartiments vids  mi-paisseur,
reprsentant des meneaux de fentres, tait fort en vogue au XVe sicle,
et il fallait que ces panneaux pussent tre trs-facilement et
rapidement sculpts, car on en trouve partout. Les ouvriers menuisiers
faonnaient ces ouvrages au moyen de longs ciseaux, de gouges ou de
burins, emmanchs comme l'indique le trac G. La grande gouge _g_,
termine souvent par une sorte de cuiller comme les outils dont se
servent les sabotiers, se manoeuvrait des deux mains, le morceau de bois
en oeuvre tant maintenu horizontalement sur l'tabli au moyen d'un
_valet_ ou d'une vis, ainsi que cela se pratique encore
aujourd'hui[216].

Tous les panneaux de ces vantaux des portes de l'glise de Beaune sont
varis de dessins; quelquefois,  la place de ces compartiments de
meneaux, on sculptait des bas-reliefs ou des arabesques vers la fin du
XVe sicle et le commencement du XVIe. Nous ne devons pas omettre, parmi
les beaux exemples de vantaux, ceux des portes de l'glise de
Saint-Maclou, de Rouen, attribus  Jean Goujon, et qui, s'ils ne sont
pas de lui, n'en prsentent pas moins un des meilleurs exemples de
menuiserie de la Renaissance.

CROISES.--Nous avons expliqu  l'article FENTRE comment, pendant la
priode romane, les baies de croises n'taient souvent fermes qu'avec
des volets pendant la nuit, et comment, pour obtenir du jour 
l'intrieur des pices, on laissait entrer l'air avec la lumire dans
les appartements. Ces volets furent d'abord percs de petits ajours
devant lesquels on tendait du parchemin ou un canevas, ou encore on
incrustait des morceaux de verre. Cet usage se conserva longtemps parmi
les populations du centre et du midi de la France; mais dans le nord, la
rigueur du climat et l'insuffisance de la lumire extrieure obligrent
les habitants des villes et chteaux  faire de vritables chssis
propres  recevoir une surface tendue de vitraux ou de parchemin. Au
XIIe sicle, ces chssis, ces croises (pour leur appliquer le nom
consacr par l'usage), n'taient encore que de vritables volets
composs de montants et de traverses, mais dont les panneaux de bois
taient remplacs par des vitres ou par du vlin huil.

De ces ouvrages de menuiserie, il n'existe que bien peu de dbris.
Cependant  Paris, dans la tour dite de Bichat, ancienne commanderie des
Templiers et qui a t dtruite il y a neuf ans, il existait encore,
dans une fentre du dernier tage, compose de deux parties spares par
un meneau, deux vantaux de croise qui paraissaient appartenir 
l'poque de la construction de cette tour (1160 environ). Pris dans un
bouchement en platras dj ancien, ils avaient pu chapper  la
destruction et, quoique entirement pourris, ils conservaient encore des
lambeaux de vitraux blancs poss en feuillure. La figure 19 donne la
face intrieure de l'un de ces vantaux de croise avec sa ferrure. En A,
nous en donnons la coupe sur _a b_, et en B la section horizontale sur
_c d_. Ces sortes de chssis vitrs laissaient, relativement  leur
surface, pntrer peu de lumire; mais alors on ne tenait pas, comme
aujourd'hui,  clairer beaucoup les intrieurs. Ces chssis taient
dpourvus de dormants et battaient dans les feuillures de la baie de
pierre.

Au XIIIe sicle on ne se contentait plus dj d'ajours aussi troits,
les fentres devenaient hautes et larges, leurs meneaux taient diminus
d'paisseur et, par suite, les chssis de croise s'allgissaient pour
mieux faire pntrer la lumire dans les salles. Les croises en
menuiserie de ce temps, n'existent plus que par fragments, et il faut
runir bien des renseignements pars pour pouvoir reconstituer un de ces
chssis entier. Les scellements des ferrures les feuillures conserves
dans les brasements, la trace des battants existent encore cependant
dans un grand nombre de btiments.  la porte de Laon,  Coucy
(commencement du XIIIe sicle),  Carcassonne (fin du XIIIe sicle), 
Loches,  Chteau-Chinon, au palais de justice de Paris et dans
plusieurs chteaux et maisons de nos anciennes provinces, il est facile
de se rendre compte de la position des chssis vitrs, de leur ferrure
et de leur paisseur. Puis, en cherchant avec quelque soin, on retrouve
encore  et l des dbris rpars bien des fois, il est vrai, de ces
menuiseries. C'est ainsi que dans le btiment abbatial de Chteau-Landon
nous avons pu retrouver une croise presque tout entire en recherchant,
il y a quelques annes, parmi les chssis rpars, certains fragments
primitifs.

Nous donnons (20) le rsultat de ces recherches. Ces chssis taient par
couples dans les grandes fentres et spars par un meneau; ils se
composaient d'un montant, avec tourillons ferrs, haut et bas AB, tenant
au montant mme. Ces deux tourillons entraient dans des oeils disposs
dans la pierre, comme on peut le voir encore  l'intrieur des baies de
la maison des Musiciens,  Reims, et dans beaucoup d'habitations du
XIIIe sicle. Ainsi le chssis tait pos en construisant; le battant C
arrivait en feuillure sur le meneau de la fentre et tait maintenu par
deux verrous manoeuvrs au moyen d'une tige de fer ronde avec poigne
(voy. SERRURERIE). Deux traverses haute et basse s'assemblaient dans les
deux montants. Un troisime montant intermdiaire tait assembl dans
les deux traverses, haute et basse, et recevait  son tour deux autres
fortes traverses intermdiaires D et deux entre-toises E plus faibles.
Des colonnettes F tenaient lieu de _petits-bois_.  l'extrieur, les
montants et traverses taient pourvus de feuillures G (voir le dtail H)
destines  recevoir les panneaux de vitraux. Quant aux _petits-bois_,
ils ne portaient pas de feuillures, mais des tourniquets en fer I qui
servaient  maintenir les panneaux. Ces chssis de croise taient
garnis intrieurement de volets briss (voir la section horizontale K)
et diviss en trois parties _abc_, de manire  pouvoir n'ouvrir, si bon
semblait, qu'une trave ou un tiers ou deux tiers de trave.  cause de
l'brasement de la fentre, ces volets briss en _g_ ne se dveloppaient
qu' angle droit et se rangeaient ainsi que l'indiquent les lignes
ponctues _l_. Dvelopps, ces volets prsentaient du ct du jour le
figur L, et leur ferrure brise tait place du ct intrieur _g_. Les
feuilles suprieures et infrieures des volets taient ajoures pour
donner de la lumire  l'intrieur, les volets tant ferms, et pour
permettre, par les ajours infrieurs, de voir au dehors. Les battants de
la croise ont 2 pouces d'paisseur, ceux des volets 1 pouce 1/2. En H
sont donns les dtails du bti de la colonnette, leur profil en H'; en
M, la section du montant intermdiaire; en N, la section des
entre-toises E; en O, la section verticale des traverses des volets, et
en O' celle horizontale de leurs battants. P est le dtail des ajours
infrieurs. Les volets taient ferrs aprs le montant de la croise sur
des gonds rivs extrieurement sur de petites plaques de tle. Ces
chssis ne portaient pas de _jet d'eau_; l'eau de pluie qui glissait le
long de leur parement extrieur tait recueillie dans une petite rigole
mnage dans l'appui et s'coulant au dehors. Enfin les volets taient
maintenus ferms au moyen de targettes entrant dans des gches mnages
sur les renforts intrieurs du meneau de pierre et, au besoin, par des
barres.

Pour poser ces chssis, il n'y avait donc aucune entaille ni scellement
 faire aprs coup dans les tableaux et feuillures ou brasements;
l'objet arrivait  sa place complet, achev  l'atelier, sans qu'il ft
ncessaire, comme cela se pratique aujourd'hui dans nos constructions,
d'envoyer successivement des ouvriers de deux ou trois tats pour
terminer la pose et la ferrure d'une croise. La maonnerie, la
charpente, la menuiserie et la serrurerie taient acheves simultanment
et, les toits couverts, il n'y avait plus qu' peindre et  tapisser.
Quand les chssis de croise ne roulaient pas, comme ceux-ci, au moyen
de tourillons, quand ils taient attachs aprs coup, les gonds qui les
suspendaient se scellaient dans les lits d'assises pendant la
construction, afin d'viter les entailles et les trous de scellement qui
dshonorent les ravalements de nos maisons et de nos palais.

Les chssis de croise, dans les maisons du XIVe sicle, taient souvent
plus simples que ceux-ci et se composaient seulement de montants, de
battants et de traverses. Les _petits-bois_ n'avaient pas d'utilit
quand on employait les panneaux de vitraux mis en plomb, et ils
commencrent  garnir les chssis quand on substitua aux panneaux mis en
plomb des morceaux de verre taills en assez grands fragments dans des
_boudines_, c'est--dire dans des plaques de verre circulaire ayant au
centre un renflement (voy. VITRAIL). Les chssis de croise au moyen ge
ne prsentaient donc pas le rseau de _petits-bois_ qui garnit les
chssis du XVIIe sicle, et qui produit un effet si dplaisant  cause
de la monotonie de ces compartiments gaux coupant le vide de la baie en
quantit de petits paralllogrammes. Les panneaux de vitraux taient
fixs dans les feuillures des chssis au moyen d'un mastic recouvert
d'une lanire de parchemin faisant corps avec ce mastic, ou simplement,
pour les intrieurs o il n'importait pas d'obtenir un calfeutrage
parfait, par des tourniquets dans le genre de ceux reprsents ci-dessus
en I. Alors, entre les panneaux, les tourniquets tant ouverts, on
introduisait une bande de feutre pais  la jonction de ces panneaux,
bande de feutre fendue au droit de chaque tourniquet; puis on fermait
ceux-ci qui alors exeraient une pression sur ce feutre et empchaient
le ballotement des vitraux. Cet usage s'est conserv assez longtemps
dans les provinces du centre, puisque nous avons encore vu de ces
feutrages et tourniquets adapts  des chssis du XVIe sicle.

Les chssis de croise du XVe sicle, dans les htels et chteaux,
composaient parfois une oeuvre de menuiserie passablement complique.
L'htel de La Trmoille,  Paris, possdait encore dans l'tage
au-dessus du portique donnant sur la cour des chssis de croise fort
dlabrs et dpendant de la construction primitive, datant de la fin du
XVe sicle. Ces chssis (21) garnissaient des fentres composes d'un
meneau central avec une traverse de pierre. Ils consistaient donc en
quatre compartiments: deux grands oblongs infrieurs et deux carrs. En
A, nous donnons l'un des chssis infrieurs et en B l'un des chssis
poss au-dessus de la traverse.

Ces chssis possdaient des dormants fixs dans la feuillure de pierre
par des pattes, ainsi que cela se pratique encore aujourd'hui. Les
chssis infrieurs pouvaient s'ouvrir dans toute leur hauteur de _a_ en
_b_ au moyen de paumelles, et partiellement en tabatire, de _c_ en _d_.
Les chssis suprieurs s'ouvraient aussi au moyen de paumelles. En C est
trace la section sur _e f_, les chssis AB tant vus  l'intrieur. En
D est indiqu l'angle infrieur du chssis A avec les jets d'eau 
l'extrieur.

Nous avons trac  une chelle double, c'est- dire  0m,10 pour mtre,
en A', la section sur _g h_; en F, la section sur _i k_; en G, la
section sur _l m_; en H, la section sur _m n_, et en I la section sur _o
p_. En L est donne la section sur _r s_, et en M la section sur _t v_.
Des feuilles de volets  jour, indiques en VXY, se repliant en deux,
ainsi qu'il est marqu en _u_, ferres sur les dormants, permettaient de
masquer les vitres  l'intrieur.

Ces croises, en bon bois de chne, taient traces et faonnes avec
grand soin; leurs vitraux taient, comme nos vitres, poss en feuillure
et mastiqus. La figure 22 donne l'assemblage du jet d'eau infrieur A
dans le montant du dormant B. On voit en D comment le jet d'eau du grand
chssis ouvrant venait s'embrver en partie dans le montant dormant
possdant une gueule de loup. C donne le profil de ce jet d'eau A; ce
profil tait trac de manire  empcher l'eau de pluie chasse par le
vent, suivant l'inclinaison _a b_, de remonter dans la feuillure _c_. La
courbe _d b_ obligeait la goutte d'eau, pousse par le vent sur ce
profil,  suivre la courbe _d e_, c'est--dire  retomber  l'extrieur.
Ces dtails font voir avec quelle attention les menuisiers de cette
poque tablissaient leurs pures, comme ils donnaient aux moulures une
forme convenable en raison de leur place et de leur destination. Il faut
reconnatre que depuis ce temps nous n'avons pas fait de progrs
sensibles dans l'art de la menuiserie de btiment.

Les chssis de croise n'taient point ferrs alors comme ils le sont
aujourd'hui au moyen d'querres entailles; les ferrures des paumelles,
qui quelquefois formaient querres, taient poses sur le bois au moyen
de clous et d'attaches (mais non entailles): il fallait donc que les
assemblages de ces chssis fussent trs-bien faits pour viter des
dformations et les dislocations. Les ferrures entailles sont une bonne
chose, mais les menuisiers s'y fient trop pour maintenir les
assemblages; puis elles contribuent singulirement  l'extrieur  hter
la pourriture des bois prcisment au droit de ces assemblages.

[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 12. bis.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21.]

     [Note 212: Voy. les dtails intressants de cette porte dans
     l'_Architecture et les arts qui en dpendent_, par M.
     Gailhabaud, t. II.]

     [Note 213: Ce dessin nous a t communiqu par M. Millet,
     architecte.]

     [Note 214: D'aprs un dessin provenant de la collection de
     feu Garneray. Cette porte s'ouvrait sur une des grandes
     salles de l'abbaye Saint-Ouen,  Rouen, et existait encore,
     paratrait-il,  la fin du dernier sicle.]

     [Note 215: D'une maison  Abbeville, rue du Moulin-du-Roi.]

     [Note 216: Nous avons souvent vu des miniatures de manuscrits
     du XVe sicle o ces outils sont reprsents. Il existe dans
     les stalles de l'glise de Montrale (Yonne) un bas-relief
     reprsentant un menuisier taillant un petit pinacle au moyen
     de l'outil figur en _l_, qu'il tient de la main droite. 
     l'chelle, cet outil parat avoir au moins 0m,50 de longueur.
     Quant au ciseau, il tait d'un usage frquent, comme de nos
     jours.]



VOUSSURES, PLAFONDS, TAMBOURS.--Les menuisiers du moyen ge savaient,
comme nous l'avons dit, mnager le bois et renfermer leurs tracs dans
les quarrissements ordinaires qui alors taient  peu prs les mmes
que ceux donns aujourd'hui par les scieries. C'est surtout dans la
grosse menuiserie que l'on constate l'attention qu'ils apportaient 
cette partie importante de leur art. Le merrain de 1 pouce 1/2 ou de
0m,04 d'paisseur tait gnralement employ pour les membrures, puis le
chevron de 3 pouces (0m,08) pour les plus fortes pices. Quant aux
panneaux, ils n'avaient gure que 9 lignes d'paisseur (0m,02). Avec ces
dimensions de bois, ils composaient leurs ouvrages de menuiserie les
plus importants, tels que tambours, buffets d'orgues, stalles, caisses
d'horloges, escaliers, grandes cltures, etc. Pour donner de la
rsistance  ces bois, lorsqu'ils avaient de grandes dimensions en
hauteur et les empcher de gauchir, ils embrvaient les madriers ainsi
que l'indique, par exemple la figure 23 en A, et les assemblaient  la
base et en tte dans des chevrons, comme on le voit en B et en C. De
plus les montants taient relis et maintenus par des goussets D,
formant arcatures. Les intervalles taient remplis par des panneaux
libres E, ou assembls  grain d'orge (voy. STALLE).

Villars de Honnecourt[217] nous a conserv un curieux dessin d'une
grande caisse d'horloge du XIIIe sicle en menuiserie. C'est un
vritable campanile qui devait avoir une grande importance. On voit
encore de ces caisses d'horloge en grosse menuiserie des XIVe et XVe
sicles dans les cathdrales de Beauvais et de Reims[218].

Quoiqu'il ne reste qu'un petit nombre de fragments des lambris de bois
qui garnissaient souvent les murs des chteaux pendant les XIIIe et XIVe
sicles, cependant on peut constater leur emploi par les nombreux
scellements et les traces qui existent encore sur les parois de ces
murailles; scellements et traces indiquant des ouvrages de grosse
menuiserie garnissant des pices entires du pav au plafond et composs
de membrures de 0m,04 d'paisseur sur 0m,08 de largeur, avec panneaux.
On faisait aussi des plafonds en menuiserie ds le XIVe sicle et
peut-tre avant cette poque, ou, pour tre plus vrai, des plafonds dans
la composition desquels la charpente et la menuiserie prenaient leur
part. Ainsi, n'est-il pas rare de trouver encore des plafonds dont les
entrevoux des solivages, au lieu d'tre forms d'enduits, consistent en
des planches poses en travers, dcoupes et doubles d'une planche
pose en long (24)[219]. Mais,  l'article PLAFOND, nous avons
l'occasion de dcrire les diverses combinaisons mixtes adoptes par les
charpentiers et menuisiers du moyen ge.

Au XVe sicle, et mme encore au XVIe, les plafonds de menuiserie, au
lieu de participer  la charpente, comme dans l'exemple prcdent,
taient accrochs  celle-ci au moyen de clefs pendantes. La figure 25
fait voir un de ces plafonds, compos alternativement de culs-de-lampes
et de caissons. Le trac A indique, en projection horizontale, le
systme des membrures, consistant en une suite de triangles
quilatraux. Les poinons B, dans lesquels viennent s'assembler les
chevrons D soulags par des liens, sont suspendus  des poutres
jumelles, indiques en E dans la coupe C, au moyen de clefs F et
d'entailles. La coupe G, faite sur _a b_, et celle H, faite sur _e f_,
expliquent la disposition des culs-de-lampe et des caissons. Les liens
formant culs-de-lampe taient revtus entre eux de feuillets en faon de
voussures et d'ornements sculpts sur les artes ou nervures. Les
caissons taient plus ou moins enfoncs et dcors. Ce systme se
retrouve adopt, avec quelques variantes toutefois, dans certains
plafonds qui nous sont conservs par des estampes ou qui existent
encore, tels que ceux des palais de justice de Rouen et de Paris.
L'ancienne chambre des Comptes, brle pendant le dernier sicle, en
possdait un fort beau de ce genre qui nous a servi  faire le trac de
la figure 25[220]; il avait t tabli sous le rgne de Louis XII et
tait dcor entirement, outre les sculptures, de peintures et de
dorures.

L'tat de menuiserie exigeait, vers les derniers temps du moyen ge, des
connaissances tendues en gomtrie descriptive. Il est facile de s'en
convaincre si l'on veut examiner les stalles de la cathdrale d'Amiens
et la plupart des oeuvres de menuiserie des XVe et XVIe sicles.
L'excution demandait des soins infinis et du temps, car on ne peut
faire de bonne menuiserie qu'en y mettant le temps et l'argent
ncessaires, le temps surtout. Quand il fallait quinze jours  un bon
ouvrier menuisier et quinze autres jours  un sculpteur sur bois pour
ouvrer un poteau cornier d'une chaire, d'un clotet ou d'un tambour, on
tait assur que ce poteau, tant de fois retourn sur l'tabli, lgi,
refouill, tait bien sec, avait produit son effet avant la pose; aussi,
ces oeuvres de menuiserie dlicate des XIVe et XVe sicles n'ont pas
boug et sont restes telles qu'elles ont t assembles. D'ailleurs ces
artisans choisissaient leur bois avec un soin extrme et le laissaient
longtemps en magasin avant de le mettre en chantier.

[Illustration: Fig. 22.]
[Illustration: Fig. 23.]
[Illustration: Fig. 24.]
[Illustration: Fig. 25.]

     [Note 217: Voyez l'_Album_ de Villars de Honnecourt, pl. XI.]

     [Note 218: Voyez Gailhabaud, _Architecture du Ve au XVIIe
     sicle_.]

     [Note 219: D'une maison de Cordes (Tarn-et-Garonne).]

     [Note 220: Topog. de la France. Bibl. imp.]



MARQUETERIE.--La marqueterie n'est point employe, pendant le moyen ge
en France, pour dcorer les ouvrages de menuiserie de btiment; elle ne
s'applique gure qu'aux meubles; encore ces marqueteries sont-elles
trs-rares avant le XVIe sicle. L'usage de plaquer des bois de
diffrentes nuances, de manire  composer des dessins colors, ne
pouvait s'appliquer aux formes de la menuiserie gothique, qui relve
toujours de la charpente. Les architectes faisaient peindre et dorer les
ouvrages dlicats de menuiserie, mais leur construction tait telle,
ainsi que les exemples prcdents le font voir, qu'il n'tait pas
possible de les plaquer. En Italie, au contraire, la marqueterie prenait
place dans la menuiserie ds le XIVe sicle; mais aussi, comme nous
l'avons dit, les formes donnes  cette menuiserie ne sont pas toujours
d'accord avec la structure. Nous ne connaissons, en fait d'ouvrages de
marqueterie franaise, que les dossiers des stalles de la chapelle du
chteau de Gaillon, et ces ouvrages sont du commencement du XVIe sicle.
On peut en voir encore certaines parties dans le choeur d'hiver des
chanoines de l'glise impriale de Saint-Denis.



MEURTRIRE, s. f. _Archre_, _archire_, _raire_. Nous avons vu
ailleurs[221] comment les fortifications romaines permanentes ne se
dfendaient que par leur sommet. Les courtines et les tours taient
pleines  la base et n'opposaient aux attaques que l'paisseur de leurs
constructions; mais lorsque les armes de jet, maniables, se furent
perfectionnes et eurent acquis une porte plus longue et plus sre, on
ne se borna plus, pour dfendre les approches d'une place forte, 
couronner les parapets de crnelages; on pera des ouvertures  la base
des courtines et aux diffrents tages des tours. Ces ouvertures
apparaissent dans les fortifications du commencement du XIIe sicle;
assez rares alors, elles se multiplient pendant le XIIIe sicle, elles
participent aux moyens de dfense; vers le milieu du XIVe sicle, ces
ouvertures redeviennent de plus en plus rares dans les parties
infrieures de dfenses et se multiplient  leur sommet; elles ne
reparaissent qu'au moment o l'artillerie  feu remplace les anciens
engins de dfense. Ces meurtrires ou archres, perces au niveau du sol
intrieur des remparts et des planchers des tours, permettaient
non-seulement de lancer des traits d'arbalte ou des flches, mais aussi
de voir, sans se dcouvrir, les travaux que les assigeants pouvaient
tenter pour battre ou saper les ouvrages. Parmi les plus anciennes
meurtrires caractrises, nous citerons celles des tours et courtines
du chteau de la cit de Carcassonne, chteau dont la construction
remonte au commencement du XIIe sicle. Ces meurtrires (1) se composent
 l'intrieur d'une sorte de niche vote en berceau surbaiss, destine
 recevoir au moins un dfenseur. Le mur, rduit  une paisseur de
0m,70 par la construction de la niche, est perc d'une ouverture vase
 l'intrieur et trs-troite  l'extrieur, afin de dcouvrir le dehors
suivant un angle de 35. Un linteau cintr couronne cette baie et une
plonge trs-incline la termine dans sa partie infrieure. Le trac A
donne le plan de cette meurtrire, le trac B sa coupe sur _a b_, le
trac D sa face intrieure et le trac F son aspect extrieur. Afin de
donner plus de champ  l'angle du tir, la partie infrieure de la
rainure, qui n'a que 0m,06 d'ouverture, est taille ainsi que l'indique
le dtail C; _d_ donnant le plan, _e_ la face externe, _f_ la coupe.

La formule qui a servi  tracer cette entaille infrieure de la rainure
est celle-ci (2): AB tant l'ouverture intrieure de la meurtrire; CD
l'ouverture que l'on a voulu donner  l'entaille, prenant les points _a
b_  une distance de 0m,03; de ces points _a b_ on a tir les deux
lignes _a_D, _b_C. Ces entailles sont primitivement triangulaires; vers
le milieu du XIIIe sicle, elles deviennent carres, ainsi que nous le
verrons tout  l'heure. Ces meurtrires, perces dans les tours, se
chevauchent, c'est--dire qu'elles ne sont pas places les unes
au-dessus des autres, mais pleins sur vides, afin de dcouvrir tous les
points de la circonfrence. Ce n'est qu'au XIIIe sicle que l'on
reconnat, dans le percement des archres, l'emploi d'une mthode
suivie, un trac trs-habilement calcul.  cette poque, des
meurtrires flanquent exactement les courtines  leur base et  leur
sommet, de manire  enfiler tout leur parement d'une tour  l'autre.
Voici (3) le trac d'une tour  trois tages, plus l'tage crnel,
comme la plupart de celles qui flanquent l'enceinte intrieure de la
cit de Carcassonne, du ct mridional.

Au-dessus de l'empattement ou talus, cette tour ayant 6m,00 de diamtre
et ses murs 1m,20,  2m,20 environ de la circonfrence AB, on a trac
l'arc de cercle CD; divisant cet arc de cercle en 16 parties gales, _o
e_, _e f_, _f g_, _g h_, etc.; prenant sur le parement de la tour les
points _p_  0m,30 du parement de la courtine, on a divis la
circonfrence externe de cette tour en 8 parties gales. Alors des
points _e, g, i, k_, etc., on a tir des lignes passant par les points
diviseurs de la circonfrence de la tout. Ces lignes ont donn les
ouvertures des meurtrires perces dans les trois tages; les
meurtrires _a_ appartenant au rez-de-chausse, celles _b_ au premier
tage et celles _c_ au troisime; les meurtrires flanquant les
courtines tant ainsi doubles dans la hauteur. Donc, tous les points de
l'arc de cercle CD sont vus, et au del les traits se croisent. Ajoutons
les hourds suprieurs  ces meurtrires pour le commandement du pied de
la tour (voy. HOURD), et cet ouvrage se trouve entirement dfendu, les
courtines enfiles par trois meurtrires sur chaque flanc, deux
au-dessus l'une de l'autre  rez-de-chausse et au troisime tage, et
la troisime un peu en avant.

Les meurtrires des ouvrages de petite dimension ne sont pas munies de
niches intrieures; elles ne consistent qu'en un large brasement. Nous
reproduisons (4) le dtail de l'une d'elles. A donne leur plan, B leur
coupe sur l'axe et C leur face intrieure. L'extrmit infrieure de la
rainure est vase pour tendre le champ du tir au moyen d'une entaille
carre dont le dtail est trac en D (face extrieure) et en E (coupe).
En F, nous avons donn une vue perspective intrieure de ces sortes de
meurtrires, adoptes de 1250  1350 environ.

Dans les ouvrages importants de la cit de Carcassonne, les meurtrires
qui percent les tours et les courtines bties sous Philippe le Hardi
possdent des niches assez semblables  celles du chteau du XIIe
sicle. Mais alors les murs sont plus pais; ces niches sont surmontes
d'arcs plein-cintre, et leurs parois sont garnies de bancs de pierre.
Voici (5) une des meurtrires de la tour dite du Trsau. En A, nous
donnons le plan; en B la coupe sur l'axe; en C la face intrieure, et en
D une vue perspective intrieure. Ces dimensions paraissent avoir t
rglementaires, car elles sont semblables dans tous les ouvrages de la
mme poque. L'inclination du tir, et par consquent la longueur de la
rainure, se modifient en raison de la position de la meurtrire par
rapport au sol extrieur, ces inclinaisons tant toutes diriges sur une
mme circonfrence  une distance donne du pied de la tour, ainsi que
l'indique la figure 3.

Quelques archologues ont prtendu que ces meurtrires, perces aux
divers tages des tours et  la base des courtines, taient plutt
faites pour permettre de voir  couvert ce qui se passait au dehors que
pour la dfense. Il est certain que ces longues rainures facilitaient la
surveillance des dehors, mais il est impossible d'admettre qu'elles ne
dussent pas servir  la dfense. L'chancrure infrieure seule qui ouvre
l'angle du tir dmontrerait leur fonction. Nous avons essay de tirer 
travers ces rainures, non au moyen d'une arbalte, ce qui est aussi
facile qu'avec un mousquet, mais avec un arc; les cts de la rainure,
au lieu de gner le tir, remplissent l'office d'une mire et le rendent
au contraire plus sr que si l'on visait un objet en plein air.
D'ailleurs, les textes des XIIe et XIIIe sicles mentionnent souvent ces
_archires_ pour _lanchier_; _traire_ et _dfendre_. On observera que,
quand les murs ont une trs-forte paisseur, comme dans l'exemple
prcdent, les constructeurs ont toujours pratiqu ces larges niches qui
permettent au tireur de s'approcher du parement extrieur, ce qui
diminue d'autant pour lui la profondeur de l'brasement.

Il existe cependant des dfenses trs-fortes du commencement du XIIIe
sicle, dont les meurtrires assez rares taient plutt faites pour
surveiller les dehors que pour offrir un moyen de dfense.  la porte de
Laon de la ville de Coucy, dont la construction date de 1210 environ,
les deux grosses tours sont perces de meurtrires dont l'angle peu
ouvert et l'extrme profondeur ne pouvaient gure que donner une vue sur
un point, de la lumire et de l'air  l'intrieur des salles. Voici (6)
l'une de ces meurtrires.

En A, nous avons trac le plan; en B la coupe, et en C l'lvation
intrieure. Ici le constructeur a craint d'affamer les murs par des
niches profondes, et il n'a donn aux brasements des archres qu'un
angle trs peu ouvert. Les rainures ne sont pas entailles  leur
extrmit infrieure pour augmenter le champ du tir, et bien que ces
meurtrires soient trs-leves au-dessus du foss, leur inclinaison est
peu considrable. Ces sortes de meurtrires ne peuvent donc tre
considres que comme des vues sur les dehors et des prises de jour et
d'air. Les niches ne sont pas garnies de bancs, ce qui est encore un
indice de leur usage tranger  la dfense, car partout o on posait un
factionnaire ou un dfenseur  l'intrieur des tours et logis, on trouve
le banc de pierre. La saillie D portait les planchers.

Nous avons dit que vers la fin du XIVe sicle, on renona aux
meurtrires perces aux tages infrieurs des tours et courtines. C'est
qu'en effet  cette poque, l'art du mineur s'tait trs-perfectionn,
et que ces longues rainures indiquaient au dehors les points faibles de
la construction. En creusant une mine entre deux de ces rainures, on
tait presque assur de faire tomber toute une portion de muraille.
L'avantage qu'on retirait donc du percement des meurtrires infrieures
ne compensait pas les dangers qu'elles prsentaient pour les assigs.
Alors on tablit les hourds permanents ou mchicoulis  la crte des
tours et courtines, avec crnelages et archres perces dans le milieu
des merlons. Les constructions infrieures restrent entirement
pleines, empattes, paisses, homognes, et par consquent beaucoup plus
propres  rsister  la sape et  la mine.

Alors les meurtrires ne se rencontrent plus qu'au sommet des dfenses
ou sur certains points o l'on posait des factionnaires comme, par
exemple, au-dessus des portes et sur leurs flancs, dans des passages,
des deux cts des herses, etc. Les meurtrires,  dater du milieu du
XIVe sicle, ne consistent plus seulement,  l'extrieur, qu'en une
rainure simple ou avec entaille infrieure; la rainure est souvent
entaille vers son milieu par une traverse formant une sorte de croix
patte, ainsi que l'indique la figure 7[222].

Naturellement, ce sont les armes de jet qui ont impos la forme de ces
meurtrires. Du XIIe au milieu du XIVe sicle en France, on n'employait
gure comme arme de jet,  main, que l'arbalte. Or, l'arbalte est une
arme excellente pour tirer de but en blanc; elle a les qualits du
mousquet, sauf la porte. Les archers taient peu employs par les
armes, fodales du domaine royal. Dans le Nord, dans les Flandres et en
Angleterre, au contraire, ils formaient des corps considrables et
avaient acquis, comme nous ne l'avons que trop prouv  Crcy, une
supriorit marque sur les arbaltriers, tant  cause de la rapidit du
tir de l'arc que par la porte extraordinaire des flches. Mais les
archers, en bataille, tiraient bien plus  la vole que de but en blanc,
et, pour qui s'est exerc  tirer de l'arc, il est facile d'apprcier
les effets du tir  la vole. La flche, en retombant verticalement
aprs avoir dcrit une parabole, est un projectile terrible en ce qu'on
ne peut s'en garantir. Un archer mdiocrement exerc envoie facilement
une flche  quarante ou cinquante mtres de hauteur obliquement;
arrive  fin de course, elle dcrit une parabole brusque, et tombant
verticalement de cette hauteur elle perce une planche de trois
centimtres d'paisseur. Au lieu de disposer les meurtrires pour le tir
d'arbalte rapproch, et de haut en bas seulement, on les fit de telle
sorte que les archers pussent tirer  la vole soit par une entaille
intermdiaire _a_ (voir la figure 7), soit par une entaille suprieure
_b_. Ainsi (8) l'arbaltrier ou l'archer pouvait, par l'entaille
infrieure de la meurtrire, envoyer de but en blanc le trait A, et
l'archer seulement par l'entaille intermdiaire envoyait la flche B,
par l'entaille suprieure la flche C. Des assigeants masqus par des
mantelets vitaient difficilement les projectiles B, mais ne pouvaient
se garantir des projectiles C. La ncessit de laisser les parties
infrieures des tours et courtines entirement pleines pour mieux
rsister  la sape et  la mine et l'emploi frquent des archers, ds le
milieu du XIVe sicle, pour la dfense aussi bien que pour l'attaque,
firent percer les meurtrires au sommet des dfenses et amenrent 
chancrer leurs rainures, ainsi que l'indique la figure 7. En effet,
c'est en Guienne et dans le Maine et le Poitou, c'est dans le Nord que
ces meurtrires en croix patte apparaissent d'abord, c'est--dire dans
les contres occupes alors par les armes anglaises, en partie
composes d'archers. Dans les murailles d'Avignon, qui datent du milieu
du XIVe sicle, nous voyons galement des meurtrires en croix patte;
mais les papes d'Avignon n'avaient gure que des troupes de mercenaires,
et parmi celles-ci des archers recruts en Suisse et dans le Dauphin.

Ces sortes d'archres se retrouvent partout en France ds le XVe sicle;
leur forme tait dfinitivement adopte comme la meilleure, en ce
qu'elle permettait le tir de plein fouet et  la vole. L'artillerie 
feu vint alors modifier de nouveau la forme des meurtrires. Celles-ci
ne se composrent plus que de trous ronds pour passer la gueule du
mousquet avec une mire au-dessus (9). Quelquefois ces trous sont
doubles, avec une rainure horizontale entre eux deux. Voici une de ces
meurtrires qui provient de la porte orientale d'Angolsheim (10). On
observera que ces trous sont percs dans une dalle assez mince, pose au
nu extrieur du mur de dfense et entoure d'un brasement en maonnerie
 l'intrieur. Une balle de mousquet envoye du dehors pouvait trs-bien
briser la dalle. Cette meurtrire est perce  ct de la porte et
commande la route qui descend vers le village; c'est ce qui explique son
lvation au-dessus du sol intrieur. En A, la meurtrire est prsente
du ct extrieur; en B du ct intrieur, et en C en coupe. Mais les
progrs rapides que faisait l'artillerie  feu au XVe sicle droutaient
fort les constructeurs militaires. Ils abandonnaient difficilement
l'ancien systme et n'opposaient aux effets des nouveaux projectiles que
des obstacles presque toujours insuffisants. Ce n'est qu' la fin de ce
sicle que les ingnieurs ou architectes combinent de vritables
meurtrires pour de la mousqueterie, et parmi celles-ci on peut citer
comme particulirement intressantes celles du bastion lev en avant de
la porte de Laon  Coucy. Ce bastion, aujourd'hui en grande partie
couvert par la route impriale, battait le plateau et enfilait les
fosss de la ville au moyen d'un ouvrage souterrain perc de meurtrires
et de petites embrasures. Il dut tre lev vers les dernires annes du
XVe sicle, si l'on s'en rapporte  quelques sculptures et moulures qui
dcorent les votes de l'tage souterrain.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]

     [Note 221: Voyez ARCHITECTURE MILITAIRE, CRNEAU.]

     [Note 222: Des remparts d'Avignon.]

Ce bastion, dont l'ensemble est donn en A (11), possde  sa base, 
1m,00 environ au-dessus du fond du foss, une galerie vote en berceau
plein-cintre de 1m,20 de largeur. Une chambre vote en arcs ogives est
construite derrire le saillant. Les galeries sont perces,  des
distances assez rapproches, de meurtrires disposes de manire 
croiser les feux de mousqueterie au fond du foss, ainsi que l'indiquent
les lignes ponctues en B. En C, nous avons trac le plan de la chambre
du saillant, avec ses deux meurtrires _a_ et ses vents _b_ percs dans
la vote; en D, le plan de l'une des meurtrires des faces, lesquelles
sont doubles dans la hauteur du parement. En _d_ sont galement des
vents. La coupe E est faite sur _e f_; celle G sur _g h_, et celle H
sur _i_K. Ces galeries, perces de nombreuses meurtrires, sont
videmment destins  empcher le travail de la sape et de la mine au
pied du bastion. Toute cette construction est excute avec grand soin
et s'est parfaitement conserve.  l'article PORTE nous expliquons avec
plus de dtails l'utilit de cet ouvrage, si intressant par sa date et
si complet.



MISRICORDE, s. f. Petite console dispose sous la tablette mobile des
stalles, servant de sige et permettant aux clercs, lorsque cette
tablette est releve, de s'asseoir en paraissant tre debout (voy.
STALLE).



MITRE, s. f. Couronnement d'un tuyau de chemine, destin  empcher la
pluie ou le vent de s'introduire dans la trmie, en laissant cependant
chapper la fume. Les mitres, pendant le moyen ge, sont faites en
terre cuite, en brique ou en pierre. Peut-tre en existait-il en fer
battu, mais nous n'en avons pas trouv en place, bien que parfois des
scellements conservs  la tte de tuyaux de chemine indiquent la
prsence d'un chapeau en fer.

Il existe encore dans l'hpital de Sens une belle mitre en terre cuite
vernisse qui parat remonter au XIIIe sicle. En voici (1) le trac.
Cette mitre, en forme de fatire, laissait chapper la fume par trois
orifices verticaux, quatre gueules latrales et les deux extrmits de
la courbure. La disposition de ces issues tait bien faite pour empcher
le vent de s'engouffrer dans la trmie. En A, nous donnons la projection
horizontale de cette mitre, en B sa coupe transversale, et en C sa face
latrale. Les dents qui bordent les petits cylindres sont obtenus au
moyen d'un coup de pouce donn dans le profil lorsqu'il tait encore
frais et aprs la soudure de ces cylindres sur le dos de la fatire.
Habituellement cependant,  cette poque, les tuyaux de chemine se
terminaient en cylindre et les mitres alors prenaient la forme conique.
Une de ces mitres coniques en terre cuite vernisse se voyait encore, il
y a quelques annes, sur une maison du XIVe sicle dpendant de la porte
orientale de la ville de Semur en Auxois (2). En A est trac sa
projection horizontale et en B son lvation. Sens, Troyes,
Villeneuve-sur-Yonne possdent encore quelques dbris de ces anciens
couronnements de tuyaux de chemine en terre cuite. Mais dans les
contres o la pierre est rsistante et facile  travailler, les tuyaux
ont presque toujours des couronnements tenant  la construction, et les
chapiteaux de ces tuyaux sont de vritables mitres. De mme, dans les
pays o la brique tait employe pendant le moyen ge, les mitres sont
faites au moyen d'assemblages de tuiles et de briques (voy. CHEMINE).
Les architectes du moyen ge cherchaient toujours  dcorer les parties
de la construction qui se dcoupaient sur le ciel et  leur donner une
silhouette agrable. On voit, dans les vignettes des manuscrits du XVe
sicle, des ttes de chemines richement ornes; mais malheureusement la
fragilit de ces dtails des difices publics ou privs, trs-exposs
aux intempries, est cause de leur destruction dans toutes nos anciennes
cits.

On fit encore, pendant l'poque de la Renaissance, d'assez belles mitres
en terre vernisse et mme en faence. Ces mitres en faence sont
composes de plusieurs rondelles s'emmanchant les unes sur les autres et
quelquefois curieusement ornes de dtails dlicats soit en relief, soit
en peinture, trop petits d'chelle, il est vrai, pour la place qu'ils
occupent.

Mais alors le sentiment vrai de la dcoration extrieure des difices
tait fort altr, et ces mitres en poterie fine, trs-jolies  voir de
prs dans un muse, ne produisent aucun effet sur le sommet d'un comble.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]



MOELLON, s. m. Pierre de petit chantillon, basse entre lits, et que
l'on dbite  la carrire pour construire des murs avec du mortier ou du
pltre. Le moellon est piqu ou brut. Le moellon piqu est celui qui
prsente un parement taill, rustiqu et qui n'a pas besoin d'tre
enduit. Le moellon brut n'a pas de forme rgulire, c'est--dire qu'il
ne possde ni lits ni parements. On employait beaucoup le moellon piqu
au moyen ge dans les constructions de maisons et d'difices levs 
peu de frais, et ces sortes de constructions sont excellentes, en ce que
les parements font parfaitement corps avec le blocage intrieur. Dans
quelques contres de la France, et notamment dans la Bourgogne et le
Charolais, on trouve des bancs considrables d'un calcaire dur,
compacte, qui se dlitent en assises trs-basses, de 0m,10  0m,20,
rgulires, et qui fournissent ainsi d'excellent moellon piqu, ne
demandant qu'une taille prparatoire trs-lgre. Aussi, dans ces
contres, on voit beaucoup de monuments anciens dont les parements sont
monts en moellon piqu prsentant une surface aussi plane que celle
donne par la pierre de taille. Entre les contre-forts, les murs des
nefs des glises de Vzelay, de Pontigny, de Beaune, sont monts en
moellon piqu admirablement conserv. Les transports tant alors
difficiles, on comprend comment les constructeurs pouvaient
s'approvisionner plus aisment de moellon piqu, qu'on amenait  la
rigueur  dos d'ne, que de pierre de taille. Ils rservaient celle-ci
pour les colonnes, pour les angles, les piles, les contre-forts, les
socles, les corniches, les tableaux de fentre.

Les Romains ont souvent employ le moellon piqu, mais en morceaux
prsentant extrieurement des surfaces carres et non pas barlongues.
Cette tradition fut suivie dans certaines provinces de France jusqu'au
XIIe sicle. Ainsi la nef de la cathdrale du Mans, par exemple, dont la
construction remonte en partie au XIe sicle, prsente extrieurement
des parements qui ont toute l'apparence d'une construction romaine. Sur
les bords de la Mayenne et de la Loire, on voit quantit d'difices du
XIe et XIIe sicles qui offrent la mme particularit. Le Beauvoisis et
une partie du Valois conservent encore de nombreux restes de
constructions du XIe sicle que l'on pourrait croire faites par des
maons romains.



MONTOIR, s. m. Degr assez lev pour permettre de monter  cheval sans
l'aide de l'trier. Il n'y avait pas de cour de chteau, d'htel ou
d'htellerie sans un ou plusieurs montoirs. Il y en avait pour les
femmes et pour les hommes, et les perrons qui jouent un rle si
important dans l'habitation seigneuriale taient accompagns de
montoirs. Les chevaux et mules taient dresss  _aller au montoir_,
c'est--dire  se tenir assez prs de ces degrs pour que le cavalier
pt se mettre facilement en selle. Un cheval qui n'allait pas au montoir
tait rput vicieux. On comprend que pour un homme pesamment arm, le
montoir tait une ncessit, et sans montoir un chevalier,  l'poque o
les armures taient d'un poids trs-considrable, ne pouvait gure
enfourcher son cheval.

Il y avait au Louvre de Charles V un montoir pour le roi et un pour la
reine. Nous avons vu l'un de ces montoirs (1) dans la cour de l'htel de
la Trmoille,  Paris, rang le long du mur de la faade du fond  ct
du perron. Ce montoir, taill dans un seul bloc de pierre, se composait
de trois degrs; le dernier formant un petit palier.

Le perron du chteau de Pierrefonds tait accompagn,  droite et 
gauche du degr principal, de deux larges montoirs (voy. PERRON). Devant
les htelleries, il y avait toujours en dehors un montoir de pierre et
dans la cour plusieurs montoirs de bois, sortes d'escabeaux que l'on
dplaait au besoin. Les montoirs taient garnis de tapis pour les jours
de crmonie dans les chteaux et palais.  l'extrmit des lices,
pendant les tournois, on disposait des montoirs pour les combattants, et
alors se mettre en selle sans le secours du montoir tait considr
comme un acte de _druerie_.

[Illustration: Fig. 1.]



MORTAISE, s. f. _Mortoise_. Terme de charpente et de menuiserie. La
mortaise est l'entaille qui reoit un tenon. (Voyez CHARPENTE,
MENUISERIE, TENON.)



MORTIER, s. m. Compos de sable et de chaux. Pour faire du bon mortier,
le sable de rivire, le gravier, a t reconnu comme le meilleur. Quelle
que soit la qualit du sable de plaine ou de carrire, ce sable tant
toujours ml d'une certaine quantit d'argile, il ne remplit pas les
conditions ncessaires  la faon du bon mortier.

Pendant le moyen ge, les mortiers sont de qualits trs-diffrentes;
autant ils sont durs et compactes dans les constructions romaines,
autant ils sont de qualit mdiocre pendant les IXe, Xe, et XIe sicles.
Il semble qu'alors on avait perdu les procds de fabrication de la
chaux, et ce n'est que par exception que l'on trouve, dans des difices
de cette poque, des mortiers offrant une certaine consistance. Au XIIe
sicle, les mortiers commencent  reprendre de la force; pendant les
XIIIe, XIVe et XVe sicles, on en fit d'excellents.

La qualit des mortiers est donc un des moyens fournis aux architectes
pour reconnatre la date d'un difice, mais il est d'autres signes plus
caractriss. Le mortier employ dans les monuments romans antrieurs au
XIIe sicle est quelquefois mlang de dbris de tuileaux, surtout
pendant le Xe sicle et avant; il est maigre, c'est--dire qu'il
contient peu de chaux, et celle-ci est mal cuite. Au XIe sicle, on
trouve dans l'le-de-France, la Champagne et la Bourgogne, des mortiers
composs de gravier fin (sable de plaine souvent) et de chaux en
quantit, mais mal cuite et noye, n'ayant plus de force. Les dbris de
tuileaux ont disparu. Au XIIe sicle, surtout  dater de la seconde
moiti, les mortiers sont gaux, bien corroys, le sable fin, choisi
parfois avec soin ou tamis.  dater de la fin du XIIe sicle, les
mortiers deviennent gnralement trs-bons et sont de deux sortes. Le
mortier des blocages est fait avec de trs-gros gravier, celui des
joints et lits avec du bon sable de rivire, fin et pur. La chaux
employe pour les lits et joints est plus blanche que celle des blocages
qui est trs-mlange de dbris de charbon. Pendant les XIVe et XVe
sicles, on emploie souvent le sable de plaine, trs-rarement le gros
gravier; les mortiers sont parfaitement corroys, la chaux bien cuite et
bien teinte. Mais alors le sable de plaine employ parat avoir t
lav, car il ne contient pas d'argile. Il n'y a que dans certaines
parties de la Picardie o le sable argileux de plaine ait t employ
sans lavage pour faire du mortier, et bien que ces mortiers aient acquis
de la duret, ils sont toujours gercs dans les blocages et ne
prsentent pas une masse parfaitement compacte.

Les constructeurs ont employ la chaux telle que pouvaient la leur
fournir les calcaires dont ils disposaient. Ces chaux sont hydrauliques
dans les contres o la pierre  chaux possde cette qualit, grasses
dans les pays o la pierre  chaux ne contient que trs-peu d'argile.
Ils ne connaissaient pas, par consquent, la chaux hydraulique factice.
Mais leurs chaux grasses ont,  dater de la fin du XIIe sicle, acquis
une trs-grande duret, mme en fondation, ainsi que nous avons pu le
reconnatre dans les substructions des cathdrales de Reims, d'Amiens,
de Paris, de Sens, etc.

Il faut dire qu' cette poque, c'est--dire au commencement du XIIIe
sicle, des raisons d'conomie foraient quelquefois les constructeurs 
n'employer que trs-peu de chaux dans leur mortier et du sable comme on
le trouvait. Les mortiers dans la construction des cathdrales de Laon,
de Troyes, de Chlons-sur-Marne, de Sez sont trs-mauvais. Mais nous
avons donn ailleurs les raisons qui avaient fait lever ces difices
avec une extrme conomie (voy. CATHDRALE, CONSTRUCTION).



MOSAQUE, s. f. Ouvrages faits de petits cubes de pierres dures ou de
ptes de verre de diverses couleurs, colls sur les parements des
monuments ou sur les aires au moyen d'un ciment compos de chaux, de
sable trs-fin, de pouzzolane ou de brique pile. Les Romains des bas
temps ont employ la mosaque non-seulement pour dcorer les aires des
salles, mais aussi pour tapisser les murs. Il n'est pas ncessaire ici
de rpter ce qui a t crit sur ce sujet. Il nous suffit de constater
que la mosaque tait fort souvent applique dans les monuments de
l'poque mrovingienne en Occident. Grgoire de Tours parle des
mosaques qui dcoraient plusieurs glises de son temps. Saint Pallade,
vque d'Auxerre, fit lever au VIIe sicle le monastre de
Saint-Eusbe; l'abside de l'glise tait dcore de mosaques dans
lesquelles l'or entrait pour une grande partie[223]. En effet, le
travail de mosaque, auquel on donne le nom de _byzantin_, se compose de
fonds d'or obtenus au moyen de petits cubes de ptes de verre dors et
recouverts d'un mail transparent. Les sujets, les ornements se
dtachent sur ces fonds d'or. Ces sortes de mosaques, trs-rpandues en
Italie, en Sicile et en Orient, sont trs-rares en France, puisque nous
n'en connaissons qu'un seul exemple existant encore dans la petite
glise de Germigny-les-Prs, prs de Sully-sur-Loire, exemple qui parat
dater du IXe sicle.

L'abb Lebeuf, dans son _Histoire du diocse de Paris_[224], dit que
dans le chteau de Bictre, bti par le duc de Berry, frre de Charles
V, il y avait deux petites salles enrichies d'un parfaitement bel
ouvrage  la mosaque. Il est difficile aujourd'hui de se faire une
ide de ce que pouvait tre cet ouvrage de mosaque du XIVe sicle,
puisque nous ne connaissons aucun travail de ce genre ayant t excut
en France depuis le XII sicle. Cependant nous possdons encore, dans
les magasins de l'glise abbatiale de Saint-Denis, les restes d'un pav
en mosaque  fonds d'or et de couleur datant de la fin du XIIe sicle,
et qui rappelle parfaitement, comme facture, les mosaques italiennes de
la mme poque. Ce pavage, dont l'ensemble a t conserv par un dessin
de Percier fait en 1797, reprsentait les travaux de l'anne entourant
un large compartiment occup par des animaux fantastiques. Si la facture
est italienne, le dessin est videmment franais. Mais il ne faut pas
oublier que Suger avait fait venir, si l'on en croit ses _gestes_, des
artistes de tous pays pour contribuer  l'rection de la nouvelle glise,
commence en 1140. Toutefois, nous ne pouvons donner aux cartons qui ont
d servir  l'excution de ce pavage une date antrieure  1190[225]. En
dbarrassant cette mme glise de Saint-Denis des tristes superftations
qui en ont si profondment altr le caractre, nous avons trouv, sous
les carrelages modernes, quantit de petits cubes de terre cuite
vernisse de 0m,015  0m,02 de ct qui ont videmment servi  faire des
mosaques par un procd peu dispendieux. Au XIIe sicle, nos
architectes ont quelquefois cherch  imiter ces pavages italiens,
connus sous le nom d'_opus alexandrinum_, mais les pierres dures leur
manquant, ils y supplaient par la terre cuite vernisse. Plus
habituellement, les carrelages en terre cuite avec dessins incrusts ou
les dalles graves remplaaient chez nous les anciennes mosaques
gallo-romaines ou celles d'outre-monts. Quant aux mosaques sur
parements, ainsi que nous l'avons dit, il n'en existe qu'un nombre
trs-restreint de ce ct-ci des Alpes, et sont-elles antrieures au
XIIe sicle. Les vitraux taient la vritable dcoration des difices en
France  dater de cette poque, et par le fait les vitraux sont une
sorte de mosaque translucide (voy. VITRAIL).

     [Note 223: L'abb Lebeuf. _Mmoires concernant l'hist. civile
     et ecclsiastique d'Auxerre_, t. I, p. 149.]

     [Note 224: T. X, p. 16.]

     [Note 225: Il faut mentionner ici la mosaque reprsentant
     les figures du zodiaque retrouve en 1831  Saint-Omer, et
     provenant de la tombe du prince Guillaume, mort  Aire en
     1109 (abbaye de Saint-Bertin).]



MOULIN, s. m. _Molin_, _molinel_, _molis_. Ne nous occupant ici que des
btiments contenant une machine  moudre,  fouler ou  faonner des
mtaux, nous avons les moulins mus par un cours d'eau et les moulins 
vent. Les moulins  eau paraissent tre les plus anciens. Lambert,
quarantime abb de Saint-Bertin, fait tablir dfinitivement des
moulins  eau, commencs sous Odland en 797. Ces moulins, dit la
chronique des abbs de Saint-Bertin, taient les premiers qui furent
tablis dans le pays[226]. Cet abb Lambert (1095  1123) fit excuter
mme des travaux hydrauliques qui paraissent avoir t assez importants,
puisqu'au moyen des roues motrices des moulins abbatiaux il fit monter
l'eau ncessaire au service du monastre, afin de la rpandre dans les
btiments par des aqueducs souterrains. Il n'est pas question de moulins
 vent en France antrieurement au XIIe sicle. Quelques auteurs
prtendent que l'invention de ces sortes de moulins fut rapporte
d'Orient par les premiers croiss; et, en effet, les moulins  vent sont
nomms en Normandie, pendant le XIVe sicle, _moulins turquois_. Des
chartes de Philippe-Auguste concdent le droit d'tablir des moulins 
vent et des moulins  eau[227], et dans le roman d'Ogier de
Danemarche[228], il est deux fois question de moulins  eau.

       Del brut de lui (de la fontaine) tornent troi molinel
       Qui ne s'arestent ne est ne yver[229].
       ...
       Quant il velt molre, par soi le va cargier,
       Et le molin vait par lui afaitier[230].

Les _Olim_ donnent des arrts du parlement relatifs  l'tablissement de
moulins  vent. Nous citerons l'un de ces arrts, rendu en 1275, sous
Philippe III:

Les moines de Royaumont se plaignaient de ce qu'un moulin  vent,
appartenant  Pierre de Baclai, avait t rcemment construit, prs de
Baclai,  leur prjudice et dommage, et au dtriment de leurs moulins de
Gonesse; ils demandaient que ce moulin ft dtruit, lorsque,
disaient-ils, le seigneur Roi l'aurait dit ou command par jugement. Les
raisons des parties adverses entendues, l'arrt suivant fut prononc: Le
moulin, quant  ce qui concernait les moines, ne devait pas tre
dtruit[231].

Au XVe sicle, le seigneur de Caumont, en passant  Rhodes et dcrivant
les difices qui lui paraissent remarquables dans la ville, s'exprime
ainsi:

...Et tout au lonc d'icelle (muraille de la cit) sont assis .XVI. molis
de vent, toux d'un ranc, qui nuyt et jour molent yver et est; et 
paynes l'on les voit toux ensemble molir he toux  ung cop cesser[232].

Sur les tours de l'enceinte intrieure de la cit de Carcassonne, il y
avait plusieurs moulins  vent, ainsi que le constatent une vignette de
1467[233] et les dnominations anciennes de quelques-unes de ces
tours[234]. Les moulins  eau dpendant de chteaux ou d'abbayes isols
taient souvent fortifis. L'tablissement d'un moulin ne pouvait avoir
lieu que par une cession du seigneur terrien. En cdant le droit de
btir un moulin, le seigneur lui assignait une tendue de territoire, le
_ban_ du moulin. Tous les habitants compris dans les limites du ban
taient tenus de faire moudre leur grain dans le moulin _banal_, sous
peine de voir confisquer leur bl, le cheval et la voiture, au profit du
propritaire du moulin et du seigneur du dlinquant. Ces moulins
devenaient ainsi de vritables fiefs dont la conservation importait au
seigneur qui en avait permis l'tablissement, au propritaire et aux
habitants compris dans le ban; il tait ncessaire que ces btiments
fussent en tat de rsister  un coup de main, de se dfendre. Aussi les
btissait-on autant que possible sur des lots, ou bien le long d'un
pont facilement barricad. Ces moulins taient assez forts quelquefois
pour soutenir un sige en rgle, et, afin qu'on ne pt dtruire leurs
roues motrices au moyen de pierriers ou de mangonneaux, celles-ci
taient alors soigneusement abrites sous la construction en maonnerie.
Le moulin dit du Roi, sur l'Aude,  Carcassonne, rsista ainsi aux
attaques de l'arme de Trencavel, en 1240. Dans son excellent ouvrage
sur la _Guienne militaire_, M. Lo Drouyn donne plusieurs exemples de
moulins  eau qui datent la plupart du XIVe sicle, et qui font voir
avec quel soin ces usines taient tablies au moyen ge. Le btiment qui
contient le mcanisme est presque toujours sur plan carr ou barlong, la
roue motrice tant place en dedans le long d'un des cts du
paralllogramme. S'il n'existe plus de moulins antrieurs au XIIIe
sicle, les textes aussi bien que les reprsentations de ces usines ne
peuvent nous laisser de doutes sur leur tablissement ds le
commencement du XIIe sicle au moins. Un des chapiteaux de la nef de
Vzelay nous montre un mcanisme de moulin et des gens qui apportent du
grain dans la trmie. Le manuscrit d'Herrade de Landsberg[235], qui date
du XIIe sicle, nous montre galement le mcanisme d'un moulin  eau
possdant une roue motrice  palettes dont l'arbre, muni d'une roue
d'engrenage, fait tourner la meule infrieure. Ds le temps de Guillaume
le Conqurant, dit M. L. Delisle[236], on avait tabli  l'entre du
port de Douvres un moulin mis en mouvement par le flux et le reflux de
la mer[237]. En 1235, il en existait un  Veules[238].

Au XIVe sicle, l'archevque de Rouen possdait  Dieppe deux moulins
de mare... En 1277, Philippe le Hardi avait afferm  Guillaume
l'Archier les moulins de mare tablis aux ponts d'Ouve, prs Carentan.

Il existe en France des moulins  eau d'une date ancienne et qui sont
encore en usage; on en trouve en Normandie, en Touraine, et
particulirement en Guienne, o ces usines, presque toutes fortifies,
ont t tablies pendant la domination anglaise, poque de prosprit et
de dveloppement pour cette province.  Melun, avant 1830, on voyait
encore les restes d'un moulin fortifi dpendant des ruines connues sous
le nom de chteau de la _reine Blanche_. Ce moulin, dont on ne voyait
plus que les soubassements, se composait de deux piles paisses avec
perons opposs au courant de la rivire et couronnes de tourelles; de
celles-ci, les premires assises seulement taient apparentes. La roue
motrice tait place entre ces deux piles et parfaitement garantie par
consquent. Le plan du rez-de-chausse, port par une arche qui
runissait les deux piles, n'tait probablement qu'une salle barlongue.
Nous n'avons pu nous procurer sur le couronnement de cette usine aucun
renseignement. La construction datait certainement du XIIIe sicle, 
considrer les profils de la souche des tourelles.

Voici (1) le plan de cette usine en A et les restes de son lvation en
B. Nous ne pensons pas que le ct aval ft couronn par des tourelles;
c'est qu'en effet on n'avait gure  craindre (le moulin tant autrefois
entour d'eau) que des attaques venant d'amont. Le plancher du
rez-de-chausse au-dessus de la roue motrice tait plac au niveau C, et
en D tait un pont de bois port sur des corbeaux, l'entre du moulin
tant en E. Le moulin de Bagas (canton et arrondissement de la Role,
Gironde), donn par M. Lo Drouyn[239], fut lev au XIVe sicle. En
1436, dit cet auteur, cent vingt ans aprs sa construction, il fut donn
par Henri VI, roi d'Angleterre,  Pierre Durant, cuyer. Aujourd'hui
cette usine fonctionne encore. Voici (2X) le plan du moulin de Bagas ou
de Bagatz  rez-de-chausse, tel qu'il s'tablit sur l'un des bras du
Drot. La digue qui maintient le bief est en A. Deux perons BB' dirigent
les eaux sur deux roues CC'. En aval, les eaux des vannes s'chappent
par des ouvertures couvertes par des linteaux, D est un lot. Les
entres du moulin sont en amont et en aval, par les portes fermes au
moyen des tiers-points (G et H). On ne pouvait arriver  ces portes que
par l'lot D, ou directement en bateau par la pointe de terre H. Ce
rez-de-chausse est dfendu sur trois de ses faces par six meurtrires
s'ouvrant latralement et en amont. Par un escalier de bois on monte au
premier tage XX. De la berge, du ct oppos  l'lot, on arrivait de
plain-pied ou  peu prs  la porte E, au moyen d'un pont volant. C'est
par cette porte que les grains entraient dans l'usine. Cet tage, qui ne
se compose, comme le rez-de-chausse, que d'une salle, contient des
latrines en F; une petite porte I s'ouvrait autrefois sur une galerie de
bois J, qui probablement rgnait le long de la faade d'aval. On montait
au second XXX galement par un escalier de bois. Cet tage est muni aux
quatre angles d'chauguettes flanquantes dont l'une contient l'escalier
qui monte aux combles et au crnelage suprieur. Quatre fentres
clairent cette salle, perce en outre de sept meurtrires et garnie
d'une chemine.

Voici (3) la vue perspective de ce moulin prise du point P[240]. M. Lo
Drouyn, auquel nous empruntons ces renseignements, prsente des vues et
plans de plusieurs autres moulins pris dans la mme contre et btis
pendant le XIVe sicle.

Dans les villes, on profitait souvent des arches de pont pour tablir
des moulins, et mme alors les ponts et moulins, btis en bois, ne
formaient qu'une seule et mme construction. Avant 1835, il existait
encore  Meaux, en Brie, un pont de ce genre entirement en bois ainsi
que les moulins y attenant; cet ensemble datait de la fin du XVe sicle.
 Chlon-sur-Sane, le pont de pierre qui communiquait  l'le tait
garni de tours rondes au-dessus des piles, avec moulins entre ces tours
au droit des arches; cette disposition pittoresque a subsist jusqu'au
XVIIe sicle[241].  Paris, le pont aux meuniers qui traversait le grand
bras de la Seine en aval du pont au Change, en face le Palais, tait
tabli dans les mmes conditions que celui de Meaux.

Nous n'avons pu trouver de documents ayant quelque valeur sur la forme
des moulins  vent du moyen ge, ou plutt sur la disposition de leur
couronnement, car, pour le corps de la btisse, elle se composait d'une
tour ronde. Cependant la vignette cite plus haut, et qui donne une vue
de la cit de Carcassonne en 1467, indique un des moulins  vent qui
garnissaient les tours de l'enceinte intrieure; or cette reprsentation
rappelle les moulins de notre temps: toit conique sur une tour ronde et
quatre ailes garnies de toiles.  Castelnaudary, il y a quinze ans, on
voyait encore quelques moulins  vent du XVIe sicle qui ne diffraient
pas des ntres.

Au XVe sicle il existait des moulins  vent sur la butte dite _des
Moulins_,  Paris, situe entre le palais actuel des Tuileries et le
boulevard; et sur plusieurs des tours de l'enceinte de Philippe-Auguste
on en avait tabli ds avant cette poque. La clbre tapisserie de
l'htel-de-ville, qui date de la seconde moiti du XVIe sicle, montre
autour de la capitale un assez grand nombre de moulins  vent sur les
points levs.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]

     [Note 226: Voy. _les abbs de Saint-Bertin, d'aprs les
     anciens monuments de ce monastre_, par M. Henri De La Place,
     Ire partie, 1854, p. 41, 186 et 187.]

     [Note 227: En 1195. Voy. Ducange, _Gloss._: Concedo
     monialibus antedictis... molendina ad aquam et ad ventum.]

     [Note 228: Du XIIe sicle.]

     [Note 229: Vers 6673.]

     [Note 230: Vers 8349.]

     [Note 231: _Les Olim_. t. I, p. 62.]

     [Note 232: _Voyage d'Oultremer en Jrusalem_, par le S. de
     Caumont, l'an MCCCCXVII, publ. par M. le marquis de La
     Grange, 1858.]

     [Note 233: Bibl. imp. Estampes, n 7402, folio 40.]

     [Note 234: Du moulin du conntable, du moulin d'Avar, du
     moulin du midi.]

     [Note 235: Bibl. de Strasbourg.]

     [Note 236: _tudes sur la condition de la classe agric. en
     Normandie_. vreux, 1851.]

     [Note 237: In introitu portus de Dovere est unum molendinum
     quod omnes pene naves confringit per magnam turbationem
     maris, et maximum damnum facit regi et hominibus, et non ibi
     fuit tempore regis Edwardi. _Domesday Book_, cit par S. H.
     Ellis, t. I, p. 124.]

     [Note 238: _Cartul._ de Fcamp.]

     [Note 239: Dans son ouvrage dj cit sur la _Guienne
     militaire_, p. 28. Nous ne saurions trop recommander le
     travail de M. Lo Drouyn  nos lecteurs. On ne peut trouver
     runis plus de renseignements intressants sur les monuments
     d'une de nos belles provinces de France, ni rendre avec plus
     de charme et de scrupule l'aspect de ces difices civils et
     militaires.]

     [Note 240: Les crnelages seuls aujourd'hui sont dtruits.
     Les autres parties de la construction sont  peu prs
     intactes.]

     [Note 241: Voy. _Civitat. orbis terrar._, in-fol., 2 vol.,
     1574. La vue de Chlon-sur-Sane se trouve au commencement du
     4e livre.]



MOUSTIER, s. m. _Muster_, _monastre_. Voy. ARCHITECTURE MONASTIQUE.


N


NAISSANCE, s. f. Point de dpart d'un arc sur les pieds-droits. Au moyen
ge, les architectes de l'poque romane, aussi bien que ceux de l'poque
gothique, ont presque toujours relev les naissances des arcs au-dessus
des bandeaux ou tailloirs de chapiteaux. Ainsi, ces architectes
avaient-ils  tracer une archivolte sur deux colonnes AB (1): au lieu de
poser le point de centre de l'arc sur la ligne _a b_, ils relevaient ce
point de manire  ce qu'un rayon visuel _c d_, par exemple, ne perdt
pas la naissance de cet arc par l'effet de la saillie des tailloirs ou
bandeaux.

Dans l'article CONSTRUCTION, nous donnons les raisons qui souvent
obligeaient les architectes  relever les naissances des arcs. On peut
aussi recourir au mot OGIVE.

[Illustration: Fig. 1.]



NARTHEX, s. m. Dans la basilique romaine, le narthex est le portique
lev en avant de la nef et formant le fond de l'atrium. Dans la
primitive glise, le narthex tait destin  contenir les catchumnes,
les nergumnes, et au centre, en face la porte de la nef, les pnitents
auditeurs, c'est--dire ceux auxquels il tait permis d'assister au
service divin en dehors du temple. Pendant le moyen ge, le mot de
_narthex_ n'a point t appliqu aux porches ouverts ou ferms de nos
glises; d'ailleurs il n'y avait plus alors ici ni catchumnes ni
nergumnes. Ce n'est que depuis le rveil des tudes archologiques que
cette dnomination de _narthex_ a t donne aux porches ferms de
certaines glises, comme les porches de Cluny, de Vzelay, de Tournus,
etc. Nous l'acceptons, puisque nous avons cru devoir ne point modifier
le vocabulaire admis par les architectes et les archologues. Il n'en
faut pas moins constater que le mot _narthex_ n'est pas applicable  nos
difices religieux; il est remplac par le mot _Porche_.

Il y a des porches ouverts, il y en a de ferms. Les glises de l'ordre
de Cluny et celles de l'ordre de Cteaux avaient toutes des porches
ferms plus ou moins tendus, en avant de la nef. Le porche des glises
de Cluny tait mme une sorte d'_antglise_ trs-vaste, ainsi que ceux
des glises abbatiales de Vzelay, de la Charit-sur-Loire, de
Saint-Philibert de Tournus, etc. La distinction entre les porches
ouverts et ferms tant fort difficile  tablir souvent, nous renvoyons
nos lecteurs au mot PORCHE pour l'tude de cette partie
trs-intressante de nos difices religieux; d'autant que nous ne
saurions dire pourquoi les archologues de nos jours ont donn aux
porches ferms la dnomination de _narthex_, tandis que les vritables
narthex n'taient qu'un portique ouvert, au moins sur sa face
antrieure, dans les premires basiliques chrtiennes.



NEF, s. f. La basilique antique romaine se compose d'une ou de trois
nefs termines par un hmicycle servant de tribunal, au-devant duquel,
quand l'espace le permettait, au dire de Vitruve, on levait des
_chalcidiques_, ce que nous appelons aujourd'hui _croise_, _transsept_.
Le mot _nef_ ne veut donc dire autre chose qu'une salle plus longue que
large, ferme par deux murs et un comble, ou accompagne latralement de
deux autres nefs plus basses, portant une galerie ou un comble en
appentis. Dans les premires basiliques chrtiennes, comme Saint-Paul
hors les murs,  Rome, les nefs ont t portes jusqu'au nombre de cinq:
une nef centrale et deux collatraux de chaque ct de la nef centrale.
Aujourd'hui, on ne donne pas le nom de nefs aux ailes, aux collatraux,
mais seulement au vaisseau central, qu'il soit couvert par une charpente
lambrisse ou vot. L'ancienne glise de Saint-Martin-des-Champs, 
Paris, aujourd'hui cole des Arts et Mtiers, ne se compose que d'une
seule nef rebtie vers le milieu du XIIIe sicle et termine par un
choeur du XIe entour d'un bas-ct avec chapelles. Les cathdrales de
Reims, d'Amiens, de Rouen, de Chartres, de Bayeux, de Coutances, de
Tours, etc., possdent une nef centrale avec bas-cts simples,
prcdant le transsept. Les cathdrales de Paris, de Bourges, de
Cologne, l'glise abbatiale de Saint-Sernin de Toulouse, etc., ont une
nef centrale accompagne latralement de bas-cts doubles. Jusqu' la
fin du XIIe sicle, les nefs des glises avec collatraux n'excdent
gure dix  onze mtres d'axe en axe des piles; mais,  dater de la
priode gothique, ces nefs atteignent quinze et seize mtres d'axe en
axe des piles. Quant aux glises  une seule nef, comme les cathdrales
de Toulouse et d'Alby (XIIe et XIVe sicles), leur largeur dans oeuvre
atteint vingt mtres et au del (voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE,
CATHDRALE, TRAVE). Les glises conventuelles des Jacobins, bties
pendant le XIIIe sicle, se composent habituellement de deux nefs gales
en longueur, largeur et hauteur; ces nefs jumelles sont spares par un
rang de piliers (voy. ARCHITECTURE MONASTIQUE). Cette disposition est
observe aussi pour des salles affectes  des services monastiques ou
civils, comme le rfectoire de Saint-Martin-des-Champs  Paris, comme
l'ancienne Grand'salle du Palais  Paris (voy. SALLE).

Nos plus anciennes cathdrales franaises ont t la plupart conues
avec une nef centrale accompagne de collatraux simples ou doubles,
mais sans transsept. La cathdrale de Noyon, parmi celles leves
pendant le XIIe sicle, et celle de Soissons, font seules exception 
cette rgle. Non-seulement ces granites glises ne contenaient pas de
transsept, mais elles taient dpourvues de chapelles latrales; c'est 
peine si quelques-unes d'entre elles en possdaient trois, trs-petites,
s'ouvrant sur les bas-cts du sanctuaire. Des fouilles que nous avons
fait faire dans la cathdrale de Sens btie, comme on sait, vers le
milieu du XIIe sicle, ont mis  jour les bases des piliers qui
passaient au milieu du transsept actuel, et lorsqu'on est prvenu de ce
fait, on reconnat aisment comment, au XIVe sicle, des bras de croix
furent ajouts  cette grande glise en dtruisant deux traves de la
nef  droite et  gauche.  Senlis, mme disposition; la cathdrale se
composait d'une nef avec collatraux sans transsept. L'adjonction de la
croise est l facilement reconnaissable. La cathdrale de Meaux, qui
datait de la fin du XIIe sicle, tait originairement dpourvue de
transsept.  Paris mme, des fouilles, faites dans le prolongement des
piliers du choeur et des traves restes visibles dans les reins de la
grande vote de la croise, nous portent  croire que cette glise avait
t conue sans transsept.  Bourges enfin, dont la construction remonte
aux premires annes du XIIIe sicle, mais dont la composition, comme
plan, est plus ancienne (voy. CATHDRALE), il n'existe pas de transsept.
On peut donc conclure de ces faits que le programme de la cathdrale
franaise du XIIe sicle, donn au moment o les vques runissant les
efforts des communes commencrent ces grandes constructions, ne
demandait qu'une nef centrale avec collatraux, sans chalcidique,
croise ou transsept, et mme souvent sans chapelles. La cathdrale
franaise n'tait donc qu'une salle, qu'une basilique; lieu de runion
pour les citoyens, au centre duquel tait l'autel et le trne de
l'vque, la _cathedra_. Remarquons encore que, dans la plupart de ces
difices,  Paris,  Senlis,  Meaux, il y avait des galeries
suprieures disposes comme sont les alles de premier tage de la
basilique antique. Un texte vient appuyer ce fait de l'absence des
transsepts dans les glises cathdrales rebties au moment o l'art de
l'architecture passe aux mains des laques.

Guillaume Durand, dans son _Rational_, en dcrivant les diverses parties
de l'glise, dit (chap. I,  17): Certaines glises sont faites en
forme de croix, et en prtant un sens mystique  chacune des parties de
l'glise, depuis le choeur jusqu'au porche, il ne parle pas du
transsept. Or, puisqu'il observe que certaines glises taient, de son
temps, en forme de croix, ce dont on ne peut douter, il en existait qui
n'en possdaient point, et Guillaume Durand, vque en 1285, mort en
1296, avait d voir encore plusieurs cathdrales franaises dpourvues
de transsepts. L'attention minutieuse avec laquelle le clbre prlat
cherche  donner une signification symbolique religieuse aux diverses
parties de l'glise indique d'ailleurs les tendances du haut clerg 
l'poque o il crivait. Il s'agissait alors d'enlever  la cathdrale,
construite  l'aide de circonstances plutt politiques que religieuses,
le caractre civil qu'elle conservait dans l'esprit des populations
urbaines; et, pour nous, l'tablissement des transsepts, des chapelles
latrales et des cltures de choeur, pendant la fin du XIIIe sicle et
le commencement du XIVe; la destruction, par consquent, des grandes
nefs primitives des glises piscopales de la premire priode gothique,
est un des faits les plus intressants de notre histoire, en ce qu'il
indique le mouvement communal appuy par les vques au XIIe sicle,
parce qu'ils espraient en profiter pour assurer leur pouvoir, et la
raction clricale contre ce mouvement, ds que la puissance royale
s'tablit solidement et que l'piscopat dut renoncer  soumettre la
socit franaise  une sorte de thocratie.



NICHE, s. f. Retraite peu profonde rserve sur le nu d'un mur, d'une
pile ou d'un contre-fort, pour placer une statue. Les niches sont peu
communes dans l'architecture du moyen ge; on n'en voit point dans les
difices de l'poque romane, et elles n'apparaissent que vers le
commencement du XIIIe sicle. Nous ne pouvons donner le nom de _niches_
 des arcatures remplies de figures en ronde-bosse, comme celles qui
garnissent, par exemple, les faades des glises de Notre-Dame la Grande
 Poitiers ou de la cathdrale d'Angoulme.

Les architectes du moyen ge n'avaient pas song  mnager sur le nu
d'un mur un enfoncement, que rien ne motivait d'ailleurs, pour y loger
une statue. Le got et le sens dont ils taient dous ne leur
permettaient pas d'employer ces moyens dcoratifs, qui ne peuvent gure
se comparer en architecture qu'aux _chevilles_ places par certains
potes dans leurs vers. Les architectes romains de l'Empire usaient et
abusaient mme de la niche, mais le systme de leur construction s'y
prtait. Afin d'allger les normes massifs de maonnerie de la
structure romaine, et pour conomiser les matriaux, on pratiquait des
niches en pleine maonnerie qui n'taient, aprs tout, que des
videments avec arcs de dcharge. La section horizontale de ces niches
tait ou un demi-cercle ou un enfoncement rectangulaire, et, dans ces
sortes d'alvoles, on plaait des statues. Mais dans l'architecture du
moyen ge les pleins n'ayant que la section ncessaire  leur fonction,
il n'y avait pas lieu de les allger par des vides. Les niches
n'apparaissent donc qu'aux sommets des contre-forts, c'est--dire l o
la construction n'ayant plus rien  porter, il est bon de lui donner une
apparence lgre. On voit de vritables niches pratiques  la tte des
contre-forts de la nef de Notre-Dame de Chartres. On en voit aussi qui
forment le couronnement de quelques-uns des contre-forts de la nef de la
cathdrale de Rouen (commencement du XIIIe sicle) (1). Quelquefois,
mais plus rarement, des niches sont places sur des contre-forts au
droit des portails et pour relier les grandes _imageries_ des
brasements. Mais ces niches ne sont pas prises aux dpens de la masse,
elles forment comme un encadrement saillant autour d'une statue. L'un
des plus beaux exemples de ces sortes de niches se voit sur la faade de
la cathdrale de Paris,  la hauteur des naissances des voussures des
trois portails. Les contre-forts se retraitant au-dessus de ces
naissances, l'architecte a profit de la saillie infrieure pour la
couronner par un bandeau saillant portant deux colonnettes monolithes
surmontes d'une arcature couverte par les talus de la retraite. Ces
quatre niches, qui participent  la dcoration des portes, sont remplies
par quatre figures reprsentant saint tienne, l'glise, la Synagogue et
saint Denis. Nous donnons (1 _bis_) la niche qui contient la
personnification de l'glise[242].

Nous ne pouvons considrer comme des niches les pinacles qui couronnent
les contre-forts de l'glise cathdrale de Reims (voy. PINACLE). Mais
autour du choeur de la cathdrale du Mans, les faces des contre-forts, 
mi-hauteur, sont allgs par des niches contenant des statues (2) (1250
environ). On observera que ces niches laissent passer le nu de la face
des contre-forts et ne sont qu'une arcature rapporte sur ce nu. Les
statues tant poses sur un socle formant saillie, la niche n'est, pour
ainsi dire, qu'un encadrement entourant une statue en saillie sur le nu
de la construction.

C'est toujours ainsi que sont traites les niches jusqu' la fin du
XIIIe sicle. Au commencement du XIVe, les niches sont dcidment prises
aux dpens du parement; elles forment enfoncement. C'est ainsi que sont
traites les niches mnages  l'extrieur, entre les fentres des
grandes chapelles du tour du choeur de Notre-Dame de Paris (1325).
Encore l les statues sont-elles portes sur des pidestaux qui
dsaffleurent le parement extrieur; elles sont jumelles, c'est--dire
qu'il y avait toujours deux personnages runis. Il semble que les
architectes du moyen ge ne pensaient pas que les statues isoles,
places dans des niches, pussent produire un effet heureux; ils avaient
le soin de les runir au moins deux par deux. D'ailleurs ces niches du
tour du choeur de la cathdrale de Paris forment, avec les fentres, une
dcoration continue; elles participent  l'ensemble. Des deux cts du
portail mridional de cette glise cathdrale, portail qui date de 1257,
on voit de mme des niches disposes trois par trois, qui continuent la
srie des statues places dans les brasements de la porte. La figure 3
donne la disposition de ces niches, dont nous avons trac le plan en A.

 l'intrieur de ce portail, sur le mur sud du transsept, il existe de
vritables niches entre le gble de la porte centrale et les deux gbles
dcoratifs latraux. Ces niches (1257), trs-peu profondes, sont
surmontes de dais levs comme pour indiquer un point saillant, non un
enfoncement, et les statues sont encore supportes sur des pidestaux.

Ce n'est qu'au XVe sicle que l'on fait des niches isoles et qui
peuvent tre considres comme telles. On en voit aux angles des faades
de certaines maisons de cette poque; mais encore sont-elles toujours
surmontes d'un dais et les statues portes sur un cul de lampe
(4)[243].

Tous ces exemples n'ont pas le caractre de la niche, telle qu'on la
comprend depuis le XVIe sicle. Sur la faade de la maison dite des
Musiciens,  Reims (voy. MAISON, fig. 11), les trumeaux entre les
fentres sont lgrement creuss en manire de niches termines par une
archivolte  redans; mais les statues assises, trs-saillantes, portes
sur des culs-de-lampes, prsentent une silhouette prononce sur cette
faade et forment un ensemble, comme une runion de figures participant
 une mme scne: loin de paratre renfermes chacune dans leur loge,
elles semblent bien plutt se concerter. De mme, sur les parties
infrieures de certaines faades d'glise, dans les brasements des
porches, on voit quelquefois une srie de niches couronnes de dais.
Mais les statues qui remplissent ces niches se coudoient, forment une
frise continue de figures, et on ne peut ainsi les considrer comme
tant places dans des niches.

En vritables artistes, les sculpteurs du moyen ge n'ont gure admis la
statuaire isole. Pour eux, comme pour les Grecs, la statuaire est le
dveloppement d'une ide, une srie, et ce n'est que par exception
qu'ils ont admis la figure unique (voy. STATUAIRE).

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 1 bis.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]

     [Note 242: Cette statue, dtruite  la fin du dernier sicle,
     a t refaite par M. Geoffroy-Dechaume. C'est une des
     meilleures statues de cet artiste distingu. La Synagogue qui
     lui fait pendant est de M. Fromanger. La statue de saint
     Denis est de M. Pascal, et celle de saint tienne de M.
     Chenillon. Une autre niche, en retour, se voit du ct du
     midi; elle abrite la statue de saint Marcel, due au ciseau
     d'un de nos meilleurs statuaires, M. Toussaint, mort depuis
     peu.]

     [Note 243: De la maison dite de la reine de Sicile, 
     Saumur.]



NIMBE, s. m. Aurole gnralement en forme de disque, qui accompagne la
tte des personnages divins et des saints. M. Didron, dans son
_Iconographie chrtienne_[244], a consacr un chapitre tendu 
l'histoire du nimbe dans les monuments du moyen ge. Nous ne pourrions
rien ajouter  cette savante dissertation,  laquelle on doit
ncessairement recourir lorsqu'il s'agit de la sculpture et de la
peinture de nos anciens difices (voy. STATUAIRE, PEINTURE).

     [Note 244: Paris, 1843.]



NOUE, s. f. Angle rentrant que forment deux rampants de combles qui se
pntrent. On dit _branche de noue_ pour indiquer la pice de charpente
qui supporte les chevrons des deux pans de comble se pntrant. Dans les
anciennes charpentes composes de chevrons _portant-ferme_, les chevrons
viennent s'assembler dans la branche de noue (voy. CHARPENTE).



NOYAU, s. m. Cylindre de pierre ou de bois montant de fond, formant
l'axe d'un escalier  vis. Les noyaux sont pleins ou vids, tenant aux
marches ou indpendants, et dans ce dernier cas portant celles-ci au
moyen d'un embrvement ou d'un repos (voy. ESCALIER).



O


OEIL, s. m. On donne ce nom aux jours circulaires percs dans des
pignons, et qui sont destins  donner de l'air et de la lumire dans
les combles.

Les clefs largement ouvertes, circulaires, qui dans les votes servent
de passage aux cloches et qui prennent habituellement le profil des arcs
ogives sont aussi appeles quelquefois _oeils_ ou _lunettes_ (voy.
LUNETTE). L'oeil, _oculus_ de la basilique chrtienne primitive, est une
baie circulaire avec brasement intrieur, qui tait perce dans le mur
pignon de face au-dessous du lambris de la charpente. On trouve encore
la trace de cette tradition dans certaines glises romanes, surtout au
midi de la Loire. La rose gothique est un dveloppement de l'_oculus_ de
la basilique primitive (voy. ROSE).



OGIVE, s. f. _Augive_. On donne, assez improprement, le nom d'_ogive_ 
la figure forme par deux arcs de cercle se coupant suivant un angle
quelconque[245]. Beaucoup de pages ont t crites sur l'origine de ce
mot, et l'esprit de parti (parti dans les questions d'art s'entend) s'en
mlant, on en est venu  si bien embrouiller la matire que toute
conclusion semble avoir t ajourne  des temps plus calmes. Nous
dclarons tout d'abord que nous n'avons pas la prtention de donner ici
une solution, qui d'ailleurs importe assez peu; il nous suffira de
fournir  nos lecteurs les renseignements que nous avons pu recueillir
sur l'adoption de cette figure dans l'architecture,  dater du XIIe
sicle en France, renseignements dont on peut vrifier l'exactitude sur
les monuments eux-mmes. Quant  la conclusion, nous laisserons  chacun
le loisir de la tirer.

Le compas tant invent, les intersections de cercles taient trouves,
par consquent la figure appele _ogive_. Ce n'est donc pas l'origine de
la figure qu'il importe de rechercher, mais l'origine de son application
 la construction. Des monuments de l'Asie, de la Grce et de l'Italie,
d'une trs-haute antiquit, nous montrent des ogives, c'est--dire des
berceaux ou des cavits (comme celle du trsor d'Atre, par exemple),
dont la section est donne par deux arcs de cercle se coupant; mais tous
ces monuments, sans exception, prsentent un appareil horizontal,
c'est--dire que les lits des pierres formant ces berceaux ou ces
cavits sont horizontaux et non point normaux aux courbes. C'est l
cependant un point essentiel, pour des architectes, car on ne peut ainsi
donner  ces surfaces concaves les noms d'_arc_ ou de _vote_. Laissons
donc cette origine qui ne nous apprend qu'une chose, savoir que,
lorsqu'il s'est agi de _fermer_ un passage ou une salle, on a donn,
pendant les poques primitives dont nous parlons, des formes diverses
aux _encorbellements_, seuls moyens admis pour arriver  ce rsultat.
Retraites, plans inclins, courbures, ce sont toujours des
encorbellements et non des votes, et la forme ogivale n'est alors
qu'une fantaisie du constructeur, non un systme. Les trusques, qui ont
fait de vritables arcs appareills, c'est--dire composs de claveaux
dont les coupes sont normales  la courbe, et les Romains qui ont fait
des arcs et des votes en berceau d'artes et en calotte hmisphrique,
n'ont jamais adopt l'ogive, ou s'ils l'ont fait, ce sont des exceptions
trop rares pour qu'on en puisse tirer une conclusion. Les Romains n'ont
admis qu'une courbe gnratrice de la vote, c'est le demi-cercle, ce
qu'on appelle le plein-cintre ou l'arc de cercle, cintre incomplet.
D'Auguste  Constantin, pas d'exception  cette mthode. Ce n'est gure
qu'au VIe sicle que nous voyons poindre l'ogive sur les bords de la
Mditerrane, en gypte, au Caire; et l, elle apparat dj comme le
rsultat d'un calcul. Dans un autre ouvrage, nous avons expliqu d'une
manire dtaille comme quoi les anciens se sont servis du triangle pour
mettre en proportion leurs difices[246]; comment parmi les triangles
ils en avaient adopt trois: 1 le triangle quilatral; 2 le triangle
pris verticalement sur la diagonale d'une pyramide  base carre, dont
la section verticale, faite du sommet paralllement  l'un des cts de
la base, est un triangle quilatral; 3 le triangle dont la base est
quatre et la hauteur, prise perpendiculairement du milieu de cette base
au sommet, est deux et demi. Ces trois triangles donnent au sommet un
angle de moins de 90; donc il n'est pas possible de les inscrire dans
un demi-cercle. Le dernier de ces triangles, celui sur lequel a t
trace la pyramide de Chops, et qui passait chez les gyptiens, au dire
de Plutarque[247], comme driv du triangle parfait, est donc celui-ci
(1) en A: _ab_ tant la base divise en quatre parties, sur la
perpendiculaire leve du point _c_, milieu de la base, nous portons
deux parties et demie, _cd_; runissant le point _d_ aux points _a_ et
_b_, nous obtenons le triangle _abd_. Du milieu d'un des cts _bd_,
levant une perpendiculaire jusqu' sa rencontre _e_ avec la base _ab_,
ce point _e_ est le centre de l'arc _bd'd_, dont le ct _bd_ est la
corde; procdant de mme pour le ct _ad_, nous avons trac deux arcs
qui se coupent au point _d_ et qui composent ce qu'on appelle une ogive.
Prenant le triangle _abd_ comme gnrateur de proportions, c'est--dire
comme donnant un rapport satisfaisant entre la base _ab_ et la hauteur
_cd_, il tait naturel de conserver ces rapports entre le diamtre et la
hauteur sous clef d'un arc. C'est suivant ces mthodes que procdrent
les architectes d'Alexandrie, ds le VIIe sicle de notre re, et
l'cole des Nestoriens, qui s'leva bientt  un degr remarquable de
splendeur chez les peuples d'Orient, pres de l'architecture  laquelle
on donna le nom d'_arabe_. Le gnie des Grecs se retrouve encore dans ce
principe de proportion des arcs, ainsi que nous l'avons dmontr
ailleurs[248].

Le triangle quilatral (voir figure 1, en B) est aussi un gnrateur de
l'ogive; mais ce n'est que beaucoup plus tard qu'onl'emploie, tandis que
le triangle pris sur la diagonale d'une pyramide  base carre, dont la
section verticale, faite du sommet paralllement  l'un des cts de la
base, donne un triangle quilatral, est adopt trs-anciennement pour
tracer l'arc bris. Soit _fgh_ la moiti de la projection horizontale
d'une pyramide  base carre, dont la section verticale faite sur _ik_
est un triangle quilatral; la section verticale faite sur la diagonale
_fh_ donne le triangle _fhl_. levant une perpendiculaire _mn_ sur le
milieu d'un des cts _hl_ de ce triangle, le point de rencontre _n_ de
cette perpendiculaire avec la base _fh_ donnera le centre de l'arc
_hol_. Traant du point _l_, comme sommet, un angle gal  l'angle
_l'fg_, de manire  ce que la ligne _lp_ spare cet angle en deux
angles gaux, nous avons les deux cts _lq_, _lr_, d'un triangle
quilatral quelconque; prolongeant le trac des arcs _loh_ jusqu' leur
rencontre avec ces cts _lr_, _lq_; _qrl_ est un triangle quilatral
dont les cts _ql_, _rl_ sont les cordes des arcs _lor_, _lo'q_. L'arc
bris _qrl_ est _outre-pass_; il donne au plus grand cartement _fh_,
entre les deux arcs, la proportion du triangle _fhl_, et,  sa naissance
_qr_, la proportion du triangle quilatral _qrl_. Le nu des
pieds-droits de cet arc sera en _s_ et _t_, c'est--dire  l'aplomb des
deux points _f_, _h_. Cette forme d'arc outre-pass, employe
frquemment dans les monuments de la Perse, se trouve dj adopte pour
la construction des portiques de la mosque d'Amrou au Caire, construite
en 640 environ, avec quelques variantes dans la mthode du trac. Mais
les architectes de l'cole d'Alexandrie, et les artistes grecs,
initiateurs des populations d'Orient aprs le Ve sicle, n'avaient fait
autre chose que de donner  l'arc bris un trac mthodique, en vue de
satisfaire  un sentiment dlicat des proportions. Bien que dans la
construction de ces arcs, les joints des claveaux fussent normaux aux
courbes, tendissent aux deux centres, ainsi qu'on le voit en X[249];
que, par consquent, la structure ft d'accord avec la forme, et que ces
arcs briss fussent plus rsistants que l'arc plein-cintre, tout en
exerant une pousse moins grande, cependant les architectes orientaux
n'avaient pas entrevu d'autre application de cette forme nouvelle, le
systme des votes n'tait pas pour cela modifi. Il tait rserv aux
architectes du nord de la France de s'emparer de l'arc bris et d'en
faire le point de dpart d'une structure neuve, d'un art original.

Sur les arcs briss ou plein-cintre (car les Orientaux les employaient
simultanment, quoique cependant l'arc bris persiste au Caire et en
Perse plus que partout ailleurs), on levait dans tout l'Orient des
pendentifs et des calottes sphrodales, comme dans les premiers temps
de l'empire de Byzance, sans chercher  tirer de cette nouvelle forme
d'arcs des consquences de nature  modifier la construction des votes.
Avec ce gnie inventif et pratique qui distingue les peuples de
l'extrme occident, nos architectes, ds le commencement du XIIe sicle,
c'est--dire aprs les premires croisades, s'emparrent de l'arc bris
et en firent rapidement une application fertile en rsultats.
Jusqu'alors, en France, on ne connaissait que la vote romaine et on
s'vertuait  la transformer sans obtenir autre chose que de grossires
tentatives accusant un dsir de satisfaire  de nouvelles ncessits
bien plutt qu'un progrs. Ne construisant plus en blocages, rarement en
brique, la vote d'arte romaine n'tait ferme qu' la suite de
difficults nombreuses, qu' l'aide de ttonnements. Les artes
saillantes de la vote romaine moule sur forme, lorsqu'on voulait les
construire en moellon, n'offraient pas de solidit; on rehaussait les
clefs, on cherchait un compromis entre cette forme de vote et la
coupole, afin de donner le moins de saillie possible  ces artes[250]
que l'on ne savait comment maintenir entre les portions de cylindre ou
de conodes poussant au vide. On tendait toujours vers la coupole et
l'on cherchait, au moyen de cintres permanents, d'artes appareilles,
ds le commencement du XIIe sicle,  maintenir les lobes des votes.
Ces artes appareilles (arcs diagonaux, _arcs ogives_) taient dj un
grand pas de fait.

Les Clunisiens, qui ds le XIe sicle taient matres en l'art de btir,
et qui avaient form une cole d'architecture dj brillante  cette
poque, furent les premiers qui surent appliquer l'ogive  la
construction, non-seulement des arcs mais des votes[251]. En relations
constantes avec l'Orient, ils en rapportrent l'arc bris; mais ce ne
fut que sur le sol franais que cet arc dtermina une rvolution dans
l'art de la construction.

En effet, tous les monuments clunisiens et cisterciens btis en
Palestine avant le XIIIe sicle, et si compltement dcrits par M. le
comte Melchior de Vogu dans son ouvrage sur la Terre Sainte[252], en
adoptant l'ogive pour les arcs, conservent cependant le systme de la
structure romane, et dans aucun de ces difices l'ogive n'intervient
pour modifier la vote d'arte romaine, en berceau, ou la coupole. Mais
sitt introduite dans les provinces franaises au nord de la Loire,
l'ogive se mle  la vote et la modifie. Voici d'abord comment le
mlange se fait. Soit (2), une coupole hmisphrique dont nous
prsentons la projection horizontale en perspective; inscrivant un carr
_abcd_ dans le cercle et levant deux plans verticaux sur les deux
diagonales _ad_, _bc_, on coupe l'hmisphre en quatre parties gales
_abe_, _ace_, _cde_, _dbe_. Un plan vertical lev sur _ab_ coupera
l'hmisphre suivant un demi-cercle _abf_, et en supposant que ce
demi-cercle est un arc doubleau plein-cintre, ayant opr de mme sur
les quatre cts du carr, on aura obtenu une calotte hmisphrique,
pntre par quatre cylindres se coupant  angle droit et formant quatre
pendentifs. Mais si nous voulons de cette vote en calotte, porte sur
pendentifs, faire une vote d'artes, au lieu des demi-cercles, sur les
cts _ab_, _bd_, etc., levons quatre arcs briss _abg_, _bdh_, etc.,
runissons les sommets _gh_ de ces arcs briss au point _e_ nous
dtachons de la calotte les artes diagonales _ae_, _be_, _de_, etc., et
nous obtenons des surfaces courbes _age_, _bge_, etc., qui peuvent tre
des portions de berceaux engendrs par des arcs briss et donnant par
leur pntration dans les plans verticaux diagonaux _ad_, _bc_ des
demi-cercles _aed_, _bec_. Ainsi aura-t-on rsolu dj un problme
essentiel, savoir: de pouvoir faire des votes d'artes sur tous les
plans avec des arcs gnrateurs de hauteurs et de diamtres diffrents.
Les Romains, les Grecs byzantins, n'avaient tent autre chose
jusqu'alors, que de couper la vote hmisphrique par des plans
verticaux dont la section ne donnait toujours que des demi-cercles[253].
Nos architectes occidentaux procdent de mme, seulement ils ont vu
l'arc bris, ils le posent  la place du demi-cercle donn par la
section verticale et relvent les pans de la coupole sur cet arc bris.
Leur opration est simple en principe, et peut tre dfinie ainsi:
supposant une coupole hmisphrique en substance lastique, flexible,
faisant les quatre coupures verticalement sur les cts d'un carr
inscrit dans le cercle, on relve quelque peu avec le doigt le bord
suprieur de chacune des coupures; les surfaces restantes de
l'hmisphre suivent ce relvement et forment deux plis diagonaux qui se
perdent au sommet de la calotte. Pour obtenir un rsultat si simple,
combien a-t-il fallu de sicles[254]? C'est dans le porche de l'glise
abbatiale de Vzelay, bti vers 1135, que nous constatons une
application dj savante et raisonne de ce principe.

Prenons d'abord une des votes des bas-cts de ce porche, votes
tablies sur plan carr (3). La forme gnratrice de cette vote est un
hmisphre. La preuve, c'est que les deux plans verticaux passant par
les diagonales _ab_, _cd_, donnent deux demi-cercles dont l'un est
rabattu en _abd_. Pour tracer les arcs doubleaux, au-dessus de l'arrase
forme par les tailloirs A des chapiteaux on a pris une distance AB pour
bien dgager la naissance de ces arcs. La ligne de niveau BC tant
trace, la longueur de cette ligne tant _db_, ct du carr, cette
ligne a t divise en quatre parties; levant une perpendiculaire sur
le milieu de la ligne de naissance, cette perpendiculaire a t divise
en deux parties et demie gales  chacune des divisions de la ligne de
naissance. On a ainsi trac le triangle _ghf_. Du milieu de chacun des
cts de ce triangle, levant une perpendiculaire _ei_, les points de
rencontre _i_ de ces perpendiculaires avec la ligne _gh_ ont donn les
centres de l'arc bris _gfh_. Runissant le sommet _d'_ de la vote avec
les sommets des quatre arcs, la vote d'arte engendre par une coupole
hmisphrique et par quatre ogives a t construite.

Le principe admis, les consquences allaient s'ensuivre avec une
prodigieuse rapidit. Le grand embarras, pour les architectes romains,
n'tait pas de faire des votes sur plan carr, mais sur plan barlong.
Les Romains, dans ce cas, avaient fait des berceaux avec pntration ou
des votes d'artes _triches_, c'est--dire engendres par deux
cylindres de diamtres diffrents se pntrant; les cylindres du plus
faible diamtre ayant leur naissance au-dessus de celle des cylindres de
grand diamtre, ce qui produit un trs-mauvais effet. Mais ds que la
coupole devenait le point de dpart de toute vote, ces embarras
devaient disparatre. Nous avons expliqu, figure 2, comment d'une
calotte hmisphrique on pouvait faire une vote d'arte sur plan carr,
en substituant aux sections semi-circulaires donnes par des plans
verticaux levs sur les cts du carr inscrit, des arcs briss ou des
ogives. Les consquences de cette innovation ne se firent pas attendre.

Soit (4) une coupole sur plan horizontal circulaire, dont le centre est
en A. La section verticale de cette coupole, faite sur le diamtre,
donne la courbe brise BCD dont la flche AD a deux parties et demie des
quatre divisant la base. Il s'agit de faire de cette vote, prsentant
la forme d'un mamelon, une vote d'arte barlongue. Soit le plan
horizontal de cette vote barlongue le paralllogramme rectangle BFEC
inscrit dans le cercle. Si la coupole tait hmisphrique, les sections
verticales leves sur BF, BE donneraient les demi-cercles BGF, BHE;
mais nous redoutons les pousses, nous avons admis l'arc bris comme
moyen de rendre ces pousses moins puissantes pour nous conformer  un
systme de proportions qui nous satisfait plus que le plein-cintre. Nous
divisons alors les lignes de base de nos sections BF, BE en trois
parties gales, et prenant les points II', KK' comme centres, les
longueurs IFI'B, KE, K'B comme rayons, nous dcrivons les deux arcs
briss BLF, BME, ogives qui sont les rabattements des arcs doubleaux sur
lesquels viendront reposer la vote. Ds lors les diamtres BC, FE dont
le rabattement est donn par l'arc bris BDC deviendront des artes, la
vote sera d'artes bien que donne par une coupole; de plus nous serons
les matres de donner aux arcs BF, BE les diamtres dont les longueurs
relatives sont arbitraires. C'est suivant ce principe qu'ont t
construites les votes hautes du porche de l'glise abbatiale de
Vzelay. Mais constatons d'abord un fait essentiel, qu'on parat avoir
nglig dans les recherches faites jusqu' ce jour sur les thories des
votes d'artes du moyen ge; c'est que l'opration de trac, au moment
de la transition, n'est pas tablie  l'_intra-dos_ des arcs doubleaux
ou formerets, mais  l'_extra-dos_. Dans l'exemple, figure 3,
l'paisseur des arcs doubleaux est indpendante du trac, elle est
rapporte en contre-bas. C'est la concavit de la vote  laquelle on
cherche d'abord  donner une forme solide, raisonne et se prtant 
toutes les combinaisons. Les arcs doubleaux viennent se sous-poser comme
un nerf, ou une dcharge destine  porter des constructions
suprieures. Aussi les artes diagonales n'apparaissent-elles pas
encore, leur prsence n'tant point regarde comme absolument
ncessaire[255] tant que les votes drivant de la coupole se portaient
par elles-mmes. Voyons donc ces votes hautes du porche de Vzelay (5).
Les quatre piles tant traces,--elles sont indiques par des
hachures,--conformment  ce que nous venons de dmontrer dans l'exemple
prcdent, les diamtres de la coupole gnratrice sont les deux
diagonales AB, CD; la section verticale de cette coupole faite sur son
diamtre donne la courbe (demie) BE, le diamtre ayant quatre parties et
la flche FE deux et demie. L'extra-dos des arcs doubleaux part des
points DB, l'extra-dos des formerets des points AD. Cet arc doubleau,
rabattu, est ainsi trac: les tailloirs des chapiteaux tant au niveau
G, la naissance, afin de se dgager, a t releve en H. La ligne de
base _hi_, de l'extra-dos, a t divise en quatre parties; sur le
milieu _k_ de cette ligne la perpendiculaire _kl_, tant leve, a t
divise en deux parties et demie de manire  ce que cette flche _kl_
soit  la base comme 2 1/2 sont  4. tablissant le triangle dont le
ct est _hl_, levant sur le milieu une perpendiculaire, la rencontre
de cette perpendiculaire avec la ligne de base _hi_ donne le point _g_
centre de l'arc _hg'l_. Relevant la ligne de naissance des formerets de
la hauteur _op_ au-dessus du tailloir des chapiteaux, on a procd de
mme que pour l'arc doubleau; la ligne de base AD de ces formerets tant
 la flche _pq_ comme 4 est  2 1/2. La section verticale, sur le grand
axe _ot_ de la vote, donne en S la clef E de la section verticale faite
sur AB; en T, l'extra-dos de la clef de l'arc formeret; en _l_,
l'extra-dos de l'arc doubleau. Si nous joignions le point T au point S
par une droite, nous ne pourrions dgager l'arte projete en BXS; alors
nous cherchons sur la ligne de base en _s_ le centre d'un arc passant
par les points TS. Cette courbe est la section verticale de la ligne de
clefs F_t_. Quant au point _l_, il peut tre runi au point S par une
droite, ainsi que le fait voir la section verticale V faite sur FP.
L'paisseur de l'arc doubleau _i_R tant fixe, il se trouve que la
ligne de naissance RH comprise entre l'intra-dos est divise en trois
parties gales par les points _g_, _m_ centres de l'arc bris. Alors cet
arc est un tiers point. On observe donc que tout le trac est command
par les extra-dos des arcs, que cette vote est un compromis entre la
coupole et la vote d'artes, que l'introduction de l'arc bris donne
une grande libert au constructeur dans la disposition des votes sur
plan barlong, et que cependant l'artiste a soigneusement observ un
principe de proportions qu'il regardait non sans raisons comme bon,
puisqu'il rsulte du triangle auquel les anciens donnaient une valeur
harmonique parfaite.

Une difficult, purement matrielle et minime en apparence, obligea
bientt les architectes  faire de nouveaux progrs dans le trac des
votes et  tendre les applications de l'arc bris. Vers la fin du XIIe
sicle on commenait des difices religieux et civils d'une dimension
inusite jusqu'alors. On portait la largeur des grandes nefs jusqu'
quinze et seize mtres et mme jusqu' vingt[256]. L'art de
l'architecture tait alors exclusivement tomb entre les mains des
laques, et ceux-ci comprirent bientt tout le parti qu'ils pouvaient
tirer du nouveau systme de votes. Avec cette logique qui distingue
l'habitant des Gaules, les matres des oeuvres reconnurent que, puisque
de la coupole on ne conservait plus que deux diagonales, ou deux
sections faites sur les diagonales d'un paralllogramme inscrit dans le
cercle, base de cette coupole, il fallait franchement donner  ces deux
arcs croiss une fonction utile, indispensable; il fallait en faire
l'ossature de la vote et porter sur cette ossature des votains
indpendants les uns des autres, pouvant ainsi s'incliner en tous sens,
se biaiser, s'allonger, devenir trs-concaves ou presque plats. Les
votes des cathdrales de Paris, de Senlis, celles de beaucoup d'glises
de l'le de France bties de 1160  1200, prsentent dj une quantit
de combinaisons qui indiquent combien, en trs-peu d'annes, l'cole
laque s'tait mancipe, tout en conservant le principe primitif issu
de la coupole et de l'arc bris. Cependant,--car si rapidement que l'on
progresse, il y a toujours entre le point de dpart et le point
d'arrive des transitions,--la coupole considre comme gnratrice est
une tradition si puissante, que pour la construction des grandes votes,
les architectes n'osent pas encore se fier entirement aux consquences
du systme que nous venons d'indiquer. Ils ont encore dans l'esprit la
configuration de la coupole, ils ttonnent.

Les hautes votes du choeur de la cathdrale de Paris, qui taient
termines avant l'anne 1190, nous fournissent  cet gard un sujet
d'tudes intressantes. La date de leur construction est certaine, et
elles n'ont pas t modifies plus tard ainsi que cela est arriv pour
la plupart des absides du XIIe sicle.

Le souvenir de la coupole a videmment inspir le trac de ces votes
(6). Un cercle dont le centre est en C et dont le rayon est CA a d'abord
t trac. Ce cercle a t divis en neuf parties. Des points 2 et 7,
deux lignes parallles au grand axe AA' ont t tires. Ces deux lignes
2B, 7D sont les ns des murs du haut choeur au-dessus des piles. On voit
que les deux segments du cercle 2--3, 6--7 dbordent le n des deux
murs. Les points 2 et 7 ont t runis par une ligne qui est la
projection horizontale de l'arc doubleau du sanctuaire. Des lignes E3,
E4, E5, E6, runissant le milieu de l'arc doubleau 2--7 aux points
diviseurs de la circonfrence, sont les projections horizontales des
arcs ogives, nerfs de la vote du sanctuaire. Les lignes 3E, 6E,
prolonges jusqu' leur rencontre avec les lignes de ns 7D, 2B, sont
les projections horizontales des branches d'ogives contrebutant les arcs
rayonnants. Une ligne FG, perpendiculaire au grand axe et tangente au
cercle, donne la projection horizontale du dernier arc doubleau des
grandes votes d'artes. Ayant pris sur le grand axe une longueur 9H
gale  9E, on a obtenu le centre, la clef de la vote en arcs d'ogives
FGBD. Mais de mme que le triangle GE6 est divis par l'arc doubleau E7,
on a cru devoir diviser le triangle DHG par un arc doubleau IHK. Voil
pour les projections horizontales. Pour le trac des arcs, la mthode
suivie est celle-ci: l'arc doubleau BD, ou celui FG, ou celui 2--7, sont
engendrs par un triangle dont la base est quatre et la hauteur deux et
demi. Sur le milieu de la base ou naissance BD divise en quatre, on a
lev la perpendiculaire _ab_. Celle-ci ayant deux parties et demie
gales  chacune des divisions de la base, on a trac le triangle BD_b_.
Portant sur la ligne de base de D en _e_ une paisseur gale  celle des
claveaux de l'arc doubleau on a runi le point _e_ au sommet _b_. Du
milieu de cette ligne _eb_, levant une perpendiculaire jusqu' sa
rencontre avec la ligne BD, on a obtenu en _t_ le centre de l'une des
branches de l'arc doubleau. Quant aux arcs-ogives, arcs-diagonaux qui
sont comme les derniers tmoins de la coupole, ils sont plein-cintres,
ainsi que l'indique notre rabattement; leur point de centre tant relev
en _g_, au-dessus du tailloir des chapiteaux, afin que la clef _h_ de
ces arcs se trouve  un niveau plus lev que celui des clefs _b_ des
arcs doubleaux, car on tenait  avoir une pente dans la section de la
vote, de H en _a_. Ds lors, il fallait que la clef des arcs doubleaux
intersecteurs IK se trouvt au niveau de la clef des arcs ogives. On a
donc relev en _p_ le centre des branches de cet arc doubleau rabattu
sur notre figure. La projection verticale de l'arc doubleau 2--7 du
sanctuaire est exactement celle des arcs doubleaux BD, FG. Mais comme
les branches d'ogives rayonnantes du sanctuaire doivent aboutir  la
clef E de cet arc doubleau 2--7, ces branches sont excentriques, ne sont
pas les rayons du cercle dont le centre est C; donc la branche 3E est
plus courte que la branche 4E. Il a donc fallu un trac particulier 
chacune de ces deux branches. Ces tracs sont rabattus sur notre figure;
les clefs _l_ et _m_ de ces branches atteignent, bien-entendu, le niveau
de la clef E de l'arc doubleau 2--7.

De tout ceci il rsulte que les arcs ogives BG, FD, F6, G3, et les
branches 4E, 5E sont bien rellement des ctes de coupoles entre
lesquelles on a perc des formerets et des arcs doubleaux affectant la
courbe aigu. Les architectes n'osaient mme encore s'affranchir de la
configuration concave de la coupole, bien que le systme admis l'et
permis, car ils avaient le soin de tenir les clefs des arcs doubleaux et
des formerets plus basses que celles des arcs diagonaux, afin de
conserver  la structure cette forme de calotte qui leur semblait
ncessaire  la solidit.

Le principe de la coupole considre comme gnratrice des votes en
arcs d'ogives nous parat trop important pour que nous n'insistions pas.
Ainsi (7), soit une vote absidale en quart de sphre, et dont le plan
est ponctu en _aa_, vote appele _cul-de-four_ et si frquemment
employe par les Romains et pendant la priode romane. Supposons que
nous divisions ce cul-de-four en cinq parts (voir le plan A), que
rservant seulement des ctes _cbd_, nous enlevions, entre ces ctes,
les triangles _edb_, _ebb_, etc.; nous aurons la figure perspective
trace en B. Il est clair que nous pouvons voter les triangles vides,
soit au moyen d'un formeret plein-cintre _c_, soit au moyen d'un
formeret aigu D dont la clef E est en contre-bas de la clef F, soit au
moyen d'un formeret aigu dont la clef G est au niveau de celle F. Ce que
nous indiquons ici dans une seule figure, il a fallu quelques annes
pour le faire. Les hautes votes de l'abside de l'glise abbatiale de
Vzelay sont faites conformment au figur C; elles datent de 1190
environ. Celles de la cathdrale de Paris sont faites d'aprs le trac D
(1180). Celles des glises du commencement du XIIIe sicle, conformment
au trac G[257]. Comme l'arc ogive (plein-ceintre) _bd_ est plus long
que l'arc doubleau _cd_, lorsqu'on a voulu avoir les clefs de ces arcs
doubleaux au niveau de celles des arcs ogives, il a fallu prendre la
forme aigu pour les premiers, ainsi qu'on le voit en H. Il est vident
que sur ces ctes conserves de la coupole, on n'a pas immdiatement os
faire porter tout le poids des votains. Les architectes, en laissant
les clefs des formerets  un niveau plus bas que celui des clefs des
arcs ogives, pensaient ainsi faire porter une partie du poids des
votains ou remplissages triangulaires sur les murs, et ils ne se
trompaient pas; mais ils reconnurent bientt que cette structure avait
des inconvnients: elle tendait  dverser les formerets en dehors.
C'tait un compromis entre la structure antique et celle nouvellement
inaugure qui devait arrter quelque temps les dveloppements de l'art
du XIIIe sicle; d'ailleurs, il tait plus simple de considrer les arcs
rservs de la coupole comme les points rsistants, destins 
transmettre les pesanteurs des votes, et de maintenir alors solidement
la pousse de ces ctes; c'est ce que l'on fit bientt: 1 en adoptant
l'arc bris pour les formerets; 2 en levant les clefs de ceux-ci au
niveau des clefs des arcs ogives, comme l'indique la figure 7 en G.

Les projections des grandes votes du choeur de la cathdrale de Paris
que nous avons traces (fig. 6) nous montrent en BDFG one vote presque
carre, compose de deux arcs ogives BG, DF, de deux arcs doubleaux BD,
FG, d'un arc doubleau intermdiaire KI et de quatre formerets BK, KF,
DI, IG. Ayant la disposition des votes sur plan carr des collatraux,
des points d'appuis en B, K, F, D, I, G d'une part, et la tradition de
la coupole de l'autre, les constructeurs, cherchant  conserver de cette
coupole deux tranches diagonales BG, DF, sur lesquelles devaient reposer
les remplissages ou votains, ne pensaient pas que ces diagonales
dussent ne point se couper suivant des angles trs-rapprochs de l'angle
droit, sinon droits. Ils franchissaient ainsi deux traves, faisant
porter ces arcs ogives ou diagonaux sur les points d'appuis, de deux en
deux; mais autant pour diminuer la surface des remplissages que pour
rpartir leur poids sur toutes les piles, ces constructeurs recoupaient
la vote en arcs d'ogives par un arc doubleau intermdiaire KI.

Voici donc ce que donnait cette combinaison (8). La coupole  projection
horizontale circulaire tait encore la gnratrice de cette vote. En
effet (voir la projection horizontale A), les arcs ogives _ab_, _cd_, ne
sont autre chose que les tranches rserves de la coupole; seulement,
les murs de la nef tant sur les deux parallles _ad_, _cb_, un arc
doubleau intermdiaire band de la pile _e_  la pile _f_ permettait de
voter chacun des triangles _adg_, _cbg_ au moyen de deux votains
_aeg_, _edg_, _cfg_, _fbg_. Au lieu de deux formerets _ad_, _cb_, on
obtenait quatre formerets _ae_, _ed_, _cf_, _fb_. Le figur perspectif B
explique ce systme. L, le plan fictif de la coupole est visible. Les
deux arcs ogives CD, EF en sont les dernires traces; l'arc doubleau
intermdiaire GH, au lieu d'tre, comme les arcs ogives, une tranche
spare de la coupole, a t report de G' en G et de H' en H; son
sommet atteint le niveau de la clef I des arcs ogives; puis, l'ossature
ainsi tablie, dans les triangles K rests vides on a band les votains
K', qui portent sur les arcs ogives, les arcs doubleaux, et qui sont
tracs par les formerets L. Ce systme offrait encore l'avantage de
prendre des jours latraux sous les formerets dans la hauteur mme de la
vote.

Mais il tait peu logique, ayant des points d'appuis gaux en force, en
_aed_, de faire porter deux arcs ogives et un arc doubleau sur les piles
_ad_, tandis qu'on ne chargeait la pile _e_ que d'un seul arc doubleau.
On prit donc, vers 1230, le parti de faire des grandes votes par
traves, trs-barlongues, et de charger galement toutes les piles.
C'est ainsi que sont construites les votes hautes des nefs des
cathdrales d'Amiens et de Reims; la coupole en est cependant le
principe gnrateur comme pour les votes prcdentes. Dans la
cathdrale d'Amiens les arcs diagonaux ou ogives sont des plein-cintres,
ou trs-peu s'en faut; mais dans celle de Reims la coupole gnratrice
des arcs ogives est trace sur un triangle quilatral, et l'pure de
ces votes est aussi simple que profondment raisonne.

En A (9) est donne la projection horizontale d'une de ces votes
hautes; les piles tant en _abcd_, l'axe de ces piles donne les points
de dpart des deux arcs ogives _ad_, _bc_, ou plutt les arcs ogives
sont les diagonales d'un paralllogramme rectangle dont les angles
tombent sur les axes des piles. Ces arcs ogives sont les tranches
rserves d'une coupole dont la trace horizontale est donne par le
cercle _iji'j'_ et dont la section verticale est la courbe brise
_klk'l'_, inscrivant un triangle dont la base est  la hauteur comme 13
est  10.--On remarquera que le trac est donn par
l'extra-dos.--L'extra-dos des arcs doubleaux rabattus en _efg_ inscrit
un triangle quilatral; l'extra-dos des formerets rabattus en _hmn_
inscrit de mme un triangle quilatral; la clef _n_ de ces formerets
atteint le niveau de la clef _g_ des arcs doubleaux, de sorte que leur
naissance est releve en _mh_. Ces formerets sont d'ailleurs les
archivoltes des fentres. Ainsi donc les consquences du principe de la
vote d'arte dite gothique se simplifiaient rapidement. Les pures
pouvaient tre indiques dj vers 1230 par une simple formule. Le
triangle quilatral est toutefois rarement employ pour tracer les
grands arcs doubleaux des votes, il est plutt adopt pour les
formerets dont il fallait relever les naissances (voy. CONSTRUCTION).

Villars de Honnecourt[258], parmi ses croquis, trace la figure 10, sous
laquelle il inscrit cette lgende: Par chu fait om trois manires dars,
a compas ovrir one fois. Ce qui veut dire: Par ce moyen l'on fait
trois manires d'arcs avec une seule ouverture de compas. En effet,
soit le rayon AB, nous traons le demi-cercle (plein-cintre) CBD. Posant
la pointe du compas en C, avec le mme rayon nous traons l'arc bris
ACE, inscrivant un triangle quilatral. Abaissant du point E une
perpendiculaire sur la ligne de base, le point de rencontre F divise le
rayon AC en deux parties gales. Posant la pointe du compas sur F,
toujours avec le mme rayon nous tracerons l'arc GCH. Les centres de
l'arc bris GCH seront poss sur les points FA qui divisent la base CG
en trois parties gales. C'est cet arc auquel quelques auteurs ont donn
le nom de _tiers-point_[259]. Or, les architectes du moyen ge ne
trouvaient pas toujours des aires assez tendues pour pouvoir tracer
entirement les pures des arcs de leurs votes grandeur d'excution; on
comprend en effet que lorsqu'il s'agissait d'lever une cathdrale comme
celles d'Amiens ou de Reims, il et fallu pour tracer, grandeur
d'excution, toutes les pures simultanment ncessaires, un emplacement
plus vaste que n'tait la surface occupe par le monument lui-mme.
Force tait alors de chercher des moyens de tracs occupant peu de place
et prsentant cependant une exactitude rigoureuse. L'album de Villars de
Honnecourt indique plusieurs procds propres  tracer des panneaux de
claveaux d'arcs sans le secours d'une pure d'ensemble, et ce dfaut
d'espace pour faire les pures obligea les architectes  adopter
certains arcs briss tracs d'aprs une formule gomtrique. Ainsi, ces
architectes ont-ils admis de prfrence,  dater du milieu du XIIIe
sicle, trois arcs briss: 1 l'arc bris engendr par le triangle
quilatral; 2 l'arc bris tiers-point, et 3 l'arc bris quinte-point.
Le trac des ogives obtenu en posant les centres sur deux points
diviseurs de la base, en trois, en quatre, en cinq, en six, en sept et
en huit, permettait de faire une pure rigoureuse, sans qu'il ft
ncessaire de tracer l'ensemble d'un demi-arc. Soit (11) en A un arc
bris engendr par un triangle quilatral, il est vident que le rayon
_ab_ est gal  la base _ad_; que si nous traons le quart de cercle
_do_, le segment _bo_ sera la moiti du segment _db_, puisque le
triangle quilatral divise le cercle en six parties gales. La clef _b_
est donc le troisime point du quart de cercle divis en trois segments
gaux; c'est la raison qui a fait donner parfois le nom d'_arc en
tiers-point_  l'arc quilatral, c'est--dire d'arc dont la clef tombe
sur le troisime point du quart de cercle divis en trois parties
gales. Soit en B l'arc bris auquel le nom de tiers-point doit tre
appliqu de prfrence  tout autre, la base _ce_ tant divise en trois
parties gales, cette base pourra tre divise en six parties gales, et
la perpendiculaire abaisse du sommet de l'arc sur la base divisera
celle-ci en deux parties gales; donc le rayon _fe_ ayant quatre de ces
parties, le rayon _fg_ en contiendra galement quatre. Or, supposons que
pour tracer l'pure des claveaux de l'arc bris B nous n'ayons que
l'espace _f_B_g_, la base _ce_ tant connue, nous en prendrons le
sixime que nous tracerons en B'_f'_ (voir le figur C); sur la base
B'_f'_, du point B' nous lverons une perpendiculaire B'_g'_; prenant
alors un rayon _f'g'_ ayant quatre fois la longueur de B'_f'_ qui est le
tiers du demi-diamtre de l'arc, et posant la pointe du troussequin en
_f_, la rencontre de la ligne _f'g'_ avec la perpendiculaire B'_g'_
donnera le point _g'_, sommet de l'arc bris. Nous pourrons tracer une
portion d'arc _g'i_, donner l'paisseur des claveaux _i_K et tracer les
joints d'un de ces claveaux. Tous les claveaux de l'arc seront donc
donns par celui _lmno_, et nous pourrons, sur ce panneau, en faire
tailler des milliers. Reste  tracer la clef ou plutt la contre-clef,
puisque les arcs briss ont un joint  la clef. Le prolongement de la
perpendiculaire B'_g'_ nous donnera le panneau de cette contre-clef,
comme l'indique notre figure. Mais nous avons encore un autre moyen
d'obtenir son panneau (voir le trac D). Soit la ligne _pq_ l'paisseur
des claveaux, nous la divisons en quatre parties; traant du point _q_,
au moyen d'une sauterelle, un angle _qrs_ gal  l'angle _f'ut_, nous
prendrons sur le ct _qs_ une longueur _qv_ gale  l'une des quatre
parties de la ligne d'paisseur _pq_; nous runirons le point _p_ au
point _v_, et nous aurons trac le triangle _pqv_  ajouter aux claveaux
pour former le panneau de la contre-clef. Pour tracer les panneaux des
claveaux de l'arc quinte-point figur en G, on procdera de la mme
manire; seulement, la base de l'arc tant divise en cinq parties
gales, nous prendrons une de ces parties et demie pour commencer
l'opration et nous en prendrons quatre pour le rayon. Ce n'tait donc
pas au hasard que les constructeurs du moyen ge, dans le trac de leurs
arcs briss, posaient les centres sur la ligne de base ou de naissance
de ces arcs, et comme preuve de leur mthode de trac d'pures
partielles, on peut observer que les claveaux ayant t taills sans
connatre exactement le nombre ncessaire  chacune des branches de
l'arc, ou la largeur de douelle, il arrive souvent qu'au moment de
fermer l'arc, on pose une contre-clef trs-large ou un dernier claveau
beaucoup plus mince que les autres.

Mais une figure singulire, trace dans l'Album de Villars de
Honnecourt, nous donne la clef de tout un systme de tracs d'arcs pour
un difice entier et permettant, comme dans l'exemple prcdent, de
faire des pures partielles avec une rigoureuse exactitude et sans avoir
besoin d'aires d'une surface considrable[260]. La planche XXXIX de cet
album nous montre une clef de tiers-point trace d'aprs la mthode
prcdente, puis une spirale coupe par une ligne droite passant par son
oeil. Au-dessous de ce croquis, on lit: Par chu tailon one clef del
quint point (Par ce moyen taille-t-on une clef de quinte-point). Le
texte ne se rapporte qu'au trait de la clef, mais la prsence de cette
spirale, dessine l comme un simple souvenir, se rapporte videmment
aux tracs d'arcs engendrs par une division du diamtre en cinq. Ce
croquis est celui reproduit exactement par le trait plein de notre
figure 12[261]. Sur une base AB, divise en cinq parties gales et
donnant six points, du milieu C comme centre on a trac le demi-cercle
AB.--On observera que ce point C spare la division 3--4 en deux parties
gales.--Prenant alors le point 3 comme centre et 3A comme rayon, on a
trac le second demi-cercle A5. Reportant la pointe du compas sur C et
prenant C5 comme rayon, on a trac le troisime demi-cercle 2--5.
Reportant la pointe du compas sur 3 et prenant 3--2 comme rayon, on a
trac le quatrime demi-cercle 2--4. Reportant enfin la pointe du compas
sur C et prenant C4 comme rayon, on a trac le cinquime demi-cercle
3--4. Si des deux centres 3 et C, qui ont servi  tracer tous les
demi-cercles, nous levons les deux perpendiculaires 3_a_, C_b_, nous
coupons ces demi-cercles en _a_, en _c_, en _b_ et en _d_. En supposant
que les arcs ogives d'une grande vote barlongue de nef soient le
plein-cintre dont AB est le diamtre, les arcs doubleaux ayant une base
comprenant quatre parties ou la longueur A5, ces arcs doubleaux se
composeront d'une branche d'arc A_a_ et d'une seconde branche d'arc 5_a_
dont le centre sera _e_ point milieu de la partie 2--3. L'arc doubleau
sera trac au moyen de deux arcs de cercle dont le rayon sera CA et dont
les centres C_e_ seront des points diviseurs du diamtre A5 en huit
parties gales. Le diamtre de l'arc ogive ayant cinq parties et l'arc
doubleau quatre (voir la projection horizontale H), l'arc formeret aura
trois parties, car l'arc formeret _lm_ formant un angle droit sur l'arc
doubleau _ln_, si nous donnons  la base de cet arc doubleau 4,  la
base de l'arc formeret 3, l'hypothnuse _mn_, ou base d'un des arcs
ogives, aura 5 par la raison que le carr de 4 est 16, le carr de 3, 9,
que 16 + 9 = 25 carr de 5. Donc AB tant la base de l'arc ogive d'une
vote dont l'arc doubleau est A5, le formeret aura pour base 3B
comprenant trois parties, et nous aurons trac l'arc ogive de cette
vote, son arc doubleau et son arc formeret avec la mme ouverture de
compas; les points diviseurs de la base AB nous ayant donn en C le
centre des arcs ogives, en C_e_ les centres de l'arc doubleau, en C_f_
les centres de l'arc formeret. Par consquent, les mmes arcs de cercle
servant pour tracer ces trois arcs, tous les panneaux des claveaux de
ces arcs pourront tre taills sur une seule pure ou portion d'pure,
en supposant que nous appliquions le procd indiqu en D (11). Si c'est
une vote plus troite que nous voulions tracer, c'est--dire une vote
dont la base des formerets soit la moiti de la base de l'arc doubleau,
nous aurons alors en projection horizontale le trac _lpqn_ (voir le
figur H). Alors l'arc ogive _np_ aura pour diamtre 4 parties 1/2. Cet
arc ogive sera donc la courbe brise dont le diamtre est A_f_ et dont
les centres sont les points 3 et C. L'arc doubleau aura pour diamtre
comme prcdemment A5 et pour points de centre _e_C, et l'arc formeret
aura pour diamtre soit 2--4, soit 3--5, et pour points de centre soit
_e_C, soit _ef_: dans le premier cas cet arc formeret sera trac avec
une ouverture de compas plus courte que celle qui a servi  tracer l'arc
ogive et l'arc doubleau; dans le second, il sera trac avec la mme
ouverture de compas. Si nous divisons le tympan sous l'arc formeret en
deux baies jumelles, chacune aura une partie de la base AB soit 3--4; et
le centre de chacun de ces arcs dont la clef est _d_ sera en 3 et en 4,
cet arc sera quilatral. Si l'arc formeret de la vote barlongue
_lnmr_, ayant pour base 3B et pour centres C _f_, nous parat trop aigu,
nous pouvons lui substituer l'arc dont la base est 2--5, dont la clef
est _b_ et dont les centres sont 3--4. On comprend donc qu' l'aide de
cette figure, les bases de tous les arcs de la vote donnant toujours
des divisions gales connues ainsi que les rayons de ces arcs, ils
peuvent tre taills  l'aide d'une pure partielle prenant trs-peu de
surface. Et en effet, si nous examinons des glises gothiques bties
pendant le XIIIe sicle, nous reconnaissons que tous les arcs ogives,
doubleaux, formerets, que les archivoltes, traves de galeries, etc.,
sont tracs au moyen de points de centres poss sur des divisions gales
en cinq ou dix d'un seul diamtre de cercle. Il ne nous parat pas
ncessaire d'insister davantage sur l'importance de la figure spirale
contenue dans l'Album de Villars de Honnecourt, mais il n'est pas hors
de propos de faire remarquer que la vote barlongue _lnmr_, dont la
projection horizontale est trace en H, drive du triangle donn par
Plutarque comme tant le triangle parfait des gyptiens, et que l'arc
doubleau, dont le diamtre est A5 divis en quatre, possde une flche
3_a_ divise en 2 1/2 moins une trs-minime fraction, c'est--dire qu'il
inscrit un triangle  trs-peu prs semblable  celui que donne la
section verticale de la grande pyramide de Chops. L'arc dit _ogive_
mrite donc quelque attention: ce n'est pas seulement un motif de
solidit qui l'a fait adopter, mais aussi un sentiment des proportions
et un accord harmonique entre toutes les courbes des votes; c'est une
ncessit rsultant de la pratique dans le trac des pures; c'est
surtout un besoin de libert dans la construction de ces votes dont on
ne saurait trop tudier  fond le principe excellent, puisqu'il permet
toutes les combinaisons.

Depuis vingt ans on a fait beaucoup de pastiches de la structure
gothique; bien rarement ces imitations satisfont les yeux: c'est qu'en
effet ceux qui les lvent, en admirant fort d'ailleurs nos anciens
monuments, ne se sont probablement pas donn la peine d'en rechercher
les savants et judicieux lments. En architecture, le got, le
sentiment sont beaucoup; mais pour les appuyer il faut ncessairement se
servir du compas et de la gomtrie. On voit qu'au moyen de la formule
(12) il n'est qu'un des arcs briss qui ait ses centres en dehors de ses
naissances.

C'est qu'en effet dans ces belles coles de l'le-de-France, de la
Champagne, du Soissonnais, les architectes, gens de got, avaient senti
que la dernire limite d'aigut de l'ogive tait l'arc quilatral; que
les centres des branches d'arc placs en dehors des naissances donnaient
une brisure dont l'extrme aigut tait choquante, une proportion
dsagrable, en ce que les rapports de la base avec la hauteur
outrepassaient le triangle quilatral (voy. PROPORTION). Mais les
Normands, les Anglo-Normands taient moins dlicats et cherchaient dans
leur structure, avant toute chose, les formules qui supposent des moyens
pratiques simples. Aussi, au lieu de tenter, comme dans la figure 12, de
trouver des arcs briss de diamtres diffrents ayant tous des angles
gaux au sommet ou du moins peu dissemblables, des rapports analogues
entre les diamtres et les flches, ces gens pratiques du Nord, bons
constructeurs ds le commencement du XIIe sicle, se proccupent
mdiocrement des rapports proportionnels, du choix des formes: ils
veulent une mthode expditive. Nous avons vu comme Villars de
Honnecourt donne les moyens de tracer un plein-ceintre et plusieurs arcs
briss avec la mme ouverture de compas. Or, les votes normandes
leves vers 1220 prsentent souvent une disposition telle que _tous_
les arcs, arcs ogives, arcs doubleaux, formerets, archivoltes, sont
tracs  l'aide d'un mme rayon.

Ainsi (13), soit la projection horizontale d'une de ces votes, l'arc
gnrateur est l'arc ogive qui est un plein-cintre rabattu en ABC. L'arc
doubleau AC rabattu en ACS est trac au moyen du rayon _ab_ gal au
rayon OC. L'arc doubleau de recoupement des arcs ogives DE rabattu en
DEF est trac de mme, au moyen du rayon _ef_ gal au rayon OC, sa clef
F tant naturellement au niveau C de la clef des arcs ogives. Soit _i_K,
_lm_, l'paisseur des piles, les arcs formerets tant compris entre
K_l_. Ces arcs formerets rabattus en K_lp_ sont encore tracs au moyen
du rayon _rt_ gal au rayon OC, leur naissance tant releve de K en V
si l'on veut que les clefs des formerets atteignent le niveau des clefs
des arcs ogives. Si ces formerets servent d'archivoltes aux baies
divises par un meneau, ce sera encore le rayon _nq_ gal au rayon OC
qui servira  tracer les arcs diviseurs de la fentre.

Sauf pour les clefs, l'pure d'un seul claveau d'arc suffisait alors
pour tailler les panneaux de tous les arcs des votes, archivoltes,
baies, etc. Et (voir le trac G), si nous divisons un diamtre d'arc
ogive en quatre ou en dix, avec la mme ouverture de compas, nous
pourrons avoir une suite d'arcs dont les diamtres seront au diamtre du
plein-ceintre, qui est le plus grand arc de la vote ou l'arc ogive,
comme trois, deux, un sont  quatre, ou comme neuf, huit, sept, six,
etc., sont  dix. Ayant donc des claveaux tous taills sur un mme arc,
et une base ou fraction de base, nous pouvons, sans pure, monter tous
les arcs d'un difice. On comprend alors le motif qui avait fait adopter
l'arc bris que l'on appelle _lancette_: c'tait une conomie de trac,
on vitait toute complication d'pures et de panneaux, il ne s'agissait
plus que de donner la section de chacun de ces arcs suivant leur
fonction. Tous taills d'ailleurs sur une mme courbure ( l'extra-dos),
ils prenaient leur place suivant la dsignation donne. S'il fallait des
pures, c'tait seulement pour les cintres en charpente, et encore ces
arcs tant tous tracs  l'aide d'un mme rayon, l'pure du demi-cercle
ou de l'arc ogive permettait de mettre sur ligne tous les autres
cintres, puisqu'il suffisait de savoir quel tait le rapport existant
entre les diamtres de ces arcs et celui du demi-cercle pour avoir le
trac complet de chacun d'eux, ainsi que le fait voir la figure 13 en
G[262].

De ce qui prcde on peut conclure: l que l'arc bris, appel _ogive_,
a t d'abord une importation d'Orient; 2 qu'adopt en Orient comme une
courbure donne par un principe de proportion expliqu ailleurs[263],
cet arc bris a t en France le point de dpart de tout un systme de
construction parfaitement logique, et permettant une grande libert dans
l'application; 3 que par consquent l'arc bris, comme forme,
appartient probablement  l'cole d'Alexandrie et aux Nestoriens, qui
paraissent les premiers l'avoir adopt; mais que, comme principe d'un
nouveau systme de votes, il appartient sans aucun doute  nos
provinces du nord de la Loire, puisqu'en 1140, dans l'glise abbatiale
de Saint-Denis, les constructions leves par Suger ne laissent
apparatre les plein-cintres que pour les arcs ogives, et qu'elles ont
appliqu dj le systme de votes que nous voyons se dvelopper dans la
cathdrale de Paris vingt ans plus tard. Or, nulle part, ni en Europe,
ni en Orient, au milieu du XIIe sicle, on ne construisait de votes
ayant quelques points de rapports, comme emploi de l'arc bris, avec
celles de l'glise de Saint-Denis et de la cathdrale de Paris. Si donc
l'arc bris a pris naissance hors de France comme forme d'arc, nous
sommes les premiers qui ayons su l'appliquer  l'une des plus fertiles
inventions dans l'histoire de la construction. Si donc l'arc bris a
pris naissance hors de France, nous sommes les premiers qui ayons su
tirer de cette forme, issue d'un sentiment des proportions[264], des
consquences d'une valeur considrable, puisqu'elles ont produit la
seule architecture originale qui ait paru dans le monde depuis
l'antiquit.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.][Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]

     [Note 245: _Croix d'augives_, au commencement dn XIVe sicle,
     s'entendaient pour les arcs diagonaux d'une vote d'arte
     gothique. Or, ces croix d'augives, ou arcs ogives, sont le
     plus souvent des pleins-cintres. Item II. crois d'augives
     pour faire les votes sus et une arche entre II crois
     augivres.... (Titre de fondation d'une chapelle  Averdoin,
     du mois de juin 1347. Archives de M. le duc de
     Luynes...--Voy. t. II des _Annales archologiques_, p. 41,
     l'article de M. Lassus sur l'_arc ogive_.) Pendant le moyen
     ge, et jusqu'au XVIe sicle, le mot _ogive_ ou _augive_,
     _arcs ogives_, ne s'appliquait qu'aux nervures croises. Les
     autres arcs, fussent-ils aigus, s'appelaient _arc doubleau_,
     _tiercerons_, _formerets_. (Voy. les articles ARC,
     CONSTRUCTION.)]

     [Note 246: Voyez le _Neuvime Entretien sur l'Architecture_.]

     [Note 247: _Trait sur Isis et Osiris_.]

     [Note 248: Voyez le _Neuvime Entretien sur l'Architecture_.]

     [Note 249: Les Italiens n'ont jamais compris les raisons qui
     avaient fait adopter la forme de l'arc bris au point de vue
     des proportions et de sa vritable fonction. On peut en avoir
     la preuve si l'on observe que presque tous leurs arcs briss
     sont appareills comme un plein-cintre, c'est--dire que les
     joints des claveaux tendent  un seul centre, ce qui est un
     contre sens; que les proportions de ces arcs briss
     prsentent presque toujours un rapport de proportions
     dsagrable entre la base et la hauteur. Mais les Italiens du
     moyen ge n'ont pas compris grand'chose  l'art grec
     postrieur au bas temps, et les Grecs le savaient, puisqu'ils
     les considraient comme des barbares.]

     [Note 250: Voyez les votes des bas-cts de l'glise de
     Saint-Martin-des-Champs,  Paris; celles des bas-cts de
     l'glise de Poissy, etc.]

     [Note 251: Les arcs doubleaux de l'glise de Saint-Front de
     Prigueux datent des dernires annes du Xe sicle, et sont
     dj des arcs briss.]

     [Note 252: _Les glises de la Terre Sainte_, par le comte
     Melch. de Vogu. Paris, 1860.]

     [Note 253: Par cette raison que toute section d'une sphre
     par un plan donne un cercle.]

     [Note 254: D'autres dcouvertes aussi simples dans leur
     principe que fertiles en rsultats ont mis, en ce monde, bien
     du temps  surgir; mais rarement on a considr ces clairs
     de l'esprit humain comme un signe de barbarie. Rarement les
     peuples au milieu desquels ils ont apport une lumire
     nouvelle ont cherch  voiler leur clat.]

     [Note 255: Ces arcs diagonaux sont ce qu'on appelle, dans la
     construction des votes gothiques, les _arcs ogives_. (Voy.
     CONSTRUCTION.)]

     [Note 256: Nef de l'ancienne cathdrale de Toulouse.]

     [Note 257: La Bourgogne est de quelques annes en retard sur
     l'le de France, et les votes du choeur de Vzelay
     correspondent comme facture  celles (anciennes) de la
     cathdrale de Noyon, qui date du milieu du XIIe sicle.]

     [Note 258: _Album de Villars de Honnecourt_. Voir les
     ditions franaise et anglaise. Pl. XI.]

     [Note 259: Cette dnomination nous semble en effet
     parfaitement applicable  cette sorte d'arc, puisque la
     pointe du compas est place sur le troisime des points
     diviseurs de la base. Cependant l'arc quilatral est souvent
     aussi appel tiers-point. Nous allons voir pour quelle
     raison.]

     [Note 260: L'usage de cette figure, qui n'a point t
     explique dans l'dition franaise de Villars de Honnecourt,
     est, en prsence des monuments, d'une importance capitale.
     N'oublions pas que les anciens matres des oeuvres, btissant
     dans des villes resserres, ne pouvaient disposer de chantier
     ou d'aires d'une grande tendue. En thorie, on ne tient
     gure compte de ces difficults, mais dans la pratique elles
     ont une telle importance, qu'elles forcent les architectes
     qui tiennent  faire tracer leurs pures devant eux  adopter
     des mthodes qui influent sur les formes adoptes.]

     [Note 261: Les lignes ponctues, chiffres et lettres ont t
     poss par nous pour expliquer l'usage de cette figure.]

     [Note 262: C'est en faisant refaire des arcs de votes
     gothiques que nous avons t amen  reconnatre cette unit
     de la courbe pour beaucoup d'entre eux dans un mme difice,
     quel que fut le diamtre de chacun de ces arcs, car les
     courbes de cintres en charpente taills pour l'un servaient
     pour plusieurs; seulement le segment de chaque branche tait
     plus ou moins long.]

     [Note 263: Dans nos _Entretiens sur l'architecture_
     (Neuvime).]

     [Note 264: Voyez le _Neuvime Entretien sur l'architecture_
     et l'art. PROPORTION.]



ORATOIRE, s. m. Petite chapelle leve sur le lieu tmoin d'un vnement
considr comme miraculeux, ou pour conserver un souvenir religieux. On
donne aussi le nom d'_oratoire_  certaines chapelles dpendant des
appartements d'un chteau, d'un palais ou d'un htel. On appelait encore
oratoires, pendant le moyen ge, des _clotets_, c'est--dire de petites
chambres tapisses que l'on dressait dans les grandes chapelles de
chteaux et qui taient destines aux chtelains et  leurs proches.

Lebeuf, dans son _Histoire du diocse de Paris_[265], mentionne certains
oratoires levs dans les endroits o saint Germain s'tait arrt pour
prier ou pour instruire le peuple. Les anciennes abbayes possdaient,
outre la principale glise, des oratoires levs en plusieurs lieux de
l'enclos. C'est pour perptuer les souvenirs que rappelaient de
trs-anciens oratoires, qu'en 1034 on rebtit les petites chapelles de
Saint-Martial  Paris, qu'un incendie avait dtruit[266]. La plupart des
monastres ne furent, dans l'origine, qu'un oratoire lev au milieu
d'un dsert et autour duquel des cnobites vinrent s'tablir. Saint
Clment rigea ainsi un oratoire en un lieu dit Gorze, prs de Metz, qui
devint bientt le centre d'un grand monastre[267]. Un oratoire avait
t rig en face le monastre de Sennoul pour y dposer les reliques de
saint Simon. C'est retir dans son oratoire,  Vienne, en Dauphin, que
l'archevque Turpin ou Tulpin apprit la mort de Charlemagne  Cologne
par plusieurs diables qui s'en retournaient sans avoir pu enlever l'me
de l'empereur, disaient-ils, si l'on en croit la chronique de Richer.
Charlemagne fit btir aussi un grand nombre d'oratoires, parmi lesquels
il faut citer celui de la valle de Moyen-Moustier, lev en l'honneur
de saint Denis, et dans lequel tait conserv le corps du pape
Alexandre, martyr, recueilli  Rome. Cet oratoire tait pav en mosaque
et exista jusqu'en 1586[268].  Cluny,  Clairvaux on conservait encore,
au dernier sicle, les oratoires de saint Odilon et de saint Bernard:
c'est--dire les cellules isoles dans lesquelles se tenaient
habituellement ces personnages. Bien entendu, ces chambrettes n'taient
remarquables que par leur extrme simplicit.

On disposait aussi certains oratoires au milieu des forteresses du moyen
ge; placs sous le vocable d'un saint particulirement vnr dans la
contre et dpositaires de quelques-unes de ses reliques, ils
protgeaient les dfenses.

C'est ainsi qu'au milieu de la cit de Villeneuve-ls-Avignon, on voit
encore un oratoire du XIIe sicle conserv au milieu de l'enceinte
rebtie au XIVe sicle. La figure 1 donne le plan de cette petite
chapelle, et la figure 2 son lvation perspective.

Outre la chapelle, qui tait commune  tous les familiers, les chteaux
possdaient un ou plusieurs oratoires tenant aux appartements du
chtelain et de la chtelaine. Ces oratoires n'taient autre chose
qu'une petite pice retire, ordinairement place dans une tour. On s'y
enfermait pour prier, mais on n'y faisait pas l'office divin. Ce ne fut
gure qu'au XIVe sicle que les oratoires de chteaux devinrent par fois
de vritables petites chapelles dans lesquelles on pouvait dire la
messe.

En 1365, Charles V fit disposer dans la chapelle du chteau du Louvre un
oratoire trs-richement dcor, afin de s'y retirer lorsqu'il voulait
assister  la messe[269]. Louis XI fit de mme btir, entre deux des
contre-forts de la Sainte-Chapelle du Palais,  Paris, un oratoire d'o
il pouvait voir l'office par une petite baie biaise, sans tre vu des
assistants. Cet oratoire, qui existe encore, est vot en berceau et
fort simple; il tait probablement tendu en tapisseries. L'extrieur
est, au contraire, richement dcor de fines sculptures et termin par
une balustrade fleur-de-lys avec un L couronn au centre. Un oratoire
est accol galement  la Sainte-Chapelle du chteau de Vincennes (voy.
CHAPELLE).

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]

     [Note 265: T. I, p. 102.]

     [Note 266: Lebeuf, t. II, p. 498.]

     [Note 267: _Chroniq. de Richer_, l. II, chap. III.]

     [Note 268: _Chroniq. de Richer_, l. II, chap. IX.]

     [Note 269: Sauval. _Hist. et antiq. de la ville de Paris_, t.
     II, p. 22.]



ORGUE, s. m. (Voy. BUFFET.)



OSSUAIRE, s. m. Construction couverte, leve dans les cimetires pour y
dposer les ossements que l'on retrouve dans la terre sainte, lorsqu'on
y creuse de nouvelles fosses. Autrefois tous les cimetires possdaient
un ossuaire. Quelquefois, comme au cimetire des Innocents,  Paris,
l'ossuaire n'tait qu'un clotre, sous les lambris duquel on plaait
successivement les ossements que la multiplicit des spultures mettait
 dcouvert. Sur les parois des glises, et mme des deux cts de leur
porte principale, on pratiquait aussi des enfoncements abrits par un
bout de galerie de clotre, et dans ces enfoncements garnis de grilles
serres on jetait les ossements dont regorgeait la terre des cimetires.
Un ossuaire de ce genre (1) existait sur l'un des cts de la faade de
l'glise de Fleurance (Gers). Plus souvent l'ossuaire formait comme une
chapelle perce d'une quantit de petites baies,  travers lesquelles on
apercevait les ossements accumuls peu  peu  l'intrieur. La Bretagne
conserve encore un assez grand nombre d'ossuaires qui datent des XVe et
XVIe sicles, et l'on n'a point cess d'y dposer des ossements;
quelques-uns en sont remplis jusqu'au comble. Lorsque les ossements
exhums par le creusement de nouvelles fosses appartiennent  des morts
auxquels on a pu donner un nom, les familles font enfermer le chef, le
crne du mort, dans une petite bote surmonte d'une croix, et ces
botes sont poses sur l'appui des nombreuses baies de l'ossuaire. La
fig. 2 reprsente une vue de l'ossuaire du Faout (Finistre), qui se
trouve accol  l'glise et donne sur le cimetire[270].

Dans des glises des provinces mridionales, surtout dans le pays
basque, nous avons vu souvent,  l'extrieur des absides des glises
rurales entoures de leur cimetire, des niches pratiques sous les
appuis des fentres et dans lesquelles se trouvent rangs avec soin des
crnes recueillis en remuant la terre sainte. Les caveaux pratiqus sous
certaines parties des glises servaient quelquefois aussi d'ossuaires.

Le dsir d'tre enterr le plus prs possible des glises, lorsqu'on ne
pouvait l'tre dans son enceinte mme, faisait rapprocher les tombes
autour des fondations sous l'got du toit. Des ossuaires taient donc
habituellement disposs entre les contre-forts des nefs, comme pour
satisfaire au voeu habituel des mourants. C'est ce qui explique pourquoi
les galeries de clotre accoles aux glises taient, du ct oppos 
la claire-voie, perces d'enfoncements, de rduits, sortes d'_armoires_,
dans lesquels on rangeait les ossements rendus au jour par la bche du
fossoyeur; rduits ou armoires dont notre figure 1 donne la disposition.
Si on construisait des ossuaires en dehors des glises, on devait en
avoir aussi pour l'intrieur, car on n'aurait pas voulu rejeter au
dehors des ossements de fidles dcouverts dans l'intrieur. Mais comme
on ne devait exhiber dans l'intrieur de l'glise que les restes de
personnages saints, on plaait les os sortis d'anciennes spultures
inconnues dans de petits caveaux, dans certaines parties des cryptes,
ou, comme nous l'avons vu quelquefois, dans des trous pratiqus 
travers les maonneries et murs. Cet usage tait frquent chez les
religieux, et nous avons dcouvert, en rparant de vieux murs d'glises
abbatiales, de ces rduits murs entirement remplis d'ossements humains
provenant videmment de plusieurs corps.

[Illustration; Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]

     [Note 270: Nous devons le dessin de cet ossuaire  M.
     Gaucherel.]



OUBLIETTES, s. f. (S'emploie au pluriel.) Fosse profonde creuse sous le
plancher ou la vote d'une salle, et dans laquelle on prcipitait les
gens que l'on tenait  faire disparatre. Il n'y a pas de chteau du
moyen ge dans lequel on ne montre des oubliettes, et cependant nous
devons avouer que nous avons trs-rarement trouv des fosses auxquelles
on puisse donner ce nom; gnralement ce que l'on considre comme des
oubliettes sont des fosses d'aisances dont il est bien ais de
reconnatre l'emploi, pour peu que l'on soit familier avec l'art de la
construction (voy. LATRINES).

Nous avons vu dans beaucoup de chteaux, d'abbayes et d'officialits,
des cachots, des _vade in pace_; mais nous ne connaissons que trois
oubliettes considres comme telles avec quelque raison. Les unes se
trouvaient au chteau Chinon, les secondes  la Bastille et les
troisimes dans celui de Pierrefonds. Il faut constater aussi que les
romans et les chroniques du moyen ge parlent souvent de _chartres_, de
cachots; mais d'oubliettes, il n'en est pas question. Nous ne serions
pas loign de croire que les oubliettes du chteau Chinon sont des
latrines, ce qui rduirait les exemples cits  deux. Nous devons
avertir nos lecteurs, dit M. Mrime dans les _Instructions du comit
historique des arts et monuments_[271], de se tenir en garde contre les
traditions locales qui s'attachent aux souterrains des donjons. On donne
trop souvent au moyen ge des couleurs atroces, et l'imagination accepte
trop facilement les scnes d'horreurs que les romanciers placent dans de
semblables lieux. Combien de celliers et de magasins de bois n'ont pas
t pris pour d'affreux cachots! Combien d'os, dbris de cuisines, n'ont
pas t regards comme les restes des victimes de la tyrannie fodale!
C'est avec la mme rserve qu'il faut examiner les cachots dsigns sous
le nom d'_oubliettes_, espces de puits o l'on descendait des
prisonniers destins  prir de faim, ou bien qu'on tuait en les y
prcipitant d'un lieu lev dont le plancher se drobait sous leurs
pieds. Sans rvoquer absolument en doute l'existence des oubliettes, on
doit cependant les considrer comme fort rares, et ne les admettre que
lorsqu'une semblable destination est bien dmontre. Nous sommes
d'autant plus dispos  considrer les oubliettes du chteau Chinon
comme une fosse de latrines, que l'espce de puits  plan carr qui les
compose est perc  peu prs  mi-hauteur d'une porte qui semble tre la
voie d'extraction des matires,  moins d'admettre que cette porte n'ait
t pratique pour voir si le condamn tait bien mort. Quant aux
oubliettes de la Bastille, elles pourraient passer pour une glacire. En
voici la coupe (1). Elles consistaient en une salle vote  six pans,
situe dans le soubassement d'une des tours,  laquelle on n'arrivait
que par une petite porte communiquant  l'escalier  vis; tout autour de
cette salle tait un trottoir d'un mtre de large, et au milieu un cne
renvers termin par un petit orifice destin  entraner les eaux. Il
est certain qu'un malheureux descendu dans le fond de cet entonnoir ne
pouvait ni s'asseoir, ni se coucher, ni se tenir debout. Il faudrait
admettre que le petit canal tait une vidange, et que les gens qu'on
descendait dans ce cul de basse-fosse taient placs l pour leur donner
le loisir de faire des rflexions. C'tait une sorte de question
prolonge. Mais ce cne peut bien tre une glacire, et ce ne serait pas
le seul exemple d'un magasin de glace existant dans un chteau. Nos
anctres aimaient  boire frais, le petit canal infrieur est alors bien
expliqu. Quant aux oubliettes du chteau de Pierrefonds, on ne peut
douter de leur destination; en voici la coupe (2). Elles consistent en
un puits creus au milieu d'une salle qui tait certainement un cachot,
puisqu'il contient dans une niche un sige d'aisances.

On ne peut mme descendre dans ce cachot que par un orifice A perc au
centre de sa vote. On descendait du rez-de-chausse  la salle C, qui
devait servir galement de prison, par un escalier  vis.  cette salle
C est joint un cabinet d'aisances; elle ne recevait de jour que par une
trs-petite ouverture D. Si l'orifice des oubliettes restait bant dans
le cachot, s'il n'tait pas ferm par un tampon, on conoit quelle
devait tre la situation du malheureux prisonnier craignant sans cesse
de tomber dans ce trou qu'il ne pouvait voir, puisque le cachot ne
reoit pas de jour. Les deux orifices, celui de la vote et celui des
oubliettes, se correspondant exactement, de la trappe A on pouvait faire
tomber quelqu'un dans le puits sans prendre la peine au pralable de le
descendre dans le cachot. Nous sommes descendus au fond de ces
oubliettes; nous y avons trouv le rouet qui a servi  les fonder, mais
aucune trace d'tre humain. En B est le niveau du fond du foss. En les
creusant de deux mtres nous en avons fait un puits qui donne de l'eau
pour les besoins du chteau. Dans ce mme chteau il existe d'autres
cachots semblables  celui-ci, sauf le puits des oubliettes; dans l'un
de ces cachots nous avons constat l'existence de noms gravs et une
grossire sculpture faite sur les parements. On prtend qu'au chteau de
Blois il existe aussi des oubliettes, mais nous n'avons pu en vrifier
exactement la forme.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]

     [Note 271: _Collection de documents indits sur l'hist. de
     France. Architecture militaire_, p. 74.]



OUVRIER, s. m. Quelle tait la situation de l'ouvrier de btiments au
moyen ge? Cette question est difficile  rsoudre. Avant
l'tablissement rgulier des corporations, vers le milieu du XIIIe
sicle, l'ouvrier tait-il libre, comme celui de notre temps, ou
faisait-il partie d'un corps, obissant  des statuts, soumis  une
sorte de juridiction exerce par ses pairs? Les marques de tcherons que
l'on trouve sur les pierres des parements de nos monuments du XIIe
sicle et du commencement du XIIIe, dans l'le-de-France, le
Soissonnais, le Beauvoisis; une partie de la Champagne, en Bourgogne et
dans les provinces de l'Ouest, prouvent videmment que les ouvriers
tailleurs de pierre, au moins, n'taient pas pays  la journe, mais 
la tche. Suivant le mode de construire de cette poque, les pierres des
parements faisant rarement parpaing et n'tant que des carreaux d'une
paisseur  peu prs gale, la maonnerie de pierre se payait  tant la
toise superficielle au matre de l'oeuvre, et la pierre taille, compris
lits et joints,  tant la toise de mme  l'ouvrier. Celui-ci marquait
donc chaque morceau sur sa face nue afin que l'on pt estimer la valeur
du travail qu'il avait fait.

Il faut bien admettre alors que l'ouvrier tait libre, c'est--dire
qu'il pouvait faire plus ou moins de travail, se faire embaucher ou se
retirer du chantier comme cela se pratique aujourd'hui. Mais vers le
milieu du XIIIe sicle, lorsque les rglements d'tienne Boileau furent
mis en vigueur, ce mode de travail dut tre modifi.

Les ouvriers durent d'abord se soumettre aux statuts de la corporation
dont ils faisaient partie; le salaire fut rgl par les matrises, et
chaque affili ne pouvant avoir qu'un, deux ou trois apprentis sous ses
ordres, devenait ainsi, vis  vis le matre de l'oeuvre, ce que nous
appelons aujourd'hui le _compagnon_, ayant avec lui un ou plusieurs
_garons_.

Alors le salaire se rgla par journes de compagnon et d'aide, et chaque
compagnon devenait ainsi comme une fraction d'entrepreneur concourant 
l'entreprise gnrale, au moyen d'un salaire convenu et rgl pour telle
ou telle partie. Aussi les marques de tcherons ne se voient plus sur
nos monuments des provinces du domaine royal  dater du milieu du XIIIe
sicle.

Le matre de l'oeuvre, charg de la conception et de la direction de
l'ouvrage, se trouvait en mme temps le rpartiteur des salaires,
faisant, comme nous dirions aujourd'hui, soumissionner telle partie,
telle vote, tel pilier, tel portion de muraille par tel et tel
compagnon. C'est ce qui explique, dans un mme difice, ces diffrences
d'excution que l'on remarque d'un pilier, d'une vote, d'une trave 
l'autre, certaines variations dans les profils, etc. Les matriaux tant
fournis par celui qui faisait btir, ils taient livrs  chacun de ces
compagnons aprs avoir t tracs par le matre de l'oeuvre, car le
matre de l'oeuvre tait forcment appareilleur[272]. Le systme de
construction admis par les architectes du moyen ge les obligeait  se
mettre en rapport direct avec les ouvriers. Et encore aujourd'hui ne
peut-on procder autrement quand on veut l'appliquer. Il rsultait
naturellement de ces rapports continuels entre l'ordonnateur et
l'excutant un cachet d'art trs-fortement empreint sur les moindres
parties de l'oeuvre, comme l'expression d'une mme pense entre l'esprit
qui combinait et la main qui excutait.

_Nous avons chang tout cela_, et de notre temps les intermdiaires
entre l'architecte qui travaille dans son cabinet et l'ouvrier qui
taille la pierre sont si nombreux, se connaissent si peu, que
l'excution n'est qu'une empreinte efface de la conception.

Nous sommes certainement des gens civiliss, mais nous le serions
davantage si, au lieu de manifester un ddain profond pour des
institutions que nous connaissons mal et qui nous donneraient quelque
peine  tudier, nous tentions d'en profiter. Ainsi, il est bien certain
qu'au moyen ge, entre le matre de l'oeuvre et l'ouvrier il n'y avait
pas la distance immense qui spare aujourd'hui l'architecte des derniers
excutants; ce n'tait pas certes l'architecte qui se trouvait plac
plus bas sur les degrs de l'chelle intellectuelle, mais bien l'ouvrier
qui atteignait un degr suprieur. Pour ne parler que de la maonnerie,
la manire dont les tracs sont compris par les tailleurs de pierre,
l'intelligence avec laquelle ils sont rendus, indique chez ceux-ci une
connaissance de la gomtrie descriptive, des pntrations de plans, que
nous avons grand-peine  trouver de notre temps chez les meilleurs
appareilleurs. L'excution matrielle des tailles atteint toujours une
grande supriorit sur celle que nous obtenons en moyenne. Mais si nous
allons chercher des corps de mtiers plus relevs, comme par exemple les
sculpteurs, les _tailleurs d'ymages_, il nous faut beaucoup d'annes et
des soins infinis pour former des ouvriers en tat de rivaliser avec
ceux du moyen ge.

De notre temps, les charpentiers forment le seul corps qui ait conserv
l'esprit des ouvriers du moyen ge. Ils sont organiss, ils ont conserv
l'_initiative_; n'est pas charpentier qui veut. Ils sont solidaires sur
un chantier, trs-soumis au savoir du chef quand ils l'ont bien reconnu,
mais parfaitement ddaigneux pour son insuffisance si elle est
constate, ce qui n'est pas long. Et parmi les ouvriers de btiment les
charpentiers qui ont su maintenir leur ancienne organisation sont en
moyenne les plus intelligents et les plus instruits.

On s'occupe beaucoup des ouvriers depuis quelques annes; on pense 
assurer leur bien-tre,  trouver des refuges pour leur vieillesse; le
ct matriel de leur existence s'est sensiblement amlior. Mais pour
ce qui est du btiment, on ne s'est peut-tre pas assez occup de leur
instruction, de relever la _faon_. Le systme de la concurrence, qui
certes prsente de grands avantages, a aussi des inconvnients: il tend
 avilir la main d'oeuvre,  faire employer des hommes incapables de
prfrence  des hommes habiles, parce que les premiers acceptent des
conditions de salaire infrieures, ou bien parce qu'ils font en moins de
temps et plus mal, il est vrai, tel travail demand. Ce n'est pas l un
moyen propre  amliorer la situation morale de l'ouvrier. Les chantiers
ouverts sur plusieurs points de la France pour la restauration de nos
anciens difices du moyen ge ont form des ppinires d'excutants
habiles, parce que, dans ces chantiers, la perfection de la
main-d'oeuvre est une condition inhrente au travail. Tout cela est 
considrer, mais ce qu'il faudrait, c'est un enseignement pour les
ouvriers de btiments; le systme des corporations n'existe plus, il
serait ncessaire de le remplacer par un systme d'enseignement
appliqu. En attendant, les architectes, sur leurs chantiers, peuvent
prendre une influence trs-salutaire sur les ouvriers qu'ils emploient,
s'ils veulent se donner la peine de s'occuper directement du travail qui
leur est confi, et s'ils ne ddaignent pas de leur expliquer eux-mmes
les moyens les plus propres  obtenir une excution parfaite.

     [Note 272: Toutes les reprsentations de matre des oeuvres
     au moyen ge les montrent avec le grand compas d'appareilleur
      la main. Si nous disons que le matre de l'oeuvre tait
     forcment appareilleur, c'est qu'en effet, le systme de
     l'architecture dite gothique admis, il est ncessaire que
     l'architecte trace lui-mme les pures des divers membres de
     son difice. Ce fait seul explique pourquoi ce systme de
     construction est repouss, comme indigne de notre tat
     civilis, par les matres des oeuvres de notre temps. C'est,
      tout prendre, un assez dur mtier que celui
     d'appareilleur.]



FIN DU TOME SIXIME.

TABLE PROVISOIRE

DES MOTS CONTENUS DANS LE TOME SIXIME.


G

Gable
Galerie
--de service des glises
--de service des palais
Galetas
Garde-corps, Garde-fous (voy. BALUSTRADES).
Gargouille
Gaufrure
Giron
Girouette
Gnomon
Gond
Gorge
Gothique (voy. ARCHITECTURE).
Gousset
Got
Gouttire (voy. GARGOUILLE).
Grange
Griffe
Grillage
Grille
Grisaille (voy. VERRIRE).
Guette
Guichet
Gypserie

H

Halle
Herse
Heurtoir
Hpital (voy. HTEL-DIEU).
Horloge
Htel
Htel-de-Ville
Htel-Dieu
Htellerie
Hourd
Hourdage (voy. HOURD).
Hourdis
Huis
Huisserie (voy. MENUISERIE).

I

Imagerie
Imbrication
Incrustation
intra-dos

J

Jambage
Jambette
Jardin
Jess
Joint
Jub
Jugement dernier

K

Karnel (voy. CRNAU).
Kemine (voy. CHEMINE).

L

Labyrinthe
Lambourde
Lambris
Lanterne des morts
Larmier
Latrines
Lavabo
Lavatoire
Lgende
Lice
Lien
Lierne
Limon
Linoir
Linteau
Lis (fleur de) (voy. FLORE).
Lit
Loge
Lucarne
Lunette

M

Mchicoulis
Maonnerie
Main-courante
Maison
--des villes
--des champs
Manoir
Marbre
March (voy. HALLE).
Marqueterie (v. MENUISERIE).
Meneau
Menuiserie
--Cltures, claires-voies,
  clotets, lambris
--Huis
Menuiserie, Voussures, plafonds,
       tambours
--Marqueterie
Meurtrire
Misricorde
Mitre
Moellon
Montoir
Mortaise
Mortier
Mosaque
Moustier (voy. ARCHITECTURE MONASTIQUE).

N

Naissance
Narthex
Nef
Niche
Nimbe
Noue
Noyau

O

Oeil
Ogive
Oratoire
Orgue (voy. BUFFET).
Ossuaire
Oubliettes
Ouvrier



FIN DE LA TABLE PROVISOIRE DU TOME SIXIME.

Paris.--Imprim chez Bonaventure et Ducessois, 55, quai des Augustins.
















End of the Project Gutenberg EBook of Dictionnaire raisonn de
l'architecture franaise du XIe au XVIe sicle (6/9), by Eugne-Emmanuel Viollet-Le-Duc

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