The Project Gutenberg EBook of Curiosits historiques sur Louis XIII,
Louis XIV, Louis XV, Mme de Maintenon, Mme de Pompadour, Mme du Barry, etc., by J. A. Le Roi

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Title: Curiosits historiques sur Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, Mme de Maintenon, Mme de Pompadour, Mme du Barry, etc.

Author: J. A. Le Roi

Release Date: January 27, 2011 [EBook #35089]

Language: French

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CURIOSITS HISTORIQUES

SUR

LOUIS XIII, LOUIS XIV, LOUIS XV,

MME DE MAINTENON,
MME DE POMPADOUR, MME DU BARRY, ETC.,

PAR J. A. LE ROI,

CONSERVATEUR DE LA BIBLIOTHQUE DE VERSAILLES,
CORRESPONDANT DU MINISTRE DE L'INSTRUCTION
PUBLIQUE POUR LES TRAVAUX HISTORIQUES;

PRCDES D'UNE INTRODUCTION

PAR M. THOPHILE LAVALLE.

[colophon]

PARIS

HENRI PLON, IMPRIMEUR-DITEUR

RUE GARANCIRE, 8.

1864

_Tous droits rservs._




CURIOSITS HISTORIQUES

SUR

LOUIS XIII, LOUIS XIV, LOUIS XV,

M^{ME} DE MAINTENON,

M^{ME} DE POMPADOUR, M^{ME} DU BARRY, ETC.

L'auteur et l'diteur dclarent rserver leurs droits de reproduction
et de traduction  l'tranger.

Ce volume a t dpos au ministre de l'intrieur (direction de
la librairie), en mars 1864.

PARIS.--TYPOGRAPHIE DE HENRI PLON

IMPRIMEUR DE L'EMPEREUR

RUE GARANCIRE, 8




INTRODUCTION.


Les _curiosits historiques_ que renferme ce volume se rapportent
principalement au chteau de Versailles et aux rgnes de Louis XIII, de
Louis XIV et de Louis XV. Malgr les essais qui en ont t tents, on
peut dire que l'histoire du chteau de Versailles est encore  faire, et
il serait heureux, par le temps de rvolutions, de dmolitions, de
transformations o nous sommes, que cette histoire pt se faire
promptement; car cette grande cration de Louis XIV, ce thtre de tant
de splendeurs, de tant d'vnements, ce temple de la monarchie absolue
qui devait, avant que le temps et noirci ses marbres, en tre le
tombeau, a subi, surtout depuis l'tablissement des _galeries
historiques_, des remaniements si malheureux qu'il n'est plus
reconnaissable qu' l'extrieur, et que son histoire passera bientt,
avec ses grandeurs et ses magnificences,  l'tat de fable ou de
lgende. Il n'est personne qui, en arpentant les dix ou douze kilomtres
de tableaux qu'on a entasss dans ce palais, n'ait dsir connatre
l'histoire de chacune de ces chambres, surtout de ces petits
appartements dans lesquels on vit l'amour, la jalousie, l'ambition, la
haine, toutes les plus mauvaises passions du coeur humain s'agiter si
longtemps pour donner le spectacle de ces lvations et de ces chutes de
favoris et de matresses qui ont eu tant d'influence sur les destines
de la France[1].

En attendant que se fasse l'histoire du chteau de Versailles, un
redresseur infatigable des faussets et des falsifications historiques,
M. Le Roi, conservateur de la bibliothque de Versailles, a port ses
investigations sur quelques vnements, sur quelques personnages, sur
quelques localits de Versailles, et, en fouillant les pices
originales, les actes authentiques, les documents incontestables, il
est parvenu  mettre en lumire des faits rests obscurs ou douteux, 
rduire  nant ou  leur juste valeur des allgations mensongres,
enfin  porter la vrit dans un petit coin de ce vaste champ historique
si mal explor, si mal connu, o l'erreur et la calomnie poussent si
bien, poussent si vite, et par tous les climats!

Voici les questions ou problmes historiques que s'est poss M. Le Roi
et qu'il a heureusement rsolus:

1 O tait le chteau de Versailles construit par Louis XIII, et dans
quelle partie du chteau s'est passe la _journe des Dupes_?

2 Quels vnements particuliers ont marqu la naissance du duc de
Bourgogne?

3 Quels vnements particuliers ont marqu la grande opration faite 
Louis XIV en 1686?

4 Louvois est-il mort de poison ou de mort naturelle?

5 Quel a t le vritable inventeur de la machine de Marly? De Ville ou
Rennequin Sualem?

6 O tait, dans le chteau de Versailles, l'appartement de madame de
Maintenon?

7 Quelles sont les paroles adresses au Dauphin par Louis XIV  son lit
de mort?

8 A quelle somme s'lvent les dpenses de madame de Pompadour pendant
tout son _rgne_?

9 Qu'tait-ce que le Parc aux cerfs?

10 A quelle somme s'lvent les dpenses faites par madame du Barry?
Quel tait son vrai nom?

Nous allons dire en quelques mots comment M. Le Roi a rsolu ces
_curiosits historiques_.

1 Le chteau de Versailles, bti par Louis XIII, en 1624, est le
pavillon central qui existe encore aujourd'hui. C'tait un simple
rendez-vous de chasse, flanqu de quatre petits pavillons, avec un
balcon de fer tournant tout autour. Une fausse braie l'entourait et
tait prcde d'un foss  fond de cuve, revtu de pierres et termin
par une balustrade. La pice principale tait la salle ou salon du
premier tage, dont Louis XIV fit plus tard sa chambre  coucher et o
il mourut. Des fentres de cette salle d'o Louis XVI se montra au
peuple dans la journe du 6 octobre, on se figure aisment l'aspect que
prsentait alors Versailles: la vue dominait sur un pays accident,
presque entirement bois, coup de quelques tangs, marqu seulement
par un pauvre village d'une cinquantaine de feux, pays triste, monotone,
un peu sauvage, qui inspirait la mlancolie, qui tait parfaitement en
rapport avec les gots et l'humeur de Louis XIII.

Quant aux lieux illustrs par la journe des Dupes, M. Le Roi nous
montre que la chambre  coucher de Louis XIII tait dans la pice dite
plus tard de l'OEil-de-boeuf, et qui fut aussi pendant longtemps la
chambre  coucher de Louis XIV; que la pice o coucha Richelieu,
au-dessous de la chambre du roi, est aujourd'hui la salle des Portraits
des rois de France; que l'escalier drob par lequel le duc de
Saint-Simon le conduisit dans la chambre de Louis XIII existe encore
dans un coin de cette salle; enfin que l'entretien qu'il eut avec ce
prince et d'o l'on peut dire qu'ont dpendu les destines de la France,
se passa dans le cabinet voisin de la chambre  coucher du roi et qui
fait partie du salon de l'OEil-de-boeuf.

Louis XIV conserva religieusement le chteau construit par son pre; il
ne fit que l'agrandir successivement,  mesure que Versailles lui
plaisait davantage. Il n'avait pas d'abord l'intention d'en faire
l'immense palais qui existe aujourd'hui; il n'avait pas l'intention de
faire de Versailles son sjour ordinaire. Les plans de construction
furent plusieurs fois changs; de nombreuses dmolitions furent
ncessaires; de l le disparate si marqu entre la faade des jardins,
si noble, si belle, si harmonieuse, et la faade de la ville, si
complique, si travaille, si irrgulire.

2 Saint-Simon nous a donn un tableau prcieux de l'aspect du chteau
de Versailles, le jour de la naissance du duc de Bourgogne, de la joie
du roi, des transports de la cour, de l'enthousiasme populaire. M. Le
Roi, d'aprs des documents originaux, ajoute quelques traits  ce
tableau, et qui l'achvent. Il nous apprend que ce fut la premire fois
qu'on confia  un mdecin le soin d'accoucher une reine ou une Dauphine,
que jusqu'alors les sages-femmes avaient eu cet office, et qu'elles
cessrent de l'avoir. Il entre alors dans des dtails trs-curieux sur
l'art des accouchements  cette poque, sur le choix des nourrices,
etc. L'accoucheur fut Clment, dont le roi avait prouv l'habilet, car
c'tait lui qui avait assist madame de Montespan dans ses nombreuses
grossesses. Il devint, ds lors, l'accoucheur de la Dauphine, puis de la
duchesse de Bourgogne, de la reine d'Espagne, etc. C'tait un
trs-habile et excellent homme, que le roi traita comme il traitait tous
les hommes de mrite, c'est--dire avec cette gracieuse dignit qui
doublait le prix des rcompenses. Outre qu'il l'enrichit, il lui donna
des lettres de noblesse, avec une clause, dit M. Le Roi, qui honore au
mme degr l'homme de mrite auquel s'adressait cette distinction et le
souverain qui l'accordait. Cette clause portait qu'il ne pourrait
abandonner la pratique de son art, ni refuser ses conseils, ni ses
secours aux femmes qui les rclameraient.

3 On sait qu'en 1686 Louis XIV fut afflig d'une hideuse maladie, la
fistule, qu'on regardait alors comme  peu prs incurable ou mortelle.
Les mmoires du temps parlent peu de ce grave accident dans la vie du
roi, cette maladie ayant t longtemps tenue secrte, et l'opration
qui la termina ayant t faite avec le plus grand mystre, et divulgue
seulement quand la gurison fut assure. M. Le Roi a retrouv sur ce
sujet des dtails importants, soit au point de vue mdical, soit au
point de vue historique, dans les mmoires du mdecin Dionis.
L'oprateur fut Flix de Tassy, chirurgien trs-habile, qui le premier a
fait connatre les moyens de gurir par l'incision cette triste maladie.
C'est dans la chambre du roi, qui formait, comme nous l'avons dit, une
partie du salon appel plus tard l'OEil-de-boeuf, qu'eut lieu cette
opration qui paraissait alors si prilleuse. Il n'y avait d'autres
tmoins que madame de Maintenon, le pre de la Chaise, le ministre
Louvois, les quatre mdecins ou chirurgiens du roi, avec un garon ou
lve. La famille royale et la cour n'avaient pas le moindre soupon de
la grave rsolution prise par Louis XIV; le Dauphin tait  la chasse.
Le roi montra le calme et la fermet qui le distinguaient dans toutes
ses actions: il ne poussa pas un cri, ne dit pas un mot. Une heure
aprs, il tenait son lever comme  l'ordinaire, et les courtisans
apprenaient avec effroi ce qui venait de se passer; quelques heures
plus tard, il tenait conseil dans son lit, et le soir il y eut dans sa
chambre la rception qu'on appelait _appartement_. On suit avec anxit,
dans le rcit de M. Le Roi, les dtails de cette opration chirurgicale
qui marque dans les annales de la science, puisque la mthode invente
en cette circonstance par Flix est encore celle qu'on suit de nos
jours, opration qui tint pendant quelques jours la France dans
l'anxit; car  la vie du roi tenaient le salut du royaume et le repos
de l'Europe. On peut voir aussi, dans les Lettres de madame de Maintenon
 madame de Brinon (_Lettres historiques et difiantes_, t. I) quelles
furent ses angoisses et ses craintes en cette circonstance; elles sont
une rponse  cette calomnie, qu'elle n'aimait point Louis XIV, de mme
que sa prsence au chevet du roi pendant la dgotante opration tait
le tmoignage du lien sacr qui les unissait.

4 On sait que la mort subite de Louvois  l'ge de cinquante ans excita
le plus grand tonnement. Tout le monde le crut empoisonn. Saint-Simon
le dit ouvertement en entrant dans des dtails qui semblent plausibles.
La princesse Palatine, dans l'aveuglement de ses haines, va plus loin:
elle accuse de cette mort madame de Maintenon. Les historiens
protestants ont seuls rpt cette calomnie; mais les plus modrs, mme
les plus modernes, s'arrtent au rcit de Saint-Simon, et pour eux tous,
Louvois est mort empoisonn, on ne sait par quel ennemi. Le rcit de M.
Le Roi fait justice de cette accusation au moyen d'un tmoignage
incontestable, celui de Dionis, mdecin de Louvois, qui assista  sa
mort, et fit, de concert avec trois autres mdecins, l'ouverture de son
corps. Il en rsulte clairement que Louvois est mort d'une attaque
d'apoplexie pulmonaire.

5 Dans quelle partie du chteau de Versailles tait l'appartement de
madame de Maintenon, cet appartement o Louis XIV travaillait avec ses
ministres, et o, pendant trente ans, se sont dcides les destines de
la France? A premire vue il semble qu'une telle recherche soit facile,
et qu'il ne puisse y avoir de doute  ce sujet. Il n'en est pas ainsi,
grce au Muse national qui a fait subir  l'intrieur du chteau de
Versailles une transformation complte. L'intention de ce muse tait
excellente, l'excution n'y a pas rpondu. Entreprise par des hommes peu
verss dans l'histoire du dix-septime sicle, elle a boulevers
malheureusement les parties les plus intressantes du chteau, et c'est
ainsi que l'appartement de madame de Maintenon, presque mconnaissable
aujourd'hui, est occup par trois salles des campagnes de 1793, 1794 et
1795. L'aspect de ces pices tmoigne que madame de Maintenon tait
loge fort  l'troit et fort incommodment. Je ne sais si la femme de
chambre de quelque parvenu de nos jours se contenterait de cette chambre
unique o Louis XIV venait travailler, o madame de Maintenon mangeait,
couchait, s'habillait, recevait toute la cour, o tout le monde passait,
disait-elle, comme dans une glise. Au reste, les princesses, les
princes, le roi lui-mme n'taient pas plus commodment logs. Tout
avait t sacrifi au faste,  l'clat,  la reprsentation dans ce
magnifique chteau; Louis XIV tait perptuellement en scne et y tenait
sans interruption son rle de roi, mais au milieu de toutes ces
peintures, ces dorures, ces marbres, ces splendeurs, on n'avait pas une
seule des aisances de nos jours; on gelait dans ces immenses pices,
dans ces grandes galeries, dans ces chambres ouvertes de toutes parts,
o d'ailleurs il fallait vivre continuellement en public. Aussi Louis
XV, qui n'avait pas la sant de fer de son aeul, abandonna ces vastes
magnificences et se fit une existence plus commode et surtout plus
secrte dans les petits appartements qu'on voit encore aujourd'hui.

6 Quel est le vritable inventeur de la machine de Marly? On sait que,
d'aprs toutes les histoires et biographies, cet inventeur serait un
ouvrier ligeois, Rennequin Sualem. L'ouvrage de M. Le Roi nous
dmontre, d'aprs des documents authentiques et des tmoignages
irrfutables, que c'est une erreur. L'inventeur, l'architecte, le
gouverneur de la machine qui passait au dix-septime sicle pour une
merveille du monde, est un gentilhomme ligeois nomm le chevalier de
Ville; Rennequin Sualem en aurait t seulement le constructeur, et plus
exactement le charpentier. M. Le Roi donne  ce sujet une description
de la machine qui montre quel tait l'tat de la science hydraulique 
cette poque et qui tmoigne que cette oeuvre lourde, coteuse,
complique, n'en tait pas moins digne d'admiration.

7 On sait que le grand roi, sur le point de mourir, se fit apporter son
arrire-petit-fils et lui adressa quelques paroles pleines de dignit.
Ces paroles, recueillies par les assistants et qui furent mises au
chevet du lit du jeune Louis XV, ont t reproduites par les historiens
avec des variantes considrables. M. Le Roi a retrouv une pice trs
curieuse qui fait cesser toute incertitude  cet gard et nous donne
dfinitivement le texte authentique.

8 Ce morceau curieux est tout simplement l'analyse d'un manuscrit
compos par quelque secrtaire de madame de Pompadour, d'aprs les notes
mmes de la marquise, et qui a pour titre: _tat des dpenses faites
pendant le rgne de madame la marquise de Pompadour,  commencer le 9
septembre 1745 jusqu'au 15 avril 1764_ (c'est le jour de sa mort).
Disons tout de suite que le total gnral est d'environ trente-six
millions et demi pendant dix-neuf ans; donc, de moins de deux millions
par an. Voil, sur sa dclaration, dit M. Le Roi, le relev de ce que
madame de Pompadour a cot  la France. C'est beaucoup, sans doute,
mais j'avoue que, d'aprs tout ce qu'on a crit sur les prodigalits de
Louis XV envers ses matresses, sur le faste, le luxe de la marquise de
Pompadour, je m'attendais  un chiffre plus lev, et je ne sais si pour
les dpensiers de nos jours ce chiffre ne paratra pas mesquin.
D'ailleurs, il faut remarquer que madame de Pompadour tenait une sorte
de cour, qu'elle donnait des ftes, qu'elle faisait des pensions. Aussi
je lis sans tonnement cette rflexion qui termine le manuscrit: Voici
un fait que personne ne voudra croire, qui est qu' sa mort l'on n'ait
trouv  cette femme que 37 louis d'or dans sa table  crire, et se
trouve devoir la somme de 1,700,000 livres.

Voici comment se dcomposent les trente-six millions. On sait que la
marquise tait une femme de beaucoup d'esprit et de got, aimant les
btiments, les tableaux, les sculptures, cultivant elle-mme les arts,
et qui avait une cour d'crivains et d'artistes. L'tat des dpenses
entre  ce sujet dans des dtails intressants pour l'histoire des arts
et donne un total de plus de neuf millions. On sait aussi que madame de
Pompadour aimait les chevaux, qu'elle fit acheter des talons dans
plusieurs pays, et qu'elle fonda dans sa terre de Pompadour le beau
haras qui existe encore aujourd'hui. L'tat de ses dpenses sur cet
article s'lve  plus de trois millions. On trouve encore pour
mdailles, 400,000 livres; pour une collection de pierres graves,
400,000 livres; pour ftes, voyages du roi, comdies, opras, quatre
millions. Le chapitre des aumnes est malheureusement plus modeste, il
est ainsi marqu: _Donn aux pauvres pendant tout mon rgne_, 150,000
livres. Il est vrai qu'il y faut ajouter de nombreux secours et pensions
donns  des maisons religieuses.

9 Il n'est aucun fait historique, dit M. Le Roi, qui ait rendu plus
odieux le nom de Louis XV; et qui, d'un autre ct, ait donn lieu 
plus de divagations parmi les crivains, que le mystrieux tablissement
du _Parc aux cerfs_. On peut ajouter qu'il n'y en a pas qui ait excit
plus de haine contre l'ancien rgime, qui ait valu  la cour des
Bourbons plus d'imprcations et de dclamations, qui ait eu plus
d'influence sur la rvolution. M. Le Roi, pices en main, rduit cette
monstruosit  sa juste valeur. Le nom seul de Parc aux cerfs est en
grande partie la cause des exagrations dbites  ce sujet. A ce nom,
on se figure une sorte de srail  la faon orientale, un immense jardin
avec bosquets mystrieux, pelouses fleuries, pavillons enchants, et un
essaim de biches plus ou moins timides, poursuivies par un lubrique
monarque. Il n'est rien de tout cela: le _Parc aux cerfs_ tait le nom
d'un quartier de Versailles, du quartier aujourd'hui appel Saint-Louis,
qui avait t bti sous Louis XIV, sur l'emplacement d'un parc  btes
fauves, datant de Louis XIII, et qui en avait gard le nom. Quant au
srail, voici  quoi il se rduit. Louis XV avait achet secrtement,
dans une impasse dserte de ce quartier, une petite maison bourgeoise o
pouvaient  peine loger trois personnes, et dans laquelle son valet de
chambre faisait lever quelques jeunes filles ordinairement vendues par
leurs parents. Il n'y en avait que deux en gnral, dit madame du
Hausset, trs-souvent une seule; quelquefois, le Parc aux cerfs tait
vacant cinq ou six mois de suite. Lorsqu'elles se mariaient on leur
donnait des bijoux et une centaine de mille francs. Il ne parat pas
que le nombre de ces victimes, immense d'aprs tous les historiens, ait
dpass une trentaine, le roi n'ayant gard cette maison que de 1755 
1771. M. Le Roi appuie cette curieuse dcouverte historique de pices
irrfutables, mais cela n'empchera pas les historiens de scandales de
parler des centaines de millions, et mme des milliards que cota le
Parc aux cerfs.

10 Si la dissertation sur le Parc aux cerfs attnue, sans le rendre
moins odieux, le libertinage de Louis XV, il n'en est pas de mme du
morceau suivant qui renferme une notice biographique sur madame du
Barry, d'aprs des cartons et des liasses de documents appartenant aux
archives de la prfecture de Seine-et-Oise, et  la bibliothque de
Versailles. On sait qu'un gentilhomme dbauch et ruin, Jean du Barry,
ayant rencontr dans un mauvais lieu une fille d'une merveilleuse
beaut, parvint  la faire connatre au roi qui en devint follement
pris, que pour en faire une matresse en titre et lui donner un rang 
la cour, il la fit pouser  son frre le comte du Barry. M. Le Roi nous
donne _in extenso_ l'trange contrat de mariage conclu  cet effet, o
l'on stipule la sparation des deux poux, o la future prend le nom de
Jeanne Gomard de Vaubernier, nom faux, comme nous le dirons tout 
l'heure; enfin, o elle apporte en dot 30,000 livres provenant de ses
conomies, et consistant, pourrait-on dire, en outils de son mtier,
c'est--dire en diamants, perles, dentelles, un lit complet, trente
robes et six douzaines de chemises.

Aprs cette difiante numration, M. Le Roi nous donne l'tat des
richesses accumules par madame du Barry lorsqu'elle fut devenue la
matresse en titre du roi: 100,000 livres de rentes sur la ville de
Paris, la terre de Louveciennes, 40,000 livres de rentes sur la ville de
Nantes, etc. Madame du Barry n'avait reu presque aucune ducation et
avait les gots de son ancienne vie, l'amour effrn de la toilette, des
jolis meubles, des colifichets, des futilits. Son appartement n'tait
qu'un boudoir: M. Le Roi nous en donne la description, et les dtails
dans lesquels il entre sont  faire pmer,  faire mourir d'envie les
plus charmantes dpensires de nos jours. Qu'on en juge par ce qu'il dit
des lieux les plus secrets de cet appartement:

Dans la garde-robe on voyait un meuble de toilette secrte  dossier,
en marqueterie, fond blanc  mosaques bleues et filets d'or, avec
rosettes rouges, garni de velours bleu brod d'or, et sabots dors d'or
moulu, la bote  ponges et la cuvette d'argent, deux tablettes
d'encoignure aussi en marqueterie, garnies de bronzes dors d'or moulu,
et une chaise de garde-robe en marqueterie pareille aux autres meubles,
la lunette recouverte de maroquin, et les poignes et les sabots dors
d'or moulu.

Le rve de madame du Barry dura  peine six ans. Le roi mourut. Madame
du Barry, exile d'abord dans un couvent, revint ensuite habiter son
chteau de Louveciennes. Ses cranciers l'y poursuivirent. Lgre,
insouciante et prodigue malgr les libralits du roi, elle avait
1,200,000 livres de dettes. Louis XVI se fit donner l'tat des dons
faits  la matresse de son aeul, et l'on trouva qu'elle avait reu en
six ans six millions et demi, sans compter les maisons, les 150,000
livres de rente viagre, etc. Sur cette somme les bijoutiers avaient
reu 2,280,000 livres, les marchands de dentelles, soieries, etc.,
738,000 livres; les tailleurs et brodeurs, 551,000 livres, etc. Madame
du Barry n'avait fait de mal  personne pendant sa faveur; elle tait
d'une bont extrme, d'une humeur charmante, et avait laiss  la cour
des amis qui lui restrent trs-dvous. Grce  eux, elle parvint 
payer ses dettes au moyen d'un change de 60,000 livres de rente viagre
contre 1,250,000 livres qui lui furent donnes par le trsor.

Mais madame du Barry ne s'tait pas corrige de son got de dpenses, et
de sa ngligence  compter; elle fit de nouvelles dettes, et  l'poque
de la Rvolution elle fut oblige de songer  vendre ses bijoux. Elle
runit les plus prcieux dans une chambre o, pendant une nuit, des
voleurs s'introduisirent et firent main basse sur le prcieux dpt.
Madame du Barry fit publier la liste des objets vols. Cette liste est
donne par M. Le Roi: c'est une rivire continue, une cascade
blouissante de diamants, de perles, de bagues, de colliers, de
girandoles, de bracelets, d'_esclavages_, d'tuis, de botes,  faire
tourner la tte des dames qui la liront.

Le vol des bijoux de madame du Barry fut la cause de sa mort. Ayant
appris que les voleurs avaient t arrts  Londres et qu'on
instruisait leur procs, elle voulut suivre cette affaire et alla en
Angleterre avec un passe-port rgulier. C'tait au mois d'octobre 1792.
Son absence s'tant prolonge, on la regarda comme migre et l'on mit
le scell sur ses biens. Ds qu'elle l'apprit, elle revint en France;
mais au mois de juin 1793 elle fut arrte comme suspecte et traduite
(novembre 1793) au tribunal rvolutionnaire, comme ayant fourni aux
migrs rfugis  Londres des secours pcuniaires, et entretenu avec
eux des correspondances. L'occasion tait belle  faire de la
dclamation rvolutionnaire; aussi Fouquier Tainville accumula les
accusations les plus forcenes, les plus emphatiques contre cette
moderne Aspasie, cette sultane du crime couronn, contre cette
surintendante des honteuses dbauches du Sardanapale moderne, etc. On
sait que, condamne  mort, elle fut conduite au supplice le 8 dcembre
1793.

M. Le Roi fait suivre cette lugubre histoire de dtails intressants sur
les biens confisqus de madame du Barry. Le total de l'apprciation des
effets mobiliers s'lve  1,246,000 livres, sans compter les objets
d'art qui sont aujourd'hui rpartis dans les muses de l'tat. Le
chteau de Louveciennes fut vendu six millions.

Cette notice biographique si pleine de faits inconnus, de chiffres
loquents, se termine par un dernier dtail qui n'est pas le moins
inattendu: c'est que l'acte de naissance prsent par madame du Barry
pour son mariage tait faux; qu'elle n'tait pas la fille lgitime de
Gomard de Vaubernier et de Jeanne Bcu, ne en 1746, mais la fille
naturelle d'une pauvre paysanne appele Anne Bcu, et qu'elle tait ne
en 1743. Elle avait donc vingt-six ans lorsqu'elle fut prsente  Louis
XV et cinquante ans quand elle mourut.

Telle est,  la place des lieux communs dbits sur cette femme trop
clbre, la vrit qui ressort des documents authentiques consults par
M. Le Roi. Esprons que le savant bibliothcaire ne bornera pas  ces
dix morceaux ses investigations intressantes et que, au grand plaisir
du public affriand par ces rvlations, il tirera bientt de ses
cartons de nouvelles _Curiosits historiques_.

TH. LAVALLE.




I

LE CHATEAU DE VERSAILLES SOUS LOUIS XIII

ET LA JOURNEE DES DUPES.

1627-1630.


A quelle poque faut-il faire remonter la construction du chteau que
Louis XIII fit lever  Versailles? Comme les divers crivains qui ont
trait ce point historique ne sont point d'accord entre eux, et que nous
nous proposons de fournir des documents nouveaux pouvant servir 
claircir la question, nous allons entrer dans quelques dtails  ce
sujet.

Les deux premiers auteurs qui s'occuprent de l'poque de la fondation
du chteau, furent l'architecte Blondel, dans son livre de
l'_Architecture franaise_, t. IVe, 1756, et l'abb Lebeuf, dans
l'_Histoire du diocse de Paris_, t. VIIe, 1757.

Voici d'abord ce que dit l'abb Lebeuf. Aprs avoir fait l'numration
des divers seigneurs de Versailles, il ajoute:

Jean de Soisy prend, dans son contrat de mariage avec Antoinette
Postel, du 22 janvier 1610, la qualit de seigneur de Soisy, sous
Montmorency, et de Versailles au val de Galie. Ce fut lui qui vendit
cette terre au roi Louis XIII, vers l'an 1627.

Voici maintenant comment s'exprime Blondel, sur le mme sujet:

La terre et seigneurie de Versailles tait possde, en 1560, par
plusieurs particuliers: _Philippe Colas_, cuyer, en possdait la plus
grande partie; une autre appartenait  _Antoine Poart_, matre des
comptes  Paris: ce dernier tait aussi propritaire de la seigneurie de
la Grange Lessart; enfin une autre partie appartenait  _Roberte de
Soisy_, femme de Jean de la Porte, et  _Marguerite de Soisy_, sa soeur,
veuve de Jean Dizy, en qualit d'hritires d'Antoinette de Portet, leur
mre.

_Martial de Lomnie_, secrtaire du roi et de ses finances, devint, en
1561, propritaire de cette terre et de celle de la Grange Lessart, par
les acquisitions qu'il en fit, et en a joui jusqu' sa mort, arrive en
1572; il avait pous Jacqueline Pinault, dcde avec lui.

Les tuteur et curateur de leurs enfans mineurs vendirent cette terre et
seigneurie de Versailles, et celle de la Grange Lessart, par contrat du
27 juin 1573,  M. Albert de Gondi, comte de Retz. Son fils,
Jean-Franois de Gondi, archevque de Paris, la vendit ensuite  Louis
XIII, par contrat pass le 8 avril 1632.

Blondel donne ensuite un extrait du contrat de vente, puis il ajoute:

Quoiqu'il paraisse, par la date de ce contrat, que Louis XIII n'acheta
la seigneurie de Versailles qu'en 1632, il est cependant certain que,
ds l'anne 1624, il avait commenc  y faire btir un rendez-vous de
chasse, qu'il avait lev sur le lieu le plus minent, et o tait situ
ci-devant un moulin  vent.

Ainsi voil deux graves auteurs, crivant tous deux  la mme poque,
paraissant s'autoriser de documents authentiques, et qui tous deux
donnent une date diffrente  un fait qu'il semble au premier abord si
ais de constater.

Presque tous ceux qui, depuis cette poque, ont crit sur l'origine du
chteau de Versailles, puisant leurs renseignements dans l'abb Lebeuf,
ont donn l'anne 1627 comme date de sa fondation[2]. Cette date est
encore indique dans les descriptions modernes de Versailles, que l'on
trouve dans toutes les mains des visiteurs du muse historique.

Quelle est donc la vritable date de la construction du chteau de Louis
XIII? Est-ce 1624, 1627 ou 1632?

M. Eckard, dans ses recherches historiques sur Versailles, frapp de
cette diffrence, et voulant tout concilier, accepte les trois dates et
cherche  les expliquer.

Ainsi, d'aprs lui, en 1624, Louis XIII, _ennuy, et sa suite encore
plus, d'y avoir souvent couch dans un mchant cabaret  rouliers, ou
dans un moulin  vent_[3], fit d'abord construire  Versailles un
pavillon pour servir de rendez-vous de chasse.

Et il ajoute: Ce pavillon, inconnu au duc de Saint-Simon, tait oubli
lorsqu'il crivait un sicle aprs cette construction: une partie, celle
donnant sur l'avenue de Saint-Cloud, a t dmolie en 1827, et une
maison btie sur l'emplacement; l'autre partie, sur la rue de la Pompe,
subsiste toujours: le tout appartient  M. Amaury, et porte encore
aujourd'hui le nom de _Pavillon royal_; il est situ presqu' l'angle
que forment l'avenue de Saint-Cloud et la rue de la Pompe, aboutissant
sur celle du Plessis. Il tait donc sur le chemin qui conduisait  la
fort de Saint-Lger-en-Yveline,  l'poque o la chausse d'Auteuil et
l'ancien pont de bois,  Svres, n'existant pas encore, la grande route
de Paris  Brest passait par Saint-Cloud, d'o un chemin secondaire
partait et se dirigeait sur Ville-d'Avray, Montreuil, le territoire de
Versailles et les autres, jusqu' cette fort. Quoique engag dans les
maisons voisines, ce pavillon tait nagure encore facile  reconnatre
par la tourelle, ou lanterne, qui dominait et clairait, un grand
escalier, et qui, ensuite, forma la coupole de la synagogue qu'on y a
vue pendant quelques annes. Je me souviens trs-bien qu'en 1780, un
habile professeur d'criture, Hachette, qui en occupait le premier
tage, et dont la classe fort leve et trs-spacieuse donnait en partie
sur la rue de la Pompe, nous dit plusieurs fois que cette pice avait
t la chambre  coucher de Louis XIII. Cette partie conserve du
pavillon a seulement subi quelques changements dans sa distribution
intrieure. De plus, _le Cicerone_ de 1804 contient, dans sa description
des difices de Versailles, ce passage remarquable:--_Le Pavillon
royal_.--On assure qu'une portion, celle o se trouve son vaste
escalier, est vritablement la premire proprit de Louis XIII, qui en
faisait son retour de chasse avant l'acquisition de la terre
seigneuriale. Enfin M. Guignet, ancien architecte des btiments du roi 
Versailles,  qui j'ai communiqu mes observations, et qui les a
vrifies, a adopt entirement mon opinion.

M. Eckard ajoute qu'en 1627, Louis XIII, ayant jug qu'aucun pays ne
pouvait prsenter en aussi peu d'espace, plus de varit pour les
courses  cheval, dans lesquelles consiste le plaisir de la chasse  cor
et  cris, acheta de Jean de Soisy un fief et des terrains  Versailles,
et y fit lever _un petit chteau de cartes_[4] sur un monticule qui
tait occup par un moulin  vent. Enfin, qu'en 1632, le roi fit
l'acquisition de la terre et seigneurie de Versailles, de Jean-Franois
de Gondi, archevque de Paris, ainsi qu'il rsulte du contrat cit par
Blondel. Donc en rsum: 1624, construction du Pavillon royal;

1627, acquisition d'un fief de Jean de Soisy.--Louis XIII construit un
petit chteau sur l'emplacement du moulin, comme le point le plus
minent. 1632, vente par l'archevque de Paris, du vieux chteau et de
la seigneurie de Versailles.

Ainsi, le travail de M. Eckard avait rsolu la question et les trois
diffrentes dates de la fondation du chteau se trouvaient expliques.

En 1839, l'auteur de l'essai historique intitul: _Versailles_,
_seigneurie_, _chteau et ville_, s'empressa d'adopter l'explication de
M. Eckard, surtout en ce qui concerne le Pavillon royal[5]. Quant au
chteau qui n'aurait t commenc qu'en 1627, l'auteur de _Versailles_,
_seigneurie_, _chteau et ville_ se demande si c'est bien  ce chteau
qu'il faut attribuer le mot de _chtif Versailles_, prononc par
Bassompierre, ainsi que l'ont fait beaucoup d'autres auteurs et M.
Eckard lui-mme? Si l'on adopte, en effet, l'opinion de l'abb Lebeuf,
qui donne cette anne 1627 comme celle o Louis XIII fit commencer la
construction du chteau sur les terrains vendus  cette poque par Jean
de Soisy, il est impossible de ne pas supposer que Bassompierre se soit
tromp en parlant d'un chteau n'existant pas encore; et cependant le
rcit de Bassompierre est positif. Voici ce que l'on trouve dans le
journal de sa vie[6].

Aprs avoir racont, jour par jour, ce qui lui tait arriv pendant le
mois de dcembre 1626, il ajoute:

Les choses toient en cet tat, lorsque nous entrmes en l'anne 1627,
au commencement de laquelle le roy fit tenir une assemble de notables,
en laquelle il me fit l'honneur de me choisir pour y estre un des
prsidents. Monsieur, frre du roy, fut le chef et le premier, et
ensuite M. le cardinal de la Valette, le marchal de la Force et moi.

Bassompierre indique ensuite la composition de cette assemble; puis,
aprs avoir parl des divers objets mis en dlibration, il raconte
qu'il lui arriva peu d'occasions de parler: Hormis une seule fois,
dit-il, que nous estant propos si le roy cesseroit ses bastimens
jusques dans une meilleure saison, et que ses finances fussent en
meilleur estat, M. d'Osembray fut d'advis que l'on le devoit conseiller
au roy.

Il crut alors devoir prendre la parole, et pronona un discours qu'il
donne en son entier. C'est dans ce spirituel discours, pigramme adroite
contre la parcimonie de Louis XIII, parcimonie dont il se servit
habilement pour faire changer d'avis tous ceux qui avaient dj vot
pour la proposition de M. d'Osembray, que se trouve ce fameux mot de
_chtif chteau de Versailles_, cit depuis si diversement. Aprs avoir
fait observer qu'il n'est pas ncessaire de conseiller  Louis XIII de
ne point faire une chose qu'il ne fait pas, il ajoute: Le feu roy nous
eust p demander cet advis, et nous eussions eu loisirs de le lui
donner, car il a employ des sommes immenses  bastir. Nous avons bien
p connoistre en celui-cy la qualit de destructeur, mais non
d'dificateur. Saint-Jean-d'Angely, Clrac, Les Tonnains, Monheur,
Ngrepelisse, Saint-Antonin, et tant d'autres places rases, dmolies ou
brusles, me rendent preuve de l'un et le lieu o nous sommes, auquel,
depuis le dcs du feu roy son pre, il n'a pas ajout une seule
pierre[7]; et la suspension qu'il a faite depuis seize annes au
parachvement de ses autres bastimens commencez, me font voir clairement
que son inclination n'est point porte  bastir, et que les finances de
la France ne seront point puises par ses somptueux difices; si ce
n'est qu'on lui veuille reprocher le _chtif chasteau de Versailles_, de
la construction duquel un simple gentilhomme ne voudroit pas prendre
vanit. Dans cette assemble des notables, furent traits les plus
grands intrts de l'tat. Elle tient une place importante dans le rgne
de Louis XIII, et ne peut tre mise en doute, pas plus que le discours
si remarquable qu'y pronona Bassompierre, et qu'il ne pouvait avoir
oubli lorsqu'il crivit ses mmoires trs-peu d'annes aprs[8]. Aussi
l'auteur de _Versailles_, _seigneurie_, _chteau et ville_, pense-t-il
que ce discours, prononc au commencement de 1627, n'a d s'appliquer
qu'au Pavillon royal, bti ds 1624. Mais cependant, peu certain que le
marchal de Bassompierre ait parl avec tant d'assurance d'une maison si
peu importante, il ajoute: Ou bien si l'on veut que Bassompierre ait
appliqu son mot de _chtif_ au chteau bti sur le tertre de Jean de
Soisy, il faudra convenir que son discours aura t fait aprs coup,
c'est--dire depuis 1631, poque o le marchal fut enferm  la
Bastille, et o il commena pour se dsennuyer, et fort souvent de
mauvaise humeur,  crire les mmoires qu'il a laisss; il aura donc
donn l'pithte de chtif au nouveau chteau, par la raison que tout ce
que devait faire le roi, alors sous l'influence de Richelieu, l'ennemi
jur du marchal, devait paratre, aux yeux de ce dernier, mauvais,
tyrannique ou chtif, et le pauvre chteau aura t envelopp dans une
commune disgrce avec les actes despotiques du cardinal.

Il parat donc  peu prs certain, d'aprs tout ce que nous venons de
rapporter, que Louis XIII avait une habitation  Versailles ds l'anne
1624, et certainement avant 1627. Cette habitation, Blondel assure
qu'_elle tait leve sur le lieu le plus minent, et o tait situ
ci-devant un moulin  vent_, par consquent  la place mme o se trouve
le chteau actuel, tandis que M. Eckard, et aprs lui l'auteur de
_Versailles_, _seigneurie_, _chteau et ville_, pensent que c'tait le
Pavillon royal; c'est pour clairer cette question que nous nous sommes
livr  quelques recherches, qui nous ont procur la connaissance de
nouveaux documents propres  la rsoudre.

M. Eckard, lorsqu'il crivit son livre sur Versailles, fit de nombreuses
visites aux Archives du royaume et aux Archives de la couronne, pour
avoir quelques renseignements sur les faits dont il s'agit; mais l
comme  Versailles, il ne put trouver aucun acte, aucun titre qui se
rapportt aux acquisitions de Louis XIII  Versailles; ce qui lui fit
penser que les contrats primordiaux, soit du vieux chteau et de la
seigneurie de Versailles, soit du fief vendu par Jean de Soisy, ont t
dtruits, de mme qu'une foule d'autres documents plus importants encore
pour notre histoire l'ont t dans toute la France, parce qu'ils
tablissaient des droits fodaux et des redevances seigneuriales
supprims, sans indemnit, par diffrents dcrets.

En effet, une loi du 17 juillet 1793, a ordonn le brlement de tous
les titres nonciatifs de ces droits, et existants entre les mains des
anciens seigneurs, ou qui, pour les domaines nationaux, avaient t
dposs dans les secrtariats des districts. Or, cette loi, qui
prononait cinq annes de fers contre ceux qui auraient cach ou
soustrait et recel des minutes, ou des expditions des actes qui
devaient tre brls, fut rigoureusement excute  Versailles, d'o
relevaient en outre trente-quatre seigneuries.

Il tait donc ncessaire de suivre une autre direction dans les
recherches nouvelles que l'on voulait faire sur ce sujet; et comme il
s'agissait surtout de constater l'poque de la construction du Pavillon
royal, regard comme la premire habitation de Louis XIII, ce fut
particulirement de ce ct que nous portmes nos investigations.

Nous nous adressmes au propritaire de ce pavillon, M. Peert, avou 
Versailles, et grce  son extrme obligeance, nous avons trouv, parmi
les titres de proprit, deux pices qui tablissent d'une manire
positive l'poque de la construction du _Pavillon royal_.

La premire de ces pices est ainsi conue:

Don de place  Versailles pour les hritiers de la veuve Hrault.

Aujourd'hui, 2 aoust mil sept cent un, le Roy tant  Versailles, les
hritiers de la veuve Hrault lui ont fait reprsenter que Sa Majest
lui auroit accord, il y a environ 25 ans, une place scize en ce lieu,
sur laquelle elle a fait bastir une maison appele le _Pavillon royal_;
mais comme il ne luy en a pas t expdi de brevet pour en assurer la
proprit  ses hritiers, ils l'ont trs-humblement supplie de vouloir
sur ce leur pourvoir,  quoy ayant gard, Sa Majest a, en tant que de
besoin, accord et fait don aux hritiers de ladite veuve Hrault de
ladite place, contenant 24 toises 4 pieds de face sur la rue de la
Pompe, 29 toises de face sur l'avenue de Saint-Cloud, 3 toises 2 pieds
de face  la pointe aboutissant par le ct oppos  ladite pointe, au
mur de l'hostel de Guise, et ayant 17 toises de profondeur, le long
dudit mur,  la charge par eux de payer au domaine de Versailles le
droit de cens sur le pied de 5 sols par arpens, au jour de Saint-Michel,
et d'entretenir en bon tat et cimtrie la maison qui y a t bastie, et
pour assurance de sa volont, Sa Majest m'a command de leur en
expdier le prsent brevet, qu'elle a sign de sa main et fait
contresigner par moy, conseiller secrtaire d'tat et de ses
commandements et finances, sign: Louis et plus bas Phelypeaux; et au
dos est crit: Paraff _ne varietur_, au dsir du partage pass devant
les notaires soussigns, ce 20 mars 1720. Sign: Bergeret, Delaroche,
Delaroche avec Besnier et Junot, notaires, en l'original des prsentes,
paraff et demeur annex  la minute d'un partage pass devant les
notaires soussigns, ce 20 mars 1720, dont la minute envers ledit Junot.
Sign: Besnier et Junot, avec paraffes et scell ledit jour.

La deuxime donne le plan du terrain, et au milieu est crit:

[Illustration:

AVENUE DE SAINT-CLOUD, 29 TOISES.

                               +--------+
                 ______________|        |______________
    3 toises,    |                                    /
    Ville-Nueve. |                                   /
                 |                                  /
                  \                                /
                   \                              / 17 toises,
                    \                            / madame de Guise.
                     \                          /
                      \                        /
                       \______________________/

                   24 toises 4 piedes,
                   rue de la Pompe.

]

Le Roy a accord, il y a environ 25 ans,  la veuve Hrault une place
scize  Versailles, ayant 24 toises 4 pieds de face sur la rue de la
Pompe, 29 toises de face sur l'avenue de Saint-Cloud, 3 toises 2 pieds
de face  la pointe o se joignent ladite rue de la Pompe avec ladite
avenue, aboutissant par le ct oppos  ladite pointe, au mur de
l'hostel de Guise, et ayant 17 toises de profondeur le long dudit mur,
le tout ou environ, sur laquelle place elle a fait bastir une maison
appele le _Pavillon royal_, suivant les dcorations rgles par Sa
Majest, dont n'ayant point eu ci-devant de brevet, Sa Majest m'a
command de donner le prsent certificat aux hritiers de ladite veuve
Hrault, pour obtenir sur iceluy tous brevets ncessaires.

Fait  Versailles, le 10 juillet 1701, sign: Hardouin Mansart.

       *       *       *       *       *

Et plus bas: Premire inventorie.

       *       *       *       *       *

Deuxime, et au dos est crit: Paraff _ne varietur_, au dsir du
partage pass devant les notaires soussigns, ce 20 mars 1720. Sign:
Delaroche, Bergeret, Delaroche avec Besnier et Junot, notaires.

Est l'original des prsentes demeur annex  la minute d'un partage,
pass devant les notaires soussigns, dont Junot, l'un d'eux, a la
minute, ce 20 mars 1720. Sign: Besnier et Junot, avec paraffes, et
scells ledit jour.

Il rsulte de ces documents authentiques, que M. Eckard se trompe quand
il affirme que le Pavillon royal a t bti par Louis XIII; que ce
pavillon, l'une des plus anciennes maisons de Versailles, ne remonte
cependant qu' l'anne 1676, c'est--dire au rgne de Louis XIV, et que
ce qui a sans doute induit en erreur M. Eckard, et avant lui le
_Cicerone de Versailles_, sur l'origine de ce btiment, c'est le nom de
_Pavillon royal_, qu'on lui supposait venir du sjour qu'y aurait fait
anciennement Louis XIII, tandis que les pices cites prouvent que ce
nom lui a t donn au moment de sa construction par la veuve Hrault,
probablement pour le distinguer des htels des grands seigneurs qui
l'environnaient de tous cts.

Il reste donc tabli, par tout ce qui prcde, que Louis XIII avait une
habitation,  Versailles avant l'anne 1627, date  laquelle l'abb
Lebeuf fait remonter la vente du fief de Jean de Soisy; que cette
habitation, n'est point le _Pavillon royal_, ainsi que le croyait
l'auteur des _Recherches sur Versailles_; et qu'alors il faut bien en
revenir  l'opinion de Blondel, tablissant comme certain que, ds
l'anne 1624, _Louis XIII avait commenc  y btir un rendez-vous de
chasse, qu'il avait lev sur le lieu le plus minent, et o tait situ
ci-devant, un moulin  vent_.

Quant  la date de 1632, Louis XIII ne devint vritablement seigneur de
Versailles qu' cette poque, en achetant de l'archevque de Paris la
terre et seigneurie de Versailles.

Louis XIII aimait beaucoup Versailles; il y prolongeait ses sjours
pendant la saison des chasses; aussi le _Rendez-vous_ devint une
habitation qui alla en s'agrandissant jusqu' la fin de son rgne.

Ce chteau, construit par _Lemercier_, architecte, du roi, tait flanqu
de quatre pavillons btis de pierres et de briques, avec un balcon de
fer tournant tout autour, et dgageant les appartements du premier
tage. Suivant l'usage de ce temps, quelques moyens de dfense le
mettaient  l'abri d'un coup de main.

Une fausse braie ou basse enceinte l'entourait et tait prcde d'un
foss  fond de cuve, revtu de briques et de pierres de taille, termin
par une balustrade. Ce petit difice tait environn de bois, de plaines
et d'tangs, dont la nature faisait seule les frais[9].

Tel tait encore le chteau de Louis XIII, lorsque, au mois de novembre
1630, s'y passa le curieux vnement qui porte dans l'histoire le nom de
_journe des Dupes_.

Ce fut le seul vnement politique de quelque importance qui eut lieu
dans le chteau de Versailles pendant le rgne de Louis XIII; il est
donc intressant de s'y arrter un moment, d'autant plus qu'il va servir
 faire reconnatre quelques-unes des distributions du chteau  cette
poque.

Dans le mois de septembre 1630, Louis XIII venait de diriger sur
l'Italie une arme considrable: Toutes les troupes avaient pass par
Lyon, et le roi les avait voulu voir l'une aprs l'autre. S'y trouvant
beaucoup de soldats bien nouveaux et mal faonns au mtier, pour les
mieux former, il montrait  quelques-uns comment il fallait porter et
manier les armes, y prenant un singulier plaisir. Il ne s'occupait pas 
ceci, nanmoins, sans beaucoup de travail, s'y adonnant pendant la
chaleur du jour le plus souvent, et pendant les pluies et le mauvais
temps. Le vingt-deuxime jour du mois de septembre, sur les deux 
trois heures aprs midi, ayant t toute la matine bien gai, il se
sentit attaqu d'un frisson qui fut suivi d'une fivre continue, avec
des redoublements chaque nuit, qui donnrent  ses gens de bien grandes
apprhensions, sans qu'on lui ft connatre que la fivre dont il tait
atteint ft si maligne[10]. La maladie du roi allait toujours en
augmentant; les mdecins en dsespraient, et avaient mme dit qu'il ne
passerait pas le 30 septembre. A chaque instant on croyait le voir
expirer, lorsque _Snles_, mdecin du commun de la reine, proposa de
lui administrer un remde qui, disait-il, devait, en moins de quatre
heures, ou sauver le roi ou le faire prir. Les deux reines, dit
Valdori[11], qui raconte ce fait, voyant l'une son fils, l'autre son
poux sans esprance, et entirement abandonn des mdecins,
consentirent  faire l'preuve, laquelle russit si heureusement que ce
monarque, dj  demi mort, revint dans peu en convalescence[12].

La reine Anne d'Autriche tait depuis longtemps fort en froid avec Louis
XIII; les soins qu'elle lui rendit dans le cours de sa maladie avaient
amen entre eux une espce de rconciliation. Anne en profita pour
seconder sa belle-mre, Marie de Mdicis, dans la guerre que celle-ci
avait dclare au cardinal de Richelieu. On ne laissa pas respirer le
roi pendant sa pnible convalescence. Les deux reines profitrent de sa
faiblesse, l'tourdirent de violentes accusations contre Richelieu, qui,
selon elles, n'avait entrepris cette guerre que pour se rendre
ncessaire, et avait ainsi sacrifi la sant et la vie du roi  son
ambition; Louis XIII ne trouva d'autre moyen de se dbarrasser des
obsessions de sa mre qu'en lui promettant de prendre un parti dfinitif
aprs son retour  Paris.

Le roi ne tarda pas  quitter Lyon. Il en sortit sur un brancard, dit
Ch. Bernard[13], pour aller prendre la rivire  _Rouane_, d'o il
arriva en peu de temps  Briare et de l  Versailles, maison qu'il
avait fait btir  quatre lieues de Paris et  deux lieues de
Saint-Germain-en-Laye. Elle tait petite, pour n'y admettre que peu de
gens et n'tre point troubl dans le repos qu'il cherchait loin des
importunits de la cour, et afin d'tre plus libre dans l'exercice de
ses chasses, lorsqu'il s'y voulait adonner. Il fut l quelque temps et
alla aprs  Saint-Germain, ne pouvant loger dans son Louvre  Paris,
d'autant que l'on travaillait  la grande salle, dont jusqu'alors le
plancher n'avait t construit que de poutres et de solives, qui
offraient si peu de sret que lorsqu'on s'y runissait l'on tait
oblig d'y mettre des tais, et que Sa Majest avait ordonn de
remplacer par des votes en pierre.

A peine arrive  Paris, Marie de Mdicis recommence ses instances
auprs du roi, pour faire loigner le cardinal. Louis oppose une vive
rsistance aux importunits de sa mre, et insiste sur le besoin qu'il a
des services de Richelieu. Marie parat d'abord se rendre; mais,
toujours pousse par sa haine contre le premier ministre, elle se rsout
enfin  prendre un parti dcisif. Cet vnement est racont comme il
suit par l'auteur des _Anecdotes du ministre du cardinal de Richelieu_:

La reine-mre ayant rsolu de mettre le feu le jour de saint Martin, 11
novembre 1630,  la mine qu'elle avait creuse, pour faire sauter en
l'air et dtruire jusqu'aux fondements de la fortune du cardinal, et
ayant pris ses mesures, pour mieux effectuer son dessein, de se trouver
seule avec le roi son fils, afin de lui faire toucher au doigt et 
l'oeil, pour me servir de ses propres termes, toutes les fautes normes
que ce prlat avait commises pendant son ministre, les dommages et le
prjudice que l'tat en avait souffert, la mine joua et eut un succs
bien diffrent de celui qu'elle et ceux qui l'avaient aide  la
fabriquer avaient espr, car elle crasa tous les architectes qui en
avaient donn le plan, et ensevelit sous ses ruines tous ceux qui
avaient contribu  sa construction.

Mais cette intrigue mrite bien que l'on fasse un dtail un peu
circonstanci d'une scne qui fait la plus curieuse poque du rgne de
Louis XIII, et qui  fait donner le nom de _journe des dupes_ au jour
o elle se passa.

La reine-mre tant donc convenue avec le roi son fils qu'il la
viendrait voir le jour de saint Martin, dans la matine,  son palais du
Luxembourg,  l'insu du cardinal, feignit d'avoir pris mdecine ce
jour-l, afin d'avoir un prtexte apparent de dfendre l'entre de sa
chambre  qui que ce ft, pour pouvoir entretenir ce monarque en
particulier plus  son aise. Ce prince faisait cependant cette visite
secrtement, de concert avec son premier ministre, du moins  ce qu'en
publia pour lors la renomme; mais, quoi qu'il en soit, cette princesse
mit en ce moment tout en usage, et employa tout l'art du monde pour
persuader  son fils qu'il tait tromp et trahi par le cardinal. Elle
lui fit l-dessus une longue numration de toutes les fautes, de toutes
les bvues et de tous les manquements de ce ministre. Elle fit ensuite
tous ses efforts, pour tirer parole de lui qu'il le chasserait, qu'il ne
l'admettrait jamais plus  ses conseils. Elle n'eut aucun scrupule
d'exiger du roi, au milieu des acclamations publiques qu'il recevait
pour son heureuse convalescence et l'heureux succs de ses armes en
Italie, o ce prlat avait eu tant de part, une chose aussi honteuse
pour sa rputation, qui tait celle de sacrifier un si digne serviteur,
et de le faire servir de victime au ressentiment de sa mre, et de faire
voir  toute l'Europe, par la disgrce de celui qui tait l'me de tous
ses conseils, qu'il se repentait de ce qu'il avait fait pendant tout le
temps qu'il avait t son premier ministre. Comme la reine tait au plus
fort de son discours, et qu'elle pressait vivement son fils de lui
accorder ce qu'elle dsirait de lui avec tant d'instances, le cardinal
entra brusquement dans sa chambre; il en avait trouv,  la vrit, la
porte ferme, avec dfenses trs-expresses  l'huissier de l'ouvrir 
personne et surtout  lui, s'il s'y prsentait; mais comme il
connaissait toutes les issues de ce palais, il s'en fut  la garde-robe
de cette princesse, et se fit introduire par l dans la chambre, ayant
gagn pour cet effet une de ses femmes nomme _Zuccole_, qui, tant dans
la confidence de sa matresse, tait reste seule de garde en cet
endroit-l[14]. Voil de quelle manire il parvint jusqu'au lieu o la
mre et le fils s'entretenaient tte  tte sur son sujet et o il
servait d'ample matire  leur conversation. Ce fut la faute de la
reine, si elle fut ainsi interrompue; car ses plus fidles domestiques
lui avaient conseill, pour obvier  toutes sortes d'inconvnients, de
faire fermer cette porte de communication dans sa chambre, et d'en tenir
elle-mme les clefs sous sa main.

L'auteur des _Anecdotes_ raconte ensuite la scne qui eut lieu entre la
reine Marie de Mdicis et le cardinal, la soumission apparente de
Richelieu, les cris et les emportements de la reine; puis il ajoute: Le
cardinal se tourna du ct du roi et le supplia de vouloir bien lui
permettre de se retirer quelque part pour y passer le reste de ses jours
en repos, n'tant pas juste que Sa Majest se servt de lui et le
continut dans le ministre contre les volonts de la Reine. A ces
paroles, ce monarque, tmoignant avoir envie de dfrer aux dsirs de sa
mre, lui accorda sa demande et lui ordonna de sortir. Il ne fut plus
question que du choix d'un nouveau ministre; mais cette princesse, qui
l'avait dj dsign en elle-mme, proposa  son fils le garde des
sceaux, de Marillac, dont le roi approuva l'lection et consentit qu'il
ft revtu de la dignit de premier ministre. Aprs quoi la mre et le
fils se sparrent.

La reine, pleine de joie et de contentement, resta dans son palais du
Luxembourg, s'applaudissant en elle-mme d'avoir si bien russi dans son
dessein. Le bruit de la disgrce du cardinal et de l'lvation de
Marillac s'tant rpandu dans un instant de tous cts, les affections
des courtisans changrent d'objets dans le moment, la faveur ayant
coutume d'attirer  soi les coeurs, de mme que la lumire d'un nouvel
astre attire les regards de tout le monde; aussi le cardinal se vit tout
d'un coup dlaiss de toute la cour,  l'exception de ses parents et
d'un petit nombre d'amis qui taient le plus avant dans sa confidence.

Le roi, au partir du Luxembourg, s'en alla tout droit  son chteau de
Versailles, o la reine-mre ne le suivit point, contre le sentiment de
tous ses serviteurs, et particulirement du vicomte _Fabroni_, qui lui
conseillait d'y accompagner son fils et de ne le point perdre de vue
qu'elle n'et mis la dernire main  la disgrce du cardinal, et qu'elle
ne l'et fait chasser de Paris et de la cour. nivre de sa prosprit
prsente, elle en voulut goter toutes les douceurs, et s'amusa 
recevoir les compliments et les congratulations que tout Paris lui
venait faire sur le recouvrement de son autorit perdue. Mais, tandis
qu'elle avalait  longs traits le doux poison de la flatterie, qu'elle
coutait avec plaisir toutes les louanges qu'un chacun lui donnait sur
l'admirable conduite qu'elle avait tenue dans cette affaire, et qu'elle
disposait dj des principaux emplois de l'tat en faveur de ses
confidents, le cardinal de Richelieu, conseill et encourag par le
cardinal de la Valette, qui vivait dans une troite amiti avec lui, de
faire une dernire tentative auprs du roi pour essayer de se maintenir
dans le poste qu'il occupait, en dpit de ses ennemis, et de ne leur pas
cder une victoire si aise, s'en fut trouver ce prince  Versailles.

Entre plusieurs raisons dont ce vritable ami se servit pour lui
persuader ce voyage, il employa celle de ce commun proverbe des
Franais, que, _qui quitte la partie la perd_. Le cardinal et le garde
des sceaux de Marillac arrivrent en mme temps  la cour: le premier
sous prtexte de prendre cong de Sa Majest, et le second  dessein de
remplir sa place et de prendre possession de l'emploi de premier
ministre; _les fourriers lui avaient dj marqu dans le chteau le
logement qui tait attach aux fonctions de cette charge_; mais les
choses changrent bientt de face, et bien des gens furent pris pour
dupes. On reconnut alors que les courtisans s'taient lourdement abuss
dans l'empressement qu'ils avaient tmoign  congratuler le nouveau
ministre, et que le coeur et la conduite des princes sont impntrables;
car le cardinal de Richelieu ayant t bien servi auprs du roi par M.
de Saint-Simon, qui tait lors son favori, il arriva que, comme ce
premier ministre prenait cong de lui en compagnie du cardinal _de la
Valette_, Sa Majest, au lieu de lui octroyer la permission qu'il lui
demandait de se retirer, lui ordonna, au contraire, de demeurer et de
continuer l'exercice de son emploi, lui disant de plus de ne point
s'inquiter, qu'il trouverait bien le moyen d'apaiser sa mre, et de la
faire consentir  ce qu'il faisait, en tant d'auprs d'elle les
personnes qui lui donnaient de pernicieux conseils.

Cette scne se passa publiquement dans la chambre du roi; mais le
cardinal avait t secrtement introduit, un peu avant, _par un escalier
drob dans le cabinet de ce monarque_, avec lequel il avait eu un assez
long entretien qui avait produit tout l'effet qu'il en pouvait attendre;
car ce prince, persuad, par toutes les raisons qu'il lui avait
allgues pour sa justification, qu'il tait fidlement et uniquement
attach  sa personne et au bien de son royaume, lui avait redonn son
affection et toute sa confiance. Il tait, de plus, convenu avec lui de
toutes les choses qui se passrent ensuite dans sa chambre, afin que la
victoire qu'il remportait sur ses ennemis en part plus clatante. Ce
fut M. de Saint-Simon qui lui rendit un service si important, en
mnageant cette secrte entrevue entre Sa Majest, et en le conduisant
lui-mme,  l'insu de tout le monde, dans le cabinet du roi.

Charles Bernard, racontant le mme fait dans son Histoire de Louis XIII,
dit: Le roi, qui recognoissait bien d'o le mal pouvoit venir, rsolut
de le terminer. Il savoit qui estoient les artisans de ces divisions, si
bien que s'en allant en sa maison de Versailles, il commanda au cardinal
et au garde des sceaux, chacun  Paris, de l'y suivre. Il n'avoit encore
men en ce lieu pas un conseil, ayant fait bastir cette petite maison
pour se distraire entirement des affaires....

Cependant, les deux personnages qui estoient les premiers du conseil du
roy, pour obir au commandement de Sa Majest, le suivirent et eurent un
divers vnement de leur arrive: le garde des sceaux ayant eu
commandement d'aller _loger  Glatigny_, le roy lui ayant fait dire
qu'il lui ferait le lendemain savoir sa volont; au lieu que le cardinal
fut log dans le chasteau de Versailles, sous la chambre du roy, en
celle o l'on avoit coutume de loger M. le comte de Soissons[15], et ds
le soir il entra en conseil avec Sa Majest.

Telle fut cette _journe_, dans laquelle les Marillac[16], les Guise, la
princesse de Conti et les autres partisans de la reine-mre, qui se
croyaient arrivs au sommet des grandeurs par la chute du cardinal, se
virent, les uns destitus de leurs emplois; d'autres chasss de la cour,
et plusieurs emprisonns.

Le pauvre marchal de Bassompierre lui-mme, dit Valdori, tout fin et
dli courtisan qu'il tait, se trouva, par les engagements qu'il avait
avec l'incomparable princesse de Conti, compris au nombre des
malheureux. Il fut envoy  la Bastille, d'o il ne sortit, qu'aprs la
mort du cardinal.

Ce rcit claire plusieurs dtails intressants du chteau de
Versailles. Et d'abord, on voit que Louis XIII avait fait btir une
petite maison _pour n'y admettre que peu de gens et n'tre point troubl
dans le repos qu'il y cherchait loin des importunits de la cour_; et,
par consquent, on conoit trs-bien que Bassompierre ait pu l'appeler
le _chtif chteau de Versailles_. Ce fut plus tard, et quand il eut
achet le domaine de Versailles de Jean-Franois de Gondi, qu'il y
ajouta de nouvelles constructions et en fit un palais de quelque
importance.

Ce qui vient d'tre dit peut aussi servir  retrouver dans le chteau
quelques anciennes distributions existant encore aujourd'hui.

Quand Louis XIV fit faire ses grands travaux de Versailles, il voulut
conserver religieusement le chteau de son pre. Dans les premires
annes de son rgne, il fit commencer les embellissements des jardins,
et y donna les grandes ftes de 1664 et 1668; la distribution des
appartements du chteau de Louis XIII tait reste la mme, et les
chefs-d'oeuvre de peinture et de sculpture que Louis XIV commenait  y
accumuler, taient tout ce que l'on y voyait de nouveau.

En 1671, Flibien, historiographe des btiments du roi, donna la
premire description du chteau de Versailles et des embellissements
qu'y faisait excuter Louis XIV. On voit dans cette description que la
pice du milieu, qui devint plus tard la chambre  coucher de Louis XIV,
et dans laquelle mourut ce roi, formait alors un salon comme au temps de
Louis XIII; que ce qui est devenu depuis le salon de l'OEil-de-Boeuf,
tait divis en deux pices, dont l'une, la plus prs du salon central,
formait la chambre  coucher du roi, et dont l'autre tait un cabinet ou
antichambre; que dans cette antichambre ouvrait un escalier drob
communiquant avec les appartements du rez-de-chausse. Ces pices, de
l'ancien chteau de Louis XIII, taient donc restes comme au temps de
ce roi.

Voyons dans le rcit prcdent ce qui se rapporte aux appartements du
chteau.

Cette scne, dit Valdori, se passa publiquement dans la chambre du roi;
mais le cardinal avait t secrtement introduit, un peu auparavant; par
un escalier drob, dans le cabinet de ce monarque.

Charles Bernard ajoute de son ct: Que le cardinal fut log dans le
chteau de Versailles, sous la chambre du roi, en celle o l'on avoit
coustume de loger M. le comte de Soissons, et que ds le soir il entra
en conseil avec Sa Majest.

Ainsi l'appartement _o l'on avait coutume de loger M. le comte de
Soissons_, comme grand-matre de la maison du roi, tait au-dessous de
la chambre  coucher de Louis XIII; consquemment  l'endroit occup
aujourd'hui par la salle des portraits des rois de France, et c'est l
que Richelieu coucha la nuit de ce clbre vnement. L'_escalier
drob_, par lequel Saint-Simon vint le chercher pour le conduire dans
le _cabinet du roi_, existe encore dans un petit couloir plac  l'angle
sud-ouest de cette salle, et aboutit au premier tage  l'angle
correspondant du salon de l'OEil-de-Boeuf, et par consquent  la partie
du cabinet prcdant la chambre  coucher du roi. Il est donc vident
que dans l'tat actuel du chteau de Versailles, et malgr toutes les
transformations qu'il a subies depuis son origine, on peut suivre
encore, dans ses dtails les plus intressants, la principale scne de
cette grande comdie historique appele _la journe des dupes_[17].




II

LA NAISSANCE DU DUC DE BOURGOGNE.

1682.


Anne-Marie-Victoire de Bavire, princesse d'une constitution dlicate,
pousa, au mois de janvier 1680, le dauphin, fils de Louis XIV. La
premire anne de ce mariage ne fut qu'une longue srie de ftes pour la
jeune dauphine. Mais quand, vers la fin de 1681, l'on eut la certitude
de sa grossesse, de grandes prcautions, commandes par la faiblesse de
son organisation, lui furent imposes. Tout le monde s'intressait 
cette princesse et attendait avec anxit l'poque de sa dlivrance. La
naissance d'un petit-fils tait surtout le dsir le plus ardent de Louis
XIV, et il voyait approcher ce moment avec une joie mle de quelques
inquitudes.

Une premire pense dut se prsenter  lui dans une conjoncture aussi
grave:  qui remettrait-on le soin d'accomplir cette opration
importante?  un accoucheur ou  une sage-femme?

Aujourd'hui le choix serait bientt fait, ou plutt il n'y en aurait
pas. Mais il n'en tait pas ainsi  cette poque. Les accoucheurs
n'taient pas rpandus comme ils le sont actuellement, et la science
obsttricale tait presque entirement confie  des femmes. Non pas que
depuis longtemps d'illustres chirurgiens n'eussent pratiqu des
accouchements, mais en gnral c'tait dans des cas exceptionnels et
difficiles, et dans l'ordre ordinaire des choses, l'on voyait les
accouchements confis presque exclusivement  des sages-femmes. Dj,
cependant, les femmes avaient moins de rpugnance  se remettre dans les
mains des hommes, et quelques accoucheurs clbres taient parvenus  se
faire une brillante rputation parmi les dames de la cour, de la
magistrature et de la haute bourgeoisie. Mais le plus grand nombre des
femmes grosses choisissaient des accoucheuses pour les dlivrer, et les
reines, Marie de Mdicis, pouse de Henri IV; Anne d'Autriche, pouse de
Louis XIII; et Marie-Thrse, pouse de Louis XIV, avaient t
accouches par des femmes. Il semblait donc tout naturel que dans cette
circonstance, le roi choist une sage-femme pour accoucher la dauphine.
Il n'en fut cependant pas ainsi, et un chirurgien fut charg de cette
importante opration. On a dj dit que la dauphine tait d'une
constitution dlicate, et que le roi redoutait beaucoup ce moment; il
voulut donc la remettre entre les mains d'un homme habile et ayant toute
sa confiance, et il dsigna pour accoucheur _Clment_.

_Clment_ (Julien) tait alors l'accoucheur le plus clbre de Paris. N
en 1638,  Arles, il vint fort jeune  Paris pour tudier l'art des
accouchements. Gendre et lev de _Lefebvre_, autre accoucheur en renom
de la mme poque, il acquit bientt une grande rputation; et par son
habilet et le talent qu'il montra dans quelques occasions dangereuses,
il contribua beaucoup  la vritable rvolution qui fit prfrer les
accoucheurs aux sages-femmes, rvolution acheve surtout par le choix
que Louis XIV fit de lui pour la dauphine.

La rputation de Clment ne l'avait pas seule indiqu au choix de Louis
XIV. Amen mystrieusement auprs de madame de Montespan quand elle mit
au monde le duc du Maine, il avait continu de l'assister dans ses
autres accouchements, et le roi avait pu ainsi apprcier ses
talents[18].

L'accoucheur choisi, il fallait s'occuper de prendre une nourrice.
Celles-ci ne manqurent point; et il en vint s'offrir de tous cts. On
tait dans l'usage de les choisir vers le septime mois de la grossesse.

Peut-tre paratra-t-il curieux de connatre les conditions exiges
alors pour tre la nourrice d'un prince.--Elle devait tre ge de
vingt-deux  trente ans,--avoir un lait de trois mois,--avoir dj fait
une nourriture trangre,--tre d'un temprament sanguin,--avoir les
cheveux noirs ou d'un chtain brun,--avoir une constitution forte et
robuste,--tre assez grasse,--avoir bon apptit,--et n'tre dlicate ni
sur le boire, ni sur le manger,--tre gaie et de bonne humeur,--avoir
toujours le mot pour rire,--n'tre sujette  aucune incommodit,--ne
sentir mauvais ni de la bouche, ni des aisselles, ni des pieds,--n'avoir
point de dents gtes et les avoir toutes,--avoir la peau blanche et
nette,--enfin avoir tous les signes d'une bonne sant.--Il fallait de
plus qu'elle ft assez jolie,--gracieuse dans son parler,--bien faite
dans sa taille,--ni trop grande, ni trop petite, ni bossue, ni boiteuse,
et qu'elle n'et aucun accent prononc.--Mais ce qu'on exigeait surtout,
c'tait que la gorge ft bien faite et contnt suffisamment de
lait.--Quant au lait, on n'avait pas alors les moyens que l'on possde
actuellement pour juger de sa bont, et l'on s'en rapportait  son
aspect et  son got.

Quand une nourrice runissait toutes ces qualits, on exigeait encore
d'elle, et par-dessus tout, qu'elle ft de bonne vie et moeurs. C'tait
sans doute, et c'est encore aujourd'hui une trs-bonne prcaution de
s'informer de la sagesse de la femme  laquelle on va confier son bien
le plus cher. Mais comment le savoir positivement? Et d'ailleurs, ne se
peut-il pas que quelque grave affection soit venue atteindre une
nourrice, sans que pour cela elle ait en rien manqu  une conduite sage
et rgle? Une histoire arrive dans une circonstance analogue, et
raconte par _Louise Bourgeois_, la clbre accoucheuse de Marie de
Mdicis, montre combien l'on peut tre encore tromp malgr toutes ces
prcautions: La reine tant grosse de madame sa fille ane, dit madame
Bourgeois, alla  Fontainebleau pour y faire ses couches, et partit en
octobre de Paris aprs la moiti du mois, o tant arrive l'on avait
quantit de nourrices qui importunaient tellement le roi et la reine, et
tout le monde, que Leurs Majests en remirent l'lection 
Fontainebleau, o il ne manqua d'en venir de tous cts. L'on attendit
proche de l'accouchement de la reine  en faire l'lection. Il vint un
homme, lequel avait envoy sa femme pour tre nourrice, laquelle avait
une petite fille fort dlicate et menue. La femme tait bien honnte, et
de gens de bien, en faveur de quoi il se trouva des plus signals
seigneurs de la cour qui en parlrent d'affection aux mdecins. Ce fut
une affaire qui me donna bien de la peine. Elle logea chez une de mes
amies, laquelle s'employa de bon coeur pour elle; elle me priait aussi
d'y faire ce que je pourrais. Je voyais son enfant extrmement menu,
mais elle tait approprie  son avantage, de sorte que la hard parait
le fagot. Quand on m'en parlait, je ne pouvais rpondre gaiement, 
cause que sa nourriture ne m'agrait gure. Je fus un jour, comme
j'avais coutume, la voir, o j'entendis nommer cette nourrice du nom de
son mari. Je me ressouvins que c'tait le nom d'un jeune homme que mon
mari[19] avait trait de la v..., lequel avait voulu sortir sans
attendre qu'il et t guri.... Je fus bien empche et eusse voulu ne
l'avoir jamais vue.... Elle fut retenue, et aussitt on fit tat de
renvoyer toutes les autres; c'tait l'heure du dner. Je fis chercher M.
du Laurens[20], lequel tait all dner en compagnie. Comme je vis qu'il
ne se trouvait pas, et qu'il n'et pas t  propos de le dire quand les
autres nourrices eussent t renvoyes, je priai mademoiselle Cervage,
femme de chambre de la reine, de lui aller dire de ma part.... La reine
le dit aussitt au roi, lequel dit tout haut que des nourrices venaient
de loin pour le tromper, devant tout le monde. Il envoya chercher M. du
Laurens et les autres mdecins, lesquels me vinrent trouver pour savoir
la vrit, et comment, si je vrifierais cela. Je leur dis le tout, et
que pour preuve, il y avait un valet de chambre de M. _de Beaulieu-Rus_
qui, demeurant en notre logis, l'avait aid  panser, qui en pourrait
dire la vrit, et un autre qui tait chirurgien  Auxerre, qui avait
t en mme temps chez nous. Comme cela fut vrifi, l'on fit une autre
lection de nourrice.

La consquence  tirer de cette histoire, c'est que, malgr tous les
certificats, on peut encore tre tromp; car, si le hasard n'avait pas
fait connatre  l'accoucheuse de la reine l'tat antrieur du mari de
cette femme, elle aurait t parfaitement accepte pour nourrice de la
fille du roi. Ainsi donc, s'il est bon, en tout tat de choses, de
tcher d'avoir les meilleurs renseignements sur la vie antrieure d'une
nourrice, il faut cependant, sous ce rapport, s'en remettre un peu  la
grce de Dieu.

Voici, du reste, comment on s'y prit pour la Dauphine: On choisit
d'abord les quatre meilleures nourrices, c'est--dire celles qui
remplissaient le mieux les conditions dj indiques, et l'on prit leurs
noms et leurs demeures; puis, le premier mdecin envoya un homme de
confiance pour procder aux informations. Cet homme s'adressa aux curs
pour avoir un certificat constatant _qu'elles taient de la religion
catholique, qu'elles servaient bien Dieu, et qu'elles frquentaient les
sacrements_. Il obtint ensuite un certificat des chirurgiens de chacune
d'elles, assurant qu'ils n'avaient connu dans leurs familles aucune
personne atteinte de maladies contagieuses, ni crouelles, ni pilepsie.
Aprs avoir obtenu ces deux certificats, il assembla les voisins, qui
attestrent qu'elles taient de bonne conduite, et qu'elles avaient
toujours bien vcu avec leurs maris et leurs voisins. Une fois cette
enqute termine, on les mit chez la gouvernante des nourrices, o
chacune d'elles avait une chambre et nourrissait son enfant en attendant
l'accouchement de la Dauphine; et sitt qu'elle fut accouche, les
mdecins vinrent visiter ces nourrices, choisirent celle qu'ils
considrrent alors comme la meilleure, et les trois autres restrent
chez la gouvernante, pour n'en pas manquer en cas qu'on ft dans la
ncessit d'en changer. La nourrice choisie fut ensuite garde  vue par
une femme qui ne la quittait point, pour qu'elle ne pt approcher de son
mari, car on craignait qu'elle ne devnt grosse et ne donnt  l'enfant
de mauvais lait.

On tait trs-rigide sur cette sparation des maris, et _Dionis_[21]
raconte  ce sujet ce qui arriva  l'une des premires nourrices de
Louis XIV.--Cette nourrice tait de Poissy. La cour habitait  cette
poque le chteau neuf de Saint-Germain. Louis XIII, ravi d'avoir un
fils, l'allait voir tous les jours et s'entretenait avec la nourrice.
Celle-ci lui raconta plusieurs aventures amoureuses arrives entre les
dames de Poissy et les mousquetaires de quartier. Le roi en fit quelques
rprimandes  leur commandant, en lui ordonnant de mieux veiller sur
leur conduite. Un jour le mari de la nourrice, impatient de voir sa
femme, rdait autour du chteau. La nourrice l'ayant aperu descendit un
moment pour lui parler sur une des terrasses du jardin. Malheureusement
pour elle, elle fut vue du mousquetaire en sentinelle sur cette
terrasse. Ne voulant pas perdre une si belle occasion de se venger des
discours tenus par elle au roi sur leurs aventures, il la dnona, et
elle fut immdiatement change.

L'accouchement tant dsir de la Dauphine eut lieu au mois d'aot 1682.
Le roi venait de fixer depuis quelques mois son sjour  Versailles, et
cette ville prsenta alors le plus curieux spectacle.

Depuis prs d'un mois, Clment tait tabli dans les appartements du
chteau, lorsque le mardi 4, dans la soire, la Dauphine ressentit les
premires douleurs. Depuis ce moment jusqu'au jeudi 6, jour de la
dlivrance, l'accoucheur ne quitta plus la princesse. Aussitt les
premires douleurs, la Dauphine fit prvenir la reine et la pria de n'en
rien dire, pour viter dans ces premiers moments le trouble que cette
nouvelle allait jeter parmi tout le monde. Le Dauphin vint aussi et ne
quitta pas la chambre de la nuit. Cependant, comme elle souffrait de
plus en plus, vers une heure du matin le bruit s'en rpandit dans tout
le chteau.

Lorsque les reines accouchaient, on prparait prs de leur chambre
ordinaire une autre chambre o devait se terminer l'accouchement, et
dans laquelle se tenaient toutes les personnes ayant le droit d'y
assister. C'tait dans cette dernire chambre qu'taient le lit o elles
restaient aprs l'accouchement et le lit de travail. Celui-ci tait
plac dans une espce de petite tente pour la reine, le roi,
l'accoucheuse et les aides. Cette tente tait entoure d'une autre,
beaucoup plus grande, pour les assistants. Ce crmonial ne fut pas
suivi pour la Dauphine, et l'accouchement se fit dans sa chambre 
coucher.

Bientt toute la cour fut en mouvement. Les princes et les princesses du
sang se rendirent aussitt chez la Dauphine. Les cours, les places, le
chemin de Versailles  Paris, furent clairs presque comme en plein
jour par la grande quantit de torches et de lumires de toute espce
des allants et des venants.

Les antichambres de l'appartement de la Dauphine et la galerie qui y
menait ne tardrent pas  tre encombres par tous les habitants du
chteau et de ses environs. Cet appartement tait situ  l'extrmit de
l'aile du sud, vis--vis la pice d'eau des Suisses, dans le pavillon de
la surintendante de la maison de la reine[22].

Malgr tout ce mouvement, on n'avait pas encore jug ncessaire
d'veiller le roi. Cependant, sur les cinq heures du matin, on vint lui
apprendre l'tat de la princesse. Il se leva aussitt, et aprs
l'assurance que rien ne pressait encore, il ordonna d'adresser des
prires au ciel, et entendit immdiatement la messe. Vers six heures, il
se rendit chez la Dauphine, afin de savoir par lui-mme o tout en
tait.

La cour grossissait  tout moment. Les moins diligents se rendaient de
toutes parts aux environs de l'appartement de la jeune malade, d'o
l'on ne pouvait approcher, tandis que le reste du chteau paraissait
dsert.

Vers neuf heures, le roi, voyant diminuer les douleurs de sa
belle-fille, sortit de chez cette princesse pour aller au conseil; et la
plupart des princes et princesses, ayant veill toute la nuit,
profitrent de ce moment pour prendre quelques heures de repos.

La reine passa toute cette matine en prire ou auprs de la princesse.
Le roi y revint encore aussitt que le conseil fut termin. Il la trouva
assez calme, y demeura quelque temps, voulut qu'elle manget pendant
qu'il tait l et sortit ensuite avec la reine, chez laquelle il vint
dner accompagn de tous les princes. Vers la fin du dner, on lui
annona que la Dauphine reposait. Jugeant alors sa prsence inutile, il
laissa la reine dans son appartement, et alla, selon sa coutume,
travailler dans son cabinet.

L'un des premiers soins de ce prince avait t d'ordonner des prires
dans toutes les glises de Paris et de Versailles, et de faire
distribuer des aumnes considrables dans ces deux villes.

Les douleurs de la Dauphine la reprirent avec force vers l'aprs-dine;
le roi revint immdiatement auprs d'elle.

Pendant tout ce temps, la plupart des ambassadeurs, des envoys et des
rsidents des princes trangers se rendirent  Versailles, afin d'tre
prts  faire partir des courriers  leurs cours aussitt aprs
l'accouchement.

La reine n'avait point quitt l'appartement de la Dauphine depuis ses
premires douleurs; les voyant se continuer avec nergie, elle fit
apporter dans la chambre les reliques de sainte Marguerite, que l'on
tait dans l'usage d'exposer dans la chambre des reines quand elles
accouchaient; puis on dressa le lit de travail. Ce lit, conserv dans le
garde-meuble du roi, avait dj servi aux reines _Anne d'Autriche_ et
_Marie-Thrse_[23].

Les femmes de la Dauphine entrrent alors, arrangrent ses cheveux, et
lui mirent sur la tte de grosses cornettes, comme c'tait l'usage, pour
qu'elle n'attrapt point de froid.

Toute la nuit du 5 au 6 se passa encore dans des douleurs de plus en
plus vives et prolonges, surtout vers le matin.

Les soins et les prires de la reine redoublrent. Tous les services
qu'une femme est si heureuse de recevoir dans cet instant solennel
furent rendus  la Dauphine avec empressement par la reine et les
princesses du sang.

Le roi lui-mme cherchait  l'encourager et tait rempli d'attentions
pleines de bont. A plusieurs reprises, aid du Dauphin, il la soutint
pendant qu'elle se promenait dans sa chambre, et comme les douleurs ne
discontinurent plus, il y passa la nuit sans vouloir prendre un moment
de repos.

Pendant cette soire du mercredi, la nuit du mercredi au jeudi et la
matine du jeudi jusqu' l'heure de la dlivrance, il n'est sorte de
mots doux et affectueux qui n'aient t changs entre Louis XIV et la
Dauphine. Le jeudi, le roi ne se reposa pas un moment. Le matin, il
entendit la messe; puis il tint conseil comme  l'ordinaire; car l'on
sait que c'tait un des devoirs qu'il s'tait imposs, et que rien ne
pouvait empcher. Immdiatement aprs le conseil, il revint chez la
Dauphine.

La longueur du travail commenait  donner de l'inquitude  tous les
assistants, et les visages semblaient abattus et consterns. _Clment_
seul, pendant tout ce temps, paraissait impassible. Il s'tait assur, 
plusieurs reprises, de l'tat de la princesse; il n'avait reconnu 
l'accouchement aucun obstacle important, et il avait dj prvenu le roi
que si, par suite de la constitution assez grle de la Dauphine,
l'accouchement devait tre long, il devait cependant se terminer sans
accident. Le roi, on l'a dj dit, avait une entire confiance dans
l'accoucheur; il s'en rapporta compltement  son savoir, attendit avec
patience l'instant qui allait combler ses voeux, et convint avec lui
qu'afin de savoir le premier le sexe de l'enfant au moment de la
naissance, il lui demanderait _ce que c'tait_, et que Clment
rpondrait: Je ne sais pas, Sire,--si c'tait une fille; et je ne sais
point _encore_, Sire,--si c'tait un fils.

Les douleurs devenant de plus en plus vives et prolonges, Clment jugea
ncessaire de faire pratiquer une saigne, et les mdecins furent tous
de cet avis.

Aussitt les apothicaires apportrent du vinaigre, de l'eau de la reine
de Hongrie et un verre rempli d'eau, dans le cas o la princesse aurait
une faiblesse. Le chirurgien Dionis pratiqua la saigne. On tait alors
dans l'usage de fermer les volets et de se servir de bougies afin de
mieux voir la veine. C'est ce qu'on fit pour la Dauphine. Le premier
mdecin du roi tint la bougie, et le premier apothicaire tint les
_poilettes_[24].

Aprs la saigne, les douleurs reprirent de l'intensit, et tout
annonait la prompte terminaison de l'accouchement. Pour soutenir les
forces de la Dauphine, le roi voulut qu'on lui donnt de temps  autre
de son _rossolis_[25].

Clment, jugeant que l'instant de la dlivrance approchait, en prvint
le roi. La Dauphine fut place sur le lit de travail, et le roi ordonna
de faire entrer toutes les personnes qui devaient assister  cet acte
solennel.

Alors se trouvaient dans la chambre le roi, la reine, le Dauphin,
Monsieur, Madame, Mademoiselle d'Orlans, et les princes et princesses
du sang, qu'on avait mands  cause du droit que leur donnait leur
naissance d'tre prsents  l'accouchement. Il y avait en outre celles
des dames dont les charges leur donnaient le privilge d'y assister, ou
dont le service tait ncessaire  la princesse; c'taient: madame de
Montespan, surintendante de la maison de la reine; la duchesse de Crqui
et la comtesse de Bthune, dames d'honneur de la Dauphine; la marchale
de Rochefort et madame de Maintenon, dames d'atour; la duchesse d'Uzs;
la duchesse d'Aumont, femme du premier gentilhomme de la chambre en
anne; la duchesse de Beauvilliers, femme du premier gentilhomme de la
chambre; madame de Venelle, premire sous-gouvernante; madame de
Montchevreuil, gouvernante des filles d'honneur de la Dauphine; madame
Pelard, premire femme de chambre du nouveau-n; madame Moreau, premire
femme de chambre de la Dauphine; et les femmes de chambre de jour.

Tout ce monde tait sans mouvement et paraissait attendre avec anxit
le dernier moment. Bientt les dernires et nergiques douleurs se
succdrent et se rapprochrent, et la Dauphine accoucha  dix heures
vingt minutes du matin.

A peine l'enfant venait de passer, le roi, impatient, demanda  Clment:
Qu'est-ce? Celui-ci, d'un air satisfait, lui rpondit, ainsi qu'il en
tait convenu: Je ne sais point _encore_, Sire. Aussitt le roi,
radieux, s'cria: Nous avons un duc de Bourgogne[26].

Tout ce qui se passa alors dans la chambre o ce prince venait de natre
peut  peine se dcrire.

Le roi, dans le premier moment de sa joie, embrassa la reine et la
Dauphine; puis on ouvrit deux portes  la fois, afin de faire connatre
la grande nouvelle  ceux du dehors. Le roi annona lui-mme aux
princesses et aux dames du premier rang la naissance d'un prince, et la
dame d'honneur aux hommes runis dans la pice  ct. Il se produisit
alors un mouvement incroyable. Les uns tchaient de percer la foule pour
aller publier ce qu'ils venaient d'apprendre, et les autres, sans bien
savoir o ils allaient ni ce qu'ils faisaient, forcrent la porte de la
chambre de la Dauphine. Tout le monde paraissait dans l'ivresse de la
joie. Il y eut un tel ple-mle dans ce premier moment, que les
domestiques se trouvrent dans l'antichambre au milieu des princes et
des dames de la premire qualit. Le roi dfendit qu'on renvoyt
personne et voulut que chacun pt exprimer librement sa joie.

Il semblait que le nom du prince nouveau-n et vol dans l'air jusque
dans les endroits les plus reculs du chteau et aux deux extrmits de
Versailles; partout des feux de joie s'allumrent comme par
enchantement, et les missionnaires, tablis depuis peu par le roi dans
le chteau, chantrent un _Te Deum_ d'actions de grces dans la
chapelle.

Quelques instants aprs sa naissance, le duc de Bourgogne fut ondoy
dans la chambre de la Dauphine par le cardinal de Bouillon, grand
aumnier de France, revtu de l'tole, en camail et en rochet. La
crmonie se fit en prsence du cur de la paroisse de Versailles[27];
et sitt qu'elle fut faite, on alla bercer le prince dans le cabinet de
la Dauphine, d'o on le rapporta un peu aprs pour le montrer  cette
princesse. Puis la marchale de la Mothe tant entre dans une chaise 
porteurs, on le mit sur ses genoux, et il fut ainsi port jusque dans
l'appartement qu'on lui avait prpar. A peine y fut-il entr, le
marquis de Seignelay, secrtaire d'tat et trsorier de l'ordre du
Saint-Esprit, lui mit au cou, de la part du roi, la croix de cet ordre,
que les fils de France portaient ds leur naissance.

Enfin, aprs deux jours et deux nuits d'inquitudes et de fatigues, il
tait temps de laisser reposer la Dauphine[28]; mais ici une nouvelle
scne allait commencer pour le roi.

En sortant de la chambre, il fallait traverser la foule de grands
seigneurs et de personnages de toutes sortes encombrant les portes et
les corridors. Aussitt qu'il parut, chacun se prcipita et, quel que
ft son rang, chercha par ses acclamations et ses gestes  lui tmoigner
sa joie. Le roi paraissait dans ce moment si heureux, et il recevait ces
manifestations d'un air si engageant, que, loin de s'loigner, chacun
cherchait  se rapprocher de lui. Il faut se figurer que depuis
l'appartement o la Dauphine tait accouche jusque chez la reine o le
roi allait souper, il y avait  traverser une antichambre, la salle des
gardes de la Dauphine, une trs-longue galerie, le palier de l'escalier
des princes avec les retours, diverses salles, la salle des gardes de la
reine, et que tous ces lieux taient tellement remplis de monde, qu'on
peut dire que Louis XIV fut port  table, depuis la chambre de la
Dauphine, jusqu'au lieu o il soupa[29].

Quant au Dauphin, ce qu'il avait vu souffrir  la Dauphine, et les
choses tendres qu'elle lui avait dites pendant cette longue attente,
l'avaient jet dans une sorte de stupfaction. Aussi, quand il fallut
passer de la tristesse  la joie, il eut peine  se soutenir. Il
semblait sortir d'un long rve, et sa premire action fut d'embrasser
non-seulement la Dauphine, mais toutes les dames qui se trouvaient dans
la chambre.

Le roi fit, ds le soir mme, donner de fortes sommes d'argent pour
dlivrer des prisonniers.

Louis XIV, dans ses libralits, ne pouvait oublier celui qui, par son
sang-froid et sa prudence, avait t la cause principale de l'heureuse
russite de cet vnement. Il fit donner  l'accoucheur dix mille
livres, et lorsque Clment alla le remercier, il le reut gracieusement,
lui dit qu'il tait trs-satisfait du service qu'il lui avait rendu,
qu'en lui donnant cette somme, il ne croyait pas le payer, et que ce
n'tait que le commencement de ce qu'il voulait faire pour lui.

En effet, Louis XIV ne cessa de le combler de bienfaits. Il n'avait de
confiance qu'en lui. Outre la Dauphine, qu'il accoucha de tous ses
enfants, Clment fut plus tard l'accoucheur de la duchesse de Bourgogne,
et il alla trois fois  Madrid pour accoucher la reine d'Espagne. Enfin,
en 1711, le roi lui donna des lettres de noblesse avec une clause qui
honore au mme degr l'homme de mrite auquel s'adressait cette
distinction et le souverain qui la lui accordait; cette clause portait
qu'il ne pourrait abandonner la pratique de son art, ni refuser ses
conseils, ni ses secours aux femmes qui les rclameraient.

La joie manifeste si vivement dans le chteau  la nouvelle de cet
heureux vnement ne fut pas moins vive au dehors et dans tout
Versailles.

Un garde du roi dormait sur une paillasse pendant l'accouchement de la
Dauphine: rveill en sursaut par le bruit extraordinaire que la joie
venait de produire dans l'intrieur du palais, et comprenant, quoique
encore  moiti endormi, qu'il venait de natre un prince, il prit sa
paillasse sur son dos, et sans rien dire a personne, courut le plus vite
possible jusqu' la premire cour[30], et mit le feu  cette paillasse.
Il semblait que chacun n'attendt que ce signal, car on vit presque au
mme instant un nombre infini d'autres feux s'allumer comme par
enchantement. Les uns allaient chercher du bois; d'autres prirent tout
ce qu'ils trouvrent, bancs, tables, meubles de toute nature, et
jetrent au feu tout ce qui pouvait l'alimenter. Il se forma des danses
o se trouvrent mls ensemble peuple, officiers et grands seigneurs. A
peine ces manifestations de la joie publique eurent-elles commenc,
qu'on vit couler des fontaines de vin de chaque ct de la premire
grille du chteau, ainsi que de l'intrieur des cours.

Versailles tait alors rempli d'un grand nombre d'ouvriers attirs par
les travaux immenses que faisait excuter le roi. On leur fit distribuer
du vin en grande quantit  l'tape[31] et dans les ateliers; les
soldats des gardes franaise et suisse ne furent pas les derniers 
manifester leur joie. Ils firent du feu de tout et brlrent mme
quantit de choses dont on ne leur aurait pas permis de disposer dans un
autre moment. Le roi, apercevant tout ce dsordre, voulut cependant
qu'on les laisst faire, _pourvu_, ajouta-t-il, _qu'ils ne nous brlent
pas_.

Devant chaque htel de ministre, l'on avait tabli des feux et des
distributions de vin.

Ces rjouissances durrent plusieurs jours avec les mmes transports.
C'tait  qui varierait chaque fois les illuminations et les artifices.

Tant que durrent les ftes, la pompe[32] fut magnifiquement illumine,
et tous les feux dont brillaient Versailles, se refltant sur l'or
couvrant le chteau[33], imprimrent  la ville une physionomie toute
magique.

Pendant les deux ou trois premiers jours qui suivirent celui de la
naissance du duc de Bourgogne, tout le chemin de Versailles fut couvert
de peuple venant tmoigner sa joie par ses acclamations. Aprs avoir vu
le roi, on allait voir le nouveau-n, et la marchale de la Mothe tait
frquemment oblige de le montrer  tout ce peuple accouru pour
contempler un instant son visage[34].

A l'occasion de cette naissance, on chanta plusieurs _Te Deum_ en
musique  Versailles. La plupart des matres en avaient compos, et le
roi voulut bien les entendre dans sa chapelle.

Louis XIV avait dispens les diffrents corps de l'tat des compliments
d'usage; quant aux ambassadeurs et aux ministres des princes trangers,
il leur accorda l'audience qu'ils lui demandrent  cette occasion. Elle
eut lieu dans le grand appartement de Versailles, avec les crmonies
accoutumes. Tous les corps de la garde du roi taient en haie. Les
ambassadeurs entrrent par le grand escalier[35].

Le roi tait assis sur son trne d'argent, il avait auprs de lui d'un
ct le duc de Bouillon, grand chambellan, le duc de Crqui et le prince
de Marsillac; de l'autre, le duc d'Aumont, le duc de Saint-Aignan et le
marquis de Gesvres. Une foule de courtisans les environnait. Le duc de
Luxembourg, capitaine des gardes de quartier, allait recevoir les
ambassadeurs  la porte de la salle des gardes. Le roi couta leur
compliment avec gravit, et leur rpondit avec une grande affabilit.
Ils allrent ensuite chez le Dauphin, le duc de Bourgogne et Monsieur.
Madame la marchale de la Mothe rpondit pour le petit prince.

Toutes ces audiences durrent cinq heures, aprs lesquelles ces
messieurs furent reconduits avec les mmes crmonies. Ils n'eurent
audience de la reine et de Madame que l'aprs-dine, parce qu'elles n'en
donnaient jamais le matin.

Tel est le rcit de ce qui se passa dans Versailles  la naissance du
duc de Bourgogne. La joie de cette ville se rpandit partout avec
rapidit, et l'on peut voir, dans la plupart des crits du temps, les
dtails des rjouissances extraordinaires faites dans toute la France 
cette occasion.




III

RCIT DE LA GRANDE OPRATION

FAITE AU ROI LOUIS XIV.

1686.


Le 18 novembre 1686, Versailles apprit avec surprise et effroi que le
roi Louis XIV venait de subir _la grande opration_; c'est ainsi que
l'on nommait alors l'opration de la _fistule  l'anus_.

Le 5 fvrier 1686, le roi fut oblig de prendre le lit  la suite de
vives douleurs dont il souffrait depuis plusieurs jours; l'on s'aperut
alors qu'il s'tait form un abcs  la marge de l'anus. _Flix de
Tassy_, son premier chirurgien, l'un des hommes les plus instruits de
cette poque, en proposa immdiatement l'ouverture; mais, ainsi que le
remarque Dionis, _on ne trouve pas toujours dans les grands cette
dfrence ncessaire pour obtenir la gurison_: mille gens proposrent
des remdes qu'ils disaient infaillibles, et l'on prfra  la lancette
du chirurgien un empltre fait par une grande dame de la cour, _madame
de la Daubire_. L'inventeur du remde assista elle-mme  la pose de
son empltre, qui, probablement, ne pouvait avoir d'effet que sous ses
yeux. Tel infaillible que ft cet empltre, on l'ta cinq jours aprs
son application, n'ayant eu d'autre rsultat que d'augmenter les
souffrances du roi. Enfin, le 23, c'est--dire plus de vingt jours aprs
l'apparition de la tumeur, on se dcida  donner issue au pus; mais,
malgr l'avis de Flix, qui voulait employer le bistouri, et pour
mnager le royal malade, auquel on craignait de faire subir une
opration sanglante, on eut recours, pour l'ouverture de l'abcs, 
l'application de la _pierre  cautre_. Ce matin,  dix heures, _dit
Dangeau dans son journal_, on appliqua au roi la pierre  cautre sur la
tumeur; on l'y laissa une heure et demie, et puis on ouvrit la peau avec
le ciseau; mais on ne toucha point au vif. C'est--dire qu'on se
contenta de fendre l'escharre, et lorsque celle-ci tomba, il se forma,
comme le dit Dionis, un petit trou par o la matire s'coula, et qui
continua  suppurer. Bientt on constata la prsence d'une fistule
communiquant dans l'intrieur de l'intestin.

En pareille occurrence, et pour dbarrasser le roi de cette dgotante
infirmit, il ne restait plus qu' pratiquer l'opration. Mais il n'en
est pas des rois comme des simples particuliers, et, avant de pouvoir
leur faire entendre les paroles graves et rflchies de la science, il
faut pralablement que le mdecin s'attende  voir dfiler avant lui
tout le cortge des empresss plus ou moins ignorants, flanqus chacun
de leurs remdes _infaillibles_, sans compter encore le charlatanisme,
qui sait si bien exploiter la tte et la queue de la socit. C'est ce
qui arriva pour Louis XIV.

Ds que l'on sut le roi atteint de la fistule, il y eut encore un bien
plus grand nombre de remdes proposs que quand il s'tait agi d'une
simple tumeur.

Cependant _Louvois_, qui tait alors le principal ministre et qui avait
en quelque sorte la responsabilit de la vie du roi, ne voulut permettre
l'usage d'aucun de ces remdes avant qu'il et t pralablement
expriment.

Parmi tous ces moyens, un fut surtout prconis, et le roi paraissait
assez dcid  l'essayer: c'tait l'emploi des eaux de Barges. Mais
avant que Louis XIV partt pour ces eaux, comme le bruit en avait couru,
on jugea convenable d'en constater les effets. On chercha quatre
personnes ayant la mme maladie que le roi, et on les envoya  Barges 
ses dpens, sous la conduite de _Gervais_, chirurgien de l'hpital de la
Charit. C'tait l'un des hommes les plus instruits de Paris, et il
s'tait acquis surtout une trs-grande rputation pour la gurison des
tumeurs. Ces quatre malades furent soumis par lui  l'action des eaux
sous toutes les formes, en bains,  l'intrieur, et surtout en
injections rptes dans le trajet fistuleux. Ce traitement dura fort
longtemps et ne fut suivi d'aucune espce d'amlioration; en sorte
qu'ils revinrent _tout aussi avancs dans leur gurison que quand ils
taient partis_[36].

Une dame de la cour ayant racont qu'alle aux eaux de Bourbon pour une
maladie particulire, elle s'tait trouve gurie par leur usage d'une
fistule qu'elle avait avant, on envoya  Bourbon l'un des chirurgiens du
roi, avec quatre autres malades; ils furent soumis aux mmes expriences
que ceux de Barges, et en revinrent comme eux sans changement dans leur
tat.

Mais l'essai des remdes ne devait point s'arrter l. Un religieux
jacobin vint trouver Louvois et lui apporta une eau avec laquelle il
gurissait, disait-il, toutes sortes de fistules. Un autre annonait
possder un onguent qui n'en manquait aucune. D'autres proposaient aussi
des remdes avec lesquels ils avaient obtenu des cures merveilleuses. Le
ministre, un peu embarrass de toutes ces propositions, ne voulut
cependant en rejeter aucune avant que l'exprience et dmontr son
inefficacit. Pour juger en quelque sorte, par lui-mme de leur valeur,
il fit meubler plusieurs chambres de son htel de la surintendance[37],
pour recevoir tous les malades atteints de fistule qui voulaient se
soumettre  ces diffrents essais, et il les fit traiter, en prsence
de Flix, par les auteurs de ces remdes.

Tous ces essais durrent un temps fort long, sans aboutir  aucun
rsultat.

Louvois et Flix rendaient compte  Louis XIV des tentatives inutiles
faites chaque jour pour trouver un remde qui pt lui viter
l'opration, sur laquelle le premier chirurgien insistait de plus en
plus. Mais avant de s'y dcider, le roi voulut encore avoir l'avis de
Bessires, chirurgien en renom de Paris. Bessires examina le mal, puis
Louis XIV lui ayant demand ce qu'il en pensait, il lui rpondit
librement _que tous les remdes du monde n'y feraient rien sans
l'opration_[38]. Le roi n'hsita plus, et l'opration fut dcide.

Mais quelle mthode devait-on employer?

Il y avait alors  Paris un nomm _Lemoyne_, qui s'tait acquis une
grande rputation pour la gurison des fistules. Voici ce qu'en dit
Dionis: Sa mthode consistait dans l'usage du caustique, c'est--dire
qu'avec un onguent corrosif, dont il couvrait une petite tente qu'il
fourrait dans l'ouverture de l'ulcre, il en consumait peu  peu la
circonfrence, ayant soin de grossir tous les jours la tente, de manire
qu' force d'agrandir la fistule, il en dcouvrait le fond. S'il y avait
de la callosit, il la rongeait avec son onguent, qui lui servait aussi
 ruiner les clapiers, et enfin, avec de la patience, il en gurissait
beaucoup. Cet homme est mort vieux et riche, parce qu'il se faisait bien
payer, en quoi il avait raison, car le public n'estime les choses
qu'autant qu'elles cotent. Ceux  qui le ciseau faisait horreur se
mettaient entre ses mains, et comme le nombre des poltrons est fort
grand, il ne manquait point de pratiques. Ainsi Lemoyne avait remis en
honneur la cautrisation.--La ligature tait le mode d'oprer le plus
gnralement suivi. Puis restait l'incision que Flix proposait au roi.
Mais avant de se dterminer  suivre l'avis de son premier chirurgien,
Louis XIV voulut qu'il lui expliqut la prfrence qu'il donnait  cette
mthode sur les autres. Flix fut alors oblig de dcrire au roi les
trois procds; puis il lui fit remarquer, nous raconte Dionis, que le
caustique fait une douleur continuelle pendant cinq ou six semaines
qu'on est oblig de s'en servir; que la ligature ne coupe les chairs
qu'aprs un long espace de temps, et qu'il ne faut pas manquer de la
serrer tous les jours, ce qui ne se fait pas sans douleur; que
l'incision cause,  la vrit, une douleur plus vive, mais qu'elle est
de si peu de dure qu'elle ne doit point alarmer une personne qui veut
gurir sans crainte de retour; car outre qu'elle achve en une minute ce
que les deux autres manires n'oprent qu'en un mois, c'est que par
celles-ci la gurison est douteuse et qu'elle est sre par
l'incision.--Ces raisons, appuyes par Daquin, Fagon et Bessires,
dterminrent le roi, qui se dcida pour l'incision.

C'tait une grave rsolution qu'avait prise Flix. L'opration par
l'instrument tranchant paraissait alors si terrible, que chacun
tremblait de la subir, d'o son nom de _grande opration_.

Mais Flix n'tait point un chirurgien ordinaire. Fils de Franois Flix
de Tassy, homme d'un grand talent, et aussi premier chirurgien du mme
prince, il fut l'lve de son pre, qui, le destinant  le remplacer
auprs du monarque, ne ngligea aucun des moyens qui pouvaient le rendre
digne d'occuper un emploi aussi important. Exerant sa profession dans
les hpitaux civils, puis dans ceux des armes, il fut, fort jeune
encore, compt parmi les plus habiles chirurgiens de son temps; ses
confrres le nommrent chef du collge de Saint-Cme, qui devint ensuite
l'acadmie de chirurgie; puis il succda  son pre dans la charge de
premier chirurgien du roi, en 1676.

Ds que Flix se fut assur de la maladie du roi, il le rassura sur sa
vie et promit de le dlivrer de son horrible incommodit. Ce grand
chirurgien n'avait jamais fait l'opration qu'il mditait, mais il avait
lu tout ce que les auteurs anciens avaient crit sur la maladie dont le
roi tait attaqu. Il se traa alors un plan d'opration, et tandis que
le temps s'coulait en essais de remdes qui n'avaient aucun rsultat,
Flix occupait le sien d'une manire profitable  ses desseins. Pendant
plusieurs mois tous les malades atteints de la maladie du roi qui se
trouvaient dans les hpitaux de Paris ou  la Charit de Versailles
furent oprs par lui, et lorsque Louis XIV fut enfin dcid, il avait
acquis l'exprience d'un chirurgien consomm dans cette partie de l'art
opratoire.

Pour faire l'incision de la fistule, Galien avait invent un instrument
d'une forme particulire, auquel il avait donn le nom de syringotome,
du nom mme de la fistule--(_syrinx_, flte). C'tait un bistouri en
forme de croissant,  manche contourn, et dont la pointe tait termine
par un stylet long, pointu et flexible. On introduisait la pointe dans
l'ouverture extrieure de la fistule et on poussait le stylet jusque
dans l'intestin; le doigt indicateur de la main gauche, plac dans le
rectum, ramenait la pointe par l'anus, puis la lame du bistouri, pousse
dans la fistule, achevait l'incision. Flix fit subir  l'instrument de
Galien un notable changement. Il fit faire un simple bistouri courbe, 
lame trs-troite, termine, comme le syringotome, par un stylet, mais
en argent recuit, et long de plusieurs pouces. Le tranchant de la lame
tait recouvert d'une chape d'argent faite exprs pour tre introduite
dans la fistule sans blesser les parties. Cet instrument ainsi dispos,
on poussait le stylet dans la fistule et on le ramenait par le
fondement; puis, le bistouri tant entr aprs le stylet, on retirait
doucement la chape qui enveloppait le tranchant, et tenant d'une main
le bout du stylet et de l'autre le manche du bistouri, en tirant  soi
on tranchait tout d'un coup toute la fistule.

Cet instrument, dont Flix se servit pour le roi, reut depuis ce moment
le nom de _bistouri  la royale_.

Ce fut le 18 novembre 1686 qu'eut lieu l'opration.

Qu'on nous pardonne les dtails peut-tre un peu minutieux dans lesquels
nous allons entrer; mais, outre qu'il s'agit d'une opration qui, par
son retentissement et son succs, changea toutes les ides reues 
cette poque, il s'agit encore d'un fait historique que l'on peut encore
suivre _sur place_ dans ses plus petits incidents.

Le roi tait  Fontainebleau lorsque l'opration fut arrte. Afin de
s'y prparer et en mme temps pour ter tout soupon de ce qui allait se
passer, deux mdecines lui furent administres dans ce sjour. Arriv 
Versailles le 15 novembre, rien ne dcla en lui la grave dtermination
qu'il avait prise. Le dimanche 17, veille de l'opration, il monta 
cheval, alla visiter ses jardins, ses rservoirs et les nombreux travaux
en cours d'excution, et parut fort tranquille et fort gai pendant tout
le cours de la promenade[39].

La chambre  coucher de Louis XIV, dans laquelle il fut opr, n'tait
point celle connue aujourd'hui sous ce nom: elle tait situe dans la
pice prcdant celle-ci et portant actuellement le nom si clbre de
salon de l'OEil-de-Boeuf. Ce salon de l'OEil-de-Boeuf tait alors coup
en deux; la pice la plus rapproche de la chambre  coucher actuelle
tait la chambre du roi, et l'autre pice tait un cabinet orn des
tableaux du Bassan, portant pour cela le nom de cabinet des Bassans.

Le lundi 18 novembre, de grand matin, tout se prparait dans le cabinet
des Bassans pour la _grande opration_. Vers cinq heures, les
apothicaires entrrent chez le roi et lui administrrent le lavement
prparatoire. Un peu avant sept heures, Louvois alla prendre chez elle
madame de Maintenon; ils entrrent ensemble chez le roi, auprs duquel
se trouvait dj le pre de la Chaise, son confesseur. Flix, d'Aquin,
premier mdecin du roi, Fagon, qui le devint quelques annes aprs,
Bessires, les quatre apothicaires du roi, et Laraye, _lve_ de Flix,
mais que l'on appelait alors son _garon_, taient runis dans le
cabinet des Bassans pour prparer tout ce qui devait servir 
l'opration.

A sept heures, ils entrrent dans la chambre du roi. Louis XIV ne parut
nullement mu de leur prsence; il fit approcher Flix, lui demanda
l'usage de chacun des instruments et des diverses pices de l'appareil,
puis s'abandonna avec confiance  son talent.

Le roi fut plac sur le bord de son lit, un traversin sous le ventre
pour lever les fesses, tournes du ct de la fentre, les cuisses
cartes et assujetties par deux des apothicaires.

Voici comment procda l'oprateur: Une petite incision, faite avec la
pointe d'un instrument ordinaire, fut d'abord pratique  l'orifice
externe de la fistule, afin de l'agrandir et de pouvoir plus facilement
y introduire le bistouri  la royale. L'incision fut ensuite pratique
avec cet instrument,  l'aide de la manoeuvre dj indique. Une fois le
trajet fistuleux mis  dcouvert, il s'agissait de dtruire les
callosits qu'on supposait devoir empcher la russite de l'opration:
huit coups de ciseaux enlevrent toutes les callosits que Flix
rencontra sous son doigt. Cette partie si douloureuse de l'opration fut
supporte avec beaucoup de courage par Louis XIV: pas un cri, pas un mot
ne lui chappa.

L'opration termine, on introduisit dans l'anus une grosse tente de
charpie recouverte d'un liniment compos d'huile et de jaune d'oeuf. On
la fit entrer avec force, afin d'carter les lvres de la plaie; on
garnit ensuite la plaie de plumasseaux, enduits du mme liniment, et on
appliqua les compresses et le bandage comme on le fait  prsent.

Rien ne saurait dire l'tonnement dans lequel fut toute la cour lorsque
l'on apprit que le roi venait de subir une opration que chacun
regardait comme si dangereuse. Le rcit fait de cet vnement par le
_Mercure Galant_, journal officiel de la cour, fera mieux comprendre
qu'on ne pourrait le dire l'effet produit par cette nouvelle
inattendue.--Quoique le roi, dit-il, ft dans une sant parfaite,  la
rserve de l'incommodit qui lui tait survenue il y a environ onze
mois, et qu'il ft mme en tat de monter  cheval et de chasser, comme
il faisait trs-souvent, Sa Majest, qui vit qu'elle courait risque de
souffrir toute sa vie de cette sorte d'incommodit,  laquelle sont
sujets tous ceux qui manquent du courage ncessaire pour s'en tirer,
prit une rsolution digne de sa fermet; et, comme ce mal tait grand
plutt par la douleur que l'opration lui devait faire souffrir que par
la nature dont il tait, il cacha ce qu'il avait rsolu de faire, comme
il fait de toutes les choses qu'il juge  propos de tenir secrtes. Il
savait l'inquitude que donnerait le mal qu'il devait endurer, et ne
doutait point que la crainte de quelque accident et l'amour qu'on a pour
lui ne fissent trouver des raisons pour l'en dtourner. Mais ce prince
voulait souffrir, afin d'tre plus en tat de travailler sans cesse pour
le bien et pour le repos de ses sujets; et pour viter les contestations
qui se pourraient former l-dessus, il aima mieux se charger de toute la
douleur que de jouir du soulagement d'tre plaint, ce qui console
beaucoup ceux qui souffrent. D'ailleurs, il savait que ce bruit, venant
 se rpandre, aurait jet de la crainte et de l'abattement dans tous
les coeurs, et qu'il rendrait incapables d'agir tous ceux qui taient
occups pour les affaires de l'tat, et il voulait endurer seul, sans
que l'tat en souffrt un seul moment. Ainsi ayant pris sa rsolution,
il travailla  la faire excuter sans que l'on s'en apert. Comme
jamais prince ne sut rgner sur lui-mme avec tant d'empire, il en vint
 bout sans peine. Il se purgea deux fois  Fontainebleau, parce que
venant ensuite  Versailles, ce changement de lieu devait ter l'ide
qu'on aurait pu prendre, s'il avait t possible qu'on et souponn
quelque chose de son dessein. Il monta  cheval le dimanche 17 de ce
mois, soupa ce jour-l avec la famille royale, et s'informa de
Monseigneur o tait le rendez-vous de chasse le lendemain. On connut le
jour suivant que ce prince, quoiqu'il dt alors sentir les premires
atteintes de la peur que lui pouvait causer l'opration, avait demand
ce rendez-vous d'une me tranquille, afin que s'il arrivait quelque
accident, il pt en faire avertir Monseigneur. On a mme remarqu qu'il
se coucha ce soir-l plus tard qu' l'ordinaire. Il marqua pour le lundi
18, l'heure de son lever, o la plus grande partie de la cour se trouve
ordinairement. Il avait pris la sienne plus matin pour l'opration. Ceux
qui devaient y travailler, ou dont la prsence tait ncessaire,
entrrent par diffrents endroits, ce qui empcha qu'on en et aucun
soupon. Quoique je ne fasse point ici le dtail du reste, je puis vous
dire qu'il s'y passa mille choses dignes de l'inbranlable fermet du
roi. Il voulut voir tout ce qui devait le faire souffrir et ne fit que
sourire au lieu d'en paratre tonn. Il fit ensuite ce qu'un prince
aussi chrtien que lui doit faire en de pareilles occasions et souffrit
patiemment, tant toujours dans l'tat d'un homme libre et qui est
assur d'tre matre de sa douleur. Aucun cri ne lui chappa, et loin de
tmoigner de la crainte, il demanda si on ne l'avait point pargn,
parce qu'il avait recommand sur toutes choses de ne le pas faire. Sitt
qu'on eut achev l'opration, la porte fut ouverte  ce qu'on appelle la
premire entre, c'est--dire aux personnes qui ont droit d'entrer les
premires au lever. Les autres n'entrrent pas, parce qu'il n'y eut
point de lever.

Le bruit de cette opration s'tant rpandu dans Versailles, comme on
s'imagine toujours voir les maux que l'on craint, quand mme ils ne
seraient point  craindre, la douleur parut sur tous les visages, et
l'on et dit  voir le roi que ce monarque tait le seul qui se portait
bien. Ayant remarqu qu'on ne faisait aucun bruit, il ordonna que toutes
choses se fissent  l'ordinaire, tint conseil ds le jour mme, et
permit ds le lendemain aux ministres trangers de le saluer. Quoique de
semblables maux aient accoutum de causer un peu de fivre, sans
pourtant qu'il y ait sujet d'en apprhender aucune suite fcheuse, il
semble que le ciel, pour ne nous pas alarmer, n'ait pas voulu qu'il en
et le moindre ressentiment.

A ces dtails, _Dangeau_ ajoute: Ds que l'opration fut faite, le roi
l'envoya dire  Monseigneur, qui tait  la chasse,  madame la
Dauphine, ds qu'elle fut veille,  Monsieur et  Madame, qui taient
 Paris, et  M. le prince et  M. le duc, qui taient  Fontainebleau,
auprs de madame la duchesse de Bourbon, leur dfendant de venir. Ds
l'aprs-dner, le roi tint son conseil; il vit beaucoup de courtisans,
et voulut qu'il y et appartement et que l'on comment le grand jeu de
reversi qu'il avait ordonn  Fontainebleau. Madame de Montespan partit
en diligence pour venir trouver le roi; mais ayant appris  Essone que
le roi se portait trs-bien, elle retourna auprs de madame de Bourbon.
Monseigneur, apprenant la nouvelle, quitta la chasse et revint ici 
toute bride et en pleurant.

Dans son journal, Dangeau nous a conserv jour par jour l'tat du roi
aprs son opration. L'on y voit que les premiers jours se passrent
fort bien. Les pansements se faisaient avec rgularit, et le malade
n'en prouvait aucune douleur, tout enfin semblait annoncer une gurison
solide et prompte; mais, soit que l'on se ft trop vite empress de
diminuer la grosseur de la mche, soit pour tout autre motif, l'on
s'aperut le quinzime jour qu'une partie des bords s'taient cicatriss
avant le fond, et que la fistule menaait de reparatre de nouveau. Le 6
dcembre, l'on chercha  dtruire, par quelques lgers coups de ciseaux,
cette cicatrisation trop rapide, mais sans obtenir le rsultat dsir.
Enfin, le lundi 7 dcembre, c'est--dire vingt et un jours aprs la
premire opration, l'on fut oblig de dtruire la nouvelle cicatrice, 
l'aide de plusieurs incisions, et de mettre  nu le fond de la fistule.

Le roi supporta cette seconde opration avec beaucoup de courage, mais
il parat qu'elle fut extrmement douloureuse, car pendant plusieurs
jours il renvoya son conseil, ce qui n'tait pas arriv la premire
fois. Quoi qu'il en soit, de ce moment la cicatrisation marcha avec
rgularit, et le samedi 11 janvier 1687, cinquante-quatre jours aprs
l'opration et trente-trois aprs les dernires incisions, le roi fut
assez bien guri pour sortir  pied de ses appartements et se promener
pendant fort longtemps dans l'Orangerie.

Louis XIV venait d'tre dbarrass d'une grave infirmit, grce 
l'habilet de son chirurgien. Mais si le service tait grand, la
rcompense fut royale. Flix reut cinquante mille cus et la terre des
_Moulineaux_, estime  la mme somme; d'Aquin, le premier mdecin, cent
mille livres; Fagon, quatre-vingt mille livres; les quatre apothicaires,
chacun douze mille livres, et Leraye, l'lve de Flix, quatre cents
pistoles; le tout formant un total de cinq cent soixante-douze mille
livres, qui, compar  la valeur actuelle de l'argent, reprsente
presque un million!!!

La russite de l'opration pratique  Louis XIV, en mettant le comble
 la rputation de Flix, mit aussi  la mode son procd; et il fut
facile de constater immdiatement son efficacit, car depuis l'opration
faite au roi, il semblait que tout le monde ft attaqu de la fistule.
C'est une maladie, dit Dionis, qui est devenue  la mode depuis celle
du roi. Plusieurs de ceux qui la cachaient avec soin avant ce temps
n'ont plus eu honte de la rendre publique; il y a eu mme des courtisans
qui ont choisi Versailles pour se soumettre  cette opration, parce que
le roi s'informait de toutes les circonstances de cette maladie. Ceux
qui avaient quelque petit suintement ou de simples hmorrodes ne
diffraient pas  prsenter leur derrire au chirurgien pour y faire des
incisions; j'en ai vu plus de trente qui voulaient qu'on leur ft
l'opration, et dont la folie tait si grande, qu'ils paraissaient
fchs lorsqu'on les assurait qu'il n'y avait point ncessit de la
faire.

Tel est le rcit de cette grande opration de Louis XIV. Ainsi, grce 
l'heureuse tentative de Flix; la mthode de l'incision a t remise en
honneur, et par suite des travaux de la chirurgie moderne, ce mode
opratoire, le plus gnralement suivi, est devenu d'une telle
simplicit, qu'il n'est pas ncessaire d'tre le premier chirurgien d'un
roi pour le pratiquer avec succs.




IV

MORT DE LOUVOIS.

1691.


Louvois mourut  Versailles dans l'ancien htel de la surintendance des
btiments du roi[40], le 16 juillet 1691.

La mort de Louvois fut un vnement si important et donna lieu  tant de
commentaires, qu'il n'est pas sans intrt d'en rechercher les
vritables causes.

Depuis un certain temps Louvois, jusqu'alors si puissant, baissait dans
la faveur du roi, et tout le monde s'attendait  une disgrce prochaine
du ministre. C'est dans ces circonstances que le 15 juillet 1691, il a,
chez madame de Maintenon, une vive altercation avec Louis XIV.

Cette scne est ainsi raconte, dans une note crite par le duc de
Luynes, sur le manuscrit de Dangeau[41]: Nous avons dj vu ce qui
s'tait pass au sige de Mons, et le mauvais gr que le roi fit  M. de
Louvois de trouver le prince d'Orange si prs de lui. On prtendit aussi
qu'il imputa  ce ministre la leve du sige de Coni. Ajoutez  cela le
bombardement de Lige, auquel le roi s'tait oppos parce que des
ennemis de M. de Louvois, ou de bons citoyens, avaient fait entendre 
Sa Majest que son ministre entretenait la haine de ses voisins par les
cruauts qu'il faisait exercer partout. Il avait insist sur le
bombardement, qui se fit le 4 juin. Le roi avait dclar prcisment
qu'il n'en voulait rien faire, et enfin ce ministre fut oblig d'avouer
qu'il n'tait plus temps de s'en ddire, parce que les ordres taient
donns. Cette explication se passait chez madame de Maintenon. Le roi,
qui d'ailleurs tait mal dispos par ce que nous venons de dire, et
parce qu'en gnral toutes les choses violentes lui rpugnaient, fut
indign de tant de prcipitation et lui laissa voir son ressentiment. M.
de Louvois, qui n'tait pas accoutum  tre contredit, au lieu de
chercher  se justifier, rpondit au roi assez brusquement et jeta son
portefeuille sur la table du roi. Le roi se leva et prit sa canne.
Madame de Maintenon, craignant l'effet de la colre de Sa Majest, se
mit entre elle et son ministre; mais le roi la rassura en lui disant
qu'il n'avait eu nulle intention.

M. de Louvois se retira et rentra chez lui tout mu. Cependant le
lendemain 16, il alla comme  l'ordinaire chez le roi pour travailler
avec lui; mais  peine eut-il commenc la lecture d'une dpche, qu'il
se sentit indispos, se retira dans son appartement et mourut au bout de
quelques instants, malgr les soins rapides qui lui furent donns.

Une mort aussi prompte et dans de pareilles circonstances, fit
gnralement croire  un empoisonnement. Dangeau et Saint-Simon en
parlent dans ce sens: Le 16 juillet, dit ce dernier, j'tais 
Versailles... sortant le mme jour du dner du roi, je le rencontrai
(Louvois) au fond d'une trs-petite pice qui est entre la grande salle
des gardes et ce grand salon qui donne sur la petite cour des Princes.
M. de Marsan lui parlait, et il allait travailler chez madame de
Maintenon avec le roi, qui devait se promener aprs dans les jardins de
Versailles  pied, o les gens de la cour avaient la libert de le
suivre. Sur les quatre heures aprs-midi du mme jour, j'allai chez
madame de Chteauneuf, o j'appris qu'il s'tait trouv un peu mal chez
madame de Maintenon, que le roi l'avait forc de s'en aller, qu'il tait
retourn  pied chez lui, o le mal avait subitement augment; qu'on
s'tait ht de lui donner un lavement qu'il avait rendu aussitt, et
qu'il tait mort en le rendant, et demandant son fils Barbsieux, qu'il
n'eut pas le temps de voir, quoique celui-ci accourt de sa chambre.

La soudainet du mal et de la mort de Louvois fit tenir bien des
discours, bien plus encore _quand on sut par l'ouverture de son corps
qu'il avait t empoisonn_. Il tait grand buveur d'eau, et en avait
toujours un pot sur la chemine de son cabinet,  mme duquel il buvait.
On sut qu'il en avait bu ainsi en sortant pour aller travailler avec le
roi, et qu'entre sa sortie de dner avec bien du monde, et son entre
dans son cabinet pour prendre les papiers qu'il voulait porter  son
travail avec le roi, un frotteur du logis tait entr dans ce cabinet,
et y tait rest quelques moments seul. Il fut arrt et mis en prison.
Mais  peine y eut-il demeur quatre jours, et la procdure commence,
qu'il fut largi par ordre du roi, ce qui avait dj t fait, jet au
feu, et dfense de faire aucune recherche. Il devint mme dangereux de
parler l-dessus, et la famille de Louvois touffa tous ces bruits,
d'une manire  ne laisser aucun doute que l'ordre trs-prcis n'en et
t donn.

Puis, comme si ce n'tait pas encore assez de toutes ces insinuations
pour prouver l'empoisonnement, Saint-Simon ajoute l'histoire suivante du
mdecin de Louvois, qui, dit-il, lui fut raconte par un gentilhomme
attach  la maison de ce ministre. Il m'a cont, dit Saint-Simon,
tant toujours  madame de Louvois depuis la mort de son mari, que
_Sron_, mdecin domestique de ce ministre, et qui l'tait demeur de
madame de Barbsieux, log dans la mme chambre au chteau de
Versailles, dans la surintendance que Barbsieux avait conserve
quoiqu'il n'et pas succd aux btiments, s'tait un jour barricad
dans cette chambre, seul, quatre ou cinq mois aprs la mort de Louvois;
qu'aux cris qu'il y fit on tait accouru  sa porte, qu'il ne voulut
jamais ouvrir; que ces cris durrent presque toute la journe, sans
qu'il voult our parler d'aucun secours temporel ni spirituel, ni qu'on
pt venir  bout d'entrer dans sa chambre; que sur sa fin on l'entendit
s'crier qu'il n'avait que ce qu'il mritait, que ce qu'il avait fait 
son matre, qu'il tait un misrable indigne de tout secours; et qu'il
mourut de la sorte en dsespr au bout de huit ou dix heures, sans
avoir jamais parl de personne, ni prononc aucun nom.--A cet vnement
les discours se rveillrent  l'oreille; il n'tait pas sr d'en
parler. Qui a fait le coup? C'est ce qui est demeur dans les plus
paisses tnbres.

Le rcit de Saint-Simon et les dtails circonstancis dans lesquels il
entre, semblent ne point devoir laisser de doutes sur la nature de la
mort de Louvois. Aussi les historiens, tout en admettant avec une
certaine circonspection les insinuations de Saint-Simon, n'ont-ils
jamais repouss compltement l'ide du poison. Une phrase de son rcit,
si elle tait vraie, serait surtout la preuve certaine de
l'empoisonnement; c'est celle-ci: _On sut par l'ouverture de son corps
qu'il avait t empoisonn_. En effet, si les mdecins ont constat la
prsence du poison, il ne peut plus y avoir d'incertitude que sur la
main qui a commis le crime et sur _la personne qui l'a command_. Eh
bien, cette affirmation de Saint-Simon est tout  fait dmentie par
l'ouverture du corps de Louvois, et si les historiens n'ont pas t plus
affirmatifs, c'est qu'ils n'ont pas eu connaissance de ce document,
enfoui dans un livre de mdecine, o ils taient bien loigns d'aller
chercher une pice si importante.

Dionis tait le chirurgien de Louvois. C'tait un chirurgien fort
instruit. Il publia plusieurs ouvrages encore recherchs aujourd'hui
pour les observations curieuses qu'ils renferment. Dans l'un de ces
ouvrages intitul _Dissertation sur la mort subite_[42], voici comment
il raconte la mort de Louvois: Le 16 juillet 1691, M. le marquis de
Louvois, aprs avoir dn chez lui en bonne compagnie, alla au conseil.
En lisant une lettre au roi, il fut oblig d'en cesser la lecture, parce
qu'il _se sentait fort oppress_; il voulut en reprendre la lecture,
mais ne pouvant pas la continuer, il sortit du cabinet du roi, et,
s'appuyant sur le bras d'un gentilhomme  lui, il prit le chemin de la
surintendance o il tait log.

En passant par la galerie qui conduit de chez le roi  son appartement,
il dit  un de ses gens de me venir chercher au plus tt. J'arrivai dans
sa chambre comme on le dshabillait; il me dit: Saignez-moi vite, car
j'touffe. Je lui demandai s'il sentait de la douleur plus dans un des
cts de la poitrine que dans l'autre; il me montra la rgion du coeur,
me disant: Voil o est mon mal. Je lui fis une grande saigne en
prsence de M. _Sron_, son mdecin. Un moment aprs, il me dit:
Saignez-moi encore, car je ne suis point soulag. M. _d'Aquin_ et M.
_Fagon_ arrivrent qui examinrent l'tat fcheux o il tait, le voyant
souffrir avec des angoisses pouvantables; il sentit un mouvement dans
le ventre comme s'il voulait s'ouvrir; il demanda la chaise, et, peu de
temps aprs s'y tre mis, il dit: Je me sens vanouir. Il se jeta en
arrire, appuy sur les bras d'un ct de M. Sron, et de l'autre d'un
de ses valets de chambre. Il eut des rlements qui durrent quelques
minutes, et il mourut.

On voulut que je lui appliquasse des ventouses avec scarifications, ce
que je fis, on lui apporta et on lui envoya de l'eau apoplectique, des
gouttes d'Angleterre, des eaux divines et gnrales; on lui fit avaler
de tous ces remdes qui furent inutiles, puisqu'il tait mort, et en peu
de temps, car il ne se passa pas une demi-heure depuis le moment qu'il
fut attaqu de son mal jusqu' sa mort.

Le lendemain, M. Sron vint chez moi me dire que la famille souhaitait
que ce ft moi qui en ft l'ouverture. Je la fis en prsence de MM.
_d'Aquin_, _Fagon_, _Duchesne_ et _Sron_.

En faisant prendre le corps pour le porter dans l'antichambre, je vis
son matelas tout baign de sang; il y en avait plus d'une pinte qui
avait distill pendant vingt-quatre heures par les scarifications que je
lui avais faites aux paules; et ce qui est de particulier, c'est
qu'tant sur la table, je voulus lui ter la bande qui tait encore 
son bras de la saigne du jour prcdent, et que je fus oblig de la
remettre, parce que le sang en coulait, ce qui gtait le drap sur lequel
il tait.

Le cerveau tait dans son tat naturel et trs-bien dispos; _l'estomac
tait plein de tout ce qu'il avait mang  son dner_; il y avait
plusieurs petites pierres dans la vsicule du fiel; _les poumons taient
gonfls et pleins de sang_; le coeur tait gros, fltri, mollasse et
semblable  du linge mouill, n'ayant pas une goutte de sang dans ses
ventricules.

On fit une relation de tout ce qu'on avait trouv, qui fut porte au
roi, aprs avoir t signe par les quatre mdecins que je viens de
nommer, et par quatre chirurgiens, qui taient MM. _Flix_, _Gervais_,
_Dutertre et moi_:

_Le jugement certain qu'on peut faire de la cause de cette mort, est
l'interception de la circulation du sang; les poumons en taient pleins,
parce qu'il y tait retenu, et il n'y en a point dans le coeur, parce
qu'il n'y en pouvait point entrer; il fallait donc que ses mouvements
cessassent, ne recevant point de sang pour les continuer: c'est ce qui
s'est fait aussi, et ce qui a caus une mort si subite._

Telle est l'opinion des hommes de l'art; c'est  une _apoplexie
pulmonaire_ qu'ils attribuent avec juste raison la cause de la mort, et
l'on ne voit nulle part qu'ils aient parl d'empoisonnement, ainsi que
l'affirme Saint-Simon. D'ailleurs Louvois tait menac depuis longtemps
de cette affection; il prouvait frquemment des oppressions. Les
mdecins cherchaient  les combattre, en lui donnant les eaux de forges,
qu'il allait prendre tous les matins dans l'Orangerie, _o le suivaient
ses commis pour ne pas discontinuer son travail ordinaire_[43].

Il rsulte de ces faits que Louvois a t frapp d'une attaque
d'apoplexie pulmonaire, et qu'il faut relguer au rang des fables tous
les bruits d'empoisonnement rpandus  sa mort, et recueillis avec
avidit par le caustique Saint-Simon.

L'appartement occup par Louvois tait au premier tage de l'htel de la
surintendance; cet appartement a vue sur le parc du ct de la petite
Orangerie. Cela explique le passage de Saint-Simon, dans lequel il parle
de la promenade de Louis XIV le jour de la mort de son ministre.
Quoique je n'eusse gure que quinze ans, je voulus voir la contenance
du roi  un vnement de cette qualit. J'allai l'attendre, et le suivis
toute sa promenade. Il me parut avec sa majest accoutume, mais avec
je ne sais quoi de leste et de dlivr, qui me surprit assez pour en
parler aprs, d'autant plus que j'ignorais alors et longtemps depuis les
choses que je viens d'crire. Je remarquai encore qu'au lieu d'aller
visiter ses fontaines et de diversifier sa promenade, comme il faisait
toujours dans ces jardins, il ne fit qu'aller et venir _le long de la
balustrade de l'Orangerie_, d'o il voyait en revenant vers le chteau
le logement de la surintendance o Louvois venait de mourir, qui
terminait l'ancienne aile[44] du chteau sur le flanc de l'Orangerie, et
vers lequel il regarda sans cesse toutes les fois qu'il revenait vers le
chteau.

Le corps de Louvois fut port aux Invalides. Voici son acte de dcs tel
qu'il est inscrit sur les registres de la paroisse Notre-Dame de
Versailles:

Le seizime jour de juillet mil six cent quatre-vingt-onze, est dcd
au chteau, dans l'appartement de la surintendance, trs-haut et
puissant seigneur monseigneur Michel-Franois le Tellier, marquis de
Louvois, ministre et secrtaire d'tat, surintendant des btiments, des
fortifications, des arts et manufactures de France, grand matre des
postes, vicaire gnral de l'ordre de Saint-Lazare, commandeur et
chancelier des ordres du roi, g de cinquante-deux ans, dont le corps
ayant d'abord t apport en cette glise paroissiale, a t ensuite
transport  Paris, dans l'htel royal des Invalides, pour tre inhum
dans l'glise; ses entrailles laisses  Meudon, aux rvrends pres
capucins, et son coeur port aux capucines de la rue Saint-Honor, par
moi soussign, suprieur de la maison de la congrgation de la Mission
de Versailles et cur de la mme ville, en prsence de MM. Henri Moreau
et Franois Maricourt, qui ont sign: Moreau, de Maricourt, prtres de
la congrgation de la Mission. Et plus bas, sign: Hbert.




V

L'APPARTEMENT DE MADAME DE MAINTENON.

1686-1715.


Saint-Simon, voulant faire connatre les particularits de la vie prive
de Louis XIV et de madame de Maintenon, dit dans un endroit de ses
_Mmoires_: Je me trouve, je l'avoue, entre la crainte de quelques
redites et celle de ne pas expliquer assez en dtail des curiosits que
nous regrettons dans toutes les histoires et dans presque tous les
Mmoires des divers temps. On voudrait y voir les princes, avec leurs
matresses et leurs ministres, dans leur vie journalire. Outre une
curiosit si raisonnable, on en connatrait bien mieux les moeurs du
temps et le gnie des monarques, celui de leurs matresses et de leurs
ministres, de leurs favoris, de ceux qui les ont le plus approchs, et
les adresses qui ont t employes pour les gouverner ou pour arriver
aux divers buts qu'on s'est proposs. Si ces choses doivent passer pour
curieuses, et mme pour instructives dans tous les rgnes,  plus forte
raison d'un rgne aussi long et aussi rempli que l'a t celui de Louis
XIV, et d'un personnage unique dans la monarchie depuis qu'elle est
connue, qui a, trente-deux ans durant, revtu ceux de confidente, de
matresse, d'pouse, de ministre, et de toute-puissante, aprs avoir t
si longuement nant, et, comme on dit, avoir si longtemps et si
publiquement rti le balai. Ces rflexions de Saint-Simon peuvent
galement s'appliquer aux recherches des lieux habits par les mmes
personnages, et en particulier  Versailles, cette magnifique cration
de Louis XIV; on voudrait pouvoir connatre l'histoire de chacune des
chambres de ce palais, surtout de ces petits appartements, dans lesquels
on vit l'amour, la jalousie, l'ambition, la haine, toutes les plus
mauvaises passions du coeur humain s'agiter si longtemps pour donner le
spectacle de ces lvations et de ces chutes de favoris et de matresses
qui ont eu tant d'influence sur les destines de la France dans le
dernier sicle. Malheureusement le chteau de Versailles a subi de
nombreux changements depuis Louis XIV jusqu' nos jours, et il est
difficile de se reconnatre au milieu de toutes ces transformations.

L'un des appartements que l'on dsire gnralement le plus connatre, et
sur lequel il y a eu jusqu' ce jour le plus d'obscurit, est celui de
madame de Maintenon, de cette femme extraordinaire qui, de la position
la plus humble, s'leva jusqu'au titre d'pouse du roi, et gouverna
pendant plus de trente ans et le monarque et le royaume.

Nous avons tudi avec attention ce point de l'histoire du chteau de
Versailles, compar avec soin les divers documents qui peuvent
l'clairer, et nous croyons pouvoir tablir d'une manire positive
l'emplacement de cet appartement.

L'opinion, aujourd'hui la plus rpandue, est que cet appartement
occupait quelques pices situes derrire les petits appartements du
roi, dans l'aile nord de la cour de marbre. C'est cette opinion que M.
Vatout a adopte dans son livre du _Palais de Versailles_; elle parat
avoir t suivie dans la rparation de cette partie du chteau,
puisqu'on y signale plusieurs pices comme ayant appartenu 
l'appartement de madame de Maintenon, et que _Louis-Philippe_ y a fait
placer le portrait de cette femme clbre. Voici, du reste, ce que dit
M. Vatout:

SALLE DU DJEUNER.

Louis XVI avait l'habitude de djeuner dans cette pice avant de partir
pour la chasse. Il y laissait entrer, pour les caresser, quatre chiens
favoris qu'il aimait tant, que, dans la crainte de trop les fatiguer,
les pages avaient ordre de les conduire en voiture  la chasse.

Louis-Philippe avait l'habitude de s'y reposer lorsqu'il allait visiter
et suivre les travaux du Muse national de Versailles.

Cette pice, claire sur la cour des Cerfs, faisait autrefois partie
_du petit appartement de madame de Maintenon_. Cet appartement, dit
Saint-Simon, tait au haut du grand escalier, de plain-pied avec
l'appartement du roi[45].

Nous verrons plus tard o Saint-Simon plaait cet appartement, et nous
sommes encore tonn, aprs la description si claire qu'il en donne, que
M. Vatout ait pu l'indiquer dans ce lieu.

La destruction de ce grand escalier, ajoute M. Vatout, et les nombreux
changements oprs par Louis XV dans cette partie intrieure du palais,
ne permettent plus aujourd'hui que d'indiquer l'emplacement du logement
occup par cette femme clbre. _Ce qu'il y a de certain_, c'est que la
pice qu'on appelle aujourd'hui _Salle du djeuner_ faisait partie du
salon par lequel le roi passait, en sortant de la salle  manger, pour
se rendre dans le cabinet de madame de Maintenon. La petite galerie
_Mignard_, avec ses deux salons, pouvait offrir  cet appartement de
brillants accessoires, lorsqu'on y faisait de la musique ou qu'on y
jouait la comdie.

Cette description ne laisse aucun doute, et l'on voit que M. Vatout
place l'appartement de madame de Maintenon au haut du grand escalier
des ambassadeurs[46], entre les grands et les petits appartements du
roi, tandis que sa place vritable, comme on va le voir, tait dans la
partie oppose, c'est--dire au haut de l'escalier de marbre, et du ct
des appartements de la reine.

Mais avant d'aller plus loin, et pour bien comprendre ce que nous allons
dire, il est ncessaire de jeter un coup d'oeil sur la distribution des
appartements du chteau  l'poque de Louis XIV.

En 1671, _Andr Flibien_, historiographe des btiments du roi, publia
une description de Versailles et des embellissements que Louis XIV y
faisait excuter. Les agrandissements successifs oprs dans le palais,
et les nouveaux arrangements ncessits par le sjour du roi,
dterminrent _Flibien des Avaux_, son fils et son successeur dans
l'emploi d'historiographe des btiments,  faire paratre une nouvelle
description de Versailles. C'est cette nouvelle description, publie en
l'anne 1703, qui va nous servir. Nous en rapporterons tout ce qui peut
faire connatre d'une manire exacte la disposition des appartements, en
retranchant ce qui est inutile  la solution de la question qui nous
occupe; c'est, du reste, une description trs-curieuse du Versailles de
Louis XIV, et qui vaudrait la peine d'tre publie de nouveau.

Flibien dcrit d'abord les appartements du rez-de-chausse, occups
d'un ct par le Dauphin et de l'autre par le duc du Maine, et nous
ferons remarquer qu'il indique comme habit par le _duc du Maine_
l'appartement des bains, situ sous les grands appartements du roi, car
la situation de ce logement pourra nous servir  expliquer ce qui a pu
faire croire que l'appartement de madame de Maintenon devait tre de ce
ct du chteau.

Flibien ajoute ensuite[47]: Aux cts de la petite cour pave de
marbre du milieu du chteau, et aux cts de la grande cour par o l'on
a t voir les grands appartements bas, il y a huit escaliers outre ceux
des quatre petites cours voisines. La plupart des uns et des autres
servent  dgager les grands appartements hauts, et  monter  quantit
d'autres appartements que les principaux officiers de la maison du roi,
obligs par leurs charges d'tre proche de la personne de Sa Majest,
occupent, tant dans les logements qui sont aux cts des grands
appartements, que dans les attiques et proche des combles du vieux et du
nouveau chteau. Les deux escaliers les plus considrables servent pour
monter aux appartements du roi. Ils sont enrichis de marbre et situs
aux cts de la grande cour proche des passages, o l'appartement des
bains (pour le grand escalier des ambassadeurs) et l'appartement de
Monseigneur (pour l'escalier de marbre) ont leurs principales entres.

Le moins grand de ces deux escaliers, appel le petit escalier de
marbre, est auprs de ce dernier appartement o l'on entre mme
d'ordinaire par une porte qui est proche de la rampe de cet escalier. Il
n'y en a pas de plus frquent et qu'on connaisse davantage dans
Versailles. Trois arcades donnent d'abord entre par la grande cour dans
un vestibule fait en forme d'une double galerie vote de pierre et pav
de carreaux de marbre blanc et de marbre noir. C'est de l qu'on va 
l'escalier proche duquel une des portes de l'appartement de Monseigneur
est ouverte vers le midi. Une autre porte, vers l'occident, donne entre
dans la petite cour qui est environne, de ce ct, des btiments du
vieux et du nouveau chteau, et partage par un corridor orn de
colonnes. Tout l'escalier est pav de marbre....

Sur le grand palier du haut, vers le midi, est une porte qui, de ce
grand palier par le bout le plus proche du haut de la dernire rampe,
conduit  l'appartement de la reine, occup par madame la duchesse de
Bourgogne. Et dans la face vers le septentrion,  l'autre bout du mme
palier, il y a une simple porte qui donne entre dans les appartements
du roi. Deux autres portes proche les prcdentes servent,  l'autre
bout de l'escalier vers l'orient,  entrer dans la grande salle des
gardes, la plus proche de l'appartement de la reine. C'est en traversant
un petit passage, qui est au bout de cette salle, qu'on peut aller par
une autre grande salle (salle de 1792)  un petit appartement de jour de
monseigneur le duc de Bourgogne (salles des Gouaches), et par la mme
salle  un grand escalier de pierre (des Princes), par o l'on va aux
appartements de Monsieur, de Madame, de monseigneur le duc de Chartres
et de madame la duchesse de Chartres (galerie des Batailles) qui, comme
nous avons dj dit, sont de plain-pied avec ceux du roi....

Tchons  prsent, par une description la plus sommaire qu'il nous sera
possible, de faire connatre l'tat o les appartements du roi et les
autres appartements hauts du vieux et du nouveau chteau sont
aujourd'hui.

Le premier appartement du roi, o l'on entre, comme nous avons dit, par
le petit escalier de marbre du ct du septentrion, a vue sur la petite
cour pave de marbre, qu'il environne de trois cts. Un vestibule que
l'on trouve d'abord proche du petit escalier _sert vers l'orient 
donner passage  un appartement particulier qu'occupe madame la marquise
de Maintenon dans une des ailes de la grande cour_; et vers l'occident 
entrer par une salle des gardes dans une antichambre o l'on sert le roi
quand il mange en public.

Ainsi, il n'y a pas ici de termes ambigus; c'est sur le vestibule plac
prs du palier du petit escalier de marbre et en face de l'entre de
l'appartement de Louis XIV, que se trouvait l'appartement de madame de
Maintenon. Nous reviendrons bientt sur cet appartement, et nous allons
continuer la description de celui du roi, en suivant toujours Flibien,
afin de montrer qu'il indique la destination de toutes les pices de cet
appartement, et que l'endroit qu'il vient de dsigner est le seul o
l'on puisse placer l'habitation de cette femme clbre:

Cette antichambre, _celle o le roi mangeait en public_, a depuis peu,
vers le midi, une porte par o l'on entre dans un petit appartement de
nuit de monseigneur le duc de Bourgogne (depuis petit appartement de la
reine), que l'on a construit de nouveau au-dessus du corridor qui
traverse en bas le milieu de la petite cour la plus proche de
l'appartement de Monseigneur. Mais pour aller par la grande antichambre
du roi dans l'appartement de Sa Majest, on entre, vers l'occident, dans
la chambre _des Bassans_, ainsi appele  cause qu'il y a plusieurs
tableaux de ces anciens matres au-dessus des portes et dans les
lambris. Cette chambre a trois portes, outre celle de la grande
antichambre par o l'on est entr. Une porte au midi conduit  un
escalier de dgagement par o monseigneur monte de son appartement 
celui du roi (cet escalier en pierre existe encore aujourd'hui,
quoiqu'il ne soit plus d'aucun usage); une autre porte  l'occident
conduit dans la grande galerie haute du nouveau chteau, du ct des
jardins; et la troisime porte, au septentrion, est celle par o il faut
passer dans la suite du premier appartement du roi, et premirement dans
la chambre  coucher de Sa Majest.

Aprs la description de la chambre du roi et de son ameublement, il
ajoute: Les portes du ct de la chemine donnent entre vers le
septentrion dans un grand salon carr, situ au milieu de l'ancien
chteau, sur le vestibule pav et lambriss de marbre qu'on a remarqu
en bas.... Ensuite du salon on trouve une autre pice appele _chambre
du Conseil_. Le premier des cabinets du roi est entirement revtu de
glaces.... On le nomme _cabinet des Termes_, parce que vingt figures de
jeunes enfants en forme de Termes, qui soutiennent des festons dors,
ornent une manire d'attique leve au-dessus de la corniche, dans le
mme cabinet[48]. Il reoit son jour vers le septentrion, par la petite
cour de l'appartement des bains.

Cette description de l'appartement du roi est curieuse en ce qu'elle
nous donne l'poque exacte de l'tablissement de la chambre  coucher
dans laquelle mourut Louis XIV. En effet, l'on a pu voir dans les
dtails donns par Flibien que ce que l'on nomme le _salon de
l'OEil-de-boeuf_ tait coup en deux parties, dont l'une tait occupe
par une antichambre nomme des _Bassans_, et l'autre par la chambre 
coucher du roi, tandis que la chambre  coucher actuelle, qui occupe le
centre du chteau, tait un grand salon de rception, probablement
l'ancien grand salon de Louis XIII.

C'est en 1703 que Flibien des Avaux fit paratre sa _Description
sommaire de Versailles_. Mais  la fin de ce mme volume, dans un
chapitre intitul _Changements qui ont t faits  Versailles, en divers
endroits du chteau, pendant l'impression de ce volume_, voici ce qu'il
dit de l'appartement du roi: On voit un nouveau salon qui ne surprend
pas moins par sa richesse que par sa grandeur. Il contient tout l'espace
d'une seconde antichambre et d'une chambre o l'on a vu jusqu'ici le lit
du roi: ainsi ce nouveau salon a au moins soixante pieds de longueur sur
environ vingt-six de largeur, et son exhaussement, qu'on a beaucoup
augment, a donn moyen de faire une ouverture ovale de fentre dans le
haut de l'extrmit vers le midi--que l'on nomme un oeil-de-boeuf--pour
donner plus de jour au salon. L'on ne peut trop considrer dans la
chambre du roi, qui servait autrefois de salon, les changements qu'on y
a faits et les ornements nouveaux dont on l'a embellie. Elle est toute
boise et presque entirement dore sur un fond blanc, ainsi que le
grand salon, mais orne avec encore plus de magnificence. La chemine
est place  prsent vers le septentrion; son chambranle de marbre
occupe le bas d'une grande arcade remplie de glaces de miroir, et dont
le cintre est port par des pilastres ioniques, et charg d'une
cassolette fumante, accompagne de festons de fleurs, et de deux Zphyrs
figurs par des enfants en bas-reliefs, qui ont des ailes de papillon au
dos. Il y a une semblable arcade vis--vis, aussi toute remplie de
glaces et accompagne d'ornements. L'on a dor de nouveau les pilastres,
et tous les ouvrages de sculpture qu'on a conservs. Une grande arcade
surbaisse sert du ct de l'occident, vis--vis des fentres, 
augmenter la profondeur de cette chambre pour y placer plus commodment
le lit du roi.

Il est donc vident que le salon dit de l'OEil-de-boeuf et la chambre
actuelle du roi Louis XIV ne datent que de l'anne 1703, c'est--dire de
l'poque coule entre l'impression de l'ouvrage de Flibien et les
additions qu'il a places  la fin, avant de la livrer au public.

Dans les changements qu'on venait de faire subir  l'appartement du roi,
Flibien signale l'agrandissement de la salle du Conseil aux dpens du
cabinet des Termes, qui, quoique plus petit, n'en continua pas moins
d'exister.

Flibien ajoute: Le second cabinet, dans lequel on entre par le grand
cabinet du Conseil et par l'ancien cabinet des Termes, et qui a vue vers
le septentrion sur la mme cour, et vers le midi sur la petite cour
pave de marbre, est orn de tableaux de tous cts. (Sous Louis XV,
cette chambre fut agrandie du ct du nord, l'on boucha les fentres de
ce ct, et elle devint la chambre  coucher du roi.) La pice suivante
sert de vestibule  un escalier par o le roi descend de son appartement
pour sortir du chteau, et sert  passer dans un autre cabinet, qu'une
arcade et deux autres ouvertures moins grandes qui l'accompagnent
unissent  la dernire pice de l'enfilade. Ici une porte situe au
septentrion donne entre dans un salon ovale tout dor et orn de
pilastres et de quatre niches o l'on a plac autant de groupes de
bronze. Enfin, dans ce salon ovale, une porte donne entre dans un
cabinet qui l'accompagne vers l'occident, et une autre porte vers
l'orient conduit  la petite galerie peinte par _Mignard_, dont nous
avons rapport une description assez tendue, ainsi que des deux salons
qui sont  ses extrmits. Ici s'arrte la description des petits
appartements du roi. Flibien dcrit ensuite le grand escalier des
ambassadeurs, les grands appartements du roi, la grande galerie et les
appartements de la reine, qui ne sont point changs.

En suivant pas  pas, sur les plans de _Blondel_, la description de
Flibien, on voit que toutes les pices de l'appartement du roi, qui y
sont parfaitement indiques, avaient toutes une destination, et qu'il
est impossible d'y trouver un endroit pouvant s'appliquer 
l'appartement de madame de Maintenon. Il faut donc absolument chercher
cet appartement dans une autre partie du chteau.

Nous avons dit que Flibien en plaait la porte dans le vestibule qui
servait d'entre  l'appartement du roi: Un vestibule que l'on trouve
d'abord proche du petit escalier sert, vers l'orient,  donner passage 
un appartement particulier qu'occupe madame la marquise de Maintenon
dans une des ailes de la grande cour. Malheureusement Flibien, si
exact dans le dtail des divers appartements qu'il dcrit, mais voulant
seulement faire connatre au public ceux qu'on pouvait visiter et qui
taient curieux par leurs ornements, les tableaux, les sculptures, ou
les choses rares qu'ils contenaient, n'a parl que des appartements du
roi, de la reine et des princes, et n'a rien ajout de plus sur celui de
madame de Maintenon. Cependant cette indication est dj une preuve de
sa situation en ce lieu, et de la ncessit de ne point le chercher
ailleurs.

Voyons, maintenant que nous savons le lieu occup par cet appartement,
si nous trouverons quelque part des dtails assez circonstancis pour
qu'il ne reste aucun doute, et que nous puissions, en quelque sorte, le
rtablir comme il tait  cette poque.

Il tait impossible que Saint-Simon, ce caustique et spirituel
chroniqueur, qui passait, pour ainsi dire, tous ses jours dans le
chteau de Versailles  suivre ses habitants, pour deviner leurs
penses, leurs actions, connatre les vnements nouveaux et surtout les
intrigues que ce peuple de courtisans faisait clore et avorter  chaque
instant, ne donnt pas quelques renseignements sur le lieu qu'habitait
le plus clbre de tous ces personnages, sur celui qui tait devenu le
vritable chef de l'tat, et que Saint-Simon avait d'autant plus de
motifs de faire connatre dans ses moindres actions, qu'il y cherchait
presque toujours des raisons de faire excuser la haine qu'il lui
portait.

Il donne en effet dans ses _Mmoires_ une description si exacte et si
minutieuse de l'appartement de madame de Maintenon, que l'on est tonn
d'avoir vu sa place si longtemps ignore.

Voici  quelle occasion. Au mois de dcembre 1708, le duc de Bourgogne
revenait de sa campagne de Flandre, qui n'avait pas t heureuse. Il
tait attendu  la cour avec grande impatience; et tous ses amis
redoutaient la rception qu'allait lui faire Louis XIV. Saint-Simon,
trs-attach au duc de Bourgogne, raconte ainsi cette rception, dans
laquelle il entre, pour la mieux faire comprendre, dans les plus
minutieux dtails:

Madame la duchesse de Bourgogne, dit-il, tait dans une grande
agitation de la rception que recevrait monseigneur le duc de Bourgogne,
et de pouvoir avoir le temps de l'entretenir et de l'instruire avant
qu'il pt voir le roi en personne. Je lui fis dire de lui mander
d'ajuster son voyage de faon qu'il arrivt  une ou deux heures aprs
minuit, parce que de la sorte, arrivant tout droit chez elle et ne
pouvant voir qu'elle, ils auraient tout le temps de la nuit  tre
ensemble seuls, les premiers instants du matin avec le duc de
Beauvillier et peut-tre avec madame de Maintenon, et l'avantage encore
que le prince saluerait le roi et Monseigneur avant que personne ft
entr chez eux, et que personne n'y serait tmoin de sa rception, 
trs-peu de valets prs et mme carts. L'avis ne fut pas donn, ou,
s'il le fut, il ne fut pas suivi. Le jeune prince arriva le lundi 11
dcembre, un peu aprs sept heures du soir, comme Monseigneur venait
d'entrer  la comdie[49], o madame la duchesse de Bourgogne n'tait
pas alle pour l'attendre. Je ne sais pourquoi il vint descendre dans la
_cour des Princes_ au lieu de la grande. J'tais en ce moment-l chez la
comtesse de Roucy dont les fentres donnaient dessus. Je sortis
aussitt, et arrivant au haut du grand degr du bout de la galerie[50],
j'aperus le prince qui le montait, entre les ducs de Beauvillier et de
la Rocheguyon, qui s'taient trouvs  la descente de sa chaise. Il
avait bon visage, gai et riant, et parlait  droite et  gauche. Je lui
fis ma rvrence au bord des marches. Il me fit l'honneur de
m'embrasser, mais de faon  me marquer qu'il tait encore plus instruit
qu'attentif  ce qu'il devait  la dignit, et il ne parla plus qu' moi
un assez long bout de chemin, pendant lequel il me glissa bas qu'il
n'ignorait pas comment j'avais parl, et comment j'en avais us  son
gard. Il fut rencontr par un groupe de courtisans,  la tte desquels
tait le duc de la Rochefoucauld. Entour de ce groupe, il traversa la
grande salle des gardes, au lieu d'entrer chez madame de Maintenon par
son antichambre de jour et par les derrires, bien que son plus
court[51], et alla, par le palier du grand degr[52], entrer par la
grande porte de l'appartement de madame de Maintenon[53]. C'tait le
jour du travail ordinaire de Pontchartrain, qui, depuis quelque temps,
avait chang avec Chamillart du mardi au lundi. Il tait alors en tiers
avec le roi et madame de Maintenon, et le soir mme il me conta cette
curieuse rception, qu'il remarqua bien et dont il fut seul tmoin. Je
dis en tiers, parce que madame la duchesse de Bourgogne allait et
venait; mais pour le bien entendre, il faut un moment d'ennui de
mcanique.

L'appartement de madame de Maintenon tait de plain-pied et faisant
face  la salle des gardes du roi[54]. L'antichambre tait plutt un
passage long en travers, troit, jusqu' une autre antichambre toute
pareille de forme, dans laquelle les seuls capitaines des gardes
entraient[55], puis une grande chambre profonde[56]. Entre la porte, par
o l'on y entrait de cette seconde antichambre, et la chemine[57],
tait le fauteuil du roi adoss  la muraille, une table devant lui, et
un ployant autour pour le ministre qui travaillait. De l'autre ct de
la chemine une niche de damas rouge et un fauteuil ou se tenait madame
de Maintenon avec une petite table devant elle. Plus loin son lit dans
un enfoncement[58]. Vis--vis les pieds du lit une porte et cinq
marches[59]. Puis un fort grand cabinet qui donnait dans la premire
antichambre de l'appartement de monseigneur le duc de Bourgogne, que
cette porte enfilait, et qui est aujourd'hui l'appartement du cardinal
de Fleury[60]. Cette premire antichambre ayant  droite cet
appartement, et  gauche ce grand cabinet de madame de Maintenon,
descendait, comme encore aujourd'hui, par cinq marches dans le salon de
marbre contigu au palier du grand degr au bout des deux galeries, haute
et basse, dites de madame la duchesse d'Orlans, ou des Princes[61].

Tous les soirs, madame la duchesse de Bourgogne jouait dans le grand
cabinet de madame de Maintenon avec les dames  qui on avait donn
l'entre, qui ne laissait pas d'tre assez tendue, et de l, entrait,
tant et si souvent qu'elle voulait, dans la pice joignante, qui tait
la chambre de madame de Maintenon, o elle tait avec le roi, la
chemine entre deux. Monseigneur, aprs la comdie, montait dans ce
grand cabinet[62] o le roi n'entrait point, et madame de Maintenon
presque jamais.

Avant le souper du roi, les gens de madame de Maintenon lui apportaient
son potage avec son couvert, et quelque autre chose encore. Elle
mangeait, ses femmes et un valet de chambre la servaient, toujours le
roi prsent, et presque toujours travaillant avec un ministre. Le souper
achev, qui tait court, on emportait la table; les femmes de madame de
Maintenon demeuraient, qui tout de suite la dshabillaient en un moment,
et la mettaient au lit. Lorsque le roi tait averti qu'il tait servi,
il passait un moment dans une garde-robe[63], allait aprs dire un mot 
madame de Maintenon, puis sonnait une sonnette qui rpondait au grand
cabinet. Alors Monseigneur, s'il y tait, monseigneur et madame la
duchesse de Bourgogne, M. le duc de Berry, et les dames qui taient 
elle, entraient  la file dans la chambre de madame de Maintenon, ne
faisaient presque que la traverser, et prcdaient le roi qui allait se
mettre  table suivi de madame la duchesse de Bourgogne et de ses dames.
Celles qui n'taient point  elle, ou s'en allaient, ou, si elles
taient habilles pour aller au souper, car le privilge de ce cabinet
tait d'y faire sa cour  madame la duchesse de Bourgogne sans l'tre,
faisaient le tour par la grande salle des gardes sans entrer dans la
chambre de madame de Maintenon. Nul homme, sans exception que ces trois
princes, n'entrait dans le grand cabinet. Cela expliqu, venons  la
rception et  tout son dtail, auquel Pontchartrain fut trs-attentif,
et qu'il me rendit tte  tte trs-exactement une demi-heure aprs
qu'il fut revenu chez lui[64].

Sitt que de chez madame de Maintenon on entendit la rumeur qui prcde
de quelques instants ces sortes d'arrive, le roi s'embarrassa jusqu'
changer diverses fois de visage. Madame la duchesse de Bourgogne parut
un peu tremblante, et voltigeait par la chambre pour cacher son trouble,
sous prtexte d'incertitude par o le prince arriverait, du _grand
cabinet_ ou de l'_antichambre_. Madame de Maintenon tait rveuse. Tout
 coup les portes s'ouvrirent. Le jeune prince s'avana au roi, qui,
matre de soi plus que qui que ce ft, perdit  l'instant tout embarras,
fit un pas ou deux vers son petit-fils, l'embrassa avec assez de
dmonstration de tendresse, lui parla de son voyage; puis, lui montrant
la princesse:--Ne lui dites-vous rien? ajouta-t-il d'un visage riant. Le
prince se retourna un moment vers elle, et rpondit respectueusement
comme n'osant se dtourner du roi, et sans avoir remu de place. Il
salua ensuite madame de Maintenon, qui lui fit fort bien. Ces propos de
voyage, de couches, de chemins durrent ainsi et tout debout un
demi-quart d'heure; puis le roi lui dit qu'il n'tait pas juste de lui
retarder plus longtemps le plaisir qu'il aurait d'tre avec madame la
duchesse de Bourgogne, et le renvoya, ajoutant qu'ils auraient loisir de
se revoir. Le prince fit sa rvrence au roi, une autre  madame de
Maintenon, passa devant le peu de dames du palais qui s'taient
enhardies de mettre la tte dans la chambre, _au bas de ces cinq
marches_, entra dans le _grand cabinet_, o il embrassa madame la
duchesse de Bourgogne, y salua les dames qui s'y trouvrent,
c'est--dire les baisa, demeura quelques moments, et passa dans son
appartement, o il s'enferma avec madame la duchesse de Bourgogne.

Leur tte--tte dura deux heures et plus; tout  la fin madame d'O y
fut en tiers; presque aussitt aprs, la marchale d'Estres y entra, et
peu de moments aprs madame la duchesse de Bourgogne sortit avec elles,
et revint dans le grand cabinet de madame de Maintenon. Monseigneur y
vint  l'ordinaire au sortir de la comdie[65]; madame la duchesse de
Bourgogne, en peine de ce que monseigneur le duc de Bourgogne ne se
pressait point d'y venir saluer Monseigneur, l'alla chercher, et revint
disant qu'il se poudrait; mais remarquant que Monseigneur n'tait pas
satisfait de ce peu d'empressement, elle envoya le hter. Cependant la
marchale d'Estres, folle et tourdie, et en possession de dire tout ce
qui lui passait par la tte, se mit  attaquer Monseigneur de ce qu'il
attendait si tranquillement son fils au lieu d'aller lui-mme
l'embrasser. Ce propos hasard ne russit pas. Monseigneur rpondit
schement que ce n'tait pas  lui  aller chercher le duc de Bourgogne,
mais au duc de Bourgogne  le venir trouver. Il vint enfin. La rception
fut assez bonne, mais elle n'gala pas celle du roi  beaucoup prs.
Presque aussitt le roi sonna, et on passa pour le souper[66].

Nous avons transcrit tout entire cette scne de la rception du duc de
Bourgogne par le roi Louis XIV, malgr sa longueur, parce qu'elle donne
les renseignements les plus exacts sur cet appartement de madame de
Maintenon, tant cherch, et aussi parce que nous avons pens qu'elle
paratrait d'autant plus piquante qu'on pourrait la suivre dans tous
ses dtails sur les lieux mmes.

Il nous semble que d'aprs ces diverses descriptions de Flibien et de
Saint-Simon, et en les comparant aux plans que Blondel a donns des
appartements du chteau de Versailles  l'poque de Louis XIV, il ne
doit rester aucun doute dans l'esprit des personnes mme les plus
prvenues sur l'emplacement qu'occupait l'appartement de madame de
Maintenon.

Maintenant, quelle raison a donc pu faire indiquer comme _appartement de
madame de Maintenon_ des chambres qui n'en ont jamais fait partie, et
qui en sont mme si loignes?

La seule vritable, c'est qu'au moment o l'on cherchait  retrouver,
pour chacune des pices des petits appartements, le nom qu'elles avaient
d avoir sous Louis XIV, on n'avait aucune donne sur le lieu qu'avait
occup l'appartement de madame de Maintenon; et que comme il existait un
petit escalier allant des petits appartements  l'appartement du
rez-de-chausse (ancien appartement des Bains), et portant encore le nom
d'_escalier de Maintenon_, on supposa que l'appartement de la secrte
pouse de Louis XIV avait d ouvrir sur cet escalier, qui lui servait
sans doute d'entre particulire. De l la place qu'on lui donne dans
tous les ouvrages modernes, et en particulier dans celui de M. Vatout.

Mais ce nom de Maintenon, conserv  l'escalier dont nous parlons, et
qui a induit en erreur l'_historiographe moderne des btiments du roi_,
ne peut-il pas s'expliquer tout autrement?

Flibien nous dit, dans sa description du chteau, que l'appartement
_des Bains_, plac sous les grands appartements du roi, tait occup par
le duc du Maine; or, tout le monde sait que madame de Maintenon est
reste gouvernante de ce jeune prince jusqu'au moment de son lvation,
et qu'elle allait frquemment chez le roi, surtout dans les premiers
temps de sa faveur. Eh bien, ne peut-on pas considrer comme  peu prs
certain que cet escalier, qui se rendait directement des appartements
qu'elle habitait avec le duc du Maine dans ceux de Louis XIV, devait
tre celui qu'elle prenait pour y aller; d'o, par suite, lui serait
venu le nom qu'il a conserv jusqu' nos jours?

Quelle que soit la valeur de cette explication,  laquelle nous
attachons trs-peu d'importance, toujours est-il qu'il rsulte des
descriptions de _Flibien_ et de _Saint-Simon_, compares aux plans de
_Blondel_, que l'appartement occup par madame de Maintenon dans le
chteau de Versailles tait situ du ct des appartements de la reine,
occups alors par la duchesse de Bourgogne, derrire la grande salle des
gardes du corps, de plain-pied avec l'appartement de Louis XIV, et
ouvrant en face de ce dernier dans le vestibule plac au haut de
l'escalier de marbre ou de la reine; et que cet appartement,
successivement occup sous Louis XV par le comte de Clermont, et sous
Louis XVI par le marchal de Duras, forme aujourd'hui trois des salles
consacres aux campagnes de 1793, 1794 et 1795.

Tout en admettant cette conclusion, quelques personnes pourraient
peut-tre penser que dans les derniers temps de la vie de Louis XIV, et
particulirement aprs la mort du duc et de la duchesse de Bourgogne,
madame de Maintenon vint habiter une autre partie du chteau; mais en
lisant attentivement Saint-Simon, surtout lorsqu'il parle de la dernire
maladie du roi, on voit qu'elle resta toujours dans le mme appartement.

Toute la cour, dit-il, se tenait tout le jour dans la galerie. Personne
ne s'arrtait dans l'antichambre la plus proche de la chambre
(l'OEil-de-boeuf) que les valets familiers, et la pharmacie, qui y
faisaient chauffer ce qui tait ncessaire; on y passait seulement, et
vite, et d'une porte  l'autre. Les entres passaient dans les cabinets
par la porte de glace qui y donnait de la galerie qui tait toujours
ferme, et qui ne s'ouvrait que lorsqu'on y grattait, et se refermait 
l'instant. Les ministres et les secrtaires d'tat y entraient aussi, et
tous se tenaient dans le cabinet qui joignait la galerie (le cabinet des
Termes). Les princes du sang, ni les princesses filles du roi
n'entraient pas plus avant,  moins que le roi ne les demandt, ce qui
n'arrivait gure. Le marchal de Villeroy, le chancelier, les deux
btards, M. le duc d'Orlans, le pre Tellier, le cur de la paroisse,
quand Marchal, Fagon et les premiers valets de chambre n'taient pas
dans la chambre, se tenaient dans le cabinet du Conseil, qui est entre
la chambre du roi et un autre cabinet (des Termes), o taient les
princes et princesses du sang, les entres et les ministres.

Le duc de Tresmes, premier gentilhomme de la chambre en anne, se
tenait sur la porte, entre les deux cabinets, qui demeurait ouverte, et
n'entrait dans la chambre du roi que pour les moments de son service
absolument ncessaire. Dans tout le jour personne n'entrait dans la
chambre du roi que par le cabinet du Conseil, except ces valets
intrieurs ou de la pharmacie qui demeuraient dans la premire
antichambre, _madame de Maintenon_ et les dames familires, et pour le
dner et le souper, le service et les courtisans qu'on y laissait
entrer.

Ainsi, c'tait par les antichambres, c'est--dire du ct o se trouvait
l'appartement dj indiqu de madame de Maintenon, qu'elle entrait dans
la chambre du roi; et l'on ne concevrait pas qu'elle et pris cette
route, dans le cas o son logement et t transfr de l'autre ct du
chteau. Mais Saint-Simon ajoute encore plus loin quelque chose de plus
positif. Aprs avoir racont comment le roi,  l'extrmit, venait de
recevoir les soins d'un _manant provenal, fort grossier, qui lui
apportait un remde qui gurissait la gangrne_, il dit: Madame de
Maintenon venait de sortir de chez le roi, ses coiffes baisses, mene
par le marchal de Villeroy _par devant chez elle sans y entrer,
jusqu'au bas du grand degr_, o elle leva ses coiffes. Elle embrassa le
marchal d'un oeil fort sec, en lui disant: Adieu, monsieur le marchal,
monta dans un carrosse du roi qui la servait toujours, dans lequel
madame de Caylus l'attendait seule, et s'en alla  Saint-Cyr, suivie de
son carrosse o taient ses femmes[67].

Comme il n'y a pas de doute, d'aprs ce que nous avons dj expliqu,
sur l'escalier appel par Saint-Simon le _grand degr_, que c'est
l'escalier de marbre existant encore aujourd'hui, il est donc vident
que madame de Maintenon passait ainsi devant l'appartement que nous
avons dcrit, qu'elle habitait encore en 1715,  la mort de Louis XIV.

Les recherches auxquelles nous nous sommes livr pour retrouver
l'emplacement de l'appartement de madame de Maintenon, nous ont mis 
mme de relever une erreur assez grave du livre de M. Vatout. C'est 
l'occasion du confessionnal de Louis XIV.

L'on a vu sur le plan de Blondel, et d'aprs la description de Flibien,
que la pice o se trouve aujourd'hui le confessionnal formait un salon
ovale, dont un ct ouvrait sur un cabinet et l'autre sur le salon
prcdant la galerie de Mignard. M. Vatout, qui a vu aussi ce salon sur
le plan de Blondel, pense qu'il faisait partie, ainsi que le cabinet et
la salle du djeuner, de l'appartement de madame de Maintenon, puisqu'il
dit: La petite galerie Mignard, avec ses deux salons, pouvait offrir 
cet appartement de brillants accessoires, lorsqu'on y jouait la
comdie. Ce qui ne l'empche pas, quelques pages plus loin, d'y mettre
le confessionnal de Louis XIV: C'est l, dit-il; que s'agenouillait le
grand roi; c'est l qu'il humiliait sa fiert devant Celui au nom duquel
s'abaissent toutes les grandeurs de la terre. Comme s'il tait
prsumable que le roi et t placer le mystrieux endroit o devait se
dvoiler ses plus secrtes penses au milieu mme de l'appartement de la
favorite! Nous ne faisons cette remarque que pour montrer la
contradiction dans laquelle est tomb M. Vatout, car il est vident que
le confessionnal de Louis XIV n'a jamais t plac dans ce lieu. Sous ce
roi, s'y trouvaient le salon ovale et un cabinet. Sous Louis XV, d'aprs
les changements indiqus dans l'un des plans de Blondel, on fit  la
place du salon ovale un petit salon carr, et l'on tablit une
_garde-robe_ dans le cabinet. Enfin, sous Louis XVI, de nouveaux
changements eurent encore lieu, le salon fut diminu, et l'on en fit un
cabinet dans lequel fut plac le confessionnal du roi. C'est donc Louis
XVI, et non Louis XIV, qui a fait mettre son confessionnal dans cet
endroit. Nous ne savons si, sous Louis XVI, le capitaine des gardes se
tenait l'pe  la main, pendant la confession, derrire la glace sans
tain que l'on remarque dans la niche prs du confessionnal; mais s'il en
tait ainsi sous Louis XIV, comme le dit M. Vatout, ce n'est point dans
cet endroit qu'avait lieu cette _trange habitude_.




VI

L'ANCIENNE MACHINE DE MARLY

OU

DE VILLE ET RENNEQUIN.


Il n'existe peut-tre pas de machine qui ait eu une rputation aussi
colossale que l'ancienne machine de Marly. Son aspect gigantesque, sa
complication apparente, le bruit extraordinaire produit par son
mcanisme que l'on entendait d'une distance considrable, cette masse de
charpentes et de chanes de fer se mouvant continuellement depuis le
bord de la Seine jusqu'au haut de la montagne de Louveciennes, tout
enfin dans cette immense machine tait fait pour tonner les regards et
frapper l'imagination de la foule. Il semble que l'auteur d'un si
tonnant travail n'a pu rester inconnu, et cependant, mme aujourd'hui,
l'on discute encore pour savoir qui il est. Ce fait, qui parat
extraordinaire, s'explique naturellement par l'usage o l'on tait, sous
Louis XIV, de faire tout au nom du roi ou de ses ministres, et de
placer ainsi dans l'ombre et au rang de simples employs des btiments
les vritables auteurs de la plupart des merveilles excutes sous le
rgne du grand roi. Que l'on demande en effet aux historiens  qui sont
dus les immenses travaux faits pour amener les eaux de l'Eure 
Versailles, ou pour runir les eaux de pluie et de neige  plus de dix
lieues  la ronde, et les verser dans ces rservoirs, si heureusement
aliments aujourd'hui par la nouvelle machine hydraulique de la Seine;
qu'on les interroge pour savoir les noms des habiles artistes qui ont
excut les plus jolis arrangements des jardins de Versailles, et ces
magnifiques jets d'eau si habilement et si lgamment disposs, ils
nommeront Louis XIV, Colbert et Louvois, et  la suite Mansart et Le
Ntre; mais de l'abb Picard, de Lahire, de Vauban, de Perrault, de
Francine, etc., pas un mot; et il faut, comme nous l'avons fait, aller
fouiller dans les archives, dans les registres des btiments, pour
retrouver les vritables auteurs de tous ces beaux travaux. C'est l ce
qui est arriv aussi pour la machine de Marly. En n'allant pas chercher
aux vritables sources, on s'en est rapport  des on dit plus ou moins
dsintresss, et aid du merveilleux populaire, qui aime toujours 
rencontrer des moyens extraordinaires dans l'excution de choses qui lui
paraissent extraordinaires, l'on a ainsi dplac les rles, et attribu
 un seul, et encore  celui qui y a pris la moindre part, l'honneur de
son invention. Reprenons donc un peu l'historique de la machine de
Marly, et suivons-le d'aprs les documents authentiques, dont les pices
vont tre mises sous les yeux du lecteur.

Louis XIV venait de dsigner Versailles pour son sjour habituel.
Colbert, l'excuteur des volonts du matre, donnait les ordres les plus
prcis pour hter les travaux ncessaires  leur accomplissement. Une
chose cependant semblait s'opposer aux dsirs du roi, et paraissait
condamner Versailles  n'tre jamais qu'un sjour passager: c'tait le
manque d'eau. Mais le roi avait parl, et son ministre avait fait un
appel  tous ceux que leurs connaissances spciales pouvaient mettre 
mme de rsoudre cette importante question. Dj, des travaux importants
avaient t excuts[68], et non-seulement les eaux de sources, mais
encore des eaux recueillies sur les hauteurs environnant Versailles,
commenaient  satisfaire les dsirs du roi et de son ministre. Sur ces
entrefaites, Colbert apprend qu'un gentilhomme ligeois, ingnieur
lui-mme, vient de faire excuter dans le domaine des comtes de Marchin,
seigneurs de Modave[69] une machine qui lve l'eau  une trs-grande
hauteur, et qui, applique  Versailles, pourrait amener les eaux de la
Seine jusque dans cette ville. Il se hte de lui crire au nom du roi,
et l'engage  venir examiner si,  l'aide d'une semblable machine,
Versailles peut tre aliment des eaux qui lui manquent. Ce gentilhomme
ligeois tait le chevalier de Ville, baron libre du Saint-Empire
romain[70]. Vivant dans un pays o l'on construisait de nombreuses
machines pour puiser les eaux souterraines qui nuisent  l'exploitation
des houillres et des mines de charbon de terre, il s'tait familiaris
avec l'tude de ces machines. Dsirant lever l'eau du Hoyoux sur les
hauteurs du domaine de Modave, il avait fait construire un de ces
appareils dj employs depuis longtemps dans les mines de Hongrie,
lorsqu'il s'agissait de transmettre l'eau  de grandes distances,
par-dessus de hautes montagnes[71]. Mais il dut principalement la
russite de son entreprise  l'habilet du constructeur charg de son
excution, Rennequin Sualem, qu'une grande intelligence et une longue
pratique avaient initi  toutes les difficults de la mcanique.

De Ville se rend aussitt  l'invitation de Colbert, et arrive 
Versailles, accompagn de Rennequin Sualem, car il sent que pour
l'excution de pareille entreprise il ne peut se passer de l'habile
ouvrier dont il connat par exprience toute la capacit.

La russite d'une mcanique assez puissante pour amener l'eau de la
Seine jusqu' Versailles demandait une chute considrable, pouvant faire
mouvoir les grandes et nombreuses roues destines  lui donner
l'impulsion. De Ville suit la Seine dans tous ses contours, la sonde
lui-mme dans tous ses points, et trouve enfin, entre Chatou et la
chausse de Bougival, une chute assez forte pour la russite de son
entreprise[72].

La chute trouve, il fallait faire franchir  l'eau de la Seine la
distance qui la sparait non-seulement de la hauteur de la montagne de
Louveciennes, mais encore du sommet d'une tour leve sur cette hauteur,
et qui, dominant tout le pays, pouvait permettre d'envoyer cette eau
soit  Versailles, point principal pour lequel on demandait
l'tablissement de cet instrument hydraulique, soit  Marly, dont le roi
venait d'arrter la construction, soit mme  Saint-Germain[73]. De
Ville se mit aussitt au travail, fit les projets de cet immense
appareil, les prsenta au roi qui les adopta, et commena aussitt les
travaux.

Il fallait, pour la bonne excution de ces travaux, qu'ils fussent
confis  des hommes dj au fait de ces sortes d'ouvrages. De Ville et
Rennequin retournrent  Lige et en ramenrent une colonie d'ouvriers,
charpentiers, menuisiers, forgerons, etc., et de plus de Ville passa des
marchs avec les entrepreneurs de ce pays, en sorte que, corps de
pompes, mcanismes, cuirs, fers, etc., tout vint de Lige[74].

Toute la partie de la Seine comprise entre le Port-Marly et Bezons tait
 cette poque presque entirement divise en deux bras par une suite de
petites les. Pour que la navigation ne ft pas interrompue et avoir en
mme temps une grande partie des eaux du fleuve employe au mouvement de
la machine, il fallait runir toutes ces les, n'en faire qu'une seule
digue, et agrandir le bras de la rive droite afin d'en former un canal
navigable. Ce fut le premier travail excut par de Ville[75]. Cette
digue et ce canal, qui ont plus de 10,000 mtres de longueur, furent
commencs au mois de mai 1681 et achevs au mois d'octobre de la mme
anne. Pendant ce temps se construisait la machine. Toutes les maisons,
terres, vignes, etc., comprises entre l'endroit o se trouvait la chute
et les hauteurs de Louveciennes, avaient t achetes par le roi. De
Ville s'tablit dans l'une des maisons de la chausse, afin de mieux
surveiller les travaux; il y fait construire un modle de la machine, et
Rennequin Sualem, le constructeur et l'inspecteur de cette immense
machine, y habite auprs de lui[76].

La science de l'hydraulique tait alors peu avance, surtout en France,
et peu de personnes taient en tat de comprendre le mcanisme et les
effets de ce grand travail. Des doutes s'tant manifests sur sa
russite[77], et le roi ayant dsir qu'il ft fait un essai, de Ville
fit construire, au moulin de Palfour, sous sa direction, et par deux
Ligeois, Lambotte et Georges d'Espa, une machine analogue  celle que
l'on construisait en grand  Marly, qui leva l'eau jusque sur la
terrasse de Saint-Germain[78].

Aprs cette exprience dcisive on ne fit plus d'objections, et l'on
continua avec activit les travaux de la machine. Nous n'entreprendrons
pas d'en faire ici la description complte[79], nous rappellerons
seulement qu'au-dessous de la chute, dans la Seine, se trouvaient
quatorze roues hydrauliques de 36 pieds de diamtre chacune, mises en
mouvement par l'eau de cette chute[80]; ces roues mettaient en jeu huit
pompes charges d'entretenir toujours l'eau  une gale lvation dans
un bassin lev  peu prs  la hauteur du bord des autres corps de
pompes. Celles-ci, au nombre de soixante-quatre, refoulaient cette eau
dans un puisard plac sur le penchant de la montagne. L'eau leve  ce
premier puisard y tait reprise par soixante-dix-neuf pompes, et
refoule une seconde fois jusqu' un second puisard suprieur au
premier; l, quatre-vingt-deux pompes achevaient d'oprer l'ascension de
l'eau jusqu'au sommet de la tour, dont la plate-forme suprieure est
leve de 154 mtres au-dessus des eaux moyennes de la Seine, et se
trouve place  1,236 mtres de distance horizontale de la machine en
rivire, ou du premier mobile. Comme, par suite de la difficult que
l'on prouvait alors  bien joindre les tuyaux entre eux, beaucoup d'eau
se perdait en montant  la tour, seize pompes taient places dans un
rservoir situ derrire le puisard suprieur afin de ramener cette eau
perdue dans ce mme puisard. Pour augmenter la quantit d'eau leve par
la machine, on avait runi dans un bassin, un peu au-dessous du premier
puisard, les eaux assez abondantes de toutes les sources des environs,
et huit pompes servaient  les lever dans le second puisard. On voit
donc que le produit de la machine tait le rsultat du travail de deux
cent cinquante-trois pompes, places tant dans le lit du fleuve que dans
les puisards tablis sur le penchant de la montagne. Tout ce systme de
pompes tait mis en mouvement par les roues hydrauliques tournant par
l'impulsion de l'eau du fleuve, qui avaient deux fonctions: l'une de
faire mouvoir les soixante-quatre pompes fournissant l'eau reprise
successivement par les deux systmes suprieurs; l'autre de mettre en
jeu les longues suites de pices de communication de mouvement au moyen
desquelles les pompes des deux systmes suprieurs pouvaient faire leur
service. Cette transmission du mouvement s'oprait par l'intermde de
plusieurs couples de chanes de fer partant de la Seine, et aboutissant
aux points o le mouvement devait tre transmis; chaque couple avait ses
deux chanes dans un mme plan vertical, attaches d'espace en espace
aux extrmits des balanciers, dont les axes de rotation, placs 
mi-distance entre les deux chanes, taient poss sur des cours de lices
tablis sur des chevalets. Des manivelles en fer, fixes aux extrmits
des axes des roues hydrauliques, agissaient sur les chanes, dans le
sens de leur longueur, par l'intermde de pices de traction et de
rotation. En rsultat, lorsque la chane suprieure d'une couple tait
tire et se mouvait dans le sens de la descente de la montagne,
l'infrieure se mouvait dans le sens de la monte, et rciproquement;
ces alles et, venues oscillatoires, qui se rptaient plusieurs fois
par minute, produisaient des oscillations correspondantes dans les
pices du mcanisme auxquelles les points suprieurs des chanes taient
attachs, et par suite l'ascension et la descente des pistons des pompes
de reprise des puisards. Ces indications sommaires, ajoute M. de Prony,
 qui nous empruntons ces dtails, suffisent pour motiver l'norme
quantit de fer et de bois dont la montagne se trouvait couverte sur une
longueur d'environ 700 mtres.

Actuellement que l'on voit arriver l'eau facilement d'un seul jet au
haut de la tour, et avec un appareil d'une grande simplicit, on est
tonn de la ncessit o l'on fut alors d'tablir cette masse de
pompes, de puisards, de leviers immenses, de rouages de toute espce
pour obtenir un rsultat bien infrieur  celui d'aujourd'hui. On oublie
les progrs faits par les arts industriels depuis ce temps. Alors le jeu
des pistons dans les corps de pompes, et l'assemblage des tuyaux taient
tels que l'air s'y introduisait de toutes parts et opposait une norme
rsistance  l'ascension de l'eau, et qu'une grande quantit de liquide
tait perdue sans aucun rsultat pour le but qu'on voulait obtenir.
Voil pourquoi, l'eau ne pouvant s'lever d'un jet qu'au tiers de la
route qu'elle avait  parcourir, on fut oblig de diviser la machine en
trois systmes de pompes, dont l'un, partant de la Seine, la portait 
mi-cte, le deuxime la faisait arriver au rservoir suprieur, et le
troisime enfin l'levait jusque sur la tour; et comme les deux systmes
de pompes, qui reprenaient  mi-cte l'eau refoule immdiatement de la
Seine, ne pouvaient avoir de mouvement qu'en vertu de la force motrice
transmise du point infrieur du systme gnral et manant des eaux
mmes du fleuve, on s'explique la complication apparente de cette
machine, son aspect gigantesque et les mouvements bruyants de toutes ces
masses, dont on ne pouvait pas, sans instruction et sans tude, saisir
la correspondance avec le premier mobile.

Les travaux de cette immense machine, commencs en 1681, taient dj
assez avancs en 1684 pour qu'on en fit l'essai. Nous avons dit que de
Ville, en levant la tour, avait eu pour but de dominer tous les
environs et de pouvoir ainsi, de ce point, diriger l'eau partout o le
roi voudrait la distribuer. Pour faire son essai, il fit construire une
espce de tour en charpente[81], sur le sommet de laquelle on vit en
effet l'eau arriver ainsi qu'il l'avait promis.

Aprs cet essai qui levait tous les doutes sur la russite de la
machine, on remplaa la tour en bois par la tour en pierre et le bel
aqueduc qui domine, d'une faon si pittoresque, tous les environs.
Mansart en dessina les plans, en fit les devis, et fut charg de la
construction. On creusa en mme temps les rservoirs de Marly et de
Louveciennes, on fit les aqueducs pour conduire l'eau  Versailles, on
leva, dans cette ville, le _gros mur_ de Montreuil, qui reliait la
butte de Picardie  la butte de Montbauron, on creusa aussi les
rservoirs placs sur cette butte, et Louvois, qui venait de faire
excuter tous ces travaux, eut la satisfaction de voir arriver l'eau de
la Seine dans ces derniers bassins, l'anne suivante, 1685.

En 1684, aprs l'essai de l'ascension de l'eau sur la tour, le roi
chargea Vauban de visiter la machine et de faire faire les travaux
qu'il jugerait ncessaires pour sa confection. Vauban, accompagn de de
Ville, examina tout avec la plus minutieuse attention; il admira cet
immense travail, et en comprit immdiatement tout le mcanisme et les
effets[82]; il fit simplement quelques observations sur la construction
de plusieurs parties des digues de la Seine, et crut ncessaire, pour
prserver la machine de l'action destructive des glaces, de faire
construire au-devant une estacade qui pt les diriger sur la grande
digue[83].

Telle est l'histoire, bien abrge, de la construction de l'ancienne
machine de Marly. Mais  qui doit-on cette machine, et quel en est
l'inventeur? Il semble, d'aprs ce rcit, que nul autre que de Ville ne
doit en recueillir l'honneur, et cependant aujourd'hui l'opinion
gnrale lui conteste cette invention pour l'attribuer  un homme dont
nous avons  peine parl,  Rennequin Sualem. Cherchons donc la cause de
cette opinion, et voyons, en consultant les pices authentiques, quels
rles ont pu jouer, dans l'tablissement de cette clbre machine, de
Ville et Rennequin Sualem.

Et d'abord examinons comment s'est tablie l'opinion qui en attribue
l'invention  Rennequin.

Un Allemand, Frdric Weidler, professeur  Wittemberg, crivit, en
1728, un ouvrage intitul _Tractatus de machinis hydraulicis toto
terrarum orbe maximis, Marliensi, Londinensi et aliis rarioribus_. En
1714, il vint visiter la machine qu'il allait dcrire. Dans cette
visite, qui va lui servir plus tard pour donner le nom de son inventeur,
il ne voit ni de Ville, son gouverneur, ni les contrleurs, ni Vauban,
ni Mansart, ni mme les entrepreneurs qui avaient eu des rapports
directs avec l'inventeur; il se contente de consulter les ouvriers qui
ont travaill ds le commencement avec Rennequin: _Ii autem, qui initiis
fabricoe interfuerunt, affirmarunt mihi ad unum omnes, Rannequium illius
verum auctorem et fabricatorem, et Villaneum commendatorem apud aulam et
veluti ergo dioctem extitisse_.--Et quels taient ces ouvriers qui lui
assuraient ainsi que Rennequin tait le vritable inventeur de la
machine, c'tait toute la colonie ligeoise, Paul Sualem, Toussaint,
Siane, etc., tous parents ou amis de Rennequin. Cette assertion de
Weidler, rpte, sans contrle, par les crivains spciaux, est reste
comme certaine pour ceux qui depuis ont parl de la machine. Mais ce qui
a surtout rendu cette opinion populaire, c'est l'pitaphe grave sur sa
tombe, qui, de l'glise de Bougival, o elle tait  peine connue avant
la Rvolution, a pass dans un cabaret de la chausse, et y est reste
pendant de longues annes expose aux regards de tous ceux qui venaient
visiter la machine, en indiquant Rennequin comme son seul
inventeur[84].

Telles sont les deux seules autorits qui ont fait attribuer  Rennequin
l'invention de la machine.

Quelques crivains modernes ont cherch  rtablir les faits et  rendre
 de Ville la place qu'il aurait d toujours occuper[85]; l'abb Caron,
entre autres[86], dans une notice lue  la Socit des sciences morales,
des lettres et des arts de Seine-et-Oise, semblait avoir justement
attribu  chacun le rle jou dans la construction de la machine, et
nous croyions la question juge, lorsque nous avons reu de Lige une,
petite brochure[87], dans laquelle non-seulement Rennequin Sualem est
regard comme l'inventeur de la machine, mais o de Ville est trait
d'imposteur, et o nous voyons que le conseil communal de Lige, pour
honorer l'inventeur de cette machine, vient d'appeler une des rues de la
ville du nom de Rennequin. Il nous parat donc ncessaire de faire
connatre les nombreuses pices qui constatent le rle jou par de Ville
dans l'tablissement de la machine de Marly.

Ce qui a beaucoup contribu  faire dpouiller de Ville de son titre
d'inventeur de la machine, ce sont surtout sa position de fortune et ses
titres. Comment supposer, en effet, qu'un chevalier, baron du
Saint-Empire, possdant des terres, pt tre en mme temps un savant?
Non, le baron de Ville n'a d tre que le ngociateur de l'entreprise,
l'entremetteur de la cour de Louis XIV avec le vritable auteur de la
machine, simple ouvrier, _fer analphabtos, sed manuari arte
excellens_[88]. On attribue aussi  Rennequin la construction de la
machine hydraulique de la terre de Modave, qui a attir les regards de
Colbert, et comme c'est de cette construction qu'est venue la premire
ide de la machine de Marly, on en tire la preuve qu'on lui doit
l'invention de cette dernire machine. Mais ce qu'on ne dit pas, c'est
que cette machine hydraulique de Modave n'tait qu'une imitation de
celles dont on se servait dj depuis longtemps dans les mines de
Hongrie et de Sude; que, par consquent, ce n'tait point une invention
de Rennequin, et que c'est  de Ville, ingnieur instruit et au courant
de tout ce qui avait t fait en ce genre, que l'on en doit
l'application dans le domaine des comtes de Marchin.

Suivons maintenant de Ville  la machine de Marly. Avant de penser 
tablir un mcanisme capable de faire monter l'eau de la Seine 
Versailles, il est ncessaire de trouver une chute assez puissante pour
faire mouvoir ce mcanisme. Il faut pour cela un homme instruit et
expert dans les travaux hydrauliques. Qui est charg de ce travail? De
Ville. Nous le voyons, en effet, rechercher et reconnatre les pentes de
la Seine, indiquer et faire excuter les travaux ncessaires pour
tablir les digues et agrandir le lit du fleuve laiss  la
navigation[89].

La chute trouve, qui voyons-nous encore prparer et ordonner tous les
travaux de construction de la machine, faire arriver les eaux des
sources de Prunay, de Louveciennes et de Bougival, afin de les joindre 
celles leves de la Seine? C'est encore de Ville[90].

Le roi dsire qu'un essai de ce que peut une machine de ce genre pour
lever l'eau soit tent devant lui. N'est-ce pas encore de Ville, et ici
sans le secours de Rennequin, qui fait construire la pompe du moulin de
Palfour, et dmontre ainsi au roi, par avance, la certitude du rsultat
de ses oprations[91]?

N'est-ce pas lui aussi que nous voyons, en 1683, indiquer  l'arpenteur
Caron, et dessiner sur le terrain les places que devront occuper les
chevalets, puisards, rservoirs, etc., nouveaux, ncessits par
l'augmentation du mcanisme de la machine[92]?

En 1684, Vauban, charg par le roi d'examiner la machine, la visite dans
tous ses dtails, et c'est de Ville qui lui en explique le mcanisme.

On le voit encore non-seulement surveiller et diriger les travaux sur
place, mais de plus faire des voyages  Lige pour s'entendre avec ceux
qui fabriquent les pompes, et faire venir de ce pays et fers et
mcaniques.

Et si on le voit ainsi partout, c'est qu'il ne pouvait en tre
autrement. N'tait-ce pas lui, en effet, qui avait prsent les projets
d'aprs lesquels on excutait cet immense appareil[93], et n'tait-il
pas responsable de la russite de cette machine dont on attendait de si
grands rsultats? Aussi, lorsque le succs a couronn son entreprise,
avec quelle magnificence le roi le rcompense! En 1684, aprs
l'exprience de l'arrive de l'eau au sommet de la tour, le roi lui
accorde 6,000 livres de gratification. En 1685, les 6,000 livres de
gratification lui sont continues, et le 28 juillet de la mme anne,
quand l'eau de la Seine est enfin arrive  Versailles, Louis XIV lui
fait un don de 100,000 livres. Puis il lui fait btir prs de la machine
une magnifique habitation[94], le nomme gouverneur de cette machine, et
aux 6,000 livres de gratification qu'il conserve sa vie durant, il en
ajoute 6,000 de pension[95].

Voil, d'aprs les documents que nous donnons  la suite de ce rcit,
la part de de Ville dans l'tablissement de la machine de Marly. Voyons
maintenant celle de Rennequin.

Rennequin Sualem tait un ouvrier charpentier de Lige, d'une grande
intelligence et d'une habilet peu commune. Il tenait le premier rang
parmi les constructeurs des mcaniques dont on se servait dans les mines
du territoire ligeois pour puiser les eaux souterraines. On a vu qu'il
construisit la machine dont de Ville se servit  Modave pour lever les
eaux du Hoyoux. Aussi, lorsque celui-ci fut charg par Colbert de venir
tudier les moyens de donner de l'eau  la ville royale, se fit-il
accompagner de l'habile excuteur de ses ides.

En tudiant les diverses pices que nous faisons connatre, nous ne
voyons apparatre Rennequin que lorsqu'il s'agit de la construction de
la machine. Nous le trouvons tabli auprs de de Ville, et  la tte de
tous ces ouvriers ligeois habitus depuis longtemps  des travaux
analogues, les commandant, les dirigeant dans l'excution d'un mcanisme
souvent modifi et amlior par sa longue pratique et sa haute
intelligence; mais nous ne le rencontrons ni lorsqu'il s'agit de la
recherche de la chute d'eau ncessaire  l'tablissement de la machine
et de la construction des digues; ni lorsque, pour augmenter les eaux
leves par la machine, on vient y ajouter celles des diverses sources
des environs; ni, enfin, dans la combinaison qui fait distribuer en
trois parties distinctes la route que doit suivre l'eau pour son
ascension au haut de la tour. Son rle, enfin, parat avoir t celui
d'un mcanicien plein de sagacit, de connaissances et de talent dans
son art, et sans lequel peut-tre les ides de de Ville n'eussent pu
tre excutes; et c'est probablement dans ce sens que ses compagnons,
ayant pu apprcier  l'oeuvre la facilit avec laquelle il saisissait
les problmes les plus difficiles de la mcanique, savait les rduire en
pratique, et combien de fois les difficults les plus grandes avaient
t surmontes par lui dans la construction de la machine, l'en
regardaient comme le vritable inventeur. Rennequin, enfin, tait un
habile charpentier-mcanicien, et probablement le premier de cette
poque dans ce genre de travail. C'est ainsi qu'il fut toujours
considr pendant sa vie.

En 1688, des pompes et une machine  cheval sont ncessaires pour le
service de la maison des demoiselles de Saint-Cyr; c'est Rennequin et
Lambotte qui sont chargs de son excution[96]. Et lorsque la machine de
Marly est enfin entirement termine, on le voit charg de sa
surveillance, y rester attach, ainsi que les autres ouvriers de Lige,
avec le titre d'ingnieur et de chef des charpentiers ligeois, et on
lui accorde en outre un logement spcial et 1,800 livres
d'appointements.

Ainsi, il rsulte de l'tude de nos documents que de Ville a t
vritablement, comme le dit la lgende du plan de la machine dessine en
1688; l'inventeur, et Rennequin Sualem le constructeur de cette clbre
machine, et qu'ils ont t tous deux rcompenss suivant le rle qu'ils
avaient jou chacun dans son excution.

Si cependant quelques personnes, s'appuyant sur l'opinion de Weidler et
sur l'inscription de la pierre tumulaire de Bougival, veulent conserver
 Rennequin le titre d'inventeur, nous les prierons de se rappeler que
Weidler n'a tabli son dire, que sur les propos d'ouvriers parents ou
amis de Rennequin, et plusieurs annes aprs la mort de celui-ci; et
que, quant  l'pitaphe place par les mmes parents dans l'glise de
Bougival aprs le dcs de la veuve de Rennequin, et longtemps aprs la
mort de celui-ci, on y aurait probablement rpondu avant la mort de de
Ville, arrive en 1722, si elle n'et pas t enfouie et ignore dans un
coin obscur dont l'a fait sortir la rvolution, pour la livrer  la
publicit dans un cabaret de la chausse. D'ailleurs un acte beaucoup
plus srieux et authentique, son acte de dcs dress du vivant de sa
veuve, porte son vritable titre: _constructeur_ et non inventeur de la
machine[97].

Que sont d'ailleurs ces deux faibles preuves auprs de celles indiques
dans les notes qui suivent en faveur de de Ville?

Ce sont d'abord les registres des btiments qui donnent  de Ville le
titre d'_ingnieur_, tandis qu'ils donnent  Rennequin celui de
_charpentier ligeois_;--puis le plan de la machine, dessin par Livin
Creuil en 1688, c'est--dire quand elle venait d'tre termine, et qui
dit en toutes lettres: Cette machine a t invente et excute par M.
le baron de Ville. Et plus loin: Elle a t construite par ordre du
roi, sur les projets et par la direction de M. le baron de Ville.--Les
crivains qui, sous Louis XIV et depuis lui, ont t puiser aux sources
et ont parl de la machine, Dangeau, l'abb de Choisy, Claude Saugrain,
Piganiol de la Force, ont tous attribu son invention  de Ville.
_Cassan_, dans un pome sur l'arrive de la Seine au chteau de Marly,
de 1699, ne lui fait-il pas dire en passant devant le pavillon que de
Ville habitait:

    Et reprend en ce lieu l'usage de la voix,
    Pour se plaindre en passant _du chevalier de Ville_,

                  * * * * * * * *

    Qui t'oblige, dit-elle, _avec ton art maudit_
    _A venir malgr moi m'enlever de mon lit_?

La _Gazette de France_ de 1682 indique les travaux de la machine comme
faits par le _sieur de Ville, gentilhomme ligeois_. La
Chesnaye-Desbois, dans son _Dictionnaire de la noblesse_, et le pre
Anselme, dans l'_Histoire gnalogique de France_, disent, en parlant de
sa fille qui avait pous le baron de Montmorency: Elle tait fille
d'_Arnold de Ville_, chevalier, etc., gouverneur et directeur de la
machine de Marly, _dont il tait l'inventeur_[98].--Le duc de Luynes,
dans ses Mmoires, cite aussi de Ville comme l'_auteur de la
machine_.--Ceux qui taient plus  mme que tous autres de savoir la
vrit sur ce sujet, les contrleurs chargs plus tard de la direction,
le considrrent toujours comme l'inventeur, et M. Gondouin, dans un
rapport crit en 1792, dit positivement: Lors de la construction de la
machine, le sieur de Ville, mcanicien et _inventeur de la machine_, en
fut nomm le gouverneur[99].

Enfin, lui-mme, au moment suprme o le coeur de l'homme s'ouvre  la
vrit, dans son testament retrouv au chteau de Modave[100], ne
vient-il pas consacrer de nouveau son titre d'inventeur en exprimant
ainsi l'une de ses volonts: J'ordonne que tous les ouvrages que j'ai
composs concernant les constructions de la machine de Marly soient
imprims suivant mes dessins en grand.

Il rsulte donc positivement de tout ceci que le baron de Ville a t
bien vritablement l'inventeur, ou pour mieux dire l'_auteur du projet
de construction de la machine de Marly_, et que Rennequin Sualem en a
t l'habile et adroit constructeur.

Que maintenant les habitants de la ville de Lige, qui veulent honorer
le nom de celui de leurs compatriotes auteur de cette clbre machine,
soient heureux. Leur bonne fortune veut qu'au lieu d'un seul nom, ils en
aient deux  offrir en exemple  leur industrieuse population: celui du
noble employant les loisirs que lui donne la richesse  cultiver la
science pour en faire une application grande et utile, et celui du
modeste artisan dont le gnie inculte saisit avec facilit les plus
hautes conceptions de la science, et sait dans la pratique les rsoudre
avec bonheur.




PICES JUSTIFICATIVES.


NOTE N 1.

DPENSES DE CONSTRUCTION DE LA MACHINE DE MARLY,

Extraites des registres des btiments du roi, dposs aux Archives de
l'Empire.


ANNE 1681.

  ORDONNANCES.

    Au sieur de Ville, gentilhomme ligeois, pour payement
  des fers corroys qu'il a fait venir de Lige, pour servir 
  la machine du moulin de Palfour.         2,845l. 3s. d.
      Aux ouvriers.                          977  19   

  ORDRES.

  26 mars.--Au mme, pour _id._            2,845   3   
      Aux ouvriers.                          977  19   

  22 juin.--A George d'Espa, taillandier
    ligeois, pour une manivelle
    qu'il a livre pour la machine, _id._    490      
      Aux ouvriers.                          455  10   

      A Lambotte, charpentier ligeois,
        pour l'entretennement de la
        machine. Pour trois
        mois                                 360       
      A Valland, pour clous                   32    1   
                                          -----------------
                      Total.               5,160l. 13s. 2d.

  MARLY 1681.

  28 octobre 1681.--A Raoul de Pierre,
    dit Laporte, charpentier, sur la
    machine de la rivire de Seine.        2,000l.  s. d.

  OUVRAGES DES ILES DE CROISSY.

  ORDONNANCES DU 22 JUIN 1681.

  11 octobre.--A Renkin-Sualem, pour
    son travail et soins  la construction
    de la machine, pendant un
    mois.                                    150       
    A Paul Sualem, autre charpentier
      ligeois, pour son travail
      pendant.                               150       

  ORDRES DU 22 JUIN AU 11 JANVIER 1682.

    Aubert, charpentier;--Leboeuf, Gonnot, Guyot,
  Simon, Feuillastre, Boursault, Dupuis, Houet, Morin,
  terrassiers.
    Des charpentiers ligeois.
    Laporte, charpentier.
    Morel, _id._

    A Rankin-Sualem, charpentier ligois, pour un mois
  de son travail.                            150l.  s. d.
    Despas, forgeron ligeois.
                      Sommes.            210,575   13   


  ANNE 1682.

  _Pour les grandes pompes sur la rivire de Seine, pour
  l'lvation et conduite des eaux  Versailles._

  ORDRES

  A Laporte, charpentier;--Clerget, Berlin, Ogier,
  Leroy, Boileau, terrassiers;--Paul Sualem, charpentier
  ligeois, Rankin-Sualem, _id._;--Toussaint Michel, menuisier
  ligeois;--Lafontaine, maon;--Morel, serrurier;--Pauli,
  matre de forges ligeois;--Arnault, pour
  loyer de la maison de la chausse, occupe par les menuisiers
  et par le modle de la machine;--Menoiet,
  marchand de fer et charbon de terre;--Caron, arpenteur;--Dupont,
  terrassier;--Lemaire, fondeur;--Lahaye,
  plombier, Despas, _id._;--Devienne, maon;--Noiret,
  marchand;--Duvivier, maon;--Allan, pour
  charbon;--Devolman, garde de la prvt de l'htel;--de
  Ville, ingnieur;--Montagne, serrurier;--Miche,
  menuisier,--Robert, terrassier;--Berger, de Spa, pour
  fers corroys;--Lesieur, charpentier;--Frades, de
  Vienne;--Cuvier, marchand de bois;--Piat, charpentier;--Corbey,
  cordier;--Baffront, maon;--Bourienne,
  terrassier;--Duval, serrurier;--Godefroy,
  chirurgien, pour pansements de blesss;--au sieur
  Desvongoins, pour tuyaux;--Pays, pour peaux de vaches;--Langlois,
  pour ficelles;--Rousseau, charron;--Lecerf,
  pltrier;--Aimond, marchand;--Jean Siane,
  charpentier ligeois;--Hardel, paveur,--Goutier, maon;--Martin,
  maon,--Remy, pour les conduites de
  grs;--et aux divers ouvriers de la machine.


                      Sommes.            515,815l. 17s. 1d.

    On trouve particulirement dans ce chapitre:

    A Paul Sualem, charpentier ligeois,
      pour son travail d'un
      mois.                                  150       
    A _Renkin-Sualem_, _id._ _id._           150       
    A Siane, _id._ _id._                     150       
    A Toussaint Michel, menuisier
      ligeois, _id._                         67   10   
  1er mars.--Au sieur Pauli, matre
    de forges de Lige, sur les corps
    de pompe de fer fondu qu'il fait
    pour la machine.--A-compte.            1,000       

                      (Il y a ainsi plusieurs -compte.)

  12 avril.--A Clerget, maon, pour
    payement de 4,920 l. pour ses
    travaux.                                 420       
  5 juillet.--A Allen, pour son payement
    de goudrons et poix noires,
    qu'il a livrs.                          761   10   
  12 juillet.--_Au sieur de Ville_, ingnieur,
    sur les fers et autres
    ustensiles qu'il fait venir de
    Lige, pour la machine.                  900       

                      (Il y a ainsi plusieurs -compte.)

  26 juillet.--A Robert, pour payement
    de 1,426 l. 13 s. 9 d., pour
    la maonnerie de remplissage de
    la digue qui joint une petite le
     l'le de Chatou.                       276l. 13s. 9d.

  26 juillet.--A Devienne, pour
    payement de 1,998 l. 15 s. pour
    la fouille et transport de terre
    du rservoir, prs le premier repos
    de la machine.                           198   15   

  9 aot.--A Menoist, pour payement
    de 2,649 l. 5 s. 2 d., pour
    fourniture de gros fers et charbon
    pour ladite machine.                     269    5   2

  23 aot.--A Martin Nicolle, pour
    payement de deux grands bateaux
    qu'il a livrs pour servir
    aux ouvrages de la machine.              257       

  6 septembre.--A Berlin, pour
    payement de 2,808 l. 10 s. pour
    les moellons qu'il a fournis.            408   10   

  6 septembre.--A Raffront, pour
    payement de 1,354 l., pour moellons
    qu'il a fournis  la machine.            104       

  _Id._--A Allen, pour payement de
    1,859 l. 5 s., pour le charbon de
    terre et autres fournitures qu'il
    a faites.                                959   15   

  _Id._--A Menoist, pour payement
    de 1,879 l. 15 s. 10 d., pour
    fourniture de gros fers.                 879   15  10

  13 septembre.--A Berlin, pour
    payement de 1,404 l. de moellons.        604l.  s. d.

  11 octobre.--A Devienne, pour
    payement de 11,455 l. 3 s. 7 d.,
    pour ouvrages de remplissage et
    pav de la digue.                        855    3   7

  18 octobre.--A Raffront, pour
    payement de 1,976 l. de moellons.        761       5

  _Id._--A Frades et Devienne, pour
    payement de 8,249 l. 14 s. 4 d.,
    pour moellons.                           449   14   4

  _Id._--A Noiret, pour payement de
    8,874 l. 2 s. 9 d., pour divers
    ouvrages de fer.                         874    2   9

  _Id._--A Frades et Devienne, pour
    complment de 11,455 l. 3 s.
    7 d., pour remplissage de la digue,
    prs l'le de Chatou.                    300       

  1er novembre.--A Eux, pour payement
    de 3,040 l. 11 s., pour
    moellons.                                640   11   

  6 dcembre.--A Eux, pour payement
    de 5,197 l. 10 s., pour
    12,300--3/4 de moellons.               1,797   10   

  _Id._--A Charruel, couvreur, pour
    payement de 422 l. 3 s., pour
    la couverture de la nouvelle forge.      122   12   3

  _Id._--A Mathelin, pour payement
    de 153 l., pour transport de terre.       53       

  13 dcembre.--A Frades et Devienne,
    pour payement de 300 l.,
    pour voitures de glaise.                  100l.  s. d.

  20 dcembre.--A Eux, pour payement
    de 2,499 l., pour moellons
    fournis.                                  999       

  27 dcembre.--A Lamontagne,
    pour payement de 938 l. 14 s.,
    pour plates-bandes.                       438   14   

  Id.--A Menoist, pour payement de
    1,998 l. 5 s., pour fers.                 398    5   


  En outre:

  Octobre 1682.--A Boudet, sur les
    tuyaux de fer de fonte, qu'il doit
    livrer pour la machine de la rivire
    de Seine.                              17,300       

      Au sieur Desvaugoins, sur les
        tuyaux pour la nouvelle machine
        de la rivire de Seine.              92,200       

      Au sieur Lebreton, sur les
        tuyaux pour la nouvelle machine
        de la rivire de Seine.               2,000       

      A Lahaye, _id._                       5,500       

      A Coulon, _id._                       1,000       


  ANNE 1683.

  ORDRES DU 10 JANVIER 1683 AU 2 JANVIER 1684.

  A Laporte, Aubert, charpentiers;--Raffront, maon;--Frades,
  maon;--Devienne, maon;--Noiret, serrurier;--Menoist,
  serrurier;--Allan, marchand de
  charbon;--Grey-Spa;--de Ville, ingnieur;--Hardel,
  terrassier;--Bourienne, _id._;--Gondaut, charron;--Devaux,
  voiturier;--Martin, terrassier;--Caron, arpenteur;--Lejongleur,
  pour les eaux;--Arnault, pour
  loyer;--veuve Raffront, _id._;--Duvivier, Decoste, maons;--Benoist,
  terrassier;--Montoque, _id._;--Marchand,
  paveur;--Mathelin, terrassier;--Langlois,
  cordier;--Berlin, paveur;--Delaunay, Richard, terrassiers;--Lahaye,
  plombier;--Morel, serrurier;--Louchard,
  cordier;--Rousseau, charron;--Langlois,
  cordier;--Remy, fontainier;--Paul et Rankin-Sualem,
  charpentiers;--Sianne, _id._;--Mich, menuisier;--Mathieu,
  plombier;--Desyaugoins, fabricant de tuyaux,--Godefroy,
  briquetier;--Masson, serrurier;--Laharpe,
  plombier;--Esmery, _id._;--Boileau, marchand
  de fer;--Pernolle, _id._;--Bourbonnais, pour un soufflet
  de forges;--Nicolle, terrassier;--Levasseur, _id._;--Charruel,
  couvreur;--Delbert, plombier;--Bachelart,
  voilurier;--Duval, serrurier;--Simon, maon;--Malin
  et Vaillant, marchands de fer;--Crosnier, terrassier;--Lambotte,
  mcanicien;--Viart, terrassier;--Nol,
  serrurier;--veuve Lavier, menuisier;--Vivret, marchande
  de toiles;--Namurois, serrurier;--Pays, corroyeur;--Baumont,
  terrassier;--Racine, _id._;--Belier,
  _id._;--Renault, serrurier;--Lapoterie, marchand
  de fer;--Sauvage, _id._;--Gervais, serrurier;--Guessard,
  id.;--Ansaume, maon;--Desjardins, tailleur;--Chenet,
  chirurgien;--Lucas, plombier;--Duremar,
  serrurier.


  Sommes.            858,228l. 15s. 6d.

    On trouve particulirement dans ce chapitre:

  A Frades et Devienne, pour payement
    de 2,025 l., pour le transport
    des sables provenant de
    l'atterrissement qui s'est fait
    au-dessous de la machine dans la
    rivire de Seine.                         75l.  s. d.

  A Menoist, pour payement de 948 l.
    13 s., pour fers par lui fournis.        348   13   

  A Allen, pour payement de 1,308 l.
    4 s., pour fournitures de charbon
    de terre.                                808    8   

  A Hardel, pour payement de 895 l.
    8 s. 4 d., pour pavage qu'il a fait
    au rtablissement du grand chemin.        95    8   4

  A Haffront, pour payement de 5,109l.
    5 s. 10 d., pour maonnerie au
    deuxime puisard.                        359    5  10

  A Noiret, pour payement de 7,674 l.
    1 s. 6 d., pour fournitures de fers
    de pieux.                                474    1   6

  A Marchand, pour payement de
    3,229 l. de pavs.                       729       

  A Frades et Devienne, pour payement
    de 1,747 l. 17 s. 6 d., pour
    moellons et libage.                      947   17   6

  A Montagne, pour payement de
    1,369 l. 4 s. 4 d., pour ouvrages
    de fer.                                  469    4   4

  A Frades et Devienne, pour payement
    de 2,892 l. pour transports
    de terre.                                72l.  s. d.

  Aux soldats suisses, qui ont fait des
    fascines et travaill.                  123   13   6

  A Bourienne, pour payement de
    2,736 l. 14 d., pour fouilles au
    deuxime puisard.                        86   14   6

  A Marchand, pour payement de
    3,229 l. 8 s., pour pavs.              500       

  A Noiret, pour payement de 1,604 l.
    6 s. 6 d., pour fouilles.               304    6   6

  A Charuel, pour payement de 439 l.
    7 s. 6 d., pour couverture.              39    7   6

  A Boileau, pour payement de 6,911 l.
    16 s. 8 d., pour gros fer du
    Nivernois.                              411   16   8

  A Nicole, pour payement de 1,578 l.
    3 s. 4 d., pour fouilles au canal.       78    3   4

  A Mathelin, pour payement de
    10,453 l. 18 s. 10 d., pour
    transport de terre.                     453   18  10

  A Frades et Devienne, pour payement
    de 3,344 l. 5 s., pour moellons.      1,044    5   

  A Martin, pour payement de 4,642 l.
    7 s. 9 d., pour tranches au bord
    du nouveau canal.                       342    7   9

  A Richard, pour payement de 2,684 l.
    7 s. 9 d., pour cuivres.                184    7   9

  A Frades et Devienne, pour payement
    de 2,430 l. 45 s., pour moellons.       830l. 15s. d.

  A Duremar, pour payement de 7331l
    5 s. 6 d., pour appuis de fer.          133    5   6

  A Berlin, pour payement de 500 l.,
    pour dmolition.                        200       

  A Frades et Devienne, pour payement
    de 2,089 l. 10 s., pour moellons.       689   10   

  A Pays, corroyeur, pour payement
    de 360 l., pour cuirs de vache.         210       

  A Berlin, pour payement de 819 l.,
    pour 1,900 1/2 de moellons.             419       

  A Spa, pour payement de fers corroys
    fournis par lui, montant 
    27,742 l. 14 s. 11 d.                   142   14  11

  A Raffront, pour payement de 700 l.,
    pour l'atterrissement qui s'est fait
    par derrire les coursires de la
    machine.                                 50       

  A Lacoste, pour payement de 5,506 l.
    10 s.,  quoi montent 1,217 toises
    1/2 de tuyaux de 8 pouces, relevs
    et poss a la conduite du Chesnay,
    459 toises 1/2 _id._ de 8 pouces,
     celle depuis les Moulins de Louveciennes
    jusqu'au regard du chemin
    de Versailles,  50 s. la toise,
    et 328 toises 1/2 d'un pied, _id._ 
    14 l. la toise, et 600 l. de gratification
     cause de sa diligence.                      656   10   

  A Renault, pour payement de 1,516 l.
    12 s. 9 d., pour serrurerie.            572l. 16s. 9d.

  A Bourbonnais, pour payement de
    938 l. 17 s., pour serrurerie.           50   17   

  A Spa, pour payement de 3,140 l.
    11 s., pour serrurerie, pour
    l'entretien des mouvements de
    la machine.                           1,140   11   

  A Andr Pernelle, pour, payement
    de 1,053 l. 10 s., pour serrurerie.     153   10   

  A Desjardins, tailleur d'habits, pour
    vingt et un juste-au-corps de toile,
    pour les charpentiers de la machine.     31   10   

  A Thevenet, chirurgien, pour avoir
    pans les ouvriers blesss de la
    machine, depuis le mois de juillet
    jusqu'au mois d'octobre.                 90       

  Le sieur _de Ville_ fait venir beaucoup de fers et de
  mcaniques de Lige.

  Lejongleur fait les aqueducs pour conduire l'eau de
  la machine de la rivire de Seine.


  ANNE 1684.

  RECETTE:

  De M. Etienne Jehannot, sieur de Bartillat, garde du
  trsor royal, la somme de 6,000 l. pour dlivrer au sieur
  _de Ville_, gentilhomme ligeois, par gratification, en considration
  de ses soins pour la construction de la machine
  de la rivire de Seine, pour la prsente anne.


  _Parfaits payements._

  16 janvier 1684.--Au sieur Desvaugoins, 20,000 l. pour
    avec 64,366 l. 16 s. 9 d. contenus en l'ordre de parfait
    payement du 28 mars 1683, pour 2,529 toises
    1 pied 1/4 de tuyaux de fer de fonte de 8, 6 et 4 pouces
    1/2 de diamtre; 43,400 l. qui lui ont t ordonnances
    -compte depuis le 21 fvrier jusques et compris
    le 3 octobre 1683, et 4,833 l. 3 s. 3 d. qui lui
    sont retenus pour la garantie pendant une anne, faire
    le parfait payement de 132,600 l.,  quoi montent
    5,099 toises 1 pied de conduites de fer de fonte qu'il a
    fournies pour la machine de la rivire de Seine, en
    1682 et 1683.                        20,000l.  s. d.

  23 janvier 1684.--A Lacoste,
    1,254 l. 14 s., pour fournitures
    de cuirs, vis et mastic, pour la
    machine de la rivire de Seine,
    et dposage et reposage de plusieurs
    conduites de tuyaux en 1683.          1,254   14   

  23 juillet 1684.--A Lejongleur,
    1,400 l. pour avec 5,600 l. qu'il
    a reues faisant le parfait payement
    de 7,000 l.  quoi ont t
    fixs les ouvrages du regard de
    pierre de taille qu'il a faits proche
    Marly, pour recevoir les eaux de
    la machine.                           1,400       


  _Fonds libells._

  14 dcembre 1684.--Au sieur
    _de Ville_, 6,000 l. par gratification
    en considration de ses soins
    pour la construction de la machine
    de la rivire de Seine.                6,000l.  s. d.


  OUVRAGES DE LA MACHINE DE LA RIVIRE DE SEINE.

  _Maonnerie._

  1684.--DU 9 JANVIER AU 24 DCEMBRE.

  Donn  Martin Caumont et Anseaume,
  Raffront, Decotte, Simon,
  Bertin, Jean Couturier de
  la Chausse, Denis Grard,
  Drouilly, Mouffle, Frades, Saint-Allard,
  de la Rue, Lejongleur,
  Lecerf, Lefbure.


  Somme.             141,832   18   

  Remarques.

  De Cotte, entrepreneur, construit la tour.


  _Charpenterie._

  DU 9 JANVIER AU 24 DCEMBRE.

  A Laporte et Aubert, Langlois,
  Paillard, Charles Fournet.

  Somme.             117.005    5   


  _Couverture._

  DU 26 MARS AU 19 NOVEMBRE.

  A Dimanche-Charruel.

  Somme.               4,070   12   6


  _Menuiserie._

  LE 23 JUILLET.

  A Milot, menuisier, -compte de
    ce qu'il a fait au grand puisard
    de la machine de la chausse.            200l.  s. d.


  _Ouvrages de fer._

  DU 9 JANVIER AU 24 DCEMBRE.

  A Namurois, Noiret, Morel, Nol,
  Renault, Dezenstres, Bourbonnais,
  Ladoireau, Gervais, Delbert,
  Spa, Martin, Vaillant,
  Thomas Delaunay, Claude Montagne,
  Pernelle, Marlin, Massot,
  Boileau, Fordin, Boutt, Duval,
  Cucu, Pilon.

  Somme.             150,096   13  11

  _Ouvrages de cuivre._

  DU 16 JANVIER AU 24 DCEMBRE.

  Au sieur Lerond, bourgmestre de
  Lige, Delbert, Noiret.

  Somme.              30,874    4   8

  Remarques.

  Le sieur Lerond, bourgmestre de
  Lige, reoit 3,000 l. -compte
  pour deux cents corps de pompes,
  qu'il fait pour la machine de la
  rivire de Seine.


  _Pav._

  DU 26 MARS AU 24 DCEMBRE.

  A Georges Marchand, Lecerf, Lefbure,
  Petit-Jean.


  Somme.              11,952l. 10s. d.

  _Plomberie._

  DU 9 JANVIER AU 24 DCEMBRE.

  A Lucas, Laharpe.

  Somme.              38,269   14   


  _Fouilles de terre._

  DU 16 JANVIER AU 24 DCEMBRE.

  A Jean Crosnier de Luciennes, Debecq
  et Beaumont, Martelin,
  Jean-Baptiste Crosnier, Bachelart,
  Racine, Deber, Lefbure,
  Aub, Rufron, Michel, Gautier,
  Audiger, Bertin, Cherly, Lger.

  Somme.              24,375   11   1


  _Ouvrages extraordinaires._

  DU 9 JANVIER AU 24 DCEMBRE.

  Somme.                                22,090    9   9


  _Ouvriers  journes._

  DU 9 JANVIER AU 24 DCEMBRE.

  Somme.                                19,153    5   7


  ANNE 1685.

  _Parfaits payements d'ouvrages de maonnerie et terrasses._

  7 janvier.--A Guillaume Poullier,
    943 l. 5 s., pour payement de
    2,243 l. 5 s. pour maonnerie
    aux murs qui portent les tuyaux
    o passent les eaux provenant de
    la machine.                              943l.  5s. d.


  _Gratifications._

  20 mai.--A _Rennequin-Sualem_,
    charpentier ligeois, en considration
    de ses voyages extraordinaires.          300       


  _Machine de Marly._

  DU 31 DCEMBRE 1684 AU 26 AOT 1685.

  A de Cotte, entrepreneur, -compte
    de la maonnerie qu'il fait  la
    tour de la machine de la rivire
    de Seine.                             17,500       

  _Clture de la machine._

  DU 17 JUIN AU 21 OCTOBRE 1685.

  A Michel Crosnier, pour payement
    de pierres, pour la construction
    d'un puits derrire le rservoir,
     mi-cte.                               870   10   


  _Maonnerie et couverture._

  DU 28 JANVIER AU 16 DCEMBBE 1685.

  A Jean de la Rue, maon, -compte
    des ouvrages du magasin et aux
    murs de terrasse des rigoles,
    prs les grands chevalets, et des
    couvertures de tuiles aux forges.     21,050l.  s. d.

  _Massifs de maonnerie derrire les murailles du rservoir
   mi-cte._

  A Duvivier, pour payement.               2,536   13   4


  _Moellons pour la digue de l'le Bautier et la grande digue._

  DU 21 JANVIER AU 9 DCEMBRE 1685.

  A Franois Berlin, carrier; Jacques
  Raffront, _id._;--Antoine Hmont,
  _id._;--Gaspard Hmont,
  _id._;--J. Frades,--J. Darneville.

  Somme.              15,837    1   


  _Parfaits payements de la maonnerie et moellons pour
  la machine._

  21 janvier.--A Lerouge, carrier,
    pour payement de moellons,
    pour l'le de la Chausse.               104    3   4

      A tienne Potier, _id._                137   10   

  28 janvier.--A Lecerf, pour payement
    du quai sur l'le Gautier.                93   15   

      A Ballet, pour payement de
        pierres dures de Nanterre,
        pour la grande digue.                194       

      A Binet, _id._                          58       

  25 fvrier.--A Lerouge, pour
    payement de moellons, pour l'le
    Gautier.                                101l.  5s.   d.

  11 mars.--A G. Raffront, pour
    payement de chaux, pour le mur
    proche la tour.                          56   16     8

      A Rousselet, pour payement
        de moellons au quai de l'le
        la Loge.                             27        

  1er avril.--A Lejongleur, pour
    payement de 4,745 l., pour
    tuyaux de grs aux aqueducs des
    eaux de Prunay, prs la machine.      1,345        

  8 avril.--A Lecerf, pour payement
    de moellons,  l'le Gautier.           408   10    

      A Roussel, _id._                       27        

  23 avril.--A Leau, terrassier,
    pour aplanissement prs la tour.         63        

  6 mai.--A Laroue et Crosnier,
    pour payement de moellons.              134        

  27 mai.--A Duvivier, pour payement
    de 16,386 l. 10 s., pour
    ouvrages de maonnerie.               1,986   10    

  15 juillet.--A Laroue, pour payement
    de chaux.                               351   15    

  29 juillet.--A Jean, pour payement
    de moellons.                             40        

  7 octobre.--A Prigord, pour
    payement de moellons.                    47   10    

      A Jean, _id._                          42   10    

      A Laroue, pour payement de
        chaux.                              245 l.  s.  d.

      A Julien, _id._                       302    10    

      A Potier, pour payement de
        moellons.                            44     7    6

  18 novembre.--A Lebaille, pour
    payement de pav tir dans les
    rigoles du ct des Graissets.           25         

      A Lecerf, Lefbure, Lejongleur,
        Hmont, Roussel,
        pour payement de maonnerie.      2,084     5    

  _Terrasses._

  DU 7 JANVIER AU 25 NOVEMBRE 1685.

  A Gautier, pour les terres enleves
    le long du rservoir,  mi-cte.        677     9    2


  _Rigoles et parterre sur la terrasse du pavillon._

  23 avril.--A Jean Lger, pour
    payement de ses ouvrages.               749    15    


  _Terrasses._

  DU 7 JANVIER AU 11 NOVEMBRE.

  A Cherfils,--Audiger,--Levau,
    --Gosset,--Horin,--Morille,
    --Hmont,  terrassiers.

  Sommes.             11,287        11


  _Chevilles et coyaux pour les roues de la machine._

  16 juillet.--A P. Sauvage et Leclerc.      248    18    

  _Nettoyement, maonnerie et moellons._

  DU 15 JUILLET AU 16 DCEMBRE.

  A Michel, de la Rue, Hmont    10,960 l. 14 s. 2 d.

  _Charpenterie._

  DU 31 DCEMBRE 1684 AU 16 DCEMBRE 1685.

  A Raoul de Pierre, dit Laporte, et
  Jacques Aubert, charpentiers,
  pour les bois employs dans divers
  endroits de la machine          8,860         

  A Mallet, Roussel, charpentiers,
  pour id.                        8,314    11   10

  _Couverture._

  DU 14 JANVIER AU 2 DCEMBRE 1685.

  A la veuve Dimanche Charruel   10,390     7    

  _Menuiserie._

  DU 12 AOT AU 16 DCEMBRE.

  A Dubois, Bourdon, Massa.

  Somme                           3,220         

  _Serrurerie._

  DU 31 DCEMBRE 1684 AU 21 OCTOBRE 1685.

  A Fordrin,--Boutet,--Rouill,--Landry,--Renault,
  --Corvieux,--Nol,--Morel,--Montagne,--Cucu,
  Maslin et Vaillant,--Menoist,--Dezeustres,
  --Boileau,--Noiret,--Georges de Spa,--Longuet,--Darche,--Michel.

  Somme                         146,223     6   11

  _Ouvrages de cuivre._

  DU 15 JANVIER AU 2 DCEMBRE 1685.

  A Nicolas de Nainville;--Jean Lefond,
  bourgmestre de Lige;--Mathieu
  Delbert,--Joseph
  Royer;--Franois Namurois.
  Somme                             73,142l.  6s. 10d.

  _Plomberie._

  DU 14 JANVIER AU 2 DCEMBRE 1685.

  A Jacques Lucas                    32,191  11    7

  _Ouvrages de goudron._

  DU 31 DCEMBRE 1684 AU 16 DCEMBRE 1685.

  A Michel Deschamps,--Vinant
  Allen,--Nicolas de Gomas,--Philippe
  Hormoire,--Calfatiers,--pour
  payement des ouvrages
  de goudron qu'ils font aux grands
  chevalets de la machine de la
  rivire de Seine                   36,076  10    

  _Cuirs de vache._

  DU 7 JANVIER AU 2 DCEMBRE 1685.

  A Proust et Julien Pays, pour cuirs
  de vache venus de Lige             2,675       6

  _Loyers de maisons._

  7 janvier.--A Thomas Chevalier,
  successeur d'Arnault, 125 l.,
  pour le loyer de sa maison occupe
  par l'ancien logement du
  sieur de Ville: une forge, une
  curie, _le modle et le logement
  de Rennequin_ pendant le quartier
  d'octobre 1684                               125l.  s.  d.

  A Gilles Raffront, 150 l., pour
  le loyer de sa maison, occupe
  par le magasin et
  deux forges de la machine,
  pendant les quartiers de juillet
  et d'octobre 1684                            150       

  A Nicolas Malherbe, 22 1.
  10 s., pour le loyer de sa
  maison, occupe par _Jean
  Beltier_ piqueur  la machine,
  pendant le quartier
  d'octobre 1681                                22  10    

  8 avril.--A Chevalier, pour le
  loyer de sa maison, pendant le
  quartier de janvier 1685                     125       

  A la dame Duchannoy, 36 l.,
  pour le loyer de son pressoir,
  occup par _les chevaux
  du sieur de Ville_,  la machine,
  pendant une anne                             36       

  26 avril.--A Raffront, 75 l, pour
  le loyer de janvier                           75       

  15 juillet.--A Chevalier, pour le
  quartier d'avril                             125       

  A Raffront, _id._                        75       

  A Malherbe, _id._                        22  10    


  18 novembre.--A Chevalier, pour
  le quartier de juillet                      125l.  s.  d.


  _Ouvrages extraordinaires de la machine de la rivire
  de Seine._

  DU 31 DCEMBRE 1684 AU 16 DCEMBRE 1685.

  A Duchemin, charron;--J. Crosnier;--Pierre
  Brady;--J. Leclerc;--P.
  Potier;--E. Langlois;--Alexis
  Mercier;--M. Lecerf;--Henri
  Lenormand, batelier;--V.
  Frades;--N. Maillot;--C.
  Lefbure;--Sauvage;--Boucault;--Massa,
  menuisier;--Cotillon;--Saintard;--Marchand;--C.
  Caron, arpenteur;--Chambon;--Gaumont;
  Ricy;--Paul Sualem,--Boursin;--Proust;--Fosset;--Grandhomme,
  chirurgien;--Tournay;--Paillard;--Thvenet,
  chirurgien,--Pinault;--Bara.

  Somme                                     7,245   18   6

  A remarquer:

  Pierre Brady mne dans une voiture
  un modle de manivelle de
  Paris  Maubeuge et de Maubeuge
   Chimay.


  _Pavs et moellons dans les les, proche la machine et
   la machine._

  DU 25 MARS AU 9 DCEMBRE 1685.

  A Sylvain Mercier,--Lonard Lamoureux,--Ant.
  Gargot,--Fr.
  Legrand,--G. Marchand,--Fr.
  Vatel.

  Somme                                         10,056 l. 14 s. 2 d.

  _Ouvriers  journes._

  DU 31 DCEMBRE 1684 AU 16 DCEMBRE 1685.

  Aux ouvriers qui ont travaill  la
  construction et entretien de la
  machine de la rivire de Seine.               29,235     9    3

  _Clture de la machine._

  DU 11 MARS AU 16 DCEMBRE 1685.

  A J. Fay, pour les ouvrages de
  clture                                       22,900         

  _Rservoir de Louveciennes._

  DU 11 MARS AU 16 DCEMBRE 1685.

  A Jean Bailly et Louis Rocher, pour
  ouvrages de maonnerie                       180,000         

  _Vitrerie dans les puisards et aux magasins de la machine._

  DU 20 MAI AU 16 DCEMBRE 1685.

  A Cl. Cossette                                   300         

  _Menuiserie  la cour de la machine._

  1er juillet.--A Michel Dubois                 300         

  _Grosse peinture._

  21 octobre.--A J.-B. Fauconnier,
  pour ouvrages de peinture aux
  portes et croises des magasins
  et puisards                                  160 l.  s.  d.

  _Cordages pour les quipages des puisards._

  4 novembre.--A E. Langlois,
  cordier                                      150        

  _Bois de provision pour les magasins de la machine._

  18 novembre.--A Ragalus, marchand            300        

  ANNE 1686.

  Recettes:

  17 janvier.--Du sieur de Bartillat, garde du trsor
  royal, 6,000 l., pour dlivrer au sieur _de Ville_, gentilhomme
  ligeois, pour gratification en considration
  de ses soins pour la construction de la machine de la
  rivire de Seine pendant l'anne 1685.

                                             6,000 l.  s.  d.

  6 fvrier.--Du sieur de Bartillat, 7,723 l. 7 s. 9 d.,
  pour employer au remboursement des terres, vignes
  et autres hritages appartenant  divers particuliers
  occups par l'aqueduc qui conduit les eaux des sources
  de la Celle et de Bougival au premier puisard de la
  machine de la rivire de Seine, en la largeur d'une
  perche sur toute la longueur pour le fond.

  8 fvrier.--Du sieur de Bartillat, 120,533 l. 6 s., pour
  employer au remboursement du prix principal et non-jouissances
  des terres, prs, bois et vignes appartenant
   divers particuliers, lesquels sont occups par
  la grande pice d'eau que Sa Majest a ordonn tre
  faite l'anne dernire dans les hauteurs de Louveciennes;--par
  les deux rigoles faites dans lesdites
  hauteurs qui conduisaient les eaux dans les tangs des
  Graissets;--par les quatre tangs des Graissets;--par
  les bois plants dans les plaines du Trou-d'Enfer
  et dans les hauteurs de Rocquencourt;--par l'avenue
  qui conduit de Versailles  Saint-Germain depuis Rocquencourt
  jusqu' l'tang de Bchevet;--et par l'espace
  qui est entre ladite avenue et les murs du Grand-Parc;--par
  les terres occupes par la grande ppinire
  qui est au-dessus de Rocquencourt:--par les rigoles
  qui conduisaient les eaux des hauteurs de Rocquencourt
  dans les tangs des Graissets;--par l'aqueduc
  qui conduit les eaux de la machine au rservoir du
  Chesnay;--et par une partie de l'aqueduc nouvellement
  fait pour conduire les eaux de la machine dans
  le rservoir de la butte de Montbauron, jusqu' l'endroit
  du puits de l'angle qui est au-dessus du Chesnay;--et
  encore pour l'indemnit du droit de dimes et les
  non-jouissances qui taient dues aux sieurs de Luciennes,
  comme gros dcimateurs dans la paroisse sur
  cinq cents arpents de terre labourable et vignes qui
  sont occups par les travaux que Sa Majest a fait faire
  dans les hauteurs de Marly, de Luciennes, et dans
  l'enceinte de la machine.

  12 juillet.--Du sieur de Bartillat, pour dlivrer au sieur
  _de Ville_, par gratification, en considration des soins
  qu'il a pris pour la construction de la machine de la
  rivire de Seine                       100,000 l.  s.  d.

  Dpenses.

  _Fonds libells._

  27 janvier 1686.--Au sieur _de
  Ville_, gentilhomme ligeois, par
  gratification, en considration de
  ses soins pour la construction de
  la machine de la rivire de Seine
  pendant l'anne dernire                  6,000l.  s.  d.

  17 fvrier.--A divers particuliers
  pour le remboursement des terres,
  vignes et autres hritages
   eux appartenant, occups par
  l'aqueduc qui conduit les eaux
  des sources de la Celle et Bougival
  au premier puisard de la
  machine de la rivire de Seine            7,723   7    9

  A divers particuliers, pour
  remboursement du prix
  principal et non-jouissances
  des hritages occups par
  les quatre tangs des Graissets
  et autres travaux faits
  sur les hauteurs de Luciennes           120,533   6    

  28 juillet.--Au sieur _de Ville_, par
  gratification, en considration des
  soins qu'il a pris pour la construction
  de la machine de la rivire
  de Seine                                100,000       

  27 octobre.--A Nol, serrurier,
  -compte des trteaux de fer pour
  les conduites de tuyaux dans
  l'aqueduc sous la tour de la machine          800l.  s.  d.

  A Lahaye, plombier, -compte
  des tuyaux de 6 pouces poss
  dans le deuxime puisard
  de la machine au haut
  de la montagne de Luciennes                 2,400       

  Au sieur Mezeret, greffier de
  l'critoire, -compte du travail
  aux toiss d'ouvrage de
  la machine de Marly                           400       

  A Morel, serrurier, sur les fers
  d'quipages aux pompes du
  deuxime puisard de la machine                300       

  1er dcembre.--A Menoist, marchand
  de fer, -compte des chevrons
  de fer de la machine                          800       

  A Aubert, charpentier, -compte
  des pieux qu'il a
  fait battre pour contre-garder
  les les, et  la chute
  de la grande digue de la
  machine                                     3,100       

  A la veuve Lemaire, fondeur,
  pour payement de deux robinets
  pour la conduite des
  eaux de la machine                             237l. 16 s.  d.

  A Bertin, pour moellons  la
  machine                                        600        

  A Mathieu, fondeur,-compte
  des tambours, tuyaux couds
  et passires de cuivre,
  fournis pour les mouvements
  de la machine                                  600        

  Au sieur Desvaugoins, sur les
  tuyaux de la machine                         1,000        

  _Payements d'ouvrages de maonnerie et terrasses._

  A Aubrat, entrepreneur, pour payement
  d'un bout d'aqueduc qui
  sert de communication du puits
  de l'Angle aux grands aqueducs
  venant des Graissets                           390        

  A lui,--pour payement de 1,597 l.
  10 s.  quoi montent le gravoillage
  pour poser le ciment aux
  aqueducs venant du regard au-dessus
  des tants des Graissets                        17   10    

  _Aqueduc pour la communication des deux proche le puits
  de l'Angle._

  Du 29 septembre au 22 dcembre.--A
  Lafosse, sur l'aqueduc pour
  la dcharge des eaux de la machine
  de la Chausse                                 950        

  _Gages pays par ordonnance._

  DU 6 JANVIER 1686 AU 18 JANVIER 1687.

  A _Rennequin-Sualem_, charpentier
  ligeois, employ  la machine.              1,800 l.  s.  d.

  A Mich, menuisier ligeois, employ
   la machine.                                  720        

  A Monget, qui a soin d'apporter la
  hauteur des eaux de la machine.                900        

  MACHINE DE MARLY.

  _Maonnerie._

  DU 3 MARS AU 8 DCEMBRE 1686.

  A J. Delarive,-- J. Fay,-- J.
  Frades,-- Ant. Hmon,--Bailly-Lamoureux,--Pottier.

        Somme.                               21,902    17    6

  _Terrasses._

  A J. Chapeau,--Depautre,--Cherfils.

        Somme.                                7,327    10    

  _Charpenterie._

  A Raoul de Pierre et J. Aubert,--Laporte,--Claude
  Garde,--Nicolas Roussel.

        Somme.                               23,757    16    

  _Couverture._

  A tienne Yvon.                             1,100         

  _Menuiserie._

  A Nicolas Dubois,--Elisabeth Breton,--Gilles
  Massa.

        Somme.                                 6,691 l. 2 s. 8 d.

  _Ouvrages de fer._

  A J. B. Boileau,--Cormieux,--J. Rouill,--F.
  Michel,--d'Arche,--Guerreau,--Nol.

        Somme.                                8,732     3    9

  _Manivelles._

  A J. Proust,--G. Longuet,--J. Longuet,--C.
  Jean,--A. Fordrin
  et Boulet,--F. Pasquier,--P.
  Noiret,--Menoist,--Th.
  Cucu,--Morel,--V. Morel,--Renault.

        Somme.                              132,024     6    

  _Ouvrages de cuivre._

  A J. Royer,--Dezeustres.

        Somme.                               27,500         

  _Plomberie._

  A J. Lucas.                                 3,000         

  _Ouvrages de goudron._

  A M. Deschamps.                             2,050         

  _Braye._

  A Clerx.                                      349     2    

  _Chandelle_.

  A Haulmoire.                                      1,189 l. 1 s. 6 d.

  _Corps de pompe d'Aulne_.

  A Cimery.                                           112    7    6

  _Cuirs de vaches_.

  A J. Pays.                                          576        

  _Loyers de maisons_.

  A Th. Chevalier,--Malherbe,--Raffront.              169   10    

  _Pav_.

  A Georges,--Legrand.                              4,360    1    

  _Ouvrages extraordinaires_.

  A divers ouvriers.                                4,886    8    8

  Ouvriers  journes.                             19,719   12    

  _Vitrerie_.

  A Cl. Cosset.                                        79   16    6

  _Grosses peintures_.

  A J.-B. Fauconnier.                                 210        

  _Potin_.

  A Noiret.                                         7,922        

  _Cordages_.

  A E. Langlois.                                      292   10    


  ANNE 1687.

  RECETTES.

  De M. Gdon Dumetz, garde du Trsor royal, 9,000 l.,
  pour dlivrer au sieur _de Ville_, savoir: 6,000 l. par gratification,
  en considration des soins qu'il a pris de la
  machine de la rivire de Seine pendant l'anne dernire
  1686, et 3,000 l. de pension extraordinaire que Sa Majest
  lui a accordes pendant les derniers mois de la
  mme anne.

  DPENSES.

  _Dpenses extraordinaires de Versailles._

  DU 5 JANVIER AU 21 DCEMBRE 1687.

  Au sieur _de Ville_, gentilhomme ligeois, pour achat et
  frais de voiture de cinquante-un lauriers de Flandre,
  pour Versailles.                                   1,274 l. 10 s.  d.

  _Fonds libells_.

  DU 9 JANVIER 1687 AU 19 JANVIER 1688.

  Au sieur _de Ville_, 6,000 l., en considration
  des soins qu'il a pris
  de la machine de la rivire de
  Seine pendant l'anne 1686, et
  3,000 l. de pension extraordinaire
  pendant les six derniers mois de
  la mme anne.                                     9,000l.   s.  d.

  MACHINE DE MARLY.

  Maonnerie.

  A Larue,--J. Fay,--J. Bailly,--Le
  Boisselier.                                      121,960         

  _Terrasses_.

  A Bourienne,--de Pautre,--Cherfils,--J.
  Frades,--Hmont.

        Somme.                                      5,184 l. 16 s. 3 d.

  _Charpenterie_.

  A Raoul de Pierre (dit Laporte),--J.
  Aubert.                                          21,997    14    

  _Couverture_.

  A E. Yvon.                                          511    10    7

  _Menuiserie_.

  A M. Dubois,--Berton,--Nivet.                     1,507    14    5

  _Serrurerie_.

  A J. Rouill.                                       392     6    

  _Charbon_.

  A P. Dailly.                                        154    10    

  _Fers d'quipages_.

  A F. Nol,--Longuet.                              1,833     9    

  _Clous et cuirs forts_.

  A J. Proust.                                      2,836    19    

  _Manivelles_.

  A Longuet,--Gordrin.                              2,347    16    

  _Ouvrages de fer_.

  A M. Deseustres,--Noiret,--Menoist.               3,450         

  _Entretien de la serrurerie de la machine._

  A Renault,--Morel.                          14,784 l. 12 s.  d.

  _Ouvrages de cuivre._

  A J. Royer.                                 28,630    19     1

  _Plomberie._

  A J. Lucas.                                  6,600          

  _Goudronages._

  A M. Deschamps,--Levasseur,
  calfatiers.                                  2,576    17     4

  _Chandelles et pots  brler._

  A Haulmoir.                                    750          

  _Vitrerie._

  A Cossette.                                    119     1     

  _Pav._

  A Renoult.                                     500          

  _Peinture._

  A Fauconnier.                                  120          

  _Diverses dpenses._

  A divers fournisseurs.                       1,454     2     1

  Remis au sieur Lebegue, sur les
  rparations de la machine.                  12,021          

  _Cordages._
  A Langlois, cordier.                           310    10     

  _Ouvriers  journes._

  A divers ouvriers.                          17,498     1     

  _Gages_.

  Au sieur Cochu, employ au tois
  des terres  la machine.                          3,600 l.  s.  d.

  Au sieur _Rennequin-Sualem_, employ
   la machine.                                     1,800        

  A Mauger, qui a soin d'apporter la
  hauteur des eaux.                                   900        

  Au sieur de la Maison-Blanche, employ
  au magasin de la machine.                           900        

  _Gratifications_.

  9 janvier.--A Gilles Lambotte et
  _Rennequin-Sualem_, qui ont travaill
  aux pompes et  la machine
   cheval de Saint-Cyr.                              115        

  9 janvier.--Au sieur Proust, courrier
  de la poste  Lige, en considration
  des soins qu'il a pris
  des envois faits pour la machine
  de Seine.                                           150        

  ANNE 1688.

  Recettes.

  De M. tienne Jehannot, sieur de Bartillat, 12,000 l.
  pour dlivrer air sieur _de Ville_, savoir: 6,000 l. par
  gratification en considration des soins qu'il a pris de
  la machine de la rivire de Seine pendant l'anne
  1687, et 6,000 l. de pension extraordinaire que Sa Majest
  lui a accordes pendant la mme anne.


  _Fonds libells_.

  25 janvier.--Au sieur _de Ville_, savoir: par gratification
  en considration des soins qu'il a pris de la machine
  de la rivire de Seine, et de pension extraordinaire que
  Sa Majest lui a accorde.                   12,000 l.  s.  d.

  A la veuve Nicolas de Bise, pour
  payement de la dpense du
  changement et transport du
  moulin  vent situ vis-a-vis
  des piles du grand aqueduc
  de la machine, et rtablissement
  d'icelui a un autre endroit
  des environs de Marly.                        3,074   10    


  Il rsulte de ce relev des dpenses
  de la machine, qu'en
  1681 et 1682 elles s'levrent             923,558   12    7
    En 1683                                   970,828    1   11
    En 1684                                   713,776    2    7
    En 1685                                   678,183    5    6
    En 1686                                   415,183   13    
    En 1687                                   248,957    7    9
    En 1688                                     3,074   10    
                                            ____________________
  Total                                     3,953,561l. 13s. 4d.


NOTE N 2.

Il existe dans le cabinet de M. Dufrayer, directeur actuel de la
machine,  qui nous devons l'tablissement du nouvel instrument
hydraulique de la Seine, un plan magnifique de l'ancienne machine de
Marly.

Nous transcrivons ici le titre et la lgende qui l'accompagnent. Ce
titre est orn d'un trs-bel encadrement et surmont d'un portrait de
Louis XIV, le voici:

VEUE DE LA MACHINE DE MARLY

qui lve l'eau de la rivire de Seine et de plusieurs sources, 535
pieds par des mouvements continuez, 530 toises de longueur pendant 700
toises de chemin.

Cette machine sert  embellir les maisons royales de Versailles, de
Trianon, de Marly, et peut servir  Saint-Germain en Laye.

Elle a t construite par ordre du Roy, sur les projets et par la
direction de M. le baron de Ville.


     LGENDE.

     1 Rivire neuve faite pour la navigation.

     2 Ouvrages construits pour garantir les les contre la rivire.

     3 Iles.

     4 Digues sches pour entretenir les niveaux de la rivire et
     prserver les les.

     5 Grande digue qui barre l'ancien cours de la rivire.

     6 Coffre pour renvoyer la chute de la rivire dans son ancien
     cours, et amortir l'imptuosit de la chute de la rivire du bas de
     la digue.

     7 Digue sche faite au travers des les pour arrter les grandes
     inondations et barrer un ancien bras de la rivire.

     8 paulement contre les glaces, qui sert de soutien  la machine.

     9 peron contre les glaces.

     10 Canal devant la machine o passaient anciennement les bateaux.

     11 Canal au-dessous de la machine.

     12 Grilles contre les glaces.

     13 Pont des grilles.

     14 Pont des vannes.

     15 Toit qui couvre les quipages des vannes.

     16 Huit balanciers en bascule, qui lvent l'eau de la rivire par
     le moyen chacun de huit corps de pompes, de sept pouces de diamtre
     et de cinq pieds de jeu.

     17 Conduites poses crainte du feu, lesquelles arrosent toute la
     machine.

     18 Vingt gros balanciers, ou varlets, qui tiennent aux manivelles,
     pour donner les mouvements aux chanes.

     19 Quatorze roues de trente-sept pieds de diamtre.

     20 Treize ranges de balanciers, qui portent les mouvements des
     roues dans les puisards suprieurs et alternatifs.

     21 Sept ranges de balanciers, qui portent les mouvements des
     manivelles aux puisards d'amy-cte et aux puisards des sources.

     22 Estacade pour guider les glaces sur la grande digue.

     23 Maison du contrleur et magasin.

     24 Chemin de Saint-Germain.

     25 La forge d'en bas, d'amy-cte, avec les suprieures, la
     fonderie et le magasin.

     26 Les puisards d'amy-cte, et celui alternatif.

     27 Puisards des sources.

     28 Rservoir des sources.

     29 Rservoir d'amy-cte.

     30 Puisard suprieur, o il y a treize quipages qui font aller
     quatre-vingt-deux corps de pompes sur la tour.

     31 Conduites qui portent l'eau sur la tour.

     32 Rservoir du baron de Ville.

     33 La tour o sont portes les eaux de la machine.

     34 Aqueduc qui conduit les eaux dans les rservoirs.

     35 Pavillon, basse-cour et jardin de M. le baron de Ville.

     36 Les trois portes de la machine.

     37 Rservoir de Luciennes.

     38 Rservoir du Trou-d'Enfer.

     39 Les trois rservoirs de Marly.

     40 Chemin de Versailles a Marly.

     41 Chteau de Marly.

     42 Chapelle de Marly.

     43 Les douze pavillons de Marly.

     44 L'glise de Marly, dite Saint-Vigor.

     45 Le Chenil.

     46 Les jardins de Marly.

     47 Le grand parc de Marly.

     48 La maison et jardin de M. de Cavois.

     49 L'glise et le village de Luciennes.

Cette machine a t invente et excute par M. le baron de Ville,
dessine par Livin Creuil, en 1688, grave en 1708, et finie en 1716,
par Pierre Giffart, graveur du roy. Elle se vend a Paris, chez ledit
Giffart, rue Saint-Jacques,  l'Image Sainte-Thrse, avec privilge du
roy.


NOTE N 3.

_Extrait du journal de Dangeau._

Tome Ier.--Mardi, 13 juin 1684.

Le roi et monseigneur allrent a Marly, qu'on trouva fort avanc;
ensuite on passa aux regards de M. de Ville, pour voir arriver les eaux.

Tome Ier.--Vendredi, 10 aot 1685.

Le roi alla se promener  cheval  la machine de M. de Ville.

_Extrait de la_ Gazette de France _de_ 1682, _page_ 358.

De Versailles, le 26 juin 1682.

Ces jours passez, le roy alla voir les travaux que le sieur de Ville,
gentilhomme et chevin de Lige, fait faire sur la Seine afin d'lever
l'eau de cette rivire quatre cent soixante-dix pieds de haut pour estre
conduite ici, et la premire preuve en fut faite en prsence de Sa
Majest avec beaucoup de succez.


NOTE N 4.

Vauban, charg par le roi de visiter la machine de Marly, donne une
instruction pour tablir une estacade biaise devant la machine afin de
diriger les glaces sur la grande digue, et pour refaire certaines
parties des digues.

Cette instruction est signe de lui, et date du 27 fvrier 1684. Il y
parle de de Ville comme chef de la machine.

Le devis, pour faire cette estacade, est sign par Pierre Delaporte,
entrepreneur, et par le marquis de Louvois.

Ces deux pices font partie des archives de la machine de Marly.

Nous devons la communication de ces pices, et de toutes celles qui
proviennent des archives de la machine,  l'obligeance de M. Dufrayer,
directeur actuel, qui nous a permis de visiter un  un tous les cartons
renferms dans ces archives.


NOTE N 5.

Procs-verbal et tat gnral des terrains situs dans les les
appartenant  divers particuliers et dont le roy a fait l'acquisition
pour l'largissement de la rivire neuve.

L'an mil six cent quatre-vingt-un, onzime jour de mai et jours
suivants, je, Claude Caron, arpenteur ordinaire du roy, et la matrise
des eaux et forts de Saint-Germain en Laye, demeurant a Paris, rue de
Jouy, paroisse Saint-Paul, de prsent a Louveciennes, commis par Sa
Majest pour faire ces mesurages et arpentages, plans figurs et cartes
des bois et terres dans l'tendue des environs de Versailles, dont Sa
Majest acquiert la proprit, me suis transport suivant l'ordre de
messire Jean-Baptiste Colbert, chevalier, etc., conseiller du roy,
ordinaire, etc., sur la terre de Croissy, dans les les ctoyantes le
bras de la rivire de Seine, en prsence de M. Lambert, architecte et
contrleur des btiments de Sa Majest, qui m'avait montr et dsign
les piquets qu'il avait fait planter pour largir iceluy, pour faire un
canal navigable _ cause de la machine qui se devait construire dans la
rivire pour lever l'eau au chteau de Versailles_, afin de connatre a
la suite ce qui aurait t pris par la fouille qui en sera faite par
ledit largissement, en consquence de quoi j'ai mesur, arpent et lev
le plan, tant dudit bras de Seine que des les, prs et terres
adjacentes, dont j'ai fait une carte et figures pour servir en temps et
lieu.

Et le vingtime jour d'octobre et jours suivants, je me suis d'abord
transport aux susdits endroits (_le canal tant entirement fini et
navigable_), pour faire l'arpentage final de ce qui a t pris par ledit
largissement d'iceluy et ce qui est occup par les terres et vidanges
qui en proviennent et par le chemin fait pour le tirage des bateaux,
tant sur la terre de la seigneurie de Croissy que dans les les
appartenant a plusieurs particuliers dont le roy acquiert la proprit
afin de les en ddommager.

Et le douzime jour de janvier 1682 et jours suivants, je me suis
pareillement transport, suivant l'ordre de mondit seigneur, _ la
machine qui a t faite depuis ledit temps pour lever l'eau au chteau
de Versailles_, o tant, j'avais trouv _M. de Ville, ingnieur de
ladite machine_, avec ledit sieur Lambert, qui m'avaient montr et
dsign les endroits o devaient passer les mouvements d'icelle,
puisards et conduites des eaux jusques aux tangs des Gressets, comme
aussi les rigoles et conduites des eaux de Bougival, Louveciennes et
Prunay, qui descendent au premier puisard pour tre enlev avec l'eau de
ladite rivire, afin de faire aussi l'arpentage des terres et vignes qui
pouvaient tre occupes, et considrer ces choses en l'tat qu'elles
pouvaient tre, afin d'en faire au juste l'estimation, pour parvenir au
remboursement que Sa Majest en doit aussi faire; et auparavant de
procder, j'avais fait publier aux prnes des paroisses, afin d'avertir
les particuliers a qui appartiennent lesdits hritages de venir montrer
les limites et sparations d'icelles terres, tenants et aboutissants, et
au dfaut de plusieurs qui ne seraient comparus, j'aurais eu recours aux
anciens habitants des lieux qui m'auraient fait la dmonstration
d'iceux, en mme temps j'ai fait marquer les sparations desdites terres
et ensuite mesurer et arpenter suivant la dsignation qui en a t
faite.

Et le quinzime jour de fvrier 1683, je me suis d'abord transport avec
ledit _sieur de Ville dans les les de la rivire de Seine et les terres
adjacentes de la machine, pour marquer l'tendue qu'il dsirait tre
prise pour Sa Majest tant occupe et partage par l'augmentation des
chevalets, puisards, rservoirs, aqueducs, conduites de tuyaux,
btiments et autres travaux faits et iceux_. Aprs avoir le tout
considr, _j'aurais fait planter des piquets aux endroits marqus par
ledit sieur de Ville_, afin de faire l'arpentage et mesurage desdites
terres, comme celles ci-devant, ce que j'aurais excut et aurais, aprs
ledit mesurage, _fait faire des fosss pour marquer la sparation des
terres dont Sa Majest acquiert la proprit_ dans celles qui restent
aux particuliers _suivant l'ordre dudit sieur de Ville_, dont six pieds
au del dudit foss appartenant pareillement  Sadite Majest, qui ont
t laisss pour servir de chemin et passage; de toutes et chacune
desdites terres et autres hritages ci-devant dclars, j'ai fait plan,
et figures, le tout cot et par chiffres comme au prsent procs-verbal,
dont la teneur et dclaration en suit.

Suit le dtail des diffrentes terres et leur contenance.

Extrait des archives de la machine de Marly.


NOTE N 6.

Pentes des rivires de Seine depuis 100 toises au-dessus de la pointe de
Bezons jusques  la machine, dont toutes les pentes et les longueurs
sont prises a l'gard desdites 100 toises.

  Toises.                                 Pieds.  Pouces.  Lignes.

   100, pointe de Bezons                            2       

   130, milieu de l'ancienne digue
  de la pointe A                                    5       6

  _Id._ ancienne rivire,--A                        1       

   200, milieu de la digue de Bezons.      7       

  _Id._ ancienne rivire                            1       6

   300, nouvelle                                    9       6

   400, _id._                                      11       6

   500, _id._                               1               4

   600, _id._                               1        1       2

   700, _id._                               1        2       

   770, digue de la Morue                   1         5       

  _Id._ ancienne rivire                             4       

   800, nouvelle                            1         5       8

   900, _id._                               1         6       6

  1,000, _id._                              1         8       

  1,200, pointe de la petite le de
  Carrire                                  1         9       4

  1,400, petite porte des jardins de
  Carrire                                  1        10       8

  1,600, nouvelle                           2                

  1,800, _id._                              2         1       2

  2,000, nouvelles perches pour le
  poisson                                   2         2       4

  2,200, nouvelle.                          2        3        

  2,350, le dessus du pont de Chatou.       2        3        6

  2,400, milieu de la digue de Chatou.      2        4        3

  _Id._ ancienne rivire.                   1       10        6

  2,600, nouvelle.                          2        7        6

  2,800, _id._                              3        1        

  3,100, milieu de la digue de Croissy.     3        8        9

  _Id._ ancienne rivire.                   2        1        

  3,200, nouvelle.                          4                6

  3,400, _id._                              4        9        3

  3,600, _id._                              5        4        6

  3,800, _id._                              5        9        9

  3,900, digue de la Chausse.              5       11        

  _Id._ ancienne rivire.                   2        4        

  4,000, nouvelle.                          6        1        

  4,250, nouvelle vis--vis la machine.     6        4        

  _Id._ ancienne au-dessus de la machine.      2        6        

  _Id._ ancienne sous la machine.           6        8        9

          Pointe de Bezons.                         2        3

          Ancienne digue de la pointe,
            nouvelle rivire.                       8        6

          Ancienne rivire.                                 

          Digue de Bezons, nouv. riv.              10        9

          Ancienne rivire.                                 3

          Digue de la Morue, nouv. r.       1        8        2

          Ancienne rivire.                                 3

          Digue de Chatou, nouv. riv.       1       11        4

          Ancienne rivire.                 1        8        4

          Digue de Croissy, nouv. riv.      4        1        2

          Ancienne rivire.                 2        1        8

          Digue de la Chausse, n. r.       6        2        2

          Ancienne rivire.                 2        2        6

          Nouvelle rivire vis--vis la
            machine.                        6       10        

          Ancienne rivire au-dessus
            de la machine.                  2        7        4

          Ancienne rivire au-dessous
            de la machine.                  7        1        4

Pentes des rivires de Seine, depuis 100 toises au-dessus de la pointe
de Bezons, jusqu' la machine, toutes lesdites pentes et les longueurs
tant prises  l'gard desdites 100 toises.--La digue n'tant pas
ferme.

  Longueurs.                              Pieds. Pouces. Lignes.

  100, pointe de Bezons, anc. riv.                  2        

  _Id._ _id._ nouv. r.                             2       

  130, ancienne digue de la pointe,
    ancienne rivire.                               1        

  _Id._ ancienne digue de la pointe,
    nouvelle rivire.                               5        

  200, digue de Bezons, anc. riv.                   1        6

  _Id._ _id._ nouv. r.                             7       

  770, digue de la Morue, anc. riv.                 4        

  _Id._ _id._ nouv. r.                     1        5       

  2,400, digue de Chatou, anc. riv.         1       10        6

  _Id._ _id._ nouv. r.                    2        4       3

  3,100, digue de Croissy, anc. riv.        2        7        

  _Id._ _id._ nouv. r.                    3        8       9

  3,900, digue de la Chausse; a. r.        2        4        

  _Id._ _id._ n. r.                       5       11       

  4,250, Ancienne rivire au-dessus
           de la machine.                   2        6        

         Nouvelle rivire vis--vis la
           machine.                         6        4        

         Ancienne rivire au-dessous
           de la machine.                   6        8        9

Les divers devis pour les digues sont de l'anne 1681, et signs de
Colbert.

Extrait des archives de la machine de Marly.


NOTE N 7.

Les renseignements suivants ont t pris dans les archives de la machine
de Marly:

1 La tour en pierre et l'aqueduc de Louveciennes ont t construits en
1684, sur les plans et sous la direction de Mansart. Les devis de ces
constructions, signs de lui, sont aux archives de la machine.

2 Dans un rapport de M. Lucas, contrleur de la machine, adress en
janvier 1784  M. le comte d'Angeviller, on trouve l'observation
suivante sur la cause qui fit lever la tour:

Le point capital de l'tablissement de la grande tour a t d'y monter
l'eau de la rivire, afin de dominer tous les endroits o cette eau
communique.

3 Dans une note sur les contrleurs, qui parat aussi avoir t crite
par M. Lucas, on lit:

M. Delespine pre, contrleur de la machine, l'a t environ
quarante-quatre ans; il est entr au dpartement de la machine en 1707,
sous le rgne de Louis XIV, et sous le gouvernement du chevalier Arnold
de Ville, qui n'est mort qu'en 1722. Il tait gouverneur (M. de Ville)
depuis le commencement de la machine, et a t le seul qu'il y ait eu
dans ce dpartement.

Et plus loin:

Aprs M. Lambert, qui a t le premier contrleur, c'est M. _Cochu_ qui
l'a remplac. Il tait ingnieur des fortifications que l'on faisait
dans ce temps a Maubeuge, et c'est le chevalier de Ville qui l'a tir de
cet endroit pour le faire venir  la machine.

4 En 1792, M. Gondouin, contrleur, adresse  M. Laporte, intendant de
la liste civile, un rapport dans lequel il fait l'historique suivant des
officiers de la machine:

Lors de la construction de la machine, en 1680, le sieur de Ville,
mcanicien et inventeur de la machine, en fut nomm le gouverneur, avec
18  20,000 livres, et le logement du pavillon de Luciennes, occup
aujourd'hui par madame du Barry. Les sieurs Lambert, Petit et Cochu,
successivement contrleurs, jusqu'en 1683, eurent 4,000 livres
d'appointements, et 1,000 livres de gratification. Le sieur Delespine
pre eut le mme traitement jusqu'en 1742, o il fit recevoir son fils
adjoint  sa place, et demanda que sur les 4,000 livres de traitement il
en ft donn 1,000 livres a son fils. A la mort de M. Delespine pre, le
fils lui succda jusqu'en 1749, et il n'eut plus pour appointements que
3,000 livres et 1,000 livres de gratification. Le sieur Tarb succda au
sieur Delespine fils en 1749, avec les mmes appointements jusqu'en
1754, o il obtint de commuer en pension sa gratification de 1,000
livres. Le sieur Lucas succda au sieur Tarb en 1768, et n'eut plus que
3,000 livres, sans aucune espce de gratification, ce qui est mon
traitement actuel.

5 Les personnes qui attribuent  Rennequin l'invention de la machine
donnent comme une preuve les faveurs du gouvernement envers sa famille;
et ils racontent qu'une demoiselle Lambotte, presque centenaire, et
petite-nice de Rennequin, tait loge aux btiments de la machine, et
jouissait d'une pension prise sur les fonds affects  l'entretien de
l'tablissement. On va voir par la lettre ci-aprs quelles taient ces
faveurs du gouvernement.

Lettre du sieur Lucas, contrleur de la machine,  M. le comte
d'Angeviller:

Monsieur le comte,

J'ai l'honneur de vous informer du dcs de mademoiselle Marie-Benoist
Lambotte, fille d'un ancien inspecteur de ce dpartement, qui jouissait
d'un petit logement dans les mansardes au-dessus de celui de
l'inspecteur actuel, et d'une pension de 400 livres sur le trsor royal.

Je suis, etc.

C'tait l une faveur que l'on accordait a toutes les femmes des
employs de la machine morts en exercice.


NOTE N 8.

Renseignements sur de Ville et Rennequin, puiss dans divers ouvrages:

1 Curiosits de Paris, de Versailles, Marly, Vincennes, Saint-Cloud et
ses environs, par Claude Saugrain; Paris, 1716.

Cette machine (de Marly) tonnante _a t invente par le chevalier de
Ville_, et n'a srement jamais eu de pareille dans le monde.

2 Nouvelle description des chteaux et parcs de Versailles et de Marly,
par Piganiol de la Force; Paris, 1764.

La grosseur de ce volume, dit Piganiol, suffirait  peine pour en
dcrire la construction (de la machine), les mouvements et les effets.
Peu de gens sont d'ailleurs capables de les comprendre, puisque _M. de
Ville assure qu'il n'a presque trouv que feu M. le marchal de Vauban
qui, en voyant ce merveilleux ouvrage, en ait connu la plupart des
effets_.

3 Dictionnaire gographique, historique et politique des Gaules et de
la France, par l'abb Expilly; Amsterdam, 1766.

_Cette machine a t invente par le chevalier de Ville_.

4 tat de la France.--Janvier 1708.

La machine de Marly, qui fournit d'eau de la rivire de Seine les
chteaux de Marly, de Versailles et de Trianon.

_M. le baron de Ville_ a le gouvernement et la direction de cette
machine, lequel a d'appointements et de pension 12,000 livres.

Entretien de la ferrure des pistons et de la serrurerie des btiments,
le sieur Lemprier.

Entretien des ouvrages de cuivre, le sieur Lemoine.

Entretien des couvertures des maisons dpendantes de la machine, le
sieur Charuel.

Entretien des cuirs forts pour les pompes, le sieur Nolant.

Entretien de la maonnerie, du moellon et cailloux des digues, le sieur
Loison.

Entretien des vitres, le sieur Cosset.

Entretien du pav des puisards, le sieur Regnout.

Un contrleur, M. Delespine.

Un garde-magasin, le sieur Cret.

Un charpentier ligeois, le _sieur Rennequin_.

Les ftes et dimanches, les Rcollets viennent dire la messe  cette
machine pour les ouvriers.


NOTE N 9.

L'ARRIVE DE LA SEINE AU CHATEAU DE MARLY.

Pome, par M. Cassan, _Mercure galant_, anne 1699.

L'auteur dcrit d'abord le cours de la Seine avant son arrive au
chteau de Marly.--Au moment o le fleuve se resserre par suite des
travaux d'endiguement, il dcrit ainsi la machine:

    Mais enfin son penchant lui faisant violence,
    L'entrane dans ce lieu, malgr sa rsistance,
    Et fait voir  la nymphe, au del du tournant,
    Le formidable objet d'un travail surprenant.
    Comme on voit en hiver la fort des Ardennes,
    Quand la bise a fait choir le feuillage des chnes,
    Et chass les voleurs de tous les dfils,
    Prsenter ses vieux troncs qui paraissent brls;
    Ainsi se voit de loin la machine effroyable,
    Ouvrage de nos jours, qui parat incroyable,
    Avec tout l'attirail de son corps hriss
    De rouage et de ponts, l'un sur l'autre exhauss,
    Dont les bras, s'tendant vers le haut de la cte,
    Meuvent les balanciers comme on voit une flotte,
    Que la vague entretient dans le balancement,
    Incliner tous ses mts  chaque mouvement.
    Quoi! dit-elle en voyant la machine tonnante,
    Serai-je donc contrainte  poursuivre ma pente,
    Et me faire rouer parmi tous les ressorts
    Que je vois remuer par de si grands efforts!
    Non, non, dit-elle alors, la nymphe de la Seine
    Se mlera plutt avec l'eau qui l'entrane,
    Et, par son changement, saura bien viter
    Les outrages cruels qu'elle voit apprter.
    Ainsi dit,  l'instant elle se rend liquide;
    Son corps va se mler avec l'onde rapide,
    Et, dans le fil de l'eau, tche de s'allonger,
    Croyant par ce moyen viter le danger.
    Mais en vain, car aux ponts cent pompes aspirantes
    L'enlvent de son lit  reprises frquentes,
    Et la livrent ensuite aux pistons refoulants,
    Qui font pour l'enlever des efforts violents.
    Alors par ces efforts elle sent qu'elle monte
    Vers le haut du coteau dans des tuyaux de fonte,
    Qui vont la revomir au prochain rservoir,
    O cent autres tuyaux viennent la recevoir.
    L, les pistons changeant leur manire ordinaire,
    Pressent de bas en haut par un effet contraire.
    Elle reoit le jour pour la seconde fois,
    Et reprend en ce lieu l'usage de la voix,
    Pour se plaindre en passant _du chevalier de Ville_
    Qu'elle voit sur sa gauche avec son air tranquille.
    _Qui t'oblige_, dit-elle, _avec ton art maudit,
    A venir malgr moi m'enlever de mon lit_?
    A ces mots les pistons lui coupant la parole,
    Le clapet la retient, s'ouvrant  tour de rle,
    Et la fait parvenir, aprs tant de dtours,
    Sur le haut du regard pour lui donner son cours.
    De l sur l'aqueduc, sa pente naturelle
    Lui fait prendre bientt une route nouvelle.
    Enfin elle descend par des tuyaux de fer
    Dans un long rservoir appel _Trou d'Enfer_.

Aprs cette description, le pote la fait arriver dans les jardins de
Marly, o, brillant d'un nouvel clat, elle concourt  l'ornement des
jardins du grand roi.

Ces vers sont reproduits dans _le Mercure de France_ d'avril 1739.


NOTE N 10.

En 1681, Charles II d'Angleterre, sachant combien Louis XIV dsirait
avoir de l'eau  Versailles, lui envoya sir Samuel Morland, clbre
mcanicien anglais. Ce sir Morland fut d'abord employ par Cromwell 
des missions diplomatiques. Aprs le rtablissement de Charles II sur le
trne, il fut tout  fait dans les bonnes grces du roi, qui le cra
baronnet, gentilhomme de la chambre prive, et le nomma matre des
mcaniques du roi. Il venait d'inventer une machine qui levait l'eau de
la Tamise jusqu' la plus haute corniche du chteau de Windsor, quand
Charles II, croyant faire plaisir au roi de France, lui envoya cet
ingnieur. En 1683, Morland fut reu par Louis XIV, dans son chteau de
Saint-Germain, o il lui expliqua ses inventions. Il chercha  dmontrer
au roi qu' l'aide d'une mcanique beaucoup plus simple et bien moins
dispendieuse que la machine de Marly, il obtiendrait un rsultat bien
plus satisfaisant, puisqu'il avait la prtention de faire arriver d'un
seul jet l'eau de la Seine sur les hauteurs de Louveciennes. Il parat
que ses dmonstrations ne convainquirent pas le roi, puisque l'on n'en
continua pas moins les travaux de la machine. Il fit un essai de son
invention au chteau du prsident de Maisons; cet essai n'eut point un
rsultat favorable; il en explique la raison dans un ouvrage qu'il
publia en 1685, intitul:

lvation des eaux pour toutes sortes de machines, rduites  la mesure,
au poids,  la balance, par le moyen d'un nouveau piston et corps de
pompe, et d'un nouveau mouvement cyclo-elliptique, en rejetant l'usage
de toute sorte de manivelles ordinaires.--Paris, Michallet, 1685, in-4.

Aprs avoir dcrit sa nouvelle invention, il parle ainsi des
explications qu'il fit devant Louis XIV:

C'est par le moyen de cette nouvelle manire de piston, corps de pompe,
et mouvement cyclo-elliptique, que l'on peut aisment, et en peu de
temps, fabriquer une petite machine et la rduire  la mesure, au poids
et  la balance, conformment aux dmonstrations oculaires et
convaincantes que j'ai eu l'honneur de montrer au roi,  Saint-Germain,
en l'anne 1683. Et cette machine, dont la construction ne montera pas 
une grande somme, ni son entretien annuel  dix pistoles, peut pousser,
par la force d'un cheval, tout le produit d'eau de la fontaine de la
ville d'Avre, jusqu'au haut du chteau de Versailles, d'ici  cent
annes, tout au long du grand chemin, dans un tuyau de plomb d'environ
sept lignes de diamtre intrieur, et d'environ trois lignes et demie ou
quatre d'paisseur.

Et plus loin, en parlant de l'essai qu'il fit au chteau de Maisons, il
dit:

Que si j'avais eu douze grandes roues pareilles, poses dans un
btiment d'un moulin, semblable  celui de Maisons, la o la rivire de
Seine aurait eu une pente de huit ou neuf pieds, j'aurais fait lever
plus de deux mille pouces d'eau  la hauteur perpendiculaire de quatre
cents pieds, par des machines qui auraient dur plus d'un sicle, sans
avoir cot cinq cents pistoles par anne pour les entretenir.

On voit ici une critique indirecte de la machine de Marly, dont
l'entretien annuel tait fort coteux.


NOTE N 11.

Nous devons a l'obligeance de M. Parent de Rosan communication d'un
travail manuscrit de M. Stanislas Bormans, archiviste de Lige, sur
cette question controverse de l'auteur de la machine, d'o il rsulte
les faits suivants relatifs  de Ville.

De Ville, n le 15 mai 1653, tait fils de Reynaud de Ville, bourgmestre
de Ville. Il passa la plus grande partie de sa jeunesse chez les comtes
de Marchin, seigneurs de Modave. C'est dans ce domaine qu'il fit
excuter, avec Rennequin, la machine dont la clbrit engagea Colbert 
le faire venir  Versailles. Aprs la construction de la machine, il en
fut nomm gouverneur, et, Louis XIV lui ayant fait construire une
habitation, il resta en France. Mais il avait toujours les yeux tourns
vers son pays, et, a la mort du dernier comte de Marchin, il acheta la
terre des Modaves, dont il devint ainsi le seigneur, et y mourut le 22
fvrier 1722.

M. Bormans a retrouv dans l'glise de Modave sa pierre tumulaire,
portant l'inscription suivante:

Ci gist noble et illustre seigneur, Arnould de Ville, baron libre du
Saint-Empire romain, seigneur des Modaves, etc., n le 15 mai
1653,--mort le 22 fvrier 1722.

Il a retrouv aussi son testament, dans lequel est ainsi consigne l'une
de ses volonts:

J'ordonne que tous les ouvrages que j'ai composs, concernant les
constructions de la machine de Marly, soient imprims suivant mes
_desseins_ (sic) en grand.

Le dernier des comtes de Marchin, Ferdinand, vint en France  l'ge de
dix-sept ans, aprs la mort de son pre. Capitaine-lieutenant des
gendarmes de Flandres, en 1673, on le voit s'lever de grade en grade
jusqu' celui de marchal de France, qui lui fut confr en 1703. Il est
trs-probable que, tenant dj un rang distingu  la cour de France, il
fit savoir  Colbert, qui recherchait partout les moyens de faire venir
de l'eau  Versailles, l'tablissement de la machine hydraulique
excute dans son domaine de Modave, par de Ville et Rennequin. Il
mourut sans postrit,  la suite d'une blessure qu'il reut dans un
combat prs de Turin, le 7 septembre 1706. Ce fut  cette poque et par
suite de l'extinction des comtes de Marchin, que le chevalier de Ville
se rendit propritaire du domaine des Modaves, et que probablement il
reut le titre de baron du Saint-Empire romain, attach  quelques-unes
des terres de ce domaine, achetes par le pre du dernier comte de
Marchin. Quoique devenu seigneur des Modaves, il n'en conserva pas moins
le titre de gouverneur de la machine de Marly jusqu' sa mort, arrive
le 22 fvrier 1722.


NOTE N 12.

FAMILLE DE VILLE.

Anne-Lon de Montmorency, premier du nom, chef des noms et armes de sa
maison, baron de Fosseux, seigneur de Courtalain, Bois-Ruffin, le
Plessis, d'Arroue, etc., n en 1705, appel le baron de Montmorency,
successivement capitaine-lieutenant de la compagnie des gendarmes
d'Anjou en fvrier 1735, brigadier de cavalerie le 20 fvrier 1743,
capitaine-lieutenant des gendarmes de la reine en dcembre 1744;
marchal de camp le 1er mai 1745; menin de feu M. le Dauphin en 1746;
lieutenant gnral des armes du roi le 10 mai 1748; nomm chevalier de
ses ordres le 2 fvrier 1749; reu le 25 mai suivant, et chevalier
d'honneur de Madame Adlade, en octobre 1750, fille de feu Louis XV, a
t nomm, le 21 octobre 1771, commandant en chef du pays d'Aunis.--Il a
pous: _1 le 11 dcembre 1730, Anne-Marie Barbe de Ville, morte en
couche le 13 aot 1731, fille et unique hritire de feu Arnold de
Ville, chevalier, baron libre du Saint-Empire romain, etc., gouverneur
et directeur de la machine de Marly, dont il tait l'inventeur, et
d'Anne-Barbe de Courcelles_; et 2 le 23 octobre 1752,
Marie-Madeleine-Gabrielle de Charette de Montebert, d'une ancienne
noblesse de Bretagne, veuve, en premires noces, de Louis de Serent,
marquis de Kerfily, et en secondes, de Henri-Franois, baron d'Avaugour,
comte de Vertus, etc.

    Extrait du Dictionnaire de la noblesse, par de la Chesnaye-Desbois,
    tom. X, p. 411.

Ajoutez  l'article de Anne-Lon de Montmorency: Il pousa, le 11
dcembre 1730, Anne-Barbe de Ville, morte  Paris le 13 aot 1731, dans
sa dix-neuvime anne, fille d'Armand, baron de Ville, et d'Anne-Barbe
de Courcelles, dont il eut [*] N. de Montmorency, n au mois d'aot
1731.

     Extrait de l'Histoire gnalogique de France, par le P. Anselme,
     tom. IX, p. 417.

[*] Ce fils fut Anne-Lon de Montmorency, deuxime du nom, appel le
marquis de Fosseux, n le 11 aot 1731; par son mariage en secondes
noces avec Charlotte-Anne-Franoise de Montmorency-Luxembourg, le 21
septembre 1767, il a pris le titre de duc de Montmorency, que lui
apportait sa femme.

     Dictionnaire de la noblesse de la Chesnaye-Desbois, tom. IX, p.
     411.


MORTS DANS LE MOIS D'AOUT 1731.

Le 13 de ce mois, dame Anne-Marie-Barbe de Ville, pouse de Anne-Lon de
Montmorency, chef du nom et armes de la maison, premier baron chrtien
en France, enseigne des gendarmes de Berry, seigneur de Courtalin,
Bois-Ruffen, le Plessis-d'Arou, le Poilay, le Vernay, les deux Modaves,
de Biemrc, de Banderesse, de Ferme, Termoyne, etc., mourut ge de
dix-huit ans sept mois.

     _Mercure de France_, aot 1731, p. 2044.

On lit dans les mmoires du duc de Luynes,  la date du mardi 2 mai
1739:

Madame de Chteaurenaud a un frre qu'on appelle le baron de
Montmorency, qui est celui qui avait pous mademoiselle de Ville (_M.
de Ville tait charg de l'entretien de la machine de Marly et en tait
regard comme l'auteur_). M. le baron de Montmorency est veuf depuis
quelques annes.


NOTE N 13.

Acte de baptme de Rennequin, ou mieux Renier Sualem, extrait des
registres d'tat civil tenus par les anciens curs de Jemeppe, province
de Lige:

29 januarii 1645, baptisatus Renerus filius Renardi Sualem, et
Catharin David, susc. Leonardo Alard et Anna Simon.

Acte de dcs de Rennequin, extrait des registres de l'tat civil de la
commune de Bougival, dpartement de Seine-et-Oise:

L'an de grce mil sept cent huit, le lundy trentime de juillet, a est
inhum dans l'glise de Notre-Dame de Bougival le corps de deffunt Ren
Soalem, autrement dit Rennequin, premier ingnieur du roy  la machine
et constructeur de la machine, mort d'hier  onze heures et demie du
matin, g de soixante-quatre ans et demi, en prsence de M. Levesque,
cur, M. Lherminot, brodeur du roy, de M. Prvotel, vicaire de cette
paroisse, qui ont sign: Lherminot, Levesque, Prvotel, Ricard.

PITAPHE GRAVE SUR LA TOMBE DE RENNEQUIN.

D. O. M.

Cy-gissent honorables personnes sieur Rennequin Sualem, seul inventeur
de la machine de Marly, dcd le 29 juillet 1708, g de
soixante-quatre ans, et dame Marie Nouelle, son pouse, dcde le 4 mai
1714, ge de quatre-vingt-quatre ans, laquelle, pour satisfaire  la
dernire volont dudit deffunct sieur Rennequin, son mari, a fond 
perptuit en cette glise de Bougival une messe basse tous les premiers
lundys de chaque mois de l'anne, un service complet le 29 juillet de
chaque anne, jour du dceds dudit deffunct, et vingt libras pour tre
dits sur leurs _sepulturs_, scavoir les quatre grandes festes de
l'anne, les quatre _principalles_ festes de la sainte Vierge, et les
douze autres tous les premiers dimanches de chaque mois de l'anne, 
l'issue des vespres;  quoi les sieurs cur et marguilliers de l'oeuvre
et fabrique de ladite paroisse se sont obligs faire dire et clbrer
mesme fournir les pain, vin, luminaire et ornements ncessaires, et ce,
moyennant certaine _sme_ que ladite dame leur a paye, _ainssy_ qu'il
est plus au long port par le contract pass devant Dupuis et Gervais,
notaires au Chtelet de Paris, le 2 aot 1710.

Priez Dieu pour leurs mes.




VII

DTAILS INDITS

SUR LA MORT DE LOUIS XIV.

1715.


Le lundi 26 aot 1715, le roi Louis XIV venait de subir une opration
douloureuse. Couch sur son lit de mort, il voulut dire un dernier adieu
au jeune Dauphin, son successeur. A midi, madame de Ventadour,
gouvernante du prince, l'amena dans la chambre du roi, qui, aprs
l'avoir embrass et fait placer sur son lit, lui adressa quelques
conseils dans lesquels ce monarque, en faisant l'aveu solennel de ses
fautes, montra plus peut-tre la grandeur de son caractre que dans
aucune autre circonstance de sa vie.

Les paroles prononces par Louis XIV dans cette occasion furent
entendues d'un grand nombre de courtisans. La plupart les rptrent
plus ou moins fidlement: de l les nombreuses versions qui en ont t
donnes, o, tout en conservant les ides principales, les divers
historiens du grand roi ont ajout ou retranch suivant le besoin de
leurs loges ou de leurs critiques.

La premire donne au public parut dans les premiers jours d'octobre
1715, un mois environ aprs la mort de Louis XIV. Elle se trouve dans un
crit intitul: _Journal historique de tout ce qui s'est pass depuis
les premiers jours de la maladie de Louis XIV, jusqu'au jour de son
service  Saint-Denis_, par le sieur Lefebvre. Voici comment l'auteur
s'exprime: Sa Majest fit venir le Dauphin dans sa chambre, o il entra
avec madame la duchesse de Ventadour, sa gouvernante, et aprs l'avoir
embrass, elle lui dit:--Mignon, vous allez estre un grand roy; mais
tout vostre bonheur dpendra d'estre soumis  Dieu, et du soin que vous
aurez de soulager vos peuples. Il faut pour cela que vous vitiez autant
que vous le pourrez de faire la guerre. C'est la ruine des peuples. Ne
suivez pas le mauvais exemple que je vous ay donn sur cela: j'ay
entrepris la guerre trop lgrement, et l'ay soutenue par vanit; ne
m'imitez pas! mais soyez un prince pacifique, et que vostre principale
application soit de soulager vos sujets. Profitez de la bonne ducation
que madame de Ventadour vous donne, obissez-luy, et suivez les bons
sentiments qu'elle vous inspire.

Cette version est-elle la bonne? Certainement elle renferme au fond ce
qu'a dit Louis XIV; mais a-t-il d s'exprimer dans ces termes? Sans
doute il se repentait de ses guerres trop nombreuses et des maux
qu'elles avaient attirs sur ses peuples, et il recommandait  son
petit-fils de ne pas l'imiter en cela; mais on ne peut croire qu'il ait
t jusqu' se servir de ces expressions: Ne suivez pas le mauvais
exemple que je vous ay donn sur cela, et qu'il ait encore ajout,
comme s'il ne se ft pas assez humili: J'ai souvent entrepris la
guerre trop lgrement et l'ay soutenue par vanit. Non, Louis XIV ne
pouvait ni penser, ni dire que ce ft par vanit qu'il et soutenu ses
guerres! Il avait vu, dans ses dernires annes, le royaume  deux
doigts de sa perte par suite de la guerre, et il recommandait  son
successeur de l'viter autant que possible pour le bonheur de ses
sujets, voil tout.

A peu prs  la mme poque, Saint-Simon, ce courtisan frondeur,
rapportait aussi  sa manire les paroles de Louis XIV: Mon enfant,
vous allez tre un grand roi; ne m'imitez pas dans le got que j'ai eu
pour les btiments ni dans celui que j'ai eu pour la guerre; tchez, au
contraire, d'avoir la paix avec vos voisins. Rendez  Dieu ce que vous
lui devez; reconnaissez les obligations que vous lui avez; faites-le
honorer par vos sujets. Suivez toujours les bons conseils; tchez de
soulager vos peuples, ce que je suis assez malheureux pour n'avoir pu
faire. N'oubliez point la reconnaissance que vous devez  madame de
Ventadour.

Si le fond des penses est le mme que dans la version prcdente, la
forme en est compltement change. Puis Saint-Simon, dprdateur
constant des constructions de Louis XIV, et en particulier de
Versailles, n'tant pas fch, pour excuser ses amres critiques, de
supposer qu' ses derniers moments ce prince pensait comme lui, ne
craint pas de le faire s'accuser d'une faute de plus en mettant dans sa
bouche cette phrase videmment invente par lui: Ne m'imitez pas dans
le got que j'ai eu pour les btiments. Il ajoute encore cette autre
phrase que l'on ne trouve pas dans les paroles rapportes par Lefebvre,
en parlant de Dieu: Faites-le honorer par vos sujets.

En 1742, Bruzen de la Martinire, dans la continuation de l'_Histoire de
Louis XIV_, commence par Larrey, adopte la version de Saint-Simon, sauf
la phrase: Ne m'imitez pas dans le got que j'ai eu pour les
btiments, qu'il supprime.

Reboulet, dans son _Histoire de Louis XIV_, publie en 1744, copie d'un
bout  l'autre le _Journal historique_ de Lefebvre.

Enfin, le pre Daniel, en 1756, revient  la version de Saint-Simon,
corrige par la Martinire.

Puis vient Voltaire! Voltaire historiographe de France, Voltaire
crivant le _Sicle de Louis XIV_, devait avoir une autre importance que
ceux qui jusqu'alors avaient rapport ces paroles. Il en sentait toute
la gravit; il puisait aux sources les plus authentiques, et ce qu'il
allait dire devait tre la vrit. Aussi, voyez s'il est possible de
douter de son rcit! Son successeur, dit-il, a toujours conserv
crites, au chevet de son lit, les paroles remarquables que ce monarque
lui dit, en le tenant sur son lit entre ses bras: ces paroles ne sont
point telles qu'elles sont rapportes dans toutes les histoires; les
voici _fidlement copies_:--Vous allez tre bientt roi d'un grand
royaume. Ce que je vous recommande plus fortement est de n'oublier
jamais les obligations que vous avez  Dieu. Souvenez-vous que vous lui
devez tout ce que vous tes. Tchez de conserver la paix avec vos
voisins. J'ai trop aim la guerre; ne m'imitez pas en cela, _non plus
que dans les trop grandes dpenses que j'ai faites_. Prenez conseil en
toutes choses, et cherchez  connatre le meilleur pour le suivre
toujours. Soulagez vos peuples le plus tt que vous pourrez, et faites
ce que j'ai eu le malheur de ne pouvoir faire moi-mme, etc.

Voltaire avait raison, Louis XV a toujours conserv, crites au chevet
de son lit, les dernires paroles de Louis XIV; mais Voltaire ne disait
plus vrai lorsqu'il ajoutait qu'il les donnait _fidlement copies_;
car si rien n'est omis de ce qui y tait crit, tout est transpos,
arrang pour l'effet de la phrase, et n'a plus cet abandon qui donne
tant de vrit  ces paroles que Louis XV pouvait lire tous les jours.
Il y a mieux, si Voltaire, tout en arrangeant, n'a cependant rien
retranch, il a au contraire ajout. Ainsi, nous retrouvons encore ici
la fameuse phrase de Saint-Simon sur les dpenses. C'est que Voltaire,
comme Saint-Simon, critiquait les dpenses de Louis XIV[101], et que,
comme lui, il tenait, par le repentir du prince,  montrer combien il
avait raison.

Jusqu' ce jour, cependant, la version donne par Voltaire tait
considre comme la bonne, et presque tous ceux qui crivirent sur Louis
XIV depuis lui, ne firent que la copier.

Le hasard nous fit trouver la minute d'aprs laquelle fut faite la copie
place dans la chambre  coucher du roi Louis XV; nous allons la
transcrire, et l'on pourra juger ainsi quelles altrations on lui a fait
subir.

Lorsque Louis XIV fit venir le jeune Dauphin et pronona les paroles,
que nous allons rapporter, l'un des secrtaires crivait dans la chambre
mme tout ce que disait ce prince. Madame de Ventadour, gouvernante du
Dauphin, frappe de la grandeur de cette scne, et persuade que ces
conseils du grand roi pouvaient avoir une heureuse influence sur la
jeune imagination de son lve, voulut, en les plaant constamment sous
ses yeux, les graver dans sa mmoire. Elle envoya donc la minute qui lui
fut remise par le secrtaire  Charles Gilbert, matre  crire du
Dauphin, et l'un des calligraphes les plus distingus de cette poque,
avec ordre d'en faire immdiatement une copie sur vlin pour la placer
au chevet du lit du jeune prince. Voici ces paroles telles qu'elles sont
sur le manuscrit:

Mon cher enfant, vous allez estre le plus grand roy du monde. N'oubliez
jamais les obligations que vous avez  Dieu. Ne m'imitez pas dans les
guerres, taschez de maintenir tousjours la paix avec vos voisins, de
soulager vostre peuple autant que vous pourrez, ce que j'ay eu le
malheur de ne pouvoir faire par les ncessitez de l'Estat. Suivez
tousjours les bons conseils, et songez bien que c'est  Dieu  qui vous
devez tout ce que vous estes[102]. Je vous donne le pre Letellier pour
confesseur, suivez ses advis et ressouvenez-vous toujours des
obligations que vous avez  madame de Ventadour[103].

Gilbert se mit aussitt  la besogne. Une copie textuelle sur vlin,
orne de majuscules dores, fut faite en quelques jours. Mais tandis
qu'il s'empressait de se conformer aux dsirs de la gouvernante, la
mort, encore plus prompte, venait frapper le monarque. Louis XIV mort,
tout changeait dans l'tat. Le pre Letellier, qui tait rest auprs du
roi jusqu' son dernier moment, fut envoy en exil par le rgent. L'on
ne pouvait donc laisser sous les yeux du jeune souverain la
recommandation de son bisaeul, de conserver ce jsuite pour son
confesseur.

Gilbert reut alors l'ordre de faire une autre copie et de supprimer la
phrase ayant rapport au confesseur, et c'est cette copie qui fut place
dans la chambre  coucher de Louis XV.

La minute envoye  Gilbert, la premire copie sur vlin qu'il en avait
faite, et deux autres aussi sur vlin avec la correction, furent
prcieusement conserves par lui et transmises  son petit-fils, P.-Ch.
Gilbert, qui lui succda dans sa charge de matre  crire du Dauphin.
Celui-ci la garda jusqu' l'poque de sa mort, arrive vers 1789, et
c'est alors qu'elles passrent entre les mains de son neveu, F.
Dumesnil de Saint-Cyr, dernier matre  crire du Dauphin (Louis XVII).
C'est  la mort de M. de Saint-Cyr, survenue  Versailles en 1845, que
l'une de ses hritires, mademoiselle Ducroset, nous montra ce curieux
document historique au milieu des prcieux manuscrits renferms dans le
cabinet de son oncle, et c'est entre les mains de cette demoiselle qu'il
se trouve aujourd'hui.

Les faits que nous venons de raconter ne laissent aucun doute sur
l'authenticit de ce document, et fixent d'une manire positive la
nature des paroles prononces par Louis XIV mourant  l'hritier de sa
couronne.




VIII

RELEV DES DPENSES

DE MADAME DE POMPADOUR

DEPUIS LA PREMIRE ANNE DE SA FAVEUR JUSQU'A SA MORT.


On sait que Jeanne-Antoinette Poisson, marie fort jeune au sous-fermier
gnral Lenormand d'tiolles, ne tarda pas  devenir la matresse de
Louis XV. La mre de madame d'tiolles, ambitieuse et intrigante, avait
toujours rv pour sa fille le rle _honorable_ auquel elle venait de
parvenir. Elle lui fit, en consquence, donner une ducation brillante,
et lui inspira surtout le got des arts. Ce fut en 1745 qu'elle fut
reconnue matresse en titre du roi et cre par lettres patentes
marquise de Pompadour.

C'est de cette anne 1745 que date le manuscrit dont nous allons nous
occuper. C'est un petit in-quarto sur papier gros et gris. crit en
petit caractre et sans orthographe, il parat tre de la main de
quelque employ de la maison de la marquise, et a t compos sur des
notes dont un grand nombre ont t crites par madame de Pompadour
elle-mme, ainsi qu'il est facile de le voir quand le copiste, ne se
donnant pas la peine de changer ce qu'il a sous les yeux, parle  la
premire personne, comme dans cet article: _J'avais en vaisselle
d'argent pour_, etc., et dans cet autre: _Gages de mes domestiques_,
etc.--Il est recouvert d'une feuille de papier jaune sur laquelle est
crit: _norme dpense_. La premire feuille porte ce titre: _tat des
dpenses faites pendant le rgne de madame la marquise de Pompadour, 
commencer le 9 septembre 1745 jusqu'au 15 d'avril 1764_.--C'est le jour
o elle est morte.

La premire partie du manuscrit est consacre aux dpenses des
btiments. Madame de Pompadour aimait beaucoup les constructions.
Non-seulement elle fit rparer  grands frais plusieurs proprits
qu'elle avait achetes, mais encore elle fit lever un assez grand
nombre de maisons. Son jeune frre, Poisson, connu sous le nom de
marquis de Marigny, qui fut directeur grant des btiments du roi, la
seconda dans ses vues. Il dirigea particulirement la construction du
charmant chteau de Bellevue, qui a depuis appartenu  Mesdames de
France, et dont il ne reste plus de traces aujourd'hui.--Ce chapitre est
intitul: _tat des sommes payes par ordre du roi par le sieur de
Montmartel sur les travaux et btiments de Crcy, Bellevue et autres
endroits, suivant les mandements viss par les sieurs de l'Assurance,
d'Isle, et Maurenzel._

_Crcy et Aunay._--Crcy tait un fort joli chteau, faisant aujourd'hui
partie du dpartement d'Eure-et-Loir. Madame de Pompadour en fit
l'acquisition, en 1748, pour la somme de 650,000 l. Elle acheta en mme
temps, 140,000 l., la terre d'Aunay, qui touche  Crcy. Les travaux
qu'elle y fit faire, pendant les annes 1748, 1749, 1750, 1751, 1752,
1753, 1754, s'levrent  la somme de 3,288,403 l. 16 s. 6 d.

_La Celle_ est une charmante proprit,  la porte de Versailles. Madame
de Pompadour l'acheta 260,000 l., en 1749. Les sommes payes pour
l'embellissement du chteau, pendant les annes 1749 et 1751,
s'levrent  68,114 l. 15 s. 4 d.

En 1749, Louis XV lui donna une portion du terrain du petit parc de
Versailles, sur lequel elle fit construire une jolie habitation qu'elle
appela son _Ermitage_. La construction de l'_Ermitage_ lui cota 283,013
l. 1 s. 5 d.

Madame de Pompadour ne s'arrtait pas dans son got de construction
qu'elle sut faire partager  Louis XV. Elle venait de crer un charmant
bijou dans sa proprit de l'Ermitage, elle voulut construire un
vritable chteau, avec son parc et ses jardins. Il existait sur la cte
qui domine la Seine, entre Svres et Meudon, des terres qui
appartenaient au roi; Louis XV les lui donna, et, grce au got de
Marigny, l'on vit s'lever l'une des plus jolies habitations princires
des environs de Paris. _Bellevue_, nom que mritait bien cette charmante
maison, fut construite en 1750. Elle revint  2,526,927 l. 10 s. 11 d.

Outre ces proprits, madame de Pompadour avait encore des habitations
particulires dans les principales rsidences royales. A Versailles, 
Compigne,  Fontainebleau et  Paris.

A Versailles, le roi lui donna, en 1752, le terrain sur lequel se
trouvait, sous Louis XIV, la Pompe ou Tour d'Eau, dtruite en 1686. Elle
y fit construire un htel qui lui revint  210,844 l. 14 s. 10 d. C'est
aujourd'hui l'_Htel des Rservoirs_ ou _restaurant Duboux_. On avait
fait tablir contre le mur du rservoir de l'Opra un corridor qui
permettait d'aller du chteau dans cet htel. Madame Duhausset en parle
dans un endroit de ses Mmoires: J'avais, dit-elle, un trs-joli
appartement  l'htel, o j'allais presque toujours  couvert, etc.

Dans son htel de Compigne, elle dpensa, en 1751, 1752 et 1753, 30,242
l. 7 s. 8 d.

A Fontainebleau, elle fit construire, en 1753,  l'imitation de celui de
Versailles, un ermitage qui lui revint  216,382 l. 18 s. 8 d. Elle
acheta  Paris l'htel d'vreux, qu'elle paya 730,000 l., et y dpensa,
en 1754, 95,169 l. 6 s.

On trouve encore, au chapitre des dpenses des btiments, diverses
sommes pour des institutions religieuses. Ainsi l'on voit, pour le
couvent des ursulines de Poissy, dont sa tante du ct maternel madame
Sainte-Perptue tait l'abbesse, une somme de 4,908 l. 15 s. 10 d., et
pour les dames de l'Assomption de Paris, une autre somme de 32,069 l. 14
s. Enfin l'on voit le marquisat de Pompadour y figurer pour 28,000 l.,
dpenses en 1753.--Dans ce chapitre des btiments se trouvent les noms
de tous les entrepreneurs et artistes qui ont t employs soit 
construire, soit  embellir ces diverses maisons. Les artistes qui ont
travaill au chteau de Crcy et  Aunay sont: Rousseau, Verbeck et
Pigalle, sculpteurs;  la Celle, Rousseau, sculpteur;  l'Ermitage, prs
Versailles, Rousseau et "Verbeck, sculpteurs, et Rysbrack, peintre de
fleurs;  son htel de Versailles, Rousseau et Verbeck, sculpteurs, et
Rysbrack, peintre;  Bellevue, Coustou, Rousseau, Maurisan, la veuve
Chevalier, Verbeck, sculpteurs; Nelson, Gavau, Brunelly, Oudry,
peintres; Janson, la veuve Cropel, dessinateurs; Martiniere, mailleur 
l'htel d'vreux,  Paris, Verbeck, sculpteur;  l'Ermitage de
Fontainebleau, Verbeck.

A la suite du chapitre des dpenses de btiments vient un journal
commenc le 9 septembre 1745, et termin en mars 1764, dans lequel est
inscrit, mois par mois, ce que recevait madame de Pompadour pour ses
dpenses ordinaires. L'on y voit que, pendant ces dix-neuf annes, les
recettes, pour ses dpenses ordinaires, ont t de 1,767,678 l. 8 s. 9
d., et les dpenses de 977,207 l. 11 s. 6 d. Ce journal peut donner lieu
 quelques curieuses observations. Madame de Pompadour touchait une
pension qui lui tait paye tous les mois, sans compter les sommes
qu'elle recevait du roi comme cadeau, toujours pour sa dpense
ordinaire. Cette pension tait, la premire anne, de 2,400 l. par mois;
en 1746, 1747, 1748 et 1749, les sommes donnes s'lvent souvent
jusqu' 30,000 l. dans un mois; puis, dans les annes suivantes, pendant
lesquelles la passion du roi pour sa matresse s'tait beaucoup
affaiblie, l'on voit la pension se rgulariser et se rduire presque
constamment  4,000 l. par mois. On remarque encore que, pendant les
premires annes, madame de Pompadour reoit du roi des trennes, qui
disparaissent aussi dans les annes suivantes: ainsi, en 1747, anne du
plus fort de la passion de Louis XV, elle reoit 50,000 l. d'trennes;
en 1749, elle n'en reoit plus que 24,000 l., et depuis 1750, on ne les
voit plus figurer dans les comptes.

Les sommes qu'elle recevait du roi tant moins fortes et ses dpenses
habituelles tant toujours fort considrables, il fallait trouver
d'autres ressources. C'est dans le jeu et dans la vente de ses bijoux
que madame de Pompadour trouve le moyen d'quilibrer les recettes avec
les dpenses. Ainsi on la voit gagner au jeu  Marly, le 15 mai 1752,
9,120 l., et le 31 du mme mois, 28,000 l.--En 1760, elle vend des
_bracelets de perles_ 12,960 l.--En 1761, elle vend encore des bijoux
pour 9,000 l.; en 1762, sa vente de bijoux et le gain du jeu lui
rapportent 20,489 l.

Ce journal est termin par une rcapitulation, dans laquelle les
recettes et leur emploi sont compars anne par anne, et qui montre,
comme je l'ai indiqu en donnant le chiffre des recettes et des
dpenses, que madame de Pompadour savait trs-bien dpenser tous les ans
ce qui lui tait donn, et ne faisait aucune conomie.

A la suite de ce journal se trouve une sorte de dnombrement des
richesses de madame de Pompadour et des dpenses autres que celles des
btiments. C'est particulirement  cette partie que s'applique la
remarque faite plus haut, sur la manire dont l'auteur du manuscrit fait
souvent parler madame de Pompadour elle-mme. Tous les articles de cette
partie sont curieux et mritent d'tre cits:


_tat de mes effets en gnral._

                                                        Livres.

   1. J'avais en vaisselle d'argent, pour                537,600

   2. Plus, en vaisselle d'or ou en collifichets         150,000

   3. Elle a dpens pour ses menus plaisirs
  et en se satisfaisant                                1,338,867

   4. Pour sa bouche, pendant les dix-neuf
  annes de son _rgne_                                3,504,800

   5. Pour les voyages du roi, extraordinaires,
  comdies, opras, faits et donns en
  diffrentes maisons                                  4,005,900

   6. Gages pour mes domestiques, dix-neuf
  annes                                               1,168,886

   7. Pensions que j'ai toujours faites, _jusqu'
  ma mort_ (sic)                                        229,236

   8. Ma cassette, contenant quatre-vingt-dix-huit
  botes d'or, values l'une dans
  l'autre  3,000 livres                                 294,000

   9. Une autre cassette contenant tous mes
  diamants                                             1,783,000

  10. Une superbe collection de pierres graves
  chez moi par le sieur le Guay,
  donne au roi, estime                                 400,000

Madame de Pompadour, qui dessinait fort bien, grava elle-mme _une suite
de soixante-trois estampes_, d'aprs ces pierres. Ces gravures ont t
publies et forment un petit in-folio, fort rare, dont il n'avait t
tir qu'un trs-petit nombre d'exemplaires pour faire des prsents: en
1782, il en parut une autre dition in-quarto, qui est moins recherche.
Ce fut  l'occasion de son talent pour le dessin que Voltaire, l'ayant
un jour surprise dessinant une tte, improvisa ce madrigal:

    Pompadour, ton crayon divin
    Devrait dessiner ton visage;
    Jamais une plus belle main
    N'aurait fait un plus bel ouvrage.

  11. En diffrents morceaux de vieux laque              111,945

  12. En porcelaine ancienne                             150,000

  13. Achat de pierres fines pour complter la
        collection                                        60,000

  14. Linge pour draps et table, pour Crcy              600,452

  15. Plus, pour mes autres maisons                      400,325

  16. Ma garde-robe, tout compris                        350,235

  17. Ma batterie de cuisine pour toutes mes
        maisons                                           66,172

  18. Ma bibliothque, y compris nombre de
        manuscrits[104]                                     12,500

  19. Donn aux dames qui m'ont toujours accompagne,
        pour prsent, en variant les
        effets                                           460,000

  20. Donn aux pauvres pendant tout mon rgne           150,000

  21. En gnrosits aux concierges, en robes,
        vestes, toffes, ainsi qu'au cabinet du roi      100,000

  22. Pour les affaires de mon pre, M. de Machault
        les rgla  la somme de                          400,000

Le pre de madame de Pompadour, Franois Poisson, avait eu dans
l'administration des vivres un emploi fructueux. Accus de gestion
infidle, il fut forc de se soustraire aux poursuites du gouvernement.
On voit, par cet article, que dans sa fortune elle n'oublia point de
faire payer les dettes de son pre. Jusqu'ici tous les biographes
avaient bien dit que l'affaire de Franois Poisson avait t oublie,
grce au crdit de sa fille; mais ce qu'on ignorait, c'est que c'tait
en satisfaisant ses cranciers:

                                                         Livres.

  23. En tableaux et autres fantaisies                    60,000

  24. La dpense de la bougie, pendant dix-neuf
        ans                                              660,000

  25. La dpense des fallots et chandelles               150,000

  26. En belles juments, voitures, chaises 
        porteurs, chevaux de selle, quoi qu'en
        ait dit _le Gazetier d'Utrecht_, en tout      1,800,000

Nous ne savons ce qu'a pu dire le _Gazetier d'Utrecht_  l'occasion des
chevaux de madame de Pompadour, car nous avons inutilement cherch ce
qui pouvait avoir trait  cette question dans la collection de cette
gazette que possde la bibliothque de Versailles. Ce qu'il y a de
certain, c'est que madame de Pompadour aimait beaucoup les chevaux;
qu'elle fit acheter de fort beaux talons dans plusieurs pays, et les
runit dans sa terre de Pompadour, o elle fonda le superbe haras qui
existe aujourd'hui, et qu'en 1763 M. de Choiseul fit transformer en
haras royal:

                                                         Livres.

  27. Fourrages, fourniture de mes chevaux
        pendant dix-neuf annes                        1,300,000

      (Cette somme montre que madame
      de Pompadour devait avoir, en effet,
      un assez grand nombre de chevaux.)

  28. Pour toute ma livre, dans toutes mes
        maisons                                          250,000

  29. Pour achat de Crcy                                650,000

  30. Achat de la Celle                                  260,000

  31. Achat d'Aunay                                      140,000

  32. Achat de la baronnie de Tron                       80,000

      (Tron est auprs de la terre de Crcy.)

  33. Achat de Magenville                                 25,000

  34. Achat de Saint-Remy                                 24,000

  35. Achat d'Ovill,  moiti chemin d'Orlans           11,000

  36. Achat de l'htel d'vreux,  Paris                 650,000

  37. Achat du terrain  ct dudit htel                 80,000

  38. Dpens  Champs, pendant l'espace de
        trois ans                                        200,000

      (Champs est un village du dpartement
      de Seine-et-Marne, dans lequel
      se trouvait une fort jolie habitation.)

  39. Dpens  Saint-Ouen pendant l'espace
        de cinq ans, sans faire les rparations
        constates par la maison de Gesvres.             500,000

Saint-Ouen ne parat pas avoir appartenu  madame de Pompadour, mais
elle en avait la jouissance; et, comme on le voit par cet article, elle
y fit faire des embellissements qu'elle paya de ses propres fonds.

Dans cette nomenclature des richesses de madame de Pompadour, l'auteur
du manuscrit ne dit rien du chteau de Mnars, qui appartenait aussi 
la marquise; on trouve seulement dans le journal de ses dpenses, en
marge de l'anne 1760: _Achat de Mnars_. Cette proprit parat avoir
t paye par elle sur ses revenus annuels et par petites sommes, car on
trouve indiques dans les annes 1760, 1761, 1762, 1763, un assez grand
nombre de sommes, sous le titre: _Gratification pour Mnars_.

Enfin, cette partie se termine par un dernier article, intitul:

  40. Mdailles d'or et d'argent.                   400,000 liv.

Puis,  la suite, l'auteur ajoute quelques rflexions assez curieuses:

D'aprs toutes ces dpenses normes, dit-il, voici un fait que personne
ne voudra croire, qui est qu' sa mort l'on n'ait trouv  cette femme
que 37 louis d'or dans sa table  crire, qu'elle avait destins pour
les pauvres.

Autre fait incroyable, ajoute-t-il, lch par Collin[105], c'est que
pendant sa maladie il fut oblig d'emprunter 70,000 l. pour faire face 
la dpense. Ce fait dtruit entirement l'imposture, qui est qu'on a
prtendu qu'elle avait dans toutes les banques de l'Europe, et elle se
trouve devoir aprs sa mort la somme de 1,700,000 l.

Vient ensuite l'numration de tous les gens attachs  madame de
Pompadour, tant  Versailles que dans toutes ses maisons particulires,
avec leurs appointements. On remarque parmi tous ces noms:

                                                         Livres.

  Nesme, premier intendant.                                8,000

  Collin, charg des domestiques, et lui servant
    de secrtaire.                                         6,000

  Le mdecin Quesnay, entretenu de tout.                   3,000

  La Duhausset, femme de chambre.                            150

  La Couraget, id.                                           150

  La Neveu, id.                                              150

On sait que madame Duhausset a crit des _Mmoires_ qui donnent des
dtails fort curieux sur la vie intime de madame de Pompadour. L'une des
deux autres femmes de chambre tait femme de condition, mais elle prit
un nom emprunt, que madame Duhausset elle-mme ne connut jamais bien.
Celle-ci seule ne changea point de nom, quoique au service de la
matresse du roi.

L'on y voit aussi figurer deux ngres,  raison de 1,800 l.

Puis une srie de gens attachs  la cuisine,  la garde-robe; la livre
et les employs des diffrentes maisons, concierges, portiers,
jardiniers, etc., et trois aumniers: un  Versailles, un 
Fontainebleau et un  Compigne.

Aprs l'numration des gens attachs  son service, se trouve l'tat
des pensions que faisait madame de Pompadour. On voit avec plaisir dans
ce chapitre qu'une partie des sommes considrables qu'elle touchait
tait employe en bonnes oeuvres.

La premire pension sur cette liste et la plus curieuse est celle faite
 madame Lebon pour lui avoir prdit  l'ge de neuf ans qu'elle serait
un jour la matresse de Louis XV, 600 l. Cette prdiction, dont ne
parlent pas les biographes, et dont, on le voit, madame de Pompadour
s'est toujours souvenue, a d avoir une grande influence sur sa
destine, et a t probablement l'une des causes qui poussa sa mre 
chercher par tous les moyens  mettre Louis XV en rapport avec la jeune
et jolie madame d'tiolles. La reconnaissance que madame de Pompadour
conserva pour madame Lebon fut sans doute la raison qui lui fit toujours
avoir un faible pour les sorcires et les sorciers. Madame Duhausset
raconte dans ses Mmoires une histoire qui le prouve bien:

Un an ou quinze mois avant la disgrce de l'abb de Bernis, dit-elle,
Madame[106] tant  Fontainebleau, elle se mit devant un petit
secrtaire pour crire; il y avait au-dessus un portrait du roi. En
fermant le secrtaire, aprs avoir crit, le portrait tomba et frappa
assez fortement sa tte. Les personnes qui en furent tmoins
s'alarmrent, et on envoya chercher M. Quesnay. Il se fit expliquer la
chose, et ordonna des calmants et une saigne. Comme elle venait d'tre
faite, entre madame de Brancas, qui vit du trouble, du mouvement, et
Madame sur sa chaise longue. Elle demanda ce que c'tait, et on le lui
dit. Aprs avoir tmoign  Madame ses regrets et l'avoir rassure, elle
lui dit: Je demande en grce  Madame et au roi, qui venait d'entrer,
d'envoyer aussitt un courrier  M. l'abb de Bernis, et que madame la
marquise veuille bien lui crire une lettre dans laquelle, sans autre
dtail, elle lui demandera de lui marquer ce que lui a dit sa sorcire,
et qu'il ne craigne pas de l'inquiter. La chose fut faite, et ensuite
madame de Brancas dit que _la Bontemps_ lui avait prdit dans du marc de
caf, o elle voyait tout, que la tte de sa meilleure amie tait
menace, mais qu'il n'en arriverait rien de fcheux. Le lendemain,
l'abb crivit que madame Bontemps lui avait dit aussi: Vous tiez
presque noir en venant au monde, et que cela tait vrai, et qu'on a
attribu cette couleur, qui avait dur quelque temps,  un tableau qui
tait devant le lit de sa mre, et qu'elle regardait souvent ce tableau,
qui reprsentait Cloptre se tuant au moyen d'une piqre d'aspic, que
lui apportait un Maure dans des fleurs. Il dit encore qu'elle lui avait
dit: Vous avez bien de l'argent avec vous, mais il ne vous appartient
pas; qu'effectivement il avait deux cents louis pour remettre au duc de
la Vallire. Enfin il marquait que, regardant dans la tasse, elle avait
dit: Je vois une de vos amies, la meilleure, une grande dame, menace
d'un accident. Qu'il devait avouer, malgr sa philosophie, qu'il avait
pli; qu'elle s'en tait aperue, avait regard de nouveau, et avait
dit: Sa tte sera un peu menace, mais il n'y paratra pas une
demi-heure aprs. Il n'y avait pas moyen de douter du fait, et il parut
fort tonnant au roi, qui fit prendre des informations sur la sorcire,
mais que Madame empcha d'tre poursuivie par la police. Elle protgea
aussi le fameux _comte de Saint-Germain_, qui prtendait avoir plus de
deux mille ans, blanchissait les diamants, faisait grossir les perles,
tait enfin un vritable sorcier, et que, malgr tout ce charlatanisme,
le roi voyait chez madame de Pompadour par amour pour elle.

La liste des pensions contient ensuite:

                                                         Livres.

  A madame Sainte-Perptue, sa tante du ct
    maternel.                                              3,000

      (Elle tait suprieure des ursulines de
      Poissy.)

  A mademoiselle Clerg, ancienne femme de
    chambre de sa mre.                                      600

  Aux capucines de Paris.                                    720

      (C'est dans l'glise de ce couvent qu'elle
      fut inhume.)

  Aux filles de l'Ave-Maria.                                 240

  A madame Becker, religieuse de Saint-Joseph.               240

  A la dame Plantier, nourrice de sa fille.                  200

  A la dame Pin, son ancienne fille de garde-robe.            50

  A Dablon, son pre nourricier.                             300

Madame de Pompadour eut une fille de M. d'tiolles; elle se nommait
Alexandrine. Il parat que sa figure tait charmante et pleine de feu.
Sa mre rvait pour elle les plus brillantes alliances, lorsqu'elle
mourut  quatorze ans, de la petite vrole, dans le couvent de
l'Assomption, o elle tait leve. On voit par ces pensions que madame
de Pompadour n'oubliait pas ceux qui avaient approch sa fille, et cela
explique aussi pourquoi elle protgea toujours ce couvent de
l'Assomption, et y fit faire des embellissements dont nous avons vu le
chiffre au chapitre des btiments.

                                                         Livres.

  Au fils de sa premire femme de chambre.                   212

      (Celle qui la servait sous un nom suppos.)

  Au fils de Douy.                                           300

  Au fils de madame Duhausset, seconde femme
    de chambre.                                              400

  Pour le petit Beaulieu, gentilhomme.                       150

  Pour le petit Capon, gentilhomme.                          300

  Pour la fille Manoy.                                      380

  Pour mademoiselle Guillier.                                300

  Pour mademoiselle de Pontavici.                            250

  Pour madame la baronne de Rhone, ge de
    quatre-vingt-dix ans.                                  3,000

  Pour mesdemoiselles de Farges.                           2,000

  Pour la petite nymphe de Compigne.                        400

  Pour le petit Jean-Simon.                                  300

      (Elle faisait distribuer dans les greniers de
      Versailles, par son homme de confiance, tous
      les ans, 12  13 mille livres.)                     12,000

  Au petit Sans-Bras.                                        144

  A un pauvre boiteux.                                        36

  A madame Questier.                                          72

  A madame de Gosmond, pour tre religieuse.               1,800

  A mademoiselle Dulaurent, pour tre religieuse.          1,800

  A mademoiselle Duhausset.                                  400

  A mademoiselle de Longpr, sa parente.                     600

  A madame de la Croix.                                      300

  A madame Trusson, pour remettre  quelqu'un
     Paris.                                                 240

Puis vient une longue liste des maisons religieuses auxquelles madame de
Pompadour accordait des secours; ces maisons sont au nombre de cinquante
et une.


  Elle leur donnait tous les ans dans le carme.             600

  A tous les curs de ses maisons.                         1,452

  Aux deux curs de Versailles,  chacun 10 louis.           480

  Au cur de Fontainebleau.                                  120

  Au cur de Choisy.                                         120

  Aux soeurs grises de Choisy.                               120

  Aux soeurs grises de Fontainebleau.                        120

  A tous les curs de Compigne.                             600

  A toutes les maisons religieuses de Compigne.           1,200

  A un pauvre abb de Compigne, aux carmlites.              48

  A madame de Villars, pour ses pauvres, tous
    les ans.                                               1,200

  Aux frres de la fort de Snart.                           46

  A la bouquetire du chteau de Versailles, suivant
    la cour.                                                 120

  La fondation d'une grand'messe aux carmlites
    de Compigne.                                            600

  Le jour de l'an,  tous les officiers des petits
    appartements du roi, et garons du chteau,
     chacun une trs-belle veste.                         1,000

  A tous les autres domestiques du roi, suisses
    des appartements grands et petits, valets de
    pied, frotteurs, cochers, postillons et palefreniers
    du roi, et tous les mtiers travaillant
    au chteau.                                            1,200

  A la naissance de Mgr le duc de Bourgogne, elle
    donna 3,000 livres  distribuer aux pauvres
    de Versailles.                                         3,000

  Ainsi qu'aux autres naissances, trois autres fois.       9,000

  Elle fit donner aux pauvres de la Trappe, en
    deux fois.                                            15,000

  Elle fit  Crcy, en deux fois, quarante-deux
    mariages,  l'occasion de la naissance des
    princes. Elle dota mari et femme  raison de
    300 livres et 200 livres pour les habits.             21,000

Telle est la liste de ses dons.

Le manuscrit est enfin termin par une rcapitulation des sommes
dpenses par madame de Pompadour pendant les dix-neuf annes de sa
faveur.--Le total gnral est de 36,924,140 l. 8 s. 9 d.

Voil, sur sa dclaration, le relev de ce que madame de Pompadour a
cot  la France.




IX

LE PARC AUX CERFS SOUS LOUIS XV.

1755-1771.


Il n'est aucun fait historique qui ait rendu plus odieux le nom de Louis
XV, et qui, d'un autre ct, ait donn lieu  plus de divagation parmi
les crivains, que _le mystrieux tablissement du Parc aux Cerfs_. Les
historiens les mieux renseigns ne savent o il tait plac. Les uns, se
fondant sur son nom, en font une ancienne habitation de chasse de Louis
XIII transforme en une sorte de petit palais entour de jardins et de
bois. D'autres le confondent avec l'Ermitage de madame de Pompadour;
personne en un mot, jusqu' ce jour, n'a pu dire d'une manire positive
o il tait plac. Depuis fort longtemps, nous cherchions  dcouvrir
cette nigme historique, et tous nos efforts avaient t inutiles. Il y
a peu de temps qu'en parcourant les Mmoires de madame Campan, nous
fmes frapp d'une anecdote sur Louis XV,  laquelle nous avions fait
jusqu'alors peu d'attention. La voici:

Louis XV, dit madame Campan, avait, comme on le sait, adopt le systme
bizarre de sparer Louis de Bourbon du roi de France. Comme homme priv,
il avait sa fortune personnelle, ses intrts de finance  part.

Louis XV traitait comme particulier dans toutes les affaires ou les
marchs qu'il faisait; il avait _achet au Parc aux Cerfs,  Versailles,
une jolie maison_ o il logeait une de ces matresses obscures que
l'indulgence ou la politique de madame de Pompadour avait tolres pour
ne pas perdre ses droits de matresse en titre. Ayant rform cet usage,
le roi voulut vendre sa petite maison. Svin, premier commis de la
guerre, se prsenta pour l'acheter; le notaire qui tait charg de cette
commission en rendit compte au roi. Le contrat de vente fut pass entre
Louis de Bourbon et Pierre Svin, et le roi lui fit dire de lui apporter
lui-mme la somme en or. Le premier commis runit 40,000 francs en
louis, et, introduit par le notaire dans les cabinets intrieurs du roi,
il lui remit la valeur de sa maison.

Ces renseignements donns par madame Campan, quoique bien incomplets,
puisqu'elle ne donne ni la rue, ni l'poque de la vente et de l'achat,
ni le nom du notaire, taient cependant une prcieuse indication, s'ils
se trouvaient exacts, car ils venaient confirmer l'tablissement de la
petite maison du roi dans le Parc aux Cerfs et donnaient, en outre, le
nom de la personne  laquelle cette maison avait t vendue, lorsque,
par suite d'autres habitudes, elle devint inutile  Louis XV.

Nous rsolmes alors de faire de nouvelles recherches, et nous sommes
parvenu, non sans peine,  dcouvrir cette mystrieuse habitation du
Parc aux Cerfs. Mais, avant tout, rappelons ici ce qu'on entendait par
ce nom de _Parc aux Cerfs_.

Quand Louis XIII acheta la seigneurie de Versailles et y fit construire
un petit chteau, c'tait surtout pour tre plus facilement au milieu
des bois dont ce lieu tait entour et pour s'y livrer au plaisir de la
chasse, qu'il aimait passionnment. Aussi l'un de ses premiers soins fut
de faire lever prs de son habitation les animaux pouvant servir  ses
plaisirs. C'est pour cela qu'il choisit, dans les bois qui couvraient
alors le sol de la ville, un emplacement dans lequel il pt runir et
faire lever des cerfs, des daims, et d'autres btes fauves. Il le fit
entourer de murs, y fit construire quelques habitations de gardes, et ce
lieu reut le nom de _Parc aux Cerfs_.

Le Parc aux Cerfs comprenait tout l'espace situ entre la rue de Satory,
la rue des Rossignols et la rue Saint-Martin. Ce Parc aux Cerfs fut
d'abord conserv par Louis XIV, et la ville se composa du vieux
Versailles et de la ville neuve, ne formant qu'une seule paroisse, celle
de Notre-Dame.

Quelques annes aprs son sjour  Versailles, vers 1694, Louis XIV,
voyant les habitations s'lever avec rapidit dans la ville qu'il venait
de crer, songea  son agrandissement. Le Parc aux Cerfs fut alors
sacrifi. Louis XIV fit abattre les murs, arracher les arbres, dtruire
les maisons des gardes, niveler le sol, et l'on y traa des rues et des
places. Des terrains furent donns, surtout  des gens de la maison du
roi, mais l'on n'y vit cependant s'lever sous son rgne que quelques
rares habitations. Louis XIV mort, Versailles resta pendant quelques
annes comme une ville abandonne. Aucune construction ne s'y fit. Mais
lorsque Louis XV y eut de nouveau fix son sjour, et que la cour y fut
revenue, on vit affluer de toutes parts de nouveaux habitants. Leur
nombre, qui,  la mort de Louis XIV, tait de vingt-quatre mille, fut
presque doubl dans les quinze premires annes du rgne de son
successeur. Les maisons se construisirent de tous cts dans le quartier
du _Parc aux Cerfs_, et les habitants de ce quartier furent si nombreux
que l'on sentit la ncessit de diviser la ville en deux parties gales
et de crer une nouvelle paroisse formant aujourd'hui le quartier ou la
paroisse Saint-Louis.

Revenons maintenant  la petite maison de Louis XV.

Nous n'avions pour nous diriger dans nos recherches que le nom de
_Svin_. Mais dans quel endroit du _Parc aux Cerfs_ tait place cette
maison achete au roi par Svin?

Nous savions que les archives du bailliage de Versailles taient
dposes au palais de justice de cette ville, et que ces archives
contenaient les rles de la rpartition des sommes dues chaque anne par
les propritaires des maisons de Versailles pour les boues et lanternes,
depuis l'anne 1664 jusqu'en 1788. Le dpouillement assez fastidieux de
tous les noms des propritaires du quartier du Parc aux Cerfs nous fit
enfin rencontrer, comme propritaire d'une maison situe rue
Saint-Mdric, en 1772, le nom de _Svin_. La place qu'elle occupait
dans le rle nous indiquait que ce devait tre ou la maison n 2, ou
celle n 4.--Mais tait-ce bien celle ayant appartenu  Louis XV et
indique par madame Campan? Rien ne nous le prouvait, car sur ces rles
nous trouvions immdiatement comme propritaire avant _Svin_ le nom de
_Vallet_.

En cherchant dans les titres actuels de proprit de la maison n 4,
nous avons trouv qu'elle appartenait effectivement  Svin, et qu'elle
fut vendue par ses hritiers, aprs la Rvolution, aux cries du
tribunal civil. Ces titres, ne remontant point au del, nous laissaient
toujours dans l'obscurit sur les noms des propritaires antrieurs 
_Svin_.

       *       *       *       *       *

Nous nous adressmes alors aux possesseurs des maisons nos 2 et 4,
qui nous permirent gracieusement de rechercher dans tous les papiers
antrieurs ce que nous pourrions trouver chez les notaires touchant
cette intressante question. Voici maintenant le rsultat de ces
recherches:

Quand Louis XIV eut dcid de faire un nouveau quartier dans l'ancien
Parc aux Cerfs, les terrains furent donns en proprit  divers
particuliers et surtout aux personnes appartenant  la maison du roi.
C'est ainsi que le roi fit don de l'emplacement occup aujourd'hui par
les nos 2 et 4 de la rue Saint-Mdric  Jacques _Desnoues_, matre
d'htel et l'un de ses valets de chambre. Le 18 juin 1712, _Desnoues_
vend  _J.-B. Pizet, cuyer de la Maison-Fort_, le jardin et la _maison_
qu'il y avait fait construire. Le 27 septembre 1718, nouvelle vente de
cette proprit faite par _J.-B. Pizet_ au profit de _Jean-Michel
Crmer_, bourgeois de Versailles. A cette poque, le jardin n'tait
point enclos de murs. En 1734, _Crmer_ fait construire les murs, ferme
les rues des Tournelles et Saint-Mdric et fait ainsi deux impasses.
Ces impasses portent sur les rles de rpartition des boues et lanternes
les noms de culs-de-sac Saint-Mdric et des Tournelles.

_Crmer_ meurt en 1740. Par suite, la proprit est partage en deux; la
maison et la moiti du jardin choient en partage  _Jean-Michel-Denis
Crmer_, son fils, et l'autre moiti appartient  la _veuve Crmer_.
Elle fait  son tour btir sur sa portion une maison  peu prs
semblable  l'autre formant aujourd'hui le n 2 de la rue Saint-Mdric.

Tel tait l'tat des lieux, lorsqu'en 1755 les agents secrets des
honteuses passions de Louis XV cherchent au roi une petite maison, de
faon  viter la publicit dans ses rendez-vous de galanterie. Quelle
maison pouvait mieux convenir que celle de _Crmer_? Place dans un
quartier retir, au fond d'une impasse, n'ayant de voisins que la maison
construite par la veuve Crmer, dont toutes les fentres regardaient sur
la rue des Tournelles et n'avaient point de vue sur celle du fils, tout
enfin la dsignait  leur choix. Ils proposent son acquisition au roi,
et l'argent est aussitt donn. Il restait un dernier embarras: si le
roi lui-mme ou ses agents bien connus traitent directement de l'achat
de cette maison, il n'y a plus de secret possible, et sa destination
sera bientt dcouverte. On charge alors un tiers inconnu de cet achat.
Un huissier au Chtelet de Paris, nomm _Vallet_, traite directement
avec Crmer, et la maison est achete en son nom. De l l'obscurit qui
a si longtemps rgn sur l'emplacement de ce triste sjour. Qui aurait
pu penser que sous ce nom de _Vallet_, de cet huissier, que les rles
des impts de Versailles portent comme propritaire de cette maison, se
cachait le nom du roi de France[107]?

Crmer croyait avoir vendu  Vallet; mais celui-ci, aussitt
l'acquisition termine, se prsente seul devant notaires et fait la
dclaration suivante:

Aujourd'hui est comparu par-devant les conseillers du roi, notaires au
Chtelet de Paris, soussigns, sieur Franois Vallet, huissier-priseur
audit Chtelet de Paris, y demeurant, rue des Dchargeurs, paroisse
Saint-Germain l'Auxerrois, lequel a dclar ne rien avoir ni prtendre
en l'acquisition qui vient d'tre faite sous son nom, de
Jean-Michel-Denis Crmer et sa femme, d'une maison situe  Versailles,
rue Saint-Mdric, paroisse Saint-Louis, avec ses dpendances, par
contrat pass devant les notaires soussigns, dont Me Patu, l'un
d'eux,  la minute, cejourd'hui; mais que cette acquisition _est pour et
au profit du roi, le prix en ayant t pay des deniers de Sa Majest 
lui fournis  cet effet_; c'est pourquoi il fait cette dclaration,
_consentant que Sa Majest jouisse, fasse et dispose de ladite maison en
toute proprit, sans que le payement, qui sera fait sous le nom du
comparant, des droits de lots et ventes et centime denier, le dcret
volontaire, qui sera fait et adjug, et la jouissance et perception des
loyers, qui pourra tre faite aussi sous son nom, puissent affaiblir la
proprit acquise  Sa Majest de ladite maison et dpendances_,
dclarant que l'expdition dudit contrat d'acquisition et les titres
noncs en icelui ont t par lui remis entre les mains du charg des
ordres de Sa Majest, ce qui a t accept pour Sa Majest par les
notaires soussigns, etc.

Fait et pass  Paris, l'an 1755, le 25 novembre, et a sign:

VALLET.--PATU, BROCHANT.

Ainsi il n'y a plus de doute, c'est bien l la petite maison du Parc aux
Cerfs, si longtemps ignore. Voil le lieu o, depuis l'anne 1755
jusqu'en 1771, furent successivement installes les jeunes filles que
les infmes fournisseurs des plaisirs du roi offraient aux sens blass
de Louis XV.

L'ignorance o l'on tait gnralement sur cette maison, sa grandeur et
son arrangement, le nom de Parc aux Cerfs toujours donn  cette
habitation, tandis que c'tait celui du quartier o elle tait situe,
lui ont fait attribuer beaucoup plus d'importance qu'elle n'en avait
rellement et sont la cause des exagrations dans lesquelles sont tombs
 ce sujet plusieurs historiens.

La tradition et le tmoignage de plusieurs personnes attaches  la
cour, dit Lacretelle, ne confirment que trop les rcits consigns dans
une foule de libelles relativement au Parc aux Cerfs. On prtend que le
roi y faisait lever des jeunes filles de neuf ou dix ans. _Le nombre de
celles qui y furent conduites fut immense._ Elles taient dotes,
maries  des hommes vils ou crdules.

Les dpenses du Parc aux Cerfs se payaient avec des acquits au
comptant. Il est difficile de les valuer; mais il ne peut y avoir
aucune exagration  affirmer qu'elles cotrent _plus de cent millions
 l'tat_. Dans quelques libelles, on les porte jusqu' un milliard.

Nous ne voulons diminuer en rien l'odieux de la conduite de Louis XV, et
nous pensons aussi que l'entretien de ces jeunes filles, les rentes
qu'on leur donnait lorsque le roi en tait dgot, et celles que l'on
faisait  leurs enfants lorsqu'elles en avaient, ont d coter des
sommes assez considrables. Mais la connaissance exacte de la maison du
Parc aux Cerfs ne permet pas d'admettre toutes ces exagrations.

La maison tait petite et  peu prs comme celle du n 2, puisque le
jardin tait derrire et sur le ct. Il tait impossible que dans une
si petite maison il sjournt plus d'une demoiselle  la fois, avec la
dame charge de la garder[108] et le domestique ncessaire pour les
servir. Il faut bien admettre encore que les jeunes filles qui furent
conduites dans ce lieu y demeurrent au moins une anne, puisque la
plupart n'en sortaient que pour devenir mres! Eh bien, si le roi ne
garda cette maison que depuis 1755 jusqu'en 1771, comme nous allons le
voir, c'est--dire seize ans, on ne peut dire _que le nombre de celles
qui y furent conduites fut immense_, et il faut ncessairement un peu
rabattre _du milliard et mme des centaines de millions_ que cotrent
les dpenses du Parc aux Cerfs[109].

Madame de Pompadour, voulant donner  Louis XV des matresses dont elle
n'et rien  redouter pour son pouvoir, protgea ce commerce du roi avec
des jeunes filles, mais il cessa entirement lorsque madame du Barry
eut su concentrer sur elle seule toute la passion du vieux roi dbauch.
La petite maison du Parc aux Cerfs n'ayant plus alors aucun but
d'utilit, Louis XV, qui l'avait achete de ses deniers, la vendit afin
de faire rentrer cet argent dans sa cassette particulire.

Pour cette vente, Louis XV n'avait plus besoin de se cacher sous un faux
nom comme pour l'achat, et, malgr l'assertion de madame Campan, ce
n'est pas comme _Louis de Bourbon_, mais bien comme _roi de France_
qu'il vendit l'ancienne habitation de ses innocentes victimes  J.-B.
Svin.

Voici ce contrat de vente:

Vente par le roi, notre sire,  M. J.-B. Svin, 27 mai 1771.

Par-devant les notaires au bailliage royal de Versailles, soussigns,
fut prsent trs-haut, trs-puissant et trs-excellent prince Louis, par
la grce de Dieu roi de France et de Navarre; lequel a, par ces
prsentes, vendu et abandonn pour toujours et promet garantir de tous
troubles  sieur Jean-Baptiste Svin, huissier de la chambre de madame
Victoire de France et commis principal de l'un des bureaux de la guerre,
demeurant  Versailles, rue Saint-Mdric, paroisse Saint-Louis,  ce
prsent et acceptant acqureur pour lui, ses hoirs et ayant cause, une
maison sise  Versailles, susdite rue Saint-Mdric, paroisse
Saint-Louis, consistant en btiments sur ladite rue, jardin derrire et
 ct, ainsi que ladite maison se comporte sans rserve, appartenant 
Sa Majest au moyen de l'acquisition qu'elle en a fait faire _sous le
nom de Franois Vallet_, huissier-priseur au Chtelet de Paris, de J.
Crmer et lisabeth Quartier, sa femme, par contrat pass devant Me
Patu et son confrre, notaires  Paris, le 25 novembre 1755, insinu et
ensaisin, lequel Vallet a fait sa dclaration au profit de Sa Majest
par acte pass devant ledit Patu et son confrre le mme jour, le brevet
original en papier, laquelle est demeure ci-joint, auxquels Crmer et
sa femme ladite maison appartenait de la manire explique au contrat
sus-dat, tant la dite maison en la censive de Sa Majest et vers elle
charge  raison de vingt sols de cens par arpent par chacun an pour
toutes choses, _de laquelle maison, dont Sa Majest n'a jamais retir
aucun revenu, elle a toujours entendu jouir  titre particulier pour en
disposer ainsi qu'elle jugerait  propos_.

Cette vente faite  la charge dudit cens seulement pour l'avenir, 
compter de ce jour, et sans tre tenu par ledit sieur Svin au payement
d'aucuns droits de lots et ventes, contrles, insinuation et autres qui
pourraient tre prtendus  cause de la prsente vente dont Sa Majest
dispense ledit sieur Svin.

La prsente vente aussi faite moyennant la somme de 16,000 livres;
laquelle somme Sa Majest reconnat avoir prsentement reue par les
mains d'Alain, l'un des notaires soussigns, qui, des deniers  lui
remis par ledit sieur Svin, la lui a paye rellement dlivre en louis
d'or et monnoye ayant cours,  la vue desdits notaires, dont quittance
transportant, dessaisissant, voulant procureur, le porteur donnant
pouvoir.

Reconnaissant, ledit sieur Svin, que Sa Majest lui a fait remettre
l'expdition en parchemin du contrat de vente susdat, ensemble tous les
titres et pices que ledit Vallet a reconnu par icelui lui avoir t
remis par lesdits Crmer et sa femme, dont dcharg.

Par ainsi promettant, obligeant, renonant; fait et pass audit
Versailles _ l'gard de Sa Majest en son appartement au chteau_, et 
l'gard dudit sieur Svin s tud, l'an 1774, le 27 mai, avant midi. Sa
Majest a sign, ainsi que ledit sieur Svin. Sign: LOUIS, SVIN, DUCRO
et ALAIN.

Il rsulte donc de ces diverses pices que la fameuse maison dsigne
dans l'histoire de Louis XV sous le nom de _Parc aux Cerfs_ tait place
au n 4 de la rue Saint-Mdric.

Aujourd'hui cette maison a entirement chang d'aspect; transforme en
un fort joli htel par les propritaires qui l'ont successivement
habite depuis quelques annes, elle ne rappelle plus rien de cette trop
clbre _petite maison_.




X

MADAME DU BARRY.

1768-1793.


Les archives de la prfecture de Seine-et-Oise contiennent deux cartons
avec cette suscription: _Madame du Barry_. Ces cartons renferment en
effet un grand nombre de papiers transports dans les archives du
district de Versailles, lors de sa condamnation  mort, en 1793. A cette
poque, on apporta  Versailles tout ce qui fut trouv de papiers au
chteau de Louveciennes. Ils taient fort nombreux, et furent pour la
plupart rendus  la famille en 1825. On peut voir par l'inventaire
dress alors, qui se trouve plus loin, qu'un grand nombre d'entre eux
taient du plus haut intrt. Tels qu'ils sont, ceux de la prfecture de
Versailles sont encore fort curieux et mritent d'tre connus.

On a crit plus d'une fois la vie de madame du Barry; mais dans tous ces
crits le vrai est frquemment ml au faux, et ce sont pour la plupart
de vritables romans.

Les documents renferms aux archives de Seine-et-Oise, et d'autres que
nous avons puiss  des sources aussi sres[110], s'ils ne nous
clairent pas sur tous les points de la vie de cette clbre matresse
de Louis XV, nous mettent au moins  mme d'tablir avec certitude
plusieurs faits principaux.

Vers 1767, un homme, comme on en voit souvent dans les grandes
capitales, sans principes et sans moeurs, mais non pas sans esprit, le
comte _Jean du Barry_, rencontra dans une de ces maisons qu'on
appellerait aujourd'hui du _demi-monde_ une des plus jolies personnes
qu'il et encore vues de sa vie. Frapp de sa beaut et de ses grces,
il lui donna aussitt le nom de l'_Ange_, et vit tout le parti qu'il en
pourrait tirer dans l'intrt de sa fortune et de son ambition. Ds ce
moment il rva et parvint  en faire la matresse du roi.

Depuis l'anne 1764, date de la mort de madame de Pompadour, Louis XV
n'avait plus de matresse en titre, et il commenait  se lasser de ses
amours obscures du Parc aux Cerfs. Le comte du Barry tait ami de
Lebel, ce valet de chambre du roi, dont le principal emploi est connu de
tout le monde. Il est de certains hommes qui finissent toujours par se
donner la main. Du Barry lui prsenta mademoiselle l'Ange, et Lebel,
frapp de sa beaut, n'hsita point  la mettre en rapport avec le
roi.--Ds la premire entrevue, Louis XV fut tellement subjugu par les
charmes de mademoiselle l'Ange, qu'il ne voulut plus entendre parler
d'une autre femme. Les rendez-vous se succdrent rapidement, et le roi
brla du dsir de la dclarer matresse en titre. Mais mademoiselle
l'Ange n'avait point de nom, et pour paratre  la cour et y jouer un
rle aussi important, il fallait qu'elle ft revtue d'un titre et
qu'elle et une position sociale un peu moins quivoque. Le comte Jean
du Barry aimait bien plus mademoiselle l'Ange pour les avantages qu'elle
pouvait lui rapporter que pour elle-mme, et il n'aurait pas hsit 
lui donner sa main et son nom; mais il tait mari. Un autre, en
pousant la matresse du roi, profiterait de tous les avantages rvs
pour lui-mme, et que la reconnaissance de celle qu'il allait lever 
une si haute position lui assurait! Il rsolut alors de lui donner son
propre nom, en lui faisant pouser son frre, et de conserver par cette
alliance l'ascendant qu'il avait pris sur l'esprit de la nouvelle
favorite.

Le comte _Guillaume du Barry_, le mari futur de la matresse du roi,
tait un pauvre officier des troupes de la marine, vivant  Toulouse
avec sa mre. Son frre lui crivit aussitt pour lui proposer ce
mariage, et lui faire envisager la brillante fortune qui en rsulterait
pour lui et sa famille. Guillaume n'tait pas plus scrupuleux que Jean,
il accepta avec joie sa proposition et partit immdiatement pour Paris.
Cependant, pour contracter ce mariage, il fallait le consentement de sa
mre. Cette dame ne le refusa pas; mais, soit par respect pour son nom,
soit pour toute autre raison, elle ne voulut pas sanctionner par sa
prsence un acte si peu honorable, et elle chargea une autre personne de
la reprsenter dans tout ce qui allait tre fait. Le comte Guillaume
arriva donc  Paris, muni de la pice que voici:

Par-devant le notaire royal de la ville de Toulouse et tmoins bas
nomms, fut prsente dame _Catherine de Lacaze_, veuve de noble _Antoine
du Barry_, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis, habitant de
cette ville;

Laquelle a fait et constitu pour son procureur gnral et spcial M.
Jean Gruel, ngociant, rue du Roule,  Paris, auquel elle donne pouvoir
de, pour elle et en son nom, consentir que noble Guillaume du Barry, son
fils, ancien officier d'infanterie, contracte mariage avec telle
personne qu'il jugera  propos, pourvu toutefois qu'elle soit approuve
et agre par ledit sieur procureur constitu, et que la bndiction
nuptiale lui soit dpartie suivant les constitutions canoniques, par le
premier prtre requis, sans cependant que ladite dame constituante
entende rien donner  son fils dans son contrat de mariage; voulant en
outre que les prsentes vaillent nonobstant surannotation et jusqu'
rvocation expresse, promettant, obligeant, renonant.

Fait et pass audit Toulouse, dans notre tude, le quinzime jour du
mois de juillet, avant midi, l'an 1768, en prsence des sieurs
Bernard-Joseph Fourmont et Bonaventure Calvet, praticiens, habitant
cette ville, soussigns, avec ladite dame constituante et nous, notaire.

    _Sign_: DELACAZE DU BARRY, FOURMONT,
    B. CALVET, et SANS, notaire, avec
    paraphe[111].

A son arrive  Paris, Guillaume du Barry descendit  l'htel de son
frre, rue Neuve des Petits-Champs. Celui-ci ne perdit pas un seul
instant, et huit jours aprs le consentement de leur mre, le 23
juillet, il faisait signer  Guillaume le curieux contrat de mariage qui
suit:

Par-devant les conseillers du roi, notaires au Chtelet de Paris,
furent prsents:

Haut et puissant seigneur messire Guillaume comte du Barry, chevalier,
capitaine des troupes dtaches de la marine, demeurant  Paris, rue
Neuve des Petits-Champs, paroisse Saint-Roch, majeur, fils de dfunt
messire Antoine, comte du Barry, chevalier de l'ordre royal et militaire
de Saint-Louis, et de dame Catherine Delacaze, son pouse, actuellement
sa veuve, demeurant  Toulouse, contractant pour lui et en son nom;

Sieur Andr-Marie Gruel, ngociant  Paris, y demeurant, rue du Roule,
paroisse Saint-Germain l'Auxerrois, au nom et comme fond de la
procuration spciale  l'effet du mariage dont va tre parl, de ladite
dame du Barry mre, pass devant _Sans_, notaire royal  Toulouse, en
prsence de tmoins, le 15 juillet prsent mois, dont l'original, dment
contrl et lgalis, est,  la rquisition du sieur Gruel, demeur
annex  la minute des prsentes, pralablement de lui certifi
vritable, sign et paraph en prsence des notaires soussigns.

Ledit sieur Gruel, audit nom, assistant et autorisant autant que de
besoin ledit seigneur comte du Barry, d'une part;

Et sieur _Nicolas Ranon_, intress dans les affaires du roi, et dame
_Anne Bcu_, son pouse, qu'il autorise  l'effet des prsentes,
demeurant  Paris, rue du Ponceau, paroisse Saint-Laurent, ladite dame
auparavant _veuve du sieur Jean-Jacques Gomard de Vaubernier_, intress
dans les affaires du roi, stipulant pour _mademoiselle Jeanne Gomard de
Vaubernier_, fille _mineure_ de ladite dame Ranon et dudit feu sieur
Gomard de Vaubernier, _son premier mari_, demeurant avec eux;  ce
prsente et de son consentement pour elle et en son nom;

Lesquels, dans la vue du mariage propos et agr entre ledit sieur
comte du Barry et ladite demoiselle Gomard de Vaubernier, qui sera
clbr incessamment en face d'glise, ont pris par ces prsentes
volontairement fait et rdig les clauses et conditions civiles dudit
mariage ainsi qu'il suit, en la prsence et de l'_agrment_ de haut et
puissant seigneur _messire Jean, comte du Barry-Crs_, gouverneur de
Lvignac, frre an dudit seigneur, futur poux, et de _Claire du
Barry_, demoiselle majeure, soeur dudit seigneur futur poux.

ARTICLE PREMIER.--Il n'y aura point communaut de biens entre ledit
seigneur et demoiselle future pouse, drogeant  cet gard  la coutume
de Paris et  toute autre qui l'admette entre conjoints; et, au
contraire, ils seront et demeureront spars de biens, et ladite
demoiselle future pouse aura seule la jouissance et l'administration
des biens, droits et actions, meubles et immeubles qui lui appartiennent
et pourront lui appartenir dans la suite _ tel titre que ce soit_.

ART. 2.--La demoiselle future pouse se marie avec les biens et droits
qui lui appartiennent et qui lui appartiendront par la suite, _dont elle
aura l'administration_, comme il est ci-devant dit. Et son mobilier
consiste en la somme de 30,000 livres, compos de bijoux, diamants,
habits, linge, dentelles et meubles  son usage, le tout _provenant de
ses gains et conomies_, et dont, pour viter la confusion avec le
mobilier dudit sieur futur poux, il a t fait et dress un tat,
transcrit sur les deux premires pages d'une feuille de papier  lettre,
lequel est,  leur rquisition, demeur annex  la minute des
prsentes, aprs avoir t desdites parties contractantes certifi
vritable, sign et paraph en prsence des notaires soussigns.

ART. 3.--Tous les meubles et effets qui se trouveront dans les maisons
qu'occuperont les futurs poux, tant  Paris qu' la campagne, autres
que ceux dsigns dans l'tat ci-devant annex, seront censs appartenir
et appartiendront en effet audit seigneur futur poux, et si dans la
suite ladite demoiselle future pouse fait quelque achat de meubles et
effets, elle sera tenue de retirer quittances en forme et, par-devant
notaire, du prix d'iceux.

ART. 4.--Tous les biens appartenant aux demoiselle et seigneur futurs
poux, et ceux qui leur choiront pendant le mariage,  tel titre que ce
soit, tant en meubles qu'immeubles, seront rputs propres  chacun
d'eux et aux leurs, de cts et lignes respectivement.

ART. 5.--Ledit seigneur futur poux a dou et doue la demoiselle future
pouse de 1,000 livres de rente de douaire prfix, dont le fonds, en
denier 25, demeurera propre aux enfants  natre dudit mariage.

ART. 6.--Arrivant le dcs de l'un des futurs poux, le survivant aura
et prendra sur les biens du prdcd, par forme de gain de survie, en
meubles et effets priss sans crue, la somme de 10,000 livres ou ladite
somme en deniers comptants, au choix dudit survivant.

ART. 7.--Il est convenu que ladite demoiselle future pouse _demeurera
charge seule de la conduite et de toutes les dpenses du mnage_, tant
pour la nourriture que pour les loyers ou appartements qu'ils
occuperont, gages de domestiques, linge de table, ustensiles de mnage,
entretien d'quipages, nourriture de chevaux et _toutes autres dpenses
quelconques sans exception_, tant envers ledit seigneur futur poux
qu'envers les enfants  natre dudit mariage, qu'elle sera tenue
d'lever et faire duquer  ses frais,  la charge par ledit seigneur
futur poux, ainsi qu'il s'y oblige, de payer  ladite demoiselle future
pouse la somme de 6,000 livres de pension, pour tenir lieu de sa moiti
dans lesdites dpenses et entretien du mnage, par chaque anne, de six
mois en six mois, et toujours d'avance, en sorte que les six premiers
mois seront exigibles le lendemain de la clbration du mariage.

C'est ainsi que le tout a t convenu et arrt entre les parties,
promettant, obligeant, renonant.

Fait et pass  Paris, en la demeure dudit seigneur comte du Barry,
futur poux susdsign.

L'an 1768, le 23 juillet aprs midi, et ont sign: J. GOMARD DE
VAUBERNIER, le CHEVALIER DU BARRY, GRUEL, le COMTE DU BARRY-CRS, A.
BCU, C.-F. DU BARRY, RANON.

La minute des prsentes demeure  Me Garnier-Deschnes, l'un des
notaires, etc.[112].

Par ce singulier contrat de mariage, madame du Barry tait parfaitement
libre de faire tout ce que bon lui semblait, et le comte n'entrait dans
cet acte que pour lui donner un nom et lui permettre de recueillir
compltement les avantages de la position que l'on venait de lui
procurer.

Il est dit dans le contrat que la future pouse possde une somme de
30,000 livres en mobilier. Voici le dtail assez curieux des divers
objets qui composaient cette somme de 30,000 livres provenant des _gains
et conomies_ de mademoiselle l'Ange, d'aprs l'tat annex au contrat
de mariage:

tat des meubles, habits, linge, hardes et bijoux, dentelles et autres
effets appartenant  mademoiselle Gomard de Vaubernier:

  1 Un collier de diamants fins, valu
    .                                                     8,000 liv.

  2 Une aigrette et une paire de boucles
    d'oreilles en girandolle, le tout
    estim .                                              8,000

  3 Un lit complet, les rideaux, ciel,
    dossier et bonnes grces de damas vert;
    une tenture servant de tapisserie, de
    pareil damas; huit chaises, quatre fauteuils
    et deux rideaux de fentres aussi
    en pareil damas vert, le tout valu .                3,000 liv.

  4 Trente robes et jupons de diffrentes
    toffes de soie or et argent, de
    toutes saisons, values .                            3,000

  5 Dentelles d'Angleterre, de Bruxelles,
    de Valenciennes, d'Argentan et autres,
    tant en garnitures de robes qu'en
    manchettes, bonnets ou autrement.                      6,000

  Six douzaines de chemises fines de
    toile de Hollande, garnies de manchettes
    de mousseline brode; douze dshabills
    complets de diffrentes toffes de
    soie et autres; deux douzaines de corsets
    et plusieurs autres linges et effets
     l'usage de ladite demoiselle de Vaubernier,
    le tout valu .                                      2,000

                      Total.                              30,000 l.[113].

Tels taient les cadeaux de noces que le royal amant donnait  la
nouvelle pouse. Ce qui domine surtout dans ces divers objets, ce sont
les diamants, les robes, les dentelles, tous les ornements de toilette,
et l'on verra plus tard que le mme got prside aux dpenses de madame
du Barry pendant toute sa grandeur.

Un mois aprs le contrat, a lieu la clbration du mariage. A cette
crmonie n'assistent ni la mre du mari, ni celle de la marie, et
l'on voit cette dernire reprsente par un personnage sur lequel nous
reviendrons dans la suite. L'acte de clbration est ainsi conu:

Le 1er septembre 1768, aprs publication de trois bans sans
empchement, en cette paroisse Saint-Laurent et en celle de
Saint-Eustache, les 24, 25 et 31 juillet dernier, vu la procuration
donne par la mre de l'poux  M. Jean Gruel, ngociant  Paris, rue du
Roule, auquel elle donne pouvoir de, pour elle et en son nom, consentir
au prsent mariage; vu pareillement la procuration des beau-pre et mre
de l'pouse, donne  messire _Jean-Baptiste Gomard_, prtre, aumnier
du roi, auquel ils donnent pouvoir de les reprsenter lors de la
clbration de ce mariage, les fianailles clbres aujourd'hui, ont
t par nous maris messire Guillaume, comte du Barry, ancien capitaine,
et demoiselle Jeanne Gomard de Vaubernier, ge de vingt-deux ans, fille
de Jean-Jacques de Vaubernier, intress dans les affaires du roi, et
d'Anne Bcu, dite Cantigny, etc.[114].

Madame du Barry marie, le comte son mari retourna  Toulouse, et elle
vint s'tablir dfinitivement  Versailles. Le roi n'attendait que cela
pour se livrer tranquillement  toute sa passion.

Elle eut un appartement dans le chteau. Cet appartement tait situ au
deuxime tage prcisment au-dessus de celui du roi[115]. Louis XV
pouvait s'y rendre  toute heure et sans tre vu, soit par un escalier
aboutissant au balcon de la cour des Cerfs, soit par la bibliothque
situe au-dessus du grand cabinet, dont une porte ouvrait sur un petit
palier donnant entre dans un des deux cabinets placs de chaque ct de
l'alcve de la chambre  coucher de madame du Barry.

De ce moment, madame du Barry allait avoir des quipages et des gens: il
fallait les loger en ville et avoir un htel, comme tous les grands
seigneurs qui habitaient Versailles.

Le 22 dcembre 1768, on passe un bail en son nom avec la veuve _Duru_,
pour un htel situ  Versailles, rue de l'Orangerie[116], et c'est l
qu'elle tablit sa maison.

Madame du Barry tait installe au chteau, mais le roi ne la voyait
qu'en particulier. Elle ne pouvait monter dans les carrosses de la cour
et elle ne paraissait point en public; pour cela, il aurait fallu que
la favorite ft prsente et ft ainsi partie des dames de la cour. Le
roi le dsirait ardemment, et madame du Barry encore plus. Malgr les
obstacles qui semblaient devoir s'y opposer, cette prsentation se fit
rapidement, et elle eut lieu le 22 avril 1769. Ds ce moment, madame du
Barry fut reconnue comme matresse en titre, et entoure d'une foule de
courtisans qui, jusqu' sa chute, ne cessrent de briguer ses faveurs.

On a vu de quoi se composait la dot de mademoiselle l'Ange, mais cela ne
pouvait plus suffire  la matresse du roi. Aussi, ds les premiers
jours de 1769, le roi lui constistue 100,000 livres de rentes viagres
sur la ville de Paris, et 10,000 livres de rente sur les tats de
Bourgogne. Madame de Pompadour avait eu prs de Versailles une
habitation princire[117], il en fallut une  madame du Barry.

En 1690, Louis XIV avait achet  M. de Valentinay la belle terre et le
chteau de Louveciennes. Il en fit don  la princesse de Conty, sa
fille. A la mort de la princesse, cette terre passa au comte de
Toulouse, puis au duc de Penthivre. Le 7 mai 1768, le prince de
Lamballe y tant mort des suites de ses dbauches, son pre, le duc de
Penthivre, ne voulut plus habiter une terre qui lui rappelait de si
tristes souvenirs, et il la vendit au roi. Louis XV la donna  madame
du Barry, et par brevet du roi du 24 juillet 1769, elle obtint, sa vie
durant, la _jouissance de la maison, jardins et dpendances de
Louveciennes_[118]. On voit, dans le relev des dpenses de madame de
Pompadour, que dans les premires annes de sa faveur, Louis XV lui
faisait des cadeaux d'une valeur fort considrable; c'est ce qui eut
lieu aussi pour madame du Barry. Le 1er janvier 1770, le roi entra de
bonne heure chez sa matresse, et, en l'embrassant, lui remit un brevet
sign le 23 dcembre prcdent, qui lui concdait, sa vie durant, _les
Loges de Nantes_. Ce que l'on nommait _les Loges de Nantes_ tait une
runion de _boutiques, baraques et appentis tablis sur la contrescarpe,
 Nantes_, et rapportant environ 40,000 livres de rente.

Mais les libralits du roi pour sa nouvelle matresse ne s'arrtaient
pas l, et il fournissait avec abondance l'argent ncessaire  ses
nombreuses dpenses.

Madame de Pompadour reut une brillante ducation; artiste elle-mme,
elle aimait les arts et les artistes, et ses dpenses consistent plus
dans la cration de charmants sjours, embellis par les arts de la
peinture et de la sculpture, en concerts dlicieux, en reprsentations
thtrales, en tout ce qui est le rsultat d'une ducation recherche et
de bon got qu'en dpenses personnelles et de toilette. Madame du
Barry, au contraire, n'ayant reu aucune ducation, et arrive  jouer
un rle si important par sa seule beaut, ne pensa qu'aux moyens de
faire valoir ses charmes, et dirigea toutes ses dpenses vers la
toilette, le luxe et la recherche de ses appartements intimes.

On peut juger par la quantit de robes, d'toffes de toutes sortes, de
dentelles, de bijoux trouvs chez elle  sa mort, de son got effrn
pour la toilette. Ainsi, il y avait de dentelles, toffes, robes,
corsets et linge de corps, pour 160,029 livres 5 sols;--de bijoux,
diamants, montres, etc., pour 400,000 livres[119];--et elle devait
encore, entre autres objets de toilette, 40,896 livres 13 sols 
mademoiselle _Bertin_, sa marchande de modes  Paris, et 2,275 livres 6
sols  M. _Bataille_, son parfumeur  Versailles.

Elle fit de son appartement de Versailles une suite de boudoirs
dlicieux.

Les objets qui en faisaient l'ornement sont dcrits dans les Mmoires
conservs aux archives de la prfecture de Seine-et-Oise. La description
de quelques-uns de ces objets fera juger de ce que devait tre ce
charmant logis[120].

Dans le salon, on voyait sur la chemine une magnifique pendule 
colonnes, orne de figures de porcelaine; au milieu, une superbe table
orne de porcelaines de France: le dessus, qui tait le morceau
principal, reprsentait un tableau en miniature d'aprs _Leprince_, les
garnitures de bronze, parfaitement ciseles et dores d'or mat.--Il y
avait aussi un trs-beau forte-piano anglais, qu'on avait fait organiser
 Paris par le fameux _Clicot_, avec fltes et galoubet, un mouvement
pour le luth et deux autres pour les cymbales; la caisse, que l'on fut
oblig d'y ajouter pour contenir les tuyaux et les soufflets, tait
plaque en bois rose et  mosaques blanches et bleues, et
trs-richement garnie de bronzes dors d'or mat.--Sur un des cts tait
une superbe commode d'ancien laque, de la premire qualit, le panneau
du milieu  magots trs-richement habills; les frises plaques en
bne, les garnitures de bronze, ciseles et dores d'or mat; le marbre
blanc de statuaire.--Et de l'autre ct une autre belle commode, orne
de cinq morceaux de porcelaine de France,  fleurs et filets d'or,
trs-richement garnie de bronzes bien finis et dors d'or mat; le dedans
doubl en tapis vert et galonn d'or; le marbre blanc de statuaire.--Sur
chacune de ces commodes se trouvaient: d'un ct un trs-fort groupe de
bronze et de couleur antique, compos de quatre figures reprsentant
l'enlvement d'Hlne par Pris, le tout sur un pied de bronze dor d'or
moulu;--et de l'autre ct un autre groupe de bronze, plus petit, et
d'aprs _Sarrazin_, compos de cinq enfants qui jouent avec un bouc; le
tout sur un pied de marqueterie de _Boule_, et orn de bronzes dors
d'or moulu;--enfin un fort lustre de cristal de roche,  six luminaires,
et ayant cot 16,000 livres, tait appendu au milieu de la pice. Comme
l'on jouait souvent dans ce petit salon, madame du Barry avait fait
faire une bote de jeux, dont ces Mmoires nous ont conserv la
description: cette bote tait en acajou, double en tabis bleu,
galonne en or; elle renfermait quatre botes  quadrilles en ivoire, le
trfle, le pique, le coeur et le carreau en or incrust sur chacune
desdites botes et entours d'un cartouche avec noeuds de rubans, le
tout en or et aussi incrust;--les quatre-vingts fiches et les vingt
contrats distingus par le trfle; le pique, le coeur et le carreau,
aussi en or et incrusts.

Dans la chambre  coucher, il y avait une commode orne de tableaux de
porcelaine d'aprs _Watteau_ et _Wanloo_, trs-richement garnie de
bronzes trs-bien finis et dors d'or mat;--un secrtaire en armoire, de
porcelaine de France, fond vert et  fleurs, richement garni de bronzes
dors d'or moulu.--On voyait sur les meubles deux cuvettes  mettre des
fleurs, en porcelaine de France, fond petit vert,  marines en
miniatures.--Une cuvette gros bleu caillout d'or, avec des sujets de
_Teniers_, en miniature, et deux autres, moins grandes et dcores de
mme.--Sur la chemine, une pendule dore d'or de Germain: elle
reprsentait les trois Grces supportant un vase dans lequel tait un
cadran tournant, et au-dessus un Amour indiquait l'heure avec sa
flche; le tout tait lev sur un pidestal trs-bien cisel et dor.

Le cabinet ne le cdait point au reste: sur la chemine tait une
pendule  vase et serpent, en bronze dor d'or moulu, le cadran
tournant; le pidestal garni de trois morceaux de porcelaine de France,
fond bleu, avec des enfants en miniature; le dard du serpent fait en
marcassite. On y voyait aussi une trs-jolie table  gradins, en
porcelaine de France, fond vert et cartouches  fleurs, trs-richement
orne de bronzes dors d'or moulu, le dessus du tiroir couvert d'un
velours vert et les pices d'critoire dores. Sur des tagres on
remarquait, parmi une quantit d'objets de toutes sortes: une cassette
d'ancien laque, fond noir, ouvrage en or de reliefs et aventurine, avec
paysages et magots;--cinq tasses et soucoupes d'ancien Saxe,  tableaux
et  miniatures, avec la thire et la bote  th pareilles;--une cave,
compose de quatre gros flacons, un gobelet et sa soucoupe, le tout de
cristal de roche; six petits flacons de cristal de Bohme; deux cuillers
et un entonnoir d'or; les dix flacons garnis d'or et le tout dans une
bote de bois des Indes garnie de velours rouge. Cette jolie cave avait
t achete  la vente de madame de Lauraguais.--Enfin on remarquait
encore dans ce cabinet un baromtre et un thermomtre de Passemant,
monts trs-richement en bronzes dors d'or moulu, et orns de trois
plaques de porcelaine de France,  enfants en miniature.

Tout, jusqu'aux lieux les plus secrets de ce petit appartement, portait
le got du luxe de la comtesse. Ainsi, dans le petit couloir qui menait
 la garde-robe, on voyait, au-dessous de la croise, une commode 
portes de 52 pouces de long, en bois rose et garnie de bronzes dors
d'or moulu, le marbre en brche d'Alep; et _dans la garde-robe, un
meuble de toilette secrte  dossier, en marqueterie, fond blanc, 
mosaques bleues et filets noirs, avec rosettes rouges, garni de velours
bleu brod d'or, et sabots dors d'or moulu_; la bote  ponges et la
cuvette en argent; deux tablettes d'encoignure, aussi en marqueterie,
garnies de bronzes dors d'or moulu; et une _chaise de garde-robe en
marqueterie pareille aux autres meubles, la lunette recouverte de
maroquin, et les poignes et sabots dors d'or moulu_.

Aussitt que madame du Barry eut la jouissance du chteau de
Louveciennes, elle y fit faire de nombreux travaux. Mais quoiqu'elle y
et dpens beaucoup d'argent, elle ne put transformer en boudoirs de
_petite maison_ ces grands appartements btis pour une fille de Louis
XIV. Elle y renona, et tout en conservant le chteau principal, elle
fit btir, un peu plus loin, un _pavillon_ beaucoup plus appropri  la
destination galante qu'elle voulait lui donner.

Ce pavillon, d'o l'on jouit d'une vue magnifique et qui, regard des
bords de la Seine, est d'un effet trs-pittoresque et parat suspendu
dans les airs, fut bti par l'architecte Ledoux, pendant les annes 1771
et 1772. On appela les plus habiles artistes pour travailler  son
embellissement, et l'intrieur tait un vritable modle de got et
d'lgance.

On se doute bien que les appartements particuliers de la comtesse, dans
cette nouvelle habitation, ne le cdaient pas  ceux de Versailles, et
en parcourant les cartons de la prfecture de Seine-et-Oise, on voit
figurer, dans les diverses parties du pavillon de Louveciennes, des
objets analogues  ceux dj indiqus  Versailles.

Louis XV, quand il venait  Louveciennes, n'avait pas d'autre
appartement que celui de la comtesse, except pourtant la partie
destine  sa toilette. On sait qu'il tait extrmement soigneux de sa
personne, et il est  prsumer que dans ce lieu il devait avoir
quelquefois besoin de rparer le dsordre de sa tenue.

Cette partie, compltement rserve au roi, se composait d'une
antichambre, d'un cabinet et d'une garde-robe. L'antichambre, tapisse
en damas bleu et blanc, n'offrait aucun meuble remarquable. Dans le
cabinet de toilette, il y avait dans la chemine un feu dor d'or moulu,
 trophes militaires, garni de pelle, pincettes et tenailles
analogues.--Sur la chemine, une garniture de trois pices de porcelaine
de Saxe  petites fleurs en relief, sur un fond petit bleu, avec
cartouches en miniatures sur fond d'or, et ornes de bronzes dors d'or
moulu.--Une paire de flambeaux, cannels de bronze dor d'or moulu.--De
chaque ct de la chemine, une forte paire de bras  trois branches et
colliers de perles, en bronze dor d'or moulu.--De l'autre ct, en face
de la chemine, une paire de girandoles  trois branches, d'un nouveau
modle de got antique, dores d'or moulu.--Au-dessous, une commode
d'ancien laque du Japon, richement orne de bronzes dors, avec son
marbre de cinq pieds en gruotte d'Italie.--Enfin, au milieu tait un
fauteuil  poudrer, garni de maroquin rouge, avec un coussin sur fond de
canne, et devant une table d'bnisterie  mosaques, sur fond gris
satin, avec une tablette dans les jambes, et garnie en bronzes
dors.--Quant  la garde-robe, elle renfermait tous les meubles dj
indiqus dans celle de madame du Barry, except cependant qu'au lieu du
raffinement de luxe observ dans ceux de la comtesse, ils taient fort
simples et tous en bois de noyer[121].

Au milieu des grandeurs de la favorite, la famille du Barry ne
s'oubliait pas. Dj plusieurs fois le mari de la comtesse, _Guillaume_
du Barry, tait venu tourmenter sa femme de ses dolances et avait
cherch  obtenir par elle des faveurs et de l'argent. Pour faire cesser
ces importunits, madame du Barry lui constitua 5,000 livres de rente,
et par sentence contradictoire du Chtelet de Paris du 1er avril
1772, elle fut spare d'habitation avec son mari[122]. Quant au comte
_Jean_, il avait toujours conserv un certain ascendant sur madame du
Barry. Il avait plac auprs d'elle sa propre soeur, mademoiselle
_Claire du Barry_, petite bossue que la comtesse aimait fort peu, pour
surveiller toutes ses actions et lui rappeler sans cesse que sa faveur
tait due  son frre, et qu'elle devait en tre reconnaissante. On
verra qu'il sut en tirer ainsi des sommes s'levant  plus d'un million.
Mais il ne voulait pas seulement de l'argent, il fallait encore qu'il
profitt de la favorite pour satisfaire son ambition. Le comte Jean
avait un fils, dbauch comme le pre; il voulut le marier  une fille
de grande maison, et pouvoir,  l'aide de cette alliance, marcher de
pair avec les premires familles de la cour. C'est ce qu'il parvint 
raliser grce  la faveur et surtout  l'argent de madame du Barry.

M. le prince de Soubise avait pour parente une jeune personne d'une
grande beaut, mais peu riche, la fille du marquis de Tournon. Ce fut
elle que l'on destina au fils du comte du Barry. A peine ge de
dix-sept ans, mademoiselle de Tournon tait encore au couvent lorsque
l'on dcida de son sort. Par ce mariage, les du Barry s'alliaient
presque au sang royal, puisque la mre du duc de Bourbon, fils du prince
de Cond, tait fille du prince de Soubise. Le roi, sous l'influence de
madame du Barry, pressait fortement la conclusion de ce mariage; le
prince de Soubise le dsirait aussi, le prince de Cond seul s'y
opposait. Mais enfin, vaincu par les instances du roi, il y donna son
consentement. Le 18 juillet 1773, le roi et la famille royale signrent
le contrat de mariage du vicomte du Barry avec mademoiselle de Tournon;
quelques jours aprs ils reurent la bndiction nuptiale, et le 1er
aot suivant, la nouvelle vicomtesse tait prsente au roi et  la
famille royale par madame du Barry elle-mme.

En faveur de ce mariage, le vicomte du Barry fut fait capitaine des
Suisses de M. le comte d'Artois, et sa femme, qui reut en dot 200,000
livres de madame du Barry[123], fut nomme dame pour accompagner la
comtesse d'Artois.

Madame du Barry acheta fort peu de biens pendant sa grandeur. Elle fit
l'acquisition d'une maison  Saint-Vrain, prs Arpajon, et d'une petite
ferme appele la _Maison-Rouge_,  Villiers-sur-Orge, prs de
Lonjumeau[124].

On a vu par le contrat de mariage de madame du Barry que sa mre se
nommait madame _Ranon_. En effet, elle avait pous, en 1749, un nomm
_Ranon_, commis aux aides, titre qu'on changea, dans le contrat de la
comtesse, en celui d'_intress dans les affaires du roi_. On conoit
qu'avec un si mince emploi pour toute fortune, M. et madame Ranon
devaient mener une assez triste existence. Dans sa haute position,
madame du Barry n'oublia pas sa mre. Elle allait souvent la voir, et
elle la mit  mme de vivre largement. Quoiqu'elle n'et ni les manires
ni le langage d'une femme de qualit, on ne pouvait cependant continuer
de donner ce nom de Ranon  la mre d'une comtesse qui avait l'insigne
honneur d'tre la matresse du roi, et on l'appela madame de Montrable.
C'est pour madame de _Montrable_ que madame du Barry acheta _la
Maison-Rouge_, et cette dame l'habita fort longtemps.

La maison de madame du Barry tait devenue trs-considrable, et ses
quipages et ses gens ne pouvaient plus tenir dans l'htel de la rue de
l'Orangerie, qu'elle avait lou la premire anne de son arrive 
Versailles[125]. Il y avait, sur l'avenue de Paris, une charmante
habitation construite par _Binet_, valet de chambre du Dauphin et parent
de madame de Pompadour. Madame du Barry l'acheta pour y faire construire
un grand htel. _Ledoux_, son architecte, tout en conservant le joli
pavillon de _Binet_, y fit ajouter des constructions considrables, afin
d'y placer les chevaux, les voitures et les gens. C'tait un vritable
palais, et l'on alla mme jusqu' y lever une chapelle,  laquelle,
pour la desservir, madame du Barry nomma un aumnier en titre[126].

Madame du Barry tait arrive au comble de la faveur; le roi n'tait pas
encore dans un ge trs-avanc (64 ans), tout lui faisait esprer une
longue carrire dans le poste qu'elle occupait; et cependant, quelques
jours encore, et toute cette grandeur allait disparatre. Louis XV, dj
triste et souffrant, venait, pour se distraire, de passer quelques jours
 Trianon, lorsqu'il y fut atteint de la petite vrole. Ramen 
Versailles, il y succomba le 10 mai 1774.

Quelques jours avant la mort du roi, et lorsqu'on le vit dans un tat
tout  fait dsespr, on fit partir de Versailles madame du Barry. Elle
se retira  Rueil, chez M. et madame d'Aiguillon, qui lui prodigurent
les soins les plus affectueux.

Le premier acte du nouveau monarque fut d'loigner de la cour celle qui
en avait t le scandale pendant les dernires annes de la vie du feu
roi. Le jour mme de la mort de Louis XV, le duc de la Vrillire fut
envoy  Rueil et remit  madame du Barry une lettre de cachet lui
intimant l'ordre de se rendre immdiatement au couvent de
Pont-aux-Dames, prs de Meaux.

La chute de madame du Barry entrana celle de toute la famille. Le comte
Jean et son fils sortirent de France. Quant au comte Guillaume, rest 
Toulouse, il y fut l'objet des hues et des railleries de la populace.

Il y avait un an que madame du Barry tait renferme dans l'abbaye de
Pont-aux-Dames. Sa sant s'altrait de cette vie si loigne de ses
habitudes. Ses amis faisaient des efforts pour l'en faire sortir, et
elle parvint enfin  obtenir la permission d'aller habiter sa petite
maison de Saint-Vrain. Elle y passa une partie de l'anne 1775; mais,
vers l'automne, des fivres assez graves attribues  l'humidit de ce
lieu ayant attaqu une partie de ses gens et la menaant elle-mme, elle
obtint enfin de M. de Maurepas, oncle de M. d'Aiguillon, alors
tout-puissant, de revenir habiter le joli pavillon de Louveciennes.

Pendant le temps de sa faveur, madame du Barry avait eu  sa disposition
des sommes considrables; mais lgre comme elle l'tait, coquette et
dsirant contenter  l'instant ses moindres caprices sans regarder  la
dpense, surprise surtout par la brusque mort de Louis XV, elle n'eut
point le temps de satisfaire ses cranciers, et il fut tabli que
lorsqu'elle quitta la cour elle avait pour plus de 1,200,000 livres de
dettes.

Les cranciers de la comtesse ne savaient  qui s'adresser pendant son
sjour  Pont-aux-Dames. L'intendant gnral de la maison du roi
recevait de toutes parts des rclamations. On jugea alors ncessaire de
se rendre compte de la fortune de madame du Barry et des sommes qu'elle
avait reues pendant le temps de sa faveur. Montvallier, intendant de
la comtesse, fut charg de dresser un tat de toutes ces sommes. Voici
cet tat, copi sur les papiers dposs  la prfecture de
Seine-et-Oise[127]:

tat des sommes payes pour le compte de madame la comtesse du Barry,
par M. Beaujon[128], pendant qu'elle tait en faveur  la cour de
France.

15 juillet 1774.


OBSERVATION.

Montvallier prvient qu'il n'a pu rendre le travail plus complet,
attendu qu'il n'a pas la suite des bordereaux de M. Beaujon, et qu'il y
a mme une lacune entre celui du 15 fvrier 1772 et celui du 10
septembre suivant, et qu'il lui a t fait une remise de pices sans
bordereaux par madame du Barry, pour cette lacune, montant ensemble  la
somme de 93,200 livres, employe dans les articles qui suivent, savoir:

ART. 1er.--_Aux marchands orfvres, joailliers et bijoutiers_.

  Orfvres                         313,328 l.  4 s.
  Joailliers                     1,808,635     9
  Bijoutiers                       158,000     
                                 ------------------
                      Total      2,279,963 l. 13 s.

ART. 2.--_Aux marchands de soieries, dentelles, toiles, modes_, etc.

  Soieries                         369,810 l. 15 s. 3 d.
  Toiles, dentelles                215,888     6    
  Modes                            116,818     5    
  Merceries                         35,443    14    
                                   ---------------------
                      Total        737,961 l.   s. 3 d.


  ART. 3.--_A divers parfumeurs, fourreurs, chapeliers,
  chaudronniers_, etc.           52,148 l.  9 s.


ART. 4.--_Pour meubles, tableaux, vases et autres ornements._

  Meubles                           24,398 l. 18 s.
  Tableaux, vases                   91,519    19
                                   ----------------
                      Total        115,918 l. 17 s.

ART. 5.--_Aux tailleurs et brodeurs._

  Tailleurs                         60,322 l. 10 s.
  Brodeurs                         471,178     
                                   ----------------
                      Total        531,500 l. 10 s.


ART. 6.--_Pour achat de voitures, chevaux et fourrages._

  Voitures et entretien             67,470 l.  1 s.
  Chevaux                           57,347     
  Fourrages                          6,810     
                                   ----------------
                      Total        131,627 l.  1 s.


ART. 7.--_Aux peintres, sculpteurs_, etc.

  Doreurs                           78,026 l.   s.   d.
  Sculpteurs                        95,426          
  Peintres                          48,875    12     6
  Fondeurs                          98,000          
  Marbriers                         17,540     8    10
    A divers ouvriers menuisiers,
      serruriers                    32,240     8     
                                   ----------------------
                      Total        370,108 l.  9 s.  4 d.


ART. 8.--_Pour les anciens et nouveaux ouvrages de Louveciennes._

  Anciens ouvrages                 111,475 l.  6 s.  9 d.
  Jardins                            3,739    19     
  Nouveaux ouvrages                205,638    16     8
  Jardins                            3,000          
                                   ----------------------
                      Total        323,854 l.  2 s.  5 d.


  ART. 9.--Sommes payes, qu'on n'a pu appliquer aux
    diffrents comptes, les motifs des payements n'tant
    point connus                    55,619 l.  2 s.   d.


  ART. 10.--Pour dpenses extraordinaires,
    dons, gratifications,
    musique, aumnes                47,525     5     


  ART. 11.--Sommes payes, divises
    en deux parties, la premire
    considre comme pour
    le compte de madame du
    Barry, et la deuxime pour ses
    affaires;  madame du Barry
    directement ou pour elle; aux
    comte, vicomte et demoiselle
    du Barry, et autres          1,081,052 l. 15 s.  2 d.

  A ses gens d'affaires et autres,
    y compris l'acquisition du
    pavillon de l'avenue de Paris,
     Versailles                   661,628    16     9

  ART. 12.--A-compte sur la
    construction du btiment audit
    pavillon                        18,000          

  ART. 13.--Recouvrements 
    faire                           20,000          
                                 ------------------------
            Total gnral        6,375,559 l. 11 s. 11 d.

  Certifi vritable et conforme aux bordereaux mentionns
  ci-dessus.

  Louveciennes, le 14 juillet 1774.

  _Sign_: MONTVALLIER.

Pour payer toutes ses dettes, madame du Barry restait avec sa proprit
de Louveciennes et 150,000 livres de rentes viagres. Elle parvint 
faire des arrangements avec la plupart de ses cranciers; quant aux plus
rcalcitrants, elle les paya  l'aide de la vente de plusieurs de ses
bijoux, et de la cession qu'elle fit de son htel de Versailles, en
1775,  Monsieur, frre du roi, moyennant la somme de 224,000
livres[129].

Retire  Louveciennes, madame du Barry y mena une vie fort tranquille.
Belle et bonne, malgr sa position quivoque  la cour, elle s'y tait
fait un grand nombre d'amis. Les plus grands personnages et bon nombre
de dames allaient  Louveciennes. On vit mme le frre de
Marie-Antoinette, l'empereur Joseph II, venir lui faire une visite, et
lui offrir le bras en se promenant avec elle dans ses jardins. La
comtesse avait su se crer une petite cour, et les anciens amis de Louis
XV taient toujours les bienvenus dans son chteau. Habitue depuis
plusieurs annes  satisfaire tous ses caprices sans savoir ce qu'ils
pouvaient coter, elle recevait ses htes en princesse, et, jolie femme,
continuait toutes ces folles dpenses de toilette qu'une jolie femme,
mme sans tre une madame du Barry, a souvent tant de peine 
abandonner. On la trouvait de plus toujours prte  secourir ses amis;
et l'on voit dans les papiers de la prfecture de Seine-et-Oise que le 9
avril 1775, c'est--dire un an aprs la mort de Louis XV, elle prta
200,000 livres  M. le duc d'Aiguillon, qui ne les lui rendit que le 30
aot 1784.

Madame du Barry dut donc conomiser fort peu pour payer ses cranciers,
et ses dettes, au lieu de diminuer, ne firent qu'aller en augmentant.
Aussi, pour se liquider compltement,  force d'instances et de
dmarches de ses amis, elle obtint enfin du roi Louis XVI, en avril
1784, l'change de 60,000 livres de rente contre 1,250,000 livres qui
lui furent dlivres par le trsor royal[130].

Aprs comme pendant sa faveur, madame du Barry eut les mmes soins de sa
mre; et lorsqu'elle mourut, le 20 octobre 1788, _elle constitua au
profit du sieur Ranon de Montrable, le mari de sa mre, une rente
viagre de 2,000 livres pour, dit-elle, reconnatre les bons procds de
Ranon  l'gard de son pouse_[131]. Elle n'oublia pas non plus la
famille de sa mre; elle constitua des rentes  ses oncles et tantes, et
maria trs-avantageusement plusieurs des ses cousines[132].

Madame du Barry tait excessivement bonne pour ses domestiques. Elle
avait en eux une trs-grande confiance, dont ils abusrent plusieurs
fois, surtout  l'poque de la Rvolution. Soit que ces domestiques,
paresseux et insouciants comme ils le sont dans la plupart des grandes
maisons, n'exerassent point une surveillance assez active, soit que
quelques-uns d'entre-eux s'entendissent avec les fripons que tentaient
les richesses accumules dans ce lieu, toujours est-il que plusieurs
vols considrables eurent lieu  Louveciennes, depuis que la comtesse y
faisait son sjour habituel.

Le 20 avril 1776, trois individus fort bien mis se prsentent au chteau
et demandent  parler  madame du Barry. L'un d'eux, dcor de la croix
de Saint-Louis, est introduit dans son cabinet, o elle se trouvait
seule en ce moment, pendant que les deux autres restent dans la chambre
qui prcde. Il va droit  elle un pistolet  la main, la menace de
tirer si elle fait le moindre geste pour appeler, et lui ordonne de
donner ce qu'elle a d'argent et de bijoux. Effraye, elle s'empresse de
remettre  cet homme un riche crin qu'elle avait prs d'elle. Le
voleur, frapp de la beaut des diamants et content de sa proie, se
retire avec ses compagnons sans qu'on ait jamais pu les retrouver.

Un autre vol, beaucoup plus considrable, eut lieu dans la nuit du 10 au
11 janvier 1791.

On a vu que dans sa retraite de Louveciennes, madame du Barry avait
conserv de nombreux amis. Parmi eux se trouvait M. le duc de Brissac.
Brave, loyal et d'une superbe figure, le duc fit impression sur le coeur
de la comtesse. Ils s'attachrent bientt l'un  l'autre, et leurs
relations devinrent si intimes, que madame du Barry tait aussi souvent
 Paris,  l'htel de Brissac, que le duc tait  Louveciennes[133].
C'est pendant l'un de ces sjours  Paris que s'accomplit le vol dont on
va parler.

A l'aide des sacrifices qu'elle avait dj faits, madame du Barry tait
parvenue  combler la plus grande partie de ses dettes. Mais  l'poque
dont il s'agit (1791), elle en avait contract de nouvelles.

Sa ngligence  se rendre compte de ses propres affaires, le got des
folles dpenses qui ne l'avait pas quitte, mais surtout le besoin de
soulager les infortunes que la Rvolution commenait  faire peser sur
ses amis, avaient mis de nouveau le dsordre dans ses finances. Dj
elle avait cherch, par l'entremise de son banquier,  faire vendre
quelques-uns de ses diamants  l'tranger. Elle avait,  cet effet,
runi dans un seul endroit du chteau ses bijoux les plus prcieux. Peu
dfiante, elle s'tait fait aider dans ce travail par plusieurs de ses
domestiques; aussi savait-on parfaitement dans la maison le lieu o
taient places toutes ces richesses, et si les gens de la comtesse n'y
furent pour rien, leurs indiscrtions mirent au moins sur la voie les
malfaiteurs qui accomplirent ce vol audacieux.

Dans la nuit du 10 au 11 janvier 1791, pendant que madame du Barry tait
 Paris chez le duc de Brissac, des voleurs s'introduisirent dans le
chteau, allrent droit au lieu o taient les diamants et les bijoux de
la comtesse, et enlevrent tout ce qui s'y trouvait runi; puis ils se
retirrent tranquillement, sans que personne dans la maison se ft
aperu de leur prsence. Depuis quelque temps madame du Barry, pour
ajouter  sa sret, avait demand au commandant des Suisses de
Courbevoie de lui donner un des soldats du rgiment pour lui servir de
concierge. Aussitt que l'on eut connaissance du vol, la municipalit de
Louveciennes fit arrter le Suisse qui servait de gardien. Interrog par
ses officiers, il avoua que des hommes qu'il ne connaissait pas
l'avaient enivr dans un cabaret; mais voil tout ce que la police de
l'poque put recueillir sur cet attentat.

C'tait une immense perte pour madame du Barry, car on venait de lui
enlever ses bijoux les plus prcieux. On peut juger de la valeur de ce
vol et des richesses accumules dans ce lieu par l'tat des objets vols
qu'elle fit afficher dans Paris et annoncer dans les journaux trangers:

Trois bagues montes chacune d'un brillant blanc, le premier pesant 35
grains, le deuxime 50 grains, et le troisime 28 grains;

Une bague monte d'un saphir, carr long, avec un Amour grav dessus,
et deux brillants sur le corps;

Un baguier en rosette verte, renfermant vingt  vingt-cinq bagues, dont
une grosse meraude;

Une pendeloque monte  jour, pesant environ 36 grains, d'une belle
couleur, mais trs-jardineuse, ayant beaucoup de dessous;

Une autre d'un onyx, reprsentant le portrait de Louis XIII, dont les
cheveux et les moustaches sont en sardoine;

Une autre d'un Csar, de deux couleurs, entoure de brillants;

Une autre d'une meraude, carr long, pesant environ 20 grains;

Une autre d'un brun-puce, pesant de 14  16 grains;

Une autre d'un Bacchus antique, grave en relief sur une cornaline
brle;

Une autre d'une sardoine jaune, grave par _Barrier_, reprsentant
Louis XIV, entoure sur le corps de roses de Hollande;

Une autre d'un gros saphir en coeur, monte  jour, entoure de
diamants sur le corps et sur la moiti de l'anneau.--L'onyx de Louis
XIII et l'meraude carre sont monts de mme et garnis galement de
diamants, de roses et de brillants;

Plus, dans ce _baguier_, il y a un _Bonus Eventus_ antique, grav sur
un onyx;--un brillant blanc pesant 29 grains;--un autre pesant 25
grains;--un autre, forme de pendeloque, pesant 28 grains;--un autre,
rond, pesant 23 grains;--un autre, 25 grains;--un, 24 grains;--un,
qualit infrieure, carr long, 23 grains;--trois pesant chacun 28
grains;--un brillant en pingle, forme longue, pesant 30 grains;--un
brillant, forme losange, 33 grains;

Deux bracelets, ensemble de 24 grains;

Une rose monte  jour, de deux cent vingt-huit brillants blancs, dont
un gros au milieu, cristallin, pesant 24 grains;

Un collier de vingt-quatre beaux brillants, monts en chatons  jour,
de 20 grains chaque;

Huit parties de rubans en bouillon, chacune de vingt-un brillants 
jour, pesant depuis 4 grains jusqu' 8;

Une paire de boucles de souliers de quatre-vingt-quatre brillants,
pesant 77 karats 1/4;

Une croix de seize brillants, pesant 8  10 grains chaque;

Soixante-quatre chatons, pesant de 6 jusqu' 10 grains;

Une belle paire de girandoles en gros brillants de la valeur de 12,000
livres;

Une bourse  argent en soie bleue, avec ses coulants, ses glands et
leurs franges, le tout en petits brillants monts  jour;

Un esclavage  double rang de perles, avec sa chute, le tout d'environ
deux cents perles, pesant 4  5 grains chaque;--un gros brillant au haut
de la chute, pesant 24  26 grains, et au bas un gland  franges et son
noeud, le tout en brillants monts  jour;

Une paire de bracelets  six rangs de perles, pesant 4  5 grains; le
fond du bracelet est une meraude surmonte d'un chiffre en diamants, en
deux L pour l'un, et d'un D et B pour l'autre, et deux cadenas de
quatre brillants, pesant 8  10 grains;

Un rang de cent quatre perles enfiles, pesant 4  5 grains chacune;

Un portrait de Louis XV peint par _Mass_, entour d'une bordure d'or,
 feuilles de laurier; ledit portrait de 5  6 pouces de haut;

Un autre portrait de Louis XV, peint par le mme, plus petit, dans un
mdaillon d'or;

Une montre d'or simple, de Romilly;

Un tui d'or  une dent maille en vert, avec un trs-gros brillant au
bout, pesant environ 12 grains, tenant sur le tout par une vis;

Une paire de boutons de manches, d'une meraude, d'un saphir, d'un
diamant jaune et d'un rubis, le tout entour de brillants couleur de
rose, pesant 36  40 grains, monts en bouton de cou;

Deux grandes bandes de cordons de montre, composes de seize chanons 
trois pierres, dont une grande meraude, et deux brillants de 3  4
grains de chaque ct, et trois autres petites bandes de deux chanons
chaque, pareils  ceux ci-dessus;

Une barrette d'un trs-gros brillant, carr long, pesant environ 60
grains, avec trois grosses meraudes pesant 8  10 grains, avec deux
brillants aux deux cts, pesant un grain chaque, monts  jour;

Une bague d'un brillant d'environ 26 grains, monte  jour, avec des
brillants sur le corps;

Deux girandoles d'or formant flambeaux, montes sur deux fts de
colonne d'or mailles de lapis, surmontes de deux tourterelles
d'argent, de carquois et de flches, faites par _Durand_;

Un tui d'or maill en vert, au bout duquel est une petite montre
faite par Romilly, entoure de cercles de diamants et ayant un chiffre
par derrire[134].

Deux autres tuis d'or, l'un maill en rubans bleus, et l'autre en
maux de couleur et paysages;

Dix-sept diamants dmonts, de toutes formes, pesant depuis 25 jusqu'
30 grains chacun, dont une pendeloque monte, pesant 36 grains;

Soixante-quatre chatons dans un seul fil, formant collier, pesant 8, 9
et 10 grains chacun, en diamants monts  jour.

Deux boucles d'oreilles de coques de perles, avec deux diamants au
bout;

Un portrait de Louis XVI, de _Petitot_;

Un autre portrait de feu Monsieur, tous les deux en mail, ainsi qu'un
portrait de femme, galement de _Petitot_;

Une critoire de vieux laque superbe, enrichie d'or et formant
ncessaire, tous les ustensiles en or;

Deux souvenirs, l'un en laque rouge et l'autre en laque fond d'or 
figures, l'un mont d'or et l'autre mont en or maill;

Deux flambeaux d'argent de toilette, perls et armoris;

Une bote de cristal de roche couverte d'une double bote travaille 
jour;

Des pices d'or et des mdailles d'or de diffrents pays;

Quarante petits diamants pesant un karat chaque;

Deux lorgnettes, l'une maille en bleu, l'autre maille en rouge,
avec le portrait du feu roi, toutes deux montes en or;

Un souvenir en mail bleu avec des peintures en grisailles,
reprsentant d'un ct une offrande, et de l'autre ct une jardinire
avec un petit chien  longues oreilles;

Un reliquaire, d'un pouce environ, d'un or trs-pur, maill en noir et
blanc, une petite croix monte dessus assez gothiquement, et une perle
fine de la grosseur d'un pois au bas;

Et plusieurs autres bijoux d'un trs-grand prix.

On peut penser  quelle somme considrable devait s'lever un pareil
vol.

Ses ennemis rptaient partout que ce vol n'existait pas, et que madame
du Barry avait fait courir ce bruit pour arranger plus aisment ses
affaires. D'autres prtendirent plus tard qu'elle avait port elle-mme
ses bijoux en Angleterre, pour soulager les infortunes de la plupart des
migrs retirs  Londres; Cet autre bruit se rpandit surtout lorsque
l'on sut qu'ils venaient d'tre retrouvs dans ce pays. Ce fut l'un des
chefs d'accusation les plus violents que fit valoir contre cette
malheureuse femme le farouche _Fouquier-Tainville_, et aujourd'hui
encore il est rpt par ses biographes; bien entendu cependant qu'ils
ne le regardent plus comme un acte criminel, mais au contraire comme
trs-honorable.

Quels que soient les motifs que l'on ait fait valoir pour douter du vol
de madame du Barry, un acte authentique, solennel, fait peu de jours
avant la mort, le testament de M. de Brissac, dont on parlera bientt,
le constate et ne laisse aucun doute sur sa ralit.

Ce vol ft donc un extrme malheur pour madame du Barry, et elle fit
toutes les dmarches possibles pour pouvoir se mettre sur la trace des
coupables. Dans le courant de fvrier suivant, madame du Barry apprit
que ses voleurs avaient t arrts  Londres. Il parat que peu de
jours aprs leur arrive dans ce pays, un Anglais, qui leur servait
d'interprte, se prsenta chez un lapidaire et lui offrit  trs-bon
march une riche collection de diamants. Le joaillier les lui acheta;
mais, frapp de la beaut de ces pierres, de leur nombre, de leur bas
prix et tonn surtout que tant de pierres prcieuses se trouvassent
ainsi dans les mains d'un inconnu, il prvint la police, qui arrta
l'interprte et ses compagnons, encore munis de tous les bijoux de la
comtesse.

Madame du Barry partit immdiatement pour Londres, o on lui reprsenta
ses diamants. Elle les reconnut parfaitement. Mais comme la procdure
devait durer un certain temps, les diamants furent dposs chez MM.
_Hamerleys_ et _Morland_, banquiers  Londres, scells de son cachet et
de celui des banquiers, et madame du Barry revint  Louveciennes.

Un mois aprs son retour, elle reut une lettre de Londres, qui l'y
appelait de nouveau pour la poursuite du procs de ses voleurs. Cette
fois, madame du Barry, pensant rester plus longtemps que la premire, se
munit d'un passe-port sign du roi et de M. de Montmorin, valable pour
_trois semaines_, et lui permettant d'emmener avec elle le chevalier
d'_Escourt_, le joaillier _Rouen_, deux femmes de chambre, un valet de
chambre et deux courriers, et elle partit aprs avoir reu de ses
banquiers  Paris, MM. _Wandenyver_, des lettres de crdit pour Londres.
Elle y resta plus des trois semaines que lui accordait son passe-port,
esprant toujours voir la fin du procs. Mais comme rien ne finissait
encore, elle se dcida  revenir en France, et arriva  Paris dans les
premiers jours de juillet.

Sa liaison avec le duc de Brissac n'avait point cess, et paraissait au
contraire se resserrer  mesure que les orages s'accumulaient sur la
France et loignaient tous ceux qu'un grand nom ou une grande fortune
semblaient dsigner d'avance aux fureurs populaires. M. de Brissac, en
loyal et brave chevalier, ne voulut point abandonner le roi au milieu
des dangers dont il tait entour. Nomm commandant de la garde
constitutionnelle, il inspira  cette garde, compose des lments les
plus divers, un esprit d'unit et d'amour pour le roi, qui fut la cause
de sa perte.

Le 29 mai 1792, le dput _Bazire_ vient dnoncer  la tribune de
l'Assemble lgislative la garde constitutionnelle du roi, comme anime
d'un mauvais esprit, et particulirement son chef, M. de Brissac. Aprs
une discussion qui va toujours en s'envenimant, _Couthon_ demande le
licenciement de cette garde et l'arrestation de Brissac, et l'assemble
adopte successivement deux dcrets, conformes  la proposition de
_Couthon_.

M. de Brissac fut immdiatement arrt, et envoy  Orlans pour y tre
jug par la haute cour de justice. Un de ses aides de camp, un jeune
officier qui lui tait fort attach, M. de Maussabr, courut 
Louveciennes pour annoncer ces terribles nouvelles  madame du Barry.

Il tait parvenu  entretenir quelques intelligences avec le duc depuis
son arrestation, et c'est par lui qu'une correspondance put s'tablir
entre le duc et la comtesse. Aprs la fatale journe du 10 aot, ce
jeune officier chercha un refuge chez madame du Barry. Malheureusement
pour lui, et malgr toutes les prcautions prises pour le drober  tous
les regards, il y fut dcouvert par un dtachement de fdrs. Emmen 
Paris, il fut emprisonn  l'Abbaye, o il prit gorg le mois de
septembre suivant.

Le duc de Brissac, renferm dans les prisons d'Orlans, ne se faisait
aucune illusion sur le sort qui l'attendait. Il se prparait  la mort
qu'il allait bientt recevoir d'une si horrible manire, et le 11 aot
1792, il crivait ses dernires volonts, transmises plus tard  sa
famille. Il n'oublie pas dans son testament celle qu'il aimait depuis
longtemps. Aprs avoir institu pour sa lgataire universelle sa fille,
madame de Mortemart, il ajoute en s'adressant  elle:

Je lui recommande ardemment une personne qui _m'est bien chre_, et que
les malheurs des temps peuvent mettre dans la plus grande dtresse. Ma
fille aura de moi un codicille qui lui indiquera ce que je lui ordonne 
ce sujet.

Ce codicille est ainsi conu:

Je donne et lgue  madame du Barry, de Louveciennes, outre et
par-dessus ce que je lui dois, une rente viagre et annuelle de 24,000
livres, quitte et exempte de toute retenue, ou bien l'usufruit et
jouissance pendant sa vie de ma terre de la Rambaudire et de la
Graffinire, en Poitou, et des meubles qui en dpendent; ou bien encore
une somme de 300,000 livres une fois paye en argent, le tout  son
choix, d'autant qu'aprs qu'elle aura opt pour l'un desdits trois legs,
les deux autres seront pour non avenus. Je la prie d'accepter ce faible
gage de mes sentiments et de ma reconnaissance, dont je lui suis
d'autant plus redevable que _j'ai t la cause involontaire de la perte
de ses diamants, et que si jamais elle parvient  les retirer
d'Angleterre, ceux qui resteront gars, ou les frais des divers voyages
que leur recherche aura rendus ncessaires, ainsi que ceux de la prime 
payer, s'lveront au niveau de la valeur effective de ce legs_. Je prie
ma fille de lui faire accepter. La connaissance que j'ai de son coeur
m'assure de l'exactitude qu'elle mettra  l'acquitter, quelles que
soient les charges dont ma succession se trouvera greve par mon
testament et mon codicille, ma volont tant qu'aucun de mes autres legs
ne soit dlivr que celui-ci ne soit entirement accompli.

    Ce 11 aot 1792.

    _Sign_: LOUIS-HERCULE TIMOLON
    DE COSS-BRISSAC[135].

Aprs des paroles si formelles, il est impossible de douter de la
ralit du vol.

Madame du Barry tait  Louveciennes lorsque le duc de Brissac fut
massacr  Versailles. On dit que quelques-uns des forcens qui prirent
part  cette boucherie portrent  Louveciennes la tte du duc, et
vinrent la mettre sous ses yeux[136]. Ce terrible coup la plongea dans
la plus profonde douleur.--Isole dans son chteau, elle craignit pour
elle-mme, et commena  prendre des prcautions pour sauver ses
richesses. Aide d'un valet de chambre dvou, nomm Morin, qui paya de
sa tte son attachement  sa matresse, elle cacha ce qu'elle avait de
plus prcieux dans diffrentes parties de la maison et des jardins.

Elle entretenait toujours une correspondance avec Londres  l'occasion
de ses diamants. On lui crivit de cette ville qu'il fallait absolument
suivre le procs, parce que c'tait la seule manire de rentrer en
possession de son bien. Elle s'occupa alors des moyens de passer
tranquillement en Angleterre, et surtout de ne pas tre considre comme
migre.

Elle crivit au prsident de la Convention nationale et au ministre des
affaires trangres _Lebrun_, pour leur expliquer le motif de son voyage
et les assurer qu'elle ne comptait pas abandonner la France, et qu'elle
prenait l'engagement formel de revenir  Louveciennes aussitt la fin de
son procs. Quelques jours aprs, elle reut du ministre son passe-port,
et une lettre lui disant qu'elle ne serait en rien tourmente pour ce
voyage, et qu'elle pouvait le faire en toute assurance. Mais pour plus
de certitude et pour bien tablir dans le pays mme qu'elle ne voulait
pas migrer, et prvenir les malintentionns dans le cas d'une absence
prolonge, elle renouvela, devant la municipalit de Louveciennes, les
dclarations dj faites par elle au prsident de la Convention et au
ministre. La municipalit inscrivit cette dclaration sur ses registres,
et lui en remit une copie ainsi conue:

Ce jourd'hui 7 octobre 1792, l'an Ier de la Rpublique franaise,
s'est prsente devant nous, officiers municipaux de la commune de
Louveciennes, district de Versailles, dpartement de Seine-et-Oise, dame
Vaubernier du Barry, rsidant habituellement en ce lieu, laquelle nous a
dclar qu'tant oblige d'aller  Londres, pour assister au jugement
dfinitif des voleurs qui, la nuit du 10 au 11 janvier 1791, lui ont
vol ses bijoux dans son chteau de Louveciennes, elle nous en fait la
dclaration pour qu'elle ne puisse point tre regarde comme migre
pendant son absence, ni traite comme telle par aucune autorit
constitue, de laquelle dclaration elle nous a requis acte que nous lui
avons octroy, vu la lettre de M. Lebrun, ministre des affaires
trangres, en date du 2 du courant, qui est reste annexe  la
prsente minute, et la susdite dame du Barry a sign avec nous, les
jours et an que dessus.

Bon pour copie conforme  l'original, le 8 septembre
1792[137]._Suivent les signatures._

Aprs s'tre mise en rgle, madame du Barry partit pour Londres le 14
octobre 1792. Pendant qu'elle tait en Angleterre, de terribles
vnements s'taient passs en France. Le roi tait tomb sous la hache
du bourreau. Partout s'taient dveloppes les passions
rvolutionnaires. Jusque dans les petits villages, on voyait s'tablir
des assembles populaires, des clubs, et Louveciennes n'y avait point
chapp. Un intrigant nomm _Greive_ tait venu s'y tablir depuis
quelque temps. Aussitt son arrive, il y forma un club. Son premier
acte fut une dnonciation contre madame du Barry, et, le 14 fvrier
1793, le procureur gnral syndic du district de Versailles adressait
aux administrateurs du district la lettre suivante:

La femme du Barry, propritaire  Louveciennes, a quitt la France au
moyen d'un passe-port, au commencement de 1792, pour poursuivre en
Angleterre les auteurs d'un vol considrable fait en sa maison.

Le doute inspir sur cette poursuite par le laps de temps et par
l'ignorance de ses effets a fait natre ncessairement l'incertitude.

Dans cet tat, l'administration a pens qu'il convenait de prendre sur
les biens de cette femme des mesures conservatrices pour assurer  la
fois ses droits et ceux de la nation.

Elle me charge, en consquence, de vous inviter  faire apposer les
scells sur la maison de la femme du Barry,  Louveciennes, d'y
commettre un gardien, et de lui adresser le procs-verbal qui sera
dress  cette occasion.

Vous voudrez bien, citoyens, presser cette opration et m'en faire part
aussitt qu'elle aura t faite[138].

Deux jours aprs, les membres du Directoire du district rpondirent  la
lettre du procureur syndic par une rsolution ainsi conue:

Vu la lettre du procureur gnral syndic, le directoire du district a
commis le citoyen _Brunette_, l'un de ses membres,  l'effet de
procder, en prsence de deux officiers de la commune de Louveciennes, 
l'apposition des scells sur tous les meubles, titres et effets de la
femme du Barry, et tablir  la conservation desdits scells un ou
plusieurs gardiens solvables, lesquels ne pourront tre choisis parmi
les parents, domestiques ou agents de ladite du Barry, et auxquels il
sera attribu un salaire journalier de trente sols par jour[139].

Fait  Versailles, le 16 fvrier 1793, an II de la Rpublique.

_Greive_ savait bien que madame du Barry n'avait point migr; mais il
esprait que ce premier acte, qui paraissait la souponner d'migration,
lui ferait peur, empcherait son retour en France et le mettrait  mme,
sous le prtexte du salut public, de toucher aux trsors accumuls dans
le chteau, et dont il esprait tirer un peu parti pour lui-mme.

Mais madame du Barry comptait bien revenir  Louveciennes. Ayant appris
 Londres que les scells avaient t mis sur ses biens, elle se hta de
quitter l'Angleterre. Son procs ayant t jug le 28 fvrier, jour du
terme du tribunal, elle partit de Londres le 3 mars, arriva  Calais le
5, o elle fut retenue jusqu'au 18 pour attendre de nouveaux passe-ports
du pouvoir excutif, et arriva  Louveciennes le 19[140].

L'arrive de madame du Barry dconcerta un peu _Greive_, mais ne
l'empcha pas de suivre ses projets. La socit populaire de
Louveciennes tait compose d'une quarantaine de membres, au nombre
desquels se trouvaient plusieurs domestiques de madame du Barry, et
entre autres les nomms _Salanave_ et _Zamor_. Le premier tait un valet
de chambre que madame du Barry renvoya plusieurs jours aprs son retour,
 cause de quelques actes d'infidlit; l'autre tait un ngre, lev
par elle, dont elle tait la marraine, auquel elle avait assur des
rentes, et qu' cause de son ingratitude elle chassa de sa maison. A
l'aide de ces deux hommes, _Greive_ sut tout ce qui se passait dans
l'intrieur du chteau, les personnes qu'on y recevait, et recueillit
une foule de renseignements qui lui permirent de continuer ses
dnonciations.

Le 2 juin 1793, la Convention avait rendu un dcret portant: Les
autorits constitues, dans toute l'tendue de la Rpublique, seront
tenues de faire saisir et mettre en tat d'arrestation toutes les
personnes _notoirement suspectes d'aristocratie ou d'incivisme_; elles
rendront compte  la Convention nationale de l'activit qu'elles
apporteront  mettre  excution le prsent dcret, et demeureront
responsables des dsordres que pourrait occasionner leur ngligence.

_Greive_ fait assembler la socit populaire de Louveciennes, et le 26
juin se prsente devant les administrateurs du dpartement de
Seine-et-Oise. L il lit une adresse signe de trente-six citoyens de
Louveciennes, dans laquelle on demande la mise  excution du dcret de
la Convention et un exemplaire de ce dcret pour la commune.

Le lendemain 27, arm de ce dcret, _Greive_, accompagn du maire de la
commune, se prsente chez madame du Barry et procde  son arrestation.

Les administrateurs du dpartement ne paraissaient pas avoir un zle
aussi exagr du bien public que les clubistes de Louveciennes, et ils
se doutaient un peu du motif qui les faisait agir. Pour prvenir l'acte
de vengeance qu'ils redoutaient, ils envoyrent le mme jour 
Louveciennes un des membres du district de Versailles, en le chargeant
de faire excuter la loi avec quelques modifications et restrictions.
Arriv juste au moment o l'on se disposait  faire enlever madame du
Barry, le membre du district fit suspendre son arrestation, et reprocha
vivement  la municipalit son extrme prcipitation.

_Greive_ et les membres de la socit populaire, dont la plupart avaient
t employs dans la maison de madame du Barry, irrits de ce
contre-temps, rdigrent une autre ptition qu'ils adressrent cette
fois  la Convention. Dans cette pice, remplie de dclamations et de
grands sentiments patriotiques, comme on en voyait dans tous les crits
de cette poque, on accumula les accusations contre madame du Barry, et
on demanda l'approbation de la Convention nationale pour l'arrestation
de la citoyenne se disant comtesse _du Barry, de sa nice, fille d'un
migr, et de ceux de ses domestiques notoirement suspects
d'aristocratie et d'incivisme_, c'est--dire de ses domestiques rests
fidles. Dites, ajoutent les ptitionnaires, dites que nous avons
rempli votre voeu, en mettant  prompte excution votre dcret du 2
juin; ordonnez l'impression de notre adresse, afin de donner le _branle_
aux autres communes du dpartement; dclarez que nous avons bien mrit
de la patrie, etc.

La Convention ne pouvait qu'approuver de pareils sentiments, exprims
dans un pareil style; aussi le prsident remercia la dputation de
Louveciennes de son patriotisme, et l'invita aux honneurs de la sance.

De retour  Louveciennes, et forts de l'approbation de la Convention,
les membres de la socit populaire arrtrent madame du Barry et les
diverses personnes indiques dans leur ptition, et les conduisirent 
Versailles, pour les faire enfermer dans les prisons de cette ville.
_Goujon_[141] tait alors procureur gnral syndic; il leur reprocha
leur acte comme illgal, leur reprsenta que les faits sur lesquels ils
basaient leur accusation taient dnus de preuves, et ordonna de
reconduire les prisonniers  Louveciennes.

Empch dans l'excution de ses desseins, _Greive_ fit alors imprimer un
libelle dont voici le litre: _l'galit controuve, ou Histoire de la
protection_, contenant les pices relatives  l'arrestation de madame du
Barry, ancienne matresse de Louis XV, pour servir d'exemple aux
patriotes trop ardents qui veulent sauver la Rpublique, et aux modrs
qui s'entendent  merveille pour la perdre. Dans cet crit, _Greive_
s'intitule dfenseur officieux des braves sans-culottes de Louveciennes
et ami de Franklin et Marat, et n'pargne ni madame du Barry, ni le
comit de sret gnrale, qu'il accuse de faiblesse, ni le dpartement.

Pendant ce temps, madame du Barry cherchait, par tous les moyens, 
conjurer l'orage qui s'accumulait sur sa tte. Elle adressa  la
Convention des notes explicatives de sa conduite, tandis que la plupart
des habitants de Louveciennes qui ne faisaient pas partie de la socit
des sans-culottes prsentaient de leur ct plusieurs ptitions en sa
faveur. Elle fit aussi des dmarches auprs des administrateurs du
dpartement pour tre protge contre ses ennemis.

Le directoire du dpartement voyait avec peine l'acharnement que l'on
mettait  perdre cette malheureuse femme, dont le principal crime tait
ses richesses. Il envoya auprs d'elle un de ses membres, nomm
_Lavallery_[142]. Celui-ci lui conseilla d'abandonner Louveciennes et de
se retirer  Versailles, o il serait plus ais de la protger. Mais
tout ce que madame du Barry avait encore de richesse tait enfoui 
Louveciennes, et elle craignait que, pendant son absence et sous le
moindre prtexte, on ne fouillt sa maison, et que l'on ne s'empart de
ce qui y tait cach, et elle ne voulut pas quitter ce sjour.

_Greive_ cependant ne perdait pas un instant pour arriver  ses fins. Il
reut du ngre Zamor une foule de renseignements qu'il mit habilement 
profit, et  force de dnonciations ritres et d'actives dmarches, il
obtint enfin du Comit de sret gnrale de la Convention l'ordre
d'arrter madame du Barry. Muni de cet ordre, il accourt  Louveciennes,
et le dimanche 22 septembre, il se fait accompagner au chteau par le
maire, le juge de paix et deux gendarmes, fait mettre les scells sur
tous les meubles, ordonne  madame du Barry de le suivre, la fait placer
entre les deux gendarmes dans une mauvaise voiture de place qu'il avait
fait venir exprs, y monte aprs elle et l'emmne triomphant  Paris, o
il la dpose dans la prison de Sainte-Plagie.

_Greive_ avait remis au Comit de sret gnrale de la Convention les
papiers qu'il pensait devoir le plus compromettre madame du Barry. Un
ami de Marat, _Hron_, fut charg de les examiner, et, sur son rapport,
le Comit rendit, le 29 brumaire de l'an II (19 novembre 1793), l'arrt
suivant:

               CONVENTION NATIONALE.

    COMIT DE SRET GNRALE ET DE SURVEILLANCE DE
             LA CONVENTION NATIONALE,

    _du 29 brumaire, l'an II de la Rpublique
                   franaise_,

                UNE ET INDIVISIBLE.

Le Comit de sret gnrale, ayant pris connaissance des diverses
pices trouves chez la nomme du Barry, mise en tat d'arrestation par
mesure de sret gnrale, comme personne suspecte, aux termes du dcret
du 17 septembre dernier (vieux style), considrant qu'il rsulte de
l'ensemble desdites pices que la femme du Barry est prvenue
d'migration et d'avoir, pendant le sjour qu'elle a fait  Londres,
depuis le mois d'octobre 1792 jusqu'au mois de mars dernier (vieux
style), fourni aux migrs rfugis  Londres des secours pcuniaires,
et entretenu avec eux des correspondances suspectes; et que les nomms
Wandenyver pre et fils, ngociants, sont prvenus d'avoir fait passer
des fonds  la femme du Barry pendant qu'elle tait en Angleterre;
arrte: que la femme du Barry, prvenue d'migration, et que les nomms
Wandenyver pre et fils, prvenus d'avoir fait passer  ladite dame du
Barry des fonds pendant son sjour a Londres, seront traduits au
tribunal rvolutionnaire, pour y tre poursuivis et jugs  la diligence
de l'accusateur public.

Les reprsentants du peuple, membres du Comit de sret gnrale de la
Convention nationale,

    VOULAND, DAVID, VADIER, DUBARRAN, JAGOT,
    PANIS, LAVICOMTERIE.

Les Wandenyver ne se trouvaient ainsi compromis que parce qu'ils taient
les banquiers de madame du Barry. Mais pour donner plus d'importance 
ce procs et compromettre davantage ces banquiers, qui faisaient alors
beaucoup d'affaires et taient chargs des intrts de plusieurs grandes
familles, le Comit rendit, deux jours aprs, un nouvel arrt ainsi
conu:

                     COMIT

    DE SRET GNRALE ET DE SURVEILLANCE DE LA
             CONVENTION NATIONALE,

  _du_ 1er _frimaire, l'an II de la Rpublique_,

               UNE  ET INDIVISIBLE.

En faisant droit  la dnonciation faite par le citoyen Hron au
Comit, d'aprs son mmoire imprim, rdig par le martyr de la libert
(_Marat_), reprsentant du peuple, dans lequel on y reconnaissait
Wandenyver, ainsi qu'une multitude de complices, pour avoir t les
instruments d'un complot de banqueroute gnrale, qui aurait perptu
l'esclavage des Franais et sauv la tte du tyran, entretenu les abus
de la fodalit, qui servaient au dshonneur de la nation franaise;
considrant que les faits pour lesquels Wandenyver a subi interrogatoire
 notre Comit ne sont qu'une suite de ceux dsigns dans le
dveloppement de la banqueroute, en ce qu'il y a coopr, ainsi qu'au
massacre du peuple, dont il est conjointement accus avec tous ceux
dsigns dans le mmoire; le Comit arrte qu'ils seront traduits au
tribunal rvolutionnaire pour y tre jugs, et que les pices franaises
et espagnoles seront jointes au prsent arrt pour servir au procs.

Les reprsentants du peuple, membres du Comit de sret gnrale et de
surveillance de la Convention nationale,

    MOYSE BAYLE, DAVID, AMAR, JAGOT,
    LOUIS (du Bas-Rhin), A. BENOIT,
    GUFFROY, LAVICOMTERIE.

Ds que l'arrt qui traduisait madame du Barry et ses co-accuss devant
le tribunal rvolutionnaire fut rendu, son procs ne dura pas longtemps.
Le 3 dcembre (13 frimaire an II), Fouquier lit  l chambre du conseil
l'acte d'accusation, la chambre en donne acte et ordonne le
transfrement des prvenus  la Conciergerie. Le 6, ils paraissent
devant le tribunal, et, le 7, ils sont condamns  mort.

L'acte d'accusation dress par Fouquier-Tainville contre cette
malheureuse femme est un chef-d'oeuvre du genre. Son titre de matresse
du roi et ses folles dpenses lui donnrent beau jeu pour se laisser
aller  toute son indignation d'_honnte homme_ et de _bon patriote_, et
il en usa largement, comme on peut le voir dans toute la partie qui
regarde madame du Barry, qu'on ne lira pas sans curiosit.

Aprs avoir annonc qu'il avait t procd  l'examen des pices du
procs et  l'interrogatoire des accuss, il ajoute:

Qu'examen fait desdites pices par l'accusateur public, il en rsulte
que les plaies profondes et mortelles qui avaient mis la France  deux
doigts de sa perte avaient t faites  son corps politique bien des
annes avant la glorieuse et imprissable rvolution qui doit nous faire
rjouir des maux cuisants qui l'ont prcde, puisqu'elle nous a
dlivrs pour jamais des monstres barbares et fanatiques qui nous
tenaient enchans sur l'hritage de nos pres; que, pour prendre une
ide juste de l'immoralit de l'accuse du Barry, il faut jeter un coup
d'oeil rapide sur les dernires annes, pendant le cours desquelles le
tyran franais, Louis quinzime du nom, a scandalis l'univers, en
donnant la surintendance de ses honteuses dbauches  cette clbre
courtisane; qu'en 1769, ce Sardanapale moderne se trouvant blas sur
toutes les jouissances qu'il avait pousses  l'excs dans le Parc aux
Cerfs, srail infme o le dshonneur d'une infinit de familles
honntes fut consomm, s'abandonna lchement aux vils complaisants qui
l'entouraient pour rveiller ses feux presque teints; qu'un de ces
odieux complaisants ayant fait la connaissance d'un ci-devant comte du
Barry, noy de dettes, et le plus crapuleux libertin, eut occasion de
voir chez lui la nomme _Vaubernier_, sa matresse, qui n'tait passe
dans ses bras qu'aprs avoir fait un cours de prostitution; que le
ci-devant comte du Barry,  qui tous les moyens taient bons pour
parvenir  apaiser ses cranciers, proposa  ce complaisant de lui cder
la _Vaubernier_, s'il parvenait  la faire admettre au nombre des
sultanes du crime couronn; que cette crature honte lui fut en effet
prsente, et qu'en peu de temps elle parvint, par ses rares talents, 
prendre l'empire le plus absolu sur le faible et dbile despote. Bientt
des fleuves d'or roulrent  ses pieds; les pierreries les plus
prcieuses lui furent donnes avec profusion; les artistes les plus
clbres furent occups aux chefs-d'oeuvre les plus dispendieux; elle
devint la cause universelle des ci-devant grands; les ministres, les
gnraux et les ci-devant princes de l'glise furent nomms et culbuts
par cette nouvelle Aspasie; et tous venaient bassement faire fumer leur
encens  ses genoux; le faste le plus insolent, les dpravations et les
dbordements de tout genre furent affichs par elle; le scandale tait,
 son comble; elle puisait  pleines mains dans les coffres de la nation
pour enrichir sa famille et combler l'abme de dettes du ci-devant comte
du Barry, qui avait pouss l'infamie et le dshonneur jusqu' devenir
son poux. Son imbcile amant ne rougit pas lui-mme d'insulter au
peuple, en se plaant  ct d'elle dans les chars les plus brillants et
la promenant ainsi dans diffrents lieux; que, pour ne pas _effaroucher
sa pudeur_, l'accusateur public ne soulvera pas le voile qui doit
couvrir  jamais les vices effroyables de la cour, jusqu'en l'anne
1774, poque  laquelle celui  qui des esclaves avaient donn le nom de
Bien-Aim disparut de dessus la terre, emportant dans ses veines le
poison infect du libertinage, et couvert du mpris des Franais; que la
du Barry fut relgue  Rhetel-Mazarin, et de l  Meaux, dans la
ci-devant abbaye de Pont-aux-Dames; que dans cette retraite salutaire,
elle aurait d faire les plus srieuses rflexions sur le nant des
grandeurs et sur les dsordres de sa conduite qui avaient entran la
ruine de son pays; mais qu'ayant t rendue  la libert par le dernier
tyran des Franais, il lui conserva non-seulement les dpouilles du
peuple, mais encore la combla de nouvelles prodigalits, et lui
abandonna le chteau de Louveciennes, o elle se forma une nouvelle
cour,  laquelle se prsentrent en foule les vils courtisans qui
avaient profit de sa faveur pour dilapider les finances avec elle;
qu'elle les tint enchans  son char jusqu' l'poque mmorable o le
peuple franais, fatigu de ses chanes, se leva, brisa ces chanes et
en frappa la tte du despote. Tous les soi-disant grands d'alors, se
voyant prts  tre crass par la vengeance nationale, s'enfuirent
pouvants, abandonnrent un sol qu'ils avaient souill depuis trop
longtemps, furent implorer l'assistance des tyrans de l'Europe pour
venir gorger un peuple qui avait eu le courage de conqurir sa libert;
mais ce peuple saura leur faire mordre la poussire, ainsi qu' ceux qui
ont pous leurs projets sanguinaires; que la du Barry ayant vu se
dissiper l'essaim de ses adorateurs, et rduite  rgner seulement sur
son nombreux domestique, ne retrancha non-seulement rien de son faste,
mais forma le dessein d'tre utile tant aux migrs qu'au petit nombre
de ses amis qui taient rests en France, et qui trouvaient chez elle un
asile assur, notamment _Laroche_, ci-devant grand vicaire d'Agen,
condamn  la peine de mort par jugement du tribunal; que pour procurer
d'une manire certaine des secours aux migrs, elle se servit d'un
stratagme qui lui donna la facilit de faire quatre voyages  Londres;
qu'elle prtendit avoir prouv un vol considrable de diamants et
autres effets, dans la nuit du 10 au 11 janvier 1791, et que les voleurs
taient passs en Angleterre, o il fallait qu'elle se rendit pour en
poursuivre la restitution; que ce vol n'tait qu'un jeu concert entre
elle et un nomm _Forth_, le plus rus des espions que le cabinet
britannique ait envoys en France pour soutenir le parti de la cour et
s'opposer aux progrs de notre rvolution; que, pour suivre les auteurs
de ce prtendu vol, elle eut le talent de subtiliser diffrents
passe-ports, tant du ministre des affaires trangres que de la
municipalit de Louveciennes et du dpartement de Seine-et-Oise, dont
plusieurs membres la protgeaient ouvertement, et particulirement le
nomm _Lavalery_[143], qui depuis s'est donn la mort; qu'au moyen de
ces passe-ports clandestins, elle se joua impunment de la loi contre
les migrs, puisqu'elle tait encore  Londres dans les premiers jours
du mois de mars dernier; que pendant les quatre sjours qu'elle fit dans
cette ville, elle vivait habituellement avec tous les migrs qui s'y
taient rfugis, et auxquels elle a prt des sommes d'argent
considrables, ainsi qu'il sera dmontr par la suite; qu'elle avait
galement form les liaisons les plus troites avec les lords les plus
puissants, tous conseillers intimes du tyran de l'Angleterre, et
particulirement avec l'infme Pitt, cet ennemi implacable du genre
humain, pour lequel elle avait un si haut degr d'estime, _qu'elle
rapporta dans la rpublique franaise une mdaille d'argent portant
l'effigie de ce monstre_[144]; qu'elle favorisait galement de tout son
pouvoir les ennemis de l'intrieur, auxquels elle prodiguait les trsors
immenses qu'elle possdait; qu'elle fit compter une somme de _deux cent
mille livres_ en constitution de rentes  Rohan-Chabot, qui possde des
terres considrables dans la Vende, sur l'tendue desquelles s'est
form le premier noyau des rebelles, selon la commune renomme[145]; que
par l'entremise d'un nomm _d'Escourt_, ci-devant chevalier, elle prta
une pareille somme de 200,000 livres  la Rochefoucault, ancien vque
de Rouen[146]; que ce mme d'Escourt, dtenu  la Force, le nomm
Laboudie, son neveu, et le ci-devant vicomte de Jumilhac, migr, ont
reu d'elle des sommes considrables  la mme poque; qu'elle
provoquait des rassemblements dans son pavillon de Louveciennes, dont
elle voulait faire un petit chteau fort, ce qui est suffisamment prouv
par les _huit fusils_ que son bon ami, le sclrat d'_Angremont_,
escroqua pour elle  la municipalit de Paris, sous le prtexte que
c'tait la municipalit de Louveciennes qui demandait ces fusils, ce qui
a t reconnu faux; qu'elle comptait tellement sur la contre-rvolution,
 laquelle elle travaillait si puissamment, qu'elle avait fait cacher
dans sa cave sa vaisselle plate et autre argenterie; qu'elle avait fait
enterrer dans son jardin ses diamants, son or, ses pierres prcieuses,
avec les titres de noblesse, brevets, etc., de l'migr _Graillet_[147];
qu'elle avait galement fait enterrer dans les bois les bronzes les plus
riches et les bustes de la royaut; et qu'elle avait dans un grenier un
magasin norme de marchandises et d'toffes du plus haut prix, dont elle
avait ni l'existence; qu'il a t trouv chez elle une collection rare
d'crits et de gravures contre-rvolutionnaires; que lors de son sjour
 Londres, elle a publiquement port le deuil du tyran; que cette femme,
enfin, qui a fait tout le mal qui tait en elle, et dont Forth, le
fameux espion anglais, s'tait adroitement servi comme d'un instrument
utile aux desseins perfides des cours des Tuileries et de Londres,
entretenait des correspondances et des liaisons avec les ennemis les
plus cruels de la Rpublique, tels que Crussol, de Poix, Canonet,
Calonne, etc., et une foule d'autres, dont il serait trop long de donner
l'numration; qu'elle tait tellement protge par le parti ministriel
de la Grande-Bretagne, que quand la guerre fut dclare  cette
puissance, elle resta tranquillement  Londres, tandis que les Franais
en taient chasss ou horriblement perscuts, ce qui ne peut laisser
aucun doute sur le rle odieux que jouait cette femme, que l'on doit
regarder comme un des plus grands flaux de la France, et comme un
gouffre pouvantable dans lequel s'est engloutie une quantit effrayante
de millions, etc.

Le 8 dcembre 1793 (18 frimaire an II), madame du Barry fut conduite au
supplice.

On sait qu'elle jeta les hauts cris depuis la Conciergerie jusqu' la
place de la Rvolution, o tait dresse la guillotine. Elle avait une
telle frayeur de cette horrible mort, qu'arrive sur l'chafaud elle
cria  la foule qui l'entourait: _A moi! A moi!_ et s'adressant ensuite
au bourreau: _Encore un moment, monsieur, je vous en prie_, lui dit-elle
les larmes aux yeux. Un instant aprs, elle avait cess de vivre[148].

On a vu, le jour mme de l'arrestation de madame du Barry, _Greive_
faire mettre les scells sur une partie du mobilier du chteau de
Louveciennes. Le lendemain, il revint accompagn du juge de paix, son
ami, et ils procdrent seuls  la continuation de la pose des scells
et  l'examen des richesses de ce lieu. Jusqu'au 27, Greive fut
parfaitement le matre de faire tout ce que bon lui semblait dans cette
habitation, et l'on verra dans le rsum historique des oprations des
commissaires envoys par le directoire du dpartement de Seine-et-Oise
que des soupons srieux s'levrent dans leur esprit sur la probit qui
avait prsid  ce premier travail.

_Salanave_, l'ancien domestique de madame du Barry, faisait partie du
comit de salut public du district de Versailles. _Greive_, dont presque
tous les membres de ce comit taient les amis, fit nommer _Salanave_ et
un appel _Soyer_ commissaires chargs de prendre connaissance des
scells apposs par le juge de paix de Marly. On pense bien que ces deux
commissaires, en se rendant  Louveciennes le 27, approuvrent tout ce
qui avait t fait. Ils nommrent ensuite pour la garde des scells
_Fournier_, le pre du juge de paix, et _Zamor_, ce ngre _si excellent
et si intelligent patriote_[149]. De plus, pour la sret des trsors
renferms, on tablit une garde compose de dix-huit patriotes faisant
partie de la socit des sans-culottes de Louveciennes. C'tait une
fort bonne affaire pour ces patriotes, car on voit dans le rsum
historique dont on a dj parl que cette garde, depuis son installation
jusqu'au 13 frimaire, c'est--dire en soixante-dix jours, avait dj
cot 9,274 livres.

On n'attendit pas la condamnation de madame du Barry pour fouiller dans
sa maison, et l'on procda comme si l'on avait t sr de sa mort. Des
commissaires spciaux furent dsigns pour faire l'inventaire et
l'estimation de tout ce qui s'y trouvait. Outre un prcieux mobilier, de
nombreux objets d'art et des bijoux de prix, les commissaires ont
surtout t frapps de la quantit d'objets de toilette, tels que
dentelles, corsets de toutes couleurs, brods en soie, or et argent;
toffes de soie et de velours, simples ou broches d'or et d'argent,
coupes ou en pices, et en si grand nombre, qu'elles furent estimes 
environ 200,000 mille livres, mises  part et destines  tre vendues 
l'tranger[150].

Cependant, malgr les recherches les plus minutieuses, un grand nombre
des cachettes faites par madame du Barry avaient chapp aux regards
scrutateurs des commissaires. Le jour mme de sa mort, persuade que
c'tait moins  sa personne qu' ses richesses qu'on en voulait, et
qu'en faisant connatre exactement les divers endroits o elles taient
enfouies, elle pourrait sauver sa vie, elle se dcida  en faire la
dclaration; ce qui ne la sauva pas, mais fut la cause de la mort de
_Morin_, le seul de ses domestiques rest fidle.

Cette dclaration servit beaucoup aux commissaires dans leurs
recherches, comme on le verra dans le rsum historique. Dans le grand
nombre de bijoux indiqus, on en voit quelques-uns qui montrent son
intimit avec le duc de Brissac. Ainsi elle indique dans une des
cachettes une bote, monte en cage d'or, avec le portrait de l'pouse
de Brissac;--un portrait de la fille de ce dernier, mont en or;--un
autre de son frre;--une bote d'caille blonde monte en or, avec une
trs-belle pierre blanche grave, o est le portrait de Brissac et de la
dclarante;--un portrait en mail de la grand'mre de Brissac;--deux
tasses d'or avec leurs manches de corail, et quelques autres objets
appartenant  Brissac;--une paire d'perons d'or, avec des chiffres
appartenant  feu Brissac.

Deux jours aprs la mort de madame du Barry, Fouquier-Tainville crivit
au directoire du dpartement de Seine-et-Oise pour lui annoncer le
jugement et faire procder au squestre des biens de la condamne, et le
4 nivse suivant (24 dcembre), le directoire prenait la dlibration
suivante:

Vu par l'administration la lettre de l'accusateur public prs le
tribunal rvolutionnaire, du 20 frimaire, qui annonce que la femme du
Barry a t condamne, par jugement de ce tribunal du 17 du mme mois,
 la peine de mort, et que tous ses biens taient acquis et confisqus
au profit de la nation, il convenait de faire procder au squestre des
biens de cette condamne qui sont situs dans l'tendue du dpartement
de Seine-et-Oise.

Vu la lettre adresse le 19 du mois dernier par l'administration
provisoire des domaines nationaux aux administrateurs composant le
directoire du dpartement de Seine-et-Oise, de laquelle il appert que le
glaive de la loi a fait tomber la tte d'une femme qui avait la plus
grande part  la dilapidation de la fortune publique et qui,  ce
premier crime que la nation avait  lui reprocher, a joint celui
d'migrer et d'avoir des relations avec les ennemis de notre libert,
qu'il importe que les mesures les plus promptes soient prises pour que
ce qu'elle avait conserv des scandaleuses prodigalits de
l'avant-dernier tyran rentre en entier sous la main de la nation; il
engage donc l'administration, si les scells ne sont dj mis dans sa
dernire demeure,  Louveciennes,  les y faire apposer sans dlai et 
faire procder le plus tt possible  l'inventaire, afin de mettre la
rgie en possession des immeubles et d'avoir un moyen de tirer du
mobilier le meilleur parti possible; qu'au surplus l'administration ne
saurait mettre trop de soins dans le choix des gardiens qui y sont ou
qui y seraient tablis, ni les faire surveiller avec trop d'exactitude;
que les objets prcieux que renferme cette habitation perdraient
beaucoup de leur valeur si l'on n'apportait la plus grande attention 
empcher qu'ils ne soient dgrads, et qu'il y en a que, vu leur peu de
volume, il serait facile de soustraire. Il invite l'administration  le
tenir au courant de ce qu'elle fera pour remplir le voeu de cette lettre
et pour que la Rpublique ne perde rien de ce qu'elle doit retrouver
dans cette importante confiscation;

L'administration, considrant que les scells ont t apposs chez
ladite femme,  Louveciennes, et l'inventaire fait ds le mois de
fvrier dernier, arrte qu'en attendant la vente des immeubles ayant
ci-devant appartenu  la femme du Barry,  laquelle il sera procd le
plus tt possible, il sera  la poursuite et diligence du directoire du
district de Versailles, galement procd  la vente de tous les effets
mobiliers provenant de cette femme;

Invite en outre le directoire du district de Versailles  exercer la
surveillance la plus active sur les gardiens qui sont dj tablis dans
la maison qu'occupait cette femme, ou qui leur seront substitus, pour
prvenir la dgradation des objets prcieux qui s'y trouvent et la
spoliation de ceux que leur peu de volume rend faciles  soustraire,
_comme aussi  constater les effets qui ont pu tre distraits du
mobilier de cette femme, pour en assurer le recouvrement_.

Arrte aussi que le directeur de la rgie nationale sera tenu de
prendre, conjointement avec le directoire du district de Versailles, les
mesures convenables pour oprer le squestre des biens de cette femme,
et que, ds  prsent, l'administration lui en sera confie pour la
conservation des droits tant de ses cranciers que de la
Rpublique[151].

Par suite de cette dlibration, le district de Versailles donna de
nouveaux pouvoirs  la commission qu'elle avait charge ds le 29
frimaire de procder  l'inventaire et  la constatation des objets
mobiliers, d'art, etc., de toute nature du chteau de Louveciennes.

Cette commission s'tait dj transporte  Louveciennes, et elle
procda consciencieusement  ce travail long et difficile. On voit, dans
les nombreux procs-verbaux particuliers adresss par elle au district
de Versailles[152], combien elle eut de peine et souvent de luttes 
soutenir avec ceux jusqu'alors chargs de ce travail, pour y tablir
l'ordre et la clart et remplir le mandat qui lui avait t confi.

Lorsqu'elle crut sa mission termine, elle adressa au directoire du
district de Versailles les divers procs-verbaux des oprations dont
chacun de ses membres en particulier avait t charg. Les
procs-verbaux taient accompagns d'un rsum historique du travail
gnral de la commission. Ce rsum raconte tout ce qui s'est pass 
Louveciennes depuis la mort de madame du Barry jusqu'au moment de la
vente de ses effets; il est, par consquent, le complment de ce rcit.


RSUM HISTORIQUE

DES OPRATIONS DES COMMISSAIRES DE LOUVECIENNES.

La du Barry, condamne  mort par le tribunal rvolutionnaire de Paris,
le 18 frimaire, a fait le mme jour la dclaration des lieux o elle
avait cach diffrents objets prcieux, et des personnes  qui elle les
avait confis.

En consquence, les commissaires,  leur arrive  Louveciennes, le 21
frimaire, se sont occups d'abord des moyens de parvenir  la dcouverte
des objets dclars.--Le moyen qui devait tre le plus fructueux tait
de faire traduire  Louveciennes Morin[153], valet de chambre de la du
Barry et son homme de confiance; aussi les commissaires ont crit 
l'accusateur public, et lui ont mme envoy un exprs.

Avant que de procder  aucune recherche, ils ont interrog pendant
plusieurs jours ceux des domestiques de la du Barry qui n'avaient pas
t arrts avec cette femme. D'aprs les dpositions qu'ils ont reues,
ils n'ont trouv de coupables que le nomm Dliant, frotteur, et
particulirement la femme Dliant, dnomme dans la dclaration de la
du Barry, comme dpositaire de deux botes renfermant des bijoux,
diamants et autres effets prcieux.

La fausset qui avait dict les rponses de la femme Dliant a engag
la commission  la mettre en arrestation chez elle, avec son mari, et 
leur donner deux gardes choisis par la municipalit du lieu.

Le nomm Dliant, frotteur, a prouv par ses dclarations moins de
mauvaise foi que sa femme. Cet homme, moribond depuis longtemps, a paru
avoir peu de connaissance des dpts confis  cette dernire, et depuis
huit jours il est mort  l'infirmerie de Versailles, o la commission
l'avait fait transporter.

La femme Dliant, lors de son premier interrogatoire, le 22 frimaire,
avait simplement dclar que la du Barry, cinq ou six jours avant son
arrestation, lui avait mis dans son tablier plusieurs paquets envelopps
de papier; que le mme jour, d'aprs les ordres de sa matresse, elle
les avait cachs dans un fumier contre la melonnire; mais la suite
prouvera la fausset de cette dclaration.

Le 24 frimaire, jour de l'arrive de Morin, la femme Dliant, voulant
prvenir les perquisitions que les commissaires se disposaient  faire
chez elle, avait, le mme jour, demand  leur parler; mais les
commissaires tant, dans ce moment-l, occups  faire fouiller le
jardin de Morin, le citoyen Greive, commissaire du Comit de sret
gnrale de la Convention, s'est rendu chez ladite Dliant. Cette femme
lui a remis cent quatre-vingt-treize louis simples en or,  elle confis
par la du Barry quelque temps avant son dernier voyage en Angleterre.

Le 16 frimaire, les commissaires ont interrog ladite Dliant. Il
rsulte de sa dclaration que la du Barry,  l'poque de son dernier
voyage en Angleterre, lui avait remis trois coffres renfermant beaucoup
d'objets prcieux, pour les mettre soi-disant plus en sret et  l'abri
d'tre vols; que le lendemain de l'arrestation de la du Barry, ladite
Dliant les avait dposs dans la maison de la veuve Aubert, sa mre, o
ils sont rests environ douze jours; que les perquisitions exerces dans
la maison de la du Barry et dpendances lui donnant  craindre qu'on ne
trouvt chez sa mre les coffres y dposs, elle avait, la veille de son
arrestation et de son incarcration aux Rcollets[154], ouvert les trois
coffres, avait vid les objets y contenus, les avait mis dans son
tablier et cachs le mme soir dans un fumier contre la melonnire, 
l'exception de quatre rouleaux de louis simples, d'un gobelet d'or avec
son couvercle, d'une bourse pleine de jetons d'argent et de quelques
flacons; que sa mre avait jet le lendemain dans la pice d'eau du
Grand Jet de Marly ces derniers objets,  l'exception cependant de
quatre rouleaux de louis, qu'elle avait gards pour elle sans en donner
connaissance  son mari.

Les 24 et 26 frimaire, les commissaires ont interrog Morin. Mais avant
de rendre compte des dcouvertes qu'ils ont faites sur ses indications,
il est ncessaire de suivre la conduite de la femme Dliant.

Le mme jour de l'interrogatoire de cette dernire, il a t dpos
entre les mains des commissaires, par Agathe Gournay et la femme
Borgard, une montre enrichie de diamants, trouve par elles, il y avait
six semaines, dans une pice d'eau du jardin de Marly; et par Jacques
Richard, fontainier, deux flacons de cristal de roche, sans bouchons ni
sans garnitures, et trouvs dans la mme pice.

La femme Dliant avait t prsente au dpt de la montre dont est
question, et cet acte de probit, peu conforme  son caractre fourbe et
 sa conduite plus que suspecte, la faisant regarder elle-mme comme
trs-coupable  ses propres yeux, cette femme, sous prtexte de
satisfaire des besoins naturels, a surpris la surveillance de ses gardes
et s'est coup la gorge avec un rasoir.

Les commissaires ont fait dresser par le juge de paix procs-verbal de
cet vnement, qui n'a pas eu de suites funestes, au moyen des soins du
chirurgien appel alors.

Dans le mme moment, le mari de ladite Dliant, alit depuis
longtemps, ayant dclar que sa femme avait jet quelque chose par la
fentre, l'on a trouv dans une gouttire, au-dessous du charbonnier,
sous la fentre de la chambre desdits Dliant, quatre botes, dont une
d'or enrichie de diamants, une autre aussi d'or; lesdites renfermes
dans un sac  poudre, jetes comme il est dit par ladite femme Dliant,
quoique cette dernire n'ait jamais voulu en convenir.

Les commissaires ont spar ladite Dliant de son mari, lui ont donn
deux gardes pendant deux jours, au bout desquels ils l'ont fait
transfrer  l'infirmerie de Versailles, o elle est encore.

Les bijoux, diamants et autres effets prcieux, cachs dans le fumier
par ladite femme Dliant, y ont t trouvs par le citoyen Greive deux
mois et demi aprs l'arrestation de la du Barry; mais comme _on n'a
jamais eu l'tat dsignatif et la connaissance positive des objets que
renfermaient les trois botes, il reste incertain si tous ont t
trouvs_.

_Sans vouloir rien prjuger sur la conduite que l'on a tenue_, le 11
frimaire, _lors de cette dcouverte_, les commissaires ignorent s'il y a
eu un procs-verbal dress au moment mme, mais il ne leur a t remis
d'autre procs-verbal que celui de reconnaissance, fait le 13 frimaire,
par Houdon, juge de paix actuel de Louveciennes, _c'est--dire deux
jours et demi aprs la dcouverte_, le juge de paix n'ayant t appel
qu' cette poque.

Quant aux objets jets dans les pices d'eau du jardin de Marly par la
mre de la femme Dliant, on a trouv seulement la montre dpose par
Agathe Gournay et la femme Borgard, les deux flacons remis par Richard,
deux autres flacons trouvs par les commissaires lors de leurs
perquisitions dans la pice d'eau du Grand Jet de Marly, un flacon remis
au moment mme par Josphine Lochard. Il reste consquemment  recouvrer
le gobelet et le couvercle en or, provenant d'un plateau de toilette, et
la bourse pleine de jetons d'argent.

Aprs tre entrs dans les dtails des dclarations toujours tardives,
toujours partielles de la femme Dliant, de la nature des dpts
prcieux qui lui ont t confis par la du Barry, de l'usage
inconcevable qu'elle en a fait, des vnements tragiques qui ont suivi
sa conduite, les commissaires rendent compte du rsultat de Morin, valet
de chambre et agent secret de la du Barry.

Les perquisitions les plus amples avaient t faites dans le jardin de
ce prvenu, et toujours infructueusement. Cet homme allait tre jug,
excut, emportant avec lui la connaissance des diffrents dpts, si
les commissaires n'eussent pas crit  l'accusateur public, ne lui
eussent pas envoy un exprs au moment o Morin allait subir la peine
due  ses crimes.

Les 24 et 26 frimaire, les commissaires ont interrog ce prvenu:
d'aprs ses dclarations, et sur ses indications, ils ont trouv cachs
derrire des bois de charpente placs contre un mur du jardin de Morin
une douzaine de cuillers d'or  caf; dans le grenier au-dessus de la
cuisine de sa maison, une croix d'argent, un calice et une patne
d'argent; une bote  quadrille, la bote, les fiches et contrats en
ivoire, incrusts en or; dans le jardin de Morin, et enterrs en divers
endroits sous des arbres hors de monter, et prs la grille, deux botes
de sapin renfermant savoir:

  Argent blanc                            7,203 liv.
  40 doubles louis                        1,920
  Un louis en or                             24
  2 guines et une demi-guine               36
                                          ----------
                      Total               9,183 liv.

En outre, 99 jetons d'argent et un globe d'argent-vermeil.

D'aprs la dclaration de la du Barry, on aurait d trouver douze sacs
de 1,200 livres environ, et diffrents objets prcieux. Cependant
lesdites botes ne renfermaient que cinq sacs, les louis, les guines en
or et le gobelet d'argent-vermeil.

Il est  croire que Morin en a dtourn une partie; l'esprance qu'il
avait d'tre acquitt l'a sans doute engag  ne pas dclarer les dpts
qu'il avait faits pour le compte de sa matresse et pour son propre
compte, et il serait ncessaire de faire fouiller son jardin en entier.

Les commissaires ont aussi trouv dans la chambre de Morin, et sur ses
indications, une rpe  muscade en argent, dans un tui d'argent; un
paquet intitul _Graines de panais_, contenant dix-sept aunes de galon
d'argent  livre, et quelques autres objets.

Les perquisitions antrieures faites par le citoyen Greive avaient
procur la dcouverte de 393 livres en argent blanc, d'un billet qui
prouvait que Morin tait charg de faire passer cette somme  l'abb de
Fontenille, poste restante,  Coblentz. Cette somme existe encore dans
la chambre de Morin, et les commissaires du district chargs de faire
l'inventaire en rendront compte en tant que de besoin.

Les commissaires ont fait ce qui dpendait d'eux pour tirer de Morin
tous les aveux qui pouvaient aider leurs dcouvertes; mais cet homme n'a
dclar que les dpts trouvs antrieurement, et il est hors de doute
qu'il avait la connaissance de plusieurs autres, dans le cas o sa
conduite contre-rvolutionnaire n'aurait pas t dvoile et punie.

L'objet principal de la mission des commissaires tait de faire des
recherches. Quoique le citoyen Greive et dcouvert une grande partie
des objets dclars et non dclars par la du Barry, il restait encore
des recherches  faire, et les commissaires n'ont rien nglig pour les
rendre heureuses.

A cet effet, ils ont renouvel dans plusieurs endroits les
perquisitions les plus exactes. Ils ont fait fouiller deux fois dans le
jardin de Morin, et deux jours de suite dans la cave commune de la
maison de la du Barry; mais ces nouvelles fouilles n'ont produit aucune
dcouverte, et quoique que l'on soit bien persuad qu'il existe encore
des dpts cachs, il faudrait avoir, pour les trouver, des indices
particuliers, les terrains environnant la maison de la du Barry tant
trop spacieux pour qu'on puisse hasarder de nouvelles fouilles,
dispendieuses d'ailleurs et d'un succs incertain.

D'aprs l'arrt du comit de salut public et les instructions du
ministre, les commissaires devaient remettre  la Trsorerie nationale
les assignats, espces monnayes, et aux domaines tout ce qui
consisterait en bijoux, diamants et autres objets prcieux.

Pour remplir une partie de leur mission, il ne suffisait pas de faire
un simple inventaire de ces objets, il fallait en faire le rcolement
exact, pour oprer la dcharge des commissaires et gardiens
responsables.

A cet effet, les commissaires ont procd au dpouillement de tous les
procs-verbaux de l'ancien et du nouveau juge de paix, dresss sur la
rquisition du citoyen Greive, commissaire du comit de sret gnrale
de la Convention, en prsence des officiers municipaux de Louveciennes.
Ils ont ferm l'tat dsignatif de tous les objets y mentionns par
nature et espce, en distinguant par ordre l'argenterie, les effets en
or, etc.

Ce relev, ncessaire pour assurer la justesse de toutes
vrifications, a demand un temps trs-long,  raison de la lecture
qu'il a fallu prendre de tous les procs-verbaux, et de ce que chaque
objet se trouvait mentionn isolment dans un procs-verbal et dans un
autre.

Les commissaires ont d'abord procd  la reconnaissance d'une somme de
37,986 livres en numraire, trouve chez la du Barry. Cette somme,
jointe  celle de 13,815 liv. dcouverte par la commission, forme celle
de 51,801 liv. remise par elle  la Trsorerie nationale.

Il avait t trouv, en outre, dans la commode de la chambre  coucher
de la du Barry, une somme de 3,443 liv. en assignats; mais cette somme a
t mise par les citoyens Lacroix et Musset, reprsentants du peuple 
Versailles,  la disposition du citoyen Greive, pour subvenir aux
dpenses du moment, et il reste encore une somme de 29 liv. en
assignats, et 7 liv. en argent monnay.

Les commissaires observent qu'il a t dpos entre leurs mains, le 27
nivse, par le citoyen Fournier, ancien juge de paix,  l'appui d'un
procs-verbal de dcouverte, chez la femme Couture, une somme de 1,200
liv., savoir: 400 liv., dont 200 liv. dmontises appartenant  Morin,
et 800 livr. au nomm Ptry, coiffeur, dtenu  Paris. Les commissaires
du district chargs de faire l'inventaire rendront compte de ces sommes
et des autres en tant que de besoin.

Les commissaires, en suivant l'ordre de leur relev sur les
procs-verbaux remis entre leurs mains, ont fait, en prsence du citoyen
Greive, du juge de paix et du maire de Louveciennes, le rcolement et la
reconnaissance de l'argenterie, des effets en or, cristaux, bijoux,
diamants et autres objets prcieux, mis sous les scells dans la chambre
 coucher de la du Barry, n 4. Ils ont rdig procs-verbal de chaque
opration, et en ont donn copie au citoyen Greive et  la municipalit
du lieu.

Cette vrification leur a demand un temps trs-long, attendu que
beaucoup de ces objets n'avaient pas t dsigns suivant leur nature et
espce, et suivant les termes techniques qui leur convenaient.
_Peut-tre que le plaisir d'avoir fait les dcouvertes, la prcipitation
avec laquelle on a procd  leur inventaire, ont fait ngliger les
formalits de la rdaction et l'exactitude dans la prescription et
reconnaissance des objets; mais en gnral les commissaires ont aperu
un dfaut d'ordre, et ils ne peuvent mieux le prouver que par le grand
nombre d'effets qu'ils ont reconnus n'avoir pas t inventoris._ Le
dsordre ne porte pas seulement sur les objets dcouverts, mais sur tous
ceux en vidence dans la maison. Ces objets sont pars et en confusion.

_Les commissaires ont trouv, dans diffrents endroits de la maison,
plusieurs tuis de chagrin et galuchat, qui renfermaient sans doute des
effets prcieux et qui, cependant, ne font pas partie de ceux
inventoris et reconnus._ Les commissaires ont vu, entre autres tuis,
celui dans lequel devait se trouver une paire de boucles de souliers en
or, garnies de perles, dont l'existence antrieure est prouve par la
dclaration mme de la du Barry. _Tous ces tuis ont t trouvs vides._
Les commissaires ignorent si les objets qu'ils contenaient existaient au
moment de l'arrestation de cette femme, ou si elle n'en aurait pas
dispos elle-mme, d'une manire ou d'une autre.

Les commissaires ont remis successivement  l'administration des
domaines l'argenterie, les bijoux, diamants, effets en or, et
gnralement tous les objets provenant soit de leurs dcouvertes
personnelles, soit des dcouvertes faites avant eux par le citoyen
Greive, commissaire de sret du comit gnral de la Convention. Ils
invitent  en acqurir la preuve par l'examen de l'tat ci-joint, dont
les objets y mentionns portent le numro correspondant  celui des
objets dsigns dans les procs-verbaux et rcpisss de remise aux
domaines. Ils joignent aussi au prsent rsum historique d'oprations
l'tat de comparaison des objets dclars par la du Barry et trouvs,
avec ceux qui restent  dcouvrir.

Jusque-l les commissaires avaient rempli l'objet intrinsque de leur
mission. Mais la nature mme de leurs fonctions les a entrans dans une
quantit de dtails dont ils devaient prendre connaissance, autant parce
qu'ils se sont trouvs lis  leurs fonctions que parce que le besoin de
se mettre  l'abri de tous reproches leur recommandait de faire tout ce
qui intressait le bien public.

Des mesures de sret gnrale, relatives  la conservation des dpts
prcieux, existant dans la maison de la du Barry, avaient exig la
surveillance d'une garde assez nombreuse; mais l'enlvement successif de
ces dpts demandait une conomie dans cette dpense. En consquence,
les commissaires ont rduit, le 6 pluvise, la garde  six hommes, au
lieu de dix-huit. Cette garde, depuis le 2 vendmiaire, jour de son
tablissement par le citoyen Greive, jusqu'au 13 frimaire, avait t
paye sur des fonds mis  la disposition du citoyen Greive, savoir:
3,143 liv. par les citoyens Lacroix et Musset, reprsentants du peuple 
Versailles, et 3,000 liv. par Voulant et Jajot; mais le citoyen Greive
n'avait plus de fonds disponibles. Il est d encore  la garde la somme
de 3,151 liv., et les commissaires en ont envoy l'tat 
l'administration du district de Versailles.

Le besoin de rtablir l'ordre dans la maison de la du Barry devait
fixer, la sollicitude des commissaires. Ce soin paraissait cependant
devoir appartenir plus particulirement au citoyen Greive, qui depuis
longtemps habitait la maison de la du Barry, connaissait les causes de
la dpense, et l'avait mise ou laisse sur le pied o les commissaires
l'ont trouve.--_Mais le citoyen Greive, trop occup sans doute de
l'excution des grandes mesures de sret gnrale, dont il annonait
tre charg par sa qualit mme, n'avait pas le temps d'entrer dans les
petits dtails._ Les commissaires ont cru devoir prendre sur eux de
faire la rforme commande par l'conomie, en attendant d'ailleurs la
solution de plusieurs questions dont la nature les attachait encore 
leur place.

Jusque-l diffrentes circonstances, dont il sera parl ci-aprs,
avaient occasionn une dpense assez considrable de bouche et de
chauffage; mais les circonstances n'tant plus les mmes, les
commissaires ont jug devoir rompre le cours de cette dpense. A cet
effet, ils ont arrt les mmoires du boulanger, du boucher et des
autres fournisseurs de la maison. Ils ont envoy  l'administration du
district de Versailles le bordereau de cette dpense, montant  la somme
de 2,749 fr.

Cette dpense, dont le citoyen Greive peut rendre compte mieux que
personne des causes qui l'ont dtermine, a t plus considrable
pendant le cours de sa mission. En gnral, cette dpense a t faite
par les diffrents commissaires qui se sont succd, par le juge de
paix, son greffier, par les officiers municipaux, dans un temps o le
secret des oprations demandait leur permanence continuelle, par les
personnes que le citoyen Greive a employes  auner les toffes,  peser
les matires d'or et d'argent, par les prvenus traduits devant la
commission, par les gendarmes, huissiers qui les ont accompagns, enfin
par toutes les personnes dont la prsence a t reconnue ncessaire.

Les fonctions des commissaires ont acquis, par l'effet des
circonstances, une plus grande latitude. Ils ont appris, par exemple,
qu'il existait  Paris, dans la maison de Brissac, un coffre de fer
cach entre deux boiseries. A cet effet, ils sont alls plusieurs fois 
Paris pour se concerter avec le ministre sur les moyens  employer pour
sa dcouverte. Le ministre a crit lui-mme au comit de surveillance de
la Fontaine de Grenelle, pour l'inviter  nommer deux membres pour
seconder les commissaires dans leurs recherches. Le citoyen Villette
s'est prsent lui-mme au comit de cette section,  celui de sret
gnrale; mais les formalits  remplir pour la leve des scells chez
Brissac ont arrt sans doute l'usage de toutes mesures, et le coffre de
fer reste encore  dcouvrir, ou, s'il a t dcouvert, la commission
l'ignore.

Les commissaires ont aussi, sur la rquisition des citoyens Lacroix et
Musset, reprsentants du peuple  Versailles, fait l'inventaire du vieux
linge existant dans la maison de la du Barry, et l'ont envoy 
l'hpital militaire de Saint-Cyr.

Ces diffrentes dmarches et oprations ont occup les commissaires en
attendant la rponse  plusieurs questions de la solution desquelles
dpendait la continuation ou la cessation de leurs fonctions.

Une de ces questions tait de connatre la manire dont on disposerait
des toffes prcieuses existant dans la maison de la du Barry. Une
grande partie de ces toffes, dont la valeur peut s'lever  200,000
livres, ne pouvait tre vendue qu' l'tranger. Le ministre, sur les
observations des commissaires, avait crit au comit de salut public:
depuis peu, ce comit a charg l'administration des subsistances d'en
faire l'inventaire, et dans ce moment ce travail occupe les
commissaires.

Le rtablissement de l'ordre, des prcautions de tout genre, le besoin
d'viter mme des dilapidations, le besoin de liquider la succession de
la du Barry pour payer les cranciers, toutes ces considrations ont
engag les commissaires  demander qu'il soit procd promptement 
l'inventaire du mobilier de la du Barry, et, depuis le 20 pluvise, les
citoyens Delcros et Lequoy ont t nomms  cet effet par
l'administration du district de Versailles.

En consquence, les pouvoirs du citoyen Villette, seul commissaire du
pouvoir excutif  Louveciennes, doivent cesser lorsqu'il aura fini,
conjointement avec le commissaire des subsistances et ceux du district,
l'inventaire des toffes dont il est spcialement charg par le
ministre.

Voici la manire dont les membres composant la commission de
Louveciennes ont cru devoir rendre compte de leur mission, chacun pour
les oprations auxquelles ils ont t prsents, nonobstant les pices
qu'ils joignent  l'appui de leur compte, certifiant le tout sincre et
vritable.

Sign  la minute: Huv, Villette, Delcros, Houdon, Bicault et Lequoy,
secrtaire[155].

Outre la commission gnrale, deux autres devaient s'entendre avec elle,
l'une, pour faire passer immdiatement  Versailles tout ce qui pourrait
tre employ par l'tat, l'autre, pour envoyer aussi dans cette ville
les objets d'art, afin de les ajouter  ceux dj trs-nombreux
provenant des maisons du roi et des princes, que l'on runissait dans le
palais.

La premire de ces commissions fit passer au district, en fer, cuivre,
linge, literie, harnais, sucre et eau-de-vie, pour la somme de 128,089
fr. Le linge, la literie, le sucre et l'eau-de-vie furent envoys  la
maison de Saint-Cyr, transforme en hpital militaire. Le reste fut
dpos dans les magasins de l'tat.

La commission des arts fit choix des objets qui lui parurent dignes
d'tre conservs. Comme la plupart de ces oeuvres d'art sont aujourd'hui
dans les muses et dans les palais impriaux, il n'est pas sans intrt
d'en faire connatre l'origine, en donnant la liste dresse alors par la
commission. Ces objets sont au nombre de cinquante-cinq.

1 Deux tableaux de Vien;

2 Une gane avec chapiteau et base de granit d'Italie;

3 Une Vnus Callipyge (petite proportion);

4 Un Apollon du Belvdre;

5 Thse enlevant Hermione;

6 Une Vestale entretenant le feu sacr, suivie par deux enfants;

7 Un groupe reprsentant Louis XV port par quatre guerriers;

8 Un petit buste de Louis XV;

9 Un feu en bronze dor, cerf, sanglier et attributs de chasse;

10 Un tableau reprsentant une marine, par Vernet, de huit pieds de
haut sur cinq de large.

11 Un autre tableau de mme dimension, reprsentant une ruine, par
Robert;

12 Quatre dessus de porte, par Fragonard;

13 Une Nymphe en marbre, fuyant, et un Amour la menaant;

14 Une Baigneuse, de Falconnet;

15 Le buste de Louis XV, en marbre, par Pajou;

16 Une pendule reprsentant l'Amour port par les Grces, en bronze
dor d'or moulu;

17 Deux vases de porcelaine de Svres, fond azur;

18 Deux vases de porcelaine, forme trusque;

19 Un baromtre et thermomtre avec cartouches et figures de
porcelaine;

20 Deux vases en marbre blanc et porphyre;

21 Deux feux dors d'or moulu, les plus riches;

22 Deux figures en marbre blanc, proportion de deux pieds;

23 Deux candlabres  trois branches, reprsentant deux femmes
groupes;

24 Deux autres, en forme de bouteille;

25 Un feu dor, en forme de vase;

26 Une table en porcelaine de Svres, les peintures d'aprs Vanloo;

27 Un vase de porphyre;

28 Un feu en forme de cassolettes et pommes de pin;

29 Trois chandeliers  trois branches, en cassolettes;

30 Le buste de la du Barry, par Pajou, sur sa gane;

31 Partie d'un _forte-piano_;

32 Deux grands vases de porphyre;

33 Une harpe dans sa robe de taffetas noir;

34 Un tableau reprsentant la Fuite de l'Amour;

35 La Marchande d'Amours, par Vien;

36 La Cruche casse, par Greuze;

37 Jupiter et Antiope;

38 Une pastorale, par Boucher, de trente-six pouces de haut sur
vingt-huit de large;

39 Un paysage, de Visnose;

40 Une bordure ovale de trois pieds de haut, richement sculpte et
dore;

41 Une autre de deux pieds de haut;

42 Une commode de vieux laque;

43 Une autre plaque, en porcelaine de Svres,  sujets et figures
trs-jolis;

44 Un tableau reprsentant la Visitation d'lisabeth;

45 Un autre reprsentant la Vierge et l'Enfant Jsus;

46 Un autre, non fini, reprsentant la du Barry en Bacchante;

47 Un pastel: un Enfant jouant du tambour de basque, d'aprs Drouet;

48 Un Enfant jouant du triangle, d'aprs Drouet;

49 Un tableau reprsentant un enfant tenant une pomme, peint par
Drouet, de vingt pouces de haut sur dix-huit de large;

50 Un tableau: une Femme en lvite blanche;

51 Un autre: Louis XV en habit de revue;

52 Un autre: Louis XV enfant;

53 Une gravure enlumine reprsentant un paysage;

54 Une estampe reprsentant la femme Lebrun;

55 Un tableau peint sur toile, par Robert, reprsentant une esquisse de
la messe, de quatorze pouces de haut sur seize de large.

Aprs les travaux particuliers des diverses commissions, la commission
gnrale fit un relev de tous les procs-verbaux d'inventaires,
enlvements, reconnaissances et ventes du mobilier ayant eu lieu
successivement sous sa direction; elle y ajouta les rcpisss de dpt
des diffrents objets extraits, de la maison de madame du Barry, et elle
envoya cet immense travail au district de Versailles pour le faire
passer au directoire du dpartement de Seine-et-Oise. Ce travail, avec
toutes les pices  l'appui, forme aujourd'hui la plus grande partie des
papiers renferms aux archives de la prfecture de Seine-et-Oise, sous
le nom de _madame du Barry_.

  Le relev gnral est termin par le bordereau du
    montant des seuls objets vendus et estims, lequel s'lve
                                             707,251 l. 15 s.

  Les bijoux, diamants, cristaux, etc.,
    dont le prix n'est pas port, sont
    valus au mme inventaire                400,000     

  Les matires d'or, 89 marcs, 6 onces,
    peuvent tre apprcies au moins           60,000 l.   s.

  Celles d'argent, 1,449 marcs,  45
    livres le marc                             65,205     

  Celles de vermeil, 84 marcs, 
    50 livres                                   4,200     

  Galons et franges d'or, 34 marcs              2,700     

  Galons d'argent et brl, 121 marcs           3,600     

  Cuivre, fer, plomb et tain                   4,000     
                                            ------------------
  Total gnral de l'apprciation des
    effets mobiliers confisqus chez
    madame du Barry                         1,246,956 l. 15 s.[156]

Quand madame du Barry fut arrte, elle avait encore un grand nombre de
dettes, et la municipalit de Louveciennes ne tarda pas  tre accable
de mmoires de tous les cranciers. Tous ces mmoires, viss par elle,
furent envoys au district. Il rsulte de leur relev gnral qu'ils
s'levaient  la somme de 956,124 liv. 13 s. 4 d.--La vrification de
ces mmoires fut renvoye  une commission charge de mettre la plus
grande svrit dans l'examen de ces dettes. Le gouvernement d'alors dut
tre satisfait de l'habilet des commissaires, car les mmoires ont t
si bien examins et contrls, que presque aucun des cranciers n'a t
pay.

Les parents de madame du Barry, auxquels on a vu qu'elle avait fait des
pensions viagres, rclamrent aussi la continuation de leurs pensions;
mais on les supprima toutes,  l'exception de celle de Ranon, le mari
de la mre de madame du Barry, qui vint se retirer  Versailles, et y
mourut le 25 octobre 1801.

La proprit de Louveciennes avait t vendue le 20 thermidor an III (7
aot 1795)[157], et le comte Guillaume, qui s'tait remari[158], tait
mort  Toulouse, le 2 aot 1811,  l'ge de 79 ans. Tout avait disparu.
Il ne restait plus, comme souvenir du nom de _du Barry_, que la honte
jete par lui sur les dernires annes du rgne de Louis XV. Mais  ce
souvenir, cependant, venait se mler celui des souffrances supportes
par cette malheureuse femme dans les derniers temps de sa vie, et l'on
se prenait de piti quand on considrait par quelle horrible mort elle
avait expi ses quelques annes de bonheur!

Ce nom devait recevoir encore une nouvelle humiliation, et il devait la
recevoir de ses propres parents, de ses hritiers.

Dans l'acte de mariage de madame du Barry, elle y tait dite fille du
sieur _Jean-Jacques Gomard de Vaubernier_, intress dans les affaires
du roi. Aussitt le retour en France, en 1814, du roi Louis XVIII, les
hritiers _Gomard_ firent de nombreuses dmarches auprs des ministres
pour tre remis en possession des objets ayant appartenu  madame du
Barry, et existant dans les tablissements publics. Ils se fondaient,
pour appuyer leur demande, sur l'acte de naissance[159] de madame du
Barry, annex  celui de clbration de son mariage  la paroisse de
Saint-Laurent, ainsi conu:

Extrait des registres de baptme de la paroisse de Vaucouleurs, diocse
de Touls, pour l'anne mil sept cent quarante-_six_.

Jeanne, fille de _Jean-Jacques Gomard de Vaubernier_ et _d'Anne Bcu_,
dite _Quantigny_, est ne le dix-neuf aot mil sept cent quarante-six, a
t baptise le mme jour, a eu pour parrain Joseph _de Mange_ et pour
marraine Jeanne _de Birabin_, qui ont sign avec moi:

L. Gaon, vicaire de Vaucouleurs; Joseph de Mange et Jeanne de Birabin.

Je soussign, prtre-cur de la paroisse et ville de Vaucouleurs,
diocse de Touls, certifie  qui il appartient, vu le prsent extrait
conforme  l'original.

A Vaucouleurs, ce quatre juillet mil sept cent cinquante-neuf.

L.-P. Dubois.

Nous, Claude-Franois Duparge, licenci s loix, conseiller du roi,
commissaire enquesteur-examinateur en la ville et prvt de
Vaucouleurs, faisant les fonctions de M. le prsident Prevost, absent,
certifions que les criture et signature ci-dessus sont du sieur Dubois,
cur de Vaucouleurs, et que foy y est et doit y tre ajoute. En
tmoignage de quoi nous avons sign les prsentes et scell de notre
cachet.--A Vaucouleurs, ce quatre juillet mil sept cent cinquante-neuf:

Sign, Duparge, avec paraphe. Approuv l'criture, Duparge[160].

Aprs beaucoup de dmarches infructueuses, et aprs avoir prsent au
ministre des finances un acte de notorit constatant que le sieur
_Philbert Gomard_, frre de _Gomard de Vaubernier_, pre de madame du
Barry, tant le plus proche parent de la comtesse  l'heure de sa mort,
tait son hritier, le mme acte tablissant leur filiation comme
hritiers directs du sieur _Philbert Gomard_, le ministre les autorisa 
faire retirer de la prfecture de Seine-et-Oise les papiers de madame du
Barry, dposs aux archives lors du squestre mis sur ses biens en 1793.
Ces papiers devaient servir  les diriger dans les rclamations qu'ils
faisaient au gouvernement. L'inventaire des papiers ainsi donns un peu
lgrement montre combien de documents intressants ont t perdus pour
les recherches historiques.

Inventaire des titres et papiers provenant de madame la comtesse du
Barry, condamne rvolutionnairement, et dont les biens ont t
squestrs; lesquels papiers, par suite du squestre, ont t extraits
du domicile de ladite dame,  Louveciennes, transfrs 
l'administration du ci-devant district de Versailles, et ensuite dposs
aux archives de la prfecture de Seine-et-Oise:

1re _liasse_.--Compose de pices relatives aux anciens ouvrages
faits au pavillon de Louveciennes, annes 1760 et 1770, etc., mmoires
de divers fournisseurs, et ouvriers, quittances, tats de payements et
diverses pices de renseignements.

2e _liasse_.--Anciens mmoires de fournisseurs et ouvriers quittancs
de 1770  1774. Bail pass  madame du Barry par la veuve Duru et
consorts, d'une maison situe  Versailles, rue de l'Orangerie, le 22
dcembre 1768. Bordereau des sommes payes par Me Lepot-d'Auteuil,
notaire.

3e _liasse_.--Autres diffrents mmoires de marchands, ouvriers et
fournisseurs, galement quittancs. Dpenses de tout genre  l'htel et
pavillon de l'avenue de Paris,  Versailles, en 1773. Comptes rendus par
M. de Montvallier, intendant de madame la comtesse du Barry, s annes
1773 et 1774.

4e _liasse_.--Divers mmoires de marchands, orfvres, bijoutiers,
drapiers, modistes, fournisseurs, gagistes, peintres, ouvriers, etc., en
1772 et annes suivantes, galement quittancs. Inventaires et tats
d'effets mobiliers, tels que tableaux, statues, pices d'ornement, etc.,
tant  Louveciennes,  diffrentes poques, notamment un inventaire
gnral du mobilier de Louveciennes, fait en 1774.

5e _liasse_.--Mmoires quittancs d'orfvres, bijoutiers, marchands
de meubles et d'toffes. tats de gages pays aux personnes de la maison
de madame du Barry, et autres pices diverses de dpenses, annes 1771
et suivantes.

6e _liasse_.--Pices relatives  la construction du nouveau pavillon
de Louveciennes, en 1771 et 1772. Comptes et mmoires quittancs de
divers entrepreneurs, marchands, ouvriers, etc.

7e _liasse_.--Forme de mmoires et de quittances donns par des
ouvriers, marchands, fournisseurs, pensionnaires et autres personnes
attaches  madame du Barry, en diverses annes.

8e _liasse_.--Mmoires acquitts de marchands, ouvriers,
fournisseurs, notamment du sieur Aubert, joaillier, du sieur Cozette,
entrepreneur de la manufacture royale des Gobelins. Quittances de sommes
payes pour pensions et bienfaits accords par madame du Barry. Ouvrages
faits  un htel,  Versailles, avenue de Paris, et  une maison 
Saint-Vrain.

9e _liasse_.--Pices relatives aux locations de baraques, boutiques
et appentis tablis sur la contrescarpe,  Nantes, concds  madame du
Barry, pour l'usufruit seulement, sa vie durant, par brevet du roi du
23 dcembre 1769. Compte du sieur Dardel, rgisseur, et du sieur
Couillaud de la Pironnire, receveur du produit desdites boutiques, etc.
Pices et plans y relatifs. Baux desdits biens, passs en 1771.

10e _liasse_.--Papiers, mmoires, lettres, relatifs aux dpenses
faites  la Maison-Rouge, sise commune de Villiers-sur-Orge. Inventaire
d'effets mobiliers garnissant ladite maison. _Lettres et autres pices
de correspondance particulire de madame du Barry, en 1792 et 1793._
Quittances, reus de l'anne 1793. Contrat du 24 octobre 1775, devant
Me Deschesnes, notaire  Paris, concernant vente par madame la
comtesse du Barry  _Monsieur_, frre du roi, d'un grand htel sis 
Versailles, avenue de Paris, moyennant 224,000 liv[161].

Tels sont les papiers remis aux hritiers Gomard. O sont aujourd'hui
ces titres, ces lettres de madame du Barry? Que sont-ils devenus? Ils
ornent probablement la collection de quelque amateur d'autographes[162].

Malgr toutes leurs demandes, ils n'avaient encore rien recueilli de la
succession de madame du Barry, lorsque fut rendue, le 17 avril 1825, la
loi d'indemnit des biens des migrs.

A l'poque de sa mort, madame du Barry ne possdait aucun immeuble, et
par consquent ses hritiers n'avaient rien  rclamer de l'indemnit.
Mais l'on se rappela alors le testament de M. de Brissac, et l'on
rclama de la famille de Mortemart, hritire du duc, et qui avait une
part considrable dans la liquidation du milliard d'indemnit,
l'excution du legs fait au profit de madame du Barry.

Jusque-l, les hritiers Gomard s'taient seuls prsents. Mais
lorsqu'il se fut agi du legs du duc de Brissac, les hritiers _Bcu_,
c'est--dire ceux du ct maternel, vinrent, non-seulement pour entrer
en partage, mais contestrent mme aux _Gomard_ leur titre d'hritiers
de madame du Barry.

On a vu qu'une fois riche, madame du Barry n'a jamais cess de faire du
bien  sa famille. Elle mit sa mre  l'abri du besoin et fit une
pension viagre  Ranon, son beau-pre, lorsqu'il fut devenu veuf. Les
frres de sa mre reurent aussi d'elle des pensions viagres, et elle
dota leurs filles en leur faisant faire des mariages avantageux. Mais on
ne voit nulle part qu'elle se soit jamais intresse aux _Gomard_. D'o
vient cette diffrence dans la manire d'agir de madame du Barry 
l'gard de sa famille? Le procs qui s'est lev entre les divers
hritiers va nous en donner l'explication.

Les _Gomard_ appuyaient leurs prtentions  l'hritage de madame du
Barry sur l'acte de naissance dpos  la paroisse de Saint-Laurent,
reconnaissant comme pre de madame du Barry _Jean-Jacques Gomard de
Vaubernier_. Les Bcu attaqurent cet acte comme faux, et prsentrent
un autre acte de naissance, lev par eux sur les registres de l'tat
civil de la ville de Vaucouleurs, le 25 septembre 1827, constatant que
madame du Barry tait _fille naturelle de Anne Bcu_, et que, par
consquent, les hritiers _Gomard_ n'avaient aucun droit dans cette
succession.

De l, procs entre les deux branches et jugement du tribunal civil de
premire instance de la Seine du 9 janvier 1829, confirm par arrt de
la cour royale de Paris du 22 fvrier 1830, qui donne gain de cause aux
_Bcu_ et les reconnat comme seuls hritiers de madame du Barry.

La cause de ce faux acte de naissance s'explique aisment. Madame du
Barry tait la matresse du roi. Le mariage lui donnait un nom et allait
lui permettre d'arriver aux plus grandes faveurs. Mais il fallait un peu
flatter la vanit des du Barry, et d'ailleurs Louis XV n'aurait-il pas
eu quelque rpugnance  conserver pour matresse, quoique comtesse, la
btarde d'une pauvre fille de campagne?

Il est probable que celui qui joua le rle le plus important dans la
fabrication de cet acte fut cet _abb Gomard_, aumnier du roi, qu'on a
vu dj figurer  la clbration du mariage de madame du Barry, comme
fond de pouvoir de sa mre et de son beau-pre. Depuis longtemps cet
abb tait li avec Ranon et sa femme, et les pamphlets du temps disent
qu'il connaissait trs-bien le pre de madame du Barry: il tait, de
plus, intime avec Lebel, le valet de chambre de Louis XV, et avec le
comte Jean. On peut donc supposer que ce fut lui qui fit placer dans cet
acte le nom de son propre frre Jean-Jacques Gomard de Vaubernier, mort
depuis longtemps, comme pre de _Jeanne Bcu_, et en fit ainsi une fille
lgitime[163].

Il est curieux, au reste, d'examiner les transformations que l'on fit
subir  l'acte primitif que voici:

Extrait des registres de l'tat civil de la ville de Vaucouleurs,
dposs aux archives du tribunal de premire instance sant 
Saint-Mihiel (Meuse).

Jeanne, fille naturelle d'Anne Bqus, dit Quantiny, est ne le
dix-neufime aoust de l'an mil sept cent quarante-trois, et a t
baptise le mme jour. Elle a eu pour parain Joseph Demange, et pour
maraine Jeanne Birabin, qui ont sign avec moy.

Les signatures sont ainsi apposes sur l'acte:

Janne Birabine. L. galon, vic. de Vau.

Joseph Demange.

Pour copie collationne sur la seconde minute dpose aux archives.

Saint-Mihiel, le 25 septembre 1827. Le commis-greffier,

Franois.[164]

D'abord, et c'tait la partie essentielle, on donne un pre  la fille
naturelle; et, comme le nom de _Gomard_ tout court est encore bien
bourgeois, on y ajoute celui de _Vaubernier_. Puis, comme le parrain et
la marraine doivent tre  la hauteur du pre de l'enfant, on fait du
simple Joseph Demange, monsieur Joseph _de Mange_ avec une particule, et
de Jeanne Birabin, qui, suivant l'usage de la campagne, est appele la
Birabine, et signe comme on est dans l'habitude de l'appeler, on fait
madame _de Birabin_. Enfin, comme il paratra plus agrable au roi de
lui donner pour matresse une _demoiselle noble et mineure_ qu'une
_fille naturelle et majeure_, on retranche trois ans de l'acte primitif,
et on fait natre madame du Barry le 19 aot 1746, au lieu du 19 aot
1743.

Aprs l'arrt de la cour royale de Paris, qui frappe de faux l'acte de
naissance dpos  l'glise de Saint-Laurent, et reconnat les _Bcu_
comme seuls hritiers de madame du Barry, ceux-ci continurent 
attaquer la famille de Mortemart pour l'excution du legs de M. de
Brissac. Le procs dura jusqu' la fin de 1833. Enfin les hritiers
_Bcu_ s'entendirent avec la famille de Mortemart sur la somme 
recevoir; mais elle leur profita peu et fut presque entirement absorbe
par les cranciers de madame du Barry et par les frais du procs[165].

Outre les dtails gnraux qu'on a pu faire connatre grce  L'analyse
des diverses pices indiques dans ce rcit, il en est de particuliers 
la personne mme de madame du Barry, qu'il est bon de rappeler en
terminant:

1 Madame du Barry tait fille naturelle, et son vritable nom tait
_Jeanne Bcu_.

2 A l'poque de son mariage on fit un faux acte de naissance, dans
lequel on lui donna pour pre lgitime _Jean-Jacques Gomard de
Vaubernier_.

3 C'est donc  tort que, dans toutes les biographies, et dans les plus
rcents ouvrages sur l'histoire de France, on lui conserve le nom de
_Jeanne Gomard de Vaubernier_, et il faut lui rendre son vrai nom de
_Jeanne Bcu_.

4 Par suite de l'examen de son vritable acte de naissance, on voit que
madame du Barry avait 26 ans quand elle devint la matresse du roi Louis
XV, et non vingt-trois ans, comme cela semblait rsulter du faux acte.
Elle est, par consquent, morte sur l'chafaud  l'ge de cinquante ans.

Quant aux sommes que madame du Barry a cot  la France pour avoir eu
l'honneur d'tre la matresse du roi, on peut, d'aprs l'examen de ces
mmes pices, en faire le relev suivant:

  1 Mobilier donn par le roi  madame du Barry, lors de
    son mariage                               30,000 l.  

  2 Sommes payes pour madame
    du Barry, par _Baujon_, banquier
    de la cour, depuis 1769, premire
    anne de sa faveur, jusqu'en
    1774, anne de la mort
    de Louis XV                            6,375,559 l. 11 s. 11 d.

  3 Pour achat de son htel de
    Versailles, par _Monsieur_, frre
    du roi, le 24 octobre 1775              224,000      

  4 Pour l'change de 50,000 livres
    de rente viagre contre
    1,250,000 livres, dlivres par
    le trsor royal par arrt du roi
    en avril 1784                         1,250,000      

  5 Madame du Barry jouit de
    150,000 livres de rente viagre
    sur la ville de Paris, les
    tats de Bourgogne et les loges
    de Nantes, depuis l'anne 1769
    jusqu'en 1784, ce qui donne un
    total de                              2,400,000      

  6 Depuis l'anne 1784 jusqu'en
    1793, elle n'a plus que 100,000
    livres de rente viagre, ce qui
    donne un total de                       900,000      

  7 La jouissance du chteau de
    Louveciennes et de ses nombreuses
    dpendances; les diverses
    dpenses faites 
    l'ancien chteau et la construction
    du pavillon, peuvent
    s'valuer  un revenu
    de 50,000 livres de rente,
    ce qui fait, depuis 1769
    jusqu'en 1793                          1,250,000     

  Le total gnral de toutes ces
    sommes est de                         12,429,559 l. 11 s. 11 d.!!!




NOTES.


Les trois lettres suivantes nous ont t communiques par M. Vatel,
avocat  Versailles. Elles nous ont paru assez intressantes pour tre
publies en notes.


N I.--_Lettre de M. de Brissac  madame du Barry_.

Brissac, ce samedi 5 septembre 1789.

Les courriers ne sont pas assez frquents, madame la comtesse, il est
bien vrai; car cette lettre qui partira demain par le Mans, arrivera
aussitt que celle d'hier par la leve; mais c'est un plaisir que de
s'entretenir avec vous qu'il ne faut pas laisser chapper. Oui, l'avenir
comme le prsent est dsolant. A moins que la raison, le plus beau de
l'apanage de l'homme, ne le cde  l'esprit, l'ambition, la vanit, quel
est l'homme qui ne dsire pas le bonheur et la libert pour lui et les
autres, a moins qu'il ne soit un forcen? et je vois qu'il y en a trop.
Mais des personnes agissantes, assez franchement loyales pour concourir
 l'arrangement avantageux de tous,  ce gros de la nation, dont la
philosophie parle ainsi que le philosophe, qui par malheur ne connat ni
n'a les moyens de lui faire prouver ce charme du vrai bonheur qu'il
n'est pas permis a tout le monde de connatre, o sont-ils, ces hommes?
Bien loin de nous. On ne les coute pas, ou ils ne parlent pas, ou ils
n'existent pas. Que de tristesse toutes ces ides procurent! L'amour
sortant, ou fuyant l'esclavage, n'est pas mon emblme, madame la
comtesse, quoique ce soit celui de mon ge; il n'en est point, il est
vrai, si la beaut et la bont d'accord partagent un sentiment senti par
un coeur digne de celui qu'il a pu toucher. Mais, par parenthse, j'ai
ou dire du mal de ce tableau, que l'on trouve froid, correct, mais peu
piquant. Je l'ai un peu pens comme le critique; mais les dtails et le
fini, ainsi que le coloris, en sont beaux et donneront toujours du
charme  ce tableau. Pas une dame ne prendra pour elle ces insultes que
leur fait l'amour, ou plutt le peintre qui peut tre froid, ou son ge
et ses travaux. Je pense qu'il y a eu fort peu de portraits, surtout de
madame Lebrun, qui a prsent celui de madame la duchesse d'Orlans.
Elle est faite pour tre gnralement aime et estime, et peut paratre
en public en quel temps que ce soit. Le Salon est-il beau? Je crois que
les campagnards n'auront pas t le voir. D'ailleurs il ne vaut pas la
peine depuis longtemps de se dplacer.--Je ne crois pas vous avoir dit
que je mangeais de mauvais pain; je le fais venir du Pont-de-C, et il
est bon, pas trs-bien fait, mais mieux qu'ici, o on devrait le manger
excellent a cause de la beaut et bont du grain. Notre froment est un
des plus beaux de la France, sans vouloir nanmoins attaquer et celui de
Brie, et le bienfait aimable et charmant de vos amies du Pont. Elles
vous aiment pour vous-mme, parce qu'elles vous connaissent bien, et
qu'alors il est difficile de vous refuser le tribut qu'arrache et
beaut, _et bont et douceur, et cette aimable et parfaite galit
d'humeur qui fait le charme d'une socit habituelle_. Aussi
auraient-elles voulu vous garder, aussi vous y voudraient-elles; _et moi
je voudrais galement y partager avec vous retraite et solitude, le tout
bien tranquille_. C'est ainsi que le trouble fait penser l'homme
raisonnable, qui a reconnu que le plus grand bien  faire est la chose
la plus difficile, et plus tumultueuse que l'orage, qui ramne si
souvent et si promptement un beau jour. Je ne vois pas que nous
avancions en besogne. Hlas! pourvu qu'elle soit faite, termine, je
serai content. Je le serai beaucoup aussi, madame la comtesse, quand il
me sera permis de vous offrir tous mes hommages, tout mon respect et
tous les sentiments que je vous ai toujours offerts avec joie et
plaisir.

Vos lettres sont presque toujours sept jours  arriver. Il m'en parvient
de Paris  deux jours de date; celles de Versailles prouvent le mme
retard. Mille respectueux hommages a mademoiselle votre belle-soeur.


N 2.--_Lettre de madame du Barry aux administrateurs du district de
Versailles_.

Citoyens administrateurs,

La citoyenne de Vaubernier du Barry est trs tonne qu'aprs toutes les
promesses qu'elle vous a fournies des raisons qui l'ont force d'aller
en Angleterre, vous l'ayez traite comme migre.--Avant son dpart elle
vous a communiqu la dclaration qu'elle avait faite  sa municipalit;
vous l'avez enregistre dans vos bureaux. Vous savez que c'est le
quatrime voyage qu'elle est oblige de faire, toujours pour le mme
motif.

Elle espre que vous voudrez bien faire lever les scells qui ont t
apposs chez elle, contre toute justice, puisque la loi n'a jamais
dfendu de sortir du royaume  ceux que des affaires particulires et
pressantes appellent en pays tranger. Toute la France est instruite du
vol qui lui a t fait la nuit du 10 au 11 janvier 1791; que ses voleurs
ont t arrts  Londres; qu'elle y a eu une procdure suivie, dont le
dernier jugement n'a t rendu que le 28 fvrier dernier, ainsi que
l'atteste le certificat ci-joint.

Louveciennes, ce 27 mars 1793.


N 3.--_Lettre de Lavallery, membre du district de Versailles,  madame
du Barry_.

Citoyenne,

Je me ferai reprsenter le plus tt possible votre demande, dont le
succs ne me parat pas devoir prouver de grandes difficults, vu la
notorit du motif de vos absences, si vous avez eu surtout le soin de
joindre  votre mmoire les pices justificatives, telles que vos
passe-ports ou leurs copies certifies, certificats de rsidence, etc.
_Soyez convaincue que s'il est des occasions o je dsire donner du prix
 mon travail, vous avez droit  les faire natre. Votre sexe vous donne
le droit de dsirer la tranquillit, et votre amabilit_.... Mille
pardons, citoyenne, un rpublicain et un inconnu ne doit parler que la
langue des affaires.

Agrez l'assurance de mon respect et de tout l'intrt que vous avez
droit d'inspirer.

LAVALLERY[166].

Versailles, 17 mai (an II de la Rpublique).


N 4.--_Rcit de la mort de madame du Barry, extrait du journal_ LA
NOUVELLE MINERVE, _intitul_ SOUVENIRS DE LA RVOLUTION.

... Arriv au pont au Change, j'y trouvai une assez grande foule
rassemble. Je n'eus pas besoin de demander l'explication de ce
rassemblement: elle ne se fit pas attendre. J'entendis au loin des cris
dchirants, et aussitt je vis sortir de la cour du palais de Justice
cette fatale charrette que Barrre, dans un de ces accs de gaiet qui
lui taient si familiers, avait appele _la bire des vivants_. Une
femme tait sur cette charrette, qui approcha lentement de l'endroit o
je m'tais arrt. Sa figure, son attitude, ses gestes exprimaient le
dsespoir arriv au plus haut paroxysme. Alternativement d'un rouge
fonc et d'une pleur effrayante, se dbattant au milieu de l'excuteur
et de ses deux aides, qui avaient peine  la maintenir sur son banc, et
poussant de ces cris affreux que je disais tout  l'heure, elle
invoquait tour  tour leur piti et celle des assistants. C'tait madame
du Barry que l'on conduisait au supplice. Revenue de Londres cinq ou
six jours auparavant pour retirer de son chteau de Louveciennes des
bijoux de prix qu'elle y avait cachs en partant pour l'migration, elle
avait t dnonce le soir mme de son arrive, par son ngre favori,
Zamor, gardien du chteau en son absence, et traduite au tribunal
rvolutionnaire[167]. Age alors de quarante-deux  quarante-trois ans
seulement, sa figure, malgr la terreur profonde qui en altrait les
traits, tait encore remarquablement belle[168]. Entirement vtue de
blanc, comme Marie-Antoinette qui l'avait quelques semaines auparavant
prcde sur la mme route, ses cheveux du plus beau noir formaient un
contraste pareil  celui que prsente le drap funraire jet sur un
cercueil. Coups sur la nuque, ainsi que cela se pratique en pareil cas,
ceux de devant taient ramens  chaque instant sur le front par ses
mouvements dsordonns, et lui cachaient une partie du visage. Au nom
du ciel, mes amis, s'criait-elle au milieu des sanglots et des larmes,
au nom du ciel, sauvez-moi, je n'ai jamais fait de mal  personne;
sauvez-moi.

La frayeur dlirante de cette malheureuse femme produisait une telle
impression parmi le peuple, qu'aucun de ceux qui taient venus l pour
insulter  ses derniers moments ne se sentit le courage de lui adresser
une parole d'injure. Autour d'elle tout semblait stupfi, et l'on
n'entendait d'autres cris que les siens; mais ces cris taient si
perants qu'ils auraient, je n'en doute pas; domin ceux de la
multitude, si elle en et profr. J'ai dit tout  l'heure, je crois,
que personne ne s'tait senti le courage de l'injurier. Si fait. Un
homme, un seul, vtu avec une certaine recherche, leva la voix au
moment o la charrette passant vis-a-vis de moi, la patiente, toujours
s'adressant au peuple, s'criait: La vie! la vie! qu'on me laisse la
vie, et je donne tous mes biens  la nation.--Tu ne donnes  la nation
que ce qui lui appartient, dit cet homme, puisque le tribunal vient de
les confisquer, tes biens. Un charbonnier, qui tait plac devant lui,
se retourne et lui donne un soufflet. J'en prouvai un sentiment de
plaisir.

On sait que pendant toute la route elle continua  pousser les mmes
cris, et  s'agiter dans des convulsions frntiques pour fuir la mort
qui dj l'avait saisie; aussi, on sait qu'arrive  l'chafaud il
fallut user de violence pour l'attacher  la fatale planche, et que ses
derniers mots furent ceux-ci: Grce! grce! monsieur le bourreau!
Encore une minute, monsieur le bourreau! encore... et tout fut dit.

Jamais la terreur ne fut porte  une si haute expression, et madame du
Barry est la seule femme qui ait offert un spectacle aussi dchirant.
Toutes les autres femmes victimes de nos discordes civiles ont montr a
ce moment suprme autant de calme que de courage, et plus d'une a
raffermi le courage de ses compagnons d'infortune.


N 5.--_Bibliothque de madame du Barry_.

La bibliothque de la ville de Versailles renferme cent quarante-deux
ouvrages ayant appartenu  madame du Barry, et formant trois cent
quatre-vingts volumes. Presque tous ces volumes sont relis en maroquin
rouge, dors sur tranches et portent sur le plat des deux cts les
armes de la comtesse avec la fameuse devise _Boutez en avant_, qui donna
lieu dans le temps  tant de commentaires ironiques. La date de leur
impression ne dpasse pas l'anne 1774. Plusieurs sont relis en
maroquin vert et portent les mmes ornements que les rouges. Ils
paraissent provenir de cadeaux. Il est bien probable que ces livres
faisaient partie de la bibliothque des appartements de madame du Barry
au chteau de Versailles, o ils sont sans doute rests jusqu' la
rvolution. D'autres volumes, beaucoup moins bien relis que les
prcdents et portant les armes de la comtesse sur le dos, font aussi
partie de cette collection; mais la date de leur impression est
postrieure  l'anne 1774, et ils proviennent de son habitation de
Louveciennes.

Beaucoup de ces ouvrages sont des oeuvres littraires; mais en
parcourant leurs titres et en y retrouvant la plupart des productions
futiles et licencieuses d'une partie de la littrature du dix-huitime
sicle, on pourra juger, sans en tre surpris, du got qui a prsid 
la composition de cette bibliothque.

Presque tous les exemplaires venant de la bibliothque de madame du
Barry, outre leurs jolies reliures, sont surtout remarquables par la
beaut de l'excution typographique. On peut citer sous ce rapport les
_Baisers_, de Dorat, charmant exemplaire orn de figures excutes par
Eisen, d'un fini extrme, mais d'une trs-grande indcence. Au reste,
plusieurs des ouvrages de cette collection, et particulirement les
romans de Crbillon fils, sont accompagns de gravures fort
licencieuses.

Parmi les divers ouvrages dont nous donnons la liste, on en doit
particulirement signaler quatre comme se rapportant  la personne mme
de madame du Barry, par les ddicaces adulatrices qui lui sont
adresses.

Le premier porte pour titre: _le Royalisme, ou Mmoires de du Barry de
Saint-Aunet et de Constance de Czelli, sa femme. Anecdotes hroques
sous Henri IV_, par M. de Limairac.--La plupart des exemplaires de cet
ouvrage ne portent aucun nom d'auteur. Dans celui-ci, le nom de l'auteur
se trouve non seulement  la suite du titre, mais encore au bas de
l'ptre ddicatoire. Cet exemplaire a certainement t offert par
l'auteur  la comtesse; le choix de l'exemplaire et sa magnifique
reliure en maroquin rouge, toute couverte de dorures, en sont la preuve.
Au-dessus de l'ptre ddicatoire sont graves les armes de madame du
Barry, et de chaque ct deux levrettes enchanes. Voici cette ptre:



_A madame la comtesse du Barry._

Madame,

Daignez accueillir avec bont un hommage public de sentiment et de
reconnaissance. Le zle seul m'a dict ce petit ouvrage; seul il ose
vous l'offrir. Je sens qu'il est capable d'garer dans une carrire qui
demande des talents, mais j'espre, madame, que vos suffrages
suppleront  la mdiocrit des miens. Les traits que je dveloppe dans
cet essai le rendent digne de paratre sous vos auspices. Ils sont tous
puiss _dans votre maison_; ils retracent la fidlit la plus hroque
de deux sujets pour le roi. Trop heureux si vous voulez bien me
pardonner une entreprise au-dessus de mes forces, en faveur du motif qui
me l'a inspire.

Je suis avec un profond respect, madame, votre trs-humble et
trs-obissant serviteur.

DE LIMAIRAC.


Le second est un _Almanach de Flore_, pour 1774. C'est un recueil de
quarante-huit fleurs graves et colories. Au-dessous de chaque fleur se
trouve une devise et derrire un horoscope. Ces devises et ces
horoscopes sont diviss en sries de numros, applicables  une
demoiselle,  un garon,  une femme marie,  un homme mari,  une
veuve et  un veuf. L'auteur tait un capitaine d'infanterie nomm
Douin, n  Versailles.

La beaut des dorures de ce petit volume, reli en maroquin rouge, fait
prsumer que c'est encore un cadeau offert  madame du Barry. Aprs le
titre sont places deux gravures en rouge. L'une reprsente un tournesol
regardant le soleil avec cette devise.

    L'astre est constant,
    La fleur fidle;

allgorie se rapportant aux amours du roi et de la comtesse. L'autre
offre le portrait de madame du Barry. Au-dessous sont deux flches
croises avec un coeur et les vers suivants:

    _A la plus belle_.

    Je dormais; le Matre des dieux
    Me dit: Je sais ce que tu veux;
    Choisis ou desse, ou mortelle,
    Pour lui consacrer tes couplets.
    Quoi, lui dis-je, une bagatelle!
    Ne crains rien: je te le permets.
    Je choisirai donc la plus belle.

Le troisime ouvrage est intitul _Contes moraux et nouvelles idylles de
D... et Salomon Gessner_.--Les contes sont de Diderot, et la traduction
des idylles de Gessner est de Meister, qui fut secrtaire de Grimm.

Le traducteur dont le nom ne parut pas sur cette dition ne voulut
cependant pas le laisser ignorer de madame du Barry, et dans
l'exemplaire qu'il lui adressa, il ajouta une ptre ddicatoire signe
de lui. Cette ptre, crite par un habile calligraphe, est ainsi
conue:

      De la beaut, les talents et les arts
        Chrissent tous l'aimable empire.
        Que l'glogue au naf sourire
        Arrte un instant vos regards!
        Comme vous, belle sans parure,
        Elle doit tout aux mains de la nature.
      Comme vous elle a quelquefois,
        Sous l'air d'une simple bergre,
        Charm les hros et les rois,
      Mme les dieux. Apollon, pour lui plaire,
    Vint oublier l'Olympe  l'ombre de ces bois.
      Quel dieu pour vous ne l'oublierait de mme,
      Si de l'amour la puissance suprme
        Vous permettait encore un choix?

Je suis avec le plus profond respect, madame, votre trs-humble et
trs-obissant serviteur.

MEISTER.

Enfin le quatrime est un recueil contenant deux opras comiques: _les
trennes de l'Amour_ et _le Nouveau Mari_, dont les paroles sont de
Cailhava. En envoyant cet exemplaire  madame du Barry, l'auteur crivit
sur la premire page les vers suivants:

    _A madame la comtesse du Barry._

    Transport par un songe au haut de l'Empyre,
    J'ai cru voir cette nuit la belle Cythre,
    L'aimable Hb, le dieu q'invoquent les amants.
    La tendre Volupt, les Grces, les Talents,
    Qui d'un air satisfait parcouraient mon ouvrage.
    Un sourire flatteur m'annonait leur suffrage.
    J'ai redout leur fuite  l'instant du rveil;
    Mais je les vois encor, ce n'est pas un mensonge:
    Un seul de vos regards ralise mon songe,
    Et j'tais moins heureux dans les bras du sommeil.

Voici maintenant la liste gnrale des ouvrages ayant appartenu  madame
du Barry, et possds aujourd'hui par la bibliothque de la ville de
Versailles:

_Grammaire gnrale et raisonne_, par Cl. Lancelot et Ant. Arnaud, avec
des notes par Duclos. Paris, Prault, 1754, 1 vol. in-12.

_Abrg du Dictionnaire universel franais et latin, vulgairement appel
Dictionnaire de Trvoux_, par Berthelin. Paris, les libraires associs,
1762, 3 vol. in-4.

_Les OEuvres de Clment Marot_, de Cahors, valet de chambre du roi,
revues et augmentes de nouveau. La Haye, Moetgens, 1714, 2 vol. in-12.

_Les OEuvres de Franois Villon_, avec les notes de Clment Marot et les
posies de Jean Marot et de Michel Marot. Paris, Constelier, 1723, 2
vol. petit in-8.

_Les Mtamorphoses d'Ovide_, traduites en franais, avec des remarques
et des observations historiques, par l'abb Banier, nouvelle dition, 2
tomes en 1 volume. Paris, Nyon, 1738, in-4, avec figures, par Humblot.

_Satires et autres OEuvres de Regnier_, accompagnes de remarques
historiques de Cl. Brossette. Nouvelle dition considrablement
augmente, par Lenglet du Fresnoy. Londres, Tonson, 1733, grand in-4,
belle dition dont les pages sont entoures de cadres rouges.

_L'Arcadie de Sannazar_, traduite de l'italien, par Pecquet. Paris,
Nyon, 1737, 1 vol. in-12.

_Recueil de traductions_ en vers franais, contenant le pome de
Ptrone, deux ptres d'Ovide et le _Pervigilium Veneris_, avec des
remarques par le prsident Bouhier. Paris, compagnie des libraires,
1738, 1 vol. in-12.

_Les Posies du roi de Navarre_, avec des notes et un glossaire
franais, prcdes de l'histoire des rvolutions de la langue franaise
depuis Charlemagne jusqu' saint Louis, d'un discours sur l'anciennet
des chansons franaises et de quelques autres pices, par Levesque de la
Revallire. Paris, Gurin, 1742, 2 vol. in-12.

_OEuvres de madame et de mademoiselle Deshoulires_, nouvelle dition.
Paris, les libraires associs, 1754, 2 vol. in-12.

_La Colombiade, ou la Foi porte au nouveau monde_, pome, par madame
Dubocage. Paris, Desaint, 1756, 1 vol. in-8 orn de jolies vignettes.

_L'Art d'aimer et le remde d'amour_, traduction d'Ovide, par l'abb de
Marolles. Amsterdam, 1757, 1 vol. in-12 avec des figures, par Vanloo et
Eisen.

_OEuvres de l'abb de Chaulieu_, nouvelle dition, par de Saint-Marc.
Paris, David, 1757, 2 vol. in-12.

_Le Conte du Tonneau_, par le fameux docteur Swift, traduit de
l'anglais. La Haye, H. Scheurleer, 1757, suivi du _Trait des
dissensions entre les nobles et le peuple dans les rpubliques d'Athnes
et de Rome_, etc. _L'Art de ramper en posie et l'Art du mensonge
politique_, par le mme, 3 vol. in-12.

_OEuvres de M. le marquis de Ximenez, ancien mestre de camp de
cavalerie_, nouvelle dition. Paris, 1772.--Ce volume contient encore:
_Amalazonte_, tragdie du mme auteur. Paris, Jarry, 1758, 1 vol. in-8,
reli en maroquin vert avec de nombreuses dorures; c'est probablement un
cadeau.

_L'Univers perdu et reconquis par l'Amour_, suivi d'_Iphis et Amarante,
ou l'Amour veng_, par de Carn. Amsterdam, 1758, 1 vol. in-8.

_Posies de Haller_, traduites de l'allemand, par Tscharner, dition
retouche et augmente. Berne, soc. typog., 1760, 2 vol. in-12.

_Posie du philosophe de Sans-Souci_, nouvelle dition. Sans-Souci,
1760, 2.vol. in-12.

_Le Trsor du Parnasse, ou le plus joli des recueils_, par Couret de
Villeneuve et Berenger. Londres, 1762, 6 vol. in-12.

_La Farce de maistre Pierre Pathelin, avec son Testament  quatre
personnages_. Paris, Durand, 1762, 1 vol. petit in-8.

_OEuvres diverses de Desmahis_. Genve, 1763, 1 vol. in-12.

_Le Hasard du coin du feu_, dialogue moral par Crbillon fils. La Haye,
1763, 1 vol. in-12.

_L'Iliade d'Homre_, traduite en vers, avec des remarques, par de
Rochefort. Paris, Saillant, 1766, 2 vol. in-8.

_La Pharsale de Lucain_, traduite en franais par Marmontel. Paris,
Merlin, 1766, 2 vol. in-8, avec des figures, par Gravelot.

_Roman comique_, par Scarron, nouvelle dition. Amsterdam, comp. des
libraires, 1766, 3 vol. in-12.

_Trait de la prosodie franaise_, par l'abb d'Olivet. Paris, Barbou,
1767.--Dans le mme volume se trouve: _Remarques sur Racine_, par l'abb
d'Olivet. Paris, Barbou, 1766, 1 vol. in-8.

_OEuvres compltes de M. le c. de B..._ (le cardinal de Bernis),
dernire dition. Londres, 1767, deux tomes dans 1 volume in-12.

_OEuvres de S. Gessner_, traduites de l'allemand, par Huber. Zurich,
Orel, 1768, 2 vol. in-12.

_Essais de Montaigne_, avec les notes de Coste, nouvelle dition.
Londres, Nourse, 1769, 10 vol. in-12.

_Le Messie_, pome en dix chants, traduit de l'allemand, de Klopstock,
par d'Antelmy, Junker et autres. Paris, Vincent, 1769, 2 vol. in-12.

_Narcisse dans l'le de Vnus_, pome en quatre chants, par Malfiltre.
Paris, Lejay, 1769, 1 vol. in-8 orn d'un frontispice par Eisen, et de
figures par Saint-Aubin.

_La Peinture_, pome en trois chants, par Lemierre. Paris, Jay, 1769, 1
vol. in-4.--Au frontispice est un portrait du grand Corneille. Les
figures sont de Cochin.

_Les Nuits d'Young_, suivies des oeuvres diverses du mme auteur,
traduites de l'anglais par Letourneur, deuxime dition. Paris, Lejay,
1769, 4 vol. in-8 avec figures par Eisen.

_Les Grces_, prcdes d'une dissertation par l'abb Massieu, et
suivies d'un discours par le P. Andr; recueil publi par de Querlon.
Paris, Prault, 1769, 1 vol. in-8 avec figures, de Boucher et de Moreau
jeune.

_Les Quatre parties du jour_, pome traduit de l'allemand de Zacharie,
par Millier. Paris, Musier, 1769, 1 vol. in-8 avec de charmantes
figures par Eisen.

_Les lments_, pome par Delavergue. La Haye, Gosse, 1770, 1 vol.
in-8.

_La Rcration des honntes gens, ou Opuscules en vers_, par M. de la
M... Amsterdam et Paris, Ftil, 1770, 1 vol. in-8, reli en maroquin
vert.

_Les Baisers_, prcds du _Mois de mai_, pome par Dorat. La Haye et
Paris, Lambert, 1770, 1 vol. in-8.

_Jrusalem dlivre_, pome hroque du Tasse, traduit en franais par
Mirabaud. Paris, Barrais, 1771, 2 vol. in-12.

_Le Bonheur_, pome en six chants avec des fragments de quelques
ptres, ouvrages posthumes d'Helvtius. Londres, 1772; prcd d'une
_Vie d'Helvtius_, par Saint-Lambert, 1 vol. in-8, reli en maroquin
vert. Les armes de la comtesse sont sur le plat avec la devise _Boutez
en avant_ au-dessus.

_Contes moraux et Nouvelles idylles_ de D... (Diderot) et Salomon
Gessner, traduites par Meister. Zurich, 1773, 1 vol. in-4.

_Almanach des trois rgnes_, en huit parties: premire partie, _Almanach
de Flore_, 1774, grav et orn de plus de cinquante planches en
taille-douce, dessines et colories d'aprs nature avec le plus grand
soin, contenant quarante-huit devises et autant d'horoscopes pour tous
les tats et tous les ges. Les paroles sont de Douin, capitaine
d'infanterie; les fleurs dessines et graves par Chevalier, lieutenant
d'infanterie, le texte grav par Drouet, ancien soldat d'infanterie.
Versailles, Blaizot, 1774, 1 vol. in-24.

_Les Comdies de M. Marivaux_, joues sur le thtre de l'htel de
Bourgogne par les comdiens ordinaires du roi. Paris, Briasson, 1732, 2
vol. in-12.

_Recherches, sur les thtres de France depuis l'anne_ 1161 _jusqu'
prsent_, par de Beauchamps. Paris, Prault, 1735, 3 vol. in-8.

_Rflexions historiques et critiques sur les diffrents thtres de
l'Europe, avec les penses sur la dclamation_, par Louis Riccoboni.
Paris, Gurin, 1738, 1 vol. in-8.

_Tragdies-opras_ de l'abb Metastasio, traduites en franais par M.
C.-P. Richelet. Vienne, 1751, 12 vol. in-12.

_OEuvres de thtre_ de MM. Brueys et Palaprat. Paris, Briasson, 1755, 5
vol. in-12.

_Choix de petites pices du thtre anglais_ par Dodsley et Gay,
traduites des originaux par Patu. Paris, Prault, 1756, 2 vol. in-12.

_OEuvres dramatiques_ de Nricault-Destouches, nouvelle dition. Paris,
Prault, 1758, 10 vol. in-12.

_OEuvres_ d'Alexis Piron, avec figures en taille douce d'aprs les
dessins de Cochin. Paris, Duchesne, 1758, 3 vol. in-12.

_Le Thtre_ de Baron. Paris, les libraires associs, 1759, 3 vol.
in-12.

_Les OEuvres de thtre_ de Dancourt, nouvelle dition. Paris, les
libraires associs, 1760, 12 vol. in-12.

_Le Prix de la beaut, ou les Couronnes_, pastorale en trois actes et un
prologue, avec des divertissements sur des airs choisis et nouveaux, par
Goudot. Paris, Delormel, 1760, vol. in-4.

_OEuvres_ de M. Nivelle de la Chausse, nouvelle dition, publie par
Sablier. Paris, Prault, 1762, 2 vol. 12.

Recueil contenant: 1 _les trennes de l'Amour_, comdie-ballet en un
acte; 2 _le Nouveau Mari_, opra-comique en un acte par Cailhava.
Paris, Lejay et Duchesne, 1769-1770, 1 vol. in-8.

_Fables allemandes et contes franais en vers_, avec un _Essai sur la
Fable_, par du Coudray. Paris, Jarry, 1770, 1 vol. in-8.

_Les Chefs-d'oeuvre_ de Pierre et de Thomas Corneille, nouvelle dition,
avec _les Commentaires_ de Voltaire. Paris, libraires associs, 1771, 3
vol. in-12.

_Thtre des Grecs_ par le P. Brumoy, nouvelle dition enrichie de
trs-belles gravures et augmente de la traduction entire des pices
grecques dont il n'existe que des extraits dans toutes les ditions
prcdentes, et de comparaisons, d'observations et de remarques
nouvelles, par MM. de Rochefort et Dutheil. Paris, Cussac, 1785, 13 vol.
in-4, relis en maroquin rouge, avec armes sur le dos.

_Les Aventures de Tlmaque, fils d'Ulysse_, par Franois de Salignac de
la Motte-Fnelon, nouvelle dition. Paris, Estienne, 1730, deux tomes en
1 volume in-4, dition mdiocre, orne de figures par Coypel, Souville,
Cazes et Humblot.

_Le Marquis de Chavigny_, par Boursault. Paris, Nyon, 1739, 1 vol.
in-12.

_Le Prince de Cond_, par Boursault. Paris, Nyon, 1739. Dans le mme
volume: _Ne pas croire ce qu'on voit_, histoire espagnole par Boursault.
Paris, Lebreton, 1739, 1 vol. in-12.

_OEuvres de Matre Franois Rabelais_, avec des remarques historiques et
critiques de le Duchat, nouvelle dition orne de figures, par Picart.
Amsterdam, J. Bernard, 1741, 3 vol. in-4.

_Tanza et Nadarn_, histoire japonaise, par Crbillon fils, Pkin,
1743, 2 vol. in-18, avec figures licencieuses.

_Amours de Thagne et de Charicle_, histoire thiopique. Londres, 2
vol. petit in-8, avec figures, dont quelques-unes sont assez
licencieuses.

_Les Malheurs de l'Amour_, par la marquise de Tencin et Pont-de-Vesle.
Amsterdam et Paris, Prault, 1746, deux parties en 1 vol. in-12.

_Lettres de la marquise de M*** au comte de R***_, par Crbillon fils.
La Haye, Scheurser, 1746, 1 vol. in-12.

_Histoire amoureuse des Gaules_, par le comte de Bussi-Rabutin, 1754, 5
vol. in-12.

_Mmoires et OEuvres de madame Staal_. Londres, 1755, 4 vol. in-12.

_Histoire d'Emilie Montayne_, par l'auteur de _Julie Mondeville
(Mistriss Brooke)_, traduite de l'anglais, par Robinet, 4 tomes en 2
vol. in-12.

_Mmoires et Aventures d'un homme de qualit qui s'est retir du monde_,
par l'abb Prvost. Amsterdam, Arkste, 1759, 3 vol. in-12.

_Mmoires du comte de Grammont_, par le comte A. Hamilton, 1760, 2 vol.
in-12.

_Les Amours d'Ismne et d'Ismnius_, par M. de Beauchamps. La Haye,
1743.--Dans le mme volume se trouve: _Acajou et Zirphile_, conte, par
Duclos, Minutie, 1761, 1 vol. in-12, avec figures.

_Amlie_, roman de Fiedling, traduit de l'anglais, par madame Riccoboni.
Paris, Brocas, 1762, 3 vol. in-12.

_Lettres de milady Julliette Catesby  milady Henriette Campley, son
amie_, par madame Riccoboni. Amsterdam, 1762, 1 vol. in-12.

_Histoire de miss Jenny_, crite et envoye par elle  milady comtesse
de Roscomond, par madame Riccoboni. Paris, Brocas, 1764, 2 vol. in-12.

_La Nouvelle Hlose, ou Lettres de deux amants habitants d'une petite
ville au pied des Alpes_, recueillies et publies par Jean-Jacques
Rousseau, nouvelle dition. Neufchtel et Paris, Duchesne, 1764, 4 vol.
in-12 avec figures, par Gravelot.

_Contes moraux_, par Marmontel. Paris, Merlin, 1765, 3 vol. in-12, avec
le portrait de l'auteur, par Cochin, et orns de figures par Gravelot.

_Histoire de M. le marquis de Cressy_, par madame Riccoboni. Paris,
Humblot, 1766, 1 vol. 12.

_Contes de Guillaume Vad_, 1768, 1 vol. in-8.

_Histoire d'Hippolyte, comte de Douglas_, par madame d'Aulnoy.
Amsterdam, Lhonor, 1769, deux tomes en 1 vol. in-12.

_Tlphe_, en douze livres. Londres et Paris, Pissot, 1784, par
Pechmja, 1 vol. in-8 reli en maroquin rouge, les armes sur le dos.

_Voltariana, ou loges amphigouriques_ de F.-M. Arouet, sieur de
Voltaire, discuts et dcids pour sa rception  l'Acadmie franaise,
par Travenol et Mannory. Paris, 1748, 1 vol. in-8.

_Lettres de Rousseau, sur diffrents sujets de littrature._ Genve,
Barillot, 1750, 5 vol. in-12.

_Essai historique et philosophique sur le got_, par Cartaud de la
Vilale. Londres, 1751, 1 vol. in-12.

_Considrations sur les ouvrages d'esprit_, par Chicaneau de Neuville.
Amsterdam, 1758, 1 vol. in-12.

_Le Chef-d'oeuvre d'un inconnu_, pome heureusement dcouvert et mis au
jour, avec des remarques savantes et recherches, par le docteur
Chrysostome Matanasius, par Saint-Hyacinthe, aid de S'gravesande,
Sallengre, Prosper Marchand et autres. On trouve de plus une
Dissertation sur Homre et sur Chapelain, par Van Effen; deux Lettres
sur des Antiques; la prface de Cervantes, sur l'histoire de don
Quichotte de la Manche; la dification d'Aristarchus Masso, et plusieurs
autres choses non moins agrables qu'instructives, neuvime dition.
Lausanne, Bousquet, 1758, 2 vol. in-12.

_Penses de Pascal sur la religion et sur quelques autres sujets._
Paris, Desprez, 1761, 1 vol. in-12.

_Recueil de Lettres_ de madame la marquise de Svign  madame la
comtesse de Grignan, sa fille. Paris, Compagnie des libraires, 1763, 8
vol. in-12.

_Lettres secrtes de M. de Voltaire_, publies par L.-B. Robinet.
Genve, 1765, 1 vol. in-8.

_Penses de milord Bolingbroke_, sur diffrents sujets d'histoire, de
philosophie, de morale, etc., recueillies par Prault. Paris, Prault,
1771, 1 vol. in-12.

_Les Loisirs d'un ministre, ou Essais dans le got de ceux de Montagne_,
composs en 1736, par le marquis d'Argenson. Lige, Plomteux, 1787, 2
vol. in-8, relis en veau vert avec armes sur le dos.

_OEuvres du Philosophe de Sans-Souci_, au Donjon du Chteau, 1750, 3
vol. in-8.

_OEuvres de Saint-vremont_, avec la vie de l'auteur, par des Maileaux,
1753, 11 vol. in-12.

_OEuvres de madame la marquise de Lambert._ Paris, Ganeau, 1761, 2 vol.
in-12.

_OEuvres diverses de J. J. Rousseau._ Neufchtel, 1764, 8 vol. in-12. Le
premier volume est orn d'un frontispice par Gravelot, et d'un portrait
de J. J. Rousseau par Delatour.

_Plaidoyer_ pour et contre J. J. Rousseau et le docteur D. Hume,
l'historien anglais, avec des anecdotes intressantes relatives au
sujet; ouvrage moral et critique, pour servir de suite aux oeuvres de
ces deux grands hommes, par Bergerat. Paris, Dufour, 1768, 1 vol. in-12.

_Les OEuvres de l'abb de Saint-Ral_, nouvelle dition. Libraires
associs, 8 vol. in-12.

_OEuvres posthumes de Frdric II_, roi de Prusse. Berlin, Woss et
Decker, 1788, 15 vol. in-8, relis en maroquin fauve avec armes sur le
dos.

_Divers loges_, par Thomas. Paris, Regnard, 1763-1773, 1 vol. in-8.

_La Muse historique, ou Recueil de Lettres en vers_, contenant les
nouvelles du temps, crites  S. A. marquise de Longueville, par le
sieur Loret. Paris, Ch. Chenault, de 1650  1664, 5 vol. in-fol.--Les
lettres du 1er janvier 1665 au 28 mars de la mme anne sont
manuscrites, et copies par de la Rue, en 1771.

_Anecdotes ecclsiastiques_, tires de l'_Histoire du royaume de
Naples_, de Giannone, par Jacques Vernet. Amsterdam, Catuffe, 1753, 1
vol. petit in-8.

_Abrg chronologique de l'Histoire des Juifs_, par Charbuy. Paris,
Chaubert, 1 vol. in-8.

_Lettres sur l'Egypte_, par Savary. Paris, Onfroy, 1785, 3 vol. in-8,
avec armes sur le dos.

_Histoire ancienne des peuples de l'Europe_, par le comte de Buat.
Paris, Desaint, 1772, 12 vol. in-12, avec armes sur le dos.

_Mmoires de la cour de France_, pour les annes 1688 et 1689, par
madame la comtesse de la Fayette. Amsterdam, Bernard, 1731, 1 vol.
in-12.

_Histoire de la vie et du rgne de Louis XIV_, par Bruzen de la
Martinire. La Haye, Venduren, 1740, 2 vol. in-4.

_Histoire de madame de Luz_, anecdote du rgne de Henri IV, par Duclos.
La Haye, de Hondt, 1744, deux parties en 1 vol. in-12. Histoire plus que
galante.

_Histoire politique du sicle_, par Maubert de Gouvest. Londres, 1754, 2
vol. in-12.

_Histoire du rgne de Louis XIII_, par le P. Griffet. Paris, Libraires
associs, 1758, 2 vol. in-4.

_Les Amours de Henri IV, roi de France_, avec ses lettres galantes  la
duchesse de Beaufort et  la marquise de Verneuil. Amsterdam, 1765, deux
parties en 1 vol. in-12.

_Dictionnaire gographique et portatif de la France_, par le P.
Dominique Magnan. Paris, Desaint, 1765, 4 vol. in-8.

_Les Soires helvtiennes, alsaciennes et francomtoises_, par le marquis
de Pezay. Amsterdam, Paris, Delalain, 1771, 1 vol. in-8.

_Usages et Moeurs des Franais_, par Poullin de Lumina. Lyon, Berthaud,
1769, 1 vol. in-12.

_Le Royalisme, ou Mmoires de du Barry de Saint-Aunez et de Constance de
Czelli, sa femme_, anecdotes hroques sous Henri IV, par de Limairac.
Paris, Valade, 1770, 1 vol. in-8.

_Histoire de la vie prive des Franais, depuis l'origine de la nation
jusqu' nos jours_, par Legrand d'Aussy. Paris, Pierres, 1782, 3 vol.
in-8, relis en maroquin rouge, armes sur le dos.

_Lettres du baron de Busbec_, ambassadeur de Ferdinand 1er, roi des
Romains, auprs de Soliman II, empereur des Turcs, etc., traduites en
franais, avec des notes historiques et gographiques, par l'abb Defoy.
Paris, Bauche, 1748, 3 vol. in-12.

_Histoire abrge de la vie d'lonore-Marie, archiduchesse d'Autriche_,
etc., par N. Frizon. Nancy, Cusson, 1725, 1 vol. in-8.

_Les Fastes du royaume de Pologne et de l'empire de Russie_, par
Constant Dorville. Paris, Costard, 1769, 2 vol. in-8.

_Histoire de l'Afrique et de l'Espagne sous la domination des Arabes_,
par Cardonne. Paris, Saillant, 1765, 3 vol. in-12.

_Histoire philosophique et politique des tablissements et du commerce
des Europens dans les deux Indes_, par Guillaume-Thomas Raynal.
Neufchtel, Libraires associs, 1783, 10 vol. in-8, relis en maroquin
vert, armes sur le dos.

_Monuments de la mythologie et de la posie des Celtes, et
particulirement des anciens Scandinaves_, pour servir de supplment et
de preuves  l'introduction  l'histoire du Danemark, par Mallet.
Copenhague, Philibert, 1756, 1 vol. in-4.

_Histoire de l'Acadmie franaise_, par Pellisson et d'Olivet, troisime
dition. Paris, Coignard, 1743, 2 vol. in-12.

_Tablettes dramatiques_, contenant l'abrg de l'histoire du thtre
franais, l'tablissement des thtres  Paris, un dictionnaire des
pices et l'abrg de l'histoire des auteurs et des acteurs, par le
chevalier de Mouy. Paris, Jarry, 1752, 1 vol. petit in-8.

_Histoire et commerce des Antilles anglaises_, par Butel-Dumont, 1 vol.
in-12.

_Correspondance secrte, politique et littraire, ou Mmoires pour
servir  l'Histoire des cours, des socits et de la littrature en
France, depuis la mort de Louis XV_, 1789, 1790, par Mtra et autres, 14
vol. in-12, relis en veau vert, les armes sur le dos. On est d'autant
plus tonn de trouver cet ouvvage parmi les livres de madame du Barry,
qu'elle y est fort maltraite.

_Dictionnaire de littrature_, par l'abb Sabatier de Castres. Paris,
Vincent, 1770, 3 vol. in-8.

_Recueil d'anecdotes_, par madame de Laisse. Amsterdam, 1773, 1 vol.
in-12.

_Principes du droit politique_, par Burlamaqui. Amsterdam, Chtelain,
1751, deux tomes en 1 vol. petit in-8.

_Le Droit public de France clairci par les monuments de l'antiquit_,
par Bousquet. Paris, Desaint et Saillant, 1756, 1 vol. in-4.

_De l'autorit du clerg et du pouvoir du magistrat politique sur
l'exercice des fonctions du ministre ecclsiastique_, par Richer.
Amsterdam, Arkste, 1767, 2 vol. in-12.

_Constitution de l'Angleterre, ou tat du gouvernement anglais_, compar
avec la forme rpublicaine et avec les autres monarchies de l'Europe,
par Delolme. Genve, Barde, 1787, 2 vol. in-8, relis en veau marbr
vert, avec armes sur le dos.

L'_Alcoran de Mahomet_, traduit de l'arabe par Andr du Ryer, sieur de
la Garde Malzair, nouvelle dition, revue, corrige et augmente des
observations historiques et critiques sur le mahomtisme, ou traduction
du discours prliminaire mis  la tte de la version anglaise de
l'Alcoran, publie par Georges Sale. Amsterdam, Arkste, 1770, 2 vol.
in-12.

_Rflexions, sentences et maximes morales_, mises en nouvel ordre, avec
des notes pratiques et historiques, par Amelot de la Houssaye, nouvelle
dition, augmente de maximes chrtiennes. Paris, Ganeau, 1754, 1 vol.
in-12.

_mile, ou de l'ducation_, par J. J. Rousseau. Amsterdam, Naulme,
1762, 4 vol. in-12.

_Rflexions politiques sur les finances et le commerce_, par Dutot. La
Haye, Vaillant, 1754, 2 vol. in-12.

_Essai politique sur le commerce_, par Melon, nouvelle dition, 1761, 1
vol. in-12.

_Annales politiques_ de feu M. Charles-Irne Castel, abb de
Saint-Pierre, nouvelle dition. Lyon, Duplais, 1767, 2 vol. in-12.

_Essai philosophique_, concernant l'entendement humain, par Locke,
traduit de l'anglais par Coste. Amsterdam, aux dpens de la Compagnie,
1758, 4 vol. in-12.

_De la recherche de la vrit_, par Mallebranche. Paris. 1762, 4 vol. in
12.

_Histoire du ciel_ considr selon les ides des potes, des philosophes
et de Mose, par Nol Planche. Paris, Estienne, 1739, 2 vol. in-12.

_Considrations sur la constitution de la marine militaire de France_,
par de Secondat. Londres, 1756, 1 vol. in-12.

_Rouge vgtal  l'usage des dames_, avec une lettre  M***, sur les
maladies des yeux causes par l'usage du rouge et du blanc, par le
docteur Deshais-Gendron. Paris, 1760, 1 vol. in-12.

       *       *       *       *       *


N 6.--_Liste des dossiers, concernant madame du Barry, dposs  la
bibliothque publique de la ville de Versailles:_

1 Dossier renfermant toutes les pices regardant particulirement
madame _du Barry_.

2 Procs entre les hritiers _du Barry_, dans lequel est tablie la
preuve que madame _du Barry_ est fille naturelle d'_Anne Bcu_.

3 Autre dossier, dans lequel on trouve une foule de renseignements sur
tout ce qui regarde madame _du Barry_.

4 Dossier concernant le vol des diamants de madame _du Barry_, et les
dpts d'argent faits par elle en Angleterre.

5 Dossier _Coss-Brissac_.

6 Dossier de _Ranon de Montrabe_, beau-pre de madame _du Barry_.

7 Dossier contenant les tats des dettes, oppositions et significations
existant au trsor public, sur la comtesse _du Barry_.

8 Procs des hritiers de madame _du Barry_.--Mmoires imprims.

9, 10, 11, 12. Dossiers des divers procs intents par les hritiers
de madame _du Barry_, contre MM. _Rohan-Chabot_, _de Chabrillan_, _de
Mondragon_.

13 Dossier concernant le comte _Guillaume du Barry_, mari de la
comtesse.--Son second mariage avec _Madeleine Lemoine_.--Sa mort.

14 et 15 Papiers concernant les parents de madame _du Barry_.


FIN.




TABLE DES MATIRES.


INTRODUCTION                                                     I

   I.--Le chteau de Versailles sous Louis XIII et la
         journe des Dupes (1627-1630)                           1

  II.--La naissance du duc de Bourgogne (1682)                  30

 III.--Rcit de la grande opration faite au roi
         Louis XIV (1686)                                       57

  IV.--Mort de Louvois (1691)                                   74

   V.--L'appartement de madame de Maintenon
         (1686-1715)                                            85

  VI.--L'ancienne machine de Marly ou de Ville et
         Rennequin                                             115

         Pices justificatives                                 138

 VII.--Dtails indits sur la mort de Louis XIV (1715)         200

VIII.--Relev des dpenses de madame de Pompadour              209

  IX.--Le Parc aux cerfs sous Louis XV (1755-1771)             229

   X.--Madame du Barry (1768-1793)                             243

       Notes                                                   249


NOTES:

[1] _Curiosits historiques_, p. 86.

[2] Les Almanachs de Versailles avant 1789.--Le Cicerone de Versailles
(avril 1804, etc.)

[3] Mmoires de Saint-Simon.

[4] Mmoires de Saint-Simon.

[5] Jusqu'en 1836, dit cet auteur, poque de la publication du livre de
M. Eckard, on avait cru et rpt que Jean de Soisy tait le seigneur de
Versailles. En 1833, lorsque nous crivmes pour la premire fois cet
ouvrage, nous avancions sous la forme du doute, que Jean de Soisy
n'avait d vendre que le _Pavillon royal_, puisque le chteau
appartenait aux Gondi. Toutefois, les dates nous embarrassaient. Grce 
M. Eckard, la lumire a t jete sur l'ordre des acquisitions, et nous
n'y ajouterons que ce que nous croirons indispensable de faire
connatre.

[6] _Mmoires du marchal de Bassompierre_, contenant l'histoire de sa
vie et de ce qui s'est fait de plus remarquable  la cour de France
pendant quelques annes. Cologne, 1665, t. III, p. 53.

[7] Le palais des Tuileries. L'assemble se tenait dans la grande salle
de ce palais.

[8] En 1631, pendant qu'il tait enferm  la Bastille.

[9] _Architecture franaise_, par Blondel, t. IV, p. 93.

[10] _Histoire du roi Louis XIII_, par Ch. Bernard, 1646, I. XII, p.
223.

[11] Anecdotes du ministre du cardinal de Richelieu.

[12] Ch. Bernard (_Histoire de Louis XIII_) dit que ce qui sauva le roi
fut l'ouverture d'un abcs qu'il avait intrieurement, ce qui le mit
aussitt hors de fivre.

[13] _Histoire de Louis XIII_, liv. XIV, p. 226.

[14] Voici ce que dit  ce sujet Bassompierre: Le lundi 11, jour de la
Saint-Martin, je vins de bonne heure chez le roi, qui me dit qu'il s'en
retournoit  Versailles; je ne say point quel dessein j'en avois fait
d'aller dner chez M. le cardinal, que je n'avois p voir chez luy
depuis son arrive, et m'en alloyt vers midi en son logis. On me dit
qu'il n'y estoit pas, et qu'il partoit ce jour-l pour aller  Pontoise.
Encore jusques-l je ne pensoy  rien, ni moins encore, quand tant
entr au Luxembourg, M. le cardinal y arrivant, je le conduisis jusques
 la porte de la reine, et qu'il me dit: Vous ne ferez plus de cas d'un
dfavoris comme moy. Je m'imaginai qu'il vouloit parler du mauvais
visage qu'il avoit reu de Monsieur. Sur cela, je voulus attendre pour
aller dner avec lui; mais M. de Longueville me dbaucha pour aller
dner chez M. de Crqui avec Monsieur, comme il m'en avoit pri.
(_Mmoires du marchal de Bassompierre_, t. III, p. 273.)

[15] Comme grand-matre de la maison du roi.

[16] L'ordonnance royale par laquelle Louis XIII te les sceaux 
Marillac pour les donner  Charles de Laubespin, sieur de Chasteau-Neuf,
est date de Versailles, au mois de novembre 1630, et l'on y voit que
Chasteau-Neuf y prta serment entre les mains du roi, le 14 du mme
mois.

[17] Cette anne 1630, Louis XIII retira au seigneur de Glatigny les
droits d'aides de Versailles, qui avaient t alins en 1619, et les
fit recevoir par le concierge de son chteau. (Rapport de M. Coste,
1790.)

Le concierge du chteau et le jardinier avaient chacun six cents livres
de gages. (Manuscrits de Narbonne, premier commissaire de Versailles.)

[18] Voir _Histoire amoureuse des Gaules_, par Bussi Rabutin.

[19] Son mari tait chirurgien  Paris.

[20] Le premier mdecin du roi.

[21] Premier chirurgien de la Dauphine.

[22] C'est ce qui a fait dire  plusieurs historiens, et entre autres 
M. Vatout, dans son livre du _Palais de Versailles_, que la Dauphine
tait accouche  la surintendance. La surintendance tait compltement
spare du chteau, et l'on a videmment confondu le pavillon de la
surintendante avec ce btiment. Sous Louis XVI ce pavillon portait le
nom de _Pavillon de Monsieur_.

[23] Il tait compos de deux matelas, sans lit de plumes, placs sur un
lit de repos, large de trois pieds. Une planche tait place entre les
deux matelas, afin que le sige ne ft pas dans un creux. On tendait
dessus deux draps et une couverture. Un double traversin tait plac
sous les paules et la tte. Enfin il tait complt par deux chevilles
d'un pied de long, places l'une  droite et l'autre  gauche, que la
princesse devait saisir pendant les douleurs, et par une barre au pied,
pour servir d'appui  ses pieds pendant le travail.

[24] Qu'on a traduit plus tard en _palettes_.

[25] Ce rossolis tait compos de graines aromatiques macres dans
l'alcool.

[26] L'usage de la plupart des accoucheurs de cette poque, ainsi que
l'enseigne _Mauriceau_ dans son _Trait des accouchements_, tait de
dlivrer la femme aussitt la sortie de l'enfant, et de ne couper le
cordon que lorsque l'arrire-faix tout entier tait dehors. Clment
tait d'un avis tout oppos. Il voulait que l'on comment par la
ligature du cordon. Il donnait pour raison qu'on ne peut trop tt ter
l'enfant d'auprs de sa mre, et l'en dbarrasser pour le mettre entre
les mains de celles qui doivent l'accommoder. Il ajoutait que plus on
diffrait  lier le cordon, plus la circulation de l'enfant avec le
placenta se continuait, et plus par consquent le placenta se dtachait
difficilement de l'utrus; et de plus, qu'en laissant crier l'enfant
prs de sa mre, on lui faisait de la peine, et que cet veil  la
tendresse maternelle pouvait tre encore une cause de retard  la sortie
du dlivre.

Il lia donc le cordon, le coupa, et remit l'enfant entre les mains des
femmes qui devaient l'arranger. On l'enveloppa dans un linge et on le
porta dans un cabinet voisin, et prs du feu. On le lava avec une ponge
trempe dans du vin lgrement chauff, dans lequel on avait fait fondre
une certaine quantit de beurre. Clment vint lui mettre le cordon dans
un linge huil, plaa la bande de corps, et l'on emmaillotta l'enfant.
Il s'occupa ensuite de dlivrer la princesse. L'arrire-faix,  sa
sortie, fut plac sur un plat d'argent et prsent  l'examen des
mdecins pour s'assurer de son intgrit.

[27] Les curs de paroisses royales avaient le droit non-seulement
d'assister en tole aux baptmes, mariages et autres sacrements qui
s'administraient  la cour, mais encore de faire mention de leur
prsence dans les actes les constatant. Voici comment cet usage s'tait
introduit.

Le cardinal de Richelieu connaissait le grand nombre de ses ennemis et
la faiblesse de Louis XIII. Craignant qu'aprs sa mort sa famille ne ft
inquite, il chercha pour elle un appui dans la puissante maison de
Cond, et fit pouser  sa nice, Claire-Clmence de Maill-Brz, Louis
de Bourbon, duc d'Enghien, si connu sous le nom de grand Cond!

Ce mariage se fit le 11 fvrier 1645, dans la chapelle du Louvre, et le
frre de Richelieu, le cardinal de Lyon, leur donna la bndiction
nuptiale. Le prince de Cond, pre de Louis, et Louis lui-mme, ayant
montr de la rpugnance pour cette alliance, le cardinal ne parvint  la
conclure qu' l'aide des grands avantages qu'il assura  sa nice; et
comme il craignait que plus tard on ne chercht quelques prtextes pour
la rompre, il voulut que le cur de Saint-Germain l'Auxerrois ft
prsent  la clbration avec son tole, et qu'il apportt ses registres
afin d'y faire inscrire l'acte. Telle est l'origine de l'usage o
taient les curs des rsidences royales d'assister en tole  tous les
sacrements s'administrant  la cour. Cet usage s'est renouvel de nos
jours, car on a vu, il y a quelques annes, le cur de l'glise de
Notre-Dame de Versailles, depuis vque de Dijon, venir au chteau de
Trianon et y assister en tole  la crmonie du mariage de la princesse
Marie, fille du roi Louis-Philippe, avec le prince de Wurtemberg.

[28] Aprs que les femmes de la Dauphine eurent procd  sa toilette,
elle fut place dans son lit, pralablement chauff. Comme l'enfant
tait rest assez longtemps au passage, les parties externes de la
gnration taient contusionnes et douloureuses; Clment y fit
appliquer un cataplasme ainsi fait: On prit deux onces d'huile d'amandes
douces et deux oeufs dont on mit le blanc et le jaune, qu'on fit cuire
dans un petit vase, comme des oeufs brouills; on les tendit ensuite
sur de l'toupe, et on les appliqua mdiocrement chauds sur la partie.

Comme le ventre tait un peu sensible, Clment se servit, pour prvenir
l'inflammation de cette partie, d'un singulier moyen, auquel il renona
cependant pour les autres accouchements de la Dauphine, quoiqu'ils aient
t aussi laborieux*. Il fit appliquer la peau encore chaude d'un mouton
noir nouvellement corch. Pour cela on avait fait venir un boucher qui
corcha le mouton dans une pice voisine. Le boucher, voulant ne pas
laisser refroidir la peau, s'empressa d'entrer dans la chambre de la
princesse, en ayant pris cette peau ploye dans son tablier, et laissa
la porte ouverte; de sorte que le mouton corch et tout sanglant le
suivit et entra jusqu'auprs du lit, ce qui fit une peur effroyable 
toutes les dames prsentes  ce spectacle. Les seins furent ensuite
recouverts de deux petits matelas de laine. Ces soins termins, la
Dauphine prit une potion qu'on tait dans l'usage d'administrer pour
viter aux femmes les tranches, consistant dans un mlange d'huile
d'amandes douces, de sirop de capillaire et de jus d'orange.

A la couche de la Dauphine, Clment se conforma encore  un usage
observ chez les reines, mais qu'il supprima plus tard, c'tait
d'empcher la femme de dormir aussitt aprs l'accouchement. Dionis
resta trois heures auprs du lit de la Dauphine, ainsi qu'il avait fait
 la reine, pour causer avec elle et l'empcher de se livrer au sommeil.

Aprs que tout le monde se fut retir de la chambre de la Dauphine, on
ferma tous les volets des fentres, et une seule bougie claira sa
chambre jour et nuit pendant les neuf premiers jours. Except
l'accoucheur, les mdecins et les femmes ncessaires au service,
personne ne s'approcha non plus de la Dauphine pendant tout ce temps.
Les trois premiers jours, sa nourriture se composa de bouillons, d'oeufs
frais et de gele; et sa boisson de tisane d'orge, de chiendent et de
rglisse chaude. Lorsque la fivre de lait fut passe, on donna des
potages et du poulet, et elle but un peu de vin tremp.

Une prcaution regarde comme trs-importante tait de ne laisser entrer
dans la chambre de l'accouche aucune personne ayant sur elle quelque
odeur. Aussi un huissier tait-il plac  la porte de l'appartement de
la princesse, avec ordre de sentir toutes les dames, et de renvoyer
celles ayant quelque parfum ou quelque fleur, non-seulement pendant les
neuf premiers jours, mais mme pendant les six semaines qui suivirent
l'accouchement.

* Dionis.

[29] Dans son livre du _Palais de Versailles_, M. Vatout dit qu'aprs la
naissance du duc de Bourgogne, Louis XIV s'tant montr en public, le
peuple le porta depuis la surintendance, o la Dauphine tait accouche,
jusqu' ses appartements. On voit, par ce rcit, que cette scne
d'effusion entre Louis XIV et ses courtisans eut lieu dans l'intrieur
du palais, et que _le peuple_ n'y prit aucune part. L'erreur de M.
Vatout vient, on l'a dj fait remarquer, de ce qu'il a confondu la
surintendance avec le pavillon de la surintendante.

[30] Il y avait alors la grande cour, appele aussi premire cour,
ferme par la grille que l'on voit encore aujourd'hui; la deuxime cour,
ou cour royale, spare de la premire par une grille aujourd'hui
dtruite, et la troisime cour, ou cour de marbre.

[31] L'tape tait une espce de halle aux vins, dans laquelle les
marchands de vins en gros de la ville dposaient leurs pices pour les
vendre aux habitants. Elle tait situe derrire l'ancienne gele.

[32] La pompe, situe rue des Rservoirs, sur l'emplacement du
restaurant Duboux, tait un instrument hydraulique servant  lever
l'eau de l'tang de Clagny dans les rservoirs du chteau, pour de l
les distribuer dans les bassins du parc. Plus tard, madame de Pompadour
fit btir son htel sur le mme emplacement.

[33] Tous les ornements de plomb de la toiture du chteau et des ailes
des ministres taient dors.

[34] Sauf les grands seigneurs, les habitants de Versailles taient
alors composs de paysans, d'ouvriers, et de gens de bas tage, attirs
par les travaux que faisait faire le roi, et par les privilges qu'il
accorda aux premiers propritaires de la ville. Les marguilliers de la
paroisse, se considrant comme les reprsentants des bourgeois de la
ville, ne voulurent pas laisser passer une occasion si favorable de se
distinguer, ce qui amena une scne assez plaisante.

Ils allrent trouver Bontemps, premier valet de chambre du roi et alors
gouverneur de Versailles; ils lui reprsentrent que, dans une
circonstance aussi solennelle, ils ne pouvaient se dispenser de porter
au roi les flicitations des habitants de Versailles, et le prirent de
les prsenter  Louis XIV. Bontemps en parla au roi, qui voulut bien les
recevoir et leur assigna une heure le lendemain.

A l'heure indique, Bontemps, comme gouverneur de Versailles, avait cru
devoir se mettre  la tte de la dputation. Il les introduisit dans le
salon o se trouvait le roi; mais,  peine y furent-ils entrs, que,
sans donner  Bontemps le temps de prononcer la formule d'usage: Sire,
voici les bourgeois de Versailles que je prsente  Votre Majest, l'un
des marguilliers, nomm Colette, picier de profession, charg de faire
le compliment, enthousiasm sans doute par la prsence du roi, se mit 
chanter  pleine gorge: _Domine salvum fac regem_, auquel les
marguilliers, lectriss  leur tour par la voix de lutrin de leur
orateur, rpondirent: _Et exaudi nos in die, qua invocaverimus
te_.--Louis XIV ne s'attendait pas  un pareil discours. Il ne put
conserver sa gravit et se mit  rire, ainsi que tous les seigneurs qui
l'entouraient. Mais Bontemps, peu flatt du rle que venaient de lui
faire jouer les marguilliers, leur fit de vifs reproches et les poussa
hors du salon, d'o ils se retirrent un peu confus de leur rception.

[35] Louis XIV aimait le faste et la reprsentation. Lorsqu'il rsolut
de venir habiter Versailles, l'un de ses premiers soins fut d'ordonner
la construction d'un escalier qui annont dignement la magnificence des
appartements de ce palais. Levau et Dorbay furent chargs de sa
construction, et Lebrun de sa dcoration. Ce bel escalier passait alors
pour un chef-d'oeuvre. Il fut dtruit sous Louis XV, lorsque l'on fit de
nouvelles distributions. Il tait situ tout  fait en face de
l'escalier de marbre ou _de la Reine_, existant encore de l'autre ct
de la cour royale. Il tait vraiment digne, si l'on en croit sa
description et les planches de Baudet, reprsentant les peintures du
plafond, des grands artistes auxquels Louis XIV en avait confi
l'excution. Cet escalier portait aussi le nom _d'escalier des
Ambassadeurs_, parce que c'tait par l que les ambassadeurs entraient
dans les appartements, du roi, lors des grandes rceptions.

[36] Dionis.

[37] Dans le btiment en face de la bibliothque de la ville de
Versailles.

[38] Dionis.

[39] Dangeau.

[40] Cet htel, situ rue de la Bibliothque, n 6, fut construit en
1670. C'est l'une des plus anciennes maisons de Versailles. Devenu trop
petit pour la surintendance, on en construisit un plus vaste dans la
mme rue, n 9, aujourd'hui le petit sminaire. L'ancien htel resta
l'habitation des surintendants.

[41] _Journal de Dangeau_, publi par MM. Souli, Dussieux, de
Chennevires et de Montaiglon.

[42] Paris, 1710.

[43] Dionis, ouvr. cit.

[44] L'aile du midi, construite en 1679, s'appelait l'_ancienne aile_,
et celle du nord, leve en 1685, l'_aile neuve_.

[45] Il est vident, par l'explication qu'il donne ailleurs du lieu o
se trouvait l'appartement de madame de Maintenon, que Saint-Simon entend
par _grand escalier_ l'escalier de marbre ou de la Reine, le seul par o
l'on entrt directement dans les petits appartements du roi.

[46] Dtruit sous Louis XV.

[47] Suivre pour toute cette description le plan de Blondel dans son
livre de l'_Architecture franaise_, tome IV.

[48] On le nommait aussi _cabinet des Perruques_, parce que c'tait dans
ce cabinet que l'on dposait les diffrentes perruques de Louis XIV.

[49] La comdie tait situe au fond de la cour des Princes, dans le
vestibule servant aujourd'hui de passage de cette cour dans les jardins.
Elle n'a cess d'exister que sous le premier Empire.

[50] L'escalier des Princes.

[51] En effet, on va voir tout  l'heure que l'antichambre de
l'appartement de jour du duc de Bourgogne (salle des Gouaches), donnait
sur la salle des Cent-Suisses (salle de 1792), et qu'on pouvait de cette
antichambre passer dans l'appartement de madame de Maintenon.

[52] Saint-Simon appelle tantt grand degr, tantt grand escalier,
l'escalier de marbre; c'est ce qui a mis dans l'erreur M. Vatout, et lui
a fait supposer que Saint-Simon voulait parler de l'escalier des
ambassadeurs. Dans ce rcit il n'y a aucun doute sur celui auquel il
donne le nom de grand degr.

[53] L'on voit que Saint-Simon place cette porte dans l'endroit dj
indiqu par Flibien.

[54] Nous avons dj vu, dans la description de Flibien, que cette
salle des gardes, qu'il ne faut pas confondre avec la grande salle des
gardes, que le duc de Bourgogne venait de traverser pour entrer chez
madame de Maintenon, avait son entre sur le vestibule, au haut de
l'escalier et en face de l'appartement de madame de Maintenon.

[55] Voir le plan de Blondel. Ces deux antichambres ont t dtruites et
ne forment aujourd'hui qu'une seule pice, la salle de 1795.

[56] Cette chambre forme la salle de 1794.

[57] Pour pouvoir faire de cette chambre une salle de tableaux, on a
dtruit la chemine, qui, d'aprs Blondel, se trouvait au fond, dans la
face orientale.

[58] Cet enfoncement est trs-bien indiqu dans le plan de Blondel. La
croise qui s'y trouvait alors tait condamne. On l'a ouverte depuis
pour donner plus de jour  cette salle.

[59] Ces marches, indiques dans le plan de Blondel, ont t supprimes
depuis qu'on a baiss le sol du grand cabinet auquel elles servaient 
monter. Aujourd'hui c'est un passage troit qui sert  aller de la salle
de 1794 dans celle de 1793.

[60] Le grand cabinet (aujourd'hui salle de 1793) tait en effet de
plain-pied avec l'appartement de jour du duc de Bourgogne (salle des
Gouaches), et l'on entrait dans l'antichambre de cet appartement, not
sur le plan de Blondel comme celui du cardinal de Fleury, par une porte
(aujourd'hui cache par un tableau) qui se trouvait en face de celle de
la chambre de madame de Maintenon, et qui ouvrait sur le petit palier
d'un escalier communiquant  la salle de comdie.

[61] Cette antichambre, o se trouvent aujourd'hui les costumes des
divers rgiments, descend encore dans la salle dont parle Saint-Simon
(salle de 1792), par plusieurs marches, le sol de l'ancien appartement
de jour du duc de Bourgogne tant rest plus lev.

[62] Par l'escalier dj indiqu.

[63] Cette garde-robe existe encore, mais on y a construit un
calorifre.

[64] Dans un autre endroit de ses _Mmoires_, Saint-Simon dit:--Chez
elle, avec le roi, ils taient chacun dans leur fauteuil, une table
devant chacun d'eux, aux deux coins de la chemine, elle du ct du lit,
le roi le dos  la muraille, du ct de la porte de l'antichambre, et
deux tabourets devant sa table, un pour le ministre qui venait
travailler, l'autre pour son sac. Les jours de travail, ils n'taient
seuls ensemble que fort peu de temps avant que le ministre entrt, et
moins encore fort souvent aprs qu'il tait sorti. Le roi passait  une
_chaise perce_, revenait au lit de madame de Maintenon, o il se tenait
debout fort peu, lui donnait le bonsoir, et s'en allait se mettre 
table.

[65] Par le petit escalier qui se trouve entre le grand cabinet de
madame de Maintenon et l'antichambre de M. le duc de Bourgogne.

[66] _Mmoires de Saint-Simon_, tome XII, page 132. dition Delloye.

[67] Voir _Histoire de la maison royale de Saint-Cyr_, par M. Thophile
Lavalle, le mme fait racont d'une manire bien diffrente.

[68] Voir le livre des _Eaux de Versailles_, par J. A. Le Roi.

[69] De Ville, qui tait fils d'un bourgmestre de Ville, passa la plus
grande partie de sa jeunesse au chteau de Modave.

[70] Voir note n 11, _Pices justificatives_.

[71] De Prony, art. Rennequin, _Biographie universelle_.

[72] Voir le tableau des pentes de la Seine fait  cette poque, note n
6.

[73] Voir le plan de la machine, par P. Giffart, note n 2.

[74] Voir le dtail des dpenses de la machine, registre des btiments
du roi, note n 1.

[75] Voir le procs-verbal de l'arpenteur Caron, note n 5.

[76] Cette maison est occupe aujourd'hui par le directeur.

[77] Voir la note n 10, _Pices justificatives_.

[78] Voir dtail des dpenses, note n 1.

[79] Voir l'_Architecture hydraulique_ de Blidor, et les _Eaux de
Versailles_, par J. A. Le Roi.

[80] Nous nous servons ici de la description donne par M. de Prony et
par Blidor.

[81] Cette tour en charpente fut plus tard porte  l'Observatoire de
Paris, et servit  placer les premiers tlescopes. Voir l'_Histoire de
l'Acadmie des sciences_, anne 1690.

[82] Voir Piganiol de la Force, _Description de la machine_, note n 8.

[83] _Instruction pour l'tablissement d'une estacade_, par Vauban.
Archives de la machine, note n 4.

[84] Elle est aujourd'hui chez le directeur de la machine.

[85] Le _Sicle des beaux-arts_, par Ossude, et des _Eaux de
Versailles_, par J. A. Le Roi.

[86] _Mlanges littraires et scientifiques_, par l'abb Caron.

[87] _Quelques mots sur le lieu de naissance et l'poque du dcs de
Renkin Sualem._

[88] Weidler.

[89] Voir le procs-verbal du sieur Caron, du 15 fvrier 1683, note n
5.

[90] Voir le procs-verbal du 12 janvier 1682, du mme, note n 5.

[91] Registre des btiments du roi, anne 1681, note n 1.

[92] Procs-verbal du 15 fvrier 1683, note n 5.

[93] Voir le plan de la machine.--Arch. de la machine, note n 2.

[94] Cette maison est celle o madame du Barry fit btir son pavillon de
Louveciennes.

[95] Registre des dpenses des btiments du roi, note n 1.

[96] Dpenses des btiments du roi, note n 1.

[97] Voir l'acte de dcs de Rennequin, note n 13.

[98] Voir note 12.

[99] Voir note 7.

[100] Note de M. Bormans. V. note 11.

[101] S'il avait employ  embellir Paris,  finir le Louvre, les
sommes immenses que cotrent les aqueducs et les travaux de Maintenon
pour conduire des eaux  Versailles, travaux interrompus et devenus
inutiles; s'il avait dpens  Paris la cinquime partie de ce qu'il en
a cot pour forcer la nature  Versailles, Paris serait, dans toute son
tendue, aussi beau qu'il l'est du ct des Tuileries et du pont Royal,
et serait devenu la plus magnifique ville de l'univers. (Voltaire,
_Sicle de Louis XIV_, t. II, p. 272.)

[102] Songez bien que c'est  Dieu  qui vous devez tout ce que vous
estes. Cette faute de franais, qui peut paratre aujourd'hui assez
extraordinaire dans la bouche de Louis XIV, nous semble, au contraire,
tablir la vrit de la version que nous donnons. C'tait,  cette
poque, une locution presque gnralement en usage, et nous voyons
Boileau lui-mme y cder dans ce vers clbre:

    C'est  vous, mon esprit,  qui je veux parler.

C'est l,  notre avis, une preuve presque certaine que ces paroles,
telles qu'elles sont rapportes ici, ont t en quelque sorte
stnographies par celui qui tait charg de les recueillir.

[103] Dangeau, qui ne quittait presque jamais Louis XIV, donne dans son
journal une version  peu prs semblable  celle-ci, dans laquelle on
trouve aussi cette phrase: _Je vous donne le pre Letellier pour
confesseur._

[104] Le catalogue de la bibliothque de madame de Pompadour, recherch
encore aujourd'hui des bibliographes, contient 3,535 articles de livres,
235 de musique, 36 d'estampes. Il est termin par une table des auteurs
et orn de son portrait. La marquise n'avait pas en tout dix volumes
latins, y compris un _pinicion_, en l'honneur de milord Pot-au-feu, et
l'Horace grav en 1733, exemplaire auquel tait jointe une explication
franaise manuscrite des figures. Les grands auteurs grecs et latins
n'existaient qu'en traductions dans cette bibliothque; qui,  la
rserve tout au plus de dix articles, se composait de livres franais et
italiens. Il parat, au reste, qu'on avait distrait quelques articles,
car on n'y a pas trouv l'exemplaire de l'_Abrg_ chronologique du
prsident Hnault, donn par l'auteur  Voltaire, puis offert par
celui-ci  madame de Pompadour. Il avait crit sur la premire page
quelques vers, dont les premiers seulement ont t conservs:

    Le voici ce livre vant;
    Les Grces daignrent l'crire
    Sous les yeux de la Vrit:
    Et c'est aux Grces de le lire.


[105] Collin tait le factotum de madame de Pompadour.

[106] Madame Duhausset donne toujours  madame de Pompadour le nom de
_Madame_.

[107] Louis XV avait eu dj, avant 1755, quelques rendez-vous galants,
soit dans cette maison loue probablement avant d'en faire
l'acquisition, soit dans quelque autre de ce quartier, car on lit dans
le journal de l'avocat Barbier,  la date du mois de mars 1753, _que le
bruit courait dans Paris qu'une jeune fille de seize ans avait t loge
au Parc aux_* _Cerfs pour l'amusement du roi_; et dans une note des
_Mmoires de madame Duhausset: Quelquefois on a chang de maison et de
quartier, mais sans renoncer  l'ancienne maison._

[108] Cela est confirm par une note qu'on trouve dans les _Mmoires de
madame Duhausset_:

Un commissaire de la marine, nomm Mercier, qui avait eu part 
l'ducation de l'abb de Bourbon, avait plus de connaissance qu'aucun
autre sur cet tablissement; et voici ce qu'il a dit  un de ses amis:
_La maison tait de trs-peu d'apparence_; il n'y avait en gnral
qu'une seule jeune personne; la femme d'un commis du bureau de la guerre
lui tenait compagnie, jouait avec elle, ou travaillait en tapisserie.
Cette dame disait que c'tait sa nice; elle la menait, pendant les
voyages du roi,  la campagne. Et plus loin, madame Duhausset dit
encore: Il n'y en avait au reste que deux en gnral, et trs-souvent
une seule. Lorsqu'elles se mariaient, on leur donnait des bijoux et une
centaine de mille francs. _Quelquefois le Parc aux Cerfs tait vacant
cinq et six mois de suite._

[109] Ou trouve ce qui suit dans un crit rcent intitul _le Chteau de
Luciennes_, de M. Lon Gozlan: Le Parc aux Cerfs, qui est encore mal
connu, tait un endroit solitaire, silencieux, _lugubre comme un
abattoir_. C'est l que le roi, sans suite et  l'entre de la nuit,
allait commettre ses plaisirs. Il en avait tellement pris l'habitude
qu'il avait fini par se croire quitte envers Dieu et les hommes en
dotant les jeunes filles fltries dans cet antre.--Le Parc aux Cerfs
cotait prs de cent soixante-dix mille francs par mois, _ce qui fait
pour trente annes d'existence plus de cent cinquante millions_. O
l'auteur a-t-il puis ces renseignements?

[110] La bibliothque de la ville de Versailles possde aujourd'hui la
plus grande partie des papiers concernant madame du Barry, formant
quinze dossiers. Ces papiers donnent les renseignements les plus
dtaills sur sa famille, sa fortune, sa liaison avec de grands
personnages, les procs de ses hritiers, etc.

[111] Bibliothque de Versailles.

[112] Bibliothque de Versailles.

[113] Bibliothque de Versailles.

[114] Bibliothque de Versailles.

[115] Sous Louis XVI, ce mme appartement fut chang dans sa
disposition, et devint le petit appartement particulier de la reine
Marie-Antoinette.

[116] Archives de la prfecture de Seine-et-Oise. Cette maison porte
aujourd'hui le n 7.

[117] Le charmant chteau de Bellevue.

[118] Bibliothque de Versailles.

[119] Archives de la prfecture de Seine-et-Oise.

[120] Toutes ces descriptions de meubles sont copies textuellement sur
les mmoires des fournisseurs.

[121] Archives de Seine-et-Oise.

[122] Bibliothque de Versailles.

[123] Archives de Seine-et-Oise.

[124] Archives de Seine-et-Oise.

[125] Madame du Barry avait aussi lou pour ses gens l'htel de
Luynes,--aujourd'hui rue de la Bibliothque, nos 4 et 6.

[126] C'est aujourd'hui une caserne de cavalerie.

[127] C'est l'un des papiers remis aux hritiers en 1825.

[128] Beaujon tait le banquier de la cour.

[129] Archives de la prfecture de Seine-et-Oise.

[130] Archives de Seine-et-Oise.

[131] Bibliothque de Versailles.

[132] _Idem_, et Archives de Seine-et-Oise.

[133] Voir aux notes la lettre n 1 de M. de Brissac  madame du Barry.

[134] Ce joli petit bijou est en ce moment en la possession du
bibliothcaire de Versailles.--Le chiffre en diamants est compos des
deux lettres _J. B._

[135] Bibliothque de Versailles.

[136] Ce fait est racont dans le n 259 du _Courrier franais_ (1792).

[137] Archives de la prfecture de Seine-et-Oise.

[138] Archives de Seine-et-Oise.

[139] Archives de Seine-et-Oise.

[140] Voir aux notes la lettre n 2 de madame du Barry aux
administrateurs du district de Versailles.

[141] Aprs la journe du 20 mai 1795, Goujon fut traduit devant une
commission militaire, et aprs avoir entendu son arrt de mort, il se
poignarda en descendant les marches de sa prison.

[142] Madame du Barry avait alors cinquante ans, mais elle tait encore
fort belle, et Lavallery parut s'intresser  elle par un sentiment plus
vif que la simple piti.--Voir  ce sujet aux notes la lettre n 3,
crite par Lavallery  madame du Barry, et le rcit n 4.

[143] Celui qui lui conseilla de venir s'tablir  Versailles.

[144] C'tait une simple mdaille trs-ordinaire.

[145] tant  Londres, madame du Barry plaa 200,000 francs qui furent
hypothqus sur les biens de M. Rohan-Chabot.

[146] Ces 200,000 francs n'ont jamais t prts.

[147] Graillet avait pous une de ses cousines.

[148] Voir aux notes, le rcit n 4.

[149] Termes de leur rapport.

[150] Archives de Seine-et-Oise.

[151] Archives de Seine-et-Oise.

[152] Archives de Seine-et-Oise.

[153] Morin fut condamn  mort quelques jours aprs, _comme complice
des crimes de la du Barry_.

[154] Prison de Versailles o l'on renfermait les prisonniers
politiques.

[155] Archives de Seine-et-Oise.

[156] Archives de Seine-et-Oise.

[157] Elle fut adjuge 6,000,000 de francs en assignats, 
Jean-Baptiste-Charles-douard Delapalme, demeurant aux Vaux-de-Cernay.
(Bibliothque de Versailles.)

[158] Il avait pous en deuximes noces Jeanne-Madeleine Lemoine.

[159] Les registres de l'tat civil tant  cette poque entre les mains
du clerg, les actes de naissance et de baptme ne faisaient qu'un.

[160] Bibliothque de Versailles.

[161] Archives de Seine-et-Oise.

[162] Une partie de ces papiers se trouve actuellement  la bibliothque
de Versailles.

[163] Cet abb Gomard tait un pauvre hre qui dut facilement se prter
pour de l'argent au rle qu'on lui fit jouer dans cette affaire. On voit
dans les papiers de madame du Barry, runis  la bibliothque de
Versailles, qu'aussitt installe  la cour, elle lui donna de l'argent,
le fit habiller par son tailleur, et qu'on le nomma aumnier du roi.

[164] Bibliothque de Versailles.

[165] Voir, pour ce procs, le tome XXXII de la _Collection de_ _Sirey_
et la _Gazette des Tribunaux_ des 4 juillet, 5, 11 et 27 aot 1833.

[166] Ce mme Lavallery se suicida quelques jours aprs la mort de
madame du Barry.

[167] On a vu que ce n'est pas tout  fait ainsi que les choses se sont
passes, mais c'tait la croyance de l'poque.

[168] Nous avons montr qu'elle avait cinquante ans au moment de sa
mort.






End of the Project Gutenberg EBook of Curiosits historiques sur Louis XIII,
Louis XIV, Louis XV, Mme de Maintenon, Mme de Pompadour, Mme du Barry, etc., by J. A. Le Roi

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