Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3246, 13 Mai 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3246, 13 Mai 1905

Author: Various

Release Date: February 8, 2011 [EBook #35209]

Language: French

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L'Illustration, No. 3246, 13 Mai 1905


Supplments de ce Numro:
1 L'ILLUSTRATION THTRALE contenant LE DUEL
2 Un hors texte en couleurs: TTE DE FEMME, par HENNER.

LA REVUE COMIQUE, par Henriot.

Supplments de ce numro:
1 L'ILLUSTRATION THTRALE avec le texte complet du DUEL;
2 Une reproduction en couleurs d'un tableau de HENNER.

[Illustration:
L'ILLUSTRATION
Prix de ce Numro: Un Franc. SAMEDI 13 MAI 1905. 63e Anne.--N 3246]

[Illustration: PENDANT LA BATAILLE DE MOUKDEN (1er-10 MARS 1905) Gnral
japonais tudiant sa carte, dans une tranche,  l'cart, avant de faire
donner sa brigade. _Photographie de notre, nouveau correspondant de
guerre pour 1905, J. Wittness._]



Courrier de Paris

JOURNAL D'UNE TRANGRE

Les rois rendent volontiers, depuis quelque temps, visite aux Parisiens.
Ils ne s'y sont pas dcids du premier coup. Paris rpublicain leur
faisait un peu peur. Ce bloc enfarin ne me dit rien qui vaille... Et
puis, petit  petit, le bloc leur sembla trs inoffensif. Ils se
rassurrent. Une fois rassurs, ils furent sduits. Aujourd'hui, c'est
mieux encore; ce bloc, irrsistiblement, les attire. Ce n'est plus par
politesse qu'ils consentent  nous venir voir: ils en prouvent,
dirait-on, le besoin. Ils avouent mme--et rien ne saurait flatter
davantage l'amour-propre des Parisiens--que leur grande joie serait de
venir souvent chez eux, et sans tre acclams; d'y passer inaperus; de
jouir de Paris librement,  la faon du premier badaud venu; de pouvoir
s'y rencontrer--comme, il y a dix jours, aux; _Capucines_, Edouard VII
et Lopold II--sans que la foule y fit attention. Le soir o le roi
d'Angleterre vint applaudir, aux _Capucines_, Mme Jeanne Granier, la
petite salle tait trs joliment fleurie; des drapeaux anglais pendaient
au-dessus de la porte; on avait cru devoir ainsi marquer d'un peu de
solennit l'honneur de cette visite. On et augment le plaisir du roi
en ne lui infligeant l'hommage ni de ces fleurs ni de ces drapeaux. Le
saluer, c'tait le reconnatre. Et je sens quelle exquise volupt ce
doit tre, pour un homme condamn  ne jamais chapper une minute au
supplice de la vnration publique, que de pouvoir penser de temps en
temps: On ne me reconnat pas!

N'importe! Que Paris les acclame ou fasse semblant de les
ignorer,--qu'ils y viennent en triomphateurs ou en touristes,
l'essentiel tait pour eux d'y venir; et tous, ou presque tous, en ont
pris le chemin l'un aprs l'autre. Presque tous... car il y en a deux
que leur grand ge retient  la maison; et un troisime, que d'autres
raisons empchent d'tre notre hte... Celui-l s'en console comme il
peut--en venant tout prs, le plus prs possible de la frontire, de
temps en temps, passer une revue, ou saluer des tombes--et se dit (tout
bas!) que Gravelotte est bien loin de Longchamps. A qui la faute?

Et pour la premire fois de sa vie, sans doute, l'empereur allemand se
sent un peu jaloux du roi d'Espagne...


Car il y viendra, lui aussi, dans quinze jours, et ce sera son premier
grand voyage. Paris l'attend et s'apprte  le fter; des comits
s'organisent; on ne veut pas laisser  M. Loubet tout seul et  ses
ministres le plaisir de montrer Paris  ce roi de dix-huit ans, et de le
lui faire aimer. On s'agite mme au quartier des Halles; on y prpare 
Alphonse XIII une rception dont le pittoresque l'tonnera: ce jeune
homme y sera salu au passage par une jeune fille, la muse de
l'Alimentation, que quatre demoiselles d'honneur et la foule de ses
compagnes, en habits de fte, escorteront.

Je serai contente qu'Alphonse XIII ait un sourire pour elles. Elles le
mritent. Ces marchandes de poissons, de lgumes, de fruits et de fleurs
ont--comme leurs compagnes les blanchisseuses--une immense vertu: elles
aiment leur tat. Elles ne l'exercent point en rsignes; elles ont
l'orgueil corporatif, qui est le plus noble des orgueils, et le plus
utile. Elles rougissent si peu d'tre des dames de la Halle qu'elles
lisent parmi elles des reines pour les montrer aux Parisiens, et des
muses pour les prsenter  des rois. Un peu de musique autour de leur
pauvret; un diadme en carton dor dans leurs cheveux, et les voil
contentes. Aussi bien leur gentille philosophie les a-t-elle rendues
populaires; et je remarque ceci: elles sont,  Paris, l'une des rares
catgories de personnes que respecte la satire. La reine de carnaval est
une personne dont Paris ne se moque point.


On y a tant d'occasions meilleures de se moquer; et l'imagination du
satiriste y est amuse et excite par une si prodigieuse diversit de
sujets... Et il est vrai aussi que ses dessinateurs ont tant d'esprit!
Je crois qu'il n'y a pas de ville au monde o, plus aisment, l'homme
qui tient un crayon sache dgager de toutes choses des raisons de rire
et o fleurisse avec plus de grce et de drlerie l'art de la charge.
Quelques-uns mme, en mme temps qu'ils dessinaient, ont rv de
peindre. Pourquoi pas? La peinture semblait tre jusqu'ici--en France du
moins--un art rserv aux sujets nobles ou gracieux; on ne concevait pas
qu'elle pt tre satirique joyeusement, et mme un peu caricaturale.
Elle peut l'tre. M. Jean Veber l'a prouv; M. Albert Guillaume aussi.
Et pour nous en faire la dmonstration plus  son aise, celui-ci a fui
les Champs-Elyses qu'encombrent depuis quinze jours ses camarades, et
s'est organis, au seuil du Boulevard, son Salon  lui. Une quarantaine
de petites toiles, pas davantage;  la place de la lgende un simple
titre; mais qui suffit  clairer l'anecdote. Il y a dans tout cela bien
de la fantaisie et de l'esprit le meilleur. Albert Guillaume est sans
piti pour nos snobismes parisiens, et je lui sais gr de nous en avoir
si justement _peint_ les aspects un peu comiques. J'aime infiniment sa
_Confrence pour dames seules_ et le _Five o'clock_ o l'on s'ennuie, et
le _Bal_ o l'on ne s'amuse pas, et le _Flirt_ o l'on grimace, et
certain _Dner acadmique_, qui fut, je m'en souviens, reproduit dans le
dernier numro de Nol de _L'Illustration_, o l'on me dit que plusieurs
figures sont cruellement reconnaissables...


Les dners acadmiques! Il parat qu'il s'en donne beaucoup en ce
moment. A l'Acadmie franaise,  l'Acadmie des Beaux-Arts, aux
Sciences morales, il y a des fauteuils vacants  remplir; et l'on se
dmne. C'est autour de l'Acadmie franaise, principalement, que semble
s'exciter la curiosit publique et s'agiter les passions. Les crivains
se moquent beaucoup de l'Acadmie franaise, dans le monde des lettres,
un peu comme se moquent du ruban de la Lgion d'honneur ceux qui n'ont
que les palmes acadmiques  la boutonnire. On me citait un jour lu cas
de l'un d'eux qui, s'tant dclar partisan de la suppression des
distinctions honorifiques, laissait poser--discrtement--sa candidature
au ruban rouge. Quelqu'un s'tonnait. Il rpondit: En demandant que la
Lgion d'honneur soit abolie, je ne veux pas tre accus d'avoir obi 
un sentiment de rancune personnelle. Il est donc convenable,--il est
utile  la cause dont je suis l'avocat, que le gouvernement me dcore.
Je n'en serai que plus fort, et mieux cout, quand j'affirmerai qu'il
est absurde qu'il y ait des gens dcors.

Serait-ce dans le mme esprit que certains crivains ambitionnent
d'entrer  l'Acadmie? On les accuserait de jalousie, s'ils disaient du
mal d'elle, n'en tant pas. Afin d'tre  leur aise pour se moquer de
ceux qui en sont, ils sollicitent la faveur d'en tre...

Car il leur faut solliciter eux-mmes cette faveur-l. Ce fut nagure un
de mes grands tonnements. On m'avait parl, dans mon pays, d'une sorte
d'aropage o se trouvaient assembls les quarante personnages reconnus
les plus illustres de France, ou les plus notoirement estimables dans
l'art de parler ou d'crire. On m'expliquait que l'Acadmie lisait ses
membres, et je supposais que ces choix taient librement faits par elle,
sans qu'aucune comptition y intervnt. J'imaginais une assemble de
grands hommes dlibrant ainsi; Z... est illustre. Il fait de beaux
ouvrages. Il a rendu de grands services  son pays. Il a hautement
honor sa profession. Il est digne de s'asseoir au milieu de nous; nous
le nommons acadmicien. Et je me figurais l'immense joie de l'homme
qu'allait surprendre en son cabinet de travail un si glorieux hommage.
Navet! Je ne supposais pas que cette assemble impost  ceux qui
rvent d'y siger l'humiliation de se proposer eux-mmes  son choix;
d'aller frapper  trente-neuf portes; de raconter leurs ouvrages et d'en
affirmer trente-neuf fois le mrite...

Ils doivent pourtant subir cette petite avanie; et c'est la condition de
leur succs. Il leur faut affronter de gnantes rencontres, des
rebuffades, et, parfois mme, l'aveu poli de l'antipathie qu'ils
inspirent. Ils ne connatront la fiert d'tre acadmiciens que s'ils
consentent  s'abaisser un peu pour le devenir. N'est-ce pas une coutume
peu lgante, et dont on devrait pargner l'ennui  des hommes si
considrables?...


D'autant que certains d'entre eux savent tre illustres avec tant de
modestie! Tmoin Me Rousse: Demain samedi, il y aura vingt-cinq ans que
Me Rousse appartient  l'Acadmie franaise. Il y remplaa Jules Favre,
et c'est aujourd'hui un vieillard de quatre-vingt-huit ans; un vieillard
mlancolique et frileux, que les Parisiens ont presque oubli.
L'occasion tait bonne de leur rappeler que M. Rousse existe; et ses
collgues avaient form le projet d'organiser,  l'occasion de ce
demi-jubil acadmique, une petite fte, trs intime, autour de leur
doyen. Il les a pris de rester tranquilles. M. Rousse pense
probablement qu'il est prudent, quand on a eu la chance d'tre oubli
par le bon Dieu jusqu' quatre-vingt-huit ans, de ne point faire de
bruit...

C'est le geste de Fontenelle, acadmicien nonagnaire, qui faisait signe
aux gens de parler tout bas, quand ils le flicitaient de son grand ge.

SONIA.



UNE OEUVRE DE HENNER

Offerte en fac-simil aux lecteurs de _L'Illustration._

[Illustration: Le peintre J.-J. Henner. _Phot. Braun, Clment et Cie._]

Combien, parmi les visiteurs du Salon, en qute des envois de leurs
matres favoris, ont cherch bien vite au catalogue le nom de M. Henner
et, ne l'y ayant point trouv, sont partis, leur promenade acheve,
dus, et pensant,  part eux, qu' cette exposition de 1905 il manquait
quelque chose pour que leur joie ft tout  fait complte.

Car il est peu d'artistes de ce temps dont les oeuvres exercent sur les
foules, comme sur le petit choeur des purs amateurs d'art, une sduction
comparable  celle que dgagent les toiles du peintre de l'_Orpheline_,
de _Biblis_ et de _Fabiola_.

Le critique le plus exigeant ne saurait, quoi qu'il en ait, demeurer
insensible  ce mtier savoureux, conquis au prix, sans doute, de
combien de recherches pres et persvrantes, et dont l'aisance, 
prsent, la tranquille sret merveillent et dconcertent. Ceux-l mme
qui furent le plus svres  M. Henner ne pouvaient se dfendre
d'admirer la fluidit, le coulant--puisque c'est le mot consacr--de
sa pte, sa science prodigieuse. On lui ferait tort en limitant  ce
point l'admiration due  son trs beau talent, et ceux que laissent
indiffrents les habilets du pinceau, les tours de force de facture,
lui rendent plus de justice quand ils vont d'instinct au fervent
idaliste, au pote qui a voqu, pour sa joie et pour la ntre, un
monde meilleur, plus calme, plus beau que la ralit, et a peupl de
reposants paysages d'glogue de belles et ples nudits occupes
seulement de vivre un doux songe, ou de savourer de tendres regrets.

Aux devantures des grands marchands de tableaux, au milieu d'une
exposition, dans une salle de muse, on reconnat un Henner entre vingt,
entre cent autres toiles, et personne, sans doute, dans l'histoire de
l'art, n'a jamais imprim  ses productions une empreinte plus
personnelle que n'a fait M. Henner. Toute signature, ici, est superflue
et c'est, en vrit, une sorte de coquetterie de la part de l'artiste
que de l'crire, en capitales hsitantes, sur le fond sombre des
tableaux sortis de ses mains. Ces chairs nacres, roses  peine,
parfois laisses volontairement d'une blancheur transparente d'albtre,
ces lourdes toisons fauves ou brunes, ces yeux profonds qui ne refltent
nulle lumire du dehors, mais qu'claire ardemment la flamme intrieure,
ces yeux meurtris, tout baigns de mlancolie, tout chargs de rves
sans fin, et laissant errer sur le monde des regards dsenchants ou
repentants, ces yeux qui font parfois songer au Vinci et  ses anges
nigmatiques, tout cela n'est qu' M. Henner.

On a voulu lui faire grief de ses qualits mmes, lui reprocher ce qu'on
a appel la monotonie de sa manire. En fait, s'il lui est quelquefois
arriv de s'vertuer  rpondre--et avec bonheur-- ces reproches en
s'aventurant  de plus grandes compositions, il a surtout affectionn
deux notes, pas plus. Mais avec quelle perfection il les a chantes!

L'une, c'est le paysage d'aube ou de crpuscule, prairie de sombre
velours, baigne de vapeurs lgres, ferme, au fond, de noirs cyprs,
ciel d'un bleu dfaillant, d'un bleu de turquoise morte,--le bleu
Henner!--se refltant parfois dans une flaque limpide, et, dans ce dcor
de Champs-Elyses ou d'Arcadie, une femme  demi drape, ou sans autres
voiles que sa mouvante chevelure, rvant ou lisant.

L'autre, c'est la figure  mi-corps, dont le _Fabiola_ du Salon de 1885
fut le type dfinitif, et dont la _Tte de femme_, de la collection A.
Cassot[1], que nous publions en _fac-simil_ est un admirable et trs
significatif exemplaire, avec son regard vague et triste, sa ple
carnation aux ombres chaudes, ses opulents cheveux roux et la draperie,
d'un rouge vibrant, jete sur la poitrine comme pour en accentuer la
blancheur dlicate.

[Note 1: 30, rue Laffitte.]

A reproduire fidlement cette oeuvre de grande valeur, cette toile
magistrale, des artisans habiles se sont appliqus avec un respect, une
conscience de vrais artistes, s'attachant  traduire et les dextrits
de la brosse, et la qualit de la pte gnreuse. Ils y sont parvenus
avec un rare bonheur, et ce nous est un rel plaisir que d'offrir  nos
lecteurs cette planche o le talent, o la pense d'un matre aim ont
t traduits avec cette perfection, sans dfaillance, sans trahison.
                                                              G. B.



[Illustration: Phot. Cavilla. Le comte Tattenbach.
Le comte Tattenbach, sa famille et les membres de sa mission].

[Illustration: La mission quitte la lgation allemande de Tanger.]

LA MISSION ALLEMANDE AUPRES DU SULTAN DU MAROC

LE DPART POUR FEZ

DE LA MISSION ALLEMANDE

Les affaires marocaines occupent une place importante dans les soucis de
notre politique extrieure, surtout en raison de l'intervention
personnelle de l'empereur d'Allemagne et de la campagne mene depuis
quelque temps par la presse d'outre-Rhin. A la suite de son voyage
sensationnel  Tanger, Guillaume II a, on le sait, dcid d'envoyer son
reprsentant au Maroc, le comte Tattenbach, en ambassade extraordinaire
auprs de la cour chrifienne.

La mission diplomatique allemande a quitt Tanger le 2 mai, escorte
d'une trentaine de cavaliers indignes, sous la conduite d'un cad, pour
se rendre  Fez, effectuant compltement le trajet par terre. Le comte
Tattenbach, porteur d'une lettre autographe de l'empereur Guillaume pour
le sultan, est accompagn de la comtesse, du gnral Schenk, rcemment
promu, du commandant Sender et du capitaine Kleist.



[Illustration: M. Goluchowski. M. Tittoni L'entrevue de Venise: le comte
Goluchowski et M. Tittoni  l'Exposition internationale d'Art. _Phot. A.
Tivoli._]

L'ENTREVUE DE VENISE

M. Tittoni, ministre des affaires trangres italien, et le comte
Goluchowski, ministre des affaires trangres autrichien, se sont
rencontrs  Venise, le 29 avril. Ils y passrent une journe ensemble,
visitrent l'Exposition internationale d'Art, eurent des entretiens
cordiaux, en prsence du duc d'Avara, ambassadeur d'Italie  Vienne et
du comte Ltzow, ambassadeur d'Autriche-Hongrie  Rome; enfin M. Tittoni
offrit, en l'honneur du comte Goluchowski, un dner de vingt-deux
couverts, o des toasts non moins cordiaux furent changs.

Le ministre de Victor-Emmanuel avait fait, en avril 1904,  Abbazia, une
visite au ministre de Franois Joseph; son minent collgue la lui
rendait: rien de plus naturel. Mais peut-on jamais considrer l'entrevue
de deux hommes d'tat, de deux hauts diplomates, comme un simple acte de
courtoisie? Le but rel de celle-ci, assurent les gens bien informs,
tait de dissiper des malentendus entre les deux puissances.



[BALLES ET CLATS D'OBUS EXTRAITS DU CORPS DES BLESSS A L'HOPITAL
JAPONAIS DE MATSUYAMA. _Photographie de notre correspondant J.-C.
Balet._]

Notre correspondant, qui a pu visiter les hpitaux japonais o sont
soigns les blesss des deux armes, vacus de Mandchourie, a
photographi de nombreuses vitrines semblables. Nous n'en reproduisons
qu'une: elle contient pourtant  elle seule une varit dj grande des
projectiles que les chirurgiens nippons ont retirs des membres confis
 leurs soins. Ces informes morceaux de mtal, soigneusement tiquets,
ne sont pas trs effrayants  premire vue: mais que l'on songe aux
affreuses blessures que chacun d'eux a faites,  la somme de souffrances
qu'ils reprsentent, et l'on ne pourra plus les regarder sans un frisson
d'horreur.

[Illustration: RETOUR DE MANDCHOURIE.--A la gare de Moscou: transport
d'un bless  l'hpital militaire. _Photographie Smirnof._]

LA PROCHAINE BATAILLE NAVALE: FORCE COMPARE DES DEUX FLOTTES

Le moyen le plus pratique pour comparer deux flottes de guerre, de
composition aussi htrogne que le sont les escadres de Rodjestvensky
et de Togo, consiste  examiner tous les navires qui en font partie, et
 dcomposer chacun d'eux en chacun des quatre principaux lments de
force qu'il contient: 1 le tonnage, autrement dit les dimensions du
navire qui permettent l'endurance  la mer et l'embarquement de plus ou
moins grandes quantits de charbon; 2 la puissance des machines qui
permet les grandes vitesses et le rayon d'action tendu; 3 l'armement
offensif, c'est--dire la puissance des canons; 4 l'armement dfensif
ou cuirasse. Si l'on totalise sparment ces diverses donnes, on
obtient les chiffres suivants:

FLOTTE JAPONAISE

(86 navires, y compris 40 torpilleurs et 20 contre-torpilleurs.)

I. Tonnage de la flotte japonaise: 204.000 tonnes.

II. Vitesse de la flotte japonaise en puissance des machines au tirage
forc: 500.000 chevaux-vapeur.

III. Armement offensif de la flotte japonaise:

IV. Armement dfensif de la flotte japonaise:

Chaque millimtre de hauteur de l'hlice reprsente 10,000
chevaux-vapeur.

Chaque cube reprsente une tonne.

Une masse d'acier longue de 90 mtres, large de 10 mtres, paisse de 5
mtres, figurerait la quantit de blindage que porte la flotte
japonaise. Evaluation de ce cuirassement: 4.495 mtres cubes.

FLOTTE RUSSE

(46 navires, dont 11 contre-torpilleurs et 11 croiseurs auxiliaires.)

I. Tonnage de la flotte russe: 183.300 tonnes.

(Y compris la division de Vladivostok, mais non compris les croiseurs
auxiliaires.)

III. Armement offensif de la flotte russe:

La Vitesse de la flotte russe en puissance des machines au tirage forc:
540.000 chevaux-vapeur.

Chaque cube reprsente une tonne.

Y compris les navires de la flotte volontaire et les anciens paquebots
allemands convertis en croiseurs.

IV. Armement dfensif de la flotte russe:

Une masse d'acier de mmes largeur et paisseur, mais longue de 81
mtres seulement, figurerait la quantit de blindage que porte la flotte
russe. Evaluation de ce cuirassement: 4.071 mtres cubes.

V. Carte des bases navales

VI. Equipages.--Les experts navals sont d'accord pour donner au marin
japonais une valeur un peu suprieure au marin russe. Dans notre compte
total, nous valuerons cette supriorit  _un cinquime._

Si nous rcapitulons et si nous attribuons  chacune des quatre qualits
essentielles _(tonnage, vitesse, canons et cuirasse)_ une cote
quivalente: 20. Si nous admettons de plus que les bases navales et
l'quipage, runis, constituent un cinquime lment de mme valeur,
nous aurons la comparaison suivante:

                                La flotte            La flotte
                                japonaise vaut:      russe vaut:
Tonnage                             20                  18
Puissance de la machinerie.         18                  20
Canons                              20                  18,5
Cuirassement                        20                  18
Bases navales                 10 )              6.5)
                                 )  20             )    14,5
Commandement et quipages.    10 )               8 )

                                    98                  89

D'aprs ces donnes, la flotte japonaise serait  la flotte russe comme
98 est  89, et la supriorit des forces de Togo sur celles de
Rodjestvensky serait d'environ _un neuvime_.

J. DELAPORTE.

[Illustration: Ports neutres, stations de charbon ou les dont l'entre
est favorable aux flottes belligrantes: aux Japonais:---------- aux
Russes: =======.]



[Illustration: La rue des Marchaux,  Varsovie, le 1er mai.]

[Illustration double: Chantier o trente-cinq manifestants ont t
tus.]

LES TROUBLES EN RUSSIE

L'effervescence  laquelle, depuis de longs mois, la Russie est en proie
ne semble pas prs de se calmer. Troubles agraires, rvoltes soudaines
de paysans, pillages, incendies de proprits, d'une part; grves,
rbellions, attentats par les bombes, attaques diriges contre les
usines, d'autre part, se renouvellent de place en place  des
intervalles assez frquents, et le dsarroi certain o la guerre a jet
les autorits, leur impuissance ou mme leur indiffrence  conjurer le
pril quand cela, parfois, serait possible laissent le champ assez libre
 toutes ces manifestations de la violence. C'est la rgion sud-ouest de
l'empire, celle qui avoisine la Pologne, et la Pologne elle-mme, qui
ont subi les effets les plus terribles de la rancune populaire.

Les troubles agraires les plus inquitants qu'on ait signals ont eu
pour thtre les gouvernements de Vitebsk, d'Orel, de Koursk et de
Tchernigof. La capitale du premier n'est gure qu' 500 kilomtres de
Saint-Ptersbourg; Orel est  400 kilomtres de Moscou.

Quand on lit les dtails qu'ont pu recueillir sur place les
correspondants, on a l'impression de se trouver en prsence d'une
vritable jacquerie, avec tous ses excs, toutes ses fureurs.

Dans quelques cas on y mettait, si l'on peut dire, des formes: on
adressait aux victimes dsignes une sorte d'ultimatum; une dizaine de
dlgus passaient dans une mtairie et signifiaient au personnel que,
quelques heures plus tard, on viendrait chercher le bl, le seigle,
l'orge et l'avoine amoncels dans les greniers; puis ils repartaient.
Et, avec les ombres du soir, on voyait arriver en caravane des centaines
de traneaux accourus des villages des alentours et monts par une foule
nombreuse de paysans qui se mettaient aussitt  la besogne,
dmnageaient les sacs de grains et, aussi vite que possible, de peur
d'tre drangs, les entassaient sur leurs vhicules, puis repartaient
au galop.

Le plus souvent, c'est aux crales seulement qu'on s'en prenait. Mais
dans nombre de cas, quand se prsentrent des usines, des sucreries, par
exemple, on les pilla aussi; parfois on emportait les meubles des
maisons un peu aises ou des chteaux, le btail des fermes; et
toujours, l o se trouvait de l'alcool, on se livrait  d'abominables
orgies. Enfin, sur quelques points, le pillage termin, on a mis plus
d'une fois le feu aux maisons ou aux fabriques qu'on venait de vider de
tout ce qu'elles contenaient de transportable ou seulement de buvable.

[Illustration: LE 1er MAI A VARSOVIE.--Emplacement o a clat la bombe,
devant la gare de Vienne.]

[Illustration: LA JACQUERIE EN RUSSIE,--Maisons pilles par les paysans
dans le gouvernement de Vitebsk. _Photographies des correspondants de_
L'Illustration.]

Nulle part on ne rsista srieusement  ces tentatives. La plupart du
temps, les propritaires, dment avertis, ou sentant venir l'orage  des
signes prcurseurs, abandonnaient leurs proprits et reprenaient le
chemin de la ville. Les intendants, abandonns  eux-mmes, sans
dfense, suivaient gnralement cet exemple de prudence, et c'est sans
doute  cette seule circonstance que l'on doit de n'avoir pas eu 
dplorer des meurtres.

Dans les villes, il n'en fut malheureusement pas ainsi, et le sang a
coul  diverses reprises.

La journe du 1er mai,  Varsovie, comptera parmi les plus tragiques
qu'on ait eu  enregistrer depuis longtemps.

Dans la matine, toute vie semblait suspendue dans la ville. Les
affaires taient arrtes. La police avait coup le service tlphonique
et, dans les rues dsertes, o ne circulaient plus ni voitures, ni
tramways, seul le passage de patrouilles, de temps  autre, mettait
quelque animation.

Vers une heure, seulement, la manifestation commena. Un cortge de
5.000 ouvriers avec leurs femmes, leurs enfants, s'tait form,
promenant des drapeaux rouges et chantant des chants rvolutionnaires.
Ils ne tardrent pas  entrer en collision avec les troupes. Rue des
Marchaux, o dj, au mois de janvier, s'taient produites de violentes
bagarres, les cosaques, arms de leurs terribles fouets, les _nagakas_,
chargrent la foule; puis l'infanterie commena te feu et tira des
salves sur les rangs presss des ouvriers qui fuyaient en dsordre. Rue
de Jrusalem, l'pouvantable drame se renouvela. Rue Zolotaa, une
patrouille, attaque  coups de fusil par un homme cach derrire un
mur, riposta, tira sur les manifestants.

Enfin,  8 h. 1/2 du soir, une bombe, lance au milieu d'un dtachement
de cosaques qui passait rue des Marchaux, devant la gare de Vienne,
ayant tu sept cosaques et un agent de police, donna lieu  une nouvelle
intervention des fusils.

Les correspondances socialistes ont racont qu'avant cet attentat, des
camarades des meutiers qui allaient le commettre, posts au coin des
rues adjacentes, prvenaient les passants d'avoir  rebrousser chemin,
le passage tant dangereux. Ils n'en voulaient qu' la troupe. Il n'y
eut pas moins deux dames, qui sortaient de la gare au moment de
l'explosion, qui furent effroyablement blesses encore qu'elles
n'eussent rien  voir avec la rpression, non plus qu'avec la
rvolution.

Le nombre des morts et blesss, pour cette journe, a t valu  plus
de cent. Dans un seul chantier, clos de mur, qui fut le lendemain comme
un lieu de funbre plerinage, o les parents des disparus se rendaient
pour y chercher leurs proches, ou pleurer  l'endroit o ils taient
tombs, on ne releva pas moins de trente-cinq cadavres!



[Illustration: Le torpilleur. Le canot. Canot automobile escort par un
torpilleur.]

[Illustration: LA COUPE DE LA MDITERRANE.--"L'industrie automobile
rapproche l'Algrie de la Mtropole".]

Cette oeuvre du statuaire Ren Rozet, excute en argent patin d'ors de
couleur par la maison d'orfvrerie Christofle, et qui a t choisie
(entre 70 concurrents) pour tre donne en prix au vainqueur
d'Alger-Toulon Automobile, donne bien l'impression de la rapidit de la
course. Sur la mer, un canot automobile fend la vague qui se soulve sur
son passage. Il se dirige vers le gnie de la France, qui, planant
au-dessus des flots, abrite sous ses ailes la colonie algrienne et
attend le vainqueur en lui montrant la rcompense promise. Mercure,
symbolisant les industries intresses, suit, sur un nuage lger, les
champions de la lutte engage dans la course d'auto-canots, et rpand
les richesses cres par les progrs de l'industrie nouvelle.

[Illustration: Le yacht "Vellda", au duc Decazes, et son canot
automobile, le "Quand-Mme".]

[Illustration: La flottille des torpilleurs ayant servi d'escorte aux
canots.]

[Illustration: Mercds-Mercds. Hracls. Fiat. Mercds C.-P. LES
CONCURRENTS D'ALGER-TOULON AU SPORT NAUTIQUE D'ALGER. _Photographies
Geiser, Alger._]

[Illustration: Mme Camille du Gast  bord de son canot le "Camille"].

Au moment o nous paraissons, la premire tape de la Coupe de la
Mditerrane a seule t courue: les canots sont arrivs  Manon. C'est
le plus petit de tous, l'italien _Fiat-X_, un bateau de 9 mtres avec
moteur de 35 chevaux, non pont, qui a triomph, peut-tre
platoniquement, car on assure qu'il ne remplirait pas exactement les
conditions de la course. Et, parmi les canots franais, c'est celui que
barrait l'intrpide sportswoman, Mme du Gast, qui s'est montr le plus
rgulier et le plus rapide.

[Illustration: Le "Camille", arriv  Manon premier des canots franais,
en 16 heures].

[Illustration: Le "Fiat-X", canot italien, le plus petit des
concurrents, arriv le premier  Manon, en 12 heures.]



[Illustration: 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12

1. M. Rouselire (Opra). 2. M. Garry (Comdie-Franaise), 3. M. Nott
(Opra), 4. M. Jules Claretie, 5. M. Henry Mayer (Comdie-Franaise), 6.
Mlle Leconte (Comdie-Franaise), 7. Mlle Marie de l'Isle
(Opra-Comique), 8. Mme Segond-Weber (Comdie Franaise), 9. Mme: Ccile
Sorel (Comdie-Franaise), 10. M. Alexandre Duval, 11. M. Georges
Claretie, 12. M. J. Laffitte.



LES FTES D'ALGER-TOULON.--Invits de marque quittant Toulon, par le
train spcial du "Matin", avant l'arrive des canots.]


[Illustration: La maison, et l'usine de M. Beaulieu, vues du dehors.]

[Illustration: La gendarmerie et la troupe gardant l'usine.]

[Illustration: Le portail barricad par les grvistes.]

[Illustration: Porte de l'usine.]

UNE USINE ASSIGE A LIMOGES PAR LES OUVRIERS EN GRVE. _Phot. Th.
Boureau._

Dans deux dpartements limitrophes, la Haute-Vienne et la Vienne, il
s'est pass simultanment des faits dont le rapprochement est d'autant
plus frappant que, sans tre absolument identiques, ils offrent entre
eux une certaine similitude; ici et l, en effet, il s'agit d'une maison
assige.

A Limoges, c'est l'usine de matires premires pour chapellerie
appartenant  M. Beaulieu et habite par son propritaire. Les ouvriers,
en grve depuis prs de deux mois, en taient venus  organiser un
vritable blocus autour des btiments: aprs avoir barricad le portail,
ils avaient tabli un cordon de sentinelles qui, montant la garde jour
et nuit, tenaient onze personnes prisonnires, empchaient toute
communication avec le dehors, s'opposaient mme,  l'entre des
provisions ncessaires  l'alimentation de ces personnes, parmi
lesquelles on comptait quatre enfants. Autorits, agents de police et
gendarmes ont t, pendant plusieurs jours, impuissants  imposer  ces
grvistes obstins le respect de la libert individuelle. A Usseau,
village voisin de Chtellerault, c'est l'habitation d'un nomm Roy,
braconnier, ancien garde particulier, qui subit un sige en rgle. Mais
l, on ne se trouve plus en prsence d'un assig malgr lui, et les
assigeants sont des gendarmes et des soldats. Ayant gratifi d'un coup
de fusil au visage un propritaire du pays dont il croyait avoir  se
venger, il s'est ensuite rfugi dans sa maison, convertie en un Fort
Chabrol, d'o seul, depuis une semaine, en dpit de ses soixante-dix
ans, il nargue la justice, tient tte  la force arme et canarde
quiconque tente d'approcher. Dj ce forcen a bless un greffier, deux
gendarmes et un sergent du 12e.

[Illustration: La maison du garde-chasse.

UN NOUVEAU "FORT CHABROL"--Fantassins guettant le garde-chasse Roy, qui
se dfend  coups de fusil. _Clichs Arambourou, communiqus par le_
Journal.]



LA MAISON DES ENFANTS

Francisque Sarcey a racont les dboires d'un de ses amis, professeur et
pre de sept enfants, gais, bien portants, qui lui faisaient donner son
cong des appartements successifs occups par lui et sa famille. Il en
tait arriv, ce malheureux universitaire,  n'avouer que trois
fillettes  l'engagement de location. Des amis recueillaient
provisoirement ses garons. Il les reprenait quelques jours aprs
l'emmnagement et les introduisait en contrebande. Pour plus de
prcaution, il n'emmenait d'abord promener que trois enfants ensemble.
Mais un jour, le concierge s'criait:

--Ah! par exemple! je croyais que vous n'aviez que des filles?

Et la petite malice tait dcouverte.

D'autres parents entraient par surprise leurs bbs entre deux matelas;
ils les tenaient  la chambre une quinzaine de jours et ne les
descendaient ensuite que sur le bras. Et, si M. Cordon se fchait, la
mre, ingnument, lui rpondait: Eh bien, oui, nous n'en avons dclar
que quatre! Les autres ne marchent pas. Nous les portons. C'est comme en
omnibus! Ils ne comptent pas. Puis, lorsque les enfants grandissaient
ou que de nouveaux bbs venaient accrotre la famille, le propritaire
renvoyait le clan trop nombreux.

[Groupe d'Illustrations: 1. L'architecte a pens aux petits: l'escalier
 double rampe.--2. Croissez et multipliez!

1. La faade sur la rue du Tlgraphe.

2. Ce qu'on voit des terrasses: la causette aux balcons.]

M. Piot a-t-il song  l'ironie de son: Croissez et multipliez dans
une ville comme Paris o les usages, les moeurs et la volont des
propritaires se dressent en menaant les existences des petits enfants
pauvres--c'est la gnralit des familles nombreuses--et les obligent 
exister,  crotre,  grandir ou  mourir dans les taudis, ou dans cette
Cit aux gosses qu'a si vigoureusement dcrite M. Lon Frapi?... Des
gens de bonne volont se sont heureusement trouvs, qui ont voulu donner
une leon  l'gosme, et montrer, ds maintenant, une ralisation du
Paris futur, du Paris assaini et dlivr des cloaques, des pidmies,
des misres physiologiques insparables des logis pourris d' prsent.

Sous l'inspiration fconde du docteur Broca, de M. Gompel, prsident de
l'Abri, cette oeuvre qui offre un toit aux expulss et aux vagabonds,
de MM. Bloch, industriel. Vert, maire du XXe arrondissement, de Mme
Chavarne et M. Poulet, d'autres personnes encore, gnreuses et
bienfaisantes, la Socit des logements pour familles nombreuses fut
cre. Bientt, en faade de la rue du Tlgraphe, s'rigea, blanche,
joyeuse, norme avec ses trois corps de btiments, une nouvelle Cit
des gosses, mais une cit heureuse, ensoleille, balaye d'air pur,
l-haut, sur la butte de Mnilmontant.

Cette maison modle, difie par M. Debrie, architecte, comprend
soixante-douze logements, d'un loyer de 200  400 francs maximum,
desservis par trois escaliers  double, rampe, car on a song aux
petites mains qui ont besoin d'appui, et, ds le seuil, la maison se
montre accueillante, prvenante aux enfants, faite pour eux, enfin.
Invariablement, chacun des appartements se compose d'une cuisine-salle 
manger o le fourneau est plac dans un angle dall, le reste de la
pice tant parquet; d'une chambre pour les parents et de deux chambres
 coucher, une pour les garons et une pour les filles.

[Illustrations: 1. Sur les terrasses.--2. Les rondes dans la cour.]

Au moyen d'une bouche ouverte dans le mur, le pole de la cuisine rpand
sa chaleur dans les chambres. Tous les logements, largement clairs de
baies, doubles des fentres ordinaires, possdent chacun un balcon
profond o s'accrochent une bote  linge et un garde-manger.

L'oeuvre de M. le docteur Broca et de M. Debrie sera parfaite le jour o
leur socit pourra acqurir les terrains intermdiaires entre la rue du
Tlgraphe et la rue Pelleport, sur laquelle une seconde maison sera
construite, tandis qu'au centre on rservera un jardin spacieux. Telle
qu'elle se prsente, elle mrite dj des loges sans restriction.

Nous l'avons visite un dimanche. Aussitt dans la cour, la prsence de
notre photographe attire autour de nous la vole d'une centaine de
gamins de toutes tailles et de toutes couleurs: des blonds, des bruns,
des chtains, des rouges, coiffs de polos, de brets, de bonnets et
mme de casquettes d'coliers  filets d'or et petits insignes! Dans un
coin, des fillettes forment une double ronde. Une impression de
prosprit, d'ordre, de vie heureuse se dgage de l'apparent dsordre de
cette foule enfantine.

Nous montons les sept tages qui conduisent  la terrasse de cette
maison. De l nous plongeons dans la cour centrale.

Accrochs  tous les tages, les balcons regorgent d'un petit monde en
cage derrire les barreaux, ppiant comme un peuple de moineaux. Aux
larges fentres, des papas et des mamans entours de cinq, six, sept,
huit enfants, se chauffent au bon soleil et les conversations changes
tmoignent de la bonne entente qui rgne entre ces braves gens.

Une heure. On djeune seulement.

Nous pntrons chez M. S...: c'est un intrieur modle dans une maison
modle. Le pre et la mre prsident au repas de leurs sept enfants. Le
pre gagne trois cents francs par mois, et cependant on ne peut boire de
vin, on doit se priver de toute douceur. Dix francs par jour pour neuf
personnes,  Paris, c'est peu! Pourtant nous avons l, sous les veux, un
des meilleurs exemples de gaiet courageuse, car l'on sait rire encore
dans cet appartement au mobilier coquet. Et la plupart des logements de
cette cit curieuse offrent le mme rconfortant spectacle...

Charles Gniaux.

[Illustrations: Deux familles modles: le repas d'une heure.]


UNE MUTINERIE D'TUDIANTS ALLEMANDS

Partout, la jeunesse scolaire est sujette  des accs plus ou moins
aigus d'une fivre spciale qu'on pourrait appeler la fivre de
l'indpendance; l'Allemagne elle-mme, ce pays de discipline, ne jouit
point  cet gard d'un privilge d'exception. C'est ainsi que,
dernirement, une mutinerie clatait  l'cole polytechnique de
Charlottenbourg, l'importante cit industrielle qui confine  Berlin
comme un vaste faubourg. Depuis quelque temps, les rapports taient
tendus entre la direction de l'cole et le comit de l'Association des
tudiants auquel on concdait, pour ses runions, l'usage d'une certaine
salle de l'tablissement. Le retrait de cette faveur fut dcid; mais,
le comit n'ayant tenu aucun compte des avertissements du proviseur, la
salle dut tre ferme par ordre suprieur: d'o grande irritation et
protestations tumultueuses des tudiants. Ceux-ci, au nombre de
plusieurs centaines, se formrent en colonne, puis parcoururent la
ville, arborant les divers attributs de leurs tudes, chantant 
tue-tte et conspuant avec vhmence les autorits responsables. En
somme, une de ces manifestations bruyantes o l'indignation des
protestataires ne va pas sans une gaiet toute juvnile.

[Illustration: Cortge des lves mutins de l'cole polytechnique de
Charlottenbourg. _Phot. Berliner Ill. Ges._]



[Illustration: INAUGURATION A ROME DU MONUMENT DE VICTOR HUGO.-_Phot. Le
Lieure_.]

LE MONUMENT DE VICTOR HUGO, A ROME

On a inaugur, samedi dernier,  Rome, la statue de Victor Hugo, oeuvre
de Lucien Pallez, offerte  la Ville Eternelle par la Ligue
franco-italienne et rige dans les jardins de la villa Umberto
(ancienne villa Borghse). La crmonie, dans un cadre admirable de
verdure printanire, au milieu d'une foule considrable qui, malgr les
carabiniers et les cordons de troupe, avait envahi les jardins Umberto,
a t d'un pittoresque charmant. Elle a emprunt, surtout, un clat tout
particulier  la prsence du roi d'Italie, qui avait tenu  donner  la
Ligue franco-italienne cette marque de haute bienveillance de venir
prsider la manifestation organise par elle. Au pied du monument, des
discours ont t prononcs par M. Barrre, M. Bianchi, ministre de
l'instruction publique en Italie, M. Rivet, qui a fait remise du
monument  la ville de Rome. Enfin, M. Frdric Febvre a dit une tort
belle allocution de M. Jules Claretie.



[Illustration: Le Kronprinz photographiant UN MATCH ANGLO-ALLEMAND DE
FOOTBALL, A BERLIN, EN PRSENCE DU KRONPRINZ.

_Comme la plupart des jeunes gens de sa gnration, le prince imprial
d'Allemagne a un got trs prononc pour tous les sports; quand il n'y
participe pas activement, il assiste volontiers en spectateur passionn
 quelque intressante runion. Rcemment, un match international de
football tait engag entre les clubs Civil-Service, de Londres, et
Germania, de Berlin: il eut lieu au Berlin-Tempelhof, et le prince
Frdric-Guillaume tint  tre tmoin de ce gros vnement sportif. Ce
fut donc sous ses yeux que se livra le combat opinitre o les
concurrents, dont la prsence d'un tel personnage stimulait l'ardeur, se
disputrent la victoire. Sans doute regrettait-il sa grandeur qui
l'attachait au rivage, c'est--dire le retenait derrire la barrire du
champs clos: en revanche, l'tiquette ne lui dfendait pas l'usage de
l'appareil photographique, bagage dsormais consacr de tout pratiquant
de la vie en plein air, quels que soient sa condition et son rang._]



[Illustration: Le temple de l'Erechthion, avant la remise en tat.]

FAUT-IL RESTAURER LE PARTHNON?

La question qui a fait assurment le plus de bruit parmi celles que le
congrs archologique d'Athnes a discutes le mois dernier est celle de
la restauration du Parthnon. Doit-on restaurer le Parthnon? Et jusqu'
quel point? Ce n'est pas ici le lieu d'tudier _ex professo_ ce problme
 la fois artistique et archologique, mais nous voudrions au moins
faire comprendre par un exemple comment il se pose. Personne ne songe 
reconstruire le Parthnon, mais les uns voudraient en laisser les ruines
dans la majest de l'abandon tandis que d'autres sont d'avis de veiller
activement  leur conservation. Sans mconnatre la posie des ruines,
chre  Chateaubriand et Lamartine, on peut admettre--et l'on admet en
gnral--qu'il n'y a aucune impit  entourer de soins protecteurs ce
qui nous reste du pass. Mais dans quelle mesure? Faut-il rparer du
temps l'irrparable outrage ou simplement retarder la marche fatale de
l'irrsistible oeuvre de destruction?

A Athnes, on est pour l'intervention. On travaille aux monuments de
l'Acropole et, tout en se dfendant de vouloir les restaurer au sens
littral du mot, on a l'ambition de relever toutes les ruines croules
dont les dbris sont rests sur le sol et possibles  reconstituer. Le
principe adopt est celui-ci: il faut remettre en place et restituer
tout ce qui a t dtruit par accident. C'est ainsi qu'on a reconstitu,
il y a dj quelques annes, le petit temple de la Victoire Aptre,
situ en avant des Propyles, que les Turcs avaient dmoli pour
installer une batterie sur ses dblais.

[Illustration: L'Erechthion aprs les travaux de restauration.]

Le dernier travail de restauration, qui est  peine termin, est celui
que je veux mettre sous les yeux des lecteurs de _L'Illustration_. Il
concerne le temple de l'Erechthion, situ au nord du Parthnon, dont
les faades ouest et nord sont ds maintenant remises en tat, autant
que le permet le mode de travail adopt. Il s'agit de reconnatre
d'abord et d'inventorier tous les dbris gisant  terre, d'en dterminer
le rle et la place, et de les remettre ensuite  cette place, sauf 
combler les vides et les manques par des matriaux modernes. Les
gravures ci-jointes reprsentent la faade ouest du monument, avant et
aprs les derniers travaux. C'est grce  l'inpuisable obligeance de M.
Balanos, le savant ingnieur-architecte charg des travaux de
reconstruction des monuments de l'Acropole, que je puis publier la
seconde de ces deux photographies qui n'est pas encore en vente. On voit
que le vide bant qui trouait le milieu de la faade a t combl.
Quatre colonnes, dont une seule tait partiellement debout, ont t
releves. Elles l'avaient t une premire fois en 1840, mais une
tempte les avait renverses en 1852. Pice par pice on les a
recomposes. On remarquera qu'il n'y a presque plus rien par terre.
C'tait un vrai jeu de patience, comme on en peut juger. L'architrave a
t de mme releve, ainsi que l'angle du fronton, tout cela, sauf
quelques rares fragments modernes, tant absolument authentique et d'un
heureux effet.

Mais on a t plus loin. On a reconstitu le mur dans lequel les
colonnes taient encastres et mme les fentres pratiques dans ce mur.
Il s'agit, non pas du mur primitif et des fentres de l'poque grecque,
mais du mur et des fentres tels qu'ils taient  l'poque romaine. Ici,
il a fallu un peu plus intervenir. Les encadrements des fentres sont
authentiques, mais il y a dans le mur des matriaux modernes. Ils ne
sautent pas aux yeux, parce qu'on leur a donn  l'extrieur une patine
antique, mais on les distingue de l'intrieur.

Chacun pourra, d'aprs ces documents, se faire une opinion. Comme la
restauration du Parthnon est conue dans le mme esprit, on peut
prvoir ce qui va se passer. Les colonnes dont les tambours existent
seront releves, ce qui est lgitime, car il n'y a pas, aprs tout, 
considrer comme sacres et irrparables les consquences d'un accident
tel que l'explosion de la poudrire turque qui a ventr le Parthnon.
Mais on sera oblig de remplacer un certain nombre de tambours
manquants. Aprs quoi, on replacera l'architrave, les triglyphes et les
mtopes qu'on a recueillis, avec les bouche-trous indispensables.

Il faut bien avouer que la ncessit de ces bouche-trous n'est pas sans
nous troubler. On peut aller loin dans cette voie. Pour utiliser un
fragment de chapiteau, on arrive vite  refaire une colonne. Certes, les
hommes de got et de science qui dirigent prsentement ce travail
dlicat mritent confiance; mais, quand ils auront fini leur oeuvre et
atteint le terme qu'ils dclarent ne pas vouloir franchir, qui nous
garantit que leurs successeurs auront la mme rserve et la mme
conscience? A. Albert-Petit.



Documents et Informations.

Le trpas d'une grenouille historique. Une clbrit du monde des
grenouilles vient de disparatre, qui mrite une petite notice
ncrologique. C'est la grenouille dcrbre de l'universit Cornell. M.
Wilder, physiologiste  cette universit, tant d'avis que, chez la
grenouille, c'est le cerveau qui est le sige de la conscience et de la
volition, entreprit, en 1899, de dmontrer la chose en privant une
grenouille de son cerveau. Il enleva donc  celle-ci ses deux
hmisphres crbraux. Elle supporta bien cette rude opration et gurit
rapidement; on la conserva dans un grand vase ouvert o elle resta
pendant cinq ans, jusqu' sa mort. Ce qui frappa, dans son attitude,
durant cette priode, ce fut son absolu manque d'initiative. Elle ne
faisait que de petits mouvements involontaires du genre de ceux que fait
une personne endormie. Jamais l'ide de fuir ou de se dplacer seulement
ne lui venait. Pas mme celle de se nourrir, qui est pourtant une des
plus naturelles et lmentaires. On mettait devant elle les mets les
plus attrayants--pour son espce--sans qu'elle y prit garde: elle
voyait, sans doute, mais ne comprenait plus la signification de ce
qu'elle voyait. Il fallut la nourrir de force. Chaque jour on la
prenait, on lui ouvrait la bouche et on lui poussait, au fond de la
bouche, de manire  exciter le mcanisme rflexe de la dglutition, une
bouche de viande frache ou de poisson. De cette manire, on put
l'entretenir en vie; autrement, elle serait morte d'inanition, faute de
conscience et de volition. Ds qu'on la touchait, on provoquait des
mouvements: elle faisait quelques pas ou un saut; dans l'eau, elle
nageait jusqu' ce que quelque obstacle l'arrtt et, mise sur le dos,
elle se retournait vivement, mais c'tait tout. Si elle ragissait aux
excitations extrieures, elle tait incapable de se mouvoir de son
propre gr; elle manquait absolument d'initiative et de volont. Elle
prouvait nettement, par son attitude, que l'existence des hmisphres
crbraux est la condition de la possession de la conscience et de la
volition. Il faut ajouter qu'on savait ceci depuis longtemps, par
Flourens et d'autres exprimentateurs. Pendant cinq ans, la pauvre bte
a servi  l'instruction des physiologistes; elle a t montre  cinq
gnrations d'tudiants, elle a mme figur  un congrs de physiologie.
Aprs quoi, elle a trpass. Il est permis de croire qu'elle n'a eu
aucune conscience de sa mort: elle tait morte intellectuellement du
jour o son cerveau lui fut enlev.

Baisse gnrale de la natalit en Europe.

En prsence de la baisse de la natalit franaise, deux coles de
dmographes s'taient formes: les uns considraient le mal comme nous
tant spcial et s'efforaient d'y appliquer des remdes; les autres,
plus calmes et plus optimistes, soutenaient qu'il s'agissait d'un
phnomne caractristique de toutes les civilisations avances,
phnomne plus accentu chez nous, simplement parce que la France tait
 la tte de la civilisation, mais qui se produisait aussi chez tous les
autres peuples, dans tous les pays civiliss, o il ne tarderait pas 
s'accentuer.

En ralit, cette dernire cole parat tre la bonne, car il est
certain que la natalit va baissant chez tous les peuples europens.

Ainsi, dans l'empire allemand, la marche dcroissante de la natalit est
de plus en plus frappante: de 35,7 0/00 en 1901, et de 35.1 en 1902,
elle n'tait plus que de 33,9 en 1903.

En Italie, la natalit a pass de 36,5  33,3; en Grande-Bretagne, elle
a pass de 30.7 en 1893  27,6 en 1904; en Danemark, de 1893  1902,
elle est tombe de 30,8  29,3; et en Norvge, de 30,6  28,9.
Seulement, tous les pays, en dpit de cette baisse, ont encore une fort
belle natalit compare  celle de la France, qui atteint  peine 22
0/00.

La fte Jacques Callot.

Le groupe des dessinateurs humoristes, auquel on doit la russite de la
fte Gavarni et de la fte Henry Monnier, prpare pour le 17 mai, au
Casino de Paris, une fte nouvelle en l'honneur de _Jacques Callot_, le
bon Lorrain qui croquait de verve, de si magistrale faon, les grands
seigneurs, les soldats, les bohmiens, les gueux et les comdiens de son
temps (1592-1635). Les imaginations de nos jeunes satiristes sont fort
chauffes sur ce thme ancien: on parle de merveilleuses
reconstitutions. La fte Callot est une _fte d'artistes_, o l'humour
de bon aloi s'alliera, pour l'amusement des spectateurs,  la curiosit
des baraques, cortges et costumes fidlement reconstitus. Avis
important: les habits noirs et les toilettes de soire sont admis  ce
bal.



_Mouvement littraire_

_Le Crime de Clodomir Busiquet_, par Edmond Frank (Fontemoing, 3 fr.
50). _Brichanteau clbre_, par Jules Claretie (Fasquelle, 3 fr. 50).
--_Le Roman d'un M'as-tu vu?_, par Frdric Febvre (Combel, 3 fr.
50).--_Demi-Mre_, par Mme Resclauze de Bermon (Plon, 3 fr. 50).

Le Crime de Clodomir Busiquet. Un sonnet vaut souvent tout un long
pome. Il y faut une ingniosit, une perfection infinies. Compare au
roman, la nouvelle lgre, spirituelle, sensible, demande un art tout
particulier; c'est un peu comme le sonnet en posie. Si le court rcit
en prose n'a pas jusqu'ici obtenu une grande faveur parmi le public, si
les diteurs le redoutent et prsentent un visage du  celui qui leur
apporte un recueil de petites histoires, c'est qu'il n'y a pas l
ordinairement toute la sentimentalit exquise, tout le vif esprit
qu'exige le genre. M. Edmond Frank nous offre en revanche une srie de
nouvelles qui ne laissent rien  dsirer aux lettrs dlicats. Ce sont
de petits bijoux admirablement cisels, jetant une lueur vive et
charmante. Impossible de montrer dans des lignes rapides toutes les
petites choses, quelques-unes menues et frles, de M. Frank. La
premire, la plus tendue, le _Crime de Clodomir Busiquet_, a donn son
nom au volume entier. Gauche comme Diafoirus, le jeune Clodomir a eu
maille  partir, ds le lyce, avec un beau garon, riche, avantageux,
qui se moquait de sa mine et de sa laideur. Il s'est rsign plus tard 
prendre la succession de son pre, le pharmacien, et  passer sa vie
parmi les drogues et  la lueur des bocaux multicolores. Mais, pour tre
apothicaire, on n'en a pas moins un coeur sensible; Clodomir adore en
secret une cousine plus fortune que lui. Quel est son dsespoir quand
il apprend qu'elle va se marier! Mais, ce qui redouble son chagrin,
c'est que le fianc est prcisment son ancien ennemi du lyce, qui n'a
pas dsarm et profite de la circonstance pour abreuver d'humiliations
le malheureux Busiquet, lequel cherche une vengeance adquate  la
situation. Avec quoi peut bien s'assouvir l'ire d'un pharmacien?
N'a-t-il pas dans son officine de quoi mettre  mal le genre humain tout
entier? Clodomir jure que la cousine n'appartiendra pas  son rival
dtest. Aussi glisse-t-il, dans une fiole, un peu de poison au lieu
d'un mdicament ordonn  la belle. Mais quel remords, le crime
accompli. Il se jette  la mer, mais, au milieu du saut, est retenu par
sa vieille et fidle bonne, attentive  tout et qui avait mis dans la
fiole meurtrire de l'eau innocente au lieu du liquide meurtrier. Voil
comment Busiquet, aprs les avoir frls, a vit l'assassinat et le
suicide. Tout cela est joliment narr, avec une sret de mots toute
classique, avec une bonne humeur attendrie. Rien de plus amusant
pareillement que le _Saint-Honor_, et toute cette srie de jolies
nouvelles dans lesquelles s'est jou le talent fin et souple de M.
Frank!

Brichanteau clbre.

Jules Claretie a cr un nom et un type. Brichanteau restera; on se
souviendra toujours de Brichanteau; on le nommera dans les gnrations
futures. Qu'est ce donc que cet illustre, que cet immortel? Nous le
connaissions dj par un livre de M. Claretie; mais ici, il nous
apparat mieux encore, non plus dans son clat, mais sous un jour doux,
attendri. Retir du thtre, pensionn par l'Association des artistes
dramatiques, clbre puisqu'on l'interviewe et qu'on recueille ses
souvenirs, Brichanteau aime  se raconter lui-mme et surtout  raconter
ce qu'il a aperu au thtre. Ce n'est pas seulement un _M'as-tu vu?_,
c'est encore et surtout un artiste qui a su voir les autres et les
admirer. A l'exposition de portraits d'artistes o il se promne, il
narre, en passant devant chaque peinture ou devant chaque buste, les
impressions poignantes ou tendres qu'il a ressenties au thtre. Il a
entendu les deux grands romantiques: Bocage et Frederick Lematre; Mme
Doche, _la Dame aux camlias_, l'a enthousiasm; il se rappelle combien
exquise tait Lonide Leblanc sous la perruque poudre de la _Frileuse_
ou le petit chapeau de _Patrie_. En passant devant le Conservatoire,
Brichanteau sent toute sa jeunesse refleurir et se permet aussi de
judicieuses observations. Pourquoi est-il question l de dclamer?
Est-ce qu'un comdien doit jamais dclamer? Pourquoi admettre, dans
cette maison, des gens mal btis? Sur le thtre ne doivent figurer que
des Apollons ou bien des Vnus et des Minerves. Avec un art exquis, avec
une connaissance parfaite de son sujet, M. Claretie nous a rendu, en le
faisant clbre, ce Brichanteau,  moiti de Paris et, par ses tournes,
 moiti de la province. Je recommande en particulier les pages
humoristiques o l'auteur nous peint les scrupules de son hros,
attabl, aux frais du prince, chez une ancienne camarade, encore jolie
et aime.

Le Roman d'un M'as-tu vu?

Dans sa retraite, M. Frdric Febvre a compos ces douces pages. Son
pauvre _M'as-tu vu?_, enfant gt, vaniteux, incapable de se gouverner,
vivant de phrases qui ne lui appartiennent pas, transportant dans
l'existence ordinaire ses gestes de comdien, regardant tout  travers
un prisme ou des verres grossissants, a remport sur la scne du Havre
toutes les couronnes. Il tait la vedette de chaque soir; les femmes
l'adoraient; est-ce qu'une toute jeune fille ne s'tait pas noye pour
lui? Il acceptait tout cela comme un hommage d  son talent et  son
galbe. Mais combien prcaire la fortune du pauvre comdien Marinval! Les
ans viennent; il roule d'engagements en engagements, mange le pain de
l'tranger, accourt  Paris o il savoure toutes les dceptions amres
des agences dramatiques. En vain frappe-t-il sa poitrine et secoue-t-il
sa chevelure  chaque frison de laquelle tait pendue autrefois une
jolie provinciale, il ne peut que constater jusqu' quel point, dans ce
Paris imbcile, on mconnat le gnie. Grce  M. Frdric Febvre, il
obtient un bout de rle  la Gat. Un bout de rle,  lui, l'illustre
Marinval! Aprs avoir repris sa vie errante en compagnie d'une douce
choriste, Marie-Anne, dont il a fait sa femme, l'ancien premier du Havre
se retire avec une petite pension au bord de la mer bretonne. Il pche,
il fume, il se promne en bon bourgeois, ne se souvenant plus qu' de
rares moments de ses rles clatants. Voil le principal personnage, le
type qu'a dpeint avec une vracit saisissante et d'une faon
spirituelle et sensible M. Febvre. D'autres personnages secondaires
apparaissent auprs de l'enfantin, vaniteux et bon Marinval. Rien de
plus piquant et de meilleur  lire que le Roman lamentable d'un _M'as lu
vu?_ C'est l'oeuvre d'un lettr et d'un homme fort dlicat et fort
humain.

Demi-Mre.

Ce qui fait la beaut du roman, plus que les aventures, c'est la posie.
Or, les pages de Mme Resclauze de Bermon en surabondent, sans toutefois
en tre surcharges. Les jolis dtails, les apprts de la phrase, loin
de couvrir les personnages les font valoir et les mettent en relief. Mme
Valbert a pous un avocat, veuf, qui avait eu une fille d'un premier
mariage. Dans cette enfant se retrouve toute l'me crole de sa mre, et
ici, la psychologie de Mme de Bermon apparat avec autant de grce que
de prcision. Nonchalante  ses heures, elle se rveillait d'une
brusque secousse, qui semblait l'agiter d'un vent de folie...; le regard
se perdait dans la langueur d'un songe lointain pour se rveiller
brusquement, tout brillant d'tincelles. Nous aurons tout le long du
volume ces portraits  la fois potiques et fins. La demi-mre de
Juliette--c'est le nom de l'enfant--n'a jamais rvl  celle-ci qu'elle
n'tait pas sa vraie mre. Ne l'aime-t-elle pas avec la dernire
tendresse? Elle est, elle-mme, au commencement de sa maturit, plus
belle et plus touchante qu' son printemps. Un tout jeune homme,
Olivier, l'adore, le lui dit, l'enveloppe de sductions. Quelles
rsistances chez cette honnte femme! Quel travail opinitre chez
Olivier qui la veut conqurir! Malgr tout elle se laisse peu  peu
aller  l'amour qui essaye de l'emporter. Sans faillir compltement,
elle accorde quelques menues faveurs. Une nuit,  Biarritz, en l'absence
de son mari, elle tolre qu'Olivier lui vienne faire ses adieux, bien
dcide  lui octroyer seulement quelques paroles de sympathie. Mais,
tout  coup, le mari revient, aperoit,  cette heure, la dmarche
hsitante et trouble du jeune homme. O va celui-ci? En mme temps, la
jeune Juliette--elle a dix-huit ans--qui a surpris les assiduits
d'Olivier, qui souffre de tout ce mange et qui comprend ce qui va se
passer entre les deux hommes et la ruine certaine de sa famille, se
prcipite en criant  son pre: C'est pour moi qu'il vient! De l le
mariage, l'inluctable mariage exig par M Valbert. C'est poignant,
plein de dtails mondains, et d'une psychologie amoureuse trs intense.
Mme Valbert admire sa fille, l'adore plus passionnment, et cependant,
comment viterait-elle les tortures de la jalousie? Sduits et emports
par ces passions vives, par cette tragdie domestique, nous hsitons 
nous ressaisir et  critiquer. Qu'on me permette cependant une
objection: est-ce que le mariage tait invitable comme le prtend
l'auteur? Ne pouvait-on l'carter en dclarant  M. Valbert que c'tait
une simple amourette passagre, que le jeune homme imprudent s'tait
hasard, sans permission,  solliciter la nuit une entrevue? Mme
Resclauze de Bermon a, dans tous les cas, crit un roman trs passionn
et trs chaste, nous dcouvrant bien des coins cachs de l'me fminine.

E. Ledrain.



LES THTRES

A l'Opra-Comique, on a accueilli avec une faveur marque la _Cabrera_,
drame lyrique en deux parties, fort adroitement tabli par M. H. Cain et
mis en musique par un jeune compositeur, M. G. Dupont, dont la verve
mlodique et le savoir sont de bon augure pour l'avenir. Nous avons
donn, il y a quelques mois, un fragment de cet intressant ouvrage, qui
a t couronn au concours international ouvert par M. Sonzogno, en
Italie.

Les reprsentations de l'Opra-Italien, au thtre Sarah-Bernhardt,
captivent de plus en plus le public--j'entends cette partie du public,
la plus nombreuse certainement, qui ne voyait pas sans regret le ddain
tmoign par la plupart de nos compositeurs aux sductions pures de la
mlodie interprte par des voix humaines. L, se rencontrent les
chanteurs les plus rputs de l'Italie: Bassi, F. de Lucia, Titta Ruffo,
Garbin, Mmes Pinto, Stehle, etc., etc., et les ouvrages qu'interprtent
ces artistes sont traits, dans leur fougue, avec une conscience de
travail harmonique et orchestral qui commande le respect de la critique.
Ce n'est pas assez dire pour _Siberia_, le magnifique drame lyrique de
M. Giordano, dont nous avons constat le triomphal succs la semaine
dernire. _Adriana Lecouvreur_, de M. Cilea et,  un degr infrieur,
_Amico Fritz_, de M. Mascagni, mritent galement la faveur dont ces
ouvrages jouissent en Italie.

_Coeur-de-moineau_, la nouvelle pice de l'Athne, va certainement
faire reprendre  cet heureux thtre la srie  peine interrompue de
ses succs. Nous le constatons avec d'autant plus de plaisir que la
comdie de M. Artus, hardiment gauloise quant au sujet, reste littraire
dans la forme et que les mots d'esprit y jaillissent rellement des
situations, c'est--dire de leur source naturelle. Le moineau, on le
devine, c'est un Don Juan en jaquette, amoureux de toutes les femmes et
les trompant toutes avec une belle Inconscience jusqu'au moment o
l'amour le prend srieusement au coeur. M. Brl joue avec beaucoup de
bonne grce et de tact ce rle difficile, entour de charmantes
moinelles, Mmes Diterle, Duluc, Bignon, etc., et d'un excellent
compre mondain, M. Bullier.



LE SABRE D'HONNEUR DE STOESSEL

Nous avons entretenu dj nos lecteurs de la souscription ouverte par
notre confrre l'_Echo de Paris_ afin d'offrir, au nom des Franais, au
gnral Stoessel, un sabre d'honneur, et, aux dfenseurs de Port-Arthur,
un souvenir.

Le sabre du gnral Stoessel, par Falize, figure en ce moment au Salon
des Artistes franais, o, comme on peut le penser, il est fort admir.

La poigne en est forme d'une fuse d'ivoire avec rsille d'or et de
rubis. Au centre, dans un mdaillon oblong, se dtache un _Saint
Georges_ d'or et d'mail, auquel fait pendant, au revers, le monogramme
du gnral, excut en maux translucides sur or. Au sommet, l'aigle
ploy des armoiries russes. Ces trois appliques sent bordes de
brillants. Sur les flancs de la poigne, on lit: _Dieu protge les
braves_ et _Hommage des Franais._

Le pommeau est form d'une aigue-marine, pierre qui symbolise la mer,
entoure de vingt-six brillants correspondant aux vingt-six forts de
Port-Arthur. Dans la gorge, un dcor de seize rubis cabochons.

Sur la garde s'enlacent les palmes et le laurier, lis par un ruban o
s'inscrit la devise _Honneur et Patrie_. La bague, au-dessous, porte ce
mot: _Port-Arthur_, en lettres d'maux champlevs translucides, parmi
lesquelles court, sur le fond d'or, une brindille de laurier.

Enfin, sur la lame d'acier tremp, on a inscrit la ddicace: _Au gnral
Stoessel, dfenseur de Port-Arthur, 1904 1905. Souscription de l'Echo
de Paris_. Et la croix de Saint-Georges pend  la dragonne.

[Illustration: Sabre d'honneur, par Falize, offert au gnral Stoessel.
(Souscription de _l'cho de Paris._)]

Telle est l'arme qui va tre bientt prsente  l'nergique commandant
de Port-Arthur, et dont les mrites artistiques, plus encore que les
matires prcieuses qui sont entres dans son excution, font une oeuvre
de grande valeur.



[Illustration: Capitaine Tamburini, Capitaine Volpert, M. Meyer. M.
Vrinat. M. Hansen.]

LE COMPLOT DES CAPOTES

Un four judiciaire, ce procs du complot. Un tour si noir qu'on n'est
point all jusqu'au bout du deuxime acte. Avant la fin de la deuxime
audience, sur un incident de procdure, on a renvoy les dbats  quinze
jours. Ils recommenceront dans six semaines, ou trois mois, ou
davantage. Le plus tard sera le mieux. Elle tait vraiment trop
ennuyeuse, cette histoire de complot. On nous parlait d'une
conspiration, sans nous dire pour qui l'on conspirait: duc d'Orlans,
gnral de Ngrier, M. Doumer, prince Victor? on ne savait; on lanait
des noms au hasard. Sauf les capotes et les kpis dcouverts, un beau
soir, dans une villa de Courbevoie, on n'avait rien trouv.

Sur le banc des prvenus deux officiers: l'un en non-activit, M.
Tamburini; l'autre en cong, M. Volpert. Ces deux inconnus,
instruments de plus grands et de plus ambitieux, dit-on, avaient fait
 d'anciens camarades de vagues propositions de marcher sur l'Elyse.
Les camarades avaient hauss les paules. Voil tout le crime poursuivi?
Non: il y avait encore ceci:

Les prvenus, avec un troisime inculp en fuite, avaient tent de
recruter des soldats d'occasion pour l'insurrection projete. Quant
aux comparses: MM. Hansen et Meyer avaient transport ou reu des
cartouches dont il devait tre fait usage quand viendrait le Grand Jour.

Un garon de vingt ans, M. Vrinat, avait t le gardien du magasin
d'habillement des conjurs.

C'est tout ce qu' l'audience on a pu savoir de ce grand complot dont
les journaux parlent depuis un mois.

MM. Tamburini et Volpert, si diffrents d'aspect--le premier correct,
loquent, nergique; l'autre, remuant, bgue et nerveux--se dfendent
tous deux de toute ide insurrectionnelle. Et c'est l une originalit
en la matire. Les conspirateurs, d'ordinaire, se plaisent  braver
leurs juges. Ils ont du panache. Ils sont insolents. MM. Volpert et
Tamburini s'puisent en dngations. Ils font de la procdure. Ils
distinguent. Ils voulaient, disent-ils, changer de ministre, mais pas
de gouvernement. Ils sont rpublicains, et libraux, et respectueux des
lois...

Drles de conspirateurs. De Catilina  Blanqui, en passant par
Cinq-Mars, Cadoudal et Malet, tous les anctres de la conspiration ont
d tressaillir dans leur tombe, aux paroles prudentes de si mdiocres
successeurs.

HENRI VARENNES.



LE MONUMENT DE GRAVELOTTE Dans le programme du voyage que l'empereur
d'Allemagne lient d'entreprendre en Alsace-Lorraine figurait,  la date
du 11 mai, l'inauguration du monument commmoratif de Gravelotte.

Ce monument consiste en une sorte de clotre construit de pierres
ocreuses, couvert de tuiles rouges, et dont les alles sont dcores 
l'intrieur de mdaillons en bronze.

Le monument de Gravelotte, inaugur le 11 mai par l'empereur Guillaume
II, reprsentant l'effigie des gnraux allemands qui ont pris part  la
bataille des 15-18 aot 1870. Au milieu de l'espace dcouvert est plac
un buste en marbre de Guillaume Ier, fondateur de l'empire, et, au fond,
dans une niche faisant face  l'entre, se dresse une statue symbolique,
d'un caractre tout ensemble religieux et guerrier, ange ou gnie,
tenant une longue trompette.

Bien plus suggestif que cet difice funbre, d'une lourde banalit, est
le lieu o il s'lve: le cimetire, avec ses simples croix de bois
blanches, alignes derrire les sombres cyprs et portant des pitaphes
suffisamment loquentes en la prcision de leurs chiffres, car elles
indiquent que tel nombre d'Allemands et tel nombre de Franais, tombs
en se combattant, reposent depuis trente-quatre ans cte  cte sous le
mme tertre verdoyant.



L'OMNIBUS AUTOMOBILE

Dans son numro du 1er avril, _L'Illustration_ donnait, avec quelques
indications sommaires, un dessin schmatique reprsentant le type de
voiture automobile que la Compagnie gnrale des Omnibus de Paris s'est
dcide  construire.

Le 6 mai, l'omnibus de M. Lon Serpollet, muni d'un moteur  vapeur
d'une force nominale de 40 chevaux et capable, au besoin, d'aller
jusqu' 100, faisait son premier essai, charg de quelques voyageurs
privilgis. Parti, vers deux heures de l'aprs-midi, du dpt de la rue
Championnet, le vhicule, sous la conduite de son constructeur,  gravi
les pentes abruptes de la butte Montmartre, puis  suivi  travers
Paris, un itinraire comprenant la rue d'Amsterdam, l'avenue de l'Opra,
la place du Carrousel, le boulevard Saint-Germain, les grands
boulevards, depuis la Bastille jusqu' la chausse d'Antin. Aprs un
trajet accompli en deux heures quarante minutes, sans la moindre panne,
il stoppait  son point de dpart. La russite de cette premire
exprience permet d'esprer la prochaine mise en circulation des omnibus
automobiles.

[Illustration: La premire promenade dans Paris du nouvel omnibus
automobile, conduit par son constructeur, M. Serpollet.]



[Illustration: RAJEUNISSONS LE PALAIS-ROYAL, par Henriot.]



_NOUVELLES INVENTIONS_

_(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entirement
gratuits)_

ANNEAUX POUR STORES ET BRISE-BISE

Quelle mnagre n'a pas eu de petits ennuis dans la suspension des
stores, brise-bise, rideaux lgers ou dentelles?

Ces ennuis tiennent  la forme mme et  la nature de la suspension
adopte jusqu'ici: les anneaux sont cousus  l'toffe lgre ou  la
dentelle, puis enfils gnralement sur une tringle. Qu'arrive-t-il donc
dans ces conditions?

[Illustration.]

1 L'anneau a une tendance, naturellement,  se mettre _de champ_, dans
le plan de l'toffe, tandis qu'il en est contrari par la tige sur
laquelle il est enfil; de ce fait, il se met en biais, l'toffe tombe
mal, fait des coques souvent disgracieuses et ingales... inconvnients
difficiles  viter.

2 Veut-on nettoyer l'toffe, remettre la dentelle au teinturier pour un
nettoyage dlicat? Il faut dcoudre les anneaux un  un, travail qui
exige la plus grande attention, pour les recoudre ensuite.

Trop heureux si un coup de ciseaux un peu rapide ne coupe pas la
dentelle!

Tous ces inconvnients sont vits par une charmante petite invention
figure sur les dessins ci-dessus. Voulez-vous fixer les anneaux?

Vous les serrez lgrement: les deux yeux infrieurs s'cartent et vous
pincez votre toffe. L'anneau, loin de chercher  tourner, tend au
contraire  laisser l'toffe tomber librement.

Rien  dcoudre non plus: en pressant vos anneaux l'toffe est dgage.
Le motif le plus lger et le plus fragile se trouvera bien d'un tel
emploi: les rideaux si nombreux de nos appartements seront mieux,
suspendus, ils seront rapidement poss et dposs, sans crainte jamais
d'tre dtriors par des ciseaux presss. Les mnagres avises verront
l de prcieux avantages, avec l'lgance et l'conomie d'un temps
prcieux.

Ces anneaux se trouvent en vente, chez _M. Blachon, 61, rue Halle,
Partes_, au prix de 1 fr. 25 la douzaine en cuivre verni et 2 francs en
cuivre dor.

ORGUE-HARMONIUM PLIANT

Le transport des instruments de musique volumineux, tels que pianos et
orgues-harmoniums, n'est pas sans prsenter des inconvnients assez
dsagrables; l'inventeur de l'orgue-harmonium Aeolus a voulu remdier
 ces difficults de transport en construisant un instrument susceptible
de se replier et de se renfermer dans une malle tout en conservant la
sonorit et la puissance des harmoniums ordinaires. Nous n'entrerons pas
dans les dtails du systme de charnires et d'articulations, d'ailleurs
fort simple, qui permet d'obtenir cet intressant rsultat; les figures
ci-jointes montrent suffisamment les diffrences de volume, l'instrument
tant ouvert ou ferm. Les pices les plus encombrantes, pdales de
soufflerie, pieds et barres supportant les pdales, se replient sans la
moindre difficult.

[Illustration: Appareil ferm.]

L'orgue-coffre comporte 1 jeu de 4 octaves. Il est muni de 2 pdales et
de 2 registres: _Forte_ et _Melodia_--et se ferme au moyen d'une serrure
 clef.

L'instrument ferm prsente l'aspect d'une petite malle ou coffret,
parfaitement clos de toutes parts et mesurant 0m,78 de long sur 0m,30 de
haut et 0m,41 de profondeur. Il est donc trs peu encombrant et
facilement transportable. Son poids n'est que de 23 kilos, ce qui permet
de l'emporter en voyage et de le mettre aux bagages, sans excdent.

[Illustration: Appareil ouvert.]

Au dire de l'inventeur, malgr ses dimensions restreintes, la sonorit
de cet instrument est pleine et ronde, rappelant celle des orgues 
tuyaux, et sa puissance rivalise avec celle de modles d'un prix plus
lev.

Le prix de l'orgue-coffret en chne est de 130 francs; avec serrure et
garnitures en cuivre poli, 140 francs. Le prix de l'emballage pour la
province est de 5 francs. S'adresser  _M. Gebhardt, 1, rue Madame,
Paris._

LE PORTE-PLUME "BERTILLON"

Fort originale a t l'ide de l'inventeur qui a construit ce
porte-plume: elle permet d'avoir, par excellence, cet instrument bien en
main, puisque son extrmit est modele suivant la position et la forme
exactes des doigts qui le maintiennent. Mieux encore, si l'empreinte a
t prise par une main crivant d'une faon correcte, les personnes dont
la position de main est dfectueuse la verront corrige par cet
instrument modle.

Rien de plus simple que l'obtention d'un pareil rsultat. Le porte-plume
Bertillon (figure) comporte prs de la plume un renflement ovode en
gutta-percha: il suffit de tremper cette partie dans l'eau bouillante
pendant une demi-minute et d'appliquer dessus les doigts comme pour
crire en pressant lgrement, de faon  donner l'empreinte des doigts
 la gutta-percha dont tout le monde connat les remarquables qualits
en matire de modelage. On durcit ensuite cette substance en la trempant
dans l'eau froide.

Au dire de l'inventeur, cet instrument faciliterait une criture
rgulire et sre; il empcherait le porte-plume de glisser ou de
tourner, supprimerait les durillons aux doigts, la crampe des crivains
ou la fatigue de la main. D'autre part, il viterait bien des taches
d'encre aux doigts et aux papiers.

Le prix de ce porte-plume est de 0 fr. 75; on le trouve chez _M. Victor
Schroedler, 59, rue des Petites-curies, Paris._








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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
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Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

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in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
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that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


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