Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3256, 22 Juillet 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3256, 22 Juillet 1905

Author: Various

Release Date: April 8, 2011 [EBook #35798]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3256, 22 ***




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[Illustration: LA REVUE COMIQUE, par Henriot.]


        [Illustration: L'ILLUSTRATION
        _Prix du Numro: 75 Centimes._
        SAMEDI 22 JUILLET 1905
        _63e Anne--N 3256_]


[Illustration: LE "FARFADET" DANS LE BASSIN DE SIDI-ABDALLAH _La
recherche des corps des victimes, d'aprs un croquis pris dans la nuit
du 15 au 16 juillet. Voir l'article, page 68._]



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

Ce drame du _Farfadet_ n'aura pas t pour nous qu'un affreux cauchemar
de deux semaines: il laissera, ce me semble, dans l'esprit des braves
gens qui rflchissent, le souvenir d'une trs douloureuse leon...
Vraiment notre science a d'tranges lacunes et nous sommes un peu trop
fiers, peut-tre, des victoires qu'elle nous aide  remporter,  et l,
sur la vie. Elle a ralis, cette pauvre science, des tours de force
dont la vue nous stupfie; et c'est piti de voir clater tout  coup
son impuissance en face de problmes dont il semblait que la solution ne
dt tre qu'un jeu pour elle...

Nous avons fait de la vapeur et de l'lectricit nos esclaves, trouv
des remdes gniaux aux maux humains; nous avons invent le tlphone,
le cinmatographe et la tlgraphie sans fil; nous saurons demain,
peut-tre, diriger un arostat dans la tempte; nous photographions
l'invisible; nous creusons sous les montagnes des tunnels de dix lieues
et nous nous entre-tuons, sans nous voir,  quinze kilomtres de
distance. Tout cela est beau. Mais qu'une embarcation, large comme un
bateau de pche et o quinze hommes  peine peuvent tenir, glisse au
fond de l'eau, dans un peu de boue, et voil notre gnie dsarm. La mer
est calme comme un lac;  cinq cents mtres du bateau disparu, un
arsenal offre aux naufrags le secours d'un outillage formidable; on
s'empresse, on met en oeuvre toutes les comptences, tous les courages;
et, pendant ce temps, quatorze cratures humaines, qu'on ne peut sauver,
agonisent, meurent de faim, de soif, d'asphyxie. Il faut travailler huit
jours pour amener  fleur d'eau cette coquille de noix. Huit jours... A
peu prs, je crois, le temps qu'on met aujourd'hui pour aller du Havre 
Chicago!...



... A l'occasion du 14 Juillet, quelques anciens soldats viennent d'tre
dcors de la mdaille militaire. J'ai lu dans les journaux la liste de
leurs noms. Ils sont quatorze. La plupart d'entre eux sont des
combattants de 1870 qui ont attendu pendant trente-cinq ans que le
gouvernement daignt s'intresser  eux, reconnatre leurs services et
les rcompenser. Encore ceux-l n'ont-ils pas trop sujet de se plaindre;
ce sont les favoriss, sur qui la Rpublique avait l'oeil. A ct de
ces chanards, j'en rencontre deux, en effet--nomms Caseneuve et
Marchand--qui, simples soldats, furent retraits pour blessures reues
au sige de Sbastopol, en juillet 1855. Ce sont aujourd'hui de pauvres
vieux. Depuis cinquante ans, silencieusement, ils guettaient la
rcompense espre; elle n'arrivait pas vite; ces troupiers n'avaient
sans doute ni snateurs ni dputs dans leurs familles. Caseneuve et
Marchand donnent un bel exemple de patience  la jeunesse. Ils sont la
preuve que tout arrive, mme les choses qu'on a fini de dsirer.

Mais comment ces aventures comiques sont-elles possibles? L'tat
n'ignorait ni l'existence ni les titres de Caseneuve et de Marchand,
puisque, depuis un demi-sicle, il les pensionnait. Qu'attendait-il, au
juste, pour ajouter  son aumne la gloire d'un petit bout de ruban? On
m'a racont que l'ancienne chanteuse Scriwaneck, ayant appris que sa
photographie avait t trouve, en 1870, dans la poche d'un soldat
mortellement bless, s'tait crie: Pauvre enfant... Si j'avais su!

A l'gard des deux mutils de Sbastopol, la grande Chancellerie ne
pouvait invoquer ce genre d'excuse. Il y a cinquante ans qu'elle
savait...



Une baraque  la fte de Montmartre. Mieux qu'une baraque: un vrai
thtre, tout fleuri de lampes lectriques. C'est fte. Il est onze
heures du matin et l'on distribue aux petits forains leurs prix de
l'anne, car les petits forains ont une cole (dmontable) et deux
institutrices, aussi nomades qu'eux-mmes, qui les accompagnent dans
leurs dplacements. Je passais l. Cette illumination, en plein jour,
d'une baraque de foire et le bruit de l'orchestre invisible
m'intriguaient. J'ai demand  voir. Le plus obligeamment du monde, un
colosse en habit noir et cravat de blanc m'a conduite dans la salle et
fait asseoir prs d'une table o s'empilaient des livres rouges 
tranches dores et des couronnes en papier peint.

Derrire cette table, des messieurs  mine grave et trs bien mis
taient assembls. Mon voisin me les nomma: c'taient un dompteur
clbre, un athlte, un tenancier de mange de chevaux de bois, le
directeur du thtre o se donnait la crmonie et quelques autres
patrons du lieu. Les mamans, souriantes, avaient revtu leurs plus
fraches toilettes (quelques-unes me semblrent presque lgantes) et la
tenue de ces coliers et de ces colires--petites robes et _complets_
de bonne coupe, coiffures coquettes, petites mains gantes de fil
blanc--donnait une impression d'aisance heureuse, de confort. Des
personnages officiels prsidaient la fte: un conseiller municipal, un
inspecteur d'acadmie. Ils parlrent. Les trompes des automobiles, le
trot des chevaux sur l'asphalte et surtout le roulement ininterrompu des
tramways de Trocadro-la-Villette dchanaient autour de nous une
cacophonie, un vacarme de tonnerre et de ferraille remue contre quoi
les quatre cloisons de toile peinte de la baraque dfendaient mal nos
oreilles. Aussi entendait-on peu les orateurs. Je compris cependant
qu'ils exhortaient ces enfants  l'accomplissement de leurs devoirs
sociaux et rendaient hommage  l'utilit des professions artistiques
o se distinguaient leurs parents. On les acclama. Des vers de M.
Franois Coppe furent dits; je ne sais quelle romance de Beethoven fut
chante par un violon; on distribua des livrets de caisse d'pargne aux
laurats les plus brillants; la _Marseillaise_ fut joue.

Les forains eux-mmes deviennent des rguliers, et le saltimbanque, en
s'enrichissant, s'embourgeoise. Sur le boulevard, entre deux roulottes
toutes neuves dont les portes d'entre se faisaient face, une jeune
femme, d'excellente mine, apprtait le djeuner. Dans l'une des voitures,
les fourneaux bien astiqus o fumait un odorant fricot; le couvert
dress sur une nappe blanche; dans l'autre, un mobilier presque cossu de
petit salon bourgeois; un piano, des vases pleins de fleurs et, tout au
fond, le lit de cuivre de la chambre  coucher tendue de cretonne
claire. Je demandai  la jeune femme: Combien cela cote-t-il, une
roulotte? Elle eut un sourire modeste:

--Je ne sais pas, me dit-elle, je suis la bonne.



Un clou chasse l'autre... et l'tranger continue de dfiler dans Paris.
A peine l'Angleterre, aprs l'Amrique, a-t-elle pli bagage, que la
Perse survient et s'installe. Nasr-ed-Din, le souverain d'hier tait, me
dit-on, un fervent ami des Franais; Mouzaffer-ed-Din est galement leur
ami, ses fils le seront; ses petits-fils aussi. Etranges amis, dont
l'me nous demeure obstinment mystrieuse et close... Qui sont ces
gens? Notre civilisation les attire, et cependant ils ont peur d'elle.
Ils boivent nos eaux minrales et notre cuisine leur semble louche. On
m'a cont qu'il y a seize ans Nasr-ed-Din consentit  venir djeuner au
premier tage de la tour Eiffel; mais qu' la vue de l'ascenseur qui
devait le mener au sommet, il fut pris d'une peur folle et s'enfuit _
pied_, suivi de son escorte ahurie, jusqu' la voiture qui l'attendait 
l'entre du Champ de Mars. A la vitesse de six lieues  l'heure
Mouzaffer-ed-Din consent  voyager en chemin de fer; au del, il
s'effare, perd la tte, menace de tirer la sonnette d'alarme. On le dit
brave homme: mais ce brave homme entend ne nous rien laisser connatre
de ses affaires et, l-dessus, ses ministres demeurent aussi ferms que
lui. Ils ont raison. Nous sommes encore trs loigns de l'me
persane, ainsi que le prouve cette anecdote:

Le chah de Perse tait accompagn,  Paris, l'an dernier, d'un ministre
nomm Mahmoud Khan qui ne figure point cette anne dans sa suite.

--Qu'est devenu Mahmoud Khan? demandait hier un journaliste de mes amis
 l'un des fonctionnaires de l'entourage de Sa Majest.

--Il est mort, monsieur.

--Le pauvre homme! Il tait jeune, pourtant, et semblait jouir d'une
sant admirable.

--Admirable, en effet.

--Il a t malade longtemps?

--Non, monsieur. Il n'a pas t malade du tout. Il est mort d'une faon
subite.

--Comment cela?

Le fonctionnaire, d'un air embarrass:

--Il n'tait pas sympathique au grand vizir.

SONIA.



M. VILLAVERDE

M. Villaverde, qui nagure encore, au moment du voyage d'Alphonse XIII
en France, occupait la prsidence du conseil des ministres d'Espagne,
est mort, le 15 juillet,  l'ge de cinquante-cinq ans, succombant  une
congestion crbrale.

Avocat rput, aprs avoir commenc sa carrire publique comme
sous-secrtaire au ministre des Finances, il tait devenu prfet de
Madrid. Il eut, ensuite, les portefeuilles de la Justice et de
l'Intrieur; puis il fonda, avec M. Silvela, la fraction des
conservateurs indpendants, distincte du vieux parti catholique. Trs
comptent en matire financire, il avait pris pour la premire fois le
portefeuille des Finances au lendemain de la guerre qui aboutit  la
perte de Cuba. On le retrouvait au mme poste en 1903 et enfin au mois
de janvier 1905, poque o il succdait au gnral Azcarraga, en qualit
de prsident du conseil. Le mois dernier, il quittait le pouvoir,
renvers par une coalition de libraux et de conservateurs.

M. Villaverde avait donn des gages de sympathie pour la France. Ses
compatriotes lui savaient gr d'avoir appliqu ses aptitudes spciales 
la rforme des abus et au relvement du crdit national; aussi sa mort
a-t-elle t vivement ressentie en Espagne.

_Nous publions ci-aprs la suite de l'enqute illustre de notre
collaborateur Gustave Babin sur l'extraordinaire aventure du
"Kniaz-Potemkine"; nous reprendrons, la semaine prochaine, la
publication de l'intressant rcit du "Voyage en Norvge", crit pour_
L'Illustration _par M. Brieux._


[Illustration: La premire apparition du _Kniaz-Potemkine_ devant
Constantza...--_Phot. Besanon_.]



LA VRITABLE AVENTURE

DU "KNIAZ-POTEMKINE"

Constantza, 12 juillet.

Voici le thtre o s'est droul le dernier acte d'un drame qui
passionna les deux mondes et qui pouvait plus mal finir: Constantza,
aujourd'hui encore une toute petite ville maritime, qu'aperoivent de la
portire de leur sleeping les voyageurs de l'Orient-Express en route
vers Constantinople; demain, quand les travaux formidables qu'on y
excute vont tre achevs, un beau grand port, pourvu d'un matriel
moderne, et rival d'Odessa peut-tre.

Cette ville est souriante, gentillette, au bord d'une vraie mer
d'Orient, d'un bleu tendre, ride  peine et tout inonde d'clatante
lumire. Dans les rues, quelques matelots, blancs et nets comme s'ils
sortaient de leur coffre, avec de grands cols bleus, coquettement
empess et,  et l, des officiers, trs lgants sous une tunique
gris-tourterelle fort seyante, et aimables, empresss... comme de vrais
marins franais. Car Constantza est le port militaire de la Roumanie et,
 l'abri de ses jetes, sont mouills le croiseur _Elisabeta_, la longue
flamme de guerre pendant inerte  son mt, et les deux torpilleurs
_Zmeul_ et _Naluca_,--toute la flotte roumaine, que d'aucuns avaient
espr voir s'augmenter d'une unit assez inattendue, le
_Prince-Potemkine-de-Tauride._

Constantza, on se le rappelle, fut le premier port que visita le
_Potemkine_  son dpart d'Odessa. Il venait y demander des vivres qu'on
eut le regret de devoir lui refuser. On le fit dans des formes adoucies,
car le Roumain est accueillant, charitable et peut-tre, au fond, pas
anim d'une sympathie outre pour la Russie.

C'est  Constantza qu'il est revenu achever son inglorieuse odysse.

D'ailleurs, nombre d'entre ceux qui montaient le _Potemkine_ taient des
Roumains,--des Roumains de cette Bessarabie que la Russie s'arrogea et
vers laquelle la Roumanie entire jette encore des yeux chargs de
regrets. Aussi se sont-ils aussitt sentis chez eux, sur cette terre.
C'est l'un d'eux, prcisment que j'interrogeais, tout  l'heure, par
l'intermdiaire obligeant de M. le lieutenant de vaisseau Gavrilesco
Feodor Pogarneatz tait sergent-major de signaux. Exactement, il
commandait les tambours du _Potemkine_, et ce fut lui, on peut le dire,
qui donna les trois coups, au commencement du drame.

[Illustration: Les marins rvolts sur le pont du
_Kniaz-Potemkine.--Photographie prise par M. A. Forst dans le port de
Thodosie le 5 juillet._]

[Illustration: Feodor Pogarneatz.]

Le rcit que j'ai recueilli de sa bouche me parat intressant 
reproduire parce qu'il enterre dfinitivement la lgende du _Potemkine,
telle du moins que nous la concevions.

Tout d'abord, le matelot dont la mort dchana cette rbellion ne
s'appelait pas Omeltchouk. Il se nommait Vakoulemtchouk, mais son
camarade ignore son prnom. Je l'ai recueilli  Odessa: Grgor.

Le Potemkine, qui n'avait pas encore effectu ses essais d'artillerie,
tait parti le 12-25 juin de Sbastopol pour Tendra, prs d'Odessa, o
il allait y procder.

Le 13, on tait  Tendra d'o l'on envoyait  Odessa, pour y faire des
vivres, un torpilleur. Tout tait parfaitement tranquille sur le
_Potemkine_, en apparence du moins, car depuis longtemps un comit
fonctionnait  bord--comme d'ailleurs, sur tous les navires de la mer
Noire et dans toutes les casernes de la marine  Sbastopol--comit dont
le sergent lectricien Athanase Matuschenko (un second matre,
dirions-nous en France) tait l'me et qui prparait un coup de sa
faon. Mais on tait nullement press d'agir. Mieux, mme, on n'tait
pas prt. On avait choisi une autre heure, plus tardive.

Dans la nuit du 13 au 14, le torpilleur envoy aux vivres rejoignait le
_Potemkine_  Tendra. Au lever, les matelots, en montant sur le pont,
virent la viande qu'il rapportait, suspendue  des crochets, au grand
air. Elle dgageait une telle puanteur qu'on avait d laisser l, en
plein air, tout ce qu'on n'utilisait pas pour le djeuner. Il y eut, au
gaillard d'avant, des rflexions, des murmures. On se concerta...

A l'heure de la soupe, bien peu de matelots descendirent. Le commandant
Golickof fut avis de l'incident. Il le prit assez mal. La viande fut
soumise par lui  l'examen du docteur Smirnof, mdecin en chef du
navire, qui, bien sr de ne pas dplaire  l'autorit, donna tort aux
matelots.

Alors, le commandant donna l'ordre de runir sur le pont tout
l'quipage. Une batterie des tambours de Pogarneatz retentit. Les
matelots s'alignrent en silence  l'arrire. Tous les officiers de
service et le mdecin taient prsents.

--Il parat, dit le commandant Golickof, que certains d'entre vous ne
sont pas contents de la nourriture du bord et protestent. Tant pis pour
eux. La viande est excellente et le docteur l'affirme. Mais, comme je
veux connatre les mauvaises ttes, que ceux qui veulent bien manger
passent ici,--et il dsignait l'espace libre sur le pont, derrire lui.
--Que les autres restent l,--devant lui.

Tout l'quipage,  peu prs, dfila devant le commandant, sans murmures,
et vint se ranger o il avait dit. Demeur en face d'une trentaine
d'hommes qui hsitaient, il arrta le dfil et fit sonner  la garde:
dix-huit marins en armes arrivrent et entourrent les mcontents.

Le commandant avait perdu tout sang-froid: il commanda de fusiller sur
l'heure les mutins. La garde obit au commandement de charger les armes,
mais ne fit plus un mouvement au cri de: Feu!

[Illustration: Le torpilleur 267.]

C'est alors qu'indign de cette dfection le second du bord, le
capitaine Ghelerovski, arrachant  l'un des marins son fusil, mit en
joue le sous-officier qui commandait le peloton. La balle partit, manqua
le but, s'gara. Elle alla frapper Vakoulemtchouk, perdu dans le tas des
trente.

Travers de part en part,  la hauteur du rein, le matelot eut l'nergie
de descendre dans la batterie pour y prendre son fusil; il fut le
premier qui fit ce geste de rbellion, bientt imit, comme on le verra.
Sans que j'aie pu faire prciser ce qui se passa ensuite, on le repcha,
un moment aprs, de la mer o il tait tomb, ou s'tait jet, ou avait
t prcipit. On le transporta  l'infirmerie. Le signal du carnage
tait donn.

[Illustration: L'tat-major et l'quipage du "Kniaz-Potemkine" avant le
drams.]

Les hommes, ceux d'abord qui taient demeurs ou avaient t laisss 
part, puis tous, aussi bien ceux qui voulaient manger que les autres,
s'taient rus vers les rteliers d'armes.

[Illustration: Le capitaine Ghelerovski (debout).]

Le commandant Golickof avait fui avec son tat-major. Seul le second,
Ghelerovski, demeurait sur le pont: ce fut lui la premire victime. Puis
vint l'officier chef de l'artillerie, le capitaine Nioupakoof. Le
mdecin en chef, le docteur Smirnof, se suicida d'un coup de bistouri,
ou de sabre, au bas-ventre.

On fusilla l'enseigne Livintsof et le lieutenant de vaisseau qui
dirigeait  bord le service lectrique, M. Thone. Enfin on rejoignit
dans la chambre de l'amiral le commandant Golickof qui s'tait terr l,
avec l'enseigne Alexeief, tous deux enferms  double tour. Le
commandant suppliait en pleurant ses enfants de l'pargner.

Ses prires ne pouvaient tre entendues!...

Une bande qui remontait, cette sanglante besogne acheve, avisa, 
l'entre du carr, le pope Parmen, aumnier du bord, effar, fuyant. Un
des matelots, d'un coup de crosse, lui broya  demi le visage contre la
cloison de fer. C'tait Matuschenko.

Un officier, qui s'tait jet  la mer pour chapper  la fusillade, fut
tu par un feu de salve.

Le massacre s'arrta  ces sept victimes. On avait supprim tous ceux
qu'on hassait, de qui on avait eu  se plaindre. On jeta les cadavres 
la mer, sans une bndiction. Les autres officiers demeuraient comme
otages. On allait en rendre neuf  Odessa, ne gardant  bord, de vive
force, que ceux qui taient ncessaires  la marche du navire.

On ne songea mme pas  faire disparatre les traces du drame, 
rparer, ft-ce sommairement, les dgts, le dsordre, qui demeuraient.
Quand le _Potemkine_ fut rendu  la Roumanie, me disait le capitaine
Gavrilesco, on retrouva toutes les cabines des malheureux officiers dans
un tat lamentable, glaces brises, meubles ventrs ou dmolis  demi.
On ramassa mme, quelque part, un dbris sanglant, un doigt tranch d'un
coup de sabre  une main qui suppliait peut-tre.

Et le rgne de Matuschenko commena. Il fut peu brillant.

Tous ceux qui,  Constantza, ont approch Matuschenko demeurent comme
hants du souvenir de cette inquitante figure de brute, aux pommettes
saillantes de Kalmouk, aux yeux haineux, au front obscur, stupide,
fourmillant d'ides froces.

Devant Odessa, aucun des rvolts ne voulait consentir  tirer sur la
ville. Cette crainte de nuire  des innocents, de causer des morts
inutiles, on la verra de nouveau se manifester devant Thodosie, bien
que, l, on et t attaqus, qu'on ait eu des blesss et des morts.

Les deux coups de canon tirs  blanc sur Odessa leur semblaient
suffisants pour affoler les autorits de la ville et assurer la libert
 ceux de leurs camarades envoys aux obsques de Vakoulemtchouk.
Matuschenko s'enttait, imbcile, farouche,  vouloir faire charger les
pices  obus.

--Mais  quoi bon? lui demandait-on.

--Pour trenner les canons!

Quant  l'un de ses principaux adjudants, Nikishkine, c'tait un
hallucin qui croyait voir de temps  autre le Christ lui apparatre!

La nuit rouge d'Odessa dut tre douce  l'me de cette dangereuse bte
qu'tait Matuschenko. Elle lui apporta, en outre, un rconfort moral,
une aide que, peut-tre, il n'avait pas prvue.

Dans la soire,  la lueur fauve de l'incendie, une barque amena vers le
_Potemkine_ deux jeunes gens, deux tudiants, qui pouvaient bien fuir
les flammes, et qui aussi venaient--qui sait?--de propos dlibr
rejoindre les rvolts pour les diriger et s'en servir. L'un se serait
appel Ivanof; on ne connaissait l'autre que sous son prnom: Cyrille.
Ce furent les deux seuls civils qu'il y eut jamais  bord.

Les marins du _Potemkine_ supposrent que Matuschenko avait pu
s'aboucher avec les rvolutionnaires d'Odessa dans la journe. Mais,
dans ce cas, ne seraient-ils venus plus nombreux, apportant une
organisation prpare, un plan? Ce qui frappe, dans tout cela, c'est au
contraire le dsarroi, le dcousu de l'action. La rbellion du
_Potemkine_ est un fait. L'incendie, les troubles d'Odessa, d'autres
faits, survenus  la faveur du premier, mais fortuitement, comme avait
clat la sdition des marins. Ceci fut peut-tre le signal de cela,
mais les deux actions n'avaient pas t combines.

Pogarneatz me l'a rpt  plusieurs reprises: on prparait lentement
une rvolte de toute l'escadre de la mer Noire. Des comits mystrieux
fonctionnaient sur chaque bateau et devaient se concerter sur le moment,
l'heure. La mort de Vakoulemtchouk brusqua le mouvement pour un des
navires. On sait que les autres ne suivirent pas, ou suivirent mal,
comme le _Georges_. On n'tait pas prt.

Cyrille et Ivanof apportrent aux rvolts un concours un peu
intelligent qui leur faisait grandement dfaut. A peine arrivs  bord,
ils se rpandirent en discours vhments, suppliant les matelots de
prter leur concours  la ville contre le despotisme, contre le
tsarisme. Ils ne furent pas entendus, et les canons du _Potemkine_
demeurrent muets cette nuit-l. On se borna  fouiller le port avec les
projecteurs lectriques,  suivre les progrs de l'incendie, 
faciliter, ainsi, la besogne des ptroleurs.

Le lendemain, on s'organisa pour naviguer.

Comme commandant, on lut l'enseigne Alexeief, qui tait doux et bon et
avait les sympathies unanimes du bord; je ne dis pas qu'il les rendt,
surtout  ce moment o on le chargeait,  son corps dfendant, de cette
lourde responsabilit. Le second fut un matre, Mourzach. Deux officiers
mcaniciens dirigrent le service de l'norme machinerie. L'un,
Kovalescenko, tait, d'ailleurs, de tout coeur avec les rvolts.

[Illustration: L'enseigne de vaisseau Alexeief et les autres officiers
du Potemkine que les mutins pargnrent mais obligrent  diriger le
cuirass.--_Photographie prise aprs leur dbarquement  Constantza._]

Enfin, un comit de vingt membres fut constitu et investi de l'autorit
suprme: on fut comme en rpublique, une rpublique o fonctionnait le
_referendum_, o l'on consultait parfois le corps lectoral, sans
suivre, d'ailleurs, ses avis, quand ils dplaisaient. A preuve que, ds
le premier sjour du _Potemkine_ dans les eaux de Constantza, cinq cents
des matelots taient d'avis de se rendre, de dbarquer, d'arrter net
l'odysse. Et vous savez le reste!

Chose inoue, invraisemblable, le vrai matre du bord, le matre absolu
et, selon la formule usuelle, le matre aprs Dieu du cuirass, ce fut
Matuschenko. Cyrille et Ivanof, qui sigeaient au comit excutif, ne
purent jamais dompter ce fauve.

Il dominait par la terreur. Il allait et venait par les coursives sur le
pont, dans les batteries; toujours furieux, frntique, le revolver au
poing, sans cesse menaant. Tous tremblaient  le voir apparatre.

Plus d'un dut regretter le tendre second, Ghelerovski, l'homme au fusil!

Seul de tout ce troupeau, Matuschenko avait une volont. Elle se heurta
cependant, se brisa contre l'inertie des sept cent cinquante pauvres
diables, pas mchants, prisonniers avec lui sur ce navire en dsarroi.

Quand,  Odessa, le _Potemkine_--auquel bientt se joignit le
_Georges_--se trouva en prsence de l'escadre de l'amiral Krieger, les
rvolts se dfendirent de tirer contre leurs camarades, attendant les
premiers obus, sans se douter que, de leur ct, les frres encore
soumis, mais  peine, refusaient galement de les attaquer.

Pareillement, on ne voulut jamais consentir  suivre l'ide de
Matuschenko, qui tait de dbarquer de force en Russie. Seul, devant
lui, chacun de ces hommes frissonnait dans l'attente d'une balle; runis
pour une dcision  prendre, ils rsistaient de toutes leurs forces 
ses lubies de dment.

[Illustration: Matuschenko. _Photographie prise au dbarquement 
Constantza._]

Depuis le dbut, un torpilleur, le 267, s'tait attach  la fortune du
_Potemkine_. A moiti de bon coeur, seulement. On avait pris son
commandant  bord, et on le dbarqua  Odessa avec les huit officiers du
_Potemkine_ qu'on avait pargns et dont on n'avait pas besoin pour la
conduite du navire. En mme temps, on plaait sur le petit bateau cinq
des plus purs du _Potemkine_, pour mater, au besoin, son quipage. Le
267 suivit donc sous la menace des canons du cuirass. Vous avez appris
avec quel empressement il rebroussa chemin vers Sbastopol ds qu'il fut
libre de le faire, le _Potemkine_ une fois amarr dans le port de
Constantza!

[Illustration: Matelots du Potemkine et officiers roumains 
Constantza.]

La vie sur le _Potemkine_ fut une vie d'enfer, me disait Pogarneatz.

Ds le soir du premier jour, on n'avait plus de pain. Ce fut la premire
chose qu'on demanda  Constantza. On vcut de biscuits, de conserves. On
souffrit presque de faim, parfois.

Dans cette norme ville flottante, dans ce monstrueux engin, la plupart,
sans doute, des hommes ignoraient ce qui se passait, ce qu'on faisait,
o l'on allait.

Ils s'abandonnaient, rsigns.

Et c'taient des querelles sans fin, entre une poigne d'nergumnes et
l'immense majorit de l'quipage, repentant, inquiet des suites de cette
quipe, anxieux de l'avenir; des rixes, des scnes atroces auxquelles
mettait fin, son revolver toujours braqu, le frntique Matuschenko.

L'aventure de Thodosie acheva de dgriser les plus endurcis des
rebelles. On put se procurer, dans ce port, des vivres le jour o l'on y
arriva; mais, quand, le lendemain, on revint pour prendre le charbon
promis, qui tait devenu indispensable, les cosaques du quai
accueillirent la chaloupe  coups de fusil, turent sept hommes, dont
Ivanof, et en blessrent trois, actuellement soigns  Constantza.

Ce fut  bout de ressources, les soutes surtout compltement vides,
qu'on aborda  Constantza, malgr Matuschenko, malgr Cyrille, qui
voulaient faire sauter le navire.

On y arriva le samedi 8, vers une heure du matin. Au jour, on entamait
des pourparlers pour la reddition du navire au gouvernement roumain. A
trois heures, le pavillon rouge tait amen et le pavillon roumain,
bleu, jaune et rouge, le remplaait  la pomme du mt, tandis que les
rebelles dbarquaient, un quipage roumain prenait possession du
cuirass, dont le commandement tait confi au capitaine de vaisseau
Torgulesco, avec le capitaine Ciudin comme second.

[Illustration: Un pope reoit,  bord du Potemkine, le nouveau serment
de fidlit au tsar des cinquante repentants. _Voir  la page
suivante._]

Mais l'intrt n'tait plus l: il tait sur le quai o arrivaient, par
fournes, les marins russes.

Quel enthousiasme! quel dlire! Je me demande si les marins de l'amiral
Avellane, aux jours des premires tendresses, furent accueillis, chez
nous, comme le furent ici ces innocents pirates. On se les arrachait.
Chacun eut son Russe. Et, comme je l'ai dit, la plupart, originaires
de Bessarabie, parlant parfaitement le roumain, on s'entendit aisment.

On les dvalisa d'ailleurs de tout ce qu'ils possdaient de susceptible
de constituer un souvenir: boutons d'uniforme, brets, rubans rays
orange et noir au nom du _Kniaz-Potemkine-Tauritchessky_. Des gens
pratiques ont amass des stocks qu'ils coulent. Un ruban de bret
valait, au cours du jour,15 francs, hier!

Les plus endiabls, songeant aux bals masqus futurs, voulurent acqurir
une tenue complte et habillrent de neuf, au magasin voisin, quelques
matelots. Le marin russe sera beaucoup port, la saison prochaine, en
Roumanie. Et, quant aux beuveries, je vous laisse  penser ce qu'elles
furent, non pas du ct des hospitaliers Roumains, race essentiellement
sobre, mais de la part de leurs htes, un peu rationns les jours
prcdents.

Les 750 hommes furent reus comme des hommes libres et laisss  mme de
partir l o bon leur semblerait et comme ils le voudraient. La plupart
demandrent  tre employs aux travaux des champs; trs sagement, les
autorits les rpartirent par groupes de 50  100 dans diverses villes
d'o l'on aurait la facilit de les diriger vers les proprits, pour la
moisson.

[Illustration: A Constantza: les rvolts du _Kniaz-Potemkine_ emportant
leur paquetage.--_Phot. Besanon._]

Le gouvernement du roi Charles, qui venait de rendre au gouvernement du
tsar un service incontestable et qui n'est peut-tre pas sr,  l'heure
qu'il est, de pouvoir jusqu'au bout s'en fliciter--car, enfin, la mise
en libert des rebelles peut donner lieu  quelques observations assez
justes--le gouvernement du roi Charles avait annonc tlgraphiquement 
Saint-Ptersbourg la grande nouvelle. Dans l'aprs-midi mme du
dimanche, une escadrille russe, compose des croiseurs _Tchesm_,
battant pavillon de l'amiral Pisarewsky, du _Sinope_ et de quelques
torpilleurs, venait chercher le _Potemkine_ qu'elle poursuivait depuis
plusieurs jours et qu'elle trouvait enfin dsarm. On laisse entendre
qu'elle mit,  l'accomplissement de sa mission, peu de formes. Elle
reprit son bien, son d, sans se confondre trop en remerciements. A deux
heures aprs midi, la crmonie tait termine.

Quelques marins du _Potemkine_,  la vue du pavillon de Saint-Andr
flottant de nouveau sur leur bateau, sentirent leur coeur se fondre de
repentir; une cinquantaine retournrent  bord, o un pope reut leur
nouveau serment de fidlit au tsar. Aprs quoi, on les mit  fond de
cale--ainsi d'ailleurs que les officiers et sous-officiers eux-mmes,
gards de force par les insurgs sur le navire pour le conduire.
D'aucuns assurent qu'on procda  quelques excutions sommaires. Mais
c'est mal connatre les Russes que de les croire capables d'un pareil
manquement aux rgles de la courtoisie internationale.

Enfin, l'quipage que l'amiral Pisarewsky mit sur le _Potemkine_ y
trouva tout en tat. Les feux taient allums, l'lectricit avait
illumin le bord toute la nuit, les servo-moteurs tournaient, tout
allait bien. Il n'y avait plus, semblait-il, qu' donner le
traditionnel: En avant!

Toutefois, on remarqua que le cuirass s'tait sensiblement enfonc, 
la poupe, depuis son arrive. Il semblait faire eau. On s'inquita.

L'tat-major russe fit rechercher la voie d'eau. Une vanne avait t
ouverte. Par qui? Prcisment, a-t-on avanc, par les matelots qui
s'taient soumis l'aprs-midi, et qui, emprisonns, menacs de mort,
s'taient de nouveau rvolts: mais saura-t-on jamais la vrit, toute la
vrit sur ces histoires... O? On ne parvint pas  la dcouvrir tant
qu'on fut  Constantza, et beaucoup d'officiers de marine attendent
impatiemment, non sans quelque inquitude, la nouvelle de l'arrive du
bateau  bon port.

[Illustration: A Constantza: accostage du remorqueur dbarquant
l'quipage du _Kniaz-Potemkine_.]

L'amiral avait tlgraphi  Bucarest qu'il lverait l'ancre  six
heures, le dimanche. Mais il ne put d'abord mettre ses cabestans en
action. Et puis, il y avait cette eau qui arrivait toujours et qu'il
fallait puiser sans relche. L'amiral renvoya  terre le pilote
roumain, voulant  tout prix dcouvrir la vanne, l'inquitante vanne
ouverte, avant que de lever l'ancre.

Le pilote revenu lundi matin,  sept heures, on n'avait pas encore
aveugl la voie d'eau. Et le mcanicien, nouvellement arriv sur ce
monstre, tudiait sa machine.

Sur les conseils du pilote, on se dcida enfin  faire sortir le
_Potemkine_ du port par des remorqueurs et  le conduire jusqu'au
_Tchesm_, afin que celui-ci le prit  la remorque. Ce qui fut fait. Et
ce fut dans cet quipage peu brillant que le
_Kniaz-Potiemkine-Tauritchessky_ soumis, derechef bnit, fit route vers
Sbastopol, le lundi soir,  sept heures.

En somme, s'il fallait conclure, je dirais qu'il n'y a pas eu, dans
cette extraordinaire aventure, tout ce qu'on y a vu de compliqu. Cette
rbellion ne fut si peu grave, au demeurant, en ses consquences, que
parce qu'elle fut mal prpare--qu'elle ne fut pas prpare, mme;
qu'elle clata avant l'heure. C'est une rbellion d'enfants terribles et
inintelligents--surtout inintelligents. Je verrais l volontiers un de
ces phnomnes dont parle Taine, un de ces cas d'anarchie spontane,
selon son mot, qui marqurent le commencement de la Rvolution
franaise, en furent le signal, multiplis  l'infini sur le territoire
entier--comme en Russie; intressant comme symptme, inquitant comme
exemple.

GUSTAVE BABIN.

[Illustration: Le _Kniaz-Potemkine_, rendu aux autorits russes, est
remorqu vers Sbastopol.]



LES FTES FRANCO-ANGLAISES DE BREST

L'initiation des marins anglais aux amusements populaires franais: un
tour d'quitation sur le mange forain.

[Illustration: UN 14 JUILLET FRANCO-ANGLAIS A BREST
Le bouquet du feu d'artifice tir en rade par les escadres.--_Dessin
d'aprs nature de G. Scott,  bord du yacht de F. de Haenen, dessinateur
au Graphic et de L'Illustration.]

[Illustration: Vice-amiral May, com. l'escadre anglaise.]

[Illustration: Sir F. Bertie, ambassadeur.]

[Illustration: Vice amiral Pephau, prfet maritime.]

[Illustration: Mme l'amirale May.]

[Illustration: Vice-amiral Caillard, com. de l'escadre du Nord.]

A LA GARDEN-PARTY DE LA PRFECTURE MARITIME

[Illustration: Les futurs amiraux des deux marines: bordaches et
midshipmen (ces derniers en pantalon blanc).]

[Illustration: Un brin de causette dans une rue de Brest.]

LES FTES FRANCO-ANGLAISES DE BREST



[Illustration: Un reprsentant du Japon.]

[Illustration: S. Exc. le prince Radolin, ambassadeur d'Allemagne.]

[Illustration: S. Exc. l'envoy extraordinaire de la rpublique de
Libria.]

TROIS DIPLOMATES TRS REGARDS A LA REVUE DE LONGCHAMP, LE 14 JUILLET.



[Illustration: _Phot. Julius Grape._ JOYEUSE ENTRE A STOCKHOLM DU
PRINCE GUSTAVE-ADOLPHE ET DE SA JEUNE FEMME.

_De retour de leur voyage de noces en Irlande, le prince Gustave-Adolphe
de Sude et sa jeune femme, la princesse Marguerite de Connaught, ont
fait,  Stockholm, le 9 juillet, une entre solennelle,  bord du canot
royal. Notre photographie, prise de la rive, les montre, rpondant
joyeusement aux acclamations de la foule. Aprs deux jours de ftes, le
jeune couple princier s'est install au chteau de Rosendal._]



AU JARDIN COLONIAL

M. Clmentel traitait, mardi dernier, les reprsentants coloniaux au
Parlement et au conseil suprieur des colonies, ainsi que les directeurs
de son ministre. Comme, chez le jeune ministre, les soucis de
l'administration laissent place--une large place-- ceux de l'art, il
avait voulu approprier le cadre au sujet et c'est  l'Exposition
coloniale qu'il recevait ses invits.

Notre objectif a saisi M. Clmentel au moment d'une conversation anime
avec l'un de ses prdcesseurs, M. Guillain, qui fut prcisment le
crateur du Jardin colonial.

Rencontre du pass et du prsent. N'est-ce pas de ces deux facteurs
qu'est fait l'avenir, c'est--dire le progrs?



INAUGURATION D'UN BATEAU A TURBINES

Lundi dernier a eu lieu,  Boulogne, une petite fte nautique qui tait
en mme temps une intressante manifestation scientifique. En prsence
des autorits, des baigneurs, du Tout-Boulogne, on a inaugur le nouveau
et luxueux bateau  turbines, _The Onward_, de la Compagnie du South
Eastern and Chatam Railway.

[Illustration: Un nouveau bateau  turbines: _The Onward._]



M. DE BRAZZA A BRAZZAVILLE

On se rappelle dans quelles circonstances le gouvernement dcida
d'envoyer M. de Brazza en mission au Congo. Des faits d'une nature
rvoltante, abus de pouvoir, svices, meurtres accompagns de tortures,
dont de nombreux indignes auraient t les victimes, avaient provoqu
des poursuites judiciaires contre certains fonctionnaires coloniaux. Il
semble bien, toutefois, que les faits signals aient t quelque peu
dnaturs, exagrs tout au moins, et l'instruction ouverte  leur sujet
a permis de les rduire  des proportions plus exactes. Quoi qu'il en
soit, le gouvernement franais a sagement fait d'envoyer procder  une
enqute sur place. Depuis de longues annes dj, notre colonie s'anmie
dans un marasme anarchique qui menace de lui tre funeste. M. de Brazza,
l'minent explorateur qui donna ces vastes territoires  la France,
trouvera certainement les remdes indispensables pour les lui conserver.

[Illustration: M. Clmentel, min. des Colonies.
M. Guillain ancien ministre.
M. Bea, chef de cabinet.
Dybowski, dir. du Jardin colonial.
M. Harpet, dp. du Sngal.
M. Cireron, sn. de la Guadeloupe.
M. Godin, sn. de l'Inde.
M. Clmentel et les reprsentants des colonies dans le jardin de
l'Exposition coloniale de Nogent-sur-Marne.]

Partout sur le passage de la mission,  Libreville, le long de l'Ogou,
 N'Djol,  Brazzaville enfin, les chefs indignes sont venus au-devant
de M. de Brazza et lui ont prodigu toutes les marques de la vnration
et de la confiance.

Notre photographie reprsente une palabre de chefs btks et bellalis,
prside par le chef de la mission, assist de Mme de Brazza. Une
palabre, c'est une discussion, une contestation sur un droit. M. et Mme
de Brazza sont assis au seuil de l'htel de M. Gentil, notre commissaire
gnral au Congo. Devant eux, les chefs noirs, assis sur le sol en
demi-cercle, discutent l'impt--_l'amende_, comme ils disent--auquel ils
sont astreints. Ils demandent des facilits de payement et M. de Brazza
vient de leur causer une grande satisfaction en les autorisant 
s'acquitter dsormais,  leur gr, soit en espces, soit en nature,
c'est--dire en boules de caoutchouc.



LE 75e ANNIVERSAIRE DE LA BELGIQUE

Le 16 juillet a commenc en Belgique la grande semaine, consacre par
nos voisins  la clbration du soixante-quinzime anniversaire de leur
indpendance. Le programme comportait nombre de crmonies,
manifestations et rjouissances; mais, avant toute chose, les premires
dmonstrations patriotiques du peuple belge devaient s'adresser au
souverain qui naquit cinq ans aprs l'vnement de 1830, solennellement
commmor.

Donc, dimanche dernier, la rsidence de Laeken, dont Lopold II s'est
plu, on le sait,  faire une sorte de Versailles, a servi de cadre au
brillant prlude de la fte nationale. Au milieu du vaste parc, au pied
du monument de Lopold Ier, une loge tendue de pourpre avait t
dresse. C'est de l que le roi couta la harangue du bourgmestre de la
commune, M. Bockstael, et y rpondit, aux acclamations chaleureuses de
la foule.

Quelques jours auparavant, on aurait pu voir Lopold II se promener 
Laeken mme avec beaucoup moins d'apparat. C'tait un matin, vers onze
heures; le souverain, seul, en petite tenue de gnral, sans autre
escorte qu'un piqueur,  distance respectueuse, chevauchait le long de
la grille du parc, venant d'inspecter les travaux de la rsidence. Or,
sur son passage, se trouvait juste  point un virtuose de
l'instantan, qui prit le trs intressant portrait questre que nous
reproduisons. Ce document est d'autant plus curieux que le roi ne monte
plus gure  cheval et qu'il a pour l'objectif une horreur notoire.


[Illustration: Mme et M. de Brazza. LA MISSION DE BRAZZA AU CONGO
FRANAIS.--Une palabre  Brazzaville.]


LE ROI DES BELGES LOPOLD II SE PROMENANT A CHEVAL A LAEKEN, PRS DE
BRUXELLES.

_D'aprs une photographie instantane de M. G. Nadaud.--Voir l'article
ci-contre._



[Illustration: Faade sur la rue de Lille.]

[Illustration: Coupe longitudinale de la maison des Dames des Postes,
Tlgraphes et Tlphones.]

LES HABITATIONS A BON MARCH

UNE MAISON POUR LES DAMES DES POSTES, TLGRAPHES ET TLPHONES

M. Alexandre Brard, sous-secrtaire d'Etat des Postes et des
Tlgraphes, avait t frapp des conditions dfectueuses de logement et
d'alimentation d'un grand nombre de dames employes de Paris,
lorsqu'elles n'habitent pas dans leurs familles, et c'est le cas pour
celles d'entre elles qui viennent de province.

Il n'existe, en effet, que quelques maisons amnages pour des femmes
seules, et encore ce qui a t tabli jusqu'ici ne rpond, pour diverses
raisons, que trs imparfaitement aux besoins que ressentent les
employes de l'administration des postes, des tlgraphes et des
tlphones. Quant aux restaurants, exclusivement, fminins, leur nombre
est trs faible et, pour diffrents motifs, ils attirent difficilement
la clientle des dames employes.

D'autre part, M. Brard avait constat le dsir manifeste qu'ont les
employes de se runir et de se grouper pour vivre en commun et
reconstituer ainsi le foyer familial loign, dsir qui est tabli par
l'existence d'assez nombreuses petites pensions o se retrouvent un
certain nombre de dames du tlgraphe ou du tlphone, mais o, en
raison de leurs conditions mme d'tablissement, toutes les lois de
l'hygine moderne ne reoivent pas toujours satisfaction.

C'est cette constatation de fait qui a suggr l'ide de construire une
maison o seraient loges une partie de ces jeunes filles et d'ouvrir un
salon de travail et de lecture et une salle de restaurant o toutes
pourraient tre admises.

M. Brard demanda  M. Georges Trouillot, alors ministre du Commerce et
de l'Industrie, de crer une commission qui aurait pour mission
d'tudier la question plus au fond et d'tablir les bases sur lesquelles
une socit pourrait se constituer. Cette commission, dans laquelle
furent appels tous les initiateurs de l'oeuvre: MM. Jules Siegfried,
Menier et Vazeille, dputs; Paulet, directeur de l'Assurance et de la
Prvoyance sociales; Chapsal et Jouhannaud, chefs des cabinets du
ministre et du sous-secrtaire d'Etat; Frouin, ingnieur en chef;
Charvin, chef de bureau; Mmes Peauger, Roy, Riaut, receveuses; Korn,
Dupr, Fournier, surveillantes et employes, a conclu  la formation
d'une Socit par actions et a labor des statuts qui, aprs avis
favorable du comit permanent des habitations  bon march, ont t
approuvs par M. le ministre du Commerce, de l'Industrie, des Postes et
des Tlgraphes  la date du 7 janvier 1905. Ces statuts ont t conus
dans un esprit extrmement libral et surtout en vue de permettre au
personnel des postes, des tlgraphes et des tlphones de s'intresser
 l'oeuvre et de lui donner sa direction dfinitive. Le mode coopratif
a t adopt comme tant la forme normale d'une telle entreprise qui
sera rgie par les lois et les rglements sur les habitations  bon
march. Les statuts fixent le montant des actions  25 francs, ce qui
ouvre la porte trs large aux souscripteurs; ils admettent un fonds de
prvoyance pour permettre  de gnreux philanthropes de donner  la
Socit un appui pcunier assurant son avenir.

[Illustration: M. Jouhannaud. M. Bliault. M. Frouin. M. Brard. Pose de
la premire pierre de la maison des Dames des Postes, Tlgraphes et
Tlphones, par M. l'ingnieur en chef Frouin, sous la prsidence de M.
Alexandre Brard.]

L'appel fut entendu et, le 11 janvier 1905, la Socit tait constitue
au capital initial de 135.000 francs et possdait un fonds de prvoyance
de 70.000 francs et plaait  sa tte au conseil d'administration la
plupart des membres de la commission.

Un terrain de 600 mtres fut acquis rue de Lille, 41. Cette maison se
trouvera ainsi  proximit des grands bureaux fminins (caisse d'pargne
postale, articles d'argent, tlgraphe central, tlphone principal).

Les plans en ont t dresss par M. Bliault, architecte du gouvernement
et du Muse social et qui,  ce dernier titre, a dj coopr  tant
d'oeuvres intressantes (dification des palais des congrs d'conomie
sociale aux Expositions universelles de Paris 1900, de Saint-Louis et de
Lige et de nombreux et intressants types d'habitations ouvrires).

La nouvelle maison aura six tages, sa faade sera lgante. Le
sous-sol, surlev, sera occup par les cuisines, les lavabos, etc. Le
rez-de-chausse, d'une hauteur de plafond de 5 mtres, comprendra trois
grandes divisions communiquant largement entre elles, un salon de
travail et de lecture, un hall vitr et une salle de restaurant; une
grande cour de 200 mtres est mnage entre les btiments. Toute cette
partie sera accessible aux locataires de la maison, une centaine
environ, et aussi aux jeunes filles appartenant ou non 
l'administration des postes et faisant partie du cercle. Par ce moyen,
l'oeuvre tendra son action utile  un trs grand nombre de personnes.
Les chambres seront vastes, bien ares, chauffes  la vapeur. Le
mobilier modern-style qui les garnira sera fort coquet.

Les locataires auront  leur disposition de l'eau chaude, des salles de
bains et de douches, etc..

Les matriaux sont tous de premire qualit et les procds de
construction sont ceux qui rsultent des derniers progrs de l'hygine.

Malgr ce grand confort, les prix seront peu levs, grce, d'une part,
 la faible rmunration du capital social, limite par les statuts  3%
et, d'autre part, aux sacrifices que divers entrepreneurs et
fournisseurs ont consentis en raison de la nature philanthropique de
l'oeuvre.

Mais les dpenses pour une pareille entreprise sont trs considrables:
plus de 550.000 francs; pour y faire face, la Socit a le produit de
ses actions et les dons. Pour augmenter ses ressources, elle a d
emprunter  la Socit franaise de crdit des habitations  bon march.
Tout cela runi ne donne pas encore la somme ncessaire; convaincue
nanmoins qu'une oeuvre sociale qui s'adresse  un si grand nombre de
jeunes filles particulirement intressantes ne peut que trouver,
partout o elle est connue, des sympathies et des appuis, la Socit a
dcid de se mettre  l'oeuvre sans plus tarder, tout en faisant un
nouvel et pressant appel en vue d'obtenir de nouveaux dons et de
nouvelles souscriptions d'actions. Les envois peuvent tre faits  l'une
quelconque des correspondantes de la Socit ou  M. Frouin,
secrtaire-trsorier, 103, rue de Grenelle.

C'est avec cet espoir que la Socit a procd  la pose de la premire
pierre de sa maison. La crmonie a eu lieu sous la prsidence de M.
Alexandre Brard. Il a t plac dans un tube en plomb une mdaille
commmorative  l'effigie de la Rpublique, des pices de monnaie
d'argent au millsime de 1905, une collection complte des figurines
postales actuellement en usage.

Rendez-vous a t pris dans six mois pour l'inauguration des nouveaux
btiments.



LES THTRES

La Comdie-Franaise vient de reprsenter avec le plus grand succs _les
Phniciennes_, drame en vers de M. Georges Rivollet que _L'Illustration_
a publi en aot 1903, au lendemain de son apparition sur la scne du
thtre antique d'Orange. L'interprtation est  peu prs la mme qu'il
y a deux ans; toute l'excellente troupe tragique du Thtre-Franais
donne dans ce noble ouvrage qui, par le style et le choix des images,
d'ordre purement classique, rend accessibles  tous, les beauts de
l'oeuvre d'Euripide dont il est inspir.



M. NAGELMACKERS

M. Georges Nagelmackers, administrateur-directeur gnral de la
Compagnie des Wagons-Lits, commandeur de la Lgion d'honneur, vient de
mourir  Villepreux,  l'ge de soixante et un ans. Il tait n  Lige,
o son pre tait banquier. Jeune ingnieur, il tait parti pour
l'Amrique, d'o il avait rapport quelques annes plus tard, en 1873,
l'ide des wagons-lits, qu'il avait emprunte  Pullman.

En 1876, il fondait la Compagnie internationale, au dveloppement de
laquelle il devait consacrer toute son activit.

Sur son initiative, des innovations successives furent apportes au
matriel et  l'exploitation. Aux wagons-lits succdrent les
wagons-restaurants, puis les trains de luxe, runissant ces deux units
de transport: d'abord l'Orient-Express, puis le Sud-Express, le
Nord-Express.

Aprs l'achvement du Transsibrien, M. Nagelmackers obtint de l'tat
russe l'autorisation de faire circuler sur la nouvelle ligne un train de
luxe qui, destin  prolonger le Nord-Express et  faire le service
entre Moscou et Pking, en raison des derniers vnements, ne fonctionne
encore qu'entre Moscou et Irkoutsk.

[Illustration: M. G. Nagelmackers.--_Phot. Nadar_.]

Le dfunt laisse un fils, M. Ren Nagelmackers, l'un des directeurs de
la Compagnie fonde par son pre.



DOCUMENTS et INFORMATIONS

UNE NORME TACHE SOLAIRE.

Une tache norme, bien visible  l'oeil nu, vient d'apparatre  la
surface du soleil ( la latitude de 12 dans l'hmisphre boral), au
mridien central duquel elle est passe le 16 juillet.

Ce magnifique phnomne est digne de l'poque du maximum de l'activit
solaire, maximum qui doit avoir lieu prcisment cette anne. L'tendue
totale sur laquelle s'tend cette perturbation de la surface de l'astre
du jour est d'environ 200.000 kilomtres. Mais il s'agit d'un groupe de
taches; la principale, avec ses langues de feu, sa pnombre  structure
trs complique, a une dimension de prs de 100.000 kilomtres. Le reste
du groupe est non moins intressant, quoique moins apparent; tous les
nombreux dtails qui le composent et dont les changements ont t assez
notables en quelques jours, apparaissent comme voils par des gaz
lumineux.

La rotation du globe solaire fera disparatre cette tache le 23 juillet.
Si elle persiste quelque temps, on peut s'attendre  la voir
rapparatre vers le 6 aot.

LE MONUMENT DE DORIAN  SAINT-ETIENNE.

M. Etienne, ministre de l'Intrieur, est all prsider, dimanche dernier,
 Saint-Etienne, l'inauguration du monument lev par souscription  la
mmoire de Pierre-Frdric Dorian, ancien ministre des Travaux publics
sous le gouvernement de la Dfense nationale.

Ce monument, plac dans un square en face de la nouvelle avenue du
Prsident-Flix-Paure, est d  la collaboration de deux artistes
forziens, laurats du Salon, MM. Ch.-Louis Picaud, sculpteur, et Marcel
La Maizire fils; sauf la statue en bronze, il est tout entier en pierre
de Comblanchien; le socle porte sur ses laces les armoiries de
Saint-Etienne et celles de Montbliard, dont le matre de forges tait
originaire, ainsi que les mdaillons de ses fils, Charles et Daniel,
successeurs de leur pre comme dputs de la Loire. La composition de
l'oeuvre fait honneur au talent de ses auteurs.

[Illustration: Le monument de Pierre Dorian, inaugur le 16 juillet, 
Saint-Etienne.]

La crmonie inaugurale a offert le caractre d'une imposante
manifestation. Dans un loquent discours, M. Etienne, un des plus chers
amis de Gambetta, a justement associ le nom de Dorian  celui de
l'illustre patriote qui, en 1873, sur la tombe de son ancien
collaborateur de 1870, disait: Grand citoyen, ta vie se rsume en deux
mots: la pratique du travail, le culte de la patrie. Dorian fut, en
effet, aux jours du pril national, l'organisateur actif, infatigable,
de Paris assig, et c'est l son principal titre  l'hommage durable
rendu  sa mmoire.

Au banquet qui a termin la journe, M. Aristide Briand a pris  son
tour la parole. Il a clbr le pass glorieux de notre pays et ajout
que, si la France tait menace, ce n'est pas parmi les socialistes, ses
amis, qu'on trouverait des hommes pour faire le jeu de ses agresseurs.
La note patriotique de ce discours a t fort remarque.

UN ASILE POUR LES FRANAIS INDIGENTS EN SUISSE.

Les Franais de Genve, dont le chiffre,  l'heure actuelle, dpasse
35.000 et qui forment la plus nombreuse de nos colonies  l'tranger, se
sont mus de la triste situation de nos nationaux, vieillards et
incurables, fixs dans le canton, et ils ont eu, il y a deux ans, la
pense de crer un asile destin  recueillir ces pauvres gens.

Un bazar de charit fut organis, en 1903, pour constituer un premier
capital. Grce au concours de toutes les bonnes volonts, grce 
l'empressement du public genevois, grce  la prsence de la musique de
la garde rpublicaine, venue rehausser l'clat des ftes, celles-ci
russirent brillamment et l'on put raliser, avec les dons de gnreux
souscripteurs, une somme de 216.000 francs. Le gouvernement de la
Rpublique, de son ct, tint  manifester sa sympathie envers cette
oeuvre  la fois patriotique et humanitaire, et la commission du pari
mutuel, dans sa sance de janvier dernier, accorda une allocation de
100.000 francs.

Le capital ainsi runi permit de faire l'acquisition du chteau de la
Fouillasse, situ aux portes de Genve et particulirement propre  tre
converti en hospice. Autour de l'immeuble s'tend un parc trs vaste.

[Illustration: Le chteau de la Feuillasse, prs de Genve, converti en
asile pour les Franais indigents en Suisse.]

L'asile, qui sera prochainement ouvert, pourra abriter, au dbut, 18 
20 vieillards; mais on espre que les souscriptions et les dons
permettront d'augmenter rapidement ce nombre. Un gnreux compatriote,
dont l'esprit de bienfaisance s'exerce de la faon la plus librale,
vient d'accorder une nouvelle somme de 30.000 francs pour solder les
travaux d'amnagement et de rparations. C'est l un bel exemple 
imiter, tant donn qu'il y a dj actuellement plus de 200 demandes
inscrites et que la colonie forme principalement de modestes
travailleurs venus des dpartements limitrophes, est, dans son
ensemble, trs peu fortune.

LE CHANCRE DES ARBRES FRUITIERS.

Beaucoup de nos lecteurs peuvent, en ce moment, constater sur leurs
arbres, ou sur ceux du voisin, la frquence d'une maladie qui a reu
le nom de chancre et qui se manifeste par une sorte de plaie ulcre
qui se refuse  gurir. Jusqu' ces derniers temps, le chancre, qui
attaque souvent le pommier, tait attribu  un champignon parasitaire,
appel _nectria_. On admettait que la gele favorise l'apparition du
mal: fendant l'corce, elle faciliterait l'inoculation du champignon.
Il semble toutefois qu'on doive abandonner cette faon de voir. Les
recherches de M. Brzezniski tendent, en effet,  dmontrer que le chancre
est d  un tout autre agent,  une bactrie qu'il a appele la bactrie
du pommier. Inocule au pommier, elle dtermine chez lui la production
d'un chancre.

Il est regrettable, toutefois, que le savant polonais n'ait pas pu
dcouvrir en mme temps la manire de combattre le mal, car celui-ci est
trs tenace et l'on ne connat encore aucun moyen d'engager avec succs
la lutte contre ce dvastateur des vergers.

[Illustration: Le 10 juillet,  8 h. 30 matin. Le 15 juillet,  11 h. 30
matin. LES TACHES DU SOLEIL _Photographies par M. L. Radaux,  Donville
(Manche)._]

LES VICTIMES DU "FARFADET"

Aprs dix jours d'inutiles efforts, le sous-marin _Farfadet_ a pu enfin,
le 15 juillet, tre dgag et remorqu dans un des bassins de l'arsenal
de Sidi-Abdallah. On vida partiellement ce bassin de faon que le
sous-marin repost sur le fond, inclin  bbord, mais que, cependant,
les radeaux et les barques ncessaires  l'enlvement des cadavres
pussent flotter autour de lui. Dans la nuit du 15 au 16, les capots
furent ouverts et, bravant une effroyable odeur de putrfaction, les
marins et ouvriers de l'arsenal commencrent les recherches. Un premier
cadavre fut presque aussitt dcouvert, celui du quartier-matre
Lessausse, et transport dans un des cercueils qui avaient t prpars.
Il fallut ensuite,  l'aide de manches, pomper l'eau qui remplissait le
_Farfadet_ avant de pouvoir pntrer plus avant.

C'est  ce moment que fut excut le croquis de notre gravure de
premire page.

Pendant la journe du 16 et la nuit qui suivit, l'quipe des
travailleurs n'interrompit pas un moment son horrible et pieuse besogne.
Successivement, furent ramens au dehors les corps de l'enseigne Robin
et des autres victimes--pauvres matelots qui, deux mois auparavant,
posaient joyeusement devant un photographe, pour ce groupe que nous
reproduisons d'aprs une carte postale envoye par l'un d'eux  ses
parents.

LA MORT D'ARTON

Le financier Arton a t trouv mort, lundi matin, dans les bureaux
qu'il occupait  Paris au n 13 de la rue Laffitte, ayant son domicile
priv loin du centre, boulevard Pereire. Il s'tait suicid en absorbant
un poison violent.

Cet homme qui disparat,  l'ge de cinquante-cinq ans, en laissant
planer un mystre sur les motifs de son suicide, avait eu une existence
fort accidente. C'est, on le sait, de l'poque des scandales du Panama
que datent sa clbrit et ses plus romanesques aventures, dont le rcit
dfraya copieusement la chronique. Son mtier d'acheteur de consciences
exerc avec la sereine bonhomie de l'inconscience; son rle de
corrupteur des parlementaires, son carnet de chques tentateur, sa
fameuse liste des cent-quatre, qu'on ne connut jamais; sa fuite, son
odysse lgendaire  travers le monde, pendant plusieurs annes, la
chasse longtemps vaine des plus fins limiers de la police lancs sur sa
piste, l'entrevue de Venise, la dcouverte du fugitif  Londres, en
1895, sous le masque fallacieux d'un marchand de th; son extradition,
mais accorde seulement pour des actes dlictueux commis au prjudice de
la Socit de la Dynamite; sa condamnation  cinq ans de prison par la
cour d'assises, son sjour de quinze mois  l'hpital Saint-Louis;
enfin, la remise gracieuse d'une partie de sa peine,--autant de faits
appartenant  l'histoire contemporaine.

Arton, qui s'appelait en ralit Aaron, recourut d'ailleurs plus d'une
fois aux pseudonymes pour complter ses divers avatars; au cours de ses
prgrinations europennes, il prit successivement les noms de Debenham
et de Henri Newman; ces derniers temps, il se donnait, dans un certain
monde, celui de M. de G..., emprunt  une personne de ses amies,
et--le trait est assez piquant--c'est sous ce nom qu'il avait fait
faire, au Jardin de Paris, la photographie reproduite ici.

Malgr ses malheurs, comme le personnage de Daudet, il ne renonait
pas: depuis six ans, il avait recommenc  brasser des affaires; mais
l'astre avait perdu son clat de nagure et mme tait devenu si
nbuleux que le public pouvait croire  son clipse totale.

Presque oubli, on s'aperoit qu'il existait encore, en apprenant qu'il
vient de s'teindre d'une faon mystrieuse.

[Illustration: L'quipage du _Farfadet_, photographi le 14 juin dernier
dans l'arsenal de Sidi Abdallah. _D'aprs une carte postale communique
par la_ Patrie.]

[Illustration: Le dernier portrait d'Arton. _Photographie prise au
Jardin de Paris, par Sartony, rue Duphot._]

OBSQUES D'UN OFFICIER FRANAIS EN ALSACE

M. Eugne Schaeffer, commandant au 69e rgiment d'infanterie, dcd
dernirement  Toul, o il tait en garnison, avait exprim le dsir
d'tre enterr  Saverne, sa ville natale. Bien que la cit alsacienne
ait cess d'tre franaise depuis l'annexion, la famille du dfunt ne
pouvait que dfrer  un voeu inspir par les sentiments les plus
respectables; mais les obsques prirent un caractre particulirement
curieux en raison de l'intervention de l'arme allemande, qui voulut
s'associer  ce deuil en rendant les honneurs militaires  la dpouille
mortelle de l'officier suprieur franais. Des sous-officiers allemands
transportrent hors de la maison le cercueil sur lequel taient placs
l'uniforme, l'pe et les dcorations du commandant Schaeffer; deux
compagnies du mme rgiment, le 99e d'infanterie, musique en tte,
l'escortrent jusqu'au cimetire. L, devant la tombe, la musique joua
une marche funbre, les tambours battirent, la troupe prsenta les armes
et tira des feux de salve.

Ce fut un spectacle trs impressionnant que celui de ce suprme salut,
adress par des soldats de Guillaume II  un soldat de la France auquel
la mort a permis de retrouver, dans la patrie perdue, un coin de terre
pour y reposer  ct des siens.

LE MEURTRE DU COMTE CHOUVALOF

Le 11 juillet, le comte Chouvalof, prfet de police de Moscou, tombait
mortellement frapp de quatre balles de revolver, tires  bout portant
par un prtendu solliciteur qui se prsentait  son audience. L'auteur
de cet attentat, un ancien dport, nomm Kowlikovsky, fut arrt et
dclara avoir voulu venger l'excution du meurtrier du grand-duc Serge,
dont le comte Chouvalof avait t l'aide de camp.

Les obsques du haut fonctionnaire ont eu lieu le 13, avec tous les
honneurs militaires; le cercueil avait t plac sur un afft de canon.
C'est au milieu d'un dploiement considrable de troupes qu'il a t
conduit au cimetire.

[Illustration: A Saverne: obsques du commandant franais Schaeffer, en
prsence d'une dlgation officielle de troupes allemandes.]

[Illustration: A Moscou: obsques du comte Chouvalof, prfet de police,
assassin. _Phot. A. Bakouline._]



[Illustration: PETITES DFINITIONS, par Henriot.]



_NOUVELLES INVENTIONS_

_(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entirement
gratuits.)_

PCHE AU VRON CONSERV

La pche au vron est trs pratique et donne d'excellents rsultats,
principalement pour la pche  la perche et  la truite, qui en sont
trs friandes. Mais il n'est pas toujours facile de se procurer des
vrons vivants et, lorsqu'on en possde, il s'agit de les conserver et
de les transporter  grand renfort de soins et de prcautions.

Ces difficults sont supprimes par l'emploi du vron naturel conserv 
sec par un procd spcial qui fait ressortir ses brillantes couleurs en
lui faisant carter les nageoires et qui lui assure une conservation
indfinie.

Ce vron est suprieur  tous les poissons artificiels, surtout
lorsqu'il est fix sur la monture spciale dsigne ci-contre, qui le
fait tourner rapidement sur lui-mme et lui donne, avec ses nageoires
cartes et sa couleur dore, l'apparence complte d'un poisson vivant,
que l'imitation courante ne peut atteindre.

Le vron conserv remplace avec avantage l'emploi du vif dans toutes ses
applications, au lancer,  la trane,  la ligne flottante et  la ligne
de fond. Il est, dans certains cas, suprieur au vron vivant.

La vente et les envois se font facilement et le pcheur emporte ses
amorces sans embarras dans une simple bote en carton.

Ces vrons sont assortis en trois grosseurs, petits, moyens et trs
gros, ce qui permet de pcher avec succs toutes les sortes de poissons
voraces.

Ces vrons se trouvent en vente chez _M. Mrat, 63, rue Oberkampf_, au
prix de 1 fr. 50 la douzaine, assortis.

MONTURE UNIVERSELLE

Cette monture, dont les dessins ci-contre feront comprendre l'emploi,
quoique construite spcialement pour le vron conserv, peut servir
galement pour la pche avec toutes sortes de poissons morts. A cet
effet, elle se construit de trois grandeurs qui conviennent surtout pour
les vrons petits, moyens et gros.

Elle est indispensable pour la pche au lancer et  la trane; le vron,
solidement maintenu par les deux pointes en forme de harpon, tourne
rapidement au moyen de l'hlice dissimule sous les nageoires de tte et
d'un merillon spcial.

Le poisson carnassier distingue vite ce vron remarquable qui nage comme
s'il tait vivant et, en se prcipitant pour l'avaler, se trouve
infailliblement accroch par les deux hameons doubles qui l'entourent
et qu'il ne peut viter.

Cette monture simple, solide et lgre, est d'un prix trs modique.

Elle se trouve en vente chez _M. Mrat, 63, rue Oberkampf_, aux prix de
0 fr. 65, 0 fr. 85 et 0 fr. 95, suivant grandeurs.


NOUVEAU TIMBRE PERFECTIONN

Il est souvent difficile de choisir parmi plusieurs autres un
timbre-cachet, les caractres se trouvant  l'envers, et tout aussi peu
ais de l'apposer  l'emplacement exact dsir, puisqu'on ne voit pas du
tout les caractres. La solution, d'une simplicit enfantine, de ces
deux difficults, a t trs heureusement rsolue par M. Berth, avec
son nouveau dispositif. La face suprieure de la griffe portant les
caractres (en caoutchouc ou gravs) est munie d'une preuve-modle de
l'impression exacte donne par le timbre (papiers d'affaires, par
exemple, comme l'indique notre gravure) et cette preuve-modle est
protge contre toute souillure ou dtrioration par un recouvrement
transparent et incassable en cellulod.

Ce dispositif est le seul qui offre les avantages suivants:

1 Dans un assortiment de timbres sur un mme rtelier, on trouve
rapidement et facilement le timbre dsir, chaque timbre portant son
libell bien en vue;

2 L'apposition correcte est assure, l'preuve-modle indiquant le
sens: donc, jamais d'impressions  l'envers;

3 L'oprateur peut dterminer avec prcision la position et l'endroit
qu'occupera l'impression sur le document  timbrer: en effet,
l'preuve-modle sur la griffe concide fidlement avec les caractres
qu'elle recouvre exactement; c'est comme si le corps des lettres,
chiffres, etc., traversait la plaquette de la griffe.

On voit donc les sommets de ces lettres au moment de l'opration et
l'impression correcte en est aussi facile que de coller un timbre-poste.

On conoit donc que, notamment pour remplir des imprims (lettres de
voitures ou autres), on puisse apposer, sans ttonnements, l'impression
juste sur la ligne et dans la colonne qui lui sont assignes.

L'emploi gnral de ce timbre donnera par consquent un meilleur travail
et une certaine conomie de temps. Ce qui n'est pas moins intressant,
c'est qu'il n'est pas plus cher que les timbres ordinaires; en effet, le
dispositif comporte la suppression du nickelage, lequel est remplac
avantageusement par l'empreinte-modle sous glace.

On pourra donc se procurer ce nouveau timbre sans augmentation sur les
prix usuels. S'adresser pour tous renseignements  M. Berth, 21, place
de la Rpublique, Colombes (Seine).






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1905, by Various

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Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
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To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
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The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
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number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
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Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
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page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
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     gbnewby@pglaf.org


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Literary Archive Foundation

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increasing the number of public domain and licensed works that can be
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have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
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