Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3262, 2 Septembre 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3262, 2 Septembre 1905

Author: Various

Release Date: April 18, 2011 [EBook #35897]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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L'ILLUSTRATION, NO. 3262, 2 SEPTEMBRE 1905 ***




Produced by Jeroen Hellingman and Rnald Lvesque








L'Illustration, No. 3262, 2 Septembre 1905



[Illustration: LA REVUE COMIQUE, par Henriot.]

Supplments de ce numro:
1 Quatre pages tires  part sur la COUPE DES PYRNES.
2 Supplment musical contenant un fragment des HRTIQUES.

[Illustration: L'ILLUSTRATION
_Prix du Numro: 75 Centimes._
SAMEDI 2 SEPTEMBRE 1905
_63e Anne.--N 3262_]

[Illustration: LES TROIS ARTISANS DE LA PAIX RUSSO-JAPONAISE Le
prsident Thodore Roosevelt, le baron Komura et M. Serge Witte. Trois
portraits caractristiques, d'aprs des photographies instantanes.
_Stereograph copyright 1905 by Underwood and Underwood, London and
New-York_.]



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

Une amie m'crit: Vous vous plaignez d'avoir retrouv Paris sur les
plages du Sud-Ouest? Alors, remontez au nord et suivez la cte bretonne.
Il y a bien l encore, pour la femme sauvage que vous tes, quelques
coins  viter et, si les lgances de Biarritz vous ont fait peur, je
doute que celles de Dinard vous sduisent. A Dinard aussi, vous
trouverez une nature terriblement pomponne, ratisse, truque; trop de
magasins  l'instar de Paris; tout l'implacable attirail des grandes
villgiatures mondaines... Mais n'allez pas jusque-l. Simplement
promenez-vous, en de de Saint-Enogat, le long de ce dlicieux morceau
de littoral qui va du cap Frhel  Saint-Lunaire. L vraiment vous
savourerez la volupt d'ignorer Paris pendant quelques jours, ce qui
vous sera une bonne faon de vous prparer  le mieux _raimer_ le mois
prochain.

J'ai suivi le conseil qu'on me donnait. Je connaissais un peu ce pays;
j'y suis retourne, et depuis une semaine j'ai vcu selon mon rve, en
effet,--au milieu de braves gens venus ici, comme moi, pour s'y abrutir
dlicieusement dans la contemplation d'un horizon d'meraude; pour y
regarder du matin au soir la vague ourler d'cume les granits noirs de
la plage silencieuse, en ne pensant  rien du tout.

J'avais emport des livres, je ne les lis pas. Et mes voisins d'htel
ont les poches bourres de journaux dont ils oublient de dchirer les
bandes. Qu'est-ce que cela nous fait, ce qui se passe hors d'ici? On
n'imagine pas quelle distance prodigieuse il y a entre Paris et tels
coins d'univers que spare  peine du boulevard un trajet de dix heures
d'express et comme l'attrait de ce qu'on appelle des nouvelles
s'amoindrit, se banalise, se dnature au cours de certains voyages... On
m'apporte  la plage mon journal tous les matins. Et, tandis qu'autour
de moi les enfants jouent, construisent des forts dans le sable et que,
tout l-bas, l'eau dort parmi les rochers nus ou mugit doucement dans
l'effort de travail qui la ramne, comme  lentes enjambes, vers
l'alignement rose et blanc de nos cabines, je regarde ce que dit, ce que
fait Paris... Dplacements ministriels... Assemble gnrale des
actionnaires du Printemps... L'escroc Gallay ramen de Bahia... Au
courrier des thtres: le directeur du Gymnase vient d'engager je ne
sais qui; celui du Vaudeville nous fait connatre le programme de sa
saison. Pourquoi ces choses, qui m'intressaient il y a quinze jours, ne
m'intressent-elles plus? Je n'prouve mme pas le besoin d'en vouloir 
M. Brard, contre qui je vois qu'une campagne furieuse est engage par
quelques journaux. On reproche  ce haut fonctionnaire d'accabler ses
commis de trop d'ouvrage, sans profit pour une clientle qui se plaint
de n'avoir jamais t plus mal servie. En effet, il se peut que les
lettres que j'ai crites cet t n'aient pas toutes atteint leur
destination dans le dlai prescrit; et, plusieurs fois aussi, il m'a
sembl que mes dpches n'excdaient gure en vitesse l'allure d'un
train de marchandises. Je n'en ressens aucun dpit; et, dans l'immense
paix qui m'enveloppe, j'excuse les tlgraphistes d'avoir, eux aussi, en
ce moment, l'me distraite ou la main molle...

J'excuserais mme les politiciens de ne point faire ce mois-ci de
politique. Je lis--j'essaye de lire ce qu'ils crivent. Je les vois
changer les mmes injures que l'hiver dernier, pour les mmes raisons
qui les feront de nouveau s'entre-dvorer l'hiver prochain; et j'admire
la tnacit de passions si fortes qu'elles rsistent mme aux sductions
d'une trve possible--la trve des grandes vacances.

Je me rappelle qu'un jour un Irlandais de mes amis,  qui je rendais
visite,  Dublin, me dit:

--Quel dommage, madame, que vous n'ayez pas t ici le 12 juillet
dernier. C'est le jour o les catholiques et les protestants se battent
dans les rues. Vous ne sauriez imaginer combien cela est curieux. Ds le
matin, la police et la troupe prennent leurs dispositions en vue des
bagarres de la journe. De leur ct, catholiques et protestants
s'assemblent, s'organisent et s'arment. Il y a chaque fois des blesss
et des morts.

--Pourquoi ce jour-l, demandai-je, et non un autre?

--C'est que le 12 juillet marque l'anniversaire de la fondation de notre
Ligue catholique en Irlande. Les adversaires des deux camps, qui se
dtestent toute l'anne, ont donc choisi ce jour pour rgler leurs
comptes et foncer loyalement les uns sur les autres. Cela fait, chacun
retourne  ses affaires et, pendant tout le reste de l'anne, on est
tranquille.

Voil de la sagesse. Pourquoi les polmistes de France n'imitent-ils pas
cet exemple? On ne saurait leur demander de ne s'injurier qu'un jour par
an; mais ne serait-ce pas charmant qu'ils consentissent  se reposer,
l't venu, et que, durant ces deux mois d't o la mer est si belle,
ils fissent semblant de s'oublier les uns les autres? En vrit,
l'inutilit de toute cette prose me confond.

Mais ce sont surtout nos chroniqueurs, nos chotiers--les professionnels
de la fantaisie--qui me semblent falots, vus de si loin... Car eux non
plus ne dsarment pas. Ils ne consentent pas  cesser d'tre spirituels
un instant. Mme  la campagne o ils se sont retirs--et feignent de
vouloir qu'on les oublie--ils ont des mots cruels ou charmants que
leurs amis rapportent diligemment, comme un butin prcieux, aux
gazettes, ou qu'eux-mmes prennent soin d'y adresser. Et ces mots ne
semblent plus drles du tout... Ils ressemblent  ces coquillages qu'on
voit au bord de la mer, sur lesquels l'humidit de l'eau fait chatoyer
mille couleurs tendres et qui ont, dans l'instant o on les ramasse, une
grce trange de joyaux vivants. Tirez-les, au bout de quelques jours,
du filet ou de la poche o vous les avez mis. Ce sont de petites choses
dessches, sans couleur, et qui semblent mortes. Les mots que nous
fabrique l'esprit parisien ressemblent  cela. C'est _sur place_ qu'il
les faut ramasser et qu'il en faut jouir. A distance, ils n'amusent
plus; leurs couleurs s'teignent, leur grce semble fane. Ce sont les
coquillages de la plage parisienne; des coquillages qui,  cette
poque-ci de l'anne surtout, ne supportent point les dplacements.

Car il nous importe si peu qu'il y ait,  cinq ou six cents kilomtres
d'ici, des hommes d'esprit! La mer nous procure une joie suprieure 
toutes; en amusant nos yeux par l'incessante diversit de ses
spectacles, elle nous te le got, la volont de penser; et c'est--au
gr d'une force, implacable et trs douce  la fois, qui le berce--comme
un anantissement dlicieux de tout l'esprit.

Nous sommes ici,  l'heure de la mare basse,  l'heure du bain--
toutes les heures--quelques centaines de flneurs qui gotons cette joie
et qu'a rassembls sur cette petite plage lointaine un mme besoin de
fuir pour un instant le monde, de nous reposer de l'esprit de Paris.
Cette communaut de sentiment cre parmi nous des rapprochements
inattendus, des amitis phmres, mais qui ont leur charme et leur
prix. Liaisons de plage. J'ai entendu souvent des gens se moquer de
ces liaisons-l. Et il est vrai que ce coin de grve o je passe mes
journes est le centre d'un bien trange assemblement de personnes. Les
conditions sociales les plus diverses sont reprsentes l et
fraternellement s'y coudoient, s'y mlent... Je note: une famille de
fonctionnaires, un peintre connu, les femmes et les enfants de deux
industriels et d'un banquier parisiens, une cantatrice clbre qui gote
en notre compagnie le rconfort de quelques semaines
d'embourgeoisement... L'agrment de cette runion a attir vers nous
une clientle de jeunes gens dont la jovialit entretient autour de nous
une atmosphre de bonne humeur un peu folle. Et, petit  petit, un
courant de familiarit s'est tabli. La continuit du contact incite 
de vnielles audaces. On affuble de sobriquets les jeunes gens; les
enfants, aprs huit jours de tennis, se tutoient. Nous formons une
espce de grande famille, improvise on ne sait comment, qui se
disloquera dans quelques jours. Et cette sparation, je le sens dj,
nous laissera au coeur une petite mlancolie.

N'avons-nous pas joui, en effet, durant ces journes si vite passes 
ne rien faire, d'un des plus rares plaisirs que la vie offre aux hommes:
celui de s'abandonner librement aux sympathies que cre le hasard des
rencontres?

Toute l'anne, des ncessits de mtier, des prjugs, le souci de je ne
sais quelles convenances familiales ou mondaines, nous ont interdit
d'user de cette libert-l, car nos amitis sont soumises; dans
l'ordinaire de l'existence,  un rgime de discipline et de prcautions
qui ne souffre gure qu'on l'enfreigne... C'est le charme des vacances,
justement, de rendre pour quelques semaines ces infractions possibles.
Et il en rsulte une infinie douceur de vivre. Nul souci des conditions
et du rang: on a fui, pour se reposer, l'agitation des villes; on a
ressenti, devant les prodigieuses beauts du ciel et de la mer, des
motions pareilles; en causant, on s'est aperu qu'il y a un certain
nombre de choses qu'on aime ou qu'on dteste de la mme faon; on s'est
rapproch; et voil une amiti improvise pour un mois, pour huit jours.
Amiti ncessaire? Non. Solide? J'en doute. Dsintresse? Assurment.
Et sont-elles si nombreuses, les amitis o l'intrt, l'habitude, le
prjug, la vanit, n'ont point de part et qu'a seule formes la
fraternit spontane de deux esprits, de deux coeurs, de deux caprices?

Ne mdisons pas trop des liaisons de plage.

SONIA.



LE 19 AOUT A MOSCOU

S'il est, entre toutes les villes de Russie, une ville qui ait d tre
due par la promulgation du manifeste imprial instituant la douma
d'empire, c'est bien Moscou.

Aspirant tout  coup  reprendre son rang de capitale politique de
l'empire, au point d'veiller les susceptibilits de Saint-Ptersbourg,
la capitale administrative, Moscou, a jou, dans le dveloppement de la
crise actuelle, le rle le plus actif, le plus efficace. C'est l qu'est
n, sous l'inspiration de M. Chipof, ancien maire de Moscou, tout ce
mouvement des zemstvos qui a mu la bureaucratie et le gouvernement et
prcipit, videmment, la dcision impriale. Moscou est, et va demeurer
pour longtemps, sans doute, la premire citadelle du parlementarisme
russe.

Les Moscovites sont si bien conscients de l'action qu'ils ont exerce;
ils taient si intimement persuads qu'on leur rendait, au dehors, une
justice entire, qu'ils n'avaient manifest nulle surprise quand on leur
avait annonc que c'est du haut du Kremlin, de l'iconostase de cette
cathdrale de l'Assomption o les tsars ceignent la lourde couronne
bilobe, que serait promulgue la Constitution. On leur avait fix la
date de cette crmonie: le 30 juillet--12 aot, jour anniversaire de la
naissance de l'hritier imprial. On leur avait laiss esprer que le
tsar, en personne, viendrait solennellement proclamer _urbi et orbi_, en
ce lieu auguste, ses volonts. Puis, le 12 aot avait pass sans rien
raliser de toutes ces esprances. Et Une semaine seulement, jour pour
jour, aprs cette date tant attendue, le manifeste paraissait au
_Moniteur du gouvernement_, sans clats, sans fanfares. Le lendemain, il
en tait donn lecture,  la fin de l'office, dans la cathdrale de
l'Assomption--comme par les popes dans chaque glise des Russies--par le
mtropolite charg d'or et de gemmes.

Mais la foule qui l'coutait, recueillie, sans trop comprendre au juste,
peut-tre,--cette foule, en majeure partie, connaissait dj et la
proclamation et la loi qu'elle annonce. Elle tait venue l surtout pour
jouir de la pompe habituelle  ces offices solennels, du dfil des
quipages amenant au Kremlin la phalange brillante des fonctionnaires,
des officiers en uniformes de gala. Car tout ce qui sait lire avait
longuement lu et relu, ds la veille, la parole impriale. Les voyageurs
placides des tramways, les flneurs dsoeuvrs des jardins et des
boulevards, les _izvosztchiks_ sur leur petit sige bas, guettant le
client  quelque coin de rue, tous penchs, attentifs, sur les pages
blanches et noires des journaux, sur les larges feuilles vertes des
tlgrammes, avaient mdit ce manifeste de Nicolas II, ces articles de
loi, qui remplissaient quelques colonnes des gazettes et qui vont
changer peut-tre du tout au tout les destines de la vieille, de la
sainte Russie.



LES JAPONAISES DE LA CROIX-ROUGE

Depuis le commencement de la guerre russo-japonaise, nous avons publi
de nombreuses gravures initiant nos lecteurs au fonctionnement des
ambulances nippones dans les diverses phases d'une bataille. On sait que
l'organisation de ce service a provoqu l'admiration de tous les
officiers europens.

[Illustration: LA CROIX-ROUGE AU JAPON.--Princesses japonaises apprenant
 panser les blesss.]

Au Japon mme, on a surtout remarqu le rle des femmes. Toutes se sont
affilies  la Croix-Rouge et, non contentes de travailler pour les
soldats tombs en Mandchourie, les plus grandes dames ont tenu, comme
leurs soeurs des autres pays en pareille circonstance,  soigner
elles-mmes les blesss des deux nations qui avaient t ramens dans
l'empire du mikado. En Russie, d'ailleurs, on avait constat le mme
lan et, au dbut des hostilits, nous avons montr l'impratrice
prsidant elle-mme l'ouvroir des dames de Saint-Ptersbourg.

La gravure que nous donnons aujourd'hui traduit, avec une loquente et
gracieuse simplicit, cet tat d'me des nobles japonaises. Dans un coin
de parc, les princesses Nashimoto et Yorihito ont fait apporter un
mannequin spcialement construit pour cet usage. Sous les yeux de la
baronne Sannomiya, Anglaise d'origine, directrice de la Croix-Rouge,
guides par un vnrable docteur de leur pays, elles apprennent  panser
les blessures que font les balles et les shrapnells. Et la grce du
tableau forme un contraste saisissant avec les scnes de tuerie qu'il
voque.



[Illustration: Les dvorniks (concierges) lisant le journal devant leur
porte.]

[Illustration: Les izvosztchiks (cochers de fiacre) le lisant sur leur
sige.]

[Illustration: Vendeur de journaux devant un tramway.]

[Illustration: Sur les bancs des promenades publiques.]

ASPECT DE MOSCOU, LE 19 AOUT, JOUR DE LA PUBLICATION DE L'OUKASE CRANT
UNE ASSEMBLE NATIONALE

DEUX GRANDS VNEMENTS EN RUSSIE: L'ASSEMBLE NATIONALE ET LA PAIX AVEC
LE JAPON

[Illustration: LA LECTURE DES JOURNAUX DANS LE PEUPLE _Photographie
prise  Moscou, sur un march aux fruits, par notre correspondant._]

Nous avons montr plus haut quelle impression avait produite,  Moscou,
la publication du manifeste imprial annonant l'institution d'une
assemble nationale, avec quel empressement on s'tait jet sur les
feuilles o tait reproduit ce document historique, et quel spectacle,
assez inusit, avait offert toute une journe l'ancienne capitale des
tsars, avec cette multitude de gens presss de lire la proclamation
impriale depuis si longtemps attendue. A quelques jours de l, un autre
vnement, non moins grand, non moins dsir, la conclusion de la paix
avec le Japon, allait donner aux journaux russes l'occasion d'un gros
tirage,--fait rare dans leurs annales. Et l'on put revoir, au seuil des
maisons, aux carrefours, dans les petits marchs que tiennent, de place
en place, les marchands ambulants, les mmes scnes se reproduire, et
les lettrs dchiffrant pour leurs camarades ignorants les gazettes,
et leur apprenant, d'une Voix souvent mal assure, l'mouvante nouvelle
aprs laquelle soupirait depuis des mois la Russie entire.



[Illustration: L'clipse  1 h. 9 (ciel couvert).]

[Illustration: L'clipse  1 h. 15 (ciel dgag).]

[Illustration: Boulevard des Italiens, sur un toit: le photographe
Gerschell prenant les deux images de l'clipse.]

[Illustration: Observation du phnomne rflchi dans un seau.]

[Illustration: Les agents en observation.]

[Illustration: A travers son parapluie.]

Les photographies scientifiques prises par les astronomes en Espagne ou
en Tunisie, dans les rgions de l'clipse totale, n'ont pu nous parvenir
encore. Mais nous pouvons du moins enregistrer, ds cette semaine, le
succs de curiosit qu'a obtenu  Paris mme l'clipse partielle, dont
toute la France a d se contenter. C'tait  l'heure du djeuner, et les
quartiers ouvriers, avec le va-et-vient qui les anime  ce moment, comme
les boulevards et les rues du centre, o les flneurs semblaient s'tre
donn rendez-vous avec les employs et les midinettes chappes de
leurs, ateliers, ont prsent le spectacle le plus original. Les nuages
s'tant carts  la minute voulue, vers une heure, chacun cherchait 
voir de son mieux le phnomne  sa faon, d'aprs les recettes de son
journal, qui  travers de vieux clichs photographiques ou des verres
fums  la flamme d'une bougie et qui noircissaient les doigts, qui par
des trous d'pingle percs au fond de son chapeau ou au travers d'une
feuille de carton, tel fantaisiste ingnieux enfin  travers l'toffe
mince de son parapluie. Dans les restaurants soudain vids, les tables
demeuraient dsertes. Mille petites scnes amusantes s'offraient, le
long du trottoir,  l'observateur. Ce sont quelques-unes d'entre elles
que _L'Illustration_, grce  l'ubiquit et  la rapidit de ses
services photographiques, peut offrir ici  ses lecteurs.

[Illustration: Contre la balustrade du Mtro, place de l'Opra.]

[Illustration: Les balcons de la mode, rue de la Paix.]

[Illustration: Par un trou de son chapeau.]

[Illustration: Les midinettes, rue de la Paix.]

[Illustration: Un observateur attentif.]

[Illustration: L'CLIPSE DE SOLEIL DU 30 AOUT, A PARIS.]



[Illustration: M. Alexandre Brard, sous-secrtaire d'tat, dans son
cabinet de travail, avec M. Pierre Jouhannaud, son chef de cabinet.]

LA "CRISE" DES POSTES

Personne ne peut plus l'ignorer. Elle a fait trop de bruit. Les journaux
sont remplis de dolances et de plaintes: public d'un ct, employs de
l'autre se rpondent en lamentations alternes, comme les strophes et
les antistrophes du choeur antique. Ceux-ci sont surmens, ceux-l sont
mal servis. Le public y met plus d'acharnement que les employs,
disposs en gnral  rendre hommage  la bienveillance particulire du
sous-secrtaire d'tat aux Postes et Tlgraphes, M. Alexandre Brard,
et  mettre hors de discussion les bonnes intentions d'un chef qui a
fait pour eux plus qu'aucun de ses prdcesseurs.

En somme, cette crise est priodique: elle se reproduit chaque anne
avec la saison des villgiatures. On donnait, l'autre jour, un exemple
bien caractristique de cette augmentation du trafic postal qu'apporte
l't: la receveuse d'une petite commune du Pas-de-Calais qui n'a, en
hiver, que 1.500 habitants, a d expdier, du 20 juillet au 20 aot,
30.000 cartes postales illustres--1.000 par jour! Le croirait-on: la
carte postale illustre, la malencontreuse carte, est  peu prs la
seule cause, la principale du moins, du mal dont on se plaint.

Sans doute, ce mal svissait depuis quelques annes dj. Il est all
croissant. Le voici arriv  l'tat aigu, au moment o il faut
imprieusement lui trouver un remde rapide.

Pourtant,  voir fonctionner,  la recette principale de Paris, si
rgulirement, si parfaitement, les rouages dlicats et compliqus dont
l'ensemble compose le service postal, on s'tonne de toutes ces
dolances qu'on a entendues. Mais, prcisment, cet organe formidable
est peut-tre celui dont on ait le moins lieu de se plaindre. Sous la
direction de M. G. Serres--qui fut nagure l'organisateur du service
postal de l'Exposition de 1900, l'un des rares services de la foire du
monde qui ait march  souhait--la recette principale de Paris apparat
comme un modle auquel on voudrait voir ressembler, toutes proportions
gardes, pour la rgularit, la ponctualit, le plus infime des bureaux
de France. C'est ici qu'il faut venir pour se faire rapidement une ide,
au moins sommaire, de l'organisation du service postal en France.

[Illustration: Le tri des sacs vides, au retour.]

Une lettre jete  la bote, en un point quelconque, passe par trois
phases principales: l'expdition, le transport, la distribution. Au
point de vue de l'expdition des correspondances, les bureaux de Paris,
sont classs en deux catgories: 1 bureaux  service restreint dits
_bureaux satellites_; 2 bureaux de tri ou de transit dits _bureaux de
passe_.

Au bureau, quel qu'il soit, sont centralises les correspondances jetes
dans ses botes mmes et celles qui sont confies aux botes de
quartier, places sur la voie publique. Il les traite de la mme faon.
Bureau satellite, il les spare en quatre parts: 1 lettres pour Paris;
2 pour la banlieue parisienne; 3 pour les dpartements franais; 4
pour l'tranger. Il forme ainsi quatre liasses insres dans un mme sac
envoy au bureau de passe. Celui-ci a donc  expdier ses propres
lettres, plus celles des bureaux satellites de son rayon. Il a d'abord
procd pour ses correspondances  un classement identique  celui de
ces bureaux. Il joint  chacune de ses quatre liasses  lui les liasses
ayant mmes destinations qui lui arrivent dans des sacs. Il achemine 
son tour vers la recette principale, vers l'htel des Postes, les trois
sacs collecteurs, appels _dpches_, qui contiennent les lettres pour
Paris, la banlieue et l'tranger. Il garde les lettres pour les
dpartements, car il est charg d'en effectuer le tri et de les
acheminer directement vers les gares, vers les bureaux ambulants qui les
conduisent  destination.

Donc, toutes les lettres pour Paris, la banlieue et l'tranger sont
centralises  l'htel des Postes. Dix fois le jour, de 7 h. 30 du matin
 10 h. 20 du soir, chaque bureau de passe les lui expdie. Ce service
des transports, trs important, est assur, tant de bureau  bureau que
des bureaux aux gares, par 123 tilburys, 70 fourgons  un cheval, 53
fourgons  deux chevaux et 12 automobiles. Tout ce matriel appartient 
l'Administration. Un entrepreneur fournit les chevaux, les cochers et
les chauffeurs, moyennant une indemnit de tant par kilomtre. Le crdit
annuel qui lui est vers va aux environs de 1.400.000 francs.

[Illustration: Au dpart des imprims: Les journaux du samedi.]

[Illustration: En route vers le tri.]

L'HOTEL DES POSTES DE PARIS

Voici donc les correspondances centralises  la recette principale, qui
les joint  son tour  celles qu'elle a recueillies dans ses botes. Des
services diffrents vont tre chargs d'en assurer l'expdition ou la
distribution.

[Illustration: Le mess de l'htel des Postes.]

Le service de la distribution dans Paris est, de tous, le plus vivant,
le plus pittoresque. La photographie mme donne une bien ple ide de
l'animation endiable qui y rgne pendant une demi-heure, de 6 h. 1/2 
7 heures, pendant la priode de prparation de la distribution du matin,
la plus forte de la journe. Ce labeur prcipit et silencieux, dans
cette haute salle aux lgantes membrures de fer, est extraordinairement
impressionnant.

Au point de vue de la distribution, Paris est divis en deux zones: une,
desservie par la recette principale, comprend le vieux Paris, les onze
arrondissements du centre; la seconde, desservie par neuf bureaux
centraux--un par arrondissement--comprend la zone annexe, la
priphrie.

Mais l'ancien Paris, lui-mme, se subdivise en onze rayons ne prsentant
d'ailleurs aucune concordance avec les onze arrondissements, car on a
cherch surtout, en vue de la bonne excution du service,  galiser
autant que possible le travail entre les rayons. Ce sont, en somme, onze
bureaux autonomes runis dans le mme tablissement. A chacun correspond
en quelque sorte une case, une division de l'immense hall. Toutes ces
divisions sont semblables: une srie de hauts casiers  parois de verre
o les lettres, d'abord, au cours d'un premier tri  l'arrive, classes
par rayons, sont classes maintenant par _quartiers_ comprenant chacun
un certain nombre de rues et desservis chacun par quatre brigades de
facteurs de lettres et trois de facteurs d'imprims. Chaque facteur
prend, dans les casiers de verre tiquets, son lot de lettres qu'il
classe  son tour sur une table, par rues, suivant son itinraire. Au
premier coup de 7 heures, c'est un hourvari terrible: Ficelons!
Ficelons! Dpchons! rptent les voix des chefs de service, et en un
clin d'oeil la salle, si grouillante tout  l'heure, est vide. Tandis
que les facteurs ont gagn les grands omnibus qui doivent les dposer
chacun dans son quartier, le personnel qui reste  l'htel s'en va vers
la petite cantine cooprative, ou vers le chauffoir o quelque facteur
adroit, ancien coiffeur du rgiment, rase pour un prix minime, coupe les
cheveux des camarades. Et sept fois par jour la salle se remplit de
nouveau, s'anime un moment du bruissement des papiers htivement manis,
puis retombe dans le silence.

[Illustration: Entre deux tournes: un coiffeur du chauffoir.]

Au service du dpart, ce mme travail de classement s'effectue en sens
inverse. Le personnel des _trieurs_ spare les correspondances--lettres
ou imprims--par destination dans des casiers de verre tout pareils 
ceux de la distribution, o les _releveurs_ viennent les prendre pour
les mettre dans des sacs et en former des _dpches_. S'il s'agit de la
province ou de l'tranger, on fera une dpche de tout ce qui doit
prendre la mme direction, tre confi au mme _ambulant_. Par des
glissires en spirale, sortes de toboggans traversant de haut en bas
tout l'htel, on laisse descendre les dpches bien closes et cachetes,
et les employs prposs aux fourgons les recueillent au
rez-de-chausse.

Et un chiffre donnera une ide de ce mouvement de dpches: 30.000 sacs
environ sont manipuls chaque jour, dposs vides, puis tris dans la
cour de l'htel, en un tas o se mlent aux sacs gris du service
franais les sacs rays ou bariols des divers offices postaux du monde,
enfin, remplis et rexpdis. Le service des bureaux ambulants, qui fait
circuler  travers la France, vers les frontires ou les paquebots,
toutes ces lettres, tous ces plis, est l'un des plus pnibles qui soient
et l'un des plus chargs.

[Illustration: Au pied des glissires: la dernire tape d'une lettre 
la recette principale.]

[Illustration: A l'heure de la distribution: les omnibus des facteurs.]

L'HOTEL DES POSTES DE PARIS

[Illustration: A L'HOTEL DES POSTES DE PARIS: LE GRAND HALL, A L'HEURE
OU S'OPRE LE TRI POUR LA PREMIRE DISTRIBUTION DU MATIN.]

Il faut avoir vu l'intrieur d'un de ces immenses wagons sans fentres,
aux parois toutes couvertes de casiers, o se recommence, pour chaque
point du trajet, l'opration du tri, pour se rendre compte  quel point
doivent tre rudes aux employs les douze ou quinze heures passes l.

Ils accomplissent leur besogne avec zle et intelligence, et les
correspondances achemines sur les grandes lignes sont celles qui
donnent le moins de sujets de plaintes. On s'tonnera toujours un peu de
voir une lettre se rendre de Paris  Bordeaux ou  Marseille en moins de
temps qu'une autre de Chantilly  Meudon. C'est que celle-ci, manipule
dj au dpart puis amene  la gare du Nord, aura encore  subir, au
bureau de tri de la gare Saint-Lazare, vers lequel elle sera dirige,
une autre manipulation, le tri dfinitif, qui l'amnera  bon port.

Evidemment, le service des postes, comme tant d'autres services publics,
est perfectible. Le public est patient, l'Administration remplie de bon
vouloir, le personnel appliqu  son devoir. Les incidents de ces
derniers jours auront heureusement, esprons-le, rapproch la solution.
Ils ont montr qu'il y avait, aussi bien du ct des employs que de la
part de l'Administration, un gal dsir d'aboutir  une amlioration
dont tout le monde doit profiter. Souhaitons que cette crise, dont on
s'est tant mu, procure enfin  M. Alexandre Brard les crdits que
lui-mme rclame depuis si longtemps. Et ainsi il sera dmontr une fois
de plus qu' quelque chose malheur est bon.



[Illustration: Le grand clotre, construit en marbre de Carrare et
mesurant 200 mtres de longueur.]

LA GRANDE-CHARTREUSE DE FARNETA

Nous avons reproduit rcemment (29 octobre 1904) une srie de
photographies prises par M. Boyer d'Agen  l'intrieur d'un couvent de
carmlites, ordre dont le clotre est justement considr comme le plus
inaccessible de tous les clotres. Notre collaborateur nous introduit
aujourd'hui dans le monastre de la nouvelle Grande-Chartreuse.
Plusieurs artistes avaient essay dj de nous reprsenter l'existence
des disciples de Saint-Bruno; on possdait des photographies inanimes
de certaines parties de leurs monastres. Mais celles que nous publions
ici sont les premires qui aient surpris le chartreux lui-mme dans son
clotre et jusque dans sa cellule.

En quittant la France, les moines de la Grande-Chartreuse se partagrent
en deux groupes: l'un s'installa  Tarragone, en Espagne, o fonctionne
aujourd'hui la distillerie jadis tablie  Fourvoirie; l'autre, plus
nombreux, comprenant le gnral de l'ordre, dom Michel II, se rfugiait
provisoirement au Monte Oliveto, en Italie. Non loin de l, entre Pise
et Florence,  5 kilomtres de Lucques, la vieille chartreuse de Farneta
restait abandonne depuis l'poque o Bonaparte, aprs en avoir fait un
htel de passage pour ses gnraux, la donnait  la famille Bacciocchi
qui se borna  cultiver aux alentours une olive considre comme la plus
dlicate de la Pninsule. Les chartreux de France achetrent l'immeuble
avec ses dpendances et assurrent, en quelques mois, la restauration de
l'antique monastre presque entirement construit en marbre de Carrare,
dont les fameuses carrires sont toutes proches.

Le touriste qui s'acheminera vers cette nouvelle Grande-Chartreuse
prouvera des sensations diffrentes de celles que lui offrait la route
 la fois sauvage et verdoyante du Dsert. Nous sommes ici dans le doux
pays de Toscane,  une vingtaine de kilomtres de Pise, en allant 
Florence par Pistoie. De l'autre ct des remparts de la petite ville de
Lucques, silencieuse et recueillie, la campagne est fertile et chaude;
des villas nombreuses clairent les massifs d'oliviers qui garnissent la
montagne; et, bientt, la chartreuse de Farneta tale sa blancheur de
marbre que rend encore plus clatante le voisinage des cyprs et des
pins parasols.

[Illustration: Vue gnrale de la Grande-Chartreuse de Farneta.]

[Illustration: Chartreux cultivant le jardin attenant  sa cellule.]

[Illustration: Un chartreux forgeron. (Chaque cellule comporte un
atelier pour le mtier que le Pre a choisi.)]

[Illustration: Frre lai remettant la sportule (repas) au guichet de
chaque cellule.]

[Illustration: Le rfectoire o les moines prennent en commun le repas
de midi, le dimanche et les jours de fte.]

[Illustration: L'office dans la chapelle: le choeur des Pres.]

[Illustration: 1. Rentre en cellule.--2. Le spacment ou promenade
hebdomadaire. (Les Pres gs portent un pliant.)]

Nos gravures nous montrent le chartreux aux principales heures de son
immuable journe. Tout d'abord le dfil silencieux sous le grand
clotre pour se rendre  la chapelle o s'alignent les vagues
silhouettes des moines, telles que le profane peut, chaque jour, les
appercevoir de loin. Aprs la rentre dans la cellule, impntrable aux
trangers, voici les religieux se distrayant des longues mditations par
une heure ou deux de travail manuel. Parfois le visiteur rencontre le
Frre lai charg de porter  chaque Pre son maigre repas; mais l'entre
du rfectoire reste interdite  l'heure o la communaut s'y rassemble
pour le repas du dimanche. Et c'est seulement le jour de la promenade
hebdomadaire que nous pourrons rencontrer sur la route, et saluer d'un
bonjour auquel il leur est permis de rpondre, les disciples de
Saint-Bruno arrachs un instant  leur clotre et  leur silence.

Le chapitre gnral a rcemment dfini le monastre de Farneta
_Grande-Chartreuse_, c'est--dire maison mre de toutes les chartreuses
existantes; et c'est encore un Franais, dom Herbault, qui a remplac
dom Michel, prieur gnral de l'ordre, lequel, malgr les fatigues
physiques et morales rsultant de si dures preuves, ne voulut point
quitter son poste avant d'avoir donn un nouvel abri  sa chre
communaut.



[Illustration: Les ngres de Missoum-Missoum clbrent par des danses
l'arrive des Franais.]

L'INCIDENT DE MISSOUM-MISSOUM

Le courrier du Congo vient de nous apporter quelques documents sur la
rencontre qui eut lieu, le 9 mai dernier, entre les troupes allemandes
au service de la Compagnie du Sud-Cameroun et les miliciens du Congo
franais, rencontre qui fit, parmi ces derniers, cinq victimes: quatre
morts et un bless.

La carte ci-dessous nous fera comprendre l'origine du conflit. La
frontire entre le Cameroun et le Congo franais spare en mme temps
les territoires exploits par la Socit du Sud-Cameroun de la
concession de 60.000 kilomtres carrs accorde, dans le Congo franais,
 la Compagnie N'Goko Sangha, et qui s'tend entre le 9e et le 14e degr
de longitude est. Or, la dtermination de cette frontire est encore
incomplte.

[Illustration: Carte de la rgion de Missoum-Missoum, montrant les
rgions de la concession de la Compagnie franaise N'Goko Sangha,
successivement vacues par la Compagnie allemande du Sud-Cameroun.]

En 1901-1902, une commission, o la France tait reprsente par le
docteur Cureau, a fix au 210'20" un parallle antrieurement prvu
comme base de dlimitation. Elle a, ensuite, tabli la frontire 
partir des rapides de Chollet, sur la rivire N'Goko, jusqu' la rivire
Sangha. Aucune ratification n'est encore intervenue, le gouvernement
allemand ayant soulev des objections pour la partie qui touche la
Sangha; toutefois, le caractre restreint de ces protestations semble
prouver que les deux parties admettent le parallle 210'20" comme
frontire entre un point situ  l'est de la N'Goko et l'ocan
Atlantique, soit sur une longueur d'environ 500 kilomtres.

Mais, jusqu'ici, aucune mission officielle n'a repr sur le terrain,
par rapport  cette ligne purement astronomique, les villages ou les
points saillants qui s'en trouvent rapprochs. Les diverses cartes
existantes prsentent souvent des indications contradictoires; aucune,
d'ailleurs, ne saurait, en l'absence d'un accord prcis, faire loi
diplomatiquement.

Une telle situation devait provoquer des difficults continuelles entre
les deux Compagnies voisines. A en croire la N'Goko Sangha, dont les
dires paraissent appuys de documents srieux, la Socit du Cameroun
s'tait attribu un morceau important du territoire franais. Depuis
trois ans, nos compatriotes l'obligeaient  reculer peu  peu, en
opposant, aux incertitudes et aux erreurs des cartes, des observations
astronomiques partielles dont les agents du Sud-Cameroun pouvaient
aisment contrler l'exactitude. Il est, en effet, aussi facile de
dterminer la position exacte d'un village que de relever le point sur
un navire; l'opration est identique. Ces restitutions forces, quoique
lgitimes, dont notre croquis fait ressortir l'importance, ont, sans
doute, exaspr ceux qui s'y voyaient contraints.

Le 10 fvrier dernier, la chaloupe _Madeleine_, de la N'Goko Sangha,
remontant la N'Goko, dont la navigation est libre, est arrte au poste
allemand de Moloudou o l'on confisque une partie du chargement, alors
qu'aucun rglement douanier n'autorisait cette mesure.

Quelques semaines plus tard, la Compagnie franaise revendiquait le
village de Missoum-Missoum, auquel on assigne trois positions
diffrentes, indiques sur notre carte, mais qui, d'aprs un relev
opr en 1904 par le lieutenant franais Braun, se trouve
incontestablement  4 ou 5 kilomtres au sud de la frontire, par
consquent en territoire franais. La Compagnie Sud-Cameroun aurait pris
l'engagement d'vacuer, pour le 9 mai, la factorerie qu'elle possdait 
500 mtres au nord du village. En attendant, la Compagnie N'Goko Sangha
installait dans le village mme un poste de miliciens dont les indignes
clbrrent l'arrive par des danses... en grand costume, comme le
montre notre gravure.

Le 9 mai, au petit jour, un groupe de soldats allemands, qui s'taient
avancs en se dissimulant dans la brousse, envahissent le poste
franais, sous les ordres du capitaine Schoenemann, tuant quatre hommes,
dont le sergent Massa-Coumba, chef de poste, reprsent ci-dessus entre
M. Dupont, administrateur franais, et M. Karmel, agent de la Compagnie
N'Goko Sangha. En outre, un cinquime milicien tait srieusement
bless.

[Illustration: Le sergent Massa-Coumba, chef du poste de
Missoum-Missoum, o il fut tu. (Debout entre M. Karmel et
l'administrateur Dupont.)]

D'aprs l'officier allemand, c'est notre sous-officier qui tira le
premier. D'aprs le rapport de l'agent franais, Massa, en luttant
contre les soldats qui s'taient jets sur lui, fit partir son fusil
dont la balle frappa la terre, et, aussitt, le capitaine Schonemann
commanda le feu. Cette version parat plus vraisemblable, car on ne
signale aucun mort ni bless du ct allemand, alors qu'il y eut, du
ct franais, quatre morts et un bless.

Quoi qu'il en soit, ces faits regrettables constituent moins un incident
international, dans le sens politique du mot, qu'un incident priv de
cette vie coloniale o les diffrences de nationalit, l'influence du
soleil et la puissance des Compagnies concessionnaires contribuent si
souvent  augmenter, dans une mesure peu frquente en pays civilis,
l'pret de la lutte pour la vie.

[Illustration: Une factorerie de la Compagnie N'Goko Sangha.]

[Illustration: La chaloupe franaise _Madeleine_, qui fut arrte par
les Allemands.]



[Illustration: LE PREMIER TRONON DU TUNNEL DESTIN AU PASSAGE DU
MTROPOLITAIN SOUS LA SEINE

Arrive du caisson prs du pont au Change, en amont duquel il doit
tre immerg et log sous le lit du grand bras de la Seine.--_Voir
l'article  la page suivante._]

LE PASSAGE DU MTROPOLITAIN
SOUS LA SEINE

Voir la gravure, page 161.

Les Parisiens qui, vendredi dernier, vers 5 heures du matin, suivaient
les quais de la Seine entre le pont de Solfrino et le pont au Change
ont joui d'un spectacle peu banal. Tandis que de nombreux agents
cyclistes couraient d'un pont  l'autre au milieu d'automobiles dont les
alles et venues accentuaient cette animation insolite, la navigation
tait compltement interrompue. Seul, un immense coffre en fer glissait
sur l'eau entre deux remorqueurs chargs l'un de le traner, l'autre
d'assurer sa direction. Comme le montre notre gravure, cette masse
puissante mais peu lgante jetait dans le dcor pittoresque et endormi
de la Seine une note trange. De la berge du pont de Solfrino, o il
fut construit, on amenait, au point du fleuve o il va tre immerg,
puis fonc, le premier des cinq caissons devant former le tunnel qui
permettra  une prochaine ligne du Mtropolitain de passer sous les deux
bras de la Seine.

Cette ligne relie la porte de Clignancourt  la porte d'Orlans, en
touchant les gares du Nord et de l'Est et en desservant les Halles, la
Cit, le boulevard Saint-Germain, la rue de Rennes et la gare
Montparnasse. Elle atteint la Seine en dbouchant de la place du
Chtelet, un peu en amont du pont au Change, et traverse en biais les
deux bras du fleuve dans la direction de la place Saint-Michel.

C'est la premire fois que l'on procdera de cette faon pour passer
sous une rivire. Jusqu'ici on avait coutume d'avancer directement sous
l'eau au moyen du bouclier. En raison des dimensions ncessaires pour
placer les deux voies dans un mme tunnel, ce mode d'excution n'a point
paru offrir une scurit assez grande, et les ingnieurs ont prfr
inaugurer la solution du problme par l'emploi des caissons foncs
verticalement avec emploi d'air comprim.

Le caisson que reprsente notre gravure mesure les dimensions suivantes:
longueur, 36 mtres; hauteur, 9 mtres; largeur extrieure, 9 m. 60;
largeur intrieure, 7 m. 30. Il pse 280 tonnes.

Deux autres caissons, de longueur un peu diffrente, formeront, avec
celui-ci, un tunnel courbe de 120 mtres de longueur, ayant un rayon de
350 mtres, dans lequel on franchira le grand bras du fleuve; le tunnel
du petit bras, rectiligne, sera form par deux caissons donnant une
longueur de 60 mtres.

Le _cuvelage_, ou revtement intrieur du caisson, en fonte, a une
paisseur de 4 centimtres avec nervures en saillie de 12 centimtres. A
l'intrieur, il est garni d'un enduit impermable;  l'extrieur, il est
hriss d'une armature destine  fixer le bton que l'on coulera tout
autour, enveloppant ainsi la fonte d'un revtement de bton arm qui
aura 90 centimtres d'paisseur  la cl. La paroi extrieure, en acier,
interrompue au dossier du niveau des naissances du cintre, n'a d'autre
objet que de former un compartiment tanche pour le coulage du bton
jusqu'au point o le caisson sortira de l'eau quand il reposera sur le
fond de la Seine.

Dans quelques jours, ce caisson, qui plonge actuellement sur environ 2
m. 30, sera lest de manire  toucher le fond de la Seine qui se trouve
 5 mtres du niveau normal. Il mergera donc, encore, d'environ 4
mtres. On procdera, alors, au btonnage en mnageant plusieurs
chemines pour le travail ultrieur de fonage. Le cuirassement termin,
on enfoncera cette norme masse sous le lit de la Seine par le procd
classique de l'air comprim. Comme on compte laisser un intervalle d'un
mtre entre la cl de vote et le fond de l'eau, on devra donc creuser
jusqu' une dizaine de mtres.

Ce travail, qui ne prsente dans sa dernire priode aucune difficult
technique particulire, demande une prcision de calculs et une sret
d'excution absolues. L'opration de la mise  l'eau et du transport, en
apparence si simple, tait dj fort dlicate. Prpare et dirige par
M. Bienvenue, ingnieur en chef du service du Mtropolitain, et M.
Locherer, ingnieur en chef adjoint, elle s'est effectue sans le plus
lger accroc. Une huitaine de jours ont t consacrs  l'tablissement
de glissires que des scaphandriers ont assujetties au fond de l'eau. Le
25 aot,  4 h. 35 du matin, le caisson, mis  l'eau la veille,
commenait  s'loigner du pont de Solfrino; il s'arrtait  6 heures
prs du pont au Change.

Nous pouvons avoir assez de confiance en nos ingnieurs pour ne pas
craindre de voir un jour la Seine tomber dans le Mtro.



[Illustration: UN SOUVENIR DE l'ATTENTAT DE LA RUE DE ROHAN

La peau du cheval du capitaine Schneider, transforme en tapis pour tre
offerte au roi d'Espagne]



[Illustration: Les meurtriers du commandant de Cuverville, notre attach
naval  Port-Arthur.]

DOCUMENTS et INFORMATIONS

LES ASSASSINS DU COMMANDANT DE CUVERVILLE.

Le mystre qui enveloppait la mort du malheureux commandant de
Cuverville, notre attach naval  l'ambassade de Saint-Ptersbourg,
envoy  Port-Arthur pour y suivre les oprations de guerre, s'est
clairci  la suite de l'arrestation de trois de ses assassins.

On se rappelle que le commandant de Cuverville avait quitt, le 17 aot
1904, la place assige, en compagnie de l'attach naval allemand, M. de
Gilgenheim, et d'un officier lusse. Ils s'taient embarqus  la baie du
Pigeon  destination de Tch-Fou, sur une jonque chinoise qui battait
pavillon franais. Jamais ils n'arrivrent au port, et toutes les
recherches faites pour les retrouver, aussi bien par la marine allemande
que par la marine franaise, demeurrent infructueuses. En janvier
suivant seulement, les autorits chinoises signalrent qu'elles avaient
mis la main sur la jonque que montaient les disparus. Elles firent
arrter le patron de cette embarcation et deux des hommes de l'quipage;
deux autres ont jusqu'ici chapp  toutes les poursuites. Emprisonns
d'abord  Tch-Fou, puis  Fu-San-Chien, le centre judiciaire auquel
ressortit Tch-Fou, le patron Yuc-Chich-Yen et les deux matelots
Chang-Yen-Ga et Li-Chang-Fat, savamment btonns et torturs, ont fini
par confesser leur crime: les trois officiers furent tus  coups de
hache pendant leur sommeil et leurs cadavres jets  la mer. Aprs quoi,
on se partagea ce qu'ils avaient. Quelques-uns de leurs bijoux ont t
retrouvs. Mais l'enqute se poursuit encore, les trois assassins
n'avouant la vrit que par bribes. Et puis, des accusations graves ont
t portes contre les Japonais. On s'efforce de faire sur ce point la
lumire.

LE PRIX D'UN COEUR.

Quelle peut bien tre la valeur marchand d'un coeur humain? Il ne
s'agit pas de la somme qu'une personne indlicate peut devoir  une
autre, du sexe oppos--et plutt du sexe faible--en Angleterre ou en
Amrique, pour avoir bris cet organe au sens figur du mot: il s'agit
de la valeur de l'organe mme. Une annonce a rcemment paru dans un
journal de New-York, par laquelle une personne met en vente son coeur,
aprs sa mort. Il faut dire que cette personne en a deux, et elle
voudrait tirer quelque argent de cette malformation, de son vivant, en
cdant ses coeurs  qui voudra en prendre livraison aprs sa mort. Ce
possesseur de deux coeurs est un charpentier de l'tat de New-York, g
de trente-cinq ans, et pourvu d'une sant satisfaisante. Il mne une vie
active et laborieuse. Il y a deux ans, son mdecin lui a dcouvert
l'anomalie dont il cherche maintenant  tirer profit. On raconte qu'un
spcialiste a offert 50.000 francs au charpentier, pour le privilge de
lui enlever un de ses coeurs; mais, sagement, le charpentier a refus.
Il n'avait pas confiance! D'autres personnes lui ont offert,  ce qu'il
prtend, de grosses sommes pour son corps, aprs dcs. Ceci lui plat
davantage, mais il veut obtenir le meilleur prix, et c'est pourquoi il
se met aux enchres _post mortem_. Il a un mule. C'est un Blois qui,
lui, aurait dj trouv acqureur: l'Acadmie de mdecine de Londres lui
aurait retenu sa dpouille pour l'honorable somme de 75.000 francs. Quel
prix l'Amricain obtiendra-t-il? Nous ne savons; mais il ne peut
dcemment se vendre au rabais. De toute faon, le prix d'un coeur--ou
plutt de deux coeurs--est lev: le tarif actuel ne permet pas d'en
acqurir dans des conditions mdiocres.

UN SOUVENIR DE L'ATTENTAT DE LA RUE DE ROHAN.

Le roi Alphonse XIII va recevoir ces jours-ci un original cadeau. Le
propritaire d'une de nos plus grandes tanneries, M. Lepage, de Segr,
ayant achet les peaux des deux chevaux tus par la bombe de la rue de
Rohan, l'un appartenant au capitaine Schneider et l'autre  un garde
rpublicain, les a transformes, grce  un tannage spcial, en deux
tranges tapis qui, pour tre neufs, n'en sont pas moins cribls de
trous. Bien que le protocole des cours s'oppose  la rception de
cadeaux faits par un simple particulier, le roi a dclar qu'il
acceptait les deux tapis, en raison de l'vnement, qu'ils lui
rappelaient.

[Illustration: Un pont de 3 kilomtres sur le fleuve Jaune, pour le
chemin de fer de Pking  Hankow.]

UN PONT DE 3 KILOMTRES SUR LE PLEUVE JAUNE.

Le pont, d'apparence fort peu chinoise, que reprsentent nos gravures a
t lanc dernirement sur le fleuve Jaune. Le chemin de fer de Pking 
Hankow se trouve ainsi termin, et ses 250 derniers kilomtres seront
livrs  l'exploitation  la fin de septembre, compltant une ligne de
1.250 kilomtres, soit,  peu prs, la distance de Paris  Gnes.

Ce pont mesure une longueur totale de 3.010 mtres. Il comprend 50
traves de 31 mtres et 52 traves de 21 mtres. Les fondations des
piles sont faites en pieux  vis enfoncs, en moyenne, de 16 mtres dans
le sable. (Le pieu  vis est un tube mtallique extrieurement muni
d'ailettes que l'on enfonce par rotation dans les terrains sablonneux o
son emploi est prfr  celui de l'antique pilotis enfonc par
battage.) La fourniture mtallique a t partage entre l'industrie
franaise et l'industrie belge. Les chantiers, clairs  l'lectricit,
taient en activit jour et nuit.

La FLCHE DE LARD DE DUMNOW.

Voici, certes, l'une des ftes locales les plus curieuses qui existent
en Angleterre:  Dumnow, un usage, d'une trs ancienne origine, veut
que, chaque anne, l'on dcerne la flche de lard  ceux des mnages
concurrents qui n'ont jamais eu de dispute depuis le mariage et qui,
depuis un an et un jour, n'ont pas pens de mal l'un de l'autre.

Le jugement qui prononce sur les mrites des candidats est rendu, dans
une cour d'amour, par un juge en robe rouge, assist de six jeunes gens
et de six jeunes filles, aprs plaidoiries contradictoires de l'avocat
des candidats et de l'avocat du lard. Le mois dernier, la cour de Dumnow
a dcern deux flches, la premire au pasteur Jenkins et  Mrs. Jenkins;
la seconde aux poux Noakes, de Ludlow.

Dtail curieux: le rvrend Jenkins, l'un des heureux bnficiaires de
la flche de lard, tait vgtarien.

LES MICROBES DES MONNAIES.

Les pices de monnaie et les billets de banque devraient attirer
l'attention des hyginistes, car nul objet plus que ceux-l ne passe de
main en main, et surtout de poche en poche, quand ce n'est pas mme de
bouche en bouche, aprs un contact intim avec le mouchoir ou la salive,
ces deux rceptacles de microbes dangereux, parmi lesquels celui de la
tuberculose se rencontre si frquemment.

Il est mme stupfiant de noter avec quelle indiffrence des mains
dlicates, qui se gantent couramment pour viter les contacts suspects,
manient les pices de monnaie et des billets de banque, souvent plus
crasseux que des chiffons qu'on ne prendrait qu'avec des pincettes. Il
semble que la valeur reprsentative de ces objets les purifie ou les
immunise contre les microbes, vhicules de la contagion.

_A priori_, on pourrait affirmer que les billets, surtout quand ils sont
un peu vieux, sont recouverts de nombreux microbes.

Deux bactriologistes de New-York, MM. Darlington et Park, ont
d'ailleurs vrifi le fait exprimentalement: sur un billet modrment
propre, ils ont compt 1.250 bactries, et sur des billets sales, ils en
ont trouv jusqu' 73.000.

Les pices de monnaie sont beaucoup moins microbifres. Le nombre des
microbes qu'on peut recueillir  leur surface peut ne pas dpasser de 25
 50. Il semble que les mtaux, par l'action dissolvante de l'humidit,
soient peu favorables  la vie des microbes.

Au contraire, les billets de banque les conservent virulents, pendant
trs longtemps,  leur surface.

L'argent n'a pas d'odeur, a-t-on dit au figur. Matriellement, on le
manie comme s'il tait toujours propre.

LA GNALOGIE DE W. BOUGUEREAU.

Nous recevons d'un de nos abonns, M. de Richemond, archiviste
dpartemental de la Charente-Infrieure, des renseignements concernant
les ascendants de M. William Bouguereau, qui compltent d'intressante
faon la biographie de l'artiste et que personne, que nous sachions, n'a
publis encore.

La famille Bouguereau est connue  la Rochelle depuis 1523, poque 
laquelle vivait Jehan Bouguereau, marchand et bourgeois. Un Jean-Mass
Bouguereau, marchand orfvre, eut une fille, Marie, qui pousa, en 1624,
Jehan de Layzement, aussi orfvre, dont un fils, pasteur  la Rochelle,
suivit ses collgues dans l'exil en 1685, et un fils, Jean-Mass
Bouguereau, n en 1603, orfvre et officier de la Monnaie.

Les descendants ou les allis de la famille Bouguereau embrassent
gnralement cette mme profession d'orfvres ou appartiennent au clerg
protestant.

En 1676 nat un Jehan Bouguereau, qui, plus tard, orfvre et essayeur de
la Monnaie, pousera Marie-Madelaine Seignette. Elle lui donna un fils,
Jean-Elie, matre monnayeur, qui, de son mariage avec Suzanne-Louise Le
Page, eut dix enfants, dont huit filles. Des deux fils de ceux-ci l'un,
l'an de toute la famille, Samuel-Elie, abjura le protestantisme et fut
professeur d'anglais au collge de la Rochelle.

Il eut  son tour huit enfants, dont l'an, Elie-Sulpice-Thodore, fut
pre du peintre. Un autre des fils de Samuel-Elie, Jean-Baptiste-Eugne,
n le 25 aot 1811 et dcd le 28 mars 1893, entra dans les ordres et
fut successivement vicaire, puis cur  Rochefort (1846) et se distingua
pendant une pidmie de cholra. Il fut nomm chanoine honoraire en
1860. Ce fut lui, comme on sait, qui leva M. William Bouguereau. Mais
la mre de l'artiste, ne Marie-Marguerite Bonnin, qui mourut  Paris en
1896,  l'ge de quatre-vingt-dix ans, tait protestante.

Comme toutes les bonnes vieilles familles bourgeoises, les Bouguereau
ont des armoiries; ils portent: _d'azur  une croix d'or charge de cinq
roses de gueules_. Ce blason figure au Cabinet des titres, 399.
Bibliothque nationale, Charles d'Hozier, manuscrit 56, pages 277-278.

[Illustration: UNE CURIEUSE COUTUME ANGLAISE.--Deux couples bien unis 
qui a t dcerne la flche de lard.]


[Illustration: Plaquette qui fut offerte, le 26 octobre 1901,  M.
Ernest Cronier,  l'apoge de sa carrire industrielle, par la Socit
Say et le personnel des raffineries et sucreries.]

DEUX KRACHS SUCRIERS

La crise des magasins du Printemps, qui avait eu sa cause premire dans
les spculations malheureuses sur les sucres faites par M. Jules
Jaluzot, vient de se dnouer heureusement. Lundi dernier, l'assemble
gnrale des actionnaires, runie  la salle des Ingnieurs civils, rue
Blanche, a reu et accept la dmission donne par M. Jules Jaluzot de
ses fonctions de grant statutaire de la Socit; elle lui a accord
_quitus_ de sa gestion. Enfin, elle a lu comme grant,  sa place, M.
Gustave Laguionie, de la maison Laguionie et Anfrie, membre de la
Chambre de commerce de Paris. M. Laguionie est essentiellement ce qu'on
appelle un fils de ses oeuvres. N  Lanouaille (Dordogne), il a conquis
de haute lutte,  force de travail et d'nergie, la grosse situation
commerciale qu'il occupe. Il avait dj fait partie du personnel du
Printemps. Il y dbutait comme petit employ en 1866. Rapidement, il
tait devenu chef de rayon  la soierie, puis, en fin de compte, fond
de pouvoir de M. Jaluzot. En 1883, il s'tait associ  une grande
maison de soieries qui devint par la suite la maison G. Laguionie et A.
Anfrie.

[Illustration: M. Laguionie, le nouveau directeur du Printemps.]

Ce mme jour o la perte de M. Jaluzot tait consomme on apprenait que
la spculation venait de faire une nouvelle victime,--et il n'est
malheureusement pas certain que ce soit la dernire!

Dans la nuit de samedi  dimanche, M. Ernest Cronier, prsident du
conseil d'administration de la Raffinerie Say, se tuait dans son cabinet
de toilette, d'une balle au coeur, aprs avoir, tant il tait dcid 
mourir, absorb du cyanure de potassium.

Comme M. Jaluzot, M. Cronier avait jou sur les sucres,--jou et perdu
des sommes considrables qu'il est difficile de chiffrer exactement,
mais qu'on a values aux environs de 100 millions. Il tait le
liquidateur de la succession de M. Henry Say, et la majeure partie de la
fortune des hritiers Say serait,  ce qu'on assure, engloutie dans la
catastrophe.

Cependant M. Ernest Cronier jouissait de la confiance, de l'estime, de
l'affection gnrales. Le 26 octobre 1901, les administrateurs de la
Socit des Raffineries Say, tout le personnel des usines, offraient 
leur prsident, arriv  l'apoge de sa carrire, disait la ddicace
d'une photographie qui lui fut remise, une double plaquette en or et en
argent due au mdailleur M. O. Roty, et qui n'est d'ailleurs pas son
chef-d'oeuvre. On entendait fter l'homme qui avait conduit la maison
Say  la victoire  l'Exposition de 1900, le philanthrope qui avait
second M. Henry Say dans la fondation des oeuvres d'assistance en
faveur des employs et ouvriers des usines. Et les devises modeles par
M. Roty aux deux faces de son oeuvre clbraient la Prvoyance, la
Solidarit, et aussi l'Initiative, la Justice et la Bont. Enfin le
matre graveur avait repris, au bas de l'allgorie o la Reconnaissance
apportait des fleurs  M. Cronier, une phrase applique par M. Henry Say
 son collaborateur: ...Son gnie n'a d'autre rival que son coeur...
Hlas!... comme dit le grand tragique grec: Ne proclame jamais un homme
heureux qu'aprs sa mort...



NOTRE SUPPLMENT MUSICAL

La cration, aux Arnes de Bziers, des _Hrtiques_, opra en trois
actes de M. Ch. Levad sur un pome de M. A. Ferdinand-Hrold, a t
l'vnement artistique de la huitaine. Deux reprsentations en ont t
donnes, les 27 et 29 aot. Elles ont t extrmement brillantes.

La partition de M. Ch. Levad est pleine de couleur et de vie, tour 
tour attendrie, mouvante, et atteint  une grande nergie dans les
passages dramatiques. Devant un public o la critique parisienne, si
exigeante, si raffine, se mlait  une foule passionne de musique,
elle a obtenu un trs franc succs.

Le fragment que nous publions dans notre supplment musical: _Loin du
monde impur_, est l'air que chante,  son apparition en scne,
Bellissenda, femme de Roger, comte de Bziers, le hros du drame.

Un _Air de Ballet_ pour piano complte notre supplment musical. Il est
de M. Henry Eymieu, lve de Widor, fondateur de la Socit de Musique
nouvelle, si accueillante aux jeunes compositeurs. Ce morceau est tir
de la _Lgende du Mntrier_, pice en quatre actes, en vers, de M.
Jacques Roullet, que le thtre Molire a reprsente la saison
dernire. M. Henry Eymieu avait crit pour cette oeuvre une musique de
scne d'une jolie couleur, attendrie et mlancolique.

[Illustration: L'assemble extraordinaire des actionnaires du Printemps,
le 28 aot.]

[Illustration: M. Ernest Cronier.--_Phot. Nadar._]



UN LPHANT QUI TUE SON GARDIEN

L'lphant _Sad_, le plus imposant des pensionnaires du Jardin des
Plantes, vient de se rendre, mercredi dernier, coupable d'un meurtre: il
a tu son gardien, Neff.

[Illustration: L'lphant _Sad_ et sa victime, le gardien Neff.]

_Sad_ est depuis vingt ans au Jardin des Plantes. C'est un lphant
d'Afrique superbe. Neff l'avait lev et, de longues annes, l'homme et
la bte avaient fait un excellent mnage. Mais, en vieillissant, _Sad_
tait devenu difficile de caractre. A diverses reprises, des scnes
avaient eu lieu entre Neff et lui. Si bien qu'on avait dfendu au
gardien d'entrer dans la rotonde o tait son pensionnaire, son ancien
ami. Comment? pourquoi enfreignit-il, mercredi, cette consigne?

Quand les collgues de Neff accoururent  ses cris, l'lphant l'avait
saisi de sa trompe par la taille, jet  terre, puis broy contre la
grille de l'enclos. Il ne relevrent plus, aprs avoir dtourn
l'attention de _Sad_, qu'un cadavre tumfi, horrible. Tout le drame
n'avait pas dur deux minutes.



[Illustration: INCIDENT DE VOYAGE, par Henriot.]



_NOUVELLES INVENTIONS_

_(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entirement
gratuits.)_

NOUVEAU BEC INTENSIF RENVERS

Les inventeurs ont toujours rencontr d'assez grandes difficults
lorsqu'ils ont voulu produire l'incandescence des manchons Auer dans les
becs  flamme renverse. Ces difficults tiennent soit  la position de
l'injecteur surmontant le brleur, soit  la forme du conduit en col de
cygne, quand l'injecteur occupe une position latrale par rapport au
brleur.

En effet, dans le premier cas, l'injecteur plac directement au-dessus
du brleur ne peut recevoir que de l'air plus ou moins chaud contenant
de l'acide carbonique; dans le second cas, la forme en col de cygne du
conduit ne se prte pas au mlange parfait des deux fluides. En outre,
dans les deux cas, il ne se produit pas de brassage rendant intime les
mlanges des deux lments, de sorte que le pouvoir lumineux du manchon
laisse beaucoup  dsirer. L'influence de ce brassage est bien plus
considrable qu'on ne serait tent de le croire et peut varier du simple
au double l'intensit de la lumire produite.

Le nouveau bec intensif brlant  flamme renverse, reprsent dans le
dessin ci-joint, se caractrise essentiellement par la disposition 
angle droit du conduit du brleur par rapport au conduit d'arrive du
mlange.

Le conduit du brleur forme chambre d'angle  l'endroit de son coude
d'assemblage et prsente un orifice de sortie conique.

Ceci pos, voici quel est le fonctionnement de ce bec: le gaz
d'clairage et l'air passant par l'injecteur Bunsen sont entrans
d'abord ensemble dans le conduit de la manire ordinaire; mais, en
arrivant dans le coude, la veine fluide en mouvement se brise contre la
paroi verticale qu'elle rencontre et tourbillonne dans la chambre
d'angle, de sorte que les deux lments brasss dans cette chambre et
dans le conduit du brleur arrivent  celui-ci sous la forme d'un
mlange tout  fait intime.

Au sortir du bec, le mlange brle en crpitant et en produisant une
flamme bleue, ce que l'on n'obtient pas avec les autres becs renverss.

Il va sans dire que le diamtre du conduit d'arrive doit tre
proportionn au dbit de gaz.

Le Bunsen peut tre plac soit horizontalement, soit verticalement. Dans
ce dernier cas, le conduit du brleur est coud un peu au-dessus du
Bunsen pour continuer ensuite  angle droit sa jonction avec le conduit
d'arrive du mlange.

Ce bec intensif ne noircit pas les manchons et ne produit pas de retours
de flamme.

Des rendements photomtriques ayant t faits dans plusieurs
laboratoires ont donn, d'aprs l'inventeur, des rsultats suprieurs 
tous les autres becs renverss connus.

Citons des exemples:

Le bec n 1 dpense 44 Litres pour un pouvoir clairant de 40 bougies
  --   n 2   --    68       --                            65   --
  --   n 3   --    95       --                            95   --
  --   n 4   --   140       --                           130   --

La suppression des ombres que donnent les becs droits procure encore un
avantage lumineux apprciable. Ces becs brlent trs bien  partir de 15
millimtres de pression, rsultat non obtenu jusqu' prsent avec les
becs renverss ordinaires.

Pour se procurer ces appareils, s'adresser  M. Compin, 57, rue du
Cherche-Midi, Paris.

PLIOIR MTALLIQUE POUR LIGNES

Les plioirs employs jusqu' prsent sont constitus soit par un morceau
de roseau, soit plus gnralement par une petite planchette en bois; ils
prsentent tous l'inconvnient de couper la ligne en crin ou en racine
de Florence, d'abord par leurs angles vifs et ensuite lorsque la ligne
sche sur le plioir, le crin se rtrcit et exerce une traction souvent
considrable sur les fibres du bois.

En outre, ces plioirs ont le dfaut de conserver l'humidit de la ligne
applique contre la planchette, ce qui en empche le schage rapide et
facilite leur mise hors service.

Le plioir mtallique reprsent par notre gravure a pour but et pour
effet d'obvier  ces inconvnients; il est form d'un fil de mtal
dispos de manire  ce que l'ensemble prsente une lasticit
suffisante pour cder sous l'action exerce par la tension de la ligne.
Ce plioir offre l'avantage de scher rapidement la ligne qui se conserve
ainsi plus longtemps en bon tat. D'autre part, la ligne tant enroule
sur des parties rondes, ne se coupe pas comme sur les angles vifs de la
planchette constituant les plioirs ordinaires.

Tous ces avantages, qui seront apprcis par les pcheurs soigneux,
feront prfrer ce plioir mtallique au plioir en bois, d'autant plus
que son prix n'est pas sensiblement plus lev.

Il se fait de plusieurs formes et de diffrentes dimensions et se vend
de 1 fr. 20  1 fr. 60 la douzaine (longueur de 0m,14  0m,20) et 1 fr.
45 assorti.

Ce plioir se trouve au dtail chez _M. Mrat, 63, rue Oberkampf, Paris_.
Pour la vente en gros de cet objet, ainsi que des vrons secs et
montures dcrits dans _L'Illustration_ du 22 juillet dernier, s'adresser
 _M. Robillard, fabricant d'articles de pche, 25, rue
Notre-Dame-de-Nazareth, Paris._



Supplments de ce numro:
1 Quatre pages tires  part sur la COUPE DES PYRNES. (Ci-aprs.)
2 Supplment musical contenant un fragment des HRTIQUES.
(Ce supplment ne nous a pas t fourni.--Note du transcripteur.)



LA COUPE DES PYRNES

[Illustration: PASSAGE DES CONCURRENTS AU PIED DE LA VILLA DU POTE
EDMOND ROSTAND _Photographie prise au pont Aguara, entre Cambo et
Larressore, par G. Ouvrard._]

_On sait que M. Edmond Rostand s'est choisi un asile charmant 
Cambo-les-Bains, au pays basque. Sa villa, toute neuve, claire et gaie,
domine une route  flanc de colline, o ont pass les concurrents de la
Coupe des Pyrnes. Si bien que l'auteur de_ Cyrano, _sa famille et ses
amis ont pu suivre un moment, de la terrasse mme de l'lgant chteau
moderne, les pripties de cette belle preuve sportive._

[Illustration: M. J. Caubre de la Dpche. M. de Perrodil. M. Arnoux
La voiture du contrle.]

[Illustration: Cap. Gentil. M. Tampier. Ct. Ferrus. M. Sorel. Le
maharajah. M. Arnoux. M. Lumet. Le vainqueur (M. Sorel) et le jury de la
Coupe.]

[Illustration: M. Maurice Sarraut, directeur des services parisiens de
_la Dpche de Toulouse_, organisateur de la Coupe des Pyrnes.]

[Illustration: M. Dubief. M. Berteaux, M. Ruau. M. Chaumi. M. Gauthier.
Le maire, M. Serres, Le gnral Fabre. M. Cruppi, dput. Cinq ministres
 Toulouse pour la distribution des rcompenses:]

[Illustration: Le baron Henri de Rothschild sur la voiture 83.]

[Illustration: A la descente du col de Puymorens (1.931 m.).]

[Illustration: A 12 kilomtres de Luchon: route neutralise longeant la
Pique.]

[Illustration: Arrive des concurrents au dernier contrle, 
Toulouse-Braqueville.]

[Illustration: Un arrt des concurrents: au Mas-d'Azil, entre Foix et
Luchon.]

[Illustration: QUATRE VAINQUEURS.--M. Sorel, qui a remport la Coupe sur
une voiture de Ditrich de 40 chevaux (n 80): parmi ses passagers, le
maharajah de Sihavy.--M. Belleville, sur voiture Brouhot (n 20) de 15
chevaux.--M. Bardin, sur voiture de Dion de 8 chevaux (n 2).--M.
Bablot, sur voiture Berliet de 16-22 chevaux (n 48).]

[Illustration: A Cauterets: les guides pyrnens formant la tte du
cortge pour la rception de M. Ruau, ministre de l'Agriculture.]

LA COUPE AUTOMOBILE DES PYRNES (20-27 AOUT 1905)

_La course pour la Coupe des Pyrnes s'est termine trs brillamment,
et l'accident malheureux que nous signalions la semaine dernire, au
dbut du circuit, a t le seul qui l'ait attriste._ La Dpche de
Toulouse, _qui avait patronn cette preuve, et son directeur parisien,
M. Maurice Sarraut, qui en a t le dvou et trs expert organisateur,
peuvent tre fiers de ce succs. Affirm par l'enthousiasme des
populations sur tout le parcours, par l'accueil excellent qu'elles
rservaient aux coureurs, il a t consacr encore officiellement par la
prsence,  la distribution des prix, de cinq ministres... MM. Berteaux,
Chaumi, Gauthier, Dubief et Ruau._

[Illustration: LA REPRSENTATION DES _HRTIQUES_ AUX ARNES DE BZIERS.
--_Phot. Ch. Cochet._]

_La dernire reprsentation des_ Hrtiques, _donne aux Arnes de
Bziers, tait en l'honneur des chauffeurs qui venaient de courir la
Coupe des Pyrnes et des nombreux amis et curieux qui les
accompagnaient. Ils ont ratifi, par leurs applaudissements chaleureux,
l'accueil que la critique et le public de la premire avaient fait
l'avant-veille  la partition de M. Ch. Levad et le grandiose dcor de
Jambon les a enthousiasms. Qu'on imagine une citadelle entire
reconstitue, un admirable paysage hroque voquant le souvenir d'un
Jean-Paul Laurens; les remparts de Bziers, avec, leurs crneaux, leurs
mchicoulis, leurs chauguettes, leurs tours en poivrires; tout un coin
de ville moyengeux, trs imposant. Jamais compositeur, jamais auteur
dramatique n'osrent rver pour leur oeuvre un pareil cadre._










End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3262, 2 Septembre
1905, by Various

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L'ILLUSTRATION, NO. 3262, 2 SEPTEMBRE 1905 ***

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