Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3264, 16 Septembre 1905, by Various

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org


Title: L'Illustration, No. 3264, 16 Septembre 1905

Author: Various

Release Date: April 21, 2011 [EBook #35929]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3264, 16 ***




Produced by Jeroen Hellingman and Rnald Lvesque






L'Illustration, No. 3264, 16 Septembre 1905

[Illustration: LA REVUE COMIQUE, par Henriot.]

Ce numro est accompagn d'un supplment de quatre pages
sur LES TREMBLEMENTS DE TERRE EN CALABRE.

[Illustration: L'ILLUSTRATION
_Prix du Numro: 75 Centimes._
SAMEDI 16 SEPTEMBRE 1905
_63e Anne--N 3264_]

[Illustration: LES TREMBLEMENTS DE TERRE EN CALABRE. A Reggio, aprs la
catastrophe: la population campe devant la cathdrale. _Dessin d'aprs
nature de G. Amato.--Voir l'article, page 192._]



Comme les annes prcdentes, _L'Illustration_ publiera, au cours de la
saison thtrale qui va commencer, les oeuvres dramatiques nouvelles, au
fur et  mesure de leurs reprsentations sur les principales scnes
parisiennes. Nous pouvons ds  prsent annoncer  nos lecteurs que nous
leur offrirons, entre autres, la primeur des prochaines oeuvres de MM.
PAUL HERVIEU _(le Rveil)_, HENRI LAVEDAN _(le Got du vice)_, JULES
LEMAITRE _(Bertrade)_, MAURICE DONNAY _(Paratre)_. Nous nous sommes
galement assur le droit de publication d'une pice dont les Courriers
de thtre ont dj beaucoup parl: _la Vieillesse de don Juan_, par MM.
MOUNET-SULLY et PIERRE BARBIER.

La saison 1904-1905 nous a fourni dix-neuf supplments de thtre, parmi
lesquels de grands succs comme _le Bercail, la Massire, Monsieur
Pigois_ et _le Duel_. Tout fait prvoir que la saison 1905-1906 ne sera
pas moins brillante.



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

Promenade aux music-halls. Les thtres sont encore en vacances et c'est
 peine si deux, trois, quatre d'entre eux nous font la grce de
s'entr'ouvrir chaque soir. Et l'on sent si bien qu'ils ne le font qu'
contre-coeur, comme s'ils mprisaient _in petto_ ces auditoires d't o
ne figurent ni l'habitu qu'on sait difficile, ni le riche passant qui
paye sa loge au plus haut prix, ni le critique influent dont les-arrts
sont, neuf mois par an, si anxieusement guetts... Cela, c'est la
clientle d'hiver. On recommencera, dans une quinzaine de jours, 
s'occuper d'elle,  lui prparer les petits et les grands plats qu'elle
aime, au besoin  lui en servir de nouveaux, propres  surprendre
agrablement son got; pour l'instant, on ne songe point  se mettre en
frais. Vieux spectacles; troupes d'arrire-plan, formes de doublures,
de petits comdiens inoccups. Les autres--ceux qui font recette--sont
aux eaux ou voyagent. De juillet  septembre, il n'y a au ciel de l'art,
comme dit un auteur dramatique de mes amis, que des toiles filantes.

Et c'est pourquoi les trangers qui nous font visite se prcipitent aux
music-halls. Ils y pullulent, et l'on me dit qu'il y a trs longtemps
qu'ils n'taient venus  Paris en aussi grand nombre que cette anne. A
quoi les reconnat-on? C'est une question que je me suis souvent pose.
Ils sont habills, chausss, coiffs, comme tout le monde l'est autour
d'eux; nulle saisissante particularit de type ou d'aspect ne les
distingue; y a-t-il rien de plus international aujourd'hui que nos modes
et qui ressemble plus  la figure d'un bourgeois d'Anvers ou de Cassel
que la figure d'un bourgeois de Dunkerque? Et, du geste de tel
conseiller municipal d'Aix-en-Provence ou de Marseille  celui d'un
politicien de Sofia ou de Bilbao, la diffrence est-elle si grande?...

Cependant, on les reconnat. On les reconnat  je ne sais quelles
fugaces nuances d'attitude,  des dtails de tenue,  de certaines
faons de regarder les gens et les choses, de s'amuser  ce qui nous
ennuie, de s'ennuyer  ce qui nous amuse. On les reconnat surtout 
l'ignorance charmante ou au ddain qu'ils talent de nos pudeurs
parisiennes; dans les couloirs des Folies-Bergre ou de l'Olympia, on
les voit promener avec ingnuit des pouses mres ou des fillettes,--en
braves gens qui visiblement ignorent que ces lieux de plaisir sont de
ceux o les maris parisiens prfrent, en gnral, venir flner sans
leurs femmes.

Mais comment connatraient-ils ces choses,--et les prjugs, les
prcautions, les pudeurs dont notre morale mondaine est faite? Ceux qui
pourraient les renseigner l-dessus sont absents et Paris, d'o s'est
enfuie pour trois mois l'lite indigne qui l'anime d'une vie si
brillante et si jolie, ressemble  ces chteaux de province que
d'obligeants portiers entr'ouvrent aux touristes  l'poque de l'anne
o les matres de la maison ne sont pas l.

Aussi bien, le Paris dont nous offrons en ce moment le spectacle aux
trangers en vacances doit-il les effarer un peu; et je ne serais pas
surprise que quelques-uns emportassent de cette visite une dception.

Ils avaient rv, en y venant, de s'y perdre au milieu d'une agitation
folle et de la plus amusante des cohues: ils trouvent les Champs-Elyses
vides de voitures, et ce sont des compatriotes qui leur sourient, aux
tables des restaurants. On leur avait vant l'incomparable beaut de
certaines de nos places et de nos rues: ils en trouvent les chausses
ventres, obstrues de fortifications vritables, au fond desquelles
s'bauchent les itinraires du Mtro de demain. Ce ne sont partout
qu'quipes d'ouvriers qui s'agitent, creusent, pavent ou dpavent,
nettoient, restaurent ou dmolissent. Paris pudiquement profite, pour
faire sa toilette, du moment o les Parisiens ne le regardent pas.

Et ces brillantes soires de music-halls ne sont-elles pas propres
aussi, par leur clat mme,  discrditer un peu Paris aux yeux des
trangers qui y affluent? Ils observent, ces trangers; ils
rflchissent;  la mdiocrit de tels spectacles de vacances que leur
servent certains thtres dont on leur a vant la renomme, ils
comparent la somptuosit joyeuse d'autres spectacles o chaque soir
brillent la danseuse rare, l'acrobate illustre, le dresseur de fauves ou
le prestidigitateur que tout le monde veut voir et qu'il faut avoir vus;
ils ont l'impression que c'est vers ce genre d'amusements que se portent
sans doute, de prfrence, nos curiosits et nos gots, puisque ce sont
ces _premires_-l qu' l'ouverture de la saison on a voulu nous offrir
avant toutes les autres; et, fort lgitimement, ils en concluent que
Paris demeure la capitale des joies faciles et de la futilit.

C'est ainsi que, de peuple  peuple, on n'arrive que bien difficilement
 se connatre et  se comprendre. On se frquente volontiers, et
beaucoup plus qu'autrefois; mais, dirai-je,  tort et  travers; et, de
l, des malentendus, un continuel danger de se mal interprter les uns
les autres. Nous visitons les pays chauds pendant l'hiver et les pays
froids pendant l't; nous oublions qu'on ne _comprend_ Biskra, par
exemple, ou Kairouan qu' condition d'y avoir eu trop chaud; que ce
n'est point  l'poque des nuits blanches qu'il faudrait s'aller
promener  Christiania, mais durant les jours noirs o les lampes
s'allument  deux heures de l'aprs-midi,--o s'panouit la joie des
jeux d'hiver. Et, de mme, on ignorera Paris si l'on ne veut ou si l'on
ne peut lui faire visite qu'en ces mois de vacances o lui-mme est
absent de chez lui, o l'art dramatique n'a que Bobche  donner en
spectacle  ceux qui rvaient d'y rencontrer Sarah Bernhardt, Mounet,
Granier, Coquelin, Bartet, Rjane...

Il est vrai qu'il reste  Paris ses promenades, dont certaines,  cette
poque de l'anne surtout, ont une grce unique. Mais voil-t-il pas que
leur existence est menace et n'a-t-on pas trs srieusement parl, ces
temps derniers, d'entamer les futaies du bois de Boulogne pour y
construire des gteaux de pierre de taille et de ciment,--de belles
maisons modernes o l'art nouveau svira?

L'affaire a fait du bruit et je suis contente de voir que, depuis huit
jours, une belle fureur s'est dchane contre l'architecte ambitieux
par qui fut lanc ce projet fou. Car l'ide est d'un architecte, je le
jurerais. Pour prouver le besoin de raser une fort et de mettre  la
place des maisons  six tages que personne ne rclame, il faut tre
celui qui les construira. Ou alors on est inexcusable.

[Illustration: Le gnral Dessirier, gouverneur de Paris, se reposant au
pied d'un arbre.]

[Illustration: M. Berteaux, le gnral Brugre et le gnral Dessirier.]

[Illustration: Le gnral Chaffee, chef de la mission amricaine AUX
GRANDES MANOEUVRES DE L'EST]

Mais il est probable que, cette fois, les amis des arbres auront raison
des amis du btiment et que notre bois de Boulogne nous sera conserv.
L'opinion publique, ordinairement si divise sur la moindre des affaires
qui nous occupent, s'est prononce de faon trop unanime et trop
violente sur celle-ci pour qu'il n'y ait pas imprudence  ddaigner sa
protestation.

C'est que les Parisiens aiment passionnment leurs vieux arbres.
Pourquoi? Encore une question que les moralistes se sont pose.
Quelques-uns, pleins d'esprit et de sensibilit, prtendent attacher un
sens philosophique  cet amour. Ils pensent qu'inconsciemment nous
sommes sduits, mus par ce qu'un bel arbre exprime de solidit, de
puissance, de vitalit toujours renouvele. Au milieu d'une socit
qu'agitent tant de fivres, un si frntique besoin de mouvement et de
changement, l'arbre est un reposant symbole: il est ce qui ne bouge pas,
et qui dure.

Sans doute. Mais nous aimons les arbres, je crois, pour de plus simples
raisons, et moins littraires: parce que, dans une ville o l'on a la
passion de la campagne, ils sont pour nous l'illusion de la campagne et
nous en apportent-- domicile, presque--la fracheur et le parfum; et
que nous restera-t-il de cette illusion-l quand nos arbres n'existeront
plus? D'autres villes ont des fleuves, des rivires, le long desquels il
est de douces flneries permises; Paris ne connat pas cette joie, et
n'est-ce pas une chose lamentable que la Seine y soit,  peu prs
partout, inaccessible aux promeneurs?

Nous avons fait de la Seine un ruisseau d'eau sale  l'usage des
chalands et des bateaux-mouches; de ses ponts, l'abri des gens sans
domicile; de ses quais, l'asile des tondeurs de chiens. Pas une terrasse
o s'asseoir; pas un coin propice  la rverie. Il est vrai que,
dimanche dernier, la foule s'y prcipita et que, sur ses berges, du pont
de Bercy au viaduc d'Auteuil, plus une place, ds huit heures du matin,
n'tait  prendre: on s'y disputait un prix de natation! Mais ce sont l
des vnements exceptionnels et qui ne sauraient fournir aux Parisiens
amants de la nature un suffisant aliment de plaisir. Ils prfreraient
un fleuve ddaign de Holbein, de Burgess et de Paulus, mais au bord
duquel une heure de bonne sieste ft possible...

SONIA.



LES GRANDES MANOEUVRES

L'importance et la qualit des troupes engages, le thme stratgique et
la configuration du terrain, la personnalit des officiers gnraux,
donnaient un intrt particulier aux grandes manoeuvres qui viennent de
se drouler dans la rgion de l'Est. Chacune des deux armes en prsence
comprenait deux corps d'arme et deux divisions de cavalerie. D'un ct,
le 6e corps, ayant son sige  Chalons-Sur-Marne, et le 6e corps
provisoire, sous les ordres du gnral Hagron, considr comme le futur
gnralissime; d'autre part, le 20e corps (Nancy) et le 5e (Orlans),
commands par le gnral Dessirier, gouverneur de Paris. La direction
suprme tait exerce par le gnralissime Brugre.

La concentration des troupes s'est effectue dans les valles de la
Marne et de l'Aube. L'arme du gnral Dessirier, manoeuvrant au sud,
dans la rgion de Bar-sur-Aube, devait s'opposer  la marche de l'arme
du gnral Hagron, descendant de Vitry-le-Franois sur Brienne, o elle
devait se frayer un passage vers la valle de la Seine. C'est dans cette
mme plaine de Champagne qu'avaient t inaugures, en 1891, les
manoeuvres d'arme. A quelques kilomtres de la petite ville de Brienne,
dont l'cole militaire eut pour lve Bonaparte, les deux armes se
retrouvaient  l'endroit mme o Napolon prparait les victoires de
Champaubert et de Montmirail. Ces vastes champs peu accidents, propices
aux longs dploiements, mais ne leur offrant point d'abris, coups de
quelques rivires suffisantes pour compliquer les mouvements de
retraite, offraient aujourd'hui  nos gnraux un terrain excellent pour
comparer les enseignements de la tactique napolonienne avec les
exigences et les ressources de l'outil militaire moderne.

Aprs une srie de manoeuvres partielles destines surtout  tablir un
lien entre les diverses units, le gnral Dessirier, conformment au
programme, s'est laiss refouler jusqu' l'Aube, sous les yeux de M.
Loubet qui avait tenu  assister, en compagnie de M. Berteaux, ministre
de la Guerre, au dernier pisode des manoeuvres.

Malgr un temps peu favorable, les troupes ont fait preuve d'une rare
endurance. Les dbuts du corps des cyclistes, dont nous avons rapport
les prouesses dans notre dernier numro, ont t fort remarqus. Parmi
les officiers trangers, la mission amricaine, ayant  sa tte le
lieutenant gnral Chaffee, fut trs entoure. Le reprsentant des
Etats-Unis, qui a paru trs frapp de la vivacit du soldat franais et
qui tait en complet kaki a, comme tant d'autres,  tort ou  raison,
dclar nos uniformes beaucoup trop voyants.



[Illustration: M. Clmentel.--_Phot. Otto._]

UNE NOUVELLE "MINISTRESSE"

Parmi les manies parisiennes, il y en avait une, rcemment encore, qui
se manifestait  l'occasion des ftes officielles, bals et crmonies,
o,  ct de nos prsidents et de nos ministres, apparaissaient leurs
femmes, et qui consistait  dclarer de confiance: Comme nos grandes
dames rpublicaines sont mal! Comme elles s'habillent mal! Ce n'tait,
le plus souvent, que l'expression d'un prjug injuste et qui faisait
sourire ceux qui avaient t admis  voir de prs le personnel fminin
de certaines cours d'Europe.

En publiant les portraits des ministresses, au moment de la formation
des derniers cabinets (Waldeck-Rousseau, Combes et Rouvier),
_L'Illustration_ a prouv premptoirement que la beaut, la grce et
l'lgance sont, au contraire, loin d'tre exclues des salons officiels.

Nous sommes heureux de pouvoir ajouter ici,  la srie des portraits de
femmes de nos ministres actuels (parue le 11 fvrier dernier), un
nouveau portrait, qui ralliera les suffrages des plus difficiles.

On annonce en effet la trs prochaine entre dans le ministre d'une
nouvelle ministresse, qui sera admire entre toutes. M. Clmentel,
ministre des Colonies, veuf depuis plusieurs annes [1], se remarie: il
pousera, au mois d'octobre, une jeune veuve, Mme Knowles, que les fes
d'autrefois et celles d'aujourd'hui ont comble de leurs dons. Les fes
anciennes ne lui ont pas marchand, notre portrait l'atteste, les grces
ordinaires de la femme; les fes de la fin du dernier sicle l'ont dote
des qualits sportives, devenues non moins ncessaires, lui ont donn le
got de la chasse et de l'automobile, ont fait d'elle un type accompli
de femme moderne.

[Note 1: Nous avons reproduit dans _L'Illustration_ du 18 fvrier un
buste de la premire Mme Clmentel, qui tait fille d'un colon franais
d'indo-Chine et d'une mre annamite.]

Il convient d'ajouter que la future Mme Clmentel, pour tre capable de
conduire habilement une 40 chevaux, n'en est pas moins une trs bonne
mre de famille: elle a un fils g de neuf ans.

Les Colonies tant le plus mal log de tous nos ministres, M. et Mme
Clmentel n'habiteront pas le pavillon de Flore: ils ont lou un htel
particulier  Neuilly.



NOTES ET IMPRESSIONS

Ceux-l sont mauvais juges de la marche d'un gouvernement lgal qui ne
connaissent que la rvolution et ses violences. CHATEAUBRIAND.

                                    *
                                   * *

Les taxes qui grvent la plupart des actes de notre vie lui donnent
l'aspect d'une carte  payer. H. BAUDRILLART.

                                    *
                                   * *

Le peuple est encore plus prompt que l'individu  oublier les faits et 
travestir ce qu'il en retient.

                                    *
                                   * *

Les illusions, filles de la jeunesse, sont des enfants condamns,
gnralement,  ne pas survivre  leur mre. G.-M. VALTOUR.



[Illustration: Mme Knowles, fiance de M. Clmentel.--_Phot.
Reutlinger._]

[Illustration: AUX GRANDES MANOEUVRES DE L'EST.--M. Berteaux, ministre
de la Guerre, et son tat-major.--_Phot. Chusseau-Flaviens._]

[Illustration: La foule acclame le prsident de la Rpublique et le
gnral Brugre, passant les troupes en revue dans une automobile
conduite par le capitaine Lvque.--_Phot. Lon Bouet. Voir l'article 
la page prcdente._]

[Illustration: A Brienne: M. Casimir-Perier, ancien prsident de la
Rpublique, M. le prsident Loubet et M. Berteaux.]



[Illustration: Incendie des usines et des rservoirs de naphte, prs de
Bakou.]

LES DSORDRES AU CAUCASE

Les troubles qui viennent d'clater  Bakou semblent dpasser en
importance et en horreur tous ceux qui, en ces derniers temps, se sont
produits sur divers points de la Russie. C'est un nouvel pisode de la
lutte constante que le fanatisme religieux et les haines de races
entretiennent parmi les populations du Caucase. Le mouvement est
d'autant plus violent qu'il a surgi entre les deux peuples les plus
foncirement hostiles: d'un ct, les Tatars, appels plus couramment
Tartares, sans cesse tourments de la passion panislamique, population
de culture nulle, d'instincts plutt sauvages, vivant pauvrement des
produits du sol ou du travail dans les mines, comme le groupe d'ouvriers
que montre plus loin une de nos gravures; d'autre part, les Armniens,
riches, habiles, dtenant l'industrie et le commerce, galement acharns
 la dfense de leurs intrts et de leur religion. Les uns et les
autres tant arms, le moindre conflit dgnre en massacres.

La situation particulire de Bakou devait, en outre, favoriser dans une
rare mesure les actes de vandalisme. Cette cit de 120.000 mes, btie
sur la rive occidentale de la mer Caspienne, est le centre de
l'industrie ptrolire du Caucase. Autour de la ville,  Bibi-Eybat, 
Surakhany, et surtout  Balakhany dont nous donnons une vue gnrale,
s'lvent, innombrables, les pyramides de bois ou _derricks_, 
l'intrieur desquelles jaillissent les colonnes de naphte qui se
rendent, par des ruisseaux  l'air libre, dans des lacs noirtres
formant de gigantesques rservoirs d'incendie. Il a suffi d'une torche
pour changer toute cette rgion en fournaise et provoquer en quelques
heures une centaine de millions de ruines.

Les photographies reproduites ici nous ont t envoyes par un de nos
correspondants russes  qui _L'Illustration_ doit dj de nombreux
documents de premier ordre. Reprsentent-elles l'incendie allum ces
jours derniers par les bandes tartares? Ou bien ont-elles t prises
antrieurement, lors d'un des embrasements accidentels si frquents de
tout un district ptrolifre? Quoi qu'il en soit, leur authenticit
n'est pas douteuse, et elles voquent avec une vrit saisissante le
spectacle de ruine qu'offre actuellement une des plus grandes sources de
richesse du monde.

[Illustration: A BAKOU.--Incendie des fontaines de naphte de Balakhany.]

[Illustration: Vue gnrale de Bakou: les quais et le port au centre, la
tour des Vierges.]

[Illustration: Les massacreurs de Bakou: types d'ouvriers tartares.]

[Illustration: Vue gnrale des puits de naphte de Balakhany,
aujourd'hui incendis. LES TROUBLES DU CAUCASE _Voir l'article  la page
prcdente._]



A TOKIO.--La foule devant les bureaux du journal Tchou-wo-Shimboun
(Journal du Centre).

LES TROUBLES DE TOKIO

[Illustration: Le comte Katsura, chef du cabinet japonais.]

Le peuple japonais n'a point partag l'enthousiasme facile des autres
peuples pour le rtablissement de la paix. Ds que le texte du trait de
Portsmouth fut connu  Tokio, la presse nippone,  l'exception du
_Kokumin_, le journal semi-officiel, publia des articles violents contre
le gouvernement. Des partisans et des amis du comte Katsura, premier
ministre, rompirent mme toutes relations avec le cabinet. Enfin, cette
indignation gnrale se traduisit, dans le peuple, par l'insurrection du
5 septembre dernier. Au Japon, les insurrections sont plutt rares.
Aussi la police, prise un peu au dpourvu, ne sut pas empcher des
milliers de manifestants d'entourer l'htel du ministre de l'Intrieur
et les bureaux du _Kokumin_. Mais, grce  l'intervention de la troupe,
la personne du premier ministre et celles des rdacteurs du _Kokumin_
restrent sauves. Il y eut, par contre, de nombreux agents de police
blesss et quelques commissariats livrs aux flammes. Aujourd'hui tout
parat tre rentr dans l'ordre, mais le mikado doit penser qu'il est
bien difficile de contenter  la fois tout le monde et son peuple.



LE CHAH DE PERSE A PETERHOF

Le chah de Perse, Mouzaffer-ed-Din--cette personnalit si
parisienne--tait, ces jours derniers, l'hte du tsar  Peterhof.
Nicolas II, selon l'usage, tait all recevoir  la gare son auguste
visiteur, et c'est  la gare mme que notre photographe a russi 
prendre l'instantan des deux souverains. Si l'on songe que cette
rception avait lieu juste  l'instant critique de la confrence de
Portsmouth, on n'observera pas sans intrt les traits de celui qui
devait tre,  ce moment-l, l'homme le plus proccup du monde.

On a dit que cette visite de Mouzaffer-ed-Din, pendant les angoisses des
ngociations de la paix, avait caus quelque embarras  la cour
impriale. La chose est possible et mme probable. Mais le malaise--s'il
y en eut--dura peu. La paix, dcide  point, a permis au souverain
asiatique de voir autour de lui tous les visages s'clairer. Les dners
 la cour furent moins lugubres. Nicolas II, familier et charmant;
accompagna son hte dans toutes ses promenades.

[LE CHAH DE PERSE EN RUSSIE.--Le tsar et le chah passent en revue la
garde d'honneur  la gare de Peterhof.--_Phot. C.-O. Bulla._]



LE TENNIS A DINARD

_Dinard est la reine des plages de la Cte d'Emeraude, admirablement
situe, prs de Saint-Malo et de Saint-Servan,  l'embouchure de la
Rance, une rivire dlicieuse. Bien que sa fortune soit moins ancienne,
cette plage bretonne ne le cde gure aujourd'hui  Trouville, sa rivale
normande, pour la vogue et la mondanit. Toutefois, sa population
d't et d'automne--car la saison de Dinard se prolonge jusqu'en
octobre--compte plus d'lments cosmopolites, des Anglais et des
Amricains surtout, et l'on s'y livre davantage aux sports anglo-saxons:
le lawn-tennis y fait rage et, surtout en ce mois de septembre, tous
les cours  la mode sont pris d'assaut. Le tableau dessin d'aprs
nature par notre collaborateur M. Simont est une vocation de cette vie
lgante particulirement russie et forme une antithse frappante avec
les autres gravures de notre numro, consacres aux tragiques actualits
de cette semaine._



[Illustration: Sada Yacco dans le rle d'Oriye, l'Ophlie japonaise:
scne de la folie.]

[Illustration: Asajiro Fujisawa dans le rle de Toshimaru Hamura,
l'Hamlet japonais.]

SHAKESPEARE AU JAPON

Non contents d'emprunter au monde occidental ses machines, ses engins
les plus perfectionns, les canons, les navires de guerre et les fusils
dont ils viennent de faire un si brillant usage, les Japonais, depuis
quelques annes, s'appliquent aussi  connatre et  s'approprier les
arts et les littratures de l'Europe.

Il n'apparat pas, jusqu' prsent, qu'ils en aient fait un aussi bon
usage que de nos armes. On nous a montr,  quelques-unes de nos
expositions, les envois de jeunes artistes japonais qui avaient
frquent d'un coeur convaincu les ateliers de peinture de Paris ou de
Munich; et nous avons t gnralement d'accord pour regretter qu'ils ne
soient pas demeurs  l'cole d'Hiroshigh ou d'Outamaro, le vieillard
fou de dessin. Nous avons vu, nagure, _la Dame aux camlias_
assaisonne  la mode japonaise par la troupe de Mme Sada Yacco, grande
actrice, pourtant; et il n'a pas paru que l'oeuvre mouvante de Dumas y
ait gagn quoi que ce ft.

Voici que les Nippons viennent de s'attaquer  Shakespeare, au grand
Will lui-mme.

Ils ont commenc par _Hamlet_. Hlas! pauvre Yorik! L'trange
salmigondis qu'ils en ont fait!

Car il s'agit non point d'une traduction plus ou moins fidle, mais d'un
arrangement, ou plutt d'un drangement complet, d'un autre drame qui se
droule de nos jours et o se reconnat seulement la vigoureuse armature
de l'oeuvre shakespearienne.

Cela s'intitule _la Souricire_. Le prince au deuil ternel est devenu
Toshimaru Hamura, incarn par l'acteur Asajiro Fujisawa. Il est de
grande famille, et le blason des _damios_, ses anctres, cussonne par
place le long _kimono_ de soie qu'il porte au dbut de l'action, en
attendant qu'il revte plus tard le complet coup  New-York ou 
Boston. A la mort de son pre, le vieux duc Hamura, mystrieusement
disparu, le frre de celui-ci a pris sa place au lit nuptial, et, son
titre et ses armes. Et ce Claudius est fourbe et inquiet, comme le
Claudius anglais.

[Illustration: Mohei Fukui, dans le rle de Naonoshin Horio, le Polonius
japonais.]

Le jeune homme, lui, est le type mme du parfait gentleman bien n, tel
que le conoit le Japonais d'aujourd'hui. Il suit, avec son ami
Horatio--pardon, Shozi Hara--les cours de l'Universit de Tokio. Bien
entendu, il aime. Il a lu Oriye--Mme Sada Yacco--fille de Naonoshin
Horio, tourdi, empress, gaffeur comme Polonius lui-mme.

Un jour, se promenant au cimetire d'Hoyama, prs de Tokio, il a une
vision: son pre, le feu duc Hamura--c'est M. Otojiro Kawakami, le mari
de Mme Sada Yacco, que nous applaudmes auprs d'elle  Paris--se dresse
devant lui, l'oeil atone, les cheveux pars. Mais quel spectre peu
romantique! Un uniforme de gala, correctement boutonn, brod d'or aux
parements et au col, toile sur la poitrine de l'ordre du Chrysanthme
et relev d'paulettes, a remplac l'armure d'acier tincelante au clair
de lune et le long suaire qui frissonne au vent du matin sur la terrasse
d'Elseneur, comme l'pe de cour  dragonne d'or s'est substitue au
lourd glaive  deux tranchants enseveli au ct du vieil Hamlet.

[Illustration: Sada Yacco en Ophlie japonaise, au premier acte
d'_Hamlet._]

S'imagine-t-on la stupeur qui s'emparerait d'un fanatique de Shakespeare
gar au Nippon, devant cette apparition falote et sacrilge?

Ce seul avatar du spectre suffirait  donner la mesure de l'irrvrence
avec laquelle les Japonais ont trait le grand tragique. Ils n'ont gard
de son oeuvre que l'intrigue, mais jusqu' ses moindres dtails.

C'est ainsi que, de mme qu'Hamlet est envoy en France, Toshimaru
Hamura va voyager en Mandchourie et en Sibrie--habile concession 
l'actualit--et revient sain et sauf, ayant chapp au naufrage du
steamer qui le ramenait. Et il n'est pas jusqu'au duel final  l'pe
qui n'ait t conserv par l'adaptateur. Et ce mlange de fantasmagories
et de vapeur, de combats singuliers et de voyages d'tudes, sans parler
de l'accoutrement ultra-moderne des acteurs, nous apparat,  nous,
d'une ahurissante fantaisie.

Aprs _Hamlet_, on est tomb sur _Othello_. Le Maure de Venise--qui
n'est plus mme basan, mais seulement de figure terrible--est devenu le
major gnral Washiro, nomm commandant en chef de Formose au moment o
les insulaires menacent de se soulever, seconds dans leur rbellion par
les pirates chinois. Il a mission d'touffer cette rbellion.

 peine dbarqu, il rencontre Tomoye Fujin (Desdmone--Mme Sada Yacco)
moule en une toilette trs amricaine, dont l'lgance et le charme
l'impressionnent soudain. Telle est la fille du comte Banjo Fura (le
Brabantio du pote), ministre du Trsor. Celui-ci s'oppose au mariage
sous le prtexte que Washiro est de naissance suspecte et prfrerait
marier sa fille  Kokotori (Rodrigue), fils d'un directeur de
banque,--ce qui n'apparat pas non plus, au premier abord, comme d'une
noblesse trs releve.

Il y a encore Cassio, appel le major Yoshio Katsu, et Iago, Goza Iya,
aussi vilain personnage que l'original, et la petite Bianca, devenue une
geisha de Tokio!

Et tout ce monde arbore des uniformes galonns, aux boutons fleuris du
chrysanthme hraldique, des robes _last fashion_. Et le bouquet enfin,
le voici: c'est que, comme il est fort malsant, pour une grande dame,
au Japon, de chanter une chanson populaire et que la patricienne
Desdmone n'oserait pas mme fredonner _le Saule_, c'est un phonographe
qui, dans la chambre nuptiale, nasille la potique romance!

Mais aprs tout, pourquoi tant rire? Voltaire n'en a-t-il pas us avec
un sans faon presque gal quand il adaptait _Othello_ en _Zare?_

[Illustration: Le spectre de la version japonaise d'_Hamlet_,
reprsent en uniforme moderne par Oto Kawakami.]

[Illustration: Sada Yacco dans le rle de Tomoye Fujin, la Desdmone
japonaise.]

[Illustration: SHAKESPEARE AU JAPON.--Une scne de la version japonaise
_d'Othello_: Goza Iya (Iago) et Biaka (Bianca).]



[Illustration: La foule applaudissant les concurrents au passage.]

[Illustration: Le dpart au pont National.]

LA TRAVERSE DE PARIS A LA NAGE

Sous ce titre amusant, et d'ailleurs exact, notre confrre _L'Auto_
avait organis une preuve sportive qui s'est nage dimanche dernier
entre le pont National et le viaduc d'Auteuil, soit sur une distance
d'environ 12 kilomtres. Huit concurrents s'taient fait inscrire:
quatre Anglais, dont le clbre Holbein, (qui faillit russir la
traverse de la Manche) trois Franais: deux pkins et le sergent
Poullitou, de l'cole de Joinville; enfin, une jeune et fort jolie
Australienne de dix-huit ans, miss Kellermann.

[Illustration: Burgess nageant.]

Ds 8 heures du matin, les quais et les ponts se couvrent de monde;
comme chacun est assur de trouver une place o voir bien et longtemps 
un moment donn, cette foule norme se distingue par un calme parfait.

Les nageurs, bien que se tenant presque toujours au milieu du fleuve,
apparaissent trs distincts; ceux meules qui renonceront  la lutte
donnent, malgr le froid et le vent, une impression de grande aisance.
Miss Kellermann qui, partie la premire, tient longtemps la tte, est
particulirement acclame; au pont de l'Alma, elle est dpasse par
Paulus qui, jusqu' la fin du parcours, tonnera la foule par la
rgularit et l'lgance de sa nage. Etendu sur le ct gauche, les
jambes manoeuvrant toujours sous l'eau, il semble avancer uniquement
avec le bras droit qui rame en glissant sur l'eau dans un mouvement de
va-et-vient d'un rythme parfait, Paulus arrive premier, en 3 h. 29,
battant de plus d'une heure Burgess, Holbein et miss Kellermann. Les
quatre autres concurrents, dont les champions anglais Nuttal et
Billington, qui semblaient favoris, ont d abandonner la course. Le
Parisien qui vient de conqurir le championnat du monde sur les plus
intrpides nageurs d'outre-Manche est un notable commercent, g de
quarante-quatre ans, pre de quatre enfants, dont la clbrit relative
commena aux bains Deligny vers 1885. Vainqueur de plusieurs preuves
importantes, il avait renonc aux courses depuis 1898. Son succs est
d'autant plus intressant que, jusqu'ici, les plus longues courses  la
nage n'avaient point dpass 4 ou 5 kilomtres.

[Illustration: Paulus aprs sa victoire.]

[Illustration: Holbein Burgess. Le sergent Poullitou. Aprs le dpart:
en pleine eau.]

[Illustration: Miss Kellermann plongeant.]

[Illustration: Miss Kellermann nageant.]

[Illustration: Miss Kellermann  l'arrive.]

LA TRAVERSEE DE PARIS A LA NAGE



[Illustration: L'entre de la Belgica, le 12 septembre, dans le port
d'Ostende.]

[Illustration: Le duc d'Orlans et le commandant de Gerlache saluant
leurs amis.]

L'EXPDITION ARCTIQUE DU DUC D'ORLANS

La _Belgica_, le vaillant et robuste trois-mts qui porta nagure vers
le ple sud le commandant Adrien de Gerlache et ses compagnons, vient de
pousser, avec l'expdition que conduisait Monsieur le duo d'Orlans, une
pointe non moins heureuse dans l'ocan Glacial arctique, cette fois.
Mardi, elle ramenait aux quais d'Ostende, tous florissants de sant, le
prince et la mission d'exploration qu'il avait organise.

Le moins qu'on puisse dire, en attendant la publication complte des
travaux de la mission, c'est que cette campagne a t des plus fcondes.
Quand on songe au peu de temps qu'elle a dur, on est surpris, en
vrit, des rsultats acquis; la cte est du Groenland, reconnue et
minutieusement releve sur 80 milles de long, l'extrme point connu de
ce continent report du 77e degr au del du 78 20, sans parler de
quantit d'observations scientifiques faites en cours de route, tels
sont les fruits d'un voyage de quatre mois.

[Illustration: Croquis provisoire de l'expdition de la _Belgica_,
d'aprs les indications de Monsieur le duc d'Orlans et du commandant de
Gerlache.

1. Point o la Belgica rencontra la banquise (80 20 de latitude).--2.
Point d'entre du navire dans la banquise, le 21 juillet.--3. La
premire terre aperue, le 28 juillet.--4. Point de sortie de la
banquise (70 26 de latitude).--Le carton d'angle montre la
rectification de la cte d'aprs les relevs de l'expdition.]

A peine la _Belgica_ amarre  l'entre du bassin d'Ostende, le prince,
qui avait command lui-mme la dlicate manoeuvre de l'accostage,
voulait bien rsumer pour nous ces quelques semaines d'une vie rude et
salubre, au milieu des brumes interminables du Nord, des glaces de la
banquise, des tourmentes, des frimas, avec, comme distractions, de
fructueuses parties de chasse.

Nous avons annonc en son temps le dpart de la _Belgica_ et donn la
composition de son tat-major. On sait que le duc d'Orlans avait fait
appel au concours clair du commandant de Gerlache, qui fut son
principal collaborateur et dont l'exprience et le dvouement, nous
disait-il, lui ont t particulirement prcieux.

C'est le 3 juin dernier que l'expdition quittait Tromsoe, faisant voile
au nord pour le Spitzberg; on tait en avance et, sur les conseils de M.
de Gerlache, le prince avait dcid de profiter de cette circonstance et
d'aborder la banquise non plus par le sud, comme l'avaient fait les
prcdents explorateurs, mais par le nord.

Il demeura un mois dans les eaux du Spitzberg, tudiant la cte ouest,
multipliant les expriences ocanographiques.

Le moment venu, au jug, de foncer sur la banquise, la _Belgica_ remonta
au-dessus du Spitzberg, poursuivant toujours les sondages et les pches
d'tude. La marche en avant fut quelques jours retarde par les glaces
flottantes. Enfin le 8 juillet, par 80 20 de latitude nord et 5 40 de
longitude est, on atteignait la banquise. Il fallut en ctoyer le bord
abrupt en redescendant vers le sud-ouest, en qute d'un passage libre
qui permt  la _Belgica_ de s'y engager. On revint ainsi en arrire
jusqu'au 21 juillet. Ce jour-l, par 76 10 de latitude nord et 7 degrs
de longitude ouest, on dcouvrait un chenal navigable, dirig vers le
nord-ouest. On le suivit.

Pendant toute une semaine, on navigua  l'aveuglette,  travers
d'paisses brumes. Mais on avait depuis longtemps dpass le point
extrme auparavant reconnu, le cap Bismarck. Et encore, ce point,
baptis comme la Terre du Roi Guillaume  la suite de l'expdition
conduite par le capitaine prussien Koldewey, n'avait-il pas t atteint
par mer. Aprs la perte de l'un de ses navires, la _Hansa_, Koldewey
avait fait hiverner le second, la _Germania_,  l'le Sabine, et ce fut
en traneau, avec un dtachement de son personnel, qu'il alla planter le
drapeau prussien sur ce promontoire avant lui inconnu.

Le duc d'Orlans allait avoir meilleure fortune que ce devancier: le 28
juillet--la _Belgica_ avait stopp la veille--comme le prince, chasseur
passionn et tireur dont l'habilet a merveill ses compagnons, venait
de descendre un ours superbe, le rideau de brume s'claircit, se leva.
On aperut alors, dans le demi-jour polaire, une terre assez leve qui
mergeait,  bbord du navire, de l'immensit blme. Une motion
indicible s'empara de tous. Sance tenante, Monsieur le duc d'Orlans
partit avec un dtachement pour l'atteindre; deux heures aprs, il la
foulait. Un _cairn_ tait lev et le drapeau aux trois couleurs
franaises mettait sa note joyeuse dans ce paysage de dsolation. Le
soir elle tait appele Terre de France et, sur la proposition du
commandant de Gerlache, avec l'assentiment du prince, la pointe qui la
terminait reut le nom de cap Philippe.

On quitta le 5 aot ce point pour regagner la mer libre que l'on
retrouva par 70 20 de latitude.

[Illustration: La cte orientale du Groenland, du cap Bismarck au cap
Philippe. (Relev du peintre Mrite.)]

Dans ce voyage de retour, on eut la chance heureuse de pouvoir relever
toute la cte trs mticuleusement, la photographier mme en certains
points jusqu'au cap Bismarck, en noter les fiords, les anfractuosits,
rapporter, en somme, des indications suffisantes pour tablir presque
sur toute la longueur une carte suffisamment exacte du contour. Et l'on
peut voir que ce littoral, au lieu de se creuser vers l'est, comme le
supposait Koldewey, s'incurve au contraire vers le nord-ouest.

Maintenant, s'agit-il d'une terre, d'un prolongement vers l'est du
continent groenlandais ou d'une srie d'les? Le prince, trs
prudemment, vite de se prononcer. Il incline pourtant  croire que le
cap Bismarck est la pointe sud d'une le.

--Et alors, dit-il gaiement, ce sera non plus la Terre de France, mais
l'archipel Franais! G. B.



[Illustration: Le cap Philippe.]

[Illustration: 1. Lieutenant-colonel Cornejo,--2. Colonel de la
Combe.--3. Major Salazar.--4. M. E. Collin, ingnieur du Creusot.--5.
Colonel Varela.--6. Gnral Echenique, prsident de la commission.--7.
Colonel Chaumeton.--8. Colonel Zuleta.--9. Colonel Abril.--10.
Lieutenant-colonel Rgal. La commission d'expriences du canon franais
de 75 millimtres  tir rapide, actuellement en essai au Prou.]

[Illustration: 1. M. Michel Fort.--2. Major Salazar.--3. M. E.
Collin.--4. Lieutenant-colonel Rgal.--5. Colonel Abril.--6. Colonel de
la Combe.--7. Colonel Muniz, ministre de la Guerre.--8. M. Jos Pardo,
prsident de la Rpublique.--9. Colonel Ugarte, chef d'tat-major.--10.
Gnral Echenique.--11. Colonel Varela.--12. Colonel Chaumeton.--13.
Colonel Zuleta.--14. Lieutenant-colonel Cornejo. Le prsident de la
Rpublique du Prou et les membres de la commission devant la cible des
tirs de prcision  2.000 mtres.]

[Illustration: Le tir du canon Schneider-Canet de 75 millimtres par des
artilleurs pruviens.]

L'ARTILLERIE FRANAISE AU PROU

L'artillerie franaise, rcemment victorieuse de ses concurrents en
Portugal et en Bulgarie, vient de montrer encore ses excellentes
qualits sur les bords du Pacifique.

[Illustration: Effet de neuf projectiles de 75 millimtres chargs 
schneidrite sur une maison situe  1.000 mtres de distance.]

Au commencement de l'anne actuelle la maison Schneider a, en effet,
envoy au Prou un canon de campagne de 75 millimtres  tir rapide,
modle lger 1904, avec un approvisionnement de 500 cartouches, pour
qu'il y soit procd  une srie d'expriences destines  mettre en
vidence la valeur de ce matriel.

Ces expriences viennent d'avoir lieu en prsence d'une commission
compose des officiers d'artillerie les plus minents de ce pays: M. le
gnral Echenique, prsident; MM. le colonel Varela, commandant le
rgiment d'artillerie de montagne  Lima; colonel Abril, commandant en
second le mme rgiment; colonel de la Combe; colonel Zuleta;
lieutenant-colonel Rgal; lieutenant-colonel Cornejo et major Salazar.
Faisait galement partie de cette commission M. le capitaine Chaumeton,
membre de la mission militaire que le gouvernement franais a mise,
depuis plusieurs annes,  la disposition du gouvernement pruvien (cet
officier a, au Prou, le grade de colonel).

Avec le concours de M. Emile Collin, le distingu ingnieur envoy au
Prou par les ateliers du Creusot, les essais les plus varis ont eu
lieu pendant tout un mois et ont produit sur la commission tout entire
une excellente impression. Nous mentionnerons, en particulier, la sance
au cours de laquelle fut excut, en prsence de M. Jos Pardo,
prsident de la Rpublique, un tir de projectiles chargs 
schneidrite, l'explosif spcial de l'artillerie du Creusot: aprs un
tir de rglage pralable destin  rechercher la hausse exacte du but,
le feu fut ouvert  1.000 mtres sur une maison abandonne, solidement
construite en briques, que neuf obus suffirent  dmolir presque en
entier, dmontrant ainsi  la fois la justesse du tir de la pice et la
puissance de l'explosif employ.

Ces nombreuses preuves, des plus concluantes, ont eu galement un
retentissement considrable dans l'opinion et ont dmontr une fois de
plus l'excellence des canons fabriqus en France, que leurs qualits
matresses, solidit et facilit d'emploi de l'arme, rapidit et
prcision du tir, ont placs  la tte des matriels actuellement en
service dans les armes europennes.



LES THTRES

Les thtres qui avaient ferm leurs portes commencent  les rouvrir; si
le mauvais temps s'accentue, la saison thtrale ne tardera pas 
commencer srieusement. Pour le moment, on peut aller  l'Opra-Comique,
au Gymnase et aux Folies-Dramatiques, qui offrent au public des
spectacles dj consacrs par le succs. Comme nouveaut, nous n'avons 
signaler qu'un brave et honnte drame de M. Maurice Lefvre,  l'Ambigu:
_le Crime d'un fils_. C'est une nouveaut qui n'en est pas une, car les
situations en sont familires aux habitus du thtre du crime, mais
ceci n'est pas pour nuire  son succs. Il suffit que l'auteur ait
russi une fois de plus  provoquer alternativement le rire et les
larmes du spectateur en lui contant l'histoire d'une pauvre mre rduite
 la mendicit par les dbordements de son garnement de fils; les deux
sont sauvs en fin de compte par un docteur quelque peu spirite aid
d'un excellent gentilhomme. On a fort applaudi le marquis, quoiqu'il
soit doubl d'un colonel. Est-ce un signe des temps?



DOCUMENTS et INFORMATIONS


LA TLGRAPHIE SANS FIL DU PACIFIQUE  L'ATLANTIQUE.

Le Prou a dcid d'tablir un service de tlgraphie sans fil de Lima 
Iquitos, sur l'Amazone. La tlgraphie ordinaire n'tait pas possible:
il tait  peu prs impossible de franchir les forts vierges et,
d'autre part, les Indiens, ne comprenant rien aux fils et les
souponnant d'tre des agents malfaisants, dtruisaient le rseau 
peine tabli. On a bien song  poser des cbles dans les rivires, mais
le courant est trop rapide: il faudrait sans cesse renouveler la ligne,
par suite d'usure.

Une autre solution a t adopte: le gouvernement pruvien a charg un
ingnieur de la Compagnie de Tlgraphie sans fil de Berlin de partir
pour l'intrieur, avec quarante ouvriers et de nombreux Indiens
porteurs, et de rechercher l'emplacement de cinq stations
radio-tlgraphiques, pour mettre en communication les rives atlantique
et pacifique du pays. L'expdition, rendue trs difficile pourtant par
la ncessit de traverser des rgions inhabites et mme inexplores
jusqu'ici, a fort tien russi.

La compagnie allemande a obtenu le monopole de l'exploitation et va
procder  l'installation des stations. Entre Puerto-Bermudez, o
s'arrte la tlgraphie ordinaire, et Iquitos, il y a 1.000 kilomtres:
trois stations seront tablies entre ces deux points; le service sera
mme prolong d'Iquitos  Manaos et Para. De la sorte, la tlgraphie
sans fil reliera l'Atlantique et le Pacifique.


LES PETITS ATELIERS DE FAMILLE.

En ces derniers temps, on se lamentait,  juste titre, sur la
disparition rapide des ateliers de famille, qui sont si prcieux pour la
famille mme de l'ouvrier, pour l'hygine, et aussi pour certaines
productions, qui rclament le travail individuel.

La force mcanique avait port un coup srieux  ces petits ateliers,
dont elle avait amen l'absorption dans les grandes usines; mais les
socits d'lectricit sont venues leur assurer une vie nouvelle.

Dans un mmoire lu  l'Acadmie des sciences morales et politiques, M.
G. Picot fait connatre qu' Saint-Etienne plus de 10.000 mtiers sont
mus, chez l'ouvrier,  raison de 10 francs par mois pour chaque atelier
individuel.

Le mme mouvement se produit  Lyon, o plus de 700 mtiers sont
actionns au domicile des canuts,  la Croix-Rousse.

A Paris mme, le nombre des petits ateliers est considrable: dans un
grand nombre de maisons des Xe et XIXe arrondissements, une machine 
vapeur distribue la force  tous les tages. Les ouvriers occupent des
pices spares; chaque petite salle est paye, avec la force motrice, 2
et 3 francs par jour.

La force lectrique, plus souple, plus facile  conduire, est ainsi
appele  transformer les immeubles encombrs et malsains, et  assurer
la dure des ateliers de famille, dont la prosprit est lie  la
petite industrie parisienne.


LE MONUMENT DE CLAUDE TILLIER.

M. Bienvenu-Martin va prsider, le dimanche 17 septembre, l'inauguration
du monument lev,  Clamecy,  Claude Tillier, pamphltaire et
romancier, qui naquit dans cette ville en 1801, fut d'abord soldat, puis
matre d'cole, donna,  _L'Indpendant_ de Clamecy, des articles trs
mordants, publia quelques opuscules de polmique, vifs de ton--pour
l'poque--et d'un style lgant, conquit la notorit avec un roman tout
 fait joli, _Mon oncle Benjamin_, qui fut suivi de plusieurs autres
fort intressants aussi, puis mourut  Ne vers, en 1844, honor de
l'estime de plusieurs littrateurs et critiques alors en vogue.

Le monument de Claude Tillier a t conu et excut par le sculpteur E.
Boisseau. Il mesure 4 m. 50 de hauteur. Il se compose d'une stle que
couronne le buste de l'crivain. Contre cette stle, un petit Satyre,
enguirland d'glantier, symbolise le talent libre du pamphltaire; 
ses pieds, une tte d'enfant, mergeant des roseaux, voque le Beuvron,
la petite rivire orlanaise sur les bords de laquelle Tillier aimait 
aller chercher l'inspiration.

[Illustration: Monument de Claude Tillier, par E. Boisseau.]


POURQUOI LA NATATION CONVIENT AUX OBSES.

Un journal de mdecine transatlantique assure que rien ne convient
mieux, comme exercice, aux obses, que la natation. Mais il faut la
natation  l'eau de mer. Et il ne suffit pas de petits bains de cinq ou
dix minutes: il les faut d'une heure ou deux par jour. Et dans de l'eau
froide, pas tide, par surcrot. Pourquoi? C'est que l'exercice acclre
la combustion des rserves du corps et le froid favorise le rayonnement
et, par suite, aussi, la combustion. Le sujet qui se dmne dans l'eau
froide se brle trois ou quatre fois plus vite que l'oisif qui reste
assis  l'ombre,  se rafrachir avec un ventail. Si, avec cela, il
rduit son alimentation, en ce qui concerne le sucre et les fculents,
il peut tre assur de maigrir rapidement. On peut ajouter que, de faon
gnrale, l'air de mer acclre les combustions: il y a donc plusieurs
bonnes raisons pour que l'obse qui se baigne longuement  la mer et
nage beaucoup perde du poids et de la chair, ou plutt de la graisse.


UN MONUMENT  VAUBAN.

La petite ville de Saint-Lger-Vauban, dans l'Yonne, pays natal du
marchal de Vauban, a inaugur, le dimanche 10 septembre, une statue
leve au grand ingnieur militaire. La crmonie tait prside par M.
Bienvenu-Martin, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts.

[Illustration: Statue de Vauban, par Guillot.]

La statue, oeuvre du statuaire Guillot, enfant de l'Yonne, lui aussi, se
dresse sur un pidestal en granit du Morvan, figurant un pan de
fortification, une contrescarpe invente par Vauban. Le marchal est
reprsent debout, dirigeant les oprations d'un sige, la main gauche
pose sur une carte; de la droite, qui tient une canne, il indique les
travaux  effectuer.

L'ORIGINAL DE SHYLOCK. On ignore peut-tre, mme parmi les mdecins, que
le Shylock mis en scne par Shakespeare n'a point t une imagination du
dramaturge. L'original de Shylock a exist; et c'tait un mdecin.
C'tait un juif portugais, du nom de Buy, ou Boderigo Lopez, qui, grce
 son habilet mdicale et aussi  son esprit d'intrigue, avait gagn la
confiance de la reine Elisabeth. Il se fixa  Londres en 1559 et fut
plusieurs annes le mdecin principal de la reine, jusqu'au moment o il
se laissa sduire par la politique. Il fut mdecin de l'hpital
Saint-Bartholomew, o il tait log, tant peu pay sans doute, mais
ayant su se faire attribuer plusieurs petits profits. Peu estim de ses
confrres qui l'accusaient d'indlicatesses diverses, il sut gagner
l'amiti de quelques grands personnages, grce  qui il obtint de la
reine le privilge et le monopole de l'importation de l'anis et du sumac
en Angleterre. Ce mdecin tait en mme temps un brocanteur dans l'me.
Harvey a crit de Lopez: Ce n'est point un des plus savants, ou des
plus experts des mdecins de la cour; mais il fait un grand plat de
lui-mme et a su se faire passer pour le meilleur, et, grce  des
pratiques juives, il a su accumuler une grosse fortune et mme se faire
quelque rputation auprs de la reine mme et de quelques-uns des grands
seigneurs et des grandes dames. Des conspirateurs ayant offert 50.000
couronnes  Lopez pour assassiner la reine et participer  un complot
espagnol, la cupidit du mdecin fut veille; il couta et discuta la
proposition et se compromit assez pour qu'on le mt en prison, le
complot ayant t dcouvert.

Son procs fut instruit, et il fut condamn  mort et excut en 1594, 
la vive satisfaction de beaucoup de ses contemporains. De leur avis,
rien n'tait trop odieux pour n'avoir pas t fait par Lopez. Il tait
capable de tout pour de l'argent: sa rputation,  cet gard, tait
faite. Aussi a-t-il figur dans plus d'une pice, aprs sa mort.
Shakespeare s'en est empar et en a fait Shylock; Marlowe l'a utilis
dans le _Juif de Malte_ et _Faust_; Dekker et Middleton l'ont fait
figurer dans deux autres pices. Shakespeare arriva premier: _le
Marchand de Venise_ fut jou deux mois aprs l'excution de Lopez, alors
que l'histoire de celui-ci tait encore le thme de toutes les
conversations. Lopez tait souponn d'empoisonnements et l'on savait sa
passion pour l'argent.

Il avait, pour avancer ses affaires, feint d'embrasser le christianisme
et ne manquait pas une occasion de proclamer la sincrit de sa
croyance. C'est  quoi pensait Shakespeare, sans doute, quand Antonio
compare Shylock  une pomme de belle apparence, dont le coeur est
pourri.


UN TRAITEMENT TRS SIMPLE DES VERRUES.

Un mdecin anglais, M. J. Burdon Cooper, s'tant mis lui-mme au rgime
de l'eau de chaux pendant une dizaine de jours pour cause de troubles
digestifs, fut trs agrablement surpris en constatant qu'en mme temps
que ses troubles digestifs, une verrue avait disparu, contre laquelle il
avait, jusque-l, vainement employ les traitements les plus varis. Ce
pouvait tre une concidence, sans doute, mais peut-tre aussi y
avait-il eu une action du remde. Pour s'assurer de la chose, M. Burdon
Cooper s'est mis  traiter  l'eau de chaux tous les sujets porteurs de
verrues. Il leur en faisait prendre, chaque jour aprs djeuner, un
verre, avec un peu de lait. Dans tous les cas, il a obtenu la
disparition de la verrue; l'action a pu tre plus ou moins rapide, mais
elle n'a jamais manqu. En un temps qui avari de quatre jours  six
semaines, la verrue a disparu. Il faut donc un peu de patience  qui
entreprend ce traitement: il ne faut pas se dcourager si le succs
n'est pas immdiat. Avis aux porteurs de verrues.


LA MORTALIT EN FRANCE DEPUIS VINGT ANS.

Il rsulte d'un tableau dress par le docteur Imbeaux, d'aprs les
documents statistiques du ministre de l'Intrieur, que l'hygine s'est
grandement amliore dans les 56 principales villes de France depuis
vingt ans.

En 1886, pour l'ensemble de ces villes, la mortalit tait de 26,4 dcs
pour 1.000 habitants. En 1903, elle tait tombe  20,14; et, dans ces
chiffres, ceux dus  la fivre typhode avaient diminu de moiti.

A Paris, en particulier, la mortalit a pass, dans ce laps de temps, de
24,5 pour 1.000 habitants  17,24; et la fivre typhode a diminu de
plus d'un quart.

Toutefois, il est encore des villes o les progrs de l'hygine ne se
font pas sentir. En 1903, on a relev une mortalit de 27,9  Rouen; de
25,9  Brest; de 25,3  Avignon; de 25,1  Cette; de 25  Marseille,
etc.

C'est Belfort qui dtient le record de l'hygine: la mortalit n'y a
t, en 1903, que de 15,7 pour 1.000 habitants. Aprs Belfort, viennent
Douai et Vincennes, avec le chiffre 16.


[Illustration: LA BOMBE DE BARCELONE.--Le cortge funbre des victimes
passant sur la place de l'attentat, la Rambla.]

LA BOMBE DE BARCELONE.

Les attentats anarchistes n'ont jamais signifi grand'chose. Le plus
rcent de tous, qui vient de terrifier Barcelone, en est peut-tre aussi
le plus incohrent.

C'est le 3 septembre dernier,  1 h. 30, sur la Rambla, la promenade des
fleurs, situe au bord de la mer, qu'clata la bombe. Il passait,  ce
moment, des gens inoffensifs, des ouvriers, des enfants, des femmes. La
dtonation fut si violente qu'elle retentit jusqu'aux extrmits les
plus loignes de la ville. Le dplacement de l'air jeta un cocher  bas
de son sige. Et ce fut, naturellement, un sauve-qui-peut gnral, au
milieu d'une panique indescriptible. Suivant les dtails que les
journaux ont publis sur cet vnement, le nombre des blesss--presque
tous cruellement atteints--serait de soixante environ. Deux femmes
seulement sont mortes sur le coup. D'aprs les indications de la police,
l'engin, enferm dans une enveloppe de pltre, de forme cubique, avait
t dpos au pied d'un arbre. On ne croit gure  un complot.
L'attentat est plutt l'oeuvre d'un isol, ayant agi d'aprs sa propre
impulsion. La police suit des pistes et surveille des blesss.

En attendant l'arrestation du coupable, on a procd  l'enterrement des
victimes. Ces obsques ont eu lieu le 5 septembre au matin,  9 heures,
au milieu d'une grande affluence de population. Toutes les autorits y
assistaient. La famille royale et le gouvernement s'taient fait
reprsenter. Tout Barcelone suivait le convoi.


UN SANTOS-DUMONT AMRICAIN.

Un nouveau ballon dirigeable a fait, le 20 aot dernier, ses dbuts 
New-York. Il a t construit sous les auspices, avec le concours d'un
journal de l-bas, le _New-York American_, par M. A. Roy-Knabenshue, qui
l'a pilot dans les airs. Il rappelle tonnamment-- s'y mprendre--les
_Santos-Dumont_ que nous vmes voluer  diffrentes reprises, avec des
succs diffrents, au-dessus de Paris, de Monte-Carlo ou de Trouville:
mme enveloppe en forme de fuseau et, surtout, mme poutre arme 
section triangulaire; enfin, comme le dernier, celui de Trouville,
hlice  l'avant.

La grande nouveaut que prsenta l'_American's_, ce fut,  sa seconde
ascension, le 23 aot. Car, ce jour-l, l'aronaute emportait avec lui
cent chques, variant de 1  100 dollars, qu'il lana, du haut des airs,
aux badauds qui suivaient ses volutions. Tenez les yeux aux ciel et
ramassez un des chques, disait une proclamation, dans le style de
Mangin, publie le matin par notre confrre amricain.

D'aprs le _New-York American_, 100.000 personnes avaient suivi la
premire ascension; toute la ville de New-York s'intressa, le jour
de la seconde, aux volutions du ballon, avec passion, au point que les
affaires taient abandonnes. On le croit sans peine. Ce dtail, mme
mis  part, il semble,  en lire les comptes rendus, que les deux
ascensions ont donn d'excellents rsultats, l'_American's_ est demeur
le premier jour cinquante-quatre minutes en l'air; le second, un peu
plus d'une demi-heure. Et il est revenu chaque fois sans dommage  bon
port.

[Illustration: UN SANTOS-DUMONT AMRICAIN.--L'ascension de M. A.
Roy-Knabenshue, le 20 aot,  New-York.]


[Illustration: Chaloupe de la commission sanitaire, visitant les
pniches des mariniers sur la Spre.]

[Illustration: Pavillon d'observation des malades  Koepenick, prs de
Berlin.]

LE CHOLRA EN ALLEMAGNE.--LES PRCAUTIONS SANITAIRES  BERLIN.


LE TREMBLEMENT DE TERRE EN CALABRE

La carte ci-dessous indique la zone la plus atteinte par le tremblement
de terre qui vient de secouer la presqu'le de Calabre.

[Illustration: Carte de la presqu'le de Calabre, indiquant, par
l'intensit du gris, l'tat de dvastation.]

C'est sur la cte occidentale, dans le district de Monte Leone, que le
cataclysme semble avoir produit le plus de ravages. La secousse s'est
propage dans toutes les directions, touchant au nord l'extrmit de la
province de Cosenza et atteignant, par del le dtroit, le territoire de
Messine. En dehors de Monte Leone, Catanzaro, Martirano, Palmi, Tropea,
ont t fort prouvs.

Plusieurs gravures de notre supplment reprsentent ces gracieuses
petites villes, pittoresquement situes dans une rgion assez malsaine,
mais luxuriante, presque rduites aujourd'hui  des amas de ruines et o
la densit de la population fait craindre un nombre de victimes dont on
ne connat encore que trs approximativement l'importance.

Nous publions en mme temps les premiers documents (dessins et
photographies) que nous envoient nos correspondants italiens, accourus
en Calabre ds la premire nouvelle du dsastre:

Une vue des fouilles dans les dcombres  Monte Leone, et deux dessins
de notre collaborateur, M. G. Amato, nous montrant, l'un, la procession
de Saint-Michel,  Tropea, petite ville entre Monte Leone et Palmi, pour
conjurer de nouveaux dsastres; l'autre, la foule campe devant la
cathdrale de Reggio.


BOULEMENT D'UNE FALAISE

La falaise du cap de la Hve, prs Sainte-Adresse, haute de 80 mtres,
s'est effondre, le 7 septembre au matin, sur une longueur de 250 mtres
et une profondeur d'environ 40 mtres. Peu s'en est fallu que le
smaphore de la Hve ft emport avec ses deux gardiens; il ne se trouve
plus qu' une quinzaine de mtres du bord de la falaise et, par mesure
de prudence, on l'a vacu.

Un boulement semblable s'est produit, au mme endroit, il y a dix ans.
Il est probable qu'il s'en produira encore d'autres. On se trouve en
prsence du phnomne gologique de dnudation par la mer qui
concourt, avec tant d'autres aussi inluctables,  modifier sans cesse,
de faon lente mais sre, le profil des continents.


M. REN GOBLET

Nous apprenons, au moment de mettre sous presse, la mort,  l'ge de
soixante-seize ans, de M. Ren Goblet, ancien prsident du Conseil.

[Illustration: M. Ren Goblet.--_Phot. Pirou, boul. St-Cermain._]

N  Aire (Pas-de-Calais) en 1828, M. Goblet tait avocat  Amiens
lorsque, en 1871, les lecteurs de la Somme l'envoyrent  l'Assemble
nationale. Rlu dput en 1877, puis en 1881, il fut sous-secrtaire
d'tat  la Justice en 1879, ministre de l'Intrieur en 1882, de
l'Instruction publique en 1885 et forma, en 1887, un cabinet o il prit
le portefeuille de l'Intrieur. Renvers l'anne suivante, il revenait
au pouvoir comme ministre des Affaires trangres (1888-1889). Aprs
avoir occup un sige au Snat, il se fit lire dput de Paris en 1893.
Depuis son chec aux lections de 1898, il tait rentr dans, la vie
prive.


LE CHOLRA EN ALLEMAGNE

Quelques cas de cholra ont t signals,  la fin du mois d'aot, 
Varsovie et dans la Prusse orientale, sur la frontire russe. De son
point de dpart sur la Vistule, le mal est arriv graduellement aux
environs de Berlin en suivant l'Oder et en contaminant les valles
adjacentes. Jusqu'en ces derniers jours on a constat en Allemagne 139
cas avec 46 dcs.

Des mesures nergiques sont prises pour arrter l'invasion du flau qui
tend  se propager par les voies fluviales. Des postes d'observation
sont tablis de tous cts; une commission spciale, que notre gravure
montre  bord du canot officiel, est charge d'arrter les bateliers et
de les soumettre  une visite mdicale. On peut donc esprer que
l'pidmie, nettement circonscrite, aura bientt disparu.


M. ARNOUS DE RIVIRE

_L'Illustration_ vient d'avoir le vif regret de perdre un de ses plus
anciens collaborateurs, M. Jules Arnous de Rivire, dcd dans sa
soixante-quinzime anne,  la suite d'une courte maladie. De longue
date, il s'occupait spcialement, avec autant d'ingniosit que de
comptence, de la partie du journal consacre  la Science rcrative et
aux Jeux d'esprit; demeur jusqu' la fin en pleine possession de son
activit intellectuelle, la mort seule a marqu le terme de son labeur
assidu.

Port expert en tous les jeux, habile  rsoudre les problmes les plus
compliqus, M. A. de Rivire a crit divers ouvrages sur les checs, le
damier, le billard, les cartes, le trente et quarante; il est
l'inventeur du _damier diagonal_, des _dominos  deux couleurs_, du
_salta-steeple_, de _l'toile nationale_, etc.

C'est surtout dans le monde des checs qu'il avait acquis une rputation
universelle: jadis, il eut l'honneur de tenir tte au clbre joueur
amricain Murphy, surnomm le Napolon des checs, et parfois mme il
russit  le battre.

[Illustration: M. Arnous de Rivire.-_Ph. Pirou, b. St-Germain_.]

En 1870, M. A. de Rivire, bien qu'approchant de la quarantaine, avait
pris une part active  la dfense de Paris et sa vaillance lui avait
valu la mdaille militaire.

C'tait un homme d'une haute courtoisie, d'une affabilit parfaite, chez
qui des revers et des dboires dignement supports n'avaient altr,
jusqu'au dclin de la vie, ni les qualits de l'esprit, ni celles du
coeur.


LE MIKASA COUL

Le cuirass japonais _Mikasa_, qui portait, dans la guerre rcente, le
pavillon de l'amiral Togo et qui se trouvait, depuis quelque temps, 
l'ancre  Sasebo, vient de couler  la suite d'un incendie qui fit
exploser la soute aux munitions, dterminant une voie d'eau importante
au-dessous de la ligne de flottaison. Nous avons publi une belle
photographie du pont de ce cuirass dans notre numro du 22 avril
dernier.

[Illustration: La falaise de la Hve boule.--_Phot. Dejean._]



[Illustration: LA DFENSE DE L'LPHANT, par Henriot.]



_NOUVELLES INVENTIONS_

_(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entirement
gratuits.)_

SERRURES YALE Le type de serrure que nous dcrivons  nos lecteurs
offre des caractres d'inviolabilit et de commodit des plus
intressants. Assez connue en Amrique, la serrure Yale l'est peu ou
pas en Europe, et son originalit mrite une description dtaille.
Cette serrure est dite  cylindre et  cl paracentriques.

Un rapide coup d'oeil sur les figures ci-dessous permet de se rendre
compte du mcanisme et de sa remarquable sret.

La figure 1 reprsente la coupe du cylindre, la cl  demi engage dans
son logement, et soulevant au fur et  mesure une srie de goujons
mobiles dans le canon de la serrure. L'emplacement de ces goujons est en
concordance parfaite avec les encoches de la cl.

La figure 2 montre une cl engage  fond, mais n'tant pas celle de la
serrure. Le canon intrieur, arrt par les goujons, ne peut tourner,
bien que la cl soit engage entirement. A plus forte raison ne
pourra-t-on le faire manoeuvrer avec un instrument de crochetage, qu'il
est du reste presque impossible de faire pntrer dans l'entre
paracentrique, en raison de ses dimensions minuscules et de sa forme.

La figure 3, au contraire, montre le fonctionnement du mcanisme
intrieur sous l'action de sa cl propre. Le canon tourne librement,
entranant dans sa course la srie des goujons infrieurs et actionnant
une came fixe  l'extrmit et qui agit sur le pne de la serrure.

La petite cl Yale, qui mesure peut-tre moins d'un millimtre
d'paisseur pour 4  5 centimtres de long, est en melchior, d'une
grande solidit. Elle est lgre, lgante; un trousseau d'une dizaine
de ces cls prend place facilement dans un porte-monnaie, une poche de
gilet. Elle est elle-mme tout un trousseau, les serrures Yale pouvant
tre ajustes sur cls passe-partout. Une cl peut ouvrir un trs grand
nombre de serrures, toutes diffrentes les unes des autres, ayant
chacune leur cl propre. Ces serrures peuvent se diviser en plusieurs
sries, commandes dans chaque srie par une cl matresse. Une cl
passe-partout peut tre ajuste  la fois sur des serrures de portes
d'entre, des serrures de meubles et mme sur des cadenas munis de ce
mcanisme. C'est dire qu'il suffit d'une seule cl pour ouvrir toutes
les serrures d'une mme maison.

Fig. 3.

On conoit aisment l'avantage de ce systme pour les administrations,
les grandes usines, les grands htels.

Nous devons ajouter que le cylindre Yale s'applique  bon nombre de
modles de serrures. Notre figure 4 reprsente une serrure pour portes
d'entre,  tirage (prix: 25 fr. 50), possdant  l'intrieur et 
l'extrieur un double mcanisme; celui de l'extrieur est indpendant et
fix par une barre d'assemblage d'paisseur variable, suivant celle de
la porte, et permettant par suite d'adapter la serrure  des portes
variant de 22  76 millimtres d'paisseur, sans modification de
grandeur de la cl. Les serrures Yale se trouvent dans les principales
maisons de quincaillerie. Pour tous renseignements, s'adresser  _la
maison Yale et Tourne, 107, avenue Parmentier, Paris._



LES TREMBLEMENTS DE TERRE EN CALABRE

[Illustration: A TROPEA, APRS LA CATASTROPHE. Procession de la statue
de saint Michel, patron de la ville, pour conjurer de nouveaux
dsastres. _Dessin d'aprs nature de G. Amato--Voir l'article, page 192
du numro._]

LES TREMBLEMENTS DE TERRE EN CALABRE

[Illustration: A MONTE LEONE.--Les soldats cherchent les victimes dans
les dcombres.--_D'aprs une photographie_. La population a vacu la
ville et est maintenue loin des ruines.--Monte Leone avait t dj
dtruit par le tremblement de terre de 1783.--_Voir l'article, page 192
du numro._]

[Illustration: Type d'habitant de Martirano (village de 2.400 habitants,
un des plus prouvs).]

[Illustration: Le rivage occidental de la Calabre, prs de Palmi (ville
de 15.000 habitants, o plus de 300 maisons sont en ruines)]

[Illustration: Vendeur d'eau  Catanzaro (ville de 28.000 habitants, en
grande partie dtruite).]

[Illustration: Panorama de Scilla, en face de Messine: le phare, 
gauche, est maintenant croul.]

[Illustration: Une vue de Monte Leone (ville de 12.000 habitants, centre
du cataclysme)]

[Illustration: Tropea (6.000 habitants), prs de Monte Leone.]

VUES DES VILLES ET DES VILLAGES DE CALABRE LES PLUS PROUVS PAR LE
TREMBLEMENT DE TERRE. _Voir le texte et la carte  la page 192 du
numro._








End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3264, 16 Septembre
1905, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3264, 16 ***

***** This file should be named 35929-8.txt or 35929-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/3/5/9/2/35929/

Produced by Jeroen Hellingman and Rnald Lvesque

Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
