Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3672, 12 Juillet 1913, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3672, 12 Juillet 1913

Author: Various

Release Date: March 15, 2012 [EBook #39153]

Language: French

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L'Illustration, No. 3672, 12 Juillet 1913

LA REVUE COMIQUE, par Henriot.

Ce numro contient:

1 LA PETITE ILLUSTRATION, Srie-Roman n 8: UN ROMAN DE THTRE, de M.
Michel Provins;

2 UN SUPPLMENT CONOMIQUE ET FINANCIER de deux pages.

L'ILLUSTRATION
SAMEDI 12 JUILLET 1913

_Prix du Numro: Un Franc._
_71e Anne.--N 3672._



[Illustration: UN SIXIME PEUPLE: EN ARMES DANS LES BALKANS Le prince
hritier Ferdinand de Roumanie, gnralissime des armes roumaines
mobilises. _Phot. C.-G. Basiliade._]

LA PETITE ILLUSTRATION

_Le numro du 19 juillet contiendra La Rue du Sentier, comdie en quatre
actes de_ PIERRE DECOURCELLE ET ANDR MAUREL. _Dans le numro du 26
juillet paratra la dernire partie de l'oeuvre de_ MICHEL PROVINS: _Un
Roman de Thtre. Pendant les mois d'aot, septembre et octobre nous
publierons deux autres grands romans: Le Dmon de midi, par_ PAUL
BOURGET, _de l'Acadmie franaise; La Voix qui s'est tue, par_ GASTON
RAGEOT.



COURRIER DE PARIS

LES OUVRIERS DANS LA MAISON

Pourquoi donc, suis-je content ce matin. D'o sort ce je ne sais quoi
d'inattendu, de vif et d'apais que je remarque en moi? Je cherche, sans
inquitude. Je me tte en dedans. Puis, n'ayant rien senti ni vu de ce
ct, je regarde  l'extrieur, j'coute... Il fait beau, le ciel est
lumineux, tout rayonne... Mais ce n'est pourtant pas cela seul qui
m'veille et me satisfait... Et voil qu'aprs une minute d'attente et
d'observation, le bruit, pas trs loign, d'un marteau, vers la
buanderie, frappe mon oreille. En mme temps m'arrive  toute vitesse,
du fond de la cour, le cri blanc de la pierre gratte, comme
martyrise,... et presque aussitt, de la bouche d'une fentre voisine,
grande ouverte, s'chappe et se dandine , travers l'espace l'air 
pampilles du _Torador..._

J'ai compris maintenant pourquoi j'tais ce matin, sans en dcouvrir
tout de suite la cause, heureux de vivre, et de me trouver l. J'ai
reconnu, sans les voir, le menuisier, le maon et le peintre. _Il y a
des ouvriers dans la maison._

                                    *
                                   * *

Ne souriez pas. Ne vous cartez pas d'tre de mon avis. Donnez-moi le
temps de m'expliquer, de vous dvelopper ma sensation si gentille avant
d'en extraire un peu de sentiment.

Il y a deux sortes d'ouvriers: ceux de la ville et ceux de la campagne.
Les premiers, sauf exception, sont presque tous un sujet d'effroi. Dire
 Paris: _J'ai des ouvriers  la maison_ quivaut  constater, en la
dplorant, une irrmdiable catastrophe. Tandis qu'au contraire, ici,
aux champs, penser: _J'ai des ouvriers  la maison_, ne dclanche
qu'une impression agrable, gaie, plutt ravigotante. Pourquoi? C'est
qu'ils n'offrent entre eux aucune ressemblance, et qu'autant les
premiers font peur, autant les seconds rassurent. Entendons-nous bien
toutefois. Les ouvriers que je veux dire et pour lesquels je plaide une
cause dj gagne ne sont pas ces hommes quelconques, verra on ne sait
d'o, ramasss au hasard de l'embauchage et fournissant en quelque sorte
un travail impersonnel et anonyme... non, les ouvriers que j'aime et que
j'estime, que je dsigne  la considration et  la sympathie; sont les
ouvriers _du pays_, connus rputs, dont le nom est familier, mieux que
des rgionaux, ceux de la ville, du village, du lieu mme, d'en face,
les ouvriers d'un caractre natal, qui n'ont jamais boug de l'endroit
o ils oprent depuis leur jeunesse, o ils ont appris le peu, le peu
qui est immense, et qu'ils savent. Parlez-moi de ceux-l... Ils sont des
types traditionnels, des exemplaires parfaits d'artisans provinciaux,
des modles accomplis de travailleurs franais, perptuant avec
simplicit, conscience et dignit, l'exercice du mtier qui est le leur,
 la place mme o les a situs leur naissance et les a prpars
l'existence toute pareille de leurs pres et de leurs grands-pres
qu'ils ne font, manuellement et socialement, que continuer.

                                    *
                                   * *

En voici trois, que j'emploie depuis des annes, et qui sont la preuve
vivante de mon affirmation.

Le _menuisier_. Solide, quilibr, rbl, bien portant, paisible et
robuste, attentif et rflchi, parlant peu, coutant beaucoup, plutt
srieux et d'apparence timide, c'est un homme qui possde  fond tout ce
qui concerne sa partie. Ebniste aussi, charpentier au besoin, il
connat le bois et il en fait ce qu'il veut. D'une galit d'humeur et
de labeur que rien n'entame il apporte  toutes les diffrentes
besognes, simples ou compliques, la mme somme d'effort tranquille et
continu. Il n'a jamais l'air de se fatiguer ni de s'ennuyer. Il ignore
l'impatience et la nervosit. Il est aussi rgulier qu'une mcanique et
il n'en fournit pas l'ouvrage morne et insignifiant. Il met dans son
travail, il y fait passer l'expression de son dsir et de sa volont, ce
rien qui attache aux choses un peu de personnalit et par quoi le
rsultat, au lieu d'tre fade et froid, garde et montre une moiti de
l'intelligence et de la peine qu'il a cotes.

Et le _maon_ n'est pas moins intressant, moins digne d'tre pris comme
exemple. Mince et vif, alerte, avec des yeux d'oiseau, blond brl,
muscl, souple et dgourdi en tout, il a l'air fantassin, gymnaste et
chasseur  pied. On le sent rompu aux exercices du corps. Il suffit de
le voir marcher et faire dix pas, l'allure dgage, le rein bien
balanc, pour imaginer comme il se trouve  son aise sur la planche
lastique d'un chafaudage. Il manie ainsi qu'un joujou une chelle de 8
mtres et porte une lourde pierre sur son paule droite aussi aisment
qu'un petit paquet. Vous pouvez vous fier  lui pour ce qui rentre dans
son tat. Il a du coup d'oeil et de la main, et bien qu'il ait recours,
aussi souvent qu'il le faut, au compas,  l'querre et au fil  plomb,
il pourrait  la rigueur s'en passer. Il travaille pendant des heures,
au plein soleil du mois d'aot, par 40 degrs, sans mouiller sa chemise,
car il est sec et pointu comme une pioche. Il a l'endurance sobre et
tenace, toutes les qualits d'un petit soldat d'Afrique. Il est toujours
en train, toujours d'attaque, et son ouvrage est sans reproche.

Avec le _peintre_ je me trouve aussi, tout de suite, en assurance de
sympathie. Trs grand, les cheveux longs et noirs, grave de regard et de
manires, il a dans la silhouette quelque chose de romantique, cet
indfinissable cachet qui signe l'artiste. Il pourrait arborer un
feutre. La frquentation des couleurs, l'habitude d'observer les tons,
de chercher la nuance, d'admirer et d'tudier les tableaux, d'en faire
aussi soi-mme,  ses loisirs, et d'un sentiment trs juste, tout cela
cre chez le peintre une atmosphre intellectuelle particulire. Il est
vident que le ciel rentre plus dans ses ordinaires proccupations que
dans celles du menuisier et du maon. Il travaille avec le secours et
l'enorgueillissement de la lumire. Tout en faisant chanter les murs
et les plafonds dont il tend les couches, avec le geste de la caresse,
il se laisse aller  chanter lui-mme par un besoin naturel... c'est sa
faon de rver et de mettre de la mlodie dans son travail, qui ne
rclame pas, comme celui du toucheur de pierre et de bois, une exacte et
svre contigut. Il est pour ainsi dire impossible d'envoyer
_Carmen_ en taillant  coups de ciseau un bloc de granit ou en montant
une armoire lingre de chne plein.

                                    *
                                   * *

Tels quels, et si sommairement que je vous les aie esquisss, vous ne
pouvez vous faire une ide de ce dont,  eux trois, sont capables ces
fins _ouvriers_, en prenant le mot, dont ils n'ont pas l'troitesse de
rougir, dans sa plus haute et favorable expression, dans son sens
gnrique, ainsi qu'on l'entendait au dix-septime sicle et que
l'employait La Bruyre. Ouvrier: celui qui fait un ouvrage, une chose
russie, une petite oeuvre de ses mains et de son intelligence,
parfaitement adapte  sa destination.

Aussi, est-ce un plaisir vritable que de s'approcher de leur travail et
de s'y mler, ne serait-ce que par la cordialit muette de la prsence.
Regarder travailler les ouvriers... Ds le jeune ge on y prend got,
par instinct, sans se rendre compte encore, des difficults et du mrite
dont on est le spectateur ignorant. Mais plus tard, quand on sait, que
l'on apprcie... peu de distractions sont  ce point amusantes et
soutenues. Qui de nous, maintes fois, n'est rest longtemps  ct d'un
de ces braves gens qui faisait sa besogne et allait son train sans
s'occuper du monde, comme s'il tait tout seul?... Et cependant il ne
peut jamais arriver  oublier totalement que nous sommes l. Notre
curiosit, notre intrt lui sont le plus efficace des stimulants. Il
s'applique donc et se surpasse. On est merveill de suivre le mange de
ses mains, aptes  tant de choses, de ses doigts pais et forts, d'une
adresse et d'une habilet auxquelles semblait s'opposer leur grosseur,
et qui savent se plier aux plus dlicates exigences. De cet humble et de
ce modeste on apprend mille petits secrets, et aussi la lenteur
obstine, la patience animale, l'inusable esprit de suite. Ce temps que
nous croyons perdre en flnant auprs de lui, nous le gagnons. Paresse
laborieuse et fconde. Nous retirons de notre rcration le plus
instructif des divertissements. Nous prenons une leon de choses
incessante, toujours neuve. Le travail de l'ouvrier joue pour nous le
rle d'un reconstituant moral, et quand nous l'avons bien observ, que
nous avons bien regard _comment il fait_, c'est d'un coeur plus battant
et avec meilleur entrain que nous allons  notre tour travailler,--sans
qu'il nous regarde. Mais cependant il ne reste pas, mme  distance,
absolument loign de notre effort. Dans un arrt de l'esprit,  une
brve suspension de sance, entre deux ides ou deux mots, le rabot qui
ronfle... la pierre taquine, la voix heureuse du tnor, invisible
rossignol des murailles, viennent  titre d'encouragement nous
rappeler  et l _qu'il y a des ouvriers... des ouvriers dans la
maison._

Et pas beaucoup... deux ou trois seulement. La bonne mesure pour
bricoler. Davantage serait trop.

HENRI LAVEDAN.

_(Reproduction et traduction rserves.)_



                    L'IMPOSSIBLE AMITI

        Dans un jardin proche des bois, dans un jardin
        O l'on aurait, avec les biches et les daims,
        Des conversations quelquefois familires,
        Dans un jardin sentant le buis, le thym, le lierre,
        La mre, le sureau, le gland et le marron,
        Dans un tide jardin o les doux pommiers ronds
        Auraient encor du gui lorsqu'ils n'ont plus de pommes,
        Je voudrais n'tre rien prs de toi qu'un jeune homme:
        Je voudrais tre ton ami. Dans des sentiers,
        Nous irions, sous un ciel bleu comme l'amiti.
        On entendrait au loin le hennissement tendre
        D'un arabe attach qui ne veut plus attendre
        Et qui s'impatiente en frappant du sabot.
        Il y aurait de l'or dans l'air. Il ferait beau.
        Le soleil, sur le sol, mettrait de claires taches;
        Sur les bancs, on verrait des journaux, des cravaches,
        Des romans jaune ple et des gants de chamois.
        Nous oublierions l'heure du jour, le jour du mois,
        Ne connaissant Avril que par les violettes.
        Nous fumerions tous deux de blondes cigarettes.
        J'aurais une cravate noire, un gilet clair.
        Parfois, je te dirais:  Un peu de  feu, mon cher!
        Ou bien: Raconte-moi les yeux de ta matresse!
        Et ce seraient, alors, dans la chaude paresse
        Des longs jours, o dans l'or calme de leur dclin.
        De ces propos mystrieux et masculins
        Que nous ne connatrons jamais, nous autres femmes!
        Peut-tre du dandysme et peut-tre de l'me,
        Lvre qui rit encor quand le coeur faiblissait,
        Un peu Stendhal, un peu Byron, un peu Musset:
        On parle; on est profond,  subtil, terrible, tendre...
        Et d'une chiquenaude on fait tomber la cendre
        Qui par miracle tient au petit bout de feu!
        Je serais ton ami. Nous serions l tous deux
        Et nous nous dirions tout, sans crainte et sans mlange:
        Comment le dsir vient, comment le dsir change,
        Et qu'il est plus fatal, froce et frmissant,
        Que l'oiseau vert qui happe une mouche en passant;
        Qu'il suit l'odeur d'un nom, la chanson d'une toffe...
        Et nous agiterions des mots de philosophe,
        Comme des sons de cloche, entre nos souvenirs;
        Et nous nous griserions des printemps  venir
        En sculptant des secrets sur l'corce des htres.
        Parfois, tu suspendrais quelque brlante lettre
        Sous l'aile d'un pigeon qui saurait voyager:
        Et chacun de nos jours, transparent et lger.
        Comme un baguenaudier se couvrirait de bulles.
        Ainsi que dans un frais distique de Tibulle,
        Je te souhaiterais des vergers pleins de fruits,
        Des jours pleins de douceur et de plus douces nuits;
        Car du libre cerveau qu'enferme ton front lisse
        Autant que la grandeur j'aimerais le dlice.
        Je voudrais que le monde et ton coeur pour appui
        Que l'heureuse Fortune, au bord clair de ton puits,
        S'accoudt pour cent ans  ct de sa roue!
        Que, fendant ton lac bleu de sa fragile proue,
        L'espoir, vers toi, toujours, ft un bateau qui vient!
        Que le plaisir dormt sous tes pieds comme un chien!
        Que les plafonds pour toi retrouvassent des roses!
        Je te voudrais parmi des ciels d'apothose.
        Je te voudrais tranquille et triomphant parmi
        La lumire et l'amour. Je serais ton ami.
        Je t'aimerais sans cris, sans nerfs, sans jalousie.
        Si quelque femme tait belle en Andalousie,
        Je te dirais: Partons! tu la verras demain!
        Si tu disais: Je veux avoir sous ce jasmin
        Une table, une grande chaise qu'on balance,
        Du tabac, du printemps, un livre et du silence...,
        Tendre, je m'en irais sans rien te demander.
        Comme sur un drap vert on jette un coup de ds,
        Je jetterais mon me aux gazons de ta route.
        Je t'aimerais sans pleurs, sans misres, sans doutes;
        Mon rve comprendrait  ton rve  demi-mot;
        Et si ton rve, un soir, voulait monter plus haut,
        Parmi des ciels gonfls de nuages de cuivre
        O mon rve, bloui, ne pourrait plus  le suivre,
        D'un coeur tout embaum d'altruisme  hautain
        Je saurais en toi-mme adorer ton destin
        Et t'aimer, mme au prix de mon propre dsastre.
        Pour le palpitement unique de ton astre!

                                    *
                                   * *

        ... Je serais ton ami. Je te dirais: Vois donc
        Quels grands cils ont ces yeux baisss! Quel abandon
        A cette fin de jour qui sur le soir s'attarde! 
        Je serais ton ami. Je te dirais: Regarde
        Quelle petite main vers la tienne se tend!
        Considre comment la vapeur de l'tang
        A su dsordonner le fond du paysage!
        Admire ce jardin! Respire ce visage!
        Ne passe pas si vite! attends! l'air est si bleu
        Qu'il a bien mrit qu'on le lui dise un peu!
        Arrte un peu ta vie au tournant de ce rve!
        Tout cela, cet instant si long, cette heure brve,
        C'est pour toi! Prends ce ciel divin!  Prends la pleur
        Qui couvre en mme temps ce front et cette fleur.
        Veux-tu ces fruits? ces mots? ce danger? ce mystre?
        Quoi encore?... On n'est pas assez longtemps sur terre
        Pour priver celui-l que l'on aime le mieux.
        Prends du bonheur avec ta bouche, avec tes yeux,
        Prends la vie! Ah! je veux qu'elle te soit charmante!
        Prends-la toute! prends-la!... Mais je suis ton amante,
        Et tu dois me mentir, et moi te tourmenter!
        Et lorsque je te tends un baiser velout,
        J'ai quelquefois le coeur d'une bte de proie!
        Car je veux tout te prendre: et les instants de joie,
        Et les sourires lourds, et les rires lgers!
        Je ne dsire ton bonheur qu'autant que j'ai
        Bien vu qu'il suit la courbe exacte de ma lvre!
        Autour de toi, je rde avec des yeux de fivre.
        Et, devant toi, je vais, cartant de la main
        La branche qui charmait un peu trop le chemin.
        Lorsqu'un chant, au lointain, s'loignant sans secousse,
        Semble mettre   la  nuit  une pdale  douce,
        Et qu'il prtend traner tous les cours aprs lui,
        J'coute avec horreur la douceur de la nuit!
        L'hiver, lorsque tu sors, j'interroge la neige.
        Lorsque tu parais gai, je t'entoure de piges.
        Lorsque tu t'assombris, j'exige des serments.
        Et lorsque tu les fais je jure que tu mens!
        Et je souponne tout: la brume en ses charpes,
        Et la brise d't qui, renversant sa harpe,
        S'en fait un bateau d'or pour mieux traverser l'eau!
        Et souponne la Lune et ce ple halo
        Qui se forme en lumire et qui rpand  le trouble!
        Et je vais supplier chaque jacinthe double
        De ne pas se mler au prime acacia!
        J'ai peur de cet air bleu dans lequel  il y a
        Trop d'arbres qui sont verts, trop de rieurs qui sont roses!
        Redoutant les effets, je tremble aussi des causes.
        Je ne veux pas qu'en toi glisse tout ce printemps
        Qui notas fait la main moite avec les yeux flottants.
        Je ne peux pas souffrir que les saisons te touchent,
        Ni que le miel d'une heure ait fondu sur ta bouche;
        Je ne peux pas souffrir qu'un grand soir enchant
        Te passe au cou des bras qui sont des roses th;
        Et je vais, arrtant tes rves dans leur course;
        Et je vais, apportant au bord de chaque source
        O ton dsir, comme un pied d'oiseau se posa,
        Le lamentable coeur dont parle Spinoza!
        Je crains tout ce qui rit, j'teins tout ce qui dore;
        Bref, je suis, avec toi, avec toi que j'adore,
        Avec toi dont je meurs, presque comme serait
        Quelqu'un,   mon amour, qui te dtesterait!

                                                   ROSEMONDE   GRARD.



[Illustration: Thtre de la lutte serbo-bulgare et grco-bulgare. Les
griss limitent les rgions o se sont localises, jusqu'au 9 juillet,
les oprations.]

LA SECONDE GUERRE DES BALKANS

LES OPRATIONS EN MACDOINE

La guerre maintenant dclare, officielle, toutes relations
diplomatiques rompues, se poursuit, acharne, en Macdoine, entre les
allis d'hier, avec, depuis une semaine, un avantage nettement marqu
pour les Serbes et les Grecs contre les Bulgares que menacent, d'autre
part, au nord de leurs frontires, les forces htivement mobilises de
la Roumanie et, au sud-est de leurs conqutes de Thrace, l'arme turque
prte  sortir des lignes de Tchataldja.

Nous avons dit, dans notre dernier numro, quelle tait la situation
stratgique et l'importance numrique des adversaires en prsence lors
de l'offensive bulgare. Cette offensive, dont divers documents saisis
sur des officiers prisonniers ont permis de prciser le caractre et
d'tablir les responsabilits, ne fut point une querelle ou un
malentendu d'avant-postes. Une marche en avant gnrale avec le but
prcis de couper les communications entre les Serbes et les Grecs et de
s'emparer de Salonique avait t parfaitement combine et ordonne par
le commandement bulgare. Le roi Ferdinand et son prsident du Conseil,
M. Danef, auraient, dit-on, tout ignor des oprations projetes. Ils
ont relev de ses fonctions le gnralissime Savof qu'ils ont remplac
par le gnral Radko Dimitrief et ils ont fait, mais trop tard, un rel
effort pour arrter les hostilits engages.

La carte dtaille que nous publions aujourd'hui, avec des griss
limitant les rgions o les adversaires sont aux prises, permettra,
surtout si on la compare  la carte indiquant, dans notre dernier
numro, la position respective des armes opposes, de se rendre compte
de l'importance, du caractre et de l'orientation des dernires
oprations que nous prciserons rapidement d'aprs les tlgrammes
jusqu'ici parvenus et en attendant les rcits plus complets et prcis de
nos correspondants de guerre.

1 _Du ct serbe_.--L'offensive bulgare du 30 juin avait donn les
rsultats suivants:

La deuxime arme bulgare du Nord (gnral Koutintchef), passant sur la
rive droite de la Zletovska, avait occup les positions de Zletovo, de
Dreveno, de Neogasi, chassant d'Istip et du confluent de la Bregalnitza
les Serbes qui, avant l'offensive, occupaient ces positions avec les
Bulgares.

D'autre part, l'aile gauche de Koutintchef ayant reu des renforts de
l'arme bulgare du Sud (gnral Ivanof) avait pu s'emparer de Krivolak
et rejeter les Serbes sur la rive droite du Vardar.

Les Serbes, d'abord, avaient flchi sous le choc. Mais les importants
renforts qui leur furent envoys d'urgence de Kumanovo et d'Uskub leur
ont permis de se redresser et de prendre  leur tour l'offensive. Aprs
avoir repouss les Bulgares sur la rive gauche de la Zletovska, l'aile
gauche serbe, dans une manoeuvre enveloppante, s'est empare des deux
hauteurs de Retka-Boukva et de Sultan-Tepe, tournant ainsi l'aile droite
bulgare. La marche en avant s'est continue par la prise des deux
positions de Raitchevo et de Banja, qui commandent la ville de Kotchana,
et par la prise de Kotchana elle-mme, que durent vacuer les Bulgares,
refouls ds lors entre la rive gauche de la Bregalnitza et les pentes
nord des monts Platchkovitza. Pendant ce temps, l'aile droite serbe
oprant contre l'aile gauche de Koutintchef s'emparait de Krivolak et
d'Istip, rejetant les forces qui lui taient opposes sur les pentes
ouest des monts Platchkovitza.

2 _Du ct grec_.--En mme temps que l'arme du gnral Koutintchef au
nord avait agi contre les Serbes, l'arme du gnral Ivanof au sud
progressait contre les Grecs. Une partie des forces du gnral Ivanof,
marchant sur Salonique, s'tait avance jusqu' Baldja,  25 kilomtres
au nord de la ville, tandis qu'une division s'emparait de l'importante
position de Guevgheli, point de jonction des Serbes et des Grecs, et de
la voie ferre de Karasuli  Kilindir.

D'autre part, tout  fait au sud, l'extrme aile gauche bulgare chassait
les Grecs des pentes sud du Panghaon, leur faisait repasser la Strouma
et s'emparait de Nigrita. L'offensive bulgare ne devait pas aller plus
avant.

Rappel d'urgence  Salonique menace, et o, ds les premires
nouvelles des engagements d'avant-postes, le bataillon bulgare avait t
captur par les Grecs aprs une lutte dont nos gravures d'aujourd'hui
prouvent l'acharnement, le roi Constantin marchait dj  la tte de
toutes ses troupes disponibles contre les Bulgares et les repoussait,
d'tape en tape,  Sarigol,  Kilkitch,  Irikli. Son arme, continuant
sa marche en avant, reprend le tronon de chemin de fer de Karasuli 
Kilindir, bat les Bulgares  Tchidemli, rtablit, en s'emparant de
Guevgheli, les communications avec les Serbes, puis occupe les
importantes positions de Doran et de Strumitza, rejetant l'adversaire
sur les pentes sud du mont Platchkovitza, cependant que l'aile droite,
refoulant devant elle l'extrme gauche bulgare, reprenait Nigrita et
arrivait sous les murs de Srs.

_L'encerclement des Bulgares_.--Il suit de ces oprations combines des
Serbes et des Grecs que l'arme du gnral Koutintchef et, en grande
partie, l'arme du gnral Ivanof, se trouvent accules, sans
communications possibles, aux flancs des monts Platchkovitza, o les
Serbes par le nord et l'ouest, et les Grecs par le sud tendent  les
encercler.

L'occupation, par les Grecs, de Demirhissar a coup la route de Srs.
Les ravitaillements sont devenus, pour l'une et l'autre arme bulgare,
d'une extrme difficult et le mouvement concentrique des Serbes et des
Grecs, s'il russissait, isolerait leur adversaire dans une position
presque dsespre.

_Les tentatives de pntration en Serbie_.--Il faut ajouter encore, pour
rsumer toutes les informations des tlgrammes, que des tentatives de
passage de troupes bulgares en territoire serbe ont t signales au
nord d'Egri-Palanka, ainsi que dans les environs de Tzaribrod sur la
ligne de Nich,  Saint-Nicolas, et, plus au nord encore,  Zatchar. Ces
reconnaissances paraissent avoir t partout refoules par les Serbes.
De ce ct, les informations sont confuses, mais il semble bien que les
Bulgares l encore ont t fort prouvs.

LA MOBILISATION ROUMAINE

Les Bulgares, dont la situation stratgique parat maintenant trs
compromise, auront-ils  dfendre, en outre, leur territoire contre
l'invasion des forces roumaines? Ceci est le secret de demain. Mais les
alarmes sont immdiates. La mobilisation, ordonne par dcret royal du 3
juillet, s'achve en effet au milieu de l'enthousiasme national. Des
lettres de Bucarest nous disent les manifestations exaltes qui se
produisent en ce moment en faveur de la guerre dans toutes les villes du
royaume. Ds qu'et t sign le dcret de mobilisation, la population
de Bucarest s'est masse devant le palais royal pour acclamer le roi,
les ministres, le prince hritier, nomm gnralissime; elle a entour
le monument du vovode Michel le Brave et applaudi les orateurs
populaires qui parlaient de la guerre ncessaire et de la Grande
Roumanie reconstitue. Et chaque jour l'on continue ces manifestations
au cours desquelles, si l'on acclame la Serbie, on pousse le cri de A
bas l'Autriche, cri trs nouveau dans ce pays si longtemps soumis 
l'influence de la Triplice.

LES MENACES TURQUES

Les Turcs, aussi, menacent d'entrer en ligne, si les Bulgares n'vacuent
point d'urgence le littoral de la mer de Marmara et ne se retirent point
au del de la ligne Enos-Midia assigne comme nouvelle frontire par le
protocole du trait. Ce sont pour l'instant les revendications avoues
dans une note  Belgrade. Mais on peut supposer, si l'on en juge par
l'exaltation actuelle du parti militaire, qu'au cas d'un crasement
bulgare l'arme, non encore disperse, de Tchataldja tenterait un effort
pour reprendre quelques avantages en Thrace, si, ce qui est peu
probable, l'Europe et particulirement la Russie n'y mettaient point
opposition.

A. C.

Voir  la page 46 les photographies de LA NUIT SANGLANTE DE SALONIQUE
(30 Juin--1er Juillet).



[Illustration: L'ENTHOUSIASME POUR LA GUERRE EN ROUMANIE.--Manifestation
populaire dans la rue de la Victoire,  Bucarest, le 3 juillet, aprs la
signature du dcret de mobilisation. On lit, sur les banderoles, ces
inscriptions: A bas l'Autriche perfide!--Vive la Grande
Roumanie!--Nous voulons la guerre!--Phot. H. Ghinsberg.]

[Illustration: DANS LES RANGS BULGARES.--Interrogatoire,  Istip, du
sous-lieutenant serbe Milan Bojkovitch, qui avait t dcouvert, dguis
en villageois.]

[Illustration: Aprs les premires escarmouches, favorables aux
Bulgares: quelques prisonniers grecs, amens  l'htel du gouverneur, 
Srs.]

_Photographies M. Ivanof._



[Illustration: ARME SERBO-MONTNGRINE.--Les contingents montngrins,
arrivs  Uskub (Skoplj en serbe) le 28 juin, partent pour le front.

LA NOUVELLE GUERRE DE MACDOINE]

[Illustration:

_Phot Wagner._

A L'ASSAUT DE KSIBA.--Un passage difficile de l'artillerie de 75: pice
tire  bras par des tirailleurs algriens.]

_L'un des officiers qui, les 8 et 10 juin derniers, dans l'Atlas
marocain, dirigeaient les fougueux assauts par lesquels la colonne
Mangin emporta la kasba Ksiba, repaire de Moha ou Sad, dcrivant ce nid
d'aigles qui nous cota si cher, en dit simplement: Ksiba est situe 
1.000 mtres d'attitude, dans un pays difficile. On ne saurait pousser
plus loin la concision, qualit primordiale du style militaire, non plus
que la modestie. Le fait est que les chemins que nos soldats durent
emprunter pour atteindre leur but dfiaient en pret toute description,
et que seule la photographie peut donner une ide exacte des difficults
qu'il fallut vaincre. Cest ainsi que les tirailleurs durent tirer  bras
jusqu'aux crtes les pices d'artillerie, par des sentiers abrupts,
rocailleux, zigzaguant entre des buissons pais. Dans le mme temps, les
goumiers marocains du lieutenant Delhomme, descendus de leurs chevaux,
lancs en avant de la colonne, se dfilaient un  un le long de chemins
couverts, bords de vgtations denses, minemment propices aux
embuscades, pour gagner le pied d'un piton qui dominait le village et
qu'ils taient chargs d'emporter d'assaut. Et l'on s'explique,  la vue
de ce terrain chaotique et broussailleux, comment la vaillante colonne
fut si cruellement dcime._



D'ALGER AU DAHOMEY PAR TOMBOUCTOU

_Lorsque, il y a peu de mois, le gnral Bailloud fut atteint par la
limite d'ge, l'nergique et toujours jeune commandant en chef du 19e
corps d'arme ne voulut point revenir en France sans avoir fait une
dernire et exceptionnelle randonne d' Africain. Et voil comment,
accompagn d'un officier d'lite, le lieutenant Labrue, maintenant
capitaine, le gnral Bailloud ralisa, d'Alger au Dahomey,  travers
les prilleuses tendues sahariennes, un raid qui tmoigne d'une vigueur
physique et d'une nergie morale que l'ancien chef de nos troupes
d'Algrie saurait mettre, le cas chant, au service du pays,  la tte
d'une des formations de rserve, noyau de notre arme de seconde ligne.
Sur ce tourisme d'tude au Soudan, nous sommes heureux de publier
quelques intressantes photographies et notes de route._

Les plus hautes personnalits civiles et militaires et les nombreux amis
du gnral Bailloud s'taient runis, le 24 novembre 1912, vers 8 heures
du soir, sur les quais de la gare d'Alger pour saluer le commandant en
chef du 19e corps, qui, le matin mme, avait quitt son commandement.

C'est d'ordinaire sur les pontons de la Compagnie Gnrale
Transatlantique que se droulent ces crmonies d'adieux; mais l'ancien
chef du service des tapes  Madagascar, l'ancien commandant de la
colonne expditionnaire de Chine, des 20e, 17e et 19e corps d'arme,
atteint maintenant par l'inflexible limite d'ge, n'emprunte pas la voie
normale pour se rendre en France. Il gagne la Touraine, o il a fix sa
rsidence d't, en passant par... Tombouctou et en procdant en cours
de route  des expriences de tlgraphie sans fil qui permettront
peut-tre d'tablir la liaison tant cherche entre l'Algrie et le
Soudan.

Un officier, le lieutenant Labrue, deux caporaux radio-tlgraphistes,
munis d'un poste rcepteur de tlgraphie sans fil, deux ordonnances,
une petite escorte prise sur place: c'est, estime le gnral, plus que
suffisant pour traverser le Sahara o pourtant un important rezzou vient
d'tre signal.

[Illustration: Le gnral Bailloud achte la lance d'un chef touareg.]

Tougourt devait tre gagn par la voie des airs. Une srie d'accidents
survenus aux appareils du centre d'aviation de Biskra priva le gnral
Bailloud de ce mode de locomotion. C'est en auto qu'il arrive dans la
capitale de l'Oued-Rhir, et  cheval qu'il fait son entre  Ouargla, o
les dernires troupes rgulires du 19e corps adressent leur adieu au
chef qui les a si brillamment commandes pendant de longues annes.

La Sauterelle du caporal Cros, pilote par le lieutenant de Lafargue
qui a russi, au prix de quels efforts,  faire la route Biskra-Ouargla,
prend,  son bord, le gnral jusqu' la Gara-Krima,  quelques
kilomtres au sud d'Ouargla; puis c'est le mhari, la seule monture
possible au dsert, qui va le transporter, trop lentement  son gr,
d'une rive  l'autre du Sahara.

[Illustration: Un passage difficile dans la koudia du Hoggar.]

Ouargla et Gao, ainsi sont baptiss les deux mhari du gnral. Le
premier, trs calme, va de son pas tranquille et n'est pas impressionn
le moins du monde par les pull up de son cavalier qui se croit encore
sur un pur sang. Gao, qui vient d'tre arrach aux douceurs du pturage,
manifeste d'abord une ardeur qui effraie un peu les braves Chaambas
habitus  cheminer lentement sur les pistes du dsert. Au bout de
quelques jours, il reprend l'allure caractristique de sa race, et seuls
des airs entranants comme le _Danube bleu_ ou la _Chanson du petit
paveur_ parviennent  lui faire donner plus que les six kilomtres
rglementaires.

La Nol est fte aux portes d'In Salah le 25 dcembre et pour la
premire fois les petits Chaambas voient un arbre de Nol. Les
innombrables menus objets apports dans ce but d'Alger font la joie des
enfants d'indignes, comme  la mme heure, dans la mre patrie, la
distribution traditionnelle de joujoux  tous les jeunes frres de
France. Le 5 janvier 1913, les tentes sont dresses dans les gorges de
Takombaret.

[Illustration: Itinraire du gnral Bailloud, d'Alger  Porto-Novo.]

Du 17 au 21 janvier, on chemine pniblement par les sentiers impossibles
de la Koudia du Hoggar, au milieu de blocs normes jets au hasard par
des Titans, et figurant des animaux fantastiques, des chteaux forts du
moyen ge, de vieilles glises des Flandres, tandis que,  et l, des
pitons mergent. Le 21, au soir, on arrive  Fort-Motylinsky. Le 25, on
touche  Tamanghasset, o le gnral retrouve un vieil ami, le Rvrend
Pre de Foucauld, le plus grand marabout du Sahara, et nourrit pendant
quarante-huit heures toute une tribu touareg avec un sac de bechna. Un
nouvel arbre de Nol, suivi d'une large distribution d'pingles de
nourrice, de petits savons et de glaces  deux sous, attire sur la tte
du gnral et de son officier d'ordonnance les bndictions de toutes
les Targuistes jeunes et vieilles.

L'horrible Tanezrouft est franchi du 31 janvier au 3 fvrier; le 4, on
prend de l'eau  Tin-Gahor, point important de bifurcation du futur
railway transafricain, et, le 11, on installe le campement  Bou-Ghessa,
 la frontire de l'Algrie et de l'Afrique Occidentale franaise, o
s'opre la jonction des mharistes algriens et soudanais. Cet vnement
saharien fut marqu par des ftes superbes qui se droulrent dans un
cadre majestueux et sous une tempte de vent et de sable comme on ne
peut en voir qu'au Sahara. Un mt de cocagne remplace l'arbre de Nol,
et ce divertissement inconnu jusqu'alors au Sahara excite l'enthousiasme
universel.

[Illustration: Un hippopotame tu par le gnral Bailloud.]

Le 18 fvrier, Kidal; le 1er mars, Bourem, sur le Niger; au total, prs
de 3.000 kilomtres franchis en moins de trois mois.

Tombouctou est tout proche, et l'aimable insistance du colonel Sadorge,
commandant suprieur de la rgion, dcide le gnral, qui avait fait
avec lui la campagne de Madagascar,  pousser jusqu' la. Mystrieuse.
Il y sjourne une semaine qu'il emploie  visiter la ville o se tient
la grande foire annuelle du centre africain et  faire aux environs
quelques reconnaissances cyngtiques, notamment une victorieuse
campagne de trois jours contre une bande de six lions.

Du 18 mars au 11 avril, c'est la descente du Niger, en chaland, avec les
escales de Bamba, Bourem, Gao, Ansango, Tillabery, Niamey, Gaya...

Ce mode de locomotion ne plat gure au gnral qui s'accommode assez
mal des longues heures d'immobilit dans l'troite cabine du chaland.
Chaque fois qu'il trouve une monture, il fait une partie de l'tape 
cheval, force un coba  la course, abat une girafe aprs avoir charg le
troupeau pendant plus d'une demi-heure, tue un hippopotame dans les
rapides de la Bezinga. Il chappe ainsi  la fivre, plus heureux que
son officier d'ordonnance qui, retenu de temps  autre par d'inopportuns
accs, doit se contenter d'une seule victime, un bel hippopotame.

[Illustration: En pirogue sur le Niger.]

Entre temps, le gnral interroge les administrateurs et les chefs
indignes sur le recrutement des noirs qui est appliqu pour la premire
fois dans la rgion, assiste  quelques oprations, voit un bataillon de
recrues en formation  Niamey, s'enquiert des ressources du pays, des
besoins des populations et donne dans tous les villages o il passe,
avec sa gnrosit habituelle, une multitude de ces petits cadeaux qui,
l plus que partout ailleurs, entretiennent l'amiti.

Gaya marque la fin de la navigation fluviale, la limite du territoire du
Haut-Sngal-Niger et celle du royaume de la terrible mouche ts-ts qui
ne fera heureusement qu'une victime dans la caravane,--un brave chien,
Miss, l'insparable compagnon du gnral.

Le retour  la cte s'effectue par le Dahomey et par les moyens de
transport les plus modernes: l'automobile et le chemin de fer.

Une excellente route aboutit jusqu'au Niger; un service automobile
transportant voyageurs, marchandises et courrier est organis et, en
cinq jours, par petites tapes, on atteint Sav, terminus du chemin de
fer du Dahomey. Un jour suffit pour gagner Kotonou par la voie ferre;
quelques heures de navigation  travers la lagune conduisent 
Porto-Novo, capitale administrative du Dahomey, o le gnral et son
officier reoivent, au palais du gouvernement, jusqu'au jour de leur
dpart pour la France, 27 avril, la plus cordiale hospitalit de M.
Noufflard.

Cette traverse du Dahomey, si rapide ft-elle, permit cependant au
gnral de se rendre compte du dveloppement conomique de cette belle
colonie dont le budget se chiffre chaque anne par un gros excdent de
recettes.

[Illustration: Le roi Toffa sortant, avec ses ministres, de la rsidence
de Porto-Novo, o il vient de saluer le gnral Bailloud.]

Un admirable rseau routier est en voie d'excution; une ligne
secondaire de chemin de fer longe la frontire de la Nigeria; d'autres
projets de voies de communication sont  la veille d'tre raliss. Le
long des voies ferres et des routes, la brousse disparat, faisant
place  d'importantes plantations de mas, d'igname, de mil, de manioc,
de bananiers, etc.

Au Dahomey comme au Sahara et dans les territoires du
Haut-Sngal-Niger, le gnral a trouv chez toutes les autorits
civiles et militaires l'accueil le plus aimable et le plus empress. Le
commandant suprieur de la rgion de Tombouctou se porta  sa rencontre
jusqu' Kidal, le lieutenant-gouverneur du Dahomey vint le saluer 
Sav.

Les chefs indignes se firent un devoir de prsenter leurs hommages au
grand chef blanc, venu d'Alger par le Sahara: Mohammed Ferzoug, chef des
Touaregs Ifoghas; Moussa ag Amastane, amenokal du Hoggar; les chefs des
tribus de Tombouctou, Gao, Ansango, la plupart accompagns de nombreux
cavaliers; enfin, au Dahomey, les rois de Parakou, de Sav; Agoli Akbo,
le frre de Behanzin; le roi Toffa, de Porto-Novo, et nombreux autres
roitelets. On ne saurait non plus omettre la reine des Peuhls, le chef
recouvert d'un casque tincelant de blancheur, cadeau rcent de la femme
d'un administrateur, et Zoumaou, roi des Dassa, mont sur un superbe
cheval de bois  roulettes, tran par ses ministres,--spectacle imprvu
pour des Europens.

Le raid transafricain que vient d'accomplir le gnral Bailloud, outre
l'enseignement qu'il comporte au point de vue de la coopration que
doivent se prter les troupes algriennes et soudanaises charges
d'assurer la police du Sahara, a permis  l'un de nos premiers chefs
militaires, dont les avis font autorit sur toutes les questions
coloniales, de se rendre compte sur place des possibilits d'avenir d'un
Sahara rest encore mystrieux pour celui qui ne le connat que par les
rcits de trop rares visiteurs.

Capitaine L...

[Illustration: A LA COUR DES ROITELETS DAHOMENS.--La promenade questre
de Zoumaou, roi des Dassa, sur un cheval de bois  roulettes tran par
ses ministres.]



LES NOCES DE DIAMANT DE LA SOCIT DES GENS DE LETTRES.--Le discours du
prsident de la Rpublique  la Sorbonne.

_Les noces de diamant de la Socit des Gens de lettres ont t ftes,
samedi dernier 5 juillet, avec un clat exceptionnel. Tous les journaux
quotidiens ont donn de longs comptes rendu? dtaills de la crmonie
de la Sorbonne prside par M. Raymond Poincar, de la rception 
l'Htel de Ville et du grand banquet du soir prsid par M. Louis
Barthou, prsident du Conseil des ministres. On a publi partant les
admirables discours prononcs au cours de celte fte splendide des
lettres franaises  laquelle s'taient associs les pouvoirs publics,
les grands corps de l'tat, l'Institut et l'Universit, et o les
nations trangres taient reprsentes par le corps diplomatique au
grand complet. Nous ne rpterons point ici ce qui a t dit et trs
bien dit ailleurs. Nous prfrons, selon les traditions et le caractre
de notre journal, donner, dans une belle gravure, la physionomie exacte
de cette commmoration; et notre collaborateur J. Simont a choisi,  cet
effet, pour composer le dessin de notre double page, l'instant de la
runion de la Sorbonne o le prsident de la Rpublique, rpondant au
beau discours du prsident de la Socit des Gens de lettres, M. Georges
Lecomte, adresse, avec cette loquence si pure, si leve, si nationale
qui est la sienne, son salut aux lettres franaises._

_Dessin de J. SIMONT._



[Illustration: I. trois alpinistes A, aprs tre mont sur le clocheton
de gauche, a lanc la corde par le travers du clocheton central; le
second alpiniste B, s'tant attach  cette corde, commence  monter.]

[Illustration: II.--L'alpiniste B en train de grimper s'efforce
d'atteindre quelques asprits qui lui permettront de se hisser sur la
plate-forme du clocheton central.]

UNE COLE DE GRIMPEURS

L'ESCALADE ET LA TRAVERSE DES CLOCHETONS DE PLAN-PRAZ.

Les rochers du nord de la Grande-Bretagne offrent aux alpinistes
anglais un merveilleux champ d'entranement; chaque anne, avant la
belle saison, les membres de l'Alpine-Club londonien vont s'exercer aux
difficults de l'escalade en gravissant les cimes de l'le de Skye, en
cosse, ou les falaises du Cumberland; sur les flancs abrupts de ces
aiguilles, d'une altitude modeste mais qui exigent des prodiges de force
et de souplesse, les dbutants se familiarisent avec la technique
savante des rochassiers; cette cole de grimpeurs a ses adeptes et
ses fervents. Les membres du Club allemand-autrichien s'attaquent aux
pics vertigineux des Dolomites o se rencontrent les plus prilleux
passages des grands sommets alpestres. Les Suisses ont  Schaffhouse un
jardin d'escalade, la Frendenthal, et l'on sait la faveur dont le
Salve jouit auprs des tudiants genevois.

[Illustration: III.--Le troisime alpiniste C grimpe  son tour le long
de la corde, aid par son camarade B qui lui prte main-forte.]

En France, rien de pareil. Le touriste se lance  l'assaut des montagnes
savoyardes ou dauphinoises sans avoir t prpar aux fatigues spciales
qui le guettent. S'il peut tudier l'emploi du piolet et des crampons en
parcourant des glaciers aisment accessibles, en franchissant des cols
faciles, il reste ignorant de l'art de grimper, art complexe et
prilleux s'il en fut.

Pourtant, il existe, au-dessus de Chamonix, entre le Brvent, belvdre
illustre, et la chane des Bouges, aux pierres friables, une crte
presque ignore, dchiquete comme une scie ingale et dont les dents
sont de vritables aiguilles. On y distingue surtout le Clocher et les
trois Clochetons de Plan-Praz, pitons aigus aux parois rapides et qui
semblent lisses. Depuis quelque temps, les friands de varappe leur
rendent visite. Les guides Joseph Ravanel et Joseph Demarchi leur ont
montr le chemin. De l'htellerie de Plan-Praz, on gagne, en une heure,
par le sentier du col du Brvent et des pentes d'herbe trs inclines,
une dpression  gauche du Clocher. On grimpe alors directement la face
du Clocher jusqu' mi-hauteur puis on tourne  droite pour atteindre une
troite fissure (visible de Plan-Praz) et l'on s'lve,  l'aide d'un
genou coinc dans cette fissure, jusqu'au sommet. Pour descendre, on se
laisse glisser le long de la corde dans une chemine assez large qui
aboutit prs du point de dpart. De l, par des rocs bouls, on atteint
un champ, souvent couvert de neige, et l'on se trouve en face des trois
clochetons que reprsentent nos photographies.

L'ascension du deuxime clocheton est seule difficile. Elle serait sans
doute impossible si un alpiniste--que nous dsignons dans nos lgendes
par la lettre A--aprs tre mont sur le clocheton de gauche (d'accs
ais), ne lanait une corde par-dessus une asprit du piton central.
Cette asprit est  7 ou 8 mtres du sommet. Les autres alpinistes B et
C, en contournant le piton de droite, atteignent une brche entre
celui-ci et le clocheton central. De l, l'un d'eux B se penche, saisit
la corde pendante, s'y attache et commence l'escalade d'une plaque sans
prises contre laquelle le corps se maintient par un miracle d'quilibre.
La difficult de cette escalade se double du fait que la corde
maintenue, au lieu de l'aider, contrarie l'effort du grimpeur qui,
souvent, reste agripp par le bout des doigts. Au-dessus de la plaque se
trouve une vire horizontale d'o le second alpiniste B peut hisser le
troisime C. Lorsqu'ils sont runis, ils se dtachent, et le premier
alpiniste A, toujours perch sur son pic, retire la corde  lui pour la
relancer de nouveau, mais, cette fois, par-dessus le sommet du clocheton
du milieu.

La mme manoeuvre se renouvelle alors et l'ascension se continue par
l'arte de droite de ce clocheton.

[Illustration: IV.--Les deux alpinistes B et C s'tant rejoints sur la
plate-forme gagnent l'un aprs l'autre le sommet.]

C'est au sommet que commence l'acrobatie. Il s'agit de passer du
clocheton central sur le clocheton de gauche. Pour ce faire, on double
la corde, on l'enroule autour du piton central et, tandis que le premier
alpiniste A tire sur la double extrmit et que le troisime C maintient
la boucle accroche, le second B accomplit une impressionnante traverse
dans le vide. Il se suspend d'abord par les mains  la corde et passe
une jambe au-dessus d'elle. Ensuite, il avance par un mouvement de
reptation en dplaant lentement les mains. Ds qu'il atteint le sommet
de gauche, il aide A  rendre la corde  leur compagnon C qui redescend,
lui, par le chemin de la monte.

Pour un spectateur profane, ce jeu passionnant peut paratre une folie.
Mais l'usage intelligent de la corde permet de pratiquer cette
gymnastique vertigineuse avec scurit. Afin de prvenir tout accident,
on emploie deux cordes, l'une dite de rappel que lance le premier
alpiniste (elle doit avoir 40 mtres environ), l'autre (plus courte) qui
runit les deux grimpeurs. Pendant la traverse arienne, l'alpiniste B
passe sur la corde de rappel double, mais il est attach au milieu de
l'autre corde dont ses deux compagnons tiennent les extrmits. Une
chute devient ainsi impossible. Enfin, pour effectuer le retour, le
grimpeur C se noue d'abord, sous les aisselles, la corde simple que B
laissera filer peu  peu. Puis il saisit  deux mains la corde double
et, les pieds poss  plat sur le roc, le corps presque en querre, il
descend par la force des bras.

[Illustration: V.--Par la double corde maintenue  chacun des sommets
par les deux grimpeurs A et C, l'alpiniste B fait, dans le vide, la
traverse, laissant son camarade C redescendre par le chemin de la
monte.]

De semblables exercices valent toutes les leons de technique alpine, et
les dbutants qui les auront tents ne s'effraieront pas des plus
difficiles passages des cimes clbres.

GEORGES CASELLA.



[Illustration: _Phot. de Givenchy._ LA SAISON.--Fin d'aprs-midi au Polo
de Bagatelle.]

_C'est par une de ces douces fins d'aprs-midi, o il est si plaisant de
prolonger jusqu'au repas du soir l'heure du th au Bois, propice aux
lgers entretiens et aux rencontres lgantes... Entre tous les
rendez-vous de bonne compagnie, le Polo de Bagatelle, prs de
Longchamp, s'offre comme un des plus choisis. Tandis que, sur le vaste
tapis gazonn rserv au jeu, se poursuit, parmi les galopades et les
coups de maillet, une rude partie, de paisibles groupes errent le long
de l'alle de sable fin, ou s'attablent sous les arbres, opposant, en
contraste au sport violent qui emplit la pelouse d'alertes chevauches,
leur grce indolente. Car l'endroit, aristocratique et discret, est de
ceux que la Mode a consacrs et o une Parisienne habitue des runions
mondaines aime  paratre, sinon pour se passionner aux pripties d'un
beau match, du moins pour goter le plaisir, toujours nouveau, d'tre
vue, et admire..._



[Illustration: NOS BONS PETITS LVES DU MAROC.--Les laurats de la
distribution des prix  l'cole franco-arabe de Casablanca.]

Si la France est oblige encore, dans toute une partie du Maroc,
d'achever par les armes sa prise de possession, elle n'a pas attendu
longtemps, ds que la sagesse des indignes lui en a laiss la latitude,
pour leur prodiguer, dans les rgions qu'elle occupe en paix, les
bienfaits de sa culture, et la gravure ci-dessus constitue une heureuse
antithse  celle qui montre, d'autre part, nos soldats  l'action.
C'tait la premire fois qu'il tait procd,  l'cole franco-arabe de
Casablanca,  une distribution solennelle des prix. La crmonie,
prside par M. le comte de Saint-Aulaire, dlgu  la rsidence
gnrale, autour duquel avaient pris place le gnral Ditte, M. Loth,
directeur de l'enseignement, le pacha de Casablanca et tous les
notables, fut suivie par la plupart des parents des lves, assez
tonns, sans doute,  la vue de leurs enfants les bras chargs de
livres aux reliures voyantes et le front ceint de couronnes dores. Ah!
si quelques missaires des farouches Tadla, Bni M'Tir ou Zaer avaient
pu se mler  leurs groupes et contempler, comme eux, ce diplomate,
reprsentant de la France, ces officiers complimentant gravement,
affectueusement, ces bambins aux yeux veills dans des masques de
bronze, quelles rflexions n'eussent-ils pas faites! Avant de venir
rcompenser de leur application ces petits Arabes, M. de Saint-Aulaire
avait prsid  une autre solennit, plus semblable  celles que nous
voyons se drouler chez nous  pareille poque, avec la foule des
garons et des fillettes anxieux et bants devant les tables lourdes de
volumes scintillants d'or: c'tait la distribution des prix aux lves
des coles franaises. Mais, pour tre moins pittoresque que l'autre, et
ne pas prsenter le mme contraste, elle n'en tait pas moins frappante,
pour ceux-l surtout qui l'anne prcdente avaient vu, groups autour
de leurs matres, deux cents enfants, et qui en voyaient, cette fois,
quinze cents,--tant cette ville de Casablanca se dveloppe avec
rapidit, tant l'oeuvre franaise y progresse  pas de gant.



[Illustration: Une charge impressionnante de 30.000 boy-scouts, aprs la
revue passe  Birmingham par le prince Arthur de Connaught.]

CHEZ LES BOY-SCOUTS ANGLAIS

Les Anglais, qui furent nos matres en matire de scoutisme, possdent
une vritable petite arme d'claireurs, alerte, bien exerce, pleine de
vaillance et d'entrain; la semaine dernire, elle a eu les honneurs
d'une inspection passe par le prince Arthur de Connaught, en prsence
de son chef, le gnral sir R. Baden-Powell. C'est prs de Birmingham, 
Perry Hall Park, qu'a eu lieu, samedi, la revue de ces jeunes troupes,
qui ne comprenaient pas moins de 30.000 boy-scouts, venus de toutes les
parties de l'Angleterre; une dlgation internationale, o figuraient
des reprsentants de la France, qui furent particulirement fts,
s'tait jointe  eux. Aprs avoir manoeuvr devant leur auguste
visiteur, ils lui donnrent le spectacle d'une charge gnrale: et ce
fut une vision impressionnante que celle de tous ces jeunes garons se
prcipitant, en une bruyante mle, drapeaux en tte, puis s'arrtant
soudain, au commandement, aprs une course perdue...



UN CADEAU DE GUILLAUME II A LA NORVGE

[Illustration: La statue colossale du hros Scandinave Fridthjof,
offerte aux Norvgiens par l'empereur d'Allemagne.--_Phot. Conrad
Hnich._]

L'empereur d'Allemagne, qui fait chaque t, depuis nombre d'annes, une
croisire sur les ctes de Norvge, a pris peu  peu ce pays en
affection particulire. Si bien qu'il lui envoie un prsent peu commun;
ce n'est rien de moins que la statue colossale du lgendaire hros
Scandinave Fridthjof, qu'il destine  tre rige en vue de la
mer,--souvenir d'un monarque ami des choses de la mer  un peuple de
navigateurs. Ce Fridthjof, qui est loin dans la pnombre de l'histoire
norvgienne, en reste la plus grande figure, parce que les Scaldes l'ont
chant. Il est pour les Norvgiens ce que sont pour les Grecs les
guerriers de l'_Iliade_. C'est un vaillant comme Achille ou Ajax; mais
ses potes anciens ou nouveaux--le dernier en date Esaas Tegner au
commencement du dix-neuvime sicle--ont clbr non moins que le
guerrier l'amant passionn et fidle. La _saga_ de Fridthjof n'est pas
seulement une chanson de gestes, c'est un pome d'amour, et les
Scandinaves placent Fridthjof et son Ingeborg prs de Tristan et
d'Iseult. De Scandinavie, les rcits de ses aventures et de ses amours
traverses ont pass en Allemagne: elles y sont, on peut le dire,
vivantes et populaires. Aussi l'ide est-elle venue tout naturellement 
Guillaume II d'offrir aux Norvgiens cet hommage  une sorte d'anctre
hroque commun aux deux nations.

Notons encore que Fridthjof a fourni  un compositeur franais, M.
Thodore Dubois, le sujet d'une oeuvre non reprsente, mais dont
l'ouverture a t souvent excute dans nos concerts symphoniques.

La statue de Fridthjof est l'oeuvre d'un des plus renomms sculpteurs
d'Allemagne: le professeur Max Unger. Voici quelques-unes des mesures:
elle a 12 mtres de haut; son poids est de 14.000 kilos; le pouce de la
main droite a la longueur d'un bras d'homme; les pieds ont 1 m. 70 de
longueur; un enfant debout contre l'un des pieds en dgage  peine la
cheville. Ce colosse se dressera sur un promontoire qui domine le
Sognefjord, prs de Bergen.

Fondue en plusieurs parties, la statue a t assemble pour la premire
fois la semaine dernire  Berlin o elle a t expose pendant quelques
jours. Puis elle a t dmembre et envoye au cours de cette semaine 
Hambourg, d'o elle sera embarque pour Bergen. Elle doit tre rige
sur l'emplacement choisi pour le 31 juillet. L'inauguration aura lieu en
prsence de l'empereur Guillaume II, qui offrira en personne son
souvenir au roi Haakon et  la nation norvgienne.



[Illustration: Mlle Lili Boulanger.--_Phot. H. Manuel._]

LES PRIX DE ROME DE MUSIQUE

L'Acadmie des beaux-arts, qui, l'an pass, avait rserv l'attribution
du grand prix de Rome de composition musicale, a dcern, cette anne,
les deux hautes rcompenses dont elle disposait: pour la premire fois,
une femme, Mlle Lili Boulanger, a recueilli, grce  un concours
exceptionnel, le laurier tant disput.

Les candidats, au nombre de cinq, avaient  exercer leur jeune talent
sur un pisode emprunt par M. Eugne Adenis, auteur d'un potique
livret, au second _Faust_ de Goethe. Samedi dernier, l'audition de leurs
cinq oeuvres tait donne, suivant l'usage, au jury acadmique: aprs
une courte dlibration, il accordait un premier grand prix  Mlle Lili
Boulanger par 31 voix contre 5, un autre  M. Claude Delvincourt, par 29
voix contre 7, tandis que M. Marc Delmas remportait un premier second
grand prix.

Mlle Juliette Boulanger, qui est une trs gracieuse jeune fille de
dix-neuf ans, appartient  une famille de musiciens: son pre,
compositeur excellent,  qui l'on doit un _Don Quichotte_ jou 
l'Opra-Comique, et professeur de chant remarquable, lui a transmis des
dons prcieux, qu'elle partage avec sa soeur ane, Mlle Nadia Boulanger,
second grand prix de Rome en 1909. La suprme rcompense qui avait t
refuse  celle-ci, malgr d'minentes qualits, sa cadette l'a obtenue,
aprs seulement quelques annes d'tudes et de prparation suivies: son
succs ne pouvait tre ni plus brillant ni plus prompt.



CE QU'IL FAUT VOIR

LE PETIT GUIDE DE L'TRANGER

J'ai commis, sans m'en apercevoir, une injustice, il y a quinze jours.
En disant au revoir, pour un an, aux deux Salons de la Nationale et
des Artistes franais, j'en signalais deux autres qui venaient de nous
ouvrir leurs portes, rue de Sze et rue La Botie. J'insistais sur
l'attrait de curiosit qui s'attachait  la seconde de ces Expositions:
l'exposition du futuriste Boccioni, peintre-sculpteur. J'y insistais
narquoisement, sans doute; mais enfin j'y insistais! Et je ne faisais
que mentionner l'autre: celle des Petits Matres de l'cole de 1830.
Voil bien l'injustice. Nous allons  ce qui amuse,  ce qui tonne, 
ce qui scandalise un peu, au besoin. Nous allons (disons l'affreux mot
juste!)  ce qui pate... Et volontiers nous ngligeons les grces
discrtes du joli spectacle qui ne fait pas de bruit. C'est mal. Mais
l'essentiel est de pouvoir se repentir  temps; et c'est pourquoi je
vous supplie de courir chez ces Petits Matres, et de ne les point
quitter trop vite, vite.

Cette exposition est, en ce moment, un des plus dlicieux ornements de
Paris. J'y suis retourn l'autre matin; et il m'a paru que la saison
tait particulirement propice au spectacle dlicat qui nous y est
offert. Le public lgant--mais un peu tumultueux--des vernissages a
dj fait ses malles, ou, tout au moins, ne songe plus qu' se sauver
vers la montagne, vers les plages, vers les eaux diverses qui le
sollicitent; et sur les cimaises, doucement claires, du Salon o rgne
un silence de chapelle, les Petits Matres ont l'air de sourire au
visiteur et de le remercier: C'est gentil  vous d'tre venu...

Arsne Alexandre a appel cette exposition le Salon des _Eclipss_.
C'est vrai. Nous ne les connaissions pas, ces Petits Matres; ou nous
ne les connaissions que trs mai. De trop grandes gloires, de bruyantes
clbrits nous les cachaient; ils avaient eu le malheur de venir
chanter leur discrte chanson en mme temps que des tnors
considrables, dont les voix clatantes eurent tt fait de couvrir les
leurs. La postrit les vengera-t-elle d'une si amre msaventure? C'est
bien possible. Il parat qu'il ne sera plus permis, l'hiver prochain,
d'ignorer les Petits Matres et que nous allons voir triompher, dans
les ventes, ces signatures d' clipss: Baron Berchre, Brissot de
Carville, Cabat, Chavet, Cicri, Couder. Karl Daubigny fils, Defaux,
Ddreux, Victor Dupr, Fauvelet. Fichel. Flers, Guillemin, Hreau,
Hervier, Joyant. Lambinet (qui a quarante paysages exposs!), Lavieille.
Le Poittevin, le Roux, Longuet. Jules Nol, Ouvri, Plassan, Roqueplan,
Philippe-Rousseau, Rozier, Ville-vieille, et plus de trente autres
encore! Leur catalogue, excellemment prsent par M. Roger Miles, ne
comprend pas moins de trois cent cinquante ouvrages, dont beaucoup vous
seront des rvlations vritables. Allez voir cela.

Peu de bruit; peu de monde; de petites toiles que l'oeil embrasse vite:
c'est bien l'atmosphre et le cadre d'intimit qui conviennent 
d'honntes gens dont la destine fut d'ignorer la gloire et, simplement,
de travailler trs bien dans le silence...

                                    *
                                   * *

Ce qu'il faut voir, cette semaine, aprs les Petits Matres? Ne
cherchez pas. C'est tout trouv. Il faut voir la Fte nationale.

Je sais qu'une immense foule de Parisiens blass s'enfuient de Paris, le
14 juillet. Qu'est-ce que cela prouve, sinon que le spectacle de cette
journe a cess d'tre intressant pour eux? Qu'ils se sauvent donc;
mais qu'ils n'aillent point conseiller aux trangers de les suivre! Ce
serait mai. Il faut avoir vu, ne ft-ce qu'une fois, le peuple de Paris
clbrer son Quatorze Juillet.

Je suis sr qu'il le clbrera, cette anne, avec une joie particulire,
et que depuis longtemps on ne l'aura vu se prcipiter avec un si joli
enthousiasme  la revue de Longchamp!

Est-ce  dire que ce spectacle doive apporter aux Parisiens quelque
supplment de plaisir? une surprise quelconque? Non. Mais pour toutes
sortes de raisons (que nos coeurs connaissent et qu'il est inutile de
redire ici) l'heure est propice aux beaux spectacles militaires.

On courra donc  Longchamp, et deux tableaux, galement mouvants et
pittoresques, s'y mleront sous nos yeux; celui de l'arme qu'on
acclamera; et celui de la foule qui acclamera l'arme... Les
cocardiers vont vivre l d'heureuses minutes, et je crois que les
trangers qui les auront suivis au bois de Boulogne ne s'y ennuieront
pas, comme on dit.

Mais qu'aprs la fte militaire du matin ces amateurs de pittoresque
parisien n'aillent point manquer la fte populaire du soir! Cette fte
est partout, et principalement danses parties les plus populeuses et
les moins lgantes de la ville; aux boulevards extrieurs et dans ce
qu'on appelle les faubourgs. Nul protocole ne la rgle; aucun programme
n'en a fix les amusements. C'est une sorte de kermesse improvise dans
le vacarme des orchestres de carrefours et parmi la joie d'illuminations
o la guirlande lectrique, le rverbre municipal et le lampion de
marchand de vin combinent leurs effets pittoresques.

Chose curieuse: la gaiet de cette fte nocturne du Quatorze Juillet est
trs diffrente de celle dont le Carnaval, par exemple, nous donne le
spectacle. La ncessit de s'entasser l o passeront les cortges, la
libert du dguisement, la libert--odieuse!--du confetti semblent
exciter  un peu de brutalit les foules de Carnaval. On se bouscule, on
s'crase; sous le dguisement, la plaisanterie devient vite plus
grossire, parce qu'elle est anonyme; et sous l'averse cinglante des
petites rondelles de papier multicolores, que d'hommes paisibles se
sentent devenir enrags!

Le Paris du Quatorze Juillet a une tout autre physionomie. Il nous donne
l'amusante vision d'une multitude de ftes de familles, parses dans les
rues... Chaque quartier s'amuse chez soi, et personne ne gne personne.
C'est comme un immense concert de joie bruyante, mais honnte, et  la
protection de laquelle semble paternellement concourir l'autorit
publique. On dirait--et cela est touchant--que durant toute cette soire
du Quatorze Juillet le droit de s'amuser est, aux yeux de la police
elle-mme, un droit trs srieux et qu'il convient que chacun respecte.

Le soir du Quatorze Juillet, il y a de petites rues,  Paris, o les
familles dnent sur le trottoir et rendent aux passants la circulation
trs difficile. La police sourit, et laisse faire. Elle est pour ceux
qui font la fte contre ceux qui ne la font pas; et si quelque
voiture, au carrefour o s'rige le petit kiosque  musique, s'avance
menaante vers les couples qui s'agitent en cadence sur la chausse, la
police tire son bton blanc et ordonne que la voiture s'arrte, aussi
longtemps que durera la valse ou le quadrille: la police est, le soir du
Quatorze Juillet, contre ceux qui ne dansent pas,--pour ceux qui
dansent.

Amis trangers, je vous en prie, ne nous quittez pas lundi prochain!

UN PARISIEN.



AGENDA (12-19 juillet 1913).

EXAMENS ET CONCOURS--Les examens oraux pour l'admission  l'cole navale
commenceront le _15 juillet_  Paris.

EXPOSITIONS ARTISTIQUES.--Pavillon de Marsan (Louvre), Bibliothque Le
Peletier de Saint-Fargeau (29, rue de Svign), et  Bagatelle:
expositions de l'art des jardins.--Muse Galliera: l'Art pour
l'enfance.--Galerie Lvesque (faubourg Saint-Honor, 109): oeuvres de
Thomas Couture.

LE CONCOURS CRESCENT.--Le jury du concours de pomes de la fondation
Crescent a dcid qu'il y avait lieu de procder  un nouveau concours,
aucun des ouvrages n'ayant runi la majorit des suffrages. Ce nouveau
concours est ouvert il sera clos le _15 octobre_.

CONGRS.--Un congrs international pour la protection de l'enfance, se
tiendra  Bruxelles du _23 au 26 juillet._

INAUGURATION DE MONUMENT.--Le _13 juillet_, aura lieu,  Denain,
l'inauguration du monument ddi au marchal de Villars.

GARDEN-PARTY.--Il y aura, le _13 juillet_, garden-party  l'Elyse. Ce
sera la seule de la saison.

SPORTS.--_Courses de chevaux: le 12 juillet,_ Saint-Ouen; le _13_,
Auteuil, prix de France; le _14_, Saint-Cloud; le _15_, Saint-Ouen; le
_16_, le Tremblay; le _17_. Maisons-Laffitte; le _18_, Rambouillet; le
_19_, le Tremblay.--_Automobile_: les _12 et 13 juillet_, circuit de
Picardie, Grand Prix de l'Automobile-Club de France; grand prix des
motocyclettes et cyclecars.--_Aviron_: le 8e grand prix des joutes
lyonnaises se disputera les _13, 14 et 15 juillet_, dans le bassin de
l'le des Cygnes.--_Escrime_; le tournoi des armes de Vittel aura lieu,
cette anne, les _18, 19 et 20 juillet.--Aviation_;  la Fert-Vidame,
les _12, 13 et 14 juillet_, meeting d'aviation: coupe Latham.



LES LIVRES & LES CRIVAINS

AMES BALKANIQUES

La lutte entre allis, entre frres de race et de religion, qui a
succd, dans les Balkans,  la guerre des Slaves et des Grecs contre
l'ennemi hrditaire, le Turc, la guerre entre chrtiens qui a suivi la
croisade chrtienne, a, ds les premiers combats, tmoign d'un
acharnement inou. Les haines de familles, surtout lorsqu'elles naissent
d'une succession dispute, ne sont-elles point les plus impitoyables?
Les tlgrammes des champs de bataille signalent des ardeurs
effrayantes, des blesss achevs, des corps  corps de fauves qui
s'entre-mordent, des villages innocents brls sans cause, pour le seul
plaisir de l'incendie. Et voil qui navre soudainement nos sympathies
pour les nergiques petits peuples dont le premier lan nous parut si
beau, si grand, si juste! Les vnements d'aujourd'hui n'taient pas
cependant tout  fait imprvus. Ils n'ont surpris personne autre que les
diplomates et les financiers. Et le nouveau beau livre des frres
Tharaud: _la Bataille  Scutari d'Albanie_ (1), dont les pages
notes--avant la rdaction  deux--par un artiste, un penseur et un
historien, dans la Montagne noire, d'abord, aprs le premier coup de
canon, puis parmi les couvents de l'Athos, prcise l'effroyable logique
des hcatombes actuelles.

      Note 1: _La Bataille  Scutari d'Albanie_, par Jrme et Jean
      Tharaud. mile-Paul, diteur, 3 fr. 50.

Celui des deux frres collaborateurs qui s'en alla sous le feu du
Tarabosh chercher des visions de la guerre montngrine ne s'est point
proccup de saisir  la hte les documents immdiats d'une
correspondance quotidienne. Ses notes, runies pour un livre de
philosophie historique, impartiale, profonde et souvent mouvante, qui
remonte aux origines, consulte la tradition, et renoue mthodiquement
les faits pars, ont une valeur de document loyal et contrl, dont
l'expression, sous ces plumes artistes, est toujours belle.

Devant Scutari, si passionnment convoit, les Tharaud crivent:

Cette plaine, ce lac, cette ville lointaine, c'est le riche trsor qui
sera le partage du vainqueur, c'est la coupe dore qui circule au jour
des noces, dans les banquets montngrins. Depuis des sicles, du haut
de ces rochers, le berger misrable de la Tcherna Goray voit briller
cette opulence  ses pieds; depuis des sicles, il rve d'abandonner son
sjour de corbeau pour descendre l-bas dans la terre promise. Un
moment, il l'a possde, il y s. cinq cents ans de cela, et cela n'a
dur qu'un jour: mais de ce bref instant la nostalgie lui reste.

Un trs pittoresque portrait nous est donn du roi Nicolas, ce roi
paysan  qui tout a russi; qui a bien mari ses filles, qui a arrondi
son domaine, qui a reu de toutes mains, ce monarque rustique qui adore
les oprations financires, les lointains coups de Bourse, tout ce qu'on
nomme de ce nom mystrieux: les affaires, et dont un des projets les plus
chers serait d'installer sur le rocher de Dulcigno, cet ancien nid de
pirates, un casino comme  Monte-Carlo. Impressionnante aussi la
premire visite aux blesss turcs prisonniers dont une quinzaine ont le
visage barr d'un pansement en forme de croix, qui recouvre les plaies
du nez et des oreilles coupes. Le visiteur ne s'indigne point, car il
songe au pass de luttes montngrines et il crit: Horrible, mais
traditionnel! Mais le vritable enseignement du livre nous apparat ds
que nous pntrons dans le palais de l'archevque catholique du
Montngro. Il n'y a point l de discussion sur un sujet prilleux, mais
seulement quelques mots qui saisissent, et aussi des silences contraints
plus loquents encore. Et, ds lors, on sent gronder dj sourdement
dans cette atmosphre de fivre et de feu, une haine qui monte entre
frres chrtiens rivaux.

Ce sont les orthodoxes qui vont rendre les Balkans  la chrtient et
rejeter l'infidle  l'Asie. Dans cette guerre de dlivrance, les
catholiques ne jouent qu'un rle effac, misrable: ils sont si peu
nombreux! Et que deviendront-ils, lorsque les orthodoxes feront partout
la loi? N'auront-ils pas souvent  regretter les Turcs? Les nations
hrtiques montreront-elles  leur gard la large tolrance dont ils
bnficiaient sous la domination du sultan? Tout l'Orient catholique
assiste avec angoisse  la dbcle turque. Effroi de l'avenir, horreur
de l'orthodoxie, immense inquitude!

L'impression reue, en cet endroit, est si forte, que le voyageur,
poursuivant son plerinage d'histoire, quitte le Montngro et sa
capitale, un de ces lieux o il faut natre, vivre et mourir, ou ne pas
rester une heure, et se rend directement au mont Athos, la montagne
sainte qui, depuis prs de dix sicles, est pour les chrtiens d'Orient
le lieu sacr par excellence et qui, plus que Sainte-Sophie elle-mme,
demeure l'expression la plus haute du sentiment religieux qui soulve
l'Orient chrtien contre l'Orient islamique. Les pages des Tharaud sur
l'Athos sont admirables et resteront. Mais on y sent la dception du
philosophe qui ne dcouvre que de la haine l o il esprait peut-tre
trouver de l'union et de l'amour.

--Regardez-moi, monsieur, lui dit le pitre sous-prfet qui reprsente
en ce lieu l'autorit du sultan; regardez-moi, monsieur, suis-je assez
misrable? Et la souverainet du sultan ne s'est jamais manifeste en
ces lieux que par des pauvres hres comme moi. Quel peuple, je vous le
demande, quel conqurant aurait montr pour les gens qui vivent ici plus
de tolrance religieuse? Dans notre loi, ils sont rests aussi libres,
plus libres mme que sous les empereurs de Byzance. Ils n'ont pas eu 
subir un centime des rigueurs qui furent imposes aux moines de France
et qu'ont connues aussi les moines de la catholique Autriche et de la
trs chrtienne Espagne... Tous ces moines se dtestent  mort. La haine
qu'ils ont contre l'islam est le seul lien qui les rassemble. Lorsque
nous ne serons plus l, ces Russes, ces Grecs, ces Serbes, ces Roumains,
ces Bulgares, se dchireront entre eux.

C'est fait. La prdiction se ralise. Mais les querelles de moines sont
maintenant des querelles de peuples qui se rglent  coups de canon
devant le Turc, intress, qui regarde... Le pessimisme de MM. Tharaud
est une douloureuse vrit actuelle, et nous en souffrons, dans notre
me occidentale fraternelle qui connut d'enthousiastes motions lors de
la belle offensive bulgare, de la rsurrection hellnique, et de ces
premires victoires serbes dont un tmoin merveill, M. Henry Barby,
correspondant de guerre du Journal, vient de rappeler, en un prcieux
livre du souvenir (2), les heures hroques et pures.

      Note 2: _Les Victoires serbes_, par Henry Barby. Bernard Grassel,
      diteur. 3 fr. 50.

ALBRIC CAHUET.



LES THTRES

Rome n'est plus dans Rome... La Comdie-Franaise est 
l'Opra-Comique. Depuis quelques jours, socitaires et pensionnaires du
Franais occupent, rue Favart, les loges des artistes de la maison que
la fermeture annuelle met en cong. Ainsi, Oedipe, Tartufe, le gendre
de M. Poirier, vivent provisoirement sur les domaines d'Aphrodite, de
Manon et de Lakm. Villgiature estivale. Durant ce temps, les
architectes apportent des amnagements nouveaux  notre premire scne
qui, lois de sa rouverture, en septembre, s'ornera,--enfin!--du beau
plafond de Bernard, dont le marouflage ncessite des travaux minutieux
et longs et pour la pose duquel il a fallu fermer les portes.

Aux arnes de Lutce, qui, dans leur tal actuel, forment rue Monge un
agrable square de pierres vnrables et de jeune verdure, quelques
reprsentations thtrales viennent d'tre donnes par les soins de Mme
Caristi-Martel qui, l'an dernier, inaugura cette scne de plein air dans
un quartier de Paris. Un drame en quatre actes, l'_An Mille_ de M.
Maurice Magre, composait l'essentiel du spectacle. Cette oeuvre aux
grandes lignes, o l'amour s'oppose au fanatisme, crite en vers
sonores, et parfaitement joue, a obtenu un succs trs vif.

A propos de spectacles de plein air, il convient de signaler,  cette
place, _Brnice_, tragdie en trois actes, de M. Albert du Bois,
reprsente ces jours passs aux arnes de Nmes et qui provoqua--et ce
fut justice--l'enthousiasme d'un auditoire des plus nombreux. Cette
pice, d'une haute tenue littraire, oeuvre d'un lettr subtil, a
cependant mu la foule parce qu'elle est claire, simple, rapide,
humaine. Elle s'offrait dans le cadre qui lui convenait le mieux.



LE NOUVEAU PRSIDENT D'HATI

En moins d'un an, Hati aura, par deux fois, chang de prsident. Au
mois de septembre dernier, le gnral Leconte, tu dans l'explosion de
son palais,  Port-au-Prince, tait remplac par M. Tancrde Auguste,
qui ne devait occuper que peu de temps ses hautes fonctions. Sa mort,
survenue au mois de mai, a rendu ncessaire une lection nouvelle: c'est
sur M. Michel Oreste que s'est port, d'un accord unanime, le choix de
l'Assemble nationale.

N  Jaemel en 1859, M. Michel Oreste a partag, jusqu' prsent, son
activit entre la jurisprudence et la politique. Avocat, puis procureur
de la Rpublique prs le tribunal de sa ville natale, il a profess le
droit constitutionnel et administratif  l'cole de droit de
Port-au-Prince.

[Illustration: M. Michel Oreste.]

D'abord dput au Corps lgislatif, il a t, par deux fois, nomm
snateur, en 1902 et en 1912.

En Hati, le nouveau chef de l'tat est trs estim pour la droiture de
son caractre, son intelligence, son courage, qui lui ont gagn la
faveur populaire.



DOCUMENTS et INFORMATIONS

CURIEUX PHNOMNE DE VISION NOCTURNE.

L'oeil humain possde deux sortes d'organes pour percevoir les rayons
lumineux: les cnes et les btonnets. Les cnes, logs dans la tache
centrale de la rtine, sont les organes de la vision colore; ils
fonctionnent pendant le jour en recevant l'image des objets que nous
fixons. Les btonnets sont dissmins sur le reste de la rtine; ils
donnent la sensation de lumire, abstraction faite de toute couleur.

Ces deux groupes d'organes possdent une sensibilit fort diffrente; il
semble, en outre, que les cnes fonctionnent pendant le jour ou le soir
s'ils sont excits par une lumire directe, alors que les btonnets nous
servent durant la nuit. Pour vrifier ce phnomne, un physiologiste
rput, Lummer, a fait diverses expriences dont plusieurs sont faciles
 rpter. Lors d'une ascension en ballon par une nuit de pleine lune,
des oriflammes de plusieurs couleurs avaient t attaches  la nacelle.
A mesure que l'oeil s'habituait  la nuit, les couleurs s'attnurent,
et, bientt, toutes parurent uniformment grises ou blanchtres.

Un autre jour, dans la montagne, le ciel tait trs toile. Si l'oeil
tait affect par le voisinage de lampes lectriques, les cnes
restaient veills, et la vision colore subsistait. Il suffisait de se
mettre  l'abri des lumires vives pour que les btonnets entrent en
jeu; on perdait alors la notion des couleurs, et le ciel, o l'on
n'avait aperu jusque-l que de rares toiles, apparaissait constell
d'une myriade d'astres, tous de teinte blanchtre. Leur nombre et leur
clat diminuait beaucoup ds que l'on faisait un effort pour les fixer.
D'autre part, si l'on se retournait brusquement, au moment o les
btonnets taient en pleine activit, les lumires rouges des fentres
paraissaient blanches durant le trs court instant ncessaire pour
dclancher l'action des cnes.

Enfin, M. Lummer cite une autre exprience particulirement curieuse:
si, aprs avoir regard un instant le croissant de la lune, nous
cherchons  fixer une toile situe dans son voisinage, pendant quelques
secondes la lune cessera d'tre visible.

[Illustration: Le nouveau casque de la gendarmerie:  cheval et  pied.
_Dessins de G. Bifry-Boely._]

LE CASQUE DE LA GENDARMERIE.

La gendarmerie va tre dote d'un casque, que, ds lundi, on pourra
voir,  la revue de Longchamp, port par un dtachement de
l'arme,--celui-l mme auquel sera remis, solennellement, le drapeau qui
jusqu' prsent manquait  ce corps d'lite.

Les inventeurs de la nouvelle coiffure, dont l'aspect est dcoratif,
encore qu'un peu surann, se sont manifestement inspirs des casques de
la Restauration et de la monarchie de Juillet: elle rappelle beaucoup
ceux qu'avaient les mousquetaires gris en 1814, les gendarmes des
chasses sous Charles X, et, plus tard, les cuirassiers et les dragons
entre 1830 et 1835.

Le casque qui vient d'tre adopt s'orne d'un plumet tricolore; sa bombe
est en cuivre; son cimier, sa plaque de tte et sa gourmette sont en
mtal blanc. Pour les hommes  cheval, le cimier est surmont d'une
brosse en crins noirs d'o tombe une crinire, galement en crins noirs;
pour la gendarmerie  pied, on a simplement supprim la crinire.

Le casque des officiers est semblable  celui de la troupe,  cette
diffrence prs que la bombe est dore au mercure, et que le cimier, la
plaque et la gourmette sont en maillechort.

LES VICTIMES DES ALPES EN 1912.

M. Montandon vient de publier dans l'_Echo des Alpes_, organe officiel
du Club alpin suisse, une liste rectifie et raisonne des accidents
mortels survenus dans les Alpes en 1912. De ce travail fort intressant,
il appert une fois de plus que la majorit des accidents de montagne
sont dus  la maladresse ou  l'imprudence.

En 1912, le nombre des accidents mortels s'est lev  140, contre 125
en 1911. Les 140 accidents ont fait 165 victimes dont 14 femmes et 4
guides. Il y a eu 5 accidents de plus de 2 victimes: au Schneeberg, 10
morts; au Hochschwab, 4; au Waxenstein,  l'Eisjoechl, au Mont-Rouge de
Preret, 3. Ces montagnes ne comptent point parmi les plus connues; la
plupart se trouvent en Autriche.

Au point de vue de la nationalit, les victimes se rpartissent ainsi:

66 Autrichiens, 49 Allemands, 24 Suisses, 7 Italiens, 6 Franais, 4
Anglais, 2 divers, 7 de nationalit inconnue.

D'autre part, on compte 100 accidents en Autriche, 28 en Suisse, 6 en
France, 6 en Italie.

A part les chutes sur les rochers et dans les gorges, les accidents se
rpartissent par nature de la manire suivante:

Epuisement ou froid, 15; touffement dans la neige, 6; attaque, malaise,
4; tus par des pierres roulantes, 4; chute dans des crevasses, 2; noy,
1; causes indtermines, les touristes ayant disparu, 12.

Voici maintenant les causes extrieures directes:

Tempte, orage, brouillard, nuit                         20
Cueillette de fleurs                                     12
Glissade involontaire sur le nv                        10
Rupture de pont de neige ou de corniche                   5
Attaque, maladie de coeur                                 4
Avalanche venant des hauteurs                             4
Chute de pierres                                          4
Glissade volontaire fatale                                2
Avalanche provoque par les touristes                     1
Myopie                                                    1
Causes inconnues (disparus)                              12
Faux pas sur rocher ou gazon, et causes mal expliques   65

                              Total                     140

Enfin, si l'on carte 45 cas insuffisamment expliqus, on constate que,
sur les 95 cas restant, 84 auraient pu tre vits. C'est--dire que 88%
de ces accidents furent causs par l'inexprience ou l'imprudence des
touristes. Voici, du reste, le dtail des uns et des autres:

_Accidents invitables._
Provoqus par la montagne ou par un fatal
enchanement de circonstances, sans imprudence               8
Provoqus par une attaque ou un malaise sans imprudence      3
Ensemble                                                    11

Accidents vitables.

Touristes partis seuls                                      33
Touristes ayant quitt la caravane                          10

Touristes en compagnie, mais sans guide:

Imprvoyance, maladresse                                    10
Partis par temps mauvais ou douteux.                         8
S'tant engags dans un endroit dangereux                    7
quipement insuffisant                                       7
Non encords                                                 5
Novices sans guide                                           4

                          Total                             84

Ajoutons que, d'une faon gnrale, la grande majorit des accidents
vitables a eu pour victimes des touristes sans exprience de la
montagne. En outre, la proportion des accidents mortels survenus  des
touristes seuls, compars au nombre d'accidents expliqus, augmente
rgulirement depuis trois ans: 32% en 1910: 38 en 1911; 45 en 1912.

LE PNEU-MOUSSE.

Le pneu-mousse est une invention rcente d'origine allemande. Il tire
son nom de l'usage auquel il est destin et de la faon dont il est
fabriqu. Le pneu-mousse est destin  remplacer la chambre  air
actuelle et il est constitu par ce qu'on pourrait appeler une
MAYONNAISE de caoutchouc. C'est une sorte d'ponge de caoutchouc, mais 
cellules infiniment petites, ressemblant beaucoup plus  de la pierre
ponce trs fine qu' une ponge vritable. Contrairement  ce qu'on
pourrait supposer, on ne le fabrique nullement en triturant du
caoutchouc avec un gaz appropri. On prpare au contraire un mlange
analogue  celui qu'on emploie d'ordinaire pour faire le caoutchouc
vulcanis; on en confectionne un boudin et on place le tout dans une
sorte de tube de canon o l'on introduit de l'azote  la pression de 600
atmosphres. On chauffe ensuite  la vapeur vers 135, ce qui amne la
pression  800 atmosphres, et on laisse cuire. Quand on dmoule, le
boudin, qui a t soumis  une pression  peu prs double de celle qui
s'exerce dans les fusils de chasse, s'allonge du quart de sa longueur et
augmente d'autant en diamtre; au lieu d'une masse compacte et dure, il
prsente l'apparence d'une mousse de caoutchouc extraordinairement fine
et extrmement lastique. L'azote s'est en partie dissous dans le
caoutchouc, en partie rpandu dans la masse, en formant des cellules
microscopiques, si bien que la densit du produit n'est plus gure que
de 0.11, le neuvime de celle du caoutchouc. Le tout forme un boudin
singulirement souple, qui peut remplacer la chambre  air; on le monte
en effet dans les enveloppes  peu prs comme celle-ci. Mais il a le
gros avantage de ne pouvoir clater et d'tre insensible aux
perforations. Des essais rcents excuts avec une voiture de 1.750
kilos,  la vitesse moyenne de 52 kilomtres, ont permis de constater
que le pneu-mousse tait encore parfaitement intact aprs un parcours de
plus de 3.000 kilomtres. On peut donc esprer que le nouveau produit
viendra, un jour concurrencer nos fragiles pneumatiques,  la condition
toutefois qu'on arrive  le fabriquer par des procds conomiques plus
rapides et surtout moins dangereux, car, une tuve  800 atmosphres,
c'est exactement la mme chose qu'un obusier de campagne! qui ne
cesserait pas un instant de tirer. Et une usine qui renfermerait un
certain nombre d'tuves de ce genre serait certainement d'une
frquentation quelque peu alatoire.

EMPLOI DE L'AIR COMPRIM POUR VITER L'INSUBMERSIBILIT DES NAVIRES.

Un dispositif original en vue d'assurer l'insubmersibilit vient d'tre
install sur trois cuirasss amricains dont on achve la construction:
_Pennsylvanie, Nevada et Oklahoma._ A chaque compartiment tanche du
navire aboutit une conduite d'air comprim alimente par un gnrateur
central. En cas de voie d'eau, impossible  combattre avec les pompes,
on envoie de l'air comprim  une pression suffisante pour empcher la
pntration de l'eau, c'est, en somme, une application du procd
classique employ dans les caissons qui servent  tablir des fondations
sous l'eau. Bien entendu, l'air est envoy  des pressions dcroissantes
 mesure qu'on s'loigne du compartiment envahi, de faon  prvenir la
rupture d'une cloison sous l'effet de la diffrence existant entre les
pressions exerces par l'eau et celles exerces par l'atmosphre.

Ce dispositif prsente un autre avantage: il permet,  tout instant, par
l'envoi d'une lgre quantit d'air comprim, de vrifier l'tanchit
des cloisons et de dcouvrir les points de fuite.

UN MONUMENT DU SOUVENIR EN CRTE

Le mercredi 25 juin a t inaugur, dans l'ancienne capitale de la
Crte,  Candie, un monument consacr  la mmoire des Franais qui
trouvrent la mort, voici prs de deux sicles et demi, pendant le sige
de Candie par les Turcs. Pour cette crmonie, on avait choisi le jour
anniversaire d'un des plus beaux faits d'armes accompli par l'intrpide
petite arme envoye, sur l'ordre de Louis XIV, au secours de la ville
puise; c'est, en effet, le 25 juin 1669 qu'eut lieu l'hroque sortie
dans laquelle fut tu le duc de Beaufort, chef de l'expdition.

Le monument se compose dune simple dalle dresse, sur laquelle,
au-dessous d'une croix, est grave une inscription rappelant le souvenir
du duc de Beaufort, amiral de France, et des officiers, soldats et
marins franais, au nombre d'un millier, tombs sous les murs de
Candie.

[Illustration: Monument  la mmoire du duc de Beaufort, amiral de
France, inaugur  Candie, le 25 juin.--_Phot. H. R. Behaeddin._]

Notre vice-consul, M. Rosenbusch, le lieutenant-colonel Bordeaux et le
capitaine Pilla, de la mission militaire franaise de Grce, ainsi que
toutes les autorits locales, assistaient  l'inauguration. Le maire de
Candie pronona un discours exaltant les bienfaits de la France; et le
grand pote populaire crtois Constantinidis rcita des vers, aprs
avoir dpos une couronne au pied du monument.



[Illustration: cole Tereki, o 500 soldats bulgares, sous les ordres du
commandant Lazarof, rsistrent toute la nuit au bombardement et  la
fusillade, et ne se rendirent qu' 6 heures du matin, le 1er juillet.]

[Illustration: Effet de tir de mitrailleuse: mur cribl de balles 
l'intrieur de l'cole Tereki.]

[Illustration: Brche ouverte dans la maison du gnral Hessaptchef,
qui, parti la veille, y avait laiss un poste bulgare.]

[Illustration: Trous d'obus  l'angle d'une maison du boulevard Hamidieh
qu'occupait un dtachement.]

[Illustration: Cadavres de soldats bulgares transports au cimetire
pour y tre ensevelis.]

LA NUIT SANGLANTE DE SALONIQUE (30 JUIN--1er JUILLET).--Effets du
bombardement et de l'assaut, par les troupes grecques, des maisons o
taient cantonns les dtachements bulgares.



[Illustration: PROBLMES, par Henriot.]








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1913, by Various

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