Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3673, 19 Juillet 1913, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3673, 19 Juillet 1913

Author: Various

Release Date: March 16, 2012 [EBook #39165]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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L'Illustration, No. 3673, 19 Juillet 1913

LA REVUE COMIQUE, par Henriot.

Ce numro contient:

1 LA PETITE ILLUSTRATION, Srie-Thtre n 13: LA RUE DU SENTIER, de
MM. Pierre Decourcelle et Andr Maurel;

2 UN SUPPLMENT CONOMIQUE ET FINANCIER de deux pages.


L'ILLUSTRATION
SAMEDI 19 JUILLET 1913
_Prix du Numro: Un Franc._
_71e Anne.--N 3673._

[Illustration: LES MERVEILLEMENTS DE NOS BRAVES SNGALAIS A la revue
de Longchamp: le monstre volant qui passe et le casque qui flamboie.
Photographies J. Clair-Guyot.]



NOS CORRESPONDANTS DE GUERRE

La seconde guerre des Balkans, soudaine et violente, sera
vraisemblablement de courte dure. Mais elle a une telle importance,
tant au point de vue de ses consquences politiques possibles que par la
valeur et l'entranement des adversaires en prsence, que
l'_Illustration_ ne pouvait hsiter  envoyer de nouveau sur le thtre
des oprations quelques-uns de ses meilleurs collaborateurs.

La Bulgarie se trouvant encercle d'ennemis, il n'tait pas possible de
rejoindre ses armes. Nous avons donc demand  M. Alain de Penennrun de
se rendre cette fois en Serbie, d'o il a aussitt gagn la Macdoine,
tandis que M. Jean Leune, qui n'avait pas quitt la Grce, rejoignait
l'arme hellnique.

D'autre part, notre brillant collaborateur, le peintre militaire Georges
Scott, qui a rapport de ses deux campagnes en Thrace de si
impressionnantes images de guerre, a bien voulu repartir vers les
nouveaux champs de bataille pour y tudier sur le vif, aprs le soldat
bulgare, le soldat grec.



SUPPLMENTS D'ART

A ct des pages d'actualit, nous publierons cet t de nombreuses
pages d'art.

Parmi les supplments en couleurs qui seront encarts dans nos numros,
et dont le tirage a t particulirement soign, nous pouvons ds
maintenant citer:

_Le Calme du soir_, par VAN DER WEYDEN (Salon de 1913);

_La premire Pipe_, par CODDE (muse de Lille);

_Le jeune Mendiant_, par MURILLO (muse du Louvre);

_Intrieur de la cathdrale de Delft_, par E.-M. DE WITT (muse de
Lille);

_Jeune fille_, par GREUZE (muse du Louvre).



COURRIER DE PARIS

AU BORD DE L'EAU

Emmen sans rsistance par deux amis, j'ai pass le dimanche de la
semaine dernire aux environs de Paris--un peu loin--sur les bords de la
Seine o nous avions projet de djeuner dans un restaurant-guinguette.
Le temps tait gris, presque morose, mais teint de ce calme et de cette
douceur qu'ont prcisment certaines journes ddaigneuses du soleil.

Temps d'hpital, qui me ouate le coeur... temps soucieux, rflchi,
temps chagrin, temps qui pense et qui fait penser, temps de cendre o
les nuages, en composant un autre ciel, ne remplacent pas le vrai qu'ils
voilent. On dirait que ces temps-l, d'une langueur dtermine, ne sont
pas le fait du hasard ni de la malchance, mais que choisis, voulus, ils
ont t commands pour mieux s'adapter au caractre du paysage et
rpondre plus directement en nous  des nuances de sensations,  des
saveurs de sentiments. Or j'ai toujours eu, je ne m'en cache pas, une
trange, une exquise et coupable faiblesse pour ce temps gris des
dimanches dsoeuvrs, le temps de perle malade, qu'il fait souvent au
bord de l'eau, dans un endroit de plaisir facile, et retir, qui prtend
tre gai sans se douter une seconde de son enivrante tristesse...

Voici le lieu, cent fois vu, parcouru, visit, qui peut n'tre jamais le
mme, changer de place et de nom, mais qui reste toujours pareil,
ternel dcor d'un des frquents tats d'me de notre jeunesse
passagre.

C'est d'abord, en entrant dans les petits jardins compliqus et sinueux,
une fracheur de berge qui vous prpare, qui vous chuchote dans le dos:
La rivire n'est pas loin. On traverse des bosquets o sur des tables
hardiment peintes, d'un vert de rainette, la blancheur du linge humide
et lourd vous touche dj les mains. Le sol est lastique et mou,
l'herbe paisse et bien lave. Une odeur de mousse, de vase et de
cuisine vous remplit la tte. Et brusquement, c'est le bord de l'eau, 
_proximit d'une le_, de l'le invariable que chacun affirme pouvoir
gagner aisment  la nage. Tout du long, des couverts sont mis, contre
de grands arbres, des peupliers d'Italie pousss de ct, qui partent de
la rive pour aller obliquement au-dessus du fleuve, comme s'ils
voulaient pcher  la ligne dedans. Ils s'y refltent, de telle sorte
qu'on ne sait plus si c'est le flot en bas ou la brise en haut qui fait
clapoter leurs milliers de feuilles menues. Tour  tour de couleur
diffrente  l'endroit et  l'envers, elles miroitent ainsi que des
verroteries dont elles ont le bruissement frivole et cristallin, et nos
yeux sans dfense s'y prennent comme des alouettes. Au bout du chemin en
pente et souill, prs du ponton rustique, se frottent l'une contre
l'autre avec un grincement de chane use les barques plates comme des
barques de passeur... les barques sans gouvernail, toujours un peu
dfonces, les barques vides qui sont les chevaux de bois de l'eau.
Sur leur plancher pourri bouge une flaque saumtre d'o sort une grosse
pierre attache par une corde et qui semble retire du cou d'un noy.

La terrasse est dj pleine de monde: familles, jeunes gens, mnages,
rguliers ou libres, couples discrets, amoureux d'une effronterie
ingnue, et une complaisance gnrale, une familiarit indulgente et
tacite rapproche--mme disperss--tous les convives de ce petit banquet
de la vie. On se regarde, on s'excuse, on se pardonne,... sans jamais
rien, mme chez les ans, qui blme ou qui s'indigne. Ce n'est pas
l'heure ni l'endroit des svrits inopportunes, et le plus sage, s'il
est l, se sent avec modestie une me qui n'en mne pas large, une
pauvre me sentimentale de banlieue, de bastringue mlancolique...

En effet, la gaiet qui se manifeste en ces maigres jardins et  ces
instants drobs est spciale, sans exubrance. En montrant sa fatigue
elle la communique. C'est de l'allgresse avachie. Les groupes, isols
parmi le chtif Eden des buissons, des malingres verdures, n'talent 
terre et sur les bancs qu'une joie sans ressort, une joie allonge,
inquitante, presque grave,... et tout, je ne sais pourquoi, mme les
cris, les clats, les rires, les chansons, les poursuites dans les
branches, tout dgage une impression particulire que, sous le vague
sourire avec lequel on lui fait bon accueil, on a l'quivoque tonnement
de sentir  la fois grisante et douloureuse...

Ici l'esprit, le coeur, les penses ont une tournure  part, incline 
la veulerie, au dsenchantement. Tout en nous se laisse aller, coule,
coule comme l'eau tentatrice et douteuse. La force de vivre est
engourdie et l'on prfre les molles ritournelles du regret au cantique
de l'esprance. Qui peut dire  quoi nous fait songer alors,  quel
monde de choses,  quel _inexprimable_ dlicieux et qui nous touffe, le
simple bruit monotone et sec des capsules, au tir du bout de l'alle...
le gmissement rythm de la balanoire? N'est-ce pas moi qui suis vis
par les invisibles carabines? Chaque plomb met en miettes la coquille
d'oeuf de notre coeur fragile et lger que le sang fait danser en nous
comme  la pointe d'un jet d'eau..., et la vue du portique branl
jusqu'aux racines par le coup de jarret d'une buveuse de l'air nous
donne le vertige. Nous suivons d'un oeil qui n'est plus  nos ordres,
qui nous chappe et qui s'loigne d'elle, la jupe que berce le vent...
nous sommes incapables de formuler, nous ne comprenons pas ce que nous
prouvons, nous ne pntrons pas l'absurde et langoureux mystre en
vertu duquel  cette heure la moindre valse nous dchire et la polka
peut devenir navrante. Nous subissons, pris, enlacs, le morbide
tourdissement. Nous sommes pareils  ces dormeurs veills que le
_haschich_ immobilise en dcuplant leur lucidit. Comme en un rve doux
et un peu malsain nous voyons et entendons tout sans y participer.
Spectateurs inertes et gorgs d'impressions aigus, nous sommes accabls
par trop de souvenirs, d'ides compliques, trop de petites angoisses
qui viennent d'ailleurs et ne restent pas l, nous entranent ailleurs
aussi. Le bizarre ddoublement qui se fait en nos cerveaux surexcits!
Nous assistons  d'insignifiantes et banales scnes dont nous sommes par
l'esprit  des milliers de lieues... et les plus hautes penses, la
mort, l'nigme de la vie... le pourquoi du mal et de la souffrance
s'veillent en nous, tout  coup, nous habitent... parce qu'un bouchon
est parti, que des assiettes se choquent, ou bien que les mesures d'une
mazurka se sont mises  sautiller... Et voil qu'une tristesse d'une
surprenante volupt est cre aussitt par ce contraste inattendu. Nous
voudrions y rsister, nous ne le pouvons pas. Nous sommes sous les
mancenilliers de la bohme. Il y a de l'agonie et du suicide dans l'air.
Nous sentons circuler dans nos veines heureuses l'indfinissable poison.
Notre me prend son absinthe.

Il faut--puisque nous y sommes--que nous buvions jusqu'au fond du gros
verre le breuvage exquis et bourbeux. Et tout nous enchante, obtient de
nos lvres entr'ouvertes un ple sourire crisp. Nous nous mlons, le
plus prs possible,  cette humanit qui n'est pas la ntre, dont nous
n'avons pas l'habitude et  laquelle cependant nous nous trouvons
attachs et comme accoupls  cette minute par d'obscurs et tendres
liens. Nous vibrons au frlement des moindres dtails, nous sommes des
_harmonicas_ de sensibilit tendue, nerveuse et maladive. Et nous
recevons aussi le renvoi immdiat de notre sympathie facile et dgrade.
Les regards se rencontrent et s'abordent sans gne. On se parle sans
ouvrir la bouche. Enfin, si tout  coup, dans le silence intermittent,
un piano mcanique fl, pris d'hystrie, jette  travers les feuillages
l'grnement de ses arpges, nous avons de la peine  ne pas laisser
ptiller  nos yeux la mousse des pleurs, cette _piquette_ d'motion 
quatre sous que nous versent la mlodie du trottoir et le concerto de la
barrire.

Il nous jaillit alors  l'esprit, en un rtrospectif clair, que notre
trouble a sa source lointaine et profonde dans les pages immortelles
d'une coeurante et tragique vrit o Daudet et Maupassant ont dcrit,
puis et pour ainsi dire tari, ce mme genre de sensations, louches et
suaves, ce pervers et sensuel malaise qui nous prend dans les
bals-musettes des dimanches, au bord de l'eau, sur ces rives riantes et
gluantes o la pense, comme le pied, glisse toujours un peu dans la
boue... mme quand elle veut s'embarquer, et s'envoler... car les rames
ont beau vouloir les imiter, ce ne sont pas des ailes.

HENRI LAVEDAN.

_(Reproduction et traduction rserves.)_



[Illustration: Aprs la remise des drapeaux et tendards par le
prsident de la Rpublique: les dtachements rangs en ligne, pour le
salut au chef de l'tat.]

LA REVUE DU 14 JUILLET 1913

Il faut retenir cette date. Elle aura dans le souvenir franais une
signification loquente. Elle se fixe dans notre histoire en chiffres
clairs. Elle sonne haut et net comme la voix d'un peuple. La revue du 14
juillet 1913, qui restera la grande revue, la revue de nos deux armes,
mtropolitaine et coloniale, la revue des quarante drapeaux, fut une
apothose admirable de nos nergies civiques et militaires rallies sous
nos trois couleurs. Il est donc vrai que l'enthousiasme ne se lasse
point et que, tout au contraire, il ne connat point de limites prvues,
mesures  l'avance, quand il tient aux ardeurs de l'me nationale. Il
est donc vrai qu'un peuple sait tre reconnaissant des sacrifices qu'on
lui demande, avec raison et avec justice, et que le courage civique,
autant que l'abngation militaire, est puissamment compris par
l'intelligence des foules. Le spectacle que la population parisienne a
donn, lundi dernier  Longchamp, aux membres de notre Parlement mls
au public des tribunes, ne sera pas de sitt oubli de ceux-l mmes qui
ont pu un instant se tromper sur la pense nationale.

La foule, accourue sur le terrain de la revue, ne saurait tre
exactement value en chiffres. Etaient-ils quatre cent mille ou cinq
cent mille, ces Parisiens qui, depuis l'aube prcoce, avaient, par
toutes les issues de la ville, gagn en hte et en joie le lieu du
rendez-vous patriotique? Tout ce qui, dans notre grande et toujours
frmissante capitale, avait pu venir au drapeau tait l,  la lisire
du Bois, sur le bord des pelouses, recueillie dans son attention,
vibrante dans son orgueil. Et quelle importance alors devant une telle
masse qui prtend elle aussi tre consciente, quelle importance pouvait
bien alors prendre l'opposition des dix ou quinze mille gars ou
indcis qui, dans les dclamations de meetings internationalistes,
mettent l'extravagante prtention de reprsenter le peuple de Paris.

Ds 7 heures du matin, on avait t oblig de refuser  quarante mille
personnes, munies de cartes cependant, l'entre des tribunes dj
envahies. La police avait mis plus d'une heure  dgager le terrain
rserv aux troupes. On savait que le spectacle, en sa beaut
traditionnelle, comportait, cette fois, un pittoresque indit d  la
prsence de divers dtachements de tirailleurs algriens, annamites,
sngalais, de spahis et de cavaliers soudanais. En outre, on voulait
assister  la scne grandiose de la distribution, par le prsident de la
Rpublique, des drapeaux,  la gendarmerie, et aux rgiments
mtropolitains de formation rcente, ainsi qu' la remise de la croix de
la Lgion d'honneur au drapeau du 1er Sngalais qui pourrait suffire 
lui seul  voquer tous les fastes africains.

[Illustration: Le drapeau du 1er rgiment de tirailleurs sngalais,
dcor de la Lgion d'honneur, et sa garde, derrire les
faisceaux.--_Phot. J. Clair-Guyot._]

[Illustration: Les tirailleurs indo-chinois au port d'armes, avant le
passage du prsident de la Rpublique.]

A 8 heures, toutes les troupes qui doivent participer  cette belle fte
militaire sont ranges face aux tribunes, sur trois lignes, sous le
commandement du gnral Michel, gouverneur militaire de Paris. A ce
moment, le canon tonne et le cortge prsidentiel dbouche, au milieu
des acclamations, par la route de la Cascade. On ovationne  la fois le
prsident de la Rpublique et le ministre de la Guerre, M. Etienne, qui
se trouve dans la mme voiture et dont on sait la collaboration
nergique avec le prsident du Conseil, M. Louis Barthou, pour obtenir
le vote de la loi de trois ans. Aprs que la voiture du Prsident, 
ct de laquelle galope le gnral Michel et que suivent tous les
attachs militaires trangers, a pass sur le front des troupes, M.
Poincar s'avance vers les dtachements des corps qui doivent recevoir
un drapeau ou un tendard et qui sont rangs devant la tribune
prsidentielle. Ils reprsentent la gendarmerie, et, avec une douzaine
de rgiments mtropolitains, quatre rgiments d'artillerie coloniale,
les six rgiments d'infanterie coloniale mixte du Maroc, cinq rgiments
de tirailleurs algriens, les 2e, 3e et 4e rgiments de tirailleurs
sngalais, le 1er rgiment de tirailleurs annamites; le 4e rgiment de
tirailleurs tonkinois, les 1er, 2e et 3e rgiments malgaches, le
rgiment indigne du Tchad, le rgiment indigne du Gabon. Immobile,
trs droit, avec son visage toujours grave et recueilli, le prsident de
la Rpublique en l'une de ces courtes allocutions o il sait si bien
exprimer, en quelques mots mtalliques et bien frapps, ce que tout
notre pays sent et pense, a rpt  tous ces dfenseurs de toutes les
France d'au del des mers la confiance que la patrie mettait en eux.
Puis, au milieu de l'motion gnrale, il a remis  chaque dlgation le
drapeau qui lui revenait, et dcor--en l'embrassant, aux acclamations
de la foule--le drapeau du 1er tirailleurs sngalais, d'une croix bien
gagne et qui sera le ftiche de nouvelles victoires.

Notre arme noire, qui depuis tant d'annes, et  peu prs chaque jour,
fut la premire  la peine, partout, dans cette Afrique o l'on continue
de se battre, fut, cette fois, la premire  l'honneur dans ce Paris
dont la population, mieux que nulle autre, s'entend  fter l'hrosme.
Les tirailleurs, sous le commandement du gnral Gouraud revenu du
Maroc, et les spahis noirs furent, tous ces jours-ci, les enfants chris
de notre capitale. On les acclama  la revue, au dfil. Et de mille
faons la sympathie populaire se manifesta  ces beaux soldats bronzs,
presque tous dcors de la mdaille militaire ou coloniale, et qui ne
cessaient d'intresser la foule parisienne par leurs silhouettes
pittoresques et leurs attitudes martiales, avec aussi leurs tonnements
et leurs joies naves, lorsque, par exemple, dans le ciel de la revue,
ils virent passer le dirigeable. On a fait tout ce que l'on a pu pour
leur rendre agrable ce sjour  Paris. Le Cercle du soldat, l'oeuvre si
intressante de M. Ren Thorel  qui devaient aller tous les concours a
donn une rception--que prsidait le gnral, Michel ayant  ses cts
le gnral Dodds--avec jeux, spectacle et rafrachissements, en
l'honneur des soldats indignes, dont les officiers avaient t fts la
veille au cercle militaire. Et lorsque, mardi soir, la musique des
tirailleurs, la _nouba_, qui, dj, avec ses curieux instruments,
s'tait fait entendre le samedi d'avant au concert  la garden-party de
l'Elyse, sortit de l'cole militaire et traversa en retraite les rues
de Paris, une foule norme leur fit cortge et les ramena, en triomphe,
 leur quartier.

[Illustration: LA REVUE DU 14 JUILLET.--Le dfil des chiens
sanitaires.]

[Illustration: Les tribunes du pesage de Longchamp. Moulin et chteau de
Longchamp. La Cascade. Piste. Troupes spciales. Infanterie. Artillerie,
et plus loin cavalerie. Matriel d'aviation. Les troupes masses sur le
champ de courses avant le dfil.]

[Illustration: Amorce des tribunes. Le moulin. Chteau de Longchamp. LA
REVUE DU 14 JUILLET, VUE DU DIRIGEABLE COMMANDANT-COUTELLE.--La foule
aux abords de l'hippodrome. _Photographies Bergeron._]



[Illustration: = Route des Pyrnes (le trait interrompu indique les
lacunes).----- Autres routes.----- Chemins de fer. +++ Sections de la
route desservies par des services d'autocars.--desservies par des
services d'autocars.----- en construction (Transpyrnens), Le trac de
la route des Pyrnes.]

LA ROUTE DES PYRNES

Aprs avoir obtenu des pouvoirs publics les crdits ncessaires pour
tablir la _Route des Alpes_ et avoir fourni lui-mme une subvention
importante, le Touring-Club s'est propos d'tablir une _Route des
Pyrnes_. Se dveloppant de Hendaye au cap Cerbre, du pays basque au
pays catalan, cette route unirait l'Ocan  la Mditerrane, en
traversant une srie de paysages aussi beaux que varis; elle
prsenterait une longueur totale de 734 kilomtres, dont 119, rpartis
sur divers points du parcours, sont  construire.

Le projet est encore  l'tude; mais, ds maintenant, la Compagnie du
Midi a tenu  le raliser dans la mesure possible, en crant des
services d'autocars qui font partie d'un vaste programme ayant pour but
de dvelopper le tourisme dans toute la rgion pyrnenne.

La semaine dernire, M. Guffet, chef de l'exploitation de la Compagnie
du Midi, et M. Leverve, sous-chef de l'exploitation de la Compagnie
d'Orlans, inauguraient avec quelques invits le circuit
Cauterets-Luchon-Argels-Gazost, qui emprunte une des plus belles
parties des Pyrnes classiques: valles de Cauterets et de Gavarnie;
cols de Tourmalet, d'Aspin, de Peyresourde; Luchon,
Saint-Bertrand-de-Cominges, d'o l'on gagne la route de plaine pour
toucher Capvern, Bagnres-de-Bigorre, Lourdes et Argels.

[Illustration: LES PYRNES INCONNUES.--Mgr de Carsalade du Pont, vque
d'Elne et de Perpignan dans son abbaye de Saint-Martin du Canigou (1.065
mtres).]

Dans quelques jours, deux autres services commenceront  fonctionner
dans les Pyrnes inconnues. Tous deux partiront de Font-Romeu, un des
points les plus pittoresques de notre admirable Cerdagne franaise. Un
des services conduira les touristes  Ax-les-Thermes: l'autre, les
mnera  Quillan en traversant le plateau sauvage du Capcir et ces
magnifiques gorges de l'Aude qui peuvent rivaliser avec les gorges les
plus clbres des Alpes.

Au mois de septembre, les auto-cars excursionneront dans le pays basque
et emmneront les touristes jusqu' Pampelune.

Si, comme on l'espre, l'exploitation de ces nouveaux services donne de
bons rsultats, on les multipliera ds l'anne prochaine.

D'autre part, la Compagnie du Midi a rsolu d'lectrifier son rseau
pyrnen et elle vient de construire  Soulom, prs de
Pierrefitte-Nestalas, une usine hydro-lectrique alimente par les gaves
de Gavarnie et de Cauterets, qui fournira une partie du courant
ncessaire. A la fin de ce mois, la traction lectrique sera ralise
entre Perpignan et Villefranche. De cette curieuse petite ville
fortifie partira la ligne de Vernet-les-Bains, qu'il est question de
prolonger jusque vers le sommet du Canigou. A travers les aulnes, les
magnolias, les chtaigniers, on arriverait ainsi devant l'admirable
abbaye de Saint-Martin-du-Canigou, monastre-chteau fort du onzime
sicle, camp  1.065 mtres d'altitude, et dont les moines amnagrent,
les premiers, les bains du Vernet.

Il serait difficile, crit J. d'Elne, d'imaginer un site plus
pittoresque. L'abbaye, place comme sur une tagre, au pied d'un
immense rocher qui la domine, surplombe elle-mme  pic et  une trs
grande hauteur la valle de la Ridourte. Autour d'elle, les contreforts
du Canigou dcrivent un cercle troit et l'enferment dans
d'infranchissables remparts. Une vgtation luxuriante a pouss dans ce
chaos; des chnes, des chtaigniers, des bouleaux, des htres croissent
dans les anfractuosits et abritent sous leurs ombrages une flore
vigoureuse, remarquable par la richesse de ses formes et de ses coloris.

 La physionomie de l'abbaye s'harmonise merveilleusement avec le cadre
qui l'entoure. Son architecture est simple, rustique mme. L'glise,
oriente vers le levant, semble pose en l'air sur la saillie d'un roc:
on n'y peut accder que par des escaliers.

 L'glise abbatiale est, avec sa crypte, un type trs curieux, et
peut-tre unique, du style roman-byzantin. Elle date de la dernire
moiti du dixime sicle, et fut consacre en 1009.

 A la Rvolution, l'abbaye tomba dans le domaine national. Peu  peu
les votes s'effondrrent, les murs s'croulrent, et, en 1835, elle
n'tait plus qu'un amas de ruines.

 Mgr de Carsalade du Pont, vque de Perpignan, a rachet ces ruines en
1902; peu  peu il a restaur l'antique abbaye qui, aujourd'hui
compltement reconstitue, ouvre ses portes hospitalires  la foule des
visiteurs.

Et, chaque saison, malgr son grand ge, l'exquis prlat quitte la
crosse piscopale pour l'alpenstock, et vient, avec une bonne grce
inexprimable, faire aux touristes les honneurs de sa montagne, d'o il
contemple en souriant cette rgion privilgie qu'il a lui-mme appele
le Paradis des Pyrnes.

Rappelons, en terminant, que deux chemins de fer transpyrnens sont en
cours d'excution: l'un, d'Ax-les-Thermes  Bourg-Madame, constituera la
ligne de plus courte distance entre Toulouse et Barcelone; l'autre,
d'Oloron au Somport, permettra d'aller directement de Paris  Madrid par
Pau.

Grce  ces initiatives multiples, dues en grande partie au nouveau
directeur de la Compagnie du Midi, M. Paul, il est permis d'entrevoir 
bref dlai un dveloppement considrable du tourisme dans les Pyrnes.
Un chiffre peut, d'ailleurs, fixer les ides: la recette kilomtrique du
chemin de fer de Cerdagne, nagure value  2.000 francs, atteint
actuellement 17.000 francs.

F. HONOR



[Illustration: Le drapeau du 1er tranger (Bel-Abbs).]

[Illustration: Le drapeau du 2e tranger (Sada).]

LA LGION TRANGRE _Photographies J. Geiser, Alger._

_La reproduction des photographies illustrant cet article est
autorise.--Le correspondant-photographe de_ L'Illustration _ Alger, M.
Geiser, mettra gratuitement des preuves  la disposition des journaux
allemands soucieux de complter leur documentation sur la Lgion
trangre._

Ces derniers jours, une partie de la presse allemande a recommenc, avec
une violence nouvelle, sa campagne favorite contre notre lgion
trangre. Cette fois, les feuilles pangermanistes ont racont qu'un de
nos officiers, le colonel Pierron, aurait fait fusiller  Oran un
lgionnaire allemand de dix-sept ans, bien que celui-ci, un nomm
Muller, et t graci par le prsident de la Rpublique. Ce jeune
Allemand avait t port dserteur et tait revenu aprs trois jours et
demi d'absence. Telle est la fable qui, par son invraisemblance
grossire, ne mritait mme pas un dmenti. Cependant, des journaux
franais ont enqut pour savoir ce qui avait pu, dans la ralit des
faits, donner un sens  cette singulire histoire, et voici les
renseignements qui furent recueillis par le _Matin_:

Un lgionnaire, nomm Hans Muller, et qui n'tait pas Allemand, mais
Suisse, avait t excut, non pas  Oran, mais  Oudjda, il y a trois
ans,  la suite d'une condamnation  mort, motive par l'abandon de son
poste en face de l'ennemi et provocation  la dsertion. Le lgionnaire
tait g de vingt ans rvolus et le prsident de la Rpublique n'avait
t saisi d'aucun recours en grce en sa faveur. En outre, le colonel
Pierron ne commandait pas  Oudjda en 1910 et n'avait pu tre ml ni de
prs ni de loin  cette affaire. Voil toute la vrit. Il n'empche,
comme le fait remarquer notre confrre le _Temps_, qu'il a suffi  un
journal wurtembergeois de second ordre de lancer au hasard une nouvelle
si peu srieuse pour qu'aussitt une grande partie de la presse
allemande, des organes importants en tte, accueillent cette information
et en fassent le prtexte d'une campagne d'injures contre la France et
de diffamations contre la lgion, traite, une fois de plus, de corps
de dserteurs, d'institution infme.

[Illustration: Salle d'honneur du 2e rgiment.]

[Illustration: Salle d'honneur du 1er rgiment.]

Insultes traditionnelles, auxquelles un ancien de la lgion trangre,
M. Candau-Maurer, ripostait nagure par ces nobles paroles prononces 
l'un des banquets de l'Alliance coloniale franaise:

La lgion est non seulement l'cole de l'abngation et de la bravoure,
mais encore le lieu de refuge o tant de malheureux gars ont pu se
refaire une vie honorable. La soutenir, la dfendre est, au premier
chef, un devoir sacr auquel nous ne saurions faillir, car il nous est
command par l'amour de la patrie et par la solidarit humaine et
fraternelle.

[Illustration: Une chambre.]

[Illustration: Chez le coiffeur.]

La vrit, c'est que non seulement  l'tranger, mais en France mme, on
est, d'une faon gnrale, trs peu renseign sur la lgion dont
l'organisation et la composition sont choses fort mal connues du grand
public, du monde parlementaire, voire de certains milieux mmes de
l'arme. La psychologie des rgiments trangers, le pittoresque des
divers contingents qui les alimentent et auxquels M. le gnral Bruneau
a consacr un excellent chapitre de son dernier livre: _En colonne_
(Calmann-Lvy, diteur), ont fait l'objet de diverses publications,
parmi lesquelles il faut citer l'tude du colonel de Villebois-Mareuil,
publie en 1896 dans la _Revue des Deux-Mondes_, et le livre ardent de
M. Georges d'Esparbs sur la _Lgion trangre_. Pour l'organisation
mme des rgiments trangers, dont nous allons tcher de donner un
expos prcis, on pourra consulter, avec l'dition mthodique du
Bulletin officiel du Ministre de la Guerre (2e partie, cadres et
effectifs), le Recueil de documents sur la lgion prsent par le
lieutenant-colonel Morel (Chapelot, diteur), un article anonyme paru
dans _l'Opinion_ du 11 mars 1911, et le trs intressant travail sur _la
Lgion trangre et les troupes coloniales_, publi par la librairie
Chapelot encore, sous la signature G. M.

LES ORIGINES

La lgion trangre, qui a pour statut organique actuel le dcret du 4
septembre 1864, a t cre par l'ordonnance royale de 1831. Ce n'tait
point un dernier vestige conserv des rgiments trangers suisses,
allemands, irlandais, qui entrrent dans les armes de l'ancien rgime
en France, comme chez les autres puissances. Encadre par des officiers
en majorit franais, et compose en grande partie,  l'origine, par de
nombreux bannis politiques, Polonais, Belges, Italiens, Allemands,
Espagnols, qui taient venus chercher un refuge chez nous, la lgion
avait, ds sa formation, pris un caractre trs diffrent des rgiments
mercenaires dont on achte les services. Le corps comprit d'abord 7
bataillons de 8 compagnies chacun et les hommes taient rpartis par
nationalit dans les bataillons qui partirent, en 1831, pour l'Algrie
o les lgionnaires prirent une part fort brillante aux deux siges de
Constantine,  la prise de Zaatcha. Sous le second Empire, la lgion se
couvrit de gloire en Crime, en Italie,  Magenta, et au Mexique. En
1870-1871, un corps de lgionnaires dfend Orlans, avec l'arme de la
Loire, puis combat la Commune. Les lgionnaires sont de l'expdition de
Tunisie; ils prodiguent l'hrosme en Extrme-Orient, forment le noyau
de la colonne du gnral Doods, au Dahomey, et participent 
l'expdition de Madagascar. Enfin, ds que nous tirons le canon au
Maroc, les lgionnaires y accourent. Ils s'illustrent partout et
continuent le feu, presque chaque jour, avec leur traditionnelle
bravoure et leur admirable rsistance de vieux soldats d'un corps o,
seul, le service  long terme a t maintenu. Tels sont les tats de
service--trois quarts de sicle de combats presque ininterrompus--de
cette troupe d'lite dont les attaques si directement intresses des
journaux francophobes voudraient tenter de priver notre dfense
nationale.

[Illustration: A LA LGION.--Dans la cour de la caserne du 1er tranger,
 Bel-Abbs: l'aration de la literie.]

ORGANISATION ET RECRUTEMENT

L'organisation actuelle de la lgion comporte, pour plus de 12.000
hommes, 56 compagnies rparties en 13 bataillons formant 2 rgiments,
dont les dpts respectifs sont  Sidi-Bel-Abbs et Sada, plus un
bataillon de marche, soit plus de 6.000 hommes par rgiment, ce qui
constitue l'effectif de 3 rgiments au moins de l'organisation normale.

La loi du 7 juillet 1900 classe la lgion trangre avec les tirailleurs
algriens et les bataillons d'infanterie lgre d'Afrique dans la
catgorie de rserve de l'arme coloniale, bien qu'en fait l'emploi de
la lgion comme troupe d'occupation permanente coloniale soit consacr
depuis bientt trente ans.

Le recrutement des rgiments trangers s'opre exclusivement par voie
d'engagements volontaires, dont la dure est uniformment fixe  cinq
ans, et de rengagements.

Les engagements volontaires pour la lgion sont contracts au titre
tranger, et l'on entend par titre tranger la situation, la condition,
l'tat militaire de _l'tranger non naturalis_ servant par engagement
ou par rengagement dans les rgiments trangers. Cette condition _est
partage par le Franais_ qui contracte un engagement volontaire dans
ces rgiments, sauf l'exception prvue par l'article 11 de l'instruction
ministrielle du 20 fvrier 1902 spcifiant que les jeunes Franais qui
n'ont pas encore satisfait  leurs obligations militaires peuvent
_exceptionnellement_ tre autoriss par le ministre de la Guerre 
contracter un engagement volontaire de cinq ans _au titre franais_ dans
les rgiments trangers.

[Illustration: Le djeuner du poste,  l'entre de la caserne de
Bel-Abbs.]

Les Franais qui ont contract pour la lgion un engagement au titre
tranger sont lis au service dans les conditions du titre tranger pour
toute la dure du contrat spcial qu'ils ont volontairement souscrit. En
principe, ils ne peuvent pas obtenir de passer du titre tranger au
titre franais au cours de leur engagement. Telle est la rgle. Par
exception, nanmoins, sur autorisation spciale du ministre et aprs
examen de leur situation particulire, quelques lgionnaires franais
engags au titre tranger sont parfois autoriss  passer du titre
tranger au titre franais. La condition essentielle habituellement
exige de ceux qui sollicitent cette faveur est de ne pas avoir
d'antcdents judiciaires.

La dure des rengagements, dans les rgiments trangers, varie d'un 
cinq ans; ils sont renouvelables jusqu' une dure totale de quinze ans
de services, pour le personnel servant au titre franais comme pour
celui servant au titre tranger. Ces rengagements ne peuvent tre
contracts que par les militaires de ces rgiments prsents au corps et
par continuation de service. Les seuls militaires des rgiments
trangers pouvant tre admis  rengager au titre franais dans ces
rgiments sont ceux qui servent au titre franais et qui, nous venons de
le voir, constituent l'exception. 11 faut ajouter que les lgionnaires
d'origine trangre qui viennent  obtenir la nationalit franaise par
voie de naturalisation sont considrs comme servant au titre franais
du jour de leur naturalisation. Ds ce moment, il leur est loisible,
soit de rengager au titre franais, soit de demander  passer dans un
corps franais.

[Illustration: Dans les cuisines, avant le repas du matin: tout est
prt.]

Jusqu'en ces derniers temps, les militaires trangers, ou servant au
titre tranger, ne bnficiaient d'aucun des avantages prvus par la loi
du 21 mars 1905 pour les militaires des corps franais ayant accompli la
dure du service lgal, savoir: primes d'engagement et de rengagement,
haute paie ds l'ouverture de la troisime anne de service, solde
mensuelle aprs cinq ans de service pour les sous-officiers. Un rapport
du ministre de la Guerre au prsident de la Rpublique, en date du 7
aot 1910, a fait ressortir qu'il tait peu quitable d'appliquer des
traitements diffrents  des militaires d'un mme corps suivant que les
services rendus par eux le sont au titre franais ou au titre tranger;
et ce rapport, en consquence, proposait d'tendre aux militaires
trangers, ou au titre tranger, les divers avantages dont jouissent les
militaires des corps franais,  l'exception, toutefois, de la prime
d'engagement et de rengagement. Un dcret du 7 aot 1910 a consacr ces
propositions.

En ce qui concerne les changements de corps, sont seuls admis  passer
pour convenances personnelles dans les divers corps de l'arme
mtropolitaine ou des troupes coloniales les militaires des rgiments
trangers servant au titre franais.

[Illustration: A LA LGION.--Devant l'infirmerie rgimentaire, 
Bel-Abbs: quelques blesss du Maroc.]

D'autre part, les dispositions de la loi du 18 mars 1889, rglant le
droit  l'obtention de la pension de retraite proportionnelle aprs
quinze ans de services, sont applicables aux militaires franais et
naturaliss Franais servant au titre tranger, mais non point aux
lgionnaires trangers qui n'ont point obtenu la naturalisation. Une
intressante dcision du Conseil d'tat statuant au contentieux, en date
du 1er mai 1903, a tabli que le Franais qui, n'ayant pu se rengager
dans un corps franais en raison d'antcdents judiciaires, est entr
dans un rgiment tranger sous un nom suppos peut, aprs quinze ans de
service, acqurir le droit  la pension proportionnelle.

[Illustration: Rodi, Turc, 2 ans de service; 2 campagnes.]

[Illustration: Verhoven, Belge, 11 ans de service, 16 campagnes.]

[Illustration: Monico, Grec, 2e tranger.]

[Illustration: Schiaveneto, Italien 1er tranger.]

[Illustration: Verollet, Franais, 12 ans de service; 15 campagnes.]

[Illustration: Domingus, Cubain, 1er tranger.]

LE TITRE TRANGER ET l'LMENT TRANGER

Voil donc comment sont rgls par la lgislation actuelle et la
jurisprudence les conditions du recrutement  la lgion et les avantages
et droits accords aux lgionnaires. Nous avons remarqu que des
Franais--le plus grand nombre--servent dans ce corps au titre tranger
et que des trangers, naturaliss il est vrai, y figurent au titre
franais. Il ne faut donc point confondre,  cause des similitudes de
terminologie, les conditions avec les sources du recrutement, ni le
_titre tranger_ avec _l'lment tranger_.

L'lment tranger, qui demeure l'lment normal le plus important, 60 
65% environ, se recrute parmi les volontaires de nationalits
quelconques et peut se diviser en trois catgories: la premire se
compose des jeunes trangers n'ayant pas encore accompli de service
militaire dans leurs pays d'origine. En raison de l'ge, cette catgorie
est inutilisable tout d'abord pour le service colonial. Aussi a-t-on
soin de maintenir ces jeunes gens dans les portions centrales d'Algrie
et ne les envoie-t-on aux colonies que lorsqu'ils ont atteint l'ge et
le dveloppement physique dsirables. Les deux autres catgories qui
comprennent: 1 les trangers dserteurs, 2 les trangers ayant
satisfait  la loi militaire de leur pays d'origine, fourniront  la
lgion un nombreux contingent aussitt utilisable et particulirement
remarquable au point de vue du dveloppement et de la rsistance
physiques ainsi qu'au point de vue de l'ducation militaire, puisqu'il
s'y trouve parfois des officiers trangers.

Il faut, en outre, joindre  ces trois catgories celle des trangers
ayant dj accompli un cong  la lgion et qui y contractent un
rengagement.

L'Allemagne, y compris l'Alsace-Lorraine, fournit  peu prs 40% des
contingents trangers. Le contingent annuel des engags est d'environ
3.000 hommes, dont 700 Allemands et 400 Alsaciens-Lorrains ou immigrs
allemands qui se prsentent comme Alsaciens-Lorrains.

Les formalits d'engagement pour les trangers sont des plus
lmentaires. Ils doivent avoir dix-huit ans au moins. Ils donnent un
nom, indiquent une profession, et signent leur engagement, sans qu'on
soumette leur dclaration  une enqute.

Pour les Franais, les formalits d'engagement sont trs simples aussi,
bien que soumises  certaines conditions indispensables: le consentement
du chef de corps n'est point exig non plus que le certificat de bonne
conduite  la libration prcdente. D'autre part les engagements,
contrairement  ce qui se passe dans les autres corps, sont reus
jusqu' quarante ans. Il suffit de produire, avec un certificat
d'identit, le livret militaire et un extrait du casier judiciaire afin
de s'assurer si l'homme a satisfait  la loi du recrutement et s'il n'a
pas subi de condamnations entranant l'exclusion de l'arme.

L'engagement des Franais  la lgion ne peut, nous l'avons dit, tre
souscrit que dans des conditions identiques  celles des trangers,
c'est--dire pour une dure de cinq ans et sans allocation de prime ou
gratification d'aucune sorte. Les conditions, on le voit, sont peu
avantageuses. D'o il suit que ne s'engagent gnralement  la lgion
que les Franais empchs par une raison majeure de contracter un
engagement volontaire ou un rengagement dans les corps o il est pay
des primes d'engagement ou de rengagement. Mais il ne faut pas oublier
le caractre de la lgion et l'esprit dans lequel les hommes, le plus
gnralement, se font incorporer, un grand nombre d'entre eux cherchant
 l'abri du drapeau un relvement et une rhabilitation.

Ceci dit, qu'il faut retenir, on doit noter que les Franais engags 
la lgion proviennent surtout des catgories suivantes:

1 Pour le plus grand nombre, des militaires de toutes armes sans
certificat de bonne conduite et qui, de ce fait, se sont vu refuser
l'accs des corps o sont reus les rengagements comportant des
avantages pcuniaires;

2 Des hommes prsentant des antcdents judiciaires autres nanmoins
que ceux entranant l'exclusion de l'arme, et n'ayant pas t admis en
consquence  s'engager ou  rengager dans les mmes corps;

3 Pour une part beaucoup moindre, des hommes gs de plus de
trente-deux ans, possesseurs de certificats et qui, dsirant prendre du
service, n'ont pu contracter un rengagement dans les troupes coloniales,
o l'ge limite a t fix  trente-deux ans par la loi du 30 juillet
1893.

Ces trois catgories ne comprennent que des individus ayant dj
satisfait  la loi militaire. Elles sont en consquence composes
d'hommes ayant en gnral dpass l'ge de vingt-cinq ans, engags
auxquels il faut joindre les Franais, assez nombreux, qui entrent  la
lgion sous un nom et une nationalit d'emprunt et qui sont presque
toujours des hommes ayant dpass la trentaine et comptant de prcdents
services militaires.

Les diverses catgories de Franais librs antrieurement par d'autres
corps et qui, pour une raison quelconque, viennent servir  la lgion,
forment pour ces effectifs un appoint important. L'auteur de _la Lgion
trangre et les troupes coloniales_ note que ceux des hommes de ces
catgories qui n'ont  leur actif que le fait de s'tre vu refuser le
certificat de bonne conduite  leur sortie du rgiment en France pour de
trop nombreuses punitions, de salle de police ou prison, deviennent
gnralement  la lgion de bons soldats coloniaux. L'amalgame de cette
catgorie franaise avec les catgories trangres constitue le fond le
plus solide des compagnies de la lgion.

Il convient enfin, pour en finir avec les engags franais que l'on
rencontre  la lgion, de citer deux sources de recrutement trs
diffrentes.

L'une de ces sources, d'ailleurs trs faible, envoie  la lgion
trangre des jeunes gens librs du service militaire en France ou en
Algrie, munis de leurs certificats et qui, dsirant suivre la carrire
militaire en servant spcialement  la lgion, contractent dans ce corps
un engagement volontaire au titre tranger. A cette catgorie, qui
fournit nombre de sous-officiers et mme quelques officiers au titre
tranger, on pouvait, il y a quelques annes encore, rattacher les
jeunes Alsaciens et Lorrains ns avant 1870, qui fournirent  la lgion
un trs important appoint d'engags volontaires et--aprs naturalisation
au cours de leur service militaire--un bon nombre d'excellents
officiers. Ces engags sont devenus plus rares. Par contre, il faut
signaler comme venant  la lgion depuis une vingtaine d'annes une
forte proportion d'Allemands immigrs en pays annexs et qui se
prsentent comme Alsaciens.

Une seconde source de lgionnaires franais d'lite est reprsente par
les sous-officiers venant, par permutation ou mutation d'office, des
rgiments de France ou d'Algrie, et qui continuent de servir au titre
franais.

[Illustration: Angst, Alsacien, 2e tranger.]

[Illustration: Bezdicek, Autrichien, ancien capitaine de l'arme
autrichienne, 15 ans de service; 29 campagnes.]

[Illustration: Castel, Franais (Breton) 2e tranger.]

[Illustration: Monument aux soldats de la Lgion trangre et de l'arme
d'Afrique morts dans le Sud-Oranais,  Sada.]

[Illustration: Hesseling, Allemand, 1er tranger; 12 ans de service; 16
campagnes.]

[Illustration: Dorozinski, Polonais, 1er tranger; 2 ans de service; 2
campagnes.]

[Illustration: De Bulmerincq, Anglais, 2e tranger.]

[Illustration: Kowalzik, Russe, 1 an de service; 1 campagne.]

[Illustration: Huguet, Espagnol, 2e tranger.]

[Illustration: Martinetti. Suisse italien. 3 ans de service; 4
campagnes.]

[Illustration: Philippin, Suisse franais, 1er tranger.]

[Illustration: Peter, Suisse allemand, 2 ans de service; 2 campagnes.]

[Illustration: Berde, Hongrois, 2e tranger.]

TYPES DE LGIONNAIRES DE DIFFRENTES NATIONALITS

LES OFFICIERS

Le recrutement et la situation des officiers servant au titre franais
sont rgis par les rgles gnrales applicables  tous les corps
franais. Les officiers servant au titre tranger proviennent: 1
d'trangers, officiers dans leurs pays d'origine, qui, gnralement
accrdits par leurs gouvernements respectifs, obtiennent du
gouvernement franais la faveur de servir dans la lgion,  grade gal
ou infrieur, comme officiers au titre tranger; 2 des sous-officiers
de la lgion, Franais ou naturaliss Franais, servant au titre
tranger et qui ont t admis  l'cole de Saint-Maixent; ils sortent de
cette cole sous-lieutenants au titre tranger; 3 des sous-officiers
des rgiments trangers, Franais ou naturaliss Franais, servant au
titre tranger, promus directement sous-lieutenants au titre tranger,
soit pour faits de guerre, soit en vertu des dispositions du dcret du
10 aot 1911 spciales aux adjudants: 4 des officiers franais de tous
corps, dmissionnaires, qui obtiennent du chef de l'tat la faveur de
reprendre du service, dans la lgion, comme officiers au titre tranger,
avec leur ancien grade. On peut ajouter  cette dernire catgorie les
officiers de rserve qui, servant au Maroc, seront, par mesure
exceptionnelle, maintenus, au titre actif, dans la lgion trangre.

[Illustration: La bibliothque des sous-officiers,  Bel-Abbs.]

Il n'existe, jusqu' ce jour, aucun texte ayant caractre lgislatif et
exposant d'une faon prcise et complte les rgles qui rgissent la
situation militaire des officiers servant au titre tranger. Mais, d'une
faon gnrale, on peut dire que l'tat de ces officiers prsente
beaucoup d'analogie avec celui des officiers de la rserve et de la
territoriale. Ainsi, la non-activit par retrait d'emploi et la rforme
par mesure disciplinaire ne sont pas applicables aux officiers servant
au titre tranger, qu'ils soient Franais ou de nationalit trangre.
Pour fautes graves contre la discipline ou le devoir militaire, ils sont
_rvoqus_ et rendus  la vie civile.

[Illustration: A LA LGION.--La salle d'armes du 2e tranger.]

AMES DE LGIONNAIRES

Le gnral Bruneau,  qui l'on doit de si loquentes pages sur la
lgion, a trac, en de vigoureux coups de crayon, la physionomie, si
diverse, du lgionnaire:

J'ai eu dans ma vie, crit-il, un honneur suprme: j'ai command un
rgiment de la lgion, le 2e tranger.

Mon ternel regret sera de n'avoir pas eu l'occasion de conduire au feu
cette troupe incomparable dont le nom voque  juste titre le souvenir
de l'organisme militaire le plus puissant qui ait jamais exist, la
lgion romaine.

Attirs par la prestigieuse renomme de ce corps unique au monde,
Alsaciens-Lorrains, Belges, Suisses, Allemands, Hongrois, Slaves,
Italiens, Espagnols, Turcs mme, arrivent par centaines  chaque
paquebot et sont immdiatement dirigs sur ces usines  soldats que sont
les dpts de Sidi-Bel-Abbs et de Sada. L, en quelques semaines ou en
quelques mois, suivant l'origine ou la duret du mtal humain, tous ces
lments htrognes, jets dans l'ardent foyer de l'esprit de corps,
ont fondu comme cire, et sont dfinitivement couls dans le moule 
fabriquer les hros!

Princes, ducs, marquis, comtes ou vicomtes, gnraux et officiers de
tous grades et de tous pays, soldats de toutes les armes et de toutes
les armes; magistrats, prtres, financiers, diplomates, hommes de loi,
fonctionnaires de toutes sortes; braves gens qui veulent tout simplement
voir du pays, neurasthniques et dsoeuvrs; tous ceux qui, ayant perdu
l'honneur, veulent le reconqurir, et tous ceux qui ont prfr se faire
soldats plutt que de se brler la cervelle; tous ceux que dgote notre
civilisation veule et dcadente et tous ceux qui sont obligs de la
fuir; tous ceux qui crvent de faim, et tous ceux qui sont rassasis de
volupts; tous, sans exception, tous, vous m'entendez bien, sont mus en
cet tre brave, stoque, loyal, dvou, patient, tenace, prototype de
l'homme de guerre, le lgionnaire.

[Illustration: La salle de lecture et de correspondance des
lgionnaires,  Sada.]

Ce qu'on appelle en France le grand public ne souponne pas l'incroyable
diversit d'origine, d'ducation, de situation sociale de ces hommes.
Par suite de circonstances exceptionnelles on apprend, un jour, par
exemple, que le lgionnaire de 2e classe Muller, mort  l'hpital de
Gryville, est bel et bien le cousin de l'empereur d'Allemagne. Un
Hohenzollern!

Quand ce sera fini, dit-il  son capitaine, qui est venu le voir sur
son lit d'agonie, je vous prie de regarder sous mon traversin, vous y
trouverez un portefeuille et des papiers constatant ma vritable
personnalit; mais, d'ici l, permettez-moi de mourir en paix. Et cet
vque, que je trouvai en faction devant le quartier gnral de la
division d'Oran, aux grandes manoeuvres du 19e corps, en 1894!

J'tais,  ce moment, chef d'tat-major de la division d'Alger, et
j'avais t, la bataille termine, prsenter mes hommages au gnral
Dtrie, mon ancien colonel du 2e zouaves. Avant d'entrer dans sa tente,
j'avais t frapp de la belle prestance du lgionnaire de garde, et
j'avais remarqu la manire superbe avec laquelle il m'avait rendu les
honneurs. Aprs avoir caus quelques instants avec le hros du
Cerro-Borrgo, je pris cong de lui, et en m'accompagnant jusqu' la
porte:--Tenez, mon cher Bruneau, me dit-il  demi-voix, vous voyez ce
factionnaire: c'est Mgr X..., vque de Carinthie, le plus beau et le
meilleur soldat de la lgion.

J'eus un haut-le-corps, et, en sortant, je ne pus m'empcher de le
dvisager avec une intense curiosit. Sans doute avait-il entendu les
paroles du gnral, car il tait tout blme, et sa pleur tait encore
accentue par le contraste d'une barbe d'un noir de jais, mle de
quelques fils d'argent, qui descendait en ondes soyeuses jusqu' la
mdaille du Tonkin, pingle sur sa capote. Les yeux superbes
regardaient droit devant eux, vers les montagnes lointaines, o le
soleil se couchait dans une gloire d'or, de pourpre et de violet; mais,
je ne sais pourquoi, j'eus l'impression trs nette qu'ils contemplaient
quelque chose de plus lointain encore, et que ce qui illuminait son
regard, ce n'taient pas les flammes du soleil couchant, mais des
lumires de cierges, que ce qu'il fixait avec une si douloureuse
attention, ce n'tait pas le disque clatant de l'astre-roi, mais un
grand christ tincelant au milieu des splendeurs de l'autel.

Aprs le prince et le prlat, voici le millionnaire! Un jour, je reois
une lettre recommande portant le timbre de Vienne:

Monsieur le colonel, m'crivait le directeur d'une clbre agence de
renseignements autrichienne, je vous serais reconnaissant de me faire
connatre si un jeune homme de nationalit austro-hongroise, qui a d
s'engager  la lgion trangre sous le nom de Justus Perth, est
actuellement  Sada, car mes recherches ont t vaines au 1er tranger.
Vous comprendrez sans peine l'intrt que nous avons  le retrouver,
quand je vous aurai dit, trs confidentiellement, qu' la suite d'un
vnement imprvu il est devenu,  son insu, l'unique hritier d'une
fortune de 12 millions de couronnes.

 Ci-joint une de ses photographies du temps o il tait tudiant 
l'universit de Prague.

Je jetai les yeux sur le portrait. Il reprsentait un solide gaillard de
vingt  vingt-deux ans  la figure joufflue, encadre d'une courte
barbe. Il portait un lorgnon et, il m'tait, par suite, difficile de
prjuger de la couleur et de la forme de ses yeux.

[Illustration: La musique dans la cour de la caserne,  Bel-Abbs.]

--Allez voir chez le major, dis-je  mon adjudant-secrtaire qui entrait
 ce moment, s'il existe sur ses contrles un particulier s'appelant
Justus Perth.

Quelques instants aprs, l'adjudant revint me rendre compte que les
recherches faites sur la matricule du corps avaient t infructueuses.

--Il s'est peut-tre engag sous un autre nom, fit-il en voyant mon
dsappointement. Voulez-vous qu'on runisse tous les Autrichiens du
dtachement?

--Faites! dis-je.

Il alla  la fentre, appela le clairon de garde et fit sonner aux
sergents de semaine auxquels il donna brivement des instructions.

--Les hommes sont rassembls, mon colonel.

--Bien; prenez la photographie, et descendez avec Dhrmer, le secrtaire
qui parle allemand. Vous les examinerez attentivement un  un, et vous
verrez si quelqu'un d'entre eux ressemble  ce portrait.

Je m'accoudai pendant cette inspection sur l'appui de la fentre, et je
vis Ramus passer devant le front des lgionnaires puis les renvoyer
successivement,  l'exception de deux qui montrent avec lui dans mon
bureau.

--Mon colonel, dit-il en les introduisant, il n'y a que ces deux
gaillards-l qui rpondent au signalement, et encore d'une manire
imparfaite. Ils sont arrivs par le dernier courrier, et ne parlent pas
encore franais; mais ils ont dclar  l'interprte qu'ils ne se sont
jamais appels Justus Perth.

--Voyons, dis-je au secrtaire qui tenait la photographie entre ses
mains, et paraissait les examiner avec la plus grande attention,
expliquez-leur bien de quoi il s'agit, cela leur dliera peut-tre la
langue.

[Illustration: La salle de rcration du 2e tranger,  Sada.]

--Ecoutez ce que dit le colonel: si l'un de vous est bien le nomm
Justus Perth, qu'il le dise carrment. Ce phnomne vient d'hriter,
parat-il, de 12 millions de couronnes!

--Est-ce toi?

--Nein!

--Est-ce toi?

--Nein!

-Mais vous ne comprenez donc rien! leur cria-t-il d'un air furieux, et
dans le plus pur dialecte viennois, vous avez hrit de douze millions
de couronnes!

Rien!

--Allons! En voil assez! Renvoyez-les  leur compagnie:

Cet incident tait depuis longtemps sorti de ma mmoire, lorsqu'en 1902
je reus une grande enveloppe timbre du sceau du ministre des Affaires
trangres. Elle contenait une lettre dont la lecture m'arracha une
exclamation de surprise.

Paraphrase diplomatique de la demande de renseignements de l'agence
viennoise, elle insistait pour que la nouvelle enqute ft mene avec la
plus grande discrtion. J'tais, en effet, averti confidentiellement que
Justus Perth n'tait qu'un nom d'emprunt et que le personnage qu'il
fallait retrouver  tout prix s'appelait le comte Otto von X...

Une photographie, plus rcente que celle qui m'avait t adresse la
premire fois, tait pingle au verso du pli ministriel, et, ds que
j'eus jet les yeux sur elle, je poussai un cri de stupfaction: le
comte Otto von X..., le pseudo Justus Perth, n'tait autre que le
secrtaire Dhrmer qui avait si vivement interpell les deux pauvres
diables amens dans mon cabinet!

[Illustration: A LA LGION.--La salle de spectacle du 1er tranger, 
Bel-Abbs.]

Mon enqute tait du coup simplifie, car, peu de temps aprs le fameux
interrogatoire, notre ex-interprte tait parti au Tonkin, avec la
relve annuelle des bataillons qui y taient dtachs. Je n'avais plus
qu' tlgraphier.

[Illustration: La caserne du 2e tranger,  Sada.]

[Illustration: Au poste de Beni-Ounif: l'entre de la redoute.]

La rponse me parvint le surlendemain.

Lgionnaire Dhrmer rapatri cause sant, en route Singapour.

Nouveau tlgramme chiffr au consul de France  Singapour, nouvelle
rponse:

Lgionnaire Dhrmer, alias comte Otto von X..., vad paquebot en rade
Singapour, rest introuvable.

Je n'ai jamais eu la clef de ce mystre.

LE LGIONNAIRE EN GARNISON

Ce qu'est le lgionnaire au feu, il est inutile de le rappeler en ces
lignes, car notre article prendrait les proportions d'un fabuleux livre
d'or. Mais toutes nos illustrations des campagnes coloniales de la
France ont toujours reprsent, au premier plan de nos hros, le
lgionnaire. Que ce soldat, admirable en campagne, soit plus facilement
que tous autres dprim par la vie de garnison o se rveillent trop
souvent les instincts de ces natures ardentes et impulsives, on ne
saurait s'en tonner. Il en rsulte la ncessit d'une stricte
discipline qui n'a point d'ailleurs le mme caractre impitoyable que
celle dont on est oblig d'user pour les bataillons d'Afrique et qui
doit tre opportune et approprie  des lments d'origine si diverse.
Il faut, crit le gnral Bruneau, un doigt spcial, une main de fer
dans un gant de velours, et les colonels qui ont laiss le meilleur
souvenir  la lgion sont prcisment ceux qui ont su allier dans une
juste mesure ces deux manires si diffrentes de s'imposer: la
bienveillance et la svrit.

Au reste, la vie que l'on mne  la caserne des deux dpts, 
Sidi-Bel-Abbs et  Sada, est la mme que celle des autres corps
d'Algrie, avec les manoeuvres et les corves d'usage. Les casernements,
nos photographies en tmoignent, ont tout le confortable militaire. La
table est substantielle et varie comme le montre la feuille de menus
ci-contre.

1er RGIMENT TRANGER

25e COMPAGNIE

(Bel-Abbs) MENU du 11 au 17 Juillet

Matin            11 Juillet        Soir

Soupe grasse                  Potage ptes d'Italie
Boeuf sauce moutarde          Boeuf rti
Nouilles au gratin            Salade panache

12 Juillet

Soupe paysanne                Potage vermicelle
Boeuf sauce piquante          Ragot de boeuf aux carottes
Haricots blancs  la matre d'htel
Salade                        Choux braiss

13 Juillet (Dimanche)

Potage ptes d'Italie         Soupe grasse
Biftecks
Haricots verts en salade      Boeuf sauce moutarde
Tomates farcies
Salade garnie                 Riz au gras
Vin                           Salade

14 Juillet (Menu spcial)

Rveil

Chocolat--Brioche

Aprs la revue

Vin blanc--Gteaux secs

Djeuner

Oeufs aux anchois
Tomates farcies
Oies rties
Pommes duchesses
Salade russe
Crme  la vanille
Fromage de Lorraine
Vin
Caf--Liqueurs
Cigares

Matin     15 Juillet          Soir

Soupe  l'oignon          Potage tapioca
Boeuf sauce piquante      Boeuf rti
Macaroni sauce tomates
Salade                    Ragot de pommes et choux

16 Juillet

Soupe aux haricots        Potage semoule
Boeuf en vinaigrette      Ragot de mouton aux pommes
Pure de pommes
Salade                    Carottes sauce blanche

17 Juillet

Soupe lgumes             Soupe au riz
Boeuf sauce Robert        Boeuf sauce moutarde
Haricots blancs  la Bretonne
Salade                    Pommes au four

Il ne semble point vraiment qu' la lgion on puisse se plaindre de la
nourriture. Quant aux officiers qui ont  appliquer la discipline, ils
forment gnralement, par les soins de leur recrutement, un corps
d'lite. Il faut donc en finir avec la lgende de mauvais traitements
qui seraient systmatiquement appliqus aux lgionnaires et qui
rendraient vraiment inexplicable l'afflux ininterrompu des engagements 
la lgion, par exemple, ceux des Allemands qui dsertent pour fuir les
brutalits en usage dans l'organisation militaire de l'empire. A chacune
des violentes et priodiques campagnes menes contre la lgion par la
presse allemande, d'anciens lgionnaires se sont dresss pour faire
eux-mmes justice de ces attaques,--ces anciens lgionnaires que chaque
anne,  Paris, runissent des belles ftes de camaraderie o l'on voit
fraterniser officiers, sous-officiers et soldats des rgiments trangers
et qui suffisent  prouver, avec le culte que conservent  la lgion
tous ceux qui y ont honntement servi, l'attachement des uns et la
reconnaissance des autres.

ALBRIC CAHUET.

[Illustration: Les lgionnaires au jardinage,  Sada.]



[Illustration: UNE VISION DU PARIS NOCTURNE, PENDANT LES FTES DU 14
JUILLET: LES DIVERTISSEMENTS DE QUARTIER.--_Phot. L. Gimpel._]

Le temps, cette anne, n'a gure favoris les rjouissances du 14
juillet: le lundi, jour de la fte nationale, une pluie inopportune vint
par instants troubler les bals des rues et des carrefours. Heureusement,
la veille, il avait fait beau, et, des trois soires consacres, suivant
l'usage, aux divertissements populaires, ce fut celle du dimanche la
plus joyeuse, la plus anime. Devant les estrades pavoises o
s'essoufflaient les musiciens, on dansa avec entrain, fort avant dans la
nuit, et les obligatoires chevaux de bois eurent leur habituel succs:
notre photographie, prise sur l'un des emplacements qu'ils ont coutume
d'occuper, rue de Mdicis, prs des jardins du Luxembourg, en donne une
pittoresque image, montrant, en contraste, la foule attire, autour de
l'blouissant mange, par les lumires et le bruit, et le calme bassin
o dorment les eaux, claires de mouvants reflets.



[Illustration: Le gnral Hessaptchief et les autres officiers du
dtachement bulgare de Salonique.--_Phot. de Jessen._]

LA GUERRE CONTRE LES BULGARES

L'TAT D'ESPRIT A ATHNES, A L'OUVERTURE DES HOSTILITS LETTRES DE NOTRE
CORRESPONDANT PARTICULIER

Athnes, 30 juin.

Ce matin,  11 h. 1/2, M. Venizelos sort en coup de vent du ministre de
la Guerre et monte dans sa voiture qui part au galop vers le palais
royal. Le prsident n'a point aujourd'hui l'expression de calme et le
sourire qui le caractrisent. Il semble au contraire extrmement
fatigu. Je monte  son bureau pour avoir des nouvelles. Les Bulgares
ont attaqu brusquement ce matin, vers 6 heures, toute la ligne grecque
de Guevgheli  Elevthera. Ils ont occup plusieurs points. Les troupes
grecques ont recul partout de quelques kilomtres devant cette attaque
inattendue. On ne sait pas encore si les Bulgares ont agi de mme contre
la ligne serbe.

Tout le monde est plus ou moins affol. Les troupes ont recul!... Deux
compagnies sont cernes  Elevthera!... Peu  peu seulement on se rend
compte qu'il est bon, au contraire, que la ligne grecque ait t
repousse. Car cela prouve irrfutablement que l'attaque vient du ct
bulgare et non du ct grec. Ceux qui se retirent ainsi, non sur un
point isol, mais sur une ligne de plus de 100 kilomtres, ne peuvent
tre, en effet, des assaillants. D'autant plus qu'ils n'ont recul qu'un
instant et ont ensuite arrt les Bulgares. S'ils avaient t des
assaillants battus, la rupture de leur lan et provoqu un recul
beaucoup plus considrable, une retraite caractrise, avec poursuite de
la part de leurs adversaires. Il est bon pour les Grecs d'avoir des
arguments  opposer aux nouvelles tendancieuses que les Bulgares ne vont
pas manquer de lancer vers toutes les capitales du monde...

A midi, le prsident revient du palais. On apprend que le roi partira ce
soir  5 heures pour Salonique o il prendra le commandement de son
arme...

M. Venizelos m'a vu, causant avec ses aides de camp. Il me fait dire
qu'il veut me parler:

--A l'heure actuelle, me dit-il, je ne veux pas encore prononcer le
grand mot de guerre... Peut-tre nous trouvons-nous de nouveau en face
d'vnements semblables  ceux de Nigrita ou du Panghaon... qui sait?
En tout cas, si cette guerre, que je n'ai pas voulue, que j'ai tout fait
pour viter, clate quand mme, alors j'espre bien que vous allez
reprendre vos fonctions de correspondant de guerre et recommencer 
envoyer  _L'Illustration_ des correspondances dignes de celles que vous
lui avez adresses de Macdoine et d'Epire... D'ailleurs, en raison des
services que _L'Illustration_ nous a alors rendus, grce  vous, nous
vous donnerons, cette fois, toutes facilits pour que vous puissiez
suivre et voir de prs les vnements... Et en disant _vous_, il est
bien entendu que je veux dire vous et Mme Leune, car je sais qu' vous
deux vous tes une unit indivisible! ajoute en souriant le prsident.
Je vous prie de revenir me voir demain. Je pourrai vous dire alors si
vous devez partir ou non pour Salonique rejoindre notre arme...

Au ministre des Affaires trangres, le ministre, M. Coromilas, tint 
me dire aussi l'importance qu'il attachait  me voir suivre de nouveau
pour _L'Illustration_ la campagne qui se prparait. Et il donna
immdiatement des ordres pour qu'en cas de dpart nous fussions, ma
femme et moi, traits de faon toute particulire.

C'est avec une profonde stupeur qu' 9 heures du soir nous apprenons la
dernire grande nouvelle de la journe: la dmarche de M. Hadji Mischef,
ministre de Bulgarie  Athnes, auprs du gouvernement hellnique. Il
est venu, en effet, au nom de son gouvernement, protester nergiquement
contre l'attaque injustifiable des troupes bulgares par les troupes
grecques. Il a protest d'autant plus nergiquement, que le cabinet de
Sofia avait, d'aprs lui, des intentions plus pacifiques que jamais. M.
Danef n'tait-il pas dj dans le train qui devait le conduire 
Saint-Ptersbourg lorsqu'on vint lui annoncer l'incroyable nouvelle!

Quel travestissement des faits!

...A minuit,  Kephistia, la rsidence d't de tous les Athniens qui
prfrent la campagne  la mer. Avec M. Vassilopoulos, directeur de la
Banque d'Orient, qui nous donne chez lui la plus charmante des
hospitalits, nous allons voir  l'htel M. Kyros, le directeur du
journal _Hestia_, organe du gouvernement. Le tlphone lui aura sans
doute apport quelque nouvelle intressante.

M, Kyros est naturellement trs entour, car tout le monde est anxieux.

On se demande surtout ce qu'il a d advenir dans la journe des 1.200 ou
1.300 soldats bulgares qui se trouvaient dans Salonique. Certains
prtendent qu'on leur a donn vingt-quatre heures pour quitter la ville.

Une sonnerie de tlphone. On se prcipite. M. Kyros a pris les
rcepteurs. Autour de lui on se groupe en silence.

... Oui... oui... bien... fait M. Kyros... Alors on ne les a pas
laisss partir?... Trs bien...

Maintenant il annonce les nouvelles:

Le roi est parti  5 heures poux Salonique.

Le gnral Hessaptchief, attach militaire reprsentant le gouvernement
bulgare au quartier gnral grec, est parti dans l'aprs-midi. Il avait
expdi ses bagages ds hier. Dans une lettre au commandant de la place,
le gnral Kalaris, il a expliqu qu'il quittait Salonique parce que son
gouvernement lui avait accord un cong pour Sofia!

Quant aux soldats bulgares, on les a somms de se rendre. Une partie
s'est laiss dsarmer, les autres ont voulu rsister et ont t pris de
force: 1.208 prisonniers bulgares vont demain prendre le chemin
d'Ithaque!...

Mardi, 1er juillet.

Hier soir, le ministre de Bulgarie, M. Hadji Mischef, et le consul, M.
Stphanof, ont manqu provoquer de graves incidents au restaurant Avrof
o ils dnent d'ordinaire. Le patron les voyant entrer se prcipita vers
eux:

--Je vous ai prpar un cabinet particulier.

--Pourquoi cela?

--Parce que... parce que... Enfin, vous savez, les gens sont plutt
surexcits ce soir!

--Eh bien, nous dnerons dans la salle commune, et qu'ils y viennent,
ceux qui ne seront pas contents, rpondirent les deux diplomates  voix
trs haute, pour tre entendus de tous.

Dans la salle, les dneurs haussrent les paules.

... Au ministre des Affaires trangres, M. Caradja, chef de cabinet du
ministre, m'a remis nos passes d'tat-major qui nous permettront de
partir demain matin pour Chalcis et Salonique. Des ordres spciaux ont
t partout donns nous concernant.

J'ai djeun avec le gnral Eydoux. Il voit cette guerre avec beaucoup
de calme et de confiance, car il connat l'arme qu'il a instruite. Il
sait ce dont elle est capable, sous le commandement de son roi. Il sait
combien son moral est lev. C'est--dire qu'en faisant, bien entendu,
la part des accidents de guerre, toujours possibles, toutes les chances
de succs sont pour l'arme grecque.

Et le gnral Eydoux me fait ressortir encore que l'arme bulgare va se
trouver en fort mauvaise posture pour son ravitaillement en vivres et en
munitions.

La flotte grecque va, en effet, bloquer Cavalla et Dd-Agatch, les deux
seuls ports par lesquels l'arme bulgare recevait vivres et munitions
des pays mditerranens, et o elle pouvait se constituer des centres
d'approvisionnement  proximit de la ligne de combat.

Ces deux ports bloqus, il lui faudra faire venir tout de Bulgarie mme,
par la ligne ferre d'Andrinople, car le pays occup ne peut plus
nourrir l'arme qui l'a trop bien pill et dvast. Donc une seule ligne
ferre de plusieurs centaines de kilomtres,--300.000 hommes  nourrir,
800 tonnes  transporter chaque jour. Jamais on n'y suffira.

Tandis que les Grecs ont  Salonique mme pour deux mois de vivres,
constitus par M. l'intendant Bonnier de la mission militaire franaise,
de bonnes routes, des camions automobiles, etc. Leur ravitaillement sera
facile.

A 6 heures du soir, on annonce qu'une grande bataille est engage autour
d'Istip entre Serbes et Bulgares, ceux-ci ayant en ligne de 120.000 
150.000 hommes. C'est tout ce que l'on sait pour le moment...

Je cours aux renseignements, au ministre de la Guerre, o M. Venizelos
me fait l'honneur de me recevoir aussitt.

Comme j'entre chez le prsident, le ministre de Russie en sort, les
sourcils froncs, l'air trs mcontent...

--Monsieur Leune, me dit le prsident, il faut que vous partiez demain
matin sans faute. Il est grand temps... Toutes facilits vous seront
donnes. Voici, en attendant, les dernires nouvelles:

Ce matin,  midi, le ministre de Russie est venu me dire que, M. Danef
acceptant d'aller  Saint-Ptersbourg, le gouvernement du tsar
m'invitait  m'y rendre galement. J'avoue que j'ai souri de la
proposition, survenant en un tel moment.--J'accepte, ai-je rpondu, mais
aux conditions suivantes:

 1 Que la Bulgarie dsapprouve officiellement les derniers mouvements
de ses troupes;

 2 Qu'elle retire toutes ses troupes'au del de la ligne de
dmarcation fixe dernirement et conjointement par le colonel Dousmani
et le gnral Ivanof;

 3 Qu'elle accepte officiellement l'arbitrage obligatoire pour les
quatre tats et pour toutes les questions relatives au partage;

 4 Qu'enfin les trois premires conditions soient ralises avant que
les troupes grecques et bulgares soient au contact...

 J'ai dit au ministre de Russie que ces quatre conditions taient
celles que je proposais personnellement, mais que je ne pourrais lui
donner de rponse _officielle_ que ce soir  7 heures, aprs avoir pris
l'avis du roi et du conseil des ministres. J'ai aussitt tlgraphi au
roi, qui a approuv ma faon de voir. Tout  l'heure le conseil des
ministres m'a galement approuv. Je viens donc  l'instant de notifier
officiellement au ministre de Russie les conditions prcdentes
d'acceptation.

 Est-il besoin d'ajouter que je ne crois pas au succs de ma
proposition?...

Et le prsident m'a longuement, longuement serr la main en me
souhaitant d'assister de nouveau  une campagne victorieuse de l'arme
hellnique...

Mercredi, 2 juillet.

Ce matin  6 heures nous avons quitt Kephistia pour nous rendre en
voiture  la station de Boati, o nous devions prendre le train pour
Chalcis.

Le train arrive. Un soldat descend, nous aborde. Vous tes bien M.
Leune, de _L'Illustration_? Je suis envoy par M. le colonel Condaratos
de l'tat-major, qui m'a charg de veiller  ce que vous ne manquiez de
rien.

Dans le train sont des officiers que nous avons connus en Macdoine ou
en Epire, le lieutenant-colonel Antonaropoulos, le capitaine Guytarakos.
Ils nous accueillent  bras ouverts.

A Chalcis, un caporal et deux hommes nous attendent avec une voiture
pour nous mener au bateau,  bord duquel on nous a retenu une cabine. On
s'empresse autour de nous. Le capitaine du port vise nos papiers, un
officier du gnie surveille l'embarquement de nos bagages. Le capitaine
Guytarakos s'occupe de toutes les formalits qui nous concernent. Enfin,
 bord, le capitaine nous donne la meilleure cabine, puis nous installe
sur la passerelle  ct de lui...

J'ai tenu  mentionner ici tous ces menus dtails, afin de montrer
combien chacun tient, en nous secondant,  tmoigner sa sympathie 
_L'Illustration_... C'est un devoir bien agrable pour moi que de
remercier en ces lignes les autorits militaires grecques et tous les
officiers que nous avons rencontrs des attentions dlicates qu'ils ont
eues pour nous...

JEAN LEUNE.



Les Grecs, continuant les progrs indiqus dans notre dernier numro,
ont occup Srs et Drama, tandis que leur flotte s'emparait de Cavalla,
htivement vacue par la garnison bulgare. Des faits extrmement graves
et qui ont, aussitt connus, provoqu une profonde motion et une
indignation unanime en Europe ont t signals,  chaque tape, par les
commandants hellnes, dans leurs tlgrammes au roi Constantin: les
Bulgares, obligs de fuir, ont, en abandonnant les villages et les
villes occups par eux, commis sur les populations grecques neutres de
vritables crimes contre la civilisation. Ces atrocits ont dj t
signales en dtail au journal le _Temps_ par notre confrre danois M.
de Jessen, qui a pu voir lui-mme,  Nigrita, une ville ptrole,
dtruite, et une partie de la population gorge et mutile. Nous
pensions qu'il nous aurait t possible de donner,  nos lecteurs, dans
ce numro, la vision de ces tristes spectacles, car M. de Jessen nous
avait aussitt annonc l'envoi des clichs qu'il avait pris en hte 
Nigrita. Ces clichs nous sont bien parvenus. Mais le dveloppement a
montr que l'appareil avait mal fonctionn: les pellicules n'avaient pas
t impressionnes, et ce sont ainsi de prcieux et irrfutables
tmoignages qui disparaissent.

LES SUCCS DES ARMES SERBES ET GRECQUES

Nous avons reu cette semaine les premires notes de guerre de notre
correspondant du ct serbe, M. Alain de Penennrun. Le jeune et brillant
officier qui, lors de la campagne de Thrace, suivit, avec l'arme du
gnral Radko Dimitrief, la route de la victoire et qui, de chaque
tape, nous envoya de si remarquables relations et croquis, ne pouvait
esprer rejoindre  temps en Macdoine l'arme bulgare, en franchissant
le cercle des tats coaliss. M. Alain de Penennrun a donc pris la route
de la Macdoine serbe et, ds son passage  Uskub, il a pu recueillir
des informations prcises qui confirment ce que, dans notre dernier
numro, nous avons dit des oprations du dbut de la seconde guerre des
Balkans; notre envoy spcial, dont le dernier tlgramme est dat de
Gradic, sur la rive gauche de la Bregalnitza, au nord-est d'Istip, et
qui doit,  l'heure actuelle, avoir rejoint l'tat-major du prince
hritier Alexandre, termine, par ces apprciations, sa premire lettre:

Cette fois ce n'est plus une campagne un peu pour rire, comme celle de
Thrace, o seul l'un des adversaires existait vraiment. Ici, les soldats
qui combattent sont vritablement des gens de guerre, et on le voit
bien  l'acharnement extraordinaire que de toutes parts ils dploient
dans la lutte. Les pertes sont lourdes et cruelles. Dans l'attaque de
nuit seulement o les Bulgares ont vritablement massacr les
grand'gardes des Serbes, ceux-ci accusent 3.200 tus ou blesss. L'on
sent bien d'ailleurs  l'allure de chacun toute la gravit, tout le
poids de la lutte engage. Ce sont deux grandes armes europennes qui
se battent, galement instruites, galement braves, galement mordantes.

Dans les combats que livrent les armes hellnes, le mme acharnement se
fait jour. Dans l'assaut des positions de Doran, 5.000 soldats grecs
sont tombs. Les Bulgares cependant paraissent donner des signes de
lassitude et de fatigue. Ils n'ont plus le mme lan qui jadis les
jetaient poitrine dcouverte contre les tranches turques et malgr leur
naturelle bravoure ils luttent  regret, mens par la faction
macdonienne de Sofia, contre leurs frres, leurs allis d'hier. Les
Bulgares connaissent maintenant le drapeau blanc et la honte de la
reddition. Les 4e et 7e divisions de l'arme du gnral Kovatchef ont
souffert extrmement; elles ont l'une et l'autre laiss aux Serbes
beaucoup de prisonniers. Cependant l'une est la division qui troua le
centre turc  Karaagatch, l'autre est celle qui rejeta victorieusement
Fakri pacha sur Boular au mois de fvrier dernier. L'un des rgiments
de la 7e division, le 13e, a t pris et dtruit presque en entier 
Kotchana; son colonel, et 1.400 soldats sont aujourd'hui prisonniers 
Belgrade o ils voisinent avec les Turcs non encore rendus, curieux
rapprochement dans la captivit des anciens adversaires.

Non seulement la lutte est chaude entre des ennemis aussi ardents, mais
certaines circonstances la rendent plus terrible encore. Les effets du
feu de l'infanterie, particulirement, sont terrifiants, car les hommes
des deux partis en campagne, exercs depuis un an, tirent parfaitement,
avec un sang-froid merveilleux. L'artillerie ne le cde en rien comme
justesse. Mais elle a les plus grandes peines  manoeuvrer dans ces
terrains difficiles. Aussi les pertes de pices ne sont-elles pas rares,
tmoins 3 batteries bulgares enleves par la cavalerie du prince Arsne
dans les fonds de la Bregalnitza, tmoins aussi les 4 pices serbes
qu'il fallut abandonner prs de Krivolak, mais dont hroquement les
servants se sacrifirent pour avoir le temps de les rendre inutilisables
en enlevant les culasses et que l'on reprit d'ailleurs ensuite.

Oui, ds le dbut, cette guerre apparat acharne et sauvage. Les uns et
les autres sont de rudes hommes et, de les connatre comme je les
connais, me permet de dire que ce sont des adversaires qui se valent...

ALAIN DE PENENNRUN.

Les Serbes, ces derniers jours, ont fortifi toutes leurs positions en
repoussant au nord les troupes bulgares de la rgion de Kustendil qui
tentaient de tourner l'aile gauche serbe victorieuse. Cependant que les
Roumains, qui avaient achev leur mobilisation, pntraient, sans
rencontrer de rsistance, sur le territoire bulgare et que les Turcs
franchissaient les lignes de Tchataldja. Les Roumains ne se sont pas
contents de s'installer dans tout le district, revendiqu par eux, de
Fustuka-Baltchitch, poussant jusqu' Varna, au sud de ce territoire.
Ils ont franchi le Danube sur deux points, au centre et  l'ouest, ont
dpass Rouchtchouk et Rahovo, et jet leur cavalerie sur la route de
Sofia. Les Turcs, aprs avoir roccup les territoires de Thrace qui
leur sont attribus par le protocole du trait de Londres, ont pass la
frontire Enos-Midia, repris Lule-Bourgas, Bunar-Hissar, Visa et
marchent sur Kirk-Kiliss et Andrinople.

[Illustration: PENDANT LA MOBILISATION ROUMAINE.--Arrive de rservistes
 Bucarest.--_Phot. Basiliade._]



CE QU'IL FAUT VOIR

PETIT GUIDE DU PARISIEN HORS PARIS

X...-les-Bains.

C'est une petite ville d'Auvergne,--une petite ville presque neuve,
difie autour de quelques sources trs anciennes, bien plus ges
encore que le trs vieux petit village aux toits roux qui la surplombe,
et qui lui a donn son nom. Les gens des villes viennent l rparer
leurs fatigues et, disent-ils, chercher du repos. Sont-ils sincres, et
les gens des villes sauraient-ils vivre en un lieu o vraiment on se
repose?

Je ne le crois pas; et la preuve que j'ai raison de ne pas le croire,
c'est que la Direction du Casino, qui s'y connat, s'vertue depuis un
mois  organiser autour de cette foule avide de silence et de
tranquillit le plus de bruit possible. Or, loin qu'on l'en blme, on
lui reprocherait plutt de manquer d'audace; de ne point offrir,  cette
clientle de citadins fatigus, de suffisantes occasions de se fatiguer
davantage. Ds le matin, les malades de X...-les-Bains sont, dans le
jardin de l'tablissement, guetts par un orchestre. Avant le djeuner,
musique; et musique, aprs. Le soir, nouveau dchanement de
l'orchestre, autour d'un panneau lumineux o dfilent les actualits
mondiales de la semaine; c'est ce qu'on appelle un _cinma-concert_.
Tout  ct, le petit thtre a ouvert ses portes: opra-comique,
oprette, vaudeville et mlodrame s'y succdent ingnieusement... Et
comme nous sommes ici pour nous reposer, on a cors, si je puis dire,
d'motions supplmentaires celles du spectacle. A chaque entr'acte, une
sonnette retentit, et tout le monde sait ce que cela veut dire: c'est
l'appel des petits chevaux vers lesquels, en attendant les trois coups,
se prcipitent nos malades. Est-ce tout? Mais non. Il y a la
concurrence. A ct et hors du Casino, il y a le Kursaal qui a, lui
aussi, son orchestre  jet continu, son cinma, ses spectacles... Et je
rencontre ici des Parisiens qui, le plus srieusement du monde, se
plaignent que cette ville manque de distractions. Qu'est-ce qu'il leur
faut, juste ciel! et est-il possible que la maladie et le besoin de
repos rendent injuste  ce point?

Pour moi, j'ai fui les musiques, les spectacles et les petits chevaux,
et c'est  la montagne que j'ai demand de me donner des distractions.

Elle en procure d'exquises, et de tellement inattendues.. On grimpe...
doucement, et bientt, on a quitt la grand'route o les autos soulvent
la poussire et rpandent leurs fumes. Il fait bon. Le chemin, bord de
champs de fraises, est presque doux. Il mne, en s'levant toujours, au
hameau de B... dont j'aperois l-bas le petit cimetire, le clocher,
les maisonnettes trapues, toutes grises, faites de roches casses. Et
l'on a l'impression d'entrer ici dans du silence. Avez-vous remarqu que
le calme trop grand des lieux _habits_ a quelque chose d'inquitant et
d'hostile? La plaine, la mer, les bois appellent le silence et il semble
que ce silence ajoute  leur grandeur; au contraire, l'esprit souffre de
ne percevoir aucun signe de vie, nul bruit humain dans des lieux qui ont
t justement crs pour la vie et pour le bruit: une ville, un village,
un hameau... Tout se tait. Les chemins sont dserts. A peine ce dcor de
tristesse s'anime-t-il,  et l, d'un cri d'oiseau, d'un murmure de
source. Et, tout de mme, voici qu'au tournant d'un sentier, deux
figures apparaissent: c'est un petit gamin dont la face plotte se
montre  la fentre close d'une chaumire; et, plus loin, c'est, au bord
d'une fontaine, une trs vieille femme qui savonne un peu de linge, avec
des gestes las. Elle porte de grosses lunettes bleues, derrire
lesquelles sourit avec une espce de bonhomie tendre sa vieille figure.
Nous nous sommes dit bonjour, et nous causons. Elle m'explique qu'
cette heure-ci, tout le monde est aux champs, et qu'on ne rencontre au
village que les malades et les infirmes. Et elle rit, en disant cela.
Elle dit qu'il faut bien qu'il en soit ainsi, et que chacun a son
tour.

... Une autre vieille. C'est l-haut, dans la fort que je la trouve,
essuyant avec un chiffon le sang qui coule du doigt qu'elle vient
d'corcher en cassant une branche de bois mort. Elle a tendu sur le
chemin deux cordes  l'aide desquelles une enfant qui l'accompagne
l'aide  lier le chargement de branches qu'elles vont traner jusqu'au
hameau. Dure besogne; car la petite fille a dix ans  peine, et la
grand-mre (toute menue et toute casse) en a soixante-quinze; mais
quoi? mme au prix d'un peu plus de fatigue et de misre, ne vaut-il pas
mieux venir chercher son bois pour rien dans la montagne que de le payer
au marchand quarante-quatre sous le quintal? La vieille femme dit ces
choses d'une voix chevrotante et douce. Elle non plus ne se plaint pas;
et peut-tre jamais l'ide ne lui est-elle venue qu'elle et pu tre
autre chose au monde que la pauvre petite crature qu'elle est...

[Illustration: Le peintre Gaston La Touche dans son jardin de
Saint-Cloud.--_Phot. H. Manuel._]

L'heure s'avance. J'ai repris,  travers les sapins, le chemin de la
ville, je retourne vers les tziganes, les _palaces_ et les petits
chevaux. Un homme grimpe  pas lourds la cte que je descends. Il est
jeune encore, proprement vtu de vtements pauvres. Des jambires de
cuir sont attaches au-dessus de ses gros souliers; et il porte en
bandoulire un objet trange: une cage  mailles noires si fines, si
serres qu'on n'aperoit pas, tout d'abord, ce qu'elle contient. Un
petit cadenas ferme la cage. Je lui dis bonjour, et lui demande ce qu'il
porte l. Il me montre... et je recule. Ce sont des vipres _vivantes_.
En petites phrases brves et correctes, l'homme m'explique qu'il y a, 
la ville voisine, une Facult des Sciences o l'on a besoin de
vipres... mais de vipres vivantes. Et, comme c'est un gibier rare et
que, pour chasser ce gibier-l, il ne faut pas avoir peur, on le paye
assez bien...

... Le soir, au Casino, j'ai mal cout la musique. Je pensais aux
leons de rsignation, de sagesse, de courage que ces humbles m'avaient
donnes. Je me disais qu'ils sont, en France, des millions d'tres
humains qui, chaque jour,  leur insu, nous les donnent, ces leons-l;
et qu'il est bien fcheux que le Paysan franais ne soit pas encore
class par Baedeker au nombre des spectacles... qu'il faut voir!

UN PARISIEN.



AGENDA (19-26 juillet 1913)

EXAMENS ET CONCOURS.--Les examens oraux du concours d'admission 
l'cole spciale militaire de Saint-Cyr se continueront aux dates
suivantes: Paris (candidats de la province), les _24 et 30 juillet_ au
lyce Saint-Louis.

CONGRS.--Un congrs international pour la protection de l'enfance se
tiendra  Bruxelles du _23 au 26 juillet._

EXPOSITIONS ARTISTIQUES.--Paris: htel Le Peletier de Saint-Fargeau (29,
rue de Svign), promenades et jardins de Paris.--Galerie Lvesque (109,
faubourg Saint-Honor): oeuvres de Thomas Couture (clture le _26
juillet).--Province_: Brest (exposition de l'ouest de la France),
expositions  Vichy, Langres, Douai.--_tranger_: expositions  Spa,
Ostende, Florence, Gand.

CONCOURS HIPPIQUES.--Le concours hippique de Boulogne-sur-Mer, dont les
preuves ont commenc le _18 juillet_, se terminera le _27 juillet_; le
_21 juillet_, arrive des concurrents du raid militaire (parcours de 400
kilomtres), le 22, sauts d'obstacles.

SPORTS.--_Courses de chevaux_: le _19 juillet_, le Tremblay; le _20_,
Saint-Cloud, Aix-les-Bains, Ostende; le _21_, Saint-Ouen, Ostende; le
_22_, Compigne; le _23_, le Tremblay; le _24_, Maisons-Laffitte; le
_25_, Compigne; le 26, le Tremblay.--_Automobile_: le _27 juillet_,
coupe internationale des motocyclettes au Mans.--_Cyclisme_: au
Vlodrome Buffalo, le _20 juillet_ aprs-midi, challenge de la vie au
grand air, course d'une heure; le _24_, soir, Grand Prix national;
course de primes, course de 50 kilomtres.--_Yachting-automobile_: du
_10_ au _27 juillet_, semaine de yachting du Havre.--_Aviation_: le _20
juillet_,  l'arodrome de Port-Aviation (Juvisy), match Brindejonc des
Moulinais-Audemars.--_Armes_: le tournoi d'escrime de Vittel, commenc
le _18 juillet_, se continuera les _10 et 20 juillet_.--Tennis: du _21
au 27 juillet_, tournoi annuel  Compigne.--_Athltisme_: le _20
juillet_,  Maisons-Laffitte, runion annuelle inter-clubs.



GASTON LA TOUCHE

Le peintre Gaston La Touche, dont maintes compositions gayrent de leur
mouvement irrsistible, de leur dlicate ironie, de leurs couleurs
chantantes, les pages de ce journal, vient d'tre emport prmaturment,
dans la nuit de samedi  dimanche dernier, par une foudroyante attaque,
en pleine vigueur, en plein talent, en plein succs,  l'ge de
cinquante-neuf ans.

N  Saint-Cloud o--dans une maison souriante, hospitalire  quiconque
tenait l'bauchoir, le pinceau ou la plume, sans parler de nombre
d'admirateurs vite devenus des amis--s'est coule  peu prs toute sa
vie, Gaston La Touche tait le Parisien, dans le sens le meilleur du
mot, brillant, spirituel, et d'une bienveillance de coeur qui remettait
 chaque instant dans les mmoires la boutade d'un boulevardier clbre,
s'merveillant que l'un de ses amis, avec tant d'esprit, ft si bon:
c'est lui--l'intress le rappelait gentiment au lendemain de sa
mort--qui, n'ayant  se louer qu' demi d'un article panach de louanges
et de rserves, adressait, bon enfant, mais prompt  la riposte,  son
critique la moiti de sa carte de visite avec ces mots: Pour une moiti
de compliments, une moiti de remerciements.

Gaston La Touche, en effet, n'avait pas rencontr sans lutte la vogue.

D'abord, il s'tait cherch longtemps. lve d'Edouard Manet, dont son
oeuvre, en sa dernire priode, apparat si lointaine, il avait un
moment essay de la sculpture, puis, au renouveau du succs de
l'eau-forte et de la pointe sche, grava des planches curieuses.

Mais ses dons natifs, son temprament, sa nature de vrai peintre, de
lettr, d'artiste, allaient se manifester surtout plus tard, aprs des
annes d'ardent et consciencieux labeur, dans ces toiles si dcoratives
d'allure, si ingnieuses d'invention, si allgres de couleur, que le
public, aprs la critique, avait pris bien vite l'habitude de dsigner
de ce titre pimpant: ftes galantes. C'tait les placer directement
sous l'gide du suave et frmissant Watteau. L'instinct des foules, ici,
ne se trompait pas: Gaston La Touche tait de la' pure ligne des
classiques franais du dix-huitime sicle, des Fragonard, des Lancret
et du grand pote de l'_Embarquement pour Cythre_. Il l'tait dans son
me, plus que dans sa manire d'interprter, car nulle trace de
pastiche, au fond, ne se peut relever dans ces oeuvres vibrantes,
chaudes, pleines de belle humeur, de vie, mais bien de leur temps. Il
n'oubliait point qu'il avait frquent l'atelier Manet, et les audaces
de coloriste de M. Albert Besnard l'avaient sduit au passage.

Ses sujets favoris taient, sous de nobles futaies dores par l'automne,
des baigneuses lascives, livrant des corps ambrs aux caresses d'un
sombre bassin o des jets d'eau grnent leurs pierreries multicolores;
des nymphes souples, dont un faune indiscret venait troubler les bats,
ou bien le passage de quelque cortge de thtre, de quelque mascarade
en chaises  porteurs, en palanquins hindous; ou encore, dans de
prcieux salons aux ors teints, quelque Cydalise dsoeuvre, rveuse,
lutinant un sapajou favori, ou mirant dans l'eau morte par l'ennui dans
son cadre gele d'un vieux miroir terni, des atours de bal par. Mais
le peintre apportait  varier ces thmes, souvent proches parents, tant
d'ingniosit, de fantaisie inventive, et, dans l'excution, une si
parfaite habilet qu'on prouvait en les rencontrant le plaisir sans
cesse renouvel de la dcouverte.

G. B.



LES LIVRES & LES CRIVAINS

LES VIVANTS ET LES MORTS

Les philosophes et les potes nous donnent, cette anne, des livres sur
la mort. On ne s'en tonnera pas. La mort, depuis dix mois, est, si
j'ose dire, la plus vivante des actualits. On ne parle que d'elle. Il y
a tout prs de nous des peuples qui s'entr'gorgent, sans lassitude, et
l'on peroit,  l'aube et dans les crpuscules, le cri des hcatombes
humaines. La mort est, plus que jamais,  l'ordre du jour de nos
mditations, la mort dans l'apothose de la victoire ou dans la misre
de la dfaite, la mort fin d'nergie ou fin d'amour, espoir ou ngation,
rsurrection ou nant, ombre ou lumire.

Un philosophe, il y a peu de semaines, s'essayait  soulever le manteau
noir de l'Inconnue et nous conviait  fixer son visage. Il n'est pas
effrayant, ce visage, nous disait Maurice Maeterlinck. Accoutumez-vous 
le regarder en face, vous le contemplerez vite sans tristesse, vous lui
sourirez bientt comme  un ami. Et l'on sentait que Maeterlinck avait
bien  cette minute la conscience qu'il s'adressait  un public
d'Occident, car la mort vit dans l'intimit des mes orientales. On lui
fait une place d'honneur aux foyers asiatiques et les Clestes ont moins
souci de parer le lit o ils passent que le cercueil o ils resteront.
La mort n'effraie pas tout le monde. Et si les philosophes en discutent
avec srnit, il n'est pas rare que les potes en parlent avec amour.

Ce n'est point tout  fait, sans doute, le cas de Mme la comtesse de
Noailles. Le pote admirable du Cour innombrable, des
blouissements, du Visage merveill, de la Domination, ne peut,
en son panthisme passionn, souhaiter la fin de cette joie multiple et
divine de vivre. Mais elle prvoit, sans tristesse, la fin invitable
d'une ardeur qui, par ses puisantes intensits, lui fait parfois
dsirer le repos, l'immobilit qui seraient infinis. L'ide de mort
hante chacune de ses penses et chante en leitmotiv dans chacun des
pomes de son dernier recueil: les _Vivants et les Morts_ (1). Vous ne
vous tonnerez point si l'expression, chez ce grand pote et ce
merveilleux artiste, est toujours grande, large, noble, et constamment
leve aux cimes sur l'lan du rythme. Naturellement, car ce pote est
femme, la passion et la mort sont lies toujours, comme dans une
treinte oblige. La passion prvoit et attend la mort, qui est plus
souvent encore la fin de l'extase que la fin de l'tre. Car, si l'extase
survit, l'tre est encore vivant.

[Note 1: Arthme Fayard, diteur, 3 fr. 50.]

        Tu vis, je bois l'azur qu'panche ton visage,
        Ton rire me nourrit comme d'un bl plus fin.
        Je ne sais pas le jour o moins sr et moins sage
        Tu me feras mourir de faim.

        Solitaire,  nomade et toujours tonne,
        Je n'ai pas d'avenir et je n'ai pas de toit.
        J'ai peur de la maison, de l'heure et de l'anne
        O je devrai souffrir de toi.

        Mme quand je te vois dans l'air qui m'environne,
        Quand tu sembles meilleur que mon coeur ne rva,
        Quelque chose de toi sans cesse m'abandonne,
        Car rien qu'en vivant tu t'en vas.

        Tu t'en vas, et je suis comme ces chiens farouches
        Qui, le front sur le sable o luit un soleil blanc,
        Cherchent  retenir dans leur errante bouche
        L'ombre d'un papillon volant.

        Ne bouge plus, ton souffle impatient, tes gestes
        Ressemblent  la source cartant les roseaux
        Tout est aride et nu hors de mon me, reste
        Dans l'ouragan de mon repos!

        Hlas! Quand ton lan, quand ton dpart m'oppresse,
        Quand je ne peux t'avoir dans l'espace o tu cours,
        Je songe  la terrible et funbre paresse
        Qui viendra t'engourdir un jour.

        Mais puisque tout survit, que rien de nous ne passe,
        Je songe, sous les cieux o la nuit va venir,
        A cette ternit du temps et de l'espace
        Dont tu ne pourras pas sortir.

Cette ide de survie du mort dans la pense et par la volont des
vivants prcise son expression dans ces vers:

        Mon ami, vous mourrez, votre pensive tte
        Dispersera son feu,
        Mais vous serez encore vivant comme vous tes
        Si je survis un peu.

        Un autre coeur au vtre a pris tant de lumire
        Et de si beaux contours,
        Que si ce n'est pas moi qui m'en vais la premire,
        Je prolonge vos jours.

        Le souffle de la vie entre deux coeurs peut tre
        Si  dment mlang
        Que l'un peut demeurer et l'autre disparatre
        Sans que rien soit chang.

Et voici encore un vers o la passion, avec quelle superbe violence,
ddaigne les fins humaines et fixe l'ternit:

        A prsent je ne vois, ne sens que ta venue,
        Je suis le matelot par l'orage assailli
        Qui ne regarde plus que le point de la nue
        O la foudre a jailli.

        Je compte l'ge immense et pesant de la terre
        Par l'escalier des nuits qui monte  tes aeux
        Et par le temps sans fin o ton corps solitaire
        Dormira sous les cieux.

        Cette contemplation orgueilleuse de la
        mort qui ne tue pas conduira, d'instinct, le
        pote sous le dme des Invalides, devant
        le sarcophage contenant  cette cendre
        d'un dieu rest chez les humains.

        On contemple effray: ce lit pourpre et puissant
        Enferme ce qui fut votre me et votre sang,
        Et vous tes l, vous,  qui l'on ne peut croire
        Tant vous tes encor au-dessus de la gloire!

Ainsi chante sans rsignation, mais avec une acceptation hautaine, et
qui parfois semble un dfi, le pote de la mort. Le pote de la vie,
ivre de la passion de vivre, n'admet point qu'une prudence doive modrer
l'lan qui l'emporte:

        J'accepte le bonheur comme une austre joie,
        Comme un danger robuste, actif et surhumain;
        J'obis en soldat que la Victoire emploie
        A mourir en chemin.

        Le bonheur, si cribl de balles et d'entailles
        Que ceux qui l'ont connu dans leur chair et leurs os
        Viennent rver, le soir, sur les champs de bataille
        O gisent les hros.

Dans les Passions, dans les lvations, dans les Tombeaux, nous trouvons
la substance philosophique du livre de Mme de Noailles. Les Climats
s'y intercalent comme une halte claire, harmonieuse et parfume.
Syracuse, les Soirs du Monde, le Port de Palerme, l'Auberge d'Agrigente,
les Journes romaines, la Messe de l'aurore  Venise, Un soir en
Flandre, le Printemps du Rhin, ont inspir au pote des ingniosits
descriptives qui parfois nous surprennent un peu par l'audace de leur
fantaisie.

        Sous un ciel haletant, qui grsille et qui dort,
        O chaque fragment d'air fascine comme un disque,
        Rome, lourde d't, avec ses oblisques
        Dresss dans les agrs luisants du soleil d'or
        Tremblait comme un vaisseau qui va quitter le port.

Le ciel qui dort en grsillant, ce fragment d'air qui fascine comme un
disque, ces agrs du soleil qui luisent ne dressent pas des images bien
nettes devant nos yeux. Mais il n'en demeure pas moins une sensation de
lumire imprieuse, en nous et autour de nous, un blouissement torride
qui reste dans notre cerveau. Et il en est ainsi de tous les pomes de
ce livre dont la flamme ardente monte trs haut au-dessus des ombres, de
mme que, par sa puissante beaut, son art domine les imperfections
voulues et l'orgueilleuse indiscipline.

ALBRIC CAHUET.



DOCUMENTS et INFORMATIONS

LE NOUVEAU PONT DE L'ESTACADE.

Le prsident de la Rpublique a inaugur ces jours derniers la nouvelle
passerelle qui a remplac l'antique estacade construite  l'entre du
petit bras de la Seine,  quelques mtres en amont du pont Sully.

Cette estacade, destine  arrter les glaces en cas de dbcle, ne
laissait qu'un passage troit pour les bateaux dont la manoeuvre tait
rendue fort difficile par l'intensit du courant. A ce dispositif d'un
autre ge on a substitu une passerelle en bton arm reposant sur
quatre arches dont deux restent ouvertes en temps normal; les deux
autres, celles de la rive gauche, tant condamnes par un rseau
d'aiguilles fixes.

Quant aux arches de la rive droite, elles peuvent tre rapidement
fermes, grce au! systme imagin par M. Drogue, ingnieur en chef du
service de la navigation. Deux caissons flottants en tle, trs
rsistants, sont tenus en rserve  peu de distance le long d'une berge.
A l'approche d'une dbcle, on les remorque jusqu' la passerelle et on
choue chaque caisson contre les deux piles d'une arche sur des
entailles mnages:  cet effet.

La stabilit est assure par deux sries d'_aiguilles_ en fer.

Les unes, enfiles directement dans le caisson, vont s'ancrer dans le
lit du fleuve. Leur poids est calcul de faon qu'elles continuent 
s'enfoncer si le niveau de l'eau vient  baisser, entranant le caisson
qui ne risque pas de rester suspendu au-dessus de l'eau.

Les autres sont enfiles le long du tablier du pont et viennent
s'attacher au caisson. Une plaque d'arrt butant sous le tablier limite
leur course et la remonte du caisson sous la pousse d'une crue.

Outre que ce systme parat devoir offrir une rsistance considrable 
la pousse des glaces qui dpasse parfois 3.000 kilos par mtre
linaire, il permettra de laisser la navigation libre jusqu'au dernier
moment. En cas de danger, il suffira de quelques heures pour amener le
caisson  la place qu'il devra occuper. Au lieu de le laisser flotter,
on le remontera au moyen de treuils contre le tablier pour le descendre
et fermer le passage ds que la dbcle se sera suffisamment dessine en
amont.

LE PRIX DE LA HOUILLE BLANCHE.

Une grande partie du public s'imagine que les chutes d'eau fournissent
de la force motrice gratuite; or, les travaux ncessaires pour capter et
utiliser la puissance hydraulique entranent des frais considrables,
susceptibles de varier dans de trs fortes proportions.

Le prix d'installation dpend d'abord de la hauteur et du dbit de la
chute; en gnral, les chutes hautes et  dbit rduit sont plus
avantageuses que les chutes basses  dbit norme.

Ainsi,  Jonage (France), une chute de 12 mtres, fournissant 100 mtres
cubes par seconde, donne une puissance de 12.000 chevaux, et le prix de
l'installation ressort  1.800 francs par cheval.

Au contraire,  Mran (Autriche), une chute de 60 mtres, dbitant
seulement 9  15 mtres par seconde, donne une puissance de 8.000
chevaux, et le prix du cheval ne dpasse pas 400 francs. De mme, 
l'usine de la Praz, une chute de 78 mtres dbitant 12 mtres fournit
une puissance de 12.500 chevaux, et le prix d'installation du cheval est
seulement de 212 francs.

Ces quelques chiffres montrent que l'amnagement d'une chute d'eau
constitue toujours, au point de vue du rendement, un problme dlicat.

INFLUENCE DE LA FORET SUR LA NEIGE.

La neige couvrant le sol fond d'autant plus vite que l'vaporation et la
temprature sont plus leves, et l'on sait depuis longtemps que la
fort contrarie ces deux phnomnes. Mais on n'avait pas encore song 
chiffrer cette influence.

M. Church, directeur de l'observatoire du Mont-Rose de la Nevada,  la
suite d'observations portant sur 36 stations, a formul des conclusions
intressantes.

Un versant bois renfermait une couche de neige double de celle de la
partie non boise du mme versant; l'abondance tait particulirement
marque dans les clairires.

Comme on a intrt  conserver la neige sur les montagnes le plus
longtemps possible, afin de prserver la vgtation des fortes geles,
on doit donc maintenir dans les rgions leves c'es forts assez
paisses pour arrter le vent et attnuer l'effet des rayons solaires,
mais en mme temps assez claires pour laisser la neige tomber jusqu'au
sol.

C'est ainsi que la futaie de rsineux, mlange de htres et de bouleaux
 feuilles caduques, conserve plus longtemps la neige que la futaie de
pins, sapins et picas.

LES VICTIMES DES FAUVES DANS L'INDE.

Malgr une chasse de plus en plus nergique, le nombre des personnes
victimes des fauves dans l'Inde anglaise est toujours aussi
considrable; il s'lve  2.382 pour l'anne 1911.

Le tigre a tu 882 personnes, le lopard 366, l'ours 428, l'lphant et
l'hyne 77; l'alligator et le crocodile 244, le sanglier 51, le buffle
16, le chien sauvage 24, etc.

Les serpents ont caus encore plus de ravages, faisant 22.478 victimes,
soit 1.000 de plus que l'anne prcdente.

D'autre part, on estime que, pendant la priode 1905-1910, les btes
sauvages ont dtruit 100.000 ttes de btail.

LA POPULATION TRANGRE AUX TATS-UNIS.

D'aprs le dernier recensement cifectu par le gouvernement amricain,
le nombre des trangers rsidant aux tats-Unis dpasse 13 millions,
alors qu'il n'atteignait pas 7 millions en 1880.

Les Allemands reprsentent 17% de ce groupe; les Russes 13%, les
Irlandais et les Austro-Hongrois 12, les Italiens 11, les Scandinaves
10, les Anglais 9. Le nombre des Franais est minime.

La proportion des Allemands a beaucoup diminu; elle tait de 29% en
1880; de mme la population irlandaise qui,  la mme poque,
reprsentait 28%.

Enfin, il est  remarquer que dans treize tats, dont le New-York, les
trangers forment plus de la moiti de la population; dans seize autres,
ils comptent pour une proportion variant du quart  la moiti.

LE PLUS GROS DES RENTIERS DU MONDE

On se souvient de l'attentat de Delhi, dans lequel, l'anne dernire,
lord Hardinge, le vice-roi des Indes, fut grivement bless par
l'explosion d'une bombe, alors qu'il faisait son entre solennelle dans
la ville rendue  son ancien rang de capitale. L'homme d'tat dut son
salut, en bonne partie tout au moins, au sang-froid de l'lphant,
choisi pour sa haute taille et sa docilit, qui le transportait en tte
du cortge. Loin de s'pouvanter du fracas de l'explosion qui mettait en
fuite plusieurs de ses congnres, le massif pachyderme continua
d'avancer de son pas majestueux, et son attitude calma  ce point la
panique qui s'emparait dj de la foule qu'on ne remarqua pas dans
l'instant qu'un fonctionnaire install derrire lord Hardinge et la
vice-reine avait t tu sur le coup et qu'une des parois du _howdah_
(palanquin) tait en pices.

Ds son complet rtablissement, le vice-roi tint  rendre visite  la
bonne bte. Sa reconnaissance vient de prendre une forme plus
substantielle: un dcret accorde  l'lphant le titre et la situation
de _State pensionner_.

En sa qualit de pensionnaire de l'tat, _Timouh_ recevra sa vie durant
tous les douze mois une somme quivalant  2.500 francs, suffisante pour
lui assurer les services de deux _coolies_ (domestiques). Comme il n'a
gure que trente ans, et qu'un lphant vit normalement plus d'un
sicle, on peut aisment calculer ce que son dvouement cotera aux
contribuables hindous.

LE DSARMEMENT... DES ABEILLES.

Une curieuse nouvelle nous parvient d'Amrique. On pourrait l'accueillir
avec mfiance si le nom dont elle se recommande n'tait pas celui d'un
des premiers apiculteurs des tats-Unis.

Aprs six annes de recherches et d'innombrables tentatives
infructueuses, M. Louis J. Terrill, de Lawrenceburg (tat d'Indiana), a
russi  produire une race d'abeilles sans aiguillon en croisant des
reines de l'espce italienne avec des bourdons de Chypre.

M. Terrill a pu prouver que l'limination du dard se traduit par de
prcieux avantages: les abeilles sont plus rfractaires aux maladies qui
dciment les essaims des espces communes; elles rcoltent une plus
grande quantit de nectar et produisent un miel plus savoureux.



LA COMMMORATION DE DENAIN

La victoire de Denain, qui, le 24 juillet 1712, fut, selon l'expression
de Michelet, une claircie merveilleuse dans le ciel charg qui
obscurcissait la France, tait commmore par un simple monolithe plac
dans la campagne sur le territoire d'Haulchin.

La grande cit industrielle a voulu plus somptueusement honorer la
mmoire du marchal de Villars. Dj, en 1892, un comit, encourag par
une importante souscription de la ville, s'tait form dans le but
d'lever un monument au hros de la grande journe du 24 juillet 1712
qui rendit  la France la fortune des armes, hta la conclusion de la
paix et prpara le trait d'Utrecht. Aprs le grand cortge historique
organis l'an dernier pour fter le bicentenaire de la bataille de
Denain (voir _L'Illustration_ du 3 aot 1912), l'oeuvre a t poursuivie
et mene  bien, et une belle statue questre de Villars a pu tre
inaugure dimanche sous la prsidence de M. le marquis de Vog, de
l'Acadmie franaise, qui est rattach par les liens du sang au marchal
de Villars.

[Illustration: La statue de Villars, inaugure le 13 juillet, 
Denain.--_Phot, Lambert._]

La statue, oeuvre d'un enfant de Denain, M. Henri Gauqui, avait dj
t admire au Salon des Artistes franais, o elle avait obtenu la
grande mdaille d'honneur. Le pidestal a t dessin par l'architecte
Guillaume.

M. Bricout, prsident du Comit, fit  la ville la remise du monument.
Aprs quoi, en un trs beau discours, M. de Vog voqua la glorieuse
journe. Des vers furent dits par un mineur pote, M. Jules Mousseron.
Puis les troupes de la garnison, commandes par le gnral Exelmans,
dfilrent devant le marchal de Villars.



LE PRIX D'UN MARIAGE ROMPU

L'anne dernire, le comte Compton, ancien lieutenant aux Royal Horse
Guards, lgant cavalier, au masque bronz, aux cheveux sombres, et, de
plus, hritier prsomptif d'un des grands noms du _peerage_, tait
prsent  miss Moss qui, sous le nom de Daisy Markham, menue petite
personne, doue d'une gentille figure plotte, qui brillait, modeste
toile, au firmament des petits thtres de Londres et mme de la
province. Elle le captiva. Ils s'aimrent,--en tout bien tout honneur.
Et le jeune gentleman brlait si bien pour le bon motif qu'il promit
le mariage  la petite actrice. C'tait pour elle un beau rve.

Mais le marquis de Northampton, pre du fianc, fut vite inform d'un
engagement qui n'tait gure pour lui sourire. Il sermonna. Il fit appel
 la raison de son fils contre son coeur. Il eut l'heureuse chance de le
persuader. Le comte Compton crivit la lettre de rupture qu'on lui
demanda.

[Illustration: Miss Daisy Markham.--_Phot. Foulsham et Banfield._]

Il l'crivit sans enthousiasme. Elle est tout imprgne de tendresse
contenue, cette suprme ptre  la trs chre Daisy. Il y proteste
qu'elle demeure la femme qu'il aime et respecte le plus au monde. S'il
l'abandonne, c'est pour son bien, en somme, et aprs avoir bien rflchi
 la vie qu'il lui prparait, aux affronts auxquels elle serait expose'
dans son monde: Vous ne savez pas, Daisy, comment ces nommes _ladies_
vous traiteraient, et, rellement, je ne puis me faire  la pense de
vous voir souffrir de telles choses qui, avec votre douce et sensible
nature, vous tortureraient. C'est la lutte cornlienne, enfin, o le
devoir l'emporte sur le sentiment. Et il signe, aprs toutes sortes de
bndictions: Votre coeur bris.

La petite miss Moss n'en prit pas aussi aisment son parti, et, bien
conseille, sans doute, connaissant d'autre part les lois et coutumes de
la vieille Angleterre, elle entama contre l'infidle une action en
rupture de promesse.

Sur ces entrefaites, le comte Compton devenait, par la mort de son pre,
le 16 juin dernier, marquis de Northampton, possesseur de deux des plus
beaux chteaux du Royaume-Uni, matre d'un revenu annuel de 3.750.000
francs. Comme l'observait, l'autre semaine, devant le juge du banc du
Roi, en prsence d'une assistance de choix o des camarades de Daisy
Markham coudoyaient d'authentiques pairesses, l'avocat de la promise
abandonne, c'tait une situation magnifique et le titre de marquise que
perdit sa cliente du fait de ce cong.

Lord Northampton, sixime du titre, ne contestait pas le dommage. Il
l'valuait mme trs haut, puisqu'il offrait  son ex-fiance 50.000
livres de dommages-intrts,--1.250.000 francs.

Le juge a estim l'indemnit suffisante, et,  la fin d'une audience
d'une demi-heure, plaidoiries comprises, il allouait  miss Moss, alias
Daisy Markham, ce million et un quart, la plus forte somme, dit le
_Daily Mail_, qu'une cour anglaise ait jamais alloue dans une action en
rupture de promesse.

Comme, d'ailleurs, un bonheur n'arrive jamais seul, depuis ce jour, la
porte de miss Markham est assige par les directeurs de thtres,
grands et petits, qui mettent aux pieds de la dlaisse des ponts d'or.
Miss

Markham fait assez bon march de ces richesses. Ce qu'elle ambitionne,
c'est de se consacrer au grand art, de ne monter dsormais que sur des
scnes consacres. _Legitimate stages._



UN HOMMAGE A LA GRACE

Rome n'est plus dans Rome...

Depuis des annes les Danois nous enlvent,  prix d'or, avec un trs
sr discernement et un got rare, les plus belles productions de notre
art national. Tout rcemment, encore, ils achetaient et emportaient
plusieurs des oeuvres les plus illustres de l'admirable Carpeaux. Or,
les voil qui, reprenant pour leur compte les aimables traditions de
notre dix-huitime sicle, viennent d'riger  Copenhague, ville
accueillante entre toutes, dans le parc du chteau de Rosenborg, un
monument  la Grce.

[Illustration: Un monument au corps de ballet de Copenhague: le Puits
des Danseuses. _Phot. J. Lourberg._]

C'est le Puits des Danseuses, futile et charmant objet d'art, vain
comme tous les bibelots,--car on n'imagine pas les mnagres des
environs y venant puiser: mais le sculpteur n'a plus gure, dans notre
socit moderne, d'occasions de vouer son talent  embellir des oeuvres
d'utilit.

L'auteur du Puits des Danseuses, M. Rudolph Tegner, s'est souvenu
qu'il tait du pays de Thorwaldsen. Et il a fait,  son tour, de
l'antique modernis. Ses trois figures, drapes lgrement, ont du
mouvement et, sans faire oublier le _Gnie de la Danse_, ni quelques
autres figures ballantes, doivent tre plaisantes  voir, dans l'air
subtil du nord.



LE CIRCUIT DE PICARDIE

Le cinquime Grand Prix de l'Automobile-Club de France s'est disput le
12 juillet sur le circuit de Picardie, tabli aux environs d'Amiens avec
Longueau comme point de dpart. L'preuve comportait 29 tours d'environ
31 kilomtres et demi, soit un parcours total de 916 kilom. 800 mtres;
elle a une fois encore affirm de faon magnifique la supriorit de
l'industrie franaise.

Sur les 9 voitures franaises engages, 7 ont achev le parcours; 4
d'entre elles prenant respectivement les places 1, 2, 4, 5. Par contre,
sur 11 voitures trangres parties, 4 seulement se trouvrent au poteau
d'arrive. Jamais nos constructeurs n'avaient obtenu un rsultat aussi
catgorique.

Le prix a t gagn par Boillot, montant une voiture Peugeot, qui avait
dj triomph au circuit de Dieppe en 1912. Le vainqueur, battant son
record de l'anne prcdente, effectua le parcours en 7 heures 53
minutes 56 secondes, soit  une vitesse moyenne de 116 kilom. 190
mtres; son camarade Goux, pilotant une voiture de la mme marque, se
plaait second  3 minutes d'intervalle.

Ce rsultat est d'autant plus apprciable que le circuit de Picardie
semblait peu favorable aux grandes vitesses et que le rglement limitait
 20 litres par 100 kilomtres la quantit de carburant dont pouvait
disposer chaque concurrent.

Le lendemain du Grand Prix des voitures s'est couru sur le mme circuit,
mais sur la distance rduite de 350 kilomtres, le grand prix des
motocyclettes, sidecars et cyclecars.

Les concurrents franais furent moins heureux; mais les insuccs furent
largement compenss par la victoire de Fentou qui atteignit une moyenne
de 78 kilomtres  l'heure, sur motocyclette Clment.

[Illustration: Au circuit de Picardie: les tribunes pendant la course.
_Phot. Chusseau-Flaviens._]



[Illustration: L'IDAL DE LA BEAUT, par Henriot.]








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1913, by Various

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To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
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Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
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state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
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page at http://pglaf.org

For additional contact information:
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