The Project Gutenberg EBook of Correspondance Diplomatique de Bertrand de
Salignac de La Mothe Fnlon, Tome Troisime, by Bertrand de Salignac de la Mothe Fnlon

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license


Title: Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon, Tome Troisime

Author: Bertrand de Salignac de la Mothe Fnlon

Release Date: March 19, 2012 [EBook #39201]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE ***




Produced by Robert Connal, Hlne de Mink, and the Online
Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
file was produced from images generously made available
by the Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica) at
http://gallica.bnf.fr)







Notes de transcription: Les erreurs clairement introduites par le
typographe ont t corriges. L'orthographe d'origine a t conserve
et n'a pas t harmonise.

Quelques caractres, en exposant dans l'original, et dont l'abrvation
n'est pas vidente ou non courante, ont t mis en accolade dans cette
version lectronique. Ainsi, l'abrviation {lt} signifie livre
tournois.

Texte imprim en lettres gothiques dans le livre d'origine est
marqu =ainsi=.




     CORRESPONDANCE

     DIPLOMATIQUE

     DE

     BERTRAND DE SALIGNAC

     DE LA MOTHE FNLON,

     AMBASSADEUR DE FRANCE EN ANGLETERRE

     DE 1568 A 1575,


     PUBLIE POUR LA PREMIRE FOIS

     Sur les manuscrits conservs aux Archives du Royaume.


     TOME TROISIME.

     ANNES 1570 ET 1571.


     PARIS ET LONDRES.

     1840.




     DPCHES, RAPPORTS,

     INSTRUCTIONS ET MMOIRES

     DES AMBASSADEURS DE FRANCE

     EN ANGLETERRE ET EN COSSE

     PENDANT LE XVIe SICLE.




     RECUEIL

     DES

     DPCHES, RAPPORTS,

     INSTRUCTIONS ET MMOIRES

     Des Ambassadeurs de France

     EN ANGLETERRE ET EN COSSE

     PENDANT LE XVIe SICLE,

     Conservs aux Archives du Royaume,

     A la Bibliothque du Roi,
     etc., etc.

     ET PUBLIS POUR LA PREMIRE FOIS

     _Sous la Direction_

     DE M. CHARLES PURTON COOPER.

     PARIS ET LONDRES.

     1840.

     LA MOTHE FNLON.




     Imprim par BTHONE et PLON,  Paris.




     AU-TRS-NOBLE

     GEORGE HAMILTON GORDON

     COMTE D'ABERDEEN.

     CE VOLUME LUI EST DDI

     PAR

     SON TRS-DVOU ET TRS-RECONNAISSAINT SERVITEUR

     CHARLES PURTON COOPER.




DPCHES

DE

LA MOTHE FNLON.




LXXXIe DPESCHE

--du IVe jour de janvier 1570.--(_Envoye jusques  Callais par Jehan
Vollet._)

  Audience accorde par la reine d'Angleterre  l'ambassadeur de
    France.--Dsir du roi de rtablir la paix en son
    royaume.--Satisfaction qu'il prouve de ce que les troubles du
    Nord paraissent apaiss en Angleterre.--Protestation
    d'lisabeth qu'elle ne dsire rien tant que la runion des
    glises.--Instances de l'ambassadeur en faveur de Marie
    Stuart.--Explications sur la conduite qu'il a d tenir dans
    cette ngociation.--Nouvelles arrives  Londres sur l'tat des
    affaires des protestans en France.--Nouvelles des troubles du
    Nord; droute des comtes de Northumberland et de Westmorland.


     AU ROY.

Sire, j'ay faict entendre  la Royne d'Angleterre que, pour la bonne
estime que Voz Majestez Trs Chrestiennes ont de sa bonne et droicte
intention en l'endroit de voz affres et de la tranquillit de vostre
royaulme, vous n'avez sitost veu donner ung peu de commancement et
ouverture  la paciffication des troubles et guerres d'iceluy, que
vous ne m'ayez incontinent command de le luy notiffier, affin que,
devant toutz les aultres princes vos alliez, elle ayt le plaisir
d'entendre que les choses s'acheminent par la voye qu'elle a dsir;
et ainsy, luy particullarisant ce qui est advenu  la reddition de
Sainct Jehan d'Angely, et les propos que le sieur de La Personne vous
a tenuz, avec la vertueuse responce de Vostre Majest, laquelle elle a
vollu curieusement lyre par deux foys, j'ay suivy  luy dire: qu'encor
que vous ayez grand occasion de vous rescentir des choses mal passes,
du cost de ceulx de la Rochelle, de ce qu'ilz ont men une trs
viollante et dangereuse guerre dans vostre royaulme, et y ont
introduict les armes et armes estrangires,  la grand ruyne de vos
bons subjectz; et qu'il soit maintenant en vostre pouvoir de prendre
par force toutes les places qu'ilz tiennent, et de poursuyvre et venir
bien  boult du reste qui est encore en campaigne; nantmoins vous
aymez mieulx uzer envers eulx de la clmence toutjour accoustume 
vostre couronne, et plus use de vostre rgne, que de nul de toutz voz
prdcesseurs, et les regaigner par doulceur, que de les mener 
l'extrmit d'ung chastiment, esprant qu'ilz auront tant plus de
regrect de leurs deffiances passes, et persvreront dorsenavant plus
constantment en la confiance, fidellit, et amour qu'ils doibvent 
Vostre Majest, leur prince naturel, que moins ils esproient d'estre
jamais receuz en vostre bonne grce, laquelle nantmoins vous ne leur
avez diffre d'ung seul moment, aussitost qu'ilz ont offert de
s'humilier et de se remettre en vostre obyssance.

La dicte Dame, d'ung visaige joyeulx, m'a respondu qu' ceste heure me
voyoit elle, et oyoit mes propos, de trop meilleure affection qu'elle
n'avoit faict despuys ung an, et qu'elle rendoit grces  Dieu d'avoir
miz au cueur de Voz Majestez Trs Chrestiennes, et pareillement en
ceulx de vos subjectz, de retourner  ce mutuel bon ordre de vostre
bnignit envers eulx et de leur subjection envers vous; qu'elle vous
remercye mille et mille foys de luy avoir, ainsy soubdainement et
particullirement, faict entendre en quoy les choses en sont, s
quelles elle vous desire tant de bien et de bonheur que vous les
puissiez effectuer  vostre grand advantaige et au repoz de toute la
Chrestient; et que, si son moyen y peult servyr de quelque chose,
elle le vous offre de tout son coeur, bien qu'elle ne peult fre que
ne porte quelque envye au bonheur de celluy qui a sceu si
oportunement mettre en avant ce sainct et desir propos, qu'il ayt
heu meilleur rencontre que quant, d'aultre foys, elle a entreprins
d'en parler; et qu'elle n'a regrect sinon  ce que voz subjectz
peuvent monstrer au monde que, pour leur avoir est violl vostre
propre edict de la paciffication, tant par attemptatz contre leurs
vies, que par contraires lettres contre l'exercisse de leur religion,
ilz ayent heu quelque aparante coulleur de prendre les armes; non que
pourtant elle aprouve qu'ilz ayent bien faict, car plustost s'en
debvoient ils estre allez, et qu'il est tout certain que de quelles
persuasions qu'on luy ayt us, qui n'ont est petites, sur la
justiffication de leur cause, elle ne les a jamais volluz secourir.

Je luy ay rpliqu que tout le tort de ceste guerre se manifeste en ce
que ceulx de l'aultre party, en leur plus grande rsistance, se
trouvent vaincuz par vos forces, et sont par vostre clmence surmontez
en leur humillit, et que cella vous faict prendre meilleure esprance
de voir bientost remiz vostre royaulme en son premier estat et
grandeur; adjouxtant, afin de parler de la runion du sien, que ce que
je luy ayt dict de ceste rconcilliation de vos subjectz, Voz Majestez
desirent qu'elle le preigne pour ung tesmoignage que, comme vous
estes correspondant  son desir sur le bien de vostre royaulme,
qu'aussi bien le serez vous sur le bien et paciffication du sien, et
sur ce que vous entendrez bientost que ceste eslvation, qui a apparu
en son pays du North, est esteinte ainsi que je le vous ay desj
mand.

La dicte Dame, usant l dessus de beaucoup de mercyementz, m'a fort
pri de vous assurer que toute ceste guerre du North est vritablement
acheve, et que le comte de Northomberland, se retirant en Ecosse, est
tumb ez mains du comte de Mora; que le comte de Vuesmerland s'en est
fouy seul, et abandonn des siens, aux montaignes des frontires; et
que plus de cinq cents gentishommes des leurs sont prins, le reste
discip, et plusieurs excutez; et qu'elle ne prendroit que pour une
rise toute ceste entreprinse, tant elle a est folle et lgire,
n'estoit qu'il luy faict mal au cueur qu'il s'y soit trouv mesl ung
seul homme de qualit.--Car jamais subjectz, dict elle, n'eurent
moins d'occasion que les siens de mouvoir choses semblables contre
leur prince.

Et luy ayant seulement rpliqu ce mot: c'est qu'il est fort 
craindre que, tant que la division de la religion durera, que l'on
sera toutz les ans  recommancer, elle m'a soubdain respondu qu' la
vrit, puisque les Protestans commancent de proposer entre eulx,
assavoir s'il y a aucune cause pour laquelle l'on puisse, sellon Dieu
et conscience, se soubstraire de l'obyssance d'ung prince, et le
dmettre de son estat; ainsy que le Pape, de son cost, dclaire aussi
les estats de ceulx, qu'il tient pour scismatiques ou hrtiques,
toutz comis et vacquans; elle estime que toutes les couronnes de la
Chrestient sont assez mal asseures, et que, de sa part, elle ne se
montrera jamais opiniastre de ne se conformer aulx aultres princes
chrestiens, quant Dieu leur aura mis au cueur de procurer, toutz
ensemble, la runyon de l'esglyze de Dieu.

Aprs cella, Sire, j'ay men le propos  parler de la Royne d'Escoce,
faisant toutjour instance de sa libert, bon traictement et
restitution. Sur quoy elle m'a dict que Voz Majestez Trs Chrestiennes
en avez parl amplement  son ambassadeur, et qu'elle vous prie de
considrer que le diffrand est entre deux princesses qui vous sont
parantes, allyes et confdres; desquelles vous debviez gallement
peser leur droict, et n'avoir en tant d'affection celluy de la Royne
d'Escoce que ne regardiez  conserver le sien; et qu'elle vous fera
remonstrer encores d'aultres choses par son dict ambassadeur, s
quelles elle espre que vous luy ferez favorable responce; et ay
cogneu, Sire, que les propos que Voz Majestez ont tenu l dessus au
dict ambassadeur ont grandement esmeu la dicte Dame,  laquelle j'ay
dict que, puysque vostre intention se trouve conforme aulx
continuelles instances que je luy ay faictes icy de vostre part pour
la Royne d'Escoce, que je la suplye de dposer  ceste heure le cueur
et le courroux qu'elle a contre elle, puysqu'elle s'est justiffie de
toutz ces troubles du North, pour se la randre dsormais tant attenue
et oblige, qu'elle n'ayt  estre jamais rien tant que toute sienne;
et que, pour l'amour de Voz Majestez Trs Chrestiennes, qui tant l'en
priez, elle veuille aussi faire quelque chose pour son bien, n'estant
possible que vous puyssiez laysser de le pourchasser tant que vous la
voyez restitue, ce que vous desirez toutesfoys estre sellon son gr
et contantement.

Elle m'a promiz l dessus, qu'aussitost qu'une responce, qu'elle
attant d'Escoce, sera arrive, elle ne diffrera d'ung seul jour
d'entendre en l'affaire de la dicte Dame, et y prendre ung si bon
expdiant qu'elle espre que vous en serez contant; dont de tout ce
qui s'en rsouldra elle mettra peyne que vous en soyez adverty: et
remettant, Sire, plusieurs aultres choses, que j'ay notes de ses
propos, au premier des miens que je vous dpescheray, je bayseray en
cest endroict trs humblement les mains de Vostre Majest, et
supplieray le Crateur qu'il vous doinct, Sire, en parfaicte sant,
trs heureuse et trs longue vie, et toute la grandeur et prosprit
que vous desire.

     Ce IVe jour de janvier 1570.

   Je crains asss qu'on veuille mettre en avant l'eschange de la
   Royne d'Escoce et du comte de Northomberland; vray est qu'il ne
   s'en entend encores rien.


     A LA ROYNE.

Madame, je mectz en la lettre, que j'escriptz au Roy, aulcuns propos
de la Royne d'Angleterre, touchant ceulx que, par les deux dernires
dpesches de Voz Majestez, vous m'avez command de luy tenir, sur
lesquelz me reste  vous dire, Madame, qu'il semble que ceste
princesse et les siens soyent bien ayses, mais diversement, qu'il se
face une paciffication en vostre royaulme; elle, affin d'estre exempte
de bailler secours  ceulx de la Rochelle, et ne venir  vous faire
quelque manifeste offance pour eulx, et mesmes aura plaisir que les
choses se facent  votre grand advantaige; et eulx, pour n'ozer
meintenant guires presser leur Mestresse de les secourir, ny
d'attempter rien qui vous puysse desplayre; mais ilz vouldroient que
l'advantaige demeurt  ceulx de l'aultre party, sur la soubmission
desquelz, laquelle leur ambassadeur a escripte par de, encores que
le jeune comte de Mensfelt ft desj despch, ilz le font temporiser,
affin d'attandre quelle yssue prendra ce que le Sr de La Personne en a
commenc de traicter. Et doublant asss que la paciffication ne s'en
puysse bien ensuyvre, luy et le Sr de Lombres incistent grandement de
fayre rsouldre icy quelque secours de pouldres et d'armes, et de
quelque nombre de gens de cheval, pour l'envoyer  Mr l'Admyral,
s'esforceans de persuader qu'il est encores si fort qu'avec bien peu
d'ayde, il se monstrera plus relev que jamais, et qu'on luy veuille
aussi (soubz caution) assister de quelques deniers, pour envoyer au
duc de Cazimir, affin de souldoyer des gens de pied, sans lesquelz il
n'oze mettre en campaigne les gens de cheval qu'il a toutz prestz; et
que d'ailleurs le prince d'Orange, voyant qu'une sienne entreprinse
qu'il avoit en Flandres est descouverte, se dellibre de tourner tout
son aprest aulx choses de France; lesquelles propositions demeurent
encores en suspens; et je metz peyne, en tout vnement, de les
retarder ou empescher, aultant qu'il m'est possible.

Quant  ceulx du North, j'ai vollu vrifier si ce que m'en a dict la
dicte Dame estoit vray, parce qu'on luy dguyse asss souvent les
nouvelles; mais l'on m'a confirm la route des deux comtes et de toute
leur arme, laquelle a est de quinze mil hommes; dont y en avoit sept
mille de pied bien armez, et deux mil de cheval en aussi bon quipaige
qu'il s'en peult trouver en Angleterre; et que n'ayantz, pour leur
irrsolution et mauvais accord, oz venir au combat, ilz se sont
retirez en la frontire d'entre l'Angleterre et l'Escoce, o celluy
de Northomberland et sa femme sont tumbez ez mains d'un armestrang[1],
qu'on a estim le devoir incontinent livrer au comte de Mora; et que
celluy de Vuesmerland, en habit dguys, s'en est fouy au plus haut
des montaignes, ayant pour ceste occasion ceste Royne envoy casser
incontinent son arme, et rvoquer le comte de Vuarvic. Mais aulcuns
estiment que le dict armestrang n'est pour consigner le comte de
Northomberland  celluy de Mora, ains plustost pour le relever et pour
luy ayder  remettre sus nouvelles forces.

  [1] Partisan, chef de bande.

Au reste nul propos n'esmeust tant ceste Royne que quant on luy parle
de la Royne d'Escoce, et ce que Voz Majestez en ont dernirement dict
 son ambassadeur a faict beaucoup d'effect envers elle. J'ay bien
vollu, pour mon regard, tirer de la propre parole de la dicte Dame ma
justiffication de ne luy avoir, sur les affaires de la dicte Royne
d'Escoce, ny en nulle autre matire, jamais dict ung seul mot qui
l'ayt peu offancer; de quoy elle m'a randu le tesmoignage tout clair
et prompt, que non seulement elle n'a trouv jamais mauvaise, ains
trs agrable, ma faon de parler, et la substance de toutz mes
propos, ainsy que je les luy ay dictz, et qu'elle vous fera expliquer
que ce qu'elle a prins  cueur de mon dire est pour luy avoir asseur
que Voz Majestez rputeroient toucher  leurs propres personnes les
torts et indignitez qu'on feroit  celle de la Royne d'Escoce; et
qu'elle s'estime vous apartenir en si bonne part, qu'elle doibt bien
estre tenue en quelque compte et respect envers Voz Majestez aussi
bien que la dicte Royne d'Escoce. A quoy je luy ay satisfaict si bien
que, prenant rayson en payement, elle a promis d'entrer bientost en
quelque expdiant touchant les affaires de la dicte Dame; et m'a pri
au reste de vous escripre fort affectueusement que,  ce changement de
gouverneur de Bretaigne, il vous playse de commander  celluy qui
l'est meintenant, et  son lieutenant, de donner libre et sr accez
aulx Angloix, de leur pouvoir aller demander justice; et que
dorsenavant ilz la leur vueillent administrer eulx mesmes, puysqu'il
n'est possible qu'ilz la puissent aulcunement avoir des officiers et
magistratz du pays, car ses dicts subjectz ne peuvent plus supporter
les oltraiges qu'ilz y reoipvent ordinairement.

Depuis le partement du Sr Chapin, l'on a fait exorter les estrangiers
de s'abstenir de tout commerce avec les subjectz du Roy d'Espaigne et
de ne couvrir aulcunement leurs trafficqs par lettres, ny soubz noms
empruntez d'aultres merchantz; et nantmoins la dicte Dame a
vollontairement offert au dict Sr Chapin d'admettre l'ambassadeur
d'Espaigne  parler et traicter avecques elle comme auparavant, sur le
moindre mot que le Roy d'Espaigne luy en vouldra escripre.

Je bayse trs humblement les mains de Vostre Majest et prie Dieu,
qu'il vous doinct, etc.

     Ce IVe jour de janvier 1570.

   La Royne d'Angleterre, outre les susdicts propos, m'a trs
   honorablement parl, et avec aparance de bonne affection, de Voz
   Majestez et de Monseigneur vostre filz, et qu'elle avoit avec
   grand playsir ouy, du filz de Mr Norreys, plusieurs actes
   gnreux et de grand vertu du Roy et de mon dict Seigneur,
   lesquelz elle luy avoit faict rciter plus de deux foys, sellon
   qu'il disoit les avoir veuz et les avoir aprins de ceulx qui les
   savoient bien.--Ceulx de ce conseil, et mesmement le comte de
   Lestre, m'ont faict pryer d'octroyer mon passeport au Sr
   Barnab, qu'ilz dpeschent, avec commission de ceste Royne, pour
   aller recouvrer une grande nef vnicienne, charge de plus de
   cent cinquante mil escus de merchandize, qu'on envoyoit en ceste
   ville, laquelle le capitaine Sores a prinse despuys ung mois;
   affin que, si le dict Barnab est rencontr par les gallres ou
   navyres franoys, ilz ne luy facent poinct de mal. Je ne say
   s'il yra poursuyvre le dict Sores jusques  la Rochelle.




LXXXIIe DPESCHE

--du Xe jour de janvier 1570.--

(_Envoye jusques  Callais par homme exprs._)

  Ferme persuasion o l'on est en Angleterre que la paix sera
    conclue en France.--Nouvelles du Nord et de la
    Flandre.--Meilleur traitement fait  la reine
    d'Ecosse.--Crainte des Anglais que le roi, dlivr de la guerre
    civile, ne donne assistance aux Espagnols dans les Pays-Bas
    pour attaquer l'Angleterre.


     AU ROY.

Sire, il est venu adviz  la Royne d'Angleterre, par la voye de la
mer, que ceulx de la Rochelle tiennent dj comme pour conclud le
propos qu'ilz vous ont faict requrir de la paix; et, par ainsy, que
vostre royaulme s'en va hors de troubles, et vous, Sire, en bon trein
de remettre sus fort bien et bientost vos affres, sans qu'il
aparoisse que, pour toutes ces horribles guerres passes, il vous y
soit advenu aulcune diminution, ny en l'estendue de vostre estat, ny
en l'affection de vos subjectz, ains plustt, une augmentation partout
de vostre grandeur; de laquelle le fondement, en cette mesmes
division, s'est monstr si ferme qu'on a opinion, s'il est une foys
bien runy, que nulles forces humaines le pourront jamais esbranler.
Dont ceste Royne et les siens continuent,  ceste heure, de me fre
meilleure dmonstration que jamais de vouloir persvrer en bonne paix
et amyti avec Vostre Majest; et n'ont encore dpesch le jeune comte
de Mensfelt, ny rien respondu au Sr de Lombres, attendans si la fin du
dict propos viendra  bonne conclusion, ou bien s'il sera rompu. Et,
cependant, est arriv ung homme d'Allemaigne, lequel,  ce que
j'entans, raporte que le Cazimir ne lve pas encores ses reytres, mais
qu'il a distribu, ces jours passs, une somme de deniers aulx
capitaines, affin d'estre pretz, quant il les mandera; et il parle
aussi des praticques et menes du prince d'Orange.

Les choses d'icy ne monstrent,  ceste heure, guires grand mouvement,
estantz ceulz du North sparez et rompuz d'eulz mesmes, ainsy que je
le vous ay confirm par mes prcdantes du IIIIe de ce moys. Il est
vray que, de tant que les deux comtes ne sont au pouvoir de la Royne
d'Angleterre ny ne sont pour y estre aisement livrez, parce qu'on
dict que celluy de Northomberland est avec milor de Humes et avec le
ser de Farmihirst, comme avecques ses amys; et celluy de Vuesmerland,
avec le comte d'Arguil, qui le trette bien; la chaleur de leur
entreprinse n'est encores rfroydie aulx cueurs des Catholiques, ny en
ceulz des malcontantz; lesquelz demeurent d'ailleurs en quelque
esprance du duc d'Alve, par la mesme peur et grande souspeon qu'ilz
voyent que la Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil se donnent
des aprestz qu'il faict, qui leur sont confirmez par plusieurs
secrectes lettres qu'arrivent ordinairement  la dicte Dame des Pays
Bas; et mesmes l'asseurent que, despuys le retour du marquis de
Chetona, le dict duc s'est rsolu de vouloir recouvrer, commant que ce
soit, ses deniers, et les marchandises d'Espaigne arrestes par de,
et que, pour y commancer par quelque bout, il a command de consigner
toutz les biens des Anglois, qui estoient en Anvers,  certains
Gnevois qui ont faict ung party de six centz mil escuz avec le Roy
d'Espaigne; dont ceulx cy se prparent, avec grand dilligence, au long
de la coste qui regarde vers Flandres, pour rsister  ses
entreprinses. Je prendray garde  quoy, jour par jour, cella
s'acheminera, affin de vous en donner toutjour adviz.

Despuys la dernire instance que j'ay faicte  ceste Royne pour la
Royne d'Escoce, elle l'a faicte ramener  Tutbery, en la compaignie du
comte de Cherosbery seul; s'en estant celluy de Untington all, qui a
est du tout descharg de sa garde, et elle remise en ung peu plus de
libert, avec dmonstration  monseigneur l'vesque de Roz de quelque
faveur davantaige en ceste court, et d'y mieulx recepvoir ses
remonstrances, qu'on n'avoit faict toutz ces jours passez. Ce qui nous
remect en quelque esprance que nous pourrons bientost (si nouvel
accident ne survient) obtenir une ou aultre provision ez affres de la
dicte Dame. Sur ce, etc.

     Ce Xe jour de janvier 1570.


     A LA ROYNE.

Madame, ce qui s'espre de la paciffication des troubles de vostre
royaulme ne monstre aporter,  ceste heure, tant de soupeon  la
Royne d'Angleterre ny aulx siens, comme il sembloit que, du
commancement, ilz eussent trs ferme opinion que la fin de nostre
guerre seroit ung commancement  eulx d'y entrer. Il est vray qu'ilz
ne sont du tout dellivrez de cette peur, craignantz,  ce qu'ilz
disent, que l'estroicte intelligence, que le duc d'Alve a avecques Voz
Majestez, vous attire de son party contre l'Angleterre; car,
aultrement, il leur semble qu'ilz n'ont guires  le craindre, veu le
crdict et faveur de ceste Royne en Allemaigne. Et ainsy, ilz vont
temporisant avecques luy, sans admettre ny rejecter aussi les termes
de l'accord, esprantz qu'ilz se pourront, dans peu de jours,
esclarcyr de vostre coust, pour savoir commant mieulx se conduyre du
sien; et n'estantz encores bien asseurez si le propos de la paix
prendra bonne rsolution en France, ilz tiennent leurs dellibrations
en suspens, dillayantz la dpesche du jeune comte de Mansfelt, et leur
responce au Sr de Lombres; et pareillement de ne toucher aux affres
de la Royne d'Escoce, jusques  ce que leur ambassadeur, Mr Norrys,
leur ayt mand la certitude du tout; et n'ont faict plus grand
empeschement  ung courrier du duc d'Alve, qui est arriv depuys cinq
jours, que de l'avoir conduict  la court et visit seulement le
dessus de ses pacquetz, lesquels, se doutans bien qu'ilz estoient en
chiffre, l'ont renvoy avec les dicts pacquetz bien cloz  Mr
l'ambassadeur d'Espaigne, et luy ont ottroy passeport pour s'en
pouvoir retourner de dell, bien qu'ilz ne layssent pourtant de vivre
toutjour en grande deffiance du dict duc. A l'occasion de quoy ilz
dressent de grandes forces et ordonnent beaulcoup de gens de cheval,
pistoliers, et renforcent les garnysons tout le long de la coste qui
regarde les Pays Bas; sur ce, etc.

     Ce Xe jour de janvier 1570.




LXXXIIIe DPESCHE

--du XVe jour de janvier 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Callais par Olivier Cambernon._)

Efforts que l'on fait en Angleterre pour impliquer le duc de Norfolk
et la reine d'cosse dans la rvolte du Nord.--Le comte de
Northumberland livr dans sa fuite au pouvoir du comte de
Murray.--Mission d'Elphinstone en Angleterre.--Proposition mise dans
le conseil de demander l'change du comte de Northumberland contre la
reine d'cosse.--Prparatifs de guerre faits en Allemagne pour
soutenir les protestans de France.--Forces redoutables runies sur mer
par les protestans de France et d'Allemagne.--Ngociations de
l'Angleterre avec les Pays-Bas.--Motifs politiques qui engagent
lisabeth  soutenir les protestans de France; espoir que cependant la
paix ne sera pas trouble.


     AU ROY.

Sire, il ne se faict,  ceste heure, aulcune plus grande dilligence
par de, aprs avoir esteint l'eslvation du North, que de cercher
d'o elle est procde, et qui sont les principaulx, qui ont heu
intelligence avec les deux comtes; en quoy s'engendrent plusieurs
malcontantemens et malveuillances qui se descouvrent toutz les jours
en plusieurs endroictz et villes de ce royaulme, et se continuent
jusques  la court; mesmes semble que, des champs o la guerre estoit,
elle se soit transfre ez cueurs et affections des hommes, et dict on
que de l procde le retardement de la libert du duc de Norfolc,
lequel aultrement estoit en trein de sortir bientost de la Tour pour
estre remis en son logis de ceste ville; mais les divisions et
comptances de ceulx du conseil l'empeschent, lesquels veulent
monstrer qu'ilz concourent toutz contre la cause de l'eslvation, et,
encor que nulz manifestement ne le chargent de rien d'icelle,
nantmoins les ungs s'efforcent de l'y trouver embrouill, et les
aultres de l'en dclairer exempt; ny n'est moindre leur contention sur
le faict de la Royne d'Escoce, soit pour le regard de la dicte
entreprinse du North, ou soit pour ses aultres affres, s quelz ses
amys et serviteurs, qu'elle a en ce royaulme, ne se monstrent, pour
chose qui soit advenue, moins fermes en sa faveur, ny aussi ses
adversaires moins vhmentz contre elle que auparavant. Et cependant
le gouverneur de Barvich a envoy  la Royne d'Angleterre une lettre
du comte de Mora, par laquelle, de tant que la dicte Dame ne l'a
vollue communiquer  personne et qu'elle a fait semblant d'y avoir
trouv plusieurs vriffications de l'entreprinse du North, quelques
ungs des grandz en demeurent en peyne; et bientost aprs, est arriv
devers elle le ser Nicollas Elphingston, trs familier et inthime du
dict de Mora, lequel elle a curieusement et avec grand affection ouy,
mais ne se publie encores rien de l'occasion de sa venue, si n'est
qu'on dict qu'il a aport la depposition du comte de Northomberland,
lequel estant enfin tumb ez mains du comte de Mora, il l'a faict
mettre dans Lochlevin, o la Royne d'Escoce estoit prisonnire; mais
je crains que le dict Elphingston ayt charge de renouveller le propos
de consigner la Royne d'Escoce au dict de Mora, moyennant les ostages
qu'on luy a demand, ou bien de fre l'eschange d'elle et du dict
comte de Northomberland, ce que je say avoir est dj propos en ce
conseil, ainsy que je l'avois auparavant bien prveu; mais il semble
qu'il ne peult aucunement venir au cueur de la Royne d'Angleterre de
le debvoir fre, et y a aulcuns des siens qui ne sont pour le
consentyr, tant y a que la pouvre princesse et ceulx, qui portons icy
son faict, en sommes en grand peyne; mesmement  ceste heure que le
comte de Lestre, lequel a accoustum de procder d'une plus honneste
et gnreuse faon envers elle que les aultres du dict conseil, s'en
est, pour quelque occasion (et croy que pour les diffrans de court),
all en sa mayson de Quilingourt, o, toutesfoys, l'on croyt que la
Royne d'Angleterre ne le larra longtemps sans le fre revenir.

J'entendz que ung secrtaire du comte Palatin vient d'arriver, lequel
fault que soit pass par Flandres (car la navigation de Hembourg et de
Hendein est serre des glaces jusques en mars) ou bien chapp par la
France. Il est all droict  Vuyndesor, et n'ay encores rien peu
aprandre de sa commission, si n'est par ung qui l'a observ en
passant, qui a comprins de luy qu'il vient pour avoir de l'argent, ou
bien lettre de crdit et de responce  certains juifz qui ont promiz
de fornir une somme en Allemaigne, et qu'il est tout certain que le
Cazimir et le prince d'Orange ont une arme preste pour entrer en
France,  ce prochain primtempz; dont le jeune comte de Mensfelt s'est
eslargy de dire, qu'aussitost qu'il arrivera en Allemaigne avec la
dpesche de ceste princesse, le dict de Cazimir commancera de marcher;
ce que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, lequel j'avois hier 
disner en mon logis, m'a confirm, bien qu'il crainct, si le propos de
la paix se conclud en France, que tout cella aille tumber sur les bras
du duc d'Alve; et, ce pendant, le capitaine Sores a prins une seconde
nef vnicienne, plus riche que la premire, et faict on compte que la
charge des deux vault plus de trois cenz mil escuz, oultre quatre
vingtz pices de bonne artillerye qu'il y a dedans, et oultre les
deulx vaysseaulx, qui sont les deux meilleurs de la mer; de quoy toutz
les merchans, tant naturelz que estrangiers, de ce royaulme, demeurent
fort scandalizez contre Mr le cardinal de Chatillon, et requirent
ceste Royne d'y pourvoir; mais, ou soit qu'elle et les siens n'ayent
moyen de le fre, ou bien que, pour s'exempter de prester de l'argent
 ceulx de la Rochelle, ilz leur veuillent permettre de se prvaloir
de ceste riche et grande prinse, ilz dissimulent et prolongent les
remdes; et est  craindre que le dict Sores, avec tant de bons et
grandz vaysseaulx, et bien artillez, qu'il a  ceste heure, et le Sr
de Olain, et le bastard de Briderode, qui en ont ung aultre bon
nombre, ne tiennent dorsenavant bien fort subjecte ceste estroicte
mer, et mesmes qu'ilz ne dressent quelque entreprinse sur vos
gallres; bien qu'on m'a dict, Sire, que le dict de Olain est all
jusques en Allemaigne porter soixante mil escuz au prince d'Orange du
butin de ses prinses de mer.

Le Sr Thomas de Fiesque poursuyt d'accomoder icy le faict des deniers
et merchandises, prinses et arrestes par de sur les subjectz du Roy
d'Espaigne, au nom des merchans  qui elles appartiennent, proposant
que les deniers, qui sont en espces, et pareillement ceulx qui
proviendront des merchandises, demeurent ez mains de ceste Royne
jusques  ung entier accord, en ce qu'elle leur permette de les
vandre, et qu'elle leur veuille bailler pour respondant la chambre de
Londres, de payer le tout  bons termes, aprs qu'elle s'en sera
servye. Sur ce, etc.

Ce XVe jour de janvier 1570.


     A LA ROYNE.

Madame, le surplus que j'ay  dire  Vostre Majest, oultre le contenu
en la lettre que j'escriptz prsentement au Roy, je le rserve  vous
mander par le Sr de La Croix, aussitost que l'ung des miens, qui sont
par dell, sera arriv, et n'adjousteray icy, Madame, si n'est qu'on
parle diversement en ce royaulme de la paix qui se trette en France,
estantz ceulx des deux religions en contraires esprances l dessus;
savoir: les Catholiques, que des grandes et notables victoires, que
Monseigneur vostre filz a gaignes, ayt  ruscyr ung accord fort
advantaigeux pour nostre religion et trs honnorable pour le Roy; et
les Protestantz, que monsieur l'Admyral s'estant aulcunement reffect,
et prs d'estre, dans six sepmaines ou deux moys, secouru du prince
Cazimir, n'ayt  quicter rien de ce qui apartient  la leur, ny en
l'exercisse, ny en l'establissement d'icelle dans le royaulme; et
estiment, les ungs et les aultres, que leur propre faict deppend du
succez des choses de dell; dont, encor que la Royne d'Angleterre et
les plus modrez d'auprs d'elle dettestent asss les guerres des
subjectz, nantmoins, ceulx qui ont plus d'auctorit et de manyement
prs d'elle, desirans que la part des Catholiques demeure fort oprime
par de, condamnent en toutes sortes l'entreprinse de ceulx du North
comme inique, et luy coulorent de quelque quit celle de France et
luy persuadent, que du maintien d'icelle deppend la seuret de son
estat et du tiltre de son royaulme, et de la lgitime qualit de sa
personne; laquelle aultrement seroit par les Catholiques tenue
illgitime. Ce qui faict, Madame, qu'encor que ceste princesse ayt
grand regrect  la prinse de ces deux grandes nefz vniciennes, et
qu'elle sente que, pour aulcun respect, il tourne au prjudice de sa
rputation que, l'une, en partant d'icy, et l'aultre, en y arrivant,
ayent est prinses en la plaige et quasi dans les portz de son
royaulme; nantmoins, pour n'incommoder ceulx de la dicte religion,
iceulx de son dict conseil la contraignent de diffrer et dissimuler
le remde, que trs volontiers elle donroit aulx merchans; et le
secrtaire Cecille a asss soubdain respondu  ceulx qui l'en ont
sollicit, que ceulx de la Rochelle avoient guerre contre les
Vniciens, parce qu'ilz ont preste de l'argent au Roy; et mesmes,
aulcuns  ce propos m'ont interrog si la Royne de Navarre n'estoit
pas en actuelle possession de quelque partie de son royaulme, ayant
est propos en ce conseil, si, comme Princesse Souveraine, elle ne
pouvoit pas dclarer une guerre, aprs l'avoir juge juste et
lgitime. Sur quoy, me doubtant bien pourquoy l'on me faisoit ceste
demande, j'ay respondu que la dicte Dame n'a rien qui ne soit, ou
mouvant de la couronne de France, ou tenu soubz la protection
d'icelle, et ainsy n'ont rien gaign sur moy de cest endroict.

J'ay receu l'acte de mainleve, qui a est faicte  Roan, des biens
des Anglois, de laquelle ceste Royne et les siens se sont fort
contentez, et ont, de leur part, desj procd de mesmes  la
restitution des biens que les Franoys ont peu monstrer leur apartenir
par de, et continuent encores toutz les jours de leur faire justice.
Ilz se plaignent seulement de Bretaigne, et suplient Vostre Majest
d'y donner ordre. Il me semble qu'en toutes sortes, ceste Royne et le
gnral de son royaulme veulent persvrer en bonne paix, et ouverte
amyti, avecques Voz Majestez Trs Chrestiennes; mais que, en
particullier, aulcuns passionnez feront toutjour, soubz main, tout ce
qu'ilz pourront, et icy, et en Allemaigne, pour ceulx de la Rochelle,
et feroient davantaige si, avec vostre authorit, je ne mettois peyne
de les empescher. Sur ce, etc.

     Ce XVe jour de janvier 1570.




LXXXIVe DPESCHE

--du XXIe jour de janvier 1570.--

(_Envoye exprs jusgues  Callais par Letorne, estant le sieur de La
Croix tumb malade, dont il est all  Dieu._)

  Intrigues  la cour de Londres; rivalits entre Leicester et
    Ccil.--Nombreuses excutions faites par le comte de Sussex 
    la suite de la rvolte du Nord.--Modration du comte de Warwick
     l'gard des insurgs qui sont tombs en son pouvoir.--On
    croit que les Ecossais aideront le comte de Westmorland 
    rentrer en Angleterre.--Ngociation d'Elphinstone.--Crainte que
    l'on doit avoir en France du ct d'Allemagne.--Sollicitation
    faite auprs de la reine d'cosse par le comte de Huntingdon
    pour qu'elle consente  se marier avec Leicester.--Clauses d'un
    trait qui lui est propos pour son
    rtablissement.--Prparatifs faits par le prince d'Orange
    contre les Pays-Bas.--_Avis_ donn au roi de divers bruits que
    l'on fait courir  Londres sur les msintelligences qui se
    seraient leves  la cour de France.--_Mmoire secret_.
    Soupons levs contre le duc de Norfolk, le duc d'Albe, la
    reine d'cosse, et l'ambassadeur de France au sujet de la
    rvolte du Nord.--Menes du duc d'Albe en
    Angleterre.--Dclaration d'lisabeth que la reine d'cosse a
    form le projet de s'emparer de la couronne d'Angleterre pour
    rduire le royaume  la religion catholique.--Proposition faite
    par l'ambassadeur d'Espagne au roi de France de former une
    ligue pour rtablir Marie Stuart sur le trne d'cosse, et la
    religion catholique en Angleterre.--Conduite qu'a d tenir
    l'ambassadeur de France  cet gard.--Projets que l'on doit
    supposer  l'Espagne.


     AU ROY.

Sire, pour l'occasion des troubles du North, la Royne d'Angleterre,
au commancement de ceste anne, a advis d'augmenter son conseil d'ung
nombre de personnaiges miz  sa dvotion, lesquelz elle a pourveuz
d'aulcuns offices qui vacquoient de longtemps, qui ont lieu en son
dict conseil, comme est le contrerolleur, trzorier, vychambrelan, et
aultres de sa mayson; en quoy la contention n'a est petite en sa
court, entre ceulx qui aspiroient  cella, ou pour eulx mesmes ou pour
y en mettre de leur faction, ou bien pour empescher qu'il n'y en
entrt plus grand nombre; et est advenu, par le moyen du comte de
Lestre, que le sire Jacques Croft a est faict contrerolleur, bien
qu'on ayt cry qu'il estoit papiste; mais, possible, l'y a t on admiz
plus vollontiers pour estre auculnement estim ennemy du duc de
Norfolc, et le Sr de Frocmarthon, qui y prtandoit grandement, a est
du tout descheu pour ceste foys, demeurant comme banny de court; et
semble que, pour ces contentions, le comte de Lestre se soyt despuys
absent, et qu'entre luy et le secrtaire Cecille, lequel est en plus
grand crdict que jamais, y ayt beaulcoup de simult, et que
nantmoins il ne sera longtemps sans revenir.

Le comte de Sussex poursuyt de fre de grandes excutions  Durhem et
Artelpoul, et aultres lieux de son gouvernement, sur ceulx qui avoient
prins les armes, ayant desj faict pendre, outre ceulx du commun, bien
cent personnaiges de qualit, baillifz, connestables ou officiers, et
pareillement les prestres qui estoient avec eulx, nommement le Sr
Thomas Plumbeth, estim homme fort savant et de bonne vie, et pense
l'on qu'il se monstre aussi vhment, pour effacer le souspeon qu'on
a heu de luy; et, au contraire, le comte de Vuarvich s'y porte fort
modestement, lequel a envoy supplier la Royne d'octroyer rmission 
ces pouvres gens, ce que, en partie, elle a concd; et l'admyral
Clinton est demour encores  Vuodderby, avec mil hommes, pour
contenir le pays, et pour empescher que le comte de Vuesmerland, avec
l'assistance des Escossoys, ne puisse rentrer en armes en Angleterre,
ce que l'on crainct asss qu'il face, parce qu'il est avec le ler de
Farnihyrst, affectionn serviteur de la Royne d'Escoce, et que les
aultres principaulx de l'entreprinse sont avecques d'aultres seigneurs
escossoys, leurs amiz, de ce mesme party; et que aulcuns se sont
acheminez  Dumbertran. Le seul comte de Northomberland a est prins
et livr au comte de Mora, qui l'a incontinent faict mettre dans
Lochlevyn; et a soubdain dpesch devers ceste Royne le Sr Elphiston,
son familier, lequel,  ce que j'entendz, raporte plusieurs choses de
la depposition du dict de Northomberland, et plusieurs aultres, pour
fre acroyre que la Royne d'Escoce et l'vesque de Roz ont induict le
dict de Northomberland de prendre les armes;  quoy semble qu'on
n'adjoute grand foy: et, d'abondant, monstre excuser le dict de Mora
de ne pouvoir, en bonne conscience, ny sellon son honneur, ny encores
sellon les loix du royaulme d'Escoce, rendre icelluy comte, mais par
mesme moyen, il faict instance  la Royne d'Angleterre de luy prester,
pour chose fort importante au bien des deux royaulmes, une somme
d'argent; et tout ainsi qu'on luy donne l'esprance qu'il en pourra
avoir, il la donne, encores plus grande, que le dict de Northomberland
pourra estre randu, et espre davantaige qu'en le rendant, il se
pourra aussi tretter de randre au dict de Mora la Royne d'Escoce: dont
il prpare de s'en retourner en grand dilligence devers luy.

Cependant, Sire, nous ne serons paresseulx de luy prparer toutz les
obstacles qu'il nous sera possible, et pareillement au secrtaire du
comte Pallatin, lequel demande en gnral assistance de deniers, affin
de lever gens pour les secours et deffance de la nouvelle relligion en
France, et pour fre une descente contre le duc d'Alve en Flandres;
dont aulcuns estiment qu'il ne s'en retournera sans quelque provision,
tant y a qu'il ne luy a est encores respondu sellon son desir.
Nantmoins, je vous supplie trs humblement, Sire, de fre
soigneusement prendre garde aulx mouvemens d'Allemaigne; car l'on
tient icy pour chose fort certayne qu'il y a arme preste, et qu'elle
n'est pour aller en Flandres, ny pour s'adresser ailleurs qu'en
France, tant que la guerre y durera, et que le Sr d'Olain a port au
prince d'Orange plus de six vingtz mil escuz, oultre que les bagues de
la Royne de Navarre sont en Allemaigne, et les nefz vniciennes,
riches de trois centz mil escus, sont desj arrives  la Rochelle; et
quant bien ceste Royne ne vouldra rien dbourcer, les esglizes
protestantes de son royaulme ne lairront pourtant d'y envoyer quelque
notable subvention, comme celle de l'anne passe, qui fut de cent mil
escuz, ny la dicte Dame, quant bien ne le vouldroit, ne le pourra
contredire, tant le feu de cette matire est,  ceste heure, ardemment
espriz en ce royaulme comme je croy qu'il est de mesmes ailleurs.

La Royne d'Escosse est meintennant  Tutbery, accompagne seulement du
comte de Cherosbery et des siens, qui luy octroyent plus de libert
qu'ilz ne souloyent; elle se porte bien, et encores que plusieurs
choses se soyent opposes aulx esprances que nous avions de ses
affres, il nous en reste quelques aultres qui, possible, viendront 
bon effect; et j'ay desj quelque adviz que ceux de son party en
Escosse prtendent de se mettre bientost en campaigne, remectant,
Sire, au Sr de La Croix de vous faire entendre aulcunes aultres
particullaritez, sur lesquelles je vous supplie trs humblement luy
donner foy. Sur ce, etc.

     Ce XXIe jour de janvier 1570.


     A LA ROYNE.

Madame, par le contenu de la lettre que j'escriptz au Roy, et par
l'instruction que j'ay baille au Sr de La Croix, je fays entendre 
Vostre Majest les principalles choses, qui me semblent regarder
meintenant icy l'intrest des vostres; et ne vous diray davantaige,
Madame, si n'est que le comte de Huntington, pendant qu'il a est  la
garde de la Royne d'Escosse, l'a si souvant sollicite de se dpartir
du propos du duc de Norfolc, pour entendre  celluy du comte de Lestre
son beau frre, que, pour ne se pouvoir la dicte Dame excuser de
quelque responce, elle luy a dict que, pour ceste heure, elle n'avoit
rien moins  penser qu' se marier, et qu'aussi le comte de Lestre
avoit bien toute aultre prtencion, avec ce que, si elle contradisoit
meintennant au desir de ces seigneurs, qui luy avoient si expressment
escript en faveur du duc, elle craignoit fort de les irriter et
offancer, et que le comte de Lestre mesmes, qui en estoit l'ung,
prendroit une fort mauvaise opinion d'elle. De quoy l'aultre ne se
contantant, et la pressant de luy fre une plus particullire
responce, elle, enfin, luy a dict tout rondement, que, si la Royne
d'Angleterre et les siens, lesquelz luy avoient propos le duc, ne
trouvoient bon que le propos passt en avant, qu'elle estoit toute
rsolue de n'espouser jamais Anglois. Sur ce il s'est advanc de dire
qu'elle faisoit fort bien, car aussi tout ce royaulme inclinoyt  ce
desir, et qu'il voyoit que, nonobstant toutz empeschemens, avant ne
ft deux ans, elle et le duc seroient marys ensemble. Puys luy a
parl fort expressment de quatre choses; la premire, de tretter
conjoinctement, entre l'Angleterre et l'Escosse, de l'establissement
de la nouvelle religion; la segonde, de fre une bien seure et
perptuelle ligue entre les deux royaulmes; la troisiesme, de
consentyr que, par dcrect de parlement, ce royaulme soit, aprs elle,
toutjour transfr aulx mles plus prochains de la couronne, parce que
le dict de Huntington vient de l'estoc d'iceulx; et la quatriesme, que
Voz Majestez Trs Chrestiennes veuillez depputter aulcuns pour
assister, de vostre part, icy, aulx choses qui seront proposes, entre
la dicte Dame et ses subjectz, sur la restitution d'elle, et sur le
faict du feu Roy d'Escoce son mary. Et a adjouxt que monsieur le
cardinal de Lorrayne feroit bien, comme prochain parant, d'intervenir
au jugement d'une si grande cause.

Nous sommes aprs pour savoir d'o sont parvenus ces propos, et
semble que le dict comte de Lestre ne les advouhe, et que mesmes il
pense que la Royne d'Angleterre sera fort courrouce contre le dict
Huntington, quant elle les saura, et que tout cella est party de
l'invention du secrtaire Cecille. La dicte Royne d'Escoce a tir ung
adviz du dict de Huntington, que le prince d'Orange praticque de fre
descendre dix mil Anglois en Flandres, et qu'avec cella, et ce qu'il
prpare en Allemaigne, joinct l'intelligence du pays, il espre d'en
chasser le duc d'Alve et les Espaignols, ce qui a est notiffi 
l'ambassadeur d'Espaigne. Sur ce, etc.

     Ce XXIe jour de janvier 1570.


AULTRE LETTRE A LA ROYNE

     (_du dict jour, crite en chiffres_).

Madame, parce qu'on publie, icy,  mon grand regrect, qu'il n'y a bon
accord entre le Roy et Monsieur, son frre, voz enfantz, et que douze
des principalles citez de France s'opposent  ce que Voz Majestez ne
puissent aulcunement accommoder, par voye de paciffication, les
guerres de vostre royaulme; qui sont deux choses dont Vostre Majest
auroit, de la premire, le plus extrme desplaisir, et nous, le plus
notable dommaige qui nous pourroit onques advenir; et la segonde
seroit pour torner  une fort pernicieuse consquence contre
l'auctorit du Roy, et droictement contre la vostre; mesmes qu'on m'a
dict qu'en quelques endroictz du monde l'on faict desj des desseings
l dessus, et que ceste Royne m'en pourra possible toucher quelque
mot, je vous suplie trs humblement, Madame, me commander ce que
j'auray  luy en respondre, ensemble  plusieurs seigneurs de ce
royaulme, et mesmement aulx Catholiques, qui envoyent souvant m'en
interroger, lesquelz demeurent toutz esbahys et desconfortez de ce
que, sept sepmaines a, je n'ay nulles nouvelles de Voz Majestez;
ausquelz toutesfoys j'ay bien desj desny l'une et l'aultre de ces
nouvelles, comme les tenant toutes deux fort faulces, et sur ce, etc.

   MMOIRE ET INSTRUCTION de ce que le Sr de La Croix a  dire 
   Leurs Majestez, oultre le contenu de la dpesche.

   De ces troubles du North, qu'encor qu'ilz ayent est bientost
   apaysez, nantmoins, parce que, en mesme temps, s'est descouvert
   qu'en Norfolc l'on avoit entreprins de se saysir des armes, qui
   estoient ez maysons du duc de Norfolc, et de contraindre le sire
   Henry Hemart, son frre, d'estre chef d'une troupe de douze mil
   hommes qui se tenoient prestz pour marcher droict  la Tour de
   Londres, affin de tirer icelluy duc de pryson; et que, en Galles,
   les choses ne se monstroient guires plus paysibles, ceste Royne
   est demeure en plusieurs doubtes et deffiances de ses subjectz.

   Ce qui luy est augment par l'opinion, qu'elle a, que
   l'intelligence du duc d'Alve y soit bien avant mesle, sellon
   que, par l'examen d'aulcuns du North, qui ont est excutez, et
   de la depposition du comte de Northomberland, laquelle celluy de
   Mora a envoye, il semble que cella luy ayt est confirm.

   En laquelle depposition, oultre que le dict de Northomberland
   charge les plus grandz de ce royaulme, l'on dict qu'il affirme,
   qu'ainsy que luy et le comte de Vuesmerland furent en campaigne,
   l'ambassadeur d'Espaigne et l'vesque de Roz envoyrent devers
   eulx ung homme exprs, avec lettres, pour les conforter  leur
   entreprinse, et leur promettre un prochain secours du duc d'Alve,
   et pareillement de France, s'ilz se saysyssoient de quelque port.

   Duquel acte de l'vesque de Roz la dicte Dame a prins argument
   que la Royne d'Escoce, sa Mestresse, a bien peu estre melle en
   cella, et par consquent moy  cause d'elle; car, aultrement,
   elle n'a aulcune conjecture que je m'en soys entremiz, ny que
   de ny dell la mer il y ayt est men aulcune pratique au nom
   du Roy; et le dict acte n'est suffizant pour luy en fre prendre
   guires grande opinion, parce qu'il ne se trouve que j'aye rien
   escript, ny mesmes que j'aye dict une parolle, ny heu aulcune
   confrance, avec personne qu'elle ayt occasion de souspeonner.

   Elle reoit asss souvant lettres d'aulcuns siens secrectz
   serviteurs, qui sont en Flandres, qui l'advertissent que le duc
   d'Alve prpare des entreprinses contre ce royaulme; et que la
   plus part de la noblesse d'Angleterre sont de son party; et que
   plusieurs d'icelle ont desj receu force escuz au soleil de luy;
   dont j'entends que milord de Coban, depuys naguires, a envoy
   quatre des dictes lettres tout  la foys en ceste court, les deux
   signes de noms supposez et les aultres non signes lesquelles
   estant leues; au conseil auquel s'est trouv le comte de Pembrot,
   toutz les Protestantz ont incontinent jett les yeux sur luy, et
   il a fort hardyment rpondu que ceulx qui escripvoient telles
   lettres estoient toutz meschantz d'accuser ainsy en gnral la
   noblesse d'un royaulme, et, s'ilz avoient cueur ny valleur, ilz
   debvoient nommer ceulx qui ont prinz ces escuz et se nommer eulx
   mesmes pour le leur maintenir, mais que ce n'estoient que
   menteries, et que, quant la Royne, sa Mestresse, aura ses
   subjectz bien uniz, les effortz du duc d'Alve luy seront bien
   ayss  repousser.

   Pour l'occasion de ces advertissements, l'on dict que la dicte
   Dame et ceulx de son conseil ont advis de dresser une grand
   milice, d'envyron quatre vingtz dix mil hommes de pied et trente
   mil chevaulx en trois endroictz de ce royaulme; savoir: trente
   mil hommes de pied et dix mil chevaulx du cost de France vers le
   Ouest; aultant en Suffoc, Norfolc et Germue, qui regarde le pays
   de Flandres; et le tiers restant vers le cost du North contre
   l'Escoce; de quoy l'on asseure que les rolles et descriptions
   sont desj bien avancez, et que surtout l'on s'esforce de dresser
   grand nombre de pistolliers, et mettre  cheval beaulcoup plus
   d'hommes qu'on n'a oncques faict de nul aultre rgne.

   Tout cest ordre est conduict par ceulx de la nouvelle religion,
   lesquelz, pour l'occasion des victoires du Roy et des batailles
   que Monsieur, son frre, a gaignes, et des prparatifs du duc
   d'Alve, et de ce qu'il leur semble qu'il se va trop establissant
   en Flandres, aussi pour la rduction du nouveau roy et du
   royaulme de Sude  la religion catholique, et pour le mouvement
   des Catholiques de ce pays, ilz sont entrez en grandes
   dlibrations, et ont tenu plusieurs conseils comme ilz pourront
   conserver et maintenir leur nouvelle religion.

   Et, bien que ceste Royne n'est d'elle mesme mal affectionne  la
   partie des Catholiques, ains seroit pour requrir fort
   vollontiers la runyon de l'esglize et ne s'opposer guires  ce
   qu'elle se ft par ung bon concille; nantmoins les Protestans la
   retiennent par une vhmente persuasion qu'ilz lui ont donn de
   la perte de son estat, si elle n'est toujours opposante 
   l'authorit de l'esglize romaine.

   Ce que je conjecture par le propos qui s'ensuyt, lequel elle m'a
   naguires tenu, c'est qu'elle dict avoir deux grandes occasions
   de regarder de bien prez au faict de la Royne d'Escoce; l'une,
   parce que la dicte Dame ne s'est pas attribue le tiltre de ce
   royaulme sans une bien profonde dellibration, et sans une fort
   grande opinion de son droict; l'autre, qu'elle voyt bien que la
   dicte Dame se veult prvaloir de la division de la religion, et
   cerche de s'insinuer par l ez cueurs de la noblesse
   d'Angleterre, et que desj plusieurs briefz du Pape ont t
   interceuz, par lesquelz il dclare absoulz ceulx qui cy devant
   ont obi  elle, bien que illgitime et scismatique, pourveu
   qu'ilz veuillent dorsenavant recevoir la Royne d'Escoce pour leur
   Dame et Princesse. Et a adjouxt qu'on se trompoit bien en cella;
   car, encor que le feu Roy, son pre, eust espous la Royne, sa
   mre,  la religion protestante, il a toutesfoys obtenu le
   rescript du Pape l dessus; par laquelle persuasion des dictz
   briefz, que je croy estre chose suppose, les Protestants
   retiennent bien fort le cueur de ceste princesse contre les
   Catholiques et contre la Royne d'Escosse, bien que j'ay miz peyne
   de luy en diminuer l'opinion tant que j'ay peu.

   =>Chiffre.= [Le premier jour de ceste anne 1570, et le Xe
   ensuyvant, monsieur l'ambassadeur d'Espaigne et moy avons est en
   confrance en mon logis sur l'estat des choses de ce royaulme, et
   avons considr que, puysque les Catholiques n'ont heu le cueur
   de s'ozer prvaloir de la premire prinse d'armes qu'ilz avoient
   faicte avec une assemble de quinze mil hommes, o y en avoit bon
   nombre de pied et de cheval bien armez et en bon quipage, et
   avec ung asss heureux commancement, sans que les Protestans
   fussent prparez ny pourveus pour leur rsister, qu'il sera bien
   mal ays, qu' ceste heure qu'ilz les ont comme advertys, ilz
   puissent rien plus entreprendre; et qu'estant, au reste, le duc
   de Norfolc prisonnier, le comte d'Arondel fort rfroydy, celluy
   de Pembrot retourn  la court pour servir  ses amys, et
   conserver ses estatz et les estatz de ses enfans, milor de Lomel
   encores en arrest et toutz les Catholiques en gnral fort
   inthimidez, qu'il est dangier que les Protestans, qui sont seulz
   en authorit, viegnent  tumultuer plus que jamais, et mener
   leurs pratiques, icy et en Allemaigne, et pareillement leurs
   entreprinses par mer et par terre, plus ouvertement qu'ilz n'ont
   encores fayct. Dont le dict ambassadeur, aprs que nous avons heu
   accord l'ung  l'aultre ce que chacun de nous avons peu sentir
   que les dictz Protestans menoient contre l'intrest de nos
   Mestres, il m'a dit que le sien et pareillement le duc d'Alve
   avoient une trs grande affection que ce royaulme fust rduict 
   la religion catholique, parce qu'on ne peult esprer que
   oltraiges et indignitez d'icelluy, tant qu'il demeurera entach
   de ceste nouvelle religion; et, de tant qu'il s'asseuroit que le
   Roy, Mon Seigneur, avoit le semblable desir, il me prioyt fort
   affectueusement de lui persuader qu'il voult escripre
   promptement une lettre au Roy Catholique, son beau frre, par
   laquelle il luy mt en avant la commune entreprinse d'entre eulx
   deulx contre l'Angleterre pour la restitution de la Royne
   d'Escosse, seulement, comme pour cause juste et apartenant
   proprement  Sa Majest Trs Chrestienne, et en laquelle il le
   pryt d'y vouloir employer ses forces; ce que le dict ambassadeur
   asseuroit que le dict Roy, son Mestre, accorderoit de fre plus
   vollontiers qu'il n'en seroit requis, et qu'aprs cella, les deux
   ensemble tinsent leur armement prest pour l'heure que nous, qui
   sommes sur les lieux, leur manderons; car, si les choses
   d'Angleterre n'toient prinses sur le poinct qu'elles se
   prsentent, elles estoient si soubdaines qu'on les perdoit
   incontinent;

   Et que j'advertisse aussi Leurs Majestez Trs Chrestiennes
   d'envoyer promptement devers le comte de Mora, pour le garder de
   ne randre les comtes de Northomberland et Vuesmerland  la Royne
   d'Angleterre; et que, pour la confdration que la France a non
   tant avec la Royne d'Escosse que avec sa couronne et avec toutz
   les Escossoys, ilz le voloient bien admonester de son debvoir en
   ce qui se offre, affin qu'il ne face ce tort  l'honneur de ce
   royaulme, o les dictz comtes ont heu leur reffuge, que de les
   randre au mandement des Anglois; et que mesmes, pour estre les
   biens et estats de toutz deux en la terre dbattable, ou en celle
   de la conqueste faicte sur l'Escosse, qu'il se prsente occasion,
   par leur moyen, de la recouvrer.

   Ces mesmes choses m'a il faict despuys remonstrer par l'vesque
   de Roz, lequel toutesfoys ne les a prinses, pour luy mesmes, en
   suffisant payement de ce que, au nom de sa Mestresse, il a pry
   le dict Sr ambassadeur de fre meintenant descendre en Escosse le
   secours de quatre mil hommes, et cent mil escuz, que le duc
   d'Alve a mand avoir toutz prestz pour envoyer aulx deux comtes,
   s'ilz eussent peu meintenir encores quinze jours les armes; et
   qu' cest effect, elle fera passer quelques seigneurs d'Escosse
   devers le dict duc pour adviser avecques luy de leur descente et
   rception dans le pays, et, si besoing est, elle envoyera un
   gentilhomme jusques au Roy d'Espaigne pour avoir son
   commandement; en quoy le dict ambassadeur a seulement promiz d'en
   escripre, mais qu'il failloit que, de mon cost, je fisse en
   dilligence ce qu'il m'avoit dict, et que surtout l'on ft bien
   advis de ne toucher entre Leurs Trs Chrestienne et Catholique
   Majestez ung seul mot du faict de la nouvelle religion de peur de
   mouvoir les Allemans.]

   Je n'ay monstr aux dictz sieurs ambassadeur et de Roz que toute
   bonne affection en ce qu'ilz m'ont propos, sinon que je leur ay
   allgu aulcunes difficultez pour les prsentes guerres de
   France, et que, pour le dangier des pacquetz, j'estimois qu'il
   seroit meilleur que le duc d'Alve envoyt sur le lieu tretter par
   quelq'un des siens ou bien par Dom Francs [le faict de
   l'entreprinse contre l'Angleterre] que non que le Roy en
   escripvt au Roy, son Maistre; et que, d'empescher la reddition
   des deux comtes, de tant que celluy de Mora s'est monstr trop
   adversaire de la Royne d'Escosse, mal vollontiers le Roy le
   vouldra requrir, ny de cella ny d'aultre chose, sans toutesfoys
   que je leur aye reffuz, ny accord aussi d'en rien escripre 
   Leurs Majestez; vray est qu'auparavant il avoit est desj donn
   tout l'ordre qu'on avoit peu [pour envoyer empescher en Escosse
   que les deux comtes ne soyent rendus].

   L'ambassadeur d'Espaigne a trs bonne affection  la religion
   catholique, et procde fort droictement en tout ce qui est pour
   l'advancement d'icelle; il fault considrer aussi qu'il peult
   bien en ces choses estre aultant esmeu du desir qu'il sayt que
   le Roy, son Maistre, a de recouvrer l'argent et merchandises de
   ses subjectz, prinses et arrestes par de, et de se vanger des
   offances receues en cella, et pareillement de celles que le duc
   d'Alve se sent en particullier fort picqu, pour les indignitez
   uses  luy mesmes et  ceulx qui sont venuz de sa part, que non
   de l'intrest de la couronne d'Escosse, ny pour vouloir diminuer
   la grandeur de celle d'Angleterre, qui est allie de la maison de
   Bourgogne; ou bien qu'il cognoist que, si ceste Royne sent que le
   Roy conviegne avec le Roy d'Espaigne contre elle, qu'elle sera
   plus facille de se rconcillier avec le duc d'Alve, dont Leurs
   Majestez Trs Chrestiennes adviseront ce qui sera le plus
   expdiant pour leur service.

   Il est bien certain que, despuys le commancement des diffrans
   des Pays Bas, et lors mesmement que le Sr d'Assoleville et puys
   le Sr Chapin Vitelly sont passez de de, que ceste princesse m'a
   toutjour faict sonder de quelle intention le Roy et la Royne
   seroient en son endroict, affin de s'accommoder avec celle des
   parties qu'elle cognoistra luy estre de meilleure disposition; de
   quoy ayant heu cognoissance, et encores quelque adviz, je me suys
   conduict de telle faon envers elle, que luy donnant bonne
   esprance du cost de France, sans luy parler toutesfoys qu'en
   trs bonne et advantaigeuse faon des choses d'Espaigne, je l'ay
   retenue en quelque dvotion envers Leurs Trs Chrestiennes
   Majestez, et je croy qu'elle s'est de tant monstre plus
   difficille et contraire au duc d'Alve.

   Davantaige confrans le dict sieur ambassadeur et moy noz adviz
   sur la ngociation que faict le secrtaire du comte Pallatin en
   ceste court, il nous a est raport  toutz deux qu'il poursuyt
   argent affin de lever gens en Allemaigne, tant pour envoyer au
   secours de ceulx de la nouvelle religion en France, que pour fre
   une descente contre le duc d'Alve aulx Pays Bas; et de tant que
   le Sr de Lombres, flamant, qui a est envoy icy par ceulx de la
   Rochelle, sollicite vifvement ce fait au nom du prince d'Orange,
   le dict ambassadeur l'a pour plus suspect, et me presse pour cela
   fort vifvement que nous veuillons [induyre conjoinctement noz
   deux Maistres d'entreprendre promptement quelque chose contre ce
   royaulme], bien que,  propos du dict prince d'Orange, il m'a
   dict qu'il savoit que ce qu'il prparoit en Allemaigne estoit
   pour retourner en France. Sur quoy luy ayant respondu qu'il
   n'avoit receu aucune offance du Roy pour le debvoir fre, il m'a
   seulement demand si le Roy ne lui avoit pas confisqu son estat
   qu'il a en France;  quoy je lui ay respondu que ce n'estoit
   chose qu'il dt tenir en tant, pour en commancer une guerre,
   quant bien le Roy le luy auroit confisqu: et, l dessus, il m'a
   faict ung discours comme si l'Allemaigne n'estoit pour plus luy
   consentyr de retourner  main arme aulx Pays Bas, mais bien de
   procurer son retour en ses biens par le pardon et bonne grce du
   Roy son Seigneur.




LXXXVe DPESCHE

--du XXVIIIe jour de janvier 1570.--

(_Envoye jusques  Callais exprs par Pierre Bordillon._)

  Arrive de Mr de Montlouet  Londres.--Mission dont il est charg
    pour l'cosse; tat des affaires dans ce pays.--Projets du
    comte de Westmorland, qui prpare une nouvelle prise
    d'armes.--Avantage remport en Irlande par mylord
    Sidney.--Espoir d'lisabeth que les diffrends avec les
    Pays-Bas pourront s'arranger  l'avantage de
    l'Angleterre.--Prparatifs du duc Casimir qui se dispose 
    entrer en campagne.--Efforts de l'ambassadeur pour empcher que
    des secours d'argent soient donns aux protestans de la
    Rochelle.--Rclamation de la rpublique de Venise afin
    d'obtenir la restitution des prises faites par le capitaine
    Sores.


     AU ROY.

Sire, je n'avois rien entendu de la venue de Mr de Montlouet, quant,
le XXe de ce moys, il m'a est mand de ceste court qu'il avoit desj
pass la mer, et qu'il estoit  Douvres; au quel lieu l'on l'a arrest
deux jours et demy, sans luy permettre de passer plus avant; et croy
que c'est le filz de Mr Norrys qui, ayant pass avecques luy, et
laiss madame de Norrys sa mre  Boulloigne, a advis les officiers
de fre ceste difficult, afin qu'il eust loysir d'en advertir la
Royne sa Mestresse, laquelle a mand tout aussitost qu'on le laisst
venir, monstrant d'estre marrye qu'on l'eust aulcunement retard. Par
ainsy, Sire, il est arriv en ceste ville le XXIIIe, et, le lendemain
XXIVe, nous avons envoy  Hamptoncourt, o la dicte Dame est 
prsent, pour demander son audience; laquelle elle nous a incontinent
accourde au XXVIe; mais ceulx de son conseil, qui avoient  se
trouver toute ceste sepmaine en ceste ville pour l'ouverture du terme
de la justice, la luy ont faicte prolonger jusques  dimanche
prochain, qui sera le XXIXe; et semble, Sire, que monsieur Norrys ayt
donn adviz  la dicte Dame que le voyage du dict Sr de Montlouet est
pour les affres de la Royne d'Escoce, dont elle s'est desj prpare,
ainsy que j'entendz, de la responce qu'elle luy doibt fre; et je
doubte asss qu'elle luy veuille accorder de passeport pour aller en
Escoce; car, oultre que l'ordinaire souspeon et jalouzie qu'elle a de
l'auctorit de Vostre Majest en ce pays l luy administre assez
inventions pour y trouver toujour quelque excuse, il luy semblera, 
ceste heure, qu'elle en ayt une fort aparante pour les troubles
naguires suscitez en son pays du North, et pour la retrette qu'ont
faict les chefz et autheurs d'iceulx avec leur cavallerye vers ces
quartiers de terres dbattables d'entre les deux royaulmes; o,  la
vrit, l'on dict que le comte de Vuesmerland se va refaysant, et
assemblant une trouppe, qui ne sera moindre de quatre mille chevaulx
anglois ou escouoys, lesquels il pourra joindre toutes les foys qu'il
vouldra, en moins de quatre jours; et le comte de Northomberland n'est
mal trett du lord de Lochlevyn, qui, encor qu'il soit beau frre du
comte de Mora, ne monstre le vouloir randre  la Royne d'Angleterre.
Nantmoins, ayant le dict Sr de Montlouet et moy desj heu
communication avec monsieur l'vesque de Roz, nous n'obmettrons rien
de tout ce qui se pourra dire et fre, au nom de Vostre Majest,
envers ceste Royne, pour la libert, restitution et advancement de la
Royne d'Escoce, et pour avoir permission de l'aller veoir, et puys de
parfre son voyage.

Il est certain que la retrette des comtes de Northomberland et de
Vuesmerland n'a tant apays les troubles du North, que la dicte Royne
d'Angleterre et les siens ne craignent bien fort qu'il se fasse
encores une reprinse d'armes, non seulement au mesmes pays du North,
o l'excution de tant de pouvres hommes, qu'on y faict mourir, ne
faict qu'endurcyr et aigrir davantage les aultres, mais aussi en
plusieurs endroictz de ce royaulme; et que, si ceulx qui se sont
retirez en Escoce retournent, la seconde entreprinse sera trop plus
dangereuse que la premire. Il est vray que ce pendant la dicte Dame
se trouve dellivre de deux aultres grands soucys, l'ung du cost de
l'Irlande, et l'aultre des Pays Bas; car milord Sideney luy a mand
qu'en une course, qu'il a faicte sur les saulvaiges au plus fort de
l'hyver, lorsqu'ilz s'en doubtoient le moins, il a reprins vingt huict
lieux fortz sur eulx, et a ramen de prisonniers cent soixante des
plus principaulx des leurs, de sorte qu'il se promect une briefve et
fort heureuse yssue de toutz les affres de dell. Et de Flandres la
dicte Dame estime avoir ung bien asseur adviz que les aprestz du duc
d'Alve contre ce royaulme se vont rfroydissant, et vont estre remiz
en ung aultre temps; ce qui lui semble estre davantaige confirm par
la dilligence que les Srs Espinola et Fiesque font icy d'accommoder le
faict des deniers et merchandises d'Espaigne, bien fort  l'advantaige
de la dicte Dame.

Les adviz des aprestz et mouvemens d'Allemaigne continuent en ce que,
sans aulcun doubte, le duc de Cazimir sera en campaigne avec cinq mil
chevaulx et huict mil hommes de pied,  la fin de febvrier ou au
commencement de mars; et que desj le payement de ses gens pour deux
moys est consign, et que le troisiesme moys se payera le jour qu'il
commencera de marcher. L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, a ung
non guires dissemblable adviz, disant ouvertement que c'est pour
entrer en France. Nantmoins, son parler monstre qu'il crainct asss
que ce soit pour descendre en Flandres, de tant que le prince d'Orange
s'entremect beaulcoup de l'entreprinse, et qu'il a est devers le
comte Pallatin  Heldelberc, et puys en poste jusques en Saxe devers
le duc Auguste; dont le duc d'Alve a mand haster la leve que luy
faict le duc de Bronsouyc, affin de garnyr tout  temps le Luxembourg
de bonnes forces. Tant y a qu'ayant monsieur de Lizy naguires escript
que, nonobstant les grandes difficultez qu'il avoit trouves aux
princes protestans, ilz l'avoient enfin asseur du secours qu'il leur
avoit requis, il est  croyre que leur premier effort se fera en
France pour ceulx de la Rochelle. Le secrtaire du comte Pallatin, et
ceulx qui sont icy pour le prince d'Orange et pour les dicts de la
Rochelle, n'ont encore heu rsolue responce de ce conseil sur le prest
des deniers qu'ilz demandent, et ceste Royne s'en excuse bien fort;
mais ceulx qui ont auctorit prs d'elle trouvent moyen que son crdit
et celluy de son royaulme y peuvent estre de telle faon employez,
sans qu'il luy coste rien, que desj les aultres s'asseurent de tirer
de cest endroict cinquante mil escuz; mais ilz incistent  plus grand
somme jusques  cent cinquante mille, non sans esprance de l'obtenir,
pourveu qu'il n'y aille rien de la bource de la dicte Dame; et ceulx
qui mesurent les finances, dont l'on peult avoir quelque notice qu'ilz
pourront fre estat ceste anne, disent que c'est de cinq  six centz
mil escuz. Je mettray peyne de les empescher de ce cost le plus qu'il
me sera possible.

Les Seigneurs Magniffiques de la Seigneurie de Venize, qui sont icy,
ont obtenu lettres de ceste Royne fort expresses  la Royne de Navarre
pour le recouvrement de leurs vaysseaulx et merchandises, et m'ont
pri de bailler mon passeport  l'ung d'entre eulx, qui les est all
prsenter, affin que si, pour le temps, il estoit contrainct de
relascher en France, ou qu'il ft rencontr par aulcuns navyres de
guerres de Vostre Majest en la mer, il puisse tesmoigner de la juste
occasion de son voyage au dict lieu de la Rochelle. Sur ce, etc.

     Ce XXVIIIe jour de janvier 1570.




LXXXVIe DPESCHE

--du IIe jour de febvrier 1570.--

(_Envoye par Guillaume de La Porte exprs jusques  Calais._)

Audience accorde par la reine d'Angleterre  Mr de Montlouet et 
l'ambassadeur.--Reproche fait par lisabeth  la reine d'cosse
d'avoir favoris la rvolte du Nord.--Crainte qu'il ne soit permis 
Mr de Montlouet ni d'accomplir sa mission vers Marie Stuart, ni de se
rendre en cosse.--Nouvelle de la mort du comte de Murray; mesures
prises par lisabeth pour conserver son influence en cosse, malgr
cet vnement.--Vives instances faites par les protestans de France
pour obtenir en Angleterre des secours d'hommes et d'argent.


     AU ROY.

Sire, deux jours aprs ma prcdante dpesche, laquelle est du XXVIIe
du pass, nous avons est  Hamptoncourt devers la Royne d'Angleterre,
 laquelle Mr de Montlouet a prsent voz lettres et reccomendations,
et luy a d'une fort bonne et agrable faon rcitt le contenu de sa
charge, sans rien obmettre de ce qui a est requis pour dignement luy
porter la parolle, et la crance de Voz Majestez, et pour luy faire
bien expressment entendre vostre intention sur le faict de la Royne
d'Escoce: en quoy la dicte Dame a monstr que la matire luy estoit de
bien grande consquence, mais qu'elle n'estoit encores en guires de
disposition d'y entendre pour des occasions, qu'elle a faict semblant
d'avoir descouvertes de nouveau contre la Royne d'Escoce et contre
l'vesque de Roz, d'aulcunes leurs menes avec le comte de
Northomberland sur les derniers troubles du North; et n'a toutesfoys
layss de donner des responses pleynes  la vrit d'indignation
envers la dicte Royne d'Escoce, mais de quelque respect envers Voz
Majestez Trs Chrestiennes, et s'est rserve d'en bailler, dans trois
ou quatre jours, de plus amples aprs qu'elle aura heu le loysir d'y
penser.

Le dict sieur de Montlouet luy a faict des remonstrances et
rplicques, fort convenables  ce propos, avec instance de luy
permettre de visiter la dicte Dame de vostre part, et de passer, puys
aprs, jusques  ses subjectz, pour aulcunes bonnes occasions que Voz
Majestez le dpeschent devers elle et devers eulx. A quoy j'ay adjout
ce que j'ay estim convenir  ceste ngociation, sellon celle que j'ay
asss continue jusques icy de ce faict, et sellon les advertissemens
du dict Sr vesque de Roz; mais la dicte Dame a remis de respondre au
tout, aprs qu'elle y aura pens.

Cependant elle a coupp asss court le dict propos, comme si elle s'en
trouvoit presse, pour demander curieusement des nouvelles de Voz
Majestez et de celles de la paix. A quoy le dict Sr de Montlouet luy a
amplement satisfaict; dont, des propos qu'elle luy a tenuz et de ses
responses, et pareillement de ce qu'elle luy a dict sur le faict de
la fille de Mad{e} de Mouy et sur ce que Mr de La Meilleraye vous
avoit escript des dsordres qui continuent encores en la mer, je
laisse au dict Sr de Montlouet de le vous fre bientost entendre par
luy mesmes, s'il ne va plus avant; ainsy qu'il semble qu' grand
difficult le luy vouldra l'on permettre, ou bien de le vous escripre,
si, d'advanture, il accomplit son voyage.

Et seulement adjouxteray icy, Sire, ce que la dicte Dame nous a dict
de la mort du comte de Mora, comme en passant par une rue, en la ville
de Lithquo, il a est tu d'ung coup de pistoll, avec quatre balles
au travers du corps, par le fils du chrif du dict lieu, lequel est
des Amelthons, qui s'est despuys saulv[2]. Duquel coup la dicte Dame
n'a peu dissimuler le regrect qu'elle y avoit, ce qui la nous a
(sellon mon adviz) randue moins bien dispose en ceste premire
audience, sentant possible debvoir advenir beaulcoup de mutation de
ceste mort ez choses d'Escoce, et, possible, beaucoup en celles de
toute l'isle; dont a dpesch en dilligence le Sr Randol par dell
pour deux occasions principallement; l'une, affin de solliciter
l'eslection d'ung aultre rgent, qui soit de mesmes disposition envers
elle qu'estoit le dict de Mora; et l'aultre, pour empescher que le
comte de Northomberland ne soit mis en libert sur ce changement, et
fre beaulcoup d'offres et promesses l dessus.

  [2] Cet vnement arriva en plein jour, le 23 janvier 1570, au
  moment o le rgent traversait la petite ville de Linlithgow, 
  dix-sept milles d'dimbourg. Jacques Hamilton de Bothwell-Haugh,
  qui se vengea par ce meurtre des relations que Murray avait
  entretenues avec sa femme, trouva moyen de s'chapper et de se
  rfugier en France.

Ung certain capitaine alleman, nomm Oulfan d'Arnac, est despuys
naguires arriv de la Rochelle; par la venue duquel le jeune comte de
Mensfelt haste son partement; et toutz deux sont pretz de s'embarquer
pour passer en Allemaigne, affin de se trouver bientost avec le
Cazimir; lequel ilz cuydent se debvoir, dans peu de jours, mettre en
campaigne; et cependant la subvention des esglizes protestantes de ce
royaulme commence  se lever ainsy que je l'avois desj prveu, et
possible que par mes premires, je vous pourray mander combien elle se
montera. Sur ce, etc.

     Ce IIe jour de febvrier 1570.


     A LA ROYNE.

Madame, ayant la Royne d'Angleterre remiz  fre, d'icy  quatre
jours, responce  Mr de Montlouet et  moy sur les choses qu'il luy a
proposes de la part de Voz Majestez, il n'y auroit guires lieu de
vous dpescher ce pacquet jusques alors, n'estoit la nouvelle qui
cependant est survenue de la mort du comte de Mora; laquelle je ne
vous veulx aulcunement retarder, pour l'aparance qu'il y a que
d'icelle ayt  naistre bientost beaulcoup de nouvelletez en Escoce, et
possible asss de mutation ez choses de ce royaulme, o ce coup se
faict desj tant sentyr, qu'il semble qu'en la court, et par tout le
pays, ung chacun en soit bien fort esmeu; et n'a la dicte Royne
d'Angleterre, aprs l'avoir sceu, diffr que bien peu d'heures de
dpescher Randolf en Escoce, pour fre en toutes sortes qu'on y
substitue ung aultre rgent, qui soit pour persvrer aulx mesmes
trettez qu'elle avoit avecques le deffunct, avec offres d'argent et de
forces pour meintenir l'authorit de celluy qui le sera, et pour
empescher que aulcuns estrangiers puissent estre appellez contre luy
dans le pays; dont aulcuns estiment que le frre du dict de Mora
tiendra meintenant ce lieu. En quoy Vostre Majest considrera, au cas
que Mr de Montlouet n'ayt permission de passer jusques en Escosse par
terre, s'il sera expdiant d'y dpescher ung aultre par mer, qui y
puisse arriver avant que les choses y soient establyes  la dvotion
des adversaires de la dicte Royne d'Escoce. L'on a adviz icy que
Dombertrand a est avitaill par deux navyres franoys, dont ne fault
doubter que le party de la dicte Dame ne s'en trouve grandement
confirm dans le pays, et je say qu'il en faict grand mal au cueur 
plusieurs en ceste court. Sur ce, etc.

     Ce IIe jour de febvrier 1570.




LXXXVIIe DPESCHE

--du Xe jour de febvrier 1570.--

(_Envoye par Mr de Montlouet s'en retornant devers le Roy._)

Nouvelle audience accorde  Mr de Montlouet.--Refus fait par
lisabeth de lui donner passage.--Motifs qui ont d l'engager 
prendre ce parti.--Arrestation de l'vque de Ross.--Protestation
de la reine d'Angleterre qu'elle veut se maintenir en paix avec
le roi, et qu'elle ne donnera aucun secours  ceux de la
Rochelle.--Prparatifs faits en Angleterre contre l'cosse.--Ncessit
d'envoyer sans retard, par mer, un dput en cosse, et de ne rien
ngliger pour arrter l'excution des projets des Anglais.--_Note_
remise  Mr de Montlouet sur l'tat gnral des affaires d'Angleterre
et d'cosse.


     AU ROY.

Sire, ayant la Royne d'Angleterre, au boult de huict jours, faict
entendre  Mr de Montlouet et  moy, avec quelque aparat, en prsence
de unze seigneurs de son conseil, touchant les affres de la Royne
d'Escoce, que de laysser passer le dict Sr de Montlouet jusques au
lieu o est la dicte Dame, et puys de l en Escoce, elle ne le pouvoit
meintennant en faon du monde consentyr, pour des occasions,
lesquelles, si eussent est bien sceues, lorsqu'il fut dpesch, elle
s'assure que Vostre Majest ne luy eust donn charge d'y aller; et que
de la seurt de la dicte Dame Vostre Majest pouvoit croyre que, quand
la dicte Royne d'Escoce auroit bien machin de la fre tuer  elle
d'ung coup de haquebutte, elle pourtant ne consentyroit jamais qu'on
toucht ny  sa vie, ny  sa personne; et que de son bon trettement
elle le luy fesoit fre tel et  telz frays qu'elle sayt que l'Escoce
ne seroit pour y fornyr de mesmes. Au regard de sa plus grande libert
et restitution  sa couronne, qu'encor qu'elle n'eust  rendre compte
qu' Dieu seul de ses actions en cella, elle nantmoins les vous
feroit entendre par son ambassadeur, ou par ung gentilhomme exprs,
avec esprance, que vous les trouverez si quitables, que dorsenavant
vous ne seriez tant pour la dicte Royne d'Escoce, que vous ne fussiez
aussi pour elle; et de tout ce que, avec ung bien long et prpar
discours et avec plusieurs dmonstrations, elle a desduict l dessus,
le dict Sr de Montlouet le saura trop mieulx reprsanter  Voz
Majestez que je ne le vous saurois escripre, vous pouvant asseurer,
Sire, qu'il a si vifvement rpliqu et tant fermement incist  la
dicte Dame sur toutz les poinctz de l'instruction, que Vostre Majest
luy avoit baille, qu'il ne s'y peult rien desirer davantaige. Et j'ay
adjouxt ce que j'ay peu de plus exprs pour la presser de luy fre
meilleure responce; mais le mariage du duc de Norfolc et l'ellvation
du North lui sont deux offances si rescentes, lesquelles elle impute 
la dicte Dame, et la mort du comte de Mora les luy a tant rafreschies,
que nulle sorte d'apareil y peult encores estre bonne; mesmes, sur ce
dernier courroux de la mort du comte de Mora, elle a faict resserrer
l'vesque de Roz ez mains de l'vesque de Londres, qui sont deux fort
diffrantz personnages, en meurs et en religion, l'ung de l'autre;
dont semble qu'il fault qu'avec le temps vienne le remde de ce mal.

Je laisse au dict Sr de Montlouet de vous dire le contantement que la
dicte Royne d'Angleterre  monstr avoir de ce que Voz Majestez Trs
Chrestiennes se sont vollues conjouyr avecques elle sur la
paciffication des troubles de son royaulme, et les bonnes parolles
qu'elle a dictes en cella, qui toutjour en use de fort bonnes ez
choses qui luy sont proposes de Voz Majestez, sinon en ce qu'on luy
touche de la Royne d'Escoce; et vous dira pareillement les promesses,
qu'elle nous a faictes, de n'assister en aulcune sorte  ceulx de la
Rochelle contre Vostre Majest et sur ce, etc.

     Ce Xe jour de febvrier 1570.


     A LA ROYNE.

Madame, il n'a tenu ny  soing, ny  dilligence, ny  fre bien
dignement et expressment entendre, par Mr de Montlouet,  la Royne
d'Angleterre les choses de sa charge, ny encores  les avoir bien
prpares et sollicites par Mr de Roz et par moy, aultant qu'il nous
a est possible, que le dict Sr de Montlouet ne raporte une meilleure
responce qu'il ne faict sur les affres de la Royne d'Escoce; mais le
mariage du duc de Norfolc et l'ellvation du North y font ung trs
grand obstacle et, possible, y en faict davantaige la mort, naguires
survenue, du comte de Mora; laquelle la dicte dame et ceulx de son
conseil, qui sont protestantz, monstroient de la prendre plus  cueur
que nul aultre accident qui leur eust peu advenir, et sont aprs 
fre plusieurs grandz et nouveaulx desseings l dessus; dont desj ont
mand renforcer bien fort la garnyson de Barvich, et crains asss
qu'ilz veuillent dresser, du premier jour, arme pour l'envoyer par
dell, comme j'en ay quelque sentyment; laquelle survenant en la
division, o est  croyre que ce royaulme se trouve meintennant, elle
sera pour y fre des effectz, qui seront, par avanture, dommaigables 
l'advenir; dont je perciste en ce que, par mes prcdantes, j'ay
escript que, ne voulant ceste Royne permettre que le Roy et Vous y
puissiez envoyer quelqu'un des vostres par terre, qu'il sera bon que y
dpeschiez promptement ung personnaige de bonne qualit par mer, qui
soit pour moyenner et establyr, avec vostre auctorit, une bonne
concorde entre les seigneurs du pays; et les bien disposer de rsister
aux estrangiers, et y relever le nom de leur Royne; en quoy semble
aussi, si Voz Majestez n'y peuvent pour ceste heure envoyer forces,
qu'il sera fort  propos que envoyez au moins quelques capitaines, et
gens d'entendement et de valleur, qui les saichent bien conduyre. Sur
ce, etc.

     Ce Xe jour de febvrier 1570.

CE QUI S'ENSUIT a est baill  Mr de Montlouet pour luy servyr de
mmoyre.

De la communicquation que Mr de Montlouet et moy avons heu ensemble,
touchant ses deux instructions, il se pourra servyr de l'ordre
d'icelles comme d'ung mmoire, pour tout ce que je luy ay dict sur ung
chacun article, affin d'en satisfre Leurs Majestez.

Et l'extraict de la lettre, que j'escriptz au Roy, s'il luy playt de
l'emporter, sera pour nous conformer l'ung  l'aultre ez choses que la
Royne d'Angleterre nous a respondues sur le faict de la Royne
d'Escoce.

De la continuation de la paix;--Il pourra dire que la Royne
d'Angleterre monstre d'y vouloir persvrer, et semble que ceulx de la
Rochelle ne tireront d'elle aulcun manifeste secours; mais ne fault
doubter que, par moyens secrects et soubz aultres prtextes, les siens
ne les accomodent, par mer et en Allemaigne, aultant que, sans mettre
leur Mestresse  la guerre, ilz le pourront fre.

Le jeune comte de Mensfelt est desj embarqu, lequel anticipe de deux
moys son partement, parce que, par ung navyre venu du North, l'on a
sceu que ceste anne la mer n'a point gel; et va descendre en
Hendein, dont s'estime qu' son arrive en Allemaigne, avec les
responces et lettres de crdict d'icy, le Cazimir et le prince
d'Orange se mettront incontinent en campaigne. Les dictes lettres, 
ce qu'on dict, sont pour trente mil livres esterlin en tout, c'est
cent mil escuz, ce que je n'ay encores bien vriffi.

De l'estat des affres de la Royne d'Escoce et du duc de
Norfolc;--J'ay monstr  Mr de Montlouet aulcunes petites lettres, qui
tesmoignent ce qui en est, et ce qu'ung chacun d'eulx espre
particullirement pour soy, et ce que l'ung espre pour l'aultre.

Et pareillement ce qu'elle, pour son regard, espre du secours de
Flandres, et l'instance qu'elle en faict, et ce que luy espre de
celluy de France, et comme il presse de le haster.

L'estat des choses d'Escoce.--Ledinthon et milor Herys, hors de
pryson, ont relev avec les principaulx de la noblesse le nom et
tiltre de leur Royne.--Le duc de Chastellerault encores
prisonnier.--Le comte de Morthon et Lendzey ont jur la vengeance de
la mort du comte de Mora.--S'entend que le comte de Northomberland est
en libert. Celluy de Vuesmerland a couru jusques sur quelque garnyson
d'Angleterre et l'a surprinse.

La Royne d'Angleterre semble vouloir prparer une arme. Je n'ay
poinct argument que ce soit contre la France, sinon par aulcuns adviz
de l'anne passe que une descente d'Anglois en Picardie doibt
concourir, quant le Cazimir conduyra son arme vers ce quartier l,
ayant promiz de s'employer  la reconqueste de Callays pour la dicte
Dame;  quoy,  toutes advantures, Leurs Majestez feront prendre
garde.

La plus grand opinion est que ce sera pour aller en Escoce, affin d'y
establyr le comte de Morthon rgent, ou bien fre intervenir le comte
de Lenoz au gouvernement de l'estat, et de la personne du prince son
petit filz; et le maintenir comme son subject en ce sien droict, par
toutz les moyens qu'elle pourra, ou bien pour se saysir, si elle
peult, du dict petit prince et le transporter en Angleterre; et,
possible, pour y fre quelque conqueste; et, en monstrant de vouloir
appeller  la succession de son royaulme le dict petit prince, se
saysir cependant des deux, le tout par prtexte d'aller contre ses
rebelles du North, qui se sont retirez au dict pays.

La dtention de l'vesque de Roz et des aultres seigneurs catholiques
porte grand empeschement  ma ngociation de la libert et
eslargissement; desquelz ne se parle ung seul mot.

Des diffrandz des Pays Bas, et ce que Espinola et Fiesque en trettent
d'ung cost, et ce que l'ambassadeur et Anthoneda en trettent de
l'aultre, pareillement ce que Cecille cerche d'en fre mettre en avant
par le Sr Ridolfy, et la remonstrance que j'ay faict au dict
ambassadeur pour empescher l'accord des deniers.

Du Sr Chapin Vitel.

De ce que Leguens a mand.

De fre administrer justice en Bretaigne aulx Angloys.

Au cas que la Royne d'Escoce se veuille retirer en France, me mander
si Leurs Majestez l'auront agrable, et qu'est ce que j'auray  fre,
si elle entreprend de passer en Flandres.

Parler  Monsieur le duc de la pleincte que ceulx ci font qu'on
retarde par trop  Paris les passeportz  leur ambassadeur.




LXXXVIIIe DPESCHE

--du XIIIe jour de febvrier 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais, par Olyvier Cambernon._)

Efforts faits en Angleterre pour obtenir le consentement de l'Espagne,
afin de disposer des deniers saisis et dposs  la Tour.--Intrt du
roi  l'empcher pour que cet argent ne serve pas  faire des leves
d'hommes contre la France.--Affaires d'cosse.


     AU ROY.

Sire, les choses que Mr de Montlouet a vues, et entendues icy, et
celles dont nous avons heu communication ensemble, il les saura si
bien reprsenter  Voz Majestez, que je n'entreprendray de vous en
toucher icy ung seul mot; seulement je vous diray, Sire, touchant
celles qui sont venues  ma cognoissance, despuys qu'il est party, que
le voyage qu'il sayt que Mr le cardinal de Chatillon a faict 
Hamptoncourt, le jour de caresme prenant, a est pour deux occasions;
l'une, pour prier la Royne d'Angleterre de permettre  Rouvrey, lequel
par fortune de temps est arriv mallade et bless  Grnez, qu'il y
puisse demeurer quelque moys pour se guryr, nonobstant l'estroicte
deffance qu'il y a de n'y souffrir aulcun estrangier, ce qu'il a
facillement obtenu; et l'aultre occasion est pour trs instemment
prier la dicte Dame, avec les ambassadeurs des princes protestans, et
avec ceulx, qui naguires sont venuz de la Rochelle, qu'elle veuille
acquiter,  ce prochain mars, certaine portion d'ung sien debte
qu'elle a promiz de payer en Allemaigne, affin qu'ilz s'en puyssent
ayder  fre leurs leves, prenant sur eulx la dicte portion du
principal avec les intrestz _pro rata_. Mais  cecy la dicte Dame a
respondu qu'elle avoit meintenant tant d'affres en son royaume,
qu'elle estoit pour entrer plus tost en nouveaulx empruntz que de
payer les vieulx debtes, et qu'il n'estoit possible qu'elle entendt 
faire aulcun payement, si elle ne s'aydoit des deniers d'Espaigne,
ausquelz elle n'avoit encores touch, attendant qu'il s'y ft quelque
bon accord. Sur quoy, se trouvant que Espinola et Fiesque avoient miz
en avant une composition au nom des merchans, de laysser les dicts
deniers  la dicte Dame, jusques  l'entier accord des diffrans des
Pays Bas,  intrest de dix pour cent pour l'advenir, sans payer rien
du pass, et baillant seulement la chambre de Londres et mestre
Grassein pour respondans, tant du principal que des dictz intrestz,
il se faict une extrme sollicitation que cella s'effectue; et je
inciste, de tout ce qu'il m'est possible envers l'ambassadeur
d'Espaigne, qu'il le veuille empescher, luy remonstrant que ce sera
accommoder d'aultant ceulx qui vous mnent la guerre en vostre
royaulme, lesquelz se prvauldront de ces deniers; et il sayt combien
il y court un grand prjudice pour son Mestre:  quoy il m'a promis de
fre tout ce qu'il pourra pour l'interrompre, mais il creinct que
Albornoz, secrtaire du duc d'Alve, tienne la main  cella pour
l'amyti qu'il a avec les dicts Espinola et Fiesque, ou pour avoir
receu d'eulx un prsent de douze ou quinze mil escuz, ainsy qu'on dict
qu'ilz en offrent icy ung aultre de cinquante mil escuz au comte de
Lestre et de vingt mil  Cecille. Mais je ne puys croyre que les dicts
Espinola, Fiesque et Albornoz mnent ung tel faict, qui touche
grandement l'intrest du Roy d'Espaigne, duquel ilz sont subjectz, et
bien fort sa rputation et celle du duc d'Alve, pareillement
l'offance de son ambassadeur, icy rsidant, et des aultres deux
ambassadeurs qui,  diverses foys, y ont est envoyez, ensemble celle
qui a est faicte  leurs navyres,  leurs subjectz et merchandises,
sans que le dict Roy Catholique et le duc d'Alve y soient consentans.
Et j'ay freschement heu adviz, asss conforme  ce que j'ay dict au
dict Sr de Montlouet, que l'on est aprs de tirer le Roy d'Espaigne
hors de l'obligation des merchans, et du risque des dicts deniers; et
qu'avec cella, il dissimulera pour ceste foys tout le reste, dont
semble estre fort requis, Sire, que Vostre Majest face instamment
requrir le dict duc d'Alve de ne souffrir que les dicts deniers
soyent ainsy dlayssez  la dicte Dame par la composition des
merchans; car, s'il s'y oppose, la dicte Dame n'y ozera toucher, et,
aultrement, il est tout certain qu'il en sera envoy une partie en
Allemaigne pour fre les leves; vous suppliant trs humblement, Sire,
me pardonner, si je vous oze dire que, au poinct o vous et vos
affres se retrouvent meintenant, une telle chose n'est aulcunement
tollrable au dict duc d'Alve.

Au surplus, il semble que ceste Royne et les siens se veuillent
bientost rsouldre  l'entreprinse des choses d'Escoce; car ils sont
toutz les jours  consulter l dessus, dont je mettray peyne de
descouvrir, aultant qu'il me sera possible, leurs dellibrations, et
de fre que les partisans de la Royne d'Escoce par dell en soyent
advertys; et suys toutjours d'adviz, Sire, que debvez envoyer
promptement ung ou deux personnaiges de bonne qualit par dell pour
confirmer le pays  vostre dvotion, ainsy que ceulx cy y dpeschent
de leur part aulcuns de leur conseil, pour le disposer, s'ilz peuvent,
 la leur; et cependant j'ay advyz qu'ilz ont mand armer promptement
deux grandz navyres  Bristo, et mettre cent cinquante bons hommes
dessus, pour surprendre les deux navyres franoys qui sont allez
avitailler Dombertran, ainsy qu'ilz s'en retourneront. A quoy Vostre
Majest advisera du remde qui s'y pourra donner. Sur ce, etc.

     Ce XIIIe jour de febvrier 1570.




LXXXIXe DPESCHE

--du XVIIe jour de febvrier 1570.--

(_Envoye par Joz, mon secrtaire, exprs jusques  la court._)

Ncessit de se prmunir en France contre l'expdition qui se prpare
en Allemagne.--Secours d'argent et de munitions que l'on se dispose 
envoyer d'Angleterre  la Rochelle.--tat des affaires en cosse aprs
le meurtre du comte de Murray.--Armement fait  Londres que l'on
pourrait craindre de voir diriger contre Calais.--Divisions qui se
continuent entre les seigneurs d'Angleterre.--Offre faite au roi de la
part d'un seigneur anglais.--_Mmoire_ sur les affaires gnrales
d'Angleterre et d'cosse.--Regret prouv par lisabeth de la mort de
Murray.--Dispositions prises en Angleterre pour mettre le royaume en
tat de dfense, et fournir de l'argent aux protestants de France.


     AU ROY.

Sire, ayant miz peyne de vriffier l'adviz que, par mes prcdantes,
du XIIIe du prsent, je vous ay mand touchant certains deniers, qu'on
presse la Royne d'Angleterre de fornyr en Allemaigne sur l'acquit de
ses debtes, afin que les princes protestans s'en puyssent accommoder
au payement de leurs leves, je tiens pour asseur, (nonobstant que la
dicte Dame et les siens facent dmonstration toute au contraire, et
que Mr l'ambassadeur d'Espaigne, qui n'a moins suspect en cest
endroict ce qui s'en pourchasse au nom du prince d'Orange, que moy la
sollicitation de ceulx de la Rochelle, n'en ayt encores rien
descouvert,) que nantmoins la chose est desj toute conclue, ainsy
que j'ay baill, par instruction,  ce mien secrtaire, de le fre
particullirement entendre  Voz Majestez; et semble, Sire, que ne
debvez plus demeurer sur le doubte si les Allemans descendront ou non,
mais vous prparer comme pour leur rsister et pour leur empescher
l'entre de vostre royaulme;  laquelle dellibration, de fornyr
deniers, j'entans que la dicte Dame a beaulcoup rsist, comme celle
qui ne s'en vouloit auculnement despourvoir; mais elle n'a sceu
comment enfin s'excuser de n'acquicter son debte et fre tout ensemble
playsir  ses amys, sans qu'il luy coste que la seule advance de
l'argent qu'elle doibt, dont elle demeure quiete; et nantmoins luy
sera dans quelques moys rembourc. J'ay d'ailleurs envoy
soigneusement enqurir, par les portz de ce royaulme, s'il y auroit
aulcun cong, ou permission, d'enlever pouldres et monitions pour la
Rochelle; et m'a l'on raport qu' la vrit il n'y a nulle expresse
permission de cella, mais qu'aulcuns merchans ont bien achapt
secrectement des bledz et des chairs en ce pays, et ont faict venir de
Nuremberg, de Hembourg et d'Anvers, des pouldres, des armes, des
beuffles et choses semblables pour les envoyer  la Rochelle, afin de
faire leur profict;  quoy j'essaye bien de les empcher, mais ils
nyent que ce soit pour la Rochelle; nantmoins j'ay adverty ceulx de
ce conseil que Vostre Majest dclairera de bonne prinse tous les
vaysseaulx qu'on trouvera retournans du dict lieu. Les choses
d'Escoce se racontent en diverses faons, mais l'on tient pour la plus
vraye que le comte de Morthon s'est vollu ingrer au gouvernement du
pays en qualit de rgent; et que plusieurs des grandz s'y sont
opposs, et ont si bien relev le nom de leur Royne que son auctorit
y est pour ceste heure la plus recogneue; et que le duc de
Chatellerault est encores prisonnier et resserr davantaige pour la
souspeon du murtre du comte de Mora; que Ledinthon est hors de
pryson; que les principaulx des deux factions ont convenu de laysser
courir, pour ceste heure, le seul exercisse de la religion nouvelle
dans le pays, et que pour l'establissement des affres l'on assemblera
les Estatz, o s'espre que le retour et restablissement de leur Royne
sera requiz.

J'entans que ceulx cy arment plus de vaysseaulx que les deux que j'ay
mand par mes prcdantes, tout au long de la coste d'ouest, pour
garder que nulz navyres estrangiers puissent aller ny venir en Escoce,
espciallement  Dombertran. Sur ce, etc.

     Ce XVIIe jour de febvrier 1570.

   Je viens, tout  ceste heure, d'estre adverty que ceulx cy sont
   aprs  ordonner ung grand armement des navyres de guerre de
   ceste Royne et aultres de ce royaume, pour une grande
   entreprinse, qu'ilz veulent excuter avec intelligence du prince
   d'Orange, qui les doibt ayder de ses vaysseaulx qu'il a en mer,
   sous la charge du Sr de Olain et du bastard de Briderode; et
   esprent aussi se prvaloir de ceulx de la Rochelle. Aulcuns
   soupeonnent que ce soit sur Callais, dont j'ay rouvert le
   pacquet pour y adjouxter cest article, encor que je ne l'aye plus
   avant vriffi. J'ay aussi prsentement receu les deux dpesches
   de Vostre Majest, du XXVIIe du pass et du sixiesme d'estuy cy,
   par un mesme courrier, sur lesquelles je verray bientost ceste
   Royne, et ne changeray rien pour la venue d'icelles en ceste
   dpesche.


     A LA ROYNE.

=Chiffre.=--[Madame, la division continue toutjour en ce royaume, et le
malcontantement croyt de plus en plus ez cueurs des principaulx et des
Catholiques, parce que les gouverneurs, qui sont des moindres et toutz
protestans, procdent insolentement contre eulx; dont ne peult estre
que bientost l'altration ne s'en monstre bien grande, et que la cause
de la religion, celle de la Royne d'Escoce, celle des seigneurs
prisonniers, et encores celle de l'incertaine succession de ce
royaulme, qui ont chacune leurs partisans, ne produyse de divers
effectz; en quoy je mettray peyne de tenir le nom du Roy le plus
relev que je pourray, et qu'il n'y en ayt point de plus respect que
le sien.

X.... m'est venu trouver, sur les dix heures de nuict, pour me dire
que, s'il playt au Roy de le recepvoir, il passera trs vollontiers 
son service, avec une si bonne entreprinse en main que, quant Sa
Majest la vouldra excuter, il la trouvera trs utille pour sa
grandeur, adjouxtant plusieurs occasions de son malcontantement et de
celluy des principaulx seigneurs de ce royaulme. Sur quoy, ne saichant
s'il venoit pour m'essayer, j'ay respondu que je ne savois que le Roy
eust aultre intention que fort bonne  l'entretennement de la paix
avec la Royne d'Angleterre et avec son royaulme; mais, parce que
toutes ses prtencions et desirs ne me pouvoient estre cognuz, je ne
fauldrois de l'advertir de ce qu'il me disoit, et qu'il pouvoit bien
considrer que Sa Majest avoit  se douloir, aussi bien que luy, de
ceulx qui gouvernoient en ce royaume; et qu' ceste occasion il le
pourroit bien accepter et l'employer  s'en revencher ensemble; dont
il m'a dict qu'il viendra, dans quelque temps, savoir la responce que
Vostre Majest m'aura faicte]. Sur ce, etc.

     Ce XVIIe jour de febvrier 1570.

   INSTRUCTION AU SR DE JOS de ce qu'il aura  dire  Leurs
   Majestez, oultre le contenu de la dpesche.

   Ainsy que la Royne d'Angleterre estoit aprs  esteindre les
   troubles du North, et  pourvoir qu'ilz ne se peussent plus
   rallumer; et qu'elle faisoit estat, que d'Escoce, d'o elle heut
   heu le plus  se doubter, ne luy viendroit que toute faveur et
   assistance, tant que le comte de Mora y commanderoit, mesmes
   qu'il tenoit le comte de Northumberland en ses mains; et ne
   cerchoit sinon comme elle et luy pourroient concourre en ung
   mesme intrest contre la restitution de la Royne d'Escoce; il
   n'est pas  croire combien la dicte Dame a vifvement senty la
   mort du dict de Mora.

   Pour laquelle, s'estant enferme dans sa chambre, elle a escry,
   avecques larmes, qu'elle avoit perdu le meilleur et le plus
   utille amy, qu'elle eut au monde, pour l'ayder  se meintenir et
   conserver en repos, et en a prins ung si grand ennuy que le comte
   de Lestre a est contrainct de luy dire, qu'elle faisoit tort 
   sa grandeur de monstrer que sa seurt et celle de son estat
   eussent  dpendre d'ung homme seul.

   Et parce que l'avitaillement de Dombertran, la venue de Mr de
   Montlouet, quelque course du comte de Vuesmerland sur la
   frontire, et la retrette d'aulcuns Anglois en Escoce, sont
   advenues en mesme temps, la dicte Dame et ceulx de son conseil
   sont entrez en grand opinion que les Catholiques de ce pays, avec
   l'intelligence des estrangiers, ayent men ceste practique, et
   qu'il y ayt bien d'aultres entreprinses en campaigne.

   Et mesme l'on s'esforce de randre suspect  la dicte Dame le
   propos de la paix de France, comme si, la faisant, l'on debvoit
   incontinent luy dclairer la guerre; ce que toutesfoys elle ne se
   veult aysement persuader, et pourtant ne peult laysser de la
   desirer, pourveu qu'il ne s'y conclue rien contre elle, ny trop
   au dsadvantaige de sa religion; affin qu'elle demeure descharge
   de tant de demandes et importunits qu'on luy faict pour
   l'entretennement de ceste guerre.

   Mais parce qu'aulcuns luy remonstrent que des exploicts de ceste
   anne a de rsulter l'establissement ou la ruine de sa dicte
   religion, et pareillement le repos ou l'altration de son estat,
   car ilz conjoignent l'ung avecques l'aultre, j'entendz que la
   dicte Dame et ceulx de son conseil ont desj rsolu la plus part
   des choses qu'ilz estiment estre besoing d'y pourvoir, desquelles
   j'ay sceu en premier lieu:

   Qu'ilz ordonnent de continuer la description des forces, que j'ay
   cy devant mandes, de quatre vingtz dix mil hommes de pied et
   trente mil chevaux, en trois endroictz de ce royaulme; et que la
   charge en sera principallement commise aulx Protestans, et qu'on
   regardera de si prs aux Catholiques, qu'on ne leur permettra de
   se trouver plus de six ensemble, sur peyne de pryson: que les
   seigneurs, qui sont dettenuz, seront resserrez davantaige, et
   sera continu d'enqurir contre eulx, mesme a est parl de
   _convoquer ung parlement_ pour trois occasions seulement; l'une,
   pour avoir deniers; et l'aultre, pour dclairer criminels de lze
   majest ceulx qui se sont ellevez, et leurs adhrans, affin de
   procder  leur confiscation; et la troisime, pour confirmer les
   dcrectz de leur religion. Mais de peur que le dict parlement ne
   veuille toucher  d'aultres choses, il n'est encores rsolu de le
   convoquer; et est, en toutes sortes, si rigoureusement procd
   contre les dicts Catholiques, qu'ilz vivent en grand frayeur,
   dont les Protestans, qui ont toute l'auctorit, pensent que par
   ce moyen ilz les pourront contenir.

   Pour le regard des choses d'Escoce, ayantz faict passer le
   mareschal de Barvich, et ung capitaine de la mesme garnyson, au
   dict pays, incontinent qu'on a entendu l'inconvniant du dict de
   Mora, affin de relever le party qu'il tenoit, ilz y ont despuys
   envoy Randof, et sont aprs  y dpescher encores Raf Sadeller
   qui est du conseil, avec lettres  huict principaulx du pays et
   crance de leur offrir hommes et argent au nom de ceste Royne; et
   ont donn charge au comte de Sussex de doubler la garnyson de
   Barvich, dont il emporte commission d'y mettre promptement cinq
   centz hommes, et trois centz chevaulx de renfort; et,  cest
   effect, luy a est baill douze capitaines de la suyte de ceste
   court, estimans que la dicte garnyson de Barvich, ainsy
   renforce, laquelle sera de mil harquebouziers et six centz
   chevaulx, avec l'ayde du gardien de la frontire, suffira contre
   les courses de Vuesmerland, jusques  ce que cest est, ou plus
   tost, ils auront dress arme pour aller courre l'Escoce, affin
   d'y establyr les choses  leur dvotion, estant l'opinion
   d'aulcuns qu'ilz se saysiront, s'ilz peuvent, du petit prince du
   pays; et qu'ayantz la mre et le filz en leurs mains, il leur
   sera ays de annuller le tiltre que la mayson d'Escoce prtend 
   la succession de ce royaulme.

   Et ne deffault qui persuade  ceste princesse qu'affin qu'elle ne
   soit, ny par le cost de France, ny de Flandres, empesche en ses
   affres de de, qu'elle doibt accommoder les princes protestans
   en leurs entreprinses de dell, et leur donner moyen qu'ilz se
   puissent prvaloir d'aulcuns deniers de ce royaulme, pourveu
   qu'elle n'en desbource rien; dont j'entens qu'aprs s'en tre
   quelque temps fort excuse, enfin elle a condescendu de dire 
   ceulx de son conseil qu'ilz advisent comment cella se pourra
   fre; dont desj ont rsolu que la dicte Dame payera, dans le
   moys d'apvril, une partie de ses debtes en Allemaigne, laquelle
   iceulx princes prendront des mains de ses crditeurs; et encor
   que les deniers reviegnent toutz  son acquit, ilz luy seront
   nantmoins remboursez, la moicti des prinses, et l'aultre
   moicti par les esglizes protestantes de ce royaulme; lesquelles,
    ce qu'on dict, ont accord de bailler quatre vingtz mil escuz
   dans huict moys, ainsy que de mesmes les aultres esglizes
   protestantes de France, de Flandres, d'Allemaigne, des Suisses,
   d'Itallie, et mesmes disent d'Espaigne, contribuent  ceste
   guerre: dont l'on faict compte que la contribution de toutes
   ensemble, comprins les dix mil escuz de ceste cy, monte envyron
   trente mil escuz toutz les moys.

   Mais la difficult est en ce que, sans mettre la main aux deniers
   d'Espaigne, la dicte Dame ne peut, ny veult payer aulcune portion
   de ses debtes, ceste anne, en Allemaigne, affin de ne se
   desfornyr d'argent; et ce qui a est cause de quoy Espinola et
   Fiesque ont est mieux ouys sur les offres qu'ilz ont faictes, au
   nom des merchans Espaignolz et Gnevoys, de laysser les dicts
   deniers  la dicte Dame, ainsy que je l'ay mand par mes
   prcdantes. Et j'ay advis qu'on tient cella pour si accommod,
   que desj est ordonn  Me Grassein d'en distribuer quarante cinq
   mil livres d'esterlin aulx merchans de ceste ville, c'est cent
   cinquante mil escuz, pour les fornyr,  ce prochain apvril, en
   Allemaigne, aux dits crditeurs de ceste Royne et vingt mil {lt}
   aussi d'esterlin, c'est soixante douze mil escuz, ordonnez pour
   les affres d'Escoce.

   Reste seulement que la dicte Dame demande aus dicts Espinola et
   Fiesque ung mot de lettre du Roy d'Espaigne, par lequel il
   advouhe que les dicts deniers sont des merchans, et non siens;
   ce que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est ici, me promect que son
   Mestre ne le fera jamais. Aultres estiment que, pour sortyr hors
   de l'obligation et du risque des dicts deniers envers les
   merchantz, qu'il ne reffusera de le fre; aultres disent que,
   ores qu'il ne le face, qu'on ne lairra pourtant d'accorder des
   dicts deniers avecques les merchans, et s'en ayder en Allemaigne;
   nantmoins, il sera toutjour bon d'incister au duc d'Alve qu'il
   empesche le dict accord:

   Car il est desj nouvelles que Quillegrey sera dpesch pour
   aller porter les lettres de police du dict payement, et pour
   aller faire semblables offices, ceste anne, qu'il fit la
   prcdente envers les princes protestans; dont s'estime, qu' son
   arrive par dell, plus qu' celle du jeune comte de Mensfelt,
   les dicts princes s'esmouveront et commenceront de marcher; et
   que le dict de Mensfelt n'a emport que quelques lettres
   d'acquit, pour vingt mil livres d'esterlin, qui avoient est
   desj prinses sur les bagues de la Royne de Navarre. Par ainsy,
   il fault fre estat que l'arme de Cazimir yra au secours de
   ceulx de la Rochelle.

   Il semble qu'on ayt vollu imprimer quelque peur  ceste princesse
   du duc de Olstein, luy donnant entendre qu'il a est devers le
   duc d'Alve  Bruxelles pour tretter quelque entreprinse contre
   elle, et qu'il faict une leve de gens de pied et de cheval vers
   Hembourg et Osterelan, de quoy elle a certain adviz, et que le
   duc Ery de Bronzouye a aussi la sienne toute preste; dont, encor
   que le dict duc d'Alve monstre que son principal prtexte soit
   pour rsister aulx entreprinses du prince d'Orange, nantmoins la
   jalousie qu'elle s'est donne de cella, et possible le desir de
   favoriser les affres du dict prince d'Orange, et les choses
   advenues par la mort du comte de Mora sont cause dont elle se
   laysse ainsy aller  la forniture de deniers en Allemaigne;
   aulcuns estiment tout le contraire du duc d'Olstein, qu'il est
   pour le dict prince d'Orange, bien m'a l'on dict qu'il y a desj
   trois ans que ceste Royne a ost de son estat le dict de Olstein
   lequel souloit tre son pencionnaire.




XCe DPESCHE

--du XXIIe jour de febvrier 1570.--

_(Envoye par Hamberlin, chevaulcheur d'escuerye, jusques  la
court.)_

  Audience accorde  l'ambassadeur; communication faite 
    lisabeth de l'tat des ngociations en France pour arriver 
    la pacification.--Conditions proposes par le roi.--Offre faite
    par la reine d'Angleterre de sa mdiation.--Nouvelle assurance
    qu'elle n'a donn aucun secours aux protestans de
    France.--Affaires de la reine d'cosse.--lisabeth propose
    d'accepter la mdiation du roi pour ses diffrends avec Marie
    Stuart.

     AU ROY.

Sire, pour faire entendre  la Royne d'Angleterre ce qui a pass avec
les depputez de la Royne de Navarre, des princes de Navarre, de Cond,
et des aultres de leur party, qui vous ont trs humblement requiz la
paix, je luy ay rcit les mesmes bons et bien convenables propos de
vostre lettre du VIe du prsent, avec ung peu d'expression de
l'incroyable dbonnairet et infinye clmence qu'il vous playt user
envers eulx, sur toutes les offances, ruynes et dommaiges, que vous et
vostre royaulme avez receu de leur ellvation et de leur prinse
d'armes; et que si la dicte Dame veult considrer les grces et
concessions que vous leur offrez, je m'asseure qu'elle les estimera,
sinon excessives,  tout le moins telles que de plus grandes vous ne
leur en pouvez bonnement concder, sinon que pour les contanter  eulx
seulz, Vostre Majest se vollt par trop se malcontanter soy mesmes,
et offancer vos aultres bons subjectz catholiques, qui sont de vostre
party, qui ont toutjour suyvy vos intentions, n'ont onques contradict
 icelles, ont combattu avecques vous et pour vous, et n'ont rien
espargn du leur pour vous secourir; et pareillement offancer bonne
partie du reste des Chrestiens, espciallement les princes, vos alliez
et confdrez, qui monstrent avoir intrest en ceste cause pour la
religion catholique et pour la souveraine auctorit, qu'ilz desirent
estre, l'une et l'aultre, bien conserves en vostre royaulme, comme en
ung sige principal de la Chrestient, en quoy, en lieu qu'ilz vous
penseroient avoir regaign pour bien veuillant et favorable prince, il
est  croyre qu'ilz vous trouveroient  jamais offanc, irrit et bien
fort ulcr contre eulx.

La dicte Dame, d'ung visaige bien fort joyeulx et contant, aprs
plusieurs bien bonnes parolles du mercyement, qu'elle m'a pri de vous
fre, pour une tant favorable communication du pourparl de paix avec
vos subjectz, a curieusement vollu lire les articles d'icelluy, et
j'ay miz peyne de les lui fre trouver plus que raysonnables de vostre
cost; et que, si ceulx de l'aultre part se monstrent tant sans rayson
qu'ilz ne les acceptent, que Vostre Majest la prie de les tenir
dorsenavant pour ceulx qui ne sont meuz d'aulcun desir de religion,
ains d'une pure ambicion d'occuper l'authorit souveraine s'ilz
pouvoient; et que, pour le debvoir de l'alliance et bonne amyti, qui
est entre Vostre Majest et la dicte Dame et voz deux couronnes, elle
les veuille  jamais exclurre de sa protection, faveur et secours, et
nommement de l'assistance de deniers qu'ilz se vantent debvoir avoir
ceste anne d'elle ou de son royaulme; et, comme ennemye conjure
contre eulx, se veuille unyr avec Vostre Majest pour les rprimer, et
pour vous ayder de reconqurir sur eulx les droictz souverains,
qu'ilz s'esforcent [d'usurper], et donner exemple aux aultres subjectz
d'ozer, par prtexte de religion, entreprendre d'usurper sur leurs
vrays et naturelz princes et seigneurs.

A quoy elle m'a respondu qu'elle ne doubte aulcunement que, en Vostre
Majest et en celle de la Royne, ne soit le mesmes bon desir que les
dicts articles monstrent pour la runyon et rconcilliation de voz
subjectz, et comme elle le loue infinyement, ainsy vous prie elle de
croyre qu'elle a grand affection de la veoir bien effectue; et que,
si ceulx de la Rochelle ont de quoy pouvoir, sans contraincte de leur
conscience, vivre soubz vostre auctorit, en paix et bonne seurt de
leurs vyes et de leurs personnes, elle ne voyt commant ilz le
puyssent, ny doibvent reffuzer; dont, si pour la conclusion d'ung si
bon oeuvre, au cas qu'il y intervienne aulcune difficult, il vous
playt qu'elle s'y employe, elle le fera droictement  l'advantaige deu
 Voz Majestez, comme si c'estoit pour le sien propre; et quant 
secours, elle peult jurer devant Dieu qu'il n'en est procd d'elle,
ny en argent, ny en aultre chose, dont ilz se puyssent raysonnablement
vanter qu'elle leur en ayt baill contre vous, et qu'elle n'ozeroit
jamais lever les yeulx pour me regarder, si, aprs tant de parolles et
de promesses qu'elle m'a faictes vous escripre l dessus, elle venoit
meintenant  leur en donner.

J'ay est en doubte, Sire, comment uzer de ce, qu'en lieu que je l'ay
requise de leur estre ennemye, s'ilz n'acceptent les condicions de
paix, elle s'est offerte d'en composer les difficultez; dont, sans en
rien acepter, je l'ay seulement remercye, au nom de Voz Majestez, et
que je ne fauldrois de le vous escripre, et ay poursuyvy que
j'esprois que la mesme responce conviendroit  ce que j'avoys  luy
requrir trs instantment de vostre part, qu'elle vous vollt tout
ouvertement signiffier si une leve de huict mil reystres, qu'on vous
a mand que le duc d'Olstein et le comte d'Endein font pour elle en
Allemaigne, est en faveur de ceulx de la Rochelle, ainsy qu'on le vous
veult persuader, et qu'il vous semble bien que la dicte Dame doibt
ceste franche et claire dclaration  la bonne amyti, que Voz
Majestez Trs Chrestiennes luy portent, et que le cueur ne vous peult
dire que vous ayez en ce temps  esprer actes si ennemys et si
contraires du cost de la dicte Dame.

Elle m'a respondu, de fort bonne faon, que Mr Norrys luy a touch ce
particullier par ses lettres, et que par lui mesmes elle vous y fera
satisfre: cependant me vouloit bien asseurer qu'elle ne faict point
fre la dicte leve, et qu'elle ne veult jamais estre estime Royne,
s'il se trouve aultrement; et a pass oultre  me dire qu'il se parle
bien de quelque leve  venir, mais qu'elle ne sayt encores ce qui en
est; et, quand elle l'entendra, s'il y a rien contre Vostre Majest,
elle me le fera notiffier.

Je croy que la dicte Dame m'a respondu asss sellon la vrit et
sellon son intention en ces deux choses; mais je mettray peyne de
mieulx les vriffier, et sur ce, etc.

     Ce XXIIe jour de febvrier 1570.

     A LA ROYNE.

Madame, ayant envoy me condouloir  Mr le comte de Lestre du peu de
satisfaction que la Royne, sa Mestresse, a vollu donner  Voz Majestez
Trs Chrestiennes, par Mr de Montlouet sur les affres de la Royne
d'Escoce, il m'a mand que je debvois excuser la dicte Dame sur les
espouvantables conseilz qu'on luy donnoit, de la subversion de sa
couronne et de son estat, si elle ne procdoit encores plus
rigoureusement contre elle, ce qui n'estoit aulcunement sellon son
cueur; et que, n'ozant de luy mesmes se ingrer de luy en parler, si
je luy en voulois escripre une lettre  part, il la feroit si
oportunment veoir  la dicte Dame qu'il esproit que les affres de
la dicte Royne d'Escoce s'en porteroient mieulx. Je luy ay escript
aulcun peu de motz, lesquelz il luy a monstrez, et elle m'a faict
cognoistre, en ma dernire audience, qu'elle les avoit bnignement
receuz; lesquelz ont heu tant d'effect qu'elle m'a offert d'elle
mesmes que, s'il playt  Voz Majestez mettre en avant ung moyen ou
expdiant entre elles deux, qui soit honneste et non prjudiciable 
elle ny  sa couronne, ny contraire  son honneur et conscience,
qu'elle y entendra trs vollontiers; et ainsy m'a elle, une et deux
foys, pri de vous le mander. Dont je mettray peyne, Madame,
d'entendre l dessus le dsir de la dicte Royne d'Escoce, et le
conseil, s'il m'est possible, de Mr l'vesque de Roz, lequel est
encores bien resserr, pour en user le plus oportunment que je
pourray. Cependant il plairra  Voz Majestez m'en commander ung mot
par une lettre que je puysse monstrer, et sur ce, etc.

     Ce XXIIe jour de febvrier 1570.




XCIe DPESCHE

--du XXVIe jour de febvrier 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Callais par Lepecoc_.)

Opinion gnrale rpandue en Angleterre que la paix sera prochainement
conclue en France.--tat des affaires en Flandre.--Incertitude sur les
nouvelles d'cosse; ncessit d'envoyer un prompt secours dans ce
pays.--Rclamation des Anglais contre la conduite qui est tenue  leur
gard en Bretagne.--Vives instances de Marie Stuart pour obtenir un
secours de France.


     AU ROY.

Sire, aprs avoir, le XXe de ce moys, amplement discouru  la Royne
d'Angleterre en quel estat estoient demoures les choses avec les
depputez de la Rochelle, lorsque Vostre Majest m'a command de luy en
parler, et que la dicte Dame m'eust pri de luy laysser le mmoire des
condicions que vous leur offriez, lesquelles elle ne fit semblant de
les trouver que bien fort raysonnables, et qu'elle ne voyoit plus
aulcune difficult en cella, sinon possible ung peu de l'asseurance, 
cause de l'infraction des prcdantz traittez, elle manda, le jour
d'aprs, Mr le cardinal de Chatillon pour les luy communiquer; et ne
say encores, Sire, ce qui en fut dbattu entre eulx, sinon qu'on m'a
adverty que le dict Sr cardinal dict que la Royne de Navarre, plus de
douze jours auparavant, luy en avoit en substance mand le contenu, 
la mesure que les depputez, durant le pourparl, le luy escripvoient,
et qu'il faisoit grand difficult que la paix se peult conclure l
dessus, qu'il ne leur ft en quelque chose mieulx satisfaict, et en
quelque aultre plus seurement pourveu. Je mettray peyne de savoir si
la dicte Dame a trouv fondement en sa dicte difficult, veu qu'elle
m'a dict que ses plus savantz prescheurs maintenoient, par
tesmoignages de l'escripture saincte, que nulle eslvation contre son
prince, ny mesmes pour la conscience, peult estre juste ny
raysonnable.

Il semble qu'on ayt icy asss d'opinion que la paix se conclurra, et
nantmoins je n'entendz qu'on rvoque l'ordonnance des deniers pour
Allemaigne, bien qu'aulcuns estiment que les leves de gens de guerre
sont retardes pour attandre quelle fin le dict traitt prendra; et se
parle beaulcoup plus,  ceste heure, des aprestz du prince d'Orange
que de ceulx de Cazimir, et qu'encores que en Flandres ne s'en face
aulcun semblant, que nantmoins le duc d'Alve ne laysse de pourvoir
secrectement  ses affres; dont ceulx cy ont quelque adviz de ses
aprestz, et mesmes tiennent pour asss suspectz ceulx qu'ilz entendent
qu'il faict pour la mer, qui ne peuvent, ce leur semble, estre dressez
contre le dict prince; et par ainsy, doubtent que ce soit contre eulx,
mais ilz monstrent de ne les craindre guires. La composition des
deniers et merchandises, arrestes par de sur les subjectz du Roy
d'Espaigne, se poursuyt toutjours. Il est vray qu'il semble qu'on
attand la responce d'une dpesche, que le duc d'Alve, aprs le retour
du Sr Chapin en Flandres, a faicte au Roy son Mestre sur ceste affre,
qui n'est encores venue.

Je ne puys avoir certitude des prsentes choses d'Escoce, et semble
que le Sr Randolf mesmes, qui est sur le lieu de la part de ceste
Royne, ne peult comprendre quelles elles sont, et qu'il en escript
confuzment. Le comte de Lenoz se prpare toutjours pour y aller;
mais il creinct quelque malle adventure par dell, et n'ayant la dicte
Royne d'Escoce faulte d'adviz en ses propres affres, elle nous a
faict tenir celluy que je vous envoye duquel nous mettrons peyne d'en
avoir plus grande vriffication; et d'aultant qu'avec icelluy vous
verrez, Sire, l'instance qu'elle me prie de vous fre pour son
secours, il ne sera besoing de le vous exprimer davantaige, si n'est
pour vous dire, Sire, que peu d'ayde  ce commancement vous pourra
espargner les frays d'ung grand secours, que possible cy aprs vous y
vouldriez avoir envoy; lequel, ou n'y pourra lors passer, ou n'y
viendra jamais asss  temps. Je ne say si, suyvant mes prcdantes
lettres, ceste Royne vouldra entendre  quelque bon expdiant avec la
dicte Royne d'Escoce, elle m'a faict dmonstration d'y estre assez
bien dispose; mais la dicte Royne d'Escoce a trop d'ennemys en ceste
court.

La dicte Royne d'Angleterre m'a faict dellivrer trois Franoys qui
estoient prisonniers  Colchester, et m'accorde ordinairement, et fort
librallement, les provisions de justice que je luy demande pour voz
subjectz. Il est vray que ceulx de son conseil m'ont faict escripre
par le juge de l'admyrault que, s'il n'est faict rayson  trois
Anglois, qui vont pourchasser la restitution de leurs biens 
Granville en Bretaigne, qui leur a est deux et trois foys desnye,
que les Bretons ne s'esbahyssent plus s'ilz n'ont dellivrance des
biens qui leur seront prins ou arrestez par de; vous supliant, Sire,
mander au Sr de La Roche, cappitaine du dict Granville, qu'il les leur
face dellivrer, et que dorsenavant Vostre Majest commande estre
mieulx pourveu  l'administration de la justice aux dicts Anglois en
Bretaigne, qu'ilz disent qu'ilz n'y en ont heu jusques icy; et sur ce,
etc.

     Ce XXVIe jour de febvrier 1570.

   Sur la fin de la prsente m'est venu advis qu'il y a heu
   rencontre, sur la frontire du North, entre millord Dacres, qui
   se retirait en Escoce avec quelque troupe, et milord de Housdon
   gouverneur de Barvich, qui l'a vollu empescher.

   EXTRAICT de la lettre de la Royne d'Escoce  Mr l'vesque de Roz,
   son ambassadeur.

   J'ay receu, par ce pourteur, la lettre que m'avez escripte du VIe
   du prsent, et suys fort marrye de vostre emprysonnement,  ceste
   heure que mes affres ont grand besoing de vous, sur le poinct
   qu'on m'a dict que le Roy a accord d'envoyer deux mil hommes en
   Escoce; je vous prie, sollicitez Mr l'ambassadeur de fre
   instance  son Mestre qu'il les veuille haster, et advertissez
   l'arsevesque de Glasco et Rollet, de faire le mesme par dell. Je
   vouldrois bien entendre quel secours nous aurons de Flandres. Je
   crains qu'il sera asss petit, et qu'il viendra bien tard; car
   j'entends que desj la Royne d'Angleterre faict lever une arme
   de douze mil hommes en ce pays, et en veult envoyer, du premier
   jour, trois mil en Escoce, et puys aprs, y fre acheminer le
   reste par mer et par terre, avec intention, comme on dict,
   d'avoir, ou par moyen, ou par force, mon filz en ses mains, et
   puys aprs disposer de ma vie. Mais, si Dieu m'est favorable,
   comme je n'en doubte poinct, je ne crains poinct cella;
   nantmoins, je vous prie trs affectueusement de le nottifier
   aulx ambassadeurs, affin que, s'ilz m'ayment et ayment mes
   affres, qu'ilz procurent de fre envoyer en dilligence le
   secours en Escoce. Il est bruict que le Roy d'Espaigne est fort
   mallade, et que le Roy a aultant  fre dedans son royaulme comme
   auparavant, et qu'il n'a peu fre la paix avecques ses subjectz,
   dont vous prie m'en faire entendre la vrit.

   EXTRAICT d'aultre lettre escripte par la dicte Royne d'Escoce 
   Jehan Cobert, secrtaire de Mr de Roz, du XIIIe febvrier 1570.

   Jehan Cobert, si vostre mestre est si estroictement gard qu'il
   ne puisse vaquer  mes affres, ne faillez de trouver quelque
   moyen de me donner toutjours adviz des occurrences, le plus
   souvent que vous pourrez. Faictes mon excuse  Mr l'ambassadeur
   de France, si je ne luy escriptz par ce pourteur, car je ne m'ose
   fyer en luy; supliez le de parler  la Royne pour vostre mestre;
   et luy dictes que c'est Huntington qui, par malice, a procur son
   emprisonnement; car luy mesmes m'a dict qu'il se vengeroit de
   luy. Priez le aussi, en mon nom, de solliciter le Roy, son
   Mestre, comme je le mande en l'aultre lettre, de haster le
   secours; car il peult veoir le grand dangier en quoy mon royaulme
   et mon filz et moy sommes.




XCIIe DPESCHE.

--du dernier jour de febvrier 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Callais, par le sire Crespin de Chaumont_.)

  Dtails circonstancis de la rencontre qui a eu lieu entre milord
    Dacre et milord Houston; dfaite de milord Dacre qui a t
    forc de se rfugier en cosse.


     AU ROY.

Sire, au fondz de la lettre que j'ay escripte, le XXVIe du prsent 
Vostre Majest, j'ay faict mention d'ung rencontre naguires advenu
vers la frontire du North, du cost d'Escoce, entre millord Dacres et
millord de Housdon, subjectz de ce royaulme, de quoy la confirmation
est despuys arrive, qui se racompte ainsy: c'est que ayant la Royne
d'Angleterre, pour aulcuns soupeons du dict millord Dacres, et parce
qu'il diffroit de venir devers elle, mand  millord Housdon de
l'aller surprendre, le plus secrectement qu'il le pourroit fre, en
une sienne mayson, o il s'estoit retir douze mil prs l'Escoce;
icelluy Dacres, ayant descouvert l'entreprinse, le jour auparavant
qu'elle deust estre excute, par l'interception d'aulcunes lettres,
o il vit que desj le dict de Housdon avoit mand  millord Scrup se
trouver en certain lieu avec deux mil hommes, et qu'il s'y rendroit 
heure dtermine avec mil chevaulx et cinq centz harquebouziers de la
garnyson de Barvich, pour l'aller assiger, il fit dilligence d'en
advertyr incontinent ceux qui estoient en la frontire d'Escoce; et,
de sa part, il dliberra d'assembler ce qu'il pourroit des siens pour
aller combattre l'une des deux troupes, avant qu'elles se peussent
joindre. Et ainsy, en une nuict, il mict ensemble trois mil hommes,
et, le matin, alla rencontrer ceulx qui estoient sortys de Barvich, et
prsenta la bataille au susdict de Housdon; lequel, se trouvant avoir
de meilleures gens et mieulx quips que luy, bien que en moindre
nombre, se rsolut de le combattre, et nantmoins fit semblant de se
retirer, affin d'attirer l'autre en ung lieu estroict, o avec
l'harquebouzerye il le deffyt, et luy tua quatre centz des siens, et
en print cent ou six vingtz de prisonniers. Et  peine se ft saulv
le dict Dacres mesmes, sans ce qu'il se descouvrit quelques gens de
cheval, en compaignie, qui lui venoient au secours,  la faveur
desquelz il se retira, avec tout le reste, en Escoce. Quoy qu'il y
ayt, Sire, et que ce rcit, qui vient de la court, soit  l'advantaige
de ceste Royne, elle et ceulx de son conseil sont bien fort marrys de
la retrette du dict Dacres, qui est, aprs le duc de Norfolc, ung des
plus principaulz hommes de ce royaulme. Et sur ce, etc.

     Du dernier jour de febvrier 1570.




XCIIIe DPESCHE

--du IIIIe jour de mars 1570.--

(_Envoye jusques  la court, par le Sr de Sabran_.)

  Irritation cause  Londres par la nouvelle de l'expdition
    prpare en France pour porter des secours en cosse.--Effet
    produit par cette nouvelle sur la reine d'Angleterre, dont elle
    change tout--coup les dispositions  l'gard de la
    France.--Rsolution d'lisabeth de porter ses armes en cosse,
    et de secourir ouvertement les protestants de la
    Rochelle.--_Mmoire_: dtails des prparatifs faits sur mer en
    Angleterre pour empcher le secours de France d'arriver en
    cosse.--Affaires de l'cosse et des Pays-Bas.--Demande faite
    par l'Espagne que le commerce avec l'Angleterre soit interdit
    en France.--_Mmoire secret_: dispositions des seigneurs
    anglais, qui sont poursuivis en justice,  soutenir les efforts
    de la France.--Vives instances du duc de Norfolk pour que la
    reine d'cosse soit promptement secourue.--Proposition faite
    par l'ambassadeur  Leicester d'appuyer de tout le crdit de la
    France son mariage avec lisabeth; sous la condition de la
    restitution de Marie Stuart.

     AU ROY.

Sire, je n'avois poinct est encore plus favorablement ouy de la Royne
d'Angleterre, et n'avois point receu d'elle meilleures responces sur
les choses, que je luy ay ordinairement proposes de vostre part,
despuys que suys par de, que en ceste dernire audience du XXe du
pass, ny les seigneurs de son conseil ne m'avoient plus privement
traict, ny ne s'estoient monstrez plus favorables  me parler des
affres de ce royaulme que ceste dernire foys; de sorte que je m'en
retournay asss satisfaict, et au moins avec quelque opinion que les
choses seroient pour aller de bien en mieulx entre Voz Majestez et voz
deux royaulmes; mesmes qu'ung du dict conseil passa si avant de me
dire que, pour quelques occasions s quelles la France n'estoit
poinct mesle, j'entendrois bientost parler d'ung armement que,
longtemps y a, l'Angleterre n'en avoit gect ny de plus grand, ny de
plus brave sur mer; et qu'il ne failloit que j'en prinsse aulcun
souspeon, car tant s'en failloit que ce ft contre Vostre Majest,
qu'il n'y auroit rien qui ne ft  vostre bon commandement: et oultre
cella, la dicte Dame me tint lors toutz propos fort bons sur les
affres de la Royne d'Escoce, et sur la bonne disposition, en quoy
elle estoit, d'entendre  quelque bon expdiant avec elle, s'il
playsoit  Vostre Majest de le mettre en avant.

Par lesquelles choses j'estimay, Sire, que les plus modrez d'auprs
de ceste princesse eussent gaign ung grand poinct envers elle, mesmes
que je sceuz, avant que partir de l, que le comte d'Arondel avoit
est mand en court pour le desir que la dicte Dame monstroit avoir de
regarder, avec son conseil et avec sa noblesse, les moyens qu'il luy
falloit tenir, tant envers les princes ses voysins que envers ses
subjectz, pour maintenir la paix dehors et dedans son royaulme. De
quoy les passionnez, qui ont le crdit, monstroient n'estre
aulcunement contantz: et voycy, Sire, ce que, deux jours aprs, leur
est venu en main pour divertir le bon cours de ces affres, et pour
altrer les choses plus que jamais, c'est que, par les lettres de Mr
Norrys et par celles du Sr Randolf, qui en mesme jour sont arrives de
France et d'Escoce, du XXIIe du pass, ilz ont eu adviz que Vostre
Majest prparoit d'envoyer ung nombre de gens de guerre en Escoce,
qui se doibvent embarquer en Bretaigne le IIIe jour de may prochain;
ce qui leur a donn de quoy si bien irriter la dicte Dame et ceulx de
son dict conseil que, toutes aultres choses dlaysses, ilz se sont
miz aprs  consulter et dellibrer comme ilz pourront empescher ou
prvenir ceste vostre entreprinse; dont j'ay baill une instruction au
Sr de Sabran de tout ce que, pour ceste heure, j'ay peu descouvrir de
leurs prparatifz et aprestz en cella, ensemble du prsent estat des
aultres choses de de, auquel me remectant, je prieray, etc.

     Ce IVe jour de mars 1570.


     A LA ROYNE.

Madame, ce n'est de mon gr que je donne  Vostre Majest des adviz,
qui quelques foys sont bien contraires et divers  ceulx que
auparavant je vous ay mandez; mais le changement et la contrarit,
qui sont asss ordinaires en ceulx de ceste court, me contraignent
d'en user ainsy; dont Vostre Majest, s'il luy playt, m'en excusera
sur le soing que j'ay de luy mander leurs actions et dellibrations,
ainsi clairement et par le menu, comme, jour par jour, je les puys
aprendre et descouvrir. Il n'y a que huict jours que ceste princesse
se monstroit bien dispose envers Voz Trs Chrestiennes Majestez, et
de ne cercher rien tant que de vous contenter et complaire en ce qui
luy estoit propos de vostre part, et de vouloir vivre en grand paix
et repos en son royaulme, chose fort sellon sa naturelle inclination;
mais, aussitost qu'on luy a raport qu'il se prparoit en France des
gens de guerre pour passer en Escoce, il n'est pas  croyre combien la
grande jalousie de sa cousine, laquelle s'est reprsente en cella,
luy a soubdain faict changer son premier bon propos; et comme, en lieu
d'aller par moyens paysibles, ainsy qu'elle disoit, ez choses
d'Escoce, elle a propos meintennant d'y procder par les armes. La
dicte Dame estoit lors aprs  espargner l'argent, meintennant elle
ne parle que d'en despendre; elle cerchoit de payer et  ceste heure
d'emprumpter; elle disoit vouloir regaigner par douceur ses subjectz,
meintennant elle faict resserrer plus que auparavant ceulx qui sont en
prison; et crainctz asss, Madame, que l'affection, qu'elle disoit
avoir  la pacification de vostre royaulme, se soit desj change 
ung contraire dsir de vous y nourryr les troubles, si elle peult,
comme desj l'on m'a dict qu'elle est pour se monstrer plus libralle
 promettre secours et assistance  ceulx de la Rochelle, qu'elle n'a
faict jusques icy. Je la verray sur la premire occasion de quelque
dpesche de Voz Majestez, et mettray peyne de notter les
particullaritez de ses propos, affin de fre quelque jugement de ses
dellibrations. Sur ce, etc.

     Ce IVe jour de mars 1570.

   INSTRUCTION pour satisfre Leurs Majestez sur le contenu de la
   dpesche, comme s'ensuyt:

   Que, le XXe du pass, la Royne d'Angleterre se monstroit bien
   dispose envers Leurs Trs Chrestiennes Majestez et envers leurs
   prsens affres, avec bonne affection  la paix de leur royaume,
   et d'estre preste, pour l'amour d'eulx, de condescendre  des
   expdiens gracieulx avec la Royne d'Escoce, et me dict l'ung des
   seigneurs de son conseil qu'elle avoit ung grand contantement de
   veoir que Leurs dictes Majestez, ny nul de leurs ministres,
   n'estoient meslez en ces choses du North.

   Ung autre des seigneurs du dict conseil, me parlant en affection
   d'aulcuns aprestz, qu'on faisoit contre la dicte Dame, en un
   endroict qui, sellon qu'il me le dsigna, ne pouvoit estre sinon
   Flandres, me dict qu'ilz estoient aprs, de leur cost, 
   prparer en dilligence ung des plus grandz et des plus braves
   armemens qu'ilz eussent, longtemps y a, miz en mer, et qu'on
   cognoistroit que, si l'Angleterre n'estoit pour assaillir ung
   aultre estat, qu'elle estoit suffisante pour deffandre le sien,
   et que, continuant ainsy la bonne paix, comme elle faisoit,
   avecques le Roy et la France, ilz n'avoient que bien peu 
   craindre le reste de leurs voysins.

   Le troisiesme jour aprs, estantz deux pacquetz, l'un de Mr
   Norrys et l'aultre du Sr Randolf, arrivez de France et d'Escoce,
   quasi en mesmes heure, et avec conformit d'ung mesmes advis de
   certain nombre de gens de guerre, qu'ilz ont mand que le Roy
   prparoit d'envoyer en Escoce, qui se debvoient embarquer en
   Bretaigne, le IIIe de may, et estre conduicts par le Sr Estrocy,
   la dicte Dame fit incontinent assembler l dessus son conseil,
   o, du bon estat que les choses monstroient estre deux jours
   auparavant, elles furent, par la contention des mal affectionnez,
   soubdain converties en une prsente aygreur; et voicy ce que
   j'entendz qui fut l arrest:

   Que Mr Bach, pourvoyeur de la marine, seroit promptement mand
   pour lui enjoindre de mettre en ordre et en bon quipage toutz
   les grandz navyres de guerre de la dicte Dame, affin d'estre
   prestz dans la fin de mars ou au commencement d'avril, avec trois
   mil bons hommes dessus, avytaillez pour un moys, affin de servir
   aulx deux effects; l'ung, de rsister aux entreprinses de
   Flandres, et l'aultre, pour empescher le passaige et la descente
   des Franoys en Escoce;

   Que le comte de Sussex et Raf Sadeller s'en yroient au Nort, et
   lveroient six mil hommes, qu'ilz envoyeroient le plus tost
   qu'ilz pourroient en Escoce, et en prpareraient aultres douze
   mil pour doubler et tripler les premiers, s'il estoit besoing;

   Que ceste mesmes leve pourroit servir  rprimer les esmotions
   qu'on craignoit au dict pays, et servyroit aussi pour tenir la
   main forte  l'excution de justice qu'on y prtendoit fre
   contre ung nombre de gentishommes, qu'on a trouvez coulpables de
   la premire ellvation;

   Que, pour subvenir  telles choses, l'on dresseroit trois estapes
   de vivres et de monitions pour les pouvoir transporter par mer o
   le besoing le requerroit, l'une  Londres, l'aultre  Rochestre,
   et la troisiesme, laquelle j'ay la plus suspecte,  Porsemue, car
   c'est vis  vis du Havre de Grce;

   Que courriers seraient promptement dpeschez par toutes les
   provinces avec lettres aulx officiers, pour fre advertissement 
   ung chacun de se tenir pourveuz d'armes et de chevaulx sellon les
   ordonnances, et d'estre prestz pour marcher, quand ilz seront
   mandez;

   Que Me Grassein feroit dilligence de trouver promptement
   cinquante mil livres d'esterlin parmy les merchans pour subvnir
   au prsent besoing de la dicte Dame, oultre et par dessus la
   somme de quarante cinq mil livres d'esterlin desj ordonnes pour
   Allemaigne;

   Que les affres de la Royne d'Escoce et les propositions qui se
   mettoient en avant pour sa restitution, et pour la dellivrance de
   l'vesque de Roz, son ambassadeur, seroient mises en surcance et
   elle ung peu plus resserre;

   Et seroit pareillement surcise la dellibration, en quoi l'on
   estoit, de pourvoir  la libert du duc de Norfolc, sur la
   caution qu'il offroit de deux centz mil livres d'esterlin; et 
   l'eslargissement de millord de Lomel; et  rappeler en court et
   au conseil le comte d'Arondel, et que les dicts seigneurs
   seroient plus observez et resserrez que auparavant.

   Et m'a l'on dict, dont je suys aprs  le vriffier, qu'il fut
   aussi l arrest que la dicte Dame se monstreroit plus libralle
   et prompte, qu'elle n'avoit faict jusques ici,  accorder secours
    ceulx de la Rochelle pour meintenir la guerre en France, affin
   de divertyr celle toute aparante, qui s'alloit susciter dans
   ceste isle pour les choses d'Escoce.

   Despuys, est survenu ce rencontre en la frontire du North,
   lequel aulcuns disent n'avoir tant succd au dsadvantaige de
   millord Dacres, comme le filz de millord de Housdon, qui en a
   port les premires nouvelles, l'a publi; et qu'il y est mort
   plus de deux centz soldatz de la garnyson de Barvich, et qu'il a
   apareu ung si notable secours, qui venoit d'Escoce au dict
   Dacres, qu'on a heu asss de doubte d'une surprinse sur Varvich,
   dont ceulx cy font plus grand dilligence que jamais de haster les
   ordonnances et provisions dessus dicts.

   Quant  l'estat des choses d'Escoce, j'entendz que les comtes
   Morthon, Mar, Mareschal et millord de Lendzey ayantz, avec leurs
   complices, relev en ce qu'ilz ont peu la part du feu comte de
   Mora, ont transfr toute l'authorit au dict de Morthon, lequel
   se trouve meintenant dans l'Islebourg, assist de la faveur de la
   Royne d'Angleterre; et semble qu'il veut establyr le comte de
   Lenoz rgent au dict pays  la dvotion de la dicte dame;

   Que les comtes d'Arguil, d'Onteley, d'Atil et aultres bons
   subjectz de la Royne d'Escoce, ayantz tenu une assemble prs de
   Dombertran, o le Sr de Flemy s'est trouv, ont dellibr de
   s'achemyner vers l'Islebourg, pour ordonner, en quelque bonne
   faon, de l'estat des choses, et qu'ilz veullent que le duc de
   Chatellerault preigne le gouvernement; et que, pour le
   commencement, il l'ayt au nom du jeune prince, affin qu'il y
   interviegne tant moins de contradiction: mais le dict duc, qui
   est encores prisonnier au chasteau de l'Islebourg, demeure
   fermement rsolu de n'accepter aulcune charge, sinon au nom et
   sous l'auctorit de la Royne. Il s'espre quelque convocation
   d'Estatz au dict pays, le IIIIe du prsent; ce qui s'en entendra,
   je ne fauldray de le mander  Leurs Majestez. Il semble qu'on n'a
   trouv Ledinthon si bon Anglois qu'on cuydoit, et qu'il est tout
   du dict duc de Chatellerault.

   Ceulx qui jugent des dicts affres d'Escoce, et qui dsirent la
   restitution de la Royne au dict pays, et y vouldroient veoir
   succder les choses sellon l'intention du Roy, disent que, sans
   venir  guerre ouverte avecques ceste Royne, il se pourra (avec
   vingt ou trente mil escuz et deux personnaiges de bonne qualit
   qui saichent, au nom du Roy, runyr et accorder les seigneurs du
   pays, et avec demy douzaine de capitaines pour conduyre leurs
   gens de guerre, et quelques monitions et armes), fre ung si bon
   fondement dans ce royaume que les effortz des Anglois n'y
   pourront en rien prvaloir; mais il fauldroit que cella y passt
   tout promptement, avant que ceulx cy soyent sur mer.

   L'accord des deniers et merchandises d'Espaigne se poursuyt
   toutjour fort instantment, et pourra bien estre que, quant aulx
   deniers, il preigne encores quelque tret, pour attandre celle
   lettre du Roy d'Espaigne, par laquelle il veuille advouher que la
   somme est  des merchans; mais, quant aulx merchandises, j'estime
   que cella sera bientost conclud, parce qu'il se dpesche quatre
   principaulx merchans de ceste ville avec gnralle procuration
   pour en aller, en compaignie du Sr Thomas Fiesque, tretter avec
   le duc d'Alve  Bruxelles; et doibvent partyr dans ceste
   sepmayne. Dont le Roy pourra fre incister sur l'ung et sur
   l'autre de ces deux poincts envers le duc d'Alve, qu'il n'en
   veuille accommoder les Protestans, ains entretenir et prolonger
   la matire, au moins jusques aprs l'est prochain; dont, de ma
   part, je travailleray, aultant qu'il me sera possible, d'y fre
   toutjour naistre quelque difficult, et il s'y en trouveroit
   asss du cost mesmes de ceulx cy, n'estoit la craincte qu'ilz
   ont du Roy sur les choses d'Escoce.

   Je suys bien fort press par l'ambassadeur d'Espaigne de suplier
   Leurs Majestez Trs Chrestiennes qu'ilz veuillent exclurre aux
   Anglois le commerce de la France, parce que, nonobstant la
   suspencion d'entre l'Angleterre et les Pays Bas du Roy son
   Mestre, ilz ne layssent d'estre accommodez, par le moyen des
   Franoys, des choses qu'ilz ont besoing d'Espaigne; lesquelles,
   pour le gain, ilz leur aportent toutjour en abondance, bien que
   ceulx cy se monstrent aussi difficilles de n'admettre les
   merchandises d'Espaigne ny de Flandres par de, comme l'on le
   pourroit estre en Espaigne ou en Flandres d'y recepvoir celles
   d'Angleterre; tant y a qu'avec des moyens cella se conduict, et y
   a quelcun qui, au nom des Catholiques de ce royaulme, m'est venu
   prier pour la dicte exclusion de traffic, comme de chose laquelle
   admneroit bientost une telle ncessit en ce pays, qu'on s'y
   eslveroit contre ceux qui gouvernent; en quoy Sa Majest
   considrera ce qui est le plus expdient et le plus utille pour
   son service, car je crains que par l l'on s'incommoderoit asss
   pour accommoder aultruy.

   Sur la closture de ceste dpesche, le Sr de Garteley est arriv,
   qui m'a dict que le secours pour Escoce est desj tout prest en
   Bretaigne, dont semble estre fort requis de le haster de partir,
   affin de prvenir ceux cy, lesquelz sont tous rsoluz de getter
   dehors, avant la fin de ce moys, quinze grandz navyres des
   premiers prestz pour nous empescher la mer.

   AULTRE INSTRUCTION A PART.

   Ce qui est advenu de nouveau en la frontire entre millord Dacres
   et millord de Housdon, joinct les faons dont l'on continue de
   procder de plus en plus fort rudement contre ces seigneurs qui
   sont arrestez, et d'observer de prs le reste de la noblesse,
   descouvre asss qu'il y a une grande contrarit dans ce royaume
   tant sur la religion, et sur le faict de la Royne d'Escoce, et
   sur les divers tiltres de la succession de la couronne, et sur
   l'emprisonnement des grandz, que pour ung gnral malcontantement
   contre ceulx qui gouvernent.

   Et semble que le duc de Norfolc est plus que jamais dsir d'ung
   chacun, mais il demeure fermement rsolu en soy mesmes de ne
   pourchasser sa libert par nulle aultre voye que par celle de
   l'quit de sa cause; en quoy il se persuade d'avoir ung trs bon
   et trs asseur fondement, lequel il ne veult aucunement altrer;
   mais les aultres seigneurs, qui ne sont si resserrez que luy,
   sont dellibrez que, si, dans quinze jours, ilz ne se peuvent
   prvaloir, ou pour le dict duc ou pour eulx; de leurs amys et
   moyens de court, qu'ilz se rsouldront  cercher d'aultres
   expdians, et m'ont faict remercyer du reffuge et retrette que je
   leur ay dict que le Roy leur donroyt en son royaume.


Or, se trouvans les comtes de Northomberland et de Vuesmerland et
millord Dacres, qui sont trois bien principaulx personnaiges de ce
royaume, et quelque nombre de gentilshommes de ce pays avec eulx,
meintennant fuytifz en Escoce, toutz bien affectionnez  la Royne
d'Escoce et bien fort catholiques; et desirant le duc de Norfolc, de
sa part, que les affres de la dicte Dame y soient secouruz,
nommement du cost de France, il est  esprer que, s'il playt au Roy
de les favoriser en quelque bonne sorte, non suspecte  ces seigneurs
angloys partisans de la dicte Dame, qu'elle et son royaulme pourront
estre prservez contre les entreprinses de l'Angleterre  honneur et
utillit de la France, et la Royne d'Angleterre et les siens divertys
de ne pouvoir tant nuyre, comme ilz font en aultres endroicts, aulx
affres du Roy, non sans que Sa Majest se forme, par ce moyen, ung
bon nom, et possible quelque bonne part en l'affection de ceulx de
ceste isle.

Le duc d'Alve,  la vrit, a des ambassadeurs escooys, et anglois
devers luy pour avoir secours, et il a escript par de qu'il est tout
prest de le bailler, mais que nul de ceulx qui sont venuz ne luy sayt
donner compte du temps, du lieu, de la forme et des condicions qu'ilz
veulent avoir le dict secours, et qu'il ne veult advanturer l'honneur
et les affres de son Mestre, de mettre en vidence un telle
entreprinse, sans y voyr bon fondement. Par ainsy, il sollicite que
quelcun des principaulx le vienne trouver pour conclurre avecques luy
de toutes les particullaritez du dict secours; et, de tant que le duc
de Norfolc a suspect ce qui vient de ce coust l, il me faict
solliciter de haster l'assistance du Roy en faveur de la Royne
d'Escoce.

Le comte de Lestre, en une prive confrance qu'avons heu ensemble,
m'a dict que la Royne, sa Mestresse, avoit est naguires presse par
ceulx de son conseil de prendre party, affin de remdier tout  ung
coup  plusieurs difficultez qui se prsentent en son royaulme, et
qu'elle, de son cost, s'estoit monstre, encores ce coup, aussi
dgouste de mariage, comme toutes les aultres foys qu'on luy en avoit
cy devant parl; mais enfin elle leur avoit respondu que, si pour
annuller les divers tiltres qu'on prtend  sa succession, lesquelz
mettent en division son royaulme, elle estoit contraincte de se
maryer, qu'elle est toute rsolue de n'espouser point de ses subjectz.

Je luy ay respondu qu'il savoit bien que Leurs Majestez Trs
Chrestiennes avoient toutjours heu dsir que ce ft luy qui tint ce
lieu, et que ceste leur bonne vollont continue encores, dont ne
failloit sinon qu'il regardt comment les y employer; que de ma part
je luy serviray de bon cueur; que le temps sembloit fre pour luy,
parce que tout le royaulme plyoit meintennant au dsir de la dicte
Dame, et les principaulx qui estaient travaillez concouroient toutz 
luy complayre, pourveu qu'il fit quelque chose pour eulx; et la Royne
d'Escoce, qui pouvoit asss dans ceste isle, favorisoit ses nopces,
s'il favorisoit sa restitution; et quoy qu'il y eust, puysqu'il estoit
ainsy advanc en la bonne grce de la dicte Dame, qu'il advist de
prendre ce premier lieu, et  tout le moins de ne le laysser aller 
nul, qui ne luy sache le bon gr de l'y avoir miz.

Il m'a rendu plusieurs bonnes parolles de mercyement, pour les mander
de sa part  Leurs Majestez, et, aprs m'avoir touch ung mot de
l'extrme dplaysir, que la Royne, sa Mestresse, avoit du mariage de
la Royne d'Escoce avec le duc de Norfolc, il m'a pri qu'en une de mes
audiences, je face venir  propos  la dicte Dame que, pour obvier
aulx inconvnians o elle et son royaulme pourront tumber par les
diverses prtencions de sa succession, qu'ung chacun estime qu'elle
feroit bien de se maryer, et que le Roy avoit toutjour desir que,
s'il ne pouvoit pour luy ou les siens avoir ce bien, que au moins,
pour vitter la jalouzie de quelque aultre party estrangier, ce ft
quelque bien heureulx de ce royaulme qui y parvnt, ce que je ne luy
ay reffus de fre; mais j'attendray l dessus le commandement de
Leurs Majestez.




XCIVe DPESCHE

--du IXe jour de mars 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Callais, par Olyvier Cambernon_.)

  Affaires d'cosse.--Crainte de l'ambassadeur que tous ses efforts
    ne puissent empcher la guerre d'clater.--Son dsir de voir
    donner satisfaction sur les diverses plaintes d'lisabeth
    contre la conduite tenue  l'gard des Anglais en
    France.--Mission du Sr de Garteley.--Arrt prononc contre
    milord de Lomeley.--Nouvelles des Pays-Bas.


     AU ROY.

Sire, quant j'ay dpesch le Sr de Sabran devers Vostre Majest, le
IIIIe de ce moys, je l'ay instruict, le plus particullirement que
j'ay peu, de l'estat des choses qui se passent icy, lesquelles
continuent en l'apareil de guerre, qu'il vous aura dict, de lever
toutjours soldatz en ceste ville de Londres et ez envyrons, pour les
envoyer au North; et dilligenter l'aprest des navyres; et fre les
provisions pour iceulx; et cercher deniers de toutes partz, bien que
la malladie, intervenue l dessus, de Mr le comte de Lestre, a donn
quelque peu de retardement aulx dellibrations de ce conseil, lequel
ne s'est assembl durant son grand mal, mais  prsent il se porte
bien; et aussi que toutz en ces choses ne se sont trouvez d'accord en
ceste court, nantmoins j'entends qu'on y a rsoluement conclud
l'entreprinse d'establyr, par toutz les moyens qu'on pourra, le
gouvernement d'Escoce ez mains de ceulx qui ont relev la part du
comte de Mora, parce qu'ilz se monstrent fort contraires aulx fuytifz
d'Angleterre; et se soubmettent  la protection de ceste Royne; et luy
demandent le comte de Lenoz pour rgent; qui sont choses qu'elle
trouve bonnes, et qui sont conformes  ce qu'elle desire pour tenir
le dict royaulme divis, et avoir toutjour l'une des partz  sa
dvotion. Je ne say si l'assemble des Estatz, qu'on attandoit au
dict pays le IIIIe du prsent, aura est tenue, et si elle aura heu
nul effect; il ne s'en dict encores rien, et croy qu'il sera bien
tard, quant j'en auray des nouvelles, car l'on tient les passaiges
bien fort serrez.

Cependant la Royne d'Angleterre est entre en grand deffiance sur ce
que Mr Norrys son ambassadeur luy a escript que Voz Majestez Trs
Chrestiennes luy ont tenu quelque propos fort exprs sur les affres
de la Royne d'Escoce et de son royaulme; duquel je n'ay encores
entendu le particullier, sinon qu'on m'a dict que la dicte Dame en est
fort fche, joinct que, par le mesmes pacquet, le dict ambassadeur
luy a envoy ung discours, imprim  Paris, sur les troubles de son
royaulme, qui ne parle  l'advantaige d'elle ny de ceulx qui
gouvernent ses affres; et d'abondant elle a sceu qu'un homme de son
dict ambassadeur a est naguyres arrest  Amiens, et que son
pacquet, qu'elle luy avoit baill  porter, luy a est ost;
desquelles choses il n'est pas  croyre combien elle s'en trouve
offance, et combien les siens en sont mutinez, jusques  dire qu'il
vauldroit mieulx venir  une guerre dclaire, et que leur ambassadeur
s'en retornt, et que je me retirasse, que d'user de tels dportemens;
dont, de tant que je les ay fort asseurez que la publication du dict
discours, ny la dtention du pacquet ny du messagier, ne sont
aulcunement procdes du vouloir ny commandement de Voz Majestez, je
vous suplie trs humblement, Sire, qu'il vous playse luy en fre
donner quelque satisfaction, comme d'accidens que vous n'aviez ny
prveuz, ny pensez, et luy fre aussi satisfre sur une pleinte,
qu'elle m'a faicte renouveller, de certains pescheurs de Dipe et
aultres de dell, qui abusent en la coste de de de leur forme de
pescher et de leurs filetz contre l'ordonnance du pays, affin de ne
mesler si petites choses avec les plus grandes, qu'avez  dmesler
ensemble.

Le Sr de Garteley s'en est revenu trs contant en toutes sortes de Voz
Majestez; il a heu cong de passer en Escoce, mais non d'aller veoir
la Royne sa Mestresse,  laquelle toutesfoys nous avons trouv moyen
de fre entendre tout l'effect de son voyage, de quoy je m'asseure
qu'elle aura receu grande consolation.

Millord de Lomell a heu ampliation de son arrest, luy ayant est
permiz d'aller demeurer avec le comte d'Arondel son beau pre 
Noncich, et de pouvoir jouyr de l'air et de l'esbat des champs deux
mil  l'entour, ce qui donne esprance de veoir bientost quelque
modration ez affres de ces seigneurs.

Les depputez de Flandres, estantz prestz  partir, ont trouv quelque
deffectuosit en leurs charges et pouvoirs qui les a retardez huict
jours, mais j'entendz qu'ilz s'acheminent demain, et le Sr Thomas
Fiesque avec eulx, avec opinion de pouvoir accorder facilement le
faict des merchandises, mais difficilement celluy des deniers. Sur ce,
etc.

     Ce IXe jour de mars 1570.




XCVe DPESCHE

--du XIIIIe jour de mars 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet_.)

  Contentement de la reine d'Angleterre au sujet de la satisfaction
    qui lui a t donne sur l'une de ses plaintes.--Impossibilit
    de connatre quelles sont ses vritables intentions  l'gard
    de la France.--Continuation des apprts maritimes et des
    prparatifs contre l'cosse.--Ncessit de prendre des mesures
    pour empcher le capitaine Sores de continuer ses courses sur
    mer.--Dpart des dputs envoys dans le Pays-Bas pour traiter
    des diffrends de l'Angleterre avec l'Espagne.


     AU ROY.

Sire, le jour d'aprs ma prcdante dpesche, laquelle est du IXe du
prsent, j'ay receu celle de Vostre Majest du XXIe du pass, en
laquelle j'ay trouv l'honneste satisfaction qu'il vous a pleu donner
 la Royne d'Angleterre sur celle de ces trois pleinctes que je vous
ay mand qu'elle avoit le plus  cueur, qui est du discours des
troubles de son royaulme imprim  Paris; de laquelle satisfaction,
despuys que Mr Norrys luy en a donn adviz, elle et les siens ont
monstr qu'ilz n'estoient plus si offancez comme auparavant: ce qui me
sera ung argument, la premire foys que j'yray trouver la dicte Dame,
de la prier qu'elle veuille user de pareille sincrit et
correspondance d'ung bon cueur envers Voz Majestez Trs Chrestiennes,
comme par cest acte vous luy avez monstr que vous l'avez clair et
droict, et entirement bien dispos envers elle; et luy continueray la
mesmes instance, que je luy ay ordinairement faicte, de ne porter ny
souffrir estre apport par les siens aulcun secours ny assistance 
ceulx qui troublent vostre royaulme, et qu'il n'est possible qu'ilz en
puissent tirer d'Angleterre, sans qu'elle tumbe en l'infraction des
trettez et en une manifeste ropture de la paix.

Plusieurs parlent diversement de l'intention de la dicte Dame sur le
prsent estat de voz affres; les ungs, qu'elle l'a bonne et qu'elle
incite  la paix ceulx de la Rochelle; les aultres, au contraire,
qu'elle l'a trs mauvaise et qu'elle les sollicite  la guerre. Vostre
Majest pourra asss juger ce qui en est par la condicion de ceulx qui
m'en ont donn les adviz, desquelz je rserve vous mander les noms, et
la faon des propos qu'ilz en ont tenu, par l'ung des miens que je
dpescheray bientost devers Vostre Majest.

Je n'ay encores rien entendu de l'effect de l'assemble que les
seigneurs d'Escoce debvoient tenir  l'Islebourg, le IIIIe de ce moys,
ny s'ilz ont prins nul bon expdiant entre eulx sur l'ordre et
gouvernement du pays. Bien m'a l'on dict que le comte de Morthon et le
sir Randolf ont escript  ceste Royne, que, si elle ne faict bientost
aparoistre son assistance par dell, que toutz les Escouoys cryeront
_France_ et que le nom de Vostre Majest y est bien ouy et bien receu,
et qu'ilz demandent d'avoir leur Royne; par ainsy, que le jeune prince
s'en va dboutt de l'authorit, et du nom de Roy qu'on luy a
attribu, si elle n'y remdye. Dont quelcun m'a adverty que la dicte
Dame y a envoy en dilligence six mil {lt} d'esterlin, c'est vingt mil
escuz, et que le comte de Sussex, lequel a est mallade trois
sepmaines en ceste court, mais  prsent se porte bien, partyra du
premier jour pour s'aller prsenter sur la frontire d'Escoce, avec
quatre mil hommes de pied et douze centz chevaulx, lesquelz sont
desj bien avant; et ce, principallement parce que de la dicte
frontire, despuys que millord Dacres s'y est retir, l'on a faict
cinq ou six courses en celle d'Angleterre, et brull des villaiges, et
admen plusieurs prisonniers: dont le dict Dacres a est dclair
traistre et rebelle.

J'entendz que les seigneurs de ce conseil ont fait dpescher cinq ou
six centz lettres missives  des particuliers, gentishommes du North,
pour les prier de se pourvoir en toute dilligence de quelques hommes,
et d'armes, et de chevaulx, chacun le mieulx et le plus
advantaigeusement qu'il pourra, oultre l'obligation de l'ordonnance,
affin de fre promptement ung bien relev service  la Royne leur
Mestresse, sellon l'expcialle fiance qu'elle a en eulx. Et en ceste
ville de Londres l'on lve de nouveau cinq centz harquebouziers pour
les mettre sur les cinq navyres premier pretz, qu'on dellibre getter
dehors dans huict jours; et en prpare l'on aultres dix pour les
getter,  la my apvril, dont l'argent pour les avitailler est desj
dellivr au pourvoyeur de la marine, et ne cesse l'on d'aprester aussi
toutz les aultres pour estre prestz  l'entre de l'est.

Je viens d'estre adverty que quatre vaysseaulx du cappitaine Sores ont
de rechef investy ung aultre navyre vnicien, qui partoit de ce
royaulme charg de draps, et qu'ilz l'ont prins; et, encor qu'il ne
soit si riche que les premiers, il y a nantmoins pour cinquante mil
escuz de merchandise, oultre l'artillerye et le vaysseau, qui est des
meilleurs qui se puissent trouver; et semble, Sire, qu'il est
expdiant que Vostre Majest se dellibre de pourvoir  ces grandz
dsordres de la mer, en quoy pourra estre que ceste princesse
concourra d'y ayder de son coust, s'il vous playt que je luy en face
instance.

Les depputez, qui vont devers le duc d'Alve, sont partys despuys
devant hier, et croy qu'ilz passent aujourduy la mer. J'entendz que,
oultre la commission qu'ilz portent ouvertement par escript, il leur
en a est baill une  part, pour entrer, s'ilz peuvent, en ung
gnral accord de toutes choses; et le Sr Thomas Fiesque, qui m'est
venu dire adieu, m'en a touch quelque mot, et qu'il espre avoir
charge de retourner bientost pour cest effect par de. Aulcuns
pensent qu'il s'y trouvera beaulcoup de difficultez; ce que je
croyrois, n'estoit qu'il semble que le Roy d'Espaigne sent si fort la
prinse qu'on dict que le roy d'Argel a faicte de la ville de Tunis[3],
et crainct tant que ce soit ung commancement d'attirer les
entreprinses du Turc en ces quartiers l, qu'il sera bien ayse
d'accommoder gracieusement ceste querelle qu'il a avecques ceulx-cy.
Sur ce, etc.    Ce XIVe jour de mars 1570.

  [3] Au commencement de 1570, Aluch-Aly, dey d'Alger, s'empara de
  Tunis, et chassa de ses Etats Muley Homaidah, dernier roi de
  Tunis de la dynastie des Hafsides, qui s'tait reconnu feudataire
  de l'Espagne. Les Espagnols, sous la conduite de don Juan,
  reprirent Tunis, en 1573.




XCVIe DPESCHE

--du XIXe jour de mars 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Monyer_.)

  Nouvelles de la Rochelle et d'Allemagne.--tat des affaires du
    Nord.--Succs remport par les rvolts d'Irlande.--Nouvelles
    de la reine d'cosse.

     AU ROY.

Sire, il n'y a que quatre jours qu'ung navyre de la Rochelle est
arriv, dedans lequel sont venuz aulcuns franoys qui ont est
incontinent devers Mr le cardinal de Chatillon  Chin; et luy,  ce
que j'entendz, despuys avoir parl  eulx, a faict dmonstration en
ceste court, de dsirer plus la paix que de l'esprer; et sont arrivez
aussi, dans le mesmes vaysseau, sze allemans qui s'en retournent en
leur pays asss mal contantz. Cependant le dict sieur cardinal a
envoy solliciter la subvention des esglizes protestantes de ce
royaulme, avec grand instance d'avoir promptement celle que les
estrangiers ont offerte, de laquelle il a desj retir quelque somme;
mais celle des Flamens, qui est la plus grande, ne luy est venue
entire comme il pensoit, parce qu'ilz l'avoient accorde
principallement pour le prince d'Orange, en intention qu'il descendt
en Flandres; dont, voyantz  ceste heure que c'est pour la guerre de
France, aulcuns reffuzent de payer, et m'a est raport que aus dicts
Flamens est venu ung adviz d'Allemaigne que le dict prince a bien des
forces, mais qu'il ne les peult bonnement employer durant la guerre de
France, sinon en la Franche Comt, sur le chemyn du secours qui va
trouver monsieur l'Admyral, affin de ne s'esloigner les ungs des
aultres; et m'a l'on asseur que, le neufvime de ce moys, ung facteur
du sir Grassein a est dpesch en Hembourg, pour aller donner ordre
aulx deniers, qui doibvent estre payez en Allemaigne sur le crdit des
merchans de ceste ville. Ung homme du comte Pallatin est freschement
arriv, et encores, despuys luy, ung capitaine itallien nomm Roc,
lequel, quatre moys a, avoit est dpesch en Allemaigne, mais je n'ay
sceu encores au vray ce qu'ilz raportent.

Le comte de Sussex est sur son partement pour aller au North, et les
quatre mil hommes de pied et douze centz chevaulx, qu'il doibt mener,
sont desj devant. L'on a tenu plusieurs assembles de conseil sur sa
dpesche, dont bientost se pourra entendre quelque chose de ce qu'y
aura est rsolu. Il semble que des cinq cens harquebouziers qu'on
levoit de nouveau en ceste ville, l'on n'en fornyra encores les
navyres, et qu'ilz seront envoyez en Irlande, o j'entendz que les
saulvaiges ont donn une estrette aulx gens de Millord de Sydenay;
mais ceulx cy le tiennent fort cach.

J'ay obtenu enfin de la Royne d'Angleterre de pouvoir envoyer les
lettres de Voz Majestez, que Mr de Montlouet m'avoit laisses,  la
Royne d'Escoce, par un secrtaire de Mr l'vesque de Roz qui les luy 
dellivres bien clozes en ses mains, en prsence du comte de
Cherosbery; et la dicte Dame a envoy la response, laquelle est
encores devers le secrtaire Cecille, qui ne la dellivrera jusques 
ce que le dict sieur vesque de Roz ayt est ouy et examin, lequel
pour cest effect a est men despuys devant hyer  la court, soubz la
garde de six serviteurs de l'vesque de Londres; et la dicte Royne
d'Escoce a trouv moyen de me fre tenir en chiffre le petit mmoire
cy encloz[4], o Vostre Majest verra ce qu'elle continue de vous
requrir. Elle se porte bien de sa sant, mais craint bien fort
d'estre remise ez mains du comte de Huntinthon ou du visconte de
Harifort, desquelz deux elle se craint comme de ses grandz ennemiz.
Nous esprons avoir en brief quelque certitude des choses d'Escoce.
Sur ce, etc.

     Ce XIXe jour de mars 1570.

  [4] A partir de cette poque, les pices jointes aux dpches ont
  cess d'tre transcrites sur les registres de l'ambassadeur.

   _Par postille  la lettre prcdente_.

   Le comte de Pembrot morut hyer en ceste court; l'on ne dict
   encores qui sera son successeur en l'estat de Grand Mestre, mais
   cy devant  est parl du comte de Betfort.




XCVIIe DPESCHE

--du XXVIIe jour de mars 1570.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Vassa._)

  Dtails circonstancis d'audience.--Bonnes dispositions
    d'lisabeth envers le roi.--Explication donne par
    l'ambassadeur sur les articles proposs pour la
    pacification.--Nouvelle insistance de la part de la reine pour
    que sa mdiation soit accepte.--Sollicitations faites par
    l'ambassadeur en faveur de Marie Stuart.--Dclaration
    d'lisabeth qu'elle est rsolue  porter ses armes en cosse
    pour y chercher les rvolts du Nord qui s'y sont
    rfugis.--Avertissement lui est donn par l'ambassadeur que si
    les Anglais entraient en cosse, le roi considrerait cet acte
    comme une rupture des traits.--Offre qu'il fait de la
    mdiation de la France pour apaiser tous les diffrends
    d'cosse.--Avis secrtement donn par lisabeth d'une leve
    d'armes en Allemagne contre la France.--_Mmoire._ Rsolutions
    prises dans le conseil tant  l'gard des troubles du Nord que
    des affaires d'cosse.--Nouvelles de ce pays.--_Mmoire
    secret._ Avis donn par le duc d'Albe au sujet du trait de
    paix qui se prpare en France.--Opinion de l'ambassadeur que la
    reine d'Angleterre desire sincrement la
    pacification.--Propositions faites sparment et secrtement 
    l'ambassadeur par Ccil et par Leicester.--Avis secret sur le
    dessein arrt par le comte d'Arundel et milord de Lomeley de
    reprendre, mme en recourant aux armes, l'excution de leur
    projet pour rtablir la religion catholique en Angleterre, et
    Marie Stuart en cosse.


     AU ROY.

Sire, j'ay est, ceste saincte sepmaine, devers la Royne d'Angleterre
pour luy fre veoir que le bon ordre, que Vostre Majest avoit miz de
deffandre, pour l'amour d'elle, la publication du discours des
troubles de son royaulme imprim  Paris, luy debvoit estre ung bien
asseur tesmoignage de vostre droicte intention envers elle, et que,
prenant par l toute asseurance de vous trouver toutjour franc, clair
et bien dispos  ne favoriser les entreprises de ceulx qui
vouldroient troubler son estat, qui mesmes ne vouliez souffrir leurs
escriptz, que de mesmes elle cesst, et ft cesser ses subjectz de ne
porter aulcune faveur  ceulx qui troubloient le vostre; et qu'au
surplus, j'estois bien ayse que ce qu'on luy avoit raport du
serviteur de Mr Norrys, qu'on l'eust arrest  Amyens, et qu'on luy
eust ost les pacquetz de la dicte Dame, ne ft vray, affin de n'estre
si offance de ces deux choses, comme, par le propos de son principal
secrtaire, il sembloit qu'elle les print  cueur; luy rcitant les
dicts propos en la faon que par mes prcdantes je les ay mandez; et
que je luy voulois respondre de ma vye pour Voz Trs Chrestiennes
Majestez que, despuys la paix, il n'estoit en cella, ny en nulle
aultre chose, rien procd de vostre vouloir et commandement, par o
vous eussiez jamais prtandu qu'elle deubt estre offance; et que,
pour mon regard, je serois  trop grand regrect une seulle heure en ce
royaulme, aprs que j'aurois tant soit peu commanc de cognoistre que
je ne luy seroys plus agrable; et que je suplieroys trs humblement
Vostre Majest d'y envoyer ung aultre; mais ne lairroys pourtant de me
plaindre meintennant  elle du tort qu'on avoit naguires faict  ung
mien secrtaire, qui portoit vostre pacquet, de luy avoir ost son
argent  Douvres, la priant de m'en fre rayson.

Sur lesquelles choses la dicte Dame m'a respondu qu'elle n'avoit rien
sceu du petit discours imprim  Paris, parce,  son adviz, que
Cecille ne luy avoit vollu donner l'ennuy de luy en parler, mais ne
layssoit pourtant de vous avoir grande obligation de l'avoir deffandu,
dont vous en remercyoit de bon cueur; et puysque luy aviez monstr ce
bon tesmoignage de vostre droicte intention en ses affres, qu'elle
correspondroit de mesmes aulx vostres de ne pourter aulcune faveur 
ceulx de la Rochelle, ny souffrir que les siens leur en portassent; et
encor que aulcuns luy incrpent le dsir qu'elle a  la paix de vostre
royaulme, comme ung dsir qui admnera la guerre au sien, qu'elle n'en
veult rien croyre, ny ne veult cesser de la desirer; qu'elle estoit
bien ayse que l'homme de son ambassadeur et ses pacquetz n'eussent
est arrestez, bien qu'il avoit est unze jours sans qu'on scet de
ses nouvelles; que pour le regard de ma ngociation, je ne vollusse
aulcunement doubter qu'elle ne luy ft bien fort agrable; et usa de
toute l'expression qu'il est possible pour me le donner ainsy 
cognoistre; et que j'avois bien veu en quelle peyne elle avoit est
pour mes pacquetz perduz; dont me feroit fre si bonne rayson
meintennant de l'argent de mon secrtaire, que j'en demeureroys
contant.

Et, en toutes sortes, sa responce a est si honneste que, l'en ayant
remercye, j'ay suyvy  luy dire que j'avois d'aultres choses  luy
faire entendre, lesquelles je la supplioys prendre la peyne elle
mesmes de les lyre aulx propres termes que Vostre Majest me les
mandoit, qui estoient si bons que je n'y voullois rien adjouxter, ny
rien diminuer; et ainsy, luy ay monstr celle partie de vostre lettre
du IIIe du prsent, dont vous renvoye l'extraict, laquelle elle a leue
bien fort curieusement; et puys ay adjouxt que vous expliquiez l
dedans si  clair vostre intention, que je n'avois  y fre aultre
office envers elle que de bien recuillyr ce que, pour satisfre 
trois choses principallement, il luy plairroit de m'y respondre: la
premire, quelle opinion elle avoit des honnestes condicions que vous
offriez  vos subjectz; la segonde, quelle elle l'auroit de voz
subjectz, s'ilz estoient si durs et si obstins de ne les accepter; et
la troysiesme, si, en ce cas de leur obstin reffuz, elle non
seulement les exclurra de sa faveur et de celle de son royaulme, mais
si elle ne se unyra pas avec Vostre Majest pour rprimer leur
tmrit et le pernicieulx exemple qu'ilz s'esforcent de relever au
monde contre l'authorit des princes souverains: car, quant  la leve
qu'on disoit se fre en Allemaigne pour elle, et aulx deniers qu'on
dict encores qui s'y esprent et d'aultres qui s'esprent aussi  la
Rochelle d'elle et de son royaulme contre vous, je ne la vouloys
suplier, sinon de vous en esclarcyr si bien une foys qu'il ne vous en
peult plus rester aulcun doubte.

La dicte Dame, aprs m'avoir par beaulcoup de bonnes parolles et en
plusieurs faons donn  cognoistre qu'elle avoit ung trs grand
contantement de ceste confiance, que vous monstriez avoir d'elle sur
la paciffication de vostre royaulme, m'a respondu qu'elle vouloit trs
fermement croyre que le contenu ez articles, que je luy avois
dernirement monstrez, estoit proprement ce que vostre Majest avoit
intention d'accorder et meintenir de bonne foy  ses subjectz pour
parvenir  une bonne paciffication, et qu'elle me diroit de rechef le
mesmes qu'allors, que, si eulx de leur cost ne monstroient rayson
suffizante pourquoy ilz ne puyssent avec cella vivre soubz vostre
authorit, leur conscience saulve, et leurs vyes asseures, que non
seulement elle ne les vouldra favoriser, ains les rputera pour
traistres et rebelles, dignes d'estre chassez de tout le monde; et que
si, pour entendre  quoy ilz se pourroient arrester, il vous playsoit
luy donner cong qu'elle s'en meslt, qu'elle y procderoit avec
aultant de considration de l'authorit qui vous est deuhe sur voz
subjectz, comme s'il estoit question de saulver la sienne sur les
siens; et que si, par voz lettres, je cognoissoys que vous l'eussiez
agrable, qu'elle s'y employeroit tout incontinent.

Je luy ay respondu que je ne pouvois ny voulois m'advancer  rien de
plus que ce qu'elle venoit de lyre; car n'en avois aultre
commandement, dont tornasmes relyre le dict extret de la lettre mot 
mot; puys, me pria que je vous vollusse asseurer de la continuation de
sa bonne vollont et grande affection  la paix de vostre royaulme, et
que s'il vous playsoit qu'elle s'en meslt, qu'elle envoyeroit devers
Vostre Majest, ou bien l o il seroit besoing, ung personnaige de
qualit correspondante  ung si grand ngoce, comme elle estime cestuy
cy, pour y besoigner, ainsy que vous adviseriez, ou bien tretteroit
icy avec Mr le cardinal de Chatillon; lequel elle cognoissoit trs
desireux de la paix, et l'avoit toutjours cogneu trs respectueulx 
Voz Trs Chrestiennes Majestez; et qu'elle estimoit qu'il ne vous
pourroit revenir qu' honneur, comme elle mettroit bien peyne qu'il
vous revnt  proffict, qu'elle s'employt envers ceulx de sa religion
 les exorter qu'ilz se veuillent contanter des offres de leur prince
et seigneur, ou bien de suplier Vostre Majest d'eslargir ung peu sa
grce envers eulx; et qu'elle sayt bien que le diffrer en cecy sera
pour vous rendre en brief la dicte paciffication beaucoup plus
malayse, encor qu'elle peult bien asseurer que, en Allemaigne, ny 
la Rochelle, il n'est all, ny yra rien, de sa part, qui soit contre
Vostre Majest.

Je luy ay grandement lou ceste sienne bonne intention, avec promesse
de la vous fre bien entendre, et qu'elle se pouvoit asseurer que la
paix de France seroit la paix d'Angleterre; et que, si l'occasion de
ceste guerre, laquelle faisoit toutjour mal passer quelque chose entre
voz deux royaulmes et voz communs subjectz, estoit oste; et que
d'ailleurs elle vollt donner quelque accommodement aulx affres de la
Royne d'Escoce, elle se pouvoit asseurer que nul prince ny princesse
de la terre n'auroit son rgne plus estably ny repos que seroit le
sien; et que Vostre Majest avoit acept l'offre qu'elle faisoit de
vouloir entendre  quelque bon expdiant entre elles deux, si vous le
leur mtiez en avant; que vous aviez estim, si les propres offres de
la Royne d'Escoce ne luy sembloient suffizantes, que c'estoit  elle
d'en adviser de plus grandes, et que, si elles n'estoient par trop
disraysonnables, vous croys fermement, que la dicte Dame les
accorderoit, et que vous, comme son principal alli, non seulement les
confirmeriez, mais mtriez peyne de les luy fre accomplyr.

Elle a rpliqu que la Royne d'Escoce n'avoit jamais parl que en
gnral, et qu'il failloit venir aulx choses particullires, dont,
s'il luy en estoit miz en avant quelques unes, que pour l'honneur de
Vostre Majest elle les suyvroit; ayant nantmoins  se pleindre
encores de nouveau de la dicte Royne d'Escoce, qu'estant, ainsy
qu'elle est, entre ses mains, elle n'avoit toutesfoys layss, par
ceulx qui tiennent son party en Escoce, de fre retirer ses fuytifz;
et que, en toutes sortes, elle estoit rsolue de chastier et
poursuyvre ses dicts fuytifz, et ceulx qui les soubstiennent, me
signiffiant aulcunement qu'elle entreprendroit de fre entrer des
forces dans le pays.

Je luy ay respondu qu'elle advist de ne contrevenir aulx trettez, et
que, s'il luy plaisoit de mettre en libert l'vesque de Roz, luy et
moy adviserions de luy ouvrir des moyens pour esteindre toutz ces
diffrantz d'entre elles deux et leurs deux royaulmes.

Il n'est pas, dict elle, tant prisonnier qu'il ne puysse tretter par
lettres avecques sa Mestresse, et n'est retenu que _pro form_ pour
quelque dmonstration contre la pratique qu'il a meue avec ceulx du
North; mais bientost il sera en libert. Et ainsy gracieusement s'est
acheve ceste audience, laquelle je vous ay bien vollu ainsy au long
rciter, Sire, affin que l'intention de la dicte Dame vous soit mieulx
cogneue, et remectz les aultres choses au Sr de Vassal, prsent
porteur, auquel je vous supplie trs humblement donner foy: et sur ce,
etc.

     Ce XXVIIe jour de mars 1570.


     A LA ROYNE.


=Chiffre.=--[Madame, je n'ay peu contanter l'homme, duquel je vous ay
naguire escript par mon secrtaire, de la responce que mon dict
secrtaire m'a raporte, bien que je la lui aye baille en la faon
que ce mien gentilhomme vous dira; par lequel il vous plairra, Madame,
me mander comment je l'en debvray rsouldre, car il me presse bien
fort de le fre, et si, a des considrations telles qu'il ne peult
penser que ne le debviez accepter. Au reste, Madame, la Royne
d'Angleterre, pour me tenir la promesse qu'elle m'avoit faicte de
m'advertyr des choses qu'elle entendroit se fre en Allemaigne contre
Voz Majestez, m'a dict que, dans trois sepmaines, ceulx de la religion
doibvent envoyer gens exprs devers les princes protestans pour
rsouldre l'entreprinse de France, si la paix ne sort  effect; et que
pourtant elle seroit bien ayse de pouvoir ayder  la conclurre
bientost; de quoy je vous ay bien vollu fre ce mot et le vous
escripre ainsy  part, parce que la dicte Dame m'a dict qu'elle m'en
advertissoit soubz sacrement de confession, en ce temps de caresme,
affin que je ne la nommasse pas; car, si les aultres se plaignoient
qu'elle m'eust donn cest adviz, elle serait contraincte de dire
qu'elle ne m'en avoit point parl; et bien que ce ne soit ung faict de
grand importance, je ne vouldrois toutesfoys l'avoir mise en peyne de
me dsadvouher.] Sur ce, etc.

     Ce XXVIIe jour de mars 1570.

   OULTRE LES SUSDICTES LETTRES, le dict Sr de Vassal pourra dire 
   Leurs Majestez:

   Qu'il a est naguires remonstr  la Royne d'Angleterre qu'elle
   et son royaulme estoient pour tumber en ung prochain
   inconvniant, pour la multitude des difficultez, s quelles elle
   se trouvoit embroille avecques le Roy, avecques le Roy
   d'Espaigne, avecques la Royne d'Escoce, avec les Irlandoys, et
   avec les naturelz de ce royaulme, qui sont prisonniers, fuytifz,
   ou mal contantz, si elle s'opinyastroit de les vouloir toutes en
   ung temps surmonter par la force ou par la despence; dont,
   induicte par le conseil des plus modrez d'auprs d'elle, avoit
   advis d'y procder par les gracieux expdians qui s'ensuyvent:

   En premier lieu, pour le regard du Roy, que, pour effacer la
   mmoire des choses qui pourroient avoir mal pass contre luy du
   cost de ce royaulme, despuys ses derniers troubles, elle
   s'employeroit tout ouvertement de luy procurer une paix tant
   advantaigeuse et honnorable avecques ses subjectz, qu'elle le se
   randroit bienveuillant, et luy offriroit au reste quelque
   honneste accommodement ez affres de la Royne d'Escoce; dont, par
   ces deux poinctz, elle se conserveroit la paix avecques luy;

   Que, du cost du Roy d'Espaigne, elle envoyeroit des depputez en
   Flandres, ainsi qu'on luy en faisoit encores lors grande
   instance, affin d'accorder les diffrans des prinses, et que ces
   mesmes depputez essayeroient d'entrer plus avant en matire pour
   voir s'ilz pourroient parvenir  ung gnral accord de toutes
   aultres choses.

   Au regard de la Royne d'Escoce, qu'elle luy escriproit une bonne
   lettre, et que, jouxte ce qu'elle m'avoit naguires promis, elle
   l'exorteroit de mettre en avant quelques bons et honnestes
   expdians entre elles deux, et luy promettroit d'y entendre et
   les recepvoir de bon cueur.

   Quant aulx choses d'Irlande et de ce royaulme, qu'elle
   rapelleroit gracieusement aulcuns des seigneurs qui sont les
   moins offancez, et par le moyen de ceulx l, elle essayeroit de
   radoulcyr les aultres et les remettre en leurs degrez et estatz;
   et puys, avec l'unyon et conformit de leurs bons conseilz, et de
   leur ayde, elle pourroit aysement remettre les choses en ung
   paysible et bien asseur estat; dont luy fut sur ce propos une
   forme de rmission pour les fuytifz, et la comtesse de
   Vuesmerland s'aprocha en ceste ville pour poursuyvre le rapel de
   son mary.

   Suyvant laquelle dlibration, parce que ceulx qui vouldroient le
   trouble n'eurent de quoy suffizamment la dbattre, aulcunes des
   dictes choses ont est despuys commences, aultres ont est en
   aparance accomplyes, mais nulles n'ont sorty  bon effect; ains
   les ont ces gens l tornes en aultre et quasi contraire sens de
   ce qu'on esproit.

   Car, touchant la paix de France, estant la dicte Dame sur le
   poinct d'envoyer ung personnaige de grande qualit devers le Roy
   pour ayder  la conclurre, ilz ne luy ont pas oz oster ce sien
   honneste desir, parce qu'ilz ont pens que la dicte paix se
   pourroit conclurre de de comme dell, et possible  leur
   dommaige; mais ilz luy ont bien persuad, qu'ayant la dicte Dame
   est mal ouye, la premire foys qu'elle s'est offerte d'en
   parler, qu'elle debvoit meintennant attendre que le Roy l'en
   pryt, ce qui se raporte au propos qu'elle m'en a tenu en ceste
   audience.

   Et des choses de Flandres, ilz luy ont persuad de deffandre aulx
   depputez, qui alloient par dell, de ne s'ingrer  rien
   davantaige qu'au simple faict, duquel la dicte Dame estoit
   maintennant recerche, qui estoit des merchandises; aultrement ce
   seroit faire amande honnorable au duc d'Alve; et que pourtant
   leur commission debvoit estre leue publicquement en prsence du
   Sr Thomas de Fiesque; et  icelle adjouxt la restriction de ne
   parler ny tretter d'aultre chose que des merchandises
   d'Angleterre, et de pouvoir simplement accorder que personnaiges
   de semblable qualit puissent venir par de pour tretter de
   celles d'Espaigne, ce qui a est ainsy faict.

   Et pour l'importance des affres d'Escoce, affin que la dicte
   Dame ne s'obliget trop par ses lettres  la Royne d'Escoce sa
   cousine, le secrtaire Cecille les a escriptes et a contrefaict
   la main de sa Mestresse, avec plusieurs parolles de consolation
   et de commmoration des bnfices passez, mais tellement couches
   qu'on ne peut comprendre o va son intention; toutesfoys la Royne
   d'Escoce ne laysse d'y respondre.

   Quant  radoulcyr et rappeller les seigneurs mal contantz, l'on
   a,  la vrit, miz en plus grande mais non en entire libert
   millord de Lomell; et le comte d'Arondel, qui estoit, plus de
   six sepmaines a, sur le poinct d'estre rappel, demeure encores
   confin en sa mayson de Noncich, et n'y a nulle apparance de la
   libert du duc. Par ainsy la noblesse reste aussi mal satisfaicte
   que auparavant, et le comte de Pembroc, qui estoit ung mdiateur
   en cella, est naguires trespass.

   Or, sur la grande instance que le sir Randolf, despuys qu'il est
   en Escoce, a toutjours faicte  la dicte Dame, de vouloir, par
   les meilleurs et plus promptz moyens qu'elle pourroit, assister
   ces seigneurs de dell, qui veulent dpendre d'elle, lesquelz,
   pour establyr l'authorit du petit prince, et oster celle de la
   Royne d'Escoce, demandent avoir le comte de Lenoz pour rgent, ou
   aultrement, que la part de la Royne d'Escoce va prvaloir dans le
   pays; la matire en a est avec grande contention dbattue entre
   ceulx de ce conseil, qui enfin ont miz en considration que le
   dict comte de Lenoz estoit suspect de la religion catholique, et
   qu'il n'estoit de suffisance ny d'expriance pour conduyre, 
   l'intention de la dicte Dame, les grandz affres qui se
   prsentent meintenant en Escoce; ains seroit pour y aporter plus
   de retardement que d'advancement: par ainsy, ont rsolu qu'on se
   dporteroit de plus luy pourchasser la charge ny la rgence du
   dict pays, et que, estant le comte de Sussex desj dpesch, avec
   tout ample pouvoir, au pays du North, il luy seroit encores
   commis cest affre d'Escoce, car c'estoit tout vers ung mesmes
   quartier.

   Dont,  sa commission des choses du dict pays du North, laquelle
   portoit de marcher seulement jusques  la frontire d'Escoce,
   avec quatre mil hommes de pied et douze centz chevaulx; et de
   faire procder au jugement des coulpables de la premire
   ellvation et excuter les condampnez, et poursuyvre par deffault
   les absentz, confisquer leurs biens et prendre possession
   d'iceulx au nom de la dicte Dame, et en vendre ce qu'il pourroit;
   a est adjouxt qu'il pourra lever jusques  dix mil hommes, et
   qu'il procdera aulx affres d'Escoce tant contre les rebelles
   qui s'y sont retirez que au faict de l'estat; qu'il marchera en
   pays, s'il est besoing, et ainsy que l'occasion s'en prsentera;
   et qu'il pourvoirra surtout que nulz Franoys ny Espaignolz, ny
   aultres estrangiers preignent pied par dell; et, pour cest
   effect, ordonn luy estre forny contant XX mil {lt} d'esterlin,
   c'est LXVII mil trois centz escuz, et que, dans six sepmaines, il
   luy en sera envoy aultant. Despuys, la dicte Dame m'a
   rsoluement dclar qu'elle envoyera poursuyvre et chastier ses
   fuytifz et ceulx qui les soubstiennent, jusques dans l'Escoce.

   L'on faict aller fort secrtes et fort dguyses les nouvelles
   qui viennent du dict pays d'Escoce; nantmoins l'on m'a dict que
   le duc de Chastellerault, et les comtes d'Arguil, d'Honteley,
   d'Atil et toutz les principaulx du pays estoient  l'Islebourg au
   commencement de mars, et les comtes de Northomberland, de
   Vuesmerland et aultres fuytifz d'Angleterre avec eulx; qu'ilz
   estoient aprs  tenir une assemble d'Estatz, remise du IIIIe au
   Xe du dict moys, pour regarder  ce qu'ilz auroient  fre pour
   la restitution de leur Royne; que cependant ilz avoient faict
   proclamer par tout le pays l'authorit de la dicte Dame; que,
   parce que le comte de Mar faisoit difficult de se joindre 
   eulx, ilz avoient propos de marcher en armes vers Esterlin pour
   le dessaysir du gouvernement du petit prince; que despuys il
   s'estoit rally avecques eulx; qu'on ne savoit qu'estoit devenu
   le comte de Morthon, et sembloit qu'il se ft retir en
   Angleterre; que quelques navyres, avec gens de guerre, avoient
   apparu au North d'Escoce, dont aulcuns disoient que c'estoit le
   secours de Flandres, que le frre du comte d'Honteley admenoit,
   les aultres disoient que c'estoit le comte de Bodouel qui venoit
   de Danemarc, avec quelques gens qu'il avoit ramassez.

   SECONDE INSTRUCTION A PART AU DICT SIEUR DE VASSAL.

   L'ambassadeur d'Espaigne m'a dict, despuys huict jours, que le
   duc d'Alve luy avoit escript deux notables considrations qu'il
   avoit mandes au Roy par le mesmes gentilhomme, que Sa Majest
   luy avoit expressment dpesch pour avoir son conseil sur la
   paix de son royaulme; la premire, que d'octroyer libert de
   conscience ou exercisse de religion  ses subjectz, de tant que
   c'estoit pure matire clsiastique, il ne s'en debvoit
   entremettre aulcunement, ains le remettre du tout au Pape; la
   seconde, que de pardonner aulx ellevez, il le trouvoit bon, pour
   le dsir qu'il avoit  la paix de France, si cella en estoit le
   moyen, mais en lieu d'establyr ses affres, ce seroient eulx qui
   les establyroient et se fortiffieroient par la dicte paix, et
   guetteroient le temps de reprendre les armes  leur advantaige,
   lorsqu'ilz cuyderont mieux emporter la couronne; par ainsy qu'il
   estoit ncessaire qu'il y mit meintennant une entire fin:

   Que le dict ambassadeur trouvoit ce conseil fort prudent, et que
   le Roy, suyvant icelluy, se debvoit rsouldre  la guerre, non de
   donner souvant des batailles, car c'estoit trop hazarder l'estat,
   mais de myner les ennemys  la longue, et qu'aussi bien la paix
   n'estoit prs d'estre faicte, parce qu'ung de ses amys de ce
   conseil l'avoit adverty que la Royne d'Angleterre avoit promiz au
   cardinal de Chatillon de secourir l'Admyral, son frre, de deux
   centz mil escuz; et que le dict cardinal luy avoit oblig sa foy,
   et celle de son dict frre, qu'ilz ne permettroient qu'en nulles
   conditions la dicte paix se concld.

   Je luy ay respondu, quant au premier, que le duc d'Alve estoit
   ung si prudent et si entier et modr seigneur qu'il ne faudroit
   de conformer toutjours ses adviz sur les affres de France 
   celluy de Leurs Majestez Trs Chrestiennes, et des saiges
   seigneurs de leur sang, et de leur conseil, qui les entendoient
   trs bien et savoient comme il les failloit manyer, et qui
   auroient toutjours le soing qu'il ne s'y ft, pour paix ny pour
   guerre, rien qui ne ft sellon Dieu,  l'honneur du Roy et repos
   de la Chrestient:

   Et quant  l'aultre, de l'obligation du cardinal  la Royne
   d'Angleterre, que je le prioys de vriffier davantaige ce qu'on
   luy en avoit dict, et o, et commant se feroit le payement des
   deux centz mil escuz.

   Mais voulant, de ma part, descouvrir si cella estoit vray, car,
   quant  la promesse des deniers, j'en avois desj quelque adviz,
   mais non de ceste obligation du cardinal, ny d'une si malle
   volont de ceste Royne, j'ay, par une interpose personne, faict
   toucher la matire au comte de Lestre et au secrtaire Cecille,
   desquelz deux se comprend toute l'intention de la dicte Dame, et
   l'ung et l'aultre ont monstr que eulx et leur Mestresse
   desiroient la paix; dont, oultre la conjecture des propos, que je
   say qu'ilz en ont tenu  celluy par qui je les ay faictz sonder
   et  d'aultres, voycy ceulx que Cecille a dictz  ung mien
   gentilhomme tout exprs pour me les raporter:

   Que, par les adviz de Mr Norrys et par aultres conjectures, il
   cognoissoit que la paix demeurait d'estre faicte en France, parce
   que le Roy n'y vouloit permettre l'exercisse de la religion, et
   que ceulx de la Rochelle ne combattoient ny pour terres, ny pour
   empyres, ny pour aultre chose quelconque que pour cella; dont il
   s'advanceroit de dire un mot, que possible l'on ne l'estimeroit
   sage de me l'avoir mand, que, s'il plaisoit au Roy leur ottroyer
   le dict exercisse en leurs maysons, il pensoit fermement qu'il
   conclurroit quant au reste la paix, tout ainsy qu'il la
   vouldroit; et que, s'il avoit agrable que la Royne, sa
   Mestresse, s'y employt, laquelle y pouvoit possible aultant que
   prince ny princesse de la terre, qu'elle le feroit aultant 
   l'honneur et advantaige de Leurs Majestez Trs Chrestiennes, et 
   la tranquillit de leur royaulme, comme si c'estoit pour elle
   mesmes.

   Le comte de Lestre, par ung gentilhomme italien catholique, qui
   est commun amy entre luy et moy, m'a mand que la dicte Dame
   estoit bien dispose  la dicte paix, et qu'il estoit d'adviz
   que, comme de moy mesmes, je l'en misse en propos, la premire
   foys que je parleroys  elle, pour l'exorter de tenir la main 
   ce qu'on la pt conclurre  l'advantaige du Roy, et que les
   subjectz eussent  se contenter de ce que leur prince leur
   pourrait, avec son honneur, ottroyer, sans en vouloir tirer
   davantaige par la force; et que je luy remonstrasse que la paix
   de France serait la paix d'Angleterre, voyre de toute la
   Chrestient, et luy toucher  ce propos le restablissement de la
   Royne d'Escoce; et comme, par l'accomplissement de ces deux
   choses, si elle s'y vouloit bien employer, elle pourrait rgner
   trs paysiblement en son royaulme:

   Que, de sa part, il y tiendrait la main, comme trs oblig de
   desirer le bien du Roy et de son royaulme, et que, touchant la
   dicte paix, il savoit que le cardinal de Chatillon y avoit une
   extrme affection, et que la noblesse de ce royaulme la desiroit,
   et desiroit tout ensemble l'accommodement des affres de la Royne
   d'Escoce, comme deux choses d'o dpendoit le repos et la seurt
   de leur Royne et de son royaulme; et que Cecille, pour estre
   ennemy conjur de la Royne d'Escoce, et pour la frustrer de la
   lgitime succession qu'elle prtend  ce royaulme, affin d'y
   establyr ung roy de sa main, et ellever ceulx de Erfort  la
   couronne, lesquelz il nourryt en ceste esprance, comme ses
   pupilles, en sa mayson, empeschoit que la dicte Dame ne peult
   bien user de sa bonne intention en nulle de ces deux choses, la
   tenant comme enchante sur l'guillon de la jalouzie, qu'il luy
   propose toutjours de la dicte Royne d'Escoce.

   Mais, qu'aprs que j'en auroys encores une foys parl  la Royne,
   sa Mestresse, si elle venoit  luy en toucher ung seul mot, il
   s'ingreroit de luy reprsenter franchement le debvoir  quoy,
   l'honneur, la foy et la conscience la tinent oblige envers le
   Roy et envers la Royne d'Escoce pour l'entretennement des
   trettez; et comme, en leur satisfaisant en ce qui seroit de
   rayson, et s'asseurant par ce moyen de la paix de France et
   d'Escoce, elle demeureroit trs asseure et establye contre les
   dangiers et entreprinses de toutes les aultres partz du monde;
   et, au contraire, si, pour ne se porter bien envers le Roy sur
   ceste paix, ny envers la Royne d'Escoce sur sa restitution, elle
   venoit  tumber en guerre de ces deux costez,  ceste heure
   qu'elle ne savoit comme elle estoit avec le Roy d'Espaigne, et
   que ses subjectz estoient divisez, dont possible une partie
   seroit contre elle, il est sans doute qu'elle seroit en ung trs
   grand dangier.

   Et ne craindroit de luy remonstrer que, nonobstant le mal qu'elle
   pouvoit vouloir au cardinal de Lorrayne, elle avoit  considrer
   qu'il estoit d'une mayson grande, et de nouveau plus allye que
   jamais  celle de France, et qu'en estant yssue la Royne d'Escoce
   de par sa mre, monsieur et madame de Lorrayne ne permettroient
   qu'elle ft habandonne du Roy, oultre les aultres notoires
   obligations d'entre les couronnes de France et d'Escoce:

   Qu'il n'eust tant tard de remonstrer cecy  sa Mestresse, sans
   ce que Cecille le guettoit pour le dsaronner, ainsy qu'il avoit
   dsaronn les aultres principaulx du conseil, par prtexte de la
   Royne d'Escoce; et qu'il tenoit ceulx qui y estoient de reste
   encores toutz bandez contre luy, ne se souscyant de hasarder sa
   Mestresse, son estat et toutes aultres choses, pour establyr la
   fortune des dicts de Erfort, et qu'ayant luy  suyvre celle de sa
   Mestresse, il luy vouloit remonstrer le dangier o elle estoit,
   encore qu'il en deubt estre ruyn.

   Despuys, trouvant que l'intention du Roy estoit conforme  celle
   du dict comte, j'ay parl  la Royne d'Angleterre en la forme que
   je le mande  Sa Majest, et le dict comte monstre  prsent
   d'estre si affectionn  la matire qu'il dsire fre luy mesmes
   le voyage devers le Roy avec grand opinion, voyre asseurance,
   qu'il ne s'en retournera sans que la paix soit conclue; sans que
   les affres de la Royne d'Escoce soyent accommodez; et sans que
   l'amyti d'entre le Roy et sa Mestresse soit bien estroictement
   confirme.

   Ainsy, par les propos de ces deux, se peult conjecturer la
   division qui est entre ceulx de ce conseil, et comme, en ce qui
   concerne la France, encor que toutz monstrent d'y dsirer la
   paix et de vouloir que leur Mestresse s'y employe de si bonne
   faon que le Roy luy en sache gr, c'est nantmoins diversement;
   car Cecille et les siens ne veulent qu'il se parle des affres de
   la Royne d'Escoce, et le dict comte et ceulx de son party
   desirent qu'ilz soient par mesmes moyen accommodez, dont, pour
   avoir quelcun qui luy fasse espaule au dict conseil pour
   fortiffier son opinion, il est fort aprs  solliciter le retour
   du comte d'Arondel, qui n'est amy du dict Cecille, et tout
   contraire  ceulx de Erfort.

   =Chiffre=. [Et  propos du dict comte d'Arondel, luy et millord de
   Lomell m'ont envoy remercyer de mes bons offices et
   dmonstrations envers eulx, et que, si les choses ne prennent icy
   meilleur trein pour eulx, ilz sont pour accepter la faveur du Roy
    se retirer soubs sa protection en France, et le dict de Lomell
   y mener sa femme;

   Que, pour le prsent, il faut qu'ilz attendent veoir que
   deviendront les promesses de leurs amys, et leurs moyens et
   esprances de court; car l'on leur a mand qu'ilz sont sur le
   poinct d'estre rappelez en leur auctorit accoustum, laquelle
   s'ilz ont une foys reprinse, ilz jurent de ne s'en laysser plus
   dpossder et de la retenir, ou par leur droict, ou par la force,
   contre quiconque leur y vouldra fre tort;

   Et, si ce paysible moyen d'y retourner ne leur succde dans peu
   de jours, qu'ilz en essayeront quelque aultre plus viollent, car
   desirent, comment que soit, pourvoir aulx dsordres de ce
   royaulme, et au faict de la Royne d'Escoce, et aulx affres du
   duc de Norfolc, et encores plus expressment s'ilz peuvent, quant
   ilz en auront le moyen, au restablissement de la religion
   catholique; pour lesquelles quatre choses ilz veulent tout
   hazarder.

   Et disent que l'importance de cecy gyt principalement en deux
   poinctz; l'ung est que le dict duc veuille bien employer les
   moyens, qu'il a dans ce royaulme, pour se mettre en libert, pour
   fre prendre les armes  ceulx de son party, et pour empescher au
   conseil les dellibrations de ses adversayres:

   L'aultre poinct, que ceulx du North, qui se sont retirs en
   Escoce, soyent secouruz; car est sans doubte, s'ilz se peuvent
   remettre en campaigne, et marcher en , que ceulx de leur
   intelligence se dclaireront et les repcevront avecques faveur
   aux meilleurs endroictz d'Angleterre, et se joindront  eulx en
   grand nombre;

   Et que le bon succez de toutes choses deppend de ce dernier,
   sans lequel il semble que le premier ne sera essay, non que miz
    excution; car le dict duc de Norfolc ne veult rien mouvoir de
   luy mesmes de peur d'empyrer sa cause.]




XCVIIIe DPESCHE

--du dernier jour de mars 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par le nepveu du Sr Acerbo._)

  Modration des mesures adoptes par la reine d'Angleterre.--Mise
    en libert du comte d'Arundel, qui est reu en grce par
    lisabeth.--Promesse faite  l'vque de Ross que sa dtention
    va cesser.--Prparatifs d'une expdition qui doit tre dirige
    vers le Nord.--Nouvelles d'cosse.


     AU ROY.

Sire, les dernires lettres que je vous ay escriptes et l'instruction
que j'ay baille au Sr de Vassal, qui les vous a aportes, vous auront
donn asss ample notice de ce qui estoit advenu de plus principal en
ce royaulme, jusques  la datte d'icelles, laquelle est du lendemain
de Pasques. Meintennant j'ay  dire  Vostre Majest que les festes se
sont passes bien paysiblement en ceste court, sans qu'il y soit
survenu aulcune chose de nouveau, par o ceste Royne et les siens
ayent monstr d'en estre esmeuz davantaige; et toute expdition
d'affres a cess, s'estans la pluspart des seigneurs de ce conseil
absentez en leurs maysons pour y fre la solempnit; et a l'on espr
que les choses, desquelles l'on craignoit debvoir le plus advenir de
mouvement en ce royaulme, comme sont celles de ces seigneurs mal
contantz, celles de la Royne d'Escoce et celles de la religion,
seroient bientost rduictes  quelque modration, ayant la dicte Dame
faict une soubdaine faveur au comte d'Arondel de l'admettre  luy
venir bayser les mains, le jour du Jeudy sainct, avec une gracieuse
satisfaction de ce qu'elle luy avoit faict sentyr son courroux sur le
faict du mariage du duc de Norfolc avecques la Royne d'Escoce, parce
qu'on l'avoit asseure que c'estoit luy qui en estoit l'autheur: de
quoy il s'est excus, et qu'il n'avoit est que en la compaignie de
ceulx qui en avoient parl comme de chose qu'ilz estimoient convenable
au service d'elle, et au bien et repoz de son royaulme, et en laquelle
ilz n'avoient jamais entendu qu'on y deubt procder, sinon avec son
bon cong et consentement; et que, de sa part, il ne seroit jamais
trouv aultre que son trs fidelle subject et trs loyal  sa
couronne. Et ainsy luy ayant ds lors randue sa pleyne libert, il
s'en retourna pour quelques jours en sa mayson de Noncich, avec
promesse de revenir en brief trouver la dicte Dame pour rsider prs
d'elle, autant qu'il luy plairoit le commander; et  l'vesque de Roz
fut donne parolle qu'il seroit eslargy dans trois jours, mais despuys
luy fut mand que par ung mesmes moyen, aprs les festes, la dicte
Dame le feroit mettre en libert, et luy permettroit de venir tretter
avec elle des affres de sa Mestresse; et aulx Catholiques n'a est
us d'aulcune rigueur ny recerche  ces Pasques; mais aulcuns pensent
que toute ceste gracieuse dmonstration se faict pour gaigner le
temps, et pour amortyr les entreprinses qu'on crainct devoir estre
cest est.

Aultres ont opinion que,  bon escient, l'on veult accommoder les
affres, et plustost plyer ung peu que venir au dangier de rompre,
dont le temps nous fera veoir ce qui en sera; tant y a que le comte de
Sussex marche toutjours vers le North, avec quatre mil hommes de pied
et douze centz chevaulx, et que l'admyral Clinton est aprs  lever
encores ( ce qu'on dict) des gens de pied et de cheval vers son pays
de Linconscher pour s'aller joindre  luy; et a l'on tir, ces jours
passez, de la Tour trente chariotz d'armes et de monitions, et cr
des cappitaines de pionnyers pour leur envoyer; ce qui donne  penser,
avec d'aultres adviz prcdans, qu'on a intention de dresser camp, et
d'entrer en Escoce; vray est que la sayson ne semble propre pour
commencer encores ceste guerre, jusques  la fin d'aoust, car jusques
alors ne se trouvera vivres au dict pays du North ny en toute la
frontire d'Escoce.

L'on continue de dire que les seigneurs Escouoys font aller toutes
choses dans leur pays  l'advantaige de la Royne, leur Mestresse, et
qu'ilz ont faict proclamer son auctorit, et qu'il ne reste des grands
du royaulme que quatre que toutz ne soyent pour elle. L'on dict qu'ilz
ont encores remiz jusques au premier jour de may la tenue de leurs
Estatz. Sur ce, etc.

     Ce XXXIe jour de mars 1570.




XCIXe DPESCHE

--du IIIIe jour d'apvril 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Olivyer Cambernon_.)

  Retour du comte d'Arundel  la cour.--Prolongation de la
    captivit de l'vque de Ross.--Affaires d'cosse.--Bon accueil
    fait par le duc d'Albe aux dputs d'Angleterre.--Nouvelles
    d'Allemagne.


     AU ROY.

Sire, retournans aprs ces festes les seigneurs de ce conseil en ceste
court, le comte d'Arondel y est arriv des premiers, auquel la Royne
sa Mestresse a faict beaulcoup de faveur, monstrant prendre toute
confiance de luy; dont semble qu'il ne reffuzera de se laysser
introduyre de rechef aulx affres, mais ce sera possible plus pour
servyr  la libert du duc de Norfolc, son beau filz, et aulx affres
de la Royne d'Escoce, ausquelz il a toutjour port bonne affection,
que pour ambicion qu'il ayt; car le prsent manyement de l'estat ne
semble aller aucunement sellon qu'il le vouldroit.

Je suys bien marry qu'en leurs premires dellibrations, iceulx
seigneurs du conseil, aprs leur dict retour, ayent chang ce qu'ilz
avoient auparavant ordonn pour l'vesque de Roz, de luy donner sa
libert incontinent aprs Pasques, et qu'il seroit admiz  parler  la
Royne leur Mestresse; l o meintennant on luy faict dire qu'il ayt
encores pacience, et qu'elle n'est bien rsolue quant, ny commant,
elle la luy pourra donner. Il semble que le sir Randolf ayt donn
adviz  la dicte Dame que ceulx, qui ont relev le party du comte de
Mora en Escoce, ont desj dpesch l'abb de Domfermelin et Nicollas
Elphiston pour venir tretter, avecques elle et avec les seigneurs de
son conseil, de toutes choses de dell; et que possible elle y veult
avoir pourveu, premier que d'eslargyr le dict sieur vesque, de peur
qu'il ne luy traverse ses desseings. Et de ce, Sire, que je vous avois
cy devant mand, que le voyage du comte de Lenoz estoit interrompu,
les dicts du conseil ont chang d'opinion  cause d'une lettre que les
comtes de Mar et de Glencarve, et les lordz Lendzay, Semple, Ruthunen
et Drunquhassil ont escripte au dict de Lenoz, qu'il veuille venir en
dilligence prendre la rgence du pays, affin de conserver l'authorit
au jeune prince son petit filz, et haster le secours que la Royne
d'Angleterre leur a promiz; de tant mesmement que les fuytifz de son
royaulme non seulement se sont joinctz aulx Amelthons en faveur de la
Royne d'Escoce, mais publient aussi qu'ilz n'attendent, d'heure en
heure, que l'arrive du renfort qui leur doibt venir de France et de
Flandres. Sur quoi, de tant que iceulx du conseil ont senty que le
comte de Morthon, duquel ilz esproient beaucoup, n'estoit bien vollu
ny de la noblesse ny du peuple d'Escoce, et que mesmes il n'estoit
soubsign en la dicte lettre avec les aultres, ce qui monstroit de
n'estre bien d'accord avec eulx, par ainsy qu'ilz ne pouvoient fre
aulcun bon fondement sur luy, ilz ont advis de laysser aller, plus
par ncessit que par ellection, le dict de Lenoz par dell; rservant
nantmoins la charge principalle du tout au comte de Sussex, et ne
fornyssant  icelluy de Lenoz que, comme pour fre le voyage, envyron
trois mil cinq centz escuz. Vray est que la comtesse, sa femme, a
engaig ses bagues et sa vaysselle d'argent pour luy fre plus grand
somme; et cependant l'on a dpesch, coup sur coup, force courriers
devers le comte de Sussex, ne say encores  quelles fins; car le
bruyt est que les frontires ne sont plus tant presses comme elles
estoient par les fuytifz; mais je pense que c'est pour le haster vers
l'Escoce, me confirmant toutjour en l'opinion qu'ilz le feront entrer
dans le pays avecques forces, et mesmes que, pour pourvoir  la faulte
des vivres qu'on pourroit avoir par dell, j'entendz qu'on faict grand
provision de farines, partout icy autour, pour les y envoyer par mer:
ce que je mettray peyne de vriffier, et de vous donner de cella, et
d'aultres choses, ung plus exprs et un plus certain adviz par mes
premires. Je ne cesse cependant de fre, au nom de Voz Majestez Trs
Chrestiennes, toutz les meilleurs et plus exprs offices que je puys
pour les affres de la dicte Royne d'Escoce, mais je ne say que
esprer d'iceulx en un si grand changement et variation, comme l'on
m'y use ordinairement, sinon que je croy qu'ilz se rangeront enfin
d'eulx mesmes, ou qu'ilz ruyneront ceulx qui les vouldront ruyner.

Icy court ung bruyt que le duc d'Alve a vingt six grands navyres
prestz  mettre sur mer, avec nombre d'hommes de guerre, et de
monitions, mais ne se dict  quel effect; nantmoins, cella met ceulx
cy en asss de souspeon, lesquelz ne layssent pourtant de solliciter
par leurs depputez l'accord des diffrans des Pays Bas; et leur a fort
pleu que le duc d'Alve les ayt ainsi bien receuz comme il a faict avec
grand faveur; et que,  Bruges et en Envers o ilz ont pass, l'on les
ayt caressez et trettez en amys; et que les officiers les ayent
visitez et leur ayent envoy prsens; et que desj le dict duc ayt
depput personnaige de sa part pour tretter avec eulx; dont s'espre
qu'ilz s'accommoderont, comme,  la vrit, pour avoir les ungs et les
aultres o entendre asss en d'aultres choses, il semble que tant plus
vollontiers ilz vouldront sortyr de celles cy.

Il se parle d'ung grand emprunct que ceste princesse propose de fre
tout de nouveau; dont suys aprs  descouvrir si c'est pour recepvoir
les deniers icy ou en Hembourg, et semble bien que les propos et
pratiques de la dicte Dame et des siens en Allemaigne demeurent en
mesmes suspens que faict la paix de France; et n'ay point sceu qu'il
soit venu, de tout le moys pass, aultres nouvelles de dell, si n'est
de la diette du XXIIe de may  Espyre, et de l'aprest des deux Roynes,
filles de l'Empereur, pour aller en France et en Espaigne; et du faict
du prince d'Orange, duquel l'on parle diversement, car les ungs disent
qu'il sayt o prendre gens et argent pour fre une grande entreprinse
et que la faveur des princes protestans ne luy manquera: aultres
asseurent, et mesmement l'ambassadeur d'Espaigne, qu'il n'a ny gens,
ny argent, ny moyen de rien entreprendre, et qu'il a perdu toute sa
rputation envers les dicts princes protestans. Sur ce, etc.

     Ce IVe jour d'apvril 1570.




Ce DPESCHE

--du IXe jour d'apvril 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Rossel et Christofle_.)

  tat des forces leves pour le Nord, et sans doute destines 
    entrer en cosse.--Nouvelles de Marie Stuart.--Sommes
    importantes runies par lisabeth.


     AU ROY.

Sire, l'occasion pour laquelle la Royne d'Angleterre a dpesch,
despuys huict jours, plusieurs courriers vers son pays du North, ainsy
que je le vous ay mand par mes prcdantes du IIIIe du prsent, est,
sellon que j'entendz, pour mander aux trouppes et compagnies de gens
de guerre, qu'on a leves en ces quartiers l, de se randre toutes
ensemble  Yorc le XIIe de ce moys; et au comte de Sussex qu'il leur
face fre incontinent la monstre, et qu'il les face acheminer  si
bonnes journes qu'il puysse avoir son arme toute preste  Barvyc, le
premier jour de may; laquelle les ungs disent debvoir estre de dix mil
hommes de pied et cinq mil chevaulx, les aultres de la moyti moins
des ungs et des aultres, ce que, pour encores, je croy estre le plus
certain, mais qu'il a bien commission de lever l'aultre plus grand
nombre, s'il est besoing. Il ne se dict encores ouvertement qu'il
doibve entrer en Escoce, mais il se tient pour rsolu qu'il le fera,
si les seigneurs du pays, entre cy et l, ne se trouvent d'accord, ce
que la dicte dame crainct asss; auquel cas, elle regardera ung peu de
plus prs comme elle devra poursuyvre l'entreprinse, et possible
adviendra cependant que de l'avoir seulement entame, elle leur aura
donn plus prompte occasion de se runyr. Il est bien certain que ses
fuytifz ayant ainsy couru, de jour et de nuict, comme ilz ont faict,
la frontire de de, et pill et brull les villaiges, et enmen
force prisonniers, luy donnent occasion d'y envoyer des forces pour
leur rsister; mais elle dict que non seulement elle les veult
chastier, mais qu'elle veult chastier ceulx qui les ont retirez; ce
qui s'adresse principallement aulx Escouoys: car l'on m'a asseur,
quant aux dictes frontires, que, despuys quelques jours, elles se
trouvent asss paysibles, par l'ordre que les Escouoys mesmes y ont
miz; et que les principaulx chefz des fuytifz sont aprs  trouver
moyen de passer en France ou en Flandres, ce qui debvroit fre
abstenir la dicte Dame de son entreprinse; mais je crains que ce sera
cella qui l'y convyera davantaige pour luy sembler moins difficile, et
pour vouloir en toutes sortes establir les choses d'Escoce, si elle
peult,  sa dvotion.

Et fault estimer, Sire, que son desseing au dict pays ne peult estre
petit, veu le nombre de canons de batterye, de couleuvrines, de
monitions, d'armes et de vivres qu'elle y envoye. La Royne d'Escoce
luy a naguires escript l dessus, mais l'vesque de Roz, qui est
encores en arrest, ny moi, n'avons peu entendre du contenu en sa
lettre que ce qui concerne seulement sa sant: qu'elle se porte bien,
qu'elle se loue du bon trettement du comte de Cherosbery, et qu'elle
trouve bon qu'il la conduyse en une aultre sienne mayson pour changer
d'air et pour avoir plus grande commodit des vivres. L'on attend
l'arrive de l'abb de Domfermelin, et le comte de Lenoz est desj
party, duquel l'on ne se peult si bien asseurer qu'on ne voye encores
plusieurs difficultez en son voyage, et se parle de quelque march sur
le comte de Northomberland, que ceste Royne donnera quatre mil {lt}
d'esterlin pour lui estre livr entre ses mains, par o semble qu'il
soit encores dans le chasteau de Lochlevyn; et,  la vrit, Sire, je
n'ay peu encores avoir asss de certitude des choses de dell, car les
passaiges sont trop serrez, et ce qui en vient en ceste court est tenu
bien fort secrect, ou bien l'on le baille tant au contraire de ce qui
est que je n'y donne poinct de foy. J'espre que par d'aultres moyens,
que nous avons essayez, il nous en viendra bientost quelque notice.

Quant  l'emprunct, dont en mes prcdantes je vous ay faict mention,
j'entendz que la dicte Dame a fait expdier mil Ve lettres de son
priv scel, la moindre de cinquante {lt} d'esterlin, et la pluspart de
cent, aulx particulliers bien aysez de son royaulme pour luy estre
forny par chacun sa cothe part en ceste ville de Londres, dans le
prochain moys de may; dont faict estat qu'il montera  la somme de
cent cinquante mil {lt} d'esterlin, qui est cinq centz mil escuz. L'on
commance de prparer une flotte de draps pour Hembourg et deux navyres
de guerre pour la conduyre aulx despens des merchans; mais plusieurs
estiment que ce sera pour aller en Envers, et que les depputez
conclurront quelque chose sur ces diffrans, affin de pouvoir
continuer leur mutuel traffic comme auparavant. Ceulx cy demeurent en
grand suspens sur la longueur du trett de paix de Vostre Majest, et
semble, Sire, qu'ilz en dsirent et qu'ilz en craignent tout ensemble
la conclusion pour des considrations et respectz, qui sont asss
divers, dont je suys aprs d'en vriffier ce que desj l'on m'en a
dict, affin de vous rendre plus claire leur intention. Sur ce, etc.

     Ce IXe jour d'apvril 1570.




CIe DPESCHE

--du XIIIe jour d'apvril 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Le Tourne_.)

  Continuation des prparatifs militaires contre
    l'cosse.--Inquitude des Anglais sur la ngociation des
    affaires de Flandre.--Dtail des nouvelles arrives en
    Angleterre sur l'tat de la guerre civile en France, et les
    entreprises faites par les protestans.


     AU ROY.

Sire, ce que j'ay aprins de l'expdition de l'arme que la Royne
d'Angleterre envoye vers le North, despuys les dernires nouvelles que
j'en ay escriptes  Vostre Majest du IXe du prsent, est que le comte
de Sussex, en marchant en l, a assembl six mil hommes, tant de pied
que de cheval,  Duram, dont il en eust heu davantaige, s'il n'eut
renvoy ceux des gens de cheval qui n'estoient protestans; mais n'a
regard de si prs aulx gens de pied, et, avec ceste troupe, il
dellibre s'acheminer vers Barvyc, non qu'il ayt encores toutes choses
si bien prestes qu'il s'y puisse randre le dernier de ce moys, comme
il luy a est mand, ny qu'il puisse, devant le XVe du prochain,
entrer en Escoce. Et de tant qu'on publyoit par dell que la dicte
arme seroit de dix mil hommes de pied et cinq mil chevaulx, quelcun
m'a dict que ceulx du party contraire de la Royne d'Escoce ont mand
qu'il suffiroit, pour ceste heure, de fre entrer la moicti des
dictes forces dans le pays,  cause qu'on ne trouverait asss de
vivres pour tant de gens et de chevaulx; et qu'avec cella le petit
prince pourroit estre facilement enlev sans aulcun empeschement,
pourveu que le reste se tnt sur la frontire pour venir au secours,
si besoing estoit. L'on m'a confirm qu'il est venu adviz bien certain
 ceste Royne de l'arrive d'ung ambassadeur de Vostre Majest par
dell, et adjouxte l'on qu'il a conduict dans Dombertran six mil
harquebouzes et trois mil corseletz, et qu'il faict une grande
dilligence de runyr et mettre les seigneurs du pays en bon accord,
leur promettant l'assistance et secours de Vostre Majest; et que les
fuytifz d'Angleterre qui estoient prs de s'en aller par mer, se sont
arrestez; bien que quelcun m'a dict que le comte de Northomberland a
trouv moyen d'eschapper de Lochlevyn, et qu'il s'est retir en
Flandres. Il est vray, Sire, que jamais nouvelles ne furent bailles
plus diverses que celles qui viennent de ce quartier l, parce que la
matire est affecte de plusieurs, qui les publient sellon qu'ilz y
ont diffrante affection. L'abb de Domfermelin n'est encores arriv.
Le comte de Lenoz poursuyt son voyage, et la libert est promise dans
trois jours  l'vesque de Roz.

Ceulx cy ont si grand dsir que les depputez, qu'ilz ont envoy en
Flandres, facent quelque bon accord, que, pour garder que
l'ambassadeur d'Espaigne ou aultres de de n'escripvent chose qui y
puisse donner empeschement, ilz ont ung grand aguet sur toutes les
dpesches qu'on y faict, et n'en layssent passer une seulle qui ne
soit visite. J'entendz qu'il est arriv quelcun, asss freschement,
de la Rochelle qui publie que les princes de Navarre et de Cond sont
en Languedoc ez envyrons de Thoulouze, qui pillent, brullent et
ruynent tout ce qui deppend des habitans de la dicte ville et non
d'ailleurs; qu'ilz ont leur arme plus forte et en meilleur quipaige
que jamais; qu'ilz font toutz les jours amaz d'argent et de gens, et
mesmes de bandolliers, desquelz ilz ont desj ung bon nombre, des plus
mauvais garons de la montaigne; que Mr de Biron est encores avec eulx
pour tretter de la paix, mais parce qu'il ne propose nulles condicions
raysonnables, l'on commence  souspeonner qu'il n'a est envoy pour
dire rien de particullier, mais pour espyer leurs forces et
recognoistre l'estat de leur arme; qu'ilz ont d'aultres forces bien
gaillardes  la Charit, qui courent ordinairement jusques  Bourges
et  Orlans, et deux mil hommes de pied et cinq centz chevaulx  la
Rochelle, avec lesquelles le Sr de La Noue tient tout le pays subject;
qu'ilz ont reprins Maran et aultres lieux, nommement Oulonne qui leur
tenoit les vivres serrez, et qu' prsent ilz en recouvrent
abondantment de toutes partz; et que Vostre Majest estoit toujours 
Angiers, sans argent et sans grand moyen d'en recouvrer. Lesquelles
nouvelles aulcuns de ce conseil les magniffient, et les font encores
courir plus amples affin d'intimider davantaige les Catholiques de ce
pays. Nantmoins l'on m'a dict que la Royne, leur Mestresse, continue
toutjour au mesmes dsir que je vous ay cy devant mand de la paix de
vostre royaulme. Sur ce, etc.

     Ce XIIIe jour d'apvril 1570.




CIIe DPESCHE

--du XVIIIe jour d'apvril 1570.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Jos, mon secrtaire._)

  Dtail de ce qui s'est pass en cosse aprs le meurtre du comte
    de Murray.--Assemble des tats  Lislebourg.--Espoir du
    rtablissement des affaires de Marie Stuart, si son parti est
    promptement secouru par la France.--Nouvelles de la Rochelle et
    de Flandre.--Ncessit de faire la paix en France, et de
    s'opposer avec vigueur aux projets de l'Angleterre sur
    l'cosse.--Consquences dsastreuses qu'aurait pour la France
    la runion de l'cosse  l'Angleterre.--Avis secret donn 
    Catherine de Mdicis.--_Mmoire._ Rsolutions arrtes dans le
    conseil d'Angleterre.--Dessein que l'on suppose au roi
    d'attaquer l'Angleterre aussitt aprs la pacification.--Projet
    imput au cardinal de Lorraine de vouloir faire prir lisabeth
    et Ccil par le poison.--Dissensions causes dans le conseil
    par la rivalit des enfans de Hereford et de Marie Stuart,
    comme hritiers prsomptifs de la couronne
    d'Angleterre.--_Mmoire secret._ Communications confidentielles
    venues des Pays-Bas sur les projets de mariage des filles de
    l'empereur avec le roi de France et le roi d'Espagne, et de
    Madame, soeur du roi, avec le roi de Portugal.--Desseins
    secrets du duc d'Albe.


     AU ROY.

Sire, jusques  ceste heure, je n'ay peu mander rien de bien certain 
Vostre Majest du cost d'Escoce,  cause que la Royne d'Angleterre,
sentant les diverses affections que les siens portent aulx choses de
dell, a miz bon ordre qu'il n'en puisse venir nouvelles sinon  elle,
et de tenir icelles bien secrettes; mais ung des moyens que nous avons
essay pour en savoir a ruscy; par lequel une lettre est arrive 
la Royne d'Escoce, du XIXe de mars, d'ung de ses bons subjectz qui luy
escript, que bientost aprs que le comte de Mora a est tu, ceulx de
son party se sont efforcez de tenir une assemble  Lislebourg, le
VIIe de febvrier, pour establyr de rechef la forme du gouvernement 
leur poste, au nom du petit prince. A quoy aulcuns d'entre eulx,
mesmes qui estoient desj retournez en leur premire bonne affection
vers leur Royne, aydez du desir du peuple qui demandoit la convocation
gnralle des Estatz, y ont donn empeschement, estant par le layr de
Granges, et sir Jammes Baffour forme une opposition, laquelle n'a
est de peu de moment: car par l l'on a cogneu que le chasteau de
Lislebourg, duquel le dict de Granges est capitaine tenoit pour la
dicte Dame et que les choses avoient est conduites en faon que ds
lors une assemble gnralle fut publie, au IIIIe de mars ensuyvant,
au mesmes lieu de Lislebourg, en laquelle la pluspart de la noblesse
s'estoit trouve, rserv aulcuns des Amilthons pour la souspeon du
murtre du dict de Mora, et rserv le comte d'Arguil, qui n'avoit
pass plus avant que Glasco, et que les deux partz ne s'estoient
pourtant guires mesle l'une avecques l'aultre; ains avoient tenu
leurs assembles spares, sinon quelquefoys que les amys et partisans
de la Royne avoient condescendu de convenir avec aucuns des aultres en
la maison du secrtaire Ledinthon, qui estoit mallade, pour tretter de
certaines particullaritez; et qu'enfin n'y avoit est faicte plus
grande dtermination, que de assigner une aultre nouvelle assemble au
mesmes lieu, au premier jour de may prochain, de laquelle assemble 
venir les bons serviteurs de la dicte Dame ne pouvoient prendre
aulcune bonne esprance, s'il n'aparoissoit premier pour elle quelque
bonne faveur et assistance par dell, ou de France, ou de Flandres,
ainsy que ceulx qui estoient demeurez fermes en la foy et obyssance
de la dicte Dame, l'avoient toutjour espr: car ceulx du contraire
party s'asseuroient d'estre favorisez et secouruz, dans le temps, par
la Royne d'Angleterre et d'hommes, et d'argent, pour maintenir
l'authorit du jeune Roy et la religion nouvelle dans le pays, ainsy
que Randolf, son ambassadeur, les en asseuroit; et qu'il estoit bien
vray que le comte d'Atil, milord de Humes, le ler de Granges, le
secrtaire Ledinthon, et plusieurs aultres qui avoient est du
contraire party, se dclaroient meintennant estre de celluy de la
dicte Royne d'Escoce; et le dict Ledinthon pratiquoit encores d'y
admener le comte de Morthon, avec lequel il en estoit bien avant en
termes; et que les fuytifz d'Angleterre estoient aussi toutz dclairez
pour elle et pour la religion catholique, mesmes le comte de
Northomberland, qui avoit commanc de tretter de son rappel avec le
dict Randolf pour sortyr de pryson, avoit, par la persuasion du dict
Ledinthon, demeur ferme en son premier propos, de sorte que les
aultres restoient bien foybles dans le pays; mais qu'il estoit certain
que les deniers et les forces d'Angleterre les relveroient et leur
mettroient toutes choses en leur main, si quelque aultre main bien
forte ne s'y trouvoit opposante pour la dicte Royne d'Escoce; et
contenoit aussi la dicte lettre que l'abb de Domfermelin estoit
dpesch par ceulx du contraire party devers ceste Royne, et que les
aultres avoit advis d'envoyer conjoinctement Robert Melin devers
elle, pour la prier de moyenner par son authorit une bonne
rconciliation dans le pays et en oster la division, affin que les
estrangiers n'y fussent par les ungs ou par les aultres appellez, au
grand dtriment de la paix et du commun repos des deux royaumes.

Lesquelles susdictes nouvelles, Sire, nous tenons pour plus vrayes,
que nulles aultres qu'on nous ayt encores raportes; et sur icelles la
Royne d'Escoce m'a pri de fre aulcuns offices envers la Royne
d'Angleterre, pour l'exorter  l'entretennement des trettez, et de ne
rien attempter par son arme au prjudice d'iceulx, ce que j'ay desj
faict, et y incisteray encores bien fermement; et que je veuille aussi
fre entendre de sa part  Vostre Majest qu'elle et son royaulme, qui
sont l'ung et l'aultre de vostre alliance, pourront estre facillement
remdiez  ceste heure par le secours qu'il vous a pleu luy accorder,
pourveu qu'il vienne promptement, sellon que les choses sont encores
en fort bonne disposition; de quoy elle vous supplie trs humblement,
mais que si vostre dict secours luy deffault, qu'il adviendra deux
grandz inconvnians, qui vous seront non guires moins dommageables
qu' elle; l'ung, que les affres siens et de ses subjectz, qui sont
proprement vostres et ceulx de la religion catholique, recepvront ung
prjudice et dtriment perptuel dans son pays; l'aultre, que, pour se
rachapter de la pryson o elle est et recouvrer son estat et sa
libert, elle sera contraincte de mettre le prince d'Escoce, son filz,
ez mains des Anglois.

Voyl, Sire, quand aulx affres de ceste pouvre princesse, qui sont si
pressez par la dilligence que ceste Royne faict de haster toutjour son
arme vers l'Escoce, qu'on pense que dans deux moys elle aura achev
son entreprinse, et n'est sans soupeon qu'elle veuille fortiffier
Dombarre, ou Aymontz, ou quelque aultre lieu dans le pays, veu les
pyonniers qu'elle y envoye.

Au surplus, Sire, certainz petitz discours qu'on a envoys imprimez
de la Rochelle font aulcunement mal esprer ceulx cy de la conclusion
de la paix de vostre royaulme. Nantmoins la Royne d'Angleterre
monstre toutjour de la desirer, bien que quelcun m'a dict que si elle
estoit dj faicte, que la dicte Dame yroit plus retenue ez choses
d'Escoce, et n'y procderoit sinon ainsi que vous le vouldriez, mais
qu'elle pense, durant le pourparl d'icelle, avoir excut ce qu'elle
prtend. Il semble par aulcuns propos qu'on m'a raport du Sr de
Lombres que les pratiques du prince d'Orange en Allemaigne ne sont
mortes et que bientost il s'en manifestera quelque chose; dont les
Flamans, qui sont icy, desireroient la paix de France, affin que la
guerre ft transfre en leur pays. Sur ce, etc.

     Ce XVIIIe jour d'apvril 1570.


     A LA ROYNE.

Madame, estant les choses d'Escoce en l'estat que je les mande en la
lettre du Roy, et ceulx cy sur le poinct de les aller par armes
rduyre  leur dvotion, plusieurs gens de bien sont, avec grand
desir, attandans quel ordre Voz Majestez Trs Chrestiennes y mettront
pour les remdier, et me viennent souvent allguer qu'il pourra venir
beaucoup de diminution  vostre grandeur, si vous layssez aller en
proye aulx Anglois la Royne d'Escoce, et son royaume, et la religion
catholique de son pays; car, oultre qu'il yra asss en cella de la
rputation de vostre couronne, ilz disent qu'en la prsente guerre de
vostre royaulme, la rduction de toute ceste isle au pouvoir de ceulx
cy et l'entire runyon d'icelle  leur religion nouvelle sera ung
trs grand apuy de deniers, de munitions et aultres moyens  ceulx de
la Rochelle et aulx Allemans, qui les favorisent, en dangier que ceste
Royne, par aprs, entrepreigne elle mesmes ouvertement la guerre avec
eulx, et davantaige qu' l'advenir, se trouvans les Anglois hors de
toute souspeon de l'Escoce, laquelle s'est toutjour trouve preste
pour nous contre leurs entreprinses, mesmes l'ayant mise de leur
cost, qu'ilz ne vous meuvent une perptuelle guerre, pour leurs
prtencions; ou bien que, par quelque mariage ou par aultre accession,
ilz aillent joindre toute ceste isle  la grandeur de quelque aultre,
parce qu'ilz craignent naturellement la vostre, qui vous sera de grand
prjudice.

Sur quoy je leur rpondz, Madame, que les choses d'Escoce ne sont si
foibles d'elles mesmes, ny si mal apuyes de Voz Majestez Trs
Chrestiennes que les Anglois les puissent aysement plyer; et, quant
bien ilz se seroient prvaluz de l'oportunit de ce temps, auquel ilz
vous voyent fort empeschez aulx guerres de vostre royaume, que
nantmoins vennant la paix, comme Voz Majestez ne sont loing de
l'avoir, que vous radresserez bien aysement le tout; et que l'Escoce
ne sera jamais  eulx, que quand ilz la cuyderont bien tenir. Je
considre asss, Madame, que la Royne d'Angleterre entreprend d'une
grande affection ce faict d'Escoce, et que les ennemys et malveillans,
que la Royne sa cousine a dans son propre royaulme et dans cestuy cy,
l'y persuadent si fort, qu'il est trs difficile de l'arrester;
nantmoins, je vous suplie trs humblement, Madame, me commander par
ce mien secrtaire ce que j'auray  dire ou fre l dessus envers la
dicte Royne d'Angleterre, oultre l'office que je luy ay desj faict;
car je ne fauldray d'ung seul poinct de trs humblement vous y obyr.
Sur ce, etc.

     Ce XVIIIe jour d'apvril 1570.

AULTRE LETTRE A PART A LA ROYNE.

Madame, j'ay donn charge  ce mien secrtaire de vous bailler ce mot,
 part, pour avoir meilleur moyen de compter  Vostre Majest la
faon, dont l'on a us, pour fre venir en mes mains le propre
original de cest escript, qu'il vous baillera en forme d'une lettre
qu'on m'adressoit; o trouverez, Madame, ung conseil[5], lequel je
vous suplie trs humblement ne communiquer, du commancement, sinon au
Roy et  Monseigneur, voz enfans, et puis  quelcun de voz plus
expciaulx et saiges serviteurs, qui, possible, vous ouvrira
l'expdiant comme vous vous en pourrez servyr. Il vous pourra, par
advanture, estre venu ung semblable adviz d'ailleurs, mais je vous
puys bien jurer, Madame, avecques vrit, que je ne say ny ne puys
penser d'o cestuy cy est procd. Cella considr je bien que, par
icelluy, il y pourroit cy aprs avoir moins d'ellvation dans vostre
royaulme et aussi moins de moyen d'oster ce qu'y auriez une foys
introduict. Sur ce, etc.

  [5] La pice n'ayant pas t transcrite sur les registres de
  l'ambassadeur, on ne connat pas la teneur de cet avis.

   Que les choses de ce royaulme s'entretiennent encores en quelque
   apparence de repos, non d'elles mesmes, car tout est plein de
   malcontantement, mais par la dilligence de ceux qui sont en
   authorit; lesquelz font ce qu'ilz peuvent pour gaigner le temps,
   mais non pour remdier du tout au mal; car semble plustost
   qu'ilz le vont norrissant pour le fre cy aprs devenir plus
   grand.

   Ilz s'esforcent de passer cest est sans troubles par le moyen de
   l'arme, qu'ilz ont faicte dresser  leur Mestresse vers le North
   par prtexte des choses d'Escoce, et d'aller contre les fuytifz;
   en quoy ilz excuteront, sans faulte, ce qu'ilz pourront; mais il
   n'y a asss de deniers en repos pour entreprendre choses si
   utilles, sans ce qu'on estime que la mesme arme se trouvera
   preste et en estat contre l'ellvation, qu'on crainct bien fort
   debvoir advenir avant la racolte.

   Et  ceste force ilz ont adjouxt l'artiffice, car, pour donner
   quelque satisfaction aulx principaulx de la noblesse, affin
   qu'ilz ne se meuvent, et pour leur fre prendre esprance d'ung
   meilleur estat des choses, ilz ont rappell en court et au
   conseil le comte d'Arondel, et ont miz en pleyne libert millord
   de Lomelley, et ont donn esprance au duc de Norfolc d'estre en
   brief eslargy hors de la Tour, soubz quelque garde en sa mayson
   qu'il a  Londres, et que mesmes se pourra ottroyer une forme de
   pardon au comte de Northomberland et aultres chefz des fuytifz,
   pour remettre toutes choses en bonne unyon.

   Mais il adviendra, possible, que l'artiffice produyra ung aultre
   effect que le simul, parce que ceste princesse n'a le cueur ny
   l'intention esloigne de celle de sa noblesse, n'y n'est mal
   affectionne  ses subjectz catholiques, pour lesquelz elle
   rsiste asss souvant aulx conseilz, que leurs adversaires luy
   donnent contre eulx, affin qu'avec les ungs et les aultres elle
   puisse passer son rgne en paix.

   Et semble bien que les seigneurs catholiques seront pour tenir
   dorsenavant leur partie bien ferme et relleve, de tant que le
   comte de Lestre se monstre entirement pour eulx, ayant est luy
   le moyen de les fre eslargir et rappeller; et il descouvre qu'il
   a asss d'aisne au secrtaire Cecille, pour cause de ceulx de
   Herfort, lesquelz le dict Cecille cherche, par toutz moyens, de
   les ellever  ceste couronne au prjudice du dict comte et des
   aultres seigneurs, qui estiment qu'il ne leur va de moins que
   leurs testes et de la ruyne de leurs maysons, s'ilz y
   parviennent.

   Mais le dict Cecille, oultre ce qu'il tient meintennant sa
   Mestresse asss bien dispose envers les dicts de Herfort, pour
   la grand jalouzie qu'il luy imprime toutjour de la royne
   d'Escoce; de laquelle le tiltre seul prcde celluy de Herfort en
   la succession de ce royaulme, il y bande aussi toute la part des
   Protestans et mesmes les vesques et officiers, et toutz ceulx
   qui sont en quelque authorit, et pensoit bien y avoir aussi
   conduict le dict comte de Lestre par le moyen de la dicte
   religion, et par beaulcoup d'asseurances et promesses qu'il luy
   avoit faictes; mais j'entendz que, lundy dernier, estantz huict
   les plus protestans de ce conseil assemblez, en la mayson du
   comte de Belfort aulx champs, pour dellibrer de ce qu'ilz
   avoient  fre pour la lgitimation des dicts de Herfort, et pour
   advancer leur tiltre, ilz se plaignirent grandement du dict comte
   de Lestre, de ce qu'ayant faict rapeller le comte d'Arondel au
   conseil, il avoit prpar ung grand obstacle  leur entreprinse.

   Et le dangier est que la Royne d'Angleterre (de laquelle la
   vollont et disposition peult beaulcoup en cella) se mette toute
   de ce party pour les grandes impressions, qu'on luy donne,
   qu'elle est en dangier de son estat et de sa propre vie, si elle
   n'oste et l'estat et la vie  sa cousine.

   Car, oultre les propos qu'on luy a dict que Monseigneur, frre du
   Roy, avoit tenuz, lesquelz j'ay naguires escriptz  mon dict
   seigneur, j'entendz qu'on luy faict acroyre que Mr le cardinal de
   Lorraine sollicite,  ceste heure, ardentment la paix en France,
   pour avoir plus de moyen de dresser une entreprinse contre
   l'Angleterre en faveur de la Royne d'Escoce, sa niepce; et que,
   pour y pouvoir  moindres fraiz conduyre son intention, et y
   trouver moins de difficult, qu'il a convenu avec ung Itallien,
   dont le nom et le visaige, disent ilz, sont cognuz, de fre
   empoysonner la dicte Royne d'Angleterre et le secrtaire Cecille,
   et que les plus grands de France inclinent  fre la guerre par
   de.

   Et la met on en souspeon que le Roy d'Espaigne sera pour
   concourre facillement  l'entreprinse, pour revenche de l'injure
   de ses deniers, et des prinses de mer que ceulx cy ont faictes
   sur ses subjectz; et mesmes l'on s'esforce de luy en monstrer
   desj quelque indice par l'interprtation d'une dpesche, que
   j'entendz qu'on a intercept, de Mr de Forquevaulx, et envoye
   par de; en laquelle, aprs ung propos de trois mariages, il
   faict mencion du grand amaz de gens, et d'argent, et des
   prparatifs, par mer et par terre, que le Roy d'Espaigne faict,
   avec aulcunes particullaritez de plus estroicte intelligence avec
   Leurs Majestez Trs Chrestiennes. Ce que n'estimans ceulx cy que
   cella puysse estre pour rsister seulement aulx Mores, ilz
   veulent infrer que c'est contre eulx.

   A quoy l'on m'a dict qu'ilz sont davantaige confirmez par une
   lettre, qu'on a escripte de la Rochelle  la dicte Dame, en
   laquelle l'on l'a pri que, si le Roy vient  offrir des
   condicions de paix  la Royne de Navarre, et aulx princes ses
   filz et ses nepveux, et aultres de leur party, qui soyent
   raisonnables, comme Sa Majest monstre s'en aprocher, qu'elle
   trouve bon qu'elles soyent aceptes; car ne les pourront
   bonnement reffuzer, sans se monstrer mauvais subjectz, et que la
   noblesse dsire grandement satisfre au Roy; aussi qu'on voyt
   bien qu'elle et les princes d'Allemaigne sont longs et tardifz 
   les secourir, et nantmoins adjouxtent beaucoup de grandz
   mercyemens et offres  la dicte Dame, et la prient qu'elle
   veuille bien pourvoir  la seurt de ses affres, parce qu'il
   semble qu'on projecte desj de grandes entreprinses contre elle
   et son estat, en faveur de la Royne d'Escoce.

   Desquelz adviz aulcuns icy ont heu de quoy manifester si
   ouvertement leur malice, qu'ilz ont oz dire deux choses  la
   dicte Dame; l'une, que si elle n'empeschoit la paix de France,
   qu'elle aurait certainement la guerre en Angleterre; et l'aultre,
   que jusques  ce qu'elle aura faict arracher du tout une si malle
   plante, comme est la Royne d'Escoce, qu'elle ne verra jamais
   bien, ny repos, en ceste isle.

   Ce que m'ayant est raport, j'ay miz peyne, par d'aultres plus
   modrez personnaiges, de luy fre si bien diminuer ceste opinion
   qu'elle monstre, quant  la paix de France, qu'elle y a toutjour
   fort bonne affection, mais qu'elle desire infinyement luy estre
   donn moyen de s'y employer, affin de pouvoir gaigner la
   bienveuillance du Roy, et se confirmer en paix et amiti avecques
   luy; et, quant  la Royne d'Escoce, qu'elle est bien dispose
   envers sa personne et sa vie, comme je croy qu'elle n'y a heu
   jamais mauvaise intention, et que mesme elle goutte aulcunement
   sa restitution, et ne la rejecte plus tant qu'elle souloit; mais
   elle prtend  quelque entreprinse en Escoce, qui est cogneue de
   peu de gens, laquelle elle pense avoir excute plustost qu'on
   luy en puysse, ny de France, ny de Flandres, donner empeschement;
   et que le tout sera faict dans deux moys, pendant lesquelz je ne
   fays doubte qu'elle ne vollt que Leurs Trs Chrestienne et
   Catholique Majestez fussent ailleurs bien fort empesches.

   AULTRE MMOIRE A PART.

   En la dpesche d'Espaigne, dont, en l'aultre mmoire, est faicte
   mention, qui a est intercept, j'entendz que Mr de Forquevaulx
   escripvoit  la Royne que l'ambassadeur de l'Empereur l'avoit
   pri de fre entendre au Roy comme son Maistre, pour l'affection
   qu'il avoit de veoir effectuer les mariages de ses filles avec
   les deux Roys, desiroit que, du premier jour, il y ft procd
   sans plus le dilayer;

   Qu'il avoit dellibr d'envoyer les deux Roynes ensemble, par la
   mer, de Gnes  Marseille, avec la moindre compaignie et le moins
   d'officiers qu'il pourroit, s'asseurant qu'elles en amasseroient
   asss en chemyn;

   Que l'ambassadeur de Portugal l'avoit asseur que le party de
   Madame, soeur du Roy, playsoit grandement au jeune Roy, son
   Maistre, et aulx deux douarires ses mre et ayeulle, et n'y
   avoit que ce seul diffrant, qu'elles vouloient que le tout se
   ft par le bon adviz et conseil du Roy d'Espaigne; et les Estatz
   de Portugal, au contraire, s'estimoient asss suffizans pour
   cella, sans y embesoigner aulcunement le dict Roy:

   Mandoit avoir entendu que le dict Roy de Portugal estoit subject
    ses opinions, et ne vouloit guires croyre conseil et qu'il
   n'avoit prs de luy que jeunes gens;

   Que les mdecins et phisiciens ne l'estimoient de longue vie,
   pour quelque defflussion de cerveau qu'il avoit, et que les ungs
   conseilloient qu'on le maryt bientost affin de la divertyr et
   pour avoir ligne; les aultres que le mariage luy abrgeroit ses
   jours;

   Que, quoy que ce ft, venant le dict jeune Roy  mourir, celluy
   qui luy debvoit succder, par le commun consentement des Estatz,
   espouseroit la veufve; par ainsy que, en toutes sortes, Madame
   seroit longuement Royne:

   Que le Roy d'Espaigne s'estoit achemin  Courdova pour aller
   tenir ses cours de Castille, et pour s'aprocher de l'entreprinse
   contre les Mores, priant icelluy ambassadeur Leurs Majestez Trs
   Chrestiennes de luy donner moyen de le pouvoir suyvre, et leur
   touchoit ung mot de sa rvocation;

   Que le Roy d'Espaigne faisoit tel amaz de gens et d'argent, et
   ung si grand aprest par mer et par terre, qu'il estoit ays 
   veoir qu'il tendoit  de plus grandes entreprinses que de se
   deffandre des Mores;

   Que s'il playsoit  la Royne d'avoir une entrevue avecques luy 
   Marseille; que le dict ambassadeur esproit de l'y pouvoir
   facillement induyre, parce qu'il l'y trouvoit fort bien dispos,
   pourveu que cella ft tenu fort secrect, et quasi communiqu 
   nul, de peur des traverses qu'on y mettroit pour la jalouzie que
   plusieurs en auroient.

   De laquelle lettre ceste Royne et les siens ont prins beaucoup de
   souspeon, et sont,  ceste heure, tant plus desireux de
   raccommoder leur diffrans avec le Roy d'Espaigne, comme ilz en
   poursuyvent dilligentment l'accord, par leur depputez, qu'ilz ont
    cest effect envoy en Flandres; lesquelz,  ce que j'entendz,
   ont mand qu'ilz en esprent une bonne yssue.

   Et semble que le duc d'Alve, en une faon ou aultre, y
   condescendra, sellon qu'on m'a dict qu'il dsire bien fort
   esteindre ceste querelle, ainsy qu'il estime avoir si bien
   vaincue celle du prince d'Orange, et ensepvelye celle des Gueux,
   qu'elles ne se pourront, l'une ny l'aultre, jamais plus
   ressuciter;

   Et qu' ceste heure, il a bien fort grande affection d'aller en
   Espaigne, comme pour triumfer des choses qu'il a bien faictes, et
   bien saigement et vaillamment conduictes en Flandres, d'y avoir
   conserv la religion catholique, et estinct l'hrsie; d'avoir
   saulv l'estat, et quasi l'avoir conquiz et estably de nouveau au
   Roy son Maistre, qui auparavant n'en estoit guires bien le
   maistre; et le luy avoir soubmiz  y pouvoir imposer tribut,
   comme il vouldra, l o auparavant l'on y souloit ordinairement
   contradire; et avoir augment le revenu jusques  deux millions
   d'or toutz les ans, qui  peyne en valloit la moyti:

   Et, avec l'honneur de ces choses, retourner prs de son Maistre,
   o la jalouzie du prince d'Enoly le tire, et prs de sa femme et
   des siens, qui l'appellent par dell,  la venue de la nouvelle
   Royne, pour se trouver  l'establissement et  la mutation de
   diverses choses, qui lors se pourront ordonner, mais
   principallement pour mettre le gouvernement de Flandres ez mains
   de Dom Fadrique, son filz aisn:

   A quoy il a grand affection, luy ayant pour cest effect baill
   tiltre et merque nouveaulx de cappitaine gnral des Espaignolz
   et gardes, ce qu'il n'estime toutesfoys pouvoir bien obtenir,
   s'il n'est prsent avec son Maistre;

   Et que, pour n'estre son dict retour empesch par la querelle
   d'Angleterre, qu'il la vuydera, et qu'au reste procurera, avant
   son partement, que la consulte et distribution des biens
   confisqus en Flandres se face, affin qu'il puisse entrer en
   possession de Brada ou d'Ostrante, ou de quelque aultre bien bon
   estat, que son Maistre luy donnera; et desireroit bien fort que
   son dict Maistre remit une partie de la dicte consulte  fre 
   luy, affin de pouvoir gratiffier et rcompenser ceulx qui l'ont
   suyvy.

   Toutes lesquelles choses m'ont est dictes du dict duc par
   aulcuns, qui les peuvent aulcunement savoir, et qui les font
   paroistre estre vraysemblables.




CIIIe DPESCHE

--du XXIIIe jour d'apvril 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Publication faite en Angleterre de la prise d'armes contre
l'cosse.--Prparatifs de dfense faits par les cossais.--Nouvelles
difficults survenues dans la ngociation avec les Pays-Bas.


     AU ROY.

Sire, persvrant la Royne d'Angleterre en sa dellibration d'envoyer
des forces en Escoce, elle a faict, despuys trois jours, publier
l'occasion de son entreprinse avec le prtexte et colleur, que Vostre
Majest verra par la teneur de sa proclamation; et a mand au comte de
Sussex qu'avec les troupes, qu'il a assembles  Yorc et  Durem, il
ayt toutjour  s'acheminer  Neufcastel, et qu'il temporise l jusques
 tant qu'il ayt receu les monitions qu'elle a ordonn luy estre
envoyes, lesquelles y pourront arriver envyron la fin de ce moys.
Cependant, Sire, luy ayant le dict comte de Sussex naguire escript
que, pour la nouvelle de sa venue, les Escouoys prenoient de toutes
partz les armes, avec intention de courre sus  ceulx qui parloient
d'introduyre les Anglois dans le pays; et que desj milor Herys estoit
aproch avec quelques forces pour luy deffandre les frontires, ceulx
qui ont icy la matire bien affecte ont conseill  la dicte Dame de
luy respondre que, sellon sa plus ample commission, il ayt  doubler
promptement ses forces pour poursuyvre son voyage;  quoy elle a faict
asss de difficult, voyant que l'entreprinse se monstroit  ceste
heure plus grande et plus difficille, et de trop plus grand coust
qu'on ne la luy faisoit du commancement, tant y a qu' leur persuasion
elle le luy a mand; et nantmoins l'on pense qu'il trouvera asss de
rsistance par dell.

L'on commence  sentyr qu'il y aura asss de difficult en l'accord
des diffrans des Pays Bas, parce qu'on offre par dell de restablyr
toutes choses jusques  la valleur d'une maille; et demande l'on qu'il
soit faict le semblable de ce cost, et mesmes que de ce qui aura est
substraict, emport, ou qui se trouvera aultrement dpry, des
merchandises des subjectz du Roy d'Espaigne, parce que cella est
advenu par la coulpe des Anglois, que le tout soit rpar par eux, en
quoy trs difficilement ilz veulent entendre. Nantmoins il y a trs
grande affection de chacun cost d'en sortyr. Sur ce, etc.

     Ce XXIIIe jour d'apvril 1570.




CIVe DPESCHE

--du XXVIIe jour d'apvril 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Gerin Marchant_.)

  tat des partis en cosse.--Arrive d'un ambassadeur de France
    dans ce pays avec un secours d'hommes.--Dbats entre les
    seigneurs cossais pour la rgence.--Vives sollicitations des
    ennemis de Marie Stuart pour presser l'entre de l'arme
    anglaise.--Dpart de la flotte pour Hambourg, et envoi des
    sommes leves en Angleterre pour l'Allemagne.


     AU ROY.

Sire, aprs que j'auray, dimanche prochain, faict entendre  la Royne
d'Angleterre les louables et vertueux propos qui sont contenuz en
vostre dpesche du XIIe de ce moys, laquelle le Sr de Vassal m'a
randue le XXIIIIe, je vous informeray bien particullirement de
l'intention, en quoy je l'auray trouve sur les choses que je luy
proposeray de vostre part; et cependant je diray  Vostre Majest,
touchant celles d'Escoce, que l'arrive de vostre ambassadeur par
dell, et ce qu'on dict qu'avec luy sont arrivez  Dombertran cinq
cens harquebouziers franoys et asss d'armes pour armer encores deux
mil hommes, faict aultrement penser  ceulx cy de l'entreprinse qu'ilz
ont au dict pays, que quant ilz l'ont premirement dlibre; mesmes
qu'ayantz les principaulx seigneurs d'Escoce desj heu confrance avec
luy au lieu de Donquel, l'on asseure qu'ilz ont prins, par les lettres
et bonnes offres de Vostre Majest, une bonne rsolution; savoir,
ceulx qui estoient demeurez en la foy de leur Royne d'y persvrer
constantment, et ceulx qui se portoient neutres de se dclairer pour
elle; tellement que tous ensemble se sont despuys acheminez 
Lislebourg: d'o les adversayres, avec l'ambassadeur de ceste Royne,
se sont aussitost despartys; et que, illec, ilz ont faict proclamer,
le XIIe de ce moys, l'authorit de leur Royne, l o millord de
Granges a dclair qu'il tenoit le chasteau de Lislebourg pour elle;
et le duc de Chastellerault, lequel n'est encores eslargy du dict
chasteau, pour quelque occasion bien considrable, s'est aussi
dclair du cost de la dicte Dame; et, bien que le comte de Mar n'ayt
du tout faict le semblable, il a promiz nantmoins de ne dlivrer, en
faon du monde, le jeune prince aulx Anglois, et dict davantaige qu'il
ne le dlivrera pas aussi aulx Franoys, ny aulx Espaignolz, ny mesmes
aulx Escoussoys. Et, par ainsy, les choses ont commanc de prandre
quelque train, pour le bien des affres de la dicte Royne d'Escoce, 
l'advantaige et rputation de Vostre Majest. Mais, Sire, voycy
l'ordre qu'on me dict que ceulx de l'aultre party ont tenu pour y
donner empeschement; c'est qu'ilz se sont incontinent assemblez au
lieu de Domfermelin, o ilz ont rsolu deux choses; l'une, de fre
tout sur l'heure aprocher le comte de Lenoz, qui est  Barwich, pour
se porter pour rgent de la personne et estat de son petit filz  la
faveur de l'arme de la Royne d'Angleterre qui est en campaigne;
l'aultre, d'accorder et signer les articles de l'instruction qu'ilz
ont baille  l'abb de Domfermelin de tout ce qu'il vient dire,
requrir et offrir de leur part  ceste Royne.

Sur quoy l'on m'a donn adviz fort secrect, mais de bon lieu, que
celle partie des dictes forces qui s'est trouve plus advance, et la
garnyson de Barwich, en nombre de quatre mil hommes de pied et quinze
centz chevaulx en tout et huict pices de campaigne, ont desj march
oultre les frontires pour favoriser le dict de Lenoz, et qu'il a est
mand au comte de Sussex de parfre promptement sa leve de dix mil
hommes de pied et quatre mil chevaulx, et que le susdict Domfermelin
arrivera icy dans deux ou trois jours. L'on estime que les aultres
seigneurs Escouoys envoyeront millord de Sethon ou millord Boyt
devers la dicte Dame pour l'effect que je vous ay cy devant mand;
mais je ne laysse pour tout cella d'esprer encores bien des affres
de la royne d'Escoce.

La flotte pour Hembourg est dj charge, et commance d'avaller
contrebas la Tamise. Elle est d'envyron cinquante voylles et n'y a que
deux grandz navires de ceste Royne ordonnez pour les conduyre, mais il
y en a aultres trois quipez en guerre soubz la charge de Haquens, qui
y vont, le tout aulx despens des merchans; et, soubz ceste mesmes
conserve, partent aussi les munitions qu'on envoye au North parce que
c'est tout une mesme routte. J'entendz que desj les lettres
d'eschange, pour le parfornissement de cent cinquante mil escuz cy
devant ordonnez pour Allemaigne, sont expdies, et qu'elles vont
avecques ceste flotte, oultre soixante mil escuz en espces, cuillys
sur les esglizes des Flamans qui sont en ce royaulme, que le Sr de
Lombres envoye au prince d'Orange; et luy eust envoy plus grand somme
sans ce que,  mon instance, la Royne d'Angleterre a deffandu de ne
fre aulcune cuillette de deniers, pour ce prtandu prtexte de la
deffance de la religion, sur ses subjectz, lesquelz s'y monstrent
asss vollontaires.

Ceulx cy font tout ce qu'ilz peuvent, de leur cost, pour parvenir 
quelque accord sur les diffrans des Pays Bas, et en sont toutjour en
bonne esprance. Sur ce, etc.

     Ce XXVIIe jour d'apvril 1570.




CVe DPESCHE

--du IIIe jour de may 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Antoine Grimault_.)

  Audience.--Dclarations faites par l'ambassadeur, au nom du roi,
    tant au sujet de la pacification de France que des affaires
    d'cosse.--Irritation cause  la reine d'Angleterre par la
    dclaration touchant l'cosse, qui renferme une menace de
    guerre.--Nouvelles de l'entreprise des Anglais sur l'cosse, o
    ils sont entrs en armes.


     AU ROY.

Sire, prvoyant que la Royne d'Angleterre n'auroit guires agrable
les deux poinctz, que j'avois  luy proposer de la dpesche de Vostre
Majest du XIIe du pass, en ce que vous n'acceptiez son offre
d'intervenir  la paciffication de vostre royaulme, et que vous luy
touchiez vifvement le faict de la Royne d'Escoce, j'ay miz peyne,
Sire, de luy dire l'ung et l'aultre en la plus gracieuse faon que
j'ay peu; et m'a bien sembl, quant au premier, qu'elle en est
demeure asss satisfaicte, par ce mesmement que j'ay monstr que
Vostre Majest acceptoit plustost qu'il ne reffuzoit son offre, mais
de tant que l'affre, par la venue des depputez des princes, estoit
sur sa conclusion sans qu'il ft besoing d'entrer en nouveaulx
trettez, ainsy qu'ilz avoient toutjour dict qu'ilz ne vouloient
aulcunement capituller avec leur Souverain Seigneur, vous estimiez
que cella seroit bientost faict ou failly, par ainsy, que vous en
donriez incontinent adviz  la dicte Dame; de laquelle vous requriez
cependant de vouloir demeurer en son bon et honneste desir, qu'elle
monstroit avoir vers vous et vers voz prsens affres, avec asseurance
que, en pareille ou meilleure occasion, du bien des siens vous luy
feriez paroistre par effect que vous luy correspondiez en ung
semblable debvoir de vostre bonne et mutuelle amyti envers elle.

A quoy la dicte Dame m'a respondu que ce luy estoit ung singulier
playsir de veoir que Vostre Majest eust prins son intention en la
bonne part, que vous l'avoit offerte, de s'employer aultant
droictement  la conservation de vostre grandeur et authorit sur voz
subjectz comme si c'estoit pour sa propre cause; et que la
satisfaction que vous luy donniez l dessus estoit si grande, que
c'estoit  elle meintennant de vous en remercyer et  prier Dieu pour
le bon succez et ferme establissement de vos dicts affres et de la
paix que vous desirez en vostre royaulme, avec plusieurs aultres
parolles, dont aulcunes,  la vrit, touchoient les difficultez qui
pouvoient encores rester en cella, et d'aultres exprimoient son
affection d'y estre employe: toutes nantmoins bien fort honnestes et
pleynes de grande dmonstration d'amyti.

Mais, quant c'est venu  l'aultre poinct, du faict de la Royne
d'Escoce, bien que je ne le luy aye baill, sinon avec les mesmes
termes par lesquelz Votre Majest monstre de vouloir, jusques 
l'extrmit du debvoir, constamment persvrer en son amyti et en la
paix, elle nantmoins en a heu le cueur si atteinct qu'elle n'a peu,
ny en son visaige, ny en sa parolle, dissimuler l'ennuy qu'elle en
recepvoit: dont, aprs aulcuns peu de motz asss incertains, tantost
de l'esbahyssement d'ung tel propos, tantost de ce que Vostre Majest
estoit mal informe du faict: ayant l dessus appell ceulx de son
conseil, qui estoient dans la chambre, elle leur a dict que je venois
de luy fre une bien estrange proposition, de la part de Vostre
Majest, et qu'elle me vouloit bien prier de la leur exposer tout de
mesmes, affin qu'ilz en demeurassent mieulx instruictz. Ce que ne luy
voulant reffuzer, je l'ay de tant plus vollontiers faict et avec plus
d'expression de toutes les particullaritez de Vostre lettre, que je
savois que l'arme de la dicte Dame estoit desj entre en Escoce, et
qu'il y'en avoit l prsens de ceulx qui l'avoient conseill; lesquelz
je desiroys bien qu'ilz en demeurassent confuz: et y en avoit aussi,
qui n'attandoient qu'une semblable occasion, pour avoir de quoy luy
parler librement du faict de la Royne d'Escoce. Dont leur ay rcit,
tout  plain, vostre intention, et ay miz peyne de leur monstrer
qu'elle n'estoit moins fonde en toute justice, que remplye de grande
magnanimit.

A quoy nul d'entre eulx n'a rien respondu, sinon le marquis de
Norampthon aulcun peu de motz sur l'aprobation de l'entreprinse
d'Escoce. Mais la dicte Dame, (aprs m'avoir dict, ung peu en collre,
que Vostre Majest avoit faict comme le bon mdecin, qui, ayant 
bailler des pillules bien amaires  son mallade, en faisait tout le
dessus de sucre, et qu'ainsy, vostre premier propos du mercyement
avoit est bien fort gracieulx et doulx, mais celluy d'aprs estoit
bien fort amer et piquant,) a commanc de me desduyre amplement
l'occasion et justiffication de son entreprinse en Escoce; et croy
qu'avec les mesmes dmonstrations, que luy avoient faict ceulx qui la
luy ont conseille, en termes asss vhmentz, mais toutesfoys bien
fort honnorables en l'endroict de Vostre Majest; qui, en somme,
tendent  trois poinctz: l'ung,  vous fre veoir qu'il n'y avoit que
droict et rayson, en ce qu'elle faisoit et qu'elle vouloit fre, vers
la Royne d'Escoce et vers son royaulme; le second, que nul ne debvoit
trouver mauvais que justement elle poursuyvt de vanger les injures,
que injustement l'on avoit faictes  elle et  ses subjectz; et le
troisiesme, que, nonobstant tout cella, et sans s'arrester  tant de
vhmentes ou bien vriffies, occasions de malcontantement,  quoy la
dicte Royne d'Escoce et son ambassadeur, et ceulx de ses subjectz qui
tiennent pour elle, l'avoient extrmement provoque, elle ne lairroit
de recepvoir les condicions qu'elle luy offriroit sur l'accommodement
de ses affres, ou bien que Vostre Majest luy feroit offrir pour
elle; ains se disposerait tout prsentement d'y entendre: mesmes que
luy en ayant desj la dicte Dame escript une lettre et son ambassadeur
une aultre, lequel luy avoit d'abondant mand qu'il s'estoit encores
rserv d'aultres choses, pour les luy dire en prsence, elle me
promettoit, qu'il seroit bientost ouy, me priant au reste de luy
vouloir bailler par escript ce que je luy avois propos de vostre
part, affin d'en pouvoir mieulx dellibrer, et vous y fre plus claire
et plus ample responce; comme je pense, Sire, qu'elle fera par son
ambassadeur.

Et parce qu'il seroit long de rciter icy toutz les propos de la dicte
Dame et ceulx que je luy ay responduz, je remetz de les vous mander en
ma prochaine dpesche, par ung des miens, que je dpescheray exprs
devers Vostre Majest, avec d'aultres choses, lesquelles avecques
ceulx cy vous feront prendre quelque jugement des intentions de la
dicte Dame. Cependant j'ay  dire  Vostre Majest que le comte de
Sussex, sire Jehan Fauster, et milor Scrup, estans entrez par trois
divers endroictz en Escoce, y ont allum des semblables feuz, que
aulcuns Escouoys, avec les fuytifz d'Angleterre, avoient auparavant
allumez en la frontire de de, non sans que ceulx cy y ayent
toutjour crainct quelque rencontre: comme il est nouvelles que le dict
Scrup et sa trouppe y ont est fort bien battuz. L'artillerye et les
munitions qu'on leur envoye sont desj hors de ceste rivire, et m'a
l'on dict qu'on a adjouxt  icelles mille litz avec leurs matalas et
paillasses, comme pour accommoder deux mil soldatz dans quelque place;
et de tant que la dicte Royne d'Angleterre, parmy son discours, m'a
dict qu'elle n'estoit si sotte qu'elle ne cognt bien que toute
l'affection, que Vostre Majest et la France ont aulx Escouoys,
n'estoit pour proffict ny pour commodit qu'on peult tirer d'eulx,
mais seulement pour nuyre  l'Angleterre; et que Dombertran avoit
toutjour est le port et l'entre des Franoys et des estrangiers dans
ceste isle pour troubler le pays; (et que d'ailleurs la dicte Dame a
donn la grce  ung Escouoys, qui avoit est prins au North, lequel
luy a baill le pourtraict du chasteau de Lislebourg), il y a quelque
souspeon qu'elle veuille assiger l'une des dictes places, ou bien y
en fortiffier quelque aultre dans le pays pour y entretenir garnyson.
Et viens d'estre adverty, Sire, qu'elle faict mettre promptement en
mer quatre de ses grandz navyres et une gallre, avec commandement de
tenir les aultres bien fort prestz; dont, de tout ce qui succdera de
nouveau, je mettray peyne de vous en advertir le plus promptement que
me sera possible. Sur ce, etc.

     Ce IIIe jour de may 1570.




CVIe DPESCHE

--du VIIIe jour de may 1570.--

(_Envoye jusques  la court par le Sr de Sabran_.)

  Vifs dbats dans le conseil d'Angleterre sur le parti  prendre 
    l'gard de Marie Stuart, et sur la rponse  faire au roi au
    sujet de vasion en cosse.--Ravages oprs par les Anglais dans
    ce pays.--Emprunt fait pour la Rochelle.--Ngociation des
    Pays-Bas.--Espoir de l'ambassadeur que la paix ne sera pas
    rompue.--_Mmoire._ Dtail des opinions mises dans le conseil
    d'Angleterre.--Rponse faite par lisabeth  la dclaration du
    roi touchant l'cosse.--Insistance de l'ambassadeur sur les
    motifs qui imposent au roi l'obligation d'exiger que les
    Anglais se retirent d'cosse, et que Marie Stuart soit rtablie
    sur le trne.-_Mmoire secret._ Motifs particuliers qui ont
    forc l'ambassadeur  faire connatre  la reine d'Angleterre
    la dclaration du roi sur les affaires d'cosse.


     AU ROY.

Sire, ayant la Royne d'Angleterre prins ce que je luy ay dict, de
vostre intention touchant la Royne d'Escoce, en la faon que, par mes
prcdantes du IIIe de ce moys, je le vous ay mand, elle a monstr
despuys qu'elle tenoit en tant ceste vostre dclaration qu'elle
vouloit bien considrement adviser comme elle auroit  s'y gouverner;
dont ayant l dessus assembl les principaulx de son conseil, ilz ont
fort vifvement dbattu la matire devant elle, et aulcuns d'eulx luy
ont remonstr qu'il n'y avoit nul prince de bon sens au monde, s'il
tenoit ung aultre prince entre ses mains, qui se dict comptiteur de
sa couronne, comme faisoyt la Royne d'Escoce de celle d'Angleterre,
qui le vollust jamais lascher; et qu'il n'y en avoit poinct aussi qui
vollust espargner la vie de la dicte Royne d'Escoce, si elle avoit
excit en leur estat le trouble et la rbellion des subjectz, qu'elle
avoit esmeu en cestuy cy. Les aultres luy ont reprsant le contraire,
et que la plus grande seuret qu'elle pouvoit prendre pour elle, et
pour sa couronne, et pour la paix universelle de ceste isle, estoit de
s'employer droictement  la restitution de la dicte Royne d'Escoce, et
d'establyr une bien ferme amyti et bonne intelligence entre elles
deux et leurs deux royaumes; et en est leur contention venue si avant
que, les voyant la dicte Dame desj aulx grosses parolles, les a priez
d'en remettre la dispute  elle, et qu'elle cognoissoit bien que la
matire n'estoit sans difficult: nantmoins leur deffandoit fort
expressment de ne parler jamais de chose qui toucht ny  la vie, ny
 la personne de la Royne d'Escoce.

Je suis attandant, sire, qu'est ce qui rsultera de cette
dtermination de conseil, et quelle responce la dicte Dame sera
conseille de fre  Vostre Majest. Cependant j'ay est adverty que
l'exploict du comte de Sussex en Escoce a est d'entrer en pays par
trois endroictz; savoir: luy avec le principal de l'arme par
Barvich, et sire Jehan Fauster avec la seconde troupe par Carleil, et
milord Escrup avec le reste par ung aultre endroict; et que, le XVIIe
d'apvril, le comte de Sussex a commanc de fre le gast, et mettre le
feu  Ware, continuant ainsy jusques  Gadenart, o il a faict miner
et pourter par terre la mayson du ler de Farneyrst; et l, le sir
Jehan Fauster, ayant aussi miz le feu partout l o il a pass, s'est
venu rejoindre  luy; et du dict Gadenart, aprs l'avoir brusl, ilz
sont allez brusler la ville de Fanic, et ont pareillement min et ras
la maison du ler de Balchenech; puys, ont pass oultre jusques 
Quelso, auquel lieu le ler de Suffort leur est venu offrir pleiges
pour satisfaction de ce que l'on luy pouvoit demander; et peu aprs,
milord de Humes y est aussi venu, lequel a parl au dict comte de
Sussex et luy a offert le semblable; mais ny l'ung ny l'aultre n'ont
raport aulcune bonne responce: et ce faict, icelluy Sussex a ramen
ses gens, le XXIIIIe du dict moys,  Barvich. Mais, quant  milor
Escrup, qui est entr par les marches d'Ouest, les choses ne luy ont
succd de mesmes, car il a est rencontr par les Escouoys qui luy
ont deffaict la pluspart de ses gens, et dict on que luy mesmes est
bless; et que le comte de Vuesmerland s'est trouv au combat, qui a
cuyd estre prins. Despuys, l'on m'a dict qu'ayant le dict comte de
Sussex receu le reste des forces, qui estoient demeures derrire,
dlibre de rentrer du premier jour au dict pays et aller assiger le
chasteau de Humes, sinon que, sur ma remonstrance, ceste Royne luy
mande de ne passer oultre; tant y a que s'il le faict, je ne pense pas
que les Escouoys ne luy donnent la bataille; mais je ne vous puys
mander, Sire, aulcune chose certaine de leur apareil, parce que les
passaiges sont tenuz extrmement serrez.

Il est nouvelles que le duc de Chastellerault est hors de prison, et
que ceulx qui tiennent le party de la Royne d'Escoce sont en beaucoup
plus grand nombre, et sont les principaulx et les plus fortz du pays.
Ceulx qui les favorisent icy, m'ont faict dire que, si la paix se
conclud en France, leur affre se pourtera en toutes sortes fort
bien, et que ce que j'ay dclair  ceste Royne ne sera venu que le
plus  propos du monde; mais, si la paix ne se faict poinct, qu'ilz
craignent beaucoup que les choses n'en aillent que plus mal; et
semble, Sire, que aulcuns de ceulx de la Rochelle, qui sont icy,
n'esprent guires qu'elle se puysse fre: mesmes j'ay adviz qu'il a
est mand en Hembourg de fournir promptement les cinquante mil escuz
de la lettre de crdit qui, en janvier dernier, a est baille  Mr le
cardinal de Chatillon, ainsy que ds lors je le vous ay escript, et
que le Sr de Lombres y envoy prsentement une aultre lettre de LX mil
{lt} sterlings pour le prince d'Orange, qui est une somme qu'il a
leve sur les esglizes des Flamans protestans rsidans par de, et
que le cardinal de Chatillon et luy sont aprs  dresser des contractz
et des obligations pour fre fornyr encores par dell cent cinquante
mil escuz sur la prochaine flotte qui va au dict Hembourg. En quoy me
semble qu'il y aura asss de difficult, tant y a qu'ilz n'en sont
hors d'esprance; et la Royne d'Angleterre, pour recouvrer deniers
pour elle, a doubl l'emprunct, dont je vous ay naguires faict
mention, jusques au nombre de trois mille priv scelz, desquelz elle
espre tirer jusques  six ou sept cens mil escuz.

Elle et les siens monstrent avoir une trs grande affection  l'accord
des diffrandz des Pays Bas, et parce qu'il semble que la plus grande
difficult est meintennant  contanter les merchans anglois, l'on m'a
dict que le secrtaire Cecille les ayantz assemblez l dessus, et les
trouvans ung peu opiniastres, leur a rsoluement dclair que les
princes veulent demeurer d'accord, par ainsy qu'ilz advisent entre
eulx d'accommoder leurs affres. Sur ce, etc.

     Ce VIIIe jour de may 1570.


   Tout meintennant l'vesque de Roz me vient de mander qu'il a est
   appell, ceste aprs dine, pardevant quatre seigneurs de ce
   conseil; lesquelz, aprs plusieurs propos, luy ont dict, que si
   la Royne d'Escoce veult rendre les rebelles d'Angleterre, qui se
   sont retirez en son royaulme, que cella mouvera grandement la
   Royne, leur Mestresse, d'avoir son cueur bien dispos envers
   elle; et n'ont pass plus avant: ce qu'il voyt bien estre une
   invention des ennemys de sa Mestresse pour retarder toutjour ses
   affres, es quelz ne luy reste plus aultre esprance, tant que
   ceux qui sont ici en authorit gouverneront, que celle que la
   dicte Dame a miz en Vostre Majest. Et viens d'estre adverty que
   le comte de Sussex est rentr en Escoce, qu'il a prins le
   chasteau de Humes, et qu'il a miz garnyson dedans.


     A LA ROYNE.

Madame, saichant que la Royne d'Angleterre estoit, tous ces jours,
aprs  dellibrer en son conseil qu'est ce qu'elle auroit  fre ou
dire sur ce que je luy avois propos, de la part de Voz Majestez, en
ma dernire audience, et voyant que je ne pouvois plus intervenir 
luy fre l dessus nul aultre office, que celluy que j'avois desj
faict; qui,  la vrit, m'avoit bien sembl tel que je l'avois
plustost dispose  la modration que  continuer son entreprinse en
Escoce, j'ay envoy ramentevoir par lettre  Mr le comte de Lestre, et
par parolle au secrtaire Cecille, les occasions qui ont meu Voz
Majestez de luy dclairer ainsy vostre intention; et comme ilz
cognoissent asss que c'est ung debvoir, notoirement apartenant 
vostre rputation: et  l'honneur de vostre couronne; lequel, quant
vous n'en eussiez rien dict, ou que vous eussiez dissimul de ne vous
en soucyer, leur dicte Mestresse et eulx n'eussent layss pourtant de
penser que vous ne le pouviez obmettre; et que partant ilz veuillent,
 ceste heure, bien pourvoir, de la part d'elle, qu'il ne soit faict
chose qui puisse donner commancement d'altration  ceste tant bonne
et mutuelle intelligence, qui rend Voz Majestez et la dicte Dame trs
utilles amys les ungs aulx aultres, et de laquelle bonne intelligence
vous protestiez bien de ne vouloir en faon du monde (sinon contrainct
par grande ncessit du debvoir et  trop grand regrect) jamais vous
despartyr.

Sur quoy l'ung et l'aultre m'ont mand de fort bonnes parolles, et
telles qu'ilz me font encores reprendre quelque esprance: tant y a,
Madame, que des premires responces que la dicte Dame m'a faictes,
lesquelles je vous envoye par le Sr de Sabran, il se peult aulcunement
bien cognoistre o va son intention. Je ne cognois pas que, pour
cella, elle ayt encores chang de dsir sur la paciffication de vostre
royaume; mais il me semble bien que ceulx de la nouvelle religion, qui
sont icy, n'esprent guires qu'elle se face, lesquelz font toute la
dilligence qu'ilz peuvent de recouvrer deniers comme pour continuer la
guerre; et j'entendz qu'il vint hyer lettres d'Allemaigne  ceste
Royne, par lesquelles l'on luy mande que le duc Hery de Bronsouyc a
licency, par faulte de payement, la leve qu'il avoit arreste pour
Vostre Majest; et que le marchal de Hes, tout aussitost, a commenc
d'en dresser une pour luy; et que l'Empereur, estant contrainct de
s'en retourner  Vienne pour mettre ordre  une grande ellvation qui
s'est sussite en Austriche pour le faict de la religion,  laquelle
semble que le Vayvaude veuille tenir la main, qui a desj chass les
prestres et pill les esglizes de ses pays, s'est excuse d'intervenir
 la prochaine diette du XXIIe de ce moys, laquelle estoit assigne 
Spire; et que, si ceulx de la religion avoient deniers, il ne fit
jamais si bon en Allemaigne que meintennant. Sur ce, etc.

Ce VIIIe jour de may 1570.

   INSTRUCTION AU DICT SR DE SABRAN de ce qu'il aura  fre entendre
    Leurs Majestez, oultre la dpesche:

   Que naguires furent miz en dellibration au conseil de la Royne
   d'Angleterre, elle prsente, les trois poinctz qui s'ensuyvent:
   Le premier, qu'est ce qu'il estoit besoin de fre pour se
   pourvoir contre le Roy et le Roy d'Espaigne, desquelz l'amyti
   estoit desj si suspecte qu'ilz estoient pour se monstrer tous
   dclairs ennemys, aussytost que l'ung pourrait avoir la paix
   avecques ses subjectz, et que l'aultre seroit venu  boult des
   Mores rvoltez; le segond est quel ordre de bien maintenir la
   religion protestante, et effacer la mmoire et le dsir de la
   catholique en tout ce royaume; et le troisiesme, comment procder
   si seurement au faict de la Royne d'Escoce et de son royaulme,
   que tout l'advantaige en demeurast  la dicte Royne d'Angleterre
   et au sien.

   Les adviz furent divers, car, quant au premier poinct, il y en
   eust qui dirent que n'ayans les deux Roys aulcune juste
   entreprinse en ce royaulme, comme ilz n'y avoient aussi aulcune
   juste prtention, il estoit  croyre qu'ilz ne cercheroient que
   d'estre satisfaictz de quelque offance, es quelles il les falloit
   honnestement contanter, et par ce moyen les retenir pour amys;
   les aultres opinrent qu'il ne se failloit attandre  cella, ains
   se pourvoir de bonnes et bien fermes ligues avec les princes
   protestans, qui seroit le vray rempart et maintien de ceste
   couronne contre leur effort. Au regard du segond, les ungs dirent
   qu'il estoit bon qu'avec l'exemple de la bonne vie et de la
   droicture des vesques protestans, il ft uz de si bons
   dportemens envers les Catholiques, et les fre jouyr d'ung si
   paysible repos, qu'ilz n'eussent qu' se bien contanter du
   prsent estat de la religion, qui avoit cours en ce royaulme,
   sans essayer, avec le dangier de leurs vies et de leurs biens,
   d'attempter rien pour remettre la leur; et les aultres, au
   contraire, que c'estoit par toutes sortes de deffaveur et de
   craincte qu'il les failloit abattre et tenir rprimez: et sur le
   troisiesme, du faict de la Royne d'Escoce, parce que la matire
   estoit fort affecte, il fut seulement dit qu'il failloit, devant
   toutes choses, regarder  ce qui estoit plus expdiant, ou de
   retenir ou de dlivrer la personne de la dicte Dame; et pour lors
   n'y eust que des remonstrances bien fort considrment desduictes
   pour admener, de chacun cost, la dicte Dame  leur opinion, sans
   qu'on en vnt rien  conclurre.

   Peu de jours aprs, les principaulx de la noblesse avoient si
   bien dispos la dicte Dame qu'ilz pensoient n'y avoir rien plus
   prs d'estre excut que la satisfaction envers les deux Roys et
   le soulaigement des Catholiques, et la libert et restitution de
   la Royne d'Escoce; et de ce dernier, l'vesque de Roz en avoit
   conceu une si certaine esprance qu'il avoit desj commanc de
   proposer des conditions et offres  la Royne d'Angleterre; et
   l'avoit on asseur qu'il seroit, le lendemain, introduict vers
   elle pour en traicter en prsence: mais s'estant huict du conseil
   bandez au contraire, ilz firent le matin venir milord Quiper
   devers la dicte Dame, garny d'une prmdite remonstrance, par
   laquelle il luy mit tant de dangiers et d'inconvnians devant les
   yeulx, et l'irrita si fort sur des livres, que le dict vesque
   avoit faict imprimer sur la deffense de l'honneur de sa Mestresse
   et sur les droicts qu'elle a  la succession de ceste couronne,
   que la dicte Dame, aprs l'avoir ouy, estima ne pouvoir, en faon
   du monde, estre plus Royne, si la Royne d'Escoce luy eschapoit;
   et qu'il falloit qu'avec le temps elle veist les choses
   d'Angleterre et d'Escoce en meilleure disposition pour elle
   qu'elles n'estoient, premier que de la dlivrer. Et sur ce, les
   affres de ceste pouvre princesse furent remiz en surcance, et
   le dict vesque de Roz resserr, et courriers incontinent
   dpeschez vers le North pour haster le comte de Sussex  son
   entreprinse.

   A quelques jours de l, j'allay dclairer l'intention du Roy l
   dessus  la dicte Royne d'Angleterre, aulx propres termes qu'il
   me l'avoit mand par sa dpesche du XIIe du pass; sur lesquelles
   elle fit les dmonstrations de rescentymens et de courroux, que
   j'ay mand par mes lettres du IIIe du prsent, mais non en sorte
   qu'elle ne monstrt bien qu'elle tenoit en grand compte la
   dclaration du Roy; et comme princesse nourrye  la modration et
    beaulcoup de sortes de vertu, me fit les responces qui
   s'ensuyvent, par lesquelles se pourra juger ce qu'elle avoit lors
   en son dsir; dont cy aprs s'entendra si elle l'aura en rien
   chang:

   Que le Roy, son bon frre, s'il l'estimoit Princesse Souveraine
   et lgitime, et non accuse d'aulcun mauvais cryme, et estre
   aussi bien son allie comme la Royne d'Escoce, laquelle n'estoit
   mentionne en nulz trettez, qu'elle n'y ft premier nomme et
   comprinse, qu'elle s'esbahyssoit comment il voulloit meintennant
   procder d'une tant diverse vollont entre elles deux, et comme
   il voulloit avoir tant d'esgard  l'une, et si peu  l'aultre,
   qu'il trouvt bon que toutes les offances de la Royne d'Escoce
   luy fussent rpares, et nulles des siennes  elle;  qui
   toutesfoys elles avoient plustost est commises et en si grand
   nombre, et tant dommaigeables que tout ce qu'elle cerchoit
   meintennant de la dicte Royne d'Escoce et des siens n'estoit
   sinon comme elle pourrait estre satisfaicte du pass et demeurer
   bien asseure de l'advenir:

   Car, oultre les vielles querelles, il estoit trop vriffi que
   c'estoit la dicte Royne d'Escoce et l'vesque de Roz qui avoient
   esmeu les troubles du North, et qui avoient envoy lettres,
   messaiges, bagues, argent, et fre offres de grandz sommes et
   secours aulx comtes de Northomberland et Vuesmerland, pour leur
   fre prendre les armes; et, aprs qu'ilz avoient est deffaictz,
   elle avoit donn ordre de les fre recepvoir par ceulx qui
   tiennent son party en Escoce, non comme fugitifz pour garentyr
   leurs vies, mais comme ennemys, poursuyvans une guerre contre
   elle, et contre ses bons subjectz,  feu et  sang, et avec tant
   de cruault sur ses frontires qu'elle seroit trop indigne
   d'avoir royaulme, ny couronne, ny tiltre de Royne, si elle le
   comportoit;

   Qu'en l'entreprinse, qu'elle avoit faicte pour y remdier, elle
   avoit suivy l'ordre des trettez, sellon lesquelz elle avoit
   escript et envoy messagiers exprs, devers les principaulx
   seigneurs et officiers d'Escoce, pour fre cesser les dsordres
   et avoir rparation de ceulx qui estoient desj commiz, lesquelz
   avoient respondu qu'ilz n'y pouvoient donner ordre jusqu' ce
   qu'ilz auroient accommod leurs diffrandz; et en avoit aussi
   adverty la Royne d'Escoce, bien qu'elle ft entre ses mains, qui
   avoit seulement respondu qu'elle n'en pouvoit mais:

   Par ainsy, qu'aprs avoir satisfaict aux trettez, desquelz elle
   savoit bien les termes, et ne les vouloit transgresser; ains,
   suyvant sa proclamation sur ce faicte, vouloit droictement
   conserver la paix avec la couronne d'Escoce, et non moins bien
   tretter les bons Escouoys, et ceulx qui ne reoipvent ny
   accompaignent ses rebelles  luy fre la guerre, que les propres
   Anglois: elle avoit bien vollu aussi satisfre au debvoir qui
   l'obligeait  la deffance, tuition et conservation de ses
   subjectz, et qu'il n'y avoit lieu de penser qu'elle eust une plus
   grande entreprinse que celle l en Escoce, et, si elle l'y
   avoit, ce ne seroit  si petites forces qu'elle y entreroit.

   Et de la dicte entreprinse, quant le Roy l'entendroit bien  la
   vrit, elle ne pensoit qu'il vollt condampner rien de ce qui,
   en semblable occasion de la deffance de ses subjectz, il est trs
   certain qu'il en feroit davantaige; et bien qu'elle n'eust  s'en
   justiffier qu' Dieu seul, si avoit elle bien vollu qu'il y
   intervnt tant de justice qu'elle ne peult estre raysonnablement
   blme de nul; et que le Roy, son bon frre, ny le Roy
   d'Espaigne, duquel je luy avois faict mencion, ny nul aultre
   prince du monde ne la garderoient qu'elle n'essayt toutjours
   tout ce qu'elle verroit et trouveroit, par conseil, estre
   expdiant de fre pour la deffance de son estat, et qu'elle
   vouloit bien dire que le debvoir obligeroit plus justement le Roy
   de luy ayder  repoulser ses injures, que de maintenir celles que
   injustement la Royne d'Escoce luy faisoit;

   Que, quant  la libert et restablissement de la dicte Dame,
   encores que le dangier des choses prsentes, et l'espreuve des
   passes, et le peu de seuret qu'on pouvoit prendre de ses
   promesses, veu ce que son ambassadeur, en parlant d'icelles 
   Ledinthon avoit dit: _Qu in vinculis aguntur, rata non habebo,
   et frangenti fidem fides frangatur eidem_; et nonobstant aussi
   que la dicte Dame se ft bien fort efforce de se dclairer
   seconde personne de ce royaulme, ce que ne luy estoit loysible de
   fre; et que son dict ambassadeur, oultre ses aultres mauvais
   offices, eust freschement publi trois livres en ceste matire,
   qui touchoient  l'estat et honneur d'elle, et de sa couronne, et
   de ses conseillers; et qu'en toutes sortes la Royne d'Escoce
   l'eust si mal traicte, et remu tant de choses pernitieuses en
   son royaulme, qu'elle eust grand occasion d'estre infinyment
   irrite contre elle, et de ne recepvoir aulcun expdiant de sa
   part:

   Si, ne reffuzeroit elle toutesfoys d'ouyr et recepvoir les offres
   et condicions qu'elle ou le Roy luy vouldroient fre, ainsy que
   desj la dicte Dame et l'vesque de Roz luy en avoient escript,
   et luy avoient envoy des articles asss semblables  d'aultres,
   que cy devant l'on luy avoit prsentez; et le dict vesque luy
   avoit mand qu'il avoit  luy proposer encores quelque chose
   davantaige, de parolle; dont seroit bientost ouy: mais cependant
   le Roy ne debvoit trouver mauvais qu'elle poursuyvt la vengeance
   des tortz qu'on luy avoit faictz, et nantmoins me prioit de luy
   bailler par escript ce que je luy avois propos de sa part, affin
   de pouvoir mieulx dellibrer, et luy en fre, puys aprs, plus
   clayre responce.

   Je luy respondiz seulement qu'elle debvoit prendre de bonne part
   ceste grande franchise, dont le Roy usoit envers elle, de luy
   ouvrir ainsy clairement son intention; et que, quant bien il ne
   luy en eust ainsy parl, elle n'eust layss pourtant de penser
   qu'il estoit de son honneur et de son debvoir, non seulement de
   le dire, mais de le fre ainsy qu'il le diroit; et que ce
   n'estoit d'aulcune malle vollont envers elle, ains d'une notoire
   obligation envers la Royne d'Escoce, qu'il estoit contrainct d'en
   user ainsy; et qu'il n'en feroit pas moins pour elle, en vertu de
   leur commune confdration, si elle et son royaulme estoient en
   pareille ncessit, car la loy des aliences portoit de subvenir 
   ceulx des alliez qui sont oprimez, voire contre les aultres
   propres alliez qui les opriment;

   Que le Roy, pour n'en venir l, desiroit qu'elle mesmes, par le
   conseil de sa propre conscience, ou par celluy de son cueur qu'il
   estimoit royal et droict, et encores par le conseil de ceulx, qui
   plus parfaictement ayment son bien et sa grandeur, vollt adviser
   qu'est ce que de ceste pouvre princesse, sa niepce, elle pouvoit
   desirer davantaige, de ce qu'elle luy avoit offert; que s'il n'y
   couroit ung manifeste dangier de sa conscience, ou de son
   honneur, ou de sa vie, ou de la perte de son estat, il
   s'asseuroit qu'elle l'accorderoit, et que luy, comme son
   principal ally, non seulement le confirmeroit, mais mettroit
   peyne de le luy faire droictement accomplyr;

   Et que je luy voulois bien dire qu'aprs cecy, si la dtention de
   la dicte Royne d'Escoce continuoit, et l'invasion de son pays ne
   cessoit, que le Roy demeureroit trs justiffi envers Dieu et la
   dicte Royne d'Angleterre, sa bonne soeur, et envers toutz les
   siens, comme aussi il s'en justiffieroit envers les aultres roys,
   et mesmes envers les princes d'Allemaigne, qu'il n'auroit tenu 
   luy d'obvier au mal qui pourra advenir, si ses tant raysonnables
   offres, sur la libert et restitution de sa belle soeur, ne sont
   acceptes, et qu'il ne luy en debvra estre rien imput.

   AULTRE INSTRUCTION A PART AU DICT SR DE SABRAN.

   La peur que j'ai heu que la dclaration du Roy  la Royne
   d'Angleterre, pour les affres de la Royne d'Escoce, mit les
   siens en dangier, m'a tenu en suspens si je la debvois diffrer,
   ou non, jusques aprs estre bien asseur de la paix; mais, voyant
   que de demeurer sans fre quelque prompte dmonstration, sur ce
   que l'arme d'Angleterre estoit entre en Escoce, diminuoit par
   trop la rputation du Roy, et luy faisoit perdre les bons
   serviteurs qu'il a icy et au dict pays d'Escoce, je ne l'ay
   vollue diffrer; bien ay miz peyne d'user de tout l'artiffice
   qu'il m'a est possible pour garder, qu'en aydant les affres de
   la dicte Royne d'Escoce, je n'aye poinct faict de dommaige 
   ceulx du Roy; car il est sans doubte qu'ilz se portent mutuelle
   faveur, et qu'on respecte les ungs pour l'amour des aultres en
   ceste court.

   Et n'a est sans que aulcuns principaulx seigneurs de ce
   royaulme, et l'vesque de Roz avec eulx, n'ayent cuyd monstrer
   un grand signe de malcontantement de ce que le secours de France
   ne paroissoit desj en Escoce, et que je ne protestais tout
   promptement la guerre, puysque les Anglois avoient commanc
   d'entrer en pays, et y fre toutz actes d'hostillit.

   Et disoient, tout hault, qu'il falloit que le Roy cesst d'estre
   amy ou des Angloys, ou des Escouoys, car il ne pouvoit meintenir
   l'amyti avecques les deux, et qu'il debvoit bien considrer que
   si les seigneurs catholiques de ce royaulme, qui s'estoient
   asseurez qu'il favoriseroit et secourroit les affres de la Royne
   d'Escoce et les leurs, quand il seroit besoing, n'eussent tenu la
   main ferme  la paix d'entre la France et l'Angleterre, qu'il est
   trs certain que ceulx de l'aultre party eussent fait dclairer
   ouvertement la Royne, leur Mestresse, pour ceulx de la Rochelle,
   sur la grand instance que les princes protestans d'Allemaigne luy
   en faisoient.

   Disoit davantaige le dict vesque de Roz que, si la Royne, sa
   Mestresse, vouloit quicter l'alliance de France, il est sans
   doubte qu'elle et luy seroient en libert, et toutz les affres
   d'Escoce se porteroient bien; et qu'il est certain que les choses
   estoient venues au poinct o l'on les voyoit, d'avoir les comtes
   du North prins les armes pour la libert et restitution d'elle,
   et pour l'advancement de la religion catholique, par l'exortation
   de nous deux ambassadeurs de France et d'Espaigne; et que
   meintennant il n'aparoissoit nul secours du cost de noz
   Maistres; ains ceulx qui, soubz leur confiance, s'estoient
   dclairs, demeuroient en proye de la Royne d'Angleterre, et
   ceulx, qui avoient bonne intention de se dclairer, restoient, 
   ceste heure, bien fort descouraigs et intimidez.

   Or, l'office, qu'ilz ont veu que j'ay despuys faict envers la
   Royne d'Angleterre a beaucoup rabill cella, et si, a miz tant de
   doubte au cueur de la dicte Dame et tant de contrarit entre
   ceulx de son conseil, que, confessans les ungs et les aultres la
   dclaration du Roy estre trs raysonnable, et fonde au debvoir
   qu'il a aulx deux Roynes de vouloir retenir l'amyti de l'une et
   subvenir  l'extrme ncessit de l'aultre, il semble que les
   choses en viendront  quelque modration.

   Et ayant le dict vesque de Roz, par aulcuns des siens, faict
   exorter l'ambassadeur d'Espaigne de concourre avecques moi en ung
   semblable office, de la part de son Maistre, envers ceste Royne,
   pour la Royne d'Escoce, il s'est excus de le fre, disant y
   avoir asss longtemps qu'il a devers luy une lettre  cest effect
   de son dict Maistre pour la Royne d'Angleterre, mais qu'il n'a
   jamais peu avoir audience d'elle, comme,  la vrit, il y a dix
   sept moys qu'il ne l'a veue, et que de luy fre venir meintennant
   ung nouveau ambassadeur sur cest affre, puysqu'elle en a renvoy
   deux de grande qualit, sans quasi les ouyr, qui estoient envoyez
   pour les propres affres de son dict Maistre, ny aussi
   d'entreprendre de parler pour aultruy, jusques  ce qu'on se sera
   accommod soy mesmes, le duc d'Alve estime qu'il seroit fort
   impertinent de le fre. Nantmoins, il donne esprance du
   contraire, ainsy que ce pourteur le dira  Leurs Majestez.




CVIIe DPESCHE

--du XIIIe jour de may 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Oratio d'Almarana_.)

  Nouvelles de l'invasion des Anglais en cosse.--Prise du chteau
    de Humes, dans lequel ils se sont tablis.--Nouvelles
    d'Allemagne et des Pays-Bas.


     AU ROY.

Sire, ce qui est survenu de nouveau au quartier du North et d'Escoce,
despuys le VIIIe de ce moys, que je vous ay mand, par le Sr de
Sabran, tout ce que, jusques alors, j'en avois aprins, est que la
Royne d'Angleterre, le jour prcdant que je luy fisse instance, de
vostre part, de ne fre entrer ses forces en Escoce, ou de les
retirer, si elles y estoient entres, avoit desj mand au comte de
Sussex d'y retourner par la seconde foys, pour y fre le gast; et le
dict comte n'avoit failly de se remettre incontinent en campaigne:
dont, le XXVIe et XXVIIe du pass, il a march avecques l'arme
jusques au chasteau de Humes, lequel dlibrant prendre par force, et
l'ayant faict recognoistre et aprocher le canon, ceulx qui estoient
dedans envyron quatre vingtz hommes, aprs qu'on a heu seulement tir
trois coups, se sont randuz, bagues saulves, le XXIXe dudict moys: et
milord de Scrup qui, en mesmes temps, avoit march plus avant, a est
encores ceste foys rencontr par les fugitifz anglois, et par aulcuns
Escouoys qui l'ont charg, et y a heu ung asss aspre combat; mais il
s'est retir avec la perte seulement de huict vingtz des siens, et
sans que le dict de Sussex ny luy ayent pass  plus grand exploict.
Aprs avoir layss deux centz Anglois dans le dict chasteau de Humes,
ilz s'en sont retournez, le IIe de may,  Barvich, d'o j'entendz,
Sire, que icelluy de Sussex a incontinent dpesch un gentilhomme
devers la Royne, sa Mestresse, sur divers occasions: savoir, sur les
difficultez qui se prsentoient plus grandes en ceste nouvelle guerre,
qu'on ne les pensoit du commancement; sur le peu de confiance qu'elle
doibt mettre en ces Escouoys, qui disent estre de son party; sur
avoir suplment de deniers, affin de complyr le nombre d'hommes que
porte sa commission, car ceulx qui, jusques  ceste heure, sont entrez
en Escoce, n'ont est guires plus de cinq mil hommes et douze centz
chevaulx en tout; et aussi, si la dicte Dame entend de fre razer le
dict chasteau ou bien le tenir; et, au reste,  quoy elle veult que
son arme s'employe le reste de cest est.

Sur toutes lesquelles choses l'on m'a dict que, sabmedy dernier, luy a
est seulement respondu, que la dicte Dame luy gratiffie grandement le
bon debvoir qu'il a faict en ce voyage pour son service, et qu'elle
est aprs  donner ordre qu'il luy soit bientost envoy argent et
toutes aultres provisions qui luy font besoing; qu'elle n'est encores
bien rsolue du chasteau de Humes qu'est ce qu'elle en fera, mais
qu'il advise cependant de bien entretenir la garnyson qu'il y a mise;
et qu'il ne se haste de lever plus grand nombre de gens de guerre,
mais qu'il dispose si bien ceulx qu'il a avecques luy le long de la
frontire pour la garde d'icelle, qu'on n'y puisse plus retourner fre
les courses, pilleryes et brullement, que par cydevant l'on a faict;
et ne luy ordonne rien davantaige. Je ne say si, cy aprs, elle luy
commandera de rentrer encores pour la troisime foys en Escoce.

Il est quelques nouvelles que milord de Herys a mand au dict de
Sussex que ses mauvais dportemens contraindroient enfin les
Escouoys,  leur grand regrect, d'avoir la guerre  la Royne, sa
Mestresse; et que s'il ne cessoit d'entreprendre en leur pays, que non
seulement ilz se mettraient en debvoir, avec le secours des Franoys
qu'ilz attandoient d'heure en heure, de l'aller combattre, mais aussi
d'entrer et venir bruller plus en avant en Angleterre qu'il n'a faict
en Escoce; et dict on que le dict de Herys et le duc de
Chastellerault, entendans que les comtes de Mar et de Glanquerne
s'estoient assemblez avec le comte de Morthon  Lislebourg, pour
s'aller joindre aulx Angloys, se sont venuz loger avec bonnes forces
sur une rivire, et leur ont empesch le passaige. J'espre que par
ces difficultez, et par la dclaration que Vostre Majest a faicte
fre  la Royne d'Angleterre, elle se layssera ramener  quelque
meilleure rayson. Le comte de Lenoz,  ce que j'entendz, est demeur
mallade  Barvich, et le sir Randolf l'y est venu trouver. Je ne say
encores s'ilz auront mandement de retourner  Lislebourg.

La flotte des draps a heu si bon vent qu'elle peult estre meintennant
arrive  Hembourg, et, au retour des navyres, qui la sont alls
conduyre, nous pourrons entendre quelque nouvelle d'Allemaigne. Cella
m'a l'on confirm que les lettres de crdit, que ceulx de la nouvelle
religion ont obtenues icy, y ont est apportes pour tre forny de
dell, jusques  cent cinquante mil escuz, s'il est besoing, ou si les
draps peuvent avoir bonne vante; et que cependant les premiers
cinquante mil escuz, ottroyez despuys le mois de janvier dernier,
seront en toutes sortes payez contant. L'on espre du premier jour la
conclusion de l'accord sur les deniers et merchandises, qui ont est
mutuellement arrestes icy en Flandres, et ne pensent les Anglois
qu'il y puisse plus intervenir aulcune difficult pour l'empescher. Il
est vray que l'ambassadeur d'Espaigne m'a dict que les choses n'en
sont encores si prs. Sur ce, etc.

     Ce XIIIe jour de may 1570.




CVIIIe DPESCHE

--du XVIIe jour de may 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par le Magnifique Donato._)

  Changement survenu dans les rsolutions de la reine d'Angleterre,
    qui hsite  poursuivre avec vigueur la guerre
    d'cosse.--Espoir de l'ambassadeur qu'elle va consentir enfin
    au rtablissement de Marie Stuart.--Nouvelles d'cosse, de la
    Rochelle et des Pays-Bas.


     AU ROY.

Sire, ce n'est sans une trs grande difficult, mais non aussi sans
beaucoup d'estime de vostre rputation, qu'il se commance  manifester
quelque effect du bon office, que m'avez command de fre icy pour la
Royne d'Escoce; et ne sera encores, comme j'espre, sans quelque
accommodement de voz affres, s'il peult estre conduict  sa
perfection. Il est vray, Sire, qu'il est venu en temps que le feu
estoit le plus allum, et que la Royne d'Angleterre se sentoit
extrmement offance, et que son arme estoit desj entre en Escoce;
 l'occasion de quoy le dict office a trouv de l'obstacle et de
l'empeschement davantaige  estre bien receu. Nantmoins il a est
propos tel, et en tel faon, et sur tel rencontre que voycy, Sire, ce
que despuys s'en est ensuyvy:

Que la Royne d'Angleterre n'a poursuyvy la guerre d'Escoce de la mesme
ardeur qu'elle l'avoit commance, ainsy que mes prcdantes vous l'ont
tesmoign; qu'elle est entre en ung grand doubte de son entreprinse,
puysqu'elle vous y voyt opposant, et semble bien, que desj elle
commance de quicter l'obstine rsolution, qu'on luy avoit faict
prendre, d'en venir  boult par la force, pour dorsenavant s'y
conduyre par ung plus modr expdiant; que les seigneurs de son
conseil en sont entrez en une grande contention et en manifeste
contradiction entre eulx; que ceulx du bon party ont reprins cueur,
qui est d'aultant diminu aulx autres; finalement, que la dicte Dame
monstre de vouloir meintennant beaulcoup plus entendre  la
restitution qu' la ruyne de la Royne d'Escoce; et en sont les choses
si avant qu'elles doibvent estre dbattues  plain fondz, et
dtermines,  Amthoncourt, mercredy prochain, que le conseil y sera
pour cest effect assembl, et monstrent les malveuillans de reffouyr
asss la lice, dont les amys se disposent, de tant plus gaillardement,
 bien deffandre la cause qu'ilz voyent, Sire, que avez desj commance
de la prendre  cueur, et qu'ilz ont grand confiance que vous la
favoriserez de mesmes en tout ce qu'elle aura besoing, cy aprs,
d'estre ayde de parolle, ou des dmonstrations, ou des bons effectz
de Vostre Majest: car sans cella ilz despreroient non seulement de
vaincre, mais de pouvoir soubstenir les effortz et l'imptuosit des
aultres.

Je ne say encores, Sire, que me promettre, ny que vous debvoir fre
esprer de l'yssue de ce conseil, veu l'instabilit que j'ay veue et
souvant esprouve de ceulx qui en sont, et veu les artiffices de ceulx
qui plus possdent ceste princesse; lesquelz luy ont desj form mil
prjudices dans son esprit contre la Royne d'Escoce. Nantmoins, de
tant qu'on m'a adverty asss en gnral, et sans grande
expciffication, qu'elle veult, en toutes sortes, prandre expdiant
avecques sa cousine, et veoir comme elle pourra tretter seurement
avec elle des poinctz qui s'ensuyvent: savoir; du tiltre de ceste
couronne, d'une ligue et de la religion; je vous suplie trs
humblement, Sire, me commander comme j'auray  me conduyre sur toutz
les trois; s'il convient que j'y intervienne au nom de Vostre Majest;
et aussi comme, et en quelz termes il vous plairra que, au cas que on
veuille interrompre ou prolonger la matire, je poursuyve l'instance,
que j'ay desj commance, pour luy donner l'accomplyment que convient
 l'honneur de la parolle et dclaration de Vostre Majest.

J'entendz que le lair de Granges, cappitaine du chasteau de
Lislebourg, a est essay, par argent et par grandz promesses, de
vouloir prendre le party de la Royne d'Angleterre, mais il a fermement
respondu qu'il sera fidelle jusques  la mort  sa Mestresse; et dict
on que, despuys que l'arme d'Angleterre a heu faict les deux courses
dans l'Escoce, le comte de Morthon et ses adhrans ont est proclams
traystres, et rebelles, et autheurs d'avoir introduict les ennemys
dans leur pays.

Barnab est revenu despuys trois jours de la Rochelle, lequel monstre,
par ses propos, qu'il a est jusques au camp des princes. Il confirme
bien fort que la paix se fera, et que Mr l'Admyral la dsire; de quoy
aulcuns icy mal affectionnez monstrent n'en estre guires contantz.
Ung des gens du prince d'Orange, aprs avoir toutz ces jours faict de
grandes sollicitations en ceste court, se prpare de partir pour
Allemaigne. Je ne say encores avec quelles expditions il y va. L'on
dict, touchant les diffrans des Pays Bas, qu'il y a desj des
articles accordez sur le faict des deniers et merchandises, et que
bientost doibvent venir des commissaires flamans par de, pour
conclurre le tout. Sur ce, etc.

     Ce XVIIe jour de may 1570.

   En fermant la prsente l'on m'est venu advertyr que l'abb de
   Domfermelin est arriv, je ne say si cella traversera ce qui est
   bien commanc pour la Royne d'Escoce.




CIXe DPESCHE

--du XXIIe jour de may 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Le Tourne._)

  Propositions faites  l'vque de Ross par le conseil
    d'Angleterre pour la restitution de Marie Stuart.--Dclaration
    de l'vque sur les conditions qui lui sont offertes.--Mission
    de l'abb de Dunfermline en Angleterre.--Nouvelles
    d'cosse.--Doutes sur la conclusion de la paix en France;
    continuation des emprunts pour la Rochelle.--tat de la
    ngociation dans les Pays-Bas.


     AU ROY.

Sire, le jour que le conseil de la Royne d'Angleterre a est assembl
pour dellibrer, devant elle, s'il estoit expdiant ou non qu'elle
entendt  la libert et restitution de la Royne d'Escoce, de tant que
desj la dicte Dame estoit aulcunement bien dispose d'y entendre, les
malveuillans n'ont peu empescher que la conclusion ne soit venue  ce
que l'vesque de Roz seroit incontinent mand pour adviser, avec luy,
comment et  quelles conditions il s'y pourroit moyenner ung bon
accommodement, qui peult estre  l'honneur et  la seurt de la Royne
d'Angleterre, et au commun repoz des deux royaulmes. Sur quoy, estant
le dict sieur vesque appell, l'on luy a propos les trois poinctz;
desquelz, en mes prcdantes du XVIIe de ce moys, je vous ay faict
mencion: du tiltre de ce royaulme, d'une ligue et de l'establissement
de la nouvelle religion; et y a est adjouxt celluy que je vous avois
auparavant mand, de rendre les rebelles; et encores ung cinquiesme,
d'abstenir de tout exploict de guerre entre les deux pays pendant que
aulcuns depputez d'Escoce pourront venir par de pour tretter de ces
choses. Mais ce en quoy l'on a le plus incist au dict sieur vesque a
est des pleiges et seurtez que sa Mestresse pourra bailler pour
l'accomplissement de ce qu'elle promettra; et si elle sera poinct
contante de mettre son filz et aucuns principaux personnaiges
d'Escoce, comme le duc de Chastellerault, ou ses enfans, ou bien
d'aultres seigneurs, et quelques forteresses ez mains de la Royne
d'Angleterre; et aussi si vous, Sire, vouldrez poinct donner parolle
et bailler ostaiges pour l'entretennement du trett qui s'en fera,
parce que principallement la dicte Dame desire que vous y soyez
comprins, affin de s'asseurer de la paix avec Vostre Majest.

Le dict sieur vesque leur a respondu, en gnral et bien fort
saigement sellon sa coustume, qu'ilz debvoient demeurer trs fermement
et bien persuadez de l'affection et intention de la Royne, sa
Mestresse, qu'elle n'en a nulle plus grande, ny plus certaine dans son
cueur, que de donner  la Royne d'Angleterre, et  toute la noblesse
de son royaulme, le plus grand contantement d'elle et la plus grande
satisfaction sur ses affres qu'il luy sera possible, et qu'ilz ne
veuillent aulcunement doubter qu'elle ne condescende trs
librallement  tout ce que la dicte Royne, sa bonne soeur, et eulx
estimeront estre honneste et raysonnable de luy demander; et, quant
aulx particullaritez, qu'ilz venoient de luy desduyre, de tant que les
unes estoient en la puyssance de sa dicte Mestresse et les aultres
non, et que aulcunes sembloient estre asss ayses, les aultres trs
difficiles, il les requroit, en premier lieu, de luy ottroyer sa
libert, et, aprs la libert, d'en aller confrer avec sa dicte
Mestresse, et puys, permission  elle d'envoyer devers les Estatz de
son royaulme, affin de leur communiquer et leur fre bien recepvoir le
tout, sans lesquelz rien ne pouvoit estre bien lgitimement arrest l
dessus.

Voil, Sire, l'ouverture qui a est desj faicte en cest affre, sur
lequel en celle partie qui deppend de Vostre Majest, et toutes en
doibvent asss dpendre, il vous plairra me commander comment j'auray
 m'y conduyre, ayant cependant propos d'ayder, en tout ce qu'il me
sera possible, l'advancement de la matire, et vous advertyr souvent
de ce qui, jour par jour, s'y fera, et puys sur la conclusion d'icelle
suyvre, le plus prs que je pourray, ce que Vostre Majest m'aura
mand estre de son intention, et convenable  l'honneur de sa couronne
et utilit de son service. Le dict sieur vesque, ouy l'abb de
Domfermelin, a est appell, mais je ne say encores ce qu'il a
propos, ny ce qu'il pourra avoir obtenu, seulement l'on m'a dict
qu'il a fort incist d'avoir de l'argent. Or, Sire, j'ay sceu
d'ailleurs que sur ce que les comtes de Morthon, de Mar et de
Glancarve, ont mand au comte de Sussex, qu'il leur vollt promptement
envoyer ung nombre de gens de guerre, affin de conserver l'authorit
du jeune Roy, premier que tout le pays se ft remiz  l'obyssance de
la Royne d'Escoce, sa mre, parce que le duc de Chastellerault, pour
y trouver moins de difficult, s'efforceoyt de fre publier que toutes
choses eussent  s'administrer dorsenavant au nom et par l'authorit
d'elle, durant la minorit de son filz, il a est mand au dict de
Sussex qu'il ayt  leur envoyer, tout incontinent, deux mille des
meilleurs et mieulx choysiz soldatz de l'arme, soubz la conduicte du
capitaine Drury, mareschal de Barvich; non que sur ceste dellibration
n'y ayt heu beaucoup de dbat dans ce conseil, mais enfin il a est
rsolu que ce ne seroit violler ny enfraindre la paix aulx Escouoys
que d'envoyer du secours  leur Roy, et qu'il falloit ainsy tenir les
choses divises de dell jusques  ce qu'elles seroient composes,
icy, avec la Royne d'Escoce.

J'estime, Sire, que cest affre marchera de mesmes que la paix de
vostre royaulme, car si l'on vous voyt dmesl de la guerre de voz
subjectz, ne fault doubter qu'on ne condescende plus aysement icy
aulx choses justes et raysonnables que vous vouldrez demander; mais il
semble qu'ilz tiennent pour asss doubteuse la conclusion de la dicte
paix,  cause d'ung discours qui a est envoy de la Rochelle sur la
ngociation de Mr de Biron avec Messieurs les Princes; et n'ont ceulx
de la nouvelle religion, pour le propos de la dicte paix, layss de se
pourvoir du plus de crdit de deniers en Allemaigne qu'ilz ont peu; et
desj y ont envoy les lettres, ny ne cessent d'y entretenir leurs
pratiques aussi vifves comme si la guerre se debvoit encores
longuement continuer.

Ceste princesse trouve asss de difficult  lever l'emprunct de trois
mil privs scelz qu'elle a naguires imposez, et n'entreprend d'user
de grand contraincte en l'exaction d'iceulx, de peur de quelque
nouvelle eslvation. L'on attand l'arrive de deux commissaires, des
quatre qui estoient allez en Flandres, lesquelz viennent pour tretter
d'aulcuns particulliers faicts qu'on leur a miz en avant, pour en
savoir l'intention de leur Mestresse. Ung chacun espre qu'ilz
s'accommoderont quant aulx deniers et merchandises arrestes, mais que
nantmoins le libre commerce d'entre les deux pays demeurera encores
en suspend  cause de certaines difficultez de la religion et de la
jurisdiction, dont ne se peuvent bien accorder. Sur ce, etc.

     Ce XXIIe jour de may 1570.




CXe DPESCHE

--du XXVIIe jour de may 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Bordillon._)

  Discussions dans le conseil d'Angleterre.--Rsolution qui a t
    prise d'viter la guerre avec la France.--Mise en libert de
    l'vque de Ross.--Audience.--Communication donne  lisabeth
    de l'tat des ngociations sur la paix en France.--Vive
    insistance de l'ambassadeur pour obtenir que les Anglais se
    retirent d'cosse, et que Marie Stuart soit rendue  la
    libert.--Ncessit o se trouve le roi de prendre les armes
    pour dfendre les cossais.--Explication donne par lisabeth
    des motifs qui ont d la forcer  envahir l'cosse.--Rsolution
    du conseil.--_Accord touchant l'cosse._ Trait conclu, sauf la
    ratification du roi, entre l'ambassadeur et la reine
    d'Angleterre, contenant les conditions sous lesquelles la reine
    consent  retirer son arme d'cosse, et  ngocier la
    restitution de Marie Stuart.


     AU ROY.

Sire, despuys la dclaration que Vostre Majest m'a command de fre 
la Royne d'Angleterre touchant la Royne d'Escoce et son royaulme, je
n'ay cess de la presser bien fort qu'elle y vollt prendre ung
prsent expdiant, et voyant que desj je l'y trouvois ung peu
dispose, j'ay instantment sollicit les amys de ne laysser rfroydir
la matire; lesquels ont tant faict que, nonobstant l'audacieuse
opposition des adversayres, dont les ungs ne se sont peu tenir d'user
de parolles insolentes, et les aultres se sont expressment absentez
pour y cuyder mettre du retardement, le conseil a est tenu l dessus;
auquel, entre aultres choses, j'entendz qu'il a est rsolu, par
l'opinion de la dicte Dame, plus que par celle de nul des siens, qu'il
falloit en toutes sortes viter d'avoir la guerre avec Vostre Majest;
et qu'ayant bien cogneu par mes propos qu'indubitablement l'on y
viendroit, et que mesmes les Franoys seroient bientost en Escoce, si
son arme passoit plus avant en pays, et s'il n'estoit bientost prins
quelque expdiant sur les affres de la Royne d'Escoce, qu'elle
vouloit que, tout prsentement, l'on y advist.

Sur quoy, ceulx qui nous sont contraires n'ont failly de luy
remonstrer que, pour estre le propos de la paix de vostre royaulme
plus prs d'estre rompu que conclud, vous n'aviez garde d'envoyer
meintennant en Escoce les gens qui feroient bien besoing  vostre
propre dfance; et que, si vous entrepreniez d'y en envoyer, ainsi que
je le donnois entendre, qu'il failloit qu'elle ft sortir ses navyres,
qui sont toutz pretz, en mer, pour vous empescher, et qu'ilz ne voyent
qu'il y eust encores nulle occasion qui la deubt divertyr de la
premire dellibration.

Les amys, au contraire, prenans fondement sur ce qu'il falloit vitter
d'avoir la guerre avec Vostre Majest, ont asseur, par la
cognoissance qu'ilz ont des choses de France, que les Franoys ne
fauldroient d'entrer en Escoce, si vous entendiez, Sire, que les
Anglois y prinsent pied; et que, de jetter leurs navyres dehors, il
fauldroit, s'ilz rencontroient la flotte franoyse, qu'ilz la
combatissent, et que la guerre se commenceroit trop plus ouvertement
en ceste sorte contre la France, que quant les Franoys seroient
descendu en Escoce, lesquelz ne seroient lors prins que pour
auxiliaires: mais que le meilleur estoit qu'elle comment de tretter
avec l'vesque de Roz et avec moy de quelque bon accommodement l
dessus.

Laquelle opinion ayant prvalu, l'vesque de Roz a est, le deuxiesme
jour aprs, appell, avec lequel ceulx de ce conseil ont entam les
choses que je vous ay escriptes le XXIIe de ce moys; et despuys, sa
libert luy a est ottroye: bien que la dicte Dame ne luy a encores
permiz de parler  elle. Et par mesme moyen elle avoit advis que je
serois mand, mais les adversaires l'en divertirent, sur quelque
poinct de rputation, qu'ilz lui reprsentoient, qu'il valloit mieux
attandre l'ocasion que je y vinse de moy mesmes; et luy clbrrent
cependant bien fort la ropture de la paix, et mesmes firent que, sur
la confirmation de ce que Mr Norrys en avoit escript, Mr le cardinal
de Chatillon fut convy en court, qui disna avec la dicte Dame; mais
le lendemain je vins devers elle, et ne volluz, pour aulcuns respectz,
lui monstrer les articles que Vostre Majest m'avoit envoyez des
dernires offres faictes aulx depputez, mais pour luy oster l'opinion
que le propos de la dicte paix ft rompu, et pour remdier les choses
qui pressoient en Escoce, je luy diz que, vous ayant la Royne de
Navarre et les Princes, ses filz et nepveu, faict fre des
supplications et requestes plus amples que ne portoient les premiers
articles que leur aviez accordez, et ayant Vostre Majest miz en
considration les infinys maulx que vostre royaulme, despuys dix ans,
a quasi continuellement souffertz par les horribles guerres, que ces
troubles ont produicts; que, pour obvier  plus grandz inconvnians,
vous aviez bien vollu condescendre  la pluspart de leurs dictes
requestes, et me commandiez de luy dire que vous vous estiez de tant
plus eslargy envers eulx, que vous vouliez qu'il aparust au monde, et
nommement  la dicte Dame, comme aussi Dieu vous estoit tesmoing, que
vous n'aviez nulle chose plus  cueur que de runyr toutz voz subjectz
en bonne amyti, et esgallement trestoutz les conserver; et qu'en ce
que leur aviez ottroy de nouveau y avoit tant de quoy se contanter
pour l'exercisse de leur religion, pour l'accommodement de leurs
affres, et pour la seuret de leurs personnes, sans aparance aulcune
de deffiance  jamais, que vous ne pensiez qu'ilz se peussent tant
oublyer qu'aussitost que messieurs de Biron et de Malassize le leur
auront faict entendre, qu'ilz ne l'acceptent; qui sont deux de vostre
conseil que Vostre Majest a renvoy devers eulx pour en savoir la
rsolution; et que faisant, de rechef, ung bien exprs office de
mercyement envers elle pour la bonne affection qu'elle a monstr avoir
 la paciffication de vostre royaulme, je la requisse, de vostre part,
de deux choses, lesquelles elle estoit tenue de vous accorder: la
premire, que, si par ces grandes et plus que raysonnables offres, il
advenoyt qu'il ne ft besoing que Vostre Majest lui donnast la peyne
de se travailler  les leur fre recepvoir, ains que d'eulx mesmes ilz
se disposent d'humblement les accepter, qu'il luy playse nantmoins
vous garder bien entire ceste sienne bonne vollont, laquelle, ou
soit que vous ayez la paix, ou qu'il vous faille continuer la guerre,
vous l'estimerez trs utille, ainsy que l'avez toutjour estime trs
honnorable pour vous; la seconde, que, s'ilz estoient si obstinez
qu'ilz ne s'en vollussent aulcunement contanter, ains vollussent
persvrer en leur viollente entreprinse, qu'elle veuille ainsy juger
d'eulx comme de gens qui aspirent, et nantmoins sont bien loing
d'abattre l'authorit de leur Roy et prince naturel; et qu'elle les
veuille tout aussitost dclairer non seulement indignes de sa faveur
et protection, mais trs dignes qu'ilz soyent poursuyviz et rprimez
par les justes armes et d'elle et de toutz les honnorables princes qui
vivent aujourd'huy au monde.

La dicte Dame, d'ung visaige fort joyeulx et contant, aprs plusieurs
mercyemens de la prive communication, que luy faisiez de voz affres,
m'a dict que les choses,  ce qu'elle voyoit, estoient en meilleurs
termes qu'on ne le luy avoit dict, et qu'elle desiroit toutjour que la
fin s'en ensuyvyst sellon le bien et repos de vostre royaulme; et
qu'elle pensoit bien qu'il pouvoit y avoir des considrations que,
possible, Vostre Majest estimoit toucher et  sa rputation, et au
debvoir de ses subjectz, qu'ilz acceptassent d'eulx mesmes vos offres,
sans y estre induictz par la persuasion de nul autre prince, ce
qu'elle sera trs ayse qu'il puisse ainsy advenir; mais si,
d'advanture, il y intervient aulcune difficult, qu'elle vous
rservera toutjour ceste vollont et affection qu'elle vous a offerte
pour s'y employer  toutes les heures, que vous cognoistrez qu'il en
sera besoing, avec aultant de dsir de vous y conserver les
avantaiges, qui vous sont deuz, comme si elle avoit l'honneur que vous
fussiez son propre filz.

Sur lequel propos je l'ay laysse asss discourir, et estant peu  peu
venue d'elle mesmes  parler de la bonne affection que vous monstrez
luy porter, j'ay suyvy  luy dire que c'est ce qui vous faisoit plus
de mal au cueur, qu'estant vostre dellibration de persvrer
constantment en son amyti, vous ne pouviez toutesfoys estre jamais
bien ouy d'elle sur les affres de la Royne d'Escoce, et que vous
vouliez bien dire que c'estoit, par grand force et  vostre trs grand
regrect, que vous estiez contrainct d'avoir l dessus diffrant avec
elle, et que vous estiez hors de toute coulpe de l'altration qui en
pourroit venir entre vous, et des maulx qui s'en pourroient ensuyvre
au monde; qu'ayant Vostre Majest, despuys l'aultre foys que j'avois
parl  la dicte Dame, entendu ce qui avoit succd en Escoce, vous me
commandiez de luy dire que, dsormais, vous aviez, de vostre part,
satisfaict  toutz les debvoirs et paysibles offices, en quoy vous
pouviez estre oblig envers son amyti; d'avoir premirement exort la
Royne d'Escoce de luy donner tout le contantement d'elle et toute la
satisfaction sur ses affres, et luy rparer,  son pouvoir, toutes
les affres qu'elle luy pourroit redemander; et puys  elle, de
vouloir condescendre  telles raysonnables condicions envers la dicte
Dame, pour sa libert et restitution, comme elle mesmes pourroit juger
estre honorables, advantaigeuses et bien seures pour elle et pour sa
couronne, non toutesfoys esloignes de l'honnestet et modration qui
doibt estre garde entre telles princesses, avec offre que vous les
feriez accomplyr; dont estimiez que, non seulement il vous estoit
meintennant faict tort d'estre rejett et reffuz l dessus, mais
encores grand injure, de ce que, sans respect de voz offres et
remonstrances, elle avoit commenc de procder par la force, de fre
le gast, de brusler, de raser les maysons des gentishommes et us de
toutes voyes d'hostillit dans l'Escoce; que pourtant, oultre ce que
je luy avois dict, par voz lettres du XIIe d'avril, je n'obliasse
rien de ce que je verroys par voz prsentes, du IIIIe de may, estre
de vostre intention de prier et exorter la dicte Dame qu'au nom de
vostre commune amyti, et de la paix, alliance et confdration
d'entre Voz Majestez et vos couronnes, elle vollust retirer ses forces
hors du dict pays et n'en y plus envoyer; et que je vous rsolusse
promptement de ce qu'en aurez  esprer, et en quelle vollont je
pouvois cognoistre qu'elle estoit meintennant envers la libert et
restitution de la Royne d'Escoce, parce que, allantz ses affres de
mal en piz, vous commandez de cognoistre qu'il vous falloit dsormais
prendre les dilays, dont l'on luy usoit, pour manifestes reffuz; et
que vous me tanciez bien fort de quoy je vous avois longuement
entretenu sur les bonnes parolles de la dicte Dame; et qu'en lieu de
la modration que je vous avois promiz d'elle envers la Royne
d'Escoce, vous voyez qu'il n'avoit succd qu'ung grand commancement
de guerre; que meintennant elle me mettoit encores en une plus grand
peyne commant vous pouvoir satisfaire sur ce que, de nouveau, j'avois
entendu qu'elle avoit envoy deux mille harquebouziers au comte de
Morthon jusques  Lislebourg; en quoy je la prioys de considrer que,
puysqu'elle avoit ainsy baill son secours aulx ennemys de la Royne
d'Escoce, avec lesquelz elle n'a nulle confdration, que vous
estimeriez vous estre beaucoup plus loysible de bailler le vostre aulx
amys de la dicte Dame, laquelle vous estoit trs estroictement alye;
et que je ne savois si desj il y avoit des compaignies embarques,
et que pourtant je luy voulois bien fre, de rechef, la mesmes
instance que dessus de vouloir retirer ses dictes forces affin de ne
vous contraindre d'user de plus grandz, extraordinaires et violantz
remdes, que vous ne vouliez essayer en choses qu'ussiez jamais 
dmeller avec elle.

La dicte Dame, se trouvant en grand perplexit de ce propos, m'a
respondu que, despuys ma prcdante audience, elle avoit toutjour
estim que son arme seroit retire  Barvyc, et me pouvoit jurer que
de ceste segonde entreprinse il n'y avoit que vingt quatre heures
qu'elle en avoit receu l'advis par le comte de Sussex; qui luy mandoit
qu'il avoit est contrainct d'en user ainsy, parce que le duc de
Chastellerault avoit retir les rebelles d'Angleterre, et les avoit
introduictz au propre conseil d'Escoce, et ne luy avoit jamais vollu
fre aulcune bonne responce, ou de les randre, ou de les habandonner;
et que pourtant vous, Sire, ne debviez trouver mauvais qu'elle
poursuyvt par dell une entreprinse qui touchoit tant  son honneur.

Je luy ay toutjour grandement incist de retirer ses dictes forces, et
qu'au reste elle poursuyvyst la reddition de ses dicts rebelles par
une aultre meilleure sorte de quelque honneste traict avec la dicte
Royne d'Escoce; sur quoy elle m'a bien dict beaucoup de bonnes
parolles, mais non qu'elle ne l'ayt ainsy lors vollu accorder: de quoy
estant sur l'heure entr en confrence avec les seigneurs de son
conseil, avec remonstrance des inconvnians qui s'en pourroit
eusuyvre, j'ay est, le jour aprs, contremand de la dicte Dame pour
me trouver de rechef avec eulx; avec lesquelz j'ay enfin arrest les
choses que Vostre Majest verra par ung mmoire  part, lesquelles
m'ont est aprs confirmes par la dicte Dame; et Vostre Majest
aussi, s'il luy playt, les confirmera: et je mettray peyne qu'il en
sorte quelque bon effect, bien que j'entendz, Sire, que, nonobstant
cella, la dicte Dame a ordonn sortir promptement six de ses grandz
navyres, avec douze centz hommes dessus, pour garder la mer; par ce, 
mon adviz, que son ambassadeur l'a certainement advertye qu'il y a des
gens toutz prestz en Bretaigne pour passer en Escoce; et elle
vouldroit bien que ceste dmonstration les retnt. Sur ce, etc. Ce
XXVIIe jour de may 1570.

   CERTEIN ACCORD FAICT AVEC LA ROYNE D'ANGLETERRE et avec les
   seigneurs de son conseille touchant les choses d'Escoce, du dict
   jour.

   L'ambassadeur de France a dict  la Royne d'Angleterre que le
   Roy, son Maistre, la prie et l'exorte, au nom de leur commune
   amyti et de la bonne paix, alliance et confdration, qui est
   entre eulx et leurs couronnes, qu'elle veuille retirer ses forces
   hors d'Escoce, et n'en y envoyer plus d'aultres; et que le Roy,
   son dict Maistre, luy commande de le rsouldre promptement en
   quoy il en doibt demourer, et en quoy il doibt demeurer de
   l'intention qu'il peult cognoistre qu'a meintennant la dicte
   Royne d'Angleterre vers la libert et restitution de la Royne
   d'Escoce, parce que, voyant aller les affres de la dicte Dame
   toujours de mal en piz, il commance dsormais de prendre les
   dilays, qu'on use vers elle, pour manifestes reffuz;

   Et que nul ne doibt trouver estrange, s'il prend ainsy  cueur
   ceste matire; car il y va, d'ung cost, de la conservation de
   l'amyti de la dicte Royne d'Angleterre, sa bonne soeur, qui est
   une chose qu'il estime estre de grande consquence pour luy et
   d'une grande importance pour son royaulme; et, de l'aultre, de la
   protection et deffance de la Royne d'Escoce, sa belle soeur, de
   laquelle il n'y a celluy qui ne voye combien il touche  sa
   rputation et  l'honneur de sa couronne, et combien il est
   abstraint par grandes obligations de nullement l'abandonner.

   Sur quoy la dicte Royne d'Angleterre, ayant faict aucunes
   responces sur l'heure au dict ambassadeur, elle luy a, le jour
   d'aprs, faict dire par les seigneurs de son conseil, et encores
   despuys elle mesmes le luy a confirm de sa parolle, que, pour
   satisfre au dsir du Roy, son bon frre, elle trouve bon qu'il
   soit envoy ung gentilhomme de qualit devers le duc de
   Chastellerault et devers ces aultres seigneurs Escouoys, qui
   tiennent le party de la Royne d'Escoce, pour leur dire que, s'ilz
   veulent rendre les fugitifz d'Angleterre ou bien les habandonner,
   ou bien les retenir pour en rendre tel compte, comme sera port
   par le trett qui se fera entre elle et la Royne d'Escoce,
   qu'elle est contante de retirer toutes ses forces hors du dict
   pays d'Escoce;

   Et, en ce que le dict duc de Chastellerault et les siens, et
   pareillement le comte de Morthon et ceulx de son party, se
   dsarmeront d'ung cost et d'aultre, et que toute hostillit
   cessera dans le dict pays et entre les deux royaulmes
   d'Angleterre et d'Escoce;

   A la charge aussi que, si le Roy, avant que ces choses soient
   acomplyes, avoit de sa part desj envoy ou faict passer de ses
   forces en Escoce, la dicte Dame ne veult estre tenue d'observer
   ce dessus, sinon que le dict Roy Trs Chrestien les vollt
   rvoquer, auquel cas elle rvoquera pareillement les siens;

   Et que Mr l'vesque de Roz nommera  Me Cecille le gentilhomme
   que la Royne, sa Mestresse, vouldra, pour cest effect, envoyer en
   Escoce, affin de luy bailler saufconduict, et en donner adviz 
   Mr le comte de Sussex, devers lequel il passera, et auquel sieur
   comte la dicte Royne d'Angleterre mandera d'acomplyr ceste sienne
   intention, aussitost qu'il aura sceu celle du susdict duc de
   Chastellerault;

   Et que, par le dict ambassadeur de France et par l'vesque de
   Roz, seront bailles au gentilhomme qui yra en Escoce leurs
   lettres, servans  l'accomplissement de cest affre.

   Et, quant  la libert et restitution de la dicte Royne d'Escoce,
   la dicte Royne d'Angleterre promect que, aussitost qu'elle aura
   receu la responce, que la dicte Royne d'Escoce luy vouldra fre
   sur les choses, qui naguires ont t trettes par son
   ambassadeur, l'vesque de Roz, avec les seigneurs de ce conseil,
   qu'elle y procdera avec tant de dilligence qu'elle veult bien
   que le Roy Trs Chrestien, son bon frre, demeure juge que plus
   dilligentment il n'y pourroit estre procd; et ainsy l'a elle
   confirm et asseur au dict sieur ambassadeur, en parolle de
   Royne et de princesse chrestienne pleyne de foy et de toute
   vrit;

   Que, suyvant les choses susdictes le dict ambassadeur escripra au
   Roy, son Seigneur, de ne vouloir envoyer de ses forces en Escoce,
   ou, s'il y en avoit desj envoy quelques unes, qu'il les veuille
   tout incontinent rvoquer.




CXIe DPESCHE

--du Ier jour de juing 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Efforts de l'abb de Dunfermline pour arrter l'excution du
    trait conclu.--Nouvelles d'cosse.--Armemens faits en
    Angleterre.--Excution des Northon  Londres.--Espoir que le
    duc de Norfolk sera bientt rendu  la libert.--Nouvelles de
    la Rochelle et des Pays-Bas.


     AU ROY.

Sire, ceulx qui sont promptz de nuyre toutjour  la Royne d'Escoce,
voyantz que la ngociation que je faisois pour elle commanoyt de
succder, se sont esforcez d'introduyre l'abb de Domfermelin pour m'y
donner empeschement; lequel, n'ayant aport qu'une simple lettre  la
Royne d'Angleterre pour crance, ni pour toute aultre sienne
instruction qu'ung seul blanc de ceulx qui l'ont envoy, affin d'estre
remply icy par l'adviz de deux de ce conseil, il a vifvement incist 
la dicte Dame, que, suyvant sa vertueuse dellibration et ses
promesses, elle vollt recepvoir le jeune Roy d'Escoce en sa
protection et le deffandre de la main meurtrire, qui naguires a
faict mourir le pre, et bientost aprs l'oncle; et que meintennant
elle veuille, par son authorit ou par ses forces, fre aprouver les
dcrectz qui, durant le gouvernement du dict oncle, ont est faictz,
tant en faveur du dict jeune Roy que pour l'establissement de la
nouvelle religion en son royaulme; et qu' cest effect elle envoye
rprimer les Amilthons, lesquels s'esforcent d'infirmer deux si bonnes
causes, et sont proprement ceulx qui ont receu ses rebelles; et qu'au
contraire elle haste son secours  ceulx qui soubstiennent l'une et
l'aultre, qui n'ont onques consenty de les recepvoir; et que beaucoup
d'honneur et de rputation  elle, grande seuret  son estat et
couronne, perptuel establissement en la religion par toute ceste
isle, et ung trs grand proffict et accommodement en toutz ses affres
s'en ensuyvra, sans que, en l'excution d'une si glorieuse et utille
entreprinse, il s'y voye aulcun dangier, et bien fort peu de
difficult. Nonobstant lesquelz artiffices, la dicte Dame n'a layss
de fre confirmer, par le marquis de Norampton et par le comte de
Lestre,  l'vesque de Roz, les mesmes choses qu'elle m'avoit
accordes et qui estoient arrestes entre nous; dont sommes aprs 
les effectuer. Et cependant est arrive la responce de la Royne
d'Escoce, sur les ouvertures que ceulx de ce conseil avoient naguires
faictes au dict vesque, lequel a demand l dessus audience de la
dicte Royne d'Angleterre, qui ne la luy a reffuze; et aussitost que
j'auray entendu ce qu'y sera trett, je ne fauldray d'en donner adviz
 Vostre Majest.

J'entendz que les Anglois, qu'on a envoyez au comte de Morthon, sont
arrivez  Lislebourg sans aulcun rencontre et qu'ilz se tiennent l
sans fre grandz actes d'hostillit, et que le chasteau de Lislebourg
ne respond rien  la ville, seulement les lairs de Granges et
Ledinthon se tiennent dedans avec quelques aultres Escouoys, qu'ilz y
ont miz de renfort; que le duc de Chastellerault est  Glasco, avec
bonne troupe des siens, lequel soubstient fermement l'authorit de la
Royne, sa Mestresse; et que les comtes d'Arguil et d'Honteley s'en
sont retournez pour s'establyr de mesmes en leurs quartiers. Quant 
l'aprest des six navyres de ceste Royne, il se continue, et de deux
davantaige, qui sont huict en tout des plus grandz, pour les fre
sortir en mer du premier jour avec deux mil hommes, si ne trouvons
moyen de les arrester; mais j'y feray tout ce qu'il me sera possible.

Vendredy dernier estantz trois gentishommes de bonne qualit du North,
qui s'apelloient les Northons, condampnez  mort comme coulpables de
la dernire ellvation, ainsy qu'on les tiroit de la Tour pour les
mener au suplice, le secrtaire Cecille survint en dilligence, qui fyt
surceoyr l'excution, et parla  eux, et estime l'on qu'il esproit
trouver en leur dernire dposition quelque vriffication contre la
Royne d'Escoce, et contre le duc de Norfolc, mais ilz n'ont rien dict:
et le lendemain les deux ont est excutez. Il semble qu'il se
commance d'ouvrir des expdians pour la libert du dict duc, auquel
trois de ce conseil sont desj ordonnez pour aller aprs demain parler
 luy; et son filz aysn, le comte de Sureth, est arriv despuys huict
jours, qui est venu trouver le comte d'Arondel son grand pre
maternel. Quelcun a bien os entreprendre d'aposer sur la porte de
l'vesque de Londres une bulle du Pape[6] contre la Royne
d'Angleterre, mais on l'a incontinent oste, et faict on grand
dilligence de descouvrir d'o elle est venue; mais pour donner
entendre au peuple que c'est quelque aultre chose, l'on a imprim un
aultre placart.

  [6] Cette bulle, en date du 25 fvrier 1570, dclarait Elisabeth
  hrtique et schismatique, et relevait ses sujets du serment
  d'obissance. La publication qui en fut faite  Londres causa le
  supplice de Felton, mis  mort le 8 aot suivant. Elle est
  rapporte en entier par CAMDEN, _anne_ 1570.

L'on commance, despuys ma dernire audience, d'avoir quelque meilleure
esprance de la conclusion de la paix de vostre royaulme qu'on ne
faisoit; et aussi ung certain messagier, qui est naguire venu de la
Rochelle, semble le confirmer, bien qu'on dict qu'il a est long temps
en mer. Je mettray peyne d'entendre ce qu'on publiera de la dpesche
qu'il aporte, et d'une aultre qui est freschement arrive du comte
Pallatin, pour vous donner adviz de toutes deux par mes premires. Les
depputez de ceste ville, qui sont revenuz de Flandres, ont est desj
ouys de leur Royne, et puys en son conseil; ilz ont remonstr les
difficultez qui s'offrent encores sur le faict de ces deniers et
merchandises arrestes, et a est remiz de leur fre responce d'icy 
huict jours,  cause des affres d'Escoce; ce qui me faict juger que,
sellon qu'ilz pourront accommoder les ungs, ilz vouldront reigler les
aultres. Tant y a qu'ilz pensent que, pour le bon succez que le Roy
d'Espaigne commance d'avoir contre les Mores, le duc d'Alve se rend
meintennant plus difficile  cest accord. Sur ce, etc. Ce Ier jour de
juing 1570.




CXIIe DPESCHE

--du Ve jour de juing 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Nycolas de Le Poille._)

  Hsitation du conseil d'Angleterre  assurer l'excution du
    trait conclu.--Rsolution prise par la reine de le
    maintenir.--Audience accorde par lisabeth  l'vque de Ross.


     AU ROI.

Sire, premier que le comte de Sussex ayt sceu, ou au moins premier
qu'il ayt peu fre savoir au capitaine Drury  Lislebourg, l'accord
d'entre la Royne d'Angleterre et moy, touchant retirer les Anglois
hors d'Escoce, icelluy Drury avoit desj envoy sommer le duc de
Chastellerault et ceulx de son party, qui estoient au sige de Glasco,
de luy randre les fugitifz d'Angleterre, ou bien de les habandonner,
et surtout de luy donner parolle de ne recepvoir aulcuns estrangiers
dans le pays. A quoy luy estant baill pour responce par le secrtaire
Ledinthon, qui eut charge de la luy fre, qu'ilz n'estoient prestz ny
de randre les fugitifz, ny de reffuzer aulcun secours estrangier,
ains, si les Franoys ne venoient bientost que luy mesmes les yroit
quryr, le dict Drury avec ses Anglois, et le comte de Morthon avec un
nombre d'Escouoys du contraire party, ont march jusques au dict
Glasco, l, o ne les ayant le dict duc attanduz, ilz ont estim
qu'ilz pourroient excuter d'aultres plus grandes entreprinses, s'ilz
passoient plus avant vers Dombertran. Mais estant, sur ce poinct,
arriv au dict de Sussex l'advertissement de l'accord, il l'a
incontinent envoy notiffier au dict Drury, affin d'arrester son
progrs; et nantmoins parce que, par une dpesche du mesme jour, il a
escrit  sa Mestresse que les siens avoient commanc de bien fre 
Glasco, et que despuys ilz s'estoient acheminez  Dombertrand, et
qu'en mesmes temps ce que je vous ay mand, Sire, de la bulle du Pape
estoit advenu, et aussi que de France l'on mandoit y avoir plus grande
aparance de guerre que de paix, la dicte Dame a cuyd dlaysser toutz
nos bons propos d'accord pour retourner  celluy, qu'elle avoit
auparavant, de continuer la guerre en Escoce; mais j'avois desj sa
promesse si expresse du contraire, et le fondement avoit est miz si
bon aulx bonnes dellibrations; que les mauvais n'ont peu, pour ce
coup, remettre sur les mauvaises, dont avons tant faict qu'il a est
rsolument escript au dict de Sussex d'acomplyr icelluy accord, quant
de l'aultre cost l'on l'accomplyra. Bien luy a est mand qu'il ayt 
entretenir toutjours ses troupes en estat de la frontire, de peur de
la descente des Franoys, comme de mesmes a est ordonn icy que,
pour encores, les grandz navyres ne partent point, mais que, pour la
mesmes peur du passaige des Franoys, l'on les tiegne toutz prestz 
la voyle; et les seigneurs de ce conseil ont mand  l'vesque de Roz
et  moy qu'on avoit desj bien advanc de satisfre de leur part aulx
choses promises, et qu' nous touchoit meintennant de dilligenter
l'excution du surplus.

Cependant le dict vesque a est admiz  la prsance de la dicte Dame,
laquelle toutesfoys ne l'a receu sinon crmonieusement et asss
svrement, en prsence de ceulx de son conseil,  cause des
souspeons auparavant conceues contre luy; mais aprs qu'en se
purgeant fort honnorablement, il a heu tout librement confess qu'il
avoit une seule foys, et non plus, ouy ung messaige du comte de
Northomberland, qui luy offroit de mettre la Royne sa Mestresse en
libert, et de la ramener en son royaulme, pourveu qu'on luy fornyst
de l'argent, auquel il avoit respondu que sa Mestresse ne vouloit
partir d'Angleterre sans le gr et bonne grce de la Royne sa bonne
soeur, ny elle n'avoit point d'argent pour luy envoyer; et qu'il a eu
offert qu'au cas qu'il se peult jamais vriffier nulle aultre pratique
contre luy avec ceulx du North, qu'il renonoyt  toutz ses privilges
d'ambassadeur, d'vesque, et d'estrangier, et de son saufconduict,
pour se soubzmettre aulx extrmes punitions des plus rigoureuses loix
de ce royaulme, la dicte Dame a monstr qu'elle en demeuroit
satisfaicte; et l'ayant tir  part, a receu fort humainement de ses
mains les lettres que la Royne d'Escoce luy escripvoit, et a commanc
de tretter privement et fort familirement sur icelles avec luy, de
sorte que, se raportant ceste ngociation aulx miennes trois
prcdantes, ung chacun juge que la chose s'en va si bien achemine,
qu'il s'en peult esprer ung asss prochain et asss bon succez.

Je mettray peyne, Sire, de vous expciffier par mes premires les
poinctz et particullaritez o l'on en est meintennant, et adjouxteray
seulement icy que les seigneurs du dict conseil sont en ceste ville
pour adviser de quelque expdiant avecques les marchantz, touchant
l'accommodement des diffrandz des Pays Bas; et aussi pour veoir comme
il faudra procder sur le faict de la bulle du Pape, ayant est
l'adviz d'aulcuns qu'on debvoit purger et examiner par srement l
dessus les principaulx Catholiques de ce royaulme, et procder tout
incontinent contre ceulx qui se trouveront ou coulpables, ou attainctz
du faict, par la rigueur des loix mareschalles[7], qui portent
condempnation de mort sans figure de procs; mais j'entendz que la
prudence de la dicte Dame ne leur a acquiesc, laquelle ne s'est
vollue esloigner des conseilz des modrez, qui la persuadent de
n'offancer les Catholiques qui luy sont obyssantz. Sur ce, etc.

     Ce Ve jour de juing 1570.

  [7] C'est--dire, les _lois martiales_. Voyez DU CANGE au mot
  _Marescalcialis_, tom. IV, col. 543.




CXIIIe DPESCHE

--du XIe jour de juing 1570.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Vassal._)

  L'vque de Ross mis en entire libert.--Ngociation pour le
    rtablissement de Marie Stuart; conditions proposes par
    lisabeth.--Espoir de l'ambassadeur que le trait pourra se
    conclure prochainement, et demande d'instruction  ce
    sujet.--Mme espoir que la libert sera bientt rendue au duc
    de Norfolk; chefs d'accusation sur lesquels il a t tenu de
    s'expliquer.--Affaires des Pays-Bas; grand armement fait en
    Angleterre, o l'on craint une entreprise de la part du duc
    d'Albe.--_Mmoire._ Conditions que l'on dit tre offertes par
    la reine de Navarre pour la pacification de France.--Affaires
    d'cosse.--tat de la ngociation dans les
    Pays-Bas.--Sollicitations faites auprs d'lisabeth pour
    obtenir la libert du duc de Norfolk.--_Mmoire secret._
    Dtails circonstancis de toutes les discussions qui ont
    dtermin le conseil d'Angleterre  se dclarer pour le
    maintien de la paix avec la France.--Intrigue de ceux du parti
    contraire, afin d'empcher cette dcision.


     AU ROY.

Sire, pour s'aquitter la Royne d'Angleterre de la parolle, qu'elle
m'avoit donne, qu'aussitost qu'elle auroit receu une responce,
qu'elle attandoit de la Royne d'Escoce, elle procderoit au faict de
sa restitution avec tant de dilligence, que Vostre Majest jugeroit
qu'avec plus grande ne se pourroit fre, elle a desj fort amplement
traitt, avec Mr l'vesque de Roz, des moyens et expdians qu'elle
veult estre suyviz en cella, et des seuretez et condicions qu'elle
dsire luy estre gardes. A quoy le sieur vesque ne luy a contradict
en rien, ny ne luy a rien reffuz; mais luy ayant monstre les choses
qui en cella se pourroient trouver facilles ou difficiles, elle a
monstr de ne se restraindre tant aulx plus difficiles, qu'elle ne se
veuille bien accommoder  celles qui seront en la puyssance de la
Royne d'Escoce d'acomplyr; et ainsy elle a ottroy au dict sieur
vesque sa pleyne libert, avec licence d'aller confrer librement
avec sa Mestresse; lequel desj l'est alle trouver, et a emport ung
bien ample saufconduict pour envoyer les sires de Leviston ou de
Bethon en Escoce, affin d'excuter ce qui a est arrest, entre la
dicte Dame et moy, de retirer les siens hors du pays.

J'estime, Sire, que le dict vesque de Roz aura escript toute sa
dernire ngociation  Mr l'archevesque de Glasco pour la fre
entendre  Vostre Majest, qui sera cause que je ne vous toucheray icy
les particularitez d'icelle sinon en ce qu'il a sembl que la dicte
Dame vouloit fort incister d'avoir le Prince d'Escoce en ses mains; et
qu'il ft envoy par Vostre Majest aulcuns des parans de la Royne
d'Escoce  estre icy quelque temps ostaiges, pour l'observance des
choses qui seront promises; et que la ligue se conclt offancive et
deffancive entre l'Angleterre et l'Escoce. Mais j'espre, Sire,
qu'elle se contantera  moins; et affin que aulcune longueur n'y
puysse venir de nostre cost, le dict sieur vesque m'a trs
expressment requis de suplier trs humblement Vostre Majest qu'il
vous playse m'envoyer, par ce mesme gentilhomme prsent porteur, ung
pouvoir ample pour assister en vostre nom au traitt qui se fera;
lequel, pendant que les choses se monstrent en asss bonne
disposition, il estime estre trs ncessaire de conclurre sans dlay,
ou aultrement il y courra ung manifeste dangier d'en perdre pour
jamais l'occasion. Mais, par mesme moyen, il sera vostre bon playsir,
Sire, de m'envoyer une particulire instruction des poinctz o vous
desirez que cest affre se rduise pour vostre service, affin que
vostre intention soit (s'il m'est possible) toute la rgle de ce qui
s'y fera.

Les affres du duc de Norfolc semblent prendre ung mesme acheminement
que ceulx de la Royne d'Escoce, car la Royne, sa Mestresse, a enfin
envoy deux de son conseil parler  luy, qui ne luy ont touch que
cinq poinctz; savoir: celluy de son mariage avec la Royne d'Escoce,
comme est ce qu'il l'avoit oz pratiquer sans le sceu de sa Mestresse;
celluy d'une lettre qu'il avoit escripte au comte de Mora, o il
disoit avoir pass si avant au mariage qu'il ne pouvoit avec son
honneur et conscience s'en retirer; le troizime, s'il ne s'en vouloit
point despartyr maintennant, sans jamais y entendre, sinon avec le
cong de la dicte Royne sa Mestresse; le quatriesme estoit de la
religion, comme souffroit il que toutz ses principaulx officiers et
serviteurs fussent ou dclairez ou suspectz Catholiques; et le
cinquiesme, quelle seurt vouloit il donner  la Royne sa Mestresse de
luy demeurer  jamais fidelle et obyssant subject et serviteur. A
toutes lesquelles choses j'entendz qu'il a si bien et sagement
respondu que la dicte Dame en est asss satisfaicte; et s'espre qu'il
sera remiz, du premier jour, en sa mayson de ceste ville, mais encores
soubz quelque garde, pour quelques jours.

L'esprance de la paix de vostre royaulme ayde grandement 
l'advancement des affres de l'ung et de l'aultre, et estime l'on que,
succdant icelle, tout yra bien pour eulx; mais aussi, si elle ne se
conclud, aulcuns ont opinion que cecy n'aura est qu'une aparance pour
pouvoir passer l'est sans trouble, et qu'ilz tremperont encores cest
yver en leurs accoustumes prysons.

J'entendz que le duc d'Alve mne ceulx cy d'ung grand artiffice sur
l'accord de leurs diffrantz; car, d'ung cost, il les brave bien
fort, et les adoulcit encores plus de l'aultre, et leur donne de
grandes esprances de la bonne affection que son Maistre a
d'accommoder, mieulx que jamais, leur trafficqz en toutz ses pays;
bien que, entendant la Royne d'Angleterre qu'aulcuns de ses fugitifz
sont passez devers le dict duc, et d'aultres sont allez en Espaigne,
et qu'on lve maintennant des gens de guerre en Flandres, elle
souspeonne que c'est plustost contre elle que pour la rception de la
Royne d'Espaigne, comme l'on en faict le semblant; et,  ceste cause,
elle a command de mettre encores en ordre quatorze de ses grandz
navyres, oultre ceulx qui sont desj pretz. Sur ce, etc.

     Ce XIe jour de juing 1570.

   INSTRUCTION AU SR DE VASSAL de ce qu'il fault fre entendre 
   Leurs Majestez, oultre le contenu des lettres:

   Qu'aprs que la Royne de Navarre, en apvril dernier, eust expdi
   devers le Roy les Srs de Telligny et de Beauvoys, lorsqu'ilz
   venoient du camp des Princes, et avec eux le Sr de La Chassetire
   pour adjoinct, elle fit une dpesche par de, laquelle a est si
   longtemps sur mer, qu'elle n'est arrive que despuys huict ou dix
   jours: et par icelle semble qu'on ayt cogneu que la dicte Dame
   inclinoit  la paix;

   Et que par le dict La Chassetire elle ayt faict dire  part au
   Roy et  la Royne qu'il ne tiendroit  elle que la dicte paix ne
   se ft, et qu'elle suplioit Leurs Majestez de vouloir ottroyer 
   ceulx de la nouvelle religion l'edict de l'an LXVII, qu'ilz
   apellent l'edict de Chartres, et encores ung presche davantaige
   en la prvost de Paris, et qu'avec cella elle s'esforceroit de
   les fre contanter et de conclurre la dicte paix;

   Qu'aulcuns icy ont est bien ayses de ceste disposition de la
   dicte Dame, comme advenue contre leur esprance, car pensoient
   que les ministres la tiendroient la plus destorne de ce dsir
   qu'ilz pourroient. Aultres ont estim qu'elle s'est trop haste
   de parler d'icelluy edict de Chartres, lequel ilz disent estre
   fort dangereux et de nulle seuret; et qu'il eust toutjours est
   asss  temps de le requrir, car les menes de court ne
   permettent qu'on accorde jamais les choses ainsy qu'on les
   demande; ou bien attendre que le Roy l'eust offert de luy mesmes,
   et que eulx l'eussent lors tout librement et avec humilit receu
   de la pure concession et ottroy de Sa Majest;

   Que despuys, ne venant de France sinon toutjours nouvelles de
   continuation de guerre, et comme le Roy reffuzoit de rendre les
   offices et bnfices  ceulx de la dicte religion, et de ne payer
   leurs reytres, Mr le cardinal de Chastillon, dsesprant assez,
   pour ceste cause, de la paix, a sollicit plus vifvement que
   jamais les choses qui pouvoient servyr  se maintenir et 
   maintenir ceulx de son party en rputation par de, et  se
   procurer toutjours nouveaulx crdictz en Allemaigne.

   A quoy semble que l'ayt davantaige confirm de fre la venue
   d'ung aultre messagier, qui a est dpesch de la Rochelle aprs
   le retour des depputez; lequel a aport une forme d'articles,
   lesquelz  la vrit je n'ay pas veuz, mais l'on m'a dict qu'ilz
   contiennent que le Roy ottroye pour seuret  ceulx de la
   nouvelle religion la Rochelle, Sanxerre et Montauban, plus vingt
   quatre villes pour leur exercisse, lesquelles il nommera aprs la
   confection de la paix; que les haultz justiciers pourront fre
   prescher pour eulx, leurs subjectz, et ceulx qui y pourront
   assister; les gentishommes, qui ont moyenne justice, auront aussi
   presche pour eulx et leur famille seulement; que la vendition des
   biens eclsiastiques faicte par les Princes sera casse; les
   offices de ceulx de la dicte religion demeureront vanduz; et que
   les Princes payeront et renvoyeront leurs reytres; et m'a l'on
   dict que desj l'on a envoy les dicts articles en Allemaigne
   avec des additions au marge, qui contiennent les raysons pourqnoy
   on ne les peult ainsy accepter.

   Ung Allemand, qui naguires est arriv de la part du comte
   Pallatin pour donner compte  la Royne d'Angleterre de l'estat
   des choses de del, nommement de ce qui se prsume de la diette
   et des nopces du prince Cazimir son filz, dict que, parce que les
   leves du Roy en Allemaigne ne passent en avant, celles des
   aultres demeurent aussi en suspens, mais qu'au reste elles se
   tiennent prestes pour le besoing, et que le prince d'Orange s'est
   retir pour quelques jours en l'estat d'une sienne parente,
   attandant les nopces du dict Cazimir, auxquelles il espre de
   pouvoir radresser ses affres; et que Mr de Lizy ayant pass par
   Helderberc, o il a sjourn ung jour ou deux, aprs avoir heu
   quelque petite confrance avec le dict Sr Pallatin, a prins le
   chemin de Genve avec une troupe de gentishommes Franoys qui
   vont trouver le camp des Princes.

   Desquelles apparances de guerre, parce que ceulx cy voyent
   qu'elles ne font poinct cesser les propos qui se mnent de la
   paix, et qu'il se trouve encores des difficultez sur l'accord des
   diffrandz des Pays Bas, ilz deviennent assez irrsoluz comme
   debvoir procder ez choses d'Escoce, et craignent bien fort que,
   de les poursuyvre davantaige, la paix de France et la victoire du
   Roy d'Espaigne sur les Mores[8] ne se convertissent en une guerre
   sur eulx; ce qui les faict plus vollontiers incliner aulx
   remonstrances que je leur fays l dessus. Et encores que le temps
   et l'ocasion pressent bien fort de pourvoir aulx affres
   d'Escoce, ou aultrement ilz vont incliner  la part des Anglois,
   sans que les Anglois y facent plus grand effort, le mesme temps
   et la mesme ocasion nantmoins semblent se monstrer bien  propos
   au Roy pour pouvoir meintennant conserver, sans grand coust et
   quasi par moyens paysibles, ce que sa couronne a heu toutjour
   d'alliance et d'authorit au dict pays; et croy que mal aysement
   une aultre foys y pourra il, sans viollance et possible sans une
   grande guerre et  grandz fraiz et difficult, y remdier.

  [8] Cette victoire se rapporte aux avantages obtenus par don Juan
  sur les Maures d'Espagne, qui s'taient soulevs en 1569. Il
  s'agit plus particulirement ici, soit du combat devant Finix,
  qui entrana le pillage de la ville (fin avril 1570), soit du
  combat livr dans les montagnes de Baza et de Filabres dans les
  premiers jours de mai 1570. Ces victoires furent immdiatement
  suivies d'un trait conclu ayec Abaqui, l'un des principaux chefs
  des rvolts, qui se rendit auprs de Don Juan, le 19 mai, et fit
  le lendemain sa soumission solennelle. Cependant la guerre
  continua quelque temps encore, par suite de la rsistance
  d'Aben-Aboo, qui s'tait fait proclamer roi d'Andalousie, sous le
  nom de Muley-Abdala; elle ne finit qu'au mois de novembre
  suivant, aprs qu'Aben-Aboo eut t tu par Seniz, autre chef des
  Mores.

  Les souspeons ne sont lgiers  ceulx cy, du cost du Roy
  d'Espaigne, parce que deux des principaulx hommes d'Irlande sont
  allez  recours  luy, et luy sont allez offrir accez, entre et
  obyssance pour la protection de la religion catholique en leur
  pays; et pareillement aulcuns des principaulx fugitifz Anglois,
  qui s'estoient retirez en Escoce, sont passez devers le duc
  d'Alve. A l'ocasion de quoy, le comte de Lestre a, despuys dix
  jours, faict fre une plaincte  Mr l'ambassadeur d'Espaigne de ce
  qu'on recepvoit les rebelles de ce royaulme en Flandres; et il a
  respondu qu'il n'en savoit rien, mais qu'il ne fesoit double
  qu'ilz ne fussent bien receuz ez terres du Roy Catholique,
  puysqu'ilz estaient chassez pour estre Catholiques, mais que ce ne
  seroit pour y mener rien par armes contre la Royne d'Angleterre.

  Or, en ce qui concerne les diffrandz des Pays Bas, il a est bien
  prs d'y mettre ung bon accord, car le duc d'Alve en a faict
  toutes les dmonstrations du monde; et en mesme temps est advenu
  par des intelligences, que la Royne d'Angleterre a en Flandres,
  qu'on luy a faict veoir la coppie d'une lettre que le Roy
  d'Espaigne escripvoit au dict duc, par laquelle il luy mandoit de
  regaigner, par toutz les moyens qu'il pourroit, l'amyti de la
  Royne d'Angleterre et des Anglois; dont ilz estiment que la
  difficult, qu'il sentoit lors en la guerre des Mores, le faisoit
  parler ainsy, et qu' ceste heure ayant quelque bon succez en
  icelle, il se veult tenir plus ferme sur la restitution des
  prinses.

  Sur laquelle restitution icelluy duc,  l'arrive des dicts
  commissaires, leur a dict que la demande, qu'ilz estoient venuz
  fre des biens des Anglois, estoit trs raysonnable; mais que
  celle des subjectz du Roy, son Maistre, qui demandoient
  pareillement d'avoir les leurs, n'avoit moins de rayson, et qu'il
  failloit venir  une mutuelle satisfaction des deux costez. Et
  nantmoins, s'estant puys aprs laiss aller  des expdiantz qui
  revenoient asss  son proffict, et qui donnoient grand esprance
  d'ung accord, il s'en est despuys desparty par ung adviz, qu'on
  luy a envoy de de, d'ung aultre proffict plus grand d'envyron
  cent cinquante mil escuz, s'il retient les biens des Anglois;
  lesquelz biens il a desj, pour ceste ocasion, faictz remettre de
  nouveau soubz sa main, ou bien les deniers qui sont provenuz de la
  vante d'iceulx; et meintennant l'on est aprs  fre quelque
  valuation des ungs et des aultres, pour veoir si l'on pourra
  venir  quelque compensation.

  Ceulx qui ont est les plus contraires  la Royne d'Escoce et 
  ses affres commancent,  ceste heure, de se fre de feste et de
  luy promettre toute faveur et secours; et le mesmes est du duc de
  Norfolc, car ceulx qui ont est ses plus mortelz ennemys se
  gettent  genoulx devant la Royne, leur Mestresse, pour la suplier
  pour luy; et bien qu'en cella y puisse avoir de la simulation,
  pour plustost prolonger que pour dsir d'ayder ses affres, ilz
  semblent nantmoins estre resduictz  ung poinct que, si quelque
  nouveau accidant ou quelque grand malheur ne survient, ilz seront
  pour estre bientost accommodez.

   AULTRE INSTRUCTION A PART:

   Que ce qui plus me fait incister icy aulx choses d'Escoce, et en
   solliciter pareillement Leurs Trs Chrestiennes Majestez, est
   qu'il ne peult revenir que  une merveilleuse diminution de leur
   estime et grandeur, de se laysser ainsy arracher comme par force
   la Royne d'Escoce et les Escouoys de leur protection; et de
   souffrir que la Royne d'Angleterre leur emporte de leur temps
   ceste alliance, qui a est conserve huict centz ans  la
   couronne de France, et laquelle asss souvant luy a est trs
   utille, et quelquefoys bien fort ncessaire.

   Et je considre que, de s'y opposer meintennant par Leurs
   Majestez, ce n'est les mettre en nouvelle guerre, ains plustost
   divertir celle qui leur pourroit venir d'icy; ny mettre le Roy en
   grandz frays de ses deniers, ains empescher que les Anglois
   n'envoyent les leurs en Allemaigne contre luy; ny l'attacher  de
   grandes difficultez, car la seule dmonstration de vouloir
   envoyer mille harquebouziers en Escoce, ou le passaige d'iceulx
   seulement, rendra ceste entreprinse acheve sans aulcunement
   venir aulx mains, de tant qu'ung chacun juge que la Royne
   d'Angleterre ne les sentyra sitost joinctz aulx Escouoys
   partisans pour leur Royne, lesquels  prsent sont les plus
   fortz, qu'elle ne viegne  telle composition qu'on vouldra; et
   si, ne demeurera que plus ferme en la paix, joinct que je n'ay
   faict ceste instance, sinon aprs que, par la confrance de ceulx
   qui entendent bien l'estat de ce royaulme, j'ay comprins que
   c'estoit jouer  boule veue.

   Et puys, je voy que ceulx qui ont persvr jusques icy en
   l'affection du Roy, s'ilz ne sont entretenuz de quelque bon
   espoir, voyre de quelque dmonstration de son prsent secours,
   comme de celluy seul entre les princes chrestiens, qui justement
   et lgitimement peult mouvoir ses armes en ceste cause, ilz se
   vont sans aulcun doubte jetter ez braz du Roy d'Espaigne, et bien
   que ce ne soit aultant de droict, comme ez braz du Roy, ilz ont
   nantmoins desj leurs messagiers devers luy, et  ceulx l est
   desj faicte promesse de secours; mesme le duc d'Alve leur donne
   entendre qu'il est si prest qu'il ne reste sinon que la Royne
   d'Escoce envoye son pouvoir et consantement pour l'acepter.

   Et de ce, la dicte Dame a naguires receu ses lettres ou bien
   celles de son Maistre, car je ne say encores duquel des deux;
   tant y a qu'on l'asseure fort que, en toutes sortes, elle sera
   assiste et ayde  sa restitution par le Roy Catholique, lequel
   cependant l'exorte de se rserver libre de son mariage, et de ne
   s'obliger  nul, sinon avec l'adviz et bon conseil qu'il luy en
   donnera.

   Nantmoins commanceans les affres d'Escoce de s'acheminer par la
   gracieuse voye de la ngociation, que Leurs Majestez m'ont
   command de fre, j'espre qu'elles succderont assez sellon leur
   dsir, sans y fre aultre effort ny despence; mais  toutes
   advantures, parce que la malice des ennemys, et la faulte de
   cueur des amys, et la jalouzie de ceste Royne contre sa cousine
   sont choses que j'ay toutjour fort suspectes, je dsire que Leurs
   Majestez voyent  clair quel a est et quel est le cours de ceste
   affre, affin qu'ilz puyssent juger quant, et commant, et en
   quelle sorte il y pourra fre bon.

   Aprs que j'ay heu, par deux foys, rsoluement dclaire  la
   Royne d'Angleterre qu'elle ne pouvoit, sans contravention des
   trettez, envoyer ses forces en Escoce, et que pourtant elle
   debvoit accepter les honnestes condicions et offres que la Royne
   d'Escoce luy faisoit, par le moyen desquelles elle obtiendroit,
   mieulx que par la force et sans aulcune despence, ce qu'elle
   prtandoit, et si, auroit conserv l'amyti du Roy, la dicte Dame
   a demeur quelques jours fort incertaine comme elle en uzeroit;
   dont aulcuns des siens, craignantz le changement de sa
   dellibration, ont trouv moyen, il y a envyron quinze jours, de
   luy fre signer une lettre au comte de Sussex pour le fre passer
   si avant en l'entreprise qu'on ne s'en peult plus retirer.

   De quoy m'ayant est donn adviz, et estant bien inform que la
   dicte lettre avoit est substraicte, j'envoyay incontinent
   solliciter ceulx, qui avoient bonne affection en ceste cause, de
   le fre entendre  la dicte Dame, et de convaincre vers elle
   ceulx qui avoient oz entreprendre ung tel faict, et qui la
   vouloient, contre toute rayson, mettre en guerre avecques le Roy.

   Ce que ayant bien oportunement sceu fre, ilz ont si bien irrit
   la dicte Dame qu'elle a monstr d'en estre fort courrouce, et
   qu'en toutes sortes elle vouloit sortir par quelque aultre
   meilleur moyen hors de cest affre; dont, assignant jour  ceulx
   de son conseil d'en venir dlibrer devant elle, les ungs, pour
   rompre le coup, ont trouv bon de s'absenter en ceste ville par
   prtexte du terme de la justice, et les aultres, ne pouvant
   contradire  cella, y sont venuz aussi pour le mesme prtexte,
   mais en effect ce a est pour fre des assembles sparement
   avec les partisans et amys, pour voir comme ilz pourroient, de
   chascun cost, advancer leur intention et retarder d'aultant
   celle des aultres.

   Et enfin milord Quiper, qui est chef de la partie contraire,
   aprs avoir bien consult avecques les siens, avoit, au partir de
   ceste ville, dlibr de s'en aller en la contre pour allonger
   et interrompre la matire; mais le comte d'Arondel le prvint en
   son propre logis, et le somma de se trouver, le IIIe jour aprs,
   devers la Royne leur Mestresse pour rsouldre cestuy et aultres
   trs urgentz affres, qui ne pouvoient, disoit il, sans mettre
   la dicte Dame et son royaume en grand dangier, estre plus
   prolongez.

   Icelluy Quiper, en grand collre, luy respondit qu'il ne
   dlibroit de retourner en court, qu'il ne ft plus de trois foys
   fort expressment appell, veu que la Royne tenoit si peu de
   compte d'observer les choses une foys arrestes, et qu'elle
   mesprisoit  ceste heure ses conseilz, et ne recepvoit plus sinon
   ceulx qui luy estoient trs dommaigeables, s quelz il ne vouloit
   en faon du monde intervenir.

   Le comte rpliqua que  la charge qu'il avoit ne convenoit bien
   de gouverner ainsy ce royaulme par collre, car c'estoit par
   rayson et justice qu'il le debvoit modrer, et qu'il se sauroit
   aussi bien courroucer que luy s'il vouloit; mais qu'il prvoyoit
   ung si grand inconvniant d'une gnralle sublvation en ce
   royaulme et de tant de guerres avecques les estrangiers, qu'il ne
   pouvoit pour son debvoir diffrer plus longtemps d'en avertyr sa
   Mestresse, et qu'il falloit que luy, comme son premier
   conseiller, s'y trouvast prsent pour en dellibrer, ce que, s'il
   reffuzoit de fre, qu'il ft asseur qu'il luy seroit reproch;
   et que, absent ou prsant, il ne lairroit de bien chanter les
   vespres au secrtaire Cecille, car ce n'estoit que d'eulx deux
   que procdoit le retardement de toutz les affres de ce royaume.
   Cella fut lors cause que le dict Quiper s'estant ung peu remiz,
   et estant le propos venu  plus gracieulx termes entre eulx, ilz
   se promirent l'ung  l'aultre de se trouver, le cinquiesme jour
   aprs,  Amptoncourt.

   Pendant laquelle assignation, le secrtaire Cecille fit tout ce
   qu'il peult pour destourner la dicte Dame de son bon propos, et
   luy oza bien dire asss licentieusement, prsent le comte de
   Lestre, qu'elle s'en alloit habandonne de ses meilleurs
   serviteurs, puysqu'elle se vouloit ainsy prcipiter d'elle mesmes
   en ung manifeste et trop certain pril de sa propre personne et
   estat par la restitution et dellivrance de la Royne d'Escose.

   A quoy, en collre, elle luy demanda comme il cognoissoit cella,
   car jusques  ceste heure, elle n'avoit ouy nulle rayson de luy
   l dessus qui ne ft playne de passion et de hayne, et comme il
   ne respondoit rien, le comte de Lestre dict: Voyez, Madame, quel
   homme est le secrtaire, car se trouvant hier avec nous tous 
   Londres, il asseura qu'il vous donroit conseil de restituer la
   Royne d'Escoce, et meintennant il parle en toute aultre
   faon.--Ainsy, respondit elle, me raporte il plusieurs choses
   asss souvant de vostre part, qui puys aprs est tout le
   contraire. Quoyqu'il y ayt, maistre Secretary, dict elle, je
   veulx sortyr hors de cest affre et entendre  ce que le Roy me
   mande, et ne m'en arrester plus  vous aultres frres en Christ.

   Sur cella, m'estant arrive la dpesche du Roy du IIIIe de may,
   il a est le plus  propos du monde que j'aye faict ceste
   troisime recharge, du XXIIe du dict moys,  la dicte Dame, comme
   je luy ay desj mand, par laquelle voyantz les adversayres
   qu'elle se layssoit conduyre  la rayson, et que desj elle
   m'accordoit de retirer ses forces hors d'Escoce et de procder 
   la restitution de la Royne sa cousine; aprs que j'en ay heu
   aussi parl au conseil, ilz ont prpar l'ung d'entre eulx pour
   venir, en prsence des aultres, tenir le merveilleux et bien
   insolant propos qui s'ensuyt;

   C'est de dire  la dicte Dame qu'elle estoit estrangement pipe
   et trompe en ceste affre, car il estoit dsormais trop clair
   que ceulx, de qui elle commanoyt de suyvre le conseil, estoient
   toutz gens partiaulx et bandez contre elle en faveur de la Royne
   d'Escoce, et qu'il n'y avoit rien plus aparant et vraysemblable;
   que les propos de moy ambassadeur estoient emprumptez, ou de Mr
   le cardinal de Lorrayne qui m'avoit mand d'ainsy parler, ou de
   la Royne d'Escoce qui m'en avoit pri; et que, veu les affres
   que le Roy avoit chez luy, il n'estoit pour mander et encores
   moins pour fre ce que je disoys; et que desj l'on avoit pass
   si avant aulx choses d'Escoce qu'il n'estoit plus temps de s'en
   retirer, ny la dicte Dame ne pourroit dsormais, sans dangier et
   sans perdre trop de rputation, rappeller ses forces de
   Lislebourg; mais que, si elle poursuyvoit son entreprinse, il
   estoit trop vidant que l'Escoce s'en alloit conquise, et les
   Escouoys toutz renduz ses subjectz et tributaires, et son
   authorit establye au dict pays, et sa religion  jamais
   confirme par toute l'isle;

   Que ce qu'il disoit estoit ung bon et droict conseil, et ce
   qu'on allguoit au contraire estoit tout faulx et suspect, et
   qu'il vouloit mourir pour une si digne querelle, laquelle
   convenoit  la grandeur et dignit de la couronne d'Angleterre,
   non de se mouvoir ainsy ny de changer de dlibration pour les
   parolles d'un ambassadeur, comme il sembloit que la dicte Dame
   vouloit fre, et que le Roy, Henry VIIIe, n'eust pas lasch
   prinse, ainsy que honteusement et misrablement l'on le
   conseilloit  elle de le fre; et qu'il offrait, au cas que, pour
   l'amour de la Royne d'Escoce, les Franoys passassent de de,
   que luy mesmes luy yroit trancher la teste, s'il playsoit  la
   Royne luy en bailler la commission, s'atachant particullirement
   au comte de Lestre comme pour le taxer qu'il ne se monstroit
   fidelle en cest endroict  sa Mestresse.

   Le comte luy a respondu que ces propos estoient d'ung homme
   indigne d'estre au conseil de la Royne, et que, de sa part, il
   l'avoit conseille droictement sellon conscience et honneur, et
   sellon qu'il estoit dellibr de vivre et mourir en l'opinion
   qu'il luy avoit donne, et mesmes  maintenir, contre quiconques
   vouldroit dire le contraire, qu'il ne luy avoit rien dict qui ne
   ft digne d'ung trs bon et trs fidelle conseiller, serviteur et
   subject; et puysqu'ilz en venoient l, qu'ilz fissent tout le piz
   qu'ilz pourroient de leur cost, et que la dicte Dame regardt
   quel party elle vouldroit prandre, car luy et plusieurs aultres
   estoient rsoluz de persvrer  jamais en leur dlibration.

   La dicte Dame, se trouvant en perplexit, a respondu en collre
   au premier qui avoit parl, que ses conseilz estoient toutjour
   semblables  luy mesmes, qui ne luy en avoit jamais donn que de
   tmrayres et dangereux, et que, tant s'en falloit qu'elle vollt
   avoir ung aultre royaulme au pris qu'il disoit de la vie de sa
   cousine, qu'elle aymeroit mieulx avoir perdu le sien que de
   l'avoir consenty; et qu'il n'entreprint sur sa teste de tenir
   jamais plus un tel langaige, et qu'au reste eulx toutz mettoient
   ses affres, et elle, et son estat, en grand dangier, de se
   porter ainsy tant contraires et opposans en leurs opinions.

   Sur cella, aprs quelque peu de silence, le comte d'Arondel a
   commanc de dire que la collre, ny la passion, ny la hayne ou
   amyti, qu'on pouvoit avoir  la Royne d'Escoce, ne les debvoit
   mouvoir de donner conseilz prcipitez ni dangereux  leur
   Mestresse, ny de venir  nulle contention entre eulx, ains
   procder en tout par prudence et modration; et que luy vouloit,
   en prsence d'elle et de son conseil, librement dire qu'il estoit
   trop clair qu'en l'entreprinse d'ayder une partie des Escouoys
   qui estoient dsobyssantz, ou qui avoient quel autre prtexte
   que ce ft contre leur Royne Souverayne, ne pouvoit avoir rien
   de seurt, ny d'quit, ny de proffict, ny rien aultre chose que
   force difficultez, force despences, une trs mauvaise estime des
   gens de bien, une grande offance des aultres princes, et une trs
   certaine ouverture de plusieurs guerres, que la dicte Dame et son
   royaulme n'estoient pour pouvoir soubstenir;

   Que c'estoit mal juger des parolles miennes, qu'elles fussent
   empruntes, car jusques icy l'on les avoit trouves conformes 
   celles du Roy Mon Seigneur, et leur mesmes ambassadeur par ses
   lettres les avoit souvant confirmes; et qu'on n'avoit encores
   veu, quant ung ambassadeur d'ung si grand prince avoit
   rsoluement dict _ouy ou non_, qu'il se trouvt puys aprs
   aultrement; car seroit exemple fort nouveau, qu'ung ambassadeur
   se mt en dangier d'estre dsadvouh, et n'en fauldroit plus
   envoyer si l'on en venoit l; par ainsy, qu'ayant est mon dire
   clair et exprs, il n'y avoit point de doubte qu'il ne ft
   procd du commandement et de l'intention du Roy Mon Seigneur;

   Qu'il n'y auroit ny honte, ny dangier, de se retirer de ceste
   entreprinse d'Escoce; de honte, parce que cella se feroit sur
   l'instance et prire d'ung grand Roy pour conserver la paix et
   les trettez, lequel promettoit non seulement de n'attempter rien
   de son cost, mais d'accomplir toutes choses  l'advantaige de la
   Royne; et encores moins de dangier, car ne seroit mal ays de
   ramener les gens qui estoient  Lislebourg jusques  Barvich,
   sans qu'on en perdit pas ung;

   Que possible le Roy Henry VIIIe n'eust pas vollu lascher prinse,
   mais de son temps l'Angleterre estoit en meilleure disposition et
   mieulx unye que meintennant, et si l'avoit il merveilleusement
   espuyse et ruyne pour les guerres de France; s quelles
   toutesfoys il n'avoit jamais oz rien entreprendre qu'il n'eust
   ung Empereur pour compaignon, l o tant s'en failloit qu'on
   peult fre meintennant estat du Roy Catholique, son filz, que au
   contraire l'on l'avoit bien fort offanc, et si enfin les
   entreprinses du Roy Henry en France estoient tornes  rien; que
   pourtant la dicte Dame advist de prendre l'expdiant qui plus
   luy pouvoit admener de paix et de seurt en son royaulme, qui
   plus luy pouvoit confirmer l'amyti des aultres princes, et qui
   plus pouvoit justiffier la droicture de ses intentions envers
   Dieu et les hommes.

   A ceste opinion ayant celluy du conseil, qui est le plus homme de
   guerre, adjouxt qu'il se offroit d'aller luy mesmes retirer les
   Anglois, qui estoient  Lislebourg, en si bonne sorte que, sans
   aulcun dangier et  l'honneur de la Royne, il les reconduyroit
   toutz  Barvich, il fut conclud qu'on advertiroit incontinent le
   comte de Sussex de l'accord d'entre la dicte Dame et moy, pour
   donner ordre qu'on n'eust  fre nulle entreprinse davantaige
   dans l'Escoce.

   Mais, le lendemain, survint ung inconvniant qui cuyda tout
   gaster, car ayant l'vesque de Roz escript une fort courtoyse
   lettre au comte de Lestre pour obtenir de la Royne qu'elle luy
   vollt donner audience, affin d'avoir confirmation de sa bouche
   des choses que je luy avois dict qu'elle accordoit, pour les
   pouvoir, plus seurement escripre; elle ne se peult tenir qu'elle
   ne dict au dict comte que la lettre l'arguoit de souspeon, qu'on
   luy imposoit, d'avoir trop prins  cueur le party de la Royne
   d'Escoce: laquelle parolle le piqua si fort qu'aprs s'estre
   plainct de ce qu'elle vouloit ainsy tourner l'honnestet de la
   lettre  son trop grand prjudice, il luy dict: qu'il ne luy
   avoit jamais donn occasion de penser aultrement de luy que comme
   d'ung sien bon conseiller, qui a toutes les obligations du monde
   de ne luy estre jamais aultre que son trs obissant et trs
   fidelle serviteur;

   Que, en ce qu'il luy conseilloit de la Royne d'Escoce, il
   croyoit, comme en Dieu, que consistoit tout son repos et sa
   principalle seurt, et que de fre le contraire estoit sa ruyne
   et destruction, et qu'il ne changerait jamais d'adviz, estant en
   elle de suyvre lequel qu'elle vouldroit; mais que, pour ne luy
   donner aulcun souspeon de luy, il se privoit dsormais fort
   vollontiers de n'entrer plus en son conseil. Et ainsy s'en
   partit pour lors, et s'en vint  Londres, bien que, incontinent
   aprs, la dicte Dame luy envoya, et au marquis de Norampton, une
   commission pour parler au dict vesque de Roz, affin de luy
   confirmer les choses qu'il desiroit, car pour encores elle ne le
   vouloit admettre en sa prsence; toutesfois cella a est rabill
   despuys, et le dict comte mesmes a faict parler le dict vesque 
   la dicte Dame.

   Ceste tant grande division de court, laquelle est encores plus
   grande dans le royaulme, est cause dont, pour ne laysser
   intresser le Roy ny sa couronne d'une si ancienne alliance, j'ay
   ainsy entreprins de m'oposer  ceulx de ce conseil qui
   s'esforcent de la luy oster, qui ne sont personnaiges guires
   principaulx, ny bien fort authorizez, pour me joindre aulx
   aultres qui font tout ce qu'ilz peuvent pour la luy conserver,
   qui sont les premiers et plus nobles de ce royaulme, et d'en
   escripre ainsy que j'ay faict  Leurs Majestez.




CXIVe DPESCHE

--du XVIe jour de juing 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Vollet._)

  Nouvelle irritation d'lisabeth contre l'vque de Ross, Marie
    Stuart et le duc de Norfolk.--Changement opr dans les
    rsolutions de la reine d'Angleterre.--Nouvelles d'cosse, o
    le trait conclu par l'ambassadeur a commenc  recevoir son
    excution.--Mesures prises contre ceux qui rpandraient les
    bulles du pape en Angleterre.--Affaires
    d'Allemagne.--Propositions que doit faire le pape  la dite de
    Spire.--Messager envoy  Londres par l'amiral Coligni.--Motifs
    qui ont chang les rsolutions d'lisabeth.


     AU ROY.

Sire, il n'y avoit guires plus de deux heures que le Sr de Vassal
estoit party, pour vous aporter ma dpesche du XIe du prsent, quand
le Sr de Sabran est arriv avec celle de Vostre Majest du dernier du
pass, sur laquelle m'ayant la Royne d'Angleterre assign audience 
demain, je mettray peyne, Sire, de fre, s'il m'est possible, qu'elle
veuille bien conformer son intention  ce que me mandez estre de la
vostre; et de luy oster, si je puys, une nouvelle offance, que,
despuys huict jours, elle a conserv contre l'vesque de Ross avec
tant d'indignation qu'elle jure de ne le vouloir jamais veoir, ainsy
que le Sr de Vassal vous l'aura peu dire, chose que je crains asss
que me sera bien difficile de remdier, et qui pourra possible
retarder beaucoup les affres de la Royne d'Escoce; mesmement que
ceulx, qui nous sont contraires, ont heu desj de quoy fre de l ung
mauvais office contre elle, c'est de changer la pluspart des bonnes
dellibrations qui avoient est faictes sur les choses du Nord et
d'Escoce; et ont aussi miz tant de traverse  la libert du duc de
Norfolc, qu'il semble qu'elle soit meintennant bien fort retarde, ny
ceulx qui veulent bien  la Royne d'Escoce et au dict duc n'ont peu
mieulx, pour ce coup, que de cder ung peu au courroux de leur
Mestresse; dont le comte de Lestre s'est absent pour douze ou quinze
jours en sa maison de Quilingourt, et le comte d'Arondel s'en est venu
en ceste ville. Et cependant noz affres dorment, sinon en tant que
noz ennemys les vont rveillant pour les fre eschapper; mais j'espre
qu'aprs le retour du dict vesque et de ces seigneurs, nous y donrons
telle presse qu'il nous y serra baill une bonne ou bien une mauvaise
rsolution.

J'entendz que la dicte Royne d'Angleterre a heu si grand dsir de
contanter Vostre Majest, sur ce qu'elle m'avoit promiz de rvoquer
ses gens de Lislebourg, que, l'ayant, incontinent aprs ma prcdante
audience, mand au comte de Sussex, il les a heu retirez premier qu'on
luy ayt peu fre nul contraire mandement; de sorte que Drury, avec ses
quatorze centz hommes, car plus grand nombre n'en avoit il men par
dell, a est de retour  Barvyc le IIIIe de ce moys: j'en sauray
demain par la dicte Dame encores mieulx la certitude, et pareillement
si elle aura poinct retir sa garnyson de Humes et de Fascastel. L'on
dict que le comte de Lenoz est arriv  Lislebourg, et que ceulx du
party du jeune Prince, son petit filz, l'ont associ au gouvernement;
nantmoins que le duc de Chastellerault et les trois comtes
d'Honteley, d'Arguil et d'Athel, lesquelz ont, dez le Xe de may,
soubzsign  l'authorit de la Royne d'Escoce, et qui se portent toutz
quatre conjointement lieutenants d'elle, avec l'aprobation du reste
de la noblesse et du pays, commancent de rduyre toutes choses bien
fort  leur dvotion.

Cependant l'on se trouve icy en grand perplexit et en plusieurs
difficultez, pour la bulle dont vous ay cy devant escript, et en ont
ceulx de ce conseil miz la matire en dlibration; mais ne s'en
pouvans bien accorder, ilz ont faict une grande assemble des plus
savans de ce royaulme pour veoir comme il y fauldroit procder; et
m'a l'on dict qu'il est rsolu que ceulx, qui auront oz, ou qui
auzeront cy aprs, entreprendre d'aficher bulles, proclamations,
placartz ou aultres telles choses si expresses contre la Royne, en
lieux publicz, seront attainctz et convaincuz de lze majest, et les
aultres qui s'en trouveront seulement saisis, n'encourront pas du tout
si grand crime, mais ilz n'vitteront pourtant l'indignation du
prince; et semble bien que,  l'ocasion de la dicte bulle, les
Catholiques sont plus durement traittez, et qu'on a plus grand aguet 
les observer de prs qu'on n'avoit auparavant; mesmes le dict vesque
de Roz a senty que cella est venu ung peu hors de temps pour sa
Mestresse.

L'escuyer du prince d'Orange arriva icy la sepmaine passe, sur les
navyres qui revenoient de conduyre la flotte de Hembourg; qui a aport
lettres de son maistre  ceste Royne, et au comte de Lestre, et au
secrtaire Cecille, et encores d'aultres lettres  la dicte Dame de
son agent qui est en Allemaigne, en datte ces dernires du XXVIe de
may; qui contiennent divers adviz, premirement, que la diette a est
prolonge du XXIIe de may au XXIIe de juing, et que le Pape a fort
conjur l'Empereur de s'y trouver, qui aultrement s'en vouloit fort
excuser, et ce, pour deux considrations, que Sa Sainctet a heues,
dont l'une se publie asss, qui est pour mettre en avant ung dcrect
qu'il ne soit dsormais plus loysible aulx Allemans d'aller travailler
les estatz des aultres princes chrestiens, par prtexte de secourir
leurs subjectz pour la cause de la religion; et l'aultre, laquelle on
tient secrecte, est pour fre passer ung aultre dcrect contre les
comte Pallatin et duc de Vitemberg, et contre quelconques princes, ou
aultres, qui se seroient despartys et sparez des deux religions
receues en l'Empire: savoir, la Catholique et celle de la confession
d'Auguste, affin de les priver non seulement de l'eslection, dignitez,
charges, estatz et aultres leurs prminances, mais y en subroger tout
incontinent d'aultres, et les exclurre eulx, pour jamais, de la paix
publicque d'Allemaigne. Ce qu'ayant le duc Auguste descouvert, et
craignant que la prsente dsauthorisation et ruyne de ces princes ne
ft puys aprs celle de luy mesmes, a vollu interrompre la dicte
diette; mais ne le pouvant fre, les dictes lettres portent que, par
prtexte de conduyre sa fille en son mesnaige, il s'est accompaign du
Lansgrave et de huict ou neuf mil chevaulx, pour s'opposer aulx
dcrectz, et qu'ung chacun juge, puysqu'il s'en vient ainsy 
Heldelberg, qu'il se trouvera sans faulte  la dicte diette et que mal
aysement s'achvera elle sans quelque tumulte, puysque luy et les
aultres princes se vont ainsy acompaignant; qu'il s'estimoit que le
Cazimir, incontinent aprs la dicte diette, ou bien plustost,
s'achemineroit avec ses reytres au secours des Princes et de l'Admyral
de France; que le duc Jehan Guillaume de Saxe avoit donn pour Vostre
Majest le alliguet[9]  ses gens pour les fre marcher par tout le
moys de may; et qu'il avoit dict aulx aultres princes protestantz que
ce qu'il en faisoit n'estoit que pour se maintenir en crdit vers
Vostre Majest, et en la pancion que vous luy donnez; laquelle luy
faisoit bien besoing pour s'entretenir, mais qu'il ne nuyroit en faon
du monde  ceulx de la nouvelle religion; et qu'au reste, l'on se
resjouyssoit bien fort en Allemaigne de ce que le Roy d'Espaigne
s'estoit modr vers les Flamans de leur avoir ottroy ung pardon
gnral par o l'on esproit que les Pays Bas se maintiendroient en
paix; et est l'on icy aprs  dpescher le dict escuyer pour s'en
retourner devers son maistre.

  [9] La solde du mois.

Mr l'Amyral a trouv moyen de fre passer jusques icy en grand
dilligence devers Mr le cardinal de Chatillon ung messagier, qui n'a
point aport de lettres, mais seulement crance de bouche; de laquelle
je n'ay encores entendu le contenu, sinon que on m'a dict que c'est
pour les choses d'Allemaigne, et si n'ay rien sceu du dict homme
jusques  ce qu'il a est renvoy, car n'a est arrest que deux jours
icy, et s'en retourne,  ce qu'on dict, par Paris soubz quelque
passeport emprumpt.

     Ce XVIe jour de juing 1570.


     A LA ROYNE.

Madame, de ce que Mr l'vesque de Roz, deux jours aprs que la Royne
d'Angleterre luy eust ottroy sa libert, a est trouv partant de
nuit avec le comte de Southanton, jeune seigneur catholique; et de ce
qu'on se persuade que la bulle du Pape n'a est expdie sans le
consentement de Voz Majestez Trs Chrestiennes et du Roy d'Espaigne;
et qu'en mesmes temps milord de Morlay, principal seigneur
d'Angleterre, beau filz du comte Derby, estant appell en ceste court
n'y est vollu venir, ains est pass del la mer  Doncquerque;
plusieurs choses en ce royaume monstrent tendre  quelque altration,
mesmes que, pour les dicts accidentz, icelluy comte de Soutanthon a
est mand et aussitt miz en arrest ez mains du capitaine de la
garde; et maistre Cormuaille, ancien conseiller, et plusieurs aultres
Catholiques ont est examinez et aulcuns d'eux miz en la Tour; et le
duc de Norfolc, qui attandoit quelque eslargissement, a est resserr.
Dont je crains aussi que les affres de la Royne d'Escoce, qui
commanoient de s'acheminer, en soient de mesmes bien fort esloignez
et retardez, mais je feray, pour le regard de ce dernier, le mieulx
que je pourray envers la dicte Dame pour la fre passer, oultre en ce
qu'elle m'a commanc d'accorder: et j'espre, Madame, que j'en
descouvriray demain asss son intention, bien que, pour l'absence du
comte de Lestre, ny elle ne vouldra m'en donner sa rsolution, ny moy
cercher de l'avoir, si je sentz qu'il n'y face bon. Sur ce, etc.

     Ce XVIe jour de juing 1570.




CXVe DPESCHE

--du XIXe jour de juing 1570.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Jacques Tauriel._)

  Dtails d'audience.--Changement de conduite de la reine
    d'Angleterre.--Ses plaintes contre le pape.--Sa colre contre
    Marie Stuart et l'vque de Ross.--Insistance de l'ambassadeur
    pour que le trait touchant l'cosse reoive son
    excution.--Dclaration d'lisabeth qu'elle va donner les
    ordres ncessaires  l'effet de faire retirer ses troupes, et
    qu'elle consent  traiter de la restitution de Marie
    Stuart.--Motifs secrets qui font agir la reine
    d'Angleterre.--Nouvelles des protestans de France; leur dsir
    d'en venir prochainement  une bataille dcisive.


     AU ROY.

Sire, il n'est advenu sinon, ainsy que je l'avois penc, que je
trouverois  ceste heure la Royne d'Angleterre aultrement dispose que
lorsque je parlay  elle, le XXe du pass, non toutesfoys ez choses
qui sont particullires de Vostre Majest, car en celles l m'a elle
respondu comme les aultres foys; c'est de desirer toutjour la paix de
vostre royaulme et que son ambassadeur luy puisse bientost mander la
conclusion d'icelle, estant bien marrye qu'on la va ainsy prolongeant;
et qu'elle vouldroit bien savoir si tout ce que les aultres, de leur
cost, disent que Vostre Majest leur a offert est vray; et, quoy que
soit, que, comme Chrestienne, elle desire que vous les accommodiez en
leur religion, et, comme Royne, qu'ilz vous randent entirement ce
qu'ilz doibvent  vostre authorit.

A quoy je luy ay satisfaict, sellon que la lettre de Vostre Majest,
du dernier du pass, m'a baill ample argument de respondre au tout,
avec ung sommaire rcit de l'estat de votre arme, soubz la conduicte
de Mr le mareschal de Coss, et des exploictz que Mr le mareschal de
Danville a faictz du cost du Languedoc; ce qui n'a est sans parler
des aprestz d'Allemaigne et des nopces du Cazimir, par manire
toutesfoys de me demander ce que j'en savois: et je n'ai obmiz de
mencionner aussi les leves du duc Jehan Guillaume de Saxe et de
Bronsouyc, comme elles commanoient de bransler pour Vostre Majest.

Et a la dicte Dame faict venir, par deux foys,  propos de me dire que
l'Empereur luy a naguires escript avec aultant d'abondance,
d'affection et de bienveuillance, comme au contraire le Pape s'est
esforc de luy donner ung bien mauvais salut par une sienne bulle, en
laquelle il l'appelle _flagiciorum serva_; mais que c'est chose de
quoy elle ne se soucye guires, sinon qu'elle pense que tant
d'estranges et insolantz dsordres, qu'on voyt advenir, prsagent
bientost la fin du monde; et, avec un rire extraordinaire, m'a compt
la faon dont mylord de Morlay, estant dsembarqu  Donquerque, a
demand de parler au bourgemestre de la ville, se faisant ung des plus
avancez et des plus illustres seigneurs d'Angleterre.

Et se sont jusques l toutz noz propos passez bien fort gracieusement;
mais, quant c'est venu  toucher du faict de la Royne d'Escoce, il est
bien mal ays, Sire, que je vous puisse dire en combien de faons la
dicte Dame a monstr qu'on l'avoit de nouveau exaspre et aigrie
contre elle et contre l'vesque de Roz; car luy ayant seulement suyvy
la teneur de voz lettres avec les honnestes satisfactions qui y sont,
elle, en commmorant ses bienfaictz vers sa cousine, m'a rcit les
offances vieilles et nouvelles qu'elle a receu d'elle et de ses
ministres, et qu'elles luy estoient si griefves que, si elle les eust
tenues aussi vriffies, il y a ung moys, comme elle faict
meintennant, elle n'eust heu garde d'entrer en nul trett des affres
de la dicte Dame avec moy; et qu'elle entendoit que, nonobstant le
dict trett, Vostre Majest faisoit embarquer quelques gens en
Bretaigne pour envoyer  Dombertrand, ce qu'elle remettoit bien 
vostre discrtion, et vouldroit qu'il ft vray, car ne fauldroit plus
parler d'accord; toutesfoys qu'elle pence que c'est parce que je vous
ay mand l'acheminement de ces harquebuziers, que le comte de Sussex
avoit envoyez au comte de Morthon, en quoy je eusse bien faict de ne
me haster de le vous escripre sans en parler  elle ou  son
secrtaire, qui m'eussent faict entendre que ce n'estoit aulcunement
pour se mesler des droictz du royaulme entre la Royne d'Escoce et son
filz, mais pour s'opposer  ceulx qui favorisoient et recepvoient ses
rebelles, et pour donner ayde  ceulx qui les vouloient chasser; que,
en ce que je lui avois dict que les Escouoys estoient aprs  vous
sommer de leur envoyer secours par vertu de voz alliances, qu'elle
croyoit bien que Ledinthon, qui avoit est le plus traystre de toutz 
sa Mestresse, conseilloit meintennant de ce fre, mais qu'elle pense
que Vostre Majest n'escoutera de si meschantz subjectz que ceulx l,
et ne vouldra pour eulx oublyer une si rescente preuve d'amyti, comme
est celle qu'elle vous a monstre ez prsentes guerres de vostre
royaulme, d'avoir reject toutes les persuasions qu'on luy a faictes,
et toutes les occasions qu'on luy a offertes, d'y pouvoir fort
incommoder voz affres, et porter ung grand proffict aulx siens; que,
de ce que son ambassadeur vous avoit requiz de n'envoyer voz forces en
Escoce avec l'asseurance qu'elle n'y envoyeroit point les siennes,
que je croye fermement que tout ce qu'elle vous aura mand ou qu'elle
vous mandera par luy, elle l'acomplyra, mais qu'il fault considrer la
distance des lieux, et qu'il n'est possible de si tost excuter une
parolle comme elle est dicte; qu'elle remercye Vostre Majest du
commandement que m'avez faict de ne m'espargner d'aller jusques vers
la Royne d'Escoce, s'il est besoing, pour l'exorter qu'elle luy
veuille fre d'honnestes offres, et icelles acomplyr et inviolablement
observer; qu'elle ne fait doubte qu'elle ne promette asss, mais
qu'elle ne tiendra jamais; et que l'vesque de Roz est desj all
devers elle pour luy parler, qui me relvera de ceste peyne, duquel
toutesfoys elle ne peult plus esprer aulcun bon office, et que
hardyment la Royne d'Escoce envoye ung aultre ministre, car celluy l
ne parlera jamais plus  elle.

De toutz lesquelz propoz de la dicte Dame, plains de courroux, voyant
que je ne pouvois recuillyr rien de certain, je luy ai demand s'il
luy playsoit point accomplyr les deux choses, qu'elle m'avoit
naguires promises; de procder dilligentment  la restitution de la
Royne d'Escoce et de retirer ses forces hors de son pays.

La dicte Dame, intermlant plusieurs aultres propos, m'a enfin
respondu que, pour l'honneur de Vostre Majest, elle continuera et
paraschvera le trett avec la dicte Dame aussitost qu'elle luy aura
faict entendre son intention sur ce que l'vesque de Roz luy aura
dict; me touchant, en passant, que d'aultres foys elle luy avoit
escript que, s'il n'estoit trouv bon de la remettre avec
magnifficence et aparat en son pays, qu'elle estoit contante qu'on
l'envoyt privement comme une qui retournoit aulx siens; en quoy
elle a toutjours vollu pourvoir que ce ft avec seuret de sa vie: et
quant  retirer ses forces, que je donne toute asseurance  Vostre
Majest que, suyvant sa promesse, le comte de Sussex les a desj
rvoques  Barvych, hormiz quelque peu de gens, qu'il a miz  la
garde de deux chasteaux; lesquelz elle ne dellibre randre, qu'elle ne
soit satisfaicte des outraiges que luy ont faict ceulx  qui ilz
apartiennent.

A cella je luy ay rpliqu que ce ne seroit retirer ses forces que de
laysser garnyson dans deux chasteaulx, et que je la pouvois asseurer
que Vostre Majest ne s'armeroit jamais pour maintenir les rebelles
d'Angleterre, ainsy qu'elle, de son cost, disoit ne s'armer aussi
contre les droictz de la Royne d'Escoce: nantmoins de tant que ceste
alliance d'Escoce, qui a dur neuf centz ans  vostre couronne, vous
abstreinct d'assister meintennant l'auctorit de la Royne d'Escoce,
vostre belle soeur, contre ses propres rebelles; et y voulant elle, en
mesmes temps, poursuyvre les siens, qu'enfin vous viendriez aulx armes
et  la guerre entre vous contre votre propre vouloir et intention; et
que vous aviez trop plus de rayson de mettre garnyson dans Dombertrand
que elle d'en tenir dans Humes et Fascastel.

Elle allors m'a respondu qu'elle ne savoit,  la vrit, comment le
comte de Sussex en a us, ny quelles gens il a layss dans ces
chasteaulx; mais que tout cella se pourra accommoder par le trett, et
qu'elle desire bien savoir quelle responce Vostre Majest me fera, et
ce que vous aurez respondu  son ambassadeur sur ce qu'elle, a
dernirement trett avec moy.

Et layssant ainsy ces propos, nous sommes passez  d'aultres plus
gracieulx, avec lesquels s'est finye ceste audiance, despuys laquelle
m'estant pleinct au secrtaire Cecille de la dicte garnyson des deux
chasteaulx, il m'a respondu que ce n'estoit chose de consquence; car
n'y avoit que quarante hommes en l'ung, et vingt en l'aultre; et que
le trett mettroit fin  tout cella; me priant de continuer  fre
tousjours bons offices entre Voz Majestez, et qu'il contendra avec moy
de les fre encores meilleurs, s'il peult. Sur ce, etc.

     Ce XIXe jour de juing 1570.


     A LA ROYNE.

Madame, les propos, que Vostre Majest verra, en la lettre du Roy, que
la Royne d'Angleterre m'a tenuz, procdent,  mon adviz, de l'une de
trois occasions et, possible, de toutes trois ensemble: la premire,
des vhmentes inpressions qu'on luy a donnes, et qu'on luy donne
encores, de ne se debvoir jamais tenir bien asseure de la Royne
d'Escoce, dont aulcuns me disent que, quoy aussi que la dicte Dame me
promette, son intention, ny celle des siens, n'est de se despartyr
aucunement des premires dellibrations qu'ilz ont faictes sur ceste
paouvre princesse et sur son pays, sinon qu'ilz y soyent contrainctz
par la force; la seconde, qu'on l'asseure que le capitaine La Roche et
le capitaine Puygaillard sont desj embarquez  Suscivye, avec cinq
centz harquebouziers brethons, pour passer en Escoce: ce que la dicte
Dame m'a dict le savoir bien au vray, mais qu'elle est bien advertye
aussi que, le IXe de ce moys, ils n'estoient encores bougez, et,
possible, a elle vollu ainsy braver lorsqu'elle s'est trouve en plus
grand peur; et la troisiesme est qu'on luy a fort magniffi les
forces, qui sont en l'arme des Princes de Navarre et de Cond,
l'asseurant qu'elles sont suffisantes de travailler assez toutes
celles de Voz Majestez, sans qu'en puyssiez envoyer dehors.

Car, voycy, Madame, ce que j'entendz qu'on a miz par escript et
monstr  la dicte Royne d'Angleterre et puys publi, de main en main,
de la crance qu'a aporte le messagier de Mr l'Amyral. C'est que le
dict sieur Amyral fortiffie Roane, pour estre ung lieu trs oportun et
commode  maintenir la guerre, et y fre son magazin, et pour y
retirer ses mallades; et avoir ce passaige de Loyre  son
commendement, pour y pouvoir sans difficult recuillyr les secours
d'Allemaigne et incommoder grandement toutz les aultres pays
d'alentour; que, oultre qu'il a avec luy les viscomtes, et les troupes
de gens de cheval et de pied qui estoient en Gascoigne, qui ne sont
petites, il a recuilly en Languedoc ung grand nombre de bien bons
soldatz, et que le comte de La Rochefoucault l'est venu trouver avec
huict centz chevaulx et deux mil harquebuziers, toutz gens d'eslite;
que de la Charit est arriv dans son camp une troupe de quatorze
centz bons hommes, toutz  cheval; que Mr de Lizy y est aussi arriv
d'une aultre part, avec douze centz harquebuziers et cinq centz
chevaulx, lesquelz il a recuilliz en revenant d'Allemaigne; et que
tout cella ensemble faict la plus brave arme de Franoys qui de
longtemps ayt est veue en France, oultre les reytres qu'il a, qui ne
sont guyres diminuez; et qu'il ne dsire rien tant que de venir  une
journe, laquelle il cerchera de donner bientost par toutz les moyens
qu'il luy sera possible; et que l'arme du Roy, que Mr le mareschal de
Coss conduict, est compose de huict mil Suisses nouvellement levez,
car des vieulx n'en y a guires plus, et de quatre mil Franoys, d'ung
nombre de reytres, qu'on paye  trois mil, qui ne sont que dix huict
centz, soubz la charge du jeune comte de Mensfelt, duquel il ne se
deffye pas trop, et d'envyron quatre mil chevaulx franoys; et qu'il a
est mand  Mr le mareschal de Damville de se joindre au sieur
mareschal de Coss, affin de donner la bataille, laquelle nantmoins
semble qu'il la vouldra vitter; car s'est log vers Dun le Roy, et se
couvre de la rivire d'Ally. Lesquelles nouvelles, comme elles
mettent en grand suspens les opinions des hommes, aussi suspendent
elles les dellibrations des affres; et croy qu'elles retarderont
ceulx que nous traictons icy meintennant, attendant ce qui pourra
succder; mesmes que j'entendz que, parmy leurs esglizes, il est desj
ordonn de fre prires et jeunes pour ceste prochaine bataille, tant
ilz pensent que les choses en sont prez; et encores que je m'asseure,
Madame, que si cecy est vray, Voz Majestez l'auront bien entendu
d'ailleurs, toutesfoys, pour l'inportance de l'affre, et pour le
dangier qu'aulcuns personnaiges d'honneur et de bien, qui confrons
quelquefoys ensemble, avons peur que puysse avenir, je n'ay vollu
diffrer de le vous mander incontinent par ce courrier exprs, avec
les responses de la dicte Royne d'Angleterre. Et sur ce, etc.

     Ce XIXe jour de juing 1570.




CXVIe DPESCHE

--du XXIe jour de juing 1570.--

(_Envoye jusques  la court par Groignet, l'un de mes secrtaires._)

  Message de la reine d'Angleterre, afin que le roi soit
    sur-le-champ averti qu'elle se considrera comme dgage de sa
    parole si l'expdition franaise, destine  porter des secours
    en cosse, sort des ports de Bretagne.--Dsir de l'ambassadeur
    que l'on ajourne cette expdition.--Nouvelles d'Allemagne, o
    tout se prpare pour donner d'importans secours aux protestans
    de France.--_Lettre secrte  la reine-mre._ Dispositions
    prises par les protestans de France, en Angleterre et en
    Allemagne, dans le but de continuer la guerre avec vigueur.


     AU ROY.

Sire, les responces et adviz, que je vous ay escript despuys trois
jours, m'ont sembl estre assez pressez pour les vous debvoir fre
savoir par ung courrier exprs, comme j'ay faict; et meintennant,
Sire, je suys instantment requiz par la Royne d'Angleterre de vous en
dpescher encores ung, tout prsentement, pour vous notifier ce que,
par ung sien secrtaire, nomm maistre Sommer, elle m'a envoy dire
jusques en mon logis: c'est qu'elle avoit bonne souvenance des choses
naguires accordes entre elle et moy, touchant la Royne d'Escoce, et
qu'elle estoit preste de les acomplyr tant  continuer et paraschever
le trett avecques elle, que  rvoquer ses forces hors de son pays,
comme desj elle les avoit faictes retirer  Barvyc; mais que, ayant
trs certain advertissement comme il s'embarquoyt des compaignies en
Bretaigne pour les envoyer de dell, qu'elle vouloit bien dclairer 
Vostre Majest que, si elles y passoient, elle se tenoit, d'ors et
desj, quicte et descharge de la promesse qu'elle m'avoit faicte, et
qu'elle exploicteroit dans le dict pays par son arme, qui est
encores entire et en estat, tout ce qu'elle verroit estre expdiant
et  propos pour son service; et qu'elle continueroit de retenir la
Royne d'Escoce l o elle est, sans plus entendre  nul trett
avecques elle; et, de tant que cella importoit beaulcoup  vostre
commune amyti,  laquelle elle avoit regrect d'y veoir intervenir
ceste altration, me prioit que je vous en voulusse promptement
advertir par homme exprs, qui peult retourner en dilligence, affin
que je l'en peusse rsouldre.

Et bien, Sire, que j'aye respondu au dict Somer que j'avois
freschement reeu une responce de Vostre Majest, laquelle j'yrois
aporter  la dicte Dame, et j'esprois qu'elle la contenteroit, il n'a
layss pourtant de percister que je debvois dpescher promptement
devers Vostre Majest; qui est l'occasion du voyage de ce mien
secrtaire, par lequel je vous suplieray trs humblement, Sire, que,
en voz propos  l'ambassadeur d'Angleterre et en voz apretz de
Bretaigne, il vous playse monstrer toutjour que vous estes prestz
d'entretenir ce qui a est accord en vostre nom  la dicte Dame, et
de diffrer l'embarquement et passaige de vostre secours en Escoce,
jusques  ce qu'aurez veu ce qui succdera du trett qu'elle a
commanc avec la Royne vostre belle soeur; et qu'elle veuille achever
de retirer la garnyson qui est demeure dans Humes et Fascastel, comme
elle a desj retir le principal de ses aultres forces du pays,
nonobstant que vous rescentiez beaucoup ce dernier exploict de ses
gens, qui ont abattu quatre maysons du duc de Chastellerault et brull
toutz ses villaiges.

Et aprs, Sire, que j'auray parl  la dicte Dame sur la bonne
responce, que m'avez command luy fre par vostre dpesche du Xe du
prsent, je feray entendre ce que j'auray peu comprendre de ses
propos, tant sur ce faict de la Royne d'Escoce que sur ce que la dicte
Dame peult avoir sceu des choses d'Allemaigne: d'o j'entendz qu'elle
a freschement receu lettres, qui lui parlent de l'acheminement de
l'Empereur  Espire pour la diette; et comme la Royne d'Espaigne passe
oultre vers les Pays Bas, laquelle deux mil chevaulx allemans viennent
accompaigner jusques  Nimeguen, o le duc d'Alve la doibt aller
recepvoir, et qu'elle meyne deux de ses petitz frres pour les passer
en Espaigne, (au lieu des deux aisnez) qui s'en retourneront sur les
mesmes vaysseaulx, qui la seront allez conduyre; et que les nopces du
Cazimir ont t accomplyes, o se sont trouvez trze mil chevaulx,
lesquelz on tient pour chose asseure que s'acheminent incontinent en
France, au secours de Messieurs les Princes et Amyral; que les trois
lecteurs laycs se sont liguez ensemble pour s'oposer aulx dcrectz
qui pourroient estre faictz ou contre leur religion, ou contre les
libertez d'Allemaigne; et qu'il semble encores que c'est
principallement pour empescher que l'Empereur ne puysse fre crer son
filz roy des Romains, non sans quelque esbahyssement commant celluy de
Brandebourg s'est joinct  cella, veu qu'il est pensionnaire  six mil
escuz par an du Roy d'Espagne, et qu'il s'est toutjours monstr amy et
serviteur de la mayson d'Austriche; et que aus dictes nopces du dict
Cazimir a appareu quelque dsordre de l'ung des deux ducz Jehan de
Saxe, Frdric ou Guillaume, qui sur quelque dbat a vollu tuer le
comte Pallatin; et que quelque homme Gantoys a est prins et excut
pour avoir confess qu'il estoit venu  la dicte assemble, pour
donner un coup de pistoll au prince d'Orange. De toutes lesquelles
nouvelles, Sire, celle de la descente de ces Allemans en votre
royaulme me semble considrable, parce qu'il y a grand aparance qu'on
l'excutera, si la paix ne se conclud bientost; et j'en ay icy de
grandz indices, et pareillement d'une arme de mer, qui se prpare par
ceulx de la nouvelle religion, de bon nombre de vaysseaulx pour fre
une descente de deux ou trois mil hommes en quelque lieu de Normandie,
Bretaigne ou Guyenne; et ne monstrent qu'ilz esprent encores, en
faon du monde, la dicte paix, bien que, tout  ceste heure, l'on me
vient de dire qu'il a est sem quelque bruict  la bource de ceste
ville qu'elle est desj conclue. Sur ce, etc.

     Ce XXIe jour de juing 1570.


     A LA ROYNE.

     (_Lettre  part du dict jour._)

Madame, ce n'est tant pour satisfre  la Royne d'Angleterre, que je
vous envoy prsentement ce mien secrtaire, comme pour vous aporter
ceste mienne lettre  part, par laquelle je veulx bien asseurer Vostre
Majest que, sur la crance du messagier de Mr l'Admyral, duquel je
vous ay naguires faict mencion, il a est tenu, dez dimanche dernier,
entre les principaulx, qui sont icy, de la nouvelle religion, Franoys
et Flamans, ung conseil bien fort secrect; duquel,  la vrit, je
n'ay pas bien descouvert toutes les dellibrations, mais ceulx cy say
je bien de certain, c'est que, incontinent aprs la tenue du dict
conseil, il a est dpesch de par eulx, coup sur coup, deux
messagiers en Hembourg, pour y aporter les lettres de responce et de
crdict, que de longtemps ilz se sont pourveuz icy pour fre leurs
payemens en Allemaigne; et que c'est pour fre incontinent marcher
leurs nouvelles leves; et qu'ilz sont aprs  ordonner deux d'entre
eulx pour les aller trouver, affin de les conduyre et leur servyr de
mareschaulx de camp, jusques  ce qu'ilz seront arrivez en l'arme des
Princes; et estiment le nombre des dicts Allemans non moindre que de
douze  quinze mil chevaulx; et pour ordonner aussi ung gnral de
mer, d'entre les gentilhommes qui sont icy, pour l'envoyer bientost
fre une descente de deux mil cinq centz hommes, en quelque lieu de
Normandie ou Bretaigne, o ilz ont intelligence; et que desj les
vaysseaulx, les vivres et tout l'apareilh de l'entreprinse est prest 
la Rochelle, o s'yront joindre les vaysseaulx du prince d'Orange, qui
sont en ceste coste, et encores deux toutz nouveaulx qu'ung sien
serviteur a heu, despuys deux jours, permission d'aller armer et
quiper  Amthonne. Et semble qu'il y ayt icy aulcuns gentishommes
franoys qui,  regrect, feront ce voyage, et que, si Vostre Majest
les vouloit gratiffier et les retirer au service du Roy, ilz
habandonneroient trs vollontiers l'aultre party, lequel aultrement
ilz sont contrainctz de suyvre; vous suppliant trs humblement,
Madame, de ottroyer au gentilhomme, pour qui le sieur de Vassal vous
aura parl, la seuret qu'il vous demande, laquelle j'estime que
reviendra au proffict de vostre service. Et faictes semblant, Madame,
s'il vous playt, que vous n'avez heu ces adviz de moy, aultrement il
sera dangier que je ne vous en puysse plus mander, s'ilz cognoissent
que j'aye tant de notice de ces affres; car les dicts de la nouvelle
religion sont bientost advertys de tout ce que le Roy, et Vous, et
Monseigneur, dictes et faictes; et mesmes l'on m'a asseur que, en
France, oultre ceulx de l'aultre party, il y en a aulcuns, lesquelz on
ne m'a poinct nommez, qui ne sont point dclairez de leur cost, qui
toutesfoys sont respondans de la paye de ces reytres, qui doibvent
venir.

Par ainsy, Madame, considrant l'estat des choses, et le peu de
confiance que Voz Majestez doibvent mettre en rien qui soit que en
Dieu seul, et en vous mesmes; et que la descente du Cazimir vous doibt
estre trs suspecte, pour l'alliance du duc Auguste, qui ne l'a prins
pour son gendre pour sa prsente grandeur, ains possible pour celle o
il aspire par les troubles des aultres estatz; et que la Royne
d'Angleterre ne fauldra d'incliner  leur entreprinse; je ne puys que
prier Dieu bien fort dvottement qu'il vous doinct, Madame,  bientost
conclurre la paix, et la conclurre telle que la descente des Allemans
en soit bien certainement divertye, et Voz Majestez exemptes de toute
surprinse, dception et dangier. Et sur ce, etc.

     Ce XXIe jour de juing 1570.

   Je vous puys asseurer, Madame, que ceulx de la nouvelle religion,
   qui sont icy, ne s'attendent aucunement  la paix, ains 
   continuer la guerre; et semble que l'ambiguit et la longueur,
   dont l'on procde  vous rendre response sur les articles de la
   dicte paix, n'est que pour gaigner le temps et attandre leur
   secours.




CXVIIe DPESCHE

--du XXVe jour de juing 1570.--

(_Envoye exprs par Jehan Monyer, postillon, jusques  Calais._)

  Retard apport  la dsignation d'une audience demande par
    l'ambassadeur.--Interrogatoire subi par l'vque de Ross devant
    le conseil d'Angleterre.--Conditions arrtes dans ce conseil
    au sujet du trait qui peut tre conclu avec la reine
    d'cosse.--Nouvelles d'Allemagne.--Avis donn au roi d'une
    entreprise qui se prpare pour oprer une descente en France.


     AU ROY.

Sire, affin de mettre la Royne d'Angleterre hors de la peyne, o elle
est, de l'aprest qu'on luy a dict que Vostre Majest faict en
Bretaigne pour envoyer des gens en Escoce, je luy ay, dez mardy
dernier, envoy demander audience, pour luy fre veoir vostre bonne
responce l dessus en la faon que par voz lettres, du Xe de ce moys,
il vous playt me le commander; et le secrtaire Cecille, ayant confr
avecques elle, m'a respondu qu'elle ne me la pouvoit si tost ottroyer,
 cause qu'elle se trouvoit mal, comme  la vrit elle faict, de sa
jambe, mais que je luy pourrois escripre cella mesmes que j'auroys 
luy dire. Dont de tant, Sire, qu'on m'a adverty qu'il y a de
l'artiffice en cella, pour fre tremper l'vesque de Roz, et pour fre
en sorte que la dicte Dame renvoye cependant ses forces en Escoce, et
qu'elle face jetter de ses grandz navyres en mer, pour la persuasion
qu'on luy donne que, nonobstant voz bons propoz, qu'avez tenuz  son
ambassadeur, vous ne lairrez d'envoyer gens par dell; j'ay escript ce
matin  la dicte Dame que, de tant qu'une lettre ne pourroit suffire
pour tout ce que j'avois  luy dire, ny me raporter sa responce, et
que les propos, que j'avois  luy tenir de vostre part, n'estoient
toutz que pour son contantement, que je me garderoys de les employer
ny par escript, ny par prsence, en actes si contraires, comme seroit
d'en travailler sa sant, et que partant j'attendrois fort paciemment
et de bon cueur la commodit de sa convalescence; laquelle je prioys
Dieu de luy donner bientost et bien parfaicte.

Je ne suis trop marry, Sire, de ce retardement parce que le comte de
Lestre et ceulx, qui portent faveur  ceste cause, seront cependant de
retour; en l'absence desquelz ayantz les aultres ouy l'vesque de Roz
sur le faict, dont on le chargeoit, d'avoir trett en secret avec le
comte de Surampthon, et ayantz vollu aussi tirer de luy ce qu'il
aportoit de l'intention de sa Mestresse, sans l'admettre  la prsence
de la Royne d'Angleterre, aprs qu'il s'est bien descharg de l'ung,
et qu'il leur a heu remonstr qu'il ne pouvoit fre l'aultre pour
aulcunes choses secrectes qu'il ne pouvoit commettre qu' elle mesmes,
ilz se sont desbordez jusques l de luy dire qu'ilz ne se soucyoient
pas tant de l'advancement de ceste matire qu'ilz le vollussent
presser de la leur proposer; mais, de tant que la Royne d'Escoce et
luy, qui est son ministre, et toutz les princes qui parlent pour elle,
estoient papistes, et par ainsy ennemys de leur Mestresse et de son
estat, qu'ilz tenoient pour trs suspect tout ce qui se trettoit de sa
restitution;  l'ocasion de quoy il falloit, avant toutes choses,
qu'elle et luy fissent profession de la religion rforme, et bien
qu'ilz y ayent mesl quelque soubzrire, ce n'a est toutesfoys sans
parolles vhmentes pour essayer s'ilz pourroient gaigner ce point.

En quoy le dict sieur vesque a us de saiges responces, qui seroient
longues  mettre icy; mais cependant j'ay descouvert, Sire, comme ne
pouvant ceulx cy vaincre le dsir, que leur Mestresse a de sortyr de
cest affre, qu'ilz se sont dellibrez de se tenir fermes et rsoluz
aux condicions qui s'ensuyvent: Que la religion protestante soit
establye et confirme en Escoce; que la Royne d'Escoce se doibve
obliger, par srement solemnel, et fre obliger les siens, qu'elle
n'entendra jamais  nul party de mariage, sans l'exprs consantement
de la Royne d'Angleterre; qu'elle chassera les rebelles anglois, qui
se sont retirez en son pays, sans jamais plus en recepvoir, et que
dsormais ilz seront randuz mutuellement par l'ung prince  l'aultre
sans contradict; qu'elle cdera  la Royne d'Angleterre, et aulx
descendans qui procderont d'elle, tout le droict et tiltre qu'elle
prtend  ceste couronne; qu'elle dclairera, d'ors et desj, pour son
successeur  celle d'Escoce et  ses droictz prtanduz de ceste cy son
filz le Prince d'Escoce; que le dict Prince sera men pour tre nourry
en Angleterre soubz quelque promesse, que la dicte Royne d'Angleterre
fera, de le dclairer pareillement son successeur immdiat aprs elle,
au cas qu'elle n'eust point d'enfans; que ligue sera faicte, offencive
et deffencive, entre les deux roynes et leurs royaulmes  jamais, 
laquelle sera donn lieu  Vostre Majest d'y pouvoir entrer si bon
vous semble, mais soubz des condicions que je n'ay encores peu bien
savoir quelles elles sont; qu'il ne sera loysible d'introduyre nul
estrangier en armes, d'o qu'ilz soient, dans le pays, ny par quelque
couleur ou prtexte que ce puisse estre; et, finalement, que Vostre
Majest baillera ostaiges,  estre icy quelque temps, pour la seuret
des choses susdictes.

Je n'ay encores, Sire, donn cest adviz  l'vesque de Roz, lequel
aussi n'a pas heu loysir de me confrer les offres qu'il aporte de sa
Mestresse; mais Vostre Majest, s'il luy playt, me commandera de bonne
heure sa bonne vollont l dessus, affin que je me trouve bien prpar
d'icelle, quant il en sera temps; car j'espre que nos amys vaincront
l'opiniastret de noz ennemys de ne demeurer trop fermes sur si dures
condicions comme seroient toutes celles icy ensemble.

Au surplus, Sire, il se continue fort que ceste nue d'Allemans des
nopces du Cazimir yra estre ung orage en vostre royaulme au secours
des Princes et de l'Amyral, ayant le comte Pallatin escript par de
que en la dicte assemble ne seroit rien obmiz de ce qui apartiendroit
au secours de leur religion en France; duquel secours, pour
l'incertitude de l'intention du duc Auguste, les dterminations
n'avoient peu prendre aulcune bonne rsolution jusques  ceste heure;
qu'il avoit dclair que le sien seroit le premier prest, et qu'il
l'envoyeroit  ses despens. Et estime l'on que la dicte assemble des
nopces a est principallement projette pour estre une contrediette de
celle que l'Empereur a assigne  Espire, affin de rsouldre, de eulx
mesmes et sans le dict Empereur, les affres d'Allemaigne  la
dvotion des trois ellecteurs laycs, qui semblent avoir tir celluy de
Colloigne eclsiastique  leur party; et pour ordonner aussi de
l'establissement de leur religion en France et en Flandres, mais
surtout pour empescher que l'ellection du roy des Romains ne se puisse
fre en la personne du filz, ny du frre de l'Empereur, non sans
quelque opinion qu'ilz veuillent, entre eulx et de leur propre
authorit, nommer le dict Auguste roy des Romains. Et de tant, Sire,
que, de jour en jour, me viennent plusieurs indices que ceulx de la
nouvelle religion ont une descente en main en quelcun de voz portz ou
places de mer de dell, o ilz prtendent mettre deux mil cinq centz
hommes en terre, et qu' cest effect ilz aprestent ung grand armement
 la Rochelle; et que je say que les vaysseaulx du prince d'Orange,
qui sont en ceste mer estroicte, s'y prparent; aussi que j'entendz
qu'ilz sont sur la dellibration s'ilz convyeront les Anglois d'estre
de la partie, lesquelz tiennent quatorze grandz navyres et plusieurs
aultres vaysseaulx en estat, et grand nombre d'hommes enrolls pour
quelque effect; je vous suplye trs humblement, Sire, qu'il vous
playse advertyr incontinent les gouverneurs de Normandie, Picardie,
Bretaigne et Guyenne, car je ne say proprement o s'adresse leur
entreprinse, qu'ilz ayent  y prendre garde et se prparer si bien
qu'ilz ne puissent estre surprins. Sur ce, etc.

     Ce XXVe jour de juing 1570.




CXVIIIe DPESCHE

--du XXIXe jour de juing 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Dipe par Brogle, messagier._)

  Audience.--Discussion des affaires d'cosse.--Promesse de la
    reine d'arrter toute hostilit, et d'entendre les propositions
    de l'vque de Ross.--Dsir manifest par lisabeth de voir la
    paix rtablie en France.--Communication faite par la reine 
    l'ambassadeur des nouvelles qu'elle a reues d'Allemagne.


     AU ROY.

Sire, s'estant la Royne d'Angleterre asss tost repentye de ne
m'avoir, le XXIIIe du prsent, ottroy audience, elle m'a mand, le
deuxime jour aprs, que je la vinse trouver quant il me plairroit; et
se sont, la lettre qu'elle me faisoit escripre l dessus par le
secrtaire Cecille et la mienne, que pour cest aultre effect je luy
escripvois, laquelle elle a heu bien agrable, rencontres en chemin,
dont je suys all trouver la dicte Dame le XXVIe de ce moys  Otlant;
o m'ayant faict appeller en sa chambre prive, en laquelle elle
estoit en habit de mallade, ayant sa jambe eu repoz, aprs m'avoir
compt de son mal, et faictes ses excuses de ne m'avoir peu si tost
ouyr comme je l'avois desir, je luy ay ramentu les choses cy devant
accordes entre nous, et comme je n'avoys failly, suyvant son dsir,
de dpescher ung homme exprs pour aporter  Vostre Majest la
dclaration que sur icelle elle m'avoit envoy notiffier par son
secrtaire Sommer; laquelle dclaration je luy voulois bien dire que
je ne l'avoys peu trouver guires mauvayse, encore qu'il y eust
quelque peu de menace, parce qu'il y avoit aussi de la franchise et
une vraye dmonstration qu'elle faisoit de vouloir vitter toute
altration entre Voz Majestez, dont j'esprois que ce qu'elle
entendroit meintennant de vostre intention en cella la contanteroit.

Et ainsy, Sire, je luy ay rcitt mot  mot le contenu de vostre
lettre du Xe de ce moys, non sans qu'elle ayt donn une claire
cognoissance, sans en rien dissimuler, qu'elle recepvoit ung singulier
playsir de ce que je luy disoys; m'ayant tout aussitost pri bien fort
expressment de luy en vouloir bailler aultant par escript, affin de
le monstrer  quelques ungs de ses conseillers, qui luy disoient
qu'elle ne debvoit laysser de procder et pourvoir aulx affres
d'Escoce, tout ainsy que si Vostre Majest ne luy avoit rien faict
promettre par moy, ny luy mesmes rien dict  son ambassadeur: car
croyoient que vous n'aviez aulcune vollont d'en rien observer, ainsy
que voz aprestz de Bretaigne, qui ne cessoient pour cella, leur en
donnoient asss bon tesmoignage; ce nantmoins qu'elle s'en vouloit
reposer en vostre parolle, comme d'ung magnanime Roy et Prince
vertueux et saige, qui regardiez  conserver l'amyti des princes voz
voysins, entre lesquelz ce seroit elle qui vous randroit la sienne
plus parfaicte et accomplye; et qui, oultre le remercyement trs grand
qu'elle vous fesoit de l'esgard qu'avez heu maintennant  icelle, vous
cognoistriez qu'elle ne l'auroit moins ferme en l'observance de ses
promesses qu'elle s'asseuroit de la persvrance de la vostre, en
celles que vous luy faysiez.

J'ay suyvy, Sire,  luy dire qu'elle trouveroit toutjour toute seurt
et vrit en voz parolles et en celles de la Royne vostre mre, et que
toutz les jours il luy viendroit nouvelles preuves, que Voz Majestez
n'avoient aultre intention que de vivre en grande unyon de paix, et de
toute bonne intelligence avecques elle; bien que je luy vollois
confesser tout librement que, le lendemain de l'aultre audience
qu'elle m'avoit donne  Amthoncourt, je n'avoys failly de vous fre
une dpesche, non pour aigryr ainsy les matires, comme il m'avoit
sembl que je l'avois trouve elle aigrye et change en peu de jours,
(ce que je n'atribuoys aulcunement  elle, ains  d'aultres, qui
avoient fort  regrect la bonne unyon de Voz Majestez), mais que je ne
vous avois pas vollu celler ce qu'elle m'avoit rsoluement dict de
vouloir en toutes sortes retenir les deulx chasteaulx de Humes et
Fascastel, jusques  ce que ceulx  qui ilz apartiennent eussent
satisfaict  l'obligation des frontires; et que meintennant j'avois
 la requrir trs instantment de deux choses: l'une, que, de tant que
Vostre Majest avoit tant vollu deffrer  nostre accord qu'ayant ung
armement tout prest pour le secours d'Escoce, et les Escouoys sur le
lieu qui vous requroient de l'envoyer, et qui vous remonstroient le
gast, le bruslement et la dmolition de leurs maysons nobles du pays,
et la dtention de leur Royne en Angleterre; et que, nonobstant tout
cella, vous aviez diffr et quasi interrompu le dict secours pour luy
complayre, qu'elle, de sa part, vollt entirement retirer ses forces
hors du dict pays, comme elle me l'avoit promis, et nommement celles
qu'elle avoit encores dans les deux chasteaulx; la segonde chose
estoit qu'ayant Mr l'vesque de Roz aport toute l'intention et ung
ample pouvoir de tretter et conclurre toutes choses avec elle pour sa
Mestresse, qu'elle y vollt meintennant procder, ainsy dilligemment
qu'elle vous avoit promiz de le fre, sans plus remettre la matire en
longueur.

Sur lesquelles deux choses, Sire, nous avons heu beaucoup de
contention, et n'ay, pour le regard de la premire, peu obtenir rien
de mieulx que ce que la dicte Dame vous prie, Sire, de vouloir laysser
les loix de leurs frontires aller leur cours accoustum, suyvant
lequel, le diffrant des dicts deux chasteaulx et des aultres
attemptatz doibvent estre vuydez par les gardiens d'icelles, qui ne
fauldront de randre lors les dicts deux chasteaulx, sans que cependant
ceulx qui sont dedans facent nul acte d'hostillit, qui estoit une
rayson que, quand elle seroit vostre vassalle, vous ne la luy pouviez
bonnement reffuzer; et, quant au segond, encor qu'elle eust propos de
ne veoyr jamais l'vesque de Roz pour des occasions, lesquelles il
n'avoit peu ny nyer ny excuser, que nantmoins elle me promettoit de
l'ouyr dans deux ou trois jours; et qu'aussitost que le sir de
Leviston, lequel nous avions dpesch en Escoce, seroit de retour avec
les aultres commissaires escouoys, elle vacqueroit sans aulcune
intermission aulx affres de la dicte Dame.

Aprs lequel propos estimant, Sire, que je ne le debvois pour ceste
fois poursuyvre plus avant, la dicte Dame m'a dict d'elle mesmes
qu'elle desiroit fort que, la premire foys que je retournerois vers
elle, je lui peusse aporter la conclusion de la paix de vostre
royaulme, estant bien marrye qu'elle alloit ainsy traynant.

Je luy ay respondu que je n'avoys nul plus grand desir que de la
pouvoir satisfaire en cella, et que ceste sienne bonne intention
obligeoit Vostre Majest et tout vostre royaulme beaucoup  elle, ne
faysant doubte, quant elle y pourroit ayder de quelque chose, qu'elle
ne le fyst.

Il n'y a, respondit elle, nulle oeuvre en ce monde o je m'employasse
plus vollontiers, ny o je courusse de meilleur cueur, encores que je
soys boyteuse, que je ferois  celle l, et que de ce j'en asseurasse
Vostre Majest.

J'ay l dessus pass oultre  luy dire que je craignois bien que ceste
longueur peult admener quelque chose entre deux, et attirer encores
possible en vostre royaulme une partie de ces Allemans, qui s'estoient
trouvez aux nopces du duc Cazimir; et qu'elle savoit bien ce qui en
estoit, qui seroit ung bon tour de bonne soeur si elle vous en vouloit
advertyr, comme je luy vouloys bien dire que la condicion de la cause
et celle de sa qualit, qui estoit Royne, l'obligeoient de le fre, et
mesmes d'empescher qu'il ne se prpart rien pour soubstenir
l'opiniastrett et obstination de voz subjectz contre vous, qui
n'estoit exemple que pernicieulx pour elle mesmes.

Elle m'a respondu qu'elle ne savoit pas entirement tout ce qui en
estoit, mais que l'Empereur luy avoit bien escript que, par prtexte
du secours de la nouvelle religion en France, il s'estoit faicte une
plus grande assemble  ces nopces du Cazimir, que ne requroit
l'ordre des maryez, et qu'il monstroit par sa lettre qu'il la tenoit
fort suspecte pour luy mesmes; adjouxtoit d'aultres gracieulx propos
de ce qu'il avoit veu maryer son frre l'archiduc, encor qu'il l'eust
d'aultres foys tout ddy  elle, mais qu'il la prioyt que les dictes
nopces ne luy fussent d'aulcune jalouzie, car elles n'empescheroient
qu'il ne ft encores tout sien; et que par le propos de la dicte
lettre et par plusieurs aultres indices elle croyoit asseurement
qu'il y auroit ung nouveau secours d'Allemans pour ceulx de la
Rochelle, si la paix ne succdoit. Et par ce, Sire, qu'il seroit trop
long de mettre icy toutz les aultres propoz qu'avons heu en ceste
audience, je les remettray  une aultre foys; et adjouxteray seulement
ung mot de la rception de vostre dpesche du XIXe de ce moys, par le
Sr de Vassal, et du voyage que faictes fre par de au Sr de Poigny,
lequel nous mettrons peyne de l'aprofitter le mieulx qu'il nous sera
possible. Sur ce, etc.

     Ce XXIXe jour de juing 1570.




CXIXe DPESCHE

--du Ve jour de juillet 1570.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Sabran._)

Rsolutions d'lisabeth de maintenir l'accord fait au sujet de
l'cosse, et d'entrer en ngociation sur la restitution de Marie
Stuart.--Espoir de la prochaine libert du duc de Norfolk.--tat de la
ngociation des Pays-Bas.--_Mmoire gnral_, sur les affaires
d'Angleterre.--Bienveillance montre par lisabeth aux seigneurs
catholiques.--Condition mise  la libert du duc de Norfolk.--_Mmoire
secret._ Communication faite par l'ambassadeur  la reine d'Angleterre
de la rponse du roi sur les articles proposs pour la restitution de
Marie Stuart.


     AU ROY.

Sire, pour avoir Vostre Majest et la Royne, vostre mre, ainsy
vertueusement parl, comme vous avez,  l'ambassadeur de la Royne
d'Angleterre; et pour m'avoir command de dclairer icy  elle vostre
rsolue intention de ne vouloir habandonner aulcunement la Royne
d'Escoce, ny les affres de son royaulme; il est advenu que la dicte
Dame a cess d'en poursuyvre plus avant l'entreprinse par la force, et
qu'elle s'est condescendue d'en venir au trett, duquel je vous ay
desj envoy le commancement. Il est vray, Sire, que, despuys dix
jours, l'on luy a si bien faict acroyre que, nonobstant vostre
promesse, vous ne larriez d'envoyer des gens en Escoce, que la dicte
Dame, changeant de dellibration, avoit desj mand au comte de Sussex
de rentrer de rechef avec son arme en pays, et d'y saysir toutes les
places qu'il pourroit; et  l'amyral Clynton de getter promptement six
grandz navyres en mer, non pour aller attaquer la flotte des Franois
au combat de main, laquelle ilz entendoient estre pourveue de deux
mil bons harquebouziers, mais pour la mettre  fondz  coups de canon,
s'il estoit possible; et mand davantaige que le sir de Leviston,
lequel nous avions dpesch vers le duc de Chastellerault et vers les
aultres seigneurs escouoys, pour leur apporter nostre accord, ft
arrest aulx frontires; et qu'au reste elle ne tretteroit ny
admettroit jamais plus l'vesque de Roz en sa prsence; s'esforceans
encores ceulx, qui menoient ceste mauvaise pratique, de me fre
retarder mon audience, affin que je ne peusse asss  temps y
remdier; dont a est asss mal ays, Sire, de retirer la dicte Dame
de ceste opinion. Nantmoins, j'ay miz peyne de luy dire et encores de
luy bailler par escript, si  propos, la responce de Vostre Majest du
Xe du pass, et de l'asseurer tant de la seurt et vrit qu'elle
trouveroit toutjour en voz promesses, que, oultre les choses que je
vous ay desj mand qu'elle m'avoit en prsence lors accordes, voicy,
Sire, ce que de ceste vostre bonne responce s'en est despuys ensuyvy:

Que la dicte Dame a escript au comte de Sussex de casser son arme et
se retirer luy  Yorc, laissant quelques compaignies aulx gardiens des
frontires, et une petite garnyson dans Humes et Fascastel; qu'elle a
ordonn  son admyral de ne getter nulz navires dehors, ains de fre
cesser pour ceste heure tout l'armement et apareil d'iceulx; qu'elle a
mand au comte de Lenoz, qui estoit  Lislebourg, avec trois centz
Escouoys entretenuz aux despens de la dicte Dame, de se retirer 
Barvyc; qu'on n'eust  donner aulcun empeschement au sir de Leviston
en la frontire, ains de luy laysser librement poursuyvre son voyage;
et finalement, suyvant sa promesse, qu'elle a si paciemment ouy
l'vesque de Roz, et si favorablement receu des ouvrages, qu'il luy a
prsentez de la part de sa Mestresse, lesquelz elle mesmes avoit
faictz de sa main, qu'il m'a dict n'avoir jamais heu une plus bnigne
audience de la dicte Dame ny plus pleyne de satisfaction, qu'il a
faict ceste foys, avec promesse que, aussitost que le sir de Leviston
et aultres commissaires escouoys seront arrivez, qu'elle procdera en
toute dilligence aulx affres de la Royne d'Escosse. Et si, semble,
Sire, que le duc de Norfolc ayt aussi asss advanc le faict de sa
libert, et qu'il est en termes d'estre bientost remiz en son logis de
ceste ville, soubz quelque soubzmission qu'il pourra fre  la dicte
Dame.

Au surplus, Sire, de tant qu'il se trouve meintennant beaucoup de
diminution et de deschet en la merchandise d'Espaigne, qui a est
arrest par de, et que ceulx cy ne la veulent fre bonne, ny veulent
pareillement estre tenuz de celle des trze ourques, que ceulx de la
Rochelle en ont emmen pour leur part, il semble que leur accord avec
le duc d'Alve n'est prs d'estre faict; mesmes que une ordonnance, de
nouveau publie en Flandres contre les Anglois, monstre que le duc en
est asss esloign, bien que par aultres moyens il en faict de plus en
plus attaicher la pratique, affin de la faire tumber  son poinct,
ainsy qu'on attand l dessus des commissaires de Flandres qui doibvent
bientost arriver; et ceulx cy desirent tant d'en sortyr qu'il semble
qu' la fin ils se layrront plyer  ce que le dict duc vouldra, comme
desj la dicte Dame lui a offert cinquante mil escuz du sien; mais la
demande passe ung million. Les sollicitations et dilligences de ceulx
de la nouvelle religion ne s'intermettent d'une seulle heure, ce qui
faict acroyre au monde qu'ilz savent trs bien que le propos de la
paix sera acroch  quelque difficult, et que la guerre sera encores
continue. Sur ce, etc.

     Ce Ve jour de juillet 1570.

   INSTRUCTION AU DICT SR DE SABRAN des choses qu'il fault fre
   entendre  Leurs Majests, oultre les lettres:

   Que la Royne d'Angleterre est bien fort sollicite d'interrompre
   la paix de France par aulcuns, qui luy font acroyre, qu'aussitost
   que le Roy l'aura conclue, il se ressouviendra des mauvais
   dportemens, dont les Anglois, durant ceste guerre, ont us, par
   mer et par terre,  la Rochelle, icy, et en Allemaigne, contre
   luy; ce qui n'est toutesfoys leur principalle craincte, ains
   qu'avec la dicte paix s'en ensuyve l'accomodement des affres de
   la Royne d'Escoce, laquelle ilz cerchent de ruyner, pour prfrer
    son tiltre, de la succession de ceste couronne, ses aultres
   comptiteurs qui y prtendent.

   Mais comme la dicte Royne parle toutjour en fort bonne faon de
   la dicte paix, aulcuns m'ont asseur que,  bon escient, elle la
   desire, et qu'elle vouldroit en toutes sortes que la querelle des
   subjectz ft bien esteincte au proffict et advantaige du Roy, ny
   les affres d'Escoce ne la peuvent mouvoir au contraire, parce
   qu'elle veult, commant que soit, sortir d'iceulx; et seulement
   elle crainct que le Roy et le Roy d'Espaigne s'accordent  sa
   ruyne, car aultrement elle estime bien que, se concluant la paix
   en France, le Roy recepvra en grce ceulx de ses subjectz, qui
   ont senty quelque faveur et support d'elle, et que ceulx l
   seront toutjour moyen que la dicte paix soit aussi entretenue
   entre la France et l'Angleterre.

   Et la cause de luy fre ainsy souspeonner, que l'intelligence
   des deux Roys soit  son dommaige, procde de la bulle; car ne
   peult croyre que, sans leur consentement, le Pape l'ayt oz
   expdier ainsy rigoureuse contre elle comme elle est; joinct que
   le duc d'Alve se tient  ceste heure trop plus ferme sur l'accord
   des prinses qu'il ne faisoit, et a monstr une trs grande
   anymosit contre les Anglois par une ordonnance, qu'il a faicte
   tout de nouveau publier contre eulx; et si, voyent les dicts
   Anglois qu'il se pourvoyt de beaulcoup plus de forces par mer et
   par terre, qu'il ne leur semble estre besoing pour la rception
   ou conduicte de la Royne d'Espaigne; ce qui leur donne occasion
   de croyre qu'il ayt quelque entreprinse sur ce royaulme;
   entendans mesmement que le Roy d'Espaigne est fort  bout de ses
   Mores, et que toutz les Catholiques, qui s'absentent d'icy, vont
    recours  luy.

   A l'occasion de quoy j'ay prins, entre deux, l'oportunit de fre
   recepvoir, le mieulx que j'ay peu,  la dicte Dame les honnestes
   expdians et moyens, que le Roy luy a offertz, sur ce qu'ilz
   peuvent avoir  dmesler l'ung avecques l'aultre; dont semble que
   enfin elle se lairra conduyre  quelque rayson, et m'a l'on
   asseur que, en l'endroit des Franoys, Allemans et Flamans, de
   la nouvelle religion, qui sont icy, elle a faict, despuys cinq ou
   six jours, des dmonstrations asss expresses qu'elle desiroit la
   paix de France; et pareillement a monstr, touchant les choses
   d'Escoce, qu'elle vouloit contanter le Roy; et a command  ceulx
   de son conseil de me donner satisfaction sur les choses
   raysonnables que je leur pourray demander pour les subjectz de Sa
   Majest.

   Non que, pour tout cella, je cognoisse que ceulx du dict conseil,
   qui portent le faict de la religion nouvelle, aillent en rien
   plus froidz ny plus remiz que de coustume, ny que les principaulx
   agentz, qui sont icy pour ceste cause, intermettent une seule
   sollicitation ny dilligence vers eulx, ny  tenir souvant conseil
   avecques les ministres, pour envoyer lettres et messaigiers de
   toutz costez et pour recouvrer pollices de crdit pour
   Allemaigne, ensemble pour pourvoir, par mer et par terre,  tout
   ce qu'ilz pensent estre besoing pour continuer la guerre, me
   venans confirmez de plus en plus les adviz, que j'ay desj
   mandez, qu'il s'apreste ung nouveau secours d'Allemans pour eulx,
   et qu'ilz prparent une descente par mer en quelque lieu de
   Normandie, Picardie ou Bretaigne; dont je crains bien que ung des
   serviteurs de Mr de Norrys, nomm Harcourt, qui est Franoys,
   lequel a est naguires dpesch d'icy vers son maistre, ayt heu
   commission de passer pour cest effect plus avant jusques en
   Allemaigne, ou jusques au camp des Princes.

   Nantmoins la dmonstration de la dicte Dame est, pour ceste
   heure, de vouloir trop plus entretenir l'esprance des
   Catholiques en son royaume que d'essayer de la leur rompre, ny de
   les mettre en aulcune souspeon des Protestans, ayant par son
   garde des sceaux, en l'audience du dernier jour du terme pass,
   faict dire  l'assemble qu'elle avoit ung trs grand regret de
   veoir que ses subjectz catholiques se monstrassent intimidez pour
   leur religion, ny qu'il y en eust qui, pour cause d'icelle,
   s'absentassent, comme ilz faisoient, de son royaulme; et qu'elle
   les vouloit toutz admonester de bon cueur de dposer ceste peur,
   et de prendre telle asseurance d'elle, qu'elle n'innoveroit ny
   permettroit estre innov rien des ordonnances sur ce establyes
   par ses Parlementz et Estatz, soubz lesquelles son royaulme avoit
   desj vescu plusieurs ans en grand repos, et qu'elle n'entendoit
   en faon du monde que les Catholiques fussent forcez en leurs
   consciences.

   Dont despuys, la dicte Dame, entendant qu'on avoit rigoureusement
   examin et tenu asss estroict le sir Jehan Cornouaille, jadis
   conseiller de la Royne Marie, et trois aultres personnaiges
   d'asss bonne qualit, qu'on avoit envoy  la Tour pour estre
   cognuz affectionnez catholiques, elle s'en est asprement prinse 
   ceulx qui l'avoient os fre; et, pour leur fre plus de honte,
   elle a ottroy que le dict Cornouaille puysse venir luy baiser la
   main, pour le renvoyer libre en sa mayson, et a command que les
   aultres soyent tirez de la Tour.

   Et, encor qu'on luy ayt vollu imprimer beaucoup de nouvelles
   souspeons du comte d'Arondel, de milord Lomeley, du viscomte de
   Montgu et d'aulcuns aultres seigneurs rputez catholiques, qui,
   pour ceste cause, s'estoient tenuz retirez, elle n'a layss de
   les envoyer qurir avecques faveur; et n'a rejett les propos que
   eulx mesmes et d'aultres luy ont meu sur la libert du duc de
   Norfolc, nonobstant que, ez quartiers de son duch, ayent est
   naguires surprins deux gentishommes, asss familiers et
   serviteurs de sa mayson, qui pratiquoient de soublever le peuple
   et se saysir du chasteau de Farlin, qui est la principalle
   forteresse du pays.

   Et semble que le dict duc seroit desj dlivr, sans la
   comptance o en sont le comte de Lestre et le secrtaire
   Cecille, lesquelz veulent chacun en avoir tout le gr, et estime
   l'on que le comte soit marry de ce que n'ayant peu conduyre ce
   faict avant son partement, il ayt trouv,  son retour, que le
   dict Cecille l'avoit bien fort advanc, lequel,  ce que
   j'entendz, a tenu un tel moyen vers sa Mestresse: c'est de luy
   avoir persuad qu'elle debvoit concder l'eslargissement du dict
   duc, s'il luy dclaroit par une lettre, escripte et signe de sa
   main, qu'il confessoit l'avoir offance en ce que, sans son sceu,
   il avoit prest l'oreille au mariage de la Royne d'Escoce, bien
   qu'il eust toutjours estim que c'estoit pour la seurt d'elle et
   pour le repoz de son royaulme, mais puysqu'elle n'estimoit qu'il
   ft ainsy, et qu'il s'apercevoit  ceste heure qu'il estoit asss
   aultrement, il s'en despartoit entirement et pour jamais, et
   promettoit de n'entendre  cestuy, ny  nul aultre mariage, en sa
   vie, que ce ne ft avec le cong et bonne grce de la dicte Dame:
   lequel expdiant je croy qui sera suyvy.

   Estant ce dessus escript, j'ay heu adviz comme un pacquet du
   docteur Mont, agent pour ceste Royne en Allemaigne, estoit
   arriv, dez hyer au soyr, par lequel il mande que le Pape faict
   bien fort presser l'Empereur de commancer la diette et de
   procder  la privation et dsauthorisation des trois ellecteurs
   laycs, pour substituer trois princes catholiques  leur lieu;
   savoir: l'archiduc Ferdinand, le duc de Bavire et le duc de
   Bronsouyc; mais que, se trouvans les aultres accompaigns de dix
   ou douze mil chevaulx, et le dict Empereur seulement de douze ou
   quinze centz, il faict grand difficult de se trouver  la dicte
   diette.

   Et que, par lettres du comte Pallatin venues en mesmes pacquet,
   le dict sieur comte escript que le Pape s'esforce de troubler
   l'Allemaigne, ainsy qu'il a troubl le royaulme de France; et que
   Dieu lui est tesmoing que, de sa part, il desire la tranquillit
   et le repoz de la Chrestient et singulirement du dict royaume,
   en ce toutesfoys que la paix s'y puisse fre estable et  la
   seurt de sa religion, aultrement il promect qu'il ne sera rien
   obmiz de ce qui sera besoing pour rprimer ceulx qui la veulent
   empescher. Il semble que, sur ceste altration d'Allemaigne, le
   dict Pallatin s'employeroit asss vollontiers  procurer la dicte
   paix, dont le Roy pourra essayer de se prvaloir de leurs mesmes
   divisions, et je mettray peyne de fre sonder icy, parmi les
   Protestans, s'ilz sentent que d'icelles leur vienne nul
   retardement ou changement en leurs affres; car j'estime bien
   qu'on attandra de veoir que pourra produyre ceste diette, qui est
   si suspecte aux princes protestans, premier qu'ilz se
   divertissent  nulles aultres entreprinses, et cella donra
   quelque loysir  Sa Majest.

   DIRA DAVANTAIGE, DE MA PART, A LEURS MAJESTEZ:

   Que ne sachant comme la Royne d'Angleterre eust peu prandre ce
   que Leurs Majestez me commandoient de luy dire, touchant la ligue
   d'entre la Royne d'Escoce et elle, comme le Roy estoit contant
   d'y entrer, j'ay estim que, pour rserver tout l'advantaige 
   Leurs Majestez, et obvier qu'on n'y puisse rien calompnier, que
   j'en debvois parler en la faon que j'ay faict:

   C'est que j'ay dict  la dicte Dame qu'ayant le Roy entendu les
   trois poinctz, ausquelz s'estoit restreinct tout le premier
   pourparl d'entre les seigneurs du conseil d'Angleterre et
   l'vesque de Roz; savoir: de la religion, du tiltre de ceste
   couronne et de la ligue; que, quant au premier, de la religion,
   estant desj certain ordre receu l dessus en Escoce, lequel la
   Royne n'a jamais enfrainct, il vouloit tant seulement prier 
   ceste heure la dicte Dame de ne fre force ny viollance  la
   conscience de la dicte Royne d'Escoce, ny innover rien en ceste
   matire qui peult admener plus d'altration au monde qu'il n'en y
   a:

   Et du segond, qui est le tiltre de la couronne d'Angleterre,
   qu'il desiroit que la dicte Royne d'Escoce luy en ft toute la
   cession et transport, qu'elle et son conseil estimeroient luy
   estre besoing pour sa perpetuelle seurt et pour ceulx qui
   pourroient provenir d'elle:

   Au regard du troisiesme, qui concerne la ligue, qu'il ne seroit
   marry qu'elle se ft entre elles, pourveu que ce ne ft contre
   luy, ny au prjudice des aultres ligues qu'il a avec la dicte
   Royne d'Angleterre et son royaume, et pareillement avec la Royne
   d'Escoce et le sien; et layssay l dessus amplement discourir la
   dicte Dame et estendre ses responces, sans l'interrompre de rien,
   ainsy que je l'ay desj mand.

   Mais reprenant, puys aprs, le propos, je luy diz que, ayant
   considr de moy mesmes combien il sourdoit  toute heure de
   grandes espines et de nouvelles difficultez en ce faict de la
   restitution de la Royne d'Escoce,  cause qu'on la luy proposoit
   toutjours fort suspecte du cost de France, j'avois supli le Roy
   de vouloir luy mesmes intervenir en la ligue deffencive, qui se
   feroit entre elles deux, affin qu'en lieu de se deffyer de luy,
   elle en print dorsenavant toute asseurance et seurt; et que le
   Roy m'avoit respondu qu'il le vouldroit bien, mais qu'il ne
   voyoit pas le moyen commant cella se pourroit fre; toutesfoys,
   si je le voyois icy sur le lieu, qu'il s'en remettait bien  moy
   de passer oultre;

   Et que je pensoys qu'il avoit regard  la jalouzie, que les
   aultres princes en pourroient prendre, et possible encores  la
   diversit de la religion; dont, de tant qu'il ne m'avoit command
   d'en dclairer si avant  la dicte Dame, et que nantmoins
   c'estoit chose que je ne pouvois effectuer sans elle, je prenois
   sa parolle pour garant que le propos seroit rserv et ne
   passeroit plus avant qu'entre nous deux, ou bien, si elle en
   vouloit communiquer  son conseil, qu'elle me promettait de ne
   dire jamais que cella ft procd de moy.

   La dicte Dame, ayant trs agrable le dict propos, lequel a est
   cause que tout l'affre est retourn en bons termes, et
   nantmoins, estant marrye que je y allois si rserv, me demanda,
   trois ou quatre foys, si j'avois poinct pens nul bon moyen en
   cella. Je ne luy volluz soubdain respondre, affin de luy en
   laysser  elle mesmes mettre quelcun en avant; mais enfin je luy
   diz que celluy que je voyois le plus honeste estoit que la Royne
   d'Escoce le requist, et que le Roy, pour le bien et considration
   d'elle, auroit plus grande ocasion d'y entendre: et n'en est
   encores la chose plus avant.




CXXe DPESCHE

--du IXe jour de juillet 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Dipe par Me Allexandre._)

  Arrive de Mr de Poigny en Angleterre.--Affaires d'cosse et
    d'Allemagne.--Nouvelles apportes de la Rochelle; combat de
    Sainte-Gemme prs Luon.--Dclaration du duc d'Albe que les
    prparatifs maritimes faits dans les Pays-Bas n'ont d'autre but
    que d'assurer la conduite en Espagne de la nouvelle reine.

     AU ROY.

Sire, estant Mr de Poigny arriv le IIIIe de ce moys en ceste ville de
Londres, j'ay envoy, le jour d'aprs, fre entendre sa venue  la
Royne d'Angleterre, et la prier de nous donner audience, laquelle la
nous a prolonge jusques aujourduy, dimenche, que nous l'allons
trouver  Otland, asss incertains que pourra ruscyr de son voyage;
car il semble que la dicte Dame ayt escript  son ambassadeur par
dell qu'il s'estoit trop advanc de vous requrir de l'envoyer, et
que desj il s'est excus de n'avoir onques pens de vous parler de
telle chose. Et encores est advenu que les Escouoys ont freschement
couru et pill le bestial en la frontire d'Angleterre,  l'ocasion de
quoy le comte de Sussex, non seulement n'a spar son arme, mais a
faict grande instance qu'il luy ft permiz de rentrer encores une foys
en Escoce, et a retenu pour ceste occasion quelques jours davantaige 
Auvyc le sir de Leviston, que nous envoyons en Escoce. Toutesfoys
l'on nous asseure qu'il est meintennant pass; dont n'estant encores
les choses qu'en asss bons termes, nous incisterons, aultant qu'il
nous sera possible, qu'elles soyent effectues ainsy qu'on a commanc
de les tretter.

Et cependant, Sire, je diray  Vostre Majest qu'il y a quelque
aparance, parmy ceulx de la nouvelle religion qui sont icy, que la
nouvelle, qu'ilz ont despuys trois jours d'Allemaigne, leur jette
l'esprance de leur secours ung peu plus loing qu'ilz ne pensoyent,
entendans comme l'assemble de Heldelberc s'est spare; et que le duc
Auguste, estant all devers l'Empereur, luy a parl en si bonne sorte
de l'ocasion qui le pressoit de s'en retourner chez luy, que non
seulement l'Empereur le luy a permiz, mais ne luy a reffuz son
excuse, de ne se pouvoir sitost trouver  la diette; et que despuys,
le comte Pallatin l'est semblablement all saluer, qui luy a offert
d'intervenir luy mesmes  icelle diette, si les aultres princes y
viennent; et que, contre l'opinion qu'on avoit que, pour craincte de
ceste assemble de Heldelberc, le dict Empereur ne passeroit oultre,
l'on mande qu'il est arriv le XVIIIe de juing  Espire, accompaign
seulement, oultre ceulx de sa court, du duc Jehan Georges Pallatin,
qui monstre de vouloir asprement quereller une quarte part du
Pallatinat; et que le dict Empereur est all descendre  l'esglize
principalle, au grand contantement des Catholiques, se descouvrant de
plus en plus que icelle diette est principallement indicte pour
procder contre les trois ellecteurs protestans, desquelz n'ayant leur
dignit prins aultre origine ny fondement que de l'authorit du Pape,
par la bulle jadis sur ce expdie, il semble n'estre sans rayson que,
par la mesmes authorit, puysqu'ilz s'en sont substraictz, joinct
celle de l'Empereur, ilz en puissent meintennant estre fort
lgitimement privez; non que les dicts de la religion se tiennent pour
cella moins asseurez que devant d'avoir leur secours, ains plus, 
ceste heure qu'ilz disent que, parce que les dits princes ont
descouvert ceste entreprinse, ilz se veulent plus vertuer, qu'ilz
n'ont encores jamais faict, pour la deffense de la religion; bien
pensent qu'affin qu'ilz se puissent mieulx opposer  tout ce qui se
pourroit dcretter contre eulx, ils vouldront retenir les forces dans
le pays jusques  la fin d'icelle diette; et aussi que n'ayantz les
draps de ceste dernire flotte d'Angleterre heu encores asss bonne
vante en Hembourg, leurs lettres de crdit, qui sont assignes l
dessus, n'ont peu estre si tost employes; et le payement est retard
d'ung moys: mais ilz n'intermettent cependant aulcune poursuyte ny
dilligence en cella, mesmes qu'on leur a escript que les deniers, pour
la leve de Vostre Majest, sont desj arrivez par dell.

Et j'entendz, Sire, que jeudy dernier, arriva ung soldat de la
Rochelle, qui magniffie bien fort quelque routte que les Huguenotz ont
donne aulx capitaines La Rivire et Puygaillart prs de Lusson[10],
o est demeur,  ce qu'il dict, plus de cinq centz des nostres sur la
place, et dix sept capitaines avec plus de deux centz aultres
prisonniers; et, sellon les lettres que le dict soldat a apportes,
lesquelles ont est veues en ceste court, le comte de La Roche
Foucault, qui estoit party pour s'aller joindre au camp des Princes,
s'en est retourn d'Angoulesme,  cause de la blessure du Sr de La
Noue, de qui l'on n'espre guyres la guryson, affin de ne laysser la
Rochelle et le pays sans gouverneur; et que le dict sieur comte est
aprs  mettre aulx champs envyron cinq mil hommes de pied et cinq
centz chevaulx, avec trois pices d'artillerye, pour aller reprendre
Xainctes, et de l marcher en Brouaige; et que le capitaine Sores
estant adverty que deux trs riches flottes revenoient des Indes,
l'une pour Espaigne, et l'aultre pour Portugal, qui doibvent arriver 
ce moys d'aoust, est all essayer s'il en pourra piller quelque une,
ayant, comme il semble, pour ceste occasion remiz l'entreprinse de
leur descente, dont vous ay ci devant escript, jusques  son retour;
et cependant les vaysseaulx du prince d'Orange et ceulx de quelques
pirates franoys, qu'ilz nomment le capitaine Joly, du Mur, Bouville
et aultres, ont combattu, vendredy dernier, dans ceste mer estroicte,
une flotte de douze grandes ourques, lesquelles, soubz la conserve de
deux aultres grandz navyres de guerre, passoient de Flandres en
Espaigne, et ont prins l'admyralle et une aultre des plus riches.

  [10] Combat livr  Sainte-Gemme-la-Plaine, en Poitou, dans
  lequel la Noue, qui commandait les Protestans dans la Saintonge,
  remporta une victoire signale sur les troupes royales. La
  blessure qu'il reut quelques jours aprs,  l'assaut de
  Fontenay, ncessita l'amputation du bras gauche, mais il ne tarda
  pas  reprendre son commandement.

Le duc d'Alve a fait dclairer icy par l'ambassadeur d'Espaigne que
l'armement, qu'il prpare en Flandres, n'est pour aultre effect que
pour conduyre la Royne, sa Mestresse, devers le Roy son mary, avec
l'apareil qui convient  une si grande princesse comme elle est, pour
le dangier des pirates; ce que j'estime, qu'il a fait expressment
pour garder que les Anglois n'arment de leur cost; car ilz ne
pourroient, puys aprs, se tenir qu'ilz n'allassent se prsenter en
mer au passaige de la dicte Dame, en dangier qu'il y peult survenir
quelque accident, ce qu'il veult bien vytter; et a mand que ceulx
qu'il a faict depputer sur le diffrant des merchandises, sont desj
partys pour venir par de. Sur ce, etc.

     Ce IXe jour de juillet 1570.




CXXIe DPESCHE

--du XIIIe jour de juillet 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Dipe par Jehan Girault._)

  Audience accorde par la reine d'Angleterre  Mr de Poigny,
    envoy vers elle pour ngocier la mise en libert de Marie
    Stuart, et son rtablissement.--Nouvelles d'cosse.--Insistance
    de l'ambassadeur pour qu'lisabeth refuse toute protection aux
    protestans de France, s'ils ne consentent pas  accepter les
    conditions offertes par le roi.


     AU ROY.

Sire, nous avons est, despuys quatre jours en , trouver la Royne
d'Angleterre  Otland, laquelle a monstr de recepvoir, avec playsir,
les lettres et recommendations, que Voz Majestez lui ont faictes
prsenter par Mr de Poigny, et l'a receu  luy mesmes bien fort
favorablement; dont, aprs aulcuns bien honnestes propos, de l'ayse
qu'elle avoit d'entendre de voz bonnes nouvelles et vostre retour en
bonne sant vers les quartiers qui sont plus prs d'icy, elle a
commanc de lyre asss hault voz lettres; sur lesquelles monstrant de
s'esbahyr de l'occasion que luy mandiez du voyage du dict Sr de
Poigny, que ce ft  l'instance de son ambassadeur, elle nous a dict,
tout clairement, qu'elle n'avoit point donn ceste charge  son
ambassadeur, ainsy qu'il se pourroit bien vriffier par la minute des
lettres que, despuys deux moys, elle lui avoit escriptes: et le
Secrtaire Cecille, lequel elle a appell l dessus, n'a failly de le
confirmer de mesmes.

Puys, elle a suyvy  dire qu'il estoit advenu l'ung de deux; ou qu'on
avoit quivoqu sur ce qu'elle avoit accord que la Royne d'Escoce et
moy peussions envoyer ung gentilhomme jusques en Escoce pour voir
comme les armes s'y poseraient, et comme elle feroit retirer ses
forces hors du pays, ainsy que, pour cest effect, le sir de Leviston
estoit desj par dell, mais non de fre venir exprs ung gentilhomme
de France; ou bien qu'il y avoit de l'artiffice; mais, d'o que peult
venir la faulte, elle n'estoit que heureuse, puysqu'elle luy estoit
moyen de pouvoir mieulx entendre l'estat et bonne disposition de Voz
Majestez.

A quoy ayantz vifvement incist qu'il n'y avoit, ny pouvoit avoir, nul
mescompte ny artiffice de vostre cost, le dict Sr de Poigny a allgu
qu'il avoit veu son dict ambassadeur estre longtemps en l'audience
avec Voz Majestez  vous discourir et monstrer plusieurs papiers; et
que, au sortir de l, vous luy aviez command de s'en venir, qui ne
pouvoit estre, sans que le dict ambassadeur l'eust ainsi requis. Et a
poursuyvy de rciter  la dicte Dame bien particulirement tout le
contenu de sa charge, en si bonne et gracieuse faon, qu'elle a
monstr d'en avoir tout contantement.

Il est vray, Sire, qu'elle a commanc de respondre par une plaincte,
qu'elle nous a faicte, de l'affection que Vostre Majest monstre de se
souvenir trop plus de la Royne d'Escoce et de ses affres que des bons
tours de bonne soeur et vraye amie, qu'elle vous a monstrez en ces
troubles de vostre royaulme; mais que pourtant elle ne veult laysser,
sur la considration qu'avez heue de n'envoyer voz forces en Escoce,
de vous en randre ung bien fort grand mercy, et non moindre pour
l'amour de vous que pour l'amour d'elle mesmes, car l'honneur est gal
 toutz deux; et qu'au reste, encores qu'on dye que les femmes ont
toutjours des responces et deffaictes toutes prestes, qu'elle n'en
usera en cest endroict, ains prendra temps pour bien consulter
l'affre, affin de nous donner, par aprs, plus grande satisfaction.

Et ainsy, Sire, nous sommes attandans qu'est ce qu'elle trouvera par
son conseil qu'elle nous debvra dire; et, de tant qu'elle nous a
touch de l'armement, qu'elle dict estre encores tout prest en
Bretaigne, contre l'asseurance que je luy avois donne que vous
l'aviez contremand, et aussi de quelque personnaige qu'avez
freschement dpesch par mer en Escoce; et que, parmy cella, elle nous
a ramentu plusieurs offances que la Royne d'Escoce,  ce qu'elle dict,
luy a faictes, avec grande deffiance d'elle et de Mr le cardinal de
Lorrayne, je ne vois pas que nous soyons encores bien prez de
conclurre quelque bon march entre elles. Tant y a que comme il n'a
est,  mon adviz, rien oubly de ce qui se pouvoit desduyre en ceste
premire remonstrance, nous ne dellibrons d'estre moins pressantz en
la segonde. Ce poinct, au moins, nous demeure gaign despuys dix
jours, que l'arme de la dicte Dame, suyvant ce que je vous ay cy
devant mand, est entirement casse, et ne reste nulles aultres
forces en la frontire du North que la garnison acoustume de Barvich
et celle qu'on a layss dans les deux chasteaux de Humes et Fascastel.
Il est vray que, dedans Barvych, demeure ung bien fort grand appareil
de guerre, qu'on y avoit desj prpar pour la gnralle entreprinse
d'Escoce, et l'arme peult, en bien peu de jours, estre rassemble. Je
ne say si le comte de Lenoz aura de mesmes oby  ce que je vous ay
mand, Sire, qu'on luy avoit escript de se retirer au dict Barvych et
de licentier les trois centz Escouoys qu'on entretenoit prs de luy;
car, sellon les dernires nouvelles qui sont venues de dell, il
s'entend que le dict de Lenoz estoit encores  Esterlin, le XXVIe du
pass, avec les comtes de Morthon et de Mar, crez lieuctenans du
jeune Roy son petit filz, jusques au dixime de ce moys; auquel jour
toutz ceulx de ceste faction se debvoient trouver  Lislebourg pour
mettre quelque rsolution en leurs affres. Ilz ont est en termes de
porter le dict jeune Roy au dict Lislebourg affin qu'avec sa prsence
ilz peussent recouvrer le chasteau, mais le lair de Granges a respondu
que le dict Prince y seroit le bien venu; nantmoins qu'il vouloit
demeurer le plus fort dedans, attandant que la Royne sa mre et luy
fussent d'accord comme ilz entendroient qu'il en usast. Cependant la
dicte Dame a envoy confirmer  sa dvotion le dict de Granges, et ses
aultres bons serviteurs de dell, par le dict sir de Leviston, qui
leur a apport, de par elle, trois mil escuz, de la somme que je luy
ay naguires fornye, affin qu'ilz ayent de quoy se pourvoir des choses
qui sont ncessaires pour la garde du dict chasteau de Lislebourg et
de celluy de Dombertrand.

Sur la fin de nostre audience, Sire, j'ay faict mencion  la dicte
Dame de l'estat auquel sont encores les affres de vostre royaulme, et
comme Vostre Majest, ayant donn ung clair tesmoignage au monde de sa
bonne intention  runyr toutz ses subjectz, et esgallement les
conserver, et d'avoir concd  ceulx, qui se sont ellevez, une si
grande satisfaction, pour leur religion et pour leurs affres, et
encores pour la seurt de leur personnes, qu'il ne leur reste plus
aulcune excuse de ne debvoir poser les armes, ny de quoy pouvoir
allguer  la dicte Dame, ny aulx aultres princes protestans, que vous
pourchassiez d'exterminer leur religion, puysque permettez qu'elle ayt
cours et exercisse en vostre royaulme; qu'elle veuille donques croyre
que vous ne cerchez en ceste guerre que le seul recouvrement de
l'obyssance qu'ilz vous doibvent; et que leur entreprinse, s'ilz
passent oultre, ne peult estre dress que contre vostre estat et
authorit; et que n'estantz naiz au pareilh degr d'honneur de Voz
Majestez, il est sans doubte que, s'ilz pouvoient avoir quelque
advantaige sur vous, que eulx et leurs semblables entreprendroient de
fre le mesmes, par toutz les aultres estatz de la Chrestient, pour y
abattre l'authorit et esteindre le sang royal des princes souverains;
dont la priez que, s'ilz diffrent ou reffuzent d'accepter vos
honnestes offres, qu'elle les veuille tout aussitost priver de toute
faveur et retraicte en ses portz et pays, et employer ses bons moyens,
icy et en Allemaigne, et vers les princes protestantz, desquelz ilz
attandent leur secours, et partout o elle pourra, par mer et par
terre, qu'ilz ne puissent excuter leurs mauvaises et violantes
intentions.

A quoy la dicte Dame m'a respondu que je luy estois tesmoing, que,
entre ses meilleurs desirs, elle avoit toutjours heu bien expcial
celluy de la paix de vostre royaulme, et qu'elle esproit que voz
subjectz ne se diffameroient tant que de la rejetter, si les
condicions estoient telles que je disoys; et que d'autresfoys elle
m'avoit dict qu'elle vouloit rserver une oreille aulx raysons que les
aultres pourroient allguer, lesquelz, si n'en avoient de si bonnes
qu'ilz se peussent bien excuser de l'obyssance et dposition d'armes
que Vostre Majest leur demande, qu'elle les tiendroit puys aprs pour
rebelles; et qu'elle croyt que leur longueur vient de ce que les
exemples du pass leur font peur; comme encore elle pense que, quant
Dieu vous aura donn la paix, l'on ne cessera, avant deux ans, de vous
pousser  la guerre, pour oster ceste religion, et mesmes  vous
anymer contre ce royaulme comme contre ung coin de terre qui sert de
retrette aulx Protestans; ains qu'elle sayt bien qu'on a vollu
imprimer au cueur de Monsieur d'aspirer par ce moyen  quelque
couronne, mais qu'elle espre que vostre prudence et la sienne, et
vostre modration, rsisteront  si mauvais et pernicieulx conseilz;
et, quant aulx choses d'Allemaigne, qu'elle m'a naguires adverty de
ce que l'Empereur luy en avoit escript, et bientost elle attand
lettres de dell, desquelles elle me fera part, c'est en substance,
Sire, ce qui s'est pass en la dicte audience. Sur ce, etc.

     Ce XIVe jour de juillet 1570.

   Tout prsentement viennent d'arriver les commissaires de
   Flandres, que le duc d'Alve a envoyez pour venir visiter les
   prinses et en fre l'valuation. Et semble que l'esprance de
   libert est prolonge au duc de Norfolc encores pour trois moys.




CXXIIe DPESCHE

--du XIXe jour de juillet 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet_.)

  Audience accorde  Mr de Poigny et  l'ambassadeur.--Refus de la
    reine d'Angleterre de laisser passer Mr de Poigny en
    cosse.--Consentement qu'elle lui accorde de se rendre auprs
    de Marie Stuart.


     AU ROY.

Sire, la Royne d'Angleterre nous a prolong six jours entiers sa
responce, et, le septiesme, elle nous a mand venir  Otland pour la
nous fre, qui y sommes arrivez sur le poinct qu'elle estoit preste
d'en desloger,  cause que, la nuict prcdante, quelques ungs y
estoient mortz si soubdainement qu'on eust souspeonn que ce ft de
peste. Nantmoins s'estans ceulx de son conseil incontinent assemblez,
Mr de Poigny et moy avons est premirement introduictz vers eulx, et
ilz nous ont faict entendre par milor Chamberlan ce qui s'en suyt:

Que la Royne, leur Mestresse, ne voulant aulcunement contradire la
parolle de Vostre Majest, en ce que mandiez avoir dpesch Mr de
Poigny vers elle, sur l'instance que son ambassadeur vous en avoit
faicte, elle a estim avoir occasion de vous en remercyer, comme elle
faict de bon cueur; mais qu'elle vous prie, Sire, de croyre que son
ambassadeur n'a poinct heu ceste charge; et, quant  celle, qu'avez
donne au dict Sr de Poigny, d'assister par de au trett qui se fera
entre elle et la Royne d'Escoce, encor que ce soit chose apartenant 
elles deux, o nul aultre qu'elles et leurs subjectz n'ont que voir,
et o l'arbitrage ny l'authorit de nul aultre prince n'est requise,
nantmoins elle est contante que, luy ou moy, ou toutz deux ensemble,
interveignons pour Vostre Majest en ce qui s'y fera, comme en ung
acte qu'elle veult vous estre tout clair et cogneu; et au regard
d'aller visiter la Royne d'Escoce, qu'ilz layssoient  la Royne, leur
Mestresse, d'en tretter avecques nous; mais, quant  passer plus avant
jusques en Escoce, de tant que cella leur sembloit debvoir plus
aporter d'empeschement que de proffict au trett, et possible
engendrer de grandes difficultez en tout l'affre, comme desj ung
pareil exemple les en avoit faictz saiges, qu'ilz avoient tout
librement dict  la dicte Dame, qu'il n'estoit besoing qu'elle l'y
laysst passer;  cause de quoy ilz prioient Vostre Majest de trouver
bon que, pour n'interrompre ung si bon oeuvre, il se dportast
entirement d'y aller.

A quoy ayant le dict Sr de Poigny fort particullirement et bien
respondu, et s'estant principallement arrest  ne debvoir estre
aulcunement empesch de passer en Escoce, par des raysons trs
aparantes, qu'il leur a sagement et fort vifvement remonstres; et y
ayant aussi fort fermement incist de ma part, avec prire qu'ilz le
vollussent acompagnier d'ung aultre gentilhomme des leurs pour pouvoir
esclayrer ses actions, affin de n'en prendre point de deffiance, nous
les avons fort pressez de n'uzer en chose de si petite importance,
laquelle n'estoit que pour leur proffict, d'aulcun reffuz qui vous
peult ou mal contanter, ou prjudicier  la libert des trettez.

Sur quoy iceulx seigneurs, ayantz de rechef miz l'affre en
dellibration, nous ont, par le secrtaire Cecille, prsens toutz les
aultres, faict dire que, considr que en ceste cause les personnes
qui y interviennent sont Vostre Majest, la Royne leur Mestresse et
la Royne d'Escoce, savoir: les deux comme principalles en intrest,
et Vous, Sire, comme ally fort estroit  l'une, et en bonne amyti
avecques l'aultre; et que la matire touche principallement  leur
Mestresse comme invahye en son tiltre, et au nom, armes et enseignes
de son estat, par la Royne d'Escoce; laquelle n'a jamais vollu,
quelque dilligence qu'on en ayt sceu fre, aprouver le trett sur ce
faict avec ses depputez, bien que lgitimement authorisez du feu Roy
son mary, vostre frre, non sans indignit de ceste couronne:
considr aussi que ceulx, qui tiennent son party en Escoce, non
seulement ont retir les rebelles d'Angleterre, ains se sont joinctz
avec eulx pour venir assaillyr ce royaulme, et que, nonobstant tout
cella, ainsy que les choses estoient en termes de quelque modration
entre le comte de Sussex et les Escossoys, au moys d'apvril dernier,
survenant l dessus ung gentilhomme franoys, tout fut interrompu, et
commancrent incontinent ceulx du dict party de la Royne d'Escoce de
tumultuer et de devenir si insolantz, que le dict de Sussex fut
contrainct de exploicter ses forces contre eulx; et encores tout
freschement le sir de Leviston n'a est sitost par dell que ceulx de
la frontire d'Escoce n'ayent incontinent entreprins de courre et
piller celle d'Angleterre: considr aussi que le dict sir de Leviston
sera en brief de retour avec les aultres depputez du royaulme,
lesquelz, si ne sont desj partys, sont si prs de le fre, que le
mieulx qu'adviendroit au dict Sr de Poigny seroit ou de les faillyr en
chemyn, ou de les rencontrer en lieu, d'o possible ilz ne vouldroient
passer plus avant, jusques  ce que sa lgation ft entendue de ceulx
qui les envoyent, qui seroit d'aultant retarder la besoigne; joinct
que; tant plus nous incisterions au dict voyage, plus nous le leur
rendrions suspect, et leur donrions  penser que Vostre Majest ne
l'auroit command, ny pour satisfre  leur ambassadeur, ny pour
l'utillit de leur Mestresse, ainsy que nous nous esforcions de le
leur persuader; ilz percistoient, en ce qu'ilz avoient desj conseill
 la dicte dame, qu'il n'estoit aulcunement expdiant que le dict Sr
de Poigny passt oultre. Bien nous vouloient, quant au reste, donner
seurt pour elle qu'aussitost que les dicts seigneurs escouoys
seroient arrivez, elle sera preste de procder sur les affres d'entre
la Royne d'Escoce et elle, sellon le trett qui en a desj est
commanc avecques moy, et dont j'en ay mis quelque forme en escript,
et d'entendre  la restitution de la dicte Dame, aultant, qu'avec son
honneur et sa seuret, elle le pourra fre.

Et sont demeurez si fermes en cella que, ne pouvant gaigner rien
davantaige avec eulx, nous sommes allez trouver leur Mestresse; et
elle nous a tenu le mesmes langaige, adjouxtant seulement, pour le
regard de l'indignit et moquerie, que nous allguions estre en cest
empeschement du voyage du dict Sr de Poigny en Escoce, puysqu'il
estoit si avant, qu'elle prenoit en sa charge d'en contanter Vostre
Majest; mais, quant  aller devers la Royne d'Escoce, s'il me
sembloit que d'une telle visite, aprs les occasions que je savois
bien qu'elle luy avoit donnes de beaucoup d'offances, et sur
l'opinion qu'on pourroit prendre que ce ft par craincte ou par
menaces qu'elle l'ottroyoit, il n'en peult advenir de prjudice  sa
rputation, ny aulcun intrest  votre commune amyti, qu'elle estoit
contente de le permettre.

Sur quoy je l'ay prie de prendre de bonne part l'honneste office que
Vous, Sire, faisiez envers vostre belle soeur, et qu'elle laysst aux
mal affectionnez, d'y donner telle interprtation qu'ilz vouldroient,
car ce ne pourroit jamais estre qu' la louange de sa bont, et vertu,
et encores  son honneur et proffict. Et ainsy, Sire, elle a donn
saufconduict au dict Sr de Poigny d'aller trouver la dicte Dame; chose
que nous n'esprions guyres et laquelle monstre desj debvoir estre
de beaucoup de moment pour vostre service, en ce royaulme et en celluy
d'Escoce. Et avant s'acheminer, le dict Sr de Poigny a advis de
donner entier compte de toute sa ngociation  Voz Majestez, ainsy
qu'il vous plairra le voyr par ses lettres, ne voulant, Sire, pour
quelques aultres empeschemens, qui commancent de paroistre tout de
nouveau en cest affre, venantz de lieu d'o moins vous l'attandiez,
laysser d'esprer que la paix de vostre royaulme ne soit pour bientost
vuyder ceste, et encor d'aultres plus grandes difficultez; ainsy que
ceste Royne n'a vollu finir l'audience sans monstrer une conjouyssance
du bon espoir qu'elle dict avoir d'icelle, et que ce luy sera aultant
de joye, de sant et de bon portement, si elle en peult bientost
entendre la conclusion. Sur ce, etc. Ce XIXe jour de juillet 1570.


     A LA ROYNE.

Madame, nous n'avons peu, pour ce coup, obtenir rien de mieulx en la
ngociation de Mr de Poigny que de luy permettre qu'il puysse aller
visiter la Royne d'Escoce de la part de Voz Majestez; qui n'est si
peu, Madame, qu'on ne le tienne icy en beaucoup, et que la rputation
de vostre couronne n'en semble estre en quelque chose releve, et
qu'on ne commance de bien esprer de tout le reste. Nous avions, avant
aller  ceste segonde audience, heu advertissement de certaynes
traverses, que la communication du Sr dom Francs avec Mr de Norrys
vous y faict, qui a est cause que j'ai, avec le plus de vhmence et
d'affection que j'ay peu, touch  la Royne d'Angleterre les poinctz
qui la doibvent asseurer de vostre amyti, et ceulx qui la luy peuvent
rendre utille et pleyne de confiance, et le mesmes aulx seigneurs de
son conseil; dont le comte de Lestre et le secrtaire Cecille m'ont
despuys recerch de plus estroicte confrance avec eulx; et Mr de Roz
a raport d'elle, et d'eulx, plus amples promesses sur l'advancement
de toutz les affres de sa Mestresse; ainsy que plus en particullier
je le vous manderay, dans quatre ou cinq jours, que je dpescheray ung
des miens devers Vostre Majest. Et vous diray cependant, Madame, que
le dict Sr Norrys a mand qu'il y avoit grand apparance que la paix
succderoit bientost, ce qui faict monstrer ceulx cy en meilleure
disposition vers toutes les choses de vostre service. Ilz sont aprs 
jetter cinq grandz nayyres avec mil hommes dehors, avitaillez pour
deux moys, par prtexte d'aller rprimer les pirates, mais c'est pour
le souspeon qu'ilz se donnent de l'armement du duc d'Alve; auquel
toutesfoys ceste Royne a naguires, par persuasion du dict Sr Norrys,
escript une lettre pleyne d'affection, affin de prendre asseurance de
luy, et luy en donner tout aultant d'elle, touchant le passaige de la
Royne d'Espaigne. J'entendz qu'il est arriv plusieurs lettres
d'Allemaigne, et entre autres du comte Pallatin, qui semble inviter
ceste princesse  desirer la paix de France. Sur ce, etc.

     Ce XIXe jour de juillet 1570.




CXXIIIe DPESCHE

--du XXVe jour de juillet 1570.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Joz, mon secrtaire._)

  Dlibration du conseil sur la mise en libert du duc de
    Norfolk.--Dispositions prises par lisabeth pour apaiser les
    troubles de son royaume.--Prparatifs maritimes et militaires
    dont on doit se dfier en France, malgr les assurances de paix
    et d'amiti donnes par la reine, et la bonne volont qu'elle
    montre  l'gard de Marie Stuart.--Nouvelles d'cosse et
    d'Allemagne.--_Mmoire gnral_ sur les affaires
    d'Angleterre.--Dtail des mesures prises en Angleterre pour se
    dfendre contre toute agression.--Bonnes dispositions montres
    en faveur de Marie Stuart et du duc de Norfolk.--_Mmoire
    secret_. Intrigues de l'Espagne en Angleterre pour traverser
    tous les projets de la France.--Mission secrte de don Francs
    d'Alava.--Dsir du cardinal de Chatillon de voir la
    pacification s'tablir en France; conditions auxquelles les
    protestans offrent de se soumettre.


     AU ROY.

Sire, aujourduy, et tout demain, la Royne d'Angleterre sera en la
mayson du comte de Betford,  XX mil d'icy, o elle a mand venir son
garde des sceaulx et ses aultres principaulx conseillers pour
dellibrer de la libert du duc de Norfolc; de laquelle l'on luy donne
grande esprance qu'il la pourra obtenir bientost,  tout le moins
d'estre remiz en sa mayson. Et de l, la dicte Dame veult continuer
son progrez, sans toutesfoys esloigner guires plus que de trente mil
la ville de Londres vers Suffoc, Norfolc et Sussex, affin d'appayser
ces trois pays, qui sont voysins d'ici, lesquels ont monstr d'estre
disposez  quelque nouveault; et elle espre de modrer par sa
prsence l'affection des hommes, et fre exploicter la justice contre
ceulx qui sont prins, et abattre toute l'intelligence qu'on luy faict
acroyre que les estrangiers ont en ces quartiers l; et, par mesme
moyen, pourvoir  la seuret de ses portz tout le long d'icelle
frontire, ainsy que,  grande dilligence, elle les faict fortiffier,
 cause qu'ilz sont exposez vers Holande et Zlande; d'o elle crainct
les entreprinses du duc d'Alve, nonobstant que dom Francs d'Alava
ayt,  ce qu'on dict, remiz elle et luy  traicter amyablement et par
lettres bien gracieuses l'ung avec l'aultre, et que le dict duc luy
ayt freschement envoy des depputez sur le faict des prinses; mais ces
dmonstrations ne la peuvent tant asseurer, comme les aultres
apparances de la sublvation, qu'elle a senty en son pays, et le
raport qu'on luy faict, qu'en l'armement de Flandres se prpare
d'embarquer trois mil chevaulx, grand nombre de gens de pied, force
artillerye, pouldres, pionniers, monitions et tout aultre appareil de
guerre, la mettent en deffiance. De quoy est advenu que la dicte Dame,
despuys six jours, a faict arrester toutz les navyres tant estrangiers
que aultres, qui sont par de, et serrer les passaiges, et envoy son
admiral  Gelingan et le long de la Tamise pour ordonner une arme de
mer, du plus grand nombre de vaysseaulx et de maryniers qu'il luy sera
possible, affin de l'avoir preste  tout momant, quant il sera
besoing; et commande aussi qu'on tienne deux mil chevaulx et huict mil
hommes de pied toutz pretz. Dont je suys aprs, Sire, de regarder si
cest appareil se feroict poinct  quelque aultre fin contre vostre
service; mais, encore que je n'en descouvre rien, je vous suplie
nantmoins, Sire, trs humblement que cecy vous serve d'ung adviz pour
ne laysser  l'arbitre des Anglois rien du vostre, qui ne soit pourveu
contre les entreprinses qu'ilz y pourroient fre; car vostre royaulme
est ouvert et expos  toutes injures, tant que cette guerre durera.

Je veulx toutesfoys bien asseurer Vostre Majest que ceste Royne et
les siens m'ont, despuys dix jours, tenu des propos plus exprs de la
confirmation d'amyti entre Voz Majestez, et de la persvrance de
paix entre voz deux royaulmes, qu'ilz n'avoient faict despuys que je
suys en ceste charge; ny Mr de Roz, ny moy, ny toutz ceulx qui portons
icy le faict de la Royne d'Ecosse, n'avons jamais mieulx espr de la
restitution d'elle que meintennant; mais il ne se fault arrester aux
parolles ny aparances de ceulx cy, ains se donner garde d'eulx,
puysqu'ilz se mettent en armes. La dicte Royne d'Escoce aura un
singulier playsir, et une fort grande consolation, d'estre visite par
Mr de Poigny de la part de Voz Majestez, et ne vous saurois exprimer,
Sire, combien ung chacun estime que cella luy sera ung commancement de
bonheur et ung advancement au reste de toutz ses affres, s quelz
l'on nous promect toutjours une prompte expdition, aussitost que les
depputez d'Escoce seront arrivez; mais je crains qu'ilz soyent
retardez pour l'occasion d'une assemble, que ceulx du party du jeune
Prince se vouloient esforcer de tenir  Lislebourg, le Xe de ce moys,
pour y crer ung rgent;  quoy le duc de Chastellerault et le comte
de Honteley dlibroient de s'oposer, et  cest effect s'estoient
acheminez avecques bonnes forces vers le dict Lislebourg. L'opinion,
que ceulx cy ont, que la paix se doibve conclurre en vostre royaulme
les faict monstrer mieulx disposez aulx choses d'Escoce, et si
d'avanture elle succde, je pense qu'ilz passeront oultre  les
accommoder.

J'entendz que les nouvelles d'Allemaigne sont que l'Empereur n'advance
guires rien en la diette, et que les seulz ecclsiastiques le sont
venuz trouver; qu'il semble que les princes protestans, pour
empescher qu'il ne puisse fre crer son filz roi des Romains, se
veulent servyr d'une ancienne observance de l'Empire, que jamais la
dignit d'Empereur n'a pass successivement que jusques  cinq d'une
mesme famille, et qu'il est  prsent le cinquiesme Empereur de la
maison d'Autriche,  quoy les princes clsiastiques ne monstrent
guires contradire pour ne laysser aller cest estat hrditayre; que
le comte Pallatin est aproch une lieue prs d'Espire accompaign
seulement de quatre centz chevaulx, offrant de se trouver 
l'assemble, si les aultres ellecteurs y viennent; que le reste de la
trouppe de Heldelberc est entirement spare, parce que l'Empereur a
faict entendre au dict Pallatin et au duc Auguste que, s'ilz se
tenoient ainsy accompaignez, qu'il manderoit aulx aultres princes de
l'Empire de s'accompaigner de mesmes, en le venant trouver; qu'il
semble que le secours, pour ceulx de la nouvelle religion en France,
est de quelques jours retard pour attandre que produira ceste diette,
et aussi pour l'esprance, qu'on a, que la paix se doibve conclurre;
que le susdict comte Pallatin a exort ceste Royne et les siens, et
pareillement le cardinal de Chastillon, de procurer la dicte paix;
qu'il a est reffuz au duc de Bronsouyc de fre une leve aulx terres
de l'vesque de Munster, et que vers le dict Munster se sussitent les
mesmes sectes qu'on y a d'aultres foys veues; que les deniers pour
ceulx de la nouvelle religion en Hembourg seront prestz  fornyr dans
la fin de ce moys; qu'il y a quelque apparance que le voyage de la
Royne d'Espaigne sera retard, et qu'elle ne passera point par
Flandres, ains yra prendre ung aultre chemin, et que,  cause de
cella, l'on estime que le duc d'Alve commancera de rduyre bientost
son armement  ung moindre quipage, qui ne soit que pour combattre
seulement les vaysseaulx du prince d'Orange, lesquelz, en la prinse
qu'ilz ont faicte de deux grandz navyres de conserve, qui alloient
conduire une flotte vers Espaigne, et d'ung vaysseau de la dicte
flotte, ilz ont jett en mer toutz les Espaignolz, qui estoient
dessus; et despuys le Sr de Galeace Fregose qui est icy, et ung aultre
gentilhomme, qui se dict escuyer du prince d'Orange, ont est faictz
cappitaines des dicts deux grandz navyres de conserve, lesquelz ilz
rabillent en dilligence pour s'aller incontinent joindre aulx aultres.
Sur ce, etc. Ce XXVe jour de juillet 1570.

   INSTRUCTION DES CHOSES qu'il fault fre entendre  Leurs
   Majestez, oultre le contenu des lettres:

   Qu'il semble que, par l'examen des gentishommes qui ont est
   prins en Norfolc, l'on a descouvert que l'assemble, qu'ilz
   prtandoient de fre le jour de St Jehan au dict pays, n'estoit
   pour chasser les estrangiers, ainsy qu'ilz le donnoient 
   entendre, ains pour commancer une gnralle ellvation en ce
   royaulme, tendans  trois fins: l'une, de changer l'estat du
   gouvernement; l'aultre, de recouvrer l'exercice de la religion
   catholique; et la tierce, de tirer le duc de Norfolc hors de
   prison: sur lesquelz trois poinctz se trouve qu'ilz avoient desj
   minut une proclamation pour l'envoyer publier partout.

   Et cella, avec la bulle qui est formelle contre ceste Royne, et
   avec ung escript qui a despuys couru, encores plus formel, contre
   aulcuns de ses conseillers, (et nommement contre Quiper,
   Cecille, le chancellier du domayne et le chancellier des comptes,
   et dont la conclusion d'icelluy est que la communaut du
   royaulme, quoyque coste, veult avoir la religion catholique), met
   ceulx cy en une indubitable opinion qu'il y a une grande
   conjuration desj dresse dans le pays;

   Et qu'elle est fomente par le Roy et le Roy d'Espaigne, sans le
   consentement desquelz le Pape, comme ilz disent, n'eust jamais
   os expdier une bulle si rigoureuse comme il a faict; joinct que
   l'armement qu'ilz entendoient se prparer en Bretaigne pour
   colleur de secourir les Escouoys, et l'apareil du duc d'Alve,
   trop plus grand qu'il ne sembloit estre requis pour le passaige
   de la Royne d'Espaigne, leur a faict croyre, jusques icy, que
   tout cella se dressoit contre eulx en faveur des Catholiques de
   ce royaulme.

   Dont, pour y remdier, ilz ont, en premier lieu, expdi une
   ordonnance fort furieuse, du dernier du moys pass, contre les
   porteurs de bulles et semeurs de ces libelles; laquelle porte
   commission d'aprhender les autheurs d'iceulx, si fre se peult,
   affin de les punir et de descouvrir par eulx qu'est ce qu'il y a
   de plus cach en leurs dllibrations.

   Aprs, ilz ont dpesch trente cinq lettres aulx trente cinq
   comtes de ce royaulme, pour mander aulx officiers qu'ilz ayent 
   fre enroller promptement en chacune d'icelles, sellon sa porte,
   ung nombre d'hommes, jusques  cinquante mil en tout, tant de
   pied que de cheval, et  iceulx bailler cappitaines, lieutenantz,
   enseignes, tabourins et trompettes, et leur ordonner une paye par
   an d'envyron trois escuz  chacun, et ung peu plus aulx
   capitaines; dont les deniers se prendront sur le plat pays, avec
   commandement de fre monstres par tout ce moys, et le continuer
   puys aprs de quartier en quartier, et qu'on ayt  les exercer
   principallement  la haquebutte;

   Et ont ordonn  l'admyral Clynton de dresser ung estat, par
   lequel il puysse mettre en mer, toutes les foys que la Royne, sa
   Mestresse, le commandera, cinquante bons navyres de guerre avec
   douze mil hommes dessus, maryniers et soldatz, et que
   l'avitaillement en tout aultre appareil en soit prest et tout
   dress ez lieux qu'il cognoistra en estre besoing;

   Faisans leur compte de combattre les ennemys en mer, premier que
   de leur permettre nulle descente par de, avec opinion que,
   quant tout le monde aura bien conjur contre eulx, qu'ilz
   pourront avec ceste provision aysement se deffandre:

   Car jugent que, s'ilz gaignent une bataille navalle, ilz pourront
   bien garder qu'on n'aproche, puys aprs, leur coste, et, s'ilz
   demeurent gaulx, qu'encores empescheront ilz qu'on n'y puysse
   descendre;

   Et si, d'avanture, ilz perdent, que ce ne pourra estre sans avoir
   tant rompu les ennemys qu'ilz seront contrainctz de s'en
   retourner pour se reffre; que si,  toute extrmit, il advient
   que les ennemys facent quelque descente, qu'allors les cinquante
   mil hommes se trouveront prestz pour les combattre au
   dsembarquement.

   Lequel apareil inthimide grandement les Catholiques, lesquelz si
   l'est se passe sans qu'il aparoise quelque confort pour eulx, ne
   s'attandent de moins que d'estre fort rigoureusement trettez
   l'yver prochain; car ilz voyent que leurs adversayres, lesquelz
   ont la Royne, l'authorit et la force en leurs mains, commancent
   desj de les menacer, et monstrent de n'attandre sinon que le
   temps les asseure contre les entreprinses des estrangiers pour y
   mettre la main.

   Et avoient les dicts Catholiques prins pour mauvais signe la
   longueur que ceulx de ce conseil usoient ez affres de la Royne
   d'Escoce, et en ceulx du duc de Norfolc; vers lesquelz,  cause
   de ces rescentes deffiances, ilz voyoient qu'ilz alloient
   changeant toutes leurs premires bonnes dellibrations, car ilz
   remettoient de commancer le trett avec l'ambassadeur de la dicte
   Dame jusques  la venue des depputez d'Escoce; et sur ceulx du
   duc, ilz luy avoient faict dire, le XIIe de ce moys, que, pour
   aulcunes occasions, qui estoient fort considrables, la Royne, sa
   Mestresse, estoit conseille de ne luy ottroyer sa libert
   jusques aprs la St Michel, qui monstre bien qu'ilz ne vouloient
   que gaigner temps; et cependant ilz travailloient de se liguer
   davantaige avec les princes protestans.

   Et n'avoit est sans apparance que les dicts Catholiques eussent
   fond grande esprance en l'apareil du duc d'Alve, et possible
   encores quelque peu en cellui qu'ilz entendoient estre prest en
   Bretaigne, mais la venue des depputez de Flandres la leur oste de
   ce cost l; et l'opinion, qu'ilz ont, que la guerre doibve
   continuer en France la leur fait perdre de l'aultre.

   Cella surtout les descoraige qu'ayantz, jusques  ceste heure,
   pens que le Roy d'Espaigne et ses ministres procderaient de
   bonne intelligence avecques le Roy sur les affres de la Royne
   d'Escoce, qui sont conjoinctz avec ceulx de la religion
   catholique en ce royaulme, ainsy que je m'en estois quelquefoys
   prvalu; et comme aussi nulle aultre chose n'avoit, tant que
   ceste cy, retenu ceulx de ce conseil en quelque crainte, il s'est
   meintennant descouvert qu'il va tout aultrement, et que dom
   Francs d'Alava a tenu de telz propos  Mr Norrys, (ainsy que le
   dict Norrys l'a escript par ses dernires lettres, arrives  sa
   Mestresse, pendant que Mr de Poigny et moy attendions sa
   responce,) que aulcuns, qui en ont heu asss tost la
   communication, m'ont tout incontinent adverty que,  l'ocasion
   d'iceulx, nous serions fort mal responduz; et que toutz les
   affres, o le Roy Trs Chrestien pouvoit avoir intrestz par
   de, en demeureroient fort traversez.

   Qui a est cause que, en l'audience ensuyvant, je me suys
   eslargy, premirement vers les seigneurs de ce conseil, parce
   que, d'arrive, nous avons est introduictz vers eulx, et puys
   envers la dicte Dame, en toutz les plus francz et ouvertz propos,
   que j'ay estim les pouvoir confirmer en l'amyti du Roy, et 
   bien esprer d'icelle, sans toutesfoys toucher ung seul mot ni du
   Roy d'Espaigne, ny de ses ministres; et est advenu, sur noz
   remonstrances, que l'on nous a accord une partie de ce que nous
   demandions, et qu'on nous a faict, sur le reste, asss meilleure
   responce que l'on n'esproit, ainsy que je l'ay mand par mes
   prcdantes.

   Et bien qu' la grande instance de Madame de Lenoz, l'on eust
   auparavant envoy par mer vers le North un nombre d'armes, de
   pouldres et d'argent, pour les fre tenir au comte de Lenoz en
   Escoce, j'ay sceu nantmoins que, despuys cella, la Royne
   d'Angleterre a dict  la dicte dame de Lenoz qu'elle estoit
   rsolue de remettre la Royne d'Escoce en son royaulme, sur les
   offres qu'elle et le Roy luy faysoient, qui estoient telles
   qu'avec son honneur elle ne les pouvoit reffuzer. A quoy la dicte
   dame de Lenoz ayant respondu que la dicte Royne d'Escoce n'en
   observeroit rien, la Royne luy a rpliqu que si feroit, parce
   qu'elle l'y obligeroit  peyne d'estre prive de la succession de
   ce royaulme, si elle y contrevenoit, car aultrement elle ne luy
   en vouloit fre tort; et n'a la dicte dame de Lenoz peu gaigner
   rien davantaige, encore qu'elle ayt trs instantment prie la
   dicte Dame que, si elle persvrait en ceste vollont, il luy
   plet de mander  son mary qu'il s'en retornt.

   Et le secrtaire Cecille m'a mand que je croye fermement qu'il
   ne sera miz aulcun retardement ez affres de la Royne d'Escoce,
   et qu'il ne cerche, de sa part, que la seurt de sa Mestresse,
   laquelle estant mortelle, et n'y ayant, aprs elle, nul plus
   prochain au droict de ceste couronne que la Royne d'Escoce, qu'il
   ne luy sera, ny meintennant, ny  l'advenir, jamais contraire; et
   le mesmes a il confirm  l'vesque de Roz, avec lequel il est
   desj entr si avant en matire qu'ilz sont quasi d'accord de
   toutz les poinctz, qui sembloient estre les plus diffrantz.

   Encores, monstrent les affaires du duc de Norfolc qu'ilz pourront
   aussi mieulx ruscyr que la responce du XIIe du prsent ne le luy
   faisoit esprer, et que la Royne permettra qu'ilz soient, dans
   trois ou quatre jours, miz en dellibration pour aprs estre
   procd  sa libert, sellon qu'ung chacun dict qu'il demeure
   fort descharg et justiffi de toutes les choses qu'on luy
   pourrait imputer.

   Je veulx bien advouher que je ne cognois rien de plus exprs en
   ceulx cy que leur simulation, ny rien de plus certain que leur
   inconstance; par ainsy, je ne puys fre grand fondement sur
   chose qu'ilz disent, ny qu'ilz promettent. Nantmoins ilz peuvent
   incliner de nostre cost, aussi bien que d'ung aultre, et
   j'estime qu'il n'est que bon de les y tenir bien disposez, si
   l'on peult, affin de se prvaloir de la paix qu'on a avec eulx,
   et vitter les inconvnians et incommoditez qui pourroient
   advenir, s'ilz se despartoient du tout de nostre intelligence.

   AULTRE INSTRUCTION A PART POUR DIRE A LEURS MAJESTEZ:

   Que, jusques  ceste heure, la Royne d'Angleterre et ses
   conseillers protestans avoient est retenuz d'une grande
   craincte, et les seigneurs, et gens de bien catholiques,
   conduictz de grande esprance sur le faict de la Royne d'Escoce,
   et sur toutz les affres de ceste isle, par l'opinion qu'ilz
   avoient que le Roy d'Espaigne et le duc d'Alve seraient toutjour
   en bonne intelligence avec le Roy.

   Et n'estoit peu de consolation aus dicts Catholiques de veoir en
   quelle peyne les dicts Protestans vivoient pour ne savoir si la
   bulle estoit expdie, ou du propre mouvement du Pape, ou bien
   par la rquisition du Roy, ou bien  l'instance du Roy
   d'Espaigne: car ilz disoient que si c'estoit seulement du Pape,
   ce n'estoit chose de moment; si c'estoit du Roy seul, encor
   croyoient ilz que Mr le cardinal de Lorrayne l'auroit procur,
   sans que pour cella le Roy se vollt trop haster de rien
   entreprendre; mais, si c'estoit par le commun consentement du Roy
   et du Roy d'Espaigne, ilz tenoient pour indubitable que
   l'entreprinse de ceste isle estoit desj jure entre eulx.

   En quoy, pour en avoir quelque lumyre, ilz cerchoient de toutz
   costez s'il se trouveroit que moy, ou Mr l'ambassadeur
   d'Espaigne, eussions tenu la main  la fre notiffier et publier
   par de, mais il semble qu'ilz n'ont rien trouv contre moy,
   sinon qu'il leur est venu un adviz d'Itallie, par la voye de
   Flandre, comme la dicte bulle a est expdie  l'instance de
   l'ambassadeur de France, qui est  Rome, et que l'ambassadeur du
   Roy Catholique par dell n'a faict que y prester son
   consentement, comme  chose apartenant de si prs  la religion
   catholique qu'il ne luy a est loysible de la contradire; dont
   leur semble que j'en debvois estre participant, mais je croy qu'
   ceste heure ilz en demeurent toutz esclarcy.

   Et, quant  l'ambassadeur d'Espaigne, parce que Me Felton, lequel
   est accus d'avoir affich la dicte bulle, a confess, estant sur
   la question, que le prestre espaignol du dict sieur ambassadeur
   la luy avoit baille; qui, pour ceste occasion, s'est despuys
   absent, car il estoit command de le prandre, quelque part qu'il
   pourroit estre trouv, jusques en sa chambre; non seulement l'on
   en a charg le dict sieur ambassadeur, ains aussi luy impute l'on
   les aultres libelles, qui ont couru en ce royaume, contre le
   garde des sceaux et Cecille, et contre quelques aultres du
   conseil; mais ne pouvant son prestre estre trouv, l'on ne sayt
   commant procder contre luy.

   Et n'ont layss pour cella les Catholiques de s'entretenir
   toutjour en l'esprance de la faveur du Roy son Maistre et du duc
   d'Alve, pour les affres de la Royne d'Escoce et de la religion
   catholique; de sorte que le dict Felton a bien oz dire tout
   hardyment qu'il y avoit trente mil hommes de valleur en
   Angleterre, dont les six mil estoient gentishommes, et vingt cinq
   milordz parmy, qui estoient toutz prestz d'exposer leurs vies
   pour la mesmes querelle, qu'ilz le vouloient fre mourir  luy.

   Mais, despuys quelques jours, iceulx Catholiques non seulement se
   sont retirez de ceste esprance, ains sont entrez en grand
   frayeur d'estre descouvertz qu'ilz l'ayent heue, parce qu'ilz
   estiment que le dict sieur ambassadeur ayt communiqu toutes
   choses au Sr dom Francs d'Alava, lequel ilz tiennent aujourduy
   pour trop plus grand serviteur de la Royne d'Angleterre que de
   son Maistre; car Mr Norrys a escript qu'il luy a promiz de
   disposer si bien les affres de la dicte Dame vers le Roy, son
   dict Maistre, et vers le duc d'Alve, qu'elle n'a garde de
   recepvoir aulcun mal ny dommaige d'eulx, et que hardyment elle ne
   preigne peur des dmonstrations et prparatifz du dict duc, car
   il la veult bien asseurer qu'il n'a aulcun commandement de luy
   nuyre, ny d'attampter, pour quelque occasion que ce soit, rien
   par armes contre elle; et qu'au reste le dict dom Francs luy a
   descouvert que c'est Mr le Nonce, qui est en France, qui a envoy
   icy la bulle  l'ambassadeur d'Espaigne pour la publier.

   Duquel acte du dict dom Francs plusieurs seigneurs et gens de
   bien de ce royaulme se sont fort escandalizez, et les aulcuns se
   sont confirms en une opinion, laquelle ilz avoient desj
   conceue, que les ministres du Roy d'Espaigne vont procurant vers
   ceulx cy, et partout o ilz peuvent, la continuation de la guerre
   de France; et que, voyantz le faict de la Royne d'Escoce, de
   laquelle ilz s'estoient desj promiz et l'aliance, et le filz, et
   le royaulme, et le tiltre d'Angleterre, se conduire meintennant
   au nom et soubz la faveur du Roy, qu'ilz le veulent traverser; et
   qu'ilz sont jalouz de ce que aulcuns seigneurs de ce royaulme se
   monstrent bien affectionnez  Leurs Trs Chrestiennes Majestez,
   qui est ung propos qu'on m'a tenu, prsent Mr de Poigny, auquel
   je rserve d'en fre entendre le surplus  Leurs Majestez,  son
   retour; et adjouxteray seulement icy une preuve, que le duc
   d'Alve nous a donn de son intention en ce [qu'ayant le Pape
   envoy, par la banque d'Anvers, douze mil escuz, pour les
   gentishommes fuytifz d'Angleterre, il a conseill qu'on ne leur
   envoye ny tout, ny partie de la somme, tant qu'ilz seront en
   Escoce, et par ce moyen il a interrompu le dict secours.]

   Il est bien certain que, jouxte ceste communication grande
   d'entre dom Francs et le dict Sr Norrys, ceste Royne a naguires
   escript une bonne lettre au Roy d'Espaigne, laquelle le dict dom
   Francs a prins en sa charge de la luy fre tenir, et une aultre
   au duc d'Alve, par laquelle elle l'exorte de vouloir entretenir
   l'alliance d'entre ceste couronne et la mayson de Bourgoigne,
   comme, de sa part, elle la veult entirement conserver: et, quant
   aulx prinses, qu'elle est preste d'y satisfre de sa part, en ce
   qu'il s'y veuille disposer de la sienne, et qu'il veuille
   depputer des personnaiges propres pour en accorder, qui ne soyent
   de ceulx qui veulent troubler ce royaume, ainsy que
   l'ambassadeur, icy rsidant, et ceulx, qui cy devant y ont est
   envoy, se sont esforcez de le fre; et que de l'apareil qu'elle
   entend qu'il faict bien grand par mer, il ne veuille rien
   attampter en ses portz, car elle offre toute faveur et seur accez
   en iceulx  la Royne d'Espaigne et  ceulx de sa troupe: tant y a
   que l'ambassadeur d'Espaigne, nonobstant tout cella, ne laysse
   d'estre bien fort offanc contre dom Francs, de ce qu'il a parl
   de la bulle, et desj il en a escript au duc d'Alve.

   J'ay faict sonder, par interpose personne, Mr le cardinal de
   Chatillon et le Sr de Lumbres quel desir ilz avoient  la paix et
    transfrer la guerre hors de France; et voycy ce qui m'a est
   raport des propos du dict sieur Cardinal: qu'il desire
   infinyement la dicte paix, esprant par icelle jouyr de la bonne
   grce de Leurs Majestez et de six vingtz mil {lt} de rante en
   France, en lieu de mille pouvrettez et indignitez, qu'il
   s'esforce de supporter, le plus dignement qu'il peult, en
   Angleterre;

   Que se souvenant que le Roy, et la Royne, et Monsieur, pour
   fermet de l'aultre dernire paix, luy firent l'honneur de luy en
   donner leur promesse de leurs propres mains dans la sienne, et
   que ceulx, qui la leur ont faicte rompre, sont ceulx mesmes avec
   qui ilz ont  conclurre meintennant ceste cy, les cheveulx luy en
   dressent de frayeur;

   Que le Roy a la paix trs ferme et bien asseure, toutes les foys
   qu'il luy playrra,  bon esciant, que ceulx de la religion
   puyssent vivre, en conscience et honneur, soubz la faveur de sa
   protection, en son royaulme;

   Que, de transfrer la guerre ailleurs, c'est ce que son frre,
   Monsieur l'Admyral, a toutjour desir, mais de le fre
   meintennant, et laysser ceulx, qui sont de leur mesmes religion,
   estre cependant massacrez, murdriz et ruinez en leurs maysons, en
   France, par ceulx qui ont la justice et l'authorit et les forces
    la main, ilz sont entirement tout rsoluz du contraire;

   Que, si le Roy les veult recepvoir en sa bonne grce, et leur
   ottroyer la dicte paix et seurt qu'ilz luy demandent, comme 
   ses bons subjectz, et qu'il se veuille servyr de son frre et de
   luy, ilz ont en main de quoy luy fre le plus grand et le plus
   notable service, que sa couronne ny nul de ses prdcesseurs
   ayent receu de deux centz ans en c;

   Qu'il cognoist bien que les Anglois ne cerchent de fre rien pour
   la religion en ceste guerre, ains de travailler la France, et
   qu'il crainct bien que, se faisant la paix, l'on ne le layrra
   sortir, de trois moys aprs, de ce royaulme.

   Quant au susdict de Lumbres, lequel s'intitulle ambassadeur de
   toutz les princes protestans vers ceste Royne, l'on m'a dict
   qu'il desire aussi bien fort la paix de France, et vouldroit que
   la guerre ft desj transfre aulx Pays Bas, et n'eust tenu 
   luy que la descente, que ceulx de la Rochelle dellibroient de
   fre en quelque port de Normandie ou Picardie, si Sores ne ft
   all sur la route des Indes, ne se ft faicte en Olande: et desj
   luy et beaucoup de ceulx de son pays font estat, par ceste paix,
   de se retirer en France, car semble qu'il y ayt mutuelle
   obligation entre les Franoys et Flamans, qui sont de ceste
   religion, de se subvenir les ungs aulx aultres, et de ne cesser,
   qu'ilz ne soyent toutz remiz en leur maysons pour y pouvoir vivre
   en seurt avec l'exercice de leur religion.

   Aulcuns Franoys de la dicte religion, qui sont icy, ne prennent
   nul party, attandans la dicte paix; ou bien, si elle ne succde,
   ilz dellibrent de recourir  la grce et clmence de Sa Majest.




CXXIVe DPESCHE

--du XXXe jour de juillet 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Crainte des Anglais qu'une ligue gnrale n'ait t forme contre
    eux.--Rsolution du conseil de rendre la libert au duc de
    Norfolk, et de lever une forte arme navale.--Armement de la
    flotte.--Mission de Me Figuillem dans les
    Pays-Bas.--Dclaration faite  l'ambassadeur que l'armement de
    la flotte n'a d'autre objet que de rendre les honneurs  la
    reine d'Espagne sur son passage, et de se tenir en dfense
    contre les entreprises que pourrait tenter le duc d'Albe.


     AU ROY.

Sire, s'estant la Royne d'Angleterre aperceue que le mal de son pied
empyroit par le travail de son progrez, encore qu'elle n'allt qu'en
coche, elle s'est arreste  Cheyneys, qui est celle mayson du comte
de Betfort, o je vous ay mand, par mes dernires, qu'elle debvoit
demeurer tout le XXVe et XXVIe de ce moys; mais elle y a sjourn
davantaige, et n'en bougera encores de quelques jours. Ceulx de son
conseil se sont assemblez au dict lieu pour prendre quelque bon ordre
sur aulcunes choses qu'ilz ont veu estre aultres, ou bien avoir aultre
vnement, qu'ilz ne pensoient; premirement, sur la dtention du duc
de Norfolc, par laquelle, au lieu d'en avoir assoupy et retard les
troubles de ce royaulme, ilz cognoissent meintennant que c'est par l
qu'ilz les ont advancez et faict naistre, car auparavant il n'y en
avoit point; et sur la guerre d'Irlande, laquelle ilz cuydoient desj
acheve, ilz ont nouvelles que, despuys naguyres, l'on s'y est bien
battu, et que ceulx du party de la Royne, leur Mestresse, ont heu du
pyre, et que mesmes les saulvaiges monstrent de vouloir passer
oultre, et qu'ilz attandent du secours d'ailleurs; aussi sur le faict
de la Royne d'Escoce, duquel, parce que Vostre Majest le porte et le
favorise, ilz voyent que toutz leurs affres d'Escoce en succdent si
mal qu'ilz sont bien en peyne commant le remdier; pareillement sur
leurs diffrans des Pays Bas, lesquelz viennent meintennant  leur
estre de tant plus suspectz, que, par le pardon gnral publi en
Envers par le duc d'Alve,  vestemens blancz[11], le XVIe de ce moys,
o l'on leur faict acroyre que le prince d'Orange est comprins, et
qu'on a randu ses biens  ses enfans; et aussi par l'accord des Mores
en Espaigne[12], ilz estiment que les affres du Roy d'Espaigne
demeurent si establys en ses pays qu'il n'a rien plus  fre
meintennant que se rescentyr de l'injure, qu'ilz luy ont faicte et 
ses subjectz, ainsy que le duc d'Alve semble d'en avoir l'apareil tout
prest; et encores sur la paix de vostre royaulme, laquelle, de tant
qu'ilz la tiennent desj comme conclue, sans qu'ilz s'en soyent
meslez, ilz craignent que Vostre Majest se veuille de mesmes conduyre
meintennant en icelle vers eulx, comme ilz se sont asss mal dportez
vers vous durant la guerre; mais principallement sur la division et
mal contantement de leurs propres subjectz, d'o ilz prvoyent que,
s'il n'y est, devant toutes aultres choses, pourveu, ce sera de l que
leur viendront les plus dangereuses guerres et les plus grandes
difficultez dont, de tant que la Royne leur Mestresse s'oppose
toutjour bien fort aulx moyens, qu'on luy met en avant, qui tendent
ou  la guerre ou  la despence; aprs avoir bien longuement dbattu
toutes ces matires, ilz luy ont enfin conseill que, d'ung cost,
elle veuille mettre le duc de Norfolc hors de pryson, et que, par sa
libert et par l'ayde qu'il luy pourra fre, elle se tirera aysement
hors des plus apparans dangiers; et dresser, de l'aultre, tout
promptement une bonne arme de mer, qui serviroit de remdier  tout
le reste, sans regarder de si prs  la despence, qu'elle y pourra
fre, qu'elle ne regarde encores plus  la conservation de son estat
et  l'honneur et grandeur de sa couronne.

  [11] Le duc d'Albe dploya, pour la publication de cette
  amnistie, une pompe extraordinaire. Ces mots _vtements blancs_
  se rapportent probablement  quelque particularit des costumes
  employs dans cette crmonie.

  [12] Voir la note ci-dessus, p. 183.

Sur laquelle leur rsolution s'estant la dicte Dame asss collre
contre ceulx, qui l'avoient faicte estre jusques icy trop rigoureuse
contre le dict duc, leur a respondu qu'elle estoit contante de prendre
bientost ung bon expdiant avecques luy, qui ne viendroit toutesfoys
ny d'aulcun d'eulx, ny de toutz ensemble, et dont il n'en auroit 
remercyer que elle seule; et quant  dresser une arme, qu'elle ne se
vouloit opposer  leur conseil, mais seulement les prier qu'ilz
advisassent de n'entreprendre rien qui ne ft bien ncessaire, et qui
ne la mist en plus de peyne qu'elle n'est. Dont, tout sur l'heure, les
commissions ont est dpesches, telles que j'ay cy devant mandes 
Vostre Majest: de dresser une arme royalle de toutz les grandz
navyres de la dicte Dame et de bon nombre d'aultres vaisseaulx
particulliers, et de lever quatre mil maryniers, et tenir prestz huict
mil hommes de pied et deux mil chevaulx; dont, quant aulx navyres et
hommes pour mettre dessus, qui sont maryniers et soldatz tout
ensemble, cella s'excute en toute dilligence; et, dans le Xe du
prochain, j'entendz qu'il sortyra en mer sept grandz navyres des
premiers prestz, les meilleurs  la voyle, avec douze centz hommes
dessus, et les aultres suyvront aprs,  la mesure qu'on les aura
fornys d'hommes et de vivres; car, ilz ont desj tout leur aultre
apareil et fornyment. Mais, quant aulx huict mil hommes de pied et
deux mil chevaulx, l'on ne se haste encores de les fre marcher.

Or, en ce mesmes conseil, a est advis de renvoyer devers le duc
d'Alve maistre Fyguillem, bourgeois de ceste ville, l'ung des
commissaires des prinses, par prtexte de luy aporter une honneste
responce sur l'accord de leur diffrandz, comme ceste Royne le prye
d'y vouloir entendre en quelque bonne sorte, et qu'elle est contante
de reffre le nombre des merchandises et tout ce qui en est dpry et
descheu, despuys le premier inventoire qui en fut faict; ce que
n'estant encores aprochant de la satisfaction, parce que le dict
inventoire ne contient guires bien le tiers des dictes merchandises,
ny que celle moindre partie des deniers qui estoit ez quaysses
merques pour le Roy d'Espaigne, j'ay bien pens qu'il n'y alloit que
pour descouvrir l'intention du dict duc, et  quoy tandoit son
armement, et quelles pratiques menoient les Anglois catholiques, qui
ont naguires pass d'Escoce et d'icy devers luy. Tant y a, Sire, que,
nonobstant cest argument, lequel m'a bien faict juger qu'en leur faict
y avoit plus de peur que d'entreprinse, voyant nantmoins que leur
appareil estoit tel qu'il le falloit avoir suspect, mesmes que nul ne
me savoit asseurer au vray de l'occasion d'icelluy, et qu'ilz ne
cessoient de tretter toutjour d'accord avec le duc d'Alve, j'ay pens
qu'il estoit expdiant de les fre parler; dont ay supli la dicte
Dame et iceulx seigneurs de son conseil que, de tant que j'avois 
vous donner adviz de leur armement, il leur pleust m'advertyr comme
ilz desiroient que je le vous escripvisse, affin d'vitter que, pour
la jalouzie que vous en pourriez avoir, vous ne leur en fissiez
prendre une aultre en vous armant de vostre cost.

A quoy ilz m'ont respondu que je savois bien que le duc d'Alve
faisoit une bien fort grande arme de mer, et encor qu'il leur eust
notiffi par l'ambassadeur de son Maistre, qui est icy, et encores
faict dire  Mr Norrys par celluy qui est en France, que c'estoit
seulement pour conduyre la Royne d'Espaigne et non pour occasion
quelconque, d'o ilz deussent prendre tant soit peu de deffiance de
luy, que nantmoins la dicte Dame luy avoit bien vollu dpescher ung
messaigier pour l'advertyr qu'elle estoit dellibre de mettre aussi
ses navyres en mer, avec sept ou huict mil hommes dessus, pour
accompaigner la dicte Royne d'Espaigne, sa bonne soeur, tout le long
de la mer de son royaulme, avec commandement  son admyral, lequel
yroit luy mesmes en l'arme, de la recepvoir, honnorer et bien tretter
en toutz ses portz et hvres, o luy viendrait  playsir de descendre
et prendre terre: dont me prioient d'asseurer Vostre Majest que, sur
leur vie et honneur, il n'y avoit aultre chose; et que le dict sieur
Admyral ne bougeroit que la responce du dict duc ne ft arrive. Bien
me vouloient dire que aulcuns de leurs rebelles trettoient en secrect
et ouvertement avecques le dict duc, et que les Escossoys se vantoient
aussi qu'ilz auroient bientost ung secours de Flandres; dont se
vouloient trouver prestz  tout besoing.

Voyl, Sire, ce qu'ilz m'ont dict, et en quelle faon ils se sont
descouvertz de la lgation du susdict Figuillem, qu'ilz avoient
toutjour tenue fort secrecte; et comme, soubz dmonstrations
honnestes, ilz se pourvoyent contre les malles intentions les ungs des
aultres. Je observeray le progrez de leurs actions, du plus prs que
je pourray, pour vous en donner toutjour les plus seurs adviz qu'il me
sera possible; et sur ce, etc.    Ce XXXe jour de juillet 1570.




CXXVe DPESCHE

--du VIe jour d'aoust 1570.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Mr de Poigny._)

  Visite de Mr de Poigny  la reine d'cosse.--Audience de cong
    lui est donne par la reine d'Angleterre.--Heureux effet de son
    voyage.--Meilleur traitement fait  Marie Stuart et au duc de
    Norfolk,  qui il est permis de sortir de la Tour pour tre
    gard chez lui.--Remontrances de l'ambassadeur  lisabeth sur
    les nouvelles entreprises faites contre l'cosse.--Excuses
    donnes par la reine.--Rsolution prise de signifier le trait
    aux deux partis en cosse.--Continuation des armemens maritimes
    en Angleterre.--Dclaration du duc d'Albe  Me Fuyguillem
    envoy vers lui par lisabeth.--Arrive  Londres d'un dput
    de la Rochelle.


     AU ROY.

Sire, aprs que Mr de Poigny a heu satisfaict  la visite, que Vostre
Majest luy avoit command vers la Royne d'Escoce, par l'espace de
quatre jours, qu'il luy a est permiz d'estre auprs d'elle, avec ung
infiny contantement et trs grande satisfaction de la dicte Dame, il
s'en est retourn par de; et estant icy, nous avons ensemble
considr que, puisqu'il estoit contrainct de se dporter du surplus
de son voyage en Escoce, parce que la Royne d'Angleterre ne le
trouvoit bon, et que les commissaires escossoys n'estoient point
arrivez, qu'il estoit expdiant qu'il ne temporist plus en ce lieu;
dont sommes allez, le IIIIe du prsent, trouver la dicte Dame 
Cheyneys, o elle est encores. A laquelle le dict Sr de Poigny a faict
entendre, bien  propos, les choses qu'il avoit veues et aprinses de
l'estat de la Royne d'Escoce, et de sa sant, et aussi de son
estroicte garde, et d'aulcunes aultres particullaritez de ses affres,
luy incistant bien fort de luy vouloir ottroyer ung peu plus de
libert qu'elle n'a; et luy ayant au reste ramentu de rechef les
principaulx poinctz de sa charge, avec offre de passer encor en
Escoce, s'il estoit besoing, pour disposer ces seigneurs de dell  la
continuation du trett, la dicte Dame luy a faict plusieurs diverses
responces s quelles, sans luy reffuzer ny accorder aussi tout ce
qu'il demandoit, sinon touchant aller en Escoce, qu'elle luy a bien
ouvertement dny, elle a monstr, au reste, qu'elle vouloit beaucoup
deffrer  Vostre Majest; et, aprs qu'avec de bien honnestes
rpliques, il a heu tir d'aultres secondes et meilleures responces de
la dicte Dame, il a prins cong d'elle. Dont, de tant, Sire, que
Vostre Majest entendra mieulx au long et par ordre de luy, que ne
feroit par ma lettre, tout ce qui s'est pass en son audience, et ce
qu'il y a propos, ensemble ce qu'il y a obtenu, et ce que la dicte
Dame l'a pri de vous dire, je me dporteray de vous en toucher icy
plus avant, si n'est pour vous dire, Sire, qu'encor qu'il ne vous
raporte rsolution de toutes choses, son voyage ne laisse pourtant
d'estre et bien utille, et heureux, puisque par icelluy est advenu que
ceste Royne a commanc de se modrer tant envers la Royne d'Escoce
qu'elle l'a laysse visiter de vostre part et luy a eslargy ung peu sa
libert; et qu'en mesmes temps le duc de Norfolc, qui estoit en
pryson, a est remiz en sa mayson, bien que ce soit encores soubz
quelque garde; qui sont tout prsaiges de quelques bon succez ez
aultres affres de la dicte Dame.

Or de ma part, Sire, ayant heu  remercyer la dicte Dame de la
dclaration qu'elle m'avoit mand fre, que son armement n'estoit
aulcunement dress ny contre Vostre Majest, ny contre vostre
royaulme, et de ce qu'elle avoit monstr se resjouyr infinyement de la
nouvelle, que je luy avois faict entendre, qu'on tenoit en France la
paix pour faicte; et que sur le dict armement elle m'a heu confirm le
mesmes, adjouxtant que c'estoit le duc d'Alve et non Vostre Majest
qui avoit  se doubter d'icelluy, et qu'avec plusieurs parolles, et
par tout aultre semblant, elle a exprim ung trs grand dsir  la
dicte paix, et luy tarder beaucoup que je la luy puysse bien asseurer
de vostre part, j'ay tir le propos  luy parler des choses que nous
avions entendu d'Escoce: comme pour empescher l'effect de l'accord,
qui estoit tant bien commanc, l'on avoit trouv moyen de retarder Mr
de Leviston (qui l'alloit notiffier aulx seigneurs d'Escoce) vingt
deux jours en la frontire de de, et despuys, estant pass en celle
de dell, les adversaires de la Royne d'Escoce ne permettoient qu'il
passt oultre pour acomplyr sa lgation; que cependant le comte de
Sussex avoit envoy solliciter ceulx du party de la Royne d'Escoce de
poser les armes, d'abandonner les rebelles angloys, de ne recepvoir
les estrangiers, et de casser les proclamations, qu'ilz avoient faicte
de l'authorit de leur Royne, pour remettre le faict du gouvernement
du pays en tel estat que le comte de Mora l'avoit layss; et que,
pendant que la dicte Dame se prenoit bien asprement  la Royne
d'Escoce de ce que ses fuytifz trouvoient faveur et retrette en son
pays, c'estoient les mauvais subjectz de la Royne d'Escoce qui
avoient relev une forme d'authorit, en tiltre de rgent, contre et
au prjudice d'icelle en son royaulme, soubz l'adveu et protection des
lettres de la dicte Royne d'Angleterre, qui avoient est leues
publiquement en l'assemble, y assistant maistre Randolf et son agent
par dell; et que le comte de Lenoz,  prsent cr rgent, se vantoit
qu'il auroit tout secours d'elle pour estre meintenu en ceste sienne
nouvelle authorit, et que mesmes le comte de Sussex, en sa faveur,
rentreroit de rechef avecques forces en Escoce, et que l'arme de mer
de la dicte Dame seroit bientost devant Dombertran pour l'assiger;
dont, de tant que, sur ce que je vous avois escript et asseur du
contraire, vous aviez contremand voz forces, qui estoient toutes
prestes en Bretaigne, et vous estiez venu de toutz ces diffrantz 
ung trett d'accord, duquel ne voyez  prsent sortyr nul effect, je
ne pouvois, pour ma justification envers Vostre Majest, que recourir
 la promesse, qu'elle m'avoit faict fre l dessus par les seigneurs
de son conseil, laquelle elle m'avoit despuys confirme en parolle de
Royne et de Princesse chrestienne, pleyne de foy et de vrit; et,
suyvant icelle, la suplyer de vouloir demeurer aulx bons termes du
dict trett et icelluy paraschever, ou bien me dire quelle
satisfaction elle pensoit que j'en debvois donner  Vostre Majest.

La dicte Dame, se voyant fort presse de ce propos, et voyant que
j'estois adverty de toutes les pratiques qui se menoient en Escoce,
s'est efforce de leur donner le meilleur lustre qu'elle a peu,
allguant que ceulx du party de la Royne d'Escoce, pour avoir de
rechef rentr en la frontire d'Angleterre, et avoir dress avec milor
Dacres une bien dangereuse entreprinse sur icelle, si le comte de
Sussex ne l'eust descouverte, et pour avoir, en proclamant l'authorit
de la Royne d'Escoce, dclair ceulx de l'aultre party rebelles,
avoient commanc les premiers de donner occasion  elle de se dpartyr
du dict traict, dont estoit dlibre de ne souffrir plus leurs
attemptatz et de remdier  leurs mauvaises entreprinses.

Je luy ay rpliqu que Vostre Majest ny la Royne d'Escoce n'aviez
rien innov de vostre part, et qu'on ne pouvoit prtendre que ceulx du
party de la Royne d'Escoce eussent aussi peu violler le trett jusques
 ce qu'il leur auroit est lgitimement notiffi; par ainsy, que je
incistois toutjour  l'entretennement et continuation d'icelluy.

Enfin la dicte Dame, laquelle faict grand fondement de sa parolle
jusques  me dire que si je la trouve jamais manquer d'icelle, je la
veuille estimer indigne que je face jamais plus nul office de vostre
ambassadeur vers elle, et les seigneurs de son conseil, ausquelz j'ay
aussi faict la mesme remonstrance, m'ont accord qu'il sera donn
moyen  Mr de Leviston, ou bien  quelque aultre, qui sera
prsentement dpesch d'icy, de pouvoir aller seurement jusques vers
le duc de Chastellerault, et vers les aultres seigneurs du party de la
Royne d'Escoce, pour leur signiffier l'accord encommanc, et les
sommer d'envoyer des depputez pour le continuer et parfaire.

Cependant, Sire, la dicte Dame continue toutjour son armement en fort
grand dilligence, et n'en remect rien pour chose que le duc d'Alve luy
ayt respondu, lequel aussi,  ce que j'entendz, a parl ung peu bien
ferme  maistre Fuyguillem, depput de la dicte Dame, lequel est
revenu despuys trois jours: c'est qu'il luy a dict qu'il prparoit
son arme de mer pour conduyre seurement la Royne, sa Mestresse, en
Espagne, et que rien n'en estoit dress contre les amys et confdrez
de son Maistre, mais bien pour se deffandre et se venger des injures
de ses ennemys; et quant  la pleincte qu'il faysoit que l'ambassadeur
d'Espaigne, icy rsidant, avoit donn des saufconduictz aulz rebelles
d'Angleterre pour passer en Flandres; que le Roy, son Maistre, le
chastieroit s'il avait mal faict, mais que, pour un rebelle anglois
qu'il y avoit en Flandres, il y en avoit cinq centz flamans en
Angleterre: au regard de se contanter de l'accord des merchandises
sellon l'inventoire qui en avoit est faict, qu'il vouloit de sa part
rendre aulx Anglois tout entirement ce qu'il leur avoit faict saysir
et arrester, et qu'ainsy entendoit il qu'il ft de mesmes satisfaict
aulx subjectz de son Maistre. Bien m'a l'on dict qu'il a us  part
d'aultres parolles gracieuses au dict Fuyguillem, qui les mect en plus
grande esprance d'accord que jamais.

Il est arriv, despuys lundy dernier, ung des superintendans des
finances de la Rochelle, nomm le prsidant des comptes de Bretaigne,
lequel on dict estre principallement venu pour trois choses; l'une,
pour adviser le moyen de desdommaiger la Royne d'Angleterre et les
siens des trze ourques de merchandises d'Espaigne, qui furent, ds le
commencement, menes des portz de ce royaulme  la Rochelle, et fre
pour cella, ou pour recouvrer nouveaulx deniers, pour du sel et du
vin, quelque nouveau contract entre eulx; la seconde, pour consulter
avec Mr le cardinal de Chatillon des articles de la paix, et les
notiffier, de la part de la Royne de Navarre,  ceste Royne; la
tierce, pour aporter  la dicte Dame quelques adviz et pacquetz qui
la concernent, lesquelz ilz ont surprins quelque part. Sur ce, etc. Ce
VIe jour d'aoust 1570.




CXXVIe DPESCHE

--du XIe jour d'aoust 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Forces de l'arme navale que l'Angleterre vient de mettre en
    mer.--Crainte qu'lisabeth, rassure contre toute attaque de la
    part du duc d'Albe, n'emploie cet armement  une entreprise sur
    l'cosse.--tat des ngociations au sujet de l'cosse et de
    Marie Stuart.--Conclusion de la paix en France.--Nouvelles de
    la Rochelle et d'Allemagne.--Excution de Felton  Londres;
    continuation des excutions dans le Norfolk.


     AU ROY.

Sire, sellon la bonne communication que j'ay faicte  Mr de Poigny,
pendant qu'avons est ensemble, de toutes choses de de, dont j'ay
peu avoir quelque notice, j'espre qu'il aura donn bon compte 
Vostre Majest non seulement de celles l qui s'y mnent ouvertement,
mais aussi d'aulcunes qui se prsument, lesquelles ne sont encores
qu'en discours; et pareillement de l'estat o sont demeures celles de
la Royne d'Escoce, de faon que je n'auray  toucher icy, sinon de ce
qui a succd despuys son partement; qui est, Sire, que la Royne
d'Angleterre a faict donner une si grand presse  son arme de mer
qu'on l'a rendue toute preste  sortyr, dans le XXe du prsent, en
nombre de XXIX de ses grandz navires, bien artillez et bien garnys de
toutes monitions de guerre, et avitaillez pour trois mois, avec cinq
mil cinq centz hommes dessus et son admyral en personne pour y
commander, oultre ung nombre d'aultres vaysseaulx, que le comte de
Betfort faict quiper en guerre au pays d'Ouest, qui doibvent sortir,
soubz la conduicte de Haquens, et trze navyres des Franoys et des
Flamans, de la nouvelle religion, qui sont attendans en l'isle d'Ouyc.
Quelcung est revenu de la mer sur un batteau lgier, qui raporte avoir
veu, sur la coste de Flandres, envyron cinquante quatre voyles desj
hors des portz, ce qui faict davantaige haster ceulx cy en leur
entreprinse; et les seigneurs de ce conseil ont envoy signiffier, par
deux aldremans de Londres,  Mr l'ambassadeur d'Espaigne qu'il les
veuille venir trouver,  St Auban,  XX mil d'icy, affin de confrer
ensemble; mais ne saichant comme ilz vouldroient user vers luy, il est
en doubte s'il yra.

Je ne descouvre point encores, Sire, que la dicte Dame ayt  nul
aultre effect entreprins cest armement que pour le souspeon du duc
d'Alve, et croy,  la vrit, que cella seul en est la premire
ocasion; mais,  ceste heure, qu'elle a faicte la despense, et que le
duc luy a en plusieurs sortes dclair qu'il ne veult rien
entreprendre contre elle, et aussi n'y a il nul aparance quelconque
qu'il soit pour le fre, ny qu'il divertisse ailleurs son arme qu'
la conduicte de la Royne, sa Mestresse, tant qu'elle soit du tout
descendue en Espaigne, je crains que la dicte Royne d'Angleterre
employe cependant la sienne contre l'Escoce; car de la dresser contre
la France je n'en ay ny indice ny sentyment, mais quelcun m'a bien
dict qu'on la conseille de se saysir de Dombarre, et m'a l'on donn
adviz qu'elle a mand de nouveau au comte de Sussex de tenir mil cinq
centz harquebouziers, six centz corseletz et quatre centz chevaulx,
toutz prestz en la frontire, qui est argument qu'elle espreroit, par
ce secours de terre, facilliter l'entreprinse  son arme de mer; et
que, par mesmes moyen, elle satisferoit au comte de Lenoz, lequel luy
ayant demand une grande provision de deniers pour souldoyer des
Escossoys prs de luy, elle luy a respondu qu'elle ayme mieulx
employer son argent  souldoyer des siens que non d'en acqurryr des
estrangiers; nantmoins j'entendz qu'on l'a tant presse qu'enfin elle
luy a envoy trois mil {lt} d'esterlin, qui est dix mil escuz. De
cecy, Sire, et d'aulcunes conditions asss dures, que la dicte Dame a
naguires proposes, bien qu'en ryant,  Mr l'vesque de Roz, de
vouloir pour sa seurt, en restituant sa cousine, avoir des ostaiges
d'elle, et le Prince son filz, et le chasteau de Dombertran; et luy
ayant le dict sieur vesque respondu que mal aysement se pourroit
tout cella fre, je crains que la dicte Dame se veuille pourvoir, de
bonne heure, d'aulcuns aultres moyens bien contraires  celluy du
trett, que nous avons commanc; mais, nonobstant ceste dmonstration,
nous ne layssons de luy incister toutjour qu'elle doibt demeurer aulx
bons termes du trett, et icelluy paraschever, sellon qu'elle mesmes a
pri Mr de Poigny de vous asseurer, Sire, que, si la Royne d'Escoce
luy faict de bien honnestes et honnorables offres, qu'elle procdera
trs honnorablement envers elle; et, suyvant cella, elle nous a
despuys baill ses lettres pour fre passer sans difficult milord de
Leviston jusques l o le duc de Chastellerault et les aultres
seigneurs du party de la Royne d'Escoce sont assemblez, affin de leur
notiffier l'accord encommanc, et les sommer d'envoyer des depputez
pour ayder  le conclurre; et, par mesmes dpesche, nous avons adverty
les dicts seigneurs de se donner garde des entreprinses de de. Ceulx
qui portent icy bonne affection  la Royne d'Escoce estiment, Sire,
qu'il importe beaucoup que, en parlant  l'ambassadeur d'Angleterre,
et par aultres dmonstrations en Bretaigne, Vostre Majest face
toutjour cognoistre qu'elle desire secourir et remdier les affres de
la dicte Dame.

J'entendz que Mr Norrys a escript, du IIIe du prsent, que la paix
estoit desj conclue dez le premier[13], et qu'il restoit rien plus 
accorder que quelque formalit sur le dsarmer et sur reconduyre les
reytres hors de vostre royaulme, ce qui faict regarder  plusieurs
icy, si Vostre Majest vouldra incister plus fort,  ceste heure, au
restablissement des choses d'Escoce, et s'il en pourra bien sortyr du
diffrant entre la France et l'Angleterre; mais je leur en oste
l'opinion le plus que je puys.

  [13] Cette paix, connue sous le nom de _paix boiteuse et mal
  assise_, parce qu'elle fut ngocie par Mr de Biron, qui tait
  boiteux, et par le sieur de Mesmes, seigneur de Malassise, fut
  conclue  Saint-Germain-en-Laye, le 11 aot 1570. Les articles au
  nombre de quarante-six sont rapports dans l'dit de
  pacification, donn  Saint-Germain, le 15 du mme mois.

Le prsidant venu de la Rochelle est all desj une foys jusques 
ceste court, et m'a l'on dict que,  cause des adviz et des lettres
intercepts, qu'il disoit aporter concernant ceste princesse, elle l'a
vollu ouyr, mais bien fort en secrect. Les depputez aussi des princes
d'Allemaigne ont est ouys une foys, et puys se sont retirez 
Londres. Il semble que leur ngociation demeure en quelque suspens par
le retour d'ung Oynfild, qui vient freschement d'Allemaigne, l'y
ayant, dez le moy de may, ceste princesse envoy pour tretter
d'aulcunes choses fort secrectement avec les dicts princes, et mesmes
a heu grande communication avec l'vesque de Colloigne. La dicte Dame
commance de n'avoir plus si suspecte la diette d'Espire comme l'on la
luy faisoit, puisque le comte Pallatin y intervient. L'on dict que ung
agent du jeune duc des Deux Ponts est venu poursuyvre icy, contre
ceulx de la Rochelle, le payement d'environ quarante mil escuz, qui
furent trouvez ez coffres du feu duc, son pre; lesquelz monsieur
l'Admyral print, avec obligation de la Royne de Navarre et des
principaulx de l'arme, qu'ilz seroient acquittez contantz en
Angeterre. Maistre Felton a est, despuys trois jours, excut devant
icelle mesme porte de l'vesque de Londres, o il avoit affich la
bulle, ayant soubstenu toutjour fort opinyastrment que l'interdict du
Pape sur ceste Royne est juste et juridique. L'on continue aussi les
excutions en Norfolc. La dicte Dame poursuyt son progrez vers Oxfort,
et a vollu que je soys sorty de Londres,  cause de la peste, pour
pouvoir plus librement ngocier avec elle. De quoi, Sire, et du
desloignement de sa court, je crains demeurer moins bien adverty de
beaucoup de choses au villaige que je n'tois  la ville, mais j'y
mettray toutjour la meilleure dilligence que je pourray. Sur ce, etc.
Ce XIe jour d'aoust 1570.

   J'ay faict courir aprs ce pacquet, qui estoit desj dpesch dez
   le matin, pour y adjouxter la rception de voz lettres du IIIIe
   du prsent, qui m'ont est rendues par mon secrtaire, avec la
   bonne et desire nouvelle de la paix; sur laquelle, aprs avoir
   remercy Dieu, et, de rechef, de tout mon cueur trs humblement
   bays les mains de Vostre Majest, j'en yray demain fre la
   conjoyssance  ceste Royne, laquelle,  ce que j'entendz,
   dpesche ung gentilhomme en France, mais ne say encores sur
   quelle occasion.




CXXVIIe DPESCHE

--du XIIIIe jour d'aoust 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais, par Bordillon._)

  Rsolution prise par la reine d'Angleterre d'envoyer Walsingham
    en France.


     AU ROY.

Sire, il y a trois jours que la Royne d'Angleterre avoit dpesch le
Sr de Valsingan pour aller fre aulcuns offices vers Vostre Majest,
et pour les fre en une faon, si la paix estoit faicte, et en une
aultre, s'il trouvoit qu'elle ft encores  fre; dont,  ceste heure,
que j'ay envoy demander audience  la dicte Dame pour la luy aller
annoncer, toute bien faicte et bien conclue, elle m'a mand que je
seray le trs bien venu avec ceste trs bonne nouvelle, et qu'elle a
desj expdi ung sien gentilhomme en France pour vous en aller fre
la conjouyssance de sa part; en quoy je vous suplie trs humblement,
Sire, lui agrer, et gratiffier en toutes sortes ceste sienne bonne et
prompte dmonstration, ainsy qu'elle s'atend bien que, pour avoir
toutjour ouvertement dclair qu'elle la desiroit, et pour s'estre
offerte de s'employer  la fre, et mesmes pour avoir, durant la
guerre, rejett toutes les persuasions qu'on luy a donnes de se
dclairer de l'aultre party, et avoir encores, sur le pourparl de
paix, procd en sorte qu'elle veult bien estre veue d'avoir ayd en
quelque chose  la conclurre, elle se rpute avoir grandement mrit
de vostre amyti. Et j'entendz, Sire, que, par mesmes moyen, elle vous
fera tenir quelque propos du faict d'Escoce, estant le dict de
Valsingan principallement envoy pour notter et comprendre, aultant
qu'il luy sera possible,  quoy, aprs ceste paix, va l'intention de
Vostre Majest, tant sur les choses qui ont pass du cost de ce
royaume durant la guerre, que pour voir en quoy vous persvrez
touchant celles du dict pays d'Escoce et touchant la Royne d'Escoce,
vostre belle soeur; dont j'estime, Sire, que le plus de faveur et de
grattiffication que pourrez monstrer sur celles premires, et plus de
fermet et persvrance ez aultres, sera ce qui plus donra
d'accommodement  vostre service et plus de rputation  voz affres
de de. Icelluy Valsingan est tenu icy pour bien habille homme, fort
affectionn  la nouvelle religion, et trs confidant du secrtaire
Cecille; qui va desj fre ung commencement d'essay en la charge que,
 mon adviz, l'on luy a dsigne d'ambassadeur ordinaire vers Vostre
Majest aprs Mr Norrys. Sur ce, etc.

     Ce XIVe jour d'aoust 1570.




CXXVIIIe DPESCHE

--du XVIIIe jour d'aoust 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par l'homme du Sr de Valsingan._)

  Audience.--Communication officielle donne par l'ambassadeur 
    lisabeth de la conclusion de la paix en France.--Contentement
    manifest par la reine de cette nouvelle.--Vives dmonstrations
    en faveur du roi.--Promesse de la reine de hter la conclusion
    du trait avec Marie Stuart.


     AU ROY.

Sire, le jour de la my aoust, j'ay est porter la certitude de la paix
de vostre royaulme  la Royne d'Angleterre,  Penleparc, qui est
trente deux mil loing de Londres; laquelle a monstr non seulement de
la bien recepvoir, mais d'en vouloir caresser et honorer la nouvelle,
ayant faict parer sa court, et estant elle mesmes pare et
merveilleusement bien en poinct; et m'a,  l'arrive et au retour,
faict mieulx recueillyr et accompaigner que de coustume, et encores me
reconvoyer par des gentilshommes exprs une grand partie du chemyn, de
sorte qu'elle et les seigneurs de son conseil, vers lesquelz j'ay
faict aussi la conjoyssance de vostre part, n'ont rien obmiz de ce qui
se peult monstrer d'extrieur pour donner entendre qu'ilz ont ung trs
grand plsir de cet accord. Mais, pour descouvrir quelque chose de
l'intrieur, j'ay dict  la dicte Dame, en luy prsentant les lettres
et recommandations de Voz Majestez, que Dieu vous avoit faict la grce
de vous donner la paix avecques voz subjectz; et qu'aussitost que vous
l'aviez peu conclurre vous luy en aviez faict la premire part, affin
de luy advancer, devant les aultres princes, voz alliez et confdrez,
l'ayse et le playsir que vous estimiez qu'elle en recepvroit, parce
que, plus que nul de tous eulx, elle avoit toutjour monstr de la
desirer, et mesmes de se vouloir employer  la fre; dont cecy luy
estoit ung trs asseur tesmoignage que vous n'en avez miz rien en
oubly, et que vous luy rendrez la tranquillit de vostre royaulme
aultant utille, comme elle avoit toutjour faict paroistre qu'elle
l'auroit trs agrable.

La dicte Dame, usant de toutes les dmonstrations d'ayse et de
contantement qu'il est possible, m'a respondu qu'elle ne pouvoit asss
 son gr vous remercyer de la faveur, que luy aviez faicte, de luy
advancer ceste bonne nouvelle de vostre paix, ny asss s'en conjouyr
avecques Voz Majestez; et que n'ayant heu moindre desir que vous
mesmes de la voir bien succder, ainsy que sa conscience l'en
faisoit,  ceste heure, estre bien fort contente, et que la certitude
s'en pouvoit encores vriffier par lettres et tesmoings, elle ozoit
bien esgaller l'ayse qu'elle recepvoit d'en entendre la conclusion, 
celluy que Vostre Majest et la Royne, vostre mre, et Messieurs vos
frres, voyre quel que soit de voz propres subjectz, en pouviez avoir;
ce que estant bien confr avec le peu de desir que vous savez que
les aultres princes en avoient, elle vous layssoit  juger si une
premire conjouyssance ne lui en estoit pas deuhe, et pourtant que
vous ne doubtissiez qu'elle ne la receust avec trop plus d'abondance
de playsir et d'affection, qu'elle ne le pouvoit, par parolle ny par
nulle aultre dmonstration, bien exprimer; seulement elle prioyt Dieu
de la vous fre, et  voz subjectz, trs longuement et heureusement
jouyr; et qu'encor qu'on luy eust vollu imprimer que vostre paix luy
seroit ung commancement de guerre, et que vous vous layrriez aisment
aller  l'instigation, que ses ennemys vous feroient, de la luy
commancer sinon directement, au moins par moyens indirectz de la Royne
d'Escoce, qu'elle ne le se vouloit toutesfoys persuader; et vous
pryoit, de tant que vous estiez sur le poinct de vous former une
inpression d'amyti ou d'ayne pour l'advenir, que vous vollussiez
retenir elle et son royaulme, qui ne sont pas des plus grandz mais non
aussi des moindres, au mesmes degr d'amyti qu'elle veult droictement
persvrer vers vous et le vostre; et que, ayant auparavant propos de
vous dpescher le Sr de Valsingan, affin qu'il servyst  quelque bon
effect entour la conclusion de la dicte paix, elle l'y feroit encores
plus vollontiers passer,  ceste heure qu'elle estoit conclue, pour
non seulement vous en aller fre la conjoyssance, mais vous remercyer
infinyement de celle que vous luy en aviez desj faicte.

Je n'ay failly l dessus, Sire, d'user des meilleurs et plus
convenables propos, que j'ay peu, pour mettre la dicte Dame en grande
confiance de Vostre Majest et de vostre royaulme; et, aprs avoir
touch quelque mot du commandement, que me feziez, d'avancer toutjour
les affres de la Royne d'Escoce;  quoy elle m'a respondu en trs
bonne faon et avec nouvelle promesse d'y procder du premier jour,
sellon qu'elle avoit bonnes nouvelles que les seigneurs escossoys des
deux costez s'y vouloient disposer, elle m'a licenci avec tant de
bonnes paroles et dmonstrations de son contantement, et de vouloir
donner toute satisfaction  Vostre Majest, que je craindrois d'en
diminuer la meilleure part, si je m'esforcoys de le vous vouloir
davantaige exprimer: dont la layrray  tant jusques  la prochaine
dpesche d'ung des miens, que j'envoyeray bientost devers Vostre
Majest, par lequel je vous feray amplement entendre toutes aultres
choses. Et seulement, Sire, j'adjouxteray  ce pacquect la lettre, que
la dicte Dame vous escript, oultre celles qu'elle a baill au dict
Valsingan pour Voz Majestez, lequel est desj dpesch, et avecques
luy le sir Henry Coban pour aller saluer, de la part de ceste Royne,
la Royne d'Espaigne au Pays Bas; et croy qu'il passera jusques 
Espire devers l'Empereur. Sur ce, etc.

     Ce XVIIIe jour d'aoust 1570.


     A LA ROYNE.

Madame, j'obmetz, tout  esciant, d'escripre  Voz Majestez par ceste
dpesche beaucoup de propos, qui ont est tenuz entre la Royne
d'Angleterre et moy en ceste dernire audience, pour les vous mander
cy aprs plus expressment par ung des miens; et suffira, s'il vous
playt, Madame, que, en ceste cy, je vous dye, sur la nouvelle que j'ay
annonce  la Royne d'Angleterre de la paix de vostre royaulme, qu'il
ne se peult exprimer ung plus grand ayse que celluy que, en parolle et
en semblant, elle a monstr d'en recepvoir; et croy que, sans la
crainte des choses d'Escoce, que son cueur aussi s'y conformeroit.
J'entendz qu'elle a prins quelque souspeon de ce que les depputez des
Princes n'ont faict rien entendre de ceste dernire conclusion  son
ambassadeur, comme ilz avoient faict les aultresfoys; au moins n'en
avoit il encores rien escript  la dicte Dame, quant j'ay est devers
elle, laquelle en estoit mal contante; et discouroient quelques ungs
l dessus qu'il y pourroit bien rester encores quelque difficult:
tant y a que les choses d'icy ne layssent pourtant de prendre aultre
forme, sur ce que je leur en ay desj dict, mesmes en l'endroict de
l'ambassadeur d'Espaigne, auquel aultrement l'on estoit prest de fre
piz que jamais. J'espre qu'il en ruscyra aussi de l'utillit 
vostre service. Sur ce, etc.

     Ce XVIIIe jour d'aoust 1570.




CXXIXe DPESCHE

--du XXIe jour d'aoust 1570.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Guilliaume Beroudier._)

  Rapport de ce que l'ambassadeur a pu savoir des instructions
    donnes  Walsingham.--Conclusion dfinitive de la paix de
    France.--Instance de l'ambassadeur pour que le roi se prononce
    avec fermet sur les affaires d'cosse.--Effet produit en
    Angleterre par l'assurance que la paix est dfinitivement
    signe en France.


     AU ROY.

Sire, ceste bien asseure confirmation de la paix, qui m'est venue par
les lettres de Vostre Majest du XIe du prsent, avec les articles
d'icelle, qu'il vous a pleu par mesme moyen m'envoyer, ont miz la
Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil hors de tout doubte qu'elle
ne soit  prsent bien conclue et arreste; car, parce que Mr Norrys
leur avoit escript que, de vostre cost, Sire, elle estoit bien
signe, mais qu'elle restoit  signer par Messieurs les Princes et
Admyral, et que Mr le cardinal de Chatillon n'en avoit encores nulles
nouvelles, aussi que de dell l'on mandoit que aulcuns s'y opposoient,
et que le parlement de Paris ne la vouloit en faon du monde
recepvoir, plusieurs ont estim que la matire estoit encores bien
acroche; et le Sr de Valsingan mesmes, quant il m'est venu dire
adieu, n'a sceu tenir son langaige si mesur qu'il n'ayt asss monstr
qu'il estoit dpesch sur telle opinion. Et j'ay despuys entendu que,
l'ayant la dicte Dame faict arrester, lorsque je la suys all trouver,
jusques aprs qu'elle m'auroit ouy, aussitost qu'elle a comprins par
mon rcyt que les depputez estoient de rechef renvoyez avec les dicts
articles vers les Princes, elle l'a soudain faict partyr, sur la
mesme dpesche qu'elle luy avoit desj baille, luy mandant qu'il
n'estoit besoing d'y rien changer.

Or, Sire, ce que j'ay peu descouvrir de sa charge est qu'ayant ceste
princesse l'esprit fort agit de tant de deffiances, que je vous ay cy
devant mandes, et se trouvant mal satisfaicte de ce que ceste
dernire conclusion de paix s'est mene si estroictement que son
ambassadeur a souspeonn y debvoir avoir des conventions qui la
touchoient, puysqu'on les luy tenoit secrectes, elle a advis
d'envoyer cestuy cy tout exprs par dell affin que, trettant avec
ceulx de l'ung et l'aultre party, il puysse juger de quelle
disposition, aprs la dicte paix, se trouvera Vostre Majest et vostre
royaume vers elle et le sien, avec commandement d'accommoder son
parler  l'estat o il verra que les choses seront, et de se conduyre
nantmoins en ce qu'il aura  ngocier avec ceulx de la nouvelle
religion, sellon certain rglement qui a est arrest avec les
depputez, qui sont icy, des princes d'Allemaigne, et dont l'ung d'eulx
est all avecques luy; et de mesler,  ce que j'entendz, parmy
l'aparance d'exorter ceulx de la dicte religion  vostre obyssance,
qu'ilz veuillent bien regarder  l'establissement de ce qui leur sera
promiz pour l'exercice d'icelle et pour l'establissement de la paix,
et que, en ces deux choses, elle et les dicts princes ne sont pour les
habandonner jamais, comme ilz ont encores tout prsentement et auront
toutjour toutes choses bien prestes pour les secourir; leur
remonstrant aussi qu'ilz n'ont asss bien faict leur debvoir d'avoir
obmiz, en l'instruction qu'ilz ont donne  leurs depputez pour fre
ce trett, laquelle a est envoye icy de la Rochelle, et traduicte
incontinent en anglois et imprime  Londres, de n'y avoir faict
quelque honnorable mencion d'elle et du bon reffuge qu'ilz ont trouv
en son royaulme, avec d'aultres particularitez que je suys bien ayse
qu'elles n'arrivent qu'aprs la paix faicte; car possible n'eussent
elles de guires servy  la conclurre.

Et au regard de Vostre Majest, j'entans, Sire, que sa commission
porte que, au cas qu'il trouve les choses non encores bien accordes,
qu'il vous offre toutz les moyens et offices, qui seront cognuz
pouvoir procder d'elle, pour vous ayder  les accorder avec vostre
grandeur, rputation et advantaige; mais s'il trouve la paix desj
conclue, ainsy que, grces  Dieu, elle l'est, qu'il vous en face la
meilleure et plus expresse conjoyssance qu'il pourra, et qu'il vous
exorte, Sire,  l'entretennement et observance d'icelle, avec offre de
tout ce qui est en la puyssance de la dicte Dame pour vous assister
contre ceulx qui la vous vouldroient traverser ou empescher; et vous
prier, au reste, de ne vous laysser jamais persuader du contraire, car
vous ayant elle jusques icy gard ce respect d'avoir rejett toutes
les trs vhmentes persuasions qu'on luy a donnes de se dclairer
contre vous, elle proteste que, par cy aprs, elle ne le pourra plus
fre; et que, si vous entreprenez la guerre contre la religion d'o
elle est, qu'elle employera toutes ses forces, son estat et sa
couronne  la deffance, faveur et protection d'icelle; et qu'elle
entrera en la ligue des princes protestans contre Vostre Majest,
ainsy qu'ilz ont encores icy  ceste heure leurs ambassadeurs pour
l'en solliciter; et avec charge aussi au dict Valsingan de vous fre
entendre, de la part de la dicte Dame, touchant la Royne d'Escoce,
qu'elle ne luy veult aulcun mal, ny veult en faon du monde procurer
sa ruyne, que seulement elle cerche de s'asseurer des guerres et
dangiers, qui luy ont est toutjour imminentz du cost d'elle et de
son royaulme, chose qu'elle estime que ne debvez trouver mauvaise; et
qu'encores, pour l'amour de Vostre Majest, sera elle contante d'user
si honorablement vers la dicte Dame, que ung chacun jugera qu'elle luy
aura la plus grande de toutes les obligations, qu'elle ayt jamais heue
 personne de ce monde.

Qui est tout ce, Sire, que j'ay aprins de la dpesche du dict
Valsingan, et ne say encores s'il y a heu rien de plus ou de moins,
ou de chang despuys; dont je suplie trs humblement Vostre Majest de
gratiffier si bien  la dicte Dame ses bonnes parolles que ses
intentions en puyssent toutjour devenir meilleures, car aussi estime
elle vous avoir beaucoup oblig de ne vous avoir faict sentyr tant de
mal et d'empeschement, de son cost, comme l'on l'a bien incite et
conseille de vous en fre.

Au regard, Sire, des choses d'Escoce, encores que la dicte Dame ayt,
de rechef, trs expressment donn parolle  Mr de Roz de procder au
trett, aussitost que les depputez d'Escoce seront arrivez, car
plustost n'y veult elle nullement entendre; nantmoins, de tant que je
suys seurement adverty que le comte de Sussex, lequel a encores des
forces en la frontire, et le secrtaire Cecille mnent des pratiques,
et croy que [c'est] sans le sceu de la dicte Dame, pour tirer la
matire en longueur et pour fre rentrer de rechef les Anglois en
Escoce au secours du party du rgent, qui se trouve le plus foible; il
sera le bon playsir de Vostre Majest d'en parler en telle sorte aulx
ambassadeurs de la dicte Dame qu'ilz cognoissent que vous incistez,
Sire, trs fermement  la continuation et accomplissement du trett et
 l'entretennement de ce qui en est desj arrest; ou autrement que
vous n'estes pour manquer de secours  ceulx de voz allys qui ont
recours  vostre protection, et faveur. Et sur ce, etc.

     Ce XXIe jour d'aoust 1570.


     A LA ROYNE.

Madame, ce peu de temps qui a pass, despuys la premire nouvelle de
la conclusion de la paix, laquelle Voz Majestez m'escripvoient du
IIIIe du prsent, jusques  la confirmation que j'en ay prsentement
reeue, qui n'est que six jours entre deux, nous a donn  dicerner
ceulx qui desirent icy vritablement la paix de vostre royaulme, et
l'establissement de vos affres, d'avec ceulx qui n'en cerchent que le
perptuel trouble et la diminution de vostre grandeur; et n'en est
l'affection de la religion aulcunement la reigle, car plusieurs
catholiques et plusieurs protestans meslez ensemble, bien que par
divers respectz, monstrent d'en estre trs marrys, et de mesmes
plusieurs des deux partys s'en rjouyssent conjoinctement; mais ceulx
sur toutz, s quelz gist toute l'esprance de la religion catholique
en ce royaulme, en font une trs solemnelle resjouyssance, et desirent
la conservation de vostre couronne, et croyent et esprent que
d'icelle a de procder la runyon de l'esglize et le restablissement
de la religion catholique en ceste mesmes isle, aussi bien qu'en tout
le reste de la Chrestient, par les moyens que Dieu vous inspirera,
plus qu'aulx aultres princes chrestiens, puysque  vous, plus qu'
eulx toutz, il vous a faict sentyr combien en est dangereuse et pleyne
de toutz maulx la division.

Les Huguenotz, qui estoient par de, commancent de n'y estre plus si
bien veuz qu'ilz souloient, et n'y peuvent dsormais vivre sans
soupeon. J'entendz que ceulx, qui estoient pirates, se vont peu  peu
retirant, et Clment Joly, ayant rduict tout son quipage  deux bons
navyres, s'en va avec Haquens, qui dresse une flotte pour retourner
aulx Indes. Ceulx cy ont desj miz dehors six de leurs grandz navyres,
soubz la conduicte de maistre Charles Havart, filz de milord
Chamberlan, lequel commandera en l'arme parce que l'admyral est
mallade, et y en mettront encores quatre dans ceste sepmayne, mais ilz
ne donnent grand presse aulx aultres vingt navyres, parce qu'ilz ont
adviz que l'apareil du duc d'Alve ne peult estre prest, jusques
envyron la St Michel, bien qu'ilz savent qu'il est all desj
recuillyr la Royne, sa Mestresse,  Nimegen. Maistre Henry Coban
s'apreste toutjour pour l'aller saluer, de la part de ceste Royne, et
avecques luy s'en retourne par dell le mesmes merchant depput sur le
faict des merchandises, nomm Fuiguillem, qui en est naguires revenu;
et sur ce, etc. Ce XXIe jour d'aoust 1570.




CXXXe DPESCHE

--du XXVIe jour d'aoust 1570.--

(_Envoye jusques  la court par La Bresle, chevaulcheur._)

  Assurance de l'ambassadeur que l'armement des Anglais n'est pas
    dirig contre Calais.--Recommandation qu'il fait de se prmunir
    nanmoins en France contre toute surprise.--Instance de la
    reine d'cosse pour obtenir du roi un secours efficace; sa
    conviction qu'lisabeth ne veut pas lui rendre la
    libert.--Nouvelles des Pays-Bas.


     AU ROY.

Sire, je n'ay trouv nouveau l'adviz, qu'on vous a donn, de
l'entreprinse de ceulx cy sur Callais, car je pense en avoir mand
quasi aultant  Vostre Majest par le Sr de Sabran, sur le
commancement de juillet, et vous avoir dez lors particullaris quant,
commant, et en quel lieu, ilz avoient propos de fre leur descente,
mais que bientost aprs ilz avoient chang de dellibration, parce
qu'ilz avoient jug que ce seroit attacher une grosse guerre, de
laquelle ilz n'avoient ny rien de bien prest pour la commancer, ny nul
moyen de la meintenir, sinon par noz troubles, lesquelz ilz voyoient
desj incliner  la paix; et aussi qu'il m'advint lors de toucher ung
mot  quelcun des leurs de ce que j'en avois senty, et en mesmes temps
Mr de Gordan saysyt des armes qu'on pourtoit  Callais, dont
estimrent que le tout estoit descouvert, de sorte que leur prsent
armement ne monstre qu'il soit  nul aultre effect que pour tenir la
mer, sans pouvoir mettre gens en terre, ainsi que, pour en esclarcyr
davantaige Vostre Majest, je renvoye ce mesmes courryer pour vous en
aporter l'estat, tel que je l'ay peu recouvrer, duquel encores il s'en
fault beaucoup qu'il soit ainsy bien prest, comme le dict estat le
porte; et ne le pourront avoir si soubdain faict plus grand, ny lev
les gens de guerre que n'en soyons, de quelques jours devant,
advertys. Nantmoins, Sire, ayant premirement descouvert qu'ilz ont
heu intention de tenter quelque chose sur le brullant desir de
recouvrer Callais, et les voyant  ceste heure (bien que pour aultres
fins) estre en armes, j'ay adverty Mr de Gordan, et les aultres
gouverneurs de vostre frontire, de se tenir sur leurs gardes; et ay
supli Vostre Majest, comme je la suplie encore trs humblement, de
leur mander de rechef qu'ilz ayent  se monstrer si prparez et
pourveuz qu'ilz facent perdre  ceulx cy toute l'ocasion et la
vollont, qu'ilz pourroient avoir, d'y rien entreprendre.

La Royne d'Escoce renvoye ung serviteur du Sr Douglas en France,
auquel elle a commiz une dpesche pour Vostre Majest; et croy, Sire,
qu'elle vous persuade de tout son pouvoir, que, touchant sa libert et
restitution, vous ne vous en veuillez plus attandre  ce que la Royne
d'Angleterre vous en fera dire ou promettre, car elle pense avoir
asss d'aparans argumens pour juger que l'intention de ceulx, qui
guydent les conseilz de la dicte Dame, n'est aulcunement d'y entendre,
ains de s'opiniastrer, de plus en plus,  sa dtention et  luy fre
perdre son estat; ainsy que, despuys le commancement du trett, ilz
ont, soubz main, faict crer le comte de Lenoz rgent en Escoce, et se
prparent  ceste heure d'y envoyer gens, argent et tout aultre
secours pour le maintenir; en quoy la dicte Dame me prie que, quoyque
ceulx cy me puissent dorsenavant allguer, je ne vous veuille plus
entretenir en aulcune esprance du dict trett; ains que je vous
suplye trs humblement, Sire, d'aller au devant de la malle
entreprinse qu'ilz ont sur elle, premier qu'ilz l'ayent du tout
ruyne, et premier qu'ilz ayent achev de vous oster une telle allye,
et l'alliance, et les allyez que vous avez en elle, son royaulme et
ses subjectz. Dont semble bien, Sire, que, ayant Vostre Majest port
jusques icy, par voz vertueuses parolles et bonnes dmonstrations,
beaucoup de faveur aulx affres de la dicte Dame, lors mesmes que les
vostres sentoyent plus d'empeschement, que, grces  Dieu, ilz ne font
 ceste heure, s'il vous playt d'en user meintennant de semblables, ou
ung peu de plus expresses, et les fre sonner au Sr de Valsingan,
avant qu'il s'en retourne, qu'elles seront de bien fort grand moment
pour meintenir la cause de la dicte Dame, jusques  ce que y puyssiez,
 bon esciant, adjouxter les effectz. Mais affin, Sire, que voyez
plus clayrement quel il y fera, je vous manderay, du premier jour, par
le Sr de Vassal, le plus particulirement que je pourray, l'estat de
toutes choses d'icy, et ce que la Royne d'Angleterre m'aura respondu
sur le faict de son armement; laquelle je vays prsentement trouver.

Et ne vous diray davantage, Sire, sinon que le jeune Coban s'apreste
toutjour pour passer en Flandres, et ne me suys tromp du jugement,
que j'ay faict, qu'il yra jusques  Espire, dont je mettray peine
d'entendre quelque chose de sa commission. La nouvelle de la paix de
vostre royaulme a est utille  l'ambassadeur d'Espaigne; car, oultre
qu'elle est cause qu'on ne l'a resserr, l'on luy a despuys faict
beaucoup de favorables dmonstrations. Il est vray qu'on a envoy
surprendre, jusques dans le port de Bergues en Flandres, le docteur
Estory et ung maistre Parquer, toutz deux Anglois catholiques, qui
estoient l depputez par le duc d'Alve sur la visite des merchandises
d'Angleterre pour les confisquer, et les a l'on transportez par de,
et tout incontinent miz dans la Tour de Londres; en quoy l'on a
manifestement violl la franchise des Pays Bas, chose qu'on ne peult
croyre que le duc d'Alve puisse aulcunement dissimuler. Sur ce, etc.

     Ce XXVIe jour d'aoust 1570.




CXXXIe DPESCHE

--du Ve jour de septembre 1570.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Vassal._)

  Audience.--Plainte de l'ambassadeur au nom du roi, qui est averti
    que l'armement de la flotte d'Angleterre est destin  une
    entreprise sur Calais.--Vive protestation de la reine qu'elle
    n'a jamais eu un pareil projet, et qu'elle n'a d'autre
    intention que de repousser les attaques, qui pourraient tre
    diriges contre elle.--Demande d'explications sur les armemens
    faits en Bretagne.--Dbat sur les dlais apports  la
    conclusion du trait concernant Marie Stuart.--Nouvelle
    invasion des Anglais en cosse. _Mmoire._ Discussions des
    Anglais sur la paix de France.--Leur crainte qu'une ligue
    gnrale ait t forme contre eux.--Changement de conduite
    d'lisabeth  l'gard de l'ambassadeur d'Espagne.--Dispositions
    prises pour viter une attaque de la part du duc
    d'Albe.--Rsolution de faire sortir la flotte pour rendre
    honneur  la reine d'Espagne, et se tenir prte au besoin 
    livrer bataille.--Ngociations d'lisabeth en
    Allemagne.--Nouvelles de la dite.--_Mmoire secret._ Assurance
    donne parle duc de Norfolk, depuis sa mise en libert, qu'il
    reste dvou  la reine d'cosse.--Ncessit d'imposer  la
    reine d'Angleterre un dlai, dans lequel le trait avec Marie
    Stuart devra tre conclu.--Utilit de faire quelque changement
    dans la garnison de Calais.--Projet d'une entreprise du roi
    d'Espagne sur l'Angleterre: insistance faite auprs de Marie
    Stuart pour qu'elle s'abandonne entirement au duc d'Albe du
    soin de sa restitution.--Disposition d'lisabeth  renouer la
    ngociation de son mariage avec l'archiduc Charles.--Avis d'une
    correspondance entretenue avec l'Angleterre par quelqu'un qui
    approche le duc d'Anjou.--Nouvelles rpandues  Londres sur les
    projets du roi.


     AU ROY.

Sire, estant la Royne d'Angleterre en une mayson esquarte dans les
boys,  quarante cinq mil de Londres, qui s'apelle Vuynck, elle m'a
mand dire que, si l'affre dont j'avois  luy parler estoit hast, je
vinsse prendre ma part de l'incommodit du lieu o elle estoit; mais,
si ce n'estoit chose presse, qu'elle me prioyt d'attandre jusques au
VIIIe jour ensuyvant, qu'elle se randroit prs d'Oxfort, en la mayson
de Mr de Norrys, qui seroit plus commode. Et comme elle a entendu que
je ne vouloys temporiser, et que j'estois desj prez du dict Vuynck,
elle a envoy trois gentishommes pour me conduyre, non en la mayson o
elle estoit, mais en une fueille, qui lui estoit prpare pour tirer
de l'arbaleste aulx dains dedans les toilles; auquel lieu elle est
venue bientost aprs, grandement accompaigne, o m'ayant, avant
descendre du coche, et aprs en estre descendue, fort favorablement
receu, premier qu'elle se soit divertye  la chasse, m'a demand des
nouvelles de Voz Majestez.

Et parce qu'on m'avoit dict que le Sr de Vualsingan, touchant son
voyage en France, luy avoit escript qu'il trouvoit le monde par dell
mal contant de la paix, je luy ay bien vollu dire, Sire, que Vostre
Majest estoit venue  Paris en sa court de parlement pour y fre bien
recepvoir les articles de la dicte paix, lesquelz y avoient est
acceptez avec ung grand consentz de tout ce snat, et que de l vous
en estiez all randre grce  Dieu en la grand esglize de Nostre Dame,
et solemniser la feste de la my aoust; et que, le soir, estiez all
prendre le souper en l'hostel de ville, pour mieulx establyr le repoz
entre ce grand peuple, lequel a accoustum de servyr d'exemple aulx
autres villes voysines; et que vous estiez aprs  regarder
principallement  deux choses: l'une, de bailler argent aulx reytres
et estrangiers, au premier jour de septembre, affin de les chasser
eulx, et le trouble et malheur, hors de vostre royaulme; et l'aultre
estoit de jouyr heureusement de ceste paix, premirement avec voz
subjectz, et puys avec les princes voz voysins, allyez et confdrez,
chose qui estoit bien conforme  ce qu'elle m'avoit pri dernirement
de vous escripre: (que vous vollussiez conserver l'amyti des princes
voz voysins, comme je la pouvois bien asseurer que vous la vouliez
conserver droicte et entire envers elle, aultant qu'avec nul prince
de vostre alliance); mais qu'il y avoit ung aultre ambassadeur, lequel
je ne cognoissois point, qui vous avoit advis, Sire, de penser tout
aultrement d'elle en vostre endroict, et qu'elle avoit fermement
rsolu de vous fre bientost la guerre; dont je remercyois Dieu que la
vigillance de celluy l m'eust relev de la plus notable infamye, o
gentilhomme eust peu tomber, d'avoir miz mon Roy, Mon Seigneur, et ses
affres en ung manifeste dangier, s'il ne vous eust advis d'y prendre
garde, et de vous bien deffandre du cost, duquel je m'esforoys de
vous persuader que vous seriez le moins assailly; bien que je ne
demeurois sans coulpe de m'estre layss endormyr par ses bonnes
parolles, sur ce que m'aviez command d'avoir les yeulx plus ouvertz,
qui estoit l'observance et l'entretennement des trettez.

Sur quoy la dicte Dame, pleyne d'esbahyssement, m'a demand qui ce
pouvoit estre, et que l'infamye tumberoit plus sur elle que sur moy,
et qu'elle esproit de nous en descharger si bien toutz deux que la
honte en demeureroit  celluy qui la nous vouloit fre.

J'ay suyvy  luy dire que je luy en communiquerois, au long et au
plain, tout ce que Vostre Majest m'en escripvoit, affin de procder
ainsy clairement vers elle, comme j'avoys faict jusques icy, et comme
je la suplyois de ne me contraindre d'en user aultrement; car, pour ne
le savoir fre, et pour ne mettre, par ma sotise, voz affres en
dangier, j'aymois trop mieulx d'estre rvoqu, et qu'elle me renvoyt
d'o j'estois venu.

Dont, luy ayant baill l dessus la lettre de Vostre Majest, avec
l'adviz du VIIIe du pass, elle a leu trs curieusement l'ung et
l'aultre; et puys, sans avoir guires pens, m'a dict qu'elle me
feroit en cella une responce franche et pleyne de vrit: c'est
qu'elle prioyt Vostre Majest de croyre que l'adviz estoit tout
entirement faulx, et que, en son armement, elle n'avoit aultre
entreprise que celle, qu'elle m'avoit faict escripre par ceulx de son
conseil, et despuys confirme de sa propre parolle, qui est celle,
Sire, que je vous ay desj escripte; et que, quant il se trouveroit
aultrement, elle vouloit que vous la tinssiez pour descheue du rang de
Vostre Majest, o Dieu l'a constitue Royne lgitime et Princesse
chrestienne. Il est vray que chose semblable, ou peu diffrante, luy
pouvoit avoir est offerte, mais non de six mois en a. A quoy elle
vouhe  Dieu qu'elle n'a jamais vollu entendre, et ne le fera, soubz
tant de bonnes parolles de paix et d'amyti, comme elle m'a pri vous
asseurer de sa part; et qu'elle vouloit bien dire aussi qu'ayant
Vostre Majest procd en bonne faon vers elle sur les affres de la
Royne d'Escoce, qu'elle ne vouldroit que bien user vers vous, et
achever droictement le trett qui est l dessus commanc; mais que si,
pour l'ocasion de la dicte Dame, laquelle vous savez qu'elle luy
tient beaucoup de tort, vous la vouliez ennuyer, (ainsy que le comte
de Betfort luy avoit escript despuys deux heures, du pays d'Ouest, que
Vostre Majest avoit douze navyres toutz prestz et garnys de toutes
monitions de guerre  St Malo, pour les passer en Escoce, et
n'attandoit on plus que les gens de guerre pour les mettre dessus; et
que, d'abondant, vous aviez faict arrester en Bretaigne toutz les
navyres anglois comme en temps de guerre,) qu'elle s'esforceroit de
vous fre tout le pis qu'elle pourroit.

Je rpliquay, Sire, que je mettrois peyne de vous fre bien entendre
sa responce touchant le faict de Callays; et je la prioys de vous en
fre dire aultant par son ambassadeur, affin que peussiez cognoistre
que ce que je vous en escriprois procdoit de son intention, ce
qu'elle m'accorda; et, quant au reste, je la pouvois asseurer que je
ne savois rien de l'apareil de St Malo, mais que je mettrois
toutjours ma vie pour la seurt de la parolle, que vous luy aviez
promise: tant y a que je la suplioys ne trouver mauvais, si, pour
n'estre faulx ny desloyal  Vostre Majest, je vous escripvois,
touchant le faict d'Escoce, qu'elle nous remettoit  un trett, duquel
je n'esprois ny fin ny commancement: car elle n'y vouloit procder
jusques  ce que les depputez des seigneurs d'Escoce seroient arrivez,
et le comte de Sussex empeschoit qu'ilz ne se peussent assembler pour
en eslire quelques ungs; et que la cration de ce rgent, lequel avoit
tout incontinent faict pendre trente trois bons serviteurs de la Royne
d'Escoce, et les aultres rolles qui se jouoyent entre le dict comte de
Sussex et les ennemys de la dicte Dame par dell, me faisoient veoir
qu'on ne tendoit  rien moins que  la paciffication.

A cella la dicte Dame m'a respondu qu'il n'y avoit nul tort de sa part
ny des siens, et qu'elle est toute rsolue de procder au dict trett,
et n'attand sinon une responce de la Royne d'Escoce, laquelle
l'vesque de Roz luy doibt porter dans deux jours, pour, incontinent
aprs, envoyer deux de son conseil devers elle affin de tretter
ouvertement de tout ce qu'elles ont  dmesler ensemble; et que
j'asseure Vostre Majest que, s'il y a nul des siens qui veuille
traverser le dict trett, qu'elle l'en fera amrement repentyr. Et
m'ayant la dicte Dame tenu plusieurs aultres fort gracieulx propos,
tant du prsent des haquenes qu'elle vous veult fre, que de ce
qu'elle a envoy saluer la Royne d'Espaigne et l'Empereur, estant
venue l'heure de la chasse, elle print l'arbaleste, et tua six daims,
dont me fit faveur de m'en donner bonne part; et au prendre cong, me
pria trs instantment de vous donner toute satisfaction d'elle sur le
faict du dict Callais, et luy procurer pareille satisfaction de Vostre
Majest sur ce qu'on luy a dict de St Malo. Sur ce, etc. Ce Ve jour de
septembre 1570.

   Sur la closture de la prsente, est venu adviz comme le comte de
   Sussex est rentr en Escoce, ainsy que luy mesmes l'a escript.
   Nous sommes aprs, icy, d'en demander rparation, et Vostre
   Majest y pourvoirra, s'il luy playt, par dell.

   OULTRE LE CONTENU DES LETTRES, le dict Sr de Vassal dira, de ma
   part,  Leurs Majestez:

   Qu'on juge icy diversement de la paix de France, car les ungs
   disent que le Roy l'a faicte ainsy que monsieur l'Admyral l'a
   vollue, luy laissant, aprs l'avoir veincu, plus d'exercice de sa
   religion qu'il n'avoit auparavant, et toulz les estatz et villes
   qu'il a demand: les aultres, au contraire, disent que le dict
   sieur Admyral s'est layss aller aulx promesses du Roy, et qu'il
   s'est condescendu aulx plus honteuses et dommaigeables condicions
   de paix qu'il se pouvoit fre, ayant layss perdre les
   principalles esglizes, que ceulx de sa religion eussent ez bonnes
   villes du royaulme, pour se contanter de quelques meschantz
   faulxbourgs; et d'avoir soubmiz, de rechef, eulx et leurs biens
   aulx parlemens, lesquelz leur sont capitalz ennemys; et d'avoir
   accord au Roy le quint de leur revenu pour payer les reytres,
   dont beaucoup de Catholiques et de Protestans estrangiers, et
   mesmement ceulx, qui n'ayment ny la grandeur ny l'establissement
   du Roy, arguent par l qu'il y doibt avoir quelque secrecte
   convention contre les estatz voysins; et descouvrent qu'en leur
   cueur ilz sont marrys de la paix de France, et qu'ilz la
   craignent.

   Mais d'aultres plus modrez, qui en dsirent la conservation,
   jugent tout librement que nul moyen plus heureux, ny plus
   prudent, ny plus conjoinct d'honneur avec proffict, se pouvoit
   trouver au monde, que cestuy cy de la paciffication; par laquelle
   le Roy a regaign l'obyssance de ses subjectz, et eulx la bonne
   grce sienne, et toutz ensemble chass le trouble et le malheur
   hors du royaume.

   Et,  ce propos, la Royne d'Angleterre m'a dict que quelquefoys
   ung prince pouvoit bien avoir fort bon droict sur un estat, qui
   pourtant ne le jouyssoit pas, et que, hormiz le titre, il estoit
   toutjour en peyne ou d'en conquerre ou d'en deffandre tout le
   reste; et par ainsy que le Roy a conquiz, par ceste paix, le plus
   beau royaulme de tout le monde; lequel auparavant il ne possdoit
   pas, et dont nul aultre que le sien n'eust peu si longtemps
   suporter les maulx de la division, sinon avec la mutation ou avec
   la ruyne entire de l'estat, dont elle le conseille de ne le
   mettre plus en hazard.

   Nantmoins monstrans aulcuns des principaulx du conseil de la
   dicte Dame qu'ilz craignent meintennant la dicte paix, ilz
   donnent  cognoistre qu'ilz ne la desiroient pas; et mesmes ung,
   qui sayt asss de leurs secretz, a raport qu'ilz ont dict que,
   si leur entreprinse de Picardie n'eust point est descouverte, et
   que je n'en eusse rien senty, ou bien que monsieur l'Admyral eust
   peu conduyre son arme vers la frontire du dict pays de Picardye
   ou Normandie, ilz luy eussent bien donn moyen d'vitter
   l'honteuse paix qu'il a faicte.

   Et despuys la conclusion d'icelle, ceulx de ce pays n'usent de si
   familire conversation avec les Franoys de leur mesmes religion,
   comme ilz faisoient auparavant, et ne leur layssent nulz
   marinyers anglois dans leurs vaysseaulx, bien qu'ilz n'en ayent
   quasi point d'aultres; et seulement vers Mr le cardinal de
   Chastillon ilz monstrent luy porter encores quelque honneur et
   respect, pour l'obliger davantaige  estre ministre de conserver
   la paix entre ces deux royaulmes.

   Et, encor que de certains propos qu'on leur a faict acroyre, qui
   ont est naguires tenuz prs du Roy, au prjudice de ce
   royaulme; et de la rescente mmoire de la bulle, avec la division
   qu'ilz voyent croistre toutjour parmy leurs subjectz; et de
   certaine coppie de lettre qu'ilz pensent avoir recouvert, que le
   duc d'Alve a escripte  Monsieur, frre du Roy, pour l'inciter, 
   ce qu'ilz disent, contre eulx; et de l'advertissement, qu'ilz
   ont, que le dict duc pourchasse, envers l'Empereur, de fre
   mettre en arrest toutes les merchandises d'Angleterre, qui sont
   en Hembourg, pour la rparation des prinses, que les Anglois ont
   faictes en mer sur les subjectz de son Maistre, la dicte Dame et
   les seigneurs de son conseil soyent entrez en de bien grandz et
   divers pensements, nantmoins ilz n'en ont est guires esmeuz
   jusques  la nouvelle de la paix; mais lorsqu'ilz ont veu qu'elle
   estoit conclue  l'honneur et advantaige du Roy, ilz n'ont heu
   rien plus hast que de consulter et dellibrer, tout incontinent,
   comme ilz se pourroyent munyr contre l'orage, qu'ilz craignent
   leur advenir; en quoy ilz ont pens qu'ilz le pourroient divertyr
   par gracieuses ngociations et bonnes parolles, bien que possible
   esloignes de ce qu'ilz ont en intention.

   Et ont commanc de dpescher premier devers le Roy le Sr de
   Vualsingan pour la conjouyssance de la paix, et pour luy donner
   bonne esprance des affres de la Royne d'Escoce, avec le surplus
   de sa commission, sellon que je l'ay mand, en la sorte que je
   l'ay peu descouvrir; bien que la dicte paix leur semble
   formidable parce qu'ilz n'ont est appellez  la fre, et que les
   principaulx, qui guident les conseilz de la dicte Dame,
   s'opinyastrent, de plus en plus,  la dtention de la Royne
   d'Escoce, et  interrompre le trett encommanc, pour fre de
   rechef rentrer les Anglois en Escoce, ainsy que l'empeschement
   qu'on a donn  Mr de Leviston en la frontire, pour crer
   cependant le comte de Lenoz rgent, et la forme de procder du
   comte de Sussex contre ceulx du party de la Royne d'Escoce, le
   tesmoignent; dont le Roy me commandera s'il sera expdiant que je
   tire de la dicte Royne d'Angleterre une rsolue responce sur le
   dict affre.

   Et pour le regard du Roy d'Espaigne, ayans eulx pens de tretter
   plus mal que jamais son ambassadeur, et luy ayant mand par ung
   sien secrtaire que la Royne d'Angleterre ne le tenoit plus pour
   ambassadeur, et faict dire par deulx aldremans qu'il s'en vnt
   trouver ceulx du conseil  St Aulban,  XL mil de Londres, o
   j'ay sceu despuys qu'ilz avoient faict prparer ung logis pour le
   resserrer; l'asseurance de la paix n'est si tost arrive qu'on
   n'ayt chang de toute aultre faon en son endroict, l'envoyant
   visiter avec bonnes parolles et offres d'accord sur les
   diffrans; et luy ont envoy Haquens pour se justiffier de ce
   qu'on luy avoit rapport qu'il dressoit une flotte pour aller aux
   Indes, qui l'a asseur qu'il n'en estoit rien, et qu'il n'avoit
   intention de naviguer en lieu d'o le Roy, son Mestre, peult
   estre offanc. Ilz ont envoy Fuyguillem devers le duc d'Alve,
   et ont dpesch le jeune Coban devers la Royne d'Espaigne, avec
   les plus expresses parolles et les meilleures dmonstrations
   d'amyti, dont ilz se sont peu adviser.

   Et nantmoins, ne se trouvans bien satisfaictz de la responce,
   que le duc d'Alve leur a faicte touchant son armement, parce
   qu'il a faict mencion qu'il estoit dress contre les ennemys, ilz
   ont rsolu de se prsenter en mer, quant la dicte Dame passera,
   et de disposer leurs grands navyres, en sorte qu'ilz luy gaignent
   le vent, (ainsi qu'ilz disent qu'ilz ont cinq ventz qui leur
   servent et qui leur donnent l'advantaige,) et en ceste sorte la
   saluer et luy monstrer toutz signes d'amyti; mais s'il n'est
   prins en ceste sorte de l'aultre part, et qu'ilz ne ressaluent,
   et ne rendent les mesmes signes d'amyti et d'amayner, avec la
   soumission requise, que,  la moindre mauvaise dmonstration
   qu'ilz feront, ceulx cy se tiendront pour provoquez, et
   attacheront le combat. Et y a grande apparance que, si la dicte
   Dame est contraincte, par quelque occasion de temps, de relascher
   par de, qu'elle ne s'en pourra partyr quant elle vouldra, bien
   qu'on luy fera tout l'honneur et bon trettement qu'il sera
   possible; et monstrent ceulx cy estre toutz advertys de l'apareil
   du duc d'Alve et de celluy d'Espaigne, mais ne craindre l'ung
   ni l'aultre; et ont donn charge par tout le pays d'user de
   signalz pour courir aulx portz, au cas que l'on y aborde, affin
   d'en demeurer les maistres.

   Et ont donn charge au susdict jeune Coban, aprs qu'il aura
   visit la Royne d'Espaigne, de passer oultre devers l'Empereur,
   avec lettres, parolles et offres de grande amyti et de grande
   intelligence en son endroict; et pour l'exorter de demeurer en
   bonne unyon avec les princes de l'Empyre; et luy donner compte
   des diffrans des Pays Bas; et aussi,  ce que j'entendz, quelque
   peu des choses d'Escoce; mais surtout de le prier qu'il n'ordonne
   rien en Hembourg contre les Anglois, ny contre leurs
   merchandises; et, affin de le disposer mieulx vers elle, que
   icelluy Coban luy remettra en termes, avec affection, le propos
   du mariage avec l'archiduc son frre, bien que nul se peult
   persuader qu'elle ayt intention de l'effectuer.

   Et cependant, en l'endroict du dict Empereur et des aultres
   princes catholiques, elle faict valoir et se sert de ceste
   lgation des princes protestans, qui ont encores icy leurs
   ambassadeurs; et je les ay faict fort observer, et ay trouv que
   entre eulx y a ung docteur, qui a seul la charge de toute la
   ngociation, et porte seul la parolle, sans en rien confrer aulx
   aultres, personnaige si secret et rserv, qu'on ne peult tirer
   ung seul mot de luy: seulement l'on m'a adverty qu'il a port une
   lettre  la dicte Dame, soubsigne de plusieurs princes, savoir;
   des trois ellecteurs Pallatin, de Saxe, Brandebourg, les premiers
   des lansgraves, aprs et succecifvement d'aultres, jusques 
   douze des principaulx d'Allemaigne; rserv cellui de Vitemberg,
   qui a accept,  ce qu'on dict, pencion du Roy d'Espaigne, et
   qu'en la dicte lettre est faicte mencion de ce que le Roy leur a
   escript de la paix, et la responce qu'ilz luy ont faicte, et
   qu'ilz exortent la dicte Dame d'esprer toutjour bien d'eulx, et
   de s'asseurer que toutz ensemble luy demeureront bien unys en
   affection et intelligence, ainsy qu'ilz le luy ont promiz; et
   qu'ilz n'obmettront rien de ce qui sera requiz pour
   l'establissement de leur religion, et pour la seurt des princes,
   peuples et estatz, qui l'ont receue; et que, sur la dicte lettre,
   il a heu quatre foys confrance,  part, avec la dicte Dame,
   laquelle,  mon adviz, l'entretiendra jusques aprs avoir heu
   responce des aultres princes, car elle ne se veult vollontiers
   obliger  nulle ligue, et ne le fera sinon bien contraincte, de
   tant que les plus grandz frays en auroient  tumber sur sa
   bourse.

   Ce qui s'entend icy de la diette est que les trois ellecteurs ont
   fort suspecte la proposition, que l'Empereur y a faicte, parce
   qu'il leur semble qu'elle tend  leur oster l'authorit des
   armes, et de ne pouvoir fre leves de gens de guerre en
   Allemaigne, et de diminuer la grandeur de celluy de Saxe, par
   prtexte de relever celle de ses cousins; et que le dict Empereur
   finira la dicte diette par tout le moys d'octobre, pour s'en
   retourner avant l'yver  Vienne, non sans en avoir premirement
   indict une aultre; et qu'encores qu'il n'ayt, pour ceste foys,
   procd  la cration du roy des Romains, il a nantmoins si bien
   dress la pratique, que, pourveu qu'il puysse gaigner les trois
   eclsiastiques, dont ne se deffye plus que de celluy de
   Colloigne, il espre qu'il le pourra effectuer, en baillant le
   tiltre de roy de Bohme  ung tiers pour avoir ceste voix
   davantaige aulx suffrages; et n'y obstera plus que le reiglement
   de la bulle dore de n'admettre tant d'Empereurs d'une mesmes
   famille, mais le Pape y dispensera; et semble bien que, cella
   advenant, l'on procdera aussi  la privation du Pallatin, car
   l'on a opinion que, celluy l spar des trois, les aultres deux
   demeureront bien foybles, et que le plus grand soing, qu'ayt 
   prsent le Roy d'Espaigne, est de fre crer son nepveu roy des
   Romains pour la conservation de ses Pays Bas et de ses estatz
   d'Itallye, et qu'il n'espargne peyne, ny argent, ny nul de toulz
   les moyens dont il se peult adviser, pour l'effectuer.

   DIRA D'ABONDANT, A PART, A LEURS MAJESTEZ:

   Que le duc de Norfolc, despuys estre hors de la Tour, m'a envoy
   remercyer des bons offices, qu'il a sentys de ma bonne vollont
   durant sa pryson, lesquelz luy ont est d'un singulier espoir et
   trs grande consolation; et s'asseurant que cella est procd du
   commandement de Leurs Majestez Trs Chrestiennes, il m'a pri de
   leur en bayser trs humblement les mains de sa part, et de les
   asseurer qu'aprs sa Mestresse, il leur demeure trs dvot et
   fidelle serviteur plus qu' nul prince de la terre, et qu'il leur
   recommande toutjour la cause de la Royne d'Escoce, pour la
   restitution de laquelle il veult mettre sa personne, sa vie et
   son bien.

   Il suplie nantmoins Leurs Majestez que l'expcial propos de sa
   dvotion et affection, vers leur service et vers la Royne
   d'Escoce, ne passe plus avant que entre Leurs dictes Majestez et
   Monseigneur, pour le dangier qu'il y a que, s'il estoit sceu de
   deux endroictz, lesquelz j'ay expciffiez au Sr de Vassal, il ne
   luy en advint beaucoup de mal; bien desire qu'en ce que Leurs
   Majestez vouldront parler en leur conseil des gens de bien et
   principaulx de ce royaulme, qui desirent la continuation de la
   paix, et l'entretennement des trettez d'entre la France et
   l'Angleterre, et la restitution de la Royne d'Escoce, qu'ilz luy
   facent l'honneur de le nommer toutjour des premiers.

   Leurs Majestez ont veu de quelle faon j'ay procd ez affres de
   la Royne d'Escoce, et parce qu'il semble adviz  la dicte Dame
   que je me repose trop sur les parolles de la Royne d'Angleterre,
   et que par icelles je pourrois interrompre le bon secours qu'elle
   attend du Roy, elle m'a escript: dont Leurs Majestez, s'il leur
   playt, orront l dessus le dict Sr de Vassal, et me manderont par
   luy comme j'en auray  user, et si le Roy trouvera bon que, de sa
   part, je face instance  la Royne d'Angleterre de restablyr, dans
   ung moys, la Royne d'Escoce en son estat par la voye du trett,
   en s'acommodant entre elles mesmes de leurs diffrans, ou bien
   luy bailler son secours pour estre remise; et,  faulte de ce
   fre, que la dicte Royne d'Angleterre trouve bon que le Roy luy
   baille le sien, soubz bonne seurt qu'il ne portera aulcun
   dommaige ny  la Royne d'Angleterre, ny  son royaulme, ny
   n'usera par mer, ny par terre, vers elle, ny vers les Anglois,
   sinon comme avec bons amys, allyez et confdrez, pourveu qu'ilz
   facent de mesmes.

   Au regard de l'adviz, qu'on a donn au Roy, de l'entreprinse de
   Callais, je pense avoir toutjour mand  Sa Majest ce qui en a
   est ordinairement propos  ceste Royne et  son conseil,
   despuys que je suys par de, et les choses n'en sont pas passes
   plus avant. Il est vray que milord Coban, despuys le XVe d'aoust,
   a faict entendre  la dicte Dame que, si elle veult entretenir
   quelques compaignies, l'espace de deux ou trois moys, toutes
   prestes, en la coste de de, qu'il a promesse d'aulcuns, qui
   habitent dans la ville et territoire de Callais, lesquelz ont
   desj prins argent de luy, de les mettre d'emble dedans la dicte
   ville, et de surprendre Mr de Gordan, et de le luy randre
   prysonnier entre ses mains. A quoy la dicte Dame a respondu que
   son advertissement venoit tard, de tant que la paix estoit desj
   conclue en France; et qu'il fauldroit rompre toutz les trettez et
   commancer,  ceste heure, qui est bien hors de sayson, une grosse
   guerre; en quoy je suplie trs humblement Sa Majest de regarder
   s'il sera bon que la garnyson du dict Callais soit change,
   puisque les choses en sont en cest estat.

   Touchant l'intention, que le Roy d'Espaigne a sur les choses de
   ceste isle, il se descouvre, de plus en plus, qu'il dellibre d'y
   fre quelquefoys ung essay, quant il en aura le moyen; car il a
   mand  son ambassadeur qu'il entretienne les plus vifves qu'il
   pourra, les bonnes intelligences qu'il a dans le pays, et que,
   quant bien on le vouldroit renvoyer, qu'il ne bouge en faon du
   monde de sa charge, jusques  ce que tous les diffrans de ces
   prinses soyent vuydez; et, quant au faict de la Royne d'Escoce,
   que le duc d'Alve a commandement rsolu de la secourir, mais ne
   dict en quelle faon; seulement le dict ambassadeur inciste
   qu'elle se veuille mettre ez mains du dict duc, et que, sans
   doubte, il pourvoirra  ses affres et  sa restitution.

   La Royne d'Angleterre, vivant en trs grand deffiance du Roy
   d'Espaigne, et en peu de confiance du Roy, a mand  l'Empereur
   que, si l'archiduc Charles veult passer en Angleterre, qu'il y
   sera le trs bien venu, et que n'estant demeur la conclusion de
   leur mariage que sur le diffrand de la religion, elle espre que
   ses peuples luy accorderont l'exercice de la catholique  luy et
    sa mayson trs vollontiers, en contemplation de ce mariage. Et
    quoy que aille ce jeu, car quelques ungs l'extiment plein de
   tromperie, la dicte Dame commance de publier qu'elle assemblera
   bientost ung parlement pour cest effect; et, en la dernire
   audience, elle m'a dict qu'elle n'avoit nul aultre regrect, sinon
   de n'avoir pens  sa postrit, et comme je luy respondiz qu'il
   y avoit encores asss temps: Je crains, dict elle, que mon temps
   ayt emport la vollont  ceulx qui y eussent vollu prtendre.

   Il y a ung certain personnaige prez de Leurs Majestez et de
   Monseigneur, qui escript asss souvent au secrtaire Cecille par
   aultre voye que celle de Mr Norrys, et naguires luy a envoy
   deux lettres, lesquelles le Sr Espinolla et Fortivy luy ont
   bailles, par o il s'esforce merveilleusement de broiller les
   matires par de, et aigrir ceste princesse, et la mettre en
   grand deffiance du Roy; mais le plus souvant il luy reprsente
   des motz et des propos, qu'il dict que Monsieur a tenuz contre
   elle, tant en sa chambre que en ses repas: et, en toutes sortes,
   celluy l se monstre si malicieulx que ung Anglois, qui a
   communication des dictes lettres, lequel n'ayme pas beaucoup la
   France, mais ne vouldroit pourtant que la guerre se print entre
   les deux royaumes, m'en a faict toucher asss expressment ung
   mot, affin que j'advertisse Leurs Majestez, mesmement Monsieur,
   de fre observer qui peult estre celluy qui faict ung si mauvais
   office prs d'eulx. Il ne se soubscript guires aux lettres,
   seulement il s'est une foys soubsign _Emanuel_. Il y a en son
   cachet ung lyon rampant, et compose asss souvent ses lettres,
   partie en itallien, partie en franoys, et partie en latin. Il
   avoit mand cy devant plusieurs choses, lesquelles, ayant est
   trouves manteuses, on n'y adjouxte grand foy; mais, despuys
   trois moys, ayant faict entendre  Mr Norrys que Leurs Majestez
   le feroient appeller pour luy tenir ung tel et ung tel propos, et
   estant ainsy advenu, il a fort regaign son crdit.

   Il a est escript une lestre de ceste court en la contre, dont
   les chefz m'ont est raportez: c'est que la paix de France a est
   conclue au prjudice et pour aller faire la guerre aulx Pays Bas;
   que le Roy ne prtend plus espouser la fille de l'Empereur, ains
   la soeur du Prince de Navarre, et donner Madame, sa soeur, en
   mariage au dict Prince de Navarre, ayant pour cest effect
   interrompu le propos du Roy de Portugal, et que Mr de Guyse avoit
   prtandu d'espouser Ma dicte Dame, soeur du Roy:  quoy Mr le
   cardinal de Lorrayne luy tenoit la main, dont toutz deux en sont
   mal veuz  la court.




CXXXIIe DPESCHE

--du Xe jour de septembre 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Maladie de l'ambassadeur.--Mission de sir Henri Coban auprs de
    la reine d'Espagne et du duc d'Albe.--Continuation des armemens
    en Angleterre.--Troisime invasion du comte de Sussex en
    cosse; changement apport dans ses rsolutions par la nouvelle
    de la paix de France.--Demande d'une rparation pour cette
    dernire atteinte porte aux traits.


     AU ROY.

Sire, despuys mes prcdantes, lesquelles sont du cinquiesme du
prsent, je n'ay point sorty de mon logis  cause d'une grosse
fiebvre, qui m'avoit desj surprins, quant j'allay trouver la Royne
d'Angleterre  Vuynck, et ce voyage l me l'augmenta bien fort, parce
que je le fiz par ung bien mauvais temps, de sorte qu'il ne m'a est
possible de me ravoyr jusques  ceste heure, que, grces  Dieu, je
commence  me trouver mieulx, et pourray continuer le service de
Vostre Majest comme auparavant; et si, ne l'ay tant intermiz, durant
mon mal, que je n'aye toutjour heu soing de m'enqurir comme alloient
les affres en ceste cour; d'o l'on m'a raport, Sire, qu'on y est
fort attendant de savoir quelle aura est la ngociation du Sr
Vualsingan devers Vostre Majest, ainsy que le sir Henry Coban a desj
mand, touchant la sienne de Flandres, qu'il a est bien veu du duc
d'Alve, et bien fort gracieusement receu de la Royne d'Espaigne, et
qu'elle a monstr tenir grand compte du messaige qu'il luy a faict de
la part de la Royne d'Angleterre, sa Mestresse, et luy a grandement
gratiffi non seulement les bonnes parolles et offres, que la dicte
Royne d'Angleterre luy a mandes, mais encores le voyage qu'elle luy
a command fre devers l'Empereur, son pre; dont, pour ceste
occasion, elle l'a tant plustost licenci avec faveur et avec ung
prsent d'une chayne de quatre centz escuz. Il a mand aussi la belle
distribution et consulte, qui a est faicte, de beaucoup de bienfaictz
aulx seigneurs de Flandres,  l'arrive de la dicte Dame; ce que l'on
estime qui confirmera grandement le pays  la dvotion du Roy, son
mary, et d'elle.

Ceulx cy cependant se hastent de getter dix grands navyres dehors, et
maistre Charles Havart, qui a charge d'y commander, est pass, despuys
trois jours, en ceste ville avec les capitaines et gentishommes qui le
vont accompaigner. L'on dit que, parce que le duc d'Alve a miz douze
navyres en mer pour la conserve de la pescherie, que ceulx cy se
veulent trouver en esgalles forces dans ce canal.

Le comte de Betfort est encores au pays d'Ouest, o a sembl, du
commancement, qu'il n'eust est envoy que pour dresser certayne
flotte, de laquelle je vous ay desj mand que Haquens se prparoit
pour la conduyre aulx Indes; mais s'en estant despuys le dict Haquens
venu excuser envers l'ambassadeur d'Espaigne, et l'asseurer qu'il n'a
point pens en la dicte entreprinse, et ne cessant pourtant le dict
Betfort de fre toutjour armer et quiper vaysseaulx au dict quartier
d'Ouest, je ne puys fre que je ne suplie trs humblement Vostre
Majest d'en fre donner adviz aulx gouverneurs de voz portz et places
de dessus ceste mer; et je mettray peyne d'en fre aussi advertir en
Escoce, car, pour ceste heure, je ne puys descouvrir rien de plus
particullier de la dicte entreprinse; seulement, Sire, par un nouvel
adviz qu'on m'a donn, je me confirme en l'opinion, que je vous ay
desj mande, qu'il est expdiant de changer quelque partie de la
garnyson de Callays sellon que Mr de Gordan estimera qu'il se debvra
fre, en la vertu et vigilance duquel ceulx cy cognoissent bien que
conciste grandement la conservation de ceste place.

Le comte de Sussex a escript freschement une lettre au comte de
Lestre, en laquelle il s'esforce de fre trouver bon son dernier
exploict en Escoce, encores qu'il l'ayt excut sans le commandement
de ceste Royne ni de ceulx de son conseil, allguant qu'il a estim
importer beaucoup  l'honneur de la couronne d'Angleterre, et bien
fort  sa propre rputation, de ne laysser inpuny ung seul de ceulx
qui ont retir et soubstenu les rebelles de ce royaulme; et qu' la
vrit, il se soucye bien fort peu que la Royne d'Escoce et les siens
se trouvent offancez, pourveu qu'il ayt bien servy  la Royne, sa
Mestresse; mais qu'il a entendu que la paix est conclue en France,
sans que la dicte Royne, sa Mestresse, y soit comprinse, ny sans
qu'elle s'y soit entremise si avant qu'on ayt grand occasion de luy en
savoir grce; par ainsy qu'il crainct que Vostre Majest tourne
meintennant ses entreprinses aulx choses d'Escoce, et qu'il luy semble
que la Royne, sa Mestresse, les doibt accommoder, le plustost qu'il
luy sera possible, avec la Royne d'Escoce, et la restituer par ses
propres moyens, sans attandre que les estrangiers y mettent la main.
Qui est desj, Sire, bon commancement de veoir rprim, par
l'establissement de la paix et de vos affres, le cueur de cestuy cy,
qui monstroit de l'avoir merveilleusement obstin; et le rprimera
aussi, comme j'espre,  plusieurs aultres, qui se dbordoient, 
cause des troubles de vostre royaulme, en plusieurs audacieuses
entreprinses contre vostre grandeur.

Or n'ayant, Sire, pour mon indisposition, peu aller trouver la Royne
d'Angleterre, affin de me plaindre du dict comte de Sussex; et estant
aussi Mr de Roz conseill de n'y aller point, toutz deux avons escript
 la dicte Dame et aulx seigneurs de son conseil, et, pour mon regard,
je leur ay demand, au nom de Vostre Majest, que rayson et rparation
soit faicte des choses attamptes au prjudice du trett, et que la
dicte Dame me veuille mander quelle satisfaction j'auray  donner 
Vostre Majest de ceste dernire expdition du dict de Sussex, et en
quelle intention elle demeure du susdict trett; dont l'on m'a desj
adverty qu'il me sera faict une bien fort bonne responce, aussitost
que le secrtaire Cecille se trouvera ung peu mieulx; lequel, pour
quelque indisposition, n'a oz, il y a plus de six jours, venir en la
prsence de la Royne, sa Mestresse; et maistre Mildmay a est envoy
quryr en dilligence, affin que le dict Cecille et luy, et Mr
l'vesque de Roz s'acheminent incontinent devers la Royne d'Escoce.
Sur ce, etc. Ce Xe jour de septembre 1570.

   Je viens d'estre adverty que le sire Guilhemme Stuart est
   prsantement arriv d'Escoce, de la part du comte de Lenoz; je
   croy que c'est pour mettre quelques mauvais partys en avant: nous
   prendrons garde  sa ngociation.




CXXXIIIe DPESCHE

--du XVe jour de septembre 1570.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Me Lavaur Fron._)

  Sortie en mer d'une partie de la flotte anglaise.--Explications
    donnes par lisabeth sur la rcente expdition du comte de
    Sussex en cosse.--Ncessit de se montrer prt en France 
    porter secours aux cossais.--Message du cardinal de Chatillon
     l'ambassadeur.


     AU ROY.

Sire, lundy dernier, XIe de ce moys, le sire Charles Havart est sorty
en mer avec dix grandz navyres seulement de ceste Royne et envyron
trois mil cinq centz hommes dessus, envitaillez pour deux moys, dont
les huict centz sont harquebouziers; le surplus de l'armement se va
entretennant en petitz appareilz, sans y donner trop grand haste: dont
semble qu'on se contantera d'honnorer le passaige de la Royne
d'Espaigne de ce nombre de dix vaysseaulx, sans en mettre davantaige
dehors; et qu'on tiendra le reste de l'arme preste pour ung besoing,
si d'avanture quelque ocasion survenoit, comme,  la vrit, ceulx cy
ne se peuvent fyer ny aulx parolles ny aulx dmonstrations du duc
d'Alve. Nantmoins ilz ont, despuys la paix de vostre royaulme, chang
de dellibration touchant les choses d'Espaigne, car ayant propos,
commant que ce ft, de renvoyer ou bien de resserrer estroictement
l'ambassadeur d'Espaigne, j'entendz qu'ilz ont meintennant rsolu en
ce conseil de ne parler plus de cella, et que la Royne d'Angleterre se
layssera conduyre  luy permettre de continuer son office vers elle,
si son Maistre le requiert; bien qu'elle ne le peult avoir guires
agrable parce qu'elle estime qu'il a dict et faict aulcunes choses
directement contre elle et contre l'estat de son pays.

Au regard de ce que j'avois escript  la dicte Dame, et aulx seigneurs
de son conseil, de me fre rayson et rparation du dernier exploict,
que les Anglois ont faict en Escoce, la dicte Dame m'a mand que je ne
vouldray estre si inique juge que de condampner l'une des parties sans
l'ouyr; et que je n'imputeray la coulpe de ce faict au comte de Sussex
son lieuctenant, quant j'entendray que milord Herys et aultres, de la
frontire d'Escoce, sont venuz accompaigner en armes les rebelles de
ce royaume pour courre et piller de rechef la frontire d'Angleterre,
et fre de telles insolances qu'ilz ont donn de trs grandes
occasions au dict de Sussex de leur courre sus; choses toutesfoys
qu'elle m'asseure estre advenu sans son commandement et sans
l'ordonnance de son conseil, et en laquelle le dict de Sussex a
procd de luy mesmes, mais avec telle modration qu'il n'a touch
qu' ceulx qui l'avoient provoqu, dont le dommaige n'est pas grand,
et il s'est desj retir; et elle luy a mand qu'il ne passe plus
oultre, parce qu'elle est rsolue de pourvoir par le trett  toutz
ces diffrans, qu'elle a avec la Royne d'Escoce et son royaulme, ainsy
que desj elle a ordonne  maistre Mildmay et au secrtaire Cecille
d'aller, pour cest effect, devers la dicte Dame; et, en ce qu'il
semble que je me voulois atacher  sa parolle et promesse, qu'elle me
veult bien dire que je n'ay heu nulle occasion et ne l'auray jamais de
me plaindre qu'elle ne me l'ayt toutjour randue vritable, me priant
de vous donner l dessus, Sire, ceste mesmes satisfaction de
l'expdition de son lieuctenant, affin que Vostre Majest ne la
preigne en pire part qu'elle n'est. Qui est tout ce que la dicte Dame
et ceulx de son conseil ont respondu  ce que je leur avois escript.

Or, Sire, il semble bien par aulcunes coppies de lettres, que j'ay
veues du dict de Sussex, et par ce que Mr le comte de Lestre m'en a
faict entendre, que ceste entreprinse est advenue sans le sceu de la
dicte Dame, et qu'elle n'en est guires contante; tant y a qu'on ne
dsadvouhe pour cella le dict de Sussex, lequel a son garant en court,
et il a cependant port beaucoup de dommaige d'avoir abattu sept ou
huict maysons nobles et faict le gast partout o il a pass dans le
pays. L'aparance est que ceste princesse veult en toutes sortes passer
oultre au dict trett, meue de l'aprhention du dangier, o il luy
semble qu'aultrement elle va tumber, lequel les ennemys de la Royne
d'Escoce n'ont de quoy le luy pouvoir meintennant effacer; mais ilz la
font opiniastrer  des condicions trop dures, comme d'avoir le Prince
d'Escoce entre ses mains, quelque place et des ostaiges; dont ceulx,
qui entendent bien les affres, estiment que, pour les bien effectuer,
il est requis que la dicte Dame sente vostre secours en Escoce, ou au
moins si prest d'y passer qu'elle ne le craigne moins que s'il estoit
desj par dell.

Je n'ay encores peu savoir quelle est la commission du sire Guilhaume
Stuard, lequel le comte de Lenoz a envoy; bien m'a l'on dict qu'il
asseure que les seigneurs d'Escoce ont desj ordonn quelques depputez
pour venir icy, mais nous incisterons qu'on passe oultre sans les
attandre. Sur ce, etc. Ce XVe jour de septembre 1570.

   Ainsy que je fermoys la prsente, Mr le cardinal de Chatillon m'a
   envoy visiter et dire qu'il avoit est se conjouyr de la paix
   avecques la Royne d'Angleterre, et que bientost il retournera
   prendre cong d'elle pour aller trouver Voz Majestez; mais
   qu'avant partyr il ne fauldra de me venir saluer, comme
   ambassadeur de son Roy et Maistre, et prendre le diner en mon
   logis; et qu'il desiroit bien entendre, comme procdoient les
   choses de la dicte paix en France, parce que plusieurs
   attandoient de le savoir pour s'y retirer. J'ay respondu qu'il y
   avoit asss longtemps que je n'avois point heu de dpesche, mais
   que je savois bien que Voz Majestez donnoient bon ordre que la
   paix prnt establissement et dure, dont vous plairra me
   commander comme j'auray  me gouverner et conduyre envers le dict
   Sr cardinal et aultres Franoys qui sont par de.




CXXXIVe DPESCHE

--du XIXe jour de septembre 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Olivyer Champernon._)

  Nouvelles de la flotte.--Ngociation avec l'Espagne.--Affaires
    d'cosse.--Incertitude o sont les protestans franais de
    savoir s'ils peuvent rentrer en France.--Nouvelles d'Allemagne.


     AU ROY.

Sire, estans sortys les dix navyres de la Royne d'Angleterre soubz la
conduicte de sire Charles Havart, ainsy que je le vous ay mand par
mes prcdantes, ilz se tiennent meintennant parez en la coste de
de, attandans que la flotte de Flandres se mette  la voyle, et
demeurent ceulx cy asss persuadez que le passaige de la Royne
d'Espaigne sera paysible, sans rien attempter en nul de leurs portz;
mais ilz craignent grandement qu'estant arrive par dell, le retour
de l'arme ne soit  leur dommaige, et qu'on n'y embarque des
Hespaignolz pour fre quelque descente en Irlande, ou bien ez
quartiers du North d'Escoce, ou en quelque aultre endroict de ceste
isle, attandu mesmement que milord de Sethon et ung frre du Sr de
Ledinthon sont passez en Flandres, et qu'on dict que le comte de
Vuesmerland et la comtesse de Northomberland sont arrivez devers le
duc d'Alve, et que plusieurs fuytifz de ce royaulme sont en l'arme,
qui va conduyre la Royne d'Espaigne; dont a est miz icy ung nouvel
ordre de tenir si pretz les aultres grandz navyres de ceste Royne
qu'il n'y puysse avoir une seule heure de retardement, quant ilz
seront commandez de sortyr, et ordonn d'augmenter les vivres, qui y
sont ncessaires pour quelque moys davantaige; bien que la dicte Dame
et les seigneurs de son conseil se contantent bien fort des bonnes
responces, que le dict duc d'Alve a faictes au jeune Coban, en ce
mesmement que, luy ayant faict pleincte de l'ambassadeur d'Espaigne,
de ce qu'il avoit ddeign de venir devers iceulx seigneurs du
conseil, et qu' ce moyen l'accord de leurs diffrans avoit est
retard, il luy a respondu que l'ambassadeur avoit quelque rayson de
n'avoir vollu complayre du tout  ce que les dicts du conseil luy
avoient mand, parce qu'ilz avoient us de trop dures formalitez
envers luy, et ne l'avoient, il y a tantost deux ans, trett ny
recogneu pour ambassadeur, et mesmes ceste foys avoient envoy des
aldremans devers luy comme s'il eust est crimineulx; nantmoins qu'il
luy escriproit de ne fre plus de difficult de convenir avec eulx,
toutes les foys qu'ilz le feroient appeller pour tretter des affres
d'entre le Roy, son Maistre, et la Royne d'Angleterre; et ainsy l'a
escript le dict duc au dict ambassadeur, de sorte qu'ilz vont, de
chacun cost, cerchant les moyens de renouer leurs affres et
d'acommoder leurs diffrans.

La malladie du secrtaire Cecille a donn quelque retardement aulx
affres de la Royne d'Escoce; nantmoins l'on avoit desj ordonn 
sire Quainols de s'aprester pour aller avec Me Mildmay devers la dicte
Dame, mais se trouvant le dict secrtaire Cecille meintennant ung peu
mieulx, le voyage luy est rserv; et cependant milor de Sussex a
escript que les seigneurs escouoys, du party de la Royne d'Escoce,
ont tenu une grande assemble sur les choses que nous leur avions
mandes par milor de Leviston, et qu'ilz y ont prins une rsolution,
laquelle ilz envoyent fre entendre  la Royne d'Angleterre par le
dict mesmes Leviston et par aultres leurs depputez, lesquelz il
attandoit du premier jour en la frontire pour leur bailler
saufconduict de passer plus avant. Et mande nantmoins le dict de
Sussex que, en Escoce, l'on ne s'attend guires d'avoir secours de
France; tant y a qu'on m'a dict que madame de Norrys s'est pleincte
grandement  la Royne sa Mestresse de ce que le dict de Sussex est
rentr en Escoce, parce qu'ayant son mary asseur Vostre Majest que
cella ne se feroit point, elle craint que ne vous en preigniez
meintennant  luy, et que ne le faciez arrester et resserrer.

Les Franoys, qui sont icy, se prparent pour retourner toutz en leurs
maysons: il est vray qu'entendans qu' Roan,  Dieppe,  Callais, et
en quelques aultres endroictz, l'on faict difficult de les recepvoir,
il y en a quelques ungs qui demeurent en suspens, dont envoyent devers
moy pour savoir comme ilz en auront  user; et je leur rpond que je
n'ay pas de plus expresse dclaration de vostre intention l dessus
que celle qui est contenue par vostre edict, et que, de ma part, je
ne voy qu'ilz ayent nulle occasion de doubter. Je ne say si cella
sera occasion que Mr le cardinal de Chatillon prendra le chemin de la
Rochelle pour voir, de l en hors, comme il se pourra asseurer de
l'establissement de la dicte paix. Mr le vydame,  ce que j'entendz,
part dans deux jours et va passer ou  la Rye, ou  Callais; et, de
tant, Sire, qu'on donne entendre  aulcuns merchans voz subjectz, qui
poursuyvent encores icy la restitution de leurs biens, que tout le
faict des dprdations est remiz par vostre edict, il vous plairra me
commander ce que je leur en auray  respondre, affin qu'ilz ne facent
dorsenavant la poursuyte en vain.

Il semble que le Sr de Chantonay, escripvant icy  l'ambassadeur
d'Espaigne, luy ayt mand que l'Empereur n'aprouve guires la paix de
France, comme ne l'estimant de dure; et que la diette se prolongera
beaucoup oultre le moys d'octobre; et que les fianceailles de Vostre
Majest se feront avant la Toutz Sainctz, sans toutesfoys qu'on y
attande pour cella la venue de Monseigneur vostre frre, mais plustost
celle de monsieur de Lorrayne; et que, estant le comte Pallatin 
Espire, il a entendu que ses ministres avoient presch publiquement
l'arrianisme  Heldelberc, dont il dellibroit d'aller rprimer une
telle inpit, mais qu'il fauldroit qu'il corriget premier la sienne.
Sur ce, etc. Ce XIXe jour de septembre 1570.




CXXXVe DPESCHE

--du XXIIIIe jour de septembre 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voie du Sr Acerbo._)

  Interruption des armemens.--Mouvement dans le pays de
    Lancastre.--Ngociation de l'vque de Ross.--Confrence de
    l'ambassadeur avec le cardinal de Chatillon.--Sollicitations
    faites auprs de lui par le vidame de Chartres.


     AU ROY.

Sire, l'aprest des vingt navyres, que ceulx cy debvoient jetter
dehors, aprs les dix qui sont desj sortys, se va peu  peu
discontinuant, et les a l'on ramenez de l'embouchure de la rivire de
Rochestre, o desj ilz estoient, jusques  leur arcenal accoustum de
Gelingan, ce qui monstre qu' peyne s'en servyra l'on de ceste anne;
les aultres dix se tiennent toutjour sur la coste prs de Douvres,
attandant le passaige de la Royne d'Espaigne,  laquelle le temps ne
sert aucunement, et ceulx, qui s'y entendent, disent qu' peyne luy
servira il encores de trois sepmaines; et est venu quelque adviz en
ceste court que le Roy d'Espaigne, son mary, luy a mand que, si l'on
voyt que la navigation ne soit bien fort propre et fort seure, qu'elle
attande de se mettre sur mer jusques au prochain printemptz, et que
possible, entre cy et l, il aura faict dessein de la venir trouver
pour visiter ses Pays Bas: ce que possible a donn occasion  la Royne
d'Angleterre de fre cesser son armement. Laquelle aussi, comme
j'entendz, est tumbe en une grande souspeon d'une nouvelle
ellvation qu'on luy a dict qui se prpare au pays de Lenclastre, o
semble qu'elle ayt desj envoy gens pour recognoistre que c'est, et
des secrettes commissions pour y remdier et aprhender quelques uns.

Cependant il nous est venu des lettres de la Royne d'Escoce, par
lesquelles elle mande que les seigneurs d'Escoce, qui sont de son
party, luy ont envoy la dclaration de leur vollont: laquelle est de
fre toutjour ce qu'elle leur commandera, dont Mr l'vesque de Roz est
all devers ceste Royne pour haster sur cella la conclusion du trett;
et j'espre, puysque le secrtaire Cecille est  prsent bien gury,
que luy et maistre Mildmay et le dict sieur vesque s'achemineront
tout incontinent devers la dicte Royne d'Escoce pour y mettre une
bonne fin.

Au surplus, Sire, Mr le cardinal de Chatillon est venu, despuys quatre
jours, prendre son diner en mon logis, et m'a dict que, comme vostre
trs humble subject, il se sentoit tenu, et oblig  vostre service,
de ceste visite qu'il faisoit  vostre ambassadeur; et que ce qui
l'avoit engard de la fre, durant les troubles, estoit que vous
monstriez lors, Sire, de ne prandre  gr, ains d'avoir quasi en
horreur tout ce qui procdoit de ceulx de sa religion; mais  ceste
heure qu'il playsoit  Dieu les fre jouyr du bien de vostre grce, et
de celle de la Royne, et de Messeigneurs voz frres, et qu'il vous
playsoit les tenir au nombre de voz loyaulx et fidelles subjectz, tout
son plus grand soin estoit de vous obyr et complayre, et prier Dieu
pour Voz Majestez et pour Mes dicts Seigneurs voz frres, et fre en
sorte que Dieu et le monde cognoissent que la contraincte demeure,
qu'il a faicte icy, ne l'a randu moins bon franoys ny moins dvot et
fidelle serviteur de vostre grandeur qu'il a est par cy devant; et
qu'il n'a rien oubly de l'obligation naturelle, ny encores de celle
expcialle, qu'il a  Voz Majestez et aulx feuz Roys voz
prdcesseurs; que, puys peu de jours, Messieurs les Princes de
Navarre et de Cond, et Mr l'Admyral, son frre, ont envoy ung
gentilhomme devers ceste Royne, par lequel ilz luy ont escript  luy
de s'en aller  la Rochelle, et qu'ilz s'y rendront le plustost qu'ils
pourront, affin de pourvoir  l'accomplissement des choses qu'ilz vous
ont promises, lesquelles ne se peuvent bien effectuer sans luy et sans
aulcuns principaulx d'entre eulx; lesquelz fault que conviennent
ensemble pour admonester les aultres, ainsy qu'il a desj fort
expressment admonest toutz les ministres, qui estoient icy, premier
qu'ilz s'en soyent retournez, de n'excder en rien qui soit, ny pour
quelconque occasion que puisse estre, voz permissions, ny transgresser
aulcunement voz deffances; et qu'il est besoing aussi que ce soyent
eulx qui, pour donner exemple aulx aultres de contribuer  ce qu'ilz
vous ont promiz de payer, se cothisent les premiers bien largement:
dont dellibroit, dans six jours, aller prendre cong de ceste Royne
pour s'acheminer puys aprs  Ampthonne, affin d'y attandre la
commodit de son passaige, me priant bien fort de fre entendre ceste
sienne dellibration  Vostre Majest avec plusieurs aultres bons
propos, qui seroient trop longs  mettre icy.

Je luy ay respondu, Sire, le mieulx que j'ay peu, sellon que j'ay
estim estre de vostre intention, conforme  la notice que j'en
pouvois avoir par vostre edict, car de plus expcialle je n'en avois
poinct; mais je luy ay principallement incist de vouloir dresser son
premier retour en France devers Vostre Majest, affin de monstrer
qu'il a plus de confiance en vostre bont et parolle que aulx rempartz
des places, qu'on a demandes pour seuret.

A quoy il m'a rpliqu que ce avoit bien est son premier desir, mais,
puysqu'on luy mandoit de se randre ainsy bientost  la Rochelle, affin
de donner forme aulx choses qu'il falloit ordonner,  ce commancement,
pour satisfre  Vostre Majest, et qu'avec trs grande incommodit il
pourroit fre ce grand tour par terre, qu'il estoit contrainct d'y
aller par mer; mais qu'aussitost qu'on auroit pourveu  vostre
satisfaction, qu'il vous yroit trs humblement bayser les mains, et 
la Royne, et  Messeigneurs voz frres, sellon qu'il esproit que Voz
Majestez le luy permettroient, me priant cependant de le vous fre
ainsy trouver bon, et que ne veuillez jamais penser de luy que comme
d'ung vostre trs humble et trs obyssant serviteur.

Le deuxiesme jour aprs,  l'exemple de luy, Mr le vydame de Chartres,
estant prest  partyr, m'est aussi venu visiter avec plusieurs bonnes
parolles de l'affection et dvotion, qu'il dict avoir  vostre
service, et m'a requis de deux choses: c'est de vous vouloir
tesmoigner, par mes premires, que ses dportemenz par de n'ont est
en rien contre vostre dict service; et l'aultre, de luy bailler ung
mien passeport pour se conduyre, luy, sa femme et son trein, jusques 
la Frett, pour, incontinent aprs, vous aller trs humblement bayser
les mains. Je luy ay agr, en la meilleur faon que j'ay peu, sa
bonne intention vers Vostre Majest, mais j'ay faict plusieurs
difficultez sur l'une et l'aultre de ses demandes; et qu'encor que je
ne voulois pas nyer que je ne l'eusse faict observer, je ne pouvois
toutesfoys vous justiffier en aultre sorte ses actions, parce que
toutes ne me pouvoient estre bien cogneues, que de vous dire, Sire,
que je ne savois pas qu'il en heust faict icy de plus mauvaises
contre vostre service que d'y estre venu; et, quant au passeport, que
ce seroit prjudicier  la libert de la paix de luy en bailler. A
quoy il m'a rpliqu que, pour le regard du premier, il se contentoit
bien de ce mien tesmoignage, mais du second, il m'en a tant press que
j'ai est contrainct de lui bailler mon dict passeport. Et voyl,
Sire, tout ce qui a pass entre les dicts sieurs cardinal et vydame,
et moy, dont semble bien que les Anglois n'ont prins grand playsir 
ces deux visites; car par icelles ils sont contrainctz de fre quelque
meilleur jugement de la runyon de vostre royaulme qu'ilz ne la
pensoient; mais je ne suis point all randre la pareille  l'ung ny 
l'aultre en leur logis, parce que je n'en avois nul ordre de Vostre
Majest. Sur ce, etc.

     Ce XXIVe jour de septembre 1570.




CXXXVIe DPESCHE

--du pnultime jour de septembre 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Olivyer Campernon._)

  Ngociation avec les Pays-Bas.--Retard apport au voyage de la
    reine d'Espagne.--Rsolution d'lisabeth de procder  la
    conclusion du trait avec Marie Stuart.--Mission de Mr de Vrac
    en cosse.


     AU ROY.

Sire, par le retour du Sr de Sabran je demeure asss esclarcy
d'aulcunes choses de vostre intention, lesquelles j'espre que me les
fers plus parfaictement et plus particulirement entendre, quant le
Sr de Vassal me viendra retrouver; et vous diray cependant, Sire, que
la Royne d'Angleterre, achevant son progrez de ceste anne, arrive
aujourduy  Vuyndesor, o elle dellibre fre du sjour, et y
attandre le retour des gentishommes, qu'elle a envoy en France, en
Flandres et en Allemaigne, pour, puis aprs, y assembler son conseil
affin de prendre rsolution sur les choses qu'ilz raporteront. Les
commissaires de Flandres, qui estoient alls visiter les merchandises
arrestes ez portz de de, dizent qu'ilz y ont trouv perte et
diminution de plus de la moicti; mais, touchant celles qui sont dans
Londres, l'on leur a faict acroyre que, si le duc d'Alve veut procder
 ung bon accord de leurs diffrans, sellon les honnestes offres que
la Royne d'Angleterre luy a faictes, qu'on leur en rvellera pour plus
de cent mil escuz davantaige qu'on ne leur a encores monstres. A quoy
ilz respondent qu'on leur baille premirement le vray estat d'icelles,
affin d'en fre un certain raport au dict duc, et que, puys aprs,
l'on pourra facillement parvenir aulx condicions de l'accord; et
veulent, chacun de son cost, gaigner l'advantaige de ce point: dont
le diffrant s'en entretient plus longuement, mais non sans une grande
esprance que bientost il s'accommodera: car le duc d'Alve et les
principaulx ministres du Roy d'Espaigne, qui sont en Flandres,
monstrent n'avoir aulcun plus grand soin que de regaigner l'amyti de
la Royne d'Angleterre et de s'esforcer de luy complayre; ce que la
dicte Dame,  ce qu'on m'a dict, attribue plus  la paix de vostre
royaume que  leur bonne vollont: et dellibre, de sa part, de suyvre
et entretenir cella par les meilleures dmonstrations qu'elle pourra,
mais non sans qu'elle demeure toutjour en beaucoup de souspeon et de
deffiance,  cause de la retrette de ses subjectz fuytifz, et de la
lgation d'aulcuns Escossoys devers le dict duc en Flandres. Cependant
les dix grandz navires de la dicte Dame demeurent toutjour en la coste
de de pour honnorer le passaige de la Royne d'Espaigne, non sans
qu'elle se repente asss de les avoir si tost faictz jetter dehors,
parce que la despance y va grande, et ne se peult juger si le temps
pourra encores servyr, de deux moys,  la dicte Royne d'Espaigne.
Nantmoins il est venu nouveau mandement  Londres de tenir encores
ung nombre de marinyers prestz, comme pour quatre navyres davantaige:
je ne say encores  quel effect.

Nous avons tant press l'advancement des affres de la Royne d'Escoce
que le secrtaire Cecille et maistre Mildmay ont est du tout
dpeschez, dez mardy dernier, pour aller devers la dicte Dame, et Mr
de Roz avec eulx, o j'espre qu'il se prendra quelque bon ordre pour
le restablissement d'elle  sa couronne; mais, de tant que, sur les
condicions, qu'on luy propose, plusieurs nous donnent divers conseilz,
je ne m'advanceray d'y intervenir, au nom de Vostre Majest, sans vous
avoir faict quelque aultre dpesche plus ample et plus expresse l
dessus. Bien me confirme l'on, de plus en plus, Sire, que ceste Royne,
veult rsoluement entendre  conclurre le trett, et que cependant
elle a mand au comte de Sussex de casser toutes les compaignies
extraordinaires, qu'il avoit leves en la frontire du North.
L'arrive du Sr de Veyrac en Escoce met ceulx cy en quelque jalouzie,
mais il ne seroit que bon qu'ilz l'eussent encores plus grande, car je
crains bien fort qu'ayant Mr Norrys escript icy que Vostre Majest est
rsolue de n'envoyer nulles forces par dell jusques au printemps, que
cella leur face prolonger le trett, soubz esprance qu'il puysse
cependant survenir quelque chose  leur commodit et advantaige. Sur
ce, etc.

     Ce XXIXe jour de septembre 1570.




CXXXVIIe DPESCHE

--du Ve jour d'octobre 1570.--

(_Envoye jusques  Calais par ung qui s'en est all avec le Sr
Frgouse._)

  Retour de Walsingham en Angleterre, charg de faire connatre 
    la reine la dclaration du roi touchant l'cosse.--Prochain
    dpart de la reine d'Espagne.--Suspension des affaires
    politiques  Londres pendant l'absence de Ccil envoy vers
    Marie Stuart.--Nouvelles d'Allemagne.


     AU ROY.

Sire, j'ay receu, le XXIXe du pass, les lettres qu'il a pleu  Vostre
Majest m'escripre, du XXIIe auparavant, par le Sr de Valsingan, qui
me les a envoyes passant par Londres, et m'a mand qu'au retour de
randre compte  sa Mestresse de ce qu'il a faict en France, qu'il me
viendra voir. Il me semble, Sire, que rien n'a pu venir plus  propos,
pour les prsens affres de la Royne d'Escoce, que d'avoir Vostre
Majest ainsy fermement et vertueusement parl, comme avez faict, 
l'ambassadeur Mr Norrys et  luy; et dont je ne fauldray de
reprsanter  leur dicte Mestresse voz mesmes propos, telz qu'ilz sont
contenuz en vostre lettre, la premire foys que je l'yray trouver,
ayant estim qu'il estoit bon, pour aulcuns respectz, de les luy
rserver jusques  la venue d'une aultre vostre dpesche, pour luy
laysser cependant digrer ce faict sur le rcit, que le dict de
Valsingan luy fera, des propres paroles et dmonstrations qu'il a
ouyes et veues de Vostre Majest, et aussi pour n'interrompre rien en
la commission qu'elle a donne au secrtaire Cecille et  Maistre
Mildmay vers la Royne d'Escoce; ausquelz j'ay opinion qu'elle envoyera
en dilligence notiffier la dclaration qu'avez faict  ses dicts
ambassadeurs, affin qu'ilz ne s'en retournent sans rsouldre quelque
chose avec elle; ayant plusieurs adviz, de divers lieux, asss
certains qu'il tarde infinyement  la dicte Royne d'Angleterre qu'elle
puysse, en quelque seure faon qui ayt aparance d'honneur et
d'advantaige, se dmesler du faict de la dicte Dame, non sans se
repentyr de s'en estre si avant entremise. Et est sans doubte que, si
l'affre pouvoit tumber en la main de quelque aultre, qui le manyt
avec plus de modration que ne faict le secrtaire Cecille, ou que luy
mesmes, aprs avoir veu la Royne d'Escoce, se volust modrer, et ne
fre plus, sur des petitz momentz, naistre de si grandes difficultez
et longueurs, qu'il a faict jusques icy, que toutz les diffrans
d'entre ces deux Princesses et leurs deux royaulmes se pourroient
facilement et bientost accommoder, dont de ma part, Sire, je ne
fauldray d'y incister  toute heure; mais la vifve parolle et la
dmonstration que Vostre Majest fera d'un prochain secours, attandant
qu'il s'ensuyve  bon esciant, s'il est ncessaire, y servyront
infinyement.

La dicte Royne d'Angleterre a dpesch ung saufconduict pour les
depputez d'Escoce, et a mand au comte de Sussex de les bien recepvoir
et honorer, et qu'il advertisse ceulx du party du rgent d'envoyer
promptement les leurs. Le susdict de Valsingan a desj parl 
quelques ungs de ses amys de la continuation de la paix de France
comme en doubte, allguant des occasions qui luy font juger qu'elle
aura quelque establyssement, et d'aultres qui lui font croyre qu'elle
ne pourra estre de dure; dont de ce qu'il en a dict, et du rapport
qu'il en aura faict en ceste cour, je mettray peyne qu'il m'en viegne
quelque adviz, affin de le vous mander par mes premires. Il aura
encores rencontr Mr le cardinal de Chastillon en ceste dicte court,
car son cong luy avoit est diffr jusques  hyer.

L'on estime que la Royne d'Espaigne s'embarquera  ce commancement
d'octobre, car, ayant le retour de la lune est sur un temps propre et
qui sert bien  sa navigation, l'on estime qu'il durera asss pour la
conduyre jusques en Espaigne; dont s'atand de savoir comment et en
quelle bonne faon se seront dportez les navyres de la Royne
d'Angleterre  la saluer, et la convoyer le long de la coste de ce
royaume. Les commissaires de Flandres pourchassent leur cong, mais il
semble qu'on le leur prolongera jusques au retour du secrtaire
Cecille, car en son absence rien ne se dpesche; et mesmes l'on a
remiz,  cause de luy, l'ouverture du terme de la justice jusques au
premier de novembre, par prtexte toutesfoys de la peste; laquelle va
nantmoins diminuant, et chacun s'en retourne  la ville. Il semble
que Henry Coban, qui est all devers l'Empereur, ayt heu charge de ne
presser guires son retour: dont il a cependant renvoy ung des siens
avec une dpesche, de laquelle je n'ay encores bien aprins le contenu,
si n'est qu'il semble mander que, ne pouvant l'Empereur fre guires
ruscyr aulcune bonne rsolution ez choses qu'il a proposes en la
diette, qu'il dellibre bientost la rompre; et j'entandz que le comte
Pallatin a aussi escript qu'il a quelque opinion que le Pape se soit
advanc de crer de luy mesmes, sans attandre la vollont des
ellecteurs, l'archiduc Charles roy des Romains, et que cella sera pour
admener beaucoup de trouble en Allemaigne; dont est bruict icy que
desj quelques princes ont est vers Hembourg, comme pour s'asseurer
d'aulcunes leves de gens de guerre. Sur ce, etc.

     Ce Ve jour d'octobre 1570.




CXXXVIIIe DPESCHE

--du Xe jour d'octobre 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par le Sr Troies._)

  tat de la ngociation en faveur de Marie Stuart.--Conduite faite
     la reine d'Espagne par la flotte anglaise.--Crainte o l'on
    est en Angleterre que les hostilits commencent au retour de la
    flotte espagnole.--Ngociation avec les Pays-Bas.--Dpart du
    cardinal de Chatillon pour la Rochelle; mauvais accueil reu 
    Dieppe par le vidame de Chartres.--Prise nouvellement faite en
    mer, malgr la paix, par le capitaine Sores.--Affaires
    d'Allemagne.


     AU ROY.

Sire, rendant le Sr de Valsingan compte  la Royne, sa Mestresse, de
la ngociation qu'il a faicte en France, j'entendz qu'il luy a faict
ung trs bon rapport des louables qualitez de Vostre Majest, de ce
que ung chacun vous tient pour prince magnanime, constant, certain et
bien fort vritable, et uny par ung grand et naturel amour avec la
Royne vostre mre, et avec Monseigneur vostre frre, desquelz il a
aussi fort dignement parl; et que, par la force de leur conseil et la
fermet de voz edictz, la paix de vostre royaulme a d'estre
perdurable, et voz aultres affres  recepvoir beaucoup
d'establissement: dont la dicte Dame a de beaucoup davantaige estim,
et heu en plus grand prix, les bonnes parolles de paix et d'amyti,
que Vostre Majest luy a mandes. Et luy ayant le dict de Valsingan,
par mesmes moyen, touch le propos, que luy avez tenu, de la
restitution de la Royne d'Escoce, vostre belle soeur, avec
l'expression de l'affection qu'il a cognu que vous y aviez; et ayant,
de ma part, faict fre l dessus, le plus  propos que j'ay peu, ung
office par le comte de Lestre, il est advenu que la dicte Dame a tout
incontinent dpesch vers le secrtaire Cecille pour l'advertyr qu'il
ayt  procder en si bonne faon vers la Royne d'Escoce, qu'il ne s'en
retourne sans conclurre quelque chose avecques elle. Dont,  la
premire occasion qui me viendra d'aller parler  la dicte Dame, je
luy confirmeray ceste sienne vollont, et n'obmettray rien de ce qui
pourra servyr  bien advancer et effectuer le propos, et  establyr
pareillement l'amyti d'entre Voz Majestez.

L'on tient que la Royne d'Espaigne est passe, et que les navyres de
la Royne l'ont salue et accompaigne jusques en la coste de Biscaye,
et que sire Charles Havart luy a bays les mains avec ung prsent
d'ung beau dyamant, que la Royne sa Mestresse luy a envoy, qui est
l'ung de ceulx que le Roy d'Espaigne avoit donnez  la feu Royne
Marie, sa soeur, ou  elle, qui sont estimez valoir, l'ung huict mil
ducatz, et l'aultre cinq mil; et que la dicte Royne d'Espaigne, de son
cost, a faict bailler quatre mil ducatz au dict Havart et aulx siens;
mais la vrit et certitude de cecy se saura mieulx quant le dict
Havart sera de retour, lequel est encores en mer. Tant y a que ces
dmonstrations, lesquels sont devenues toutes aultres qu'on ne les
sembloit prparer du commancement, donnent  cognoistre qu'il n'y a en
effect nulle malle vollont entre les Espaignols et les Anglois, ains
qu'ilz cerchent de s'accommoder ensemble en gaignant, aultant qu'il
leur sera possible, chacun de son ct, quelque advantaige; dont usent
d'artiffice  fre bien esprer ou  intimider l'ung l'aultre en ce
qu'ilz peuvent; et semblent nantmoins que les dicts Anglois ne
demeurent meintennant sans une grande souspeon du retour de l'arme
d'Espaigne, par ce mesmement qu'on leur a raport que une partie
d'icelle est demeure toute appareille, et bon nombre de gens pretz 
s'y embarquer en Olande; et qu'ilz savent que aulcuns fuytifz et
aulcuns Escossoys sont toutjour prs du duc d'Alve pour l'inciter 
quelque entreprinse par de: et  ceste occasion, mcredy dernier,
ceste Royne a faict de rechef appeller toutz les officiers de la
maryne  Vuyndesor, mais je ne say encores ce qu'elle leur a ordonn;
et est la dicte Dame aprs a fre cercher deniers de toutz costez.

Les commissaires de Flandres s'attendent d'avoir demain leur cong, et
semble qu'ilz ne s'en retournent guires plus contantz ny mieulx
satisfaictz que quant ilz sont venuz; car, oultre la perte et
diminution qu'ilz ont trouv ez merchandises, qui estoient encores en
estre, l'on leur a baill ung compte si dsadvantaigeulx de celles qui
ont est vendues par auctorit de justice, tant au priz que aulx
fraicz, qu'elles ne reviennent pas au cinquiesme de la juste valleur.
Par ainsy l'accord se monstre encores asss difficile  fre, et
cependant l'on ne sayt si le temps, et la longue souspencion du
traffic, pourra produyre quelque chose de nouveau entre eulx.

Monsieur le cardinal de Chastillon print cong de ceste court lundy
dernier, non sans recepvoir beaucoup de faveur de ceste Royne et
plusieurs prsens (de haquenes et de chiens de sang) des seigneurs
d'auprs d'elle; et s'en est all  Hamptonne attandre la commodit de
son passaige  la Rochelle. Aulcuns demeurent escandalisez des
difficults qu'on a faictes  Mr le vydame de Chartres  Dipe, mais
je rendz quelque rayson l dessus, qui monstrent de les satisfre. Ung
agent de Portugal, qui est en ceste ville, dict que le capitaine Sores
s'est esforc de piller de rechef la Madre, et qu'au retour de ceste
entreprinse il a prins un des galions du Roy de Portugal venant des
Indes, qui estoit demeur derrire, lequel estoit bien fort riche; de
quoy ung chacun monstre icy estre fort offanc d'entendre ung tel acte
aprs la paix, et crainct on que de la Rochelle ayt  sortyr beaucoup
de dsordre en la mer, s'il n'y est remdi.

J'entans qu'il est arriv des lettres d'Allemaigne, qui semblent
confirmer ce qu'on avoit auparavant escript de la cration du roy des
Romains par le Pape, jusques avoir envoy une coppie du brevet, et que
ung chacun pense que les princes ellecteurs procderont  une
contraire ellection de leur part; mesmes qu'il semble que l'Empereur
face toute dmonstration d'avoir ignor et de n'aprouver aulcunement
ceste procdure de Sa Sainctet; et qu'il a est descouvert qu'on
avoit de rechef incidi  la vie du comte Pallatin. Sur ce, etc.

     Ce Xe jour d'octobre 1570.




CXXXIXe DPESCHE

--du XVIe jour d'octobre 1570.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Groigniet, mon secrtaire._)

  Conditions proposes par Ccil  la reine d'cosse.--Soulvement
    des catholiques dans le pays de Lancastre.--Ordre donn au
    comte de Derby de se rendre  la cour.--Retour  Londres de sir
    Charles Havart, amiral de la flotte anglaise.--_Mmoire._
    Opinions diverses sur la dure de la paix en
    France.--Confrence de l'ambassadeur avec l'ambassadeur
    d'Espagne.--Ligue du roi d'Espagne avec le pape et les
    Vnitiens contre les Turcs.--Vives sollicitations pour que le
    roi consente  en faire partie.--Offres faites par le duc
    d'Albe  lisabeth.--Ngociations des cossais avec le duc
    d'Albe.--Conditions proposes  Marie Stuart, si elle veut
    obtenir l'appui de l'Espagne.--Dtails sur la ngociation de
    Ccil avec Marie Stuart.--Crainte que les cossais n'acceptent
    toutes les conditions imposes par l'Angleterre.


     AU ROY.

Sire, ayant le Sr de Vassal couru une si dangereuse fortune, en
voulant repasser la mer, que le naufrage de luy, et de ceulx qui
estoient en son mesme navyre, a est tenu pour vriffi en ceste
ville, il n'est pas  croyre combien je me suys resjouy, quant, oultre
l'esprance des hommes, il a pleu  Dieu de le saulver et le fre
retourner sauf  Callais, avec les lettres et dpesches de Vostre
Majest, o il est encores attandant le vent; mais j'espre qu'il sera
bientost icy, et qu'il me rendra instruict de l'intention de Vostre
Majest, laquelle je mettray peyne, Sire, en ce qu'il sera besoing de
la notiffier  la Royne d'Angleterre, de la luy fre bien entendre, et
de fre, par toutz les moyens, persuasions et instances, qu'il me sera
possible, qu'elle y veuille conformer la sienne.

Le secrtaire Cecille et son adjoinct sont arrivez avec l'vesque de
Roz, le premier de ce mois, devers la Royne d'Escoce,  laquelle ilz
ont prsent, avec grand respect et rvrance, une lettre, que la
Royne d'Angleterre luy a escripte, laquelle avoit le commancement fort
rigoureux et plein d'une recordation de beaucoup d'offances qu'elle
reprochoit  la dicte Dame; mais que, pour en abolyr la mmoire, elle
luy dpeschoit ces deux siens confidans conseillers, pour prparer le
chemyn d'ung bon trett d'amyti entre elles deux; et n'y a heu aultre
chose que cella pour le premier jour, sinon l'humayne et favorable
rception, que la dicte Dame leur a faicte. Mais, le lendemain, estans
entrez en confrance, elle leur a respondu,  chacun poinct de la
dicte lettre, avec tant de fondement de rayson et avec tant de
modestie qu'ilz ont monstr de demeurer trs bien satisfaictz; et
ayant convenu la dicte Dame, pour son regard, et eulx, pour la Royne
d'Angleterre, d'ensepvelir pour jamais les choses mal passes, et de
procder  ung renouvellement de vraye et parfaicte intelligence entre
elles, sellon que le debvoir de leur proximit et du commun proffict
de l'une et de l'aultre, et de leurs deux royaulmes, le requroit; ilz
luy ont leu les articles de l'instruction, qu'ilz portoient, lesquelz
se sont trouvez, pour la pluspart, concerner l'expresse cession et
rsignation du tiltre de ce royaulme par la dicte Royne d'Escoce au
proffict de la dicte Royne d'Angleterre, sans prjudice de la future
succession d'icelluy, au cas que la dicte Royne d'Angleterre n'ayt
point de ligne:--Que, pour seurt de cella, le Prince d'Escoce doibve
estre men et norry en Angleterre, sans prfiger temps de le randre,
sinon au cas que la Royne, sa mre, arrive  morir, ou qu'elle luy
veuille rsigner sa couronne d'Escoce;--Que gouverneurs luy seront
baillez, telz que la Royne d'Angleterre advisera, comme les comtes de
Lenoz, de Mar ou aultres;--Que trois comtes et trois lordz Escooys
viendront estre ostaiges, l'espace de trois ans, en ce royaulme, pour
la seurt des choses qui seront promises;--Que trois chasteaulx,
savoir: Humes, Fascastel et encores ung aultre, en Gallovaye ou
Quinter, demeureront, pour le dict temps, ez mains de la Royne
d'Angleterre;--Que, sans le consantement d'icelle ou de la pluspart de
la noblesse d'Escoce, la dicte Royne d'Escoce ne se maryera;--Que
ligue sera faicte entre elles et leurs deux royaumes;--Que, au cas que
nul prince estrangier, sans ocasion  luy raysonnablement donne,
entrepreigne d'assaillyr ce royaulme, la dicte Royne d'Escoce sera
tenue de le secourir d'hommes et de navyres, aulx despens toutesfoys
de la Royne d'Angleterre;--Que le murtre du feu Roy d'Escoce et celluy
du comte de Mora seront punys;--Que le comte de Northomberland et
aultres fuytifz d'Angleterre seront randuz;--Et que, au cas que la
dicte Royne d'Escoce meuve  jamais pleinte ny querelle du tiltre de
ce royaulme, ny assiste  nul aultre, qui la veuille mouvoir en
quelque faon que ce soit contre la dicte Dame, qu'elle demeurera
prive de la future succession d'icelluy. Et avoient d'aultres
articles, concernans la seurt des subjectz d'Escoce, lesquelz ilz
n'ont encores monstrez, mais ilz ont fort incist d'avoir promptement
la responce sur ceulx cy.

Je ne say si la Royne d'Escoce l'a encores faicte, seulement j'ay
entendu qu'ung pacquet du dict secrtaire arriva, sabmedy au soir, 
la Royne d'Angleterre, et que, tout incontinent, elle assembla son
conseil; et le lendemain matin, le courrier fut renvoy avecques
responce.

Aulcuns amys de la dicte Royne d'Escoce m'ont faict advertyr qu'elle
est au plus grand dangier, o encores elle ayt poinct est,  cause de
la sublvation qui se descouvre estre toute forme au pays de
Lenclastre, de laquelle on luy attribue l'ocasion, aussi bien que de
celle passe du North; et que pourtant, elle et nous, qui soubstenons
icy son faict, debvons condescendre  ce que la Royne d'Angleterre luy
vouldra demander, et luy complayre du tout, pourveu qu'elle puysse
avoir sa libert; et ne fre difficult de luy accorder le Prince
d'Escoce, pour quelque temps, avec honnestes condicions. Aultres de
ses amys conseillent le contraire: qu'elle peut bien accorder
hardyment toutes choses raysonnables  la Royne d'Angleterre, mais non
de luy bailler son filz, ny ostaiges, ny places; mais plustost qu'elle
mesmes offre de demeurer en Angleterre pour asseurance de ce qu'elle
promettra. Je say,  la vrit, qu'on tient de trs dangereux
conseilz sur la personne de ceste princesse, pour l'opinion qu'on a
qu'elle ayt trop bonne part en ce royaulme, et que, quant elle sera du
tout oste, que pareillement sa querelle sera du tout esteincte, se
persuadant que, ny les Escouoys, ny les Anglois, ses partisans, ny
mesmes Vostre Majest ne se soucyeront guires, puys aprs, de la
relever. Et est incroyable combien la Royne d'Angleterre et ceulx de
son conseil sont esmeuz pour les choses du dict pays de Lenclastre,
sans toutesfoys en fre grand dmonstration; car les ayant vollues
remdier par la voye de la justice, envoyant par dell ung procureur
fiscal, ilz ont veu que cella ne suffizoit, et que plusieurs
ouvertement se dclairoient substrectz de l'obyssance et jurisdiction
de la Royne d'Angleterre, jusques  ce qu'elle se seroit jette hors
de l'interdict de l'esglize catholique: dont elle a mand au comte
Dherby, principal seigneur de tout le dict pays, de la venir trouver,
par prtexte de vouloir assembler toutz ceulx de son conseil, dont il
est l'ung des principaulx, affin de pourvoir  l'estat de ce royaume;
et qu'il veuille mener ses enfans avec luy, pour monstrer qu'ilz ne
sont coulpables d'aulcunes choses qu'on leur a vollu imposer. L'on ne
sayt encores si le dict comte vouldra obyr; tant y a, Sire, que je
vous ay bien vollu envoyer le susdict adviz de la Royne d'Escoce, par
homme exprs, affin qu'il vous playse m'y commander vostre vollont;
et cependant je verray ceste princesse pour l'adoulcyr et modrer, le
plus qu'il me sera possible, sur icelluy, et pour la fre passer
oultre au trett encommanc.

J'entendz que sire Charles Havard a raport  la dicte Dame ung grand
contantement du debvoir, qu'il a faict envers la Royne d'Espaigne, et
des honnestes propos, que la dicte Royne d'Espaigne l'a encharg de
dire  la dicte Dame de sa part, ayant accept, avec toute affection,
le prsent qu'elle luy a envoy, et ayant faict donner une chayne de
mil ducatz au dict Havart, et une aultre ung peu moindre  son vis
admyral, et encores dix aultres chaynes aulx capitaines des dix
navyres. Sur ce, etc.

     Ce XVIe jour d'octobre 1570.

   POUR FAIRE ENTENDRE A LEURS MAJESTEZ oultre ce dessus:

   Que, par aulcunes lettres, que la Royne de Navarre et Messieurs
   les Princes, ses filz et nepveu, et Mr l'Admiral ont escriptes
   par de, et par des parolles et dmonstrations, dont Mr le
   cardinal de Chatillon a us, en prenant cong de ceste court, la
   Royne d'Angleterre et les siens demeurent assez persuadez que la
   paix de France sera de dure.

   Et y sont confirmez davantaige par la rputation, qui court, que
   le Roy a prinz une ferme rsolution de vouloir que, en cest
   endroict. et toutz aultres, o sa parolle interviendra, qu'elle
   ayt  estre trs certaine et vritable, et que la Royne et
   Monseigneur, frre du Roy, interposent, par une bonne
   intelligence, si fermement leur conseil et authorit  cella,
   qu'il n'est en la main de nul aultre de le pouvoir rompre.

   Et a raport le Sr de Valsingan, qu'encor que le mariage des deux
   filles de l'Empereur avec le Roy et le Roy d'Espaigne, et
   l'intelligence que ung chacun prsumoit demeurer toutjour
   secrecte entre la Royne et Mr le cardinal de Lorrayne, et
   l'authorit de Monseigneur, frre du Roy, lequel aprs avoir men
   la guerre et heu plusieurs victoires contre ceux de la nouvelle
   religion, ne comporteroit jamais qu'ilz demeurassent dans le
   royaulme, fussent trois occasions qu'aulcuns remarquoient pour
   rputer la paix fort douteuse; nanmoins ilz jugeroient,  ceste
   heure, que c'estoit par la vraye et parfaite intelligence de la
   Royne, et de Monseigneur, et de Mr le cardinal de Lorrayne, et de
   toutz les Princes avecques le Roy, que la dicte paix se randroit
   plus ferme et plus estable; et que mesmes le conseiller Cavaignes
   luy avoit dict qu'il s'en promettoit une bien longue
   continuation, et en plus d'advantaiges pour eulx que les articles
   ne portoient.

   Ce qui a remiz en rputation les affres du Roy en ce royaulme,
   et croy que de mesmes ilz en sont relevez ailleurs, car
   l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, despuys la premire foys
   qu'il me raporta le jugement, que le duc d'Alve faisoit de la
   dicte paix, comme s'il l'estimoit pleyne de dangier pour la
   Chrestient, il dict meintennant qu'il ne faict doubte que le Roy
   et son prudent conseil ne l'ayent cogneue ncessaire, et qu'il
   faut que Sa Majest Trs Chrestienne la rande utille, et luy face
   produyre, non seulement pour luy et pour son royaulme, mais aussi
   pour ses voysins et pour toute la Chrestient, ung vray repos.

   Et s'est le dict ambassadeur curieusement enquiz  moy de deux
   choses: l'une, si je savois que Mr le cardinal de Chatillon eust
   parl en ceste court de tranfrer meintennant la guerre, qui est
   acheve en France, au pays de Flandres; et de cella il a vollu
   que j'en aye sond le dict Sr cardinal, quant il est venu en mon
   logis, lequel m'a tout franchement respondu, qu'il pourrait estre
   qu'il en eust parl comme d'ung commun souhait, que toutz ceulx
   de sa religion y avoient; mais non qu'il en vit l'entreprinse
   bien preste; et j'en ay satisfaict le dict ambassadeur.

   Et l'aultre chose, qu'il m'a demande, est si j'avois entendu
   pourquoy le Roy avoit faict renforcer la garnyson de Pronne, de
   St Quintin et des aultres villes de Picardie, et chang celle de
   Callais, monstrant que le duc d'Alve en avoit prins quelque
   souspeon;  quoy je luy ay respondu que le Roy n'avoit en cella
   que renvoy les garnysons en leurs lieux accoustums, car l'on
   les en avoit tirez, durant la guerre, pour s'en servir au camp,
   et que meintennant il distribuoit en ses frontires ses gens de
   guerre pour plus sollager son royaume et pour ne demeurer
   pourtant dsarm.

   Et, en la mesmes confrance, icelluy sieur ambassadeur, me
   magniffiant grandement la ligue[14] qui a est faicte entre le
   Pape, le Roy Catholique, son Maistre, et les Vniciens contre le
   Turc, m'a dict que le Roy, son Maistre, s'estimoit estre miz hors
   par icelle de tout le dangier de la guerre du dict Turc, et qu'il
   n'avoit qu' contribuer seulement au secours accord, dont se
   trouvoit fort adlivr pour mettre bientost fin  la guerre des
   Mores, et pour entendre aulx choses de Flandres, d'Allemaigne et
   du cost de de;

   Que le dict ambassadeur pensoit que l'Empereur enfin entreroit en
   la dicte ligue, comme il en avoit une fort grande vollont, mais
   il desiroit le fre par aprobation de la diette, affin d'obliger
   les estatz d'Allemaigne  la contribution et au secours de la
   dicte guerre.

  [14] Cette ligue ne fut dfinitivement conclue que quelque temps
  aprs, au mois de mai 1571. Don Juan fut nomm gnral de la
  ligue, et remporta, le 7 octobre de la mme anne, la clbre
  victoire de Lpante. Le pape choisit pour commandant de sa flotte
  Marc-Antoine Colonne, et la rpublique de Venise nomma pour son
  amiral Sbastien Venicri, qui fut lu doge en 1577.

   Et a adjouxt que, si le Roy Trs Chrestien y vouloit entrer et
   quicter la pratique du Turc, retirant son ambassadeur qu'il a
   prs de luy, qu'il s'aquerroit ung grand nom et une grande
   louange envers le Sige Apostolique et envers toute la
   Chrestient; et, quant il ne bailleroit que quatre gallres de
   secours, que son nom et la rputation de la couronne de France y
   en vauldroient cent.

   Je luy ay respondu que ceste ligue estoit faicte pour la
   conservation des estatz, qui estoient exposez aulx entreprinses
   du Turc, et que l'Empereur avoit rayson d'y entrer pour l'ocasion
   des siens, aussi bien que le Pape et le Roy, son Maistre, et les
   Vniciens, car toutz ensemble y estoient bien fort intressez, et
   leurs dicts estatz y couroient de grandz dangiers; mais que Dieu
   avoit constitu le Roy et son royaulme en lieu, qui estoit tout
   gard des incursions du Turc; par ainsy qu'il n'avoit  fre
   ligue deffencive contre celluy qui ne l'assailloit, ny le pouvoit
   assaillir; et seroit en vain consommer ses forces et ses deniers
   pour aultruy, et entrer en une guerre non ncessaire; mais que je
   croyois bien que, quant toutz les princes chrestiens
   conviendroient en une entreprinse de ruyner l'Empire du Turc et
   amplier la Chrestient, et que le Roy y verroit quelque bon
   fondement, que ce seroit luy le premier qui y employeroit sa
   propre personne et ses forces, aussi bien qu'avoient faict ses
   prdcesseurs.

   Laquelle rayson le dict ambassadeur a monstr d'aprouver, et a
   adjouxt que possible n'estoit on pas trop loing d'une si grande
   et vertueuse dlibration; et puys a continu me dire que les
   Anglois, pour ne pouvoir bien entendre toutz les secretz de la
   dicte ligue, la tenoient pour fort suspecte, comme,  la vrit,
   j'ay sceu qu'iceulx Anglois discourent entre eulx, qu'ayant le
   Pape pass si avant que d'avoir ouvertement interdit cette Royne
   et son royaulme, et estant le Roy d'Espaigne fort offanc des
   dicts Anglois, et les Vniciens asss mal contantz des prinses et
   dprdations de l'anne passe, qu'il est  croire qu'on n'a
   dress ceste ligue dans Rome, sans y increr quelque article bien
   exprs contre l'Angleterre, et que le gnral de la mer qui a
   est cr par icelle, qui est don Juan d'Austria, aspire bien
   fort  l'entreprinse.

   Nantmoins, le duc d'Alve entretient les dicts Anglois en une si
   ferme opinion de l'amyti du Roy, son Maistre, qu'ilz s'en
   tiennent trop plus que bien asseurez; et semble que, ny luy de
   son cost, ny eulx du leur, ne s'ennuyent de laysser encores les
   choses en suspens, sans aultrement les esclarcyr, parce que le
   temporiser vient  propos pour chacun, bien que possible non
   guires pour les Mestres ny pour leurs estatz, mais pour ceulx
   qui les manyent; et m'a l'on asseur que le dict duc a offert 
   ceste Royne de luy envoyer dix mil hommes de guerre, pour la
   servyr en ses affres, qu'elle pourroit avoir dans son royaulme,
   ou bien contre l'Escoce, si elle en a besoing: mais qu'elle n'a
   accept ny l'ung ny l'aultr, ny ne demeure pour cella trop
   dellivre du souspeon qu'elle s'est conceue du dict duc.

   J'entendz que milord de Sethon, estant arriv en Envers, a
   soubdain envoy demander audience  icelluy duc jusques 
   Bergues, lequel s'est excus de la luy pouvoir si tost bailler,
   pour estre fort empesch  l'embarquement de la Royne, sa
   Mestresse; dont le dict de Sethon, ne voulant prolonger les
   matires, luy a envoy incontinent les lettres des seigneurs
   d'Escoce et une coppie de son instruction, mais le duc ne s'est
   hast pour cella de luy rien respondre, ains l'a remiz  quant il
   seroit en Envers, que le conseil du pays y seroit assembl; et
   cependant il l'a faict convyer  dyner par le marquis de Chetona,
   o le secrtaire Courteville s'est trouv, avec lesquelz il a heu
   grand confrance; et despuys il a envoy icy demander qu'est ce
   qu'il aura  respondre, si le dict duc requroit d'avoir la Royne
   d'Escoce entre ses mains, ou qu'elle y veuille mettre le Prince
   d'Escoce son filz; s'il inciste qu'elle ne se marye sans le
   conseil du Roy Catholique, et qu'elle veuille entrer en ligue
   avecques luy, sans exception d'aulcune aultre ligue; s'il demande
   avoir quelques portz et places au pays, pour la retrette de ceux
   qu'il y envoyera; et finallement, s'il requiert que la rduction
   de la religion catholique soit faicte en tout le royaulme, et que
   l'aultre en soit chasse, et toutz ceulx qui en sont.

   En quoy semble que le dict de Courteville ayt desj touch toutz
   ces poinctz au dict de Sethon, et, quoy que soit, on m'a bien
   baill pour chose asseure que maistre Jehan Amelthon, qui a
   rsid despuys quinze moys, ordinairement, prs du dict duc
   d'Alve, a est naguires envoy par icelluy duc avec deux aultres
   gentishommes, ung italien et ung espaignol, jusques en Escoce,
   pour recognoistre quelque commode descente; et que le dict
   Amelthon leur a monstre les ports et villes de Montroz et
   Abredin.

   Quant, aprs plusieurs miennes instances et de Mr l'vesque de
   Roz, la Royne d'Angleterre eust,  la fin de septembre, command
   au secrtaire Cecille, et  maistre Mildmay, d'aller devers |a
   Royne d'Escoce, elle ne se peult tenir de jetter quelques motz de
   jalouzie des perfections de sa cousine, demandant au dict
   secrtaire, s'il se lairroit point gaigner  elle, comme les
   aultres, qui l'avoient veue; dont il tomba en ung merveilleux
   doubte que le voyage luy ft pernicieux, et escripvit dez lors 
   ung sien amy qu'il s'en excuseroit, s'il luy estoit possible, ce
   qui donna  penser, estant incontinent aprs devenu mallade,
   qu'il le contrafaisoit, mesmes qu'il ne se sentoit estre bien
   vollu de la dicte Royne d'Escoce, et n'estimoit pouvoir raporter
   honneur de ceste ngociation; tant y a que, ne voulant qu'ung
   aultre l'eust, il dellibra de veincre toutz ces doubtes et
   difficultez, mais, premier que de partir, affin d'oster toute
   souspeon  sa Mestresse, il dressa les articles de son
   instruction, ainsy durs qu'ils sont contenuz en la lettre du Roy,
   et les communica  la dicte Dame, qui les aprouva, et puys au
   conseil, o quelques ungs luy remonstrrent qu'il seroit bon de
   les modrer, affin qu'ilz ne malcontentassent par trop ceste
   princesse, et qu'ilz fussent aprouvez des aultres princes; mais
   il respondit qu'on luy laysst manyer cest affre, lequel il
   entendoit trs bien, et le conduyroit  bonne fin,  l'honneur de
   sa Mestresse et de son royaulme; et qu'il feroit que la Royne
   d'Escoce et les princes, ses allyez, ne seroient que bien ayses
   d'en passer par l. Tant y a qu'estant sur le lieu, Mr de Roz m'a
   mand qu'il monstre d'avoir une grande vollont de conclurre le
   trett, et qu'il espre que le retour du Sr de Valsingan, sur
   lequel l'on luy avoit faict une dpesche, seroit cause de luy
   fre modrer les dures condicions de sa premire instruction.

   Et m'a le dict sieur vesque mand davantaige que creinct que les
   seigneurs escossois, partisans de sa Mestresse, commenant de
   n'esprer guires nul secours de France, condescendront  telles
   condicions de trett qu'on leur vouldra imposer; et que quelques
   ungs sont desj aprs  s'acommoder  l'authorit du comte de
   Lenoz; ny l'arrive du Sr de Vayrac ne les a peu tant confirmer
   qu'ilz veuillent demeurer davantaige en doubte, ny mettre plus en
   hazard leurs vies et leurs biens.

   Tant y a que le lair de Granges, cappitaine de Lislebourg, a
   mand que, s'il playt au Roy fre descendre mille harquebuziers
   seulement ez quartiers, du Nord d'Escoce, qu'il rechassera le
   dict de Lenoz et les Anglois plus loing que Barvich, et rduyra
   la ville de Lislebourg  l'obissance de la Royne sa Mestresse,
   et qu'il ne sera plus parl que de l'alliance de France en tout
   le royaulme d'Escoce.




CXLe DPESCHE

--du XVIIe jour d'octobre 1570.--

(_Envoye exprs par ung des miens, jusques  Calais._)

  Communication officielle des articles proposs  Marie
    Stuart.--Ncessit de remontrer  la reine d'Angleterre qu'elle
    ne peut enlever  la France l'alliance de l'cosse.


     AU ROY.

Sire, vous ayant escript, du jour de hier, asss amplement toutes
choses de de, ceste cy n'est que pour dire  Vostre Majest comme,
ce matin, Mr l'vesque de Roz m'a envoy, en grand dilligence, les
articles[15] que les depputez de la Royne d'Angleterre ont baillez 
la Royne d'Escoce, sa Mestresse, me priant de lui envoyer, tout
incontinent, le messagier avec ma responce et mon adviz l dessus; et
que je veuille considrer que le moindre dilay ou empeschement, qui
puysse intervenir en cest affre, est ung extrme dtriment  sa dicte
Mestresse; mais qu'il mettra peyne d'entretenir la matire en suspens,
jusques  ce que ma response arrive, et qu'il est tout certain, si
l'on fault ceste foys de conclurre quelque chose, que la dicte Dame et
ses affres, et ceulx de son royaulme, demeurent dplorez et hors de
tout remde pour jamais. Sur quoy, Sire, j'ay est en grand peyne, car
le faict me semble d'un cost si important, que je ne me doibz ingrer
de rien dellibrer ny respondre sur icelluy, sans exprs commandement
de Vostre Majest, et, de l'autre, je voys ceste pouvre princesse en
si dangereux estast, que le moindre retardement peult admener une
extrme ruyne sur elle et sur son royaulme; dont, en telle extrmit,
j'ay prins expdiant de respondre premirement au dict sieur vesque,
en la meilleur faon que j'ay peu, sellon le peu de loysir qu'il m'a
donn d'y penser, et d'envoyer tout aussitost  Vostre Majest les
dicts articles et ma dicte responce, affin qu'il vous playse, en
mesmes dilligence, me remander vostre bon commandement; lequel je
mettray peyne, aultant qu'il me sera possible, d'exactement accomplyr;
et j'espre qu'on ne s'opiniastrera du tout  toutes les conditions
des dicts articles, ayant desj faict office, l o j'ay cogneu en
estre besoing, pour les fre modrer; et je say que ce que Voz
Majestez en ont fermement et vertueusement mand, par le Sr de
Valsingan,  ceste Royne, en fera bien rabattre quelque chose. Tant y
a que Vostre Majest verra s'il seroit bon que, faisant appeller
l'ambassadeur d'Angleterre en sa prsence, et luy monstrant d'estre
bien ayse de la continuation du trett, vous lui faysiez tout
clairement entendre que vous ne pourriez tout ensemble meintenir
l'amyti avecques la Royne, sa Mestresse, et veoir qu'elle s'esfort
de vous soubstraire l'alliance d'Escoce; et que, de tant que vous avez
entendu que ceulx, qui dressent le trett, y aspirent, que vous l'avez
bien vollu exorter d'advertyr sa Mestresse qu'elle se veuille dporter
d'entreprendre une telle offance contre vous; laquelle vous ne
pourriez comporter, attandu mesmement que vous n'avez dsir ny
procur que tout bon accord entre elle et la Royne d'Escoce, et bonne
paix entre leurs deux royaumes, pourvu que ce ne soit au prjudice de
vostre dicte alliance. Sur ce, etc.

     Ce XVIIe jour d'octobre 1570.

  [15] Ces articles, ainsi que les rponses de Marie Stuart, n'ont
  pas t transcrits sur les registres de l'ambassadeur; mais ils
  sont textuellement rapports par les historiens, et notamment par
  Camden at Rapin Thoiras.




CXLIe DPESCHE

--du XXVe jour d'octobre 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Audience.--Assurances rciproques d'amiti.--Consolidation de la
    paix en France.--Plainte du roi contre la dernire invasion du
    comte de Sussex en cosse.--Vive insistance de l'ambassadeur
    pour qu'il soit procd  la restitution de Marie Stuart, sous
    des conditions honorables pour la France.--Plaintes
    d'lisabeth contre la reine d'cosse.--Instance de
    l'ambassadeur afin qu'une rsolution dfinitive soit prise sans
    retard.--Protestation d'lisabeth qu'elle ne veut plus retenir
    Marie Stuart en Angleterre.


     AU ROY.

Sire, je n'ay receu jusques au XVIIIe du prsent, la dpesche de
Vostre Majest, du XXVIe du pass, car le Sr de Vassal, qui me
l'aportoit, oultre la premire tourmente, que je vous ay mand qu'il
avoit soufferte, il a, par trois fois, despuys, s'esforceant de passer
de de, toutjour est rejett en la coste de dell, et a est si
travaill de la mer, que d'une fiebvre quarte, qu'il avoit auparavant,
il est tumb en une continue, qui l'a contrainct de demeurer du tout 
Callais, d'o il m'a envoy le pacquet; sur lequel, Sire, ayant veu,
le XXe de ce moys, la Royne d'Angleterre, j'ay estim luy debvoir fre
entendre le retardement d'icelluy, et comme beaucoup plustost qu'
ceste heure, vous m'avez command que je l'allasse trouver, affin de
luy randre, de vostre part, le plus exprs et le plus grand mercys,
qu'il me seroit possible, pour la tant prompte et ouverte
conjouyssance, qu'elle avoit us vers vous sur la paix de vostre
royaulme; et qu'ayant prvenu en cella toutz les aultres princes,
voz alliez, vous demeuriez trs fermement persuad que, plus
que toutz eulx, elle vous avoit vritablement desir ce bien, et
l'establissement de voz affres; dont la priez de regarder en quoy
elle se vouldroit meintennant prvaloir de vous et de vostre prsente
paix; car vous mtriez peyne de la luy randre aultant utille, comme
elle avoit monstr de l'avoir toutjour trs agrable; et que me
commandiez, au reste, de n'obmettre rien qui peult servir  luy fre
bien cognoistre vostre bonne affection et celle de la Royne, vostre
mre, en cest endroict; mais que je n'entreprendrois de luy en dire
davantaige, parce que Voz Majestez s'estoient mieulx sceu explicquer,
par leur propre parolle, au Sr de Valsingan, que je ne le saurois
fre sur vostre lettre: et comme il avoit dignement reprsant
l'intention d'elle  Voz Majestez par dell, qu'ainsy esprois je que,
 son retour, il se seroit trs bien acquit de luy fre bien entendre
les vostres, et toutz les bons propos que luy avez tenuz de la
parfaicte amyti, en laquelle dellibriez persvrer avec elle et son
royaume. Et suyviz, Sire,  luy toucher quelques motz du bon et
asseur establissement, que prnent les choses de la paix en vostre
royaulme, affin qu'elle ne donnast foy  certaine lettre, que je
savois qu'on luy avoit monstre de quelcun de vostre court, qui a
escript  ung seigneur de ce royaulme, en langaige franois et lettre
franoyse fort proprement, sans toutesfoys se soubsigner, sinon par
parrafe, qu'il voyoit que les troubles alloient recommancer plus fort
que devant, en vostre royaulme,  cause de plusieurs dsordres et
viollances qu'on fesoit  ceulx de la religion; et que Messieurs les
Princes avoient envoy fre des remonstrances l dessus  Vostre
Majest, qui leur aviez rendu de fort bonnes responces; et aviez
soubdain dpesch lettres pour y pourvoir, mais l'on n'y avoit vollu
obyr; dont ilz avoient renvoy vous en fre nouvelle pleinte; et
vous aviez de rechef escript que justice en ft dilligemment faicte,
mais que l'on avoit contempn et mespris vos lettres, ce qui leur
faisoit penser qu'il y avoit quelque trs dangereuse entreprinse
couverte contre ceulx de la dicte religion; dont les dicts Princes
s'estoient retirez mal contans  la Rochelle, non sans avoir desj
adverty leurs amys en Allemaigne. De laquelle nouvelle l'on me vouloit
bien asseurer que la dicte Dame et ceulx de son conseil seroient pour
changer beaucoup de leurs premires dellibrations, mesmement en
l'endroict de la Royne d'Escoce, si je ne mettois peyne de luy
persuader le contraire.

Ce qui m'a faict estendre plus avant le propos, lequel seroit long 
mettre icy; mais elle a monstr de l'avoir bien fort agrable, et m'a
respondu que le dict sieur de Valsingan avoit trouv les parolles,
dont Vostre Majest et la Royne, vostre mre, luy avoient us sur la
conjoyssance de la paix, si pleynes d'honneur et si dignes, qu'il
n'avoit os entreprendre de plus particullirement les luy exprimer
que de l'asseurer que de plus dignes n'en pouvoient estre profres de
nulz princes de la terre; et que, sur ce que je luy en disoys
meintennant, elle remercyoit infinyement Voz Majestez d'avoir vollu
ainsy pntrer en son cueur, pour y bien cognoistre l'affection,
qu'elle a, trop plus certaine et vraye, que nul de toutz vos allyez, 
la dicte paix de vostre royaulme; et que, tout ainsy qu'elle a cy
devant pri Dieu de la vous donner, que ainsy,  ceste heure, que vous
l'avez, elle le prie de la vous conserver si entire que nulz plus
obyssantz ny plus fidelles subjectz  leur prince que les vostres, ny
nul meilleur prince que Vostre Majest  eulx, se puyssent trouver en
tout le monde.

Et a poursuyvy aulcunes particullaritez qui sembloient bien extraictes
de la susdicte lettre; mais je y ay respondu en faon qu'elle m'a
sembl demeurer bien diffie des choses de vostre royaume; et puys
j'ay adjouxt que le Sr de Valsingan,  mon adviz, n'avoit failly de
luy dire ce que Vostre Majest me commandoit de luy reprsanter
encores une foys, c'est que vous aviez est bien fort escandalis du
dernier exploict du comte de Sussex en Escoce, et que une seule chose
vous avoit contant, que ses deux ambassadeurs, et moy pareillement
par mes lettres, vous avions asseur que cella estoit advenu sans son
sceu et sans son commandement; en quoy vous la vouliez donc trs
expressment prier de fre quelque rparation ou dmonstration l
dessus, par o les Escouoys peussent cognoistre que son intention,
aussi bien que la vostre, avoit est d'abstenir de toute voye
d'hostillit, et de remettre toutz leurs diffrans  ung bon trett
d'accord, ainsy que, sur la parolle d'elle, vous les en aviez
asseurez, et aviez diffr de leur bailler vostre secours; et qu'au
reste vous aviez heu ung singulier playsir d'entendre qu'elle eust
envoy ses depputez devers la Royne d'Escoce pour commancer de
procder au trett; et que Vous, Sire, et la Royne, chacun sparment,
en voz lettres, me commandiez de la prier et conjurer, au nom de
l'amyti, que luy portez, qu'elle vous ft meintennant cognoistre
combien elle vouloit satisfre aulx choses, qu'elle vous a faictes
esprer, et que asss souvant elle vous a promises, pour la libert et
restitution de la Royne d'Escoce, et de tourner son cueur  ne vous
vouloir ny offancer ny mescontanter en cella, ains correspondre  ce
que, pour le seul respect de son amyti, et non d'aultre chose, vous
desiriez qu'on ne vnt aulx viollantz remdes, dont l'on vous
recherchoit trs instantment d'y user; et que plusieurs raysons,
lesquelles vous luy aviez desj faictes entendre, pressoient vostre
honneur et vostre debvoir, et l'honneur de vostre couronne, de
n'abandonner, en faon du monde, ny la libert, ny la restitution de
ceste pouvre princesse, vostre belle soeur, ny mesmes les affres de
ceulx qui soubstiennent son party en Escoce, quant bien elle n'y
seroit plus, et de n'y espargner nul moyen, ny pouvoir, que Dieu vous
ayt donn en ce monde; dont desiriez infinyement que le dict trett
sortt  effect, et que, par icelluy, elle demeurast contante et bien
satisfaicte de tout ce qu'elle pouvoit honnestement et honnorablement
demander  la Royne d'Escoce, pourveu que ce ne ft contre sa
consience, ny contre sa dignit, ny contre son estat, ny au prjudice
des trettez, que vous avez avec l'Angleterre, ny derrogeant  vostre
alliance avec les Escouoys; car, au reste, vous vouliez, de bon
cueur, estre garant de toutes les choses qui seroient promises et
accordes par le trett.

Auquel propos, qui a est avec attention, mais non sans passion, fort
dilligemment escout de la dicte Dame, elle m'a respondu qu'elle
s'esbahyssoit grandement, comme Voz Majestez Trs Chrestiennes avez
tant  cueur la Royne d'Escoce, que ne vollussiez avoir aulcune
considration aulx grandes offances, qu'elle luy a faictes:
premirement, de luy inpugner sa condicion pour la fre dclairer
illgitime; puys de s'estre attribue le titre de son royaulme; et
finallement, d'avoir esmeu ses propres subjectz contre elle; et que ce
eust bien est asss  Voz Majestez de l'avoir faict admonester une
foys d'y procder, sellon que l'honneur et debvoir l'y pouvoit
convyer, sans luy en fre si souvant rpter les instances, comme, 
toutes les audiences, je ne faillois de les luy renouveller; et que,
puysque j'en avois esmeu le propos, elle me vouloit bien dire que ung
pacquet d'une dame d'Escosse luy estoit, despuys deux jours, tumb
entre mains, dedans lequel elle avoit trouv une enseigne d'or, en
laquelle estoit engrav ung lyon avec les armes d'Escoce, soubstenuz
de deux cornes, et ung lipart avec les armes d'Angleterre, lequel le
lyon dessiroit, et ung mot en Anglois qui dict: _ainsy abattra le Lyon
Escouoys le Lipart Anglois_; et puys une lettre d'une dame, qui se
soubsigne _Flemy_, laquelle mande  milord de Leviston, de prsenter
la dicte enseigne  la Royne d'Escoce, sa bonne Mestresse, laquelle en
entendra bien la signiffication, qui est celle propre qu'elles ont
souvant devise et desire entre elles; et que cella, avec plusieurs
aultres occasions, la randoient de plus en plus offance contre la
dicte Dame.

A quoy j'ay rpliqu que, si elle considroit en quelle bonne sorte et
modeste faon vous l'aviez toutjour faicte requrir sur les affaires
de la dicte Royne d'Escoce, elle se rputeroit vous en avoir de
l'obligation, et non qu'elle s'en tnt mal contante, comme j'esprois
que le temps le luy feroit quelquefoys cognoistre; et que, si elle y
eust vollu entendre la premire foys, nous en fussions  ceste heure
aulx mercyemens, et non plus aulx tant rptes instances; et qu'au
reste je ne faysois doubte que plusieurs en Angleterre, et plusieurs
en Escoce, ne cerchassent, par le moyen d'elle, de ruyner la Royne
d'Escoce, et plusieurs aussi, par la Royne d'Escoce, de la ruyner 
elle, s'ilz pouvoient; mais qu'elles feroient bien de s'accorder
ensemble  la propre ruyne d'eulx, et  leur confusion; et que
c'estoit  elle de cercher meintennant ou sa vengeance, ou sa
seuret, en cest affre; et si c'estoit sa vengeance, qu'elle
considrt les dangereuses consquences qui en pouvoient advenir, et
combien elle s'aquerroit par l l'indignation de toutz les aultres
princes, et la hayne gnralle des habitans de ceste isle et de
presque toute la Chrestient; si, sa seuret, que Vostre Majest
concourroit  la luy fre trouver telle, comme elle la pourroit
dsirer.

A quoy la dicte Dame, avec affection, m'a pri de vous escripre que,
pour l'honneur de Vostre Majest, et non pour aultre respect du monde,
elle a commanc d'envoyer ses depputez, et de procder, envers la
Royne d'Escoce, en une faon que nul aultre prince, ny princesse
offance comme elle, ne l'eust jamais faict, et qu'elle se contraindra
 toutes les conditions, qu'il luy sera possible, pour remettre la
dicte Dame, par la voye du trett, le plus honnorablement qu'elle
pourra, en son royaulme; et, quant elle ne le pourra en ceste faon,
qu'encor vous donne elle parolle de la renvoyer, commant que soit, 
ceulx qui tiennent son party en son pays, car ne la veult plus retenir
en son royaulme; et que, par ainsy, elle espre vous satisfre si bien
que vous n'aurez plus occasion de vous quereller de ce faict, ny de
luy en fre plus parler. Qui sont, Sire, les principaulx poinctz qui
ont est desduictz en ceste audience. Sur ce, etc. Ce XXVe jour
d'octobre 1570.




CXLIIe DPESCHE

--du XXXe jour d'octobre 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Estienne, le postillon._)

  Ngociation concernant Marie Stuart.--Nouvelles d'cosse.--Avis
    que le duc d'Albe demande  quitter le gouvernement des
    Pays-Bas.--Affaires d'Allemagne.--Ligue contre les Turcs.


     AU ROY.

Sire, le retour des depputez de la Royne d'Angleterre ne nous faict
que bien esprer du trett, qu'ilz ont encommanc avec la Royne
d'Escoce, de laquelle, et des responces qu'elle leur a faictes, semble
qu'ilz ayent miz peyne d'en fre prendre beaucoup de contantement 
leur Mestresse, et qu'enfin le trett se conclurra; lequel se ft
desj advanc de dresser, avant la venue des depputez d'Escoce, si la
malladie de milord Quiper ne ft survenue, laquelle est cause qu'on
s'est rsolu d'attandre qu'ilz soient arrivez; et que cependant
icelluy Quiper pourra estre gury. Je mettray peyne, Sire, d'entendre
par Mr de Roz, aussitost qu'il sera de retour en ce lieu, les
susdictes responces de la Royne d'Escose, affin de les vous mander; et
vous manderay, par mesmes moyen, ce que j'auray aprins d'une dpesche,
qui vient d'arriver du comte de Lenoz, laquelle aulcuns prsument
estre pour certaine surcance d'armes, qui doibt estre accorde pour
deux mois en Escoce. Et j'entens que le gentilhomme, qui l'a apporte,
dict que le duc de Chastellerault, et ceulx du party de la Royne
d'Escoce, s'opiniastrent de vouloir tenir une assemble, sur le faict
de l'estat du pays, nonobstant la dpesche de leurs depputez par
dec; et que le Sr de Flemy est sorty en armes de Dombertran pour se
saysir des lieux plus prochains de sa place, affin d'y dresser des
logis et estables, comme pour y recepvoir la gent et cavallerie qu'il
attand bientost de France; laquelle persuasion, avec le raport que le
cappitaine Comberon faict de la ferme affection, en quoy il a trouv
Voz Majestez vers les choses d'Escoce, pourront aulcunement servyr 
l'advancement du dict trett.

Et y eust pareillement servy asss le doubte, auquel la Royne
d'Angleterre demeuroit du retour de l'arme, qui est all conduyre la
Royne d'Espaigne, si elle n'eust receu ung adviz, (qui est asss
semblable  ung aultre, que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, en
a, bien qu'il dict ne le tenir du duc d'Alve), que la dicte arme est
rserve pour ramener en Flandres la princesse de Portugal, affin d'y
estre rgente, et le duc de Medina Celi, qu'elle admeyne pour y estre
cappitaine gnral et superintendant des affres soubz elle; et
qu'avec la mesmes arme le dict duc s'en retournera, puis aprs, en
Espaigne, et que, despuys l'embarquement de sa Mestresse, icelluy duc
a encores dpesch ung des siens, en dilligence, devers le Roy son
Maistre, pour fre, en toutes sortes, rsouldre son cong,[16]
remonstrant son eage et son indisposition; et qu'il a remiz le pays en
ung si bon et si paysible estat, et si hors de toute souspeon de
guerre, qu'on ne doibt plus rien craindre de ce cost, ayant faict
excuter les principaulx chefz de la cdition, et ruyn si bien toutz
les moyens et la rputation du prince d'Orange, qu'il n'ose plus
sortyr de Nausau; qu'il a miz ung si bon nombre des principaulx
princes d'Allemaigne en la pencion de son Maistre, que les aultres ne
luy pourront nuyre; qu'il a accreu ses revenuz de Flandres de douze
centz mil escuz par an; qu'il a aschev la forteresse d'Envers;
ordonn celle de Vallenciennes; estably les vesques; confirm la
noblesse; rduict les loix, coustumes et ordonnances; et si bien
pourveu  toutes choses au dict pays, qu'il ne reste qu' y entretenir
le bon ordre qu'il y layssera; et que mesmes il a achemin en si bonne
faon ce qu'il avoit  dmesler avecques les Anglois, qu'on vit en une
doulce surcance avec eulx, avec grande esprance d'un fort prochain
et entier accord. Lequel adviz semble que la dicte Dame tienne pour
asss vritable, et quoy que ce soit, elle a fait ramener en leur
arcenal accoustum de Gelingan les dix navyres qu'elle avoit envoyez
convoyer la Royne d'Espaigne, et a faict licencier les gens et
mariniers qui estoient dessus, et faict cesser toutz ses aultres
aprestz et apareilz de mer.

  [16] Le duc d'Albe avait t investi du gouvernement des Pays-Bas
  en 1566. Le projet dont il est ici mention ne fut pas excut; il
  fut maintenu dans sa charge jusqu' la fin de 1573, poque 
  laquelle il cda le gouvernement  don Louis de Requessens,
  commandeur de Castille, aprs avoir publi une amnistie gnrale,
  au mois de dcembre de cette anne.

Le sire Henry Coban escript d'Espire qu'il sera respondu sur les
choses qu'il a proposes  l'Empereur, incontinent aprs que les
nopces de la princesse lizabeth seront faictes, et j'entans que,  la
vrit, il a renouvell le propos du mariage de l'archiduc Charles,
mais l'on ne l'a suyvy ainsy chauldement qu'il esproit. D'aultres
lettres sont venues d'Allemaigne, qui font mencion de certein
diffrant, qui cuyda arriver  Heldelberc, devant l'Empereur, entre
Jehan Georges Pallatin et Jehan Guilhaume de Saxe, sur leur
prcdance,  qui seroit premier assiz au festin, de sorte qu'ilz
furent prestz de mettre la main aulx armes; mais l'Empereur assembla
soubdein les principaulx, qui estoient prs de luy, et prononcea pour
le dict Georges, remonstrant si bien la rayson  l'aultre, que la
chose se passa gracieusement; et que le comte Pallatin avoit
instamment pri l'impratrix et la princesse sa fille, qu'elles
vollussent accompaigner l'Empereur en sa mayson de Heldelberc; mais la
dicte Dame s'en estoit excuse en une faon si rsolue de n'y vouloir
aulcunement aller, que le dict Pallatin en estoit demeur asss mal
contant; que l'Empereur avoit une grande affection d'entrer en la
ligue contre le Turc, et qu'il estoit aprs  persuader le Vayvaulde
de renoncer  l'alliance et  la souveraynet d'icelluy, et de luy
deffandre l'entre de la Transilvanie, luy promettant, s'il perdoit,
pour ceste occasion, rien de son estat qu'il le rcompenseroit en
Bohesme; et qu'on avoit opinion, s'il pouvoit conduyre le dict
Vayvaulde  cella, que les Estats de l'Empyre luy consentiroient
vollontiers d'entrer en la dicte ligue, et s'obligeraient  luy
bailler deniers et secours pour icelle, bien qu'on souspeonnoit asss
que, n'ayantz les Vnitiens est secouruz  propos de ceulx de la
susdicte ligue, ils cercheront d'accommoder leurs affres et de
procurer en toutes sortes par deniers, ou bien en accordant quelque
tribut sur Chipre, de fre paix avec le dict Turc; au moyen de quoy
ceste ligue demeureroit, puys aprs, asss froide, et bien fort
foible. Sur ce, etc. Ce XXXe jour d'octobre 1570.




CXLIIIe DPESCHE

--du IXe jour de novembre 1570.--

(_Envoye  la court par Mr le secrtaire de L'Aubespine._)

  Audience.--Vives plaintes de la reine contre la rception faite
    par le roi  Mr de Norris, son ambassadeur, et contre la
    dclaration du roi en faveur de la reine d'cosse.--Ncessit
    o se trouve le roi de rclamer la libert de Marie
    Stuart.--Protestation qu'il ne veut pas rompre la
    paix.--Communication officielle du mariage du roi.--Compliment
    de la reine sur cette union.--_Lettre secrte  la reine-mre_
    sur la proposition du mariage de la reine d'Angleterre avec le
    duc d'Anjou.--_Mmoire._ Bruits rpandus en Angleterre et en
    Allemagne que la pacification de France n'est point srieuse,
    et qu'elle cache quelque secret dessein du roi.--Dtails
    particuliers concernant la ngociation avec la reine
    d'cosse.--Rapprochement entre l'Angleterre et
    l'Espagne.--Plainte de Walsingham au sujet de l'accueil que lui
    a fait le roi dans son audience de cong.


     AU ROY.

Sire, estant, sabmedy dernier, avec la Royne d'Angleterre pour luy
fre part de la dpesche, que Mr de L'Aubespine m'a apporte, et des
aultres choses qu'il m'a sagement faictes entendre de l'intention de
Vostre Majest, j'avois advis de luy commancer quelque gracieulx
propos de vostre mariage, ainsy qu'on m'avoit adverty que je me
gardasse bien de luy user d'aulcune rigoureuse dmonstration, si je ne
voulois donner aulx ennemys de la Royne d'Escoce l'entier gain de leur
cause, et advancer grandement les affres d'Espaigne, pour d'aultaut
deffavoriser toutz ceulx de France en son endroict; et que c'estoit 
l'occasion de certaine deffaveur, que son ambassadeur luy avoit mand
qu'il avoit naguires receu de Vostre Majest, mesle de quelque
menace contre elle mesmes, sur les affres de la Royne d'Escoce, de
quoy elle estoit fort offance; et que noz ennemys s'esforceroient d'y
semer encores du verre, pour randre la playe incurable; par ainsy,
qu'il estoit besoing que je radoulcisse le faict.

Mais la dicte Dame me prvint, car aussitost que j'entray en sa
chambre prive, elle s'advana de me dire qu'elle me recepvoit mieulx
que son ambassadeur ne l'avoit est en sa dernire audience en France,
me remonstrant la faon dont Vostre Majest avoit parl  luy; de
laquelle disoit estre de tant plus marrye que deux aultres
gentishommes anglois, qui n'avoient jamais plus veu vostre court, luy
avoient raport, premier que son ambassadeur luy en eust rien escript,
qu'elle ny ses messagiers n'estoient guires prisez ny respectez en
France.

Sur quoy l'ayant escoute paciemment, je luy respondiz que je n'avois
rien entendu de cest affre, et que je savois, et estois bon
tesmoing, que Vostre Majest avoit toutjours bien receu, avecques
beaucoup d'honneur et faveur, ses ambassadeurs, et toutz les propos
qu'ilz vous avoient toutjours tenuz de sa part, aultant que de nul
aultre prince ny princesse de la terre; ce qui me faisoit croyre que
l'ocasion n'estoit meintennant procde de Vostre Majest; et j'en
comprenois quelque chose parce qu'elle-mesmes disoit que vous aviez la
botte, quant son ambassadeur arriva, et que vous luy aviez demand
comme est ce qu'il venoit  telle heure; et qu'au reste, elle debvoit
interprter  bien la franchise de vostre parler sur les affres de la
Royne d'Escoce; mesmes que s'estant la dicte ngociation continue
despuys par lettres, vous m'aviez envoy la coppie de celle, que vous
aviez escripte  son ambassadeur; laquelle je trouvois fort
honnorable, et bien conforme  tout ce qui pouvoit convenir 
l'entretennement de vostre commune amyti.

Elle me rpliqua qu'elle ne savoit que penser de la dicte rponse par
escript, et s'esbahyssoit asss comme Vostre Majest y avoit vollu
adjouxter de sa main, me priant de la luy monstrer, si je l'avois
prsente, affin que la dbatissions ensemble, dont la luy ayant
monstre, elle me dict, par deux foys, qu'elle n'estoit semblable 
celle qu'elle avoit desj veue; et que nantmoins elle trouvoit en
ceste cy cella bien dur, que vous disiez vouloir secourir la Royne
d'Escoce en ceste sienne ncessit, et procurer sa libert par toutz
les moyens que Dieu avoit miz en vostre puyssance; et qu'estant la
dicte Royne d'Escoce entre ses mains, vous infriez par l que si elle
ne la restituoit par le trett, que vous luy dnonciez desj la
guerre.

Sur quoy je luy desduysis les raysons, par lesquelles Vostre Majest
ne pouvoit moins dire que cella, ny moins fre que ce que vous en
disiez; et quant elle vouldroit, d'un coeur non ulcr, considrer
l'estat de cest affre, que non seulement elle ne se tiendroit pour
offance, ains cognoistroit vous avoir beaucoup d'obligation de
l'honneste et modeste faon, dont vous y aviez procd; et que,
nonobstant les lettres de son dict ambassadeur, suyvant les
honnorables propos et honnestes dmonstrations de contantement, dont
elle vous avoit us touchant vostre mariage, lorsque luy en aviez
premirement escript l'accord, vous me commandiez de luy dire en quoy
en estoient meintennant les choses; qui espriez que son playsir
augmenteroit de savoir qu'elles fussent ainsy bien advances qu'elles
estoient, et prestes de recepvoir ung bien prochain et bien heureulx
accomplissement; et luy particularisay le voyage de Mr le comte de
Retz  Espire, affin d'apporter les pouvoirs  l'archiduc Ferdinand,
pour espouser, au nom de Vostre Majest, la princesse lizabeth sa
niepce, et comme la crmonye s'en debvoit clbrer, le XVe du pass,
par l'archevesque de Mayance, et puys s'acheminer la dicte Dame, le
XXIIIIe du dict moys, grandement accompaigne, en France; et que
Monseigneur, frre de Vostre Majest, et Madame de Lorrayne, vostre
soeur, estoient desj vers la frontire pour la recepvoir et pour la
mener fre sa premire entre  Mzires, o toute sa mayson luy
seroit prsente, et de l  Compiegne, auquel lieu Voz Majestez
prparoient desj ce qui convenoit  un si solempnel et si royal
mariage, pour le XVe du prsent; et puys l'on conduyroit la dicte Dame
 St Deniz pour la sacrer et couronner Royne de France; et se parloit
de l'entre  Paris au premier jour de l'an, quant messieurs les
mareschaulx et aultres principaulx seigneurs, qu'aviez envoyez, pour
establir, sans dilay ny excuse, vostre edict par toutes les provinces
de vostre royaume, pourroient estre de retour; et que, comme Vostre
Majest et la dicte Royne d'Angleterre aviez accoustum d'agrer,
l'ung  l'aultre, la communication de voz bonnes fortunes et
prospritez, que vous luy aviez bien vollu fre part de ceste cy, pour
l'asseurer que ceste vostre nouvelle alliance n'estoit pour diminuer,
ains pour fortiffier et augmenter davantaige celle que vous avez, et
en laquelle vous voulez bien persvrer, avec elle; et que je croyois
que vous seriez bien ayse d'entendre qu'elle fust en ces mesmes
termes, o  prsent vous trouviez, fort allgre et bien dispos,
affin que mutuellement vous vous peussiez conjoyr de son contantement,
comme vous vous asseuriez qu'elle se resjouyssoit bien fort du vostre.

La dicte Dame, avec abondance de playsir, me respondit que cest
agrable propos effaoit beaucoup la dolleur qu'elle avoit pris de
l'aultre, et qu'elle vous randoit le plus exprs grand mercys qu'elle
pouvoit de la communication, qu'il vous playsoit luy fre, de chose si
prive, et apartenant de si prs  vostre personne, comme est vostre
mariage; et qu'elle n'avoit pas pens que les choses fussent si prs
de leur accomplissement, car eust prpar d'y envoyer de ses
gentishommes pour y assister; et qu'il semble qu'encor que les
espousailles du Roy d'Espaigne ayent prcd, que nantmoins voz
nopces seront plustost consommes, et qu'elle vouldroit de bon cueur
pouvoir estre  la feste; car monstreroit  tout le monde qu'elle se
resjouyt plus vritablement de vostre prosprit et contantement,
qu'il ne luy est possible de l'exprimer par parolle; que, touchant le
premier propos concernant son ambassadeur, elle me prioit de vous en
mander le mal qu'elle en avoit sur le cueur, et qu'elle esproit que
vous luy en donriez quelque satisfaction, qui la guriroyt, et luy
osteroit tout l'empeschement, qu'elle avoit, de ne se pouvoir tant
resjouyr de ce segond propos du mariage comme elle desireroit de le
fre; que, touchant le dict segond propos, elle vouloit prier Dieu de
bnyre l'espoux, et l'espouse, et les nopces, avec toute la postrit
qui en viendroit, laquelle se pourroit dire estre de la plus royalle
et noble extraction de la terre; et que, touchant la Royne d'Escoce,
qu'elle avoit trouv les responces, qu'elle avoit faictes  ses
depputez, fort honorables, dont n'estoient guires loing d'accord
entre elles; et que les depputez d'Escoce seroient bientost icy, pour
y procder du premier jour, comme il luy tardoit, plus qu' nul aultre
de ce monde, que cella prnt bientost une bonne fin; et, au regard de
ce que je luy avois touch de la pleincte de ceulx de Roan, qu'elle y
feroit dilligemment regarder par ceulx de son conseil, affin de vous
donner, en l'endroict de ceulx l, occasion de fre bien tretter toutz
ses subjectz en France, comme elle dsire qu'ilz y continuent leur
traffic.

Et y a heu plusieurs aultres privez discours entre la dicte Dame et
moy; lesquelz je remetz, avec plusieurs aultres choses,  Mr de
L'Aubespine pour les vous fre entendre, de la mesmes suffizance,
qu'il m'a trs dignement raport celles que Vostre Majest luy avoit
donn charge de me dire, et vous prsentera les recommendations de la
Royne d'Angleterre, comme elle l'a encharg de ce fre. Sur ce, etc.
Ce IXe jour de novembre 1570.


     A LA ROYNE.

Madame, il est venu fort  propos, par l'arrive de Mr de L'Aubespine,
que j'aye heu  parler  la Royne d'Angleterre du contenu de la
dpesche, qu'il m'a apporte, de Voz Majestez, du XIXe du pass;
suyvant laquelle j'ay adoulcy, par les gracieulx propos du mariage du
Roy, le mieulx que j'ay peu, le courroux, que la dicte Dame avoit, du
malcontantement, que son ambassadeur, Mr Norrys, luy avoit mand qu'on
luy avoit naguires donn en France, ainsy que, plus au long, je
l'escriptz en la lettre du Roy, vous supliant trs humblement, Madame,
que, la premire foys que Voz Majestez verront le dict ambassadeur,
elles luy veuillent dire quelque bonne parolle de faveur, et me
commander, par vos premires, d'en dire quelque aultre de satisfaction
icy  la dicte Dame; car, avec bien peu, j'espre que tout cella se
rabillera. Elle a suyvy avecques playsir et a faict longuement durer
le propos, que je luy ay commanc, du dict mariage du Roy, et est
venue  parler du sien: qu'elle n'avoit faict bien de ne se maryer
poinct, mais qu'elle estoit desj si vieille que nul, de ceulx qui y
pourroient prtandre, n'en avoit plus de volont, et qu'elle n'avoit
jamais pens d'en espouser, qui ne ft de mayson royalle; que
l'Empereur avoit bien employ son voyage d'avoir log ses deux filles
aulx deux plus grandz Roys; et qu'elle avoit est bien ayse de pouvoir
honorer celle qui estoit alle en Hespaigne, pour l'amour du pre, qui
la luy avoit recommande, et l'avoit prie de favoriser et asseurer
son passaige; et que, ayant sceu comme elle estoit arrive, 
saulvement, en Espaigne, elle avoit soubdain dpesch ung homme exprs
 Espire pour l'en advertyr; qu'elle s'asseuroit que, l o l'Empereur
establyroit son alliance, qu'il procureroit d'y confirmer aussi celle
d'Angleterre.

Ausquelles choses je luy ay respondu que Voz Majestez recepvroient
grand contantement des honnorables propos, qu'elle tenoit du mariage
du Roy, et loueroient fort sa prudente dellibration d'avoir rserv
franche sa vollont pour se maryer, quant il luy plairoit, et que
mesmes ce soit avec un royal prince; que,  la vrit, elle avoit
favoris et honnor grandement le passaige de la Royne d'Espaigne, de
laquelle j'entendois qu'elle se contantoit bien fort, par les bonnes
parolles et honnestes lettres, que sire Charles Havart luy en avoit
raport; et que j'esprois qu'elle recepvroit encore plus de
contantement de la Royne, sa soeur, et se termina pour lors le propos,
et toute l'audience, avec beaucoup de plsir et contantement de la
dicte Dame; laquelle, demeurant en quelque craincte de la dtermine
rsolution en quoy elle voyt que Voz Majestez Trs Chrestiennes, pour
leur honneur, persvrent de vouloir secourir la Royne d'Escoce, et
nantmoins que vous avez dsir de conserver son amyti, et ne
l'offancer, elle se monstre plus dispose de parachever le trett;
lequel nous poursuyvrons, avec la plus continuelle instance, qu'il
nous sera possible, comme la Royne d'Escoce, de son cost, ne pert en
cella heure, ny moment. Sur ce, etc.

     Ce IXe jour de novembre 1570.


     A LA ROYNE.

     (_Aultre lettre  part._)

Madame, quant Vostre Majest me dpescha, prsent le Roy et
Monseigneur, voz enfans, pour venir en ceste charge, elle me
descouvrit ce mesmes dsir, dont,  prsent, il luy playt me fre
mencion par sa petite lettre du XXe du pass[17]; et je vous suplie
trs humblement, Madame, de croyre que j'ay toutjour, despuys, fort
soigneusement regard s'il y auroit nul moyen de l'effectuer, sans que
j'ay est ny endormy, ny paresseux, de pntrer, aultant qu'il m'a
est possible, ez affres de de et en l'intention de ceux qui les
manyent, par des voyes toutesfoys bien esloignes du dict propos, pour
voir s'il y auroit rien qui s'y peult bien raporter et accomoder. En
quoy, si j'eusse trouv quelque fondement, je n'eusse diffr une
seule heure de le vous mander, ny en eusse perdu une aultre  le bien
et dilligemment poursuyvre. Mais, Madame, voycy en quoy, pour quel
regard que ce soit, en sont meintennant les choses: que la Royne
d'Angleterre, quoy qu'elle ayt donn charge au jeune Coban de
renouveller, par motz couverts et artificieulx, le propos du mariage
de l'archiduc; et que, asss souvant, elle et les siens en jettent
d'aultres, bien exprs, touchant Monseigneur vostre filz, ce n'est
toutesfoys, quant  l'archiduc, que pour monstrer de vouloir accepter
l'alliance de la maison, d'o les deux grandz Roys se sont
nouvellement allyez; et rabiller par ce moyen, si elle peult, ses
diffrans avec le Roy d'Espaigne, et fre prendre de l quelque
jalouzie  Voz Majestez Trs Chrestiennes, comme aussi en fre prendre
encores une plus grande au Roy d'Espaigne du propos de Mon dict
Seigneur, vostre filz; et s'entretenir, par la rputation de ces deux
grandz partys, en plus grande estime envers les siens. Mais le
jugement d'ung chacun est conforme  celluy que faict Vostre Majest,
qu'elle ne se soubsmettra jamais  nul mary, ainsy que, d'elle mesmes,
elle s'en monstre toutjour asss esloigne; et les siens l'en
dtournent davantaige, affin de disposer toutjour, ainsy qu'ilz font,
d'elle et de son royaulme.

  [17] _Lettre, escrite de la main de la Roine mre,  Mr de La
  Mothe Fnlon, pour lui estre rendue en mains propres_, du 20
  octobre 1570:--Monsieur de La Mothe Fnlon, monsieur le
  cardinal de Chastillon a faict tenir propos  mon fils, le duc
  d'Anjou, d'une ouverture de mariage de la royne d'Angleterre et
  de mon dict fils... Voir le _Supplment  la Correspondance
  Diplomatique de La Mothe Fnlon_, contenant les lettres qui lui
  taient crites de la cour.

Et ung des principaulx, qui soit auprs d'elle, a naguires dict que,
despuys trois moys, le vydame de Chartres a men une secrecte pratique
avec le secrtaire Cecille, pour le mariage de Mon dict Seigneur,
vostre filz, avec elle; et qu'il a offert de fre, par ce moyen,
advancer le tiltre de ceux de Herfort  ceste couronne, au cas que la
dicte Dame ne puysse avoir d'enfans; et que le propos n'a peu estre
que bien ouy, pour le regard de Mon dict Seigneur, de presque toute la
noblesse; mais que la pluspart d'icelle l'a mal receu et heu fort
odieux touchant ceux de Herfort; et qu'il jugeoit que le dict vydame
n'y avoit pas grand moyen, mais qu'il avoit advanc cella pour
complayre au dict Cecille, sachant l'extrme affection, qu'il a, 
ceulx de Herfort; lesquelz sont deux petitz masles, issuz de celle
madame Catherine[18], prochaine de ceste couronne, qui est morte dans
la Tour. Et n'y a poinct de fille en ce royaulme, petite ny grande,
qui prtande  la dicte succession, sinon une soeur de la dicte dame
Catherine, qui est bossue, et a espous un huissier de la salle de
prsence, ny la Royne d'Angleterre n'a la vollont d'en adopter pas
une; et croy que, quant elle le vouldroit fre, au prjudice de ceulx
qui y prtandent droict, qu'elle ne le pourroit effectuer par le
parlement, ny mesmes en fre dclairer ung des prtandans, tant les
partz sont contraires, et les maysons principalles de ce royaulme
opposantes l'une  l'aultre sur ce poinct. De quoy j'estime que le
droict de la Royne d'Escoce ne s'en rendra que plus fort, bien qu'il
semble qu'un tel faict ne se dmeslera, sans beaucoup de dbat.

  [18] Catherine, soeur pune de Jeanne Gray. Elle avait pous le
  comte de Hereford, et deux enfans taient issus de ce mariage,
  Henri et douard. Marie, dernire soeur de Jeanne Gray, avait t
  marie  un simple gentilhomme nomm Keyt.

Quelcun m'a dict qu'on a vollu aussi proposer le mariage du Prince de
Navarre avec ceste Royne, le faisant le plus riche subject de
l'Europe, et allgant quelques droictz, qu'il a nouvellement gaignez,
en la chambre imprialle, contre le Roy d'Espaigne, qu'on dict valloir
plusieurs millions d'or, mais le propos n'a est suyvy.

Or, Madame, je ne voys pas qu'il y ayt lieu de mettre, pour ceste
heure, rien en avant de nostre cost, et, par ainsy, je m'en tayray du
tout, ainsy qu'il vous playt me le commander, bien que je vous suplye
de ne laysser de suyvre et escouter bnignement ce qu'on vous en
pourra toucher, monstrant que les plus grandes difficultez vous
semblent estre du cost de la dicte Dame; sans toutesfoys advancer
parolle, de laquelle elle se puysse advantaiger. Et cependant je
veilleray, plus que jamais, sur ce qui se pourra descouvrir ou venir
en lumyre, propre  cest effect, vous voulant bien advertyr, au
reste, Madame, que de France, l'on a naguires escript  la Royne
d'Angleterre que Vostre Majest ne desire aulcunement l'expdition des
affres de la Royne d'Escoce, ains que vous auriez playsir qu'elle ne
bouget encores d'Angleterre; de quoy semble que l'vesque de Roz ayt
heu un semblable adviz de ceste court, mais je luy ay faict cognoistre
qu'il n'y a rien au monde plus faulx que cella. Sur ce, etc.

     Ce IXe jour de novembre 1570.

   POURRA LE DICT SIEUR DE L'AUBESPINE, oultre le contenu de la
   dpesche, dire  Leurs Majestez:

   Que quelques ungs du conseil d'Angleterre incistent fermement 
   la Royne, leur Mestresse, de ne debvoir, en faon du monde,
   tretter avec la Royne d'Escoce; et que, pour nulles menaces, ny
   effortz, qu'elle ayt  craindre du cost du Roy, elle n se doibt
   haster de la dlivrer, car jugent que la paix ne sera de dure en
   France; et que, par aulcunes lettres et adviz, qu'ilz ont de
   dell la mer, ilz ont descouvert que le Pape, le Roy d'Espaigne,
   et les Vniciens sont proprement ceulx qui ont conseill de la
   fre ainsy qu'elle est, pour peur, qu'ilz avoient, que ceux de la
   nouvelle religion ne gaignassent tant d'advantaige, pendant que
   eulx seroient occupez en la guerre du Turc et en celle des Mores,
   qu'il ne ft, puys aprs, plus temps d'y remdier; et que
   nantmoins, ilz ont promiz au Roy, qu'aussitost qu'ils se
   verroient dmeslez de ces deux guerres, qu'ilz luy fornyroient
   ung si notable secours qu'il pourroit fort aysement purger son
   royaulme de toute ceste secte de Huguenotz;

   Que cella se trouvoit ainsy confirm par une dpesche de Mr le
   Nonce  l'aultre Nonce, qui est en Espaigne, laquelle avoit est
   intercepte, et qu'on avoit trouv dedans la coppie d'une lettre
   du Pape  Mr le cardinal de Lorrayne, qui en faisoit asss
   expresse mencion;

   Que, nonobstant les bonnes dmonstrations du Roy sur l'observance
   de la paix, que les aultres Princes et les principaulx de la
   court ozoient asss ouvertement dclairer qu'ilz l'avoient 
   contre cueur; et que,  Thoulouse et  Lyon, ne la vouloient
   encores bien recepvoir, ce qui estoit signe qu'elle s'en iroit
   plustost rompue que establye;

   Et qu'ilz savoient que le Roy mesmes, accompaign de Mrs les
   cardinaulx, et d'aulcuns princes, et aultres plus privez de son
   conseil, avoit, par acte fort secrect, dict et dclair, en sa
   court de parlement de Paris, que son intention n'estoit
   d'entretenir aulcunement deux religions en son royaulme; et que
   ce, qu'il avoit instantment pourchass la paix, avoit est pour
   sparer l'arme des Huguenotz, et renvoyer les estrangiers; mais
   qu'aprs cella il mettroit aultre ordre et une meilleure forme
   aulx affres de la dicte religion; et que aulcuns des assistans
   avoient fort lou et magniffi son opinion, et avoient tout hault
   randu grces  Dieu qu'il eust miz un si catholique desir dans le
   cueur de nostre Roy;

   Que Messieurs les Princes et Admyral, estantz assez informez de
   cecy, se tenoient sur leurs gardes, et avoient desj envoy
   notiffier toutes ces particullaritez  leurs amys en Allemaigne;
   et que mesmes les cappitaines et colonnelz, qui estoient venuz
   vers Hembourg, pour s'asseurer de certaines leves de gens de
   guerre pour les princes protestans, en avoient parl asss clair;
   par lesquelles remonstrances l'on a fort essay de persuader la
   dicte Dame qu'elle devoit attandre l'vnement de ces choses de
   France, premier que de rien remuer en celles d'Escoce.

   Mais j'ay,  ceste heure, tout  propos, par la venue du dict Sr
   de L'Aubespine, notiffi  la dicte Dame, et asss publi en sa
   court, le bon ordre, que le Roy a prins, d'envoyer messieurs les
   mareschaulx et aultres seigneurs et cappitaines, avec des
   maistres de requestes et des commissaires, par toutz les lieux et
   provinces de son royaulme, pour y excuter son edict sans dilay,
   ni excuse; ce qui faict prendre  la dicte Dame et aulx siens
   meilleure opinion de nostre paix, et semble qu'elle se rsould de
   passer oultre au trett de la Royne d'Escoce.

   Car voycy en quoy en sont meintennant les choses, que le
   secrtaire Cecille et maistre Mildmay, estans de retour vers
   elle, luy ont, d'entre, protest qu'encor qu'ilz eussent
   l'honneur d'estre toutz entirement siens, ses conseillers et
   subjectz, qu'ilz avoient nantmoins jur  la Royne d'Escoce de
   luy rapporter aultant fidellement et  la vrit tout ce qu'ilz
   avoient veu, cogneu et ouy d'elle, comme s'ilz fussent ses
   propres messagiers; et ainsy ont faict leur raport si bon que la
   dicte Dame est demeure fort satisfaicte de la dicte Royne, sa
   cousine, et en grande vollont de conclurre ung bon trett avec
   elle.

   Sur quoy, icelluy Cecille luy a demand d'o estoit doncques
   advenu que, pendant qu'ilz estoient sur le lieu, elle leur eust
   mand d'agraver les condicions  la dicte Royne d'Escoce, et les
   luy proposer plus dures, qu'elle ne leur avoit command de le
   fre, quant ilz partirent:--Prenez vous en, respondit elle, 
   millord Quiper, vostre beau frre; car c'est luy qui m'y a
   contraincte.

   Et j'ay sceu,  la vrit, que, quant le Sr de Valsingan revint
   de France, la dicte Dame assembla ceulx de son conseil pour
   dterminer des affres de la dicte Royne d'Escoce, suyvant ce que
   le Roy luy en mandoit, et leur ayant elle mesmes propos les
   choses en une faon, qui la monstroient incliner bien fort  la
   restitution de la dicte Dame, le dict Quiper luy respondit
   seulement:--Qu'il la voyoit si dispose en cest affre, qu'il ne
   failloit que l'excuter, sans plus le mettre en
   dellibration.--Ouy, dict elle, beaucoup d'ocasions,  la
   vrit, me meuvent de le desirer ainsy: mais je veux modrer mon
   desir par vostre adviz. Il rpliqua soubdain:--Qu'il estoit l
   pour la conseiller et non pour la contredire, et que, voyant son
   conseil ne pouvoir avoir lieu, qu'il se dportoit de le bailler.
   Sur quoy la dicte Dame, asss en collre, luy adressa ces
   parolles:--Je vous ay creu, ces deux ans passez, de toutes
   choses, en mon royaulme, et je n'y ay veu que troubles, despenses
   et dangiers. Je veux,  ceste heure, user, aultant de temps, de
   mon propre conseil, pour voir si je m'en trouveray mieux. Et,
   sur ce poinct, elle se retira dans son cabinet; mais le dict
   Quiper et ceulx du conseil ne layssrent pour cella, d'altrer
   assez la besoigne, et s'esforcrent, par plusieurs moyens, de
   randre, touchant ceste ngociation, bien fort suspect Cecille 
   la dicte Dame.

   Nantmoins, despuys le retour du dict Cecille, ayant de rechef
   est le conseil rassembl pour ouyr son raport et les responces
   de la dicte Royne d'Escoce, encor que le dict Quiper se soit
   opiniastr contre la restitution d'elle, et soubstenu qu'on
   debvoit dlaysser ce trett, il semble qu'il n'ayt peu rien
   gaigner; et qu' ceste occasion, il soit party de court mal
   contant; et que la dicte Royne d'Angleterre se soit confirme, de
   plus en plus, de vouloir tretter.

   Dont despuys, ayant Mr l'vesque de Roz est devers elle, elle
   luy a dict:--Que ses deux depputez luy avoient raport beaucoup
   de satisfaction de la dicte Royne d'Escoce, et qu'elle trouvoit
   ses responces fort honnorables; dont elles deux s'acorderoient
   fort aysement des aultres choses, qui sembloient demeurer
   encores en diffrant; et qu'il ne restoit plus que l'arrive des
   depputez d'Escoce, lesquelz elle vouloit attandre, premier que de
   passer plus oultre. Et, comme le dict sieur vesque luy toucha
   ung mot de la difficult, qu'il y avoit, de conclurre la ligue,
   de peur de prjudicier  celle de France, et qu'il la pryoit
   qu'il en peult communiquer avecques moi:--Je veulx bien, dict
   elle, que vous en communiquiez  l'ambassadeur du Roy, mais il ne
   fault que luy, ny aultre, m'estiment si sotte, puysque la Royne
   d'Escoce est entre mes mains, que je ne veuille bien pourvoir,
   premier qu'elle en sorte, qu'elle n'aille estre ung instrument 
   ung aultre prince de me fre la guerre.

   Et ainsy le dict sieur vesque de Roz, et moy, sommes aprs 
   confrer ensemble les articles et condicions, qu'on propose  la
   dicte Royne d'Escosse; en quoy je incisteray fermement que
   l'intention du Roy soit suyvye, ou, au moins, qu'il ne soit faict
   prjudice  rien, qui touche son service; et semble qu'il est
   expdiant d'accommoder ces affres par le prsent trett, sans
   les remettre  une aultre fois, car aultrement la dicte Dame et
   son estat restent en ung trs grand dangier; et de tant que les
   dicts depputez d'Escosse sont desj acheminez, savoir: du party
   de la Royne, milord Herys, milord Bonet et le dict sieur vesque,
   qui est desj icy; et, de la part du rgent, le comte de Morthon,
   milord Clames et l'abb de Domfermelin; et qu'on les attand toutz
   dans six ou sept jours, et que desj il se parle de l'entrevue
   des deux Roynes, ung chacun espre que l'accord ruscyra.

   Pendant que les dicts depputez estoient avec la Royne d'Escosse,
   elle a dpesch ung sien tapissier, nomm Serve, en Flandres,
   devers milord de Sethon, luy apporter ung pouvoir et procuration
   d'elle, en forme, pour tretter avec le duc d'Alve; et luy
   communiquer les articles, que les dicts depputez luy ont
   proposez; et l'asseurer, qu'encor qu'elle soit en beaucoup de
   ncessitez, qu'elle toutesfoys ne conclurra rien sans l'adviz de
   ses amys. Nantmoins, elle a, d'elle mesmes, accord, par une
   lettre de sa main, de bailler le Prince, son filz,  la Royne
   d'Angleterre; et l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy,
   conseilloit nantmoins qu'elle luy accordt plustost les places
   de Dombertran, Lislebourg, et d'Esterlin, et force ostaiges, que
   non le dict Prince.

   Les gracieulx propos et honnestes lettres, que la Royne
   d'Espaigne a mandez  la Royne d'Angleterre, sont cause que le
   dict sieur ambassadeur commance d'estre plus respect et favoris
   des Anglois qu'il ne souloit, et qu'il est recherch, soubz main,
   de vouloir demander audience de la dicte Dame,  laquelle il n'a
   parl, XXII moys a, et qu'elle la luy ottroyera fort vollontiers.
   Sur quoy il a respondu qu'en ayant est plusieurs foys reffuz,
   il importe beaucoup  l'honneur de son Maistre que la dicte Dame
   la luy veuille ottroyer d'elle mesmes; et, par ainsy, qu'il est
   dellibr d'attandre qu'elle le luy mande, ou le luy face dire
   par quelcun des siens.

   Et cependant, l'on a pareillement recerch le Sr Ridolfy de
   reprendre le propos de l'accord des diffrans des prinses, sellon
   ce qu'il en avoit quelquefoys miz en avant, dont desj il en a
   escript une lettre  Mr le comte de Lestre, qui monstre d'y avoir
   quelque affection, et il a est asss bien respondu. Je croy que
   cest affre se rendra de tant plus facille, que les Anglois
   trouveront de difficultez en nous; et semble que Mr Norrys se
   soit, puys peu de jours, pleinct de quelque deffaveur, qu'on luy
   a faicte en France, et que sa Mestresse en soit bien mal
   contante:

   Comme aussi le Sr de Valsingan, parmy les propos, qu'il m'a
   tenuz, des honnestes faveurs, qu'il avoit receues de Leurs
   Majestez Trs Chrestiennes, il y a mesl je ne say quoy de
   deffaveur, qu'il luy sembloit que le Roy luy ayt faict, en la
   seconde audience, de ne luy avoir monstr si bon visage, ny us
   de si gracieuses parolles, que en la premire; et d'avoir, luy
   prsent, dict  Mr Norrys qu'il estoit marry qu'il s'en volust
   sitost retourner, l'ayant trouv homme de bien en sa charge; et
   qu'il vouloit prier la Royne d'Angleterre, sa bonne soeur, de ne
   luy bailler poinct de successeur, qui ft turbulant, ny homme qui
   n'aymt la paix et le repos; comme si Sa Majest entendoit de
   dresser ce propos  luy, car il estoit en termes de luy succder;
   et qu'il croyoit que Mr de Glasco luy eust faict donner ceste
   attache, bien qu'il ne se soit,  ce qu'il dict, jamais ingr ez
   affres de la Royne d'Escosse, sinon quant la Royne, sa
   Mestresse, le luy a command; et que je say bien qu'il fault
   obyr  son naturel prince, quant il commande quelque chose.

   Ce qui l'avoit fort descourag d'accepter la lgation en France,
   craignant de n'estre agrable  Sa Majest; toutesfoys que la
   Royne, sa Mestresse, luy avoit command de s'aprester, me priant
   d'asseurer Leurs dictes Majestez Trs Chrestiennes que nul jamais
   ne tiendra ce lieu, qui ayt plus droicte intention  meintenir la
   paix et la bonne amyti entre nos deux Maistres et leurs deux
   royaumes que luy; et que, s'en allant l'affre de la Royne
   d'Escoce compos, il luy sembloit qu'il ne restoit plus aulcune
   occasion de diffrant entre la France et l'Angleterre. A toutes
   lesquelles choses je luy ay respondu, sellon l'honneur et
   grandeur du Roy, et comme il debvoit prendre la franchise du
   parler de Sa Majest en bonne part; et luy ay donn, au reste,
   toute bonne esprance de sa lgation, voyant qu'aussi bien elle
   luy estoit desj commise; et estime l'on qu'encor qu'il soit tenu
   pour homme fort affectionn  la religion nouvelle, et asss
   contraire de la Royne d'Escoce, que nantmoins il se rendra
   modr.




CXLIVe DPESCHE

--du XIIIIe jour de novembre 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par le corier de Flandres._)

  Discussion des articles du trait propos concernant la reine
    d'cosse.--Efforts de l'ambassadeur afin de faire accepter les
    conditions envoyes par le roi.--Consentement de Marie Stuart 
    ce que son fils soit donn en tage  la reine
    d'Angleterre.--Motifs de cette dtermination, qui est contraire
    aux instructions reues de France.--tat de la ngociation avec
    les Pays-Bas; nouvelles de Flandre.


     AU ROY.

Sire, aprs le partement du Sr de L'Aubespine, j'ay communiqu le
contenu des lettres de Vostre Majest, du XXVIIIe du pass, qui me
sont arrives, ainsy qu'il partoit,  Mr l'vesque de Roz; et, suyvant
icelles, je l'ay press d'incister vifvement  la Royne d'Angleterre
de passer oultre au trett encommanc, et que, de sa part, il la
veuille dorsenavant poursuyvre par la forme, et non aultrement, qu'il
a pleu  Vostre Majest me le prescripre, luy desduysant les raysons,
pourquoy la Royne, sa Mestresse, ny luy, ne la doibvent excder;
lesquelles raysons j'ay aussi mandes  la dicte Royne, sa Mestresse,
avec ung extraict de ce qui en est port par vos dictes dernires.

Sur quoy le dict sieur vesque m'a asseur de la parfaicte
correspondance de sa dicte Mestresse, et de luy,  vouloir, en tout et
partout, suyvre l'intention et les conseils de Vostre Majest; et que,
ayant despuys trois jours est devers la Royne d'Angleterre, pour luy
prsenter ung pourtraict, que la dicte Royne d'Escoce luy envoyoit, du
Prince son filz, il l'avoit instantment sollicite de passer oultre 
parfre le dict trett, et de luy dclairer si les responces, que sa
dicte Mestresse avoit faictes  ses depputez, luy sembloient
raysonnables, affin qu'il la peult advertyr de ce qu'elle en debvoit
esprer; et que la dicte Dame luy avoit respondu que les depputez,
qu'elle attandoit d'Escoce, d'ung chacun des costez, debvoient arriver
dans quatre ou cinq jours, avec le comte de Sussex et maistre Randolf,
qui venoient toutz de compaignye, et qu'estantz icy, elle feroit
incontinent procder au dict trett; que, quant aulx responces de sa
dicte Mestresse, elle les avoit prinses de fort bonne part, et
n'estoient trop esloignes de ce qui convenoit  fre ung bon accord;
qu'encor que la dicte Royne d'Escoce fit grande difficult sur
l'article de la ligue,  cause de celle de France, qu'il ne falloit
qu'elle s'y arrestt; adjouxtant, avec ung soubzrire, que, puysque
Vous, Sire, vous estes mesl avec la mayson d'Autriche, qui est de sa
ligue, que vous ne debviez trouver mauvais qu'elle se meslt avec
celle d'Escoce, qui est de la vostre. A quoy luy, de Roz, luy avoit
soubdain respondu qu'il fauldroit donc qu'elle constituast ung
semblable douaire  sa Mestresse, et donnast ung semblable
entretennement des gardes, des gendarmes, des bnfices, plusieurs
privilges, et aultres grandz advantaiges aulx Escouoys en
Angleterre, que Vostre Majest leur faisoit jouyr en France; et que,
sellon son adviz, il n'aparoissoit aulcun honneste moyen de fre ligue
entre elles deux, sinon en y comprenant Vostre Majest; et que la
dicte Dame luy avoit rpliqu, l dessus, que les dicts entretennemens
estoient trop grandz pour en vouloir charger son estat, mais que,
touchant la ligue, elle m'en parleroit, et en feroit parler par son
ambassadeur  Vostre Majest.

Or, Sire, ce poinct de la dicte ligue, plus que nul de ceulx, qui sont
contenuz s dicts articles, me semble importer grandement  l'honneur
et rputation de vostre couronne, et,  ceste cause, j'ay desj dict
tout hault que j'interrompray en vostre nom l'accord, et protesteray
de l'infraction des prcdans trettez, plustost que d'en laysser rien
passer. Au regard de l'aultre article, auquel Vostre Majest estime
que je n'ay asss expressment respondu  l'vesque de Roz, touchant
ne bailler le Prince d'Escoce aulx Anglois: je vous supplie trs
humblement, Sire, de croyre que je luy ay, par ung adviz escript de ma
main, premier qu'il soit all vers sa Mestresse avec les depputez,
ainsi que je l'ay communiqu au Sr de L'Aubespine, expressment
conseill de ne l'accorder en faon du monde; mais la dicte Dame,
suyvant d'aultres adviz, que le dict vesque mesmes luy a pareillement
apportez par escript, de plusieurs ses affectionnez et meilleurs amys
et serviteurs de ce royaulme, et aussi par l'adviz des seigneurs, qui
tiennent son party en Escoce, l'a offert  la Royne d'Angleterre par
sa lettre du sziesme du pass, comme chose, sans laquelle le dict
vesque de Roz dict que la dicte Royne d'Angleterre ne ft jamais
entre en trett, et sa Mestresse ft demeure au plus dangereux estat
de sa personne et de toutz ses affres, qu'elle ayt encores est, pour
l'ocasion de ceulx qui avoient monstr se rbeller au pays de
Lenclastre; avec ce, Sire, que ceulx de ce conseil ont toutjours
estim qu'il ne se pourroit prendre aulcune aultre assez bonne seuret
de la dicte Royne d'Escoce, que d'avoir son filz par de, affin qu'il
leur ft ung instrument tout accommod pour contenir sa mre ou pour
la dchasser; aussi qu'il semble bien que les Escouoys, qui procurent
la restitution d'elle, ne sont que bien ayses que le Prince s'en
aille, affin que ceulx du contraire party ne puyssent plus redresser
aulcune comptance dans le pays; et encores y a il plusieurs
principaulx personnaiges en ceste court, qui incistent asss que le
dict Prince ne viegne en faon du monde en Angleterre, de peur qu'il
n'y advance et establisse par trop le droict, que sa mre a  la
succession de la couronne, au prjudice des aultres prtendans. Ce qui
faict que plus vollontiers, la dicte Royne, sa mre, consent qu'il y
soit men, et mesmes qu'elle voyt bien que le contredire ne luy
serviroit de rien, tant la chose est hors de sa puyssance; mais l'on
n'a layss pourtant d'envoyer solliciter les deux partys, en Escoce,
de s'y opposer; et aussi le grand pre, et l'ayeulle, et plusieurs
aultres, en ce mesmes royaulme, de ne le trouver bon, et de le debvoir
empescher; pareillement  la mesme Royne d'Angleterre de luy jecter
ung escrupulle dans le cueur, touchant ce petit Prince, disant que, 
son advnement au monde, il  dchass sa mre hors de son estat, et
qu'il pourroit bien, en venant en Angleterre, chasser sa tante hors du
sien. Tant y a, Sire, que ce poinct est desj tenu comme pour accord
entre elles deux; et sur cella se faict le fondement de tout le reste;
et estime l'on, Sire, pourveu que vous obteniez la restitution de la
dicte Dame et la runyon des Escouoys, et que l'authorit des Anglois
et leurs forces soyent mises hors du pays, que Vostre Majest, quant
au reste, ne doibt empescher qu'elle ne se puysse prvaloir de son
filz  le bailler ostage quelque temps, pour recouvrer sa libert, et
retirer sa personne, et son estat, horz du grand dangier o ilz sont.

Nantmoins, Sire, en cella, et en toutz les aultres chapitres du
traict, j'incisteray toutjour, le plus fermement qu'il me sera
possible, que l'intention de Vostre Majest soit entirement suyvye;
et, de tant que la Royne d'Angleterre s'est plaincte  moy des
dommageables condicions, qu'elle dict estre apposes contre
l'Angleterre, dans le dernier trett d'entre le feu Roy, Franoys le
Grand, vostre ayeul, et Jaques quatriesme, Roy d'Escoce, lequel je
croy estre de l'an 1535[19], je supplie trs humblement Vostre Majest
de m'en fre envoyer une coppie affin d'y respondre; et me commander
au reste, Sire, touchant ce dessus, si je doibz incister tout oultre,
que la Royne d'Escoce se retire de la promesse, qu'elle a faicte, de
bailler son filz, et qu'il vous playse d'en dclairer franchement
vostre vollont  Mr de Glasco, son ambassadeur.

  [19] Jacques IV tait mort en 1513; deux ans avant l'avnement de
  Franois Ier. L'ambassadeur veut sans doute parler du trait de
  Rouen, conclu le 26 aot 1517, entre Jacques V et Franois Ier,
  et renouvel en 1535, lorsque Jacques V pousa Madelaine de
  France.

Au surplus, Sire, les diffrans des Pays Bas demeuroient acrochez en
ce que, sur la diminution que le duc d'Alve a trouv estre ez
merchandises des subjectz du Roy d'Espaigne, pour en avoir une partie
est gaste et les aultres mal vendues par de, il vouloit que celles
des Anglois fussent prinses en rcompence, sellon qu'elles valloient
en Angleterre, et non sellon qu'elles ont est vendues en Flandres; en
quoy il faisoit proffict d'envyron cent mil escuz; mais ceulx cy,
ayant,  ce qu'ilz disent, plus d'esgard au dshonneur que  la perte,
qui leur viendroit en cella, n'ont vollu passer ce poinct, ni accorder
aulcune ingalle et plus advantaigeuse condicion aux Espaignolz et
Flamans que  eulx; dont les lettres estoient desj signes de ceste
Royne pour mander  maistre Figuillem, son agent  prsent en
Flandres, qu'il s'en retournast tout incontinent, si le dict duc ne
vouloit tenir compte du prix,  quoy les merchandises d'Angleterre ont
est vandues, ainsy quelle offroit de fre le semblable par de, de
celles d'Espaigne, et d'estre preste d'administrer justice pour
celles, qui ne se trouveraient en estre, contre ceulx qui en seroient
coulpables, ce qui alloit fre une grande interruption en tout
l'affre; mais, voulant le duc en toutes choses l'accommoder, il l'a
si bien faict ngocier icy, soubz main, par l'ambassadeur d'Espaigne,
et par aultres personnes interposes, qu'il n'y a rien,  ceste heure,
plus eschauff entre ceulx de ce conseil que d'en vouloir bientost
sortyr. Et,  cest effect, le Sr Ridolfy, qui s'en estoit auparavant
mesl, est appell en court, et pareillement Cavalcanty et Espinola;
et s'entend que le Sr Thomas Fiesque arrivera demain, ou aprs demain,
de Flandres, qui aporte la rsolue intention du dict duc; et est l'on
aprs  trouver moyen que le dict ambassadeur d'Espaigne escripve, sur
l'ocasion du passaige de la Royne d'Espaigne, et sur l'honneur et
convoy que luy ont faict les navyres d'Angleterre, et sur son arrive
 saulvement par dell, une bien honneste lettre  la Royne
d'Angleterre, affin qu'elle envoye aulcuns de son conseil pour en
confrer davantaige avec luy; lesquelz auront charge de lui octroyer
audience de la dicte Dame pour le jour, qu'il vouldra l'aller trouver.
Et de tant, que le Roy d'Espaigne a mand au dict duc de regaigner,
par toutz les moyens qu'il pourra, l'amyti des Anglois; et qu'il ne
veult, sur son partement, laysser ceste besoigne en dtail, il la
presse bien fort, estans venues nouvelles que le duc de Medina Celi
est prest de s'embarquer  Laredo pour passer en Flandres, o il
pourra arriver  la fin de ce moys, sur la mesmes arme qui a conduict
par dell la Royne d'Espaigne, et que la princesse de Portugal n'y
vient poinct pour encores, mais ce sera le cardinal de Grandvelle, qui
viendra assister au dict duc de Medina Celi. Sur ce, etc.

     Ce XIVe jour de novembre 1570.




CXLVe DPESCHE

--du XIXe jour de novembre 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Olivier._)

  Retard apport  la ngociation du trait concernant la reine
    d'cosse.--Mission de lord Seyton, dans les Pays-Bas, auprs du
    duc d'Albe.--Demandes faites au duc de la part de Marie
    Stuart.--Nouvelles des Pays-Bas et de la Moscovie.


     AU ROY.

Sire, j'ay de nouveau faict entendre  la Royne d'Angleterre que les
longueurs, qu'elle avoit uz, et qu'elle continuoit d'user, ez affres
de la Royne d'Escoce, vous avoient donn grande ocasion de parler
ainsy ferme, comme vous aviez faict,  son ambassadeur, et d'essayer,
 la fin, si pourrez accomplyr ce que franchement vous luy en avez
dict; laquelle s'est excuse que le retardement n'est cy devant
provenu, ny encores ne provient, de son cost, ains de celluy de la
Royne d'Escoce et de ses depputez, qui ne sont encores arrivez, et
qu'elle ne voyt pas comme l'on puysse bonnement procder  fre le
trett sans eulx, et sans ceulx du contraire party; et n'y a heu nulle
rayson, ny offre, qui l'ayt peu mouvoir de ceste opinion parce,  mon
adviz, qu'elle a promiz  ceulx du dict contraire party de ne fre
rien, qu'elle n'ayt premirement pourveu  la seuret du jeune Prince
d'Escoce et  celle d'ung chacun d'eulx. Et ainsy nous sommes
attendans l'arrive d'iceulx depputez, desquels je n'ay encores nulles
bien certaines nouvelles, sinon que le comte de Lenoz a escript qu'il
avoit ottroy de bailler saufconduict  ceulx du bon party, et qu'il
nommeroit les siens aussitost qu'il sauroit qui sont les aultres,
affin d'en envoyer de semblable qualit; et que cependant il
dpeschoit l'abb de Domfermelin, lequel, pour ceste occasion, est
attandu, d'heure en heure, en ceste court.

Je prends quelque argument, Sire, de l'intention de la dicte Dame,
qu'elle a vollont d'en sortyr, sur ce que Mr Norrys l'ayant fort
instantment requise de luy donner son cong; et s'estant le secrtaire
Cecille desj miz  dresser la dpesche du Sr de Valsingan pour luy
aller succder, elle a considr que, s'il partoit sur ce poinct,
Vostre Majest pourroit concepvoir quelque mauvaise esprance des
affres de la Royne d'Escoce, tant pour le changement d'ambassadeur,
que pour le souspeon que ce nouveau leur ft trop contraire; dont
elle a mand au Sr Norrys d'avoir patience jusques  ce que les dicts
affres soient achevez. Bien m'a l'on dict qu'il a renvoy en
dilligence ung des siens, pour remonstrer  la dicte Dame que le
dillay seroit par trop long; car dict qu'il n'espre veoir les affres
de la dicte Royne d'Escoce jamais accommodez, tant que certaine
occasion durera en France; laquelle, Sire, je n'ay pas encores bien
seu quelle elle est, et semble aussi qu'il l'ayt mande asss en
gnral; car l'on m'a dict que plusieurs y font diverses
interprtations. Cependant Mr de Sethon, qui est en Flandres, m'a
escript que, si ung certain pacquet, que la Royne d'Escoce, sa
Mestresse, m'avoit adress pour luy, luy eust est randu pour se
pouvoir expdier du duc d'Alve, qu'il ft desj devers Votre Majest;
et,  la vrit, Sire, le dict pacquet a est, par mesgarde, aport,
dez le XXVIIe du pass, par mon secrtaire jusques  Paris; dont
j'estime qu'il l'aura meintenant receu.

Et voycy, Sire, ce que j'ay entendu de la ngociation du dict de
Sethon, qu'il a est ouy  part, et puys en conseil, par le duc
d'Alve, sur les trois poinctz, pour lesquelz il estoit envoy
principallement devers luy: le premier, pour avoir le secours, qu'il
leur avoit souvant promiz, le quel le dict de Sethon offroit de
conduyre en lieu seur, o il pourroit commodement descendre, et o
l'assistance des Escouoys et des Anglois catholiques, et tout bon
entretennement et bonne retrette ne luy deffauldroit dans le pays; le
second, pour recepvoir dix mil escuz, que le dict duc avoit accord 
la Royne, sa Mestresse, pour la fourniture des chasteaulx de
Lislebourg et Dombertran; et le troisiesme, pour le prier d'interdire
de mesmes le commerce aulx Escouoys en Flandres, que Vostre Majest
le leur a prohib en France  ceulx, qui ne sont du party de la
Royne, sa Mestresse. Sur quoy, le dernier jour du moys pass, Mr de
Noerguerme a est envoy devers luy pour luy fre la responce que,
touchant le secours, le duc y estoit trs dispos, lequel avoit trouv
son offre et ses autres expdiantz fort convenables  l'entreprinse;
mais l'importance d'envoyer une arme de mer en pays estrang estoit
si grande que l'exprs commandement du Roy, son Maistre, y estoit
requis, auquel il en avoit desj escript; et pourtant il falloit
attandre sa responce, laquelle ne tarderoit guires; que touchant les
dix mil escuz, de tant que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy,
avoit escript au dict duc que la Royne d'Escoce luy dpeschoit ung
homme exprs, avecques un pacquet, pour l'advertyr en quelle sorte
elle entendoit qu'on ordonnast de la dicte somme, qui est, Sire, le
susdict pacquet qui a est apport  Paris, qu'il prioyt le dict de
Sethon d'avoir pacience jusques au quatriesme du prsent, que le
messagier pourroit estre arriv, dedans lequel jour, l'on la luy
feroit fornyr contante. Au regard du troisiesme, de tant que le
commerce d'Angleterre estoit ferm, et si l'on restreignoit encores
celluy d'Escoce, il en pourroit venir grand dtriment aulx Pays Bas,
le dict duc, premier que d'y rien ordonner, en avoit vollu escripre au
Roy, son Maistre, duquel il feroit bientost entendre son intention,
tant sur cestuy que sur le premier article au dict de Sethon. Et
semble, Sire, que icelluy de Sethon ayt escript  sa Mestresse qu'on
l'avoit faicte plus esprer du secours du dict duc qu'il n'a trouv
qu'elle en eust occasion, et que icelluy duc ne pense plus que 
quicter les choses pour se retirer en Hespaigne.

Maistre Jehan Amilthon a continu une ngociation spare de celle du
dict Sr de Sethon avec le dict duc, dont monstrent n'y avoir bonne
intelligence entre eulx. C'est luy qui a conduict les deux
gentishommes espaignolz en Escoce pour visiter la descente, et les a
faict parler au comte d'Honteley, et les a promenez et festiez en
divers lieux dans le pays.

Au surplus, Sire, l'on a appell, despuys trois jours, les principaulx
merchans de ceste ville  Hamptoncourt pour le faict de Roan et pour
celluy des Pays Bas. J'entans, quant  celluy de Roan, qu'on me
baillera la responce par escript sur ce que j'en ay remonstr  la
Royne d'Angleterre; et, quant  l'aultre, que le comte de Lestre et le
secrtaire Cecille, si aultre empeschement ne survient, en yront
confrer avec l'ambassadeur d'Espaigne, lequel a desj escripte la
lettre  la dicte Dame, dont, par mes prcdantes, je vous ay faict
mencion; et presse l'on, de chacun cost, bien fort l'accommodement de
ces diffrans. A quoy sert beaucoup le mauvais trettement qu'ont
naguires receu les merchans anglois en Moscouvie, o ilz pensoient
dresser quelque grand commerce; mais l'ambassadeur moscovite, qui
naguires estoit par de, s'en estant retourn mal satisfaict de ce
pays, a faict emprisonner tous les Anglois, qui se sont trouvez au
sien, et a faict arrester leurs merchandises. Le susdict ambassadeur
d'Espaigne s'est conjouy en ceste court des bonnes nouvelles qu'il a
heu, que la guerre des Mores avoit du tout prins fin[20]. Quelcun, 
ce que j'entans, luy a escript que le duc de Medina Celi diffre sa
venue en Flandres jusques en janvier, et qu'il a la vollont de passer
en France. Sur ce, etc.

     Ce XIXe jour de novembre 1570.

  [20] Voyez ci dessus la note, p. 183.




CXLVIe DPESCHE

--du XXVe jour de novembre 1570.--

(_Envoye par Jehan Monyer jusques  Calais exprs._)

  Dclaration du roi  l'ambassadeur d'Angleterre concernant
    l'cosse.--Irritation cause  la reine d'Angleterre par les
    menaces du roi.--Opinion de l'ambassadeur qu'lisabeth est bien
    dcide  viter la guerre.--Instance faite auprs d'elle pour
    l'engager dans l'alliance d'Espagne.--Succs des efforts de
    l'ambassadeur, qui parvient  empcher l'excution de ce
    projet.--Assurance de dvouement au roi donne par Walsingham,
    dsign pour l'ambassade de France.--Remontrance faite par
    l'ambassadeur  la reine d'Angleterre des motifs qui doivent
    forcer le roi  secourir, mme par les armes, la reine
    d'cosse.


     AU ROY.

Sire, entendant que Mr Norrys, par sa dernire dpesche, avoit
rafreschy  la Royne, sa Mestresse, les mesmes propos, qu'il luy avoit
auparavant escript, qu'il trouvoit en Vostre Majest une ferme
rsolution de secourir la Royne d'Escoce, et que vous continuez d'user
de parolles et dmonstrations fort expresses en cella, j'ay miz peyne
de savoir comme la dicte Dame le prenoit; dont aulcuns, qui desirent
la modration des affres, m'ont mand qu'elle se trouvoit toute
scandalize qu'allors que, pour vous complayre, elle avoit envoy deux
de ses principaulx conseillers devers la Royne d'Escoce, pour donner
commancement  ung bon trett, et qu' vostre instance elle avoit
envoy retirer son arme de sur la frontire d'Escoce, c'estoit lors
proprement qu'il luy sembloit que vous aviez dlayss la voye, que
vous aviez toutjours tenue, de procder en cest endroict par
gracieuses prires et honnestes remonstrances, pour y aller
meintennant par une aultre faon de la menacer, et de rudoyer son
ambassadeur; et qu'encores ne se sentoit elle si pique de ce que
vous en aviez dict de vous mesmes, qui aviez parl en Roy, ainsy qu'il
luy avenoit bien  elle de parler quelquefoys en Royne, comme de ce
que vostre conseil avoit trouv bon qu'il en ft escript une lettre
bien expresse et bien considre  son dict ambassadeur; et qu'elle se
rsolvoit de ne fre rien par menaces, et de monstrer  tout le monde
que, si elle condescendoit  quelque accord en cest endroict, ce ne
seroit que par le seul bnfice de sa bonne vollont envers vous, et
de sa propre bont envers la Royne d'Escoce, et que toutz aultres
effortz et instances ne servyroient que d'empyrer et retarder
davantaige la besoigne.

D'aultres, qui cognoissent asss bien son intention, m'ont faict dire
qu'encor qu'elle ayt parl ainsy devant ceulx de son conseil, affin
d'estre estime princesse de cueur, comme,  la vrit, elle l'est, si
a elle monstr, en d'aultres siens propos,  part, qu'elle vouloit
vitter, en toutes sortes, d'avoir la guerre  Vostre Majest; et que
c'estoit par voz vertueuses responces et par voz dmonstrations et
appareilhz, qu'elle avoit pass si avant  tretter, et que, sans
cella, il y en a asss qui l'eussent bien engarde d'y toucher, et la
destourneroient encores d'y prendre jamais aulcune bonne rsolution;
par ainsy, qu'ilz estimoient que toute la ressource et restablissement
de ceste pouvre princesse, et de son royaulme, concistoit en la seulle
faveur et assistance, que Vostre Majest luy feroit; dont semble
qu'entre deux si contraires adviz le plus expdiant sera de suyvre une
voye de millieu.

Et,  ce propos, Sire, ayant une foys la dicte Dame faict
dellibration d'envoyer ung des plus grandz d'auprs d'elle en France,
ainsy qu'elle mesmes m'en avoit touch quelque mot, pour honnorer, 
son pouvoir, les nopces de Vostre Majest, et la venue de la Royne
Trs Chrestienne; et mesmes ayant pens que ce seroit le comte de
Lestre, comme plus agrable  Vostre Majest, affin de fre en cella
quelque dmonstration, qui correspondt  celle de l'honnorable
convoy, qu'elle a faict fre, avec grande magnifficence et grande
despence, par dix grandz navyres de guerre,  la Royne d'Espaigne,
j'ay sceu que quelques malicieulx luy sont venuz mettre en avant qu'il
y avoit grand apparance que le dict comte ne seroit bien receu; et que
Vous, Sire, aviez donn  cognoistre, en l'endroict de Mr Norrys, que
ses aultres ambassadeurs seroient peu respectez, dont debvoit
considrer combien elle demeureroit moque et offance, si,  ung tel
et si grand des siens, comme le dict de Lestre, n'estoit faicte la
faveur et bon recueilh et bon trettement qu'elle s'attandoit;
s'esforceans d'imprimer  la dicte Dame, bien qu'au plus loing de leur
affection, qu'elle debvoit, par toutz moyens, retourner  la bonne
intelligence du Roy d'Espaigne; et qu'allors elle n'auroit  se
craindre de la France, et pourroit,  son playsir, disposer de la
Royne d'Escoce. Sur quoy, voyantz qu'elle ne rejettoit le propos, ilz
ont essay de l'induyre  donner audience a Mr l'ambassadeur
d'Espaigne sur l'occasion d'une lettre, qu'il luy a escripte; et
semble bien, Sire, que si, de mon cost, j'eusse aultrement us envers
elle que sellon qu'il vous avoit pleu me le commander, savoir, de la
plus gracieuse et modeste faon qu'il me seroit possible, qu'elle s'y
ft condescendue, et heust du tout rsolu de n'envoyer point en France
et d'interrompre possible les affres d'Escoce; mais elle s'est tenue
ferme  ne vouloir encores rien cder aulx choses d'Espaigne; et croy
que si, du cost du duc d'Alve, ne vient quelque honneste
satisfaction, que les diffrans auront plus empyr que amand, d'y
avoir faict cest essay, ayant la dicte Dame mand  son depput, qui
est en Flandres, que, si le duc ne veult admettre la compensation des
merchandises et prendre celles d'Angleterre au priz qu'elles ont est
vandues, qu'il s'en viegne, avec rsolution qu'aussitost qu'il sera
icy, l'on procdera  la vante de celles d'Espaigne. Dont chacun
estime que le dict duc plyera  ce poinct, et qu'il envoyera, pour
cest effect, nouveaulx depputez par de; bien que l'entrecours et le
commerce d'entre les deux pays n'est pour estre encores radress.

Cependant le propos de n'envoyer poinct en France, et d'interrompre le
trett de la Royne d'Escoce, n'a poinct heu lieu; et a remiz la dicte
Dame d'y dellibrer, dont j'ay est conseill de fre l dessus une
petite ngociation par lettre avec Mr le comte de Lestre, affin de luy
bailler argument d'en parler  sa Mestresse. Je ne say encores ce qui
en ruscyra; tant y a que, ayant moy mesmes  parler, dans ung jour ou
deux,  elle, sur l'occasion de la dpesche de Vostre Majest, du VIe
du prsent, qui m'est tout prsentement arrive, je mettray peyne de
rabiller les choses, le plus que je pourray.

Le Sr de Valsingan est venu, ce dimenche pass, prendre son disner en
mon logis, et m'a dict que Mr Norrys avoit tant faict qu'il avoit
obtenu son cong, et que  luy estoit desj rsoluement command, par
la Royne, sa Mestresse, de s'aprester pour luy aller bientost
succder; mais qu'elle n'avoit encores ordonn  l'ung le jour de son
retour, ny  l'aultre celluy de son partement; et que, pour le peu
d'establissement, qu'on disoit que la paix prenoit en France, qu'il
n'ozoit y admener encores sa femme; jusques  ce qu'il eust veu sur ce
lieu, comme il en alloit. A quoy je luy ay si bien respondu, jouxte le
contenu de ce qu'il vous avoit pleu m'en escripre, qu'il en est
demeur aultrement persuad; et au reste, Sire, il jure et promect
d'estre ambassadeur paysible prs de Vostre Majest; et de ne cercher
aultre chose, en sa charge, que les moyens d'accroistre et augmenter
davantaige l'amyti d'entre Vous et la Royne, sa Mestresse, et la
bonne paix d'entre voz royaulmes et subjectz. Sur ce, etc.

     Ce XXVe jour de novembre 1570.

     A LA ROYNE.

Madame, par la lettre, que j'escriptz prsentement au Roy, Voz
Majestez verront comme la Royne d'Angleterre se rpute estre mal
trette et ung peu rudoye de certains propos, qui ont est dictz et
escriptz  son ambassadeur, touchant les affres de la Royne d'Escoce;
et n'a pas long temps qu'elle me dict qu'il sembloit que Voz Majestez
Trs Chrestiennes fussent constitues entre elles, comme alliez 
toutes deux, mais tenans l'oreille, qui devoit estre ouverte de son
cost, toutjour bouche, et celle du cost de la Royne d'Escoce trs
prompte et toutjour fort ententive  toutes ses pleinctes; et que vous
ne vous portiez en cella ainsy gallement, comme l'quit et la rayson
le requroient.

A quoy je luy respondiz que,  la vrit, l'une et l'aultre vous
debvoient compter pour leurs principaulx alliez et confdrez; et que,
pour le regard d'elle, veu le bon estat de ses affres, Voz Majestez
n'avoient  fre aultre office, en son endroict, que de vous conjouyr
de sa prosprit, et luy offrir ce qui pouvoit estre en vostre
puyssance, pour meintenir et acroistre sa grandeur, comme,  toute
occasion, vous seriez prest de le fre; mais, quant  la Royne
d'Escoce, je craignois bien fort que ceulx, qui la voyoient ainsy
captive et deschasse de son estat, comme elle est, ne vous
estimassent beaucoup plus abstreinctz par les trettez de pourchasser
chauldement sa libert et restitution que vous ne le faisiez; et,
quant elle vouldroit considrer ung peu de plus prs cest affre, et
la despence que vous aviez desj commance pour prparer, dez l'est
pass, ung secours, et l'avoir, pour l'amour d'elle, despuys rvoqu,
et d'en entretenir meintennant ung aultre, sans l'envoyer, pour
attandre le trett; tant s'en fault qu'elle se deubt tenir offance de
Voz Majestez, que, au contraire, elle rputeroit vous avoir de
l'obligation de l'honneste et modeste faon, dont vous y aviez
procd; et dont vous luy dclariez encores tout franchement la
contraincte ncessit, que vous aviez, d'entreprendre quelque aultre
essay, comme vous le pourriez fre, au cas qu'elle vollt rejetter
celluy de voz honnestes prires et gracieuses remonstrances.

Ainsy la dicte Dame se modra pour lors, et proposa d'envoyer le comte
de Lestre devers Voz Majestez, pour fre la conjouyssance des nopces
du Roy et de la venue de la Royne, vostre belle fille, et accommoder,
par mesmes moyen, le faict de la Royne d'Escoce; mais quelcun,
despuys, en a travers le propos; dont j'en suys aulx termes, que je
mande en la dicte lettre du Roy; et essayeray, Madame,  ceste
prochaine audience, de rabiller le faict, et de moyenner, en quelque
bonne sorte, si je puys, que le dict voyage du comte de Lestre, ou au
moins de quelque aultre milor, ne soit interrompu, si toutesfoys
Vostre Majest me faict entendre qu'elle l'ayt agrable. Sur ce, etc.

     Ce XXVe jour de novembre 1570.




CXLVIIe DPESCHE

--du dernier jour de novembre 1570.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Joz, mon secrtaire._)

  Audience.--Notification officielle des fianailles du roi et des
    ftes ordonnes pour clbrer le mariage.--Invitation faite 
    la reine d'Angleterre d'envoyer une ambassade extraordinaire au
    roi, et aux seigneurs anglais d'assister au tournoi qui est
    annonc en France.--Vives sollicitations en faveur de la reine
    d'cosse.--Gracieuses rponses d'lisabeth sur la communication
    du mariage du roi.--Son emportement contre les dclarations qui
    lui sont faites au sujet de l'cosse.--Sa ferme volont de
    conclure le trait avec Marie Stuart sans l'intervention du
    roi.--_Mmoire gnral_ sur les affaires d'Angleterre.--Dtails
    secrets sur les projets des catholiques dans le pays de
    Lancastre; secours qu'ils demandent au roi; appui qu'ils
    esprent du duc de Norfolk.--Hsitations d'lisabeth sur le
    parti qu'elle doit prendre  l'gard de Marie Stuart; opinion
    mise dans le conseil qu'il faut la faire mourir; crainte de
    l'ambassadeur que l'on ait voulu l'empoisonner.--Ngociations
    avec l'Espagne; persistance d'lisabeth dans son refus
    d'accorder audience  l'ambassadeur d'Espagne.


     AU ROY.

Sire, je me suys bien aperceu, ceste foys, qu'on s'estoit efforc de
randre la Royne d'Angleterre fort offance contre Vostre Majest, car
je l'ay trouve preste de me recommancer les mesmes querelles et
plainctes, qu'elle m'avoit faicte, en la prcdante audience; et, sans
ce que Mr le comte de Lestre estoit, peu d'heures auparavant, arriv
de dehors, qui l'avoit entretenue sur une lettre, qu'il avoit
naguires receue de moy, elle ne m'eust encores randu de si gracieuses
responces, comme enfin, aprs avoir longuement dbattu ensemble je
les ay raportes; et croy que ce a est aussi parce que, d'entre, je
luy ay dict que Vostre Majest me commandoit de luy compter comme voz
fianceailles avoient est fort honnorablement faictes  Spire, le
dernier dimenche du mois pass; et que, incontinent aprs, la
Princesse Elizabeth s'estoit achemine, en bonne et grande compaignye,
pour venir en France; et que, sellon le compte de ses journes, elle
debvoit arriver  Mzires le XXe du prsent, o Vostre Majest
l'alloit rencontrer pour y clbrer, au playsir de Dieu, voz nopces,
le XXIIIe, et que bientost aprs, vous en retourneriez vers Paris,
pour y fre vostre entre; auquel lieu vous aviez remiz les triumphes
des nopces, parce que Mzires estoit trop petite ville pour un tel
appareil; et y aviez,  ceste occasion, faict cryer un tournoy
gnral, qui seroit ouvert,  toutz venantz, le premier jour de l'an.
Ce que vous me commandiez de luy notiffier et aulx seigneurs de sa
court, affin que, s'il luy playsoit d'y en envoyer, ou permettre
qu'ilz y allassent, que Vostre Majest et Monsieur promettiez qu'ilz y
seroient bien receuz, et leur donriez lieu, avec vous mesmes, de
s'esprouver aux honnestes exercices d'armes, qui s'y feroient; et que,
pour l'honneur d'elle, ilz y seroient respectez et favorisez; qu'il me
souvenoit bien de ce qu'elle m'avoit dict, que l'Empereur, envoyant la
Royne d'Espaigne  son mary, la luy avoit recommande, dont elle
l'avoit grandement honnore, et faict fort honnorablement convoyer,
avec magnifficence et despence, par dix de ses grandz navyres de
guerre, passant en ceste mer; et que, si le dict seigneur avoit,
d'avanture, oubly de luy fre une pareille recommendation, par
lettre, de son aultre fille, qu'il envoyoit  ung grand Roy, son
mary, qui luy estoit ally, qu'il ne layssoit pourtant de la luy
recommander de tout son cueur, et qu'il s'atandoit bien qu'elle
useroit de toutes dmonstrations de bienveuillance envers elle; et,
quant bien il luy auroit plus expressment recommand celle qu'il
envoyoit en la mayson d'Austriche, d'o il est, qu'il y avoit
plusieurs aultres bonnes occasions, qui la doibvent convyer d'avoir en
non moindre recommendation celle qui vient en la mayson de France, o
je la pouvois asseurer qu'elle estoit aultant ayme, honnore et
respecte que en nulle aultre part de la Chrestient; et pourtant je
m'asseurois qu'elle n'oblyeroit de envoyer quelque honnorable
ambassade en France, pour fre, tout ensemble, deux grandes
conjouyssances: l'une, pour les nopces de Vostre Majest, et l'aultre
pour la venue de la Royne Trs Chrestienne, sa bonne soeur, et bonne
voysine. Et luy ay bien vollu dire cella, Sire, parce que je savois
qu'on luy avoit faict rompre sa dellibration d'y envoyer; puys j'ay
adjouxt qu'elle debvoit prendre pour ung grand signe d'amyti, que
vous luy feziez communication de chose si prive, comme vostre
mariage, et que mesmes, il sembloit que vous augmentiez votre ayse du
contantement que vous pensiez luy donner de celluy que Vostre Majest
recepvoit; que, outre cella, vous me commandiez de luy fre encores
fort bonne part d'ung aultre bien grand contantement que vous aviez de
voir vostre royaulme trs paysible; et que vostre edict s'y alloit
establissant, ainsi que vous le pouviez souhayter, de quoy vous vous
en conjoyssiez avec elle, comme avec celle qui proprement desiroit que
ceste prosprit vous ft entire, et accomplye en vostre royaulme; et
que vous luy en desiriez une toute semblable au sien, et luy offriez
tout ce qui estoit en vostre puyssance pour l'y meintenir;

Que, pour la fin de vostre lettre, vous me commandiez luy fre
entendre le singulier playsir, que ce vous avoit est, de voir que voz
honnestes prires et gracieuses remonstrances eussent eu tant de lieu
que, pour l'amour de vous, elle het envoy ses depputez devers la
Royne d'Escoce, pour donner commancement  ung bon traict, et eust
mand retirer son arme de sur la frontire d'Escoce; de quoy ne
vouliez faillyr de la remercyer; et la remercis encores bien fort de
vous avoir dclair qu'elle seroit bien ayse de pouvoir honnorablement
restituer la Royne d'Escoce par la voye du traict; et que, quant
cella n'adviendroit ainsy, qu'encores la renvoyeroit elle aulx
seigneurs escouoys qui tiennent son party; en quoy vous la supliez
trs affectueusement d'y vouloir persvrer, et de vous en fre
bientost paroistre ceste sienne bonne intention par effect, affin de
vous descharger de l'inportunit de ceulx qui vous abstraignoient, par
vertu des traictez, de luy bailler secours; lesquelz se monstroient de
tant plus ardantz  le pourchasser, que le comte de Lenoz poursuyvoit
toutjour d'user de viollance contre eulx, au prjudice de la surcance
d'armes; et que vous desiriez, Sire, que les conditions du traict
ruscissent toutes bien fort seures et honnorables pour elle, et
pareillement bien honnestes et esloignes de toute offance pour la
Royne d'Escoce, et pour vous: ou bien, si c'estoit par l'aultre moyen
qu'elle la vollust restituer, que vous y requriez sa sincrit et sa
grandeur de cueur  le fre; en sorte que la libert qu'elle luy
donroit ne luy ft ung nouveau tourment et peyne.

La dicte Dame, depposant ung peu de la svrit, qu'elle avoit us 
me recepvoir, m'a respondu que ces propos luy sembloient meilleurs
qu'elle n'avoit espr de les ouyr de Vostre Majest, aprs une telle
menace et rigoureuse dmonstration, que vous aviez use vers son
ambassadeur, et prpare en Bretaigne; et qu'elle ne pouvoit fre que,
pour ceulx de vostre mariage, elle ne vous en remercyt aultant, de
vraye et bonne affection, comme il luy estoit possible de le fre, et
que vous ne vous tromperiez jamais, si vous vouliez droictement croyre
qu'elle estoit et seroit toutjours trs ayse de voz prospritez et
contantemens, aultant et plus que nul de toutz les princes de vostre
alliance; et, quoy qu'il y ayt, que vous luy feriez grand tort si ne
demeuriez trs fermement persuad que vostre mariage luy est
singulirement agrable, et qu'elle prioyt Dieu d'y envoyer ses
bndictions, affin qu'il fust trs heureux aulx espousez, et que la
postrit en fust de mesmes trs heureuse. Et s'est le propos
poursuyvy  dire que Vostre Majest se pouvoit promettre une bonne
part de la vigne, qui est pour ceulx qui peuvent passer le premier an
de leurs nopces sans se repentyr, et que ceste vigne estoit proprement
pour les mariages si bien et si convenablement faictz comme le vostre.

A quoy j'ay adjouxt que Vostre Majest n'avoit garde de tumber en
nulle sorte de repentailles, et que celle de la vigne s'entendoit que
nul n'estoit mary de si bonne heure, qu'il ne se repentt de ne
l'avoir est plustost, et que j'esprois voir ung matin qu'elle seroit
touche de ce repentir; ce que, en soubzriant, elle a advouh, et que
mesmes elle en estoit desj bien fort attaincte; et a continu que,
quant  la recommendation que l'Empereur luy avoit faicte de la Royne
d'Espaigne, cella estoit advenu, parce qu'elle avoit envoy devers
elle en Flandres, et puys devers luy  Spyre, sur l'occasion du
diffrant, qu'elle avoit avec le Roy d'Espagne, qui n'estoit procd
de luy, mais de ses ministres; et que, voyant que sa fille auroit 
passer en ceste mer, il luy avoit escript de luy vouloir randre son
passaige bien asseur, qui aultrement, possible, ne l'eust guires
est; et qu'encores que la Royne Trs Chrestienne ne vnt poinct en
ceste mer, si ne lairroit elle de l'honnorer; et puysque je luy
faisoys ceste notiffication de la remise des triomphes  Paris,
qu'elle adviseroit d'envoyer quelcun de sa part pour fre la
conjouyssance, mais quant  tournoyer, qu'il y avoit quelques ans
qu'elle avoit entretenu sa court, comme en veufve, sans y fre
tournoys; dont craignoit que les braz de ses gentishommes fussent
devenuz si engourdiz qu'en lieu d'aller aqurir de l'honneur; ils y
gaignassent de la honte pour eulx et pour leur nation; au regard de la
paix de vostre royaulme, que Vostre Majest ne s'en resjouyssoit pas
plus droictement qu'elle, qui ne cdoit  nul, qui, plus qu'elle, la
vous desirt stable et de dure; ce qui la faisoit de tant plus
esbahyr pourquoy Vostre Majest entreprenoit de la rudoyer, et mal
traicter pour la Royne d'Escosse, et qu'elle n'eust jamais pens que
vous l'eussiez vollue accomparer de respect  elle, et ne tenir en
trop meilleur compte son amyti que celle de la dicte Royne d'Escosse.

Et s'est eslargie en tant de parolles aigres contre la dicte Royne
d'Escosse, et sur vos dictes menaces, et sur les secours qu'elle
entendoit s'aprester de rechef en Bretaigne, que je suys demeur asss
esbahy comme la dicte Dame estoit si change despuys l'aultre foys,
dont ne me suis peu tenir (luy gardant nantmoins toutjours tout le
respect qu'il m'a est possible), que ne luy aye fermement rpliqu
qu'elle se faisoit grand tort de prendre ainsy en mauvaise part les
trs honnestes et gracieuses remonstrances, que Vostre Majest luy
faisoit pour la Royne d'Escosse, et la franchise dont vous luy
dclairiez comme vous estiez contrainct de la secourir; qui pourtant
monstriez, par la patience dont vous y procdiez, que vous auriez
grand regrect qu'il vous en fallust venir  tant. Et n'ay obmiz de luy
respondre  toutz ses aultres argumentz, ung  ung, luy demandant
enfin quelle aultre voye donques estimoit elle que Vostre Majest
pourroit tenir pour, tout ensemble, conserver son amyti, et
s'acquicter de son debvoir envers la Royne d'Escosse.

A quoy, aprs y avoir ung peu pens, elle m'a respondu qu'elle vous
prioyt, de toute son affection, de ne monstrer, par voz parolles et
aprestz, que vous mesprisez son amyti, et de ne vouloir traitter que
honnorablement avec elle et avec son ambassadeur, comme elle estoit
preste d'user de mesmes envers vous; car aymoit mieulx venir  toutes
aultres extrmits que de souffrir rien qui ft indigne de sa
rputation, ny de celle de sa couronne. Et quant au reste, elle me
vouloit bien dire qu'elle ne prtandoit que nul aultre prince
s'entremt du traict d'entre elle et la Royne d'Escosse, que elles
deux, et que je ne debvois craindre qu'il s'y ft ligue contre Vostre
Majest, mais bien pour se deffandre entre elles, si quelcun les
vouloit assaillyr; et qu'elle avoit mand, pour le jour d'aprs,
l'vesque de Roz, et puys, pour le lendemain, l'abb de Donfermelin
qui estoit desj arriv, affin de les ouyr, l'ung aprs l'aultre, et
donner, puys aprs, le plus d'advancement qu'elle pourroit au dict
traict.

Et n'ay raport, pour ceste foys, aultre chose de la dicte Dame sinon
que noz propos se sont terminez gracieusement, et j'ay sceu despuys
qu'ilz ont eu beaucoup d'effect  la modrer sur tout ce qui peult
concerner vostre commune amyti et les affres de la dicte Royne
d'Escosse. Sur ce, etc. Ce XXXe jour de novembre 1570.

   POUR FRE ENTENDRE A LEURS MAJESTEZ, oultre le contenu des
   lettres:

   Que d'aulcunes choses, dont la Royne d'Angleterre est en peyne,
   il y en a principallement trois, qui,  ceste heure, la
   travaillent: l'ellvation  quoy se sont monstrez promptz ceulx
   de Lenclastre, o elle n'ose toucher, de peur que le mal n'en
   deviegne plus grand et plus universel en son royaulme; la seconde
   est les affres de la Royne d'Escosse, lesquelz sont suportez du
   Roy, et soubstenuz avec tant d'affection par une partie de ses
   subjectz, et contradictz si opiniastrment par l'aultre,
   mesmement par les vesques et principaulx de la nouvelle
   religion, qu'elle ne sayt quel expdiant y prendre; la
   troisiesme est les diffrans des Pays Bas, desquelz tant plus
   l'accord s'en prolonge, plus les prinses se dprissent, et elle
   s'en tient comme responsable, et les commerces cessent, desquelz
   avoit accoustum de tirer les meilleurs et plus clairs revenuz;

   Et, qui pis est, qu'il semble que ces trois causes se vont
   confortant l'une  l'aultre, et qu'elles sont pour devenir toutes
    ung:  fre quelque grand effect dans ce royaulme, dont la
   dicte Dame assemble souvant ceulx de son conseil pour y remdier;
   et je ne say encores quelles rsolutions ilz y mettent, parce
   qu'ilz les tiennent fort secrectes, mais voycy ce que j'ay aprins
   de particulier sur chacune des dictes occasions, d'o se pourra
   aucunement colliger  quoy elles auront  devenir.

   Un seigneur bien entendu ez affres de ce royaulme, qui naguires
   estoit en conversation avec d'aultres personnaiges de bonne
   qualit, en ceste ville, leur dict que la Royne, leur Mestresse,
   estoit  prsent fort particullirement informe de ce qui se
   passoit au quartier de Lenclastre; et que ung des principaulx
   autheurs de l'entreprinse en estoit venu descouvrir si
   vritablement tout ce qui en estoit, qu'il n'avoit espargn
   d'acuser son propre pre, et avoit est enferm quatre heures
   avec le secrtaire Cecille, pour luy notiffier les personnes, et
   luy expcifier les dellibrations, et luy ouvrir encores les
   moyens d'y remdier;

   Et que, sellon son rapport, sembloit que le comte Dherby, deux de
   ses enfans, et la pluspart de la noblesse du pays se fussent
   ouvertement soubstraictz de l'obyssance de la dicte Dame, et
   eussent dclair de ne vouloir plus respondre  sa justice, ny
   obyr  chose qui se fit par son autorit, allgans que Dieu et
   leur conscience les pressoient de ne recognoistre pour leur Royne
   et Souveraine celle qui estoit dclaire illgitime et interdicte
   par l'esglize, jusques  ce qu'elle se ft mize hors de
   l'interdict; et que c'estoit sir Thomas Stanlay, second filz du
   dict Dherby, qui conduysoit principallement cest affre, lequel
   se promettoit d'avoir toutz les principaulx de ce royaulme de son
   parti, hormiz le comte de Betfort, le comte de Huntington et le
   duc de Norfolc, parce que ceulx l estaient l'un picurien,
   l'aultre sacrementaire, et le tiers neutre; et que la dicte Dame
   estoit pour demeurer en grand peyne de cecy, si de Lenclastre
   mesmes l'on ne luy eust mand qu'elle ne s'en donnt poinct de
   peur, car il restoit encores des gens de bien en si grand nombre
   dans le pays qu'ilz romproyent aysement les entreprinses de ces
   papistes.

   J'ay entendu d'ailleurs que ung gentilhomme, que les dicts de
   Lenclastre avoient envoy devers aulcuns seigneurs des quartiers
   de de, leur a dict qu'ilz se mettroient trente ou quarante mil
   hommes asss promptement ensemble, si eulx se vouloient dclairer
   ouvertement de leur party; et que iceulx seigneurs luy ont
   respondu qu'ilz ne pouvoient rien fre de eulx mesmes, si le duc
   de Norfolc n'estoit de la partie, lequel estoit encores dettenu,
   et ne monstroit qu'il eust vollont de rien remuer.

   Laquelle responce semble que, sans en rien communiquer au dict
   duc, ilz l'ayent ainsy expressment faicte  icelluy gentilhomme
   pour ne se descouvrir  nul anglois, car ilz ne se fyent les ungs
   des aultres; et que nantmoins semble qu'ilz sont assez dlibrez
   et rsolus  l'entreprinse, pourveu qu'elle soit conduicte
   secrectement, et que le dict duc en veuille estre, et donner
   parolle qu'il advancera le droict de la Royne d'Escosse au tiltre
   de ce royaulme, et qu'il promettra que l'exercice de la religion
   catholique aura cours pour ceulx qui la vouldront avoir; car
   aultrement ilz aymeroient mieulx que la Royne d'Escosse print le
   party du plus estrangier du monde que le sien; mais, cella
   accord, qu'ilz tiendront l'entreprinse pour bien, fort advance,
   en ce que le Pape, et le Roy, et le Roy d'Espaigne les veuillent
   secourir de six mil harquebouziers seulement, en six divers
   lieux, qui soient conduicts par gens, qui ne sachent en faon du
   monde o ilz vont.

   Aulcuns estiment que le duc de Norfolc n'accepteroit que trs
   vollontiers les dictes deux conditions, mais il ne peult fre
   aulcun bon fondement sur ceulx qui se meslent de l'entreprinse,
   s'estant trouv une foys trop dceu en celle de son mariage; et
   aussi, qu'estant encores resserr, il estime, possible, qu'il ne
   se pourroit asss bien prvaloir de ses propres moyens.

   Et d'ailleurs il se sent asss offanc d'aulcunes choses, que les
   principaulx de son intelligence ont excut contre luy, despuys
   sa dtention, mesmement le viscomte de Montagu, lequel a faict
   tout ce qu'il a peu en faveur de millord Dacres, de qui il a
   espous la soeur, pour dbouter la niepce, qui est marye au filz
   ayn du duc, de toute la succession Dacres; et millord de
   Lomelay, qui a espous la fille du comte d'Arondel, de laquelle
   il n'a poinct d'enfans, voyant que toute la succession de son
   beau pre va au filz ayn du dict duc, qui est filz d'une aultre
   sienne fille, il l'induict de vendre, pice  pice, tout son
   estat et ses terres; dont n'y a bonne intelligence entre les
   principaulx, qui sont pour fre quelque effect. Par ainsy semble
   qu'il seroit mal  propos de rien remuer, et le dict duc, de sa
   part, fonde toute son esprance des affres de la Royne
   d'Escosse, au secours et dmonstrations du Roy; duquel il dict
   qu'il veult dpendre, et qu'il espre qu'avec une bien mdiocre
   assistance de luy, les choses d'Escosse viendront  estre bien
   remdies, et ne trouve bon que la dicte Royne d'Escosse ny luy
   s'embroillent avec les dicts de Lenclastre, lesquelz nantmoins
   se promettent du dict duc et des aultres principaulx seigneurs du
   royaulme, et encores des estrangiers, tout secours, quant il en
   sera besoing; et, attandans cella, ilz ne remuent rien, ny ne
   sont pareillement recerchez.

   Au regard des affres de la Royne d'Escosse, les depputez, qui
   ont est devers elle, ayant faict un trs bon rapport des propos
   et dmonstrations, dont elle leur a us, tendans  une bonne paix
   et sincre amyti, sans fraulde, entre les deux Roynes et leurs
   royaulmes, ilz ont aysement induict la dicte Royne d'Angleterre
   de vouloir venir en accord; laquelle a miz en considration ce
   que aulcuns aultres de son conseil luy ont remonstr, qu'elle
   avoit desj beaucoup despendu pour les choses d'Escosse, sans
   avoir rien estably de ce qu'elle prtandoit, et que, quant ceulx
   du party de la dicte Royne d'Escosse ne viendroient estre qu'
   moicti prez secouruz du Roy, de ce que le comte de Mora et
   celluy de Lenoz l'ont est d'elle, que non seulement ilz
   dboutteroient leurs adversayres, mais pourroient procurer une
   dangereuse revenche contre l'Angleterre.

   Ce qui a faict que la dicte Dame s'est fort oppose  ceulx qui
   vouloient interrompre le trett, lesquelz n'ont heu enfin aulcun
   plus fort argument que de luy remonstrer que, puysque le Roy
   s'affectionnoit si fort  le pourchasser, elle debvoit croyre
   qu'il y prtandoit quelque grand intrest, qui ne se descouvroit
   encores, lequel pourroit bien revenir au dommaige d'elle; et que,
   quant bien il n'y auroit,  prsent, sinon ce, qu'il l'a menace,
   et qu'il a rudoy son ambassadeur, encores importoit il
   grandement  sa grandeur et rputation qu'elle ne fist rien pour
   ceste foys.

   Et a cella faict tant d'impression en l'opinion de la dicte Dame
   qu'elle s'est cuyde estranger de l'amity du Roy, et se
   despartyr de tout bon propos d'avec la Royne d'Escosse.
   Nantmoins, en ma dernire audience, aprs avoir paysiblement
   escoutt tout ce que je luy ay vollu dire l dessus, conforme 
   l'intention du Roy, en la plus gracieuse faon et esloigne
   d'offance qu'il m'a est possible, elle m'a enfin respondu ce qui
   est desduict en la lettre du Roy.

   Dont ceulx qui sont contraires au trett, voyantz qu'elle
   inclinoit toutjour de passer oultre, ont advis de l'abstraindre,
   par la conscience, de ne le vouloir aulcunement fre, que,
   premier, la Royne d'Escosse n'ayt expressment promiz et fort
   solennellement jur qu'elle n'innovera rien en la religion, quant
   elle sera de retour en Escosse, ny pareillement en ce royaulme,
   si, d'avanture, elle y vient  succder; et nous a est raport
   qu'ilz avoient encores pass oultre  dellibrer sur la vie de
   ceste pouvre princesse; dont en estant venu un tel advertissement
    l'vesque de Roz, et s'estant l dessus la dicte Dame trouve
   bien mal, nous avons est en grand peur d'elle, et avons miz
   peyne que d'icy luy a est envoy aulcuns bien bons remdes en
   fort grande dilligence.

   Or, de ce qui se peult esprer de l'yssue de son faict, je l'ay
   asss desduict par toutes mes dpesches prcdentes, et par celle
   de ceste datte, et que, nonobstant mes traverses, et empeschemens
   qu'on y faict, qu'il y a grande apparance que le trett succdera
   avec le temps; et que l'abb de Domfermelin, lequel,  ce qu'on
   dict, est venu devant, de la part du comte de Lenoz, pour
   l'interrompre, ne pourra sinon le retarder quelque peu de jours.

   Quant aulx diffrans des Pays Bas, ceulx qui ont senty que la
   dicte Dame se tenoit offance du cost de France, luy sont venuz
   mettre en avant qu'en toutes sortes elle debvoit retourner 
   l'intelligence du Roy d'Espaigne, et ne se soucyer de toutz les
   aultres accidans du monde. A quoy l'ayans trouve en gnral fort
   bien dispose, ilz ont espr de la pouvoir fre condescendre 
   ce particullier, de recepvoir une lettre de l'ambassadeur
   d'Espaigne, et de fre qu'elle luy randroit responce, ou luy
   accorderoit audience, ou bien envoyeroit quelques ungs du conseil
   pour tretter avecques luy; et,  la vrit, ilz ont trouv moyen
   de luy fre bien recepvoir la dicte lettre, en laquelle le dict
   ambassadeur s'est seulement conjouy avec elle de ce que la Royne
   d'Espaigne, aprs avoir est honnorablement convoye par ses
   navyres, est arrive  bon port le IIIIe du mois pass; et n'a
   touch aulcun autre poinct. Mais, quant il a est question
   d'avoir la responce, et de passer plus avant avec le dict
   ambassadeur, elle a respondu qu'il suffizoit, pour ceste heure,
   qu'on dict  son secrtaire qu'elle avoit receu sa lettre, et
   avoit est bien ayse, comme elle le sera toutjour, d'entendre
   toutes bonnes nouvelles de la Royne d'Espaigne, sa bonne soeur.

   Sur quoy aulcuns se sont entremiz d'accommoder, et les aultres de
   traverser l'affre, qui enfin est demeure en ce, que, si
   l'ambassadeur avoit quelque lettre de son Maistre pour la dicte
   Dame qu'il la luy envoyt, et elle adviseroit d'entrer en si bon
   trett avecques son dict Maistre, qu'elle donroit  cognoistre de
   n'avoir heu jamais aultre desir que bien conserver son amyti; et
   que desj elle luy avoit escript trois lettres, despuys ces
   diffrans,  nulle desquelles elle n'avoit est respondue, et
   qu'il importoit beaucoup  sa rputation qu'elle ne parlt ny
   escripvt plus en ceste affre, jusques  ce qu'elle eust de ses
   nouvelles.

   Et n'a rien servi de remonstrer  la dicte Dame que le dict
   ambassadeur pouvoit avoir des lettres de son dict Maistre,
   lesquelles ne luy estait loysible de prsenter que par luy
   mesmes; car a respondu que si son Maistre ne la pryoit, par une
   sienne bien expresse lettre, de luy redonner sa prsence, qu'elle
   ne l'y admettra jamais; et qu'il feroit bien d'en envoyer ung
   aultre, car la souvenance des choses qu'il avoit escriptes
   d'elle, et de ce qu'il s'estoit mesl de l'eslvation du North et
   de la bulle, ne permettoient qu'elle le peult avoir jamais
   agrable.

   Et, sur ceste rsolution, elle n'a plus vollu diffrer d'escripre
    son depput en Flandres, que, si le duc d'Alve ne vouloit
   admettre la compensation des merchandises, et prendre celles
   d'Angleterre pour le priz qu'elles ont est vandues par dell,
   qu'il s'en vint; et que, aussitost qu'il seroit icy, il seroit
   procd  la finalle vante de celles d'Espaigne, dont s'entend
   que le Sr Thomas Fiesque sera de rechef dpesch pour venir
   accorder ce poinct; et que le duc d'Alve ne s'y opiniastrera; et,
   quant au principal faict de l'entrecours, que le Sr Ridolfy
   passera bientost devers icelluy duc, pour mettre en avant quelque
   bon expdiant.




CXLVIIIe DPESCHE

--du VIIe jour de dcembre 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Guillaume Bernard._)

  Sollicitations pour ramener lisabeth  de meilleurs sentimens
    envers la France.--Prire de l'ambassadeur au roi afin de
    l'engager  faire un plus favorable accueil  l'ambassadeur
    d'Angleterre.--Maladie subite de Marie Stuart.--Arrive de
    quelques-uns des dputs d'cosse.--Affaires des Pays-Bas et
    d'Allemagne.--Prochain dpart du cardinal de Chatillon.--Espoir
    de l'ambassadeur que Leicester, ou quelqu'un des grands
    d'Angleterre, sera envoy en France  l'occasion du mariage du
    roi.


     AU ROY.

Sire, aprs vous avoir dpesch mon secrtaire, le dernier de l'aultre
mois, j'ay cerch de savoir en quelle disposition continuoit d'estre
la Royne d'Angleterre vers Vostre Majest et vers la Royne d'Escosse;
et j'ay aprins, Sire, que luy ayant est naguires parl de l'ung et
de l'autre,  heure bien propre, et en termes convenables pour luy
oster l'impression de ces menaces et rigoureuses dmonstrations, dont
son ambassadeur s'est plainct qu'on luy avoit us en France, elle a
monstr d'avoir beaucoup de regrect que cella ft advenu pour
interrompre les tesmoignages de la bonne affection, qu'elle se
prparoit de manifester bientost au monde qu'elle avoit vers Vostre
Majest; et encores de celle que, pour l'amour de vous, elle vouloit
fre sentyr  la Royne d'Escosse; et qu'on savoit bien qu'elle avoit
desj propos d'envoyer une ambassade en France, non moins honnorable
que si elle y eust dpesch ung sien propre frre, pour fre la
conjoyssance de voz nopces et de la venue de la Royne, et pour
honnorer l'ung et l'aultre, ensemble la Royne, vostre mre, de
quelques prsens, et de vous gratiffier et vous accorder tout ce
qu'elle eust peu pour la Royne d'Escosse.

Sur quoy luy ayant, l'ung de ceulx qui estoient l prsens, asss
soubdain remonstr qu'elle ne debvoit laysser de le fre pour chose,
que son ambassadeur luy eust escript, parce que moy, vostre
ambassadeur par de, asseurois bien fort que Vostre Majest n'avoit
aulcune vollont de l'offancer, et que mesmes elle pouvoit cognoistre
qu'encores que vous travaillissiez de satisfre  ce que vous debviez
 la Royne d'Escosse et aulx Escossoys, vous cerchiez nantmoins de
n'avoir poinct de guerre  elle; car, d'ung cost, vous pourchassiez
le trett, et lui dclairiez, de l'aultre, qu'au cas qu'il ne succdt
vous seriez contrainct d'envoyer vostre secours en Escosse; et s'est
esforc, par ce moyen, de ramener la dicte Dame  sa premire bonne
dellibration d'envoyer en France; de quoy elle ne s'est monstre trop
esloigne. Nantmoins, de tant que sa principalle entente est de fre
veoir aulx siens que les princes estrangiers l'honnorent et la
respectent, et que, l o ilz ne le vouldroient fre, qu'elle a le
cueur bon pour ne leur rien cder, affin que cella luy serve pour se
maintenir en plus d'authorit dans son royaulme, elle a enfin respondu
que nul ne la debvoit conseiller de porter honneur  celluy qui luy
vouloit oster le sien, ny de recercher d'amyti celluy qui mesprisoit
la sienne, et qu'elle abaysseroit par trop la dignit de la couronne
d'Angleterre, si elle monstroit de fre quelque chose par menaces;
dont attandroit de veoir comme ses dmonstrations de bonne vollont
auroient  tre bien receues en France, premier qu'elle advanturast de
les envoyer offrir.

Sur quoy j'ay est advis, Sire, par ung, qui est bien affectionn 
vostre service, de vous debvoir escripre que, de tant qu'il ne vous
peult estre imput que  grande courtoysie de deffrer quelque chose
aulx dames, et que ceste cy n'a, au fondz de son cueur, que trs bonne
affection de persvrer en toute amyti et intelligence avec Vostre
Majest et avec la France; et qu'il est dangier qu'elle s'en retire,
pour s'adjoindre ung aultre party qui la recerche infinyement, et o
vous pourriez estre quelquefoys bien marry qu'elle y eust pass,
lorsque, possible, vous vouldriez, avec trs grand dsir, l'avoir
rserve du vostre; et que les affres d'Escosse ne succderont que
mieulx  vostre dsir, et mesmes il vous viendra plusieurs aultres
commoditez de ceste princesse et de son royaulme, si vous la
regaignez; que Vostre Majest fera bien de porter quelque faveur  son
ambassadeur, et de luy tenir des propos honnestes, et plains d'amyti
et de bienveuillance vers elle, luy faysant quelque part des nouvelles
de vostre mariage; et que, estant les choses d'Escosse accommodes,
ainsy que vous espriez qu'elles le seroient, par le trett, et dont
vous la priez que ce soit bientost, que vous pourrez, puys aprs,
vivre en une trs parfaicte intelligence et entire amyti avec elle;
et que desj le dict ambassadeur est adverty que s'il vous plat,
Sire, parler  luy en ceste sorte, que, pour deux motz que Vostre
Majest luy en dira, il y ayt  luy en escripre plusieurs de si bons 
sa Mestresse, qu'il luy face perdre la mmoire de ceulx qui luy ont
faict mal au cueur; et que, si Vostre Majest avoit agrable de m'en
fre aussi toucher quelques unes en vostre premire dpesche, qui
fussent asss exprs pour les pouvoir monstrer  la dicte Dame,
qu'elle en demeureroit trs grandement satisfaicte, et toutes choses
en yroient mieulx. Dont de tant, Sire, que ce conseil ne peult estre
que dcent  Vostre Majest, et que ceulx, qui portent icy les affres
de la Royne d'Escosse, m'ont pri de le vous fre trouver bon, je n'ay
vollu faillyr de le vous escripre tout incontinent, et adjouxter,
Sire, qu'il me semble qu'il ne pourra estre que honneste et utille 
vostre service d'en user ainsy.

Cependant il est advenu que la Royne d'Escosse est tumbe fort
mallade, et qu'ayant chang d'air et de logis,  Chiffil, pour cuyder
s'y trouver mieulx, son mal est augment, de sorte qu'elle a mand 
l'vesque de Roz de l'aller trouver en dilligence, et de luy admener
ung homme d'esglize pour l'administrer; lequel est party ce matin pour
luy aller luy mesme fre ce sainct office, par faulte d'aultre, et a
men deux bons mdecins, que la Royne d'Angleterre luy a baillez,
laquelle a escript une bonne lettre  la dicte Dame, qui la consolera
grandement; car aussi nous a elle mand que son plus grand mal est
d'ennuy de ses affres, et que nous ne demeurions en souspeon de
l'adviz que nous luy avions mand, parce qu'elle a fort bien prins
toutjour garde  son vivre. Nous estimons que c'est son accoustum mal
de cost, et que bientost nous aurons meilleures nouvelles d'elle;
lesquelles, Sire, je vous feray incontinent tenir.

L'abb de Domfermelin a faict plusieurs vifves remonstrances  la
Royne d'Angleterre pour rompre le traict, desquelles elle a est
asss esmeue; mais enfin elle l'a renvoy pour aller qurir les
aultres depputez du party du rgent, avec dellibration de passer
oultre, monstrant toutesfoys n'estre contante que les depputez, qui
viennent pour le party de la Royne d'Escosse, ne sont personnaiges
plus principaulx qu'ilz ne sont: car a entendu que c'est seulement
l'vesque de Galoa et milord Leviston; mais l'on luy a donn esprance
que le comte d'Arguil pourra venir, ce qui fera encores quelque
longueur en cest affre; mais j'y donray toutjour le plus de presse
qu'il me sera possible.

L'on s'esbahyt qu'il y a plus d'ung mois que nul courrier n'est venu
de Flandres, mais l'on ne le prend que pour bon signe, de tant
qu'ayant est escript au depput, qui est en Envers, d'aller
incontinent trouver le duc d'Alve  Bruxelles, pour luy proposer la
dernire offre; et que, s'il y faict nulle difficult, qu'il s'en
retourne tout incontinent, l'on estime que le dict duc l'a accepte,
et que l'on est meintennant aprs  conclurre les chappitres de
l'accord. J'entendz que le jeune Coban a est licenci de l'Empereur,
dez le VIIIe du pass, pour s'en retourner devers sa Mestresse; il est
encores en chemin, mais ung personnaige d'asss bonne qualit,
allemant, est arriv despuys deux jours, qui se dict ambassadeur du
duc Auguste de Saxe, duquel je n'ay encores rien aprins de sa
lgation; je travailleray d'en entendre quelque chose. Monsieur le
cardinal de Chastillon partit hyer de ceste ville pour aller 
Canturbery, pour estre plus prs du passaige, dellibrant d'attandre
l des nouvelles de son homme, qu'il a envoy en France. Il m'est, de
rechef, venu visiter, avec plusieurs bonnes parolles de sa dvotion
et fidellit vers vostre service, et qu'il n'a nul plus grand desir au
monde que de vous en fre, et qu'il espre bientost vous aller bayser
les mains pour plus expressment le vous tesmoigner. Sur ce, etc. Ce
VIIe jour de dcembre 1570.

   Je pense avoir desj tant rabattu de courroux de la Royne
   d'Angleterre que, si elle n'envoye le comte de Lestre en France,
   que au moins y dpeschera elle ung aultre milord de bonne
   qualit.




CXLIXe DPESCHE

--du XIIIe jour de dcembre 1570.--

(_Envoye jusques  la court par Antoine Jaquet, chevaulcheur._)

  Maladie de Marie Stuart.--tat de la ngociation qui la
    concerne.--Incertitude sur la ngociation des
    Pays-Bas.--Nouvelles d'Allemagne.--Rclamations relatives aux
    plaintes des ngocians de Rouen et de la Bretagne.--Rsolution
    de la reine d'Angleterre d'envoyer un ambassadeur en France, 
    l'occasion du mariage du roi.


     AU ROY.

Sire, il n'est venu aulcunes nouvelles de la Royne d'Escosse despuys
mes aultres lettres, de devant celles icy, lesquelles sont du septime
de ce mois, qui est signe, Sire, qu'elle se trouve mieulx, ou au moins
qu'elle ne va en empyrant; car son mal est asss tost publi en ce
royaulme. J'espre que, par mes premires, je vous pourray mander
quelque chose de particullier de sa convalescence, sellon que les bons
mdecins, qu'on lui a admen d'icy, et les bons remdes qu'on luy a
envoyez, luy auront, avec l'ayde de Dieu, peu servir. Cependant l'abb
de Domfermelin a fort ngoci en ceste court, pour interrompre le
trett, mais il ne l'a peu fre; dont, voyant que la Royne
d'Angleterre incistoit toutjour que les depputez de son party
vinssent, il s'est rsolu de les attandre icy, et a dpesch ser
Guilhaume Stuart en poste pour les aller quryr, et pour apporter une
dpesche et responce de la dicte Dame au comte de Lenos. Il estime que
les comtes de Morthon et de Glames viendront. L'on a opinion que les
depputez de l'aultre party sont desj  Cheffil avec la Royne
d'Escosse, leur Mestresse, et que l'vesque de Roz, qui l'est alle
trouver, les admnera bientost par de. Je vays, en son absence,
entretenant, la plus vifve que je puys, la pratique du dict trett et,
par toutes les sondes que je y fays, je trouve que la rsolution
demeure ferme de passer oultre; non que pour cella, Sire, il ne s'y
voye beaucoup de difficultez, semblables  celles du pass, et mesmes
que le comte de Sussex,  son arrive, y en a sem plusieurs de celles
qui tesmoignent le regrect, qu'il a, d'estre deppos de sa charge, et
de ce que son arme luy a est casse, magniffiant ces derniers
exploictz d'Escosse, et monstrant combien il seroit facille, et hors
de dangier, d'y en excuter de plus grandz, veu les ordinaires
empeschemens, que Vostre Majest et les princes de dell la mer ont en
leurs affres. Nantmoins l'on pourra juger plus  clair du succez de
cest affre, quant toutz les depputez seront achevez d'arriver, ce que
je n'espre devant le huictiesme de janvier.

Il est, coup sur coup, arriv trois courriers de Flandres, qui sont
allez descendre au logis du secrtaire Cecille en ceste ville, o il
est encores mallade; qui les a examinez  part, et les a asss tost
expdiez vers la Royne sa Mestresse, sans permettre qu'ilz ayent rien
publi de leur dpesche. Tant y a que j'ay ung adviz d'assez bon
lieu, que le duc d'Alve, en baillant sa responce au depputt de la
dicte Dame, ne luy a accept son offre, ny aussy ne la luy a reffuze;
mais il luy a miz en avant d'aultres gracieulx expdientz, par
lesquelz il faict esprer  ceste princesse, et aulx siens, que non
seulement le faict de ces prinses, mais aussi celluy du commerce et de
l'entrecours, et pareillement toutz aultres diffrans, d'entre le Roy
Catholique et elle, et d'entre leurs pays et subjectz, se pourront
facillement accommoder, avant la fin de febvrier, ou au moins, dans
tout le mois de mars. Je ne say si elle s'y endormyra, mais ceulx de
son conseil monstrent qu'il y a une extrme ncessit de trafiquer en
ce royaulme, et pressent bien fort l'ambassadeur d'Espaigne de leur
ottroyer des passeportz, pour envoyer des navyres et merchandises en
Biscaye et Andelouzie.

Le jeune Coban est arriv, despuys trois jours, en ceste court, lequel
n'a pass en ceste ville; dont n'ay encores rien aprins de certain de
ce qu'il a raport de sa lgation. Il est vray que quelques lettres
sont venues d'Allemaigne, par lesquelles l'on escript que l'Empereur
luy a notiffi le mariage de l'archiduc Charles, son frre, avec la
fille de Bavire, et que cella, avec quelques bonnes parolles
d'amyti, ont est toute la substance de la responce qu'il luy a
faicte.

Il a est procd si gracieusement ez choses de Lenclastre, que les
sires Thomas et Edouart Stanlays et le sire Thomas Gerard, soubz
parolles de seuret, se sont enfin venuz reprsanter en ceste court,
o le comte de Lestre et le secrtaire Cecille leur ont, d'entre,
monstr grand faveur. Je ne say quelle sera l'yssue de leur faict. Le
dict secrtaire Cecille m'a envoy, par le Sr de Quillegray, son beau
frre, la responce, que les maire et eschevins de Londres font aulx
remonstrances de voz subjectz de Roan, et m'a mand que, si les dicts
de Roan ne s'en contentent, qu'ilz les apostillent, ou bien qu'ilz
depputent deux d'entre eulx pour en confrer avec deux aultres de
Londres, affin de s'en accommoder ensemble. Car sa Mestresse; desire
que, pour l'honneur de Vostre Majest, ilz soyent contants, et le
commerce continu. Et m'a dict aussi le dict Cecille que, pour
remdier aulx dsordres d'entre la Bretaigne et l'Angleterre, il vous
playse, Sire, ordonner  Mr de Montpensier de fre une recerche des
prinses et dprdations faictes aux Anglois par dell, et y depputer
des commissaires pour en juger sommairement; et sa dicte Mestresse
pourvoyra de fre le semblable par de, pour la restitution des biens
des Bretons, et qu'aultrement le commerce d'entre les deux pays va
estre de tout interrompu.

Monsieur le comte de Lecestre m'a envoy dire, ce matin, par ung de
ses gentishommes, qu'il a continu vers la Royne, sa Mestresse, la
ngociation que j'avois commance avec luy, suyvant laquelle ayant
priz en bonne part noz remonstrances, elle s'est rsolue de persvrer
en tous debvoirs de bonne amyti vers Vostre Majest, et qu'elle
envoyera une bien honnorable ambassade en France, pour fre la
conjouyssance de voz nopces et de la venue de la Royne. J'entendz que
ce sera milord Boucart, parant en mesme degr de la dicte dame qu'est
milord d'Ousdon. Sur ce, etc. Ce XIIIe jour de dcembre 1570.




CLe DPESCHE

--du XVIIIe jour de dcembre 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Nouvelles de la sant de Marie Stuart.--Prparatifs de dpart de
    lord Buchard et des seigneurs de sa suite pour assister aux
    ftes du mariage du roi.--Ngociation des Pays-Bas.--Nouvelles
    d'Allemagne.--Affaires d'Irlande.


     AU ROY.

Sire, suyvant ce que, en mes prcdantes du XIIIe de ce moys, j'avois
espr de vous pouvoir, par celles de ceste heure, mander de bonnes
nouvelles de la Royne d'Escoce, il est advenu que Mr l'vesque de Roz
m'a escript, du XIe de ce moys, tout l'estat auquel il l'a trouve,
quant il est arriv vers elle; qui est chose pitoyable  ouyr, mesmes
que, oultre la complication de beaucoup de malladies, qui la pressent,
elle est afflige d'ung extrme ennuy de ses affres, et d'un
crvecueur trop grand, qu'elle a d'aulcunes mauvaises parolles qu'on a
aprins au Prince d'Escoce, son filz, de profrer d'elle. Nantmoins,
par la bonne dilligence et les bons remdes, qu'on luy a us, les
mdecins jugent qu'elle est  prsent hors de dangier; ce que je vous
confirmeray, Sire, par mes subsquentes, sellon la certitude qui m'en
viendra chacun jour. Les depputez de son party ne sont encores
arrivez, et estime l'on qu'on a chang l'ellection, et que le comte
d'Athil, ou celluy d'Arguil, avec milord Herys, seront envoys. Leur
longueur aporte beaucoup de retardement  leurs propres affres, et 
ceulx de leur Mestresse.

Cependand milord Boucard se met au plus honneste quipage qu'il peult,
pour aller trouver Vostre Majest, et a command la Royne, sa
Mestresse, au comte de Rotheland, et encores  vingt chevaliers ou
gentishommes de sa court, de l'acompaigner, monstrant qu'elle veult
honnorer,  son pouvoir, ce tant illustre mariage des deux personnes,
qui sont les plus royalles et de la plus haute extraction de la
Chrestient, et d'honnorer encores particullirement la venue de la
Royne, comme d'une princesse, que, oultre les communes occasions de
leur mutuelle bienveuillance, elle veult, pour l'honneur de
l'Empereur, son pre, contracter une fort estroicte et bien fort
espcialle amyti avec elle. Et s'attand bien aussi la dicte Dame que
Voz trois Majestez Trs Chrestiennes et Messeigneurs voz frres, et
Mesdames voz soeurs, et pareillement toute la France, luy gratiffierez
ceste sienne bienveuillance et grande dmonstration; laquelle je vous
puys asseurer, Sire, qu'on me la tesmoigne icy pour une fort grande
expression du desir, qu'elle a, de persvrer en toute bonne amyti
avec Vostre Majest, et d'accommoder encores, pour l'honneur de vous,
les affres de la Royne d'Escoce; ce que je remets bien  le voir par
les effectz. Tant y a que je vous suplie trs humblement, Sire, de
commander que les choses, qui conviennent  bien et favorablement
recepvoir une si notable ambassade, soient ordonnes de bonne heure.

Au regard des diffrans de Flandres, j'entendz que le duc d'Alve a
faict remonstrer, soubz main, au depput de la Royne d'Angleterre
qu'il ne pouvoit, en faon du monde, accepter son offre de prandre les
merchandises d'Angleterre au pris qu'elles avoient est vandues; car
il y feroit, par trop, le dommaige de son Maistre, mais qu'il
s'esforceroit bien de luy fre trouver bon que ce ft sellon qu'elles
avoient vallu en Envers, ung mois auparavant les saysies, parce que
l'empeschement, survenu despuys, sur le commun commerce des deux pays,
les avoit faictes venir beaucoup plus chres; et que c'estoit ung
expdiant, qui luy sembloit fort raysonnable, et par lequel il
esproit qu'on viendroit facillement au moyen d'accommoder les aultres
affres du commerce, et de l'entrecours, et de toutz les diffrans
qu'ilz pouvoient avoir ensemble; auquel expdiant, Sire, semble que
ceulx cy condescendront, mais, de tant que le dict duc n'en a encores
rien escript  l'ambassadeur, qui est icy, l'on estime que ce n'est
matire bien preste.

Il ne se publie encores rien de la responce, que le jeune Coban a
raporte de l'Empereur; pourra estre qu'avant mes premires j'en auray
aprins quelque chose pour le vous mander, mais, quant  l'allemant,
qui estoit arriv ung peu devant luy, c'est ung capitaine qui
s'appelle sire Mans Olsamer, d'Auxbourg, qui desire estre receu au
service et  la pencion de la Royne d'Angleterre; et, pour tesmoignage
de sa valleur, il a aport des lettres de recommendation du duc
Auguste, et quelque prsent de coffres d'Allemaigne  la dicte Dame,
et six belles pres de pistolls au comte de Lestre. L'on estime que
luy et ung aultre ambassadeur, que le comte Pallatin et le comte de
Mansfelt en mesmes temps envoy icy, par prtexte de quelque reste de
payement de reistres, poursuyvent ce que leurs aultres ambassadeurs,
l'est pass, avoient miz en avant d'une ligue avec ceste princesse,
dont je mettray peyne d'en entendre ce qui en est.

L'ambassadeur d'Espaigne m'a dict qu'on avoit icy adviz d'Irlande
comme les sauvaiges ont surprins ung chasteau sur ung port de mer,
appartenant au comte d'Esmont, prisonnier en la Tour de Londres,
lequel la Royne d'Angleterre avoit commis en garde  quelque aultre
gentilhomme du pays, et que les dicts sauvaiges y ont miz une garnyzon
de Bretons, de quoy l'on ne m'a encores parl, et je n'en ay poinct
d'adviz d'ailleurs; ayant au reste, Sire, bien dilligement considr
ce que Vostre Majest m'a escript, du premier de ce moys, touchant le
dict pays, qui est une chose qui se raporte asss bien  ce que je
vous en manday, dez le XIe de juing dernier; et me semble, Sire, que
ceulx cy ont meintennant fort oubly la plus grand souspeon qu'ilz
eussent en cest endroict, car ilz n'ont nul appareil sur mer; et si,
estiment que l'Espaigne n'est encores bien dlivre des Mores, et que
le Roy Catholique a receu honte et perte en l'entreprinse du Levant,
n'ayant son arme de rien servy au secours de Nicocye[21], ny rien
exploict de bien, en tout le voyage, que la perte de quatre ou cinq
mil soldatz, et s'est retire, sans bonne intelligence, d'avec celles
des aultres allyez. Possible qu'ilz s'endorment ez belles parolles du
duc d'Alve. J'essayeray de voir, ung peu de prs, o en sont, 
prsent, les choses, affin de vous en escripre plus  certain par mes
premires; mais il est requis, Sire, qu'on y ayt principallement
l'oeil ouvert du cost d'Espaigne et de Flandres; car c'est l, o
desj sont passez ceulx qui ont  conduyre l'entreprinse, si aulcune
s'en faict. Sur ce etc. Ce XVIIIe jour de dcembre 1570.

  [21] La ville de Nicosie, malgr les efforts de la flotte
  combine des chrtiens, fut prise par les Turcs, le 9 septembre
  1570.




CLIe DPESCHE

--du XXIIIe jour de dcembre 1570.--

(_Envoye exprs jusques  Calais, par Jehan Monyer._)

  Retour de sir Henri Coban de sa mission en Allemagne.--Rapport
    qu'il fait  la reine de ce qui s'est pass aux fianailles du
    roi  Spire.--Confrence de l'ambassadeur et de lord
    Buchard.--Instructions qui ont t donnes  lord Buchard par
    la reine d'Angleterre.--Espoir de l'ambassadeur de ramener
    lisabeth  une entire confiance dans le roi.--Convalescence
    de Marie Stuart.


     AU ROY.

Sire, j'ay fort dilligemment cerch de savoir si ceulx cy avoient nul
sentyment de l'aprest, que Vostre Majest m'a mand par sa lettre du
premier de ce mois, mais je trouve qu'ilz ne se deffient  ceste
heure, peu ny prou, de cest endroict, estans en termes de bien
accorder leurs diffrans avec le duc d'Alve; et ayant la Royne
d'Angleterre receu, par le retour du jeune Coban, qui a repass par
Flandres, une lettre du Roy Catholique et une aultre du dict duc,
desquelles,  la vrit, je ne say encores la teneur; tant y a que le
dict duc luy faict esprer beaucoup de l'amyti de son Maistre, et luy
promect plusieurs bons offices de sa part; sur quoy elle et les siens
sont  prsent endormys. Il est vray qu'ayant la responce, que icelluy
duc a faicte au depput d'icy, (laquelle, du commancement, avoit
sembl fort raysonnable), est baille  examiner aulx gens de lettre
de ceste ville, ilz l'ont en quelque part trouv captieuse, de sorte
qu'on estime qu'il y aura encores bien  dbattre. Le dict jeune Coban
a faict ung honnorable rapport des fianceailles de Vostre Majest,
lesquelles il a veues cellbrer  Spire, et de la bonne grce, vertu
et dbonairet de la Royne, des vertueulx dportemens de Mr le comte
de Retz aus dites fianceailles, avec honneur et dignit, et
pareillement de monsieur le comte de Fiesque, et de toutz les
Franoys, qui estoient en leur compaignie; et s'est lou des
honnorables propos, que le dict Sr comte de Retz luy a tenuz de la
Royne d'Angleterre, sa Mestresse, et de la faveur qu'il luy a faicte
particulirement  luy; mais quant aulx aultres contantemens, qu'il a
raport de la cour de l'Empereur, j'entendz que sa dicte Mestresse ne
les a aulcunement goustez, ains qu'elle demeure offance des
responces, que l'Empereur luy a faictes; lesquelles j'espre que, par
mes premires, je les vous pourray mander.

Lundy dernier, Mr de Valsingan me fit ung somptueulx festin, auquel il
appella milord de Boucart, le comte de Rotheland, et une trouppe des
plus habilles hommes de bonne qualit de ceste ville, qui me vinrent
qurir fort honnorablement en mon logis; il me dict qu'il estoit du
tout dpesch pour aller succder  Mr Norrys, et qu'il me donnoit
parolle, en homme de bien, de se comporter en telle sorte, en sa
lgation, que Vostre Majest en auroit tout contentement; et me fit
toute ceste compaignie une fort honneste dmonstration de
bienveuillance envers la France. Le dict Sr de Boucard me dict, 
part, que sa Mestresse luy avoit commanc de bailler son instruction,
et que, sans les choses que son ambassadeur luy avoit escriptes, elle
eust faict fre le voyage par le comte de Lestre, lequel,  prsent,
ne pouvoit plus estre ainsy bien prest comme elle le desireroit; bien
que je luy eusse,  ce qu'elle disoit, desj interprt en si bonne
sorte ce que Vostre Majest avoit faict et dict, en l'endroict de son
ambassadeur, qu'elle en demeuroit fort satisfaicte, mais qu'elle
vouloit que le dict de Boucart accomplyst si honnorablement ceste
lgation au lieu du dict de Lestre, que Voz Majestez Trs
Chrestiennes, et toute la France, en puissiez recepvoir le
contantement, qu'elle desireroit; et luy avoit parl en une faon
qu'elle monstroit ne vous porter moins bonne affection, que si elle
vous estoit propre soeur germayne, et qu'elle ft vrayement fille de
la Royne, vostre mre; et qu'il y en avoit, qui luy conseilloient de
composer aultrement son langaige, quant il seroit en France, mais
qu'il n'avoit garde, et qu'il vous reprsenteroit droictement les
propos de sa Mestresse. Il est,  la vrit, ung bien modeste
gentilhomme, et aussi bien intentionn que j'en cognoisse poinct en
ceste court, il eust desir que le terme de vostre entre  Paris
n'eust pas est si court, affin d'avoir plus de loysir de se prparer;
et luy ay donn quelque esprance qu'elle pourra estre prolonge
jusques au VIIIe ou Xe de janvier.

Je vays demain trouver la Royne, sa Mestresse, et espre, puysqu'elle
a commanc de bien prandre mes raysons, que je la ramneray aulx
premiers termes de la bonne amyti, que Vostre Majest desire
continuer avec elle, sellon le bon argument que je luy en feray voir
par vos lettres du XXIIe du pass; et ne larray de luy toucher des
affres de la Royne d'Escoce, encores qu'ilz luy soyent toutjours fort
espineux; et la remercyerai de la consolation, qu'elle luy a donne
par ses lettres, en ceste grande malladye o elle a est, de laquelle
l'on pense icy qu'elle ne soit encores bien hors de dangier; mais,
tout prsentement, ung sien serviteur, qui est son fruytier, et faict
l'office d'apoticquaire, et qui la servyt vendredy dernier  son
disner, m'a apport certaines nouvelles qu'elle se trouve mieulx. La
Royne d'Angleterre est aprs  l'envoyer visiter par ung gentilhomme
des siens, et luy envoyer une bague, qu'elle a faicte fre exprs,
pour renouveler quelques merques d'amyti entre elles; et semble qu'il
ne tient plus qu'aulx depputez d'Escoce qu'on ne procde au traict.
Sur ce, etc. Ce XXIIIe jour de dcembre 1570.




CLIIe DPESCHE

--du XXIXe jour de dcembre 1570.--

(_Envoye jusques  la court par le Sr de Sabran._)

  Audience.--Explication sur le mauvais accueil dont s'est plaint
    l'ambassadeur d'Angleterre.--Satisfaction de la
    reine.--Discussion des affaires de la reine d'cosse.--Plainte
    d'lisabeth au sujet des menaces faites par le roi.--_Lettre
    secrte  la reine-mre._ Confrence du cardinal de Chatillon
    avec l'ambassadeur; projet de mariage du duc d'Anjou avec
    lisabeth.--Commencement de cette ngociation.--Dclaration de
    Leicester qu'il favorisera ce projet.--Propos tenu  ce sujet
    par l'ambassadeur  la reine d'Angleterre.--_Mmoire._
    Proposition du comte de Sussex sur les affaires de Marie
    Stuart.--Efforts des Anglais pour enlever  la France
    l'alliance de l'cosse.--Poursuites diriges au sujet des
    troubles du pays de Lancastre.--Affaires d'Espagne et des
    Pays-Bas.--Confiance des Anglais dans les promesses du duc
    d'Albe.--Ngociation de sir Henri Coban en
    Allemagne.--Mcontentement d'lisabeth contre
    l'Empereur.--Nouvelle d'un grand armement fait en Espagne.


     AU ROY.

Sire, j'ay dict  la Royne d'Angleterre que sur la dpesche que je
vous avois faicte par le Sr de L'Aubespine, touchant le
malcontantement qu'elle avoit des choses, qui avoient est faictes en
l'endroict de son ambassadeur, Vostre Majest ne m'avoit guires vollu
diffrer sa responce, en laquelle j'avois trouv tout ce qui s'toit
pass avecques luy, le jour dont il se pleignoit; dont me commandiez
de le reprsanter  elle par le menu, et que, s'il luy restoit nul bon
desir, ni aulcune bonne affection envers Vostre Majest, et si elle ne
vouloit condempner la franchise et sincrit, dont vous desiriez uzer
en son endroict, vous espriez qu'elle n'interprteroit que  bien
tout ce qui vous estoit advenu de fre et dire, lors,  son dict
ambassadeur: et nantmoins, parce que je vous avois mand qu'elle
desiroit d'en estre satisfaicte, vous n'aviez vollu diffrer d'en
mettre la satisfaction dans vostre lettre, et y aviez adjouxt
l'intention, dont vous aviez parl, des affres de la Royne d'Escoce,
et ce que vous en aviez encores sur le cueur;  quoy vous la supliez
toutjour de pourvoir, et puys veniez, en vostre lettre,  d'aultres
particullaritez, qui estoient toutes  son contantement; dont, de tant
que vous y expliquiez si bien vostre intention, que je craignois
d'offusquer beaucoup la clart d'icelle, si je la rdigoys en mes
propos, j'avois aport le propre extraict de vostre chiffre, pour le
luy monstrer, aprs toutesfoys avoir imptr d'elle qu'elle ne
prendroit, sinon en fort bonne part, tout ce qui y estoit contenu.

La dicte Dame, me remercyant de la communication que je luy vouloys
fre de vostre dpesche, affin d'y comprendre mieulx vostre intention,
la leust fort curieusement du commancement jusques  la fin, et
considra de prez toutes les particullaritez qui y estoient contenues;
et puys me dict qu'elle vouloit bien demeurer contante et satisfaicte
de ce qu'il vous playsoit, et prendre de bonne part les bons argumens,
qu'elle voyoit dans vostre lettre, de vostre bonne amyti vers elle;
mais cella luy faisoit mal que vous l'y colloquiez segonde, aprs la
Royne d'Escoce, bien qu'elle mritast d'estre premire, et que, si
vous y aviez touch aulcunes honnestes et bien gracieuses
particullaritez pour elle, vous y aviez encores plus amplement
poursuyvy les affres de la dicte Royne d'Escoce; dont eust desir
que, au moins ceste foys, vous eussiez oubly d'y mettre le mesmes
langaige, que vous aviez escript  son dict ambassadeur, mais il y
estoit tout semblable; et qu'elle voyoit bien que vous ne l'aviez peu
dire, ny escripre,  luy, ny  moy, sans que vous ne l'eussiez heu
ainsy dans le cueur; nantmoins qu'elle estimoit que vous luy
rserviez toutjour une trs bonne affection, ainsy que vous
l'escripvez; et que, pour le regard de la Royne d'Escoce, elle avoit
est trs desplaysante de sa malladye, et de ce qu'il sembloit qu'elle
ne fust encores hors de dangier, nantmoins elle l'envoyeroit visiter
par ung gentilhomme, affin de luy donner toute la consolation qu'il
luy seroit possible; qu'elle esproit que ses depputez seroient
bientost icy, luy ayant nantmoins mand d'en fre venir de plus
capables que ceulx qui avoient est nommez, car c'estoit derrision
d'envoyer ceulx l; et, qu'aussitost qu'ilz seroient venuz, des deux
partys, qu'on procderoit au trett, auquel, quant  ce que Vostre
Majest me commandoit de prendre garde qu'il n'y ft rien faict 
vostre prjudice, qu'elle ne le prtandoit aulcunement, mais seulement
de fre que la Royne d'Escoce ne luy nuyst poinct  elle; au regard
de voz nopces, qu'elle avoit receu ung singulier playsir d'en entendre
l'honnorable rcit, que je luy en avois faict, et qu'elle se dlectoit
de les ouyr cellbrer et magniffier, comme les plus honnorables de
nostre temps; (s quelles n'avoit est besoing de dispence, ainsy que
aulx aultres, o sembloit qu'enfin le Pape permettroit de se mesler
avec les propres soeurs); et qu'elle les envoyeroit honnorer et
aprouver encores de sa part, par ung de ses barons, qui estoit son
parant fort prochain du cost de sa mre, lequel elle avoit
expressment choisy  cest effect pour vous contanter; et vous pryoit,
Sire, de le vouloir bien recepvoir, et l'accepter avecques faveur; et
vous remercyoit, au reste, de tout son cueur, de ce que, pour vous
avoir desir toute flicit en vostre mariage, et avoir invoqu la
bndiction de Dieu sur icelluy, vous luy en avez souhayt ung pour
elle, qui fust  son contantement, chose qu'elle s'asseure que vous
luy vouldriez procurer de bonne affection, et elle aussi y vouldroit
suyvre trs vollontiers vostre jugement, sellon qu'elle s'asseuroit
que vous luy vouliez beaucoup de bien, si elle en venoit  cella; et
qu'au reste elle n'avoit poinct doubte de l'establissement de la paix
de vostre royaulme, nantmoins qu'elle estoit infinyement bien ayse de
vous voir bien rsolu de la maintenir, et que toutz vos subjectz se
rangeassent, comme ilz faisoient,  bien exactement l'observer.

Toutz lesquelz bons propos, Sire, elle a estenduz en plusieurs
honnestes termes d'amyti et de bonne affection envers Voz Majestez
Trs Chrestiennes et au plaisir, qu'elle disoit participer avec celluy
qu'elle jugeoit fort grand, et quasi incroyable, de la Royne, vostre
mre, sur les prospritez qu'elle voyoit aujourduy en ses enfans et en
la France; ce que j'ay suyvy avec les meileures parolles, que j'ay
estim convenir  vostre grandeur et  l'honneur et dignit du prsent
estat de voz affres; et me suys ainsi licenci d'elle.

Or, Sire, le comte de Lestre m'a faict une ouverte dmonstration de
la bonne intelligence, en quoy la dicte Dame veult demeurer avec
Vostre Majest, mais que voz ennemys luy objectent que ce n'est de la
dignit de sa couronne, ny de l'honneur de son royaume, qu'elle se
laysse aller  voz menaces sur les affres de la Royne d'Escoce, et
qu'il me vouloit dire que la dicte Dame avoit heu mille et mille foys
plus de respect  vous pour la Royne d'Escoce, que non pas  elle, et
que je pouvois dire qu'en vostre nom j'avoys tir son affre hors des
abismes, nantmoins qu'elle en vouloit bien avoir le gr et l'honneur,
et que tout seroit gast, si l'on y procdoit par rigueur; dont ayant
Vostre Majest  procder en cella avecques une femme, desiroit qu'il
vous pleust luy uzer de toutes agrables parolles, et encores de
gracieuses prires, et qu'avec ceste courtoysie le dict sieur comte
esproit de vaincre les adversayres de ceste cause, lesquelz il estoit
incroyable combien ilz lui avoient donn de peyne jusques icy. Et sur
ce, etc. Ce XXIXe jour de dcembre 1570.

     A LA ROYNE.

     (_Lettre  part._)

Madame, j'ay  dire  Vostre Majest touchant le particullier de la
petite lettre du XXIe de novembre que, quant Mr le cardinal de
Chastillon a repass en ceste ville, en s'en retournant d'Amptome, il
m'est venu visiter pour satisfre,  ce qu'il dict,  son debvoir
envers Voz Majestez, et a curieusement examin de quelle intention
Elles et Monseigneur estoient en l'entretennement de la paix, et si
elles se vouloient poinct tirer hors de la subjection du Roy
d'Espaigne et des aultres princes, qui tirannisent vostre couronne,
et si Mon dict Seigneur estoit si avant au party de la princesse de
Portugal qu'il ne peult entendre  celluy de la Royne d'Angleterre,
lequel, s'il le vouloit, se pourroit meintennant conduyre, estendant
son propos en plusieurs aultres choses, lesquelles revenoient toutes 
ces trois poinctz.

Je luy ay respondu, quant  la paix, qu'il ne doubtt que Voz Majestez
et Monseigneur ne la rendissiez stable et de dure, jouxte l'dict,
qui en avoit est faict, pourveu que eulx, de leur cost,
l'observassent; que vostre dellibration estoit de fre voz affres,
sans dpendre de nul aultre prince, mais qu'il seroit bien dangereux,
 la fin de ceste guerre des Protestans, d'en laysser renoveller une
des Catholiques, veu l'intelligence que luy mesmes disoit que les
aultres princes avoient dans le royaume; par ainsy qu'il vous failloit
laysser bien establyr, et qu'il considrt combien il avoit est
besoing que Voz Majestez et Mon dict Seigneur eussiez us d'une ferme
et constante vertu, et d'une grande magnanimit,  fre ceste paix,
estant assez contradicte de toutz les aultres princes catholiques;
que, touchant la Royne d'Angleterre, elle avoit toujour monstr ne
vouloir poinct de mary, ou de ne vouloir entendre  nul autre que 
l'archiduc; mais si,  ceste heure que Mon dict Seigneur estoit en
fleur d'eage, et florissant en toutes vertuz, aultant et, possible,
plus que nul prince de la Chrestient, elle trouvoit bon de
l'espouser, je ne faisois doubte que luy et Voz Majestez, et toute la
France, embrassissiez ce party avec toute affection, comme le plus
grand et le plus honnorable de toutz les aultres, et duquel j'estimois
qu'adviendroit plus de rconcilliation au monde, plus de paix  la
France, et plus de terreur aulx ennemys d'icelle, que de nulle chose,
qu'il se peult aujourduy mettre en avant.

Ce qu'il monstra de recepvoir avec affection et d'en demeurer bien
fort consoll; et s'en retourna, puys aprs, au logis du comte de
Lestre, o il fut tout le soir en prive confrence avecques luy:
puys, le matin, il me manda qu'il esproit que noz propos produyroient
quelque bon effect.

Peu de jours aprs, ainsi que j'tois bien mallade, le Sr Guydo
Cavalcanty me vint, par forme de visite, en mon lict entretenir d'ung
grand circuyt de bonnes parolles; lesquelles il fit tumber sur Mon
dict Seigneur, et que le mariage de l'archiduc avec la fille de
Bavire, l'indignation, que la Royne d'Angleterre en avoit prins, et
ce qu'elle vouloit bien monstrer qu'elle estoit pour trouver aussi bon
party que le sien; et puys les diffrans des Pays Bas, ceulx de la
Royne d'Escoce, la paix de la France, l'accommodement qui se pourroit
fre de Callais, s'il y avoit enfans, la disposition venue de
Monsieur, qui estoit desj homme, celle qui commanceroit doresenavant
de passer de la dicte Royne d'Angleterre, estoient toutes influances
pour fre effectuer, ceste anne, ung bien heureux mariage entre eulx;
et que, si je le trouvois bon, il en mettroit quelque chose, comme de
luy mesmes, en avant au secrtaire Cecille, avec de si bonnes
considrations, qu'il esproit qu'elles auroient effect, me priant de
fre entendre ceste sienne bonne intention  Vostre Majest.

Auquel Cavalcanty, parce que je le cognoissois fort de ceste court, et
que c'estoit luy qui avoit toutjour entretenu le party de l'archiduc,
je respondiz que le propos me sembloit si honnorable et si
advantaigeux pour Monseigneur, que j'avois ung grand playsir qu'il me
l'eust miz en avant, et que je ne fauldrois d'en donner adviz 
Vostre Majest, ne voyant qu'il y peult avoir que tout bien d'en
entamer telz propos, comme il les sauroit bien penser et bien
sagement conduyre, car je le rputois pour ung expcial serviteur de
Vostre Majest et bien affectionn  la France; que, pour ma part, ne
saichant,  prsent, en quelle disposition vous en pouviez estre, je
ne luy pouvois dire sinon que, de toutz les partys, dont je vous avois
ouy fre grand cas; mesmes pour le Roy vostre filz, vous aviez
toutjour estim le plus grand et le plus digne celluy de la Royne
d'Angleterre; et que sur ung tel fondement se pourroit bien establyr
une bonne alliance, si l'on s'y disposoit du cost de de.

A trois jours de l, le dict Cavalcanty me revint trouver, qui me dict
avoir desj ouvert ce bon propos au dict secrtaire, et qu'il l'avoit
receu avec affection, mais que, ayant est longtemps mallade, sans
avoir veu sa Mestresse, il ne l'avoit peu suyvre; mais il l'avoit pry
de l'aller trouver  Amthoncourt, aussitost qu'il y seroit, et qu'ilz
en tretteroient plus amplement.

Despuys cella, Madame, j'ay est au dict Amthoncourt, o me trouvant 
part avec le comte de Lestre, aprs d'aultres discours, je luy ay dict
tout ouvertement qu'ung personnaige de bonne qualit, lequel
toutesfoys je ne luy ay point nomm, m'avoit tenu le susdict propos,
lequel j'avois receu avec honneur et respect, mais que je n'en voulois
user sinon ainsy qu'il me conseilleroit; car je savois que Voz
Majestez le rputoient comme conseiller et protecteur de tout ce que
vous auriez  fre en ce royaulme, et que, si quelque chose debvoit
advenir de cella, vous ne vous en vouldriez jamais adresser qu' luy.
Lequel me respondit qu'il y avoit plusieurs jours qu'il avoit desir
de confrer avecques moy de cest affre, sur ce qui en avoit est
desj miz en termes par le vydame de Chartres et par d'aultres, mais,
plus expressment que par nul, par Mr le cardinal de Chastillon, qui
avoit parl si haultement des grandes qualitez de Monsieur, comme le
cognoissant bien, qu'il l'avoit faict le plus desirable prince de la
terre; que, de sa part, il s'estoit toutjour oppos au party
d'Austriche bien que, en aparence, utille  sa Mestresse, mais
puysqu'elle estoit rsolue de n'entendre  celluy de nul de ses
subjectz, qu'il se vouloit sacriffier pour conduyre celluy de
Monsieur; et qu'il y vouloit procder en telle faon que ung esgal et
mutuel advantaige ft gard aulx deux, affin de ne fre naistre d'ung
tel pourchaz d'amyti aulcune matire d'offance, comme il voyoit bien
qu'il en restoit quelcune asss grande du propos de l'archiduc, et
qu'on estoit pis que jamais avec le Roy d'Espaigne, nonobstant les
bonnes lettres, que luy et le duc d'Alve avoient naguires escriptes;
et que, en brief, il viendroit exprs  Londres pour me festoyer en sa
mayson, et pour tretter amplement de cest affre avecques moy; duquel
il estoit d'adviz que je touchasse cependant quelque mot  la Royne,
sa Mestresse; et qu'il esproit que, sur ceste occasion, se dresseroit
ung voyage pour luy en France, puysqu'il avoit failly ceste foys d'y
aller; et qu'il avoit ung infiny desir d'aller bayser les mains  Voz
Majestez, comme recognoissant le Roy pour son suprieur,  cause de
l'honneur, qu'il luy avoit faict, de son ordre.

Et de ce pas il me mena en la chambre prive de sa Mestresse, o je la
trouvay mieulx pare que de coustume, et qui monstra qu'elle
s'attandoit bien qu'en luy parlant des nopces du Roy, je luy en
desirerois une pour elle;  quoy elle m'achemina, par aulcuns siens
propos, sur lesquelz enfin je luy diz qu'il me souvenoit bien de ce
qu'elle m'avoit asseur de n'avoir poinct faict de veu de ne se maryer
pas, et que le plus grand regrect qu'elle eust estoit de n'avoir pens
de bonne heure  sa postrit, et qu'elle ne prendroit jamais party,
qui ne ft de mayson royalle, convenable  sa qualit; sur quoy je
serois marry qu'elle m'estimt si mal abille que je n'entendisse bien
que cella quadroit merveilleusement bien en Monseigneur, frre du Roy,
comme en celluy, lequel j'osois (sans passion ny flatterye) rputer le
plus acomply prince, qui aujourduy vesquit au monde pour mriter ses
bonnes grces; et que je me rputerois le mieulx fortun gentilhomme
de la terre, si je pouvois intervenir  quelque commancement d'une si
heureuse alliance, qui peult revenir  bon effect; car j'en
demeurerois cellbre  toute la postrit.

La dicte Dame receust merveilleusement bien ce peu de motz, et me
respondit que Monsieur estoit de telle estime et de si exellante
qualit qu'il estoit digne de quelque grandeur qui ft au monde, et
qu'elle croyoit que ses penses estoient bien loges en plus beau lieu
qu'en elle, qui estoit desj vieille, et qui, sans la considration de
la postrit, auroit honte de parler de mary, et qu'elle estoit desj
de celles dont on vouldroit bien espouser le royaume, mais non pas la
royne, ainsy qu'il advenoit souvent entre les grandz, qui se maryoient
la pluspart sans se voir; et que ceulx de la mayson de France avoient
bien rputation d'estre bons marys,  bien fort honnorer leurs femmes,
mais  ne guires les aymer. Et suyvyt asss longtemps ces propos avec
toutes les plus honnestes et favorables parolles, qui se pouvoient
respondre  ung, qui monstroit ne parler aulcunement que de luy
mesmes, et sans aulcune charge. Dont ne fault doubter, Madame, que ce
qui en seroit meintennant miz en avant ne ft receu d'elle, et
embrass de tout son royaulme, avec affection; mais je ne puys juger
encores si elle l'acomplyroit par aprs, car souvent elle a promiz 
ses Estats de se maryer, et puys elle a trouv moyen d'en prolonger et
interrompre les propos. Nantmoins, de tant qu'on imputera  une trs
grande faulte  la France d'avoir layss eschapper ung si grand party,
comme est cestuy cy, qui semble se prsenter  Monseigneur, je
desirerois que vous l'eussiez desj dispos de le vouloir; et que, sur
ce qui en est desj entam entre Mr le comte de Lestre et moy, Vostre
Majest me commendast de passer oultre, et me prescript la forme comme
j'aurois  le fre: car il me semble bien que ce sera  nous (si l'on
en vient l) de parler les premiers, mais qu'il fauldroit qu'ilz y
respondissent si clairement que l'affre ft plus tost conclud que
divulgu,  cause des jalouzies, traverses et inconvnians, qui y
pourroient survenir; et puys aprs, l'on y pourroit bien adjouxter les
crmonyes et respectz qui y seroient ncessaires pour honnorer
l'acte; surtout je prendray garde, aultant qu'il me sera possible, que
n'y soyez trompez ny remiz  nulle longueur. Sur ce, etc.

     Ce XXIXe jour de dcembre 1570.

   Encores tout prsentement, je viens de recepvoir adviz, de bon
   lieu, que le susdict propos commence de prendre icy grand
   fondement; dont je continueray d'en escripre toutjour quelque
   mot,  part,  Vostre Majest; mais il n'y a rien plus requis que
   de tenir la matire secrecte.

   ADVERTYRA LE DICT DE SABRAN LEURS MAJESTEZ, oultre le contenu des
   lettres:

   Que milord de Sussex a propos,  son arrive, de fort mauvais
   conseilz contre les affres de la Royne d'Escoce, remonstrant
   qu'avec quatre centz mil escuz, qui ont est employez ceste
   anne, par ses mains, contre les Escouoys, il a bien chasti
   ceulx d'entre eulx, qui avoient os offancer la Royne, sa
   Mestresse, en retirant et supportant ses rebelles; et qu'il avoit
   estably aulx aultres un rgent  sa dvotion; et relev si bien
   la part du jeune Roy, que ceulx de l'aultre party ne faisoient
   plus que ce qu'il leur ordonnoit, et les avoit presque rengez 
   se soubsmettre  luy; et que, pendant que le Roy Trs Chrestien
   estoit encores bien laz des guerres civiles de son royaulme, et
   les aultres princes de dell la mer asss empeschez, chacun en
   son estat, il s'esbahyssoit comme la Royne, sa Mestresse, se
   retranchoit ainsy court  elle mesmes son entreprinse, de ne se
   saysir de l'Escoce, comme il luy avoit facillit la voye de ce
   fre, et de pouvoir establyr par l ung repos en ceste isle;
   lequel aultrement il n'esproit l'y veoir jamais bien asseur,
   mesmement si la Royne d'Escoce estoit restitue; et qu'on ne
   pouvoit donner ung plus loyal conseil  la Royne, sa Mestresse,
   que d'interrompre ce propos encommanc, et de luy fre poursuyvre
   chauldement,  ce prochain printemptz, son entreprinse de
   renvoyer l'arme en Escoce; car s'asseuroit dans peu de jours, la
   randre maistresse de Lislebourg, Esterlin et Dombertrand, et de
   forclorre aulx Franoys leur descente et retrette au dict pays;
   lesquelz aussi, sellon son opinion, n'avoient,  prsent, guires
    cueur les choses de de la mer, se trouvant seigneurs de
   Callais.

   Auquel conseil s'estantz joinctz ceulx, qui avoient toutjours heu
   le mesmes adviz, ilz ont euyd traverser grandement toutz noz
   affres; mais la Royne mesmes n'a monstr qu'elle y inclinast; et
   aulcuns seigneurs plus modrez ont remonstr au dict de Sussex
   qu'il y avoit plus de dangier et d'inconvniant, en ceste
   entreprinse qu'il n'y en voyoit, de sorte qu'il n'est demeur
   bien ferme en son opinion. Il est vray que l'abb de Domfermelin
   est fort ordinaire en sa compaignye, ce qui le nous rend toutjour
   asss suspect, mais l'vesque de Roz, avant partyr, luy est all
   remonstrer plusieurs choses, par lesquelles il l'a ramen  ceste
   rayson que, s'il se pouvoit establyr quelque bonne seuret entre
   les deux Roynes, il confessoit, veu la proximit d'elles, et le
   droict de la future succession  celle d'Escoce, que le plus
   expdiant seroit de la restituer; mais n'a parl que
   condicionnellement, et par difficultez, avec un dsir trs
   ambitieux de demeurer en charge; et qu'en tout vnement, il
   failloit que la dicte Dame quictast l'alliance de France pour en
   fre une nouvelle et perptuelle avec la Royne d'Angleterre.

   A quoy le dict vesque luy a remonstr qu'il estoit impossible de
   ce fre, et qu'il ne seroit honneste ny proffittable  la Royne
   d'Angleterre de le requrir, joinct que, si elle pressoit de
   cella sa Mestresse, elle la presseroit  elle de renoncer 
   l'alliance de Bourgoigne. A quoy il a soubdain respondu que Dieu
   vollust garder sa Mestresse d'un si dangereux conseil, comme de
   quicter les anciennes alliances de sa couronne, mais qu'il
   n'estoit de mesmes  ceste heure, en l'endroict de la Royne
   d'Escoce, parce qu'il falloit qu'elle print la loy de la Royne
   d'Angleterre. Tant y a que, despuys, il semble que,  cause du
   duc de Norfolc, le dict de Sussex se soit ung peu modr; et
   toutjour le comte de Lestre et le secrtaire monstrent persvrer
   droictement  vouloir que l'accord succde par le traict; dont
   nous vivons en meilleure esprance.

   Et ceste honnorable ambassade, que la Royne d'Angleterre envoye
   meintennant en France, monstre qu'elle n'a le cueur esloign de
   cella; mesmes Mr le cardinal de Chastillon m'a asseur, ceste
   dernire foys qu'il m'est venu visiter, qu'il savoit
   certainement que la rsolution estoit prinse, entre la dicte Dame
   et ceulx de son conseil, de restituer la Royne d'Escoce, mais que
   je ne m'esbahysse de la longueur; car elle estoit naturelle 
   ceulx cy, sellon que luy mesmes l'avoit esprouv; et que, despuys
   l'aultre foys qu'il avoit est avecques moy, ayant considr, par
   les choses que Mr de Roz et moy luy avions desduictes, que le Roy
   avoit grand intrest  la restitution de la dicte Royne d'Escoce,
   il en avoit parl si  propos  la Royne d'Angleterre qu'il
   l'avoit fort dispose d'y prendre quelque bon expdiant. Ceulx
   aussi,  qui cest affre est aultant  cueur en ceste court comme
   leur propre vie, m'asseurent qu'il ne tient plus qu' la venue
   des depputez d'Escoce qu'on ne passe oultre  conclurre le
   traict, et m'ont faict advertyr de suplier Leurs Majestez Trs
   Chrestiennes de fre, en cest endroict, l'office que j'ay donn
   charge au Sr de Sabran de leur dire.

   Le sire Thomas Stanlay a est ouy et examin eu ce conseil sur
   les mouvemens de Lenclastre; et puys son frre douart aprs luy,
   et le sir Thomas Grard, aprs, en prsence de toutz deux, leur
   estant remonstr qu'ilz proposoient ung trs mauvais exemple
   d'eulx au dict pays de ne se ranger  la forme de religion, qui
   estoit ordonne, sellon les parlemens,  la tranquillit publique
   du royaulme; et que, s'ilz ne s'y dportoient plus sagement, la
   Royne, leur Mestresse, ne pourroit de moins que procder contre
   eulx par la voye de justice; et, pour ceste foys, ne leur ont
   touch que ce point de la religion. A quoy ils ont respondu
   qu'ilz estoient personnaiges qualiffiez, et bien cautionnez en ce
   royaulme, et que, s'ilz se fussent sentys coulpables d'aulcune
   chose envers la Royne et son estat, qu'ilz ne fussent point
   venuz, et qu'ilz avoient, en toutz leurs actes, toutjours procd
   en fort gens de bien, dont les requroient qu'ilz ne vollussent
   prendre aulcune mauvaise opinion d'eulx, ny rien ordonner  leur
   prjudice, que leurs accusateurs ne fussent prsens, car ils
   s'asseuroient de leur bien respondre, et de se bien justiffier
   devant eulx. Ilz sont encores  la suyte de la court, et
   cependant est venu nouvelles que celluy, qui les avoit deffrz,
   est mort de quelque accidant fort soubdain et fort estrange.

   J'ay faict dire, de loing,  aulcuns, qui ont parfaicte
   cognoissance des choses de ce royaulme, que j'avois entendu que
   la Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil avoient toutjours
   heu pour suspect le retour de l'arme d'Espaigne, et qu'il
   sembloit qu' ceste heure ilz en fussent en plus grand doubte que
   jamais; dont je les pryois de me mander en quoy ilz estimoient
   que les choses en fussent. Lesquelz m'ont respondu quasi
   conformment, de plusieurs endroictz, qu' la vrit l'on estoit
   en asss de deffiance du cost d'Espaigne et de Portugal, tant 
   cause des prinses de l'an 1569, que de ce que les fuytifz de ce
   royaulme s'toient retirez vers le duc d'Alve; et que Estuqueley
   estoit pass devers le Roy Catholique pour l'inviter  quelque
   entreprinse en l'Yrlande, ainsy qu'il estoit homme pour le luy
   savoir imprimer et pour se offrir  la conduyre; et que ung
   itallien, nomm Lotini, lequel ceste Royne entretennoit en
   Yrlande, avoit est naguires chass pour souspeon, qu'on avoit
   heu, qu'il s'entendit avec le dict Estuqueley; nantmoins que la
   dicte Dame et toutz ceulx de son conseil demeuroient fermement
   persuadez que le Roy d'Espaigne ne romproit jamais avec eulx,
   tant qu'ilz seroient saysys des merchandises et deniers qu'ilz
   ont prins sur luy, car il auroit aultant perdu; joinct qu'ilz
   estoient si avant en traict avec le duc d'Alve, qu'ilz
   attendoient plustost accord que guerre de son cost; et que l'on
   estoit aprs  y regarder de si prs, qu'on estimoit bien qu'il
   ne seroit rien layss en diffrand, d'o l'on en peult venir cy
   aprs aulx armes. Par lesquelles responces se peult asss
   cognoistre que ceulx cy ne sont bien aperceuz des appareilz
   d'Espaigne ni de Portugal; ce qu'ilz monstrent encores mieulx par
   le peu de prvoyance qu'ilz donnent aulx choses de la guerre; car
   je n'ay entendu qu'ilz ayent, pour encores, ordonn aultre chose
   que aulx pourvoyeurs de la marine de savoir o prendre
   l'avitaillement pour vingt cinq navyres, dans quinze jours, quant
   il leur sera command.

   Tant y a que le duc d'Alve, par les difficultez qu'il faict
   naistre, l'une aprs l'aultre, en ces diffrans des prinses, et
   qu'il ne se haste de parler guires expressment de l'accord du
   commerce, et de l'entrecours, monstre qu'il vouldroit, en quelque
   faon, s'asseurer des dictes prinses, lesquelles montent  grand
   somme; et puys essayer de se revencher; dont il va temporisant et
   entretennant ceulx cy de parolles et de bonnes esprances, affin
   qu'ilz n'y preignent garde. Et je say,  la vrit, qu'il a
   naguires envoy, par le jeune Coban, une lettre du Roy, son
   Maistre,  la Royne d'Angleterre, en laquelle son dict Maistre
   rend seulement ung fort grand et fort exprs grand mercys  la
   dicte Dame pour l'honnorable convoy qu'elle a faict fre par ses
   grandz navyres  la Royne, sa femme, passant en ceste mer; et ne
   touche nul aultre poinct, ni mesmes luy faict aulcune mencion des
   trois lettres, que la dicte Dame luy a escriptes, despuys les
   dictes prinses; et, par mesme moyen, le duc d'Alve luy en a
   escript une, de sa part, pour accompaigner celle de son Maistre,
   et pour prendre cong d'elle, et l'exorter  l'entretennement de
   la paix et de l'alliance avec son dict Maistre, avecques grandz
   offres de s'employer droictement  le randre de mesmes bien
   dispos envers elle.

   Quant au voyage du dict jeune Coban  Espire, l'on m'advertyt,
   avant son partement, qu'il y alloit pour renouveller le propos de
   l'archiduc Charles, mais ce n'estoit que une dmonstration, que
   la Royne d'Angleterre vouloit faire pour s'en prvaloir en ses
   prsens affres de dehors et de dedans son royaulme, et qu'en
   effect l'envye ne luy estoit crue de se maryer; mesmes que n'y
   ayant le comte de Sussex rien advanc, quant il y alla, encores
   estoit il  croyre que ung jeune gentilhomme de nulle authorit,
   qui  peyne avoit poil en barbe, y feroit  ceste heure encores
   moins.

   Tant y a qu'avec plusieurs aultres propos d'amyti le dict Coban
   a propos  l'Empereur que sa Mestresse l'avoit envoy vers luy
   pour continuer la mesmes ngociation, que, trois ans a, le comte
   de Sussex luy avoit commanc;  laquelle elle n'avoit, plus tost
   qu' ceste heure, peu randre responce, pour avoir est souvent
   despuys asss mallade, et pour les guerres de France, Flandres et
   aultres empeschemens, qui estoient jusques en son propre pays
   survenuz; mais qu'elle n'avoit toutesfoys, en diffrant la
   responce, pens de rien interrompre au propos de l'archiduc son
   frre, et que, s'il luy playsoit de passer meintennant en
   Angleterre, il y seroit le trs bien venu, et qu'estant rest
   tout le diffrant sur sa religion, elle esproit que ses subjectz
   y consentyroient qu'il eust, pour luy et les siens, si ample
   exercice d'icelle qu'il en demeureroit contant.

   Lequel propos le dict Empereur monstra recepvoir de bonne part,
   et print temps de luy respondre, affin d'advertyr l'archiduc son
   frre; et enfin la responce a est que luy et son dict frre
   estoient bien marrys que la bonne intention de la dicte Dame leur
   eust est si tard notiffie; de laquelle ilz luy demeureroient
   nantmoins bien fort obligez; et que son dict frre n'avoit peu
   penser de moins, luy diffrant, elle, trois ans sa responce,
   sinon qu'il n'estoit accept; dont il avoit regard  ung aultre
   party, et desj s'y estoit oblig avec une princesse, sa parente,
   catholique, avec laquelle il n'auroit point de diffrent pour sa
   religion; qu'il luy vouloit dire, encores une aultre foys, qu'il
   avoit grand regrect que l'ocasion n'eust est accepte de toutz
   deux, quant elle s'estoit prsente, et qu'il ne lairroit
   pourtant de demeurer trs bon amy et comme frre  la dicte Dame;
   laquelle il vouloit au reste exorter, pour son bien, de vivre en
   bonne paix avec les princes, ses voysins; dont estant meintennant
   les deux plus grandz ses gendres, il auroit grand playsir qu'elle
   se dportt comme bonne soeur avec eulx, et qu'il la vouloit
   advertyr que de l dpendoit sa seuret et celle de son estat. Et
   avec ces honnestes parolles, et quelque prsent de vaysselle
   d'argent, il a licenci le dict Coban.

   Laquelle responce n'a peu, en faon du monde, estre bien gouste
   ny bien prinse de la dicte Dame, laquelle en demeure offance
   jusques au cueur; et ne s'est peu tenir de dire que l'Empereur
   luy faisoit injure, et que, si elle estoit aussi bien homme comme
   elle est femme, qu'elle le luy redemanderoit par les armes. Sur
   quoy il m'est tomb entre mains une lettre d'ung seigneur de
   ceste court qui mande aussi  ung aultre:--La cause du dueil et
   fcherie de nostre Royne est asseurement le mariage de
   l'archiduc Charles avec la fille de sa soeur, la duchesse de
   Bavire, soit ou que vritablement elle eust assis son amour et
   fantasie en luy; ou bien qu'elle est marrye que sa beault et sa
   grandeur n'ayent est plus instantment requises de luy; ou bien
   qu'elle a perdu,  ceste heure, l'entretien qu'elle donnoit par
   l  son peuple, craignant qu'elle soit presse par ses Estatz et
   par son parlement de ne diffrer plus  prendre party, qui est le
   principal poinct que tout son royaulme luy requiert.

   Despuys ce que dessus escript, j'ay est adverty qu'il vient
   d'arriver ung navyre de Cadix, qui porte des lettres du IIe de ce
   mois, par lesquelles l'on mande le grand aprest de guerre, qui se
   faict en Espaigne; et que aulcuns l'interprtent estre contre le
   Turc; aultres disent que c'est pour parachever la guerre des
   Mores, qui encores se renouvelle; et aultres que c'est pour
   descendre en Yrlande. Je prendray garde comme ceulx cy le
   prendront et comme ilz y pourvoyrront.




CLIIIe DPESCHE

--du VIe jour de janvier 1571.--

  Nouvelles d'Espagne.--Pompe dploye pour le mariage du
    roi.--Mouvemens dans les Pays-Bas et en Irlande.


     AU ROY.

Sire[22]

...............................................................
Il se continue icy que le duc d'Alve partira en mars pour s'en
retourner en Espaigne, et qu'il prendra le chemyn d'Itallye, o il
layssera quelques compaignies italliennes, qui l'accompaigneront
jusques l; lesquelles pourront servyr  la guerre contre le Turcq, au
commancement du printemps; et que le duc de Medina Coeli s'embarquera,
 ce prochain febvrier, pour passer en Flandres, et qu'il admnera les
deux filz aysnez de l'Empereur; ne se faisant icy aulcune
dmonstration qu'on se doubte de luy, ny de l'arme de mer, qui le
vient conduyre, parce que plusieurs vaysseaux de la dicte arme ont
pass, et qu'il est desj arriv en Flandres plus de deux centz voyles
d'Andelouzie ou de Portugal; qui faict encore discourir  aulcuns que
le dict duc et iceulx petitz princes pourront s'acheminer par la
France, puysqu'ilz ont layss venir tant de vaysseaulx par de.

  [22] Le premier feuillet du registre, qui contient les dpches
  de l'anne 1571, se trouvant dchir, le commencement de cette
  lettre manque: c'est au reste la seule lacune que prsente le
  manuscrit.

L'on a heu en admiration en ceste court l'ordre, l'apareil, les riches
habitz, les prsens et la despance, dont a est us aulx nopces de
Vostre Majest, ainsy soubdain aprs la guerre passe, et de ce qui se
prpare encores pour une entre  Paris; qui leur faict bien juger que
la grandeur de vostre estat a ung bien solide fondement, et que si
Vostre Majest joue ung peu son jeu couvert, et commance de s'aquiter
et de fre les affres, il n'est pas  croyre combien il demeurera
d'impression au monde des grandes forces et oppulance de vostre
royaulme, et de la merveilleuse ressource qui est en icelluy. Sur ce,
etc.

     Ce VIe jour de janvier 1571.

   L'on me vient d'advertyr qu'au soir arrivrent deux nouvelles en
   ceste court: que ceulx de la nouvelle religion des Pays Bas ont
   surprins un chasteau prs de Groninguem, o le duc d'Alve y a
   envoy huict centz Espaignolz pour le reprendre; et que, en
   Irlande, sont descenduz quelques soldats franoys, en moindre
   nombre de deux centz, appellez par les saulvaiges du pays, et que
   desj le comte d'Ormont s'est esforc de les combattre; mais ilz
   se sont faictz lascher. Si ainsy est, cella troublera asss les
   affaires de ce royaume.




CLIVe DPESCHE

--du XIIIe jour de janvier 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voie du Sr Acerbo._)

  Affaires d'cosse.--tat de la ngociation de lord Seyton en
    Flandre.--Nouvelles d'Espagne et d'Allemagne.--Projet de
    Walsingham de traiter avec les protestans d'Allemagne.--Bruit
    rpandu en Angleterre que les armes ne tarderont pas  tre
    reprises en France.--_Lettre secrte  la reine-mre_ sur la
    proposition du mariage du duc d'Anjou.


     AU ROY.

Sire, bien peu d'heures aprs que je vous ay heu faict ma dpesche du
VIe du prsent, mon secrtaire est arriv avec celle de Vostre Majest
du XXVIe du pass, en laquelle j'ay trouv deux de voz lettres;
desquelles l'une rpond fort bien aux particullaritez que je vous
avois auparavant mandes, et l'aultre est pour la faire voir  la
Royne d'Angleterre, qui en recepvra une trs acomplye satisfaction,
laquelle luy sera davantaige confirme par les bons propos et
dmonstrations, pleynes de faveur, qu'avez us  son ambassadeur. De
quoy je mettray peyne, Sire, d'en faire icy le proffict de vostre
service, et n'obmettray de toucher  la dicte Dame les principaulx
poinctz de vos dictes lettres; et ceulx mesmement qui concernent
l'honneur et grandeur de Vostre Majest, dont, de ce qu'elle m'y aura
respondu je ne fauldray de le vous mander par mes premires; vous
voulant au reste bien dire, Sire, touchant la mainleve qu'avez donne
aux merchans escossoys, qu'encor que la Royne d'Escosse se soit tenue
ung peu opiniastre  ne vouloir que cella se ft, si, tions aprs, Mr
de Roz et moy,  luy en oster l'opinion, parce que le comte de Lenoz
acrochoit le trett  ce seul poinct, disant qu'il ne passeroit jamais
oultre sans que les merchans jouyssent de l'abstinence d'hostillit,
aussi bien que les aultres subjectz, et qu'elle leur estoit violle
quand on leur faisoit saysir leurs biens et navyres. Les dputez de la
dicte Dame commencent [d'arriver] aujourduy, et nous avons nouvelles
que ceulx [de l'autre parti sont] desj en chemin; par ainsy, j'espre
que bientost [il sera procd] au dict trett, sellon que j'ay aussi
entendu que la Royne d'Angleterre [a] ordonn six depputez pour y
vaquer de sa part, assavoir [lord Quiper] garde des sceaulx, le
marquis de Norampthon, le comte de Lestre, le comte de Sussex, le
secrtaire Cecille, et le sixiesme reste  nommer, qu'on pense sera
maistre Mildmay.

Cependant est advenu  Lislebourg qu'ayans deux soldatz du chateau
est saysiz par l'autorit du comte de Lenoz, ainsy qu'ilz s'en
retournoient du Petit Lict, et menez ez prisons de la ville, le
capitaine Granges, qui en a est offanc, a, le soir mesmes, sur le
tard, faict lascher toute l'artillerie du chasteau par dessus la
ville; et,  l'instant mesmes, a faict sortir cinquante soldatz qui
sont allez forcer les dictes prysons, et ont ramen leurs compagnons
avec eulx. De quoy le dict de Lenoz se plaint grandement, comme d'une
infraction d'abstinence d'armes, mais non sans avoir tant de peur
qu'il a cuyd habandonner Lislebourg pour se retirer  Esterling.

J'estime, Sire, que le Sr de Sethon est maintenant devers Vostre
Majest, ayant prins cong du duc d'Alve dez le XVIIIe du pass, aprs
avoir obtenu de luy les dix mil escuz, que je vous ay ci devant mand;
desquelz j'entendz qu'il a envoy les sept mil en Escosse, par le
frre du secrtaire Ledingthon, qui est party, le mesme jour, pour
s'aller embarquer  Fleysinghes; il en a miz deux mil en Envers pour
faire tenir  sa Mestresse, et mil pour luy; et semble qu'il n'a est
respondu sur ce qu'il demandoit, de faire serrer le trafic aux
Escouoys en Flandres, parce que l'ordre n'en toit encores arriv
d'Espaigne. Je croy, Sire, qu'il sera bon de luy temporiser aussi,
avec bonnes parolles, la responce des propositions qu'il fera  Vostre
Majest, attandant ce qu'il succdera de ce traict, et attandant
aussi que je vous aye mand deux particullaritez fort considrables
qui se presentent maintenant en cest affaire. J'ay adviz que le duc
d'Alve est fort marry de ce qu'on vous a rapport qu'il avoit envoy
deux gentishommes en Escosse, et nantmoins l'on m'a asseur qu'il y
en a encores despuys renvoy ung troisiesme, mais j'eusse bien desir
que dom Francs d'Allava n'eust pas sceu que je vous en eusse adverty.

Le voyage que les gallaires ont faict, l'est pass, en Levant, a
sonn fort mal icy pour la rputation du Roy d'Espaigne, mais son
ambassadeur s'esforce de luy donner beaucoup de raysons et de
couleurs, qui seroient longues  mettre en ceste lettre, dont je les
rserve  une aultre foys; tant y a qu'elles tendent toutes  rejetter
les faultes sur la malle pourvoyance et peu de conduicte des Vniciens
au faict de la guerre, ainsy que eulx mesmes,  ce qu'il dict,
l'advouhent meintenant; et sur ce qu'on s'estoit esbahy que la ligue
tardoit tant  se rsouldre, il asseure qu'elle se conclurra bientost
sellon les propres chappitres, que le Roy, son Maistre, a desir y
estre apposez; et publie encores la gnralle victoire des Mores[23]
et plusieurs aultres prospritez de son Maistre.

  [23] Cette victoire se rapporte aux divers avantages remports 
  cette poque, qui amenrent la rduction de tous les Mores. Voyez
  _note_ p. 183.

Au reste, Sire, il s'entend, par lettres freschement venues d'Espire,
que la diette s'en alloit finyr, et que le jour estoit desj indict,
auquel l'on la conclurroit, qui seroit sans que l'Empereur y eust
faict passer en dcrect guires des choses qu'il y avoit proposes;
desquelles encor les dterminations ne seroient divulgues jusques 
ce qu'il arriveroit en Prague, qu'on les auroit cependant rduictes
par ordre et faictes imprimer; et que la libert du duc Jehan
Guilhaume de Saxe[24], encor qu'elle ft trs agrable aux princes
d'Allemaigne, elle monstroit nantmoins d'avoir quelque chose de
suspect contre le duc Auguste; et par ce, Sire, que je vous en ay
desj mand quelles responces le jeune Coban avoit rapportes du dict
Empereur, je ne vous en toucheray icy rien davantaige; seulement vous
diray que, suyvant la ngociation, qu'il avoit commance par dell
avec aulcuns princes protestans, le Sr de Vualsingan a est dpesch,
de quelques jours plus tost, pour rencontrer encores en France leurs
ambassadeurs, avec lesquelz ne faut doubter qu'il ne traicte, s'il
peult, avec affection et vhmence les choses qui concernent sa
religion, car il est des plus passionnez; dont sera bon, Sire, de le
faire ung peu observer: et a l'on aussi hast davantaige son partement
parce que le frre du comte de Sussex, qui est ung des fugitifz du
North, s'estant retir  Mr Norrys, pour retourner par son moyen 
l'obyssance et grce de sa Mestresse, et ne l'ayant le dict Sr Norrys
vollu ouyr, sans l'exprs cong d'elle, le dict de Vualsingan a heu
commandement de l'accepter, et luy offrir sa rmission, et mesmes de
l'employer, s'il est possible,  regaigner le comte de Vuesmerlan et
les aultres, qui sont dell la mer: ce qui sera bon, Sire, de trouver
moyen d'empescher pour quelque temps, attandant que les affaires
d'Escosse soyent accommodez.

  [24] Il s'agit ici de Jean-Frdric II, mis au ban de l'empire
  pour avoir donn retraite  Guillaume de Grumbach et  ses
  complices, meurtriers de l'vque de Wurzbourg. Le duc Auguste,
  charg de l'excution du dcret, l'avait assig et pris par
  famine, le 13 avril 1567. On ngociait alors sa libert, mais
  elle ne lui fut pas rendue: il est mort en prison,  Neustad, le
  9 mai 1595, aprs vingt-huit ans de captivit. Le duc
  Jean-Guillaume, son frre, loin de partager sa disgrce, avait,
  au contraire, t appel  profiter de la confiscation de tous
  ses biens.

Et pour la fin, il y a ici ung advis, venu de Gennes, comme par
lettres de Thurin, du IIIIe du pass, l'on mande que les armes se vont
reprandre pour deux occasions: l'une, parce que la Royne de Navarre
use en Barn d'une extrme rigueur contre les Catholiques; et
l'aultre, par la difficult que Mr de Savoye faict  la comtesse
d'Autremont de luy randre quelques chasteaulx; et qu'encor que Vostre
Majest ne puisse mais de l'une ni de l'aultre, que le feu nantmoins
s'en ralumera plus fort que jamais en vostre royaulme. Sur ce, etc.

     Ce XIIIe jour de janvier 1571.


     A LA ROYNE.

     (_Lettre  part._)

Madame, je puys asseurer Vostre Majest que le faict de la petite
lettre commance d'aller bien chauldement en ceste court, duquel ayantz
les dames de la prive chambre heu quelque sentyment, elles l'ont
desj descouvert  quelques seigneurs de ce royaulme, qui y font
diverses interprtations; et aulcuns d'eulx m'ont mand que, de tant
qu'il semble que le cardinal de Chastillon le conduict sans moy, qu'on
n'y cerchoit guires de faire le proffict du Roy ni de son royaume.
J'ai monstr que le propos m'estoit nouveau, et que je ne pensois
qu'il y en eust rien en termes auprs de Voz Majestez; et de faict,
Madame, je travailleray, aultant qu'il me sera possible, qu'il soit
men par le plus secret et destorn cheming que faire se pourra; car
je sentz qu'il en est besoing. Je suys adverty que celluy qui va en
France aura charge de suyvre bien curieusement ce qui luy en sera
touch, et que mesmes quelcun neutre sera possible pry de passer en
mesme temps affin d'en entamer le propos. Je croy que Mr le comte de
Lestre m'a envoy prier de disner demain avecques luy pour m'en
parler, et que Mr le cardinal de Chastillon revient expressment en
court pour ce faict, et que mesmes il y est,  ceste occasion, bien
desir, possible qu'il se plaindra, par mesmes moyen, de la dtention
de ses biens en France; dont de tout ce qui succdera, et que j'en
pourray entendre, je ne fauldray d'en advertyr incontinent Vostre
Majest. Sur ce, etc.

     Ce XIIIe jour de janvier 1571.




CLVe DPESCHE

--du XVIIIe jour de janvier 1571.--

(_Envoye jusques  Calais par homme exprs._)

  Audience.--Vives dmonstrations d'amiti de la part d'lisabeth
    au sujet du mariage du roi.--Son intention de procder au
    trait avec la reine d'cosse.--Nouvelle que les Gueux ont
    repris les armes en Flandre.--_Lettre secrte  la reine-mre_
    sur l'tat de la ngociation relative au mariage du duc
    d'Anjou.--Confidence de Leicester  l'ambassadeur.--Proposition
    faite au nom du roi par le cardinal de Chatillon  la reine
    d'Angleterre.--Discussion dans le conseil.--Divisions causes
    en Angleterre par ce projet.


     AU ROY.

Sire, j'ay est trouver la Royne d'Angleterre  Hamptoncourt le
XIIIIe de ce mois, laquelle n'a failly de me demander incontinent
quelles nouvelles j'avois de Vostre Majest, et comme vous vous
trouviez en mariage. A quoy je luy ay respondu que vous me commandiez
de luy continuer encores le mesmes propos, que je luy avois desj
commanc, de vostre conjoyssance touchant la Royne; et que, si vous
aviez receu ung singulier playsir de sa venue, il s'estoit despuys
redoubl et devenu si grand, par les vertueuses et excellentes
qualitez qui se trouvoient en elle, que vous en demeuriez le plus
content prince de la terre; mesmes qu'elle se faisoit merveilleusement
aymer et bien vouloir de la Royne, vostre mre, de Messieurs voz
frres, de Mesdames voz soeurs, de Monsieur de Lorrayne et de toutz
les princes et seigneurs de vostre court, et gnrallement de toute la
France; ce que vous mettiez en compte d'une grand flicit; oultre
que,  l'ocasion d'elle, les princes d'Allemaigne, (lesquelz je lui ay
nommez, sellon le contenu de vostre lettre), s'estoient despuys, par
leurs ambassadeurs, conjouys avec Vostre Majest de ce que Dieu avoit
en ce temps runy et renouvell le sang de l'ancienne alliance de la
Germanye avec la France; et que, pour ceste occasion, ilz vous avoient
envoy offrir, et  Messeigneurs voz frres, toutz leurs moyens et
forces pour vous en servyr, ainsy qu'il vous plairoit les employer, et
que leurs dicts ambassadeurs n'avoient obmiz de se conjouyr
pareillement de la paix de vostre royaulme, et de ce qu'ilz l'y
avoient trouve trs bien establye, et vous avoient suply de l'y
vouloir entretenir. Qui estoient choses qui vous avoient apport
beaucoup de satisfaction; desquelles vous vouliez bien faire part  la
dicte Dame, pour le playsir que vous estimiez qu'elle en recepvroit.

A quoy, par parolles fort expresses, elle m'a respondu qu'elle se
sentoit grandement oblige  Vostre Majest de la communication qu'il
vous playsoit luy faire de ce propos, lequel elle rputoit trs
honnorable et vrayement digne d'estre tenu entre princes, qui avoient
bonne et vraye amyti ensemble, comme elle vous suplyoit de croyre
que, de son cost, elle la vous portoit entire et parfaicte, et de
bien bonne soeur; et qu' ceste occasion elle se resjouyssoit, non
guires moins, du beau serain que Dieu monstroit meintennant en voz
affres, aprs tant de divers orages que vous y aviez souffertz, que
si c'estoit pour elles mesmes, car aussi pensoit elle y participer. Et
a suyvy  parler de ceste ambassade d'Allemaigne comme d'une chose
qu'elle rputoit authoriser bien fort vostre grandeur: et puys est
retourne  ce qu'elle avoit entendu de la louable et vrayment royalle
norriture de la Royne; chose que je luy ay asseure qui demeuroit trs
confirme par les exemples qu'elle en monstroit, et que, non moins par
effect que en tiltre, elle estoit Royne Trs Chrestienne et Trs
Dvotte, et au reste tant de bonne grce, doubce et dbonnaire, et
sans crmonye, que Vostre Majest n'avoit nul plus grand playsir que
d'estre, jour et nuict, en sa compaignye.

A quoy elle m'a respondu que la recordation des amours du pre et
grand pre luy faisoient ung peu craindre que vous les vouldriez
imiter, et m'a rvell ung secrect de Vostre Majest, lequel je
confesse, Sire, que je n'avois pas sceu; et que nantmoins si vous
continuez de rendre ainsi vostre parolle certayne et vritable, et
estre bon mary, comme vous en avez desj la rputation, qu'elle ne
faict doubte que vostre rgne n'en soit trs heureux et loign de
ces inconvnians et disgrces, qui ont accoutum de venir aux princes
qui ne tiennent leur parolle, et  ceulx qui ne gardent leur loyault.
Et a continu ce propos et plusieurs aultres, en termes bien fort
honnorables de Voz trois Majestez trs Chrestiennes et de Monseigneur
vostre frre; lesquelz j'ay suyviz sans rien obmettre de ce que j'ay
estim convenir  vostre honneur et grandeur.

Et pour la fin, je luy ay faict voir vostre lettre, qui portoit sa
satisfaction, laquelle elle a entirement leue, et n'y a heu nulle
partie qu'elle n'ayt bien considr, et o elle ne se soit arreste
pour m'y faire de fort bonnes responces; lesquelles, en somme, sont:
qu'elle remercye Dieu que Vostre Majest commance de cognoistre son
intention, laquelle elle peult jurer n'avoir jamais est de vous
vouloir offancer ny nuyre; ains d'avoir toutjours dsir la
conservation de vostre authorit et l'establyssement de vostre
grandeur comme d'elle mesmes; et que son malcontantement est seulement
procd de ce qu'elle ne s'est trouve si ayme et bien vollue de
Vostre Majest comme elle pensoit le mriter, et qu'elle n'advouera
jamais, quant bien on la mettroit sur la roue, qu'elle n'ayt heu
occasoin de se douloir; mais la satisfaction en est meintenant si
ample qu'elle vous en doibt de retour beaucoup de grandz mercys, et ne
vouldroit n'avoir est offance; qu'elle vous remercye bien grandement
du compte que vous voulez tenir de son parant, lequel elle a desj
dpesch pour se trouver  vostre entre; (et le comte de Lecestre
aussi a faict harnacher les haquenes, qui s'aschemineront devant;) et
que ce luy est ung singulier playsir, que vous veuillez bien recepvoir
son nouveau ambassadeur; que quant  celluy qui s'en retourne elle
vous prie de croyre qu'il a faict toutjours toutz les meilleurs
offices, pour l'entretennement de l'amyti, qu'il est possible, et
qu'il en sera pour ceste occasion mieulx receu d'elle  son retour;
qu'au surplus elle vous veult asseurer de la convalescence et bonne
sant de la Royne d'Escosse, et que desj elle a donn audience  ses
depputez, avec lesquelz elle procdera  faire le traict aussitost
que ceux de l'aultre party seront arrivez, qui sera dans huict ou dix
jours au plus loing; et qu'il luy tarde, plus qu' nulle personne qui
vive, que cest affaire soit bientost accommod.

Lesquelles siennes responces, Sire, j'ay miz peyne de luy gratiffier
le plus que j'ay peu au nom de Vostre Majest, et me suys ainsy
licenti d'elle bien fort gracieusement. Et parce que j'ay trouv une
conformit de tout ce dessus en ceulx de son conseil, je ne puys sinon
bien juger de la prsente intention d'elle et d'eulx envers Vostre
Majest; et nantmoins cella sera cause que j'observeray de plus prez
toutes choses pour voir si, soubz ceste apparance, il y auroit quelque
chose de cach, qui soit contre vostre service; car,  ce que
j'entendz, le mesmes comte de Lenoz, celluy de Morthon, et le lair de
Glannes, viennent pour se trouver au traict.

Au regard des diffrandz des Pays Bas, il n'en est rien venu par le
dernier courrier, dont ceulx cy ne sont contantz, sinon qu'on a
escript que le duc d'Alve n'a encores rien respondu au depput
d'Angleterre sur sa dernire proposition, parce qu'on pense qu'il est
attendant sur icelle quelque ordre d'Espaigne. Sur ce, etc.,

     Ce XVIIIe jour de janvier 1571.

   Prsentement l'on me vient de donner adviz que les Gueux ont
   recommanc la guerre en Flandres; ce qui feroit prendre asss de
   nouveaulx desseings  ceulx cy. Le Sr Guilhaume Lesley, bon
   subject de la Royne d'Escosse, parant de l'vesque de Roz, est
   venu avec les depputez de la dicte Dame; il estime avoir de
   bonnes intelligences icy, et se dict trs dvot au service de
   Vostre Majest.


     A LA ROYNE.

     (_Lettre  part._)

Madame, avant que monsieur le comte de Lestre me ment, dimanche
dernier, en la prsence de la Royne d'Angleterre, il m'entretint
quelque temps sur le faict de la petite lettre, et je me plaigniz 
luy qu'il estoit desj trop divulgu, ce qu'il m'asseura n'estre
procd de la court, ains de ce qu'on voyoit n'y avoir rien de plus
convenable; et, par ainsy, ung chacun en parloit; dont il vouloit
sonder,  la vrit, l'intention de la dicte Dame et de ceulx de son
conseil, affin de dresser, puys aprs, l'affaire en si bonne sorte
que, s'il venoit  succder, ou bien qu'il demeurast sans effect, il
n'eust  raporter sinon contantement  chacun des costez; et qu'il me
voulloit dire tout librement, que la dicte Dame ne s'estoit jamais
monstre dispose  prendre party, comme elle faisoit meintenant, par
ce, possible, qu'elle s'y voyoit contraincte, pour les ncessitez de
son royaulme; et que sur les privez propos, qu'il luy en avoit tenuz,
elle n'avoit rien object que l'eage;  quoy il avoit respondu qu'il
ne layssoit pourtant d'estre desj homme: Mais aussi, respondit elle,
ne laisseroit il d'estre toutjour plus jeune que moy.--Tant mieulx
sera ce pour vous, avoit il respondu, en ryant. Et me pria le dict
comte d'en toucher quelque mot  la dicte Dame, laquelle,  la vrit,
a prins de fort bonne part toutz les motz que je luy ay proposez
aprochans de cella; car je ne luy en ay poinct touch de plus exprs
que de luy avoyr dict, sur le contantement que le Roy avoit de vivre
en grand amyti et privault avecques la Royne, que je conseillerois 
une princesse, qui vouldroit rencontrer un trs parfaict et accomply
bonheur de mariage, d'en prendre de la mayson de France.--A quoy elle
m'a respondu que madame d'Estampes et madame de Vallantinois luy
faisoient encores peur, et qu'elle ne vouldroit un mary qui ne
l'honnorast seulement que pour Royne, s'il ne l'aymoit aussi pour
femme.--A quoy j'ay rplicqu que celluy, dont j'entendois parler,
entre les exellantes qualitez, dont il abondoit aultant que nul prince
de la terre, il avoit celle pculire qu'il savoit extrmement bien
aymer, et se randre de mesmes parfaitement aymable.--A la vrit, m'a
elle respondu, il a tant de perfections en luy qu'on n'en ouyt jamais
parler qu'avec grand louange. Et, peu aprs que je fuz party d'avec
la dicte Dame, Mr le cardinal de Chastillon vint parler longtemps 
elle, dont je n'ay sceu ce qu'il luy dict; car, ny auparavant, ny
despuys, nous n'avons confr ensemble: mais voycy madame ce que j'ay
aprins d'ailleurs et de fort bon lieu:

Qu'aprs qu'il ft retir, la dicte Dame assembla ceulx de son conseil
pour leur dire que le dict sieur cardinal luy avoit demand trois
choses: l'une, si elle estoit point libre de toute promesse pour se
pouvoir maryer o elle vouldroit; l'aultre, si elle en vouloit prandre
de ceulx de son royaulme ou bien ung estrangier; et la troisiesme que,
au cas que ce ft ung estrangier, si elle vouldroit point accepter
Monsieur, frre du Roy; et qu'elle luy avoit respondu qu'elle estoit
libre, qu'elle ne vouloit point espouser de ses subjectz, et qu'elle
vouloit de bon cueur entendre au party de Monsieur avec les condicions
qui se pourront adviser. Sur quoy le dict sieur cardinal luy avoit
dict qu'il avoit donques charge de luy en parler, et luy avoit
prsent  cest effect une lettre de crance du Roy, et l'avoit prie
que, de tant que l'affaire estoit de grande consquence au monde,
qu'elle le vollust communiquer  son conseil, premier que passer
oultre; de quoy elle leur vouloit bien dire qu'elle n'avoit trouv
cella bon, et luy avoit respondu qu'elle estoit Royne Souverayne, qui
ne deppendoit de ceulx de son conseil, ains eulx toutz d'elle, comme
ayant leurs vies et leurs testes en sa main, et qu'ilz n'auseroient
faire que ce qu'elle vouldroit; mais, de tant qu'il luy avoit
reprsant les inconvniantz, qui avoient cuyd survenir  la feu
Royne, sa soeur, d'avoir vollu tretter son mariage avec le Roy
d'Espaigne sans ceulx de son conseil, elle luy avoit promiz de le leur
proposer; dont vouloit que eulx toutz luy en donnassent promptement
leur adviz.

Sur quoy, iceulx du dict conseil bayssans la teste, n'en y eust pas
ung qui respondit ung seul mot, parce que le propos estoit nouveau 
la pluspart d'eulx, sinon, au bout de pice, ung des principaulx
s'advancea de dire que Monsieur sembloit estre bien jeune pour la
dicte Dame:--Commant, respondit elle, prenant le mot en aultre sens,
suys je pas encores pour luy satisfaire. Et puys, suyvit  dire que
le dict sieur cardinal, oultre la lettre de crance, avoit des
articles  proposer, sur lesquelz elle estimoit estre bon de l'ouyr
pour voir si les condicions pourroient estre acceptes; ce que ung
chacun aprouva. Et pour lors, n'y eust rien davantaige sinon que, le
lendemain, Dupin et le ministre du dict sieur cardinal furent l
dessus en prive confrance plus de trois heures avec le secrtaire
Cecille.

Duquel propos l'on me vouloit bien advertyr qu'il commanoit  courir
une merveilleuse contention dans ce royaulme sellon les parciallitez
de Bourgoigne, et sellon celles de la religion, et que aulcuns
estimoient que la dicte Dame ne se servoit d'icelluy sinon pour la
commodit de ses affaires, sans qu'elle eust aucune affection de se
maryer; et, par ainsy, que je prinse garde que le Roy ne ft tromp et
moqu. Et d'aultres, qui sont bien affectionnez au Roy, et portent le
faict de la Royne d'Escosse, et mesmes les seigneurs catholiques,
m'ont mand qu'ilz demeuroient fort escandalizez que cest affaire se
menast par le dict sieur cardinal, et qu'ilz voyoient bien que
c'estoit plus pour accommoder le faict de ceulx de la Rochelle, que
non celluy d'entre ces deulx royaulmes,  l'intrest des catholiques;
dont ilz vouloient penser  leurs affaires, me priantz seulement de
leur vouloir estre toutjours tel comme je savois qu'ils s'estoient,
en temps et lieu, monstrez bons amys et serviteurs du Roy; et se sont
esforcez de m'imprimer une grand jalouzie de ce que je n'estois
participant de ce propos.

Sur quoy, pour leur faire prendre bonne esprance et les retenir
toutjour en la dvotion, qu'ilz ont est jusques icy vers Voz
Majestez, et pour descouvrir plus avant toutes choses par leur moyen,
je leur ay mand que j'avois est toutjours rput si fidelle  vostre
service, et si loyal  voz intentions, que si cest affaire estoit en
telz termes qu'ilz dizoient, il ne passeroit guires que Voz Majestez
ne m'en fissent entendre leur intention, et que la conclusion ne se
feroit sans que je y fusse employ; dont je les asseurois que Voz
dictes Majestez ne consentyroient jamais le passaige de Monsieur en ce
royaulme, sans qu'il eust bonne intelligence avec eulx, et sans que
les affaires de la Royne d'Escosse, et les leurs, n'en demeurassent
bien accommodez, et que de cella vous leur en donriez la main et
vostre promesse; chose, Madame, que, comme elle semble ncessaire et
fort importante pour bien asseurer le ngoce, ainsy est il requis
qu'elle soit tenue fort secrecte et mene bien dextrement.

Il est venu quelque sentyment de ce party  la notice de l'ambassadeur
d'Espaigne, et de celluy, qui est agent icy pour le Pape, dont en ont
escript chauldement dell la mer. Je say aussi que l'vesque de Roz
en a escript  Mr le cardinal de Lorrayne, dont ne luy fauldra dnyer
le faict, s'il vous en parle, mais luy donner meilleure esprance par
l des affaires de la Royne d'Escosse que jamais. Le Sr Cavalcanty a
grand dsir de passer en France pour servyr d'un tiers neutre 
mouvoir ce propos entre Vostre Majest et milord de Boucard, parce
qu'il estime ne se pouvoir avec dignit entamer par l'ung ny l'aultre
party, sans ung tel moyen; et sur ce, etc.

     Ce XVIIIe jour de janvier 1571.

  Il semble fort requis que Vostre Majest ne se haste de dpescher
    message ny ambassade par de sans voir que l'affaire soit
    comme tout asseur.




CLVIe DPESCHE

--du XXIIIe jour de janvier 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Retour d'lisabeth  Londres aprs la cessation de la
    peste.--Affaires d'cosse.--Audience.--Plainte de la reine au
    sujet de la descente d'un parti de Franais en Irlande.--Avis
    donn par elle d'une leve qui se prpare en Allemagne.--Son
    dsir de voir la runion des glises propose par le
    roi.--Ngociation des Pays-Bas.--_Lettre secrte  la
    reine-mre._ Confrence de l'ambassadeur avec le cardinal de
    Chatillon sur le projet de mariage du duc d'Anjou.--Avis sur
    l'entreprise faite en Irlande par des Bretons.


     AU ROY.

Sire, ceulx de ceste ville de Londres ont monstr beaucoup de
resjouyssance  la venue de leur Royne, laquelle, pour cause de la
peste, n'y avoit est, il y a deux ans. Elle va aujourduy veoir ung
bastyment nouveau qu'on y a diffi, fort commode, et de grand
ornement, affin de luy donner le nom; qui, jusques  ceste heure, a
est appell par provision la _Bource_. Le festin luy est prpar en
la maison de maistre Grassein. L'on dict qu'aprs demain elle
descendra  Grenwich pour y passer le reste de l'yver, o se dresse
desj le lieu pour faire ung tournoy  ce caresme prenant; duquel le
comte d'Oxfort et sire Charles Havard doivent estre les tenans.

Les affaires de la Royne d'Escosse demeurent toutjour en bonne
disposition, attendant l'arrive des depputez de l'aultre party,
lesquelz, parce que j'avois incist qu'on ne les debvoit attandre, le
secrtaire Cecille m'a opiniastrment dbattu que l'honneur de sa
Mestresse n'estoit de procder sans eulx, mais, que je ne fisse nul
doubte que les choses n'allassent bien; et encores que, despuys quatre
jours aulcuns de ce conseil se soient plainctz  l'vesque de Roz
d'une entreprinse, qu'on a vollu faire en Escosse, pour tuer le comte
de Lenoz; et de ce qu'ilz ont entendu qu'on fornyst de l'argent dell
la mer aulx rebelles d'Angleterre, ilz n'ont guires rpliqu  ce
qu'il leur a respondu, qu'il estoit esbahy comme le dict de Lenoz
duroit tant au dict pays, veu les viollances et dsordres qu'il y
faisoit; et, quant aux fugitifs d'Angleterre, qu'il croyoit que rien
ne leur manqueroit, mais que ce n'estoit de sa Mestresse qu'ilz
estoient secouruz, parce qu'elle n'avoit de quoy le faire.

Et hyer, la Royne d'Angleterre, m'ayant envoy quryr, me dict que, si
l'on faisoit nul oultrage au dict de Lenoz, qu'elle ne procderoit
aulcunement au dict trett; dont j'ay conform ma responce  celle du
dict sieur vesque de Roz, adjouxtant que rien n'en debvoit estre
imput  la Royne d'Escosse, parce qu'elle n'en pouvoit mais, et que
mesmes l'on avoit de sa part desj dpesch ung gentilhomme en Escosse
pour obvier  cest inconvnient.

Et suyvyt la dicte Royne d'Angleterre  me dire que la principalle
occasion, pour laquelle elle m'avoit pri de venir, estoit pour me
communiquer ung adviz par escript, qu'on luy avoit envoy d'Irlande,
lequel elle me prioit de faire tenir  Vostre Majest; et que, pour ne
faire voir au monde que les armes fussent prinses entre les Franoys
et les Anglois, et ne rompre aulcunement la paix avec la France, elle
avoit faict gracieusement remonstrer au capitaine La Roche et  ceulx,
qui sont avec luy en Irlande, de se retirer; ce que, trois moys a, ilz
avoient promis de faire; mais monstrans  ceste heure qu'ilz ont une
aultre dellibration, elle vous en vouloit bien advertyr, affin qu'il
vous pleust, Sire, y pourvoir sellon que les bons trettez de paix,
qui sont entre Voz Majestez, le pouvoient requrir.

J'ai respondu que ce propos m'estoit nouveau, comme celluy, duquel je
n'avois cy devant ouy parler, et que je le vous reprsanterois le
mieulx que je pourrois, avec l'exprtion des mesmes parolles, et de
l'intention, que j'avois cognue en elle, de vouloir vitter toute
occasion de diffrand avec Vostre Majest; et luy en ferois tenir
vostre responce, aussitost que je l'aurois receue.

Et s'exaspra bien fort la dicte Dame contre celluy Fitz Maurice, qui
est en Bretaigne, disant que luy et son pre avoient usurp, comme
traystres, le tiltre du comte d'Esmont, bien que le vray comte soit
encore vivant en ce royaulme.

Aprs ce propos, il en succda ung aultre, par lequel nous vinsmes 
parler des aprestz d'Allemaigne, qui seroient longs  mettre icy, mais
je prins par l occasion de demander tout librement  la dicte Dame si
elle entendoit qu'il y eust rien de dress contre Vostre Majest, ny
contre vostre royaume, ainsi que, d'aultre fois, elle vous avoit bien
faict ce bon tour, de vous en rveller quelque chose par moy.

Elle me respondit qu'encores que ses intelligences n'estoient plus
telles vers l'Allemaigne, ni avec l'Empereur, comme elles souloient,
nantmoins elle y en avoit encores d'asss bonnes pour pouvoir
asseurer Vostre Majest qu'il s'y prparoit une leve; laquelle elle
ne savoit encores si viendroit  effect, mais croyoit que ce n'estoit
pour vous nuyre, car elle le vous diroit, et y opposeroit le crdit
qu'elle y pourroit avoir, mais c'estoit en faveur du prince d'Orange;
et qu'elle estoit fort marrye qu'on poursuyvt ainsy les affaires de
la religion par les armes, de quoy ne pouvoit revenir,  la fin, que
une grande ruyne  la Chrestient; et qu'elle me prioit de vous
exorter, Sire, qu'avec la bonne intelligence, qu'avez meintenant avec
l'Empereur, vostre beau pre, avec lequel elle continuoit aussi
toutjour une bien fort estroicte amyti, et avoit naguires receu de
ses lettres, il vous pleust,  ceste heure, mettre en avant quelque
favorable moyen d'accord et de runyon en l'esglize; et que, de sa
part, elle vous y assisteroit, et ne s'y monstreroit aulcunement
opiniastre.

Je luy louay grandement cestuy sien trs vertueux desir, et, sans
toutesfois accepter ny reffuzer aussi d'en faire rien entendre 
Vostre Majest, affin que vostre intention en cella soit rserve au
temps et moment qu'il vous semblera bon de la manifester; je la priay
seulement, en ryant, qu'elle ne vollust observer l'extrmit de ne
concder aulx Catholiques l'exercice de leur religion en Angleterre,
comme il n'en estoit permis pas ung aulx Protestans en Espaigne, ny en
Flandres, et qu'elle suyvist l'exemple de Vostre Majest, qui estiez
au milieu, qui avez permiz le cours des deux en vostre royaulme.

Elle respondit que les Catholiques ne se pouvoient pas beaucoup
plaindre d'elle, et qu'elle cognoissoit le Roy d'Espaigne d'ung si bon
naturel qu'il ne vouldroit aussi retenir la Chrestient en ce
dangereux suspend, o elle est, s'il y ozoit procurer les remdes,
mais que les passionnez l'en empeschoient, lesquelz elle vouldroit qui
en sentissent seulz le mal.

Et se continua asss longtemps ce propos entre la dicte Dame et moy,
au millieu duquel, me venant  toucher des diffrans, qu'elle accusoit
le duc d'Alve luy avoir succit avec le Roy son Maistre, me dict que
je serois tout esbahy si je savois quelles choses le dict duc,
despuys ung mois, avait vollu tretter avec elle, au prjudice de ses
voysins, ce qu'elle rservoit  une aultre foys, et que nantmoins
c'estoit une parenthse digne de noter.

Or, Sire, touchant les dicts diffrans, le depput d'Angleterre, qui
est aulx Pays Bas, a escript, ceste foys,  la dicte Dame qu'il avoit
prsent  icelluy duc les derniers articles, qu'elle luy avoit
envoyez; qui les avoit cognuz si raysonnables que, ne luy restant plus
que contredire pourquoy il ne les deubt accepter, il avoit respondu
qu'il y vouloit penser: et ainsy le faict en demeure l, qui se
conforme asss  ce que Vostre Majest m'en a mand, en chiffre, par
ses dernires du IIIe du prsent, que j'ay bien nott. Et sur ce, etc.
Ce XXIIIe jour de janvier 1571.


     A LA ROYNE.

     (_Lettre  part._)

Madame, s'estant Mr le cardinal de Chatillon, jeudy dernier, convy 
disner en mon logis, il m'a compt la favorable expdition, qu'il a
obtenue de Voz Majestez, sur le recouvrement de ses biens, et comme il
s'en est venu conjouyr avec la Royne d'Angleterre; et puys m'a parl
du faict de la petite lettre en bien fort bonne sorte, et que ce dont
je m'estois plainct au comte de Lestre, que le propos en estoit trop
divulgu, n'estoit procd d'ailleurs que du peu de discrtion, que le
vydame y avoit tenu, qui en avoit parl et escript icy et en France 
trop de gens, et que, de sa part, il n'en avoit jamais faict rien
savoir qu' Voz Majestez; desquelles, aprs qu'il avoit heu responce,
il y avoit procd le plus secrectement qu'il avoit peu; et que les
choses en estoient en asss bons termes, et ceux du conseil en
beaucoup de diverses opinions l dessus entre eulx, mais qu'il n'y
avoit encores rien de conclud. Sur quoy luy ayant aprouv grandement
son intention et les sages moyens, qu'il tenoit, pour la bien
conduyre, je l'ay sond de plusieurs endroictz pour voir s'il y avoit
nulle aultre fin et prtention en luy que celle qu'il monstroit en
aparance; mais toutz ses propos sont revenuz  la considration de la
grandeur que ce seroit pour Monsieur, et combien elle accroistroit
celle du Roy et de sa couronne, et ravalleroit d'aultant celle
d'Espaigne; ne me touchant toutesfois tant de particullaritez de
l'affaire comme j'en savois, et comme je vous en ay desj escript;
dont j'ai fait semblant d'en savoir encores moins, attendant si
Vostre Majest (pour y procder avec plus de lumyre, par les adviz
que pourrons avoir de divers lieux) trouvera bon que nous nous
communiquons secrectement l'ung  l'aultre, car je croy bien que les
Protestans reoipvent mieulx ce propos, venant du dict sieur cardinal
que ne feroient de moy. Et il y va,  mon opinion, d'une droicte et
bien bonne vollont.

Les Catholiques, qui sont la partie la plus grande, plus noble et plus
forte, et o y a plus d'asseurance, le tiennent fort suspect, et
vouldroient avoir quelque asseurance de Voz Majestez par mon moyen. La
dicte Dame nous oyt fort bien, et avec grande affection, l'ung et
l'aultre, dont Vostre Majest me commandera comme j'en auray  uzer;
et seulement vous suplie trs humblement, Madame, de rserver, entre
le Roy et Vous, et Monsieur, ce que je vous ay escript par ma petite
lettre de devant ceste cy, et ce que, cy aprs, je vous pourray
escripre ou mander des propos, que la dicte Dame tiendra en priv, ou
avec ceulx de son conseil, sans qu'il se puysse jamais cognoistre
qu'ilz vous viennent de moy. J'ay dict  Mr le cardinal que si le
propos alloit en avant, qu'il estoit bien besoing de le conduyre  ce
poinct qu'on ne s'advant de le publier, ny de faire aulcune ouverte
dmonstration, du cost de Voz Majestez, d'y vouloir entendre, jusques
 ce qu'on le vt tout conclud et bien arrest; car, puys aprs, l'on
y adjouxteroit bien toutz les honnorables actes et respectz, qu'on
vouldroit; et que surtout il n'y ft us de longueur ny de remises. A
quoy il m'a respondu que, le lendemain, il estoit convy en court et
qu'il verroit ce qu'il y pourroit advancer.

J'ay sceu, Madame, que, pendant que nous estions ensemble, la Royne
d'Angleterre estoit enferme avec ceulx de son conseil pour prandre
rsolution de ce qu'elle debvoit respondre au dict sieur cardinal, et
qu'elle a la matire si  cueur qu'elle ne prend playsir de parler, ny
ouyr parler, d'aultre chose; et, de ma part, Madame, tant plus je
considre le party, plus il me semble estre grand, honnorable et
advantageux pour le Roy, et pour Monsieur; dont je ne desire sinon
qu'il soit exempt de tromperie, comme je prendray bien garde, du plus
prez qu'il me sera possible, qu'il n'y en ayt point, et que Dieu le
veuille bien achever. Et sur ce, etc. Ce XXIIIe jour de janvier 1571.

   Millord de Boucard est bien fort affectionn  ce propos, et
   desire y estre employ. Sa Mestresse luy a dict qu'elle rserve
   de lui bailler son instruction  l'heure qu'il partyra. J'entendz
   que le comte de Lestre, si cella va en avant, est desj dsign 
   passer en France pour l'aller conclurre. Je suys convy aujourduy
   avecques la Royne; sur ceste bonne occasion, je notteray ce
   qu'elle me dira.

   ADVIZ SUR LES CHOSES D'IRLANDE:

   Que on auroit suborn certaines gens pour pratiquer et suciter
   une rbellion en Yrlande, dont ung d'eulx se nomme de La Roche,
   gouverneur de Morlays en la Basse Bretaigne, qui s'en est all
   l, avecques quatre navyres, pour se randre en l'endroict o le
   comte de Desmond se tenoit, et qu'il s'en est retourn de l et a
   admen avecques luy ung gentilhomme, nomm Fitz Maurice, qui,
   pour le prsent, se tient secrectement en la Basse Bretaigne, et
   sollicite d'avoir des forces pour les mener ce printemps en
   Yrlande.

   Que le capitaine de Brest auroit prins ung fort, nomm d'Ingin,
   et une petite isle, non guires loing de l, en Yrlande.




CLVIIe DPESCHE

--du dernier jour de janvier 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Monyer._)

  Rjouissances faites  Londres pour clbrer la rentre
    d'lisabeth.--Conversation de la reine et de l'ambassadeur au
    sujet de cette fte.--Affaires d'cosse.--tat de la
    ngociation des Pays-Bas.--Nouvelles d'Allemagne et
    d'Espagne.--_Lettre secrte  la reine-mre._ Ngociation du
    mariage du duc d'Anjou.


     AU ROY.

Sire, le jour que j'ay est convy, pour accompaigner la Royne
d'Angleterre au festin de la Bource, n'a est guires moins solemnel
en Londres, que celluy du couronnement de la dicte Dame, car on l'y a
receue avec concours de peuple, les rues tandues, et chacun en ordre
et en son rang, comme si ce eust est sa premire entre; et elle a
heu grand playsir que j'y aye assist, parce qu'il s'y est monstr
plus de grandeur, ainsy soubdain, que si la chose eust est prmdite
de longtemps; et n'a obmiz la dicte Dame de me faire remarquer
l'affection et dvotion qui s'est veue en ce grand peuple; lequel,
despuys le matin jusques  l'heure qu'ayant donn le nouveau nom de
_Change Real_  la Bource, elle s'est vollue retirer, envyron les
huict heures de nuict, il ne s'est lass d'estre par les rues, les
ungs en leur rang, les aultres  la foule, avec force torches, pour
l'honnorer, et luy faire mille acclamations de joye, chose qu'elle m'a
demande si, au petit pied, ne me faisoit pas souvenir des
resjouyssances, qu'on faisoit  Paris, quant Vostre Majest y
arrivoit; et qu'elle me confessoit tout librement qu'il luy faisoit
grand bien au cueur de se veoir ainsy ayme et desire de ses
subjectz, lesquelz elle savoit n'avoir nul plus grand regrect que, la
cognoissant mortelle, ilz ne voyoient nul certain successeur, yssu
d'elle, pour rgner sur eulx, aprs sa mort; et que la France estoit
trs heureuse de cognoistre ses Roys, et ceulx qui, par ordre,
debvoient, les ungs aprs les aultres, succder  la couronne.

J'ay respondu, le plus au contentement et satisfaction de la dicte
Dame,  toutz ses propos, qu'il m'a est possible, louant beaucoup ce
que je voyois de sa grandeur, qui estoit  priser, sans rabattre
nantmoins rien de ce qu'on sait asss estre de plus en la vostre; et
qu'au reste, il me sembloit qu'elle auroit bien  faire  s'excuser
envers Dieu et le monde, si elle frustroit ses subjectz de la belle
postrit, qu'elle leur pouvoit bailler, et qu'ilz attandoient d'elle
pour les gouverner; qui a est ung article, sur lequel elle s'est
prinse  discourir plusieurs aultres choses, avec playsir et avec
modestie, lesquelles je vous puys asseurer, Sire, que ne se sont
passes sans qu'elle ayt monstr, en plusieurs endroictz, de vouloir
persvrer en grande amyti avec Vostre Majest; et, le soir mesmes,
la rsolution du voyage de milord Boucard a est du tout prinse, luy
commandant la dicte Dame ne faillyr d'estre prest  partir demain, qui
est le premier jour de febvrier, ainsy qu'il faict.

Or, Sire, nonobstant l'acclamation du peuple, la dicte Dame et ceulx
de son conseil ne layssent de craindre la division et sublvation du
pays: car ayans les filz du comte Dherby essay d'obtenir leur cong
pour retourner vers leur pre, il leur a est dict qu'ilz n'en
parlassent poinct, s'ilz n'en vouloient estre du tout reffuzez,
jusques  ce que les affaires de la Royne d'Escosse fussent
accommodez, qui monstre que, par iceulx, ilz entendent acquiter les
leurs. Et le semblable a est dict au duc de Norfolc, de ne presser sa
plus ample libert, jusques  ce qu'il ayt est ordonn de celle de la
Royne d'Escosse et de sa restitution, de laquelle l'on nous faict
toutjour esprer de bien en mieulx; et qu'il n'y a retardement que de
ces depputez de l'aultre party, desquelz le comte de Lenoz a, de
rechef, escript qu'ilz estoient partys, et qu'il avoit surciz la tenue
du parlement, ainsy que la Royne d'Angleterre le luy avoit mand, pour
remettre toutes choses  ce qui seroit ordonn par le trett.

Hyer, on tenoit en ceste court la pratique des diffrans de Flandres
pour toute dsacorde, non sans beaucoup d'indignation contre le duc
d'Alve et contre l'ambassadeur d'Espaigne; mais, ce matin, par
aulcunes lettres d'Envers, s'est entendu que le dict duc avoit
condescendu  la pluspart des choses, que le depput de Londres avoit
desires; et que le Sr Thomas Fiesque seroit en brief par de pour
entirement les conclurre. Je ne say s'il est ainsy, ou si c'est
artiffice: tant y a que cella ne pourra estre que pour le regard des
merchandises; car, quant  l'entrecours et commerce, j'entendz qu'il
n'en est, pour encores, faict aulcune mencion.

Il est nouvelle icy que le duc de Sualsambourg a quatre mille chevaulx
et six mil hommes de pied ez environs d'Hembourg, et que c'est en
faveur du roy de Dannemarc, pour se rescentir d'aulcuns mauvais
dportemens, que icelle ville a uz contre luy, durant la guerre
contre le roy de Sude, et m'a dict l'ambassadeur d'Espaigne que le
duc d'Alve est trs bien adverty que ce n'est  aultres fins que pour
branqueter la dicte ville; et que ce que le comte de Vuandeberg a
aussi entreprins, de retourner en quelcune de ses terres en Frize, n'a
est qu'une lgire course, laquelle ne luy a bien ruscy; et que le
dict duc craint si peu, pour ceste anne, les mouvemens d'Allemaigne,
qu'il renvoye une partie de sa cavallerie au secours des Vnitiens
contre le Turq, estimant qu'il n'eust peu rien succder plus  propos
pour le repos de la Chrestient que la mort soubdainement advenue du
duc Auguste[25]. Nantmoins il m'a confess que, pour quelque
souspeon de guerre aulx Pays Bas, le dict duc ne parloit plus de s'en
retourner en Espaigne, et que le propos du duc de Medina Coeli estoit
rfroydy, s'estans desj expdiez les princes de Bohesme de Leurs
Majestez Catholiques pour s'en retourner par Gennes en Allemaigne,
sans qu'il ft nouvelles que le dict duc les accompaignt; qu'au reste
toutz les articles de la ligue contre le Turc estoient accordez; ne
restoit plus que celluy de la cration du lieuctenant de gnral: que
le Pape vouloit que ce ft Marc Anthonio Collonna, et le Roy
d'Espaigne, puisque dom Joan d'Austria estoit le gnral, desiroit
que le commandador major de Castille ou bien Joan Andr Doria eussent
 commander soubz luy. Sur ce, etc. Ce XXXIe jour de janvier 1571.

  [25] Cette nouvelle tait fausse. Auguste, duc et lecteur de
  Saxe, est mort seize ans aprs, le 14 mars 1586.

     A LA ROYNE.

     (_Lettre  part._)

Madame, estant en ce festin, o j'ay est convy pour accompaigner la
Royne d'Angleterre, le XXIIIe de ce mois, elle a prins playsir de
deviser l'aprs dine, fort longtemps avecques moy; et, entre aultres
choses, elle m'a dict qu'elle estoit rsolue de se maryer, non tant
pour ne s'en savoir passer, (car elle en avoit asss faict de
preuve), comme pour satisfaire  ses subjectz; et aussi pour obvier,
par l'authorit d'ung mary, ou par la nayssance de quelque ligne,
s'il playsoit  Dieu luy en donner, aux entreprinses qu'elle sentoit
bien qu'on feroit contre elle, et sur son estat, si elle devenoit si
vieille qu'il n'y eust plus lieu de prendre party, ny esprance
qu'elle deubt avoir d'enfans. Il est vray qu'elle craignoit grandement
de n'estre bien ayme de celluy qui la vouldroit espouser, qui luy
seroit ung second inconvnient plus dur que le premier, car elle en
mourroit plustost; et que, pourtant, elle y vouloit bien regarder.

Je luy ay respondu que  si prudentes considrations et si vrayes,
comme celles qu'elle disoit, je n'avois que adjouxter, sinon qu'elle
pouvoit, dans ung an, avoir bien pourveu  tout cella, si, avant les
prochaines Pasques, elle se maryoit  quelque prince royal, dont
l'ellection s'en pourroit aisement faire; et j'en cognoissoys ung qui
estoit nay  tant de sortes de vertu, qu'il ne failloit doubter
qu'elle n'en ft fort honnore et singulirement bien ayme, et dont
j'esprerois qu'au bout de neuf mois aprs, elle se trouveroit mre
d'ung beau filz; par ainsy, en se rendant trs heureuse de mary et de
ligne, elle amortyroit, par mesmes moyen, toutes les malles
entreprinses qui se pourroient jamais dresser contre elle.

Ce qu'elle a aprouv bien fort, et  suivy le propos asss longtemps,
avec plusieurs parolles joyeuses et modestes; et estoit Mr le cardinal
de Chatillon au mesmes festin, auquel elle n'a point parl  part;
mais, le lendemain, il a demand audience, et a est quelque temps
avec elle; puys, au retour, il m'est venu dire adieu, parce qu'il
partoit le lendemain pour Canturbery, et m'a compt l'estat o il
layssoit l'affaire, qui luy sembloit estre en termes d'y pouvoir
commancer quelque fondement, mais non qu'il y en vt encores nul pour
s'y debvoir arrester; dont dpescheroit Dupin pour le vous aller
reprsanter tel qu'il estoit, affin que Vostre Majest, sellon sa
prudence, nous vollt commander,  luy et  moy, ce que nous aurions 
faire.

Je luy descouvriz quelques choses que j'avois aprinses de sa
ngociation, pour luy donner plus grand lumyre comme elle estoit
receue, et avons advis d'user de bonne intelligence ensemble, mais
secrectement, affin d'obvier aulx soupeons de ceste court, qui
bientost seroient si grandz en ce faict, que plus ne se peult dire; et
n'ay point faict semblant au dict sieur cardinal que Vostre Majest
m'en ayt encores faict mencion; mais ceulx qui m'ont donn les
premiers adviz de ce qu'il en a propos, m'ont adverty qu' la vrit
il n'a point monstr lettre de Voz Majestez, qui luy en donnast
expresse commission; dont la dicte Dame s'estoit retire, et avoit
dict que, quant vous y vouldriez entendre, vous m'en commanderiez
quelque chose, comme vous fiant beaucoup de moy. Et ceulx l mesmes
m'ont mand qu'elle a parl de ce faict  plusieurs des siens,  part
l'ung de l'aultre, et mesmes a vollu avoir le conseil du duc de
Norfolc, qui a respondu qu'il avoit est le principal autheur
d'induyre les Estatz de ce royaulme  la suplyer de se maryer, et de
laysser  sa libert de prendre le party que bon luy sembleroit: dont
ne vouloit changer d'opinion; que quant  Monsieur, toutes choses
estoient grandes en luy, mais qu'il falloit regarder aux condicions,
sur quoi le mariage se pourroit conclurre, qui fussent honnorables
pour sa Mestresse et heures pour son estat.

D'aultres m'ont mand que les quatre principaulx, qui guydent les
intentions de la dicte Dame, se sont assemblez pour rsouldre qu'est
ce qu'ilz luy en conseilleroient. Je vous manderay bientost leur
conseil, et vous adjouxteray cependant, Madame, cestuy cy du mien,
qu'encor que ceste princesse soit bonne et vertueuse, je ne la tiens
toutesfois esloigne du naturel de celles qui veulent monstrer de
fouyr, lorsque plus elles sont recerches; et ceste nation a aussi
cella de pculier que, plus on desire quelque chose d'eulx, encor qu'
leur proffict, plus ilz la souspeonnent; dont sera bon de ne
descouvrir trop d'affection de vostre cost, Madame, jusques  ce
qu'ilz se soyent layssez clairement entendre du leur. Je vous
escripray bientost d'aultres choses plus importantes de ce propos par
le Sr de Vassal, qui vous pourront asss esclayrer: et sur ce, etc. Ce
XXXIe jour de janvier 1571.




CLVIIIe DPESCHE

--du VIe jour de febvrier 1571.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Vassal._)

  Ngociation concernant Marie Stuart.--Cong accord par la reine
    aux fils du comte de Dherby.--Concession faite par le pape au
    roi d'Espagne du royaume d'Irlande, sous la condition d'y
    rtablir la religion catholique.--Entreprise prpare par les
    Espagnols pour s'emparer de ce pays.--_Lettre secrte  la
    reine-mre._ Ngociation du mariage du duc d'Anjou.--_Mmoire._
    Nouvelles d'Allemagne.--Projet des protestans de faire une
    entreprise contre les Pays-Bas.--Affaires d'cosse.--_Mmoire
    secret._ Dtails circonstancis et confidentiels sur la
    proposition de mariage du duc d'Anjou.


     AU ROY.

Sire, s'estant la Royne d'Angleterre bien trouve de sa sant en ceste
ville de Londres, d'o le grand yver a chass toute souspeon de
peste, elle s'est rsolue d'y passer le reste du caresme prenant, et,
 ceste cause, s'est alle loger en sa mayson de Ouesmestre, o l'on
radresse les lisses pour le tournoy, dont je vous ay cy devant
escript; ayant remiz la dicte Dame de ne descendre  Grenvich jusques
 environ la my mars, que noz amys de ceste court nous donnent grand
esprance que les affaires de la Royne d'Escosse seront, entre cy et
l, accommodez, nonobstant les grandz empeschemens que les comte et
comtesse de Lenoz s'esforcent d'y mettre; qui, despuys huict jours,
ont donn entendre qu'il y avoit une entreprinse dresse en Escosse
pour venir enlever la dicte Dame du lieu o elle est, et l'aller
remettre par force en son estat. De quoy est advenu que le comte de
Cherosbery l'a faicte despuis fort observer, et luy a us ceste
rigueur qui l'a faicte recheoir en fiebvre, mais l'on y a remdi le
mieulx et par le plus sage moyen qu'on a peu. Les depputez de
l'aultre party s'esprent en ce lieu, dans cinq ou six jours, et n'est
possible que plus tost qu'ilz arrivent nous puissions aulcunement
advancer le trett. Ceulx qui portent icy ce faict m'ont pri, Sire,
de vous advertyr en dilligence que milord Boucard a commission
expresse de vous en parler et de remander incontinent par de vostre
responce, et tout ce qu'il aura pu noter de vostre intention en cella,
affin que, sellon qu'il vous y aura cogneu ou remiz, ou affectionn,
l'on procde icy ou froydement, ou bien avecques effect, au dict
trett; dont Vostre Majest luy pourra user des mesmes parolles
vertueuses et modestes qu'il a faict jusques icy, affin de consommer
l'honnorable oeuvre, qu'avez commanc, de la restitution de ceste
princesse, qui touche asss  Vostre Majest et  la rputation de
vostre couronne; et aussi pour obvier aulx inconvniens qu' faulte de
ce pourroient cy aprs survenir.

Les deux filz du comte Derby, nonobstant qu'on les ayt advertys de ne
demander leur cong, n'ont layss d'instantment le pourchasser; et
leur est advenu ce qu'ilz avoient pans, qu'on ne le leur auzeroit
reffuzer, dont, aprs que la Royne leur a faict quelque rprimande, et
les a heu admonestez de se mieulx dporter pour l'advenir, avec
quelque difficult de ne leur bailler sa main  bayser, elle les a
licenciez.

Au surplus, Sire, aulcuns seigneurs catholiques de ce royaulme me
viennent d'advertyr qu'ilz ont tout freschement receu nouvelles de
Rome, comme le Roy d'Espaigne a envoy proposer au Pape l'offre que
Estuqueley luy a faicte du royaulme d'Yrlande, de la part de ceulx du
pays, qui sont prestz de le recepvoir, et comme il n'y a vollu
entendre, sans la concession de Sa Sainctet, comme de celluy, de qui
relve, de droict, icelle couronne; et que Sa dicte Sainctet luy en a
desj envoy son consens avec permission d'entreprendre, au nom de
Dieu, ceste conqueste, en ce qu'il restablyra la religion catholique
au dict pays; et que le dict Roy est dellibr d'y faire descendre
bientost, ou du cost d'Espaigne ou de Flandres, dix mil hommes. Je ne
say encores si les dicts seigneurs catholiques ont encores descouvert
rien de cecy  leur Royne; tant y a que je ne vois pas qu'il se face
nul prparatif pour y rsister: et l'ambassadeur d'Espaigne m'a
curieusement enquiz comme il alloit de ces Brethons, qui estoient
descenduz au dict pays, et en quoy en estoit la plaincte, que la Royne
d'Angleterre m'en avoit faicte. A quoy je luy ay respondu, sellon
l'intention que j'ay estim qu'il me le demandoit. Et a l'on opinion,
Sire, qu'affin que ceulx cy ne souspeonnent rien de l'entreprinse, et
qu'ilz ne preignent nulle deffiance du Roy d'Espaigne, le duc d'Alve
les va entretenant d'ung grand artiffice sur l'accord des
merchandises, lequel pourtant se monstre enveloup chacun jour de
nouvelles difficultez. Sur ce, etc.

     Ce VIe jour de febvrier 1571.


     A LA ROYNE.

     (_Lettre  part._)

Madame, j'ay sceu que des quatre seigneurs que je vous escripviz, par
ma prcdante petite lettre, qui s'estoit assemblez pour dellibrer de
ce qu'ilz avoient  conseiller  leur Mestresse touchant le party de
Monseigneur vostre filz, le premier l'a plainement aprouv comme trs
bon et trs honnorable; le second l'a entirement contradict, comme
suspect  la religion protestante, plein de jalouzie aulx aultres
princes, et trs dangereux pour ce royaume; le tiers a assez suyvy
ceste seconde opinion; et le quatriesme s'est joinct au premier, mais
avec ung conseil asss dangereux: c'est qu'il a dict qu'il falloit, en
toutes sortes, suyvre le propos, car si leur Mestresse estoit rsolue
de se marier et de ne vouloir point des siens, il n'y avoit nul prince
si commode au monde pour elle que Monsieur, et qu'il ne falloit
doubter que le mariage ne s'en ensuyvyst, avec l'honneur et advantaige
d'elle et de son royaume: si, d'advanture, elle n'en avoit nul desir,
encores savoit il le moyen comme, avecques le mesmes honneur et
advantaige, aprs qu'on se seroit servy du propos, l'on le pourroit
rompre sans offancer Monsieur, qui n'en demeureroit que bien
affectionn  la dicte Dame, mais que tout le mal gr en tumberoit sur
le Roy, par ce qu'il n'auroit vollu accomplyr les condicions; et s'en
engendreroit une division entre les deux frres, qui ne seroit que
utille  l'Angleterre. Ce n'est pourtant, Madame, que celluy, qui a
donn ce conseil, n'ayt bonne affection au party, mais il est anglois,
et possible il a propos cella, affin qu'il se trouve tant moins de
contradisans au prsent desir de la dicte Dame, laquelle monstre
cercher bien fort qui le luy veuille aprouver; et c'est cependant un
adviz  Vostre Majest pour divertyr que tel inconveniant n'adviegne.

J'ay cerch de savoir qu'est ce qui avoit russy du dict conseil, et
aulcuns de ceulx, qui ne sont encores bien rsoluz s'ilz debvoient
trouver le dict party bon ou mauvais, m'ont mand que toutes les
parolles et dmonstrations de la dicte Dame et des siens ne sont que
simulation, affin de pouvoir bientost tenir ung parlement l dessus,
et tirer de l'argent des subjectz, et se meintenir en quelque
rputation vers eulx et vers les princes estrangiers; et que pourtant
l'on ne se doibt haster d'en parler plus avant, jusques  ce que l'on
y voye quelque meilleur fondement; et que mesmes le comte de Lestre
s'estoit de nouveau faict proposer  sa Mestresse par aulcuns des
principaulx du conseil, qui avoit fort rfroydy le propos. D'aultres
m'ont mand que la dicte Dame persvroit, et  bon esciant, et pour
causes ncessaires,  se vouloir marier; et que, sur le partement de
milord Boucard, entendant les diverses opinions que ceulx de son
conseil avoient l dessus, elle les avoit assemblez pour leur dire, la
larme  l'oeil, que, si nul mal venoit  elle,  sa couronne et  ses
subjectz, pour n'avoir espous l'archiduc Charles, il debvoit estre
imput  eulx et non  elle; qui aussi estoient cause que le Roy
d'Espaigne avoit est offanc, et que le royaulme d'Escosse estoit en
armes contre le sien, et qu'il n'avoit tenu aussi  eulx que le Roy
n'eust est beaucoup provoqu davantaige par leurs dportemens en
faveur de ceulx de la Rochelle, si elle ne les eust empeschez; dont
les prioit trs toutz de luy ayder meintenant  rabiller toutz les
maulx par ung seul moyen, qui estoit de bien conduyre ce party de
Monsieur; et qu'elle tiendroit pour mauvais subject, et ennemy de ce
royaulme et trs dloyal  son service, qui aulcunement le luy
traverseroit. Dont me vouloient bien asseurer que nulz,  prsent, n'y
ozoient plus contradire.

Je n'ay layss, pour cella, de tenir fort suspect le comte de Lestre,
 cause de l'adviz prcdant, jusques  ce que luy mesmes, lundy
dernier, s'est convy  dyner en mon logis avec le marquis de
Norampthon, le comte de Sussex, le comte de Betfort, milord
Chamberlan, et aultres seigneurs de ceste court, tout exprs pour me
venir compter comme les partisans d'Espaigne, qui craignent
infinyement le mariage de Monsieur, et aussi le secrtaire-Cecille qui
ne veult en faon du monde que sa Mestresse ayt ny luy, ny nul aultre
mary que soy mesmes, qui est roy plus qu'elle, l'avoient fort
instantment sollicite de vouloir accepter le dict comte de Lestre
comme celluy qui seroit de trs grande satisfaction  tout le
royaulme, et qu'elle mesmes l'avoit pry de les en remercyer; mais il
luy avoit respondu que, quant le temps luy estoit bon, ils luy avoient
est contraires, et meintenant que le temps ne luy servoit plus ilz
monstroient de luy ayder, et qu'ilz ne faisoient cella, ny comme bons
serviteurs d'elle, ny comme vrays amys  luy, ains pour interrompre le
propos de Monsieur; par ainsy, qu'elle l'excust s'il ne leur en
savoit nul gr, ny leur en randoit nul mercys. Et a adjouxt qu'il
esproit que les amys pourroient plus en cecy que les adversayres.
J'ay donn instruction, Madame, d'aulcunes aultres particullaritez l
dessus au Sr de Vassal, comme  ung gentilhomme, que je tiens fort
secrect et fidelle, qui vous en rendra bon compte; et sur ce, etc.

     Ce VIe jour de febvrier 1571.

   DIRA LE SR DE VASSAL A LEURS MAJESTEZ, oultre les choses
   susdictes:

   Que, despuys quelque temps en , la Royne d'Angleterre a dclar
   qu'elle se vouloit maryer, et a monstr que ce sien desir estoit
   fond sur une tant raysonnable et quasi ncessaire occasion que
   plusieurs, qui souloient opinyastrer le contraire, commencent
   d'en parler,  ceste heure, aultrement; nantmoins, sur ce qui
   ne se peult bien dicerner encores, si elle le veult  bon
   esciant, ou bien si elle le veult ainsy donner  croyre, et sur
   la diversit des partys ausquelz elle pourroit entendre, et des
   condicions qui auroient  se requrir, non seulement ceulx de son
   conseil, mais ceulx de sa noblesse, et presque toutz ses
   principaulx subjectz en sont en grand contention entre eulx, et
   se bandent desj en plusieurs conseils et assembles secrectes
   pour en tretter, sellon que le desir, ou de pourvoir  la
   religion protestante; ou d'ayder  la catholique; ou de
   prjudicier aulx tiltres prtendus de la succession de ce
   royaulme; ou de favoriser les affaires de la Royne d'Escosse; ou
   de nourryr amyti avec la France; ou bien de confirmer plus que
   jamais celle de Bourgoigne; ou de n'innover rien au prsent estat
   de ce royaulme, qui est doulx  plusieurs, pousse les ungs et les
   autres  interrompre ou bien advancer le propos.

   Nantmoins, pour estre encores ceste matire trop peu meure, la
   dicte Dame rserve la tenue de son parlement jusques en may ou
   juing, pour en mieulx dellibrer, lequel aultrement debvoit estre
   convoqu en ce moys de janvier, sur la ncessit d'avoir argent;
   car l'Allemaigne et l'Escosse, despuys deux ans, luy ont asss
   espuys ses finances; et l'interruption du commerce n'a permiz
   qu'elle les ayt peu remplyr, bien que, en certain propos, elle
   m'a naguires donn entendre qu'elle avoit heu si peu de
   ncessit, que encores n'avoit elle aulcunement touch aulx
   deniers du Roy d'Espaigne.

   Par lettres, naguires venues de dell la mer, de divers lieux,
   l'on est en diverses opinions, en ceste court, des choses
   d'Allemaigne; car les ungs mandent que le duc d'Alve a
   intelligence avec le duc de Sualsambourg, pensionnaire du Roy
   d'Espaigne, contre la ville de Hembourg, parce qu'elle a receu le
   commerce des Anglois, et est encores pleyne de leurs
   merchandises, et si, a favoris les pratiques du prince d'Orange,
   et forny argent pour icelles contre les Pays Bas.

   Les aultres escripvent que les princes et capitaines, qui lvent
   gens en Allemaigne, s'entendent avec le dict de Sualsambourg et
   avec le comte de Vuandeberc, et que, soubz colleur, l'ung
   d'assiger Hembourg pour le roy de Danemarc, et l'aultre de
   recouvrer ses terres, ilz se prparent toutz deux, et le roy de
   Dannemarc aussi,  l'entreprinse des Pays Bas, avec le secours
   que le Prince d'Orange, beau frre des trois, doibt admener
   d'Allemaigne; et que icelluy roy de Dannemarc dellibre
   d'interrompre toutz les trafficz d'Ostrelan, et des rgions
   froydes, aulx Flamans; et mesmes leur serrer une rivire, par o
   ilz ont accoustum de recouvrer leurs bledz et aultres
   provisions, affin de commancer, de bonne heure,  leur retrancher
   vivres.

   Et adjouxtent que Monsieur, frre du Roy, n'est que bien dispos
    ceste entreprinse pour recouvrer ceste portion des dicts Pays
   Bas, qui apartient  la couronne de France; et qu'il a supli le
   Roy de luy permettre de faire ung essay pour en agrandir son
   appanaige, et d'y employer la gendarmerye, et ce grand nombre de
   gens de guerre, qui sont meintennant en France, mesmes que les
   Franoys ne desirent rien tant que cella; s'apercevans enfin des
   tromperies et simulations du Roy d'Espaigne et de ses ministres,
   et murmurans que les jours ont est advancez  sa dernire femme,
   Fille de France, par mauvais trettement qu'elle a reeu avecques
   luy, dont j'ay merveilleusement rejett tout le contenu de cest
   article, quant on m'en a parl;

   Et que le duc d'Alve, craignant ung si grand orage, commance de
   mettre ung grand ordre  ses affaires,  recueillyr deniers et
   armes de toutz costez, et faire secrecte description de gens de
   guerre. Nantmoins l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, monstre
   de ne croyre, en faon du monde, qu'il y ayt nulz aprestz contre
   les Pays Bas, ains tout le contraire, ainsi que je l'ay mand par
   ma prcdante dpesche, qu'encor qu'il pense bien qu'il ne
   tiendroit aulx Anglois que telles choses ne fussent mises en
   avant et excutes, que nantmoins la Royne d'Angleterre n'y
   veult advancer ses deniers contans, ni aultre chose que parolles
   et promesses, qui ne sont suffizantes pour mouvoir les Allemans,
   ni pour faire marcher une arme.

   Comme,  la vrit, j'entendz que le capitaine, qui est icy pour
   le duc Auguste, et qui asseure n'y avoir aulcune certitude de la
   mort de son maistre, mais bien qu'il estoit fort mallade, n'a
   est encores guires bien respondu sur la pratique qu'il mne
   d'avoir deniers pour les dicts aprestz d'Allemaigne; et si,
   semble qu'il n'inciste pas fort que la dicte Dame veuille entrer
   en nulle ligue avec les princes protestans, s'estant layss
   entendre que le dict duc Auguste aussi n'y entrera pas et qu'il
   ne cerche que fre amys de toutz costez, pour s'en ayder au
   besoing; nantmoins qu'il favorisera et assistera la dicte
   entreprinse d'iceulx princes.

   Le susdict ambassadeur d'Espaigne a heu adviz que Mr le cardinal
   de Chatillon a propos  ceste Royne, et  ceulx de son conseil,
   s'ilz trouveroient bon que le comte Ludovic de Naussau vnt avec
   aulcuns bons navyres de guerre de la Rochelle pour se joindre 
   ceulx du Sr de Lumbres, affin de tenir ceste mer subjecte contre
   le duc d'Alve  la dvotion toutesfoys de ce royaulme, et que
   cella a est bien receu du dict conseil et favoris du comte de
   Lestre, et qu'il entend qu'on arme  cest effect  la Rochelle
   plusieurs navyres, chose qu'il estime ne pouvoir estre trouve
   bonne du Roy.

   Les depputez de la Royne d'Escosse sont venuz plusieurs fois
   prandre familirement leur disner en mon logis, et m'ont, entre
   aultres choses, remonstr qu'ilz sont envoyez, de la part des
   principaux seigneurs de leur pays, pour assister au trett et y
   procurer la restitution de leur Mestresse, avec charge de
   procder en tout sellon qu'elle leur ordonnera, et avec article
   espcial de ne faire rien au prjudice de l'alliance de France;
   et qu'ilz supplient trs humblement le Roy, qu'au cas que le dict
   trett ne succde, qu'il veuille avoir souvenance d'eulx; car ilz
   disent avoir est toutz essayez, l'ung aprs l'autre, par grandes
   offres et prsens, de la part de la Royne d'Angleterre, pour
   suyvre son party, et qu'ilz ont tout rejett, et ont choysy de
   souffrir plustost toutes extrmitez que de quicter ung seul point
   de l'alliance et dvotion qu'ilz ont  la couronne de France;

   Et que les dicts seigneurs requirent une chose de l'vesque de
   Roz et de moy, c'est que nous les veuillons advertyr, de bonne
   heure, s'il y aura apparance que le trett ne succde, affin de
   se pourvoir; et que, sans mettre le Roy en nulle guerre ouverte,
   s'il luy playt les ayder, quelque temps, de quatre mil escuz par
   mois, pour entretenir trois cens hommes dans le chasteau de
   Lislebourg, et sept cens hommes en la campaigne, ilz promettent
   de faire ce qui s'ensuyt:

   Savoir, le lair de Granges, capitaine du dict chasteau de
   Lislebourg, de surprendre les comtes de Lenoz et de Morthon, et
   les mettre dans son dict chasteau, pour en faire ce que leur
   Mestresse commandera, et de randre paysible et obyssante la
   ville de Lislebourg  la dicte Dame; les aultres seigneurs
   qu'avec les sept centz hommes, ilz chasseront les Anglois de tout
   le pays, estandront leur ligue, remettront partout l'authorit de
   la Royne d'Escosse, de sorte qu'il ne se parlera plus que de luy
   obyr, et de demeurer fermes en l'alliance de France, et qu'ilz
   rduyront, tout entirement, le royaulme en l'estat qu'il estoit
   auparavant, estantz toutz les principaulx de la noblesse de ce
   desir, sinon le dict Lenoz, qui n'a,  prsent, cinq cens escuz
   de rante au dict pays, et Morthon, qui est homme nouveau et
   sordide.

   Le Roy d'Espaigne a escript  son ambassadeur, qui est icy, qu'il
   le rsolve clairement, et en brief, de ce qui se doibt esprer de
   la restitution de la Royne d'Escosse, et en quoy l'on est du
   trett, monstrant qu'il a bien fort  cueur la matire; et
   icelluy ambassadeur a dict  l'vesque de Roz que son Maistre ne
   regarde sinon comme le Roy commancera d'y procder, car, de sa
   part, il y est tout prest et tout rsolu. Et par lettre de Rome
   s'entend que le Pape a desj miz une provision de deniers ez
   mains du duc d'Alve, pour ayder l'entreprinse sellon que l'ordre
   en sera mand par Ridolfy; lequel Ridolfy et les seigneurs
   catholiques de ce pays, me recerchent fort de mettre en avant que
   les deux Roys se veuillent entendre et se unyr  la dicte
   entreprinse; ce que j'ayme mieulx qui me soit propos par le dict
   ambassadeur, qui ne m'en a parl, longtemps y a, que non pas par
   eulx.

   Je ne puis encores juger au vray si la dellibration de la dicte
   entreprinse est bien certaine, et moins encores quel vnement
   elle pourra avoir. Tant y a que, pour la conformit de celle
   d'Yrlande, elle me semble trop esloigne du vraysemblable, et je
   sens bien que les Escouoys, doubtans du secours de France,
   commancent fort d'esprer en cestuy cy; et le duc d'Alve leur a
   desj advanc quelques deniers, ainsy que je l'ay desj escript.

   AULTRE MMOIRE ET INSTRUCTION A PART:

   Que le propos de maryer Monsieur avec la Royne, a prins son
   commancement de ce que, ayant, en une mienne audience, parl  la
   dicte Dame des fianceailles du Roy, qui se debvoient faire 
   Espire, aprs qu'elle se ft retire avec ses dames, elle se
   plaignit que, se faisans plusieurs honnorables mariages en la
   Chrestient, nul de son conseil ne luy parloit  elle de prandre
   party, et que, si le comte de Sussex ft prsent, au moins luy
   ramentevroit il l'archiduc Charles.

   Ce que ayant l'une des dames raport au comte de Lestre, il
   s'esforcea, le lendemain, affin de luy complayre, de luy remettre
   si bien le dict archiduc en termes, que le voyage de Coban en fut
   incontinent dress; et, de l en avant, elle monstra, de plus en
   plus, estre rsolue de se maryer, et de parler d'affection de
   l'archiduc, de sorte que le dict comte se repentyt asss d'en
   avoir meu le propos.

   Sur quoy arrivant le vydame de Chartres pour prandre cong
   d'elle, il luy parla de Monsieur, frre du Roy, et en parla aussi
    plusieurs de son conseil, qui en furent les ungs bien ayses
   pour traverser l'aultre propos, et les aultres marrys, qui ne
   vouloient qu'on mit, en faon du monde, cestuy cy en avant.

   Dont, aprs que le dict Coban ft de retour avec la responce de
   reffuz, elle commana lors d'ouyr, avec plus d'affection, ceulx
   qui luy proposoient Monsieur; et arrivant l dessus quelque
   responce du vydame, et survenant, peu aprs, Mr le cardinal de
   Chatillon, la matire s'est si bien eschauffe que la dicte Dame
   ne parle plus que de luy, et a dict, tout hault, que les siens
   l'avoient souvant presse de se maryer, mais puys aprs ilz y
   avoient adjouxt tant de dures condicions qu'ilz l'en avoient
   engarde, et qu'elle cognoistroit meintenant qui seroient ses
   bons et fidelles subjectz, et les sauroit bien remarquer, et
   qu'elle tiendroit pour desloyaux ceulx qui luy traverseroient ce
   tant honnorable party.

   Et comme l'une de ses dames regrettoit que Mon dict Seigneur
   n'eust quelques ans davantaige, elle respondit:--Il a vingt ans
   qui en vallent vingt cinq, car il n'y a rien en son esprit, ny en
   sa personne, qui ne soit d'homme de valleur.

   Et  milord Chamberland qui luy faisoit ung compte, comme Mon
   dict Seigneur avoit faict une course jusques  Roan pour voir une
   jeune flamande fort belle, que le pre, craignant qu'elle ne se
   derrobt pour le suyvre, l'avoit jette en haste hors de la ville
   et conduicte  Dipe, o n'attendoit que le vent pour la passer
   en Angleterre, l'une des dames respondit:--Et bien c'est qu'il
   n'est point paresseux pour aller voir les dames, il ne craindra
   guires de passer la mer.--Ce ne seroit, respondit la Royne, 
   mon proffict qu'il ft si dilligent, mais il n'en est pourtant
   moins  priser.

   Et au baron de Vualfrind, lequel je luy prsentay de la part du
   Roy, aprs qu'elle luy eust asss amplement parl du mariage de
   l'archiduc, en une faon pleyne de jalouzie et de desdein,
   rprouvant bien fort les nopces d'entre si prochains, comme
   l'oncle et la niepce:--Bien que le Roy d'Espaigne, disoit elle,
   comme grand prince, eust possible estim que son exemple
   servyroit de loy au monde, mais c'estoit une loy contre le ciel;
   luy dit:--Que l'archiduc luy estoit grandement oblig de ce que,
   l'ayant reffus, elle luy avoit faict trouver mieulx qu'elle, et
   o l'amyti ne deffauldroit, car, s'ilz ne s'aymoient comme
   espouzs, ilz s'aymeroient comme parans; et qu'elle esproit
   aussi trouver mieulx que luy, dont le regrect cesseroit des deux
   costez. Puys se corrigea que;--A la vrit elle ne l'avoit pas
   reffuz, mais elle avoit bien diffr la responce, et il ne
   l'avoit vollue attandre; nantmoins elle ne lairroit d'aymer et
   honnorer toutjour l'Empereur, et toute sa mayson, sans aulcun
   excepter.

   Et, au retour de l, le dict sieur baron me demanda si je pensois
   qu'elle eust parl d'affection et avec jalouzie du dict archiduc,
   ou bien par manire de deviz, et qu'il se repentoit de ne luy
   avoir propos le prince Rodolfe, qui a desj dix sept ans. Je luy
   respondiz que le voyage, que le jeune Coban avoit dernirement
   faict devers l'Empereur, monstroit que, si l'archiduc eust vollu,
    ceste heure, entendre  ce party, qu'il eust est accept.--Il
   rpliqua qu'il en auroit doncques beaucoup de regrect, et qu'il
   s'estoit trop hast de s'obliger  celle de Bavire, bien qu'il
   me vouloit dire que les conditions, sur lesquelles on le vouloit
   maryer avec ceste Royne, estoient,  ce qu'il avoit ouy dire, si
   dures et iniques qu'il eust est trop plus subject que Roy.

   L'on me vient d'advertyr que, sabmedy dernier, se plaignant la
   dicte Dame  l'admyralle Clinton et  milady Coban des
   difficultez, qu'aulcuns des siens trouvoient au party de
   Monsieur, comme trop jeune, elle les avoit conjur de luy en dire
   librement leur opinion, et que, comme les deux plus loyales, et
   o elle se fyoit plus qu'en dames de ce monde, elles ne luy en
   vollussent rien dissimuler; et que la dicte Clinton, luy ayant
   fort lou ses perfections et confirm grandement son opinion de
   se maryer, avoit aprouv entirement qu'elle det espouser
   Monsieur; et que sa jeunesse ne luy debvoit faire peur, car il
   estoit vertueux, et elle, pour luy en donner, en toutes sortes,
   plus de satisfaction que nulle aultre princesse du monde ne
   sauroit faire. Ce que la dicte Dame avoit accept avec tant de
   dmonstration de playsir, que milady Coban, n'y ozant rien
   contradire, avoit seulement dict que les mariages estoient
   toutjour mieulx faictz et plus plains de contantement, quant l'on
   espousoit personne de ge pareil, ou aprochant au sien, que quant
   il y avoit grande ingalit. A quoy elle avoit respondu:--Qu'il
   n'y avoit que dix ans de diffrant entre deux, et qu'il eust est
   fort  propos que ce eust est luy qui les het davantaige; mais,
   puysqu'il playsoit  Dieu qu'elle ft la plus vielle, elle
   esproit qu'il se contenteroit des aultres advantaiges.

   Il semble que milord Boucard va par dell fort pourveu de bonne
   intention en cest endroict, et qu'il desire infinyement d'y estre
   employ; et le secrtaire, qu'il mne, qui luy a est ordonn par
   la dicte Dame, s'est venu offryr  moy de servyr, en tout ce
   qu'il pourra, jusques  la mort; et le Sr Cavalcanty y est plus
   ardant que nul, mais je ne say s'il a encores descouvert en
   quelle intention en est Cecille; tant y a que deppendant
   entirement de luy, il sera bon d'aller ung peu rserv en son
   endroict, et nantmoins s'en servyr en ce que Leurs Majestez
   cognoistront qu'il leur y pourra estre ministre commode et
   opportun; car, oultre qu'il se dict trs dvot  la France, et
   pculier serviteur de la Royne, il est fort bien entendu ez
   humeurs de de. Il n'a vollu partyr avec le dict Boucard pour
   n'estre veu aller aulcunement pour ce fait, et m'a dict qu'il
   n'est pas expressment command de faire le voyage, mais qu'on
   est bien fort ayse qu'il le face, et il part demain matin.




CLIXe DPESCHE

--du XIIe jour de febvrier 1571.--

(_Envoye exprs par Jehan Volet jusques  Calais._)

  Ngociation de Walsingham, ambassadeur en France.--Affaires
    d'Irlande; crainte des Anglais qu'une entreprise ne soit tente
    sur ce pays.--Affaires d'cosse; retards apports  la
    conclusion du trait.--Ligue contre les Turcs.--Nouvelles
    d'Allemagne.


     AU ROY.

Sire, par la premire dpesche, que le Sr de Vualsinguan a faict par
de[26], il s'est si grandement lou  la Royne, sa Mestresse, de
l'honorable rception et des vertueuses responces qu'il a eues de
Vostre Majest, et des bons propos et dmonstrations que la Royne,
vostre Mre, et Monseigneur, luy ont us, que le comte de Lestre m'a
mand qu'elle m'en rendra ung bien fort grand mercys, la premire fois
que je l'yray trouver, affin que je le vous face puys aprs entendre
de sa part; et que je vous reprsante le grand contantement qu'elle en
a reeu, qui ne la pourriez,  ce qu'il dict, en nulle chose du monde
plus grandement gratiffier que de favoriser ses ambassadeurs. Et n'ay
point seu,  la vrit, Sire, que, pour ce commancement, il ayt donn
que une bien fort bonne satisfaction de Voz Majestez  sa dicte
Mestresse. Il est vray qu'il a asseur la dicte Dame, ainsy qu'on m'a
dict, que la pratique, que le capitaine La Roche mne en Yrlande,
n'est incogneue en vostre court; de quoy aulcuns de son conseil luy
ont vollu persuader qu'elle devoit donc rvoquer milord de Boucard
qui, pour ceste occasion, a est arrest ung jour  Canturbery; mais
elle a vollu qu'il ayt pass oultre, esprant que, sur ce qu'elle m'a
naguires propos d'icelluy faict, Vostre Majest l'en satisfera
bientost.

  [26] Voir les _Mmoires et Instructions pour les ambassadeurs ou
  Lettres et Ngociations de Walsingham, ministre et secrtaire
  d'tat sous lisabeth, reine d'Angleterre_, 1 vol. in-4,
  Amsterdam, 1700.

La dicte Dame commance de tourner ses penses aulx choses du dict pays
d'Yrlande, car, oultre le faict du dict capitaine La Roche, elle a
toutjours crainct que le Roy d'Espaigne se vouldroit revancher des
prinses de mer par quelque entreprinse sur icelluy pays; et, encores,
par le dernier courrier de Flandres, entendant que le duc d'Alve se
monstroit si rfroydy en la composition des dictes prinses, que
l'agent de la dicte Dame estoit sur le poinct de s'en revenir, sans
avoir rien faict, elle en entroit en plus grande deffiance, mais ung
aultre courrier extraordinaire en vient d'arriver, qui dict que
icelluy agent a heu, despuys huict jours, une meilleure responce du
dict duc. Nantmoins, estantz desj aulcuns indices venuz  la dicte
Dame de la dellibration du dict Roy d'Espaigne en cella, et luy en
ayant Mr le cardinal de Chatillon,  ce qu'on m'a dict, mand, despuys
six jours, d'aultres certains adviz, elle monstre,  prsent, de le
croyre; dont a mand  millord Sydney debitis d'Yrlande, qui estoit
prest  s'en venir par de, de ne bouger de sa charge, et de pourvoir
soigneusement  la garde du pays, et qu'elle donna promptement ordre
qu'il luy soit envoy tout ce qui luy sera besoing.

Les choses d'Escosse se brouillent de nouveau, car ceulx du party de
la Royne commancent de se revancher par dell sur ceulx qui suyvent le
party du comte de Lenoz, et le comte de Morthon, faisant le long 
venir, prolonge icy beaucoup le trett, ce qui donne cependant loysir
 la comtesse de Lenoz et aulx siens de remettre en l'opinion de la
Royne d'Angleterre plusieurs malles impressions contre la Royne
d'Escosse, luy persuadant qu'elle aspire  sa vie et  la dboutter de
son estat, si bien qu'elle en est entre en de grandes souspeons,
mesmes contre ses plus intimes conseillers; qui faict que toute ceste
court s'en trouve divise et en grand perplexit. Dont les depputez de
la dicte Royne d'Escosse, craignans qu'enfin cella n'admne une
ropture du dict traict, suplient, de rechef, trs humblement Vostre
Majest, de les vouloir, de bonne heure, et par secrectz moyens,
secourir de ceste provision de quatre mil escuz par moys, qu'ilz vous
demandent, durant quelque temps, affin d'excuter promptement ce
qu'ilz ont project pour le restablissement de l'auctorit de leur
Mestresse, et pour la conservation de leur pays, et pour l'honneur et
la gloire de Vostre Majest et de l'alliance qu'ilz ont avec vostre
couronne; s'asseurans que la guerre ne durera jamais ung ou deux tiers
d'an. Et m'ont propos, au cas que voz prsens affaires ne permissent,
Sire, que les puyssiez si tost ayder de ceste somme, qu'il soit vostre
bon playsir de la leur faire recouvrer sur l'afferme du douaire de
leur Mestresse, en la faisant dlivrer  quelques merchans pour deux
ou trois ans  venir, moyennant qu'ilz advanceront les deniers,
desquelz, s'il en debvoit survenir cy aprs nul intrest  Vostre
Majest, ou quelque diminution  leur dicte Mestresse, ilz se offrent
de le faire rembourser par les Estatz de leur pays; et ne vous auront,
 ce qu'ilz disent, moindre obligation que si le secours estoit tout
entirement sorty de voz propres finances. A quoy vous playrra, Sire,
me faire respondre par voz premires, car, sellon que j'en entendray
vostre vollont, je les laysseray, ou bien les divertiray d'en envoyer
poursuyvre le moyen par dell, comme ilz ont dellibr de faire.

Il est nouvelles icy que l'Empereur a offert d'entrer en la ligue
contre le Turq, et que, en propre personne, il luy commancera la
guerre, pourveu que les confdrez luy veuillent souldoyer vingt mil
hommes de pied, et luy donner douze mil escuz par moys, pour les
aultres provisions de l'arme; et qu'il a est de nouveau provoqu 
cella,  l'ocasion de ce que le Turq luy a mand qu'il ayt  luy
remettre entirement le tiltre du royaulme de Transilvanye, sans
jamais plus le s'aproprier.

L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, a adviz que le comte de
Sualsemberg, aprs avoir compos avec ceulx d'Embourg, pour quarante
mil tallardz contants, et avec ceulx de Brme pour vingt cinq mil, a
spar ses gens; par ainsy, toute la peur de ceste guerre est
estaincte. Sur ce, etc. Ce XIIe jour de febvrier 1571.




CLXe DPESCHE

--du XVIIe jour de febvrier 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Bon Jehan._)

  Affaires d'cosse.--Efforts de l'ambassadeur pour empcher que le
    prince d'cosse ne soit livr  la reine
    d'Angleterre.--Sollicitation faite par le duc d'Albe, au nom du
    roi d'Espagne, en faveur de Marie Stuart.--Ngociation des
    Pays-Bas.


     AU ROY.

Sire, par la dpesche de Vostre Majest, du premier de ce mois, que le
Sr de Sabran m'a apporte, il m'a est si sagement et avec tant de
bonnes considrations satisfaict sur tout ce que, par mes prcdantes,
jusques au vingt quatriesme du pass, je vous avois escript de l'estat
des choses de de, qu'il ne me reste rien  prsent que de bien
ensuyvre ce que clairement et fort exprs il vous playt m'en
commander, qui mettray peine, Sire, que vous y soyez le plus
exactement bien servy qu'il me sera possible; seulement je me trouve
empesch du faict du petit Prince d'Escosse, lequel je vous suplie
trs humblement, Sire, de croyre que j'ay travaill aultant que j'ay
peu, et sans trop me descouvrir,  disposer icy les depputez de la
Royne, sa mre, et ay pareillement envoy disposer ceulx de l'aultre
party jusques en Escosse, pour s'opposer  ce qu'il ne soit admen par
de, et n'ay obmiz nul des inconvniens qui en pourroient advenir,
que je ne les leur aye toutz reprsentez; et ay sond si avant iceulx
depputez de la dicte Dame qu'ilz m'ont confess que les seigneurs qui
les ont envoyez, dclairent, en ung article de leur instruction,
qu'ilz ne le peuvent consentyr; nantmoins qu'ilz leur ont baill
pouvoir,  part, d'en user comme la Royne, leur Mestresse, leur
ordonnera; et m'ont remonstr que, demeurant les choses en l'estat
qu'elles sont, la Royne d'Angleterre tient en ses mains la mre, le
filz et le royaulme, et a desj estably un sien subject pour rgent au
pays, et qu'ilz ne peuvent, sans ung notable secours de Vostre
Majest, plus diffrer de se soubmettre eulx mesmes  ce que la dicte
Royne d'Angleterre vouldra: savoir est, d'obyr au dict rgent, et
recognoistre le jeune Prince pour leur Roy, si, d'avanture, leur
Mestresse n'est bientost restitue; et que, si le trett n'eust est
miz en avant, par lequel l'arme d'Angleterre a est retire, il est
sans doubte qu'ilz se fussent desj toutz rangez  ce party, de sorte,
Sire, qu'il ne se fault guires attandre que, du cost de la Royne
d'Escosse, laquelle a desj baill son consentz, ny de ceulx qui
tiennent pour elle, il se face grande rsistance  cest article; qui
est nantmoins le principal, auquel la Royne d'Angleterre et les siens
incistent, et sans lequel elle monstre de vouloir poursuyvre ses
entreprinses, ainsy qu'elle les a commances au dict pays.

Je verray ce que je pourray faire secrectement avec les depputez de
l'aultre party, qui ne sont encores arrivez, mais l'on les attand dans
quatre jours; car il est nouvelles qu'ilz ont desj pass Barwich, et
ne voys point, Sire, qu'il reste plus de ce cost nul moyen en cecy,
que je ne l'aye desj tant; dont adviserez s'il s'en pourra trouver
quelcun aultre d'ailleurs qui y puysse mieulx remdier.

Au regard de l'article de la ligue, j'en useray tout ainsy, sans plus
ny moins, qu'il vous playst me le prescrire, et semble bien que desj,
sur les fermes et rsoluz propos, que j'en ay tenuz  la Royne
d'Angleterre et aulx siens, ilz soyent en quelques termes de n'en
parler point.

L'vesque de Roz est all presser les seigneurs de ce conseil de
vouloir commancer le dict trett, plus pour cognoistre si leur
Mestresse avoit chang de vollont que pour esprance de rien faire,
jusques  ce que les aultres soyent icy; et a trouv qu' leur arrive
elle dellibre de passer oultre, meue beaucoup plus des difficultez,
qui surviennent chacun jour plus grandes, et en Escosse, et en son
pays, que de bonne affection qu'elle y ayt; et luy ont iceulx du dict
conseil dict deux choses: l'une, qu'il ne fault que la Royne, sa
Mestresse, escoutte les conseilz qu'on luy mandra de dell la mer, de
ne consentyr que son filz viegne en Angleterre, car, sans ce poinct,
qui estoit desj accord par elle, il ne fault plus parler de trett;
la segonde, qu'elle veuille dlaysser du tout la pratique de se maryer
avec dom Joan d'Austria, et n'ouyr plus sur cella Mr le cardinal de
Lorrayne, qui en renouvelle,  ce qu'ilz disent, encores  prsent le
propos. A quoy il a respondu en gnral, que, si la Royne d'Angleterre
veult bien user envers sa Mestresse, elle se peult asseurer qu'elle la
trouvera toute dispose  son amyti, et  faire toutes choses  son
contantement.

Or, a le duc d'Alve escript, par le dernier ordinaire, une lettre  la
Royne d'Angleterre, en laquelle, entre aultres choses, il luy faict
entendre la charge, qu'il a du Roy d'Espaigne son Maistre, de la prier
bien fort affectueusement qu'elle veuille condescendre  quelque bon
accord avec la Royne d'Escosse, et luy moyner sa restitution; et
qu'une des choses qu'il dsire aultant  ceste heure est de les voir
elles deux et leur deux royaulmes en bonne paix et unyon, en quoy,
s'il se peult rien ayder et servyr, il offre de bon cueur s'y
employer. Je n'ay encores aprins les aultres particullaritez de la
dicte lettre, sinon qu'on m'a asseur que la dicte Dame l'a heue fort
agrable, et que le secrtaire Cecille a dict que le duc d'Alve se
monstre  ceste heure fort rabill vers elle, et la recherche beaucoup
d'amyti; et que sur ce que Me Prestal l'avoit, puys peu de jours,
vollu estreindre  quelques pratiques avec les rebelles d'Angleterre
et d'Yrlande, et avec les Escouoys du party de la Royne, il n'y avoit
vollu entendre. Ce qui faict meintenant, Sire, que ceulx cy se
rasseurent des choses d'Yrlande; et  la vrit, la comtesse de
Northomberland, et aulcuns fuytifz, qui sont en Flandres, ont
naguires escript que le Roy d'Espaigne a bien bonne affection de les
secourir et d'entreprendre en Yrlande, mais que le duc d'Alve en
estoit tout rfroydy, et qu'il leur est besoing d'envoyer ung
personnaige de bonne qualit en Espaigne pour ngocier, par eulx
mesmes, leur affaire avec le Roy d'Espaigne. Je ne say s'ilz auront
esleu  cella millord de Sethon; tant y a que je vous puys asseurer,
Sire, qu'il estoit, le XXIIIe du pass, au logis de l'ambassadeur
d'Escosse  Paris, possible qu'il aura pass oultre.

L'accord des prinses estoit venu  une manifeste ropture avec le
depput de ceste Royne, qui s'estoit desj achemin pour s'en
retourner, sans avoir rien faict, quant le duc d'Alve l'a contremand
pour luy dire qu'il avoit receu nouvelles lettres d'Espaigne, par
lesquelles il luy vouloit bien signiffier la bonne intention du Roy,
son Maistre, envers la Royne d'Angleterre, sa bonne soeur, et comme il
avoit desir d'accorder  toutes les choses raysonnables qu'elle
vouloit; par ainsy que les difficultez seroient bientost vuydes, et
qu'il envoyeroit un notable conseiller par de pour l'accommodement
de toutes choses; dont s'attand,  ceste heure icy, l'arrive du Sr
Suenegheme de Bruges, qui vient avec le dict depput d'Angleterre. Sur
ce, etc. Ce XVIIe jour de febvrier 1571.




CLXIe DPESCHE

--du XXIIIe jour de febvrier 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par ung gentilhomme escouoys._)

  Audience.--Assurances d'amiti.--Maladie de la reine de
    France.--Dsaveu du roi au sujet de la descente des Bretons en
    Irlande.--Satisfaction d'lisabeth  raison du refus qu'aurait
    fait le duc d'Anjou de se mettre  la tte d'une entreprise sur
    l'Irlande.


     AU ROY.

Sire,  la dellibration, que j'avois, d'aller trouver la Royne
d'Angleterre sur ce que le Sr de Sabran m'avoit apport, il m'y est
encores venue nouvelle occasion, par la dpesche suyvante, que j'ay
cependant receue de Vostre Majest, du VIIIe de ce moys, de laquelle
j'ay faict de tout ung avec la premire; et n'ay spar les poinctz de
l'une ny de l'aultre, sinon par l'ordre que je les ay trouvez en
icelles, qui y sont si bien et si distinctement comprins, qu'il n'a
est besoing d'y adjouxter du mien que seulement ce que j'ay estim 
propos pour les faire bien prandre  la dicte Dame.

Laquelle m'a respondu, quant au premier, qu'elle avoit ung singulier
playsir que ses ambassadeurs vous eussent bien signiffi la droicte
intention, qu'elle a,  la commune paix d'entre Voz Majestez, et 
celle particulire de vostre royaulme; et qu'elle vous prie, Sire, de
croyre que, quant au debvoir de persvrer en vostre amyti, et 
desirer le bien et establissement de voz affaires, qu'elle y est si
parfaictement dispose que nul du monde ne le sauroit estre
davantaige; et que vous cognoistrez qu'elle l'a desj ainsy monstr
par effectz, quant plusieurs choses, de celles qui ont pass despuys
trois ans, vous seront mieulx cogneues qu'elles ne le sont  prsent;
et qu'elle vous promect, pour l'advenir, qu'il ne sortyra, de son
cost, occasion aulcune, par o vostre dicte amyti puysse estre
offance, pourveu que vous ne veuillez poinct offancer la sienne;
qu'elle avoit grande occasion de vous remercyer de ce qu'il vous avoit
pleu fort favorablement licencier l'ung de ses ambassadeurs, et
recepvoir avec mesme faveur l'aultre, et de ce, encores, qu'avez
commanc de faire honorer grandement milord Boucart  Callais, 
Bolloigne et  Montrueil; dont il luy avoit escript le bon trettement
qu'on luy avoit faict en ces trois villes, et que Vostre Majest aussi
ne trouveroit en eulx, s'ilz ne veulent estre traystres  elle et
dsobyssans  ses commandemens, que toute disposition de vous honorer
et servyr, et vous complayre en tout ce qu'il leur sera possible; que
la nouvelle que je luy apportois de la malladye de la Royne,  ceste
heure qu'elle gurissoit et alloit en amandant, n'estoit si facheuse 
ouyr, comme si je la luy eusse dicte, quant elle estoit en dangier,
dont elle prioyt Dieu pour sa convalescence, comme pour la sienne
propre; et que Dieu vous avoit vollu temprer  toutz deux, par ce
petit ennuy, le grand ayse de vostre mariage, affin de le vous randre
meilleur et de plus de dure cy aprs; qu'encor que le sacre et
couronnement d'elle, et son entre fussent remiz  une aultre foys,
et que ceulx, qu'elle a envoyez par dell, ne puyssent voir toutz les
triomphes qu'ilz s'attandoient, elle toutesfois ne vouldroit avoir
diffr davantaige la conjoyssance de voz nopces, ny de la venue de la
Royne, pour ne deffaillir  ce que, non moins de son affection que de
son debvoir, elle estimoit estre tenue en cella; au demeurant, qu'elle
demeuroit trs contante et bien satisfaicte de la responce, que vous
luy faisiez sur les choses d'Yrlande, et encores plus de ce qu'elle
s'asseuroit que Vostre Majest l'accomplyroit ainsy par oeuvre, comme
elle avoit desj entendu que, sur ce que Mr le cardinal de Lorrayne et
Mr le Nunce et l'arsevesque de Glasco avoient naguires propos 
Monsieur, frre de Vostre Majest, de faire une entreprinse au dict
pays, il avoit est si vertueulx et si sage, qu'il n'y avoit vollu
entendre, ny Voz Majestez Trs Chrestiennes y prester l'oreille, dont
ne vouloit obmettre de vous en remercyer toutz trois de tout son
cueur; mais pourtant elle n'avoit vollu ottroyer de saufconduict au
dict arsevesque de Glasco, bien que la Royne d'Escosse le luy eust
fort instantment faict demander par l'vesque de Ross; car avoit
opinion que c'estoit plus pour venir interrompre le trett que pour
l'advancer; et que, estant le comte de Morthon prest  arriver dans
peu d'heures, l'on procderoit incontinent au dict trett avec le plus
d'expdition que faire se pourroit.

Je luy ay seulement rpliqu, Sire, quant  l'entreprinse, qu'elle
disoit avoir est propose  Monsieur, si elle savoit  la vrit que
cella ft vray, et m'ayant soubdainement respondu que _ouy_, tant
certainement que mesmes elle avoit par escript le mesmes propos, qui
luy en avoit est tenu, j'ay suyvy  luy dire qu'elle prnt bien
garde que cella ne procdast de quelque mauvaise boutique pour cuyder
luy en mettre la jalouzie dans le cueur, car Mr le cardinal estoit ung
si prudent et si advis seigneur en ses conseilz, qu' peyne en avoit
il miz ung tel en avant  Monsieur, en temps de si bonne paix;
nantmoins, commant que la chose allt, elle voyoit que Vostre Majest
faisoit ung grand fondement de la parolle, que luy aviez donne, de
dsister de toute entreprinse d'armes, jusques  ce que le traict ft
achev, et que vous faisiez aussi pareil estat de celle que vous aviez
d'elle, pour la libert et restitution de la Royne d'Escosse; dont je
la suplyois qu'elle y vollust meintenant mettre le desir effect, que
Vostre Majest attandoit de sa bont et de sa promesse.

Elle m'a respondu qu'elle voyoit bien que Vostre Majest ne pourroit
jamais oublyer cest affaire, parce qu'il y en avoit asss qui le vous
recordoient, et qu'elle esproit qu'il s'acommoderoit bientost, non
sans qu'on se mouquast asss par tout le monde d'elle, d'estre si
indulgente et facille envers celle qui l'a infinyement offance; qu'au
reste elle recepvoit ung singulier playsir d'entendre que Vostre
Majest eust une si vertueuse et si droicte intention  la runyon de
l'esglize, comme je le luy asseuroys, qui ne pourroit estre que cella
n'admenast ung grand bien  la Chrestient, et qu'elle vous y
correspondroit de sa part, avec telle affection et promptitude, comme
vous le pourriez desirer; qui pourtant vous prioyt de persvrer en ce
sainct propos, et ne vous laysser persuader  ceulx qui vous y
vouldroient proposer les armes.

Et ainsy me suys gracieusement licenci de la dicte Dame, mais j'ay
comprins despuys, par aulcuns propos du secrtaire Cecille, qu'elle
avoit heu ung singulier playsir que Vostre Majest n'a advou les
choses d'Yrlande, parce qu'elle a envoy pour surprendre ce qui s'y
trouvera de Bretons et estrangiers pour les chastier. La dicte Dame a
faict dpescher lettres  toutes ses provinces pour convoquer ung
parlement, au deuxiesme jour d'avril prochain, en ceste ville de
Londres, avec secret mandement de n'eslire aulcun depput, qui ne soit
dclair protestant. Elle estime que la tenue d'icelluy ne sera que de
dix jours, dedans lesquelz elle espre avoir obtenu ce qu'elle
prtend, de quelque subvention de deniers; d'un decrect sur les biens
et personnes des fugitifz; et sur quelque reiglement plus estroict en
leur religion; qui sont les trois poinctz pour lesquelz l'assemble se
faict. Les commissaires de Flandres ne sont encores venuz, mais l'on
me vient d'advertyr que le comte de Morthon est tout meintenant
arriv. Sur ce, etc. Ce XXIIIe jour de febvrier 1571.


FIN DU TROISIME VOLUME.




TABLE DES MATIRES DU TROISIME VOLUME.


ANNE 1570.

                                                                   Pages
     81e _Dpche._--4 janvier.--

       AU ROI.                                                       1
     Audience.                                                     _Ib._

       A LA REINE.                                                   6
     Nouvelles de la Rochelle.                                     _Ib._
     Droute des rvolts du nord.                                   7

     82e _Dpche._--10 janvier.--

       AU ROI.                                                      10
     Nouvelles du nord.                                             10

       A LA REINE.                                                  12
     Craintes des Anglais.                                          13

     83e _Dpche._--15 janvier.--

       AU ROI.                                                      14
     Le comte de Northumberland prisonnier.                         15
     Affaires d'Allemagne et des Pays-Bas.                          16

       A LA REINE.                                                  18
     Affaires de la Rochelle.                                      _Ib._


     84e _Dpche._--21 janvier.--

       AU ROI.                                                      20
     Excutions dans le nord.                                       21

       A LA REINE.                                                  24
     Propositions faites  Marie Stuart.                           _Ib._
     _Lettre en chiffre._                                           26
     _Mmoire secret._                                              27
     Projets du duc d'Albe.                                         29
     Proposition d'une ligue avec l'Espagne contre l'Angleterre.  _Ib._

     85e _Dpche._--28 janvier.--

       AU ROI.                                                      33
     Mission de Mr de Montlouet.                                   _Ib._
     Nouvelles d'Allemagne.                                         35

     86e _Dpche._--2 fvrier.--

       AU ROI.                                                      37
     Audience.                                                     _Ib._
     Mort du comte de Murray.                                       39

       A LA REINE.                                                  40
     Affaires d'cosse.                                           _Ib._

     87e Dpche.--10 fvrier.--

       AU ROI.                                                      41
     Audience.                                                     _Ib._
     Arrestation de l'vque de Ross.                               43

       A LA REINE.                                                 _Ib._
     Prparatifs contre l'cosse.                                   44
     _Note._ tat gnral des affaires.                             45

     88e _Dpche._--13 fvrier.--

       AU ROI.                                                      47
     Ngociation avec les Pays-Bas.                                _Ib._
     Affaires d'cosse.                                             49

     89e _Dpche._--17 fvrier.--

       AU ROI.                                                      50
     Sollicitations des protestans.                                 51
     Prparatifs de guerre.                                         52

       A LA REINE.                                                  55
     Divisions en Angleterre.                                      _Ib._
     _Mmoire gnral_ sur l'tat des affaires.                     54

     90e _Dpche._--22 fvrier.--

       AU ROI.                                                      58
     Audience.                                                     _Ib._

       A LA REINE.                                                  61
     Affaires de Marie Stuart.                                      62

     91e _Dpche._--26 fvrier.--

       AU ROI.                                                      63
     Affaires de la Rochelle.                                      _Ib._
     Instances de Marie Stuart.                                     66

     92e _Dpche._--28 fvrier.--

       AU ROI.                                                      67
     Dfaite de lord Dacre.                                        _Ib._

     93e _Dpche._--4 mars.--

       AU ROI.                                                      69
     Affaires d'cosse.                                            _Ib._

       A LA REINE.                                                  71
     Changement dans les dispositions d'lisabeth.                 _Ib._
     _Mmoire._ Prparatifs de guerre en Angleterre.                72
     _Mmoire secret._ Projet pour le rtablissement de
     Marie Stuart en cosse, et de la religion catholique
     en Angleterre.                                                 76

     94e _Dpche._--9 mars.--

       AU ROI.                                                      79
     Continuation des prparatifs de guerre.                       _Ib._

     95e _Dpche._--14 mars.--

       AU ROI.                                                      82
     Satisfaction donne  lisabeth.                              _Ib._
     Affaires d'cosse.                                             83

     96e _Dpche._--19 mars.--

       AU ROI.                                                      85
     Nouvelles d'Allemagne.                                         86
     Succs des rvolts en Irlande.                                87

     97e _Dpche._--27 mars.--

       AU ROI.                                                      88
     Audience.                                                     _Ib._

     A LA REINE (_lettre secrte_)                                  94
     Avis d'une leve d'armes en Allemagne.                        _Ib._
     _Mmoire_ sur les troubles du nord.                            95
     _Mmoire secret._ Avis du duc d'Albe; propositions de
     Ccil et de Leicester; projets des seigneurs catholiques.      98

     98e _Dpche._--31 mars.--

       AU ROI.                                                     103
     Modration d'lisabeth.                                       _Ib._
     Le comte d'Arundel mis en libert.                            104

     99e _Dpche._--4 avril.--

       AU ROI.                                                     106
     Faveur du comte d'Arundel.                                    _Ib._
     Projet contre l'cosse.                                       107

     100e _Dpche._--9 avril.--

     AU ROI.                                                       110
     Prparatifs de guerre.                                        _Ib._
     101e _Dpche._--13 avril.--

       AU ROI.                                                     113
     Continuation des prparatifs.                                 _Ib._
     Nouvelles des protestans de France.                           114

     102e _Dpche._--18 avril.--

       AU ROI.                                                     116
     Nouvelles d'cosse.                                           _Ib._

       A LA REINE.                                                 120
     Ncessit de la paix en France.                               121
     _Lettre secrte._                                             122
     _Mmoire._ Rsolution du conseil d'Angleterre.                _Ib._
     _Mmoire secret_ sur divers projets de mariage.               125

     103e _Dpche._--25 avril.--

       AU ROI.                                                     128
     Prise d'armes contre l'cosse.                                _Ib._

     104e _Dpche._--27 avril.--

       AU ROI.                                                     130
     tat des partis en cosse.                                    _Ib._

     105e _Dpche._--5 mai.--

       AU ROI.                                                     133
     Audience.                                                     _Ib._
     Nouvelles d'cosse.                                           137

     106e _Dpche._--8 mai.--

       AU ROI.                                                     138
     Dbats dans le conseil.                                       _Ib._
     Premire invasion en cosse.                                  139

       A LA REINE.                                                 142
     Dclaration du roi touchant l'cosse.                         _Ib._
     _Mmoire gnral._                                            144
     _Mmoire secret_ sur la dclaration du roi.                   148

     107e _Dpche._--13 mai.--

       AU ROI.                                                     150
     Nouvelles de l'invasion.                                      _Ib._

     108e _Dpche_.--17 mai.--

       AU ROI.                                                     154
     Hsitation d'lisabeth  poursuivre son entreprise
     sur l'cosse.                                                 _Ib._

     109e _Dpche_.--22 mai.--

       AU ROI.                                                     157
     Proposition d'un accord touchant Marie Stuart et l'cosse.    _Ib._

     110e _Dpche_.--27 mai.--

       AU ROI.                                                     161
     L'vque de Ross mis en libert.                              163
     Audience.                                                     _Ib._
     Rsolution du conseil d'viter la guerre.                     168
     _Trait_ concernant l'cosse.                                 169

     111e _Dpche_.--1er juin.--

       AU ROI.                                                     171
     Affaires d'cosse.                                            _Ib._
     Excution des Northon.                                        173
     Bulle qui dclare lisabeth hrtique.                        _Ib._

     112e _Dpche_.--5 juin.

       AU ROI.                                                     174
     Maintien du trait conclu.                                    175
     Audience accorde  l'vque de Ross.                         176

     113e _Dpche_.--11 juin.--

       AU ROI.                                                     178
     Libert de l'vque de Ross.                                  179
     Conditions de la restitution de Marie Stuart.                 _Ib._
     Interrogatoire du duc de Norfolk.                             180
     _Mmoire gnral._                                            181
     _Mmoire secret._ Discussion sur le trait.                   185

     114e _Dpche_.--16 juin.--

       AU ROI.                                                     192
     Changement dans les rsolutions d'lisabeth.                  _Ib._

       A LA REINE.                                                 196
     Mesures de rigueur contre les catholiques.                    _Ib._

     115e _Dpche_.--19 juin.--

       AU ROI.                                                     198
     Audience.                                                     _Ib._

       A LA REINE.                                                 203
     Nouvelles de la Rochelle.                                     204

     116e _Dpche_.--21 juin.--

       AU ROI.                                                     206
     Expdition de Bretagne.                                       _Ib._
     Nouvelles d'Allemagne.                                        208

       A LA REINE (_Lettre secrte_)                               209
     Projets des protestans de France.                             _Ib._

     117e _Dpche_.--25 juin.--

       AU ROI.                                                     212
     Conditions du trait pour Marie Stuart.                       214
     Nouvelles d'Allemagne.                                        215

     118e _Dpche_.--29 juin.--

       AU ROI.                                                     216
     Audience.                                                     _Ib._

     119e _Dpche_.--5 juillet.--

       AU ROI.                                                     222
     Ngociation touchant l'cosse.                                _Ib._
     _Mmoire gnral._                                            223
     _Mmoire secret._ Articles concernant Marie Stuart.           228

     120e _Dpche_.--9 juillet.--

       AU ROI.                                                     230
     Mission de Mr de Poigny.                                      _Ib._
     Combat de Sainte-Gemme, prs Luon.                           232
     Dclaration du duc d'Albe.                                    233

     121e _Dpche_.--14 juillet.--

       AU ROI.                                                     234
     Audience.                                                     _Ib._

     122e _Dpche_.--19 juillet.--

       AU ROI.                                                     240
     Audience.                                                     _Ib._

       A LA REINE.                                                 244
     Espoir de la restitution de Marie Stuart.                     _Ib._

     123e _Dpche_.--25 juillet.--

       AU ROI.                                                     246
     Dlibration concernant le duc de Norfolk.                    _Ib._
     Prparatifs de guerre.                                        247
     Nouvelles d'Allemagne.                                        248
     _Mmoire gnral._                                            250
     _Mmoire secret._ Intrigues de l'Espagne.                     254
     Dispositions du cardinal de Chatillon.                        256

     124e _Dpche_.--30 juillet.--

       AU ROI.                                                     258
     Crainte en Angleterre d'une ligue gnrale; armemens.         _Ib._

     125e _Dpche_.--6 aot.--

       AU ROI.                                                     263
     Visite de Mr de Poigny  Marie Stuart.                        _Ib._
     Audience.                                                     264

     126e _Dpche_.--11 aot.--

       AU ROI.                                                     269
     Force de la flotte arme en guerre.                           _Ib._
     Paix de France.                                               272
     Excution de Felton.                                          273

     127e _Dpche_.--14 aot.--

       AU ROI.                                                     274
     Mission de Walsingham en France.                              _Ib._

     128e _Dpche_.--18 aot.--

       AU ROI.                                                     275
     Audience.                                                     276

       A LA REINE.                                                 278
     Doutes sur la paix de France.                                 279

     129e _Dpche_.--21 aot.--

       AU ROI.                                                     280
     Instructions de Walsingham.                                   281
     Affaires d'cosse.                                            283

       A LA REINE.                                                 284
     Effet de la pacification.                                     _Ib._

     130e _Dpche_.--26 aot.--

       AU ROI.                                                     285
     D'une entreprise sur Calais.                                  _Ib._
     Instances de Marie Stuart.                                    287

     131e _Dpche_.--5 septembre.--

       AU ROI.                                                     289
     Audience.                                                     290
     Deuxime invasion en cosse.                                  294
     _Mmoire gnral._                                            _Ib._
     _Mmoire secret._ Dvouement du duc de Norfolk 
       Marie Stuart; projet de l'Espagne contre l'Angleterre.      299

     132e _Dpche_.--10 septemb.--

       AU ROI.                                                     302
     Mission de sir Henri Coban aux Pays-Bas.                      _Ib._
     Troisime invasion en cosse.                                 304

     133e _Dpche_.--15 septemb.--

       AU ROI.                                                     304
     Sortie de la flotte.                                          _Ib._
     Explications sur la dernire invasion en cosse.              307
     Message du cardinal de Chatillon.                             308

     134e _Dpche_.--19 septemb.--

       AU ROI.                                                     309
     Ngociation avec l'Espagne.                                   310
     Affaires d'cosse.                                            311

     135e _Dpche_.--24 septemb.--

       AU ROI.                                                     313
     Mouvement au pays de Lancastre.                               _Ib._
     Confrence avec le cardinal de Chatillon.                     314

     136e _Dpche_.--29 septemb.--

       AU ROI.                                                     317
     Ngociation des Pays-Bas.                                     318
     Mission de Mr de Vrac en cosse.                             319

     137e _Dpche_.--5 octobre.--

       AU ROI.                                                     320
     Retour de Walsingham.                                         _Ib._
     Ccil envoy vers Marie Stuart.                               321
     Nouvelles d'Allemagne.                                        322

     138e _Dpche_.--10 octobre.--

       AU ROI.                                                     323
     Passage de la reine d'Espagne.                                324
     Prises faites par le capitaine Sores.                         326

     139e _Dpche_.--16 octobre.--

       AU ROI.                                                     327
     Conditions proposes  Marie Stuart.                          328
     Soulvement au pays de Lancastre.                             330
     _Mmoire gnral._ Intrigues de l'Espagne, affaires
        d'cosse.                                                  331

     140e _Dpche_.--17 octobre.--

       AU ROI.                                                     336
     De l'alliance d'cosse.                                       337

     141e _Dpche_.--25 octobre.--

       AU ROI.                                                     339
     Audience.                                                     _Ib._

     142e _Dpche_.--30 octobre.--

       AU ROI.                                                     346
     Ngociation de Marie Stuart.                                  _Ib._
     Nouvelles d'Allemagne.                                        348

     143e _Dpche_.--9 novembre.--

       AU ROI.                                                     350
     Audience.                                                     _Ib._

       A LA REINE.                                                 355
     Nouveaux dtails d'audience.                                  _Ib._
     _Lettre secrte._ Proposition du mariage du duc d'Anjou
        avec lisabeth.                                            357
     _Mmoire gnral._                                            360

     144e _Dpche_.--14 novemb.--

       AU ROI.                                                     365
     Articles proposs  Marie Stuart.                             _Ib._
     Nouvelles des Pays-Bas.                                       369

     145e _Dpche_.--19 novemb.--

       AU ROI.                                                     371
     Mission de lord Seyton.                                       373

     146e _Dpche_.--25 novemb.--

       AU ROI.                                                     376
     Dclaration du roi concernant l'cosse.                       _Ib._

       A LA REINE.                                                 380
     Dtails d'audience.                                           _Ib._

     147e _Dpche_.--30 novembre.--

       AU ROI.                                                     382
     Audience.                                                     383
     _Mmoire gnral._ Projet des catholiques dans
        le pays de Lancastre;--Opinions mises dans le conseil
        contre Marie Stuart;--Ngociations de l'Angleterre avec
        l'Espagne.                                                 389

     148e _Dpche_.--7 dcembre.--

       AU ROI.                                                     394
     Maladie de Marie Stuart.                                      397
     Affaires des Pays-Bas et d'Allemagne.                         398

     149e _Dpche_.--13 dcemb.--

       AU ROI.                                                     399
     Ngociation de Marie Stuart.                                  _Ib._
     Retour de sir Henri Coban.                                    400

     150e _Dpche_.--18 dcemb.--

       AU ROI.                                                     403
     Prparatifs de dpart de lord Buchard.                        _Ib._
     Nouvelles d'Irlande.                                          405

     151e _Dpche_.--23 dcemb.--

       AU ROI.                                                     407
     Rapport de Coban  son retour d'Allemagne.                    _Ib._
     Instructions de lord Buchard.                                 408

     152e _Dpche_.--29 dcemb.--

       AU ROI.                                                     410
     Audience.                                                     411

       A LA REINE (_lettre secrte_).                              414
     Ngociation du mariage du duc d'Anjou.                        _Ib._
     _Mmoire gnral._                                            421

ANNE 1571.--PREMIRE PARTIE.

     153e _Dpche_.--6 janvier.--

       AU ROI.                                                     426
     Nouvelles d'Espagne.                                          _Ib._
     Mouvemens dans les Pays-Bas et en Irlande.                    427

     154e _Dpche_.--13 janvier.--

       AU ROI.                                                     428
     Affaires d'cosse.                                            _Ib._
     Mission de lord Seyton.                                       429
     Nouvelles d'Allemagne.                                        431

       A LA REINE (_lettre secrte_).                              432
     Ngociation du mariage.                                       _Ib._

     155e _Dpche_.--18 janvier.--

       AU ROI.                                                     433
     Audience.                                                     _Ib._
     Prise d'armes des Gueux.                                      437

       A LA REINE (_lettre secrte_).                              438
     Ngociation du mariage.                                       _Ib._

     156e _Dpche_.--23 janvier.--

       AU ROI.                                                     443
     Audience.                                                     444

       A LA REINE (_lettre secrte_).                              447
     Ngociation du mariage.                                       _Ib._
     _Avis_ sur les affaires d'Irlande.                            450

     157e _Dpche_.--31 janvier.--

       AU ROI.                                                     _Ib._
     Ftes pour le retour d'lisabeth  Londres.                   _Ib._
     Affaires d'cosse.                                            452
     Nouvelles d'Allemagne.                                        453

       A LA REINE (_lettre secrte_).                              454
     Ngociation du mariage.                                       _Ib._

     158e _Dpche_.--6 fvrier.--
       AU ROI.                                                     457
     Nouvelles de Marie Stuart.                                    _Ib._
     Concession de l'Irlande faite par le pape au roi
       d'Espagne.                                                  458

       A LA REINE (_lettre secrte_).                              459
     Ngociation du mariage.                                       _Ib._
     _Mmoire gnral._                                            462
     _Mmoire secret_ sur la ngociation du mariage.               466

     159e _Dpche_.--12 fvrier.--

       AU ROI.                                                     469
     Ngociation de Walsingham.                                    _Ib._
     Affaires d'Irlande.                                           470
     Nouvelles d'cosse.                                           471

     160e _Dpche_.--17 fvrier.--

       AU ROI.                                                     473
     Affaires d'cosse.                                            _Ib._
     Nouvelles des Pays-Bas.                                       476

     161e _Dpche_.--23 fvrier.--

       AU ROI.                                                     477
     Audience.                                                     _Ib._
     Convocation du parlement.                                     481


     FIN DE LA TABLE DU TROISIME VOLUME.





End of the Project Gutenberg EBook of Correspondance Diplomatique de
Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon, Tome Troisime, by Bertrand de Salignac de la Mothe Fnlon

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE ***

***** This file should be named 39201-8.txt or 39201-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/3/9/2/0/39201/

Produced by Robert Connal, Hlne de Mink, and the Online
Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
file was produced from images generously made available
by the Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica) at
http://gallica.bnf.fr)


Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
