The Project Gutenberg EBook of Les Usages du Sicle, by Une Parisienne

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Title: Les Usages du Sicle
       Lettres-Conseils pratiques Le Savoir-vivre

Author: Une Parisienne

Release Date: August 3, 2012 [EBook #40399]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par
le typographe ont t corriges. L'orthographe d'origine a t
conserve et n'a pas t harmonise.




     _Les Usages
     du Sicle_




     COULOMMIERS
     Imprimerie PAUL BRODARD.




     UNE PARISIENNE

     _Les Usages
     du Sicle_

     _Lettres--Conseils pratiques_

     _Le Savoir-Vivre_

     [Illustration]

     PARIS

     A. DESLINIRES, DITEUR

     161, RUE DU FAUBOURG SAINT-DENIS

     1895

     Tous droits rservs.




_Savoir-Vivre._


La Parisienne d'esprit et de got qui a rdig ce petit code de nos
usages et de nos coutumes en cette fin de sicle, n'a ni la prtention
de donner des leons  ses contemporaines, ni celle de leur enseigner
les notions du savoir-vivre.

Ces leons, qu'on apprenait si difficilement aux gentilshommes de la
cour de Louis XIV, nos enfants les savent aujourd'hui ds l'cole, et
l'ducation dans la famille est aussi gnralement rpandue que le bon
sens dont discourut Descartes et que la civilit rve par rasme.

Cependant en maintes circonstances un peu exceptionnelles, on se
trouve soudain embarrass. Au moment de jouer son rle dans une des
scnes tantt tristes et tantt gaies de notre vie, on hsite, on se
demande si on aura la tenue correcte, l'attitude convenant aux
circonstances; si on se conformera aux rgles des convenances, si l'on
ne froissera pas l'tiquette, si l'on ne commettra point quelque
incorrection.

Sans doute lorsqu'on possde (et c'est, pour ainsi dire, le cas de
tous les gens bien levs), lorsqu'on est dou de cette qualit
impalpable qui se nomme le tact, on peut affronter les situations les
plus dlicates.

Il n'en est pas moins vrai que tel ou tel vnement fortuit vous
transforme soudain en un tmoin, en une marraine ou un parrain, en une
demoiselle ou un garon d'honneur et que ce sont l des emplois pour
lesquels... on ne nat pas, auxquels rien ne nous a dispos, quelque
parfaite qu'ait t notre ducation premire.

Et ces usages particuliers changent, se transforment selon l'poque et
la mode. Cette faon d'agir en telle circonstance tait, il y a trente
ans, parfaitement correcte, exquise mme; aujourd'hui elle ferait
sourire.

Mais toute affirmation a besoin d'une preuve, et de toutes les preuves
littraires, l'anecdote est la meilleure.

On a prtendu, d'une faon assez plaisante, que le prince de
Talleyrand avait une chelle de proportion pour offrir aux convives
qu'il recevait  sa table, leur part de tel ou tel plat.

C'tait une chelle descendant depuis le titre de Duc jusqu' la
simple dnomination de Monsieur.

Il dcoupait lui-mme et s'adressait  ses convives dans l'ordre
suivant:

--Monsieur le duc, Votre Grce me ferait-elle l'honneur d'accepter de
ce boeuf?

--Mon prince (titre romain infrieur  celui de duc); aurai-je
l'honneur de vous envoyer du boeuf?

--Monsieur le marquis, accordez-moi l'honneur de vous offrir du boeuf!

--Monsieur le comte, aurai-je le plaisir de vous envoyer du boeuf?

--Monsieur le baron, voulez-vous du boeuf?

Lorsqu'il arrivait au simple Monsieur, dit la lgende (un peu arrange
sans nul doute), le diplomate frappait son assiette avec la main,
fixait ses yeux sur ceux du dernier convive en lui criant:

--Boeuf?

Quoique certains grands personnages, si l'on en croyait les
chroniques, aient imit ce singulier crmonial, nous ne savons dans
quelle maison hautaine on pourrait tenter de le ressusciter
aujourd'hui.

Non, la politesse franaise a, Dieu merci, franchi le seuil de toutes
les demeures, et de plus en plus rares sont les fonctionnaires ou les
employs qui, sur notre douce terre, malmenaient traditionnellement
l'infortun public.

Il arrive mme, chez nous, que les ouvreurs de portires sont
uniformment gracieux.

En Allemagne, au contraire, les hommes qui, sur les chemins de fer,
sont chargs du contrle des billets, parlent aux voyageurs selon la
classe occupe:

A ceux de Premire, ils disent, en saluant avec beaucoup de dfrence:
_Bitte die Herrschaft geflligst die Billette vorzuzeigen_,
c'est--dire que Leurs Seigneuries aient la bont de montrer leurs
billets!

A ceux de Seconde, ils s'adressent plus sommairement: _Billette,
geflligst_, Vos billets, s'il vous plat; enfin aux portires des
wagons de 3e classe, ils grognent, en forme de commandement militaire:
_Billet'heraus!_ Sortez billets!

Ces nuances, ou plutt ces brutalits, n'apparaissent plus en France
qu' de trs rares exceptions.

Il est vrai qu'on a multipli, je le rpte, les traits de bonnes
manires.

En l'an 1671, le gentilhomme Antoine de Courtin publiait (et ce
n'tait pas le premier ouvrage de ce genre) un _Trait de la civilit
qui se pratique en France parmi les honnestes gens_, trait rdit,
corrig, augment avec approbation et privilge du Roy, et qui en
l'anne 1712 se vendait  Paris chez Louis Josse, _ la Couronne
d'pines_, et chez Charles Robustel, _au Palmier_, deux boutiques
voisines, dans la mme rue Saint-Jacques.

Un peu plus tard, en 1749, parut la fameuse _Civilit purile et
honneste_, dresse par un missionnaire, avec des prceptes et
instructions pour apprendre  la jeunesse  se bien conduire dans les
compagnies.

Que si on se reporte au temps de la parfaite gentilhommerie selon les
classiques, c'est--dire  l'poque du Roi Soleil lui-mme, on peut se
convaincre aisment que ces matres laissaient encore beaucoup 
dsirer.

Le sieur de Courtin dclare, en effet, dans sa Prface, qu'il se
trouve que son trait est trs utile non seulement aux personnes qui
ont des enfants  lever et aux jeunes gens, mais encore  ceux-l
mme qui, bien qu'avancez en ge, ne sont pourtant pas assez instruits
de la politesse et de l'honntet que l'on doit observer dans le
commerce du monde.

Ce fut, plus tard et jusqu' nos jours, une suite ininterrompue
d'ouvrages du mme genre qui se rpandirent d'autant plus que chacun a
la juste prtention de se conduire comme un gentilhomme.

La place nous manque pour numrer les titres de tous ces livres, mais
 travers la liste des noms de trois cents auteurs ayant collig les
usages du monde nous citerons parmi les prdcesseurs de notre
Parisienne, Madame Emmeline Raymond, madame Tarb, la fameuse
comtesse de Bassanville, madame de Waddeville, madame d'Alq,
mademoiselle de la Jonchre, madame Alice Vernon, madame Ermance
Dufau, la baronne Staffe trs estime.

Sous des titres ncessairement enserrs dans le cercle troit d'un
mme sujet, ces femmes instruites et distingues ont consign, avec
les remarques des autres, leurs propres observations.

En ces dernires annes, aux _Usages du Monde_ de l'abb Bourgeau
(1864) prcd par Bescherelle an qui crivit l'_Usage du Monde_, et
suivi par l'homme (galement du monde) qui produisit les _Usages du
Monde_ en 1880, on a vu paratre Usages du Monde de la baronne
Staffe,  laquelle nous avons rendu justice.

Avouons qu'il tait temps de s'occuper des _Usages du Sicle_. Ils
auront peut-tre le succs des anciens.

Cette succession, cette multiplication de livres pour ainsi dire
semblables, a t en quelque sorte rendue ncessaire par la
continuelle mtamorphose des mondaines coutumes.

Ce sont ces transformations qui rendent ncessaire ce qu'on pourrait
appeler la tenue  jour de nos usages modernes.

Si nos grands principes de politesse sont demeurs en quelque sorte
immuables, les manires lgantes n'offrent, en revanche, que
l'instabilit!

Elles vieillissent si vite que nous avons cru utile de dresser, pour
ainsi parler, un catalogue des renseignements mondains.

Des phrases, non; des conseils, pas davantage, mais, selon
l'expression depuis peu consacre, des documents.

Tel est l'esprit de ce petit livre sans prtention o le lecteur est
invit  chercher seulement le renseignement utile  tous.

     Un Bibliophile.

[Illustration]




_Les Usages du Sicle_




_La demande en mariage._


La demande en mariage est l'vnement le plus important de la vie.
Point n'est besoin de digresser sur ce chapitre.--Des faits, des
faits.

La rgle stricte veut que le jeune homme qui a des vues sur une
jeune fille s'ouvre de ses intentions  une tierce personne qui puisse
le mettre en rapport avec la famille de celle qu'il dsire pour femme.

Cette personne a un rle trs dlicat, trs scabreux  remplir; il lui
faut pour cela beaucoup de tact.

Elle doit d'abord s'informer discrtement si la jeune fille n'est pas
promise, quelle est sa dot, quels sont les dsirs et les intentions
des parents, si telle situation leur convient, si tel ge leur semble
en rapport; en un mot, elle doit prparer les voies au candidat.

Lorsque ces prcautions prliminaires sont prises, on doit arranger
une entrevue, _censment fortuite_, entre le jeune homme et la jeune
fille. Jadis c'tait  l'Opra-Comique; et _la Dame_ _Blanche_ a t
un des premiers tmoins de bien des fianailles dcides en principe.

Mais, quel que soit le lieu choisi pour l'entrevue, la jeune fille ne
doit se douter de rien, cela lui enlverait ses moyens, l'empcherait
d'tre naturelle. Cependant son attention sera fort en veil malgr
toutes les prcautions et je l'engagerai  tre tout bonnement
elle-mme,  ne pas faire de petites mines enfantines, ou naves,
genre bien us  prsent que les jeunes filles sont un peu leves 
l'amricaine.

Est-ce un bien? Est-ce un mal? _That is the question._ Enfin c'est le
sicle qui veut a, parat-il!

Une allure trop dcide, des gots mondains trop montrs, peuvent tre
des obstacles srieux pour le jeune homme qui cependant doit se mfier
de sa premire impression.

Il faut donc tre trs circonspect en pareille matire, ne pas dire
dfinitivement oui ou non et demander une nouvelle entrevue; quel
homme jeune, ft-il un grand philosophe, peut apprcier en quelques
instants le caractre d'une jeune fille?

La meilleure faon d'avoir des renseignements est de s'adresser aux
personnes connaissant la famille et la jeune fille depuis l'enfance.

Il est toujours pnible pour la tierce personne d'avoir  notifier un
refus; elle doit l'entourer de toutes les dlicatesses possibles.

J'engagerai tous les jeunes gens qui dsirent se marier et qui ne sont
pas pousss par une inclination relle  bien s'informer de la dot,
des esprances, pour parler le vilain langage de notre sicle, avant
de s'avancer. Car reculer sur une question d'argent est humiliant pour
la jeune fille et... pas trs beau pour le jeune homme.

Mme, si la famille de la jeune fille refuse, elle doit offrir des
remerciements  la tierce personne et des phrases de regrets polis au
prtendant.

Il y a des personnes qui se plaisent  faire des mariages. Elles
rendent souvent service aux familles qui n'ont pas beaucoup de
relations, et il serait ingrat de leur en vouloir si leurs efforts
n'aboutissaient pas.

Si donc vous intervenez, parlez franchement  la famille du jeune
homme ou  lui-mme s'il est orphelin,  la famille de la jeune fille,
ou  son tuteur, jamais  elle-mme, cela pourrait la gner. En
runissant les jeunes gens dans un dner, dans une soire o il y a
beaucoup d'autres jeunes couples, on peut esprer que la jeune
personne ignorera l'intention.

Se trouvant avec des compagnes, elle peut penser que c'est pour l'une
d'entre elles que le jeune homme est l et elle se doutera encore
moins de quelque chose s'il y a plusieurs jeunes gens.

Aprs l'entrevue, on doit demander  la jeune fille ce qu'elle pense
de monsieur un tel; si la rponse est favorable, on la transmettra 
la tierce personne qui en fera part au jeune homme; celui-ci, si la
jeune fille lui plat, s'enquiert de suite de la situation, fait
connatre la sienne et s'avance un peu plus: il demande  tre
prsent dans la famille de celle qu'il dsire pouser, fait quelques
visites pendant lesquelles les jeunes maris en expectative peuvent
s'tudier un peu, trop peu, hlas! car on est sur la dfensive, mais
cela est invitable.

Si, aprs quelques visites, le jeune homme pense qu'il ne pourra
pas trouver le bonheur dans cette union, il en fait part 
l'intermdiaire, qui, aussi dlicatement que possible, avertit la
famille de la jeune personne; la mme chose a lieu, lorsque c'est du
ct de la femme que vient le refus. En tous cas, c'est fort
dsagrable pour la personne qui s'est entremise, et bien des
brouilles mondaines sont venues de l.

Lorsque conformit de gots, de fortune, de famille, semblent
promettre un long avenir de bonheur, le prtendant ne doit pas tarder
 faire connatre ses intentions dfinitives; s'il a son pre,
celui-ci se charge de la dmarche prs du pre de la jeune fille; sa
mre, en cas de mort du pre (cette dernire s'adresse: non au pre,
mais  la mre de la jeune fille); son tuteur, s'il est orphelin et
mineur; son oncle; la tierce personne; un ami intime ou lui-mme.

La demande peut tre faite par lettre ou de vive voix.

Les circonstances dictent les formules de demandes crites.

Les refus doivent toujours tre notifis poliment; on donne pour
prtexte des engagements antrieurs, la trop grande jeunesse de la
jeune fille, sa sant dlicate; ne jamais invoquer la question de
position ou d'argent, si c'est elle qui motive le refus.

C'est le tuteur qui doit recevoir les propositions de mariage
relatives  une orpheline.

S'il s'agit d'une veuve ou d'une orpheline majeure, on doit s'adresser
franchement et directement  elle-mme.

On peut  dfaut de parents directs, tels que pre, mre, grand-pre,
grand'mre, s'adresser  un frre, ft-il plus jeune, ou  une soeur
ane, marie.

Pour faire une demande en mariage, qu'on soit l'intermdiaire ou le
prtendant lui-mme, une tenue trs soigne est de rigueur, mais
jamais l'habit et les gants blancs.

Quel que soit le rsultat d'une demande, si elle a t faite par les
intermdiaires, ceux-ci ont droit  des remerciements trs affectueux.

Il est inutile de dire, qu'en cas d'chec, lesdits intermdiaires sont
tenus au secret le plus absolu.

Il serait du plus mauvais got de colporter partout une lettre de
demande en mariage, qu'on ait un refus ou une acceptation.

Quelquefois, la jeune fille, bien dispose en faveur du candidat,
demande  le connatre un peu plus, avant de donner une rponse
dfinitive; le jeune homme doit se prter de bonne grce  cette sorte
d'preuve.

Il n'affectera pas un trop grand empressement et surtout, devant des
tiers, rien ne doit faire souponner sa recherche.

Les parents de la jeune fille doivent faciliter des entrevues autant
que le bon got et la biensance le permettent.

Si la demande doit tre agre, on le fait savoir au jeune homme par
une tierce personne; celui-ci peut aussitt formuler sa demande
officielle,  laquelle on rpond par une lettre d'acceptation qui se
peut rdiger de la sorte:


     Cher monsieur,

   Nous sommes trs honors, ma femme et moi, de votre gracieuse
   demande.

   Nous nous y attendions certes, puisque, avec une dlicatesse qui
   nous a fait plaisir, vous aviez pri le meilleur ami de nos deux
   familles de pressentir nos intentions.

   Votre position, votre situation nous convenant, il ne nous
   restait plus qu' consulter la chre fille dont nous rvons le
   bonheur et qui si tendrement, toujours, nous a rcompenss de nos
   soins et de notre affection. Sa rponse ne vous est point
   dfavorable.

   Prsentez-vous donc quand il vous plaira, et croyez, cher
   monsieur,  nos sentiments dj trs affectueux.

     L.

On prend alors jour pour dbattre  fond les questions d'intrts;
rien ne doit rester dans l'ombre, car si, pour une question d'argent,
un mariage peut manquer, il est inutile de l'engager.

Si l'intermdiaire n'est pas un des amis intimes, il est ennuyeux de
dire ce que l'on donne  sa fille, ce qui lui doit revenir, etc., etc.

Il y a l toute une gamme de nuances extrmement dlicates.

On peut faire traiter cette question par les notaires des deux
familles.

Que ce soit un refus ou une acceptation qui rsultent des dmarches
matrimoniales, on ne doit pas tarder  faire connatre la dcision
prise.

Une nouvelle insistance  un refus serait dplace.

Pendant les pourparlers d'intrts, la jeune fille et le prtendant
doivent s'abstenir de toutes rflexions, ils ont leurs fonds de
pouvoir. Une femme seule vite les dbats d'argent.

Si, au cours des pourparlers, le prtendant se trouvait du dans ses
esprances pratiques et qu'il voult se retirer, il crirait une
lettre polie, prtextant un voyage, la maladie d'un parent, etc.; il
n'accentuerait pas davantage le refus. Nous avons dit comment peuvent
gracieusement se motiver ces refus.

Si, aprs avoir accept un jeune homme, une jeune fille refusait, ses
parents doivent chercher  la faire revenir sur sa dtermination mais
non la forcer; de mme, lorsqu'elle s'prend de quelqu'un qui ne
convient pas  sa famille doit-on faire le possible pour lui dmontrer
ce qu'on a  reprocher au prtendant, mais les grands moyens n'ont
jamais trs bien russi et le savoir-vivre, le bon sens les
interdisent.

Il faut dpayser la jeune fille, la faire voyager, la distraire, et il
est rare qu'un sentiment de coeur de vingt ans rsiste  ce petit
traitement.

Dans les mariages d'inclination, d'amour, je ne trouve nullement
dplac que le jeune homme s'adresse directement  la jeune fille dont
il veut faire sa femme ou qu'il charge de ce soin sa mre ou son pre,
qui demanderont alors: Mademoiselle ou ma chre enfant, selon le
degr d'intimit, vous plairait-il de devenir notre fille?

Si celle-ci est dispose  accepter, elle peut rpondre au jeune homme
ou  ses parents que si les siens acceptent elle ne dira pas non, ou
mme, si les parents du jeune homme lui sont connus depuis longtemps,
elle peut simplement les embrasser sans rpondre; c'est suffisamment
loquent.

Une grande franchise est, dans tous les cas, indispensable.




_Agr!_


Enfin toutes les difficults sont aplanies, la demande verbale ou
crite a t bien accueillie et il faudrait des motifs trs graves
pour rompre le projet d'union.

Le jeune homme crit ou fait demander quel jour et  quelle heure il
peut se prsenter officiellement; on lui rpond en lui fixant une date
prochaine, le lendemain ou le surlendemain.

Le jour de la premire entrevue officielle, le jeune homme doit
envoyer un joli bouquet blanc ros pour une jeune fille, de roses de
couleurs pour une veuve; jamais de fleurs d'oranger dans le premier
cas, jamais de fleurs trop sombres dans le second.

Inutile de mettre sa carte, on sait de reste d'o viennent les fleurs.

Ce bouquet (non dpouill du papier qui l'enveloppe) doit tre plac
dans un vase, mis en vidence sur un meuble de la pice o on doit
recevoir le jeune homme.

Celui-ci, accompagn de son pre ou de sa mre, seul s'il est
orphelin, se prsente  partir de trois heures, jamais avant,  la
maison de celle qu'il peut ds lors considrer comme sa fiance.

Celle-ci n'est _jamais_ au salon  l'arrive du jeune homme; les
parents seuls sont prsents; le pre et la mre doivent tendre la
main  la personne qui accompagne le fianc et  lui-mme, on change
de bonnes et cordiales paroles.

Aprs les premiers instants d'entretien qui sont toujours un peu
gnants de part et d'autre, on fait venir la jeune fille. Celle-ci
doit tre simplement mais lgamment habille; il faut un brin de
coquetterie qui marque qu'elle s'est mise en frais pour son futur
mari; elle peut avoir, dans les cheveux ou  son corsage, une fleur du
bouquet envoy le matin.

Elle doit sans fausse honte saluer la personne qui accompagne le jeune
homme et celui-ci, leur tendre la main, selon le degr d'intimit qui
rgne entre les deux familles.

Le pre ou la mre doivent l'embrasser, en la nommant ma chre
enfant.

Elle doit remercier du bouquet reu; le jeune homme s'informera
discrtement des fleurs qu'elle prfre.

A propos de bouquet, disons en passant que le bouquet quotidien n'est
pas obligatoire, qu'il peut s'envoyer tous les deux jours ou mme une
fois par semaine.

Il doit tre vari chaque fois, montrant ainsi le dsir qu'a le jeune
homme de plaire  sa future femme; un bouquet toujours le mme
semblerait une commande faite une fois pour toutes, comme une corve
dont on veut se dbarrasser.

Cette premire visite ne se prolonge pas; vingt  trente minutes sont
suffisantes.

En se retirant le jeune homme baise la main de sa future belle-mre et
de sa fiance; il serait de mauvais got d'embrasser la jeune fille 
moins que maintes relations n'autorisent cette familiarit.

Je trouve fort joli un bouquet de myosotis et roses mousseuses.

Dans notre sicle d'innovations, on vite la monotonie en variant le
bouquet; souvent ce sont maintenant d'lgantes gerbes lches, noues
de rubans qui avivent et rehaussent les douces teintes des fleurs.

Le fugace prsent emprunte, pour charmer les yeux, les formes les plus
varies; bref, la fantaisie et l'ingniosit ont beau jeu en pareille
occurrence.

On offre des coussins tout en fleurs; l'initiale de la jeune fille en
fleurs d'autre teinte; des coussins de roses avec initiale en
tubreuses, de petites lyres en camlias avec les cordes en cordonnets
d'or, puis toute la srie des paniers avec leurs formes exquises et
bizarres. Nos fleuristes sont aujourd'hui de vritables artistes.

[Illustration]




_La bague de fianailles._


Doit tre apporte ds la troisime visite du fianc; la jeune fille
l'attend avec une certaine impatience, cette bague, image palpable de
l'engagement qui la lie, en attendant l'anneau symbolique.

Ds la seconde visite, le jeune homme s'informera des gots de la
jeune fille et il lui apportera,  la visite suivante, ladite bague,
qu'il passera  son doigt en lui baisant la main.

Il doit, auparavant, demander la permission  sa future belle-mre.

Lorsque le jeune homme est orphelin, il peut apporter la bague de sa
mre.

La bague de fianailles est gnralement une perle, une meraude, un
saphir, une turquoise entoure de brillants; un brillant solitaire
quelquefois.

Certaines personnes superstitieuses pensent que l'opale est un prsage
de malheur, c'est pourquoi on l'offre rarement.

Une des plus jolies  offrir est la bague jumelle si  la mode
maintenant, deux cercles souds l'un  l'autre et qui ont une perle et
un brillant comme ornement; l'alliance du brillant et de la perle est
emblmatique: la perle, la jeune fille; le diamant, l'pouse.

Le jour de la remise de la bague, le jeune homme fera bien d'apporter
un bouquet  sa future belle-mre.

[Illustration]




_La Cour._


Lorsqu'un mariage est dcid, l'usage veut qu'on fixe la date des
fianailles; on donne  cette occasion soit une soire, soit un dner,
et les deux familles s'entendent sur les invitations  faire; on ne
convie gure que parents et amis intimes; les simples connaissances ne
sont pas admises, mais si le mariage a t ngoci par des tiers il ne
faut pas manquer de les inviter et de les placer aux cts des
fiancs.

Les fianailles sont annonces au dessert.

Si c'est une soire qu'on donne, l'annonce du grand vnement est
faite vers minuit.

Inutile de dire que le fianc doit tre d'une parfaite exactitude;
s'il se faisait attendre, ce serait un absolu manque de savoir-vivre.

Le lendemain du dner ou de la soire, on doit crire aux membres de
la famille qui sont en province, afin de leur faire connatre la
nouvelle.

Il faut fixer,  quelques jours prs, la date du mariage le jour des
fianailles.

Huit jours aprs le dner ou la soire de fianailles, les parents du
jeune homme invitent  leur tour la jeune fille et sa famille; lorsque
le prtendant est orphelin, inutile de dire qu'il ne rend aucun dner,
et-il une maison monte; un veuf peut seul se permettre cela.

Pour ces dners, les jeunes gens sont placs l'un prs de l'autre, en
face du pre et de la mre de la fiance; le pre du jeune homme est
auprs de la matresse de la maison, la mre auprs du matre de
cans; s'il y a d'autres invits, on les groupe selon les ges, les
positions, les sympathies.

Pour ces runions, la fiance doit tre vtue de teintes claires; les
teintes rose ple, bleu ciel, crme, ne sont pas l'uniforme des jeunes
femmes. Les jeunes filles peuvent porter toutes les teintes.

L'habit n'est pas de mise dans un dner de famille.

Pendant le temps de la cour, octroyer aux fiancs une certaine
latitude, sans toutefois les laisser livrs  eux-mmes.

Il est bon de les laisser causer librement, sans qu'on puisse entendre
ce qu'ils disent.

Les fiancs ne doivent jamais s'asseoir sur le mme meuble, ils ne
peuvent rester ensemble dans une pice ferme; pourtant les
convenances sont sauves s'ils sont en tte--tte dans une chambre
dont la porte ouverte donne sur une autre pice occupe par la mre ou
des personnes de la famille.

Si le fianc sort avec sa future et sa belle-mre en expectative, il
doit offrir le bras  cette dernire; mais souvent, pour faire plaisir
au jeune couple, celle-ci l'autorise  donner le bras  sa fiance.

Les fiancs ne doivent s'appeler que monsieur et mademoiselle; seules
les relations d'enfance autorisent l'emploi du prnom.

Le baiser sur le front est permis, mais la simple poigne de main est
de meilleur got, et mme un cousin et une cousine qui s'embrassaient
franchement lorsqu'ils n'taient que parents, se bornent au
_shake-hand_, lorsqu'ils deviennent fiancs.

Lorsqu'on a les entrevues d'affaires chez le notaire, on s'y rend
sparment; mais le bon got veut que le jeune homme et ses parents
soient arrivs les premiers.

On tient, en gnral, les projets de mariage aussi secrets que
possible, mais, lorsque la chose est bien et dment officielle, la
mre de la jeune fille accompagne de celle-ci fait ses visites et
annonce l'vnement  toutes ses relations.

Le fianc a, de droit, son couvert  la table de famille de la jeune
fille; il est de bon got de ne pas en user tous les jours.

Lorsqu'on se marie avec une veuve, la question n'est plus la mme; on
peut sortir seul avec elle, aller au thtre et elle vous reoit sans
tierce personne.

Il n'y a pas de dner de fianailles; la bague est remise dans une
simple visite.

Les bouquets sont moins de rigueur; on peut les remplacer par des
plantes durables.

La veuve qui reoit son fianc doit viter le noir et les teintes de
demi-deuil dans ses toilettes.

Lorsque la mre du jeune homme reoit dans son salon la fiance de son
fils, qu'elle soit veuve ou demoiselle, la formule de prsentation 
ses amis est strotype; elle dira: Je vous prsente mademoiselle X.
ou madame X., ma future bru. Le ton doit tre affectueux.

Certains traits de savoir-vivre interdisent  une jeune fille d'aller
en soire, au thtre, pendant le temps de la cour; en outre, ils lui
recommandent de ne pas danser plus de trois fois avec la mme
personne, si ce n'est avec son fianc.

La mode a un peu chang ces coutumes.

Le jeune homme fera bien aussitt de faire un tri dans ses relations;
de prluder en quelque sorte  la vie srieuse.

[Illustration]




_Le Contrat._


La signature du contrat se fait ordinairement quinze jours avant le
mariage; le premier ban et les publications lgales se font aprs;
alors on est certain qu'une question d'intrt ne viendra pas  la
traverse des projets; les discussions d'intrt ne doivent jamais
avoir lieu devant les jeunes gens et ceux-ci doivent avoir l'air de
les ignorer. Certaines personnes signent seulement le contrat trois ou
quatre jours avant le mariage.

Le contrat se signe chez le notaire ou dans une soire que donnent les
parents de la jeune fille; quelquefois, c'est un dner auquel on
convie le notaire; on peut encore faire une grande rception de jour.

Voici le libell des faire part pour une signature de contrat, si on
le fait avec quelque solennit:

     _Monsieur et Madame L..... seront chez eux
     le 1er dcembre 1894_:

     Signature du contrat.

La mode n'tant plus de faire une fte le jour du mariage, on profite
de celui du contrat pour runir ses amis.

Le crmonial du contrat est le mme dans tous les cas: qu'on aille
chez le notaire, qu'il y ait dner, soire ou rception de jour.

L'on s'assied en cercle, les jeunes gens l'un  ct de l'autre, les
parents, les tmoins.

Le notaire se place devant une table.

Disons  ce propos qu'il y a des familles qui aiment avoir chacun leur
notaire.

Le notaire lit le contrat, demande si on est bien d'accord et tend la
plume au jeune homme; celui-ci signe, passe la plume  la fiance, qui
la passe ensuite  sa future belle-mre, celle-ci la transmet  la
mre de la jeune fille, puis, dans le mme ordre, aux deux futurs
beaux-pres, enfin aux tmoins, en suivant les prsances d'ordre et
de parent.

Si la signature du contrat a lieu dans une soire, on passe dans une
pice spare, puis on reporte le contrat dans le salon, on le pose
sur une table, et il reste ouvert afin que toutes les personnes
puissent signer si elles le dsirent.

Si on dsire avoir la signature de hauts personnages ou de parents
gs qui ne se drangent pas, on leur porte le contrat  signer chez
eux.

S'il y a un bal, la jeune fille l'ouvre avec son fianc.

La jeune fille, s'il y a rception chez elle, porte une jolie toilette
de nuance claire, dcollete, un peu dame dj; toutefois elle ne
mettra pas les bijoux de sa corbeille, qu'on doit lui avoir envoye le
matin; elle aura encore ses petits bijoux de jeune fille.

L'usage veut qu'elle offre lesdits bijoux en prsent  ses jeunes
amies. Celles-ci sont toujours reconnaissantes de cette attention.

[Illustration]




_Les Lettres de faire part d'un Mariage._


Ces lettres doivent tre adresses le lendemain du contrat, si
celui-ci prcde de quinze jours la crmonie; on peut aussi ne les
envoyer qu'une huitaine avant.

Lorsque les grands-parents sont encore vivants, ils figurent toujours
en premire ligne pour annoncer le mariage.

On peut ne plus envoyer de double lettre de faire part, c'est--dire
que le ct gauche appartient  la famille de la marie, le ct droit
 celle du mari.

_Modle d'une lettre o les grands-parents sont mentionns._

   Monsieur et Madame Albin, et Madame Dufresne, ont l'honneur de
   vous faire part du mariage de Mademoiselle Marguerite Dufresne,
   leur petite-fille et fille, avec Monsieur Gaston Calmette,
   capitaine au 18e dragons,

   Et vous prient d'assister  la bndiction nuptiale qui leur sera
   donne, le mardi 20 novembre 1894, en l'glise Notre-Dame des
   Victoires,  midi trs prcis.

     _Paris, le_

     _202, rue Neuve-des-Petits-Champs._

   Madame veuve Calmette, Monsieur et Madame Calmette ont l'honneur
   de vous faire part du mariage de Monsieur Gaston Calmette,
   capitaine au 18e dragons, leur petit-fils et fils, avec
   Mademoiselle Marguerite Dufresne,

   Et vous prient d'assister  la bndiction nuptiale qui leur sera
   donne, le mardi 20 novembre 1894, en l'glise Notre-Dame des
   Victoires,  midi trs prcis.

     _Paris, le_

     _102, rue d'Amsterdam._

Lorsqu'une catholique pouse un protestant ou un isralite, la fin de
la lettre se libelle ainsi:

   Et vous prient d'assister  la bndiction nuptiale qui leur sera
   donne en l'glise de... et au temple ou  la synagogue de....
   rue de....

L'usage veut que ce soit la religion de la femme qui ait les honneurs.

Pour un orphelin:

   Monsieur Louis T..... chevalier de la Lgion d'honneur, officier
   de l'Instruction publique, avocat  la Cour d'appel, a l'honneur
   de vous faire part de son mariage avec Mademoiselle Ccile D.....

Une veuve sans parents fait elle-mme part de son mariage.

Voici un modle de lettre que j'ai sous les yeux; il est timbr aux
armes des deux familles.

     M.

   Vous tes pri d'assister  la clbration du mariage entre
   Monsieur Gontran de J., vicomte de St-P., et de Mademoiselle
   Anne-Marie de B..., lequel aura lieu le 30 du prsent mois de
   juin, en l'glise de Saint-Pierre de Chaillot,  midi.

   De la part: du colonel de B..., du marquis et de la marquise de
   St-P., aeul, pre et mre du fianc; de la duchesse douairire
   de B..., du duc et de la duchesse de B..., aeule, pre et mre
   de la fiance.

Une formule simple qu'on peut toujours employer est celle-ci:

   Monsieur et Madame C..... ont l'honneur de vous faire part du
   mariage de leur fille Mathilde avec Monsieur Julien S...., etc.

Ou encore:

   Monsieur le docteur L..... et Madame L..... ont l'honneur de vous
   faire part du mariage de Mademoiselle Marie L..... avec Monsieur
   Ferdinand D...., etc.

Si, aprs la messe, il y a lunch, on met, dans les lettres destines
aux personnages qu'on dsire avoir  cette runion, une carte portant
cette mention:

   Madame Y... (la mre de la marie) recevra aprs la bndiction
   nuptiale.

C'est toujours la mre ou la grand'mre de la marie qui reoit.

Un lunch doit _toujours_ se donner chez la mre de la marie; jamais
au restaurant.

Les amis trs intimes sont invits de vive voix ou par lettres
autographes.

Ce qu'il faut viter  tout prix, parce que cela frise un peu le
ridicule, ce sont des indications de ce genre:

   Monsieur X..., _propritaire!!!_ et Madame X... ont l'honneur,
   etc.

Ou encore:

   Monsieur Z..., _ancien ngociant!!!_ et Madame Z... ont
   l'honneur.

Il est d'usage de ne mentionner que les dcorations nationales.

Les personnes qui, pour une raison ou pour une autre, n'assistent pas
 la bndiction nuptiale, envoient ds le lendemain leurs cartes aux
parents ou du jeune homme ou de la jeune fille selon qu'ils
connaissent l'un ou l'autre; dans le cas o, seul, le jeune mari
serait connu d'eux, c'est aux jeunes poux qu'il faut adresser sa
carte.

Non seulement il y a les lettres d'invitation  la crmonie; il y a
aussi les lettres de faire part du mariage tout simplement et qui
s'envoient huit jours aprs la crmonie.

Ces dernires sont pour les personnes habitant la province et qu'on
sait ne pas pouvoir assister au mariage; en voici le libell:

   Monsieur et Madame L..... ont l'honneur de vous faire part du
   mariage de Monsieur Edouard L..... leur fils, avec Mademoiselle
   Charlotte T.....

     _Paris, le_

     _Rue de Chabrol, 117._

La mme lettre pour les parents de la jeune fille.

Voici encore un modle:

   Le marquis et la marquise de C. M. ont l'honneur de vous annoncer
   que le mariage de leur fille Marie-Antoinette avec le baron de J.
   a t clbr le 15 de ce mois de dcembre, 1893.

Disons, pour terminer le chapitre des faire part de mariage, qu'on
ne doit oublier personne, fournisseurs, serviteurs, etc., enfin toutes
les personnes avec lesquelles on est en relations.

Ces lettres, non cachetes, s'affranchissent  cinq centimes.

[Illustration]




_La Corbeille._


Corbeille, que de folies on commet en ton nom! dirais-je, parodiant un
vers clbre.

En effet, malheureusement, il est des jeunes filles qui considrent la
corbeille comme l'affaire principale, la plus considrable dans un
mariage.

La corbeille est envoye le matin ou la veille de la signature du
contrat.

Il est  remarquer que, sauf la bagne de fianailles, le futur ne
donne pas de prsents de _valeur_ avant le contrat.

La corbeille dpend de la position et de la gnrosit du futur.

Elle n'est pas envoye ncessairement dans une corbeille; c'est dans
un coffret, un petit meuble, l'ancien coffre de mariage, si l'on veut
(ce dernier a beaucoup de cachet). Depuis quelque temps, la vraie
corbeille a fait sa rapparition; c'est une corbeille carre en
vannerie artistique, double de satin blanc; on dpose au fond les
toffes, les dentelles, puis les fourrures, les crins  bijoux et,
sur le tout, un gros bouquet de fleurs roses lies d'un lien de satin
blanc ou d'un lien d'or; ce qui me fait toujours penser  cette
vieille chanson bretonne:

     Vous voil donc lie,
     Madame la marie,
     Avec un lien d'or
     Qui n'dlie qu' la mort!

Il y a quelques annes, on avait essay d'offrir  la fiance une
somme plus ou moins importante, suivant la situation; mais cette
importation amricaine n'a pu prvaloir contre la vieille coutume
franaise.

Si la fiance a des frres et des soeurs, le futur joindra  la
corbeille les prsents qu'il leur destine.

Il n'est pas d'usage que la jeune fille fasse le moindre cadeau  son
fianc.

Si elle tient absolument  lui offrir quelque chose, qu'elle lui donne
une garniture de boutons de chemise en perles fines ou l'unique et
large bouton en or mat, que quelques lgants portent.

Le cachemire de l'Inde qui devait faire le fond de toute corbeille du
temps de nos mres a cd le pas  la jaquette de loutre.

On offre aussi quelques mtres de dentelle blanche; point  l'aiguille
ou d'Angleterre;

Des dentelles noires;

Une garniture de fourrure, renard bleu, skungs, martre, au choix;

Quelques robes _en pice_, robe de velours noir, de satin ou de moire
de teinte claire, de brocart ancien;

Un ventail en plumes d'autruche noires ou blanches, montes sur
caille blonde, avec, sur le ct, les initiales de la jeune femme,
c'est--dire l'initiale de son prnom et l'initiale de son nouveau
nom, en brillants ou en or;

Une jumelle de thtre;

Le livre de mariage, genre vieux missel;

Le porte-monnaie, le porte-cartes en ivoire avec appliques d'or
maill, genre byzantin;

Une petite bourse remplie de pices d'or _neuves_;

Des boutons d'oreilles en brillants (pas de pendeloques, de
girandoles), une broche en brillants, un bracelet pareil, une rivire
ou un rang de perles, un diadme ou une aigrette, la petite trousse
en or que portent maintenant les dames; enfin, d'autres bijoux, si
vous voulez, et des pierreries que la jeune pouse pourra faire
monter  son gr.

Je parle ici d'une riche corbeille.

La montre n'y figure jamais, car en somme ce n'est pas un bijou, mais
un objet d'utilit, et il est  supposer que la fiance a sa montre de
jeune fille.

Pour les corbeilles modestes, au contraire, la montre figure en
premire ligne.

Voici la composition d'une corbeille de ce genre:

Deux boutons d'oreilles en brillants ou en perles;

Une broche or, avec, au centre, un motif brillants et perles;

Un bracelet jonc en or cisel;

Un ventail de satin noir mont sur nacre;

Une robe de faille noire;

Une coupe de dentelle blanche;

Un ncessaire de travail en argent;

Un manchon et un tour de cou en fourrure.

On met aussi dans la corbeille la pice de mariage, vestige de
l'antique usage.

La pice de mariage est une mdaille en or ou en argent; une des faces
reprsente un sujet allgorique.

L'autre face porte les noms des deux conjoints et la date de la
crmonie.

Dans certaines campagnes, la femme reoit encore de son mari une pice
d'argent, nouvellement frappe; elle la fait percer, la porte  son
cou, suspendue par un ruban, ou bien  son chapelet, en guise de
mdaille.


_Le Trousseau._

La jeune fille apporte toujours son trousseau, mme si elle n'a pas de
dot.

Son linge personnel est marqu  ses initiales de jeune fille; par
exemple: Marie Durand, M. D., et le linge de table, de toilette, de
maison, en un mot, est marqu aux deux initiales des noms de famille.

La toilette de la marie est toujours fournie par ses parents.

Pour le trousseau, outre le solide linge classique, on doit faire un
peu la part de la fantaisie et quelques objets en soie ou en batiste
rose, bleu ciel, vert-nil, ne sont pas dplaisants.

[Illustration]




_La Question des Cadeaux._


Encore une question pineuse.

Disons, tout d'abord, que si le mariage s'est fait par l'intermdiaire
d'une personne, le mari doit un prsent  celui ou  celle qui a fait
son bonheur!

Le mari donne une gratification aux domestiques des parents de la
marie, aux employs de la mairie, paie les actes notaris.

Tantt c'est la famille de la jeune fille qui fait les frais du
mariage religieux, des voitures, etc.; tantt c'est celle du jeune
homme (ce devrait tre ainsi); en tous cas, les frais du dner, du
lunch, du bal, s'il y en a un, sont _toujours_  la charge des parents
de la jeune fille.

Souvent on partage tous les frais entre les deux familles.

Les tmoins, les parents, les amis donnent un prsent  la jeune
fille; c'est, en gnral, un cadeau collectif, une pice de mnage,
mais les parents offrent toujours les objets les plus intimes.

Varie est la liste des prsents:

Toute la lyre de l'argenterie, depuis les petites cuillres jusqu'au
surtout d'orfvrerie, en passant par les plats et les rchauds;

Des glaces, des lampes sur pied, cave  liqueurs, paravent, meubles
volants, garniture de chemine, bronze, terres cuites, livres,
antiquit, tableaux, etc., etc.

Pour les personnes de positions modestes, on fera bien de ne pas
donner un cadeau qui dtonnerait sur l'ensemble.

Lorsque les personnes qui font des cadeaux au jeune couple sont en
relations, elles font bien de s'entendre afin de ne pas faire double
emploi en offrant les mmes prsents.

La jeune fille offre d'ordinaire un cadeau  la bonne de ses parents
ou  sa femme de chambre, si elle en a une; gnralement, c'est une
montre.

Le jeune mari doit galement un prsent  ses beaux-frres et
belles-soeurs, s'il en a: ce sont, pour les enfants de beaux livres;
pour les jeunes gens et les jeunes filles, des bijoux: pingles de
cravate, boutons de manchettes, bagues, bracelets.

Pour entrer en mnage sous de favorables auspices on ne devrait pas
oublier les pauvres.


_L'exposition des prsents._

Sur une table on doit placer les prsents des amis, avec la carte qui
y tait jointe.

En croulements, le linge de maison; en paquets attachs de faveurs
roses, les objets du trousseau.

Sur un petit guridon, les crins ouverts o scintillent les diamants,
les ventails entr'ouverts, les dentelles poses sur transparents,
bleus pour les blanches, roses pour les noires; les soieries en
ventail.

Il est certainement inutile de recommander  nos jeunes filles de ne
pas faire de comparaisons avec la corbeille de telle ou telle amie
marie; de ne pas trop faire scintiller des joyaux devant des amies
moins fortunes qu'elles.

Ces recommandations n'ont pas besoin d'tre faites, tout dpend de la
dlicatesse du coeur, science qui ne s'apprend pas, qui est inne.

On remercie aussi chaleureusement le parent pauvre qui vous offre une
veilleuse de porcelaine que le riche qui vous fait prsent de
vaisselle plate.

Un beau service de table en fine porcelaine avec les initiales est
toujours bien reu.

[Illustration]




_Formalits lgales du mariage._


Certaines personnes prtendent et soutiennent, au nom de la loi, qu'il
faut quinze ans et trois mois  une jeune fille pour se marier et
dix-huit ans et trois mois  un jeune homme.

C'est une erreur.

Il faut quinze ans et dix-huit ans rvolus; n'y et-il qu'un jour en
plus, cela suffit.

Lorsque deux jeunes gens veulent se marier, il faut qu'ils demandent
ou fassent demander  la mairie, de procder  la publication du
mariage.

Il faut onze jours d'affiche avant de pouvoir clbrer le mariage;
toutefois, on n'est pas forc de se marier sitt le dlai coul: il
faudrait une anne entire de passe pour tre contraint de refaire de
nouvelles publications.

Si les parents, dont le consentement est ncessaire, habitent une
autre commune que les enfants, il faut galement des publications 
leur municipalit.

Les publications portent les noms, prnoms, profession, domicile, la
qualit de majeur ou de mineur, des futurs conjoints; mention est
faite des noms, prnoms, profession des parents; on indique leur
domicile ou le lieu de leur dcs.

Il faut six mois d'habitation dans le mme endroit; si ce laps de
temps n'est pas accompli, les publications se font au domicile actuel
et au prcdent.

L'homme est considr comme mineur jusqu' vingt-cinq ans, la femme
jusqu' vingt et un an, et les publications devront tre faites au
domicile des pres et mres, aeuls ou aeules.


PICES A PRODUIRE:

Extrait lgalis de l'acte de naissance des deux fiancs;

Acte de mariage des parents;

Acte de dcs, en cas de mort, de l'un ou des deux parents;

Pour un militaire, la permission du ministre de la guerre;

La mme permission est obligatoire pour les employs  la suite des
armes.

A ce propos, disons que pour un militaire, vingt-cinq jours avant la
crmonie du mariage, les publications sont mises  l'ordre du jour du
corps de l'arme selon le grade et l'emploi du futur; ce qui n'empche
pas les publications  son dernier domicile.

Il faut aussi le consentement des parents, lorsqu'ils sont absents;

Un certificat du mdecin en cas de maladie et le consentement; un
jugement en cas d'interdiction;

Pour un veuf ou une veuve, l'acte de dcs du premier conjoint;

Le consentement des tuteurs pour les orphelins;

Pour un ou une divorce, l'acte de divorce;

Mme si l'on est veuve ou divorce il faut le consentement des
parents.

Peuvent faire opposition  un mariage sans dommages et intrts:

1 Le conjoint d'un prcdent mariage;

2 Les pre et mre;

3 Les aeuls et aeules, lorsque les parents sont dcds, fous, ou
interdits;

4 Dans le cas o le futur poux serait priv de ses facults
mentales ou s'il tait sous la dpendance d'un conseil de famille
ayant refus son consentement, tout membre de la famille peut faire
opposition.

Mais, en cas de trouble mental, l'opposant est forc de provoquer
l'interdiction dans les formes et dans les dlais voulus et, si son
opposition est rejete, il peut tre condamn  des dommages et
intrts.

Dans le cas de parent tel que ceux de beau-frre et belle-soeur,
oncle et mre, cousin et cousine, il faut faire une demande de
dispense au chef de l'tat; de mme, pour pouvoir se marier avant
quinze ans ou dix-huit ans.

Lorsque les mineurs n'ont plus d'ascendants directs, il faut le
consentement du conseil de famille.

Dans le cas o il y aurait eu des sommations respectueuses de la part
d'un des poux, il faut produire le procs-verbal de la remise de ces
actes respectueux.

Enfin, dans le cas o ces actes seraient ncessaires, disons que la
loi autorise un homme aprs vingt-cinq ans, et une fille aprs vingt
et un,  faire signifier ces sommations, par un notaire,  l'ascendant
qui refuse son consentement.

Il faut trois sommations,  un mois d'intervalle l'une de l'autre
jusqu' trente ans; pass cet ge, un seul acte suffit, mais on ne
peut procder  la clbration du mariage qu'un mois aprs la
sommation.

En cas de dissentiment entre les parents ou entre les grands-parents,
le consentement du pre ou de l'aeul suffit.

Il faut un certificat du notaire, en cas de contrat de mariage.

Pour l'homme, il faut le certificat qu'il a satisfait  la loi de
recrutement.

[Illustration]




_Mariage  la mairie._


Il est d'usage maintenant que le mariage civil prcde de quelques
jours le mariage religieux.

Cette coutume offre plusieurs avantages et vite une trop grande hte
pour le jour de la crmonie religieuse. Le mari, ses pre et mre,
la marie avec les siens, plus quatre tmoins, choisis bien entendu
parmi les personnes dont le consentement n'est pas exigible, se
rendent  la mairie, ensemble ou sparment.

Le bon got veut que, des deux cts, on envoie chercher ses tmoins
en voiture.

On marie de neuf heures du matin  cinq heures du soir.

On peut marier dans une demeure prive; dans ce cas, on laisse les
portes grandes ouvertes; ce n'est que dans des circonstances
exceptionnelles qu'on peut clbrer un mariage chez soi.

Si on veut se faire marier  un jour ou  une heure particuliers, il
faut une autorisation du maire.

Les tmoins sont gnralement choisis parmi les parents proches ou les
amis intimes.

Ils vont directement  la mairie, dans les voitures qu'on leur envoie.

On peut, sans faire une faute de savoir-vivre, leur donner simplement
rendez-vous.

Inutile de dire qu'un tmoin ne se fait jamais attendre.

Le futur, accompagn de ses parents, se rend au domicile de sa future.

La toilette, pour l'homme, est la toilette de ville habille: pantalon
gris, redingote, gants mi-clairs, chapeau haut de forme.

Pour la femme, une lgante toilette de dner, teinte indcise
souvent; pour la premire fois, elle arbore la capote, ce chapeau de
la femme marie; elle ne porte pas ses diamants.

Pour l'hiver, je conseillerai une toilette velours bleu fonc, chapeau
pareil, avec plumes ciel; ou une bengaline gris fer avec chapeau
velours noir et plumes roses.

L't, gardons-nous du rose, du ciel, du crme.

Une toilette de taffetas glace, avec chapeau lger, sera prfrable;
gants biscuits.

Gnralement les mres sont en noir ou en teintes trs sombres.

Pour partir  la mairie, la jeune fille prend le bras de son pre et
monte avec lui et sa mre dans la premire voiture; les deux dames
occupent les places du fond.

Le mari monte avec sa famille dans l'autre voiture; il se place sur
le devant.

La marie fait son entre  la mairie au bras de son pre; le mari
sort donnant le bras  sa mre; la mre de la jeune fille donne le
bras au futur beau-pre.

Le mme ordre sera suivi pour aller  l'glise.

Les futurs poux se placent l'un  ct de l'autre, la marie 
droite, devant la table municipale; les tmoins de chaque ct, les
parents derrire.

Lorsque les garons de la mairie annoncent: Monsieur le maire, tout le
monde doit se lever.

Sur la table sont placs le registre du mariage, le code et les pices
demandes par la loi.

Le maire donne lecture des actes, du chapitre VI du code civil relatif
aux droits et devoirs respectifs des poux.

Puis, il demande  chacun des conjoints s'il prend l'autre pour poux.

On doit rpondre: Oui, tout simplement, et non pas: Oui, monsieur.

Sur la rponse affirmative des deux poux et sur celle des parents qui
donnent leur consentement, le maire dclare les jeunes gens unis au
nom de la loi.

Malgr le prjug de la loi salique, c'est la marie qui signe la
premire l'acte de mariage, elle tend ensuite la plume  son mari, qui
lui dit: Merci, madame, lui donnant le premier ce titre devenu le
sien.

Les tmoins signent ensuite.

Le mariage civil est gratuit.

Il y a un tronc pour les pauvres, et chacun y dpose son offrande.

Dans quelques mairies, on remet une bourse aux demoiselles d'honneur
qui font une qute parmi les assistants.

Le mari donne aussi aux garons de service.

L'on remet au mari un extrait de l'acte de mariage rdig sur papier
timbr et aussi un livret de famille.

Les nouveaux maris sortent de la mairie au bras l'un de l'autre et
montent en voiture avec le pre et la mre de la jeune fille; le mari
se place sur le devant avec son beau-pre.

On donne souvent un dner o seuls le mari, sa famille et les tmoins
sont invits.

Quelques personnes croient bien faire en mettant les jeunes poux  la
place du matre et de la matresse de la maison; c'est une faute
contre le bon got; ils sont videmment les personnages importants de
la journe et doivent avoir les places d'honneur, c'est--dire, la
marie  la droite de son pre et le mari  la droite de sa
belle-mre, mais, sous aucun prtexte, ils ne prennent la place des
matres de maison.

Le nom de madame ne doit tre donn  la nouvelle marie qu'aprs la
clbration du mariage religieux.

Le mari se retire avec sa famille et les invits d'assez bonne heure;
il serait indiscret de rester trs longtemps.




_Les formalits du mariage catholique._


L'glise ne bnit pas de mariages pendant le carme jusqu' l'octave
de Pques; non plus, entre le premier dimanche de l'Avent et la fte
de l'piphanie.

Cependant, avec une dispense, on peut se marier pendant ces temps.

Il faut galement une dispense pour les mariages entre parents.

Cette dispense s'obtient par l'entremise du cur de la paroisse
moyennant une somme qui varie, selon le degr de parent.

Les bans doivent tre annoncs au prne, pendant trois dimanches
conscutifs, aux paroisses des deux poux; on peut racheter deux bans
et mme trois bans; mais ce dernier rachat n'est admis que dans
certains cas trs graves.

Le prix de rachat des bans est fix, selon les usages, par chaque
paroisse.

Si on laisse couler trois mois aprs la publication des bans, avant
de clbrer le mariage, il faut les renouveler; dans certaines
paroisses, on a six mois.

Pour pouvoir publier les bans  l'glise, il faut un certificat de
publication  la mairie.

Aucun ministre d'une religion n'a, en France, le droit de bnir une
union, si elle n'a pas t clbre devant l'officier de l'tat civil.

En passant outre, il aurait d'abord une amende de 16 francs; et, en
cas de rcidive, il serait condamn la premire fois  un
emprisonnement, variant de un  cinq ans, la seconde fois,  la
dportation.

Il faut donc faire dposer  la sacristie un certificat du mariage
civil, avec le certificat de publication des bans dans les deux
paroisses, les dispenses de l'vque, en cas de mariage entre parents
ou en temps prohib; les extraits de baptme des deux poux, le
certificat de premire communion qui peut,  la rigueur, remplacer
l'extrait de baptme; le billet de confession.

Si la crmonie a lieu dans une glise autre que la paroisse de l'un
des maris, le consentement des curs de ces glises est ncessaire,
ou, en cas de refus de leur part, l'autorisation de l'vque.

L'acte du prcdent mariage et l'acte de dcs de l'poux pour les
veufs ou veuves qui se remarient, remplacent les certificats de
baptme et de premire communion.

Il faut aussi une dispense papale pour pouser une personne
appartenant  une autre religion.

Il y a plusieurs classes pour le mariage religieux. Les premires
classes voient le mariage clbr au matre-autel avec une plus ou
moins grande profusion de fleurs, de lumire, de chants, de musique.
Les autres classes sont pour la chapelle de la Sainte-Vierge, de
Saint-Joseph et autres chapelles.

On s'entend  l'avance avec le prtre qui reprsente le cur et la
fabrique; on paye tous les frais: les gratifications aux employs de
l'glise et le prix des chaises sont compris dans ces frais.

[Illustration]




_A l'Autel._


Si l'on dsire que la bndiction nuptiale soit donne par un prtre
tranger  la paroisse, il y a un arrangement  prendre: c'est alors
le prtre qui et bni l'union qui dit la messe.

Le mariage religieux se clbre toujours dans la matine; dans
quelques chteaux, chez les partisans des innovations, on voit des
mariages qui sont clbrs  minuit. Je n'aime pas cela; la lumire du
jour, le soleil me semblent indispensables.

Le mari et sa famille se rendent les premiers au domicile de la
marie.

Le mari apporte  sa femme le bouquet nuptial qui doit tre
entirement blanc, mais non compos exclusivement de fleurs d'oranger;
ce n'est plus le volumineux bouquet rond, entour de papier dcoup;
c'est une gracieuse gerbe de moyenne grosseur, aux tiges flexibles;
les tiges sont entoures d'un mouchoir de batiste garni de haute
dentelle qui retombe en collerette autour des fleurs; un noeud de
ruban de satin ou de moire blanc,  longs pans, attache le mouchoir,
charmant cadeau pour la jeune femme.

Le mari doit envoyer prendre chez eux, en voiture, les tmoins, les
parents, les amis, les garons d'honneur qui doivent former le cortge
de la marie.

Dans les mariages modestes, ces personnes se rendent  pied au
domicile de la marie.

Seuls, les garons d'honneur vont toujours en voiture chercher leurs
demoiselles d'honneur. Bien entendu, les jeunes personnes ne s'en vont
jamais seules, avec leurs garons d'honneur, fussent-elles deux; il
leur faut toujours un chaperon.

Le matin de la crmonie, le garon d'honneur envoie  sa demoiselle
d'honneur un bouquet ROS et non pas blanc, entour de dentelle et li
de ruban blanc; ce bouquet doit tre plus petit que celui de la
marie.

A moins de relations troites entre la famille du garon d'honneur et
celle de la demoiselle d'honneur, celui-ci ne doit pas envoyer le
moindre prsent. En cas d'intimit ou de parent, il peut envoyer des
gants, une jardinire, mais jamais de bijoux.

Le lendemain du mariage, le garon d'honneur rend une visite  la
famille de la demoiselle d'honneur.

On doit ne jamais prendre frre et soeur pour tre garon et
demoiselle d'honneur; il faut intervertir l'ordre des familles.

Il n'est pas ncessaire d'tre de la famille pour remplir ces
fonctions.

Le nombre des demoiselles d'honneur est illimit, deux, quatre, six;
en Angleterre, elles sont quelquefois douze, habilles de mmes
nuances claires formant un charmant escadron volant  la jeune
pouse.

[Illustration]




_Toilette de la marie._


Lorsque tout le monde est arriv, le pre de la marie va chercher sa
fille et la conduit au salon o la mre de la marie reoit ses
invits.

La marie doit porter une robe de satin, de brocart, de moire, de
faille, de cachemire, de mousseline blanche; quelle que soit la valeur
de l'toffe, la faon doit tre _simple_.

Les dessous de la marie doivent tre entirement blancs; chemise de
batiste ou de surah blanc, avec noeuds bb en satin blanc, aux
paulettes, pantalon assorti; corset de faille ou de satin blanc,
petit jupon assorti et grand jupon de satin, de faille, de nansouk,
tout floconneux de multiples volants qui doivent soutenir la trane;
la robe  trane ronde ou carre peut tre garnie dans le bas d'une
draperie retenue par de minuscules piquets de fleurs d'oranger, ou
tout unie. Le corsage et les manches, selon la mode de l'anne o on
se marie; un tout petit bouquet d'oranger au ct gauche du corsage;
pas de brillants, pas de bijoux,  peine des perles aux oreilles.

Dans quelques mariages fastueux, on garnit la robe des dentelles de
famille et la marie a un voile de vieux point d'Angleterre ou de
toute autre dentelle prcieuse.

Les grosses couronnes qui casquaient si lourdement les fronts des
maries ne se portent plus  Paris; on prfre la petite couronne
comtesse, pose trs en arrire. Le piquet de ct en aigrette ou un
tout petit semis de fleurs d'oranger est joli et  la mode.

Le voile se pose  la juive,  la mauresque,  l'espagnole, mais je
prfre  la juive.

Bas de soie, souliers de satin blanc; gants _longs_ en chevreau blanc.

Tout au plus, en fait de joyaux, un rang de perles.

Le mari porte le classique costume: souliers vernis, chaussettes de
soie noire, pantalon noir, gilet noir, cravate de soie blanche, habit,
gants blancs, claque.

Si le futur appartient  l'arme, il se marie en grand uniforme.

Les modes plus ou moins exotiques qui ont essay de prvaloir contre
le costume traditionnel n'ont pas russi.

L'habit rouge que quelques sportsmen anglais ont adopt ferait en
France assez mauvais effet.

De mme quelques lgants chez nous ont vainement essay de mettre 
la mode la redingote longue et le pantalon gris, ce costume
matrimonial n'a point t adopt.

[Illustration]




_Cortge._


Comme pour aller  la mairie, la marie occupe la droite dans la
premire voiture  ct de sa mre; son pre et sa soeur ou une jeune
parente prennent place sur le devant.

Il va sans dire que, si la jeune fille est orpheline, la dame qui lui
sert de mre a tous les honneurs.

Dans la seconde voiture monte le mari,  ct de sa mre; en face,
son pre et sa soeur s'il en a une, ou tout autre proche parent.

Si les demoiselles d'honneur ne sont pas dans les voitures des maris,
elles sont avec leur famille et leurs garons d'honneur dans les
voitures qui suivent immdiatement celle de la marie; aprs viennent
les tmoins, puis, un peu  leur guise, les invits.

Les cochers, les serviteurs ont  leur boutonnire un trs petit
bouquet de fleurs d'oranger.

Lorsque la marie descend de voiture, il doit y avoir, sous le porche
de l'glise, une femme de chambre avec des aiguilles enfiles, des
pingles, de manire  pouvoir rparer toute avarie  la virginale
toilette ou tout au moins arranger le voile, la trane. C'est  ce
moment que se forme le cortge.

Toujours la marie doit laisser se former le cortge avant de
descendre de voiture.

Au son d'une marche triomphale la marie effectue son entre au bras
gauche de son pre; dans le cas o il porterait l'pe, au bras droit.

Elle ne doit pas distribuer des signes de tte et des sourires de
droite et de gauche; elle doit s'avancer d'un pas cadenc, les yeux
baisss sans ostentation.

Le mari vient ensuite avec sa mre, puis la mre de la jeune femme
avec le pre du mari, les deux couples de garons et de demoiselles
d'honneur, les plus proches parents des deux familles, assortis d'ge
et de got autant que possible, le flot des amis et en serre-file les
hommes qui n'ont pas de cavalires, chose qu'il faut viter autant que
possible.

Lorsque la jeune femme arrive  sa place, le suisse ou mieux le garon
d'honneur doit arranger son voile, sa trane.

Au reste, pour tre digne de cette fonction, envie et pourtant
difficile de garon d'honneur, il faut payer de sa personne; non
seulement le matin on doit aller chercher sa demoiselle d'honneur,
mais encore les autres dames.

Au signal donn par le suisse d'un coup de hallebarde, tous les
assistants se sont levs, ils se tournent  demi pour regarder le
dfil.

Le pre de la marie la conduit  sa place; le prie-Dieu est  gauche,
un cierge  poigne blanche brle auprs; le mari est  droite avec
ses tmoins.

Il est  remarquer que les amis et invits du mari sont du ct
droit, ceux de la marie du ct gauche.

Les parents sont dans le choeur le plus prs possible de leur enfant;
les garons d'honneur doivent placer les invits selon les rangs de
parent.

[Illustration]




_Le Crmonial._


Le suisse et le bedeau indiquent aux assistants le moment o il faut
se lever, s'agenouiller, s'asseoir.

A l'glise, des parents peuvent remplir le rle de tmoins; il suffit
donc d'en avoir deux, au lieu de quatre comme  la mairie.

La jeune marie doit viter de tourner la tte pour voir ce qui se
passe derrire elle; le soin de son voile, de sa robe ne doit pas
l'occuper.

Si, dans l'glise o a lieu le mariage, on tend le pole (bande
d'toffe) au-dessus de la tte des maris, je recommande vivement au
garon d'honneur de faire attention  la coiffure de la marie.

Les maris sont assis pour couter l'allocution du prtre au sujet de
leurs devoirs rciproques et des obligations qu'ils auront envers les
enfants qui leur natront.

Pour la conscration du mariage le prtre vient aux jeunes poux, qui
se tiennent par la main droite (dgante), et c'est ainsi qu'ils
doivent rpondre aux questions sacramentelles.

De mme, lorsqu'ils s'agenouillent sur leurs prie-Dieu pour recevoir
la bndiction.

Le oui doit tre articul  mi-voix mais distinctement.

Lorsque les anneaux sont bnis, le prtre les remet  l'poux;
celui-ci passe l'alliance symbolique au quatrime doigt de la main
dgante de sa femme. Il serait logique que celle-ci passt de mme
la bague au doigt de son mari, mais c'est lui-mme qui s'en charge.

Les maris peuvent ensuite se reganter.

Tantt on applique la pice d'or ou d'argent  la cire du cierge que
tiennent les poux pour aller baiser la patne, tantt on la dpose
dans le plat de vermeil que tient l'enfant de choeur.

Pour les qutes dans l'glise, faites par les garons et les
demoiselles d'honneur, il y a certaines nuances  observer.

Disons,  ce propos, que, si les garons d'honneur sont de tout petits
garons et de toutes petites filles, et rien de plus charmant, on peut
se livrer  la fantaisie pour les habiller.

Lorsqu'il s'agit de demoiselles pour de bon, elles devront viter
d'tre en blanc, sauf les gants qui, ainsi que ceux des garons
d'honneur, doivent toujours tre de cette couleur; la nuance paille ou
crme n'est mme pas admise. La bourse de quteuse est faite en toffe
semblable  la robe avec petit bouquet d'oranger et noeud de ruban.

Pass trente ans pour les demoiselles et quarante ans pour les
garons, il n'est gure possible d'accepter ces fonctions.

Lorsque le suisse (pour le couple qui appartient au ct de la marie)
et le bedeau (pour celui qui appartient au ct du mari) viennent
chercher les garons et les demoiselles d'honneur pour la qute,
ceux-ci doivent tout d'abord dposer leur offrande personnelle au fond
de la bourse, puis la prsenter au jeune couple, aux parents qui sont
dans le choeur, enfin descendre dans la nef et s'arrter devant chaque
rang d'invits, qui  droite, qui  gauche.

Le garon d'honneur tient de la main gauche le bouquet de sa compagne
et son claque et il lui offre le _poing droit ferm_; la jeune fille y
pose sa main gauche: cette main doit tre maintenue  une certaine
hauteur.

Cette position, trs gracieuse, vous a un petit air moyen ge plus
joli en vrit que l'attitude de jeunes gens marchant la main dans la
main comme des enfants qui vont  l'cole.

La jeune fille tend la bourse avec une grande discrtion; elle ne doit
pas l'agiter violemment en faon d'appel aux pices, surtout ne jamais
jeter un coup d'oeil dans l'intrieur, et son remerciement doit tre
galement gracieux si elle a entrevu l'clair d'un louis ou si elle a
peru le son d'une pice de dix centimes.

Si l'une des demoiselles d'honneur a une rcolte d'argent plus
abondante que celle de sa compagne, il serait d'une grande
inconvenance de faire sonner (c'est le mot) ce petit triomphe
d'amour-propre devant celle qui a t moins favorise.

Le rle de garon d'honneur est d'avoir l'oeil  tout, de prvenir les
dsirs des dames, de faire danser toutes les invites, s'il y a un
bal.

Lorsque la crmonie religieuse est termine, la marie, au bras de
son _beau-pre_ et non  celui de son mari, passe  la sacristie; le
jeune mari offre le bras  sa belle-mre, le pre de la jeune fille 
la mre du jeune homme.

Arriv  la sacristie, aprs avoir sign sur le registre, le jeune
couple ayant ses parents rciproques de chaque ct, attend le dfil,
les flicitations et les baisers.

Le registre reste ouvert pour tous, mais on ne doit signer que si l'on
vous en prie,  moins que vous soyez un trs grand personnage et que
votre signature ne soit un grand honneur.

Lorsque les derniers invits sont partis de la sacristie pour aller
reprendre leur place  l'glise, la marie, au bras de son mari cette
fois, et prcde du suisse, traverse l'glise de nouveau aux sons de
l'orgue.

Le mari monte avec sa femme, sa mre et son pre dans une voiture,
les deux femmes au fond, bien entendu.

Si le mari a une voiture, il part seul avec sa femme dans son coup.


_Mariage protestant._

On commence par aller  l'glise, si l'un des deux conjoints est
catholique, on peut n'aller qu'au temple ou  l'glise, mais le
savoir-vivre veut qu'on aille aux deux.

Les crmonies sont les mmes.

On n'exige en fait de pices que le certificat du mariage civil.

Le prtre catholique n'est jamais invit aux ftes de mariage; le
pasteur peut l'tre.


_Mariage isralite._

Lorsque la marie juive sort de sa maison, on a la trs jolie coutume
de jeter des fleurs sur son passage.

Les hommes qui assistent  un mariage isralite gardent leur chapeau
sur la tte  la synagogue.

La marie fait son entre  la synagogue, soutenue et comme trane
par ses deux tmoins, qui lui tiennent les mains trs leves.

Elle monte les degrs du tabernacle et s'assied sous un vaste dais
avec son mari, les parents, les tmoins, les garons et les
demoiselles d'honneur.

Le rabbin, comme le prtre, prononce un discours, reoit le
consentement des poux et celui des parents, puis le mari passe
l'anneau au doigt de sa femme en disant qu'il la reconnat pour sa
lgitime pouse devant l'ternel, devant la loi de Mose et de l'tat.

Le rabbin bnit l'union, fait boire aux poux le vin consacr dans une
mme coupe qu'on jette ensuite par terre; lorsqu'elle se brise en
beaucoup de morceaux, c'est signe de prosprit pour le jeune couple.

L'acte de mariage est lu  haute voix avant la signature.

Lorsque les Isralites appartiennent au rite portugais, la fiance a
brod une charpe qu'on place sur les paules du mari; la marie
donne galement au jeune mari le linceul dans lequel on l'ensevelira.

Le mariage russe est trs potique, le mari est couronn de fleurs,
on lche des colombes.

[Illustration]




_Autour d'un berceau._


Un petit personnage est n, fille ou garon, lequel, aprs les soins
d'usage, repose dans son berceau, tendu de rose pour la future mre de
famille et de bleu pour le gnral ou l'avocat clbre  peine clos.

La nouvelle maman, garde par sa mre ou par une parente, par sa
domestique ou par une garde, selon les positions de fortune ou de
convenances, ne doit recevoir, les neuf premiers jours, que des
visites de quelques minutes, o  peine entr, aprs avoir embrass
l'accouche, et s'tre, suivant l'usage, extasi sur le bb, il est
de bon got de se retirer.

Lorsqu'on n'est pas de la famille ou de la stricte intimit de la
jeune femme, il est prfrable d'aller demander des nouvelles et de
remettre sa carte sur laquelle on a trac quelques lignes
affectueuses.

La dclaration de naissance doit tre faite sous trois jours  la
mairie de l'arrondissement par le pre de l'enfant, et deux tmoins
franais pouvant signer et tant domicilis dans l'arrondissement o a
eu lieu la naissance.

Lorsque le pre est empch de se rendre  la mairie, il doit donner
une procuration; s'il tait absent, la dclaration doit tre faite par
le mdecin ou toute autre personne ayant assist  la naissance.

Faute de faire sa dclaration dans les dlais voulus, on peut avoir
une peine correctionnelle variant de trois jours  six mois de prison
et une amende variant de six  trois cents francs.

Le nouveau-n peut tre port  la mairie o l'officier de l'tat
civil constate son sexe, mais il est prfrable d'attendre le mdecin
des naissances, qui vient  domicile, dans les vingt-quatre heures qui
suivent la dclaration.

Une dclaration errone rend passible des peines les plus graves.

Les prnoms doivent tre indiqus dans l'ordre o l'on dsire qu'ils
restent.

Autant que possible, on donne  l'enfant trois prnoms au plus, 
moins que, pour des raisons de famille, on ne lui en accorde
quelques-uns en surcrot; mais cette longue numration n'est plus
gure usite en France et semble rserve aux grands d'Espagne qui,
dans les sicles passs, entassaient leurs appellations sur des
monceaux de parchemin.

Les noms de fruits, de fleurs, les appellations grotesques sont
interdits.

On donne gnralement  l'enfant le prnom de son parrain si c'est un
garon, ou le prnom de sa marraine si c'est une fille; puis les
prnoms de ses pre et mre, ou ceux choisis par ces derniers.

Souvent aussi le got de la maman domine et le prnom sous lequel le
baby sera dnomm n'appartient  aucun membre de la famille; en ce
cas, les prnoms des parrains et des marraines viennent en seconde
ligne. Du reste, il est de bon got, pour une marraine, de se rcuser
avec grce de donner son prnom, s'il ne doit pas plaire  la maman.

Les prnoms bizarres, extraordinaires, sont gnralement bannis par
les familles.

L'lgance, pour les jeunes mamans, consiste  avoir une toilette de
nuit trs mousseuse, orne de rubans bleus ou roses, selon, comme je
l'ai dit, que le chrubin est un monsieur ou une demoiselle.
L'oreiller sur lequel elle repose doit tre orn de mme; la robe de
chambre des relevailles, les rubans de la layette galement; mais,
ceci n'est nullement obligatoire et rentre dans le domaine de dame
Fantaisie. Il est bon de dire que presque toutes les femmes aiment
assez ces menus usages qui ne sont pas bien coteux et qui ornent la
vie.

Pour passer de la chambre  coucher au salon et y faire sjourner
l'enfant, on a d'exquis petits berceaux sans pieds, dnomms Mose.

On doit envoyer des billets de faire part  toutes les personnes avec
lesquelles on est en relation.

La fantaisie est admise pour ces billets qui s'envoient quinze jours
aprs la naissance.

Pour les amis intimes, la parent, on prvient, ds le lendemain, par
un mot crit  la main.

Les billets se font sur de petites feuilles doubles ou sur des cartes
unies ou dores en genre parchemin.

On peut les envoyer sous enveloppe non cachete; les initiales du baby
au coin gauche.

Le papier peut tre uni ou liser de rose ou de bleu selon les cas;
lorsqu'on a des armoiries, on les met; quelquefois aussi le monographe
des parents.

On doit retourner une carte dans les deux jours qui suivent la
rception du faire part ou, si l'on veut, une lettre de flicitations;
cela dpend du degr d'intimit.

Une mode, nouvelle et bien gentille, est celle qui consiste  joindre
 la lettre de faire part une carte minuscule corne, avec le prnom
du baby, c'est une politesse que le nouveau-n fait, d'ores et dj, 
toutes les personnes qui peuvent s'intresser  son arrive en ce
monde.

Voici quelques modles de billets de faire part.

   _Monsieur et Madame de B.... ont l'honneur (ou le plaisir) de
   vous faire part de la naissance de leur fils Pierre._

     _Paris, le 25 novembre 18  ._     _22, rue de l'Arbre-Sec._


   _Monsieur et Madame R. D.... vous font, avec joie, part de la
   naissance de leur fille Marguerite, qui est dj sage et jolie._

   _J'ai le plaisir de vous annoncer que j'ai fait mon entre en ce
   monde le 29 de ce mois de dcembre et que ma petite maman et moi
   nous nous portons bien._

     MARIE D....


   _Nous avons le plaisir de vous annoncer la naissance d'un gros
   garon, qui a reu les noms de Lucien-Lon-Alfred et qui se porte
    merveille._

     Monsieur et Madame D....


   _Monsieur et Madame Louis D.... ont le plaisir de vous faire part
   de la naissance de leur fils, qui a reu les prnoms de
   Raymond-Gontran._

   _Parrain: Monsieur Raymond D....._
   _Marraine: Madame D....._


   _J'ai la joie de vous annoncer mon heureuse arrive en ce monde;
   j'espre y tre heureuse et gte. Ma petite mre et moi nous
   nous portons  merveille et petit pre est trs content._

     LAURE-CCILE D....


Autant que possible, quand on va faire ses compliments, ne pas trouver
de ressemblance entre le nouveau-n et tel ou tel ascendant.
Savons-nous si le pre ou la mre ne trouvent pas ces personnes-l
affreuses?

A l'occasion d'une naissance, les parentes et les femmes de
l'entourage font un cadeau au baby; ce sont souvent des objets
confectionns par elles-mmes: bavoir lgant, une initiale
discrtement brode dans un coin; brassires, petits chaussons de
laine rose ou bleue, bonnet mignon, voire mme bracelet d'or avec une
mdaille o sont gravs les prnoms de l'enfant.

Cette mode de bracelets est assez abandonne depuis quelques annes.

Le pre offre gnralement un prsent  la nouvelle maman; c'est
presque toujours un bijou, objet durable, qui perptue le souvenir de
l'heureux vnement.

[Illustration]




_Sur les fonts baptismaux._


J'engagerai toujours  faire clbrer le baptme six semaines ou deux
mois aprs la naissance et non tout de suite, ainsi qu'on le faisait
il y a quelque vingt ans.

La crmonie ainsi recule permet  la jeune maman d'y assister,
d'tre avec le chrubin l'hrone de la fte et, de cette manire,
l'inquitude tant bannie, on peut tre tout  la joie.

Les personnes pieuses qui craignent pour la vie future du baby doivent
le faire ondoyer; mais, je le rpte, le baptme tant la fte de
famille par excellence, tout le monde doit y prendre part.

Les parrains et marraines doivent tre dsigns plusieurs mois 
l'avance. On choisit gnralement, pour le premier-n, la grand'mre
maternelle comme marraine et le grand-pre paternel comme parrain;
pour le second bb, c'est l'inverse, grand'mre paternelle et
grand-pre maternel.

Faute de ces trs proches parents, on prend les frres et soeurs des
poux.

Un frre ou une soeur peuvent trs bien tre parrain ou marraine de
leur frre ou soeur.

L'glise exige l'ge de sept ans pour pouvoir tre parrain ou
marraine, mais, par faveur spciale, elle admet quelquefois des
enfants plus jeunes,  condition qu'ils aient des rpondants.

On nomme, d'ancien temps, compre et commre le parrain et la
marraine.

Il importe, pour s'assurer un parrainage, de s'y prendre longtemps 
l'avance.

Lorsque le compre et la commre ne se connaissent pas, il est bon de
les prsenter l'un  l'autre avant la crmonie.

Pour le baptme, les prnoms donns  l'enfant doivent tre inscrits
dans le mme ordre qu' la mairie.

Si la marraine ne connat ni le parrain ni sa famille, un tiers est
ncessaire, lorsque, le jour du baptme, celui-ci va chercher sa
commre en voiture ou  pied, pour l'accompagner au domicile de
l'enfant.

Quelques jours avant la crmonie, la marraine envoie la robe, le
bonnet, la pelisse, le chapeau que portera l'enfant. Elle peut
n'envoyer que deux de ces objets, chapeau et pelisse, ou robe et
bonnet.

L'lgance diffre suivant les moyens.

Pour mon fils, voil ce que sa trs aimable marraine a donn: robe de
mousseline  tablier d'entre-deux de valenciennes, sur une robe de
soie bleu ple faisant transparent; petit bonnet tout en entre-deux de
valenciennes et de plumetis sur nansouk avec grosse ruche de
valenciennes et d'troites coques de ruban comte en satin crme;
pelisse en cachemire crme, brode au pass d'une guirlande de fleurs;
effil de soie crme tout autour, doublure en satin crme, pique;
capote de satin crme avec la mme broderie qu' la pelisse, garniture
de plumes crme.

Les robes de piqu, les pelisses  carreaux, les capelines en laine
peuvent galement s'offrir.

Le parrain, suivant ses ressources, offre  son ou  sa filleule tous
les petits ustensiles  son usage: polon  bouillie, petite tasse,
coquetier, petite cuillre, petite assiette, hochet, timbale, rond de
serviette en argent, en vermeil, mme en or, ou un seul de ces objets,
ou mme un simple hochet en ivoire, en os.

Une robe, une pelisse, une capeline confortable, en _couleur_,
quelques menus objets utiles font le plus grand plaisir aux parents.

Dans la semaine qui prcde le baptme, le parrain doit envoyer  la
marraine les botes de drages et un bibelot quelconque.

Il y a vingt ans, le prsent tait classique: c'tait invariablement
une bote  gants contenant six ou douze paires de gants. Il fallait
donc demander la pointure de la dame, les nuances qu'elle prfrait,
etc., etc. Maintenant la mode a renvers cet usage, et on peut offrir
indiffremment un bronze, une jardinire avec des fleurs, un ventail
et mme, si le degr d'intimit est grand, un bijou.

Les pre et mre de l'enfant doivent, de leur ct, commander des
botes de baptme; l'usage veut que le parrain et la marraine leur en
offrent chacun une.

Les botes de baptme sont en papier rose ou bleu; on en fait
aujourd'hui d'adorablement jolies: bote avec le prnom de l'enfant et
la date de sa naissance estamps en relief or ou argent, ou les deux
mlangs; avec les initiales entrelaces en givr or ou argent avec le
nom en diamant; avec aquarelle reprsentant un amour peignant le nom
du nouveau-n sur une bote de baptme; avec un cortge XVIe sicle,
violoneux en tte, parrain et marraine, qui sont un marquis et une
marquise falbalats, jetant les drages  un peuple de marmots qui se
bousculent; ou bien des anges posant dans un berceau un petit enfant;
une cloche, laissant tomber le baby, si le baptme se trouve au temps
pascal.

On peut aussi offrir en place de bote un sac de moire ou de satin 
la marraine et  la jeune maman; en tous cas, elles doivent recevoir
toutes les deux un bouquet.

Le parrain a la charge des cadeaux  la marraine,  la garde, aux
domestiques,  l'enfant de choeur, au cur.

La pice de cinq, dix ou vingt francs qu'on offre au prtre doit tre
place dans une bote de drages, de mme pour les autres personnes,
sauf pour l'enfant de choeur auquel on donne un ou deux francs de la
main  la main.

Pour la garde et la nourrice, on peut varier entre cinq et vingt
francs.

Pour les domestiques, c'est cinq francs, gnralement.

Le jour du baptme, le parrain va prendre la marraine chez elle en
voiture ou  pied et l'amne chez les parents de l'enfant.

Si c'est en voiture, la maman et la nourrice portant l'enfant
monteront dans cette voiture pour aller  l'glise; elles occuperont
toutes les deux les places du fond; le parrain et la marraine sur le
devant.

On doit s'entendre  l'avance avec le cur pour le jour et l'heure de
la crmonie. Pour l'entre  l'glise, c'est la personne qui porte
l'enfant qui ouvre la marche.

Le parrain est plac  droite de la personne qui tient l'enfant, la
marraine  gauche.

Le _Pater_ et le _Credo_ qui sont demands doivent tre rcits en
franais; le cierge est tenu ensemble, de la main droite, par le
parrain et la marraine.

Il ne faut jamais rpondre: oui, monsieur, mais, oui, tout
simplement.

Le parrain et la marraine mettent leurs mains droites _dgantes_ sur
la tte de l'enfant en mme temps que le prtre.

Aprs la crmonie du baptme, on se rend  la sacristie pour signer
l'acte.

A la sortie, mais moins frquemment qu'autrefois, le parrain et la
marraine jettent des drages et quelques pices de monnaie aux gamins
assembls.

Au dner de baptme, le parrain et la marraine occupent les places du
matre et de la matresse de la maison.

Le dner doit tre servi avec crmonie; des drages doivent figurer
au dessert.

Jamais la nourrice ne doit y assister;  la fin du repas, ou plutt
au commencement, il arrive que l'on fait circuler de main en main le
hros de la fte lequel, gnralement, dsapprouve fort cette faon
d'aller et le tmoigne par des cris perants.

Un mois aprs le baptme, si la marraine est marie, son mari doit
inviter  dner le parrain et les parents de l'enfant.

En cas de ncessit on peut demander un prtre pour que le baptme ait
lieu  domicile.

Les usages sont les mmes pour le baptme protestant, sauf en ce qui
touche la crmonie du baptme qui est, comme tout le crmonial de ce
culte, rduite  sa plus simple expression.

Comme chez les chrtiens, l'enfant isralite a un parrain et une
marraine.

Le premier jour de sabbat (c'est--dire le samedi), le pre qui a eu
un garon doit porter une offrande  la synagogue.

Dans les deux cas, il y a runion de parents et d'amis  la maison et
le rabbin ou,  son dfaut, le pre, appelle solennellement les
bndictions du dieu d'Abraham et de Jacob, sur le nouveau-n.

[Illustration]




_Parrainages._


Si on acceptait  la lettre les devoirs de parrain et marraine, il ne
s'agirait de rien moins que de remplacer le pre et la mre pour
toutes choses, en cas de mort.

Sans tre aussi rigoriste, nous devons penser que l'enfant tenu par
nous sur les fonts du baptme ne peut, ne saurait tre un tranger
pour nous.

On doit lui faire un cadeau au jour de l'an,  sa premire communion,
 ses succs d'examens,  son mariage,  sa premire paulette, enfin,
un souvenir, quelque minime qu'il soit,  tous les vnements
importants de sa vie, que, du reste, ledit filleul doit annoncer, par
lettre ou par visite,  ses parrain et marraine.

Tout au moins deux fois l'an, il doit aller les voir ou leur crire.

Si les parrain et marraine sont des parents, cette qualit ne
prvaudra pas, et il est de meilleur got de dire grand-pre que
parrain  son aeul; de mme pour ses oncles et tantes, frres et
soeurs.

La position du parrain et de la marraine est-elle trs suprieure 
celle du filleul, celui-ci doit garder une certaine rserve, ne jamais
s'imposer et crire dans les termes les plus respectueux; ne pas dire
simplement: mon cher parrain, ou ma chre marraine, mais bien monsieur
et cher parrain, madame et chre marraine.




_La Nourrice._


Combien vtilleux le choix d'une bonne nourrice, celle qui, si
malheureusement vous ne nourrissez pas, vous remplacera auprs de
votre enfant, cueillera son premier sourire, apaisera ses premiers
cris, sera presque sa mre en un mot.

On doit s'occuper du choix d'une nourrice un mois avant l'vnement;
il faut recourir au mdecin qui, lui, ne se laissera pas tromper par
les apparences.

Autant que possible n'envoyez pas votre enfant en nourrice  la
campagne, rduisez-vous  tous les sacrifices pour le garder auprs de
vous.

Pour notre nourrice contentons-nous du costume classique, la robe
plate trs ample, la vaste plerine dans laquelle on peut envelopper
l'enfant entirement, le petit bonnet, les deux pingles, la couronne
de larges rubans, aux bouts flottants sur les talons et le tablier
blanc orn d'une dentelle ou d'une broderie tout autour.

A la premire dent de l'enfant, il est d'usage de donner un cadeau 
la nounou.

Si vous le pouvez, il est prfrable de faire djeuner et dner la
nourrice  votre table; vous viterez ainsi bien des drangements au
baby, drangements souvent causs par un fruit ou une crudit mangs
subrepticement par nounou.

La boisson de celle-ci doit tre de la bire, du vin et de l'eau
d'orge.

Si vous sortez avec votre nourrice, faites-lui toujours prendre la
droite; en voiture, elle doit occuper le fond, de prfrence  une
jeune fille ou  un jeune garon.

Il est de trs mauvais genre de faire monter une nourrice prs du
cocher, qu'on ait son quipage ou qu'on aille en fiacre.

Pendant les premires semaines qui suivent la naissance, on fera bien
de porter les enfants, qui ne sont encore que de petits paquets
vivants, sur un coussin de plumes et de crin, recouvert de satinette
bleue ou rose, de mousseline ou de tulle brod.

Le coussin tient chaud et n'chauffe pas l'enfant auquel il faut
donner une position normale; ne pas le coucher et le porter toujours
du mme ct, en variant chaque jour.

Le savoir-vivre des tout petits est une science qu'il faut leur
apprendre ds le berceau et toutes les mamans devraient y veiller et
empcher, ds le principe, Bb de sucer son pouce, parce qu'il y a 
craindre la dformation de la bouchette et du petit pouce.

De concession en concession, pour avoir la paix, faibles mres que
nous sommes, nous laissons faire de grosses sottises  nos chers
enfants, et plus tard ce sont des cris et des larmes puis des
corrections lorsqu'il faut faire des tres civiliss de ces petits
bonshommes et de ces petites bonnes femmes qu'on et pu, ds le
berceau, duquer pour ainsi dire en gentlemen ou en ladies du maillot.

[Illustration]




_La premire enfance._


Jusqu' sept ans, un enfant ne dne pas  table, lorsqu'il y a du
monde, ceci est conforme au systme de nursery de nos voisins
d'outre-Manche, dont nous n'avons point  mdire,  condition de
pouvoir faire autrement et d'installer, s'il nous plat, le baby dans
son petit fauteuil.

Et en effet, ces mignons ne sont-ils pas, pour nous autres mres, les
plus grands personnages du monde?

On me fera quelques observations au nom du dcorum et de la propret.

On enfreint parfois quelques rgles, et des meilleures. Que la mre
qui n'a point pch me jette la premire pierre.

Pour la propret, si vous craignez le renversement de la timbale ou
les mouchetures de bouillie sur la nappe blanche, ayez la prcaution
de placer devant le petit un carr de toile cire: de cette faon
l'accident sera vite rpar.

Une remarque assez curieuse  faire, c'est que, avant de savoir
parler, l'enfant sait frapper, et le pre et la mre, idoltres et
ravis, baisent le petit poing rose et se font gloire de la vigueur du
coup port.

Que de fois avons-nous entendu dire: Donne un coup, un grand coup pour
faire voir comme tu es fort. Et l'enfant de s'escrimer.

Aussi plus tard, lorsqu'on voudra lui faire perdre cette sotte et
dplorable habitude, aura-t-on toutes les peines du monde.

Certains trouvent aussi trs amusant d'entendre la bouche frache de
bb prononcer des mots risqus.

Etonnons-nous donc que bb, inconscient mais triomphant, emmagasine
dans son petit cerveau, dj trs subtil, qu'il peut tre impertinent
sans danger pour lui!

Aucune de nous ne pense qu'il est bon d'avoir toujours la mine svre
et grondeuse que nos anctres prenaient envers leurs enfants, qu'il
nous faut exiger le vous crmonieux en place du bon tutoiement;
cela regarde au reste chaque mre de famille; mais on s'accorde 
reconnatre que la grande familiarit entre les parents et les
enfants, la camaraderie, en un mot, est plus nuisible qu'on ne le
croit, elle porte atteinte au respect et par consquent  l'esprit de
famille.


_Vers sept ans._

Ds la prime enfance, il faut habituer l'enfant  tre propre, lui
faire essuyer sa petite bouche, ne pas rire quand il a des
moustaches en chocolat, exiger qu'il replie sa serviette et qu'il
aille se laver les mains avant de s'asseoir  table, ne pas y mettre
les coudes, ne pas parler la bouche pleine, et ne pas porter la main
au plat.

Lorsque les enfants savent rciter des fables  peu prs, ou fredonner
une chansonnette, il n'est plus gure admis de leur demander au
dessert la preuve de leur talent.

Cela ennuie presque toujours les personnes trangres, et ce n'est que
par excs de politesse qu'elles vous le demanderont, sachant bien vous
faire plaisir.

Il faut interdire aux enfants d'tre impertinents avec les
domestiques; une parole polie est aussi vite prononce qu'une
malhonntet.

Un enfant doit toujours se baisser vivement et ramasser l'objet que
son pre, sa mre ou un de ses parents a laiss tomber, mettre un
coussin sous les pieds de la grand'mre, aller chercher le journal ou
les lunettes du grand-pre, apaiser par une grimace ou une caresse
petit frre ou petite soeur qui pleure (les marmots prfrent
gnralement la grimace), rapporter une fleur  sa petite mre, un
bonbon ou un gteau  ses frres et soeurs, s'il en a et s'il est all
djeuner ou goter en ville; enfin, avoir ces infiniment petites
prvenances qui _ouatent_ l'existence et font voir qu'on est bien
lev.

Les enfants, lorsqu'ils sont gronds, ne doivent pas raisonner,
rpliquer.

Il faut de bonne heure habituer les enfants  tre polis entre eux et
 viter les taquineries. Comme l'a dit Victor Hugo, la taquinerie
est la mchancet des bons.

Ne laissons pas les enfants se trahir entre eux, rapporter, mme si
nous dsirons savoir quelque chose; rien de plus vil que l'espion.

Faisons-leur ranger leurs jouets, leurs objets personnels; qu'ils ne
s'habituent pas  tre servis; qui sait ce que l'avenir leur rserve?

[Illustration]




_La petite fille._


La fille est la petite amie de la maman, bien plus que le garon que
l'ducation, le temprament, les besoins d'exercices physiques
loignent davantage de la maison.

Il faut donc faire de sa fille une compagne, l'initier de bonne heure
aux infiniment petits et aux grands devoirs de la femme.

Moins charmantes que les autres sont les petites filles raisonneuses,
faisant avec un imperturbable aplomb des rflexions au-dessus de leur
ge.

L'essence mme de la femme, il faut le reconnatre, est un peu futile.
O mres, prenons-y garde!

Mettons tt une aiguille dans les mains de la future femme,
faisons-lui recoudre un bouton, raccommoder une dchirure  l'habit de
son frre, intressons-la aux soins du mnage, faisons-lui faire la
cuisine dans de petits ustensiles qui seront joujoux pour elle, mais
qui l'initieront aux mystres du mnage; enfin prludons de bonne
heure  la mettre en tat de diriger le royaume de la femme.

Une petite fille entrant dans un salon avec sa mre doit aller
embrasser la matresse de la maison et faire un gentil salut gnral;
de mme en s'en allant.

Jamais une fillette ne doit rester au salon au jour de sa mre.

Elle vient dire bonjour, si on la demande, et s'en retourne de suite.

Si une petite fille reoit des leons d'un professeur homme,
n'et-elle que quatre ou cinq ans, il est de la plus lmentaire
biensance que sa mre, ou sa bonne, soit en tiers.

Ce qui s'applique  la petite fille doit tre de plus de rigueur
encore pour la jeune fille.

[Illustration]




_Le petit garon._


L'ducation virile doit tre donne par le mari, mais,  son dfaut,
la mre doit se masculiniser un peu et savoir faire rciter au jeune
homme le _De viris_ ou le _Select_.

Habituez de bonne heure le jeune garon  tre poli, prvenant pour
les dames.

L'ducation amricaine a son bon ct pour les jeunes garons qui ne
peuvent pas tre surveills comme les filles.

Il faut leur laisser un peu d'initiative, ne pas trop les lever dans
les jupons de la maman, les laisser faire quelques courses seuls, les
rendre dbrouillards en un mot.

Plus que jamais, en notre terrible temps de _struggle for life_,
l'homme doit savoir se tirer d'affaire, et ce n'est pas en gardant son
fils claustr au logis qu'on en fera un lutteur pour l'avenir.

Mais si le petit garon doit tre un peu indpendant, il ne faut pas
qu'il fasse montre d'un sans-gne dplorable. Chaque mre en sait
autant que moi sur ce chapitre.

Un de mes petits amis, un jour dnant en ville pour la premire fois,
fut prsent  la marquise de C... et au docteur V.... Alors, l'enfant
leur tendant la main, dit avec une dsinvolture adorable: Enchant de
faire votre connaissance!

Un jeune garon doit offrir _de lui-mme_ le bras  une petite fille
ou mme  une dame, lorsque celle-ci manque de cavalier pour passer du
salon  la salle  manger.

S'il dne  table, il ne doit se mler que trs discrtement  la
conversation, et surtout ne pas l'mailler du jargon collgial.

Si sa mre est assez bonne pour lui faire rciter ses leons, il doit
chercher  ne pas transformer en supplice ce peu rcratif exercice.

Les mensonges au sujet des places, des devoirs sont odieux et
mprisables.

L'homme qui ment est un flau. Le mot: Parole d'honneur, doit tre
sacr; dfendons  nos fils de le dire  propos de rien.

Il faut que l'honneur soit la grande leon de conduite des hommes mme
en herbe, et qu'ils s'habituent  le respecter profondment.

[Illustration]




_Prcepteurs et professeurs._


Les parents doivent toujours parler avec respect du professeur et ne
pas supporter que les enfants le raillent ou s'en moquent.

Si le professeur ou la matresse donne une punition  l'enfant, il
faut se garder de la lever, car son autorit serait diminue.

Au jour de l'an, il est bon de donner un souvenir au professeur qui,
pendant de longs mois, s'vertue  faire entrer dans les petites
cervelles les lments de syntaxe, de grammaire ou les hauts faits
d'Alexandre le Grand.

Ce souvenir peut tre un portefeuille, un porte-monnaie, un parapluie,
une canne, une garniture de bureau, une pingle de cravate, des
mouchoirs, une petite broche, un manchon, un sac  main; cela dpend
de la position et des moyens qu'on a.

Souvent les professeurs, homme ou femme, sont besogneux et la valeur
de l'objet, en argent, leur ferait plus de plaisir; si on sait cela,
on peut bien offrir la somme qu'on et consacre  l'achat d'un
bibelot. Mais il faut bien se garder de leur donner de la main  la
main, comme le salaire d'un domestique; on doit mettre ladite somme
dans une petite bote de fantaisie, un porte-monnaie ou, tout au
moins, une enveloppe ferme.

Il ne faut pas croire qu'en payant rgulirement un professeur et en
lui offrant un souvenir au jour de l'an, on soit quitte envers lui; il
faut encore lui tmoigner beaucoup d'gards et de politesse. Il peut
arriver que les matres soient en faute; ils ne sont ni impeccables ni
infaillibles; mais on doit se garder de les blmer devant les enfants;
pour cela on doit les prendre  part.

Les enfants doivent aller au-devant de leur professeur, le dbarrasser
de son parapluie, etc., surtout ne jamais le recevoir assis.

Au dpart, ils doivent le reconduire jusqu' la porte de l'appartement
ou de la maison.

Ne pas les interrompre, rire ou se moquer pendant qu'ils parlent.

Avec leurs camarades, ils ne doivent pas relever les ridicules des
matres (qui n'en a pas?), encore moins les affubler de sobriquets:
tout cela est du dernier mauvais got.

Si vous invitez un professeur de chant ou de musique  dner ou 
passer la soire, ne lui demandez pas de jouer ou de chanter quelque
chose; cela aurait l'air de lui faire payer l'hospitalit.

Lorsque les enfants sont externes dans un collge, ils ne sont pas
tenus  faire une visite le jour de l'an; tant demi-pensionnaires,
ils doivent la faire, seuls, ou accompagns du pre ou de la mre.

Pensionnaires, cette visite est obligatoire pour l'enfant et pour les
parents.

Pour les filles, la mre doit faire une visite; le pre vient ou
envoie sa carte.

Les professeurs qui donnent des rptitions  domicile peuvent
simplement envoyer leur carte; les parents de l'lve renvoient la
leur.

La grande politesse du professeur doit tre l'exactitude. Il lui faut
aussi une grande modration dans ses expressions, se tenir en garde
contre la familiarit et contre l'excs de svrit.

tant en voyage, un enfant doit crire au moins une fois  un
professeur.

Lorsque vous avez un prcepteur ou une institutrice  demeure et que
l'lve et le matre dnent ou djeunent seuls ensemble, ce dernier
doit avoir le plus d'honneur et tre servi le premier, il a le droit
d'attendre toutes les marques de respect qu'on doit aux parents.

A la table de famille ou dans un dner en ville o le professeur est
convi avec son lve, il est servi aprs les autres, mais avant
l'enfant.

En voiture, le professeur est plac devant avec l'enfant.

Lorsque les enfants ne paraissent pas aux grands dners, les
professeurs mangent avec eux,  part.

La chambre de celui qui fait l'ducation d'un enfant doit tre
contigu  la sienne.

[Illustration]




_Catchisme et premire Communion._


L'acte important de la jeunesse, celui dont on garde au fond du coeur
le souvenir embaum. tape fleurie o, dgag des limbes de l'enfance,
on risque les premiers pas conscients sur la route de la vie, qu'on
voit alors prisme de rose et de bleu et qui, souvent martre, vous
flagelle si cruellement! Mais, au moment de la premire communion, on
est heureux et on a coutume de dire: Le plus beau jour de la vie.
Donc pour ce jour solennel o la petite me a recouvr la blancheur
baptismale, il faut une fte de famille qui le grave dans l'esprit du
jeune nophyte.

C'est gnralement un dner o on runit parents et amis; je ne
conseillerai pas de donner une soire; emmener l'enfant au thtre
serait de la plus haute inconvenance.

L'entourer de trop de petits camarades est galement  viter; j'ai vu
une fois un enfant, trs recueilli le matin, qui, au contact de ses
jeunes camarades, s'tait peu  peu dissip et qui terminait cette
belle journe par un pugilat en rgle!

Pareil accident n'est pas  craindre avec les jeunes filles, mais il y
a un autre cueil  viter, celui de la coquetterie: elles pourraient
faire admirer  leurs amies les prsents, les bijoux qu'on leur a
donns, et l'on en a vu qui essayaient des effets de robe longue!

La premire communion se fait, gnralement, entre onze et douze ans.

L'instruction du catchisme est obligatoire pendant deux annes, un
an de petit catchisme, une fois par semaine, un an de grand
catchisme, deux fois par semaine.

L'acte de baptme est la seule pice  produire.

On peut avoir _gratuitement_ cet acte  la paroisse o l'enfant a t
baptis; l'usage veut qu'on donne un franc ou deux  l'employ de la
sacristie, bedeau ou suisse, qui vous le remet.

Si l'enfant fait son ducation chez lui, sa mre ou une personne de
confiance doit le conduire au catchisme, l'attendre et le ramener;
si, au contraire, l'enfant est au collge ou  la pension, ce sont les
chefs d'institution qui sont chargs de ce soin.

Voici le costume pour un petit garon:

Une chemise de batiste  plastron uni ou  petits plis.

Cravate lavallire en soie blanche ou noeud tout fait en satin blanc.

Chaussettes de fil ou de soie, blanches, bottines vernies; costume en
fin drap noir, forme veste, ou, si l'enfant est dans un collge ou
dans une institution, l'uniforme de ladite maison.

Brassard en faille ou en moire blanche; gants de peau blancs, chapeau
anglais ou casquette d'uniforme.

La toilette de la petite fille est plus complique, pourtant elle ne
doit jamais se dpartir d'une simplicit lgante.

Chemise, pantalon de batiste avec ou sans noeuds de soie blanche; bas
de soie ou de fil d'cosse blanc, souliers de satin ou de chevreau
blanc, corset blanc, jupon blanc amidonn un peu raide; robe de
dessous en soie blanche ou en percaline glace; robe de dessus en
mousseline blanche bien fine; grand ourlet surmont de cinq, sept,
neuf ou onze petits plis lingerie; corsage tout pliss avec les
manches que rclame la mode ou bien fronc  la vierge, avec les mmes
manches; ruche de mousseline de soie au cou, aux manches, ceinture
molle en surah, dont on fait le noeud soi-mme; petit bonnet de
mousseline  ruche de tulle illusion; voile de mousseline retenu par
de minuscules pingles  tte de perle fine.

Dans certains pays, le voile est remplac par une couronne de fleurs
blanches qui est cent fois plus jolie, mais il faut se conformer 
l'usage de sa paroisse.

Une aumnire genre Marguerite de _Faust_ en surah blanc, attache 
la ceinture, est prfrable au petit sac pass au bras, qui embarrasse
et qu'on risque de perdre. Gants de peau blancs, mousquetaires, ne
strangulant pas le poignet; cierge uni. Comme boucles d'oreilles, une
perle visse  l'oreille.

Garon et fille ont chacun un chapelet pass au bras gauche, assez
souvent; maintenant ce sont des chapelets en grenat, en lapis-lazuli,
en agate, monts en or ou en argent.

Pour le livre, on se conforme aux usages de la paroisse qui recommande
soit un paroissien, soit un manuel de catchisme.

Le paroissien est ou en ivoire, ou en nacre, en cuir de Russie ou en
maroquin.

Les communiants offrent  leurs amis des images plus ou moins belles
qu'on nomme souvenirs de premire communion, qu'ils portent
eux-mmes aux intimes et que leurs parents envoient, sous enveloppe
_cachete_, aux personnes qui sont en rapports moins directs avec la
famille; celles-ci doivent renvoyer une carte _aux parents_, avec un
mot affectueux pour l'enfant.

Ces images peuvent tre en simple papier avec les emblmes
eucharistiques, en parchemin genre byzantin ou en glatine avec
derrire les mots suivants: Souvenir de la premire communion de......
clbre le....

On fait aussi des images au revers desquelles sont simplement gravs
des versets de la Bible ou de belles penses. Il est de bon got de
faire le lendemain une visite au prtre qui a prpar l'enfant et de
lui porter un cadeau.

Cet usage n'est nullement de rigueur  Paris.

A la campagne, on ne pourrait y manquer sous aucun prtexte; on peut
offrir un bronze de pit, un volume rare ou mme un objet de
mobilier.

Voici une liste de cadeaux qu'on peut offrir  un petit garon, ou 
une petite fille; j'engage seulement les personnes qui les donnent 
ne les apporter que le lendemain si ce sont des bijoux, afin que le
tic tac de la premire montre ou le chatoiement des premiers joyaux
n'veillent pas dans le coeur des jeunes nophytes des penses peu en
rapport avec l'acte qu'ils viennent d'accomplir:

--Statuettes en vieil argent, livres de pit, crucifix, porte-monnaie
en caille, en cuir de Russie ou en maroquin cras avec les initiales
entrelaces en or, en argent, ou frappes; comme pour le livre de
messe, le portefeuille assorti.

--Une pingle de cravate en or et perle, une garniture de boutons de
chemise en or mat, une montre, une chane, des boucles d'oreilles,
bracelet, rang de perles, bagues; pour les cadeaux plus modestes,
signet avec agneau pascal en argent, petite croix en or maill,
mdaille avec peinture sur ivoire, bnitier, crayon ou porte-plume en
or, argent ou nickel, d argent ou or, mouchoir de soie blanche.

Le matin de la premire communion, l'enfant doit demander la
bndiction de ses parents.

On n'invite pas au dner le prtre qui a prpar l'enfant; du reste,
si on le faisait, il devrait refuser, car ayant eu tout un troupeau de
petits fidles, il ne peut faire une exception qui blesserait les
autres.

Il ne doit pas y avoir de soire aprs le dner.

Les visites de premire communion doivent se faire dans les trois
jours, l'enfant revtu de son costume, et la mre en toilette de
crmonie.

Le pre n'est pas forc,  Paris, de faire ces visites; dans certains
pays, sa prsence est obligatoire.

[Illustration]




_Second mariage._


La veuve doit, d'aprs le code, attendre dix mois rvolus avant de
contracter union.

Le veuf peut contracter mariage aussi promptement qu'il le veut;
toutefois s'il n'attend pas six mois au minimum il agit d'une faon
inconvenante.

Le veuf peut entourer sa seconde union du mme clat que la premire;
la veuve, au contraire, se remarie toujours avec discrtion.

Une dame veuve qui se remarie ne retire pas sa premire alliance; elle
la porte avec la seconde, au mme doigt.

La toilette de la veuve qui se remarie consiste en une lgante robe
de ville;  part le rose, on choisit la nuance qui va le mieux au
teint et  l'ge de la personne, avec un chapeau assorti.

Si, pour une raison quelconque, on trouve plus pratique une robe
fonce ou mme une robe noire, il sera de bon got dans ce cas
d'gayer la toilette par un chapeau clair et lgant.

On met quelquefois sur la tte une mantille de dentelle noire ou
blanche, attache par un piquet de fleurs: cet usage tend 
disparatre de plus en plus.

La toilette de l'homme est la mme qu' un premier mariage.

Lorsqu'une veuve se remarie, il n'est pas d'usage de donner un bal; 
peine une soire et encore mieux vaut un dner ou un djeuner.


_Mariage d'une demoiselle ge._

Les crmonies sont les mmes, mais il y a certains dtails de
toilette  observer.

Une demoiselle qui se marie  trente-cinq ou quarante ans s'habille
exactement comme une marie plus jeune.

Quand on a plus de quarante ans, on met une robe claire et on se
coiffe d'un chapeau assorti dans l'ornement duquel on fait entrer
quelques brins d'oranger.

Dans ce cas, on doit toujours choisir ce qui est le plus en rapport
avec l'air de la personne, et la situation qu'elle occupe.

Lorsque la marie est un peu ge, il n'y a pas de demoiselle
d'honneur.

Les rjouissances excessives ne sont pas de mise.


_Les noces d'argent._

Les noces d'argent se clbrent aprs vingt-cinq ans de mariage.

C'est une fte de famille des plus touchantes.

On va  la messe en cortge, le mari et la femme se donnant le bras.

La marie porte une toilette claire et tous ses diamants. Le mari a
la tenue officielle, habit noir, cravate blanche.

Les enfants doivent offrir un cadeau  leurs parents.

Quelquefois il y a un dner et un bal.

Le pre l'ouvre avec sa fille ane ou la femme de son fils, la mre
avec son fils an ou le mari de sa fille.


_Noces d'or._

Le crmonial est le mme.

La marie porte ordinairement une toilette de nuance violette; elle a
un bouquet de penses et tous les assistants en ont  leur boutonnire
ainsi que le mari.

Il n'y a gnralement qu'un dner.

[Illustration]




_Dner de Noces._


Il y a un peu de latitude pour le choix des places et ce n'est plus
forcment que la marie occupe la place d'honneur auprs de son pre
et le mari la place auprs de sa belle-mre.

Une coutume jolie, qui tend  se gnraliser, est celle qui met les
jeunes poux l'un prs de l'autre et les garons et les demoiselles
d'honneur prs d'eux.

La marie doit toujours tre servie la premire.

L'usage des toasts persiste, dans certaines familles; il est 
remarquer que ce sont les parents qui rpondent; les maris se
contentent de lever leurs verres.

Les compliments en vers dbits aux jeunes poux, les chansons de
circonstance sont galement tombs dans l'oubli, mais il faut toujours
tenir compte des usages locaux. Quelques-uns sont assez touchants.


_Lunch._

L'habitude la plus rpandue est maintenant d'offrir un lunch  ses
amis au sortir de la messe de mariage.

Il y a une quinzaine d'annes, c'tait un djeuner dnatoire.

Arrive chez ses parents, la marie doit distribuer les fleurs de son
bouquet  ses jeunes amies.

Bien entendu, on ne va au lunch que si on a t invit par crit ou
verbalement; celui qui s'imposerait se montrerait mal lev.

A moins que le dpart des maris ne soit prcipit par l'heure du
train, ils ne doivent se sparer des parents que lorsque le dernier
invit est parti.

Je ne veux pas recommander aux mres de ne pas pleurer; il est
toujours cruel, ce moment de la sparation, elle est terrible cette
heure o l'enfant cesse de vous appartenir.


_Bal de noces._

La marie ouvre le bal avec l'homme qui occupe la plus haute
situation; le mari agit de mme pour sa danseuse.

La seconde danse de la jeune femme appartient  son mari.

C'est la marie qui envoie inviter ses danseurs.

La mode tant  prsent que les maris ne partent plus en une fuite
perdue et restent au contraire jusqu'au dpart du dernier invit, il
est de bon got de prendre cong de bonne heure, deux heures du matin
au plus tard.

[Illustration]




_Les voyages de noces._


Il y a quelques annes, le bon ton exigeait que les jeunes maris
partissent immdiatement en voyage, imitant en cela nos voisins
d'outre-Manche qui s'en vont, sitt la crmonie termine, sous une
grle de riz et de souliers de satin blanc.

Aujourd'hui, plus sages et plus pratiques, les maris s'en vont tout
simplement chez eux et font leur voyage de noces un mois ou six
semaines plus tard.

Je sais qu'il est des partisans du dpart prcipit qui disent que
l'intimit vient plus vite en voyage.

Possible. Mais  ct de cela que d'inconvnients!

N'y a-t-il pas une sorte de barbarie dans cet acte d'enlever ainsi
brusquement une jeune fille, souvent presque une enfant,  son milieu,
 ses habitudes?

L'affection des poux se trouvera-t-elle augmente par les
dsagrments forcs des voyages?

Je ne le crois pas et j'estime que les premiers moments de tte--tte
avec son poux, c'est--dire avec un tranger qu'on connat
d'ordinaire depuis quelques mois seulement, doivent se passer dans le
home et qu'il est doux pour la jeune femme de pouvoir aller, ds le
lendemain, embrasser ses parents.

Si le mari a du tact, il prviendra ce dsir.

On lui saura gr de cette attention.

Lorsqu'on part en voyage de noces pour visiter, par exemple, des
parents gs qui n'ont pu assister  la crmonie, on doit viter
l'air jeunes maris; ne pas se tenir la main, ne pas se regarder
dans le blanc des yeux, en un mot ne pas attirer l'attention sur soi
par des dmonstrations de tendresse bonnes pour le huis-clos.

L'homme pour voyager portera un costume complet, un chapeau mou, des
gants brique; la jeune femme un costume de lainage beige, un petit
chapeau de feutre (que ce soit l't ou l'hiver, on le porte de mme),
un voile de gaze blanche formant tour de cou, des gants clairs,
puisque c'est la mode.

Que dans sa joie d'tre _Madame_ elle ne porte pas de diamants et
surtout qu'elle ne juge pas bon de prendre des allures vapores qui
donneraient triste opinion d'elle au futur compagnon de sa vie.

Je recommanderai aux jeunes filles de ne pas se mettre de suite en
familiarit avec leur mari; qu'elles ttent un peu son caractre et
qu'elles fassent bien attention de ne pas lui faire mille confidences
de linotte qu'il jugera adorables les premiers jours et assommantes
aprs.

Le tutoiement est gnral entre poux; mais ce que je prfre c'est la
coutume mixte qui rserve le _vous_ crmonieux devant les trangers
et le doux _tu_ pour l'intimit.

[Illustration]




_Les visites de noces._


Les visites de noces se font quinze jours aprs le mariage, si on ne
va pas en voyage; au retour, seulement, si le jeune couple est parti.

Le mari va seul chez ses amis clibataires.

La toilette de crmonie est de rigueur.

Ces visites durent  peine quelques minutes; c'est en somme une
prsentation du nouveau membre de la famille aux amis et
connaissances.

Il est bien entendu que les jeunes gens ont crit pour remercier les
personnes leur ayant envoy un prsent; mais cela ne les dispense
nullement de leur faire une visite de noces.

C'est au cours de ces visites gnralement que les personnes font
leurs invitations aux jeunes maris, soit pour un dner, soit pour un
bal, donn en leur honneur; on appelle cela le rendu de noces et les
nouveaux maris y occupent la place d'honneur.

La visite est rendue dans la quinzaine.

Si on ne dsire pas entrer en relations avec le jeune couple, on se
contente d'envoyer sa carte.

[Illustration]




_Les invitations  dner.--Les repas._


Ces invitations se doivent envoyer huit jours  l'avance ou tre
faites de vive voix dans ce mme laps de temps.

Je prfre l'invitation crite, qui permet de refuser par lettre et
non soi-mme, ce qui est toujours dsagrable.

Je sais des personnes qui, pour viter cet ennui, acceptent toujours
les invitations, se rservant d'crire la veille ou le jour mme, qu'
une circonstance imprvue, etc., les empche de se rendre 
l'aimable invitation, ou mieux encore envoient au dernier moment un
petit bleu. Rien de plus dsagrable pour la matresse de la maison
qui est force de remanier l'ordonnance de sa table, de dfaire le
couvert, de changer la place des convives.

On doit rpondre dans les trois jours qui suivent l'invitation.

Le silence quivaut  un consentement. Qui ne dit mot....

Entre amis intimes et avec un clibataire, les crmonies ne sont pas
ncessaires et on peut fort bien inviter la veille pour le lendemain,
le jour mme,  la rigueur.

Nulle raison de se montrer froiss, si on est invit au dernier moment
pour parer  une dfection.

Si on apprend qu'une ou qu'un de nos invits a un parent, un hte de
passage chez lui, on doit l'inviter galement, mme si on ne le
connat pas.

L'on n'invite jamais une dame seule  un dner d'hommes.

Si on a  dner une seule femme, avec son mari, et que le reste des
convives appartienne au sexe fort, il est d'usage de faire prendre 
cette dame la place de la matresse de la maison.

Cette invitation jadis n'tait point admise; mais avec les ides plus
larges et plus intelligentes de nos jours, il n'y a pas de clibataire
qui ne runisse  sa table ses amis maris, avec leurs femmes.

Je trouve cela trs bien; car inviter seulement et rgulirement le
mari, c'tait condamner madame  rester au logis et exposer le pauvre
homme  s'entendre reprocher maintes fois ces dners d'hommes, o on
ne sait jamais ce qui se passe.

On n'invite _jamais_ les enfants et les trs jeunes gens aux dners
tant soit peu crmonieux.

Disons en passant que, mme si on n'accepte pas l'invitation  un
dner, on doit une visite dans les huit jours; c'est une rgle peu
observe, malheureusement.

Les invitations se divisent donc en cinq catgories.

1 Les invitations de grande crmonie imprimes sur carte et ainsi
libelles:

   Monsieur et Madame Pierre de V.... prient Monsieur, Madame et
   Mademoiselle de M.... de leur faire l'honneur de venir dner avec
   eux, le mardi 20 novembre 1894.

     7 heures 1/2.
        _Adresse._

           R. S. V. P.

2 Les invitations de crmonie, entre amis, crites  la main.

   Monsieur et Madame Raymond D.... prient Monsieur et Madame D....
   de leur faire le plaisir de venir dner chez eux le samedi 24
   novembre 1894.

     8 heures.
           R. S. V. P.

3 Les invitations  un dner sans crmonie entre amis, crites sur
une lettre et envoyes sous enveloppe; jamais sur une carte postale ou
une carte-lettre.

     Chre madame,

   Mon mari et moi esprons que vous serez libres et pourrez venir
   dner avec nous, jeudi prochain, 1er dcembre. Nous comptons
   absolument sur un oui.

   Recevez, chre madame, l'expression de nos meilleurs sentiments
   et veuillez me rappeler au bon souvenir de monsieur Dorval.

   Mon mari joint ses compliments aux miens.

     M. R....

4 Invitation du jour au lendemain entre amis intimes.

     Ma chre amie,

   Venez donc demain manger avec nous un prigourdin truff, trs
   intressant.

     Mille amitis.

     JEANNE S....

Remarquez que l'heure n'est pas mentionne au bas de ce billet; on
sait la personne au courant des coutumes de ses htes.

Il est  observer aussi que, sauf les invitations de crmonie, les
autres sont toujours faites par la femme et si, pour une raison ou
pour une autre, c'est le mari qui crit, il commencera toujours ainsi:
Ma femme me prie, etc.

5 Les invitations pour le jour mme  des personnes avec lesquelles
on est en relations d'intimit et d'amiti; invitations qu'on peut
crire sur une carte de visite.

     Ma chre Julie,

   Viens donc dner ce soir avec ton mari, tu nous feras plaisir.

     Je t'embrasse.

     SIMONNE J....

Pour ces trois dernires catgories d'invitation, le style peut tre
trs fantaisiste et l'esprit se donner libre cours.

J'ai vu des invitations rdiges en langage ngre, ou avec les termes
des chtelains moyengeux; c'tait, quand mme, trs gentil.

Les rponses doivent tre simplement rdiges; par exemple:

     Chre madame,

   C'est avec grand plaisir que nous acceptons, mon mari et moi,
   votre gracieuse invitation.

   Tous nos compliments.

     R. S.

Les refus doivent tre soigneusement motivs et donner de bonnes
raisons ou du moins de vraisemblables:

     Madame,

   Votre gracieuse invitation m'a fait le plus grand plaisir et je
   l'accepterais volontiers si je ne m'en trouvais absolument
   empch. J'ai promis, il y a huit jours dj,  madame X. de
   dner chez elle (ou toute autre excuse valable).

   Veuillez agrer, madame, avec mes sincres regrets, mes
   compliments trs respectueux et trs empresss.

     A. B.

Le clibataire doit de la faon la plus correcte expliquer les motifs
de son refus, par exemple en ces termes qui ncessairement varient
selon les circonstances:

     Madame,

   Je suis trs sincrement contrari de me trouver contraint de
   refuser votre invitation si flatteuse pour moi.

   J'ai attendu jusqu'au dernier moment, esprant n'tre pas priv
   de la joie que je m'tais promise.

   Votre mari sait quelles sont mes occupations et voudra bien, j'en
   suis certain, faire valoir prs de vous la lgitimit de mon
   excuse.

   Veuillez lui prsenter mes regrets les plus vifs et encore une
   fois, madame, les agrer vous-mme.

   Recevez, madame, l'expression de mes sentiments les plus
   empresss et les plus respectueux.

     L. P.

L'important, je le rpte, est de se bien excuser, et lorsqu'on se
trouve tout  fait oblig de contremander une runion, dner, bal,
soire, on ne devrait le faire qu' la dernire extrmit et en
employant les termes de regret les plus grands.

On crit alors ou on fait crire une lettre explicative aux intimes;
pour les personnes  crmonie, on crit sur une carte quelques
lignes:

     Madame L....

   atteinte d'une subite et grave indisposition, se voit,  son
   grand regret, oblige de remettre son dner du 20 courant  une
   autre date.

     Un accident survenu dans sa famille oblige
     Madame S....

    rvoquer ses invitations pour mardi prochain. Elle prie de bien
   vouloir l'excuser.

Si l'vnement arrivait quelques heures avant le repas, on doit faire
envoyer dans les grandes villes des messages tlphons.

Ces messages, de nouvelle importation, sont beaucoup plus pratiques
que la dpche ou le petit bleu; les derniers mettent quelquefois deux
heures  parvenir, le message tlphon ne met que vingt-cinq minutes
 arriver et on peut le faire aussi explicite que l'on veut, son prix,
de cinquante centimes, donnant droit  cinq minutes d'entretien 
l'appareil.

Lorsque vous avez un enfant atteint d'une maladie ruptive assez
bnigne pour vous permettre d'aller au dner o vous tes prie, ne
craignez pas, madame, de contrarier vos htes en vous excusant mme au
dernier moment. Ils seront trop heureux de ne pas vous avoir; soyez
certaine que si vous veniez quand mme, ils vous en sauraient plutt
mauvais gr et,  part eux, vous regarderaient comme un pril.

[Illustration]




_Le dner.--Habituels usages._


Quelques petites choses  observer, lorsqu'on est matresse de maison.

Il n'est plus d'usage que la matresse de maison s'habille en
Cendrillon pour ne pas clipser les htes; elle doit au contraire leur
faire honneur d'une jolie toilette,  moins qu'elle ne reoive  sa
table des personnes qu'elle sait dans une situation plus modeste que
la sienne; en ce cas, le grand tralala serait tout  fait dplac.

Les invits dames doivent toujours se mettre en frais; elles sont le
plaisir des yeux autour de la table et toute mise nglige serait un
manque d'gards envers ses htes.

Il faut viter d'tre treize  table; certaines personnes
superstitieuses pourraient s'en montrer choques et il y aurait
toujours un convive bien avis pour faire remarquer ce nombre
fatidique et raconter des histoires terrifiantes.

Ne pas inviter de ministres de religion diffrente; on leur devrait 
tous deux la prsance et il faudrait un nouveau Salomon pour trancher
la difficult.

A ce propos, une amusante anecdote.

Un vque et un rabbin se trouvaient invits dans la mme maison;
lorsqu'il s'agit de passer  table, aucun des deux ne voulut prendre
le pas sur l'autre; enfin, vaincu par la courtoisie du rabbin qui
insistait, l'vque se dcida  entrer le premier en disant: Je passe
devant vous, monsieur, comme le Nouveau Testament devant l'Ancien.

On n'est pas plus courtois, ni plus spirituel.




_Les grands dners._


Pour ces dners, les femmes mettent leurs diamants, rivires,
aigrettes, etc.; elles sont dcolletes; en un mot, c'est la tenue de
bal comme faon, mais non comme toffe, car la robe de tulle, de crpe
orne de fleurs ne s'y met pas.

Les plus jolies robes, les plus lgantes, sont en velours de couleurs
fonces, telles que bleu saphir, grenat, vert, noir, garnies de
dentelles.

Pour les hommes, habit noir, cravate blanche, gants clairs, souliers
vernis, les dcorations et les plaques, mme les grands cordons.

Quelques hommes viennent en redingote; ce n'est pas ridicule, mais
c'est moins correct.

Inutile de dire que, pour ces grands dners rarement donns dans la
classe bourgeoise, toutes les lgances, tous les raffinements de la
table, du confort, de la bonne chre doivent tre runis; qu'il faut
beaucoup de lumires (des bougies), beaucoup de fleurs, les
tincellements d'une cristallerie et d'une argenterie de premier ordre
et le satin damass du plus beau linge _blanc_.

Le linge trs fantaisie n'est pas encore admis dans les dners de
crmonie.

Une gerbe de lilas ou de roses dans une coupe de cristal est
extrmement jolie; un groupe de Saxe entour d'un cordon de fleurs
fait merveille.

Voici quelques menus des dners de crmonie.

Il est  remarquer qu'il faut _toujours_ des primeurs aux grands
dners. (A ce sujet, la _Cuisine du sicle_ qu'a fait paratre
dernirement mon amie, Catherine de Bonnechre, contient des
indications prcieuses.)

On a beau savoir que ces fruits, ces lgumes pousss en serre chaude
n'ont ni le got, ni le suc des fruits et des lgumes venus en leur
temps, il n'y a pas  se rebeller: le savoir-vivre le veut ainsi.

MENU D'UN GRAND DINER

           Potage Bagration, Bisque aux crevisses
     Truite saumone sauce crevettes et sauce Hollandaise
                   Canetons  l'orange
               Jambon au vin de Champagne
                   Faisan truff rti
                     Salade laitue
           Asperges en branche, sauce mousseline
                     Plombire
                     Gaufrettes
                   Fruits, desserts.

On doit surtout recommander aux domestiques de ne pas mettre les
assiettes grasses les unes sur les autres et de ne pas distribuer les
assiettes blanches empiles; cela sent le restaurant.

Comme on peut le voir, il faut deux potages et deux sauces au poisson.

Dans les dners de grande crmonie, le potage qui,  l'ordinaire, est
vers au pralable dans les assiettes, est prsent par le serveur qui
vous en dit les deux noms  voix basse; de mme pour les deux sauces
du poisson.

Du reste, tous les mets, tous les vins doivent tre offerts de cette
manire.

Voici l'ordre du service des vins:

Aprs le potage: Madre ou Xrs sec.

Avec les hutres ou hors-d'oeuvre: vins blancs de Graves, Barsac,
Sauterne; des vins de Bourgogne: les Chablis, Meursault, Montrachet.
Premier service: les Saint-milion et Bas-Mdoc.

Deuxime service: les Bourgogne et Mdoc grands bourgeois.

Aux entremets: les vins blancs de Chteau-Yquem et les vins du Rhin.

Au rti: les Saint-Estphe, Saint-Julien, Pauillac.

Au pt de foie gras, les grands crus bordelais: Chteau-Laffitte,
Margaux, Latour, Haut-Brion; ou, en vins de Bourgogne, les
Clos-Vougeot, Pomard, Romane-Conti; Ctes du Rhne, Ermitage ou
Cte-Rtie.

A la fin du repas: Champagne frapp, marque Mot, Cliquot, Roederer ou
Pommery, vins de Banyuls ou d'Espagne. Liqueurs.

MENU D'UN TRS GRAND DINER

     Potage printanier aux oeufs pochs. Potage  la Reine
                   Bouches aux crevettes
         Barbue  la Mornay. Saumon sauce genevoise
                 Ris de veau  la financire
               Noisettes d'agneau  la Maintenon
                       Poularde truffe
                       Aspic de foie gras
               Truffes au vin de Champagne
                         Salade russe
     Asperges d'Argenteuil, Aubergines  la provenale
                       Glace _Tutti frutti_
               Ananas glac au champagne rose
               Gteaux, petits fours, fruits, etc.

Certaines personnes ont le tort de croire que grand dner veut dire
dner o il y a beaucoup de choses.

C'est une erreur; car, sauf les dners officiels des ambassades, les
dners de quarante  cinquante couverts qui sont, entre nous soit dit,
assommants pour la matresse de la maison et ennuyeux pour les trois
quarts des convives, le vrai grand dner se recommande surtout par
l'excellence, le choix des mets, la bonne organisation, etc.

[Illustration]




_Dners de demi-crmonie._


La toilette des hommes est l'habit ou la redingote, les dcorations,
mais jamais les plaques et le grand cordon.

Il est  remarquer qu' partir de six heures, les hommes qui vont
beaucoup dans le monde endossent l'habit, mme pour se rendre  un
dner tout intime ou dans un petit thtre.

Je trouve cette mode excellente, elle est mme trs utile aux jeunes
gens. L'habit lorsqu'il n'est pas souvent port donne l'air sinon trs
emprunt, du moins l'air gn. Pour les femmes, la toilette
demi-dcollete avec manches au coude; pas de rivire de brillants ni
d'aigrettes.

Les soieries de teintes claires et douces sont fort jolies; les
brocarts Louis XV, Louis XVI.

[Illustration]




_Dners intimes._


Ce n'est pas une raison parce qu'ils sont intimes pour y aller en
tenue nglige.

Lorsque, leurs occupations termines, les invits s'aperoivent d'une
moucheture sur leurs chaussures, ils feront bien, s'ils ne rentrent
pas chez eux, de se faire donner un coup par le dcrotteur; toujours
les gants.

Pour les dames, une toilette de ville qu'on lgantisera d'un devant
fantaisie, d'un noeud de ruban, d'une dentelle.

Une attention gentille est d'apporter  son amphitryon un bouquet des
fleurs de saison.

Pour les menus de ce genre, je renverrai encore  la _Cuisine du
sicle_.


_Dners costums._

Les dners costums ou travestis sont fort en vogue maintenant, mme
pour les dners d'une dizaine de couverts.

Cela jette dans la runion une note de gaiet et en somme est peu
coteux.

Lorsque vous avez un dner fantaisiste, faites parvenir vos
invitations une quinzaine  l'avance; vos convives peuvent avoir des
dispositions  prendre.

Votre carte ou votre lettre doit alors porter cette mention:

On sera costum.

Ou: Prire de se faire une tte.

Ou encore: Tout le monde sera en Normands, ou en chiens et chats.
Enfin toutes les imaginations sont permises; les plus laides sont
quelquefois les plus drles.

[Illustration]




_Les coulisses du mnage._


La veille d'un dner, qu'il soit de crmonie ou non, la matresse de
maison doit passer la revue de son matriel; tel un gnral, la veille
d'une bataille, passe la revue de ses troupes.

Rptons-le, le menu peut tre simple sans manquer au savoir-vivre,
mais les mets doivent toujours tre prpars avec la plus mticuleuse
attention et coquettement prsents; de plus, aussi varis que
possible.

La nappe et les serviettes doivent tre examines avec soin.

Le napperon n'est plus de mise; on fait maintenant de ravissants
chemins de table; la nappe et les serviettes doivent tre
cylindres (je parle pour les dners de crmonie); on doit placer
un molleton _blanc_ sous la nappe, cela adoucit le choc des verres,
rend le service plus moelleux.

La place attribue aux convives est de 50 centimtres, espace exigu:
lorsqu'on a des dames avec les robes aux manches monstrueuses qu'on
porte maintenant, il faut au moins un mtre.

Le savoir-vivre veut qu'on s'occupe du plaisir et du bien-tre de
l'invit tant qu'il est sous notre toit, et l'on aurait tort, dsirant
runir plus de personnes  la fois, d'imposer  un malheureux le
supplice de dner, tourn de trois quarts, pour ne pas froisser la
toilette de sa voisine.

Les dners d'apparat de quarante  soixante couverts exigent un
matre d'htel, deux aides pour dcouper, et un serveur par quatre
convives.

Les assiettes pleines sont apportes  gauche, le serveur nomme le
mets  voix basse; on refuse ou on accepte d'un geste.

Surtout ne nous avisons jamais de dire: Merci, monsieur.

Les vins s'offrent  droite, on refuse en disant merci. Lorsqu'on dit:
assez, le serveur doit s'arrter de verser et tourner le goulot de
la bouteille afin qu'une goutte de vin ne macule pas la nappe.

Les domestiques doivent tre chausss de souliers fins et gants de
coton blanc; la livre n'est pas admise: seul, l'habit noir.

Lorsqu'il y a des femmes pour servir, je ne parle pas, bien entendu,
des dners d'apparat, elles ont les mains nues, un tablier blanc; ce
tablier est souvent arrondi et garni de dentelles; c'est peu coteux
et fort joli.

Pour les dners de crmonie ordinaires, un matre d'htel, deux
serveurs sont suffisants, si le nombre des convives ne dpasse pas
vingt personnes.

Pour les dners dans les maisons o il y a une cuisinire et une femme
de chambre, la premire reste  ses fourneaux et on adjoint un serveur
 la seconde. Ncessairement, dans les dners intimes, quand on ne
dispose que d'une seule bonne, le rle de la matresse de maison est
bien pineux.

Rappelons les principes gnraux de la mise de la table.


_Le couvert._

L'assiette est place entre la cuiller et le couteau, _ droite_, la
fourchette _ gauche_. Devant est plac le verre, les deux petits
verres, ou la srie de cinq, rangs en tuyaux d'orgue ou groups en
bouquet. On peut remplacer la flte par la coupe  champagne; c'est
plus lgant.

Pour les vins du Rhin, le verre vert est obligatoire.

La mode est maintenant de placer une petite salire entre chaque
convive et une carafe, vin et eau alterns: la carafe de vin  porte
du convive qui a la charge de s'occuper de sa voisine.

Il doit lui offrir de l'eau; certaines personnes croient que c'est un
manque de savoir-vivre, et c'est tout le contraire.

Dans les dners de crmonie, on change les assiettes, les couverts,
les couteaux aprs chaque plat.

Dans les autres dners, le changement de fourchette n'est obligatoire
qu'aprs le poisson; dans ce cas, on met des porte-couteau. Les
porte-carafe ne s'emploient plus dans les dners de gala.

La serviette, plie coquettement, mais n'affectant pas des formes
extravagantes qui sont de mauvais got et qui font un torchon de la
serviette dploye, est place, avec un petit pain au ct gauche de
l'assiette; ne la mettons jamais dans le grand verre; outre que cela
fait restaurant, il arrive souvent des bris fcheux. Si le potage
n'est pas servi, la serviette est sur l'assiette; dans ses plis,
visiblement, la petite carte qui porte le nom du convive; au-dessous
de huit personnes, cet usage n'est pas forc.

Les hors-d'oeuvre ne paraissent plus aux dners; depuis quelque temps
on essaie bien de leur rendre leur place, mais je crois que ce sera en
vain; ils compliquaient le service et enlevaient l'apptit.

[Illustration]




_Le service._


Le potage-- moins qu'il n'y en ait deux, pour l'agrable choix des
convives--doit tre vers d'avance dans les assiettes; en quantit
_mdiocre_, plutt moins que plus.

En hiver, la salle  manger ne doit jamais tre chauffe d'avance;
sans quoi, l'atmosphre ambiante serait touffante; l't, il faut
avoir soin de fermer les persiennes ds le matin de manire  ce que
la chaleur ne puisse pntrer.

Il faut allumer les bougies une dizaine de minutes avant que les
convives passent dans la salle  manger; rien de plus laid que des
lumignons clignotants.

Si un grand dner a lieu en t, fermez hermtiquement les rideaux de
manire  dner aux lumires.

Si on a des chaises cannes dans sa salle  manger, il faut mettre un
coussin pour les dames; sinon les toffes de velours se trouveraient
dsagrablement froisses.

Dans les grands dners, le dessert est plac d'avance sur la table: je
ne trouve pourtant pas que voir les sucreries du dessert soit un
apritif pour les plats solides.

Il faut passer les assiettes  l'eau chaude de manire  ce qu'elles
soient tides et que les sauces ne se conglent pas immdiatement.

Les assiettes  dessert doivent tre prpares d'avance avec la petite
serviette, orne de dentelle ou non, ronde ou carre (les rondes sont
plus nouvelles), avec le couteau  lame d'argent, la petite cuiller,
la cuiller  entremets.

Les vins fins ne se mettent pas en carafes, ils cachent leurs
vnrables moisissures, qui sont pour eux les titres de noblesse, dans
de petits chariots en argent ou tout simplement en osier.

Dans les repas sans crmonie, la bouteille de derrire les fagots est
apporte devant le matre de la maison, qui verse lui-mme le liquide,
avec prcaution.

Les vins de Bourgogne et de Bordeaux gagnent  sjourner quelques
heures dans un endroit chaud.

On peut servir des repas entiers au champagne frapp; cela est trs
grand genre et cote moins cher que la diversit des vins.

Le rince-bouche se sert encore... sans le gobelet; de cette faon on
vite ces gargarismes rpugnants dont on tait souvent tmoin  la fin
d'un repas.

Aprs les crevisses et le homard  l'amricaine, choses qu'il faut
forcment toucher avec les doigts, malgr le savoir-vivre le plus
raffin, on passe les rince-bouche ou une cuvette et une aiguire avec
de petits carrs en papier buvard, remplissant l'office de serviettes.

Cela rappelle la coutume du vieux temps o des pages, aiguire en
main, versaient de l'eau parfume sur les doigts des convives.

Au reste, cette coutume remonte encore plus loin, et dans les festins
peu orthodoxes des empereurs romains, un esclave noir prsentait le
bassin aux convives, qui schaient leurs mains  travers les blondes
chevelures de belles esclaves gauloises.

L'usage veut qu'on prsente une pice  table avant de la porter 
dcouper; c'est la rgle, inobserve cependant par beaucoup.

La premire dame servie est celle qui est  la droite du matre de la
maison, ensuite celle de gauche, puis les autres dames, en suivant
l'ordre des places; la matresse de maison est servie la dernire;
ensuite les convives masculins, enfin le matre de la maison.

Au dessert, on enlve les salires, les bouts de table, on brosse la
table.

[Illustration]




_L'heure de la faim._


Aprs avoir pass une dernire inspection, donn les ordres de la
dernire heure, ou mieux encore les avoir crits sur une ardoise
accroche dans la cuisine (chose trs commode, que je ne manque jamais
de faire); aprs s'tre assur que les dames auront des coussins sous
les pieds, la matresse de maison procde  sa toilette, puis va
s'installer au salon, attendant la venue des convives.

Son mari peut tre prs d'elle ou, s'il est dans les affaires, venir
lui-mme comme un simple invit.

Les convives doivent se prsenter dix minutes avant l'heure fixe;
arrivant longtemps avant, ils pourraient gner la matresse de maison
dans ses derniers agencements. Plus tard ils seraient inconvenants, et
si le retard se prolongeait trop, je puis les assurer que des
rflexions dsagrables seraient faites sur leur compte; peu
indulgents sont les estomacs criant famine.

Le quart d'heure de grce doit tre accord, pas plus, car un dner
rchauff ne valut jamais rien, chacun sait cela.

Si on est en retard pour une raison ou pour une autre, qu'on la donne
simplement,  voix basse, aux matres de cans; ou si on est en petit
comit,  haute voix; surtout ne vous excusez pas par des mensonges
trop visibles qui vous feraient nommer Tartarin.

Rien n'est plus sot que d'inventer des aventures extraordinaires.

On n'annonce _jamais_ les invits  un dner; aprs s'tre dbarrasss
de leurs cannes, parapluies, cache-nez, foulards, pardessus, manteaux,
chapeaux, voilettes, caoutchoucs (il est bon pour les personnes venant
 pied de garantir leurs chaussures, afin qu'elles soient
irrprochables), aprs avoir donn le dernier coup d'oeil  la glace
pour voir si les frisettes sont bien alignes ou si la moustache a le
pli vainqueur, on effectue son entre au salon, on salue la matresse
de la maison, le matre, les personnes qu'on peut connatre, puis on
fait un salut gnral pour les inconnus.

De suite, il est du devoir de l'amphitryon de faire les prsentations,
en ajoutant, si possible, des mots aimables et explicatifs.

Cela empche tant de _gaffes_, de savoir un peu sur quel terrain on
est!

Ainsi, on dira: Madame, je vous prsente monsieur X., le fils du
mdecin si connu; ou encore: Madame J., la femme du journaliste,
dont vous apprciez si fort le beau talent; ou bien, avant l'arrive
de la jeune fille que vous destinez comme voisine  un jeune homme
rvant un riche tablissement: Vous aurez comme voisine une bien
charmante personne, mademoiselle X., qui rachte son peu de fortune
par des qualits charmantes.

Ainsi prvenu, le jeune _struggleforlifer_ ne s'embarquera pas dans
des attentions qui pourraient faire natre chez la jeune fille des
projets irralisables.

De mme, en avertissant des professions des convives, on vite les
_racontars_ ou les anecdotes peu charitables sur lesdites professions.

Disons que, dans les dners tout intimes, la matresse de maison
n'ayant qu'une bonne peut fort bien dlaisser le salon deux minutes
pour aller aider ses convives aux menus arrangements de l'arrive;
elle doit prparer sur une pelote des pingles noires et blanches, et
des aiguilles enfiles de fil de ces deux couleurs; mme un petit
peigne.

Un militaire, quel que soit son grade, n'est jamais ridicule en venant
dner en uniforme; aussitt entr, la matresse de la maison doit lui
dire: Dsarmez-vous donc, monsieur, car l'usage veut qu'il ne quitte
_jamais_ son sabre pour entrer dans un salon; si on oublie de lui dire
cette phrase, il doit, au bout de quelques instants, s'clipser
discrtement et aller dposer ledit sabre dans l'antichambre.

On ne donne le titre, en parlant aux militaires, qu' partir du grade
de capitaine; ainsi ne dites pas: Votre bras, lieutenant, ou:
Dsarmez-vous, sous-lieutenant. Ce serait une faute de got.

Aprs quelques instants de conversation, qui dbute gnralement par
cette bonne pluie et ce bon beau temps, les parlottes particulires
s'organisent et... on annonce:

Madame est servie.

Ces mots sacramentels doivent tre prononcs ni trop haut, ni trop
bas, sans emphase, par le matre d'htel, le valet de chambre, ou
simplement la bonne, qui ouvre la porte de communication  deux
battants.

Il faut bien recommander aux domestiques de ne pas dire cette phrase
sur le ton d'un matre de crmonie disant: Messieurs de la famille,
quand il vous fera plaisir, ou sur un mode enchant qui a l'air de
dire: Enfin, ils vont manger!

Lorsque les amphitryons sont titrs, on annonce, par exemple Madame
la marquise est servie.

Il faut surtout styler les jeunes bonnes arrivant de province et leur
bien rpter ces mots, afin que, perdant la tte, elles ne disent pas:
Madame, la soupe est servie, comme je l'ai entendu dire.

[Illustration]




_L'ananas._


Savez-vous ce que c'est qu'un ananas?

Certes, me rpondez-vous, c'est un fruit exquis,  telle enseigne que,
dans le langage des emblmes, il reprsente la perfection.

Eh bien! c'est d'un autre ananas qu'il s'agit.

En argot mondain, _ananas_ signifie le monsieur ou la dame en vedette,
avec qui l'on est bien aise de dner afin de dire: M. un tel,
l'explorateur, je dnais avec lui hier; ou bien: Madame X.,
l'_authoress_, femme charmante.... J'ai djeun avec elle chez les
Durand!

Donc, si vous avez un ananas, prvenez-en vos convives: ils vous en
seront gr. Mettez sur l'invitation: Monsieur un tel, ou madame une
telle, sera des invits.

Si ledit ananas est un voyageur (le voyageur fait prime depuis la
vogue de la Socit de gographie), mettez-le bien entendu sur son
chapitre.

Lorsqu'on est ananas, cela quivaut  tre en reprsentation, et
si vous l'tes, observez-vous, car l'explorateur lui-mme est trs
pluch et la plus petite bvue ferait dire aux convives, en gnral
peu charitables: On voit bien qu'il revient de chez les Canaques, ou
toute autre phrase dsobligeante.

[Illustration]




_La question du bras,_

_ droite ou  gauche?_


A t, est, et sera encore dbattue.

Comme en toutes les choses humaines, il y a le pour et le contre.

Le bras gauche a ses partisans et le droit aussi.

Il est ncessaire que les hommes aient la main droite libre pour
carter de la table la chaise que doit occuper la dame qu'ils
conduisent.

Pour les militaires, c'est le bras droit qu'ils offrent,  cause de
l'arme, et les femmes aiment assez cela parce que leur main droite est
libre pour tenir l'ventail ou tout autre objet.

On obit, en somme,  une habitude et on ne manque nullement aux
rgles de la biensance en offrant indiffremment le bras droit ou le
bras gauche.

Je recommande aux dames d'accepter sans hsitation le bras qui leur
est offert; de mme aux messieurs de donner le bras qui leur est
habituel, de faon  ne pas avoir l'air, en avanant et reculant tour
 tour, d'agiter les ailes d'un pigeon tentant de vains efforts pour
s'envoler.

Lorsqu'il y a un prtre dans une socit, c'est lui que la dame de la
maison prie de passer  table avec elle; mais elle ne lui donne pas le
bras; l'usage le dfend en France. Pourtant, si, comme en Italie, o
les monsignori se conduisent comme de simples civils, le prtre
esquissait le geste de donner le bras, la dame serait mal avise en le
lui refusant.

Au sicle dernier, on offrait la main pour passer  table.

tait-ce moins bien?

Autre question qui a t tourne, retourne sans jamais d'ailleurs
avoir t rsolue, comme presque toutes les questions.

Est-ce le matre ou la matresse de maison qui doit entrer en premier
dans la salle  manger?

Est-ce le matre ou la matresse de maison qui, aprs le dner, doit
rentrer en premier au salon?

On ne peut contenter tout le monde et son pre, dit le fabuliste.
Citons donc les anciens:


_Opinions de diffrents traits de savoir-vivre._

POUR LA MAITRESSE.

   La matresse de la maison demande le bras  l'invit qu'elle veut
   honorer et passe la premire  table; c'est son droit, le mari
   n'tant considr que comme un invit, il n'a pas d'initiative 
   prendre.

   La dame du logis passe la premire  table; souvent, Monsieur,
   absorb par une conversation, oublierait de donner le signal
   malgr l'annonce du dner; voyant le mouvement, il est rappel 
   son devoir, qui est d'offrir le bras  la dame la plus qualifie.

   A la fin du repas, c'est la matresse de la maison qui donne le
   signal du dpart en posant sa serviette sur la table, en se
   levant, en poussant lgrement sa chaise et en se tournant vers
   son voisin de droite.

   Le matre de maison imite son exemple et passe le premier au
   salon; Madame doit passer la toute dernire.

   Quel que soit l'ordre d'arrive, Madame rentre toujours la
   premire au salon.

POUR LE MAITRE.

   Le matre du logis s'est dirig vers la dame qu'il doit mener et
   il passe avec elle, le premier, dans la salle  manger.

   Il n'y a pas  s'y tromper: de mme qu' table on sert la
   matresse de la maison en dernier, de mme elle doit passer la
   dernire; pourtant elle passe avant les jeunes filles et les
   jeunes gens et les personnes seules.

_Autre opinion._

   1 Monsieur, avec la dame la plus importante.

   2 Tous les couples ensuite sans aucune rgle spciale.

   3 Les dames isoles s'il y en a.

   4 Madame, au bras du cavalier le plus important.

   5 Les hommes isols s'il y en a.

   _Exception._--Seules les princesses _de sang_ ouvrent la marche,
   auquel cas, l'annonce du dner a d tre ainsi faite: Son
   Altesse madame la princesse est servie.

Maintenant choisissez. Pour moi, je passe toujours la premire  la
salle  manger. J'engage seulement les _isols_, quel que soit leur
sexe,  marcher deux par deux et non  la queue leu leu.

[Illustration]




_A table._


C'est  table qu'on manque le plus au savoir-vivre; l se trouve
l'prouvette qui permet de constater l'ducation premire. Tel
candidat  un mariage, qui avait l'air d'un parfait gentleman, fut
vinc dans l'esprit de la future, ds le potage.

Enlevons nos gants lorsque nous sommes assises, ne les dposons pas
sur la table et ne faisons pas ce qu'indique une vieille civilit:
mettre les gants dans son verre  champagne!

tendons notre serviette sur nos genoux, sans la dplier, ne
l'attachons pas au cou comme un baby, ne la passons pas dans
l'chancrure de notre corsage ou de notre gilet: nous devons savoir
manger!

Le menu, plac auprs de vous, doit tre retourn aussitt que vous y
aurez jet un coup d'oeil.

Le potage doit se manger sans bruit. On ne doit pas rester pench sur
son assiette, ni pencher son assiette pour recueillir jusqu' la
dernire goutte de liquide, ou bien pour la faire tomber dans sa
cuiller.

Ne pas carter soigneusement les ptes, le pain ou les lgumes afin de
ne prendre que le jus.

On passe le pain; gardez-vous d'en faire une provision; vous en
redemanderez au fur et  mesure de vos besoins; ne mordez pas dedans,
ne le cassez pas d'avance en petits morceaux, ne le coupez pas avec
votre couteau, rompez-le simplement, bouche par bouche.

Versez-vous du vin et de l'eau si vous en prenez, mais jamais  plein
bord; si vous buvez seulement du vin, ne remplissez votre verre qu'
demi.

L'homme bien lev s'occupe de sa voisine; mais sans obsquiosit.

Comme, aprs le poisson, on change toujours la fourchette, il faut
laisser cet ustensile sur son assiette; cela vite au desserveur la
peine de la prendre sur la table; de mme, si on change de couteau et
de fourchette aprs chaque plat.

En thse gnrale, le chapitre indispositions doit tre banni, et on
devrait imiter les anciens qui se couronnaient de roses et laissaient
les noirs soucis  la porte de la salle du festin.

Cela vaudrait mieux pour l'agrment et pour l'estomac.

Lorsqu'on vous passe un plat, n'oprez pas des fouilles avec la
cuiller pour extraire le morceau que vous convoitez. Il n'est pas non
plus correct de choisir le plus vilain morceau; c'est trop d'humilit,
servez-vous simplement de ce qui est  votre porte.

On ne doit jamais revenir plus de deux fois au mme plat, si ce n'est
dans la grande intimit.

Les morceaux qu'on pique avec sa fourchette (viter de la faire sonner
contre l'assiette) se trempent dans la sauce, mais jamais le pain;
celui qui sauce et qui nettoie son assiette est marqu d'une mauvaise
note.

Les asperges ne se mangent pas comme on suce un sucre d'orge; on
tranche les bouts et on les mange  la fourchette. Si on prend du
beurre, on ne l'tale pas en tartines, sauf pour le premier djeuner,
mais on beurre l'extrmit de petits morceaux de pain au fur et 
mesure.

En dgustant du vin, ne pas faire claquer sa langue.

Il faut donc tcher d'tre aussi lgant que possible.

La poire ne se ple pas en spirales, on la coupe en quatre et on
l'pluche longitudinalement; on coupe ensuite par quartiers qu'on
mange avec sa fourchette. S'il n'y avait pas de fourchette de dessert,
mangez les fruits avec les doigts et non  la pointe du couteau.

Mais l-dessus on disserte encore.

Vous ne devez pas offrir  une dame de partager un fruit avec elle;
pourtant, si les fruits sont rares, on peut faire abstraction  cette
rgle et offrir le quartier auquel est attach la queue.

Lorsque vous tendez votre verre, il faut le tenir non  pleine main,
mais avec le pouce et les deux premiers doigts, les deux autres
carts, le petit doigt un peu en l'air.

Lorsque vous vous trouvez forc de rejeter sur l'assiette une arte ou
un petit os, reprenez-les entre les lvres, avec les doigts, aussi
dlicatement que possible.

J'ai lu, de mes yeux lu, dans un vieux trait de civilit, qu'on ne
devait pas se moucher  table!

Pourtant, si on en a besoin!

Eh bien! il faut le faire furtivement, sans bruit, de manire  ne pas
veiller chez autrui des ides peu potiques.

J'ai lu galement dans le mme trait que, si on s'tait mouch, il ne
fallait pas faire scher son mouchoir sur le dos de sa chaise!

Puis, cette autre perle, que je transcris textuellement:

S'il arrivait  un convive un de ces petits accidents inhrents  la
misre de la nature humaine, n'ayez pas l'air de vous en apercevoir,
et surtout ne vous avisez pas de demander une prise de tabac  votre
voisin.

Autrefois, dans le bon vieux temps, nos pres avaient toujours un
chien sous la table, et lorsque pareille petite misre arrivait, on
avait soin de pourchasser le chien ou d'en faire le semblant. Mais, il
s'est trouv tant de convives qui abusaient de cette prvoyance de
l'amphitryon, que la mode des chiens lvriers et des danois est tout 
fait tombe; c'est tout au plus si on admet  prsent sous la table
des riches un bichon ou une petite levrette. C'est moins commode pour
certains tempraments!!!!

Est-ce assez joli? Et ce dernier paragraphe est-il assez dlicat?

C'est le cas de dire que nos pres avaient la science des nuances!
nous n'en sommes plus l, Dieu merci!

La civilit dit  l'hte de remplir le verre de son convive chaque
fois qu'il est vide, la civilit (je parle toujours de l'ancienne, la
nouvelle est plus dans le train) voulait qu'il ft malsant de
laisser du liquide dans son verre. Alors... alors,  propos de verre
on disait:

     Quand mon verre est vide, je le plains;
     Quand mon verre est plein, je le vide.

On obvie  cet inconvnient en laissant une petite partie de liquide,
lorsqu'on ne veut plus boire; ce n'est qu' la fin du repas, qu'on
doit vider entirement son verre.

Lorsqu'une matresse de maison vous offre d'un plat, en disant que
c'est elle qui l'a confectionn de ses blanches mains, l'usage veut
qu'on s'extasie sur la bont du mets.

Sans basse flagornerie, vous pouvez offrir un petit tribut d'loge au
cordon bleu qui vous regarde gnralement avec des yeux inquiets.

Si nous avons une voisine ou un voisin peu agrable, ne nous
renfermons pas pour cela dans un mutisme complet; prenons notre mal en
patience.

L'entre en conversation tant assez pineuse, il faut se raccrocher 
la premire branche venue en l'entamant: et pour l'homme et la femme
d'esprit tout est bon, depuis le beurre qu'on passe jusqu'au dernier
livre paru, depuis le poisson monstre jusqu' la pice en vogue (pice
de thtre s'entend et non monte).

Si vous tes une personnalit artistique, littraire, ne pontifiez
pas.

De mme n'essayez pas d'tonner la multitude.

Ne soyez pas, vous artiste ou crivain, de la nombreuse et assommante
cohorte des Mastuvu et des Mastulu; ne parlez pas de vous, si vous
voulez qu'on pense quelque bien de votre personne.

Si vous tes femme de lettres (ce dont Dieu vous garde), ne faites pas
du _bas-bleuisme_.

Evitons les discussions politiques et religieuses; les sujets de
conversations sont assez varis pour qu'on puisse loigner ces deux
brandons de discorde.

Lorsque la matresse de la maison voit le repas termin, elle profite
d'un moment d'accalmie dans la conversation pour donner le signal du
dpart, en posant sa serviette, _non replie_, prs de son assiette,
en repoussant lgrement sa chaise et en prenant le bras du cavalier
qui l'a mene  table, ou, si elle veut galiser les honneurs, le bras
de son voisin de gauche, mais gnralement c'est la mme personne qui
la reconduit au salon.

Le matre de la maison l'imite ainsi que tous les convives.

Les serviettes ne se laissent pas en bouchons, ni sur les chaises, ni
dployes; on leur fait tenir le plus petit espace possible, sur la
table.

Les nappes trop longues ne doivent pas tre raccourcies en faisant des
noeuds, mais bien replies avec des pingles; les nappes trop courtes
laissant voir les pieds de la table ne doivent jamais se mettre.

Les gants sont repris par les dames aussitt aprs le dner ou aprs
le caf; les hommes ne les remettent qu'en revenant du fumoir.

Dans les dners sans crmonie, on ne les remet pas du tout, et moi je
dis hosannah pour cette licence.




_Celui qui dcoupe et qui sert._


A bien du mrite, car c'est fort ennuyeux, mais pas  la porte de
tout le monde.

Enfin, puisqu'il a accept la mission, il doit s'en acquitter le plus
galamment possible.

Il serait alors, sans cela, assommant et de vous regarder et de vous
our, si vous vous plaigniez.

Le poisson se dcoupe  l'aide de la truelle; ne jamais y toucher avec
le couteau, pas plus en le servant qu'en le mangeant; on pose les
morceaux sur une assiette et on la passe  la dame place  sa droite,
qui la fait circuler; on lui passe ensuite la saucire, qui fait le
mme trajet.

J'engage vivement, pour les dners intimes,  se servir tout
simplement  la ronde.

On m'objectera que la dame place  gauche est ainsi servie la
dernire et que, au contraire, la matresse de la maison, place au
milieu de la table, est servie longtemps avant son invite, ce qui est
contraire aux rgles du savoir-vivre.

Possible; mais, quand on en use avec cette libert grande envers ses
convives, c'est qu'on n'est pas plus de six  table, auquel cas,
l'attente n'est pas longue, et puis il y a une faon bien simple
d'obvier  cet inconvnient, c'est de continuer  dcouper pendant que
l'assiette circule et de faire passer une deuxime assiette, en
commenant par la gauche.

Les grands poissons se servent sur une planche habille de linge et
recouverte d'une serviette garnie de dentelle; tout autour du persil
fris en grande quantit. Une jolie mode est de piquer des fleurs sous
cette verdure; roses, dahlias, camelias, chrysanthmes, roses de Nol,
bouquets de violettes, selon les saisons.

Pour dcouper le poisson, on tire d'abord une ligne qui va de la tte
 la queue.

Le saumon se coupe en tranches, le long de l'pine dorsale.

Les gros poissons plats se dcoupent ainsi:

Une ligne de la tte  la queue, une seconde si le poisson est trs
gros, et on divise par d'autres lignes transversales qui vont
jusqu'aux bords, puis on lve les morceaux avec la truelle; on sert
d'abord le ventre qui est plus dlicat; puis on lve l'arte et l'on
sert le dos, de la mme manire.

Les poissons ronds se servent galement par le ventre; on procde de
mme pour le dcoupage. Une remarque  faire est que chaque morceau de
brochet doit avoir du ventre et du dos; on doit d'abord retirer
l'pine.

Pour les poulets, faisans, perdreaux, oies, dindes, on les dcoupe en
commenant par l'aile la plus prs de soi; on la saisit de la main
gauche avec une fourchette, et, avec la main droite, on coupe la
jointure de l'aile; on tire alors  soi, de la main gauche, l'aile qui
vient trs facilement, en tenant ferme. On lve ensuite la cuisse du
mme ct en donnant un coup dans les nerfs de la jointure et en
tirant  soi, ainsi qu'on l'a fait  l'aile; on opre de la mme faon
pour l'autre ct, en retournant la volaille vers soi; l'estomac, la
carcasse se dcoupent un peu comme on veut.

L'aile et le blanc sont les morceaux les plus dlicats, ceux qu'on
offre aux dames, sauf pour les perdreaux; on spare la cuisse de
l'avant-cuisse et, dans les grosses pices, on enlve toujours un
morceau de chair de la cuisse et de l'avant-cuisse; lorsqu'il n'y a
pas assez de blanc pour toutes les dames, on fait les parts plus
petites et on y adjoint un morceau de carcasse.

Le pigeon se sert comme le poulet: s'il est gros ou moyen, on le coupe
en quatre; petit, en deux.

Le canard, les oiseaux de rivire, la grouse, se coupent en
aiguillettes aussi minces que possible.

Je n'engage pourtant pas  faire des fioritures en servant; on aurait
un peu l'air d'un major de table d'hte.

Le bonnet d'vque ne se fait plus que dans l'intimit.

Le bout des pattes des volailles doit avoir de petites manchettes en
papier soit blanc, soit de couleur, finement dcoupes, frises; c'est
joli.

On n'offre jamais ni le foie, ni le gsier, ni le cou; ils restent sur
le plat.

Dans les lapins et dans les livres, le rble est le morceau de choix.
On fend ce rble en filets en commenant par le cou, le long du dos;
aprs l'avoir lev, on le coupe en tranches; le restant se dissque
comme on l'entend.

La sauce se sert  ct ou sur les morceaux; je prfre  ct.

Le filet de boeuf se dcoupe comme le rble de livre.

L'aloyau se dcoupe en enlevant d'abord le filet, qu'on coupe par
tranches un peu obliques et transversales.

La longe de veau se coupe de mme.

Le gigot se dcoupe  l'anglaise ou  la franaise.

A l'anglaise, les tranches se font dans l'paisseur, verticalement; 
la franaise, les tranches horizontalement et paralllement  l'os; il
y a ainsi des tranches cuites et des tranches saignantes.

Le gigot, qu'il soit de chevreuil, de mouton, d'agneau, doit tre
servi de manire  ce que le manche soit  gauche du dcoupeur.

Le jambon se coupe trs mince; de mme la galantine, la hure.

La terrine de foie gras se sert  la _cuiller_.

En servant, mieux vaut donner deux petites cuilleres d'une chose
qu'une grosse; c'est plus lgant.

On place la salade assaisonne, mais non retourne, devant la personne
qui sert dans les dners sans crmonie: lorsqu'elle est fatigue,
l'amphitryon la passe  droite; c'est la _seule_ chose qu'on ne doit
_jamais_ servir soi-mme  ses convives.

Le melon se sert, selon les gots, au commencement ou  la fin d'un
repas.

La glace se coupe au couteau ou avec une truelle spciale.

[Illustration]




_Aprs le dner._


On est de retour au salon.

Pendant le repas d'hiver j'engage fort les matresses de maison 
faire pousser fortement le feu du salon afin qu'il n'y ait pas de
brusque changement de temprature.

Le caf est servi au salon par la dame de cans; on ne le prend jamais
 table,  moins d'une grande intimit; vitez de remplir trop la
tasse, il arriverait un bain de pied; on sert gnralement du rhum,
du cognac, et une autre liqueur avec le caf.

Si l'on dsire se retirer aprs le dner, on doit avoir averti la
matresse de la maison en faisant la rponse d'acceptation, ou, si le
cas a t de la dernire heure, on doit la prvenir en arrivant.

On part  l'anglaise, sans rien dire. Le matre ou la matresse du
logis vous excuse auprs des autres convives.

En Angleterre, l'usage veut qu'on parte de suite aprs le dner; je
trouve cela un peu sans gne.

Le caf pris, le matre de maison fera bien d'inviter ses convives
mles  passer avec lui dans le fumoir, le petit salon, le cabinet de
travail ou tout simplement la salle  manger, qui doit avoir t
promptement desservie, are, pendant qu'on prenait le caf.

Pendant ce temps, la matresse de maison prvient tous les dsirs de
ses invites.

La sparation des deux sexes ne doit pas tre prolonge; au bout d'un
quart d'heure, vingt minutes, le matre de maison doit dire  ses
convives, auxquels il a offert cigares et cigarettes d'excellente
qualit: Si nous allions retrouver ces dames...

La fin de la soire se passe  causer, faire de la musique, jouer aux
cartes, aux petits jeux, etc., etc.

Vers onze heures, on passe des verres de sirop, de punch, du th, du
chocolat, un verre d'eau sucre, petits fours, brioches, sandwichs ou
mme croquignoles.


_Pour s'en aller._

C'est souvent assez difficile.

Lorsqu'on voit que le temps passe, que tout le monde meurt d'envie de
s'en aller, il faut que quelqu'un se dcide  dire: Tiens, il est
dj prs de minuit! Comme le temps passe! Je n'avais pas la mesure de
l'heure! etc., etc.; enfin, une phrase qui autorise la retraite.

Alors tout le monde se rcrie; les matres du logis ne protestent pas,
et on peut s'en aller.

Si quelqu'un est parti  l'anglaise, on peut dire: Comment M. X. est
parti! Allons, il est temps de faire comme lui.

Les matres de maison peuvent faciliter la sortie aux timides et dire
des phrases dans le genre de celles-ci:

Ne vous gnez pas pour partir, docteur; je sais que vous vous levez
de bon matin.

N'allez pas manquer votre train, votre omnibus.

Je ne vais pas vous retenir plus longtemps, vous venez d'tre
souffrante.

Enfin, le bon got suggre toujours non la scne  faire, mais le
mot  dire.

[Illustration]




_Les repas exceptionnels._


_Les Rois._

Le dner des Rois est un de ceux qui mettent en liesse la gent
enfantine.

En effet, quoi de plus charmant que de voir des paires de beaux petits
yeux s'attacher ardemment  la crote dore sous laquelle repose
l'espoir d'une royaut phmre et joyeuse!

On dcoupe la galette en autant de parts qu'il y a de convives plus
une, dnomme la part du Bon Dieu; on pose une serviette blanche
dessus et la personne la plus jeune de la socit tire les parts au
hasard, en dsignant la personne  laquelle cette part est destine.

La biensance et la prudence veulent qu'on tte soigneusement son
morceau pour dcouvrir si la fve, le haricot ou le bb de
porcelaine, en vogue depuis quelques annes, ne se trouve pas dedans,
avant de le porter aux lvres.

Un ou une invite doit envoyer la fve sur une assiette (et non la
mettre dans le verre, comme cela se pratique trop souvent), au matre
de maison ou au plus jeune fils,  la matresse ou  la plus jeune
fille; les matres et matresses de maison choisissent dans leurs
convives la personne  laquelle ils veulent faire honneur.

On crie: Vive le roi! vive la reine! chaque fois que l'un des deux
porte le verre  ses lvres; le roi n'est nullement tenu de relever
sa royaut.

Dans certaines familles charitables, le roi met une petite somme
d'argent sur la part du Bon Dieu et le tout est donn  un pauvre.

Le tirage de la fve est une charmante coutume qu'on ne doit pas
laisser tomber en dsutude; si ce n'est pas la tranquillit des
parents, c'est au moins la joie des enfants.

On peut leur offrir cette satisfaction pendant tout le mois de
janvier; aprs la premire fte, la galette n'est plus obligatoire,
n'importe quel gteau peut la remplacer.


_Le rveillon._

Est un repas bien gai qui peu  peu est pass dans nos moeurs, et
maintenant presque tout le monde rveillonne peu ou prou.

Qu'on serve le classique boudin, avec la non moins classique dinde aux
marrons, ou qu'on bourre ses convives de truffes et de foie gras, on
doit toujours dbuter par un consomm chaud qui a remplac le
traditionnel potage bouillie, parfum et servi avec des gaufrettes.

Les seuls vins admis sont le vin rouge et le vin de Champagne.

On sert des pices de charcuterie, principalement un jambon, entour
de houx, si ravissant avec son feuillage luisant et ses baies
coralines.

La toilette des femmes est une jolie tenue de ville; de mme pour les
hommes.

On ne danse jamais  un rveillon.

Un bouquet de roses de Nol fait joli sur la nappe blanche.

Modle d'invitation pour un rveillon:

On ajoute sur sa carte de visite: attendra Monsieur et Madame X. pour
faire rveillon, ou pour fter Nol. Souvent on va  la messe de
minuit avant le rveillon. Les profanes vont au thtre.


_Repas de Pques._

Au djeuner, on sert des oeufs durs teints de diffrentes couleurs; on
les illustre quelquefois de dessins, de devinettes ou de devises qui
amusent petits et grands.

Au dner, l'agneau pascal rti, orn d'une guirlande des premires
fleurs de printemps; des oeufs en surprise ne font pas mal (voir la
_Cuisine du sicle_).

[Illustration]




_Five o'clock tea_.


Qui veut dire th de cinq heures est entr dans nos moeurs depuis
que la mode veut qu'on dne  huit heures.

Toutes les personnes qui ont leur jour ne sont pas tenues d'offrir
quelque chose  leurs visiteurs; on peut, sans manquer au
savoir-vivre, recevoir les visites, causer, sans plus, mais bien rares
sont les maisons o les dames ne grignotent pas quelque chose.

Du reste, tout est facultatif pour ce repas trs accessoire.

Le grand five o'clock est prpar d'avance dans la salle  manger,
sur une table longue et troite, recouverte d'une nappe aussi
fantaisiste que vous voulez: nappe crue brode de fleurs vives, nappe
rouge encadre de dentelles, nappe de soie de Chine o sont brods en
or et argent des fruits, des fleurs irrels; la vaisselle est
arlequine; une coupe en vieux japon contient des bonbons; le samovar
d'argent chantonne doucement son hymne au th; les tasses de Svres 
mdaillons entours d'or et de bleu turquoise, aux ttes de marquises
poudres, font bon mnage  ct des tasses de Chine o des mandarins
ventrus esquissent des grces de poussah, et mme se glisse la petite
tasse  caf turque en filigrane d'argent; la cafetire, le seau 
glace en cristal rose o baigne une bouteille casque, des flacons en
verre de Venise aux teintes doucement irises, les coupes de cristal
aux facettes scintillantes, des flacons en verre de Bohme o
transparat la blondeur du Madre, le rouge gnreux du Bourgogne, ou
l'ambre des vins d'Espagne; des seaux  biscuits, des pinces 
bonbons, des coupes Bernard Palissy, des assiettes de tous genres,
depuis le vieux Svres jusqu' l'assiette  devinettes,  devises
mirlitonesques; la chocolatire ventrue, le petit flacon de menthe
verte, les petits couteaux d'or, les tridents  fruits confits, les
piles de tartines au caviar, les sandwichs au foie gras, jambon,
saumon, homard, les bouches chaudes aux crevettes, poses sur un
petit rchaud, les brioches, les plombs, les biscuits, les petites
serviettes en batiste, en soie, en papier, enfin le disparate joli
d'un five o'clock fin de sicle servi par des laquais. Je prfre
cependant celui sans faon o, glissant simplement entre les meubles
d'un salon encombr, selon la mode, la matresse de maison va
elle-mme qurir sur une petite table ce qu'elle veut offrir  ses
htes.

Le five o'clock peut tre compos de th et de menues tartines de pain
beurres, agrmentes d'une pointe de sel; quelquefois aussi on passe
une brioche et du chocolat. Dans certaines maisons o il vient
beaucoup d'hommes, on a des boissons amricaines. Dans la bourgeoisie,
le vin de Madre, de Malaga avec des biscuits, des petits gteaux
secs, est ce qui s'offre le plus; en plein coeur d'hiver, un grog ou
du vin chaud conviendrait fort aux personnes qui bravent le froid pour
vous venir voir; de mme, en t, une citronade, une limonade glace,
prsente dans un broc de cristal, sera fort agrable; le caf et le
chocolat glac, ainsi que les glaces aux fruits sont aussi apprcis.

On peut passer des bonbons pendant le mois de janvier; retirez-les du
sac et prsentez-les dans une coupe de cristal, de bronze, un plat de
Chine, une bonbonnire chinoise.

Lorsqu'il y a une jeune fille dans la maison, c'est elle qui fait le
mnage.

Les premiers arrivs sont servis d'abord, les hommes toujours en
dernier.

La matresse de maison ou sa reprsentante offre un verre sur un petit
plateau, elle tient la bouteille  la main et verse devant la
personne; puis, elle passe l'assiette de gteaux. Les visiteurs vont
reporter leurs verres sur un endroit du plateau laiss vide  cet
effet.

Si on offre du th, n'ayez que du lait non bouilli.

Lorsqu'il y a des enfants, on peut offrir des tartines de confitures,
des tablettes de chocolat, des carrs de pain d'pice; mais l
s'arrte ce qu'on peut prsenter.

Les oranges _pluches_ et les grappes de raisins sont les seuls
fruits offrables.

Comme souvent on ne donne pas de serviettes pour le lunch, j'engagerai
les dames  placer leur mouchoir commodment dans leur ridicule, leur
manchon, afin de ne pas tre contraintes de se livrer  cette
gymnastique particulire qui vous fait lever et fouiller dsesprment
dans les plis de votre jupe avant de trouver la poche, maintenant
qu'on a l'ingnieuse ide de la cacher  un endroit quelconque.

Pour les hommes, ils ont la facilit de mettre le mouchoir dans la
poche de poitrine ou dans l'entre-billement du gilet.

Les femmes relvent leur voilette, ne la quittent pas et ne se
dgantent pas; pourtant le gant droit peut tre enlev ou, si on a des
gants longs, on passe la main dans l'ouverture du gant; les hommes les
enlvent carrment.

Rptons que le five o'clock est facultatif, qu'on ne manque en rien
aux bonnes manires en le supprimant ou en le faisant aussi simple que
possible.

[Illustration]


_Les repas de chasse._

Doivent tre surtout copieux et plantureux: l'ordonnance du repas doit
cder la place  la quantit de grosses pices ncessaires pour
restaurer des affams qui ont march durant plusieurs heures.

Comme potage, bouillon aux ptes, ou la vulgaire, mais tant apprcie
soupe  l'oignon qui, dit-on, ravigote srement les disciples de
saint Hubert.

Les pts de gibier, les pices de venaison, les fromages, les fruits;
pas ou peu de chatteries; un bon plum-pudding flambant clair, arros
de rhum, rjouit les convives par ses flammes bleutres; des vins
vieux, pas de champagne, une bonne tasse de caf, de la fine champagne
vnrable, la table garnie de verdures automnales pourpres par
l'automne. Mdor ou Diane, auxquels on offre un os--dame, ils ont t
 la peine, ils peuvent bien tre au plaisir--une bonne pipe, quelques
histoires gauloises, une poigne de main aux amis--et mme, si vous
n'avez tu qu'une alouette ou envoy un grain de plomb  un rabatteur,
vous dclarerez, en enfonant firement votre chapeau de feutre,
quelquefois orn d'une plume de faisan par la matresse de la maison,
que vous avez fait une bien belle chasse.

A propos de chasse, messieurs, nous vous en prions, pas de costumes de
brigands d'opra-comique; un complet en velours ctel, de bons gros
souliers bien larges, un chapeau de feutre, chemise de flanelle,
cravate molle, et en route!

Un mot des chasseresses. Si nous allons  la chasse pour faire de la
coquetterie, du flirt, nous avons bien tort; dans ces runions,
l'homme s'vanouit, le chasseur reste et voit, souvent d'un mauvais
oeil, une femme qui manie un fusil. Habillons-nous avec des bottines
laces, bien montantes, la culotte de zouave, et, par-dessus, la jupe
plisse, veste courte et lche, chapeau de feutre, pas de gants; si
nous avons du coup d'oeil et si nous sommes bonnes marcheuses, nous
pourrons suivre sans faire gronder les chasseurs du sexe fort.


_Les repas de funrailles._

Ont encore lieu  la campagne et c'est naturel; les gens sont venus
souvent de plusieurs lieues  la ronde, pour rendre les derniers
devoirs  un des vtres; il est donc du plus lmentaire savoir-vivre
de penser au bien-tre de ses htes.

On n'est pas forc, lorsqu'on est proche parent du dfunt, d'assister
 de tels repas; un ami ou une amie vous remplace.

Trs simple doit tre le menu: potage, viandes froides, charcuterie,
vin ordinaire.


_Les banquets._

La table est en fer  cheval, en patte d'crevisse, en T; le prsident
est au milieu.

Voici un extrait du protocole:

Roi ou prsident.

Princes du sang ou snateurs et dputs.

Cardinaux.

Ministres.

Grands-officiers.

Conseillers d'tat.

Grands-officiers de la Lgion d'honneur.

Gnraux de division.

Prsidents de cours d'appel.

Archevques.

Prfets.

Prsidents de cours d'assises.

Gnraux de brigade.

vques.

Sous-prfets.

Prsidents de tribunaux de premire instance.

Prsidents de tribunaux de commerce.

Maires.

Commandants d'arme.

Commandants de Consistoire.

Les titres des personnages sont mis sur leurs cartes.

     Monsieur le ministre de l'Intrieur
     S. E. l'ambassadeur
     S. M. la reine d'Angleterre

Il est presque toujours indispensable de s'adresser, pour
l'organisation d'un banquet, aux fournisseurs spcialistes.

[Illustration]




_Les vieilles coutumes franaises._



Sont la sant, la chanson, la philippine et le trinquage.

Commenons par ce dernier, qui est de plus en plus condamn.

Pourtant, si le verre vous tait tendu, n'hsitez pas, sinon  le
choquer mais  le toucher avec le vtre en vous inclinant
gracieusement. On peut encore dire, en levant son verre: Je bois  la
sant de madame ou de monsieur un tel, en s'inclinant; en ce cas les
convives lvent leurs verres et le vident; les femmes peuvent se
contenter d'y tremper leurs lvres. Le matre de la maison rpond par
une phrase dans le genre de celle-ci: Et moi je bois  vous tous, mes
chers amis. Lorsqu'on toaste, coutume anglaise implante en France,
c'est le matre de la maison qui prend l'initiative,  moins qu'on ne
soit runi chez lui pour sa fte ou pour un anniversaire; alors c'est
gnralement le convive le plus qualifi ou le plus g qui porte le
toast. Les femmes ne doivent jamais toaster.

A une noce, lorsqu'on porte la sant des jeunes poux, ils ne doivent
pas rpondre, l'motion peut les en empcher; c'est le pre de l'un ou
de l'autre qui prend leur place. On ne se lve plus pour porter un
toast, si ce n'est dans les banquets officiels ou dans les runions
ouvrires.

Alors, ce n'est plus un toast mais un discours, et, nous vous en
prions, mfiez-vous de la longueur, ayez piti des pauvres gens qui
vous coutent!

Voici dans quelles circonstances on peut toaster:

A une pendaison de crmaillre: l'amphitryon porte la sant de ses
htes et leur dit qu'il espre bien les voir souvent dans sa nouvelle
demeure;

A un anniversaire de mariage; ce sont les invits qui toastent; le
mari doit rpondre en termes mus;

Au sujet d'une dcoration, d'un avancement, d'une promotion, un
convive minent porte un toast: l'heureux personnage doit rpondre en
termes flatts;

A un mariage: j'ai dj dit que le jeune poux s'abstenait;

A un baptme: le baby ne rpond gnralement pas, si ce n'est par des
cris, et l'auteur de ses jours prend la parole en phrases attendries.

La philippine n'a plus cours que dans la trs grande intimit; elle
amenait un prsent obligatoire et une familiarit dplace.

Donc, ne philippinons pas, sauf avec les trs jeunes gens des deux
sexes; un bouquet est alors le seul cadeau qu'on peut offrir ou
accepter.

[Illustration]




_Les djeuners._


Le djeuner n'est jamais un repas de crmonie, sauf quand il s'agit
d'un djeuner de noce ou de baptme; en ce cas, c'est un djeuner
dnatoire, puisque le potage y figure.

Les djeuners sont  viter, ils coupent la journe; mais cela dpend
des occupations qu'on a.

Les hommes viennent en costume ordinaire; les femmes en toilette de
ville; la robe d'intrieur lgante peut tre la mise de la matresse
de maison, jamais la simple robe de chambre.

Le potage est remplac par les hutres ou par toute une gamme de
hors-d'oeuvre.

Les biftecks, ctelettes, viandes froides, pts, oeufs sous toutes
les formes, poissons frits, fromage, gteaux secs, fruits sont les
lments d'un djeuner; on vite les plats  sauce, les gros rtis,
les glaces et pourtant, quand on veut faire un petit gala, on a
recours  ces diverses choses; du reste, la fantaisie est admise.

On peut prendre le caf  table ainsi que les liqueurs.

[Illustration]




_Les bals._


Encore quelque chose de terriblement difficile pour les matresses de
maison qui ne disposent ni d'un htel, ni d'un trs grand appartement.

Il faut d'abord une vritable dbauche de lumires; puis beaucoup de
glaces refltant les lumires, les doublant.

De mme pour les fleurs ou plutt les plantes vertes; mettons-les en
profusion; surtout des palmiers, avec leurs larges feuilles en
ventail qui font si bien ressortir le damas d'une tenture, la
blancheur esthtique d'une statue de marbre, la svrit grandiose
d'un bronze, le coloris d'un tableau ou le ton doucement ocr d'une
terre cuite.

Une matresse de maison un peu artiste doit savoir organiser des
coins, des retraits avec des palmiers.

Les fleurs, orchides surtout, puisque c'est la mode, doivent garnir
les vases, les potiches.

Je conseille une pice peu claire, o les personnes lasses du bruit
et de la lumire pourront venir se reposer.

Dans une chambre ou dans un petit salon sont disposes des tables de
jeux, avec des cartes, des jetons, des marques, de petits bouts de
table avec bougies allumes et casques de mignons abat-jour roses ou
verts; des botes de cigares ouvertes, des allumettes, des cigarettes
et des pastilles cachou doivent tre places sur un meuble.

Si la salle de jeu est une chambre  coucher, mettez un paravent
devant le lit; c'est plus convenable et plus joli.

Les cartes d'invitation sont lances au moins quinze jours avant, car
il faut penser aux toilettes que les dames peuvent avoir  prparer,
et deux semaines ne sont pas de trop pour mettre au point la robe de
bal qui est toujours assez complique, sinon par elle-mme du moins
par ses accessoires.

_Modle d'une carte d'invitation  un bal._

   Monsieur et Madame Alfred V.... prient Monsieur et Madame X. de
   leur faire l'honneur de passer avec eux la soire du lundi 29
   mars.

     On dansera.

     22, rue Saint-Marc.

Une carte de visite doit tre aussitt renvoye; c'est l'accus de
rception et le remerciement.

Inutile de prvenir d'un refus; ce n'est pas comme pour un dner, les
prparatifs sont les mmes et peu importe l'absence de quelques
personnes de plus. Quelquefois, au dernier moment, on se trouve libre
et si on avait refus il n'y aurait plus moyen de revenir sur sa
dcision.

Lorsqu'on a assist au bal, on doit renvoyer une carte huit jours
aprs, puis faire une visite (les hommes n'y sont pas tenus);
avez-vous refus, il est de bon got de faire une visite explicative 
la matresse de la maison si on est assez li pour cela; sinon, on
s'abstient.

La toilette de la matresse de la maison peut tre jolie, mais elle ne
doit pas mettre toutes voiles dehors, afin de ne pas clipser ses
invites qui, quelquefois, pourraient lui en savoir mauvais gr: on a
vu des haines de femmes clore  propos d'un chapeau.

Le grand dcollet, le demi-dcollet, mme l'entre-billement discret
sont permis dans un bal; la rgle n'est plus inflexible comme il y a
quelques annes et les personnes souffreteuses peuvent, sans manquer
au savoir-vivre, aller au bal dans une toilette demi-montante.

Les jeunes filles renoncent aux robes de tulle et de tarlatane;
c'tait joli, flou, mais cela durait l'espace d'une nuit et, les
faons cotant cher, la gnration actuelle, plus pratique, prend de
lger taffetas, de la bengaline, de la gaze de soie, mme du crpon de
laine, qui peut fournir plus d'un bal.

La robe d'une entire blancheur a fait place, elle aussi,  toutes les
teintes dlicieusement fausses qui sont en vogue, et les jeunes filles
sont habilles comme les jeunes femmes, sauf le dcollet plus modeste
et l'absence de bijoux.

Les gants doivent toujours tre trs longs, montant au-dessus du
coude; je prfre les teintes roses, biscuit, gris clair, au gant
blanc.

La petite palatine de satin piqu orne de cygne ne se porte plus; on
a tout simplement une gaze, une mantille, qu'on peut jeter sur ses
paules.

En fait d'accessoires, la femme n'a plus que l'ventail, le mouchoir
et le carnet de bal.

La sortie de bal se laisse au vestiaire.

La toilette des hommes est toujours la mme: habit noir, pantalon
noir, gilet noir  coeur, cravate blanche, souliers vernis, gants
blancs, les seuls dont le corsage des dames n'a pas  redouter le
contact. Dans le grand monde, on arbore la culotte courte, les bas de
soie noirs, l'escarpin, l'habit rouge et mme, suprme fantaisie,
l'habit en soie glace, gorge-de-pigeon.

C'est fort joli dans un certain milieu.

Les bals sont gnralement indiqus pour dix heures et demie ou onze
heures; on doit tre par, comme on dit en style maritime, une
demi-heure avant.

Il ne faut pas arriver trop tt pour voir allumer les chandelles;
pas trop tard non plus.

Je n'engagerai jamais les matres de maison dsireux d'avoir foule
dans leurs salons  donner des invitations en blanc; sait-on qui peut
venir?

Les jeunes femmes ne vont pas seules au bal; il leur faut mari, pre,
frre, ami de la famille ou dame srieuse comme chaperon; pourtant,
une personne n'ayant nul tenant aurait grand tort de se priver d'un
plaisir; elle n'a qu' arriver des premires et  se placer prs de
quelqu'un de connaissance ou prs d'une personne avec laquelle la
matresse de maison la mettra en rapport.

Les matres de maison s'occupent de placer les premiers arrivants;
ensuite, c'est un peu au gr de la fantaisie.

Rgle gnrale, les femmes sont assises dans un bal, les hommes
jamais.

Un des grands soucis pour des personnes donnant un bal, c'est de
runir le nombre de danseurs, _dansant_, ncessaire.

Pour ce, ils sont forcs de se montrer clectiques.

La matresse de maison doit peu danser; il faut qu'elle s'occupe de
mettre tout le monde en train, de chercher les danseurs pour les trop
obstinment dlaisses.

Autant que possible, l'orchestre doit tre install sur une estrade
avec des plantes vertes le dissimulant.

Une remarque. On doit faire distribuer frquemment des
rafrachissements aux musiciens, mais pas de liqueurs;  la fin du
bal, on les fait souper ou, s'il n'y a pas de souper, on leur sert du
bouillon, du Bordeaux, du Champagne.

Pour l'organisation d'un orchestre, on peut s'adresser  des facteurs
de pianos,  des marchands de musique; ils vous procureront un
personnel trs convenable.

Les invits doivent adresser leur premire invitation  la matresse
du logis et  ses filles.

Les jeunes filles en entrant au bal marchent seules derrire leur
mre, qui est au bras du matre de la maison ou d'un de ses aides de
camp; elles donnent le bras  leur pre,  leur frre ou  l'ami qui
les accompagne.

Les jeunes filles s'asseyent devant ou prs de leur mre ou de la dame
qui leur sert de chaperon; un homme veuf conduisant sa fille au bal
doit la mener de suite prs d'une personne ge de leur connaissance.

La jeune fille doit danser dans le salon o est la personne qui
l'accompagne; de mme, au souper, elle doit tre place non loin.

L'usage amricain qui veut que la jeunesse ait son salon pour elle
seule, soupe seule, a de grands inconvnients et, si j'avais une
fille, je ne le permettrais certes pas.

Un homme doit viter d'ordinaire de faire danser trop souvent la mme
personne.

Pour inviter  danser, le cavalier salue la dame et lui dit,  voix
basse, ces mots sacramentels: Madame--ou Mademoiselle,--voulez-vous
me faire l'honneur de m'accorder ce quadrille,--ou de danser cette
valse avec moi?

Celui qui emploierait le mot plaisir en place de celui d'honneur
serait peu correct.

Lorsque la femme accepte, elle s'incline et dit:
Volontiers--oui,--avec plaisir, galement  voix basse; ses phrases
sont devines plutt qu'entendues.

Consulter longuement son carnet de bal serait incivil.

Pour refuser, on dit simplement: Merci, je suis invite.

Lorsqu'on refuse de danser avec quelqu'un pour une raison ou pour une
autre, on doit rester  sa place.

Si on veut se mnager d'accorder la danse suivante, il ne faut pas
dclarer qu'on ne danse plus, mais dire: Je vous remercie, je
dsire me reposer un moment.

Le cavalier n'insiste pas; il peut se reprsenter plus tard, mais si
on le refuse de nouveau, il doit s'abstenir.

Dans le cas o deux messieurs rclameraient leurs droits en mme temps
et paratraient disposs  tourner  l'aigre, il faut que la danseuse
ait l'esprit de mettre les deux parties d'accord.

Si une dame vous refuse, n'invitez pas de suite sa voisine directe.

Dans un bal, les hommes vont saluer les dames qu'ils connaissent;
s'il y a une chaise libre  ct, ils peuvent s'y asseoir un
_instant_; ne jamais rester devant une femme, debout,  causer; cela
la masque ainsi que ses voisines et peut les empcher d'tre invites
 danser.

Lorsqu'on a invit une personne pour un quadrille, on prend pour le
vis--vis le premier couple qu'on voit en qute de partenaires.

Parler en dansant la valse est non seulement difficile, mais de
mauvais got.

Peu d'hommes et peu de femmes savent danser correctement.

Voici la tenue exacte cite par la baronne Staffe:

Le cavalier se place  la gauche de la dame, enlace sa taille avec
l'avant-bras et soutient de sa main gauche la main droite de sa
danseuse, qui appuie lgrement sa main gauche sur l'paule de son
danseur.

Le bras gauche du cavalier doit tre assez tendu pour pouvoir
imprimer instantanment les changements de direction. L'paule droite
du cavalier doit tre constamment perpendiculaire  l'paule droite de
sa danseuse et le corps de celle-ci ne doit pas se trouver en contact
avec le corps de son cavalier.

Si vous tombez sur un mauvais danseur, faites contre fortune bon coeur
et ne lui donnez pas des conseils d'un ton aigre; la rciproque est
vraie.

Il est bon de s'arrter de danser lorsque les dernires mesures se
font entendre.

Le cavalier reconduit la dame  sa place, reprend son claque (il en
est qui dansent avec, mais c'est gnant), s'incline, la dame en fait
autant; avant, l'homme remerciait.

Les coiffures extravagantes et les dcollets trop... audacieux sont
de mauvais got.

L'officier qui danse dfait son sabre chaque fois et le dpose _droit_
contre la chaise de sa danseuse.

A propos d'officiers, s'ils portent des gants blancs au bal, comme
tout le monde, ils ne sont plus astreints  cette couleur pour la
ville; ils portent journellement le gant peau de chien ou brique, 
piqres noires.

Lorsqu'on va dans plusieurs soires, on doit partir sans jamais
prendre cong des matres de maison, qui pourraient tre vexs de
votre dsertion et tenter de vous retenir.

Les bals ne sont pas toujours suivis de soupers; il y a quelquefois un
buffet qui doit tre prt ds la premire heure du bal, quoiqu'il soit
de mauvais ton d'y aller ds le commencement de la soire.

Maintenant que la mode des buffets est en vogue, on ne sert plus de
rafrachissements entre les danses.

Pourtant je vais donner quelques indications pour le cas o il n'y
aurait pas de buffet: entre chaque danse, si on veut, ou, au moins,
toutes les trois danses, des domestiques chargs de grands plateaux
avec des verres plats remplis aux _deux tiers_ de sirop de groseille,
de grenadine, orgeat, glaces en coquilles, caf glac, chocolat glac,
petits fours, fruits confits dans leurs collerettes de papier pliss,
doivent circuler dans le salon.

[Illustration]




_Buffets.--Soupers._


Aussitt les plateaux passs, d'autres domestiques, chargs de
plateaux vides, recueillent verres, coquilles, petites cuillers;
jamais, au grand jamais, ne dposons rien sur un meuble; dans le cas
o vous auriez omis de remettre sur le plateau, il se trouvera
toujours un homme bien lev pour vous dbarrasser de ce qui vous
gne.

La question des godets de papier contenant des fruits glacs, des
noyaux et des queues a t dbattue et, tout dernirement, d'une faon
charmante par Marie-Anne de Bovet. On sait donc qu'il ne faut pas
avaler les noyaux, ni les jeter subrepticement derrire sa chaise ou
derrire un meuble, ni les mettre dans sa poche, mais bien les
enfermer dans leur enveloppe de papier et dposer le tout sur le
plateau.

Oui, mais si le plateau a pass?

Dans ce cas, messieurs, mettez le corps du dlit dans votre poche de
gilet et vous, mesdames, dans un coin de votre mouchoir de poche.

Les verres  sirop sont toujours en cristal uni; les verres  pied ne
sont de mise que pour le punch ou le vin chaud qu'on sert vers une
heure du matin; lorsqu'il n'y a pas de buffet, on sert des tasses de
chocolat chaud, de consomm chaud et froid, vers deux heures du matin;
on peut aussi servir des verres de vin de Bordeaux et des coupes de
Champagne; mais cela est facultatif, ainsi que les sandwichs.

Le buffet doit tre trs copieusement garni.

Comme il est fort difficile d'organiser un buffet pour un bal, qu'il
faut beaucoup de matriel, des tables  trteaux, des montants, etc.,
etc., j'engage  s'adresser  une maison de _premier ordre_ pour ce
soin; je dis de _premier ordre_ car, pour une minime diffrence de
prix, vous risquez d'avoir des fournitures peu fraches et des vins de
qualit trs infrieure.

Les domestiques doivent tre debout derrire la table.

Il faut placer un paravent derrire les serveurs; ce paravent
dissimule une table o on envoie vivement la vaisselle sale, les
dtritus; on doit laver promptement la vaisselle et lui faire
reprendre sa place; ainsi le buffet n'a pas trop l'aspect d'une ville
mise  sac.

La dcoration du buffet est faite par des fleurs et de belles grasses
pices, galantine, jambon, filet froid, volaille, fruits.

On invente tous les ans d'exquises choses qui sont les bienvenues dans
les buffets: ortolan froid, pris dans de la gele; coquilles de
homard; bouches aux crevettes; pt de saumon; truffes au vin de
Champagne, servies dans de mignonnes coquilles en argent, sandwichs au
jambon, au foie gras, vins de toutes espces, glaces, sorbets, punch,
bouillon, etc., etc.

Le matre de maison et ses aides de camp doivent conduire tour  tour
les dames au buffet; celles qui dansent y sont menes par leurs
danseurs; il faut veiller aux timides et s'arranger pour qu'elles
aient leur tour.

On ne doit pas conduire sa soeur, ou sa femme au buffet; encore moins,
si on est venu nombreux, s'y rendre en famille. Lorsqu'on fait un
souper par petites tables, sauf celles prsides par le matre et la
matresse de la maison et o ils invitent les personnes auxquelles ils
tiennent  faire honneur, chacun se place comme il l'entend.

Le souper doit tre court; les danseurs grillent de retourner  la
salle de bal et les personnes qui dsirent se retirer verraient d'un
mauvais oeil se prolonger le repas.

Sauf le potage (toujours du bouillon), qui est chaud, tous les mets
sont froids: filet de boeuf, volaille, galantine, jambon, pt de foie
gras, salade de lgumes, ananas, fruits, Bordeaux, tisane de
Champagne.

Aprs le souper, les personnes qui dsirent partir, reparaissent au
salon un instant et s'clipsent pendant le brouhaha de la premire
danse.

[Illustration]




_Le cotillon._


Est de rigueur maintenant dans tous les bals et se danse avant ou
aprs le souper.

Il est de plus en plus aim des jeunes filles et des femmes parce
qu'il sert de prtexte  distribution d'objets plus ou moins coteux,
plus ou moins luxueux et toutes les femmes adorent emporter quelque
chose.

Si on veut suivre la mode, point n'est besoin d'avoir un cotillon qui
revient  dix mille francs, car on atteint facilement ce chiffre en
offrant aux danseuses des ventails signs de noms de matres, des
botes  poudre en argent, des pommes d'ombrelles en Saxe, des bijoux,
enfin les mille fantaisies coteuses que seule une matresse de maison
millionnaire peut songer  offrir.

Il est de petits bibelots gentils, pas chers, qui font merveille; des
japonaiseries, des rubans, des fleurs, les diffrentes fantaisies qui
closent ici et l, sous le nom fameux d'articles de Paris.

Bien des accessoires peuvent se confectionner chez soi et
l'ingniosit invente des figures absolument charmantes, pour une
minime dpense.

Mais passons d'abord en revue ce qui s'achte.

=La troka.=--Est une branche d'arbre qui rappelle le clbre attelage
russe. Cette branche est orne de fleurs et de rubans;  ses
extrmits se trouvent deux rubans avec un anneau dor au bout: trois
dames s'attellent  la troka, que tient la dame du milieu. Les deux
autres tiennent les rubans. Un grand ruban est pass autour de la
taille de la dame du milieu et les extrmits en sont tenues par le
cavalier qui conduit l'attelage. La dame conductrice guide trois
cavaliers attels de la mme faon  une autre troka. On donne des
colliers aux dames, des flots de rubans aux messieurs. Les deux
attelages font le tour de la salle en sens inverse; au signal donn
par le cavalier conducteur, la course s'arrte et chacune des dames
danse avec le cavalier qui se trouve en face d'elle.

=Le portique.=--Sous un portique orn de roses et de rubans, on
attache une clochette et un petit panier rempli de ptales de roses;
deux rubans qui correspondent  la clochette et au panier sont tenus
par une dame qui,  sa volont, fait sonner la clochette ou basculer
le panier qui laisse tomber une pluie de fleurs; dans ce cas le
cavalier ne danse pas.

=Les tambourins.=--Le cavalier conducteur et la dame conductrice
distribuent des tambourins orns de diffrentes couleurs. Au signal
donn, les dames dansent avec le cavalier portant leurs couleurs.

=Le sistre.=--Le sistre est distribu par les messieurs aux dames de
leur choix; il accompagne l'orchestre d'un charmant bruit de grelots
et de clochettes.

=Le diable au corps.=--On place deux cavaliers et une dame au milieu
du salon. Les deux diables sont passs au cou des deux messieurs:
celui des deux messieurs qui s'en dbarrasse le premier en le
dtachant du mousqueton, le jette ou le passe  un autre cavalier et
danse avec la dame.

=Le secret de Polichinelle.=--On renferme douze beaux hochets orns de
ttes de polichinelle de couleurs diffrentes dans une grosse tte de
polichinelle monte sur un pied; douze autres petites ttes de
couleurs semblables aux premires sont mises dans la grande collerette
de Polichinelle; le cavalier conducteur distribue les hochets aux
messieurs; douze dames viennent prendre chacune une petite tte et
dansent avec le cavalier qui a le hochet correspondant.

=Les fleurs ou le parterre.=--De grandes branches de fleurs,
diffrentes, sont places au milieu du salon sur un parterre portatif;
on distribue de petits crans reprsentant les mmes fleurs aux
messieurs, qui choisissent chacun une danseuse et la conduisent au
parterre o elle arrache la branche de fleurs correspondante.

=Ada.=--On prsente un gigantesque cran en plumes de paons, pos sur
un beau pied; les grandes plumes ornes de noeuds de satin diffrents
sont distribues aux messieurs; douze petits crans en plumes et orns
de noeuds semblables sont distribus aux dames; on range les messieurs
sur une ligne, les dames dfilent devant eux et s'arrtent devant le
cavalier aux noeuds correspondants.

=Les marguerites.=--De grandes marguerites blanches sont distribues
aux dames et de petites marguerites de couleurs diffrentes, en forme
de dcorations, aux messieurs. Au signal du cavalier conducteur,
chaque dame tire un  un les ptales de sa fleur; au dernier ptale,
par un mouvement de bascule, le coeur de la marguerite se retourne et
change de couleur. Les couleurs correspondant aux couleurs des
messieurs forment les couples.

=Le rosier.=--Un rosier de grandeur naturelle et garni de six, douze
ou dix-huit roses trs jolies de nuances diffrentes est plac au
milieu du salon. Le mme nombre de boutons de rose de nuances
semblables aux premires sont piqus dans une corbeille de mousse;
chaque cavalier conduit prs du rosier la dame de son choix; celle-ci
cueille la rose semblable au bouton que le cavalier a plac  sa
boutonnire.

=La courte paille.=--On place une dame et deux cavaliers au milieu du
salon; deux pailles, dont l'une s'allonge beaucoup, mais que l'on
croit semblables, sont prsentes aux messieurs par une dame; chacun
des cavaliers choisit une paille et celui qui a la courte paille danse
avec la dame.

A ct des accessoires coteux il en est, avons-nous dit, beaucoup
qu'on peut faire soi-mme et qui ne demandent qu'un peu d'application.

=La pche.=--Mettez au bout d'un bton, recouvert de papier d'or ou
d'argent, une ficelle; attachez  cette ficelle un petit four.

Une dame prend cette ligne improvise et la balance au-dessus de la
tte de ses danseurs agenouills. Celui qui happe l'appt danse avec
la dame et les autres dansent entre eux.

=La chandelle.=--Une dame monte sur une chaise tenant une bougie
allume; deux danseurs sautent et essayent d'teindre la bougie; celui
qui russit danse avec la dame et le second danse seul auprs en
tenant la chandelle.

=La grosse tte.=--C'est une norme tte de carton reprsentant une
figure comique, face de poupe, de Jeannot, rosire de Nanterre, etc.,
etc.; la dame qui tient la tte! la dpose sur celle du danseur
qu'elle choisit et celui-ci danse  l'aveuglette; l'effet est
quelquefois drle.

=Les sacs.=--Une figure de mon invention, amusante peut-tre: on fait
des sacs en papier gris percs de trous de diffrentes grandeurs; les
messieurs s'en couvrent entirement la tte et s'alignent sur un rang
afin que les dames choisissent leurs danseurs.

On ne peut les reconnatre  la taille, avec ces sacs de diffrentes
grandeurs, et, la danse finie, lorsqu'on enlve ce couvre-chef d'un
nouveau genre, on est souvent tout tonne en voyant le visage du
danseur.

=La poudre de riz.=--Une figure  viter; elle tache les habits.

Toutefois, comme elle ne cote absolument rien, il faut l'indiquer.

Deux danseurs se prsentent; la dame enfarine le visage de l'lu et
l'autre suit le couple en dansant et en tenant houppe et bote.

=Le miroir.=--La dame assise tient un miroir et, tour  tour, les
danseurs viennent y mirer leur visage; la dame efface avec son
mouchoir les traits de ceux qu'elle ne veut pas agrer.

Faire dfiler tout le bataillon des danseurs serait de got douteux.

=Le coussin.=--La dame, assise, a un coussin devant elle. Elle pose le
pied dessus, les danseurs vont tour  tour essayer de s'y agenouiller;
si la dame refuse, elle doit retirer vivement le coussin.

=Le verre d'eau.=--Une dame tient un verre d'eau: elle l'offre  celui
avec lequel elle veut danser; celui-ci le donne vide  un cavalier qui
suit le couple en dansant seul et en tenant le verre d'eau plein; il
ne le vide qu'aprs la valse; rle vtilleux, demandant beaucoup
d'adresse; figure dangereuse pour les robes des dames.

Le cotillon variant chaque anne, je ne peux gure expliquer les
figures; il s'en montre tous les jours.

Bien entendu on peut offrir ce qu'on veut, depuis des pelotes et des
crans jusqu' des sachets et des mouchoirs.

[Illustration]




_Les diffrents bals._


_Bals Cendrillon._

De rcente importation est le bal Cendrillon qui finit  minuit, heure
 laquelle l'hrone des contes de Perrault perdit sa pantoufle.

Ce bal fait le bonheur des personnes aimant se coucher tt, des
mamans, des papas, voire des maris.

Il commence  huit heures; on passe des rafrachissements, mais il n'y
a ni buffet ni souper.


_Les bals d'enfants._

Ont lieu dans l'aprs-midi, de deux heures  six heures; il y a un
goter assis; on offre des tasses de lait.

L'orchestre, pour ces bals, peut se composer d'un simple piano tenu
par une maman ou une grande soeur complaisante.

A propos d'orchestre, disons en passant qu'on ne doit pas lsiner sur
le nombre des musiciens, que cela ne grossit pas beaucoup la dpense
d'en avoir quelques-uns de plus, et que rien n'est piteux comme de
voir sautiller cent personnages aux sons essouffls d'un piano
poitrinaire ou d'une petite flte qui n'en peut mais.

Dans les grands bals, une jolie invention est de faire jouer
l'orchestre en sourdine pendant le souper.

Les airs espagnols sont en vogue.


_Bals dguiss._

Bien jolis et bien agrables; il y a une sorte de laisser-aller o on
peut donner libre cours  son esprit.

Le bal masqu est encore plus gai, plus amusant  la faveur de
l'incognito et avec le tutoiement tolr quelquefois.

Les bals masqus ne sont amusants que dans des maisons particulires,
o on est sr que tout le monde est correct et que malgr la licence
de l'incognito, des propos dplacs n'auront pas cours.

Les bals dguiss o tous les costumes se coudoyaient dans un
chamarrement joli ont fait leur temps; on veut du nouveau, n'en ft-il
plus au monde, et on inaugure les bals Charles IX o tout le monde est
tenu d'avoir le costume du temps, et on danse la pavane;

Les bals Watteau, avec le menuet;

Les bals rpublicains, avec gardes franaises et ravaudeuses;

Les bals grecs, fort originaux;

Bals espagnols avec le fandango, bals italiens avec la tarentelle, bal
chinois, bal russe, bal polonais, bal turc, bal suisse, enfin, tous
les pays du monde peuvent tre mis  contribution avec leurs costumes
et leurs danses; de mme les provinces franaises, le Poitou avec son
ancien costume et le branle; l'Auvergne avec la bourre, etc.;

Puis les bals de fleurs, les bals d'oiseaux. On donne aussi des bals
dguiss _de jour_; ce sont des bals villageois o on mange simplement
des crpes et o on boit du cidre; ce ne sont pas ceux o l'on s'amuse
le moins.

Les _bals blancs_ sont ceux o seules les personnes non maries ont la
permission de danser; les jeunes filles doivent tre tout en blanc et
les jeunes gens arborent une fleur de mme couleur  la boutonnire.

Les _bals roses_, o peuvent danser les jeunes femmes, sont jolis;
toutes les danseuses portent des robes galement roses, et les
danseurs se dcorent d'une des roses de la saison.

Les _bals d't_ se donnent dans les jardins, clairs par des
lanternes vnitiennes; les musiciens sont juchs sur des tonneaux;
sous des tentes sont dresss des buffets.


_Les bals par souscriptions._

Lorsque, dans ces bals, une femme se prsente sans cavalier, un des
commissaires doit lui offrir le bras, la conduire, lui trouver une
place convenable et l'y installer.

On ne doit jamais accepter d'tre mene au buffet, payant, dans ces
bals, si ce n'est par ses parents.

Si deux femmes se prsentent ensemble et qu'il n'y ait qu'un
commissaire de libre, c'est  la plus ge que celui-ci doit donner le
bras.


_Quelques conseils pour les bals._

Ne jamais trop faire frotter un appartement: autrement, gare aux
glissades et aux chutes.

Ne mettez pas de fleurs odorantes.

Ayez des bougies trs longues, afin de ne pas les renouveler plusieurs
fois dans la soire.

Ne chauffez pas les salons, mais chauffez fortement le petit salon de
repos et la salle de jeu.

Que les hommes n'enlvent jamais leurs gants sous aucun prtexte; le
contact d'une main plus ou moins moite sur un corsage ou sur un gant a
une action dsagrable et tachante.

[Illustration]




_Les garden parties._


On les nomme aussi Robinson ou Marly; c'est une mode qui vient
d'Angleterre.

Les matres de maison vous invitent pour rester dans leur jardin.

Les rafrachissements, les plaisirs, tout se prend dehors.

On dresse le buffet sous une tente, une tonnelle, un hangar.

On installe des jeux champtres, des balanoires, des tourniquets.

A propos des parties en plein air, quelques conseils.

Il faut que le lieu du festin ne soit pas trop loign de la cuisine,
de manire  ce que les mets n'arrivent pas froids.

viter de mettre rafrachir les bouteilles dans des seaux sous les
yeux des convives.

Il faut avoir un terrain sans pente pour mettre siges et tables et
caler solidement les uns et les autres.

Faire attention de ne pas se mettre sous les arbres d'o pleuvent les
insectes.

Calculer les mouvements du soleil afin que les convives ne soient pas
aveugls.

Si le repas en plein air est un dner, la matresse de la maison fera
bien d'avoir une provision de chles lgers qu'elle pourra jeter sur
les paules des frileuses.

Pour l'clairage on emploie les lampes de jardin  globes ferms.

On peut aussi avoir un clairage de lanternes chinoises ou
vnitiennes.

Lorsqu' la campagne on dne dans la salle  manger et que le caf est
servi dehors, les domestiques placent tout ce qui est ncessaire sur
une table et se retirent; le soin de servir est laiss  la matresse
de la maison et souvent mme on invite les convives  se servir
eux-mmes.

[Illustration]




_Soires._


Les soires dansantes sont plus intimes que les bals; on peut y venir
en robe demi montante; souvent il n'y a qu'un piano pour orchestre, et
ce sont tour  tour des personnes de bonne volont qui le tiennent.

Ces soires donnent de graves soucis aux matresses de maison; elles
sont forces d'avoir de l'initiative, de guider les conversations,
d'organiser les jeux, les petits jeux, les intermdes; elles doivent
ne ngliger personne.

Les artistes qu'on peut avoir doivent tre largement rtribus, mais
cela n'empche nullement de les traiter en personnes du monde; si ce
sont des femmes, l'usage veut qu'on leur offre une gerbe de fleurs et
qu'on les fasse reconduire en voiture.

S'il est convenu que tel artiste doit chanter deux ou trois morceaux,
n'insistons pas pour en avoir un autre par-dessus le march.

Dans un programme musical, des classiques et des modernes.

Les morceaux d'attraction doivent tre excuts au milieu de la
soire; les invits sont au complet, leur attention n'est pas encore
fatigue, les nerfs ne sont pas tendus comme au bout de deux heures de
musique.

On ne doit pas entrer pendant l'excution d'un morceau.

Les rafrachissements se passent entre chaque numro.




_L'accompagnateur et celui qui tourne les pages._


Si on n'a pas pris un accompagnateur de mtier, tort grave, il faut
s'adresser  une personne de bonne volont trs exprimente.

Il faut qu'elle soutienne la voix dont l'motion glace le talent de la
jeune personne ou du jeune tnor dont les notes tremblent.

Le savoir-vivre ordonne  l'accompagnateur de mnager les mesures si
tel est le bon plaisir du chanteur ou de la chanteuse; de laisser
aller compltement la pense d'un matre afin de permettre  un
amateur d'escamoter les passages o fatalement il sombrerait, enfin de
s'annihiler compltement.

Bref, tre accompagnateur est une mission  viter si on peut le faire
sans mcontenter ses amis; de mme tourner les pages est un petit
supplice.

Il ne suffit pas d'tre un bon musicien pour s'acquitter de cette
tche.

Tel artiste joue de mmoire les dernires mesures de la page, tel
autre les lit jusqu'au bout, il y a des reprises qu'on excute ou
qu'on saute.

Les uns exigent de vous une prcision trs grande, d'autres laissent
tourner tranquillement; n'allez pas trop vite en vous acquittant de
votre tche; vous pourriez faire tomber la musique; feuilletez
d'avance le morceau afin que les feuillets ne soient pas colls les
uns aux autres.

Il est bon de ne pas s'offrir pour cet exercice difficile et
d'attendre que le matre de la maison vous le demande; pourtant, si
vous voyez un excutant luttant pniblement pour tourner ses pages
lui-mme, il serait de bonne charit de lui venir en aide.

On doit ncessairement viter de chanter aprs une personne un morceau
similaire; si on lui est infrieur on est cras, et si on lui est
suprieur on l'crase; c'est donc dsagrable pour tout le monde, y
compris les matres de la maison et les invits.

Lorsqu'on chante et qu'une personne vous accompagne, on se tient
debout prs de l'instrument, le visage tourn de trois quarts vers
l'assistance, en tenant  la main le morceau de musique sur lequel on
jette les yeux de temps  autre. Inutile de dire que les grands
gestes, les grands cris font mauvais effet.

[Illustration]




_Le jeu._


On n'invite plus gure  une soire de jeu; mais aprs le dner les
personnes qui ne dansent pas et qui ne font pas de musique aiment
assez ce genre de divertissement.

Il faut tablir les tables de jeux dans une pice assez carte afin
que le bruit ne gne pas les joueurs.

La pice est relativement peu claire.

On place sur les tables des bougies coiffes de petits abat-jour verts
et des petites lampes avec globe en verre dpoli galement recouvertes
d'abat-jour.

On doit avoir des jeux de cartes _cachets_. Ce n'est que dans
l'intimit qu'on peut se permettre des cartes ayant servi.

Le vieux savoir-vivre exigeait quelque chose de bien amusant: il
fallait mettre de l'argent sous le chandelier afin de payer les
cartes!

Les matres de maison doivent fixer le prix de la fiche, il n'est pas
permis de le dpasser.

L'on se dgante pour jouer, mais on remet ses gants pour rentrer au
salon.

L'on ne doit pas se retirer en gagnant beaucoup.

Les dettes de jeu se payent dans les vingt-quatre heures, au cercle;
dans les maisons bourgeoises, on ne doit jamais jouer sur parole.

La loi ne permet pas de poursuivre une dette de jeu; c'est pour cela
qu'on la nomme une dette d'honneur.

Une femme qui resterait toute une soire  une table de jeu manquerait
au savoir-vivre.

Les invits qui n'ont rien de mieux  faire, se groupent autour des
joueurs et forment ce qu'on appelle la galerie; ils doivent
s'abstenir de conseils, d'apprciations, ne pas prendre parti pour
l'un ou pour l'autre dans un coup douteux,  moins qu'ils ne soient
pris pour arbitres.

Les joueurs qui tenteraient de cacher leur jeu  la galerie, auraient
l'air de suspecter la bonne foi des assistants.

Beaucoup de personnes perdent les plus simples notions du savoir-vivre
lorsqu'elles se voient en prsence des cartes et de l'argent.

Blme aux dames qui profitent des gards qu'on leur doit pour se
montrer d'une humeur massacrante, lorsqu'elles perdent.

La matresse de maison ne joue pas.

Le matre peut jouer, mais non s'attabler toute une soire.

On doit faire passer des rafrachissements aux joueurs.

Les marques, les fiches, tous les petits accessoires doivent tre en
parfait tat.

[Illustration]




_La Carte de visite._


Le savoir-vivre, qui exigeait imprieusement jadis qu'on envoyt des
cartes de visite, au premier de l'an, permet maintenant qu'on n'en
envoie plus.

Pour mon compte, je regrette fort cet usage; le petit carr de bristol
venait vous dire: Petit bonhomme vit encore et bien des amis
oublis, des relations dnoues se reprenaient par l'envoi seul de la
carte de visite.

Beaucoup de personnes doivent tre, comme moi, fidles aux vieux _us_
car, malgr le dcret chic, qui vous dclare philistin, si vous
envoyez votre carte, on en confie encore chaque anne  la poste un
nombre trs considrable.

La carte de visite pour un suprieur ou pour une personne  laquelle
on veut tmoigner gards, doit s'envoyer ds le 25 dcembre afin
qu'elle arrive le 31 dcembre ou le 1er janvier, car les encombrements
sont tels  cette poque qu'il faut frquemment six jours et plus,
pour l'arrive des cartes de visite mises  la poste en carte,
c'est--dire, dans une enveloppe ouverte avec l'affranchissement du
timbre de cinq centimes.

Tout autre est la carte sous enveloppe cachete et affranchie  15
centimes; elle arrive comme une lettre, du jour au lendemain.

C'est ce mode que je conseille pour les cartes qu'on a  coeur de voir
arriver exactement.

Depuis 1895, les rglements de la poste permettent d'crire quelques
mots sur les cartes affranchies  5 centimes, c'est--dire d'ajouter 
son nom: _avec ses bons souhaits pour..._ ou quelque formule
semblable.

Ce sont les plus jeunes personnes qui envoient en premier leurs cartes
aux personnes plus ges.

Les clibataires et les veufs envoient leurs cartes en premier  leurs
amis maris; l'homme rpond seul  cette politesse; seulement, si le
mari et la femme ont des cartes collectives comme celle-ci on
l'envoie:

     Monsieur et Madame L...

Notons que jamais une femme ne met sur sa carte son adresse imprime;
elle l'crit  la main si elle a besoin de la faire connatre; mais,
dans les cartes communes, l'adresse y est toujours.

Une demoiselle de trente ans peut avoir sa carte; avant cet ge, elle
crit son nom sur celle de son pre ou de sa mre.

Il y a pourtant une exception  faire pour une orpheline de vingt-cinq
ans; la carte est alors libelle ainsi:

     Mademoiselle F....

Le nom de baptme ne figure gnralement pas; pourtant, s'il y avait
plusieurs soeurs ou parentes du mme nom, la carte serait ainsi
conue:

     Mademoiselle Berthe F....

Une veuve n'indique pas cette qualit sur sa carte, elle mettra
simplement:

     Madame R....

et si sa belle-mre vit encore, ou si elle a des belles-soeurs de mme
nom, elle mettra le prnom de son mari sur sa carte, tout comme s'il
tait vivant:

     Madame Edouard R....


Lorsqu'on a plusieurs enfants, ce n'est pas manquer au savoir-vivre
que d'ajouter au-dessous de son nom: et ses enfants.

Une dame ne doit jamais envoyer sa carte  un homme; exception faite
pour les prtres.

Le vieux savoir-vivre voulait qu'on envoyt autant de cartes qu'il y
avait de membres dans une famille!

Voyez-vous une enveloppe bourre de sept cartes?

C'tait une trange anomalie car, la carte quivalant  une visite,
vous ne faites pas sept visites, mais une seule collective.

On a tout le mois de janvier pour envoyer sa carte.

Le suprieur renvoie toujours sa carte  un infrieur et ce dans le
plus bref dlai.

Les cartes doivent tre en trs beau carton, ni trop grandes, ni trop
petites, les caractres simples, bien gravs. De fantaisie sont les
cartes en carton de couleur ou en aluminium, ainsi que les cartes 
facettes, les cartes grises  lettres rouges.

La carte glace est aujourd'hui peu gote.

Lorsqu'on est titr, la couronne est place au-dessus du nom. On met
pour la carte collective des deux poux:

     Marquis et Marquise de M....

Jamais le mot monsieur devant le nom d'un homme. M. Thiers avait
pourtant des cartes ainsi libelles:

     Monsieur Thiers

On pouvait lui passer cela, mais un bourgeois qui mettrait: Monsieur
Durand, serait incorrect.

Une carte encore bien dmode est celle-ci:

     Madame M...., ne D....

On voit encore quelques cartes o le nom de la femme est mentionn,
mais seulement dans les cartes  viter.

Gardez-vous d'numrer vos titres sur votre carte; c'est inutile.

Il existe des cartes grotesques.

J'en ai vu, de mes yeux vu, deux si ridicules que je veux les
transcrire pour faire horreur aux gnrations prsentes et futures.
Elles taient ainsi conues:

     Joseph R...
     abonn du chemin de fer du Nord!

     Hippolyte B...

     Neveu du gnral T...., membre honoraire des Sapeurs-Pompiers
     et de la Socit des Sauveteurs.

     Sauveteur lui-mme.

Les femmes qui ont un jour mettent ce jour sur le coin gauche de la
carte.

La carte sert  de multiples emplois et vite souvent une lettre.

Elle se joint  tout prsent.

Elle s'envoie immdiatement  l'annonce d'un vnement heureux ou
malheureux, en attendant qu'on aille faire visite.

Elle se dpose, plie, en cas d'absence.

Elle remercie du bon accueil fait  quelqu'un; d'un objet prt, en
renvoyant ledit objet.

Elle prvient qu'on accepte une invitation; elle accrdite quelqu'un:
_Madame D..._ vous recommande chaleureusement le porteur.

Les enveloppes des cartes doivent tre proportionnes: celles qui
ballottent dans la leur, comme pois en cosses, ne sont pas admises;
les toutes petites enveloppes d'o la carte dborde sont encore de
mauvais genre.

[Illustration]




_Les visites._


Les visites sont une des obligations de la vie mondaine, exception
faite pour celles que l'amiti exige.

Les visites dites de crmonie sont celles que se doivent les
officiers d'un mme rgiment, les magistrats d'un mme tribunal, les
fonctionnaires d'un mme ministre, les employs  leur patron, etc.,
etc.

Les visites de crmonie durent environ dix minutes.

Les visites officielles sont rendues dans les huit jours.

Ces visites se font l'aprs-midi, entre deux heures et demie et cinq
heures et demie.

Les visites de crmonie se font aussi entre femmes.

Si le dlai de huit jours tait pass pour les rendre, on pourrait
taxer les retardataires d'impolitesse,  moins qu'il n'y ait une
maladie, un vnement imprvu.

Il existe pour les principaux fonctionnaires de l'tat certaines lois
de civilit hirarchique dpendant d'un crmonial adopt pour chacun
de leurs corps.

On dit qu'il existe des formules obligatoires pour entrer en matire,
lors des visites de crmonie du 1er janvier: il n'y a aucune
diffrence ce jour-l, les voeux ne s'offrant qu'aux parents, aux amis
intimes et aux bienfaiteurs.

Les visites intimes sont des visites de sympathie, d'amiti, elles
n'ont pas de rgles, ni d'heure, ni de jour.

Votre coeur vous pousse  aller voir une amie  dix heures du matin,
vous ne manquez aucunement au savoir-vivre.

Lorsqu'on part pour un voyage dpassant la dure de quinze jours, on
doit faire une tourne de visites pour en informer ses amis et leur
viter ainsi un drangement.

Si on ne les trouve pas, la carte plie avec le P.P.C. traditionnel
peut suffire, mais il est plus poli de se mettre en frais de lettre
explicative.

Lorsqu'on revient, on fait la mme tourne et l'on apprend aux
personnes qu'on reprendra son jour  partir de telle poque.

Lorsqu'on arrive dans un pays, on fait des visites aux personnes avec
lesquelles on dsire nouer des relations.

Le magistrat, le maire, le cur, les simples particuliers font de
mme.

Ces fonctionnaires ont leurs prdcesseurs pour les prsenter dans
quelques maisons et, par ce moyen, la glace est brise.

Les simples particuliers vont de l'avant et font une premire visite,
au cours de laquelle ils ont soin de parler de leurs amis pour
s'assurer si, dans le nombre, il n'en est pas de connus; c'est, en
somme, une rfrence qu'on donne sur soi-mme, car il faut fournir des
renseignements sur son propre compte.

Si on se tenait trop sur la rserve, les personnes les plus honorables
pourraient hsiter  se lier avec vous dans le cours des visites. Si
une personne est absente, vous dposez votre carte non corne, cela ne
se fait plus, mais plie en longueur sur le ct gauche et la carte
est comme reue; si on vous renvoie une simple carte, c'est qu'on ne
dsire pas entrer en relations; au contraire, si on vous rend la
visite dans la quinzaine, vous pouvez poursuivre vos avances.

Il arrive aussi qu'on vous rend la premire visite, par curiosit, et
qu'on ne vous rend pas la seconde; en ce cas, abstenez-vous d'une
troisime.

Dans certaines villes, l'usage veut que l'arrivant attende les
avances.

En tous cas, il doit une visite au maire, au cur, au notaire, aux
fonctionnaires, et ces derniers ne sont nullement tenus de la lui
rendre.

Lorsqu'il arrive un heureux vnement chez des amis, on leur doit une
prompte visite.

Les visites de connaissances sont celles qu'on fait une ou deux fois
par an, aux personnes avec lesquelles on ne veut pas se lier, mais
avec lesquelles on dsire rester en relations.

Ces visites doivent tre assez vivement rendues.

J'ai parl des visites de digestion, des visites de noces, des visites
de condolances, des visites  une accouche.

Les visites du jour de l'an se font la veille aux grands-parents et
aux parents.

Les hommes vont chez leurs suprieurs le jour de l'an mme.

On a tout le mois de janvier pour faire ses visites de jour de l'an.

La grande toilette est de rigueur.

On n'envoie jamais de carte dans les maisons o l'on va faire visite.

Un homme fait bien de dposer sa carte, lui-mme,  domicile,
lorsqu'il veut qu'elle arrive srement, car avec l'encombrement postal
des premiers jours de l'anne, il y a souvent des retards et mme des
pertes.

Dans les grandes maisons, les domestiques vont porter les cartes dans
le quartier.

Un homme peut trs bien dposer lui-mme des jouets et des bonbons
avec sa carte et revenir faire sa visite plus tard.

Les femmes ne font pas de visites le jour de l'an, except aux amies
intimes.




_Le jour de rception._


Il est d'usage maintenant qu'on ait un jour de rception par semaine;
cette coutume est des plus pratiques, elle permet d'arranger ses
affaires pour tre toute  ses amis et, aussi, d'avoir l'appartement
et soi-mme en tenue convenable, au lieu d'tre surprise dans les
occupations mnagres utiles, mais peu potiques, et de recevoir en
nglig, comme il arrivait lorsqu'on n'avait pas de jour. On a de la
sorte la libert des autres jours de la semaine et les visiteurs sont
certains de trouver leurs htes.

Certaines personnes ayant des visites  rendre tous les jours de la
semaine choisissent le jour le moins charg et ne prennent que les
1er, 2e et 3e vendredis du mois, par exemple, se rservant le dernier
pour les personnes ayant le mme jour qu'elle; ou encore 1er et 3e
samedis, se gardant ainsi deux jours de libres.

Quelques dames reoivent tous les jours de 5  7 ou deux fois par
semaine; d'autres reoivent de trois  six et mme aprs 9 heures le
mme jour.

Toutes ces heures doivent tre indiques sur la carte, crites  la
main ou imprimes.

Le jour des Morts, le Jeudi et le Vendredi Saints, le Mercredi des
Cendres, les jours de grandes ftes religieuses, on ne reoit pas.

On prend rarement le Dimanche pour jour de rception.

On ne se prsente jamais avant trois heures; maintenant que le bon ton
est de dner trs tard, on peut encore arriver en visite  six heures
et demie; en tous cas, sept heures un quart est l'heure extrme
jusqu' laquelle on peut rester.

Il serait regrettable d'arriver  deux heures; la matresse de maison
pourrait fort bien faire rpondre qu'elle n'est pas encore visible ou
laisser attendre le visiteur jusqu' l'heure officielle.

Le matin on garnit ses vases de fleurs;  ce propos, pas de fleurs
dont le parfum trop fort pourrait entter nos visiteurs: les lampes
prpares, les bougies mches, les coussins de pied en rang, les
fauteuils et les chaises un peu tourments, afin que notre salon ait
l'air vivant: les meubles symtriquement aligns contre le mur ont
un aspect un peu glacial.

Pour deux heures, la matresse de maison doit tre pare; la fantaisie
est parfois admise dans ces toilettes d'intrieur et une pointe
d'excentricit ne messied pas toujours.

Une des robes les plus en vogue est la robe broche de teintes claires
et douces; robe vieux rose avec bouquets de marguerites; robe citron,
avec jonche de violettes de Parme, la forme Watteau, les manches
courtes falbalates de dentelles. Dans les grandes maisons, le
domestique, en livre ou en habit noir et cravate blanche, se tient
dans l'antichambre.

Il serait bon de convenir d'un systme de sonnerie pour les ordres 
donner; par exemple, un coup pour arranger le feu, deux pour apporter
la lumire, trois pour ouvrir au visiteur qui s'en va, quatre pour
recevoir un ordre quelconque, etc.

Dans les simples maisons, c'est la bonne en bonnet et en tablier blanc
qui ouvre la porte.

Il est commode pour le jour de rception de louer un concierge du
voisinage, qui a un habit et qui n'est pas fch de gagner facilement
quelque chose; cela permet  l'unique domestique de s'occuper du
dner et de ne pas tre drange  chaque instant.

On peut encore avoir ce jour-l une raccommodeuse, qui ouvre la porte
et a des allures de femme de chambre.

Il est des maisons o il n'y a pas de bonne; la matresse de la maison
va ouvrir tout simplement elle-mme, sans s'excuser et sans tmoigner
d'embarras; elle n'a pas de bonne, soit; en vaut-elle moins pour cela?

De mme, lorsque la domestique est sortie, madame doit aller ouvrir
elle-mme, n'a pas d'explications  donner au visiteur et celui-ci pas
d'tonnement  tmoigner.

La matresse de maison occupe le fauteuil plac prs de la chemine, 
contre-jour.

La matresse de maison n'est pas force d'attendre au salon l'arrive
de ses visiteurs, mais si un cas de force majeure la retenait quelques
instants, elle devrait faire dire par la domestique qu'elle vient de
suite, ou si elle a un membre de sa famille chez elle, ft-ce un
enfant, l'envoyer tenir sa place.

S'il n'y a que deux fauteuils, la matresse de maison doit cder le
sien  la seconde visiteuse, et ce sans affectation.

Du reste, les places marques hirarchiquement ne sont plus de mode,
sauf dans les grandes rceptions; lorsqu'il y a plusieurs visiteuses,
la femme qui a du tact sait discrtement changer de place.

Une personne ge sera toujours place prs du feu et dans un
fauteuil.

A un vieillard ou  un prtre, on offre son fauteuil.

A l'entre d'une dame dans son salon, la matresse de maison se lve
et va au-devant de la visiteuse, la nomme aux personnes inconnues et
les lui nomme.

Une dame reconduit une autre dame jusqu' la porte donnant sur le
palier si elle habite un appartement, ou jusqu' la porte de sortie,
si elle habite une maison. A la campagne, on fait quelques pas de
conduite. Les hommes se lvent simplement.

Ayons soin d'avoir pour tous accueil gal et de ne pas faire 
certains de trop vives dmonstrations.

Except dans les grandes rceptions, la matresse de maison n'est pas
gante.

Quand on possde une nombreuse famille, on ne fait pas une visite en
masse. La mre de quatre filles doit n'emmener avec elle que l'ane
ou les deux anes  la rigueur.

Les enfants ne devraient _jamais_ tre emmens en visite, si ce n'est
dans les maisons o il y a d'autres enfants qu'ils peuvent rejoindre
au dehors, pour jouer.

Lorsqu'il y a des invits au salon, l'enfant rentrant de la pension
vient dire bonjour  sa mre, salue les visiteurs et se retire
immdiatement.

Lors mme qu'un trs jeune homme ou qu'une trs jeune fille ne prend
pas part  la conversation, comme c'est son devoir, il ou elle ne doit
pas lire ou s'occuper d'un travail quelconque.

C'est la matresse de maison qui place les coussins sous les pieds des
visiteuses et qui leur offre les crans.

Si elle a soeur, mre ou fille pour lui aider  faire les honneurs de
son home, c'est l'adjointe qui se charge de ces petits soins.

En visite, les _a parte_ sont prohibs.

Lorsqu'on arrive dans un salon, on fait un salut circulaire, avant de
serrer la main de la matresse de maison.

Si l'on ne reoit que jusqu' une certaine poque de l'anne, on doit
prvenir ses amis.

Lorsqu'on est malade le jour de la rception, on dfend sa porte et
mme les plus intimes amis ne pntrent pas dans votre chambre. Ceux
qui vous aiment en sont quittes pour revenir le soir ou le lendemain.

Dans les rceptions ordinaires, on se place un peu comme on veut; le
demi-cercle devant le feu n'est obligatoire que dans les grandes
rceptions.

Un homme ne se place pas sur un canap auprs d'une jeune fille.

Lorsque la matresse de maison est seule et qu'un homme arrive, elle
peut, sans manquer au savoir-vivre, l'engager  se mettre prs d'elle;
jamais le visiteur n'y prendra place de son propre chef.

En principe, les visites devraient tre rendues dans la quinzaine au
plus tard, mais avec les jours de rception il y a une certaine
latitude et six semaines ne sont pas un dlai excessif.

S'il arrive une lettre pendant que l'on reoit des visites, le
domestique vous l'apporte sur le petit plateau d'argent affect  cet
usage dans les grandes maisons,  la main, tout bonnement, dans les
maisons modestes; on demande la permission de l'ouvrir.

Parcourons-la rapidement, sans nous mettre  l'cart, et faisons part
en quelques mots de son contenu.

A propos de visites, lorsque, entre temps, il en vient une, ayons soin
d'indiquer au pralable  notre domestique les noms des personnes
qu'on reoit en tout temps et celles pour lesquelles madame est
visible le mardi, afin que ladite domestique, ne sachant si elle doit
dire oui ou non, n'ait pas un air effar.

Ajoutons que les ordres doivent tre prcis, la rponse faite sans
hsitation et que la phrase: Je vais voir si madame est l, ne
trompe personne, car on sait fort bien si vous tes prsente ou non.
Il serait vraiment incivil de faire attendre une personne pour lui
faire dire, au bout d'un quart d'heure, que l'on n'est pas l.

Incivil aussi serait le visiteur qui, en ce cas, remettrait en
descendant sa carte au concierge en le chargeant de faire tous ses
compliments.

Une visite ne doit gure dpasser trois quarts d'heure; on profite de
l'arrive d'une nouvelle personne pour s'en aller; on n'est pas forc
de se retirer avant que les nouveaux venus prennent cong.

Dans les rceptions ordinaires, on ne cde pas sa place prs de la
matresse de la maison  un nouvel arrivant; cependant une jeune femme
peut faire cette politesse  une dame ge.

En se retirant, on serre la main de la matresse de maison et celle
des personnes connues, puis on fait un salut circulaire; on ne se lve
pas pour vous rpondre. Vous ne vous retirez  l'anglaise que dans les
grandes rceptions.

Une matresse de maison qui recevrait froidement une personne pour
plaire  une autre agirait mal.

Lorsque nous nous rencontrons en visite avec une personne que nous
n'aimons pas, ne faisons mine de rien; les rapports que vous avez avec
elle doivent tre ceux que vous avez avec un inconnu.

La personne arrive la premire doit se lever quelques minutes aprs
et prendre cong, sans prcipitation toutefois, pour ne pas avoir
l'air de fuir devant l'ennemi.

Celle qui reste manquerait de savoir-vivre, si elle raillait la
personne aussitt aprs son dpart.

Lorsqu'il n'y a plus qu'un visiteur, le mari et la femme, ou la mre
ou la fille l'accompagnent ensemble jusqu' la porte d'entre.

Si l'on n'a point de salon, on reoit dans la pice o on se tient
habituellement: chambre  coucher, salle  manger, bureau.

Lorsque nous apportons un prsent  une matresse de maison,
remettons-le  une domestique et n'entrons pas au salon, notre petit
paquet  la main; exception faite pour les friandises, les bonbons.

A moins de se sentir gravement indispos, ne demandons jamais rien,
ft-ce un verre d'eau: mieux vaut s'clipser discrtement.

On doit toujours recevoir au salon, lorsqu'on en a un. Les artistes
peintres et sculpteurs reoivent dans leur atelier; mais cet atelier
est gnralement garni de meubles rares, de curiosits et c'est une
sorte de salon.

Les mdecins, les magistrats, les avocats, ne reoivent dans leur
cabinet que des visites d'affaires.

Les intimes sont reus  n'importe quelle heure; ils doivent cependant
viter celle des repas.

Lorsqu'une personne entre pendant que vous djeunez ou que vous dnez,
le savoir-vivre veut qu'on lui offre quelque chose: un fruit, un
biscuit, un petit gteau, un verre de vin ou de liqueur, une tasse de
caf, de th.

Une matresse de maison ne doit jamais regarder la pendule.

Il serait inconvenant de parler une langue trangre.

Un mot sur les grandes rceptions.

J'appelle ainsi le jour de la prfte, de la gnrale, enfin de toute
dame qui a toujours beaucoup de monde par le fait de la situation de
son mari, et qui voit frquemment dans son salon cinquante  soixante
personnes.

La matresse de maison, dans ce cas, est toujours gante.

Pour ces rceptions, les hommes ont la redingote, les gants clairs;
les femmes, la grande toilette de ville.

L'on ne reste gure qu'un quart d'heure.

Aux rceptions du soir, les hommes endossent l'habit, la plaque et la
brochette; toujours des gants clairs.

Les femmes en toilette de ville trs lgante, mais sans chapeau;
elles mettent une mantille ou un capuchon qu'elles laissent dans
l'antichambre.

On peut faire un peu de musique aux rceptions du soir.

On ne passe pas de rafrachissements; ce n'est pas une soire, c'est
une visite nocturne.

Dans quelques maisons, on organise un petit buffet o le matre de
maison conduit les dames au moment du dpart.

On peut rester jusqu' une heure dans ces rceptions.

Les siges rangs en demi-cercle sont espacs afin que la matresse
de maison puisse aller au-devant de la nouvelle visiteuse.

On devrait rtablir l'usage d'annoncer, car, dans ces vastes salons,
o toutes les portes sont ouvertes, o il y a d'pais tapis, les pas
s'touffent et si la matresse de la maison n'a pas constamment l'oeil
au guet, il peut en rsulter un moment de gne pour le visiteur qui se
trouve tout  coup prs d'un cercle livr  une conversation anime;
il ne peut pourtant dire: Me voil.

On ne dit pas adieu, on s'incline et on s'en va dans une accalmie de
la conversation.

[Illustration]




_Le salut._


A exist de tous temps et chez tous les peuples, mais cette
manifestation du primordial savoir-vivre est diffrente selon les
latitudes et les pays.

Le salut a eu son apoge sous Louis XIV et sous Louis XV, alors que
les gentilshommes, l'chine courbe, balayaient le sol de
l'empanachement de leurs chapeaux et que les marquises poudres
largissaient d'un geste mignard, du bout de leurs doigts roses, les
tant jolis paniers qui leur faisaient taille fine et gorge divine, en
excutant la grande rvrence de cour  trois plis.

Le salut ocanien consiste en un frottement de nez entre les deux
parties; ce n'est pas  recommander.

Le salut chinois se fait avec une profonde inclinaison et les deux
index levs en l'air, faisant cornes au-dessus de la tte du
_Cleste_.

Le salut oriental, plein de posie, consiste  porter la main droite 
son coeur,  ses lvres et  sa bouche, ce qui signifie dans le
langage mtaphorique du peuple qui envoie si volontiers les bouquets
emblmatiques appels Slam: Je suis avec vous de coeur, de bouche
et de pense.

Le salut europen consiste, lui, en un mouvement sec et gnant pour
les hommes et pour les femmes.

Les hommes, les bras tombant  la hauteur des genoux, plient le corps
en deux: c'est le salut de grande crmonie.

Pour le salut tout courant, ils enlvent leurs chapeaux d'un coup de
main et inclinent un peu la tte d'un coup de cou. Les femmes font un
petit signe de tte et voil.

Je sais fort bien que les moeurs, le costume moderne, ne permettent
plus le salut  grands falbalas, mais un peu de moelleux dans
l'attitude, de part et d'autre, ne nous irait pas mal.

Avec notre genre de salut, adieu l'ondulation charmante d'une taille
souple; le salut moderne est tout bonnement affreux. Je ne veux pas
reculer de plusieurs sicles en arrire, mais je voudrais voir les
femmes et les hommes _nuancer_ leurs saluts et ne pas avoir le mme
geste pour un camarade ou pour un vieillard, pour un inconnu comme
pour un ami.

Les hommes devraient saluer les femmes en flchissant lgrement la
tte et le buste.

De mme les jeunes dames devraient mettre une nuance de dfrence dans
les saluts adresss aux femmes ges.

Le salut est d par les hommes en entrant dans un restaurant, un caf,
un omnibus, un wagon, enfin dans tous les lieux publics.

Un rcent ouvrage de savoir-vivre voudrait qu'on rpondt  ce salut;
je ne suis pas de cet avis et ne vois nullement une vingtaine de ttes
s'inclinant devant un seul homme.

Lorsqu'une femme est croise dans l'escalier, et salue, elle doit
rpondre par une lgre inclinaison de tte.

De mme, en quittant un wagon, on a droit au rendu de son salut.

La salutation de la main, familire et de mauvais ton, tend 
remplacer peu  peu chez nous le bonjour, cher, qui est d'une
suprme impertinence.

Encore trs mal vu le salut qui consiste  porter deux doigts  son
couvre-chef.

Une femme passant devant une autre dans un escalier, lui doit un salut
et un pardon, madame; surtout, ne disons pas excusez. La dame
salue ne doit rien rpondre, elle se contente de refaire un salut.




_La femme de bon ton._


Grce, aisance, telle devrait tre la devise de la femme.

Possdant l'aisance, elle n'aura ni assurance dplace, ni timidit
gnante.

Avec la grce, elle aura une tenue irrprochable, des gestes
sduisants, qui la rendront sympathique  tous.

Elle doit viter de parler haut, de rire bruyamment.

Si elle fait de la bicyclette, des armes, du cheval, si elle va  la
chasse, si elle conduit, elle ne doit ni en parler, ni s'en vanter.

En aucun cas la femme bien leve ne doit fumer.

La femme bien leve, riche, est dispense chez elle de certains
travaux manuels, mais elle doit s'occuper de tout, avoir l'oeil 
tout.

Les bas clairs ou blancs avec des souliers dcouverts sont un peu
dmods.

Lorsqu'une femme va seule dans le monde, elle doit viter d'tre
reconduite, mme par le matre de la maison; qu'elle se fasse chercher
par un domestique ou qu'elle se retire  l'anglaise et prenne une
voiture.

Pour aller  un enterrement, il faut tre, sinon tout en noir, du
moins habille de couleurs trs sombres.

La femme bien leve ne sortira jamais de chez elle nu-tte; mme
pour faire une visite dans sa maison, elle mettra un chapeau.

Bien tenir son mnage, ses enfants, donner au mari tout le confortable
possible, tre soi-mme lgante et pare, doit tre la rgle de
conduite de toute femme vraiment digne de ce nom.

Je dirai mme plus, on doit veiller aux infiniment petits du mnage,
mettre la main  la pte.

Une femme qui rserve ses belles toilettes pour les sorties et qui ne
se prsente aux yeux de son seigneur et matre qu'avec de vieilles
toilettes gche peut-tre son bonheur, pour mnager ses robes.

On doit viter, sitt le mari arriv, de le mettre au courant des
menues tracasseries qu'on a pu avoir dans son mnage; il a souvent de
graves soucis et lui parler d'une assiette casse, d'une serviette
gare, d'un plat manqu, c'est le contrarier presque toujours.

[Illustration]




_L'homme bien lev._


L'homme peut se montrer bien lev, correct, sans grands efforts.

Mais, malheureusement, ds que nos fils endossent l'uniforme de
collgiens, ils jugent bon d'adopter un langage trivial et les allures
sans faons qu'ils gardent en entrant dans le monde. Ils tranent les
pieds en marchant, balancent les bras, se vautrent dans les fauteuils
et, s'ils cessent de parler d'eux, ils n'ont dans la bouche que des
rcits de chasses, de jeux, de sports, etc.

C'est une erreur de ranger dans la catgorie des petits-matres,
l'homme lgant et soign de sa personne; un brin de coquetterie ne
lui messied pas et on est mieux accueilli partout, quand on flatte
l'amour-propre des gens.

L'homme bien lev peut avoir les ongles abms par certains travaux,
mais il les a toujours propres; il ne doit pas abuser de bijoux;
rarement des pingles de cravate ornes de brillants. Sous prtexte de
sans-faon, certains hommes sortent dans des ngligs peu convenables.
Ils ont bien tort quoique nous ne prfrions pas  ces personnages le
petit-matre musqu qui fait tous les jours des pauses d'une heure
chez le coiffeur et qui mire sa frimousse dans toutes les glaces des
devantures.

Il est de mauvais ton de se rendre  son travail habill comme un
notaire qui va faire signer un contrat ou d'aller  la campagne en
costume noir de crmonie.

Si, dans la rue, l'homme bien lev rencontre une femme qu'il connat
et que ses relations avec elle soient assez intimes pour qu'il se
croie autoris  lui parler, il doit tenir le chapeau  la main
jusqu'au moment o la dame lui dit couvrez-vous donc, ce qu'elle ne
manque jamais de faire  l'instant.

L'homme offre le bras gauche  une femme; le militaire, le bras droit,
 cause de l'pe.

La mode de se donner le bras est pour ainsi dire tombe en dsutude,
on se contente presque toujours de marcher l'un  ct de l'autre.

En cas de pluie, le monsieur qui est avec une dame doit l'abriter avec
prcaution sous son parapluie, quitte  mouiller son couvre-chef.

Il est des hommes qui, sans scrupule et sans distinction du sexe,
bousculent les passants, mme si ces passants ont, selon l'usage qu'on
devrait observer rigoureusement, pris leur droite. Ces hommes sont
des maladroits et je range dans la mme catgorie celui qui lance une
bouffe de fume au nez d'une femme, au lieu de retirer cigare et
cigarette en passant prs d'elle. Je ne parle pas bien entendu de la
pipe, dont l'usage est exclusivement rserv  l'intrieur en petit
comit.

Puisque nous voil sur le chapitre _fumer_, il ne faut pas oublier que
mme un mendiant en haillons demandant du feu dans la rue au plus
correct gentleman, doit tre accueilli avec la politesse d'usage qui
consiste  enlever de ses lvres le cigare ou la cigarette aprs en
avoir pralablement secou la cendre, et  lui prsenter ledit cigare
ou ladite cigarette; un soulvement de chapeau est le remerciement.

Ne vous avisez pas, messieurs, de donner du feu bouche  bouche, c'est
une posture peu gracieuse.

Lorsqu'une femme laisse tomber un objet, soit dans un salon, soit dans
la rue, le devoir de tout homme bien lev est de lui ramasser; de
mme le devoir de la femme bien leve est de ne pas se baisser, de
laisser ramasser l'objet et de ne pas se confondre en remerciements
pour une action si simple.

Lorsqu'un homme et une femme vont en visite ensemble, pre et fille,
mari et femme, fils et mre, ami et amie, qu'importe le lieu, l'homme
doit monter devant la femme et descendre derrire.

Lorsqu'un fumeur va dner en ville ou en visite, il devrait toujours
avoir sur lui des pastilles de cachou qui enlvent toute trace de
tabac.

[Illustration]




_Le jeune homme._


A notre poque, malheureusement, les jeunes gens ne sont plus jeunes
ou ne veulent plus l'tre.

Ils affectent un ddain profond pour la danse, les amusements
discrets, les salons et se tiennent comme des misanthropes, dans les
coins.

Il faut que ce soient les patriarches qui fassent sauter la jeunesse,
et les jeunes gens (qui, entre nous, s'amuseraient fort bien s'ils
dansaient et quelquefois mme en grillent d'envie) regardent avec un
sourire, qu'ils veulent rendre amer et qui n'est que ridicule, les
gracieux enchevtrements d'un quadrille ou la charmante valse; ayant
l'air de dire: Dieu! comme nous sommes suprieurs  tout ce monde!

Le jeune homme de nos jours est pris entirement par les sports de
tous genres; c'est malheureux, car s'il dtient le record de la
bicyclette, s'il nage comme un poisson et monte  cheval comme un
centaure, il ne sait plus baiser la main d'une dame, rendre sa
conversation agrable, se mettre  la porte des enfants et des
vieillards.

Je ne veux certes pas que le jeune homme soit mignard, mivre, mais il
doit tre le jeune homme avec la fougue, les illusions de ses vingt
ans, une pointe de gaiet; cette qualit toute franaise ne lui
messied pas et il est vraiment fcheux de voir nos fils se montrer
des petits vieux.

Le respect de la femme est trop souvent lettre close pour eux; ils
apportent au salon des conversations d'curie, et les termes sportifs,
incomprhensibles pour beaucoup, maillent leur conversation; heureux
encore s'ils ne commettent pas de calembours et ne rptent pas, se
croyant infiniment spirituels, les bons mots des chotiers.

Le jeune homme doit respecter non seulement sa mre, sa soeur, mais
encore _la femme_ dans la grande et noble acception du mot.

[Illustration]




_La jeune fille._


Elle doit, sans jouer un rle effac, se tenir dans une certaine
rserve.

Il lui faut viter les airs cavaliers, aussi bien que les airs
timides.

Une jeune fille n'adresse jamais la premire la parole  un homme.

Si, tant sortie, accompagne d'une femme de chambre, elle rencontre
un homme de sa connaissance, elle ne doit pas s'arrter  lui parler
dans la rue,  moins qu'il ne soit trs g.

La jeune fille doit tre dfrente pour les dames ges et s'abstenir
de ces causeries  voix basse, dans les petits coins, de ces rires
touffs qu'ont trop souvent les jeunes filles entre elles et qui ne
manquent pas d'tonner les autres personnes.

Une jeune fille dirigeant la maison de son pre veuf commettrait un
manque de savoir-vivre en disant monsieur parlant de son pre aux
domestiques; elle doit dire mon pre.

Les domestiques ne doivent pas dire votre pre, mais bien
monsieur.

Si une jeune fille rencontre dans le monde un jeune homme dont elle
voudrait bien faire son mari, elle ne doit pas montrer par son
attitude, par ses regards, qu'il lui agrerait; une sage rserve lui
est impose.

Pourtant, nous ne devons pas condamner les jeunes filles, ces femmes,
ces mres de demain,  une attitude trop indiffrente et grave.

La jeune fille doit viter les petits ragots, les petites
susceptibilits qui rendraient son commerce un peu ennuyeux.

Les grandes dmonstrations d'affection et les termes trop chaleureux
ne sont pas de bon got.

Ne jamais se retourner dans la rue.

Lorsqu'une de ses amies possde un talent quelconque, elle cherchera 
le faire valoir, si l'occasion s'en prsente.

Une jeune fille ne doit pas se faire prier pour chanter ou pour se
mettre au piano; la chose se fait simplement et, si on n'apprcie pas
son talent, on apprcie sa bonne volont.

La jeune fille doit couter les vieillards avec patience, mme s'ils
radotent un peu; elle doit paratre s'intresser  une anecdote, mme
si on la lui sert pour la dixime fois, et savoir sourire aux bons
endroits.

La jeune fille peut tre coquette, sans excentricit; c'est de son ge
d'aimer les fleurs et les rubans.

Au cotillon, o il lui est permis de choisir ses danseurs, elle doit
tre clectique, ne pas manifester ses prfrences si elle en a.

Accepter toujours le mme danseur serait assez inconvenant. Jouer 
l'ignorante est un tort; vouloir passer pour celle qui sait tout, qui
comprend tout, en est un autre.

[Illustration]




_Le prtre._


Le prtre doit avoir la premire place en tout et pour tout; mme si
c'est un simple vicaire, dans un dner, c'est lui qui ouvre la marche
avec la matresse de la maison.

Il faut viter d'inviter un prtre dans une runion o les dames sont
dcolletes.

A propos de cela une amusante anecdote me revient  l'esprit.

Un ecclsiastique fut convi  une runion de gala o les femmes
taient en grand costume de soire.

Il arriva au digne prtre de marcher sur la trane d'une dame qui
talait, outre des dentelles superbes, ses paules. Un accroc se
produisit et la dame, furieuse de voir dchirer son point
d'Angleterre, tourna vers le prtre un visage courrouc en l'appelant
fichu maladroit; celui-ci, sans se dconcerter, se tourna vers la
grande dame et lui dit doucement: Il me semble que fichu serait
plus  sa place sur vos paules que dans votre bouche, madame.

En entrant  l'glise avec un prtre, la femme doit lui cder le pas,
mme si c'est un trs jeune homme.

Inutile de dire que, lorsqu'on a un prtre  sa table, toutes les
discussions thologiques doivent tre vites; il serait mal de blmer
quoi que ce soit de la religion.

De son ct, le prtre qui va dner en ville a son caractre sacr
doubl du mondain et se met  l'unisson.

Il dit les grces et le bndicit le plus discrtement possible.




_Le mdecin._


En voil un envers lequel on manque de savoir-vivre! Pourtant, il
mrite tous les gards.

Aprs la visite du mdecin, nous devons lui offrir l'eau et lui
prsenter une serviette blanche.

S'il a  libeller une ordonnance, mettez de suite  sa disposition
papier, encre et bonne plume.

Dans le cas o il aurait  passer la nuit ou une partie de la journe
auprs d'un malade, invitons-le  dner et  djeuner et offrons-lui
quelque chose de temps en temps; si c'est la nuit, un verre de vin
chaud, du bouillon, du chocolat, etc.

Les lettres le demandant doivent toujours avoir un cachet de grand
respect; on peut mettre indiffremment monsieur, monsieur le docteur
ou docteur; les intimes peuvent mettre Cher docteur.

Il est bien rare que des maladies prennent subitement, sans aucun
prodrome et que vous soyez oblig de dranger le docteur  des heures
indues; n'attendez donc pas le dernier moment et laissez-lui la
latitude de quelques heures.

S'il n'est pas exact, ne tmoignez pas votre mcontentement; pensez
qu'il y a d'autres malades et que le mdecin a le droit de dormir,
boire, manger, se reposer comme les autres et mme d'tre, lui aussi,
souffrant.

Si vous changez de mdecin, ne lui parlez mal du premier.

vitons de vanter un homopathe devant un allopathe et rciproquement.

Quelques personnes trouvent de bonne prise d'extorquer une
consultation  leur mdecin, si elles le rencontrent en soire ou
dans un dner en ville, voire mme dans la rue; ces personnes
mriteraient d'tre disqualifies.

Quelqu'un qui discuterait les honoraires d'un mdecin serait
impardonnable; de mme celui qui fait attendre le paiement pendant de
longs mois.

Le savoir du mdecin est une marchandise morale de laquelle il doit
vivre et, l'ayant reue, on doit le payer, ni plus, ni moins que le
sucre  l'picier.

Le bon got veut qu'en payant la note du mdecin on lui envoie un mot
de remerciements et qui montre qu'on ne se croit pas quitte envers lui
parce qu'on lui paye son d; certaines personnes ajoutent mme un
cadeau.

Si un mdecin amne un confrre en consultation, le malade doit payer
de suite le mdecin tranger.

Lors de la naissance d'un bb, il est du plus lmentaire
savoir-vivre d'envoyer une bote de drages au mdecin qui l'a assist
 son entre dans le monde.

Si les clients ont des devoirs envers lui, celui-ci en a galement
envers ses clients: il doit toujours avoir une tenue correcte, ne pas
brusquer les malades, souvent ennuyeux, et se rappeler que la devise
du docteur doit tre: Patience envers ceux qui souffrent.

Le secret professionnel est de toute rigueur, mme pour un mariage; le
mdecin doit refuser de dire quoi que ce soit.

Il est inutile de dire que le praticien ne doit jamais blmer ce qu'a
ordonn un confrre; ne pas parler aigrement et reprocher avec
malveillance les carts de rgime auxquels s'est livr le patient.

Dans cette carrire si noble, toute de dvouement et d'abngation,
celui qui a accept la haute mission d'assister ses semblables doit
tre  la hauteur de sa tche et avoir sans cesse  l'esprit que le
mdecin gurit quelquefois, soulage souvent et console toujours.




_Les petits jeux._


Dans les salons que les jeux de poker, du baccara ou des petits
chevaux ont encore pargns, o le flirt n'a pas encore lu domicile,
nous voyons la jeunesse se livrer aux jeux dits de socit et
tromper ainsi la longueur des soires ou les ennuis d'une journe
pluvieuse.

Ces jeux encore en vigueur peuvent se diviser en trois parties.

La premire partie comprend les jeux que nous appellerons les jeux
remuants, comme le _furet_, la _poste_, le _collin-maillard-bton_,
etc.

La seconde partie comprend les jeux d'esprit et les devinettes: le jeu
des grands hommes, les homonymes, les petits papiers, les propos
interrompus, la sellette, etc.

Enfin dans la troisime partie nous pourrons faire rentrer tous les
jeux de cartes, cartons, tableaux, jetons ou pions, comme par exemple
les checs, les dames, le go-bang, le tric-trac, le loto, les jeux de
l'oie, etc., etc.

Nous ne parlerons pas des jeux de cartes, cartons, tableaux, etc., car
de nombreux manuels parus en librairie en ont donn la description et
les rgles.

Dans la premire catgorie, que nous avons dfinie les _jeux
remuants_, nous avons parl de la poste.

Pour jouer  la poste, il suffit de connatre le jeu des quatre
coins: en effet les personnes de la socit, aprs s'tre assises en
cercle autour du salon, prennent chacune un nom de ville ou de lieu et
doivent changer de places entre elles  l'appel du nom de la ville
qu'elles ont adopt et d'aprs le rcit du voyage qu'improvise le
meneur du jeu, sans toutefois que leur place soit prise au vol par la
personne qui veille debout au milieu du cercle.

Quand le veilleur a russi  s'asseoir sur la chaise d'une personne au
moment du changement de place, il prend alors le nom d'une ville  son
tour et laisse au centre le maladroit qui s'est laiss prendre.

Nous avons aussi le jeu de la pincette: ce jeu consiste  faire sortir
une personne et  son retour  lui faire trouver un objet cach ou 
accomplir une action convenue en ne la guidant que par les coups
rpts d'un objet quelconque entre les branches d'une pincette, coups
que le meneur du jeu doit faire d'autant plus forts et plus rapides,
que la personne approche davantage de la cachette ou devine l'action
qu'elle doit accomplir.

On remplace souvent la pincette par un trmolo au piano.

Nous ne dcrirons pas le _furet_, car c'est un jeu universellement
connu.

Quant au jeu de collin-maillart-bton, il est des plus simples: on
bande les yeux d'une personne et on lui met une canne dans la main,
puis la guidant vers les autres membres de la socit, ceux-ci,  tour
de rle, l'arrtent et doivent rpter le cri ou la phrase que le
pauvre aveugle fait entendre au bout du bton; celui-ci doit
reconnatre la personne et s'il tombe juste, il est dlivr et un
autre prend sa place.

Si nous abordons les jeux d'esprit, nous avons les _petits papiers_,
sous forme de bouts rims, du jeu des dfinitions, et des rponses 
des questions.

Pour le jeu des dfinitions, il peut se jouer de deux faons: la
premire en posant  la socit le mme mot  dfinir;  chacun d'y
rpondre avec son esprit et avec son coeur.

La seconde manire consiste  faire crire  chaque personne un mot
quelconque dans le haut d'une feuille de papier,  cacher ce mot par
un pli, puis faisant salade de toutes ces feuilles chacun en reprend
une et dcouvrant le mot inscrit, doit en donner la dfinition banale
ou spirituelle, gnrale ou personnelle.

Enfin on joue encore quelquefois  deviner les hommes ou les choses:
pour ce jeu, il faut prier une personne de la socit de se retirer
quelques instants dans la chambre voisine. On choisit alors un
personnage mort ou vivant, historique ou figur, ou bien encore un
objet connu. Nous pouvons donner comme exemples: Cloptre, Bayard,
Jeanne d'Arc, ou bien Sarah Bernhardt, Coppe, Carolus Duran, ou mme
une personne de la socit prsente. Comme objet, l'pe de Damocls,
le miroir de la vrit, ou encore un objet du salon o l'on se trouve.
L'objet choisi, on prie la personne absente de rentrer; elle doit
alors deviner l'objet ou le personnage par des questions multiples
poses  chacun et auxquelles il ne peut tre rpondu que par _oui_ ou
par _non_ sans le moindre commentaire.

L'habitude de ce jeu et l'intelligence des questions permettent de
deviner assez rapidement les objets les plus bizarres et mme les plus
immatriels. Ainsi nous avons vu des personnes deviner l'ombre mme
d'une personne, la chaleur rayonnante d'une flamme, etc., etc.

Les homonymes ont aussi leurs adeptes. On joue aux homonymes comme
dans le jeu prcdent par une srie de trois questions poses  chacun
par la personne dsigne pour deviner l'homonyme choisi en son
absence. Ces trois questions sont: 1 Comment l'aimez-vous? 2 Qu'en
faites-vous? 3 O le placez-vous? en rapprochant les diverses
rponses, on trouve aisment.

Exemple: Nous prenons Lot, qui nous donne le dpartement du Lot, puis
le lot d'une loterie, puis Loth, personnage de l'Histoire sainte; il
est certain que si les rponses ont t dans le sens des suivantes:
j'en fais un dpartement, j'en fais le pre des statues de sel, je
l'aime le plus gros possible, je le place entre les mains d'un
obligataire du Crdit foncier, etc., la personne qui doit deviner
trouve en peu de temps le mot _Lot_.

Tous ces jeux demandent un certain nombre de personnes prsentes.

A ces divertissements nous joindrons les jeux  gages, comme le gant
jet en mme temps qu'un mot commenc et que doit finir la personne 
qui on jette le gant. Exemple: je lance le gant en disant: Tou, et
la personne qui reoit le gant ou la balle doit finir soit par
raine, ce qui fait Touraine, ou par pie, ce qui donne toupie, etc.

Une rponse trop tardive, ou qui ne forme aucun nom propre ou commun
paie un gage.

Du reste pour tous ces jeux en gnral, nous ne pouvons mieux faire
que de renvoyer aux encyclopdies de sport et de jeux qui ont t
faites depuis plusieurs annes. Nous citerons entre autres:
l'Encyclopdie des jeux et des divertissements de l'esprit et du corps
par T. de Manlidars, qui contient un trs important chapitre sur ces
matires.

Lorsque l'on joue encore aux petits jeux dits innocents, on doit tre
fort rserv dans le choix des _pnitences_ et celle  embrassades,
telles le baiser  la religieuse, le dessous du chandelier, doivent
tre bannies de toute bonne socit. L'une consiste  faire mettre 
genoux deux personnes devant une chaise et elles s'embrassent 
travers les barreaux; l'autre veut qu'on mette un chandelier sur la
tte d'une personne et qu'on embrasse ladite personne.

La liste des jeux innocents est innombrable; il y a les anciens
classiques, le furet, pigeon vole, monsieur le cur n'aime pas les
couleurs, les portraits, etc., etc.

Dans les nouveaux, le jeu des rimes, des silhouettes, des
acadmiciens, des demandes et des rponses et encore, etc., etc.

Le plus grand tact doit prsider  ces jeux qui souvent, sous prtexte
qu'ils sont innocents, donnent lieu  des licences de langage et
d'attitude que toute personne bien leve blmera svrement.

Ainsi, si un homme a comme pnitence de faire une confidence  une
dame, il ne doit pas lui chuchoter bas  l'oreille, mais bien parler 
demi-voix, de manire  ce que les voisins puissent entendre.

[Illustration]




_Ceux qui nous servent._


Je ne vais pas m'occuper des domestiques de haut parage. Ce genre de
monde est rgi par un majordome ou intendant qui se charge de les
gager et les renvoyer, qui veille  ce que le service se fasse
mathmatiquement. L'intendant reoit les ordres et les transmet; c'est
lui qui paye les gages et donne les gratifications.

Les domestiques de haut parage sont des serviteurs bien dresss, qui
entrent, saluent, font leur besogne et se retirent; souvent les
matres ne connaissent que le visage de ceux que leur service appelle
immdiatement auprs d'eux.

Lorsqu'une maison est monte sur ce pied, cela suppose une fortune
immense; il y a une hirarchie tablie entre les domestiques et ils
s'appellent entre eux la haute et la basse domesticit.

Les dames sont, de nos jours, beaucoup plus femmes de mnage qu'il y a
trente ans; il n'est plus de bon ton de tout laisser gaspiller.

N'est-ce pas un bel loge que de s'entendre reprocher son ordre et son
conomie?

En effet, mieux vaut se passer une fantaisie, quelque frivole
soit-elle, que de tout laisser au pillage; d'autant, qu'en somme, cela
ne profite  personne.

J'engagerai toujours  dire s'il vous plat, voulez-vous; c'est le
savoir-vivre des matres.

Les serviteurs qui rpondent d'un ton aigre, acerbe, sans parler  la
troisime personne, ont bien tort; non seulement ils manquent au
savoir-vivre, mais si en quittant une maison ils ont pris ces
habitudes, ils ne pourront pas se placer dans une autre d'un ordre
plus lev et, par consquent, monter en grade.

Sauf les femmes de chambre qui sont nu-tte, les autres domestiques du
sexe fminin doivent toujours avoir un bonnet de lingerie; le tablier
bleu pour faire le mnage, le tablier blanc pour aller en courses et
servir  table, le tablier blanc  dentelle ou  broderies pour les
jours de rception ou pour les dners o il y a des trangers.

Une matresse de maison n'ayant qu'une bonne ne saurait l'obliger 
prendre le plateau d'argent pour lui prsenter les lettres et les
journaux.

Mais, ds qu'on a deux domestiques, cela doit rentrer dans l'ordre des
choses.

N'et-on qu'une demi-bonne, c'est--dire une femme de mnage, on doit
exiger que tout ce qu'elle prsente, verre d'eau, tartines aux
enfants, fruits, le soit sur une assiette; c'est une habitude 
prendre, voil tout.

Il ne faut pas souffrir qu'on discute un ordre, mais on ne doit pas en
donner de contradictoires.

Ne jamais accorder un jour de sortie est cruel.

On donne gnralement un jour entier par mois, c'est--dire un jour
entier  partir du djeuner; d'autres maisons accordent deux sorties,
une entire et une jusqu' l'heure du dner.

Nous ne nous plaignons jamais de nos domestiques  des trangers, nous
nous en sparons si leurs services ne nous conviennent pas; en
revanche, il est bon que nos domestiques songent qu'en dcriant leurs
matres ils se font le plus grand tort  eux-mmes. Forcment leur
rputation de mauvaise langue transpire et ils ne peuvent plus se
placer par connaissances, car les autres serviteurs,  l'occasion,
rptent ce qu'ils ont dit et ils se trouvent forcs de se placer par
le bureau, ce qui est infiniment moins recommandable et moins
avantageux.

Les gages des domestiques doivent tre pays trs rgulirement.
Ft-on dans les plus grands embarras d'argent, il vaudrait mieux
remettre tout autre paiement que celui du salaire des serviteurs.

On donne un cadeau au jour de l'an aux domestiques.

Ce cadeau peut tre en nature ou en argent.

Le savoir-vivre trouve plus dlicat le prsent en nature, mais les
domestiques prfrent l'argent.

Les enfants ne doivent jamais donner d'ordres aux domestiques, et
s'ils en transmettent de la part de leurs parents, ils doivent dire:
ma mre m'a charg de vous prier de faire ceci ou cela.

Des jeux, des taquineries entre les domestiques et les enfants sont du
plus mauvais got.

Lorsqu'on n'a qu'une seule domestique, elle doit partager notre
nourriture; faire une cuisine  part, cela n'est possible qu' partir
de deux serviteurs.

En Angleterre, certains domestiques mettent pour condition, en entrant
dans une maison, qu'on ne leur fera pas manger du saumon plus de trois
fois la semaine!

N'imitons pas cet exemple et ne faisons pas manger du boeuf tous les
jours  nos domestiques, sous le fallacieux prtexte qu'il faut
toujours avoir du bouillon sous la main.

Il est bon de fermer ses armoires, sans retirer ses cls avec
ostentation devant les domestiques.

Un domestique qui apporte quelque chose a droit  un remerciement; de
mme le matre qui paie les gages  un domestique doit tre remerci.

Lorsqu'on a eu un domestique durant plusieurs annes  son service et
qu'il se marie, on lui donne un cadeau.

Lorsqu'un serviteur, dont on est content, demande  son matre de lui
servir de tmoin, celui-ci ne peut lui refuser sans manquer au
savoir-vivre.

On doit rcompenser les travaux extraordinaires.

A l'occasion d'un mariage dans la maison, on doit un cadeau  ses
serviteurs.

Lorsqu'on renvoie un domestique sur le coup, on doit lui payer ses
huit jours.

De mme, lorsqu'un domestique s'en va subitement, il devrait payer
huit jours  ses matres.

Ce n'est que pour des motifs graves de part et d'autre qu'on s'en va
ainsi: dans les cas ordinaires, on se prvient mutuellement huit jours
 l'avance et le domestique a droit  _deux_ heures par jour, pour
chercher une place.

On n'est forc de mettre sur le certificat que la date de l'entre et
celle de la sortie; tous les loges sont du bon vouloir des matres et
le serviteur n'a pas le droit de les exiger.

On ne met pas de choses dsobligeantes sur un certificat.

On ne peut se refuser  donner des renseignements sur un serviteur.

Pourtant, lorsqu'il y a un an qu'il a quitt votre service, on peut se
rcuser.

Mme en parlant d'un enfant trs jeune, les domestiques doivent dire
monsieur ou mademoiselle et non le petit, la petite.

Les titres civils ne s'noncent pas; le domestique d'un dput dira
seulement monsieur.

On a le droit de faire ouvrir la malle d'un domestique avant son
dpart, mais c'est gnralement inutile.

Si un serviteur meurt chez vous, il est d'usage que nous suivions le
corbillard.

On ne doit pas dire le nom tout court aux domestiques de nos amis, on
ajoute mademoiselle ou monsieur.

Lorsqu'un domestique apporte un prsent, on lui doit un pourboire,
malgr la guerre faite contre cette coutume depuis plusieurs annes;
mais il faut viter de donner un pourboire excdant la valeur du
prsent, cela s'explique.

Ne jamais questionner un domestique sur ses matres, sur ce qu'on
fait, sur ce qu'on dit; de mme, lorsque nous envoyons un domestique
quelque part, ne le questionnons pas sur ce qu'il a vu.

Ne nous mlons jamais  des querelles entre domestiques ou entre
concierges et domestiques: il arriverait un moment o, se
raccommodant, ils feraient la paix  nos dpens.

Matres et domestiques doivent savoir reconnatre leurs torts
rciproques et se supporter les uns les autres.

Si un domestique est bien pay, bien nourri, a quelques douceurs de
temps  autre, telles que parties de thtre, gratifications, sorties
supplmentaires, il doit s'estimer heureux et ne pas se laisser aller
au penchant de dcrier la maison o il sert.

Si un matre a un domestique probe, laborieux, il doit lui passer
certaines choses et savoir fermer les yeux  l'occasion.

[Illustration]




_La faon de recevoir._


Etait une vertu antique fort bien pratique, et dans les peuples qui
sont encore primitifs on la voit rige en devoir rigoureux, allant
jusqu' donner  l'hte tout ce qu'on a de plus prcieux.

Si nous invitons quelqu'un  faire un sjour chez nous, faisons
d'avance une toilette complte.

Tout doit marcher droit pendant le sjour d'un tranger sous notre
toit et les rouages intrieurs doivent tre si bien graisss, qu'on ne
puisse entendre le moindre grincement.

Je parle aussi bien matriellement, que pour les questions d'un ordre
plus lev.

Tout doit tre au beau fixe; songeons-y et vitons jusqu' ces infimes
petites chicaneries qui sont le chatouillement dsagrable des
relations.

Vous tes toujours prvenu de l'arrive de votre invit; vous allez
donc l'attendre  la gare avec ou sans voiture, selon la distance qui
vous spare de la gare, montrant ainsi l'empressement que vous avez de
l'accueillir dans votre home.

La chambre de l'hte doit tre l'objet des soins tout particuliers de
la matresse de maison.

Les vitres tincelantes, les rideaux blancs, le parquet cir,
encaustiqu, le lit avec sommier intact, les armoires nettes de tous
objets. Ne jamais recouvrir les planches de papier, c'est dmod; la
table de toilette, qui est dans la chambre, doit tre pourvue d'une
pile de serviettes blanches, d'une bote de savon, d'eau de toilette,
d'eau dentifrice, etc.

Sur un meuble, un verre d'eau avec sucrier, flacon de fleurs d'oranger
ou de rhum, suivant que l'invit est homme ou femme, flacon d'eau de
mlisse, bote de pastilles de menthe et une bote de gteaux secs,
pour le cas des fringales nocturnes.

Une carte, cloue au mur, indique les heures des repas, les heures des
trains, enfin tous les petits renseignements utiles.

Ne pas oublier encre, plumes, papier, enveloppes, enfin tout ce qu'il
faut pour crire, comme on dit dans les comdies.

Des fleurs sans odeur doivent garnir les vases.

Le premier soin  observer est de demander  quelle heure on dsire le
petit djeuner et ce qu'on a l'habitude de prendre, lait, caf au
lait, th, chocolat, potage.

Le second est d'attendre que l'invit soit un peu repos avant de lui
faire faire l'invitable tour du propritaire.

Les matres de maison doivent s'ingnier  rendre leur hospitalit
douce et agrable,  laisser  leurs htes quelques heures de libert,
 leur procurer les distractions que comporte le pays: visites aux
muses, glises, curiosits, sites, promenades, excursions, parties de
pche, de canot, de chasse, jeux, plaisirs d'intrieur, etc.

Si on a plusieurs htes  la fois, il faut s'occuper de tous
galement, ne pas marquer de distinctions.

Les repas doivent tre servis, sinon luxueusement, du moins
plantureusement.

Si celui qui offre l'hospitalit a des devoirs envers ses htes,
ceux-ci n'en ont pas moins envers lui.

Nous devons arriver, sinon d'humeur trs gaie, du moins avec un visage
aimable, ayant donn campo  nos soucis, afin de ne pas montrer mine
renfrogne  ceux qui nous reoivent.

On n'est pas contraint de se rpandre en exclamations admiratives,
mais on doit un certain tribut de bienveillance pour tout ce qu'on
vous montre.

Beaucoup de discrtion est ncessaire.

Sans appeler les serviteurs monsieur ou mademoiselle,
montrons-nous avec eux de la plus grande politesse.

On doit apporter tous les ustensiles de toilette qui sont ncessaires.

Il ne faut pas non plus ne paratre qu'aux heures des repas, s'isoler
des heures dans sa chambre, faire de longues promenades tout seul; on
doit le tribut de sa prsence, de sa conversation,  ceux dont on
accepte l'hospitalit.

On doit tre d'une exactitude mathmatique pour l'heure des repas de
part et d'autre.

La toilette doit tre trs soigne et ce, ds le matin.

On ne doit pas rester plus longtemps que le terme fix, mieux vaut
mme partir un peu avant. Ainsi, si vous tes invit pour une
quinzaine, le savoir-vivre veut que vous partiez le douzime ou
treizime jour. Il est prfrable de laisser des regrets; on insistera
toujours afin que votre sjour soit plus long.

Il est bon de se montrer gnreux envers les domestiques.

[Illustration]




_Les cadeaux d'trennes._


On doit un prsent convenable aux dames chez qui l'on va dner
plusieurs fois chaque anne.

On ne fait jamais de cadeaux  des suprieurs  l'occasion du jour de
l'an, mais dans le courant de l'anne, on peut envoyer une bourriche
de gibier, des fruits, des fleurs rares.

Les trennes se divisent en plusieurs genres:

Les trennes utiles;--Les trennes superflues;--Les trennes
d'argent;--Les trennes d'amiti.

Les trennes utiles se donnent entre parents, entre amis intimes;
elles sont toujours agrables, car elles rpondent  un besoin,  un
dsir, soit pour votre intrieur, soit pour vous-mme.

La srie serait longue  numrer; on peut offrir argenterie, service
de table, robe de velours, de laine, draps, serviettes, fourrure et
mme la modeste demi-douzaine de mouchoirs de poche.

Le costume d'enfant, le bronze qui manque sur votre chemine, le tapis
de table, le chapeau, etc.

Lorsqu'on donne des trennes utiles, on est sur le pied d'une telle
familiarit, qu'on peut fort bien dire: J'ai l'intention de vous
offrir telle et telle chose; tirez-moi donc d'embarras, et dites ce
que vous prfrez.

Les trennes superflues mais agrables sont les bijoux, les bibelots,
les jouets.

Pour les enfants dj un peu grands, les livres sont prfrables.

Dans l'ordre des trennes superflues, il y a toute la gamme des
japonaiseries, des petits livres, des meubles volants.

Le bijou offert par le mari  la femme, par l'oncle  la nice, par la
marraine  la filleule, peut tre une bague de mille cus ou la montre
en nickel.

Les amis hommes envoient fleurs et bonbons, c'est classique: j'engage
seulement  donner les uns et les autres en plus petite quantit et 
les offrir dans un bibelot _durable_, car une fois bonbons croqus et
fleurs fanes que reste-t-il du souvenir de l'ami?

Les trennes d'argent, les plus agrables, ne peuvent s'offrir que de
mari  femme, de parents  enfants, de matres  serviteurs.

Les trennes d'amiti sont les petits ouvrages faits par les jolis
doigts de la donatrice, le dessin, le pastel, le tableautin peint par
l'artiste de la famille; le portecrayon chang entre camarades, enfin
moins que rien; mais ces trennes-l sont les plus touchantes: on a
pris de son temps, de sa vie pour confectionner cette bagatelle.

Lorsqu'on nous apporte des trennes, il est de mauvais got de ne pas
ouvrir le paquet de suite et de dire merci simplement, sans regarder.

Celui qui se drange a droit aux remerciements et aux exclamations de
plaisir que son prsent doit provoquer.

Mme si la chose n'est pas  notre gr, il faut avoir l'air ravi.

Ne raillons jamais le cadeau de l'un devant l'autre; ne l'valuons
pas.

Ne faisons pas de parallle entre ce que nous recevons et ce que nous
donnons.

Si nous avons dj reu un prsent semblable, n'en exprimons pas le
regret.

Il est du savoir-vivre de tmoigner plus de reconnaissance  une
personne qui nous offre un objet modeste qu' celle qui nous fait un
cadeau splendide: la premire est quelquefois honteuse de la
mdiocrit de son prsent, la seconde a conscience de la valeur du
sien.

Si on nous envoie un prsent par un domestique, l'usage veut qu'on lui
remette une pice d'argent, variant de cinquante centimes  cinq
francs; jamais plus, car on aurait l'air de vouloir rendre la valeur
de l'objet.

On doit crire un mot de remerciements, si on ne peut faire une visite
dans la huitaine.

Un cadeau qui peut fort bien se faire, entre hommes, est une caisse de
cigares de bon _choix_.

Le petit enfant doit crire aux parents loigns et rciter un
compliment  ceux qui sont prs de lui.

On doit un prsent d'argent aux facteurs, concierges, domestiques,
tlgraphistes, frotteurs, etc.; c'est l'impt forc auquel nul n'a le
droit de se soustraire.

La nourrice de nos enfants a galement droit  un petit souvenir, en
nature ou en argent, si nous sommes encore en relations avec elle; et
aussi les anciens instituteurs et institutrices et les serviteurs de
nos parents.

[Illustration]




_La politesse dans la rue._


On voit des personnes, parfaitement polies dans un salon, devenir
parfaitement incorrectes, sitt qu'elles foulent l'asphalte d'un talon
vainqueur.

Il faut toujours prendre sa droite, on vite ainsi les heurts et les
chocs.

Dernirement, trottant trs affaire, je me croise avec un monsieur
qui avait l'allure d'un parfait gentleman; il passa prs de moi, non
seulement en me bousculant, en me regardant d'une faon malhonnte,
mais encore m'envoya la fume de son cigare dans le visage. Un mot vif
tait prt  m'chapper, je le contins heureusement; qui sait ce que
ce monsieur et pu rpondre?

A quelques pas de l, une grosse voiture de camionneur tait arrte,
son conducteur accot fumait une norme pipe, qu'il retira d'entre ses
dents lorsque je passai prs de lui; puis, voyant la mche du fouet
qui ballottait et qui pouvait m'effleurer le visage, il l'arrta d'un
geste poli.

Le savoir-vivre tait inn chez cet homme et le gentleman mritait
l'pithte pense.

Savoir se ranger  l'occasion, sous une porte cochre, pour laisser
passer sans encombre une femme ayant un bb sur le bras, est une
marque de savoir-vivre qu'on apprcie fort sur nos trottoirs troits.


Faire p'sst!  quelqu'un pour le faire retourner, qui l'oserait?

Si je tiens mon petit chien en laisse, je fais attention  ne pas
enchevtrer les jambes des passants dans la laisse du toutou.

S'arrter soudain pour couter les boniments d'un marchand ambulant
est  peine permis aux petits ptissiers, aux petits tlgraphistes,
et aux trs jeunes potaches; un monsieur ou une dame de tenue
correcte continue sa route.

On peut s'informer discrtement de la cause d'un attroupement, mais
lorsqu'on sait ce qui en est, grossir cet attroupement est au moins
inutile, quelle que soit la badauderie parisienne.

Si vous rencontrez un ami et que vous l'arrtiez pour lui parler,
rangez-vous de ct de manire  ne pas obstruer le passage.

Lorsqu'un homme jette une allumette enflamme, un bout de cigare
allum, il doit les jeter dans le ruisseau, ou du moins mettre le pied
dessus; en plein trottoir, cela pourrait roussir, sinon incendier, les
jupons des dames.

L'attitude et le geste sont encore  observer pour tre bien lev; on
doit viter les attitudes trop libres, les airs cavaliers.

En marchant, ne balanons pas nos bras. Une femme a toujours un
maintien, soit avec son ombrelle, soit avec son manchon; prive de ces
objets, elle relve gracieusement sa robe, ou en fait le simulacre, ce
qui occupe suffisamment les doigts.

Une marche sautillante, tranante est disgracieuse; de mme faire
rsonner ses talons sur le pav produit un effet singulier.

[Illustration]




_Shake-hand._


Banale, banale, malheureusement et souvent, reconnaissons-le,
maladroite.

La bonne poigne de main amicale,  l'treinte sincre, a fait place
au _shake-hand_, qui n'est qu'un dmanchement d'paule.

C'est toujours la main droite qu'on prsente.

Rien de plus.... anglais que cette secousse sche.

La poigne de main doit se donner entirement; celui qui offrirait
trois doigts ou un seul doigt, comme si on le tendait  un oiseau,
serait peu convenable: de mme lorsque la main reste molle, ne rpond
pas  l'treinte; encore lorsqu'il y a  peine un effleurement.

On ne devrait pas prodiguer la poigne de main  des inconnus; mais,
maintenant, les femmes mme du meilleur monde la banalisent avec la
plus grande dsinvolture.

Un homme ne doit jamais tendre le premier la main  une femme.

De mme, une jeune fille ou une jeune femme,  une personne ge.

Il ne faut pas que les jeunes gens tendent la main les premiers, sinon
 des camarades. Je regrette pour les jeunes garons qu'on ne leur
inculque pas, avec le respect de la femme, l'usage du baisemain;
c'tait respectueux et ceux de nos fils qui feraient revivre cette
ancienne coutume auraient tout  fait bon air; malheureusement, les
garons, nous l'avons dit, ont souvent des manires d'une blmable
dsinvolture.

La poigne de main ne doit pas tre prolonge, ce serait inconvenant,
comme celle dite en sandwich, o votre interlocuteur place votre
main entre les deux siennes.

Lorsqu'on prsente un homme  un autre, l'usage veut qu'on ne lui
serre la main qu'en le quittant, mais beaucoup passent l-dessus.

Si vous rencontrez un monsieur et une dame, il est de rigueur de
donner d'abord la main  celle-ci.

Les jeunes filles devraient ne pas donner de poigne de main aux
jeunes gens.

[Illustration]




_Au restaurant._


Lorsqu'on va dner au restaurant, dans la salle commune, il y a mille
nuances  observer. L'homme, en entrant, soulve son chapeau et le
remet ensuite sur sa tte pour traverser la salle.

On n'essuie plus ostensiblement son verre, son assiette.

Il est regrettable d'interpeller les garons  haute voix, de se
plaindre si fort que les voisins entendent; de se servir du cure-dents
ostensiblement; d'emporter la moindre des choses de la desserte,
ft-ce un macaron.

Le pourboire doit tre dcent, mme si l'on n'est pas satisfait du
service.

Les femmes n'enlvent jamais leur chapeau au restaurant, mme en
cabinet particulier.

Rire aux clats est trs dplac; nous nous devons au dcorum. En
sortant, Monsieur, toujours, marche devant Madame, mais s'efface et la
laisse passer aprs lui avoir ouvert la porte de sortie.

[Illustration]




_Au spectacle._


C'est au thtre que nous passons le plus volontiers la soire quand
nos obligations mondaines nous le permettent.

On n'a plus, si ce n'est dans quelques thtres, tels que l'Opra,
l'Opra-Comique, la Comdie-Franaise et les scnes lgantes du
boulevard, de toilettes dites de thtre; on peut y aller en robe
simplement lgante, pourvu qu'on ait un chapeau et des gants frais.

Les gants clairs ne sont pas de rigueur.

Les toilettes dcolletes sont mal portes dans les petits thtres.

Les dames ne vont pas faire de visites dans les loges des personnes
qu'elles connaissent. Elles ne doivent quitter leur place que pour
aller au foyer, avec les messieurs qui les accompagnent.

Les hommes donnent un trs lger coup de chapeau aux personnes qu'ils
peuvent connatre dans la salle; les femmes rpondent par une petite
inclination de tte; jamais de sourires ou de signes avec l'ventail.

Un homme ne doit jamais laisser seule dans sa loge la dame qui est
avec lui.

Une femme lorgne la scne, mais doit  peine lorgner dans la salle,
surtout jamais fixement.

Un homme bien lev ne lorgnera pas non plus avec obstination.

On peut s'amuser franchement au thtre, mais non rire aux clats.

On ne doit pas non plus faire des rflexions pouvant gner ses
voisins, ni bavarder de telle manire qu'on les empche d'entendre la
pice.

Si on a dj vu la pice, rien de plus fcheux que de dflorer le
plaisir de la ou des personnes qui sont avec vous, en la leur
racontant.

Lorsque nous avons des places aux fauteuils ou aux stalles,
arrangeons-nous pour arriver  l'heure ou dans un entr'acte, afin que
notre venue ne trouble pas un rang entier de spectateurs. A ce propos,
une leon de choses; un croquis fantaisiste qu'on nous pardonnera 
cause de son exactitude.

Dans un thtre o les passages sont trs troits, arrive une grosse
dame, rouge, essouffle, qui se trouvant place juste au milieu du
rang, a une quinzaine de personnes  dranger; elle s'avance et
commence par faire pousser un ae! de douleur  une jeune femme;
elle s'excuse, continue  marcher, heurte les genoux d'un vieux
monsieur peu endurant et peut-tre goutteux, qui se fche: trouble,
la dame s'emptre dans un petit banc et fait un bruit pouvantable
pendant que, d'une voix douce et pme, la jeune premire disait des
choses trs intressantes  un acteur en perruque bien frise; la
grosse dame arrive alors devant une autre dame qui n'a pas la
prcaution de lever son fauteuil pour faciliter le passage, et il se
produit une collision.

Enfin elle arrive  sa place. Myope, elle se penche pour voir le
numro de son fauteuil, et elle crase  demi un ravissant petit
chapeau en fleurs port par une jeune fille place au rang devant
elle; celle-ci l'appelle maladroite et lui fait les yeux d'une
demoiselle  laquelle on abme un chapeau neuf, jugez, mesdames! La
dame s'excuse encore  haute voix: des chut nergiques se font
entendre. Pensez donc, le tratre va sortir son poignard et le pre
noble sort une grande tirade! La dame s'assied, prend sa jupe dans le
ressort du fauteuil, se lve, lutte dsesprment pour retirer
l'toffe, reste debout et masque ainsi la scne  un petit garon qui
pousse des cris de paon parce qu'il ne voit plus les belles dames.
Assis, assis! crie-t-on de toutes parts. Encore plus rouge, la
spectatrice s'assied enfin; elle tire sa jumelle, en fait tomber
l'tui, se baisse, fouille sous les fauteuils et gne encore ses
voisins; comme elle a plus chaud qu'en arrivant, elle s'vente avec
son mouchoir et pousse des ouf. Pendant l'entr'acte, elle appelle le
marchand de programmes et, au lieu de s'tre prcautionne de monnaie,
elle lui fait changer une pice de vingt francs; celui-ci va chercher
la monnaie; comme il reste un peu longtemps, qu'il s'arrte en route
pour vendre d'autres programmes, la grosse dame l'interpelle  haute
voix. Ce fut son dernier exploit.

Qu'on nous pardonne ce fantaisiste tableau un peu pouss  la charge.
Mais pareil voisinage est un flau, n'est-ce pas! Et, malheureusement,
combien frquent!

A moins d'tre dans une loge, on ne doit prendre ses vtements qu'en
sortant; sans cela, on incommode ses voisins.

_En aucun cas_ on ne doit manger d'oranges au thtre.

Les pourboires  l'ouvreuse doivent tre dcents; gnralement, on
donne cinquante centimes pour deux places, un franc au minimum pour
une loge.

Un homme qui accepte une place dans une loge doit apporter des
bonbons; jamais de fondants qui s'crasent et poissent les gants,
plutt des aciduls dans une petite bote de fer-blanc qui les
conserve frais; il doit donner  l'ouvreuse, et reconduire la ou les
dames en voiture si elle ou elles sont seules. Si un monsieur les
accompagne, il peut les quitter  la porte. Souvent il offre quelque
chose de chaud dans un caf-restaurant. C'est maintenant admis.

Jamais on ne doit manger de glaces ou boire dans une loge.

Il est interdit par le code thtral d'avoir un bouquet de fleurs
naturelles sur le devant de sa loge.

Si on se trouve dans une avant-scne, on doit remonter  demi les
crans pendant les entr'actes.

Si une dame invite une autre dame  venir au thtre avec elle, cette
dernire paie l'ouvreuse, mais n'apporte pas de bonbons.

Il est indiffrent que ce soit l'une ou l'autre des dames qui
reconduise l'autre en voiture ou  pied.

Un impt forc, auquel il est impossible de se soustraire, est la dme
de deux sous qu'on donne  l'ouvreur de portire qui se trouve
toujours l.

Les enfants eux-mmes ne doivent pas sucer de sucre d'orge dans les
thtres.

Il est bon de ne pas laisser de papiers importants dans les poches de
son pardessus.

Ne blmons jamais tout haut tel ou tel artiste.

N'applaudissons pas  tout rompre, ne trpignons pas, quel que soit
notre enthousiasme, ne crions pas bravo, surtout jamais: _brava,
bravissima_; cela vous donne un air faux dilettante du plus haut
comique.

Les spectatrices doivent viter de critiquer toutes les artistes,
comme le font malheureusement quelques-unes d'entre elles, qui ne
manquent jamais, si on dit qu'une femme est jolie, de supputer le
nombre des ans, comme si le talent n'tait pas toujours jeune, ou
encore de dbiter les petites chroniques scandaleuses en cours.

Ayez soin de ne pas oublier un accessoire quelconque dans votre loge,
car il est fort peu agrable pour votre mari de retourner tout courant
chercher l'objet ou de venir le lendemain faire une rclamation; ayez
un sac _ad hoc_, un peu grand, o vous pouvez enfouir tout ce qui vous
est ncessaire.

Les hommes sont toujours nu-tte au thtre; les trs vieux messieurs
peuvent avoir une petite calotte de soie noire.

On ne doit pas emmener de trs jeunes enfants au thtre; outre que ce
n'est pas leur place, que l'air n'est pas bon pour leur sant, ils
peuvent, par leurs cris, troubler les spectateurs.

Les enfants doivent toujours tre placs en devant de loge.

Si vous tes une dame et que vous invitiez deux amies, votre place est
derrire; mais vos amies vous cderont leur place  tour de rle.

Les hommes ne devraient tre admis  l'Opra qu'en habit noir et
cravate blanche, et le dbraill de la tenue devrait tre laiss aux
touristes anglais et amricains qui s'talent sans vergogne aux
meilleures places, vtus d'un complet  carreaux et coiffs d'un
feutre mou.

Pour les thtres de second ordre, le costume ordinaire, mais toujours
une chemise de blancheur clatante et des gants; si, par hasard, un
homme hsite  emprisonner ses mains toute une soire, il est admis
qu'il place ses gants  l'ouverture du gilet.

Si vous tes enrhum, abstenez-vous du thtre; rien d'ennuyeux comme
d'entendre une toux opinitre ponctuant une tirade  effet.

Les dames ne doivent pas faire un ventaire du rebord de la loge en y
installant le programme, l'ventail, la lorgnette, le mouchoir, les
bonbons, la voilette, la mantille qu'elles mettront en sortant.

Les jeunes filles ne vont jamais dans les petits thtres.

[Illustration]




_Le chapitre des chapeaux._


Ce n'est pas celui d'Aristophane, mais il a bien son utilit dans la
vie mondaine.

Donc,  propos de chapeaux, ne faites jamais une visite  une dame
avec laquelle vous tes sur un pied un peu crmonieux, coiff d'un
chapeau plat ou mou.

Vous devez dposer votre pardessus et votre parapluie dans
l'antichambre et garder votre chapeau et votre canne si vous en avez
une. Vous tenez le chapeau sur les genoux en vitant, bien entendu, de
faire voir la coiffe; ne le placez jamais sur un meuble.

Pour les visites entre hommes, pareille tiquette n'est pas exige.

Le vilain claque d'antan, lourd, disgracieux et qui avait l'air,
lorsqu'il se dtendait, d'un hrisson fch, a fait place  un claque
de faille qui est lger et lgant. On le porte doubl de teintes
claires et douces, mauve, gris-perle, mais jamais rouge ou vert-pomme;
les armoiries ou initiales sont places dans un coin; il se porte
indiffremment en soire ou au thtre.

Au bal, le danseur peut garder son claque ou le dposer sur la chaise
de sa danseuse; je prfre ce dernier mode; mais il faut se hter de
le reprendre.

Un jour, un jeune homme frais sorti du collge venait de reconduire
une dame  sa place; celle-ci s'assied, sans prendre garde au chapeau
du malheureux phbe qui reste tout interdit, plant devant elle.

Que dsirez-vous, monsieur? finit-elle pas dire, impatiente de cette
contemplation.

--Je voudrais, je voudrais, balbutia le pauvre, avoir mon chapeau, qui
a l'honneur d'tre assis sur la mme chaise que vous!

Ne tournez jamais, messieurs, votre chapeau entre les doigts; cela
vous donne un air particulirement embarrass; jamais, non plus, ne le
faites tourner au bout de votre canne et encore moins ne le portez au
bout de ladite canne, si vous avez trop chaud.

Le chapeau doit tre pos bien droit; inclin sur le ct, cela vous a
un petit air retour de Suresnes qui est ridicule et que,
malheureusement, les trs jeunes gens aiment  adopter; plac en
arrire, vous ressemblez  un berger bahi; enfonc sur les yeux, il
vous a les allures du sombrero d'un tratre de mlodrame. Le juste
milieu, comme en toute chose.

Pour aller au bal il est absolument impossible de se produire avec un
chapeau haut de forme; si vous n'avez pas de claque, laissez votre
couvre-chef au vestiaire.

Ce chapitre des chapeaux est spcial aux messieurs, mais il pourrait
aussi s'adresser aux dames, qui devront viter de porter de ces
immenses chapeaux si en vogue quand elles vont au thtre, soit aux
fauteuils, soit surtout dans une loge o il y aura des messieurs
derrire. Avec ces empanachements  la mode, les malheureux sont
forcs de se tenir sur les pointes s'ils veulent apercevoir le minois
de la soubrette ou de se donner le torticolis, s'ils dsirent
contempler le visage de l'ingnue,  moins que, victimes passives, ils
ne se rsignent  rester assis mlancoliquement, en contemplant les
panaches de plumes d'autruches qui se balancent devant eux.

[Illustration]




_Canne, parapluie, ventail._


Ces petits objets sont pour ainsi dire nos compagnons insparables et
ils ont chacun un petit code  leur usage.

La canne est un objet de ncessit ou de luxe.

Dans le premier cas, elle sert  s'appuyer, cela se fait donc tout
naturellement.

Dans le second cas, il ne faut pas la porter sous le bras, on risque
ainsi de crever l'oeil  quelqu'un; ne pas la tenir non plus comme un
fusil, encore moins faire des moulinets avec ou la serrer contre son
coeur comme une nourrice tient son poupon, ou encore l'accrocher  la
boutonnire de son vtement; la brandir comme une trique, ou en
frapper le sol, avec le martlement sonore d'un suisse de cathdrale.

Ces observations s'appliquent galement  l'ombrelle et au parapluie
ferms.

Pour l'ombrelle ou le parapluie ouverts, tenir cet objet bien droit en
faisant attention de ne pas l'emptrer dans la voilette.

L'ventail, ce sceptre de la femme, doit se manier avec le nonchaloir
des Espagnoles et des Italiennes qui ont toujours ce petit meuble en
main; si on ne s'en sert que par hasard, on a presque toujours l'air
un peu gn; il faut donc s'en servir l't, et l'hiver ne le sortir
du tiroir que les jours de bal ou de thtre.

Ne nous ventons pas  coups presss, ne battons pas la mesure avec
notre ventail sur notre main ou sur le rebord de la loge; ne nous en
cachons pas  demi le visage.

Nos aeules donnaient volontiers de petits coups d'ventail sur les
doigts des hommes en les appelant de certains noms badins que le
XVIIIe sicle autorisait.

Notre savoir-vivre a supprim ce laisser aller.

Le mouchoir de poche, qui a jou un rle prpondrant, est maintenant
sagement remis au fond de la poche.

Il y a une quarantaine d'annes, le grand genre tait, pour une
lgante, de tenir prcieusement  la main un mouchoir richement garni
de dentelles et de broderies, pour aller en visite, au spectacle ou au
bal; il est bon de dire qu'elle en avait un autre plus ordinaire en
rserve pour l'usage intime, imitant en cela les Japonais, qui
enfournent dans leurs immenses manches toute une srie de mouchoirs de
poche en fin papier de riz. Dans le pays o fleurit le chrysanthme,
on ne se sert _qu'une_ fois de son mouchoir.

[Illustration]




_lgances._


_Fantaisies pour repas champtre._

Nappe en toile bise avec images de fleurs des champs brodes en coton
de couleurs vives; service en faence campagnarde avec coq et vives
enluminures; gerbes de fleurs des champs avec du bl dans un petit
charriot.

Chaque convive a un petit bouquet des champs devant lui.

Les verres doivent tre sans pied en gros cristal.

Nappe en toile de Hollande, garnie de dentelle de Venise chemin de
table en Venise doubl de satin rose; petites jardinires basses en
vieil argent faisant le tour de la table et garnies de violettes de
Parme; groupe en Svres ou en Saxe au milieu de la table.

Nappe grise garnie de galons rouges; au milieu une corbeille faite en
tronc d'arbre et remplie de plantes vertes; ou bien une coquille
remplie d'eau est place sur de la terre glaise et il y a des poissons
rouges qui frtillent: dner fantaisie.

Nappe blanche damasse avec guipure crue brode de rouge, chemin de
table en satin rouge; huit petites corbeilles en filigrane dor ou en
jonc rustique contiennent des fruits rouges, cerises, fraises,
framboises, groseilles.

Sur la table des branches de cerisiers coupes, avec fleurs, fruits et
feuillages; la suspension ou les candlabres sont enlacs de branches
de groseilliers.

Une guirlande de feuilles de vignes rougies, pourpres par l'automne
fait trs bien sur la nappe.

Dans les dners, on peut admettre toutes les fantaisies possibles et
la suspension peut s'enguirlander de lierre, de glycines, de chne
avec ses glands, de sapin, de houx.

On sme sur la table de petits bonshommes, de petits animaux en
porcelaine, en bronze, de petites bonnes femmes genre Kate Greenaway,
mme de petits compagnons de saint Antoine faits avec une peau
d'orange.

Les chemins de table se font trs luxueux:

En tulle blanc brod sur transparent bouton d'or avec pliss de tulle;

En satin feu avec des ornements brods or et argent;

En simple andrinople avec guipure crue;

En satin blanc avec guirlande de fleurs brodes au pass en soie
floche.

La corbeille  pain est recouverte d'un petit napperon de fantaisie.

On peut servir le vin ordinaire dans des aiguires en argent ou dans
des brocs en cristal.

La bire se sert dans de grands pots en terre, reprsentant des scnes
de beuveries flamandes avec un couvercle d'tain.

Quelques genres de menus de fantaisie:

De petits mirlitons d'un sou, que vous recouvrez de papier dor; vous
mettez une bande de papier rose ou bleu ciel tirebouchonnant selon
l'usage et vous crivez dessus le menu: c'est trs original;

Petit ventail en carton blanc; chaque mets est sur un feuillet.

Si on a un talent d'aquarelliste, on peut soi-mme faire de fort
jolies cartes  menus; on en fait aussi avec dessin  la plume.

Pour l't,  la campagne, on peut couper de petits morceaux de
cartons en forme de croissants; on fait deux incisions sur le ct, on
y passe une fleurette et on crit le menu.

Avec du parchemin je fais quelque chose d'original.

A l'aide d'un pinceau je trace d'abord deux rayures, une rouge, une
bleue, j'cris mon menu en lettres rouges et bleues, en alternant;
puis je roule le parchemin.

Je l'entoure d'une faveur pourpre dont je scelle, d'un sceau de cire
crme, les bouts flottants.

Des petits crans japonais, sur lesquels on colle une page blanche,
peuvent servir de menus.

Toutes les inventions sont permises sur ce terrain gracieux.

Les tapis de dahlias sans queues font fort bien sur la table; on fait
aussi des jonches, des coupes avec myosotis roses et noeuds de ruban,
genre Watteau.

Un joli milieu de table est une simple bourriche; vous la remplissez
de mousse, vous y piquez des muguets et vous mettez aux deux bouts des
noeuds de satin et de moire, vert-nil et rose.

[Illustration]




_Ventes de charit._


Il faut beaucoup de tact pour tre vendeuse.

L'usage veut qu'on envoie  ses amies,  toutes ses relations des
cartes, ainsi libelles:

     Vente de charit au profit de l'oeuvre de...
     Dans les salons de...
     Les mardi 1er, mercredi 2 et jeudi 3 novembre 189...
     Madame L..... vendra de 2 heures  3 heures.
     Elle serait heureuse d'avoir votre visite
     et sera reconnaissante de la plus lgre offrande.

Le minimum de la somme  envoyer est 5 francs.

Les dames prfrent, en gnral, porter leur offrande elles-mmes,
elles choisissent, guides par la charit.

J'engagerai les vendeuses  ne pas importuner les acheteurs qui
s'arrtent  leur comptoir,  ne pas profiter de ce qu'un ami est venu
dner chez elle pour le dpouiller en lui faisant acheter un prix fou,
un bibelot insignifiant, sous le prtexte que c'est pour les
pauvres.

Ne pas refuser non plus de rendre la monnaie.

Les manges de coquetterie doivent tre vits, autant toutefois qu'il
est possible.

La toilette sera lgante, sans rien d'excentrique.

Les jeunes filles et les jeunes femmes en couleurs claires.

Seules les trs jeunes filles gardent leur chapeau.

On vend gnralement avec ses gants.

Pour tenir le buffet, pour offrir les sirops, les gteaux, on peut
porter un petit tablier  bavette, mais il faut qu'il soit trs
lgant; en soieries changeantes, garni de dentelle, avec noeud
retenant un bouquet de fleurs au corsage.

On peut demander des lots en nature,  des amies tout  fait intimes.

Lorsque votre recette n'est pas convenable, il faut la renforcer de
vos deniers.

Si nous ne sommes pas dispose  ce sacrifice, gardons-nous d'accepter
d'tre dame vendeuse.

Vous devez une visite aux personnes qui vous ont envoy des objets, si
elles sont de vos relations; sinon, une simple carte, avec un mot de
remerciement, suffit.

Je ne parle pas pour les messieurs, bien entendu.

Il serait dangereux d'accepter deux ans de suite d'tre vendeuse; cela
lasserait nos amis et nous pourrions redouter une maigre recette.


_Les billets de loterie._

Encore une obligation du savoir-vivre: on ne refuse jamais de prendre
un billet de loterie.

Autant que possible ne soyons pas placeuse de billets de loterie. Je
ne dis pas placeur, car les hommes n'acceptent pas cette obligation.

Enfin, si une fois entrane par notre bon coeur nous avons 
solliciter des amis pour une bonne oeuvre, faisons-le discrtement et
ne profitons pas, autant que possible, du jour o ils dnent chez nous
pour leur prsenter notre requte.

Le bon got exige que, la loterie aussitt tire, les lots gagns
soient expdis aux favoriss du sort.

Dans le cas o, tirant la loterie chez vous, un lot vous choit, vous
ne devez _jamais_ en bnficier, il faut le remettre de suite et le
faire tirer de nouveau.

Si un clibataire gagne un lot, il doit l'offrir  la fille de la
maison ou  son dfaut,  la dame du logis.

[Illustration]




_A l'glise._


Ce n'est pas  la messe qu'on arbore les toilettes nouvelles.

Si vous toussez normment, pour ne pas dranger un prdicateur et les
assistants, allez  une messe basse, de bonne heure.

Tous, nous devons respecter le saint lieu et les marques extrieures
du culte, qui veut qu'on s'agenouille, qu'on se lve  tel ou tel
endroit de la messe.

En entrant  l'glise, un homme doit offrir l'eau bnite ou la plus
jeune personne  la plus ge; on remercie d'un sourire et d'un signe
de tte.

Une dame se rencontrant  la porte avec un prtre doit lui cder le
pas; mais celui-ci, oubliant un moment son caractre sacr, redevient
homme du monde en s'effaant pour laisser passer la dame.

Si vous qutez, ayez une mise lgante, mais modeste; si on vous
donne, un merci  voix basse.

Lorsque vous rendez le pain bnit, envoyez-en de suite une part aux
personnes auxquelles vous voulez faire cet honneur; attendre le
lendemain et l'envoyer rassis, serait incivil.

Marcher avec bruit, remuer les pieds, dire ses prires tout haut, sont
choses  viter.

[Illustration]




_Notre correspondance._


Le papier  lettre et les enveloppes varient au gr d'une capricieuse
desse, la Mode, qui d'un coup de son ventail, sceptre lger, devant
lequel chacun s'incline transforme toutes choses. La Mode a aboli le
large papier et l'enveloppe carre; par amour du contraste, le papier
long et troit et l'enveloppe semblable ont vu le jour.

Suivons le format du moment, et achetons ce qui nous plat.

Le papier blanc, fort, est celui qui s'emploie pour les lettres
d'hommes, pour les affaires srieuses.

Les papiers de couleurs ont la vogue depuis quelques annes.

On choisit actuellement les teintes douces et neutres, le gris, plus
ou moins fonc, le bleu ardoise, le mauve ple.

Les couleurs rose, rouge (on en voit), jaune, bleu d'azur ne sont pas
du meilleur got.

Le genre vieux parchemin avec les initiales timbres en or ou argent,
rechampies de couleurs, est fort joli, mais assez coteux.

On peut avoir un papier avec ses initiales, son monogramme, ses
armoiries. L'emblme, la devise, le prnom, le diminutif du prnom, ne
sont plus trs frquents.

Avoir du papier trop commun ou trop luxueux sont deux cueils 
viter.

N'employons plus de pains  cacheter.

Pour les lettres srieuses ou confidentielles, on cachette ses
missives avec de la cire et un cachet  ses initiales. La cire rouge
est banale, la noire n'est employe que pour les deuils, la bleue est
laide, la blanche seule est jolie, selon moi.

Le cachet s'appose sur le coin et non au milieu; c'est la mode qui le
veut ainsi et c'est plus original. Dans le royaume de haute fantaisie,
une gracieuse innovation: on entoure la lettre d'un ruban et on la
scelle de larges cachets de cire blanche; mais cela ne peut s'employer
que pour les lettres portes  la main.

Le timbre se colle dans _le sens_ du ct droit de la lettre.

Les enveloppes doivent tre pareilles au papier.

Les couronnes se mettent en travers des chiffres entrelacs.

On peut placer ses initiales au milieu ou au coin gauche de la lettre.

Pour les villgiatures, il est permis d'avoir, gravs sur son papier 
lettres, la vue de son chteau ou simplement le nom.

Pour les deuils, les papiers et enveloppes sont bords de noir, depuis
la large bande des premiers mois jusqu'au mince lisr des dernires
semaines. On ne chiffre jamais le papier de deuil.

Les chiffres extravagants soit en grandeur, soit en petitesse, sont de
mauvais got; de mme, les ornements bizarres et tourments.

Les papiers avec des scnes champtres, des caricatures, des animaux,
des fleurs, des chinoiseries sont de fantaisie.

Tout le monde ne peut avoir une belle criture (j'en sais quelque
chose), mais les lettres se chevauchant, les abrviations, les taches
d'encre peuvent et doivent s'viter.

Lorsqu'on crit trs mal naturellement, on devrait mettre en bas une
formule d'excuses (je vous demande pardon d'crire si mal).

La marge n'existe presque plus maintenant;  peine un mince lisr de
blanc.

On laisse, sous le mot en vedette qui commence la lettre, un espace de
trois ou quatre lignes.

Lorsque vous confiez une lettre  quelqu'un, sauf  un domestique,
vous ne la cachetez jamais; votre devoir est de la remettre ouverte,
montrant par l que vous avez pleine confiance en la discrtion du
mandataire; mais celui-ci doit immdiatement, ostensiblement, cacheter
la missive devant vous.

Une lettre de recommandation se donne toujours ouverte, mme pour un
serviteur.

Il ne faut jamais crire sur une demi-feuille de papier.

Si on voulait tre logique avec le bon sens et la grammaire, on
n'crirait pas chre madame, ni cher monsieur, ni chre mademoiselle,
mais bien, chre dame, chre demoiselle et cher sieur.

Mais voyez l'effet!

Lorsqu'on crit  un ministre, la phrase de Monsieur le Ministre
s'crit de manire  ce qu'il ne reste au-dessous que la place de cinq
ou six lignes.

Certaines personnes croient de bon ton de laisser le verso blanc et
d'crire sur le recto de la seconde page; seules les ptitions
officielles destines  l'imprimerie se font ainsi; les dcisions, les
remarques s'crivent sur le recto de la seconde page.

Il faut au moins deux lignes blanches, prcdant les formules de
salutations. Elles ne se coupent pas et s'tagent ainsi:

     J'ai l'honneur d'tre,
       avec le plus profond respect,
                       Monsieur le Ministre,
             Votre trs humble et trs dvou serviteur.

Les mmes formules respectueuses sont employes pour les hommes ou les
femmes indiffremment, lorsque la lettre est adresse  un
ecclsiastique de haute dignit.

Du reste, une grande dame elle-mme crivant  un humble desservant de
village devra introduire le mot _respect_ dans la rdaction de sa
lettre.

Pour crire  un prtre on met:

Monseigneur, Monsieur le cur, Monsieur l'abb.

Lorsque vous crivez  une personne fort occupe, faites la lettre
trs courte, ne dpassant pas la premire page s'il est possible.

En crivant  une personne que vous supposez pouvoir tre en voyage,
mettez sur l'enveloppe la mention: _faire suivre en cas d'absence_.

Le mot _urgent_ est mieux que _press_.

Les post-scriptum ne se mettent pas dans les lettres crmonieuses;
ils sont rservs pour les lettres d'amiti ou d'affaires.

Lorsqu'on crit  des trangers ou  des personnes avec lesquelles on
a de peu frquents rapports, il faut toujours inscrire son adresse
entire.

La date se met en haut de la lettre d'affaires, au bas de la lettre
intime,  gauche et un peu au-dessous de la signature.

Lorsqu'on crit  des trangers, on leur donne leur qualit:

Madame la comtesse;--Monsieur l'conome;--Madame la Directrice.

Pour un militaire: Monsieur le Capitaine;--Monsieur le Commandant;--ou
bien encore, et cette concision est de bon ton, si vous avez des
relations avec la personne: Capitaine, Commandant.

Lorsque vous avez appartenu  l'arme: Mon Capitaine;--Mon Commandant.

Exception est faite pour les Marchaux et les Amiraux, et mme un roi
leur crivant mettrait: Monsieur le Marchal;--Monsieur l'Amiral. Aux
contre-amiraux, vice-amiraux, on dit: Amiral.

Pour crire  un Roi: Sire;-- une Reine: Madame, en mettant dans la
lettre le mot Majest.

Si vous crivez: Madame la Reine, vous aurez tort, et pourtant on peut
crire: Madame la Princesse; mais on met gnralement Princesse tout
court.

Autrefois, on crivait: mon cher monsieur, ma chre madame, ma chre
mademoiselle; ces plonasmes sont bannis maintenant. On peut crire:
cher monsieur et parent ou chre madame et parente  ses parents que
l'on n'a jamais vus; on peut mettre aussi: monsieur et cher cousin,
madame et chre cousine.

Pour les autres parents qu'on connat on met: mon cher oncle, ma chre
grand'mre, chre mre, cher papa.

On peut mettre en vedette les mots: Saint Pre;--Trs Saint
Pre;--Sire;--Monseigneur;--Prince;--Princesse.

On ne peut crire en vedette les mots suivants: Votre Saintet;--Votre
Eminence;--Votre Grandeur;--Votre Majest;--Votre Altesse;--Votre
Excellence.

Ils remplacent le pronom: vous.

On peut mettre aussi Elle et Lui avec des lettres majuscules.

A une religieuse on crit: Madame (jamais Mademoiselle);--Trs chre
soeur;--Rvrende mre; selon le degr d'intimit.

Pour les religieuses titres on mettra: Madame la suprieure;--Madame
la prieure.

Cher monsieur, chre madame, s'crivent couramment, mme adresss aux
personnes que l'on connat depuis peu.

Chre fiance ou Cher fianc est d'un usage dmod; on crit en ce
cas: Chre mademoiselle ou Cher monsieur, et encore serait-il plus
convenable de mettre simplement monsieur ou mademoiselle.

Pour crire  ses domestiques on met le prnom en vedette: Pierre,
Rosalie.

Mais, si l'on a besoin d'crire au domestique d'un ami, on mettra:
Monsieur Pierre, Mademoiselle Rosalie.

On n'crira jamais Madame la prsidente  Mme Flix Faure, mais on
crira: Madame la prsidente  celle qui prside une oeuvre
quelconque.

Madame la Marchale est le seul titre militaire qui soit fminis et
personne ne s'aviserait d'crire: Madame la capitaine.

Certains traits de savoir-vivre recommandaient aux jeunes filles de
mettre en crivant  une femme ge: Madame et excellente amie, ou:
Madame et amie. Ces formules sont trop peu respectueuses.

Ne mettons jamais les mots monsieur, madame ou mademoiselle en
abrviation, mme dans le corps de la lettre.

Si vous parlez dans votre lettre d'un parent, d'un alli quelconque 
votre correspondant, mettez encore le mot entier: Monsieur votre pre,
mademoiselle votre soeur. Pourtant, en parlant d'trangers, on peut
mettre simplement M. ou Mme.

Monsieur ton pre, madame ta mre ne s'emploient pas.

Entre trs intimes on peut mettre: ton pre, ta mre, etc. Lorsqu'on
parle d'une tierce personne dans une lettre et que le correspondant
sait fort bien de qui il s'agit on doit seulement mettre l'initiale.

Ne mettez plus _tournez, s'il vous plat_, ou _t. s. v. p._; on sait
bien qu'il faut tourner la page, puisqu'on ne voit pas la signature
qui termine _toujours_ une lettre.

A une personne titre qui est de vos amis on supprime monsieur et
madame et on crit simplement: Cher comte, chre marquise.

Aux jeunes filles n'tant pas titres on crit simplement: Chre
mademoiselle.

Pour crire  un fournisseur, on peut trs bien mettre son nom de
famille: Monsieur D..., Chre madame D....

Lorsqu'on crit  des personnes ayant une fonction officielle et tant
titres, on met la qualit prcdant le titre:

     Monsieur le snateur, baron de...
     Monsieur le prfet, comte de...

A un mdecin on crit:

     Monsieur le docteur R...

Ne s'crit plus la rptition du mot Monsieur, Monsieur, sur une
adresse.

On crit ainsi l'adresse d'une personne titre: Marquise de S.... et
non Madame la marquise de S....

Voici les terminaisons de lettres le plus gnralement usites selon
les degrs d'intimit.

Pour les grands ecclsiastiques:

     Je suis, avec le plus profond respect,
                   Monseigneur,
     de Votre Grandeur (ou de Votre Eminence pour un Cardinal)
     le trs humble et trs obissant serviteur.

A un roi:

     Je suis avec le plus profond respect,
                     Sire,
               de Votre Majest,
       le trs humble et obissant sujet.

Pour le prsident de la Rpublique:

     Je suis avec le plus profond respect,
           Monsieur le Prsident,
        votre trs humble serviteur.

Une femme emploie les mmes formules.

A un fonctionnaire du gouvernement, on crit:

     Veuillez, Monsieur le Prfet, recevoir l'expression
     de ma considration la plus distingue.

Voici la rapide numration des formules courantes et gnralement
employes:

Tout  vous, Tout  vous d'amiti, A vous de coeur, Tout  vous de
coeur, A vous cordialement, Amitis, Bonnes amitis, Cordiales
amitis, Cordiale poigne de main, Bonne poigne de main, Je vous
serre la main, Je vous envoie toutes mes amitis, Tous mes sentiments
d'affection, Tous mes sentiments affectueux, Tous mes compliments, Mes
meilleurs compliments, Mes compliments affectueux, Veuillez recevoir
l'expression de mes sentiments les meilleurs, Veuillez recevoir
l'expression de toute ma sympathie, Au revoir, Croyez  mon sincre
attachement.

Un homme met gnralement le mot respect dans la terminaison de sa
lettre, lorsqu'il crit  une dame: Mes sentiments respectueux, Mon
attachement respectueux, Ma respectueuse sympathie, Mon respectueux
dvouement, Veuillez agrer, madame, l'hommage de mon respect,
Veuillez agrer l'expression de mes sentiments respectueux, Au revoir,
chre madame.

Une femme n'emploie jamais les mots honneur si ce n'est en s'adressant
 un grand personnage.

Lorsqu'une femme crit  un homme pour affaires, elle doit mettre:
Veuillez, monsieur, recevoir l'expression de mes sentiments
distingus, ou mme supprimer le mot monsieur. A une autre femme elle
mettra: l'assurance de mes sentiments respectueux.

Aux serviteurs on mettra: Au revoir.

On peut assurer un vieux serviteur de ses bons sentiments. Les hommes
s'envoient entre eux l'expression de leur considration distingue; il
serait malhonnte de l'adresser  une dame.

A un fournisseur: Recevez mes salutations, ou Salutations.

On emploie beaucoup le genre dit anglais, qui est simplement la
formule latine _tibi_, en mettant simplement: A vous.

Remarque: un infrieur  un suprieur mettra: Veuillez agrer
l'expression de mon respect, et le suprieur rpondra: Recevez, je
vous prie, l'assurance. Dans toutes ces formules, chacun choisit
selon les cas.

Les appellations affectueuses venues du coeur ne peuvent se citer;
elles viennent au courant de la plume et sont toujours du
savoir-vivre; aucune phrase n'est ridicule quand un sentiment sincre
l'a dicte.

Ne signons jamais: Femme une telle, c'est absolument vieilli; mettez
l'initiale de votre prnom: M. D...

N'ajoutons pas: ne une telle. Except pour les lettres d'affaires, ne
signons pas: Veuve...

Une femme titre signe son titre et le nom de son mari: Comtesse de
H..., ou en abrg: Ctesse de H.... Elle ne mettra pas: Comtesse Marie
de H....

Quelquefois, pour des raisons ou pour d'autres, on adjoint le nom de
famille de la femme  son nom et on signe: Raymond-Roche; la femme de
son ct mettra: J. Raymond-Roche.

Titre, une dame peut encore signer l'initiale de son nom de jeune
fille ou mme le nom entier, en faisant suivre du titre et du nom de
son mari: C..., baronne de S...., ou C., baronne de S.... Un homme
signe prnom et nom: Louis R....

Il est hors d'usage de placer le prnom en dernier et de mettre R....
Louis.

Celui qui porte un nom historique peut le signer tout court, on sait
qui c'est. Ainsi: Broglie est correct.

Il y a des cas o les hommes font prcder leur nom de leur titre ou
de leur qualit: Le commandant Z...; Le docteur V...

Entre jeunes filles et entre amies intimes on peut signer son seul
prnom. Le billet n'est qu'une courte lettre; les rgles de
savoir-vivre sont les mmes, mais on peut faire de la fantaisie.

Les cartes-lettres ne doivent s'envoyer qu'entre parents ou amis
intimes.

Les cartes postales se rservent pour les commandes, pour demander un
renseignement insignifiant.

Lorsque vous demandez un renseignement  une personne inconnue, il
faut toujours joindre un timbre pour la rponse. Ce procd oblige la
personne  vous rpondre et ne la blesse aucunement.

Les journalistes prtendent tre excusables lorsqu'ils ne rpondent
pas  une lettre contenant un timbre. Ils dclarent qu'ils n'ont pas
le temps; ne disons rien des journalistes!

Lorsqu'on s'adresse  un fonctionnaire qui peut user de la voie
administrative pour sa rponse, on n'envoie pas de timbre. On n'en
envoie pas non plus dans une ptition, une demande de secours.

Pas plus  un marchand en lui demandant soit chantillons, soit
renseignements; les timbres-poste sont compris dans les frais
gnraux.

Chacun de nous doit s'appliquer  crire comme il parle: des faits,
des faits;  ne pas abuser des qualificatifs,  tre concis, 
pargner les mots, et dire par exemple: Je prcise, plutt que: Je
vais vous prciser. Ayons prsent  l'esprit que le ton fait la
chanson, en parlant on peut dire certaines choses qui sont attnues
par l'expression du visage et le son de la voix et qui pourraient
blesser, si on les crivait.

[Illustration]




_Les audiences._


Lorsqu'on sollicite une audience du Prsident de la Rpublique
franaise, il faut la lui adresser directement, sous enveloppe non
affranchie, Monsieur le Prsident ayant droit  la franchise
illimite.

Cependant la poste pourrait exiger l'affranchissement si l'on mettait
sur l'adresse Monsieur _Flix Faure_, Prsident de la Rpublique, au
lieu de Monsieur le Prsident.

Mais la poste se garde, en ce cas, d'exiger le timbre et observe, sur
ce point, l'esprit et non la rgle de la loi.

Lorsqu'on sollicite une audience d'un ministre, il faut adresser _sous
enveloppe affranchie_ sa demande par la poste. La rponse est envoye
en franchise.

Le jour de l'audience, les hommes doivent tre en redingote, gants
mi-foncs; les femmes en toilette de demi-crmonie.

On salue en entrant dans le salon et en arrivant prs du chef de
l'tat ou prs du Ministre.

Si nous avons une note  crire, il faut se dganter.

En pays tranger la demande d'audience au souverain doit tre adresse
au grand chambellan, qu'on appelle Monseigneur et Votre Excellence. La
lettre doit tre mise  la poste sans timbre.

Les toilettes doivent tre lgantes sans excentricit; pour les
femmes, jamais de manchon ni d'ombrelle.

Pour les hommes, l'habit noir est de rigueur, en un mot la tenue de
soire, sauf les gants, qui doivent tre de demi-teinte. En
s'approchant du souverain, on fait trois saluts, spars par quelques
pas chacun.

On doit attendre que le souverain vous adresse la parole.

La rponse doit tre: Oui, non, Sire; Oui, non, Madame, pour une
reine.

Le mot Majest serait contraire  l'tiquette.

On doit parler  la troisime personne et dire: Sa Majest
voudra-t-elle me faire la grce....

C'est un manque d'tiquette que de dire: J'ai l'honneur de prsenter 
Votre Majest...; on doit dire tout simplement: Je prsente au Roi....

Il faut se retirer  reculons, car jamais on ne tourne le dos  un
souverain.

Il faut tre d'une exactitude militaire lorsqu'on a obtenu une
audience.

Il y a une tenue spciale pour les audiences papales.

Les femmes doivent tre vtues de noir, sans chapeau, avoir un grand
voile blanc ou noir, les gants blancs; mais,  moins de cas
extraordinaires, il est bien rare qu'elles obtiennent une audience
particulire du Saint Pre.

[Illustration]




_Causeries._


Une matresse de maison ne doit jamais laisser entamer le chapitre
politique ou religion dans son salon.

Chacun sait quelles locutions sont  viter: les vous savez,
alors, dites, hein, vous pensez bien, sont depuis longtemps au
panier du mauvais got.

Dire que madame une telle est une femme du monde ne veut rien dire.

Ne prenons jamais la parole en mme temps qu'une autre personne, cela
fait un duo fort dsagrable.

Si quelqu'un hsite en parlant, de grce, n'achevons pas ses phrases.
A l'occasion, par charit, soufflons le mot cherch.

Tchons d'viter au dbut d'une conversation des variations sur le
temps qu'il fera demain.

En parlant de nos fils, disons mes garons mes fils et non mes
gamins.

En parlant de nos filles, ma fille et non mademoiselle.

Ce mode d'appellation n'est permis qu'envers les domestiques. On dira:
Servez le chocolat de mademoiselle; ou, si vous avez plusieurs filles:
Servez le chocolat de mademoiselle Jeanne.

Un homme dit: ma femme ou madame un tel; ce n'est qu'aux
domestiques qu'il dira madame tout court. Une femme dit: mon
mari, elle ne dira jamais le nom de famille tout court, et monsieur
est rserv pour les domestiques.

Ne demandons pas des nouvelles de madame mais bien de madame un
tel.

Non plus: Comment vont ces demoiselles? mais: Comment vont
mesdemoiselles vos filles? Comment vont vos garons, vos fils,
messieurs vos fils? selon le degr d'intimit.

On ne doit pas dire monsieur, madame  chaque instant dans la
conversation; nous devons aussi viter de prononcer le nom de famille
en parlant  la personne:

Oui, madame D.....;

Certainement, monsieur C.....

Lorsqu'un homme en parlant  une femme lui rappelle qu'il l'a
rencontre en voyage ou en promenade il doit dire: Lorsque j'ai eu
l'honneur de vous rencontrer.

Une dame dira: Le plaisir de vous rencontrer.

Entre deux femmes le mot plaisir remplace toujours celui d'honneur, 
moins que la personne  laquelle on parle ne soit trs ge et d'une
position trs suprieure.

Ne nous avisons pas de dire: Nous deux mon mari, mais: Mon mari et
moi.

Ne disons pas: J'ai eu l'avantage de voir telle personne, ni: A
l'avantage, au plaisir de vous revoir.

A moins d'une trs grande intimit, on ne doit pas dsigner les
personnes par leur prnom.

A plusieurs personnes runies ne disons pas: Comment vont vos
sants? Chacun a la sienne.

N'entamons pas une conversation sur nos affaires personnelles qui
n'intresseraient personne.

Pour faire du genre, ne plaons pas  tout propos des mots
trangers, encore moins des citations latines ou grecques.

La contradiction doit tre vite, car alors les conversations
prennent un caractre d'acrimonie fort dsagrable pour ceux qui
coutent.

Les liaisons dans les phrases doivent se faire, mais sans trop de
prciosit.

L'imparfait du subjonctif, si rgulier qu'il soit, est tout  fait
dmod, presque hors d'usage, il faut l'viter. Vous entendez-vous
disant  un domestique: Il faudrait que vous _poussetassiez_ le
salon.

Nul ne doit demander des renseignements sur la fortune, la position
des personnes avec lesquelles on se rencontre chez un ami commun; une
interview  ce sujet est trs dplace.

On peut supprimer monsieur devant le nom d'un homme illustre, vivant
ou mort. Les la peuvent se placer devant le nom des danseuses, des
cantatrices: la Krauss, la Taglioni. Les peut se placer devant les
noms des grands seigneurs: Les Montmorency.

Parler d'ge est l'un des points que le savoir-vivre rprime le plus
nergiquement.

Parler d'ge devant des vieillards, c'est leur faire souvenir qu'ils
n'ont plus longtemps  vivre; devant une femme, c'est lui faire penser
 son dclin. Les hommes prouvent la mme rpugnance que les femmes 
entendre parler d'ge et non toujours pour des raisons de coquetterie,
mais parce que beaucoup d'emplois constituent  un certain ge une
situation brillante et le contraire,  un autre.

Il faut viter la plaisanterie, les moqueries.

Quand on dmle de mauvais motifs dans les loges, presque toujours
exagrs, prodigus  des personnes qui ne sont pas l, si le
savoir-vivre dfend qu'on les rfute, il permet du moins de laisser
tomber  plat la conversation du mchant personnage.

On n'est pas forc de dire du mal de son prochain ou des banalits;
les sujets de conversations abondent: les arts, la littrature, la
pice en vogue, l'invention rcente, sont des thmes agrables 
effleurer. Notez que je dis effleurer et non creuser  fond, ce qui
deviendrait fastidieux.

On ne dit pas qu'on offre, qu'on souhaite, qu'on prsente le bonjour.
Bonjour, tout simplement, suffit.

Les pronoms _elle_, _lui_ ne se diront pas en parlant d'une personne
prsente ou absente. Prsente, on dira: Madame m'a racont cela;
absente: Madame Denis m'a racont cela.

Nous ne devons parler ni trop haut, ni trop bas.

En fait de toilette, ne donnons pas notre avis dogmatiquement,
Mesdames; notre got n'est peut-tre pas le bon, chacun a le sien, et
est libre de s'habiller  sa guise.

Faisons attention au sens des mots compagnie et socit. Ainsi ne
disons pas que nous avons rencontr monsieur un tel en socit, mais
bien en compagnie de; aller _en campagne_, pour aller  la campagne;
sur, pour aigre; _rester  la ville_, pour demeurer  la ville;
_mauvais genre_, pour mauvais got; _partir en voyage_, pour partir
faire un voyage; _ils ont voiture_, pour ils ont une voiture; _la
marquise a ouvert ses salons_, pour reoit.

On pourrait multiplier ces avis; mais ils sont contenus dans des
ouvrages spciaux et nous n'avons pas ici la prtention de donner des
leons.

La conversation, ainsi que le style, dpend de l'instruction et de
l'ducation qu'on possde; mais elle ne vaut que par trois qualits
reues avec la vie, le coeur, l'esprit, le tact.

N'interrompons jamais une conversation et, qu'elle soit aussi
ennuyeuse que possible, ayons l'air de l'couter avec intrt.

Ne retenons pas quelqu'un par la main en lui parlant.

Plaons un mot  l'occasion, mais ne parlons pas trop vite; mieux vaut
un mutisme presque complet que prononcer sans interruption des phrases
plus ou moins banales.

Il faut garder et dfendre ses opinions, si elles sont ou si on les
croit raisonnables; sans acrimonie toutefois, car la discussion ne
convainc jamais personne.

Si on nous dmontre, clair comme le jour, que nous avons tort, ne nous
obstinons pas et rendons-nous  l'vidence.




_La bicyclette._


A ses admirateurs et ses dtracteurs.

Comme elle est fort en vogue et que je ne veux froisser personne, je
m'abstiens de donner mon avis.

Le costume de bicycliste, aussi bien pour les hommes que pour les
femmes qui pratiquent ce sport, doit tre loign des excentricits
fantaisistes.

Il y a deux genres de costumes, celui zouave avec la culotte bouffante
et celui avec la petite jupe; je prfre ce dernier.

Les mollets nus, si ce n'est pour les trs jeunes garons, sont de
mauvais got.

Certaines personnes montant en tandem voudraient savoir si la place de
la femme est devant ou derrire.

Elle est tout indique derrire: lorsque la femme monte en croupe,
n'est-ce pas la mme chose?

On ne doit pas dire monter _en bicyclette_, mais bien monter _
bicyclette_.

[Illustration]




_Le duel._


Il est telles injures qu'on appelle sanglantes parce qu'en ralit
elles demandent du sang; il y a des insultes que la justice humaine
est impuissante  venger et il suffit au reste qu'on s'adresse d'abord
 un tribunal pour que toute autre rparation puisse tre refuse.

Oui, il peut s'agir de telle ou telle offense qui vraiment mrite
qu'on risque sa vie pour la laver; et c'est l l'honneur, et nul ne
doit reculer si on a tent de le salir.

L'homme en ralit a invent le duel pour en appeler  un jugement
divin.

Aller sur le pr, c'est faire acte de gentilhomme, d'homme comme il
faut, mais la gentilhommerie dans le duel n'existe que si tous les
auteurs de ce drame sans fiction sont bien pntrs du rle qu'ils ont
 remplir.

Il a toujours t reconnu, Dieu merci! que l'honneur est une chose
sacre, et, selon le gentilhomme de Chteauvillard depuis de si
longues annes bon juge en cette matire, chacun est expos  cette
dure ncessit de risquer sa vie pour venger une offense, une injure.
C'est donc une affaire assez importante pour qu'elle soit d'avance
rgle selon les formes voulues par la dlicatesse et le droit.

Des exemples sans cesse renaissants ont prouv la ncessit de
l'tablir d'une manire formelle, afin d'viter des fautes pouvant
compromettre l'existence d'un ami, des assassinats que l'on croit
devoir passer sous silence pour ne pas donner aux familles le
dshonneur d'une rcrimination. Ce droit est la sauvegarde de tous;
s'il est enfreint, le sang d'une victime peut crier vengeance.

Nous renvoyons nos lecteurs que cela pourrait intresser au _Nouveau
Code du Duel_ publi il y a peu d'annes par le comte du Verger
Saint-Thomas.

Il est utile de connatre ces rgles du duel, car un grand nombre de
personnes honorables allguent leur inexprience, quand leur influence
morale pourrait tre utile, soit pour arranger une affaire d'honneur,
soit pour en rendre les consquences moins dsastreuses.

On doit pouvoir servir de tmoin  son ami, puisque ni un pre, ni un
frre, ni un fils, ni mme un parent au premier degr ne peut tre
tmoin de son parent, ni contre son parent.

Il faut que l'on puisse intervenir utilement et selon les rgles
particulires qui se sont tablies et perptues, car les tmoins sont
responsables de tous les faits relatifs au duel auquel ils ont
assist.

Rsumons donc ces rgles brivement.

Le procs-verbal doit tre aussi court que possible. Il ne doit
contenir que la simple et unique relation des faits, sans apprciation
ni discussion, ni pithte peu dfrente pour aucune des parties.

Son style doit tre bref, concis, trs correct, de manire  viter
toute expression dont le sens pourrait tre contest ou bien donner
lieu  quivoque.

Ceci tabli, cette pice se divise en deux parties.

=Premire partie.=--1 Indiquer l'anne, le mois, le jour, l'heure, le
lieu de la runion des soussigns runis pour examiner le diffrend ou
la querelle entre MM. tel et tel.

2 Les motifs de la querelle ayant t constats et les faits
reconnus exacts d'un commun accord et comme suit. (Indiquer les
motifs et les faits.)

3 Aprs une discussion tendant  proposer ces arrangements
satisfaisants et honorables pour les deux parties, tout arrangement
ayant t reconnu impossible (ou bien rejet par)....

4 Les soussigns ont reconnu la rencontre invitable et les
conditions en ont t tablies comme suit:

(Indiquer les conditions, le jour, l'heure, le lieu du rendez-vous.)

Les conditions ci-dessus mentionnes ont t soumises aux parties et
ratifies et acceptes par elles, avec promesse de s'y conformer
suivant les lois de l'honneur.

En foi de quoi, etc.....

(Indiquer le lieu, le jour, le mois, l'heure, l'anne.)

_Signature des tmoins._

     Les tmoins de M. M***      Les tmoins de M. N***

     A.                          C.
     B.                          D.


=Deuxime partie.=--La rencontre dtermine par la premire partie du
prsent procs-verbal a eu lieu au jour,  l'heure, au lieu indiqus.

Aprs 10 minutes de combat, M. M*** ayant reu une blessure....
(Indiquer la nature et l'importance de la blessure.)

Les tmoins soussigns ont dclar l'honneur satisfait.

(Indiquer si les adversaires se sont rconcilis.)

En foi de quoi, etc.

(Indiquer le lieu, l'heure, le jour, le mois, l'anne.)

     _Signature des tmoins._


     Les tmoins de M. M***       Les tmoins de M. N***

          A.                           C.
          B.                           D.


=Observations.=--Dans la runion des tmoins, si les tmoins d'un
champion dclarent qu'ils refusent en vertu d'une question pralable
(indiquer les motifs), les tmoins en dressent procs-verbal et, bien
entendu, le procs-verbal n'est alors compos que d'une seule partie.

Si les tmoins jugent  propos de suspendre la sance pour prendre de
nouvelles informations, ils doivent l'indiquer, ou dsigner l'heure de
l'interruption et ensuite l'heure de la reprise, et pour le reste
suivant le parag. 2.

Si les tmoins tombent d'accord sur un projet d'arrangement, ils
l'indiquent au parag. 3 en en dtaillant les conditions et en faisant
connatre s'il est accept ou refus par les parties ou par l'une
d'elles.

Si aprs quelque temps les tmoins jugent convenable de faire reposer
les champions, ils doivent le mentionner en dterminant le temps du
repos accord.

S'ils jugent  propos de faire terminer le combat, les champions
s'tant battus bravement, l'indiquer. En cas de refus de la part de
l'un des champions, ou de la part de tous les deux, le mentionner.

Si la blessure reue n'est pas assez srieuse, suivant la gravit de
l'affaire ou les conditions tablies, les tmoins doivent le dclarer
et motiver ainsi la continuation du combat.

Si pendant le combat les tmoins remarquent quelque irrgularit,
violation des rgles du duel ou des conditions tablies, ils doivent
faire cesser le combat et dresser procs-verbal suivant les
prescriptions du chapitre IV.

[Illustration]




_Au del de la vie._

_Les coutumes du deuil._


Aussitt le dcs, on doit fermer les yeux du mort, tendre ses
membres avant le refroidissement.

La loi dfend de dranger le corps.

On fait la toilette du dfunt, on le change de linge, on l'enveloppe
dans le drap qui lui servira de linceul, en ayant soin de laisser le
visage dcouvert; on allonge les membres avant que la rigidit
cadavrique ne s'y oppose.

Les catholiques mettent un crucifix sur la poitrine du dfunt, plus
une branche de buis; sur une petite table recouverte d'une serviette
blanche, on pose un crucifix et deux bougies allumes; puis de l'eau
bnite dans une soucoupe avec un rameau de buis, afin que les
personnes qui viennent visiter le mort puissent jeter sur lui l'eau
sainte.

On doit veiller le mort nuit et jour; un fauteuil est plac auprs du
lit pour le veilleur; souvent, on charge de ce soin deux religieuses.

On doit teindre le feu, quelle que soit la saison; certains mdecins
s'opposent  cela, craignant que l'intensit du froid n'empche un
retour  la vie.

La toilette du dfunt est toujours faite soigneusement, de tous temps
on a par les morts, et les fleurs ont toujours jou un grand rle
dans les crmonies funbres.

Les bouquets, les couronnes se mettent sur le lit, jamais dans des
vases.

Il est utile de dire que le parfum des fleurs hte la dcomposition du
corps.

Chez les Romains et chez les Grecs, les pavots, emblmes du sommeil,
couronnaient les morts; les vierges avaient des guirlandes de roses
sauvages mles  leur chevelure parse.

Les parents et les amis font en gnral une visite au mort, voulant
revoir une dernire fois celui qui va disparatre pour jamais.

Le savoir-vivre veut qu'on envoie des gerbes de fleurs, des couronnes
funraires, seul prsent qu'on puisse faire. Si on ne veut pas de
fleurs naturelles qui durent trop peu, qu'on prenne des fleurs
artificielles bien fines.

On doit aller  la mairie de son arrondissement faire la dclaration
du dcs.

Le mdecin de l'tat civil vient faire la visite; cette visite ne peut
avoir lieu avant que six heures se soient coules depuis le dcs;
elle doit tre faite dans les vingt-quatre heures,  moins qu'on ne
rclame la mise en bire d'urgence, auquel cas le mdecin vient de
suite, et on en rfre au commissaire de police.

L'on doit prsenter au mdecin les ordonnances et lui donner tous les
renseignements qu'il demande; si la mort est naturelle et qu'il juge
que rien n'empche de procder  l'inhumation, il en prvient la
famille.

Dans le cas o le mdecin remarquerait quelque chose d'anormal, il
doit faire un rapport au commissaire de police.

Depuis peu, dans les cas de mort causs par des maladies infectieuses,
le mdecin doit signaler ces maladies, sous peine d'amende.

Aprs la visite du mdecin de l'tat civil, un parent ou un ami doit
retourner  la mairie avec deux tmoins patents pour faire dresser
l'acte de dcs.

Il faut dclarer les nom, prnoms, ge, profession et domicile du
dfunt et les nom, prnoms, ge, profession du conjoint, ft-il
galement dfunt.

Pour le service funbre, mieux vaut selon nous s'adresser  une de ces
maisons spciales qui, moyennant un prix fix d'avance, s'occupent de
tout et vous dbarrassent des soucis matriels si pnibles en ces
tristes moments; on vous envoie les lettres timbres, vous n'avez plus
qu' mettre les adresses.

Disons  ce propos qu'un livre d'adresses devrait toujours exister
dans chaque famille; on le trouve fort utile dans les circonstances
tristes ou gaies.

On doit envoyer des lettres de faire part  tous ses amis et
connaissances, ainsi qu'aux fournisseurs.

Si le dfunt appartenait  l'arme, ou s'il a quelques titres aux
honneurs militaires, on prvient l'tat-major de la place, en
indiquant l'heure des funrailles; des soldats rendent au mort lesdits
honneurs.

Les dcorations du dfunt sont poses sur la bire; de mme cordons,
pe, paulettes, armes; toque; rochet et tole, si le mort est membre
du clerg.

On loigne les enfants des maisons mortuaires, o l'usage exige qu'on
parle trs bas.

Si on veut transporter le corps soit dans un autre cimetire que celui
de l'arrondissement, soit dans une autre ville, on doit demander la
permission au maire, lequel la demande au prfet.

Les amis se runissent  la maison mortuaire sitt le corps expos.
Dans ces tristes circonstances, les paroles sont inutiles et les
phrases banales doivent tre soigneusement vites; elles agacent et
irritent le chagrin.

Une simple poigne de main, un mot ami, un baiser, selon le degr
d'intimit, sont les seules manifestations qu'on doive se permettre
pour montrer qu'on s'associe  la douleur des parents.

Les femmes ne sont pas forces d'aller  la maison mortuaire; elles
peuvent se rendre directement  l'glise.

On met un registre chez la concierge,  Paris, et dans une pice en
bas, en province; chaque assistant vient signer.

Tous les parents du mort doivent tre en grand deuil.

On expose le corps sous la porte et les domestiques en deuil, avec
noeuds de crpe, sont rangs autour du cercueil avec des religieuses,
ou une garde.

Les bouquets tout blancs sont rservs aux enfants et aux jeunes
filles.

On ferme les volets de la pice o on reoit les invits.

Lorsque le matre des crmonies annonce le dpart, on se met en
route; ce sont les proches parents du dfunt qui viennent aprs le
corbillard.

La tenue officielle tait autrefois l'habit noir et la cravate blanche
ou la redingote; maintenant, pourvu qu'on soit en deuil, il n'y a plus
de rgle stricte.

Les invits hommes viennent aprs les parents; ceux-ci doivent tenir
le chapeau  la main: en cas de grand froid ou d'excessive chaleur,
ils peuvent fort bien se couvrir, sitt les premiers pas faits;
cependant, lorsque le corps est descendu du corbillard, tout le monde
se dcouvre.

Les femmes viennent aprs les hommes.

Si un domestique a  porter sur un coussin les insignes du mort, il
marche avant les parents, immdiatement aprs le matre des
crmonies.

Si le dfunt est officier, son cheval, couvert d'une housse noire, est
tenu en main; la voiture du mort suit galement, lanternes allumes et
crpes.

L'usage veut maintenant que les femme, filles, mre du dfunt
assistent  l'enterrement; je trouve cela cruel, car, sous prtexte de
rendre les derniers devoirs, on impose une vraie torture  une
poignante douleur.

Les hommes vont bien jusqu'au bout, objectera-t-on: soit, mais ils
sont moins nerveux, plus capables de rsister au chagrin.

Enfin, je voudrais qu'on revnt  la coutume ancienne qui faisait
rester les veuves, les mres, les filles au logis avec quelques amies
dvoues.

A l'glise, les hommes se placent du ct droit, les femmes du ct
gauche; dans le cas o il y aurait trop d'hommes, les femmes devraient
abandonner la nef et se rfugier dans les bas cts.

Le crmonial des funrailles varie suivant les climats, les coutumes.

Dans certains pays, le mort est port  visage dcouvert; dans
d'autres, il est plac sur une civire. En Bretagne, un peu partout,
il y a des coutumes locales fort curieuses.

Chez les Indiens, on met un petit vase rempli d'eau et un petit sac de
grains auprs du mort.

Parler pendant un enterrement, se retourner est souverainement
inconvenant.

On ne peut exiger des simples assistants qu'ils soient vtus de deuil,
mais une femme qui assisterait  des obsques avec plumes roses au
chapeau, ou un homme avec pardessus mastic, manquerait totalement de
savoir-vivre.

Lorsqu'on va faire l'aspersion d'eau sainte sur le catafalque, on
offre le goupillon avec un lger salut de la tte  la personne qui
vient immdiatement aprs vous; celle-ci remercie de mme, aucune
parole ne doit tre change.

A Paris, la crmonie religieuse termine, les parents qui mnent le
deuil (je parle des hommes bien entendu) se mettent au bas de
l'glise; l les invits, qu'ils aillent au cimetire ou non, viennent
leur serrer la main.

La mme crmonie se renouvelle au cimetire, aprs la mise en terre.

Si le dfunt ou la dfunte n'a pas de parents proches, c'est un ami
qui mne la crmonie et qui reoit les salutations des invits.

Lorsqu'il y a des voitures de deuil pour aller au cimetire, les
femmes montent dedans; les hommes suivent  pied.

Lorsqu'il y a les cordons du pole  tenir, on choisit les quatre
personnages les plus importants de l'assistance pour cela.

Avant,  Paris, dans la classe ouvrire, on faisait porter les cordons
du pole ou les coins du drap par de petits garons gants de blanc,
ou par de petites filles, avec robe et voile blancs.

Cette potique coutume s'est conserve dans certaines villes du Nord.

Si le chef de l'tat a envoy un reprsentant, celui-ci passe dans le
cortge avant la famille; de mme sa voiture suit immdiatement celle
du mort.

Les dputations prcdent aussi les parents.

On n'est pas tenu d'aller jusqu'au cimetire; les parents et les amis
intimes y sont seuls forcs.

Il faut l'autorisation de la famille pour pouvoir prononcer un
discours au cimetire.

Ce discours ne doit pas tre trop long.

Aucun applaudissement ne peut l'accueillir; on doit observer un grand
recueillement.

On peut faire reconduire les assistants par les voitures de deuil;
dans ce cas, les personnes ainsi reconduites donnent un pourboire au
cocher.

Chez les protestants, la crmonie funbre a lieu  domicile, dans la
chambre o le dfunt est expos.

Il y a beaucoup de lumires et des fleurs seulement sur le cercueil.

Certaines sectes protestantes interdisent les fleurs, mme pour les
jeunes filles.

Arriv au cimetire, le pasteur prononce un discours.

Chez les Isralites, il existe une socit pour les inhumations. On
prvient la socit, qui envoie des gardes pour veiller le mort; on le
lave, selon les prescriptions de la loi judaque.

Le jour de l'enterrement, le rabbin vient avec des enfants de choeur
prendre le dfunt pour le conduire au cimetire; l, il dit des
prires et fait un discours.

Il est dit des prires pendant huit jours et les proches parents mles
du dfunt y assistent.

Pendant tout le cours de la crmonie, les assistants gardent le
chapeau sur la tte.

Lorsqu'on emmne un corps pour l'inhumer dans un autre pays, il est
d'usage que la famille fasse clbrer un nouveau service funbre et
qu'elle y assiste.

Pendant le temps qu'un mort est dans une maison, les repas sont des
plus sommaires; la table n'est pas dresse comme de coutume.

Les religieuses ou les gardiens du corps doivent manger  part.

Chez les Isralites, l'usage veut qu'aprs la mort d'un proche les
hommes soient un mois sans se raser.

Le mot deuil signifie douleur.

En effet, ces crpes noirs, signes extrieurs de la douleur, sont
d'une tristesse lugubre, et lorsque dans la rue on rencontre une femme
long voile, la pense s'attriste au souvenir des deuils d'tres
chers, enlevs par la noire voleuse.

Les deuils maintenant sont bien moins rigoureux qu'auparavant.

Ainsi le chle noir en pointe qui tait obligatoire pendant un an pour
la veuve, n'est plus port que six semaines, et pour les autres deuils
on ne l'arbore plus que le jour de la crmonie funbre. Il est
remplac par des manteaux longs, de formes diverses, garnis de crpe
anglais.

Je parle pour Paris et les grandes villes; dans certains pays, il est
d'anciens usages toujours en vigueur.

Le deuil avait autrefois des longueurs exagres; ce n'est que sous le
Rgent et par ordre de la duchesse de Berry qu'il fut rduit de
moiti.

Dans l'ancien temps, on portait un deuil de pre  la mort du fils
an.

Pour les tout petits enfants, le deuil se porte en blanc avec ceinture
noire.

Les collgiens portent un crpe au bras gauche.

Les ecclsiastiques portent un crpe au chapeau, mais ils y adjoignent
souvent le crpe au bras gauche, comme les officiers qui, en outre,
portent un noeud de crpe  la garde de leur pe.

A ce propos, disons que le seul crpe  l'pe est port pour un deuil
public.

Dans les grandes maisons, les domestiques portent le deuil aussi
longtemps que les matres; dans les petites maisons, o il n'y a
qu'une bonne, on se contente de lui interdire les couleurs criardes,
voyantes.

Toute personne faisant partie d'un cortge de noce doit laisser le
grand deuil pour ce jour.

Mieux vaut pourtant s'abstenir d'y paratre,  moins qu'une proche
parent ne vous y oblige.

Lorsqu'un deuil atteint les futurs poux quelques jours avant le
mariage et qu'on ne peut reculer la crmonie, on la clbre sans
clat; pas de fleurs, pas de lumires, sauf les douze cierges
rglementaires allums; il n'y a pas de garon d'honneur, ni de
demoiselle d'honneur; les orgues sont muettes et la messe dite  une
heure matinale.

L'usage veut que le veuf ou la veuve qui se remarient avant
l'expiration du deuil quittent ce deuil le jour du mariage et le
reprennent ds le lendemain. Ce cas est extrmement rare.

Cette coutume n'est heureusement pas suivie, car l'homme peut se
remarier un mois aprs la mort de sa femme et la femme dix mois aprs
la mort de son mari.

On voit des hommes avec des pardessus mastic porter une large bande de
drap noir au bras gauche, en signe de deuil; c'est peu distingu.

Quelques familles catholiques, s'autorisant de ce que l'glise ne
clbre qu'une messe d'ange pour les enfants dcds avant sept ans,
ne portent pas le deuil avant cet ge.

L'on ne prend pas le deuil d'un enfant mort quelques jours aprs sa
naissance et l'on peut se dispenser d'envoyer des lettres de faire
part.

Le savoir-vivre voudrait que les artistes ne parussent pas en public
pendant les quinze premiers jours de grand deuil.

Cet usage est difficile  observer.

Le deuil de veuve devrait, d'aprs les codes du savoir-vivre, durer
deux annes pleines, mais on ne le porte gnralement que dix-huit
mois: six mois de grand deuil, six mois de deuil en soie noire et six
mois de demi-deuil.

On peut mme ne le porter qu'un an et six semaines.

A Paris, les solitaires aux oreilles se reportent au bout de six
semaines, sous prtexte que le diamant est deuil.

Il y a des villes du Midi o la veuve est force de porter de
l'indienne noire, raye blanc, pendant six semaines; elle prend
ensuite la robe de laine noire.

Voici ce qui se porte d'ordinaire pour les six premiers mois:

Robe de laine unie (le cachemire de prfrence) ou garnie de larges
biais de crpe; le chle noir, _mis en pointe_ pendant six semaines;
aprs, long manteau garni de crpe anglais; chapeau de crpe anglais
avec long voile, galement en crpe anglais, tombant sur le visage,
pendant six semaines; ensuite, on porte le voile rejet en arrire et
une voilette en tulle noir uni, avec bordure de crpe anglais; gants
de soie ou de laine, bas de fil ou de laine noire, au bout de trois
mois; gants de Sude noirs; bijoux de bois durci.

On porte maintenant de petits dpassants blancs sous le chapeau.

En Angleterre, le deuil est port avec un chapeau de crpe et des
roses _rouges_.

Il fut un temps o le deuil tait port en blanc, dans notre pays.

En Chine, le deuil se porte en jaune et les avis mortuaires sont
crits sur papier jaune.

Le deuil de veuf se porte un an; on le prolonge un peu.

Revenons au deuil de veuve.

Au bout de six mois, la grenadine, la gaze, les toffes lgres font
leur apparition; on peut sortir avec un petit manteau; le voile est
plus court.

Je lis, avec stupfaction, dans un trait de savoir-vivre, qu'on peut
porter ses diamants pendant le deuil si on a soin de les recouvrir de
crpe, les boucles d'oreilles exceptes.

Les bottines et les souliers en chevreau glac, les gants en chevreau
glac, pareillement, ou en soie noire, les broderies de jais.

Ensuite vient l're du blanc et noir, puis, graduellement, le gris, le
mauve, le lilas, le violet, les dentelles blanches.

Eviter d'arborer du rouge ou du rose immdiatement en sortant du
deuil.

Une femme qui a perdu son mari fait abandonner la livre  son cocher
pendant toute la dure du deuil. Il doit tre vtu de noir, avec
cocarde de crpe au chapeau.

Les cartes de visite sont lisres de noir. On ne met pas dessus:
Madame veuve H...., ou: Madame Vve L....; on ne prend le titre de
veuve que dans les actes notaris. On n'crit pas  la veuve en lui
donnant ce titre.

De mme en la prsentant, on ne dira pas: Madame veuve une telle.

Lorsqu'on parlera d'elle, on dira: Madame X., qui est devenue veuve;
ou, mieux: qui a perdu son mari.

Le grand genre veut qu'on dise pour une femme veuve titre, qui a un
fils: Madame la baronne douairire de.....

Les poux, mme spars judiciairement, doivent porter les deuils qui
les atteignent rciproquement.

A plus forte raison pour les mnages unis; on porte le deuil de ses
beaux-parents aussi rigoureusement que des siens propres.

Les parents ne sont pas astreints  porter le deuil de leurs enfants
et petits-enfants, mais nul ne s'en dispense, car, pour n'tre pas
obligatoire, c'est le deuil le plus cruel et je ne sache pas que mre
ayant perdu son fils reporte de sitt les couleurs gaies.

Les oncles et tantes peuvent se dispenser de porter le deuil de leurs
neveux et nices; hors Paris, cela ne peut gure se faire.

Le deuil de grand-pre et grand'mre: six mois.

Frre et soeur: six mois.

Beau-frre et belle-soeur: six mois.

Oncle et tante: trois mois.

Cousin germain: six semaines (ne se porte gnralement pas).

On signale dans les traits de deuil ceux de tuteur, de parrain, de
marraine, comme devant durer trois mois, mais je n'en ai jamais vu
porter, pas plus que ceux de cousin issu de germain, qu'on porte 
trois semaines, et celui d'oncle  la mode de Bretagne, qu'on cote
onze jours.

Un parent qu'on n'a pas mentionn dans une lettre de faire part de
dcs, peut ne pas porter le deuil; mais cette petite vengeance est
mesquine.

Ceux qui hritent d'une somme importante venant d'un tranger feraient
bien de prendre le deuil. A propos des enterrements, j'ai omis de dire
que, une dizaine de jours aprs, des cartes, mentionnant les proches
parents du dfunt, devaient tre envoyes  ceux qui ont assist aux
obsques. Voici comment ces cartes se libellent:

     Monsieur Grout
     Madame Simon, ne Grout
     Mesdemoiselles Blanche et Suzanne Grout

Les deuils d'amis ne se portent pas et pourtant souvent ils vous sont
plus pnibles que ceux de parents indiffrents.

Pendant la premire moiti du deuil, on se prive de tous plaisirs, de
toutes distractions; on peut, aprs, reprendre sa vie ordinaire en
graduant intelligemment les nuances; ainsi on peut fort bien se faire
voir au Thtre-Franais et il serait de mauvais got d'tre aperu
dans un thtre de genre lger.

[Illustration]




_Les lettres de dcs._


Pour les lettres de mort il y a deux genres, comme pour celles de
mariage; d'abord les lettres d'invitation  la crmonie mortuaire,
puis les simples lettres de faire part, pour les personnes habitant
trs loin et qu'on n'envoie qu'une quinzaine de jours aprs le dcs.

Le savoir-vivre voudrait qu'on n'numrt pas les titres des parents
faisant part, mais on ne les omet jamais, et chevalier de la Lgion
d'honneur figure toujours en bonne place.

Par exemple, aller chercher les trs lointaines alliances qui peuvent
vous faire honneur est condamnable.

Pour le dfunt, tous ses titres, toutes ses qualits doivent tre
numrs.

Les amis intimes doivent tre aviss verbalement ou par lettre de la
mort de la personne.

Dans les lettres de faire part, les femmes figurent et les parents
noncent tous leurs titres.

On rpond  cette lettre par une carte de visite ou par une courte
lettre.

Lorsqu'on ne peut assister  un enterrement, on doit envoyer sa carte
avec quelques mots mentionnant l'empchement.

Les lettres de dcs s'adressent sous bande ou seulement plies.




_Les visites de condolance._


Les visites de condolance devraient se faire dans les quinze jours
qui suivent l'enterrement et non dans les six semaines, ainsi que
l'indiquent certains traits de savoir-vivre.

Je trouve qu'on ne peut marquer trop d'empressement envers ceux qui
sont dans le chagrin et les amis intimes ne devraient pas connatre
les limites de temps.

Si on vous dit que l'on n'est pas visible, il serait de mauvais got
d'insister.

S'habiller en tenue de gala pour faire une visite de condolance n'est
pas possible.

On doit avoir une tenue grave.

Les enfants ne doivent jamais tre emmens dans ces sortes de visites.

Il faut rester peu de temps et ne jamais parler du dfunt le premier,
mais on doit couter tout ce qui nous en est dit avec grande
attention.

Les visites sont pineuses  rendre, il ne faut pas trop insister sur
la perte prouve, et ne pas la passer sous silence; ne pas entamer de
conversations lgres avec les personnes qui peuvent se trouver l.

Les personnes en deuil ne rendent les visites que six semaines aprs.
Dans le Nord, on avait coutume d'envoyer des images de deuil avec les
nom, prnoms, ge, qualits du dfunt et des versets de la Bible; je
ne sais si cette coutume existe encore.

Lorsque vous habitez la campagne et que des personnes se sont
dranges pour venir de loin rendre les derniers devoirs  votre
parent, vous ne pouvez les renvoyer  jeun, mais tout luxe, tout
superflu, toute bonne chre doivent tre bannis de ces tristes repas,
qui ne se prolongent jamais.

Le vin ordinaire y est seul servi.

Les proches parents n'y assistent pas: c'est un ami ou un parent
loign qui doit prsider.

[Illustration]




_Les fleurs._


Les fleurs que nous offrons aux tres aims que nous avons perdus, les
divines filles de la terre, ces fes odorantes, ont pris droit de cit
chez nous; on en trouve dans tous les logis, depuis le modeste bouquet
de violettes d'une Jenny l'ouvrire jusqu' la superbe orchide d'une
duchesse. Des plantes bien solides, sont les _aspidistras_; presque
sans soins, arroses par-ci par-l d'un peu d'eau, elles peuvent vivre
durant plusieurs annes, et si elles ne sont pas trs jolies, elles
donnent toujours de la verdure.

Le caoutchouc, vilain selon moi, n'est plus en vogue.

Les araucarias tiennent le record de l'lgance; aussi on les
enrubanne comme des conscrits.

Rien de plus joli que cette dlicate verdure o on enlace des rubans:
rubans de satin jaune et rouge, couleurs espagnoles, dont les tons
chauds relvent la teinte du feuillage; on fait passer les rubans en
mirliton et,  la base et au sommet, on forme deux noeuds  pans.

Les teintes pompadour, ciel et rose, le mauve, le crevette, le
vert-nil sont des couleurs  prendre; le grenat blanc, le bleu marine
ne sont pas si charmants.

Il est tant de varits de fleurs et de plantes qu'on ne saurait les
numrer.

Les fougres encadrent joliment le pied des palmiers et les palmiers
eux-mmes sont ravissants poss derrire une statue de marbre ou de
terre cuite; leurs larges feuilles en ventail font ressortir 
merveille une oeuvre d'art et le plus modeste bronze acquiert du
relief par le voisinage d'une plante.

Les palmiers phnix font trs bien dans les encoignures.

Les camlias garnissent les grandes vasques de Chine.

Les bruyres remplissent les jardinires basses.

La mode n'est plus de faire pousser les oignons de jacinthes ou de
tulipes; je le regrette, car c'tait un vrai plaisir de suivre, jour
par jour, l'closion de cette premire fleur au parfum si doux et si
pntrant  la fois.

Les toutes petites plantes grasses remplissent les toutes petites
jardinires, japoneries, vieux svres, cristal, semes  et l dans
un salon.

Lorsqu'on vous offre un bouquet, votre premier soin doit tre de le
dlacer, c'est--dire de le dbarrasser de la ficelle, des brins qui
le serrent et le gnent, puis vous _cassez_ les tiges.

Notez que je dis _casser_ et non couper; en coupant, la section, trs
nette, se cicatrice et empche la fracheur de l'eau de revivifier les
fleurs, tandis qu'en cassant, l'effet se produit.

Les bouquets ronds ne se font plus gure; ce sont maintenant des
gerbes lches, souples et flexibles, o il entre moins de fleurs et
qui sont bien plus parantes et jolies.

Pourquoi laisser au salon, au boudoir le bouquet de fleurs? Placez-le
donc sur la table, au djeuner, au dner, tout le monde en aura la
joie.

La matire du vase importe peu, qu'il soit en grs vulgaire, en
cristal de roche, en mail cloisonn, pourvu que la forme en soit
lgante.

Je respecte tellement les fleurs, je les aime si fort, qu'il m'arrive
de les caresser d'un effleurement discret, aussi bien la rose de Nol
douce et rose que la girofle de muraille, ce lilas du pauvre.

Pour les petits bouquets, il est des vases  cinq places qui forment
un gentil milieu de table.

Rien de joli comme une branche de lilas blanc avec un feuillage d'un
vert tendre, dans un cornet de cristal rose.

Les anmones doubles dployant et reployant leurs corolles, semblables
 des collerettes finement plisses, sont des fleurs bien conomiques,
eu gard  leur dure: un bouquet peut, avec quelques soins, exister
huit jours; c'est long, pour une vie de fleur.

Le houx, aux rouges baies, scintillantes comme des perles de corail
d'un collier d'Italienne, avec son feuillage piquant, ayant l'air
d'tre verni, fait de jolies corbeilles et dure longtemps; on ne le
met pas dans l'eau, on le pique dans du sable humide.

Le _gui_, si en vogue depuis quelques annes, est appel porte-bonheur
par les petits marchands qui le crient dans les rues: est-ce parce
qu'il nous vient des druides?

Quoi qu'il en soit, ses baies, d'un blanc cireux, sont admires et la
branche de gui, coutume anglaise, se suspend, en compagnie de la
branche de houx, au lustre du salon, vers le temps de Nol.

Pour les dners de Nol, les rveillons, on voile discrtement la
lumire de la suspension par des entrelacements de gui et de houx;
l'effet est fort joli.

Lorsqu'on a un arbre de Nol  faire et qu'on n'y veut suspendre que
des prsents lgers tels que: ventails, dentelles, bijoux, fleurs,
une forte branche de houx peut trs bien remplacer le sapin
lgendaire.

Des fleurs ravissantes sont les chrysanthmes, avec leurs teintes
irrelles et leurs chevlements fantastiques; en sachant marier les
nuances, on obtient des effets imprvus, d'une richesse de coloris
inoue.

Pour les trs grosses plantes, on a des vasques en porcelaine du Japon
ou des bacs en chne, cercls de nickel.

On peut, pour les grandes gerbes de fleurs coupes, se servir des
lotus japonais, qu'on emploie comme porte-parapluie; les tiges y sont
 l'aise et trempent largement.

Les fleurs des champs sont en vogue et le bleuet fleurit plus d'une
boutonnire d'lgant.

Pour les fleurs  la boutonnire que les hommes ont coutume de mettre
 leur revers d'habit, il existe de petits tubes, qu'on remplit d'eau;
la tige de la fleur y trempe et se tient ainsi frache toute une
soire.

Les fleurs, pour boutonnire du soir, sont toujours le camlia et le
gardnia.

Si une femme a un bouquet  mettre au corsage, elle doit le placer au
ct gauche de la ceinture, ou  l'encolure de la robe, au ct gauche
du cou et non au milieu de la poitrine.

Les bouquets de fleurs qu'on trouve  sa place dans certains dners
doivent avoir les tiges enveloppes de papier d'argent.

Pour un dner de noce, une lgre guirlande de fleurs d'oranger
courant sur la nappe est fort joli.

La mode des tables entirement recouvertes de fleurs se rpand un peu
partout;  la campagne, il est si ais et si peu coteux de le faire
qu'on aurait tort de ne pas suivre cette jolie et potique innovation.

Pour un dner de premire communion, les fleurs qui ornent la table
doivent tre blanches.

La dcoration florale pour un vque doit tre violette,  l'exclusion
des penses qui sont fleurs de deuil.

Pour un cardinal, les fleurs rouges.

[Illustration]




_Conseils pratiques._

_Instruction des enfants et des jeunes gens._


Ayant numr simplement nos coutumes franaises, nous croyons utile
de consigner ici les principaux renseignements relatifs 
l'instruction et des jeunes gens et des enfants.

Grave question pour laquelle toutes les rflexions sont ncessaires,
mais les conseils inutiles, parce que tout dpend de la situation
qu'on occupe et des ressources que l'on a.

Nous nous contenterons donc d'une simple liste des tablissements o
s'instruit et se forme notre jeunesse.


_Instruction primaire.--Instruction secondaire.--Instruction
suprieure._

=Instruction primaire.=--Le pre, tuteur ou personne ayant garde de
l'enfant doit, quinze jours avant la rentre des classes, faire savoir
au maire s'il fait donner l'instruction dans une cole publique ou
prive.--Dans ce dernier cas, il faut indiquer l'cole choisie.

Si l'on envoie l'enfant  l'cole, voici o l'enseignement primaire
public se donne:

1 =Dans les coles maternelles et les classes enfantines.=--Dans les
coles maternelles, les enfants sont reus de deux  six
ans.--L'enfant est reu sur la prsentation d'un billet d'admission
sign par le maire, et un certificat du mdecin lgalis constatant
qu'il n'a pas de maladie contagieuse et est vaccin.--Dans les classes
enfantines, l'enfant est reu de 4  7 ans.

2 =coles primaires lmentaires.=--Cette instruction comprend:

     L'enseignement moral et civique;
     Lecture, criture;
     Langue franaise;
     Calcul;
     Histoire et gographie;
     Leons de choses;
     lments du dessin et du chant.
     _Pour les filles_: Travaux  l'aiguille.
     _Pour les garons_: Exercices militaires.

Cette instruction est obligatoire pour tout Franais et gratuite. Pour
faire inscrire l'enfant dans une cole, en faire la demande au maire
sur papier timbr  60 cent.--L'enfant y reste jusqu' treize ans au
plus, pour passer son certificat d'tudes primaires lmentaires.--Les
preuves sont les suivantes:

     Pour l'crit:
     1 Une dicte d'orthographe (15 lignes au plus);
     2 Deux questions d'arithmtique;
     3 Une rdaction franaise du genre simple.
     N. B.--Les preuves crites sont liminatoires.

     Pour l'oral:
     1 Lecture franaise explique;
     2 Questions d'histoire et de gographie.


Pour tre reu, il faut obtenir au moins un total de 30 points pour
les garons, de 35 pour les filles.

Il existe enfin des coles primaires suprieures qui comportent deux
annes d'tudes. Il faut pour y tre inscrit justifier du certificat
d'tudes primaires. (Voir pour plus de renseignements le programme des
coles primaires suprieures.) Le prix de la pension varie de 400 
500 francs; celui de la demi-pension, de 250  300 francs.

=Enseignement secondaire.=--Peut tre donn de deux faons, en suivant
soit l'enseignement classique, soit l'enseignement moderne.

=Enseignement classique.=--Se donne dans les lyces ou collges 
partir de la sixime. L'lve suit la division de grammaire jusqu'en
troisime, puis la division suprieure jusqu'en rhtorique; arriv 
la fin de cette classe, il doit passer la premire partie du
baccalaurat, dont voici le programme:

                                                    Minimum  obtenir.

   _crit._--Discours franais                           10 points
     --    Version latine                                10   --
   _Oral._--Franais: explication des principaux
            auteurs, Racine, Corneille, etc.             10   --
     --   Latin: traduction et explication 
            livre ouvert d'un texte                      10   --
     --   Grec: traduction et explication 
            livre ouvert d'un texte                      10   --
     --   Histoire: de 1610  1789 et gographie
            de la France                                 10   --
     --   Allemand: traduction d'un texte et
            conversation                                 20   --
     --   Mathmatiques, arithmtique, gomtrie,
            algbre (jusqu'aux quations
            du 2e degr), cosmographie                   10   --
                                                        ----------
                            Total                        90 points.


Aprs ce premier examen pass, l'lve doit choisir entre trois voies,
soit la philosophie, soit les mathmatiques, soit les sciences
naturelles.

PHILOSOPHIE.

                                                    Minimum  obtenir.

   _crit._--Dissertation franaise                      20 points
   _Oral._--Explication d'auteurs philosophiques
            franais, grecs ou latins et                 10   --
            interrogations
     --   Histoire: De 1789 jusqu'au 1er juillet
            prcdant l'anne de l'examen                10   --
     --   Sciences naturelles, physiques et
            chimiques                                    20   --
                                                       ----------
                           Total                         60 points.

MATHMATIQUES.

   _crit._--Problmes de mathmatiques, question
             de cours.--Problme de
             physique                                    20   --
   _Oral._--Philosophie                                  10   --
     --   Histoire: comme pour la philosophie            10   --
     --   Physique et chimie                             20   --
                                                       ----------
                           Total                         70 points.

SCIENCES NATURELLES.

Pour suivre ces tudes il faut aller  la Facult des sciences. Voici
le programme: physique, chimie, botanique, zoologie, travaux pratiques
sur toutes ces matires.

Les formalits  remplir pour l'inscription sont les suivantes:
Prsenter sur papier timbr  60 cent. la demande lgalise par le
maire d'tre inscrit, avec l'autorisation des parents si le candidat
est mineur et avec un extrait de l'acte de naissance.--Pour la 2e
partie, y ajouter le certificat d'admission  la 1re partie. Et payer
les droits suivants:

Pour la premire partie:

     Droits d'examen       30 francs
     Certificat            10   --
                           ----------
             Total         40 francs.

Pour la deuxime partie:

     Droit d'examen        30 francs
     Diplme               50   --
                           ----------
             Total         80 francs.

=Enseignement moderne.=--Tend  se rpandre de plus en plus, mais
n'ouvre que peu de carrires. Les matires sont les suivantes:
franais, mathmatiques, physique et chimie, sciences naturelles,
langue anglaise, langue allemande, philosophie, littrature, tudes
sur les auteurs grecs et latins. Les examens se passent  la fin de la
seconde et de la premire moderne.--On trouve l'enseignement moderne 
Saint-Louis,  Voltaire,  Montaigne,  Michelet.


_coles du Gouvernement._

St-Cyr.

cole militaire spciale de St-Cyr, situe  St-Cyr-l'cole
(Seine-et-Oise).

Cette cole est destine  fournir des officiers pour l'arme de
terre. Jadis l'on pouvait, aprs ses deux annes passes  St-Cyr et
une anne de service comme officier, donner sa dmission, mais il est
aujourd'hui fortement question d'imposer aux lves de contracter un
engagement de dix ans.

Pour tre admis  prendre part au concours d'entre, il faut:

Avoir de dix-sept  vingt et un ans;

tre apte au service;

Enfin possder un baccalaurat.

Il est ncessaire de se faire inscrire avant le 15 avril  la
prfecture du dpartement o l'on tudie; les preuves crites
commencent vers le mois de juin dans 26 grandes villes. Ces preuves
sont liminatoires.

L'lve, une fois ces preuves subies, est admissible; il doit ensuite
passer les examens oraux du premier degr pour tre admissible. Les
examens oraux du second degr forment concours.

_Compositions crites_:

     Composition franaise;
     Thme et version allemandes;
     Composition de mathmatiques;
     Calcul logarithmique;
     Trac d'une pure de gomtrie descriptive;
     Dessin d'aprs la bosse;
     Copie ombre d'un paysage;
     Dessin topographique d'une carte au 1/200 000.

_preuves orales_:

     Gomtrie;
     Algbre;
     Gomtrie descriptive;
     Trigonomtrie rectiligne;
     Mcanique;
     Physique;
     Cosmographie;
     Gographie;
     Histoire;
     preuves physiques--quitation, gymnastique, escrime.

Le prix de la pension est de 1000 fr., celui du trousseau de 600  700
fr.

Le nombre des bourses et demi-bourses est illimit.


cole Navale.

En rade de Brest.--_Le Borda._

Prpare les officiers de marine; on n'exige pas le baccalaurat pour y
entrer. La dure des tudes y est de deux ans, aprs lesquels l'lve
sort aspirant de seconde classe qui correspond au grade de
sous-lieutenant; le programme est  peu prs le mme qu' St-Cyr.

Pour entrer sur le vaisseau-cole, en rade de Brest, dit Le Borda,
les candidats doivent justifier, par la production de leur acte de
naissance, qu'ils sont Franais et ont eu quatorze ans au moins, ou
dix-huit ans au plus le premier jour de l'an de l'anne du concours;
prsenter un certificat du mdecin dclarant qu'ils ont t vaccins
ou qu'ils ont eu la petite vrole et qu'ils n'ont pas d'infirmits les
rendant impropres au service.

Le prix de la pension est de 700 francs par an; le trousseau est d'une
valeur d'environ 1000 francs.

Les candidats doivent se faire inscrire du 1er au 25 avril  la
prfecture du dpartement o ils ont leur domicile.

Ils sont examins dans le chef-lieu d'examen le plus voisin de ce
domicile ou,  leur choix, au collge o ils ont fait leur ducation.

Les preuves comprennent un examen oral et des compositions crites
dont les matires sont indiques par un programme spcial. Elles
commencent  Paris dans les premiers jours de juin et sont annonces
dans le _Journal officiel_. Pour concourir au grade d'aide-mdecin de
marine, il faut tre Franais, g de dix-huit ans au moins,
vingt-cinq ans au plus, tre apte au service de la marine, justifier
de deux annes d'tudes mdicales, avoir satisfait  la loi du
recrutement.

Les candidats peuvent s'inscrire au secrtariat du conseil de sant
des ports de Brest, Rochefort, Toulon.


cole des Ponts et Chausses.

Rue des Saints-Pres, no 28.

Son but est de former des lves ncessaires au corps des ingnieurs
des ponts et chausss. Son programme est le suivant: la mcanique,
l'architecture, les mathmatiques appliques, la gologie, le droit
administratif, l'anglais, l'allemand, l'conomie politique, etc.


cole Polytechnique.

Rue Descartes, 41.

Forme des ingnieurs et des officiers d'artillerie et de gnie. Le
programme est  peu prs semblable  celui de St-Cyr, sauf pour les
mathmatiques o il est beaucoup plus dvelopp: toutes les
mathmatiques spciales y sont en effet comprises--le systme
d'admission est le mme, l'oral est  deux degrs--aucun baccalaurat
n'est exig, mais sa possession donne un avantage de 50 points. La
dure des tudes est de deux ans.


cole centrale des Arts et Manufactures.

Forme des ingnieurs civils. Le programme est semblable pour les
mathmatiques  celui de Polytechnique, beaucoup moins charg pour le
reste, la dure des tudes y est de trois ans--des examens
liminatoires sont passs tous les trois mois: c'est la plus difficile
entre toutes les coles du gouvernement.


cole Normale suprieure.

Rue d'Ulm.

_Sciences._--Pour la partie mathmatique elle est semblable  celle de
Centrale.--Physique et chimie, histoire, version latine, philosophie,
anglais ou allemand.

_Lettres._--Latin, grec, franais, histoire, gographie, prosodie,
mtrique, etc.

Pour s'y prsenter il faut tre bachelier complet; beaucoup de jeunes
gens sont d'ailleurs licencis s lettres ou s sciences avant leur
entre dans cette cole. On y forme des professeurs pour les lyces du
gouvernement.


Sorbonne.

On peut aussi y prparer la licence, le doctorat, l'agrgation. On y
fait un grand nombre de cours parmi lesquels le candidat peut choisir.
Pour les connatre, consulter les affiches places dans la salle des
Pas-Perdus de la Sorbonne ou dans le grand vestibule.

Les sciences et les lettres y vont de pair; les cours sont publics,
mais la plupart des confrences sont rserves aux tudiants.


Droit.

La dure des tudes y est de trois ans pour la licence, de cinq pour
le doctorat; le baccalaurat est exig sauf pour le certificat. La
licence suffit pour tre avocat. Les matires tudies sont les
suivantes: droit pnal, droit civil, droit romain, code de procdure,
civile, criminelle, conomie politique, histoire du droit.

Le doctorat en droit permet de ne faire qu'un an de service militaire.

[Illustration]




_ducation physique._


Un professeur de l'Universit de Princeton (Amrique) disait: Je
prfre voir manquer  mes lves une classe qu'une partie de
foot-ball. Sans aller aussi loin, il faut dire que l'ducation
physique n'est pas moins utile que l'ducation de l'esprit. Les
anciens les faisaient marcher de pair. Aprs avoir t longtemps
ngligs en France les sports ont repris une grande importance. Voici
les principaux:

=Sports athltiques.=--Une seule Union, l'Union des Socits
Franaises de sports athltiques, 229, rue Saint-Honor. Elle compte
139 socits. Elle est reconnue par les Socits de l'tranger. Les
principales socits sont: le Stade Franais, deux fois victorieux
d'quipes anglaises de foot-ball, depuis deux ans club champion;
l'Union athltique du Ier arrondissement, le Racing Club, etc.

=Sports pratiqus.=--Le foot-ball. Jeu d'origine franaise mais
transform par les Anglais. Se joue avec un ballon de cuir. (Pour plus
de renseignements, voir le livre de M. Saint-Chaffray intitul _Le
foot-ball_.)

La course  pied.--Le meilleur des sports et le moins coteux  notre
avis. Quatre sortes principales de courses:

La course de haies sur 110 mtres avec 10 haies;

La course de vitesse sur 100 ou 150 mtres;

La course mixte sur 400 mtres, la course de fond  partir de 1500
mtres et le cross-country ou course  travers champs.

Sport vlocipdique.--Sport excellent mais beaucoup plus coteux que
les prcdents: ncessite non seulement la machine mais la piste. Les
principales pistes ou vlodromes sont: le vlodrome de l'Est, le
vlodrome Buffalo, le vlodrome de la Seine, le vlodrome d'Hiver;
enfin pour les jeunes amateurs le vlodrome de Courbevoie, qui
appartient au Stade franais et  l'Association vlocipdique
internationale.

Sport nautique.--Un peu dmod  cause de la lenteur de
l'apprentissage; se pratique soit dans le bassin d'Asnires, soit dans
celui de Joinville-le-Pont.

Tels sont les sports les plus importants. Il faut citer aussi la
paume, le tennis, le patin, etc., mais ces sports ne sont pas aussi
pratiqus que les prcdents.

L'pe et le fleuret mritent une mention spciale, mais leur
apprentissage est long; d'ailleurs ils ne dveloppent pas suffisamment
l'homme.

La gymnastique enfin. Un peu moins en usage mais toujours excellente.

Je terminerai cet expos rapide par quelques conseils sur
l'entranement. Les voici:

Boire le moins possible d'alcool.--Ne manger que des viandes
rties.--Ne pas fumer.--Faire chaque matin un quart d'heure
d'haltres.--Beaucoup d'hydrothrapie.--En cas de fatigue, se
frictionner avec la composition suivante:

     50 gr. d'huile camphre;
     16 gr. d'essence de trbenthine;
      5 gr. d'alcool camphre.




_Modles de lettres._


Nous avons,  travers les chapitres qui prcdent, conseill quelques
formules pistolaires.

En voici d'autres qui peuvent tre utiles; nous les transcrivons sans
aucune prtention. Chacun, aujourd'hui, doit savoir et sait crire;
mais la consultation d'un modle peut viter un embarras ou une
perte de temps.


_Lettre de demande en mariage d'un monsieur d'un certain ge  une
    dame._

     Madame,

   Les quelques visites que j'ai eu l'honneur de vous rendre m'ont
   permis d'apprcier toutes vos qualits, et d'acqurir la
   certitude que vous possdez au plus haut degr toutes celles
   qu'il faut pour rendre la vie d'intrieur on ne peut plus
   agrable.

   Soyez bien persuade, chre Madame, que de mon ct tous mes
   efforts tendront  vous donner le plus grand bien-tre possible,
   et j'espre que mes soins et mon attachement seront pour vous un
   ddommagement  la grande estime et  l'affection que vous
   voudrez bien me tmoigner aujourd'hui.

   J'ai donc l'honneur, bien chre Madame, de vous demander
   l'insigne bonheur de joindre ma vie  la vtre par les liens du
   mariage.

   En attendant une rponse favorable, veuillez agrer l'expression
   de mes sentiments respectueux.

     Votre tout dvou.


_Acceptation de cette demande._

     Monsieur,

   Je suis trs flatte de la lettre que vous m'avez fait l'honneur
   de m'adresser. Je crois aussi avoir dcouvert chez vous de
   prcieuses qualits, et je n'hsite pas  vous assurer que de mon
   ct tous mes efforts tendront  rendre la vie commune aussi
   agrable que possible.

   En attendant votre prochaine visite, veuillez agrer, Monsieur,
   mes bien sincres amitis.


_Refus  cette demande._

     Monsieur,

   J'ai t trs sensible  tous les bons sentiments que vous
   manifestez  mon gard, dans votre aimable lettre; mais,  mon
   bien grand regret, je ne puis donner suite  la proposition que
   vous me faites; l'tat de ma sant d'un ct, et ma situation de
   fortune d'un autre lvent entre nous un obstacle absolu.

   Encore une fois, Monsieur, veuillez croire  tous mes regrets, et
   agrez mes meilleurs sentiments.


_Lettre de jour de l'an d'un filleul ou d'une filleule,  son
    parrain ou  sa marraine._

     Mon bien cher Parrain (ou Ma bien chre Marraine),

   Le renouvellement de l'anne me donne l'occasion de vous faire
   connatre une fois de plus tous les souhaits que je forme pour
   vous. Vous m'avez donn tant de preuves d'affection, que je
   serais bien ingrat de vous oublier; mon coeur est assez grand
   pour vous rserver une bonne place, et mon bonheur est complet si
   je vous sais en bonne sant. Aussi croyez bien que je fais, tous
   les jours, les voeux les plus sincres pour votre bonheur.

   En attendant l'heureux moment o il me sera permis de vous dire
   tout cela de vive voix, et de vous embrasser, recevez, cher
   Parrain (ou chre Marraine), les meilleurs et les plus affectueux
   compliments de votre tout dvou filleul (ou toute dvoue
   filleule).


_Lettre d'un fils ou neveu,  son pre ou  son oncle, pour lui
    annoncer son succs  un examen._

     Cher Pre (ou cher Oncle),

   Je suis heureux de vous annoncer que je viens de subir avec
   succs les preuves de mon examen. Ce m'est une bien grande joie
   de vous donner ainsi une preuve de ma reconnaissance, pour tous
   les dvouements que vous m'avez tmoigns, tous les sacrifices
   que vous avez faits pour moi; j espre plus tard vous donner des
   marques plus srieuses de l'affection que j'ai pour vous, et
   soyez certain que maintenant, comme avant, tous mes efforts
   tendront  me rendre digne du nom que je porte.

   En attendant, croyez  l'affection sincre de votre tout dvou
   fils (ou neveu), qui vous embrasse mille fois de tout coeur.


_Lettre pour fliciter un parent, un ami, de l'obtention d'une
    marque distinctive quelconque_ (brevet, diplme, dcoration,
    etc.).

   J'ai t bien heureux, mon cher.......... d'apprendre votre
   nomination au grade de...... Certes personne ne mritait plus que
   vous cette marque honorifique; les services que vous avez rendus,
   le dvouement absolu que vous avez toujours montr, et enfin
   votre travail opinitre, plaident en votre faveur; mais
   nanmoins, eu gard aux comptiteurs, et  la faveur accorde 
   certains, au dtriment des autres, il est trs beau de ne devoir
   qu' son mrite personnel (l'avancement ou la faveur accorde),
   et c'est votre cas.

   C'est donc, je le rpte, avec bonheur que nous joignons nos
   flicitations sincres, et tous nos compliments,  ceux de tous
   vos amis.

   Nous esprons avoir le plaisir de vous voir trs prochainement;
   en attendant, recevez, cher Monsieur, l'expression de notre
   profonde considration et de nos plus dvous sentiments.


_Lettre de faire part de la naissance d'un fils ou d'une fille._

     Cher Ami,

   C'est avec la plus grande joie que je viens t'annoncer la
   naissance de notre petite bien-aime Jeannette.

   Inutile de te dire que nous la trouvons trs belle; elle est tout
   le portrait de son pre; je crois mme qu'il m'a dj sembl
   reconnatre qu'elle aurait, tout comme sa bonne mre, un
   excellent caractre. En un mot elle est parfaite.

   La joie que j'prouve en t'crivant m'empche de t'en dire plus
   long; esprant bien me ddommager  notre premire entrevue, je
   termine en te disant tout simplement: La mre et l'enfant vont
   bien.

     Nos affectueux compliments.


_Lettre d'une petite fille  sa grand'mre pour lui souhaiter sa
    fte._

     Ma bonne Grand'Mre,

   Chaque anne, je vois arriver avec la plus grande joie cet
   heureux jour. Si j'tais prs de toi, je serais beaucoup plus
   heureuse; mais ne crains rien, ma bien chre bonne maman, la
   distance qui nous spare ne fait que rendre plus vive l'affection
   que j'ai pour toi, et de loin comme de prs, sois bien persuade
   que tous mes voeux et tous mes souhaits sont pour toi; que je
   demande  Dieu tous les jours qu'il veuille bien te conserver en
   bonne sant, et surtout te faire vivre assez longtemps pour que
   tu puisses voir ta petite Alice grande personne et capable  son
   tour de te rendre tous les soins et toutes les bonts que tu n'as
   jamais cess de lui prodiguer.

   Adieu, ma bien chre bonne maman, soigne-toi bien, et pense  ta
   petite-fille qui, elle, ne t'oublie pas et t'envoie mille
   baisers.


_Lettre d'invitation  une distribution de prix._

(Une famille  une autre.)

     Chers Amis,

   Samedi 28 courant, doit avoir lieu au collge la distribution des
   prix. Vous n'ignorez pas sans doute que cette solennit doit tre
   prside par monsieur le gnral de division X....., notre
   cousin. Je compte sur quelques succs pour mon fils, et ne vous
   cache point que je vous verrais assister avec bonheur  cette
   fte; j'aurai soin de vous faire rserver quelques fauteuils pour
   vous et vos amis.

   Veuillez agrer, chers amis, l'expression de nos meilleurs
   sentiments.


_Lettre d'invitation  dner._

   Nous serions bien honors, madame X. et moi, de vous avoir 
   dner jeudi prochain, 17 courant; voici dj longtemps que nous
   n'avons eu le grand plaisir de vous recevoir; aussi comptons-nous
   bien que rien ne vous empchera d'tre des ntres, et sauf avis
   contraire de votre part votre couvert sera mis.

   Notre petite Jeanne se propose de vous faire entendre, aprs
   dner, sa dernire cration au piano; c'est un bien grand
   morceau!

   Madame X. se joint  moi, pour vous envoyer ses salutations
   amicales.


_Lettre de refus  une invitation  dner._

     Chers Amis,

   Nous sommes dsols de ne pouvoir accepter votre aimable
   invitation du 17 courant. En outre d'une indisposition de mon
   mari, lgre, Dieu merci, nous venons de perdre tout dernirement
   une proche parente.

   Croyez  tous nos regrets, et veuillez, je vous prie, nous croire
   toujours vos meilleurs amis.

   Agrez l'expression de nos meilleurs sentiments.


_Lettre d'un jeune soldat  ses parents._

     Mes bien chers Parents,

   Quelques jours  peine de sparation me suffisent pour tablir la
   diffrence entre ma vie actuelle et celle que je menais au milieu
   de vous. Certes mon intention n'est pas de me plaindre; je suis
   fier et heureux de remplir mon devoir, mais je n'en constate pas
   moins la duret du service militaire, surtout si je la compare 
   l'existence de famille.

   D'ailleurs une anne est bien vite passe, et j'ai dj deux mois
   de service. Quoique bien loign de vous, mon coeur est rest au
   milieu de ma chre famille; je ne cesse de penser  vous, et de
   faire des voeux pour votre bonne sant.

   Vous trouverez ma lettre un peu courte, mais nous travaillons
   beaucoup, et n'avons que bien peu de loisir. J'attends
   prochainement mes galons de caporal, et pense bien que vous ne
   m'oublierez pas ce jour-l.

   Je termine en vous envoyant l'assurance de tout mon attachement,
   et les meilleurs baisers de

     Votre fils tout dvou.


_Lettre de reconnaissance d'un malade  son mdecin._

     Monsieur,

   Permettez-moi de vous adresser quelques lignes de remerciements,
    vous, mon cher docteur, qui venez de me rendre  la vie en
   terrassant compltement le mal affreux dont je souffrais depuis
   si longtemps. Le dvouement que vous m'avez tmoign, les soins
   incessants que vous m'avez donns, lorsque tant d'autres
   m'avaient pour ainsi dire abandonn, et enfin votre incontest
   savoir, vous ont fait sortir vainqueur de la terrible lutte que
   vous aviez engage contre la maladie qui m'accablait.

   C'est une nouvelle vie qui commence pour moi, et c'est bien 
   vous seul que je la dois; aussi longue qu'elle puisse tre, je ne
   vous oublierai jamais, et ne saurais trop vous tmoigner ma
   reconnaissance.

   Encore une fois, merci pour moi et pour ma famille.

   Veuillez recevoir l'assurance de la parfaite considration et des
   meilleurs sentiments de votre tout dvou.


_Communication d'un baptme._

Une mre  son amie.

     Chre Madame,

   Enfin l'heureux jour que j'attendais avec impatience vient
   d'arriver; jusqu' aujourd'hui, soit les maladies, soit le
   mauvais temps, nous avaient retard pour porter sur les fonts
   baptismaux notre bien-aime petite Jeannette, mais maintenant,
   grce  Dieu, et notre bon docteur aidant, toutes les difficults
   sont surmontes, et la crmonie du baptme aura lieu jeudi
   prochain  dix heures,  Notre-Dame. Je compte bien que vous me
   ferez l'amiti d'y assister, et en attendant l'heureux plaisir de
   vous voir, nous vous envoyons, mon mari et moi, nos meilleures
   salutations.

_Lettre de communication de la mort d'un parent._

     Chre Parente,

   C'est avec la dsolation dans le coeur, les larmes dans les yeux,
   que je viens vous annoncer une bien triste nouvelle: notre pauvre
   tante est dcde hier soir vers onze heures. Depuis quelques
   jours elle gardait le lit, atteinte d'une bronchite, qui sans
   nous donner des inquitudes, nous tourmentait beaucoup; le
   docteur qui la soignait, et qui a t trs dvou pour elle, ne
   s'attendait pas  un si rapide dnouement; hier quelques instants
   avant sa mort elle a tous voulu nous voir autour d'elle, nous a
   tous embrasss, et sans aucune souffrance, elle s'est doucement
   teinte dans les bras de mon pauvre mari.

   Nous sommes tous dans la dsolation, c'est une perte irrparable
   pour nous.

   Excusez-moi, chre dame, de ne pas vous en dire plus long, et
   veuillez agrer l'expression de nos meilleurs sentiments.


_Lettre d'invitation  concourir  une oeuvre de bienfaisance._

     Chre Madame,

   Samedi prochain a lieu la premire runion des dames patronnesses
   de l'OEuvre de la Crche. Nous n'avons pas encore le bonheur de
   vous compter parmi nous, mais d'ores et dj je vous inscris sur
   nos listes, ayant la certitude que vous voudrez bien nous honorer
   de votre prsence  cette runion.

   Vous savez qu'il s'agit de crer dans les montagnes d'Auvergne,
   c'est--dire au bon air, un sanatorium, pour les petits
   nouveau-ns abandonns.

   En vous remerciant en mon nom, et au nom de l'OEuvre, agrez mes
   salutations empresses.


_Lettre de remerciements pour l'envoi d'un cadeau._

     Chre Madame et amie,

   Je suis vraiment confuse de toutes les attentions que vous voulez
   bien me tmoigner; mais, franchement, permettez-moi de vous dire
   que vous faites trop bien les choses; un simple cadeau aurait
   suffi, et vous me faites parvenir un don vraiment princier.
   L'estime et l'amiti que j'ai pour vous sont sans limites vous le
   savez, chre Madame, et certes je suis heureuse de trouver
   l'occasion de vous le dire; mais je ne pourrai jamais vous rendre
   qu'une faible partie de toutes vos bonnes attentions. Quoi qu'il
   en soit, laissez-moi me compter au nombre de vos meilleures
   amies, et croyez-moi votre toute affectueuse et toute dvoue.


_Lettre d'un jeune homme  une mre pour lui demander sa fille en
    mariage._

     Madame,

   J'ose esprer, tout d'abord, que vous voudrez bien m'excuser
   d'oser vous crire ces quelques lignes. Les bonnes visites que
   vous m'avez autoris  vous faire m'ont permis d'apprcier votre
   charmante fille. J'ai constat qu' une grande bont, qu'elle
   tient certainement de vous, elle joignait toutes les qualits de
   la femme d'intrieur, en un mot je la trouve parfaite, et serais
   au comble du bonheur si vous vouliez bien me permettre de devenir
   votre gendre.

   De mon ct, soyez assure que tous mes efforts tendront  lui
   rendre la vie agrable, et j'ose esprer que mes soins, mon
   attachement et mon affection pour elle, vous seront une sre
   garantie de son bonheur.

   J'ai donc l'honneur, Madame, de vous demander la main de
   mademoiselle votre fille.

   En attendant votre favorable rponse, veuillez croire aux
   meilleurs sentiments de votre tout dvou.


_Lettre de refus d'une demande en mariage._

(D'un pre  un jeune homme).


     Monsieur,

   Ma femme et moi avons t trs flatts de recevoir votre lettre,
   dans laquelle vous nous faites l'honneur de nous demander la main
   de notre fille.

   A notre grand regret, nous ne pouvons vous donner satisfaction.
   Notre fille n'est pas encore dcide  se marier; elle est du
   reste encore bien jeune, et semble ne vouloir jamais quitter sa
   bonne mre. Croyez bien, monsieur, qu'il nous aurait t trs
   agrable de vous avoir pour gendre; depuis longtemps votre
   famille est unie  la ntre par une amiti indissoluble, mais
   madame X. et moi avons dcid de respecter les volonts de notre
   enfant.

   Encore une fois, monsieur, croyez  tous nos regrets, et recevez
   nos salutations empresses.


_Lettre d'un fianc  une fiance._

     Mademoiselle,

   J'ai appris que vous deviez vous rendre, jeudi prochain, 
   l'OEuvre de la Sainte-Enfance. Je serais trs dsireux de vous y
   accompagner, et de joindre ma modeste offrande  la vtre.

   Esprant bien que madame votre mre voudra bien m'autoriser  le
   faire, j'aurai l'honneur de me prsenter chez vos parents, jeudi
   prochain, et de conduire madame votre mre et vous rue de
   Vaugirard, au sige de l'OEuvre.

   Veuillez agrer, Mademoiselle, l'assurance de mes sentiments les
   plus dvous.


_Lettre de remerciements  un cur qui a prpar un enfant  sa
    premire communion._

     Monsieur le Cur,

   Permettez  une mre de venir vous remercier de tous les bons
   soins, de toutes les attentions que vous n'avez cess de
   prodiguer  notre bien cher enfant pendant toute la dure de sa
   prparation  la premire communion.

   Grce  vous, notre fils se trouve en tat de se prsenter  la
   Sainte-Table, avec conscience de ce qu'il fait; sa conduite est
   vraiment exemplaire, et ce nous est un bien grand bonheur de
   venir vous fliciter de ce rsultat.

   Encore une fois, monsieur et vnrable abb, agrez-en tous nos
   remerciements les plus sincres, et veuillez croire aux
   sentiments respectueux de votre dvoue servante.


_Lettre de reproche,  un jeune homme,  une jeune fille, sur la
    lgret de sa conduite._

     Ma chre Lucienne,

   Lors de ma dernire visite, tu m'avais fait de bien belles
   promesses que tu n'as pas tenues, hlas! Je suis donc oblige
   aujourd'hui de venir te les rappeler. Ta conduite un peu lgre
   donne un libre cours  de mchants propos sur ton compte, et cela
   m'afflige profondment. Tu sais que je tiens  toi, comme  une
   soeur, que tout ce qui te touche m'intresse, aussi je viens
   aujourd'hui t'engager srieusement  suivre une autre ligne de
   conduite; abandonne les quelques amies qui t'entourent et te
   nuisent par leurs mauvais conseils et leur rputation, bien
   connue d'ailleurs, de personnes peu srieuses: viens te rfugier
   chez ceux qui sont tout prts  te tendre les bras et  t'aider
   dans ce mauvais moment. Tu dois songer avant tout  ta position,
   que tu compromets, je le crains srieusement.

   J'espre que je serai plus coute cette fois, et que ta raison,
   ton intelligence et l'amiti que tu me portes seront de puissants
   auxiliaires  sortir de la mauvaise voie o tu t'es engage.

   Ton amie, qui malgr tout t'envoie ses meilleures amitis.


_Lettre pour congdier un prcepteur, une institutrice._

     Mademoiselle,

   Nous devons rentrer  Paris dans un mois seulement, mais j'ai le
   regret de vous prvenir que je laisse Marguerite au couvent de
   B.... o j'ai t leve.

   Je suis oblige, comme vous le savez, Mademoiselle, d'aller
   beaucoup dans le monde et je ne veux pas laisser mon enfant aux
   mains des domestiques.

   Je vous remercie, nanmoins, des bons soins que vous avez
   prodigus  ma fillette et des progrs srieux qu'elle a faits
   pendant les deux ans que je vous l'ai confie. Aussitt de
   retour, je vous recommanderai  ma cousine Jeanne, qui est toute
   dispose  vous confier sa petite Lucie.

   Recevez, Mademoiselle, avec tous mes regrets, l'assurance de mon
   entier dvouement.


_Lettre  un ami, pour le fliciter de sa nomination de Dput._

     Mon bien cher Ami,

   Enfin, te voil dput! Tu vas siger  la Chambre; te voil
   quelqu'un, futur ministre et, qui sait, peut-tre un jour
   Prsident de la Rpublique franaise!

   J'ai lu ton programme, et si tu tiens tous les engagements que tu
   prends, tes lecteurs n'auront pas  se plaindre de t'avoir
   choisi. Que de travail, pour mener  bien toutes les rformes que
   tu as en vue! Que de belles innovations! Je crains que,
   malheureusement, tu ne sois pas compris de la gnralit, car
   tes ides sont d'un ordre bien lev.

   Je souhaite que la carrire politique ne soit pas trop pineuse
   pour toi, et que les nombreuses difficults que tu auras 
   vaincre, et les inimitis que tu vas sans doute te crer ne
   soient pas un obstacle  la ligne de conduite que tu vas suivre,
   et ne te dcouragent pas.

   J'espre ne pas tre oubli lorsque ton tour viendra de parler 
   la Chambre; je suis trs dsireux de t'entendre, et tu ne me
   refuseras pas cette satisfaction.

   Demain, si tu es libre, nous djeunerons ensemble pour fter ta
   nomination; nous profiterons de l'occasion pour porter un toast 
   tes lecteurs.

   Toutes mes salutations.


_Lettre pour consoler un ami qui a perdu sa place._

     Mon cher Paul,

   Votre lettre d'hier m'a bien afflig, et je prends bien part 
   votre peine. Il ne faut pas vous dcourager ainsi; tout n'est pas
   perdu comme vous le pensez. Certes, la perte de cet emploi trs
   lucratif doit vous causer un certain dommage; mais avec vos
   capacits et votre intelligence, vous ne tarderez pas  trouver
   une autre situation, o vous serez apprci comme vous le
   mritez; vous savez d'ailleurs que tous vos amis sont disposs et
   tout prts  vous aider de tout leur pouvoir.

   Quant  moi, j'emploierai toute mon influence  vous tre utile
   et je compte bien avoir un prompt et heureux rsultat.

   Courage donc, et venez me voir bientt, pour que je puisse me
   mettre immdiatement en campagne.

   D'ici l, je vous envoie mes amitis sincres.


_Lettre de rupture avec un ami._

     Monsieur,

   Je croyais avoir en vous un ami sr, et je pensais pouvoir
   m'attendre  plus de reconnaissance de votre part. Je ne me
   reproche pas ce que j'ai fait pour vous, mais ce qui m'afflige
   profondment, c'est votre ingratitude, et votre manque total de
   bonne foi  mon gard.

   Je crois, monsieur, qu'il vaudra mieux  l'avenir nous abstenir
   l'un et l'autre de nous revoir; brisons donc cette amiti sur
   laquelle j'avais fond quelques bons projets pour nous deux, et
   que j'abandonne avec un serrement de coeur.

   Adieu, monsieur.


_Lettre pour demander des renseignements sur un domestique._

     Madame,

   Il y a quinze jours, une femme de chambre, Julie B..., quittait
   votre service, munie d'assez bons certificats, qu'elle m'a
   montrs. Bien qu'assez logieux, je les trouve insuffisants sur
   un point capital.

   Si vous me le permettez, Madame, je me rendrai chez vous demain 
   une heure, afin que vous me donniez de vive voix les indications
   dont j'ai absolument besoin avant de me dcider  prendre cette
   femme  mon service.

   Si l'heure et le jour ne vous convenaient point, je vous prie,
   Madame, de me le faire savoir, et je me tiendrai  votre
   disposition.

   Veuillez m'excuser, Madame, et agrer l'expression de mes
   meilleurs sentiments.

[Illustration]




_Emplois._


Pour entrer  la Banque de France.

Dans cet tablissement on occupe des femmes.

Pour y entrer on doit faire une demande que l'on fait autant que
possible appuyer par un personnage influent.

Il y a un examen  subir sur l'criture, l'orthographe, le calcul.

L'ge minimum est dix-huit ans, l'ge maximum trente-cinq ans.

Pour les hommes, demander le programme d'examen.

Il y a l'atelier d'imprimerie, o il faut une anne d'apprentissage
comme brocheuse.


Pour entrer  la Socit gnrale.

La nationalit franaise est exige.

Age minimum: dix-huit ans.

Age maximum: trente ans.

Il faut un certificat de bonne vie et moeurs.

La demande doit tre apostille par des personnages influents.

Il y a un examen  passer en criture, arithmtique, orthographe, etc.

Si on a le brevet lmentaire, on peut tre dispens de l'examen.


Pour tre admis au Crdit lyonnais.

La mme chose que pour la Socit gnrale.


Pour tre admis au chemin de fer.

Il est absolument exig, pour les femmes, d'tre fille, femme ou veuve
d'employ.

Il y a un examen:

Une dicte (sans faute);

Les quatre rgles d'arithmtique faites en un dlai maximum de 15
minutes;

Une trs belle criture.

Mme si l'on a le brevet d'instituteur ou d'institutrice, il faut
subir l'examen.


Pour entrer au Crdit foncier.

L'admission se fait au concours par voie d'examen.

Age minimum: seize ans.

Age maximum: trente-cinq ans.

Il faut tre Franais ou naturalis.

La demande doit tre accompagne de:

Extraits authentiques des actes de l'tat civil;

Extrait du casier judiciaire;

Certificat de bonne vie et moeurs;

Certificats manant des diffrentes maisons ou tablissements o on a
t employ.

Il y a un examen crit sur:

L'orthographe;

Le style;

L'criture.

Les concours ont lieu en janvier et en juillet.

Pour tre dclar admissible, il faut obtenir la note _passable_ pour
chaque partie du programme et pour l'ensemble 12 points sur le maximum
20 points.

Il y a quelquefois cinq et six ans entre les examens; cela dpend des
vacances qui se produisent et du nombre des surnumraires.


Pour tre admis aux postes et tlgraphes, tlphones, caisses
d'pargne.

L'ge minimum est de dix-huit ans.

L'ge maximum de vingt-cinq ans pour les dames.

Les hommes peuvent tre admis aprs vingt-cinq ans; on dduit leurs
annes de service militaire.

On doit produire:

1 Demande d'emploi sur papier timbr;

2 Un extrait lgalis de l'acte de naissance;

3 Un certificat de bonne vie et moeurs, constatant aussi la
nationalit franaise;

4 Un extrait du casier judiciaire;

5 Un tat authentique indiquant la nature, la dure et les motifs de
la cessation des services des mari, pre ou frre des candidats, car
il faut tre de famille d'employ pour tre admises  passer d'emble
l'examen.

Les autres candidats ne sont accepts qu'en cas d'insuffisance du
recrutement.

Il faut subir les preuves suivantes:

1 Une dicte, sur papier non rgl;

2 Exercice graphique, la mme page recopie  main pose;

Formation d'un tat ou tableau pareil  un modle donn;

3 Rdaction d'une lettre ou note sur un sujet donn;

4 Arithmtique: les 4 premires rgles, le systme mtrique;
problmes avec dtail des oprations;

5 Gographie de la France et notions gnrales sur les cinq parties
du monde. On demande en outre aux jeunes gens la physique et la
chimie.

Le stage est obligatoire et n'est pas rtribu.

Le personnel fminin des caisses d'pargne se prend dans
l'administration des postes.




_Les mots qu'on cite._


Combien de mots sont cits sans qu'on en connaisse exactement
l'origine, ou du moins on l'a oublie.

Il faudrait tout un volume pour commenter les locutions courantes;
nous nous contenterons de quelques exemples.


Dlices de Capoue.

Veut dire une accalmie morale, mle de jouissances et de plaisirs o
le corps et l'esprit s'amollissent.

Annibal, aprs la bataille de Cannes, vint prendre ses quartiers
d'hiver  Capoue, capitale de la Campanie, ville de plaisirs par
excellence. Les historiens attribuent au sjour des soldats d'Annibal
dans les dlices de Capoue, la cause du salut de Rome.


grie.

grie signifie une femme dont on prend les conseils, dont on suit les
avis, surtout en politique.

Numa Pompilius, voulant assurer le respect de ses institutions,
persuada aux Romains qu'il recevait les inspirations de la nymphe
grie, visible pour lui seul au fond d'un bois.

On voit encore prs de Rome les ruines de la fontaine grie, entre la
voie Appienne et la voie Latine.


pe de Damocls.

Veut dire pril constamment prt  clater.

Damocls, courtisan de Denys l'Ancien, le flattait outre mesure et
exaltait son bonheur.

Celui-ci rsolut de donner une leon  l'obsquieux personnage et
l'invita  un repas splendide o Damocls reut les honneurs royaux.
Coiff du diadme, il prit place  la table du festin, couch sur le
propre lit de Denys; mais levant tout  coup les yeux, il aperut une
pe suspendue au-dessus de sa tte par un crin de cheval. Le flatteur
se leva perdu et supplia son souverain de mettre un terme  son
phmre royaut.


Et moi, suis-je sur un lit de roses?

Se dit  quelqu'un qui se plaint de ses soucis devant une autre qui a
les siens.

Guatimozin, dernier empereur du Mexique, tomba aux mains de Fernand
Cortez. Il fut mis sur un lit de charbons ardents, le corps enduit
d'huile, afin qu'il rvlt la cachette des trsors de Mexico. Son
premier ministre, galement mis  la torture, suppliait son matre du
regard, de lui permettre de rvler le secret. Mais celui-ci rpondit
 cette demande muette: Et moi, suis-je donc sur un lit de roses?


Et pourtant elle tourne!

Quelque chose dont on est sr et qu'on ne peut dmontrer clairement et
qu'on vous conteste.

Galile, astronome italien, avait la croyance de Copernic au sujet du
mouvement de la terre et tait en contradiction avec Ptolme.

On le mit  la torture et on le condamna  la prison perptuelle, s'il
ne confessait pas ses erreurs. Vaincu, il abjura sur l'vangile. Mais,
aprs, frappant du pied, il s'criait: Elle tourne, pourtant!


La flche du Parthe.

Trait malin dcoch en dernier lieu; mchancet dite en s'en allant.

Les Parthes, cavaliers renomms, avaient l'habitude dans les combats
de simuler une fuite et de lancer, par-dessus l'paule, une flche 
leurs poursuivants; leur retraite tait plus redoutable qu'une
attaque.


Fourches Caudines.

Concession d'argent, d'honneur, arrache aux personnes qui sont 
votre discrtion.

Les Samnites, vainqueurs des Romains, voulurent humilier leur orgueil
et, prs de Caudium, firent dfiler l'arme sous trois fourches
enchevtres; les consuls passrent galement, mais les snateurs s'y
refusrent, firent combattre de nouveau, et les Samnites furent
vaincus.


Hippocrate dit oui et Galien dit non.

Mdecins grec et romain qui furent en contradiction de systme,
quoique tous deux fort savants.

De nos jours, on dit le docteur Tant-Pis et le docteur Tant-Mieux.

Cette phrase s'explique d'elle-mme.


Hippocrate refusant les prsents d'Artaxercs.

Signifie repousser des prsents dont on souponne le but intress, et
ce, malgr votre intrt propre.

Hippocrate, mdecin philosophe, fut appel par Artaxercs pour
s'opposer aux ravages d'une pidmie dans l'arme.

On lui offrit pour ce des prsents.

Hippocrate rpondit que l'honneur lui dfendait d'accepter de l'argent
des ennemis de sa patrie et de les secourir.


Honni soit qui mal y pense.

Signifie que l'on dfie l'opinion au sujet d'un fait d'apparence
quivoque et qui peut tre malignement interprt.

Le roi d'Angleterre, douard III, donnait un bal en l'honneur de la
comtesse de Salisbury; celle-ci, en dansant, laissa tomber sa
jarretire qui tait bleue; le roi la ramassa, et la comtesse se vit
en butte aux sourires quivoques des courtisans: Honni soit qui mal y
pense, messieurs, s'cria douard. Vous qui riez, vous serez peut-tre
trs honors d'en porter une semblable.

Et, ds le lendemain, l'Ordre de la Jarretire fut institu.


Il y a des juges  Berlin.

Phrase que l'on emploie lorsque la force veut primer le droit.

Le roi de Prusse convoitait un moulin qui le gnait pour un point de
vue, et, malgr les offres les plus sduisantes, le propritaire
refusait de le lui vendre. Lors le monarque irrit dit au meunier
rcalcitrant qu'il aurait le droit de s'adjuger ledit moulin, sans
autre forme de procs.

Oui, rpondit le propritaire, si nous n'avions pas de juges 
Berlin.

Le monarque fut dsarm et le meunier garda son bien.

La jolie pice de vers d'Andrieux, _le Meunier Sans-Souci_, raconte
cette histoire tout au long.


J'ai perdu ma journe.

Un jour pass sans faire quelque chose  laquelle on est accoutum.

Titus, surnomm les dlices du genre humain, s'criait qu'il avait
perdu sa journe, lorsque l'occasion de faire du bien ne s'tait pas
prsente.


J'ai trouv!

Se dit communment Eurka.

Exclamation pousse par Archimde lorsqu'il trouva la rgle du
principe hydrostatique qui enseigne que tout corps plong dans l'eau
perd, de son poids, le poids du volume d'eau qu'il dplace.

Se dit lorsque, aprs de longues recherches, on trouve soudainement la
solution qu'on poursuit.


J'avais pourtant quelque chose l!

Regret d'tre empch par la fatalit, une circonstance indpendante,
de faire quelque chose dont on sent qu'on se serait tir  son
honneur.

Andr Chnier, jeune pote, avait clbr en vers la libert; mais, en
voyant les excs commis en ce nom, il les blma galement en vers
nergiques. Dnonc comme suspect, il fut conduit  l'chafaud et il
s'cria en se frappant le front: J'avais pourtant quelque chose l!


Lamentations de Jrmie.

Tourner tout  la tristesse, se plaindre de tout.

Jrmie, un des quatre grands prophtes, assis sur les ruines de
Jrusalem, exhala les plaintes qui sont des pages admirables et que
l'glise rpte encore pendant la semaine sainte.


Pauvre comme Job.

Personne se trouvant subitement dnue de tout aprs avoir t dans
l'opulence et qui se rsigne  son sort sans murmurer.

Un patriarche, du nom de Job, homme juste et craignant Dieu, possdait
des troupeaux immenses, une famille, de beaux enfants. Les Arabes
enlevrent ses troupeaux, et ses enfants furent ensevelis sous leur
maison, renverse par le vent du dsert; puis, le patriarche se vit
couvert de plaies hideuses, sa femme l'insulta et ses amis le
dlaissrent.


C'est un Judas!

Un ami qui vous trahit, personnifie un homme hypocrite et tratre.
Judas, disciple du Christ, vendit son matre pour trente deniers.


Laissez faire, laissez passer.

Politique ou conduite ayant un rle passif, n'intervenant jamais,
laissant tout faire.

Quisnaz, mdecin, chirurgien, agronome, sous Louis XIV, imposa
l'abolition des corves, laissa la libre circulation aux grains, la
suppression des douanes et dit: Laissez faire, laissez passer.

Comme on le voit, cette phrase a perdu entirement son sens primitif.


La lettre tue, mais l'esprit vivifie.

Cet axiome, qu'on applique si frquemment, veut dire qu'il ne faut
pas, dans l'interprtation d'une loi, d'un prcepte, voir seulement le
sens littral, mais chercher l'intention, le sens cach.

Saint Paul, dans son ptre aux Corinthiens, dit: C'est Dieu qui nous
a rendus capables d'tre les ministres de la nouvelle alliance, non
dans la lettre, mais dans l'esprit; car la lettre tue, mais l'esprit
reste.


La parole a t donne  l'homme pour dguiser sa pense.

La paternit de ce mot a t attribue  Talleyrand, mais Campistron,
Voltaire, Harel ont exprim la mme pense en termes qui diffrent
peu, ils sont donc aussi les pres de cette triste vrit.


L'argent n'a pas d'odeur.

Qu'importe la source, pourvu qu'on ait le profit.

Encore une maxime tristement mise en pratique de nos jours.

Vespasien succdant  Vitellius trouva les finances de l'tat dans un
tel dsordre, qu'il mit des impts mme sur les urinoirs publics
(qu'on appelle depuis vespasiennes). Sachant que, dans Rome, on
raillait un peu l'argent provenant d'une telle source, il rpondit:
Qu'importe, l'argent n'a pas d'odeur.


Laver son linge sale en famille.

Les ennuis domestiques, les querelles doivent tre gards entre soi et
non tals aux yeux de tous.

Mot de Napolon dans un discours trs familier, adress aux dputs
le 1er janvier 1814, au sujet de ce qu'avait dit M. Raynouard sur le
compte du marchal Massna.


Lviathan.

Veut dire quelque chose d'norme, de monstrueux.

Lviathan est un monstre de l'criture Sainte.

C'est le nom que les Anglais ont donn au navire le plus grand qui ait
t construit.


Un Mcne.

Celui qui protge les artistes, surtout les lettrs, qui leur adoucit
le chemin.

Mcne, favori d'Auguste, protgea les sciences, les gens de lettres;
Virgile et Horace lui ddirent l'un ses _Gorgiques_, l'autre ses
_Odes_.


Mettre la lumire sous le boisseau.

Veut dire qu'il ne faut pas garder pour soi la science, la vrit, et
qu'il faut contribuer de toutes ses forces  clairer les masses.

Parole de Jsus-Christ dans la parabole du _Semeur_:

_Allume-t-on la lampe pour la mettre sous le boisseau?_


Le veau d'or.

Le peuple hbreu ne voyant pas revenir Mose de la montagne o il
demeura quarante jours, et imbu des ides idoltres des gyptiens,
demanda une idole  Aaron; celui-ci eut la faiblesse de consentir et,
avec les bijoux des femmes qu'il fondit, fit un veau d'or que le
peuple adora.

Mose, de retour, pris d'une sainte colre, renversa le veau d'or, le
rduisit en poudre.

Ce mot signifie maintenant ceux qui n'estiment que la fortune et les
gens riches.


Montagne de Mahomet.

Aller au-devant d'une personne qui ne vient pas  vous; faire les
premiers pas pour obtenir une chose.

Mahomet avait assembl un grand concours de peuple, afin, avait-il
dit, de faire venir une montagne  lui. Il l'appelle, la montagne
reste immobile, naturellement, et le prophte s'cria: Montagne,
puisque tu ne veux pas venir  Mahomet, Mahomet ira  toi.

Ce ton fut tel que le peuple tint le prodige pour accompli.


Nemrod.

Chasseur infatigable, trs adroit.

Nemrod, petit-fils de Cham, passe pour avoir fond Babylone.

L'criture le nomme un grand chasseur devant le Seigneur.


L'oeuf de Christophe Colomb.

Signifie une chose simple que personne n'a pu faire et qu'on trouve
trs facile tant faite.

Colomb, dtract par les jaloux qui trouvaient aprs coup la
dcouverte de l'Amrique toute simple, donna une leon aux envieux.

Se trouvant dans un festin, il prit un oeuf et proposa de le faire
tenir debout sur la pointe; tous essayrent et nul ne russit.

Alors, Colomb saisissant l'oeuf, le frappe lgrement sur son assiette
et l'oeuf tint en quilibre.

--Ce n'tait pas difficile, s'cria-t-on.

--Oui, mais il fallait le trouver, rpondit Colomb avec un sourire
moqueur.


Paris vaut bien une messe.

Chose qui mrite des concessions.

Henri IV abjura le protestantisme pour embrasser le christianisme, qui
tait plus propre  ses intrts, le 25 juillet 1593.

Paris vaut bien une messe, dit-il; ma foi, j'ai fait le saut
prilleux.


Je m'en lave les mains.

Signifie qu'on ne se croit pas responsable des affaires o on a t
ml.

Ponce Pilate, gouverneur de Jude, convaincu de l'innocence de
Jsus-Christ, voulut luder la sentence de mort, mais le peuple le
fora d'abandonner Jsus  la rage de ses bourreaux; alors Ponce
Pilate se fit apporter de l'eau et se lavant les mains dit: Je suis
innocent de la mort de ce juste.


C'est un Pindare!

Se dit des potes qui sans avoir le talent du pote lyrique en ont
l'emphase, les phrases ampoules.

Pindarien se prend toujours au sens ironique.


Le pli d'une feuille de rose le gne.

Sybaris, ville de Laconie, clbre par la mollesse de ses habitants;
un d'entre eux, nomm Sminiride, se plaignit d'une insomnie parce
qu'une des feuilles de roses dont son lit tait jonch, s'tait
replie.


Quart d'heure de Rabelais.

Instant o on doit payer; signifie aussi moment fcheux et
dsagrable.

Rabelais, n'ayant plus d'argent pour payer son cot dans une
htellerie de Lyon et pas d'argent pour rentrer  Paris, disposa dans
sa chambre de petits paquets sur lesquels il crivit le mot poison et
les noms des membres de la famille royale; dnonc, arrt, conduit 
Paris, il fit ainsi le voyage sans bourse dlier.


C'est un quatre-vingt-treize.

Un bouleversement gnral.

Se rapporte  la grande Rvolution.


La queue du chien d'Alcibiade.

Certaine chose extravagante, faite pour tre remarque.

Alcibiade, jeune Athnien, aimait  tonner ses concitoyens par ses
excentricits; il avait un chien qui valait un peu plus de 6000 francs
de notre monnaie et lui coupa la queue, afin que ce fait devnt le
sujet de conversation des Athniens.


Rendez  Csar ce qui appartient  Csar.

En langue ordinaire: chacun son d.

Rponse de Jsus-Christ aux Hrodiens qui lui demandaient s'il tait
permis de payer le tribut  Csar. Jsus demanda  voir la pice, on
lui prsenta un denier, et voyant l'effigie de l'empereur, il
rpondit: Rendez  Csar ce qui appartient  Csar et  Dieu ce qui
appartient  Dieu.


Le ruisseau de la rue du Bac.

Signifie attachement pour le lieu o l'on est n; vient de ce qu'on
aime mieux son pays natal, quelque laid qu'il puisse tre, qu'un autre
pays plus beau.

Mme de Stal, dans sa splendide rsidence de Coppet, regrettait
toujours le petit ruisseau de la rue du Bac, rue o elle habitait 
Paris.


C'est une Saint-Barthlemy.

Excution gnrale, collective.

On emploie souvent ce terme pour dire un grand carnage de gibier.

L'origine de ce mot est le massacre des huguenots qui eut lieu  Paris
le 24 aot 1572, jour de la Saint-Barthlemy,  deux heures du matin,
d'aprs les ordres de Charles IX, pouss par sa mre, Catherine de
Mdicis.


Trouver son chemin de Damas.

Veut dire une illumination soudaine qui transforme nos ides.

Saint Paul, de son nom Saul, fut un des plus ardents perscuteurs des
premiers chrtiens. Un jour sur la route de Damas,  la suite d'un
prodige, il se convertit et devint un aptre fervent du christianisme.


Je suis comme saint Thomas.

Celui qui ne veut pas croire sans preuve.

Saint Thomas, disciple du Christ, disait qu'il ne croirait  la
rsurrection de Jsus que s'il voyait sur ses membres la trace des
clous et s'il mettait les doigts dans ses plaies.

Or, huit jours aprs, le Christ apparut  ses aptres et dit  Thomas
de sonder ses plaies.

Celui-ci, convaincu, rpondit: Vous tes mon Seigneur et mon Dieu.

Lors, Jsus dit: Tu as cru parce que tu as vu; heureux ceux qui n'ont
pas vu et qui ont cru.


Ouvrir le temple de Janus, fermer le temple de Janus.

Veut dire commencer la guerre, faire la paix.

Temple fond  Rome par Numa, ouvert pendant la guerre, ferm pendant
la paix.


Terre promise.

Chose  laquelle on aspire depuis longtemps.

Les Hbreux furent conduits par Mose, qui les dlivra de la captivit
d'gypte,  la conqute de la terre promise; mais, sans cesse en
rvolte, ils errrent quarante ans dans le dsert, sans pouvoir entrer
dans cette terre de dlices; enfin Josu les y introduisit.


Thbade.

Solitude o on vit retir du monde.

Retraite favorite.

La Thbade, division de l'ancienne gypte, avait des dserts o se
rfugirent un grand nombre de chrtiens pour fuir les perscutions,
ou pour vivre de la vie asctique.

[Illustration]




TABLE ALPHABTIQUE


     Accompagnateur (l'), 152

     Agr (mariage), 7

     Ananas (l'), 104

     Audiences (crmonial), 232


     Bague (fianailles, etc.), 10

     Bals (Cendrillon), 146
       -- (conseils pour les), 148
       -- (dguiss), 147
       -- (d'enfants), 146
       -- (de noces), 77
       -- (grands), 132
       -- (invits), 135
       -- (orchestre), 134
       -- (toilettes de), 132

     Banquets (protocole), 126

     Baptme (cadeaux), 52

     Bicyclette, 238

     Billets (de loterie), 219

     Banquets (mariage, etc.), 76

     Bras  offrir (diffrentes opinions),105

     Buffets, 138


     Cadeaux (baptme, communion, trennes, mariage, etc.), 198

     Canne, 213

     Cartes (de visite; les formules), 156

     Causeries, 234

     Crmonial, 40

     Ceux qui nous servent, 190

     Chapeaux (chapitre des), 211

     Charit (ventes de), 218

     Chasse (costume de), 125
       -- (repas de), 125

     Communion (catchisme et premire), 69
       -- (cadeaux de), 71
       -- (costumes de), 70

     Conseils pratiques, 262

     Contrat de mariage, 14

     Corbeille (la), 20

     Cortges (baptme, mariage, etc.) 39

     Cotillon (accessoires), 141
       -- (figures), 141
       -- (nouveauts), 143

     Cour (la), 77

     Coutumes (vieilles), 128

     Couvert, 96


     Dcs (formalits), 244
       -- (lettres de), 255

     Dcouper (celui qui dcoupe et celui qui sert), 112

     Djeuner, 130

     Deuil (toilette de), 246
       -- (usages), 243

     Diner (aprs le), 117
       -- (de crmonie), 88
       -- (de demi-crmonie), 92
       -- (intimes), 93
       -- (de noces), 76

     Duel (formalits), 239
       -- (procs-verbaux), 240


     coles (les diffrentes), 263
       -- (du gouvernement), 266
       -- (primaires), 263

     ducation (des enfants), 64
       -- (des jeunes gens), 66
       -- (physique), 272
       -- (la femme de bon ton), 173
       -- (l'homme bien lev), 175

     glise ( l'autel), 221

     lgances, 215

     Emplois, 287

     Enfants (premire enfance), 59
       -- (savoir-vivre des petits), 60
       -- (vers sept ans), 60

     Enterrements (usages), 246

     trennes, 198

     ventail, 214

     Exposition des prsents, 25


     Faim (l'heure de la), 101

     Fianailles, 11

     Fille (petite), 62

     Filleuls (devoirs) voir Parrainages, 56

     Five o'clock tea, 122

     Fleurs, 258

     Fonts baptismaux, 51

     Formules, 227

     Funrailles, 243


     Garon (petit), 64

     Garden parties, 149


     Instruction (primaire, etc), 262

     Invitations (acceptation), 84
       -- (cartes), 82
       -- (lettres), 83
       -- (refus), 84


     Jeu (le), 155
       -- (petits jeux), 185
       -- (jeux de socit), 185

     Jour (le jour de rception), 163


     Lettres (modles de lettres pour les principales circonstances), 274

     Locutions connues (historique), 290

     Loterie (des billets de), 219

     Lunch, 76


     Mariage (annonce du), 16
       -- (cadeaux de), 24
       -- (catholique), 33
       -- (civil), 30
       -- (contrat), 14
       -- (demande en), 1
       -- (d'une demoiselle ge), 74
       -- (demoiselle d'honneur), 35 et suiv.
       -- (formalits), 27
       -- (garon d'honneur), 35 et suiv.
       -- (isralites), 44
       -- (lettres de part du), 16
       -- (protestant), 44

     Mariage (second), 73

     Marraines, 52

     Mdecin (le), 183

     Mnage (les coulisses du), 95

     Mnage (couvert), 96

     Menus, 89

     Mots (les) qu'on cite, 290


     Naissance (la), 46
       -- (billets de part), 48
       -- (dclaration), 46
       -- (toilette), 48

     Noces d'argent, 74

     Noces d'or, 75

     Nourrice (la), 57


     Papier  lettres, 222

     Parapluie, 213

     Parrainages, 56

     Politesse (dans la rue), 201

     Prcepteurs et Professeurs, 66

     Prtre (le), 182


     Qutes (les), 42


     Recevoir (la faon de), 195

     Rceptions (les), 163

     Repas (champtres), 215
       --    (de chasse), 125

     Repas (exceptionnels), 119
       -- (de Pques), 121
       -- (de funrailles), 126
       -- (pique-nique), 216
       -- (rveillon), 120
       -- (Rois), 119

     Restaurant (au), 205


     Salut (le), 171

     Savoir-vivre (le), v

     Service (le), 98

     Shake hand, 203

     Soupers, 138

     Spectacle (au), 206


     Table (), 108

     Toilettes, 37

     Trousseau, 22


     Ventes de charit, 218

     Vers sept ans, 60

     Veuvage, 25

     Visites (les), 160

     Voyages (de noces), 78




TABLE DES CHAPITRES


     Savoir-vivre                                               v

     La demande en mariage                                      1

     Agr                                                      7

     Bague des fianailles                                     10

     Le contrat                                                14

     Les lettres de faire part d'un
     mariage                                                   16

     La corbeille                                              20

     La question des cadeaux                                   24

     Formalits lgales du mariage                             27

     Mariage  la mairie                                       30

     Formalits du mariage catholique                          33

     A l'autel                                                 35

     Toilette de la marie                                     37

     Cortge (mariage)                                         39

     Crmonial (mariage)                                      41

     Autour du berceau                                         46

     Sur les fonts baptismaux                                  51

     Parrainages                                               56

     La nourrice                                               57

     La premire enfance                                       59

     La petite fille                                           62

     Le petit garon                                           64

     Prcepteur et professeur                                  66

     Catchisme et premire communion                          69

     Second mariage                                            73

     Dner de noces                                            76

     Les voyages de noces                                      78

     Les visites de noces                                      80

     Les invitations  dner.--Les
     repas                                                     81

     Le dner.--Habituels usages                               87

     Les grands dners                                         88

     Dners de demi-crmonie                                  92

     Dners intimes                                            93

     Coulisses du mnage                                       95

     Le service                                                98

     L'heure de la faim                                       101

     L'ananas                                                 104

     La question du bras                                      105

     A table                                                  108

     Celui qui dcoupe et celui qui
     sert                                                     113

     Aprs le dner                                           117

     Les repas exceptionnels                                  119

     Five o'clock tea                                         122

     Les vieilles coutumes franaises                         128

     Les djeuners                                            130

     Les bals                                                 131

     Buffets.--Soupers                                        138

     Cotillon                                                 141

     Garden parties                                           149

     Soires                                                  151

     L'accompagnateur et celui qui
     tourne les pages                                         152

     Le jeu                                                   154

     La carte de visite                                       156

     Les visites                                              160

     Le jour de rception                                     163

     Le salut                                                 171

     La femme de bon ton                                      173

     L'homme bien lev                                       175

     Le jeune homme                                           178

     La jeune fille                                           180

     Le prtre                                                182

     Le mdecin                                               183

     Les petits jeux                                          185

     Ceux qui nous servent                                    190

     La faon de recevoir                                     195

     Cadeaux d'trennes                                       198

     La politesse dans la rue                                 201

     Shake-hand                                               203

     Au restaurant                                            205

     Au spectacle                                             206

     Le chapitre des chapeaux                                 211

     Canne, parapluie, ventail                               213

     lgances                                                215

     Ventes de charit                                        218

     A l'glise                                               221

     Notre correspondance                                     222

     Les audiences                                            232

     Causeries                                                234

     La bicyclette                                            238

     Le duel                                                  239

     Au del de la vie. Les coutumes
     du deuil                                                 243

     Les lettres de dcs                                     255

     Les visites de condolance                               256

     Les fleurs                                               258

     Conseils pratiques (instruction
     des enfants et des jeunes gens)                          262

     Emplois                                                  287

     Les mots qu'on cite                                      290




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Foundation as set forth in Section 3 below.

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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit:  www.gutenberg.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

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     www.gutenberg.org

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