The Project Gutenberg EBook of Dictionnaire raisonn des onomatopes
franaises, by Charles Nodier

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Title: Dictionnaire raisonn des onomatopes franaises

Author: Charles Nodier

Release Date: December 7, 2012 [EBook #41577]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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DICTIONNAIRE

RAISONN

DES ONOMATOPES

FRANAISES,

PAR CHARLES NODIER.

ADOPT

Par la Commission d'Instruction publique,

POUR LES BIBLIOTHEQUES DES LYCES.


PARIS,

DEMONVILLE, Imprimeur-Libraire,

rue Christine, N. 2.

1808.




A

MONSIEUR OUDET,

BIBLIOTHCAIRE DE LA POLICE GENERALE.

HOMMAGE

_De l'estime et de la reconnaissance._




PRFACE.


On a desir quelquefois un dictionnaire des Onomatopes franaises. On a
cru que ce recueil serait utile  ceux qui tudient notre langue, et je
souhaite que mon ouvrage ne trompe pas cette esprance.

Il y a, sans doute, peu de mrite  ces sortes de compilations. Ce sont
de ces travaux qui, suivant l'expression de Duverdier, exigent plus de
zle que de talent, et plus de patience que d'industrie. Mais c'est en
cela mme qu'ils sont dignes de quelque considration, quand ils
atteignent leur but, puisqu'ils supposent  la fois du dsintressement
et du courage. On connat ces vers de Scaliger:

    _Si quem dura manet sententia judicis olim,
        Damnatum aerumnis suppliciisque caput:
    Hunc neque fabrili lassent ergastula massa,
        Nec rigidas vexent fossa metalla manus.
    Lexica contextat: nam, caetera quid moror? Omnes
        Poenarum facies hic labor unus habet._

L'Onomatope, dit Dumarsais, est une figure par laquelle un mot imite
le son naturel de ce qu'il signifie. On rduit sous cette figure les
mots forms par imitation du son, comme le _glouglou_ de la bouteille:
le _cliquetis_, c'est--dire le bruit que font les boucliers, les pes,
et autres armes en se choquant: le _tric trac_ qu'on appelait autrefois
_tic tac_, sorte de jeu assez commun, ainsi nomm du bruit que font les
dames et les dez dont on se sert  ce jeu: _tinnitus acris_, tintement,
c'est le son clair et aigu des mtaux: _bilbire_, _bilbit amphora_, la
petite bouteille qui fait glouglou, on le dit d'une petite bouteille
dont le goulot est troit: _taratantara_, c'est le bruit de la
trompette,

    _At tuba terribili sonitu taratantara dixit._

C'est un ancien vers d'Ennius au rapport de Servius. Virgile en a
chang le dernier hmistiche qu'il n'a pas trouv assez digne de la
posie pique; voyez Servius sur ce vers de Virgile:

    _At tuba terribilem sonitum procul aere canoro
    Increpuit._

_Cachinnus_, c'est un rire immodr. _Cachinno, onis_, se dit d'un
homme qui rit sans retenue. Ces deux mots sont forms du son ou du bruit
que l'on entend, quand quelqu'un rit avec clat.

Il y a aussi plusieurs mots qui expriment le cri des animaux, comme
_bler_, qui se dit des brebis.

_Baubari_, aboyer, se dit des gros chiens. _Latrare_, aboyer, hurler,
c'est le mot gnrique. _Mutire_, parler entre les dents, murmurer,
gronder comme les chiens. Les noms de plusieurs animaux sont tirs de
leurs cris, sur-tout dans les langues originales.

_Upupa_, huppe, hibou.

_Cuculus_, qu'on prononait coucoulous, un coucou, oiseau.

_Hirundo_, une hirondelle.

_Hulula_, une chouette.

_Bubo_, un hibou.

_Gracculus_, un choucas, espce de corneille.

_Gallina_, une poule...

Le nom de cette figure est compos de deux mots grecs, _onoma_,
_nomen_, et _poo_, _fingo_. _Nominis seu vocabuli fictio._

Il paratra, peut-tre, tonnant qu'on ne puisse citer sur l'Onomatope
que cette notice imparfaite, et -peu-prs insignifiante. Elle n'a t
traite qu'en passant par Dumarsais, parce que les dtails auxquels elle
aurait pu le conduire taient trangers au plan et  la marche de son
ouvrage. Ici mme, il serait hors de propos d'puiser cette matire, et
de rassembler les raisonnemens qui attestent que les langues n'ont pas
eu d'autre type, et n'ont pas suivi dans leur formation d'autre mode que
cette figure. En attendant que je puisse offrir au public le rsultat
des tudes dont cette question a t pour moi l'objet, je dois me borner
 des applications purement classiques; et si j'y attache cependant
quelques considrations lmentaires qui feront pressentir mon systme,
c'est que j'ai cru qu'il toit ncessaire  la tte d'un recueil
d'Onomatopes, de donner de l'Onomatope une ide plus distincte et plus
prcise que celles qu'on puiserait dans les vagues dfinitions des
rhteurs.

    La parole est le signe de la pense,
    L'criture est le signe de la parole.

Pour faire passer une sensation dans l'esprit des autres, on a d
reprsenter l'objet qui la produisait par son bruit ou par sa figure.

Les noms des choses, parls, ont donc t l'imitation de leurs sons, et
les noms des choses, crits, l'imitation de leurs formes.

L'Onomatope est donc le type des langues prononces, et l'hieroglyphe,
le type des langues crites.

Les tres qui n'ont pas des formes propres et des bruits particuliers
n'ont t dnomms que par analogie, soit dans le langage, soit dans
l'criture.

Les abstractions morales qui sont plus ou moins postrieures 
l'tablissement des premires socits, du moins en trs-grande partie,
ont d tre dnommes, conformment  la mme rgle.

Les premiers rapports des choses sensibles et des choses
intellectuelles, tels qu'ils ont t saisis par des sens neufs, ayant
chapp  nos organes,  travers la succession des temps, ne peuvent
tre que difficilement retrouvs. Les motifs qui ont dtermin la
dsignation de ces ides, tant assez gnralement perdus, il restera
dans les langues une partie qu'on peut appeler la langue abstraite, et
dont l'origine ne se dmontrera que par une longue suite d'analyses et
de comparaisons.

L'autre partie s'expliquera d'elle-mme. La nature se nomme.

On aurait tort de conclure, cependant, que suivant les principes que
j'mets, tous les hommes dussent parler la mme langue, ou que toutes
les langues du moins, dussent rapporter leurs termes aux mmes racines;
car, non-seulement, les objets physiques ne nous apparaissent pas  tous
sous les mmes rapports, en raison de la varit de notre organisation;
mais encore il n'en est aucun qui ne puisse nous apparatre sous un
grand nombre de rapports diffrens, parmi lesquels notre choix s'est
fix quand il s'est agi de dterminer des signes. Il n'est donc pas
surprenant que dans des temps postrieurs  la cration d'une langue
premire, et aprs de grandes rvolutions du globe qui ont dispers les
hommes et effac les traditions, on en soit venu  reconstruire de
nouvelles langues, formes sur des racines nouvelles; mais le procd
aura t le mme, l'analyse de ces langues n'exigera que le mme genre
d'tudes, et on remontera par elles, comme par les langues
antrieurement parles, aux racines naturelles, seule et vritable
source de tout idiome.

Il en sera de mme des mots  sens abstrait ou figur, car l'esprit ne
fait pas par-tout les mmes comparaisons et ne saisit pas toujours les
mmes analogies. Tel aperoit entre deux objets une relation qui n'y
sera point pour les autres, ou qui ne se rvlera  leur esprit qu'au
moyen d'une srie d'observations moins rapides.

Ces modifications dans la nature des sons dont se composent les langues,
dpendent de toutes sortes d'influences dont il serait trop long
d'examiner l'effet; mais celle des climats s'y fait sur-tout
reconnatre. Dans le vocabulaire des pays chauds, tous les mots sont
vocaux et fluides. Le grec a une emphase majestueuse, comme le bruit des
flots du Pne. L'italien roule dans ses syllabes sonores, le murmure
des cascatelles et le frmissement des oliviers. Dans celui des pays
froids, tous les mots sont rudes et consonnans; leurs sons retentissans
et heurts rappellent la rumeur des torrens, le cri des sapins que
l'orage courbe, et le fracas des rocs qui s'croulent.

L'extension des sons radicaux qui expriment une chose bruyante  des
sensations d'un autre ordre, n'est pas plus difficile  comprendre.
Parmi les sensations de l'homme, il n'y en a qu'un certain nombre qui
soient propres au sens de l'oue, mais comme c'est  ce sens que
s'adresse la parole, et que c'est par lui qu'elle transmet le signe de
l'objet qui nous frappe, toutes les expressions paraissent formes pour
lui. Des sons ne peuvent exprimer par eux-mmes les sensations de la
vue, du got, du tact et de l'odorat, mais ces sensations peuvent se
comparer jusqu' un certain point avec celle de l'oue, et se rendre
manifestes par leur secours. Ces comparaisons n'ont rien d'ailleurs qui
ne soit naturel et facile. C'est  elles que toutes les langues doivent
les figures et tout concourt  prouver que le langage de l'homme
primitif tait trs-figur.

Quand on dit qu'une couleur est clatante, par exemple, on n'entend
point par l qu'une couleur puisse produire sur l'organe auditif la
sensation d'un bruit violent, comme celui dont la racine du mot
_clatant_ est l'expression; mais bien que cette couleur produit sur
l'organe visuel une sensation vive et forte comme celle  laquelle on la
compare.

L'impression que font prouver  l'organe du got les substances acres,
pres ou aigres, n'est accompagne d'aucun bruit qui reproduise 
l'oreille la racine de ces mots qualificatifs; mais elle rappelle 
l'organe de l'oue les impressions qui ont agi sur lui d'une manire
analogue. Si on tait port  croire que ces ides sont forces, et que
l'esprit ne fait pas aisment les comparaisons de sensations, il
suffirait de jeter un coup-d'oeil sur les posies primitives qui en sont
remplies, ou de donner un instant  la conversation d'un homme ingnieux
et simple. Le langage des enfans abonde en figures de cette espce, et
au dfaut du terme propre, ils emploient souvent le signe d'une
sensation trangre pour reprsenter la leur. Les femmes qui ont la
sensibilit plus dlicate, et qui saisissent plus vte les rapprochemens
les plus fins, en font aussi un grand usage. Enfin, on peut dire que les
sens se servent si ncessairement les uns les autres, que sans les
emprunts qu'ils se font, on ne pourrait gure peindre qu'imparfaitement
les effets qui leur sont propres, et qu'il n'y a rien qui en rende la
perception plus exacte et plus profonde.

Indpendamment des mots forms par imitation, il y a dans les langues un
trs-grand nombre de mots qui sans avoir la mme origine n'en sont pas
moins composs trs-naturellement, et doivent tre rapports  la mme
figure, c'est--dire,  l'Onomatope, littralement, _fiction de nom_.

Par exemple, chaque touche vocale tant approprie  deux ou trois sons
particuliers, on ne s'tonnera pas que le nom de ces touches ait t
construit sur les sons auxquels elles taient affectes. C'est ce que
j'appellerais langue mcanique. Ainsi, la lettre labiale B a dsign
initialement ds le commencement des langues l'organe qui la forme.

Les lettres dentales D et P ont caractris les dents.

Les lettres gutturales G et K expriment universellement l'ide de gorge
et de gosier.

La nazale N indique le nez.

La lettre L a t consacre  la langue, parce qu'elle est le plus
liquide des sons que la langue forme, et que la langue, pour la
prononcer, ne faisant qu'agir contre la vote du palais, en parat
d'abord la seule touche et le seul agent.

Qui ne voit quelles immenses gnrations, cette petite quantit de mots
a pu fournir, et jusqu' quel point leurs drivations ont d s'tendre
dans les langues?

Ensuite, en considrant, avec tous les philosophes qui ont analys la
parole, les sons simples ou vocaux comme la premire langue de l'homme,
et en passant de l aux sons compliqus, ou consonnans, qui ont d se
succder suivant le degr de facilit de leur prononciation, nous
verrons les langues s'enrichir d'une immense famille d'expressions
galement naturelles, et c'est ce que j'appelle la langue purile, parce
qu'elle se retrouve toute entire dans le premier langage des enfans.

Le desir, la haine, l'pouvante, le plaisir, toutes les passions que
peut prouver l'homme si voisin de son berceau, ne se manifestent
d'abord que par une mission de sons simples, de cris ou de vagissemens.
C'est sa langue vocale.

Il invente de nouvelles lettres  mesure que ses organes se dveloppent,
et qu'il commence  juger de leurs rapports et de leurs actions
rciproques. Il apprend l'emploi des touches de la parole. C'est sa
langue consonnante ou articule.

Mais comme il ne s'en instruit que lentement, et dans un ordre
successif, en allant du plus simple au plus compos, les sons dont
l'artifice est le plus facile sont les premiers qu'il saisisse, et par
consquent les premiers qu'il attache  ses ides. Telles sont les
lettres labiales.

Aussi observe-t-on que ces lettres sont les caractristiques de toutes
les ides essentiellement premires qu'admet l'esprit des enfans. C'est
par elles qu'ils dsignent presque toutes les choses qui les touchent
immdiatement, comme le _bien_ et le _mal_ physique, les rapports de
_parent_ les plus prochains, le _boire_, le _manger_, l'action mme de
_parler_, etc.

Parcourez les peuples de l'univers, anciens et modernes, dit M. de
Brosse; vous verrez que dans tous les sicles et dans toutes les
contres, on employe la lettre de lvre, ou  son dfaut la lettre de
dent, ou toutes les deux ensemble, dans la construction des mots
enfantins qui reprsentent ceux de _pre_ et de _mre_.

Le Chananen, continue-t-il, l'Hbreu, le Syriaque, l'Arabe, et autres
drivs de l'Assyrien et du Phnicien, que nous n'avons plus, disent
_aB_, _aBBa_, _aVa_, _aBoh_, _aBou_;

Le Grec, le Latin, l'Italien, l'Espagnol, le Franais: _PaTer_, _PaDre_,
_Pre_;

L'Istrien, le Catalan, le Portugais, le Gascon: _Pari_, _Para_, _Pae_,
_Paire_;

Le Tudesque, le Francisque, l'Anglo-Saxon, le Belgique, le Flamand, le
Frison, le Rhunique, le Scandinave, l'cossais, l'Anglais, l'Allemand,
le Persan, et autres qui paraissent drivs du Scythe: _FaDer_, _FaTer_,
_VaTTer_, _VaDer_, _PaDer_, _Payer_, _Peer_, _Feer_, _FoeDor_, _FaDiir_,
_FaTher_, _FaTTer_, etc.

L'Arcadien, _FaVor_;

Le Malabare, _PiTaVe_;

Le Chingulais de l'le Ceylan, _PiTa_;

L'Ethiopien, l'Abyssin, le Mlindien des Ctes d'Afrique, et autres qui
paraissent drivs de l'Arabe: _aBi_, _aBBa_, _aBa_, _BaBa_;

Le Turc, _BaBa_;

Le Moresque, _aBB_;

Le Sarde, _BaBu_;

L'ancien Rhoetique, _PaPa_;

Le Hongrois, _aPa_;

Le Malais de l'Inde et du Bengale, _BaPPa_;

Le Balie des Siamois, _Poo_;

Le Mogol, _BaaB_;

Le Tangut, _haPa_;

Le Thibet, _Fa_;

Le Hottentot, _Bo_;

Les Chinois, l'Annamitique du Tunquin, _Fu_, _Phu_;

Le Tartare, _BaBa_;

Le Mantcheou, _aMa_;

Le Tunguz, _aMin_;

Le Georgien et l'Ibrien, _MaMa_;

Le Carabe, _BaBa_;

Le Gronlandais, _uBia_;

Le Galibis, _BaBa_;

Le Sauvage de la rivire des Amaznes, _PaPe_;

Le Kalmouck, _aBega_;

Le Samode, _aBaM_;

Le Moluquois, _BaPa_;

Le Tamoul, _BiTa_, _ViDa_;

Passant ensuite  la lettre de dent, le mme Savant rapporte les
synonimies de l'Egyptien, du Cophte, de l'Africain d'Angola, qui disent
_TaauT_, _TheuT_, _ThoT_, _ToT_;

L'Africain du Congo dit _TaT_;

Le Cimrac, le Celtique, l'Armorique, le Bas-Breton, le Gallois, le
Cantabre disent _TaaT_, _TaaD_, _TaD_, _TaTh_, _Taz_, _aiTa_;

L'Irlandais, _naThair_;

Le Gothique, _aTTa_;

L'Epirote, _aTTi_;

Le Frison, _haiTe_;

Le Valaque, _TaTul_;

L'Esclavon, le Russe, le Polonais, le Bohmien, le Dalmate, le Croate,
le Vandale, le Bulgare, le Servite, le Carnique, le Lusacien, et autres
drivs de l'ancien Illyrien et de l'ancien Sarmate: _oTTsc_, _oTsche_,
_oTshe_, ou par corruption, _oize_, _woTzo_, _wschzi_, _oTzki_,
_wosche_;

Le Sauvage de la Nouvelle Zemble, _oTcze_;

Le Lapon, _aTTi_;

Le Livonien, le Curlandais, le Prussien, le Lithuanien, le
Mecklenbourgeois: _TaBas_, _Tewes_, _Tews_, _Thawe_, _Tewe_;

Le Hongrois, _aTyank_, _aTya_;

Les Sauvages du Canada, _aisTan_, _ayTan_, _ouTa_, _aDatti_;

Le Huron, _aihTaha_;

Le Gronlandais, _aTTaTa_;

Le Mexicain, _TaThli_;

Le Brasilien, _TuBa_;

Le Sybrien, _aTa_;

Le Russe, _oTeTze_, etc.

Je ne serais mme point tonn qu'on m'allgut que la lettre dentale de
l'une et de l'autre touche parat dj d'un artifice un peu difficile
pour ces premiers essais de la parole, et que l'exprience prouve
d'ailleurs que les enfans ne l'employent point successivement, mais
simultanment avec les lettres labiales. Il sera ais de rpondre 
cette objection, en rappelant simplement que l'articulation de cette
lettre nous est apprise, en quelque sorte, ds le premier jour de la
vie, puisque la succion du sein de la mre se fait ncessairement avec
un petit claquement de la langue contre la partie la plus extrieure du
palais,  l'origine des dents, ou plutt vers la place qu'elles doivent
occuper, et que ce bruit ne peut tre reprsent que par la lettre
dentale douce ou forte. Aussi, voit-on que le son _thet_ ou _theta_,
reprsent chez les Grecs par une lettre qui a la forme de la mamelle
avec son mamelon, est, dans toute les langues connues, le type ou la
racine des signes servant  exprimer les ides qui ont rapport 
l'action de teter, comme de ceux qui dsignent les premires relations
de parent.

Veut-on s'assurer de l'affinit de la langue purile et de la langue
primitive dans leurs progrs? Que l'on consulte les vocabulaires
recueillis par les voyageurs et les missionnaires chez les peuples
inciviliss, on verra que presque tous leurs mots sont composs de
voyelles et de consonnes des premires touches.

C'est encore guid par le mme principe d'imitation et d'analogie, que
l'homme a compos un grand nombre de mots, d'aprs l'affinit de nature
qu'il a cru apercevoir entre le son de certaines lettres et l'esprit de
certaines ides. La lettre _h_, par exemple, voyelle indtermine, ou
plutt signe particulier d'aspiration, qu'on attache quelquefois aux
voyelles, fut propre  exprimer imitativement tous les accidens de la
respiration humaine; mais en la considrant sous le rapport de son
esprit, et en prenant gard  la manire dont elle est forme, qui a
quelque chose d'un empressement avide, d'une rapacit impatiente, on la
consacra  reprsenter les ides qui ont rapport  l'action de saisir ou
de drober. La palatale roulante R peignait  l'oreille un bruit
mchanique engendr par le mouvement circulaire des corps; et comme on
ne peut faire rendre ce son  la touche, par un mouvement simple et
indcomposable de la langue, mais seulement par un _frlement_ rapide et
prolong de cet instrument, il est devenu le caractre de tous les
signes par lesquels on avait  rendre l'ide de continuit, de
rptition, de renouvellement; et cela s'est opr d'une manire si
naturelle, qu'il est commun dans les langues de le voir unir
capricieusement et sans rgles  toutes les espces de mots dans
lesquels on a besoin d'indiquer la rproduction ou la multiplicit
d'action, et que le peuple l'employe tous les jours arbitrairement  cet
usage.

On peut remarquer, dit M. de Chteaubriand sur ce sujet, que la
premire voyelle de l'alphabet se trouve dans presque tous les mots qui
peignent les scnes de la campagne, comme dans _charrue_, _vache_,
_cheval_, _labourage_, _valle_, _montagne_, _arbre_, _pturage_,
_laitage_, etc.; et dans les pithtes qui ordinairement accompagnent
ces noms, tels que _pesante_, _champtre_, _laborieux_, _grasse_,
_agreste_, _frais_, _dlectable_, etc. Cette observation tombe avec la
mme justesse sur tous les idiomes connus. La lettre _a_ ayant t
dcouverte la premire, comme tant la premire mission naturelle de la
voix, les hommes, alors pasteurs, l'ont employe dans tous les mots qui
composaient le simple dictionnaire de leur vie. L'galit de leurs
moeurs et le peu de varit de leurs ides, ncessairement teintes des
images des champs, devaient aussi rapeler le retour des mmes sons dans
le langage. Le son de l'_a_ convient au calme d'un coeur champtre et 
la paix des tableaux rustiques. L'accent d'une ame passionne est aigu,
sifflant, prcipit; l'_a_ est trop long pour elle: il faut une bouche
pastorale qui puisse prendre le temps de le prononcer avec lenteur. Mais
toutefois il entre fort bien encore dans les plaintes, dans les larmes
amoureuses, et dans les nafs _hlas_ d'un chvrier. Enfin, la nature
fait entendre cette lettre rurale dans ses bruits, et une oreille
attentive peut la reconnatre diversement accentue, dans les murmures
de certains ombrages, comme dans celui du tremble et du lire, dans la
premire voix ou la finale du blement des troupeaux, et la nuit dans
les aboiemens du chien rustique.

L'Onomatope est d'un grand secours aux potes, puisqu'elle est comme
l'ame de l'harmonie pittoresque et de la posie imitative.

    Quels qu'ils soient, aux objets conformez votre ton.
    Ainsi que par les mots exprimez par le son.
    Peignez en vers lgers l'amant lger de Flore.
    Qu'un doux ruisseau murmure en vers plus doux encore.
    Entend-on d'un torrent les ondes bouillonner?
    Le vers tumultueux en roulant doit tonner,
    Que d'un pas lent et sourd le boeuf fende la plaine,
    Chaque syllabe pse, et chaque mot se trane.
    Mais si le daim lger bondit, vole et fend l'air,
    Le vers vole et le suit aussi prompt que l'clair,
    Ainsi de votre chant la marche cadence
    Imite l'action et note la pense.

On voit qu'indpendamment des Onomatopes nombreuses qu'a employes le
pote, il a trouv un autre moyen d'harmonie dans le concours heureux de
certains mots choisis, qui sans tre imitatifs par eux-mmes, produisent
cependant une imitation parfaite.

    Que d'un pas lent et lourd le boeuf fende la plaine.

Ce vers, par exemple, est compos de monosyllabes durs et heurts qui
reprsentent trs-bien la marche du boeuf, et qui la notent exactement 
l'oreille.

Tout le monde se rappelle cet admirable passage de Boileau, dans le
pome du _Lutrin_:

    Ses ais demi pourris que l'ge a relchs
    Sont  coup de maillet unis et rapprochs.
    Sous les coups redoubls tous les bancs retentissent;
    Les murs en sont mus, les votes en mugissent,
    Et l'orgue mme en pousse un long gmissement.
    Que fais-tu, chantre, hlas! dans ce triste moment?
    Tu dors d'un profond somme.

Cet hmistiche ne le cde en rien au _procumbit humi bos_ de Virgile.

Ces exemples ne sont pas rares chez les Latins, et sur-tout dans ce
dernier pote. Il n'est personne qui n'ait entendu citer ces vers d'une
si riche harmonie:

    _Tum ferri rigor atque argutae lamina serrae._

    _Quadrupedante putrem sonitu quatit ungula campum._

    _Necdum etiam audierant inflari classica, necdum
    Impositos duris crepitare incudibus enses._

    _Luctantes ventos, tempestatesque sonoras._

    _Continu ventis surgentibus, aut freta ponti.
    Incipiunt agitata tumescere, et aridus altis
    Montibus audiri fragor, aut resonantia long
    Littora misceri, et nemorum increbrescere murmur._

On est mme parvenu  exprimer les diffrentes passions de l'ame, au
moyen de la seule prosodie.

                Ses gardes affligs
    Imitaient son silence autour de lui rangs:
    Il suivait tout pensif le chemin de Mycnes,
    Sa main sur ses chevaux laissait flotter les rnes;
    Ces superbes coursiers qu'on voyait autrefois
    Pleins d'une ardeur si noble obir  sa voix,
    L'oeil morne maintenant et la tte baisse
    Semblaient se conformer  sa triste pense.

Et dans Virgile:

    _Extinctum Nymphae crudeli funere Daphnim
    Flebant._

Mais autant ces belles combinaisons sont agrables et ingnieuses,
autant est misrable l'abus qu'on en a fait quelquefois, et
principalement de nos jours. Puisqu'on a os reprocher  Racine un
emploi trop recherch de l'Onomatope dans certains vers d'_Andromaque_
et de _Phdre_, que doit-on penser, en effet, de ces pomes descriptifs
devenus si communs, et qui ne sont,  dire vrai, qu'un entassement
laborieux d'expressions tudies? Cette affectation est tout--fait
indigne d'un vrai pote, et le rsultat de tant d'efforts minutieux
n'est bon qu' augmenter le nombre de ces _nugae difficiles_ si
mprises des gens de got. Il me serait trop ais de montrer  quel
point on a port rcemment ce travers d'esprit, et ce que j'en dirais ne
serait peut-tre pas sans utilit; mais qu'il me suffise de rappeler la
description de l'alouette, par Dubartas, qui est le prototype de toutes
les sottises qu'on a faites ds-lors en ce genre.

Je ferai la mme observation sur les mots purement factices que des
auteurs peu dlicats dans le choix des termes, ont cru pouvoir crer
pour exprimer des sons qu'ils ne savaient pas imiter autrement. Si une
pareille fantaisie tait de nature  devenir contagieuse, la langue
serait bientt inonde d'onomatopes barbares, et n'offrirait plus
qu'une suite de cacophonies intolrables. Le vers macaronique, qui peint
les clats de l'escopette, et le _taratantara_ d'Ennius sont de cette
espce; mais il n'y a rien de comparable, parmi les abus de l'harmonie
imitative et du langage factice, au _breke ke koax_ de J.-B. Rousseau.
Il est d'ailleurs important de remarquer qu'il n'est donn qu'aux potes
d'un grand talent d'employer heureusement les effets d'une harmonie
rauque et pnible. On ne choque impunment l'oreille, qu'autant qu'il le
fallait pour ajouter  la force et  l'clat de la pense. Ce sont de
ces licences qui veulent tre justifies par le succs, et qu'on ne
pardonne qu'en faveur de l'impression qu'elles produisent.

Je parlerai maintenant du plan que je me suis trac pour la composition
de ce Dictionnaire. Mon premier projet tait de recueillir les
Onomatopes de tous les peuples, et de faire ainsi un espce de lexicon
polyglote de tous les sons naturels qui restent dans les langues, de
manire  remonter, en quelque sorte,  une langue commune et primitive,
indpendante des conventions particulires, et universellement
intelligible. Mais, sans compter les difficults essentielles que mon
impuissance aurait opposes  l'excution de cet ouvrage, ainsi conu,
et les circonstances qui ont restreint mes recherches, il m'a sembl
qu'une numration raisonne des Onomatopes franaises remplirait assez
bien le dessein le plus important que je me sois propos, qui est
d'pargner un soin incommode et futile, et de prsenter, sous un cadre
troit, une srie de rapprochemens curieux  ceux que ce genre
d'observations intresse, et qui peuvent en tirer parti pour leurs
tudes.

J'ai cru cependant ne pas devoir ngliger les principales Onomatopes
que les langues mortes ou trangres ont consacres; mais je ne les ai
recueillies qu'autant qu'elles avaient rapport  des Onomatopes
franaises, et qu'il rsultait de leur analogie une comparaison
instructive et piquante.

Je ne me suis point attach  rassembler tous les mots dont un son
naturel a pu tre la racine. Je crois ces mots trs-nombreux, mais
inutiles  mon plan. Je crois mme qu'il n'y en a presque point qu'on ne
drive au besoin de cette espce d'origine, soit immdiatement, soit par
extension. On pourra voir quelques-unes de leurs immenses gnrations,
dans le systme de M. Court de Gbelin, systme spirituel et sduisant,
mais encore un peu conjectural, comme tous les systmes, et dans
l'ouvrage non moins docte et non moins ingnieux que prpare un crivain
de l'amiti duquel j'aime  m'honorer, M. David de Saint-Georges. Je
rpte que si l'avenir me laisse quelques loisirs, et que ce faible
essai m'obtienne un seul encouragement de l'indulgence, j'entreprendrai
sans doute un jour de jeter quelque lumire sur cette partie importante
de la grammaire gnrale, et d'appliquer d'une manire plus complte ma
thorie des tymologies naturelles. En attendant, il n'y aura ici que
des Onomatopes incontestables et frappantes, et qu'il sera ais de
ramener  leur racine, sans le secours d'une analyse laborieuse.

Je n'ai pas cherch non plus  rapporter  chaque Onomatope spcifique
toutes les expressions qui en sont composes dans notre langue, et tous
les modes qu'elle a subis, si ce n'est quand il a pu sortir de cette
aride numration des observations de quelque intrt. Ceux  qui ces
drivations ne paratraient pas si superflues, les retrouveront sans
peine en partant du mot typique.

Enfin, j'ai rang sous le mme titre, et  leur rang alphabtique, un
certain nombre d'Onomatopes que notre langue n'a point encore admises,
mais qui sont comme naturalises par l'usage que d'excellens crivains
en ont fait. Les Onomatopes anciennes qui sont tombes en dsutude
avec une partie de notre langue, trouveront place dans cet ouvrage
toutes les fois qu'elles me sembleront bonnes  conserver, et que je
n'en verrai pas l'quivalent dans les vocabulaires modernes; mais pour
viter les mprises qui proviendraient d'une telle confusion, je
distinguerai ces deux familles de mots inusits, par l'astrisque en
tte de l'article.

Qu'on me permette d'ajouter  ce propos que si la manie du nologisme
est extrmement dplorable pour les lettres, et tend insensiblement 
dnaturer les idiomes dans lesquels elle se glisse, il n'en serait pas
moins injuste de repousser sous ce prtexte, un grand nombre de ces
expressions vives, caractristiques, indispensables, dont le gnie fait
de temps en temps prsent aux langues. Il n'appartient  personne
d'arrter irrvocablement les limites d'une langue, et de marquer le
point o il devient impossible de rien ajouter  ses richesses.
Voltaire, pour qui la ntre tait si opulente et si fconde, l'accuse
d'tre une _gueuse_ fire  qui il faut faire l'aumne malgr elle.
J'avoue que je me suis souvent tonn de la voir exclure tel mot qu'elle
ne peut remplacer que par une priphrase languissante, et le
dictionnaire que je soumets au public en renferme quelques-uns de ce
genre. C'est une tmrit qui avait besoin d'apologie.

Au reste, on insistera moins sur le reproche qu'elle devrait me mriter,
si on daigne se rappeler que la classe de littrature de l'Institut fait
esprer un dictionnaire qui ne laissera plus de doute sur la valeur des
mots que notre langue a acquis ou qu'elle a tent de ressusciter dans
ces derniers temps. En attendant le monument que cette savante compagnie
se propose d'lever, l'homme de lettres peut lui apporter des matriaux,
et le Lexicographe peut essayer d'en runir quelques-uns, en
subordonnant son jugement prmatur  celui de ses matres.

Je ne finirai point cette prface sans payer de justes tributs de
reconnaissance  ceux qui ont bien voulu protger ou clairer mes
tudes. Il en est un  qui j'en ai offert les premiers fruits. Il m'est
doux de joindre  son nom celui d'un ami que l'lvation de son
caractre et de ses talents doit porter  de grandes destines, sous un
gouvernement qui apprcie et qui rcompense, M. de Roujoux, sous-prfet
de Dle; si jamais j'ai os desirer que cet crit ft accueilli de
quelque estime, c'tait pour le voir plus digne d'eux.




AVIS.


_Les mots dont il est question dans ce Dictionnaire, n'tant considrs
que sous le rapport de leurs sons, on a cru devoir exprimer les
Onomatopes hbraques et grecques, par la simple lettre italique, pour
en mettre la lecture  la porte des premires tudes._

_L'Astrisque * indique les Onomatopes anciennes tombes en dsutude,
et les Onomatopes non encore admises, mais employes par quelques bons
Ecrivains._




ONOMATOPES FRANAISES.


A

* AARBRER. Se cabrer. Terme de Mange, qui se dit des chevaux qui se
dressent sur les pieds de derrire quand on leur tire trop la bride.

Ce mot, plus nergique que celui qui nous est rest, et dont la double
voyelle rend la construction plus imitative, est depuis long-temps hors
d'usage. On le trouve dans le vieux roman de Perceval.

ABOI, ABOIEMENT, ABOIER. En vieux langage, _Abai_.

C'est une des Onomatopes qui expriment le cri du chien. Quelques
tymologistes drivent ce mot de _ad baubare_, forme de _baubare_, que
les Latins ont dit, ainsi que _boare_. Ces mots eux-mmes sont des
Onomatopes.

On peut prsumer, au reste, que les Grecs de la colonie de Massilia
introduisirent dans les Gaules le mot _bauzein_, moins expressif
qu'_aboier_, mais dont celui-ci doit tre fait.

Dans les Langues Canadiennes, un chien s'appelle _gagnenou_, autre
Onomatope qui a beaucoup de rapport avec le _canis_ des Latins.

ABOIEMENT, est plus d'usage qu'_aboi_, qui ne s'emploie plus gure qu'au
figur. Un de nos potes dit cependant en parlant du chien:

    De ton champtre enclos, sentinelle assidue,
    A toute heure, en tous sens, il parcourt l'tendue:
    Quelquefois en silence, il rde; et quelquefois
    La fort s'pouvante au bruit de ses _abois_.

ACHOPPEMENT. Ce mot qui tait une Onomatope faite du bruit d'un corps
qui en heurte un autre, ne s'emploie plus au sens propre. On ne s'en
sert mme que dans cette faon proverbiale de parler: une pierre
d'_achoppement_, pour dire, Un obstacle inattendu.

CHOPPER, est presque tout--fait hors d'usage.

AFFRES. Il ne se dit gures qu'au pluriel. C'est un grand effroi, une
motion extrme, cause par quelque terrible vision. L'Onomatope
exprime le frmissement qu'excitent l'pouvante et l'horreur. On a donc
eu tort de driver ce mot du latin _affari_ ou du grec _phren_ et
_afronos_, comme Voltaire, qui regrette d'ailleurs qu'on ne l'emploie
pas plus souvent.

Pourquoi ne dirait-on pas les _affres_ de la mort que l'Acadmie
autorise? Il n'y a rien qui puisse mieux reprsenter les frissons de
l'agonie. D'_affres_, on a fait

AFFREUX, qui se dit des objets qu'on ne peut voir sans prouver un
sentiment de crainte ou d'aversion.

AGACEMENT, AGACER. Du son dont on se sert pour irriter ou _agacer_ les
animaux, ou bien du bruit que produit sous les dents un fruit acide, ou
un fruit qui n'est point  sa maturit, et dont l'effet est d'_agacer_
les dents.

On a dit assez hardiment, au style figur, les _agaceries_ d'une
coquette, des regards, des propos _agaans_, des manires _agaantes_.

Mnage a trs-bien driv ce mot du latin _acaciare_, qui a la mme
racine. Il aurait pu remonter jusqu'au grec o elle se trouve galement.
On disait _hega_ en celtique.

AGOUTI. C'est un quadrupde des Antilles, qui a beaucoup de rapport avec
le livre. Son nom est form d'aprs son cri qu'on exprime -peu-prs
par le mot _couy_. M. de Buffon compare ce cri au grognement du cochon.

Pison et Marcgrave disent qu'au Brsil on appelle cet animal _cotia_.
Souchu de Rennefort l'appelle _couti_, dont on a fait _acouti_ et
_agouti_.

Il est bon de remarquer en passant, sur ce mot, que la plupart des
animaux sont caractriss par l'Onomatope, et que l'numration en
serait devenue fatigante si je ne m'en tais tenu aux indignes et 
ceux qui sont tellement connus, que leur nom est devenu propre  la
Langue. Celui-ci est de cette dernire espce.

AGRAFFE, AGRAFFER. L'_agraffe_ est une espce de crochet qui sert
ordinairement  fixer ensemble les deux cts d'une robe ou d'un
manteau. L'Onomatope consiste dans l'imitation du bruit produit par le
dchirement de l'objet que les pointes de l'_agraffe_ saisissent.

Le pre Labbe croit qu'_agraffer_ a t pris pour _agriffer_. Bude le
fait venir du grec _agra_, qui signifie l'action de saisir vivement, et
qui a la mme racine naturelle. On peut la reconnatre encore dans le
verbe hbreu _garah_ ou _garaph_ que Saint Jrme exprime par le mot
_arripere_, au cinquime chapitre des Juges.

RAFLER, mot ignoble de notre Langue, se rapporte  ceux-ci par le sens
et par le son. Les vieux Dictionnaires disent aussi _riffler_.

* RAFLE ou RAPHE, qui n'est plus franais, est un mot ancien de la mme
famille. Nicod rapporte ces paroles de Nicole Gilles en la vie de
Dagobert: Notre Seigneur Jsus-Christ, afin qu'ils l'en voulsissent
croire, s'approcha du ladre, et lui passa la main par-dessus le visage,
et lui osta une _raphe_ de la maladie de lpre qu'il avoit au visage, si
que la face lui demeura belle, claire et nette, et le restitua en sant.
Laquelle _raphe_ est encore garde en un reliquaire en ladite glise
Saint-Denys. Par lequel mot, ajoute Nicod, il semble vouloir dire une
poingne, un plein poing. Car on dit _rapher_ quand au jeu de dez qu'on
appelle la _raphe_, ayant gaign, on prend hastivement ou bien plustost
rapidement la mise qui est sur le jeu. Ce qu'on dit aussi _raphler_ ou
_rafler_, et par mtaphore, _rafler_ tout, quand on prend rapidement
tout ce qu'on trouve en un lieu.

Dans le vieux langage, _raphe_ signifiait encore la poigne, le manche
d'un outil, l'endroit par o on le saisissait.

AGRIPPER. Du bruit que produit le frottement des griffes ou des mains
contre les corps dont elles s'emparent. _Voyez_ GRIFFE et AGRAFFE.

GRAPPILLER, est peut-tre un diminutif de ce verbe, et de l on aurait
fait

GRAPPE, un fruit sujet  tre _grappill_,

GRAPPILLEUR, celui qui _grappille_,

GRAPPILLON, ce que l'on rejette d'une _grappe_,

GRAPPE, instrument de Menuiserie qui prsente plusieurs pointes propres
 saisir ou _agripper_ le bois,

GRAPPIN, instrument de fer dont on se sert pour accrocher un vaisseau,
soit pour l'aborder, soit pour y attacher un brlot.

Je n'ai pas besoin de faire observer que presque tous ces mots sont du
style le plus bas.

GRAVIR, s'aider avec les ongles dans les anfractuosits d'un chemin
raboteux.

GRAVIER, le sable qui se dtache sous les ongles d'un homme qui
_gravit_.

GRIMPER, _gravir_ difficilement une route roide et montueuse, me
paraissent autant d'Onomatopes qui se rapportent  la mme racine, et
que je rassemble autour d'elle pour mettre ici autant d'ordre que la
mthode alphabtique en permet. Ce qui rend cette analogie plus
sensible, c'est que le peuple emploie bassement le mot _grappiller_ au
sens de _gravir_ dans un grand nombre de provinces, et que _gravir_
s'est mme dit _grapir_ en franais, selon Borel.

Nicod rapporte _grip_, qui se disait autrefois en style trivial pour
piraterie et rapine. Les Grecs avaient construit beaucoup de mots sur le
mme son et d'aprs le mme esprit; _gripos_, qui toit un filet 
prendre du poisson; _gripeus_, le preneur de poissons; _grups_, l'ancre
du navire, et le _grappin_ dont on saisissait un navire ennemi;
_grupa_, les aires des vautours et des oiseaux carnassiers.

Nos vieux crivains ont employ plus communment encore _grippe_, qui
signifiait vol et filouterie.

    Je sais bien tous les biais
    Desquels on se sert pour la _grippe_,

dit Chevalier dans la _dsolation des filous_. Cholires, tome II de ses
Contes, applique _gripperie_ au mme usage.

La _grupe_, c'tait le produit, le revenant bon de la _grippe_. On dit
dans la _comdie de la Passion_:

    Pour mettre mignons en alaine,
    Voici fine espice sucre,
    Et tel y laissera la laine
    Qui n'en aura j la _grupe_.

On a dit aussi _gruper_ pour, agraffer, et plus souvent pour _agripper_
ou saisir avec les griffes. Qui sait, dit Rabelais, s'ils useroient de
qui pro quo, et en lieu de rominagrobis _grupperoient_ paovre Panurge?

Les Bretons ont _krapa_, _krafa_, _gripper_, _grimper_, gratigner;
_kraf_, gratignure; _craban_, griffe; _crib_, peigne; _criba_, peigner;
_cribin_, peigne de fer; _crabb_, cancre, crevisse, qui s'est conserv
dans le franais. _Craff_ est le nom gallois du _grappin_, du harpon des
mariniers.

* AHALER. Pousser l'haleine au dehors. Quelques crivains ont dit
_adhaler_. Ce mot trs-expressif a un autre sens qu'_exhaler_, et n'a
point d'quivalent en franais. _Haleter_ donne l'ide d'une respiration
forte et presse. C'est l'_anhelare_ des Latins qui avaient aussi
_halare_ et _halitus_.

Il semble que l'hiatus considrable qu'on remarque dans l'expression
propose, lui donne quelque chose de pittoresque qui n'est pas dans
cette dernire Langue.

AHAN, AHANER. Ahan reprsente un grand effort qui te presque la facult
de respirer. C'est l'expression du bucheron, des manoeuvres pour
reprendre leur souffle, et se donner la force ncessaire pour bien
porter leur coup. De l on a fait _ahaner_, travailler avec peine, avec
_ahan_, comme dans ces vers de Dubellay:

    De votre doulce haleine
    Esventez cette plaine,
    Esventez ce sjour,
    Cependant que j'_ahane_
    A mon bl que je vanne
    En la chaleur du jour.

_Ahaner_ un champ, s'est dit par extension pour, Cultiver une terre
difficile.

_Ahan_, est pass au style figur pour exprimer de pnibles travaux
d'esprit, et l'agitation d'un homme qui a de la peine  se rsoudre 
quelque chose.

On a fait venir ce mot du grec _ao_ et du latin _anhelare_. C'est
l'opinion de du Cange. Mnage en a cherch l'tymologie dans l'italien
_affanno_, peine, douleur. On aurait pu le retrouver tout entier dans le
dictionnaire des Carabes et dans beaucoup d'autres, puisqu'il est tir
du dictionnaire de la Nature. C'est la plus vidente des Onomatopes.
Pasquier et Nicod ne s'y sont pas mpris.

Dans des lettres de rmission de l'an 1375, on trouve: Aprs ce que
ledit Jehan fut deschauci, entra ondit gu, et tant se y effora pour
mettre hors laditte charrette, que il entra en fivre en icelui gu,
pour le grant _ahan_ que il avoit eu.

On ne se sert plus de ce mot qui tait trs-familier  nos anciens
crivains. Rabelais, Montaigne, Amyot l'ont singulirement affectionn.
Il est encore dans Costar. Jupiter, dit-il, en sua d'_ahan_.

A. C'est le quadrupde, autrement nomm le _Paresseux_, qui est un des
_anthropomorphes_ de Linn.

Il articule les syllabes dont on a form son nom avec des modulations si
justes, que cela a donn lieu  Clusius de dire trs-ridiculement que
c'tait le _Paresseux_ qui avait invent la musique. Il aurait pu
d'ailleurs appuyer cette bizarre prsomption d'une analogie curieuse de
la Langue grecque ou _ao_ s'est dit quelquefois pour _cano_, et il faut
observer que ce mot est pass dans la Langue latine avec le sens de
_loquor_. Il n'appartenait qu' ces peuples d'harmonieux langage
d'attacher la mme expression aux ides de chant et de parole.

AME. Le principe de la vie dans l'homme et dans les animaux.

L'opinion qui range ce mot au nombre des Onomatopes, repose sur une
thorie bizarre et curieuse. La lettre labiale _M_ est une consonne qui
rsulte, comme on le sait, de la jonction des lvres, en sorte que la
bouche trs-ouverte doit produire en se fermant le son compos _am_:
savoir, la voyelle par le moyen du souffle mis dans le moment o
l'organe est ouvert, et la consonne par le contact des deux parties de
la touche, dans le moment o l'organe se resserre. C'est ce qu'on
appelle rendre l'_ame_, car telle est la figure de l'expiration de
l'homme, et l'esprit de cette racine.

Au contraire, pour prononcer _M_ initiale suivie d'une voyelle, il faut
que les deux parties de la touche labiale agissent mutuellement l'une
sur l'autre, et se sparent pour l'mission du bruit vocal qui succde
au bruit consonnant. Ainsi se prononcera _ma_, qui est une racine dont
l'esprit est diamtralement oppos  celui de la prcdente, puisqu'au
lieu d'exprimer le dernier acte physique de l'homme, elle exprime, par
la figure et par le son, le premier acte, et, en quelque sorte, la prise
de possession de la vie.

Cette racine _ma_ seroit donc la dsignation ncessaire de l'existence
_matrielle_, comme cette racine _am_ de l'existence spirituelle. La
premire appartiendra aux ides purement corporelles; la seconde aux
ides morales,  celles des principes _animans_, de l'_amour_, de
l'_amiti_, de toutes les affections.

En appuyant la racine _ma_ sur la touche dentale, ou en fera _mat_, qui
est le son typique du nom de la mort dans la plus grande partie des
Langues premires.

En la nazalant, on en fera _man_, qui est le signe presque universel du
nom de l'homme.

Je donne, au reste, ces hypothses comme plus ingnieuses que probables,
et M. Court de Gbelin, qui les a suggres, se livre trop souvent et
avec trop d'abandon  son imagination, pour tre toujours un guide sr.

Ce qu'il y a de certain, c'est que les diffrens noms de l'ame chez
presque tous les peuples, sont autant de modifications du souffle et
d'Onomatopes de la respiration, diversement modules. Tels sont le
_Psych_ des Grecs, le _Seele_ des Allemands, le _Soul_ des Anglais,
l'_ayre_ des Espagnols, l'_alma_ et le _fiato_ des Italiens. Il serait,
 la vrit, difficile d'en dire autant de l'_anima_ des Latins, dont le
mot _ame_ est une contraction vidente.

ANCHE. Partie d'un instrument  vent, faite de deux pices de canne,
jointes de si prs, qu'elles ne laissent qu'un espace trs-resserr pour
le souffle; ce qui a fait penser  de savans tymologistes que ce mot
venait du celtique _anc_, troit, resserr, affil. Il parat plus
vraisemblable qu'il a t form par Onomatope; et ce qui me porte  le
croire, c'est que je trouve une Onomatope grecque absolument semblable
 celle-ci, qui exprime l'ide que nous rendons par notre verbe
_suffoquer_. L'air touff dans l'troit canal de l'_anche_, spar de
l'instrument auquel elle appartient, imite trs-bien le gmissement aigu
et forc d'un homme qui suffoque. De l, la conformit de ces deux
Onomatopes.

ASTHME. L'_asthme_ est une infirmit qui consiste dans une grande
difficult de respirer dans de certains temps. Cette Onomatope imite le
bruit de la respiration brusquement interrompue. Elle nous vient
immdiatement, et sans changement, d'une Onomatope grecque qui
reprsente la mme chose.


B

BABIL, BABILLARD, BABILLER. _Babil_, abondance de paroles sur des choses
inutiles, manie importune de parler continuellement.

De la lettre _b_ qui rsulte de la simple disjonction des lvres, et qui
est la premire que les enfans combinent avec les sons vocaux. Aussi
est-elle la premire consonne de tous les alphabets.

Nicod drive ce mot de _Babel_,  cause de la confusion des Langues qui
y eut lieu. Mnage le fait venir de _bambinare_, qui a t fait de
_bambino_, diminutif de _bambo_, transfr selon lui dans l'italien du
syriaque _babion_, qui signifie _enfant_. De la mme racine, nous avons
cr

BABIOLE, une chose de peu de consquence, une bagatelle qui ne peut
occuper que des enfans;

BABOUIN, BAMBIN, un petit enfant qui articule  peine; en gallois
_bach_, d'o vient le nom de _Bacchus_ qu'on reprsente ordinairement
comme un enfant gros et joufflu;

BAMBOCHE, un enfant grotesque et contrefait, une marionnette ridicule;

BAMBOCHADE, un genre de Peinture qui ne s'exerce que sur des formes
triviales, sur des marionnettes et des _bambins_.

Mnage aurait trouv d'ailleurs une tymologie plus exacte et plus
naturelle encore dans le grec, o l'on dit _bao_, _babazo_, _babalo_ et
_bambaino_ pour _loquor_. Mais le fait est que tous ces mots et leur
immense famille sont composs d'aprs le son naturel.

_Baba_, _babe_, en arabe, signifient _bouche_, ouverture; _be_ a le mme
sens en Langue celtique. Dans la mme Langue, _enfant_ se dit _map_,
_vap_, _mab_, _vab_, et avec le diminutif, _babic_, _un petit enfant_.

On dit dans le latin _garrulitas_, _garrulus_, _garrire_, autres
Onomatopes; dans l'italien, _garrire_, _cicalare_, _ciarlare_ et
_ciachierare_; dans l'espagnol, _babillar_, _charlar_, _chicarrar_.

Amyot a dit _rebabiller_. Si un _babillard_ escoute un peu, ce n'est
que comme un reflux de _babil_ qui prend haleine pour _rebabiller_ puis
aprs encore davantage.

Madame Pernelle dit dans le _Tartuffe_:

    C'est vritablement la tour de Babylone,
    Car chacun y _babille_ et tout du long de l'aune.

Voil l'tymologie de Nicod consacre par deux vers de Molire.

BILLEMENT, BILLER. De l'action d'ouvrir involontairement la bouche
dans le sommeil ou dans l'ennui.

Observez que la premire syllabe de ce mot est longue, et qu'autrefois
on disait _baailler_ et _baaillement_, ce qui donnait plus d'expression
 l'Onomatope.

En latin, _hiare_, _hiatus_; en italien, _sbadigliare_,
_sbadigliamento_.

BER, ou plutt, BAYER, mot fait pour peindre une curiosit vaine et un
peu niaise, qui se manifeste par la mme mission vocale et par la mme
figuration de la bouche, appartiennent  la mme racine. _Bayer aux
corneilles_, est une expression proverbiale assez en usage dans notre
langue. On lit dans un de nos plus anciens dictionnaires: _bayer_  la
mamelle, _appetere mammam_. C'est proprement ouvrir la bouche, mais
parce que quand plusieurs regardent par grande affection quelque chose,
ils ouvrent la bouche; de l est que _bayer_ signifie aucunes fois
autant que regarder.

BAH, est un mot factice ou artificiel qui chappe aux gens tonns. De
l

BADAUD, homme simple et sans exprience, qui s'tonne de tout,

S'BAHIR, TRE BAHI, termes attachs au mme sens. S'il est vrai qu'ils
remontent  l'hbreu _Schebasch_, comme l'ont prtendu les
Etymologistes, c'est que celui-ci a t fait sur le son commun, et n'a
pas d'autre type naturel.

BARBOTER. Ce mot, dit Mnage, est form du bruit que font les cannes
quand elles cherchent dans la boue de quoi manger, et on appelle de l
_barboteur_, un canard priv. _Barboter_ en cette signification semble
tre une Onomatope.

_Baret_. On emploie presqu'indistinctement _baret_, _barret_, ou
_barri_. C'est le cri de l'lphant. On appelait autrefois l'lphant
_barre_ aux Indes orientales. En latin, on l'appelle _barrus_, et son
cri _barritus_.

Nous avons perdu ce mot.

BEFFROI. Espce de tocsin. Quasi _be effroi_, dit Nicod, car il est
expressment fait pour _ber_ et regarder, ou faire le guet en temps
souponneux, et pour sonner  l'_effroi_.

Il est  remarquer cependant qu'un instrument d'airain creux et sonore
s'appelait _bel_ en breton, et que de l peuvent venir l'anglais
_belfry_ et le franais _beffroi_.

BLEMENT, BLER. On disait beaucoup mieux autrefois _bellement_,
_beller_. Onomatope du cri du mouton. Elle est parfaitement naturelle,
et Pasquier la prfre avec raison au _balare_ des Latins.

BGAYEMENT, BGAYER, ont t pris de la mme racine, parce que le dfaut
de prononciation que ces mots dsignent consiste  rpter souvent le
mme son avec des inflexions tremblantes, comme les animaux _blans_.

BELIER. Le nom de cet animal est certainement form d'aprs son cri,
d'aprs son _blement_. Il est donc ridicule de l'avoir cherch dans
_vellus_ qui signifie _toison_; dans _bahal_, hebreu, qui est notre mot
_Seigneur_ ou _chef_, parce que le _belier_ est le matre du troupeau.

    Le _belier_, colonel de la laineuse troupe,

dit Ronsard; et dans _Jobel_, autre terme de la mme langue, qui tait
un des noms de ce quadrupde.

_Belin_, est l'ancien nom du _belier_. On le dit encore en certains
lieux, des agneaux, et il s'est conserv long-tems au figur o il
signifiait _doucereux_. C'est un nom d'amiti, que l'on donne aux
enfans, mon _belin_, ma _beline_; on a employ _beliner_, _faire le
doucereux_, dans quelques occasions, et Rabelais l'a tendu  des
acceptions trs-varies. Il est absolument hors d'usage.

BEUGLEMENT, BEUGLER. Cri du taureau, du _boeuf_, de la vache, mugir
comme les taureaux.

Mnage drive ce mot de _baculare_, _ bacula_; mais c'est une
Onomatope qui est galement dans le latin _boare_, d'o _bos_ a t
tir.

BOEUF, est le nom d'un animal qui _beugle_.

BOA, est celui d'un serpent norme dont le cri ressemble au _beuglement_
des taureaux.

MEUGLEMENT, MEUGLER, qui se prononcent sur la mme touche avec une bien
lgre modification, s'emploient indistinctement. On a mme dit
_muglement_ en vieux langage, comme dans ce passage d'Amadis: La
blanche biche qui en la forest craintive eslevoit ses _muglements_
contre le ciel, sera retire et rappelle.

BIBERON. Homme qui aime  boire, qui boit avec excs.

Du bruit que fait le vin en coulant goutte  goutte. Le _bibax_ et
sur-tout le _bibulus_ des Latins, reprsentent bien cette expression.
Ces mots drivaient de leur _bibere_, qui tait aussi fort imitatif, et
dont nous avons dgrad la valeur en le contractant dans le mot _boire_.
Leur joli mot _bilbire_ tait de la mme famille.

En celtique, le mot _boire_ se rend par _ef_, _ev_, Onomatopes du bruit
que fait la bouche en aspirant un liquide. C'est de l que vient
probablement le verbe _avaler_.

C'est une ide d'une hardiesse bien plaisante et bien ridicule, que
celle de ce savant d'ailleurs estimable, qui explique le nom d'_Eve_ par
ce petit verbe de la Langue celtique, et qui se sert de ce rapprochement
pour prouver que cette Langue est la premire que les hommes aient
parle.

BIFFER. Effacer une criture en passant la plume dessus.

Un habile Etymologiste regarde ce mot comme pris de _buffare_, souffler,
qui est une Onomatope latine: ainsi, _biffer_ signifierait, dtruire un
objet, et le faire disparatre, comme en soufflant dessus. Sans aller en
fixer si loin l'origine, on l'aurait trouve dans le bruit que fait une
plume passe brusquement sur le papier. Cette conjecture est d'autant
plus vraisemblable, que le mot _biffer_ n'a point d'analogie de
consonnance avec les mots anciens qui ont t attachs  une ide de
mme espce, et peut passer pour une Onomatope trs moderne.

BOMBE. Ce mot drive du bruit de la _bombe_ qui clate.

Il tait au moins inutile d'en chercher ailleurs l'tymologie, et de la
driver, soit de _Lombardie_, parce qu'on croit qu'elle y a t
invente, soit de _bomba_ dont quelques Auteurs ont us pour parler de
certaines coquilles qui servaient de trompettes, ou de _bombus_ qui
exprime le bruit du mme instrument, ou de l'allemand _bomber_ qui
signifiait _baliste_. Il est tonnant qu'on ne l'ait pas fait remonter
aussi aux belles Onomatopes italienne et espagnole, _rimbomba_ et
_zumbido_ avec lesquelles il a tout autant de rapport; mais le fait est
qu'on devait le chercher, aussi bien que ses diffrens analogues, dans
le son naturel qui les a tous produits.

BOND, BONDIR, BONDISSEMENT. L'Onomatope est prise du retentissement de
la terre sous un corps dur qui la frappe, et se relve aussitt.

Le mot _bondir_ revient au _subsilire_ des Latins qui est moins
imitatif.

BORBORIGME. On dit aussi _borborisme_. Bruit de l'air contenu dans les
intestins.

BOUC. La grande conformit des diffrens noms de cet animal dans presque
toutes les Langues, prouve qu'ils ont d avoir une racine commune et
naturelle. C'est l'imitation de son cri. Les Grecs qui l'appelaient
communment _tragon_, l'ont aussi nomm _bekkos_. Mnage dit que
_buccus_ se trouve dans la loi salique, et _bouch_ dans le Celtique. En
Langue franque, c'est _buk_, en allemand, _bock_, en italien, _becco_.

BOUFFE, BOUFFI. Ces mots, suivant Nicod, sont par raison d'Onomatope,
et reprsentent tant le son du vent qui vient  _bouffes_, que de la
flamme _bouffant_, ainsi que de la bouche de l'homme quand il _bouffe_,
c'est--dire, souffle ou le feu, ou la poudre, ou autre chose.

OUF, est le son radical converti en interjection pour exprimer
l'mission de l'air, pouss par un homme essouffl. Les Latins en
avaient fait _buffare_ ou _bouffare_, que nous avons fidlement
transport en notre langue dans le vieux verbe _bouffer_.

_Buffe_, se dit fort anciennement pour un soufflet, pour un coup sur les
joues, comme en ce passage de Marot:

    Vien donc, dclare toy
    Qui de _buffes_ renverses
    Mes ennemis mordans,
    Et qui leur moult les dents
    En leurs gueules perverses.

Et observez que _buffe_ et soufflet ont t faits analogiquement, et
d'aprs le mme principe, parce que la joue frappe parat souffler ou
_bouffer_ sous la main qui la comprime.

On a employ _buffoi_ au figur, pour orgueil et prsomption; et en
perdant l'expression, nous avons conserv la mtaphore. _Bouffi_ de
vanit, est une figure d'un usage trs-commun.

BOUFFON, doit se rapporter  la mme racine, suivant Mnage qui, d'aprs
Saumaise, le drive du _bocca infiata_ des Italiens. Ils appellent
encore _buffo magro_, un maigre _bouffon_, le mauvais plaisant qui ne
les fait pas rire; soit, comme le dit Voltaire, qu'on veuille dans un
_bouffon_ un visage rond et une joue rebondie; soit que cette
_bouffissure_ des joues, qui est une des _bouffonneries_ les plus
triviales des plus grossiers saltinbanques, ait dtermin leur nom
gnrique. Il serait tout au moins difficile d'en donner une autre
explication.

BOUILLIR, BOUILLONNEMENT, BOUILLONNER.

BOUILLIE, BOUILLON, choses que l'on fait _bouillir_. Ces mots viennent
du bruit que fait un liquide chauff  certain degr. Dans le verbe
_bouillir_, le son radical pur a t conserv aux trois personnes du
singulier de l'indicatif prsent.

    Ceux  qui la chaleur ne _bout_ plus dans les veines
    En vain dans les combats ont des soins diligens;
    Mars est comme l'Amour. Ses travaux et ses peines
                Veulent de jeunes gens.

MALHERBE.

BULLE, mot par lequel on dsigne ces petites minences qui s'lvent sur
l'eau _bouillante_,

BOULE, qui en est une espce d'homonyme, tendu  des acceptions plus
gnrales,

BOUTON, autre terme qui, dans toutes ses acceptions, signifie une
minence ou un corps de la mme forme, n'ont probablement pas d'autre
tymologie. Le peuple, si riche en expressions pittoresques, se sert du
verbe _boutonner_ pour dterminer le premier degr de l'_bullition_.

M. Court de Gbelin s'est donc certainement tromp en drivant toute
cette famille de mots du Celtique _bal_, qui signifierait _oeil_, et par
une extension d'ailleurs trs-force, suivant l'usage de cet rudit,
tous les objets ronds ou roulans. Il est faux qu'_oeil_ se dise en
Celtique autrement que _lagad_; les deux yeux, _daou lagad_. L'auteur du
_monde primitif_ a pris cette fausse interprtation dans Bullet et dans
tel autre lexicographe, qui ont confondu le Basque et le Celtique, et y
ont ml, en outre, une foule de mots qui n'ont jamais fait partie de
ces deux langues.

BOURDON, BOURDONNEMENT, BOURDONNER.

BOURDON, dit Nicod, est une espce de grosse mouche, tavele comme
mouche  miel, n'ayant point de picquon ou aiguillon, plus grosse de
corsage que la mouche  miel nomme abeille, et ne fait ni ne sert 
faire le miel ni la cire; ains dvore l'aliment et la provision que les
mouches  miel se sont pourchass, seulement de sa chaleur conserve les
petits abeillons, qui est la cause que Virgile, au quatrime des
Gorgiques, l'appelle _ignavum pecus_, fainant et coard. Pline, en son
livre onzime, leur attribue partie de l'opifice des mouches  miel, ce
que Varron son devancier ne fait pas, _fucus_. Le Franais lui a donn
ce nom par Onomatope,  cause du bruit qu'il fait quand il volte.

_Boud_ a signifi le _bourdonnement_ du frlon, dans la Langue Celtique.

BOURDON, cloche trs-sonore qui produit un bruit de mme genre que celui
dont il est question dans cet article, a t ainsi nomme par analogie.

_Bourder_ est un vieux mot trs-prcieux qui voulait dire _rester court
en chaire_, parce que le prdicateur, en cet tat, ne forme plus qu'un
murmure et un _bourdonnement_ confus. Il est  regretter que cette
expression soit perdue.

BOURDE, chose vague et confuse, mensonge qu'on articule  demi, en est
clairement driv. On a pu dire allusivement qu'un menteur pris sur le
fait, se tire d'affaire, en murmurant des mots sans suite, comme un
prdicateur qui a perdu le fil de son sermon. Regnier se sert de ce
terme dans cette hypothse mme:

    Ils billent pour raison des chansons et des _bourdes_.

BRAIRE. L'ne _brait_, dit M. de Buffon, ce qui se fait par un grand
cri, trs-long, trs-dsagrable, et discordant par dissonances
alternatives de l'aigu au grave, et du grave  l'aigu. Ordinairement, il
ne crie que lorsqu'il est press d'amour ou d'apptit. L'nesse a la
voix plus aigre et plus perante. L'ne qu'on fait hongre, ne _brait_
qu' basse voix, et quoiqu'il paraisse faire autant d'efforts et les
mmes mouvemens de la gorge, son cri ne se fait pas entendre de loin.

BRAMER. Ce mot se dit du cerf en certaines occasions, et en gnral de
tous les animaux qui crient fortement. Il s'est mme employ en vieux
langage, pour exprimer le cri de l'homme, comme dans ces vers, attribus
 Clotilde de Surville:

    Tant de loin que de prs n'est laide
    La mort. La clamoit  son ayde
    Tojorz un povre bosquillon
    Que n't chevance ne sillon.
    .  .  .  .  .  .  .  .  .  .
    Tant brama, qu'advint...

Court de Gbelin et Voltaire prtendent que _bram_ signifiait _un grand
cri_ en Langue Gothique. Cette racine, commune dans les Langues, se
retrouve d'ailleurs toute entire dans le Grec.

Si l'on veut s'assurer, au reste, que l'Onomatope n'est nulle part plus
frquente que dans les idiomes qui se rapprochent des temps primitifs,
que l'on consulte Voltaire au mme lieu, dans ses fragmens sur la Langue
Franaise. Les mots que cet auteur, toutefois peu vers dans le
mcanisme de la Langue qu'il a enrichie de tant de chef-d'oeuvres, les
mots, dis-je, qu'il fait driver du Celte, sont autant d'Onomatopes.

BRAILLER, terme populaire qui ne se prend qu'en mauvaise part, et dans
l'usage le plus trivial, a videmment le mme type.

BREDOUILLER. Parler confusment et articuler avec peine.

_Bredi-breda_ est une locution basse et factice qui exprime l'espce de
_bredouillage_ d'une personne trs-loquace, qui articule difficilement.
Ce mot ne se trouve que dans Poisson, et quelques auteurs du mme ordre.

BROUHAHA. Bruit confus d'applaudissemens qu'on entend dans les
spectacles, et dans les lieux d'assemble o l'on rcite des ouvrages
d'esprit. C'est une contraction de _bruit de haha_, prononc _brouit de
haha_ dans le vieux langage.

BROUTER. Du bruit que font les animaux en brisant les plantes prs de
leur racine, et en les arrachant avec les dents.

Il y a un exemple de l'harmonie pittoresque de ce mot, dans une des plus
jolies fables de la Fontaine, _le chat, la belette et le petit lapin_.

            Du palais d'un jeune lapin
            Dame belette, un beau matin,
            S'empara: c'est une ruse.
    Le matre tant absent, ce lui fut chose aise.
    Elle porta chez lui ses pnates, un jour
    Qu'il tait all faire  l'aurore sa cour
            Parmi le thym et la rose.
    Aprs qu'il eut _brout_, trott, fait tous ses tours,
    Jeannot Lapin retourne aux souterrains sjours.

Voici le mme mot employ dans la prose, avec un effet d'harmonie
imitative aussi vrai que celui qu'on vient de remarquer. Ce passage est
de M. de Chteaubriand, un des crivains dont notre sicle a le plus 
se glorifier; et je rapporte cet exemple avec d'autant plus
d'empressement, que je n'en connais point de si riche en Onomatopes:

Si tout est silence et repos dans les savanes de l'autre ct du
fleuve, tout ici au contraire est mouvement et murmure: des coups de bec
contre le tronc des chnes, des froissemens d'animaux qui marchent,
_broutent_ ou broyent entre leurs dents les noyaux des fruits; des
bruissemens d'ondes, de faibles gmissemens, de sourds meuglemens, de
doux roucoulemens, remplissent ces dserts d'une tendre et sauvage
harmonie.

BROYEMENT, BROYER. Ces mots sont faits du bruit d'une substance un peu
rcalcitrante, brise entre deux corps durs. C'est ce qu'expriment aussi
bien le _sfratumare_ des Italiens, et le _quebrar_ des Espagnols.

BRUIRE, BRUISSEMENT, BRUIT. Ces mots _bruire_ et _bruissement_, qu'on a
affect de ngliger je ne sais pourquoi, prsentent une des belles
Onomatopes de la Langue. Ils donnent l'ide d'un _bruit_ vague, sourd
et confus, comme celui qui s'lve d'une fort branle par des vents
imptueux, ou qui rsulte du fracas des torrens et de l'coulement des
grandes eaux; en gnral, ils sont graves et solennels, et ont un
caractre particulier d'imitation qu'on ne trouve pas dans leurs
analogues.

Un auteur dj classique, et qu'on peut appeler le Racine de la prose, a
prouv, par l'emploi qu'il a fait de certains temps du verbe _bruire_,
qu'il serait d'une injuste dlicatesse de le rduire  l'infinitif,
comme quelques Grammairiens y avaient paru disposs.

La lune, dit M. Bernardin de Saint-Pierre, paraissait au milieu du
firmament, entoure d'un rideau de nuages que ses rayons dissipaient par
degrs. Sa lumire se rpandait insensiblement sur les montagnes de
l'le, et sur leurs pitons qui brillaient d'un vert argent; les vents
retenaient leurs haleines. On entendait dans les bois, au fond des
valles, au haut des rochers, de petits cris, de doux murmures d'oiseaux
qui se caressaient dans leurs nids, rjouis par la clart de la nuit et
la tranquillit de l'air. Tous, jusqu'aux insectes, _bruissaient_ sous
l'herbe.

La Bruyre a dit aussi _brouissement_.

Une femme entend-elle le _brouissement_ d'un carosse qui s'arrte  sa
porte, elle prpare toute sa complaisance pour quiconque est dedans,
sans le connatre.

Cette licence est heureuse dans cette occasion, parce qu'elle
caractrise trs-bien l'espce de _bruissement_ dont il s'agit.

BRUYRE. Il est probable que le nom de cette plante, dont les tiges
souples, grles et ligneuses, _bruissent_ au moindre vent, est tir du
mme son radical que les mots prcdens. L'tymologie que je donne de ce
mot n'est d'ailleurs qu'une conjecture, aussi plausible toutefois que
celle qui le tire du latin _uro_, parce qu'on brle les _bruyres_ pour
les dfricher, et rendre l'emplacement o elles croissaient susceptible
de culture: c'est l'opinion de Borel.


C

CAHOT, CAHOTER. De la secousse qu'on prouve dans une voiture mal
suspendue qui roule sur un chemin pre et raboteux, et de l'effort qu'on
fait pour reprendre la respiration durement interrompue.

Les Latins ont dit _succussus_, qu'ils prononaient _soucoussous_, et
qui rendait la mme ide.

CAILLE. Le mle et la femelle, dit Buffon, ont chacun deux cris, l'un
plus clatant et plus fort, l'autre plus faible. Le mle fait _ouan,
ouan, ouan, ouan_; il ne donne sa voix sonore que lorsqu'il est loign
des femelles, et il ne la fait jamais entendre en cage, pour peu qu'il
ait une compagne avec lui: la femelle a un cri que tout le monde
connat, qui ne lui sert que pour rappeler son mle; et quoique ce cri
soit faible, et que nous ne puissions l'entendre que d'une petite
distance, les mles y accourent de prs d'une demi-lieue; elle a aussi
un petit son tremblotant _cri cri_. Le mle est plus ardent que la
femelle, car celle-ci ne court point  la voix du mle, comme le mle
accourt  la voix de la femelle dans le temps de l'amour, et souvent
avec une telle prcipitation, un tel abandon de lui-mme, qu'il vient la
chercher jusques dans la main de l'oiseleur.

C'est de ce cri, que Buffon dit connu de tout le monde, et qu'un autre
Ornithologiste a exprim par les mots factices _caille caillette_,
qu'est venu le nom de la _caille_ dans notre Langue et dans la plupart
des autres. En effet, on a dit _kakkaba_ en grec, _qualea_ dans la basse
latinit, _cuaderviz_ en espagnol, excellente Onomatope dont les deux
dernires syllabes doivent se prononcer trs-brves, _quaglia_, en
italien, _qual_, en anglais, _wachtel_, eu allemand; et ce son imitatif
se retrouve jusque dans l'hbreu _saly_ ou _xaly_. De ce nom l'on a fait

CAILLETAGE, babillage insupportable et continuel comme celui de la
_caille_,

CAILLETTE, femme frivole et babillarde,

CAILLETER, l'action de parler sans cesse, et  propos de toute chose,
expressions que la Langue franaise a repousses jusqu'ici, et qui ne
sont d'usage que dans le style familier.

Rousseau a dit cependant, en parlant de madame de Warens: La vie
uniforme et simple des Religieuses, leur petit _cailletage_ de parloir,
tout cela ne pouvait flatter un esprit toujours en mouvement, qui
formant chaque jour de nouveaux systmes, avait besoin de libert pour
s'y livrer.

CANARD. Du son _can can_, souvent rpt, qui est le cri de cet animal,
plutt que d'_anas_, probablement _ natando_, qui est son nom latin.
Mon opinion est du moins conforme en ce point  celles de quelques
Auteurs, et entr'autres  celle de l'ornithologiste Martinet, qui
remarque fort judicieusement qu'il est du gnie de notre Langue de
terminer par cette syllabe ouverte et clatante, _ard_, les mots qui
dsignent un parleur impitoyable et fatigant, comme _bavard_ et
_babillard_.

Les Allemands ont reprsent par une autre Onomatope le cri rauque,
pre, et enrou du _canard_. Ils l'ont appel _racha_ et _rachtscha_.

CAN CAN, mot factice tir du cri du _canard_, a t appliqu par
extension aux bruits tumultueux qui s'lvent dans une assemble
nombreuse o l'on ne s'accorde pas, et o l'on traite des affaires de
peu d'importance. Ce n'est pas le sentiment de l'Acadmie qui l'crit
_quanquan_, et qui pense qu'on l'a appliqu aux discussions orageuses
sur des choses futiles, par allusion aux horribles disputes que causa au
seizime sicle la prononciation du mot _quamquam_, et qui cotrent
peut-tre la vie  Ramus. Quelqu'gard qu'on doive cependant aux
dcisions de ce corps savant, j'ai cru pouvoir persister dans mon
opinion qui me semble mieux fonde, et que je partage d'ailleurs avec le
plus grand nombre des Etymologistes.

CAQUET, CAQUETER. Ces mots se disent au propre, du bruit que font les
poules quand elles sont prtes  pondre, et au figur, du babillage des
personnes qui _caquettent_ comme les poules. Cette Onomatope se
retrouve trs-fidlement dans la Langue grecque.

On disait autrefois dans notre Langue _cluper_ ou _gluper_, pour
exprimer une espce de _caquet_ de la poule. Ce terme mriterait d'tre
renouvel.

Linguet s'est servi du mot _caquetage_ en parlant du chancelier de
l'Hpital. Aucun, ministre, dit-il, ne fit jamais convoquer autant de
grandes assembles; mais satisfait d'y taler une loquence prolixe et
toujours mal-adroite, il les laissait toutes dgnrer en cohues
tumultueuses ou en _caquetages_ scandaleux dont l'unique rsultat tait
de constater la frivolit et l'impuissance du Gouvernement.

CASCADE. Mnage pense que ce mot est fait de l'italien _cascata_, ce qui
est incontestable. Il fait remonter celui-ci au latin _cado_, ce qui est
plus douteux; mais ce verbe aurait t employ comme dsinent dans
l'expression dont il s'agit, qu'on n'en devrait pas moins reconnatre
cette expression pour une Onomatope. La premire syllabe est un son
factice qui fait rebondir la seconde, et cet effet reprsente d'une
manire vive le bruit redondant de la _cascade_.

Il y a beaucoup d'Onomatopes du mme genre, c'est--dire, composes
d'un son naturel et d'un son abstrait. C'est ce que les Etymologistes
n'ont pas remarqu; et satisfaits ds qu'ils ont trouv dans un mot
l'origine d'un de ses membres, on croirait qu'ils ont regard le reste
comme le produit du hasard ou du caprice. Il est cependant dmontr que
quelque fortuite qu'ait t la composition des Langues, il ne peut y
avoir eu qu'un trs-petit nombre de mots forms sans motifs.

CATACOMBES. Du grec _kata_ qui est consacr  l'action de descendre ou
de tomber, et qui a peut-tre fourni le latin _cado_ dont je parlais
tout--l'heure; et du vieux franais _combe_, valle, gorge, endroit
creux ou souterrain. La runion de ces deux mots heureusement maris
produit un des beaux effets d'imitation de la Langue. Il est impossible
de trouver une suite de sons plus pittoresques, pour rendre le
retentissement du cercueil, roulant de degrs en degrs, sur les angles
aigus des pierres, et s'arrtant tout--coup au milieu des tombes.

CATARACTE. En Grec, _Katarakts_. Chte d'eau imptueuse et bruyante qui
tombe et se brise de roc en roc avec un grand fracas.

Herbinius, dans son Trait _de admirandis mundi cataractis supra et
subterraneis_, a tendu le sens de cette expression  tous les violens
chocs lmentaires, de quelque espce qu'ils fussent.

CHAT-HUANT. _Chahuant_, dit un de nos anciens glossateurs, est une
espce d'oiseau qui va voletant et huant de nuict, duquel chant huant il
est ainsi nomm, car son chant n'est que hu et cry piteux: pour laquelle
cause les Latins l'ont appell _ulula_, et aussi _noctua_, parce qu'il
ne chante et ne erre que la nuict. Ils l'ont aussi nomm _bubo_ par
Onomatopoe, reprsentant le chant d'iceluy par ce nom, et dient que
cest oiseau est fral et funbre, pour estre tnbreux et nocturne et
effrayant: et  ceste occasion tenoit on anciennement son chant pour
prsage de calamit future, mesme par mort de maladie. Il est hay 
merveilles des autres oyseaux, lesquels pour estre diurnes,
c'est--dire, errans et voletans par jour, et ne avoir la rencontre
ordinaire de ce dit _chahuant_, et pour l'aspect hydeux de luy, le
hayent et poursuyvent  coups de bec et de griffes, quand ils le
trouvent, faisans tous un esquadron combattant contre luy, ausquels,
comme Pline dit au livre X, chap. 17, il rsiste par se coucher 
l'envers et se reserrant en arc, si qu'il demeure presque couvert de son
bec et de ses griffes ou serres, laquelle inimiti estant apere par
les oyseleurs, se servent dudit _chahuant_, pour attraper ceux qui
viennent  la mesle contre iceluy. De ce que dessus se voit que de
l'appeler _chathuant_, et pour la difficult de la prolation franoise
en l'aspiration _h_ aprs la consonne, dire que _chahuant_ est fait de
_chat huant_, il n'y a pas raison grande, veu que ceste particule _cha_
est ailleurs commune au Franois, comme en ces mots chatouille,
chatfourr, chafouyn, esquels le mot de chat n'a que veoir.

CHEVCHE. En Latin, _Strix_. Ce mot a dsign gnriquement les oiseaux
de nuit de l'espce de la chouette. Maintenant on n'appelle du nom de
_chevche_ que des oiseaux  qui ce nom ne convient plus, puisqu'il
avait t form par Onomatope, et qu'il ne dsigne point leur cri, mais
celui de l'_efraye_ ou fresaye. Les cris acres et lugubres de l'efraye,
et sa voix entrecoupe qu'elle fait souvent entendre pendant le silence
de la nuit, semblent articuler _grei_, _gr_, _crei_; et ses soufflemens
_ch_, _chei_, _cheu_, _cheue_, _chiou_, qu'elle ritre sans cesse,
ressemblent  ceux d'un homme qui dort la bouche ouverte: elle pousse
encore en volant diffrens sons aussi dsagrables. Ces expressions,
tires d'un de nos Naturalistes, donnent l'incontestable tymologie des
mots _chevche_ et _chouette_, et font regretter que l'impritie des
Mthodistes ait consacr de nouvelles _appellations_ insignifiantes et
capricieuses, puis transport les anciennes  des espces qu'elles ne
dsignent point, et boulevers ainsi la nomenclature naturelle, sans
qu'il en rsulte aucun avantage pour la science.

Oserai-je souhaiter que les Naturalistes  venir, moins jaloux d'taler
une vaine rudition, en appliquant aux animaux des noms difficilement
composs, voulussent bien s'en tenir aux dsignations imitatives qui
sont naturelles  tous les peuples, et qui universaliseraient, en
quelque sorte, leurs nomenclatures. Cette ide n'a pas t trangre 
Linn et aux autres Mthodistes philosophes.

CHOC, CHOQUER. Du bruit de deux corps qui se heurtent.

Du mme son naturel les Espagnols, pour jote, ont dit _choca_.

Nous reprsentions cette dernire ide par le vieux verbe _toster_, dont
les Anglais ont fait _toast_.

CHOUCAS. En Grec, _ankos_, _koloos_; en Latin, _graccus_, _gracculus_;
en Espagnol, _graio_, _graia_; en Italien, _ciagula_; en Savoyard,
_che_, _cae_, _cavette_, _cauvette_; en Turc, _tschaucka_; en Saxon,
_aelcke_, _kaeyke_, _gache_; en Suisse, _graake_; en Hollandais, _kaw_,
_chaw_; en Illirien, _kauka_, _kawa_, _zegzolka_; en Flamand, _gaey_; en
Sudois, _kaja_; en Anglais, _kae_, _chog_, _jak-daw_; en quelques
provinces de France, _chicas_, _chocotte_ et _chocas_.

J'ai rapport ces diffrentes synonymies comme autant d'Onomatopes. Le
_choucas_, indpendamment du cri qui lui a fait donner son nom, en
pousse un autre encore qu'on a exprim par le son _tian_, _tian_,
souvent rpt; mais il lui est beaucoup moins familier, et n'a jamais
t converti en Onomatope.

CHUCHOTTER, CHUCHOTTERIE, CHUCHOTTEUR. Du mot factice _st_ qu'on a
employ pour imposer silence, ou pour indiquer qu'il faut baisser la
voix, et parler de manire  n'tre pas entendu, on a fait _chut_,
suivant l'usage de notre Langue qui mouille ordinairement les sons
sifflans, et de l le verbe _chuchotter_, qui prsente une nouvelle
Onomatope par le concours des syllabes sourdes qui le composent. On
disait autrefois _chuchetter_.

On ne supposerait gures que les tymologistes eussent vu, dans le son
radical _st_ qui est si simple et si gnral, une contraction du
_silentium tene_ des Latins. Cela est cependant vrai, car il n'y a point
d'ide si bizarre que ce genre d'rudition n'en puisse offrir un
exemple.

CIGALE. Du son radical _cic_, _cic_, qui est le chant de cet insecte,
les Grecs ont fait probablement _kik aodos_, l'insecte _chanteur_ qui
dit _kik_; et de ce nom, les Latins _cicada_, les Espagnols _cigarra_,
les Italiens _cigala_, et nous le mot _cigale_, qui est une Onomatope
alonge d'une terminaison oiseuse et trangre  notre Langue.

* CLAPPEMENT. Un homme d'esprit qui se pique d'originalit sur toutes
les matires, et qui a dit beaucoup de mal de Racine et de Newton, a cru
devoir, en raison du mme principe, attaquer l'ancienne rputation du
rossignol, si prn parmi les chantres des bois.

Qu'une oreille impartiale, dit-il, coute avec attention le rossignol;
qu'elle entende ses sons souvent aigres, toujours fortement prononcs,
mais sans varit, si ce n'est quatre tons, sans modulations; sans
nuances, elle prouvera une sensation pnible, dsagrable. Transportez
l'oiseau, suspendez sa prison  une fentre, le chant sera le mme, et
le passant l'entendra avec indiffrence; s'il s'arrte, ce n'est pas par
l'attrait du plaisir, c'est de surprise et d'tonnement. Il croyait que
l'oiseau ne chantait que dans les bois et pendant la nuit; mais la lune
ne brille pas au travers des branchages touffus; le silence solennel de
la nature ne l'environne pas; le murmure vague d'un ruisseau ne s'unit
pas aux lgers frmissemens du feuillage sous lequel il est assis: il
est dans la ville.

Que peut-on comparer au _clappement_ dur et dchirant que l'oiseau tant
vant fait entendre au milieu ou  la fin de son chant imphras? Je
souffre quand je rflchis aux efforts redoubls des muscles de son
gosier.

On ne verra peut-tre ici que le caprice d'une imagination d'ailleurs
ingnieuse qui se complat  colorer agrablement des paradoxes; mais je
rapporte ce passage pour soumettre aux arbitres de la Langue le mot
pittoresque, mais un peu hasard, qui est l'objet de cet article, et qui
me parat une innovation plus heureuse que le reste.

CLAQUE, CLAQUEMENT, CLAQUER. Du son que produisent les deux mains
vivement appliques l'une contre l'autre, ou contre un corps
retentissant.

_Claquer_ se dit aussi fort bien du bruit d'un fouet qui coupe l'air
avec force. Il est pass au sens proverbial dans cette acception.

_Claquement_ s'applique sur-tout au heurt convulsif et spontane des
dents.

Court de Gbelin prtend que le son radical _claq_ tait un mot celtique
qui signifiait _grand bruit_. _Schlagen_ signifie encore en langue
allemande frapper, et du mme type, nous avons fait

CLAQUET, petite latte tremblotante qui est d'usage dans les moulins, et
qui frappe la meule avec clat.

CLIGNOTER. M. de Brosse prtend avec raison, ce me semble, que beaucoup
d'Onomatopes ont t formes, sinon d'aprs le bruit que produisait le
mouvement qu'elles reprsentent, au moins d'aprs un bruit dtermin sur
celui que ce mouvement parat devoir produire  le considrer dans son
analogie avec tel autre mouvement du mme genre, et ses effets
ordinaires; par exemple, l'action de _clignoter_, sur laquelle il forme
ces conjectures, ne produit aucun bruit rel, mais les actions de la
mme espce rappellent trs-bien par le bruit dont elles sont
accompagnes, le son qui a servi de racine  ce mot.

CLIN-D'OEIL, c'est le petit mouvement d'un oeil _clignotant_.

CLINQUANT. _Clinquant_ s'est dit, au sens propre, d'une feuille de mtal
si fine et si lgre, qu'elle se froisse sous les doigts avec un petit
cliquetis aigre dont son nom est form; et parce que ces feuilles, 
cause de leur tnuit ont ordinairement plus d'clat que de valeur, on
les prend figurment pour les choses d'un prix mdiocre qui ont une
apparence brillante, comme dans ces vers de Boileau:

    Tous les jours  la Cour un sot de qualit
    Peut juger de travers avec impunit;
    A Malherbe,  Racan prfrer Thophile,
    Et le _clinquant_ du Tasse  tout l'or de Virgile.

CLIQUETIS. Onomatope tire du son des armes qui se choquent.

Ce mot se dit aussi du bruit des verres, et en gnral des bruits
argentins et mordans.

_Cliket_ est dans le dictionnaire breton de dom Lepelletier, pour loquet
de porte ou de fentre. Dans Davies on lit _cliccied_, et
analogiquement, _cleccian_, pour _stridere_.

CLOSSEMENT, CLOSSER. Du cri ordinaire de la poule.

Ces mots ont peut-tre quelque chose de plus aigre et de plus bruyant,
et reprsentent mieux la clameur de la poule inquite qui rappelle ses
petits, ou de la poule irrite qui les dfend, que leurs synonymes
_gloussement_ et _glousser_ dont ils sont une nuance lgre, et qui ne
s'en sont pas moins conservs dans la Langue.

GLOUSSEMENT, GLOUSSER, ont obtenu jusqu'ici la prfrence dans le
langage potique, et il me serait facile d'en offrir plus d'un exemple.
Je m'en tiendrai  ces vers lgans d'un de nos meilleurs Potes
descriptifs:

    La Poule cependant du Coq victorieux
    A reu dans son sein ce germe prcieux
    Qu'elle mrit, fconde, et reproduit sans cesse;
    Et bienfaitrice exacte  payer sa largesse
    Qu'une coque fragile enveloppe et blanchit,
    Du tribut coutumier, chaque jour t'enrichit.

    La vois-tu, promenant sa vague inquitude,
    Rver, fuir le plaisir, chercher la solitude;
    Et trahir sa langueur par de longs _gloussemens_?
    Hte-toi, l'heure presse, et saisis les momens.
    Son coeur est tourment du besoin d'tre mre.

La poule glossante s'est autrefois appele _cloucque_, _ clocqua_, dit
Borel, _id est tintinnabulo, ob sonum similem_.

COASSEMENT, COASSER. Du son radical _koax_, si ridiculement employ par
Rousseau, et qui est l'Onomatope du cri de la grenouille.

On a dit _coaxare_ dans la basse latinit, et quelques Ecrivains
franais en ont fait _coaxer_, qui n'est pas admis par l'usage.

COQ. Oiseau dont le chant est exprim par un mot factice, de la premire
syllabe duquel on a fait son nom. Il est  remarquer que c'est son
incantation la plus familire; aussi a-t-elle fourni aux Langues un
grand nombre d'Onomatopes. Les Grecs ont dit souvent _kottos_ et
_kikkos_. Les Polonais ont _kogut_, les Anglais _cok_, les Savoyards
_coq_ et _gau_. Nous avons dit autrefois _gal_ de _gallus_, et _gog_ du
son radical imitatif. C'est cette dernire dnomination qui nous est
reste avec une modification bien lgre.

Mnage ne devait pas dire que _coq_ venait de _clocitare_, d'o est fait
_closser_, mais plutt que ces mots venaient d'un type commun qui est le
chant du _coq_.

COQUE, mot cr pour reprsenter l'enveloppe de l'oeuf, pourrait bien
driver du nom de l'animal, de l'Onomatope de son chant. La poule
entonne son chant favori  l'instant o elle vient de pondre. _Coq-coq_,
suivant Leroux, exprime le bruit que fait la poule quand elle pond.
Cette tymologie me parat plus naturelle que celle qu'on attribue  ce
terme quand on le fait venir _ concha_. _Coquille_ se dit aussi chez
nous pour _coque_, mais c'est une terminaison diminutive, familire 
notre Langue.

COQUETTERIE, et les mots qui se rapportent  cette ide, sont employs
figurment par allusion aux moeurs du _coq_,  son inconstance et  ses
amours. En effet, soit que nous l'ayons appel _gal_ comme dans le vieux
langage, soit que nous l'ayons appel _coq_ comme aujourd'hui, on peut
suivre facilement cette double drivation, dont les rapports, tout
curieux et tout piquans qu'ils sont, ont cependant, je crois, chapp 
tous les Etymologistes. _Galend_ signifiait orn, enrichi, embelli,
comme dans ces vers du roman de la Rose:

    Belle fut et bien ajuste;
    D'un fil d'or toit _galende_.

_Gallois_ se prenait pour agrable et lger. Une belle, une franche
_Galloise_, selon Rabelais et les Auteurs du mme temps, c'tait une
femme veille et _coquette_.

    Et puis s'en vont pour faire les _galloises_,
    Lorsque devroyent vacquer en oraison.

_Galeur_ ou _Galeure_ a un sens analogue dans Coquillard:

    _Galeures_ portent escrevices
    Et velours pour tre mignons.

Villon se sert du mot _galer_, pour, se rjouir, et passer agrablement
la vie.

    Je plains le temps de ma jeunesse
    Auquel ay plus qu'en autre temps _gal_.

_Gaillard_ et _Galant_ nous restent encore.

Les drivs du mot nouveau sont plus aiss  retrouver, et frapperont
tout le monde. Remarquons seulement qu'ils remontent au premier emploi
du mot _coq_, et qu'on les croirait invents simultanment, tant
l'extension en fut naturelle. Il y a plusieurs sicles que le mot
_coquardeau_, dsignant un jeune homme tourdi et _coquet_ qui dbute
dans le monde, se lisait dj dans _le blason des fausses amours_.

    Se ung _coquardeau_
    Qui soit nouviau
    Tombe en leurs mains;
    C'est un oiseau
    Pris au glueau
    Ne plus ne moins.

Villon s'est servi de _quoquart_ dans la mme acception.

COUCOU. Voici les Onomatopes quivalentes que d'autres Langues me
fournissent.

En hbreu _kaath_, _kik_, _kakik_, _kakata_, _schaschaph_; en grec
_kokkus_, et par corruption _karkolix_, et _kakakoz_; en latin _cuccus_,
_cuculus_; en italien _cuculo_, _cucco_, _cucho_; en espagnol
_cuclillo_; en allemand _gucker_, _kuckuch_, _guggauch_, _guckuser_; en
flamand _kockock_, _kockuut_; en anglais _kuckow_, _cucoo_; en turc
_koukou_; en syriaque _coco_; en polonais _kukulka_, _kukawka_; en
danois _kuk_, _gioeg kukert_; en catalan _cocut_, _cugul_; en vieux
franais _coqu_; en Provence _coux_, _cocou_; en Sologne _coucouat_,
pour indiquer le petit du _coucou_.

Il n'y a point d'oiseau dont le nom ait t form aussi gnralement
d'aprs son cri, et cela, peut-tre, parce qu'il n'y en a aucun dont le
cri soit plus analogue aux modulations de la voix humaine; au reste, il
est bon de dire, une fois pour toutes, que si la lettre _C_ prononce
comme _K_, est l'initiale du nom d'un grand nombre d'oiseaux crieurs, et
mme de certains que nous n'avons point nomms, parce que cette
circonstance nous a paru trop faible pour constituer l'Onomatope; que
si elle est la caractristique de leur _cri_; comme dans _cailletage_,
_caquet_, _clappement_, _clossement_, _cluppement_, _croassement_; et
que si cette observation peut s'tendre indistinctement  toutes les
Langues connues, c'est que le chant, ou plutt la clameur de ces
animaux, est engendre par le claquement de la langue contre le palais,
qui est la plus clatante de toutes les touches vocales, et que ce
claquement produit la consonne dont il s'agit.

COURLIS. C'est un oiseau que nous avons aussi nomm _curly_ et _turly_
par imitation de son cri.

Ce son naturel a produit beaucoup d'Onomatopes, l'_Elorios_ des Grecs,
le _clorius_ des Latins, le _tarlino_ de la Pouille, le _caroli_ du
Milanais, le _curlew_ des Anglais, le _greny_ des environs de Constance,
le _turlu_ de Poitou, le _turluy_ et le _corleru_ des Picards, le
_corlui_ des Normands, le _corlu_ des Bourguignons, le _corly_ et le
_corlieu_ de nos anciens Naturalistes.

M. de Buffon,  qui je dois cette nomenclature, y joint des observations
qui viennent trs-bien  ce sujet. Les noms composs des sons imitatifs
de la voix, du chant, des cris des animaux, sont, dit-il, pour ainsi
dire, les noms de la Nature; ce sont aussi ceux que l'homme a imposs
les premiers; les Langues sauvages nous offrent mille exemples de ces
noms donns par instinct; et le got, qui n'est qu'un instinct plus
exquis, les a conservs plus ou moins dans les idiomes des peuples
polics, et surtout dans la Langue grecque, plus pittoresque qu'aucune
autre, puisqu'elle peint mme en dnommant. La courte description
qu'Aristote fait du _courlis_, n'aurait pas suffi sans son nom
_Elorios_, pour le reconnatre et le distinguer des autres oiseaux. Les
noms franais _courlis_, _curlis_, _turlis_, sont des mots imitatifs de
la voix; et dans d'autres Langues, ceux de _curlew_, _caroli_,
_tarlino_, s'y rapportent de mme; mais les dnominations d'_arquata_ et
de _falcinellus_ sont prises de la courbure de son bec, arqu en forme
de faulx. Il en est de mme y du nom _Numnius_ dont l'origine est dans
le mot _Nomnie_, temps du croissant de la lune; ce nom a t appliqu
au _courlis_, parce que son bec est -peu-prs en forme de croissant; et
les Grecs modernes l'ont appel _macritimi_, ou long nez, parce qu'il a
le bec trs-long, relativement  la grandeur de son corps.

On pourrait conclure de ces remarques qu'il y a deux espces
d'Onomatopes ou de fictions de nom; les premires qui sont les
Onomatopes naturelles, communes  tous les peuples, parce qu'elles sont
formes sur un son qui ne varie pas; les secondes, qui sont les
Onomatopes locales, propres  un seul idiome, parce qu'elles sont
dtermines sur une figure ou un aspect des corps dont le signe est de
convention. Ces deux riches familles de mots pittoresques sont la plus
belle partie des Langues.

CRACHAT, CRACHEMENT, CRACHER. Du bruit que fait la salive jete avec
force hors de la bouche.

Cette ide a t exprime dans les Langues par deux sons galement
imitatifs, quoique fort distincts, l'un de l'autre. Du premier qui a
servi de racine aux mots dont on s'occupe dans cet article, les
Bas-Bretons ont fait _cranch_ qui signifie salive, et suivant Court de
Gbelin, _craing_ qui signifie la mme chose, _craincher_, _cracheur_,
et _crancha_, _cracher_, mais je suis port  croire qu'il doit ces
dernires expressions  un autre vocabulaire. Les mots _excreare_ et
_screare_ des Latins ont le mme type.

Du second, les Latins ont fait _spuere_, _despuere_, _expuere_, les
Italiens _sputare_, les Allemands _speien_, et les Anglais _spit_. Le
son radical _puth_ a t souvent converti en interjection, pour marquer
un mpris extrme, comme en ces mots tirs d'une mauvaise pice de
Boursaut, intitule _le Portrait du Peintre_. C'est mal rpondre,
_puth_, misrable critique!

Il est presqu'inutile de dire que nos mots _conspuer_ et _pituite_ sont
forms d'aprs cette dernire espce de son.

_Cracher_, s'exprime en arabe par le mot _ghak_, et en hbreu par les
mots _racac_ et _iarac_, qui sont encore des Onomatopes.

CRAN. Incision ou entaille faite sur un corps dur. En celtique, _cran_,
en latin, _crena_.

ECRAN, meuble qui glisse sur des _crans_.

CRAQUEMENT, CRAQUER. Du bruit que font des corps secs et durs qui se
brisent.

Letourneur dit dans sa traduction du _Jugement dernier_ d'Young:
Avez-vous entendu ce _craquement_ effroyable dont tout le globe a
retenti dans sa profondeur? C'est le fracas de l'Olympe et de l'Atlas
tombans. Ce passage est d'une belle harmonie.

* CRAQUETER s'est dit quelquefois au sujet d'une matire ptillante et
trs-sche qui clate au feu, comme le sel ordinaire et les feuilles des
arbres rsineux. Il n'est point  ddaigner dans ce sens. Le pote
Thophile en a fait un mauvais usage, quand il a dit qu'on entendait
_craqueter_ le tonnerre. Le signe est trop petit pour l'ide.

On ne se sert plus de _criquer_ et de _criqueter_ qui se prenaient
autrefois dans un sens analogue. Les herbes sches _criquent_, dit
Nicod. _Herbae aridae rixantur_. _Criqueter_, _digitis concrepare._

CRESSELLE, CRECELLE, ou CRCERELLE. C'est un instrument de bois en usage
dans quelques solennits, qui _bruit_ aigrement en tournant sur des
crans durs et serrs. On a cherch par-tout l'tymologie de son nom,
except dans le bruit qu'il produit, et dont elle est certainement
tire.

Ce mot n'est point tranger  la posie, et Boileau s'en est
agrablement servi dans ces vers imitatifs du Lutrin:

    Ils prennent la _cresselle_, et par d'heureux efforts
    Du lugubre instrument font crier les ressorts.

CREX. Cri sinistre et frquent d'un oiseau qui en a pris son nom.

CRI, CRIER. Je ne prends point ces mots comme imitatifs de la voix
humaine ou de celle des animaux, mais comme des Onomatopes d'un bruit
purement mcanique qui rsulte du frottement ou du brisement des corps.
On se rappelle le superbe hmistiche du rcit de Thramne:

    L'essieu _crie_ et se rompt.

M. Lalanne a fait un heureux emploi du mme mot dans ces vers du pome
intitul _Les Oiseaux de la Ferme_:

    Qu'elle est lente  leur gr, qu'ils la trouvent tardive,
    La main qui se refuse  leur ardeur captive!
    Le doux bruit du loquet, long-temps importun,
    Vient enfin rjouir l'essaim emprisonn.
    Un verrou reste encor, qui, trois fois indocile,
    Trois fois tourne, en _criant_, sur la porte immobile.

CRIAILLER, CRIAILLERIE, CRIAILLEUR, sont faits du mme son radical que
les prcdens, et alongs d'une syllabe trs-ouverte, pour peindre la
continuit fatigante d'un babil disputeur et hargneux.

    Dlivrez-moi, Monsieur, de la _criaillerie_,
    Et daignez accomplir votre ordre, je vous prie.

Notre bon Montaigne est, je crois, un des premiers qui aient fait usage
de ce mot. La _criaillerie_, quand elle nous est ordinaire, passe en
usage, et fait que chascun la mprise. Celle que vous employez contre un
serviteur pour un larcin ne se sent point, d'autant que c'est celle
mesme qu'il vous a vu employer cent fois contre luy, pour un verre mal
rinc, ou pour avoir mal assis une escabelle.

CRIOCRE, est le nom que les Entomologistes franais ont donn  une
famille d'insectes dont on trouve des espces sur le lys et sur
l'asperge, et qui est remarquable par la proprit qu'ont les petits
animaux qui la composent de produire un _cri_ assez aigu, au moyen du
frottement de leur corselet contre l'origine des tuis.

CRIC. C'est une machine compose d'une roue dente ou pignon qui se meut
avec une manivelle, et qui roule en criant.

* CRINCRIN. C'tait un instrument charg de grelots, dont il n'est parl
que dans les _Fcheux_ de Molire:

                Monsieur, ce sont des masques
    Qui portent des _crincrins_ et des tambours de basques.

Mnage, qui rapporte ce terme et cette autorit, n'hsite pas  le
regarder comme form par Onomatope.

M. de Roujoux pense que le peuple donne au violon le nom de _crincrin_
par allusion aux _crins_ qui forment l'archet; il croit qu'il pourrait
bien en tre de mme de cet instrument qu'il prsume tre celui dont se
servent encore les enfans pour imiter la grenouille, et qui est form
d'un petit cylindre de carton ferm  une de ses extrmits, et attach
par un crin  un bton autour duquel on le fait tourner pour produire du
bruit. Le mot alors, selon M. de Roujoux, ne serait pas une Onomatope,
puisque l'instrument aurait pris son nom de sa principale partie.

* CRISSEMENT, CRISSER. Expressions hors d'usage. C'est l'action de
grincer fortement les dents, et de tirer de leur frottement un son aigre
et _strident_ qui offense l'oreille.

_Crisser_, selon Borel et Monnet, c'est faire un bruit aigu et pre,
comme les roues mal ointes.

CROASSEMENT, CROASSER. Du cri lugubre et discord des corbeaux.

Le nom mme du corbeau drive de loin du mme son primitif. Du _korax_
des Grecs qui est une Onomatope, les Latins ont fait _corvus_, et
d'aprs eux les Espagnols _cuervo_, et les Italiens _corvo_. La
dnomination que nous avons adopte est encore moins naturelle,
quoiqu'on puisse remonter sans effort  son tymologie; mais il n'y en a
point de plus singulirement corrompue que celles que la Langue
allemande et la Langue anglaise ont substitues au _corvus_ des Latins,
en retranchant bizarrement de ce mot la consonne initiale, et en faisant
du reste par une mtamorphose capricieuse les noms insignifians de
_rabe_ et de _raven_.

Boileau crit quelque part:

    Sitt que d'Apollon un gnie inspir
    Trouve loin du vulgaire un chemin ignor,
    En cent lieux contre lui les cabales s'amassent;
    Ses rivaux obscurcis autour de lui _croassent_.

Ce mot rauque tombe  la fin du vers d'une manire singulire et
inusite qui rend son effet plus nergique.

CROC. Ce mot ne fut probablement d'abord que le signe factice du
dchirement d'un corps saisi par un instrument aigu; et puis il devint
par une extension trs-naturelle le nom de cet instrument, du _croc_ et
du _crochet_.

ACCROCHER, c'est saisir avec un _croc_, ou fixer avec un _crochet_.

CROQUER. Du bruit que fait un aliment sec et difficile  broyer, en se
rompant sous la dent.

    Eh bien! manger moutons, canaille, sotte espce!
    Est-ce un pch? Non, non, vous leur ftes, Seigneur,
                En les _croquant_, beaucoup d'honneur.

Le mme La Fontaine a employ le mot de _croqueur_ que notre Langue a
rebut:

            Un vieux renard, mais des plus fins,
    Grand _croqueur_ de poulets, un jour fut pris au pige.

CROQUET, nom que l'on donne  une espce de ptisserie trs-cassante, a
la mme origine que les mots prcdens. Ils sont les uns et les autres
du style familier.

CROULEMENT, CROULER. Du retentissement sourd et profond des murailles
qui s'affaissent, qui s'branlent, et qui tombent.

CROULEMENT et S'CROULER qui ont un sens moins vif, sont cependant plus
en usage.

Le mot _croulement_ a t transport trs-nergiquement par Montaigne
dans le style figur.

Nos moeurs sont, dit-il, extrmement corrompes, et penchent d'une
merveilleuse inclination vers l'empirement de nos loix et usages; il y
en a plusieurs barbares et monstrueuses; toutes fois pour la difficult
de nous mettre en meilleur tat, et le danger de ce _croulement_, si je
pouvois planter une cheville  nostre roe, et l'arrter en ce poinct,
je le ferois de bon coeur.


D

DANDIN, DANDINER. Pasquier drive ces mots du terme factice _dindan_ qui
exprime le bruit des cloches, parce que la marche d'un _dandin_, d'un
homme hbt, d'un badaud qui chemine lentement et au hasard, en ne
s'occupant que de choses vaines et communes, reprsente assez bien le
mouvement des cloches branles.

Cette dnomination s'est retrouve souvent dans le style satirique,
tmoins Thenot _Dandin_, Perrin _Dandin_, Georges _Dandin_.

DGRINGOLER. Terme bas qui est pris du bruit d'un corps qui roule d'une
certaine hauteur.

Voltaire a dit: Si deux ou trois personnes ne soutenaient pas le bon
got dans Paris, nous _dgringolerions_ dans la barbarie.

DRILLE. J'oserais conjecturer que ce mot a t fait du bruit que
produisaient les pices d'une vieilles armure, qui, mal unies et agites
au moindre mouvement, se choquaient les unes contre les autres. Par une
de ces extensions qui sont familires  toutes les Langues, et sur-tout
 la ntre, ce mot a signifi depuis un habit militaire en lambeaux,
puis le soldat qui le portait, et finalement de mauvais haillons. Les
traces de cette gnration existent encore, puisqu'il est conserv sous
toutes ses acceptions.

* DRONOS. Donner _dronos_ sur les doigts est une expression fort
triviale que je trouve dans Rabelais. Le Duchat la regarde comme une
Onomatope du bruit que rend un coup dur et retentissant; mais dans le
cas o l'imagination des Lecteurs ne voudrait pas se prter 
l'explication qu'il plat au savant commentateur d'en donner, ils sont
libres de la ranger parmi les mots sans nombre que cet Auteur a forms
sans autre rgle que son caprice, vritables termes macaroniques, dans
la construction desquels il n'a cherch qu' tre original et bizarre,
et auxquels il s'est peu souci d'attacher un sens. Voil pourquoi un
commentaire dans le genre de celui de M. Le Duchat, o l'on prtend tout
expliquer, est une des entreprises les plus ridicules qu'on ait pu faire
sur Rabelais.

* DROUNE. Ce mot, tout aussi ddaign, signifie le havresac dans lequel
les chaudronniers mettent leurs outils, dont le choc sonore semble
articuler _dron_, _drin_, ou _drouin_.

CHAUDRON, CHAUDRONNIER, seraient donc des Onomatopes tires de cette
racine.

En anglais, un _drouneur_ ou _chaudronnier_ qui porte la _droune_,
s'appelle _tinker_, autre Onomatope aussi tire du tintement des mtaux
dont il est charg.


E

EBROUER. Onomatope assez prcieuse, qui reprsente l'action d'un cheval
ardent, soufflant avec force pour chasser l'humeur qui l'incommode, et
pour reprendre facilement haleine.

        _Tum si qua sonum procul arma dedre,
    Stare loco nescit, micat auribus, et tremit artus,
    Collectumque premens, volvit sub naribus ignem._

Il n'y aurait peut-tre rien de comparable  cet admirable passage des
_Gorgiques_, si on ne lisait pas dans Job:

Est-ce vous qui avez donn au cheval sa force et sa beaut? Le
ferez-vous bondir comme la sauterelle, lui, qui du souffle si fier de
ses narines, inspire la terreur? Il se rit de la peur; il s'agite, il
frmit, il frappe du pied la terre, et l'enfonce. Ds qu'il entend le
son de la trompette, il dit: courage! Il sent l'approche de l'arme, et
joint ses hennissemens aux cris confus des soldats.

On reconnatra facilement dans les deux Potes les images dont le mot
_brouer_ est l'expression elliptique.

CLAT, CLATER. Du bruit d'un corps dur qui se divise avec violence
quand on le crve, quand on le fend, quand on le brise.

Il y a long-temps que les Glossateurs et les tymologistes ont reconnu
que ces mots taient faits du son que rend le bois, par exemple, quand
on le met en pices, comme cela se remarquait au brisement des lances
dans les tournois. On lit au deuxime livre d'Amadis: Adonc baissrent
leurs lances, et donnans des esperons  leurs chevaux, coururent l'un
contre l'autre de si grande roideur, que leur bois vola en _esclats_.

Les Grecs ont dit _klao_ pour _frango_, et de l, chez les Latins, un
clat de bois s'est quelquefois appel _clasma_. _Clao_ signifiait en
celtique une espce de ferrement, et le bruit qu'il rendait sous le
marteau.

Cette racine passant au figur par catachrse ou extension, a enrichi
nos vocabulaires de beaucoup de termes. Elle a fourni aux Langues
gothiques le mot _cla_ ou _cala_, _crier_, dont il est facile de suivre
les nombreuses drivations.

_Clabaud_, qui est compos de ce mot et du latin _boare_ ou _baubare_, a
t pour, chien, et figurment pour, un parleur insupportable.

_Clabauder_, est encore pris quelquefois en ce sens dans un style
trs-bas.

    Que deviendrai-je, entendant les Libraires
    Me _clabauder_ et crier de concert,
    De, Monsieur, achetez Boisrobert!

_Clamer_, qui signifiait nommer  haute voix, appeler avec _clat_, est
totalement rejet par notre Langue, qui a cependant conserv tous ses
composs. Il tait toutefois difficile  remplacer en certaines
occasions.

    C'est elle qui a tant de pris
    Et tant est digne d'estre ame
    Qu'el' doit estre rose _clame_.

GUILLAUME DE LORRIS.

_Clameur_, _Acclamation_, et les autres expressions de cette famille
n'ont rien perdu dans l'usage. On disait autrefois _clamours_, comme
dans ces vers de Marot:

    Tous plerins doivent faire requtes,
    Offrandes, voeux, prires et _clamours_.

Le mot _clisser_, pour, faire jaillir des _clats_ de boue, a cess
d'tre franais.

CLABOUSSER, Onomatope mixte, compose d'_clat_ et de _boue_, lui a
t substitu.

CLOPP. Je crois que c'est le seul mot qui nous reste de cette racine,
qu'on peut croire forme par imitation du bruit ingal et lourd de la
marche d'un boiteux.

Rabelais a dit _cloper_; et, _clopiner_ se trouve dans des Auteurs d'un
style assez pur. J'ai lu _clanpin_ dans des mmoires de la fin du
dix-septime sicle, o l'on dsignait ainsi le duc du Maine.

_Claudicare_, qui signifiait boiter chez les Latins, n'aurait-il pas la
mme origine; et de l n'aurait-on pas fait le nom de la _cloche_, parce
que son mouvement ressemble  la marche des boiteux? Ce qu'il y a de
certain, c'est qu'on dit encore _clocher_ pour _boiter_, et qu'on
appelle vulgairement _cloche_, une espce d'ampoule qui survient aux
pieds d'un homme fatigu, et qui le fait _clocher_.

* CLOPIN, CLOPANT, est un mot factice, construit par Onomatope du pas
des boiteux. La Fontaine s'en est servi dans la fable du _Pot de terre
et du Pot de fer_.

    Mes gens s'en vont  trois pieds
    _Clopin clopant_ comme ils peuvent,
    L'un contre l'autre jets
    Au moindre hoquet qu'ils treuvent.

CRASER. Ce mot est engendr par un son analogue  celui qui a produit
le mot _clater_, mais qui reprsente un brisement moins simultane, et
c'est pour cela qu'il est along par la consonne roulante.

Le cri de la craie qui se rompt et qui se pulvrise sous le pied,
reproduit fort distinctement cette racine.

Les Chaldens ont dit _kras_, et les Grecs plus vivement encore
_katatripsis_ pour _obtritus_, _crasement_. Ce dernier mot n'est pas
franais.

Si l'on veut s'assurer de la vrit de cette tymologie, qu'on ouvre au
mot _craser_ le dictionnaire de l'Acadmie; on y verra entr'autres
usages de ce mot: _craser des groseilles, du verjus_. On _crase_ donc
des bayes sches, tendues, rcalcitrantes. On n'_craserait_ pas des
fruits tendres et pulpeux. D'o vient cette diffrence? Elle est l'effet
du son produit par l'action d'_craser_, qui est pre, aigu dans le
premier cas, mousse et presque muet dans le second.

CROU. L'_crou_ est une pice de bois ou de fer qui a un trou
correspondant  la grosseur d'une vis qui s'y introduit, et y tourne
avec un bruit dsagrable.

L'_crou_, qui est un acte d'emprisonnement, est une figure de celui-ci.

La consonne roulante marque les efforts et le cri de la vis dans les
crans presss o elle s'embote; et dans _clou_, qui est une Onomatope
assez douteuse, le son est bref et net, parce qu'on le _fiche_
brusquement, et qu'il produit un bruit indcomposable et immodul.

GRISER. Oter les parties brutes d'un diamant en le frottant contre un
autre.

Le bruit agaant de ce frottement, semblable  celui d'un verre que le
diamant du vitrier divise, ou qu'on fait grincer en le grattant de
l'ongle, a servi de racine  cette Onomatope.

ENFLER, ENFLURE. Onomatopes composes de la prposition, et du bruit de
l'haleine chasse avec effort.

_Enfler_, s'est dit d'abord pour, l'action de emplir d'air un corps vide
et flasque, jusqu' ce qu'il ait acquis un certain degr de tension;
puis, _enfl_, s'est dit en gnral de tous les corps qui ont une
grosseur inusite ou accidentelle.

Les Latins disaient _inflare_ qui a la mme racine et la mme valeur.

GONFLER, que nous avons de plus qu'eux, est peut-tre plus imitatif,
parce qu'il est plus emphatique, et qu'on ne peut le prononcer sans une
assez forte mission du souffle.

ESCOPETTE, ESCOPETTERIE. Du bruit clatant des mousquets.

Ce mot a donn lieu au plus ridicule des vers factices:

    _Schiopettus tuf taf: bom bom colubrina sboronat._

L'escopette perce l'air avec ses _tuf taf_, et la coulevrine avec ses
bom bom.

Perse avait dit _sclopus_, pour, le son que rend la bouche, quand on
frappe sur les joues gonfles d'air:

    _Nec sclopo tumidas intendis rumpere buccas._

De l le diminutif macaronique _schiopettus_ et le franais _escopette_,
qui sont des Onomatopes formes sur un son de la mme espce. C'est
l'opinion de Paradin et de Polydore Virgile.

TERNUEMENT, TERNUER. L'_esternuement_, qui vient de la tte; tant
sans blme, dit Montaigne, nous lui faisons un honneste accueil. Ne vous
mocquez pas de cette subtilit; elle est d'Aristote.

Nous disions beaucoup mieux _esterner_, parce que ce mot ainsi prononc
conservait le son radical dans toute sa valeur, et s'cartait moins des
analogues qu'on lui connat dans d'autres Langues.


F

FANFARE. La plupart des instrumens  vent sont caractriss par la
lettre F, parce que cette consonne produite par l'mission de l'air
chass entre les dents, est l'expression du soufflement ou du
sifflement. De l, _fanfare_, qui est un chant de trompette.

Rabelais en avait fait le verbe _fanfarer_, que je ne me souviens pas
d'avoir vu ailleurs.

FIFRE. La voyelle resserre entre deux lettres trs sifflantes, donne
une ide trs-juste du bruit aigu de cet instrument, et la dsinence
roulante marque son clat un peu rauque.

Les Allemands l'ont nomm _pfeifer_ par analogie  l'Onomatope
_pfeifen_ qui signifie _siffler_. Cette dnomination a t exactement
transporte dans notre Langue et dans la plupart des autres. Nous avons
mme dit _pifre_, comme en ce passage de la traduction d'_Amadis_ par
Gabriel Chapuis. Plusieurs sont des _pifres_ et autres instrumens. Et
en cet autre de Rabelais: Puis soubdain retourne, et nous asseure avoir
 gausche descouvert une embuscade d'andouilles farfelus, et du coust
droict  demi-lieue loing de l, ung gros bataillon d'aultres puissantes
et gigantales andouilles, le long d'une petite colline furieusement en
bataille, marchantes vers nous au son des vzes et piboles, des guogues
et des vessies, des joyeulx _pifres_ et tabours, des trompettes et
clairons.

FLACON. Du bruit de la liqueur verse hors du _flacon_, et qui tombe de
quelque hauteur dans un vase sonore. Il est du moins certain qu'on n'a
dcouvert aucune autre tymologie raisonnable de ce mot, et que
l'unanimit avec laquelle tant d'idiomes l'ont admis, donne lieu de
penser qu'il n'a pas t form au hasard. Les Espagnols ont dit
_flascon_, les Italiens _fiascone_, les Allemands _flasche_, les
Flamands _flesche_, les Polonais _flasha_, les Bohmiens _flasse_, les
Hongrois _palassk_, et les Anglais _flagon_.

Une observation qui donne du poids  cette conjecture, c'est que
_flacquer_ s'est dit autrefois pour, vuider son verre, en jetant les
liqueurs qu'il contient. La Bruyre en fournit un exemple dans ce
passage. S'il trouve qu'on lui a donn trop de vin, il en _flacque_
plus de la moiti au visage de celui qui est  sa droite, et boit le
reste tranquillement. De l,

FLACQUE D'EAU, l'eau que l'on _flacque_, ou que l'on jette contre
quelque chose,

FLAQUE D'EAU, mare croupissante et de si peu d'tendue, qu'il semble
qu'on l'ait _flacque_  l'endroit o elle est,

FLASQUE, adjectif qui s'est dit d'abord d'une chose amollie par
l'humidit, et particulirement d'un linge mouill qui produit, quand on
le soulve et qu'on le laisse retomber sur lui-mme, le bruit de l'eau
qu'on _flacque_  terre. Cette dernire expression drive secondairement
du _flaccidus_ des Latins qui a t immdiatement fait du bruit naturel.

FLANQUER. Du bruit d'un coup violent, le peuple a fait le mot factice
_flan_ pour le reprsenter, et le verbe _flanquer_ pour, donner un coup
dont le son est exprim par _flan_.

Ces termes sont de la plus basse trivialit.

FLCHE. Mot factice form sur le son de la _flche_ chasse de sa corde,
et qui fuit en sifflant. C'est l'opinion de Nicod, du temps duquel on
disait encore indiffremment _flche_, _flic_, ou _flis_.

En espagnol, c'est _flecha_, en allemand _pfeil_, en anglo-saxon _fla_.

Les Italiens ont aussi _freccia_, mais plus communment _satta_, du
_sagitta_ des Latins[1], qui nous a fourni _sagette_, et qui a du
rapport avec la _zagaye_ des Maures et de quelques nomades.

Le mot _psi_ est une autre Onomatope du bruit de la _flche_, dont il
reste peu de composs dans les Langues; mais il est  remarquer que les
Grecs en ont fait une de leurs lettres qu'ils ont reprsente
hyroglyphiquement sous la figure d'une _flche_ empenne, ou d'un trait
appuy sur son arc.

FLEUR. Du bruit que fait l'air aspir par l'organe qui recueille les
parfums de la _fleur_.

FLAIRER, en est form par mtonimie. Cette tymologie laisse d'autant
moins de doutes, qu'on a dit autrefois _fleurer_. Molire s'en est servi
dans ce vers d'Amphitrion:

    Impudent _fleureur_ de cuisine,

pour dsigner un parasite. Le nom de M. _Fleurant_ qu'il a employ dans
le _Malade imaginaire_, est tir du mme verbe, dans la mme
construction.

Cette racine est propre  caractriser en gnral tous les termes qui
figurent des manations douces, des formes ondoyantes, des mouvemens
caressans, comme _flamme_, qui est un corps impalpable et tenu, que le
vent agite et balance; _flatter_, qui est une action gracieuse au propre
et au figur; _flchir_, qui se dit en parlant de l'inclinaison molle et
lgre d'un corps souple, comme les jeunes plantes et les roseaux; et
beaucoup d'autres expressions de la mme espce, sur lesquelles je ne
m'arrterai pas davantage, et que je ne classerai point  leur rang
alphabtique, parce qu'elles me paraissent trop loignes de leur type.

FLOT.

FLEUVE, FLUX, FLUIDES, choses qui _fluent_.

Du bruit des liquides qui s'coulent. Cette racine se retrouve dans
presque toutes les Langues.

AFFLUENCE, a signifi originairement le concours des _flots_, le _flux_
des grandes eaux, la runion de plusieurs _fleuves_ qui _fluent_
ensemble vers un mme but, et figurment l'action de survenir en grand
nombre, et d'aborder dans le mme lieu; mais on ne le prend plus que
dans sa dernire acception.

_Flon_, se disait dans le vieux langage pour un petit _fleuve_, ou
ruisseau.

    Glorieux _flon_, glorieuse ve,
    Qui lavaz ce qu'Adam et Eve
    Ont pour leur pechi ordoy.

Sur quoi je ferai remarquer en passant qu'il rsulte de cette citation
qu'on a dit autrefois _ve_ pour eau en franais, et que ce mot _ev_
signifiait, boire ou avaler, en celtique. Voyez au mot _biberon_.
_Afon_, _avon_, dont _amnis_ parat driv, reprsentait dans la mme
Langue l'ide que nous attachons  ce mot latin, un fleuve, une rivire
rapide.

* FLOFLOTTER, qui est tout--fait perdu, est cependant une assez
heureuse Onomatope du choc des flots en rumeur.

Dubartas a crit _le floflottant Nre_, et c'est, je crois, ce qui a
fait dire  Pasquier au huitime livre de ses recherches: _Floflotter_
est mis en usage par les potes de notre temps pour reprsenter le heurt
tumultuaire des _flots_ d'une mer, ou grande rivire courrouce.

Je ne sais personne, au reste, qui ait employ ce terme depuis Pasquier,
si ce n'est l'extravagant pote Desmarets dans sa comdie des
_Visionnaires_, o il le donne pour pithte au _fleuve_ Nre, comme
avait fait Dubartas.

    Dj de toutes parts j'entrevois les brigades
    De ces Dieux chvre-pieds et des folles Mnades
    Qui s'en vont clbrer le mystre orgien
    En l'honneur immortel du pre Bromien.
    Je vois ce cuisse-n suivi du bon Silne
    Qui du gosier exhale une vineuse haleine,
    Et son ne fuyant parmi les Mimallons
    Qui les bras entirss courent par les vallons.
    Mais o va cette troupe?... Elle s'est gare
    Aux solitaires bords du _floflottant_ Nre.

FLOU. Ce mot se dit en Peinture, et surtout dans la mauvaise cole, d'un
tableau dont le coloris est doux, tendre, et comme soyeux et velout. Il
est donc driv du son molleux d'une toffe prcieuse, faiblement
froisse avec la main. Dans le _Charles Ier._ de Wandick, on croit
entendre le _flou_ du satin.

Au reste, on se sert ordinairement pour fondre les couleurs, pour les
noyer, les dpouiller de leur scheresse, et amollir leurs nuances,
d'une petite brosse de soies lgres, qu'on passe dlicatement sur ce
que le pinceau a touch, et dont on effleure la toile avec tant de
prcaution, qu'il semble qu'on la caresse. Cette opration est
accompagne d'un petit bruit qui est peut-tre devenu par analogie le
nom de cette manire de peindre.

FLTE. Du _flare_ des Latins qui est une Onomatope du souffle. La douce
mission du son qui flue en quelque sorte par les trous de la _flte_, a
dtermin le nom de cet instrument.

Les Italiens ont dit _flauto_, les Espagnols _flauta_, les Allemands
_floete_, les Anglais _flute_, et les Celtes _flehut_. Cette conformit
de dnominations, qui n'est fonde sur aucune autre tymologie
apparente, vaut une dmonstration.

J'ajouterai que les Orientaux appellent une _flte_, _avuv_, et les
Tatiens, _evuvo_. C'est l'aspiration de la Langue celtique _av_ ou
_ev_. Remarquez aussi que le _v_ se prononce sur la mme touche que
l'_f_ qui n'est qu'un _v_ fort. Les Hbreux prononaient _vau_ pour _f_;
les Allemands prononcent, au contraire, _faou_ pour _v_. Il rsulte de
l que le mot _avuv_ des Orientaux, et le mot _evuvo_ des Tatiens, ont
la mme construction que le mot _fifre_, et prsentent comme lui un son
vocal aigu resserr entre deux dentales. Ils en diffrent par
l'intonation qui est moins brusque, par la dsinence qui est plus pleine
et plus harmonieuse, et par l'adoucissement des consonnes
caractristiques. _Avuv_ ou _evuvo_ reprsentent donc trs-bien une
_flte_, un fifre doux.

Le _syrinx_ des Grecs est aussi une Onomatope, mais qui tient  la
mlope primitive, et au son plus aigre des simples roseaux.

FRACAS, FRACASSER. D'un bruit clatant et prolong qui est occasionn
par une destruction violente ou par un phnomne naturel, comme le
_fracas_ de la foudre qui tombe, le _fracas_ des cataractes, et le
_fracas_ des volcans.

Quinaut a suprieurement dit dans ces vers d'une belle harmonie
imitative:

    Que le bruit, que le choc, que le _fracas_ des armes
            Retentisse de toutes parts!

FREDON, FREDONNER. En chassant l'air de la bouche, avec un roulement
press de la langue, et un petit frmissement des lvres, on produit le
bruit sourd ou le chant confus que ces mots expriment. Guichard a
rencontr assez heureusement, quand il les a drivs du _fritinnire_ des
Latins, excellente Onomatope qui a la mme racine, et qui avait t
faite pour reprsenter le murmure des hirondelles.

FRELON. Du bourdonnement des ailes de cet insecte, on a fait son nom
franais. Les Latins ont dit _crabro_, et les Espagnols _tabarro_, qui
sont d'autres Onomatopes.

FRMIR, FRMISSEMENT. On ne peut se tromper sur le son radical de ces
mots, qui se reproduit dans tant d'occasions, soit qu'il se forme de
l'agitation rapide des lvres dans le _frmissement_ de la fivre et
dans celui de la peur, soit qu'il paraisse maner des feuillages mus,
des herbes fouettes par le vent, des eaux qui murmurent sur les
cailloux.

FRISSON, FRISSONNEMENT, qui sont des _frmissemens_ d'une espce
particulire,

FRAYEUR, EFFROI, sentiment qui excite le _frisson_,

FROID, sensation physique dont l'effet est le mme, sont autant
d'expressions qui se rapportent  cette racine, et sur lesquelles je ne
reviendrai pas ailleurs.

FRETILLER. Pour exprimer un mouvement trs-vif et trs-rapide, comme
celui d'un petit poisson suspendu  la ligne, et pour reprsenter le
bruit dont il est accompagn.

FRETIN, c'est le nom qu'on donne au petit poisson qui _fretille_.

    Un carpeau qui n'tait encore que _fretin_,
    Fut pris par un pcheur au bord d'une rivire.

Et ailleurs:

            Un rieur tait  la table
        D'un financier, et n'avait en son coin
    Que de petits poissons; tous les gros taient loin.
    Il prend donc les menus, puis leur parle  l'oreille;
            Et puis il feint  la pareille
    D'couter leur rponse; on demeura surpris,
            Cela suspendit les esprits.
            Le rieur alors d'un ton sage
            Dit qu'il craignait qu'un sien ami
            Pour les grandes Indes parti
            N'et depuis un an fait naufrage.
    Il s'en informait donc  ce menu _fretin_;
    Mais tous lui rpondaient qu'ils n'taient point d'un ge
            A savoir, au vrai, son destin;
            Les gros en sauraient davantage.

FRIRE. Du ptillement de l'huile bouillante quand on y plonge un corps
froid pour le faire _frire_.

Cette Onomatope se retrouve dans toutes les Langues.

Observez que le grec _frugo, frughios_ (_torreo, torridus_), dont le son
a tant d'analogie avec celui sur lequel ce mot est form, a fourni le
nom de l'_Afrique_ et de la _Phrygie_, pays de feu. Je dois cette
remarque  M. de Cambry, dont l'immense rudition a enrichi la science
des Langues de tant d'heureuses dcouvertes.

FRISER. Pour rouler les cheveux, on les presse avec un fer chaud qui les
dessche et qui les crispe. C'est du petit bruit avec lequel ils se
retournent sur eux-mmes, qu'on a fait le mot _friser_.

_Friser_ se prend aussi pour, effleurer un objet, pour, en passer si
prs que le bruit du frottement se fait lgrement entendre.

FROISSEMENT, FROISSER. Belles expressions qui reprsentent ordinairement
le cri d'une toffe ferme que l'on presse avec quelque force; mais qu'on
a tendues  d'autres significations, et qui peuvent s'appliquer plus ou
moins  toutes sortes de ruptures et de brisemens.

Il est certain qu'elles ont t formes d'aprs le son naturel, et je
n'en atteste que les Auteurs mme qui ont cherch ailleurs leur
tymologie. Ils remarquent qu'on dit _froisser_ du damas et du satin. On
ne le dirait pas d'une toffe douce et lgre qui cde sans bruit sous
la main. On la chiffonne, on ne la _froisse_ pas. _Froisser_ est donc un
mot imitatif, une vritable Onomatope.

On dit vulgairement le _froufrou_ d'une robe de satin, d'un vtement de
taffetas, et ce mot factice est la racine de ceux-ci.

FRLER, pour, friser, effleurer un corps.

_Frler_ une robe de taffetas, c'est la faire crier en passant.
_Frlement_, pour reprsenter ce bruit, est un mot pittoresque et vrai,
mais hasard.

_Freler_, qui est de cette famille, s'emploie dans la Langue du peuple,
en parlant d'une matire de peu de consistance, comme les cheveux et la
barbe, ou le poil, la laine et les plumes des animaux, qui,  peine
_frls_ ou effleurs par le feu, se retirent en rendant un son faible
et rapide dont ce verbe parat form.

FRONDE. Une corde qui sert  lancer les pierres avec violence,  les
faire dchirer l'air avec bruit et de manire  ce qu'elles en tirent un
frmissement long, retentissant et sonore, dont on peut exprimer l'effet
par le mot qui fait le sujet de cet article.

Les Grecs ont dit _sphendon_, les Latins _funda_, les Italiens
_fromba_, _fronda_ et _frondola_. L'_e_ muet qui termine sourdement
cette Onomatope dans notre Langue, et qui figure la dsinence d'un
bruit mourant, la rend prfrable  toutes les autres. J'en excepte
cependant l'nergique _sling_ des Anglais, qui est le terme le plus
pittoresque que l'on ait attach  cette ide.

Dans le pays de Lon, _fromm_ exprime le bruit que fait une pierre jete
avec une _fronde_. _Fromm a-ra ar-maen_, la pierre bruit. C'est le
_rombo_ des Italiens, et le _bromos_ des Grecs.

FROTTEMENT, FROTTER. Le son radical de ces mots est propre, comme on
peut le voir,  tous les froissemens,  tous les frmissemens de la
nature; il convient galement pour exprimer l'action que ces termes
figurent, et il rappelle trs-bien le bruit dont elle est ordinairement
accompagne.

FROUER. Un soufflement tremblotant de la chouette a servi de type 
cette Onomatope, qui est d'usage parmi les chasseurs pour indiquer
l'action de siffler  la pipe, ce qui se fait communment en plaant
entre les lvres une feuille ploye qui touffe le son, et qui le
module.


G

GALOP, GALOPER. Nicod conjecture trs-plausiblement que ces mots sont
faits par Onomatope du bruit des chevaux qui _galopent_; mais je ne
saurais convenir avec lui et avec certains Etymologistes qui ont partag
son opinion, que le mot _haquene_ ait t immdiatement form sur une
racine naturelle de la mme espce. Le _haca_ des Castillans, et le
_faca_ des Aragonais dont on le fait driver, descendent probablement
comme lui du latin _equus_, qui a produit _equina_, et en vieux franais
_haquet_ et _haquene_. Coquillard a dit:

    Sus, sus, allez vous en, jaquet,
    Et pansez le petit _haquet_,
    Et lui faites bien sa litire.

C'est aussi l'opinion de Mnage.

GARGARISER, GARGARISME. Cette Onomatope est purement grecque,
_gargarizo_, _gargarismos_. Elle est forme du bruit d'un remde liquide
dont on se lave la bouche et l'entre du gosier. Les Grecs disaient
aussi, dans un sens assez analogue, _gargalisein_, et _gargalismos_,
_titillare_, _titillatio_.

Elle est d'ailleurs commune  la plupart des Langues. En hebreu,
_garghera_ signifiait le _gosier_; il se dit _gargareon_ en grec, et
_gorzaillen_ en celto-breton: la mme initiale caractrise encore assez
universellement, et avec peu de modifications, les noms qu'on a donns 
cette partie, soit chez les Latins qui l'appellent _jugulum_, soit chez
les Italiens qui l'appellent _golla_, soit chez les Allemands qui
l'appellent _khle_ ou _ghle_, soit chez les Espagnols qui l'ont
appele _garganta_. Rabelais n'a fait que transporter en espagnol le nom
de son _grandgousier_, pour en faire celui de _Gargantua_, qu'il s'amuse
 expliquer autrement par un quolibet. Le nom mme de _gargamelle_ se
prend pour la gorge ou le gosier, dans la Langue du peuple, et
Hauteroche l'a employ  cet usage.

On disait autrefois _esgargat_ de crier, d'un homme qui avait une
extinction de voix.

* GARGOUILLE. _Gargouille_, dit Nicod, est ce petit canal de pierre ou
d'autre chose, issant en forme de couleuure ou d'autre beste, hors
d'oeuvre, au dessous des couuertures des glises, et tels autres
bastimens pour jetter au loing l'eae pluviale qui en descend. Le nom
est par Onomatope du _gargouillis_, et bruit que l'eae fait courant
par telles _gargouilles_.

Marot a pris ce mot pour grosses bouteilles desquelles le vin s'coule
avec abondance,  la manire de l'eau qui tombe des gargouilles, et avec
un bruit pareil:

    Semblablement le gentil Dieu Bacchus
    M'y amena, accompagn d'andouilles,
    De gros jambons, de verres, de _gargouilles_.

GAZOUILLEMENT, GAZOUILLER. Ces mots sont tirs du chant des oiseaux,
dont ils expriment assez bien l'harmonieux babillage, qui est le
_susurrus_, le _garritus_, le _lene murmur_ des Latins. Mais employs
jusqu' satit par nos Potes pastoraux, et cousus depuis deux sicles,
aux plus misrables bouts-rims de la Langue, ils ont perdu toute leur
grace et toute leur fracheur, et sont tombs dans la classe des lieux
communs les plus fastidieux. Il y a certaines de ces expressions et de
ces tournures qui, inventes d'abord par une riche imagination, et
prostitues depuis  tous les usages, sont devenues aussi fades et aussi
importantes qu'elles taient autrefois vives et ingnieuses[2]. Avanons
une ide vraie qui n'a que l'apparence d'un paradoxe. Un mchant
crivain porte plus de dommage  la Langue dans laquelle il crit que le
plus beau gnie ne lui fait d'honneur. C'est la harpie qui souille tout
ce qu'elle touche, et dans ses mains tout se fane et se dcolore.

GEAI. En grec, _karakaxa_, en Latin ancien _garrulus_, et de l
_garrire_, en latin barbare _gaius_, en espagnol _gayo_, _cayo_, en
catalan _gaitg_, _gralla_, en italien _ghiandaja_, en allemand _jack_,
en polonais _soika_, en sudois _not-skrika_, en anglais _jay, ia, ia_,
en franais dans diffrens lieux et dans diffrens temps _jay_, _gay_,
_jayon_, _gayon_, _jaques_, _jaquot_, _jacuta_, _girard_, _richard_,
_gautereau_.

Leur cri ordinaire est trs-dsagrable, dit M. de Buffon, et ils le
font entendre souvent. Ils ont aussi de la disposition  contrefaire
celui de plusieurs oiseaux qui ne chantent pas mieux, tels que la
cresserelle et le chat-huant. S'ils aperoivent dans le bois un renard
ou quelqu'autre animal de rapine, ils jettent un certain cri
trs-perant, comme pour s'appeler les uns les autres, et on les voit en
peu de temps rassembls en force, et se croyant en tat d'en imposer par
le nombre, ou du moins par le bruit. Cet instinct qu'ont les _geais_ de
se rappeler, de se runir  la voix de l'un d'eux, et leur violente
antipathie contre la chouette, offrent plus d'un moyen pour les attirer
dans les piges, et il ne se passe gures de pipe sans qu'on en prenne
plusieurs; car tant plus ptulans que la pie, il s'en faut bien qu'ils
soient aussi dfians et aussi russ. Ils n'ont pas non plus le cri
naturel si vari, quoiqu'ils paraissent n'avoir pas moins de flexibilit
dans le gosier, ni moins de disposition  imiter tous les sons, tous les
bruits, tous les cris d'animaux qu'ils entendent habituellement, et mme
la parole humaine. Le mot _richard_ est celui, dit-on, qu'ils articulent
le plus facilement.

Ce mot se retrouve parmi les nombreuses Onomatopes dont le cri du
_geai_ fournit la racine, et de la varit desquelles l'instinct
imitatif de cet animal nous donne le motif.

GLAPIR, GLAPISSEMENT. Mots forms d'un bruit aigu, perant, comme les
aigres clats de la voix d'un animal qui n'est pas adulte, ou le fausset
d'une voix discordante et d'un mauvais instrument. En grec _klagg_, et
de l _clangor_.

_Glatir_ et _Glatissement_, ont signifi la mme chose. En Picardie,
_glay_ se dit pour un grand bruit ou pour un grand concours de voix.

GLAS ou GLAIS, c'est le tintement _glapissant_ d'une cloche qu'on sonne
pour un Ecclsiastique qui vient de mourir.

GLISSER. Du bruit d'un corps qui parcourt rapidement la surface d'un
corps _glissant_.

GLACE, est un mot form du mme son naturel, parce que la glace offre
une surface unie, lisse et _glissante_. En breton _clezr_, la _glace_,
et _clezra_, _glacer_, dont _glisser_ peut bien tre fait.

* GLOUGLOTTER. On a invent ce mot pour exprimer le chant du coq d'Inde,
et cette innovation parat d'autant plus naturelle, que les Langues
anciennes ne pouvaient fournir de terme qui prsentt la mme ide. Je
ne vois pas cependant qu'il ait t mis en usage par aucun Ecrivain
considr.

GLOUGLOU. Mot factice qui se tolre aisment dans une chanson bachique,
et qui imite  merveille le bruit d'une liqueur qui s'coule par un
canal troit.

Madame Deshoulires a dit en parlant du vin:

    C'est un secours contre plus d'un tourment,
    Il n'en est point qui ne cde aisment
    Au doux _glouglou_ que fait une bouteille.

On se rappelle le couplet de Sganarelle dans _le Mdecin malgr lui_:

            Qu'ils sont doux,
            Bouteille jolie,
            Qu'ils sont doux
            Vos petits _glougloux_.
    Mais mon sort ferait bien des jaloux,
      Si vous tiez toujours remplie!
        Ah bouteille ma mie,
        Pourquoi, vous videz-vous?

_Bilbit amphora_, dit Dumarsais; c'est la petite bouteille qui fait
_glouglou_.

GLOUTON, GLOUTONNERIE. Un signe presque certain que tel mot est tir
d'un son naturel, c'est sa reproduction dans un grand nombre de Langues.
Ainsi, _glouton_ qui s'est dit _glous_ en vieux franais, s'est dit
_glwth_ en celtique, _glout_ et _gloiet_ en breton, _gluto_ dans la
basse latinit, _ghiottone_ en italien, et _gluttonous_ en anglais.

Ces Onomatopes sont formes d'aprs le bruit que font les alimens,
avidement _engloutis_ par un homme affam, et de l

ENGLOUTIR, qui est d'une acception plus noble et plus tendue.

GORET. C'est un nom du cochon, fait de son grognement. _Gronder_, se dit
_gorren_ en Langue flamande.

Le cochon s'est d'ailleurs appel en grec _khoros_, en georgien
_gorri_, en latin _gorretus_, en italien _verro_. Sur ce dernier mot et
sur notre mot _veyrat_, on se rappellera que l'initiale _g_ s'est
souvent confondue avec le _v_ dans les Langues, et que cette diffrence
ne peut constater deux espces d'tymologie.

En vieux franais, la truie se nommait _gorrire_.

L'auteur du Monde primitif prtend que du cri du cochon, animal
naturellement bruyant, les Celtes avaient fait _gawri_, qui se prenait
pour _clamare_. Je ne sais comment il a pu tomber dans cette erreur, 
moins qu'il n'y ait t induit par une faute d'impression ou une
mauvaise criture, et qu'il n'ait cru lire _gawri_ dans le mot _garmi_
ou _sgarmi_, dont c'est en effet le sens, et dont _garrire_ parat
driver. Les _gawris_ ou _gawrics_ taient dans la religion des Celtes
des esprits follets, des espces de _Dusii_ qui dansaient autour des
monumens. Ce mot est form de _gawr_, gant, et du diminutif _ic_[3].
Cela est fort tranger  l'ide que nous attachons au mot _goret_.

Le terme celtique qui signifie _cochon_, est une Onomatope prise de son
grognement, _oc'h_, ou bien _ouc'h_, en observant que le _c'h_ est
aspir, et se prononce d'une manire gutturale. Et de l, _coc'h_,
_stercus_, dont le mot franais _cochon_ est incontestablement tir.

GOULOT. Du _glouglou_ de la bouteille, c'est--dire, du bruit que fait
le vin en traversant son _goulot_, on a fait ce dernier mot qui est fort
peu en usage.

Regnier a dit _goulet_ dans sa plaisante description des meubles d'une
courtisane;

    Du blanc, un peu de rouge, un chiffon de rabat,
    Un balet, pour brusler en allant au sabat,
    Une vieille lanterne, un tabouret de paille
    Qui s'toit sur trois pieds sauv de la bataille,
    Un barril dfonc, deux bouteilles sur cu
    Qui disoyent sans _goulet_: nous avons trop vescu.

La bouteille s'appelle en hbreu _bacbuc_, qui est une autre Onomatope
du bruit qu'elle fait quand on la vide. C'est de l que la prtresse de
la dive bouteille a pris son nom dans Rabelais.

GOUTTE. Ce mot est form du son naturel, du bruit que produit un liquide
qui tombe _goutte_  _goutte_.

    L'eau qui tombe _goutte_  _goutte_
    Perce le plus dur rocher.

GRAILLEMENT, GRAILLER. _Graillement_ se dit du son d'un cor us, rompu,
enrou, dont on se sert pour rappeler les chiens. C'est une nuance de
_rlement_, ou plutt, c'est _rlement_ dont on a mouill l'_l_, et
qu'on a prcd d'un son guttural et _criard_, pour exprimer l'aigreur
de l'airain fl.

GRATTER. Du bruit des griffes ou des ongles contre les corps dont ils
attaquent la superficie. _Egratigner_ en est le diminutif.

GRLE, GRLER. Un bruit sec, un peu aigre, un peu retentissant qui
accompagne la chute de la _grle_, a dtermin son nom. Il faudrait pour
en douter n'avoir jamais entendu la _grle_ frapper le verre en
glissant, ou rouler sur l'ardoise qui rsonne, en la faisant rebondir.

En latin, c'est _grando_, _grandine_ en italien, _granizo_ en espagnol,
_grizill_ en celtique, o de la racine _grill_ se forment, en gnral,
les noms des choses bruyantes.

GRESIL, qui se dit d'une petite _grle_, fort menue et fort dure, est
immdiatement tir de ce dernier mot.

GRELOT. Petite boule creuse en mtal o l'on enferme quelques corps
durs, et qui fait l'office de sonnette quand on l'agite.

C'est le _crotalum_ des Latins, mais ce n'en est point une contraction,
comme on l'a dit. _Grelot_ est un mot factice de la mme construction et
de la mme racine que le _Drelin_ du _Malade imaginaire_.

GRELOTTER, qui est l'action de heurter les dents quand on prouve un
grand froid, en a t trivialement form, parce que ce choc imite celui
des petits corps que contient le _grelot_.

GRENOUILLE. Du rlement dsagrable et prolong de cet ovipare, les
Latins ont fait _rana_, _ranula_, et mme _ranunculus_, qui est employ
par Cicron. Ces mots sont devenus le type de la plupart de ses noms
modernes, et entr'autres de celui que nous avons adopt, quoiqu'il en
paraisse d'abord plus loign qu'aucun autre. Le _batracos_ des Grecs a
eu moins de drivs.

Il ne faut pas omettre que dans quelques-unes de nos provinces les mots
_rane_, _raine_ et _rainette_ se prennent populairement pour
_grenouille_. Or, si l'on pouvait douter que _rana_ ft form par le
procd imitatif, j'ajouterais une remarque qui me parat dmonstrative;
c'est que dans ces mmes provinces o _rainette_ signifie _grenouille_,
ce mot a un homonyme aussi tranger que lui  notre Langue, et qui se
dit de l'instrument qu'on appelle plus rgulirement _cresselle_. Entre
l'une et l'autre de ces expressions, et les bruits dont elles sont
tires, la conformit est si frappante, que je ne crois pas qu'il y ait
une identit d'tymologie plus claire et plus authentique.

GRESILLEMENT, GRESILLER. On entend par _gresillement_ le ptillement
d'un reste de parties grasses, qui se trouvent dans la peau, le vlin,
le parchemin que l'on brle, et le froncement, le racornissement un peu
bruyans qui l'accompagnent. Ces mots me paraissent trop bas pour devoir
tre employs sans ncessit.

GRIFFE. De _griffe_, qui est pris de l'raillement d'un corps plus ou
moins solide, et particulirement d'une toffe sous les ongles pointus
et recourbs d'un animal, on a compos,

AGRIFFER saisir quelque chose avec les _griffes_,

GRIFFER, dchirer d'un coup de _griffe_,

GRIFFADE, blessure que les oiseaux ongls font avec leurs serres,

GRIFFON, oiseau de proie fabuleux,

GRIFFONNER, crire mal, dessiner grossirement,

GRIFFONNAGE, criture incorrecte et illisible,

* GRIFFONNEMENT, terme qui n'est point franais, mais qui est d'usage
parmi les Artistes, pour signifier une esquisse  la plume, ou mme un
genre de gravure mis en rputation par Rembrandt et Romain Dehooge, et
dont les traits confus et bizarres, mais chauds et hardis, ont l'air
d'tre forms  coups de _griffes_,

GRIFFE, outil de serrurier ou de tourneur, qui a la forme d'une
_griffe_, ou plutt qui en a l'usage.

Cette Onomatope est commune  beaucoup de Langues. On lit ce portrait
de Cerbre au sixime chant de l'Enfer du Dante:

    _Cerbero, fiera, crudele e diversa,
    Con tre gole caninamente latra
    Sovra la gente, che quivi  sommersa.
    Gli occhi a vermigli, e la barba unta, e atra,
    El ventre largo, e unghiate le mani.
    _Graffia_ gli spirti, gli scuoja, ed isquatra._

GRIGNOTER. Ce mot se dit bassement de l'action de ronger lentement et
avec quelque effort un aliment dur. De l,

GRIGNON, morceau de pain sec et trs-cuit, qui crie sous la dent.

Il est rare de voir employer _grignoter_  propos de mets doux et
pulpeux, comme dans cet exemple qui est tir de M. de Parny:

    Une source dans ton verger
    Jaillit avec un doux murmure,
    Et son eau bienfaisante et pure
    Te dsaltre sans danger.
    La faim te presse et te fatigue?
    De ton figuier mange le fruit,
    Et ne va pas durant la nuit
    Du voisin _grignoter_ la figue.

Cet exemple pourrait prouver aussi que le talent a le privilge de tout
ennoblir, mais je ne crois pas que personne se hasarde  en renouveler
l'essai sur cette expression, assez justement ddaigne.

GRUGER, qui se prend dans le mme sens, en est un augmentatif.

GRILLON. Du petit tintement argentin qui caractrise cet insecte, et que
les Entomologistes croient provenir de deux membranes, tendues en forme
de tymbales, qu'il frappe vivement et presque sans relche.

Le _grillon_ s'est nomm _grillos_ en grec, _grillus_ en latin, en
espagnol et en italien _grillo_, en allemand _grille_, et en anglais
_criket_.

Les Mthodistes franais ont transport ce dernier nom imitatif  une
autre espce de coloptres qui a beaucoup de rapports avec la
sauterelle, mais qui ne se fait remarquer par aucun bruit naturel que
cette Onomatope puisse dsigner.

GRINCEMENT, GRINCER. Du frottement convulsif et bruyant des dents, qui
se fait entendre dans la douleur, la colre, la rage et le dsespoir.

Les Allemands ont _greinen_, et les Italiens _digrignare_.

Le _trismos_ des Grecs, qui a tant d'analogie avec notre mot
_crissement_, est une belle Onomatope. Ils disaient aussi _grusein_,
pour, _pousser des cris de douleur_, des cris accompagns de
_grincemens_.

Dans la belle description du Jugement dernier, qui se lit dans une des
tragdies de Schiller, les rprouvs sont peints _grinant_ leurs dents,
et les faisant bruire comme des dents de fer.

L'Evangile dsigne en ces mots l'enfer et les tourmens des damns. _Ibi
erit fletus et stridor dentium._ L seront les pleurs et les
_grincemens_ de dents.

GRIVE. M. de Buffon, en peignant le plumage de cet oiseau, dit que ce
mot _grivel_ qu'on emploie ordinairement pour donner une ide de la
varit de ses nuances, est visiblement form du mot _grive_, qui l'est
lui-mme du cri de la plupart des oiseaux de ce genre.

Mnage aperoit l'Onomatope dans le mot _grive_, et cependant il aime
mieux la faire venir de son driv _grivel_. L'opinion de M. de Buffon
n'en est pas moins incontestable.

GROGNEMENT, GROGNER, GROGNEUR. Ces expressions sont faites du cri du
pourceau, et ont des quivalents de mme construction dans la plupart
des idiomes connus.

En grec _grull_, _grullismos_; et le porc, _grullos_; en latin
_grunnitus_, _grunnire_.

* GROGNARD, GROGNON, ne se disent point, quoique usits familirement
par des crivains recommandables. Jean-Jacques Rousseau, en racontant
une espiglerie qu'il fit dans son enfance  une nomme madame Clot,
ajoute que ce souvenir le fait encore rire, parce que cette voisine,
bonne femme au demeurant, tait bien la vieille la plus _grognon_ qu'il
et connue de sa vie.

GROMMELER. Ce mot a rapport  l'action de gronder sourdement et entre
les dents. Il est fait d'un certain grognement des chiens hargneux.

_Grumeler_, s'est pris dans le mme sens en vieux langage, comme dans
ces vers de la farce de Gringore:

    Je me dis mre sainte glise,
    Je veux bien qu'un chacun le note
    Je mauldis, anathmatise;
    Mais sous l'habit pour ma devise
    Porte l'habit de mere sote,
    Bien scay qu'on dit que je radote,
    Et que suis folle en ma vieillesse;
    Mais _grumeler_ vueil  ma porte
    Mon fils le prince en telle sorte
    Qu'il diminue sa foiblesse.

GRONDEMENT, GRONDER, GRONDERIE, GRONDEUR. La racine de ces mots est
prise dans un murmure plus noble que celle des prcdens, et on les
admet dans un style plus lev.

Le substantif _gronderie_ ayant t cr pour un usage figur, j'ai cru
pouvoir hasarder _grondement_ qui me parat indispensable pour
reprsenter le bruit de la foudre, et celui d'une mer lointaine.

GROIN. Du cri ordinaire du porc.

Voltaire regrette qu'on ait perdu le vieux verbe _grouiner_, qui
exprimait le mme bruit.

GRUAU. Du bruit d'un grain que le moulin rompt et concasse.

GRUE. Cet oiseau, dont le nom est form d'aprs son cri, est le
_ghranos_ des Grecs, et le _grus_ des Latins. Les Italiens l'appellent
_gru_ et _grua_, les Espagnols _grulla_ et _gruz_, les Allemands _krane_
et _kranich_, les Anglais _crane_, les Anglo-Saxons _crane_ ou _croene_,
les Suisses _krie_, les Sudois _trana_, les Danois _trane_, les
Illyriens _gerzab_; en Gallois, c'est _garan_, et en Celtique, _gru_.
Bochart pense que c'est l'_agur_ de Jrmie; et la ressemblance de ce
nom avec presque tous les noms de la _grue_, semble confirmer cette
ide, quoiqu'il soit exprim autrement dans la Vulgate.

L'excellent traducteur Legros a partag l'opinion de Bochart. La
cicogne, dit-il, connat dans le ciel quand son temps est venu. La
tourterelle, l'hirondelle et la _grue_ savent discerner la saison de
leur passage, mais mon peuple n'a point connu le temps du jugement du
Seigneur.

Une observation pleine d'intrt, et qui prouve que les articulations de
la voix de la _grue_ ont toujours pass pour avoir quelques rapports
avec celle de la voix humaine, c'est que les Commentateurs pensent que
si certains Potes ont appel cet oiseau l'oiseau de Palamde, cela
vient de ce qu'outre l'ordre de bataille et le mot du guet, Palamde en
avait appris quatre lettres grecques.

* GRULLER. M. Court de Gbelin prend cette mauvaise expression dans deux
sens sous lesquels il la trouve galement imitative. Dans le premier,
elle signifie _trembler de froid_; dans le second, _branler un arbre_
pour en faire tomber les fruits. Il est vrai que le peuple l'emploie
ainsi, mais elle n'tait pas digne d'tre _francise_. Sous le premier
de ces rapports, elle n'est que l'augmentatif ou la contraction du verbe
_grelotter_; sous le second, elle n'est que le verbe _crouler_,
corrompu.

_Crolement_ ou _Grolement_, se dit aussi trs bassement d'un tremblement
spasmodique de la tte, qui a lieu chez les vieillards et chez ceux qui
sont sujets aux affections nerveuses. Ce terme me semble fait du mme
verbe _gruller_ sous sa seconde acception, parce que ce tremblement
ressemble  celui d'un arbre agit, dont la tige _vibre_ long-temps.

GUPE. Du latin _vespa_, crit, selon ses premires racines, avec la
voyelle _ou_ initiale, remplace successivement, comme cela se remarque
dans les Langues, par la dento-labiale _v_, et la gutturale _g_, si
sujettes  se confondre. Le son typique tait l'Onomatope du vol
bruyant de la _gupe_.

* GUIORER. Terme inusit qui est fait du cri naturel de la souris.

Davies rapporte _gwichio_, _strepere_. Selon quelques Savans, _gwicha_
s'est dit en Langue celtique pour, se plaindre  la manire des petits
oiseaux. _Gwigoura_, c'est faire un petit bruit comme une porte qui
roule sur des gonds rouills. Ces bruits ont rapport  celui que ce mot
reprsente, et sont exprims d'une manire assez semblable.


H

HACHE. On a cherch fort loin l'tymologie de ce mot. Elle est dans le
son naturel, dans l'aspiration forte et profonde, dans l'ahan pnible
qui marque les efforts d'un bucheron.

L'initiale _h_, si nulle dans la plupart des mots, est singulirement
caractristique lorsqu'elle est aspire, et les Onomatopes qui
expriment les divers accidens de la respiration de l'homme, lui sont,
presque toutes, redevables de leur nergie.

* HAHALIS. De _hah_, cri de chasse, dont on se sert pour arrter les
chiens qui prennent le change ou qui s'emportent trop, ou bien de
l'clat tumultueux de la voix des chasseurs, et des retentissemens de
l'cho, on a compos cette expression, d'ailleurs peu connue et
restreinte dans son usage,  l'acception pour laquelle elle a t
invente.

HALETER. Je ne m'attacherai point  dmontrer que le mot _haleine_ et
certains autres qui en dpendent, sont faits par Onomatope de
l'mission de l'air dans l'acte de la respiration. Cela me parat bien
tabli, et je n'aurais point rejet ces expressions, s'il n'avait pas
t de mon projet de runir seulement celles qui conservent un caractre
d'imitation vident, sans m'occuper de celles qui l'ont perdu, et dans
lesquelles le son radical se cache parmi des sons trangers.

Le mot qui fait le sujet de cet article, est sensiblement form du bruit
d'une respiration presse, entre-coupe et violente. L'_anhelare_, et
mieux encore le diminutif _anhelitare_ des Latins, ont le mme type.

HAPPER. Saisir quelque chose avidement, et avec une forte aspiration qui
marque l'impatience ou le desir.

Il y a de certaines terres et de certains mtaux qui _happent_ la langue
ds qu'on l'applique sur leur surface, et, par exemple, l'argille et
toutes les agrgations alumineuses. Cet effet est produit par une
absorption rapide de la salive qui met en contact plus parfait la peau
de la langue et la terre qu'elle essaye. Ce mot semble spcialement fait
pour reprsenter la sensation tenace et subite dont je parle, quoique la
rapidit monosyllabique de sa racine le rende d'ailleurs
trs-pittoresque dans grand nombre d'occasions.

HARPE. Je conjecture que ce mot est fait par Onomatope du son des
cordes de la _harpe_, rassembles en grand nombre sous les doigts, et
branles simultanment.

Quoi qu'il en soit, le nom de la _harpe_ a trs-peu vari dans les
Langues modernes. Les Anglo-Saxons l'ont appele _hearpa_, les Allemands
_herp_ et _harf_, les Anglais _arp_, et les Italiens _arpa_.

HARPER, est un vieux terme encore employ par Molire et par Sarrazin,
pour, _prendre_, _saisir_, _drober_. Il semble que le peuple, dont
toutes les expressions prsentent d'ordinaire des images vives et
singulires, s'est empar de cette racine pour l'appliquer aux actions
qui exigent un grand dveloppement de la main, comme dans les exemples
auxquels je renvoie. L'_arpax_ des Grecs dont le _rapax_ des Latins est
le parfait quivalent,  une petite transposition prs, et tous les mots
qui en drivent, n'ont pas d tre autrement construits, quel que soit
l'instrument ou l'objet qui en a fourni le son radical.

On disait _harpaille_ en vieux langage, d'une troupe de brigands et de
maraudeurs, comme dans ces vers tirs des _Vigiles_ de Charles VII.

    Illecques et  saincte Ermine
    Appartenant  feu Tremouille,
    Avoit grande _harpaille_ et vermine,
    Ne n'y demeuroit coq ne poule.

On a vu  ce sujet, dans la prface de cet ouvrage, ce que j'ai dit de
la lettre _h_, considre comme signe figur d'une rapacit avide et
impatiente[4]. Ces applications particulires sont  l'appui de mon
opinion.

_Raper_, _Rapt_, sont faits de _harper_ par mtathse.

HENNIR, HENNISSEMENT. Mots forms du cri des chevaux, et qu'on ne peut
prononcer sans se rappeler ces beaux vers de M. Delille:

    Plus loin, fier de sa race, et sr de sa beaut,
    S'il entend ou le cor, ou le cri des cavales,
    De son srail nombreux _hennissantes_ rivales,
    Du rempart pineux qui borde le vallon,
    Indocile, inquiet, le fougueux talon
    S'chappe, et libre enfin, bondissant et superbe,
    Tantt d'un pied lger  peine effleure l'herbe,
    Tantt demande aux vents les objets de ses feux,
    Tantt vers la fracheur d'un bain voluptueux,
    Fier, relevant ses crins que le zphir dploie,
    Vole, et frmit d'orgueil, de jeunesse et de joie.

Les Latins avaient cette Onomatope. On lit dans Virgile au troisime
livre des Gorgiques:

    _Talis et ipse jubam cervice effudit equin
    Conjugis adventu pernix Saturnus, et altum
    Pelion _hinnitu_ fugiens implevit acuto._

    Tel, Saturne surpris dans un tendre larcin
    En superbe coursier se transforma soudain,
    Et secouant dans l'air sa crinire flottante,
    De ses _hennissemens_ effraya son amante.

C'est le _c'hwirina_ des Bretons. Davies crit _chwyrnu_. Il traduit le
mot _Rhinge_ qui y a rapport, par _stridulus_, ou _sonus stridens_.

L'ingnieux auteur du roman de _Gulliver_ a tir du mme son radical le
nom factice de _houyhinms_, pour dsigner un peuple de chevaux.

HEURT, HEURTER. Du choc rude et brusque de deux corps durs.

HISSER. Hausser une vergue, la faire monter au haut du mt, au
commandement de _hisse_, _hisse_.

Ces mots sont pris du bruit de la vergue quand on la relve, et du
frmissement de la voile quand on la froisse.

HOQUET. Du bruit d'une _inspiration_ subite, courte et convulsive.

Les Latins ont dit _singultus_, les Anglais _hicket_ et _hiccough_, les
Flamands _hick_, les Celtes _hak_, et _hic_ ou _ig_, rapports par
Lepelletier et Davies.

Un Etymologiste cherche l'origine de ce mot dans l'hbreu _enka_, qui
veut dire _sanglot_. Il est probable que ces diffrentes expressions
sont de la mme racine.

HORREUR. _Horror_. Ce mot est une Onomatope qui reprsente l'impression
que produisent sur nous les objets pouvantables. De l,

HORRIBLE, ce qui fait _horreur_,

ABHORRER, avoir en _horreur_.

HUE, HUER. _Hue_ se dit d'une clameur de dsapprobation qui s'lve
dans les assembles nombreuses, et dont ce mot est form
trs-imitativement.

On employait autrefois _hus_, _he_, et _huyer_ dans le mme sens.

HULOTTE. En latin et en italien _ulula_, en allemand _huhu_, en anglais
_howlet_.

Ces noms de la _hulotte_ lui viennent de son cri sinistre. Le _bubo_ des
Latins, dont nous avons fait peu imitativement le mot _hibou_, procde
de la mme analogie.

* HULULER, est un verbe que des Ecrivains en petit nombre ont cru
pouvoir tirer du gmissement de la _hulotte_, pour une foule
d'acceptions auxquelles le verbe _hurler_ parat moins propre. Cette
Onomatope singulirement prcieuse n'a pas t ddaigne dans la Langue
latine, et enrichirait la ntre.

HUMER. Avaler quelque chose avec une aspiration forte et tout d'une
haleine.

Le vieux mot _super_, qui a la mme valeur, ne se dit plus qu'en
quelques provinces. On peut conjecturer que le mot _soupe_ tait fait de
la mme racine, et cela d'autant plus probablement, que, suivant Mnage,
_super_ signifie _humer du bouillon_.

HUPPE, ou PUPU. Les deux noms de cet oiseau sont l'effet d'une
controverse assez oiseuse parmi les Etymologistes. On se demande si le
premier lui a t donn en raison de la huppe lgante dont sa tte est
orne, ou s'il est une simple traduction un peu contracte de l'_upupa_
des Latins, qui tait driv du cri ordinaire de l'animal. On est aussi
embarrass sur le second, que les uns regardent comme l'expression de ce
cri, et les autres comme une dnomination odieuse par laquelle nos aeux
dsignaient la _huppe_,  cause de la salet qu'on lui reproche. Quant 
moi, je suis port  croire que Belon s'est tromp en faisant venir le
nom de la _huppe_ de cette touffe de plumes qui la caractrise, et je
partage l'opinion de Mnage qui regarde au contraire le mot _huppe_ dans
cette dernire signification, comme driv du nom de l'oiseau qui l'est
lui-mme de son cri.

Aristophane s'est amus  imiter la voix de la _huppe_ dans ces mots
factices: _epopo_, _popopo_, _popo_, _jo_, _io_, _ito_, _ito_, _ito_,
_ito_.

Cette Onomotape se retrouve chez tous les peuples; c'est l'_epops_ des
Grecs, le _bubbola_ des Italiens, le _popa_ des Portugais, le _hoppe_
des Flamands, le _hoop_ et le _hoopof_ des Anglais, le _popp_ des
Sudois, etc. Nous avons dit _pupeput_, _pepu_ et _pipu_.

HURLEMENT, HURLER. Heureuses Onomatopes du cri des loups et des chiens
effrays.

    Tel un loup furieux, de butin affam,
    Qu'on chasse, encore  jeun, d'un bercail alarm,
    _Hurle_ les longs regrets de sa rage impuissante,
    Se retourne en grondant, et mord la proie absente.

Cette nuance a chapp  la Langue latine, puisque les mots _ululatus_
et _ululare_ sont plus propres  exprimer des bruits coulans et moduls
que le roulement rauque et effroyable que ceux-ci reprsentent. C'est
pourquoi le verbe _hululer_ serait une innovation avantageuse  notre
Langue. Les Italiens qui usent d'_urlare_ et d'_ululare_, suivant les
occasions, ont bien senti le prix de cette modification, toute lgre
qu'elle paraisse. _Voyez_ le Dante, parlant de la pluie de feu qui
dvore les damns dans le troisime cercle:

    __Urlar_ gli fa la pioggia, come cani:
    Dell'un de' lati fanno all'altro schermo,
    Volgonsi spesso i miseri profani_.

Et concluons de l que nous avons traduit l'_urlare_ des Italiens, et
non pas l'_ululare_ des Latins, qui est cependant susceptible d'un aussi
grand nombre d'applications, et qui est au moins aussi noble et aussi
harmonieux.

Rabelais a dit _ullement_ dans ce passage de Pantagruel: Le grand
effroi et vacarme principal provient du deuil et _ullement_ des diables,
qui l guettans ple mlle les paovres ames des blessez, reoipvent
coups d'pes  l'improviste, et pastissent solution en la continuit de
leurs substance aere et invisible,... puis crient et _ullent_ comme
diables.


J

JAPPEMENT, JAPPER. Ces mots se disent pour _aboiement_ et _aboyer_, en
parlant des petits chiens et des renards.

Les Celtes ont dit _chilpa_, _japper_, _chilpaden_, _jappement_.


K

KAKATOS. Le nom de cette belle espce de perroquet est form de son
cri.

Klein et Seba en ont fait _kakatocha_, Edwards et Albin, _cokcatoo_,
Brisson, _catacua_, et on l'appelle en certains endroits, _cacatou_.


L

LAPPER. Saisir avec la langue, boire  la manire des renards et des
chiens. On croirait que c'est le mot _happer_ priv de la forte
aspiration qui le caractrise, et augment d'une lettre linguale qui en
dtermine la nouvelle acception.

    Compre le renard se mit un jour en frais,
    Et retint  dner commre la cigogne;
    Le repas fut petit, et sans beaucoup d'apprts.
            Le galant pour toute besogne
    Avait un brouet clair (il vivait chichement).
    Ce brouet fut par lui servi sur une assiette;
    La cigogne au long bec n'en put attraper miette,
    Et le drle eut _lapp_ le tout en un moment.

Cette expression n'est pas tout--fait particulire  notre Langue; le
mot _lap_ se retrouve dans la Langue celtique, et on pourrait en faire
descendre assez naturellement les mots _lepus_ et _lapin_.

LCHER. Du bruit de la langue trane sur la superficie d'un corps
qu'elle suce ou qu'elle nettoie.

C'est le _leichein_ des Grecs, le _lingere_ des Latins, le _lecken_ des
Allemands, le _leccare_ des Italiens.

Ajouterai-je,  propos de ce dernier terme, que les Italiens en ont fait
_il lecchino_, le gourmand, le _lcheur_ de plats; et d'_il lecchino_,
_al lecchino_, qui est devenu l'_arlequin_ de nos thtres; plaisante
mprise d'un rudit qui, sur la foi d'un jeu de mots d'_arlequin_, fait
driver son nom de l'illustre famille de Harlay!

LORIOT. De vieux Lexicographes prtendent que cet oiseau, est ainsi
nomm, parce qu'il semble articuler ce mot dans son chant. Ce qu'il y a
de certain, c'est que les Grecs, et, d'aprs eux, les Latins, l'ont
appel _chlorion_, dont le nom franais du loriot drive d'autant plus
incontestablement, qu'on a dit autrefois _lorion_. Or, le mot _chlorion_
a d tre tir de _chloros_, _viridis_, _herbidus_, _luteus_, _flavus_;
et comme ces termes dsignent une des deux couleurs du _loriot_, on
pourrait penser avec Schrevelius que le nom de cet animal est fait _ex
colore_. C'est donc une Onomatope un peu douteuse.

LOUP. En grec _lukos_, en latin _lupus_, en italien _lupo_, en espagnol
_lobo_, en allemand et en anglais _wolf_, en sudois _ulf_.

Il parat vident que ces noms ont t construits imitativement d'aprs
le hurlement du _loup_. Le nom latin du renard, et quelques-uns de ses
noms modernes, ont le mme type.

Il parat qu'on a crit autrefois _lou_, comme en ces vers de
Saint-Amand parlant des anciennes pes sur lesquelles tait grav un
_loup_, et qui taient recherches pour leur bont:

    Sa vieille rapire au vieux _lou_,
    Terreur de maint et maint filou.

Je suis cependant port  croire que c'est une simple licence que
Saint-Amand a pratique pour l'exactitude de la rime; car je ne trouve
aucun exemple de cette espce d'ortographe, qui se rapproche beaucoup
plus de la construction naturelle, et qui offrirait sous ce rapport une
tradition assez prcieuse.


M

MIAULEMENT, MIAULER. Du cri ordinaire des chats, de ces clats
dsagrables de leur voix, dont Boileau se plaint dans sa satire des
_Embarras de Paris_:

    Qui frappe l'air, bon Dieu! de ces lugubres cris?
    Est-ce donc pour veiller qu'on se couche  Paris?
    Et quel fcheux dmon durant les nuits entires
    Rassemble ici les chats de toutes les gouttires?
    J'ai beau sauter du lit, plein de trouble et d'effroi,
    Je pense qu'avec eux tout l'enfer est chez moi.
    L'un _miaule_ en grondant comme un tigre en furie,
    L'autre roule sa voix comme un enfant qui crie.

Quoique Nicod ait crit _miauler_, il semble qu'on disait autrefois
_miaouler_, et certains Grammairiens regrettent cette manire de
prononcer qui leur parat plus imitative. Elle l'est peut-tre trop, et
j'ai dj dit que cette recherche excessive d'imitation tait fort
ridicule quand elle choquait l'harmonie, et qu'elle ne se fondait que
sur un cliquetis de sons bizarres et forcs.

MOUE. Il est impossible de prononcer ce mot, sans que la bouche figure
ce qu'il signifie, c'est--dire, cette espce de grimace qui est
familire aux gens tristes et colres. Le _moerens_, le _moestus_ des
Latins, le _mesto_ des Italiens, et sur-tout le _mustio_ des Espagnols,
doivent appartenir  cette espce d'Onomatope. Il rsulte d'ailleurs de
l'mission du souffle par les narines, quand les lvres sont closes,
comme cela se remarque dans les gens qui font la moue, un petit bruit
que les Grecs ont appel imitativement _mugmos_, et les Latins
_mussatio_.

MUFFLE, qui est le nom de la bouche de certains animaux  lvres
alonges et prominentes,

BOUDER, faire la _moue_ par mcontentement,

BOUDERIE, habitude de mauvaise humeur,

BOUDEUR, homme fcheux, esprit contrariant et chagrin, sont de la mme
famille et du mme effet d'imitation, les initiales de ces trois
derniers mois se prononant sur la mme touche.

La Langue Celtique employait _moa_, pour, _se fcher_, et _bouda_,
pour, _chuchoter_, _bourdonner entre les dents_. Je n'ai pas besoin
d'insister sur ces analogies.

MUGIR, MUGISSEMENT. Belles Onomatopes tires des cris sourds et
prolongs de quelques animaux, ou du bruit des vagues mues par la
tempte, ou enfin du cours tumultueux d'un grand fleuve, comme dans ce
magnifique tableau de M. Delille:

    Sous le ciel clatant de cette ardente zone,
    Montrez-nous l'Ornoque et l'immense Amazone,
    Qui, fiers enfans des monts, nobles rivaux des mers,
    Et baignant la moiti de ce vaste univers,
    Epuisent, pour former les trsors de leur onde,
    Les plus vastes sommets qui dominent le monde,
    Baignent d'oiseaux brillans un innombrable essaim,
    De masses de verdure enrichissent leur sein,
    Tantt se dployant avec magnificence,
    Voyagent lentement et marchent en silence,
    Tantt avec fracas prcipitant leurs flots,
    De leurs _mugissemens_ fatiguent les chos,
    Et semblent  leur poids,  leur bruyant tonnerre
    Plutt tomber des cieux que rouler sur la terre.

MURMURE, MURMURER. Cette Onomatope ne varie point dans le grec, dans le
latin, dans l'italien, dans l'espagnol, etc. Ce sont de ces mots que la
nature semble avoir enseigns  tous les peuples.

Leur son peint parfaitement  l'oreille le bruit confus et doux d'un
ruisseau qui roule  petits flots sur les cailloux, ou du feuillage
qu'un vent lger balance, et qui cde en frmissant. Le mouvement vague
et presqu'imperceptible des eaux et des bois, lve dans la solitude une
rumeur qui interrompt  peine le silence, tant elle est dlicate et
flatteuse, et c'est de l que les Langues ont tir ces expressions si
harmonieuses et si vraies, que, tous les jours rptes, elles
paraissent toujours nouvelles.

    Tout est chang, tout me rassure,
      Je n'entends plus qu'un bruit
      Semblable au doux _murmure_
      D'une onde claire, pure,
      Qui tombe, coule et fuit.

Dans ces vers charmans de Bonneville, toutes les syllabes coulent et
_murmurent_.

J'ose croire que nous n'avons point  envier, dans cette circonstance,
la prononciation des Latins, si elle tait telle que Dumarsais et
beaucoup d'autres Grammairiens le prsument. En effet, le mot _murmure_,
prononc  la franaise, est compos de sons plus liquides, et en
quelque sorte plus fugitifs que n'taient ceux de leur _mourmour_ et du
_mormorio_ des Italiens; et l'harmonie un peu emphatique de ces derniers
mots, leur fait perdre, selon moi, beaucoup de leur grce et de leur
fluidit.

MUSC. Je ne hasarde ce mot au nombre des Onomatopes que sur la foi de
M. Court de Gbelin qui le croit form du bruit que fait le nez en
flairant, en aspirant les parfums. Il s'appuie de deux analogies
diffrentes, l'une tire du Celtique ou d'une Langue analogue dans
laquelle il prtend que _mussa_ signifie _flairer_, et _musse_, _odeur_;
l'autre tire de l'Ethiopien o ce dernier mot se dit _mez_; mais cette
opinion peut paratre un peu hasarde.

Il est du moins certain que les Grecs qui ont appel le _musc_,
_moschos_, ont dit _muzo_ dans le mme sens que les Latins _musso_,
_clausis labris sonum  naribus emitto_; ils ont appel _muron_
certaines odeurs, et l'odeur en gnral, _murodia_. _Muxoter_, c'est la
narine. Le nom du rat, qui est le _mus_ des Grecs et des Latins, et 
qui l'odeur du _musc_ est assez communment propre, pourrait procder
aussi de la mme analogie.

Les mots _odeur_ et _flairer_ se rendent, d'ailleurs, en Celtique par
des expressions qui prsentent l'Onomatope trs-juste du bruit que fait
l'aspiration des parfums: _c'hous_ et _c'houesd_.


O

OIE. Le cri naturel de l'_oie_, dit M. de Buffon, est une voix
trs-bruyante. C'est un son de trompette ou de clairon, _clangor_,
qu'elle fait entendre trs-frquemment et de trs-loin; mais elle a de
plus d'autres accens brefs qu'elle rpte souvent; et lorsqu'on
l'attaque ou l'effraie, le cou tendu, le bec bant, elle rend un
sifflement que l'on peut comparer  celui de la couleuvre. Les Latins
ont cherch  exprimer ce son par des mots imitatifs, _strepit_,
_gratitat_, _stridet_.

Soit crainte, soit vigilance, l'_oie_ rpte  tout moment ses grands
cris d'avertissement ou de rclame; souvent toute la troupe rpond par
une acclamation gnrale, et de tous les habitans de la basse-cour,
aucun n'est aussi vocifrant, ni plus bruyant.

C'est ce cri naturel de l'_oie_ qui est devenu son nom dans notre Langue
et dans quelques autres. Je crois, du moins, qu'on peut regarder comme
des Onomatopes le _chen_ des Grecs, dont ils semblent avoir fait
_chaino_, _hio_, _dehisco_, parce que le ronflement rauque d'un homme
qui dort la bouche ouverte est assez pareil au bruit que fait l'_oie_
irrite; le _kaki_ de certains Orientaux, le _wazon_ des Arabes, le
_gwasi_ des Celtes, le _goas_ des Sudois, le _gaas_ des Danois, et
l'_apatta_ des Ngres de la Cte d'Or; mais rien n'est d'un effet
d'imitation plus vrai qu'un de ces noms qui est particulier aux
Mexicains, et par lequel ils ont voulu exprimer le cri bref et frquent
dont M. de Buffon parle  propos de cet animal. Ils l'ont appel
_tlalacatl_, et cette dnomination factice a t conserve par
Fernandez.

L'_oie_ mle s'appelle un _jars_, et ce mot a produit une expression
fort usite. De _jars_ et du Celtique _comps_, langage, en construction,
_gomps_ ou _gon_, l'on a fait _jargon_, _jargonner_, parler comme des
_oies_.

On disait _oe_ en vieux franais, comme le prouvent ces vers de la
farce de _Patelin_:

    Vous l'en avez pris par la moe,
    Il doit venir manger de l'_oe_.

Il me semble donc que M. Decaseneuve a mal rencontr quand il a fait de
ce mot un augmentatif d'_oiseau_, et qu'il est d'ailleurs difficile de
remonter  son tymologie autrement que par l'Onomatope.

OISEAU. La construction de ce mot est extrmement imitative; il est
compos des cinq voyelles lies par une lettre doucement sifflante, et
il rsulte de cette combinaison une espce de gazouillement trs-propre
 donner une ide de celui des _oiseaux_. Il est  remarquer comme une
singularit trs-rare dans notre Langue, que ce mot _gazouiller_ est
form, comme le mot _oiseau_, des mmes sons vocaux, lis par la mme
consonne. Il n'en est distingu que par son intonation qui est prise
dans une lettre gutturale, par consquent trs-bien approprie  l'ide
qu'il exprime.

OUATE. C'est la premire soie que l'on recueille sur le cocon du ver 
soie, ou un duvet lger que fournit une espce d'_anas_. On s'en sert
pour doubler des vtemens d'hiver; et le bruit molleux que produisent
ces vtemens quand on les froisse, a pu donner l'ide de cette
dnomination, qui serait assez imitative; mais c'est une tymologie
douteuse que je n'allguerais point, si les Lexicographes en
reconnaissaient une autre, pour peu vraisemblable qu'elle ft.


P

PMER, PMOISON. Du _spasma_ des Grecs, qui lui-mme est construit
imitativement d'aprs le bruit propre  la figuration particulire de la
bouche d'une personne qui se _pme_.

PEPIER. C'est du cri naturel des moineaux, ou plutt de tous les jeunes
oiseaux, que ce cri a t form. On a dit autrefois _pipier_, qui n'est
plus d'usage.

_Piauler_, _piuler_, sont dans le mme cas, quoiqu'galement imitatifs.

PIAILLER, PIAILLERIE, PIAILLEUR, drivent du mme son naturel; on les a
faits pour exprimer une criaillerie fatigante et perptuelle, comme les
cris des petits oiseaux. Les Latins employaient _pipulum_ pour, injure,
hue et rumeur publique, par la mme analogie.

PPIE, est le nom d'une maladie dont une grande altration est la cause
ou le symptme. Ne semble-t-il pas que ce mot soit cr du bruit que
font de petits oiseaux tourments par la soif? Le _peperi_ des Grecs,
dont les Latins ont fait _piper_, ne remonterait-il pas encore  la mme
racine par une extension peu force, parce que c'est une substance qui
altre et qui donne la _ppie_? Les Grecs appelaient _pippos_ un petit
oiseau; et ce qui vient singulirement  l'appui de mes conjectures,
_pipizo_ se prenait indiffremment chez eux pour _pipio_, _sugo cum
sonitu_, ou _potum proebeo_. _Pio_ mme signifiait _bibo_, et de l le
_piot_ de Rabelais et de nos anciens Auteurs. _Pino_, qui avait le mme
sens, est devenu le nom franais d'un raisin. _Pepier_ emportait
d'ailleurs en vieux langage l'ide de gmissement et de plaintes comme
dans ces vers de Villon:

    Je sens mon coeur qui s'affaiblit,
    Et puis je ne peux _pepyer_.

Les Espagnols ont _piar_, et les Italiens _pipire_, comme les Latins.
Ces derniers appelaient les pigeonneaux _pipiones_, et nous en avions
fait autrefois _pipions_.

PIPE, dit Nicod est un mot fait et imit de la voix des oiselets,
comme aussi _pippe_, _pipper_, et _pippeur_, et signifie le siffler que
l'oiseleur fait avec une fueille de _fou_, ou d'autre arbre, ou de
roseau, ou avec une pippe de bois, contrefaisant la voix d'iceux
oiselets. Selon ce on dit, prendre des oiseaux  la _pipe_, qui est
quand un homme cach dedans un buisson et bien entour de rameaux
couverts de gluons, ayant un chathuant ou hibou branch et attach prs
de luy, contrefait le _pippis_ des oiseaux, ou bien pressant les ailes
ou les pieds d'un oiseau vif, le fait crier, car les oiseaux advolent 
ce _pippis_, ou  ce cry, pour garantir leurs semblables du chathuant
qu'ils cuident les tenir, et se perchent sur ces rameaux et s'engluent.
_Pipe_, par mtaphore, se prend pour mine ou contenance contrefaite.

_Piper_, _pipeur_, qui ne se prennent plus que pour l'action de _piper_
les ds, ont peut-tre t rejets trop ddaigneusement de la Langue;
leur emploi tait fond sur une allusion trs-naturelle, et leur sens
tait vif et frappant. Montaigne a dit avec son nergie, avec sa
prcision ordinaire, que _la Rhtorique toit une art mensongre et
piperesse_: il y a dans les Langues des expressions si heureusement
caractristiques, qu'une fois perdues, on ne peut plus les remplacer.

PIC. Instrument de fer courb et pointu vers le bout, qui a un manche de
bois, et dont on se sert  ouvrir la terre et  rompre le roc;
Onomatope du bruit que rend la pierre sous l'instrument qui la brise.

PIQUER, c'est donc primitivement frapper avec un _pic_. On dit encore
qu'on _pique_ la pierre, quand on blanchit une maison en dpouillant la
pierre de sa surface.

PIOCHE, nom d'un outil de labourage, a t along d'un son plus mousse,
parce la _pioche_ creuse et ne brise point.

BCHE, est un mot de la mme construction, prononc sur une touche moins
dure, parce que la _bche_ n'attaque pas la terre avec force, et ne sert
qu' la diviser.

En anglais, le verbe _piocher_ se rend par le verbe _dig_. Dans ce
dernier mot, l'imitation du son est frappante. On remarque la mme
vrit dans la formation du mot _tuf_, qui est le nom d'une terre
compacte et prte  se ptrifier, qui rend sous la _pioche_ et sous la
_bche_ un son net et sec dont ce terme est l'expression; mais comme
cette tymologie n'est pas incontestable, je me contente de la rapporter
ici  cause de l'analogie du sujet.

* POUPE. Suivant Nicod, que j'aime  citer souvent, c'est la tette ou
mammelle, soit d'une femme comme la nomment en aucunes contres de
France, soit de bestes mordans comme la nomment les veneurs, disans les
_poupes_ d'une ourse, et semblables, le mot vient du prtrit grec
_ppoka_, tout ainsi que pot, et est dit _poupe_, parce que le faon
tette et boit le laict par l, ou bien est fait par Onomatope du son
que l'enfanon fait de ses lvres en suant  force le laict de la
mammelle.

Si toutefois le prtrit grec _ppoka_ pouvait tre rapport  cette
racine, c'tait plutt comme driv que comme type, et il parat que
Nicod s'en est aperu. Il aurait fait remonter le mot _poupe_ avec plus
de vraisemblance au mot _popanon_, qui est le _popanum_ des Latins, et
qui est incontestablement de la mme famille. Remarquez d'ailleurs que
les Latins ont dit _puppus_ et _puppa_, d'o viennent _puer_ et
_puella_.

POUPE, c'est l'image d'une petite fille, d'un enfant qui tette encore.
Quelqu'vidente que soit l'tymologie de ce mot, on s'est avis, je ne
sais o, de le driver de _Poppe_, parce qu'on prtend que cette femme
fut la premire qui mit le masque en usage pour conserver la beaut de
son teint et le prserver du hle et des injures de l'air.

POUPON, c'est, dans le langage vulgaire et enfantin, un petit garon 
la mammelle.

PUER. Du bruit que fait la bouche en repoussant, avec une forte mission
du souffle, les odeurs dsagrables.

_Pouah_, interjection qui marque le mpris et le dgot, doit en tre le
son radical.


R

RACLER. Du frottement de l'ongle ou d'un instrument aigu sur les corps
qu'ils nettoient ou qu'ils dchirent. _Rakos_ signifiait en grec un
haillon, un vtement dchir, une cicatrice, une ride. _Rakterios_,
c'tait le corps bris ou _racl_, qui rendait du bruit. Aristophane
appelle Euripide _rakiosurraptads_, raccommodeur de vieux haillons.
_Ragas_ se disait sur une autre touche pour rupture, dchirement, et de
l, _raga_, pour force et violence.

On pourrait croire que _raccommoder_ en est fait par antiphrase ou
contre vrit,  moins qu'on ne fasse voir que les syllabes compltives
en dterminent la nouvelle acception.

La famille des mots qui se rapportent  l'ide d'_effraction_, est
videmment tire de la racine autour de laquelle je range ces curieuses
analogies, quoiqu'elles lui soient devenues plus ou moins trangres
dans leur extension.

RAIRE ou RER. Terme de Vnerie emprunt du cerf en amour.

Il a, dit M. de Buffon, la voix d'autant plus forte, plus grosse et
plus tremblante, qu'il est plus g: la biche a la voix plus faible et
plus courte; elle ne _rait_ pas d'amour, mais de crainte. Le cerf _rait_
d'une manire effroyable dans le temps du _rut_. Il est alors si
transport, qu'il ne s'inquite, ni ne s'effraie de rien.

RUT, le temps o le cerf _rait_.

RLE, RLEMENT, RLER. Du son enrou d'une respiration qui s'puise, et
dont les derniers efforts annoncent une mort prochaine.

RLE, est aussi le nom d'un oiseau que Mnage croit dsign d'aprs son
cri.

RAUQUE. Du bruit pre et fatigant des voix enroues.

ROQUET, est le nom de mpris qu'on donne  un petit chien importun, et
qui aboie sans cesse. Je le crois form du son _rauque_ de son
jappement.

REDONDANCE. C'est une drivation figure du son que rend un corps dur
qui rebondit dans sa chute.

Ainsi l'on a dit _redondance_ d'une vicieuse superfluit de paroles, qui
ne fait que nuire  la nettet du discours, parce que c'est une espce
de bondissement de la pense, qui, aprs avoir frapp l'esprit,
rejaillit et retombe avec moins de force.

Ce mot n'est point une Onomatope propre, mais une Onomatope abstraite
construite par analogie.

RETENTIR, RETENTISSEMENT. Belles Onomatopes dont le son radical est le
type d'une nombreuse famille de mots, consacrs  exprimer des ides de
mme ordre. _Voyez_ TINTEMENT, TINTER.

_Retentir_ et ses drivs s'emploient en gnral en parlant des chos
des montagnes et des votes, et ne conviennent point quand il s'agit
d'un bruit net et sans rpercussion. Racine a dit:

    De nos cris douloureux la plaine _retentit_.

Et ailleurs:

    Mes seuls gmissemens font _retentir_ les bois.

Boileau a dit aussi:

    Ils faisaient de leurs cris _retentir_ les rivages.

La vrit d'imitation est moins sensible dans ces exemples que dans
beaucoup d'autres, parce que la plaine, les bois et les rivages sont des
lieux peu _retentissans_. Je sais combien de telles observations sont
minutieuses; mais j'ai rapport ces vers de deux de nos grands Potes,
pour faire voir de quelle importance est la justesse d'expression pour
l'effet potique, et de combien de nuances la Langue la plus riche peut
encore s'orner.

RINCER. Du bruit des doigts contre l'intrieur d'un verre que l'on
_rince_.

    Un si galant exploit rveillant tout le monde,
    On a port par-tout des verres  la ronde,
    O les doigts des laquais, dans la crasse tracs,
    Tmoignaient par crit qu'on les avait _rincs_.

Les Irlandais disent _rincsail_, et les Bretons _rinca_.

RONFLEMENT, RONFLER. Du bruit que fait dans la gorge et les narines d'un
homme endormi, l'air fortement aspir.

On a employ ces mots par extension, pour exprimer le bruit grave des
gros tuyaux d'un orgue, ou celui des canons, et figurment, les clats
de voix prsomptueux d'un Comdien qui cherche le _brouhaha_.

Il n'y a, dit le Mascarille des Prcieuses, que les Comdiens de
l'htel de Bourgogne qui soient capables de faire valoir les choses. Les
autres sont des ignorans qui rcitent comme on parle; ils ne savent pas
faire _ronfler_ les vers, et s'arrter au bel endroit.

Du _ronchus_ des Latins, nous avions fait _froncher_ dans le vieux
langage, et dom Lepelletier rapporte _fronsal_, mot de l'usage de
Cornouaille, qui a le mme sens.

ROSSIGNOL. En latin _luscinia_, ou _lucinia_, en italien _usignuolo_,
_lusignolo_, _rusignuolo_, en espagnol _ruysenor_.

Le Castelvetro a pens que le nom italien de cet oiseau tait fait par
Onomatope. Belon et Mnage rapportent des tymologies plus
vraisemblables, et M. de Brosse tranche, suivant moi, la difficult. De
_luco canens_, _lucinia_, _luciniola_, _lusignuolo_, _rusignuolo_,
_rossignol_; il reste  dterminer si l'imitation du son n'est pas
entre pour quelque chose dans la construction de ces diffrens drivs,
et c'est ce qui me parat incontestable.

* ROUCOULEMENT, ROUCOULER. Onomatopes du chant des tourterelles, qui
est aussi trs-bien exprim par le _to coo_ des Anglais.

On a dit autrefois _rocouler_, mais _roucouler_ a t justement prfr.

_Roucoulement_ est un mot harmonieux et utile qui serait bon  admettre
dans la Langue. M. de Chteaubriand, d'ailleurs si svre dans l'emploi
des mots nouveaux, en a fait souvent usage.

ROUE[5]. Ce mot est driv du bruit de la _roue_, et en gnral du bruit
d'un corps rond qui roule avec rapidit sur une surface retentissante.

C'est le _trochos_ des Grecs, le _rota_ des Latins et des Italiens, le
_reda_ des Espagnols, le _rot_ ou _rod_ des Celtes, et le _rad_ de
l'ancien Teuton.

_Rodellec_ signifiait en celtique une voiture  plusieurs roues, un
vestige, une ligne, comme celle qui est dcrite par la roue.

ROUTE, mot franais d'une acception trs-voisine, en est probablement
driv. Cette opinion n'est pas trangre  M. Court de Gbelin, qui
appuie mal--propos sa conjecture de quelques fausses tymologies.

RUGIR, RUGISSEMENT. Le _rugissement_ du lion est si fort, dit M. de
Buffon, que quand il se fait entendre par chos la nuit dans les
dserts, il ressemble au bruit du tonnerre: ce _rugissement_ est sa voix
ordinaire; car quand il est en colre, il a un autre cri qui est court
et ritr subitement, au lieu que le _rugissement_ est un cri prolong,
une espce de grondement d'un ton grave, ml d'un frmissement plus
aigu. Il _rugit_ cinq ou six fois par jour, et plus souvent lorsqu'il
doit tomber de la pluie.

Ce passage de M. de Buffon m'en rappelle un autre qui a rapport au
_rugissement_ du tigre, et o ce grand Ecrivain hasarde, pour exprimer
ce cri, une Onomatope que l'usage n'a pas consacre depuis. Le tigre,
dit-il, fait mouvoir la peau de sa face, grince les dents, frmit,
_rugit_ comme fait le lion, mais son _rugissement_ est diffrent.
Quelques voyageurs l'ont compar au cri de certains oiseaux. _Tigrides
indomitae rancant, rugiuntque leones._ (_Autor Philomelae._) Ce mot
_rancant_ n'a point d'quivalent en franais; ne pourrions-nous pas lui
en donner un, et dire, les tigres _rauquent_, et les lions _rugissent_;
car le son de la voix du tigre est en effet trs-rauque.

Je suis bien aise de faire remarquer ici que ce verbe factice,  qui M.
de Buffon ne connat point d'quivalent en franais, en a un
trs-exactement construit sur la mme racine, dans le patois de
Franche-Comt. _Ranct_, c'est le dernier soupir, le dernier rle du
moribond; _rancoer_, c'est expirer, rendre l'me, pousser le sanglot
convulsif qui annonce la mort.

On a dit autrefois _ruiment_ pour _rugissement_, comme dans ce passage
des grandes Chroniques de France, ddies  Charles VIII. Sembloit que
ce fussent urlemens de loups et _ruimens_ de lions. Cela donne quelque
probabilit  l'opinion de M. de Caseneuve, qui fait driver _rut_,
anciennement _ruit_, du _rugitus_ des Latins, et qui regarde _raire_ ou
_rer_ comme une contraction de _rugire_. Il aurait pu citer ce passage
de Job, qui dit, en parlant des biches,  qui l'action de _rer_ est
particulire: _incurvantur ad faetum, et pariunt, et _rugitus_
emittunt_. Marot dit dans sa traduction des Pseaumes:

    Ainsi qu'on oit le cerf _bruire_,
    Pourchassant le froid des eaux,
    Ainsi mon ame soupire,
    Seigneur, aprs tes ruisseaux.

_Voyez_ RAIRE ou RER.

RUISSEAU, RUISSELER. Nicod drive ces mots du grec _reo_, _fluo_. Le
grec attique _reos_ signifiait _ruisseau_. Les Latins ont dit _rivus_,
_rivulus_, les Italiens _rivo_, _ruscello_, les Espagnols _rio_, les
Anglais _rivulet_. _Dour red_, en celtique, signifie une eau courante et
rapide. Dom Lepelletier nomme _rigol_, et Davies _rhigol_, un _ruisseau_
trac dans un champ; cette expression s'est conserve dans le franais.
Lebrigand a employ quelque part, comme celtique, le mot _ruzelen_; mais
il parat que ce n'est que le franais _ruisselet_ qui s'est gliss,
comme beaucoup d'autres, dans le celto-breton, par le contact des
franais avec les peuples de l'Armorique. _Ru_ se dit en Gorgien d'un
grand coulement d'eaux. _Arou_ exprime la mme ide en Armnien et en
Malabare, et _rud_ en Arabe et en Persan. Plusieurs Etymologistes
assurent que _rit_ indiquait dans les Langues gothiques un passage ou un
gu. Les mots par lesquels nous dsignions un _ruisseau_ en vieux
langage, se rapprochaient assez du son typique. _Reu_ et _ru_ se
trouvent dans Nicod. _Ru_ s'emploie encore pour dsigner le lit ou canal
d'un petit ruisseau. _Ruel_ et _rui_ sont communs dans nos vieux
romanciers. _Ruit_ est employ pour rive dans un passage de Perceval. En
remontant la valle de la Romanche par la nouvelle route de Grenoble en
Italie, on voit avant le hameau des Roberts, un torrent que le peuple
appelle _riou-peirou_, c'est--dire, _ruisseau_ prilleux.

Notre mot _ruisseau_ peint parfaitement  l'esprit le petit murmure doux
et modul d'une eau vive qui roule entre les cailloux.

S'il est vrai, ainsi que le prtend M. Court de Gbelin, que _rat_ soit
un terme de marine qui sert  dsigner un endroit de mer o il y a
quelque courant rapide et dangereux, on peut faire remonter ce mot  la
mme racine, soit comme lui par le gallois _rhydd_, qui signifie gu ou
bas-fond, soit, mieux encore, par l'allemand _ritha_, qui signifiait
autrefois torrent, ou par le _dour red_ des Celtes, et par le
celto-breton _rodo_, qui se dit d'un passage de rivire; mais cette
assertion est conteste.

_Rat_ n'est point un terme de marine pour designer un courant rapide et
dangereux dans la mer, m'crit M. de Roujoux, c'est un nom de lieu; le
_Raz_ est un vaste cueil situ en face de l'le de Sein, et qui a donn
son nom au passage compris entre cette le et lui. Le passage du _Raz_
ou _Ratz_ est clbre, parce qu'un grand nombre des vaisseaux qui
entrent  Brest ou qui en sortent, sont forcs d'y donner. Il est
fertile en naufrages, et la baie dont il forme une des pointes,
s'appelle la baie des Trpasss. Je ne crois point que ce mot ait de
signification connue; il ressemble  une foule de termes auxquels on
veut trouver des tymologies, quoiqu'ils n'en aient pas.

ROUIR, est trs-judicieusement driv du vieux franais _ru_, par
Mnage. Nicod mme crit _ruir_, et rend en latin _chanvre roui_, par
_cannabis fluviata_.


S

SANGLE, SANGLER. De _cingula_, _cingulare_, et originairement du bruit
de l'air froiss par une courroie dploye avec force.

_Sangle_ s'exprimait en celtique par _cengl_ et _cenclen_, et suivant la
mme analogie, _lancer_ et _darder_, par _cingla_.

En vieux franais, on disait _changle_ et _changler_, comme c'est
l'usage dans notre Langue, qui a souvent modifi ainsi les sons
sifflans.

CINGLER, se dit pour, naviguer  pleines voiles, parce que la mer,
ouverte vivement par le navire, rend un petit bruit de la mme nature
que le prcdent. Mais le son radical est ici moins emphatique, parce
que le froissement qu'il reprsente est moins clatant, et a lieu dans
un milieu moins sonore. Cependant on a employ ce dernier verbe au mme
usage que l'autre en nombre d'occasions, et on le dit fort bien, du vent
du Nord et de la pluie chasse par un ouragan imptueux.

SAPER. Abattre par le pied, travailler avec le pic et la pioche 
dtruire les fondemens d'un mur.

SAPE, se dit en terme de guerre d'un travail qu'on fait sous terre pour
la surprise d'une place. En latin, c'est _sappa_, en italien _zappa_.

L'oriental _saph_ ou _sap_ dsigne l'action de briser ou de limer, de
rduire en poussire.

Ces diffrens mots sont forms du bruit de l'instrument contre les
constructions qu'il attaque, ou sur la terre qu'il entr'ouvre.

SCIE, SCIER. _Scie_ se dit en latin _serra_, en italien _sega_,
_rasega_, en espagnol _sierra_, en anglais _saw_, en allemand _saege_,
autant de dnominations tires du bruit sifflant que produit la _scie_
en divisant le bois.

Le _secare_ et le _scindere_ des Latins sont construits d'aprs ce son
naturel qui a fourni d'innombrables Onomatopes  toutes les Langues.

SCION. C'est le nom qu'on donne  des branches grles et menues, tendres
et pliantes que poussent les arbres. L'osier, par exemple, s'lve en
touffes de _scions_, et je n'hsite pas  penser que ce mot ne soit
form du frmissement de ces branches dbiles, quand le vent les courbe
devant lui, et qu'elles se relvent en sifflant.

On appelle encore _scions_ les impressions qui restent sur la peau d'une
personne fouette de verges. C'est le nom de la cause pour celui de
l'effet, employ par mtonimie.

_Cion_, s'est dit en vieux langage, de la pluie fouette par les vents.
Il est facile de saisir l'analogie de ces diffrentes acceptions.

SIFFLER. Verbe dont on connat les nombreux drivs, et qui drive
lui-mme du bruit de l'air comprim et chass par une ouverture troite.
Les Latins ont dit d'abord _sifilare_, qui se lit dans
Nonnius-Marcellus, et ensuite _sibilare_. Les Italiens ont _sibilare_,
_subbiare_, _zuffulare_, _fischiare_, autant d'Onomatopes qui
caractrisent diffrens modes de _sifflement_; les Espagnols, _silvar_;
les Allemands, _pfeifen_, et les Anglais plus heureusement encore
_whistle_.

En vieux franais, nous avons dit _subler_ et _sibler_: Marot a dit
_sublet_ pour _sifflet_. Les Angevins ont gard cette expression, et
Ondin la rapporte dans ses dictionnaires. Le patois bourguignon y a
substitu _subl_, qu'on lit dans les noels de la Monnoye.

    at ein anfan? me dis-tu vrai?
    Tan meu, velai t note fai.
    Tu sai b, quant ein anfan crie
    Que por an poiz le cri,
    Ai ne fau qu'ne chaiteri,
    Vou qu'un _subl_ vou qu'un trebi.

Il est  remarquer que ce _subl_ du peuple de Bourgogne ressemble
beaucoup au _subulo_ de Varron, que celui-ci a employ pour _tibicen_.

Cirano, acte II, scne III de son _Pdant jou_, fait dire  Mathieu
Gareau: Ce biau marle qui _sublet_ si finement haut.

Le peuple mouille l'_S_, et dit communment _chiffler_.

Il parat que les Celtes faisaient usage du mot _si_, pour bruit;
_sifflement_, murmure.

Les Grammairiens appellent consonnes _sifflantes_ ces trois lettres _s_,
_x_, _z_, parce qu'on ne les prononce qu'avec une espce de
_sifflement_. Elles doivent donc tre d'un grand usage pour exprimer les
bruits de cette espce. La Langue anglaise est une Langue _sifflante_,
parce qu'elle a beaucoup de mots sur la touche _sifflante_ et sur la
touche dentale.

L'emploi frquent de la lettre _S_ rend la prononciation _sifflante_.
Euripide en faisait un usage vicieux qui passa mme en proverbe. On
appelait ce dfaut le sygmatisme d'Euripide.

Racine a prodigu les _S_ dans ce vers d'Andromaque:

    Pour qui sont ces serpens qui _sifflent_ sur vos ttes?

et l'effet d'imitation qui en rsulte est frappant. On l'a trouv,
peut-tre avec justice, un peu trop minutieux.

Il y a de l'harmonie dans ces vers d'un de nos Potes lyriques:

            Ixion et les Alodes
            Ont cess leurs mugissemens.
            De Tantale et des Danades
        Je n'entends plus les longs gmissemens,
            Et des fatales Eumnides
                Les couleuvres avides
    Ne brisent plus les airs par d'aigres _sifflemens_.
            L'rbe n'a plus de tourmens.

La forme et le son de la lettre _S_ la rendent propre  dsigner
doublement le serpent, et  peindre en mme temps ses mouvemens tortueux
et ses _sifflemens_ aigus. L'_ophis_ des Grecs, qui est originairement
gyptien, a le singulier mrite d'offrir dans ses caractres une espce
de noeuds de couleuvres, et dans sa terminaison, un bruit semblable 
celui qui annonce ordinairement ces animaux. C'est tout--la-fois un
hiroglyphe et une Onomatope. La lettre [Phi] ressemble  un caduce.

Les Latins ont _anguis_, qui a la mme dsinence _sifflante_, et de plus
_seps_ et _serpens_; les Italiens _serpente_, _biscia_; les Espagnols
_sierpe_; les Anglais _serpent_ et _snake_.

On appelle _bysse_ en science hraldique, des serpens et des couleuvres.
C'est l'ancien nom franais de ces reptiles. Celui par lequel nous
dsignons actuellement le _serpent_, est une Onomatope sans vivacit et
sans harmonie, dont je n'ai pas cru devoir faire un article  part, mais
dont les analogues curieux me paraissent assez bien placs dans
celui-ci.

SILLON, SILLONNER. Du bruit d'un corps qui en effleure lgrement un
autre sur un long espace. De l,

SILLAGE, qui est la trace d'un vaisseau sur la mer, quand il ne fait
qu'y glisser doucement.

SIPHON. Ce sont, dit un vieux commentateur de Rabelais, ces canaux et
tuyaux s-fontaines qui jettent l'eau, et par le moyen et force de l'air
qui les presse, rendent un son et sifflement d'o ils ont pris leur
nom.

SOUFFLER. Nous avons vu tout--l'heure au mot _siffler_ une Onomatope
construite d'aprs le bruit de l'air chass  travers un canal troit.
Celle-ci est forme sur l'mission libre de l'air pouss hors d'un canal
de grandeur suffisante, avec un bruit mousse et sans clat.

Les drivs nombreux de cette expression ne peuvent chapper  personne.

SOURDRE. Sortir, jaillir, s'couler par une fente de la terre ou du
creux d'un rocher.

L'tymologie de ce mot a t rapporte avec raison au _surgere_ des
Latins, qui avait le mme sens.

        _Medio de fonte leporum
    _Surgit_, amari aliquid, quod in ipsis floribus angit._

LUCRET.

On a mme dit en franais _surgeons_, tantt pour ces rejetons qui
naissent au pied des arbres, tantt pour un petit ruisseau qui vient de
_sourdre_ de la terre; et _surgir_, qui est pris pour _sourdre_, avec un
peu d'extension dans ce passage des hymnes de Ronsard:

    Aprs vous _surgirez_ dedans l'le dserte
    D'hommes et de troupeaux, mais aussi bien couverte
    D'oiseaux qui ont la plume  pointe comme espics,
    Et la dardent des flancs ainsi que porcs espics.

Mais s'il est vrai que cette origine soit -peu-prs incontestable, il
n'en est pas moins certain que l'imitation du son naturel a modifi
jusqu' un certain point l'expression qu'on y rapporte. Il est peut-tre
malheureux qu'elle vieillisse nglige, car elle est significative et
utile. Amyot s'en est servi dans sa traduction de _Daphnis et Chlo_, et
cet exemple en dterminera le sens:

Il y avoit, dit-il, en ce quartier-l une caverne que l'on appelait _la
Caverne des Nymphes_, qui estoit une grande et grosse roche, au fond de
laquelle _sourdoit_ une fontaine qui faisoit un ruisseau dont estoit
arrouz le beau pr verdoyant.

M. Mercier a cru mal--propos que ce mot faisait _sourdir_ 
l'infinitif, ou que cette nouvelle construction pouvait avoir
quelqu'avantage sur l'autre. C'est au bruit de deux consonnes roulantes,
durement spares par une autre, et qui semblent en rompre l'effort, que
le mot _sourdre_ doit son harmonie pittoresque.

* STRIDENT. C'est ainsi qu'on qualifie un bruit dur, un peu aigre, un
peu frmissant, qui est produit par un corps trs-rfractaire, attaqu
avec la lime ou avec la scie.

Ce mot expressif et vrai, heureusement form du _stridere_ des Latins,
n'a point encore t admis dans l'usage de notre Langue, qu'il ne
pourrait qu'enrichir.

STRIE. C'est une espce de sillon profond, grav difficilement dans un
corps dur, ce qui est marqu par sa construction rude et _stridente_.
Cette expression est propre  l'Histoire naturelle descriptive.

SUCER. Onomatope prfrable au _sugere_ des Latins dont elle a t
forme, avec un changement pris dans le son radical.

C'est le _saugen_ des Allemands, le _sycan_, le _sugan_, le _succan_, le
_sucian_ des Anglo-Saxons et de la Langue franque; le _zuigen_ des
Flamands, le _suck_ des Anglais, le _suga_ des Sudois, le _succhiare_
des Italiens.

Skinner rapporte toutes ces tymologies au vieux Sarmate _cic_, qui
signifiait mammelle, et dont le type naturel est le mme.

SUC, c'est la substance qu'on extrait des corps par la _succion_.

SUCRE, est le nom d'une production vgtale qu'on tire des fruits par le
mme procd. Les Italiens qui ont aussi reconnu cette analogie,
appellent le sucre _zucchero_, et les Arabes _sucar_.

* SUSURRATION, SUSURRE, SUSURREMENT, SUSURRER. Je hasarde ici ces trois
substantifs et ce verbe qui sont peut-tre des latinismes assez heureux,
pour exprimer le frmissement des feuillages et le murmure des roseaux
mus par le vent. Nous n'avons pour rendre ces ides que des mots trop
gnraux et des images trop vagues.

Un de nos Lexicographes dit _susurre_, qui est construit sur le mot
_murmure_ avec lequel il a tant de rapports. _Susurration_ est plus
conforme au type latin, et _susurrement_  l'esprit de notre Langue;
mais il n'est donn qu' nos bons Ecrivains de consacrer ces expressions
agrables, et d'en fixer l'emploi.


T

TACT. Le mot factice _tac_ fut invent pour exprimer le bruit des corps
durs et secs qui frappent les uns sur les autres.

TIC TAC, eut une signification analogue, et marqua un battement, un
mouvement ritr, comme celui d'un marteau qui frappe, d'un balancier
d'horloge, des pulsations du sang et des palpitations du coeur. Regnier
l'emploie pour reprsenter les coups que se donnent dans leur lutte
grossire les personnages de son souper ridicule:

        Ainsi ces gens  se piquer ardens
    S'en vinrent du parler  _tic tac_, torche lorgne;
    Qui casse le museau, qui son rival borgne;
    Qui jette un pain, un plat, une assiette, un couteau,
    Qui pour une rondache, empoigne un escabeau.

TIC, maladie de cheval, est une Onomatope, selon Mnage, parce que le
cheval qui a le _tic_, reproduit ce bruit en frappant de sa tte contre
sa mangeoire; et je crois que _tic_, dans le sens de caprice ou de
manie, en est une acception figure.

TIQUET, s'est dit d'un corps tach de petits points, imprims comme au
hasard, et semblables aux meurtrissures qui rsulteraient de petits
coups dont ce mot rappelle le bruit.

_Taquer_ ou _Toquer_, qui sont des mots populaires, ont t forms
d'aprs cette racine, et le mot _tact_ en est pris avec une grande
extension, pour dsigner tout ce qui a rapport  l'action du toucher.

TTER, TTONNER,  TTONS, et autres termes de la mme famille, n'ont
pas une autre origine, et ont t construits, soit dans notre Langue,
soit dans celles qui en offrent les quivalens, d'aprs le son naturel.

TAFFETAS. Il n'y a point de doute sur l'tymologie de ce mot, qui est
prise dans le bruit de l'toffe qu'il dsigne. _Dixose assi_, dit
Covarruvias, _del ruido que haze el que va vestido della seda, sonando
el _tiftaf_, par la figura onomatopeia_. On a mme crit autrefois
_taffetaf_, comme dans ce passage de _la grande nef des Fous du monde_:
Les bourses comme pannetires, les ceintures de _taffetaf_, etc.

En italien, c'est _taffeta_, en espagnol _taffatan_, en grec moderne,
_taphata_. Mnage prtend que _taffata_ se retrouve dans la basse
latinit, et Ducange y a vu _taffetas_ et _taffetin_.

TAMBOUR. Chez les Latins _tympanum_, et dans la basse latinit _tabur_,
_taburcium_ et _tamburlum_; en arabe _tabal_ et _tambor_, en italien et
en espagnol _tamburro_; en allemand _trommel_, et l'homme qui bat la
caisse _tambour_; en vieux franais _tabur_, _thabur_, _tabor_ et
_tabour_, d'o _taborer_ et _tabourner_. Rabelais et Regnier disent
_tabouriner_, et le peuple _tambouriner_.

Ces mots sont faits du bruit clatant de la caisse, et en gnral des
bruits trs-retentissans.

De la mme racine, on avait tir dans le vieux langage les mots _tabut_
et _tambusteis_ qui signifiaient grand tumulte et bruit assourdissant
comme celui de la caisse.

TARABUSTER, en est une drivation figure.

TAMPON. On appelle _tampon_ ce qui sert  boucher un vaisseau, parce
qu'en enfonant le _tampon_, on excite un bruit dont ce nom parat
form.

Les Latins ont dit _tappus_ dans la mme signification, les Italiens
_zaffo_, les Anglais et les Allemands _tap_.

TAPE, TAPER, qui s'emploient bassement dans notre Langue, viennent du
mme son naturel.

SE TAPIR dans une place troite, y demeurer en _tapinois_, c'est s'y
tenir cach, serr, et en quelque sorte adhrent comme un _tampon_.

TAPON, est un mot trs-bas qui se dit d'un paquet press, contenu, ou
_tapi_ dans un petit lieu. C'est aussi un terme de Marine qui signifie
un certain bouchon dont on ferme l'ame du canon pour empcher l'eau d'y
pntrer.

TAUPIN, est le nom franais d'un insecte dont le thorax est arm d'un
ressort au moyen duquel il saute sur lui-mme avec bruit.

TOUPE, fait du latin _stuppa_ ou du celtique _stoup_, qui est le _topp_
de Davies, pourrait se rapporter  cette Onomatope, parce que les
_tampons_ sont ordinairement d'_toupes_.

TAN. Ce mot dsigne une poudre menue d'corce de chne, battue dans de
gros mortiers, par la force des roues d'un moulin, et avec un bruit
qu'il exprime.

TAON. Le vol bruyant du _taon_ tait assez bien reprsent par ce nom
que la nouvelle prononciation a dnature. L'Onomatope s'est conserve
dans le langage du peuple qui dit _tavon_ ou _tavan_. Je ne doute pas
que la mme aphrse ne nous ait fait perdre l'effet imitatif du mot
_paon_, form du _pavo_ des Latins, qui l'tait du cri naturel de cet
oiseau.

Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on a dit autrefois _tahon_, qui se lit
dans ces vers de Christian de Troyes:

    Toujours doit li fumier puir,
    Et _tahons_ poindre, et maloz bruire,
    Envious, envier et nuire.

Mnage fait _hanneton_ de _tabanus_, qui est le nom latin du _taon_, par
un procd bien bizarre. De _tabanus_, _tavanus_, _tavanettus_,
_vanettus_, _vanetto_, _vanetonne_, _nanettone_, _hanneton_. Je crois
qu'on peut tablir, sans insulter  la mmoire de ce savant laborieux,
qu'il n'y a rien de plus ridicule que ces tymologies arbitraires dont
la filiation ne repose que sur des intermdiaires factices. Si hanneton
n'est pas fait d'_alis tonans_, c'est peut-tre une Onomatope.

TARABAT. Instrument bruyant qui servait  appeler les Religieux aux
Offices nocturnes.

Les Grecs ont dit _thorubein_, pour, faire du bruit, et _thorubos_,
pour, tumulte ou fracas. Cette curieuse analogie n'a jamais t aperue.

TARIN. Les Naturalistes pensent que le nom de cet oiseau a t fait
d'aprs son chant; mais la varit de ses modulations a d dterminer un
grand nombre d'Onomatopes. En effet, les Grecs l'ont nomm _thraupis_,
les Allemands _zinsle_, _zeizel_, _zysle_, _zyschen_, _zeisich_, les
Polonais _csiseck_, les Illyriens _csisz_, et les Anglais _siskin_. Nous
l'appelons vulgairement _scenicle_, _cinit_, _cerizin_.

Tous ces mots, quoiqu'trangers les uns aux autres, ont une racine
naturelle.

TETER. C'est tirer avec la bouche le lait de la mamelle, et cette action
produit un bruit dont le mot qui la dsigne est emprunt.

TETTE, qui n'est plus d'usage, mais dont les quivalens ont la mme
racine, et qui signifie l'endroit par o les animaux nourrissent leurs
petits, s'est dit en grec _titthos_ et _titthion_; en latin _tetta_; en
allemand _titte_; en anglo-saxon _tit_, _titt_ ou _tytt_; en Langue
franque _tuito_; en anglais _teat_, et en espagnol _teta_. On m'assure
que le syrien et le chalden _thad_ expriment la mme ide; et dans la
partie de ma prface o j'ai dmontr que les premiers rapports de
l'enfant et de la mre, c'est--dire, l'action de _teter_, ont eu dans
le langage une racine commune avec les premiers rapports de parent,
j'ai fait sur la forme hiroglyphique, et sur le son imitatif du _thta_
des Grecs, une observation assez nouvelle que je recommande 
l'attention du Lecteur.

TIMBALES. _Tabala_ tait, suivant Plutarque dans la vie de Crassus, et
suivant Hsichius, un tambour dont se servaient les Parthes. C'est
_tablon_ en arabe, _tympanon_ en grec, et _tympanum_ en latin.

Il parat que cet instrument s'est d'abord appel _timbre_, et qu'il en
est question sous ce nom dans _Perceval_ et dans ces vers du _roman de
la Rose_:

      Cil fleues court si joliement,
      Et maine si grand dissonent,
      Qu'il rsonne, tabourne et _timbre_
      Plus souef que tabour ne _timbre_.

TIMBRE, qui signifie, dans son acception actuelle un instrument d'un
mtal sonore qui retentit sous le marteau, est incontestablement tir de
la mme racine.

TIMPAN, est le nom qu'on a donn  cette partie de l'oreille qui reoit
les impressions de l'air agit, et qui cause le sentiment de l'oue,
parce qu'elle est comme une espce de tambour sur lequel les bruits
extrieurs viennent agir.

TIMPANON, sorte d'instrument de Musique, mont avec des cordes de laiton
qui vibrent sous de petites baguettes, prsente le type grec sans aucun
changement.

On appliquera facilement aux autres expressions de la mme famille les
observations que je fais sur celles-ci, soit que les objets qu'elles
reprsentent aient t dnomms d'aprs le bruit qu'ils rendent, soit
que leurs qualifications aient t dtermines par de simples analogies,
comme cela a lieu dans le verbe _timpaniser_, qui se dit pour, blmer
hautement, parce que ces sortes de diffamations sont, en quelque
manire, divulgues au son du tambour.

TINTEMENT, TINTER. Onomatopes du son de la cloche, qui avaient
d'heureux quivalens dans le _tinnitus_ et le _tintinnire_ des Latins.
Ils avaient aussi appel _tintinnabulum_ la petite clochette qui rend un
bruit clair et argentin. Catulle a dit, avec peu de got, ce me semble:
_auris tintinnat tintinnabulum_.

TINTEMENT, ou TINTOUIN, se disent indistinctement d'un battement
importun qui fatigue l'oreille, et qui ressemble au _tintement_ de la
cloche. Nicod en explique assez bien l'extension mtaphorique.
_Tintouin_, dit-il, est un nom imit du chifflement qui se fait aux
ventricules du cerveau, et cornissant par les oreilles, et vient de
_tinter_; et parce que tel _tintouin_ empche le repos de la personne,
on l'usurpe aussi par mtaphore, pour souci rongeant, travail d'esprit
et fatigation de l'entendement.

TINTAMARRE, vient, selon Pasquier, du bruit que font les paysans quand
ils frappent sur leur _marre_, qui est un instrument de labour, pour
avertir ceux qui sont loigns, de quitter leur besogne, et que midi est
sonn. Quoi qu'il en soit de cette dsinence parasite, il ne peut y
avoir de doute sur l'effet imitatif de cette expression et sur le
caractre de sa racine, qui est bien videmment prise dans le son
naturel.

TOCSIN. Ce mot vient de _toquer_, _frapper_, et de _sing_, qui
signifiait autrefois une cloche. Il en est fait mention en ce sens dans
le Pontifical.

En quelques lieux, on appelle encore petit _sing_ les petites cloches.
Il y a aussi un vieux proverbe qui dit: on en fait bien les _sings_
sonner, pour dire, on en fait beaucoup de bruit.

_Tocsin_, est donc compos d'un son naturel et d'un son abstrait, 
supposer que _sing_ lui-mme ne soit pas une Onomatope ancienne.
Rabelais a crit _toquesing_ au chapitre 66 du livre IV de _Pantagruel_.

TONNER, TONNERRE. Ce mtore terrible a fourni des Onomatopes  tous
les peuples. C'est une des premires catastrophes naturelles qui aient
d frapper l'imagination de l'homme, et il n'est pas tonnant qu'il ait
cherch  le reprsenter par un concours de sons clatans. Dans notre
Langue mme o cette imitation est plus imparfaite que dans beaucoup
d'autres, on peut remarquer cependant que le nom du _tonnerre_ est form
d'une syllabe trs-sonore, alonge d'une terminaison roulante.

Les Celtes ont dit _tonitru_, les Latins _tonitruum_, et leur
prononciation donnait  ce mot une harmonie sourde et retentissante
comme les _grondemens_ de la foudre dans les chos; les Italiens
_tuono_, les Espagnols _tronido_, les Anglais _thunder_, et les
Allemands _donner_.

Ajoutons, sans pousser plus loin cette recherche, que les idiomes
humains n'ont pu exprimer un bruit de la nature de celui-ci que par des
approximations encore bien imparfaites, quoique le son radical des
diffrens noms par lesquels ils l'ont caractris, soit le plus grave de
tous ceux que peut former la voix. Aussi est-il devenu dans les mots
_son_ et _ton_, le signe gnral de tous les bruits, de toutes leurs
modifications et de tous leurs effets.

TORRENT. Du bruit d'un courant d'eau trs-imptueux, effet que l'auteur
d'un roman moderne a cherch  rendre dans ce passage, qui ne me parat
pas tout--fait dpourvu d'harmonie.

Aprs des pluies abondantes, un torrent large et rapide, grossi de tous
les ruisseaux et de toutes les ravines, descend du haut de nos montagnes
avec le bruit de la foudre, s'lance furieux dans la plaine, la remplit
d'pouvante et de dsastres, brise, envahit, dvore tout ce qui
contrarie son passage; et, charg d'arbres dracins, de rocs et de
dcombres, il roule et se prcipite en grondant dans la Salza.

_Torrent_ se dit _strumor_ en Langue gallique, et se trouve ainsi
exprim dans des fragmens d'anciennes posies, attribues  Ossian.

* TOURDE. En vieux franais _tourd_. C'est un nom qu'on donne  la grive
dans quelques provinces, et que les tymologistes disent fait par
Onomatope.

Le mot _twrdd_ a dsign en celtique, suivant M. Court de Gbelin, le
chant bruyant de certains oiseaux, et, en gnral, les bruits tumultueux
et fatigans.

TOURDIR, rompre la tte  quelqu'un  force de criailleries, est
construit sur cette racine.

TOURTEREAU, TOURTERELLE. En hbreu _thor_; dans presque toutes les
Langues orientales _tur_; en latin _turtur_, prononc _tourtour_; en
italien _tortora_, _tortorello_, _tortorella_; en espagnol _tortola_; en
anglais _turtledove_; en allemand _turteltaube_; en celtique _turzunel_;
en vieux franais _tourte_ et _tourtre_.

Il n'est personne qui ne reconnaisse dans ces expressions des
Onomatopes trs-heureuses du roucoulement des _tourterelles_.

TOUSSER, TOUX. Du bruit que l'on fait en _toussant_.

Le _husten_ des Allemands, et le _cough_ des Anglais, pour tre d'une
construction diffrente, n'en sont pas moins des Onomatopes
incontestables.

TRACAS, TRACASSER. Ces mots expriment dans leur sens propre un bruit
violent et incommode, comme celui des corps qui se fracassent; mais ils
diffrent de cette dernire espce d'expression et quant au sens et
quant  la racine, en ce que l'ide de fracas emporte celle de rupture
et de brisement, qui n'est point inhrente  celle-ci.

Nicod prtend fort mal--propos, selon moi, que _tracas_ vient de _trac_
ou _trace_, _comme qui dirait aller  et l, errer par les voies_.

Quoique ce terme et ses drivs ne soient gure d'usage que dans des
acceptions figures, ils sont sensiblement tirs d'un son naturel, et on
appelle encore trs-bassement dans la Langue du peuple, du nom de
_tracas_, une chaussure lourde et grossire, qui cause un bruit
dsagrable quand on marche.

On peut remarquer ici un singulier rapprochement; c'est que la
dnomination triviale dont je parle a le mme rapport avec le mot
_tracasser_ que _savate_ son synonyme avec le mot _sabat_, qui se prend
dans notre Langue pour un bruit haut et tumultueux. _Sabata_ se dit en
celtique, pour, faire du bruit ou crier  pleine voix. _Sabot_
driverait de la mme racine, et on aurait fait de ce dernier mot, par
extension, le nom de l'ongle de certains animaux.

TRANSIR. La racine de ce mot que je choisis au hasard dans sa famille,
caractrise un grand nombre de mots analogues, et dont le sens est
marqu par le bruit naturel dont ils drivent.

Les dents serres convulsivement dans le frmissement du froid, de la
fivre et de la peur, laissent chapper un son dur et roulant dont on a
fait _transir_, engourdir, pntrer de froid,

TERREUR, sentiment de crainte caus par la prsence d'un objet
pouvantable,

TREMBLEMENT, frissonnement vhment et universel,

TREMBLER, frissonner avec force par tout le corps,

TREMBLOTER, qui en est le diminutif,

TREMBLE, arbre ainsi nomm, parce que ses feuilles _tremblent_ et
s'agitent au moindre vent,

TRMOUSSEMENT, SE TRMOUSSER,

TRESSAILLEMENT, TRESSAILLIR, qui expriment de petites motions, de
faibles mouvemens d'effroi, de surprise ou de joie.

TRANTRAN. Mot factice et populaire qui n'est plus d'usage que dans son
acception figure, c'est--dire, pour signifier l'intelligence d'un
tat, d'un mtier, le secret d'un ngoce, le cours des affaires de
commerce et d'industrie.

Quelques-uns prtendent que ce mot s'est dit proprement du son du cor
des chasseurs, sens auquel il est employ dans la _vnerie_ de
Dufouilloux, de sorte que ce serait une mtaphore tire de la conduite
de la chasse.

D'autres avancent que cette faon de parler vient du bruit des violons
qui s'accordent, bruit qu'on peut rendre par _trantran_; et alors ce
serait une mtaphore tire de l'accord et de l'harmonie de la musique.

TRAQUET. Petite soupape qui ouvre et ferme l'ouverture de la trmie,
pour laisser tomber ce qu'il faut de grain sous la meule.

TRICTRAC. Jeu dont le nom vient du bruit que font les dames et les ds
dont on se sert en jouant. C'est ce bruit que M. Delille exprime
admirablement dans ces vers:

    J'entends ce jeu bruyant o le cornet en main,
    L'adroit joueur calcule un hasard incertain.
    Chacun sur le damier fixe[6] d'un oeil avide
    Les cases, les couleurs, et le plein et le vide.
    Les disques noirs et blancs volent du blanc au noir;
    Leur pile crot, dcrot. Par la crainte et l'espoir,
    Battu, chass, repris, de sa prison sonore
    Le dz avec fracas part, rentre, part encore.
    Il court, roule, s'abat.

Dumarsais croit que ce jeu s'est appel autrefois _tictac_, et il est
encore dsign de cette manire par les Allemands et les Anglais.

* TRINQUER. Heurter les verres en buvant, ce qui se fait avec un bruit
dont le mot _trinquer_ est form par Onomatope.

Les Allemands s'en sont empars, en lui donnant quelque extension, pour
reprsenter l'action de boire elle-mme. Ils disent _trincken_, les
Flamands _drincken_, et les Italiens _trincare_.

TROMPE, TROMPETTE. Dans la basse latinit _trumpa_; en italien _tromba_
et _trombetta_; en anglais _trumpet_; en allemand _trompete_.

Il tait inutile de chercher l'tymologie du mot _trompette_ dans ces
diffrentes Langues, comme l'a fait Mnage, ou il fallait remonter du
moins jusqu'au bruit naturel qui l'a produit, ainsi que ses analogues.

_Trompe_, dit le pre Labbe, _tromper_, _trompette_, _trompetter_,
viennent du son qui se fait ordinairement dans le cor de chasse _trom,
trom, trom_, et non pas de _tuba_, ni du _taratantara_ du bon Ennius
qu'il avait form sur le son clair et gaillard des clairons et de la
doucine.

TROMBONNE, est le nom italien actuellement francis d'un instrument que
nous avons d'abord nomm _trombon_.

TROT, TROTTER. Le mot _trot_ reprsente  l'oreille comme  la pense
l'allure naturelle des chevaux dont on presse le pas. C'est donc avec
raison que Pasquier le drive, par Onomatope, du bruit que font les
animaux en _trottant_.

De la mme racine vinrent le celtique _troad_ qui signifie _pied_, et le
celtique _trotta_ qui signifie _trotter_.

Je ne sais o M. Court de Gbelin a lu _trul_, qui se disait pour,
_aller_ ou _courir  et l_, et dont viendrait le mot populaire
_trauler_.

TURLUT. C'est un oiseau du genre de l'alouette, qu'on a nomm _turlut_
en raison de son chant dont ce mot est l'expression.

TIRELIRE, est une autre Onomatope construite pour reprsenter le mme
bruit naturel, comme _turelure_ et _turelurelu_ pour imiter le son de la
flte. Ces termes factices, qui ont bonne grace dans une posie telle
que celle-ci, dit la Monnoye dans son curieux glossaire sur les Noels,
seraient insupportables dans un pome srieux. Virgile n'a eu garde
d'employer le _taratantara_ d'Ennius. Un Merlin Coccae, un Arena, un
Belleau ont eu droit d'exprimer, comme bon leur a sembl, toutes sortes
de voix dans leurs macarones, mais on ne saurait pardonner  Dubartas
sa ridicule description du chant de l'alouette, en ces quatre vers du
cinquime livre de sa Semaine:

    La gentille alouette avec son _tire lire_
    Tire l'ire  l'ir, et _tirelirant_ tire
    Vers la vote du Ciel, puis son vol vers ce lieu
    Vire et desire dire, adieu dieu, adieu dieu.

Il faut dire  l'honneur du sicle de Dubartas que ces vers parurent
dj trs-misrables de son temps, car je les lis ainsi corrigs, mais
non pas beaucoup meilleurs dans l'dition que je consulte.

    La gentille alouette avec son _tire lire_
    Tire l'ire aux faschez, et d'une tire, tire
    Vers le pole brillant, plus d'un plumage las
    Changeant un peu de son se laisse cheoir en bas.

C'est cette version qu'Edouard Dumonin a suivie dans sa traduction
latine, intitule _Beresithias_:

    _Dulcis alauda suo _tire liro_ consonna tollit
    Iratis iras, saevamque extrudit Erymnin
    Flammicomum tractuque polum levis involat uno
    Hinc leviter flexo cantu, dum membra fathiscunt
    Corpora demittit terrae._

Baptiste Mantouan a cherch  exprimer la mme chose dans ce passage de
ses posies, et y a sans doute mieux russi que ses rivaux, sans
recourir au mme procd:

    _Prole nov exultans, galcque insignis alauda
    Cantat; et ascendit ductoque per aera gyro
    Se levat in nubes: et carmine sydera mulcet._

Ronsard a fait usage aussi du mot _tire lire_ dans une piece de ses
_Gats_, intitule l'_Alouette_, et c'est peut-tre la seule tache
qu'il y ait dans ce morceau charmant:

    H Ciel que je porte d'envie
    Aux plaisirs de ta douce vie.
    Alouette qui de l'amour
    Dgoises ds le point du jour,
    Secouant en l'air la rose
    Dont ta plume est toute arrouse!
    Devant que Phbus soit lev
    Tu enlves ton corps lav
    Pour l'essuyer prs de la nue.
    Trmoussant d'une aile menue,
    Et te sourdant  petits bonds,
    Tu dis en l'air de si doux sons
    Composs de ta _tirelire_,
    Qu'il n'est amant qui ne desire,
    T'oyant chanter au renouveau
    Comme toi devenir oiseau.
    Quand ton chant t'a bien amuse,
    De l'air tu tombes en fuse
    Qu'une jeune pucelle au soir
    De sa quenouille laisse cheoir,
    Quand au fouyer elle sommeille
    Frappant son sein de son oreille:
    Ou bien quand en filant le jour
    Void celuy qui luy fait l'amour
    Venir prs d'elle  l'impourvee,
    De honte elle abaisse la veue,
    Et son tors fuseau dli
    Loin de sa main roule  son pi.

Cet pisode de la fileuse est d'un got absolument antique, et un des
plus gracieux que l'on puisse imaginer. Si Ronsard n'avait jamais fait
que de pareils vers, la postrit lui aurait peut-tre confirm jusqu'
un certain point ces titres pompeux de _Prince des Potes_, et
d'_Apollon de la source des Muses_, qu'on lui a donns de son temps.


V

* VAGIR, VAGISSEMENT. Ces mots expriment le cri des enfans qui viennent
de natre, et notre Langue a rcemment admis le substantif _vagissement_
sur les rclamations de Voltaire. C'est une disette insupportable,
crivait-il, d'appeler des choses si diffrentes du mme nom. Le mot
_vagissement_, driv du latin _vagitus_, aurait trs-bien exprim le
cri des enfans au berceau.

Dumarsais, observe un autre Littrateur, a fait tout ce qu'il a pu pour
faire prendre ce mot, et n'a point russi. C'est le cas de le
reproduire, et de faire voir qu'il est aussi naturel et aussi utile que
_mugissement_. Le cri d'un enfant au berceau est,  coup sr, une bien
longue priphrase.

Le verbe _vagir_, qui est fait du substantif, comme de _mugissement_ et
_rugissement_ sont faits _mugir_ et _rugir_, et dont la construction
est, par consquent, trs-conforme  l'esprit de notre Langue, n'est
sans doute pas  ddaigner. Un tranger qui a donn quelques volumes 
la Littrature franaise, a dit quelque part: Si Dieu m'offrait le
privilge de la rtrogradation jusqu' mon enfance, et de _vagir_ une
seconde fois dans le berceau, je refuserais ses offres.

VAGUES, est le nom qu'on donne aux eaux agites et mugissantes, parce
que le bruit qui s'en lve ressemble  un long _vagissement_. En
allemand _wage_, _woge_; en gothique _wego_; en anglo-saxon _waeg_; en
islandais _vag_.

VIOLON. Je crois devoir rapporter  propos de ce mot les raisons
ingnieuses qu'emploie M. Court de Gbelin pour en faire remonter
l'origine au son naturel. Le mot _violon_, dit-il, dsigne un
instrument  cordes qu'on fait rsonner avec un archet. Mais quelle est
l'origine de ce nom? Elle se perd dans la nuit des temps pour tous les
tymologistes; car, dire avec eux qu'il vient de l'espagnol _biolone_,
ce serait tout au plus supposer que cet instrument nous vnt par
l'Espagne, ce qui serait, peut-tre, difficile  prouver.

Ce nom tient  ceux de quelques autres instrumens appels _viole_,
basse _de viole_, _violoncelle_, etc.

Si jamais nom dut tre form par Onomatope, n'est-ce pas celui d'un
instrument de musique? Ils ont un son  eux, un son dtermin et
constant, un son propre  les distinguer de tout autre. Ce son dut
devenir leur nom ds l'origine; et, quoique naturelle, on dut perdre 
jamais cette origine de vue, ds qu'on eut perdu de vue les origines de
la Langue qu'on parlait, et les rvolutions de la nation dont on faisait
partie.

Les instrumens bruyans, tels que le tambour, le tympanon, et la
tymbale, portent des noms parfaitement imitatifs: en les nommant, on
peint le coup qui les fait retentir.

Dans les instrumens  cordes, on avait  peindre des sons d'une toute
autre espce, des sons aigus et sifflans, grles en quelque sorte; on
eut donc recours, pour les peindre,  la voyelle _i_, dont le son grle,
aigu et sifflant se met si bien  l'unisson de ces instrumens, et qui,
associe au son _o_, sert galement  peindre cette joie et cette gat
qu'accompagne et qu'inspire dans les ftes le son des instrumens. On dit
donc _viole_, _violon_ par le mme sentiment qu'on disait ioh! ioh! et
qu'on fit en _iol_ et en _jol_ les mots celtes, theutons, basques, etc.
qui peignent la joie et le plaisir.

C'est de ce mot que les Latins firent galement celui de _fides_, qui
dsigna les instrumens  cordes, et qui forma le diminutif _fidicula_,
petit instrument  cordes; tandis qu'en le prononant en _v_, ils en
firent _vitula_, 1. la desse de la joie; 2. en latin barbare, cet
instrument dont nous avons altr le nom en celui de _vielle_.

Ils en firent encore

_Vitulari_, se rjouir, foltrer,

_Vitellianae_, tablettes sur lesquelles on crivait des choses gaies.

VTE, VTESSE. Le mot _vte_ est peut-tre l'imitation du souffle,
acclr par la promptitude de la marche.

Les Latins n'en auraient-ils pas fait _festinare_, se hter? En
anglo-saxon, _hwato_ signifie alerte, prompt, et _hwetan_, exciter,
animer.


Z

ZESTE. C'est une zne trs-mince qu'on enlve de la peau d'une orange,
en glissant vivement contre sa superficie le tranchant d'un couteau. Le
petit bruit qui en rsulte a motiv cette dnomination qu'on a tendue
depuis  d'autres acceptions, tant propres que figures.

ZIGZAG. Ce sont, suivant Mnage, des tringlettes croises en losange les
unes sur les autres, qui se resserrent et s'alongent, et dont on se sert
pour faire tenir des lettres ou autre chose dans des lieux levs.

Poisson a compos une petite comdie intitule le _Zigzag_, o Octave
donne une lettre  Isabelle, qui tait  la fentre d'un logis.

    Mon _zigzag_ fera son office;
    Ce mot de lettre mis au bout
    Instruit Isabelle de tout.

Mnage reconnat que ce mot a t fait par Onomatope.


FIN.




NOTES


[1] Comme il tait de mon intention de donner dans le cours de cet
ouvrage quelques exemples de l'extension des sons radicaux et des
racines imitatives dans la dsignation des tres qui, comme je l'ai dit,
n'ont point de formes propres et de bruits particuliers, et de prouver
qu'aucune expression n'a t forme sans motif, et que les termes qui
ont caractris les sensations premires, ont d devenir allusivement le
signe des sensations analogues; comme le son radical _sag_ qui est une
des anciennes Onomatopes du bruit de la _flche_, est d'ailleurs un des
plus curieux que je connaisse dans les modes qu'il a subis, je vais
suivre ses diffrentes drivations dans la Langue latine seulement, pour
ne pas charger cette note d'un appareil inutile d'rudition.


RACINE, SAG. Sens propre, une _flche_.

Les Latins en ont fait _SAG-itta_, et immdiatement, par le procd
comparatif, ce nom est devenu commun  une plante dont il est question
dans Pline, et qui ressemble  une _flche_, au bout d'un rejeton de
vigne qui a la forme d'une _flche_ barbele, et  une constellation
compose de cinq toiles qui reprsente une _flche_.


SENS DRIV.

_SAG-ittarius_ a signifi un homme qui lance des _flches_, et ensuite
un signe du Zodiaque. Puis par une extension commune dans les Langues,
on a nomm _SAG-ittarius_, une monnaie de Perse qui avait un
_SAG-ittaire_ pour empreinte.

_SAG-ittifer_ a t le nom du porc pic, parce que les pointes dont il
est couvert ont quelque ressemblance avec des _flches_.

Jusqu'ici l'opration de l'esprit est simple et sans complication.


SENS RELATIF.

L'imagination commence  saisir des rapports plus loigns, mais elle
n'a point encore perdu de vue le sens propre.

_SAG-aris_ signifie d'abord un faisceau de _flches_, un carquois; il se
dit bientt d'une hache d'armes.

_SAG-ma_ exprime en premier lieu ce qui sert  cacher la pointe de la
_flche_,  la garantir en temps de paix. Ensuite, il se dit
gnralement d'un fourreau, et finalement de la selle d'un homme d'armes
o les _flches_ sont fixes.

_SAG-men_ est pris dans un sens plus hardiment figur, quoiqu'il
appartienne encore au sens primitif. On appelle ainsi la verveine par
opposition ou contre vrit, parce que les Ambassadeurs proposant la
paix ou la guerre, portaient dans leurs mains une verveine et une
_flche_.

_SAG-a_ signifie premirement les armes d'un soldat. _Ire ad SAG-a_,
c'est s'emparer de ses javelots et de ses _flches_. On en fait _SAG-um_
ou _SAG-ulum_ qui est l'habit d'un soldat en guerre.

Une fois que ce pas est fait, on va beaucoup plus loin. On appelle
_SAC-itza_ le pillage d'une ville, l'extermination de ses habitans,
parce que les vainqueurs les renversent  coups de _flches_, et notre
Langue en emprunte les mots SAC et _SAC-cager_ qui conservent encore
toute la racine, avec une simple modification de la gutturale _g_,
prononce sur une touche plus clatante.

Enfin, il suffit de nazaler cette racine SAG, pour en former _SANG-uis_,
qui s'emploie par une extension du mme genre, parce que le sang coule
sous les _flches_.

_N. B._ En vieux franais, _sache_ a signifi un fourreau, _sacher_,
tirer du fourreau, et ensuite, poursuivre le gibier et le renverser sous
les _flches_, d'o il semble que _chasser_ a t fait par mtathse.


SENS FIGUR OU MTAPHORIQUE.

Ici l'esprit de l'homme s'lance hardiment  des objets trs-loigns,
pour peu qu'il y puisse saisir quelque affinit avec le sens originaire
du mot invent.

Une erreur populaire lui persuade qu'une espce de pierre prcieuse
attire le bois comme l'aimant attire le fer, et que le bois y vole avec
la rapidit de la _flche_. Il nomme cette pierre _SAG-da_.

Il a observ que la _flche_, en s'enfonant dans un corps dur, y frmit
long-temps encore. Il appelle _SAG-acio_, id est, _SAG-ittae actio_,
tous les genres de palpitation et de tremblement.

Il essaye de trouver un objet de comparaison  l'action de regarder. Le
regard parcourt l'espace avec la vtesse de la _flche_, et le son
radical SAG devient le nom du regard dans presque toutes les Langues de
l'Orient. Les Latins cependant ne se servent point de cette racine  ce
dernier usage; mais ils le mconnaissent si peu, qu'ils s'enrichissent
de ses drivations au sens abstrait.


SENS ABSTRAIT.

_SAG-ire_, c'est avoir de la pntration, du discernement, saisir des
yeux de l'esprit.

_SAG-ax_, c'est un homme pntrant, un homme dont le regard sr discerne
la vrit.


SENS HYPERBOLIQUE.

Le dernier terme de cette gradation est si tranger  son type, qu'il
serait impossible d'en reconnatre l'origine, si on n'y pouvait
remonter, comme nous le faisons, par une succession trs-naturelle de
sensations et de jugemens. Le sens abstrait s'tendant  des
significations nouvelles, ce n'est plus au _SAG-e_,  l'esprit dlicat
et subtil qui saisit les choses ds le premier abord, avec une extrme
justesse, que doit s'arrter cette srie d'ides que nous venons
d'exposer; son regard plus prompt, plus sr, plus pntrant encore,
perce tous les obstacles. Son esprit s'lve au-dessus de toutes les
conceptions ordinaires; il domine, il explique l'avenir,

C'est le devin que les Latins ont appel _SAG-us_, la magicienne,
l'enchanteresse dont ils ont fait _SAG-a_, _SAG-ana_.

_Prae-SAG-ire_, c'est voir hors du prsent, c'est anticiper par la
pense sur les vnemens futurs.

_Prae-SAG-ium_, c'est le pressentiment, le pronostic.

_Prae-SAG-us_, c'est le sorcier, l'augure, l'homme inspir, termes dont
on a complt le sens par la petite prposition _prae_, au-devant,
au-del.

Il reste  s'assurer que les autres mots de la Langue naturelle
donneront une pareille filiation, et c'est ce que chacun peut
reconnatre dans ses tudes particulires, soit qu'il se contente, ainsi
qu'on l'a fait ici, de pousser ses recherches dans une Langue seulement,
soit qu'il veuille les tendre  toutes, ce qui n'est pas plus
difficile.


[2] Une figure nouvelle est pleine de charme, parce qu'elle donne 
l'ide un point de vue nouveau. Une figure rebattue, devenue lieu
commun, n'est plus que le froid quivalent du sens propre. On doit donc
viter de prodiguer les figures dans une Langue use. Elles ne
prsentent plus qu'un faste insipide de paroles et de tours. Le style
purement descriptif sera ds-lors prfrable au style figur, parce que
le sens figur avait fait oublier quelque temps le sens propre, et que
celui-ci parat nouveau. L'aurore aux doigts de roses, qui ouvre les
barrires du matin, et dont les pleurs roulent en perles humides sur
toutes les fleurs, offre sans doute une image heureuse et brillante;
mais on produira beaucoup plus d'effet aujourd'hui en peignant le soleil
 son lever, rougissant d'une lueur encore incertaine le sommet des
hautes montagnes, les vapeurs de la plaine qui se dissipent, les
contours de l'horizon qui se dessinent sur le ciel clairci, et les
fleurs qui se penchent sous le poids de la rose.


[3] C'est l'opinion de M. de Roujoux. Dom Lepelletier crit _coric_ qui
signifie _petit nain_. On pourrait penser que _gawric_ est fait de
_gawr_ dans son sens le plus ordinaire, _lev_, _suprieur_, et dsigne
trs-bien alors les intelligences secondaires, les gnies et les fes,
_Gawric_, petite puissance, ou bien il est tir de _gour_ ou _gwr_ qui
s'est dit pour, homme, et signifie alors avec le diminutif un petit
homme, un nain, comme on reprsentait les tres surnaturels dont il
s'agit.


[4] Il y en a beaucoup d'exemples dans le latin.

  _Halosis_, pillage, dilapidation.
  _Hama_, un croc.
  _Hamare_, harponner.
  _Hamus_, un hameon.
  _Harpa_, un vautour, et puis, la _harpe_, l'instrument de musique
    dont les cordes sont saisies avec toute la main.
  _Harpaga_, un hrisson, un grappin, un avare.
  _Harpagare_, prendre de force.
  _Harpastum_, un ballon qu'on cherchait  s'arracher en jouant, et
    dont il est question dans Martial.
  _Harpax_, l'ambre qui attire la paille.
  _Harpe_, un oiseau de proie.
  _Harpia_, la harpie aux mains crochues.
  _Haurire_, avaler, engloutir.
  _Haustrum_, instrument  puiser de l'eau.
  _Helluo_, un glouton.
  _Helluari_, absorber, avaler, dvorer.
  _Helveus_, qui a la bouche ouverte et prte  saisir sa proie.
  _Hera_, la fortune qu'il faut saisir au passage.
  _Heres_, le hrisson, l'animal hriss de pointes qui saisissent et
    dchirent.
  _Hiare_, ouvrir la bouche.
  _Hiera_, l'pilepsie, mal qui envahit, qui saisit, qui absorbe.
  _Hippae_, les cancres, les crevisses aux pattes armes de crochets.
  _Hirudo_, la sangsue. _Non missura cutem nisi plena cruoris._
  _Hiulcus_, avide, intress.
  _Humare_, enterrer, cacher sous la terre.
  _Humus_, la terre dvorante, qui consume tous les corps privs de vie.
  _Hyphaear_, la glu, matire qui happe, qui attache, etc.

Il serait sans doute ridicule d'avancer que la construction de ces mots
compliqus n'a eu d'autre base que l'initiale. Rien n'est plus facile
que de remonter  leurs racines naturelles, desquelles disparatrait
cette lettre, qu'on peut regarder comme trs-moderne relativement aux
temps et au langage primitifs. Mais il serait plus absurde de dire
qu'elle a t attache  ces expressions sans motif, et je pose en
principe que le motif qui en a dtermin l'emploi, c'est son caractre,
son esprit, l'ide d'avidit qu'elle rveille toutes les fois qu'on
l'aspire. Les caprices de la prononciation et de l'criture ont pu la
transporter dans d'autres mots auxquels elle n'a point donn ce sens;
mais ces mots seront en trs-petite quantit, et les exceptions ne
prouvent pas plus ici qu'ailleurs.


[5] Comme le son caractristique de cette expression est un des plus
communs et des plus intressans de la nature, puisqu'il sert  exprimer
le bruit des corps dans leur mode de dplacement le plus ordinaire, je
le prendrai pour exemple de ces grandes gnrations de mots que je n'ai
fait qu'indiquer  d'autres articles, et qui auraient surcharg cet
ouvrage de trop de dtails inutiles. C'est M. Court de Gbelin qui me
fournira le tableau des termes dont celui-ci est le type.

ROUAGE, ROUER.

ROUET, instrument  _roue_.

ROUELLE, tranche coupe en rond.

ROTULE, en latin _rotula_, os cartilagineux, large et rond qui forme le
mouvement du genou.

ROTATEUR, muscle circulaire qui sert  mouvoir l'oeil.

ROTE, en latin _rota_, tribunal de la cour de Rome, dont la salle est
pave de carreaux qui reprsentent des _roues_.

RODER, aller  et l en faisant des tours et des dtours.

RODEUR.

ROULER, 1. se mouvoir en rond; 2. plier en rond: au figur,
considrer, mditer.

ROULANT.

ROULEAU, chose faite ou tourne en rond.

ROULEMENT, bruit d'une chose qui roule, mouvement en rond.

ROULADE, roulement de la voix.

ROULAGE, action de rouler, facilit de rouler.

ROULIER, voiturier de marchandises.

ROULETTE, petite _roue_.

ROULIS, agitation d'un vaisseau que le vent fait rouler sur les flots.

ROULON, pice de bois travaille en rond.

RLE, autrefois ROOLE, du latin barbare _rotulum_, 1. registre qu'on
roule en long, comme les anciens manuscrits; 2. ce que chaque acteur
doit faire ou rciter dans la reprsentation d'une pice de thtre:
chaque acteur a son rouleau, son rle  part pour l'apprendre et pour le
jouer; 3. manire dont chaque homme reprsente dans le monde; 4.
feuille d'criture en termes de pratique.

RLER, crire des rles.

ENRLER, en Anjou, ENROTULER, coucher sur les registres, enregistrer
dans le catalogue de ceux qui forment le corps o l'on se runit.

ENRLEMENT, ENRLEUR.

ROTONDE, btiment en rond.

ROTONDIT, qualit d'un corps rond.

ROND, en latin _rotundus_, tout ce qui est en cercle; au figur, qui va
rondement.

RONDEUR, figure ronde.

RONDELET, un peu rond.

RONDIN, bton rond.

RONDINER, en vieux franais, donner des coups de rondin, de bton.

RONDACHE, RONDELLE, en vieux franais, boucliers ronds.

RONDEAU, petit pome compos de couplets finissant par les mmes mots
qui commencent le pome.

RONDE, inspection qu'on fait en parcourant une enceinte.

A LA RONDE, tout autour.

RONDEMENT, en rond; au figur, franchement.

ARRONDIR, donner une forme ronde.

ARRONDISSEMENT.

ROUTE, chemin.

ROUTIER, 1. qui connat les routes, expriment; 2. livre de routes.

ROUTINE, habitude, connaissance acquise par la pratique seule; chemin
battu.

ROUTINIER, qui n'a que la routine.

DROUTER, faire perdre  quelqu'un la route, etc.

                   *       *       *       *       *

Cette racine me suggre d'ailleurs une rflexion qui vient  l'appui de
ma thorie de l'extension des sons naturels, dans la qualification des
tres insonores. Nous avons vu se composer d'un son radical qui est le
signe du mouvement, et qui s'opre lui-mme par le roulement de la
langue sur le palais, deux familles de mots distincts, dont l'une
appartient  une ide de mouvement, et l'autre  une ide de forme. Il
n'tait pas difficile de reconnatre le point de contact de ces deux
familles, et nous avons compris que le signe des bruits qui rsultent
d'un mouvement circulaire, avait d devenir dans le langage,
l'indicateur des formes rondes. Mais si le rapport des mouvemens et des
formes semble d'abord assez naturel pour expliquer la ressemblance des
expressions qui les caractrisent, il est galement vrai que la nature a
tabli de frappantes harmonies entre ces deux premires sortes de
sensations et celles des couleurs. Le langage figur nous en offre assez
de preuves. Nous avons dit, entr'autres exemples, de _sombres_
gmissemens, et des lueurs _clatantes_. La premire de ces tournures
prsente une ide de bruit, spcifie par une circonstance tire de
l'ordre des couleurs, et la seconde, une ide de couleur dtermine par
une pithte qui appartient  l'ide du bruit. Le fameux aveugle-n
Saunderson, aprs avoir cherch long-temps  se faire un sentiment juste
des couleurs, finit par comparer la couleur rouge au son de la
trompette; et il y a peu d'annes que l'intressant sourd-muet Massieu,
interrog sur l'opinion qu'il se formait des bruits, et celui de la
trompette en particulier, le compara sans hsiter  la couleur rouge.

S'il y a de l'harmonie entre ces effets, pourquoi ces effets
n'auraient-ils pas t exprims par des sons de la mme espce?

Le mot _rouge_ et ses drivs sont donc, selon moi, des Onomatopes
construites par extension du son radical du roulement. En vieux
franais, _ro_ s'est dit pour _rouge_, et _roe_ pour _roue_. Toutes les
Langues fourniraient de pareils rapports.

M. Bernardin de Saint-Pierre a reconnu l'harmonie du mouvement
circulaire, de la forme ronde, et de la couleur rouge. Il se plat mme
 tayer ce rapprochement ingnieux des observations les plus agrables;
et s'il a nglig de prouver que les mots qui dsignent chez la plupart
des peuples ce mouvement, cette forme et cette couleur, ont une racine
commune, c'est sans doute parce que cette espce de dmonstration
emprunte des froides tudes de la Grammaire, lui a paru trop sche pour
une matire si lgante et si potique.


[6] Le mot _fixer_ n'est point franais dans le sens de regarder
fixement, d'attacher un regard _fixe_ sur une personne ou sur une chose;
mais c'est une de ces expressions que l'usage devrait avoir consacres.
Ce verbe offre une des figures les plus nergiques, une des hyperboles
les plus loquentes de la Langue; c'est non-seulement saisir l'objet sur
lequel nous portons la vue, c'est encore l'arrter, le rendre immobile,
nous l'approprier, nous l'identifier par le seul effet de nos regards,
_habere in oculis_, disaient tout aussi hardiment les Latins.

Jean-Jacques Rousseau, Duclos, Rivarol, madame de Genlis l'ont
frquemment employ. M. de Chteaubriand, tout en le condamnant dans un
autre, l'avait laiss chapper deux fois dans la premire dition du
_Gnie du Christianisme_; et les termes qu'il y a substitus depuis,
sont bien loin de racheter le sacrifice que cet Ecrivain a cru devoir en
faire  la correction. Il lui appartenait, il appartient  quelques
hommes qui doivent  leurs talens le privilge de donner aux mots le
droit de cit, d'accueillir celui-ci dont rien ne nous offre
l'quivalent: je le recommande aux Lexicographes.

Il n'est gures possible, au reste, de parler de la formation des mots
dans les Langues premires, sans tre oblig de s'arrter un moment  ce
qu'on appelle la nologie ou cration des mots nouveaux. Cette nologie
est une des choses dont on a parl le plus diversement, et dont on peut
effectivement porter les jugemens les plus opposs. Elle est  la fois
le gnie protecteur et le flau des Langues; elle les enrichit et les
dnature. Par elle, tout se dgrade, tout se confond; et sans elle,
l'imagination asservie se trane impatiemment dans ses lisires.

Il est certain que tous les mots ayant t forms pour exprimer la
pense prise sous certain aspect, ou l'tre pris dans certaine qualit,
et que rien n'tant plus mobile que les aspects de la pense et plus
vari que les qualits de l'tre, il n'y a pas un seul homme qui n'ait
souvent besoin, pour rendre sa sensation avec justesse, d'improviser une
expression qui la peigne. Otez cette ressource  l'esprit, et vous
dtruisez tout ce qui reste de posie dans vos Langues. Vous condamnez
Racine  parler le patois de Jodelle, et  quelqu'poque mme que la
Langue soit prise, vous donnez d'injustes entraves  la pense, car les
ides se succdent sans cesse en variant leur ordre et leurs rapports.
Si j'ai vu ce qui n'a point t aperu jusqu' moi, si j'ai dcouvert
entre des choses connues un rapport frappant et cependant nouveau, ce
qui est le propre d'une organisation potique, le tour et le mot dont
j'ai besoin n'ont pas pu tre prvus. Il faut donc que j'imite l'homme
primitif dans ses essais, et que je cre un signe pour ma perception; ou
bien si vous me forcez  n'employer que des signes dj convenus, il
faut que je dlaye une ide forte et ingnieuse dans une priphrase
languissante.

D'un autre ct, la nologie sera d'un plus grand secours  ces
Ecrivains sans talens, qui, incapables de saisir des effets nouveaux,
parviennent cependant  faire croire au vulgaire qu'ils y ont russi, en
revtant d'un tour audacieux et d'une expression inusite des ides
communes et souvent triviales et populaires. De l ces locutions
barbares, ces mots bizarrement composs, ces nologismes intolrables
qui frappent l'esprit sans l'instruire, et que la manie des nouveauts
perptue quelquefois dans le langage qu'ils finissent par corrompre.

Il y a donc beaucoup de choses  observer dans l'admission des mots
nouveaux: qu'ils soient indispensables, que leur construction ne soit
point trangre  l'esprit de la Langue, qu'elle rappelle distinctement
leur racine, que des Ecrivains estims en aient fait usage.

Au reste, je regarderais un dictionnaire des mots  admettre dans la
Langue comme une entreprise peu philosophique et mal mesure. Les mots,
interprtes de la pense, doivent s'lancer avec elle, et c'est dans la
chaleur d'une conception rapide qu'un nologisme heureux se fait
pardonner. L'invention ne procde point par ordre alphabtique; mais ce
serait peut-tre un livre assez curieux que celui qui runirait les
expressions vives, caractristiques et originales qui sont propres  un
seul Ecrivain, qui n'ont point t mises en oeuvre depuis lui, ou qui
l'ont t rarement, et qui ne se sont point conserves dans les
vocabulaires. On en tirerait beaucoup de ce genre des crits de Cicron,
de Snque, de Rabelais, de Montaigne, de Sterne, de Milton, de
Schiller, du Dante et d'Alfieri.




TABLE DES ONOMATOPES


A

    * AARBRER.
    ABOI, ABOIEMENT, ABOYER.
    ACHOPPEMENT.
      CHOPPER.
    AFFRES.
      AFFREUX.
    AGACEMENT, AGACER.
    AGOUTI.
    AGRAFFE, AGRAFFER.
      RAFFLER.
    AGRIPPER.
      GRAPPILLER.
      GRAPPE.
      GRAPPILLEUR.
      GRAPPILLON.
      GRAPPE, instrument de menuiserie.
      GRAPPIN.
      GRAVIR.
      GRAVIER.
      GRIMPER.
    * AHALER.
    * AHAN, AHANER.
    A.
    AME.
    ANCHE.
    ASTHME.

B

    BABIL, BABILLARD, BABILLER.
      BABIOLE.
      BABOUIN, BAMBIN.
      BAMBOCHE.
      BAMBOCHADE.
    BILLEMENT, BILLER.
      BEER ou BAYER.
      BAH!
      BADAUD.
      S'BAHIR, tre BAHI.
    BARBOTER.
    * BARET.
    BEFFROI.
    BLEMENT, BLER.
      BGAYEMENT, BGAYER.
    BLIER.
      * BELIN.
    BEUGLEMENT, BEUGLER.
      BOEUF.
      BOA.
      MEUGLEMENT, MEUGLER.
    BIBERON.
    BIFFER.
    BOMBE.
    BOND, BONDIR, BONDISSEMENT.
    BORBORIGME.
    BOUC.
    BOUFFE, BOUFFI.
      OUF.
      BOUFFON.
    BOUILLIR, BOUILLONNEMENT, BOUILLONNER.
      BOUILLIE, BOUILLON.
      BULLE.
      BOULE.
      BOUTON.
    BOURDON, BOURDONNEMENT, BOURDONNER.
      BOURDON, cloche.
    BRAIRE.
    BRAMER.
      BRAILLER.
    BREDOUILLER.
    BROUHAHA.
    BROUTER.
    BROIEMENT, BROYER.
    BRUIRE, BRUISSEMENT, BRUIT.
      BRUYRE.

C

    CAHOT, CAHOTER.
    CAILLE.
      * CAILLETAGE.
      * CAILLETTE.
      * CAILLETER.
    CANARD.
      CANCAN.
    CAQUET, CAQUETER.
    CASCADE.
    CATACOMBE.
    CATARACTE.
    CHAT-HUANT.
    CHEVCHE.
    CHOC, CHOQUER.
    CHOUCAS.
    CHUCHOTTER, CHUCHOTTERIE, CHUCHOTTEUR.
    CIGALE.
    * CLAPPEMENT.
    CLAQUE, CLAQUEMENT, CLAQUER.
      CLAQUET.
    CLIGNOTER.
      CLIN-D'OEIL.
    CLINQUANT.
    CLIQUETIS.
    CLOSSEMENT, CLOSSER.
      GLOUSSEMENT, GLOUSSER.
    COASSEMENT, COASSER.
    COQ.
      COQUE.
      COQUETTERIE.
    COUCOU.
    COURLIS.
    CRACHAT, CRACHEMENT, CRACHER.
    CRAN.
      CRAN.
    CRAQUEMENT, CRAQUER.
      * CRAQUETER.
    CRESSELLE, CRECELLE, ou CRESSERELLE.
    CREX.
    CRI, CRIER.
      CRIAILLER, CRIAILLERIE, CRIAILLEUR.
      CRIOCRE.
    CRIC.
    * CRINCRIN.
    * CRISSEMENT, CRISSER.
    CROASSEMENT, CROASSER.
    CROC.
      ACCROCHER.
    CROQUER.
      CROQUET.
    CROULEMENT, CROULER.
      CROULEMENT, s'CROULER.

D

    DANDIN, DANDINER.
    DGRINGOLER.
    DRILLE.
    * DRONOS.
    * DROUINE.
      CHAUDRON, CHAUDRONNER.

E

    * BROUER.
    CLAT, CLATER.
      ECLABOUSSER.
    CLOPP.
      * CLOPIN, CLOPANT.
    CRASER.
    CROU.
    GRISER.
    ENFLER, ENFLURE.
      GONFLER.
    ESCOPETTE, ESCOPETTERIE.
    TERNUEMENT, TERNUER.

F

    FANFARE.
    FIFRE.
    FLACON.
      FLACQUE D'EAU.
      FLASQUE.
    FLANQUER.
    FLCHE.
    FLEUR.
      FLAIRER.
    FLOT.
      FLEUVE, FLUX, FLUIDE.
      AFFLUENCE.
      * FLOFLOTTER.
    FLOU.
    FLTE.
    FRACAS, FRACASSER.
    FREDON, FREDONNER.
    FRELON.
    FRMIR, FRMISSEMENT.
      FRISSON, FRISSONNEMENT.
      FRAYEUR, EFFROI.
      FROID.
    FRTILLER.
      FRETIN.
    FRIRE.
    FRISER.
    FROISSEMENT, FROISSER.
    FRLER.
    FRONDE.
    FROTTEMENT, FROTTER.
    FROUER.

G

    GALOP, GALOPER.
    GARGARISER, GARGARISME.
    * GARGOUILLE.
    GAZOUILLEMENT, GAZOUILLER.
    GEAI.
    GLAPIR, GLAPISSEMENT.
      GLAS, ou GLAIS.
    GLISSER.
      GLACE.
    * GLOUGLOTTER.
    GLOUGLOU.
    GLOUTON, GLOUTONNERIE.
      ENGLOUTIR.
    GORET.
    GOULOT.
    GOUTTE.
    GRAILLEMENT, GRAILLER.
    GRATTER.
    GRLE, GRLER.
      GRSIL.
    GRELOT.
      GRELOTTER.
    GRENOUILLE.
    GRESILLEMENT, GRESILLER.
    GRIFFE.
      AGRIFFER.
      GRIFFER.
      GRIFFADE.
      GRIFFON.
      GRIFFONNER.
      GRIFFONNAGE.
      * GRIFFONNEMENT.
      GRIFFE, outil de serrurier ou de tourneur.
    GRIGNOTER.
      GRIGNON.
      GRUGER.
    GRILLON.
    GRINCEMENT, GRINCER.
    GRIVE.
    GROGNEMENT, GROGNER, GROGNEUR.
      * GROGNARD.
      * GROGNON.
    GROMMELER.
    GRONDEMENT, GRONDER, GRONDERIE, GRONDEUR.
    GROIN.
    GRUAU.
    GRUE.
    * GRULLER.
    GUPE.
    * GUIORER.

H

    HACHE.
    * HAHALIS.
    HALETER.
    HAPPER.
    HARPE.
      * HARPER.
    HENNIR, HENNISSEMENT.
    HEURT, HEURTER.
    HISSER.
    HOQUET.
    HORREUR.
      HORRIBLE.
      ABHORRER.
    HUE, HUER.
    HULOTTE.
      * HULULER, ou ULULER.
    HUMER.
    HUPPE ou PUPPU.
    HURLEMENT, HURLER.

J

    JAPPEMENT, JAPPER.

K

    KAKATOES.

L

    LAPPER.
    LCHER.
    LORIOT.
    LOUP.

M

    MIAULEMENT, MIAULER.
    MOUE.
      MUFFLE.
      BOUDER.
      BOUDERIE.
      BOUDEUR.
    MUGIR, MUGISSEMENT.
    MURMURE, MURMURER.
    MUSC.

O

    OIE.
    OISEAU.
    OUATE.

P

    PMER, PMOISON.
    PEPIER.
      PIAILLER, PIAILLERIE, PIAILLEUR.
      PEPIE.
      PIPE.
    PIC.
      PIQUER.
      PIOCHE.
      BCHE.
    * POUPE.
      POUPE.
      POUPON.
    PUER.

R

    RACLER.
    RAIRE ou RER.
      RUT.
    RLE, RLEMENT, RLER.
      RLE, oiseau.
    RAUQUE.
      ROQUET.
    REDONDANCE.
    RETENTIR, RETENTISSEMENT.
    RINCER.
    RONFLEMENT, RONFLER.
    ROSSIGNOL.
    * ROUCOULEMENT, ROUCOULER.
    ROUE.
      ROUTE.
      _A la note._
      ROUAGE, ROUER.
      ROUET.
      ROUELLE.
      ROTULE.
      ROTATEUR.
      ROTE.
      RODER.
      RODEUR.
      ROULER.
      ROULANT.
      ROULEAU.
      ROULEMENT.
      ROULADE.
      ROULAGE.
      ROULIER.
      ROULETTE.
      ROULIS.
      ROULON.
      RLE.
      RLER.
      ENRLER, ENROTULER.
      ENRLEMENT, ENRLEUR.
      ROTONDE.
      ROTONDIT.
      ROND.
      RONDEUR.
      RONDELET.
      RONDIN.
      RONDINER.
      RONDACHE, RONDELLE.
      RONDEAU.
      RONDE.
      A LA RONDE.
      RONDEMENT
      ARRONDIR.
      ARRONDISSEMENT.
      ROUTE.
      ROUTIER.
      ROUTINE.
      ROUTINIER.
      DROUTER.
    RUGIR, RUGISSEMENT.
    RUISSEAU, RUISSELER.
      ROUIR.

S

    SANGLE, SANGLER.
      CINGLER.
    SAPER.
      SAPE.
    SCIE, SCIER.
    SCION.
    SIFFLER.
    SILLON, SILLONNER.
      SILLAGE.
    SIPHON.
    SOUFFLER.
    SOURDRE.
    * STRIDENT.
    STRIE.
    SUCER.
      SUC.
      SUCRE.
    * SUSURRATION, SUSURRE, SUSURREMENT, SUSURRER.

T

    TACT.
      TIC TAC.
      TIC.
      TIQUET.
      TTER, TTONNER,  TTONS.
    TAFFETAS.
    TAMBOUR.
      TARABUSTER.
    TAMPON.
      TAPE, TAPER.
      SE TAPIR.
      TAPON.
      TAUPIN.
      TOUPE.
    TAN.
    TAON.
    TARABAT.
    TARIN.
    TETER.
      TETTE.
    TIMBALES.
      TIMBRE.
      TIMPAN.
      TIMPANON.
    TINTEMENT, TINTER.
      TINTEMENT ou TINTOUIN.
      TINTAMARRE.
    TOCSIN.
    TONNER, TONNERRE.
    TORRENT.
    * TOURDE.
      TOURDIR.
    TOURTEREAU, TOURTERELLE.
    TOUSSER, TOUX.
    TRACAS, TRACASSER.
    TRANSIR.
      TERREUR.
      TREMBLEMENT.
      TREMBLER.
      TREMBLOTTER.
      TREMBLE, arbre.
      TRMOUSSEMENT, SE TRMOUSSER.
      TRESSAILLEMENT, TRESSAILLIR.
    TRANTRAN.
    TRAQUET.
    TRICTRAC.
    * TRINQUER.
    TROMPE, TROMPETTE.
      TROMBONE.
    TROT, TROTTER.
    TURLUT.
      TIRELIRE.

V

    VAGIR, VAGISSEMENT.
      VAGUES.
    VIOLON.
    VTE, VTESSE.

Z

    ZESTE.
    ZIGZAG.




TABLE ALPHABTIQUE

_Des Auteurs cits dans cet Ouvrage, ou qui ont t consults pour sa
Composition._


A

    Albin.
    Alfieri
    Amyot.
    Aristophane.

B

    Baptiste Mantouan.
    Belon.
    M. Bernardin de S. Pierre.
    Bochart.
    Boileau.
    Boisrobert.
    M. de Bonneville.
    Borel.
    Boursault.
    Brisson.
    Buffon.
    Bullet.

C

    M. de Cambry.
    Caseneuve.
    Castelvetro.
    Catulle.
    M. de Chteaubriand.
    Chapuis (Gabriel).
    Chevalier.
    Cholieres.
    Christian de Troyes.
    Cicron.
    Clotilde de Surville.
    Clusius.
    Coquillard.
    Costar.
    Covarruvias.
    Court de Gbelin.
    Cyrano de Bergerac.

D

    Dante.
    M. David de Saint-Georges.
    Davies.
    Debrosse.
    M. Delille.
    Mad. Deshoulires.
    Desmarets.
    Dubartas.
    Dubellay.
    Ducange.
    Duclos.
    Dufouilloux.
    Dumarsais.
    Dumonin (Edouard).
    Duverdier.

E

    Edwards.
    Ennius.
    Euripide.

F

    Fernandez.

G

    Mad. de Genlis.
    Gringore.
    Guichard.

H

    Hauteroche.
    Herbinius.
    Hesichius.

J

    Jrmie.
    Saint-Jrme.

K

    Klein.

L

    Le pre Labbe.
    La Bruyre.
    La Fontaine.
    M. Lalanne.
    La Monnoye.
    Latour d'Auvergne.
    Le Brigand.
    Le Duchat.
    Legros.
    Dom Lepelletier.
    Leroux.
    Letourneur.
    Linguet.
    Linn.
    Lorris (Guillaum. de).
    Lucrce.

M

    Malherbe.
    Marcgrave.
    Marot.
    Martinet.
    Mnage.
    M. Mercier.
    Milton.
    Molire.
    Monnet.
    Montaigne.

N

    Nicod.
    Nicole Gilles.

O

    Ossian.

P

    Paradin.
    M. de Parny.
    Pasquier.
    Perse.
    Pison.
    Plutarque.
    Poisson.
    Polidore Virgile.

Q

    Quinault.

R

    Rabelais.
    Racine.
    Ramus.
    Regnier.
    Rivarol.
    Ronsard.
    M. de Roujoux.
    Rousseau (Jean-Bapt.)
    Rousseau (Jean-Jacq.)

S

    Saint-Amand.
    Saumaise.
    Saunderson.
    Scaliger.
    Schiller.
    Schrevelius.
    Seba.
    Servius.
    Skinner.
    Souchu de Rennefort.
    Sterne.
    Swift.

T

    Thophile.
    Trenck (le baron de).

V

    Varron.
    Villon.
    Virgile.
    Voltaire.

Y

    Young.




NOTE SUR LA TRANSCRIPTION


On a conserv  l'identique l'orthographe de l'original, y compris ses
variantes (par exemple ame/me, pote/pote, etc.),  l'exception des
coquilles manifestes (ex. qni au lieu de qui) qui ont t corriges.








End of the Project Gutenberg EBook of Dictionnaire raisonn des onomatopes
franaises, by Charles Nodier

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1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

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effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
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property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
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LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
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in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
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providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
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that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit:  www.gutenberg.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
