The Project Gutenberg EBook of Histoire des Musulmans d'Espagne, v. 4/4, by
Reinhart Pieter Anne Dozy

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license


Title: Histoire des Musulmans d'Espagne, v. 4/4
       jusqu'a la conqute de l'Andalouisie par les Almoravides (711-110)

Author: Reinhart Pieter Anne Dozy

Release Date: December 23, 2012 [EBook #41692]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DES MUSULMANS (4/4) ***




Produced by Chuck Greif and the Online Distributed
Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
produced from images available at The Internet Archive)






HISTOIRE

DES

MUSULMANS D'ESPAGNE




HISTOIRE

DES

MUSULMANS D'ESPAGNE

JUSQU'A LA CONQUTE DE L'ANDALOUSIE
PAR LES ALMORAVIDES
(711--1110)

PAR

R. DOZY

Commandeur de l'ordre de Charles III d'Espagne, membre correspondant
de l'acadmie d'histoire de Madrid, associ tranger de la Soc. asiat.
de Paris, professeur d'histoire  l'universit de Leyde, etc.

TOME QUATRIME

LEYDE
E. J. BRILL
Imprimeur de l'Universit

1861




LIVRE IV

LES PETITS SOUVERAINS




I.


Depuis plusieurs annes, les provinces de l'Espagne musulmane se
trouvaient abandonnes  elles-mmes sans qu'elles l'eussent voulu. Le
peuple en gnral s'en affligeait; il ne songeait qu'avec effroi 
l'avenir et regrettait le pass. Les capitaines trangers furent les
seuls qui profitrent de la dcomposition totale de la Pninsule. Les
gnraux berbers se partagrent le Midi; les Slaves rgnrent dans
l'Est; le reste chut en partage, soit  des parvenus, soit au petit
nombre de familles nobles qui, par un hasard quelconque, avaient rsist
aux coups qu'Abdrame III et Almanzor avaient ports  l'aristocratie.
Enfin, les deux villes les plus considrables, Cordoue et Sville, se
constiturent en rpubliques.

Les Hammoudites taient, mais seulement de nom, les chefs du parti
berber. Ils prtendaient avoir des droits sur toute la partie arabe de
la Pninsule; en ralit ils n'y possdaient que la ville de Malaga et
son territoire. Les plus puissants parmi leurs vassaux taient les
princes de Grenade, Zw, qui leva Grenade au rang de capitale[1], et
son neveu Habbous qui lui succda. Il y avait en outre des princes
berbers  Carmona,  Moron,  Ronda. Les Aftasides, qui rgnaient 
Badajoz, appartenaient  la mme nation; mais entirement arabiss, ils
se donnaient une origine arabe, et occupaient une position assez isole.

Dans le parti oppos, les hommes les plus marquants taient Khairn, le
prince d'Almrie, Zohair, qui lui succda en 1028, et Modjhid, le
prince des Balares et de Dnia. Ce dernier, le plus grand pirate de son
temps, se rendit fameux par les expditions qu'il fit en Sardaigne et
sur la cte de l'Italie, et aussi par la protection qu'il accorda aux
hommes de lettres. D'autres Slaves rgnrent d'abord  Valence; mais
dans l'anne 1021, Abdalazz, un petit-fils du clbre Almanzor[2], y
fut proclam roi. A Saragosse une noble famille arabe, celle des
Beni-Houd, obtint le pouvoir aprs la mort de Mondhir, arrive en 1039.

Enfin, sans compter un assez grand nombre de petits Etats, il y avait
encore le royaume de Tolde. Un certain Yach y rgna jusqu' l'anne
1036; depuis lors les Beni-Dh-'n-noun en prirent possession. C'tait
une ancienne famille berbre qui avait pris part  la conqute de
l'Espagne au huitime sicle.

Quant  Cordoue, aprs que le califat y eut t aboli, les principaux
habitants se runirent et rsolurent de confier le pouvoir excutif 
Ibn-Djahwar, dont la capacit tait universellement reconnue. Il refusa
d'abord d'accepter la dignit qu'on lui offrait, et quand il cda enfin
aux instances de l'assemble, il ne le fit qu' condition qu'on lui
donnerait pour collgues deux membres du snat qui appartenaient  sa
famille,  savoir Mohammed ibn-Abbs et Abdalazz ibn-Hasan. L'assemble
y consentit, mais en stipulant que ces deux personnes auraient seulement
voix consultative.

Le premier consul gouverna la rpublique d'une manire quitable et
sage. Grce  lui, les Cordouans n'eurent plus  se plaindre de la
brutalit des Berbers. Son premier soin avait t de les congdier; il
avait seulement retenu les Beni-Iforen, sur l'obissance desquels il
pouvait compter, et il avait remplac les autres par une garde
nationale. En apparence, il laissa subsister les institutions
rpublicaines. Quand on lui demandait une faveur: Ce n'est pas  moi de
l'accorder, rpondait-il; cela regarde le snat, et je ne suis que
l'excuteur de ses ordres. Quand il recevait une lettre officielle qui
tait adresse  lui seul, il refusait d'en prendre connaissance en
disant qu'elle devait tre adresse aux vizirs. Avant de prendre une
dcision, il consultait toujours le snat. Jamais il ne prenait des airs
de prince, et au lieu d'aller habiter le palais califal, il resta dans
la modeste demeure qu'il avait toujours occupe. En ralit, toutefois,
son pouvoir tait illimit, car en aucune circonstance le snat ne
s'avisait de le contredire. Sa probit tait rigide et scrupuleuse; il
ne voulait pas que le trsor public se trouvt dans sa maison; il en
confia la garde aux hommes les plus respectables de la ville. Il aimait
l'argent, il est vrai, mais jamais l'intrt ne lui faisait rien faire
de malhonnte. Econome et mme parcimonieux, pour ne pas dire avare, il
doubla sa fortune, de sorte qu'il devint l'homme le plus riche de
Cordoue. Mais en mme temps il faisait de louables efforts pour rtablir
la prosprit publique. Il s'efforait d'entretenir des relations
amicales avec tous les Etats voisins, et il y russit si bien, que le
commerce et l'industrie jouirent en peu de temps de la scurit dont ils
avaient tant besoin. Aussi le prix des denres baissa, et Cordoue reut
dans son sein une foule de nouveaux habitants qui rebtirent
quelques-uns des quartiers que les Berbers avaient dmolis ou brls
lors du sac de la ville[3]. Mais quoi qu'il ft, l'ancienne capitale du
califat ne recouvra pas sa prpondrance politique. Le premier rle
appartenait dornavant  Sville, et c'est de l'histoire de cette cit
que nous aurons  nous occuper principalement.

Le sort de Sville avait t longtemps li  celui de Cordoue. De mme
que la capitale, elle avait obi successivement  des souverains de la
famille d'Omaiya ou de celle de Hammoud; mais la rvolution de Cordoue
en 1023 eut son contre-coup  Sville. Les Cordouans s'tant insurgs
contre Csim le Hammoudite et l'ayant chass de leur territoire, ce
prince rsolut d'aller chercher un refuge  Sville, o se trouvaient
ses deux fils avec une garnison berbre, commande par Mohammed
ibn-Zr, de la tribu d'Iforen. En consquence, il envoya aux Svillans
l'ordre d'vacuer mille maisons qui seraient occupes par ses troupes.
Cet ordre causa un mcontentement trs-vif, d'autant plus que les
soldats de Csim, les plus pauvres de leur race, avaient la triste
rputation d'tre de grands pillards. Cordoue venait de montrer aux
Svillans la possibilit de s'affranchir du joug, et ils taient tents
de suivre l'exemple que leur avait donn la capitale. La crainte de la
garnison berbre les retenait encore; mais le cadi de la ville,
Abou-'l-Csim Mohammed, de la famille des Beni-Abbd, russit  gagner
le chef de cette garnison. Il lui dit qu'il lui serait facile de devenir
seigneur de Sville, et ds lors Mohammed ibn-Zr se dclara prt  le
seconder. Le cadi conclut ensuite une alliance avec le commandant berber
de Carmona, et alors les Svillans, seconds par la garnison, prirent
les armes contre les fils de Csim, dont ils cernrent le palais.

Arriv devant les portes de Sville, qu'il trouva fermes, Csim essaya
de gagner les habitants par des promesses; mais il n'y russit pas, et
comme ses fils taient exposs  un grand pril, il s'engagea enfin 
vacuer le territoire svillan, pourvu qu'on lui rendt ses fils et ses
biens. Les Svillans y consentirent, et Csim s'tant retir, ils
saisirent la premire occasion qui s'offrit  eux pour chasser la
garnison berbre[4].

La ville ayant ainsi recouvr sa libert, les patriciens se runirent
pour se donner un gouvernement. Cependant ils n'taient nullement
tranquilles sur les consquences de leur rvolte; ils craignaient de
voir revenir bientt les Hammoudites irrits, qui, dans ce cas, ne
manqueraient pas de punir les coupables. Aussi nul n'osa prendre sur soi
la responsabilit de ce qui s'tait pass; tous taient d'accord pour la
faire peser uniquement sur le cadi, auquel on enviait ses richesses; on
prvoyait dj, avec un secret plaisir, le moment o ces richesses
seraient confisques[5]. On offrit donc au cadi l'autorit souveraine;
mais quelle que ft son ambition, il tait trop sage pour l'accepter en
ce moment. Sa naissance n'tait pas illustre. Il tait trs-riche, car
il possdait le tiers du territoire svillan, et il jouissait d'une
haute considration  cause de ses talents et de son savoir; mais sa
famille n'appartenait que depuis peu  la haute noblesse, et il savait
qu' moins qu'il n'et des soldats  sa disposition--et il n'en avait
pas encore--la fire et exclusive aristocratie de Sville se soulverait
bientt contre un parvenu. Il n'tait rien autre chose, en vrit. Il
est vrai que plus tard, lorsque les Abbdides furent sur le point de
rtablir  leur profit le trne des califes, ils se prtendaient issus
des anciens rois lakhmides qui, avant Mahomet, avaient rgn  Hira, et
que les potes famliques de leur cour saisissaient alors chaque
occasion pour clbrer une si illustre origine; mais rien ne justifie
une telle prtention; les Abbdides et leurs flatteurs n'ont jamais pu
la prouver. Tout ce que cette famille avait de commun avec les anciens
rois de Hira, c'est qu'elle appartenait comme eux  la tribu ymnite de
Lakhm; mais la branche de cette tribu d'o sortaient les Abbdides ne
semble jamais avoir habit Hira; elle demeurait  Arch, sur les
frontires de l'Egypte et de la Syrie, dans le district d'Emse[6], et
les Abbdides, loin de pouvoir rattacher leur gnalogie  celle des
rois de Hira, n'ont jamais pu la faire remonter au del de Noaim, le
pre d'Itf. Cet Itf, capitaine d'une division des troupes d'Emse,
tait arriv en Espagne avec Baldj, et les soldats d'Emse ayant reu
des terres prs de Sville, il s'tait tabli dans le hameau de Yaumn,
qui se trouvait dans le district de Tocina et sur les bords du
Guadalquivir. Sept gnrations de gens probes, conomes, laborieux,
firent sortir la famille, lentement et pniblement, de son obscurit.
Isml, le pre de notre cadi, fut le premier qui l'illustrt; ce fut
lui qui, pour ainsi dire, fit inscrire dans le _livre d'or_ de la
noblesse svillane le nom des Beni-Abbd ou Abbdides[7]. A la fois
thologien, jurisconsulte et homme d'pe, il avait command un rgiment
de la garde de Hichm II; puis il avait t imm de la grande mosque 
Cordoue et cadi de Sville. Renomm par ses lumires, sa sagacit, la
prudence de ses conseils et la fermet de son caractre, il ne l'tait
pas moins par sa probit, car en dpit de la corruption gnrale, il
n'accepta jamais aucun don du sultan ou de ses ministres. Sa libralit
tait sans limites, et les Cordouans exils avaient trouv chez lui une
gnreuse hospitalit. Toutes ces qualits lui valurent le titre du plus
noble homme de l'Ouest. Il tait mort dans l'anne 1019, peu de temps
avant l'poque dont nous nous occupons[8].

Son fils Abou-'l-Csim Mohammed l'gala peut-tre en savoir, mais non en
vertu. Egoste et ambitieux, son premier acte avait t un acte
d'ingratitude. Lorsque son pre fut mort et qu'il avait espr de lui
succder comme cadi, un autre lui avait t prfr. Il s'tait adress
alors  Csim ibn-Hammoud, et grce  l'entremise de ce prince, il avait
obtenu l'emploi qu'il dsirait[9]. Nous avons dj vu de quelle manire
il rcompensa plus tard cette faveur.

Les patriciens de Sville lui offraient maintenant le pouvoir; mais,
devinant leurs motifs, il leur rpondit qu'il ne pouvait accepter leur
offre, toute honorable qu'elle tait, qu' la condition qu'on lui
adjoindrait quelques personnes qu'il nommerait. Ces personnes,
ajouta-t-il, seraient ses vizirs, ses collgues, et il ne prendrait
aucune rsolution sans les avoir consultes. Malgr qu'ils en eussent,
les Svillans furent obligs d'accepter cette proposition, car le cadi
refusait fermement de gouverner seul. On le pria donc de nommer ses
collgues. Il dsigna alors les chefs de quelques familles patriciennes
tels que Hauzan et Ibn-Haddjdj, et des personnes que l'on regardait
comme ses cratures ou du moins comme ses partisans, tels que Mohammed
ibn-Yarm, de la tribu d'Alhn, et Abou-Becr Zobaid, le clbre
grammairien qui avait t le prcepteur de Hichm II[10]. Cela fait, son
premier soin fut de se procurer des troupes. Grce  la haute paye qu'il
promettait, il attira sous son drapeau plusieurs soldats arabes, berbers
ou autres, et il acheta d'ailleurs beaucoup d'esclaves qu'il fit
instruire dans le mtier des armes[11]. Une expdition qu'il fit dans le
Nord, probablement avec d'autres princes, lui fournit le moyen de
grossir ce noyau d'une arme. Il assigea  cette occasion deux chteaux
au nord de Viseu, qui taient btis, l'un vis--vis de l'autre, sur des
rochers spars par un ravin, et qui portaient le nom d'_al-akha-wn_ ou
d'_al-akhown_, _les deux frres_, nom qui s'est conserv dans la
dnomination actuelle _Alafoens_[12]. Ils taient habits par des
Espagnols chrtiens, dont les anctres avaient conclu un trait avec
Mous ibn-Noair, alors que ce gnral conquit Viseu[13], mais qui, 
l'poque dont nous parlons, ne semblent avoir t soumis ni au roi de
Lon ni  un prince musulman. Le cadi se rendit matre de ces deux
chteaux et fora trois cents de leurs dfenseurs  entrer  son
service[14], de sorte que ds lors il pouvait disposer de cinq cents
cavaliers. Il avait donc assez de soldats pour faire des razzias sur les
terres de ses voisins[15], mais il n'tait pas encore en tat de
dfendre Sville contre une attaque srieuse. C'est ce qu'il prouva en
1027. Dans cette anne le calife hammoudite Yahy ibn-Al et le seigneur
berber de Carmona, Mohammed ibn-Abdallh, vinrent assiger Sville[16].
Trop faibles pour opposer une longue rsistance, les Svillans entrrent
en pourparlers avec Yahy. Ils se dclarrent prts  reconnatre sa
souverainet,  condition que les Berbers n'entreraient pas dans la
ville. Yahy y consentit; mais il exigea comme otages quelques jeunes
patriciens qui lui rpondraient sur leur tte de la fidlit des
Svillans. Cette demande rpandit la consternation dans la ville; aucun
patricien ne voulait livrer son fils aux Berbers, qui pourraient le tuer
au moindre soupon. Le cadi seul n'hsita pas; il offrit  Yahy son
fils Abbd, et le calife, qui savait que le cadi jouissait d'une grande
influence, se contenta de ce seul otage. Grce  cet acte de dvoment,
le cadi vit sa popularit s'accrotre, et n'ayant dsormais plus rien 
craindre ni des nobles ni du calife, dont il reconnaissait la
souverainet pour la forme, il crut le moment venu pour rgner seul.
Ayant dj cart du conseil les patriciens tels qu'Ibn-Haddjdj et
Hauzan, il n'avait plus que deux collgues, Zobaid et Ibn-Yarm. Il
les congdia et Zobaid fut mme envoy en exil[17]. Un plbien des
environs de Sville, qui s'appelait Habb, fut nomm premier ministre.
C'tait un homme sans principes, mais intelligent, actif et entirement
dvou aux intrts de son matre[18].

Le cadi voulut ensuite agrandir son territoire en s'emparant de Bja.
Dans les derniers temps cette ville, qui avait dj beaucoup souffert au
neuvime sicle par la guerre entre les Arabes et les rengats, avait
t saccage et en partie dtruite par les Berbers qui avaient couru le
pays en pillant et brlant tout ce qui se trouvait sur leur passage. Le
cadi avait l'intention de la rebtir; mais inform de son projet,
Abdallh ibn-al-Aftas, le prince de Badajoz, y envoya des troupes
commandes par son fils Mohammed (qui lui succda plus tard sous le nom
de Modhaffar), et ces troupes avaient dj pris possession de Bja au
moment o Isml, le fils du cadi, se prsenta devant les portes avec
l'arme de Sville et celle du seigneur de Carmona, l'alli de son pre.
Il commena aussitt le sige et fit piller par sa cavalerie les
villages qui se trouvaient entre Evora et la mer. Malgr le renfort
qu'il avait reu du seigneur de Mertola, Ibn-Taifour, Mohammed
l'Aftaside fut trs-malheureux: aprs avoir perdu ses meilleurs
guerriers, il tomba entre les mains des ennemis et fut envoy  Carmona.

Enhardis par les succs qu'ils avaient remports, le cadi et son alli
firent des incursions, non-seulement sur le territoire de Badajoz, mais
aussi sur celui de Cordoue, de sorte que le gouvernement de cette ville
dut prendre  son service des Berbers de la province de Sidona. Quelque
temps aprs, cependant, ils conclurent la paix, ou du moins un
armistice, avec l'Aftaside, et alors Mohammed fut dlivr de sa prison
du consentement du cadi (mars 1030). En lui annonant qu'il tait libre,
le seigneur de Carmona lui recommanda de passer par Sville et de
remercier le cadi; mais Mohammed avait tant d'aversion pour ce dernier,
qu'il rpondit au Berber: J'aime mieux demeurer votre prisonnier que
d'avoir une obligation  cet homme. Si ce n'est pas  vous seul que je
suis redevable de ma dlivrance, si j'en dois remercier aussi le cadi
de Sville, je resterai o je suis. Le seigneur de Carmona respecta ses
sentiments, et sans insister davantage, il le fit reconduire  Badajoz
avec tous les honneurs dus  son rang.

Quatre ans plus tard, en 1034, Abdallh l'Aftaside se vengea, mais d'une
manire peu honorable, des revers qu'il avait essuys. Il avait accord
au cadi le passage de son arme, qui allait faire, sous les ordres
d'Isml, une razzia dans le royaume de Lon; mais quand Isml fut
arriv dans un dfil non loin de la frontire lonaise, il l'attaqua 
l'improviste. Beaucoup de soldats svillans furent tus, d'autres furent
massacrs pendant leur fuite par les cavaliers lonais. Isml lui-mme
chappa au carnage avec une poigne de ses guerriers; mais tandis qu'il
se dirigeait sur Lisbonne, ville qui formait la frontire des Etats de
son pre du ct du nord-ouest, lui et les siens eurent  endurer les
plus grandes privations.

Ds lors le cadi devint l'ennemi mortel du prince de Badajoz[19]; mais
nous ne possdons pas de dtails sur les combats qu'ils se livrrent
dans la suite, et sans doute cette guerre n'eut pas pour l'Espagne
musulmane des consquences aussi importantes qu'un vnement d'une
autre nature, dont nous avons  nous occuper  prsent.

Le cadi, comme nous l'avons dit, avait reconnu la souverainet du calife
hammoudite Yahy ibn-Al. 'avait t longtemps un acte de nulle
consquence; le cadi rgnait sans contrle  Sville, Yahy tant trop
faible pour y faire valoir ses droits. Peu  peu cet tat de choses
changea. Yahy parvint  rallier successivement  sa cause presque tous
les chefs berbers; il devint donc en ralit ce qu'auparavant il n'avait
t que de nom, le chef de tout le parti africain, et comme il avait
tabli son quartier gnral  Carmona, d'o il avait chass Mohammed
ibn-Abdallh[20], il menaait  la fois Cordoue et Sville[21].

La gravit du pril inspira alors au cadi une pense qui et t grande
et patriotique, si elle n'et t suggre en partie par l'ambition.
Pour empcher les Berbers, dsormais unis, de reconqurir le terrain
qu'ils avaient perdu, l'union des Arabes et des Slaves sous un seul chef
tait ncessaire; c'tait le seul moyen pour prserver le pays du retour
des maux dont il avait souffert. Le cadi le sentait; il dsirait qu'une
grande ligue se formt, dans laquelle entreraient tous les ennemis des
Africains, mais en mme temps il voulait en devenir le chef. Il ne
s'aveuglait pas sur les obstacles qu'il aurait  vaincre; il savait que
les princes slaves, les seigneurs arabes et les snateurs de Cordoue
seraient blesss dans leur ombrageuse fiert au cas o il tcherait de
les dominer; mais il ne se laissa pas dcourager par des considrations
de cette nature, et comme les circonstances lui prtrent un puissant
appui, il parvint, jusqu' un certain point,  raliser son projet. Nous
allons voir de quelle manire il s'y prit.

Nous avons dit plus haut que le malheureux calife Hichm II s'tait
vad du palais sous le rgne de Solaimn, et que, selon toute
apparence, il tait mort en Asie, ignor et inconnu. Cependant le
peuple, encore fort attach  la dynastie omaiyade qui lui avait donn
la prosprit et la gloire, refusait de croire  la mort de ce monarque,
et accueillait avidement les bruits tranges qui couraient sur son
compte. Il se trouvait des gens qui se piquaient de pouvoir donner les
dtails les plus prcis sur son sjour en Asie. D'abord, disait-on, il
s'tait rendu  la Mecque, muni d'une bourse remplie d'argent et de
pierres prcieuses. Cette bourse lui ayant t arrache par des ngres
de la garde de l'mir, il passa deux jours et deux nuits sans manger,
jusqu' ce qu'un potier, touch de compassion, lui demandt s'il savait
ptrir de l'argile. A tout hasard Hichm rpondit que oui. Eh bien! lui
dit alors le potier, si tu veux entrer  mon service, je te donnerai un
dirhem et un pain par jour.--J'accepte de grand coeur votre offre,
lui rpondit Hichm, mais donnez-moi tout de suite un pain, je vous en
supplie, car j'ai t deux jours sans manger. Pendant quelque temps
Hichm, quoiqu'il ft un ouvrier fort paresseux, gagna sa vie chez le
potier; mais enfin, dgot de sa besogne, il s'chappa et se joignit 
une caravane qui allait partir pour la Palestine. Il arriva  Jrusalem
dans le plus complet dnment. Un jour qu'il se promenait sur le march,
il s'arrta devant la boutique d'un nattier qui travaillait. Pourquoi
me regardes-tu avec tant d'attention? lui demanda cet homme; est-ce que
tu connatrais mon mtier?--Non, lui rpondit tristement Hichm, et je
le regrette, car je n'ai aucun moyen de subsistance.--Eh bien, reste
auprs de moi, reprit le nattier; tu pourras m'tre utile en allant me
chercher du jonc et je te payerai tes services. Hichm accepta avec
joie cette proposition, et peu  peu il apprit  faire des nattes.
Plusieurs annes se passrent ainsi, mais en 1033 il retourna en
Espagne[22]. Aprs s'tre montr  Malaga[23], il se rendit  Almrie,
o il arriva dans l'anne 1035; mais bientt aprs, le prince Zohair
l'ayant expuls de ses Etats, il alla se fixer  Calatrava[24].

Ce rcit, que le peuple acceptait avec une aveugle crdulit, ne semble
mriter aucune confiance. Le fait est qu' l'poque o Yahy menaait
Sville et Cordoue, il y avait  Calatrava un nattier du nom de Khalaf,
qui avait une ressemblance frappante avec Hichm; mais rien ne prouve
que cet homme ait t l'ex-calife, et les clients omaiyades tels que les
historiens Ibn-Haiyn et Ibn-Hazm, bien qu'il et t de leur intrt de
reconnatre le soi-disant Hichm, ont toujours protest de la manire la
plus nergique contre ce qu'ils appelaient une grossire imposture.
Khalaf, toutefois, avait de l'ambition. Ayant souvent entendu dire qu'il
ressemblait beaucoup  Hichm II, il se donna pour ce monarque, et comme
il n'tait pas n  Calatrava, ses concitoyens le crurent. Qui plus est,
ils le reconnurent pour leur souverain et se rvoltrent contre leur
seigneur Isml ibn-Dh-'n-noun, le prince de Tolde. Ce dernier vint
alors les assiger, et leur rsistance ne fut pas longue. Ayant fait
sortir le soi-disant Hichm de leur ville, ils se soumirent de nouveau 
leur ancien seigneur[25].

Cependant le rle de Khalaf n'tait pas fini; il ne faisait que
commencer. Le cadi de Sville, quand il fut inform de la rapparition
de Hichm II, comprit sans tarder le parti qu'il pouvait tirer de cet
homme s'il le faisait venir  Sville. Peu lui importait que ce ft
Hichm ou un autre; l'essentiel pour lui, c'tait que la ressemblance
ft assez grande pour qu'on pt prtendre, sans trop se compromettre,
que c'tait Hichm, et alors une ligue contre les Berbers pourrait
s'organiser en son nom, ligue dont le cadi, en sa qualit de premier
ministre du calife, serait le chef et l'me. Il fit donc inviter le
prtendant de se rendre  Sville, et lui promit son appui pour le cas
o son identit serait constate. Le nattier ne se fit pas prier; il
vint  Sville, o le cadi le montra  des femmes du srail de Hichm.
Sachant ce qu'elles avaient  dire, elles dclarrent presque toutes que
cet homme tait rellement l'ex-calife, et alors le cadi, s'appuyant sur
leurs tmoignages, crivit au snat de Cordoue ainsi qu'aux seigneurs
arabes et slaves, pour leur annoncer que Hichm II se trouvait auprs de
lui et les inviter  prendre les armes pour sa cause[26]. Cette dmarche
fut couronne d'un brillant succs. La souverainet de Hichm fut
reconnue par Mohammed ibn-Abdallh, le prince dtrn de Carmona, qui
avait trouv un refuge  Sville[27], par Abdalazz, prince de Valence,
par Modjhid, prince de Dnia et des les Balares, et par le seigneur
de Tortose[28]. A Cordoue le peuple apprit avec enthousiasme qu'il
vivait encore. Moins crdule et jaloux de conserver le pouvoir, le
prsident de la rpublique, Abou-'l-Hazm ibn-Djahwar, ne fut pas dupe de
cette imposture; mais il savait qu'il lui serait impossible de rsister
 la volont du peuple. Il comprenait la ncessit de l'union des Arabes
et des Slaves sous un seul chef, et il craignait de voir Cordoue
attaque par les Berbers. Il ne s'opposa donc pas aux dsirs de ses
concitoyens, et il permit que l'on prtt de nouveau serment  Hichm II
(novembre 1035)[29].

Sur ces entrefaites et pendant que le parti arabe-slave s'armait partout
contre lui, Yahy assigeait Sville ou en ravageait le territoire, bien
rsolu  tirer une clatante vengeance de l'astucieux cadi. Mais il
tait entour de tratres. Les Berbers de Carmona qu'il avait contraints
 s'enrler sous sa bannire, taient fort attachs  leur ancien
seigneur; ils entretenaient des intelligences avec lui, et en octobre
1035, quelques-uns d'entre eux se rendirent secrtement  Sville. Quand
ils y furent arrivs, ils apprirent au cadi et  Mohammed ibn-Abdallh
qu'il leur serait facile de surprendre Yahy, attendu que ce prince
tait presque toujours ivre. Le cadi et son alli rsolurent aussitt
de profiter de cet avis. En consquence, Isml, le fils du cadi, se mit
en marche  la tte de l'arme svillane et accompagn de Mohammed
ibn-Abdallh. La nuit venue, il se tint en embuscade avec le gros de ses
forces, et envoya un escadron contre Carmona, dans l'espoir d'attirer
Yahy hors de la place. Son projet lui russit. Yahy tait occup 
boire lorsqu'il fut inform de l'approche des Svillans. Quittant
aussitt son sofa: Quel bonheur! s'cria-t-il; Ibn-Abbd vient me
rendre visite! Qu'on s'arme sans perdre un instant! En selle! Ses
ordres furent excuts, et bientt aprs il sortit de la ville,
accompagn de trois cents cavaliers. Echauff par le vin, il se
prcipita sur les ennemis, sans prendre le temps de ranger ses troupes
en bataille et quoique l'obscurit l'empcht presque de distinguer les
objets. Un peu dconcerts d'abord par sa brusque attaque, les Svillans
y rpondirent cependant avec vigueur, et quand enfin ils eurent t
contraints  la retraite, ils rtrogradrent vers l'endroit o se
trouvait Isml. Ds lors Yahy tait perdu. Isml fondit sur les
ennemis  la tte de ses chrtiens d'Alafoens, et les mit en droute.
Yahy lui-mme fut tu, et peut-tre la plupart de ses soldats
auraient-ils partag son sort, si Mohammed ibn-Abdallh ne l'et pas
empch. Il pria Isml d'pargner ces malheureux. Presque tous, lui
dit-il, sont des Berbers de Carmona, qui ont t obligs, bien contre
leur gr,  servir un usurpateur qu'ils hassaient. Isml cda  ses
instances, et ordonna qu'on cesst la poursuite. Cet ordre  peine
donn, Mohammed galopa vers Carmona pour se remettre en possession de sa
principaut. Les ngres de Yahy, qui s'taient rendus matres des
portes de la ville, voulaient lui en interdire l'entre; mais Mohammed,
second par la population, y pntra par une brche; puis il se rendit
au palais de Yahy, livra les femmes de ce prince  ses fils, et
s'appropria tous ses trsors (novembre 1035).

La nouvelle de la mort de Yahy causa une joie indicible tant  Sville
qu' Cordoue. Le cadi, quand il la reut, tomba  genoux pour remercier
le ciel, et tous ceux qui l'entouraient suivirent son exemple[30]. Pour
le moment il n'avait plus rien  craindre des Hammoudites. Idrs, un
frre de Yahy, fut bien proclam calife  Malaga; mais il lui fallait
du temps pour gagner,  force de promesses et de concessions, les chefs
berbers  sa cause, et il fut mme hors d'tat de rduire  l'obissance
Algziras, o son cousin Mohammed avait t proclam calife par les
ngres[31]. Voyant donc que les circonstances lui taient propices, le
cadi voulut s'installer, avec le soi-disant Hichm II, dans le palais
califal de Cordoue. Mais Ibn-Djahwar n'avait nulle envie d'abdiquer le
consulat. Il russit  convaincre ses concitoyens que le prtendu calife
n'tait qu'un imposteur; le nom de Hichm II fut supprim dans les
prires publiques, et lorsque le cadi arriva devant les portes de la
ville, il les trouva fermes. N'tant pas assez puissant pour rduire 
main arme une ville aussi considrable, force lui fut de retourner d'o
il tait venu[32].

Il rsolut alors de tourner ses armes contre le seul prince slave qui
avait refus de reconnatre Hichm II. C'tait Zohair d'Almrie. Depuis
que le calife Csim, qui voulait se concilier l'affection des Amirides,
lui avait donn plusieurs fiefs, Zohair avait fait ordinairement cause
commune avec les Hammoudites, et quand Idrs eut t proclam calife, il
s'tait ht de le reconnatre[33]. Menac maintenant par le cadi, il
conclut une alliance avec Habbous de Grenade; puis, l'arme svillane
s'tant mise en marche, il alla  sa rencontre avec ses propres troupes
et celles de son alli, et la contraignit  la retraite[34].

Il tait vident que le cadi avait trop prsum de ses forces, et il
pouvait craindre que le moment ne vnt o les armes d'Almrie et de
Grenade, prenant l'offensive  leur tour, envahiraient le territoire de
Sville. Heureusement pour lui, le hasard, qui le servait presque
toujours  souhait, voulut que l'un de ses ennemis le dbarrasst de
l'autre.




II.


A l'poque dont nous parlons, deux hommes galement remarquables, mais
qui se portaient une haine mortelle, avaient la conduite des affaires 
Grenade et  Almrie. C'taient l'Arabe Ibn-Abbs et le juif Samuel.

Rabbi Samuel ha-Lvi, qu'on nommait ordinairement Ben-Naghdla, tait n
 Cordoue, o il avait tudi le Talmud sous Rabbi Hanokh, le chef
spirituel de la communaut juive. Il s'tait appliqu aussi, avec
beaucoup de succs,  l'tude de la littrature arabe et de presque
toutes les sciences que l'on cultivait alors. Au reste, il n'avait t
longtemps rien autre chose qu'un simple marchand d'picerie, d'abord 
Cordoue, puis  Malaga, o il s'tait tabli aprs la prise de la
capitale par les Berbers de Solaimn, lorsqu'un heureux hasard vint
l'arracher  son humble condition.

Sa boutique se trouvait prs d'un chteau qui appartenait 
Abou-'l-Csim ibn-al-Arf, le vizir de Habbous, roi de Grenade. Or, les
gens de ce chteau avaient souvent  crire  leur matre, mais comme
ils taient illettrs, ils firent rdiger leurs lettres par Samuel. Ces
lettres excitrent l'admiration du vizir, car elles taient crites avec
la plus grande lgance et artistement mailles des plus belles fleurs
de la rhtorique arabe. Aussi s'empressa-t-il, quand il eut l'occasion
de venir  Malaga, de s'enqurir de la personne qui les avait composes.
Puis, ayant fait venir le juif: Il n'est pas digne de toi, lui dit-il,
de rester dans une boutique. Tu mrites de briller  la cour, et si tu
le veux bien, tu seras mon secrtaire. Samuel accompagna donc le vizir
alors que ce dernier retourna  Grenade, et l'estime qu'Ibn-al-Arf
avait dj conue pour lui ne fit que s'accrotre quand, dans leurs
entretiens sur des affaires d'Etat, il dcouvrit chez lui une rare
intelligence des hommes et des choses, et une sret de coup d'oeil
vraiment merveilleuse. Tous les conseils que donnait Samuel, dit un
historien juif, taient comme si quelqu'un interrogeait la parole de
Dieu. Aussi le vizir les suivait-il dsormais, ce dont il n'eut qu' se
louer. Puis, tant tomb malade et sentant sa fin approcher, il dit 
son roi qui tait venu le visiter et qui ne savait comment remplacer le
fidle serviteur qu'il allait perdre: Dans ces derniers temps,
seigneur, je ne vous ai jamais conseill d'aprs mon propre coeur,
mais par l'inspiration de mon secrtaire, le juif Samuel. Fixez vos yeux
sur lui, qu'il vous soit un pre et un ministre; faites tout ce qu'il
vous conseillera, et Dieu vous sera en aide. Le roi Habbous suivit ce
conseil. Il accueillit Samuel dans son palais, et ce juif devint son
secrtaire et son conseiller[35].

Dans aucun autre Etat musulman peut-tre, un juif n'a gouvern
directement et publiquement sous le titre de vizir et de chancelier.
Souvent, il est vrai, des juifs ont joui d'une certaine considration
auprs des souverains musulmans, qui aimaient surtout  leur confier
l'administration des finances; mais d'ordinaire la tolrance musulmane
n'allait pas jusqu' souffrir patiemment qu'un juif ft premier
ministre. Aussi la chose, si elle tait possible quelque part, ne
l'tait qu' Grenade. Les juifs y taient si nombreux, qu'on l'appelait
_la ville des juifs_[36], et comme ils taient riches et puissants, ils
se mlaient assez souvent des affaires de l'Etat. C'est l, en un mot,
qu'ils avaient trouv, sinon la terre promise, au moins la manne au
dsert et le rocher d'Horeb. L'lvation de Samuel s'explique encore
d'une autre manire. Il n'tait pas facile pour le roi de Grenade de
trouver un premier ministre, car,  vrai dire, il ne pouvait confier ce
poste important ni  un Berber ni  un Arabe. Dans ce temps-l on
voulait qu'un ministre ft trs-lettr, qu'il ft en tat de composer
les lettres que l'on envoyait  d'autres princes et qui s'crivaient en
prose rime, dans un style extrmement recherch. Le roi de Grenade
surtout tenait  des talents de cette nature. Il ressemblait  un
parvenu qui tche de se donner les airs du grand monde:  demi barbare,
il prenait une peine infinie pour ne pas le paratre. Il se piquait
d'avoir de la littrature, et prtendait mme que la nation dont il
tait issu, celle de Cinhdja, n'tait pas d'origine berbre, mais
d'origine arabe[37]. Il lui fallait donc  tout prix un ministre qui ne
le cdt en rien  ceux de ses voisins. Mais o le trouver? Ses Berbers
savaient fort bien se battre, prendre des villes, les saccager et les
brler, mais ils taient incapables d'crire correctement une seule
ligne dans la langue du Coran. Et quant aux Arabes, qui ne subissaient
son joug qu'en frmissant de rage et de honte, il ne pouvait se fier 
eux. Ils auraient tenu  honneur de le tromper, de le trahir. Dans ces
circonstances un juif tel que Samuel, qui, selon le tmoignage des
savants arabes eux-mmes, avait approfondi toutes les finesses de leur
langue; qui, tout zl qu'il tait pour sa religion, ne se faisait
cependant point scrupule, quand il crivait  des musulmans, d'employer
les formules religieuses qui leur taient habituelles[38], devait tre
pour lui un vritable trsor. Et il n'eut point  rougir de l'avoir
lev au rang de premier ministre: son choix fut approuv mme par les
Arabes. Malgr leur intolrance et leurs prjugs contre les enfants
d'Isral, ils taient forcs d'avouer que Samuel tait un gnie
suprieur. Et de fait, son savoir tait vari et immense. Il tait
mathmaticien, logicien, astronome[39]; il ne savait pas moins de sept
langues[40]. Joignez-y qu'il tait fort gnreux envers les potes et
les hommes de lettres en gnral. Aussi ceux qu'il avait combls de ses
faveurs ne tarissaient pas sur son loge, et le pote Monfatil lui
adressa mme ces vers, que les crivains musulmans ne citent qu'avec une
sainte horreur:

     O toi qui as runi en ta personne toutes les belles qualits dont
     d'autres ne possdent qu'une partie, toi qui as rendu la libert 
     la Gnrosit captive, tu es suprieur aux hommes les plus libraux
     de l'Orient et de l'Occident, de mme que l'or est suprieur au
     cuivre. Ah! si les hommes pouvaient distinguer la vrit de
     l'erreur, ils n'appliqueraient leur bouche que sur tes doigts. Au
     lieu de chercher  plaire  l'Eternel en baisant la pierre noire 
     la Mecque, ils baiseraient tes mains, car ce sont elles qui
     disposent du bonheur. Grce  toi, j'ai obtenu ici-bas ce que je
     dsirais, et j'espre que, grce  toi, j'obtiendrai aussi l-haut
     ce que je souhaite. Quand je me trouve auprs de toi et des tiens,
     je professe ouvertement la religion qui prescrit d'observer le
     sabbat, et quand je suis auprs de mon propre peuple, je la
     professe en secret[41].

Mais ce que les Arabes ne pouvaient estimer  sa juste valeur, c'taient
les services que Samuel rendait  la littrature hbraque. Et ils
taient trs-considrables. Il publia en hbreu une Introduction au
Talmud et vingt-deux ouvrages relatifs  la grammaire, parmi lesquels le
plus dvelopp et le plus remarquable tait le _Livre de richesse_,
qu'un juge fort comptent, un coreligionnaire de Samuel qui florissait
au douzime sicle, met au-dessus de tous les autres ouvrages qui
traitent de la grammaire. Il tait aussi pote: il donna des imitations
des Psaumes, des Proverbes et de l'Ecclsiaste. Remplies d'allusions, de
proverbes arabes, de sentences empruntes aux philosophes, d'expressions
rares tires des potes sacrs, ces posies taient fort difficiles 
comprendre; les juifs, mme les plus savants, n'en saisissaient le sens
qu'avec l'aide d'un commentaire[42]; mais comme l'affectation et la
recherche taient alors aussi communes dans la littrature hbraque que
dans la littrature arabe qui lui servait de modle, l'obscurit
comptait plutt pour un mrite que pour un vice. Il veillait,
d'ailleurs, avec une sollicitude paternelle sur les jeunes tudiants
juifs, et s'ils taient pauvres, il pourvoyait gnreusement  leurs
besoins. Il avait  son service des crivains qui copiaient le Michn et
le Talmud, et il donnait ces copies en cadeau aux lves qui n'avaient
pas les moyens d'en acheter. Ses bienfaits ne se bornaient pas  ses
coreligionnaires d'Espagne. En Afrique, en Sicile,  Jrusalem, 
Bagdad, partout enfin les juifs pouvaient compter sur son appui et ses
largesses[43]. Aussi les juifs de la principaut de Grenade, voulant lui
donner une preuve de leur estime et de leur reconnaissance, lui avaient
dcern, ds l'anne 1027, le titre de _naghd_, c'est--dire de chef ou
prince des juifs de Grenade.

Comme homme d'Etat, il joignait  un esprit vif et lucide un caractre
ferme et une prudence consomme. D'ordinaire--qualit prcieuse pour un
diplomate--il parlait peu et pensait beaucoup. Il profitait de toutes
les circonstances avec un savoir-faire merveilleux; il connaissait le
caractre et les passions des hommes, et les moyens de les dominer par
leurs vices. De plus, il tait homme du monde. Dans les magnifiques
salles de l'Alhambra il se montrait si parfaitement  son aise, qu'on
l'et cru n au sein du luxe. Personne ne parlait avec autant
d'lgance ou d'adresse, ne maniait mieux la flatterie, ne savait avec
plus d'art tre caressant ou familier dans le discours, entranant par
sa verve ou persuasif par ses arguments. Et pourtant--chose rare chez
ceux qu'un tour de roue de la fortune lve  une subite opulence et 
une haute dignit--il n'avait rien de la hauteur d'un parvenu, rien de
l'insolente et sotte infatuation gnralement familire aux enrichis.
Bienveillant et aimable pour tout le monde, il possdait cette dignit
vraie qui rsulte du naturel, du manque absolu de prtentions. Loin de
rougir de son ancienne condition et de la vouloir cacher, il la
glorifiait de son mieux, et imposait par sa simplicit mme  ses
dtracteurs[44].

Le vizir de Zohair d'Almrie, Ibn-Abbs, tait aussi un homme fort
remarquable. On disait de lui qu'il n'avait point d'gal sous quatre
rapports: le style pistolaire, la richesse, l'avarice et la vanit. Sa
richesse tait en effet presque fabuleuse. On valuait sa fortune  plus
de cinq cent mille ducats[45]. Son palais tait meubl avec une
magnificence princire et encombr de serviteurs; il y avait cinq cents
chanteuses, toutes d'une rare beaut; mais ce que l'on y admirait
surtout, c'tait une immense bibliothque, qui, sans compter
d'innombrables cahiers dtachs, contenait quatre-cent mille volumes.
Rien ne semblait manquer au bonheur de ce favori de la fortune. Il tait
beau et encore jeune, car il comptait  peine trente ans; sa naissance
tait fort honorable, car il appartenait  l'ancienne tribu des
dfenseurs de Mahomet; il nageait dans l'or, et d'ailleurs, comme il
tait fort instruit, qu'il avait la repartie prompte et qu'il
s'exprimait avec beaucoup de correction et d'lgance, il jouissait
d'une haute rputation littraire. Malheureusement une sorte de vertige
s'tait empar de lui: sa prsomption ne connaissait pas de bornes et
elle lui avait fait des ennemis innombrables. Les Cordouans surtout
taient furieux contre lui, car une fois qu'il tait venu dans leur
ville avec Zohair, il avait trait avec le plus grand ddain les hommes
les plus distingus par leur naissance ou par leurs talents, et en
partant il avait dit: Je n'ai vu ici que des _sl_ et des _djhil_
(des mendiants et des ignorants). Le fait est que sa prsomption tenait
de prs  la folie. Tous les hommes fussent-ils mes esclaves, disait-il
dans ses vers, mon me ne serait pas encore contente. Elle voudrait
monter  un endroit plus lev que les plus hautes toiles, et arrive
l, elle voudrait monter encore. Il avait aussi compos ce vers qu'il
rptait  tout propos, mais principalement quand il jouait aux checs:

     Lorsqu'il s'agit de moi, le Malheur dort toujours,--et dfense
     expresse lui a t faite de me frapper.

Cet insolent dfi jet  la destine avait excit  Almrie
l'indignation de tout le monde, et un hardi pote se fit l'interprte de
l'opinion publique en substituant  la seconde moiti du vers ces mots
qui taient un pronostic vritable:

     Mais le temps arrivera o la Destine, qui ne dort jamais,
     l'veillera (veillera le Malheur).

Arabe pur sang, Ibn-Abbs hassait les Berbers et mprisait les juifs.
Peut-tre ne voulait-il pas prcisment que son matre se joignt  la
ligue arabe-slave, car dans ce cas Zohair aurait t jet dans l'ombre
par le chef de cette ligue, le cadi de Sville; mais il s'indignait du
moins de le voir l'alli d'un Berber qui avait pour ministre un juif
qu'il dtestait et dont il se savait ha. De concert avec
Ibn-Bacanna[46], le vizir des Hammoudites de Malaga, il avait tch
d'abord de renverser Samuel. Pour y parvenir, il avait invent
d'innombrables calomnies, mais sans atteindre son but. Alors il avait
essay de brouiller son matre avec le roi de Grenade, en l'engageant 
prter son appui  Mohammed de Carmona, l'ennemi de Habbous, et ce plan
lui avait russi.

Peu de temps aprs, dans le mois de juin de l'anne 1038[47], Habbous
vint  mourir. Il laissa deux fils, dont l'an s'appelait Bds et le
cadet Bologgun. Les Berbers et quelques juifs voulaient donner le trne
 ce dernier; d'autres juifs, Samuel entre autres, penchaient pour
Bds, de mme que les Arabes. Une guerre civile et donc clat, si
Bologgun n'et renonc spontanment  la couronne, et quand il eut
prt serment  son frre, ses partisans, malgr qu'ils en eussent,
furent obligs de suivre son exemple[48].

Le nouveau prince fit tout ce qu'il put pour rtablir l'alliance avec le
seigneur d'Almrie, et celui-ci dclara enfin que tout serait rgl dans
une entrevue. Accompagn d'un nombreux et magnifique cortge, il se mit
donc en marche, et arriva inopinment devant les portes de Grenade, sans
avoir demand la permission de franchir la frontire. Bds fut
profondment bless de cette dmarche inconvenante; nanmoins il reut
le prince d'Almrie avec beaucoup d'gards, rgala somptueusement les
gens de sa suite, et les combla de dons. La ngociation, toutefois,
n'aboutit pas; ni les princes, ni leurs ministres (Samuel avait
conserv son poste) ne purent s'entendre. Joignez-y que Zohair, qui se
laissait influencer par Ibn-Abbs, prenait envers Bds un ton de
supriorit fort offensant. Aussi le roi de Grenade songeait dj 
punir le prince d'Almrie de son insolence, lorsqu'un de ses officiers,
qui s'appelait Bologgun, se chargea de faire une dernire tentative
pour amener une rconciliation. La nuit venue, il se rendit donc auprs
d'Ibn-Abbs. Craignez le chtiment de Dieu, lui dit-il. C'est vous qui
faites obstacle  un raccommodement, car votre matre se laisse guider
par vous. Cependant vous savez aussi bien que nous, qu' l'poque o
nous agissions de concert, nous tions heureux dans toutes nos
entreprises, de sorte que nous faisions envie  tout le monde. Eh bien,
rtablissons notre alliance! Le point sur lequel nous n'avons pu nous
entendre jusqu'ici, c'est l'appui que vous prtez  Mohammed de Carmona.
Abandonnez ce prince  son sort, comme notre mir l'exige, et tout le
reste s'arrangera de soi-mme. Ibn-Abbs lui rpondit d'un ton moiti
protecteur, moiti ddaigneux, et quand le Berber essaya de toucher son
coeur en l'embrassant et en versant des larmes: Epargne-toi ces
dmonstrations et ces grands mots, lui dit-il, car ils n'ont aucun effet
sur moi. Ce que je te disais hier, je te le dis aujourd'hui: si toi et
les tiens, vous ne faites pas ce que nous voulons, je ferai en sorte que
vous vous en repentirez. Exaspr par ces paroles: Est-ce l la
rponse que je dois rapporter au conseil? demanda Bologgun. Sans
doute, lui rpondit Ibn-Abbs, et si tu veux me prter des termes encore
plus forts que ceux dont je me suis servi, je te le permets volontiers.

Pleurant d'indignation et de rage, Bologgun retourna auprs de Bds et
de son conseil. Puis, quand il eut rapport l'entretien qu'il avait eu
avec le vizir: Cinhdjites, s'cria-t-il, l'arrogance de cet homme est
insupportable. Levez-vous tous pour la rabattre, sinon vos demeures ne
vous appartiennent plus! Les Grenadins partagrent son courroux, et
l'autre Bologgun, le frre de Bds, se montra le plus indign de tous.
Il somma son frre de prendre  l'instant mme les mesures ncessaires
pour punir les Almriens, et Bds le lui promit.

En retournant vers ses Etats, Zohair avait  passer plusieurs dfils et
un pont auquel un village voisin empruntait son nom d'Alpuente. Bds
ordonna de couper ce pont et envoya des soldats qu'il chargea d'occuper
les dfils. Toutefois, comme il tait moins exaspr contre Zohair que
son frre, et qu'il ne dsesprait pas encore tout  fait de ramener
l'ancien ami de son pre  de meilleurs sentiments, il rsolut de le
faire avertir secrtement du pril qui le menaait. A cet effet il eut
recours  l'entremise d'un officier berber qui servait dans l'arme
almrienne. Cet officier alla trouver Zohair pendant la nuit, et lui
parla en ces termes: Croyez-moi, seigneur, quand je vous assure que
vous aurez de la difficult  passer demain les dfils qui se trouvent
sur votre route. Je vous conseille donc de partir  l'instant mme; de
cette manire vous serez peut-tre en tat de traverser les dfils
avant que les Grenadins aient eu le temps de les occuper, et si alors
ils vous poursuivent, vous pourrez leur livrer bataille dans la plaine
ou vous mettre en sret dans une de vos forteresses. Ce conseil parut
ne pas dplaire  Zohair; mais Ibn-Abbs, qui assistait  cet entretien,
s'cria: C'est la peur qui le fait parler ainsi. Quoi! dit alors
l'officier, c'est en parlant de moi que vous dites cela? De moi qui ai
pris part  vingt batailles, tandis que vous-mme, vous n'en avez jamais
vu une seule? Eh bien! vous verrez que l'vnement me donnera raison.
Et il sortit indign.

Les ennemis d'Ibn-Abbs (et nous avons dj dit qu'il en avait beaucoup)
ont prtendu qu'il avait repouss le conseil de l'officier berber, non
parce qu'il le croyait mauvais, mais parce qu'il dsirait que Zohair ft
tu. Ibn-Abbs, disaient-ils, avait l'ambition de rgner  Almrie; il
voulait donc que Zohair trouvt la mort en combattant contre les
Grenadins, et quant  lui-mme, il esprait qu'il lui serait possible de
se sauver par la fuite et de se faire proclamer souverain  Almrie.
Peut-tre y a-t-il quelque chose de vrai dans cette accusation; nous
verrons du moins que plus tard Ibn-Abbs se vanta auprs de Bds
d'avoir attir Zohair dans un pige.

Quoi qu'il en soit, Zohair se vit cern, le lendemain matin (5 aot
1038), par les troupes de Grenade. Ses soldats en furent consterns;
mais lui-mme ne perdit pas sa prsence d'esprit. Il rangea aussitt en
bataille ses fantassins noirs, qui taient au nombre de cinq cents, et
ses Andalous; puis il ordonna  son lieutenant Hodhail de fondre sur les
ennemis  la tte de la cavalerie slave. Hodhail obit; mais le combat 
peine engag, il fut dmont, soit par un coup de lance, soit par un
faux pas de son cheval, et alors ses cavaliers prirent la fuite dans le
plus grand dsordre. Au mme instant Zohair fut trahi par ses ngres,
dans lesquels il avait cependant une grande confiance. Ces ngres
passrent  l'ennemi, aprs s'tre rendus matres du dpt d'armes. Il
ne restait donc que les Andalous; mais ceux-ci, qui taient en gnral
de fort mauvais soldats, n'eurent rien de plus press que de s'enfuir,
et bon gr, mal gr, Zohair dut en faire autant. Comme le pont
d'Alpuente tait coup et que les dfils taient occups par les
ennemis, les fuyards durent chercher un refuge sur les montagnes. La
plupart furent sabrs par les Grenadins qui ne donnaient point de
quartier; d'autres trouvrent la mort dans d'effroyables prcipices, et
de ce nombre fut Zohair lui-mme.

Tous les fonctionnaires civils avaient t faits prisonniers, Bdis
ayant ordonn d'pargner leur vie. Ibn-Abbs se trouvait parmi eux. Il
croyait n'avoir rien  craindre et ne s'inquitait que de ses livres.
Mon Dieu, mon Dieu, criait-il, que deviendront mes paquets! Et
s'adressant aux soldats qui le conduisaient vers Bds: Allez dire 
votre matre, leur dit-il, qu'il prenne bien soin de mes paquets; il ne
faut pas qu'il s'en dchire quelque chose, car ils contiennent des
livres d'une valeur inestimable. Puis, quand il fut arriv en prsence
de Bds: Eh bien, lui dit-il en souriant, n'ai-je pas bien servi vos
intrts, puisque je vous ai livr les chiens que voil? et il dsigna
du doigt les prisonniers slaves. Rendez-moi maintenant un service 
votre tour, continua-t-il; ordonnez qu'on respecte mes livres; rien ne
me tient tant au coeur. Pendant qu'il parlait ainsi, les prisonniers
almriens lui jetaient des regards furieux, et l'un d'entre eux, le
capitaine Ibn-Chabb, s'cria en s'adressant  Bds: Seigneur, je vous
en conjure par celui qui vous a donn la victoire, ne laissez pas
chapper cet infme qui a perdu notre matre. Lui seul est coupable de
tout ce qui est arriv, et si je puis tre tmoin de son supplice, je me
laisserai volontiers couper la tte l'instant d'aprs! A ces paroles
Bds sourit d'une manire bienveillante, et ordonna de rendre la
libert au capitaine. Il fut le seul parmi les militaires qui et la vie
sauve; tous les autres furent livrs successivement au bourreau.
Ibn-Abbs, au contraire, fut le seul parmi les fonctionnaires civils qui
ne ft pas remis en libert. L'orgueilleux vizir connut enfin le malheur
qu'il avait dfi dans sa folle audace; il voyait s'accomplir la
prdiction du pote almrien. Il fut enferm dans un cachot de
l'Alhambra, et les chanes dont on le chargea ne pesaient pas moins de
quarante livres. Il savait que Bds tait fort irrit contre lui, et
que Samuel dsirait sa mort. Toutefois il conservait encore quelque
espoir; Bds,  qui il avait fait offrir trente mille ducats comme le
prix de sa dlivrance, lui avait fait rpondre qu'il prendrait sa
demande en considration, et il avait laiss passer presque deux mois
sans rien dcider  son gard. Pendant ce temps des influences
contraires se combattaient  la cour de Grenade: d'une part,
l'ambassadeur cordouan sollicitait la libert des prisonniers et
principalement d'Ibn-Abbs; de l'autre, l'ambassadeur et le beau-frre
de l'Amiride Abdalazz de Valence, Abou-'l-Ahwa Man ibn-omdih,
insistait auprs de Bds pour qu'il mt  mort tous les prisonniers, et
Ibn-Abbs en premier lieu. Abdalazz s'tait ht de prendre possession
de la principaut d'Almrie, sous le prtexte qu'elle lui revenait par
droit de dvolution, Zohair ayant t un client de sa famille, et il
craignait que si Ibn-Abbs et les autres prisonniers recouvraient la
libert, ils ne lui disputassent le pouvoir. Bds lui-mme ne savait 
quel parti s'arrter; la cupidit et le dsir de la vengeance se
combattaient dans son coeur; mais un soir qu'il se promenait  cheval
avec son frre Bologgun, il lui parla de la proposition d'Ibn-Abbs et
lui demanda son avis. Quand vous aurez accept son argent, lui rpondit
Bologgun, et qu'il aura recouvr la libert, il vous suscitera une
guerre qui vous cotera le double de sa ranon. Je suis d'avis que vous
ferez bien de le mettre  mort sans retard.

La promenade finie, Bds se fit amener son prisonnier et lui reprocha
ses torts dans les paroles les plus dures. Ibn-Abbs attendit avec
rsignation la fin de cette longue invective; puis, quand le roi eut
cess de parler: Seigneur, s'cria-t-il, je vous en supplie, ayez piti
de moi; dlivrez-moi de mes peines!--Tu en seras dlivr aujourd'hui
mme, lui rpondit le prince; et comme il voyait briller une lueur
d'esprance sur la ple et morne figure de son prisonnier, il se tut
quelques instants. Puis il reprit avec un sourire froce: Tu iras l o
tu souffriras bien davantage. Ensuite il dit  Bologgun quelques
paroles en berber, langue qu'Ibn-Abbs ne comprenait pas; mais les
derniers mots que Bds lui avait adresss, son terrible sourire, son
air menaant et farouche, tout cela lui disait assez clairement que sa
dernire heure allait sonner. Prince, prince, s'cria-t-il en tombant 
genoux, pargnez ma vie, je vous en conjure! Ayez piti de mes femmes,
de mes jeunes enfants! Ce n'est pas trente mille ducats que je vous
offre, c'est soixante mille; mais au nom de Dieu, laissez-moi la vie!

Bds l'couta sans mot dire; puis, brandissant son javelot, il le lui
plongea dans la poitrine. Son frre Bologgun et son chambellan Al
ibn-al-Caraw suivirent son exemple; mais Ibn-Abbs, qui ne
discontinuait pas d'implorer la clmence de ses bourreaux, ne tomba par
terre qu'au dix-septime coup (24 septembre 1038)[49].

Grenade ne tarda pas  apprendre que le riche et orgueilleux Ibn-Abbs
avait cess de vivre. Les Africains s'en rjouirent, mais personne ne
reut cette nouvelle avec autant de satisfaction que Samuel. Il ne lui
restait maintenant qu'un seul ennemi dangereux, Ibn-Bacanna, et un
pressentiment secret lui disait que celui-l aussi prirait bientt. De
mme que les Arabes, les juifs croyaient alors qu'on entendait parfois
dans son sommeil un esprit qui prdisait l'avenir en vers, et une nuit
qu'il dormait, Samuel entendit une voix qui lui rcitait trois vers
hbreux, dont voici le sens:

     Dj Ibn-Abbs a pri, ainsi que ses amis et ses affids;  Dieu
     louange et sanctification! Et l'autre ministre, celui qui
     complotait avec lui, sera promptement abattu et broy comme la
     vesce. Que sont devenus tous leurs murmures, leur mchancet et
     leur puissance?--Que le nom de Dieu soit sanctifi[50]!

Peu d'annes plus tard, comme nous serons oblig de le raconter, Samuel
vit s'accomplir cette prdiction; tant il est vrai que les sentiments de
haine ou d'amour donnent parfois une singulire prescience de l'avenir.




III.


Bien malgr lui, Bds avait rendu aux coaliss qui reconnaissaient le
soi-disant Hichm pour calife, un clatant service alors qu'il fit
assaillir et tuer Zohair. L'Amiride Abdalazz de Valence, qui, comme
nous l'avons dit, avait pris possession de la principaut d'Almrie, ne
fut pas en tat, il est vrai, de prter du secours  son alli, le cadi
de Sville, car il fut bientt oblig de se dfendre contre Modjhid de
Dnia, qui voyait de fort mauvais oeil l'agrandissement des Etats de
son voisin[51]; mais au moins le cadi n'avait plus  craindre une guerre
contre Almrie, et parfaitement rassur de ce ct-l, il ne songea
dsormais qu' prendre l'offensive contre les Berbers, en commenant par
Mohammed de Carmona, avec lequel il s'tait brouill. En mme temps il
entretenait des intelligences avec une faction  Grenade, et tchait d'y
faire clater une rvolution.

Bien des gens  Grenade taient mcontents de Bds. Au commencement de
son rgne, ce prince avait donn quelques esprances[52]; mais dans la
suite il s'tait montr de plus en plus cruel, perfide, sanguinaire et
adonn  la plus honteuse ivrognerie. D'abord on se plaignit, puis on
murmura,  la fin on conspira.

L'me du complot tait un aventurier qui s'appelait Abou-'l-Fotouh. N 
une grande distance de l'Espagne, d'une famille arabe tablie dans le
Djordjn, l'ancienne Hyrcanie, il avait tudi les belles-lettres, la
philosophie et l'astronomie sous les professeurs les plus renomms de
Bagdad. Mais il tait encore autre chose qu'un savant: excellent
cavalier et guerrier intrpide, il apprciait un noble coursier ou une
pe bien trempe aussi bien qu'un beau pome ou un profond trait
scientifique. Arriv en Espagne dans l'anne 1015, probablement pour y
chercher fortune, il passa quelque temps  la cour de Modjhid de Dnia.
L il s'entretenait tantt de littrature avec ce savant prince, ou
travaillait  son commentaire sur le trait grammatical qui porte le
titre de Djomal; tantt il combattait aux cts du prince en Sardaigne;
maintefois aussi il mditait sur les questions philosophiques les plus
abstraites, ou tchait de deviner l'avenir en observant le cours des
astres. Ensuite, tant all  Saragosse, la rsidence de Mondhir, ce
prince le prit d'abord en amiti et lui confia l'ducation de son fils;
mais comme d'aprs l'observation fort juste, quoiqu'un peu rebattue, de
l'historien arabe que nous suivons ici, les temps changent et les hommes
avec eux, Mondhir lui fit un jour entendre qu'il n'avait plus besoin de
ses services, et que, par consquent, il lui permettait de quitter
Saragosse. Abou-'l-Fotouh alla alors s'tablir  Grenade, o il ouvrit
un cours sur les anciennes posies, et notamment sur le recueil connu
sous le nom de _Hamsa_[53]; mais il y fit encore autre chose: sachant
que Bds avait beaucoup d'ennemis, il stimula l'ambition de Yazr, un
cousin germain du roi, en l'assurant qu'il avait lu dans les toiles que
Bds perdrait le trne et que son cousin rgnerait trente ans. Il
russit ainsi  former une conspiration; mais Bds ayant dcouvert le
complot avant le temps fix pour son excution, Abou-'l-Fotouh, Yazr et
les autres conjurs eurent  peine le temps de se soustraire par la
fuite  sa vengeance. Ils allrent chercher un refuge auprs du cadi de
Sville, sans doute leur complice, bien qu'il soit impossible de dire
jusqu' quel point il l'tait[54].

Sur ces entrefaites, le cadi avait attaqu Mohammed de Carmona, et son
arme, commande comme  l'ordinaire par son fils Isml, avait dj
remport de brillants avantages. Ossuna et Ecija avaient t forces de
se rendre, Carmona elle-mme tait assige. Rduit  la dernire
extrmit, Mohammed demanda du secours  Idrs de Malaga et  Bds.
L'un et l'autre rpondirent  son appel: Idrs, qui tait malade, lui
envoya des troupes sous les ordres de son ministre Ibn-Bacanna; Bds
vint en personne avec les siennes. Ces deux armes s'tant runies,
Isml, plein de confiance dans le nombre et dans la bravoure de ses
soldats, leur offrit aussitt la bataille; mais Bds et Ibn-Bacanna,
voyant que l'ennemi avait la supriorit du nombre ou le croyant du
moins, n'osrent l'accepter, et sans trop se mettre en peine du seigneur
de Carmona, ils l'abandonnrent  son sort; l'un reprit la route de
Grenade, l'autre celle de Malaga. Isml se mit aussitt  la poursuite
des Grenadins. Heureusement pour Bds, il y avait  peine une heure
qu'Ibn-Bacanna s'tait spar de lui; il lui envoya donc en toute hte
un courrier, en le conjurant de venir  son secours, puisque, sans
cela, il allait tre cras par les Svillans. Ibn-Bacanna le rejoignit
sans retard, et les deux armes ayant opr leur jonction dans le
voisinage d'Ecija, elles attendirent l'ennemi de pied ferme.

Les Svillans, qui croyaient avoir affaire  une arme en retraite,
furent dsagrablement surpris lorsqu'ils vinrent se heurter contre deux
armes parfaitement prpares  les recevoir. Dmoraliss par cette
circonstance inattendue, le premier choc suffit pour jeter le dsordre
dans leurs rangs. Vainement Isml tcha-t-il de les rallier et de les
ramener au combat: victime de sa bravoure, il fut tu le premier de
tous. Ds lors les Svillans ne songrent plus qu' se sauver[55].

Demeur matre du champ de bataille aprs une si facile victoire et
ayant tabli son camp prs des portes d'Ecija, Bds fut fort tonn en
voyant venir Abou-'l-Fotouh se jeter  ses pieds. Ce qui l'amenait,
c'tait l'amour de sa famille. Il avait t oblig de quitter Grenade
avec tant de prcipitation, qu'il avait d abandonner  leur sort sa
femme et ses enfants. Il savait que Bds les avait fait arrter par le
ngre Codm, son grand prvt, son Tristan-l'Ermite  lui, et que Codm
les avait fait enfermer  Almuecar. Or, il aimait passionnment sa
femme, une jeune et belle Andalouse, et sa tendresse pour ses enfants,
un fils et une fille, tait extrme. Ne pouvant se rsoudre  vivre sans
eux, et craignant surtout que Bds ne se venget de son crime sur ces
ttes chries, il venait maintenant implorer son pardon, et quoiqu'il
connt l'humeur implacable et sanguinaire du tyran, il esprait
nanmoins que cette fois il ne serait pas inflexible, attendu qu'il
avait dj fait grce  son oncle Abou-Rch, qui avait galement tremp
dans le complot.

S'agenouillant donc devant le prince:

--Seigneur, lui dit-il, ayez piti de moi! Je vous assure que je suis
innocent.

--Quoi, s'cria Bds le regard enflamm de colre, tu oses te prsenter
devant moi? Tu as sem la discorde dans ma famille, et  prsent tu
viens me dire que tu n'es pas coupable! Crois-tu donc qu'il soit si
facile de me tromper?

--Pour l'amour de Dieu, soyez clment, seigneur! Souvenez-vous qu'un
jour vous m'avez pris sous votre protection, et que, condamn  vivre
loin des lieux qui m'ont vu natre, je suis dj assez malheureux. Ne
m'imputez pas le crime commis par votre cousin; je n'y ai particip
d'aucune manire. Il est vrai que je l'ai accompagn dans sa fuite; mais
je l'ai fait parce que, comme vous me saviez li avec lui, je craignais
d'tre puni comme son complice. Me voici devant vous: si vous le voulez
absolument, je suis prt  m'avouer coupable d'un crime dont je suis
innocent, pourvu que de cette manire je puisse obtenir votre pardon.
Traitez-moi comme il sied  un grand roi,  un monarque qui est plac
trop haut pour avoir de la rancune contre un pauvre homme comme moi, et
rendez-moi ma famille.

--Certes, je te traiterai comme tu le mrites, s'il plat  Dieu.
Retourne  Grenade; tu y retrouveras ta famille, et quand j'y serai
revenu, je rglerai tes affaires.

Rassur par ces paroles, dont il ne remarqua pas d'abord l'ambigut,
Abou-'l-Fotouh prit le chemin de Grenade sous l'escorte de deux
cavaliers. Mais quand il fut arriv dans le voisinage de la ville, Codm
le ngre excuta les ordres qu'il venait de recevoir de son matre. Il
fit donc arrter Abou-'l-Fotouh par ses satellites, qui, aprs lui avoir
ras la tte, le placrent sur un chameau. Un ngre d'une force
herculenne monta derrire lui, et se mit  le souffleter sans relche.
De cette manire il fut promen par les rues, aprs quoi on le jeta dans
un cachot fort troit, qu'il dut partager avec un de ses complices, un
soldat berber qui avait t fait prisonnier dans la bataille d'Ecija.

Plusieurs jours se passrent. Bds tait dj de retour et pourtant il
n'avait encore rien dcid  l'gard d'Abou-'l-Fotouh. Cette fois, au
rebours de ce qui s'tait pass alors qu'il s'agissait d'Ibn-Abbs,
c'tait Bologgun qui l'empchait de prononcer l'arrt fatal. Bologgun
s'intressait au docteur, on ne sait pourquoi; il tchait de prouver son
innocence, et il le dfendait avec tant de chaleur, que Bds, craignant
de le mcontenter, hsitait  prendre une rsolution. Mais un jour que
Bologgun se grisait dans une orgie--ce qui lui arrivait frquemment, de
mme qu' son frre--Bds se fit amener Abou-'l-Fotouh ainsi que son
compagnon. Ds qu'il vit le docteur, il vomit contre lui un torrent
d'injures; aprs quoi il continua en ces termes: Tes toiles ne t'ont
servi de rien, menteur que tu es! N'avais-tu pas promis  ton mir,  ce
pauvre imbcile dont tu avais fait ta dupe, qu'il m'aurait bientt en
son pouvoir et qu'il rgnerait trente ans sur mes Etats? Pourquoi
n'as-tu pas plutt dress ton propre horoscope? Tu aurais pu te
prserver alors d'un grand malheur. Ta vie, misrable, est  prsent
entre mes mains!

Abou-'l-Fotouh ne lui rpondit rien. Quand il esprait revoir une pouse
et des enfants qu'il adorait, il s'tait abaiss  la prire et au
mensonge; mais  prsent, pleinement convaincu que rien ne pourrait
flchir ce perfide et farouche tyran, il retrouva toute sa fiert, toute
la force de son me, toute l'nergie de son caractre. Les yeux fixs
sur le sol, un sourire mprisant sur les lvres, il garda un silence
plein de dignit. Cette attitude noble et calme mit le comble 
l'irritation de Bds. Ecumant de rage, il bondit de son sige, et
tirant son pe, il la plongea dans le coeur de sa victime.
Abou-'l-Fotouh reut le coup fatal sans sourciller, sans qu'une plainte
s'chappt de sa poitrine, et son courage arracha  Bds lui-mme un
cri d'admiration involontaire. Puis, s'adressant  Barhoun, un de ses
esclaves: Tu couperas la tte  ce cadavre, lui dit le roi, et tu la
feras attacher  un poteau. Quant au corps, tu l'enterreras  cot de
celui d'Ibn-Abbs. Il faut que mes deux ennemis reposent l'un  ct de
l'autre jusqu'au jour du dernier jugement.... Et maintenant c'est ton
tour. Approche, soldat!

Le Berber auquel s'adressaient ces paroles tait en proie  une
indicible angoisse et tremblait de tous ses membres. Tombant  genoux,
il tcha de s'excuser de son mieux et conjura le prince d'pargner sa
vie. Misrable, lui dit alors Bds, as-tu donc perdu toute honte? Le
docteur chez qui un peu de crainte et t excusable, a subi la mort
avec un courage hroque, comme tu as pu le voir; il n'a pas daign
m'adresser une seule parole, et toi, vieux guerrier, toi qui te comptais
parmi les plus braves, tu montres tant de lchet? Que Dieu n'ait pas
piti de toi, misrable! Et il lui coupa la tte. (20 octobre 1039.)

Ainsi que Bds l'avait ordonn, Abou-'l-Fotouh fut enseveli  ct
d'Ibn-Abbs. Les regrets de la partie intelligente et lettre de la
population de Grenade le suivirent dans la tombe, et maintefois, en
passant prs de l'endroit qui renfermait sa dpouille mortelle, l'Arabe,
condamn  porter en silence le joug d'un tranger et d'un barbare,
murmurait tout bas: Ah! quels savants incomparables taient-ils, ceux
dont les ossements reposent ici!... Dieu seul est immortel; que son nom
soit glorifi et sanctifi![56]




IV.


Le sanguinaire tyran de Grenade devenait de plus en plus le chef de son
parti. Il est vrai qu'il reconnaissait encore la suzerainet des
Hammoudites de Malaga, mais ce n'tait que pour la forme. Ces princes
taient trs-faibles: ils se laissaient dominer par leurs ministres, ils
s'exterminaient les uns les autres par le fer ou par le poison, et loin
de pouvoir songer  contrler leurs puissants vassaux, ils s'estimaient
heureux s'ils russissaient  rgner, avec quelque apparence de
tranquillit, sur Malaga, Tanger et Ceuta.

Il y avait, d'ailleurs, une profonde diffrence entre ces deux cours. A
celle de Grenade il n'y avait que des Berbers ou des hommes qui, comme
le juif Samuel, agissaient constamment dans l'intrt berber. Il y
rgnait, par consquent, une remarquable unit de vues et de plans. A la
cour de Malaga, au contraire, il y avait aussi des Slaves, et tt ou
tard les jalousies, les rivalits, les haines, qui avaient tant
contribu  renverser les Omaiyades, devaient s'y faire jour.

Le calife Idrs Ier, dj malade au moment o il envoya ses troupes
contre les Svillans, rendit le dernier soupir deux jours aprs qu'il
eut reu la tte d'Isml, qui avait t tu dans la bataille d'Ecija.
Aussitt la lutte s'engage entre Ibn-Bacanna, le ministre berber, et
Nadj, le ministre slave. Le premier veut donner le trne  Yahy, le
fils an d'Idrs, pleinement convaincu que dans ce cas le pouvoir lui
appartiendra. Le Slave s'y oppose. Premier ministre dans les possessions
africaines, il y proclame calife Hasan ibn-Yahy, un cousin germain de
l'autre prtendant, et prpare tout pour passer le Dtroit avec lui.
D'un caractre moins ferme, moins audacieux, le ministre berber se
laisse intimider par l'attitude menaante du Slave. Ne sachant  quelle
rsolution s'arrter, il veut tantt persister dans son projet, et
tantt y renoncer. Dans son indcision, il nglige de prendre les
mesures ncessaires. Tout  coup il voit la flotte africaine mouiller
dans la rade de Malaga. Il s'enfuit en toute hte, et se retire 
Comars avec son prtendant. Hasan, matre de la capitale, lui fait dire
qu'il lui pardonne et qu'il lui permet de revenir. Le Berber se fie  sa
parole, mais on lui coupe la tte. La prdiction que le juif Samuel
avait cru entendre dans son rve, s'tait donc accomplie.

Bientt aprs, le comptiteur de Hasan fut aussi mis  mort. Peut-tre
Nadj fut-il seul coupable de ce crime, comme quelques historiens
donnent  l'entendre; mais Hasan dut en subir la punition. Il fut
empoisonn par sa femme, la soeur du malheureux Yahy.

Alors Nadj crut pouvoir se passer d'un prte-nom. D'un souverain il
voulait possder non-seulement l'autorit, mais aussi le titre. Ayant
donc tu le fils de Hasan, qui tait encore fort jeune, et jet son
frre Idrs en prison, il se proposa hardiment aux Berbers comme
souverain, et tcha de les gagner par les promesses les plus brillantes.
Quoique profondment indigns de son incroyable audace, de son ambition
sacrilge--car ils avaient pour les descendants du Prophte une
vnration presque superstitieuse--les Berbers crurent toutefois devoir
attendre, pour le punir, un moment plus favorable. Ils rpondirent donc
qu'ils lui obiraient et lui prtrent serment.

Nadj annona alors son intention d'aller enlever Algziras au
Hammoudite Mohammed qui y rgnait. On se mit en campagne; mais dj dans
les premires rencontres avec l'ennemi, le Slave put remarquer que les
Berbers se battaient mollement et qu'il ne pouvait pas compter sur eux.
Il crut donc agir sagement en donnant l'ordre de la retraite. Il avait
form le projet d'exiler les Berbers les plus suspects ds qu'il serait
de retour dans la capitale, de gagner les autres  force d'argent, et de
s'entourer d'autant de Slaves que cela lui serait possible. Mais ses
ennemis les plus acharns furent informs de son plan ou le devinrent,
et au moment o l'arme passait par un troit dfil, ils fondirent sur
l'usurpateur et le turent (5 fvrier 1043[57]).

Pendant que la plus grande confusion rgnait parmi les troupes, les
Berbers poussant des cris de joie et les Slaves prenant la fuite parce
qu'ils craignaient de partager le sort de leur chef, deux des meurtriers
galoprent vers Malaga  bride abattue. En arrivant dans la ville:
Bonne nouvelle, bonne nouvelle, crirent-ils, l'usurpateur est mort!
Puis, se prcipitant sur le lieutenant de Nadj, ils l'assassinrent.
Idrs, le frre de Hasan, fut tir de sa prison et proclam calife.

Ds lors le rle des Slaves tait fini  Malaga; mais la tranquillit,
un moment rtablie, ne fut pas de longue dure.

Idrs II n'tait pas,  coup sr, un grand esprit, mais il tait bon,
charitable, presque exclusivement occup de rpandre des bienfaits. S'il
n'et tenu qu' lui, personne n'et t malheureux. Il rappela tous les
exils, de quelque parti qu'ils fussent, et leur rendit leurs biens;
jamais il ne voulait prter l'oreille  un dlateur; chaque jour il
faisait distribuer cinq cents ducats aux pauvres. Sa sympathie pour les
hommes du peuple, avec lesquels il aimait  s'entretenir, contrastait
singulirement avec le faste, l'ostentation et la scrupuleuse tiquette
de sa cour. En leur qualit de descendants du gendre du Prophte, les
Hammoudites taient, aux yeux de leurs sujets, presque des demi-dieux.
Pour entretenir une illusion si favorable  leur autorit, ils se
montraient rarement en public et s'entouraient d'une sorte de mystre.
Idrs lui-mme, malgr la simplicit de ses gots, ne s'carta pas du
crmonial tabli par ses prdcesseurs: un rideau le drobait aux
regards de ceux qui lui parlaient; seulement, comme il tait la bonhomie
en personne, il oubliait parfois son rle. Un jour, par exemple, un
pote de Lisbonne lui rcita une ode. Il vanta sa charit et glorifia
aussi sa noble origine. Tandis que les autres mortels ont t crs
d'eau et de poussire, disait-il dans son langage bizarre, les
descendants du Prophte ont t crs de l'eau la plus pure, l'eau de la
justice et de la pit. Le don de la prophtie est descendu sur leur
aeul, et l'ange Gabriel, invisible pour nous, plane sur leur tte. Le
visage d'Idrs, le commandeur des croyants, ressemble au soleil levant,
qui blouit par ses rayons les yeux de ceux qui le regardent, et
pourtant, prince, nous voudrions vous voir, afin de pouvoir profiter de
votre lumire, manation de celle qui entoure le seigneur de
l'univers. Lve le rideau! dit alors le calife  son chambellan, car
jamais il ne repoussait une prire. Plus heureux que cette pauvre amante
de Jupiter qui prit victime de sa fatale curiosit, le pote put alors
contempler  son aise la figure de son Jupiter  lui, laquelle, si elle
ne rpandait pas une lumire foudroyante, portait au moins l'empreinte
de la bienveillance et de la bont. Peut-tre lui plut-elle mieux, telle
qu'elle tait, que si elle et t entoure de ces rayons blouissants
dont il avait parl dans ses vers. Il est certain du moins qu'ayant reu
un beau cadeau, il se retira fort content.

Malheureusement pour la dignit et la sret de l'Etat, Idrs joignait 
une grande bont de coeur une extrme faiblesse de caractre. Il ne
savait ou n'osait rien refuser  qui que ce ft. Bds ou un autre lui
demandait-il un chteau ou autre chose, il lui accordait toujours sa
demande. Un jour Bds le somma de lui livrer son vizir, lequel avait eu
le malheur de lui dplaire. Hlas, mon ami, dit alors Idrs  son
ministre, voici une lettre du roi de Grenade dans laquelle il me demande
de vous mettre entre ses mains. J'en suis bien afflig, mais vraiment,
je n'ose lui rpondre par un refus.--Faites donc ce qu'il veut, rpondit
cet excellent homme, un vieux serviteur de la famille; Dieu me donnera
des forces, et vous verrez que je saurai supporter mon sort avec
rsignation et avec courage. Arriv  Grenade, il eut la tte
coupe....

Tant de faiblesse irrita les Berbers, dj blesss par la sympathie
qu'Idrs montrait pour le peuple, par ses tendances socialistes comme on
dirait aujourd'hui; mais elle exaspra surtout les ngres. Accoutums au
rgime du fouet, du sabre et de la potence, ils mprisaient un matre
qui ne prononait jamais un arrt de mort. Il y avait donc beaucoup de
mcontentement, lorsque le gouverneur du chteau d'Airos[58] donna le
signal de la rvolte. Gelier des deux cousins d'Idrs, il les remit en
libert, et proclama calife l'an, Mohammed. Alors les ngres qui
formaient la garnison du chteau de Malaga, se mirent en insurrection et
invitrent Mohammed  se rendre au milieu d'eux. Le peuple de Malaga,
toutefois, rempli d'amour pour le prince qui avait t son bienfaiteur,
ne l'abandonna pas  l'heure du danger. Ces braves gens accoururent en
foule auprs de lui et demandrent  grands cris des armes, en
l'assurant que, s'ils en avaient, les ngres ne tiendraient pas une
heure dans le chteau. Idrs les remercia de leur dvoment, mais il
refusa leur offre en disant: Retournez dans vos demeures; je ne veux
pas qu'il prisse un seul homme pour ma querelle. Mohammed put donc
faire son entre dans la capitale, et Idrs alla le remplacer dans la
prison d'Airos. Ils avaient chang leurs rles (1046-7).

Le nouveau calife ne ressemblait pas  son prdcesseur, mais  sa mre,
une vaillante amazone qui aimait  vivre dans les camps,  surveiller
les prparatifs d'une bataille ou les travaux d'un sige,  stimuler par
ses paroles ou par son or le courage des soldats. Il poussait la
bravoure jusqu' la tmrit; mais il tait en mme temps d'une svrit
inexorable, et si Idrs avait manqu d'nergie, Mohammed (tel, du moins,
fut bientt l'avis des auteurs de la rvolution) n'en avait que trop.
C'tait la fable des grenouilles qui avaient demand un roi  Jupiter. A
l'exemple de la gent marcageuse, comme dit le bon la Fontaine,
Berbers et ngres en vinrent bientt  maudire la terrible grue et 
regretter le pacifique soliveau. Un complot se forma; les conjurs
entrrent en ngociations avec le gouverneur d'Airos qui se laissa
facilement gagner par eux, et qui rendit la libert  Idrs II, aprs
l'avoir reconnu pour calife. Cette fois Idrs ne recula pas devant
l'ide d'une guerre civile; le monotone sjour dans un cachot avait
vaincu ses scrupules; mais Mohammed, soutenu par sa mre, combattit ses
adversaires avec tant de vigueur, qu'il les contraignit  mettre bas les
armes. Cependant ils ne lui livrrent pas Idrs; avant de faire leur
soumission, ils le firent passer en Afrique, o commandaient deux
affranchis berbers,  savoir Sacaute[59], qui tait gouverneur de
Ceuta, et Rizc-allh, qui l'tait de Tanger. Sacaute et Rizc-allh
l'accueillirent avec beaucoup d'gards et firent faire les prires
publiques en son nom; mais au reste ils ne lui concdrent aucune
autorit relle; jaloux de leur propre pouvoir, ils le gardrent
troitement, l'empchrent de se montrer en public, et ne permirent 
personne d'approcher de lui. Quelques seigneurs berbers, ennemis secrets
des deux gouverneurs, trouvrent cependant le moyen de lui parler et lui
dirent: Ces deux esclaves vous traitent comme un captif et vous
empchent de gouverner par vous-mme. Donnez-nous plein pouvoir et nous
saurons bien vous dlivrer. Mais Idrs, toujours doux et dbonnaire,
refusa leur offre; dans la candeur de son me, il raconta mme aux deux
gouverneurs tout ce qu'il venait d'entendre. Les seigneurs en question
furent frapps  l'instant mme d'une sentence d'exil; mais comme il y
avait peut-tre quelque raison de craindre qu'une autre fois Idrs ne
prtt l'oreille aux insinuations des mcontents, Sacaute et Rizc-allh
le renvoyrent en Espagne, sans cesser toutefois de le reconnatre comme
calife dans les prires publiques. Idrs alla chercher un asile auprs
du chef berber de Ronda[60].

Sur ces entrefaites, les mcontents de Malaga avaient implor le secours
de Bds. Celui-ci dclara d'abord la guerre  Mohammed, mais bientt
aprs, il se rconcilia avec lui. Alors on proclama le prince
d'Algziras, qui portait aussi le nom de Mohammed et qui prit  son tour
le titre de calife. A cette poque il y en avait donc quatre depuis
Sville jusqu' Ceuta: c'taient le soi-disant Hichm II  Sville,
Mohammed  Malaga, l'autre Mohammed  Algziras, et enfin Idrs II. Deux
d'entre eux n'avaient en ralit aucun pouvoir; les deux autres taient
des princes d'une mince importance, des roitelets, et l'abus du titre de
calife tait d'autant plus ridicule que, dans sa vritable acception, il
indiquait le souverain de tout le monde musulman.

Le prince d'Algziras choua dans sa tentative. Abandonn par ceux qui
l'avaient appel, il retourna prcipitamment dans son pays, et mourut,
peu de jours aprs, de honte et de douleur (1048-9).

Quatre ou cinq ans plus tard, Mohammed de Malaga rendit aussi le dernier
soupir. Un de ses neveux (Idrs III) aspira au trne, mais sans succs;
cette fois, on rtablit le bon Idrs II, et le destin ayant enfin cess
de le perscuter, il rgna paisiblement jusqu' ce qu'il payt, lui
aussi, son tribut  la nature (1055). Un autre Hammoudite crut rgner 
sa place, mais Bds frustra ses esprances. Vritable chef du parti
berber, le roi de Grenade ne voulait plus d'un calife; il avait rsolu
d'en finir avec les Hammoudites et d'incorporer la principaut de Malaga
dans ses Etats. Il excuta son projet sans rencontrer de grands
obstacles. Les Arabes, il est vrai, ne se soumirent  lui qu'
contre-coeur; mais ayant gagn les plus influents d'entre eux, tels
que le vizir-cadi Abou-Abdallh Djodhm[61], il se soucia peu des
murmures des autres; et quant aux Berbers, comme ils taient convaincus
de la faiblesse de leurs princes et de la ncessit de s'unir
troitement  leurs frres de Grenade, s'ils voulaient se maintenir
contre le parti arabe qui gagnait chaque jour du terrain dans le
Sud-ouest, ils favorisrent les projets de Bds plutt qu'ils ne les
contrarirent. Le roi de Grenade devint donc matre de Malaga et tous
les Hammoudites furent exils. Ils jourent encore un rle en Afrique,
mais celui qu'ils avaient rempli en Espagne tait termin[62].




V.


Afin de ne pas interrompre notre rapide esquisse de l'histoire de la
principaut de Malaga, nous avons tant soit peu anticip sur les
vnements, et comme  prsent nous allons jeter un coup d'oeil sur
les progrs que le parti arabe avait faits dans cet intervalle, nous
devons nous reporter quelques annes en arrire.

Le cadi de Sville, Abou-'l-Csim Mohammed, tant mort  la fin de
janvier 1042, son fils Abbd, qui comptait alors vingt-six ans, lui
avait succd sous le titre de _hdjib_, ou premier ministre du
soi-disant Hichm II. Dans l'histoire il est connu sous le nom de
Motadhid, et bien qu'il ne prt ce titre que plus tard, nous
l'appellerons ainsi ds  prsent, afin d'viter la confusion qu'un
changement de nom pourrait faire natre.

Le nouveau chef du parti arabe dans le Sud-ouest ralisait en sa
personne une des physionomies les plus accentues qu'ait jamais
produites la verte vieillesse d'une socit. C'tait en tout point le
digne rival de Bds, le chef de la faction oppose. Souponneux,
vindicatif, perfide, tyrannique, cruel et sanguinaire comme lui, comme
lui adonn  l'ivrognerie, il le surpassait en luxure. Nature mobile et
voluptueuse s'il en fut, ses apptits taient insatiables et incessants.
Aucun prince d'alors n'avait un srail aussi nombreux que le sien: huit
cents jeunes filles, assure-t-on, y entrrent successivement[63].

D'ailleurs, malgr la ressemblance gnrale, les deux princes n'avaient
pas tout  fait le mme caractre; leurs gots, leurs habitudes
diffraient sur bien des points. Bds tait un barbare ou peu s'en
faut; il ddaignait les belles manires, la culture de l'esprit, la
civilisation. Point de potes dans les salles de l'Alhambra; parlant
ordinairement le berber, Bds aurait  peine compris leurs odes.
Motadhid, au contraire, avait reu une ducation soigne; il ne pouvait
prtendre,  la vrit, au titre de savant; il n'avait pas fait de
vastes lectures; mais, comme il tait dou d'un tact fin et pntrant et
d'une excellente mmoire, il savait plus qu'un homme du monde ne sait
ordinairement. Les pomes qu'il composa, et qui, indpendamment de leur
valeur littraire, ne sont pas sans intrt quand on veut connatre 
fond son caractre, lui valurent parmi ses contemporains la rputation
d'un bon pote[64]. Il tait ami des lettres et des arts. Pour un peu
d'encens, il comblait les potes de cadeaux. Il aimait  faire btir de
magnifiques palais[65]. Jusque dans la tyrannie il apportait une
certaine rudition; il avait pris pour modle le calife de Bagdad dont
il avait adopt le titre, tandis que Bds ignorait probablement 
quelle poque ce calife avait vcu. Buveurs tous les deux, Bds se
grisait brutalement, grossirement, sans honte ni vergogne, comme un
rustre ou comme un troupier. Motadhid, toujours homme du monde, toujours
grand seigneur, ne faisait rien sans grce; il apportait un certain bon
got, une certaine distinction, jusque dans ses orgies, et tout en
buvant d'une manire immodre, lui-mme et ses compagnons de dbauche
improvisaient des chansons bachiques qui se distinguaient par un tact
merveilleux, par une grande dlicatesse d'expression. Sa puissante
organisation se prtait galement au plaisir et au travail; viveur
effrn et travailleur prodigieux, il passait de la fivre des passions
 celle des affaires. Il aimait  s'absorber tout entier dans ses
occupations de prince, mais aprs des efforts surhumains qu'il faisait
pour regagner le temps donn aux plaisirs, il lui fallait l'ivresse de
nouveaux dsordres pour retremper ses forces[66]. Chose trange! ce
tyran dont le terrible regard faisait trembler les nombreuses beauts de
son srail, a compos pour quelques-unes d'entre elles des vers d'une
galanterie exquise, d'une suavit charmante.

Il y avait donc entre Bds et Motadhid la distance qui spare le
sclrat barbare du sclrat civilis; mais,  tout prendre, le barbare
tait le moins profondment dprav des deux. Bds apportait une
certaine franchise brutale jusque dans le crime; Motadhid tait
impntrable, mme pour ses affids. Tandis que son regard scrutateur
piait sans cesse les penses les plus secrtes des autres et les
devinait, personne ne surprenait jamais un mouvement de sa physionomie
ni un accent de sa parole[67]. Le prince de Grenade payait de sa
personne sur les champs de bataille; celui de Sville, quoiqu'il ft
presque constamment en guerre et qu'il ne manqut pas de courage, ne
commanda ses troupes qu'une ou deux fois dans toute sa vie; d'ordinaire
il traait du fond de sa tanire, comme dit un historien arabe, les
plans de campagne  ses gnraux[68]. Les ruses de Bds taient
grossires et il tait facile de les djouer; celles de Motadhid, bien
calcules et subtiles, chouaient rarement. C'tait l son fort, et l'on
raconte  ce sujet une histoire qui mrite d'tre rapporte.

En guerre contre Carmona, Motadhid entretenait une correspondance
secrte avec un habitant arabe de cette ville, qui l'informait des
mouvements et des desseins des Berbers. Afin que les lettres qu'ils
s'crivaient ne fussent pas interceptes et que personne ne souponnt
leurs intrigues, il fallait naturellement une grande circonspection. Or,
Motadhid, d'aprs un plan qu'il avait concert avec son espion, fit
venir un jour dans son palais un paysan des environs, homme simple et
sans malice s'il en fut, et lui dit: Ote ta casaque qui ne vaut rien,
et revts cette _djobba_. Elle est assez belle comme tu vois, et je t'en
fais cadeau  condition que tu feras ce que je vais te dire. Rempli de
joie, le paysan revtit la _djobba_ sans souponner que la doublure de
cet habit cachait une lettre que Motadhid voulait faire tenir  son
espion, et promit d'excuter fidlement les ordres que le prince
voudrait bien lui donner. Fort bien, reprit alors Motadhid; voici ce
que tu as  faire: tu prendras le chemin de Carmona; quand tu seras
arriv dans le voisinage de cette ville, tu ramasseras du bois et tu en
formeras un fagot. Cela fait, tu entreras dans la ville et tu iras le
mettre  l'endroit o les marchands de fagots se tiennent ordinairement;
mais tu ne vendras le tien qu' celui qui t'en offrira cinq dirhems.

Le paysan, quoiqu'il ne devint nullement le motif de ces ordres
singuliers, s'empressa d'y obir. Il partit donc de Sville, et arriv
prs de Carmona, il se mit  fagoter; mais comme il n'en avait pas
l'habitude et qu'il y a fagots et fagots selon le proverbe, il entra
dans la ville avec un faisceau de branchages bien maigre, bien chtif,
et alla se placer sur le march.

--Combien cote-t-il, ce fagot? lui demanda un passant.

--Cinq dirhems, sans en rien rabattre; c'est  prendre ou  laisser, lui
rpondit le paysan.

L'autre lui rit au nez.

--Bon Dieu! dit-il, c'est donc sans doute de l'bne que tu as l?

--Mais non, dit un autre, c'est du bambou.

Et chacun de lancer son petit bon-mot au paysan et de le railler.

Dj le jour baissait, lorsqu'un homme qui n'tait autre que l'espion de
Motadhid, s'approcha du paysan, et lui ayant demand le prix de son
fagot, il l'acheta; aprs quoi il lui dit:

--Prends ce bois sur tes paules et porte-le  ma demeure. Je vais te
montrer le chemin.

Quand ils furent arrivs  la maison, le paysan dposa sa charge, et
ayant reu ses cinq dirhems, il voulut s'en aller.

--O vas-tu  cette heure avance? lui demanda le matre de la maison.

--Je vais sortir de la ville, car je ne suis pas d'ici, lui rpondit le
paysan.

--Y songes-tu? Ignores-tu donc qu'il y a des brigands sur les routes?
Reste ici; je suis  mme de t'offrir un souper et un gte, et demain de
bonne heure tu pourras te remettre en voyage.

Le paysan accepta cette offre avec reconnaissance. Bientt un bon souper
lui fit oublier les railleries auxquelles il avait t en butte, et
quand il eut mang d'un excellent apptit:

--Apprends-moi maintenant d'o tu viens, lui dit son hte.

--Des environs de Sville, o je demeure.

--Dans ce cas, mon frre, tu me parais bien courageux, bien hardi,
d'avoir os venir ici, car tu dois connatre la cruaut, la frocit de
nos Berbers, tu dois savoir qu'ils vous tuent un homme en moins de rien.
C'est sans doute quelque grave motif qui t'amne?

--Nullement; mais il faut gagner sa vie, et puis, personne ne s'avisera
de maltraiter un pauvre paysan inoffensif comme moi.

On causa jusqu' ce que le paysan se sentt gagner par le sommeil. Son
hte le conduisit alors au gte qu'il lui destinait. L'autre voulut se
coucher sans se dshabiller; mais l'homme de Carmona lui dit:

--Ote ta _djobba_; tu dormiras mieux alors et tu te rveilleras plus
rafrachi, car la nuit est tide.

Le paysan le fit et bientt aprs il dormait profondment. Alors
l'espion prit la _djobba_, en dcousit la doublure, trouva la lettre de
Motadhid, la lut, y rpondit sur-le-champ, mit sa propre lettre  la
place de celle du prince, recousit la doublure sans qu'il y part, et
remit la _djobba_  l'endroit o le paysan l'avait mise. Ce dernier,
s'tant lev le lendemain de bonne heure, la revtit, et aprs avoir
remerci l'habitant de Carmona de sa gnreuse hospitalit, il reprit la
route de Sville.

Quand il y fut de retour, il se prsenta devant Motadhid et lui raconta
ses aventures.

--Je suis content de toi, lui dit alors le prince d'un air bienveillant,
et tu mrites une rcompense. Ote donc ta _djobba_ et laisse-la-moi;
voici un habillement complet dont je te fais cadeau.

Se sentant  peine de joie, le paysan prit les beaux habits que le
prince lui offrait, et alla raconter avec un certain orgueil  ses amis,
 ses voisins,  tous ceux qu'il connaissait, que le prince lui avait
donn des vtements d'honneur, tout comme s'il et t un homme
d'importance, un haut fonctionnaire ou une altesse. Qu'il avait servi de
courrier extraordinaire, de porteur de dpches tellement importantes,
qu'elles lui eussent cot la vie, si les Berbers les eussent trouves
sur lui, c'est ce dont il n'eut pas le moindre soupon[69].

Il tait bien rus, le prince de Sville, bien fertile en expdients,
en stratagmes, en artifices de tout genre; il avait  son service tout
un arsenal d'embches, et malheur  celui qui avait provoqu sa colre!
Un tel homme avait beau chercher un asile dans un autre pays: ft-il
all se cacher au bout du monde, la vengeance du prince l'atteignait
infailliblement. Un aveugle, raconte-t-on, avait t priv par Motadhid
de la plus grande partie de ses biens; il en avait dpens le reste, et,
compltement ruin, il tait all comme plerin mendiant  la Mecque. L
il maudissait sans cesse et en public le tyran qui l'avait rduit  la
mendicit. Motadhid l'apprit, et ayant fait venir un de ses sujets qui
allait faire le plerinage de la Mecque, il lui remit une cassette qui
contenait des pices d'or enduites d'un poison mortel. Quand tu seras
arriv  la Mecque, lui dit-il, tu feras tenir cette cassette  notre
concitoyen aveugle. Tu lui diras que c'est un cadeau que je lui fais et
tu le salueras de ma part. Mais prends garde de ne pas ouvrir la
cassette. L'autre promit d'excuter ces ordres et se mit en route.
Arriv  la Mecque et ayant rencontr l'aveugle:

--Voici une cassette que Motadhid t'envoie, lui dit-il.

--Bon Dieu! elle rend un son mtallique, s'cria l'aveugle, il y a de
l'or l-dedans! Mais comment se peut-il qu' Sville Motadhid me rduise
 la misre et qu'en Arabie il m'enrichisse?

--Les princes ont de singuliers caprices, rpliqua l'autre. Peut-tre
aussi que Motadhid, convaincu  cette heure de l'injustice qu'il t'a
faite, en prouve des remords. Enfin, je n'en sais rien et cela ne me
regarde pas; j'ai fait ma commission, cela me suffit. Prends toujours ce
cadeau; c'est pour toi un bonheur inespr.

--Je le crois bien, reprit l'aveugle; mille mercis pour ta peine et
assure le prince de ma gratitude.

Son trsor sous le bras, le pauvre homme courut  son misrable taudis
avec autant de vitesse que sa ccit le lui permettait, et aprs avoir
soigneusement ferm la porte, il s'empressa d'ouvrir sa cassette.

Il n'y a, dit-on, rien de plus enivrant pour un malheureux qui a lutt
longtemps contre la misre et que le hasard enrichit tout d'un coup, que
de couver des yeux son monceau d'or, de se laisser blouir par l'clat
de ces belles pices luisantes. Aveugle, le Svillan ne pouvait se
donner une telle jouissance; chez lui, le tact et l'oue devaient
remplacer la vue, et ravi, plong dans une extase dlicieuse, il ttait,
palpait, maniait ses chres espces, les faisait sonner, les comptait,
les plaait dans sa bouche, les gotait pour ainsi dire... Le poison
produisit son effet: avant la nuit venue le malheureux tait un
cadavre[70].

Bds et Motadhid taient tous les deux cruels, mais avec des nuances
assez sensibles. Tandis que le premier, dans ses accs d'aveugle fureur,
massacrait souvent ses victimes de ses propres mains, Motadhid empitait
rarement sur les attributions du bourreau; mais quoiqu'il n'aimt pas 
souiller de sang ses mains aristocratiques, la haine chez lui tait plus
implacable, plus tenace, que chez son rival. Son ennemi mort, la
vengeance de Bds tait satisfaite, sa rage assouvie; il faisait
attacher la tte du cadavre  un poteau, la coutume le voulait ainsi,
mais il n'allait pas plus loin. Chez le prince de Sville, au contraire,
la haine ne se rassasiait jamais; il poursuivait ses victimes
jusqu'au-del du trpas; il voulait que l'aspect de leurs restes mutils
stimult sans relche ses passions froces. A l'exemple du calife Mahd,
il fit planter des fleurs dans les crnes de ses ennemis, et les plaa
dans la cour de son palais. Un morceau de papier, attach  l'oreille de
chaque crne, portait le nom de celui auquel ce crne avait appartenu
jadis. Souvent il s'extasiait devant ce _jardin_, comme il disait. Et
cependant il ne contenait pas les ttes  ses yeux les plus prcieuses,
celles des princes qu'il avait vaincus. Celles-l, il les gardait, avec
le plus grand soin, au fond de son palais, dans une cassette[71].

Ajoutons que ce monstre de cruaut tait  ses propres yeux le meilleur
des princes, un Titus form exprs pour le bonheur du genre humain. Si
tu dsires, mon Dieu, que les mortels soient heureux, disait-il dans ses
vers, fais-moi rgner alors sur tous les Arabes et sur tous les
barbares; car jamais je n'ai dvi de la bonne route, jamais je n'ai
trait mes sujets autrement qu'il ne convient  un homme gnreux et
magnanime. Toujours je les protge contre leurs agresseurs, toujours je
dtourne les calamits de leur tte[72].




VI.


Ayant d'abord mis  mort Habb, le vizir et le confident de son
pre[73], Motadhid tourna ses armes contre les Berbers et principalement
contre ceux de Carmona, ses voisins. Il avait un motif tout particulier
pour har les Berbers, car il croyait que, s'il n'y pourvoyait, ils
teraient le trne  lui ou  ses descendants, ses astrologues lui ayant
prdit que sa dynastie serait renverse par des hommes ns hors de la
Pninsule[74]. Il mit donc tout en oeuvre pour les extirper. Cette
guerre fut de longue dure. Mohammed, le prince de Carmona, fut tu
aprs s'tre laiss attirer dans une embuscade (1042-3)[75]; mais comme
son fils Ishc lui succda[76], les hostilits continurent.

En mme temps Motadhid tendait ses limites du ct de l'ouest. En 1044
il enleva Mertola  Ibn-Taifour[77]. Puis il attaqua Ibn-Yahy, seigneur
de Nibla. Ce n'tait pas un Berber, c'tait un Arabe, mais quand il
s'agissait d'arrondir son territoire, Motadhid n'y regardait pas de si
prs. Rduit  l'troit, Ibn-Yahy se jeta dans les bras des Berbers.
Modhaffar de Badajoz vint  son secours, repoussa Motadhid, et se mit 
former contre lui une ligue formidable dans laquelle entrrent Bds,
Mohammed de Malaga et Mohammed d'Algziras. Abou-'l-Wald ibn-Djahwar,
qui, dans l'anne 1043, avait succd  son pre comme prsident de la
rpublique de Cordoue, fit tout ce qu'il pouvait pour rconcilier les
deux partis; mais ce fut en vain: personne ne prta l'oreille  ses
ambassadeurs.

Les Berbers avaient form le projet de marcher contre Sville aussitt
qu'ils auraient runi leurs troupes et opr leur jonction. Motadhid les
prvint. Profitant de l'absence de Modhaffar qui n'avait pas
suffisamment pourvu  la dfense de ses propres Etats, il fit d'abord
ravager le territoire de Badajoz; puis, se mettant en personne, contre
sa coutume,  la tte de son arme, il marcha contre Nibla, attaqua les
ennemis dans une espce de dfil prs des portes de la ville, et les
culbuta en partie dans le Tinto; mais Modhaffar russit  rallier ses
soldats, les ramena  la charge, et fora Motadhid  la retraite.

Modhaffar se runit ensuite  ses allis; mais pendant qu'il ravageait
avec eux le pays svillan, Ibn-Yahy se dtacha de son parti, Motadhid
l'ayant forc de conclure une alliance avec lui. Modhaffar le punit en
s'appropriant l'argent qu'il lui avait confi, et en faisant piller la
campagne de Nibla[78]. Alors Ibn-Yahy implora le secours de Motadhid.
Celui-ci fit attaquer les troupes de Badajoz, les attira dans une
embuscade, et les mit en droute. Non content de ce succs, il fit
ravager les environs d'Evora par son fils Isml. Afin de repousser
cette attaque, le roi de Badajoz fit prendre les armes  tous ceux qui
taient en tat d'en porter, et, ayant reu un renfort de son alli,
Ishc de Carmona, il alla  la rencontre de l'ennemi. En vain les
Berbers de Carmona l'exhortaient  ne pas le faire. Vous ignorez, lui
disaient-ils, que l'arme svillane est fort nombreuse; nous au
contraire, nous le savons, car nous avons reu des nouvelles de Sville,
et qui plus est, nous avons vu les troupes de Motadhid. Le bouillant
Modhaffar ne voulut pas les croire. Son audace lui cota cher. Il essuya
une terrible droute et perdit au moins trois mille hommes. Parmi les
morts on comptait le fils du prince de Carmona, qui avait command les
troupes de son pre. Sa tte fut apporte  Motadhid, qui la plaa dans
sa cassette,  ct de celle de l'aeul du jeune prince.

Badajoz prsenta longtemps un spectacle lugubre. Les boutiques y taient
fermes, les marchs dserts, l'lite de la population ayant pri dans
cette bataille fatale[79]. Pour comble de misre, les Svillans
continuaient  dtruire les moissons, de sorte que la famine dsolait le
royaume. Modhaffar n'y pouvait rien. Abandonn par ses allis qu'il
appelait en vain  son secours, il tait condamn  rester inactif et
immobile dans Badajoz, o il se dvorait les entrailles de colre.
Cependant son orgueil ne se laissait pas flchir. Il ne voulait pas
entendre parler d'un accommodement, quoique son ennemi victorieux ne
refust pas positivement la mdiation d'Ibn-Djahwar. Il feignait de ne
pas se soucier de ses pertes, au point qu'il envoya quelqu'un acheter
des chanteuses  Cordoue. Elles y taient rares alors, et ce fut 
grand'peine qu'on en trouva deux; encore taient-elles d'un mdiocre
talent. On s'tonna d'abord du caprice du roi de Badajoz. On le
connaissait pour un homme grave, studieux et qui  l'ordinaire ne
faisait nul cas de chanteuses. On ne comprenait pas qu'il et choisi,
pour en faire acheter, le moment mme o ses Etats prsentaient le
spectacle d'une affreuse dvastation. Mais l'tonnement cessa quand on
dcouvrit le motif de sa conduite. Modhaffar avait appris qu' la vente
des biens d'un vizir cordouan qui venait de mourir, Motadhid s'tait
procur une chanteuse renomme, et c'tait pour montrer qu'il pouvait
s'occuper de chanteuses avec autant de libert d'esprit que son
adversaire, qu'il en avait fait acheter  son tour.

Cependant Ibn-Djahwar continuait ses efforts pour amener une
rconciliation, et dans le mois de juillet 1051, ils furent enfin
couronns du succs, car  cette poque et par son entremise, Modhaffar
et Motadhid conclurent la paix aprs une longue ngociation[80].

Motadhid tourna alors toutes ses forces contre Ibn-Yahy de Nibla,
dsormais rduit  ses propres ressources. Pour lui cette expdition ne
fut pas une campagne, ce ne fut qu'une promenade militaire. Convaincu de
sa faiblesse, Ibn-Yahy n'essaya pas mme de se dfendre. Il prit le
chemin de Cordoue avec l'intention d'aller passer dans cette ville le
reste de ses jours, et Motadhid eut la courtoisie de lui envoyer un
escadron en guise d'escorte[81].

Le prince qui rgnait sur Huelva et la petite le de Salts, Abdalazz
le Becrite, comprit alors que son tour tait venu. Cependant il esprait
encore pouvoir sauver quelque chose du naufrage. Il s'empressa donc
d'crire  Motadhid, le flicita de sa nouvelle conqute, lui rappela
les relations amicales qui avaient toujours exist entre sa propre
famille et celle des Abbdides, se dclara son vassal, et lui offrit
Huelva  condition qu'il lui laisserait Salts. Motadhid accepta son
offre, et feignant de vouloir s'aboucher avec lui, il prit la route de
Huelva. Abdalazz jugea prudent de ne pas l'attendre, et se rendit avec
ses trsors  Salts. Ayant pris possession de Huelva, Motadhid retourna
 Sville; mais il laissa  Huelva un de ses capitaines, qui devait
empcher qu'Abdalazz ne quittt son le et que personne ne se rendt
auprs de lui. Inform de ces mesures, Abdalazz prit le parti le plus
sage: il entra en pourparlers avec le capitaine de Motadhid, vendit au
prince de Sville ses vaisseaux et ses munitions de guerre au prix de
dix mille ducats, et obtint la permission de se rendre  Cordoue.
Pendant son voyage, le perfide Motadhid voulut l'attirer dans un pige
et s'emparer de ses richesses; mais Abdalazz pntra son dessein, et
grce  une escorte qu'il demanda au prince de Carmona, il arriva sans
encombre  Cordoue[82].

Ensuite Motadhid attaqua la petite principaut de Silves, o rgnaient
aussi des Arabes, les Beni-Mozain, dont les anctres, qui possdaient
dj des proprits tendues dans cette partie de la Pninsule, avaient
souvent rempli, du temps des Omaiyades, des postes importants[83].

Rsolu  mourir plutt que de se rendre, le prince de Silves se dfendit
avec le courage du dsespoir. Mais l'arme svillane, dont Mohammed
(Motamid), un fils de Motadhid, tait le gnral, mais seulement de nom,
car  cette poque il comptait  peine treize ans[84], poussa le sige
avec non moins de vigueur, et Silves fut enfin pris d'assaut. Ibn-Mozain
chercha en vain la mort au plus fort de la mle; on pargna sa vie, et
Motadhid se contenta de l'exiler[85]. Puis, ayant donn le gouvernement
de Silves  son fils Mohammed, il fit marcher son arme contre la ville
de Santa-Maria, situe prs du cap qui porte encore aujourd'hui ce nom.
Le calife Solaimn l'avait donne en fief  un certain Sad ibn-Hroun,
de Mrida, dont on ne connat pas la gnalogie, et qui peut-tre
n'tait ni Arabe ni Berber, car les hommes dont l'origine tait inconnue
aux chroniqueurs arabes, taient ordinairement des Espagnols. Aprs la
mort de Solaimn, il s'tait dclar indpendant, et quand il eut rendu
le dernier soupir, son fils Mohammed lui avait succd. Ce dernier,
attaqu par les Svillans, n'opposa qu'une courte rsistance. Motadhid
runit le district de Santa-Maria  celui de Silves, et voulut que son
fils Mohammed les gouvernt conjointement (1052)[86].

Grce  ces conqutes rapides, la principaut de Sville s'tait fort
tendue du ct de l'Ouest. Cependant elle n'avait encore que peu
d'extension vers le Sud, o rgnaient des princes berbers. La plupart
d'entre eux taient alors en paix avec Motadhid et avaient mme reconnu
sa suzerainet, ou plutt celle du soi-disant Hichm II. Motadhid,
toutefois, ne se contentait pas de si peu: son intention tait de tuer
ces princes et de prendre possession de leurs Etats; mais, procdant
avec modration et prudence, il ne voulait s'aventurer  une tentative
aussi hardie que quand les manoeuvres souterraines auraient rendu le
succs certain.

Aprs la conqute de Silves, il alla donc rendre visite, accompagn
seulement de deux serviteurs,  deux de ses vassaux, Ibn-Nouh, le
seigneur de Moron, et Ibn-ab-Corra, le seigneur de Ronda, sans les
avoir prvenus de son intention. Quand on songe  la haine que ces
Berbers lui portaient, on s'tonne avec raison qu'il et l'imprudence
d'aller se mettre ainsi  leur merci; mais le fait est qu'il ne manquait
pas d'audace, et que, malgr sa perfidie envers tout le monde, il se
fiait  la bonne foi des autres. A Moron il fut accueilli de la manire
la plus honorable. Ibn-Nouh lui tmoigna sa joie  cause de cette visite
inattendue, le festoya avec une hospitalit somptueuse, et l'assura de
nouveau qu'il serait toujours un vassal fidle. Mais Motadhid n'tait
pas venu pour couter des compliments ou recevoir des tmoignages
d'affection; son but tait tout autre. Il voulait sonder le terrain, et
gagner, si cela tait possible, quelques personnages influents. Il
s'aperut facilement que la population arabe brlait du dsir de secouer
le joug berber, et que, dans l'occasion, il pourrait compter sur son
appui. Grce aux pierres prcieuses et  l'argent que portaient les deux
serviteurs qui l'accompagnaient, il corrompit mme plusieurs officiers
berbers, sans qu'Ibn-Nouh et le moindre soupon de ces intrigues.

Fort content des rsultats de sa visite, Motadhid continua son voyage en
prenant la route de Ronda. Il y fut reu avec la mme bienveillance, et
ses pratiques secrtes y russirent aussi bien, mieux peut-tre, car les
Arabes de Ronda taient encore plus impatients que ceux de Moron de
s'affranchir de la domination berbre, les Beni-ab-Corra tant,  ce
qu'il parat, des matres plus durs que les Beni-Nouh. Motadhid fut donc
 mme d'ourdir une conspiration terrible qui claterait au premier
signal.

Peu s'en fallut, cependant, qu'il ne payt de sa vie son audacieuse
entreprise. Une fois, vers la fin d'un repas dans lequel le vin n'avait
pas t pargn, il se sentit gagner par le sommeil.

--Je me sens fatigu et j'ai envie de dormir, dit-il  son hte; mais
n'interrompez pas pour cela vos conversations ni vos rasades; un petit
somme m'aura bientt remis et je reviendrai alors reprendre ma place 
table.

--Faites comme vous voulez, seigneur, lui rpondit Ibn-ab-Corra en le
conduisant  un sofa.

Au bout d'une demi-heure environ, lorsque Motadhid semblait dormir d'un
profond sommeil, un officier berber pria les autres de l'couter un
moment, puisqu'il avait quelque chose d'important  leur dire. Ayant
obtenu le silence: Il me semble, dit-il  voix basse, que nous avons l
un gras blier qui est venu s'offrir spontanment au couteau. C'est pour
nous une bonne fortune  laquelle nous tions loin de nous attendre.
Eussions-nous donn, pour avoir cet homme ici, tout l'or de
l'Andalousie, cela ne nous et servi de rien, et voil qu'il vient de
lui-mme.... Cet homme est le dmon en personne, vous le savez tous, et
quand il aura cess de vivre, personne ne nous disputera plus la
possession de ce pays....

Tous gardrent le silence; mais on se consulta du regard, et comme
l'ide d'assassiner celui qu'ils craignaient et hassaient tous, dont
ils connaissaient tous les voies tortueuses, ne souriait que trop  ces
hommes endurcis ds leur enfance  toutes sortes de crimes, leurs
visages basans n'exprimaient ni surprise ni rpugnance. Un seul, plus
loyal que les autres, sentit son sang bouillir  l'ide d'une trahison
aussi infme. C'tait Modh ibn-ab-Corra, un parent du seigneur de
Ronda. Les yeux enflamms d'une gnreuse indignation, il se leva, et,
prenant la parole: Au nom du ciel, ne faisons pas cela! dit-il 
demi-voix, mais d'un ton ferme. Cet homme, en venant ici, a compt sur
notre loyaut; sa conduite prouve qu'il nous croit incapables de le
trahir, et notre honneur exige que nous justifions sa confiance. Que
diraient nos frres des autres tribus, s'ils apprenaient que nous avons
viol les droits sacrs de l'hospitalit, que nous avons assassin notre
hte? Que Dieu maudisse celui qui oserait commettre un tel crime!

Les Berbers se sentirent touchs par ces nobles paroles. En leur
rappelant d'une manire aussi nergique les devoirs de l'hospitalit,
Modh avait fait vibrer dans leurs coeurs une corde que l'on touche
rarement en vain chez les peuples de l'Asie et de l'Afrique.

Cependant Motadhid, bien qu'il ft semblant de dormir, tait
parfaitement veill. En proie  une indicible angoisse, il avait
entendu tout ce qui se disait. Rassur maintenant par l'effet qu'avaient
produit les paroles de Modh, il feignit de s'veiller et alla se
remettre  table. Tous les convives se levrent aussitt, l'embrassrent
et lui baisrent respectueusement le front. Ils mirent d'autant plus
d'effusion dans leurs caresses, que leur conscience n'tait pas tout 
fait tranquille, et qu'ils se reprochaient en secret d'avoir eu un
instant l'ide d'envoyer leur hte dans l'autre monde.

--Mes amis, leur dit alors le prince, il me faudra bientt retourner 
Sville; mais  la veille de vous quitter, je ne puis assez vous dire
combien je suis content de votre accueil. Je voudrais vous donner
quelques faibles marques de ma reconnaissance; malheureusement la
provision de petits cadeaux que portaient mes serviteurs, est puise ou
 peu prs. Mais donnez-moi de l'encre et du papier; que chacun de vous
me dicte son nom; qu'il dise ce qu'il dsire le plus, des vtements
d'honneur, de l'argent, des chevaux, des jeunes filles, des esclaves, ou
autre chose, et qu'il envoie dans ma capitale, quand j'y serai de
retour, un serviteur qui vienne prendre le prsent que je lui destine.

Tous s'empressrent d'obir aux dsirs du prince, et quand celui-ci fut
retourn  Sville, les serviteurs des Berbers y accoururent en foule
et rapportrent  Ronda des prsents magnifiques.

Les meilleures relations semblaient donc exister entre Motadhid et les
Berbers; les vieilles rancunes paraissaient oublies pour faire place 
une liaison troite,  une amiti intime et cordiale, lorsque, six mois
aprs la visite qu'il leur avait faite, Motadhid invita les seigneurs de
Ronda et de Moron  un grand festin, qu'il voulait leur offrir,
disait-il, pour leur tmoigner sa reconnaissance de leur bon accueil. Il
envoya aussi une invitation au Berber Ibn-Khazroun, le seigneur d'Arcos
et de Xrs, et bientt ils arrivrent tous les trois  Sville (1053).
Motadhid leur fit une rception magnifique, et selon la coutume, il leur
offrit un bain, de mme qu'aux principaux personnages de leur suite;
mais, sous un prtexte quelconque, il retint le jeune Modh auprs de sa
personne.

Environ soixante Berbers se rendirent  l'difice que le prince leur
avait indiqu. Aprs s'tre dshabills dans la premire salle, ils
entrrent dans la seconde, la vritable salle de bain. Comme cela se
voit encore aujourd'hui dans les pays musulmans, elle tait btie en
pierres, revtue de marbre, et couronne d'une coupole perce de trous
en toiles ferms par des verres dpolis. De distance  distance il y
avait des cuves de marbre, et des tuyaux, disposs dans l'paisseur des
murs et partant d'une chaudire, y maintenaient un degr de chaleur
trs-lev.

Savourant avec dlices le bien-tre que procure le bain, les Berbers
entendirent bien un bruit lger, comme si des maons fussent 
l'oeuvre, mais ils n'y firent pas grande attention d'abord. Au bout de
quelque temps, toutefois, la chaleur devenant de plus en plus
touffante, ils voulurent ouvrir la porte. Qu'on se figure leur effroi!
La porte tait mure, tous les ventilateurs taient bouchs.... Ils
moururent tous suffoqus[87].

Cependant le jeune Modh, aprs avoir attendu longtemps le retour de ses
compagnons, finit par devenir fort inquiet et se hasarda  demander 
Motadhid pourquoi ils tardaient tant  rentrer. Le prince n'hsita pas 
le lui dire, et comme il voyait une terreur profonde se peindre sur son
visage:

--Quant  toi, lui dit-il, tu n'as rien  craindre. Tes parents et tes
amis mritaient de prir puisqu'ils ont eu un instant l'ide de
m'assassiner. Sache que je ne dormais pas au moment o cette proposition
fut faite; mais j'ai entendu aussi les nobles paroles que tu as
prononces  cette occasion, et jamais je n'oublierai que, si je vis
encore, c'est  toi que j'en suis redevable. Tu peux choisir maintenant:
si tu consens  rester ici, je suis prt  partager avec toi toutes mes
richesses; mais si tu prfres de retourner  Ronda, je t'y ferai
reconduire aprs t'avoir combl de prsents.

--Hlas! seigneur, lui rpondit Modh d'un ton profondment triste,
comment pourrais-je retourner  Ronda, o tout me rappellerait le
souvenir de ceux que j'ai perdus?

--Eh bien, reste donc  Sville, reprit le prince; tu n'auras pas  te
plaindre de moi.

Puis, s'adressant  un de ses serviteurs:

--Prends soin, lui dit-il, qu'un beau palais soit mis en ordre
sur-le-champ, afin que Modh puisse venir l'habiter. Fais-y transporter
mille pices d'or, dix chevaux, trente jeunes filles et dix
esclaves.--Je te donne d'ailleurs, continua-t-il en s'adressant de
nouveau  Modh, un traitement annuel de douze mille ducats.

Modh resta donc  Sville, o il vcut dans une opulence princire.
Chaque jour Motadhid lui envoyait des cadeaux d'un grand prix ou d'une
rare lgance; il lui confia un commandement dans son arme[88], et
aussi souvent qu'il consultait ses vizirs sur les affaires de l'Etat, il
rservait la place d'honneur pour celui qui avait sauv sa vie.

Ayant dpos les ttes des seigneurs berbers dans cette affreuse
cassette dont il aimait tant  repatre ses regards, Motadhid envoya des
troupes prendre possession de Moron, d'Arcos, de Xrs, de Ronda et
d'autres places. Aides par la population arabe et par des tratres qui
s'taient vendus  Motadhid, elles y russirent sans trop de peine. La
prise de Ronda, o Abou-Nar avait succd  son pre, semblait devoir
coter le plus d'efforts, car, btie sur une montagne trs-leve, elle
tait entoure de prcipices et passait pour inexpugnable. Mais les
Arabes s'insurgrent en masse contre les Berbers, et se mirent  les
massacrer avec une aveugle fureur. Abou-Nar lui-mme tcha inutilement
de se sauver par la fuite: au moment o il essayait de grimper  la
muraille, son pied glissa, et son cadavre alla rouler dans le
prcipice[89].

Ce fut surtout la prise de Ronda qui causa au prince de Sville une joie
indicible. Il se hta de rendre cette ville plus forte encore qu'elle ne
l'tait dj; puis, les travaux de fortification achevs, il alla les
inspecter, et tressaillant d'aise, il composa ces vers:

     Mieux fortifie que tu ne l'as jamais t, tu es maintenant le plus
     beau bijou de mon royaume,  Ronda! Les lances et les pes
     tranchantes de mes braves guerriers m'ont procur l'avantage de te
     possder;  prsent tes habitants m'appellent leur seigneur et ils
     seront pour moi le plus ferme appui. Ah! pourvu que ma vie soit
     assez longue, je saurai bien abrger celle de mes ennemis. Pour me
     tenir en haleine, je ne cesserai jamais de les combattre. J'ai
     pass au fil de l'pe bataillons sur bataillons, et les ttes de
     mes ennemis, enfiles comme des perles, servent de collier  la
     porte de mon palais[90]!




VII.


Pendant que Motadhid, enivr de ses succs, se livrait aux transports
d'une joie immodre, Bds tait en proie  une anxit toujours
croissante. Quand il reut la nouvelle du terrible sort qui avait frapp
les seigneurs berbers, il dchira ses habits en hurlant de douleur et de
rage. Puis, quand il apprit que, par un lan d'indignation patriotique,
toute la population arabe de Ronda s'tait leve comme un seul homme
pour massacrer ses oppresseurs, de noirs pressentiments vinrent obsder
et tourmenter son esprit souponneux. Qui lui rpondait que ses propres
sujets arabes ne se fussent pas concerts, eux aussi, avec l'Abbdide,
qu'ils ne conspirassent pas contre son trne et sa vie? Cette pense le
poursuivait sans relche le jour et la nuit: on et dit qu'il avait des
accs de dlire. Tantt, transport de fureur, il criait, jurait et
s'emportait contre tout le monde; tantt, l'me trouble de crainte et
remplie d'une noire mlancolie, il gardait un morne silence et
languissait comme un arbre frapp de la foudre. Chose trange et de
sinistre prsage: Bds ne buvait plus....

Il laissait mrir en secret un projet horrible. Tant qu'il y aurait des
Arabes dans ses Etats, il ne serait pas un moment en sret; la
prudence, pensait-il, lui commandait donc de les exterminer, et il le
ferait le vendredi prochain, lorsqu'ils seraient tous runis dans la
mosque. Cependant, comme il n'entreprenait rien sans consulter son
vizir, le juif Samuel, il l'informa de son plan, mais en ajoutant qu'il
tait fermement dcid  l'excuter, que le vizir l'approuvt ou non. Le
juif jugea le plan mauvais; il tcha d'en dtourner le prince, le pria
d'attendre, et de rflchir mrement aux consquences d'une telle
action. Supposons, lui dit-il, que tout se passe selon vos souhaits;
supposons que vous russissiez  exterminer les Arabes, et ne comptons
pas le pril d'une telle entreprise; mais alors, croyez-vous que les
Arabes des autres Etats oublieront le malheur qui a frapp leurs
compatriotes? croyez-vous qu'ils resteront tranquillement dans leurs
demeures? Non pas, certainement; je les vois dj accourir tout furieux,
je vois des ennemis innombrables comme les vagues de la mer fondre sur
vous, et brandir leurs cimeterres au-dessus de votre tte.... Si
senses qu'elles fussent, ces paroles n'eurent cependant aucun effet sur
Bds. Il fit promettre  Samuel de lui garder le secret, et donna les
ordres ncessaires afin que tout ft prt pour le vendredi. Ce jour-l
les soldats devraient se runir, arms de toutes pices, sous le
prtexte d'une revue.

Samuel, toutefois, ne resta pas oisif: il envoya secrtement auprs des
principaux Arabes quelques femmes qui les connaissaient, et qui leur
conseillrent de ne pas se rendre  la mosque le vendredi prochain,
mais de se cacher au contraire. Ainsi avertis, les Arabes se tinrent sur
leurs gardes, et au jour fix il n'y eut dans la mosque que quelques
hommes du menu peuple. Furieux de voir son plan chouer, Bds fit venir
Samuel et lui reprocha d'avoir bruit le secret qu'il lui avait confi.
Le vizir le nia, aprs quoi il dit: On s'explique aisment que les
Arabes ne soient pas alls  la mosque. Voyant que vous aviez rassembl
vos troupes sans raison apparente, car vous tes en paix avec vos
voisins, ils ont souponn naturellement que c'tait  eux que vous en
vouliez. Au lieu de vous fcher, vous devriez plutt rendre grces 
Dieu: devinant votre intention, ils auraient pu se soulever contre vous,
et cependant ils n'ont pas boug. Considrez l'affaire de sang-froid,
seigneur; le temps viendra o vous approuverez ma manire de voir.
Peut-tre Bds aurait-il encore refus, dans son aveuglement, de se
laisser persuader, mais un chaikh berber ayant approuv les raisons que
donnait Samuel, il avoua enfin qu'il avait eu tort[91]. Il ne songea
donc plus  exterminer ses sujets arabes; mais, vivement sollicit par
les fugitifs de Moron, d'Arcos, de Xrs et de Ronda, qui taient venus
chercher un asile  Grenade, il rsolut de punir le perfide ennemi de sa
race, et envahit le territoire svillan  la tte de ses propres troupes
et des migrs[92]. Nous ne possdons pas de dtails sur cette guerre,
mais tout porte  croire qu'elle fut sanglante; car d'une part les
Berbers taient enflamms du dsir de venger la mort de leurs
compatriotes, de l'autre, les Arabes hassaient les Grenadins plus
encore qu'ils ne hassaient les autres Berbers. Ils les regardaient
comme des infidles, des mcrants, des ennemis de la religion
musulmane, parce qu'ils avaient un vizir juif. Ton pe a svi parmi un
peuple qui n'a jamais cru qu'au judasme, bien qu'il se donne le nom de
berber, disaient les potes svillans quand ils chantaient les
victoires de Motadhid[93]. Aux yeux des Svillans une guerre contre les
Grenadins tait donc une guerre sainte; aussi les combattirent-ils avec
tant de vigueur, qu'ils les forcrent  se retirer. Les migrs furent
bien  plaindre alors. Motadhid ne leur permettant pas de retourner 
leurs demeures et Bds ne voulant pas qu'ils restassent  Grenade,
attendu qu'il aurait d pourvoir  leur subsistance, ils furent obligs
de passer le Dtroit. Ils dbarqurent dans le voisinage de Ceuta; mais
Sacaute, le seigneur de cette place, ne voulait pas non plus d'eux.
Repousss ainsi par tout le monde,  une poque o la famine ravageait
l'Afrique, ils prirent presque tous de faim[94].

Ensuite Motadhid tourna ses armes contre le Hammoudite Csim, le
seigneur d'Algziras. C'tait le plus faible parmi les princes berbers;
aussi fut-il bientt forc de demander grce. Motadhid lui permit
d'aller vivre  Cordoue (1058)[95].

Cette nouvelle conqute acheve, Motadhid crut qu'il tait temps de
finir la comdie qu'il avait joue jusqu'alors  l'exemple de son pre,
et de dclarer que le soi-disant Hichm II tait mort. Les raisons que
son pre avait eues pour se couvrir du nom de ce monarque n'existaient
plus. Tout le monde tait convaincu dsormais que le retour au pass
tait impossible, que le califat tait tomb pour ne plus se relever; 
cet gard l'exprience avait dissip toutes les illusions. Le nattier de
Calatrava tait donc devenu un personnage parfaitement inutile. Il se
peut que cet homme, qui ne se montrait jamais ni au peuple ni aux
courtisans, ft mort depuis plusieurs annes; il se peut aussi que
Motadhid, ennuy de lui, l'ait fait tuer, comme quelques chroniqueurs
l'assurent. Nous n'oserions rien affirmer  ce sujet, car le prince de
Sville, quand il le voulait, savait envelopper ses actes d'un mystre
impntrable. Toujours est-il que, dans l'anne 1059, il runit les
principaux habitants de sa capitale pour leur annoncer que le calife
Hichm avait succomb, quelque temps auparavant,  une attaque de
paralysie. Tant qu'il avait eu des guerres  soutenir, ajouta-t-il, la
prudence lui avait dfendu de donner de la publicit  cet vnement,
mais maintenant qu'il tait en paix avec tous ses voisins, il pouvait le
faire sans danger. Puis il fit ensevelir la dpouille mortelle du
nattier de Calatrava avec tous les honneurs dus  la royaut, et en sa
qualit de _hdjib_ ou premier ministre, il accompagna le cortge  pied
et sans _tailesn_[96]. Il communiqua aussi la mort du calife  ses
allis de l'Est, en les exhortant  faire un nouveau choix.
Naturellement personne n'y songea. Il prtendit alors, dit-on, que, dans
son testament, le calife l'avait nomm mir de toute l'Espagne[97]. Il
est certain, du moins, qu'il tchait de le devenir; tous ses efforts
tendaient vers ce but, et il voulait s'emparer maintenant de l'ancienne
capitale de la monarchie. La destine, toutefois, lui prparait un
dsappointement terrible.

Dj ses troupes avaient fait plusieurs razzias sur le territoire de
Cordoue, lorsque, dans l'anne 1063[98], il donna  Isml, son fils
an et le gnral de son arme, l'ordre d'aller prendre la ville  demi
ruine de Zahr. Isml fit des difficults, des objections. Depuis
quelque temps dj, il tait mcontent de son pre. Il se plaignait de
sa duret, de son humeur tyrannique; il l'accusait de l'exposer souvent
 de graves prils, en refusant de lui donner assez de soldats alors
qu'il y avait un combat  livrer ou une place forte  assiger. Un
aventurier ambitieux fomentait son mcontentement. C'tait Abou-Abdallh
Bizilyn, qui avait migr de Malaga lors de la prise de cette ville
par Bds. Voulant  tout prix devenir premier ministre, n'importe de
qui, n'importe o, cet intrigant avait tch de faire natre dans le
coeur d'Isml la pense de se rvolter contre son pre et de fonder
quelque part,  Algziras par exemple, une principaut indpendante. Il
n'avait que trop bien russi dans son projet: au moment o il reut
l'ordre de marcher contre Zahr, l'irritation d'Isml tait telle qu'il
fallait peu de chose pour la porter au comble, et malheureusement son
pre refusa de nouveau de lui donner autant de troupes qu'il en
demandait. En vain Isml lui reprsenta qu'avec le peu de soldats qu'il
avait, il lui serait impossible d'attaquer un Etat tel que Cordoue, et
que, si Bds venait au secours des Cordouans, comme il ne manquerait
pas de le faire puisqu'il tait leur alli, il serait plac entre deux
feux. Motadhid ne voulut rien entendre; il s'emporta; dans son courroux
il appela son fils un lche, il l'accabla de menaces, et peu s'en fallut
que des paroles il n'en vnt aux voies de fait. Si tu tardes  m'obir,
s'cria-t-il, je te fais couper la tte!

Bless dans sa fiert et le coeur rempli de colre, Isml se met en
marche; mais il consulte Bizilyn, et celui-ci lui persuade sans peine
que le moment est venu d'excuter le projet souvent discut entre eux. A
deux journes de Sville, Isml annonce donc  ses officiers qu'il a
reu de son pre une lettre dans laquelle il lui enjoint de retourner
auprs de lui, attendu qu'il a encore quelque chose d'important  lui
dire. Puis, accompagn de Bizilyn et d'une trentaine de ses gardes 
cheval, il retourne en toute hte  Sville. Motadhid n'y tait pas; il
rsidait dans le chteau de Zhir, de l'autre ct du fleuve, Isml
trouve la citadelle de Sville faiblement garde. Dans la nuit il s'en
rend matre, charge les trsors de son pre sur des mulets, et afin que
personne ne puisse traverser le fleuve et porter  Zhir la nouvelle de
ce qui venait d'arriver, il fait couler  fond les barques amarres
devant la citadelle. Puis, emmenant sa mre et les autres femmes du
srail, il prend la route d'Algziras.

Cependant, malgr les soins qu'il avait pris pour empcher que le bruit
de son entreprise ne parvnt aux oreilles de son pre, celui-ci en fut
inform par un cavalier de la suite de son fils, qui, dsapprouvant sa
coupable conduite, passa le Guadalquivir  la nage. A l'instant mme,
Motadhid fit battre la campagne sur tous les points par des brigades de
cavalerie, et envoya des exprs aux gouverneurs de ses forteresses. Ils
arrivrent  temps, et Isml trouva fermes les portes de tous les
chteaux qui taient sur sa route. Craignant alors de voir les
chtelains se runir pour l'attaquer, il implora la protection de
Had qui tait gouverneur d'un chteau pos sur la pointe d'une
colline aux confins du district de Sidona. Had lui accorda sa
demande, mais en stipulant qu'il resterait au pied de la colline. Puis,
accompagn de ses soldats, il se rendit auprs de lui, lui conseilla de
se rconcilier avec son pre, et lui offrit sa mdiation. Voyant que
son plan avait compltement chou, Isml consentit  tout ce qu'il lui
proposait. Had lui permit alors d'entrer dans le chteau, o il le
traita avec tous les gards dus  son rang, et s'empressa d'crire 
Motadhid. Il disait dans sa lettre qu'Isml se repentait de son
chauffoure, et il suppliait le prince de lui pardonner. La rponse de
Motadhid ne se fit pas attendre. Elle tait rassurante; le prince
dclarait qu'il pardonnait  son fils.

Isml retourna donc  Sville. Son pre lui laissa tous ses biens, mais
en mme temps il le fit troitement garder, et ordonna que l'on coupt
la tte  Bizilyn ainsi qu' ses complices. Isml l'apprit, et comme
il ne connaissait que trop bien la duplicit de son pre, il ne vit plus
qu'un pige dans le pardon qu'il avait obtenu. Ds lors son parti tait
pris. Ayant gagn,  force d'argent, ses gardes et quelques esclaves, il
les rassemble pendant la nuit, les arme, les fait boire pour leur donner
du courage, et escalade avec eux un endroit du palais qu'il croit facile
 surprendre. Il espre trouver son pre endormi, et cette fois il est
bien rsolu de lui ter la vie. Mais tout  coup Motadhid se montre  la
tte de ses soldats. A sa vue, les conspirateurs prennent prcipitamment
la fuite. Isml russit  franchir la muraille de la ville; mais des
soldats lancs  sa poursuite l'atteignent et le ramnent prisonnier.

Au comble de la fureur, son pre le fit traner au fond du palais, et,
ayant loign tous les tmoins, il le tua de ses propres mains. Il svit
aussi contre ses complices, ses amis, ses serviteurs, et mme contre les
femmes de son srail. Il y eut des mains, des nez, des pieds coups, des
excutions publiques et secrtes.

Sa colre apaise, le tyran fut en proie  une sombre tristesse,  des
remords dchirants. Ce fils qui s'tait rvolt contre lui, qui avait
attent  sa vie, qui lui avait enlev ses trsors et jusqu' ses
femmes, avait t bien coupable sans doute; mais il avait beau se le
dire, se le rpter  tout instant, il ne pouvait oublier qu'il l'avait
aim, rellement aim, car malgr la duret de son me, il avait une
tendre affection pour sa famille. Dans ce fils prudent et sage dans le
conseil, vaillant et intrpide sur le champ de bataille, il avait vu
l'appui de sa vieillesse prmature et le continuateur de son oeuvre.
Maintenant il avait dtruit de ses propres mains ses esprances les plus
chres!

Le troisime jour aprs cette sanglante catastrophe, raconte un vizir
svillan, j'entrai avec mes collgues dans la salle du conseil. Le
visage de Motadhid tait terrible  voir; nous tremblions de peur, et en
le saluant, nous pmes  peine balbutier quelques paroles. Le prince
nous mesura, de son regard scrutateur, des pieds  la tte; puis,
rugissant comme un lion:--Misrables, s'cria-t-il, pourquoi ce
silence? Vous vous rjouissez en secret de mon malheur; sortez d'ici!

Pour la premire fois peut-tre cette sauvage nergie, cette volont de
fer, se trouva brise; ce coeur en apparence invulnrable avait reu
une blessure que le temps pourrait adoucir peu  peu, mais qui
laisserait toujours une profonde cicatrice. Pour le moment, laissant en
repos la rpublique de Cordoue, joyeuse autant qu'tonne de ce rpit,
il ne songea plus  ses vastes projets[99]; mais insensiblement il y
revint, et ce fut Malaga qui rveilla son ambition.

Courbs depuis plusieurs annes sous le joug de Bds, les Arabes de
Malaga maudissaient chaque jour sa tyrannie, et c'tait du prince de
Sville qu'ils attendaient leur dlivrance. Ils savaient bien qu'il
tait un tyran, lui aussi; mais tyran pour tyran, ils prfraient celui
qui appartenait  la mme nation qu'eux. Ils s'entendirent donc, avec
Motadhid et tramrent une conspiration. Bds lui-mme favorisa leurs
projets par sa nonchalance, car, plong dans une ivresse presque
continuelle, il ne s'occupait des affaires qu' de rares intervalles. Au
jour fix, un soulvement gnral et irrsistible clata dans la
capitale et dans vingt-cinq forteresses; en mme temps des troupes
svillanes, commandes par Motamid, le fils de Motadhid, franchirent la
frontire pour venir au secours des insurgs. Pris au dpourvu, les
Berbers furent passs au fil de l'pe; ceux qui russirent  se sauver
ne durent leur salut qu' une prompte fuite, et en moins d'une semaine,
toute la principaut fut au pouvoir du prince de Sville. Le chteau de
Malaga, o il y avait une garnison de ngres, tait le seul qui ne se
ft pas encore rendu. Bien fortifi et situ sur le sommet d'une
montagne, il pourrait tenir longtemps, et il tait  craindre que Bds
ne profitt de cet intervalle pour venir au secours des assigs. Tel,
du moins, tait l'avis des chefs de l'insurrection; ils conseillrent
donc  Motamid de presser le sige du chteau, de se tenir sur ses
gardes, et de ne pas trop se fier aux Berbers qui servaient en assez
grand nombre dans son arme. C'taient de sages conseils, mais Motamid
ne les couta pas. Indolent de sa nature et nullement souponneux, il se
laissait fter par la population qu'il avait charme par ses manires
aimables, et ne prtait que trop l'oreille  ses officiers berbers qui,
pousss par une secrte sympathie pour Bds, le trahissaient et
l'assuraient que bientt le chteau se rendrait spontanment. Quant 
ses autres soldats, croyant aussi qu'aucun pril ne les menaait, ils
faisaient mauvaise garde et se livraient aux plaisirs.

Cette insouciance devint fatale  tout le monde. Les ngres du chteau
ayant trouv le moyen d'informer Bds qu'il lui serait facile de
surprendre l'arme svillane, les troupes de Grenade se mirent en route.
Elles traversrent les montagnes avec tant de vitesse et de prcaution,
qu'elles entrrent dans Malaga sans que Motamid, un instant auparavant,
et eu le moindre soupon de leur approche. Elles n'eurent donc pas de
combat  livrer; tout ce qu'elles avaient  faire, c'tait d'gorger des
soldats dsarms et pour la plupart  demi ivres. Motamid leur chappa
en se retirant sur Ronda; mais toute la principaut fut force de se
soumettre de nouveau  la domination de Bds.

Que l'on se figure la rage de Motadhid lorsqu'il apprit que, par suite
de la coupable ngligence de son fils, il avait perdu une arme et une
superbe principaut! Il commena par ordonner que Motamid ft retenu
prisonnier  Ronda; puis, oubliant les remords que le meurtre de son
fils an lui avait causs, il voulut que le second payt de sa tte la
faute qu'il avait commise.

Ignorant encore jusqu' quel point son pre tait irrit, Motamid lui
envoya des pomes remplis de flatteries adroites. Il y faisait l'loge
de sa gnrosit, de sa clmence; il tchait de le consoler en lui
rappelant ses anciens succs. Que de victoires brillantes n'avez-vous
pas remportes, disait-il, victoires dont on parlera toujours aux
sicles futurs; les caravanes en ont port le bruit dans les contres
les plus lointaines, et quand les Arabes du Dsert s'assemblent au
clair de la lune pour se raconter les exploits des preux, ils ne parlent
que des vtres. Il cherchait  s'excuser en rejetant tout sur les
perfides Berbers; il peignait avec les plus vives couleurs la tristesse
que lui causait sa disgrce. Mon me tremble, disait-il, ma voix et mes
yeux sont teints. La couleur a disparu de mes joues, et pourtant je ne
suis pas malade; mes cheveux ont blanchi, et pourtant je suis jeune
encore. Rien ne me plat dornavant; la coupe et la guitare n'ont plus
d'attrait pour moi; les jeunes filles, qu'elles soient agaantes ou
timides, ont perdu l'empire qu'elles avaient sur mon me. Ce n'est pas
que je me sois jet dans la dvotion, dans la cagoterie; non, je le
jure, je sens encore bouillir dans mes veines le sang fougueux de la
jeunesse; mais la seule chose qui me plairait aujourd'hui, ce serait
d'obtenir votre pardon et de passer ma lance  travers le corps de vos
ennemis.

Peu  peu, Motadhid se laissa flchir, en partie par les pomes de son
fils, car il tait fort sensible aux beaux vers, en partie par les
prires d'un pieux ermite de Ronda. Il permit donc  Motamid de
retourner  Sville et se rconcilia avec lui[100]. Mais la principaut
de Malaga tait irrvocablement perdue; dsormais Bds se tint trop sur
ses gardes pour que Motadhid pt tenter pour la seconde fois un pareil
coup de main. Il est  prsumer aussi que le roi de Grenade, toujours
inexorable dans sa vengeance et qui ne marchait qu'escort de bourreaux,
aura chti par le feu, par le fer, par la fosse, les malheureux qui
avaient eu l'insolence de se rvolter contre lui, et que de cette
manire il aura t aux mcontents le dsir de recommencer.

Au milieu de leurs maux, ils eurent cependant la consolation--et c'en
tait une, car  leur haine de l'oppression se joignait tant soit peu de
fanatisme religieux--ils eurent la consolation, disons-nous, d'apprendre
que l'influence des juifs  la cour de Grenade avait atteint son terme.

Samuel avait cess de vivre, mais son fils Joseph lui avait succd.
C'tait aussi un homme habile et instruit; seulement il ne savait pas,
comme son pre, se faire pardonner  force de modestie la haute dignit
qu'il occupait. Il talait le faste d'un prince, et quand il allait 
cheval  ct de Bds, on n'apercevait aucune diffrence entre le
costume du monarque et celui du ministre. Et en vrit, il tait plus
roi que le roi. Il dominait compltement Bds, qui tait plong dans
une ivresse presque continuelle, et afin que ce prince ne tentt pas de
se soustraire  son empire, il l'avait entour d'espions qui lui
rapportaient jusqu' ses moindres paroles. Au reste il n'tait juif que
de nom. On disait du moins qu'il ne croyait pas plus  la religion de
ses anctres qu' une autre, et qu'il les mprisait toutes. Il ne semble
pas avoir attaqu ouvertement celle de Mose, mais quant  celle de
Mahomet, il dclara en public que ses dogmes taient absurdes, et il
tourna en ridicule plusieurs versets du Coran.

Par sa fiert, son orgueil, ses sentiments irrligieux et son peu de
respect pour la justice, Joseph avait bless les Arabes, les Berbers, et
mme les juifs. Plusieurs forfaits lui furent imputs, et il se fit une
foule d'ennemis parmi lesquels un faqui arabe, Abou-Ishc d'Elvira,
tenait le premier rang. La jeunesse de cet homme avait t orageuse;
plus tard il avait essay d'obtenir  la cour un rang auquel sa
naissance semblait lui donner des droits; mais il n'y avait pas russi:
Joseph avait frustr ses esprances et l'avait envoy en exil. Il
s'tait jet alors dans la dvotion; mais rempli de haine contre Joseph,
il composa contre lui et ses coreligionnaires le pome virulent qu'on va
lire:

     Va, mon messager, va rapporter  tous les Cinhdjites, les pleines
     lunes et les lions de notre temps, ces paroles d'un homme qui les
     aime, qui les plaint et qui croirait manquer  ses devoirs
     religieux s'il ne leur donnait des conseils salutaires:

     Votre matre a commis une faute dont les malveillants se
     rjouissent: pouvant choisir son secrtaire parmi les croyants, il
     l'a pris parmi les infidles! Grce  ce secrtaire, les juifs, de
     mpriss qu'ils taient, sont devenus des grands seigneurs, et
     maintenant leur orgueil et leur arrogance ne connaissent plus de
     limites. Tout  coup et sans qu'ils s'en doutassent, ils ont obtenu
     tout ce qu'ils pouvaient dsirer; ils sont parvenus au comble des
     honneurs, de sorte que le singe le plus vil parmi ces mcrants
     compte aujourd'hui parmi ses serviteurs une foule de pieux et
     dvots musulmans. Et tout cela, ce n'est pas  leurs propres
     efforts qu'ils le doivent; non, celui qui les a levs si haut est
     un homme de notre religion!... Ah! pourquoi cet homme ne suit-il
     pas  leur gard l'exemple que lui ont donn les princes bons et
     dvots d'autrefois? Pourquoi ne les remet-il pas  leur place,
     pourquoi ne les rend-il pas les plus vils des mortels? Alors,
     marchant par troupes, ils mneraient au milieu de nous une vie
     errante, en butte  notre ddain et  notre mpris; alors ils ne
     traiteraient pas nos nobles avec hauteur, nos saints avec
     arrogance; alors ils ne s'asseyeraient pas  nos cts, ces hommes
     de race impure, et ils ne chevaucheraient pas cte  cte des
     grands seigneurs de la cour!

     O Bds! Vous tes un homme d'une grande sagacit et vos
     conjectures quivalent  la certitude: comment se fait-il donc que
     vous ne voyiez pas le mal que font ces diables dont les cornes se
     montrent partout dans vos domaines? Comment pouvez-vous avoir de
     l'affection pour ces btards qui vous ont rendu odieux au genre
     humain? De quel droit esprez-vous d'affermir votre pouvoir, quand
     ces gens-l dtruisent ce que vous btissez? Comment pouvez-vous
     accorder une si aveugle confiance  un sclrat et en faire votre
     ami intime? Avez-vous donc oubli que le Tout-Puissant dit dans
     l'Ecriture qu'il ne faut pas se lier avec des sclrats? Ne prenez
     donc pas ces hommes pour vos ministres, mais abandonnez-les aux
     maldictions, car toute la terre crie contre eux; bientt elle
     tremblera et alors nous prirons tous!... Portez vos regards sur
     d'autres pays et vous verrez que partout on traite les juifs comme
     des chiens et qu'on les tient  l'cart. Pourquoi vous seul en
     agiriez-vous autrement, vous qui tes un prince chri de vos
     peuples, vous qui tes issu d'une illustre ligne de rois, vous qui
     primez vos contemporains, de mme que vos anctres primaient les
     leurs?

     Arriv  Grenade, j'ai vu que les juifs y rgnaient. Ils avaient
     divis entre eux la capitale et les provinces; partout commandait
     un de ces maudits. Ils percevaient les contributions, ils faisaient
     bonne chre, ils taient magnifiquement vtus, au lieu que vos
     hardes,  musulmans, taient vieilles et uses. Tous les secrets
     d'Etat leur taient connus; quelle imprudence que de les confier 
     des tratres! Les croyants faisaient un mauvais repas  un _dirhem_
     par tte; mais eux, ils dnaient somptueusement dans le palais. Ils
     vous ont supplants dans la faveur de votre matre,  musulmans, et
     vous ne les en empchez pas, vous les laissez faire? Leurs prires
     rsonnent tout comme les vtres; ne l'entendez-vous pas, ne le
     voyez-vous pas? Ils tuent des boeufs et des moutons sur nos
     marchs, et vous mangez sans scrupule la chair des animaux tus par
     eux! Le chef de ces singes a enrichi son htel d'incrustations de
     marbre; il y a fait construire des fontaines d'o coule l'eau la
     plus pure, et pendant qu'il nous fait attendre  sa porte, il se
     moque de nous et de notre religion. Dieu, quel malheur! Si je
     disais qu'il est aussi riche que vous,  mon roi, je dirais la
     vrit. Ah! htez-vous de l'gorger et de l'offrir en holocauste;
     sacrifiez-le, c'est un blier gras! N'pargnez pas davantage ses
     parents et ses allis; eux aussi ont amass des trsors immenses.
     Prenez leur argent; vous y avez plus de droit qu'eux. Ne croyez pas
     que ce serait une perfidie que de les tuer; non, la vraie perfidie,
     ce serait de les laisser rgner. Ils ont rompu le pacte qu'ils
     avaient conclu avec nous; qui donc oserait vous blmer si vous
     punissez des parjures? Comment pourrions-nous aspirer  nous
     distinguer, quand nous vivons dans l'obscurit et que les juifs
     nous blouissent par l'clat des grandeurs? Compars avec eux, nous
     sommes mpriss, et l'on dirait vraiment que nous sommes des
     sclrats et que ces hommes-l sont d'honntes gens! Ne souffrez
     plus qu'ils nous traitent comme ils l'ont fait jusqu' prsent, car
     vous nous rpondrez de leur conduite. Rappelez-vous aussi qu'un
     jour vous devrez rendre compte  l'Eternel de la manire dont vous
     aurez trait le peuple qu'il a lu et qui jouira de la batitude
     ternelle!

Ce pome eut peu d'effet sur Bds, qui accordait  Joseph une confiance
illimite, mais il produisit parmi les Berbers une sensation profonde.
Ils jurrent la perte du juif, et les chefs du complot rpandirent le
bruit que Joseph s'tait vendu  Motacim, le roi d'Almrie, avec lequel
on tait alors en guerre. Puis, comme les moins crdules et les moins
aveugls par la passion leur demandaient quel intrt Joseph pouvait
avoir  trahir un prince qu'il gouvernait compltement, ils rpondaient
que, lorsque le juif aurait fait prir Bds et qu'il aurait livr ses
Etats  Motacim, il ferait aussi mourir ce dernier et qu'alors il
s'assirait sur le trne. Il est  peine besoin de dire que tout cela
n'tait qu'une pure calomnie. Le fait est que les Berbers cherchaient un
prtexte pour faire tomber Joseph et pour piller les juifs auxquels ils
enviaient depuis longtemps leurs richesses. Croyant l'avoir trouv
enfin, ils s'ameutrent et assaillirent le palais royal o Joseph
s'tait rfugi. Pour chapper  leur aveugle fureur, le juif se cacha
dans un charbonnier, o il se noircit la figure afin de se rendre
mconnaissable; mais il fut dcouvert, reconnu, tu et attach sur une
croix. Puis les Grenadins s'tant mis  massacrer les autres juifs et 
piller leurs demeures, environ quatre mille personnes devinrent les
victimes de leur haine fanatique (30 dcembre 1066)[101].




VIII


Le reste de l'Espagne musulmane n'tait gure plus tranquille que le
Midi; partout on se disputait avec acharnement les dbris du califat, et
cependant on voyait grossir dans le Nord un torrent dont le flot
menaait d'engloutir tous les Etats musulmans de la Pninsule.

Pendant un demi-sicle les rois chrtiens avaient eu trop  faire chez
eux pour pouvoir se poser en conqurants; mais vers l'anne 1055 les
choses changrent de face. A cette poque Ferdinand Ier, roi de
Castille et de Lon, se trouva enfin  mme de tourner toutes ses forces
contre les Sarrasins. Il tait  prvoir que ces derniers ne seraient
pas en tat de lui rsister. Tous les avantages, en effet, taient du
ct des chrtiens; ils avaient ce que leurs ennemis n'avaient plus,
l'esprit martial et l'enthousiasme religieux. Aussi les conqutes de
Ferdinand furent rapides et brillantes. Il enleva  Modhaffar de Badajoz
Viseu et Lamego (1057), conquit sur le roi de Saragosse les forteresses
au sud du Duero, fit une terrible razzia dans les Etats de Mamoun de
Tolde, et s'avana jusqu' Alcala de Hnars. Les habitants de cette
ville firent dire  leur souverain que, s'il ne se htait de venir 
leur secours, ils seraient bientt obligs de se rendre. Trop faible
pour repousser l'ennemi, Mamoun prit le parti le plus sage: tant venu
en personne offrir  Ferdinand une immense quantit d'or, d'argent et de
pierres prcieuses, il se dclara son vassal et son tributaire, comme
les rois de Badajoz et de Saragosse l'avaient dj fait[102].

Ce fut alors le tour de Motadhid. Dans l'anne 1063, Ferdinand vint
brler les villages du territoire de Sville, et la faiblesse des Etats
musulmans tait telle que Motadhid, quoiqu'il ft sans contredit le
monarque le plus puissant de l'Andalousie, crut prudent de suivre
l'exemple que Mamoun lui avait donn. Il se rendit donc au camp
chrtien, offrit de beaux prsents  Ferdinand, et le supplia d'pargner
son royaume. Ferdinand ne semble avoir connu ni la fourberie ni la
cruaut de cet homme, auquel des cheveux blancs et un front sillonn de
rides donnaient l'aspect imposant et vnrable d'un vieillard; car, bien
qu'il ne comptt encore que quarante-sept ans, les soucis de l'ambition,
le travail, les excs et peut-tre le remords avaient vieilli ses traits
avant l'ge[103]. Il n'est donc pas tonnant que le roi de Castille se
laisst toucher par ses prires; mais croyant devoir consulter les
grands et les vques de son royaume, il les convoqua pour leur demander
quelles conditions on imposerait  Motadhid. L'assemble dcida que le
roi de Sville serait tenu de payer un tribut annuel, et de remettre 
des ambassadeurs que Ferdinand lui enverrait, le corps de sainte Juste,
vierge et martyre du temps de la perscution romaine. Motadhid ayant
accept ces conditions, Ferdinand ramena son arme, et quand il fut de
retour  Lon, il envoya  Sville Alvitus, vque de la capitale, et
Ordoo, vque d'Astorga.

Les deux prlats avaient une double tche  remplir: ils devaient
rapporter  Lon le corps de la sainte et rgler l'affaire du
tribut[104]. Malheureusement les recherches que l'on fit pour dcouvrir
les reliques de sainte Juste demeurrent inutiles. Vous le voyez, mes
frres, dit alors Alvitus  ses compagnons,  moins que la misricorde
divine ne nous vienne en aide, nous retournerons tromps dans nos
esprances de ce pnible voyage. Il me semble donc ncessaire de
demander  Dieu, par trois jours de jenes et de prires, qu'il daigne
nous rvler le trsor cach que nous cherchons. En consquence, les
chrtiens passrent trois jours dans les jenes et les prires, ce dont
la sant d'Alvitus, dj altre au moment o il arriva  Sville,
souffrit beaucoup. Dans la matine du quatrime jour, cet vque runit
de nouveau ses compagnons et leur dit: Nous devons, mes bien-aims,
rendre grce  Dieu de tout notre coeur, puisque, dans sa misricorde,
il a daign ne point frustrer notre voyage de sa rcompense. Un ordre du
ciel nous dfend, il est vrai, de tirer d'ici les membres de la
bienheureuse Juste; mais vous rapporterez dans votre patrie un don non
moins prcieux,  savoir le corps du bienheureux Isidore, qui a port
dans cette ville la mitre piscopale, et qui, par ses oeuvres et sa
parole, fut l'ornement de l'Espagne entire. J'aurais voulu, mes frres,
veiller et prier toute cette nuit, mais m'tant assis un instant accabl
de fatigue, j'ai t vaincu par le sommeil. Alors un vieillard revtu de
l'habit piscopal m'est apparu.--Je sais, m'a-t-il dit, dans quel
dessein toi et tes compagnons vous tes venus ici; mais comme il n'entre
pas dans la volont divine que cette ville soit attriste par le dpart
de sainte Juste, et que Dieu, dans son inpuisable misricorde, ne veut
pas non plus que tes compagnons partent les mains vides, il leur donne
mon corps.--Qui tes-vous qui me donnez ces ordres? lui ai-je
demand.--Je suis le docteur de toute l'Espagne, m'a-t-il rpondu, et
autrefois j'ai t le chef des prtres de cette ville; je suis
Isidore.--Ayant parl ainsi, il disparut, et m'tant veill, je priai
Dieu pour que, si cette vision venait de lui, il daignt la renouveler
une deuxime et une troisime fois. Elle se renouvela en effet deux fois
encore;  chaque reprise le vieillard m'adressa les mmes paroles, et la
troisime fois il ajouta, en me montrant l'endroit o son corps est
enterr et en le frappant trois fois d'une baguette qu'il tenait  la
main:--Ici, ici, ici, tu trouveras mon corps; et afin que tu ne
t'imagines pas que c'est un fantme qui t'abuse, tu reconnatras que ce
que je dis est vrai  ce signe: aussitt que mon corps aura t retir
de la terre, une maladie incurable te saisira, et, quittant ce corps
mortel, tu viendras  nous avec la couronne des justes.--Cela dit, la
vision disparut.

Alvitus se rendit ensuite avec ses compagnons au palais de Motadhid, lui
raconta sa vision, et lui demanda la permission d'emporter le corps
d'Isidore, en remplacement de celui de sainte Juste.

Le rcit de l'vque a d produire sur Motadhid une impression
singulire. Sceptique et railleur, il enveloppait toutes les religions
dans un mme ddain, et ne croyait qu' deux choses, l'astrologie et le
vin[105]. Il couta nanmoins l'vque avec un srieux imperturbable,
et quand celui-ci eut conclu sa longue harangue: Hlas! s'cria-t-il
d'un ton de profonde tristesse, si je vous donne Isidore, que me
reste-t-il donc ici? Toutefois, que la volont de Dieu soit faite! Vous
tes un homme trop vnrable pour que je puisse vous refuser quelque
chose. Cherchez le corps d'Isidore et emportez-le, malgr que j'en aie.
L'Arabe, en vrai renard qu'il tait, comprenait le parti qu'il pouvait
tirer de la pit des chrtiens, pit dont il riait sous cape. Ayant un
tribut  payer, il calculait que s'il feignait d'attacher un grand prix
aux reliques, si, pour ainsi dire, il ne se les laissait arracher qu'
son corps dfendant, elles pourraient lui devenir fort utiles. Il
comptait faire comme le dbiteur qui, press de payer sa dette, sait
faire entrer dans le compte quelque antiquaille, qu'il fait accepter 
son crancier comme un objet d'une antiquit, d'une raret et d'un prix
tout  fait extraordinaires. Aussi joua-t-il son rle jusqu'au bout, car
au moment o l'vque d'Astorga (son collgue Alvitus venait de mourir)
s'apprtait  quitter Sville avec les restes d'Isidore, il vint  la
rencontre du cortge, jeta sur le sarcophage une couverture de brocart
charge d'arabesques d'un travail merveilleux, et, poussant de gros
soupirs: Voil que tu te retires d'ici, Isidore, homme vnrable!
s'cria-t-il; tu sais pourtant quelle troite amiti nous unit[106]!

L'anne suivante (1064) fut extrmement dsastreuse pour les musulmans.
Combre fut oblige de se rendre  Ferdinand aprs avoir soutenu un
sige de six mois. En vertu de la capitulation, plus de cinq mille des
dfenseurs de la place furent livrs au vainqueur; les autres quittrent
leurs demeures n'emportant avec eux que l'argent ncessaire  leur
voyage. Ce n'tait pas tout encore: tous les musulmans qui demeuraient
entre le Duero et le Mondego reurent l'ordre de quitter le pays[107].
Ferdinand tourna ensuite ses armes contre le royaume de Valence, o le
faible et indolent Abdalmlic-Modhaffar, qui avait succd  son pre
Abdalazz en 1061, rgnait alors. La capitale fut assige; mais voyant
qu'elle tait difficile  prendre, les Castillans eurent recours  une
ruse pour la priver de ses dfenseurs. Ils feignirent de se retirer et
alors les Valenciens sortirent pour les poursuivre revtus de leurs
habits de fte, tant ils croyaient la victoire facile. Leur audace leur
cota cher. Prs de Paterna,  gauche de la route qui mne de Valence 
Murcie, ils furent assaillis  l'improviste par les Castillans. La
plupart furent massacrs et leur roi ne dut son salut qu' la vitesse de
son cheval[108]. La prise de la forteresse de Barbastro, l'une des plus
importantes dans le Nord-est, fut aussi un affreux malheur. Elle tomba
au pouvoir d'une arme de Normands, commande par Guillaume de
Montreuil, qui tait alors gnral en chef des troupes du pape, et qui,
dans les romans de chevalerie, porte le nom de Guillaume au Court nez.
Le sort des vaincus fut terrible. Les soldats de la garnison s'taient
rendus aprs avoir stipul qu'ils auraient la vie sauve, mais tant
sortis de la ville, ils furent presque tous massacrs. Les habitants ne
furent pas mieux traits. Eux aussi avaient obtenu l'_amn_, et ils
s'apprtaient  quitter la ville, lorsque Guillaume de Montreuil,  qui
leur grand nombre inspirait des inquitudes, ordonna  ses soldats
d'claircir leurs rangs. La boucherie ne cessa qu'aprs que six mille
personnes eurent perdu la vie. Puis on enjoignit  tous ceux qui
possdaient une maison de rentrer dans la ville avec leurs femmes et
leurs enfants. Ils obirent, et alors les Normands divisrent tout entre
eux. Chaque chevalier qui recevait une maison pour son partage, dit un
auteur arabe de ce temps, recevait en outre tout ce qu'il y avait
dedans, les femmes, les enfants, l'argent etc., et il pouvait faire du
matre de la maison tout ce qu'il voulait; aussi prenait-il tout ce que
le matre lui montrait, et il le forait par des tortures de tout genre
 lui livrer ce qu'il prtendait lui cacher. Parfois le musulman rendait
l'me au milieu de ces tortures, ce qui tait rellement un bonheur pour
lui, car s'il y survivait, il avait  prouver des douleurs encore plus
grandes, attendu que les mcrants, par un raffinement de cruaut,
prenaient plaisir  violer les femmes et les filles de leurs prisonniers
devant les yeux de ceux-ci. Chargs de fers, ces infortuns taient
forcs d'assister  ces scnes horribles; ils versaient bien des larmes
et leur coeur se brisait. Heureusement pour les musulmans, Guillaume
et ses compagnons ne tardrent pas  quitter l'Espagne pour aller jouir
dans leur patrie des immenses richesses qu'ils avaient acquises. Il ne
resta donc  Barbastro qu'une garnison assez faible, et Moctadir de
Saragosse, qui avait reu de Motadhid un renfort de cinq cents
cavaliers, profita de cette circonstance pour reprendre la ville dans le
printemps de l'anne suivante (1065)[109].

Cependant Ferdinand continuait ses efforts pour s'emparer de Valence, et
quoique le roi de cette ville et reu des renforts de son beau-pre,
Mamoun de Tolde, il se trouvait dans une position fort dangereuse,
lorsque Ferdinand tomba malade, ce qui le contraignit  retourner 
Lon. Abdalmlic, toutefois, n'eut gure lieu de s'en fliciter, car en
novembre il fut dtrn et enferm dans la forteresse de Cuenca par son
beau-pre, qui incorpora le royaume de Valence dans ses Etats[110].

Bientt aprs, la mort vint dlivrer les musulmans de leur plus terrible
adversaire. Par sa bravoure, sa pit et la puret de ses moeurs,
Ferdinand avait t le modle des rois: une mort belle et sainte
couronna dignement une vie belle et sainte aussi. Arriv  Lon le
samedi 24 dcembre, il s'empressa d'aller prier dans l'glise qu'il
avait ddie  saint Isidore, convaincu que le moment approchait o son
corps y reposerait pour toujours. Ensuite il prit quelques heures de
repos dans son palais, mais la nuit il retourna  l'glise, o les
prtres clbraient par des chants solennels la fte de la nativit du
Seigneur, et quand ils entonnrent, selon la liturgie de Tolde encore
en usage alors, le dernier nocturne des matines, l'_Advenit nobis_, il
mla sa voie affaiblie  la leur. Au lever de l'aube, il les pria de
dire la messe, et, ayant reu l'eucharistie, il se fit reconduire  son
lit, marchant pniblement appuy sur les serviteurs de sa maison. Le
lendemain dans la matine, il se fit revtir de ses habits royaux et
reporter  l'glise, o il s'agenouilla devant l'autel, et, dposant le
manteau royal et la couronne, il dit d'une voix encore claire: A toi
sont la puissance et le rgne, Seigneur! Tu es le roi des rois;  toi
sont les royaumes du ciel et de la terre. Je te rends donc celui que tu
m'as donn et que j'ai gouvern tant qu'il a plu  ta divine volont. Je
te prie seulement de recevoir dans ta misricorde mon me arrache au
gouffre de ce monde. Puis, prostern sur les dalles, il implora en
pleurant le pardon de ses pchs, reut l'extrme onction de la main
d'un vque, et, le corps revtu d'un cilice, la tte couverte de
cendre, il attendit la mort, le regard plein de foi et de rsignation.
Le lendemain, mardi,  l'heure de sexte, il rendit son me  Dieu, ou
plutt il s'endormit, tant son visage tait demeur calme et
souriant[111].

Une autre mort, moins sainte  coup sr, suivit d'assez prs celle-l:
Motadhid de Sville expira le samedi 28 fvrier de l'anne 1069. Deux
ans auparavant il avait incorpor Carmona dans son royaume, et un peu
plus tard il s'tait souill d'un nouveau meurtre, en poignardant de sa
propre main un patricien de Sville, Abou-Haf Hauzan[112]. Au reste
son esprit, dans les dernires annes de sa vie, tait obsd par de
noirs pressentiments. Il ne redoutait pas de voir succomber sous les
attaques des Castillans le trne qu'il avait fond  force de ruses, de
trahisons, de perfidies; la prdiction de ses astrologues dont nous
avons dj parl et qui disait que sa dynastie serait renverse par des
hommes ns hors de la Pninsule, donnait  ses craintes une autre
direction. Longtemps il avait pens que ces trangers taient les
Berbers qui demeuraient dans son voisinage; mais  prsent qu'il les
avait extermins et qu'il croyait dj avoir vaincu l'arrt des astres,
il commenait  souponner qu'il s'tait tromp. De l'autre ct du
Dtroit une nue de barbares, qu'une espce de prophte avait arrachs 
leurs dserts, marchaient  la conqute de l'Afrique avec la rapidit et
l'enthousiasme des premiers musulmans. Dans ces sectaires, qui se
donnaient le nom d'Almoravides, Motadhid voyait les conqurants futurs
de l'Espagne, et aucun raisonnement ne pouvait dissiper les craintes
qu'ils lui inspiraient. Un jour qu'il lisait et relisait une lettre
qu'il avait reue de Sacaute, le prince de Ceuta, et qui portait que
l'avant-garde des Almoravides venait d'tablir son camp dans la plaine
de Maroc, un de ses vizirs s'cria: Comment se peut-il, seigneur, que
cette nouvelle vous cause des soucis? Ah, vraiment, c'est une belle
rsidence que cette pauvre plaine de Maroc, surtout quand on la compare
 la belle,  la magnifique Sville! Qu'est-ce que cela vous fait que
ces barbares soient arrivs l? Entre eux et nous il y a des dserts, de
nombreuses armes et les ondes de l'ocan.--Je suis convaincu qu'un jour
ils arriveront ici, lui rpondit Motadhid d'une voix sombre; tu le
verras peut-tre toi-mme. Ecris sur-le-champ au gouverneur d'Algziras,
ordonne-lui de fortifier Gibraltar encore davantage, dis-lui qu'il se
tienne sur ses gardes et qu'il pie avec la plus grande attention tout
ce qui se passe au del du Dtroit. Puis, promenant ses regards sur ses
fils: Puiss-je savoir, dit-il, qui de nous sera frapp par le malheur
qui nous menace! Sera-ce vous ou moi?--Que Dieu vous pargne  mes
dpens, mon pre, s'cria alors Motamid, et qu'il m'envoie tous les
malheurs, quels qu'ils soient, qu'il vous destinait![113]

Cinq jours avant sa mort, prouvant dj un certain malaise, une
certaine pesanteur de corps et d'esprit, Motadhid fit venir un de ses
chanteurs, un Sicilien, et lui enjoignit de chanter n'importe quoi. Il
tait rsolu  regarder comme un prsage les paroles de l'air que le
chanteur choisirait. Or, celui-ci se mit  chanter un de ces airs  la
fois suaves et tristes dont la littrature arabe est si riche, et qui
commenait ainsi:

     Jouissons de la vie, car nous savons qu'elle sera finie bientt!
     Mle donc le vin  l'eau des nuages,  ma bien-aime, et
     donne-le-nous!

Il chanta cinq vers de cette chanson, de sorte que par une concidence
singulire, mais qui parat bien avre, le nombre des vers rpondait
justement  celui des jours que Motadhid vivrait encore.

Deux jours aprs, le jeudi 26 fvrier, son amour paternel--car nous
avons dj dit que, malgr sa cruaut, il avait rellement une profonde
affection pour ses enfants--reut une atteinte extrmement douloureuse
par la mort d'une fille qu'il adorait. Dans la soire du vendredi, il
assista  ses funrailles, le coeur gonfl de tristesse; mais la
crmonie acheve, il se plaignit d'un violent mal de tte. Son mdecin
venu, il eut une hmorragie qui faillit le suffoquer. Le mdecin voulut
le saigner; mais Motadhid, en patient peu soumis qu'il tait, lui
ordonna d'attendre jusqu'au lendemain. C'est ce qui hta sa mort, car le
lendemain, samedi, l'hmorragie recommena. Elle fut encore plus
violente que la premire fois, et, ayant perdu l'usage de la parole,
Motadhid rendit le dernier soupir[114].

Son fils Motamid, que nous tcherons de faire connatre, lui succda.




IX.


N en 1040, Motamid, g de onze ou douze ans seulement, avait t nomm
par son pre au gouvernement de Huelva, et, peu de temps aprs, il avait
command l'arme svillane qui assigeait Silves. Ce fut  cette
occasion qu'il fit la connaissance d'un aventurier qui ne comptait que
neuf ans de plus que lui et qui tait appel  jouer un rle
considrable dans sa destine.

Il s'appelait Ibn-Ammr. N dans un hameau aux environs de Silves, de
parents arabes, mais pauvres et obscurs, il avait commenc par tudier
les belles lettres  Silves et  Cordoue; puis il s'tait mis 
parcourir l'Espagne, afin de gagner le pain du jour en composant des
pangyriques pour tous ceux qui taient en tat de les payer; car,
tandis que les potes en renom auraient cru droger, s'ils eussent
compos des pomes pour d'autres que pour des princes ou des vizirs, ce
pauvre jeune homme inconnu et mal habill, qui excitait l'hilarit des
uns et la piti des autres par sa longue pelisse et sa petite calotte,
s'estimait heureux si quelque parvenu enrichi daignait lui jeter les
miettes de sa table en change de ses vers, qui pourtant avaient du
mrite. Un jour il arriva  Silves dans un moment de gne excessive,
n'ayant que son mulet et ne sachant comment faire pour nourrir ce fidle
compagnon de ses misres. Heureusement il se souvint d'un homme fort 
mme de le seconder, s'il le voulait, d'un riche ngociant de la ville,
qui,  dfaut de connaissances littraires, avait du moins assez de
vanit pour goter une ode compose  sa louange. Le pauvre pote en
crivit une, la lui envoya et lui fit connatre sa dtresse. Flatt dans
son amour-propre, le ngociant lui fit parvenir un sac d'orge. En
recevant ce prsent assez chtif, Ibn-Ammr se disait bien que le
marchand aurait pu lui envoyer tout aussi bien un sac de froment; mais
il n'en fut pas moins fort joyeux, et nous verrons que dans la suite il
sut se montrer reconnaissant envers son bienfaiteur.

Le talent potique d'Ibn-Ammr ne tarda pas  tre connu et lui valut
l'honneur d'tre prsent  Motamid. Il lui plut extrmement, et comme
ils aimaient tous les deux les plaisirs, les aventures de toute sorte et
surtout les beaux vers, une amiti intime s'tablit bientt entre eux.
Aussi, ds que Silves eut t pris et que Motamid en eut t nomm
gouverneur, il s'empressa de crer un vizirat pour son ami et lui
abandonna le gouvernement de la province[115].

Les beaux jours passs  Silves, ce sjour enchanteur o tout le monde
tait pote alors[116] et que l'on appelle encore aujourd'hui le paradis
du Portugal, ne s'effacrent jamais du souvenir de Motamid. Son coeur
ne s'tait pas encore ouvert  l'amour; quelques vives fantaisies
s'taient bien empares de son imagination, mais elles s'taient
vanouies sans lui avoir apport des jouissances durables[117]. Pour lui
c'tait le temps de l'amiti enthousiaste, et il s'abandonnait  ce
sentiment sans arrire-pense, avec toute la fougue de son ge. Quant 
Ibn-Ammr, n'ayant pas t lev comme le prince au sein de l'opulence,
du luxe et du bonheur; ayant connu au contraire, ds le matin de la vie,
les luttes, le dcouragement, les cruelles dceptions et l'indigence,
son imagination tait moins frache, moins riante, moins jeune; il ne
pouvait se dfendre d'une certaine ironie, il tait dj sceptique sur
bien des points.... Un jour de vendredi les deux amis se rendaient  la
mosque, lorsque Motamid, entendant le mozzin annoncer l'heure de la
prire, improvisa ce vers, en priant Ibn-Ammr d'y ajouter un second sur
le mme mtre et la mme rime:

    --Voici le mozzin qui annonce l'heure de la prire;

    --En le faisant, il espre que Dieu lui pardonnera ses nombreux
     pchs, rpliqua Ibn-Ammr.

    --Qu'il soit heureux, puisqu'il porte tmoignage  la vrit,
     continua le prince;

    --Pourvu, toutefois, qu'il croie dans son coeur ce qu'il dit avec
     sa langue, rpliqua en souriant le vizir[118].

Chose trange, mais qu'on s'explique cependant quand on songe qu'il
avait appris de bonne heure  connatre les hommes et  se mfier d'eux:
Ibn-Ammr doutait mme de l'amiti, si tendre et si illimite pourtant,
que lui portait le jeune prince; il avait beau faire, il ne pouvait
chasser les sombres pressentiments qui maintefois venaient obsder son
esprit, surtout pendant les festins, car il avait le vin triste. On
raconte  ce sujet une aventure singulire et bizarre  coup sr, mais
qui nanmoins semble vraie, car ce rcit repose sur les tmoignages les
plus respectables en ce cas, ceux de Motamid et d'Ibn-Ammr eux-mmes.
Un soir, dit-on, Motamid avait invit Ibn-Ammr  un souper. Il l'avait
choy plus encore que de coutume, et quand les autres convives se
retirrent, il le conjura de rester et de partager son lit. Le vizir
cda  ses instances; mais  peine endormi, il entendit une voix qui lui
dit: Malheureux, il te tuera un jour! Saisi de frayeur, Ibn-Ammr
s'veilla en sursaut; mais tchant de chasser de son cerveau ces noires
ides qu'il attribuait aux fumes du vin, il parvint enfin  se
rendormir. Cependant il entendit ces sinistres paroles pour la seconde,
pour la troisime fois. N'y tenant plus alors, et convaincu que c'tait
un avertissement surnaturel, il se leva sans faire de bruit, et, s'tant
envelopp le corps d'une natte, il alla se blottir dans un coin du
portique, rsolu  s'vader aussitt que les portes du palais
s'ouvriraient, car il voulait gagner un port de mer et s'embarquer pour
l'Afrique.

Cependant Motamid, s'tant veill  son tour et ne trouvant pas son ami
 ses cts, poussa un cri d'alarme qui fit accourir tous ses
serviteurs. On se mit  fouiller,  fureter le palais en tous sens.
Motamid lui-mme dirigeait les recherches. Voulant examiner si la porte
avait t ouverte, il arriva dans le portique o Ibn-Ammr se tenait
cach. Celui-ci se trahit par un mouvement involontaire, au moment mme
o les regards du prince s'arrtaient sur la natte dont il s'tait
envelopp. Qu'est-ce qui remue donc sous cette natte? s'cria Motamid,
et, les serviteurs y courant tous pour la fouiller, Ibn-Ammr se montra
dans le plus piteux tat du monde, n'ayant pour tout vtement qu'un
caleon, tremblant de tous ses membres, et rougissant de honte sans
qu'il ost lever les yeux. A sa vue, Motamid fondit en pleurs. O
Abou-Becr, s'cria-t-il, qu'as-tu donc pour agir ainsi? Puis, voyant
que son ami tremblait toujours, il l'entrana doucement dans sa chambre,
o il tcha de tirer de lui le secret de son trange conduite. Il
demeura longtemps sans y russir. En proie  un violent paroxysme
nerveux, partag entre le ridicule de sa position et la peur, Ibn-Ammr
pleurait et riait  la fois. S'tant calm enfin, il avoua tout. Motamid
ne fit que rire de sa confession. Cher ami, dit-il en lui serrant
affectueusement la main, les vapeurs du vin t'ont offusqu le cerveau et
tu as eu le cauchemar, voil tout. Crois-tu donc que je serais jamais en
tat de te tuer, toi, mon me, toi, ma vie? Mais ce serait commettre un
suicide! Et maintenant, tche d'oublier ces vilains rves et n'en
parlons plus.

Ibn-Ammr, dit un historien arabe, essaya en effet d'oublier cette
aventure et y russit; mais  la fin, nombre de jours et de nuits
s'tant couls dans l'intervalle, il lui arriva ce que nous raconterons
plus tard[119].

Quand les deux amis n'taient pas  Silves, ils taient  Sville, o
ils se livraient aux plaisirs de toute sorte qu'offrait cette brillante
et dlicieuse capitale. Souvent ils allaient, sous un dguisement
quelconque,  la _Prairie d'argent_, sur les bords du Guadalquivir, o
le peuple, hommes et femmes, venait chercher ses divertissements. C'est
l que Motamid rencontra pour la premire fois celle qui tait destine
 devenir la compagne de sa vie. Se promenant un soir avec son ami dans
la Prairie d'argent, il arriva que la brise effleura l'eau de la
rivire, et que Motamid improvisa ce vers, aprs avoir pri Ibn-Ammr
d'y ajouter un second:

     La brise a converti l'eau en cuirasse....

Mais Ibn-Ammr ne trouvant pas instantanment une rplique, une jeune
fille du peuple qui se trouvait dans leur voisinage, la donna ainsi:

     Cuirasse magnifique, en effet, un jour de combat, pourvu que l'eau
     se ft congele.

Emerveill d'entendre une jeune fille improviser plus promptement
qu'Ibn-Ammr, fort renomm cependant pour ce talent, Motamid la regarda
avec attention. Il fut frapp de sa beaut, et appelant aussitt un
eunuque qui le suivait  quelque distance, il lui ordonna de conduire
l'improvisatrice  son palais, vers lequel il se hta de retourner.

Quand la jeune fille fut arrive en sa prsence, il lui demanda qui elle
tait et quel tait son tat.

--Je me nomme Itimd, rpondit-elle; ordinairement on m'appelle
Romaiquia, car je suis esclave de Romaic, et quant  ma profession, je
suis muletire.

--Dites-moi, tes-vous marie?

--Non, mon prince.

--Tant mieux alors, car je vais vous acheter de votre matre et vous
pouser[120].

Pendant toute sa vie, Motamid aima Romaiquia d'un amour inaltrable.
Elle avait tout pour lui plaire. On la comparait parfois  Wallda, de
Cordoue, la Sapho de ce temps-l. Cette comparaison, juste sous certains
rapports, ne l'tait pas sous d'autres. N'ayant pas reu une ducation
soigne, Romaiquia ne pouvait rivaliser avec Wallda en savoir; mais
elle ne lui tait pas infrieure pour la conversation spirituelle, les
bons mots, les heureuses et naves saillies, les rpliques vives et
ingnieuses, et la surpassait peut-tre par ses grces naturelles et
presque enfantines, son enjouement et son espiglerie[121]. Ses caprices
et ses fantaisies faisaient le bonheur et le dsespoir de son poux,
oblig de les satisfaire  tout prix, car une fois qu'elle s'tait mis
une ide dans la tte, rien ne pouvait l'y faire renoncer. Un jour, au
mois de fvrier, elle regarda, de l'embrasure d'une fentre du palais 
Cordoue, tomber des flocons de neige, spectacle assez rare dans ce pays
o il n'y a presque pas d'hiver. Tout  coup elle se mit  pleurer.

--Qu'as-tu donc, ma chre amie? lui demanda son mari.

--Ce que j'ai? lui rpondit-elle en sanglotant; j'ai que tu es un
barbare, un tyran, un monstre! Vois donc comme c'est joli la neige,
comme c'est beau, comme c'est magnifique, comme ces moelleux flocons
s'attachent gentiment aux branches des arbres; et toi, ingrat que tu es,
tu ne songes pas seulement  me procurer ce superbe spectacle chaque
hiver; jamais tu n'as eu l'ide de m'emmener dans quelque pays o il
tombe toujours de la neige!

--Ne te dsespre pas ainsi, ma vie, mon bien, lui rpondit le prince en
essuyant les larmes qui sillonnaient ses joues; tu auras ta neige chaque
hiver, et ici mme, je t'en rponds.

Et il ordonna de planter des amandiers sur toute la Sierra de Cordoue,
afin que les blanches fleurs de ces beaux arbres qui fleurissent ds que
les geles sont passes, remplaassent pour Romaiquia les flocons de
neige qu'elle avait tant admirs[122].

Une autre fois elle vit des femmes du peuple qui ptrissaient de leurs
pieds nus le limon dont on voulait faire des briques, et se mit 
pleurer. Son mari lui ayant demand la cause de son chagrin:

--Ah! je suis bien malheureuse, lui dit-elle, depuis le jour o
m'arrachant  la vie joyeuse et libre que je menais dans ma masure, tu
m'as enferme dans ce triste palais et charge des lourdes chanes de
l'tiquette! Regarde donc ces femmes, l-bas, au bord de la rivire! Je
voudrais comme elles ptrir le limon de mes pieds nus, mais, hlas!
condamne par toi  tre riche et sultane, je ne le puis pas!

--Si fait, tu le pourras, lui rpondit le prince en souriant.

Et  l'instant mme il descendit dans la cour du palais et y fit
apporter une norme quantit de sucre, de cannelle, de gingembre et de
parfumeries de toute espce; puis, la cour tant entirement couverte de
ces ingrdients prcieux, il les fit mouiller d'eau rose et ptrir 
force de bras, si bien qu'ils formrent une espce de limon. Tout cela
fait:

--Veuille descendre dans la cour avec tes suivantes, dit le prince 
Romaiquia; le limon t'y attend.

La sultane y alla, et, s'tant dchausse de mme que ses suivantes,
toutes se mirent  plonger leurs pieds, avec une gat foltre, dans ce
limon aromatique.

C'tait l une fantaisie bien dispendieuse; aussi Motamid savait-il la
rappeler au besoin  sa capricieuse pouse dont les dsirs ne
connaissaient pas de bornes. Un jour, ayant demand une chose que le
prince ne pouvait lui accorder:

--Ah! je suis bien  plaindre, s'cria-t-elle. Dcidment je suis la
plus malheureuse des femmes, car je prends Dieu  tmoin que jamais tu
n'as fait la moindre chose pour me plaire.

--Pas mme le jour du limon? lui demanda Motamid d'une voix douce et
tendre.

Romaiquia rougit et n'insista pas davantage[123].

Force nous est d'ajouter que les ministres de la religion ne
prononaient jamais le nom de cette smillante sultane qu'avec une
sainte horreur. Ils la considraient comme le plus grand obstacle  la
conversion de son mari, sans cesse entran par elle, disaient-ils, dans
un tourbillon de plaisirs et de volupts, et si les mosques taient
dsertes le vendredi, ils en imputaient la faute  elle. Romaiquia
riait de leurs clameurs; insouciante et tourdie, elle ne souponnait
pas, la pauvrette, que ces hommes deviendraient redoutables un
jour![124]

Au reste, malgr son amour, Motamid continuait d'accorder  Ibn-Ammr
une large place dans son coeur. Une fois, tant loin de Romaiquia avec
son ami, il lui crivit une lettre dans laquelle il fit entrer ces six
vers acrostiches:

     =I=nvisible  mes yeux, tu es toujours prsente  mon coeur.

     =T=on bonheur puisse-t-il tre infini comme le sont mes soucis, mes
     larmes et mes insomnies!

     =I=mpatient du frein quand d'autres femmes veulent me l'imposer, je
     me soumets docilement  tes moindres souhaits.

     =M=on voeu de chaque instant, c'est d'tre  tes cts. Ah!
     puisse-t-il tre exauc bientt!

     =A=mie de mon coeur, pense  moi et ne m'oublie pas, quelque longue
     que soit l'absence!

     =D=oux nom que le tien! Je viens de l'crire, je viens de tracer ces
     lettres chries: _Itimd_[125].

Il termina sa lettre par ces mots: Bientt je viendrai te revoir,
pourvu, toutefois, qu'Allh et Ibn-Ammr le veuillent bien.

Ayant reu connaissance de cette phrase, Ibn-Ammr adressa ces vers 
son ami:

     Ah! mon prince, je n'ai jamais d'autre dsir, moi, que de faire ce
     que vous voulez; je me laisse conduire par vous comme le voyageur
     nocturne se laisse guider par les clairs blouissants. Voulez-vous
     retourner auprs de celle qui vous est chre, montez alors sur un
     fin voilier,--je vous suis;--ou bien, sautez en selle,--je vous
     suis encore. Ensuite, quand, grce  la protection divine, nous
     serons arrivs dans la cour de votre palais, vous me laisserez
     retourner seul  ma demeure, et vous-mme, sans vous donner le
     temps de dposer votre pe, vous irez vous jeter aux pieds de la
     belle  la ceinture d'or; puis, rattrapant le temps perdu, vous
     l'embrasserez, vous la presserez contre votre poitrine, tandis que
     votre bouche et la sienne murmureront de douces paroles, de mme
     que les oiseaux se rpondent par des chants mlodieux au lever de
     l'aurore[126].

Partageant son coeur entre l'amiti et l'amour, le jeune prince menait
une vie charmante; mais elle fut trouble tout  coup: son pre frappa
Ibn-Ammr d'une sentence d'exil. Ce fut pour les deux amis un coup de
foudre; mais qu'y faire? Motadhid tait inbranlable dans ses
rsolutions une fois prises. Ibn-Ammr passa dans le Nord, et notamment
 Saragosse, les tristes annes de son exil, jusqu' ce que Motamid, qui
comptait alors vingt-neuf ans, succdt  son pre[127]. Le prince
s'empressa de rappeler auprs de lui l'ami de son adolescence, et lui
laissa le choix entre les divers emplois du royaume. Ibn-Ammr se
dcida pour le gouvernement de la province o il tait n. Bien qu'il le
vt  regret s'loigner de sa personne, Motamid lui accorda nanmoins sa
demande[128]; mais au moment o son ami lui disait adieu, les charmants
souvenirs de son sjour  Silves et toutes ces premires motions qui ne
laissent aucune amertume dans le coeur se ranimaient en lui, et il
improvisa ces vers:

     Salue  Silves les endroits chris que tu sais,  Abou-Becr, et
     demande-leur s'ils ont gard mon souvenir. Salue surtout le
     Chardjb, ce superbe palais dont les salles sont remplies de lions
     et de blanches beauts, de sorte que l'on se croirait tantt dans
     un antre, tantt dans un srail[129], et dis-lui qu'il y a ici un
     jeune chevalier qui en tout temps brle du dsir de le revoir. Que
     de nuits n'ai-je pas passes l,  ct d'une jeune beaut aux
     larges hanches,  la mince ceinture! Que de fois les jeunes filles
     blanches ou cuivres m'y ont perc le coeur de leurs doux
     regards, comme si leurs yeux eussent t des pes ou des lances!
     Que de nuits n'ai-je pas passes aussi dans le vallon au bord de la
     rivire avec la belle chanteuse dont le bracelet ressemblait  la
     lune dans son croissant! Elle m'enivrait de toutes les manires,
     tantt de ses regards, tantt du vin qu'elle m'offrait, tantt,
     enfin, de ses baisers. Puis, quand elle jouait sur sa guitare un
     air guerrier, je croyais entendre le cliquetis des pes et me
     sentais saisi d'une ardeur martiale. Dlicieux moment surtout que
     celui o, ayant t sa robe, elle m'apparut svelte et flexible
     comme un rameau de saule! La fleur, me disais-je alors, est sortie
     du bouton[130].

Ibn-Ammr fit son entre dans Silves entour d'un cortge superbe et
avec une pompe telle que Motamid lui-mme, quand il tait gouverneur de
la province, n'en avait jamais dploy une pareille; mais il se fit
pardonner cette bouffe d'orgueil par un noble acte de reconnaissance,
car, ayant appris que le ngociant qui l'avait secouru dans sa dtresse
alors qu'il n'tait encore qu'un pauvre pote ambulant, vivait encore,
il lui envoya un sac rempli de pices d'argent. Ce sac tait celui-l
mme que le ngociant lui avait fait parvenir rempli d'orge; Ibn-Ammr
l'avait soigneusement conserv. Pourtant il ne dissimula point  son
ancien bienfaiteur qu'il avait trouv son prsent un peu mesquin, car il
lui fit dire ces paroles: Si autrefois vous nous eussiez envoy ce sac
rempli de froment, nous vous l'aurions renvoy rempli d'or[131].

Il ne resta pas longtemps  Silves. Ne pouvant vivre sans lui, Motamid
le rappela  la cour, aprs l'avoir nomm premier ministre[132].




X.


Comme Motamid et son ministre aimaient avant tout la posie, la cour de
Sville devint le rendez-vous des meilleurs potes de l'poque. Les
rimailleurs n'avaient aucune chance d'y faire fortune, car Motamid tait
un critique svre qui examinait avec soin chaque pome qu'on lui
prsentait et qui en pesait chaque expression, chaque syllabe[133]; mais
quand il s'agissait d'un pote de talent, sa gnrosit ne connaissait
pas de bornes. Un jour il entendit rciter ces deux vers:

     La fidlit  tenir ses promesses est  prsent une chose bien
     rare. Vous ne trouverez personne qui pratique cette vertu, personne
     mme qui y songe. C'est quelque chose de fabuleux comme le griffon,
     ou comme ce conte qui dit qu'un pote reut un jour un prsent de
     mille ducats.

--De qui sont ces vers? demanda-t-il.

--D'Abd-al-djall, lui rpondit-on.

--Eh quoi! s'cria-t-il alors, un de mes serviteurs, un bon pote,
regarde un prsent de mille ducats comme quelque chose de fabuleux?

Et  l'instant mme il fit remettre mille ducats  Abd-al-djall[134].

Une autre fois il s'entretenait avec un des potes siciliens qui taient
venus  sa cour aprs que leur patrie eut t conquise par Roger le
Normand, lorsqu'on lui apporta des pices d'or qui sortaient de l'htel
de la monnaie. Il en donna deux bourses au Sicilien; mais celui-ci, non
content de ce cadeau, tout magnifique qu'il tait, regardait d'un oeil
de convoitise une figurine en ambre, incruste de perles, qui se
trouvait dans la salle et qui reprsentait un chameau. Seigneur, dit-il
enfin, votre prsent est superbe, mais il est lourd, et je crois qu'il
me faudrait un chameau pour le transporter  ma demeure.--Le chameau est
 toi, lui rpondit Motamid en souriant[135].

En gnral, pourvu qu'on et de l'esprit, on tait sur de plaire 
Motamid, ft-on pote ou autre chose, ft-on mme voleur de grands
chemins, tmoin l'histoire du _Faucon gris_. Le Faucon gris--on ne le
dsignait que par ce sobriquet--avait t longtemps le plus grand voleur
de l'poque, l'effroi et le flau des habitants des campagnes; mais
tant enfin tomb entre les mains de la justice, il fut condamn  tre
crucifi sur la grande route, afin que les paysans pussent tre tmoins
de son supplice. Toutefois, comme il faisait une chaleur touffante le
jour o cet arrt fut excut, la route tait peu frquente. Au pied de
la croix sur laquelle le voleur avait t clou, se tenaient sa femme et
ses filles. Elles pleuraient  chaudes larmes. Hlas! disaient-elles,
quand tu ne seras plus, nous devrons mourir de faim! Or le Faucon gris
tait un homme trs-compatissant, un coeur d'or, et la pense que sa
famille tomberait dans la misre lui fendait l'me. Justement il vit
arriver un marchand forain qui chevauchait sur un mulet charg de pices
d'toffe et d'autres marchandises qu'il allait vendre dans les villages
voisins.

--H, seigneur, lui cria-t-il, je me trouve ici dans une position assez
dsagrable comme vous voyez, mais vous pourriez me rendre un grand
service duquel vous profiteriez beaucoup vous-mme.

--Comment cela? demanda l'autre.

--Vous voyez ce puits l-bas?

--Oui, je le vois.

--Fort bien! Sachez donc qu'au moment o j'ai eu la btise de me laisser
prendre par ces maudits gendarmes, j'ai jet cent ducats dans ce puits
qui est  sec. Peut-tre voudriez-vous bien avoir la complaisance de
vous dranger pour les tirer de l; en ce cas je vous en laisserai la
moiti. Voici ma femme et mes filles qui tiendront votre mulet jusqu'
ce que vous ayez fini.

Sduit par l'appt du gain, le marchand prit aussitt une corde, en
attacha un bout au bord du puits, et se laissa glisser ainsi jusqu'au
fond.

--Alerte maintenant! dit alors le Faucon gris  sa femme; coupe la
corde, prends le mulet et fuis au plus vite avec ces enfants!

Tout cela fut fait en un clin d'oeil. Le marchand criait comme un
forcen, mais comme la campagne tait presque dserte, un temps assez
considrable s'coula avant qu'un passant vnt  son secours, et ce
passant n'tant pas assez fort pour le tirer du puits, il fallut
attendre jusqu' ce qu'un second vnt l'aider. Arrach enfin  sa prison
souterraine, le marchand dut rpondre  ses librateurs qui lui
demandaient ce qu'il tait all faire dans ce puits. Il leur raconta
donc sa msaventure avec force imprcations contre le voleur qui l'avait
si indignement tromp. Bientt elle fut connue de toute la ville; elle
parvint mme aux oreilles de Motamid, qui ordonna de dtacher le Faucon
gris de sa croix et de le lui amener. Quand il fut arriv en sa
prsence:

--Tu es bien certainement le plus grand fripon qui existe, lui dit-il,
puisque mme la perspective de la mort ne suffit pas pour te faire
renoncer  tes mauvais tours.

--Ah! mon prince, lui rpondit le voleur, si vous saviez comme moi quel
dlice c'est que de voler, vous jetteriez votre manteau royal aux orties
et vous ne feriez que cela.

--Maudit coquin! s'cria le prince en riant aux clats. Mais voyons,
parlons srieusement! Supposons que je te donne la vie, que je le rende
la libert, que je le mette en tat de gagner ton pain d'une manire
honorable, et que je t'assigne un traitement qui suffise  tes besoins,
t'amenderas-tu alors, abandonneras-tu ton dtestable mtier?

--On fait beaucoup pour sauver sa vie, seigneur, mme on s'amende.
Tenez, vous serez content de moi!

Le Faucon gris tint sa parole. Nomm brigadier de gendarmerie, il
inspira dornavant autant d'effroi  ses anciens confrres, qu'il en
avait inspir jadis aux paysans[136].

Au reste, Motamid menait joyeuse vie, sans trop s'occuper des affaires
de l'Etat. A mon avis, disait-il dans un de ses pomes, tre sage,
c'est ne pas l'tre[137]. Les festins absorbaient une partie de son
temps, et puisqu'il voulait se montrer galant chevalier, force lui tait
d'en consacrer le reste aux jeunes beauts de son srail. Ce n'est pas
qu'il et cess d'aimer Romaiquia; au contraire, il l'aimait toujours
avec passion; mais comme selon le code bizarre qui rgit l'amour dans
les pays musulmans, on peut se passer quelques fantaisies sans devenir
infidle pour cela, il adressait aussi de temps en temps ses hommages 
d'autres dames, sans que Romaiquia, sre de rgner en souveraine sur le
coeur de son poux, y trouvt  redire. La belle Aime tait
charmante, et quand il buvait  sa sant, le prince trouvait au vin plus
de bouquet qu' l'ordinaire[138]. Luna lui tenait compagnie alors qu'il
tudiait les vers des anciens potes ou qu'il crivait les siens, et si
le soleil s'avisait de jeter un regard indiscret dans le cabinet
d'tude, elle tait l pour l'intercepter; car elle sait, disait le
prince, que la lune seule peut clipser le soleil[139]. Plus prude,
plus revche, La Perle avait parfois des caprices; alors elle se mettait
en colre, et il fallait que Motamid se donnt des peines infinies pour
l'apaiser. Une fois qu'il s'tait attir son courroux, il lui crivit
pour lui prsenter ses excuses. Elle lui rpondit bien, mais sans placer
son propre nom en tte de sa lettre, comme la coutume le voulait.

     Hlas! elle ne m'a pas encore pardonn, dit alors le prince;
     autrement elle aurait mis son nom en tte de son billet. Elle sait
     que je l'adore, son nom, mais elle est si fche contre moi
     qu'elle ne veut pas l'crire. Quand il le verra, s'est-elle dit,
     il va le baiser. Eh bien, par Dieu! il ne le verra pas[140].

Quelle gentille garde malade que La Fe! Le prince priait Allah de lui
accorder comme une faveur d'tre constamment valtudinaire, pourvu qu'il
ne manqut pas de la voir constamment  son chevet, cette gracieuse
gazelle aux lvres pourpres[141].

On se tromperait, cependant, si l'on s'imaginait que Motamid ngliget
entirement de continuer l'oeuvre de son pre et de son aeul.
Quoiqu'il n'et pas autant d'ambition qu'eux, il fit nanmoins ce qu'ils
avaient essay en vain de faire: ds la seconde anne de son rgne, il
runit Cordoue  son royaume.

Son pre, il est vrai, lui avait fray la route, et les circonstances le
secondrent admirablement. Six annes auparavant, en 1064, le vieux
prsident de la rpublique, Abou-'l-Wald ibn-Djahwar, s'tait dmis de
ses fonctions en faveur de ses deux fils, Abdrame et Abdalmlic. Il
avait confi  l'an tout ce qui regardait les finances et
l'administration, et il avait donn au cadet, pour lequel il avait un
grand faible, le commandement militaire[142]. Le cadet clipsa bientt
son an; cependant tout alla bien tant que dura l'influence de
l'habile vizir Ibn-as-Sacc. Cet homme d'Etat inspirait du respect 
tous les ennemis dclars ou couverts de la rpublique, et mme 
Motadhid. Aussi ce dernier comprit que, pour arriver  ses fins, il
devait commencer par le faire tomber. Il tcha donc de le rendre suspect
 Abdalmlic ibn-Djahwar, et il y russit. Ibn-as-Sacc fut mis  mort,
et cet vnement eut pour la rpublique les suites les plus fcheuses.
Les officiers et les soldats, qui avaient t fort attachs au vizir,
donnrent pour la plupart leur dmission, tandis qu'Abdalmlic se
rendait odieux  ses concitoyens par sa duret et sa nonchalance. En
outre, il semble avoir aboli peu  peu tout ce qui restait encore debout
des institutions rpublicaines.

Le pouvoir d'Abdalmlic chancelait donc dj, lorsque Mamoun de Tolde
vint assiger Cordoue dans l'automne de l'anne 1070. N'ayant presque
plus d'arme (sa cavalerie tait rduite  deux cents hommes, et encore
taient-ils fort mal disposs), Abdalmlic demanda du secours  Motamid.
Il obtint ce qu'il dsirait: Motamid lui envoya des renforts
trs-considrables, et l'arme toldane fut force de se retirer; mais
Abdalmlic n'y gagna rien; au contraire, les chefs de l'arme svillane,
agissant d'aprs les ordres secrets de leur souverain, s'entendirent
avec les Cordouans pour ter le pouvoir  Abdalmlic et pour le donner
au roi de Sville. Ce complot fut tram dans le plus grand mystre, de
sorte qu'Abdalmlic ne se doutait de rien. Dans la matine du septime
jour aprs le dpart de Mamoun, il tait sur le point de sortir pour
faire la reconduite aux Svillans, qui avaient annonc qu'ils s'en
retourneraient ce jour-l, lorsque des cris sditieux frapprent son
oreille. Il regarde, il voit son palais entour par ses soi-disant
auxiliaires et par le peuple. Presque au mme instant on l'arrte, de
mme que son pre et tout le reste de sa famille.

Motamid fut proclam seigneur de Cordoue, et les Beni-Djahwar furent
mens prisonniers  l'le de Salts; mais le vieux Abou-'l-Wald ne
survcut que quarante jours  son infortune[143].

Le roi pote parle de cette conqute comme s'il se ft agi de celle
d'une beaut un peu hautaine.

     J'ai obtenu d'emble, disait-il, la main de la belle Cordoue, de
     cette fire amazone qui, le glaive et la lance  la main,
     repoussait tous ceux qui la recherchaient en mariage. A prsent
     nous clbrons, elle et moi, nos noces dans son palais, tandis que
     les autres rois, mes rivaux rebuts, pleurent de rage et tremblent
     de crainte. Tremblez, et pour cause, vils ennemis! car bientt le
     lion viendra fondre sur vous[144].

Cependant Mamoun ne se tenait pas pour battu; au contraire, il tait
rsolu  se rendre matre de Cordoue, quoi qu'il dt lui en coter.
Accompagn de son alli, Alphonse VI, il vint ravager les environs de la
ville; mais il fut repouss par le jeune gouverneur Abbd, un fils de
Motamid et de Romaiquia[145]. Alors Ibn-Occha s'engagea  le mettre en
possession de la ville qu'il convoitait. C'tait un homme farouche et
sanguinaire, un ancien bandit de la montagne, mais qui ne manquait pas
de talents et qui connaissait bien Cordoue, o il avait dj jou un
rle. Nomm gouverneur d'une forteresse, il se mit  former des
intrigues et des complots  Cordoue, ce qui ne lui tait pas difficile,
car beaucoup de citoyens taient mcontents de la marche des affaires.
Le prince Abbd donnait, il est vrai, de belles esprances, mais comme
il tait encore trop jeune pour gouverner par lui-mme, le pouvoir tait
entre les mains du commandant de la garnison, Mohammed, fils de Martin,
un chrtien d'origine  ce qu'il parat. Or, cet homme, assez bon soldat
du reste, tait cruel, sanguinaire et dbauch. Aussi les Cordouans le
dtestaient, et plusieurs d'entre eux ne se firent pas scrupule
d'entrer en relations avec Ibn-Occha. Cependant ce dernier ne russit
pas  tenir ses menes tout  fait secrtes. Un officier s'aperut que
l'ex-brigand venait souvent la nuit aux portes de la ville et qu'il
avait alors des entretiens fort suspects avec des soldats de la
garnison. C'est ce qu'il rapporta  Abbd; mais ce prince ne fit pas
grande attention  cet avis, et renvoya celui qui le lui donnait 
Mohammed, fils de Martin. Celui-ci le renvoya,  son tour,  des
officiers subalternes. En un mot, l'un se dchargeait sur l'autre des
mesures  prendre, et personne ne fit son devoir.

Cependant Ibn-Occha se tenait sans cesse aux aguets, et en janvier
1075, il profita, pour s'introduire avec ses hommes dans la ville, d'une
nuit orageuse et extrmement obscure, aprs quoi il marcha droit au
palais d'Abbd. Il n'y trouva pas de garde, et il tait sur le point
d'en enfoncer la porte, lorsque le prince, rveill par le portier, vint
lui barrer le passage avec une poigne d'esclaves et de soldats. Malgr
son extrme jeunesse, il se dfendit comme un lion, et il avait dj
forc les assaillants  vacuer le vestibule, lorsque le pied lui
glissa. Un homme de la bande fondit aussitt sur lui et le tua. On
laissa son cadavre dans la rue; il tait presque nu, car, rveill en
sursaut, Abbd n'avait pas eu le temps de s'habiller.

Ensuite Ibn-Occha conduisit ses hommes  la maison du commandant.
Celui-ci s'attendait si peu  tre attaqu, qu'au moment mme o l'on
faisait irruption dans sa demeure, il regardait danser des almes. Moins
brave qu'Abbd, il se cacha lorsqu'il entendit le cliquetis des pes
dans la cour; mais sa retraite ayant t dcouverte, il fut arrt, et,
dans la suite, tu.

Aux premiers rayons de l'aube, pendant qu'Ibn-Occha courait de maison
en maison afin de persuader aux nobles de faire cause commune avec lui,
un imm qui se rendait  la mosque, vint  passer devant le palais
d'Abbd. Ses regards tombrent sur un corps qui gisait l, nu et sans
vie. Reconnaissant, non sans peine, dans ce cadavre souill de boue
celui du jeune prince, il lui rendit un pieux, un dernier honneur, en le
couvrant de son manteau. A peine fut-il parti qu'Ibn-Occha arriva au
mme endroit, entour de cette tourbe qui, dans les grandes villes,
pousse des cris d'allgresse  chaque rvolution. Sur son ordre, la tte
d'Abbd fut dtache du cadavre et promene par les rues sur la pointe
d'une pique. A ce spectacle, les soldats de la garnison jetrent leurs
armes, et tchrent de sauver leur vie par une fuite prcipite.
Ibn-Occha rassembla alors les Cordouans dans la grande mosque, et leur
enjoignit de prter serment  Mamoun. Bien qu'il y en et plusieurs qui
taient sincrement attachs  Motamid, la peur fut si grande et si
gnrale, que tout le monde s'empressa d'obir. Peu de jours aprs,
Mamoun arriva en personne. En apparence, il fut trs-reconnaissant
envers Ibn-Occha; il le combla d'honneurs et l'on et dit qu'il lui
accordait une confiance illimite; mais en ralit, il hassait et
craignait cet ancien bandit endurci au crime et qui tait homme 
l'assassiner lui-mme au besoin, avec autant de sang-froid qu'il avait
fait gorger le jeune Abbd. Aussi cherchait-il avidement un prtexte,
une occasion, pour l'loigner sans bruit, sans clat, de son royaume. Ce
dessein, il ne le cachait pas toujours  ses courtisans, et un jour
qu'Ibn-Occha venait de le quitter, il poussa un long soupir, et, le
regard enflamm de colre, il murmura quelques paroles de mauvais
augure; puis un ami d'Ibn-Occha ayant os dire quelque chose en sa
faveur: Laisse-l ces vains propos! lui dit Mamoun; celui qui ne
respecte pas la vie des princes n'est pas fait pour les servir.

Un mois plus tard (juin 1075), le sixime de son sjour  Cordoue,
Mamoun mourut empoisonn.... Un de ses courtisans fut accus d'avoir
commis ce crime; mais Ibn-Occha y aurait-il t tranger? On a peine 
le croire.

Que l'on se transporte maintenant  la cour de Sville et que l'on se
figure la douleur de Motamid, alors qu'il reut la nouvelle doublement
fatale de la perte de Cordoue et de la mort de son fils, de son
premier-n qu'il chrissait jusqu' l'idoltrie! Et pourtant il y eut
dans ce noble coeur un sentiment qui parla plus haut que la douleur,
plus haut surtout que le dsir de la vengeance: ce fut un sentiment de
profonde gratitude envers cet imm qui avait eu la dlicatesse de
couvrir de son manteau le cadavre d'Abbd. Il regrettait de ne pouvoir
le rcompenser, car il ne connaissait pas mme son nom, et s'appropriant
un vers qu'un ancien pote avait compos dans une occasion semblable:
Hlas! dit-il, j'ignore quel est celui qui a couvert mon fils de son
manteau, mais je sais que c'est un homme noble et gnreux[146].

Pendant trois ans, les efforts qu'il fit pour reconqurir Cordoue et
venger la mort de son fils sur Ibn-Occha, demeurrent inutiles, jusqu'
ce qu'enfin il prt Cordoue d'assaut, le mardi 4 septembre 1078. Pendant
qu'il entrait dans la ville par une porte, Ibn-Occha en sortait par une
autre; mais Motamid lana  sa poursuite des cavaliers qui russirent 
l'atteindre. Sachant qu'il n'avait pas de pardon  attendre de la part
d'un pre dont il avait fait gorger le fils, l'ancien brigand voulut au
moins vendre chrement sa vie et se rua sur ses ennemis comme un buffle
en fureur; mais il succomba sous le nombre. Motamid fit clouer son
cadavre sur une croix, avec un chien  ct, et la conqute de Cordoue
fut suivie de celle de tout le pays toldan qui s'tendait entre le
Guadalquivir et le Guadiana[147].

C'taient de beaux succs, mais la mdaille avait son revers. En
comparaison des autres rois andalous, Motamid tait un prince puissant;
toutefois il n'tait pas plus indpendant qu'eux; lui aussi tait
tributaire. D'abord il l'avait t de Garcia, troisime fils de
Ferdinand et roi de Galice[148], et il l'tait d'Alphonse VI, depuis que
celui-ci s'tait empar des royaumes de ses deux frres, Sancho et
Garcia. Or, Alphonse tait un suzerain fort incommode: ne se contentant
pas d'un tribut annuel, il menaait de temps en temps de s'approprier
les Etats de ses vassaux arabes. Une fois, entre autres, il vint
envahir,  la tte d'une nombreuse arme, le territoire de Sville. Une
consternation indicible rgnait parmi les musulmans, trop faibles pour
se dfendre. Seul le premier ministre, Ibn-Ammr, ne dsesprait pas.
Il ne comptait point sur l'arme svillane; essayer de vaincre avec elle
les troupes chrtiennes, c'et t une tentative chimrique; mais il
connaissait Alphonse, car souvent il avait t  sa cour[149]; il le
savait ambitieux, mais aussi  demi arabis, c'est--dire facile 
gagner pourvu que l'on connt ses gots, ses caprices, ses fantaisies.
C'tait sur cela qu'il comptait, et, sans perdre de temps  organiser la
rsistance  main arme, il fit fabriquer un chiquier tellement
magnifique qu'aucun roi n'en possdait un pareil. Les pices en taient
d'bne et de bois de sandal; elles taient incrustes d'or. Muni de cet
chiquier, il se rendit, sous un prtexte quelconque, au camp
d'Alphonse, lequel le reut fort honorablement, car Ibn-Ammr tait du
petit nombre des musulmans qu'il estimait.

Un jour Ibn-Ammr montra son chiquier  un noble castillan qui
jouissait auprs d'Alphonse d'une grande faveur. Ce noble en parla au
roi, et celui-ci dit  Ibn-Ammr:

--De quelle force tes-vous aux checs?

--Mes amis sont d'opinion que je joue assez bien, lui rpondit
Ibn-Ammr.

--On m'a dit que vous possdez un chiquier superbe.

--C'est vrai, seigneur.

--Pourrais-je le voir?

--Sans doute, mais  une condition: nous jouerons ensemble; si je perds,
l'chiquier vous appartiendra; mais si je gagne, je pourrai exiger ce
que je veux.

--J'y consens.

On apporta l'chiquier, et Alphonse, stupfait de la beaut et de la
finesse du travail, s'cria en faisant le signe de la croix:

--Bon Dieu! jamais je n'aurais cru que l'on pt parvenir  faire un
chiquier avec tant d'art!

Puis, quand il l'eut suffisamment admir:

--Qu'est-ce que vous disiez donc, seigneur? reprit-il; quelles taient
vos conditions?

Ibn-Ammr les ayant rptes:

--Non, par Dieu! je ne joue pas quand l'enjeu m'est inconnu; vous
pourriez me demander une chose que je ne serais pas  mme de vous
accorder.

--Comme vous voulez, seigneur, rpondit froidement Ibn-Ammr, et il
ordonna  ses serviteurs de reporter l'chiquier dans sa tente.

On se spara; mais Ibn-Ammr n'tait pas homme  se laisser rebuter si
facilement. Sous le sceau du secret, il confia  quelques nobles
castillans ce qu'il exigerait d'Alphonse au cas o il gagnerait la
partie, et leur promit des sommes fort considrables s'ils voulaient le
seconder. Sduits par l'appt de l'or et suffisamment rassurs sur les
intentions de l'Arabe, ces nobles s'engagrent  le servir; et quand
Alphonse qui, de son cot, brlait du dsir de possder le superbe
chiquier, les consulta sur ce qu'il ferait, ils lui dirent: Si vous
gagnez, seigneur, vous possderez un chiquier que chaque roi vous
enviera, et dussiez-vous perdre, que pourrait-il vous demander, cet
Arabe? S'il fait une demande indiscrte, ne sommes-nous pas l, ne
saurons-nous pas le mettre  la raison? Ils parlrent si bien
qu'Alphonse se laissa vaincre. Il fit donc avertir Ibn-Ammr qu'il
l'attendait avec son chiquier, et quand le vizir fut arriv:

--J'accepte vos conditions, lui dit-il; jouons donc!

--Avec grand plaisir, lui rpondit Ibn-Ammr; mais faisons les choses
dans les rgles; permettez qu'un tel et un tel--et il nomma plusieurs
nobles castillans--soient nos tmoins.

Le roi y consentit, et ds que les nobles qu'Ibn-Ammr avait nomms
furent arrivs, le jeu commena.

Alphonse perdit la partie.

--Puis-je maintenant demander ce que je veux, comme nous en sommes
convenus? demanda alors Ibn-Ammr.

--Sans doute, rpliqua le roi; voyons, qu'exigez-vous?

--Que vous retourniez dans vos Etats avec votre arme.

Alphonse plit. En proie  une excitation fivreuse, il mesurait la
salle  grands pas, se rasseyait, puis se remettait  marcher.

--Me voil pris, dit-il enfin  ses nobles, et c'est vous qui en tes la
cause. Je craignais une demande de cette nature de la part de cet homme,
mais vous me rassuriez, vous me disiez que je pouvais tre tranquille;
je cueille  prsent le fruit de vos dtestables conseils!

Puis, aprs quelques moments de silence:

--Que me fait sa condition aprs tout? s'cria-t-il; je ne m'en soucie
pas le moins du monde, et je vais continuer ma marche.

--Seigneur, lui dirent alors les Castillans, ce serait forfaire 
l'honneur, ce serait manquer  sa parole, et vous, le plus grand roi de
la chrtient, vous tes incapable de faire une telle chose.

A la fin, quand Alphonse se fut calm un peu:

--Eh bien! reprit-il, je tiendrai ma parole; mais en compensation de
cette expdition manque, il me faut au moins un double tribut cette
anne.

--Vous l'aurez, seigneur, dit alors Ibn-Ammr; et il s'empressa de faire
remettre  Alphonse l'argent qu'il demandait, de sorte que cette fois le
royaume de Sville, menac d'une terrible invasion, en fut quitte pour
la peur, grce  l'habilet du premier ministre[150].




XI.


Non content d'avoir sauv le royaume de Sville, Ibn-Ammr voulut aussi
en tendre les limites. C'tait surtout la principaut de Murcie qui
tentait son ambition. Elle avait fait partie, d'abord des Etats de
Zohair, ensuite du royaume de Valence; mais  l'poque dont nous
parlons, elle tait indpendante. Le prince qui y rgnait, Abou-Abdrame
ibn-Thir, tait un Arabe de la tribu de Cais. Immensment riche, car il
possdait la moiti du pays, il tait en mme temps un esprit
trs-cultiv[151]; mais il avait peu de troupes, de sorte que sa
principaut tait facile  conqurir. Ibn-Ammr s'en aperut, lorsque,
dans l'anne 1078[152], il passa par Murcie pour se rendre, on ne sait
pour quel motif, auprs du comte de Barcelone, Raymond-Brenger II,
surnomm Cap d'toupe  cause de sa chevelure abondante, et il profita
de l'occasion pour lier amiti avec quelques nobles murciens qui taient
mcontents d'Ibn-Thir, ou qui du moins taient prts  le trahir
moyennant finances. Ensuite, quand il fut arriv auprs de Raymond, il
lui offrit dix mille ducats, s'il voulait l'aider  conqurir Murcie. Le
comte accepta cette proposition, et, pour la sret de l'excution du
trait, il remit son neveu  Ibn-Ammr. De son ct, le vizir lui promit
que, si l'argent n'tait pas l au temps fix, le fils de Motamid,
Rachd, qui commanderait l'arme svillane, servirait d'otage; mais
Motamid ignorait cette clause du trait, et comme Ibn-Ammr se tenait
convaincu que l'argent arriverait  temps, il croyait qu'il n'y aurait
pas lieu de l'appliquer.

Les troupes de Sville se mirent en campagne runies  celles de
Raymond, et l'on attaqua la principaut de Murcie; mais comme Motamid
laissa passer, avec sa nonchalance ordinaire, le terme stipul, le comte
se crut tromp par Ibn-Ammr, et dans sa colre il le fit arrter de
mme que Rachd. Les soldats svillans essayrent bien de les dlivrer,
mais ils furent battus et forcs  la retraite.

Motamid tait  cette poque en route pour Murcie, emmenant  sa suite
le neveu du comte; mais comme il marchait lentement, il n'tait encore
que sur les bords du Guadiana-menor, qu'il ne pouvait passer  cause de
la crue des eaux, lorsque des fuyards de son arme se montrrent sur
l'autre rive. Parmi eux se trouvaient deux cavaliers auxquels Ibn-Ammr
avait donn ses instructions. Ils poussrent aussitt leurs montures
dans le fleuve, et, l'ayant travers, ils apprirent  Motamid les
vnements dplorables qui avaient eu lieu. Ils ajoutrent toutefois
qu'Ibn-Ammr esprait recouvrer bientt la libert, et ils prirent le
prince, en son nom, de rester o il tait. Motamid ne le fit pas.
Constern des nouvelles qu'il venait de recevoir et fort inquiet du sort
de son fils, il rtrograda jusqu' Jan, aprs avoir fait jeter dans les
fers le neveu du comte.

Dix jours aprs, Ibn-Ammr, qui avait t largi, arriva dans le
voisinage de Jan; mais n'osant se prsenter aux regards de Motamid,
dont il craignait la colre, il lui envoya ces vers:

     Croirai-je  mes propres pressentiments, ou bien prterai-je
     l'oreille aux conseils de mes compagnons? Excuterai-je mon
     dessein, ou bien resterai-je ici avec mon escorte? Quand j'obis
     aux lans de mon coeur, je m'avance, sr de trouver les bras de
     l'ami ouverts pour me recevoir; mais quand je raisonne, je retourne
     sur mes pas. L'amiti m'entrane en avant; mais le souvenir de la
     faute que j'ai commise me repousse. Quelle chose trange que les
     arrts de la destine! Qui m'et prdit qu'un jour il me serait
     plus doux d'tre loin de vous que prs de vous? Je vous crains
     parce que vous avez le droit de m'ter la vie;--j'espre en vous
     parce que je vous aime de tout mon coeur. Ayez piti de celui
     dont vous connaissez l'attachement inbranlable, de celui qui n'a
     d'autre mrite que de vous aimer sincrement. Je n'ai fait rien qui
     puisse fournir des armes contre moi aux envieux, rien qui prouve de
     ma part, soit ngligence, soit prsomption; mais vous-mme, vous
     m'avez expos  une terrible calamit, vous avez mouss mon pe,
     vous l'avez brise. Certes, si je ne me rappelais vos nombreux
     bienfaits, qui ont t pour moi ce que la pluie est pour les
     branches des arbres, je ne me laisserais pas consumer ainsi par
     d'affreux tourments, et je ne dirais pas que ce qui est arriv, est
     arriv par ma faute. J'implore  genoux votre clmence, je vous
     supplie de me pardonner; mais duss-je prouver auprs de vous le
     souffle de l'pre vent du nord, je m'crierais cependant: O brise
     douce  mon coeur!

Motamid, qui devait sentir qu'il tait coupable lui-mme, ne rsista pas
 l'appel qu'Ibn-Ammr faisait  son amiti, et lui rpondit par ces
vers:

     Viens reprendre ta place  mes cts! Viens sans rien craindre, car
     des bonts t'attendent, et non des reproches. Sois convaincu que je
     t'aime trop pour pouvoir t'affliger; rien, tu le sais, ne m'est
     plus agrable que de te voir content et joyeux. Quand tu viendras
     ici, tu me trouveras, comme tu m'as trouv toujours, prt 
     pardonner au pcheur, clment envers mes amis. Je te traiterai avec
     bienveillance comme par le pass, et je te pardonnerai ta faute, si
     faute il y a; car l'Eternel ne m'a pas donn un coeur dur, et je
     n'ai pas l'habitude d'oublier une amiti ancienne et sacre.

Rassur par cette rponse, Ibn-Ammr vola aux pieds de son souverain.
Ils convinrent entre eux d'offrir au comte la libert de son neveu et
les dix mille ducats auxquels il avait droit, pourvu qu'il largt
Rachd. Mais Raymond ne se contenta pas de la somme stipule; au lieu de
dix mille ducats, il en exigea trente mille. Comme Motamid ne les avait
pas, il en fit frapper avec un alliage trs-considrable. Heureusement
pour lui, le comte ne s'aperut de cette fraude qu'aprs avoir rendu la
libert  Rachd[153].

Malgr le mauvais succs de sa premire tentative, Ibn-Ammr ne cessa de
convoiter Murcie. Il prtendit avoir reu, de la part de quelques nobles
murciens, des lettres qui donnaient de grandes esprances, et il fit si
bien que Motamid lui permit enfin d'aller assiger Murcie avec l'arme
svillane.

Arriv  Cordoue, il s'y arrta vingt-quatre heures afin de runir  ses
troupes la cavalerie qui se trouvait dans cette ville. Il passa la nuit
en compagnie du gouverneur Fath, un fils de Motamid, et il fut si
enchant de sa conversation spirituelle et piquante, que, lorsqu'un
eunuque vint lui annoncer que l'aurore commenait  paratre, il
improvisa ce vers:

     Va-t-en, imbcile! toute cette nuit a t une aurore pour moi.
     Comment aurait-il pu en tre autrement, puisque Fath me tenait
     compagnie?

Continuant sa marche, il arriva dans le voisinage d'un chteau qui
portait encore le nom de Baldj, le chef des Arabes syriens au huitime
sicle, et dont un Arabe qui appartenait  la tribu de Baldj,  savoir
celle de Cochair[154], tait gouverneur. Cet Arabe, qui s'appelait
Ibn-Rachc, vint  sa rencontre et le pria de se reposer dans le
chteau. Ibn-Ammr accepta cette invitation. Le chtelain le traita
magnifiquement et ne ngligea rien pour s'insinuer dans sa faveur. Il
n'y russit que trop bien. Ibn-Ammr ne tarda pas  lui accorder sa
confiance; mais jamais il ne l'avait place si mal.

Accompagn de son nouvel ami, il alla mettre le sige devant Murcie. Peu
de temps aprs, Mula se rendit  lui. C'tait pour les Murciens une
perte fort grave, car les vivres devaient leur arriver de ce ct-l;
aussi Ibn-Ammr ne douta-t-il pas que la ville ne se rendt sous peu,
et, ayant confi Mula  la garde d'Ibn-Rachc, auquel il laissa une
partie de sa cavalerie, il retourna  Sville avec le reste de son
arme. Quand il y fut arriv, il reut des lettres de son lieutenant.
Elles portaient que Murcie tait ravage par la famine, et que des
citoyens influents, auxquels on avait promis des postes lucratifs,
s'taient engags  seconder les assigeants. Demain ou aprs-demain,
dit alors Ibn-Ammr, nous apprendrons que Murcie est prise. Sa
prdiction s'accomplit. Des tratres ouvrirent  Ibn-Rachc les portes
de la ville; Ibn-Thir fut jet en prison, et tous les habitants
prtrent serment  Motamid[155].

Aussitt qu'Ibn-Ammr, transport de joie, eut reu ces nouvelles, il
demanda  Motamid la permission de se rendre dans la ville conquise.
Motamid la lui accorda sans hsiter. Alors le vizir, qui voulait
rcompenser noblement les Murciens, se fit donner quantit de chevaux et
de mulets qui appartenaient aux curies royales; il en emprunta d'autres
 ses amis, et quand il en eut environ deux cents  sa disposition, il
les fit charger d'toffes prcieuses, aprs quoi il se mit en marche,
tambour battant et bannires dployes. Dans chaque ville qu'il
traversait, il se fit remettre les caisses de l'Etat. Son entre dans
Murcie fut un vritable triomphe. Le lendemain il donna audience, mais
en tranchant du souverain, car il tait coiff d'un bonnet trs-haut,
tel que son matre avait coutume d'en porter dans les occasions
solennelles, et quand on lui prsentait des ptitions, il crivait au
bas: Qu'il en soit ainsi, s'il plat  Dieu, sans nommer Motamid.

Cette conduite prsomptueuse ne ressemblait que trop  une rvolte.
Motamid, du moins, en jugea ainsi. Cependant il ne se mit pas en colre:
un sentiment de tristesse et de dcouragement s'empara de lui; il
voyait s'vanouir tout  coup le rve qu'il avait caress pendant
vingt-cinq ans! L'instinct de son coeur l'avait donc abus! L'amiti
d'Ibn-Ammr, ses protestations de dsintressement, de dvoment
inbranlable, tout cela n'avait donc t que mensonge et hypocrisie! Et
pourtant il tait moins coupable peut-tre qu'il ne le paraissait aux
yeux de son souverain. Il avait, il est vrai, une vanit excessive et
absurde; mais il n'est nullement certain qu'il ait eu la coupable pense
de se rvolter contre son bienfaiteur. D'un caractre moins ardent,
moins impressionnable, il n'avait peut-tre jamais prouv pour Motamid
cette amiti enthousiaste et passionne que Motamid avait prouve pour
lui; mais il avait nanmoins pour son roi une affection vritable,
tmoin ces vers qu'il lui adressa en rponse aux reproches que Motamid
lui avait faits:

     Non, vous vous trompez quand vous dites que les vicissitudes de la
     fortune m'ont chang! L'amour que je porte  Chams, ma vieille
     mre, est moins fort que celui que je ressens pour vous. Cher ami!
     comment se fait-il que votre bienveillance ne m'claire pas de ses
     rayons, de mme que la foudre claire les tnbres de la nuit?
     Comment se fait-il qu'aucune tendre parole ne vienne me consoler
     comme une douce brise? Oh! je souponne que des hommes infmes que
     je connais ont voulu dtruire notre douce amiti! Me retirerez-vous
     donc ainsi votre main, aprs une amiti de vingt-cinq annes,
     annes de bonheur sans mlange et qui se sont envoles sans que
     vous ayez eu  vous plaindre de moi, sans que j'aie t coupable
     d'aucun trait mchant,--me retirerez-vous donc ainsi votre main et
     me laisserez-vous en proie aux griffes de la destine? Suis-je
     autre chose que votre esclave obissant et soumis? Rflchissez
     encore; ne prcipitez rien; souvent celui qui se presse trop tombe,
     tandis que celui qui marche avec circonspection arrive au but. Ah!
     vous vous souviendrez de moi quand les liens qui nous unissent
     seront rompus, et qu'il ne vous restera que des amis intresss et
     faux. Vous me chercherez quand aucun de ceux qui vous entourent ne
     pourra vous donner un bon conseil, et que je ne serai plus l, moi
     qui savais aiguiser l'esprit des autres.

Qui sait si une heure d'entretien et d'panchement n'et pas dissip les
prventions de Motamid et rconcili ces deux mes si bien faites pour
s'entendre? Mais, hlas! le prince et le vizir taient loin l'un de
l'autre, et le dernier avait  Sville une foule d'envieux et d'ennemis
qui s'acharnaient  le calomnier,  le noircir aux yeux du monarque, 
interprter malicieusement ses moindres actes, ses moindres paroles. Ils
s'taient si bien empars de l'esprit du prince, ces hommes infmes
dont Ibn-Ammr parle dans son pome et parmi lesquels on distinguait le
vizir Abou-Becr ibn-Zaidoun[156], alors l'homme le plus influent  la
cour, que Motamid avait dj conu des doutes sur la fidlit
d'Ibn-Ammr au moment o celui-ci prenait cong de lui pour se rendre 
Murcie. Joignez-y qu'Ibn-Ammr trouva un ennemi non moins dangereux dans
la personne d'Ibn-Abdalazz, prince de Valence et ami d'Ibn-Thir.

En arrivant  Murcie, Ibn-Ammr avait l'intention de traiter Ibn-Thir
d'une manire honorable. Aussi lui fit-il prsenter plusieurs vtements
d'honneur afin qu'il en choist un qui ft  son gr; mais Ibn-Thir
dont l'humeur naturellement caustique s'tait aigrie par la perte de sa
principaut, rpondit au messager d'Ibn-Ammr: Va dire  ton matre que
je ne veux de lui rien autre chose qu'une longue pelisse et une petite
calotte. Recevant cette rponse au milieu de ses courtisans, Ibn-Ammr
se mordit les lvres de dpit. Je comprends le sens de ses paroles,
dit-il enfin; oui, c'tait l le costume que je portais, alors que,
pauvre et obscur, je suis venu lui rciter mes vers[157]. Mais il ne
pardonna pas  Ibn-Thir ce rude coup port  son orgueil. Changeant
d'intention  son gard, il le fit enfermer dans la forteresse de
Monteagudo[158]. Cdant aux instances d'Ibn-Abdalazz, Motamid envoya 
son vizir l'ordre de rendre la libert  Ibn-Thir. Ibn-Ammr ne le fit
pas[159]. Cependant Ibn-Thir russit  s'vader, grce au secours que
lui prta Ibn-Abdalazz, et alla s'tablir  Valence. Ibn-Ammr en fut
furieux. Il composa  cette occasion un pome dans lequel il excitait
les Valenciens  se rvolter contre leur prince. En voici quelques vers:

     Habitants de Valence, soulevez-vous tous contre les Beni-Abdalazz,
     proclamez vos justes griefs, et choisissez-vous un autre roi, un
     roi qui sache vous dfendre contre vos ennemis. Que ce soit
     Mohammed ou Ahmed[160], il vaudra toujours mieux que ce vizir qui a
     livr votre ville  l'opprobre, comme un poux hont qui prostitue
     sa propre femme. Il a offert un asile  celui qui a t abandonn
     par ses propres sujets. En le faisant, il vous a amen un oiseau de
     mauvais augure, il vous a donn pour concitoyen un homme vil et
     infme. Ah! il me faut me laver le front, sur lequel une fille sans
     bracelet, une vile esclave, a appliqu un soufflet. Crois-tu donc
     chapper,  Ibn-Abdalazz,  la vengeance d'un homme qui marche
     toujours  la poursuite de son ennemi, qui continue sa route, lors
     mme qu'aucune toile ne l'claire? Par quelle ruse pourrait-on se
     soustraire aux mains vengeresses d'un brave guerrier des
     Beni-Ammr, qui trane une fort de lances  sa suite?
     Attendez-vous  le voir arriver bientt, entour d'une arme
     innombrable! Valenciens, je vous donne un bon conseil: marchez
     comme un seul homme contre ce palais qui recle tant d'infamies
     dans ses murs; emparez-vous des trsors que renferment ses caveaux;
     dtruisez-le de fond en comble, en sorte que des ruines seules
     attestent ce qu'il a t un jour!

Quand Motamid reut connaissance de cette pice, il tait dj
tellement irrit contre Ibn-Ammr, qu'il la parodia ainsi:

     _Par quelle ruse pourrait-on se soustraire aux mains vengeresses
     d'un brave guerrier des Beni-Ammr_; de ces hommes qui se
     prosternaient nagure, avec une bassesse inoue, aux pieds de
     chaque seigneur, de chaque prince, de chaque tte couronne; qui
     s'estimaient heureux quand ils recevaient de leurs matres une
     portion un peu plus large que les autres domestiques; qui,
     bourreaux mpriss, tranchaient la tte aux criminels, et qui se
     sont levs de la plus basse condition aux dignits les plus
     hautes.

Ces vers causrent une joie indicible  Ibn-Abdalazz. Quant 
Ibn-Ammr, il touffait de colre, et dans sa fureur il composa contre
Motamid, contre Romaiquia, contre les Abbdides en gnral, une satire
bien plus sanglante encore. Lui, l'aventurier n sous le chaume, lui que
la bont de Motamid avait tir du nant, il osa reprocher aux Abbdides
de n'tre aprs tout que des cultivateurs obscurs du hameau de Jaumn,
cette capitale de l'univers, comme il disait avec une amre ironie.
Tu l'as choisie parmi les filles de la populace, poursuivait-il, cette
esclave que Romaic, son matre, et change bien volontiers contre un
chameau d'un an. Elle a mis au monde des fils dbauchs, de petits
hommes trapus qui sont sa honte. Motamid! je fltrirai ton honneur, je
dchirerai les voiles qui couvrent tes turpitudes, je les ferai tomber
en lambeaux. Oui, mule des anciens preux, oui, tu as dfendu tes
villages, mais tu savais que tes femmes te trompaient et tu les laissais
faire....

Par un reste de pudeur, Ibn-Ammr ne montra ces vers, composs dans un
accs de rage atroce, qu' ses amis intimes; mais parmi eux se trouvait
un riche juif d'Orient auquel il avait accord sa confiance, sans
souponner que c'tait un missaire d'Ibn-Abdalazz. Ce juif russit
sans trop de peine  se procurer une copie de la satire, crite de la
propre main d'Ibn-Ammr, et la remit au prince de Valence. Celui-ci
crivit aussitt  Motamid, et, se servant d'un pigeon, il lui envoya sa
lettre et la satire sous le mme pli.

Ds lors une rconciliation n'tait plus possible. Ni Motamid, ni
Romaiquia, ni leurs fils ne pouvaient pardonner  Ibn-Ammr ses ignobles
injures. Mais le roi de Sville n'eut pas besoin de punir son vizir:
d'autres se chargrent de ce soin. S'abandonnant au plaisir avec une
insouciance complte, Ibn-Ammr ne s'aperut pas qu'Ibn-Rachc, second
par le prince de Valence, le trahissait, et quand enfin il ouvrit les
yeux, il tait trop tard: excits par Ibn-Rachc, les soldats
demandrent  grands cris leur solde arrire, et comme Ibn-Ammr ne
pouvait les satisfaire, ils menacrent de le livrer  Motamid. Cette
menace le fit frmir, et il se sauva par une fuite prcipite.

C'est auprs d'Alphonse qu'il alla chercher un asile. Il se flattait de
l'espoir que ce monarque l'aiderait  reconqurir Murcie, mais il se
trompait: Alphonse s'tait laiss gagner par les magnifiques prsents
qu'Ibn-Rachc lui avait faits, et il dit  Ibn-Ammr: Tout ceci est une
histoire de voleurs: le premier voleur[161] a t vol par un
autre[162], et celui-ci a t vol par un troisime[163]. Voyant donc
qu'il n'avait rien  esprer  Lon, Ibn-Ammr alla  Saragosse, o il
entra au service de Moctadir. Mais cette cour, bien moins brillante que
celle de Sville, lui dplut souverainement. Il alla donc  Lrida, o
rgnait Modhaffar, un frre de Moctadir. Il y trouva un excellent
accueil; mais comme Lrida lui semblait encore plus monotone que
Saragosse, il retourna  cette dernire ville, o Moutamin avait succd
 son pre Moctadir[164]. L'ennui, ce mal horrible, avait envahi sa
destine et s'tendait comme un nuage noir sur son prsent et son
avenir; il s'estima donc heureux lorsqu'il trouva l'occasion de sortir
de son oisivet. Un chtelain qu'il connaissait s'tait rvolt. Il
donna parole  Moutamin de le rduire, et se mit en route avec une
faible escorte. Arriv au pied de la montagne sur laquelle le chteau
tait assis, il fit demander au rebelle la permission de venir lui
rendre visite, accompagn de deux hommes seulement. Le chtelain, qui ne
se mfiait pas de lui, n'hsita pas  lui accorder sa demande. Quand
vous me verrez marcher  ct du gouverneur et lui serrer la main, dit
alors Ibn-Ammr  ses deux serviteurs Djbir et Hd, vous plongerez vos
pes dans sa poitrine. Le chtelain fut tu, ses soldats demandrent
et obtinrent leur pardon, et Moutamin fut fort content du service
qu'Ibn-Ammr lui avait rendu. Bientt aprs, ce dernier crut avoir
trouv une nouvelle occasion pour satisfaire le besoin d'activit
fbrile qui le dvorait. Il voulait procurer  Moutamin la possession de
Segura. Perche sur la dernire crte d'un pic presque inaccessible,
cette forteresse avait su conserver son indpendance alors que Moctadir
s'tait empar des Etats d'Al, prince de Dnia, et un fils de ce
dernier, nomm Sirdj-ad-daula, l'avait possde quelque temps; mais
comme il venait de mourir, les Beni-Sohail, qui taient les tuteurs de
ses enfants, voulaient vendre Segura  quelque prince voisin. Ibn-Ammr
promit  Moutamin de la lui livrer de la mme manire qu'il lui avait
livr l'autre chteau. Il partit donc avec quelques troupes, et fit
prier les Beni-Sohail de lui accorder un entretien. Ils y consentirent;
mais au lieu de les attirer dans ses filets, Ibn-Ammr, qui les avait
offenss  l'poque o il rgnait  Murcie, tomba lui-mme dans un
pige. Les abords de la forteresse taient dfendus par une pente si
escarpe, que, pour y entrer, il fallait se laisser hisser  force de
bras. Arriv  cet endroit dangereux avec Djbir et Hd, ses compagnons
obligs dans chaque entreprise aventureuse, Ibn-Ammr se fit tirer en
haut le premier; mais aussitt qu'il eut touch le sol de ses pieds, les
soldats de la garnison s'emparrent de lui et crirent  ses deux
acolytes de se sauver au plus vite, s'ils ne voulaient pas tre tus 
coups de flches. Ils n'eurent garde de se faire rpter cet
avertissement, et descendant le rocher en courant, ils vinrent annoncer
aux soldats de Saragosse qu'Ibn-Ammr avait t fait prisonnier.
Persuads qu'une tentative pour le dlivrer n'avait aucune chance de
succs, ces soldats retournrent d'o ils taient venus.

Aprs avoir jet Ibn-Ammr dans un cachot, les Beni-Sohail rsolurent de
le vendre au plus offrant et dernier enchrisseur. Ce fut Motamid qui
l'acheta, de mme que le chteau de Segura, et il chargea son fils Rdh
de conduire le prisonnier  Cordoue. L'infortun vizir entra dans cette
ville charg de fers et mont sur un mulet de bagage, entre deux sacs de
paille. Motamid l'accabla de reproches et lui montra sa terrible satire
en lui demandant s'il reconnaissait son criture. Le prisonnier, qui
avait de la peine  se tenir debout, tant ses chanes taient lourdes,
l'couta en silence, les yeux fixs  terre; puis, quand le prince eut
termin sa longue invective, il dit:

--Je ne nie rien, seigneur, de ce que vous venez de dire; et  quoi me
servirait-il de le nier, puisque, si je le faisais, mme les choses
inanimes parleraient pour attester la vrit de vos paroles? J'ai
failli, je vous ai offens grivement, mais pardonnez-moi!

--Ce que tu as fait ne se pardonne pas, lui rpondit Motamid.

Les dames qu'il avait outrages dans sa satire se vengrent en
l'accablant de railleries mordantes. A Sville il eut de nouveau 
endurer les insultes de la foule. Cependant sa captivit se prolongeait,
et cette circonstance lui rendit quelque espoir. Il savait d'ailleurs
que plusieurs personnages haut placs, le prince Rachd entre autres,
parlaient ou crivaient en sa faveur. Aussi ne cessait-il de stimuler
leur zle par ses vers; mais Motamid tait fatigu des prires
multiplies qu'on lui adressait, et il avait dj dfendu de donner au
prisonnier ce qu'il faut pour crire, lorsque ce dernier le fit supplier
de lui accorder une seule fois encore du papier, de l'encre et un
_calam_. Ayant obtenu sa demande, il adressa  Motamid un long pome,
que l'on remit au sultan dans la soire, pendant un festin. Les convives
partis, Motamid le lut, se sentit touch, et fit venir Ibn-Ammr dans sa
chambre, o il lui reprocha de nouveau son ingratitude. D'abord
Ibn-Ammr, suffoqu par les larmes, ne put rien lui rpondre; mais se
remettant peu  peu, il sut lui rappeler avec tant d'loquence le
bonheur qu'ils avaient autrefois got ensemble, que Motamid, mu,
attendri,  demi vaincu peut-tre, lui adressa quelques paroles
rassurantes, mais sans lui accorder un pardon formel.
Malheureusement--car le pire de tous les malheurs, c'est celui qui vient
 nous environn d'esprance--malheureusement Ibn-Ammr se trompa
trangement sur les sentiments de Motamid  son gard. Aux alternatives
de courroux et d'attendrissement, dont il avait t tmoin, il donna un
sens qu'elles n'avaient point. Motamid avait bien conserv pour lui un
reste d'affection; mais de l au pardon il y avait encore un grand pas 
franchir. C'est ce qu'Ibn-Ammr ne comprit pas. Rentr dans sa prison,
il crut  un prochain retour de fortune, et ne pouvant contenir la joie
dont son coeur dbordait, il crivit  Rachd une lettre pour lui
annoncer l'heureuse issue de son entretien avec le monarque. Rachd
tait en compagnie quand cette lettre lui fut remise, et pendant qu'il
la lisait, son vizir Is y jeta un regard furtif et rapide, mais qui
suffisait pour l'apprendre de quoi il s'agissait. Soit bavarderie, soit
qu'il n'aimt pas Ibn-Ammr, Is bruita la chose, et bientt elle
parvint aux oreilles d'Abou-Becr ibn-Zaidoun, grossie d'exagrations qui
nous sont restes inconnues, mais qui doivent avoir t bien infmes,
car un historien arabe dit qu'il les a passes sous silence, parce
qu'il ne voulait pas en souiller son livre. Ibn-Zaidoun passa la nuit
dans une terrible angoisse: la rhabilitation d'Ibn-Ammr tait sa
disgrce, peut-tre son arrt de mort. Le lendemain, ne sachant pas
encore  quoi s'en tenir, il resta chez lui  l'heure o il allait
ordinairement au palais. Motamid le fit chercher et le reut aussi
amicalement que de coutume, de sorte qu'Ibn-Zaidoun acquit la certitude
que sa situation tait moins dangereuse qu'il ne l'avait craint. Aussi,
quand le sultan lui demanda pourquoi il s'tait fait attendre si
longtemps, il lui rpondit qu'il croyait tre tomb en disgrce; il lui
apprit en mme temps que son entretien avec Ibn-Ammr tait connu de
toute la cour; que l'on s'attendait  voir l'ex-vizir remonter au
pouvoir; que son ami et son compatriote Ibn-Salm, le prfet de la
ville, tenait dj prts les plus beaux appartements de sa maison pour
l'y installer, en attendant que ses palais lui fussent rendus; et il va
sans dire qu'il ne manqua pas non plus de raconter les calomnies que
l'on dbitait.

Motamid ne se sentait plus de rage. Lors mme que ce qui s'tait pass
entre lui et son prisonnier n'et pas t dnatur par la haine, il
aurait t indign de la folle prsomption d'Ibn-Ammr qui, de quelques
paroles bienveillantes, avait aussitt conclu  sa mise en libert,  sa
rentre au pouvoir. Va demander  Ibn-Ammr, dit-il en s'adressant 
un eunuque slave, comment il a su trouver le moyen d'bruiter
l'entretien que j'ai eu avec lui hier au soir.

L'eunuque revint bientt.

--Ibn-Ammr, dit-il, nie d'en avoir rien dit  personne.

--Mais il peut avoir crit, reprit Motamid. Je lui ai fait donner deux
feuilles de papier: sur l'une il a crit un pome qu'il m'a envoy, mais
qu'a-t-il fait de l'autre? Va lui demander cela.

Quand l'eunuque fut de retour:

--Ibn-Ammr prtend, dit-il, qu'il s'est servi de l'autre feuille pour
crire le brouillon du pome qu'il vous a adress.

--Dans ce cas, qu'il te donne ce brouillon, rpliqua Motamid.

Alors Ibn-Ammr ne put plus nier la vrit. J'ai crit  Rachd, dit-il
tristement, pour lui communiquer ce que le prince m'avait promis.

A cet aveu, le sang de son terrible pre, de ce vautour toujours prt 
tomber sur sa proie pour la dchirer et assouvir sa rage dans ses
entrailles, s'veilla dans les veines de Motamid et les embrasa.
Saisissant la premire arme que sa main rencontra--c'tait une hache
superbe qu'il avait reue d'Alphonse--il franchit en quelques bonds les
marches de l'escalier qui conduisait  la chambre o Ibn-Ammr tait
enferm.

Rencontrant les regards foudroyants du monarque, Ibn-Ammr frissonna.
Il pressentit que sa dernire heure allait sonner.... Tranant ses
chanes, il alla se jeter aux pieds de Motamid, qu'il couvrit de baisers
et de larmes; mais le sultan, inaccessible  la piti, leva sa hache et
l'en frappa  diffrentes reprises, jusqu' ce qu'il ft mort, jusqu'
ce que tout reste de chaleur et quitt le cadavre....[165]

Telle fut la fin tragique d'Ibn-Ammr. Elle excita dans l'Espagne arabe
une motion trs-vive, mais qui ne fut pas longue, car de graves
vnements qui eurent lieu  Tolde et les progrs des armes castillanes
donnrent bientt aux ides une autre direction.




XII.


L'empereur Alphonse VI, roi de Lon, de Castille, de Galice et de
Navarre, avait l'intention bien arrte de conqurir toute la
Pninsule[166], et il tait assez puissant pour accomplir son projet.
Cependant il ne voulait pas le faire tout de suite. Rien ne le pressait,
il avait le temps d'attendre. Avant tout, il amassait de l'argent, le
nerf de la guerre, le moyen le plus sr pour parvenir au but que se
proposait son ambition. En consquence, il mettait les princes musulmans
au pressoir, et, comme d'un pressoir coulent le cidre et le vin, de ces
roitelets crass coulait l'or.

Le plus faible parmi ses tributaires tait peut-tre Cdir, le roi de
Tolde. Elev dans la mollesse du srail, ce prince tait le jouet de
ses eunuques et la rise de ses voisins, qui le dpouillaient l'un 
l'envi de l'autre. Alphonse seul semblait le protger. Aussi
s'adressa-t-il  lui alors qu'il ne put plus contenir ses sujets
fatigus de sa tyrannie. Alphonse promit de lui envoyer des troupes,
mais en rcompense de ce service il exigea une somme norme. Cdir
demanda cet argent aux principaux citoyens qu'il avait appels auprs de
lui. Ils refusrent de le donner. Je jure, s'cria-t-il alors, que si
vous ne me procurez cette somme  l'instant mme, je remettrai vos fils
entre les mains d'Alphonse.--Nous te chasserons auparavant, lui
rpondit-on. En effet, les Toldans se donnrent  Motawakkil de
Badajoz, et Cdir fut forc de s'vader pendant la nuit. Alors il
implora de nouveau le secours d'Alphonse. Nous irons assiger Tolde,
lui dit l'empereur, et tu seras rtabli sur ton trne. Mais il me faut
pour cela tout l'argent que tu as emport de Tolde; il m'en faudra
encore davantage dans la suite, et tu me donneras quelques forteresses
en nantissement. Cdir consentit  tout, et les hostilits contre
Tolde commencrent (1080)[167].

Elles avaient dj dur deux ans, lorsque l'empereur envoya, selon sa
coutume, une ambassade  Motamid pour lui demander le tribut annuel.
Cette ambassade se composait de plusieurs chevaliers; mais celui qui
tait charg de recevoir l'argent tait un juif, nomm Ben-Chlb[168],
car  cette poque les juifs servaient ordinairement d'intermdiaires
entre les musulmans et les chrtiens.

Les ambassadeurs ayant dress leurs tentes en dehors de la ville,
Motamid leur fit porter l'argent qu'il avait  payer par quelques-uns de
ses grands,  la tte desquels se trouvait le premier ministre,
Abou-Becr ibn-Zaidoun. Une partie de cet argent tait au-dessous du
titre, Motamid n'ayant pas t en tat d'en runir assez, quoiqu'il et
impos  ses sujets un impt extraordinaire. Aussi le juif s'cria en le
voyant: Me croyez-vous assez simple pour accepter cette fausse monnaie?
Je ne prends que de l'or pur, et l'anne prochaine il me faudra des
villes.

Quand ces paroles eurent t rapportes  Motamid, il entra dans une
grande colre. Qu'on m'amne ce juif et ses compagnons! cria-t-il 
ses soldats. Cet ordre fut excut, et quand les ambassadeurs furent
arrivs au palais:

--Que l'on jette ces chrtiens en prison, dit Motamid, et que l'on
crucifie ce juif maudit.

--Grce, grce, cria le juif qui, nagure si orgueilleux, tremblait
maintenant de tous ses membres; je vous donnerai le poids de mon corps
en or.

--Par Dieu! Lors mme que tu pourrais m'offrir la Mauritanie et
l'Espagne pour ta ranon, je n'en voudrais pas!

Et le juif fut crucifi[169].

En apprenant ce qui s'tait pass, Alphonse jura par la Trinit et par
tous les saints du paradis qu'il en tirerait une vengeance clatante,
terrible. J'irai, dit-il, ravager le royaume de ce mcrant avec des
guerriers innombrables comme les cheveux de ma tte, et je ne
m'arrterai qu'au dtroit de Gibraltar. Cependant, ne pouvant
abandonner  leur sort les chevaliers castillans qui gmissaient dans
les cachots de Sville, il fit demander  Motamid  quelles conditions
il consentirait  les largir. Le sultan exigea la restitution
d'Almodovar[170], et cette ville lui ayant t rendue, il remit les
chevaliers en libert[171]; mais  peine furent-ils de retour dans leur
patrie, qu'Alphonse excuta ses menaces. Il pilla et brla les villages
de l'Axarafe, tua ou emmena en esclavage tous les musulmans qui
n'avaient pas eu le temps de se mettre en sret dans une place forte,
assigea Sville pendant trois jours, ravagea la province de Sidona, et,
arriv sur la grve prs de Tarifa, il poussa son cheval dans les vagues
en s'criant: Ce sol, c'est la dernire limite de l'Espagne et je l'ai
touch! Puis, son serment rempli et sa vanit satisfaite, il ramena son
arme dans le royaume de Tolde[172].

L aussi ses armes furent victorieuses, et Motawakkil ayant t oblig
d'vacuer le pays, les habitants de la capitale ouvrirent leurs portes 
Cdir, malgr qu'ils en eussent (1084). Cdir leur extorqua des sommes
normes qu'il offrit  Alphonse. Cela ne suffit pas, lui dit
froidement l'empereur. Alors Cdir lui offrit en outre les trsors de
son pre et de son aeul.

--Cela ne suffit pas encore, dit Alphonse.

--Je vous donnerai davantage, mais accordez-moi un dlai.

--Je te l'accorde, pourvu que tu me donnes de nouveau des forteresses en
nantissement.

Cdir y consentit.... Son hritage s'en allait par lambeaux, toutes ses
ressources s'puisaient, mais qu'y pouvait-il? Il savait que l'pe du
terrible Alphonse tait suspendue sur sa tte, et qu'au moindre signe
de dsobissance, elle tomberait. Il donnait donc de l'or, et encore de
l'or; des forteresses, et encore des forteresses; pour contenter
l'empereur, il pressurait ses sujets et dpeuplait son royaume, car, n'y
tenant plus, les Toldans migrrent en foule pour aller s'tablir dans
les Etats du roi de Saragosse. Et cependant tout cela ne lui servait de
rien; plus il donnait, plus Alphonse devenait exigeant; et quand il
jurait qu'il n'avait plus rien  donner, l'empereur venait ravager les
environs de Tolde. Quelque temps encore il se cramponna  son trne
vermoulu, mais  la fin il dut lcher prise. Il en vint donc o Alphonse
l'attendait: il se dclara prt  lui cder Tolde. Toutefois il y mit
certaines conditions, dont celles-ci taient les principales:

Alphonse prendrait sous sa sauvegarde la vie et les biens des Toldans,
et chacun d'entre eux pourrait,  son choix, partir ou rester;

Il n'exigerait d'eux qu'une capitation fixe d'avance;

Il leur laisserait la grande mosque;

Il s'engagerait  remettre Cdir en possession de Valence.

L'empereur accepta ces conditions, et le 25 mai 1085, il fit son entre
dans l'ancienne capitale du royaume visigoth[173].

Ds lors rien n'gala son orgueil, si ce n'est la bassesse des princes
musulmans. Ils s'empressrent presque tous de lui envoyer des
ambassadeurs pour le complimenter, ils lui firent offrir des prsents,
ils lui dclarrent qu'ils se considraient comme ses receveurs
d'impts. Alphonse, _le souverain des hommes des deux religions_, comme
il s'intitulait dans ses lettres, ne se donnait pas mme la peine de
dissimuler le mpris qu'ils lui inspiraient. Hosm-ad-daula, le seigneur
d'Albarrazin, tait venu en personne pour lui offrir un superbe cadeau.
Justement un singe amusait l'empereur par ses gambades. Prends cet
animal en retour de ton prsent, dit Alphonse avec un accent de suprme
ddain. Et le musulman, loin de ressentir l'injure, vit dans ce singe un
gage d'amiti, une preuve qu'Alphonse n'avait pas l'intention de lui
enlever ses Etats[174].

Aprs la prise de Tolde, ce fut le tour de Valence. L les deux fils
d'Ibn-Abdalazz se disputaient le pouvoir; un troisime parti voulait
donner Valence au roi de Saragosse, un quatrime  Cdir. Ce dernier
parti l'emporta. Cdir, en effet, avait les meilleurs titres  faire
valoir: il avait derrire lui une arme castillane, commande par le
grand capitaine Alvar Faez. Seulement les Valenciens auraient 
pourvoir  l'entretien de ces troupes: elles leur coteraient six cents
pices d'or par jour! Ils avaient beau dire  Cdir qu'il n'avait pas
besoin de cette arme, puisqu'ils le serviraient fidlement, Cdir n'eut
pas la navet de croire  leurs promesses; sachant qu'on le dtestait
et que d'ailleurs les anciens partis n'avaient pas abdiqu leurs
esprances, il retint les Castillans. Afin d'tre en tat de les payer,
il greva la ville et son territoire d'un impt extraordinaire, et
extorqua aux nobles des sommes normes. Mais malgr les actes du plus
terrible despotisme, Cdir, press par Alvar Faez de lui payer
l'arrir de sa solde, se trouva un jour  bout de ressources. Alors il
proposa aux Castillans de se fixer dans son royaume en leur offrant des
terres trs-tendues. Ils y consentirent; mais tout en faisant cultiver
leurs vastes domaines par des serfs, ils continuaient  s'enrichir par
des razzias dans le pays d'alentour. Leur troupe s'tait grossie de la
lie de la population arabe. Une foule d'esclaves, d'hommes tars et de
repris de justice, dont plusieurs abjurrent l'islamisme, s'taient
enrls sous leurs drapeaux, et bientt ces bandes acquirent, par leurs
cruauts inoues, une triste clbrit. Elles massacraient les hommes,
violaient les femmes, et vendaient souvent un prisonnier musulman pour
un pain, pour un pot de vin, ou pour une livre de poisson. Quand un
prisonnier ne voulait ou ne pouvait payer ranon, elles lui coupaient la
langue, lui crevaient les yeux, et le faisaient dchirer par des
dogues[175].

Valence tait donc en ralit au pouvoir d'Alphonse. Cdir y portait
encore le titre de roi, mais une grande partie du sol appartenait aux
Castillans, et, pour incorporer cette ville  ses Etats, Alphonse
n'avait qu'une parole  prononcer. Saragosse aussi semblait perdue.
L'empereur assigeait cette ville, et il avait jur qu'il la
prendrait[176]. A l'autre bout de l'Espagne, un capitaine d'Alphonse,
Garcia Ximenez, qui s'tait nich avec une troupe de chevaliers dans le
chteau d'Aldo, non loin de Lorca, faisait sans cesse des incursions
dans le royaume d'Almrie[177]. Celui de Grenade n'tait pas pargn non
plus,  preuve que dans le printemps de l'anne 1085, les Castillans
s'avancrent jusqu'au village de Nibar,  une lieue E. de Grenade, et
qu'ils y livrrent bataille aux musulmans[178]. Partout, enfin, le pril
tait extrme, et le dcouragement l'tait aussi. On n'osait plus se
mesurer avec les chrtiens, mme dans la proportion de cinq contre un.
Dernirement un corps de quatre cents Almriens (et c'tait un corps
d'lite) avait pris la fuite devant quatre-vingts Castillans[179]. Il
tait vident que si les Arabes d'Espagne restaient abandonns 
eux-mmes, ils devraient choisir entre deux partis: la soumission 
l'empereur ou l'migration en masse. Plusieurs d'entre eux, en effet,
taient d'opinion qu'il fallait quitter le pays. Mettez-vous en route,
 Andalous, chantait un pote, car rester ici serait une folie[180].
L'migration, toutefois, tait un parti extrme, et l'on se rsolvait
difficilement  le prendre. D'ailleurs, tout n'tait pas encore perdu:
on pouvait recevoir du secours de l'Afrique. C'tait de l, en effet,
que les moins dcourags attendaient leur salut. La proposition avait
t faite de s'adresser aux Bdouins d'Ifrikia; mais on avait object
que ces gens-l s'taient signals par leur frocit autant que par leur
bravoure, et qu'il tait  craindre qu'arrivs en Espagne, ils ne se
missent  piller les musulmans, au lieu de combattre les chrtiens[181].
On pensa donc aux Almoravides. C'taient les Berbers du Sahara qui
jouaient pour la premire fois un rle sur la scne du monde. Convertis
rcemment  l'islamisme par un missionnaire de Sidjilmsa, ils avaient
fait des conqutes rapides, et  l'poque dont nous parlons, leur vaste
empire s'tendait depuis le Sngal jusqu' Alger. L'ide de les appeler
en Espagne souriait principalement aux ministres de la religion. Les
princes, au contraire, hsitrent longtemps. Quelques-uns d'entre eux,
tels que Motamid et Motawakkil, entretenaient bien des relations avec
Yousof ibn-Tchoufn, le roi des Almoravides, et ils l'avaient mme pri
 diffrentes reprises de les aider contre les chrtiens; mais en
gnral, les princes andalous, sans en excepter Motamid et Motawakkil,
avaient peu de sympathie pour le chef des rudes et fanatiques guerriers
du Sahara; ils voyaient en lui un rival dangereux plutt qu'un
auxiliaire. Cependant, comme le pril croissait de jour en jour, il
fallait bien saisir le seul moyen de salut qui restt. Motamid, du
moins, en jugea ainsi, et quand son fils an, Rachd, lui reprsenta le
pril auquel il s'exposait, s'il amenait les Almoravides en Espagne:
Tout cela est vrai, lui rpondit-il; mais je ne veux pas que la
postrit puisse m'accuser d'avoir t la cause que l'Andalousie soit
devenue la proie des mcrants; je ne veux pas que mon nom soit maudit
sur toutes les chaires musulmanes, et s'il me faut choisir, j'aime
encore mieux tre chamelier en Afrique que porcher en Castille[182].

Son plan arrt, il le communiqua  ses voisins, Motawakkil de Badajoz
et Abdallh de Grenade[183], en les priant de s'y associer et d'envoyer
leurs cadis  Sville. Ils le firent; Motawakkil envoya  Sville le
cadi de Badajoz, Abou-Ishc ibn-Mocn, et Abdallh, le cadi de Grenade,
Abou-Djafar Colai. Le cadi de Cordoue, Ibn-Adham, se joignit  eux,
ainsi que le vizir Abou-Becr ibn-Zaidoun. Ces quatre personnages
s'embarqurent  Algziras, et se rendirent auprs de Yousof[184]. Ils
taient chargs de l'inviter, au nom de leurs souverains,  venir en
Espagne avec une arme; mais ils devaient y mettre certaines conditions,
lesquelles, du reste, nous sont inconnues; nous savons seulement que
Yousof devait jurer de ne pas tenter d'enlever leurs Etats aux princes
andalous, et qu'il prta ce serment[185]. Il fallait fixer alors
l'endroit o Yousof dbarquerait. Ibn-Zaidoun proposa Gibraltar; mais
Yousof donna  entendre qu'il prfrait Algziras et que mme cette
place devait lui tre cde. Le vizir de Motamid lui rpondit qu'il
n'tait pas autoris  lui accorder cette demande. Ds lors Yousof
traita les ambassadeurs assez froidement, et ne leur donna que des
rponses vasives, ambigus; aussi ignoraient-ils en le quittant  quel
parti il s'arrterait; il n'avait pas promis de venir, mais aussi il
n'avait pas dit qu'il ne viendrait pas.

Les princes andalous taient donc aussi dans l'incertitude. Ils en
furent tirs d'une manire assez dsagrable et qui prouvait que leurs
soupons n'avaient pas t sans fondement. Yousof, qui d'ordinaire
n'entreprenait rien sans avoir consult ses faquis, leur avait demand
ce qu'il fallait faire, et les faquis avaient dclar, d'abord qu'il
tait de son devoir d'aller combattre les Castillans, ensuite que, s'il
avait besoin d'Algziras et qu'on ne voult pas le lui cder, il avait
le droit de le prendre. Muni de ce fetfa, Yousof avait donn  plusieurs
corps l'ordre de s'embarquer  Ceuta sur une centaine de navires et de
faire voile vers Algziras, de sorte que cette ville se trouva tout 
coup entoure d'une grande arme qui exigeait qu'on lui donnt des
vivres et la place elle-mme. Rdh, qui y commandait, se trouva dans
une grande perplexit, le cas qui se prsentait n'ayant pas t prvu.
Il ne refusa pas de fournir des vivres aux Almoravides, mais en mme
temps il se mit en mesure de repousser au besoin la force par la force.
En outre, il crivit  son pre pour lui demander des ordres, et ayant
attach sa lettre  l'aile d'un pigeon, il le lcha vers Sville. La
rponse de Motamid ne se fit pas attendre. Il s'tait dcid vite, car,
quelque rvoltante que lui part la conduite de Yousof, il sentait qu'il
tait all trop loin pour reculer et qu'il lui fallait faire bonne mine
 mauvais jeu. Il enjoignit donc  son fils d'vacuer Algziras et de
se retirer sur Ronda[186]. De nouvelles troupes s'embarqurent alors
pour Algziras, et enfin Yousof y arriva lui-mme. Son premier soin fut
de mettre les fortifications de la ville en bon tat, de la pourvoir de
munitions de guerre et de bouche, et d'y tablir une garnison
suffisante. Ensuite il s'achemina vers Sville avec le gros de ses
forces. Motamid vint  sa rencontre, entour des principaux dignitaires
de son royaume. Quand il fut arriv en sa prsence, il voulut lui baiser
la main; mais Yousof l'en empcha en l'embrassant de la manire la plus
affectueuse. Les prsents qui taient d'usage ne furent pas oublis:
Motamid en offrit une si grande quantit  l'Almoravide, que celui-ci
put donner quelque chose  chaque soldat de son arme, et qu'il conut
une haute ide des richesses que possdait l'Espagne. Prs de Sville on
s'arrta, et c'est l que les deux petits-fils de Bds, Abdallh de
Grenade et Temm de Malaga, vinrent se joindre aux Almoravides, le
premier avec trois cents cavaliers, le second avec deux cents. Motacim
d'Almrie envoya un rgiment de cavalerie command par un de ses fils,
en exprimant ses regrets de ce que le voisinage menaant des chrtiens
d'Aldo ne lui permettait pas de venir en personne. Huit jours aprs,
l'arme prit la route de Badajoz, o elle opra sa jonction avec
Motawakkil et ses troupes. Puis on marcha vers Tolde[187]; mais on ne
s'tait pas encore avanc bien loin qu'on rencontra l'ennemi.

Au moment o il apprit que les Almoravides avaient dbarqu en Espagne,
Alphonse assigeait encore Saragosse. Croyant que le roi de cette ville
ignorait l'arrive des Africains, il lui fit dire que, s'il lui donnait
beaucoup d'argent, il lverait le sige; mais Mostan, qui avait reu la
grande nouvelle aussi bien que lui, lui fit rpondre qu'il ne lui
donnerait pas un seul dirhem. Alphonse retourna alors  Tolde, aprs
avoir envoy  Alvar Faez, ainsi qu' ses autres lieutenants, l'ordre
de venir le rejoindre avec leurs troupes. Quand son arme, dans laquelle
il y avait beaucoup de chevaliers franais, fut rassemble, il se mit en
marche, car il voulait transporter la guerre dans le pays ennemi. Il
rencontra les Almoravides et leurs allis non loin de Badajoz, prs d'un
endroit que les musulmans appelaient Zallca et les chrtiens Sacralias,
et il n'avait pas encore fini de dresser ses tentes, qu'il reut une
lettre de Yousof, dans laquelle ce monarque l'invitait  embrasser
l'islamisme ou  payer un tribut, en le menaant de la guerre s'il ne
voulait faire ni l'un ni l'autre. Alphonse fut fort indign de ce
message. Il chargea un de ses employs arabes d'y rpondre que, les
musulmans ayant t ses tributaires pendant nombre d'annes, il ne
s'attendait pas  des propositions aussi blessantes; que du reste il
avait une grande arme, et que, grce  elle, il saurait bien punir
l'outrecuidance de ses ennemis. Cette lettre tant parvenue  la
chancellerie musulmane, un Andalous y rpondit sur-le-champ; mais quand
il montra sa composition  Yousof, celui-ci la trouva trop longue, et,
se bornant  crire sur le revers de la lettre de l'empereur ces simples
paroles: Ce qui arrivera, tu le verras, il la lui renvoya[188].

Il s'agissait alors de fixer le jour de la bataille;  cette poque la
coutume le voulait ainsi. C'tait le jeudi 22 octobre 1086, et ce
jour-l Alphonse envoya ce message aux musulmans: Demain, vendredi, est
votre jour de fte, et dimanche est le ntre; je propose donc que la
bataille ait lieu aprs-demain, samedi[189]. Yousof agra celle
proposition; mais Motamid y vit une ruse, et comme dans le cas d'une
attaque il aurait  soutenir le premier choc de l'ennemi (car les
troupes andalouses formaient l'avant-garde, tandis que les Almoravides
se tenaient en arrire cachs par les montagnes), il prit des
prcautions afin de ne pas tre attaqu  l'improviste, et fit observer
les mouvements de l'ennemi par des troupes lgres. Son esprit n'tait
nullement tranquille et il consultait sans cesse son astrologue. On
touchait, en effet,  un moment critique et dcisif. Le sort de
l'Espagne dpendait de l'issue de la bataille qui allait se livrer, et
les Castillans avaient la supriorit du nombre. Leurs forces, les
musulmans le croyaient du moins, s'levaient  cinquante ou soixante
mille hommes[190], tandis que leurs adversaires n'en avaient que vingt
mille[191].

Au lever de l'aurore, Motamid vit ses craintes se raliser: il fut
averti par ses vedettes que l'arme chrtienne approchait. Sa position
tant donc devenue fort dangereuse, car il risquait d'tre cras avant
que les Almoravides fussent rendus sur le champ de bataille, il fit dire
 Yousof de venir promptement  son secours avec toutes ses troupes, ou
de lui envoyer du moins un renfort considrable. Mais Yousof ne se hta
pas de satisfaire  cette demande. Il avait form un plan dont il ne
voulait pas s'carter, et il s'inquitait si peu du sort des Andalous,
qu'il s'cria: Qu'est-ce que cela me fait que ces gens-l soient
massacrs? Ce sont tous des ennemis[192]. Ainsi abandonns  leurs
propres forces, les Andalous prirent la fuite; seuls les Svillans,
stimuls par l'exemple de leur roi, qui, quoique bless au visage et 
la main, faisait preuve d'une brillante bravoure, rsistrent
vigoureusement au choc de l'ennemi, jusqu' ce qu'enfin une division
almoravide arrivt  leur aide. Ds lors le combat fut moins ingal;
cependant les Svillans furent fort tonns quand ils virent les ennemis
battre tout  coup en retraite, car le renfort qu'ils avaient reu
n'tait pas assez considrable pour qu'ils pussent se flatter d'avoir
remport la victoire. Aussi n'en tait-il pas ainsi; mais voici ce qui
tait arriv. Voyant l'arme castillane engage contre les Andalous,
Yousof avait form le dessein de la prendre  revers. Il avait donc
envoy  Motamid autant de renfort qu'il en fallait pour l'empcher
d'tre cras par les ennemis; puis, faisant un dtour, il s'tait port
avec le gros de ses forces sur le camp d'Alphonse. L il avait fait un
carnage effroyable des soldats chargs de le garder, et, l'ayant
incendi, il tait all tomber dans le dos des Castillans, en poussant
devant lui une foule de fuyards. Alphonse se trouvait donc entre deux
feux, et comme l'arme qui venait le prendre en queue tait plus
nombreuse que celle qu'il avait en face, il fut oblig de tourner contre
elle sa force principale. Le combat fut extrmement acharn. Le camp fut
tour  tour pris et repris, tandis que Yousof parcourait les rangs de
ses soldats en criant: Courage, musulmans! Vous avez devant vous les
ennemis de Dieu! Le paradis attend ceux d'entre vous qui succomberont!

Cependant les Andalous qui avaient pris la fuite taient parvenus  se
rallier, et ils retournrent sur le champ de bataille pour soutenir
Motamid. D'un autre ct, Yousof jeta sur les Castillans sa garde noire
qu'il tenait en rserve et qui fit des merveilles. Un ngre russit mme
 s'approcher d'Alphonse et  le blesser  la cuisse d'un coup de
poignard. A la nuit tombante, la victoire, chaudement dispute, se
dclara enfin pour les musulmans; la plupart des chrtiens gisaient
morts ou blesss sur le champ de bataille, d'autres avaient pris la
fuite, et Alphonse lui-mme, entour seulement de cinq cents chevaliers,
eut grand'peine  se sauver (23 octobre 1086).

Toutefois on ne recueillit pas de cette clatante victoire tous les
fruits qu'on pouvait en attendre. Yousof avait bien l'intention de
pntrer dans le pays ennemi, mais il y renona quand il reut la
nouvelle de la mort de son fils an, qu'il avait laiss malade  Ceuta.
Se contentant donc de mettre sous les ordres de Motamid une division de
trois mille hommes, il retourna en Afrique avec le reste de ses
troupes[193].




XIII.


Par suite de l'arrive des Almoravides en Espagne, les Castillans
avaient t forcs d'vacuer le royaume de Valence et de lever le sige
de Saragosse. La droute qu'ils avaient essuye  Zallca les avait
privs d'une foule de leurs meilleurs guerriers; ils avaient perdu 
cette occasion, disaient les musulmans, dix mille ou mme vingt-quatre
mille hommes[194]. En outre, les princes andalous taient affranchis de
la honteuse obligation de payer  Alphonse un tribut annuel, et l'Ouest,
o les forteresses taient dfendues dsormais par les soldats que
Yousof avait laisss  Motamid, n'avait plus rien  craindre des
attaques de l'empereur. C'taient  coup sr de beaux rsultats et dont
les Andalous avaient raison de se rjouir. Aussi tout le pays
retentissait-il de cris d'allgresse; le nom de Yousof tait dans toutes
les bouches; on vantait sa pit, sa bravoure, ses talents militaires,
on saluait en lui le sauveur de l'Andalousie et de la religion
musulmane, on le proclamait le premier capitaine de son sicle. Le
clerg surtout ne tarissait pas sur son loge. A ses yeux Yousof tait
plus qu'un grand homme: il tait l'homme bni par Dieu, l'lu du
Seigneur[195].

Cependant les succs obtenus, si grands et si glorieux qu'ils fussent,
n'taient nullement dcisifs. Les Castillans, du moins, en jugeaient
ainsi. Malgr les pertes qu'ils avaient prouves, ils ne dsespraient
pas de rtablir leurs affaires. Ils savaient fort bien qu'ils
risqueraient trop s'ils dirigeaient leurs attaques du ct de Badajoz et
de Sville, mais ils savaient aussi que l'Est de l'Andalousie leur
offrait encore mainte chance de succs et qu'il leur serait facile de le
ravager, peut-tre mme de le conqurir. Les petites principauts de
l'Est, Valence, Murcie, Lorca, Almrie, taient en effet les plus
faibles de toutes celles qui existaient dans la Pninsule, et les
Castillans occupaient au milieu d'elles une position trs-forte et qui
mettait le pays  leur merci. C'tait la forteresse d'Aldo, dont les
ruines subsistent encore aujourd'hui, et qui se trouvait entre Murcie et
Lorca. Situe sur une montagne trs-escarpe et capable de contenir une
garnison de douze ou treize mille hommes, elle pouvait passer pour
inexpugnable. C'est de l que partaient les Castillans pour faire des
razzias dans le pays d'alentour. Ils assigrent mme Almrie, Lorca,
Murcie[196], et tout semblait prsager que, si l'on n'y pourvoyait, ces
villes finiraient par tomber entre leurs mains.

Motamid sentit la gravit du pril qui menaait l'Andalousie de ce
ct-l, et d'ailleurs ses intrts personnels taient en jeu. Les deux
villes les plus exposes aux attaques de l'ennemi, Murcie et Lorca, lui
appartenaient, la premire en droit, la seconde en fait, car le seigneur
de Lorca, Ibn-al-Yasa, qui se sentait trop faible pour rsister aux
Castillans d'Aldo, l'avait reconnu pour son souverain, dans l'espoir
d'tre aid par lui[197]. Quant  Murcie, Ibn-Rachc y rgnait encore,
et Motamid brlait du dsir de punir ce rebelle. Ayant donc rsolu de
faire une expdition dans l'Est avec la double intention de mettre un
terme aux invasions des chrtiens et de rduire Ibn-Rachc 
l'obissance, il runit ses propres troupes  celles que Yousof lui
avait confies, et prit le chemin de Lorca.

Arriv dans cette ville, il fut inform qu'un escadron de trois cents
Castillans se trouvait dans le voisinage. En consquence il ordonna 
son fils Rdh d'aller l'attaquer avec trois mille cavaliers svillans.
Rdh, toutefois, qui aimait les lettres bien plus que la guerre,
s'excusa en prtextant une indisposition. Fort irrit de ce refus,
Motamid confia alors le commandement  un autre de ses fils, qui
s'appelait Motadd. Mais la supriorit des Castillans sur les Andalous
devait se montrer une fois de plus. Quoiqu'ils fussent dix contre un,
les Svillans essuyrent la plus honteuse droute[198].

Les tentatives de Motamid pour rduire Murcie ne furent pas plus
heureuses. Ibn-Rachc sut mettre dans ses intrts les Almoravides qui
se trouvaient dans l'arme svillane, et Motamid fut forc de retourner
vers sa capitale sans qu'il et rien gagn[199].

Il tait donc devenu vident qu'aprs comme avant la bataille de
Zallca, les Andalous n'taient pas en tat de se dfendre, et qu'
moins que Yousof ne vnt une seconde fois  leur secours, ils finiraient
par succomber. Aussi le palais de Yousof tait-il assig par des faquis
et des notables de Valence, de Murcie, de Lorca, de Baza. Les Valenciens
se plaignaient de Rodrigue le Campador (le Cid), qui s'tait rig en
protecteur de Cdir aprs l'avoir forc  lui payer une redevance
mensuelle de dix mille ducats, et qui ravageait le royaume sous le
prtexte de faire rentrer les rebelles sous l'autorit du roi[200]; les
habitants des autres endroits ne tarissaient pas sur les vexations dont
les Castillans d'Aldo les accablaient, et tous taient unanimes pour
dclarer que, si Yousof ne venait pas  leur aide, l'Andalousie
tomberait invitablement au pouvoir des chrtiens[201]. Leurs
supplications, toutefois, semblaient produire peu d'effet sur l'esprit
du monarque. Yousof promettait bien, il est vrai, de passer le Dtroit
ds que la saison le lui permettrait; mais il ne faisait pas des
prparatifs bien srieux, et, s'il ne le disait pas, il laissait du
moins deviner qu'il s'attendait  une dmarche directe de la part des
princes. Motamid se dcida alors  la faire. Les soupons qu'il avait
eus sur les intentions secrtes de Yousof s'taient peu  peu dissips
ou du moins affaiblis. Sauf l'occupation d'Algziras, le monarque
africain n'avait fait rien qui pt blesser la susceptibilit des princes
andalous ou justifier leurs apprhensions; au contraire, il avait dit
maintefois qu'avant d'avoir vu l'Andalousie, il avait eu une grande ide
de la beaut et de la richesse de ce pays, mais que son attente avait
t trompe[202]. Motamid tait donc  peu prs rassur, et comme le
pril qui menaait sa patrie tait rellement trs-grand, il prit la
rsolution de se rendre en personne auprs de Yousof.

L'Almoravide lui fit l'accueil le plus honorable et le plus cordial.
Vous n'aviez pas besoin, lui dit-il, de venir en personne; vous auriez
pu m'crire, et je me serais empress de satisfaire  votre dsir.--Je
suis venu, lui rpondit Motamid, pour vous dire que nous nous voyons
dans un pril affreux. Aldo se trouve au coeur de notre pays; il nous
est impossible de l'enlever aux chrtiens, et si vous tes  mme de le
faire, vous rendrez  la religion un immense service. Une fois dj vous
nous avez sauvs: sauvez-nous cette fois encore.--Je le tenterai du
moins, lui rpondit Yousof; et quand Motamid fut retourn  Sville, il
poussa ses armements avec une grande vigueur; puis, ses prparatifs
achevs, il passa le Dtroit avec ses troupes, dbarqua  Algziras dans
le printemps de l'anne 1090, et, ayant opr sa jonction avec Motamid,
il invita les princes andalous  se runir  lui pour assiger Aldo.
Temm de Malaga, Abdallh de Grenade, Motacim d'Almrie, Ibn-Rachc de
Murcie et quelques autres seigneurs d'une moindre importance rpondirent
 son appel, et le sige commena. Les machines de guerre furent
construites par des charpentiers et des maons de Murcie, et l'on
convint que les mirs attaqueraient la forteresse alternativement chacun
leur jour. Cependant on n'avanait pas beaucoup; les dfenseurs
d'Aldo, qui taient au nombre de treize mille, dont mille cavaliers,
repoussaient vigoureusement les assauts qu'on leur livrait, et la place
tait si forte, que les musulmans, aprs avoir tent en vain de s'en
emparer par la force, durent se rsoudre  l'affamer[203].

Les assigeants, du reste, s'occupaient moins du sige que de leurs
intrts personnels. Leur camp tait un foyer d'intrigues. De plusieurs
cts on stimulait l'ambition de Yousof. En disant que l'Espagne n'avait
pas rpondu  son attente, ce monarque n'avait pas t sincre. La
vrit est que ce pays lui avait plu on ne peut davantage, et que, soit
par amour de conqutes, soit par des mobiles plus nobles (car les
intrts de la religion lui tenaient fort au coeur), il dsirait en
devenir le matre. Et ce dsir n'tait pas difficile  raliser.
Beaucoup de gens en Andalousie taient d'avis que leur pairie ne pouvait
tre sauve que par sa runion  l'empire des Almoravides. Ce n'tait
pas, il est vrai, l'ide des hautes classes de la socit. Pour les gens
bien levs Yousof, qui savait trs-peu d'arabe, tait un rustre, un
barbare, et il est vrai qu'il avait donn mainte preuve de son
ignorance, de son manque d'ducation. Ainsi, lorsque Motamid lui eut
demand s'il comprenait les vers que les potes de Sville venaient de
rciter: Tout ce que j'en comprends, avait-il rpondu, c'est qu'ils
demandent du pain. Et quand, aprs son retour en Afrique, il eut reu
de Motamid une lettre o se trouvaient ces deux vers emprunts  un
clbre pome qu'Abou-'l-Wald ibn-Zaidoun[204], le Tibulle de
l'Andalousie, avait adress  son amante Wallda:--Depuis que tu es
loin de moi, le dsir de te voir consume mon coeur et me fait rpandre
des torrents de larmes. Mes jours sont noirs aujourd'hui, et nagure,
grce  toi, mes nuits taient blanches,--il avait dit: Il parat
qu'il me demande des jeunes filles noires et blanches. Puis, quand on
lui eut expliqu que, dans le langage potique, _noir_ signifie
_obscur_, de mme que _blanc_ signifie _serein_: C'est trs-beau,
avait-il dit; eh bien, qu'on lui rponde que j'ai mal  la tte depuis
que je ne le vois plus[205]. Dans un pays aussi lettr que l'tait
l'Andalousie, de telles choses ne se pardonnaient pas. Joignez-y que les
hommes de lettres taient fort contents de leur position et qu'ils ne
dsiraient nullement de la voir changer. Les petites cours taient
autant d'acadmies, et les littrateurs taient les enfants gts des
princes qui leur accordaient des traitements magnifiques. Les
reprsentants de la libre pense n'avaient non plus nulle raison de se
plaindre. Grce  la protection que leur accordaient la plupart des
princes, ils pouvaient pour la premire fois dire et crire ce qu'ils
pensaient, sans avoir  craindre d'tre brls ou lapids[206]. Ils
dsiraient donc moins que personne la domination des Almoravides, qui
ramnerait infailliblement celle du clerg.

Mais si Yousof comptait peu de partisans dans les classes suprieures et
claires, il en avait beaucoup parmi le peuple. En gnral le peuple
tait fort mcontent et il avait raison de l'tre. Presque chaque ville
tant soit peu considrable avait sa cour  elle, sa cour qu'il fallait
entretenir et qui cotait beaucoup, car la plupart des princes taient
d'une prodigalit folle. Et encore si,  force de payer, on et pu
acheter la sret, la tranquillit! Mais il n'en tait point ainsi; les
princes taient ordinairement trop faibles pour protger leurs sujets
contre leurs voisins musulmans et  plus forte raison contre les
chrtiens. On n'avait donc pas un moment de repos, personne n'tait sr
de sa vie ou de son avoir. C'tait, il faut en convenir, une situation
insupportable, et il tait bien naturel que les classes laborieuses
dsirassent d'en voir le terme. Auparavant il n'y avait pas moyen d'en
sortir. Il y avait bien eu des vellits de rvolte; on avait cout
avec plaisir ces vers d'un pote de Grenade, Somaisir:

     Rois, qu'osez-vous faire? Vous livrez l'islamisme  ses ennemis,
     vous ne faites rien pour le sauver. Se rvolter contre vous est un
     devoir, puisque vous faites cause commune avec les chrtiens. Se
     soustraire  votre sceptre n'est pas un crime, car vous-mmes, vous
     vous tes soustraits au sceptre du Prophte.

Mais comme une rvolte n'aurait servi qu' empirer la situation, il
avait fallu attendre et s'armer de patience, comme le mme pote l'avait
dit dans ces vers:

     Nous esprions en vous,  rois, mais vous avez frustr notre
     espoir; nous attendions de vous notre dlivrance, mais notre
     attente a t due. Eh bien! nous prendrons patience; mais le
     temps amne de grands changements. A bon entendeur demi-mot[207]!

Maintenant, au contraire, une insurrection tait possible, puisqu'il y
avait en Espagne un monarque juste, puissant, glorieux, qui avait dj
remport sur les chrtiens une victoire clatante, qui sans doute en
remporterait d'autres encore, et qui semblait envoy par la Providence
pour rendre  l'Andalousie sa grandeur et sa prosprit. Le mieux tait
donc de se soumettre  sa domination, et si on le faisait, on se
dbarrasserait en mme temps d'une foule d'impts vexatoires, car Yousof
avait aboli dans ses Etats tous ceux qui n'taient pas prescrits par le
Coran, et l'on se tenait convaincu qu'il en agirait de mme en Espagne.

C'est ainsi que raisonnait le peuple, et sous beaucoup de rapports il
raisonnait juste; il oubliait seulement qu' la longue le gouvernement
ne pourrait se passer des impts qu'il aurait abolis; que l'Andalousie,
en liant son sort  celui du Maroc, s'exposerait  ressentir le
contre-coup des rvolutions qui pourraient clater dans ce royaume; que
la domination almoravide serait une domination trangre, la domination
d'un peuple sur un autre; qu'enfin les soldats de Yousof appartenaient 
une race que l'Espagne avait toujours dteste, et que, comme ils
taient assez indisciplins, ils pourraient devenir des htes
trs-incommodes. Au reste, le dsir d'un changement tait bien plus vif
dans tel Etat que dans tel autre. A Grenade c'tait le voeu unanime de
toute la population arabe et andalouse, qui n'avait pas cess de maudire
ses tyrans berbers. Dans les Etats de Motamid il y avait aussi beaucoup
de mcontents[208]; mais il n'y en avait point  Almrie, car le prince
qui y rgnait tait fort populaire; il tait pieux, juste, clment; il
traitait son peuple avec une bont toute paternelle; il tait, en un
mot, le modle accompli des plus touchantes vertus.

Presque partout, cependant, Yousof avait pour lui les docteurs, les
faquis, les cadis, les ministres de la religion et de la loi. C'taient
ses auxiliaires les plus dvous et les plus remuants, car c'taient eux
qui avaient le plus  perdre si les chrtiens triomphaient, et d'un
autre ct ils n'avaient gure  se louer des princes qui, occups
d'tudes profanes ou plongs dans les plaisirs, coutaient  peine leurs
sermons, n'en faisaient nul cas, et protgeaient ouvertement les
philosophes. Yousof au contraire, qui tait un modle de dvotion, qui
ne manquait jamais de consulter le clerg sur les affaires d'Etat et qui
suivait les conseils qu'il en recevait, avait toutes leurs sympathies,
tout leur amour. Ils savaient, ils devinaient du moins, qu'il avait une
grande tentation de dtrner les princes andalous  son profit, et ds
lors ils ne songeaient qu' stimuler ses dsirs et  lui faire croire
que la religion elle-mme les sanctionnait.

L'un des plus actifs d'entre eux tait le cadi de Grenade, Abou-Djafar
Colai. Cet homme tait d'origine arabe, ce qui revient  dire qu'il
dtestait les oppresseurs berbers de sa patrie. Il tchait, il est vrai,
de dissimuler ses sentiments, mais il n'y russissait pas. Par un
instinct secret, Bds l'avait entrevu comme l'auteur probable de la
chute de sa dynastie, et maintefois il avait eu l'intention de le
mettre  mort; mais Dieu, pour me servir de l'expression d'un historien
arabe, avait enchan la main du tyran, afin que l'arrt du destin
s'accomplt. Or, ce cadi se trouvait dans l'arme qui assigeait Aldo,
et il eut plusieurs entretiens secrets avec Yousof, qu'il connaissait
dj, car on se rappellera qu'il avait t l'un des ambassadeurs qui,
quatre ans auparavant, avaient t chargs d'inviter l'Almoravide au
secours des Andalous. Le but qu'il se proposait dans ces entrevues se
laisse aisment deviner: Yousof avait des scrupules de conscience, et le
cadi voulait les vaincre[209]. Il lui reprsenta donc que les faquis
andalous pourraient le dlier de son serment; qu'il lui serait facile
d'obtenir d'eux un fetfa o l'on numrerait toutes les fautes, tous les
forfaits des princes, et que l'on tirerait de l la conclusion qu'ils
avaient perdu leurs droits aux trnes qu'ils occupaient.

Les raisonnements de ce cadi, l'un des plus renomms par son savoir et
sa pit, firent une grande impression sur l'esprit de Yousof, et d'un
autre ct, les discours que lui tenait Motacim, le roi d'Almrie, lui
inspiraient une profonde aversion pour celui qui, parmi les princes
andalous, tait le plus puissant.

Motacim, nous l'avons dj dit, tait un prince excellent; mais si bon
et si bienveillant qu'il ft  l'ordinaire, il hassait cependant
quelqu'un, et ce quelqu'un, c'tait Motamid. Cette haine semble avoir
pris sa source dans une mesquine jalousie plutt que dans des griefs
rels et srieux, mais elle tait trs-forte, et quoiqu'en apparence
Motacim se ft rconcili avec le roi de Sville, il s'appliquait  le
perdre dans l'esprit du monarque africain, dont il avait gagn la faveur
par des moyens qui frisaient la bassesse. Motamid, cependant, ne se
doutait de rien; quand il se trouvait seul avec Motacim, il lui parlait
 coeur ouvert, et un jour que le prince d'Almrie lui exprima ses
craintes sur le sjour prolong de Yousof en Andalousie: Sans doute,
lui rpondit-il d'un ton de forfanterie toute mridionale, sans doute,
cet homme reste bien longtemps dans notre pays; mais quand il
m'ennuyera, je n'aurai qu' remuer les doigts, et le lendemain lui et
ses soldats seront partis. Vous semblez craindre qu'il ne nous joue
quelque mauvais tour; mais qu'est-il donc, ce prince pitoyable, que sont
ses soldats? Dans leur patrie, c'taient des gueux qui mouraient de
faim; voulant faire une bonne oeuvre, nous les avons appels en
Espagne pour les faire manger leur sol; mais quand ils seront
rassasis, nous les renverrons d'o ils sont venus. De tels discours
devinrent, dans les mains de Motacim, des armes terribles. Quand il les
eut rapports  Yousof, celui-ci entra dans une violente colre, et ce
qui jusque-l n'avait t chez lui qu'un projet vague, devint une
rsolution bien arrte, irrvocable. Motacim triomphait; mais il
n'avait pas prvu ce qui allait arriver; il n'avait pas prvu, dit fort
 propos un historien arabe, qu'il tomberait, lui aussi, dans le puits
qu'il avait creus pour celui qu'il hassait, et qu'il serait frapp 
son tour par l'pe qu'il avait fait sortir du fourreau[210].

Cette imprvoyance, du reste, tait commune  tous les princes andalous.
Ils s'accusaient rciproquement auprs de Yousof, ils prenaient
l'Almoravide pour arbitre dans leurs querelles, et tandis que le prince
d'Almrie cherchait  perdre celui de Sville, ce dernier tchait de
faire tomber le prince de Murcie, Ibn-Rachc. Pour y parvenir, il ne
cessait de rpter  Yousof qu'Ibn-Rachc avait t l'alli d'Alphonse;
qu'il avait rendu de grands services aux chrtiens d'Aldo, et que,
selon toute apparence, il leur en rendait encore. Puis, faisant valoir
ses droits  la possession de Murcie, il exigea que le tratre qui lui
avait enlev cette ville ft remis entre ses mains. Yousof chargea les
faquis d'examiner cette affaire, et quand ils eurent donn raison 
Motamid, il fit arrter Ibn-Rachc et le livra au roi de Sville, en lui
dfendant toutefois de le mettre  mort. Cette arrestation eut des
suites trs-fcheuses, car les Murciens irrits quittrent le camp et
refusrent de fournir dsormais  l'arme les ouvriers et les vivres
dont elle avait besoin.

La situation des assigeants tait donc devenue fort pnible, et elle
menaait de le devenir encore davantage attendu qu'on tait aux
approches de l'hiver, lorsqu'on apprit qu'Alphonse arrivait au secours
de la place avec une arme de dix-huit mille hommes. Yousof eut d'abord
l'intention de l'attendre dans la Sierra de Tirieza ( l'ouest de
Totana) et de lui livrer bataille; mais bientt il renona  ce projet
et se retira sur Lorca. Il craignait, disait-il, que les Andalous ne
prissent de nouveau la fuite, comme ils l'avaient fait  la bataille de
Zallca, et d'ailleurs il se tenait convaincu qu'Aldo n'tait plus en
tat de dfense, de sorte que les Castillans seraient forcs de
l'vacuer. Cette opinion tait juste, comme l'vnement le prouva.
Trouvant les fortifications presque toutes dmolies et la garnison
rduite  une centaine d'hommes, Alphonse incendia la forteresse, et en
ramena les dfenseurs en Castille[211].

Le but de la campagne avait donc t atteint, mais d'une manire  la
vrit bien peu clatante, car Yousof avait assig Aldo durant quatre
mois sans russir  s'en emparer, et sa retraite  l'approche d'Alphonse
ressemblait assez  une fuite. Cependant les faquis prirent soin que sa
popularit n'en souffrt pas. Ils disaient que, si cette fois
l'Almoravide n'avait pas obtenu d'aussi beaux succs que quatre annes
auparavant, la faute en tait aux princes andalous qui, par leurs
intrigues, leurs jalousies, leurs ternelles discordes, empchaient le
grand monarque de faire tout le bien qu'il pourrait faire, si lui seul
tait le matre. En gnral les faquis taient plus actifs que jamais,
et ils devaient l'tre, car, les princes s'tant aperus de leurs
menes, ils commenaient  courir de grands prils. Le cadi de Grenade,
Abou-Djafar Colai, l'prouva  ses dpens. Dj dans le camp, son
souverain, dont la tente tait tout prs de la sienne, avait eu vent de
ses entretiens secrets avec Yousof, et il en avait devin le but.
Cependant, comme la prsence de Yousof l'intimidait, il n'avait pas os
prendre contre le conspirateur des mesures rigoureuses; mais  peine de
retour  Grenade, il le fit venir, lui reprocha de l'avoir trahi,
d'avoir tram sa perte, et dans sa colre il donna mme l'ordre  ses
gardes de le frapper  mort. Heureusement pour Abou-Djafar, la mre
d'Abdallh se jeta aux genoux de son fils en le conjurant d'pargner un
homme aussi pieux, et comme Abdallh se laissait ordinairement dominer
par elle, il rtracta l'ordre qu'il avait donn et se contenta de mettre
le cadi aux arrts dans une chambre du chteau. Dans cette chambre le
cadi, qui se savait entour de personnes fort superstitieuses, se mit 
rciter des prires et des versets du Coran. Sa voix claire, sonore et
trs-forte faisait rsonner le palais d'un bout  l'autre. Tout le monde
prtait l'oreille  ses pieuses jaculations; on se taisait pour ne pas
le troubler, on craignait de faire du bruit, et en mme temps on ne
cessait de rpter au prince que Dieu lui infligerait un chtiment
terrible, s'il ne se htait pas d'largir ce modle de pit et de
dvotion. La mre d'Abdallh se montra encore plus zle que les autres,
et moiti par prires, moiti par menaces, elle persuada enfin  son
fils de rendre la libert au prisonnier. Mais aprs avoir reu une telle
leon, le cadi se garda bien de rester  Grenade. Il profita de
l'obscurit de la nuit pour gagner Alcala, et de l il se rendit 
Cordoue. Dornavant il n'avait plus rien  craindre, mais il brlait du
dsir de se venger. Il crivit donc  Yousof, lui peignit des plus vives
couleurs les mauvais traitements auxquels il avait t expos, et le
conjura de ne pas diffrer plus longtemps l'excution du projet si
souvent discut entre eux[212]. En mme temps il s'adressa aux autres
cadis et faquis andalous pour leur demander un fetfa contre les princes
en gnral, et contre les deux petits-fils de Bds en particulier. Les
cadis et les faquis n'hsitrent pas  dcrter que les princes de
Grenade et de Malaga avaient perdu leurs droits par plusieurs forfaits,
et notamment par la manire brutale dont l'an d'entre eux avait trait
son cadi; mais n'osant pas encore dclarer que les autres princes
avaient aussi perdu les leurs, ils se contentrent de prsenter  Yousof
une supplique o ils disaient qu'il tait de son devoir de sommer tous
les princes andalous de rentrer dans la lgalit et de n'exiger d'autres
contributions que celles que le Coran avait tablies[213].

En vertu de ces deux fetfas, Yousof enjoignit aux princes andalous
d'abolir les impts, corves etc. dont ils vexaient leurs sujets[214],
et marcha vers Grenade avec une division de son arme, aprs avoir
ordonn  trois autres divisions d'en faire autant. Cependant il ne
dclara pas la guerre  Abdallh, de sorte que ce prince devinait ses
intentions plutt qu'il ne les connaissait. Son effroi fut extrme. Il
ne ressemblait nullement  son aeul, l'ignorant mais nergique Bds.
Il avait quelque teinture des lettres, s'exprimait assez bien en arabe,
faisait mme des vers, et avait une si belle main, qu'on a longtemps
conserv  Grenade un Coran de son criture; mais c'tait en mme temps
un homme pusillanime, nerv, indolent, incapable, un de ces hommes pour
lesquels les femmes n'ont point d'attrait, qui tremblent  la vue d'une
pe, et qui, ne sachant jamais  quel parti s'arrter, prennent avis de
tout le monde. Cette fois, ayant rassembl son conseil, il demanda
d'abord l'opinion du vieux Moammil, qui avait rendu d'utiles services 
son aeul. Moammil tcha de le rassurer en lui disant que Yousof n'avait
pas d'intentions hostiles, et il lui conseilla de donner  ce monarque
une preuve de sa confiance en allant  sa rencontre. Puis, voyant
qu'Abdallh ne gotait pas ce conseil et qu'il songeait plutt  se
mettre en tat de dfense, il s'effora de lui prouver qu'il lui serait
impossible de rsister aux Almoravides. En ce point il avait raison, car
Abdallh avait trs-peu de troupes, et comme il se dfiait de son
meilleur gnral, le Berber Moctil el Royo (le rougeaud), il l'avait
loign[215]. Aussi tous les vieux conseillers de la cour se
rangrent-ils  l'opinion de Moammil; mais Abdallh avait des soupons
sur la loyaut de cet homme; peu s'en fallait qu'il ne le considrt
comme le complice du perfide cadi Abou-Djafar, qu'il se reprochait
d'avoir laiss chapper. Ses soupons, du reste, n'taient pas tout 
fait sans fondement. Nous ignorons si Moammil s'tait rellement engag
 soutenir les intrts de Yousof; mais il est certain que ce monarque,
dont il avait gagn la faveur et qui apprciait ses talents, comptait
sur son appui. Abdallh ne vit donc qu'un pige dans les conseils de
Moammil, et comme ses jeunes favoris l'assuraient que Yousof avait bien
certainement de mauvais desseins, il annona qu'il tait dcid 
repousser la force par la force, aprs quoi il accabla Moammil et ses
amis de reproches et de menaces. C'tait une imprudence, car de cette
manire il se les alinait tout  fait et les forait presque  se
dclarer pour Yousof. C'est ce qu'ils firent en effet. Ayant quitt
Grenade pendant la nuit, ils se rendirent vers Loxa, et, s'tant empars
de cette ville, ils y proclamrent la souverainet du roi des
Almoravides. Des troupes qu'Abdallh avait envoyes contre eux, les
forcrent  se rendre et les tranrent  Grenade, o ils furent
promens par les rues comme de vils criminels. Grce  l'intervention de
Yousof, ils recouvrrent cependant la libert. Le monarque africain
enjoignit premptoirement au prince de Grenade de les largir, et comme
ce dernier ne savait pas encore positivement quelles intentions Yousof
avait  son gard, il n'osa lui dsobir. Mais tandis qu'il tchait
encore de prvenir une rupture ouverte, il se prparait activement  la
guerre. Il dpcha courrier sur courrier  Alphonse, pour le prier de
venir  son secours, et, rpandant l'or  pleines mains, il enrla un
grand nombre de marchands, de tisserands, d'ouvriers de toute sorte.
Tout cela ne lui servit de rien. Alphonse ne rpondit pas  son appel,
et les Grenadins taient mal disposs pour lui: ils attendaient avec
impatience l'arrive des Almoravides, et chaque jour une foule
considrable quittait la ville pour aller se joindre  eux. Dans cet
tat de choses, la rsistance tait impossible. Abdallh le sentit, et
le dimanche 10 novembre 1090, Yousof tant arriv  deux parasanges de
Grenade, il runit de nouveau son conseil pour lui demander ce qu'il y
avait  faire. Le conseil ayant dclar qu'il ne fallait pas songer  se
dfendre, la mre d'Abdallh, qui assistait aux dlibrations, et qui, 
ce qu'on assure, avait conu le fol espoir que Yousof l'pouserait, prit
la parole et dit: Mon fils, il ne te reste qu'un parti  prendre. Va
saluer l'Almoravide; il est ton cousin[216], il te traitera
honorablement. Abdallh se mit donc en route, accompagn de sa mre et
d'un magnifique cortge. La garde slave ouvrait la marche, et la garde
chrtienne entourait la personne du prince. Tous ces soldats portaient
des turbans de toile de coton trs-fine, et ils taient monts sur des
chevaux superbes et couverts de housses de brocart.

Arriv en prsence de Yousof, Abdallh descendit de cheval et lui dit
que, s'il avait eu le malheur de lui dplaire, il le suppliait de lui
pardonner. Yousof l'assura fort gracieusement que, s'il avait eu des
griefs contre lui, il les avait oublis, et le pria de se rendre  une
tente qu'il lui indiqua et o il serait trait avec tous les honneurs
dus  son rang. Abdallh le fit; mais aussitt qu'il eut mis le pied
dans la tente, il fut charg de chanes.

Peu de temps aprs, les principaux habitants de la ville arrivrent au
camp. Yousof leur fit un excellent accueil, en les assurant qu'ils
n'avaient rien  craindre de lui et qu'ils ne pouvaient que gagner au
changement de dynastie qui allait avoir lieu. Et de fait, ds qu'il eut
reu leurs serments, il publia un dit qui portait que tous les impts
non prescrits par le Coran taient abolis. Il fit ensuite son entre
dans la ville aux bruyantes acclamations du peuple; et descendit au
palais afin de faire l'inspection des richesses qu'il renfermait et que
Bds avait amasses. Elles taient immenses, prodigieuses,
innombrables; les chambres taient ornes de nattes, de tapis, de
rideaux d'une norme valeur; partout des meraudes, des rubis, des
diamants, des perles, des vases de cristal, d'argent ou d'or
blouissaient la vue. Il y avait notamment un chapelet compos de
quatre cents perles dont chacune fut value  cent ducats. L'Almoravide
fut merveill de tous ces trsors; avant d'entrer dans Grenade, il
avait dclar qu'ils lui appartenaient, mais comme il avait plus
d'ambition que de cupidit, il voulut se montrer gnreux et les
partagea entre ses officiers sans en garder rien pour lui-mme.
Cependant on savait que ce qui tait expos aux regards n'tait pas tout
encore, et que la mre d'Abdallh avait enfoui bien des objets prcieux.
On la fora d'indiquer les endroits qui lui avaient servi de cachettes;
mais comme on souponnait qu'elle n'avait pas t sincre dans ses
aveux, Yousof enjoignit  Moammil, qu'il nomma intendant du palais et
des domaines de la couronne, de faire fouiller les fondements et les
gouts de l'difice[217].

Aprs ce qui venait de se passer, les princes andalous auraient t bien
excusables, s'ils avaient rompu tout de suite avec Yousof. Cependant ils
ne le firent pas; au contraire, Motamid et Motawakkil se rendirent 
Grenade pour fliciter l'Almoravide, et Motacim y envoya  sa place son
fils Obaidallh. Chose trange! l'aveuglement de Motamid tait tel
qu'il se flattait de l'espoir que Yousof voudrait cder Grenade  son
fils Rdh en ddommagement d'Algziras qu'il lui avait enlev! Il
connaissait donc bien peu l'Africain, puisqu'il le supposait capable de
cder un royaume! Au reste, Yousof le tira bientt de son erreur. Il fut
pour les mirs d'une froideur glaciale, ne rpondit rien  l'insinuation
de Motamid  propos de Grenade, et fit jeter le fils de Motacim en
prison. Une telle conduite devait dessiller les yeux aux princes. Aussi
Motamid conut-il des inquitudes trs-vives. Nous avons commis une
faute bien grave en appelant cet homme dans notre pays, dit-il 
Motawakkil; il nous donnera  boire le calice qu'Abdallh a t oblig
d'avaler. Puis, prtextant d'avoir reu l'avis que les Castillans
menaaient de nouveau les frontires, les deux princes demandrent 
Yousof la permission de le quitter, et l'ayant obtenue, ils se htrent
de retourner dans leurs Etats; aprs quoi ils proposrent aux autres
mirs qui rgnaient en Espagne de prendre ensemble les mesures
ncessaires afin de pouvoir se dfendre contre l'Almoravide dont les
projets n'taient plus un secret pour personne. Cette dmarche fut
couronne de succs. Les mirs s'engagrent l'un envers l'autre  ne
fournir aux Almoravides ni troupes ni approvisionnements, et ils
rsolurent de conclure une alliance avec Alphonse[218].

De son ct, Yousof se rendit  Algziras, car il avait l'intention de
se rembarquer et de laisser  ses gnraux la tche odieuse de dtrner
les princes andalous. Chemin faisant, il ta la petite principaut de
Malaga  Temm, le frre d'Abdallh, prince tout  fait insignifiant, et
fit avertir les faquis que, le moment dcisif tant venu, il attendait
d'eux un fetfa trs-explicite. Ils s'empressrent de rpondre  son
dsir. Ils dclarrent donc que les princes andalous taient des
libertins, des dbauchs, des impies; que, par leur mauvais exemple, ils
avaient corrompu les peuples et les avaient rendus indiffrents aux
choses sacres, tmoin le peu d'empressement que l'on mettait  assister
au service divin; qu'ils avaient lev des contributions illgales, et
que, bien que somms par Yousof de les abolir, ils les avaient
maintenues; que, pour mettre le comble  leurs forfaits, ils venaient de
conclure une alliance avec le roi de Castille, c'est--dire avec
l'ennemi le plus implacable de la vraie religion; que, par consquent,
ils s'taient rendus indignes de rgner plus longtemps sur des
musulmans; que Yousof tait dli de tous les engagements qu'il pourrait
avoir pris envers eux, et qu'il tait non-seulement de son droit, mais
de son devoir de les dtrner sans retard. Nous prenons sur nous,
disaient-ils en terminant, de rpondre devant Dieu de cet acte. Si nous
sommes dans l'erreur, nous consentons  porter dans la vie future la
peine de notre conduite, et nous dclarons que vous, mir des musulmans,
n'en tes pas responsable; mais nous croyons fermement que les princes
andalous, si vous les laissez en paix, livreront notre pays aux
infidles, et ce cas chant, vous aurez  rendre compte  Dieu de votre
inaction.

Tel tait le sens gnral de ce mmorable fetfa, qui contenait en outre
des accusations diriges contre certains princes en particulier. Il n'y
avait pas jusqu' Romaiquia qui n'y et sa place; on l'accusait d'avoir
entran son poux dans un tourbillon de plaisirs, et d'tre la cause
principale de la dcadence du culte.

Ce fetfa tait prcieux pour Yousof, mais voulant lui donner une
autorit encore plus grande, il le fit approuver par ses faquis
africains, et l'envoya ensuite aux plus clbres docteurs de l'Egypte et
de l'Asie, afin qu'ils confirmassent l'opinion des docteurs de l'Ouest
par la leur. Il et t naturel qu'ils se dclarassent incomptents,
puisqu'il s'agissait d'affaires qu'ils ne connaissaient pas; mais ils se
gardrent bien d'en agir ainsi; l'ide qu'il y avait quelque part un
pays o des hommes de leur profession disposaient des trnes flattait
agrablement leur orgueil, et les plus renomms d'entre eux, le grand
Ghazzl en tte, n'hsitrent pas  dclarer qu'ils approuvaient en
tout point le dcret des faquis andalous. Ils adressrent en outre 
Yousof des lettres de conseils et l'engagrent de la manire la plus
pressante  gouverner avec justice et  ne jamais s'carter de la bonne
voie, ce qui voulait dire qu'il devait constamment s'en tenir 
l'opinion du clerg[219].




XIV.


On pouvait prvoir quel serait le caractre de la guerre qui allait
commencer: ce serait une guerre de siges et non de batailles. Aussi les
deux partis se prparrent-ils, l'un  attaquer les places fortes,
l'autre  les dfendre; et l'arme almoravide, dont Sr ibn-ab-Becr, un
parent de Yousof, tait le gnral en chef, se divisa en plusieurs
corps, dont un alla assiger Almrie, tandis que les autres se portrent
vers les forteresses de Motamid. Parmi ces dernires, Tarifa succomba
ds le mois de dcembre 1090[220]. Peu de temps aprs, tant leurs
progrs furent rapides, les soldats de Yousof avaient dj commenc le
sige de Cordoue, o commandait un fils de Motamid,  savoir Fath,
surnomm Mamoun. L'ancienne capitale du califat n'opposa pas une longue
rsistance: ses propres habitants la livrrent aux Almoravides. Fath
essaya encore de se frayer une route avec son pe au travers des
ennemis et des tratres, mais il succomba sous le nombre. On lui trancha
la tte, que l'on mit au bout d'une pique et que l'on promena en
triomphe (26 mars 1091)[221]. Carmona fut prise le 10 mai[222], et alors
on put commencer le sige de Sville. Deux armes marchrent contre
cette cit; l'une s'tablit  l'est, l'autre  l'ouest. Le Guadalquivir
sparait cette dernire de la ville, qui, de ce ct-l, tait dfendue
par la flotte.

La position de Motamid tait donc devenue fort critique. Cependant un
seul espoir lui restait: il comptait sur le secours d'Alphonse, auquel
il avait fait les promesses les plus brillantes pour le cas o il
voudrait l'aider. Alphonse s'tait engag  le faire, et il tint sa
parole: il envoya Alvar Faez vers l'Andalousie avec une grande arme.
Malheureusement pour Motamid, Alvar Faez fut battu prs d'Almodovar par
des troupes que Sr avait envoyes  sa rencontre[223]. La nouvelle de
ce dsastre fut un coup de foudre pour le roi de Sville. Toutefois il
ne dsesprait pas encore; ce qui le soutenait, ce qui lui donnait des
forces, c'taient les prdictions, les rves de son astrologue. Tant que
les pronostics taient favorables, il croyait qu'il serait sauv par je
ne sais quel miracle; mais quand ils devinrent mauvais, quand ils
parlrent d'une fin qui approchait, d'un lion qui saisit sa proie, il
tomba dans un morne abattement et abandonna  son fils Rachd le soin de
la dfense.

Cependant les mcontents qui voulaient livrer la ville  l'ennemi,
s'agitaient, conspiraient et s'efforaient de faire clater une
sdition. Motamid les connaissait, et s'il l'avait voulu, il aurait pu
les mettre  mort, comme on le lui conseillait; mais rpugnant  l'ide
de terminer son rgne par un acte aussi rigoureux, il se contenta de les
faire observer. Il parat cependant que la surveillance qu'on exerait
sur eux n'tait pas assez active, car ils trouvrent le moyen de
communiquer avec les assigeants, les aidrent  faire une brche, et le
mardi 2 septembre, quelques Almoravides pntrrent par cette brche
dans la ville. A peine averti de ce qui se passait, Motamid saisit un
sabre; puis, sans se donner le temps de prendre un bouclier ou une
cuirasse, il se jette  cheval et se prcipite sur les agresseurs,
entour de quelques soldats dvous. Un cavalier almoravide lui lance un
javelot. L'arme passe sous son bras et effleure sa tunique. Prenant
alors son sabre  deux mains, il fend le cavalier en deux morceaux,
repousse les autres ennemis et les force  chercher leur salut dans une
fuite prcipite. La brche fut rpare sur-le-champ; mais le pril,
cart pour un instant, ne tarda pas  renatre. Dans l'aprs-midi les
Almoravides russirent  brler la flotte, ce qui causa une grande
consternation parmi les assigs, car ils savaient qu'aprs la
destruction des vaisseaux la ville n'tait plus tenable, et ils
n'ignoraient pas non plus que, pour aller  l'assaut, les ennemis
n'attendaient que l'arrive de Sr, qui devait leur amener des renforts.
Aussi l'effroi fut tel que les habitants ne songrent qu' sauver leur
vie. Quelques-uns se jetrent dans le fleuve en tchant de le traverser
 la nage, d'autres se prcipitrent du haut des murailles; il y en eut
mme qui se glissrent par les cloaques. Sr arriva sur ces entrefaites,
et le dimanche 7 septembre, il fit livrer l'assaut. Les soldats posts
sur les remparts se dfendirent bravement, mais ils furent accabls par
le nombre, et alors les Almoravides pntrrent dans la ville, la
pillrent et y commirent toutes sortes d'excs. Leur rapacit fut telle
qu'ils enlevrent aux Svillans jusqu' leur dernier vtement.

Motamid tait encore dans le chteau. Ses femmes pleuraient, ses amis le
conjuraient de se rendre. Il ne le voulut point, car il entrevoyait avec
horreur, non pas la mort qu'il tait trop habitu  braver pour la
craindre, mais un supplice infme, et ce qu'il pensait  cette occasion,
il l'a exprim dans ces vers:

     Quand mes pleurs cessrent enfin de couler et qu'un peu de calme
     rentra dans mon coeur dchir: Rendez-vous, me dit-on, ce sera
     le parti le plus sage. Ah! rpondis-je, un poison me semblerait
     plus doux  avaler qu'une telle honte! Que les barbares m'enlvent
     mon royaume et que mes soldats m'abandonnent: mon courage, ma
     fiert ne m'abandonnent pas. Le jour o je fondis sur les ennemis,
     je ne voulais pas d'une cuirasse; j'allai  leur rencontre sans
     autre vtement qu'une tunique, et, esprant trouver la mort, je me
     jetai au plus fort de la mle; mais mon heure, hlas! n'tait pas
     venue!

Rsolu  chercher une fois encore la mort qui semblait le fuir, il
runit ses soldats; puis il se jeta en dsespr sur un bataillon
almoravide qui avait pntr dans la cour du chteau, le chassa et le
culbuta dans la rivire. Son fils Mlic perdit la vie  cette occasion;
mais lui ne reut pas mme de blessure. Rentr dans le chteau, il eut
un instant l'ide de se donner la mort; mais croyant que ce serait
offenser Dieu, il renona  ce projet et se dcida enfin  se rendre. La
nuit venue, il envoya donc son fils Rachd auprs de Sr, car il
esprait encore obtenir des conditions. Cet espoir fut du. Rachd
demanda en vain une audience, et on lui donna  entendre que son pre
devait se rendre  discrtion. N'ayant plus le choix des partis,
Motamid se rsigna  prendre le seul qui lui restt. Il dit donc adieu 
sa famille,  ses compagnons d'armes qui pleuraient et gmissaient, et
se remit avec Rachd entre les mains des Almoravides. Le chteau fut
pill comme la ville l'avait t, et l'on annona  Motamid que lui et
sa famille n'auraient la vie sauve, qu' la condition qu'il enverrait 
ses deux fils, Rdh et Motadd, qui commandaient l'un  Ronda, l'autre 
Mertola, l'ordre de se rendre sans retard aux corps almoravides qui les
assigeaient. Motamid consentit  le faire; mais comme il savait que ses
deux fils avaient l'me aussi fire que lui, il les conjura dans les
termes les plus touchants d'obir  ses volonts, la vie de leur mre,
de leurs frres, de leurs soeurs ne pouvant tre sauve qu' ce prix.
Romaiquia joignit ses instances aux siennes; elle aussi craignait que
ses fils ne refusassent de se soumettre, et cette crainte tait fonde.
Rdh surtout, si touch qu'il ft du sort qui attendait sa famille au
cas o il continuerait  se dfendre, eut bien de la peine  se rsoudre
 obir, car Ronda pouvait tenir trs-longtemps encore. Le gnral
Guerour, qui avait t charg de l'assiger, se tenait  distance; il
n'osait approcher de ce nid d'aigle perch sur le sommet d'une montagne
escarpe, et il n'avait aucun espoir de s'en emparer par la force des
armes. A la fin, toutefois, le sentiment filial l'emporta dans le
coeur de Rdh; il consentit  traiter, et, ayant obtenu une
capitulation honorable, il ouvrit aux Almoravides les portes de sa
forteresse. Mais Guerour eut l'infamie de manquer  sa parole, et pour
punir Rdh d'avoir hsit si longtemps, il le fit assassiner. Motadd,
qui s'tait dcid plus vite, eut un sort moins dur; cependant la
capitulation qu'il avait conclue fut viole aussi, car on lui enleva
tous ses biens, quoiqu'on se ft engag  les lui laisser[224].

La prise de Sville hta la reddition d'Almrie. Sur son lit de mort,
Motacim avait conseill  son fils an, Izz-ad-daula, d'aller chercher
un refuge  la cour des seigneurs de Bougie, aussitt qu'il aurait
appris que Sville avait d se rendre. Cet vnement ayant eu lieu,
Izz-ad-daula obit aux dernires volonts de son pre, et alors les
Almoravides entrrent dans Almrie, tambour battant et enseignes
dployes[225]. Peu de temps aprs, ils prirent Murcie, Dnia,
Xativa[226]. Puis ils tournrent leurs armes contre le royaume de
Badajoz. Lors du sige de Sville, Motawakkil avait cru chapper  sa
ruine en concluant une alliance avec les Almoravides, et il les avait
mme aids, dit-on,  s'emparer de la capitale de Motamid[227]; mais
plus tard, quand ses soi-disant allis eurent commenc  ravager ses
frontires, il s'tait jet dans les bras d'Alphonse et avait achet la
protection de ce monarque en lui cdant Lisbonne, Cintra et
Santarem[228]. Cette dmarche avait mcontent ses sujets, et ce furent
eux qui appelrent les Almoravides. Par consquent, Sr, qui avait t
nomm gouverneur de Sville, envoya une arme contre Motawakkil au
commencement de l'anne 1094, et cette arme conquit le pays, sans en
excepter la capitale, avec tant de facilit et de rapidit, qu'Alphonse
n'eut pas le temps de venir au secours de son alli. Motawakkil tomba au
pouvoir des ennemis, la citadelle de Badajoz, o il s'tait retir avec
sa famille, ayant t prise d'assaut. A force de tortures, Sr le
contraignit  rvler les endroits o il avait cach ses trsors, aprs
quoi il lui annona qu'il le ferait conduire  Sville de mme que ses
deux fils, Fadhl et Abbs. Telle, cependant, n'tait pas son intention;
au contraire, il avait rsolu d'en finir avec ces princes; seulement,
comme il craignait que leur excution, si elle avait lieu dans la ville,
n'y produist un mauvais effet, il avait ordonn au capitaine qui
commandait l'escorte, de les mettre  mort ds qu'on serait hors de vue.
A quelque distance de Badajoz, le capitaine annona donc  Motawakkil
que lui et ses fils devaient se prparer  mourir. Le prince infortun
ne tcha pas de flchir ses bourreaux, il savait que ce serait inutile;
il les pria seulement de commencer par ses fils, car, selon les ides
musulmanes, on peut racheter par les souffrances les pchs qu'on a
commis. Sa demande lui fut accorde, et quand il eut vu tomber les ttes
de ses deux enfants, il s'agenouilla pour faire une dernire prire. Les
soldats ne lui laissrent pas le temps de l'achever: ils le turent 
coups de lance[229].

En 1102, les Almoravides prirent possession de Valence, ville dont le
Cid s'tait empar huit ans auparavant. Tant qu'il vcut, les
Almoravides tchrent en vain de la lui enlever, et aprs sa mort
(1099), sa veuve Chimne s'y maintint encore pendant plus de deux
annes; mais Alphonse, qu'elle avait appel  son secours et qui croyait
Valence trop loigne de ses Etats pour qu'il pt la disputer longtemps
aux Sarrasins, l'engagea  l'abandonner. C'est ce qui eut lieu; mais ne
voulant laisser aux Almoravides que des dcombres, les Castillans
incendirent la ville au moment de leur dpart.

Il ne restait donc dans l'Espagne musulmane que deux Etats qui n'eussent
pas encore t incorpors  l'empire des Almoravides: c'taient
Saragosse, o rgnait Mostan, de la famille des Beni-Houd, et la Sahla,
qui appartenait aux Beni-Razn. Ces derniers avaient reconnu la
souverainet de Yousof; nanmoins ils furent dposs[230]. Plus heureux,
Mostan, qui avait su gagner la faveur des Almoravides par les riches
prsents qu'il leur envoyait, conserva son trne tant qu'il vcut; mais
 sa mort, arrive le 24 janvier 1110, les choses changrent de face.
Son fils Imd-ad-daula lui succda; mais les habitants de Saragosse ne
voulurent le reconnatre qu' condition qu'il s'engagerait  licencier
les soldats chrtiens qui servaient dans l'arme. C'tait une condition
bien dure  remplir, car depuis un sicle les chrtiens taient les
meilleures troupes de l'arme de Saragosse; ils taient les plus srs
appuis du trne, et si Imd-ad-daula les congdiait, il tait vident
qu'il ne tarderait pas  succomber, attendu que ses sujets ne
demandaient pas mieux que de se donner aux Almoravides. Malgr qu'il en
et, le prince consentit cependant  faire la promesse qu'on exigeait de
lui; mais quand il l'eut remplie, ses sujets se htrent de se mettre
en rapport avec Al, le fils de Yousof, qui rgnait alors, son pre
tant mort trois ans auparavant, et de lui dire que, les chrtiens ayant
t carts, il lui serait facile de s'emparer du royaume. Inform de
leurs menes, Imd-ad-daula enrla de nouveau des chrtiens. Cette
mesure mit le comble au mcontentement de ses sujets. Ils informrent
Al de ce qui s'tait pass, et le supplirent de les secourir. Al
demanda aux faquis de Maroc s'il avait le droit de cder  leur prire,
et en ayant reu une rponse affirmative, il fit parvenir au gouverneur
de Valence l'ordre d'aller prendre possession de Saragosse. Cet ordre
s'excuta sans obstacle, car Imd-ad-daula, qui ne se croyait plus en
sret dans sa capitale, l'avait vacue pour se jeter dans la
forteresse de Rueda. Avant son dpart, il avait encore crit  Al une
lettre fort touchante, o il le conjurait, par l'amiti qui avait exist
entre leurs pres, de lui laisser ses Etats, puisqu'il n'avait fait rien
qui put motiver de la part d'Al une dmarche hostile. Cette lettre fit
de l'impression sur Al, d'autant plus que son pre lui avait
recommand, sur son lit de mort, de vivre en paix avec les Beni-Houd;
aussi envoya-t-il un contre-ordre au gouverneur de Valence; mais ce
contre-ordre arriva trop lard; les Almoravides taient dj entrs dans
Saragosse[231].

Toute l'Espagne musulmane tait donc runie sous le sceptre du roi de
Maroc; ce que le peuple et les faquis avaient dsir s'tait accompli,
et les faquis du moins n'eurent pas  se repentir d'avoir coopr de la
manire la plus active au succs de la rvolution. Il faudrait remonter
jusqu'au temps des Visigoths pour trouver un second exemple d'un clerg
aussi puissant que le clerg musulman l'tait sous le rgne des
Almoravides. Les trois princes de cette maison qui rgnrent
successivement sur l'Andalousie, Yousof, Al (1106-1143) et Tchoufn
(1143-1145), taient tous extrmement dvots; ils entouraient tous les
faquis de respects et d'hommages, ils ne faisaient rien sans avoir
obtenu leur approbation. Cependant, c'est  Al qu'il faut dcerner la
palme. Le hasard s'tait tromp en faisant natre cet homme sur les
marches d'un trne; la nature l'avait destin pour une vie de repos et
de pieuse mditation, pour le clotre, pour un ermitage dans le Dsert.
Sa vie durant, il ne fit que prier et jener. Naturellement les faquis
n'eurent qu' s'en applaudir: ils maniaient le monarque comme ils
voulaient, gouvernaient l'Etat, disposaient de tous les postes et de
toutes les faveurs, amassaient d'immenses richesses[232]; en un mot,
ils recueillaient les fruits qu'ils s'taient promis de la domination
almoravide, et peut-tre la moisson dpassait leurs esprances. Mais si
l'vnement avait justifi leur attente, il avait aussi justifi les
craintes de ceux qui n'avaient voulu ni de la domination du clerg ni de
celle des barbares soldats du Sahara et du Maroc. Les hommes de lettres,
les potes, les philosophes avaient de grands sujets de plainte. Il est
vrai que plusieurs littrateurs qui avaient servi dans les chancelleries
des princes andalous obtinrent des emplois dans celle du nouveau matre;
mais ils se trouvaient dplacs et mal  l'aise au milieu de prtres
fanatiques et de rudes officiers; l'entourage des princes andalous avait
t tout autre. Mme chez ceux qui, pour gagner le pain du jour,
flattaient les seigneurs almoravides et leur ddiaient des livres, on
remarque une certaine tristesse mle  une grande admiration pour les
princes lettrs qui avaient rgn autrefois sur l'Andalousie. Il y en
eut aussi qui prouvaient parfois le besoin imprieux de dcharger leur
bile, comme ce secrtaire qui, lorsqu'il eut reu l'ordre d'adresser, au
nom du monarque, quelques reproches  l'arme de Valence, laquelle
s'tait laiss battre par le roi d'Aragon, cda  son antipathie jusqu'
placer dans sa lettre des phrases telles que celles-ci: Lches,
infmes, vous prenez donc tous la fuite  la vue d'un seul cavalier? Au
lieu de chevaux  monter, nous devrions vous donner des brebis  traire.
Il est temps que nous vous punissions svrement, que nous purgions de
vous la Pninsule et que nous vous renvoyions dans le Sahara. Un tel
langage, il est  peine besoin de le dire, ne plut nullement au
monarque, et le secrtaire fut destitu[233]. Quant aux potes, ne
trouvant plus de patrons, ils dploraient la dcadence du got et
maudissaient la barbarie qui avait envahi leur pays[234]. Quelques-uns
d'entre eux subsistaient pniblement en composant des odes en l'honneur
des faquis, car, si dvots qu'ils fussent, ceux-ci n'taient pas exempts
de vanit, et leur chef Ibn-Hamdn, le cadi de Cordoue, en avait mme
beaucoup. Il prtendait appartenir  la noblesse arabe, il tranchait du
prince, et entre autres vers il se fit adresser ceux-ci: Ne parle pas
de la splendeur de Bagdad, ni de la beaut de la Chine ou de la
Perse:--sur toute la terre il n'y a point de ville qui puisse se
comparer  Cordoue, point d'homme qui puisse se mesurer avec
Ibn-Hamdn[235]. Mais les faquis, sans en excepter Ibn-Hamdn, qui
tait cependant l'homme le plus riche de Cordoue[236], payaient fort
mal[237], et d'ailleurs les potes qui avaient le respect d'eux-mmes et
de leur art n'aimaient pas  les chanter. La pauvret fut donc leur
sort. Ibn-Bak, un charmant pote, l'un des meilleurs que l'Andalousie
ait eus, errait comme un vagabond de ville en ville et manquait de
pain[238]. Auprs de vous, mes compatriotes, disait-il dans un de ses
pomes, je suis dans la pauvret et la misre, et si je mritais le nom
d'homme libre et fier, je serais dj parti. Votre jardin ne produit pas
de fruits, votre ciel ne donne pas une goutte de pluie. J'ai du mrite
cependant, et si l'Andalousie ne veut pas de moi, l'Irc me recevra 
bras ouverts. Ici ce serait une folie que de vouloir subsister par ses
talents, car ici on ne trouve que de stupides et avares parvenus[239].
Une seule consolation restait aux potes: ils pouvaient persifler les
puissants du jour, crire des satires pleines de fiel contre les faquis,
ces hypocrites, ces loups qui rampent dans les tnbres et qui dvorent
pieusement tous les biens d'ici-bas[240]; mais il tait dangereux
d'exhaler sa colre de cette faon, car les faquis savaient punir les
audacieux qui se moquaient d'eux. La philosophie, il est  peine besoin
de le dire, tait une science prohibe. Mlic ibn-Wohaib, de Sville,
eut l'imprudence de s'en occuper; mais voyant qu'il risquait sa vie, il
y renona pour se livrer entirement  l'tude de la thologie et du
droit canon. Il n'eut pas  s'en repentir, car il devint l'ami et le
confident du monarque; cependant on ne lui pardonna jamais tout  fait
la faute qu'il avait commise dans sa jeunesse, et un de ses ennemis
composa contre lui ces vers: La cour d'Al, le petit-fils de Tchoufn,
serait pure de toute souillure, si le dmon n'avait trouv le moyen d'y
faire admettre Mlic ibn-Wohaib[241]. L'intolrance des faquis
dpassait toutes les bornes, et leurs vues taient fort troites. Peu
verss dans l'tude du Coran et des traditions relatives au Prophte,
ils ne connaissaient que les crits des disciples de Mlic, qu'ils
regardaient comme des autorits infaillibles et dont il n'tait pas
permis de s'carter. Leur thologie,  vrai dire, n'tait autre chose
qu'une connaissance minutieuse du droit canon. En vain des thologiens
un peu plus clairs s'levaient contre leur got exclusif pour des
questions et des livres, en ralit secondaires: on leur rpondait par
la perscution, on les traitait d'htrodoxes, de schismatiques,
d'impies. Le livre que le clbre Ghazzl avait publi en Orient sous
le titre de _Vivification des sciences religieuses_, causa en Andalousie
un grand scandale. Ce n'tait pas, cependant, un livre htrodoxe.
Ghazzl, qu'aucun systme philosophique n'avait satisfait, avait
d'abord conclu au scepticisme; puis, le scepticisme n'ayant pu le
retenir, il s'tait prcipit dans l'ascse, et ds lors il tait devenu
l'ennemi jur de la philosophie[242]. Aussi affirme-t-il, dans sa
Vivification des sciences religieuses, que la mtaphysique ne doit
servir qu' dfendre la religion rvle contre les novateurs et les
hrtiques; dans un temps de foi vraie et vive, dclare-t-il, elle
serait superflue; et quant  l'tude de la nature, il veut que l'on s'en
abstienne absolument, si l'on s'aperoit qu'elle pourrait branler la
foi[243]. Mais il prchait une religion intime, fervente, passionne,
une religion du coeur, et il blmait nergiquement les thologiens de
son temps, qui, s'arrtant  l'corce, ne s'occupaient que de questions
de droit, utiles seulement pour terminer les insignifiantes querelles de
la vile populace[244]. C'tait attaquer les faquis andalous dans leur
faible; aussi se rcrirent-ils d'indignation. Le cadi de Cordoue,
Ibn-Hamdn, dclara que tous ceux qui avaient lu le livre de Ghazzl
taient des mcrants, des damns, et il dressa un fetfa o il disait
que tous les exemplaires devaient en tre livrs au feu. Ce fetfa, sign
par les faquis de Cordoue, fut prsent au roi Al, qui l'approuva. Par
consquent, le livre de Ghazzl fut brl  Cordoue et dans toutes les
autres villes de l'empire, et l'on dfendit  tout le monde, sous peine
de mort et de confiscation des biens, d'en avoir un exemplaire[245].

On comprend que sous un tel rgime le sort de ceux qui taient en dehors
de la religion musulmane tait intolrable. Voici, par exemple, ce qui
arriva aux juifs. Un faqui de Cordoue crut avoir trouv un excellent
moyen pour les forcer  embrasser l'islamisme. Il prtendit avoir
rencontr parmi les papiers d'Ibn-Masarra une tradition qui disait que
les juifs s'taient engags envers Mahomet  se faire musulmans  la fin
du cinquime sicle de l'Hgire, si le Messie qu'ils attendaient n'avait
pas paru dans cet intervalle. Evidemment ce faqui n'tait pas trs-fort
sur l'histoire littraire; s'il l'et t, il se serait bien gard de
dire qu'il avait trouv cette tradition dans les papiers d'Ibn-Masarra,
car on sait que l'orthodoxie de ce savant tait plus que suspecte[246].
Mais on n'y regarda pas de si prs, et le roi Yousof, qui se trouvait
alors en Espagne, se rendit  Lucna (la ville exclusivement juive, car
aucun musulman ne pouvait y habiter) afin de sommer les juifs d'excuter
la promesse faite par leurs anctres. Grande consternation parmi les
juifs de Lucna; heureusement pour eux, il leur restait un moyen pour se
tirer d'affaire. Au fond, ce n'tait pas  leur conscience,  leur foi,
qu'on en voulait, mais  leur or; ils passaient pour les juifs les plus
riches du monde musulman, et le gouvernement comptait sur eux pour
combler le dficit cr dans le trsor par l'abolition des contributions
illgales. C'est ce qu'ils n'ignoraient pas; en consquence, ils
s'adressrent au cadi de Cordoue Ibn-Hamdn, en le suppliant de vouloir
bien intercder pour eux auprs du souverain. Le cadi ne se montra pas
inaccessible  leurs prires; il promit de parler en leur faveur, et il
le fit. Nous n'oserions affirmer qu'il leur ait rendu ce service pour
rien; mais en tout cas, il persuada au roi de se contenter d'une somme
d'argent. Cette somme, il est vrai, tait norme; mais dans les
circonstances donnes, les juifs durent s'estimer heureux d'en tre
quittes pour un sacrifice pcuniaire[247].

Les chrtiens, les Mozarabes comme on les appelait, eurent  souffrir
bien davantage; la haine que les faquis et la populace nourrissaient
contre eux tait plus forte et plus envenime. Dans beaucoup d'endroits
ils ne formaient plus qu'une petite communaut; mais ils taient encore
nombreux dans la province de Grenade, et tout prs de la capitale de
cette province ils possdaient une belle glise qui avait t btie,
vers l'an 600, par un seigneur goth nomm Gudila. Cette glise
offusquait les faquis. Se fondant probablement sur l'autorit du calife
Omar II qui avait voulu qu'on ne laisst debout nulle part ni glises ni
chapelles, qu'elles fussent nouvelles ou anciennes[248], ils donnrent
un fetfa qui ordonnait de la dtruire; et ce fetfa ayant reu
l'approbation de Yousof, l'difice sacr fut dmoli de fond en comble
(1099). Selon toute apparence, d'autres glises eurent le mme sort; il
est certain du moins que les faquis abreuvrent les Mozarabes de tant de
vexations, que ceux-ci supplirent enfin le roi d'Aragon, Alphonse le
Batailleur, de venir les dlivrer du joug intolrable qui pesait sur
eux. Alphonse cda  leurs prires. En septembre 1125, il se mit en
marche avec quatre mille chevaliers, lesquels taient suivis de leurs
gens d'armes et qui tous avaient jur sur l'Evangile de ne pas
s'abandonner l'un l'autre. Son expdition, toutefois, n'eut pas le
rsultat qu'il s'en tait promis. Il est vrai qu'il ravagea l'Andalousie
pendant plus d'une anne, qu'il poussa jusqu'aux portes de Cordoue et
qu'il remporta une grande victoire  Arnisol prs de Lucna; mais il
tait venu pour prendre Grenade, et il n'y russit pas. L'arme
aragonaise partie, les musulmans punirent les Mozarabes de la manire la
plus cruelle. Dix mille d'entre eux s'taient dj soustraits  leur
fureur; connaissant le sort qui les attendait, ils avaient obtenu
d'Alphonse la permission de s'tablir dans ses Etats; mais il en restait
encore beaucoup, et ceux-ci furent privs de leurs biens, maltraits de
toutes les manires, jets en prison ou mis  mort. La plupart,
cependant, furent transports en Afrique en butte  d'insupportables
souffrances, et on les tablit dans les environs de Sal et de Miquens
(1126). Tout cela se fit en vertu d'un dcret d'Al, que le cadi
Ibn-Rochd (le grand-pre du clbre philosophe Averros) avait
provoqu[249]. Onze ans plus tard eut lieu une seconde dportation de
Mozarabes[250], de sorte qu'en Andalousie il n'en resta que bien peu.

Pour beaucoup de gens ce gouvernement tait donc bien dur, bien
tyrannique. Cependant les chrtiens, les juifs, les thologiens
musulmans de l'cole librale, les philosophes, les potes, les hommes
de lettres ne formaient, mme pris ensemble, qu'une minorit. C'tait
sans contredit une minorit fort considrable et dont il tait
impossible de ne pas tenir compte, car presque tous les hommes de talent
en faisaient partie; mais enfin, ce n'tait pas la masse de la
population. Ce que celle-ci attendait du nouveau gouvernement pouvait se
formuler ainsi: l'ordre au dedans, la protection contre l'ennemi du
dehors, la diminution des impts et l'accroissement de la prosprit
publique. Ces voeux furent-ils remplis? On peut dire qu'ils le furent
pendant le rgne de Yousof et dans les premires annes de celui de son
successeur. Dans ce temps-l l'ordre ne fut point troubl; les routes
taient sres[251]; les Castillans furent si bien tenus en respect,
qu'ils ne songrent plus  venir ravager l'intrieur de
l'Andalousie[252], et dans l'origine du moins, le gouvernement ne leva
point de contributions illicites; c'taient les juifs, comme nous
l'avons vu, qui devaient payer pour les musulmans quand le trsor se
trouvait  sec. Cependant nous n'oserions affirmer, comme le fait un
chroniqueur[253], qu'il n'y eut aucune contribution extraordinaire, car
il est certain qu'une fois, du moins, Yousof essaya de lever une
contribution de guerre, une _maouna_ (aide) comme on disait. Les
Almriens, qui n'avaient jamais montr une bien grande partialit pour
les Almoravides, refusrent de la payer, et le cadi de cette ville,
Abou-Abdallh ibn-al-Farr, rpondit en ces termes aux rprimandes de
Yousof: Vous me blmez, seigneur, parce que je n'ai pas voulu
contraindre mes concitoyens  payer la _maouna_, et vous dites qu'elle
doit tre paye, attendu que tous les cadis et faquis du Maroc et de
l'Andalousie l'ont dcrt ainsi en se fondant sur l'exemple d'Omar, le
compagnon du Prophte, qui a t inhum  ct de celui-ci et dont la
justice n'a jamais t rvoque en doute. Voici ma rponse, mir des
musulmans: vous n'tes pas le compagnon du Prophte, vous ne serez pas
inhum  ses cts, je ne sache pas que votre justice n'ait jamais t
rvoque en doute, et si les cadis et les faquis vous mettent sur la
mme ligne qu'Omar, ils auront  rpondre devant Dieu de cette opinion
tmraire. Omar, d'ailleurs, n'a demand la contribution dont il s'agit
qu'aprs avoir jur dans la mosque qu'il ne restait pas un seul dirhem
dans le trsor; si vous pouvez en faire de mme, vous aurez le droit de
demander une contribution extraordinaire; sinon, non. Salut[254]! Ce
fier langage eut-il pour effet que Yousof renona  son dessein, ou
bien y persista-t-il? Nous ne saurions le dire; mais nous serions port
 croire que, sous le rgne d'Al, les contributions illgales furent
rtablies, du moins en partie, car en parlant des Roum (chrtiens)
auxquels ce prince donna des emplois, un chroniqueur[255] dit qu'ils
furent chargs aussi de percevoir les _maghram_, et ordinairement on
entend sous ce mot des impts qui n'ont pas t prescrits par le Coran.
Toutefois, la population fut taxe moins haut que sous les princes
andalous, et il est naturel que, grce  cette circonstance et au repos
dont on jouissait, la prosprit s'accrt. Elle fut en effet
trs-grande; la preuve en est que le pain se vendait  bon march et
qu'on pouvait se procurer des lgumes presque pour rien[256].

En gnral, le peuple ne fut donc pas dsappoint; seulement il s'tait
tromp s'il avait cru que les Almoravides remporteraient sur les
chrtiens des victoires dcisives et rendraient  l'Espagne musulmane la
grandeur et la puissance qu'elle avait eues du temps d'Abdrame III, de
Hacam II, d'Almanzor. Les circonstances taient cependant favorables,
car aprs la mort d'Alphonse VI (1109), l'Espagne chrtienne fut
longtemps en proie  la discorde et  la guerre civile; mais les
Almoravides ne surent pas en profiter. Tous leurs efforts pour reprendre
Tolde demeurrent inutiles; ils s'emparrent, il est vrai, de quelques
villes moins importantes, mais les succs qu'ils obtinrent furent
contre-balancs par la perte de Saragosse (1118).

Le peuple, au reste, n'eut pas  se fliciter longtemps de la rvolution
accomplie: gouvernement, gnraux, soldats, tout se corrompit avec une
tonnante rapidit.

Les gnraux de Yousof, quand ils arrivrent en Espagne, taient
illettrs, il est vrai, mais pieux, braves, probes, et accoutums  la
vie simple et frugale du Dsert[257]. Enrichis par les trsors des
princes andalous que Yousof leur avait prodigus, ils perdirent bien
vite leurs vertus, et dsormais ils ne songeaient plus qu' jouir
tranquillement des biens qu'ils avaient acquis[258]. La civilisation de
l'Andalousie fut pour eux un spectacle tout  fait nouveau; ayant honte
de leur barbarie, ils voulurent s'y initier et prirent pour modles les
princes qu'ils avaient dtrns. Malheureusement ils avaient l'piderme
trop dur pour pouvoir s'approprier la dlicatesse, le tact, la finesse
des Andalous. Tout portait chez eux le cachet d'une imitation servile
et manque. Ils se mirent  protger les lettrs,  se faire rciter des
pomes et ddier des livres; mais tout cela, ils le faisaient
gauchement, sans grce et sans got; quoi qu'ils fissent, ils restaient
 demi sauvages et ne prenaient de la civilisation andalouse que son
mauvais ct. Le beau-frre du roi Al, Abou-Becr ibn-Ibrhm, qui fut
quelque temps gouverneur de Saragosse aprs l'avoir t de Grenade, fut,
pour ainsi dire, le type de ces gnraux qui essayrent, sans trop de
succs, de _s'andalousiser_, s'il est permis de s'exprimer ainsi. N
dans le Sahara, il avait t lev dans les principes rigides et
austres de sa nation; mais  Saragosse il les oublia et se modela en
tout sur l'exemple des Beni-Houd, les anciens rois du pays. Ceux-ci
ayant t des bons vivants, il voulut l'tre aussi; en consquence, il
s'entoura de viveurs, et quand il buvait avec eux, il portait une
couronne et un manteau royal; puis, comme les Beni-Houd avaient t les
patrons de la philosophie--deux d'entre eux, Moctadir et Moutamin,
avaient mme crit sur cette science--il voulut l'tre  son tour, et
sans se demander ce que son beau-frre et les faquis en diraient, il
choisit pour son ami, son confident, son premier ministre, un homme dont
les fidles ne prononaient le nom qu'avec horreur, qui ne croyait pas
au Coran, qui niait toute rvlation, le clbre philosophe Avempace en
un mot[259]. Ses soldats en furent si indigns, qu'un grand nombre
d'entre eux l'abandonna[260]. Cependant les soldats, quoique plus
orthodoxes, ne valaient pas mieux que leurs chefs. Ce qui les
caractrisait, c'tait l'insolence envers les Andalous et la lchet
devant l'ennemi. Leur lchet tait en effet si grande, que le roi Al
fut oblig de vaincre son aversion pour les chrtiens et d'enrler ceux
que son amiral Ibn-Maimoun, qui faisait une vritable chasse aux hommes,
lui amenait des ctes de la Galice, de la Catalogne, de l'Italie, de
l'empire byzantin[261]; et quant  leur insolence, elle ne connaissait
pas de bornes. Ils traitaient l'Andalousie en pays conquis; ils y
prenaient tout ce qui leur plaisait, argent, biens, femmes. Le
gouvernement les laissait faire, il n'y pouvait rien. Sa faiblesse
faisait piti  voir. Les faquis avaient d cder le pouvoir aux femmes
ou du moins le partager avec elles. Le roi Al se laissait dominer par
son pouse Camar; d'autres dames gouvernaient  leur gr les hauts
dignitaires, et pour peu que l'on contentt leur cupidit, l'on pouvait
se permettre tout ce que l'on voulait. Mme les bandits avaient le droit
de compter sur l'impunit, s'ils avaient les moyens d'acheter la
protection de ces dames. C'taient elles, d'ailleurs, qui donnaient les
postes, et d'ordinaire elles les accordaient  des hommes tout  fait
incapables. En un mot, le gouvernement devint mprisable et ridicule.
L'arme et le peuple se moquaient de lui, parce qu'il rvoquait le
lendemain les ordres qu'il avait donns la veille; les grands seigneurs
visaient au trne, et on les entendait dire qu'ils gouverneraient bien
mieux que le faible Al, lequel ne savait que jener et prier[262].

Pour comble de malheur, une terrible rvolte clata en Afrique (1121).
Fanatiss par un prtendu rformateur, qui se donnait pour le Mahd
annonc par Mahomet, les sauvages habitants de la chane de l'Atlas
marocain, les Almohades (unitaires) comme ils s'appelaient, prirent les
armes contre les Almoravides. Pour une dynastie dj si faible et si
chancelante, un tel coup devait tre mortel. A l'exception des
chrtiens, les soldats dont elle disposait taient si mauvais,
qu'ordinairement la vue seule de l'ennemi suffisait pour les mettre en
droute. Aussi le gouvernement aux abois ne savait que faire; pour
prolonger de quelques instants sa triste existence, il dgarnissait
l'Andalousie et en retirait les soldats, les armes, les munitions, les
vivres[263]. Les chrtiens ne tardrent pas  s'en apercevoir et  en
profiter. En 1125, quatre ans aprs le commencement de la rvolte des
Almohades, Alphonse le Batailleur, roi d'Aragon, ravagea l'Andalousie,
comme nous l'avons vu, pendant plus d'une anne. En 1133, Alphonse VII
de Castille, qui portait le titre d'empereur de mme que son aeul
Alphonse VI, mit  feu et  sang les environs de Cordoue, de Sville, de
Carmona, prit Xrs, qu'il pilla et brla, et pntra jusqu' ce qu'on
appelait alors la tour de Cadix, c'est--dire jusqu'aux colonnes
d'Hercule[264]. Son aeul n'avait pas fait pis du temps de Motamid. Cinq
ans plus tard, il revint pour ravager les alentours de Jan, de Baza,
d'Ubeda, d'Andujar. En 1143, ce fut de nouveau le tour de Cordoue, de
Sville, de Carmona. L'anne suivante, toute l'Andalousie fut pille et
brle depuis Calatrava jusqu' Almrie[265].

Aprs avoir joui de quelques annes prospres, le peuple andalous avait
donc gagn ceci  la rvolution qu'il avait salue avec tant
d'enthousiasme: un gouvernement impuissant et corrompu; une soldatesque
lche, indiscipline et brutale; une police pitoyable, car les villes
regorgeaient de voleurs et les campagnes taient infestes par une foule
de brigands; la stagnation presque complte du commerce et de
l'industrie; la chert des vivres, pour ne pas dire la disette; enfin,
des invasions plus frquentes qu'elles ne l'avaient jamais t et qui
malheureusement tendaient encore  se multiplier[266]. Toutes les
esprances avaient t trompes, et l'on maudissait maintenant ces
Almoravides dans lesquels on avait vu nagure les sauveurs du pays et de
la religion. Ds l'anne 1121, les Cordouans se soulevrent contre la
soldatesque qui tenait garnison dans leur ville et qui se livrait 
toutes sortes d'excs, sans que le gouvernement l'en empcht. Ces
barbares furent expulss, leurs demeures pilles. Alors le roi Al
arriva en Andalousie avec une nue d'Africains; jamais encore une arme
aussi considrable n'tait dbarque en Espagne. Mais les Cordouans,
pousss  bout, taient dtermins  se dfendre avec le courage que
donne le dsespoir; ils fermrent leurs portes et barricadrent leurs
rues. Le combat, toutefois, et t trop ingal, et les faquis
s'interposrent pour prvenir l'effusion du sang. Cette fois, malgr
leur servilit habituelle, ils prirent parti pour leurs concitoyens et
contre le pouvoir. Ils dclarrent dans un fetfa que la rvolte des
Cordouans tait juste et lgitime, attendu qu'ils n'avaient pris les
armes que pour dfendre leurs biens, leurs femmes, leur vie. Al cda,
comme de coutume, aux faquis, et aprs quelques pourparlers, les
Cordouans s'engagrent  payer une amende en ddommagement de ce qu'ils
avaient pill et dtruit[267]. Dans d'autres villes le mcontentement
croissait toujours, et quoique le pass n'et pas t brillant, on le
regrettait et l'on voulait y revenir, tant le prsent tait sombre et
insupportable. On peut s'en convaincre en lisant le message que les
Svillans envoyrent en 1133  Saif-ad-daula, le fils du dernier roi de
Saragosse, qui se trouvait dans l'arme d'Alphonse VII, alors que
celle-ci tait devant les portes de leur ville. Adressez-vous au roi
des chrtiens, lui firent-ils dire; concertez-vous avec lui et faites en
sorte que nous soyons dlivrs du joug des Almoravides. Une fois libres,
nous payerons au roi de Castille un tribut plus considrable que celui
que nos pres payaient aux siens, et vous, vous rgnerez sur nous, vous
et vos fils[268]. Onze ans aprs, la mesure tant comble et l'empire
croulant de toutes parts, on se disait dans les rues et dans les
mosques: Les Almoravides nous tirent jusqu' la moelle des os; ils
nous enlvent nos biens, notre argent, nos femmes, nos enfants;
soulevons-nous contre eux, chassons-les, tuons-les! Et d'autres
disaient: Nous devons d'abord faire alliance avec l'empereur de Lon;
nous lui payerons un tribut comme nos pres le faisaient.--Oui, oui,
criait-on de toutes parts, tous les moyens sont bons pourvu que nous
soyons dlivrs des Almoravides. Et l'on appelait la bndiction du
ciel sur les projets qu'on avait forms[269]; toute l'Andalousie se
levait comme un seul homme pour massacrer ses oppresseurs, les cadis et
les faquis en tte, car le clerg, on le sait, a rarement compt la
reconnaissance au nombre de ses vertus.

Nous n'avons  raconter ni l'histoire de cette rvolution, ni la
conqute de l'Espagne par les Almohades qui avaient renvers les
Almoravides dans le Maroc. La tche que nous nous tions impose tait
de retracer l'histoire de l'Andalousie indpendante, et si, en jetant un
rapide coup d'oeil sur la priode o ce pays n'tait plus qu'une
province d'un autre empire, nous avons pass les bornes de notre sujet,
nous l'avons fait parce que nous croyions de notre devoir de montrer
que l'Andalousie, quand elle se fut donne aux Almoravides, fut loin
d'tre heureuse, et qu'elle en vint mme  regretter ses princes
indignes, qu'elle avait tant calomnis, qu'elle avait abandonns et
trahis  l'heure du danger.

Avant de terminer, un seul devoir nous reste  remplir: c'est de
raconter l'histoire de Motamid pendant sa captivit.




XV.


Quelles qu'aient t les vertus de Yousof--et les faquis affirmaient
qu'il en avait beaucoup--la magnanimit envers les vaincus n'en faisait
pas partie. Sa conduite  l'gard des princes andalous qu'il avait fait
prisonniers, fut cruelle et odieuse. Il est vrai que les deux
petits-fils de Bds furent traits convenablement: ils recouvrrent la
libert  condition qu'ils ne quitteraient pas le Maroc, et reurent un
traitement assez considrable, de sorte qu'Abdallh put laisser une
belle fortune  ses enfants. C'est que Yousof avait pour ces deux
princes, qui taient de sa nation, un certain faible; c'taient en outre
des hommes incapables dont il n'avait rien  craindre et qui le
flattaient[270]. Quant aux autres princes, nous avons dj vu quel fut
le sort de Rdh, de Motawakkil, de Fadhl, d'Abbs; et celui de
Motamid, quoiqu'on ne lui tt pas la vie, ne fut pas moins dplorable.

Aprs la prise de Sville, l'ordre avait t donn de le transporter 
Tanger. Au moment o il s'embarquait avec ses femmes et plusieurs de ses
enfants, une foule innombrable couvrait les rives du Guadalquivir pour
lui dire un dernier adieu. Dans une de ses lgies, le pote
Ibn-al-labbna a dcrit cette scne en ces termes:

     Vaincus aprs une vaillante rsistance, les princes furent pousss
     vers le navire. La foule encombrait les rives du fleuve; les femmes
     taient sans voile et elles se dchiraient le visage de douleur. Au
     moment des adieux, que de cris, que de larmes! Que nous reste-t-il
      prsent? Pars d'ici,  tranger! rassemble tes bagages et fais
     tes provisions, car la demeure de la gnrosit est dsormais
     dserte. Et toi qui avais l'intention, de t'tablir dans cette
     valle, sache que la famille que tu cherchais n'y est plus et que
     la scheresse a dtruit notre moisson. Et toi, chevalier au superbe
     cortge, dpose tes armes qui ne te serviraient  rien, car le lion
     a dj ouvert sa gueule pour te dvorer[271].

Quand Motamid fut arriv  Tanger, o il resta quelques jours, le pote
Hor qui y habitait et qui avait pass quelque temps  la cour de
Sville, lui envoya des pomes qu'il avait composs en son honneur.
Parmi ces pices une seule tait nouvelle, et dans celle-l Hor
demandait un cadeau, quoiqu'il dt savoir que Motamid n'tait plus en
tat d'en faire. En effet, l'ex-roi de Sville n'avait conserv de
toutes ses richesses que trente-six ducats, qu'il avait cachs dans sa
bottine et que ses pieds avaient empreints de leur sang; mais telle
tait sa gnrosit, qu'il n'hsita pas  sacrifier cette dernire
ressource: il enveloppa les ducats dans un morceau de papier, et y ayant
ajout une pice de vers dans laquelle il s'excusait de l'exigut de
son cadeau, il les envoya  Hor. Ce mendiant hont n'eut pas mme la
politesse de l'en remercier, et quand les autres rimeurs de Tanger et
des environs eurent appris que Motamid faisait encore des cadeaux, ils
survinrent en grand nombre pour lui prsenter leurs vers. Hlas! il
n'avait plus rien  donner, et  cette occasion il dit:

     Les potes de Tanger, de la Mauritanie entire, se sont vertus 
     faire des vers, et ils voudraient recevoir quelque chose du captif.
     Ce serait plutt  lui de leur demander une aumne; quelle
     merveille, quelle merveille! Si la pudeur qui est au fond de son
     me, si la fiert que lui ont lgue ses anctres ne l'en
     empchaient pas, il rivaliserait avec eux, il mendierait, lui qui
     nagure, quand on faisait un appel  sa gnrosit, rpandait l'or
      pleines mains[272].

De Tanger on le conduisit  Miquens. En route il rencontra une
procession qui allait implorer de la pluie, et  cette occasion il
composa ces vers:

     Voyant ces gens qui allaient implorer de la pluie: Mes larmes,
     leur dis-je, vous en tiendront lieu.--Tu as raison, me
     rpondirent-ils, tes larmes sont assez abondantes pour cela, mais
     elles sont mles de sang[273].

A Miquens il resta plusieurs mois[274], jusqu' ce que Yousof ordonnt
de le transporter  la ville d'Aghmt, non loin de Maroc. Pendant qu'on
lui faisait faire ce trajet, son fils Rachd, qu'il avait refus de
voir, parce que, pour un motif que nous ignorons, il tait fch contre
lui, lui adressa ces vers pour l'apaiser:

     Emule de la pluie bienfaisante, seigneur de la gnrosit,
     protecteur des hommes! la plus grande faveur que vous pourriez
     m'accorder, ce serait de me permettre de contempler un instant ton
     noble visage, qui, gai et brillant, pourrait nous tenir lieu, la
     nuit de flambeaux, le jour du soleil.

Motamid lui rpondit par ceux-ci:

     J'tais l'mule de la pluie bienfaisante, le seigneur de la
     gnrosit, le protecteur des hommes, alors que ma main droite
     prodiguait les dons le jour de la distribution des cadeaux, ou
     enlevait la vie aux ennemis le jour du combat, et que ma main
     gauche tenait la bride qui domptait le coursier effray par le
     bruit des lances. Mais  prsent je suis au pouvoir de la captivit
     et de la misre; je ressemble  une chose sacre qu'on a profane,
      un oiseau dont on a bris les ailes. Je ne puis plus rpondre 
     l'appel de l'opprim ou du pauvre. La gat de mon visage, 
     laquelle tu tais accoutum, s'est change en une morne tristesse;
     les soucis ne me permettent plus de penser  la joie; aujourd'hui
     les regards se dtournent de moi, au lieu qu'auparavant ils me
     cherchaient[275].

A Aghmt il mena dans la prison une existence triste et douloureuse. Le
gouvernement s'occupait de lui pour ordonner, tantt qu'on lui mt des
chanes, tantt qu'on les lui tt, mais au reste il ne prenait pas mme
soin de sa subsistance. Aussi vivait-il avec sa famille dans la dernire
dtresse. Pour subvenir  leurs besoins, son pouse et ses filles furent
obliges de filer. C'est dans la posie qu'il cherchait sa consolation.
Ainsi, quand il eut aperu de l'troite fentre de son cachot une vole
de ces oiseaux rapides auxquels les Arabes donnent le nom de _cat_ et
qui sont une espce de perdrix:

     Je pleurais, dit-il, en voyant passer auprs de moi une compagnie
     de _cats_; ils taient libres, ils ne connaissaient ni prison ni
     chane. Ce n'tait pas par jalousie que je pleurais, mais parce que
     j'aurais voulu tre comme eux, car alors je pourrais aller o je
     voudrais, mon bonheur ne se serait pas vanoui, mon coeur ne
     serait pas rempli de douleur, je ne pleurerais pas la perte de mes
     enfants. Ils sont heureux: ils ne sont pas spars l'un de l'autre,
     aucun d'entre eux n'prouve la douleur d'tre loin de sa famille,
     ils ne passent pas comme moi la nuit dans d'affreuses angoisses,
     alors que j'entends grincer la porte de la prison sur ses verrous
     ou dans sa serrure. Ah! que Dieu leur conserve leurs petits; quant
     aux miens, ils manquent d'eau et d'ombrage[276]!

Puis c'taient des vers sur sa grandeur passe, sur les magnifiques
palais qui nagure avaient t tmoins de son bonheur, sur ses fils qui
avaient t massacrs, et  l'occasion de la fte de la rupture du
jene, il composa ceux-ci:

     Autrefois les ftes te rendaient joyeux, mais la fte qui te trouve
     captif  Aghmt te rend triste. Tu vois tes filles couvertes de
     haillons et mourant de faim; elles filent pour ceux qui les paient,
     car elles ne possdent plus rien au monde. Elles viennent vers toi
     pour t'embrasser, fatigues, brises par le travail et les yeux
     baisss. Elles marchent nu-pieds dans la boue des rues, comme si
     elles n'eussent pas march jadis sur du musc et du camphre[277]!
     Leurs joues creuses attestent la misre et les larmes les ont
     sillonnes.... De mme qu' l'occasion de cette triste fte (Dieu
     veuille qu'elle ne revienne pas pour toi!) tu as rompu le jene, de
     mme ton coeur a rompu le sien: ta douleur, longtemps contenue, a
     clat enfin. Jadis, quand tu commandais, tout le monde
     t'obissait:  prsent tu en es rduit  recevoir toi-mme des
     ordres. Les rois qui se rjouissent de leur puissance se laissent
     abuser par un rve[278]!

La malheureuse Romaiquia n'tait pas faite pour une vie si dure: elle
tomba dangereusement malade. Motamid en fut fort attrist, d'autant plus
qu'il n'y avait  Aghmt personne  qui il ost confier le soin de la
gurir. Heureusement le clbre Abou-'l-Al Avenzoar[279], qui, dans les
dernires annes de son rgne, avait t le mdecin de sa cour, et
auquel il avait rendu les biens de son grand-pre que Motadhid avait
confisqus[280], se trouvait alors  Maroc. Il lui crivit pour le prier
de vouloir bien se charger du traitement de la maladie de Romaiquia.
Avenzoar lui promit de venir; mais comme dans sa lettre il avait
souhait  Motamid une longue vie, celui-ci lui envoya ces vers en le
remerciant:

     Tu me souhaites une longue vie; mais comment un prisonnier
     pourrait-il la dsirer? La mort n'est-elle pas prfrable  une vie
     qui apporte sans cesse de nouveaux tourments? D'autres peuvent
     former un tel souhait, car ils ont l'espoir de rencontrer le
     bonheur; mais le seul souhait que je puisse former, c'est de
     rencontrer la mort. Voudrais-je vivre pour voir mes filles manquer
     de vtements et de souliers? Elles sont  prsent les servantes de
     la fille d'un homme dont l'emploi tait d'annoncer ma venue quand
     je me montrais en public, d'carter les gens qui se pressaient sur
     mon passage, de les contenir quand ils encombraient la cour de mon
     palais, de galoper  ma droite et  ma gauche quand je passais mes
     troupes en revue, et de prendre soin qu'aucun soldat ne sortt des
     rangs[281]. Toutefois la prire que tu as faite dans une intention
     bienveillante m'a fait du bien. Dieu te rcompense, Abou-'l-Al, tu
     es un homme de coeur! J'ignore quand le voeu que je forme sera
     rempli, mais je me console par la pense que dans ce monde tout a
     un terme[282].

Ce qui parfois lui apportait un soulagement momentan, c'taient les
lettres et les visites des potes que jadis il avait combls de ses
bienfaits. Plusieurs d'entre eux firent le voyage d'Aghmt,
Abou-Mohammed Hidjr entre autres, qui, pour un seul pome, avait reu
de lui tant d'argent qu'il put ouvrir une maison de commerce et jouir
d'une honnte aisance tant qu'il vcut. Motamid lui avoua qu'il avait eu
tort d'appeler Yousof en Andalousie. En le faisant, dit-il, j'ai creus
ma propre fosse. Quand le pote vint lui dire adieu pour retourner 
Almrie o il demeurait, Motamid voulut encore lui faire un cadeau,
malgr l'exigut de ses moyens; mais Hidjr eut la dlicatesse de le
refuser et improvisa ces deux vers:

     Je jure que je n'accepterai rien de vous,  prsent que la destine
     vous a frapp d'une manire si cruelle et si injuste. Ce que vous
     m'avez donn autrefois est bien suffisant, quoique vous-mme vous
     l'ayez oubli[283].

Mais le plus fidle et le plus assidu de ces amis, c'tait
Ibn-al-labbna, et une fois qu'il arriva  Aghmt, il apporta de bonnes
nouvelles d'Andalousie. Les esprits, disait-il, y taient en moi. Les
patriciens, qui n'avaient jamais voulu de la domination de Yousof,
s'agitaient et conspiraient pour replacer Motamid sur le trne[284]. Il
disait vrai; le mcontentement tait trs-grand dans les classes
claires, et le gouvernement ne tarda pas  en acqurir des preuves.
Aussi prit-il des mesures de prcaution; il fit arrter plusieurs
personnes suspectes, notamment  Malaga; mais les conjurs de cette
ville, dont Ibn-Khalaf, un patricien trs-considr, tait le chef,
profitrent de l'obscurit de la nuit pour s'chapper de prison, aprs
quoi ils se rendirent matres du chteau de Montemayor[285]. Bientt
Abd-al-djabbr, un fils de Motamid qui tait rest en Andalousie avec
sa mre et que le peuple prenait pour Rdh (celui qui avait t
assassin  Ronda), se rendit auprs d'eux. Ils le nommrent leur chef,
et tout semblait aller selon leurs souhaits. Un navire de guerre
marocain qui choua dans le voisinage du chteau, leur fournit des
vivres, des munitions, des armes. Algziras se dclara pour eux de mme
qu'Arcos, et s'tant rendu dans cette dernire ville en 1095,
Abd-al-djabbr se mit  faire des razzias jusqu'aux portes de l'ancienne
capitale du royaume de ses anctres[286].

La premire nouvelle de la rvolte de son fils causa  Motamid une
profonde douleur. La tmrit de l'entreprise l'effrayait; il craignait
pour Abd-al-djabbr un sort aussi dur que celui qui avait dj frapp
plusieurs de ses fils. Mais ces sentiments firent bientt place 
l'esprance; il entrevoyait la possibilit de retourner dans son pays,
de reconqurir son trne[287], et devant ses amis il ne s'en cachait
pas. Ecrivant, par exemple, au pote Ibn-Hamds, qui tait retourn 
Mahdia aprs lui avoir rendu visite, il lui envoya un pome qui
commenait ainsi:

     La chaire dans la mosque et le trne dans le palais pleurent le
     captif que le destin a jet sur la plage africaine,

et dans lequel il disait:

     Oh! je voudrais savoir si je reverrai mon jardin et mon lac dans ce
     noble pays o croissent les oliviers, o roucoulent les colombes,
     o les oiseaux font entendre leur doux ramage[288].

Ibn-al-labbna nourrissait ces esprances. A la veille de retourner en
Andalousie, il avait reu de Motamid vingt ducats et deux pices
d'toffe: il lui renvoya ce cadeau et parmi les vers qu'il lui fit
parvenir  cette occasion se trouvaient ceux-ci:

     Un peu de patience encore! Bientt tu me combleras de bonheur, car
     tu remonteras sur le trne. Le jour o tu rentreras dans ton
     palais, tu m'lveras aux plus hautes dignits. Tu surpasseras
     alors le fils de Merwn en gnrosit, et moi, je surpasserai
     Djarr en talent[289]. Prpare-toi  luire de nouveau: une clipse
     de lune n'est pas de longue dure[290].

Charg de chanes--car Yousof avait ordonn de les lui remettre; le
lionceau ayant rugi, dit un rhteur de l'poque, on craignait un bond de
la part du lion--Motamid vivait ainsi d'esprance, et cette esprance
n'tait pas tout  fait sans fondement: le parti d'Abd-al-djabbr tait
nombreux et il inspirait au gouvernement de graves inquitudes; il sut
se maintenir pendant plus de deux ans, et il n'tait pas encore dompt
au moment o Motamid mourut aprs une longue maladie[291] (1095), 
l'ge de cinquante-cinq ans[292].

L'ex-roi de Sville fut inhum dans le cimetire d'Aghmt. Quelque temps
aprs,  l'occasion de la fte de la rupture du jeune, le pote andalous
Ibn-Abd-a-amad fit sept fois le tour de son tombeau,  l'instar des
plerins qui font le tour de la Caba; puis il s'agenouilla, baisa la
terre qui couvrait les dpouilles mortelles de son bienfaiteur, et
rcita une lgie. Touche par l'exemple qu'il lui avait donn, la foule
fit aussi le tour du tombeau  la manire des plerins et en poussant de
longs gmissements[293].

       *       *       *       *       *

Tout le monde aime Motamid, dit un historien du XIIIe sicle, tout
le monde a piti de lui, et aujourd'hui encore on le pleure[294]. En
effet, il est devenu le plus populaire de tous les princes andalous. Sa
gnrosit, sa bravoure, son caractre chevaleresque le rendaient cher
aux hommes cultivs des gnrations suivantes; les mes sensibles
taient touches de son immense infortune; le vulgaire s'intressait 
ses aventures romanesques, et comme pote, il fut admir mme par les
Bdouins qui, en fait de langage et de posie, passaient pour des juges
 la fois plus difficiles et plus comptents que les habitants des
villes. Voici, par exemple, ce que l'on raconte  ce sujet:

Dans une des premires annes du XIIe sicle, un Svillan, qui
voyageait dans le Dsert, arriva  un campement de Bdouins Lakhmites.
S'tant approch d'une tente et ayant demand l'hospitalit  celui qui
en tait le matre, ce dernier, enchant de pouvoir pratiquer une vertu
que sa nation apprcie infiniment, l'accueillit avec une grande
cordialit.

Le voyageur avait dj pass deux ou trois jours auprs de son hte,
lorsque, une nuit, aprs avoir cherch en vain le sommeil, il sortit de
la tente pour aller aspirer le souffle des zphyrs.

Il faisait une nuit sereine et admirable, dont des brises douces et
caressantes tempraient la tideur. Dans un ciel d'azur, sem d'toiles,
la lune s'avanait, lente, majestueuse, clairant de sa lumire le
Dsert auguste qu'elle faisait resplendir comme un miroir et qui
prsentait l'image la plus complte du silence et du repos. Ce spectacle
rappela au Svillan un pome que son ancien souverain avait compos, et
il se mit  le rciter. Ce pome, c'tait celui-ci:

     La nuit ayant tendu les tnbres sur la terre en guise d'un voile
     immense, je buvais,  la lueur des flambeaux, le vin qui
     scintillait dans la coupe, lorsque soudain la lune se montra,
     accompagne d'Orion. On et dit une reine superbe et magnifique,
     voulant jouir des beauts de la nature, et se servant d'Orion comme
     d'un dais. Peu  peu d'autres toiles tincelantes vinrent
     l'entourer, l'une  l'envi de l'autre; d'instant en instant la
     splendeur s'augmentait, et dans le cortge les Pliades semblaient
     le drapeau de la reine.

     Ce qu'elle est l-haut, je le suis ici-bas, entour de mes nobles
     chevaliers et des belles jeunes filles de mon srail, dont la noire
     chevelure ressemble  l'obscurit de la nuit, tandis que ces coupes
     resplendissantes sont pour moi des toiles. Buvons, mes amis,
     buvons le jus de la treille, pendant que ces belles, s'accompagnant
     de la guitare, vont nous chanter leurs airs mlodieux[295].

Puis le Svillan rcita encore un long pome, que Motamid avait compos
pour apaiser le courroux de son pre, irrit du dsastre qui avait
frapp son arme  Malaga par suite de la ngligence de son fils qui la
commandait.

A peine eut-il fini, que la toile de la tente devant laquelle il se
trouvait par hasard, fut leve, et qu'un homme que l'on aurait reconnu
pour le chef de la tribu rien qu' son aspect vnrable, se montra 
ses regards et lui dit avec cette lgance de diction et cette puret
d'accent, pour lesquelles les Bdouins ont toujours t renomms et dont
ils sont excessivement fiers:

--Dites-moi donc, citadin que Dieu veuille bnir, de qui sont-ils, ces
pomes, limpides comme un ruisseau, frais comme une pelouse nouvellement
arrose par la pluie, tantt tendres et suaves comme la voix d'une jeune
fille au collier d'or, tantt vigoureux et sonores comme le cri d'un
jeune chameau?

--Ils sont d'un roi qui a rgn en Andalousie et qui s'appelait
Ibn-Abbd, rpondit l'tranger.

--Je suppose, reprit le chef, que ce roi rgnait sur un petit coin de
terre, et que, par consquent, il pouvait consacrer tout son temps  la
posie, car quand on a d'autres occupations, on n'a pas le loisir de
composer des vers comme ceux-l.

--Pardonnez-moi; ce roi rgnait sur un grand pays.

--Et pourriez-vous me dire  quelle tribu il appartenait?

--Certainement; il tait de la tribu de Lakhm.

--Que dites-vous? Il tait de Lakhm? Mais il tait de ma tribu alors!

Et ravi d'avoir trouv une nouvelle illustration pour sa tribu, le chef,
dans un lan d'enthousiasme, se mit  crier d'une voix retentissante:

--Debout, debout, gens de ma tribu! Alerte, alerte!

En un clin d'oeil tous furent sur pied et vinrent entourer leur chef.
Les voyant rassembls:

--Ecoutez, leur dit-il, ce que je viens d'entendre, et retenez bien ce
que je viens de graver dans ma mmoire; car c'est un titre de gloire qui
s'offre  vous tous, un honneur dont vous avez tous le droit d'tre
fiers. Citadin, rcitez encore une fois, je vous en prie, les pomes de
notre cousin.

Lorsque le Svillan eut satisfait  ce dsir et que tous les Bdouins
eurent admir ces vers avec le mme enthousiasme que l'avait fait leur
chef, celui-ci leur raconta ce qu'il avait entendu dire  l'tranger au
sujet de l'origine des Beni-Abbd, leurs allis, leurs parents,
puisqu'ils descendaient, eux aussi, d'une famille lakhmite qui
parcourait autrefois le Dsert avec ses chameaux, et dressait ses tentes
l o les sables sparent l'Egypte de la Syrie; aprs quoi il leur parla
de Motamid, le pote tour  tour gracieux ou sublime, le preux
chevalier, le puissant monarque de Sville. Quand il eut fini, tous les
Bdouins, ivres de joie et d'orgueil, montrent  cheval pour se livrer
 une brillante _fantasia_ qui dura jusqu'aux premiers rayons de
l'aurore. Puis le chef choisit vingt de ses meilleurs chameaux et en fit
prsent  l'tranger. Tous suivirent cet exemple dans la mesure de leurs
moyens, et, avant que le soleil se ft lev tout  fait, le Svillan se
vit en possession d'une centaine de chameaux. Aprs l'avoir caress,
choy, festoy et honor de toutes les manires, ces gnreux fils du
Dsert consentirent  peine  le laisser partir quand le moment de se
remettre en voyage fut arriv pour lui, tant celui qui savait rciter
les vers du roi pote qu'ils appelaient leur cousin, tait devenu cher 
leurs coeurs[296].

Environ deux sicles et demi plus tard, alors que l'Espagne musulmane,
autrefois si sceptique, s'tait depuis longtemps jete dans la dvotion,
un plerin, portant bourdon et rosaire, parcourait le royaume de Maroc,
afin de s'entretenir avec les pieux ermites et de visiter les lieux
saints. Ce plerin, c'tait le clbre Ibn-al-Khatb, le premier
ministre du roi de Grenade. Arriv dans la petite ville d'Aghmt, il
s'achemina vers le cimetire, o reposaient Motamid et son pouse sous
un tertre couvert de lotus. A l'aspect de ces deux tombeaux, dlabrs
par la vtust et le dfaut de soin, le vizir grenadin ne put retenir
ses larmes et improvisa ces vers:

     Je suis venu  Aghmt pour y accomplir un pieux devoir, pour
     m'agenouiller sur ta tombe! Ah! pourquoi ne m'a-t-il pas t donn
     de te connatre vivant et de chanter ta gloire, toi qui surpassais
     tous les rois en gnrosit, toi qui brillais comme un flambeau
     dans l'obscurit de la nuit? Qu'au moins il me soit permis de
     saluer respectueusement ton tombeau! L'lvation du terrain le
     distingue de ceux du vulgaire: ayant prim les autres hommes
     pendant ta vie, tu primes aussi ceux qui  tes pieds dorment du
     sommeil ternel. O sultan parmi les vivants, et sultan parmi les
     morts! jamais dans les sicles passs on n'a vu ton gal, et
     jamais, j'en suis convaincu, on ne verra dans les sicles futurs un
     roi qui te ressemble[297].

Motamid,  coup sr, ne fut pas un grand monarque. Rgnant sur un peuple
nerv par le luxe et ne vivant que pour le plaisir, il le serait devenu
difficilement, lors mme que son indolence naturelle et cet amour des
choses extrieures, qui est le bonheur et l'infirmit des artistes, ne
l'en eussent pas empch. Mais nul autre n'avait dans l'me tant de
sensibilit, tant de posie. Chez lui le moindre vnement dans sa vie,
la moindre joie ou le moindre chagrin, se revtait aussitt d'une forme
potique, et l'on pourrait crire sa biographie, sa vie intrieure du
moins, rien qu'avec ses vers, rvlations intimes du coeur o se
refltent ces joies et ces tristesses que le soleil ou les nuages de
chaque jour amnent ou remportent avec eux. Et puis, il eut la bonne
fortune d'tre le dernier roi indigne qui reprsentt dignement,
brillamment, une nationalit et une culture intellectuelle, qui
succombrent, ou peu s'en faut, sous la domination des barbares qui
avaient envahi le pays. Une sorte de prdilection s'attacha  lui, comme
au plus jeune, au dernier n de cette nombreuse famille de princes
potes qui avaient rgn sur l'Andalousie. On le regrettait plus que
tout autre, presque  l'exclusion de tout autre, de mme que la dernire
rose de la saison, les derniers beaux jours de l'automne, les derniers
rayons du soleil qui se couche, inspirent les regrets les plus vifs.

FIN DU QUATRIME ET DERNIER VOLUME.




NOTES


Note A, p. 24.

Quelques auteurs font mourir Yahy dans l'anne 427 de l'Hgire,
d'autres dans l'anne 429. Le rcit d'Ibn-Haiyn montre que la premire
date est la vritable. Cet auteur rapporte les propres termes dont s'est
servi un soldat berber de Carmona, Abou-'l-Fotouh (ou Abou-'l-Fath)
Birzl, qui se trouvait parmi ceux qui se rendirent  Sville au temps
de la fte des sacrifices de l'anne 426 (c'est--dire, dans le dernier
mois de cette anne), et qui, _dans le mois suivant, celui de Moharram
427_, prit part au combat que les cavaliers svillans livrrent  Yahy
prs des portes de Carmona, combat qui se termina par la mort de Yahy.
Il n'y a donc aucun doute sur l'anne et sur le mois de la mort de ce
prince; mais nous ne saurions indiquer le quantime du mois.
Abd-al-Whid dit: dimanche, sept jours aprs le commencement de Moharram
(c'est--dire le huitime jour de ce mois) de l'anne 427; mais le
huitime Moharram de l'anne 427 tombe un mercredi et non un dimanche.

Au reste, le rcit d'Ibn-Haiyn montre encore qu'au lieu de dire que
Hichm II fut de nouveau proclam calife  Cordoue _dans le mois de
Moharram 429_, Ibn-al-Athr (_Abbad._, t. II, p. 34, l. 9) aurait d
dire: _dans le mois de Moharram 427_; car, puisqu'Ibn-Djahwar consentit
seulement  le faire parce qu'il craignait d'tre attaqu par Yahy
(_Abbad._, t. I, p. 222, l. 28), il doit l'avoir fait ncessairement
avant la mort de ce prince.

Ibn-Khaldoun (_apud_ Hoogvliet, p. 28; j'ai corrig le texte de ce
passage dans mes _Recherches_, t. I de la 1re dition, p. 215 dans la
note) s'est tromp gravement en parlant du rle que Mohammed
ibn-Abdallh joua  cette poque.


Note B, p. 86.

Ibn-Khcn prtend qu'Ibn-Abd-al-barr a crit cette lettre  Motadhid
sur l'ordre de Mowaffac Abou-'l-djaich, c'est--dire de Modjhid, prince
de Dnia. Mais ce dernier tant mort en 436 de l'Hgire, et la prise de
Silves ayant eu lieu en 443 ou dans l'anne suivante, il doit y avoir
une erreur dans cette assertion. La date de la prise de Silves ne
saurait tre douteuse. Cette ville doit avoir t conquise aprs la
conqute de Nibla et de Huelva en 443 (voyez _Abbad._, t. I, p. 252, et
comparez t. II, p. 210) et avant celle de Santa-Maria en 444 (voyez
_Abbad._, t. II, p. 210, dern. ligne, et p. 123). D'ailleurs, Motamid,
qui n'tait n que dans l'anne 431, ne pouvait pas commander l'arme de
son pre avant 436, poque de la mort de Modjhid. Je crois donc
qu'Ibn-Khcn aurait d nommer Al, le fils et successeur de Modjhid,
ou peut-tre quelque autre prince.


Note C, p. 95.

Les circonstances essentielles de ce rcit se trouvent dans un passage
d'Ibn-Bassm (_Abbad._, t. I, p. 250, 251), o il y a deux ou trois
fautes  corriger. Nowair (_ibid._, t. II, p. 129, 130) donne aussi de
bons renseignements; seulement ce chroniqueur, sans parler
d'inexactitudes d'une moindre importance, a eu le tort de nommer Carmona
au lieu de Ronda. Les rcits d'Ibn-Khaldoun (_ibid._, t. II, p. 210,
214, 215) me semblent confus et inexacts, surtout pour ce qui concerne
les noms propres et les dates.--Voyez aussi Ibn-Haiyn, dans mon
Introduction  la Chronique d'Ibn-Adhr, p. 86.


Note D, p. 192.

En traitant cette priode, je ne me suis pas servi du livre qui porte le
titre de _Raudh al-mitr_ (_Abbad._, t. II, p. 236 et suiv.). Maccar,
qui en a donn de longs extraits, semble y attacher de l'importance,
parce qu'il est d'un auteur espagnol; mais cet Espagnol n'est pas ancien
et il n'a fait que copier un crivain asiatique. C'est ce qui rsulte de
la comparaison de l'article sur Yousof ibn-Tchoufn chez Ibn-Khallicn,
o l'on trouve de longs passages tirs d'une biographie de Yousof,
intitule _al-Morib an srati meliki 'l-Maghrib_, et qui a t crite 
Mosoul en 1183; car ces passages se retrouvent textuellement dans le
_Raudh al-mitr_, de sorte qu'il est certain que l'auteur de ce dernier
ouvrage a copi l'anonyme de Mosoul. Or, quand il s'agit de l'histoire
d'Espagne, il faut presque toujours se dfier des rcits qui ont t
crits en Asie. Ces rcits, comme j'ai dj eu l'occasion de l'observer
ailleurs[298], proviennent ordinairement de voyageurs, de marchands, de
colporteurs de bruits, et l'imagination n'y est pas trangre, souvent
mme elle y joue un grand rle. Celui dont il s'agit ne fait pas
exception  la rgle gnrale: crit dans un langage extrmement
sentencieux et qui trahit chez l'auteur la prtention de vouloir
rivaliser avec les anciens sages de l'Orient, il contient bien des
choses qui sont invraisemblables en elles-mmes et dont les chroniqueurs
espagnols et africains ne savent rien.


Note E, p. 208.

Les chroniques latines, si l'on en excepte le _Chronicon Lusitanum_
(_Esp. sagr._, t. XIV, p. 418, 419), n'entrent dans aucun dtail sur la
bataille de Zallca, et parmi les chroniques arabes, qui en parlent fort
au long[299], il y en a peu qui mritent une confiance entire.
Quelques-unes se trompent mme dans la date. La date vritable, vendredi
12 Redjeb 479, se trouve dans le _Holal_ (_Abbad._, t. II, p. 197) et
dans le _Carts_ (p. 98), o on lit que ce jour rpond au 23 octobre
(1086), ce qui est vrai (comparez _Annales Complut._, p. 314, 315); mais
d'autres auteurs se trompent, non-seulement dans le mois (car ils
nomment Ramadhn au lieu de Redjeb), mais encore dans l'anne.
Abd-al-whid (p. 93, 94), par exemple, nomme l'anne 480, et
Ibn-al-Cardebous (_Abbad._, t. II, p. 23) l'anne 481. C'est un
phnomne bien singulier, attendu qu'il s'agit d'une bataille
trs-clbre et qu'en Andalousie on disait l'anne de Zallca au lieu
dire l'anne 479[300]; mais le fait est qu'aucune des chroniques qui
nous restent n'a t compose par un contemporain; elles sont du
XIVe, du XIIIe, ou tout au plus du XIIe sicle; elles mritent
donc peu de confiance. Joignez-y qu' l'poque o elles s'crivaient,
les rhteurs s'amusaient  fabriquer des lettres qu'ils supposaient
crites par des personnages historiques. Ce fait ne saurait tre rvoqu
en doute; il en existe des preuves frappantes. L'auteur du _Holal_, par
exemple, donne la lettre que Motamid crivit  son fils Rachd dans la
soire aprs la bataille. Elle n'est que de deux lignes (voyez _Abbad._,
t. II, p. 199); mais l'auteur du _Raudh al-mitr_ (_ibid._, t. II, p.
248) la donne aussi, et chez lui elle est diffrente. Une troisime,
enfin, se trouve chez Ibn-al-Khatb (_ibid._, t. II, p. 176), et
celle-l n'a pas moins de quinze lignes. Or, il faut ncessairement que
deux de ces ptres soient de fabrique moderne; peut-tre le sont-elles
toutes les trois. La prudence commande donc de se tenir en garde contre
les pices soi-disant officielles que prsentent ces chroniques; aussi
dois-je avouer que je doute de l'authenticit de la plupart des lettres
que donne le _Holal_, et que le bulletin o Yousof raconte la bataille
de Zallca et qui se trouve dans le _Carts_, me parat fort suspect.


Note F, p. 210-236.

J'ai  justifier la chronologie que j'ai adopte dans ce rcit. A mon
sens, Yousof arriva pour la seconde fois en Espagne dans le printemps de
l'anne 483 de l'Hgire, 1090 de notre re, trois ans et demi aprs la
bataille de Zallca, assigea Aldo pendant l't, et s'empara de
Grenade en novembre. Cependant Abou-'l-Haddjdj Baiys (cit par
Ibn-Khallicn dans son article sur Yousof), l'auteur du _Carts_ et
celui du _Holal_ donnent une autre chronologie; ils supposent que Yousof
arriva pour la seconde fois en Espagne dans l'anne 481 (1088) et qu'il
assigea Aldo[301] dans cette anne-l; que dans l'automne il retourna
en Afrique; qu'il revint en Espagne pour la troisime fois l'anne 483
(1090), et qu'alors il s'empara de Grenade[302].

Contre cette manire de voir je dois observer, d'abord que les auteurs
qui l'ont adopte ne sont pas fort anciens (Abou-'l-Haddjdj Baiys
crivait au XIIIe sicle, et le _Carts_ est du sicle suivant, de
mme que le _Holal_); ensuite qu'ils sont loin d'tre toujours
exacts[303], et enfin qu'ils ne sont pas d'accord entre eux quand il
s'agit de signaler les mois. Ainsi l'auteur du _Carts_ affirme que
Yousof arriva pour la seconde fois en Espagne dans le mois de Reb
Ier 481 (juin 1088), tandis que Baiys dit qu'il y arriva dans le
mois de Redjeb, c'est--dire en septembre ou en octobre.

D'un autre ct, les auteurs les plus anciens et les plus dignes de foi,
ceux du XIIe sicle, sont d'accord pour placer le sige d'Aldo et la
prise de Grenade dans la mme anne, c'est--dire dans l'anne 483
(1090). Ibn-Csim de Silves, par exemple, qui a crit une histoire
trs-estime de Motamid[304], histoire dont Ibn-al-Abbr nous a conserv
des fragments, dit formellement qu'Aldo fut assig par Yousof et les
princes andalous dans l'anne 483[305]. Mohammed ibn-Ibrhm[306]
atteste que, lorsque Yousof fut arriv en Espagne pour la seconde fois,
il assigea Aldo et s'empara de Grenade. Ibn-al-Cardebous, dans son
_Kitb al-ictif_[307], dit la mme chose, et il ajoute[308] que,
lorsque Yousof vint pour la troisime fois en Espagne, on tait dans
l'anne 490 (1097). A ces tmoignages, trs-respectables  coup sr,
nous pourrions ajouter celui d'Ibn-al-Athr[309]; seulement cet
historien, qui crivait  Mosoul, et qui, par consquent, n'tait pas
toujours bien inform de l'histoire d'Espagne, se trompe quand il dit
que le sige d'Aldo et la prise de Grenade eurent lieu un an aprs la
bataille de Zallca, c'est--dire en 480 (1087).

Quant  la date prcise de la prise de Grenade, l'historien
Ibn-a-airaf, cit par Ibn-al-Khatb[310], dit que cet vnement eut
lieu le dimanche 14 Redjeb de l'anne 483. Cette date soulve deux
objections: d'abord le 14 Redjeb (26 aot) tombait, non un dimanche,
mais un jeudi; en second lieu, il est impossible que Yousof se soit
empar de Grenade ds le mois d'aot, car, arriv en Espagne au
printemps, il assigea Aldo pendant quatre mois[311] et jusqu'
l'approche de l'hiver, comme l'assure l'auteur du _Carts_. A la place
de: dimanche 14 Redjeb, je crois donc devoir lire: dimanche 14 Ramadhn,
c'est--dire 10 novembre. Le 14 Ramadhn tombait rellement un dimanche
dans l'anne 483, et ces deux mois se confondent assez souvent.
Plusieurs auteurs, par exemple, disent que la bataille de Zallca eut
lieu dans le mois de Ramadhn 479, tandis qu'elle se livra dans le mois
de Redjeb. Il se pourrait que dans ce temps-l on se soit parfois servi
d'abbrviations pour indiquer les mois, et dans ce cas, les mois de
Redjeb et de Ramadhn, qui ont la mme initiale, pouvaient aisment se
confondre. Rien, du reste, ne s'oppose au changement que j'ai propos.
Baiys et l'auteur du _Carts_ disent que Yousof se rembarqua avant la
fin de Ramadhn, c'est--dire avant le 26 novembre. Or, dans l'espace de
seize jours, il pouvait facilement recevoir la visite des princes
andalous et faire le voyage de Grenade  Algziras.

FIN DES NOTES DU QUATRIME ET DERNIER VOLUME.




CHRONOLOGIE

DES

PRINCES MUSULMANS

DU XIe SICLE.


SVILLE. LES BENI-ABBD.

Abou-'l-Csim Mohammed ibn-Isml (le cadi)                    1023-1042

Abou-Amr Abbd ibn-Mohammed, _Motadhid_                        1042-1069

Abou-'l-Csim Mohammed ibn-Abbd, _Motamid_                    1069-1091


CORDOUE. LES BENI-DJAHWAR.

Abou-'l-Hazm Djahwar ibn-Mohammed ibn-Djahwar           1031 (dc.)-1043

Abou-'l-Wald Mohammed ibn-Djahwar                             1043-1064

Abdalmlic                                                     1064-1070

Cordoue est annexe au royaume de Sville.


LES HAMMOUDITES DE MALAGA.

                     Hammoud
                        |
                  Ali le calife
                        |
          +-------------+------------+
          |                          |
   Yahy le calife             Idrs Ier(1)
          |                          |
+---------+----------+      +--------+-----+-------------+-----------+
|                    |      |              |             |           |
Idrs II(4 et 7)  Hasan(3)  Yahy(2)  Mohammed Ier(5)  Hasan  Mohammed II(8)
                     |         |
                   Yahy     Idrs III(6)


1. Idrs Ier                                                   1035-1039

2. Yahy, fils d'Idrs Ier                                          1039

3. Hasan, fils du calife Yahy ibn-Al                         1039-1041

   Le Slave Nadj                                              1041-1043

4. Idrs II                                                    1043-1047

5. Mohammed Ier, second fils d'Idrs Ier                       1047-1053

6. Idrs III                                                        1053

7. Idrs II, pour la seconde fois                              1053-1055

8. Mohammed II, 4e fils d'Idrs Ier                            1055-1057

   Malaga est annexe au royaume de Grenade.


LES HAMMOUDITES D'ALGZIRAS.

Mohammed, fils du calife Csim ibn-Hammoud                     1035-1048(9)

Csim, son fils                                             1048(9)-1058

Algziras est annexe au royaume de Sville.


GRENADE. LES BENI-ZR.

Zw ibn-Zr                                               jusqu' 1019

Habbous                                                        1019-1038

Bds                                                          1038-1073

Abdallh                                                       1073-1090


CARMONA. LES BENI-BIRZL.

D'aprs Ibn-Khaldoun (_Abbad._, t. II, p. 216), la liste de ces princes
serait:

Ishc

Abdallh, son fils

Mohammed ibn-Abdallh                                       jusqu' 1042(3)

Al-Azz Mostadhhir                                          1042(3)-1067

D'aprs Ibn-Haiyn (_apud_ Ibn-Bassm, t. I, fol. 78 r.),

Ibn-Abdallh (c'est--dire, Mohammed ibn-Abdallh)
gouvernait Carmona  l'poque o
Hichm III rgnait  Cordoue                                 (1029-1031)

et  en croire le mme auteur (_ibid._, fol. 109 r.),
qui mrite bien plus de confiance qu'Ibn-Khaldoun,
Mohammed ibn-Abdallh eut pour
successeur:

Ishc, son fils, qui rgnait en 1050

Il parat qu'Ibn-al-Abbr (dans mes _Recherches_,
t. I, p. 286 de la 1re d.) se trompe quand
il dit que Mohammed ibn-Abdallh vivait encore
en 1051.


RONDA.

Abou-Nour ibn-ab-Corra                                     1014(5)-1053

Abou-Nar, son fils                                                 1053

Ronda est annexe au royaume de Sville.


MORON.

Nouh                                                        1013(4)-1041(2)

Abou-Mend Mohammed, son fils                               1041(2)-1053

Moron est annex au royaume de Sville.


ARCOS.

Ibn-Khazroun                                                jusqu' 1053

Arcos est annex au royaume de Sville.


HUELVA. LES BECRITES.

Abou-Zaid Mohammed ibn-Aiyoub                                depuis 1011(2)

Abou-'l-Moab Abdalazz                                     jusqu' 1051

Huelva est annexe au royaume de Sville.

NIBLA. LES BENI-YAHY.

Abou-'l-Abbs Ahmed ibn-Yahy Yahob                          1023-1041(2)

Mohammed, son frre

Fath ibn-Khalaf ibn-Yahy, neveu des prcdents             jusqu' 1051

Nibla est annexe au royaume de Sville.

Ibn-al-Abbr (dans mes _Recherches_, t. I, p. 287
de la 1re d.) donne au dernier prince de
Nibla les noms de: Yahy ibn-Ahmed ibn-Yahy.
J'ai cru devoir suivre Ibn-Khaldoun
(_Abbad._, t. II, p. 211). Ibn-Haiyn (_apud_
Ibn-Bassm, t. I, fol. 108 v.) l'appelle: Fath
ibn-Yahy.


SILVES. LES BENI-MOZAIN.

Abou-Becr Mohammed ibn-Sad ibn-Mozain                         1028-1050

Abou-'l-Abagh Is                                          jusqu' 1051(2)

Silves est annex au royaume de Sville.


SANTA-MARIA D'ALGARVE.

Abou-Othmn Sad ibn-Hroun                                    1016-1043

Mohammed, son fils                                             1043-1052

Santa-Maria est annexe au royaume de Sville.


MERTOLA.

Ibn-Taifour                                                 jusqu' 1044

Mertola est annexe au royaume de Sville.


BADAJOZ.

Sbour.

Ensuite LES AFTASIDES:

Abou-Mohammed Abdallh ibn-Mohammed ibn-Maslama
  _Almanzor Ier_

Abou-Becr Mohammed _Modhaffar_                              jusqu' 1068

Yahy _Almanzor II_

Omar _Motawakkil_                                           jusqu' 1094


TOLDE.

Yach ibn-Mohammed ibn-Yach                                jusqu' 1036

Ensuite LES BENI-DH-'N-NOUN:

Isml _Dhfir_                                                1036-1088

Abou-'l-Hasan Yahy _Mamoun_                                   1038-1075

Yahy ibn-Isml ibn-Yahy _Cdir_                             1075-1085


SARAGOSSE.

Mondhir ibn-Yahy le Todjbite[312]                         jusqu' 1039

Ensuite LES BENI-HOUD:

Abou-Aiyoub Solaimn ibn-Mohammed _Mostan Ier_                1089-1046(7)

Ahmed _Moctadir_                                            1046(7)-1081

Yousof _Moutamin_                                              1081-1085

Ahmed _Mostan II_                                             1085-1110

Abdalmlic Imd-ad-daula                                            1110


LA SAHLA (capitale Albarracin). LES BENI-RAZN.

Abou-Mohammed Hodhail Ier ibn-Khalaf ibn-Lope ibn-Razn      depuis 1011

Abou-Merwn Abdalmlic Ier ibn-Khalaf, son frre

Abou-Mohammed Hodhail II Izz-ad-daula, fils du prcdent

Abou-Merwn Abdalmlic II Hosm-ad-daula                    jusqu' 1103

Yahy


ALPUENTE. LES BENI-CSIM.

Abdallh Ier ibn-Csim le Fihrite, Nidhm-ad-daula          jusqu' 1030

Mohammed Yomn-ad-daula

Ahmed Adhod-ad-daula                                        jusqu' 1048(9)

Abdallh II Djanh-ad-daula, frre du prcdent             1048(9)-1092


VALENCE.

Les Slaves Mobrac et Modhaffar

Le Slave Lebb, seigneur de Tortose

Abdalazz _Almanzor_                                           1021-1061

Abdalmlic _Modhaffar_                                         1061-1065

Runion de Valence au royaume de Tolde

Mamoun (de Tolde)                                             1065-1075

Valence se spare de Tolde

Abou-Becr ibn-Abdalazz                                        1075-1085

Le cadi Othmn, son fils                                       1085

Cdir (l'ex-roi de Tolde)                                     1085-1092

Valence devient une rpublique. Ibn-Djahhf prsident          1092-1094


DNIA.

Abou-'l-djaich Modjhid Mowaffac                             jusqu' 1044(5)

Al Icbl-ad-daula                                           1044(5)-1076

Il est dtrn par Moctadir de Saragosse. Runion
  de Dnia au royaume de Saragosse.

Moctadir (de Saragosse)                                        1076-1081

Moctadir partage ses Etats entre ses deux fils.

Celui qui s'appelait le _hdjib_ Mondhir reoit
  Lrida, Tortose et Dnia.

Le _hdjib_ Mondhir                                            1081-1091

Son fils sous la tutelle des Beni-Betyr


MURCIE.

Khairn (d'Almrie)                                         1016(7)-1028

Zohair (d'Almrie)                                             1028-1038

Abdalazz Almanzor (de Valence)                                1038-1061

Abdalmlic Modhaffar (de Valence)                              1061-1065

Sous ces trois princes Abou-Becr Ahmed _ibn-Thir_
  est gouverneur de Murcie. Il meurt en                             1063

Son fils, Abou-Abdrame Mohammed, lui succde                  1063-1078

Motamid (de Sville)

Ibn-Ammr

Ibn-Rachc                                                  jusqu' 1090


ALMRIE.

Khairn                                                     jusqu' 1028

Zohair                                                         1028-1038

Abdalazz Almanzor (de Valence)                                1038-1041

Ensuite LES BENI-OMADIH:

Abou-'l-Ahwa Man                                              1041-1051

Mohammed Motacim                                               1051-1091

Izz-ad-daula                                                        1091

FIN DE LA CHRONOLOGIE.




LISTE

DES OUVRAGES IMPRIMS ET MANUSCRITS

DONT L'AUTEUR S'EST SERVI[313].


Abbad. Scriptorum Arabum loci de Abbadidis editi a R. Dozy. Leyde, 1846.

Abd-al-whid, The History of the Almohades etc., ed. by R. Dozy. Leyde,
1847.

Abou-Isml al-Bar, Fotouh as-Chm, d. Lees, Calcutta, 1854, dans la
Bibliotheca Indica.

Abou-'l-mahsin, Annales, d. Juynboll. Leyde, 1852 et suiv.

Aghn. Alii Ispahanensis Liber Cantilenarum magnus, ed. Kosegarten.
Greifswalde, 1840.

Ahmed ibn-ab-Yacoub, Kitb al-boldn, man. de M. Muchlinski 
Saint-Ptersbourg. M. Juynboll, fils, vient de donner une dition de cet
ouvrage.

Akhbr madjmoua, man. de Paris, n 706. Voyez mon Introduction  la
Chronique d'Ibn-Adhr, p. 10-12. Je possde une copie de ce manuscrit.

Alvaro, Vita Eulogii, dans l'Esp. sagr., t. X; Epistolae, Indiculus
luminosus, dans le mme ouvrage, t. XI.

Annales Complutenses, dans l'Esp. sagr., t. XXIII.

Annales Compostellani, dans l'Esp. sagr., t. XXIII.

Annales Toledanos, dans l'Esp. sagr., t. XXIII.

Arb, Histoire de l'Afrique et de l'Espagne, intitule al-Bayno
'l-mogrib, par Ibn-Adhr (de Maroc), et fragments de la Chronique
d'Arb, publ. par R. Dozy. Leyde, 1848 et suiv.

Berganza, Antiguedades de Espana. Madrid, 1719.

id de Tolde, Extrait de son Tabact al-omam, man. de Leyde, n 159.

Carts. Annales regum Mauritaniae ab Abu-l-Hasan Ali ben-Abdallh
ibn-abi-Zer' Fesano conscripti, ed. Tornberg. Upsal, 1846.

Cazwn, Cosmographie, d. Wstenfeld. Goettingue, 1848.

Chahrastn, Histoire des sectes, d. Cureton. Londres, 1842.

Chronicon Adefonsi Imperatoris, dans l'Esp. sagr., t. XXI.

Chronicon Albeldense, dans l'Esp. sagr., t. XIII.

Chronicon Burgense, dans l'Esp. sagr., t. XXIII.

Chronicon de Cardena, dans l'Esp. sagr., t. XXIII.

Chronicon Complutense, dans l'Esp. sagr., t. XXIII.

Chronicon Compostellanum, dans l'Esp. sagr., t. XXIII.

Chronicon Conimbricense, dans l'Esp. sagr., t. XXIII.

Chronicon Iriense, dans l'Esp. sagr., t. XX.

Chronicon Lusitanum, dans l'Esp. sagr., t. XIV.

Edrisi, Gographie, traduite par Jaubert.

Espana sagrada, por Florez, Risco etc. 2 edicion. Madrid, 1754-1850. 47
vol.

Euloge. Ses oeuvres se trouvent dans Schot, Hispania illustrata, t.
IV.

Fkih, Histoire de la Mecque, man. de Leyde n 463. Voyez mon
Catalogue, t. II, p. 170.

Hamsa. Hamasae Carmina ed. Freytag. Bonn, 1828.

Historia Compostellana, dans l'Esp. sagr., t. XX.

Holal. Histoire du Maroc, man. de Leyde n 24. Comparez Abbad., t. II,
p. 182 et suiv.

Homaid, Dictionnaire biographique, man. d'Oxford, Hunt 464.

Ibn-ab-Oaibia, Histoire des mdecins. J'ai fait copier le chapitre
relatif aux mdecins arabes-espagnols sur le man. de Paris, n 673
suppl. ar., et M. Wright a eu la bont de noter sur la marge de cette
copie les variantes des deux man. d'Oxford, Hunt. 171 et Pocock. 356.

Ibn-Adhr. Voyez Arb.

Ibn-al-Abbr, dans mes Notices sur quelques manuscrits arabes. Leyde,
1847-1851.

Ibn-al-Athr, man. de Paris. M. Tornberg a eu la bont de me prter sa
copie.

Ibn-al-Couta, man. de Paris n 706. Voyez mon Introduction  la
Chronique d'Ibn-Adhr, p. 28-30. Je possde une copie de ce manuscrit.

Ibn-al-Khatb, al-Ihta fi tarkhi Gharnta, et l'abrg de cet ouvrage:
Marcaz al-ihta bi-odabi Gharnta. B. man. de Berlin; E. man. de
l'Escurial (plusieurs articles de ce man. ont t copis pour moi par M.
Simonet); G. man. de M. de Gayangos; P. man. de Paris. Voyez Abbad., t.
II, p. 169-172, et mes Recherches, t. I, p. 293, 294.

Ibn-Badroun, Commentaire historique sur le pome d'Ibn-Abdoun, publ. par
R. Dozy. Leyde, 1846.

Ibn-Bassm, Dhakhra. T. Ier. M. Jules Mohl possde ce volume, et il
a eu la bont de me le prter. Ce man. appartient au mme exemplaire que
le 3e volume qui se trouve  Gotha.--T. II, man. d'Oxford, n 749 du
Catalogue d'Uri.--T. III, man. de Gotha, n 266. M. de Gayangos possde
aussi un manuscrit de ce volume, sur lequel M. Wright a bien voulu
collationner pour moi les passages d'Ibn-Haiyn cits par
Ibn-Bassm.--Voyez sur Ibn-Bassm et sa Dhakhra, Abbad., t. I, p. 189
et suiv., et le Journ. asiat., fvrier-mars 1861.

Ibn-Batouta, Voyages, d. Defrmery et Sanguinetti. Paris, 1853 et suiv.

Ibn-Cotaiba, d. Wstenfeld. Goettingue, 1850.

Ibn-Habb. Voyez Tarkh.

Ibn-Haiyn, man. d'Oxford, Bodl. 509, Catal. de Nicoll, n 137. La copie
que je possde de ce man. a t faite par moi sur celle de M. Wright.
Voyez aussi Ibn-Bassm.

Ibn-Hazm, Trait sur les religions, man. de Leyde n 480.--Trait sur
l'amour, man. de Leyde n 927.

Ibn-Khcn, Matmah, man. de Londres et de Saint-Ptersbourg.--Calyid,
man. de Leyde, nos 306 et 35.

Ibn-Khaldoun, Prolgomnes, d. Quatremre, dans les Notices et extraits
des manuscrits de la Bibliothque impriale, t. XVI, XVII et
XVIII.--Tome II (Histoire des Omaiyades d'Orient), man. de Leyde n
1350, t. II.--Tome IV (Histoire d'Espagne), man. de Paris n 742/4
suppl. ar., et de Leyde n 1350, t. IV.--Histoire des Berbers, d. de
Slane; traduction franaise par le mme.

Itakhr, Liber Climatum, ad similitudinem Cod. Gothani exprimendum
curavit Moeller. Gotha, 1839.

Idatii Chronicon, dans l'Esp. sagr., t. IV.

Isidore de Bja, dans l'Esp. sagr., t. VIII. Comparez mes Recherches, t.
I, p. 2 et suiv.

Isidore de Sville, Historia Gothorum, dans l'Esp, sagr., t. VI.

Khochan, Histoire des cadis de Cordoue, man. d'Oxford, n 127 du
Catalogue de Nicoll. Je possde une copie de ce manuscrit.

Llorente, Noticias de las tres Provincias Vascongadas. Madrid, 1806.

Lucas de Tuy, Chronicon mundi, dans Schot, Hispania illustrata, t. IV.

Maccar. Analectes sur l'histoire et la littrature des Arabes
d'Espagne, par al-Makkari, publ. par MM. Dozy, Dugat, Krehl et Wright,
Leyde, 1855-61.

Manuscrit de Mey, dans les Memorias de la Academia de la Historia, t.
IV.

Masoud, Moroudj ad-dheheb, man. de Leyde nos 127 et 537 _d._

Mobarrad, Cmil, man. de Leyde n 587. Voyez mon Catalogue, t. I, p.
204, 205.

Mon. Sil. Monachi Silensis Chronicon, dans l'Esp. sagr., t. XVII.

Nawaw, Dictionnaire biographique, d. Wstenfeld. Goettingue,
1842-47.

Notices sur quelques manuscrits arabes, par R. Dozy. Leyde, 1847-51.

Nowair, Histoire d'Espagne. Je cite les pages du man. de Leyde n 2
_h_, mais j'ai soigneusement collationn le man. de Paris n 645, qui
est beaucoup meilleur et qui comble plusieurs lacunes.

Paulus Emeritensis, De vita P. P. Emeritensium, dans l'Esp. sagr., t.
XIII.

Plage d'Ovido, dans l'Esp. sagr., t. XIV.

Raihn al-albb, man. de Leyde n 415. Voyez mon Catalogue, t. I, p.
268, 269.

Rz, traduction espagnole. Cronica del Moro Rasis, dans les Memorias de
la Academia de la Historia, t. VIII. Comparez mon Introduction  la
Chronique d'Ibn-Adhr, p. 24, 25.

Recherches sur l'histoire et la littrature de l'Espagne pendant le
moyen ge, par R. Dozy. 1re dition, Leyde, 1849, 2de dition,
Leyde, 1860.

Rodrigue de Tolde, De rebus Hispanicis, dans Schot, Hispania
illustrata, t. II. La meilleure dition de son Historia Arabum se trouve
dans Elmacini Historia Saracenica, ed. Erpenius.

Sampiro, Chronicon, dans l'Esp. sagr., t. XIV.

Samson, Apologeticus, dans l'Esp. sagr., t. XI.

Sbastien, Sebastiani Chronicon, dans l'Esp. sagr., t. XIII.

Sota, Chronica de los principes de Asturias y Cantabria. Madrid, 1681.

Tabar, Annales, d. Kosegarten.

Tarkh Ibn-Habb, man. d'Oxford, Catalogue de Nicoll n 127. Comparez
mes Recherches, t. I, p. 32 et suiv.

Vita Beatae Virginis Argenteae, dans l'Esp. sagr., t. X.

Vita Johannis Gorziensis, dans Pertz, Monumenta Germaniae, t. IV des
Scriptores.

       *       *       *       *       *

FIN DE LA LISTE.




INDEX ALPHABTIQUE

des matires contenues dans les quatre volumes de l'_Histoire des
musulmans d'Espagne_.

Les chiffres romains indiquent les tomes, les chiffres arabes les pages.


A.

Abadsolomes (Lovigild), II. 167, 168.

Abn, fils de Mowia, I, 297.

Abbd, c'est--dire, Motadhid. Voyez ce nom.

Abbd, fils de Motamid, IV, 157 et suiv.

Abbdides (les), leur origine, IV, 9 et suiv.

Abbs ibn-Ahnaf, III, 346.

Abbs ibn-Firns, pote, II, 169.

Abbs, fils de Motawakkil, IV, 244, 245.

Abda, fille de Hichm, I, 297.

Abdalazz, petit-fils d'Almanzor, roi de Valence, IV, 4, 21, 43, 47.

Abdalazz ibn-Abdallh ibn-Asd, I, 193.

Abdalazz le Becrite, IV, 85.

Abdalazz ibn-Hasan, IV, 5.

Abdalazz, fils de Merwn, I, 174, 183, 186, 197, note 1, 214.

Abdalazz, fils de Mous ibn-Noair, II, 40, note 1, 43.

Abd-al-djabbr, fils de Motamid, IV, 278 et suiv.

Abd-al-djall, IV, 148.

Abd-al-ghfir, frre de Djad, II, 252.

Abd-al-hamd ibn-Basl, II, 346.

Abdallh, le sultan, II, 204 et suiv.

Abdallh, roi de Grenade, IV, 199, 202, 214, 225 et suiv., 270.

Abdallh, fils d'Abbs, I, 63, 79.

Abdallh ibn-Abdalmlic, gouverneur de Moron, I, 360, 361.

Abdallh, fils d'Abdrame Ier, II, 126, 150, 151.

Abdallh ibn-Achath le Coraichite, II, 250.

Abdallh ibn-al-Aftas, IV, 14 et suiv.

Abdallh, pre d'Almanzor, III, 115.

Abdallh, fils d'Almanzor, III, 209 et suiv.

Abdallh ibn-Amr, I, 362.

Abdallh ibn-Haddjdj, II, 243, 244, 255.

Abdallh, fils de Handhala, I, 90, 101, 103, 104.

Abdallh, descendant de Hodhaifa, I, 177 et suiv.

Abdallh ibn-Maimoun, III, 7 et suiv.

Abdallh, fils de Mohammed. Voyez Chaky.

Abdallh, fils de Mohammed ibn-Lope, II, 319.

Abdallh ibn-Mokhmis, III, 336.

Abdallh, fils de Mot, I, 96, 101, 103.

Abdallh ibn-Omaiya, II, 137, 160.

Abdallh, fils du calife Omar, I, 80.

Abdallh _Pierre Sche_, III, 190, 210 et suiv.

Abdallh, fils de Sad, fils d'Abou-Sarh, I, 47.

Abdallh, fils de Zohair, I, 72, 74, 79 et suiv., 128 et suiv., 171 et suiv.

Abdalmlic, le conqurant de Carteya, II, 33; III, 114.

Abdalmlic ibn-ab-'l-Djawd, II, 262.

Abdalmlic, fils d'Almanzor, III, 209, 218, 236, 240, 259, 260, 268.

Abdalmlic, fils de Catan, I, 252 et suiv.

Abdalmlic ibn-Habb, I, 18.

Abdalmlic, fils de Merwn, I, 100, 163 et suiv.

Abdalmlic-Modhaffar, roi de Valence, IV, 124, 127.

Abdalmlic ibn-Mondhir, III, 172 et suiv.

Abdalmlic l'Omaiyade, gouverneur de Sville, I, 359 et suiv.

Abdalmlic ibn-Omaiya, II, 280.

Abd-al-whid Rout, II, 310.

Abdrame Ier, I, 298 et suiv., II, 49, 54.

Abdrame II, II, 65, 66, 87 et suiv.

Abdrame III, II, 319 et suiv.; III, 3 et suiv.

Abdrame IV Mortadh, IV, 323, 326 et suiv., 343, 344.

Abdrame V, III, 334 et suiv.

Abdrame ibn-Alcama, I, 263, 264.

Abdrame, fils d'Almanzor, III, 240, 268 et suiv.

Abdrame, fils d'Aslam, II, 346.

Abdrame ibn-Fotais, III, 257.

Abdrame al-Ghfik, I, 221.

Abdrame ibn-Habb le Fihrite, I, 246, 263, 268, 305 et suiv., 375 et suiv.

Abdrame, fils de Hacam II, III, 118, 122, 131, 132.

Abdrame, fils d'Ibrhm ibn-Haddjdj, II, 302, 311 et suiv., 331.

Abdrame ibn-Motarrif le Todjbide, III, 193, 209 et suiv.

Abdrame ibn-Noaim le Kelbite, I, 281, 354.

Abdrame ibn-Obaidallh, petit-fils d'Abdrame III, III, 172 et suiv.

Abdrame, fils d'Omar ibn-Hafoun, II, 340.

Abdrame, fils de Yousof le Fihrite, I, 327.

Abl, pote, II, 213, 220, 230, 231.

Abou-'l-Abbs, le calife, I, 298.

Abou-Abda (les), III, 260.

Abou-Abda (colline d'), II, 275.

Abou-Abdallh, missionnaire ismalien, III, 13 et suiv.

Abou-Abdallh Djodhm, IV, 67.

Abou-Abdallh ibn-al-Farr, IV, 259.

Abou-'l-Ahwa Man, III, 131, 193.
  -- (ibn-omdih), IV, 43.

Abou-Al Cl, III, 110, 116, 249.

Abou-Amir ibn-Chohaid. Voyez Ibn-Chohaid.

Abou-Amir Mohammed ibn-al-Wald, III, 115.

Abou-'l-Aswa, fils de Yousof le Fihrite, I, 357, 362, 375 et suiv.

Abou-At, I, 279, 288, 293.

Abou-'l-Bassm, II, 80 et suiv.

Abou-Becr, le calife, I, 31 et suiv., 41.

Abou-Becr ibn-Hill l'Abdite, I, 341.

Abou-Becr ibn-Ibrhm, beau-frre d'Al l'Almoravide, IV, 262.

Abou-Becr ibn-Mowia le Coraichite, III, 110, 116.

Abou-abbh, I, 344, 345, 350, 354, 369 et suiv.

Abou-'l-Csim ibn-al-Arf, IV, 27 et suiv.

Abou-'l-Csim Mohammed, le fondateur de la dynastie des Abbdides, IV,
    7 et suiv., 68.

Abou-Djafar Colai, IV, 200, 220, 225 et suiv.

Abou-'l-Faradj Isfahn, III, 108.

Abou-'l-Fotouh, IV, 48 et suiv.

Abou-'l-Fotouh (ou Abou-'l-Fath) Birzl, IV, 289.

Abou-'l-Fotouh Yousof ibn-Zr, III, 124.

Abou-Ghlib Tammm. Voyez Tammm.

Abou-Haf Omar al-Ballout, II, 76.

Abou-Harb, II, 264.

Abou-Ishc d'Elvira, IV, 113, et suiv.

Abou-Ishc ibn-Mocn, IV, 200.

Abou-'l-Khattr, I, 222, 267 et suiv.

Abou-Merwn, fils de Yahy ibn-Yahy, II, 281.

Abou-'l-Mofrih, II, 151, 152.

Abou-'l-Moghra ibn-Hazm, III, 254 et suiv.

Abou-Mohammed Hidjr, IV, 277.

Abou-Mohammed Odbr, II, 314.

Abou-Mous, I, 64.

Abou-Nar, seigneur de Ronda, IV, 95.

Abou-Omar Othmn, II, 295.

Abou-Rch, IV, 52.

Abou-Sofyn, I, 46.

Abou-Thaur, gouverneur d'Huesca, I, 379.

Abou-Wahb, I, 189.

Abou-Yzd, III, 66 et suiv.

Abou-Zaid, fils de Yousof le Fihrite, I, 349, 355, 356, 357, 362.

Abou-Zora Tarf, II, 32.

Abrach, secrtaire du calife Hichm, I, 221, 223.

Acaba (le grand serment d'), I, 27.

Acaba al-bacar (bataille d'), III, 295, 296.

Abagh ibn-Abdallh ibn-Nabl, vque de Cordoue, III, 103.

Achath, I, 61, 63, 64.

Achdac, cousin d'Abdalmlic, I, 169, 390.

Achdja, tribu, I, 101.

Achtar, I, 62, 63, 64.

Acl, III, 176.

Adhh, II, 221.

Aftasides (les), IV, 4.

Ahmas de Tolde, III, 38.

Ahmed, fils d'Abdallh ibn-Maimoun, III, 12.

Ahmed ibn-Bord, III, 335.

Ahmed ibn-Ishc, II, 347; III, 54 et suiv.

Ahmed ibn-Maslama, II, 332.

Ahmed ibn-Mowia, III, 27 et suiv.

Ahmed ibn-Yila, III, 65, 79, 87.

Ahnaf, noble de Bara, I, 139.

Acha, veuve de Mahomet, I, 53, 55.

Aichoun, II, 202.

Aihala-le-Noir, I, 30, 34.

Aime, IV, 153.

Airos, IV, 63.

Akhtal, pote, I, 165, 166.

Al ibn-Moghth, I, 365 et suiv.

Alafoens, origine de ce nom, IV, 12.

Alanje, forteresse, II, 184.

Alcama, lieutenant de Monousa, III, 23.

Aldo, chteau, IV, 197, 210, 211.
  (Sige d'), IV, 214 et suiv.

Alexandrie, prise par les Andalous, II, 76.

Alhambra (l'), assig par les Andalous, II, 212, 218 et suiv.

Alhandega (bataille d'), III, 62.

Ali, le calife, I, 44, 51, 52 et suiv.

Ali, prince de Dnia, IV, 182.

Al l'Almoravide, IV, 247, 248, 260, 263 et suiv.

Al ibn-al-Caraw, IV, 45.

Al ibn-Hammoud, III, 316 et suiv.

Al-Manour, calife abbside, I, 366, 367, 381, 382.

Al-Manour, calife fatimide, III, 69.

Almanzor (Mohammed ibn-ab-Amir), III, 111 et suiv.

Almohades (les), IV, 264.

Almoravides (les), IV, 129, 198 et suiv.

Alphonse Ier, III, 24 et suiv.

Alphonse II, III, 229.

Alphonse III, II, 183, 184, 186, 197; III, 27 et suiv.

Alphonse IV, III, 47, 48, 50.

Alphonse V, III, 271.

Alphonse VI, IV, 157, 162 et suiv., 181, 189 et suiv., 230, 238.

Alphonse VII, IV, 265, 267.

Alphonse le Batailleur, IV, 256, 257, 265.

Alphonse, comte visigoth, II, 190.

Alvar Fanez, IV, 195, 196, 203, 238.

Alvaro, II, 107, 114, 165.

Alvitus, vque de Lon, IV, 120 et suiv.

Aml (dictes), ouvrage d'Abou-Al Cl, III, 110.

Amir, favori du sultan Mohammed, III, 115.

Amir le Coraichite, I, 291, 292, 325.

Amir ibn-Fotouh, III, 317.

Ammr, I, 59.

Amr, fils d'Ac, I, 60, 61.

Amr, fils de Thoba, I, 283.

Amrolcais, I, 22.

Amrous, II, 63 et suiv.

Anbar, III, 298, 299, 302.

Anbasa, I, 227.

Ancar (al-), gouverneur de Saragosse, II, 259, 318.

Anulone, soeur d'Euloge, II, 113, 170, 171.

Apostoliques (les sept), II, 209.

Aqua-Portora (bataille d'), I, 264.

Arba, I, 5, 6.

Arb (al-) le Kelbite, I, 375 et suiv.

Archidona, capitale de Regio, II, 181;
  prise par les musulmans, II, 35;
  prise par Mondhir, II, 202.

Ardabast, fils de Witiza, II, 49.

Argentea, fille d'Omar ibn-Hafoun, II, 326, 343.

Arnisol (bataille d'), IV. 257.

Asad, pote, II, 220, 221, 297.

Askeldja, III, 200 et suiv.

Aslam, II, 346, 347.

Asm, III, 159 et suiv.

Assur Fernandez, III, 70.

Astorga prise et ravage par les Visigoths, II, 14.

Athanagild, fils de Thodemir, III, 198.

Aurelio, martyr  Cordoue, II, 167 et suiv.

Aurore, III, 118, 119, 120, 131, 132, 147, 153, 155, 171, 221 et suiv.

Aus (les), tribu, I, 23 et suiv.

Ausone, ses vers sur Sville, II, 232, note 2.

Avempace, IV, 263.

Avenzoar (Abou-'l-Al), IV, 276.

Axarafe (l'), II, 234.

Azdites (les), c'est--dire les Ymnites dans le Khorsn, I, 119.

Azrakites (les), secte, I, 149.


B.

Babba, I, 151.

Bbec, III, 7.

Bacdoura ou Nafdoura (bataille de), I, 246 et suiv.

Bacrites (les), tribu, I, 34.

Badajoz. Ibn-Merwn s'y tablit, II, 184.

Bds, roi de Grenade, IV, 37 et suiv., 97 et suiv.,
    108 et suiv., 199, note 2, 220.

Badr, affranchi d'Abdrame Ier, I, 300, 302, 309 et suiv., 368, 384.

Badr, client d'Abdrame III, III, 139.

Badr, le Slave, II, 311, 317, 329, 332, 335, 336; III, 40.

Bagaudes (les), II, 9, 13.

Balads (les), I, 358.

Baldegotone, II, 115, 119.

Baldj, I, 244 et suiv.; II, 39.
  -- (chteau de), IV, 173.

Baldj, I, 147.

Bant-Cain (bataille de), I, 120.

Barbastro, pris par les Normands, IV, 125, 126.

Barcelone, prise par Almanzor, III, 199.

Barhoun, IV, 55.

Basile, chef des Bagaudes, II, 13.

Becr, prince d'Ocsonoba, II, 261, 262.

Bja (rvolte des chrtiens de), II, 42.

Ben-Chlb, IV, 191.

Ben-Naghdla. Voyez Samuel ha-Lvi.

Benadalid, bourgade, origine de ce nom, I, 343, note 2.

Beni-Ab-Amir (les), III, 114 et suiv.

Beni-'l-Ahmar (les), I, 270.

Beni-Angelino (les), II, 233, 240.

Beni-Asad (les), I, 22.

Beni-Birzl (les), rgiment africain, III, 138, 146.

Beni-Cas (les), II, 182, 346.

Beni-Csim (les), I, 269.

Benicasim, village, I, 269.

Beni-Dhou-'n-noun (les), II, 260; IV, 5.

Beni-'l-Djad (les), I, 269.

Beni-Fernic (les), II, 260.

Beni-Hbil (les), II, 262.

Beni-Hchim (les), III, 52.

Beni-Haddjdj (les), II, 234, 235.

Beni-Hritha (les), I, 103.

Beni-Hazm (les), I, 52, 94.

Beni-Houd (les), IV, 4.

Beni-Iforen (les), IV, 5.

Beni-Ishc (les), III, 54.

Beni-Khaldoun (les), II, 234, 235.

Beni-al-Khal (les), I, 343.

Beni-Matrouh (les), II, 202.

Beni-Mohallab (les), Berbers, II, 345.

Beni-Mozain (les), IV, 86.

Beni-Razn (les), IV, 246.

Beni-Rostem (les), I, 308.

Beni-Sabarico (les), II, 233.

Beni-Sohail (les), IV, 182, 183.

Berbers (les), I, 228 et suiv.
  Rvolte des Berbers d'Espagne, I, 255 et suiv.

Bermude II, III, 195, 196, 206 et suiv., 215, 227 et suiv.

Bichr, fils de Merwn, I, 175, 183, 186, 190, 196 et suiv.

Bichr le Kelbite, gouverneur de l'Afrique, I, 219, 220, 227.

Bizilyn Abou-Abdallh, IV, 103 et suiv.

Boabdil-al-Zagal, IV, 167, note 1.

Bobastro, II, 192, 195, 198 etc.
  Assig et pris par Abdrame III, II, 343.

Bohair, II, 126.

Bologgun, vice-roi de l'Ifrkia, III, 183, 200.

Bologgun, officier berber, IV, 38, 39.

Bologgun, fils de Habbous, IV, 37, 39, 44, 45, 54.

Boraiha, mre d'Almanzor, III, 115.

Borda, fils de Halhala, I, 182.

Borrel, III, 104, 105, 199.

Braga pille par les Visigoths, II, 14.

Braulion, vque de Saragosse, II, 20.

Brenes, village, origine de ce nom, I, 345.


C.

Cdir, roi de Tolde, IV, 189 et suiv., 193 et suiv., 212.

Cfour, esclave de id, III, 250.

id, pote d'Almanzor, III, 214, 247 et suiv., 284.

Cais, fils de Sad, I, 66, 67, 68, 69.

Caisn, I, 157.

Caisites (les), I, 114, 120, 225.

Calft, pote, II, 315, 316.

Cl. Voyez Abou-Al Cl.

Calife. Abdrame III prend ce titre, III, 48, 49.

lih III, prince de Ncour, III, 39.

Camar, pouse d'Al l'Almoravide, IV, 263.

Camar, chanteuse, II, 314, 315.

Cantich (bataille de), III, 292.

Capitation (la), II, 40, 41.

Caracuel, II, 185.

Carcaboulia, chteau, aujourd'hui Carabuey, II, 262.

Carmona, prise par les musulmans, II, 37.

Carrion (le comte de), III, 278 et suiv.

Cartagena (tour), II, 353.

Carteya, II, 32, 353.

Carteyana (tour), II, 353.

Csim, prince d'Algziras, IV, 101.

Csim ibn-Hammoud, III, 316, 326 et suiv.; IV, 7, 8, 11.

Csim, fils d'Ibn-Tomlos, III, 137.

Csim le Kelbite, II, 304, 334.

Castro-Moros, c'est--dire, San Estevan (de Gormaz), III, 34.

Catan, fils d'Abdalmlic ibn-Catan, I, 262, 268.

Catholico, c'est--dire, vque, III, 103, note 3.

Cyim, calife fatimide, III, 68.

Chaky, I, 372, 373, 375.

Chameau (Bataille du), I, 55.

Chamir, I, 77, 78, 277.

Chardjb (le), palais  Silves, IV, 146.

Charlemagne, I, 376 et suiv.

Charles-le-Chauve, II, 168, 182.

Charles Martel, I, 252.

Chauch (couvent de), III, 280.

Chiites (les), I, 156 et suiv.; III, 3 et suiv.

Chimne, IV, 245.

Chohaid (les), III, 260.

Cid (le). Voyez Rodrigue le Campador.

Ciffn (Bataille de), I, 59.

Clunia, ville, III, 42.

Codm le ngre, IV, 51, 53.

Combre (conduite des Suves ), II, 15.

Colai. Voyez Abou-Djafar Colai.

Colomba, pouse d'Omar ibn-Hafoun, II, 326.

Colombera, villa, I, 345.

Colthoum, I, 244 et suiv.

omail, I, 273, note 1, 274 et suiv.

Coraib ibn-Khaldoun, II, 235 et suiv., 243, 255, 257 et suiv., 299 et suiv.

Corbeau (glise du), II, 261.

Cordoue, prise par les musulmans, II, 36.
  (Cathdrale de), II, 48, 49.
  (Universit de), III, 110.
  (Population chrtienne de), II, 50, 101 et suiv.
  (Rvolte des rengats de) contre Hacam Ier, II, 54 et suiv.

Cotaiba ibn-Moslim, I, 205, 211, 213, 216.

Covadonga (caverne de), III, 22.

Crte (la), II, 76.

Cutanda (bataille de), IV, 259, note 1.


D.

Daisam ibn-Ishc, II, 263, 277.

Dfenseurs (les), I, 27, 41, 52, 111.

Dhahhc, I, 125, 126, 130, 131, 134.

Dhaloul, III, 39.

Dhou-'l-Kholosa, idole, I, 22.

Didyme, II, 10.

Djbia (dite de), I, 130 et suiv.

Djbir, IV, 182, 183.

Djbir, fils d'Ibn-Chihb, I, 340.

Djad, gouverneur d'Elvira, II, 215, 244 et suiv., 250 et suiv.
  -- (Bataille de), II, 216.

Djad, fils d'Abdallh, I, 177 et suiv.

Djafar, nom que Hacam II avait donn  Aurore, III, 133, note 1.

Djafar, hdjib de Hacam II, III, 102.

Djafar, fils d'Al ibn-Hamdoun, III, 130, 184, 193, 194.

Djafar fils d'Omar ibn-Hafoun, II, 340 et suiv.

Djafar le Vridique, III, 4.

Djafar ou Djoaifir. Pourquoi les affranchis d'Aurore portaient
    ce surnom, III, 133, note 1.

Djahwar (les), III, 260.

Djarancas, montagne, II, 349.

Djarr, pote, IV, 280.

Djaudhar, III, 134 et suiv., 171 et suiv.

Djauws, I, 208, 392.

Djhne, II, 228.

Djidr le Caisite, I, 342, 343.

Djonaid, II, 244, 255.

Dorr, III, 145, 146.

Dulcidius, vque de Salamanque, III, 44.

Duodcimains (les), secte, III, 12.


E.

Ecija, assige par le sultan Abdallh, II, 287, 288.

Ecoles primaires dans l'Espagne musulmane, III, 109.

Egica, II, 27, 28.

Elisabeth, religieuse, II, 131.

Elvira. Histoire de cette province sous le rgne d'Abdallh, II,
    209 et suiv., 292 et suiv.

Elvire, rgente de Lon, III, 106.

Empdocle, III, 19.

Enfant (l') de l'enfer, c'est--dire, Wald, frre utrin d'Othmn, I, 48.

Ermengaud d'Urgel, III, 295, 296.

Esmant, village, II, 168.

Eudes, duc d'Aquitaine, I, 256.

Euloge, II, 104, note 2, 105, 106, 112 et suiv.,
    135, 136, 142 et suiv., 165, 170 et suiv.


F.

Fadhl, I, 102, 103.

Fadhl, fils de Motawakkil, IV, 244, 245.

Fadhl ibn-Salama, II, 318.

Fadjl ibn-ab-Moslim, II, 308 et suiv.

Fajardo (don Pedro), IV, 167, note 1.

Fath (ville d'al-), II, 349.

Fath, fils de Motamid, IV, 172, 237, 238.

Fath, seigneur d'Ucls, II, 260.

Faucon gris (le), IV, 149 et suiv.

Fyic, III, 134 et suiv.

Fe (la), IV, 154.

Ferazdac, pote, I, 143.

Ferdinand Ier, IV, 118 et suiv.

Ferdinand Gonzalez, III, 51, 65, 70 et suiv., 81, 89, 96, 107.

Fez (fondation de), II, 76, 77.

Fezra (les), tribu, I, 120.

Fihrites (les), I, 284.

Flora, II, 115 et suiv., 143 et suiv.

Fontn (al-), I, 324.

Fortunio, page du sultan Abdallh, II, 205.

Fosse (journe de la), II, 67.

Fotais (les), III, 260.

Frre. Les eunuques se donnaient ordinairement ce nom, III, 136, note 1.

Frola II, III, 47.


G.

Galice. Ce mot dsigne quelque-fois la province de Beira, III, 230, note 1.

Galindo, comte de la Cerdagne, I, 379, 381.

Garcia, roi de Navarre, III, 53, 95, 105, 243 et suiv.

Garcia Fernandez, comte de Castille, III, 191, 212 et suiv.

Garcia, fils d'Ordoo IV, III, 103.

Garcia Ximenez, IV, 197.

Gaton, comte du Bierzo, II, 163.

Georges, martyr  Cordoue, II, 167 et suiv.

Ghlib, III, 77, 96, 97, 103, 105, 126 et suiv., 153 et suiv., 182 et suiv.

Gharbb, pote, II, 63.

Gharcad, grande ronce pineuse, I, 98.

Ghazzl, IV, 235, 253, 254.

Gibraltar, Gebal-Tric, II, 32.

Gomez (les), comtes de Carrion, III, 215, 278.

Gomez, fils d'Antonien, II, 137 et suiv., 160.

Gonsalve, comte galicien, III, 106.

Gonsalve Gonzalez, III, 207.

Guadacelete (bataille du), II, 163, 164, 282.

Guadaira (bataille du), III, 297.

Guadalbollon (bataille du), II, 318.

Guadalete (bataille du), I, 280, 281.

Gudila, II, 210; IV, 256.

Gubres (les), III, 5.

Guerour, IV, 242, 243.

Guillaume au Court nez, IV, 125.


H.

Habbous, III, 307; IV, 4, 25, 27 et suiv., 37.

Habentius, II, 133.

Habb, lieutenant de Mohammed ibn-Haddjdj  Carmona, II, 338.

Habb, premier ministre d'Abou-'l-Csim Mohammed, IV, 14, 80.

Habb le Fihrite, I, 242, 243.

Habb le Slave, III, 61.

Habba, III, 338 et suiv.

Hacam Ier, II, 58 et suiv.

Hacam II, III, 75, 95 et suiv., 188.

Hacam, oncle du calife Othmn, I, 45.

Hacam (des Beni-Hchim), III, 54.

Hacam ibn-Sad, III, 361 et suiv.

Had, IV, 105, 106.

Hchim, ministre de Mohammed Ier, II, 158,
    183, 185, 186, 187, 188, 196, 197, 198.

Hchim le forgeron, II, 97, 98.

Hchim, frre de Djad, II, 252.

Haddjdj, I, 109, 170, 173, 174, 200 et suiv., 225.

Hd, IV, 182, 183.

Haf ou Hafoun, II, 190, 191, 192.

Haf, fils d'Omar ibn-Hafoun, II, 208, 340, 342, 343.

Haf ibn-el-Moro, II, 225.

Haitham, gouverneur de l'Espagne, I, 220 et suiv.

Halhala, I, 183 et suiv.

Hamdouna, III, 56.

Hammm, chef des Nomair, I, 135.

Hamza, oncle de Mahomet, I, 47.

Hanach ann, II, 209.

Handhala le Kelbite, I, 267.

Hanokh (Rabbi), IV, 27.

Hritha, noble de Bara, I, 139, 140, 141, 152, 153, 154.

Hroun ar-rachd, II, 89 et suiv.; IV, 204, note 1.

Hroun, client des Omaiyades, I, 245, 247, 248.

Harra, I, 100.
  (Bataille de), I, 101 et suiv.
  (Enfants de), I, 105.

Harrn, mdecin, II, 126, 127.

Hasan, fils d'Al, I, 66 et suiv.

Hasan de Bara, thologien, I, 143.

Hasan ibn-Kennoun, III, 124 et suiv, 200 et suiv.

Hasan ibn-Yahy, faqui, III, 271.

Hasan ibn-Yahy le Hammoudite, IV, 58, 59.

Hasda ibn-Chabrout, III, 75, 83 et suiv.

Hassn ibn-Mlic ibn-Bahdal, I, 123, 124, 125, 130, 132.

Hassn ibn-Thbit, pote, I, 52.

Htim, pre de omail, I, 277.

Hauthara ibn-Abbs, III, 56.

Hauzan, IV, 11, 14.
  -- (Abou-Haf), IV, 129.

Hayt ibn-Molmis, I, 344.

Hazm, III, 341.

Hermogius, vque de Tuy, III, 44.

Hichm, le calife, I, 218 et suiv., 229 et suiv.

Hichm Ier, II, 55 et suiv.

Hichm II, III, 122, 131, 132, 143, 177 et suiv.
  -- (le pseudo-), IV, 18 et suiv., 101, 102.

Hichm III, III, 360 et suiv.

Hichm, oncle du sultan Abdallh, II, 258, 298 et suiv.

Hichm, petit-fils d'Abdrame III, III, 259, 271.

Hichm ibn-Ozra, I, 366.

Hichm-Mohaf, III, 137, 163.

Hichm, surnomm Rachd, III, 286 et suiv.

Hin-Aute (Yznate), II, 190.

Hidjr Abou-Mohammed, IV, 277.

Hilduin, II, 166.

Hind, mre de Mowia, I, 46, 47.

Hobb le Coraichite, I, 292, 325.

Hobsa, III, 307.

Hoain, gnral, I, 127, 128, 130, 131.

Hoain, chef des Cab ibn-Amir, I, 326, 327, 341.

Hor, pote, IV, 271, 272.

Hodair, II, 72, 73.

Hodhaifa ibn-Badr, I, 176.

Hodhail, lieutenant de Zohair, IV, 41.

Hodhail, fils de omail, I, 385.

Hodhail, fils de Zofar, I, 166.

Holal, mre de Hichm Ier, I, 353.

Homaid ibn-Bahdal, I, 174, 175 et suiv.

Honaida, II, 214, note 1.

Honoriens (les), II, 11.

Horaith le Sauteur, I, 93.

Hosain, fils d'Al, I, 72, 74 et suiv.

Hosain ibn-Yahy, I, 379, 381.

Hosm-ad-daula, seigneur d'Albarrazin, IV, 195.

Hostegesis, vque de Malaga, II, 47, 48.

Hotaia, pote, I, 49.

Hroswitha, III, 92.

Huebar, village, II, 238.

Hugues de Provence, roi d'Italie, III, 68.

Hyacinthe, page de Hacam Ier, II, 60, 71, 72.


I.

Ibn-Abbs, vizir de Zohair, IV, 34 et suiv., 55, 56.

Ibn-Abdalazz, prince de Valence, IV, 177 et suiv.
  Ses fils, IV, 195.

Ibn-Abd-a-amad, pote, IV, 281.

Ibn-Abd-rabbihi, pote, II, 285, 315.

Ibn-ab-Abda. Voyez Obaidallh ibn-ab-Abda.

Ibn-ab-'l-Afia, III, 49.

Ibn-ab-Amir. Voyez Almanzor.

Ibn-ab-Corra, IV, 88 et suiv.

Ibn-ab-Wada, III, 306, 307, 308.

Ibn-Adham, IV, 200.

Ibn-Adhh Mohammed, II, 294 et suiv.

Ibn-Aflah. Voyez Mohammed ibn-Aflah et Ziyd ibn-Aflah.

Ibn-Aghlab, II, 271, 290.

Ibn-Ammr, IV, 133 et suiv., 163 et suiv.

Ibn-Amr, I, 135.

Ibn-Angelino. Voyez Mohammed ibn-Angelino.

Ibn-al-Arf. Voyez Abou-'l-Csim.

Ibn-Arous, III, 173.

Ibn-Ascaldja, III, 272.

Ibn-Attf, seigneur de Mentesa, II, 259.

Ibn-Bacanna, IV, 36, 45, 50, 51, 58.

Ibn-Bddja (Avempace), IV, 263, note 1.

Ibn-Bahdal. Voyez Hassn ibn-Mlic et Sad ibn-Bahdal.

Ibn-Bak, pote, IV, 251.

Ibn-Bartl, III, 115.

Ibn-Becr, III, 306.

Ibn-al-Binn, pote, IV, 251, note 2.

Ibn-Bord, III, 269, 270, 335.

Ibn-Chabb, IV, 42.

Ibn-as-Chlia, II, 262, 327, 330.

Ibn-Chamms, II, 60, 61.

Ibn-Chihb, I, 294, 326, 327.

Ibn-Chohaid Abou-Amir, III, 351, 356, 363, 364, 365.

Ibn-Colzom, II, 297, note 3.

Ibn-al-Coutia, III, 110, 116.

Ibn-Dhacwn, III, 176, 269, 270, 293.

Ibn-Dh-'l-cal, I, 164.

Ibn-Djbir, III, 165, 166.

Ibn-Djahwar, vizir sous Hichm II, III, 166.

Ibn-Djahwar (Abdalmlic), IV, 154 et suiv.

Ibn-Djahwar (Abdrame), IV, 154.

Ibn-Djahwar Abou-'l-Hazm, III, 324, 359 et suiv.; IV, 5 et suiv., 22, 25.

Ibn-Djahwar (Abou-'l-Wald), IV, 81, 83, 84, 154, 156.

Ibn-al-Djaiyr, III, 324, 363.

Ibn-Doraid, III, 248.

Ibn-al-Faradh, III, 309.

Ibn-al-Farr Abou-Abdallh, IV, 259.

Ibn-Fotais Abdrame, III, 257.

Ibn-Ghlib. Voyez Mohammed ibn-Ghlib.

Ibn-Ghnim, II, 197.

Ibn-Haddjdj, collgue d'Abou-'l-Csim Mohammed, IV, 11, 14.

Ibn-Haiyn, IV, 20.

Ibn-Hakm, I, 198.

Ibn-Hamdn, IV, 250, 251, 254, 255.

Ibn-Hamds, pote, IV, 279.

Ibn-Haucal, III, 17, 21, 181.

Ibn-Hauchab, III, 13.

Ibn-Hazm Abd-al-wahhb, III, 351, 356.

Ibn-Hazm Abou-'l-Moghra, III, 254 et suiv.

Ibn-Hazm Ahmed, III, 342, 348.

Ibn-Hazm Al, III, 309, 341 et suiv., 356; IV, 20.

Ibn-Hodair, vizir de Hacam II, III, 122.

Ibn-Horaith, I, 283 et suiv.

Ibn-Idhh, chef de la tribu des Acharites, I, 83 et suiv., 99, 103.

Ibn-Imrn, III, 353, 354.

Ibn-Iych, III, 166.

Ibn-Kennoun. Voyez Hasan ibn-Kennoun.

Ibn-al-Khad, secrtaire de Hacam Ier, II, 60.

Ibn-Khalaf (de Malaga), IV, 278.

Ibn-al-Khal, II, 306, 318.

Ibn-Khlid, client omaiyade, I, 310 et suiv., 370, 371.

Ibn-al-Khatb, IV, 286.

Ibn-Khattb, III, 197, 198.

Ibn-Khazroun, IV, 92 et suiv.

Ibn-al-labbna, pote, IV, 271, 278, 280.

Ibn-al-Macw, III, 246.

Ibn-Maimoun, amiral, IV, 263.

Ibn-Man, I, 135.

Ibn-Masarra, III, 19, 20, 261; IV, 254.

Ibn-Mastana, II, 262, 265, 278, 286, 307, 311, 318, 326.
  Ses fils, II, 345.

Ibn-Merwn, II, 183 et suiv., 207, 238, 260.

Ibn-Mikhnaf, I, 198, 199.

Ibn-Mocn Abou-Ishc, IV, 200.

Ibn-Mohdjir, II, 99.

Ibn-Mozain, IV, 86.

Ibn-Ndir, II, 73.

Ibn-Nouh, IV, 87 et suiv.

Ibn-Occha, IV, 157 et suiv.

Ibn-Omar (chteau d'), II, 262.

Ibn-Rachc, IV, 173, 174, 180, 211, 214, 223.

Ibn-Rochd, IV, 257.

Ibn-Sabarico, II, 247.

Ibn-as-Sacc, IV, 155.

Ibn-Salm, IV, 186.

Ibn-Salm, seigneur de Medina-Beni-Salm, II, 259.

Ibn-as-Salm. Voyez Mohammed ibn-as-Salm.

Ibn-as-Sonbos, III, 246.

Ibn-Thir (Abou-Abdrame), IV, 168 et suiv., 177.

Ibn-Taifour, IV, 15, 81.

Ibn-Tkt, II, 260.

Ibn-Tofail, I, 279.

Ibn-Tomlos, III, 98, 102, 125.

Ibn-Waddhh, seigneur de Lorca, II, 259.

Ibn-Yahy, seigneur de Nibla, IV, 81 et suiv.

Ibn-al-Yasa, seigneur de Lorca, IV, 211.

Ibn-Zaidoun (Abou-Becr), IV, 176, 185, 186, 191, 200.

Ibn-Zaidoun (Abou-'l-Wald), IV, 216.

Ibn-Zobair. Voyez Abdallh ibn-Zobair.

Ibn-Zohr Abou-'l-Al, IV, 276.

Ibrhm, gnral de Mokhtr, I, 160.

Ibrhm ibn-Csim, II, 306.

Ibrhm ibn-Edrs, III, 203.

Ibrhm ibn-Haddjdj, II, 255, 257 et suiv., 298 et suiv., 321.

Ibrhm ibn-Khamr, II, 265, 266.

Idrs, II, 76.

Idrs Ier, III, 331, 332; IV, 24, 50, 58.

Idrs II, IV, 59 et suiv., 66.

Idrs III, IV, 66.

Ildje, dans le sens de rengat, I, 338, note 1.

Imd-ad-daula, roi de Saragosse, IV, 246, 247, 248 dans la note.

Is, vizir de Rachd, IV, 185.

Is, client omaiyade, I, 333 et suiv.

Is ibn-Dnr, II, 60, 61.

Is, fils de Moab, I, 167.

Isac, moine, II, 130 et suiv.

Ishc ibn-Ibrhm, II, 330.

Ishc ibn-Mohammed, seigneur de Carmona, IV, 80, 82.

Ishc Maucil, II, 89 et suiv.

Isidore de Bja, II, 42.

Isidore (saint) de Pluse, II, 22.

Isidore (saint) de Sville, II, 22, 23; IV, 121 et suiv.

Ismaliens (les), III, 4 et suiv.

Isml, fils de Djafar le Vridique, III, 4.

Isml, pre d'Abou-'l-Csim Mohammed l'Abbdide, IV, 10.

Isml, fils d'Abou-'l-Csim Mohammed, IV, 15, 16, 23, 24, 50, 51.

Isml, fils de Motadhid, IV, 82, 103 et suiv.

Isml ibn-Dh-'n-noun, IV, 20.

Isml, fils d'Obaidallh, I, 241.

Itf, fils de Noaim, IV, 10.

Itimd. Voyez Romaiquia.

Izz-ad-daula, fils de Motacim, IV, 243.


J.

Jean, marchand de Cordoue, II, 128 et suiv.

Jrmie, moine, II, 130, 131, 133.

Jos-Maria, II, 178, 179.

Joseph, fils de Samuel ha-Lvi, IV, 112 et suiv.

Joseph, frre d'Euloge, II, 113.

Juifs (perscutions des) par les Visigoths, II, 26 et suiv.

Jules (le fils de), II, 163.

Julien, gouverneur de Ceuta, II, 31, 32.


K.

Kelbites (les), I, 120.

Ketmiens (les), III, 13 et suiv.

Khair ibn-Chkir, II, 262, 276, 277.

Khairn, III, 298, 299, 302, 315 et suiv., 322, 323,
    326 et suiv., 331, 343, 358, 359; IV, 4.

Khalaf. Voyez Hichm II (le pseudo-).

Khalaf, trsorier d'Omar ibn-Hafoun, II, 307.

Khalaf ibn-Becr, II, 347, 348.

Khlid, I, 33.

Khlid, secrtaire de Yousof le Fihrite, I, 330, 333 et suiv., 357.

Khlid ibn-Abdallh ibn-Asd, I, 193 et suiv.

Khlid ibn-Khaldoun, II, 298, 301, 303, 304.

Khlid le Fihrite, I, 242, 243, 245.

Khlid, fils de Yzd Ier, I, 124, 132, 174.

Khall, II, 260.

Khardj (le), impt sur les productions, II, 41.

Khazradj (les), tribu, I, 23 et suiv.

Khorrama (les), secte, III, 7.


L.

Lacant, I, 358.

Lago de la Janda, II, 33.

Lt, idole, I, 28, 30.

Locritia, II, 170, 171, 173.

Lon (royaume de), son origine et son histoire, III, 21 et suiv.

Lon III, pape, III, 229.

Lovigild, surnomm Abadsolomes, II, 167, 168.

Lope, fils de Mohammed ibn-Lope, II, 318, 319.

Lope, fils de Mous II, II, 182.

Lucna (juifs de), IV, 255.

Lugo (meurtres commis ) par les Suves, II, 15.

Luna, IV, 153.


M.

Maddites (les), I, 23, 114 et suiv.

Mabramn ibn-Yzd, III, 248.

Mahd (le). Voyez Ahmed ibn-Mowia.

Mahd, cousin de Coraib ibn-Khaldoun, II, 243, 258.

Mahd (Mohammed), III, 271 et suiv.; IV, 78.

Mahomet, I, 18 et suiv.
  Son opinion sur la noblesse, I, 39, 40.
  Opinions des chrtiens de Cordoue sur sa vie
    et sa doctrine, II, 106 et suiv.

Maisara, chef des non-conformistes, I, 241 et suiv.

Maisara, rengat, II, 99.

Maisour, III, 133.

Makil, fils de Sinn, I, 101, 105, 106.

Malego, au lieu de Lamego, III, 234, note 1.

Mlic ibn-Anas, II, 56 et suiv.

Mlic, fils de Bahdal, I, 120.

Mlic, fils de Hobaira, I, 132.

Mlic, fils de Motamid, IV, 241.

Mlic ibn-Wohaib, IV, 252.

Mallh, II, 260.

Mamoun, II, 76.

Mamoun, roi de Tolde, IV, 119, 127, 155 et suiv.

Mancio, II, 168.

Manour, musicien, II, 93.

Manzil-Hn, III, 279.

Margurite (la), forteresse, II, 262.

Marie, religieuse, II, 143 et suiv.

Marthad, roi du Ymen, I, 20.

Masarra (les), III, 261.

Maslama, fils d'Abdalmlic, I, 164.

Maslama, frre du calife Hichm, I, 302, 303, 305.

Maslama, frre de Solaimn de Sidona, II, 299.

Masone, vque de Mrida, II, 21, 44, note 1.

Matar, I, 368, 369.

Mela, III, 38, 39, 49.

Medinaceli, rebti, III, 72.

Medina Sidonia, prise par les musulmans, II, 37.

Mrida, prise par les musulmans, II, 37, 40.
  (Rvolte de) contre Hacam Ier, II, 62, contre Abdrame II, II, 96.

Merwn Ier, I, 45, 51, 52, 94, 99, 107, 129 et suiv.

Merwn II, I, 297.

Merwn (des Beni-Hodair), III, 309.

Micdam ibn-Mof, II, 296.

Migetius, II, 355.

Miron, III, 104, 105.

Modh ibn-ab-Corra, IV, 90 et suiv.

Moammil, IV, 228, 229, 232.

Mowia, fils d'Abou-Sofyn, I, 46, 55 et suiv.

Mowia II, I, 122, 123.

Moab, I, 383.

Moab, frre d'Abdallh ibn-Zobair, I, 162, 163, 167.

Moctil el Royo, IV, 228.

Mohaf, III, 118, 130 et suiv.

Moctadir, roi de Saragosse, IV, 126, 181, 182, 262.

Modhaffar. Voyez Abdalmlic, fils d'Almanzor.

Modhaffar, roi de Badajoz, IV, 15, 16, 81 et suiv.

Modhaffar, seigneur de Lrida, IV, 181.

Modharites (les), I, 114.

Modjhid, III, 358, 359; IV, 4, 21, 47, 48.

Moghra l'Omaiyade, I, 385.

Moghra, frre de Hacam II, III, 136, 138 et suiv.

Moghth, I, 215.

Moghth, client des Omaiyades, I, 245, 247, 248.

Mohallab, I, 155, 162, 168, 193 et suiv.

Mohammed Ier, II, 126, 150, 152 et suiv.

Mohammed II, III, 352 et suiv.

Mohammed Ier, prince de Malaga, IV, 63 et suiv., 81.

Mohammed, le douzime imm, III, 12.

Mohammed (de Tolde), III, 293.

Mohammed (Mahd). Voyez Mahd.

Mohammed ibn-Abbd. Voyez Motamid.

Mohammed ibn-Abbs, IV, 5.

Mohammed, fils du sultan Abdallh, II, 242, 244, 246
    et suiv., 320, 328.

Mohammed ibn-Abdallh, seigneur de Carmona, IV, 13, 15, 17, 21,
    22 et suiv., 37, 47, 50, 80.

Mohammed ibn-Adhh. Voyez Ibn-Adhh.

Mohammed ibn-Aflah, III, 119, 120.

Mohammed ibn-Angelino, II, 240 et suiv., 246 et suiv.

Mohammed ibn-Csim, I, 211, 216.

Mohammed ibn-Ghlib, II, 239 et suiv., 244, 245.

Mohammed ibn-Hchim le Todjbite, III, 52 et suiv., 63.

Mohammed le Hammoudite, prince d'Algziras, IV, 24, 59, 66, 81.

Mohammed ibn-Hosain, III, 75.

Mohammed, fils d'Ibrhm ibn-Haddjdj, II, 331 et suiv., 338.

Mohammed ibn-al-Irk, III, 334 et suiv.

Mohammed ibn-Isml, secrtaire d'Ibn-ab-Amir, III, 169.

Mohammed ibn-Khazer, III, 49.

Mohammed, fils de Lope, II, 197, 318; III, 42.

Mohammed, fils de Martin, IV, 157 et suiv.

Mohammed ibn-Maslama, III, 169.

Mohammed-Mohaf, III, 157.

Mohammed Modhaffar. Voyez ce dernier nom.

Mohammed ibn-Mous, II, 154 et suiv.

Mohammed, fils de Sad ibn-Hroun, IV, 87.

Mohammed ibn-as-Salm, III, 114, 117, 118, 142, 172, note 1.

Mohammed ibn-Wasm, II, 98.

Mohammed ibn-Yarm, IV, 12, 14.

Mohammed ibn-Yil, III, 277.

Mohammed ibn-Zr, IV, 7, 8.

Mozz, calife fatimide, III, 15, note 2, 76, 77, 124.

Mokhtr, I, 158 et suiv., 277.

Mola, forteresse, III, 155.

Mondhir III, roi de Hra, I, 21.

Mondhir (de Saragosse), III, 323, 326 et suiv.; IV, 4, 49.

Mondhir, fils de Mohammed Ier, II, 164, 185, 200, 201 et suiv.

Mondhir ibn-Sad Bollout, III, 117, note 2.

Monfatil, pote, IV, 31.

Monteagudo, forteresse prs de Murcie, IV, 177.

Monteagudo, forteresse prs de Xerez, II, 300.

Montemayor, chteau, IV, 278.

Monte-sacro, II, 212, 215.

Monte-Salud, II, 185.

Montexicar, II, 212.

Moslim, fils d'Ocba, I, 97 et suiv., 126.

Monousa, I, 256; III, 23.

Mosailima, I, 33.

Mostan, roi de Saragosse, IV, 203, 246.

Motacim, roi d'Almrie, IV, 116, 202, 214, 219, 220, 221 et suiv.

Motadd, fils de Motamid, IV, 212, 242, 243.

Motadhid Abbd, IV, 14, 68 et suiv., 128 et suiv.

Motamid, IV, 86, 87, 108 et suiv., 130, 133 et suiv.

Motanabb, IV, 204, note 1.

Motarrif (des Beni-Hchim), III, 54.

Motarrif, seigneur d'Huete, II, 260.

Motarrif, fils du sultan Abdallh, II, 294, 299 et suiv., 320.

Motarrif, fils de Hichm, II, 258.

Motawakkil, roi de Badajoz, IV, 190, 199, 203, 232 et suiv., 243 et suiv.

Mous II, II, 182.

Mous, de Tolde, II, 164.

Mous, des Beni-Dhou-'n-noun, II, 260.

Mous, fils de Djafar le Vridique, III, 4.

Mous ibn-Noair, I, 196, 197, 211, 214, 216 et suiv.;
    II, 31 et suiv.; IV, 12.

Moutamin, roi de Saragosse, IV, 181, 182, 262.

Mowallad (les). Voyez Rengats.

Mozaina, tribu, I, 110.

Muets (les), II, 68.

Mulets. On s'en servait ordinairement au lieu de chevaux, mme
    dans les batailles, I, 349.

Mutonia (bataille de), III, 40.


N.

Nbil, II, 212.

Nar, eunuque, II, 96, 122, 124, 126 et suiv.

Nadj, IV, 58 et suiv.

Nadjda le Slave, III, 62, 63.

Nafdoura ou Bacdoura (bataille de), I, 246 et suiv.

Nfi, fils d'Azrac, I, 149, 151.

Nafza ou Nefza, tribu, I, 308; II, 260; III, 27, note 2.

Ncour, ville, III, 36.

Nedjrn (chrtiens de), I, 23.

Nicphore, IV, 204, note 1.

Nibar (bataille de), IV, 197.

Nizrites (les), I, 114.

Nomn, fils de Bachr, I, 76, 82, 83, 96, 97, 124.

Non-conformistes (les), I, 64, 142 et suiv.
  Influence de leurs doctrines en Afrique, I, 238 et suiv.,
  et en Espagne, I, 257.


O.

Obaid le Kilbite, I, 293, 333 et suiv., 351.

Obaida le Caisite, I, 219, 220 et suiv.

Obaidallh, calife fatimide, II, 324; III, 14 et suiv.

Obaidallh, cousin germain de Hacam Ier, II, 73, 74.

Obaidallh, client omaiyade, I, 310 et suiv., 349, 356, 357, 384.

Obaidallh le Caisite, gouverneur de l'Afrique, I, 230 et suiv.

Obaidallh ibn-Ab-Abda, II, 280, 281, 289, 308 et suiv.; III, 34, 35, 40.

Obaidallh ibn-Csim, mtropolitain de Tolde, III, 98, 103.

Obaidallh, fils de Mahd, III, 302.

Obaidallh, fils de Motacim, IV, 232, 233.

Obaidallh, fils de Ziyd, I, 76 et suiv., 141, 145, 147, 390, 391.

Obaids, pote, II, 262.

Ocba, pre de Wald, I, 48.

Ocba, fils de Haddjdj, I, 231 et suiv., 242, 253.

Ocba ibn-Nfi, I, 236.

Ocsonoba, II, 261.

Odilard, II, 166 et suiv.

Ohaimir (al-), II, 277.

Omaiya, III, 367 et suiv.

Omaiya, prince, II, 98.

Omaiya, frre de Djad, II, 245, 247 et suiv., 253, 255 et suiv.

Omaiya ibn-Abdallh ibn-Asd, I, 196.

Omaiya, fils d'Abdalmlic ibn-Catan, I, 262, 268.

Omaiya ibn-Ishc, III, 56, 57.

Omair, gnral caisite, I, 162.

Omair le Lakhmite, II, 234, 235.

Omair, fils de Hobb, I, 137.

Omar Ier, calife, I, 29, 32, 36, 41, 44; II, 50.

Omar II, calife, I, 37, 218, 237.

Omar, fils de Gomez, II, 161, note 1.

Omar ibn-Hafoun, II, 191 et suiv., 224, 225, 227, 263 et suiv.

Omm-Othmn, pouse de Yousof le Fihrite, I, 329, 352.

Oppas, frre de Witiza, II, 36.

Orch, I, 333.

Ordoo Ier, II, 162.

Ordoo II, III, 33 et suiv., 64.

Ordoo III, III, 72, 73 et suiv.

Ordoo IV, III, 81, 88, 89, 96 et suiv.

Ordoo, vque d'Astorga, IV, 120 et suiv.

Orose (Paul), II, 16, 17.

Orvigo (bataille de l'), II, 14.

Othmn, le calife, I, 40 et suiv.

Othmn, cousin germain de Yzd Ier et gouverneur de Mdine, I, 90, 92.

Othmn, gnral des troupes de Bara, I, 152, 153.

Othmn-Mohaf, III, 159, 168.

Otton Ier. Jugement d'Abdrame III sur sa politique, III, 58.

Oyaina, chef des Fazra, I, 42.


P.

Palencia prise et ravage par les Visigoths, II, 14.

Pampelune (campagne de), III, 47.

Pancorvo (bataille de), II, 197.

Paterna (bataille de), IV, 125.

Paul, martyr  Cordoue, II, 134.

Plage, III, 22, 23.

Perfectus, prtre, II, 120 et suiv.

Perle (la), IV, 153.

Philosophie (tude de la) dans l'Espagne musulmane, III, 18
    et suiv., 109, 261 et suiv.

_Pierre Sche._ Voyez Abdallh _Pierre Sche_.

Pinna-Mellaria, clotre, II, 167.

Polei, forteresse, II, 269. (Bataille de), II, 279 et suiv.

Portilla de Arenas (bataille de), III, 195.


R.

Rachd, fils de Motamid, I, 169, 172, 184, 185, 199, 239, 241, 242, 273.

Rdh, fils de Motamid, IV, 183, 201, 211, 212, 233, 242, 243.

Rahc, II, 282.

Rhit (bataille de la prairie de), I, 134 et suiv., 347, 348, 391; II, 284.

Ramadhn, confondu avec Redjeb, IV, 296.

Ramd, pote, III, 172 et suiv.

Ramire II, III, 50 et suiv., 70 et suiv.

Ramire III, III, 106, 191, 195, 196.

Raudh al-mitr. Jugement sur ce livre, IV, 291, 292.

Raymond de Barcelone, III, 295, 323.

Raymond-Brenger II, IV, 168 et suiv.

Reccafred, II, 139, 142.

Reccared, II, 20.

Redjeb, confondu avec Ramadhn, IV, 296.

Rfugis (les), I, 27, 41.

Regio (serrania de).
  Sa population, II, 176 et suiv.
  Rvolte de cette province, II, 188 et suiv.

Rkeswinth, II, 20, 21, note 4.

Rengats (les), II, 50 et suiv.

Richard Ier, duc de Normandie, III, 107.

Rizc-allh, IV, 65.

Rocadillo (torre del), II, 353.

Rocher des aigles, III, 126.

Roderic, II, 31 et suiv.

Rodrigue le Campador (le Cid), I, 155; IV, 212, 245.

Rodrigue Velasquez, III, 105, 235, note 1.

Romaic, IV, 140.

Romaiquia, IV, 140 et suiv., 179, 235, 242, 276.

Roncevaux, I, 379, 380.

Rotland, I, 380.

Royol (el), II, 277.

Rueda (bataille de la), III, 191.


S.

Sabarico, II, 233, note 3.

Sbic, I, 361, 362.

Sacralias (bataille de), IV, 203 et suiv.

Sacaute, IV, 65, 101, 129.

Sad, officier d'Almanzor, III, 212, 213.

Sad, fils de Djauws, I, 221, 273, 391.

Sad ibn-Obda, I, 270, 271.

Sadoun, eunuque, II, 152 et suiv.

Sadoun, rengat, II, 184, 185.

Sad, II, 260.

Sad II, prince de Ncour, III, 37, 38.

Sad l'Ismalien. Voyez Obaidallh.

Sad, de la tribu de Fazra, I, 183, 187, 191.

Sad ibn-Bahdal, I, 123.

Sad ibn-Djoud, II, 216, 222, 225, 226 et suiv., 293, 294, 295.

Sad ibn-Hroun, IV, 86.

Sad ibn-Hodhail, II, 262, 330, 356.

Sad ibn-Mondhir, II, 349; III, 309.

Sad, fils de Mosaiyab, I, 105, 110.

Saif-ad-daula, seigneur de Rueda, IV, 248 dans la note, 267.

Saint-Jacques-de-Compostelle (campagne de), III, 228 et suiv.

Saint-Germain-des-Prs, II, 166, 168.

Saint-Vincent (glise de)  Cordoue, I, 48.

Slim, affranchi, I, 302, 309.

Salvien de Marseille, II, 16, 18.

Samh, II, 39.

Samson, abb, II, 268.

Samuel, vque d'Elvira, II, 210.

Samuel ha-Lvi, IV, 27 et suiv., 45, 46, 98 et suiv., 112.

Samuel (II, 305). Voyez Omar ibn-Hafoun.

Sancho, roi de Lon, III, 70, 73 et suiv., 78 et suiv., 95 et suiv.

Sancho-le-Grand, roi de Navarre, III, 30, 40, 42 et suiv.

Sancho, fils d'Ordoo II, III, 47, 48, 50.

Sancho, comte de Castille, III, 213, 214, 290 et suiv., 302, 303.

Sancho, martyr  Cordoue, II, 133.

Sanchol. Voyez Abdrame, fils d'Almanzor.

San Estevan, forteresse, II, 262.

Santa-Maria (d'Algarve), II, 261.

Sara, petite-fille de Witiza, II, 234.

Sal, vque de Cordoue, II, 140, 143, 149, 167.

Sauwr, II, 214 et suiv., 262.

Secunda (bataille de), I, 286 et suiv.

Sened (le), II, 243.

Servando, II, 267 et suiv.

Sville, prise par les musulmans, II, 37.
  Son histoire sous le rgne d'Abdallh, II, 232 et suiv., 298 et suiv.,
  dans la premire moiti du onzime sicle, IV, 7 et suiv.

Sidoine Apollinaire, II, 17.

Sierra de Tirieza, IV, 224.

Siete Filla, chteau, II, 252.

Siete Torres, village, II, 239.

Simancas (bataille de), III, 62, 63.

Sindola, II, 161, 162.

Sr ibn-ab-Becr, IV, 237, 240, 244.

Sirdj-ad-daula, fils d'Al de Dnia, IV, 182.

Sisenand, IV, 13, note 1.

Sisenand, martyr  Cordoue, II, 134.

Slave (le). Voyez Abdrame ibn-Habb le Fihrite.

Slaves (les), III, 59 et suiv., 260, note 3.

Soair le Kelbite, I, 190, 191.

Socr, III, 146.

Solaimn, le calife, I, 213, 215 et suiv.

Solaimn Mostan, III, 288 et suiv.

Solaimn, seigneur de Lebrija, II, 243.

Solaimn, de Sidona, II, 298, 301.

Solaimn, fils d'Abdrame Ier, I, 299.

Solaimn, fils d'Abdrame III, III, 286, 287.

Solaimn, fils d'Abdrame IV, III, 334 et suiv.

Solaimn ibn-Houd, III, 328, 329.

Solaimn, fils d'Omar ibn-Hafoun, II, 340, 342.

Somaisir, pote, IV, 218.

Sontebria, ville, I, 372.

Spera-in-Deo, II, 113.

Suves (les), II, 12 et suiv.


T.

Tabanos, clotre, II, 130, 164.

T-Corona, I, 343, note 2.

Talha, I, 40, 51, 53, 54, 55.

Taliares, dfil, III, 231.

Tlib ibn-Mauloud, II, 300.

Tlout, II, 79 et suiv.

Talyta, village, II, 237.

Tamchecca, II, 239, 252.

Tammm Abou-Ghlib, I, 323, 368.

Tarafa, pote, I, 22.

Tric ibn-Ziyd, I, 215; II, 32 et suiv.

Tarf (Abou-Zora), II, 32.

Taroub, II, 96, 126, 151.

Tchoufn l'Almoravide, IV, 248.

Temm, roi de Malaga, IV, 199, note 2, 202, 214, 234, 270.

Tmmites (les), c'est--dire les Maddites dans le Khorsn, I, 119.

Thakf (les), tribu, I, 341;
  leur conversion  l'islamisme, I, 28 et suiv.

Thalaba, I, 244, 265 et suiv.

Thalaba le Djodhmite, I, 354.

Thodemir, II, 40; III, 198.

Thodemir, martyr  Cordoue, II, 134.

Thodemir, vque d'Iria, III, 228.

Thoba, I, 279 et suiv.

Tirieza (Sierra de), IV, 224.

Todjb, trsorier du sultan Abdallh, II, 312.

Tolaiha, I, 33.

Tolde, prise par les musulmans, II, 36.
  (Rvolte de) contre Hacam Ier, II, 62 et suiv., 97,
  contre Abdrame II, II, 97, 98 et suiv.,
  contre Mohammed Ier, II, 161 et suiv., 181;
  assige et prise par Abdrame III, II, 348 et suiv.

Torreximeno, I, 344, note 1.

Torrox, chteau entre Iznajar et Loja, I, 324.

Torrox, chteau des Beni-Ab-Amir, III, 114.

Tota, reine de Navarre, III, 53, 57, 62, 73, 82 et suiv.


U.

Usuard, II, 166 et suiv.

Urraque, pouse de Ramire II, III, 73.

Urraque, fille de Ferdinand Gonzalez, III, 72, 82.


V.

Val de Junquera (bataille de), III, 43, 44, 45.

Valadares, district, III, 230, note 2.

Valentius, vque de Cordoue, II, 268.

Verdun (manufacture d'eunuques ), III, 60.

Vrinien, II, 10.

Villanova des Bahrites, I, 345.

Ville (bataille de la), II, 222.

Vincent (saint), reliques de ce martyr, II, 166.

Visigoths (les), II, 14, 15.


W.

Wdhih, III, 227, 235, 236, 282, 284, 290 et suiv.

Wd-Becca (bataille du), II, 34, 35.

Wd-Cais, I, 374, note 1.

Wd-Charanba (la Jarama), I, 327.

Wadjh, I. 384.

Wahabites (les), I, 37, 38, 41.

Wahb, fils d'Amir le Coraichite, I, 325.

Wald Ier, I, 211 et suiv.; II, 32.

Wald II, I, 306, 307.
  Ses fils, _ibid._

Wald, frre utrin d'Othmn, I, 48 et suiv.

Wald, frre d'Abdrame Ier, I, 387.

Wald, frre d'Abdrame II, II, 100.

Wald, petit-fils d'Abou-Sofyn, I, 124.

Wald ibn-Khaizorn, III, 98, 99, 103.

Wallda, IV, 140, 216.

Wamba, II, 29.

Wnzemr, III, 185, 186.

Wilisind, II, 146.

Wistremir, II, 161, 165.

Witiza, II, 33.

Wittekind, I, 377, 379.


X.

Ximena, nom de ville, son origine, I, 344.


Y.

Yahy, prince d'Ocsonoba, II, 261.

Yahy le Kelbite, I, 227.

Yahy, frre d'Abdrame Ier, I, 298.

Yahy, fils d'Al ibn-Hamdoun, III, 130.

Yahy ibn-Al le Hammoudite, III, 326, 330 et suiv., 356, 358; IV, 13,
17, 22 et suiv., 289.

Yahy, fils d'Anatole, II, 305.

Yahy ibn-ocla, II, 212.

Yahy, fils d'Idrs Ier, IV, 58.

Yahy, fils d'Isac le chrtien, III, 115.

Yahy ibn-Mohammed Todjb, III, 105, 128, 130, 131.

Yahy, fils de Mous, II, 260.

Yahy-Simdja, III, 211.

Yahy ibn-Yahy, II, 57 et suiv., 69, 79, 88, 89, 107.

Yach, roi de Tolde, IV, 4.

Yaumn, hameau, IV, 10.

Yazr, IV, 49.

Ymnites (les), I, 23, 114 et suiv., 225 et suiv.

Yzd Ier, I, 72 et suiv.

Yzd II, I, 216, 218.

Yzd ibn-ab-Moslim, I, 216, 229.

Yzd, fils de Mohallab, I, 211 et suiv., 216, 226.

Yousof le Fihrite, I, 284 et suiv.

Yousof ibn-Basl, II, 154.

Yousof ibn-Bokht, I, 310.

Yousof ibn-Tchoufn, IV, 199 et suiv.


Z.

Zabr, matresse d'Ahnaf, I, 139.

Zadulpho, II, 261.

Zhir, chteau, IV, 105.

Zhira, ville, btie par Almanzor, III, 179.

Zahr, III, 92.

Zaid, affranchi, I, 336.

Zalal ibn-Yach, III, 29.

Zallca (bataille de), IV, 203 et suiv., 292 et suiv.

Zamora, rebtie, III, 27.

Zarc (fils de), I, 190.

Zw, III, 285, 288 et suiv., 317, 318, 326 et suiv; IV, 4.

Zr, pre de Zw, III, 318.

Zr ibn-Ata, vice-roi de la Mauritanie, III, 222 et suiv., 236, 237.

Ziryb, II, 89 et suiv.

Ziyd, frre btard de Mowia, I, 75.

Ziyd ibn-Aflah, III, 137, 172 et suiv.

Zobaid, III, 176, 177; IV, 12, 14.

Zobair, I, 40, 51, 53, 54, 55.

Zofar, I, 123, 133, 134, 137, 163 et suiv., 184.

Zohair, III, 329; IV, 4, 19, 25, 37 et suiv.


erreurs corriges:

elle voudrait montrer encore=> elle voudrait monter encore {pg 35}

que j'ai bli=> que j'ai publi {pg 103 (note 98)}

homms de coeur=> homme de coeur {pg 227}

sous a domination des barbares=> sous la domination des barbares {pg
288}

       *       *       *       *       *


NOTES:

[1] Jusque-l Elvira avait t la capitale de cette province, mais cette
ville ayant eu fort  souffrir de la guerre civile, ses habitants
migrrent vers l'anne 1010, et se transportrent  Grenade.

[2] Son pre tait l'infortun Abdrame-Sanchol.

[3] Ibn-Haiyn, _apud_ Ibn-Bassm, t. I, fol. 157 r. et v.;
Abd-al-whid, p. 42, 43.

[4] Ibn-Haiyn, _apud_ Ibn-Bassm, t. I, fol. 129 r.; _Abbad._, t. II,
p. 32, 208 etc.

[5] _Abbad._, t. I, p. 221.

[6] _Abbad._, t. I, p. 220. Cf. Caussin, t. III, p. 212, 422.

[7] Abbd tait le trisaeul d'Isml.

[8] _Abbad._, t. I, p. 220, 381 et suiv.; t. II, p. 173.

[9] _Abbad._, t. I, p. 221.

[10] Abd-al-whid, p. 65; _Abbad._, t. I, p. 221.

[11] _Abbad._, t. I, p. 221.

[12] Les Espagnols et les Portugais substituent ordinairement la lettre
_f_  la gutturale arabe _kh_. Voyez mon Glossaire sur Ibn-Adhr, p.
23.--Au reste, on se rappellera que sur la rive droite du Rhin, prs de
Caub, il y a aussi deux chteaux, Liebenstein et Sternberg, que l'on
appelle _les frres_ (_die Brder_).

[13] La conqute de Viseu par Mous est mentionne par Maccar, t. I, p.
174.

[14] Sisenand, dont parle le moine de Silos (c. 90) et qui, aprs avoir
quitt le service de Motadhid pour celui de Ferdinand Ier, devint
gouverneur de Combre, tait, selon toute apparence, un de ces chrtiens
d'Alafoens.

[15] _Abbad._, t. II, p. 7. L'auteur arabe raconte ceci en parlant de
Motadhid, le fils du cadi, mais en ce point il se trompe.

[16] _Abbad._, t. II, p. 216. L'auteur arabe (Ibn-Khaldoun), au lieu de
nommer le cadi, nomme ici par erreur son fils Motadhid.

[17] Il alla d'abord  Cairawn, puis  Almrie, o il devint cadi.
Voyez _Abbad._, t. I, p. 234, note 49.

[18] _Abbad._, t. I, p. 223.

[19] _Abbad._, t. I, p. 223-225. Ibn-Khaldoun (_Abbad._, t. II. p. 209,
216) dit aussi quelques mots de ces vnements, mais au lieu de nommer
le cadi, il nomme son fils Motadhid.

[20] Ibn-Haiyn, _apud_ Ibn-Bassm, t. I, fol. 81 r. et v., 82 r.

[21] Abd-al-whid, p. 37, 38; _Abbad._, t. I, p. 222, l. 22.

[22] _Abbad._, t. II, p. 127, 128.

[23] _Abbad._, t. II, p. 34.

[24] _Abbad._, t. I, p. 222; t. II, p. 34.

[25] _Abbad._, t. II, p. 34.

[26] _Abbad._, t. I, p. 222.

[27] Ibn-Haiyn, _apud_ Ibn-Bassm, t. I, fol. 81 r. et v.

[28] _Abbad._, t. II, p. 34.

[29] _Abbad._, t. I, p. 222; t. II, p. 34. Sur la date, voyez la note A
 la fin de ce volume.

[30] Ibn-Haiyn, _apud_ Ibn-Bassm, t. I, fol. 81 r.-82 r.;
Abd-al-whid, p. 38, 43; _Abbad._, t. II, p. 33. Comparez la note A  la
fin de ce volume.

[31] Abd-al-whid, p. 43, 45.

[32] Ibn-Khaldoun, fol. 25 v.

[33] Ibn-Khaldoun, fol. 22 v. Comparez la lettre que Zohair fit crire
aux Cordouans par son ministre Ibn-Abbs, _apud_ Ibn-Bassm, t. I, fol.
170 r. et v.

[34] _Abbad._, t. II, p. 34.

[35] _Journal asiat._, IVe srie, t. XVI, p. 203-205 (article de M.
Munk).

[36] _Cronica del Moro Rasis_, p. 37.

[37] Ibn-Haiyn, _apud_ Ibn-Bassm, t. I, fol. 122 r.

[38] Voyez mon Introduction  la Chronique d'Ibn-Adhr, p. 97.

[39] _Ibid._, p. 96, 97.

[40] _Journ. asiat._, p. 209, dans la note.

[41] Ibn-Bassm, t. I, fol. 200 r.

[42] _Journ. asiat._, p. 222-224.

[43] _Journ. asiat._, p. 209.

[44] Voyez mon Introduction  la Chronique d'Ibn-Adhr, p. 96, 97.

[45] Cinq millions de francs; au pouvoir actuel de l'argent, trente-cinq
millions.

[46] Mose ben-Ezra (dans le _Journ. asiat._, p. 212, note) l'appelle
Ibn-ab-Mous. Tel est en effet le nom que Homaid donne au vizir
Ibn-Bacanna, et c'est  tort que le copiste du man. d'Abd-al-whid
(voyez mon dition de cet auteur, p. 43) a biff le mot _ab_, qu'il
avait crit d'abord.

[47] _Abbad._, t. II, p. 34.

[48] _Journ. asiat._, p. 206-208.

[49] Ibn-Haiyn, _apud_ Ibn-Bassm, t. I, fol. 171 r.-175 r.;
Ibn-al-Khatb, man. G., fol. 134 v., 135 r. (article sur Zohair), 51
v.-52 v. (article sur Abou-Djafar Ahmed ibn-Abbs al-Anr); Maccar,
t. II, p. 359, 360; _Abbad._, t. II, p. 34.

[50] Voyez Mose ben-Ezra, cit par M. Munk dans le _Journ. asiat._, p.
212. Dans ce passage il faut prononcer _onchida_, au passif, et non
_anchada_,  l'actif, comme l'a fait M. Munk.

[51] Voyez mes _Recherches_, t. I, p. 245.

[52] Voyez _Abbad._, t. I, p. 51.

[53] Voyez sur Abou-'l-Fotouh Thbit ibn-Mohammed al-Djordjn, outre
l'article d'Ibn-al-Khatb, ceux que lui ont consacrs Soyout, dans son
Dictionnaire biographique des grammairiens, et Homaid. Comparez aussi
l'article sur Modjhid, dans Dhabb (man. de la Socit asiatique).

[54] Ibn-al-Khatb, man. G., fol. 114 r. et v. (article sur
Abou-'l-Fotouh).

[55] Abd-al-whid, p. 44, 65; _Abbad._, t. II, p. 33, 34, 207, 217. Cf.
Ibn-al-Khatb, fol. 114 v.

[56] Ibn-al-Khatb, fol. 114 v.-115 v.

[57] Cette date se trouve chez Ibn-Bassm, t. I, fol. 224 v.

[58] Cet endroit n'existe plus,  ce qu'il parat.

[59] Abd-al-whid crit ce nom _Sact_, d'autres l'crivent Sacout, ou,
d'aprs la prononciation des Arabes d'Espagne, _Sact_ (prononcez le
_t_). Je crois donc que la voyelle longue dans la seconde syllabe a un
son intermdiaire entre l'__ et l'__. En franais on peut rendre ce
son par la diphthongue _au_.

[60] D'aprs Ibn-Khaldoun, il alla  Comars, mais j'ai cru devoir
suivre Homaid.

[61] Voyez Ibn-al-Khatb, man. G., fol. 107 v. (article sur Bologgun,
fils de Bds).

[62] Abd-al-whid, p. 45-49; Ibn-Khaldoun, fol. 22 v., 23 r.; Maccar,
t. I, p. 132, 282-284.

[63] _Abbad._, t. II, p. 48; t. I, p. 245.

[64] _Abbad._, t. I, p. 245.

[65] _Abbad._, t. I, p. 243.

[66] Voyez _Abbad._, t. I, p. 243, et un pome de Motadhid, _ibid._, p.
53.

[67] _Abbad._, t. I, p. 244.

[68] _Abbad._, t. I, p. 243.

[69] Abd-al-whid, p. 68-70.

[70] Abd-al-whid, p. 67, 68.

[71] _Abbad._, t. I, p. 243, 244; Abd-al-whid, p. 67; Ibn-Bassm, t. I,
fol. 109 r.

[72] _Abbad._, t. II, p. 52.

[73] _Abbad._, t. I, p. 242.

[74] _Abbad._, t. I, p. 251; t. II, p. 60.

[75] _Abbad._, t. II, p. 209, 216.

[76] Ibn-Haiyn, _apud_ Ibn-Bassm, t. I, fol. 109 r. Ibn-Khaldoun
(_Abbad._, t. II, p. 216) donne  ce prince le nom d'al-Azz. C'est une
erreur.

[77] _Abbad._, t. II, p. 211.

[78] _Abbad._, t. I, p. 247, 248.

[79] Ibn-Haiyn, apud Ibn-Bassm, t. I, fol. 108 v., 109 r.; pome
d'Ibn-Zaidoun, _ibid._, fol. 99 v.

[80] _Abbad._, t. I, p. 248, 249.

[81] _Abbad._, t. I, p. 252.

[82] _Abbad._, t. I, p. 252, 253; Ibn-al-Abbr, dans mes _Recherches_,
t. I, p. 286 de la 1re dition.

[83] Voyez Ibn-al-Abbr, p. 50, 51.

[84] Voyez Ibn-Bassm, t. II, dans l'article sur Ibn-Ammr.

[85] Voyez une lettre sur la prise de Silves qui se trouve dans le
chapitre qu'Ibn-Khcn, dans son _Calyid_, a consacr  Abou-Mohammed
ibn-Abd-al-barr, et comparez la note B,  la fin de ce volume.

[86] _Abbad._, t. II, p. 123, 210, 211. La date que donne Ibn-Khaldoun
est errone; j'ai indiqu celle qui se trouve chez Ibn-al-Abbr.

[87] Un prince aghlabide avait fait mourir de la mme manire plusieurs
de ses eunuques et de ses gardes dont il voulait se dbarrasser. Voyez
Ibn-Adhr, t. I, p. 127.

[88] Voyez _Abbad._, t. II, p. 14, l. 17.

[89] Voyez la note C,  la fin de ce volume.

[90] _Abbad._, t. I, p. 247.

[91] Ibn-Haiyn, dans mon Introduction  la Chronique d'Ibn-Adhr, p.
86-88. A la page 86, l. 16, il faut lire: _wahadjara charbaho alladh
l abra laho anho_.

[92] _Abbad._, t. II, p. 210.

[93] Abd-al-whid, p. 80; Ibn-Khcn, _Calyid_, t. I, p. 177 (article
sur Ibn-Ammr).

[94] _Abbad._, t. II, p. 210.

[95] _Abbad._, t. I, p. 249; t. II, p. 207; Ibn-Khaldoun, fol. 23 r.

[96] C'est une sorte de voile qu'on porte sur la tte et sur les
paules.

[97] _Abbad._, t. I, p. 250; t. II, p. 6; Abd-al-whid, p. 66 (cet
auteur se trompe dans la date).

[98] 455 de l'Hgire. C'est ainsi qu'il faut lire, avec le man. de M. de
Gayangos, dans le passage d'Ibn-Haiyn que j'ai publi _Abbad._, t. I,
p. 256.

[99] _Abbad._, t. I, p. 253-259.

[100] _Abbad._, t. I, p. 51-54, 301, 302; t. II, p. 60, 63-65.

[101] Voyez _Journ. asiat._, IVe srie, t. XVI, p. 210, 217-220, mon
Introduction  la Chronique d'Ibn-Adhr, p. 99-102, et mes
_Recherches_, t. I, p. 292-305. Quelques dtails nouveaux m'ont t
fournis par Ibn-Bassm, t. I, fol. 200 v.-201 v.

[102] Mon. Sil., c. 91-93; cf. _Chron. Compost._, p. 327.

[103] Le moine de Silos l'appelle _grandacous_.

[104] Comparez mes _Recherches_, t. I, p. 112.

[105] Dans un pome qu'il composa  l'heure o les croyants se rendaient
aux mosques pour y assister  la prire du matin, il disait: Il faut
boire au lever de l'aube, c'est un dogme religieux, et celui qui n'y
croit pas est un paen. _Abbad._, t. I, p. 246.

[106] La relation de cette ambassade se trouve dans la chronique du
moine de Silos (c. 95-100), qui la tenait des compagnons mmes
d'Alvitus.

[107] Mon. Sil., c. 87, 89, 90; _Chron. Compl._, p. 317, 318. Voyez sur
la date de la prise de Combre, Ribeiro, _Dissertaes chronologicas e
criticas_.

[108] Ibn-Bassm, dernire feuille du man. de Gotha; Maccar, t. I, p.
111, et t. II, p. 748, 749.

[109] Voyez mes _Recherches_, t. II, p. 355-374.

[110] Voyez les textes que j'ai publis dans mes _Recherches_, t. II, p.
LI-LIV.

[111] Mon. Sil., c. 105, 106.

[112] _Abbad._, t. II, p. 216, 219, 220.

[113] _Abbad._, t. I, p. 251, 252; Abd-al-whid, p. 70.

[114] _Abbad._, t. II, p. 61, 62.

[115] Abd-al-whid, p. 79-81; _Abbad._, t. II, p. 88; Ibn-Bassm, t. II,
fol. 98 v.

[116] Dans les campagnes de Silves, presque chaque paysan avait le
talent d'improviser; voyez Cazwn, t. II, p. 364.

[117] Voyez le pome de Motamid sur Silves, que nous traduirons plus
loin.

[118] _Abbad._, t. I, p. 384.

[119] Abd-al-whid (p. 81, 82) raconte cette aventure avec les propres
paroles d'Ibn-Ammr. Ibn-Bassm (t. II, fol. 113 r. et v.) l'avait
entendu raconter  plusieurs vizirs de Sville, qui la tenaient de
Motamid. Voyez aussi _Abbad._, t. II, p. 120.

[120] _Abbad._, t. II, p. 151, 152; cf. p. 225, 226. Ce ne fut qu'aprs
son mariage que le jeune prince prit le titre de Motamid, form de la
mme racine que le mot Itimd. Nous avons cru devoir le lui donner par
anticipation, mais auparavant il en portait d'autres; voyez _Abbad._, t.
II, p. 69, et comparez p. 61.

[121] Voyez _Abbad._, t. II, p. 234.

[122] El Conde Lucanor, c. 14.

[123] _Abbad._, t. II, p. 152, 153.

[124] _Abbad._, t. II, p. 151.

[125] _Abbad._, t. II, p. 68.

[126] _Abbad._, t. II, p. 88.

[127] Abd-al-whid, p. 77, 81. D'aprs une autre tradition (_Abbad._, t.
II, p. 105), Ibn-Ammr serait revenu  la cour du vivant de Motadhid,
mais ce rcit me parat inexact.

[128] Abd-al-whid, p. 82.

[129] Il est  peine besoin de dire que le pote a ici en vue des
statues et des figures de lions.

[130] _Abbad._, t. I, p. 39, 84.

[131] Abd-al-whid, p. 80.

[132] Abd-al-whid, p. 82, 83.

[133] Voyez _Abbad._, t, II, p. 148.

[134] Abd-al-whid, p. 72; _Abbad._, t. II, p. 222.

[135] _Abbad._, t. II, p. 146.

[136] _Abbad._, t. Il, p. 224, 225.

[137] Abd-al-whid, p. 72.

[138] Voyez _Abbad._, t. I, p. 392.

[139] Abd-al-whid, p. 73; _Abbad._, t. II, p. 30.

[140] _Abbad._, t. I, p. 391.

[141] _Abbad._, t. I, p. 388.

[142] Ibn-Haiyn, _apud_ Ibn-Bassm, t. I, fol. 158 v., 159 r.

[143] Ibn-Bassm, t. I, fol. 159 r.-160 r.; Ibn-Haiyn, _ibid._, fol.
160 r. et v.; pome d'Ibn-al-Cacra, _apud_ Ibn-al-Khatb, man. P., fol.
51 r. et v.; Ibn-Khaldoun, fol. 25 v. Ce dernier auteur se trompe quand
il dit que la prise de Cordoue eut lieu en 461, car Ibn-Bassm dit: vers
la fin de 462. C'est aussi  tort qu'il affirme qu'Abou-'l-Wald tait
dj mort  cette poque; Abd-al-whid (p. 43) est tomb dans la mme
erreur.

[144] _Abbad._, t. I, p. 46.

[145] _Abbad._, t, I, p. 322; Lucas de Tuy, p. 100.

[146] _Abbad._, t. I, p. 46-48, 322-324; t. II, p. 35, 122.

[147] _Abbad._, t. II, p. 16, 122 (cf. 68); Abd-al-whid, p. 90. D'aprs
Ibn-Khaldoun, dans son chapitre sur les Beni-Djahwar, Motamid aurait
repris Cordoue en 469 de l'Hgire; mais j'ai cru devoir suivre
Abd-al-whid, parce que cet auteur donne le jour du mois et de la
semaine.

[148] _Chron. Compost._, p. 327.

[149] Voyez _Abbad._, t. II, p. 89.

[150] Abd-al-whid, p. 83-85.--Vers l'an 1466, raconte Cascals
(_Discursos histricos de Murcia_, fol. 118), Boabdil al-Zagal joua un
jour aux checs avec don Pedro Fajardo, le gouverneur de Lorca. L'enjeu
de l'Espagnol tait Lorca, et celui du Maure Almrie. Le dernier gagna
la partie, mais don Pedro Fajardo, moins loyal qu'Alphonse VI, lui fit
faux bond. Cascals cite  ce sujet une ancienne romance.

[151] Voyez Ibn-al-Abbr, p. 186-188.

[152] 471 de l'Hgire; _Abbad._, t. II, p. 93; Ibn-al-Abbr, p. 186. La
date 474 (_Abbad._, t. II, p. 87) est errone.

[153] _Abbad._, t. II, p. 86, 91-94.

[154] Voyez _Abbad._, t. II, p. 36.--Ce qu'on appelait alors le chteau
de Baldj, est peut-tre Velez-Rubio.

[155] _Abbad._, t. II, p. 86, 87.

[156] C'tait le fils du grand pote Abou-'l-Wald ibn-Zaidoun.

[157] Ibn-al-Abbr, p. 189.

[158] A une lieue de Murcie. Les ruines de l'ancien chteau existent
encore.

[159] Voyez _Abbad._, t. II, p. 87.

[160] Que ce soit Pierre ou Paul, dirions-nous.

[161] Motamid.

[162] Ibn-Ammr.

[163] Ibn-Rachc.

[164] En octobre 1081.

[165] _Abbad._, t. II, p. 103-119; Ibn-Bassm, t. II, article sur
Ibn-Ammr; Abd-al-whid, p. 85-90.

[166] Voyez _Abbad._, t. II, p. 20.

[167] _Abbad._, t. II, p. 17; chronique arabe-valencienne, traduite dans
la _Cronica general_, fol. 309, col. 3 et 4; _Carts_, p. 109; Rodrigue
de Tolde, VI, 23.

[168] Nowair l'appelle Chalbb, sans _Ben_.

[169] _Abbad._, t. II, p. 231, 187, 174. Ce rcit repose sur un
tmoignage fort respectable, celui d'Ibn-al-labbna, un des potes de la
cour de Motamid. Cet auteur donne aussi la date (1082), tandis que
d'autres historiens disent  tort que cet vnement eut lieu aprs la
prise de Tolde par Alphonse. L'auteur du _Raudh al-mitr_ (_Abbad._, t.
II, p. 238, 239) rapporte une version bien diffrente et assez bizarre;
mais consultez sur ce livre la note D  la fin de ce volume.

[170] Plage d'Ovido (c. 11) compte cette ville parmi celles
qu'Alphonse avait conquises.

[171] _Abbad._, t. II, p. 175, 231, 188.

[172] _Abbad._, t. II, p. 8, 193 (note 27); _Carts_, p. 92. La date est
1082, comme on lit dans le _Carts_; l'auteur du _Holal_ (_Abbad._, t.
II, p. 188) nomme  tort l'anne 1084.

[173] _Abbad._, t. II, p. 18.

[174] _Abbad._, t. II, p. 19.

[175] Voyez mes _Recherches_, t. II, p. 126-130.

[176] _Abbad._, t. II, p. 21; _Carts_, p. 92; Ibn-Khaldoun, _Hist. des
Berbers_, t. II, p. 77 de la traduction.

[177] Comparez _Annal. Toled. I_, sous l'anne 1086, avec mes
_Recherches_, t. I, p. 273, note 4.

[178] Ibn-al-Khatb, man. E., article sur Moctil.

[179] _Abbad._, t. II. p. 20.

[180] Maccar, t. II, p. 672.

[181] _Abbad._, t. II, p. 37.

[182] _Abbad._, t. II, p. 8, 189 etc.

[183] Bds tant mort en 1073, ses Etats avaient t diviss entre ses
deux petits-fils, Abdallh et Temm. Le premier avait reu Grenade, le
second Malaga.

[184] Les auteurs qui disent que Motamid lui-mme se rendit auprs de
Yousof, me semblent avoir confondu la premire expdition du monarque
africain avec la seconde.

[185] Voyez _Abbad._, t. II, p. 27.

[186] Ibn-al-Abbr, dans mes _Recherches_, t. I, p. 173, 174 de la
1re dition. Voyez aussi _Abbad._, t. I, p. 169, 175 (vers de Rdh),
t. II, p. 37, 191-193, 231.

[187] Ibn-al-Abbr, _ubi supra_; _Abbad._, t. II, p. 22, 193;
Abd-al-whid, p. 91.

[188] Le calife Hroun ar-Rachd avait rpondu  peu prs de la mme
manire  une lettre de l'empereur Nicphore. Au reste, les auteurs qui
font citer  Yousof un vers de Motanabb, ont pris une citation d'un
historien pour une partie de la rponse du monarque. Yousof tait trop
illettr pour tre en tat de citer des vers de Motanabb.

[189] _Abbad._, t. II, p. 22; Abou-'l-Haddjdj Baiys, _apud_
Ibn-Khallicn, XII, 16. D'aprs d'autres auteurs, Alphonse aurait
propos le lundi, le samedi tant la fte des juifs.

[190] _Abbad._, t. II, p. 23, 38.

[191] Abd-al-whid, p. 93.

[192] _Kitb al-ictif_ (_Abbad._, t. II, p. 23), o il faut retenir la
leon du manuscrit: _facollon_. Ce tmoignage est remarquable, car
l'auteur du _Kitb al-ictif_ est trs-partial pour les Almoravides.

[193] Voyez la note E  la fin de ce volume.

[194] _Abbad._, t. II, p. 23, 199.

[195] Abd-al-whid, p. 94.

[196] _Abbad._, t. II, p. 25.

[197] _Abbad._, t. II, p. 120.

[198] _Abbad._, t. II, p. 25; il faut rectifier ce passage  l'aide
d'Ibn-Khcn (_Abbad._, t. I, p. 172-175).

[199] _Abbad._, t. II, p. 121.

[200] _Recherches_, t. II, p. 136, 137.

[201] _Abbad._, t. II, p. 201.

[202] Abd-al-whid, p. 92.

[203] _Abbad._, t. II, p. 202, 203.

[204] C'tait le pre du vizir de Motamid.

[205] _Abbad._, t. II, p. 221.

[206] id de Tolde, dans mes _Recherches_, t. I, p. 4 de la 1re
dition.

[207] Ibn-Bassm, t. I, fol. 230 v.

[208] _Abbad._, t. II, p. 131, 132.

[209] Ibn-al-Khatb, man. G., fol. 16 v., 17 r., article sur Abou-Djafar
Ahmed ibn-Khalaf ibn-Abdalmlic al-Ghassn al-Colai.

[210] Abd-al-whid, p. 96, 97.

[211] _Abbad._, t. II, p. 39, 121, 203; Ibn-Khallicn, Fasc. XII, p. 25.
Dans le rcit du _Carts_ (p. 99) et surtout dans celui d'Abd-al-whid
(p. 92), il y a plusieurs inexactitudes. Voyez aussi les _Gesta
Roderici_, et pour la chronologie comparez la note F  la fin de ce
volume.

[212] Ibn-al-Khatb, article sur Abou-Djafar Colai.

[213] _Abbad._, t. II, p. 211.

[214] Ibn-Khaldoun, _Hist. des Berbers_, t. II, p. 79 de la traduction.

[215] Ibn-al-Khatb, man. E., article sur Moctil.

[216] C'est--dire, il est de la mme race que toi, il est Berber comme
toi.

[217] Ibn-al-Khatb, man. E., articles sur Abdallh ibn-Bologguin et sur
Moammil; _Abbad._, t. II, p. 9, 26, 39, 179, 180, 203, 204; _Carts_, p.
99. Sur la date, comparez la note F  la fin de ce volume.

[218] _Abbad._, t. II, p. 180, 204; Ibn-Khallicn, Fasc. XII, p. 26;
Ibn-al-Abbr, dans mes _Recherches_, t. I, Appendice, p. L;
Ibn-Khaldoun, _Hist. des Berbers_, t. II, p. 79 de la traduction.

[219] Ibn-Khaldoun, _Hist. des Berbers_, t. II, p. 79, 80, 82, _Abbad._,
t. II, p. 27, 151.

[220] Abd-al-whid, p. 98.

[221] _Abbad._, t. I, p. 54, 55. La date que je donne se trouve dans le
_Carts_ (p. 100) et dans Abd-al-whid (p. 98). D'aprs Ibn-al-Khatb
(_Abbad._, t. II, p. 178), la prise de Cordoue aurait eu lieu dans le
mois d'aot.

[222] _Carts_, p. 100.

[223] _Carts_, p. 100, 101; _Abbad._, t. II, p. 42, 232; _Anales
Toledanos II_, p. 404 (sous la fausse date 1092).

[224] Abd-al-whid, p. 98-101; _Abbad._, t. I, p. 55-59, 303, 304, 306;
t. II, p. 68, 178, 204, 205, 227, 228, 232.

[225] _Recherches_, t. I, p. 279, 281.

[226] _Carts_, p. 101.

[227] _Abbad._, t. II, p. 44.

[228] Comparez Ibn-al-Khatb (dans mes _Recherches_, t. I, p. 179, l.
10-12 de la 1re dition, o il faut lire avec le man. de Berlin
_emr_ au lieu de _asr_) avec le _Chron. Lusit._, p. 419, et les _Annal.
Complut._, p. 317.

[229] Ibn-al-Abbr et Ibn-al-Khatb (dans mes _Recherches_, t. I, p.
175, 179 et 180 de la 1re dition); Ibn-Khaldoun, _apud_ Hoogvliet,
p. 3 (j'ai corrig le texte de ce passage dans mes _Recherches_, t. I,
p. 158, 159 de la 1re dition).

[230] Ibn-al-Abbr, p. 182.

[231] _Holal_, fol. 30 v.-31 v., 34 r., 39 r. et v.; Ibn-al-Abbr p. 225
(chez cet auteur le jour du mois ne concorde pas avec celui de la
semaine); _Carts_, p. 104.--Imd-ad-daula resta en possession de Rueda
jusqu'en 1130, qu'il mourut. Dix ans plus tard, son fils et successeur
Saif-ad-daula cda la forteresse  Alphonse VII.

[232] Abd-al-whid, p. 122.

[233] Abd-al-whid, p. 127.

[234] Ibn-Khcn, dans son chapitre sur Abou-Mohammed ibn-al-Djobair, a
copi une touchante ptre que cet homme de lettres adressa sur ce sujet
 Ibn-Hamdn.

[235] Maccar, t. I, p. 299; comparez t. II, p. 360, 361, 472.

[236] _Chron. Adef. Imper._, c. 91.

[237] Le monde touche  sa fin, disait le pote Ibn-al-Binn,
puisqu'Ibn-Hamdn nous promet des rcompenses. Les toiles sont encore
plus  notre porte que son argent.--Abd-al-whid, p. 123.

[238] Voyez Ibn-Khcn, _apud_ Maccar, t. II, p. 590.

[239] Maccar, t. II, p. 303.

[240] Maccar, t. II, p. 303, 304; Abd-al-whid, p. 123.

[241] Ibn-ab-Oaibia, article sur Avempace; Maccar, t. II, p. 322,
323.

[242] Renan, _Averros_, p. 97 de la 2de dition.

[243] Gosche, _Ueber Ghazzls Leben und Werke_ (dans les Mm. de
l'Acad. de Berlin pour 1858), p. 258, 290.

[244] Article de M. Hitzig sur l'ouvrage de Ghazzl, dans le Journ.
asiat. allemand, t. VII, p. 173, 174.

[245] Abd-al-whid, p. 123, 124, 132; _Holal_, fol. 41 v.

[246] Voyez plus haut, t. III, p. 19, 20.

[247] _Holal_, fol. 33 r. et v. Comparez sur Lucna et sa population
juive, Edrisi, t. II, p. 54.

[248] Voyez _Journ. asiat._, IVe srie, t. XVIII, p. 513.

[249] Voyez mes _Recherches_, t. I, p. 343-360.

[250] _Chron. Adefonsi Imperatoris_, c. 64.

[251] _Carts_, p. 108.

[252] Abd-al-whid, p. 114; _Holal_, fol. 52 r.; _Chron. Lusit._, p.
326.

[253] Cit dans le _Carts_, p. 108.

[254] Maccar, t. II, p. 262, 263; Ibn-Khallicn, Fasc. XII, p. 17,
18.--Ce cadi d'Almrie fut tu dans la bataille de Cutanda (prs de
Daroca), livre en 1120. Maccar, t. II, p. 759.

[255] _Holal_, fol. 35 r.

[256] _Carts_, p. 108; _Holal_, fol. 33 v.

[257] _Holal_, fol. 34 r.

[258] Abd-al-whid, p. 148.

[259] Avempace est une corruption d'Ibn-Bddja.

[260] Ibn-al-Khatb, man. G., fol. 98 v.-100 r. (article sur Abou-Becr
ibn-Ibrhm); Ibn-Khcn, _Calgid_, article sur Avempace.

[261] Voyez sur ces Roum (qui, au fond, taient ce qu'on appelait
autrefois des Slaves) _Chron. Adefonsi Imper._, c. 45, 46, 94, _Holal_,
fol. 35 r., 58 r., 62 v.

[262] Abd-al-whid, p. 128, 133, 148; _Holal_, fol. 58 v., 59 r.

[263] _Holal_, fol. 52 r.

[264] _Chron. Adefonsi Imper._, c. 13-16. Sur la tour de Cadix ou
colonnes d'Hercule, voyez mes _Recherches_, t. II, p. 328, et
l'Appendice, n XXXV.

[265] _Chron. Adef. Imp._, c. 60, 82, 88.

[266] Comparez le _Holal_, fol. 52 r.

[267] _Holal_, fol. 35 v., 36 r.

[268] _Chron. Adefonsi Imper._, c. 16.

[269] _Chron. Adef. Imper._, c. 89.

[270] Voyez Ibn-al-Khatb, man. E., article sur Abdallh ibn-Bologgun.

[271] _Abbad._, t. I, p. 59-61.

[272] _Abbad._, t. I, p. 313, 314; t. II, p. 71, 175, 232; Abd-al-whid,
p. 101, 102.

[273] _Abbad._, t. I, p. 383.

[274] Abd-al-whid, p. 102.

[275] _Abbad._, t. II, p. 73, 74.

[276] _Abbad._, t. I, p. 68.

[277] Allusion  l'aventure que j'ai raconte plus haut, p. 142, 143.

[278] _Abbad._, t. I, p. 63, 64.

[279] Ibn-Zohr en arabe.

[280] Voyez Maccar, t. II, p. 293.

[281] Parmi les femmes qui avaient apport du lin  filer aux filles de
Motamid, se trouvait la fille d'un _arf_ ou huissier de l'ex-roi de
Sville.

[282] Abd-al-whid, p. 109.

[283] _Abbad._, t. II, p. 147-149.

[284] Voyez le pome d'Ibn-al-labbna, _Abbad._, t. I, p. 319, 320, et
mon commentaire, _ibid._, p. 366 et suiv.

[285] Montemayor, prs de Marbella, est aujourd'hui ce que les Espagnols
appellent un _despoblado_, un endroit inhabit.

[286] _Abbad._, t. II, p. 228, 229; t. I, p. 64.

[287] _Abbad._, t. I, p. 66.

[288] _Abbad._, t. I, p. 63.

[289] Djarr tait le pote favori du calife Abdalmlic, fils de Merwn.

[290] _Abbad._, t. I, p. 310, 311.

[291] _Abbad._, t. I, p. 306.

[292] La rvolte d'Abd-al-djabbr commena en 1093; deux ans aprs, ce
prince fit son entre dans la ville d'Arcos. Il y fut assig par Sr,
le gouverneur de Sville. Lui-mme fut tu par une flche, mais ses
partisans ne se rendirent que quelque temps aprs. Voyez _Abbad._, t.
II, p. 228, et t. I, p. 64, 65.

[293] _Abbad._, t. I, p. 71.

[294] Ibn-al-Abbr, _Abbad._, t. II, p. 63.

[295] _Abbad._, t. I, p. 40.

[296] _Abbad._, t. II, p. 66, 67.

[297] _Abbad._, t. II, p. 222, 223.

[298] _Recherches_, t. I, p. 184 et suiv.

[299] _Abbad._, t. II, p. 8, 21-23, 36-39, 134-136, 196-201; _Carts_,
p. 94-98; Abd-al-whid, p. 93, 94; Abou-'l-Haddjdj Baiys, _apud_
Ibn-Khallicn, Fasc. XII, p. 16, 17.

[300] Ibn-Khallicn, Fasc. VII, p. 135.

[301] _Alaet_ chez Plage d'Ovido (c. 11) qui compte cette ville parmi
celles qu'Alphonse conquit; _Halahet_ dans les _Gesta Roderici_. Au lieu
de: Fue la batalla de Dalaedon, comme on trouve dans les _Annal.
Toled. I_ (p. 386), je crois devoir lire: Fue la batalla de Alaedo, ou
bien de Halaedo.

[302] L'auteur du _Carts_ parle d'un sige de Tolde  cette occasion;
c'est, je crois, une grave erreur.

[303] Ce reproche frappe surtout l'auteur du _Carts_.

[304] Voyez _Abbad._, t. II, p. 92.

[305] _Abbad._, t. II, p. 121 (cf. 122, l. 3).

[306] _Abbad._, t. II, p. 8, 9.

[307] _Abbad._, t. II, p. 26, l. 12. En publiant ce passage, j'ai eu
tort de changer la leon du manuscrit; elle est bonne; sous _al-ghazwa_
il faut entendre l'expdition contre Aldo.

[308] Man., fol. 162 v.

[309] _Abbad._, t. II, p. 39.

[310] Dans ses articles sur Motamid (_Abbad._, t. II, p. 179) et sur
Abdallh ibn-Bologgun.

[311] _Carts_, p. 99. L'auteur du _Holal_ dit: pendant un mois; mais
comme on voulait affamer les assigs, et que, jusqu' un certain point,
on y russit, le sige doit avoir dur plus longtemps.

[312] Un rcit trs-circonstanci d'Ibn-Haiyn (_apud_ Ibn-Bassm, t. I,
fol. 47 r. et v.) dmontre que j'ai eu raison de dire (voyez mes
_Recherches_, t. I, Appendice, n XVII) qu'il n'y a eu  Saragosse qu'un
seul roi de cette famille,  savoir Mondhir, et que c'est ce prince, et
non pas son fils, qui a t assassin en 1039.

[313] J'ai cru devoir donner cette liste parce que j'ai cit mes
documents d'une manire fort succincte et que plusieurs d'entre eux se
trouvent dans des collections. Je n'ai pas nomm ici les livres que je
n'ai cits qu'une ou deux fois, car dans le cours de l'ouvrage j'ai eu
soin d'en indiquer l'dition, ou le numro quand il s'agissait d'un
manuscrit.






End of the Project Gutenberg EBook of Histoire des Musulmans d'Espagne, v.
4/4, by Reinhart Pieter Anne Dozy

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DES MUSULMANS (4/4) ***

***** This file should be named 41692-8.txt or 41692-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/4/1/6/9/41692/

Produced by Chuck Greif and the Online Distributed
Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
produced from images available at The Internet Archive)


Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
