Project Gutenberg's Nouveau Glossaire Genevois, tome 2/2, by Jean Humbert

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Title: Nouveau Glossaire Genevois, tome 2/2

Author: Jean Humbert

Release Date: February 13, 2013 [EBook #42088]

Language: French

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corriges. L'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t
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  macron (barre horizontale) [=x]	[x=]
  breve (en forme de u)	     [)x]	[x)]

Les [+] devant une entre remplacent les croix typographiques,
utilises pour indiquer que l'expression ou la prononciation est
trs-vulgaire. (Voir EXPLICATION).




    NOUVEAU
    GLOSSAIRE GENEVOIS


    GENVE.--IMPRIMERIE DE FERD. RAMBOZ & Cie.




    NOUVEAU
    GLOSSAIRE GENEVOIS

    PAR

    JEAN HUMBERT,

    PROFESSEUR DE LANGUE ARABE  L'ACADMIE DE GENVE,
    CORRESPONDANT DE L'INSTITUT DE FRANCE, MEMBRE DES ACADMIES
    DE NANCY, BESANON, MARSEILLE, TURIN, ETC.


    TOME SECOND.


    GENVE
    CHEZ JULLIEN FRRES, LIBRAIRES,
    Place du Bourg-de-Four, 71.

    1852




EXPLICATION

DES ABRVIATIONS ET DES SIGNES EMPLOYS DANS L'OUVRAGE.


    [+]                Expression ou prononciation trs-vulgaire.
    [ACAD.]            Dictionnaire de l'Acadmie franaise.
    adj.               Adjectif.
    adv.               Adverbe, adverbial, adverbialement.
    [CH.]              Mr Chaponnire.
    conj.              Conjonction.
    dm.               Dmonstratif.
    (fig.)             Au sens figur.
    [G. G.]            Glossaire de Gaudy.
    indf.             Indfini.
    invar.             Invariable.
    interj.            Interjection.
    loc.               Locution.
    part.              Participe.
    [P. G.]            Mr Pierre Gaud.
    pl.                Pluriel.
    prp.              Prposition.
    pron.              Pronom.
    R.                 Racine.
    rel.               Relatif.
    s.                 Substantif.
    s. m.              Substantif masculin.
    s. f.              Substantif fminin.
    v.                 Verbe.
    v. a.              Verbe actif.
    v. n.              Verbe neutre.
    v. pron.           Verbe pronominal.
    v. rcip.          Verbe rciproque.
    v. rfl.           Verbe rflchi.




NOUVEAU

GLOSSAIRE GENEVOIS.


I

  [+] ICI, adv. _Ces jours-ici, ces temps-ici, cette semaine-ici._
    Faute frquente, qui est une tradition du vieux franais. On
    parlait encore de la sorte  la cour de Louis XIV, vers 1645.
    Dites: Ces jours-ci, ces temps-ci, cette semaine-ci.

  ICI-DESSOUS, loc. adv. Dites: Ci-dessous. Dites de mme: Ci-dessus;
    ci-aprs; ci-contre, et non pas: _Ici-dessus; ici-aprs;
    ici-contre._

  IDE, s. f. Trs-petite quantit, tant soit peu. _Tu as du tabac,
    donne m'en une ide. Mes nouveaux souliers sont une ide troits.
    Nous emes pendant notre promenade une ide de pluie._

  IDE (AVOIR). _J'ai ide, j'ai bien ide que nous aurons beau temps
    demain matin. As-tu ide de faire cette course avec nous? Tous les
    gens de l'quipage ont pri: a-t-on ide d'une pareille
    catastrophe?_ Franais populaire. Dites: Avoir l'ide. J'ai l'ide
    de. A-t-on l'ide de, etc.

  IDE, s. f. _Avoir de l'ide_, signifie: Avoir de l'intelligence,
    avoir un esprit fcond en expdients et en ressources. _Votre
    nouvelle domestique n'est pas trs-active, mais elle a de l'ide._
    Expression qui nous est trs-familire.

  IDOINE, s. m. Idiot, hbt. _Il demeurait l plant comme un
    idoine._ Terme curieux, qui doit appartenir au vieux franais, et
    sur lequel pourtant les vieux lexiques que j'ai pu consulter ne
    donnent aucun renseignement. Dans les dictionnaires usuels,
    Idoine a le sens banal du mot latin _idoneus_ (propre , capable
    de).

  ILAI, s. m. Jeu d'colier, o tous les joueurs, moins un ou deux, se
    cachent aussi bien qu'ils le peuvent, tandis que les autres
    cherchent  les dcouvrir et  les atteindre. _Jouer  ilai. Ilai
    courant; ilai cachant; ilai  la ramasse._

  [+] IMAGE (UN). _Tu auras un bel image  Pques._ Solcisme rpandu
    partout, et qui a son origine dans le vieux franais.

  IMPROMPTU, s. m. Prononcez _ein-pronp-tu_.

  [+] INCAN ou INQUANT, s. m. Encan, vente publique  l'enchre. Terme
    suisse-roman, savoisien, lyonnais, dauphinois, languedocien et
    vieux franais. R. _in quantum_.

  [+] INCANTER ou INQUANTER, v. a. Acheter  l'encan. _La Mlanie a
    incant un baragnoir, un guindre, et deux ou trois autres
    raufferies._ Terme vieux franais.

  INCENDIE (UNE). Ce mot est masculin. Un grand incendie.

  INCLINAISON DE TTE, s. f. _Je lui faisais inutilement plusieurs
    inclinaisons de tte._ On doit dire: Inclination de tte.

  INCOMBANCE, s. f. Charge, inconvnient, consquence dsagrable.
    _Vous avez l une fcheuse incombance._ En pimontais,
    _incombensa_. Le verbe neutre _incomber_, cheoir, ne se trouve
    que dans le dictionnaire de M. Bescherelle.

  INDEMNISER, v. a. Prononcez la syllabe _dem_ comme vous prononcez le
    mot _dame_ (_indamniser_). R. _damnum_.

  INDEMNIT, s. f. Prononcez _ein-dame-ni-t_.

  INDIGESSION, s. f. _Avoir une indigession._ Cette faute est
    tellement rpandue en France, dit le grammairien Charles MARTIN,
    que les acteurs mmes, au thtre, prononcent de la sorte, sans
    souponner la faute grossire o ils tombent. Il faut crire et
    prononcer: Indigestion.

  INDIVIS, adj. m. Prononcez _ein-di-vi_.

  [+] INDUCATION, s. f. ducation. _Je veux que notre garon reoive
    une excellente inducation._

  [+] INDUQUER, v. a. _Induquer un enfant_, lever un enfant.

  INGRAT, ATE, adj. Dsagrable, peu attirant, et qui inspire peu de
    confiance. Ne se dit en ce sens que dans les expressions
    suivantes: _Figure ingrate; visage ingrat; air ingrat; mine
    ingrate._ Ce sens, qui manque dans les dictionnaires modernes, n'a
    point d'quivalent exact en franais.

  INGRDIEIN, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses du mot
    Ingrdient, lequel rime avec _expdient_.

  [+] INORME, adj. norme.

  INSOLENTER, v. a. Injurier, insulter. _L-dessus, trois bandits nous
    bavardrent et nous insolentrent._

  INSTITUT, s. m. Institution, pensionnat, maison d'ducation. _Un
    institut de garons; un institut de jeunes demoiselles; un chef
    d'institut._ Le mot Institut n'a pas ce sens. Voyez les
    dictionnaires.

  INTENTION (TRE D'). _Nos dames sont d'intention de faire une partie
    de char._ Dites: Nos dames ont l'intention de, ou: Sont dans
    l'intention de, etc.

  INTENTIONN DE. Qui a l'intention de. Mme de Sv.*** tant
    _intentionne_ de partir pour Vienne en Autriche, dsirerait
    trouver une personne qui, etc. [_Feuille d'Avis_, anne 1846.]

  INTRT, s. m. Nous disons, et on le dit dans le franais populaire:
    _Mettre de l'intrt  une chose_, pour: Prendre de l'intrt 
    une chose. _Tu ne mets point d'intrt  tes leons d'criture,
    ni  tes leons de musique._ Dites: Tu ne prends point d'intrt,
    etc.

  INTERFEUILLER, v. a. _Un volume interfeuill. Il faut que
    j'interfeuille cette brochure._ Dites: Un volume interfoli; il
    faut que j'interfolie cette brochure. L'infinitif de ce verbe
    s'crit: Interfolier.

  INTIMMENT, adv. _Moi et Victorine nous sommes intimment lies._
    crivez Intimement sans accent sur l'_e_.

  INTITUL, s. m. _L'intitul d'un livre, l'intitul d'un ouvrage._
    Dites: Le titre d'un livre; le titre d'un ouvrage.

  [+] INTRINSECTE, adj. _Ta montre, Jaquinet, a une valeur intrinsecte
    de trente francs._ Dites: Valeur intrinsque.

  INTRUE, adj. et s. f. _Il faudra bien nous dbarrasser promptement
    de cette intrue._ Dites: Intruse. Une intruse; une femme
    intruse.

  INVECTIVER, v. a. _Invectiver quelqu'un._ Dites: Invectiver contre
    quelqu'un.

  INVENTORISER, v. a. Inventorier, dresser un inventaire.
    _Inventoriser un mobilier._ Terme suisse-roman et savoisien.

  INVERSION VICIEUSE. _Je n'ai personne vu, je n'ai personne entendu_,
    sont des phrases mal construites, des phrases mal sonnantes, et
    qui, trs-familires  nos voisins du canton de Vaud, commencent 
    se rpandre chez nous.

  [+] IRAGNE ou IRAIGNE, s. f. Araigne. _Iragne_ appartient au vieux
    franais, et se dit dans le Berry, en Languedoc et sans doute
    ailleurs. Voyez ARAGNE.

  [+] IRRUPTION, s. f. ruption ( la peau). _Aprs cette fivre, il
    lui sortit une forte irruption._

  ISCARIOLE ou ESCARIOLE, s. f. Escarole, sorte de chicore  fleur
    large.

  ISERABLE, s. m. _Du bois d'iserable._ Terme vaudois, savoisien et
    dauphinois. Dans le patois bourguignon on dit: _zeraule_; dans
    le patois de la Franche-Comt, _iseraule_ ou _euzeraule_. Le mot
    franais est: rable.

  ITALIEN, s. m. Ptissier. _Aller chez l'Italien._ Expression connue
     Paris, et sans doute ailleurs. La plupart de nos ptissiers sont
    originaires de la valle de l'Engadine (canton des Grisons),
    valle o l'on parle italien. En Normandie, les ptissiers sont
    appels _Suisses_.

  IVRER, v. a. Terme de charpentier. Cheviller, lier les joints d'un
    plancher au moyen de chevilles qui s'embotent d'une planche dans
    une autre. [P. G.]

  IVRER (S'), v. pron. S'enivrer. _Sais-tu une chose?--Eh quoi?--C'est
    que la Fanchette s'ivre.--Elle s'ivre! Ce n'est pas croyable._
    Terme languedocien, berrichon, etc.

    Chacun _s'ivre_  sa manire
      D'amour et de vin.

    [DANCOURT, _Les trois Cousines_, I, 1.]


J

  JABOT, s. m. (fig.) _Se donner du jabot_, signifie: Se pavaner, se
    glorifier, faire parade de son propre mrite. _En voil un qui ne
    se donne pas mal de jabot._ Locution frquente chez nous et chez
    nos proches voisins, mais qui ne se trouve pas dans les
    dictionnaires.

  JACASSE, s. f. Babillarde, causeuse fieffe. Terme parisien
    populaire, normand, etc.

  JACQUES DLOGE ou DES LOGES, nom propre d'homme. _Prendre Jacques
    Des Loges_ est une expression factieuse qui signifie: Dloger,
    dtaler sans bruit, s'chapper  la sourdine. _Je devais le
    trouver chez lui ce matin, et recevoir mon loyer: bernique! il
    avait pris Jacques Des Loges._ L'expression franaise populaire
    est: _Il a pris Jacques Dloge pour son procureur._

  JAIRE ou JARRE, s. m. Terme de boucherie. _Jaire de veau, jarre de
    veau._ Dites: Jarret de veau.

  JAMBETTE, s. f. Jambon de l'paule.

  JANOT, nom propre d'homme. _Battre Janot_, draisonner, radoter. [P.
    G.]

  JAQUETER, v. n. Jacasser, caqueter.

  JARAVATTE, s. f. Langue, au sens propre. _Mener sa jaravatte, faire
    aller sa jaravatte_, signifient: Jaser, bavarder.

  JARICLE, s. f. Babillage, loquacit, verbiage. [P. G.]

  JARJET, s. m. Terme de tonnelier. Jable, rainure pratique aux
    douves d'un tonneau pour arrter les pices du fond.

  JARLE ou GERLE, s. f. Sorte de corbeille ronde. Voyez GERLE et
    JERLE.

  JARLOT, s. m. Cuvier ou grand baquet, destin principalement  saler
    la viande de cochon. En Normandie on dit: _Jalot_; en vieux
    franais, _jale_.

  JARRETOU, s. m. et adj. Cagneux, qui a les genoux rapprochs et les
    pieds jets en dehors. Dans la langue provenale, _jarretier_ se
    dit des personnes et a le mme sens.

  JARRETOULE, s. fm. et adj. Cagneuse.

  JASERON, s. m. Chane d'or  trs-petits anneaux. En vieux franais:
    _Jaseran_.

  JASPINER, v. n. Disputer, taquiner, contredire. Terme rouchi,
    normand, etc. En franais, Jaspiner signifie: Causer  tort et 
    travers.

  JEAN-JEAN (UN). Un niais, un imbcile. En Normandie on dit: _Un
    Janot_.

  JERLE, s. f., et JERLON, s. m. Cuve, petite cuve. Dans le Berry on
    dit: _Jarle_.

  JE T'EN MOQUE! Sorte de locution adverbiale, qui quivaut : Point
    du tout, bernique. _Nous comptions sur une_ _lettre d'Alfred:
    mais je t'en moque! c'est un ngligent. Benot devait me payer ce
    matin: je t'en moque!_ Franais populaire.

  JETER (SE), v. pron. Se dit du bois et signifie: Se djeter, se
    tourmenter, se courber, s'enfler, s'tendre. _La fentre, faite
    d'un bois peu sec, s'tait jete._ Terme franais populaire.

  JETON, s. m. Forcet, petite corde fort menue et fort presse, que
    les cochers et les charretiers mettent au bout de leur fouet.

  JICLER, v. a. Voyez GICLER.

  JOINTE (UNE). Terme d'ouvrier. Le quart d'une journe de travail.
    _Faire une jointe. La journe se compose de quatre jointes. Le
    charpentier ne viendra qu'aprs la premire jointe._

  JOLERIE, s. f. Poissonnaille, fretin, alevin. En languedocien, _jol_
    signifie: Petit poisson.

  JOMBRER, v. n. Attendre, attendre avec ennui et avec impatience;
    nonchalanter; tre priv d'une chose. _Vous nous avez bien fait
    jombrer. Que jombres-tu l? Pourquoi jombres-tu ici au lieu
    d'aller travailler? Tu en jombreras de ces beaux abricots._ Se dit
    aussi des choses. _Quand vous aurez coup ces branchages,
    laissez-les jombrer pour en ter plus facilement les feuilles._
    Terme universellement connu dans les campagnes, et qui a des sens
    trs-divers.

  JONCHE, s. f. Arure, attele de labour, espace de temps durant
    lequel on laboure sans dteler. Terme savoisien et dauphinois. En
    provenal on dit: _Jhoncho_.

  JORAN, s. m. Vent du nord-ouest. Voyez VENT.

  JORDONNER, v. n. et a. L'expression: _Une Madame Jordonne, une
    demoiselle Jordonne, une servante Jordonne_, est dans quelques
    dictionnaires modernes. De cette expression s'est form notre
    verbe _jordonner_. _Qu'a-t-elle donc _ _jordonner? Que
    vient-elle nous jordonner? Est-ce  elle de jordonner ici?_
    Excellent mot de la langue familire, et qui exprime une nuance
    prcise et dlicate, savoir le commandement exerc avec sottise et
    vanit,  tout propos et hors de propos. M. Bescherelle et M.
    Francis Wey appellent cette expression un affreux barbarisme. M.
    Victor Hugo, au contraire, l'emploie et l'apprcie.

  JOT, s. m. Endroit du poulailler o se perchent les poules. _Les
    poules sont sur le jot; les poules sont  jot._ A Rennes on dit:
    _Joc_; en Champagne, en Languedoc et en vieux franais, _jouc_. De
    ce mot _jouc_ s'est form le verbe jucher.

  JOTTU, TUE, adj. Qui a de grosses joues, joufflu.

  JOU (EN.) _Mettre en jou, coucher quelqu'un en jou._ crivez et
    prononcez En joue. Mettre en joue, coucher en joue.

  JOUAILLER, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses (ou plutt
    vieillies) du mot Joailler.

  JOUAILLON, s. m. Jouereau, celui qui ne joue pas bien  quelque jeu
    ou qui joue petit jeu. [P. G.]

  JOUFFLARD, ARDE, adj. et s. Joufflu. _Une grosse joufflarde._

  JOUIN, s. m. crivez et prononcez Juin.

  JOUISSERIE, s. f. Jouissance, plaisir. _Notre voisin Z*** s'est
    donn la jouisserie d'aller voir la grande Exposition de Londres._

  JOUR, s. m. Dans le langage populaire: _Au jour d'aujourd'hui_
    signifie: Dans les circonstances actuelles, par le temps qui
    court. _Au jour d'aujourd'hui toutes les carrires sont
    difficiles._ Expression redondante, fort critique des
    grammairiens, mais nergique et d'un emploi continuel.

  JOUR, s. m. Nous disons: _On voit jour, on y voit jour_, pour dire:
    Il fait jour, on y voit clair. Ces expressions, qui n'ont rien de
    choquant, manquent dans les dictionnaires.

  JOUR, s. m. Au lieu de dire: _Vivre du jour au jour; gagner sa vie
    du jour au jour_, il faut dire: Vivre au jour la journe; gagner
    sa vie au jour la journe; ou bien: Vivre au jour le jour; gagner
    sa vie au jour le jour. Mais cette dernire expression est moins
    bonne, quoique reue dans le dictionnaire de l'Acadmie.

  JOUR, s. m. Nous disons: _Du jour au lendemain_, pour dire: D'un
    jour  l'autre. _En t le poisson se gte du jour au lendemain._
    Cette expression n'est pas franaise.

  JOUR, s. m. Voyez D'UN JOUR L'UN.

  JOUR SUR SEMAINE, s. m. Dites: Jour ouvrable. _Ne venez pas me voir
    le dimanche, venez les jours sur semaine._ Les Parisiens ne
    s'expriment pas diffremment, et ils opposent aussi la _semaine_
    au _dimanche_. Ils affichent, par exemple, que: Dans tel ou tel
    omnibus on paie vingt centimes _en semaine_, et trente centimes le
    _dimanche_. Un parisien me disait: _En semaine_ les bals des
    Champs-lyses sont plus tranquilles que les _dimanches et jours
    de fte_.

  JOURS, s. m. pl. Nous distinguons _l'habit des jours_ de _l'habit
    des dimanches_. _Quand tu rentres, Alfred, aie soin de mettre ta
    veste des jours._ Le peuple de Paris dit dans le mme sens: _Cet
    habit est pour  tous les jours_, c'est--dire: Pour mettre tous
    les jours ouvrables.

  JUSTE (), adv. _tre  juste de pain_, signifie: En avoir tout
    juste la quantit strictement ncessaire. _Si tu invites toute la
    famille, nous serons  juste de couverts d'argent._


L

  LA, pron. pers. Les gens de la campagne, soit dans notre canton,
    soit en Savoie, emploient d'ordinaire ce pronom  la place du
    pronom lui ( elle). _Je m'aperois que la Claudine part dj
    pour le march: dites-la de m'attendre. Drion a pris une tisanne
    qui la fera du bien. Notre Mariette n'a rien dormi cette nuit:
    c'est ses dents qui la font mal._ Voyez LES.

  LA, LE, LES. Ces articles sont mal  propos substitus aux pronoms
    personnels notre et nos dans les phrases suivantes et phrases
    analogues: _Sais-tu comment se porte la tante? As-tu des nouvelles
    de l'oncle? Crois-tu que nous dnerons dimanche chez la cousine?_
    Expressions fort triviales, et peu dignes d'une bouche de laquelle
    sort habituellement un langage correct.

  [+] LA, art. _La Rosalie va au Conservatoire. L'mlie nous jouera
    du piano, et la Jenny nous citera._ _La_, article, ajout ainsi
    devant un nom propre de femme, est de la dernire vulgarit.

  LABOURAGE, s. m. _Chevaux de labourage._ Dites: Chevaux de labour.

  LCHER QUELQU'UN. L'abandonner, le planter l. _Nous causions
    tranquillement avec Alphonse; mais quand il vit venir cette pge
    de N***, il me lcha et disparut._ Expression parisienne, etc.

  LADIRE, s. f. Terme de couturire. Sorte de chanteau. _Madame
    veut-elle qu'on lui fasse des chemises  ladire ou des chemises 
    l'allemande?_

  LADIRE, s. f. Voyez LIADIRE.

  LAGNER (SE), v. pron. Terme des campagnards. S'ennuyer de, faire
    avec dgot. _Cet enfant se lagne d'aller  l'cole. a me lagne
    d'avoir demain un exercice au Plan-les-Ouates._ R. vieux franais,
    _lanier_, mou, lche, paresseux.

  LAIDERON (UN). _Cette jeune fiance que vous me vantez si fort n'est
    qu'un laideron._ Dites: Une laideron.

  LAIDERONNE (UNE). _Auriez-vous jamais cru qu'une semblable
    laideronne trouverait un mari?_ Terme parisien populaire, etc.
    Dites: Une laideron.

  LAIRE, s. f. Alouette. _Chanter comme une laire_, signifie: Chanter
    sans relche, ne pas discontinuer son chant. En allemand,
    _Lerche_, en anglais, _lark_, veulent dire: Alouette.

  LAISSER (S'EN). Ne pas faire une chose, s'en abstenir. _Tu ne veux
    pas nous accompagner, Henri: eh bien! laisse-t'en_, c'est--dire:
    Eh bien! demeure, fais  ta convenance. _Vous refusez de scier ce
    bois pour cinquante sous: eh bien! laissez-vous-en, d'autres le
    scieront._ Cette locution est ds longtemps critique par les
    grammairiens; mais le peuple, qui ne lit pas les grammairiens,
    continue de s'en servir, et il n'a pas excessivement tort.

  LAIT, s. m. _Lait de lotte, lait de carpe_, etc. Terme savoisien,
    dauphinois et limousin. Dites: Laite ou lactance. C'est le nom
    qu'on donne  cette partie des entrailles de poisson qui ressemble
     du lait caill.

  LAIT DE SERPENT, s. m. Tithymale, plante.

  LAIT DE SON, s. m. Laiteron, plante dont les lapins sont friands.
    Nos campagnards disent: _Laiteon_.

  LAITIER, s. m. Endroit de la fromagerie o l'on tient le lait.

  LAMBINERIE, s. f. Lenteur, nonchalance. _Finiras-tu avec tes
    lambineries?_ Terme franais populaire.

  LAMBINOCHER, v. n. Augmentatif de lambiner. _Qu'as-tu tant 
    lambinocher?_ Expression trs-bonne et trs-usite  Genve.

  LAMBOURET ou LAMBORET, s. m. Nombril. Terme savoisien. En provenal,
    on dit: _Embourigo_, d'o nous avons fait, par addition de
    l'article, _l'embourigo_, et ensuite _lambouret_.

  LA MME CHOSE. Locution adverbiale qui signifie: galement, de mme,
    tout de mme, d'ailleurs, nanmoins, comme, de mme que. _Il
    pleut, et la mme chose je sortirai. Ne lui demandez pas ce
    service: la mme chose il ne vous l'accorderait pas. Malgr qu'on
    ne se voye pas souvent, la mme chose on s'aime. Comment se porte
    Madame votre soeur?--Toujours la mme chose._ Faute gnrale. _La
    mme chose_ n'est jamais ni adverbe, ni conjonction. Mais on
    s'exprimerait correctement si,  cette question: Comment se porte
    votre soeur? on rpondait: C'est toujours la mme chose,
    c'est--dire: C'est toujours le mme tat de chose; c'est
    toujours le mme tat de sant.

  [+] LA MIEN, LA TIEN, LA SIEN. Ces expressions barbares sont souvent
    mises  la place des trois pronoms personnels fminins: La
    mienne, la tienne, la sienne, dans le langage le plus populaire.
    _Rends-moi cette plume, c'est la mien.--Non, ce n'est pas la
    tien._ Cette faute se retrouve en Savoie et dans quelques
    provinces du nord de la France.

  LANCHEBROTAGE, s. m. Flux de paroles inutiles et mal articules;
    discours hors de propos, confus et embrouill.

  LANCHEBROTER, v. actif. Parler beaucoup et peu intelligiblement,
    jargonner. _Finalement que t'a-t-il dit?--Il ne m'a rien dit: Il
    m'a lanchebrot un tas de btises auxquelles je n'ai rien
    compris._ Voyez ENCHEBROTER.

  LANDE ou LENDE, s. f. Lente, petit oeuf d'o naissent les poux, et
    qui se colle aux cheveux. _La tte du pauvre enfant tait toute
    couverte de lendes._ Franais populaire et vieux franais. A
    Neuchtel et dans l'vch de Ble on dit: _Un lent_. R. lat.
    _lens, lendis_.

  LANDINE, s. f. Lente. Voyez LANDE.

  LANDRILLE, s. f. Voyez ANDRILLE.

  LANGUIR DE, suivi de l'infinitif. Dsirer, souhaiter ardemment. _Je
    languis d'avoir achev ce grand travail. Nous languissions tous de
    revoir notre beau lac. Te voil, douard; je languissais de te
    rencontrer._ Expression remarquable, connue en Suisse, en Savoie
    et dans le Midi.

  LANGUIR QUE. Souhaiter ardemment que. _Vous languissez bien que les
    vacances arrivent._ En provenal on dit: _Se languir_, v. imp. _Il
    me languissait de te voir_, c'est--dire: Il me tardait de te
    voir.

  LANI, s. m. Sac d'un tissu grossier. _Un lani de riz._ Terme
    savoisien et pimontais.

  LANTERNE, s. f. Se dit d'une personne nonchalante, lambine,
    paresseuse, tant homme que femme. _Notre associ, on peut le dire,
    est une lanterne, une lanterne magique._ Terme parisien populaire,
    etc.

  LANVOUI, s. m. Anvoie, orvet, serpent aveugle, anguille de haie.
    _Les lanvouis ne sont pas venimeux._ Ce terme a t form du mot
    Anvoie. On a dit d'abord, avec l'article: _L'anvoie_; puis,
    faisant de l'article et du substantif un seul mot, on a dit:
    _Lanvoie_ (_une lanvoie_); puis enfin, _un lanvoui_. R. _anguis_?

  LAPAIS ou LAPAY, s. m. Grande oseille sauvage, patience, plante
    trs-propre  purifier le sang. _Tisane de lapais._ En provenal
    on dit: _Lapas_, s. m.; en latin, _lapathum_.

  LAPIDER QUELQU'UN, v. a. (fig.) Le fatiguer par des demandes
    ritres, par des instances importunes. _Finissez, enfants: vous
    me lapidez._

  LARD (UN). Un cochon, un porc. _Tuer un lard; saler un lard; lever
    des lards; engraisser des lards._ Expression savoisienne et
    limousine, qui se retrouve en Sologne (dpartement de
    Loir-et-Cher), et sans doute ailleurs.

  LARGE, s. m. ou f. Mlze, arbre bien connu. _Bois de large; chalas
    de large._ En vieux franais: _Larege_. [Voyez ROQUEFORT,
    _Glossaire de la langue romane_, t. II, p. 64.] R. lat. _larix_.

  LARGE, s. m. Espace, place. _Donner du large_, signifie: Donner de
    l'espace. _Mettez les trois enfants  une table_ _ part, cela
    nous donnera du large._ Expression trs-connue, mais qui n'est pas
    dans les dictionnaires.

  LARGEUR, s. f. Terme de couturire. L. _Vous ajouterez une largeur
     cette robe. Une demi-largeur_ (un demi-l) _suffira pour cette
    jupe_.

  LARMETTE, s. f. (fig.) Trs-petite quantit. _Une larmette de vin;
    une larmette d'eau de cerise._ Employ au sens propre, le mot de
    _larmette_ appartient au vieux franais, et se trouve dans
    quelques dictionnaires.

  LARRON, s. m. Terme des campagnards. Sorte de fourche de fer  deux
    cornes, destine surtout  dcharger les chariots de fumier.

  LARRON, s. m. (fig.) Mouchon, filament enflamm de la mche et qui
    fait couler le suif. _ter un larron._ Terme suisse-roman, signal
    aussi dans le _Dictionnaire_ du patois de Valenciennes.

  LAVOIR, s. m. A Genve ce mot a deux sens, dont un n'est pas exact.
    Nous appelons _lavoir_ l'endroit de la cuisine o on lave la
    vaisselle: ce sens est franais. Nous appelons aussi _lavoir_, la
    pierre en forme de table, et lgrement creuse, sur laquelle on
    lave la vaisselle, et qui a un trou pour l'coulement des eaux. Ce
    sens n'est-pas franais; il faut dire: vier. Jeter des eaux par
    l'vier, par la pierre d'vier. [ACAD.]

  LAVOIR, s. m. Nous disons figurment: _tre dans le lavoir_, pour:
    tre  mme de russir, tre dans une position  faire son chemin.
    Expression fribourgeoise et savoisienne.

  LAYETTE, s. f. Rayon, tagre. _Ranger des livres sur une layette._
    Le mot de Layette est franais; mais il n'a pas la signification
    qu'on lui donne chez nous.

  LCHE (UNE). Trs-petite quantit d'une chose qui se mange. _Je te
    demande un morceau de ce pt, et tu m'en donnes une lche._
    Lche, s. f., est franais.

  LCHEPOT, s. m. Se dit, par drision, d'un homme qui va autour des
    marmites, ttant les viandes et gotant les sauces.

  LCHEPOTER, v. a. Faire le _lchepot_. _L'enfant se glissait dans la
    cuisine pour y lchepoter. Que viens-tu lchepoter ici, Janot?_

  LCHEPOTEUR, s. m. Voyez LCHEPOT, qui a le mme sens.

  LCRELET ou LKERLET, s. m. Voyez CRELET.

  LGAT, s. m. Terme des campagnards. Don laiss par testament. _Faire
    un lgat. Il a eu pour sa part un lgat de deux mille francs._
    Terme savoisien, mridional et vieux franais. R. _legatum_. Le
    mot franais est Legs, qu'on doit prononcer _lai_, comme la
    dernire syllabe du mot _dlai_.

  LGREFASSE, s. f. Grande tonne, tonneau mont sur place. Terme
    suisse-roman. En allemand, _Lgerfass_ a le mme sens.

  LEIZETTE, s. f. Petit lzard. Voyez LINZETTE.

  LMENTE, s. f. C'est sous ce nom que les campagnards dsignent la
    chouette effraie, _strix flammea_ de Linn, laquelle aime  vivre
    dans nos habitations. Les autres espces de chouettes, celles qui
    ne sont pas stationnaires, vivent dans les bois. R. _lamenter_.

  LE MOINS DES MOINS. Le moins, au moins. _Combien de temps durera ton
    voyage?--Six semaines pour le moins des moins._ Expression
    curieuse, usite sans doute ailleurs, mais que je n'ai vue
    consigne nulle part.

  LENDE, s. f. Voyez LANDE.

  LENT, s. m. _Cette viande sent le lent. Le lard prend trs-vite un
    got de lent._ On dit en franais: Un got de relent.

  LENTILL, E, adj. Lentilleux, sem de taches. _Visage lentill;
    peau lentille._ Notre mot de _lentill_ a un sens plus tendu que
    le mot franais correspondant. Nous disons qu'une _robe est
    lentille_, lorsqu'elle est tache de boue. _Me voil toute
    crotte et lentille._ En franais, _lentille_ signifie: Tache de
    rousseur.

  LE PLUS SOUVENT. Expression railleuse et populaire, par laquelle on
    nie ou on infirme ce qu'une personne vient d'avancer. _Eh bien,
    Pierroton, est-il vrai que ce fameux hritage dont tu nous
    parlais, te passera loin du nez?--Oui, mon cher, le plus souvent.
    Ne partez pas avant moi, Messieurs; vous avez promis de
    m'attendre.--Oui, oui, le plus souvent_; c'est--dire: N'y compte
    pas; ne t'imagine pas qu'on t'attende. Dans le franais populaire
    on dit en ce mme sens: _Plus souvent_.

  LES, pron. pers. Les paysans emploient sans cesse _les_ (accusatif)
    pour leur ( eux). _Les bls souffraient beaucoup: cette pluie
    les aura fait du bien. Si ces messieurs aiment les crotes dores,
    on les en fera manger. Vos deux boubes font bien du train, matre
    Antoine.--Je les ai pourtant bien dit de se taire; mais je vais
    les parler sur un autre ton._ Voyez LA, t. II, p. 9.

  LSINEUX, EUSE, adj. et subst. _tre lsineux; devenir lsineux. Ce
    riche Oswald est un lsineux._ Dites: Lsineur, lsineuse.

  LESSIVE, s. f. Prononcez _l-ci-ve_ et non pas _le-ci-ve_.

  LESSIVE, s. f. Ne dites pas: _Avoir la lessive. Nous avons la
    lessive aprs-demain._ Dites: Faire la lessive. Nous faisons la
    lessive aprs-demain.

  LEUR, LUI, pron. pers. C'est parler mal que de dire avec les
    Mridionaux: _Je leur suis parent, vous lui tes cousin_, etc.; il
    faut dire: Je suis leur parent, vous tes son cousin.

  LEURRE (UNE). Ce mot est aujourd'hui masculin; il tait fminin dans
    l'ancien franais. [Voyez le _Dictionnaire franais-anglais_ de
    COTGRAVE.]

  LEVAINS, s. m. pl. _Mettre des levains aux pieds._ Expression suisse
    et savoisienne. On dit en France: Sinapisme. Mettre des
    sinapismes.

  LVE, s. f. Terme de chasse. Oiseau qui sert d'appeau.

  LVE, s. f. Terme de certains jeux de cartes. Leve.

  LVE, s. f. Terme des campagnards. Trouvaille, bnfice. _Faire une
    lve._ S'emploie d'ordinaire ironiquement. _Oh! la belle lve!_
    C'est--dire: La belle chose! Le beau venez-y-voir! Le beau
    rien-du-tout!

  LEVER LA TABLE. Desservir, dgarnir la table, ranger le couvert. _Il
    faut lever la table, Josette; mais vous laisserez la nappe._

  LEVER LE COUDE. Hausser le coude, boire beaucoup, faire excs de
    boissons enivrantes. Franais populaire.

  LE VOICI QU'IL... Dites: Le voici qui. Le voici QUI vient. La voici
    QUI approche. Les voici QUI nous cherchent. Les voici QUI arrivent
    par le bateau. Remarque importante et trop nglige.

  LEVRAUT, s. m. Instrument  peser, peson, sorte de romaine. Terme
    suisse-roman et jurassien. En Savoie on dit: _Levr_ ou _levrai_;
    en vieux franais, _livre_. R. _libra_. Le _Dictionnaire
    franais-anglais_ de COTGRAVE, lequel a enregistr une foule de
    provincialismes, n'a pas oubli _levrault_.

  LIADIRES, s. f. pl. Nom que l'on donne, sur le lac de Genve, 
    certains courants irrguliers qui se forment parfois dans les eaux
     diffrentes poques de l'anne, et entranent les bateaux malgr
    les efforts des rameurs. Ces courants vont tantt dans une
    direction, tantt dans une autre, et n'ont aucun rapport avec le
    courant qui amne les eaux du Valais  Genve. [P. G.]

  LIASSE DE CLEFS, s. f. Trousseau de clefs, trousse.

  LIASSE DE LINGES, s. f. Trousse de linges.

  LIASSE D'OGNONS. Glane. _Liasse de porreaux, liasse de radis,
    liasse de raves, liasse de scorsonres_, etc. Dites: Botte de
    porreaux, botte de radis, botte de raves, botte de scorsonres. En
    franais, Liasse signifie: Paquet de papiers, amas de papiers
    lis ensemble.

  LICHEFRITE, s. f. Lchefrite, ustensile de cuisine.

  [+] LIERRE (LA). _Boire sur la lierre._ Ce fminin est un reste du
    vieux franais. Depuis le commencement du dix-septime sicle on
    dit: Le lierre.

  [+] LIVRE (UNE). Ce solcisme nous vient du patois (_n[)a]
    lvr[)a]_) et du vieux franais. Dans le canton de Vaud, en Savoie
    et en Franche-Comt, les campagnards disent aussi: _Une livre_.
    En provenal, _lbre_ (livre) est fminin. Une des valles des
    Vosges s'appelle _valle de la Livre_.

  LIGNU, s. m. Ligneul, fil poiss des cordonniers. On dit  Lyon:
    _Ligneux_; en Languedoc et en Provence, _lignoou_. _Tirer le
    lignu_, c'est: Exercer l'tat de cordonnier.

  LIMACE, s. f. Se dit figurment d'une personne lente, molle et
    nonchalante. _Je vois venir notre limace. Arriveras-tu enfin,
    limace que tu es?_

  LIMOGE, s. m. Coton fil rouge, dont on se sert pour marquer le
    linge, etc.

  LIN, s. m. Nous disons proverbialement: _Se faire au lin de
    quelqu'un_, pour: Se faire  ses habitudes,  ses gots,  ses
    manires; adopter ses sentiments et ses opinions. Ce terme nous
    vient des campagnards. _Lin_ est un mot patois qui signifie:
    Lien.

  LINCEUIL, s. m. Linceul, drap de toile, drap mortuaire. _Linceuil_
    appartient au vieux franais.

  LINGE, s. m. Nous disons proverbialement d'une personne trs-ple:
    _Elle est blanche comme un linge._ Expression inconnue aux
    dictionnaires.

  LINGRE, s. f. Ouvrire en linge. En France on appelle Lingre
    celle qui fait le linge et qui le vend.

  [+] LINZARD, s. m. Lzard. _Regarde voir ce linzard,
    Jacques.--Ensauve-toi, nigaud, c'est une serpent._ Le fminin est
    _linzarde_.

  LINZETTE, s. f. Petit lzard.

  LIONS, s. m. pl. Terme des campagnards. Se dit d'un mlange de
    lgumes secs, comme fves, haricots, lentilles, pois, dont on fait
    une soupe, qui s'appelle _soupe aux lions_, parce que le bouillon
    en est bien _li_ et trs-farineux. [P. G.]

  [+] LIQUERNE, s. f. Lucarne.

  LIQUETTE, s. f. Trs-petit bateau  pointe carre; batelet pour une
    seule personne. Dans le canton de Vaud on dit: _Liquette_,
    _loquette_ et _lequette_;  Neuchtel, _loquette_. Ces divers
    termes semblent forms du mot patois _lik_ ou _lek_, lequel
    signifie: Glisser.

  LIQUEURISTE, s. m. Liquoriste.

  LISERET, s. m. _Poser un liseret; mettre un liseret._ Terme de
    couturire. crivez et prononcez Liser.

  LISIER ou LISI, s. m. Eau de fumier, eau grasse. Dans le canton de
    Vaud on dit: _Lisier_, _lis_ ou _lus_.

  [+] LISSIVE, s. f. Lessive. _Mettre la lissive; tremper la lissive;
    couler la lissive._ Terme suisse-roman, savoisien, franc-comtois
    et parisien populaire. R. _lixivia_. A la fin du seizime sicle
    on crivait encore avec un _x_, _lexive_.

  LISSU, s. m. Lessive, eau de cendres, eau dtersive, rendue telle
    par la cendre ou par la soude. _Du lissu sec. La couleuse, avant
    les chaudes, lave dans le lissu les ustensiles de cuisine les plus
    communs._ Terme suisse-roman. En Savoie,  Lyon et en Dauphin, on
    dit: _Lissieu_; en Provence, _lissiou_; en Franche-Comt et dans
    le Berry, _lessu_;  Bordeaux, _lessif_. R. lat. _lix, licis_.

  LISTE, s. f. Bande mince de bois, rgle de bois mince et troite.
    _Ajuster une liste._ Terme suisse-roman, savoisien, mridional et
    vieux franais.

  LITEAU, s. m. Latte, morceau de bois refendu selon son fil, long,
    mince et troit. _Mettre des liteaux, clouer des liteaux. Les
    liteaux du plafond._ Ce terme, peu usit en France, et qui ne
    figure point dans le dictionnaire de l'Acadmie, n'a pas, dans les
    dictionnaires qui l'ont recueilli, la signification genevoise.

  LITELAGE, s. m. Lattis, ouvrage de lattes.

  LITELER, v. a. Latter, poser des _liteaux. Liteler une paroi;
    liteler un plafond. Paroi litele._ Dans le patois limousin on
    dit: _Listela_.

  LOIN (TRE). tre parti, s'tre retir. _Les sauteurs de corde sont
    loin. Nos deux voyageurs taient  peine loin que l'incendie
    clata._ Expression trs-rpandue.

  [+] LOINTEUR, s. f. loignement, distance. _J'avais march sans le
    savoir sur le nid de ces gupes, et elles me poursuivirent  une
    trs-grande lointeur._

  [+] LOIRIE, s. f. Hoirie, hritage, succession. _Sur le conseil de
    Mr le notaire, nous avons accept la loirie._ Expression des
    campagnards.

  LONG, s. m. _S'tendre de tout son long._ Les dictionnaires disent:
    S'tendre tout de son long.

  LONGE, s. f. _Une voiture  longe._ Terme suisse-roman et savoisien.
    En France on dit: Une voiture  flche.

  [+] LONGE ( LA), loc. adv. A la longue. _Un peu de patience,
    Monsieur,  la longe vous en viendrez  bout._

  LONGEOLE, s. f. Terme de boucherie. Andouille. En patois:
    _Landile_. Au sens figur, _longeole_ se dit d'une femme ou d'une
    fille trs-grande et trs-maigre. Se dit aussi des choses. _Quelle
    longeole de pipe tu as l._ Nos jardiniers donnent plus
    particulirement le nom de _longeole_  une sorte de longue pomme
    de terre.

  LONG FEU. Au sens figur, _faire long feu en quelque endroit_,
    signifie: Y demeurer longtemps, s'y arrter, y sjourner. _J'ai
    d me rendre  l'invitation d'Ambroise, mais je n'y ai pas fait
    long feu._

  [+] LOQUET, s. m. Hoquet. _Avoir le loquet. Souffrir du loquet._
    Terme parisien populaire, etc. _Loquet_ s'est form de hoquet,
    par addition de l'article _le_ en tte du mot.

  LORGNE, s. m. Oiseau de notre lac, espce de plongeon.

  [+] LOTON, s. m. Laiton. _Une montre en loton._ On lit dans une
    Ordonnance du Petit Conseil sur les monteurs de botes, en l'an
    1710: Est dfendu  tous matres de faire aucun mlange dans
    leurs ouvrages d'or avec du _loton_. Terme suisse-roman,
    savoisien et pimontais.

  [+] LOTTE (UNE). Une hotte. _Il tomba, ayant sur le dos sa lotte
    pleine de terraille._ Terme suisse-roman et savoisien. Aprs avoir
    dit: La hotte, en aspirant l'_h_, on a dit: _L'hotte_, sans
    aspiration; puis beaucoup de personnes s'imaginant que _lotte_
    tait le substantif lui-mme, elles y ont joint l'article, et nous
    avons eu l'expression _la lotte_.

  LOUETTE, s. f. Luette, piglotte. _Avoir la louette basse._ Terme
    franais populaire.

  LOUISE, s. f. Jeton de cuivre  l'usage des enfants dans certains
    jeux. _Payer avec des louises. Au jeu de l'oie on marque
    d'ordinaire avec des louises._

  LOUP, s. m. (fig.) Terme des campagnards. cuyer, faux bourgeon qui
    crot au pied d'un cep.

  LOURD, adv. Beaucoup, considrablement. _Tu as l de bien beaux
    pistolets, mais ils doivent t'avoir cot lourd._

  LOURDEUR, s. f. Pesanteur. _Elle se plaignit tout  coup d'une
    lourdeur dans la tte qui nous inquita._ Ce sens du mot
    _lourdeur_ n'est pas dans les dictionnaires.

  LOURDISE, s. f. Lourderie, faute grossire contre le bon sens ou
    contre la biensance. _Faire lourdise sur lourdise._ Les
    dictionnaires disent que ce mot a vieilli. On s'en sert
    habituellement chez nous.

  LOURIOU, s. m. Loriot, oiseau.

  LOUSTIQUE, adj. Gai, content, joyeux, gaillard. _Les premiers jours
    de printemps nous rendent loustiques. Nous n'tions que six  ce
    repas, mais tous six en belle humeur et loustiques. Comment vous
    portez-vous, voisin?--Sans tre tout  fait loustique, je suis
    dj beaucoup mieux._ Les dictionnaires franais qui ont recueilli
    ce mot ne lui donnent pas cette signification, laquelle pourtant
    est la vritable. R. all. _lustig_.

  LOVAT, s. m. Tique de marais, insecte qui s'attache aux oreilles des
    boeufs et des chiens. Nous disons aussi: _Louvat_ et _lovet_.

  LUC, s. m. Sizerin, sorte de linotte.

  [+] LUCAIRNE, s. f. Voyez LUQUERNE.

  LUCHERAN, s. m. Nom que les campagnards donnent  la chouette et au
    chat-huant. Dans le patois vaudois on dit: _Lutzerou_ et
    _lutzerein_.

  LUGE, s. f. Sorte de traneau sans ferrure, en usage dans les
    montagnes qui nous avoisinent, et qui sert  transporter le bl,
    le foin, le bois, etc.

  LUGER (SE), v. pron. Terme des enfants. Aller en _luge_, aller sur
    un grand _ferron_. Dans le patois vaudois on dit: _Ludji_ ou
    _liuzi_; et dans le dialecte du Jura, _se lutchi_ signifie:
    Glisser sur la glace.

  [+] LUI LA. _Tu crois que je lui la donne, cette belle paume: je lui
    la prte._ Dites: Je _LA_ lui donne, je _LA_ lui prte. _Prends
    ces dix sous, et tu lui les donneras._ Dites: Tu LES lui donneras.

  LUIRE, v. n. Briller, clairer. _Les yeux des chats et ceux des
    loups luisent dans la nuit._ Expression mridionale, etc.

  LUISET, s. m. Petite lucarne. On a dit anciennement: _Huiset_
    (diminutif de _huis_, porte); de l, _l'huiset_ avec l'article, et
    _le luiset_.

  LUMIGNON, s. m. Sorte de petit lampion, sorte de veilleuse. _J'irai
    me coucher sitt que vous aurez prpar le lumignon._ Expression
    connue dans le Berry et sans doute ailleurs. En franais,
    Lumignon signifie: Bout de la mche d'une chandelle ou d'une
    bougie qui achve de brler.

  [+] LUMINON, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses du mot
    Lumignon. _Une bote de luminons._ Terme valaisan, savoisien,
    limousin, berrichon, etc.

  LUNE, s. f. Lunaison, intervalle d'une lune  une autre. _Il pleuvra
    toute cette lune._ Faute gnrale dans le Midi.

  LUNE, s. f. Terme d'colier. Lorsque deux palets ou deux boules se
    trouvent  une gale distance du but, les joueurs disent: _C'est
    lune._ [_Glossaire_ de GAUDY.]

  LUPPE, s. f. Huppe, oiseau. Terme vaudois.

  [+] LUQUERNE ou LUCAIRNE, s. f. _Raccommoder la luquerne._ Terme
    suisse-roman et lyonnais. En franais: Lucarne. R. _lucerna_.


M

  MCHE-MOLLE, s. f. Se dit d'une personne apathique, flasque, lche
    au travail, et qui indique par ses allures cette disposition. Ce
    terme, que nous regardons comme trs-expressif, est form du
    verbe _mcher_ et de l'adverbe _mollement_. On dit aussi
    quelquefois: _Mche-mou_, en parlant d'un homme.

  MCHILLER, v. a. Mchonner, mcher avec difficult ou avec
    ngligence. _Mchiller du papier._ Terme franais populaire.

  MCHILLON, s. m. Objet que l'on _mchille_.

  MCHILLIRE, adj. _Dent mchillire._ Dites: Mchelire.

  MACHIN, s. m. MACHINE et MACHINANTE, s. f. Mots d'un grand secours
    dans la conversation familire, et qui supplent  tous les noms
    quelconques d'objets ou de personnes qui ne se prsentent pas
    promptement  la mmoire. _Tends-moi ce machin. Donne-moi cette
    machinante, pour faire un trou  la cloison._ Franais populaire.

  MCHURE, s. m. Nous appelons _taches de mchure_, les taches que
    l'on se fait autour des marmites. On les appelle aussi _mchuron_
    (_du mchuron_). Terme connu chez nos proches voisins. Le verbe
    Mchurer, v. a., est franais.

  MADOTE, s. f. _Poire madote._ Dites: Poire amadote: terme form par
    corruption du mot Damoudot ou plutt _dame Oudet_, laquelle dame
    tait du village de Demigni, entre Beaune et Chlons, et eut la
    premire de ces fruits en ce pays-l. [Voyez LACOMBE,
    _Dictionnaire du Vieux langage_, t. Ier, p. 23.]

  [+] MADOU, s. m. Amadou.

  [+] MAGINER, v. a. Voyez MAGINER.

  MAGNIN, s. m. Drouineur, chaudronnier ambulant. Quand le temps est
    trs-sombre et le ciel trs-charg, nous disons figurment et
    factieusement: _Il va pleuvoir des magnins_. _Magnin_ est un
    terme suisse, savoisien, franc-comtois et vieux franais. En
    Bourgogne on dit: _Maignier_; en Berry, _mignan_;  Metz, _magni_;
    en Normandie, _magnan_. La premire dition du dictionnaire de
    l'Acadmie franaise [1694] dit: _Maignen_. En vieux franais,
    _magnan_ signifie: Chaudron.

  MGNU ou MAGNU, s. m. Lourdaud, homme pais de corps et d'esprit,
    butor. _Un gros mgnu. Voyez donc ce mgnu qui m'a bris ce
    miroir._

  MAIGRIR, v. a. _La maladie t'a maigri. Les chagrins vous ont
    beaucoup maigri._ Maigrir est un verbe neutre. Il faut dire:
    Amaigrir. La maladie t'a amaigri.

  MAIGROLET, ETTE, adj. Maigrelet. _La femme est une grosse pitaude;
    le mari est couairu et maigrolet._

  MAIGRULE, s. f. Fille ou femme trs-maigre.

  MAILLER, v. neutre. Se dit de la viande qui a t cuite trop
    frache, et qui s'aplatit, s'tend, s'crase sous la dent plutt
    que de se couper. _Ce veau est d'une bonne qualit: c'est dommage
    qu'il maille._

  MAILLER, v. actif. Tordre, tortuer, fausser, froisser, marteler.
    Mailler une clef. _Mailler une branche de chne pour en faire une
    rioute_ (un lien). _Tout en croyant plaisanter, il a fini par
    mailler le bras de sa soeur._ Terme franc-comtois. R. _malleus_.
    Mailler est franais dans des acceptions diffrentes.

  MAILLOT, s. m. Maillet, mailloche, gros marteau de bois. On dit 
    Bordeaux: _Mailloc_.

  MAIN, s. f. Nous disons figurment d'une personne ouverte et loyale:
    _Elle a le coeur sur la main._ L'Acadmie dit: Elle a le coeur
    sur les lvres.

  MAINS CHAUDES. Sorte de jeu. _Jouer  mains chaudes._ On dit en
    France: Jouer  pied de boeuf.

  MAINS NOIRES. Nous disons, sous forme d'encouragement,  un ouvrier
    qui se rebute d'une occupation pnible: _Les mains noires font
    manger le pain blanc_, c'est--dire: Le travail procure l'aisance.

  [+] MAIRERIE, s. f. _L'htel de la mairerie._ Franais populaire et
    vieux franais. On dit aujourd'hui: Mairie. Htel de la mairie.

  MAIS, adv. Terme des campagnards. De nouveau, derechef, encore une
    fois, en sus. _Voyez cette coffe qui a_ mais _sali sa robe_.
    _Voil beaucoup de niolles dans le Jura, il pleuvra_ mais. _Oh! la
    maladroite, la voil_ mais _par terre. Ton ouvrage est mal fait,
    Joson, il faudra_ mais _le recommencer_. Ce sens n'est pas dans
    les dictionnaires.

  MAL, adj. des 2 genres. Mauvais. _Ce vin n'est pas mal. Ton thme de
    prix n'est pas mal._ En vieux franais, _mal_ tait adjectif. On
    disait, par exemple, _male femme_, pour: Mchante femme: _male
    bouche_, pour: Mauvaise bouche; _male mort_, pour: Mort funeste;
    _male fortune_, pour: Infortune; et nous disons encore  Genve:
    _Male vie_, pour: Mauvaise vie. Le mot Malheur n'est autre chose
    que la runion des deux mots _male heure_, mauvaise heure. En
    provenal, _mal an_ signifie: Mauvaise anne.

  MAL, s. m. Nous disons: _Se faire mal_, pour: Se blesser. _Elle
    s'tait fait mal au doigt. Il s'est fait mal au pied._ Cette
    expression, fort connue en Suisse, en Savoie, en Provence et
    ailleurs, n'est pas mentionne dans les dictionnaires.

  MAL, s. m. Plaie, ulcre. _L'enfant du pauvre Doguet est plein de
    mal._ Franais populaire.

  MALADIE, s. f. L'expression _faire une maladie_, est si rpandue, si
    claire et si commode, qu'elle mriterait presque d'tre franaise.
    Ce qu'il y a de certain, c'est que cette phrase: J'ai _eu une_
    maladie, forme une cacophonie horrible, dont l'oreille dlicate
    du peuple ne s'accommodera jamais. J.-J. ROUSSEAU a dit: Il est
    singulier que je n'ai jamais fait de grandes maladies  la
    campagne. [_Confessions_, liv. VI.]

  MALADIER, v. n. tre malade, languir, traner. _La pauvre Alix ne
    veut pas maladier longtemps._ T. des campagnards.

  MALADISTE, adj. _Enfant maladiste; jeune fille maladiste._ Dites:
    Maladif, maladive.

  MALAGNOU ou MARAGNOU, s. m. Muscardin, petit mammifre rongeur, du
    genre des loirs.

  MALAISE, adj. Ne dites pas: _Je me sens tout malaise_; dites: J'ai
    beaucoup de malaise, ou employez une expression quivalente. Voyez
    AISE.

  MALAISE, s. f. Dans le langage le plus familier, _faire danser 
    quelqu'un la malaise_ signifie: Lui administrer une correction,
    le rosser, l'triller.

  [+] MALATRU, TRUE, substantif. Malotru, malotrue. _Un malatru nous
    vint au rencontre et nous agonisa._

  MALATRU, TRUE, adjectif. Se dit des choses et signifie: Us,
    dlabr, en mauvais tat. _Des malatrus souliers; un malatru
    chapeau. Voyez, mon bon Monsieur, l'tat misrable o je suis; je
    n'ai que cette malatrue veste et ce crouye pantalon._ Dans le
    vieux franais, _malotru_ ou plutt _malostru_ et _malestruz_,
    adjectifs, signifiaient: Chtif, misrable. R. _mal structus_.
    Dans le langage franais actuel, Malotru n'est pas adjectif.

  MALCOMMODE, adj. Incommode, peu commode. _Voiture malcommode;
    fauteuil malcommode_.

  MALCOMPLAISANT, ANTE, adj. et s. Peu complaisant, qui manque de
    complaisance. _Tu es une malcomplaisante, Fanny.--Malcomplaisante
    toi-mme._ Terme gnralement connu et usit, mais que nul
    dictionnaire n'a encore admis.

  MALCONTENT, ENTE, adj. Mcontent. L'Acadmie dit que le mot de
    _malcontent_ a vieilli. Il est fort habituel chez nous.

  MAL DU PAYS, s. m. Maladie du pays, nostalgie. _Avoir le mal du
    pays; succomber au mal du pays._ Terme suisse-roman et savoisien.
    C'est la traduction littrale du mot allemand: _Heimweh_.

  MALEMPARE, s. f. Mauvaise tournure d'un vnement, mauvaise
    tournure d'une affaire. _Quand il a vu la malempare, et que la
    querelle s'chauffait, il a prudemment lev le pied._ Terme
    vaudois, savoisien, etc.

  MAL EN TRAIN, adj. Peu en train, mal dispos, dtraqu, sans courage
    au travail. _Je me sentais tout mal en train._ Voyez ENTRAIN, s.
    m.

  MALET, s. m. Convulsions nerveuses des enfants au maillot. _Le
    malet bleu; le malet blanc. Le rire du malet. Sirop pour le
    malet._ Terme suisse-roman et savoisien.

  MALEVIE, s. f. Ce mot signifie littralement: Mauvaise vie, et se
    dit de certaines choses qui sont  la fois trs-mauvaises et
    excessives dans leur genre. Ainsi, _un vacarme de malevie_, est:
    Un vacarme pouvantable. _Une faim de malevie_, est: Une faim
    dvorante. On dit de mme: _Une colre de malevie, un dsordre de
    malevie_, etc. On se sert aussi du mot de _malevie_ pour viter
    celui de diable. _Cet enfant a la malevie pour faire tout ce
    qu'on lui dfend. C'est bien la malevie si je ne viens pas  bout
    de ce travail. Faire ces tours d'escamotage, ce n'est pas la
    malevie._ Terme suisse-roman.

  MALHONNTE, substantif des 2 genres. Impoli, indiscret. _Vous tes
    un malhonnte, Monsieur: passez votre chemin. Voyez ces deux
    malhonntes, qui ne daignent pas nous saluer._ Malhonnte n'est
    jamais substantif.

  MALICE, s. f. _Donner une malice_, signifie, dans le langage des
    campagnards: Donner un sort, jeter un sort, ensorceler. Les
    paysans, non-seulement de notre canton, mais encore de toute
    l'Europe, croient qu'on peut ensorceler eux, leur btail et leurs
    rcoltes, au moyen de paroles, de drogues ou de plantes. [P. G.]

  MALIN, LIGNE, adj. Difficile, en parlant des choses. _Grimper au
    haut de cet arbre, voil qui est malin!_ c'est--dire: Voil une
    belle prouesse!... Franais populaire.

  MALINE, adj. et s. f. Orthographe et prononciation vicieuses du mot
    Maligne. _La fivre maline._ Terme franais populaire et vieux
    franais. Nous disons de mme: _Consiner, manifique, companie,
    cliner les yeux_, etc.

  MALLE, s. f. Nous disons trivialement d'un homme ivre: _Il a sa
    malle_.

  MALMR, RE, adj. Qui n'est pas assez mr. _Fruit malmr._ Terme de
    la Suisse romane, etc.

  MALOTTE, s. f. Motte de terre. En Savoie, _malotte_ se dit
    non-seulement des mottes de terre, mais aussi des boules de neige
    que font les enfants.

  MANCHE, s. f. Nous disons proverbialement d'un homme ferme, habile,
    rsolu et qui sait ce qu'il se veut: _Il ne se mouche pas de la
    manche_. L'Acadmie dit: Il ne se mouche pas SUR la manche.

  MANCHE, s. m. Queue. (fig.) Nous disons figurment: _Tenir le manche
    de la pole_, pour signifier: Conduire une affaire, en avoir la
    direction principale. _C'est Monsieur tel qui est le grand meneur;
    c'est lui qui tient le manche de la pole._ On dirait en franais:
    C'est Monsieur tel qui tient la queue de la pole.

  MANCHE DE VESTE, s. f. _Avoir les jambes en manche de veste_, est
    une expression burlesque qui signifie: Avoir les jambes torses et
    contrefaites; tre mal bti; avoir les jambes en faucille, comme
    s'exprime le _Dictionnaire du Bas langage_, t. Ier, p. 378.

  MANCHETTES, s. f. pl. Nous disons proverbialement d'un vtement,
    d'un ajustement quelconque qui est trop beau pour la personne qui
    en est pare: _Cela lui va comme des manchettes  un cochon_.

  MANDEMENT (LE). _Habiter le Mandement. S'tablir dans le Mandement.
    Les principaux villages du Mandement sont: Bourdigny, Peney,
    Satigny, Dardagny et Russin._ Voici l'origine de ce terme. Au
    commencement du seizime sicle, l'vque de Genve possdait 
    quelques lieues de sa rsidence trois petits territoires ou
    _mandements_, savoir ceux de Thiez, de Jussy et de Peney, et
    chacun d'eux avait son chtelain qui administrait au nom du
    prlat. Le mandement de Thiez fut perdu aprs la Rformation. Ceux
    de Jussy et de Peney sont rests  la rpublique; celui de Peney
    seul a conserv le nom de _mandement_. Ainsi l'expression de
    _mandement_ signifie: District, juridiction, territoire confi
    par l'vque  l'administration d'un chtelain ou d'un bailli.
    Aucun dictionnaire usuel, ni mme le _Glossaire roman_ de
    ROQUEFORT, n'ont signal cette signification, assez notable, du
    mot _mandement_. Le district d'Aigle (canton de Vaud), tait
    anciennement divis en quatre _mandements_. Dans le latin du moyen
    ge, on disait: _Mandamentum_.

  MANGEOIRE, s. f. Auget de cage, petit bocal o l'on place la
    mangeaille d'un oiseau. Mangeoire, en franais, ne se dit que de
    l'auge o mangent les chevaux. En languedocien, _manjhadou_ a le
    sens de notre mot _mangeoire_.

  MANGER, v. a. Nous disons proverbialement d'une personne fort riche:
    _Elle mange l'or  la cuiller_. On dit en franais: Elle remue
    l'argent  la pelle, expression moins nergique peut-tre que la
    ntre.

  MANGER, v. a. (fig.) Mordre, piquer, dvorer. Se dit de certains
    insectes qui s'attachent  la peau de l'homme et des animaux. _La
    pauvre enfant tait mange des puces._ Expression mridionale,
    etc.

  MANGER, v. a. (fig.) Employer, faire perdre. _Je renoncerai  cette
    excursion: elle me mangerait trop d'argent. La fte d'Interlaken
    fut brillante; mais elle nous mangea environ trois jours._ Ce
    sens, un peu trivial, du verbe _manger_, n'est pas dans les
    dictionnaires.

  MANGER UN ORDRE. Oublier un ordre, oublier une commission. _Je lui
    avais prescrit de m'attendre au dbarcadre, mais il a mang
    l'ordre._ Franais populaire.

  MANGER (SE), v. pron. Se ruiner en folles dpenses. _C'est un homme
    qui se mange, et auquel il ne restera bientt pas un cu._

  MANGER (SE), v. rc. Se quereller. _Les entendez-vous qui se
    mangent? Ils ne se rencontrent jamais sans se manger._

  MANIANCE, s. f. Maniement, administration, jouissance. Ne s'emploie
    gure que dans cette expression: _Avoir en maniance_,
    c'est--dire: Manier, avoir le maniement de, administrer. _Du
    moment que ce jeune homme eut toute sa fortune en maniance, il se
    drangea._ Terme vieux franais, etc.

  MANICLE, s. f. Gabegie, manigance, mystre, manoeuvre secrte et
    artificieuse. _tre dans la manicle_, veut dire: tre dans le
    secret, tre initi  l'intrigue. On dit dans le mme sens:
    _Connatre la manicle, savoir la manicle_.

  MANIRE (DE). Ne dites pas: _De manire  ce que_, dites: De
    manire que, ou: De sorte que. _De manire  ce que_ est un
    barbarisme qui a pass insensiblement du langage populaire dans le
    style des romanciers et des feuilletonistes, et qui est
    aujourd'hui install et achaland. Dire que M. BESCHERELLE, si
    indulgent pour les nologismes, condamne absolument cette
    expression tranarde, c'est en faire, il me semble, une suffisante
    critique.

  [+] MANIFIQUE, adj. Orthographe et prononciation vicieuses du mot
    Magnifique, dont l'articulation _gn_ est mouille. _On nous
    servit une fricasse manifique._ Cette faute, qui se fait en
    Lorraine et sans doute ailleurs, est une tradition du vieux
    franais.

  MANILLE, s. f. (_ll_ mouills.) Anse. _La manille d'un pot. La
    manille lui est demeure  la main._ Terme suisse-roman,
    savoisien, languedocien et vieux franais. En Dauphin on dit:
    _Maneille_;  Lyon, _manillon_; en provenal, _maneyo_; en rouchi,
    _manique_. R. _manus_.

  MANNE, s. f. Drogue purgative. On doit prononcer _mne_.

  [+] MANQUABLEMENT, adv. Immanquablement.

  MANQUE  TOUCHE, s. m. (fig.) Manque  toucher, manque de tact,
    gaucherie. _Faire un manque  touche. Son manque  touche le mit
    dans un embarras cruel._ Au sens propre, les dictionnaires disent:
    Un manque de touche, ou: Un manque  toucher; mais
    l'expression _manque  touche_ n'est jamais franaise.

  MANQUER, v. n. _Ils ont manqu tre pris. Il a manqu tomber; elle a
    manqu s'estropier. Un cheval a manqu l'craser._ Tous les
    dictionnaires et la majorit des grammairiens veulent qu'on ajoute
    la prposition _de_, et qu'on dise: Il a manqu DE tomber. Elle a
    manqu DE s'estropier.

  MANQUER (SE). Manquer, se tromper, faillir. _Notre jeune colier
    s'est manqu deux fois en rcitant sa leon. Suivez ce chemin, mes
    amis, vous ne pouvez pas vous manquer._ Terme suisse-roman,
    savoisien et mridional.

  MANQUER (SE). Manquer, tre de moins. _Quand le commissionnaire fut
    parti, et que je voulus reconnatre la somme, il s'y manquait dix
    francs._

  MANTEAU, s. m. _Le manteau d'un chat, le manteau d'un cheval, le
    manteau d'un chien._ On dit en franais: La robe.

  MANTILLAGE, s. m. Linge de table, assortiment de linge de table. _Un
    beau mantillage; un mantillage us._ En vieux franais, _mantil_
    ou _mantiz_ ont le mme sens. Dans le canton de Vaud, en Savoie et
     Besanon, _manti_ signifie: Nappe. En latin, _mantile_ veut
    dire: Essuie-mains, serviette.

  MPELU, s. m. Malotru, bltre. Ce terme, qui nous vient du patois,
    signifie: Mal pel. En vieux franais, _pelu_ ou _pellu_ veut
    dire: Rempli de poils, sale, malpropre.

  MPIS ou MPI, s. m. Bille, gobille, chique, petite boule de grs ou
    de marbre dont s'amusent les jeunes enfants. _Jouer aux mpis. Le
    jeu des mpis._ A Genve, ceux qui veulent mieux parler disent:
    _Marbron_.

  MPU, s. m. Butor, lourdaud, malotru.

  MARAGNOU, s. m. Muscardin. Voyez MALAGNOU.

  MARAIN, s. m. Gravois, pltras. _Un tombereau de marain._ Terme
    lyonnais, etc.

  MARATAGE, s. m. Brocantage, troc.

  MARATER, v. a. Brocanter, troquer, changer. En provenal, _barata_
    a le mme sens. En vieux franais, _barater_ signifie: Tromper,
    frauder.

  MARATEUR, MARATEUSE, s. Brocanteur, brocanteuse.

  MARBRON, s. m. Bille, gobille, _mpis_. _Jouer aux marbrons. Le jeu
    des marbrons._

  MARC DE CAF, MARC DE RAISIN, s. m. Le _c_ final du mot _marc_ ne se
    prononce pas, et la syllabe _ar_ est trs-brve.

  MARCHANDEUR, MARCHANDEUSE, s. Celui ou celle qui dispute sur le prix
    d'une marchandise. _Il est trs-riche, et pourtant trs-grand
    marchandeur._

  MARCHER, v. a. Quand une Genevoise dit  quelqu'un: _Vous me
    marchez_, ou: _Vous me marchez dessus_, cela signifie: Vous
    marchez sur ma robe. L'expression: _Vous me marchez_, est un peu
    trange, mais elle n'est pas particulire  notre ville. [Voyez
    les Glossaires mridionaux.]

  MARCORET, s. m. Mercuriale, plante. Dans le canton de Vaud on dit:
    _Mercoret_.

  MARGALLE, s. f. Sorte de petite cerise noire.

  MARGOT, s. f. Femme ou fille inepte, sotte, stupide. S'emploie
    quelquefois adjectivement. _Votre Marianne est plus margot que je
    ne sais quoi._ En franais, Une margot signifie: 1 Une bavarde;
    2 Une honte.

  MARGOTTE, s. f. Marcotte. _Une margotte d'oeillet; planter des
    margottes._ Franais populaire.

  MARGOTTER, v. a. Marcotter.

  MARGUERITES, s. f. pl. (fig.) Cheveux grisonnants.

  MARIAGE, s. m. _Au mariage et  la mort, le diable fait son effort._
    Proverbe genevois qui signifie qu' chaque _mariage_ et  chaque
    _mort_ les caquets et les mdisances vont grand train.

  MARIAUDER ou MARIAUTER, v. a. Ne s'emploie gure que dans cette
    phrase: _Mariauder un enfant_, c'est--dire: Le manier, le porter
    sans prcaution, le faire sauter brusquement. _Ne lui donnez pas
    cette petite fille  mariauder._

  MARIER, v. a. Se marier avec, pouser. _Sais-tu que Jacques, le
    clibataire, va marier la fille  Truchet?_ Franais populaire.

  MARMANGER (SE), v. rc. Se quereller vivement, s'entre-manger. _Nos
    deux voisines sont toujours  se marmanger._ Terme peu noble, mais
    nergique.

  MARMOTTEUR, MARMOTTEUSE, s. Celui ou celle qui a l'habitude de
    marmotter, de rpliquer, de se plaindre sans raison. _Tu es une
    marmotteuse, Jenny, et je te punirai._

  MARMOTTINE, s. f. Terme de modiste. Marmotte, sorte de mouchoir qui
    enveloppe la tte.

  MARMOUNER, v. n. Marmonner, marmotter, marronner.

  MAROQUIN, s. m. (fig.) _En vouloir au maroquin_, signifie:
    Ambitionner, convoiter les hautes places de la Rpublique.
    Expression figure qui se prend d'ordinaire en mauvaise part.

  MARQUAINE ou MARQUE, s. f. Craie rouge ou blanche.

  MARTEAU, s. m. Dent mchelire, grosse dent. _Souffrir d'un marteau;
    se faire tirer un marteau._ Terme populaire, fort usit dans la
    Suisse franaise, en Savoie,  Lyon et en Franche-Comt, mais qui
    n'a t recueilli jusqu' prsent par aucun dictionnaire franais.

  MARTEAU, s. m. Capron, grosse fraise ronde que l'on cultive dans nos
    jardins. [P. G.]

  MARTRISER, v. a. Martyriser. _Elle se martrise pour gagner
    quelques pauvres sous._ A Neuchtel on dit: _Marturiser_.

  MARTINATIER, s. m. Propritaire ou directeur d'un martinet,
    c'est--dire, d'une usine.

  MARTIN VIT, s. m. Sorte de jeu qu'on appelle en France: Petit
    bonhomme vit encore. _Martin vit.--Vit-il toujours?--Toujours il
    vit._

  MARTIROLET ou MARTIROLAT, s. m. Martelet, martinet de murailles,
    espce d'hirondelle.

  MARTYRE, s. m. (fig.) Nous disons, en retranchant l'article:
    _Souffrir martyre. Son bavardage incessant nous faisait souffrir
    martyre._ Les dictionnaires disent: Souffrir LE martyre.

  MAS, s. m. Ce que nous appelons _Mas de maisons_ s'appelle en
    franais: le. Et quand nous disons: _Trente poses de vigne en
    un seul mas_, les Franais disent: ----en un mme clos. Dans le
    vieux franais, _mas_ signifiait: Territoire appartenant  un mme
    seigneur.

  MSILLES, s. f. pl. Voyez MZILLES.

  MAT (prononcez _matt_), MATTE, adj. Se dit surtout du linge et
    signifie: Qui a quelque humidit, qui est un peu mouill. _Des
    serviettes mattes. Les draps restent mats, lorsque, aprs la
    lessive, ils n'ont pas t suffisamment exposs au soleil._ Nous
    le disons aussi de la peau. _La transpiration commence, et la peau
    devient un peu matte._ En franais, _mat_, adjectif, n'a aucun de
    ces deux sens. Dans le pays d'Enhaut (canton de Vaud), _matzo_
    signifie: Humide.

  MATAFAN, s. m. Lourdaud, bltre. _Matafan que tu es, feras-tu une
    fois en ta vie quelque chose de bien?_ Voyez MATE-FAIM.

  MATAGASSE, s. f. Pie-griche, et au figur: Femme dont l'humeur est
    aigre et querelleuse. Dans le canton de Vaud on dit: _Matagasse_
    et _montagasse_; en Languedoc, _amargasse_; en Provence,
    _darnagasse_. R. _agasse_ (pie).

  MATE ou MATTE, s. f. Terme des campagnards. Tas, monceau. _Une matte
    de foin._ Voyez MATOLLE. En Languedoc, _mate_ signifie: Une
    touffe, une fane.

  MATE-FAIM, s. m. Terme culinaire. Sorte de crpe fort nourrissante,
    et qui, par consquent, _mate la faim_. _Mate-faim aux pommes._
    Terme suisse-roman, savoisien et franais populaire. En patois on
    dit: _Matafan_.

  MATERAT, s. m. Bcassine sourde. Quelques-uns crivent _matras_.

  MATIN, s. m. C'est parler mal que de dire: _J'irai grand matin; on
    se lvera bon matin_. Il faut dire: J'irai DE grand matin; on se
    lvera DE bon matin. C'est parler mal aussi que de dire: _Venez
    du matin; on partira du matin_. [Voyez t. Ier, p. 159.]

  MATINIER, IRE, adj. Matinal. _Tu es bien matinier, Victor._
    Matinier est franais, mais dans une acception un peu
    diffrente.

  MATOLLE, s. f. Masse de beurre ordinairement ronde. _Une grosse
    matolle; une petite matolle. Le beurre destin  tre fondu se
    vend en matolles._ Terme connu aussi dans la Suisse romane, en
    Chablais et dans le Faucigny. A Aigle (canton de Vaud), 
    Chambry, et ailleurs sans doute, on dit: _Malotte_. Or, ce mot de
    _malotte_ est notre mot de _matolle_, dont les lettres sont
    transposes. Dans le Jura, _matolle_ signifie: Boule de neige
    faonne entre les mains. R. _matte_, terme patois, qui veut dire:
    Tas, monceau.

  MATOQUE, s. f. et adj. Nigaude, sotte, bcasse. _Tu es bien matoque,
    ma pauvre Thrse, de croire tous les contes que ce jeune homme
    vient te faire. Oh! la matoque de fille, qui ne sait pas
    distinguer un lapin d'un livre!_ Terme connu en Suisse et en
    Savoie. Quelquefois _matoque_ se dit en parlant des choses. _Voyez
    cette matoque de cafetire, qui met une heure de temps  cuire!_ A
    Reims, _mastoque_ signifie: Lourdaud, grossier.

  MATRAS, s. m. Engrais, fumier, [P.G.] Terme usit aussi dans le
    Jura. [Voyez MONNIER, _Vocabulaire de la langue rustique du
    Jura_.]

  MATRASSER, v. a. Fumer un terrain, y pandre de l'engrais ou du
    fumier, [P. G.]

  MAUVAIS, MAUVAISE, adj. Cet adjectif, pris dans le sens de
    mchant, se dit quelquefois des animaux, et surtout des btes 
    cornes. _Prenez garde, Messieurs: cette vache est mauvaise, elle
    donne._

  MAUVAISES RAISONS. Paroles offensantes, propos injurieux. _Dire des
    mauvaises raisons. Je lui parlais avec douceur et sans me fcher;
    mais lui, il s'est mont, et a fini par me dire un tas de
    mauvaises raisons._ Expression dauphinoise, etc.

  MAYLE, s. f. (Prononcez _male_.) Exclamation ironique, terme de
    moquerie, usit surtout parmi les enfants. _Oh! la mayle, qui
    s'est laiss battre par une petite fille! Faites-lui tous mayle!_
    Ce mot vient par corruption de _mariole_, qui, dans plusieurs
    dialectes de France, signifie: Un homme dont on ne fait point de
    cas, un homme de rien, un tmoin peu digne de foi. En vieux
    franais, _mariolet_ voulait dire: Enfant inepte, jeune homme
    inconsquent. [Voyez le _Dictionnaire roman-wallon_ de DON
    FRANOIS, et le _Dictionnaire franais-latin_ de ROBERT ESTIENNE,
    1605, in-4.]

  MAZILLES ou MAZILS, s. f. pl. L'argent que possde une personne.
    _Avoir des mazilles. Compter ses mazilles._ Le peuple parisien
    dit: _Avoir de la mazille_. Dans le Berry et en Picardie,
    _mazille_ signifie: Mauvaise monnaie de cuivre.

  MCANIQUE (UN). _Le mcanique de l'horloge s'est drang._ _Le
    mcanique_ est palpable. [CH. BONNET, _Contemplation de la
    nature_, XIe partie, ch. 27.] Ce mot est fminin.

  MCREDI, s. m. crivez et prononcez Mercredi.

  [+] MEDAILLE, s. f. _Regarde, papa, j'ai la medaille._ crivez et
    prononcez Mdaille.

  MDECINAL, ALE, adj. crivez Mdicinal. Herbe mdicinale, potion
    mdicinale. [ACAD.]

  MDILLON, s. m. Sorte de rigole pave. _L'eau sjournait dans le
    mdillon._

  MEICLE, s. m. (Prononcez _mey-clle_, _ll_ mouills.) Terme rural qui
    signifie: Mlange, et plus particulirement: 1 Un mlange de
    seigle et de bl, soit Mteil. _Pain de meicle; farine de meicle;
    semer du meicle._ 2 Un mlange de paille et de foin, que les
    campagnards font manger en hiver  leurs vaches et  leurs
    chevaux. En Languedoc on dit: _Mescle_. Le verbe provenal
    _mescla_ signifie: Mler, mlanger.

  MLZE (LA). _La mlze dure bien plus que le sapin._ Ce mot est
    masculin. Le genre fminin appartient au vieux franais, et s'est
    conserv en Savoie et sans doute ailleurs. Nos campagnards
    prononcent _melze_.

  MELIZE, s. f. Plante mdicinale. _Une infusion de melize._ Terme
    savoisien et lyonnais. crivez et prononcez Mlisse.

  MLON-MLETTE, adv. Ple-mle. En Picardie on dit: _Melon-melette_;
    dans le patois bourguignon et en Franche-Comt, _maulin-maulo_; en
    Normandie, _mli-mlo_.

  MEMBR, E, adj. _Un homme vigoureux et bien membr._ Terme franais
    populaire. Dites: Membru, c'est--dire: Qui a les membres gros et
    puissants.

  MMORISATION, s. f. Voyez MMORISER.

  MMORISER, v. n. Apprendre par coeur et retenir ce qu'on a appris.
    _Les orateurs ont souvent une peine extrme  mmoriser. Le
    travail de la mmorisation est pour beaucoup de prdicateurs un
    travail ingrat et difficile._ Termes excellents.

  MNAGE, s. m. Nous disons: _Se mettre  son mnage._ Nous disons
    galement: _Se mettre dans son mnage. Aussitt maris, les futurs
    poux se mettront dans leur mnage; se mettront  leur mnage._ Le
    dictionnaire de l'Acadmie dit: Se mettre EN mnage.

  MNAGRE, s. f. Petit tablier de femme.

  MEN, NE, adj. Se dit des choses, et signifie: Us. _Un habit
    men; des serviettes menes._

  MENER, v. a. (fig.) Dans le langage des campagnards: _Un tel mne sa
    soixantime anne_, signifie: Un tel est dans sa soixantime
    anne; il court sa soixantime anne.

  MENER SA LANGUE. Jaser, bavarder, mdire.

  MENER UNE CONDUITE. _Ce jeune homme ne mne pas une conduite qui lui
    fasse honneur._ On dit en franais: Tenir une conduite. Mais il
    est correct de dire: Mener une vie. Ce jeune homme mne une vie
    dissipe.

  MENIRES, s. f. pl. Lisires, bandes d'toffe ou cordons attachs
    aux robes des petits enfants pour les soutenir quand ils
    s'essaient  marcher. _Votre petit John marche-t-il?--Vous
    m'excuserez, Monsieur: il va encore avec les menires._

  MENILLE, s. f. Jeu de cartes, espce de brelan. Au sens figur nous
    disons de quelqu'un qui est dupe dans une affaire: _Il est
    menille_.

  MENTEUR, s. m. Le proverbe suivant: _On attrape plus vite un menteur
    qu'un voleur_, signifie: Que les mensonges se dcouvrent
    facilement. Ce dicton, trs-rpandu  Genve et chez nos voisins,
    ne se trouve dans aucun des dictionnaires que j'ai consults.

  MENTON  TAPETTE, s. m. Menton pointu et recourb, menton DE
    galloche, et non pas _menton  galloche_, comme nous le disons
    ordinairement.

  MENUSAILLE, s. f. Menuaille, petite monnaie. _Il ne m'a pay qu'en
    menusaille._ Dans la Franche-Comt on dit: _Menuisaille_.

  MENUSERIE, s. f. Menuiserie. MENUSIER, s. m. Menuisier.

  [+] MNUTIE, s. f. Minutie. MNUTIEUX. Minutieux.

  MPHIBOSET, s. m. Petit homme mal bti. La chambre de Milice
    pourra dispenser du service les malades et les _mphibosets_.
    [_Troisime Visite de l'aristocrate_; brochure genevoise anonyme,
    anne 1791.] On dit quelquefois au fminin: _Mphibosette. Une
    petite mphibosette._

  MPRISER (SE), v. pron. Mpriser, ddaigner; se refuser par fiert 
    faire une chose. _Oui, Monsieur le pasteur, je dois vous le dire:
    Ma fille se mprise de porter l'eau; elle se mprise mme d'aller
    promener avec nous. Ton pre est cordonnier, et tu te mprises de
    prendre cette profession?_

  MERANDE ou MERENDE, s. f. Terme des campagnards. Petit repas qui se
    fait  quatre heures de l'aprs-midi; goter. Dans plusieurs de
    nos villages, ce repas s'appelle _gotairon_. Le repas de onze
    heures ou midi s'appelle _gota_; le repas du matin, _din-na_ ou
    _dna_; le repas du soir, _s'p[)a]_ ou _ch'p[)a]_. Le mot
    _merande_, connu dans toute la Suisse romane, en Chablais, en
    Faucigny et dans les trois quarts de la France, appartient au
    vieux franais. R. lat. _merenda_.

  MERCI DE. _Merci de la peine; merci du compliment; merci de votre
    bon souvenir._ Cette expression familire, trs-usite chez nous
    et probablement dans tous les pays o l'on parle franais, n'est
    consigne nulle part. Les dictionnaires disent: Merci, sans
    ajouter de rgime.

  MERDAILLON, s. m. Terme injurieux, dont on qualifie quelquefois un
    bambin ridicule, un blanc-bec, un petit bonhomme qui veut se
    donner de grands airs. Terme franais populaire.

  MRE, s. f. Nous disons proverbialement: _C'est tout ma mre m'a
    fait_, pour signifier: C'est tout un; il n'y a aucune diffrence
    entre ces choses; c'est blanc bonnet, bonnet blanc. _Prenez
    l'oncle, prenez le neveu: c'est tout ma mre m'a fait_;
    c'est--dire: Ils ne valent pas mieux l'un que l'autre.

  MRDI, s. m. Raifort sauvage. Ce terme, connu dans le canton de
    Vaud, vient de l'allemand _Meerrettig_, qui a le mme sens que
    _mrdi_.

  MRIDIEN (LE). _Rgler une pendule au mridien._ Terme dauphinois et
    provenal. Dites:  la mridienne.

  MERINGU, E, adj. Terme de ptissier. _Tfet meringu; biscuit
    meringu; bton meringu._ Meringue est franais.

  MERISE, s. f. Ce que nous appelons  Genve _merise_, s'appelle en
    franais: Griotte. La _merise_ est une cerise sauvage. La
    _merise douce_ est une Guigne.

  MERISIER, s. m. Griottier, guignier.

  MERVEILLES, s. f. pl. Rubans de pte cuits dans le beurre. _Un plat
    de merveilles. On nous servit  goter des crotes dores et des
    merveilles._

  MESAILLE, s. f. Terme des collgiens. Argent. Voyez MESUAILLE.

  MSENTENDU, s. m. Malentendu, c'est--dire: Paroles ou actions
    prises dans un autre sens que celui o elles ont t dites ou
    faites. _claircir un msentendu._ Par un _msentendu_ survenu
    dans ce voyage, le prince royal eut le malheur de tomber dans la
    disgrce du roi son pre. [SEIGNEUX DE CORREVON, _Mmoires sur
    Frdric le Grand_, t. Ier, p. 12.] Terme universellement connu et
    usit en Suisse, en Savoie et en France, mais non admis jusqu'
    prsent dans les dictionnaires.

  MSENTENTE, s. f. Malentendu. _Arrangeons-nous de manire qu'il n'y
    ait point de msentente._ On lit dans le _Journal de Genve_ de
    1848, no 84: La proposition de Mr V** est adopte. (Discussions,
    bruit, mouvements et _msentente_ prolonge.) Je pense qu'ici
    _msentente_ signifie: Le fait de ne pas entendre.

  MESONS, s. m. pl. Voyez MEZONS.

  MESSELIER ou MESSALIER, s. m. Messier, garde champtre temporaire.
    Terme vaudois et lyonnais. On disait en vieux franais:
    _Messilier_ et _messeillier_.

  MTAN ou plutt MEYTAN, s. m. En patois ce mot signifie: Milieu.
    Terme franc-comtois. Dans le patois bourguignon, dans le patois du
    Berry,  Reims, en Normandie et en vieux franais on dit: _Mitan_.
    Dans le patois de l'vch de Ble on dit: _Mitan_ et _motan_. Le
    dictionnaire de MONET [1636] donne comme synonymes les trois mots:
    _Meilieu_, _milieu_ et _mitan_. En allemand, _Mitte_.

  MTEGUETTE ( LA). Locution adverbiale qui signifie: Chichement. _Tu
    m'en donnes  la mteguette. Tu me sers  la mteguette_;
    c'est--dire: Tu me regrettes ce que tu me sers. Dans le canton de
    Vaud, _meteguet_ se dit d'un homme minutieux, lambin, doucereux.
    Dans les Alpes le verbe _meteg_ signifie: Assigner, dans une
    famille,  chacun sa portion du bien commun. R. _mitigare_?

  MTIAFOU ou MATIAFOU, s. m. Demi-fou, cerveau timbr, original. En
    patois, _mat-[)a]_ ou _meyt-[)a]_ signifient: Moiti.

  METTRE  COIN, v. a. Serrer, mettre de ct, tenir en rserve. _Son
    mari lui a pris et a fioul les quatorze cus qu'elle avait mis 
    coin._

  METTRE DES DENTS. Nous disons d'un petit enfant: _Il met ses dents._
    On dit en franais: Les dents lui percent, ou: Les dents lui
    viennent, ou: Il fait ses dents. De ces trois expressions, les
    deux premires sont les plus correctes.

  METTRE SUR QUELQU'UN. Terme d'encan. Enchrir. _Il a mis trois
    francs sur moi, et je n'ai pas eu cette belle commode. Faisons un
    accord: je ne mettrai pas sur vous, ni vous sur moi._ Expression
    neuchteloise. [Voyez GUILLEBERT, _Vocabulaire du dialecte
    neuchtelois_, 2e dition, p. 295.]

  METTRE (SE), v. pron. _Se mettre d'une socit; se mettre_ _d'une
    confrrie. Il s'est mis du complot._ Dites: Entrer dans une
    socit; entrer dans une confrrie; entrer dans un complot.

  METTRE (SE), v. pron. _Se mettre dans les dettes._ S'endetter.
    Expression trs-adoptable et vraisemblablement trs-rpandue.

  [+] MEUR, MEURE, adj. Mr, mre. _Un fruit mal meur._ _Meur_
    appartient au vieux franais, et se dit encore vulgairement dans
    tout le nord de la France, en Savoie et dans la Suisse romane.

  MEURAISON, s. f. Terme des campagnards. Maturit.

  MEURE, s. f. Mre, sorte de fruit. _Une seille de meures. Cueillir
    des meures. Aux meures! Aux belles meures!_ est le cri de nos
    revendeuses  la fin du mois de juillet. Terme franais populaire
    et vieux franais.

  MEURIER, s. m. Mrier.

  MEURON, s. m. Mre sauvage, baie de ronce. _Piquer des meurons._
    Terme vaudois, bressan et vieux franais. A Rumilly (Savoie) on
    dit: _Mron_; en Franche-Comt, _mavuron_.

  MEZONS, s. m. pl. Espces sonnantes, argent. _Il est riche,
    celui-l; il a des mezons._ Dans le langage des collgiens,
    _mezon_ signifie: Petit morceau de cuivre.

  [+] MIALER, v. n. Miauler. _Le minon enferm mialait._ Terme
    parisien populaire, etc.

  MIDI, suivi du pluriel. _Midi ont sonn. Nous dnons  midi
    prcises. Je vous attends vers les midi._ Toutes ces phrases sont
    vicieuses, et il faut dire: Midi est sonn; nous dnons  midi
    prcis; je vous attends vers midi.

  MIE, s. f. Terme rural. Meule ou pile de foin ou de paille, de forme
    conique, qu'on fait en plein air dans le voisinage des maisons qui
    ne sont pas assez grandes pour contenir toute la rcolte. [P. G.]
    En Franche-Comt, en Bourgogne et dans le nord de la France on
    dit: _Moie_. Chez nos campagnards, _mou_ signifie: Monceau.

  [+] MIENNE (LE). Le mien. _Rends-moi ce mpis, c'est le mienne.--Le
    tienne! tu es-t-un menteur._ Notre prononciation, dans ces mots
    _mienne_ et _tienne_, est trs-nasale, s'loignant ainsi de la
    prononciation franaise et s'approchant beaucoup de la
    prononciation patoise (_mein-n_).

  MIES, s. f. pl. _Mies de pain_, miettes de pain.

  MIEUX, adv. Plutt. _Finiras-tu de nous ennuyer, Jacot?--C'est bien
    mieux toi qui nous bassines._

  MIEUX DE. Plus de. _Il a hrit mieux de cent louis. La Josette a
    mieux de trente ans._ Locution savoisienne, lyonnaise et
    mridionale.

  MIEUX (LA). Le mieux. _Au dernier bal, c'tait notre Clmentine qui
    tait la mieux_, c'est- dire: Qui tait la plus jolie, qui tait
    LE mieux.

  MIEUX VALUE, s. f. _Il nous fallut encore payer cent francs pour la
    mieux value._ Dites: La plus value. Terme neuchtelois, savoisien,
    franc-comtois, lorrain, etc. _Value_, en vieux franais, signifie:
    Valeur.

  MIFFE, s. f. Terme de boucherie. Rate. _Je te prie, Isabeau, de ne
    plus te laisser donner de la miffe pour garneon._ Nos
    campagnards, et ceux du canton de Vaud, disent: _La mef[)a]_, d'o
    ils ont form le verbe _em'f_, essouffler.

  MIGNON, adj. _Aller de son pied mignon_, signifie chez nous: Aller 
    pied, voyager lestement et sans frais. L'Acadmie dit: Aller de
    son pied gaillard.

  MI-LAINE, adj. _Robe mi-laine_, robe qui est moiti laine et moiti
    coton.

  MILLE-PIEDS, s. m. Scolopendre, insecte.

  MILLION, s. m. Terme de maon. Brisures, clats de cailloux.

  MILLIONNER, v. a. mier, mietter. S'emploie le plus souvent avec
    le pronom personnel, et signifie: S'mier, s'mietter, se briser,
    se sparer en petits morceaux comme le fromage persill, ou comme
    certaines sucreries et ptisseries. [P. G.]

  [+] MIMERO, s. m. Numro. En Picardie ont dit: _Limero_.

  MIMEROTER, v. a. Numroter.

  MINAGE, s. m. Dfoncement. _Le minage d'une vigne. Faire un minage._
    Terme savoisien.

  MINOLET, ETTE, adj. et s. Se dit des personnes et des choses, et
    signifie: Maigre, petit, chtif, mince. _Une jeune fille
    minolette. Tu me coupes l un morceau de pain qui est bien
    minolet._ Terme savoisien.

  MINE, s. f. Visage. _Se laver la mine. Regarde-toi au miroir, tu as
    la mine bien sale._

  MINER UN TERRAIN. Terme d'agriculture. Dfoncer un terrain, le
    fouiller  deux ou trois pieds de profondeur, en ter les pierres,
    y mettre du fumier ou de la terre nouvelle.

  MINON, s. m. Sorte de palatine, fourrure que les dames portent sur
    le cou en hiver. Franais populaire.

  MINON, s. m. Terme des campagnards. Chaton, fleur pendante et en
    forme de chenille, que portent certains arbres, comme le coudrier,
    le noyer, le chne et le saule. [P. G.] A Genve nous appelons
    _minons_ (s. m. pl.), cette poussire qui s'agglomre sous les
    lits, sous les armoires, sous les commodes, et qui y revt la
    forme de chatons. _Balayer les minons; enlever les minons;
    pannosser les minons._

  MINUIT, suivi du pluriel. _Sur les minuits. L'orage commena contre
    les minuits._ Ce pluriel, quoique d'un frquent usage, n'est pas
    correct. On doit dire: Sur LE minuit. On peut dire aussi: L'orage
    commena vers minuit.

  MINUIT (LA). C'est ainsi qu'on parlait anciennement. Ce mot est
    aujourd'hui masculin; on dit: Le minuit et le midi.

  MIOTISE, s. f. Thym, plante aromatique.

  MIRER, v. a. (fig.) Viser, avoir en vue certaine fin. _Il mire une
    riche et belle veuve. Je crois que tu mires ta cousine._ Dans la
    comdie de _Fanchon la Vielleuse_, on lit cette phrase: Il VISE
    la jeune personne. [Acte Ier, scne 9.]

  MIROLON ou MEROLON, s. m. Pinson des Ardennes, pinson de montagne.

  MISE, s. f. Dans le langage des coliers, _Faire mise_ ou _faire
    mise ensemble_, signifient: Mettre en commun les enjeux,
    s'associer. _N'est-ce pas, Isaac, on est ami, et on fera toujours
    mise ensemble?_

  MISER, v. a. Enchrir, mettre une enchre. _Si tu viens demain 
    l'encan, tu auras soin de ne pas miser sur moi. Qu'as-tu mis au
    dernier encan? J'ai mis un placard, six tablats et deux
    escabelles._ Terme suisse-roman et savoisien.

  MISSER-JEAN, s. m. _Poire de misser-Jean._ On dit en franais: Poire
    de messire-Jean.

  MITE, s. f. Mitaine, miton long. _Tricoter des mites._ Terme suisse,
    savoisien, lyonnais, limousin, etc.

  MITENANDRE, s. f. Cortge, suite, squelle. _Le mari, la femme, le
    beau-frre, et toute la mitenandre._ Terme vaudois, form des mots
    allemands _mit einander_, qui signifient: Ensemble, de compagnie.

  MOD, v. n. Terme patois fort connu. S'en aller, quitter l'endroit
    o l'on est. _No-z alin mod_ (nous allons partir.) Dans le Berry,
    _Moder_ est verbe actif, et signifie: Lcher les bestiaux, les
    mener patre; en languedocien _mud_ veut dire: Dmnager,
    dloger.

  MOGEON, s. m. Veau, veau d'un an. Terme suisse-roman et savoisien.
    Au figur, _mogeon_ se dit d'une fille ou d'une femme paisse de
    corps et d'esprit. _Votre Albertine est un peu mogeon, elle a
    l'air mogeon._

  MOGLION, s. m. Voyez MOLION.

  MOGNON, s. m. Moignon.

  MOINDRE, adj. Malingre, faible, indispos. _La jeune Caroline est
    toute moindre aujourd'hui: elle garde la chambre._

  MOINDROLET, ETTE, adj. Diminutif de _moindre_. Se dit surtout des
    personnes et signifie: Petit, maigre, chtif. _L'enfant a une
    excellente nourrice, et pourtant il reste bien moindrolet._

  MOINEAU, s. m. (fig.) Homme dont on fait peu de cas. _Quel sot
    moineau que votre Mr Dubreuil!_

  MOINEAU SOLITAIRE, s. m. Merle de rocher.

  MOINS, adv. Voyez DU MOINS, t. Ier, p. 159.

  MOIRE, s. f. Voyez MOUARE.

  MOIS D'AVRIL, s. m. Poisson d'avril. _Donner un mois d'avril._ Terme
    suisse-roman et savoisien.

  MOIS DE MAI, s. m. Aubpine. A Bordeaux, dans le Berry et ailleurs,
    on dit: _Du mai_ (_du mai en fleurs_).

  MOISIR, v. n. (fig.) Faire trop lentement une chose, lambiner dans
    un message. _Va-t'en faire cette commission, et tche surtout de
    n'y pas moisir._ Expression triviale.

  MLAN, s. m., ou MLAN-NE, s. f. Vent d'est. Voyez VENT.

  MOLETTE, s. f. Pierre  aiguiser des faucheurs. Terme suisse-roman
    et savoisien. R. _mola_.

  MOLIRE, s. m. Terme des campagnards. mouleur, rmouleur,
    gagne-petit, _aiguiseur_. Le terme patois est: _Molaire_ ou
    _molire_, dont _molire_ est une corruption, ou plutt un
    raffinement. Dans le canton de Vaud on dit: _Molre_, et 
    Chambry, _molaire_. Dans notre patois le verbe _mol_ signifie:
    Aiguiser.

  MOLION, s. m. Salamandre, reptile amphibie.

  MOLLACHE, subst. et adj. fminin. Personne flasque, molle, lche au
    travail, dnue de toute nergie. On dit en franais, dans un sens
    analogue: Mollasse. Un individu lourd et mollasse. [Voyez
    BESCHERELLE, _Dict. National_.]

  MOLLASSE, s. f. Sorte de grs tendre. _Un parpaing de mollasse; un
    escalier de mollasse._ Terme suisse-roman, savoisien et
    dauphinois.

  MOLLE, s. f. _Avoir la molle_, signifie: N'avoir pas le coeur au
    travail, tre plus dispos  flner qu' s'occuper. _J'ai la
    molle; la molle me gagne; la molle me tient._

  MMASSE, s. f. et adj. Augmentatif de _mme_.

  MME, s. f. et adj. Fille ou femme inepte, sotte, stupide. _Je ne
    sais pas ce que j'ai; mais je suis toute mme aujourd'hui._ Dans
    le patois vaudois on dit: _Moum[(a]_.

  MMICHON, s. m. Nigaud. _Mmichon que tu es! Avoir peur d'une
    levrette, d'une petite levrette._

  MMIER, MMIRE, subst. Dnomination inconvenante par laquelle on
    dsigne quelquefois les membres de l'glise dissidente. _C'est un
    mmier. Il donne dans la mmerie. Il s'emmme; il s'est emmm._

  MMIRE, s. f. Cabas, sorte de panier en tresses de paille, plat sur
    sa hauteur et termin par deux anses.

  MONETIER. Village prs de Genve, dans le mont Salve. Ce nom peut
    s'crire indiffremment: _Monetier_, _Mounetier_, _Moneti_ et
    _Mouneti_, la terminaison _i_ (pour _ier_) appartenant au patois.
    DE SAUSSURE crit _Monetier_. Dans l'origine de la langue
    franaise, _monstier_, _montier_, _moustier_ et _moutier_, ont
    signifi: 1 Couvent; 2 glise cathdrale; 3 Paroisse. R.
    _monasterium_.

  MONPR! Sorte d'exclamation fort usite en Suisse et en Savoie.
    _Monpr, que c'est beau! Monpr, que tu es patet! Monpr, que vous
    arrivez tard!_ Cette expression n'est autre chose que les deux
    mots _mon pre!_ mal prononcs, et substitus, par convenance, 
    l'exclamation. Mon Dieu!

  MONSIEUR DE TROP. Se dit d'une personne surnumraire, et par cela
    mme embarrassante. _Mme N**, qui avait six_ _filles, vient
    d'accoucher d'un garon: cet enfant ne sera certes pas Mr De
    Trop._ On dit dans le mme sens: _Mlle De Trop_.

  MONTAGNE (LA). Le Salve, la montagne par excellence (pour les
    Genevois). _Dis donc, Bernard: que fait-on jeudi matin?--Ne
    sais-tu pas? On va djeuner  la Montagne, et l'on revient avant
    midi par la Croisette._

  MONTAGNES (LES). Nos horlogers dsignent par ce nom les villes du
    Locle et de La Chaux-de-Fonds, situes toutes deux dans les
    montagnes du canton de Neuchtel. _S'tablir aux Montagnes.
    Travailler pour les Montagnes. La fabrique de Genve soutient avec
    les Montagnes une concurrence journalire et difficile._

  MONTANT, s. m. Encouragement, stimulant, courage, coeur. _Donner du
    montant. Avoir du montant. Notre Samuel tait dcourag; ce petit
    succs lui redonnera du montant._

  MONTE (LA). La maison. _Est-ce dans cette monte que loge Mr le
    docteur N**? Connaissez-vous Mr le dizenier Z**?--Si je le
    connais! Il reste dans notre monte._ Monte, en franais,
    signifie entre autres: 1 Petit escalier dans une maison de
    pauvres gens; 2 Chaque marche d'un escalier. [ACAD.]

  MONTER SUR... Nous disons: _Monter sur une chelle_; on doit dire:
    Monter  une chelle.

  MONTEUR DE BOIS, s. m. Scieur de bois.

  MONTICULE (UNE). Ce mot est masculin. Il est form du mot latin
    _monticulus_, qui est masculin.

  MONTURE, s. m. Mauvaise plaisanterie, tour malin, malice concerte
    entre des camarades contre un d'entre eux. _Faire une monture.
    Prparer une monture. La monture a chou._ Terme de bonne
    fabrique, et qui n'a pas d'quivalent exact en franais.

  MOQUE, s. f. Chose de peu d'importance, bagatelle. S'emploie
    d'ordinaire avec la ngation. _Ce n'est pas de la moque_, ce
    n'est pas peu de chose. Terme neuchtelois et vieux franais.

  MOQUER (SE), v. pron. Proverbialement: _Donner  plus riche que soi,
    le diable s'en moque_, signifie: Que les largesses faites  des
    riches, tant rarement dsintresses, le diable ne peut ni ne
    doit en tenir compte. On donne souvent une tout autre
    signification  ce proverbe.

  MORAINE ou MORNE, s. f. Falaise, terres escarpes au bord d'un
    torrent, d'un fleuve, d'une rivire. _Les moraines de Champel; les
    moraines de Pinchat; les moraines de Cartigny; les moraines du
    bois de La Btie._ Dans les Alpes de Savoie on appelle _moraine_
    une enceinte de pierres au pied des glaciers.

  MORBIER, s. m. Pendule ou horloge  poids, qui se fabriquait
    anciennement au village de Morbier, dpartement du Jura.

  MORFER, v. a. Bfrer, manger avec avidit. Dans le vieux franais,
    on disait: _Morfier_; et l'on trouve dans Rabelais _morfiailler_,
    en ce mme sens.

  MORGILLER, v. a. Mordre par petites entamures, mordiller. _Morgiller
    son pain._

  MORIGINER, v. a. Morigner. _Son pre l'a convenablement morigin._
    Terme suisse-roman, savoisien, franais populaire et vieux
    franais.

  MORSILLER, v. a. Mordre lgrement et  plusieurs reprises,
    mordiller. _Morsiller une pomme._ Terme savoisien et lyonnais.

  MORTAISE, s. f. (fig.) _Avoir sa mortaise_, signifie: tre ivre.
    _Le cocher avait sa mortaise._ Expression triviale.

  MORT--PCHE, s. f. (Prononcez _mor-ta-pche_.) Crin de Florence,
    crin d'empile, crin trs-fort sur lequel on monte l'hameon.

  MORTUAIRE, s. m. Acte de dcs, extrait mortuaire. _Il devait se
    procurer le mortuaire de son grand-oncle._ Ce mot, trs-usit chez
    nous, mais inconnu aux dictionnaires, se trouve dans le _Glossaire
    de l'ancien Droit franais_, de MM. DUPIN et LABOULAYE.

  MOTET, s. m. Visage. _Un vilain motet._

  MOUARE ou MOIRE, s. f. Saumure. Nous disons d'un mets et d'un
    assaisonnement quelconque o le sel domine trop: _Cela est sal
    comme de la moire_. Terme suisse-roman et savoisien. En
    Franche-Comt on dit: _Muire_; en Languedoc, _mire_. Dans le
    patois vaudois, le verbe _mouairi_ signifie: Saler avec excs.
    R. lat. _muria_, saumure.

  MOUCHE, s. f. _De la mouche de chandelle._ Dites: De la mouchure de
    chandelle. A Lyon,  Nancy et sans doute ailleurs, on dit: _Du
    mouchon_; en Dauphin, _du mouc_.

  MOUCHET, s. m. Signifie: 1 Houppe, bouffette, freluche, floccon,
    assemblage de plusieurs filets de soie, d'or, d'argent, de laine,
    lis ensemble par un bouton en forme de gland  sa partie
    suprieure. _Les mouchets d'une bourse; les mouchets d'une canne.
    Nos bonnets de nuit sont ordinairement surmonts d'un mouchet._
    VOLTAIRE a dit: Un chapeau de pourpre... auquel pendaient quinze
    _houppes_ d'or. [_Lois de Minos_, note 96e.] Nous aurions dit 
    Genve: Quinze _mouchets_. _Mouchet_ signifie: 2 Touffe, bouquet.
    _Un mouchet d'arbres; un mouchet de cerises; un mouchet de
    noisettes_ (un trochet de noisettes). 3 _Mouchet_ se dit pour:
    Groupe, peloton. _Un mouchet d'abeilles; un mouchet de curieux.
    Les meutiers taient par mouchets sur la grande place._ Terme
    suisse-roman et savoisien. En Normandie, _mouchet_ a le sens de
    Monceau. [Voyez le _Dictionnaire du patois normand_, par MM.
    DUMRIL.]

  MOUCHETTE (LA). Les mouchettes.

  MOUCHILLON, s. m. Moucheron. _tre inquit par les mouchillons._ En
    vieux franais, on disait: _Mouscaillon_.

  MOUCLAR, s. m. Hameon. _Des mouclars rouills._ Dans le canton de
    Vaud on dit: _Moclar_; en provenal, _mousclaou_; dans le Jura,
    _bouclard_, (selon le dictionnaire de M. MONNIER).

  MOUFFE, s. m. Moufle, gros gant. _Une paire de mouffes._ Terme
    lorrain, parisien populaire, etc.

  MOUGNE, s. f. _Faire la mougne_, signifie: Faire la moue, tre de
    mauvaise humeur, bouder. A Chambry, on dit: _Faire la mogne_. En
    provenal, _mougno_ veut dire: Moue, grimace.

  MOUGNON, s. m. Moignon. En provenal, _mougnoun_. Dans le reste de
    la France, _mognon_.

  MOUGONNER, v. n. Bougonner, murmurer, gronder entre les dents.

  MOUILLE, s. f. Mouillure, humidit. _Ne laissez pas cet enfant dans
    la mouille._ Terme suisse-roman, savoisien, franc-comtois, etc.
    Nous disons dans le mme sens: _Mouillon_. _Laisser un enfant dans
    le mouillon._

  MOUILLES, s. f. pl. Nous appelons ainsi des sources qui ne font que
    suinter dans les prairies, et qui, fournissant  l'herbe de ces
    prairies une temprature plus leve pendant l'hiver, y produisent
    une herbe prcoce et excellente, trs-propre  refaire les vaches
    qui ont vl, etc. [P. G.]

  MOULE, s. m. Mesure de capacit pour le bois: c'est un carr dont le
    ct a cinq pieds quatre pouces. Terme suisse-roman et lyonnais.

  MOULER, v. n. Caponner, se comporter lchement, saigner du nez.
    _D'entre il faisait le rodomont, et quand il a fallu se battre,
    il a moul._ En provenal, _moul_ signifie: Mollir.

  MOULETON, s. m. Molleton, toffe de laine moelleuse. Une camisole
    de molleton; un gilet doubl de molleton. [ACAD.]

  MOULU, LUE, part. moulu. _Notre Thodore est tout frais_ _moulu de
    l'Acadmie_, c'est--dire: Est tout nouvellement sorti de
    l'Acadmie. Terme mridional, etc.

  MOURGET, s. m. Vent soufflant de Morges pour les habitants du
    Chablais.

  MOURM, ME, adj. Stupide, abruti.

    C'tait Monsieur son fils, un pauvre raplu,
    Plus matafan, plus _mourm_, plus mpu!

    [CH.]

  En Normandie, _mourmaud_ signifie: Songe-creux, morose.

  [+] MOURVE, s. f. Morve.

  MOURVEUX, EUSE, adj. et subst. Morveux. _Voyez cette mourveuse, de
    quel ton elle rplique  sa mre!_

  MOUSET ou MUSET, s. m. Petite souris des champs,  courte queue, 
    museau fort pointu, et que les chats ne mangent pas, quoiqu'ils
    lui donnent volontiers la chasse. Terme suisse-roman et savoisien.
    Le nom franais est Musette ou Musaraigne. Le dictionnaire de
    Bescherelle donne une fausse dfinition de ce mot.

  MOUSTACHES, s. f. pl. _Il relevait ses moustaches; il essuyait ses
    moustaches; il admirait ses moustaches._ Dans ces exemples et dans
    les exemples analogues, il est infiniment plus correct d'employer
    le singulier et de dire: Il relevait SA moustache; il essuyait SA
    moustache; il admirait SA moustache. La phrase suivante est tire
    de _Gil-Blas_, livre II, ch. V: Un nez fort pat lui tombait sur
    une moustache rousse. L'exemple suivant est tir de J.-J.
    ROUSSEAU: Fantasque fut enfin marie  un roi voisin qu'elle
    prfra, parce qu'il portait la plus longue moustache. [_La reine
    Fantasque._] Tous les dictionnaires s'accordent en ce point, mais
    il faut avouer que beaucoup de bons crivains, surtout parmi les
    modernes, ont fait usage du pluriel.

  MOUSTACHON, s. m. Celui qui porte moustache et qui, par cela mme,
    fait l'homme d'importance et le fier--bras. _Tu te crois un
    fameux moustachon, et tu n'as que seize ans!_

  MOT, s. m. Nous disons proverbialement d'un potage ou d'un mets
    quelconque mal assaisonn: _Cela n'a ni got ni mot_, et cette
    locution est aussi employe figurment. _Il nous racontait ses
    voyages longuement et platement, cela n'avait ni got ni mot_,
    c'est--dire: Ni got ni piquant.

  MOUTALE ou MOUTELLE, s. f. Motelle, sorte de poisson.

  MOUTEL, LE, adj. Tachet, toil. Ce terme, qui appartient  la
    langue de nos campagnards, ne s'emploie gure qu'en parlant des
    bestiaux. _Une vache moutele; un boeuf moutel._ Terme
    suisse-roman et savoisien.

  MOYENN, NE, adjectif. Riche, ais. _Le cadet est plus moyenn que
    son frre._ Terme signal dans le _Dictionnaire rouchi-franais_
    de HCART, 3me dition.

  MULTRE, adj. Mtis. _Un canari multre._

  MULE, s. f. Sorte d'engelure. _Avoir la mule aux talons._ En
    franais ce mot ne s'emploie qu'au pluriel. Avoir les mules au
    talon. [ACAD.]

  MULE, s. f. _Faire mule_, terme du jeu de cartes, signifie: Faire
    capot. [P. G.]

  MURGUET ou MEURGUET, s. m. Muguet, fleur. _Cueillir des murguets. Un
    bouquet de murguets._

  MUSAILLE, s. f. Quantit de petite monnaie, menuaille.

  MUSCADET (UN). Dites: Une muscadelle. Espce de poire qui sent un
    peu le musc.

  MUSCATE, s. f. et adj. _Noix muscate; rose muscate. La muscate
    dominait trop dans ce ragot._ Dites: Muscade.

  MUSILIRE, s. f. Muselire.

  MYRTRE, s. m. Myrte, arbrisseau. _Une branche de myrtre._ Terme
    suisse-roman, limousin, lorrain, etc.


  N

  NACRE (DU). Ce mot est fminin.

  NAGEOTTER, v. n. Nager un peu, nager avec difficult. _Mon chien a
    les pattes fort courtes, et il ne peut que nageotter._

  NAGER, v. n. Nous disons proverbialement d'une personne qui est dans
    l'abondance, d'une personne qui est riche, ou qui est en voie de
    le devenir: _Elle nage en pleine eau._ L'Acadmie dit: Elle nage
    en grande eau; et c'est ainsi que s'exprime LE SAGE dans son
    roman de _Guzman d'Alfarache_: Quand j'ai nag en grande eau,
    j'ai toujours eu le malheur de m'y noyer. [Livre VI, chap. VIII.]

  NAILLER, v. a. Terme des campagnards. Casser les noix et les trier.
    _Nous irons ce soir nailler les noix chez M. l'adjoint._ [P. G.]

  NAIMBOT, BOTE, subst. Nabot, nabote. Celui ou celle qui est d'une
    taille ridiculement petite. _Un petit naimbot, une pauvre
    naimbote._ Terme vieux franais. On dit en Savoie: _Nambot_.

  NAINNAIN, s. f. Terme enfantin. Nourrice.

  NAISER (SE), v. pron. Se moisir. On le dit principalement du linge.
    _Un linge nais_ est celui qui a souffert de l'humidit et qui en
    a contract des taches; ces taches s'appellent _taches de nais_.
    Terme suisse-roman. En Dauphin, en Franche-Comt, chez nous et
    sans doute ailleurs, _naiser le chanvre_ c'est: Le faire rouir.

  NNE, s. f. Nourrice. _L'enfant pleure; appelez la nne. Notre Lili
    ne veut pas quitter sa nne._

  NANQUINET, s. m. Dites: Nanquinette, s. f.

  [+] NANSE, s. f. Nasse, instrument d'osier ou de fil de fer servant
     prendre du poisson. _Tendre des nanses; lever les_ _nanses._
    Terme suisse-roman, savoisien et vieux franais.

  NANT, s. m. Ravin bois au fond duquel coule un petit ruisseau. _Le
    nant de Frontenay; le nant de Jargonand; le nant d'Avenchet; le
    nant de Roulave._ Dans le Faucigny (Savoie), un _nant_ est Un
    torrent; et on le dit particulirement de certains torrents
    imptueux qui descendent du Mont-Blanc ou des montagnes voisines;
    tels sont: _le Nant-Noir_, _le Bon-Nant_, _le Nant-Bourant_. Le
    dictionnaire de Bescherelle traduit le mot de _nant_ par celui de:
    Cascade; c'est une grande erreur. Dans le vieux franais, _nant_
    signifiait: Valle, s'il faut en croire le _Dictionnaire du
    Vieux langage_, de LACOMBE.

  NANT DE BRAILLE, s. m. Usure; usurier. _Faire le nant de Braille.
    tre nant de braille._ Cette expression, purement locale, vient
    d'un _nant_, prs de Coppet, o se commettaient jadis des vols et
    des assassinats. [_Glossaire_ de GAUDY.]

  NANZOU, s. m. Mallemolle, espce de mousseline ou de toile de coton
    blanche, claire et trs-fine, qui est apporte des Indes
    orientales.

  NAPPAGE, s. m. Linge de table, c'est--dire: Nappes et serviettes.
    _Nappage uni; nappage damass._ Terme suisse-roman, lorrain, etc.

  NARCISSE (UNE). _Une belle narcisse._ Ce mot est masculin.

  NATOURI, s. m. Batelier. Ce terme vieillit.

  NAVETTE, s. f. Petite brioche sucre.

  NAYER, v. a. et SE NAYER, v. pron. Ancienne orthographe et ancienne
    prononciation des mots Noyer et Se noyer.

  NE, part. ngat. _Tu as pay ce chle plus qu'il vaut._ Dites: Plus
    qu'il NE vaut.

  NFE ou NEIFE, s. f. Nfle, fruit du nflier. _Une grosse nfe; une
    nfe molle._ Terme parisien populaire, etc.

  NEIGEOTTER, v. n. Diminutif de Neiger. _Le temps devient froid et
    sombre, il neigeotte_, c'est--dire: Il neige un peu.

  NEIZ, E, adj. Voyez NAIZ.

  NNET, s. m. Terme enfantin. Sein. Se dit en Savoie, dans le
    Limousin et ailleurs.

  NERTIF, adj. m. Muscl. _Un lurron nertif._

  NETTAYER, v. a. _Nettayer des meubles; nettayer un appartement._
    Ancienne orthographe et ancienne prononciation du mot Nettoyer.
    Dites: Je nettoie; je nettoierai, etc.

  NETTAYEUR, s. m. _Ne viens pas me rendre visite demain, Adeline,
    j'ai les nettayeurs._ Dites: J'ai les frotteurs.

  NEUF (), locut. adv. L'expression genevoise: _S'habiller  neuf_,
    appartient au franais populaire. Il faut dire: S'habiller DE
    neuf. [ACAD.]

  NEURET, nom propre d'homme. Nous appelons _feinte  Neuret_, ou
    _feinte  la Neuret_, une feinte grossire et qui saute aux yeux,
    une grosse bourde, une craque, telle qu'en pourrait faire le plus
    effront gascon. _Tu crois m'en imposer? Va, va, c'est une feinte
     Neuret; tu fais la feinte  Neuret._ Cette locution proverbiale,
    trs-connue dans la rue du Rhne et dans les rues avoisinantes,
    tire son origine de feu _Neuret_, grand chasseur et grand hbleur.

  NEZ, s. m. (fig.) Nous disons d'une plaisanterie plate et
    insignifiante, qu'elle _n'a point de nez_, c'est--dire: point
    d'esprit, point de piquant. _Faire des malices  cette pauvre
    revendeuse, cela n'a vritablement point de nez._ Expression
    savoisienne et mridionale.

  NEZ, s. m. Nous disons: _ son nez et barbe_, pour dire: En sa
    prsence, en face de lui. _Elle osa tenir ce langage nergique et
    franc  son nez et barbe._ L'Acadmie dit:  son nez et  SA
    barbe.

  NEZ, s. m. Nous disons proverbialement et drisoirement  une
    personne qui se flatte d'un succs qu'elle n'a aucune chance
    d'obtenir: _Tte voir si le nez te branle_.

  NEZ DE BOIS. _Trouver nez de bois_, signifie: Trouver la porte
    ferme quand on va chez quelqu'un; trouver visage de bois. Nous
    disons dans le mme sens: _Avoir nez de bois_.

  NICE, s. f. Terme enfantin, qui signifie: Caresse, et qui ne
    s'emploie que dans cette expression: _Faire nice_, c'est--dire:
    Caresser. _Fais nice au minon, Antoinette; fais nice  ce joli
    chat._

  NICER, v. a. Caresser, faire _nice_.

  NIAFFE ou GNIAFFE, s. m. Savetier. Terme de dnigrement, connu 
    Paris, en Normandie et sans doute ailleurs. A Chambry on dit:
    _Niaffre_.

  NIAFFE ou GNIAFFE, adj. Se dit des personnes et signifie: Flasque,
    sans nergie, sans courage. _Je me sens tout niaffe aujourd'hui._
    Expression triviale.

  NINIOU, s. m. et adj. Niais, dadais, nigaud, personnage dont la
    dmarche et le maintien annoncent dj la btise. _Va-t'en,
    niniou; va-t'en, bobet, qui ne sais pas seulement relever des
    quilles. Prenez-y garde, Messieurs: avec son air niniou il n'est
    pas aussi bte que vous le pensez._ Terme suisse et savoisien.
    Dans le Berry, _Nioniot_; en Normandie, _niot_. A Genve on dit
    quelquefois dans le mme sens: _Ninion_.

  [+] NIARGUE, s. f. Terme de dpit, de raillerie ou de mpris. _Faire
    la niargue  quelqu'un_, c'est le braver avec ddain, lui faire
    nargue.

  NIARGUER, v. a. Faire nargue. _Tu me niargues, Andr, parce que tu
    es avec ton grand frre, mais tu verras demain._

  NIAU ou NI, s. m. Nichet, oeuf qu'on met dans un nid pour que les
    poules y aillent pondre. Dans les dialectes populaires de France
    on dit: _Niai_, _nieu_, _niot_ et _niaou_.

  NIAUQUE, s. f. Voyez NIQUE.

  [+] NIERFE ou NIARFE, s. m. Nerf.

  [+] NIFLER, v. a. Flairer, sentir. _Nifler un ragot. Nifle voir
    cette rose._ Terme savoisien et mridional, recueilli par
    COTGRAVE, qui lui donne le sens de Renifler. Dans le patois
    limousin, _niflo_, s. f., veut dire: La narine. Au figur,
    _nifler_ est synonyme de: Fureter.

  NIFFLET, s. m. Nigaud, bent. _Oh! le niflet, qui a peur d'une
    chvre._

  NIFLE-TANTT, s. m. Dadais, nigaud, niais.

  NIGODME, s. m. Se dit d'un homme simple et born. Il faut crire et
    prononcer: Nicodme.

  NIGUEDOUILLE ou NIGUEDANDOUILLE, s. m. Idiot, hbt, sot, niais,
    dadais, homme simple et innocent. _Niguedouille_ n'est qu'une
    lgre altration de Niquedouille, qu'on trouve dans quelques
    dictionnaires franais.

  NILLE, s. f. Articulation, jointure, phalange. _En glissant, il
    s'corcha la nille du pied._ Terme suisse-roman et savoisien.

  NILLE, s. f. Terme de boucherie. _Nille d'aloyau._

  NILLON, s. m. Pain de noix.

  NINA, s. f. Ce terme ne s'emploie que dans cette expression
    populaire: _Avoir sa nina_, c'est--dire: tre ivre.

  NINE, s. f. et adj. Naine. _Une petite nine; un rose nine._ On
    parlait ainsi en France il y a deux cents ans.

  [+] NINOTTE, s. f. _Ninotte royale, ninotte de vignes. La chasse aux
    ninottes._ Le changement de _l_ en _n_ est continuel. Ainsi, dans
    le langage parisien populaire, on dit: _Nentille_ pour lentille;
    _caneon_ pour caleon; _falbana_ pour falbala; et  Genve nos
    grand'mamans ne disent-elles pas indiffremment une _chaftane_ et
    une _chaftal_? D'autre part le _l_ est souvent mis pour le _n_.
    Exemple: _Calonnier_ pour _canonnier_.

  NIOLLE, s. f. Nuage. _Les niolles qui s'lvent lentement et en
    fuseaux contre les flancs du Jura annoncent la pluie._ Terme
    suisse-roman, savoisien, dauphinois, franc-comtois, etc. En
    provenal: _Nioulo_. En franais, _Nielle_ signifie: Brouillard,
    petite pluie froide.

  NIOLLE, s. f. Nielle, plante  fleur rouge, laquelle crot dans les
    bls.

  NIOMET, s. m. Niais, bent. En Normandie, _Nio_.

  NION-NION, s. m. Dadais, hbt. _Faire le nion-nion._

  NIQUE, s. f. Femme ou fille bte, borne, sans exprience ni
    savoir. Ce mot s'emploie aussi adjectivement. _Votre apprentie est
    bien nique de m'avoir estropi mon corset. Oh! la nique,  qui
    on fait croire tout ce que l'on veut._ Terme suisse. A Lyon et 
    Chambry, on dit: _Nioche_.

  NIQUASSE, s. f. Augmentatif du mot _nique_.

  NIQUERIE, s. f. Nigauderie, btise.

  NIOSET, ETTE, s. et adj. Sot, niais, nigaud. Ce mot de _nioset_ ne
    serait-il point une corruption du mot _Dioset_, qui, en patois,
    est le nom propre _Joseph_, lequel nom s'emploie souvent comme
    synonyme de Homme simple et born?

  NIOTTE, s. f. Cache, cachette, rduit. _Je trouvai une excellente
    niotte, et j'y cachai le boursicaut. Ils dcouvrirent la niotte et
    enlevrent le sac._

  NI PEU NI TROP, loc. adv. Beaucoup, considrablement. _Toute l'cole
    vient d'tre punie ni peu ni trop. La pluie nous a surpris  une
    demi-lieue de la ville, et nous avons t rincs ni peu ni trop._

  NIQUER, v. a. Terme d'colier. Tout gagner, mettre  sec. _tre
    niqu_, tre flamb, avoir tout perdu, [P. G.]

  NIQUET, s. m. Nigaud. En Normandie, _niquet_ signifie: Simple et un
    peu niais.

  NITON. Ne dites pas: _Les pierres du Niton_, mais: Les pierres DE
    Niton, parce que le nom de _Niton_ est une altration de celui
    de Neptune. Ce sont deux normes pierres qui se voient  Genve,
    dans le lac, en face et tout prs des Eaux-Vives. [P. G.]

  NI VU NI CONNU. Expression elliptique et familire, qui revient 
    celles-ci: C'est fini; n'en parlons plus; qu'il n'en soit plus
    question.

  NOCE, s. f. Terme enfantin, qui signifie: Petit morceau, petit carr
    de pain sur lequel on place un peu de _tomme_ ou un peu de
    chocolat, ou quelque petite sucrerie. _Faire des noces. Si vous
    tes sages, mes enfants, vous aurez des noces aprs votre goter._

  [+] NOL, s. f. _ la Nol._ Faute frquente en Suisse, en Savoie et
    en France. Dites: A Nol, aux ftes de Nol.

  NOEUD-COURANT, s. m. Noeud coulant, noeud qui se serre ou se
    desserre sans se dnouer. _Le chat fut pris dans le
    noeud-courant._ Terme savoisien et mridional.

  NOGAT, s. m. Nougat, gteau d'amandes au miel ou au caramel. Terme
    mridional. Nougat vient du mot languedocien _nougue_, sorte de
    grosse noix dont on faisait originairement ce gteau. R. _nux_.

  NOGET, s. m. Nigaud, dadais. En Normandie: _Nigeon_.

  NOIR, s. m. (fig.) _Avoir du noir_, signifie: Broyer du noir, se
    livrer  des rflexions tristes,  des penses sombres et
    mlancoliques. Nous disons dans le mme sens: _tre dans ses
    noirs. Hier il tait dans ses noirs, le voil loustique
    aujourd'hui._

  NOIX, s. f. Nous disons figurment et proverbialement  une personne
    qui fait un plan baroque, une combinaison saugrenue et
    inexcutable: _Vous avez rang tout cela comme des noix sur un
    bton_.

  NONANTE, adj. numral. Quatre-vingt-dix. _Nous tions  cette
    assemble nonante et quelques._ L'Acadmie indique ce mot de
    _nonante_ comme vieilli, et Boiste l'appelle inusit. Il est d'un
    usage universel en Suisse, en Savoie et dans le midi de la France.
    Il est fcheux, dit M. BESCHERELLE, qu'on ait laiss vieillir le
    mot _nonante_, et qu'on lui ait substitu un terme aussi barbare
    et aussi irrgulier que quatre-vingt-dix. [_Dictionnaire
    National._]

  NONNET, s. m. Homme simple et mme un peu nigaud.

  NON-NETTE, s. f. C'est ainsi que nous prononons le mot Nonnette,
    terme peu rpandu en France, mais enregistr dans le dictionnaire
    de Bescherelle et dans le _Complment_ de l'Acadmie. En Valais on
    dit: _Nanette_.

  NN, s. m. Terme enfantin. Couchette, berceau. _Faire nn_,
    dormir. _Aller nn_, aller dormir. _Nn, Fanfan_, etc., est un
    refrain de chanson sur un air ou une note trs-capables d'endormir
    l'enfant le plus veill. Terme vaudois, savoisien et provenal.
    Dans le Limousin on dit: _Faire na-na_.

  NON PAS, loc. adv. Au contraire. _Eh bien, Andr, le concert a t,
    dit-on, bien mauvais?--Il a t dlicieux, non pas._

  NON-PLUS (LE). Ne s'emploie que dans cette expression: _tre au
    non-plus_, c'est--dire: tre dans une position fort critique,
    tre dans une perplexit cruelle, tre  quia, tre aux abois.

  [+] NOUL. Nol. _ la Noul prochaine._ Cette expression des
    campagnards est un reste de l'ancien franais, et le savant Mnage
    prfrait ce terme (_Noul_)  celui de Nol.

  NOUER, v. a. (fig.) Joindre. Nous disons figurment et
    familirement: _Nouer les deux bouts_, pour signifier: Avoir de
    quoi suffire  toutes les dpenses de l'anne. Locution
    mridionale. L'Acadmie dit: Joindre les deux bouts.

  NOURME, s. f. Vieux conte, litanie, vieille histoire qui n'a pas le
    sens commun. Dans l'ancien patois genevois, _nourma_ signifiait:
    Rgle. _ voutra nourma_,  votre volont.

  NOURRISSAGE, s. m. Les dictionnaires franais dfinissent ce mot:
    Soin et manire d'lever les bestiaux. A Genve, _nourrissage_
    signifie: Le temps pendant lequel la mre ou la nourrice allaitent
    l'enfant. _Mme N** s'est mieux porte pendant son nourrissage que
    jamais auparavant. Nourrissage  la bouteille. Nourrissage au
    biberon. Le dernier mois du nourrissage se paie double._
    Expressions utiles, connues  Lyon et sans doute ailleurs.

  NOUVEAU (UN), Ce mot signifie: 1 Une nouvelle, c'est--dire: Le
    premier avis qu'on donne d'un vnement tout rcent; 2 Une chose
    inaccoutume, une nouveaut. _Eh bien! Messieurs, nous
    apportez-vous quelque nouveau? Je m'ennuie loin de Genve;
    crivez-moi tous les nouveaux que vous pourrez. Quel nouveau de
    vous voir  cette heure-ci chez nous?_ Terme suisse-roman et
    savoisien. Dans le patois rouchi: _Un nouviau_. En franais, on
    dira fort bien: Y a-t-il du nouveau? Voici du nouveau. Mais _un
    nouveau_ est une expression trs-incorrecte et inconnue aux
    dictionnaires.

  NOUVEAU (), adv. De nouveau, derechef, une seconde fois. _La
    muraille tait  peine finie, qu'il fallut l'abattre et l'tablir
     nouveau. Cet habit n'est pas acceptable, vous le ferez 
    nouveau._ Selon l'Acadmie et selon tous les dictionnaires, _
    nouveau_ est un terme de banque, un terme de commerce, qui
    signifie: Sur un nouveau compte. Crditer  nouveau; dbiter 
    nouveau; porter  nouveau.

  NOYAUX (DES), (fig.) De l'argent. Terme connu aussi en Savoie.

  NOYER (SE), v. pron. Nous disons proverbialement de quelqu'un qui se
    laisse effrayer par le moindre obstacle, ou par la moindre
    difficult: _Il se noie dans un verre d'eau_. L'Acadmie dit: Il
    se noie dans un crachat.

  NUIT, s. f. Les expressions: _Se mettre de nuit_, ou: _Se_ _mettre
     la nuit_, veulent dire: S'anuiter, s'exposer  tre surpris en
    route par la nuit. [P. G.]

  NUIT, s. f. _La nuit tous les chats sont gris._ Dites avec le
    dictionnaire de l'Acadmie: La nuit TOUS CHATS sont gris. Et,
    avant de faire usage d'un proverbe quelconque, ayez soin de le
    connatre parfaitement.

  [+] NUMERO, s. m. _J'hasarda cinq francs, et j'attrapa un excellent
    numero._ crivez et prononcez Numro, avec un accent sur l'__.


O

  OBISSANCES, s. f. pl. La formule suivante de salutation: _Je vous
    prsente mes obissances_, n'est pas franaise. Il faut dire au
    singulier: Je vous prsente mon obissance.

  [+] OBELONS, s. m. pl. Houblons. _Cueillir des obelons. Manger des
    obelons en salade._ Terme savoisien et vieux franais.

  OBLIGEANCE, s. f. Ce mot signifie: Penchant  obliger, disposition 
    obliger. Ainsi nous parlons incorrectement quand nous disons:
    _Ayez l'obligeance de me prter un parapluie. Auriez-vous
    l'extrme obligeance de m'accompagner ce soir? Mr N** a eu
    l'obligeance de me promettre des billets de concert._ Mais on sera
    exact en disant: Votre ami Gustave est un homme d'une grande
    obligeance; il met dans ses procds, et dans toute sa manire de
    faire, une excessive obligeance; on ne saurait porter plus loin
    l'obligeance et le dvouement. Remarque un peu dlicate et
    subtile.

  OBSERVATION, s. f. Nous disons: _Je vous ferai une observation,
    c'est que..... Permettez-moi une observation._ _J'ai voulu faire
    quelques observations  notre jeune avocat, mais il les a mal
    prises._ Il faut dire: Je vous ferai faire une observation, une
    rflexion, c'est que..... Permettez que je vous fasse remarquer,
    etc. On ne dit pas non plus: _Je vous observerai que_..... Il faut
    dire: Je vous ferai observer que.....

  OCCASION, s. f. Nous disons: _Auriez-vous occasion d'excellente
    toile? Si vous aviez occasion de caf, je sais un bon coup 
    faire. Quand vous aurez occasion de maculature, adressez-vous 
    moi, ou  mon ami Z. Z**._ Cette expression, qui n'a point
    d'quivalent exact en franais, est un anglicisme. _Occasion_, en
    anglais, signifie: Besoin. Mais on dira fort bien: Marchandise
    d'occasion; livres d'occasion; acheter un piano d'occasion.

  OCHON, s. m. Hoche, entaillure, coup. _Se donner un ochon; se faire
    un ochon; recevoir un ochon._

  OCHONNER, v. a. Faire des hoches, entailler. S'OCHONNER, v. pron. Se
    meurtrir. _En gravissant la moraine du bois de La Btie, notre
    gamin s'est tout ochonn._

  OEILLETON, s. m. Mignonnette, mignardise, petit oeillet dont on
    garnit les plates-bandes. _Ddoubler des oeilletons._ OEilleton,
    en franais, signifie: Rejeton d'oeillet, marcotte d'oeillet.

  OEUF DE FOURMI, s. m. Dites: Ver de fourmi, nymphe de fourmi. Les
    oeufs de ces insectes sont beaucoup plus petits et presque
    imperceptibles; ce sont les vers qui en sortent et qui passent
    ensuite  l'tat de nymphes, que nous donnons aux rossignols et 
    quelques autres oiseaux. [_Glossaire_ de GAUDY.]

  OEULE, s. f. Ou plutt _oeul[)a]_ et _ol[)a]_, sont des termes
    patois qui signifient: Marmite. Dans le patois du canton de Vaud
    on dit: _Aul[)a]_ et _eul[)a]_; dans le patois de l'Isre, _olla_;
    en provenal, _oulo_; en latin, _olla_.

  OEuves ou UVES, s. f. pl. Laite, laitance. _Les oeuves d'une carpe,
    les oeuves d'une lotte_, etc. _Dans beaucoup de poissons les
    oeuves sont une nourriture trs-estime._ Ce mot a t recueilli
    par COTGRAVE, dans son _Dictionnaire franais-anglais_. Terme
    vaudois et savoisien. Nous disons aussi: _Lait_. Voyez ce mot,
    tome II, p. 11.

  OFFRE (UN). _Un offre gracieux; un offre avantageux._ Ce mot tait
    autrefois des deux genres; il est actuellement fminin. Il faut
    dire: Une offre gracieuse, une offre gnreuse, etc.

  OFFRIR ..., suivi de l'infinitif. Offrir de. On lit journellement
    dans nos Petites Affiches: _On offre  vendre une bibliothque; on
    offre  vendre un canap et six chaises_, etc. Dites: On offre de
    vendre; ou, ce qui revient au mme: On offre  acheter.

  OGNE, s. f. Terme d'colier. Coup port par un _mpis_ sur les
    articulations des doigts. _tre condamn aux ognes; recevoir les
    ognes._

  OGNON, s. m. Tape, coup, contusion. _Recevoir un ognon; se donner un
    ognon; se faire un ognon._

  OGNON, s. m. Nous disons d'une personne excessivement propre: _Elle
    est propre comme un ognon_.

  OH ALORS! Exclamation de surprise. _Sais-tu l'aventure de la
    mnagerie?--Non.--Eh bien! coute. Quand les spectateurs y
    pensaient le moins, le singe, dans un accs de gat, s'est jet
    sur une belle dame, lui a enlev son chapeau de velours et s'en
    est coiff.--Oh alors! voil qui est plaisant._

  OH! VOIL, locution adverbiale qui marque le doute. _Combien de
    temps seras-tu absente, Suzon?--Oh! voil, un mois ou deux.
    Aimes-tu ton tat de tailleuse, Lisette?--Oh! voil, on gagne peu,
    mais l'ouvrage ne manque jamais. Es-tu fatigu de ta course de
    montagne, mile?__--Oh! voil, je serai bien aise de me reposer._
    Cette expression est d'un emploi universel chez nous.

  OISEAU, s. m. Fte ou rjouissance, appele aussi Papegai.
    L'Acadmie et tous les dictionnaires disent: Tirer l'oiseau. On
    dit  Genve: _Tirer  l'oiseau_.

  [+] OLIFE, s. f. Olive. _Du bon huile d'olife._ Dans le patois
    rouchi on dit: _Olife_ et _oulife_; en vieux franais, _olif_.
    [Voyez ROQUEFORT, _Supplment au Glossaire roman_.]

  OLIVE, s. f. Primevre des prs, primevre  fleur jaune. _Une
    plante d'olives; un bouquet d'olives._

  OMBRE, E, adj. _Une promenade ombre_ est: Une promenade o l'on
    est  l'ombre; une promenade o les arbres procurent de l'ombre.
    _Parc ombr; prairie ombre; sentier ombr._ Ce sens du mot
    ombr aurait bien droit, peut-tre, de figurer dans les
    dictionnaires. Ombrag n'est pas synonyme d'_ombr_. Ombreux
    s'en approcherait davantage.

  OMBRE-CHEVALIER, s. m. Sorte de poisson particulire  notre lac.

  OMBRETTE, s. f. Ombrelle, petit parasol. Terme franais populaire et
    vieux franais.

  [+] OMNIBUS, s. f. _La grande omnibus._ Ce mot est masculin.

  OMNIBUS, s. m. Petite dose d'eau-de-vie et de sirop mls ensemble
    dans un verre qu'on remplit d'eau chaude, et qu'on sert chez les
    dbitants de boissons. [P. G.]

  OMNIBUSSIER, s. m. Conducteur d'omnibus.

  ON, pron. pers. indfini. Ce pronom tient la place de nous ou de
    je dans le langage des gamins. _Jacques! Jacques! On va au bois
    des Frres: en es-tu? On drochera des nids et l'on avantera des
    gaules. On a un jardin, nous, avec des poules et un lard. On est
    sage, nous: on va ramasser du bois pour la grand'mre._

  [+] ONCORE, adv. Encore. _Pas oncore._

  ONDE, s. f. Se dit de l'eau qui bout. _Cuire  grandes ondes_,
    signifie: Cuire  gros bouillons. _Il faudra deux ondes  cette
    tisane. Il suffit d'une onde  ces petites herbes._ Terme
    mridional, etc.

  ONGLE (UNE). _Tu as les ongles bien longues, Alexis._ Ce mot est
    masculin.

  ONGLES, s. f. pl. Engourdissement douloureux au bout des doigts,
    caus par un grand froid. _Avoir les ongles._ Dites: Avoir
    l'ongle.

  [+] OPNITRE, adj. et s. Opinitre. S'OPNITRER, v. pron.
    S'opinitrer.

  OPITRE, s. m. Opiat, confection.

  ORA, s. f. Air, vent qui souffle. Terme patois, connu en Savoie et
    en Dauphin. Dans le canton de Vaud on dit: _Aurra_, _eura_ et
    _oura_. En latin, _aura_.

  [+] ORAGAN, s. m. Ouragan. _Les affreux ravages d'un oragan._ Terme
    savoisien et lyonnais.

  ORANGE, s. f. _Eau de fleur d'orange._ Voyez l'expression: FLEUR DE
    PCHE, t. Ier, p. 211.

  ORBET, s. m. Bouton  la paupire, orgelet.

  ORDON, s. m. Terme des campagnards. Portion de tche. _Un petit
    ordon; un grand ordon._ _Mener l'ordon_, signifie: tre  la tte
    des faucheurs; tre  la tte des vendangeurs. Cette expression,
    qui appartient au vieux franais, est fort connue en Savoie, dans
    le Dauphin, dans le Berry,  Reims et ailleurs.

  ORGANE, s. fm. _Une belle organe._ Ce mot est masculin. Un bel
    organe; un organe flatteur; un organe musical.

  ORGE D'ULM, s. m. Orge mond; orge perl.

  ORIGINE ( L'), loc. adv. Dans l'origine, originairement. _
    l'origine_ ce vaste pays (le Brsil) fut peu estim des
    Portugais. [BRDOW, _Histoire universelle_, t. II, p. 116.]

  ORIOL, s. m. Loriot, oiseau. En Languedoc: _Loriol_;  Chambry,
    _louriot_.

  ORTEUIL, s. m. _Le gros orteuil._ crivez et prononcez Orteil. Le
    gros orteil; le petit orteil.

  [+] ORTHOGRAPHE, s. m. _Un mauvais orthographe. J'ai fait huit mois
    de Septime, et je n'ai jamais pu attraper un bon orthographe._ Ce
    mot est fminin.

  ORTHOGRAPHER, v. a. Orthographier.

  ORTHOPDISTE, s. m. Ne signifie pas: _Redresseur de pieds_. Il
    signifie, d'aprs l'tymologie grecque: Mdecin qui corrige ou qui
    prvient dans les enfants les difformits du corps. Orthopdiste
    est form des mots _orthos_, droit, et _pass, padoss_, enfant.

  ORVAT, s. m. Plante fort commune, appele en franais: Orvale. Ce
    que nous nommons _orvat des prs_, s'appelle: Sauge des prs.

  OS, s. m. _Se donner un coup l o les Allemands n'ont point d'os_,
    signifie: Se donner un coup  ce nerf du coude que les mdecins
    appellent Nerf cubital.

  OSSAILLES, s. f. pl. Os de porc. _On se rgala d'une platele
    d'ossailles._ Terme savoisien.

  OSTRUCTION, s. f. Terme de mdecine. Obstruction. _Avoir des
    ostructions au foie._ Cette faute nous vient probablement du Midi,
    o l'on retranche le _b_ dans une quantit de mots, et o l'on
    dit: par exemple: _Oscurit_, _ostacle_, _ostination_, _ostin_.

  OT. Dans tous les mots qui se terminent par _ot_, comme _pot_,
    _marmot_, _cachot_, _sabot_, _haricot_, _fagot_, _huguenot_, nous
    prononons l'_o_ trs-bref, et c'est aussi la prononciation des
    Mridionaux. Les Parisiens, au contraire, le prononcent long,
    _P[=o]t_, _marm[=o]t_, _cach[=o]t_, _sab[=o]t_, _haric[=o]t_,
    _trip[=o]t_, _huguen[=o]t_, etc., et c'est la prononciation reue
    dans les dictionnaires.

  TU-BTU, adv. Voyez AUTU-BTU, t. Ier, p. 29. Ce mot est aussi
    substantif. _Faisons de toutes ces marchandises un tu-btu._
    Terme vaudois et jurassien.

  OUBLI[)A], s. f. Terme patois. Clmatite commune, nomme aussi
    Herbe aux gueux et Viorne des pauvres. Certains mendiants
    rous crasent les feuilles de cette plante pour se faire des
    excoriations qui ont l'apparence d'ulcres, afin d'exciter la
    piti des personnes auxquelles ils demandent l'aumne, et qui ne
    sont pas au fait de cette manoeuvre. [P. G.]

  OUA-OUA, s. f. Terme enfantin. Chien. _Regarde le joli oua-oua;
    caresse un peu ce oua-oua._

  OUBLI, s. m. Pain  cacheter. _Oubli noir, oubli vert. Bote
    d'oublis._ Terme suisse-roman et savoisien.

  OUBLIEUR, adj. m. Oublieux.

  [+] O CE QU'IL EST? O est-il? _O ce qu'il demeure?_ O
    demeure-t-il? _O ce qu'il va? D'o ce que tu viens?_ Franais
    populaire.

  OUE (L'). Ne dites pas: _Avoir l'oue fin, avoir l'oue dlicat_,
    etc. Ce mot est fminin. Oue fine, oue dlicate.

  OUE, s. f. Nous disons et nous crivons: _ l'oue de ces paroles;
     l'oue de cette dclaration des juges;  l'oue d'un semblable
    aveu_, etc. Cette expression, qui manque  la langue franaise,
    est  la fois claire et concise, et il y a plus d'un sicle
    qu'elle est entre dans le domaine du style rfugi. _A l'oue_
    d'un nom aussi respectable que celui de la vertu, il me semble,
    etc. [LENFANT, _Premier Sermon_.] _A l'oue_ de ces mmes sons,
    etc. [CH. BONNET, _Contemplation de la nature_, XIIme partie, ch.
    28.] _A l'oue_ de ce qui venait de se passer  Lausanne, etc.
    [Mr ***, _Le 14 Fvrier_, p. 40, 41.]

  OURIOU et mieux HOURIOU, s. m. Petit enfant. Expression de la
    conversation la plus familire. _Et les ourious, voisin,_
    _comment sont-ils?_ En Bourgogne, _hairai_, et en vieux franais
    _hoir_ et _hoiret_, ont le mme sens.

  OURIOU, s. m. Loriot, oiseau. On dit aussi: _Oriol_.

  OURLE, s. f. Terme de couturire. Ourlet, repli que l'on fait au
    bord d'une toffe. _Ourle ronde; ourle plate._ En vieux franais:
    _Orle_.

  OURLES, s. f. pl. Oreillons, inflammation des glandes voisines de
    l'oreille. _Prendre les ourles; avoir les ourles._ Terme
    suisse-roman, savoisien et dauphinois.

  OURTIE, s. f. Ortie.

  OURTILLIRE, adj. Nous appelons _fivre ourtillire_ ce que les gens
    de l'art appellent en France: Fivre ortie, fivre urticaire.

  OU SINON, conjonct. Sinon. _Obis  l'instant, ou sinon... gare!_
    Franais populaire.

  OUSTE. _Le mois d'ouste;  la fin d'ouste_, etc. Orthographe et
    prononciation vicieuses du mot aot, lequel se prononce _outt_
    selon le dictionnaire de l'Acadmie, et _o_ selon d'excellents
    grammairiens. Dans le vieux franais, on disait: _Awouste_. R.
    _augustus_.

  OUTA, s. f. Terme des campagnards. Cuisine. Dans le canton de Vaud
    on dit: _Outo, otto_ et _otau_. Dans le Valais, _outto_, s. f.,
    signifie: Auberge, cabaret. En vieux franais, _ost_ et _ostau_,
    logis, maison, htel. R. _hospitium_.

  [+] OUVRAGE (UNE). _Ton ouvrage est-elle finie, Josphine? Tu as
    fait l vraiment une belle ouvrage!_ Ce solcisme, qui est une
    tradition du vieux franais, se fait  Paris et sans doute
    ailleurs.

  OVAILLE ou OVALE, s. f. Accident arriv par une force majeure;
    dsastre qu'on ne pouvait prvoir. Ce terme n'est employ que dans
    l'expression suivante: _Cas d'ovaille_. Les dgts causs  un
    fermier par une grle, par une gele, par un ouragan, par une
    inondation, par une invasion ennemie, sont autant de _cas
    d'ovailles_. Terme vaudois. Le tremblement de terre qui
    dtruisit, en 1584, le village d'Yvorne, (canton de Vaud),
    s'appelle: _La grande ovaille._ A Neuchtel et en Franche-Comt on
    dit: _Orvale_.


P

  PACHE, s. f. Accord, transaction, march. _Bonne pache; mauvaise
    pache. La pache est faite._ Terme suisse-roman, savoisien,
    mridional et vieux franais. Dans le vieux franais, _pache_
    tait masculin. R. _pactum_.

  PACOT, s. m. Boue paisse, gchis. _S'enfoncer dans le pacot._ Terme
    suisse-roman et savoisien.

  PACOTER, v. a. et n. S'enfoncer dans le _pacot_. _Nous pacotions
    dans ce chemin._ SE PACOTER, v. pron. Se salir de boue, entrer
    dans le _pacot_.

  PACOTEUX, EUSE, adj. Plein de _pacot_. _Sentier pacoteux; route
    pacoteuse._

  PAFFE, adj. Signifie: 1 Gorg de nourriture; 2 Ivre, plein de vin.
    _Ils s'en revinrent tellement paffes, qu'ils avaient peine  se
    soutenir._ Terme trivial. Dans le dialecte rouchi, _s'empaffer_
    signifie: Se bourrer d'aliments; et dans le dialecte lorrain, ce
    mme verbe signifie: Boire avec excs de l'eau-de-vie ou d'autres
    liqueurs.

  PAGNON, s. m. Gros morceau de pain. Terme suisse-roman et savoisien.
    En vieux franais: _Paignon_. R. _panis_.

  PAGNOT, s. m. Nigaud, dadais. _Un vrai pagnot; un franc pagnot._
    Dans le vieux franais, _pagnote_ signifiait: Homme de rien,
    chenapan, lche, poltron; et ce terme, subsiste encore dans le
    patois du Dauphin (_pagnota_).

  PAGNOTERIE, s. f. Sottise, btise, stupidit. Dans le vieux
    franais, _pagnoterie_ signifiait: Lchet, action lche.

  PAILLASSON, s. m. Banneton, panier  pte, sorte de jatte de paille
    o l'on met la pte pour donner la forme au pain. Terme savoisien
    et mridional.

  PAILLER, v. a. _Pailler une chaise, pailler un tabouret_, c'est: Les
    garnir de paille. On dit en franais: Empailler.

  PAILLEUR DE CHAISES, s. m. Empailleur de chaises.

  PAIN, s. m. Nous disons figurment de quelqu'un qui peut vivre sans
    travailler: _Il a du pain sur la planche_. On dit en franais: Il
    a du pain cuit; il a son pain cuit. [ACAD.]

  PAIN CUIT. Ce qu'on appelle en franais Panade, s'appelle 
    Genve: _Soupe au pain cuit_. Terme savoisien, marseillais, etc.

  PAIN DE LOUP, s. m. Baie ou fruit de la viorne.

  PAIR, s. m. Nous disons: _Jouer  pair ou impair_; on dit en
    franais: Jouer  pair ou non.

  [+] PAIRE (UN). _Un paire de bas, un vieux paire de grolles. Il n'y
    a qu'un paire de jours que je le rencontra en rue._ Ce solcisme,
    trs-frquent en Savoie et dans le Midi, appartient au vieux
    franais.

  PAIR ET COMPAGNON. Nous disons de deux hommes qui, tant d'une
    condition fort diffrente, vivent nanmoins dans une grande
    intimit: _Ils sont pairs et compagnons; ils vivent comme pairs et
    compagnons._ L'Acadmie dit: Ils vivent DE pair  compagnon.

  PLET, ETTE, adj. Plot, un peu ple. _Notre Louisa tait plette ce
    matin._

  PALETTE, s. f. Abcdaire, petit livre destin  l'enseignement de
    l'alphabet. Terme suisse-roman et savoisien.

  PALOURD, OURDE, s. Terme de mpris. Balourd, pataud, homme grossier.

  PAN, s. m. Mesure de longueur. Au sens figur: _Cela fait le pan_,
    signifie: Cela solde, cela balance. La mesure appele _pan_ est
    encore connue dans le Midi.

  PAN, s. m. Terme d'colier. Brin de paille pour mesurer une petite
    distance.

  PANACHE (UNE). Ce mot est masculin. Panache ondoyant.

  PANCHER D'EAU. Faire de l'eau.

  PANER, v. a. Terme des campagnards. Torcher, essuyer. Voyez plus
    bas, PANNER.

  PANET, PAN ou PANAIS, s. m. Sorte de millet dont certains petits
    oiseaux sont friands. Terme suisse-roman et savoisien. On dit en
    franais: Panic ou Panis.

  PANETIER, s. f. Vannier, faiseur de paniers, [P. G.]

  PANFU, UE, s. Terme des campagnards. Ce mot n'est autre chose que le
    mot franais Pansu, la lettre _s_ se changeant frquemment en
    _f_, dans le patois, comme nous l'avons remarqu plus haut, tome
    Ier, p. 61. _Panfu_ se dit d'un homme qui a une grosse panse. Nous
    disons aussi: _Panflu_.

  PANIER, s. m. Figurment et proverbialement, nous disons d'un homme
    trs-maladroit: _Il est lourd comme un panier_.

  PANIRE, s. f. Sorte de grande corbeille  anses. Ce terme,
    trs-rpandu en France, et principalement  Lyon et dans le Midi,
    manque dans les dictionnaires. Nous appelons aussi _panire_ un
    grand cabas, un grand panier couvert.

  PANIRE, s. f. Panere, le contenu d'un panier extrmement rempli.
    En provenal: _Panieirado_.

  PANNER ou PANER, v. a. Terme des campagnards. Essuyer. Ce verbe
    _paner_ se retrouve non-seulement dans les divers patois de la
    Suisse romane et de la Savoie, mais aussi dans le Berry, en
    Dauphin, en Franche-Comt et dans le vieux franais. Dans le
    patois des Vosges, _panneur_ veut dire: _Balai_; en Normandie,
    _pannas_, plumeau; dans le canton de Vaud, _panaman_,
    essuie-mains.

  PANOSSE, s. f. Torchon, vieux morceau de linge servant dans les
    cuisines  frotter et  nettoyer les meubles et ustensiles sales.
    Terme suisse-roman. En provenal: _Panoucho_. Dans le vieux
    franais, _panoseux_ signifiait: Couvert de haillons. R. _pannus_,
    drap, linge, chiffon.

  PANOSSER, v. a. Laver avec une panosse. _N'curez pas ce plancher,
    Jeannette, mais contentez-vous de le panosser._

  PANTALON, s. m. Rle d'eau, oiseau.

  PANTET, s. m. Signifie: 1 Un pan de chemise, un bout de chemise qui
    pend; 2 La chemise elle-mme. _tre en pantet_, tre en chemise,
    avoir une simple chemise. _On criait: Au feu!  l'eau! Les voisins
    y coururent en pantet._ Terme suisse, savoisien et franc-comtois.

  PANTOMINE, s. f. crivez et prononcez Pantomime.

  [+] PA-ONNE, s. f. Se dit d'une femme qui s'attife ou qui fait la
    glorieuse. _A-t-on rien vu de pareil  cette Jenny? Elle se met
    comme une guignauche  la maison, et comme une pa-onne ds qu'elle
    sort._ Le fminin de Paon est bien Paonne, mais ce mot doit se
    prononcer _panne_.

  PAPACOLON, s. m. Joubarbe, plante grasse et toujours verte, dont
    l'espce la plus commune crot ordinairement sur les toits et sur
    les murs.

  PAPEROCHES, s. f. pl. Paperasses.

  PAPET, s. m. Soupe trs-paisse, telle qu'est celle qu'on donne aux
    moissonneurs. Terme suisse, savoisien, dauphinois et languedocien.
    Figurment, _Il ne peut plus dire papet_, se dit d'un homme qui a
    tellement bu, qu'il ne peut plus parler distinctement. Dans
    l'vch de Ble et en Franche-Comt on dit: _Paipay_; en
    Belgique, _pape_, etc.

  PAPET CORDET, s. m. Soupe  la courge. Dans le vieux franais,
    _coorde_ ou _cohorde_ signifiait: Gourde, citrouille. En latin,
    _cucurbita_, dont on a fait d'abord _coucourde_. [Voyez ROBERT
    ESTIENNE, _Dictionnaire franais-latin_, dition de 1605.] Nos
    campagnards appellent une courge, _n[)a] courd[)a]_ ou
    _koeurd[)a]_.

  PAPETTE, s. f. Voyez PAPET, qui a le mme sens.

  PAPIER CASS, adj. m. Nous appelons _papier cass_ ce qu'on appelle,
    en franais: Papier brouillard, papier qu'on emploie  scher
    l'encre d'une criture frache. _Une compresse de papier cass._
    Terme parisien populaire.

  PAPIER DE POSTE, s. m. Papier  lettres. _Une rame de papier de
    poste._ Terme neuchtelois, etc.

  PAPIERS, s. m. pl. _J'ai lu dans les papiers._ Dites: J'ai lu dans
    les Papiers publics, c'est--dire: Dans les journaux, dans les
    feuilles publiques, dans les gazettes.

  PAPILLOTES, s. f. pl. Figurment: _Avoir les yeux en papillotes_,
    signifie: Ne pas les avoir bien ouverts en se rveillant.

  PAQUET, s. m. Fagot, faisceau de menu bois. _J'aime mieux brler des
    paquets que des fascines. Un cent de paquets cote de huit  douze
    francs._

  PAQUET, s. m. Nous disons: _Donner  quelqu'un son paquet_, pour: Le
    congdier, le renvoyer. Les dictionnaires ne mentionnent pas cette
    expression, mais bien la suivante: Recevoir son paquet,
    c'est--dire: tre congdi.

  PAQUETIER, IRE, s. et adj. Cancanier, faiseur de paquets,
    tripotier, mdisant. _N'ayez plus rien de commun avec ce
    paquetier._ Terme savoisien.

  PAQUIS, s. m. Terme des campagnards. Troisime coupe du foin.

  PAR, prpos. _Il vendit brique par brique_ (brique  brique) _tout
    son mobilier_. _Vous arracherez ces herbes brin par brin_ (brin 
    brin). _Dictez-moi votre nom de famille lettre par lettre_ (lettre
     lettre).

  PAR, prpos. _Il y a deux ans jour par jour_ (jour pour jour) _que
    Mr N** est mort_. _Vous me copierez ce manuscrit page par page_
    (page pour page), etc. Mais on dira fort bien: crivez jour par
    jour toutes vos dpenses, etc.

  PARAFE (UNE). _Une belle parafe._ Ce mot est masculin.

  [+] PARATRE (SE), v. pron. Paratre, tre aperu, s'apercevoir.
    _Pour raccommoder les manches et le collet, vous prendrez dans le
    pan de l'habit: cela ne veut pas se paratre._

  PARAPEL, s. m. Parapet. Franais populaire.

  PARBOUILLIR, v. a. Faire bien bouillir. _Des pinards parbouillis._
    Terme vieux franais.

  PAR CONTRE, adv. _Si le vin est cher cette anne, par contre il est
    bon. Le petit Ernest a une figure peu attrayante, mais il a par
    contre une belle sant. Le paysan gagne peu, mais par contre il ne
    hasarde gure._ Dans ces exemples, et dans les exemples analogues,
    dites: En revanche, en rcompense.

  PAR-CONTRE (LE). L'quivalent. _Recevoir le par-contre._ Terme
    suisse-roman et savoisien.

  PAR-DESSUS, adv. Nous disons d'un homme adroit, rus, et qui se tire
    toujours d'affaire dans les circonstances les plus critiques: _Il
    les sait toutes et une par-dessus._ Expression qui se prend
    d'ordinaire en mauvaise part.

  PRE, s. f. Crote, pelure du fromage et de la _tomme_. _ter la
    pre, manger la pre; donner la pre aux poulets._ Terme
    suisse-roman et savoisien. Voyez PRER.

  [+] PAR ENSEMBLE, adv. En commun, en socit. _On achtera ces deux
    lards par ensemble._ Terme vieux franais.

  [+] PAR ENSUITE, adv. Ensuite. Terme vieux franais.

  PAREPLUIE, s. m. Parapluie.

  PRER, v. a. _Prer son fromage, prer sa tomme_, en ter la crote.
    Terme trs-connu dans les Alpes qui nous avoisinent. En Languedoc,
    _parer le lait_ signifie: En ter la crme. Dans le vieux
    franais, _parer_ veut dire: Peler.

  PARESOL, s. m. Parasol.

  PAREVENT, s. m. Paravent.

  [+] PAR HASARD, loc. adv. En revanche, en compensation, du moins.
    _Il n'a pas grand'chose, lui; mais sa femme, par hasard, a
    beaucoup de terrain. Comment donc, ce drle de Joigne vous a
    rpondu si insolemment!--Oui, Monsieur, mais je l'ai remouch par
    hasard_, c'est--dire: Mais  mon tour je l'ai arrang. _Que vous
    est-il donc arriv, Monsieur Pattey?--Il m'est arriv que je me
    suis mis quatre vessicatoires, sans l'ordonnance du mdecin; mais
    j'en ai souffert, par hasard, et l'on ne m'y reprendra pas._
    Expression frquente chez les campagnards.

  PARIURE, s. f. Pari, gageure. _J'en ferais bien la pariure._ Terme
    franais populaire.

  PARLENTIN, subst. et adj. Grand parleur, babillard, bavard. _Comment
    as-tu la patience d'couter ce parlentin?_ Le fminin
    _parlentine_, d'autres disent _parlenteuse_, est peu usit.

  PARLER LE RHUME. Expression consacre chez nous et qui signifie:
    Parler avec un son de voix qui dnote un rhume.

  PARLER MAL et MAL PARLER, sont deux expressions diffrentes. Parler
    mal, c'est: Manquer aux principes de la grammaire. Mal parler,
    c'est: Dire des paroles offensantes, mdire. [ACAD.] Mais nos
    grands crivains n'ont pas observ scrupuleusement cette
    distinction, et les exemples  l'appui ne manqueraient pas.

  PARMI, adv. Au milieu, dans le milieu, dans l'intrieur. _Ce foin
    parat sec, mais il est encore mouill parmi. Cette paille est
    mouille parmi._ Cette expression, qui nous vient du vieux
    franais, est frquente dans la bouche des campagnards.

  PARMI, prp. S'emploie souvent en sous-entendant son complment.
    _Vos moutons sont chtifs; il y en a pourtant d'assez bons parmi._
    Expression inconnue aux dictionnaires et blme par les
    grammairiens.

  PAROI, s. f. _Paroi litele; paroi gysse; paroi en carrons._ Le mot
    _paroi_ est franais, mais vieux et inusit dans le sens qui lui
    est donn chez nous. Le terme vritable est: Cloison.

  PAROLI, s. m. Babil facile, locution abondante. _Ce jeune homme n'a
    que du paroli._ En provenal, _parouli_ signifie: Langage flatteur
    et sduisant; dans le vieux franais: _Paroler_, discourir.

  [+] PAR PEU QUE, locut. conj. Pour peu que. _Par peu que tu
    lambines, tu arriveras trop tard. Par peu que tu sois diligent, tu
    pourras nous rattraper._ Faute frquente, mais qui passe
    inaperue,  cause de la ressemblance des sons _par peu_ et _pour
    peu_.

  PARPILLOLE, s. f. Monnaie genevoise du seizime sicle, valant les
    trois quarts d'un sou, soit neuf deniers. Elle s'appelait aussi
    _parpayole_.

  PARPILLON, s. m. Terme des campagnards. Papillon. _Fais voir  ces
    Monsieurs ton beau parpillon._ En Franche-Comt, en Auvergne, en
    Languedoc et en Gascogne, on dit: _Parpillot_; en provenal,
    _parpaihoun_; en Dauphin, _parpaillou_.

  PARTERET, s. m. Couperet, hachette, sorte de couteau de boucherie
    fort large, lequel sert  couper la viande. A Rumilly (Savoie), on
    dit: _Partelet_; en Dauphin, _partou_. R. vieux franais,
    _parter_, diviser, partager.

  PARTICIPER, v. a. Communiquer, faire part de, informer de.
    _Participer une nouvelle, participer un vnement. Mr N** a
    nglig de nous participer le mariage de sa fille._

  [+] PARTICULIARIT, s. f. _Que dis-tu de ce bon rencontre,
    Christophe? N'est-ce pas une particuliarit?_ Terme vieux
    franais. crivez et prononcez Particularit.

  PARTIE, s. f. Ne dites pas: _Faire une partie aux boules, faire une
    partie aux quilles_, etc. Dites: Faire une partie DE boules,
    faire une partie DE quilles, une partie DE billard.

  PARTI-MEYTI. Locution moiti patoise, moiti barbare, qui revient :
    Partageons, et qui se dit ordinairement aprs une trouvaille
    faite en commun. _Partir_ ou _parter_, en vieux franais,
    signifie: Partager, et _meyti_ ou _meyta_, en patois, veulent
    dire: Moiti.

  PARTI ROULANT, s. m. Se dit d'un jeune homme qui est mr pour le
    mariage, riche ou en position de le devenir. _Mr N** est un parti
    roulant. Il y avait  ce bal trois ou quatre partis roulants._
    Cette expression, qui appartient  la conversation familire,
    n'est pas inconnue en Savoie et dans le canton de Vaud. Je
    demandais  une bonne paysanne du Chablais quel ge  peu prs
    devait avoir un riche clibataire pour tre appel _parti
    roulant_: _Tant plus vieux, tant meilleur_, me rpondit-elle.

  [+] PAS, adv. interrogatif. N'est-ce pas? _C'est aprs-demain la
    foire  Gaillard, pas? Dis-donc, Mose, les raisins sont mrs, on
    ira  la picte, pas?_ Terme des gamins.

  PAS MOINS, conj. Cependant, nanmoins. _Elle avait dit et rpt:
    Je n'irai plus au bal, et pas moins elle y retourne._ Terme
    franais populaire.

  PAS PLUS, loc. adv. Non certes, point du tout, aucunement. _Votre
    cousin a-t-il russi dans sa requte?--Pas plus. On dit que vous
    pensez  vous marier, Mamzelle Gothon.--Moi, Monsieur, pas plus:
    et qui est-ce qui me voudrait?_

  PAS RIEN QUE, est une expression incorrecte dans les phrases
    suivantes: _Il n'y a pas rien que lui qui souffre. Il n'y aura pas
    rien que vous deux de punis_, etc. Dites: Il n'est pas le seul qui
    souffre. Il y en aura d'autres que vous deux de punis.

  PASSAGER, RE, adj. Passant, passante; frquent, frquente.
    _Chemin passager, rue passagre._ Terme franais populaire.

  PASSE, s. f. Terme de vigneron. Le temps de la floraison des
    vignes. _Il faut beaucoup de chaleur pour que la passe se fasse
    bien._ [_Glossaire de_ GAUDY.]

  PASSE, subst. f. Tourne, passage de quelqu'un. _Premire passe,
    deuxime passe du facteur de la poste aux lettres. As-tu soin,
    Octavie, de cueillir mes graines de capucines?--J'ai dj fait ce
    matin deux passes._

  PASSE-GENT, s. m. Nos jeunes garons appellent ainsi un jeu qui
    consiste  sauter, de distance en distance, les uns par-dessus les
    autres. _Jouer  passe-gent._ Terme languedocien. En franais, ce
    jeu s'appelle Coupe-tte.

  PASSER AU BLEU, v. a. (fig.) Tuer, faire mourir. _Quelle nouvelle
    a-t-on de notre lieutenant?--Il a t pass au bleu._ Franais
    populaire.

  PASSE-ROSE (UN). _Un beau passe-rose._ Ce mot est fminin.

  PASSET ou PASSEY, s. m. chalas. La plupart des dialectes populaires
    de France, de Suisse et de Savoie ont ce terme, plus ou moins
    modifi. Dans le vieux franais on disait: _Pesseau_; en grec,
    _passalos_, et en latin, _paxillus_.

  PASSIONNER, v. a. Ce verbe n'est pas franais, dans le sens de:
    Aimer avec passion. Ne dites donc pas: _Cette dame passionne les
    romans. La jeunesse passionne les voyages. Nous passionnons tous
    la paix et la libert._

  PASSIORET, s. m. Petit passage, ouverture pratique dans une haie
    pour les pitons. Terme savoisien. Dans le dialecte du Berry,
    _passire_ veut dire: Chemin.

  PASSON, s. m. Terme des campagnards. chelon. En Champagne, _passet_
    veut dire: Petit marche-pied.

  PATACHE ou PATASSE, adj. et subst. Lambin, lambine.

  PATACHER ou PATASSER, v. n. Lambiner.

  PATACHERIE et PATASSERIE, s. f. Lenteur extrme, nonchalance.

  PATAPOUF, s. m. Homme corpulent et lourd. _Un gros patapouf._ Terme
    savoisien, picard, rouchi, etc.

  [+] PATARAFE, s. f. _Mettre sa patarafe._ Terme franais populaire.
    L'expression vritable est: Mettre son parafe.

  [+] PATARAFER (SE). Faire son parafe.

  PATENAILLE, s. f. Pastenade, carotte jaune. _Plucher des
    patenailles. Salade aux patenailles._ Terme vaudois, valaisan et
    jurassien, usit aussi dans le Chablais et le Faucigny. A Rumilly
    (Savoie), on dit: _Parsenaille_; en vieux franais, _pastenaille_.
    R. lat. _pastinaca_.

  PATENOCHAGE, s. m. ou PATENOCHERIE, s. f. Lambinerie.

  PATENOCHE, s. f. Lambin, lambine; nonchalant, nonchalante.

  PATENOCHER, v. n. Lambiner.

  PTRE (UN). _Un ptre  vis. Assujettir un ptre._ Dites: Une
    patre (_a_ bref). Sorte de crochet qui sert dans l'ameublement 
    diffrents usages. R. lat. _patera_, coupe.

  PATET, TE, subst. et adj. Lambin, qui fait tout lentement et
    mollement. _Un colier patet; une servante patte. Il est si patet
    qu'il vous ferait grimper les murs._ Terme suisse-roman,
    savoisien, lyonnais et mridional. Dans le Midi, _patet_ signifie
    plutt: Vtilleur, chipotier, tatillon, scrupuleux  l'excs,
    difficile  contenter. A Genve, _patet_ se dit aussi des choses.
    _Un travail patet_ est celui qui exige des soins trs-minutieux.
    _Une bouilloire patte_ est celle qui met beaucoup de temps 
    cuire.

  PATETAGE, s. m. Lambinerie, acte d'un lambin.

  PATETER, v. n. Lambiner, s'occuper longuement de minuties.

  PATTERIE, s. f. Lambinerie, barguignage, tatillonnage. _Cesse tes
    patteries, Joseph, et viens nous aider  scier le bois._

  PATIENCE, s. f. Sorte de petite ptisserie ronde, de la grandeur
    d'une pice de cent sous et de la nature des massepains. _Un
    cornet de patiences._

  PATIN, s. m. Braie, linge dont on enveloppe les petits enfants, et
    par-dessus lequel on met le lange. _Faire scher des patins._
    Terme suisse-roman et savoisien.

  PATICAGE, s. m. Lambinerie.

  PATIQUER, v. n. Lambiner. Augmentatif du verbe _pateter_.

  PATI-PATA. Onomatope par laquelle on exprime les redites et le
    bavardage tourdissant d'une personne qui babille sans cesse.

  PATOCHON, s. m. Lambin.

  PATOUFLE, s. m. Lourdaud. _Un gros patoufle._ Terme savoisien. En
    rouchi: _Patouf_. Dans le patois du bas Limousin, _patoufl_
    signifie: Joufflu; en provenal, _patufeou_ veut dire: Dadais,
    bent.

  [+] PATRACLE, s. f. Patraque.

  PATRACLER, v. n. Travailler avec mollesse et lenteur; ne pas avancer
    dans son ouvrage. [P. G.]

  PATRIGOT, s. m. Patrouillis, margouillis, boue liquide. _Se mettre
    dans le patrigot._ Terme suisse-roman et savoisien. _Patrigot_
    s'emploie aussi figurment et signifie: Tracas, embarras dont on
    ne pourra sortir que difficilement; affaire pineuse et
    dsagrable. _Le voil depuis six mois, et par sa faute, dans un
    fameux patrigot._ En provenal, _patrigo_ et _patricot_
    signifient: 1 Mic-mac, manigance, pratique secrte; 2
    Tracasserie, embarras.

  PATRIGOTER, v. n. Patauger, marcher ou s'enfoncer dans la boue
    paisse, dans le _patrigot_.

  PATRIMONIAL, s. m. Doyen d'un cercle, doyen d'une confrrie. _Mr
    N**, patrimonial du cercle des Anonymes, vient de mourir._ Le mot
    _patrimonial_ est franais, mais dans une acception diffrente.

  PATTE ou PATE, s. f. Chiffon, morceau de vieux linge, lambeau de
    linge us et qui n'est bon qu' faire du papier. _Il mit sur sa
    coupure des toiles d'araigne en guise de patte. Ici on loue la
    Feuille d'Avis et on achte les pattes._ Proverbialement, _Avoir
    son bguin de patte_, signifie: tre mort, tre _ploy_, tre dans
    le linceul. Terme suisse, savoisien, franc-comtois et mridional.
    En Lorraine, _patte_ signifie: toupes de chanvre. A Lausanne, 
    Neuchtel,  Lyon,  Besanon, le _pattier_ est Celui qui ramasse
    les chiffons dans les rues. En franais on appelle _pattire_, La
    femme qui trie les chiffons  papier. Nous appelons _patte aux
    aises_ ou _patte des aises_, La lavette, c'est--dire: le bout de
    torchon qui sert  laver la vaisselle. Nous appelons _patte
    soufre_, Une mche soufre; _patte  bleu_ ou _patte au bleu_, Le
    sachet pour l'indigo.

  PATTE  COU, loc. adv. _Porter quelqu'un  patte  cou_, signifie:
    Porter  dos une personne qui se tient  notre cou avec ses bras,
    ou ses _pattes_. Cette expression est surtout familire aux
    campagnards. A Genve nous disons: _A cocochet_. [P. G.]

  PATTE MOUILLE, s. f. Se dit d'une personne flasque, molle, lche au
    travail et sans nergie. _Je ne peux rien faire de votre apprenti:
    c'est un paresseux, c'est une patte mouille._ Terme suisse,
    savoisien et lyonnais. On dit en franais, dans le mme sens: Un
    linge mouill.

  PAUFER, s. m. (Prononcez le _r_.) Levier en fer, avant-pieu. _On
    plante les saules au paufer._ Terme suisse. En Savoie: _Paufer_ et
    _pafer_; dans le Dauphin et le Languedoc, _palfer_. En vieux
    franais, _pau_ signifie: Pieu. Quelquefois, par exagration, nos
    dames appellent _paufer_, Une grosse aiguille.

  PAUME, s. f. Balle, sorte de pelote ronde servant  divers jeux.
    _Lancer une paume. Renvoyer la paume._ Terme mridional. En
    franais, Paume se dit du jeu lui-mme et non de la balle.

  PAUME DE NEIGE, s. f. Pelote de neige, boule de neige. _Jeter des
    paumes de neige. Se battre  coups de paumes de neige._ Terme
    suisse. _Paumer les passants_, c'est: Leur lancer des _paumes_ de
    neige.

  PAUNER ou PNER, v. a. Payer sa quote-part, acquitter sa dette;
    contribuer. _On saura bien le faire pner comme les autres._ En
    vieux franais, _poner_ signifie: Poser, mettre, dposer. R.
    _pono_.

  PAUVRE, s. m. Nous disons proverbialement: _Rire comme des pauvres_,
    pour: Rire de bon coeur, rire  ventre dboutonn. _La soire fut
    divertissante: nous y avons ri comme des pauvres._ En Bretagne,
    _tre gai comme des peillotoux_, signifie: tre gai comme des
    dguenills.

  PAUVRE (UNE). Une mendiante. _Ne renvoyez pas cette pauvre._ Les
    dictionnaires disent: Une pauvresse, expression inconnue chez
    nous, et probablement ailleurs.

  PAVANE, subst. fm. Farce. _Regarde ces dguiss, Joson! quelle
    pavane!_ S'emploie aussi adjectivement. _Que cette chanson est
    pavane!_ c'est--dire: Qu'elle est plaisante; qu'elle est
    bouffonne!

  [+] PAVIR, v. a. Paver.

  [+] PAVISSEUR, s. m. Paveur. Terme savoisien.

  PAYER, v. a. (fig.) _Il me la payera! Vous me la payerez tous! Il
    faut qu'on me la paye!_ Dites, avec le masculin: Il me LE payera!
    Vous me LE payerez! Il faut qu'on me LE paye! c'est--dire:
    J'aurai ma revanche.

  PAYER UN GAGE. Terme de certains jeux. Dites: Donner un gage. _Ma
    lourdise fut grande  tous ces jeux, et l'on me fit payer quatre
    gages._ Expression mridionale. Le gage n'est pas un _payement_,
    c'est une garantie du payement: on ne paye que quand on retire le
    gage.

  PEAU DE SOURIS, s. f. _Se mettre en peau de souris pour quelqu'un_,
    signifie: Se dvouer  lui corps et biens; embrasser ses intrts
    chaleureusement et quoi qu'il en puisse coter.

  PEBLACHE, adj. des 2 genres. Terme des campagnards. Sec et mou. Se
    dit d'un lgume de la famille des crucifres, qui n'a plus sa
    fracheur primitive; qui s'est durci en perdant sa saveur. _Un
    ravonet peblache. Des raves peblaches._ On dit aussi: _Bllache_
    (_ll_ mouills).

  PCHERONGE, s. f. Pavie, sorte de pche.

  PCHE SANGUINE. Voyez SANGUINE

  PCHIER, s. m. Pcher, arbre qui porte la pche. _Des pchiers en
    plein vent._ Terme franais populaire et vieux franais.

  PCLET, s. m. Loquet d'une porte. _Trouvant la porte ferme, nous
    commenmes  sigougner le pclet._ Terme suisse et savoisien. En
    Franche-Comt on dit: _Pcle_.

  PCLET, s. m. Montre, petite horloge de poche. Terme badin.

  PCLOTIER, s. m. Horloger. Terme badin ou drisoire. _Un pauvre
    pclotier; un mauvais pclotier._

  PECOU ou PKEU, s. m. Terme des campagnards. Le pdoncule, la queue
    d'un fruit. _Le pecou d'une poire; le pecou d'une cerise_, etc.
    Mot provenal et vieux franais. On dit  Lyon: _Picou_, et en
    Languedoc, _pecoul_.

  PCUGNE, s. f. Pcune, argent comptant.

  PGE ou PGUE, s. f. Poix, matire rsineuse. Ces mots _pge_ et
    _pgue_ appartiennent aux dialectes du Midi et au vieux franais.
    Nous disons figurment d'une personne dont les conversations ou
    les visites fatiguent par leur longueur: _C'est une pge. Quelle
    scie! quelle pge que ce Dorival!_ _Pge_ s'emploie aussi
    adjectivement. _T'aperois-tu que le papa N** devient un peu
    pge?_

  PGEUX, EUSE, subst. Lambin, tranard.

  PGUER, v. n. Enrager, pester. _Regardez tous comme il bisque!
    Regardez comme il pgue!_ Terme trivial.

  PEIGNE, s. m. Nous disons proverbialement: _tre sot comme un
    peigne_, pour: tre bahi, tre stupfait. _Il persistait  nier;
    mais quand on lui montra sa signature, il demeura sot comme un
    peigne._

  PEIGNER (SE), v. rcip. Se battre. Nous disons figurment et
    proverbialement: _Voil o les chats se peignent_, pour: Voil o
    est la difficult, voil o est l'obstacle.

  PEIGNETTE, s. f. Peigne fin.

  PEILLE, PEILLOT, PEILLON, et PEILLOU, s. m. Brou, cale, coque,
    couverture extrieure des noix, des noisettes et des amandes.
    Terme vaudois et savoisien. Dans le canton de Vaud, _piller des
    noix_ signifie: caler des noix; et _noix pillettes_ veut dire:
    Noix dbarrasses de leur enveloppe. En Lorraine, _piller des
    pois, piller des fves_, signifie: Les cosser.

  PLE, s. m. Nom que les enfants des environs de Genve donnent  une
    noix ou  un noyau de pche, qu'ils faonnent et polissent avec du
    grs, et dont ils se servent pour jouer  la droite, aux noix ou
    aux noyaux de pche. [P. G.]

  PLERINE, s. f. Biscuit long et mince, trs-lger, qu'on appelle 
    Paris: Biscuit  la cuiller. _Saucer des plerines dans du sirop._
    Terme savoisien.

  PELLE, s. f. Rame, aviron. _Aller  la pelle_, signifie: Ramer,
    naviguer  l'aide des rames. En franais, Pelle d'aviron se dit
    quelquefois de la partie plate de l'aviron, laquelle entre dans
    l'eau quand on rame.

  PELLE, s. f. Bche. _Labourer  la pelle_, c'est: Labourer  la
    bche. Le _Complment_ du dictionnaire de l'Acadmie dit:
    Pelle-bche, espce de bche.

  P'ENCORE, loc. adv. Pas encore. [P. G.]

  PENDEAU, s. m. Trochet, bouquet, glane, botte. _Un pendeau de
    cerises_ s'appelle en franais: Un trochet de cerises. _Un pendeau
    de poires_ s'appelle: Une glane de poires. Ce terme de _pendeau_
    est connu  Moudon (canton de Vaud),  Neuchtel et sans doute
    ailleurs.

  PENDILLON, s. m. Morceau d'toffe, ruban qui pendille et annonce le
    dsordre ou le manque de got.

  PENIN, s. m. Salaire, argent qui est le produit d'un travail.

  PENNE, s. f. Panne, graisse du ventre d'un porc. _Une penne de
    lard._ Terme suisse et savoisien.

  PENOT, OTTE, adj. (_o_ bref.) Penaud, penaude. _A cette rencontre
    imprvue, elle demeura penotte et interdite._

  PENSER DE. Projeter, avoir l'intention de, avoir dans l'ide de.
    _Penses-tu de sortir dimanche, s'il fait beau?--Sans doute, je
    pense de t'accompagner  la Bellotte._ Dites: Je pense 
    t'accompagner. [ACAD.]

  PENSER (SE). Penser, croire, s'imaginer. _Quand on a frapp  la
    porte, nous nous sommes bien pens que c'tait toi. En voyant les
    hirondelles voler si bas, je m'tais bien pens qu'il pleuvrait._
    Cette locution, fort rpandue en Suisse, en Savoie, en
    Franche-Comt, en Dauphin et dans tout le Midi, appartient au
    vieux franais. Ce n'est donc point une locution qui soit
    particulire  notre _patois_, comme le dit M. SAINTE-BEUVE, dans
    la _Biographie de Tpffer_.

  PENSION, s. f. L'expression: _Prendre pension_, si connue, si usite
    chez nous, ne se trouve dans aucun dictionnaire, ni dans aucun
    Glossaire. _Vous voil donc, Monsieur, pour quelque temps 
    Genve: o prendrez-vous pension?_ c'est--dire: O prendrez-vous
    vos repas?

  PENTE, s. f. (fig.) _Se donner une pente de quelque chose_,
    signifie: En prendre autant que l'on peut, en user largement et 
    coeur joie. _Se donner une pente de travail; se_ _donner une
    pente de petit blanc; se donner une pente de bals masqus, une
    pente de concerts_, etc. Expression qui appartient au style le
    plus familier.

  PENTECTE, s. f. Nous disons comme les Gascons: _La fte de
    Pentecte; le jour de Pentecte_, etc.; et je trouve dans SENEBIER
    la phrase suivante: Les dcisions du Synode de Lausanne sur les
    ftes de Nol, de l'Ascension et _de Pentecte_. [_Histoire
    littraire de Genve_, t. Ier, p. 186.] Il faut dire, en ajoutant
    l'article: La fte de LA Pentecte, le jour de LA Pentecte; les
    sermons de LA Pentecte.

  PPINRISTE, s. m. _Un ppinriste achaland._ Terme franais
    populaire. On doit crire et prononcer Ppiniriste.

  PERCE-NEIGE (UN). Sorte de plante qui fleurit en plein hiver. Ce mot
    est fminin. Une perce-neige.

  PERCER, v. a. Nous disons d'un petit enfant  qui les premires
    dents viennent: _Il a perc ses premires dents_. L'expression
    franaise est: Les premires dents ont perc  cet enfant; les
    premires dents sont venues  cet enfant.

  PERCET, s. m. Foret, vrille, peroir, percerette. On dit en Valais:
    _Perceret_.

  PERCHETTE, s. f. Sorte de menu poisson, petite perche.

  PERCLUE, adj. f. _Cette pauvre femme tait perclue de froid, perclue
    de douleurs._ Terme franais populaire. L'adjectif perclus fait
    au fminin percluse et non pas _perclue_.

  PERDRE, v. n. Quand nous disons d'une jeune fille, d'une jeune dame:
    _Elle perd, elle a perdu, elle commence  perdre_, cela signifie
    que: Sa beaut, sa fracheur, son clat diminuent, ont diminu,
    commencent  diminuer. Ce sens du verbe Perdre, si usit chez
    nous, n'est pas dans les dictionnaires.

  PERDRIGONE, adj. f. _Une prune perdrigone._ Dites: Une prune de
    perdrigon, ou: Un perdrigon. Un perdrigon blanc, un perdrigon
    violet. Dans le Languedoc, le Limousin et le Dauphin, on dit:
    _Une perdigone_;  Marseille, _une prune pardigone_.

  PERD-TEMPS, s. m. Se dit de tout objet qui invite  muser et 
    perdre le temps. _Un chien, un oiseau, un chat, une pipe,
    deviennent quelquefois un perd-temps, un agrable perd-temps._

  PRIN ou PRAIN, s. m. Canepin, pessonure, rognures de peau blanche
    et fine, pour effacer les traits au fusain.

  PERNETTE, s. f. Petit scarabe, d'un beau rouge mouchet de noir.
    C'est la dfinition qu'en donne TPFFER lui-mme dans le
    _Presbytre_.

  PRORER, v. a. _Prorer une assemble. Il nous prora de son mieux,
    mais il ne parvint pas  nous convaincre._ Prorer est un verbe
    neutre. Voyez comme il prore! coutez-le prorer.

  PERRUQUE, s. f. (fig.) Remontrance, mercuriale. _On lui a donn sa
    perruque._

  PERRUTIER, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses du mot
    Perruquier.

  PERSCUTER DE, suivi de l'infinitif. _Je le perscute de partir; il
    me perscute de le suivre_, etc. Ce rgime du verbe perscuter
    est inconnu aux dictionnaires: ce qui ne veut pas dire qu'il soit
    vicieux.

  PESATU, s. m. Terme rural. Bl, seigle et vesces (_pesettes_) que
    l'on sme ple-mle et que l'on rcolte  la fois sans faire de
    triage. _Farine de pesatu; pain de pesatu._ [P. G.]

  PERTANTAINE, s. f. _Courir la pertantaine._ Dites: Courir la
    pretantaine.

  PTALE (UNE). Ce mot est masculin: Un ptale, c'est--dire:
    Chacune des pices qui composent la corolle d'une fleur.

  PETARD, s. m. (fig.) Nous appelons _front de petard_, le front d'un
    homme qui ne rougit plus, le front d'un homme hont. _Insensible
     ce reproche, il continua de se dfendre avec un front de
    petard_, c'est--dire: Avec une audace et une effronterie
    acheves. Expression fort triviale, mais fort rpandue.

  PETARD, s. m. (fig.) Horion, mornifle. _Donner un petard; flanquer
    un petard; appliquer un petard._

  PETARD, s. m. Canonnire, tube de sureau dont on te la moelle, et
    dont les enfants se servent pour chasser, par le moyen d'un
    piston, de petits tampons de papier mch. Terme mridional.

  PTAVIN, s. m. Espce de framboise noire, qui crot dans les lieux
    humides et surtout le long des rivires. Selon le _Vocabulaire
    dauphinois_ de Mr CHAMPOLLION an, _peitavin_ signifie: Osier.

  PETE, s. f. Foule, quantit. _Une pete de monde; une pete de
    curieux. Vite, vite, tire ton cerceau: tu as une pete de
    perchettes._

  PETER, v. n. _Faire peter son fouet._ Dites: Faire claquer son
    fouet.

  PETER, v. n. Nous disons d'un vin dur et acide: _C'est un vin 
    faire peter les chvres._ Les dictionnaires disent plus dcemment:
    C'est un vin  faire danser les chvres.

  PETEUX, s. m. Lche, poltron, pleutre, couard, peteur. _Dans le plus
    fort de la dispute, il s'alla cacher comme un peteux._ Terme
    franais populaire.

  PTIAFFE, adj. des 2 genres. Sans force, sans vigueur, faible, bon 
    rien. _Je suis encore tout ptiaffe, et je puis  peine me
    soutenir._ Se dit aussi d'un fruit pourri: _Une pomme ptiaffe_.

  PETIOLET, ETTE, adj. Trs-petit, trs-chtif.

  PETIOT, OTE, adj. Petit, trs-petit, exigu. _Tu me donnes l un
    morceau de pain bien petiot._ Terme vieux franais. _Petiot_ est
    aussi substantif. _O sont vos petiots?_ (o sont vos jeunes
    enfants?) _Montrez-nous donc vos braves petiots?_ _Petiou_ se dit
    quelquefois pour: _Petiot_.

  PETIT (LE). Terme du jeu de boules. Le but, le cochonnet. _Lancer le
    petit; s'approcher du petit; baucher le petit._ Terme mridional,
    etc.

  PETIT, s. m. Jeune enfant, jeune fils d'un tel. _Vos petits sont-ils
    en bonne sant?--Notre petit a la rougeole._ _Petit_, dans ce
    sens, n'est pas franais. Le fminin _petite_ pourrait mieux se
    dire.

  PETIT-BOIS, s. m. Menu bois.

  PETIT-LOUIS, s. m. Courlis ou courlieu, oiseau aquatique.

  PETIT-PEU (UN). Trs-peu, tant soit peu.

  PETOLLE, s. f. Crotte, fiente de certains animaux, comme chvres,
    brebis, lapins, souris. En vieux franais: _Petelle_; en
    provenal, _peto_.

  PETON, s. m. Terme enfantin. Le pied d'un petit enfant. _Elle a bobo
     son peton._ Dans le canton de Vaud on dit: _Piton_ ou _pioton_.

  PTR ou PEITR, s. m. Manant, rustre, pacant, butor, grossier
    personnage. Terme normand, breton, etc.

  PTRE ou PEITRE, s. m. Gsier, estomac. _Le ptre d'une poule; le
    ptre d'une dinde._ Terme suisse et savoisien. On le dit
    quelquefois, mais trivialement, en parlant des personnes. _Nos
    individus ne quittrent la table qu'ayant le ptre bien garni._
    _Ptre_ se dit aussi d'un gros gotre.

  PTREUX, s. m. Gotreux.

  PTRISSOIRE, s. f. Ptrin, huche, coffre  ptrir le pain. Terme
    suisse, savoisien, franc-comtois, etc. Quelques dictionnaires
    modernes disent au masculin: Un ptrissoir.

  PTRONER (SE), ou SE PTROGNER, v. pron. Se dit d'un enfant qui,
    dans les bras de sa nourrice ou de sa mre, a l'air de se
    dorloter, et tmoigne son contentement par un certain bruit du
    gosier.

  PETTE, s. f. Bagatelle, chose de nulle valeur. _Pour toutes vos
    peines, vos courses, vos critures, vos correspondances, la
    famille du dfunt vous a envoy deux couverts d'argent: la belle
    pette! Voil vraiment une belle pette! Ils ont fait l une belle
    pette!_ Ce terme, trs-familier et mme trivial, se retrouve dans
    le patois rouchi, o il signifie: Peu de chose, rien. [Voyez le
    _Dictionnaire rouchi-franais_ de HCART, 3me dition.] Voyez
    aussi le mot _peto_, dans le _Dictionnaire provenal_ de M. J.-F.
    AVRIL.

  PEU (UN), s. m. N'est pas franais dans le sens de: Un peu de temps.
    _Il y a un peu que je n'ai vu ton frre. Il y a un peu que la
    diligence est partie._

  PEU (UN). _Prte-moi un peu ton couteau. Donne-moi un peu cette
    chelle_, etc. Dans cette phrase et les phrases analogues, _un
    peu_ est inutile et vicieux.

  PEUGET, s. m. Suc ou jus qui se forme dans le tuyau et le fond d'une
    pipe par la salive et la vapeur du tabac.

  PEUR, s. f. _ moi la peur si....._ Espce d'affirmation qui revient
     la suivante: Je veux tre pendu si..... _Tu veux donc toujours
    me dsobir, Janot; mais  moi la peur si je ne t'enferme pas
    dimanche prochain. Puisque Du Rosier refuse obstinment de me
    payer,  moi la peur si je ne lui envoie pas une assignation._

  PEUR, s. f. _Qu'as-tu peur? Qu'avez-vous peur?_ Expressions fort
    usites chez nous et ailleurs. Pour parler grammaticalement il
    faut dire: De quoi as-tu peur? De quoi avez-vous peur?

  PHIBOSETTE, s. f. Fille ou femme dmesurment petite et contrefaite.
    Voyez MPHIBOSET.

  PILER, v. n. Piailler, piauler.

  PIAILLARD, ARDE, adj. et s. Piailleur, criard. Franais populaire.

  PIAILLE, s. f. Piaillerie, criaillerie. _Faire des piailles.
    Finissez donc vos piailles._

  PIANOTTER, v. n. Terme drisoire. Jouer du piano.

  PIAPEU, s. m. Renoncule des champs. Terme connu aussi dans le canton
    de Vaud. Le dictionnaire de Mr BESCHERELLE dit: Piapan.

  [+] PIASTRE (UN). Une piastre. _Aimer le piastre_, aimer l'argent.
    _Gots piastreux_, gots excessifs de s'enrichir. _Homme
    piastreux_, homme riche.

  PIAUTE, s. f. Voyez PITE.

  PIC, s. m. Terme franais, qui signifie: Pivert. Nous disons
    proverbialement d'une personne maigre et sche: _Elle est maigre
    comme un pic_. Cette expression est sans doute moins usite
    ailleurs que chez nous, puisqu'elle n'est pas consigne dans les
    dictionnaires.

  PICAILLONNER, v. n. Liarder, lsiner, faire des conomies mesquines,
    mettre avaricieusement sou sur sou. _Son plus grand bonheur est de
    picaillonner._ Le _picaillon_ tait une petite monnaie en usage
    dans le Pimont et la Savoie, et qui valait un centime. Nous
    disons encore d'une chose de nulle valeur: _Cela ne vaut pas un
    picaillon; je n'en donnerais pas un picaillon._

  PICAILLONNEUR, s. m. Liardeur, avare.

  PICTA ou PECTA. Terme injurieux dont les paysans savoisiens se
    servent pour dsigner les habitants de Genve et particulirement
    les protestants. On explique trs-diversement l'origine de cette
    dnomination. Dans le Berry, _peccata_ signifie: Baudet.

  PICAIRNE, s. f. Voyez PIQUERNE.

  PICATALON, s. m. Fourmi. _Un nid de picatalons._

  PICHE, s. f. Chopine, petite mesure du pays. En franais, Pichet
    est une sorte de vase  vin.

  PICHENETTE, s. f. Coup, taloche. _Flanquer une pichenette._

  PICHOLETTE, s. f. Chopine, petite mesure du pays. _Une picholette de
    vin. Boire picholette. Payer picholette._ Terme vaudois et
    savoisien.

  PICOLON, s. m. Petit point. _Indienne  petits picolons._ Terme
    vaudois. _Dner au picolon de midi_, signifie: Dner au coup de
    midi,  midi sonnant. Nous disons qu'une montre _fend le picolon_,
    lorsqu'elle marche avec une parfaite rgularit. _Je puis vous
    donner l'heure exacte, car ma montre fend le picolon._

  PICOT, s. m. Sorte d'pingle longue et  grosse tte. En franais,
    Picot signifie: Petite pointe qui demeure sur le bois quand ce
    bois n'a pas t coup net.

  PICTE, s. f. Picore, maraude. _Aller  la picte des raisins,  la
    picte des noix._ Terme consacr parmi les jeunes garons.

  PIDANCE, s. f. Pitance. _Le pain et la pidance._ Terme franais
    populaire. Voyez S'APIDANCER.

  PIDE, s. f. Semonce, rprimande. _Donner une pide. Recevoir une
    pide. Tu as eu ta pide, et cela te venait._ Terme vaudois.

  PIDE, s. f. Terme de certains jeux. Mesure, action de mesurer. _Je
    veux de la pide_ (je veux mesurer).

  PIDER, v. n. Mesurer la distance d'un palet  un autre, la distance
    d'une boule  une autre, etc. _Tu t'imagines tenir, mais je pense
    le contraire, et j'en veux de la pide, je veux pider._ Terme
    vaudois et savoisien. R. lat. _pes, pedis_.

  PIDER, v. n. Abuter, c'est--dire: Jeter au but, tirer au but pour
    savoir qui jouera le premier. _ qui est-ce  pider? Commence,
    Daniel, et ne pidons pas._

  PIDER, v. a. Terme des collgiens. Voler, drober, filouter. _Quel
    est celui de vous qui m'a pid mon agate?_

  PIED, s. m. Braie, drapeau, pice de toile dont on enveloppe les
    petits enfants, et par-dessus laquelle on met les langes. _Scher
    un pied; changer un pied._ Terme vaudois et savoisien. En
    Dauphin, _Donner les pieds  un enfant_, signifie: Lui donner sa
    premire robe.

  PIED, s. m. _Tenir pied_, est un terme du jeu de boules qui
    signifie: Piter, c'est--dire: Tenir le pied  l'endroit qui a
    t marqu pour cela.

  PIED POTENT, s. m. Jeu d'colier.

  PIEDS, s. m. pl. Nous disons figurment de quelqu'un qui, par des
    spculations ambitieuses ou sottes, a perdu la position aise o
    il se trouvait: _Il s'est mis aux pieds ce qu'il avait aux mains_.

  PIEDS, s. m. pl. _Ne pas mettre deux pieds dans un soulier_, est une
    expression figure qui signifie: Agir promptement, mettre 
    l'excution d'un message toute la diligence possible. _Va nous
    louer un cabriolet, et surtout ne mets pas deux pieds dans un
    soulier._

  PIEDS AU CHAUD. _Tenir  quelqu'un les pieds au chaud._ Se dit d'une
    personne qui en soigne une autre dans des vues intresses. On
    dira, par exemple, d'un neveu qui a de grands gards pour un oncle
    clibataire: _Voyez comme il le cajole et le prvient; voyez comme
    il lui tient les pieds au chaud_.

  PIEDS BLANCS, s. m. pl. _Il a les quatre pieds blancs._ Se dit de
    quelqu'un qui a ses entres libres et ses coudes franches dans
    une maison.

  PIERRE  BERNARD ou PIERRE  BERNADE. Se dit d'une distribution
    d'argent ou de bonbons que les riches paysans, le jour de leurs
    noces, font aux enfants de la commune. L'ancien _Glossaire_ fait
    erreur quand il dit que cet usage a cess dans notre canton. [P.
    G.]

  PIERRE  FEU, s. f. Pierre  fusil, pierre  briquet. _Les capsules
    auront bientt remplac partout les pierres  feu._ Terme suisse
    et savoisien.

  PIERRES, s. f. pl. Nous disons figurment d'une personne qui est au
    comble du malheur: _Elle est malheureuse comme les pierres_.
    Expression proverbiale connue en Picardie, et sans doute ailleurs.
    Les dictionnaires franais disent: tre malheureux comme un chien
    qui se noie.

  PIF-POUF, s. m. Homme gros, ventru et de petite taille. En franais,
    Piffre signifie: Gros, replet.

  PIGEONNIRE, s. f. Pigeonnier, colombier.

  PIGNOCHER, v. n. Peindre  petits coups, peindre sans hardiesse.
    Dans les dictionnaires, Pignocher signifie: Manger ngligemment,
    manger sans apptit et du bout des dents.

  PIGNOCHEUR, s. m. Tatillon, _patet_.

  PIGNOLET, s. m. Nom que les campagnards donnent  la plante appele
    en franais: Thym. _Brouter le pignolet._ Terme vaudois.

  PILE, s. f. Vole de coups, trille. _Donner une pile  quelqu'un_,
    le rosser. Terme connu dans le Berry, en Savoie et ailleurs.

  PILON, s. m. Mortier. _Pilon de fonte, pilon de marbre. L'escamoteur
    mit la montre dans le pilon et la brisa._ Terme suisse et
    savoisien. En franais, le Pilon est l'instrument avec lequel on
    pile dans le mortier.

  PILVINETTE, s. f. pine-vinette, sorte d'arbrisseau. _Tablettes  la
    pilvinette._ Dans le franais populaire on dit: _Pinevinette_.

  [+] PIMPILVINETTE, s. f. pine-vinette.

  [+] PIMPINIRE, s. f. Ppinire. PIMPINIRISTE, s. m. Ppiniriste.

  PINCE, s. f. Terme de couturire. Troussis, pli fait  une robe, 
    une jupe pour la raccourcir.

  PINOTTER, v. n. Terme de nos anciennes fabriques d'indienne.
    Travailler au pinceau.

  PINOTTEUSE, s. f. Ouvrire qui, dans nos anciennes fabriques
    d'indienne, mettait les couleurs.

  PINIOUF ou PIGNOUF, s. m. Dnomination drisoire. Soldat du centre
    dans la rserve.

  PINTE, s. f. Cabaret, taverne, gargote, bouchon. _Hanter les pintes.
    S'attabler dans une pinte._ Terme suisse-roman. En franais,
    Pinte est le nom d'une mesure pour le vin, et Pinter signifie:
    Faire dbauche de vin. [ACAD.]

  PIOCHAT, s. m. Sittelle torche-pot, oiseau.

  PIOGRE ou PIOGUE. _Envoyer quelqu'un  Piogre_, c'est: L'envoyer
    promener bien loin, l'envoyer se faire pendre, l'envoyer au di....
    _Si tu rpliques encore, petit drle, je t'envoie  Piogre, je
    t'envoie  Piogre ferrer les chats._ Ce mot de _Piogre_ est
    peut-tre une altration du mot _piautre_; car dans le franais
    populaire, _Envoyer au piautre_, c'est: Envoyer au di....
    Peut-tre aussi _Piogre_ est-il le nom d'une ville imaginaire,
    cense fort loigne de nous. En Languedoc on dit dans ce dernier
    sens: Envoyer quelqu'un  _Pampeligoust_: c'est le nom
    languedocien de la ville de Pampelune.

  PION, PIONNE, adj. _tre pion_, tre ivre.

  PIONS, s. m. pl. Nom d'un jeu que les petits garons jouent assis 
    terre avec neuf petits cailloux, qu'ils font sauter
    alternativement en l'air pour les recevoir dans la main. On ne
    peut se faire une ide exacte de ce jeu qu'en le voyant jouer aux
    enfants. [P. G.]

  PIORNE, s. f. Voyez PIOURNE.

  PITE, s. f. Patte. _La pite d'un oiseau, la pite d'un chien, d'un
    chat_, etc. _Une criture en pites de mouche._ Terme vaudois et
    savoisien. Les chasseurs donnent les noms de _pites rouges_ et
    _pites noires_  certains oiseaux qui vivent sur les bords du
    lac.

  [+] PIOTON, s. m. Piton. _Trottoir pour les piotons._

  PIOTONNER, v. n. Pitiner, remuer les pieds avec vivacit. Se dit
    des enfants qui s'essaient  marcher. Dans le franais populaire
    on dit: _Pitonner_.

  PITU, UE, adj. et subst. Boiteux, clopinel.

  PIOULER ou PIULER, v. n. Piauler, crier comme les poulets. Se dit
    aussi des jeunes enfants qui pleurent et se lamentent. _Piuler_
    appartient au vieux franais.

  PIOU-PIOU, s. m. Dnomination badine par laquelle on dsigne un
    soldat du centre dans le contingent. On appelle _piou_, dans le
    dialecte du Berry, le plus petit poulet d'une couve.
    [_Vocabulaire du Berry_, p. 85.]

  PIOURNE ou PIORNE, s. f. Femme ennuyeuse, qui se plaint et qui
    gronde habituellement. _Oh! la sotte piourne! Tais-toi, piourne!_
    Terme vaudois.

  PIOURNER et PIORNER, v. n. Se plaindre continuellement. Terme
    vaudois.

  PIPER, v. n. et act. S'emploie surtout avec la ngation: _Ne pas
    piper, ne pas piper mot_, et signifie: Ne pas souffler mot, ne pas
    rpondre. _On l'a fortement rprimand et il n'a pas pip mot._
    Terme franais populaire.

  PIPETTE, s. f. Pipe de tabac, petite et mauvaise pipe. Terme
    languedocien. A Genve, _pipette_ ne s'emploie que dans cette
    locution: _Cela ne vaut pas pipette_, c'est--dire: Cela ne vaut
    rien, cela ne vaut absolument rien. En franais on dit: Cela ne
    vaut pas une pipe de tabac.

  PIPI, s. f. Ppie, petite peau blanche qui vient sur la langue des
    oiseaux et qui les empche de boire. _Avoir la pipi: ter la
    pipi._

  PIQUE, s. fm. Douleur vive et de courte dure. _Une pique de mal
    de ventre._

  PIQUE-PRUNES, s. m. Garon tailleur. Dnomination badine ou
    drisoire.

  PIQUER, v. a. Picoter. _Piquer des raisins. Cueillez des grappes,
    mes amis, je vous le permets; mais ne piquez pas._ Terme
    savoisien, gascon, etc.

  PIQUER, v. a. Se dit des oiseaux, et signifie: Manger. _Nos deux
    chardonnerets commencent  piquer seuls._ Expression
    languedocienne, etc.

  PIQUER UNE FAUX. Terme des campagnards. Rebattre une faux,
    l'aiguiser. _Piquer_, dans le sens d'affiler, est une expression
    mridionale.

  PIQUE-RAVES, s. m. Tarier, oiseau.

  PIQUERNE, s. f. Chassie, humeur gluante des yeux. Terme suisse et
    dauphinois, form par corruption du vieux mot franais _bigane_,
    qui a le mme sens, et qui n'est point inconnu dans la
    Franche-Comt.

  PIQUERNEUX, EUSE, adj. Chassieux. _Des yeux piquerneux._

  PIRE, adv. Dans le langage populaire, _pire_ a souvent le sens de
    plus et de mieux. _Les deux cousines se chrissent: elles sont
    pires que des soeurs. Mon domestique fait tout dans la maison: il
    est pire qu'une servante._

  PIRE, adv. _Comment va la sant, Guillaume?--a va de mal en pire._
    Dites: De mal en PIS. _Pis_ est un adverbe qui signifie: Plus
    mal. (Mettre les choses au pis.) Pire est un adjectif, qui
    signifie: Plus mauvais, plus mchant. Mon vin n'est pas bon,
    j'en conviens: mais le vtre est pire.

  PISSE, s. f. Urine.

  PITATEMENT, s. m. Course au galop, etc. Voyez PITATER.

  PITATER, v. n. Courir au galop, prendre le galop. _Les jeunes
    garons se plaisent  pitater dans la neige. Je les voyais pitater
    dans les sables limoneux de l'Arve._

  PITAUD, AUDE, s. et adj. Pataud, pesant, pais, patu. _Un gros
    pitaud; une grosse pitaude. Quel pitaud d'enfant vous_ _avez l!_
    Dans le vieux franais, _pitaud_ signifiait: Rustre, paysan.
    [Voyez le _Dictionnaire_ de RICHELET.]

  PITON, s. m. Fouloir de vendange. [P. G.]

  PITONNER, v. a. Fouler aux pieds. _Pitonner la vendange._ _Pitonner
    un duvet_, comme font les chats avant de s'y endormir. Dans notre
    patois, _piten_ signifie: Piler, et _piton_, s. m., signifie:
    Pilon. A Lyon, _pitrogner_ veut dire: craser et broyer d'une
    manire malpropre.

  PIULER, v. n. Voyez PIOULER.

  PIVOINE, s. m. Sorte de fleur. _Un beau pivoine._ Ce mot est
    fminin.

  PLACARD, s. m. Armoire. _Remuer un placard; transporter un placard._
    On appelle en franais _placard_, une armoire pratique dans un
    mur. En Suisse, en Savoie et dans le Midi, on dsigne par ce terme
    toute espce d'armoire.

  PLACARD, s. m. Grosse tache sur un plancher, sur une table, sur un
    vtement. _Un placard d'huile; un placard de suif; un placard de
    graisse._

  PLACE, s. f. Condition. _Aller en place_, dans le langage des
    domestiques, signifie: Aller en condition, aller servir. _Entrer
    en place_, signifie: Entrer en condition. _L'Henriette part demain
    pour entrer en place._

  PLAINDRE, v. n. Gmir, pousser des gmissements, geindre. _La pauvre
    Colette n'a pas cess de plaindre toute la nuit; elle plaignait
    mme en dormant; elle plaignait  nous fendre l'me._ Expression
    suisse, savoisienne et mridionale, qui se retrouve dans l'ancien
    franais, et qui n'a point d'quivalent exact dans la langue des
    dictionnaires.

  PLAIN-PIED, s. m. Rez-de-chausse. _Habiter un plain-pied. Loger au
    plain-pied._ Expression universellement rpandue dans notre Suisse
    et en Savoie. Le mot de Plain-pied est franais, mais il
    signifie autre chose. Voyez les dictionnaires.

  PLAINT (UN). Gmissement d'un malade. _Faire des plaints; pousser
    des plaints. C'taient des plaints dchirants._ Terme vaudois,
    neuchtelois, savoisien, limousin, etc. En vieux franais,
    _plaint_ veut dire: Complainte.

  PLAISIR, s. m. _Se faire plaisir d'une chose_, signifie: S'en donner
    le plaisir et en user largement; en jouir tout  l'aise. _Voici
    une corbeille de cerises, mes enfants: faites-vous-en plaisir._
    Cette expression familire, trs-usite et trs-originale, ne se
    trouve pas, que je sache, dans les dictionnaires. _Ah! Marguerite,
    comme je t'envie ton joli chle jaune.--Ce chle jaune? tu peux
    facilement t'en faire plaisir: il ne cote que 8 francs. J'ai
    trouv ton aiguille de bas, Rosine.--Eh bien, fais-t'en plaisir_,
    c'est--dire: Garde-la, et qu'elle te serve longtemps.

  PLAN ou PLANT, s. m. _Laisser quelqu'un en plant_, signifie: Le
    faire attendre fort longtemps, l'abandonner, le laisser dans
    l'embarras, le planter l. _Ils me laissrent en plant sur la
    route_, c'est--dire: Ils me laissrent sur la route comme si
    j'tais un _plant_ et comme s'ils voulaient que j'y prisse racine.
    On dit dans le mme sens: _Rester en plant, tre en plant, mettre
    en plant._ Terme parisien populaire. Aucun dictionnaire n'a
    recueilli cette expression, qui a bien son mrite.

  PLAN, s. m. Gage. _Mettre un habit en plan_, le mettre en gage.
    Expression connue aussi  Paris et sans doute ailleurs.

  PLANCHER, v. a. Planchier, garnir de planches le plancher infrieur
    d'un appartement. _Il vaudrait mieux plancher cette cuisine que de
    la carronner._ Terme franais populaire. On disait en vieux
    franais: _Planchier_ ou _plancher_. [Voyez _Glossaire roman_ de
    ROQUEFORT.]

  PLANELLE, s. f. Sorte de brique, sorte de _carron_. _La plupart de
    nos cuisines sont carronnes_ (carreles) _avec des planelles_.

  PLANTAPORET, s. m. Dnomination badine, par laquelle on dsigne les
    habitants de la commune de Plainpalais, et principalement les
    jardiniers. _Plantaporet_ est un mot patois qui signifie:
    Plante-porreaux, planteur de porreaux.

  PLANTER UN CLOU. Enfoncer un clou, le faire entrer.

  PLANTEUR D'CHAPPEMENTS, s. m. Ce terme, de la fabrique
    d'horlogerie, n'a pas d'quivalent dans la langue des
    dictionnaires.

  PLANTON, s. m. Terme de jardinier. Jeune plant de fleur ou de
    lgume. _Planton de salade; planton de chou; planton de viollier.
    Plate-bande garnie de plantons._ On dit en Dauphin: _Plantun_.

  PLAQUE, s. f. Tache  la peau. _Son ruption a entirement cess,
    mais il lui reste quelques plaques aux joues et au front._

  PLAQUE, s. f. Palet en cuivre ou en fer. _Jouer aux plaques. Sa
    plaque touchait le but._

  PLAQUER, v. neutre. S'appliquer exactement contre. _Il est bien
    fait, ton habit: il plaque bien. Faites bien plaquer ce miroir
    contre le mur. Ta bretelle ne plaque pas bien sur ton dos._

  PLAT, s. m. (fig.) Cancan, commrage, bavardage, mdisance. _Faire
    des plats. On vous a dit cela et puis encore cela.--Oui, sans
    doute.--Eh bien! ce sont autant de plats, autant de mensonges._

  PLATAISE, s. f. Platitude, btise, sottise. _Dire des plataises.
    N'coutons plus ces plataises._ J.-J. ROUSSEAU a dit dans le mme
    sens: _Platise_, expression qui a t recueillie par quelques
    dictionnaires.

  PLAT DE LIT (). _tre  plat de lit_, tre malade au lit. _Comment,
    Dubreuil, tu viens me voir sans ton frre!--Parbleu, mon frre, il
    est depuis deux jours  plat de lit._ Cette expression
    remarquable, et qui est d'un constant usage  Genve, n'a pas t
    nglige par J.-J. ROUSSEAU. Il n'y avait que l'excuse d'tre _
    plat de lit_ qui pt me dispenser de courir  son premier mot.
    Nous disons quelquefois: _tre au plat du lit_.

  PLATE, s. f. Poisson de notre lac, sorte de _fra_. Selon DE
    SAUSSURE, la _plate_ vit dans le golfe de Thonon, et se pche
    rarement ailleurs. [_Voyage dans les Alpes_, t. Ier, p. 16.]

  PLATEAU, s. m. Madrier, planche fort paisse. Terme savoisien,
    franc-comtois et mridional. Dans le canton de Vaud et  Neuchtel
    on dit: _plateau_.

  PLATELE, s. f. Plate, plat de nourriture charg abondamment. _Une
    platele de raves; une platele de boudins._ Terme vieux franais.

  PLTRE, s. m. Nous disons figurment: _Faire pltre de quelqu'un_,
    pour signifier: Le turlupiner, le houspiller malicieusement, en
    faire le badeau de la compagnie. _On a tellement fait pltre de ce
    pauvre Delolme, qu' la fin il s'est fch tout rouge._ Les
    dictionnaires disent: Battre quelqu'un comme pltre, pour
    signifier: Le battre  outrance.

  PLTRIR, v. a. Pltrer, enduire de pltre.

  PLTRISSAGE, s. m. Pltrage, action d'enduire de pltre.

  PLEIN, prpos. de quantit. Nous disons de quelqu'un ou de quelque
    chose qui nous a beaucoup ennuys, fatigus, vexs: _J'en ai plein
    le dos._ L'Acadmie dit: Je le porte sur mon dos; mais elle
    l'applique seulement aux personnes.

  PLEURER, v. actif. _Pleurer la nourriture  quelqu'un_, signifie: La
    lui reprocher, la lui plaindre. _Le riche Mr Colnet est si avare,
    qu'il pleure le pain  ses domestiques, et qu'il se pleure la vie
     lui-mme. Lonard vient de faire un magnifique hritage, que
    personne sans doute ne_ _lui pleurera._ Les dictionnaires ne
    donnent point de complment indirect au verbe Pleurer.

  PLEURNICHAGE, s. m. Pleurnicherie, larmes feintes, pleurs rpandus
    sans vritable chagrin. _Tes pleurnichages sont bien inutiles, tu
    seras puni._

  PLEUVIGNER, PLUVIGNER, PLEUVINER et PLUVINER, v. n. Pleuvoir menu,
    pleuvoir un peu. _Il ne pleut pas, il pleuvigne; il commence 
    pluvigner._ Termes suisses, savoisiens et lyonnais. Le
    dictionnaire de ROBERT ESTIENNE (1605) dit: _Plouviner_. En
    Franche-Comt on dit: _Plevigner_: tous mots acceptables et dignes
    de figurer dans les dictionnaires.

  PLIANT (UN). Un lit de sangles. _L'auberge tait pleine, et tous les
    lits occups: il fallut dresser quatre pliants._ Terme suisse,
    franc-comtois, marseillais, etc.

  PLI, PLIE, partic. (fig.) Mort, morte. Voyez PLOY.

  PLIOGE, PLIOZE, ou PLIODZE, s. f. Terme patois fort connu. Pluie.
    _Vaika la plliodze_ (_ll_ mouills), voici la pluie. En vieux
    franais: _Ploge_.

  PLOMBETTE, s. f. Terme d'architecture. Plomb.

  PLONGEON, s. m. Terme de nageur. Action de plonger, immersion.
    _Faire un plongeon. Il fit deux ou trois plongeons et sortit de
    l'eau._ Terme suisse, savoisien et mridional. L'expression
    franaise est: Faire LE plongeon, c'est--dire: Imiter l'oiseau
    appel Plongeon.

  PLONGER (SE), v. pron. Terme de nageur. _Aimes-tu te plonger,
    Alexis?--Oui.--Eh bien! allons nous plonger  cette barque._ _Se
    plonger_ n'est pas franais. Dites: Plonger, v. neutre. Aimes-tu
    plonger? Allons plonger. Lequel de vous vient plonger?

  PLOT, s. m. Billot, tronon de bois, bloc de bois, tronc de sciage.
    _Couper de la viande sur un plot. Faute de chaises, nous nous
    reposmes sur deux plots._ Terme suisse, savoisien,
    franc-comtois, berrichon, provenal, etc. Nous disons au figur:
    _Dormir comme un plot_, pour: Dormir d'un profond sommeil, dormir
    comme un sabot. [ACAD.]

  PLOT, s. m. Tronc pour les aumnes. _La clef du plot._ Ce terme a
    vieilli. _Plot_ est aussi un terme de tir: _L'arme sera sans coche
    sur le plot, et sans double dtente._ [_Glossaire_ de GAUDY.]

  PLOY, E, part. Mort, envelopp du linceul funbre. _Tu voudrais
    bien que je fusse ploye_, disait brusquement une lavandire  son
    mari.--_Dis plutt encrotte_, rpliqua l'poux. _Pli_
    s'emploie dans le mme sens que _ploy_. _Depuis sa chute il ne
    trana pas longtemps: aprs cinq jours il tait pli._ Expression
    savoisienne.

  PLUCHER, v. a. plucher. _Plucher du lgume; plucher des haricots;
    plucher de la salade. Cet enfant est toujours  se plucher le
    nez._ En vieux franais: _Pluchoter_.

  PLUCHURES, s. f. pl. pluchures, pelures. On dit aussi: _Pluchons_
    et _pluches_.

  PLUMACHE, s. f. Plumes d'ornement, plumet, panache. _Un chapeau 
    plumaches._ Terme suisse, savoisien, bressan, provenal, etc.

  PLUME, s. f. _Mettre la plume  la main_ signifie: Se mettre 
    crire, commencer  crire. Les dictionnaires disent: Mettre la
    main  la plume.

  PLUMER, v. a. (fig.) Ronger, manger, dvorer. _Les chenilles
    plumaient les branches de ce bel arbre._

  PLURSIE, s. f. Pleursie. _Gagner une plursie._ Terme
    suisse-roman, savoisien et franais populaire.

  PLUS, adv. Est mis pour: Plus de, dans les phrases suivantes et
    phrases analogues: _J'en ai plus peur qu'envie. Votre mari, Madame
    Philibert, va, dit-on, passer en Amrique.--A vous dire le vrai,
    Monsieur, j'en ai plus peur qu'envie._ Dites: J'en ai plus DE peur
    que D'envie.

  [+] PLUS BON. Meilleur. _Prends ce poire, Vincent; il est bien plus
    bon que l'autre._

  [+] PLUS PIRE. Pire. _Tu trouves ce vin mauvais; tu en bois du plus
    pire chez ta grand'mre._ Franais populaire.

  PLUVIGNER ou PLUVINER, v. neutre. Pleuvoir un peu. Voyez PLEUVIGNER.

  POCH, E, adj. _Fruits pochs._ Fruits que l'on a ports dans la
    poche pendant quelque temps. On dit en franais: Pochet.

  POCHE-L'OEIL, s. m. Terme des collgiens et des gamins. Coup violent
    sur l'oeil, et qui le fait enfler et bleuir. _Recevoir un
    poche-l'oeil._

  POCHON, s. m. Cuillre  potage, cuillre profonde et  long manche,
    dont on se sert  table pour prendre le potage dans la soupire.
    _Pochon d'argent, pochon d'tain._ Terme suisse et franc-comtois.

  POCHURE, s. f. Coup marqu au visage, meurtrissure au visage avec
    enflure. _Pochure  l'oeil; pochure au front. Recevoir une
    pochure; se faire une pochure._ Pocher et se pocher sont
    franais.

  POINT AU CT, s. m. Point de ct, mal, douleur que l'on ressent au
    ct. Au figur, _point au ct_ (point de ct), se dit: 1 D'une
    personne qui nous est  charge; 2 D'une affaire embarrassante ou
    pnible. Franais populaire.

  POINTET, s. m. Petite flche qu'on met sur une arbalte pour tirer
    contre un but. [P. G.]

  POINTILLEUR, EUSE, adj. Pointilleux, euse. [P. G.]

  POINTU, UE, adj. (fig.) Malin, satirique, caustique, mordant. _As-tu
    remarqu son air pointu? Elle nous rpondit d'un ton bien sec et
    bien pointu: Cela ne vous regarde pas, Messieurs._ Expression
    languedocienne. En vieux franais, le mot _guille_ signifie:
    Pointe et ruse, malice.

  POINTU, s. m. Lche, insolent.

  POIRE (UN). _Un bon poire; des poires blets. Aux poires! Aux beaux
    poires!_ Ce solcisme nous vient du patois, o ce mot est masculin
    (_on peret_).

  POIRE--BON-DIEU, s. f. Alize, fruit ou baie de l'aubpine. On dit
    aussi: _Poire-de-bon-Dieu_ et _poire-au-bon-Dieu_. Terme
    savoisien.

  POIRE CHARLON, s. f. Poire gros-romain.

  POIRE-ROME, s. f. Poire de bon chrtien.

  POIRE SIRE-JEAN, s. f. Poire de Messire-Jean.

  POIS EN GRAINS, s. m. pl. Petits pois.

  POIS GOURMANDS, s. m. pl. Voyez GOURMANDS.

  [+] POISON (LA). _Boire de la poison; prendre de la poison._ Ce mot
    a t fminin jusque vers la fin du dix-septime sicle. _C'est
    une poison_, se dit d'une femme trs-mchante. Franais populaire.

  POITE, s. f. Mchante femme.

  POLAILLE, s. f. Terme des campagnards. Poule. _Une belle polaille.
    Une polaille grasse et dodue._ En franais, Poulaille signifie:
    Volaille.

  POLAILLON, s. m. Sobriquet que l'on donne populairement  un homme
    qui s'occupe des soins du mnage ou de choses trop minutieuses.
    _Fanchette, ton Monsieur est un polaillon._ On dit en franais:
    Un tte-pouls.

  POLATAILLE, s. f. Oiseaux d'une basse-cour, volaille.

  POLICE (LA), ou LA POLISSE. Les polissons, les enfants qui courent
    les rues pour y faire des espigleries. _Il faudra pourtant une
    fois mettre  la raison toute cette police. N'est-il pas vrai
    qu'tant gamins nous faisions la police ensemble?_ Terme parisien
    populaire, etc.

  [+] POLIE, s. f. Poulie. _Ajuster une polie._ Franais populaire.

  POLIR, v. a. Dpenser en folles dpenses. _Il a su en quatre annes
    polir une fortune de 150,000 francs._

  POLITESSE (UNE). A Genve, _faire une politesse  quelqu'un_, veut
    dire: Lui offrir une collation, un dner, un th; l'inviter  une
    soire dansante,  une partie de montagne, etc. Expression
    consacre.

  [+] POLMON, s. m. Poumon. _Un ragot de polmons._ En vieux franais
    on dit: _Poulmon_; en Languedoc, _palmon_; en Franche-Comt et 
    Paris, _pomon_;  Chambry et dans la Bresse, _pormon_.

  POMMEAU, s. m. Terme injurieux, qui quivaut : Homme pesant, homme
    ennuyeux, homme _sciant_.

  POMMEAU, s. m. Nous disons: _Une canne  pommeau d'argent; une canne
     pommeau d'or_. Il faut dire: Une canne  pomme d'argent, une
    canne  pomme d'or. Mais on dit trs-bien: Le pommeau d'une pe,
    le pommeau d'une selle.

  POMMEAU, s. m. C'est ainsi qu'on dsigne souvent un petit messager
    dans une fabrique ou dans un comptoir.

  POMME EN CAGE, s. f. Pomme enveloppe de pte et cuite au four.

  POMME RAINETTE, s. f. Rainette, ou pomme DE rainette.

  POMMIER D'AMOUR, s. m. Tomate, sorte d'arbrisseau, dont le fruit
    s'appelle: _Pomme d'amour_.

  POMPE  FEU, s. f. Ne signifie point en franais: Pompe 
    incendie. Une pompe  feu est une machine hydraulique mise en jeu
    par la vapeur. Ne dites donc pas: _Les pompes  feu arrivrent
    quand le btiment tait dj consum_. Faute frquente en Suisse
    et en Savoie.

  POMPER, v. n. Ce mot se dit d'un pole ou d'une chemine o le feu
    est allum, et il signifie: Attirer l'air. _Tu as bien de la fume
    dans ta chambre, douard.--En effet, c'est que mon pole ne pompe
    pas assez._

  POMPON, s. m. _ nous le coq,  nous le pompon._ Expression un peu
    vulgaire qui signifie: A nous le fion,  nous la supriorit.
    Voyez COQ.

  PONT, s. m. Terme de maon et de pltrier. _Dresser un pont; enlever
    un pont. Choisissez pour votre pont des planches solides._ En
    France on dit: chafaudage. Dresser un chafaudage.

  PONTENAGE, s. m. _Payer les droits de pontenage._ Terme suisse,
    savoisien et vieux franais. On dit actuellement: Pontonage.

  PONTET, s. m. Chantier, pice de bois sur laquelle on pose les
    tonneaux dans une cave. _tablir des pontets._ Terme suisse-roman.

  PORPE ou POURPE, s. f. Poulpe, partie charnue de la viande. _Prenez
    ce morceau, Madame, c'est tout pourpe._

  PORPU, UE, adj. Charnu, garni de chair. Au sens figur, nous disons
    d'une chose excellente, d'une chose trs-belle en son genre:
    _C'est du chenu et du porpu_, c'est--dire: C'est du trs-beau,
    c'est du trs-bon.

  PORTAIL ou PORTAL, s. m. Grille. _Portail en fer; portail en bois.
    Ouvrir les portails._ Terme mridional. En franais, Portail se
    dit de la faade ou de la principale porte d'une glise.

  PORTE, s. f. Distance convenable. _Mettez-vous  porte_ ( la
    porte) _afin de pouvoir entendre_. _Ne lche pas encore ton coup
    de fusil: tu n'es pas  porte_ ( la porte). _Mettez ce fumier 
    porte_, c'est--dire: Mettez-le prs de l'endroit o il doit tre
    employ. _Les canons n'taient pas  porte._ Selon les
    dictionnaires, tre  porte se dit des personnes et signifie:
    tre dans une situation convenable pour faire quelque chose.

  PORTER PERTE. Nuire, tre nuisible, tourner  prjudice. _Ce nouveau
    magasin nous portera perte. Si tu renvoies Marguerite, elle
    cherchera  nous porter perte._ Expression consacre.

  PORTEUR, s. m. Terme de vigneron. Cource, bout de sarment d'environ
    demi-pouce de longueur, qu'on laisse au sommet d'un cep de vigne
    pour rapporter des raisins. [P. G.]

  PORTILLON, s. m. Petite porte basse dans la fermeture d'une
    boutique.

  PORTION, s. f. (Prononcez _por-cion_.) Potion, remde liquide qu'on
    boit. _Prends ta portion, mon valet, tu auras du bonbon ensuite._
    Terme franais populaire.

  PORTRAIT EN TROIS QUARTS. Dites: Portrait DE trois quarts. Dites
    aussi: Se faire peindre DE trois quarts, et non: _Se faire peindre
    en trois quarts_.

  [+] PORVISION, s. f. Provision. _Vous faites votre petit march,
    Madame Dulignage?--Vous le voyez, Monsieur: je fais une petite
    porvision de raves et de patenailles._

  POSE ou PAUSE, s. f. Mesure agraire, qui quivaut  400 toises de
    Genve, c'est--dire,  un peu moins d'un arpent. _Notre plaine de
    Plainpalais a trente poses; la plaine du Pr-l'vque en a trois
    et un tiers._ Terme vaudois et jurassien.

  POSE, s. f. criture moyenne. _crire en pose. Passer de la pose
     la fine._

  POSER, v. a. Quitter. _Poser son habit, poser son chapeau. Si
    Monsieur voulait poser son manteau, les chevilles sont l._

  POSER LE DEUIL. Quitter le deuil. _A Genve, une veuve ne pose
    qu'aprs quatre ans le deuil de son mari._

  POSER LES SCELLS. Apposer les scells, mettre les scells.

  POSSDE (UNE). Nous disons d'une femme qui se dmne et qui jette
    des cris perants: _Elle s'agite comme une possde; elle crie
    comme une possde_. Ce fminin, qui manque dans les
    dictionnaires, est fort admissible.

  [+] POTACHE, s. f. Potasse.

  POT  EAU, s. m. Pot  l'eau; c'est--dire: Pot destin  recevoir
    de l'eau.

  POT  LAIT, s. m. Pot AU lait.

  POTET, s. m. Terme des campagnards. Petit pot. En vieux franais:
    _Poutet_.

  POTRINGUE, s. f. Mdecine, breuvage purgatif, drogue. Se dit aussi
    de toute mauvaise boisson. _Votre cidre a un got de potringue;
    c'est une vraie potringue. Le docteur voulait me purger: je l'ai
    dispens de sa potringue._ _tre toujours en potringues_,
    signifie: tre toujours dans les remdes. Terme suisse, savoisien
    et mridional.

  POTRINGUER, v. a. Droguer, mdicamenter. _Dis voir, Michel, on dit
    comme a que tu te laisses potringuer par ta cauque_ (par ta
    femme); _pour moi, je ne me potringue jamais, et je n'en suis pas
    plus malade pour tout a_.

  POTTES, s. f. pl. Lvres. _S'essuyer les pottes; se lcher les
    pottes. Je vois bien, gouillard, que tu as touch  mes
    confitures: il t'en reste encore par les pottes._ Terme suisse,
    savoisien, mridional, lorrain, etc. _Ce ragot est  sa potte_,
    signifie: Ce ragot lui plat. _La soupe tait  sa potte, et il
    s'en est piffr._

  POTTE, s. f. Moue, mine refrogne, grimace. _Faire la potte_, c'est
    faire la moue, bouder, tmoigner de la mauvaise humeur par son
    silence et par son air. On dit  un enfant qui pleurniche: _Tu
    fais l une bien vilaine potte; va donc te cacher avec ta potte_.

  POTTU, UE, adj. Qui fait la moue, qui a mauvaise grce, qui
    rechigne. Terme vaudois et savoisien.

  POU, s. m. _Chercher les poux parmi la paille_, est une locution
    proverbiale qui signifie: Vtiller, s'attacher  des minuties,
    chercher noise  propos de rien. On dit  Paris, dans le langage
    populaire: _Chercher des poux  la tte de quelqu'un_. Expression
    plus triviale que la ntre, mais qui a le mme sens.

  POUARE, POUAIRE ou POUAI, s. m. Sale, malpropre, sagouin, porc. _Fi
    donc, le pouaire!... Va-t'en, pouaire,_ _te ronger les ongles
    ailleurs._ Terme vaudois, savoisien, jurassien et provenal. En
    vieux franais, _pouerc_ signifie: Pourceau. Dans le franais
    populaire, _pouacre_ signifie: Homme mal propre, et pouah! est
    une interjection qui indique le dgot.

  POU DE SERPENT, s. m. Insecte  corps trs-long, qui frquente
    surtout les cours d'eau, et qui s'appelle en franais: Une
    demoiselle. [P. G.]

  POUFFE ou POUF, s. m. _Faire du pouffe_, signifie: Dployer de
    l'ostentation, s'taler, tirer vanit de son costume. On dit en
    franais: Faire pouf.

  POUGNE ou POGNE, s. f. Poignet, force du poignet. _Avoir de la
    pougne; avoir une bonne pougne._ Dans le franais populaire on
    dit: _Poigne_ ou _pogne_.

  POUINE, s. f. et adj. Femme ou fille malicieuse, taquine, espigle,
    pie-griche, chipie. _Elle fait la pouine. Elle est jolie, mais
    pouine. C'est une mchante pouine._ Terme suisse.

  POUINET, ETTE, adj. et subst. Se dit des personnes et des choses.
    _Un ton pouinet_ est un ton tranchant, aigre, malin, pointu. _Air
    pouinet, mine pouinette._

  POULAINE ou POULINE, s. f. Pouliche, cavale nouvellement ne. Terme
    vaudois, savoisien, etc.

  POULAINTE ou POULINTE, s. f. Farine de mas, gaudes. _Soupe  la
    poulainte._ En provenal: _Poulento_; en Valais et en Italie,
    _polenta_.

  POULET, s. m. Robinet, clef d'un robinet. _Tourner le poulet._ Terme
    vaudois et neuchtelois. Le mot allemand _Hahn_ signifie tout  la
    fois un coq et un robinet, et c'est de l probablement qu'est
    venue notre expression: _Poulet_.

  POUPONNER (SE), v. pron. Se pomponner, s'ajuster avec un soin
    minutieux, mettre  sa toilette du temps et de la recherche. _On
    ne le rencontre jamais que pouponn, musqu et tir  quatre
    pingles._ A Lyon et dans le Midi, _se pouponner_ signifie: Se
    choyer, se traiter dlicatement et comme un _poupon_.

  POUR BON, loc. adv. Tout de bon. _Ne jouons plus pour semblant,
    jouons pour bon; jouons pour de bon._ Franais populaire.

  POUR A, loc. adv. Assurment, certainement. _Moi, t'accompagner par
    cette pluie battante! Ah! pour a, non.--Pour a, oui, tu
    m'accompagneras._ Ne s'emploie que suivi de _oui_ ou de _non_.

  POUR DIRE, loc. adv.  vrai dire,  dire vrai, pour m'exprimer
    exactement. _Notre petite Caroline n'est pas menteuse, pour dire,
    mais elle pourrait tre plus franche._

  POURE, adj. m. POURA, adj. f. Terme patois qui signifie: pauvre.
    _Por[)a] fn[)a], v[)o]-z-ive don bein fan_ (pauvre femme, vous
    avez donc bien faim). Terme vaudois, savoisien, berrichon, normand
    et vieux franais. En anglais: _Poor_.

  POURPE, s. f. Pulpe. Voyez PORPE.

  POUR QUANT , loc. adv. Quant . _Partez, vous autres, par le
    bateau: pour quant  moi, je prendrai la diligence._ Terme
    savoisien et lyonnais.

  POURREAU, s. m. _Soupe aux pourreaux._ Terme suisse, savoisien,
    lyonnais, etc. On dit en franais: Porreau ou Poireau.

  [+] POUR TANT QU', loc. adv. Quant . _Jouez aux boules vous deux;
    pour tant qu' moi, je prfre de jouer aux guilles._ Expression
    trs-rpandue.

  POUSSE, subst. fm. Se dit des arbres et des plantes et signifie:
    Pousse. _La pousse des acacias est chaque anne d'environ six
    pieds._ Terme suisse, savoisien, dauphinois, lorrain, etc.

  POUSSE, subst. fm. ruption  la peau. Terme connu de tous ceux
    qui frquentent les tablissements d'eau thermales. _Il n'est pas
    prudent, dit-on, d'interrompre les bains quand une fois la pousse
    a commenc._

  POUSSER (SE), v. pron. S'loigner, se retirer, se reculer.
    _Pousse-toi, John, tu me gnes. Poussez-vous un peu, Messieurs, et
    faites place aux dames._

  POUSSETTE, s. f. Lycopode, plante dont les capsules sont remplies
    d'une poussire abondante qui prend feu comme la rsine.

  POUSSIR, E, adj. _Chemin poussir._ Dites: Poussireux, ou
    plutt dites: Poudreux. Chemin poudreux.

  POUTET, s. m. Mle de la fouine. _Noir comme un poutet; noir comme
    le poutet._ Terme savoisien.

  POUTET, s. m. Enfant joufflu, _pottu_ et d'une figure dsagrable.
    _Quel poutet! J'ai bien vu des poutets dans ma vie, mais jamais de
    pareils  celui-ci._ Terme fort connu de nos campagnards.

  POUTRAISON, s. f. Charpente d'un difice. _La poutraison qui tait
    fort vieille, a consenti._ Terme neuchtelois, etc.

  [+] POUTRE (UN). _Un gros poutre. Aide-nous  mettre ce poutre en
    place._ Dites: Une poutre.

  PRAILLE, s. f. Prairies, pturages. _La praille de Carouge; la
    praille de Lancy; la praille de Chne-Thnex._ Dans le patois du
    canton de Vaud, _prahia_ signifie: Pice de terre avec un fenil.
    En vieux franais: _Praillet_, petit pr, prairie. Du mot de
    _praille_ nous avons form celui d'_emprailler_, qui veut dire:
    Gazonner, semer du gazon, mettre en prairie.

  PRCHER, v. n. _Prcher  un converti._ Dites: Prcher un
    converti.

  PRCIPITE ( LA), loc. adv. Prcipitamment, en toute hte. _Partir
     la prcipite. Les choses qu'on fait  la prcipite sont
    rarement bien faites._ Expression savoisienne et dauphinoise,
    digne de prendre place dans les dictionnaires.

  PRCO, s. m. (Prononcez _proecau_.) Celui qui est le principal
    personnage dans un petit endroit, celui qu'on y coute le plus et
    y exerce le plus d'influence. _Le prco du village; le prco de la
    paroisse; le prco du cercle._ Terme savoisien. En franais, ce
    personnage s'appelle figurment et familirement: Le coq. Le coq
    du village; un coq de paroisse, etc.

  PRFRER, suivi de l'infinitif. _Je prfre partir. Elle prfra ne
    pas nous suivre_, etc. Dites, avec les dictionnaires et les
    meilleurs auteurs: Je prfre DE partir; elle prfra DE ne pas
    nous suivre. J'eusse prfr D'tre jet aux crocodiles.
    [CHATEAUBRIAND, _Atala, les Chasseurs_.]

  PREMIRE CHOSE (LA), loc. adv. En premier lieu, d'abord. _Tu iras la
    premire chose  la boucherie, et ensuite chez la gagre de
    Longemalle._

  PREMIRE MAIN (DE), _J'ai eu ce meuble et ces beaux draps de
    premire main. Il achte ses vins de premire main._ Dites avec
    l'article: De LA premire main.

  PREMIRE VUE (), loc. adv. Dites, en employant l'article:  la
    premire vue. Elle dchiffrait les plus difficiles musiques  LA
    premire vue. Je les reconnus tous deux  LA premire vue.

  PRENDRE, v. n. _L'ide lui a pris de voyager. Si l'ide te prend de
    m'crire, tant mieux. Quand l'ide vous en prendra, venez me
    voir._ Dans ces diverses phrases et dans les semblables, dites:
    L'ide lui est venue de voyager. Si l'ide te vient de m'crire,
    tant mieux, etc.

  PRENDRE, v. a. Nous disons: _Un tel a pris la fivre; il a pris un
    mal de dents, un gros rhume, une extinction de voix_, etc. Nous
    disons de mme: _Prendre froid; prendre la coqueluche; prendre des
    convulsions; prendre un catarrhe_: toutes expressions qui ne sont
    pas franaises. Les dictionnaires disent: La fivre l'a pris; il
    lui a pris un mal de dents; il a gagn un rhume, etc., etc.

  PRENDRE FEU. Employ impersonnellement. _Il a pris feu  la maison
    de l'Escarcelle; il a pris feu au Molard_, etc. Dites avec les
    dictionnaires franais: Le feu a pris  telle et telle maison, 
    tel et tel quartier, etc.

  PRENDRE MAL. Se trouver mal, tomber en faiblesse, s'vanouir. _Mme
    N*** prit mal  l'glise, et fut transporte chez elle._

  PRENDRE PEUR. Prendre de l'pouvante, s'effrayer. _Georgette a pris
    peur. Si tu prenais peur, appelle-moi._ Dites: La peur LE prit. Si
    la peur LE prenait, etc. [_Dictionnaire_ de POITEVIN, p. 787.]

  [+] PRENDRE (S'EN). S'y prendre. _Il faudra s'en prendre de bien
    bonne heure, si l'on veut trouver ce soir des places au Cirque
    olympique. Notre Joseph ne sait pas s'en prendre; il est encore
    bien emprunt et bien maladroit. Cette opration, pour dire, n'est
    pas difficile; tout dpend de la manire qu'on s'en prend._

  PRS, employ adjectivement, est un barbarisme. Ne dites donc pas:
    _Un tel est mon plus prs parent; un tel est leur plus prs
    cousin; nous tions leurs plus prs voisins._ Substituez, dans ces
    phrases, l'adjectif proche  l'adverbe _prs_, et dites: Un tel
    est mon plus proche parent, etc.

  PRESSER, v. a. Pressurer, mettre sous le pressoir. _Presser la
    vendange; presser les raisins; presser les poires et les pommes
    pour en faire du cidre._

  PRESSER, v. neutre. Nous disons  un ouvrier: _Faites-moi
    promptement cette table et ce canap, car ils me pressent_,
    c'est--dire: Car je suis press de les avoir. Nous disons de
    mme: _Ces cravates pressent, ces robes pressent, ces souliers
    pressent._ Il faut dire: Ces cravates sont presses, ces robes,
    ces souliers sont presss, etc.; ou: Nous sommes presss de les
    avoir.

  PRESSON, s. m. Barre de fer, levier. Terme savoisien et lyonnais.

  PRESSURE, s. f. Prsure, acide pour faire cailler le lait. _Plus on
    garde la pressure, meilleure elle est._ Terme franais populaire
    et vieux franais. A Genve on dit aussi: _Presure_.

  PRTER, v. a.  table, on entend souvent dire: _Prtez-moi la
    carafe; prtez-moi la salire; veuillez me prter l'huilier_, etc.
    Cette locution est un gasconisme, qu'il faut remplacer par
    l'expression toute simple: Donnez-moi la carafe; donnez-moi la
    salire; veuillez me passer l'huilier.

  PRTER  RIRE. Apprter  rire. _La jeune Adlade avait une
    toilette qui prtait un peu  rire._ Terme suisse, savoisien, etc.
    Mais on dira fort bien: Prter au ridicule, prter  la critique,
    etc.

  [+] PRVENIR, v. n. Provenir.

  PRI . Nous disons: _tre pri  un enterrement; tre pri  une
    crmonie; tre pri  une fte._ Il faut dire: tre pri D'un
    enterrement; tre pri D'une fte, etc.

  PRIER QUE. _Je prie que l'on se taise. Le prsident agitait la
    sonnette et priait qu'on l'coutt._ Dites: Je demande que l'on se
    taise. Le prsident demandait qu'on l'coutt.

  PRIEUR, s. m. Nous appelons _prieur_ ou _prieur d'enterrement_,
    celui des porteurs que la famille du dfunt charge d'aller _prier_
    au convoi les parents et les amis du dfunt.

  PRIEUSE, s. f. Nous appelons _prieuse_, la femme dont l'emploi est,
    dans les enterrements protestants, de marcher  la tte du
    cortge. A ct d'elle marchent, vtus de noir, les deux _porteurs
    d'escabelle_.

  PRIMBCHE, s. f. Pimbche. _C'est une primbche. Quelle_
    _primbche!_ Les campagnards ne s'expriment pas autrement.

  PRIM D'ABORD, loc. adv. L'un de ces deux mots est inutile  ct de
    l'autre, puisque _d'abord_, en franais, a le mme sens que
    _prim_ en latin. Dans le langage parisien populaire on dit:
    _Premirement d'abord_; ce qui ne vaut pas mieux.

  PRIN, adv. Dans le langage des campagnards, _Parler prin_ signifie:
    Parler du bout des lvres et avec affectation. _Voyez donc cette
    primbche: quels airs elle se donne, et comme elle s'tudie 
    parler prin!_

  PRIN ou PRIN BOIS, s. m. Menu bois, brins de fagot. _Pour mettre ce
    feu en train, il nous faudrait du prin bois._ Terme suisse,
    savoisien, lyonnais, franc-comtois, etc. _Prin_ ou _prim_
    (_primus_), appartiennent au vieux franais, et signifient: 1
    Premier; 2 Menu, fin, mince, dli. Nos campagnards appellent
    _primes graines_, Les graines qu'on sme au printemps; ils
    appellent _prin terrain_, Un terrain lger, etc. Dans le patois du
    canton de Vaud: _Prin bec_, blanc bec; _primes btes_, menu
    btail.

  PRIN-FORT, s. m. La petite absinthe. Terme vaudois et savoisien.

  PRIS, PRISE, adj. Entrepris, embarrass, endolori, perclus. _Avoir
    la tte prise; avoir la gorge prise; tre pris des deux bras_,
    etc. Terme mridional.

  PROCURE, s. f. Procuration. _Ils envoyrent les deux procures au
    notaire._ Terme vieux franais, conserv chez nos proches voisins.

  PROFITAGE, s. m. _Faire un profitage_ (un profit).

  PROFITER DE, suivi d'un infinitif. _Je profite de venir te voir
    pendant que mes marmots dorment. Nous profiterons de faire notre
    voyage pendant les vacances de l'Acadmie. Tu dois profiter
    d'aller au thtre pendant qu'on joue le_ _Domino noir._ Cette
    expression, qui me semble claire, commode et concise, n'est dans
    aucun dictionnaire franais.

  PROMENER, v. actif. (fig.) _Il m'a promen deux ans avant que de me
    payer._ Les dictionnaires disent: Il m'a tran deux ans.

  [+] PROMONTIONS, s. f. pl. Promotions, distribution solennelle des
    prix aux coliers du collge dans la cathdrale de Saint-Pierre.
    _Le jour des Promontions; la fte des Promontions._

  PROPREMENT, adv. Entirement,  fond. _Hier soir, Jean Couzineau
    s'est sol proprement._ Franais populaire.

  PROPRTAIRE, s. m. Propritaire.

  PROPRT, s. f. Proprit.

  PROVIGNURE, s. f. Provin, rejeton d'un cep de vigne provign. Terme
    vaudois et savoisien.

  PRUNEAU, s. m. Nous appelons _pruneau_ une espce de grosse prune
    trs-allonge. _Cueillir des pruneaux; abattre des pruneaux;
    scher des pruneaux._ En franais, Pruneau signifie: Prune
    sche. L'espce de prune que nous appelons _pruneau_, se nomme
    le verte.

  PRUNEAULIER ou PRUNEAUDIER, s. m. Arbre qui porte les _pruneaux_.
    Voyez l'article prcdent.

  PSAUME (UN). Il faut dire: Des psaumes, ou: Un psautier, quand on
    parle du recueil des cantiques de David. Les phrases suivantes
    sont donc,  ce point de vue, incorrectes. _Tu te placeras auprs
    de moi, Betsi, et nous chanterons sur le mme psaume. Fais donc
    relier ton psaume. Achte-toi un psaume plus sortable que
    celui-l._ Dites: Fais relier tes psaumes. Achte-toi des psaumes
    plus sortables, etc.

  PUCER, v. a. pucer, ter les puces.

  PUIQUE. Prononciation vicieuse de la conjonction puisque, dont le
    _s_ doit se faire entendre. Les grammaires sont toutes d'accord
    sur ce point.

  PUISERANDE, s. f. Danade, roue  augets tablie dans le Rhne, prs
    de Genve: elles sont au nombre de deux, et servent aux
    irrigations de plusieurs jardins potagers. Ce mot de _puiserande_
    nous vient du Midi. Dans le Languedoc, _pouzarangue_ signifie:
    Puits  roue. Nous appelons aussi _puiserande_, des puits  roue
    tablis  une trs-petite distance de l'Arve, et dont un cheval
    est la force motrice. [Voyez VILLA, _Nouveaux Gasconismes
    corrigs_, t. II, p. 164.]

  PUNAIS, AISE, adj. En franais, ce mot ne se dit que des personnes.
    A Genve on l'emploie surtout en parlant des choses, et comme
    synonyme de dsagrable, incommode, et qui affecte pniblement.
    Nous disons: _Un vent punais, un air punais, un froid punais, un
    temps punais_, etc. _Rue punaise_ est le nom que portait, il y a
    quelques annes, la rue appele aujourd'hui Traversire.

  PURE, s. f. Le moment de la plus grande abondance d'un lgume, d'un
    fruit, d'un poisson. _La pure des abricots, la pure des cerises,
    des melons, des fras_, etc. _J'attends la pure des framboises
    pour faire mes confitures._ Quelques-uns crivent _l'apure_. Voyez
    APURE.

  [+] PURZIE, s. f. Pleursie. _La purzie se dclara et il fallut en
    venir  une saigne._ Terme savoisien, lyonnais et bas limousin. En
    Languedoc et en Franche-Comt on dit: _Un purzi_.

  PURGE, s. f. Purgation, purgatif. _Prendre une purge._ Ce terme,
    fort usit en Suisse, en Savoie et en France, appartient au vieux
    franais.

  PURPURALE, adj. fm. _Fivre purpurale._ Dites: Fivre puerprale.
    R. lat. _puerpera_.

  PUSSIN ou PUCIN, s. m. Poussin, poulet nouvellement clos. _La poule
    et ses pussins._ Terme suisse, lorrain, vieux franais, etc.

  PUSSINE, s. f. Jeune poule, poulette. Ce joli mot _pussine_ manque
     la langue franaise, puisque Poulette ne s'emploie gure qu'au
    sens figur. Dans le patois vaudois on dit: _Pudjena_ ou _puzene_.

  PUTRIFIER, v. a. Putrfier, faire pourrir.


Q

  QUAND, conj. En mme temps que, aussitt que. _J'y serai quand
    toi_, c'est--dire: J'y serai aussitt que toi. _Tu partiras
    quand nous. Vous sortirez quand les autres_, c'est--dire: Vous
    sortirez quand les autres sortiront. Ce tour elliptique
    appartient au vieux franais. Le dictionnaire de l'Acadmie dit:
    Il est parti quand et quand nous, pour signifier: Il est parti
    en mme temps que nous.

  QUAND QUE..., loc. conj.  quelque moment que. _Quand que tu
    viennes, tu me feras plaisir. Oui, viens, viens, quand que ce
    soit._

  QUANTE, adv. Prononciation vicieuse de l'adverbe quand. _Quante
    l'occasion se prsente, saisissez-la._ Franais populaire.
    Prononcez _Kan_.

  QUANTIME, s. m. _Le quantime avons-nous? Le quantime tenons-nous?
    Le quantime du mois sommes-nous?_ Ces trois expressions sont
    vicieuses, et l'on doit y substituer les suivantes: Quel quantime
    avons-nous? Quel est le quantime du mois?

  QUARANTAIN, s. m. _Un bouquet de quarantains._ Terme savoisien,
    rouchi, etc. Le mot franais est: Quarantaine.

  QUART, s. m. Nous disons, en supprimant l'article Un: _Il est
    deux heures et quart; il est midi et quart; il est trois heures et
    quart._ Les dictionnaires et le bon usage veulent qu'on dise: Il
    est deux heures et UN quart; il est midi et UN quart. Ou bien, en
    retranchant la conjonction _et_: Il est deux heures UN quart; il
    est midi UN quart, etc. Dites de mme: Cet objet pse trois livres
    et UN quart; ou: Cet objet pse trois livres UN quart.

  QUART, s. m. Nous disons d'un objet qui n'a aucune valeur: _Il ne
    vaut pas six quarts; il ne vaut pas deux quarts._ Le _quart_ tait
    une de nos monnaies valant un centime environ. Il y avait des
    pices de _six quarts_, des pices de _trois quarts_, et des
    pices de _deux quarts_.

  QUART, s. m. Mesure de capacit pour les grains, laquelle quivaut 
    un quart de _coupe_, soit deux dcalitres ou  peu prs. _Un quart
    de bl; un quart d'avoine._

  QUARTE ou CARTE, s. f. Mesure de capacit pour les grains, laquelle
    quivaut  un seizime de la _coupe_. Voyez ce mot. A la page
    quatre-vingtime du tome Ier, il est dit, par erreur, _un sixime_
    (de la coupe) au lieu de: Un seizime. Voyez CARTE.

  QUARTERON, s. m. Mesure de capacit pour les liquides, laquelle
    quivaut  un vingt-quatrime du setier, soit deux pots, soit deux
    litres et un quart.

  QUARTERON, s. m. _Un quarteron de paille_ quivaut  huit quintaux
    de paille, soit vingt-cinq grosses gerbes, chacune d'environ sept
    pieds de tour.

  QUE, dans les phrases suivantes, est une particule d'impatience et
    de dpit. _Sonne que te sonne! Crie que te crie! Pleure que te
    pleure!_ Phrases elliptiques et originales, qui quivalent :
    Peste de celui qui ne fait que sonner! La peste soit du bambin qui
    crie! La peste soit de l'enfant qui pleure!

  [+] QUE, sorte de conjonction. Si ce n'est, except. _Tous ont_
    _menti que mon garon. Tous ont pay que toi. On peut tout
    racheter que la mort_, est un proverbe de nos campagnards.

  [+] QUE. Dont. _Dis-voir, Tronchet, comment appelles-tu cette femme
    d'ici vis--vis que son mari est tailleur?_ (dont le mari est
    tailleur). _Connais-tu Prosper?--Quel Prosper?--Eh! pardine,
    Prosper Flammel, que sa femme est tant mchante_ (dont la femme
    est si mchante). _Quel chemin faut-il prendre pour
    accourcir?--C'est tout simple: le chemin qu'on va au vieux pont_
    (par lequel on va au vieux pont). Expression savoisienne, etc.

  QUEBER, v. a. Terme d'colier. Voyez CHEBER.

  QUEL. Quelque. _J'irai te voir aprs-demain quel temps qu'il fasse._
    Dites: Quelque temps qu'il fasse. _ quel moment que tu viennes_
    ( quelque moment que tu viennes), _tu me trouveras. Viens 
    quelle heure que ce soit_ ( quelque heure que ce soit.) Faute
    rpandue mme parmi des personnes qui se piquent de bien parler.

  QUEL, QUELLE. _ quelle heure dnerons-nous, Antoine?-- quelle
    heure tu voudras._ Dites:  l'heure que tu voudras. _ quelle
    place nous asseyerons-nous?-- quelle place tu voudras._ Dites: 
    la place que tu voudras.

  QUELQUES, s. m. plur. _Nous tions  ce concert quarante et
    quelques. Le nombre des morts, dans cet horrible incendie, s'leva
     soixante et quelques._ Cette expression, trs-usite chez nous,
    et qui n'a rien de choquant, ne se trouve pas dans les
    dictionnaires.

  [+] QUE NON PAS. _Il nous vaut mieux suivre la grand'route que non
    pas nous perdre._ Dites: Que de nous perdre. _C'est plus sage 
    nous de patienter que non pas recourir  un procs._ Dites: Que
    de recourir  un procs.

  QUET, adj. masc. Terme d'colier. Ruin, qui a tout perdu au jeu.
    _Je ne joue plus, je suis quet._

  QUEUE, s. f. Nous disons figurment: _Il n'y a pas la queue d'un
    chat_, pour signifier: Il n'y a personne. _Le temps fut si
    mauvais, si dsastreux, qu'il n'y eut pas la queue d'un chat  la
    soire du casino._ Les dictionnaires disent: Il n'y eut pas un
    chat.

  QUEUE CUITE. Dans notre langage populaire: _Avoir la queue cuite_,
    signifie: tre penaud, tre tout honteux, tout mortifi. _Il s'en
    retourna la queue cuite._

  QUI, pron. rel. Que. _Faites ce qui bon vous semblera._ Dites:
    Faites ce QUE bon vous semblera.

  [+] QUIBLE, s. m. _Passer au quible._ Dites: Crible.

  [+] QUIBLER, v. a. Cribler.

  [+] QUIBLURE, s. f. Criblure.

  [+] QUINAR, s. m. _Quinar en bois._ Dites: Quina. Quina en bois.

  QUINARRODON, s. m. Cynorrhodon, fruit de l'glantier.

  QUINCONCHE, s. m. _Planter des arbres en quinconche._ Terme vieux
    franais. On dit actuellement: Quinconce.

  QUINE, s. fm. Dites: Un quine, combinaison de cinq numros pris
    ensemble  la loterie.

  QUINER, v. a. Terme d'colier. Tout gagner, mettre  sec son
    adversaire.

  QUINQUE, s. f. Femme malingre, souffrante et qui se plaint toujours.

  QUINQUERNAGE, s. m. Rabchage, rptition fatigante. _Veux-tu donc
    continuer toute la semaine avec ces quinquernages?_

  QUINQUERNE, s. f. Vielle, instrument de musique. _Les sons monotones
    d'une quinquerne._ Au sens figur, _quinquerne_, adjectif et
    substantif, se dit d'une personne ennuyeuse et qui ne fait que
    rabcher. _La sotte quinquerne que votre dame Du Terrail! Tu es
    bien quinquerne aujourd'hui, ma petite Rosalie._ Terme vaudois et
    savoisien. En Valais, _quinquerne_ se dit d'une femme vaine et
    coquette. Dans le dialecte rouchi, _quinch'terneux_ se dit d'un
    mntrier qui fait danser dans les guinguettes. En vieux franais,
    _quiterne_, _guiterne_ et _guinterne_ signifiaient: Guitare.

  QUINQUERNER, v. a. et neutre. Rabcher, fatiguer par d'insipides
    redites, gronder, sermonner. _Qu'as-tu tant  nous quinquerner?
    Elle quinquerne son mari toute la sainte journe._

  QUINQUERNEUR, s. m. Rabcheur, celui qui fatigue en rptant ou en
    demandant toujours la mme chose.

  QUINQUET, adj. masc. Se dit d'un homme faible de corps et malingre.
    _Il est tout quinquet._ Voyez QUINQUE.

  QUINQUET, s. m. (fig.) OEil. _Prends donc garde, Flix, tu vas me
    crever le quinquet._ Terme badin.

  QUINSON, s. m. Pinson. _Un nid de quinsons. lever des quinsons._
    Terme vaudois, savoisien et mridional. En Franche-Comt on dit:
    _Quinzon_, et dans notre patois, _quichon_.

  QUINZE, adj. num. Nous disons de deux faits, de deux vnements,
    tout  fait semblables: _Cela revient tout  quinze_. On dirait en
    franais: C'est tout un; c'est blanc bonnet, bonnet blanc; c'est
    absolument la mme chose. _Partir aujourd'hui, partir demain, cela
    revient tout  quinze._

  QUIQUAGEON, s. m. Maisonnette, habitation chtive, rduit. Terme
    drisoire et badin.

  QUIQUE, s. f. (Prononcez _kike_.) Jeu d'enfant, lequel se joue de la
    manire suivante. On place, derrire un morceau de tuile ou de
    pierre, de la monnaie, des boutons ou des clous. On prend un palet
    qu'on tire contre un but pour savoir qui jouera le premier. Celui
    dont le palet est le plus prs du but fait une raie et lance de l
    son palet contre le morceau de tuile ou de pierre, afin d'amener
    l'enjeu le plus prs possible de son palet. Chaque joueur en fait
    autant  tour de rle. Une fois que le _petit_ (ou cochonnet) est
    renvers, chaque mise ou partie de mise choit au palet qui s'en
    approche le plus. Si par hasard le palet d'un joueur s'arrte sur
    ou contre le petit, et le touche, on dit qu'il _vougne_; c'est un
    mauvais coup pour tous les joueurs, lesquels ne peuvent rien
    gagner tant qu'il n'a pas t _dvougn_, c'est--dire, tant que
    le petit n'a pas t remu par un palet rejou de nouveau. [P. G.]

  QUIQUERIKI, s. m. Chant du coq, ou plutt, sons par lesquels nous
    imitons ce chant. Terme savoisien. En certaines provinces de
    France on dit: _Coquerico_; dans d'autres, _coqulicot_; ailleurs,
    _cacalaka_ et _quiquelikika_. Il en est du chant du coq comme des
    cloches, auxquelles on fait dire tout ce qu'on veut.

  QUITTE, adj. Nous disons: _Jouer  quitte ou double_. Les
    dictionnaires disent: Jouer  quitte ou  double.

  QUITTE AVEC. _Me voil enfin quitte avec toi. On n'est jamais quitte
    avec son pays._ Dites: Me voil quitte ENVERS toi: on n'est jamais
    quitte ENVERS son pays.

  QUOIQUE A, loc. adv. Malgr cela, nanmoins, pourtant. _Elle le
    trompe ouvertement, et quoique a il l'aime toujours._ Franais
    populaire.


R

  R. Cette lettre joue un grand rle dans le langage de nos
    campagnards: ils l'introduisent entre deux voyelles pour viter
    les cacophonies. Ainsi, au lieu de dire:  un coin,  une heure,
     un village, etc., le paysan dira: _ r'un coin,  r'une heure,
     r'un village; d'ici  r'un moment. La petite chambre est 
    r'Auguste. Quel est le prix de_ _vos cerises, brave homme?--Oh
    l, Monsieur, j'en ai  r'un sou la livre et  deux sous._
    L'introduction de ce _r_ euphonique est frquente aussi dans le
    langage populaire de la ville.

  RABATTRE, v. a. Rebattre, rpter jusqu' satit. _Que viens-tu
    encore nous rabattre? N'as-tu pas assez rabattu tes ennuyeuses
    anecdotes et tes vieux contes?_

  RABISTOLER, v. a. Raccommoder. Voyez RAPISTOLER.

  RABISTOQUER, v. a. Rapicer, rapiceter, raccommoder tant bien que
    mal. _Rabistoquer des grolles; rabistoquer un broustou._

  RABLET ou RABLIET, s. m. Rble, racloir  long manche.

  RABOBINER, v. a. Raccommoder tant bien que mal, rajuster. _Rabobiner
    une casaque._ Terme vaudois et vieux franais. S'emploie souvent
    au sens figur. _Un verre de vin a suffi pour le rabobiner et le
    remonter._ _Se rabobiner_ veut dire: Se rtablir, revenir en
    sant.

  RABOTTE, s. f. Pomme enveloppe de pte, et que l'on cuit au four.
    Terme connu  Reims, et sans doute ailleurs. En vieux franais,
    _rabote_ signifie: Boule. Nos _rabottes_ ont, en effet, la forme
    d'une boule.

  RABOTU, UE, adj. Raboteux. _Chemin rabotu._

  RABOUCLER, v. a. Boucler. _Raboucler un soulier._

  RABOUTONNER, v. a. Boutonner.

  RACAUQUER, v. a. Attraper, recevoir dans la main une chose jete en
    l'air. _Jette-moi ta paume: je la racauquerai._ Terme de la Suisse
    romane. A Rumilly (Savoie) on dit: _Recauquer_.

  RACCORDER, v. a. _Raccorder un piano, raccorder un violon_, etc.
    Dites: Accorder.

  RCHE, s. f. Teigne, gale plate et sche, qui vient  la tte et
    dont on gurit difficilement. Mr BESCHERELLE, en enregistrant ce
    mot dans son dictionnaire, dit qu'il est inusit. Mr BESCHERELLE
    devait dire que ce terme appartient au vieux franais, et qu'il
    est encore usit en Suisse, en Savoie, en Bourgogne, dans le Berry
    et dans quelques autres provinces de France.

  RCHE, s. f. Cuscute ou barbe de moine, plante parasite. Terme
    vaudois, mridional, etc.

  RACHE-PIED (DE), loc. adv. D'arrache-pied, sans interruption, sans
    discontinuit, sans relche. _Travailler de rache-pied._ Terme
    franais populaire.

  RACINAGE, s. m. Terme collectif par lequel on dsigne les raves, les
    carottes, les scorsonres, les navets, les betteraves, etc.

  RCLE, s. m. Instrument propre  racler, racloir, rble. Le proverbe
    suivant: _Le rcle se moque de l'covet_, se dit de deux personnes
    galement ridicules et qui se moquent l'une de l'autre. Les
    dictionnaires franais disent: La pelle se moque du fourgon.

  RCLE ou RCLE-CHEMINE, s. m. Ramoneur. Terme jurassien, savoisien,
    mridional, etc.

  RACLER, v. a. _Racler des scorsonres, racler des radis, racler des
    navets_, ne sont pas des expressions franaises; il faut dire:
    Rtisser.

    Que faites-vous, Marguerite?
    Rtissez-vous des navets?

    [_Thtre de la Foire_, t. III, p. 100.]

  RACLER, v. a. _Racler un poisson._ Dites: cailler un poisson,
    c'est--dire: Lui enlever l'caille avec un outil tranchant.

  RACLER, v. a. Toucher lgrement, frotter contre. _J'ai racl la
    muraille en passant._

  RCLER, v. n. Grasseyer, parler gras et d'une manire tranante.

  RACLETTE ( LA), loc. adv.  la rigueur, tout juste. _L'examen de
    mathmatiques fut mdiocre et l'tudiant ne fut admis qu' la
    raclette._ Dans le canton de Vaud, _raclette_, s. f. (en franais,
    Racloire, s. f.), se dit de la planchette qui sert  racler le
    dessus d'une mesure de bl pour la rendre rase, au lieu d'tre
    comble.

  RACLON, s. m. Se dit de certains objets en mauvais tat et uss.
    Ainsi, _un raclon de fusil, un raclon de couteau, un raclon de
    canif_, sont: Un mauvais fusil, un mauvais couteau, un mauvais
    canif.

  RACQUER, v. a. Voyez RACAUQUER.

  RACOQUILLER, v. a. Recoquiller, retrousser en forme de coquille.

  RAFATAILLE, s. f. Vieilleries, objets uss ou de nulle valeur,
    restes d'un choix qu'on a fait. _Un tas de rafatailles._

    On voyait dans un plat coineux
    Nager, sur du bouillon sans yeux,
    Des raves, de la patenaille,
    De l'ognon, de la _rafataille_.

    [CH.]

  Terme suisse et mridional. S'emploie figurment comme synonyme de
    canaille, racaille, rebut.

  RAFFE, s. f. Diarrhe, cours de ventre.

  RAFFER, v. n. Avoir la diarrhe.

  RAFFEUX, adj. masc. Nous appelons raisin _raffeux_, celui dont la
    gousse se dtache lorsqu'on le mange. On appelle en Anjou,
    _raffard_, une sorte de mauvais raisin.

  RAFFISTOLER, v. a. Raccommoder, rapiceter, remettre en tat.
    _Raffistoler un manteau; raffistoler un chariot._ Terme parisien
    populaire, etc. Dans le vieux franais, _affistoler_ signifie:
    Parer, orner, embellir, endimancher.

  RAFLE, s. f. Rafle. _Les voleurs firent une complte rafle_;
    c'est--dire: Emportrent tout sans rien laisser. Terme franais
    populaire.

  RAFOUILLER, v. a. Fouiller, farfouiller.

  RAFOUR, s. m. Four  chaux. _tablir un rafour; allumer le rafour._
    Terme vaudois, savoisien, dauphinois, bressan, franc-comtois et
    vieux franais.

  [+] RAFROIDIR, v. a. Refroidir. _Le temps s'est rafroidi. Laissons
    rafroidir la soupe._ Franais populaire et vieux franais.

  RAGCHE ou RAGASSE, adj. Taquin, tenace, avare. En italien:
    _Ragazzo_.

  RAGON, s. m. Salade romaine printanire. Les habitants de la ville
    appellent _ragon_ la Petite laitue verte.

  RAGOTANT, ANTE, adj. Ragotant, apptissant.

  RAISIN, s. m. Nous disons: _Cueillir un raisin, manger un raisin,
    offrir un raisin_. Cette locution gasconne n'est autorise par
    aucun grammairien, ni aucun dictionnaire. Un raisin ne se dit
    qu'en parlant de toute une espce (le muscat est un bon raisin).
    Dans les exemples ci-dessus, il faut dire: Cueillir une grappe de
    raisin, ou: Cueillir du raisin; manger du raisin; offrir du
    raisin, ou des raisins, etc.

  RAISINS DE MARS, s. m. pl. Groseilles rouges.

  RAISINE, s. f. _Un pot de raisine. La raisine est sujette  se
    moisir._ Terme suisse et savoisien. Le mot franais est:
    Raisin. Du raisin.

  RAISON, s. f. _Se faire une raison_, signifie: Accueillir des ides
    raisonnables, adopter des mesures sages et prudentes. _Tu as eu l
    une grande preuve, mon cher Antoine; mais ne t'abandonne pas au
    dcouragement, et sache te faire une raison._ Terme franais
    populaire.

  RAISONNER . Rpliquer . _Tu veux nous raisonner, bambin! Raisonner
     ton pre et  ta mre!... tu verras._ Le verbe Raisonner a
    bien le sens de rpliquer, mais il ne prend pas de rgime. On
    peut dire  un enfant qui ergote: Ne raisonne pas; cesse de
    raisonner. Mais il n'est pas correct de lui dire: _Ne me raisonne
    pas_.

  RAISONNER QUELQU'UN. Le faire raisonner, chercher  l'amener  une
    sage dtermination. _Il vaut souvent mieux raisonner un enfant que
    de le gronder._ On disait en vieux franais: _Arraisonner
    quelqu'un_. _Se raisonner_, v. pron., veut dire: Accueillir des
    ides raisonnables; soumettre son esprit  la raison. _Tu ne sais
    pas te raisonner, Julie; tu te dsoles pour un rien._

  RAISONS, s. f. pl. Altercation, contestation, dmls, difficults,
    paroles vives. _Avoir des raisons avec quelqu'un. Ils ont eu des
    raisons ensemble. Je me garderai bien d'avoir des raisons avec
    lui._ Expression connue en France, mais qui n'a pas t, jusqu'
    prsent, admise dans les dictionnaires.

  RAISSON, s. m. Sciure de bois. _Une seille de raisson._ Terme
    vaudois et savoisien. En Franche-Comt on dit: _Rasson_; dans
    l'vch de Ble, _rasun_: termes forms du vieux mot _resse_; en
    patois _rasse_, qui signifie: Une scie.

  RAISSONNET, s. m. Sciure de bois. _Au raissonnet! au bon
    raissonnet!_ est le cri des paysans qui viennent nous vendre de la
    sciure de bois.

  RAJOUTER, v. a. Ajouter de nouveau. _Cette salade n'a pas assez
    d'huile: rajoutez-en._ Terme franais populaire.

  RAMASSE, s. f. Vole de coups, rosse. _Une bonne ramasse le
    contraignit enfin  se taire._ Terme vaudois. Dans le vieux
    franais, _donner la ramasse_, signifiait: Donner le fouet. Dans
    le franais populaire, _ramasser_ veut dire: Maltraiter de coups.

  RAMASSER UN MAL. Gagner un mal, gagner une maladie. _La phthisie
    est, dit-on, une maladie qui se ramasse._

  RAMELE, s. f. Ribambelle, grand nombre, quantit. _Une ramele de
    badauds._ Terme vaudois.

  RAMONE, s. f. Forte rprimande. _Faisons les gattes, Franois: on
    en sera quitte tous deux pour une ramone._ Terme dauphinois, etc.

  RAMONER, v. a. (fig.) Gronder, tancer. Dans le dialecte rouchi,
    _ramoner_ signifie: Rosser.

  RAMPON, s. m. Mche, herbe potagre. _Salade au rampon._ Terme
    suisse-roman et savoisien.

  RAMURE, s. f. Toiture, couverture d'un difice.

  RAMURES, s. f. pl. Terme de jardinier. Rames, menues branches
    d'arbres qui servent  soutenir les pois et les haricots. _Mettre
    des ramures._

  RANCHE, s. f. Range, ligne. _Une longue ranche._ Terme lyonnais.

  RANCHE, s. f. Range, ligne, rang, suite de plusieurs choses mises
    sur une mme ligne. _Une ranche de livres; une ranche d'arbres_,
    etc.

  [+] RANCO ou RANKO, s. m. Dernier rlement d'un mourant. _tre au
    ranco._ Terme vaudois et jurassien. Dans le dialecte provenal,
    _rangouiha_ veut dire: Rler, c'est--dire: Respirer avec bruit et
    d'une manire pnible. Dans le patois du Jura, le verbe
    _rancasser_, et dans le patois de l'Isre, _rancheisi_, ont le
    mme sens.

  RANG ou RANG DE BOIS, s. m. Bche ronde, rondin. _Une douzaine de
    rangs. Des ttes de rang. A Genve on vend le fayard_ (le htre)
    _soit au moule, soit par rangs_.

  RANGER, v. a. _Tranquillisez-vous, nous rangerons bien votre
    affaire. Va te ranger, mile, et nous sortirons; mais aie soin de
    bien ranger ta cravate et tes cheveux._ On peut dire: Ranger une
    chambre, ranger une armoire, ranger des livres; mais dans les
    exemples ci-dessus, _ranger_ est une expression incorrecte; il
    faut dire: Arranger.

  RANGUILLE. Jeu d'colier, qui consiste  placer une pierre, une
    boule ou une tuile sur un piquet ou sur une butte quelconque, et 
    tcher de les abattre  coups de pierre.

  RANGUILLER, v. a. Terme du jeu de quilles. Relever et replacer les
    quilles abattues. Terme vaudois.

  RANGUILLEUR, s. m. Celui qui ranguille.

  RANQUEMELER, v. n. Rler, tre poussif, respirer avec bruit et
    peine. On dit aussi: _Roncemeler_.

  RAPATIN, s. m. Sittelle, genre d'oiseaux grimpeurs.

  RPELU ou RAPLU, s. m. Se dit d'un homme qui est vtu d'habits
    vieux et rps, et qui a l'air excessivement misrable.

  RAPERCHER, v. a. Chercher avec une sorte de soin, trouver, dterrer,
    raccrocher. _Rapercher des bouquins. O as-tu donc raperch cette
    vieille hallebarde? Tu as perdu l, par ta faute, une excellente
    pratique: il faut essayer de la rapercher._ _Se rapercher_, v.
    pron., signifie: Se rattraper, recouvrer ce qu'on avait perdu.

  RAPETISSIR, v. a. Rapetisser.

  RAPETOUILLER, v. a. Raccommoder.

  RPI, s. m. Rp de copeaux, c'est--dire: Certaine quantit de
    copeaux (_belues_) qu'on met dans un tonneau pour claircir le
    vin. _Boire sur le rpi_, signifie: Boire du vin clairci par les
    copeaux. Au sens figur, _tre sur le rpi_, veut dire: tre
    harrass, tre rendu, tre sans force et sans courage, baisser,
    dcliner.

  RAPIAMUS. Terme latin qui signifie: Enlevons, prenons tout. _Faire
    rapiamus_, signifie: Enlever tout. Terme normand, etc.

  RAPICOLER, v. a. Ravigoter, ranimer. _Repicoler_ a le mme sens.

  RAPIDE, adj. Roide, escarp, qui a beaucoup de pente. _Chemin
    rapide; monte rapide; cte rapide._

  RPIN, s. m. Avare, ladre, homme dur  la dtente. _Je te plains
    d'avoir pour matre de maison un pareil rpin._ Terme vaudois.
    Dans le dialecte normand (arrondissement de Bayeux), _un rpin_
    est un homme qui enlve tout ce qu'il peut dans les champs. R.
    _rapio_.

  RAPISTOLER, v. a. Raccommoder grossirement, rapicer, rapiceter,
    rajuster. _Rapistoler une robe._ On dit aussi, mais plus rarement:
    _Rafistoler_.

  RAPLATIR, v. a. Rendre plus plat, rendre plus uni, amincir. Terme
    franais populaire.

  RAPPELER (S'EN), v. pron. Dites: Se LE rappeler. _T'en rappelles-tu,
    Toinette?--Non, Madame.--Eh bien, moi, je m'en rappelle: et voici
    la troisime fois que tu sors de nuit sans ma permission._

  RAPPELER DE. _Rappeler d'un jugement, rappeler d'un arrt, rappeler
    d'une sentence_, ne sont pas des expressions correctes. Il faut
    dire: Appeler d'un jugement; appeler d'un arrt, appeler d'une
    sentence.

  RAPPONDRE, v. a. Joindre, rejoindre deux choses spares. _Rappondre
    une ficelle. Fil rappondu._ On _rappond une sauce_, en y ajoutant
    du bouillon ou de l'eau. Terme suisse-roman, savoisien et
    jurassien.

  RAPPORT, s. m. Dans notre langage populaire, _par rapport que_,
    signifie: Parce que, par la raison que. _Fanchette n'est pas alle
    te voir dans ta maladie, par rapport que toi le premier tu l'avais
    depuis longtemps nglige._ Franais populaire.

  RAPPORT . Par rapport , ayant gard , en considration de, 
    cause de. _Rapport  nos deux cousins, j'ai voulu changer l'heure
    du goter. Rapport  vous, je prterai la somme en question._
    Franais populaire.

  RAPPORTAPET, s. m. Terme d'colier. Rapporteur, celui qui rapporte,
    celui qui dnonce les tourderies de ses camarades. _Dfiez-vous
    de lui, ce n'est qu'un rapportapet._ Dans le canton de Vaud: _Un
    redipet_.

  RAPPROPRIER, v. a. Approprier, nettoyer. _Rapproprier une chambre._
    Au rflchi, _se rapproprier_, veut dire: Se faire propre, se
    reblanchir, faire sa toilette. Terme franais populaire.

  RAPSODAGE, s. m. Mauvais raccommodage, rhabillage. _Vous deviez me
    raccommoder ce gilet, et je n'y vois qu'un rapsodage._ Le verbe
    rapsoder, raccommoder grossirement, se trouve dans quelques
    dictionnaires modernes.

  RARIFIER, v. a. Rarfier.

  RARRANGER, v. a. Arranger de nouveau, rajuster.

  RARRIVER, v. n. _Tu ne fais que jeter des pierres, Alexis; mais si
    cela te rarrive, gare! Vous avez fait les gattes, petits drles:
    que cela vous rarrive et vous verrez. Je suis sorti hier sans ma
    bourse; cela ne me rarrivera pas._ Ce terme fort commode n'est pas
    dans les dictionnaires.

  RAS, adv. _Couper les cheveux ras, tondre un chien ras_, etc., ne
    sont pas des expressions franaises, quoique fort usites en
    France, en Savoie et chez nous. Il faut dire: Raser les cheveux;
    raser un chien; raser une moustache, etc. _Couper  ras, tondre 
    ras, couper  ras terre, couper  ras de terre_, sont galement
    des expressions vicieuses. Ne dites donc pas: _Les hirondelles
    volaient  ras terre_; ni: _Elles volaient ras terre_; ni: _Elles
    volaient  ras la terre_. Dites: Elles volaient en rasant la
    terre; ou: Elles volaient rez terre. Rez, en effet, est une
    prposition qui signifie: Tout auprs, tout contre, tout joignant,
    rien entre deux. Abattre une maison REZ terre; couper un arbre REZ
    terre, etc.

  RASSIS, participe du verbe _rasseoir_, ne fait pas au fminin
    _rassie_, comme beaucoup de personnes le croient. Il ne faut pas
    dire: _Cette femme est rassie_, c'est--dire: Calme, pose,
    rflchie; il faut dire: Cette femme est rassise. La jeune
    veline, qui n'a pas encore dix-huit ans, est dj une personne
    rassise, prudente et circonspecte.

  RASSUJETTI, IE, subst. Jeune homme ou jeune fille qui, ayant fini
    son apprentissage, travaille encore avec un matre ou une
    matresse pour se perfectionner.

  RAT, s. m. Nous disons proverbialement: _tre tremp comme un rat_,
    pour signifier: tre tout tremp. L'Acadmie dit: tre mouill
    comme un canard.

  RATAPIOLE, s. f. Ribote du lendemain. _Faire la ratapiole._

  RATAQUO, s. f. Voyez RATE, no 5.

  RATASSER, v. a. Signifie: 1 Fouiller, chercher; 2 Chicaner,
    taquiner, rabcher, repasser.

  RATE, s. f. Souris. _Un nid de rates. Prendre des rates. Avoir un
    sommeil de rate._ Le _Complment_ du dictionnaire de l'Acadmie,
    en enregistrant ce mot, dit qu'il est peu usit. J'ose assurer
    qu'il est d'un usage journalier en Suisse, en Savoie, en
    Franche-Comt, dans les Vosges et dans tout le Midi. Nous disons
    figurment et factieusement: _Avoir les rates au ventre_, pour
    signifier: Avoir grand'faim, avoir le ventre qui grouille de faim.

  RATE, s. f. Rat, marque blanche, que les coliers et les gamins font
    malicieusement sur les habits des passants, au moyen d'un morceau
    d'toffe frott de craie et taill en forme de rat.

  RATE, s. f. Dent de petit enfant, quenottes. _Montre-nous tes
    petites rates, Fanny. Laisse-toi arracher cette rate qui branle,
    et nous la mettrons sous le chenet._ Terme vaudois, franc-comtois,
    limousin, etc. En Languedoc et en Provence on dit: _Ratte_ et
    _ratounette_.

  RATE (FAIRE). Rater, faire faux feu. _Son fusil avait fait rate deux
    fois de suite._ Ce mot est une onomatope.

  RATE ou RATAQUO, s. f. Rflexion du soleil sur un miroir ou sur un
    corps quelconque rverbrant. _Faire la rate aux passants. Ces
    petits polissons nous aveuglaient avec leur rate, avec leur
    rataquo. Les vitres de ta fentre me font la rate._

  RTE, s. f. _Un mal de rte. Souffrir de la rte._ Prononciation
    vicieuse du mot Rate, dont l'_a_ est bref.

  RTEAU, s. m. Grille, fermeture, et principalement d'une porte de
    ville. _Fermer le rteau; ouvrir le rteau; enfoncer le rteau._

  RTELET DE MOUTON, s. m. Terme de boucherie. Carr de mouton, haut
    ct. Terme suisse et savoisien.

  RTELIER, s. m. Terme d'conomie domestique. Dressoir, espce de
    buffet sans porte,  plusieurs rayons.

  [+] RATENIR, v. a. Retenir. _Ratiens-moi, David, je tombe! Tche de
    te ratenir  ce poutre._ Terme vaudois, etc.

  RATER, v. n. Se dit des chats, et signifie: Prendre les rats,
    poursuivre les rats. _Notre chat rate bien._ Les chasseurs le
    disent aussi des chiens qui s'amusent  poursuivre les rats, au
    lieu de s'attacher au gibier.

  RATIONNER, v. a. Faire la part, donner la ration, mettre  la
    ration. _Ces garons ont un si terrible apptit, qu'il faudra
    vritablement les rationner._

  RATIN, s. m. Odeur des rats. _Sentir le ratin._

  RTISSOIR (UN). Instrument de fer pour rtisser les alles des
    jardins. _Rtissoir us, rtissoir dmanch._ Ce mot est fminin.
    Une rtissoire use, une rtissoire dmanche.

  RATOULIVE ou RATOLIVE, s. f. Chauve-souris. Ce mot _ratoulive_ est
    une contraction des mots _rate-volive_, qui signifient: _Rate
    volante_, souris qui vole. A Rumilly (Savoie) et en Valais on dit:
    _rate-volire_; dans le patois vaudois, _ratta volaire_;  Lyon,
    _rate-volage_; dans le Jura, _ratevolate_; dans les Vosges,
    _volant-rette_.

  RAUFE, s. f. Rotengle, poisson du genre de la tanche.

  RAUFE, s. f. Algarade, grognerie, gronderie. _Faire une raufe.
    Recevoir une raufe._

  RAUFER, v. a. Gronder, grogner. _Raufer ses domestiques; raufer ses
    enfants. Son mari ne cesse de la raufer._ Terme suisse-roman. En
    allemand, _raufen_ signifie: 1 Tirer par les cheveux; 2
    Chamailler.

  RAUFERIE, s. f. Gronderie, grognerie.

  RAUFERIES, s. f. pl. Vieux chiffons, vieilles hardes, objets sales
    et inutiles.

  RAUFIN, FINE, subst. Grognard, celui ou celle qui gronde par
    habitude ou par caractre.

  RAVANTER, v. a. Aveindre, _avanter_ de nouveau. _Tche de me
    ravanter mon cerf-volant._

  RAVAUDAGE, s. m. Action de _ravauder_, de marchander.

  RAVAUDER, v. n. Marchandailler, msoffrir, offrir d'une marchandise
    beaucoup moins qu'elle ne vaut.

  RAVAUDERIE, s. f. Bagatelle, brimborion. _As-tu pay ton
    tailleur?--Je ne lui dois plus qu'une ravauderie. Ta mre a-t-elle
    achet quelque chose  cette vente publique?--Oui, quelques
    ravauderies._

  RAVAUDEUR, DEUSE, subst. Celui ou celle qui marchandaille, qui aime
     marchander, et qui dprcie la marchandise. _Allez, ma mie: je
    vois bien que vous n'tes qu'une ravaudeuse, et que vous ne voulez
    rien m'acheter._ Terme suisse et franc-comtois.

  RAVE, s. f. (fig.) Objet de nulle valeur, chose de rien. Se dit des
    personnes et des choses. _Deux francs  votre fils pour ses
    trennes! La belle rave! Vous mariez votre Tiennette  Jean Des
    Verres? La belle rave de mari que vous lui donnez l!_ On dit de
    mme: _Le beau fusil de rave! La belle campagne de rave!_ etc.

  RAVE. Employ adverbialement, ce mot est synonyme de: Nant, rien du
    tout, non, point du tout. _Tu ne veux pas ces_ _pommes pour ton
    goter?... Eh bien, rave_, c'est--dire: Eh bien, tu t'en
    passeras, tu n'auras rien autre. Terme vaudois. On dit quelquefois
    dans le mme sens: _Une rave_. _Pre, mre, prte-moi les
    tenailles.--Une rave_, c'est--dire: Tu ne les auras pas.

  RAVE, s. f. Nous disons proverbialement: _Remettre  quelqu'un ses
    raves dans le sac_, pour: Lui rtorquer ses arguments, lui prouver
    son erreur ou son ignorance, le rduire  se taire.

  RAV, E, adj. Terme des campagnards. Cassant, qui se casse
    facilement. _Une branche rave_, est une branche pourrie, et que
    le moindre effort, le moindre branlement pourrait casser.

  RAVOIR (S'EN). Revenir de sa surprise, se remettre d'un grand
    tonnement. _Vous me racontez l une chose si curieuse et si
    extraordinaire, que je ne puis m'en ravoir._ En franais, se
    ravoir signifie: Se calmer, reprendre ses forces.

  RAVONNET, s. m. Radis, sorte de petite rave. _Une liasse de
    ravonnets._ Terme suisse-roman.

  RAYER, v. a. _Rayer un colier_, signifie: Lui rayer son papier, le
    lui rgler. _Viens ici, Fanny, je te rayerai, afin que tu crives
    droit. Notre petit Eugne crit dj sans se rayer._ Dites: Sans
    rgler son papier.

  REBCHER, v. a. Rabcher, rpter souvent et inutilement la mme
    chose.

  REBCHEUR, CHEUSE. Rabcheur, rabcheuse.

  REBARBARATIF, IVE, adj. Rbarbatif, rude, rebutant, repoussant.
    _Visage rebarbaratif, figure rebarbarative._ Terme franais
    populaire.

  REBATTE, s. f. Meule d'un pressoir  huile ou  fruit. Terme
    savoisien. En patois, _rebatta_ signifie: Rouler, et _rebat_,
    rouleau.

  REBATTE, s. f. Ressac, action des vagues battant contre un mur ou un
    rocher, et retournant violemment vers le large. Dans le vieux
    franais, _rebattre_ avait le sens de: Rpercuter, rverbrer, et
    _rebattement_ signifiait: Rpercussion.

  REBQUER ou REBECQUER, v. n. Se dit des aliments et signifie: tre
    antipathique, dgoter, soulever le coeur. _Les choux me
    rebecquent. Le fromage rebecque  beaucoup de personnes._

  REBIOLON, s. m. Seconde pousse des choux, seconde pousse de la
    vigne. Terme suisse-roman.

  REBLOCHON, REBLOSSON ou REBLAICHON, s. m. Sorte de fromage de
    Savoie.

  REBOUILLER ou RABOUILLER, v. a. Remuer, ravauder, farfouiller.
    _Rebouiller un tiroir, rebouiller un pupitre. Il a l'estomac
    rebouill._ Terme vaudois, fribourgeois, berrichon, etc. Nos
    campagnards appellent _rabouill-beuze_, le bouzier, sorte
    d'insecte volant qui vit de prfrence dans la bouze (en patois,
    _la beuze_).

  REBOURRE, s. f. Accueil dur, rebuffade. _Faire une rebourre.
    Recevoir une rebourre._

  REBOURRER, v. a. _Rebourrer quelqu'un_, c'est: L'accueillir avec des
    paroles dures, le maltraiter en paroles, le rembarrer.

  RECAFFE ou REKIAFFE, s. f. Gros clat de rire, clat de rire
    trs-bruyant, forc et commun. _Faire des recaffes. De ce groupe
    de bonnes d'enfants et de domestiques sortaient, par intervalles,
    d'normes recaffes. Riez, si cela vous plat, mesdemoiselles,
    mais ne faites pas des recaffes._

  RECAFFER, v. n. Faire de gros clats de rire.

  RECAPER (SE), v. pron. Terme des campagnards. Se dit des femmes et
    signifie: Se recoiffer, se requinquer. L'oppos de ce verbe est
    (en patois), _se dcap_. R. _cape_, manteau, etc.

  RECHANGE (), loc. adv.  tour de rle, tour  tour. _Va  pied, je
    monterai sur le mulet, et nous ferons  rechange._

  RECHANGER (SE), v. rcipr. Se relayer, se relever l'un l'autre.
    _Pour monter jusqu' la cime du Jura, Mme N** prit quatre porteurs
    qui se rechangeaient._ Terme franc-comtois, etc.

  RECHAT, s. m. Terme des campagnards. Repas donn aux ouvriers  la
    fin d'un travail fait en commun. Dans le canton de Vaud on dit:
    _Ressat_. _Faire le ressat._

  RECHIEN ou RECHEIN, s. m. Mauvais accueil, rpartie dure, affront,
    rebuffade. _Faire un rechien. Il m'a fait un rechien et une
    regauffre de mlevie._ Dans le vieux franais, _rechin_ est un
    adjectif qui signifie: Triste, mlancolique, de mauvaise humeur.
    Rechigner est franais.

  RECHIGNE, s. f. Rechignement, action de rechigner. _Faire une
    rechigne._ Voyez RECHIEN.

  RECHINCHE, s. f. Prise de tabac.

  RECHUTER, v. n. Avoir une rechute, faire une rechute, retomber, tre
    attaqu de nouveau d'une maladie dont on paraissait guri. _Tu le
    croyais au-dessus, mais il a rechut. S'il rechute encore, c'est
    fait de lui._ Terme suisse-roman et mridional.

  RECORDAIN, s. m. Terme des campagnards. Deuxime regain. En latin,
    _cordum_ ou _fenum cordum_ veut dire: Regain.

  RECOU, s. m. Terme patois. Regain, deuxime coupe du foin.

    Quand il pleut  la mi-o
    Y a (prou) raves et prou recou.

  RECOUVERT, ERTE, partic. Recouvr, rcupr. _La maison de commerce
    N** a recouvert, en trois ans, les sommes qu'elle avait perdues._
    Dites: Elle a recouvr. Dites aussi: Un tel a recouvr son crdit.
    Mme Z** pourra recouvrer une partie de l'hritage.

  RECRER, v. a. Rjouir, divertir. _Cette promenade vous a-t-elle un
    peu recr?_ crivez et prononcez avec trois accents: Rcr. Le
    verbe Recrer (_re_ sans accent) est franais, mais avec une
    autre signification.

  RCRPIR UN MUR. Dites: Crpir un mur. Voltaire, en se servant du
    mot _rcrpir_, dans le passage suivant, le souligne. M. le cur,
    vous savez que j'ai _rcrpi_  mes dpens l'glise du Tilloi.
    [_Lettre  M. de l'cluse_, dans les _Facties_.] Recrpir est
    franais, dans le sens de: Crpir de nouveau.

  RCRPISSAGE, s. m. Crpissure, crpi. _Dans notre pays les
    rcrpissages faits avant le milieu de mai ne sont pas solides._

  [+] RECTAL, adv. Recta, ponctuellement, avec rgularit. _Valentin
    est un homme qui paie rectal._

  [+] RECTALEMENT, adv. Recta, ponctuellement.

  RECUITE, s. f. Masse de lait caill qu'on tire du petit-lait
    bouilli.

  RCURAGE, s. m. Second curage.

  REDASSE, s. f. Draine, espce de grive plus grosse deux fois que
    l'ordinaire, et la moins dlicate de toutes. Au figur redasse se
    dit injurieusement d'une femme maigre et sche. _Cette redasse,
    cette vieille redasse n'a-t-elle pas encore des prtentions!_
    Terme vaudois. En provenal, _radasso_ signifie: 1 Une
    rossinante; 2 Une vieille et mauvaise bte de somme.

  REDIT, s. m. Ne s'emploie gure que dans cette expression: _Les dits
    et les redits_, c'est--dire: Les cancans. _Avec ces dits et ces
    redits, on ne manquera pas de brouiller toute la famille._ Terme
    bordelais, etc.

  REDONDER, v. n. Ressauter, rebondir. _Regarde cette paume, Albin,
    comme elle redonde!_ Le verbe redonder se trouve dans les
    dictionnaires, mais avec une signification diffrente.

  REDOUX, s. m. Dgel, retour d'une temprature plus douce aprs
    quelques jours de gele. _Le baromtre descend, nous allons avoir
    du redoux_, c'est--dire: Il va dgeler. Terme vaudois et
    savoisien.

  RDUIRE, v. a. Serrer, resserrer, enfermer en lieu convenable, ter
    de devant les yeux. _Rduire la vaisselle; rduire le relavage;
    rduire des vtements; rduire des outils. Le mauvais temps peut
    arriver quand il voudra, ma rcolte est toute rduite. Nous tions
    tous rduits avant minuit_, c'est--dire: Avant minuit nous tions
    tous rentrs dans nos maisons. Terme consacr en Suisse et en
    Savoie. R. _reducere_, remettre en place, replacer. En Languedoc,
    au lieu de _rduire_, on dit: _Conduire_. _Conduisez ce pain.
    Conduisez cette bouteille et ces verres._

  REFAIRE, v. a. Nous disons figurment et proverbialement d'une chose
    qu'on nous prsente comme avantageuse, mais qui en effet ne l'est
    pas: _Cela ne me refait pas la taille._ On dit en franais: Cela
    ne me rend pas la jambe mieux faite. [ACAD.]

  REFAIT, FAITE, part. Nous disons ironiquement,  l'occasion d'un
    mcompte, d'un contre-temps, d'un dsagrment qui nous arrive: _Me
    voil bien refait!_ c'est--dire: Me voil bien avanc! Me voil
    mis dans de beaux draps! _Te voil bien refait, Thodore, de
    chicaner ton petit frre: il t'a gratign et tu saignes._ Terme
    languedocien, etc.

  REFALLOIR, v. imp. Falloir de nouveau. _Tu as achet trop peu
    d'toffe; il t'en refaut une demi-aune. Notre provision de
    fascines touche  sa fin: il en refaudra un demi-cent._

  REFENTE, s. f. _Un mur de refente._ Terme franais populaire. Dites:
    Un mur de refend.

  REFIER (SE), v. pron. Se fier, compter sur. _Il se refie trop sur sa
    mmoire. Ne vous refiez pas sur cet homme._

  RFLCHIR, v. actif. Ce verbe est neutre. Ne dites donc pas: _J'ai
    rflchi une chose_. Dites: J'ai rflchi  une chose; j'ai
    rflchi  un moyen de tout arranger, etc.

  REFONFONNER ou REFONFOUNER, v. n. Reprendre dans la cafetire, dans
    le pot, dans la marmite, etc. _Gouillarde que tu es! Aprs avoir
    bu tes deux cuelles, tu refonfounes encore._ On donne aussi  ce
    verbe le sens de: Mettre de l'eau sur le marc de caf, dans une
    bouteille de vin, etc.

  REFRCHAIS, s. m. Terme d'agriculture. Refroissis, rcolte faite sur
    des jachres. Terre que l'on fait porter une troisime anne.

  RFROIDIR, v. a. La prononciation de rfroidir, avec accent sur
    l'__, est habituelle chez nous. Il faut crire et prononcer:
    REfroidir.

  REFROUGN, E, adj. _Mine refrougne; visage refrougn._ Le mot
    franais est: Refrogn. Visage refrogn.

  REGAILLARDIR, v. a. Ragaillardir, remettra en bonne humeur, remettre
    en gat. _Cette bonne nouvelle les avait tous regaillardis._
    Franais populaire et vieux franais.

  RGALE, s. fm. Rgal, rgalade, festin, gala. _Faire une rgale;
    faire une superbe rgale._ Ce terme appartient  l'ancienne langue
    franaise; mais il tait alors du genre masculin (un rgale).
    Voyez la 1re dition du dictionnaire de l'Acadmie [1698].

  REGAUFFRE, s. f. Gronderie, paroles de dpit, rebuffade. _Faire une
    regauffre  quelqu'un; recevoir une regauffre._ Dans le canton
    de Vaud, on dit: _Regauffe_.

  RGLET, s. m. Terme de calligraphie. Transparent. _crire avec un
    rglet. Se passer de rglet._ Terme mridional.

  RGITRE, s. m. crivez sans accent sur l'_e_, Regtre ou
    Registre.

  RGLEUSE, s. f. Terme de la fabrique d'horlogerie. Ouvrire dont la
    profession est de rgler les montres. _ Genve, une habile
    rgleuse peut gagner jusqu' huit francs par jour._

  REGLISSE, s. f. crivez et prononcez: Rglisse. De la rglisse. La
    rglisse est adoucissante.

  REGORGE (), loc. adv. Excessivement,  satit, jusqu'au
    rassasiement. _Manger  regorge. Avoir des cus  regorge._

  REGRETTER, v. a. Dans notre langage: _Regretter une chose 
    quelqu'un_, signifie: La lui envier, tre fch, tre triste de
    voir qu'il en est le possesseur. _Chacun lui regrette cette
    aubaine. Ne regrettez pas cette jeune et jolie femme  ce vieux
    barbon, c'est une pouine, une diablesse._ Expression mridionale.

  REGROLLAGE, s. m. Raccommodage de vieux souliers.

  REGROLLER, v. a. Raccommoder grossirement de vieux souliers.
    _Grolle_, dans notre langage, signifie: Savate.

  [+] REGUINGOTTE, s. f. Redingote. _J'acheta cette reguingotte 
    l'encan._ Terme dauphinois, rouchi, etc.

  [+] RGULIARIT, s. f. Rgularit. Le mot _rguliarit_ appartient
    au vieux franais, et on l'emploie encore dans diverses provinces
    du nord de la France.

  REINE, s. f. Nous appelons _la reine du bal_ celle des danseuses
    dont la beaut ou la grce y est le plus remarque. En France, la
    reine du bal, c'est la personne pour qui se donne le bal.

  REJICLE, s. f. claboussure, rejaillissement. En Dauphin et en
    Languedoc, on dit: _Un rejiscle_.

  REJICLER, v. a. et n. clabousser, faire rejaillir. _L'eau lui
    rejicla dessus. Fais donc attention, Gaspard: ne vois-tu_ _pas
    que tu me rejicles?_ Terme suisse-roman, savoisien et mridional.

  RELCHER LE VENTRE. Lcher le ventre.

  RELATIONN, E, adj. Se dit de celui ou de celle qui a des
    relations. _L'tablissement que vient de fonder Mr Z** ne peut
    manquer de russir, car c'est un jeune homme actif, intelligent et
    bien relationn._

  RELAVAGE, s. m. Lavage de la vaisselle aprs le repas.

  RELAVER, v. a. Laver la vaisselle aprs le repas. Terme vaudois,
    neuchtelois, lorrain, wallon, etc.

  RELAVURES, s. f. pl. Lavure, eau grasse qui provient du lavage de la
    vaisselle.

  RELEVER, v. a. Terme de lingre. Reprendre. _Relever une maille  un
    bas._ Expression dauphinoise, etc.

  RELEVER, v. a. Saisir, prendre en contravention. _Le garde champtre
    de la commune a relev un chasseur qui foulait du bl noir.  la
    campagne les enfants se font souvent relever par les gardes._ [P.
    G.]

  RELEVER (S'EN), v. pron. En relever, se rtablir, en parlant d'un
    malade. _On ne croit pas que notre cousine s'en relve._ Dites: On
    ne croit pas que notre cousine EN relve.

  RELIQUAT, s. m. On prononce _relika_.

  RELOIN, adv. Ne s'emploie que dans cette expression trs-familire:
    _Il est loin et reloin_, c'est--dire: Il est parti, il est depuis
    longtemps parti.

  RELUCHER, v. a. Reluquer, lorgner attentivement et du coin de
    l'oeil. _Relucher de belles pches, relucher de beaux raisins._
    Dans notre langage, _relucher une demoiselle_, c'est: La regarder
    avec un tendre intrt, et chercher  attirer son attention.

  REMAGNONS, s. m. pl. Reste d'aliment, vieux reste de fricot. Terme
    vaudois. Dans notre patois, _remagni_ veut dire: Rester. R. lat.
    _remanre_.

  REMAIGRIR, v. n. _Ton beau-pre avait repris un peu d'embonpoint,
    mais le voil qui remaigrit._ Dites: Ramaigrit. L'infinitif est:
    Ramaigrir.

  REMARQUER  QUELQU'UN. Dites: Faire remarquer  quelqu'un, lui faire
    observer. _Je vous remarquerai que_, est un barbarisme.

  REMBOURS, s. m. Remboursement. Terme suisse, parisien populaire et
    vieux franais.

  REMERCIER POUR. Remercier de. _Remerciez votre oncle pour toute la
    peine qu'il s'est donne._

  REMMORIER (SE), v. pron. Se remmorer. _Tche de te remmorier une
    partie de ce beau discours._ Franais populaire.

  REMOLLION, s. m. (_ll_ mouills.) Terme de lessiveuse, se dit
    essentiellement du linge de couleur et des vtements de laine qui
    ne se coulent pas au _lissu_. _Madame a-t-elle prpar les
    remollions? Y a-t-il beaucoup de remollions? Le remollion n'est
    pas encore compt._ R. _remouiller_.

  REMOLLION, s. m. (_ll_ mouills.) Rveillon, lendemain de noces;
    petit repas que l'on fait aprs un autre plus grand.

  REMONTANT (UN). Un stimulant, une chose qui ranime et fortifie soit
    le corps, soit l'esprit. _Pour beaucoup d'estomacs, un verre de
    bon vin est un remontant. L'arrive de son pre tirera notre jeune
    colier de son apathie, et lui donnera un peu de remontant._

  REMONTER, v. a. Ravigoter, raviver, redonner des forces, remettre en
    meilleur tat. _Un petit verre de curaao les a tous rjouis et
    remonts. Ce petit legs a remont cette pauvre famille. Cinq cents
    francs remonteraient bien votre fermier._ Terme mridional, etc.
    Les dictionnaires disent: Remonter le courage, remonter
    l'imagination, et rien de plus. A Genve, ce verbe _remonter_ a
    des significations plus tendues.

  REMOUCHE, s. f. Remontrance svre, algarade. _Faire une
    remouche._ En provenal: _Remouchinado_.

  REMOUCHER, v. a. (fig.) Gourmander, rabattre le caquet, rprimander
    svrement, rembarrer. _Il voulait lever la voix, mais son
    bourgeois l'a remouch._ Terme neuchtelois, etc. En lorrain,
    _moucher quelqu'un_ signifie: Le battre, l'triller; et dans le
    patois du bas Limousin, _moutsa_, s. m., veut dire: Un soufflet,
    une mornifle.

  REMUER, v. n. Dmnager, changer d'appartement. _Quand remuez-vous,
    voisin?--Je remue aprs Pques._ Terme suisse-roman, savoisien et
    lyonnais. Dans le Limousin,  Bordeaux et en d'autres endroits du
    midi de la France, on dit: _Se remuer_. _C'est demain qu'il se
    remue_ (c'est demain qu'il dmnage). En vieux franais, _remuer_,
    v. n., signifiait: Changer.

  REMUEUR, s. m. Dmnageur. _Les remueurs sont pays quatre  cinq
    francs par jour. Tous les Genevois connaissent le joli conte des
    Remueurs, de Gaudy._

  RENAILLER, v. n. Renarder, vomir aprs une orgie.

  RENARDS, s. m. pl. (fig.) Vomissements d'un homme ivre. _Faire les
    renards_, vomir aprs une orgie. Dans le franais populaire, on
    dit en ce mme sens: _corcher le renard_.

  RENASQUER, v. n. Regimber, refuser, rcalcitrer, rencler, faire
    quelque chose en rechignant. _Tu as beau renasquer, mon pauvre
    Alfred, il faudra bien que tu en passes par l._ Terme vieux
    franais, admis dans la 1re dition du dictionnaire de l'Acadmie
    [1694], mais rejete depuis.

  [+] RENCONTRE (UN). _Tu n'as pay ce bois de lit que trois francs;
    c'est un bon rencontre. Dis-voir, Guillaume, tu me viendras ce
    tantt au rencontre._ Ce mot, qui est aujourd'hui du genre
    fminin, tait autrefois des deux genres.

  RENCONTRER (SE), v. pron. tre, se trouver, se rendre dans quelque
    endroit. _M'tant rencontr l par hasard, je_ _prtai main-forte
    au gendarme. Tche de te rencontrer sur la Treille  midi prcis.
    Il se rencontra tout  point un honnte paysan qui nous hbergea._
    Expression vaudoise et mridionale.

  RENDEMENT, s. m. _Rendement de compte._ Reddition de compte. [P. G.]

  RENETTE, s. f. crivez et prononcez: Rainette ou Reinette. Pomme
    rainette ou pomme reinette. En vieux franais, _raine_ signifie:
    Grenouille. Or les pommes rainettes sont tachetes comme les
    grenouilles.

  RENEVIER, IRE, adj. Terme des campagnards. conome, mnager, qui
    tient en rserve. _Comment donc!  Pques il vous offrait encore
    des raisins!--Oui, sans doute, parce qu'il est renevier, lui, et
    qu'il conserve quand les autres prodiguent._ Dans le patois
    vaudois, _Renevei_ veut dire: Prteur sur gages, usurier,
    accapareur. Chez nous ce terme ne se prend qu'en bonne part, mais
    il est peu rpandu. Dans le patois dauphinois, _renevie_ signifie:
    Regrattier, revendeur.

  [+] RENFORCIR, v. a. Enforcir, renforcer, donner des forces. _Les
    bains d'Arve ont renforci notre garon._ Terme parisien populaire
    et vieux franais.

  RENFROGN, E, adj. _Visage renfrogn._ Dites: Refrogn.

  RENITENT, ENTE, adj. et subst. Mutin, rcalcitrant. _Faire le
    renitent. Punir les renitents. Gare aux renitents!_ Expression
    remarquable, fort usite  Genve, mais inconnue en France,
    quoique recueillie par Boiste, etc. Dans le dialecte des environs
    de Valenciennes, _renicter_ signifie: Trouver des difficults o
    il n'y en a pas. R. lat. _reniti_.

  RENONCE, s. f. Rassasiement, dgot. _Boire  renonce. On menait une
    vie de chanoine; on avait du vin  renonce_, c'est--dire: On en
    avait  gogo et jusqu' n'en plus vouloir.

  RENONCER, v. a. Se dgoter de, prendre en dgot. _Notre Andr est
    un brave garon qui ne renonce jamais le travail._ Expression des
    campagnards.

  RENOTER, v. n. Redire sans cesse, rpter fastidieusement, rabcher.
    _C'est la dixime fois que tu me renotes la mme chose. Ces deux
    coliers me renotent toujours que l'tude du grec les ennuie._

  RENOUVELER, v. n. Se renouveler, en parlant de la lune. _La lune
    renouvelle demain._

    Quand la lune renouvelle en beau,
    Trois jours aprs on a de l'eau.

  RENRHUMER, v. a. Enrhumer de nouveau. _J'ai quitt mon gilet de
    flanelle, et me voil renrhum._

  RENTER, v. a. _Renter des bas._ Dites: Remonter des bas.

  [+] RENTOURNER (SE), v. pron. S'en retourner. _Ne pleure plus, mon
    vlet, et rentourne-t'en chez vous.--Ma mama ne veut pas que je
    m'en rentourne seul._ Barbarisme vaudois, lyonnais, etc.

  RENTRER, v. a. _Rentrer une couture._ Terme franais populaire.
    Dites: Rentraire une couture.

  [+] RENVENIR (S'EN), v. pron. S'en revenir. _Lequel de vous veut
    s'en renvenir avec moi? Renviens-t'en, Michel._ Barbarisme
    lyonnais, etc.

  RENVERSER, v. n. Verser, parlant d'une voiture. _Nous heurtmes
    contre le boute-roue, et le chariot renversa._ Terme franais
    populaire.

  REPAILLER, v. n. Rempailler, garnir d'une nouvelle paille. _Voil
    des chaises mal repailles._

  REPAILLEUSE, s. f. Rempailleuse.

  REPAS DU LOUP, s. m. Terme des campagnards. Repas donn le troisime
    jour de la noce aux personnes avec lesquelles on est moins en
    relation.

  REPATRIER, v. a. Rapatrier, rconcilier des personnes brouilles.
    Terme mridional, etc.

  REPCHER (SE), v. pron. Se rattraper, retrouver son gain, prendre sa
    revanche.

    ....... Je laisse le bouli,
    Comptant _me repcher_ bientt sur le rti.

    [CH.]

  [+] REPENTU, UE, part. _Elle s'est bien vite repentue d'avoir
    menti._ Barbarisme qui appartient au franais populaire. On doit
    dire: Repenti, repentie.

  REPETASSER, v. a. Rapetasser, raccommoder grossirement de vieilles
    hardes. Terme mridional.

  REPICOLER ou RAPICOLER, v. a. Ravigoter, ranimer, rendre les forces,
    remettre en vigueur, refaire. _Notre pauvre petite Linotte tait
    crevotante, un peu de vin l'a repicole. Depuis que j'ai pris ce
    bouillon bien chaud et bien succulent, je me sens repicol._ Terme
    suisse et savoisien. Dans le patois du Jura, et dans le dialecte
    provenal, _revicouler_ et _reviscoula_ ont le mme sens.

  REPIPER, v. a. Rpliquer, rpondre. _Quand je lui ai dit son fait,
    il n'a rien repip, il n'a pas repip mot._

  REPIT, s. m. _Avoir du repit; donner du repit._ crivez et prononcez
    Rpit, avec un accent sur l'__.

  REPLAT, s. m. Plateau, terrain plat sur une lvation. _Nous ferons
    une halte au premier replat._ Terme suisse. Dans le dialecte du
    Berry, _replat_ signifie: Terrain dprim.

  REPLIQUER, v. a. _Garde-toi de repliquer. Si tu repliques, je te
    punis._ Prononciation habituelle chez nous. Ce mot s'crit avec un
    accent sur l'__: Rpliquer. Ne rplique pas.

  REPLUMER (SE), v. pron. Se remplumer. S'emploie surtout figurment
    et signifie: 1 Revenir en sant; 2 Rtablir ses affaires,
    regagner de l'argent.

  REPOCHONNER, v. n. Reprendre avec la cuiller  pot. _Repochonner la
    soupe._ [G. G.]

  REPRIN, s. m. Recoupe, son de premire qualit. Terme suisse,
    savoisien et mridional.

  REPRISE, s. f. Terme d'horticulture. Joubarbe des jardins.

  REPROCHER, v. n. Donner des rapports, occasionner de ces vapeurs
    acides et dsagrables qui s'lvent de l'estomac dans la bouche.
    _Les choux et les radis lui reprochent._ Terme franais populaire.

  REQUT, s. m. Terme des campagnards. Se dit d'un repas ou gala donn
     des femmes par une nouvelle marie le lendemain de ses noces.

  REQUINQUILLER, v. a. Ranimer, ragaillardir. _Allons, allons, une
    goutte de rikiki, a requinquille._ Employ comme verbe
    pronominal, _se requinquiller_ signifie: Se requinquer, se parer,
    faire sa toilette. _Qu'y a-t-il de nouveau, Magdelon, que tu es si
    requinquille et si belle?_ Terme vaudois et mridional.

  RESILLER, v. n. (_ll_ mouills.) Se dit du vin et signifie: Tourner,
    devenir aigre.

  RSILLER, v. a. (_ll_ mouills.) Orthographe vicieuse du mot
    rsilier. _Rsiller un bail, rsiller une vente._ Cette mauvaise
    orthographe conduit  des fautes plus graves: Nous disons au
    prsent de l'indicatif: _Je rsille_, au lieu de dire: Je rsilie.
    Nous disons au futur: _Je rsillerai_, au lieu de dire: Je
    rsilierai. Nous disons au subjonctif: _Que je rsille; permettez
    que je rsille ma location_, au lieu de dire: Que je rsilie.
    Permettez que je rsilie ma location.

  [+] RSIPLE, s. f. rsiple.

  RESSAUTER, v. n. Signifie: 1 Tressaillir; 2 Rebondir; 3
    Rejaillir. _Ressauter de peur. Je dormais profondment lorsqu'un
    cri d' l'eau! me fit ressauter dans mon lit. Sa paume lastique
    ressautait jusqu' la hauteur du deuxime_ _tage. Prends garde,
    douard, tu me fais ressauter de l'eau._ Terme franais populaire.

  [+] RESSEMBLER QUELQU'UN. _L'ane (des deux soeurs) ressemble son
    pre, et la cadette ressemble sa mre._ Cette expression
    appartient au franais populaire et au vieux franais. On doit
    dire: L'ane ressemble  son pre et la cadette  sa mre.

  RESSEMBLER, v. n. Ne dites pas: _Voil un portrait qui ressemble_,
    dites avec un rgime indirect: Voil un portrait qui ressemble 
    Mr un tel,  Mme une telle; ou: Voil un portrait qui est
    ressemblant.

  RESTER, v. n. _Nos amis restent bien  venir._ Dites: Tardent bien 
    venir.

  RESTER, v. n. Demeurer, loger. _Dans quelle rue restez-vous,
    Monsieur Michaux?--Je reste actuellement  la rue de Toutes-Ames._
    Franais populaire.

  RESTER, v. n. Employer, mettre. _Les maons restrent deux ans et
    demi  lever ce btiment colossal._ Expression mridionale.

  RESTER DEVOIR. Devoir encore, redevoir. _Tu me restes devoir
    vingt-cinq francs._ Expression mridionale.

  RESTOUPAGE, s. m. Action de _restouper_. Ces deux termes, fort
    usits en Suisse, mais peu connus en France, ne se trouvent que
    dans le dictionnaire de Bescherelle, qui leur donne un sens plus
    restreint. Gattel, en citant le mot _restoupage_, dit qu'il est
    usit en Flandre! Dans le dialecte rouchi, _restouper_ signifie:
    Remplir un trou, combler un trou. Et le dictionnaire de l'Acadmie
    [dition de 1694], dit: _Estouper_, boucher un trou avec de
    l'_estoupe_ (ou toupe).

  RESTOUPER, v. a. Terme de couturire. Raccommoder, reprendre,
    rentraire, rejoindre les parties qui sont rompues. _Restouper des
    bas. Gilet restoup._

  RESTOUPEUSE, s. f. Couturire qui _restoupe_.

  RESTOUPURE, s. f. Reprise qu'on fait  une toffe,  un tissu,  de
    la dentelle, etc.

  RETACONNER, v. a. Rapicer, rapiceter, raccommoder grossirement.
    _Un habit tout retaconn; retaconner des bottes; retaconner un
    manteau._ Terme suisse et savoisien. Dans le dialecte picard, et
    en vieux franais, _rataconer_ a le mme sens. Ces deux termes
    viennent de l'ancien mot _tacon_, lequel signifie: Pice, morceau,
    et spcialement morceau de cuir. A Genve, la place nomme
    aujourd'hui _Taconnerie_ tait autrefois un march aux cuirs.

  RETAMER ou RTAMER, v. a. Remettre l'tamure. _Retamer une
    casserole; rtamer un pochon._ Terme franais populaire.

  RETARDER (SE), v. pron. tre retard. _Notre petite Amlie
    commenait  marcher, mais le froid est survenu, et elle s'est
    retarde. Quand le dner se retarde, nos Messieurs me font devenir
    folle. La garde tait arrte pour le 1er de septembre, mais notre
    matresse s'est beaucoup retarde._

  RTENDRE, v. a. _Vous m'apportez l du linge qui est  peine sec:
    allez le rtendre._ _Rtendre_, crit avec un __, est un
    barbarisme. Pour tre correct, on doit crire et prononcer
    Retendre.

  RETENIR, v. a. Rparer un objet qui est peu gt, peu endommag.
    _Retenir un habit; retenir des bas. Aprs la lessive, la matresse
    fait retenir tout le linge. Une journe suffira aux couvreurs pour
    retenir tous les toits du btiment._

  RETORDU, UE, subst. Mot populaire du bassin de Genve et d'ailleurs,
    qui s'emploie pour: Retors, matois, renard. Exemple: _Mfiez-vous
    de cet homme, de cette femme, parce que c'est un retordu, une
    retordue_.

  RETOUR, s. m. Ce que nous appelons _voiture de retour_, s'appelle
    en France: Voiture de renvoi. _Nos voyageurs trouvrent  point
    nomm une voiture de retour pour se rendre  Berne._ Terme
    mridional.

  RETOURNER, v. a. Terme mercantile. Renvoyer. _Retourner une
    marchandise. Le colis tait avari, et on le retourna 
    l'expditeur._ Terme franais populaire.

  RETRANCHER . Retrancher de. _Retrancher un couplet  une chanson.
    Retranche un paragraphe  ton discours._ Dites: Retranche un
    paragraphe de ton discours, etc.

  [+] REVANCHE (UN). _Prendre son revanche._ Revanche est franais,
    mais ce mot est fminin.

  REVANGE, s. f. Revanche. _Prendre sa revange. Avoir sa revange.
    Demander sa revange._ Terme franais populaire.

  REVANGER, v. a. Revancher, prendre la dfense d'une personne
    attaque. _Sois tranquille, je saurai bien te revanger._ Terme
    franais populaire et vieux franais.

  RVE ou RAIVE, adj. Terme des campagnards. Se dit du bois qui
    commence  pourrir sur l'arbre et qui se casse trs-facilement.
    _Ne grimpe pas jusqu' cette branche: elle est raive._

  RVEILLON, s. m. Lendemain d'une fte. Rveillon est un mot
    franais, mais il a un autre sens.

  REVENDRE QUELQU'UN. (fig.) Lui en revendre, le surpasser, tre plus
    fin que lui.

  REVENETTE, s. f. Terme d'colier. Ricochet, bricole. _Dis donc,
    Louis, la revenette n'en est pas.--Si fait bien, la revenette en
    est._

  REVENEZ-Y, s. m. _C'est du revenez-y._ Expression familire que l'on
    emploie en parlant d'un aliment quelconque qui plat au got, et
    auquel on aime  _revenir_. _Ces confitures ont un got de
    revenez-y. Votre vin n'est pas du revenez-y_, c'est--dire: Votre
    vin ne rappelle pas son buveur. Ce terme n'est pas inconnu en
    France, puisqu'il figure dans le _Dictionnaire du Bas langage_, t.
    II, p. 309.

  REVENEZ-Y, s. m. Ce substantif compos, qui ne se trouve pas dans
    les dictionnaires franais, s'emploie  Genve et ailleurs dans le
    sens de rcidive. Exemple: _Il m'a jou un tour, mais je l'attends
    au revenez-y_.

  REVENGE. Voyez REVANGE.

  REVENIR, v. n. Redevenir. _Cette toffe revient  la mode. Quelle
    bonne figure tu as, Joubert! En vrit, tu reviens jeune._
    Franais populaire.

  REVENIR QUELQU'UN. Lui faire reprendre ses esprits. _Elle tomba en
    dfaillance, et il fallut la revenir avec du vinaigre._ Terme
    dauphinois, etc.

  REVENIR (EN). Abandonner l'opinion dont on tait, pour se ranger 
    l'avis d'un autre. _Ludovico est un opinitre achev, et quand il
    a dcid une chose, il n'en revient pas._ Dites: Il NE revient
    pas. [ACAD.] Que la Cour ait raison ou qu'elle ait tort, elle NE
    revient pas. [MARMONTEL, _Blisaire_, ch. VI.]

  REVENUE, s. f. Retour. _L'alle et la revenue._ Terme vieux
    franais, qu'on trouve dj dans le _Roman de la Rose_.

  RVER APRS. _Deux nuits de suite, Monsieur Isaac, j'ai rv aprs
    vous._ Dites: J'ai rv de vous, ou (ce qui est moins correct sans
    tre fautif): J'ai rv  vous.

  REVERBRE, s. m. crivez et prononcez Rverbre.

  REVERCHON, s. m. Envie, petits filets qui se dtachent de la peau
    autour des ongles. [G. G.]

  REVERCHON, s. m. La partie du drap de lit qu'on retrousse prs de la
    tte, par-dessus la couverture. Se dit surtout quand on parle des
    couchettes d'enfant.

  REVERS, s. m. _Le revers d'une toffe; le revers du drap_, etc.
    Dites: L'envers, c'est--dire: Le ct d'une toffe, le ct du
    drap qui ne doit pas tre expos  la vue.

  REVIRE, s. m. Ce mot de _revire_ se joint  _main_ et  _pied_, pour
    exprimer une mesure naturelle prise de la largeur de l'une et de
    l'autre. Ainsi _revire-main_ signifie: Largeur de la main;
    _revire-pied_ signifie: Largeur du pied. _Depuis cette boule
    jusqu'au but, il y a un pied et un revire-pied._

  REVIRE, s. f. Ruban que les garons de la campagne mettent  leur
    habit quand ils sont de noce. [P. G.]

  REVIRE, s. f. Mornifle, soufflet, vole de coups. _Donner une
    revire._ Terme vaudois. _S'en donner deux tours et la revire_,
    signifie:  outrance, le plus possible. On dit de deux personnes
    qui se sont violemment battues, qu'_elles s'en sont donn deux
    tours et la revire_. _Jacques, as-tu bien dans hier?--Ah! je
    t'en rponds; on s'en est donn deux tours et la revire._

  REVIRE-MARION, s. m. Mornifle, soufflet violent qui fait _virer_ sur
    elle-mme la personne qui le reoit. _Il voulut se mler de la
    dispute, et il y attrapa pour sa part un revire-marion soign._
    Terme vaudois.

  RVISER, v. a. _Rviser une loi; rviser la Constitution_, etc.
    crivez et prononcez Reviser; mais crivez et prononcez
    Rvision.

  REVOLIN, s. m. Quinte, caprice, changement subit de volont, de
    projet ou d'humeur. _Il lui a pris un revolin, et il a congdi
    les trois domestiques et le cocher._ Terme vaudois. Au sens
    propre, _revolin_ signifie: Coup de vent subit. Nos campagnards
    disent: _Revolet_. _On ne sait quel revolet lui a pris._ R.
    _volo_.

  REVOIR (), loc. adv. Au revoir. _ revoir, Messieurs,  revoir,
    Mesdames._ Terme franais populaire.

  REVOYANCE, s. f. Terme trs-familier, et qui n'est gure usit que
    dans cette expression: _ la revoyance_, c'est--dire: Au revoir.
    _Adieu, Jeannot; adieu, Rambosson; adieu, jusqu' la prochaine
    revoyance._ Les Champenois disent: _ la revoyure_. [_Vocabulaire
    du Bas langage rmois_, par Mr E. SAUBINET.]

  REZASSER, v. a. _Que viens-tu nous rabcher et nous rezasser?_
    crivez Ressasser, et prononcez la premire syllabe comme celle
    du mot _ressortir_. R. _sas_.

  RHABITUER (SE), v. pron. S'habituer de nouveau. Mot utile, que les
    dictionnaires modernes n'ont pas relev, mais qui est sans doute
    fort connu.

  [+] RHUMATISME MLE. _Douleur de rhumatisme mle._ Dites: Douleur
    rhumatismale.

  [+] RHUMATISSE, s. m. Rhumatisme. _La Drouillon a un rhumatisse au
    coeur._ Par une faute analogue, on dit,  Reims: _Un catchisse_,
    pour: Un catchisme.

  RIBAMBE, s. f. Grande troupe, ribambelle. _Une ribambe de monde.
    Oh! quelle ribambe!_

  RIBANDELLE, s. f. Ribambelle.

  RICHE, adj. (fig.) Se dit du temps, c'est--dire, de la disposition
    de l'air. _Un riche temps_ est celui qui hte et favorise la
    vgtation, celui qui est propre  combler les voeux du laboureur
    et  l'_enrichir_. _Si aprs ces huit jours nous avions une pluie
    de quarante-huit heures, ce serait un riche temps._ Cette
    signification particulire de l'adjectif riche n'est pas dans
    les dictionnaires.

  RIC-RAC, adv. _Payer ric-rac_, c'est: Payer avec une exactitude
    rigoureuse, payer jusqu'au dernier sou. _Mr N** ne fait jamais de
    dettes: il paie tout ric-rac._ Terme franais populaire. Nous
    disons dans le mme sens: _Ric-et-rac_. Le terme franais est:
    Ric--ric. Nous le ferons payer ric--ric. [ACAD.]

  RIDICULE, adj. Ce mot appliqu aux personnes signifie: Svre,
    difficile, dur  la desserre. _Un matre d'cole ridicule._ Un
    propritaire _ridicule_ est celui qui se refuse aux rparations
    les plus urgentes. Nos campagnards disent: _Rdicul_. On le dit
    aussi en Savoie, dans le Jura, en Champagne et sans doute
    ailleurs. _Refuser  un locataire de lui ter la fume, de lui
    cimenter les vitres, ou de mettre des seuils aux portes, c'est
    tre ridicule._ Cette expression est connue en Savoie et dans
    plusieurs provinces de France. Appliqu aux choses, _ridicule_
    signifie: Difficultueux, scabreux, pnible, peu satisfaisant.
    _Chemin ridicule; sentier ridicule; saison ridicule._ Mais ce sens
    est moins usit  Genve que chez nos voisins de Savoie et du
    Jura.

  RIEN, adv. Point, pas, pas beaucoup, nullement. _Vous m'apportez l
    un poulet qui n'est rien gros. Ton frre n'est rien complaisant.
    Vous n'avez rien d'apptit, cousin?_ Et avec l'interrogation:
    _N'est-ce rien toi qui a pris mon parapluie?_ La session du Grand
    Conseil est proroge au 5 janvier: ne serait-ce _rien_ que les
    deux projets de loi  prsenter ne peuvent soutenir l'examen?
    [_L'Ami du Pays_, numro du 9 dcembre 1847.] Terme franais
    populaire et vieux franais.

  RIEN, adv. La construction des phrases suivantes n'est pas correcte:
    _Je ne veux rien qu'on me dise. Je ne veux rien qu'on achte sans
    ma permission_, etc. Dites: Je veux qu'on ne me dise rien; je veux
    qu'on n'achte rien sans ma permission.

  RIEN DU TOUT, s. m. Homme mprisable, homme de rien. _Lui! lui!
    c'est un rien du tout, c'est de la drche._

  RIFFLE RAFFLE, s. f. _Ils ont tout vol, il n'est rest ni riffle ni
    raffle._

  RIFFLER, v. a. Effleurer, raser, toucher  peine, passer prs. _La
    pierre lui riffla le front; la balle lui avait riffl la jambe._
    Terme suisse, savoisien, rouchi, etc. En vieux franais, _riffler_
    a le sens d'gratigner, corcher. A Reims, _riflure_ signifie:
    Lgre corchure, et _s'rifler_, s'corcher lgrement.

  RIFFLETTE ( LA), loc. adv. En effleurant, en rasant. _Lancer sur
    l'eau des pierres  la rifflette._

  RINCE, s. f. Averse, pluie subite et forte. _Recevoir une rince.
    En montant le Pas de l'chelle, nous emes une bonne rince._

  RINCE, s. f. Rprimande svre. _Recevoir une rince_, tre fort
    grond. Ce sens du mot _rince_ n'est pas dans les dictionnaires.

  RINCER DU LINGE. Aiguayer du linge. _ ce moment-l, trois femmes
    rinaient du linge au bateau._ Expression fort rpandue en France,
    mais blme des grammairiens, qui veulent que rincer ne se dise
    que des verres, tasses, cruches et vases semblables, et de la
    bouche.

  RINGOLET, ETTE, adj. Propret, avenant, bien vtu. Se dit surtout des
    personnes qui n'ont pas l'habitude de soigner leur mise. _Vous
    voil bien ringolet aujourd'hui, Monsieur Maillard._ Terme suisse.

  RINGUER, v. a. Battre, rosser. _Se ringuer_, v. rc. Se battre. Dans
    le canton de Vaud, _ringuer_, et en allemand, _ringen_,
    signifient: Lutter.

  RIOLE ou RIOLLE, s. f. Liseron des champs, plante.

  RILE, s. f. Rabchage, grognerie. _C'est toujours la mme rile,
    toujours la mme chanson._

  RILER, RIOULER ou RIULER, v. n. Gronder, rabcher, _ron-ner_,
    pleurnicher. _Pendant tout le goter les enfants et le chien
    rioulaient  qui mieux mieux._ Terme connu surtout des
    campagnards.

  RIOUTE ou RIOTTE, s. f. Dbauche de vin. _Faire la rioute._ Terme
    vaudois et fribourgeois.

  RIOTE ou RITE, s. f. Branche flexible et tordue dont on lie les
    gerbes et les fagots. Terme suisse-roman et savoisien. On dit
    proverbialement: _Il faut mailler la riote pendant_ _qu'elle est
    verte_, pour dire: Il faut corriger un enfant pendant qu'il est
    jeune. Selon plusieurs dictionnaires, le mot franais est:
    Rouette. A Limoges et en Languedoc: _Reorte_; dans le Jura et en
    vieux franais, _riorte_. R. _retortus_.

  RIPES (LES). Dnomination attache  certaines localits dsertes,
    sauvages. _Les ripes de Dardagny._ Aux environs de Lons-le-Saunier
    (dpartement du Jura), _les ripes de Saint-Laurent, les ripes
    d'Artenas_, etc.

  RIQUIQUI, s. m. Eau-de-vie, liqueur spiritueuse. _Boire le
    riquiqui._ Terme bas-limousin, dauphinois, etc. En provenal on
    dit: _Requiqui_. Dans le dialecte rouchi on appelle _riquiqui_, ce
    que nous appelons: _Gloria_.

  RISETTE, s. f. La racine du riz. _Balai de risette; brosse de
    risette._

  RISOLE ou REZOLE, s. f. Rissole, ptisserie.

  RISOLET, ETTE, adj. et subst. Celui ou celle qui rit aisment et
    pour des motifs frivoles. _Allons, petite risolette, c'est assez
    se moquer. Votre fils an serait le meilleur colier de ma
    classe, s'il n'tait pas un peu risolet._ Terme suisse et
    savoisien. En Languedoc: _Rizouli_.

  [+] RIZU, partic. Ri. _No-zein preu rizu_ (nous avons assez ri).
    Barbarisme usit chez les paysans de notre canton et du canton de
    Vaud.

  RITE ou RITTE, s. f. Filasse, filaments que l'on tire de l'corce du
    chanvre ou de celle du lin. _Quenouille de rite. Toile de rite.
    Filer la rite._ Terme suisse, savoisien, jurassien et dauphinois.

  RIVER LES CLOUS  QUELQU'UN. Lui rpondre adroitement et vivement,
    lui parler ferme et de manire qu'il n'ait rien  rpliquer. En
    franais on dit, avec le singulier: River le clou  quelqu'un.

  ROBER ou ROB, v. a. Terme des campagnards. Drober, voler,
    filouter. _On m'a rob mon bouey s'ta ney_ (on m'a vol mon bois
    cette nuit). Terme qu'on retrouve dans le vieux franais et dans
    le patois vaudois.

  ROCANDER ou ROGANDER, v. a. Demander avec indiscrtion, en revenant
    sans cesse  la charge. _Votre dame Prollet rocande soi-disant
    pour une famille pauvre, mais on sait bien que c'est pour elle.
    Va-t'en petit fainant, et travaille au lieu de rocander._ Terme
    suisse. Dans le canton de Vaud on dit aussi: _Roukan-ner_.

  ROCANDEUR, EUSE, subst. Celui ou celle qui _rocande_. _Les jours de
    march nos maisons sont envahies par des rocandeuses venues des
    villages voisins. La demoiselle N** est en effet pauvre, mais
    c'est une rocandeuse._ Dans le canton de Vaud on dit: _Roukan,
    roukan-ne_.

  RDAILLER et RDASSER, v. n. Augmentatif de rder. _Veille-toi cet
    homme en blouse, qui ne fait que rdasser par les Pquis depuis
    dix jours._ Terme remarquable. Dans le patois rouchi on dit:
    _Rdailler_.

  RDER (SE). _Tu es l  te rder,  te trancanner sans but d'un quai
     un autre._ Rder est un verbe neutre. On doit donc dire: Je
    rde, et non: _Je me rde_, comme nous le disons frquemment.

  RDINER, v. n. Rder.

  ROGTION, s. m. Rogaton, vieux reste de pain, de viande ou d'autres
    aliments. _Ce mendiant portait une besace pleine de rogtions._
    Terme vaudois et savoisien.

  ROGNE, s. f. Querelle, mauvaise chicane. _Chercher rogne 
    quelqu'un_, signifie: Lui chercher noise. Terme suisse. En
    Languedoc: _Chercher rougne_.

  ROGNE, s. f. Nous disons figurment et proverbialement: _Gratter la
    rogne  quelqu'un_, dans le sens de: Le flatter, l'aduler
    bassement, lui faire une cour servile et intresse. _Ne me parle
    pas de ce Jean Renard: c'est un personnage qui veut absolument
    parvenir, et qui gratte la rogne_ _aux hommes de tous les
    partis._ Cette locution est fort triviale, voire mme dgotante,
    mais nergique et fort connue.

  ROGNEUX, EUSE, adj. (fig.) Crasseux, crapuleux. Se dit d'une
    personne qui a l'air minable, et dont les habitudes ne relvent
    pas l'extrieur. On le dit aussi des choses. _Une crance
    rogneuse_, une crance mauvaise ou fort douteuse. Terme bordelais.
    Selon le dictionnaire de BESCHERELLE, _rogneux_ signifie: Chtif,
    mesquin.

  ROME, s. f. L'oeillet d'Inde. En latin, _tagetes_.

  RONCEMELER ou RONCHEMELER, v. n. Respirer avec oppression et bruit,
    rler. _Pendant deux jours nous l'entendmes roncemeler._
    Expression trs-usite. Dans le canton de Vaud on dit:
    _Ranquemeler_. R. _ranco_. Voyez ce mot.

  ROND, s. m. Ronde, danse en rond, branle circulaire. _Danser un
    rond._ Terme vaudois.

  ROND, s. m. Terme enfantin. Jeton rond. _On payera avec des ronds._

  RONDION, s. m. Able ou ablette; poisson du genre cyprin.

  RONDION, IONE, adj. et subst. Se dit des personnes et signifie:
    Rondelet, qui est tout rond de graisse. Expression badine ou
    railleuse.

  RONDO, adv. Rondement, facilement, sans nul obstacle,  souhait.
    _Notre affaire marche rondo._ Terme vaudois.

  RONFLE, s. f. Sabot, toupie d'Allemagne, sorte de toupie creuse que
    l'on fait tourner avec une ficelle ajuste dans une clef et qui
    _ronfle_ en tournant. _Faire zon-ner une ronfle._ En provenal:
    _Rounfloun_.

  RONGEMENT, s. m. (fig.) Regret, tourment, remords. _Un rongement
    d'esprit. Ce souvenir fatal tait pour lui un rongement
    perptuel._ Terme vaudois.

  RONGILLER, v. a. Ronger  demi, ronger lgrement et  plusieurs
    reprises. _Rongiller une pomme; rongiller des fruits mal mrs._

  RONGILLON, s. m. Reste de fruit rong. _Tu m'as promis une poire, et
    tu me donnes un rongillon! Garde tes rongillons._ Terme vaudois.

  RON-NACHER, v. n. et a. Grogner, murmurer, ron-ner.

  RON-NE, s. f. Action de grogner, de gronder, de _ron-ner_. _Faire
    une ron-ne; faire des ron-nes._

  RON-NER, v. n. et act. Se dit: 1 Du grognement de certains animaux
    et en particulier du chien et du porc. _N'approchez pas de Sultan,
    il vous ron-nera._ 2 Appliqu aux personnes, _ron-ner_ signifie:
    Gronder toujours et sans raison, murmurer, grommeler, rognonner.
    _Bonjour, Pernette: que fait votre monsieur?--Oh l, Monsieur,
    notre monsieur ron-ne; il est en train de ron-ner, et je crains
    bien qu'il ne ron-ne toute la sainte journe._ Terme vaudois et
    neuchtelois.

  RON-NEUR, s. m. Celui qui gronde souvent et sans raison, celui qui a
    l'habitude de _ron-ner_. Dans le patois de Fribourg, _ron-neri_
    signifie: Grondeur, grogneur, et se dit surtout des enfants.

  ROQUETAILLE, s. f. Race de roquets. Terme de mpris cr dans le
    dix-septime sicle, et pass d'usage dans le dix-huitime. _Ce
    ramassis d'trangers n'tait que de la roquetaille_, c'est--dire:
    N'tait qu'une race de roquets, d'hommes faibles, dbiles, sans
    moyens intellectuels, et, avec tout cela, insolents. Les deux vers
    suivants sont tirs d'une chanson patoise, fort injurieuse,
    compose  la fin du dix-septime sicle, quelques annes aprs
    l'arrive  Genve des rfugis franais:

      Il tion des citoyens vritables;
      Mais orendrait y est to _roquetaille_.

    c'est--dire: La nation genevoise se composait jadis de vrais
    citoyens; mais aujourd'hui elle n'est plus qu'une race de
    roquets. Tous ceux qui connaissent l'histoire de cette poque,
    savent qu'alors nos chefs d'ateliers, nos ngociants, nos ouvriers
    furent trs-jaloux de ces rfugis franais, qui, actifs et
    industrieux pour la plupart, leur faisaient une concurrence
    redoutable.

  ROSE-MOUSSE. Rose mousseuse.

  ROSSE, s. f. trivires, vole de coups. _Donner une rosse;
    recevoir une rosse._ Terme dauphinois, etc.

  ROSSIGNOL, s. m. Marchandise qui n'est plus de vente, marchandise de
    rebut. _Dis voir, on prtend que N*** va vendre en liquidation son
    magasin.--Son magasin! dis plutt ses rossignols, car il n'a rien
    autre._

  ROTE, s. f. Rue, plante mdicinale. Terme vaudois.

  ROTER, v. n. Terme d'agriculture. Suer. _Ce foin n'a pas encore
    rot. Il faut laisser roter le bl avant de le battre. Voisine,
    avez-vous fait votre provision de chtaignes?--Non, j'attends
    qu'elles aient rot._

  ROTER, v. n. Terme de cuisine. Signifie: Crever, v. n. _Faire roter
    du riz_, c'est: Le faire crever dans l'eau.

  ROUCHE, s. m. Enrouement. _Vous tes bien enrhum, Philibert.--C'est
    mieux qu'un rhume, Monsieur, c'est un rouche, un mauvais rouche._
    Terme suisse et savoisien. R. _raucus_.

  ROUET, s. m. En parlant d'un chat qui file, nous disons qu'il _fait
    le rouet_, qu'il _fait son rouet_; expressions justes, puisque en
    effet le chat, lorsqu'il est content, et qu'il se dorlote  son
    aise, produit un certain rlement, un certain bruit continu de la
    gorge au nez, assez semblable au bruit du _rouet_ quand on file.

  ROUGEMAND, ANDE, adj. Rougeaud. _Une figure rougemande._ [G. G.]

  ROUGEOTTE, s. f. _Cette petite rougeotte lui avait donn dans
    l'oeil._ Dites: Rougeaude. Petite rougeaude.

  ROUGE-POULET, s. m. Nous disons proverbialement d'une chose
    ennuyeuse qu'on nous rabche, et dont on nous bat fastidieusement
    les oreilles: _C'est la chanson du rouge-poulet. Finis donc,
    Alexis, avec ta chanson de rouge-poulet: c'est assez quinquern et
    tril._ _Le rouge-poulet_, c'est le coq, dont le chant ne se
    modifie jamais.

  ROUILLE (LE). _ter le rouille; enlever le rouille._ Ce solcisme
    appartient au franais populaire et au vieux franais. Rouille
    est fminin.

  ROULER QUELQU'UN. Le leurrer, le mystifier, l'attraper, le duper, le
    mettre dedans. Terme franais populaire.

  ROUPE, s. f. Houppelande, carrick, sorte de vtement large, qui se
    met par-dessus l'habit. _Roupe  trois cols._ Terme savoisien.
    Dans le vieux franais, _roupille_ signifie: Petit manteau. [Voyez
    ROQUEFORT, _Glossaire de la langue romane_.]

  ROUSSES, s. f. pl. Rousseurs, taches de rousseur, lentilles. _Les
    pleurs de la vigne tent les rousses._ Terme suisse.

  ROUSSELETTE, adj. fm. Le fruit que nous appelons _poire
    rousselette_, s'appelle en franais: Poire de rousselet, ou:
    Rousselet. Un gros rousselet; un petit rousselet; une livre de
    poires de rousselet.

  RUBAN DE QUEUE, s. m. (fig.) Longue route en ligne droite et qui
    s'tend aussi loin que la vue peut porter.

  RUBLONS, s. m. pl. Terme de fripier. Riblons, vieux fer, petits
    morceaux de fer  refondre, hors de service. _Une livre de rublons
    se vendait autrefois six quarts._

  RUBRIQUEUR, s. m. Rubricaire, homme qui sait bien les rubriques du
    brviaire.

  RUCLON, s. m. Raclon, fumier des rues, boue, immondices ramasses
    dans les rues ou sur les routes pour servir d'engrais. _Un chariot
    de ruclon._

  RUCLONNER, v. a. tendre du _ruclon_. _Ruclonner un pr._

  RUCLONNER, v. neutre. Se dit des chiens, et signifie: Fouiller les
    _ruclons_ pour y trouver des restes de viande et d'os en
    putrfaction. _Mettez  Azor sa muselire, pour qu'il ne s'arrte
    pas  ruclonner._

  RUDE, adj. Grand, considrable, fameux. _Nous avons eu hier une rude
    peur._ Franais populaire.

  RUDE, adv. Rudement, beaucoup, considrable, trs, fort. _Il faudra
    rude de gravier pour graveler cette promenade. On a bien mang et
    on a bu rude. Et ton bourgeois, Jean-Pierre, qu'en fais-tu?--Mon
    bourgeois? Ce que je peux en dire, c'est que c'est un rude bon
    matre._

  RUE (EN). Dans la rue. _On se rencontra en rue et l'on se causa.
    Fais vite tes commissions, Georgine, et ne t'arrte pas en rue._
    Expression gasconne. On trouve cependant la phrase suivante dans
    le dictionnaire de l'Acadmie (t. II, p. 684): L'vnement se
    passa en pleine rue.

  RUETTE, s. f. Ruelle, petite rue. _La ruette de Saint-Germain._
    Terme franais populaire et vieux franais.

  RUPER (SE), v. pron. Se dit des gens galeux ou pouilleux, et
    signifie: Se gratter avec violence, avec rage. _Se ruper_ se dit
    aussi des chiens, mais sans qu'il s'y attache aucune ide
    dgotante.

  RUSSIN, s. m. _Voyez_ HUILE DE RUSSIN.


S

  SABOULE, s. f. Signifie: 1 Vole de coups, rosse; 2 Forte
    gronderie. _Donner une saboule; recevoir une saboule._ Terme
    franais populaire. On dit  Valenciennes: _Une saboule_. Mais
    aucun de ces mots ne figure dans les dictionnaires.

  SAC DE MISRE, s. m. Sac o nos dames serrent toutes sortes de
    chiffons qui peuvent tre utilement employs  des raccommodages.

  SAC D'OUVRAGE, s. m. Sac  ouvrage.

  SACHE (UNE). Sorte de grand sac qui a la forme d'un carr long. _Une
    sache de riz; une sache de charbon; une sache de fenasse._ Terme
    savoisien et mridional. Dans le franais populaire, _sache_
    signifie: Sache, c'est--dire: Ce que peut contenir un sac.

  SCRE, s. m. Nous disons d'un homme qui travaille outre mesure: _Il
    travaille comme un scre_. Expression suisse. En franais on dit:
    Il travaille comme un galrien. Nous disons aussi: _Crier comme un
    scre, courir comme un scre, jurer comme un scre_; c'est--dire:
    Crier, courir, jurer comme un perdu. Sur l'origine de cette
    expression les conjectures ne manquent pas; mais elles ne
    prsentent rien de satisfaisant.

  [+] SACRFIER, v. a. Sacrifier. _On se sacrfie pour ses enfants,
    n'est-il pas vrai, Marion? et ils ne font rien pour nous._

  SACREMENTATIONS, s. f. pl. _Faire des sacrementations_, signifie:
    Faire des jurements, faire des imprcations, blasphmer. Ce mot
    vient de l'allemand et il aurait d y rester.

  SACRPAN, s. m. Sacripan.

  SAGATERIE, s. f. Boucherie pour la basse viande. Terme vaudois. En
    Provence et en Languedoc, _sagata_ signifie: Tuer des animaux pour
    s'en nourrir.

  SAGATIER, s. m. Boucher pour la basse viande. En provenal on dit:
    _Sagataire_.

  [+] SAIGNE (UNE). Une saigne. _Une forte saigne. Le crugien
    voulait m'admnistrer une seconde saigne: mais brenique._ Terme
    savoisien. Dans le patois vaudois on dit: _Un sagne_.

  SAIGNE-NEZ, s. m. Plante appele en franais: Mille-feuilles.

  [+] SAINK-ET-SAUF, adj. masc. Prononciation vicieuse de l'adjectif
    Sain et sauf. Le son du _k_ est ajout pour l'euphonie.

  SAINT-FRISQUIN, s. m. Saint-frusquin, ce qu'un homme a d'argent et
    de nippes. _Un tel a mang tout son saint-frisquin._ Terme vieux
    franais. En Languedoc on dit: _San-fresquin_; en limousin,
    _saint-flusquin_.

  SAINT-LAMBIN, s. m. Nonchalant, paresseux, tranard. _Qui est-ce qui
    m'a bti ce saint-lambin? Arriveras-tu, saint-lambin? Quel
    saint-lambin!_

  SAISON, s. f. _Saison tardive n'est pas oisive_, est un des jolis
    proverbes de nos campagnards. Ce proverbe signifie que: Les
    printemps tardifs sont les meilleurs dans un climat o les retours
    du froid sont si habituels et si funestes.

  SALADE . Salade de. _Une salade aux racines jaunes; salade  la
    chicore; salade aux pommes de terre._ Dites: Une salade de
    chicore, une salade de pommes de terre, etc.

  SALADE, s. f. (fig.) Rprimande, mercuriale. _Donner une salade. Il
    a reu une salade conditionne._ Terme parisien populaire.

  SLE, adj. Malpropre. _Du linge sle; des doigts sles. Tu es un
    ngligent, tu es un sle._ Prononciation vicieuse trs-rpandue
    dans la Suisse franaise. crivez et prononcez sale (_a_ bref),
    comme vous prononcez _scandale_.

  SALE, s. f. Sorte de galette aux oeufs.

  SALICHON, s. m. Petit salaud, petit saligaud. En franais on dit
    d'une jeune fille malpropre: C'est une salisson.

  SALIRES, s. f. pl. (fig.) Dnomination drisoire donne  nos
    milices du centre, par allusion  la forme de leurs gibernes.
    _tre dans les salires._

  SALIGNON, s. m. Briquette, motte de tan, motte  brler. _Les
    salignons servent surtout  entretenir le feu._ Terme vaudois.

  SALIGOT, OTTE, adj. et subst. (_o_ bref.) _Voyez cette saligotte,
    dans quel tat elle se met!_ crivez et prononcez Saligaud,
    saligaude.

  SALIGOTAGE, s. m. Action de _saligoter_. _Quel saligotage fais-tu
    l?_ Terme franais populaire.

  SALIGOTER, v. a. Salir, tacher. _Une robe saligote. Mes petits
    amis, ne gadrouillez plus, vous vous saligotez._

  SALONGLE, s. f. Vole de coups, rosse, racle.

  SALONGLER, v. a. Rosser, rouer de coups.

  SALOPIAUD, AUDE, subst. Petit salaud, petite salaude. On dit en
    Champagne: _Salopier_.

  SALVAGNIN, s. m. Nous appelons _salvagnin_, ou _vin salvagnin_, une
    sorte de vin rouge du pays. Plusieurs personnes crivent et
    prononcent _sarvagnin_ et _servagnin_. Terme vaudois. En France:
    _Sauvignon_, _sauvignain_ et _servignain_.

  SANDARAQUE (LE). Ce mot est fminin.

  SANG, s. m. Signe, tache brune sur la peau. _Avoir des sangs._ En
    limousin: _Sen_.

  SANG, s. m. Nous prononons encore _sanke_, comme on le prononait
    au treizime sicle et au quatorzime. _Des larmes de sanke._ On
    doit prononcer san devant une consonne, et _sank_ devant une
    voyelle.

  SANG, s. m. Nous disons de quelqu'un qui s'inquite, se tourmente,
    s'agite sans motif suffisant: _Il se fait du mauvais sang._ Les
    dictionnaires disent, en supprimant le pronom personnel: Il fait
    du mauvais sang, ou: Il fait de mauvais sang.

  [+] SANGEMENT, s. m. Changement.

  [+] SANGER, v. a. Changer. _Tu es bien trempe, Mariette, faut
    t'aller sanger: oui, sange-toi._ Expression signale dans le
    _Glossaire du Berry_, p. 98.

  SANGSUER, v. a. Importuner, fatiguer, obsder, vexer. _Mais, John,
    cesseras-tu enfin de nous sangsuer? Ce n'est pas en nous sangsuant
    que tu obtiendras quelque chose._ Dans le franais populaire on
    dit: _Sangsurer_, ou: _Sansurer_.

  [+] SANGSUIE, s. f. Sangsue. _La femme des sangsuies. Mettre des
    sangsuies._

  [+] SANGUINAIRE, adj. _Temprament sanguinaire._ Dites: Sanguin.

  SANGUINE, adj. Nous appelons _pche sanguine_, une sorte de pche
    violette.

  SANS ACOUP ou  COUP, locut. adv. _Les ouvriers monteurs de botes
    ont augment le prix de la main-d'oeuvre sans acoup_,
    c'est--dire: Sans secousse ou heurt, sans causer de contre-coup
    qui ait arrt les affaires.

  SANS POINT DE, locut. prpositive. _Il voyageait sans point
    d'argent._ Dites: Sans argent. _Il se tira de cette horrible
    chauffoure sans point de mal. Il marchait au supplice sans point
    de peur._ Franais populaire et vieux franais.

  SARCENETTE, s. f. Lustrine, sorte d'toffe.

  [+] SARCHER, v. a. Chercher. _Va-t'en voir me sarcher mon bonnet,
    sur le darnier tablat en n'haut du placard._ Terme vieux franais.
    [Voyez ROQUEFORT, _Glossaire_, t. II.]

  SARCLORET, s. m. Voyez SERCLORET.

  SARPE, s. f. Terme des campagnards. Sorte de hache, qui sert surtout
     tailler les arbres et  faire des fagots. Terme fort usit,
    qu'on trouve dj dans le vieux franais, et duquel s'est form le
    mot de Serpe.

  [+] SARPENT (UNE). Un serpent. Dans le patois de l'Isre: _Sarpin_.

  SARVAGNIN, s. m. Voyez SALVAGNIN.

  SA ou SAU, s. m. Terme des campagnards. Sureau, sorte
    d'arbrisseau. _Du bois de sa; molle de sa._ En Savoie: _Savu_;
    dans le canton de Vaud, _sau_, _sahu_ ou _suau_; en rouchi,
    _su_; en Franche-Comt, _saivu_; dans le patois de l'Isre et en
    Normandie, _seu_; dans le Jura, _sou_; en wallon, _saou_; dans le
    dpartement du Tarn, _sagut_; en Gascogne, _sahuc_; en vieux
    franais, _sahu_, _shu_, _seu_.

  SAUCE, s. f. Nous disons figurment, d'une personne qui a commis une
    faute: _Elle a fait la faute, qu'elle en boive la sauce_, pour
    dire: Qu'elle en subisse les fcheuses consquences.

  SAUCE, s. f. _Sauce de rti._ Dites: Jus de rti. Nous disons
    proverbialement: _La sauce vaut mieux que le rti_; l'accessoire
    vaut mieux que le principal. Les dictionnaires franais disent: La
    sauce vaut mieux que le poisson.

  SAULE, s. m. Nos paysans font ce mot fminin. _Arve entranait cette
    saule que j'ai pu enfin accrocher._ Il est pareillement fminin
    dans le canton de Vaud, en Savoie, en Lorraine, et sans doute
    ailleurs. R. lat. _salix_, s. f.

  SAUMACHE, adj. et subst. Saumtre. _Vous nous donnez de l'eau qui a
    un got saumache, un got de saumache._ [G. G.]

  SAUME, s. f. nesse. _Louer une saume. Galoper sur une saume._ Terme
    savoisien, lyonnais et dauphinois. Dans le patois vaudois:
    _Chouma_; dans le dialecte provenal et dans le patois du bas
    Limousin, _saoumo_. _Saume_ se trouve dans le dictionnaire de
    COTGRAVE, dition de 1650.

  SAUTE, s. f. Saut. Ne s'emploie gure que dans l'expression
    suivante, qui appartient au langage le plus familier: _Faire une
    saute chez quelqu'un_, c'est--dire: Y aller trs-vite et ne pas
    s'y arrter.

  SAUTE, s. f. Forte rprimande. _Faire une saute  quelqu'un_, veut
    dire: Le tancer vertement.

  SAUTIER, s. m. Chef des huissiers. Le _sautier_ loge  l'htel de
    ville et a l'intendance de tout le matriel du btiment. Bonivard,
    dans son livre de _L'ancienne et la nouvelle Police_, dit que le
    _Sautier_ est le matre du guet et l'huissier du Conseil. Terme
    neuchtelois. Il est probable que ce mot s'crivait anciennement
    _sceautier_, et que ce fonctionnaire tenait les sceaux du Conseil.

  SAUVAGE, s. m. Sauvagin. Se dit soit du got, soit de l'odeur de
    quelques oiseaux de mer ou d'tang. _Notre salmis sentait le
    sauvage._ Terme vaudois, neuchtelois, parisien populaire,
    lorrain, etc.;  Bordeaux on dit: _Sentir le sauvageon_; en
    Languedoc, _le sauvageun_. Dans le vieux franais, _salvagine_
    signifiait: Bte fauve.

  SAUVE, adj. Sauv, qui a chapp  un pril. _Benot tait hier dans
    le plus grand danger: on l'a saign  propos, et le voil sauve._
    Terme suisse, etc.

  SAUVER DE (SE), v. pron. _Tu te sauves de moi, Robert?--Et pour
    quelle raison me sauverais-je de toi, je ne t'ai rien fait?_ Cette
    expression, si usite, _se sauver de quelqu'un_, c'est--dire: Lui
    chapper par la fuite, manque dans les dictionnaires, quoiqu'elle
    mrite assurment d'tre observe; car l'expression franaise
    fuir quelqu'un n'est pas l'quivalent de _se sauver de
    quelqu'un_, ou, du moins, fuir quelqu'un appartient au style
    relev, et _se sauver de quelqu'un_ appartient au style familier
    ou style de la conversation.

  SAVATER, v. a. Saveter, dranger, incommoder, gter, faire un
    ouvrage malproprement et en dpit du bon sens. _Ce vin m'a savat
    le coeur; il m'a savat l'estomac. Vous m'avez savat cet
    ouvrage._ Il se dit spcialement du linge tach par les cendres de
    la lessive. _Notre linge est bien savat._ En Lorraine on dit d'un
    mauvais ouvrage: _C'est de la savate_.

  SAVATURE, s. f. Salet cause par les cendres qui ont filtr avec le
    _lissu_ dans le linge. _Ces draps sont pleins de savature._

  SAVIGNON, s. m. Cornouiller sanguin, arbre d'un bois trs-dur.

  SAVOIR, v. a. Nous disons proverbialement, pour nous excuser
    d'ignorer une chose survenue  notre insu: _Qui ne sait rien ne
    sait gure_.

  SAVOIR, v. a. Nous disons d'une personne fort habile, et surtout
    d'une personne subtile et qui trouve des ressources dans les
    conjonctures les plus pineuses: _Elle les sait toutes et une
    par-dessus_.

  SAVOIR  DIRE. Faire savoir, informer, marquer, mander, instruire.
    _Si tu te dcides  ce voyage, tu me le sauras  dire._ Expression
    suisse, lyonnaise et mridionale.

  SAVONNADE, s. f. Savonnage, blanchissage par le savon. _Ce n'est pas
    une lessive, c'est une savonnade._ Terme savoisien et mridional.

  SAVONNETTE, s. f. Terme d'horlogerie. _Une montre  savonnette_, ou
    simplement _une savonnette_, est une montre dont la bote a un
    fond et un couvercle en mtal.

  SAVOURE, s. f. Savore ou sarriette, plante.

  SAVOYET ou SAVOUIET, s. m. Raisin rouge de qualit infrieure,
    lequel crot dans nos environs et qui rend beaucoup. [G. G.]

  SCHLAGUER, v. a. Battre, rosser, donner la schlague. _Il fit
    l'insolent et fut schlagu._ En allemand: _Schlagen_. Les mots
    Schlague et Schlagueur se trouvent dans quelques dictionnaires
    modernes.

  SCIE, s. f. (fig.) Rabchage, ritournelle fatigante, rptition
    sotte et fastidieuse. _Faire des scies._

  SCIE, s. f. Scierie, moulin  scie, moulin o l'on scie les
    planches. Nous disons quelquefois: _Scie  eau_. Terme suisse,
    savoisien et mridional.

  SCORSONRES, s. m. _De bons scorsonres._ Ce mot est fminin.

  SE, pron. pers. Les campagnards substituent le pronom _se_ aux
    pronoms _nous_ et _vous_ dans les verbes pronominaux, et
    rciproquement: ils disent, par exemple: _Vous s'ennuyez chez
    nous, Messieurs. Adieu, Nicolas; nous se reverrons dimanche.
    Laissez ces paumes de neige, enfants, vous s'attraperez les yeux.
    Vous se manquerez, Madame_ (vous vous manquerez, Madame), _en
    passant par cette route_. Expression savoisienne, jurassienne,
    dauphinoise, etc.

  SCHARD, s. m. Vent du nord-est.

  SECHER, v. a. crivez et prononcez, avec un accent aigu, Scher;
    et ne dites pas: _Secher des pruneaux; secher des z'haricots.
    Voil le beau temps, femme; on pourra secher notre lissive._ Faute
    frquente.

  SEC ET SONNANT, s. m. Nous disons d'une personne riche: _Elle a du
    sec et du sonnant_, c'est--dire: Des cus.

  SCHOT, s. m. Se dit d'une personne trs-maigre et trs-_sche_.
    _Pourrait-on tre plus raide et schot que cette demoiselle N**!_

  SCHOT, s. m. Chabot, _gobio_  tte norme, poisson qui se blottit
    sous les pierres des eaux claires et courantes. Terme vaudois. A
    Neuchtel on appelle ce poisson: _Chassot_;  Yverdon,
    _tte--maillot_; en Languedoc, _ne_; dans d'autres provinces de
    France, _meunier_.

  SCHOTER, v. n. Prendre des _schots_. Terme vaudois. Dans les mois
    de janvier, de fvrier et de mars, pendant que le Rhne est fort
    bas, nos jeunes garons _schotent_.

  SCHOTIER, s. m. Harle, oiseau aquatique.

  SECONDE MAIN (DE). _Des livres de seconde main._ Dites: Des livres
    de la seconde main.

  SECOUE, s. f. Secousse. _Un vomitif, le vomitif Leroy, par exemple,
    lui donnerait une secoue salutaire. Les fruits tombrent de
    l'arbre  la premire secoue._ Limousin, etc.

  SECOUE, s. f. Expression adoucie pour dire: Gifle, danse. _C'est un
    drle, donne-lui une bonne secoue._

  SECOUER, v. a. Battre, gifler. _Il l'a firement secou._

  SECOUPE, s. f. Soucoupe. _Apportez-nous une jatte, deux tasses et
    deux secoupes._ Terme franais populaire. En Lorraine on dit:
    _Sucoupe_.

  SECRETAIRE, s. m. Nous prononons tantt _secretaire_ et tantt
    _scretaire_. La prononciation vritable est: Secrtaire.

  [+] SGNIFIER ou SNIFIER, v. a. Signifier. _ , Mariette, cette
    frquentation qui se prolonge, me diras-tu qu'elle ne snifie en
    rien?_ Terme vieux franais.

  SEICHE, s. f. Sorte de flux et de reflux particulier  notre lac et
     celui de Constance. On voit quelquefois, dit DE SAUSSURE, notre
    lac s'lever tout  coup de 4 ou 5 pieds, s'abaisser ensuite avec
    la mme rapidit, et continuer ces alternatives pendant quelques
    heures. Ce phnomne, peu sensible sur les bords du lac qui
    correspondent  sa plus grande largeur, l'est davantage aux
    extrmits, mais surtout aux environs de Genve, o le lac est le
    plus troit. [_Voyage dans les Alpes_, t. I, p. 12.]

  SEIGLE (LA). Sorte de bl. Les campagnards font habituellement ce
    mot _fminin_, parce qu'en patois il est fminin (_la sey-la_, ou
    _la ch[)a]la_).

  SEILLE, s. f. Sorte de seau en bois,  oreilles, et de forme ronde,
    avec lequel on porte l'eau et le lait. _Prends vite ta seille,
    Jaqueline: on crie  l'eau!_ La _seille_ se porte sur la tte avec
    un coussinet que nous appelons _torche_. Terme vaudois. M.
    BESCHERELLE, en citant ce mot, dit qu'il s'employait
    anciennement dans le sens de: Vase, seau de bois. M. BESCHERELLE
    pouvait ajouter que toute la Suisse romane et les trois quarts de
    la France connaissent ce terme et en font un usage journalier.

  SEILLE, s. f. Plein une _seille_.

  SEILLOT, s. m. (_o_ bref.) Petite _seille_, baquet. _En 1535, le
    droit de bourgeoisie s'achetait pour quatre cus d'or et un_
    _seillot de cuir._ Les dictionnaires de BOISTE et de BESCHERELLE
    crivent: seilleau, qui est la vraie orthographe; mais ils se
    trompent quand ils ajoutent que c'est un terme de mer: comme si
    l'on ne faisait usage de _seilleaux_ qu' bord des navires. On
    s'en sert en Suisse, en Savoie et en diverses provinces de France.
    Dans la Bresse et  Mcon, on crit: _Seillet_; dans le canton de
    Vaud et en Languedoc, _seillon_;  Lille, _siellot_, etc.

  SELLE, s. f. Ne dites pas: _Aller sur selle_, mais: Aller  la
    selle, aller  la garde-robe.

  SEMATURE, s. f. Ce qu'on peut semer dans une certaine tendue de
    terrain. _Trois coupes de semature._ Le mot franais contenance
    ne rend pas exactement l'expression genevoise.

  SEMBLANT, s. m. Ne dites pas: _Il a fait cela pour semblant; il se
    fchait pour semblant; ils se sont querells, mais pour semblant_.
    Dites: Il a fait cela pour rire; il se fchait par manire de
    plaisanter, etc. Dans notre langage, _pour semblant_ signifie
    aussi: Une petite quantit, un tantinet, fort peu. _Madame
    boit-elle du vin?--Oui, j'en bois, mais pour semblant; donnez-m'en
    pour semblant. Dis-moi, Lisette, ne tombe-t-il pas une grosse
    pluie?--Non, Madame, il pleut pour semblant._

  SEMBLER, v. a. Ressembler . _Il semble son pre; elle semble sa
    mre._ Terme dauphinois, etc.

  SEMBLER . Ressembler . _Tu sembles beaucoup  ton frre. On dit
    que je semble  mon oncle._ Vieux franais.

  SEMBLER DE, v. imp. _Il me semble de le voir; il me semble d'avoir
    lu quelque part_, etc. Retranchez la prposition _de_, et dites
    avec tous les dictionnaires: Il me semble le voir, il me semble
    avoir lu.

  SEMELLE (LA). Jeu d'colier, qui a du rapport avec le jeu que nous
    appelons _passe-gent_.

  SEMENCES, s. f. pl. Semailles. _Le temps des semences._ Expression
    franc-comtoise et mridionale. Semence se dit des grains que l'on
    sme.

  SEMENTS, s. m. pl. Semences, grains que l'on sme. _De bons sements;
    du bl de sement; une coupe de sement._ Terme suisse. _Vous avez
    eu l'an dernier de bien belles pommes de terre dans ce petit
    champ.--Oui, Monsieur, et j'en aurai de plus belles encore cette
    anne-ci: j'ai chang de sements._

  SEMOUTER ou CHEMOUTER, v. a. Terme rural, fouler, presser en
    foulant. _Semouter le raisin; semouter le gazon. Ne semoute pas
    ces petites salades._ Terme vaudois.

  SNIFIER, v. a. Voyez SGNIFIER.

  SENS DEVANT DIMANCHE. Euphmisme, pour: Sens devant derrire.
    _Qu'est-ce qui te fait rire, Jeannette?--Ah! c'est que Monsieur a
    mis sa robe de chambre sens devant dimanche._ Franais populaire.
    [Voyez _Dictionnaire du Bas langage_.]

  [+] SENSIBLEMENT, adv. Insensiblement.

  SENTIE (LA). Le moment o la mre sent pour la premire fois
    tressaillir l'enfant qu'elle porte dans son sein. _Mme N** fut
    toujours malade, ou du moins trs-incommode jusqu' la sentie._

  SENTIR (SE), v. pron. Se souffrir. _Je ne pouvais me sentir dans
    cette ville de Constance_, c'est--dire: Le temps me durait, je me
    dplaisais dans cette ville de Constance. Expression mridionale.

  [+] SENTU, TUE, part. Senti, sentie. _Dis-donc, Alexis, l'as-tu
    sentu ce coup de poing sur l'oeil?_ Ce barbarisme appartient au
    vieux franais et au franais populaire.

  SEOIR (SE). Les dictionnaires, en enregistrant ce verbe, ajoutent
    qu'il est vieux. Il est, en effet, fort ancien dans la langue
    franaise, mais il est encore vivace et journellement usit 
    Genve. _Madame voudrait-elle prendre la peine de se seoir?
    Henriette, fais seoir ces dames. Je suis presse, ma chre, et
    n'ai pas le temps de me seoir._ Mais nous ne l'employons qu'
    l'infinitif.

  SEPTANTE, nom de nombre. Soixante et dix. _Septante poses de
    terrain. Une compagnie de septante grenadiers. Je lui prtai
    septante francs._ Ce terme, d'un usage universel dans la Suisse
    franaise et dans le midi de la France, appartient au vieux
    franais. Soixante et dix est un terme incommode dans la
    numration, et tous les grammairiens franais s'accordent 
    dsirer que _septante_ lui soit substitu.

  SEPT-EN-GUEULE, s. m. Sorte de trs-petites poires, dont _sept_
    entreraient  la fois dans la bouche. _Les sept-en-gueule sont les
    plus prcoces, mais peut-tre les moins bonnes, de toutes les
    poires de nos environs._

  SRAC ou SERAC, s. m. Voyez SRET.

  SERACE ou SRACE, s. f. Voyez SRACE.

  SRACE, s. f. Caillebotte, lait caill dont on a spar le petit
    lait, et qui fait masse. La Fanchon me servit des grus, de la
    crace, des gauffres, des crelets. [J.-J. ROUSSEAU, _Nouv.
    Hlose_, IVe partie.] Terme vaudois et neuchtelois. En quelques
    endroits du canton de Vaud on dit: _Du serac_.

  SRAILLE, s. f. Se dit des armes  feu et signifie: Long feu, faux
    feu. _Faire sraille. Le livre tait presque  bout portant, mais
    le fusil fit sraille._ Terme vaudois.

  SERBACANE, s. f. Sarbacane.

  SERCLER, v. a. Sarcler, ter les mauvaises herbes, au moyen d'un
    instrument tranchant appel Sarcloir. _Sarcler un bosquet; sarcler
    les alles d'un jardin._ Terme franais populaire et vieux
    franais.

  SERCLORET, s. m. Sarcloir, petite houe. _Emmancher un sercloret._
    Terme suisse. Dans plusieurs provinces de France on dit:
    _Sercloir_, au lieu de: Sarcloir.

  SRET, s. m. Fromage trs-maigre qu'on obtient aprs le fromage
    gras, en faisant cailler le petit lait. On le mange frais en le
    trempant dans de la crme. Terme suisse et jurassien.

  [+] SERINGUE, s. f. Pompe  incendie. _Les seringues arrivrent trop
    tard. On entendait le roulement sinistre des seringues pendant la
    nuit._ Ce mot de _seringue_ se trouve frquemment employ, en ce
    sens, dans nos anciennes archives. Le dictionnaire de Furetire
    dit qu'on s'est longtemps servi, dans les incendies, de grosses
    _seringues_ pour lever l'eau en l'air.

  SERINGUER, v. a. (fig.) Ennuyer. _Va-t'en et laisse-nous: tu nous
    seringues._

  SERMENT, s. m. Sarment, bois que pousse un cep de vigne. _Des fagots
    de serments. Un feu de serments. Brler des serments._ Terme
    suisse, savoisien, lyonnais, limousin, dauphinois, gascon,
    lorrain, parisien populaire et vieux franais.

  SERMENT, s. m. Plusieurs personnes disent: _J'en fais de serment;
    j'en ferais de serment_, etc. Pour tre correct, il faut supprimer
    le _de_, et dire: J'en fais serment; j'en ferais serment.

  [+] SERPENT (UNE). Un serpent. _Cette vieille Arnoux est une
    mauvaise langue, une poison, une serpent._ Ce solcisme,
    trs-commun en Suisse, appartient au vieux franais.

  SERREMENT D'ESTOMAC. Dites: Serrement de coeur. _ la vue de cette
    douloureuse opration, je fus saisi d'un serrement d'estomac._
    Terme languedocien.

  SERRETTE, s. f. Serre-tte, sorte de bonnet de nuit.

  SERTISSEUR, s. m. Terme de joaillier. Celui qui sertit ou enchsse
    les pierres prcieuses dans un chaton.

  SERVANT, s. m. Esprit follet, lutin qui, dans les chaumires, dans
    les chalets et dans les vieux btiments, fait du bruit et des
    espigleries. Terme vaudois et fribourgeois.

  SERVANTE, s. f. Chevrette, instrument de cuisine que l'on suspend 
    la crmaillre, et qui sert  soutenir la _cassette_ (le polon)
    sur le feu. Cette dnomination une fois donne  un ustensile d'un
    ordre trs-infrieur, nos cuisinires ne peuvent tolrer qu'on les
    appelle _servantes_. Je trouve les lignes suivantes dans une
    brochure publie le 1er juillet 1794: c'est une dame qui parle.
    Les _servantes_, disais-je une fois  la mienne, ne doivent-elles
    pas mnager le bien des matres?--Qu'appelez-vous _servante_,
    Madame? Les _servantes_ sont  la crmaillre. [_Plaidoyer pour
    le corps des servantes._]

  SERVANTE, s. f. Nous disons proverbialement de quelqu'un qui, par
    zle ou par un autre motif, fait plus qu'on ne lui demande: _Il
    fait comme la servante  Pilate_ (proverbe languedocien). Le
    dictionnaire de l'Acadmie dit: Il est comme le valet du diable:
    il fait plus qu'on ne lui commande.

  SERVICE (UN). Un couvert, c'est--dire: L'assiette, le verre, le
    couteau, la cuiller, la fourchette et la serviette. _Mettez un
    service pour Monsieur._ Nous appelons plus particulirement
    _service_, la cuiller et la fourchette runies. _Eh quoi! Madelon,
    vous me donnez une assiette et un verre, et vous oubliez le
    service!_ C'est dans ce sens que nous disons: _Un service d'tain;
    un service en mtal d'Alger; Benot a eu pour prsent de noces six
    services d'argent_. Terme suisse, savoisien et mridional.

  SETIER, s. m. Mesure de capacit pour les liquides. _Un setier_
    renferme vingt-quatre _quarterons_, soit environ 60 bouteilles
    ordinaires, soit 54 litres 144 centilitres.

  SEUJET (LE). Nom d'une de nos rues, situe au bord du Rhne, et o
    sont tablis plusieurs ateliers de teinture et de dgraissage.
    L'origine de ce nom est vraisemblablement le mot languedocien:
    _Sug_, ou _sujier_, qui signifie: Teinturier.

  SI, adv. Extrmement. Si, adverbe, ne peut se placer immdiatement
    devant un substantif. Il est donc incorrect de dire: _J'ai si
    peur; j'ai si faim; elle avait si froid; ils avaient si honte;
    elle a si envie d'tre marie; c'est si dommage de dtruire ces
    beaux peupliers!_ Franais populaire.

  SI, adv. Tellement, tant. _J'ai si affaire aujourd'hui que je ne
    sais par o commencer._

  SIAU, s. m. Seau. _Siau en bois; siau en cuir. Un siau d'eau._ Terme
    usit dans une partie de la Suisse et de la Savoie, en Dauphin,
    dans le Limousin, en Franche-Comt, en Lorraine, en Champagne, en
    Bretagne et  Paris. On dit: _Sau_  Marseille,  Bordeaux, 
    Chambry, et sans doute ailleurs.

  SI AU CAS ou SI EN CAS, loc. conjonct. Au cas que, si. _Si en cas tu
    sors, Marguerite, laisse la clef chez notre voisine. Si au cas
    Duperrut venait m'assigner, je saurais bien me dfendre._

  SI BIEN, loc. adv. Oui, assurment, sans doute. _Tu ne te baignes
    pas aujourd'hui, Samuel?--Si bien._ Terme provenal, etc.

  SICLARD, ARDE, adj. Criard, perant. _Une voix siclarde; un timbre
    siclard._

  SICLE, s. f. Cri aigu, cri perant. Se dit surtout du cri des
    enfants, du cri des jeunes garons et de celui des jeunes filles.
    _Faire des sicles; pousser des sicles._

  SICLER, v. n. Pousser des cris aigus, crier avec clat.
    _Amusez-vous, mes amis, sans crier et sans sicler._ En
    languedocien: _Siscl_.

  SICLES, s. m. pl. Cris aigus des enfants. _Faire des sicles. Leurs
    sicles nous dchiraient le tympan._ Nos quatre mots de _sicle_,
    _sicle_, _sicler_ et _siclard_ sont des onomatopes remarquables.

  SIENNES, pron. poss. plur. _Un tel a bien les siennes_, signifie:
    Un tel a bien ses msaventures, ses chagrins, ses malheurs.
    _Aprs avoir perdu sa fortune, Hector perd sa fille ane: il faut
    avouer qu'il a bien les siennes._

  SIFFLER (EN), v. a. N'est employ que dans cette expression: _Je
    t'en siffle_, par laquelle on donne  entendre que l'esprance de
    quelqu'un sera due. _Lui! te prter son cheval!... Je t'en
    siffle, bernique._ Nous disons dans le mme sens: _Je t'en moque_.

  SIFFLET, s. m. Sifflement, vent coulis. _Il venait un sifflet par la
    porte, et j'y attrapai un coup de froid._

  SIFFLET, s. m. Instrument pour siffler. _Avec de l'argent on a des
    sifflets  Saint-Claude_ (ville du dpartement du Jura, renomme
    pour ses ouvrages en buis), proverbe dont le sens est: Qu'avec de
    l'argent on se procure tout ce qu'on veut; qu'avec de l'argent
    tout est possible.

  SIGNER (SE), v. pron. Apposer sa signature, signer. _O faut-il que
    je me signe?--Signe-toi aprs tes deux oncles._ Calvin _se signa_
    souvent dans ses lettres, Charles de Heppeville, ou Happeville.
    Calvin _se signait_ peut-tre ainsi pour, etc. [SENEBIER,
    _Histoire littraire de Genve_, t. I, p. 246.] Expression suisse
    et mridionale. _Se signer_ est franais dans le sens de: Faire le
    signe de la croix.

  [+] SIGNIFIER , EN et DE. _Cela ne signifie  rien; cela ne
    signifie en rien; cela ne signifie de rien._ Trois barbarismes qui
    ont galement cours  Genve, mais dont le deuxime est le plus
    frquent. Il faut dire, sans prposition: Cela ne signifie rien.

  SIGOUGNE, s. f. Tiraillement, branlement violent, secousse
    brutale. _Aprs trois ou quatre fortes sigougnes, la porte fut
    jete bas._

  SIGOUGNER, v. a. Tirailler, agiter vivement, secouer brutalement.
    _Sigougner un pieu pour l'arracher; sigougner une porte pour
    l'ouvrir; sigougner un loquet; sigougner_ _quelqu'un. Il
    m'empoigna et me sigougna le bras jusqu' m'estropier._ Terme
    nergique, et qui n'a pas de synonyme en franais. Les
    Languedociens disent: _Segougn_; en provenal, _sagagna_.

  SIMAGRIE, s. f. Simagre. _Allons au fait, et laissons toutes ces
    simagries._

  SIMOLAT, s. m. Semoule, farine en grains. _Soupe au simolat._ Terme
    valaisan et savoisien. En pimontais on dit: _Semola_.

  [+] SINGULIARIT, s. f. crivez et prononcez Singularit.
    _Singuliarit_ appartient au vieux franais, et se dit encore dans
    quelques provinces du nord de la France.

  SIOTE, ou SOTE, ou CHOTE, s. f. Abri. _ la siote_,  l'abri, 
    couvert. _Se mettre  la siote._ Dans le patois vaudois: _ la
    cht[)a]_; dans le patois de Fribourg, _ la sota_; dans le patois
    de l'Isre,  Lyon et en Franche-Comt, _ la soute_. Dans le
    dialecte provenal, _sousto_ signifie: Abri.

  SIRE-JEAN, s. m. Voyez POIRE.

  SIROP MAGISTRAT, s. m. Sirop magistral.

  SISSON, s. m. Terme enfantin. Chien, petit chien. _Viens, Alfred,
    viens caresser le sisson._

  SISTANCE, s. f. Ce qui est ncessaire  l'homme pour vivre et se
    sustenter. Ne s'emploie qu'avec la ngation. _N'avoir pas
    sistance_, signifie: tre dnu de tout. _Ce pauvre Guignolet n'a
    pas sistance au monde._ Ce mot de _sistance_ se prend quelquefois
    dans un sens plus spcial, et signifie: Nourriture, aliment. _Ma
    bonne dame, donnez-moi un morceau de pain, il n'est pas entr
    sistance dans mon corps aujourd'hui._ Terme savoisien. Dans le
    dialecte rouchi on dit: _Sustance_. Se dit aussi des choses.
    _Quand les cendres ont donn toute leur sistance, on les te_,
    etc.

  SI TELLEMENT, si fort, tellement. _L'affaire est si tellement_
    _embrouille, que les avocats mmes n'y voient goutte._ Franais
    populaire.

  SOBRCOT, s. m. Subrcot, le surplus de l'cot, ce qu'il en cote au
    del de ce qu'on s'tait propos de dpenser.

  [+] SOCIALISTE, s. m. Socialisme.

  SOCIT (LA). Le monde. Nous disons: _Aller en socit; se plaire en
    socit; s'ennuyer en socit. O tiez-vous hier au soir,
    Monsieur Artus?--J'tais en socit._ On dit en franais: Aller
    dans le monde; se plaire dans le monde; s'ennuyer dans le monde,
    etc. On peut dire aussi: Aller dans la socit; se plaire dans la
    socit; s'ennuyer dans la socit.

  SOCT, s. f. Prononciation vicieuse du mot: Socit.

  [+] SOFRE, prp. Sauf. _Sofre votre respect, permettez que... La
    Josette fut oblige de vendre tout son bataclan, sofre un lit et
    un placard._

  SOI-DISANT, loc. adv. Dit-il, dit-elle. Ce terme (_soi-disant_) est
    mal employ dans les phrases suivantes et les analogues. _Il
    m'emprunta d'excellents livres, soi-disant pour les lire, et il
    les vendit. On lui a fait soi-disant une injustice criante. Quand
    l'enfant manque le collge, les parents l'excusent auprs du
    rgent par un soi-disant mal de tte._ Mais soi-disant est bien
    plac dans les exemples qui suivent: On m'adressa  un soi-disant
    chirurgien qui n'tait,  vrai dire, qu'un frater. Je me trouvai
    prs d'une dame soi-disant polonaise et qui tait de Chambry.
    Soi-disant demande toujours  tre suivi d'un complment, lequel
    sert de qualification au pronom personnel qu'il renferme.

  SOIGNER UNE CHOSE. _Soigner un parapluie. Soigner des hardes. Soigne
    ton manteau, Jules, soigne tes gants et ton chapeau._ Soigner
    n'a point ce sens en franais. Il faut employer le mot serrer.
    Serrer un habit, serrer un chapeau, etc.

  SOLET, LETTE, adj. Seulet, lette. _Elle s'en retournait toute
    solette._ Terme vaudois.

  SOLI, s. m. Fenil, grenier  foin. Terme vaudois et fribourgeois.
    Dans le Jura on dit: _Soulier_ ou _solier_; dans les Vosges,
    _slo_; dans le Limousin, _souli_; en vieux franais, _solier_. R.
    _solarium_.

  SOLICISME, s. m. Solcisme.

  SOLIDE, adj. Se dit du temps qu'il fait, et signifie: Assur, qui
    est de dure. _Crois-tu ce beau temps solide?_

  SOLIDER, v. a. Consolider, affermir. _Solider une palissade, solider
    une table._ Terme franc-comtois.

  SON, pr. pers. Ne dites pas: _Il fait son entendu; il fait son homme
    d'importance_, etc., dites: Il fait l'entendu, il fait l'homme
    d'importance. Ne dites pas non plus: _Il fait son embarras_,
    dites: Il fait de l'embarras, beaucoup d'embarras.

  SON DE BIRE, s. m. Drague, c'est--dire: Orge ou tout autre grain
    cuit, qui a servi  faire de la bire.

  SONNE, s. f. Se dit d'un fort coup de cloche. _Faire une sonne_
    signifie: Donner un fort coup de cloche. _Peut-on faire de
    pareilles sonnes  la porte d'un malade!_ Terme languedocien.

  SONNETTE, s. f. On ne dit pas: _Mettre une sonnette_, on dit: Poser
    une sonnette.

  SOPHIE. N'est usit que dans cette locution: _Il fait sa sophie_,
    c'est--dire: Il fait la demoiselle sage.

  SORCILGE, s. m. Sortilge. R. _sortilegium_.

  SORT, s. m. Malheur, guignon, sort fcheux. _Ai-je du sort! Faut-il
    avoir du sort! Il faut convenir que vous avez trop de sort._

  SORTE, s. f. Bonne qualit, bon acabit. _tre de sorte_ signifie:
    tre sortable, tre convenable, convenir  l'tat et  la
    condition des personnes. _Pour le bal de la vogue, cette robe et
    ce chle ne sont pas de sorte. Voil, certes, un feu qui est de
    sorte. Il faut choisir  votre Bnigne un mari qui soit_ _de
    sorte._ Expression trs-rpandue chez nos campagnards.

  [+] SORTIR DE PORTE. Sortir de la ville. _O allez-vous, Henriette?
    Sortez-vous de porte?_

  SOT, SOTTE, adj. et subst. Qui n'est pas sage, qui fait l'espigle,
    le dsobissant, le paresseux. Se dit des enfants et des jeunes
    adolescents. _Tu veux donc toujours faire le sot, Guillaume. Tu es
    bien sotte, Fanny, de ne pas prter tes joujoux  ton petit
    frre._ Terme suisse, savoisien, marseillais, etc.

  SOTTIFIER, v. a. Dsappointer, attrister, rendre sot, rendre penaud.
    _Ce dpart subit nous sottifia. Un refus si dsobligeant et si
    inattendu sottifia toute la famille._

  SOUCARE, s. m. Voyez SOUQUART.

  [+] SOUCI, s. m. _Froncer le souci. Aprs son rsiple, les soucis
    lui sont tombs._ Terme franais populaire. crivez Sourcil et
    prononcez _sourci_.

  SOUCILLER (SE), v. pron. Se faire des soucis, se crer des soucis.
    _Un peu de courage, mre, il ne faut pas te souciller pour si peu
    de chose._

  SOUCILLEUX, EUSE, adj. Soucieux. Qui a du souci, qui marque du
    souci. _Un front soucilleux; un air soucilleux; Vous paraissez
    bien soucilleux, Monsieur Auguste._

  SOUFFLER . _Souffler  un colier qui rcite sa leon; souffler 
    un acteur._ Il faut dire: Souffler un colier; souffler un acteur.

  SOUHATER ou SOITER, v. a. crivez et prononcez souhaiter, comme
    allaiter, et ne dites pas: _Je vous soite le bonsoir; on vous
    soite le bonjour._

  SOUILLATON, s. m. Les campagnards dsignent par ce mot un homme qui
    est habituellement entre deux vins, ne quittant un cabaret que
    pour aller boire dans un autre.

  SOLER, v. a. (fig.) Ennuyer  l'excs, assommer. _Elle me sole
    avec ses visites rptes et ses conversations sans fin._
    Expression fort triviale.

  SOLIAUD, s. m. Soulaud, ivrogne, sac--vin. _C'est un soliaud, un
    vilain soliaud qui boit tout ce qu'il gagne._ Terme vaudois.

  SOLIAUD ou SOLIOT, s. m. Terme enfantin. Petite poupe de sureau
    qui, lors mme qu'on la renverse, retombe toujours sur ses pieds.

  SOLION, s. m. Ivrogne, homme qui ne dessole pas. Terme vaudois. A
    Neuchtel et dans le Jura on dit: _Un solon._ L'Acadmie crit:
    Souillon, et donne  ce terme un sens diffrent.

  SOUMISSION RESPECTUEUSE. Acte extra-judiciaire bien connu. La
    vritable expression est: Sommation respectueuse. Mlle N** vient
    de faire la troisime sommation respectueuse. [ACAD.] _Soumission
    respectueuse_ est un barbarisme, mais ce barbarisme ne nous est
    pas particulier. Je le trouve signal entre autres dans le
    _Vocabulaire du Bas langage rmois_, p. 87.

  SOUPE, s. f. Nous disons proverbialement d'une personne qui dort
    longtemps et profondment: _Elle dort comme une soupe._ On dit en
    franais: Dormir comme une souche; dormir comme un sabot.

  SOUPOUDRER, v. a. Saupoudrer. _Ce gteau aurait eu besoin d'tre
    soupoudr de sucre._ Franais populaire. R. _sau_, vieux mot
    franais qui veut dire: Sel.

  SOUQUART ou SOUCARE, s. m. Terme de lingerie. Gousset de chemise,
    carr d'toffe ou de toile, qui se met  la manche d'une chemise 
    l'endroit de l'aisselle. Terme vaudois et lyonnais.

  SOURBE, s. f. Sorbe, fruit.

  SOURD-ET-MUET (UN). Dites: Un sourd-muet. L'institut des
    sourds-muets.

  SOURDIAUD, DIAUDE, subst. Sourdaud. Celui ou celle qui n'entend
    qu'avec peine.

  SOURDIT, s. f. _Une complte sourdit._ Terme franais populaire.
    Dites: Surdit.

  SOUS, prp. Sauf, avec. _Sous le respect que je vous dois, Monsieur
    le juge, je vous dirai que... Sous votre respect, Madame, j'ai eu
    la fivre pendant quinze jours._ Terme franais populaire.

  SOUS-MAIN (UN). Terme de calligraphie. Papier que celui qui crit
    met sous sa main par mesure de propret.

  SOUS-TASSE ou SOUTASSE, s. f. Soucoupe, le dessous d'une tasse.
    Terme vaudois, neuchtelois, rouchi, wallon, etc.

  SOUSTER, v. a. Terme de certains jeux de cartes. Garder,
    accompagner. _Son roi de trfle tait bien soust._ On dit encore:
    _Souste_. Terme suisse et lyonnais. Peut-tre faut-il rapprocher
    ce mot de SOTE. R. lat. _subtus stare_ ou _substare_.

  SOUSTRAIRE, v. a. On entend journellement dire: _Nous soustraisons_,
    pour: Nous soustrayons; _tu soustraisais_, pour: Tu soustrayais;
    _en soustraisant_, pour: En soustrayant, etc. Ce verbe se conjugue
    comme Traire. On admire la promptitude avec laquelle les
    fourmis SOUSTRAISENT leurs nourrissons au danger. [CH. BONNET,
    _Contemplation de la Nature_, XIme partie, ch. XXII.]

  SOTE, s. f. Abri. Voyez SIOTE.

  SOUTENIR, v. a. (fig.) _Soutenir des relations avec quelqu'un_ n'est
    pas une expression correcte, du moins ne se trouve-t-elle pas dans
    les dictionnaires. Il faut dire: Avoir des relations avec
    quelqu'un, ou trouver une expression quivalente.

  SOUVENT, adv. Promptement, vite. _Depuis deux heures de temps que
    Lise est partie pour le march, je ne la vois pas souvent
    revenir_, c'est--dire: Je ne vois pas qu'elle se presse de
    revenir. Terme parisien populaire.

  SPECTABLE, adj. Titre honorifique dont on qualifiait jadis les
    ministres du culte rform.

  [+] SQUELETTE (UNE). Un squelette.

  STORE, s. m. Jalousie.

  SUCLER, v. a. Roussir par le feu, griller, brler lgrement. _En
    s'approchant trop de la bougie, elle se sucla les cheveux. Notre
    pauvre minon, qui dormait sur le foyer, s'est compltement sucl
    la queue._ En languedocien et en provenal, on dit: _Uscl_.

  SUCRER (SE), v. pron. Sucrer son caf, son th, son chocolat. _S'il
    vous plat, Mesdames, sucrez-vous. Tout le monde est-il sucr?_
    Franais populaire.

  SUCRIRE, s. f. Sucrier.

  SUGGESSION, s. f. crivez et prononcez Suggestion
    (_sug-ges-tion_), en donnant  la lettre _t_ le son qui lui est
    propre.

  SUPPORTER, v. a. (fig.) _Ce vin ne supporte pas l'eau._ Dites: Ce
    vin ne porte pas l'eau.

  SUPPOSER, v. a. Nous disons souvent: _ supposer que_, pour: Suppos
    que. _ supposer que l'hiver soit rigoureux;  supposer que
    l'Europe demeure en paix_, etc. Les dictionnaires ni le bon usage
    n'autorisent cette expression.

  [+] SUR, prp. _Quel ge a votre fils, Monsieur Jacot?--Oh l,
    Monsieur, il est sur ses vingt-cinq ans.--Et vous-mme, s'il vous
    plat?--Je suis sur ma septantime anne._

  SUR, prp. _Lire sur le journal; lire sur l'almanach; lire sur
    l'affiche_, etc. Dites: Lire dans le journal, lire dans
    l'almanach, lire dans l'affiche. _Qui t'a racont ce
    naufrage?--Qui? Personne. Je l'ai lu sur le Constitutionnel._
    Faute universelle.

  SUR, prp. _Je prends la chose sur ma responsabilit._ Dites: Sous
    ma responsabilit.

  SR, adv. Srement, pour sr, certainement, sans aucun doute. _Vous
    nous promettez de venir chez nous demain.--N'ayez nulle crainte,
    j'irai sr, trs-sr. Vous partez dimanche, Monsieur Dubois.--Oui,
    sr, bien sr._ Expression gasconne et belge.

  SURFIN, FINE, adj. Superfin. _toffe surfine, teinture surfine.
    Fabrication de liqueurs surfines, au Grand-Lancy, chez Baron-D**._

  SURLOUER, v. a. _Surlouer une chambre, surlouer un appartement._
    Terme valaisan, savoisien, parisien populaire, etc. Dites:
    Sous-louer.

  SUROT, s. m. (_o_ bref.) _Cueillir du sur[)o]t. Infusion de
    sur[)o]t. Petard de sur[)o]t._ Prononciation suisse du mot
    Sureau, lequel rime avec _bureau_.

  SUSPENTE ou SOUSSEPENTE, s. f. _Les suspentes d'un cabriolet.
    tablir une suspente dans une cuisine._ Terme savoisien,
    franc-comtois, wallon, etc. A Paris et  Reims on dit: _Supente_.
    Le terme exact est: Soupente.

  [+] SYNAPISSE, s. m. Synapisme.


T

  TABELLE, s. f. Registre, agenda, tableau des devoirs, occupations,
    charges, _incombances_ d'une socit, d'un corps, d'une
    corporation. _Rdiger la tabelle. Consulter la tabelle. Inscrire
    sur la tabelle. Afficher la tabelle._ Terme vaudois.

  TABLR ou TABLT, s. m. Tablette, rayon, planche pose pour mettre
    quelque chose dessus. _Ajuster des tablts. curer des tablts.
    S'aguiller sur un tablt._ Terme suisse et savoisien.

  TABLE, s. f. Nous disons: _La soupe est sur la table_, pour
    signifier que le dner est servi. On doit dire sans article: La
    soupe est sur table, ou chercher une meilleure expression.

  TABLE, adj. Dans une votation, lorsque les voix sont mi-parties
    (c'est--dire galement partages), cela s'appelle: _tre table.
    Les juges taient tables, et le prsident fut appel _
    _dtabler._ Terme neuchtelois. [Voyez GUILLEBERT, _Glossaire
    neuchtelois_, 2e dition, p. 243.]

  TABLE, s. f. Runion nombreuse de convives (autour d'une table.)
    _Une belle table; une joyeuse table._ Terme suisse et vieux
    franais.

  TABLETTE  LA BISE, s. f. Pastille de menthe.

  TABOUSSE, s. f. Babillarde.

  TABOUSSER, v. n. Babiller. Terme vaudois.

  TACHE, s. f. Petit clou de fer  tte ronde que l'on met sous les
    souliers et les sabots. Terme suisse et mridional. Dans le patois
    limousin, on appelle _tatso_ toute espce de clou qui a un pouce
    et demi de longueur, et au del.

  [+] TCHE, s. m. _As-tu fait ton tche, Bastien? Quand ton tche
    sera fini, tu t'amuseras._ Ce mot est fminin.

  TCHER, v. n. Terme des jeunes colires. Rivaliser de diligence;
    disputer  qui aura le plus vite fait, dans un temps donn, un
    certain ouvrage. _Mesdemoiselles, voulons-nous tcher? Tchons
    toutes ensemble._

  TCHER . Viser , tcher d'atteindre une personne ou une chose avec
    un projectile quelconque. _Tu me tchais, Henri, avec ta paume de
    neige?-- toi? Pas plus; je tchais  cette bourguignte qui
    passe._

  TCHER MOYEN. Faire en sorte, tcher, s'efforcer. _Tche moyen que
    l'on se promne ensemble dimanche.  , Jrme, tu tcheras moyen
    de me rembourser un peu promptement._ Terme vaudois et mridional.

  TCHER QUE. _Il faut tcher que votre matre soit content._ Le verbe
    _tcher_ ne se construit pas avec _que_. Dites: Il faut tcher de
    contenter votre matre.

  TACONNET ou TACOUNET, s. m. Pas d'ne, plante mdicinale qui crot
    principalement dans les terrains improductifs. _Terre de tacounet,
    laisse  qui elle est._ Terme vaudois, etc.

  TAILLARDER, v. a. Taillader, entailler, couper.

  TAILLER  LA RUINE, ou EN RUINE. Terme d'agriculture. Se dit
    ordinairement d'une vigne dont on surcharge la taille de manire 
    lui faire produire beaucoup de fruit, sans s'inquiter si on
    l'puise. Ce procd est mis en pratique l'anne ou les annes qui
    prcdent l'arrachement. Au figur, _tailler  la ruine_, se dit
    de ceux qui sacrifient l'avenir pour faire face au prsent.

  TAILLERIN, s. m. Petit morceau de pte pour la soupe, vermicelle
    plat. Terme vieux franais.

  TAILLEUSE, s. f. Couturire. [Voyez PAUTEX, _Recueil de mots_, ch.
    XXII.]

  TAILLON, s. m. Grosse tranche, morceau, gros morceau coup. _Un
    taillon de lard; un taillon de fromage. Ne coupe donc pas ce pain
    par taillons._ Terme mridional et vieux franais.

  TALAR, s. m. Pelisse, robe fourre.

  TALMOUSSE, s. f. Sorte de ptisserie, nouvellement introduite chez
    nous, et qui nous vient de Paris. Le vritable terme est
    Talmouse, avec un seul _s_.

  TAMAGE, s. m. Voyez TAMER.

  TAMBOUR, s. m. Sorte de pole portatif en fer-blanc,  couvercle et
    de forme ronde. _Un tambour et sa bassine. Vous scherez ces
    linges dans le tambour._

  TAMBOUR D'ONZE HEURES, s. m. (fig.) Rabchage, rptition ennuyeuse,
    litanie.

  TAMBOURNER, v. n. Tambouriner. _Venez tous: on ira tambourner au
    bastion._ Se dit surtout des enfants lorsqu'ils battent de petits
    tambours qui leur servent de jouet. Terme suisse, jurassien, etc.

  [+] TAMBOURNIER, s. m. Tambour, celui qui bat la caisse. Terme
    savoisien, jurassien et languedocien.

  TAMER, v. a. tamer. _Voil le magnin qui passe; donnez-lui les deux
    pochons  tamer._ Terme vaudois.

  TAMPONNE ou TAMPOUNE, s. f. Dbauche de table, tapage, grande
    ribotte avec chants, cris et claquements de mains. _Faire la
    tamponne._ Franais populaire.

  TAMPONNER, v. n. Faire la _tamponne_, faire une dbauche bachique,
    se livrer bruyamment  tous les plaisirs de la table. Terme
    mridional.

  TANNE, s. f. Rosse, frotte, vole de coups. _Donner une tanne;
    appliquer une tanne; recevoir une tanne._

  TANNER, v. a. (Prononcez __ long.) Battre, rosser, abmer de coups.
    _Hier au soir ils se sont tanns et gifls  outrance._ Terme
    suisse. Le verbe _tanner_, pris dans cette acception, ne se trouve
    dans aucun dictionnaire ni dans aucun glossaire franais.

  TANT, adv. Si, tellement. _Ne lisez pas ce roman, il est tant plat.
    Ces poires sont tant bonnes. La Fanchette est tant bte._ Cette
    faute nous vient du vieux franais.

  TANT, adv. Aussi. _Va vite! cours! cours tant fort que tu pourras._
    Je dployai toutes les voiles et laissai le bateau aller _tant
    vite_ qu'il voulut. [_Bonivard  Chillon_, p. 60.]

  TANT, adv. est superflu dans les exemples suivants: _Tant plus on
    sera, tant plus on s'amusera. Tant plus on a d'gards pour Isaac,
    tant plus il grogne et rechigne._ Cette expression appartient au
    vieux franais.

  TANT, s. m. _On lui a promis le tant pour cent. Vous lui payerez un
    tant pour mille. Ils auront un tant sur les bnfices._ _Tant_
    n'est jamais substantif. Il faut dire, en retranchant l'article:
    On lui a promis tant pour cent. Vous lui payerez tant pour mille,
    etc.

  TANT MOINS QUE. Le moins que. _Il est si apathique qu'il travaille
    tant moins qu'il peut. Ne frquente pas les cafs,_ _Eugne,
    vas-y au contraire tant moins que tu pourras._ TANT PLUS QUE est
    aussi un barbarisme. _Combien faut-il scier de ces
    rondins?--Sciez-en tant plus que vous pourrez._ Dites: Le plus que
    vous pourrez.

  TANTT, s. m. Aprs-midi. Le _tantt_, l'aprs-midi. _Adieu, Des
    Thiollaz, on se verra ce tantt. Vas-tu souvent  ton cercle,
    Colombier?--Pardine, j'y vais chaque tantt. Depuis plusieurs
    jours il pleut tous les tantts._ Cette expression, qui nous vient
    du vieux franais, n'est point particulire  notre dialecte. Le
    mot tantt est un adverbe. Voyez les dictionnaires.

  [+] TANT PIRE, loc. adv. Tant pis. _S'il n'est pas content de ce que
    je lui offre, tant pire pour lui. Nous aurons de la pluie,
    Benjamin.--Eh bien! tant pire; partons la mme chose._ Parisien
    populaire, etc.

  TANT QU' MOI. Quant  moi. _Tant qu' nous_, quant  nous. _Tant
    qu' eux_, quant  eux. _Je ne t'ai jamais vu ivre,
    Chapalay.--Tant qu' , Monsieur, je ne bois jamais plus de
    demi-pot._ Parisien populaire.

  TANT QU'. Jusqu'. _Tant qu' Genve, tant qu' Bonneville_, etc.,
    signifient: Jusqu' Genve, jusqu' Bonneville. _Sans nous
    apercevoir de la fatigue, nous allmes tant qu' Rumilly._ Les
    gens de la campagne ne s'expriment pas autrement.

  TAPAGE, s. m. Grande quantit. _Un tapage de monde; un tapage de
    vieux bouquins. Dans sa colre, il nous lcha un tapage de
    sottises._ Franais populaire.

  TAPAGER, v. n. Faire du tapage. _Finissez, mes enfants: c'est bien
    assez tapag._ Terme marseillais, etc.

  TAPASSE, s. f. Pluie, averse forte, mais de courte dure. _Une
    tapasse de pluie. Recevoir une tapasse. Cette tapasse nous
    inonda._ Terme suisse et savoisien. La signification primitive du
    mot _tapasse_ est: Grande abondance d'une chose, grande quantit.
    _Une tapasse d'individus; une tapasse de pommes. D'un seul coup
    de pierre il dguilla une tapasse de noix._

  TAPE, s. f. Grande quantit, grande abondance, multitude. _Une
    tape de monde. Une tape de marchandises. Une tape de soupe._
    Terme franais populaire.

  TAPE, s. f. Coups, gifle. _Recevoir une tape. Nos gamins se
    donnrent une bonne tape._ Terme dauphinois, etc.

  TAPER DE L'OEIL. Dormir. Franais populaire.

  TAPER (SE), v. pron. Se heurter. _Elle se tapa contre la chemine et
    tomba._ Taper et se taper sont franais, mais dans une acception
    un peu diffrente.

  TAPET, s. m. Traquet, oiseau du genre des becfigues.

  TAPET, s. m. Langue. _Faire cheminer son tapet_, signifie: Babiller,
    bavarder.

  TAPETTE, s. f. Battoir de lessive, palette  manche pour battre le
    linge mouill. Au sens figur, _tapette_ se dit de la langue d'une
    personne babillarde. _Mener sa tapette. Tenir sa tapette au
    chaud._ Il se dit aussi de la personne elle-mme: _Cette jeune
    fille est une tapette._

  TAPIN, s. m. Tape, taloche, coup de la main. _Recevoir un tapin;
    appliquer un tapin._ Terme franais populaire.

  TAPIN, s. m. Tambour, celui qui bat la caisse. _Un petit tapin.
    Voil les tapins qui s'exercent._

  TAPISSEUR, s. m. Tapissier.

  TAPISSIER, s. m. Colleur, ouvrier qui colle du papier peint sur les
    murs d'un appartement. En franais: Un tapissier est Celui qui
    travaille en toutes sortes de meubles de tapisserie et d'toffe.

  TAQUINEUR, EUSE, s. et adj. Taquin, taquine.

  TARABUSQUER, v. a. Tarabuster, inquiter, importuner, contrarier.
    _Voil une nouvelle qui me tarabusque._ Terme connu  Reims et
    sans doute ailleurs.

  TARAMARA, s. m. Vacarme, brouhaha, bruit confus.

  TARANTE ou TARENTE, s. f. Terreur panique. _Tu as eu l, Gaspard,
    une fameuse tarente._ En jouant sur ce mot, nous disons
    quelquefois d'un poltron: _C'est le duc de Tarente. Voici notre
    duc de Tarente._

  TARARA. _Faire tarara_ signifie: Faire grande envie, faire venir
    l'eau  la bouche. _En voyant ce salmis, a me faisait tarara._

  TARD (), adv. _Venir  tard, arriver  tard_, sont des expressions
    vicieuses. Il faut dire: Venir tard, arriver tard, ou: Venir sur
    le tard, arriver sur le tard.

  TARRE POUR BARRE. Nous disons familirement de quelqu'un qui
    s'embrouille dans un discours, ou qui, par inadvertance et par
    distraction, dit une chose pour une autre: _Il dit tarre pour
    barre; il rpond tarre pour barre; il entend tarre pour barre._
    Expression trs-usite.

  TARTIFLE ou TARTUFLE, s. f. Termes par lesquels, aux frontires de
    notre canton, dans le Faucigny, on dsigne les pommes de terre.
    _Planter les tartifles, buter les tartifles._ Terme usit aussi en
    Languedoc. [Voyez le _Dictionnaire gascon_ de VILLA, t. II.] En
    franais, _tartifle_ est le nom vulgaire du topinambour.

  TARTRE (LA). _La tartre des dents._ Ce mot est masculin.

  TASSON, s. m. Taisson, blaireau. Proverbialement: _Suer comme un
    tasson._ Terme suisse-roman, etc.

  TATA, s. f. Dans le langage des enfants signifie: Tante. _Dis adieu
     la tata; touche la main  la bonne tata._ Terme usit en
    Bretagne et sans doute ailleurs.

  TATA, s. m. Nous disons d'une personne que nous voyons, contre son
    ordinaire, bien vtue et pimpante: _Elle s'est mise sur son tata.
    Le voil aujourd'hui sur son tata._ Expression connue dans la
    Suisse romane.

  TTE, s. f. Petite bonde faite avec la gouge dans un fromage pour le
    goter. Terme jurassien et mridional.

  TTENITOUCHE, subst. des 2 genres. Sournois, bon aptre, sainte
    nitouche.

  TTE-POLAILLE, TTE--POLAILLE, ou TTE--C.. DE POLAILLE, s. m. Se
    dit d'un homme qui s'occupe minutieusement des dtails du mnage,
    et qui demeure au coin du feu pour veiller le pot. Dans le
    dialecte picard, _tte mes glaines_ (tte mes poules) a le mme
    sens.

  TATOUILLE, s. f. Piquette, mauvais vin, ripope. _Boire de la
    tatouille._ Terme franais populaire.

  TATTE ou TETTE, s. f. Terrain en friche, terre vacante, plaine
    inculte, lande, steppe. _Les tattes de Saint-Georges. Les tattes
    d'Aire-la-ville._

  TAUCHES, s. m. pl. Voyez TCHES.

  TAULE ou TLE, s. f. Quantit, grand nombre. _Une tle de chiens;
    une tle de cochons de lait._

  TAUPIER, s. m. Se dit familirement et drisoirement d'un soldat du
    corps des mineurs.

  TAUQUE ou TQUE, s. f. Gifle, danse.

  TAUQUER ou TQUER, v. a. Battre, frapper, donner une danse. _Jean
    est rentr sol chez lui et s'est mis  tquer sa femme et ses
    enfants._

  TAVAN, s. m. Taon, insecte malfaisant trs-connu. _La piqre du
    tavan. Le dard du tavan._ Terme vaudois, savoisien, dauphinois et
    vieux franais. Dans le Languedoc et dans le canton de Neuchtel
    on dit: _Taban_. En latin, _tabanus_.

  TAVELER, v. a. Terme des campagnards. Signifie: Donner au beurre une
    forme et le marquer d'une empreinte. _Taveler le beurre._
    L'instrument qu'on emploie  cet usage s'appelle: _Tav_.

  TAVILLON, s. m. Bardeau, petite planchette de bois dont on recouvre
    certaines habitations. Terme vaudois et fribourgeois. Dans le
    Jura, dans la Franche-Comt et le Chablais on dit: _Tavillon_ et
    _tavaillon_.

  TAVILLONNER, v. a. Garnir le toit de bardeaux, de _tavillons_.

  TAVILLONNEUR, s. m. Celui qui fabrique les _tavillons_ et qui en
    garnit les toits. A Carouge (canton de Genve), on lit sur une
    enseigne de la rue Caroline: _B***, couvreur-tavillonneur_.

  TEICHE ou TCHE, s. f. Tas de foin, meule de foin. _Construire une
    teiche; lever une teiche._ Terme suisse. Se dit aussi d'un grand
    tas ou amas. _As-tu fait ta provision de fascines?--Oui, j'en ai
    une fameuse teiche. Quelle teiche de bois!_ En espagnol: _Techo_,
    toit d'o l'eau dgoutte. En Languedoc, _tcher_ veut dire:
    Dgoutter, couler goutte  goutte.

  TEL, TELLE, adj. Expression dont on se sert quand on ne veut pas
    nommer les personnes. _Mr tel a demand de tes nouvelles._ Dites:
    Mr un tel. _Tu inviteras Mme telle._ Dites: Mme une telle. Que
    m'importe ce que Mr un tel pense de moi! Au pluriel on doit dire:
    MM. tels, Mmes telles et telles.

  TEL ET QUEL, adj. compos. Intact, sans changement, dans le mme
    tat. _Je vous rends votre sac d'argent, je vous renvoie votre
    groupe tel et quel. Voici vos livres tels et quels._ Supprimez la
    conjonction _et_, et dites: Voici votre argent tel quel. Voici vos
    livres tels quels.

  [+] TEMPLE (LA). _Il se heurta  la temple._ Terme vieux franais.
    Dites: La tempe.

  TEMPS, s. m. _Une heure de temps, deux heures de temps_, etc., sont
    des expressions trs-correctes, mais qui appartiennent au langage
    familier. Quand vous les trouvez censures par les grammairiens,
    soyez certains que ces grammairiens-l n'ont pas lu bien
    attentivement les auteurs classiques; Voltaire, par exemple, s'en
    est servi frquemment.

  TEMPS, s. m. _Qui gagne du temps, gagne tout._ Proverbe remarquable
    et plein de sens, qui manque dans les dictionnaires.

  TEMPS, s. m. Dans le langage des campagnards, _avoir du temps_,
    signifie: Avoir un mauvais temps, avoir de la pluie ou de l'orage.
    _Les hirondelles volent bas: nous aurons du temps._ Terme vaudois.
    A Neuchtel et dans le Jura on dit en ce mme sens: _Il fera du
    temps_.

  TEMPS, s. m. Disposition de l'air. _Le temps s'essuie_, signifie: La
    pluie va cesser; la pluie semble vouloir cesser.

  TEMPS, s. m. Conjoncture favorable, commodit, facilit. _Prenez ce
    sentier, Mesdames, vous aurez meilleur temps_, c'est--dire: Votre
    route en sera plus courte et plus facile. Expression suisse.

  TEMPS (LE). Nous disons d'une personne extrmement fire, qu'_elle
    est haute comme le temps_. Mais que signifie le mot de _temps_
    dans cette phrase? Peut-tre s'agit-il des rgions suprieures de
    l'atmosphre.

  TENDRE, v. a. (fig.) Faire passer, donner. _Tendez-moi la bouteille;
    tendez-nous le sel; tendez-lui les tenailles._

  TENDS-TU? Abrviation de Entends-tu? _Tu viens demain pcher avec
    nous, Robert, et de bonne heure, tends-tu? Tu as promis de venir
    nous rveiller: n'y manque pas, tends-tu?_

  TENIR, v. a. (fig.) Avoir. _Quel quantime du mois
    tenons-nous?--Nous tenons le vingt._ Dites: Quel quantime du mois
    avons-nous?--Nous avons le vingt.

  TENIR, v. a. Terme de ngoce. Dans notre langage, _tenir une
    marchandise_, signifie: L'avoir  la disposition des chalands,
    l'avoir  vendre, la vendre. _Tenez-vous des brignoles,_
    _Monsieur Philippe? Tenez-vous du simolat et des fids?_ Terme
    mridional.

  TENIR DE. _Il tient de bise_, veut dire: La bise souffle. _Il tient
    de vent_, signifie: Le vent souffle.

  TENIR PIED. Terme du jeu de boule, du jeu de quilles, etc. Piter,
    c'est--dire: Tenir le pied  l'endroit qui a t marqu pour
    cela. Expression suisse et savoisienne.

  TENTATIF, IVE, adj. Tentant, tentante, qui tente. _Votre proposition
    est tentative, et je l'accepte. Vous avez l des raisins fort
    tentatifs._ Terme franais populaire. Pour tre correct, il faut
    dire: Une proposition tentante; des raisins tentants, etc.; ou, si
    l'on trouve trop dur  l'oreille ce mot _tentant_, on peut
    facilement prendre un autre tour.

  TENTE, s. f. Banne, grosse toile que les marchands mettent aux
    auvents de leurs magasins pour se garantir du soleil. _Un coup de
    vent emporta la tente._ Terme mridional.

  TENUE, s. f. Direction, conduite. _La tenue d'une cole; la tenue
    d'une classe. La tenue de classe a t d'un mois pour chaque
    concurrent._ Nous disons dans ce mme sens: _Tenir la classe;
    tenir l'cole. Mon collgue, Mr N**, tiendra la classe  ma place
    pendant deux jours._ Ces termes utiles et consacrs chez nous
    n'ont pas encore trouv place dans les dictionnaires.

  TENUE DE LIVRES, s. f. _La tenue de livres est une tude plus
    importante que difficile._ Pour parler correctement, il faut dire:
    La tenue des livres.

  TEPPE, s. f. Plaine inculte, terrain en friche. _Dfricher une
    teppe._ Terme bressan, etc.

  [+] TR'BENTINE, s. f. _Tr'bentine commune; tr'bentine falsifie._
    crivez et prononcez Trbenthine.

  TERGETTE, s. f. _Pousser la tergette; fermer une porte  la
    tergette._ Terme franais populaire. crivez et prononcez
    Targette.

  TERRAILLE, s. f. Poterie de terre. _Une marchande de terraille. Une
    fabrique de terraille._ Terme suisse, savoisien, mridional et
    vieux franais. Une de nos rues s'appelle _le Terraillet_.
    _Terrailler_ voulait dire: Potier de terre. [Voyez ROQUEFORT,
    _Glossaire de la langue romane_, t. II, p. 616.]

  TERRASSIERS, s. m. Potier de terre. Le chemin _des Terrassiers_,
    dans la commune de Plainpalais, tire son nom des potiers de terre
    qui y taient tablis autrefois, et qui s'y sont maintenus jusque
    vers l'anne 1827. Terme savoisien et mridional. En Bourgogne,
    dans le Berry et chez nos campagnards, _terrasse_ ou _tarasse_
    signifie: Terrine, plat de terre, vase de terre, _greulette_.
    Voyez ce mot.

  TERRASSIRE, s. f. Poterie, fabrique de pots de terre.

  TERREAU, s. m. Dans la langue des campagnards ce mot signifie:
    Foss. En vieux franais on disait: _Terrail_.

  TERRE JAUNE. L'expression _terre jaune_, employe non-seulement par
    les campagnards, mais aussi par les gens de la ville, vient de ce
    que dans les plans de dlimitation qui ont t faits aprs le
    trait de Turin, on a teint de jaune la bande limitrophe sur
    laquelle nos voisins ne doivent pas tablir de lignes de douanes.

  TERTASSE, s. f. C'est le nom que beaucoup de personnes donnent,
    depuis quelques annes,  l'une de nos rues montantes. Son vrai
    nom est _Tartasse_. On le trouve tel dans la chanson de l'Escalade
    et dans les registres latins du seizime sicle (_Tartassia_ ou
    _Tartasia_).

  TESTICOTER, v. a. et n. Asticoter, contester, tracasser quelqu'un
    sur de petites choses. _Si ma marchandise vous convient,
    prenez-l, Mamzelle, sinon, pourquoi testicotez-vous?_ Terme
    neuchtelois, lyonnais, limousin, rouchi, etc. A Paris:
    _Tassicoter_; en vieux franais, _tastigoter_.

  TESTICOTEUR, s. m. Chipotier, taquin, vtilleur.

  TTARD, ARDE, s. et adj. Ttu, opinitre.

  TTE, s. f. Le proverbe suivant s'adresse aux personnes oublieuses,
    tourdies: _Quand on n'a pas bonne tte, il faut avoir bonne
    jambe_; proverbe facile  comprendre, et qui est parmi nous d'un
    usage universel.

  TTE--MAILLOCHE, s. f. Ttard, grenouille non dveloppe.

  TTE CARRE. Se dit ordinairement d'une personne opinitre,
    obstine, ttue, inbranlable dans ses volonts. Selon l'Acadmie,
    Tte carre se dit d'un homme qui a beaucoup de justesse et de
    solidit dans le jugement.

  TTERASSE, s. f. Sorte de bouteille en verre, qui est d'un emploi
    utile dans le nourrissage.

  TTIRE, s. f. Chevet. _La ttire du lit._ Terme parisien
    populaire.

  THRIACLE, s. m. Sorte d'opiat. _Une prise de thriacle. Du
    thriacle de Venise._ Terme franais populaire et vieux franais.
    On doit dire: De la thriaque; une prise de thriaque.

  [+] THTIRE, s. f. _Une thtire de porcelaine; une thtire
    d'argent._ Terme franais populaire et vieux franais. On dit
    aujourd'hui: Thire.

  TIENS-TOI BIEN, s. m. Sorte de jeu, o plusieurs enfants sautent
    l'un aprs l'autre sur un d'entre eux, lequel se tient courb en
    forme de cheval. _Jouer  tiens-toi bien._ On dit  Paris: Jouer
    au cheval fondu.

  TIAFFE, s. f. Voyez TIOFFE.

  TIETTE, s. f. _Tiette! tiette!_ est le cri par lequel nous appelons
    les poules. _Tiette_ est pour _tiotte_; et _tiotte_ est un abrg
    de _petiote_ (petite). En Languedoc on dit: _Tite! tite!_ pour:
    Petite! petite! Dans nos villages on dit: _Thit[)a]_ ou
    _tt[)a]_.

  TIGNACHE, s. f. Tignasse, mauvaise perruque.

  TIGNON, s. m. Quignon, gros morceau. _Un tignon de fromage._

  TILLOL, s. m. Arbre. crivez et prononcez Tilleul. Les campagnards
    disent: _Tillot_ (_o_ bref). Terme jurassien, berrichon, vieux
    franais, etc.

  TINQUET, s. m. Gros morceau de quelque chose qui peut se manger  la
    main. _Un tinquet de pain; un tinquet de chchaud; un tinquet de
    saucisse._ A Neuchtel on dit: _Un tanquin_.

  TIOFFE ou TIAFFE, s. f. Nigaude, niaise, bcasse. _Cette grosse
    tioffe ne vient-elle pas me marcher dessus!_

  TIOFFU, UE, adj. et subst. Se dit des personnes et signifie: Lourd,
    lourdaud, pais.

  TIOLE, s. f. Nous disons de quelqu'un qui est ivre: _Il a sa tiole_;
    expression qui nous vient des campagnards. _Tiole_ ou _tieule_, en
    patois, signifie: Tuile. En vieux franais: _Tieule_.

  TIOQUAND, ANDE, subst. Nom propre des habitants du pays de Gex, puis
    dnomination injurieuse pour dire: Un gros paysan, un homme
    grossier dans ses manires. _C'est un tioquand._

  TIOQUE, s. f. Se dit d'une personne sotte et maladroite. _Que tu es
    tioque, ma pauvre Thrse! Tu as le talent de casser tout ce qui
    te passe par les mains._

  TIOQUER (SE), v. pron. Se choquer, se heurter; donner ou frapper
    contre. _L'enfant se tioqua la tte contre un mur. Ces deux
    personnes se sont tioques dans l'obscurit._ Voyez TQUER.

  TIOULE, s. f. Larmes abondantes.

  TIOULER, v. n. Fondre en larmes.

  TIOU-TIOU, s. m. Chevalier aboyeur, sorte de bcassine.

  TIPE-TAPE (), locut. adv. Beaucoup, abondamment,  foison; en
    veux-tu, en voil.

  TIPONNER, v. a. Tirailler, chiffonner, manier une chose comme ferait
    celui qui ptrit la pte, _pitonner_.

  TIRAGE, s. m. Tir, place o l'on s'exerce  tirer des armes  feu.
    _Un tirage spacieux._ Terme suisse.

  TIRAILLE, s. f. La _tiraille_ est un jeu d'coliers, dans lequel,
    rangs en deux camps plus ou moins nombreux, ils se tiraillent
    violemment  l'envi, tchant d'amener  eux, et de retenir
    prisonniers, leurs adversaires. _Faire  la tiraille._

  TIRANT, s. m. Courant d'air. _La fentre entr'ouverte formait un
    tirant. C'est le tirant de la porte qui fait ce bruit._ Terme
    vaudois.

  TIRANT, s. m. Tiroir. _Le tirant de la table._ Terme vaudois.

  TIRANTE, s. f. Se dit d'une femme qui est dure  la desserre, qui
    _tire_ tout  elle, qui accapare et ne fait que des marchs  son
    avantage. _Vous tes bien tirante, ma bonne dame: si tout le monde
    marchandait comme vous, o en serait-on?_

  TIRE, s. f. File, range, suite, longue suite. _Une tire de hutains.
    Voil une bonne pluie, Monsieur Colas.--C'est vrai, Monsieur: mais
    il nous en faudrait deux jours de tire_, c'est--dire: Deux jours
    de suite.

  TIRE, s. f. _crire  tire de plume_, c'est crire aussi vite que la
    plume peut aller. _Pourrais-tu crire  tire de plume le discours
    entier du prdicateur?_ On dirait en franais: Pourrais-tu crire
     trait de plume?

  TIRE, s. f. Tire, traite, certaine quantit de chemin que l'on fait
    sans se reposer. _Nos petits voyageurs firent cinq lieues tout
    d'une tire. De Genve  Douvaine il y a une forte tire._

  TIRE D'OREILLES, s. f. _Il a eu sa tire d'oreilles, sa bonne tire
    d'oreilles_, c'est--dire: On lui a tir vigoureusement les
    oreilles.

  TIRE-GOUINE, s. f. Mauvaise viande. On dit aussi: _Treguigne_.

  TIRE-LCHE. _Faire  tire-lche_, tirer et lcher tour  tour. Sorte
    de jeu ou d'exercice gymnastique entre jeunes garons.

  TIRE-LIGNU, s. m. Sobriquet des cordonniers. Voyez LIGNU.

  TIRE-POILS, s. m. Gribouillette, sorte de divertissement d'enfants.
    _Faire  tire-poils_, c'est jeter des _bonbons_, des drages, de
    l'argent, au milieu d'une troupe d'enfants, qui cherchent  s'en
    saisir, et qui ont le droit de prendre aux cheveux ceux qui en
    sont dtenteurs. Terme savoisien et mridional.

  TIRER, v. a. _Tirer son chapeau_ (se dcouvrir), est une expression
    vicieuse, quoique trs-usite en Suisse, en Savoie et mme en
    France. _Sois poli, Janot, et tire ton chapeau  ces messieurs. Je
    lui tirai poliment mon chapeau, mais il ne daigna pas me rendre le
    salut._ Pour tre correct, il faut dire: ter son chapeau. Je lui
    tai mon chapeau. Nous faisons une faute semblable quand nous
    disons: _Tirer son habit, tirer sa veste_. Il faut dire: ter son
    habit, ter sa veste.

  TIRER, v. a. Aller, poursuivre. _Filez, petits drles, et tirez bien
    vite votre chemin._

  TIRER  L'ARC. Cette expression n'est pas franaise. On doit dire:
    Tirer de l'arc, tirer de l'arbalte.

  TIRER AU PISTOLET. Les dictionnaires disent: Tirer le pistolet. Les
    expressions _tirer au fusil, tirer  la carabine, tirer au canon_,
    ne se trouvent non plus dans aucun dictionnaire franais.

  TIRER LES YEUX. Se dit d'un grand clat de lumire, et signifie:
    blouir, blesser, offenser les yeux. _La rverbration nous tirait
    les yeux. Finis avec cette rataco, tu me tires les yeux._ _Se
    tirer les yeux_, signifie: Se faire mal aux yeux en travaillant
    sans clart suffisante. _Il fait presque nuit, ne lis pas
    davantage, tu vas te tirer les yeux._

  TIRER (SE), v. pron. S'ter, se retirer. _Tire-toi de l, Michel.
    Jeunes gens, tirez-vous d'ici._ Terme mridional, etc.

  TIREVOUGNER ou TRIVOUGNER, v. a. Secouer, tirailler. Dans le
    dialecte fribourgeois, _A tire vougne_, adverbe, signifie: Avec
    difficult, pniblement.

  TIRE-ZYEUX, s. m. C'est le nom que les campagnards donnent 
    l'insecte que nous appelons en franais: Demoiselle.

  TOBIE (UN). Un niais, un nigaud, un _idoine_, un hbt. _Tobie que
    tu es! Oh! le tobie! Oh! le gros tobie!_ Terme berrichon, etc.

  TOCANTE, s. f. Montre, petite horloge de poche.

  TCHE ou TAUCHE, s. f. plur. Terme d'colier. But qu'il faut
    atteindre, dans certains jeux courants, pour tre  l'abri de
    poursuite. _Marquer les tches; rester aux tches; arriver aux
    tches. Ne frouille pas; j'tais aux tches quand tu m'as pris._

  TCHER, v. n. Terme d'colier. Arriver au but, atteindre les
    _tches_, tre aux _tches_, toucher. _Tch! tch! On a tous
    tch!_

  TFET, s. m. Sorte de petite ptisserie. _Un plat de magdelaines et
    de tfets._ Terme jurassien, etc. R. _tt fait_, vite fait. Dans
    le dialecte rouchi, _toto fet_ est le nom d'une sorte de friture.

  TOIL, s. m. Toit. _Monter sur le toil; rparer le toil._ Ce terme
    appartient au langage le plus nglig.

  TOILE, s. f. (fig.) _Avoir la toile sur les yeux_, signifie: tre
    agonisant, tre  l'article de la mort. Expression bordelaise,
    etc.

  TOIS, E, adj. (fig.) Mort, fini, fait. _L'oncle Pierre vit-il
    encore?--Ah! il y a longtemps qu'il est tois. Aprs une telle
    faillite, c'est un homme tois. Quant  sa fortune, n'en parlons
    pas, elle est toise_ (mange, dvore). _Eh bien! c'est entendu,
    c'est une affaire toise._

  TOJOTTE ou TEUJOTTE, s. f. Mauvaise taverne, cabaret borgne, cabaret
    mal approvisionn. Terme vaudois.

  TLE, s. f. Voyez TAULE.

  TOMBE, s. f. Surcrot de convives, affluence de convives qui
    n'taient pas attendus. _Eh bien! femme, que dis-tu de cette
    tombe d'hier? Heureusement qu'on avait des oeufs et du jambon._
    _Tombe_ se dit aussi des acheteurs qui arrivent en grand nombre 
    une foire ou  un march. Terme mridional.

  TOMBE (UNE). La plus petite quantit possible d'une chose liquide,
    un soupon, un rien. _Vous offrirai-je du vin, Caroline?--J'en
    prendrai une tombe, une apparence. Une tombe de vinaigre ne va
    pas mal dans les pommes de terre au lait._

  TOMBER, v. n. (fig.) _Sitt qu'il l'eut aperue, il en tomba
    amoureux_, c'est--dire: Il en devint amoureux.

  TOMBER, v. n. Arriver, parlant des personnes. _De la rue Verdaine on
    tombe dans celle de Rive._ Cette expression n'est pas correcte.
    Tomber ne se dit que de la rue elle-mme ou du chemin. Ainsi l'on
    dira: La rue du Terraillet tombe dans les Rues-basses. Le chemin
    Vert tombe dans la route de Malagnou, etc.

  [+] TOMBURE, s. f. Chute. _Une mauvaise tombure. Qu'as-tu au front,
    Gautier?--Ce n'est rien, c'est la marque d'une ancienne tombure._
    En provenal on dit: _Toumbaduro_.

  TOMME, s. f. Petit fromage blanc fait avec du lait de chvre. _Nous
    djenmes tout uniment de pain et de tomme. La tomme est moins
    pesante  l'estomac que le fromage. Un poulet d'horloger, c'est
    une tomme._ Terme suisse, savoisien et jurassien, dauphinois,
    limousin, provenal et languedocien. _Faire la tomme_, se dit des
    enfants  la mamelle, lorsqu'ils vomissent leur lait.

  TON, s. m. Nous disons proverbialement: _C'est le ton qui fait la
    chanson._ Les dictionnaires franais disent: C'est le ton qui fait
    la musique.

  TON, s. m. (fig.) Vanit, manires hautaines, gots de dpense et de
    faste. _Avoir du ton. Prendre du ton. La jeune Octavie est fort
    simple; sa mre au contraire a beaucoup de ton. Ds que cette
    famille a t dans une sorte d'aisance, elle a pris du ton._
    Prendre un ton est franais, et signifie: Prendre des airs de
    supriorit.

  TONNERRE, s. m. Nous disons: _Il fait du tonnerre; il a fait un gros
    tonnerre; nous aurons des tonnerres._ On le dit ainsi en Suisse,
    en Savoie, dans le Midi et sans doute ailleurs. Mais les
    dictionnaires se taisent sur ces locutions qu'ils remplacent par
    les suivantes: Le tonnerre gronde; il a fait un coup de tonnerre;
    il tonnera.

  TOPER, v. n. Taper, donner un coup. _Allons, c'est conclu! tope l!_

  TPER DANS ou DEDANS. Donner dans. _Es-tu bte, Jean-Pierre! Il t'a
    pouss une bourde et tu as tp dedans._

  TPER (SE), v. pron. Se heurter. _Se tper_, v. rcip. Se battre.
    _Ils se rencontrrent  la nuit tombante et se tprent._

  TOPETTE, s. f. Petite fiole, petite bouteille en verre blanc. _Une
    topette de sirop. Une topette de ratafia._ Terme franais
    populaire.

  TOQUE, s. f. Terme du jeu de _mpis_. Petite butte, petite
    lvation. _Jouer  la toque. Une bonne toque._

  TQUE, s. f. Rosse, distribution de coups. _Recevoir une tque.
    Donner une tque._ Voyez TAUQUE.

  TQUER, v. a. Frapper. Se dit des personnes et de certains animaux,
    des boeufs, par exemple, des vaches, des bliers et des moutons.
    _Retirez-vous, mes enfants, cette vache tque; elle pourrait vous
    tquer. Voyez ces moutons, comme_ _ils se tquent. La nuit tait
    sombre, je me tquai contre le mur._ Nos campagnards de la rive
    droite disent: _Tiquer_. En vieux franais, _toquer_ signifie:
    Heurter, frapper. Terme normand. Voyez TAUQUER.

  TORCHE, s. f. Coussinet, bourrelet, tortillon, linge tortill en
    rond, que les femmes se mettent sur la tte quand elles portent un
    vase, une corbeille, une seille, etc. Terme suisse, savoisien et
    franc-comtois.

  TORCHE, s. f. Terme culinaire. Hachis auquel on donne la forme d'une
    _torche_. Voyez ce mot. Nous appelons aussi _torche_ une sorte de
    pain rond.

  TORCHE, s. f. Rosse, gifle, vole de coups. Terme vaudois.
    _Torcher_ est franais, dans le sens de Battre.

  TORCHE-MIRAUD. Voyez GIRAUD, t. I, p. 231.

  TORCHER, v. a. Pour exprimer qu'un homme n'aura pas ce qu'il dsire,
    nous disons figurment et proverbialement: _Il peut bien en
    torcher son couteau_. Les dictionnaires disent: Il n'a qu' s'en
    torcher le bec.

  TORCHETTE, s. f. Petit torchon. Nous disons d'une assiette bien
    _amasse_, ou d'un plat o l'on n'a rien laiss, qu'_il est net
    comme torchette_, comme si la _torchette_ y avait pass. Puis
    adverbialement, _net comme torchette_, veut dire: Sans faute, sans
    hsiter, rondement. _Tu crois qu'il badine? Dtrompe-toi, il le
    fera net comme torchette._

  TORCHON DE PAILLE, s. m. Le terme franais est: Bouchon de paille.

  TORCHONNER, v. a. Frotter avec un torchon. Terme vaudois et
    neuchtelois.

  TORCHONNER, v. a. Chiffonner, faire maladroitement ou par accident
    des plis  sa robe. _Ne torchonne pas cette cravate. Voyez la
    petite sotte, comme elle s'est torchonne._

  TORDRE L'OREILLE, (fig.) _Tordre l'oreille  un enfant_, signifie:
    Sevrer un enfant. _C'est aujourd'hui qu'on tord_ _l'oreille 
    notre petite Lili._ Cette expression, qui appartient au langage le
    plus familier, fait peut-tre allusion au dplaisir, au chagrin
    extrme qu'prouve le petit enfant lorsqu'on le spare de sa
    nourrice.

  TORNIOLE, s. f. Taloche, trille. _Flanquer une torniole. Il ne se
    vante pas de la torniole qu'il a reue._ Terme berrichon, etc.

  TORTILLER (SE). Se dit quelquefois des personnes et signifie:
    Marcher avec un mouvement, avec un balancement trop marqu des
    hanches, affecter une dmarche vive, dgage et gracieuse. _Cette
    jeune ouvrire se donne des airs, elle se tortille en marchant._

  TORTOLION, s. m. Craquelin, sorte de ptisserie en forme de collier.
    Dans le Dauphin on dit: _Tourtillon_. En franais, Tortillon
    signifie: Linge tortill.

  TTU-BTU (UN). Un bloc. _Faisons de toutes ces marchandises un
    ttu-btu._ Voyez AUTU-BTU, t. I, p. 29.

  TOUILLER, v. n. tre rassasi, ne pouvoir plus avaler. Ne s'emploie
    qu' l'infinitif.

  TOUILLON, s. m. Femme malpropre, femme repoussante par la salet et
    le dsordre de ses vtements. _Un vieux touillon._ Terme vieux
    franais. Dans le Jura on dit: _Tolion_. Dans le patois picard,
    _touillon_ signifie: Torchon. A Reims, _touiller_, v. a., salir.

  TOUNIAUD (UN). Nous disons d'une personne qui est habituellement
    salement vtue: _C'est un touniaud. Votre cureuse est un vrai
    touniaud._ Dans le canton de Vaud, _touni_ veut dire: Idiot,
    hbt, bltre. En Normandie, _tounieux_ ou _touonious_
    signifient: Fainant, vagabond. [Voyez le _Dictionnaire normand_
    de MM. DUMRIL, p. 207.]

  TOUPIN, s. m. Cruche, jarre, pot de terre. Ce mot n'est plus gure
    employ,  Genve, que dans cette expression figure: _tre sourd
    comme un toupin_, c'est--dire: tre sourd comme un pot, tre
    excessivement sourd. Terme suisse et mridional. Dans le Jura on
    dit: _Tepin_; en Savoie, _topin_; dans l'Anjou, _tupin_. Chez nos
    campagnards, _toupin_ ou _tepin_ est le nom de la cloche des
    vaches.

  TOUPINAMBOU, s. m. Sorte de plante. crivez et prononcez
    Topinambour.

  TOUPINE, s. f. Cruche, jarre, grande terrine avec ou sans anse. _Une
    toupine de beurre cuit; une toupine de graisse molle. La toupine
    glissa de dessus la table et fut brique._ Terme suisse et
    savoisien. En Languedoc, _toupine_ se dit d'un pot  faire nicher
    les moineaux. Nous disons figurment et trs-populairement d'une
    personne morte depuis un certain temps, qu'_elle fait des
    toupines_, c'est--dire: Que sa cendre, confondue avec la terre,
    est redevenue argile. En Languedoc, _faire terre_ signifie:
    Mourir. [Voyez VILLA, _Nouveaux Gasconismes corrigs_, t. II, p.
    379.]

  TOUPINER, v. n. Thsauriser, entasser des cus dans une _toupine_.

  TOUR, s. m. Nous disons: _Celle nouvelle m'a donn le tour_, pour:
    Cette nouvelle m'a troubl, m'a boulevers, m'a tourn le sang.
    _La vue de ce cadavre livide m'a donn le tour._

  TOUR, s. m. Nous disons: _Donner le tour_, pour: Faire le tour. _Par
    o dois-je passer pour arriver facilement  ton logis?--Il te faut
    donner le tour par la cathdrale._

  TOUR, s. m. _Faire le tour, donner le tour_, signifient: Suffire 
    la dpense de l'anne, joindre les deux bouts. _Eh bien, Jacques,
    les affaires vont-elles mieux?--Oui, un peu mieux; avec beaucoup
    d'conomie j'ai pu faire le tour._

  TOUR, s. m. _S'en donner deux tours_, ou _s'en donner deux tours et
    la revire_, signifie: S'en donner  outrance, se divertir  fond,
    se livrer  ce qu'on fait compltement et sans arrire-pense.
    Voyez REVIRE.

  TOURMENTE, s. f. (fig.) Le dernier degr de l'ivresse.

  TOURMENTE-CHRTIEN, s. m. Celui qui obsde, importune, tourmente
    quelqu'un. _Laisse-moi tranquille, tu n'es qu'un
    tourmente-chrtien._ On retrouve la mme forme dans: _Un
    tourmente-enfants, un gte-enfants_.

  TOURNE (LA). La retourne. Terme du jeu de cartes. _Quelle est la
    tourne?--Il tourne pique._ Franais populaire.

  TOURNELLE, s. f. Petite tour, tourelle. _Un chteau  quatre
    tournelles._ Terme franc-comtois, berrichon, etc.

  TOURNEMENT DE TTE, s. m. Tournoiement de tte, vertige. _tre sujet
    aux tournements de tte._ C'est ainsi que l'on peut s'accoutumer
     voir sans crainte et sans _tournement de tte_, les abmes les
    plus profonds. [DE SAUSSURE, _Voyages dans les Alpes_, t. Ier, p.
    366.] Terme suisse, savoisien et mridional. J.-J. ROUSSEAU a dit
    correctement: Les lieux escarps me font tourner la tte, et
    j'aime beaucoup ce tournoiement. [_Confessions_, livre IV.]

  TOURNER, v. a. Terme de certains jeux de cartes. _Que tourne-t-il?_
    Dites: De quoi tourne-t-il?--Il tourne coeur, il tourne carreau.

  TOURNER, v. a. _Tourner les moutons, tourner les vaches_, etc. Les
    ramener du lieu o ils ne doivent pas patre  celui qui leur est
    destin et d'o ils s'taient carts. On dit en patois: _V'ri_;
    et dans le patois limousin, _vira_ (virer, tourner).

  TOURNER, v. n. Au lieu de: _La langue lui a tourn_, on dit en
    franais: La langue lui a fourch, la langue lui a manqu,
    c'est--dire: Il a prononc par mprise un mot pour un autre.

  TOURNER UN HABIT. Est une expression gasconne et incorrecte. Ne
    dites donc pas: _Habit tourn, pantalon tourn, redingotte
    tourne_. Dites: Habit retourn, pantalon retourn, etc.

  TOURNER (SE), v. pron. S'altrer, changer en mal, se cailler,
    tourner. _Notre lait s'est tourn. Ce vin se tournera si l'on n'y
    prend garde._ Nous disons aussi, par exagration, d'une personne
    qui a prouv une forte motion, un saisissement violent et
    pnible: _Son sang s'est tourn_. Il faut dire: Le sang lui a
    tourn, c'est--dire: Il s'est fait dans son corps une rvolution
    subite.

  TOURNER (SE), v. pron. Nous disons figurment de quelqu'un qui est
    perplexe, embarrass dans une affaire et qui ne sait quel parti
    prendre: _Il ne sait de quel ct se tourner_. On doit dire: Il ne
    sait de quel ct tourner.

  [+] TOURNER (S'EN), v. pron. S'en retourner. _Tourne-t'en, Gaspard:
    on serait en peine chez toi. Voici la nuit, tournons-nous-en._
    Expression languedocienne.

  TOURNICOTER ou TOURNILLER, v. n. Tournailler, tourner frquemment,
    rder, virer, faire cent tours et dtours. _As-tu assez tournill,
    assez vir, et t'asseyeras-tu enfin?_ Le dictionnaire de
    BESCHERELLE et le _Complment_ de l'Acadmie disent que
    _tourniller_ est peu usit en France. A Genve il est fort connu.

  TOURPIN-TOURPINANT, loc. adv. Clopin-clopant. _Aller
    tourpin-tourpinant_, signifie: Manquer d'aplomb dans sa dmarche,
    chanceler.

        On voyait des trous  ses bas,
    Ses souliers acculs.... Mais le plus ridicule
    C'est qu' chaque talon il avait une _mule_
    Qui le faisait aller tout _tourpin-tourpinant_,
    Ce qui lui donnait l'air d'un _tieurne_ en marchant.

    [CH.]

  Dans le patois vaudois, _touerpin_ ou _touarpeun_, s. m., se dit
    d'une personne qui a le pied bot ou tordu, ou dont la dmarche est
    gne.

  TOUSSILLER ou TOUSSOTER, v. n. Diminutif de Tousser. Tousser
    lgrement, avoir un peu de toux.

  [+] TOUSSIR, v. n. _Mon pauvre Joson a toussi depuis hier  soir
    jusqu' ce matin._ Terme franais populaire et vieux franais.
    Dans notre patois on dit: _T'ci_, et dans le patois de l'Isre,
    _tussi_.

  TOUT, adj. Ne dites pas: _Une fois pour tout_; dites: Une fois pour
    toutes, c'est--dire: Une fois pour toutes les fois subsquentes.
    _Fais bien attention, Albin: je te le dis une fois pour tout, et
    je ne le rpterai plus._ Franais populaire.

  TOUT, adj. masc. _Dans le tout commencement de son mariage, Alexis
    avait eu quelques gards pour sa femme. As-tu dans hier  ce
    bal?--Un peu au commencement, au tout commencement._ Cette
    expression, si frquente chez nous, n'a point d'quivalent en
    franais.

  TOUT DE MME, loc. adv. Oui, d'accord,  la bonne heure, volontiers.
    _Eh bien, Messieurs, faisons-nous la partie de billard?--Tout de
    mme._

  TOUT DE MME, loc. adv. Nonobstant cela, d'ailleurs. _Je ne vous
    conseille pas d'aller au thtre ce soir: tout de mme il est dj
    tard. Renoncez  ce grand voyage: tout de mme la mauvaise saison
    n'est pas loin._ Franais populaire.

  TOUT PREMIER (LE). _Mes enfants, vous tes des indiscrets, et toi,
    Mathurin, le tout premier.  quelle place es-tu dans ton cole,
    Philippine?--Je suis la toute premire._ Dites: Et toi, Mathurin,
    tout le premier: Je suis la premire. [Voyez le dictionnaire de
    l'Acadmie, au mot PREMIER.]

  TOUT NOUVEAU, etc. Pour exprimer que les esprits lgers et
    inconstants s'enthousiasment d'abord de tout ce qui est nouveau,
    mais s'en dgotent non moins vite, nous disons proverbialement:
    _Tout nouveau, tout beau_, ou _tout est beau_. En franais on dit:
    Au nouveau, tout est beau.

  TRAFI, s. m. Prononciation vicieuse du mot _trafic_, dont le _c_
    doit se faire entendre.

  TRAGAL, s. m. Sorte de filet, appel aussi _monte_.

  TRAGIVERSER ou TRGIVERSER, v. n. Tergiverser.

  TRGUE, s. m. Aide-maon, porte-mortier.

  TRGUER, v. a. Porter, traner, trler. _Se trguer d'une promenade
     une autre. Qu'as-tu fait hier, Lamboteau, qu'on ne t'a pas vu au
    sarcle?--Ma fiste, hier c'tait Pques, et j'ai fait comme les
    autres: j'ai trgu ma cauque et mes ourious._ Terme suisse. En
    allemand on dit: _Tragen_.

  TRANARD, ARDE, adj. _Accent tranard, voix tranarde._ Dites:
    Accent tranant, voix tranante.

  TRANASSER, v. a. Augmentatif de traner; transporter sans soin et
    malproprement. _Tu as une belle poupe toute neuve, et tu la
    tranasses partout._ _Se tranasser_ signifie: 1 Se salir en se
    tranant par terre; 2 Se trimbaler, flner. En franais,
    Tranasser, v. n., veut dire: Traner en longueur. Ce mariage a
    bien tranass.

  TRANE, s. f. tat de sant languissant, indisposition qui se
    prolonge, maladie lente, abattement de force aprs un gros rhume.
    _Notre Thrse n'a pas ce qui s'appelle une maladie: elle a une
    trane. Depuis cette mauvaise trane, je n'ai jamais pu me
    rtablir comme il faut._ Terme vaudois.

  TRANE-GANE, s. f. Tout ce qui embarrasse la marche et qu'il faut
    traner aprs soi. _Ce qui m'ennuie  la promenade, c'est cette
    trane-gane d'enfants._ Dans le Jura, _traner la gane_
    signifie: Porter les livres de la misre. Dans le franais
    populaire, _trane-ganer_, v. n., battre le pav avec l'pe au
    ct.

  TRAIN-TRAIN, s. m. _Le train-train des affaires_, c'est: Le cours
    ordinaire des affaires, la manire la plus ordinaire de les
    conduire. On dit de mme: _Le train-train de la maison; le
    train-train du bureau; le train-train du commerce_. A Gap on dit:
    _Le trintran_. L'expression franaise est: Le trantran. Le
    trantran des affaires, etc.

  TRAIT, s. m. Traite, tendue de chemin que l'on fait d'un lieu  un
    autre sans s'arrter. _Nous allmes tout d'un trait de Genve 
    Bonneville._ Terme mridional.

  TRAITER POUR. _Les mdecins le traitaient pour un engorgement au
    foie: c'tait un anvrisme du coeur._ Dites: Les mdecins le
    traitaient D'UN engorgement au foie, c'tait, etc.

  TRATRISE, s. f. L'action de trahir, trahison. Terme franc-comtois,
    mridional, etc.

  TRALAISON, s. f. Trave, travaison, rang de solives. Terme vaudois.

  TRLE, s. f. Ribambelle, squelle, quantit. _Une trle de gamins.
    Une trle de mendiants. Une trle d'injures. Il nous lcha une
    trle de sottises._ Terme vaudois et fribourgeois.

  TRANCANAGE, s. m. Changement de vase inutile et fcheux. _Quel
    trancanage me fais-tu? As-tu bientt fini tous ces trancanages?_

  TRANCANER, v. a. Transvaser inutilement un liquide, et par l le
    perdre ou le gter. _Laisse-moi ce vin dans cette bouteille et ne
    le trancane pas tant. Que trancanes-tu l?_ _Se trancaner_, v.
    pron. Se trimbaler, aller sans but et par flnerie d'un lieu  un
    autre.

  TRANCHER, v. n. Tourner, se cailler. _Cette crme est tranche. La
    sauce a tranch. Les tonnerres font trancher le lait._ Terme
    suisse, savoisien, berrichon, etc.

  TRANCIZION, s. f. Orthographe et prononciation vicieuse du mot
    Transition, lequel se prononce _tran-zi-cion_.

  TRANSPERCER, v. a. Mouiller d'outre en outre, mouiller jusqu'aux os,
    percer entirement. _Cette pluie battante nous a transpercs._
    Dans le nord de la France on dit: _Trapercer_.

  TRANSVASAGE, s. m. Soutirage, remuage. _Le transvasage du vin blanc
    se fait chez nous au mois de mars._ Terme suisse, lorrain, etc.
    Transvaser est franais.

  TRANZI, ZIE, part. Prononciation vicieuse du mot Transi (transi de
    froid), que l'on prononce _tran-cy_, comme _Nancy_.

  TRAPE, adj. Trapu, court et gros, courtaud. En Dauphin et en
    Languedoc on dit: _Trapet_;  Lyon, _trapot_.

  TRAS ou TR, s. m. Terme des campagnards. Solive, poutre, grosse
    pice de bois. _Placer un tras; changer un tras; remuer un tras._
    Terme vaudois, fribourgeois, savoisien et lyonnais. Dans le patois
    de l'Isre: _Trau_; dans le patois lorrain, _trais_; en vieux
    franais, _trabe_. R. lat. _trabs_.

  TRAVAILLER QUELQU'UN. Se prend en mauvaise part et signifie:
    Solliciter quelqu'un, chercher  le gagner,  le capter,  le
    retourner. _Travailler un juge. Le sieur N**, proche parent du
    prsident de la Cour, l'avait longtemps travaill._ Expression
    nergique, inconnue aux dictionnaires, mais usite en Dauphin, en
    Lorraine et sans doute ailleurs.

  TRAVAILLER DE. _Il travaille d'horlogerie. Elle travaille de
    couturire. Notre cousine travaille de lingre. Mr Mathieu
    travaille de gypier_, etc. Dites: Il travaille en horlogerie; elle
    travaille en couture; notre cousine travaille en linge, en
    broderie, etc.

  TRAVAILLER SUR. _Travailler sur l'or; travailler sur le diamant_,
    etc. Dites: Travailler en or, travailler en diamant, etc.

  TRAVERS (LE). Se dit des toffes et signifie: L'envers. _Le_
    _travers de ce drap est aussi beau que le droit. Voil le droit,
    voil le travers._ Dites: Voil l'endroit, voil l'envers.

  TRAVERSE, s. f., ou VENT DE TRAVERSE, s. m. Le vent d'ouest.

  TRAVERSER UN PONT. Dites: Passer un pont. _Le cheval s'abattit en
    traversant le pont de Carouge_ (en passant le pont de Carouge).

  TREDAINE ou TRIDAINE, s. f. Tiretaine, drap grossier. _Un habit de
    tredaine._ Terme vaudois, jurassien, etc.

  TREDON ou TREDAN, s. m. Bruit de dsordre, tapage, tumulte.
    _Entendez-vous ce tredon? C'est un tredon  essourdeler._ Terme
    suisse. Selon CH. NODIER, _trudon_ signifie: Tambour.
    [_Dictionnaire des onomatopes_, 2e dition, p. 278.]

  TREGUIGNE ou TIRE-GOUINE, s. f. Viande dure et filandreuse, viande
    de trs-mauvaise qualit. Au sens figur, _treguigne_ est
    l'quivalent des mots canaille, crapule, objet de rebut, chose de
    nant. On dit aussi: _Tregougne_.

  [+] TREMBLE, s. m. Tremblement, frisson. _Quand je pense  cet
    horrible espectacle, le tremble me prend. Sa maladie commena par
    un grand tremble._

  TREMBLER, v. a. Secouer, hocher. _Trembler un arbre_, c'est: Le
    secouer pour en faire tomber les fruits. _On leur abandonna deux
    pommiers qu'ils tremblrent  outrance._

  TREMPE, adj. Tremp, extrmement mouill. _Elle arriva toute trempe
    de sueur._ Franais populaire.

  TREMPE, s. f. Vole de coups, rosse. _Donner une trempe. Recevoir
    une trempe._

  TREMPE, s. f. Terme des campagnards. Pluie abondante, pluie de
    dure qui trempe la terre. _Il a fait une bonne trempe._ Terme
    lorrain, etc.

  TREMPOTTE, s. f. Mouillette, pain tremp dans du vin pur. _Faire la
    trempotte._ Terme jurassien. Dans diverses provinces de France on
    dit: _Faire la trempette_; ailleurs, _faire la trempinette, faire
    la trempusse_.

  TRENTE-SIX. _Vous en avez trente-six_, veut dire: Vous en avez
    menti. _Il en a trente-six_, il en a menti.

  TRPER, v. a. Terme des campagnards. Marcher sur. _Tu me trpes_ (tu
    marches sur ma robe). Dans le patois limousin: _Trepa lo terro_,
    pitiner la terre, etc. En Lorraine, _tripler_ signifie: Fouler
    aux pieds. En vieux franais on disait: _Triper_ et _trepper_. R.
    lat. _tripudio_.

  TRS, adv. C'est mal parler que de dire: _J'ai trs-faim; j'ai
    trs-soif; j'ai trs-sommeil; j'ai eu trs-peur; tu as
    trs-raison; elle a trs-mal au pied. Ce pauvre Nicolin aurait
    trs-besoin d'un chapeau. Je te prte mon joli parapluie, mais tu
    en auras trs-soin. Vos petites friandises ont fait trs-plaisir.
    Tu as trs-tort de dsobir, Ferdinand. C'est trs-dommage de
    chapler ce morceau d'toffe_, etc. L'adverbe _trs_ ne doit pas
    modifier un substantif. Les phrases suivantes sont donc aussi
    incorrectes: _Ce jeune homme fait trs-l'aimable; il fait trs-le
    gentil et sa soeur fait trs-la savante_.

  TRESSAUT, s. m. Tressaillement. _ ce coup de canon, je fis un
    tressaut._ Je redoublai de sommeil, aprs avoir t secou par un
    norme tressaut. [TPFFER, _Le Presbytre_, p. 36.] En vieux
    franais, _tressault_ signifie: Action de sauter, action
    d'enjamber. Tressauter est dans quelques dictionnaires.

  TRIAILLE, s. f. Triage. _Faire une triaille. Ce n'est que de la
    triaille_ (ce n'est que du rebut). Terme mridional.

  TRICOTER, v. a. Btonner, rosser. Terme vieux franais. Tricot,
    gros bton, est franais.

  TRIGE, s. m. Toile ouvre. _Trige uni, trige faonn._ Terme
    suisse, savoisien et franc-comtois.

  TRIG, GE, adj. Ouvr, ouvre. _Serviette trige._

  TRIFOUILLER, v. a. Farfouiller.

  TRIMAILLEMENT, s. m. Mouvement, trmoussement. Dans le franais
    populaire, Trimer signifie: Marcher vite et avec fatigue.

  TRINCANAGE, s. m. Voyez TRANCANAGE.

  TRINCANER, v. n. Voyez TRANCANER.

  TRINGUE, s. f. Tringle. _Tringue de rideau. Pourrais-tu m'avanter
    cette tringue?_ Terme lyonnais et vieux franais.

  TRINGUETTE, s. f. Pour boire, petite gratification. _La tringuette
    du cocher._ A Neuchtel on dit.: _Le tringuelt_; en allemand,
    _Trinkgeld_.

  TRINQUEBALLER, v. a. Augmentatif de trimballer, qui signifie:
    Traner, mener, porter partout. Terme franais populaire. Dans le
    canton de Vaud on dit: _Tringuemaller_.

  TRILE, s. f. Rptition d'un air de musique plaintif et ennuyeux,
    ritournelle fatigante. _Ne continue pas cette trile. Dis-donc,
    quinquerneur, tu nous impatientes avec ta trile._ Terme suisse.
    Au figur, nous appelons _trile_, une personne ennuyeuse, et qui
    rabche toujours les mmes choses.

  TRILER, v. a. Rpter plaintivement la mme chose, importuner par
    des demandes ritres. _Va-t'en, Alexis, tu me triles. Que
    triles-tu l depuis trois quarts d'heure?_ Dans le canton de Vaud
    on dit: _Triouler_. R. _triolet_, petite posie de huit vers dont
    le premier se rpte deux fois.

  TRIPOT, s. m. Nous donnons  ce mot un sens qu'il n'a pas en
    franais. Tripotage, manigance, micmac, mene sourde, cancan.
    _Faire des tripots. Se mler dans un tripot. N'tes-vous pas
    dgot de leurs tripots?_ BESCHERELLE, qui seul fait mention de
    ce mot, pris dans ce sens, le donne comme peu usit. Il est fort
    connu chez nous.

  TRIPOTEUR, EUSE, subst. Tripotier, tripotire, celui ou celle qui se
    mle de tripotages. Terme suisse et savoisien.

  TRIURES, s. f. pl. pluchures.

  TRIVOUGNER, v. a. Tirailler quelqu'un ou quelque chose; secouer,
    branler en secouant. Dans le patois vaudois on dit: _Trevougni_
    ou _tservougni_.

  TROC. _De troc ou de broc._ En franais: De bric et de broc.
    [BESCHERELLE.] _Il mne ma vache en champ, et elle se nourrit de
    troc et de broc._

  TROCHER, v. n. Se dit du bl et signifie: Taller, donner trop de
    tiges. _Les bls ont troch._ Terme vaudois et fribourgeois. Dans
    le Jura on dit: _Trucher_.

  TROIS-QUARTS, s. m. Ancienne petite monnaie genevoise, valant trois
    centimes ou  peu prs. _Les trois-quarts ont cess d'tre frapps
    l'an 1610._

  TROIS-VINGTS. Nom de nombre. Soixante. _Quand j'avais mes
    trois-vingts_, disait un vieillard de Veirier, _je labourais
    encore  la pelle, et je conduisais la charrue_. Terme vaudois et
    vieux franais.

  TROMPETEUR, s. m. Celui qui s'amuse  sonner de la trompette. _Les
    petits garons parfois sont d'ennuyeux trompeteurs._

  TRONCHE DE NOL, s. f. Bche de Nol, souche de Nol. _Faire caquer
    la tronche_, signifie: Frapper sur la bche pour en faire tomber
    les drages ou autres friandises que les parents y ont introduites
    dans le but d'amuser leurs enfants. Le mot de _tronche_ est connu
    en Suisse, en Franche-Comt et sans doute ailleurs. R. lat.
    _truncus_.

  TRONC DE CHOU, s. m. Trognon de chou, trou de chou, tige du chou
    dont on a t les feuilles. Dans le Jura on dit: _Trt de chou_.

  TROP  BONNE HEURE. Dites: De trop bonne heure, et non pas: _Trop de
    bonne heure_.

  TROTTE, s. f. Trotte, course, traite, espace d'un lieu  un autre.
    _Nous fmes sans nous arrter une trotte de sept lieues._

  TROU, s. m. Troue, ouverture dans l'paisseur d'une haie. Terme
    gascon.

  TROUILL, LE, adj. Se dit principalement des fruits, et signifie:
    Patrouill, gt, mal mani, cras, mouill, qui a perdu toute sa
    fracheur. _Des raisins trouills._ En Normandie et dans le Berry,
    _trouiller_, v. a., signifie: Salir. En vieux franais, ce verbe
    signifiait: Chiffonner en pressant. Dans le patois limousin,
    _troulia_, chiffonner. Notre mot patois _trolli_ (_ll_ mouills),
    veut dire: Pressurer.

  TROUILLON, s. m. Femme sale et mal vtue. En patois on dit:
    _Trouye_, et dans le franais populaire, _trouille_.

  TROUPE, s. f. Grande quantit, ribambelle. _Une troupe de sottises,
    une troupe d'injures. Tu nous dbites l une troupe de btises._
    Franais populaire. C'est aussi une faute de dire: _Une troupe de
    monde_; il faut dire: Une troupe de gens.

  TROUPELE, s. f. Grande troupe, ribambelle, pote. _Une troupele de
    badauds. Une troupele d'enfants._ Dans le patois limousin,
    _troupel_, et en vieux franais, _troupelet_, signifient:
    Troupeau, petit troupeau.

  TROUSSEPET, s. m. Petit enfant chtif, mais intelligent, agrable et
    gentil. Dans le franais populaire, _trousse-pette_ se dit par
    mpris en parlant d'une petite fille. En Normandie, _troussepin_
    se dit d'un enfant espigle.

  TROUVE, s. f. Trouvaille. _Faire une trouve. Quelle fameuse trouve
    tu as fait l!_ Terme franais populaire.

  TRUIASSE ou TRUYASSE, s. f. Femme trs-malpropre, femme dgotante
    et repoussante par la salet et le dsordre de ses vtements.
    Augmentatif du mot Truie.

  TRUIE, s. f. Nous disons proverbialement d'une chose qui se
    dtriore considrablement: _Elle s'en va en chair de truie. Si la
    pluie continue de la sorte, toute notre rcolte s'en ira en chair
    de truie._ Allusion  la viande des truies portires, laquelle
    fait beaucoup de dchet.

  TRUIERIE, s. f. Vilenie, salet, ordure, obscnit. _Dire des_
    _truieries. Balayez-nous ces truieries. Pousser  cet excs la
    lsine, c'est une truierie._ Terme vaudois.

  TRUQUER, v. n. Cosser. Se dit des btes  cornes et surtout des
    bliers qui heurtent de la tte les uns contre les autres.

  TUBTU, s. m. et adv. _Acheter du bois, acheter du foin au tubtu.
    Faisons de ces diverses marchandises un tubtu._ Terme
    fribourgeois, etc. Voyez AUTU-BTU.

  TUFELLE, s. f. Terme des campagnards. Pomme de terre. _Planter les
    tufelles; arracher les tufelles._ En Languedoc on dit: _Tufre_ ou
    _tufne_, terme form du mot _trufe_ ou _trufle_, par lequel on
    dsigna d'abord les pommes de terre dans tout le midi de la
    France.

  TUILE COURBE. Dites: Tuile creuse, tuile fatire, ou tuile en
    gouttire.

  TUILIRE, s. f. Tuilerie, lieu o l'on fait la tuile. _La tuilire
    d'Hermance; la tuilire de Chtelaine; la tuilire Colliard_, prs
    de Carouge. Terme suisse, savoisien et mridional.

  TUILON, s. m. Tuileau, morceau de tuile casse. Terme lorrain.

  TUNE, s. f. Ribote, gala, dbauche de table. _Faire une tune._ Terme
    vaudois.

  TURBENTINE, s. f. Trbenthine. _Huile de turbentine._ Terme vieux
    franais. En Dauphin et en Languedoc plusieurs disent:
    _Tourmentine_.

  TURLUBERLU ou TURLUBRELU, s. m. Hurluberlu, tourdi, vapor,
    cervel. _Quel tapageur que votre neveu! quel tourneau! quel
    turlubrelu!_ Terme vaudois, neuchtelois, lyonnais, bordelais,
    etc. Voyez HURLUBRELU.

  TUTAYEMENT, s. m. Tutoiement, action de dire _tu_ et _toi_ en
    s'adressant  quelqu'un. Voyez le mot suivant.

  TUTAYER, v. a. User des mots _tu_, _te_ et _toi_ en parlant 
    quelqu'un. _Beaucoup d'amis et de trs-bons amis ne se tutayent
    pas._ Dans le dix-septime sicle et dans la premire moiti du
    dix-huitime, on crivait tutoyer et on prononait _tutayer_.
    [Voyez le dictionnaire de l'Acadmie franaise, Ire dit., 1694.]
    Aujourd'hui on crit et on prononce tutoyer, je tutoie, elle
    tutoyait.


U

  ULCRE, s. f. _Une ulcre._ Ce mot est masculin.

  UN, UNE, adj. _Un_ est mis abusivement pour deux dans l'exemple
    suivant et dans les exemples analogues: _De ces quatre frres il
    n'y en a pas un qui se ressemble_. Dites: Il n'y en a pas deux qui
    se ressemblent.

  UN (LE). Le premier. _Quel jour sommes-nous?--Nous sommes le un.
    Quand partez-vous?--Je pars le un._

  UNE, adj. num., suivi du pluriel. _Une heure ont sonn_, est une de
    nos plus tranges fautes.

  UNIFORME, s. m. Nous disons: _Un habit d'uniforme; endosser l'habit
    d'uniforme_, etc. On doit dire: Un habit uniforme, ou: Un
    uniforme. Endosser l'uniforme; prendre l'habit uniforme.

  UN TANT SOIT PEU, s. m. _Tu as beaucoup de tabac, donne-m'en un tant
    soit peu._ Dites, en retranchant l'adjectif _un_: Donne-m'en tant
    soit peu.

  USAGE, s. m. Service, user, s. m. _Prenez sans crainte cette toffe;
    prenez hardiment ce drap: ils vous feront beaucoup d'usage; ils
    vous seront d'un bon usage; ils deviendront mme plus beaux par
    l'usage._ Dites, avec le dictionnaire de l'Acadmie: Ils seront de
    bon user; ils seront de bon service; ils deviendront plus beaux
    par l'user.

  USE, adj. Us. _Un pantalon use; une redingotte use._ Terme connu
    dans le Berry, et sans doute ailleurs. Employ figurment, ce mot
    signifie: Dcrpit. _Le voisin N** est mort  l'ge de trente-huit
    ans, et il tait dj tout use._ Expression triviale.

  USE, s. f. Terme de charron. Esse, cheville en forme de S.

  USER, v. n. Nous disons proverbialement: _Qui refuse n'use_. On doit
    dire: Qui refuse muse; ce qui signifie: Que celui qui refuse une
    offre a tort, et perd souvent une occasion qu'il ne retrouvera
    plus.

  UTENSILE, s. m. Ustensile. _La pauvre Gothon a vendu jusqu' son
    dernier utensile._ Terme mridional et vieux franais. R. lat.
    _utensile_.

  UVES, s. f. pl. Voyez OEUVES, p. 66.


V

VACHE, s. f. Nous disons proverbialement et injurieusement, en parlant
d'une personne peu recommandable et qui est revenue d'une maladie
grave: _Il mourrait plutt la vache d'un pauvre homme_. En Languedoc
on dit: _Il mourrait plutt l'ne d'un pauvre homme_. Dans le franais
populaire: _Il mourrait plutt un chien de berger_. [Voyez le
_Dictionnaire du Bas langage_, t. Ier, p. 198.]

VACHE, s. f. Vaquette, pied de veau, plante qui fleurit dans les haies
pendant les mois d'avril et de mai.

VACHE, s. f. Se dit figurment d'une personne qui est  la fois
trs-corpulente, trs-molle et trs-apathique. Terme bas et grossier.

VACHE, s. f. Noyau d'abricot tach de blanc. Terme d'colier.

VACHERIN, s. m. Sorte de fromage  la crme, lequel se fabrique
surtout dans le Chablais. Les _vacherins_ que vous m'envoyez, seront
distribus en votre nom. [J.-J. ROUSSEAU, _Lettre crite de
Motiers-Travers  Mr D'Ivernois_.]

VACILLER, v. n. (_ll_ mouills.) On doit prononcer _va-cil-ler_.

VACILLEMENT, s. m., n'est pas franais; on dit: Vacillation, et l'on
prononce _va-cil-la-tion_.

VAILLANT, ANTE, adj. Se dit des domestiques et des ouvriers, et
signifie: Actif, diligent, ardent  l'ouvrage, laborieux. _Notre
Suzette est une fille sage et vaillante._ Terme mridional, vieux
franais, etc.

VADER, v. n. S'esquiver, s'vader, partir  la sourdine.

VAILLE QUI VAILLE, loc. adv. Vaille que vaille,  tout hasard, quelle
que soit la valeur de la chose. _Acceptez sa promesse, vaille qui
vaille. Contentez-vous d'une signature, vaille qui vaille._ Dites:
Vaille que vaille.

VALRIENNE, s. f. Valriane, plante mdicinale.

VALET, s. m. Terme d'amiti qu'on donne quelquefois aux petits
garons. _Ne pleure pas, tu es mon valet. Viens, mon valet, viens, que
je t'embrasse._

VALEUR, s. f. Appoint. Les bordereaux sont ordinairement ainsi conus:
_cus, 60.--Valeur, 3 fr. 50 c._ Dites: Appoint.

VALSER, v. n. S'esquiver, s'vader, se sauver, prendre la poudre
d'escampette. Franais populaire.

VANGERON, s. m. Petit poisson particulier  notre lac et  celui de
Neuchtel. Mr JURINE lui donne le nom de Rosse. A Neuchtel on
l'appelle: _Vingeron_. Mr GREL, dans son _Vocabulaire_, l'appelle:
Gardon.

VANNER, v. n. Dcamper, s'esquiver, filer, s'chapper. Terme franais
populaire.

VANTADOUR, s. m. Fanfaron, vantard. _Faire le vantadour._ Terme
neuchtelois.

VANTAU, s. m. Contrevent extrieur. _Ouvrir les vantaux; fermer les
vantaux; arrter, fixer les vantaux._ Terme vaudois, neuchtelois,
dauphinois et vieux franais. Ce mot, recueilli par GATTEL
(grammairien dauphinois), et copi par BOISTE, a t repouss par Mr
BESCHERELLE, dont le dictionnaire est cependant un lieu de refuge,
ouvert  tous les genres de barbarismes. En franais, Vantail, dont
le pluriel est Vantaux, signifie: Battant d'une porte, battant d'une
fentre.

VARIEMENT DE COEUR, s. m. Dfaillance. Voyez le mot suivant.

VARIER, v. n. Avoir des vertiges, dfaillir. _Le coeur lui varie. Le
coeur me variait_, c'est--dire: J'avais des vertiges. Expression
principalement familire aux campagnards.

VARIER, v. n. Corruption de _avarier_. _Parmi les arbres ou
arbrisseaux plants en hiver, il y en a qui varient  la sve du
printemps_, c'est--dire: Qui se dtriorent ou prissent.

VASE, s. m. Tonneau, fuste.

VASE, s. m. Ce mot s'emploie chez nous en parlant d'une glise, d'une
galerie, d'une bibliothque, et autres grandes pices d'un btiment
considres en dedans. _Notre temple de Saint-Pierre est un beau vase.
La voix de ce prdicateur remplit aisment les plus grands vases._
Dans ces deux exemples, et dans les analogues, dites: Vaisseau.
L'glise de Notre-Dame de Cambray est un trs-beau vaisseau.
[PELLISSON.]

VEAU, s. m. Nous disons d'une vache qui a mis bas: _Elle a fait le
veau_. Dans le Berry on dit: _Elle a fait veau_. Il faut dire: Elle a
vl. Faire le veau se dit d'une personne qui s'tend nonchalamment.

VEILLER, v. n. Terme consacr pour dire: Passer la veille, passer la
soire ou l'aprs-soupe chez un voisin, chez un ami, chez un parent.
_Femme, o veilles-tu ce soir_ (o vas-tu  la veille ce soir)?--_Je
veille chez ma belle-soeur. Demain on veillera tous chez le
grand-papa._ Terme languedocien.

VEILLER (SE), v. pron. Veiller, surveiller, observer. _Claudine,
veille-toi ce rdeur, veille-te-le bien._

VEINE, s. f. Les veines de dessus la main devenant ordinairement
fortes et saillantes par le travail manuel, on dit proverbialement:
_Qui voit ses veines, voit ses peines_. Ce dicton s'tend encore aux
personnes dont la main est amaigrie par l'ge ou par la maladie.

VENDAGE, s. m. Sorte de cabaret, o l'on vend le vin en dtail, mais
o l'on ne donne pas  manger. _tablir un vendage. Nous ferons une
halte au premier vendage._ Terme vaudois et neuchtelois. En vieux
franais, _vendage_ signifie: Vente, dbit.

VENDANGETTE, s. f. Sorte de grive, grive musicienne.

VENDANGEUSE, s. f. Petite fleur blanche, qui fleurit vers le temps de
la vendange.

VENDME (FAIRE). Vendre ses hardes, ses effets. _Il a t oblig de
faire vendme de tout son butin._ [G. G.]

VENDRE, v. a. Ce terme des coliers, dans leurs divers amusements sur
la neige et la glace, signifie: Atteindre, culbuter, faire pirouetter.
_Gare! gare! tu es vendu. Ne me vends pas, Antoine; s'il te plat, ne
me vends pas!_

VENDRE VIN, v. a. Dbiter du vin. Terme suisse, berrichon, etc.

VENGERON, s. m. Sorte de poisson. Voyez VANGERON.

[+] VENIMEUX, EUSE, adj. Malsain, parlant des personnes. _Un enfant
venimeux_, dans le langage trs-populaire, est un enfant dont le sang
est vici.

VENIR, v. n. Devenir. _Depuis ces bonnes pluies, la campagne est
venue bien verte. Je crois, ma chre, que je viens sourde._ Terme
franais populaire.

VENIR (SE), v. rfl. _Cet enfant a une excellente nourrice: il se
vient bien_ (il vient bien), c'est--dire: Il prospre, il grossit, il
prend un air de sant. _Notre mlie, qui tait toute moindrolette, il
y a deux mois, se vient trs-joliment aujourd'hui._

[+] VENIR (S'EN), v. pron. Ce verbe est franais. On dit:
Venez-vous-en; t'en viens-tu? etc. Mais on ne dit pas, au parfait
indfini: _Elle s'est en venue_; ni: _Je me suis en venu; elle s'en
est en venue; tchez voir que Jean-Pierre s'en en vienne_. On dit:
Elle s'en est venue; tchez que Jean-Pierre s'en vienne, etc.

VENIULE, s. f. Venelle, passage troit, sentier. _Il s'est chapp par
la veniule; il a pris une mauvaise veniule; il a manqu la veniule._
Au sens figur: _tre dans la veniule, enfiler la veniule_, signifie:
tre dans la bonne voie; trouver le moyen de russir.

VENT, s. m. Les vents qui rgnent dans le bassin de Genve et sur le
lac Lman sont au nombre de huit, savoir: 1 Le MLAN ou la MLANNE
(vent d'est), ainsi appel parce qu'il vient du ct de la montagne du
_Mle_: vent paisible et qui n'est presque jamais orageux. 2 Le
BORNAND (vent du sud-est), ainsi nomm parce qu'il vient du ct des
montagnes du _Grand_ et du _Petit-Bornand_, en traversant les _Bornes_
et le mont Salve. Il souffle ordinairement par rafales et excite de
grands orages. 3 Le CREUSEILLAND (vent du sud), ainsi appel parce
qu'il vient du ct de _Creuseille_ et du mont de _Sion_. C'est le
vent proprement dit. Il souffle le plus souvent par bouffes, et
occasionne quelquefois de grands orages. Quand il amne la pluie, elle
dure assez longtemps. 4 Le MICHAILLAND (vent du sud-ouest), ainsi
nomm parce qu'il vient du ct de la _Michaille_, petit pays situ
sur la rive droite de la Valserine,  l'ouest du fort de l'cluse.
Quand il souffle en t, c'est une espce de sirocco; et s'il rgne
durant quelques jours aux approches des moissons, il fait _venter_ les
bls, qui dprissent et ne produisent que des grains avorts ou
retraits. 5 Le BOURGUIGNON (vent d'ouest), ainsi appel parce qu'il
vient de la _Bourgogne_, du ct de Chzery et de Llex. Il traverse
le mont Jura, et s'abat quelquefois avec furie sur les villages du
pays de Gex situs au pied de cette montagne. 6 Le JORAN (vent du
nord-est), qui vient du ct de la partie du _Jura_ qui avoisine la
ville de Gex. Il souffle ordinairement par bouffes et excite souvent
de grands orages. 7 La BISE (vent du nord). Elle amne d'ordinaire le
beau temps. Si elle est accompagne de pluie, on la nomme _Vouaret_,
dans certaines localits. 8 Le SCHARD (vent du nord-est), ainsi
nomm  cause de sa qualit _desschante_. Il nous arrive par le lac
et amne presque toujours le beau temps. Quand il rgne, le ciel est
serein ou peu charg de nuages. Le peuple du bassin de Genve
l'appelle aussi, dans son langage expressif: _La Dame de Lausanne,
Notre Dame de Lausanne_. [P. G.]

VENT (LE). C'est ainsi que nous dsignons d'un seul mot le Vent du
midi. _Le vent s'lve, nous aurons de l'eau. Le vent n'est pas comme
les vieilles femmes, il ne court pas pour rien_, c'est--dire: Qu'en
dernier rsultat il amne un changement de temps et la pluie.

VENT BLANC, s. m. C'est le nom que nous donnons au vent du midi, quand
il souffle sans couvrir le ciel de nuages. Terme neuchtelois.

VENTER, v. n. Nous disons d'une chandelle allume qu'elle _vente_,
lorsque la flamme en est agite par le vent et que le suif se fond
plus vite. Nous le disons aussi des rideaux. Les rideaux _ventent_
lorsqu'ils sont mis en mouvement par l'action de l'air.

VENTER, v. n. Se dit des bls, et signifie: tre attaqu de la maladie
appele nielle ou carie. Les bls _ventent_ lorsque, tant  peu prs
mrs, ils sont surpris par des roses froides et fortes, sur
lesquelles tombe ds le matin un soleil trs-chaud.

VENTRAILLE, s. f. Tripaille, intestins des animaux. Terme
languedocien, vieux franais, etc.

VENTRE, s. m. On dit drisoirement d'un prodigue  qui il ne reste
plus rien: _ prsent qu'il a tout dpens, il est oblig de se
frotter le ventre avec un carron_ (une brique). Figurment, _Se
frotter le ventre avec un carron_ (voyez CARRON), signifie: Se passer
de manger. On dit  Paris dans le mme sens: _Se serrer le ventre_.
[_Dictionnaire des locutions vicieuses._] Nous disons figurment dans
le mme sens: _Danser devant le buffet_.

VENTRE, s. m. Nous disons  un enfant, qui tant servi abondamment
d'un mets, ayant son assiette bien garnie ou sa poche pleine, se
plaint encore de n'avoir pas assez: _Tu as les yeux plus grands que le
ventre_. Dites: Que la panse.

VERDARULE ou VERDERULE, s. f. Verdule, verdelet, bruant.

VERGILLON, s. m. Petite verge, petite baguette. Se dit surtout de
cette baguette de noisetier que les pcheurs ajoutent  l'extrmit du
roseau qui leur sert de ligne. Terme vaudois. En vieux franais,
_verjon_.

VERGNE, s. m. Verne, aune, sorte d'arbre qui crot au bord des eaux.
Terme vieux franais. Nos campagnards lui donnent le genre fminin.

VERNET, s. m. Verney, lieu plant de vernes ou aunes. _La campagne des
Vernets. L'hospice des Vernets._

VERSE, s. f. Signifie: 1 Une rasade, un plein verre; 2 Une averse.
_Je te demande un peu de vin et tu me flanques une verse._

VERSER, v. a. Rpandre. _Lequel de vous, mes enfants, a vers cette
encre? Tu veux te servir toi-mme, Ernestine, et tu verses la sauce
sur la nappe._ Franais populaire.

VERSER, v. a. Nous disons figurment d'un marchand, d'un commerant
qui, par sa faute, a fait de mauvaises affaires et s'est ruin: _Il a
vers son cuelle_.

VERSER, v. n. Se rpandre par les bords. _Viens vite, Jeannette, ton
lait verse; ta cassette va verser._ Expression mridionale.

VERSI VERS, loc. adv. Vice vers, qu'on prononce _vic-vers_; termes
latins qui signifient: Rciproquement.

VERT, s. m. _Faire le vert et le sec_, signifie: Se donner toutes les
peines du monde pour russir dans une affaire. L'Acadmie et les
_Dictionnaires de proverbes_ disent: Employer le vert et le sec.

VESSICATOIRE, s. m. crivez Vsicatoire et prononcez
_v-zi-ca-toire_.

VESTE, adj.  demi ivre, gris. _Il est veste._

VESTE, s. f. Nous disons de quelqu'un qui a trop bu: _Il a sa veste,
la plus belle veste du monde, laissons-le dormir. Il a pris une
veste._ On dit aussi: SE VESTER, pour: Se griser.

VICAILLE, s. f. Victuaille, provisions de bouche. _Il y a assez de
vicaille dans leur maison._

VICOTER, v. n. Vivoter, vivre petitement, subsister pauvrement et avec
peine. _Avec ces quarante francs, ils purent vicoter deux mois._ Terme
lyonnais, etc. En vieux franais, _Vicquer_ signifie: Vivre, tre en
vie.

VICREUSE (LA). C'est le nom de divers petits chemins dans notre
canton. _Vicreuse_ ou _Vie-creuse_ veut dire: Voie creuse, chemin
creux. En patois, _v-a_ ou _v_ signifie: Chemin. R. lat. _via_.

VIDE, s. f. Action de vider ou de se vider. S'emploie au sens propre
et au sens figur. _Ils sont tous partis! voil une fameuse vide!_

VIDEUSE (UNE). Terme de la fabrique d'horlogerie, ouvrire qui dcoupe
le coq de la montre.

VIDOLET, s. m. Terme des campagnards. Sentier particulier. _Le vidolet
de Sierne._ Dans le patois de l'Isre et en vieux franais on dit:
_Violet_.

VIEILLE, s. f. Vielle; instrument de musique fort connu. _Jouer de la
vieille._ Terme franais populaire.

VIEILLOPET, ETTE, adj. et subst. Vieillot, vieillote, qui commence 
avoir l'air vieux: _Une petite vieillopette_.

VIEULIET ou VIEULIER, s. m. Violier, girofle. _Un vieuliet double._
Terme savoisien, lyonnais et mridional.

VIEUX FER. _tre au vieux fer_, est une expression figure qui
s'emploie en parlant des personnes et qui signifie: N'tre plus bon 
rien. _Mettre au vieux fer_, veut dire: Rebuter, ddaigner. _Ils ne
veulent plus rien de moi, et ils me laissent de ct! Ils s'imaginent
donc que je suis dj au vieux fer._

VIEUX JOIN, s. m. Vieux oing, vieille graisse de porc fondue, dont on
se sert pour frotter les voitures. Oing est le mot latin _unctum_.

VIGOUREUSE, s. f. Sorte de poire. Voyez VIRGOUREUSE.

VINOCHE, s. f. Mauvais vin, piquette, vin. _Retire-toi, Bastian,
retire-toi bien vite, tu pues la vinoche._

VIOLETTES, s. f. _tre aux violettes_ est une expression figure et
factieuse qui signifie: tre pensionnaire de l'Hpital et plac comme
tel chez des campagnards. On dit dans le mme sens: _tre aux
avant-postes_.

VIOLONNER, v. n. Jouer du violon. Se dit de celui qui fatigue ses
alentours en rclant ou en tudiant.

VIOLONNER, v. a. Rpter toujours la mme chose, rabcher, fatiguer
par d'ennuyeuses redites. Terme vaudois.

VIOLONNEUR, s. m. Mauvais joueur de violon, rcleur. _La peste soit du
violonneur!_ Terme languedocien, etc.

VION-NET, s. m. Terme des campagnards. Petit sentier public. _Vous
accourcirez en prenant ce vion-net._

VIRABOQUET, VIREBOQUET, ou VIREBREQUET, s. m. Jouet d'enfant. Noyau
d'abricot perc, dans lequel on enfile un petit bton plant dans une
pomme de terre et qu'on fait tourner au moyen d'une ficelle ou d'un
fil ajust au noyau.

VIRABOUQUIN, VIREBOUQUIN ou VIREBREQUIN, s. m. Vilebrequin, outil
d'artisan qui sert  trouer,  percer du bois, de la pierre, et autres
corps durs. On dit  Lyon: Virebroquin.

VIRE-DE-PIED, s. m. Croc en jambe.

VIRE-DE-PIED, s. m. Mesure d'un travers de pied. _La largeur de sa
chambre tait de sept pieds et un vire-de-pied._ On dit aussi:
_Revire-de-pied_.

VIRER CASAQUE. Tourner casaque, changer de parti.

VIRER L'OEIL. Tourner de l'oeil, mourir. _Regarde cette pauvre truite,
comme elle vire l'oeil._ Expression limousine.

VIRET, s. m. Sorte de miton chaud.

VIRET, s. m. Escalier en limaon. Dans le patois vaudois, _vira_, s.
f. signifie: Vis de pressoir.

VIREVOTE, s. f. Tours et dtours, circuits, sinuosits. _Les
virevotes d'un couvent; les virevotes d'un bois._ Terme vaudois et
languedocien. Les mots virevolte et virevouste ont la mme origine
que notre mot de _virevote_, mais ils n'ont pas le mme sens. _Virer_
signifie: Tourner, et _volte_, _vouste_ et _vote_ sont une corruption
du mot latin _vultus_, visage, face.

VIRGOUREUSE, s. f. Sorte de poire d'hiver, appele en franais:
Virgouleuse. _Virgoul_ est le nom d'un village prs de Limoges,
d'o ces poires se sont propages.

VIROLET, s. m. Remous, tournant dans une eau courante. _Prends garde
 ce virolet; ne va pas nager prs de ce virolet._ Terme vaudois et
savoisien.

VIROLET, s. m. Toton, jeu d'colier.

VIROLET, s. m. Tourniole, panaris qui fait le tour de l'ongle. R.
_virer_.

VIROTTER, v. n. Se prend d'ordinaire en mauvaise part, et signifie:
Tourner et virer autour de quelqu'un. _As-tu assez virott? Si tu
virottes encore dans cette chambre, je te renvoie._

VIS (UN). _Mettre un vis._ Dites: Mettre une vis. Ce mot est fminin.

VISAGRE, s. f. Le masque d'une poupe. _Mettre une visagre; casser
une visagre; changer de visagre._ Terme suisse et savoisien. Dans
l'vch de Ble on dit: _Visagire_. En vieux franais, _visagire_
signifie: Visire d'un casque.

VIS--VIS, prp. Envers. _Il eut des torts graves vis--vis de son
tuteur. Il se conduisit trs-mal vis--vis de sa grand'mre._ Cette
faute choquante n'en sera bientt plus une, tant elle s'est propage,
et tant l'usage qu'en font plusieurs crivains l'a sanctionne.
Introduite en France par J.-J. Rousseau, cette expression fut ds
l'origine attaque vivement par Voltaire. Mais le philosophe de
Genve, plus lu et plus got que le philosophe de Fernex, triompha de
son opposant, et le barbarisme trne aujourd'hui.

VISICATOIRE, s. m. Vsicatoire. R. _vesica_.

VISIRE, s. f. Nous disons figurment, en parlant de quelqu'un avec
qui nous avons cess toute relation, tout commerce d'amiti: _J'ai
rompu en visire avec lui_. En franais on dit: Je lui ai rompu en
visire; et cela signifie: Je l'ai contredit en face et brusquement.

VISITANT, s. m. Visiteur.

VIS OUVERTS ().  huis ouverts, c'est--dire: Avec les portes
ouvertes, les portes restant ouvertes. _Le mariage civil se fait
toujours  vis ouverts._ _Vis_ (prononcez _visse_) est une corruption
du vieux mot _huis_ (porte), d'o l'on a fait le mot huissier. R.
_ostium_.

[+] VISSE-VERS, loc. adv. crivez Vice vers et prononcez
_vic-vers_.

VITAILLE, s. f. Terme des campagnards, provision de bouche, vivres,
victuaille. Terme vieux franais.

    De ses deniers assez li baille
    Por achater de la _vitaille_.

[Voyez ROQUEFORT, _Glossaire de la langue romane_, t. II, p. 723.] En
languedocien on dit: _Bitaille_.

[+] VITRE (UN). Une vitre. _Femme, fais donc remettre ce vitre._
Solcisme franc-comtois, etc.

VIVE, s. f. Alevin, milcanton, runion de diverses espces de
trs-petits poissons. Il est dfendu de pcher et de vendre du fretin
connu sous le nom de _vive_. [_Rglement de police de 1837._]

VOCATION, s. f. Ce mot ne signifie point, comme plusieurs le croient:
tat de vie, carrire, profession. Il faut donc viter les expressions
suivantes: _Prendre une vocation; choisir une vocation; embrasser une
vocation; quitter une vocation; changer de vocation_, etc. Vocation
signifie: Appel, mouvement intrieur, disposition naturelle qui nous
porte  tel ou tel genre de vie. On dira donc fort bien: Les jeunes
gens n'ont pas toujours la facilit de suivre leur vocation,
c'est--dire: De suivre l'instinct, le penchant, le got qui les
pousse vers telle ou telle carrire. Notre cousin Salomon n'avait
aucune vocation pour la carrire des armes; il a t cependant forc
de servir. Vocation est le mot exact dans ces deux exemples.

VOGUE, s. f. Fte patronale, fte de la commune. _Les bals_ _de la
vogue; les plaisirs bruyants d'une vogue._ Terme savoisien, dauphinois
et provenal.

VOIL, prp. _Es-tu contente de ton nouveau cordonnier?--Voil_,
c'est--dire: Je n'en suis ni contente ni mcontente.

VOIR ou VOIRE, adv. _Attends voir, coute voir, regarde voir_,
signifient: Attends un peu, coute un peu, regarde un peu. _Dis voir,
Pierrot, va-t-on  Divonne dimanche?_ Ce terme, qui est si connu dans
tous les pays o l'on parle franais, vient du mot latin _ver_
(vraiment), et joue le rle que jouent en allemand les mots _einmal_,
_ein wenig_. On trouve dans les _Contes_ de LA FONTAINE le vers
suivant:

    _Voire!_ coutez le reste de la fte.

Ce qui revient : coute _voire_.

VOIR (SE), v. pron. impersonnel. Paratre. _Il se voit bien que tu es
en colre. Il se voit bien que le beau temps ne durera pas._
Expression dauphinoise, etc.

VOITURE, s. f. Toutes les personnes qui remplissent une voiture.
_Nous allmes au pont de la Caille: la voiture se composait de
quatorze amis._ Expression fort acceptable.

VOL, s. m. _Un vol d'tourneaux; un vol d'hirondelles_, etc. Terme
mridional. En franais on dit: Vole. On voit des voles de deux ou
trois cents pintades. [BUFFON.]

VOL, s. m. _Prendre quelqu'un au vol._ Dites: Prendre quelqu'un  la
vole, c'est--dire: Choisir promptement et habilement l'instant
fugitif o on peut le voir et lui parler.

VOLAILLE, s. f. C'est le nom qu'on donne en franais  tout oiseau
qu'on nourrit dans une basse-cour. La phrase suivante est donc tout au
moins un peu bizarre. _Ce n'est pas un poulet que je vous offre,
Messieurs, c'est une volaille._

VOLANT, s. m. Faucille de nos moissonneurs. _Aiguiser un_ _volant;
emmancher un volant._ Terme vaudois, jurassien et berrichon. Dans le
patois de l'vch de Ble on dit: _Voulain_; en bas-limousin,
_voulan_; en Dauphin, _volame_. Dans le vieux franais, _voulain_ et
_voulant_ se disaient d'une espce de serpe. [Voyez ROQUEFORT,
_Glossaire_, t. II, p. 731.]

VOLANT, adj. Nous disons que des oiseaux sont tout _volants_,
lorsqu'ils sont drus comme pre et mre. [P. G.]

VOLE, s. f. _Mettre un oiseau  la vole_, signifie: Le mettre au vol;
lui faire prendre son vol.

VOLET, s. m. Les mots de _volet_ et de _contrevent_ ne sont pas
synonymes. Les _Volets_ sont en dedans et s'appliquent sur le chssis
des fentres, les _Contrevents_ sont en dehors. [Voy. PAUTEX,
_Recueil de mots franais_, p. 41.]

VOLETTE ( LA), loc. adv. _Faire une chose  la volette_, signifie: La
faire trop vite et avec peu de soin, la faire  la vole et en
courant. On dit aussi: _Prendre une chose  la volette, saisir une
chose  la volette_.

VOLEUR, s. m. Filament enflamm de la mche d'une chandelle, lequel
fait couler le suif. _Ne voyez-vous pas ce voleur  la chandelle? tez
donc ce voleur._ Terme connu dans quelques provinces de France, dans
la Flandre franaise, etc. [_Dictionnaire roman-wallon_, p. 209.]

VOLONTIERS, adv. Ordinairement. _La Victorine a volontiers mal aux
dents le soir. J'ai volontiers la migraine  la suite d'une grande
motion._ Phrases dont chacun peut apprcier le ridicule.

VOUABLE, s. f. Clmatite des haies, herbe aux gueux, sorte de plante
grimpante qui fleurit au mois de juillet. Terme vaudois, neuchtelois,
franc-comtois, etc.

VOUAFFE, s. f. Au sens propre, boue liquide, bouillon trop clair,
sauce mal lie. _Leur soupe n'tait que de la vouaffe._

VOUAFFER, v. n. S'enfoncer dans un liquide pais. _La pluie survint,
on vouaffa dans le patrigot._ Ce mot et le prcdent sont des
onomatopes dignes de remarque.

VOUAI, s. m. Terme des campagnards. Sorte d'pervier.

VOUARAI ou VOUARET, s. m. Bise noire et pluvieuse.

VOURE, s. f. Terme des campagnards. Mars, larve de hanneton, et le
hanneton lui-mme. Terme vaudois et savoisien.

VOUAREUX, EUSE, adj. Qui a la morve au nez. _Un enfant vouareux._

VOUARGNE, s. m. Terme suisse-roman qui signifie: Sapin blanc. L'ancien
_Glossaire_ appelle _Vouarme_, le Sapin femelle.

VOUPE, s. f. Femme maligne, femme mchante. En patois, _voupe_
signifie: Gupe. R. lat. _vespa_.

VOUPETTE, s. f. Diminutif de _voupe_. Voyez ce mot.

VOUGNER, v. n. Se dit de deux boules ou de deux palets qui se
touchent. Voyez QUIQUE.

VOUGNER, v. actif. Remuer, fracasser en remuant. _S'il vous plat,
Madame, ne vougnez pas tant mes oeufs._

VOULOIR, v. a. Nous mettons _il veut_ devant un infinitif, pour
marquer le futur. _Il veut pleuvoir; il veut faire beau; il veut
neiger; il veut geler cette nuit_, etc. Cette faon de parler est un
germanisme.

VOUI. Mauvaise prononciation de: Oui.

VOULOIR, v. a. Nous employons les expressions: _Si vous voulez, si tu
veux_, dans le sens de: Mdiocrement, honntement. _Y avait-il du
monde  l'enterrement de Mr N**?--Il y en avait si vous voulez._
Expression mridionale.

VOULOIR, v. a. Nous disons d'un homme indcis, d'un homme inconstant
dans ses rsolutions: _Il ne sait pas ce qu'il se veut_. L'Acadmie
dit: Il ne sait pas ce qu'il veut.

VOULOIR, v. a. La conjugaison de ce verbe offre une grande difficult
dont peu de personnes se doutent. Au prsent du subjonctif nous
disons: _Je ne partirai pas lundi,  moins que vous ne veuilliez
partir avec moi. J'accepte votre magnifique melon, pourvu que vous
veuilliez le manger avec moi et chez moi_, etc. Il faut dire: Que
vous vouliez. Voyez toutes les grammaires.

VOUSAYER ou VOUSOYER, v. a. Dire _vous_  quelqu'un, ne pas le
tutoyer. _Plusieurs maris vousayent leurs femmes. Quelques enfants
vousayent leurs pres._ Terme connu en France, mais que les
dictionnaires, sans aucune raison plausible, n'ont pas accueilli. On
disait en vieux franais: _Vosoyer_.

VRAI (DE), adv. Vrai, au vrai, vraiment, vritablement. _Parles-tu de
vrai? Dis-tu tout cela de vrai? Me donnes-tu cette agate de vrai?
Voici de vrai comment toute la chose s'est passe._ Franais
populaire.

VUIDE, adj. Le grammairien Oudin, au commencement du dix-septime
sicle, donnait sur ce mot la rgle suivante: crivez vuide et
prononcez _vide_. Actuellement on crit et l'on prononce vide.
Tonneau vide, estomac vide, bourse vide.


X

  X. Dans les mots Deux, Eux et Ceux, le _x_ est muet. C'est donc 
    tort que beaucoup de personnes prononcent _deusse_, _eusse_,
    _ceusse_, et disent, par exemple: _Tous ceusse qui m'aiment; tous
    ceusse devant qui je parle; c'est eusse que j'accuse_, etc.


Y

  [+] Y, pronom personnel.  lui. _Je l'y avais recommand de prendre
    bien garde. Je l'y ferai ta commission_, etc. Faute fort ancienne
    et fort rpandue.

  [+] Y, pronom relatif et dmonstratif. Le, cela. _Donne-m'y,
    Vincent.--Y voil, prends-y tout._ Les campagnards disent
    proverbialement: _Qui tout y veut, tout y perd_, c'est--dire: Que
    trop d'avidit perd l'homme.

  Y, adv. relat. Est superflu dans les phrases suivantes: _Il y a plu
    toute la nuit; il y a neig sur le Jura; il y a gel dans quelques
    bas-fonds. Il y aurait mieux valu se taire._

  [+] Y AVOIR. Dans le langage populaire, _Il y a lui, il y a elle, il
    y a eux_, signifient: C'est lui, c'est elle, ce sont eux. _M'sieu,
    il y a lui qui me crache contre. Mamzelle, il y a l'Andrienne qui
    m'empche de tricoter._

  YEUX, s. m. pl. Beaucoup de personnes, d'ailleurs instruites,
    disent: _Des maux de z-yeux, un mal de z-yeux, une faiblesse de
    z-yeux_. Il faut dire: Des maux d'yeux, un mal d'yeux, etc. Ne
    donnez donc pas le signalement d'une personne de la manire
    suivante: _Cheveux chtains, front grands, bouche moyenne, z-yeux
    gris_. Ce _z-yeux gris_, pour: Yeux gris, est une prononciation
    trs-vicieuse.


Z

  ZRE, s. m. Zro. _Quatre fois cinq font vingt: pose zre et
    retiens deux._ Terme vaudois.

  ZIZ, s. m. Terme enfantin, qui veut dire: Oiseau. _Regarde_ _ce
    joli ziz; ne fais pas peur  ces zizs._ Le mot _is_, en patois,
    a le mme sens.

  ZON-NE, s. f. Retentissement. _Le canon faisait des zon-nes
    terribles._

  ZON-NER, v. n. Rsonner. _Faire zon-ner une ronfle; faire zon-ner
    une pierre. Les oreilles me zon-nent_ (les oreilles me tintent).
    Dans le patois des Vosges, _zonna_, et en arabe, _zanne_ ou
    _zanna_, signifient: Bourdonner. Onomatopes videntes.


FIN.




LISTE ALPHABTIQUE

DES

MOTS QUE L'ON POURRAIT CROIRE GENEVOIS,

MAIS QUI APPARTIENNENT  LA LANGUE FRANAISE FAMILIRE ET SONT
ENREGISTRS DANS LES DICTIONNAIRES[1].


    A

    _Abalourdir_, v. a.
    Abmer (gter), (fig.)
    Abord (tout d'----).
    _Acciper_, v. a.
    Acenser, v. a.
    s'Acoquiner, v. pr.
    Actionner, v. a.
    _Affistoler_, v. a.
    Agripper, v. a.
    Ahuri, adj.
    _Ailes_ (d'un chapeau), s. f.
    Alarmiste, s. m.
    Allant, adj. (qui aime  aller).
    Allemand, s. m. (querelle d'Allemand).
    _Allonger_ (un soufflet), v. a.
    Amodier, v. a.
    s'Amouracher, v. pr.
    Amphigouri, s. m.
    Amusette, s. f.
    Anicroche, s. f.
    s'_Anonchalir[2]._
    Antiquaille, s. f.
    _Appointir_ et _appointer_, v. a. (rendre pointu).
    Approchant, adv. ( peu prs).
    _Arbenne_, s. f. (oiseau).
    _Archi-bte_, s. f.
    Argousin, s. m.
    _Aria_, s. m.
    Arranger quelqu'un (le maltraiter).
    Asticoter, v. a.
    _Astiquer_, v. a.
    Attifer, v. a.
    s'Attabler, v. a.
    Attrape-lourdaud, s. m.
    Attraper un rhume.
    s'Avachir, v. pr.
    _ l'Avance_, adv.[3]
     l'Aveuglette, adv.
    Avoir de quoi (tre ais ou riche).

   [1] Les mots imprims en caractres _italiques_ ne figurent pas dans
   le dictionnaire de l'Acadmie franaise (dition de 1835): on les
   trouvera dans Boiste, Gattel, le _Complment_ du dictionnaire de
   l'Acadmie, N. Landais, ou Bescherelle, etc.

   [2] Ce terme figure  tort dans ce Glossaire, t. Ier, p. 19.

   [3] Mauvaise expression, accueillie par Boiste et par Mr Bescherelle;
   rpudie par l'Acadmie, par Lavaux, par Gattel, par N. Landais, et
   par le plus rcent des lexicographes, Mr Poitevin.


    B

    Babiole, s. f.
    Bcler, v. a.
    _Badiner quelqu'un._
    Bfre, s. f.
    Bfrer, v. n.
    Bfreur, s. m.
    _Bagout_, s. m.
    Bagarre, s. f.
    Baguenauder, v. n.
    Baliverne, s. f.
    Baliverner, v. n.
    _Bambocher_, v. n.
    Bambocheur, s. m.
    Bande noire, s. f.
    Ban de vendanges, s. m.
    Baptiser le vin.
    Baragouin, s. m.
    Baragouinage, s. m.
    Baragouiner, v. a.
    Baragouineur, s. m.
    _Barbiche_, s. f.
    Barbifier, v. a.
    _Barque_, s. f.
    Bataclan, s. m.
    Btarde, s. f. (sorte d'criture).
    Batifoler, v. n.
    Battant (tout ---- neuf).
    _Bavardise_, s. f.
    Bcasse, s. f. (fig.)
    Bedaine, s. f.
    Bgueule, s. f.
    Bguin, s. m.
    Bjaune, s. m.
    _Bergre_, s. f. (oiseau).
    Berlue, s. f.
    Bernique ou _bernicles_, adv.
    Bestiasse, s. f.
    Bestiole, s. f.
    Bichonner, v. a.
    Bicoque, s. f.
    Bidet, s. m.
    Bigarreau, s. m.
    Binocle, s. m.
    Bisbille, s. f.
    Biscornu, adj.
    Biscotin, s. m.
    _Bisquer_, v. n.
    _Blague_, s. f. (vanterie).
    _Blaguer_, v. n.
    _Blagueur_, s. m.
    Blanc-bec, s. m.
    _Blet, ette_, adj.
    Bleuir, v. a.
    se Blouser, v. pr.
    _Bois carr_, s. m.
    _Bois gentil_, s. m.
    Bombance, s. f.
    Bonde, s. f.
    _Bon-homme_, s. m. (fleur).
    _Boniface_, s. m.
    _Boucan_, s. m. (tapage).
    _Boucaner_, v. n. et a.
    _Boucaneur_, s. m.
    Bouche-trou, s. m.
    Bouchon, s. m. (cabaret).
    _Bouffer_, v. a.
    _Bouffeur_, s. m.
    _Bougon_, s. m.
    Bougonner, v. n.
    _Bouillon-pointu_, s. m.
    Bourde, s. f.
    Bourgeois, s. m. (patron).
    se Bourrer, v. pr. (s'empiffrer).
    Bourrique, s. f.
    Bourse--pasteur, s. f.
    Boursicaut, s. m.
    Boursiller, v. n.
    _Bousin_, s. m.
    _Bousiner_, v. n.
    Bout d'homme, s. m.
    Boute-en-train, s. m.
    Boutiquier, s. m.
    Boutonn, adj. (fig.)
    _Braille_, s. f.
    Brailler, v. n.
    Brandevin, s. m.
    Braque, s. m. (fig.)
    Bredi-breda, adv.
    Breloque, s. f.
    Bretauder, v. a.
    Bric--brac, s. m.
    de Bric et de broc, adv.
    _Brifer_, v. a.
    Brimborion, s. m.
    _Bringue_, s. f.
    _en Bringues_, adv.
    Brioche, s. f. (ptisserie).
    _Brioche_, s. f. (maladresse).
    Briscambille, s. f.
    Brise-tout, s. m.
    Brocanter, v. n.
    Brocanteur, s. m.
    Brocantage, s. m.
    Broches, s. f. pl. (aiguilles).
    _Brosse_, s. f.
    _Brosser_, v. a. (rosser).
    Brouille, s. f.
    Brouillon, onne, s. et adj.
    Brucelles, s. f. pl.
    Bche, s. f. (fig.)
    _se Bcher_, v. pr.
    Bchette, s. f.
    _Butin_, s. m. (richesse, affaires).
    Buvable, adj.
    _Buvard_, s. m.
    Buvotter, v. n.


    C

    Cacade, s. f.
    Cache, s. f.
    Cache-cache, s. m. (jeu).
    _Cache-nez_, s. m.
    _Cachottier_, s. et adj.
    Cagneux, adj.
    Cahin-caha, adv.
    Calfeutrer, v. n.
     Califourchon, adv.
    Clin, s. et adj.
    _Calotte_, s. f. (taloche).
    _Calotter_, v. a.
    Cambuse, s. f.
    _Camper un soufflet._
    Campos, s. m. (cong).
    Cancan, s. m.
    _Cancaner_, v. n.
    _Cancanier_, adj. et s.
    Capilotade, s. f.
    Capon, s. m.
    Caponner, v. n.
    Caqueter, v. n.
    _Carnier_, s. m.
    _Carotte_, s. f. (fig.)
    _Carotter_, v. a. (duper).
    Carriole, s. f.
    Casaquin, s. m.
    _Cascaret_, s. m.
    _Cassement de tte_, s. m.
    Cassine, s. f.
    Castille, s. f.
    _Causant, sante._
    Causeuse, s. f. (canap).
    _Cavalier_, s. m. (danseur).
    _Chacune_, s. f.
    Chafouin, s. m.
    _Chalumer_, v. a.
    se Chamailler, v. rc.
    _Chansonnet_, s. m. (sansonnet).
    Chapitrer, v. a.
    _Chapon_, s. m. (bouture de cep).
    Chatte-mitte, s. f.
    _Chauche-vieille_, s. f.
    _Chaudelait_, s. m. (ptisserie).
    _Chauffe-lit_, s. m.
    _Chauffe-pieds_, s. m.
    Chavirer, v. n.
    Chenapan, s. m.
    Cheptel, s. m.
    _Chicard_, adj.
    Chicot de dent, s. m.
    Chien, enne, adj. (parlant des choses).
    Chiffonner, v. a. (chagriner).
    Chiffonnier, s. m., ou _Chiffonnire_, s. f. (meuble).
    _Chinois_, s. m. (fig.)
    _Chiper_, v. a.
    _Chipie_, s. f.
    _Chiquer_, v. a. (manger).
    _Chope_, s. f.
    _Chou_, s. m. (terme d'amiti).
    Chou, s. m. (ptisserie).
    Chou-chou, s. m.
    Ciron, s. m.
    Clignement d'yeux, s. m.
    Clique, s. f.
     Cloche-pied, adv.
    Clocher, v. n.
    Clopin-clopant, adv.
    Clopiner, v. a.
    Cocasse, adj.
    _Cochon_, s. m. (avare).
    _Cochonnaille_, s. f.
    Cochonner, v. a. (salir).
    _Coco_, s. m. (individu).
    _Cocotte_, s. f. (maladie des yeux).
    Coffrer, v. a.
    Coiff, adj. (fig.)
    _Colin-tampon_, s. m.
    _Colle_, s. f. (menterie).
    Collier, s. m. (un grand, ou un gros ----).
    _Commrer_, v. n.
    Comme cela, adv.
    Comme quoi, adv.
    _Communier_ (un).
    _Conduite (faire la)._
    Confisqu, e, part. (dont la sant est dsespre).
    _Conscience_, s. f. (estomac).
    Consentir, v. n. (plier).
    Contre-pied, s. m.
    _Contusionner_, v. a.
    Coq, s. m. (fig.)
    Coquecigrue, s. f.
    Coquemar, s. m.
    _Coquinet_, s. m.
    _Coquiner_, v. n. (gueuser).
    Corbillon, s. m.
    Corner une chose.
    Cossu, adj.
    _Coteline_, adj.
    _Coucou_ (faire ----).
    _Coul_, part. (ruin).
    _Coup d'air_, s. m.
    _Couper la fivre._
    _Couper le sifflet_ (fig.)
    _Couper le visage._
    Courante, s. f. (dvoiement).
    _Courir_, v. a. (il court sa 20e anne).
    _Courterolle_, s. f.
    _Court-pendu_, s. f. (poire).
    Coutur, adj.
    _Couvre-chef_, s. m.
    _Couvre-plat_, s. m.
    _Crne_, s. et adj. (audacieux).
    _Crnement_, adv.
    Crapaud, s. m. (fig.)
    _Craque_, s. f. (mensonge).
    Craqueur, s. m.
    Crasseux, adj. (fig.)
    _Crmier_, s. m.
    _Critiqueur_, s. m.
    Crochet, s. m. (agrafe).
    Croque-mort, s. m.
    Croquer le marmot.
    Crosser, v. a. (traiter durement).
    _Crotes de lait_, s. f.
    _Croton_, s. m. (mauvais peintre).
    Cruche, s. f. (fig.)
    _Crucherie_, s. f.
    Cruchon, s. m.
    Cueillette, s. f.
    Cuir, s. m. (fig.)
    Cuisinire, s. f. (ustensile).
    Cuisse de noix, s. f.
    Cuistre, s. m.
    _Cuit_, adj. (perdu, ruin).
    Cul de plomb, s. m.
    Culot, s. m.
    _Culotte-de-Suisse_, s. fm. (poire).
    se Culotter, v. pr.
    _Cul-rouge_, s. m. (oiseau).
    _Cumulard_, s. m.


    D

    Dandin, s. m.
    Dandiner, v. n.
    Daube, s. f.
    Dbagouler, v. n. et a.
     la Dbandade, adv.
    Dbarbouiller, v. a.
    _Dbine_, s. f.
    Dbours, s. m. pl.
    Dbraill, adj.
    _Dcommander_, v. a.
    en Dfinitive, ou _en Dfinitif_, adv.
    _Dfriser_, v. a. (fig.)
    Dgane, s. f.
    _Dgauchir_, v. a. (fig.)
    _Dgele_, s. f.
    Dgobiller, v. a.
    Dgoiser, v. a. et n.
    _Dgommer_, v. a. (fig.)
    Dgourdie (eau).
    Dgringolade, s. f.
    _Degringolando_, adv.
    Dgringoler, v. n.
    Dgriser, v. a. (fig.)
    _Dmontiser_, v. a. (fig.)
    Dmonter, v. a. (fig.)
    Dpense, s. f. (office).
    _Dpersuader_, v. a.
    Dptrer, v. a.
    _Draidir_, v. a.
    _se Dsassocier_, v. pron.
    Dsenfiler, v. a.
    Deshabill, s. m.
    Dessouler, v. a.
    _Dtacheur_, s. m.
    Devanture, s. f.
    Dia (terme des charretiers).
    _Disputailler_, v. n.
    _se Disputer_, v. rc.
    _se Divorcer_, v. rc.[4]
    se Dodiner, v. pr.
    _Dodo_, s. m. (lit).
    Dodo (faire, aller  ----).
    Dolance, s. f.
    Dondon, s. f.
    Donnant, adj.
    _Donner_, v. n. (suppurer).
    Donneur de bonjour, s. m.
    Donzelle, s. f.
    _Double_, s. f.
    Doucet, adj.
    Doucettement, adv.
    Douillet, adj.
    Drapeaux, s. m. pl. (langes).
    Draper, v. a. (fig.)
    _Drelin! drelin!_
    Drille, s. m.
    _Drlerie_, s. f. (bagatelle).

  [4] Mauvaise expression recueillie par Mr Bescherelle.


    E

    baubi, adj.
    carquiller, v. a.
    cervel, adj. et subst.
    charde, s. f.
    _Ecobuage_, s. m.
    _Ecobuer_, v. a.
    _curage_, s. m.
    cureuse, s. f.
    Effar, adj.
    Effondrer, v. a.
    s'gosiller, v. pr.
    _graffigner_, v. a.
    grillard, adj. et subst.
    s'Embter, v. pr.
    Embarras (faire de l'----).
    _Embtement_, s. m.
    _Embter_, v. a.
    _Emboquer_, v. a.
    Embouch (mal ----).
    mrillonn, adj.
    _meutier_, s. m.
    _migrant_, s. m.
    Emmancher, v. a. (fig.)
    _Emmler_, v. a.
    _motionner_, v. a.
    moustiller, v. a.
    _Emparent_, adj.
    Empaumer, v. a.
    Empes, adj.
    s'Emptrer, v. pr.
    Emprunt, adj. (embarrass).
    En , adv. (jusqu' prsent).
    _Encager_, v. a.
    _Encoche_, s. f.
    _Encocher_, v. n. (faire une
    encoche).
    s'Encroter, v. pr.
    Endver, v. n.
    s'Endimancher, v. pr.
    Enfagoter, v. a.
    Englober, v. a.
    Engonc, adj.
    Entregent, s. m.
    Entrelarder, v. a.
    ponger, v. a.
    reinter, v. a.
    _Esbrouffe_, s. f.
    _Escoffier_, v. a. (tuer, etc.)
    Escogriffe, s. m.
    s'Esquicher, v. pr.
    _Essade_, s. f.
    Estafier, s. m.
    _tagre_, s. f.
    _terpe_, s. f.
    tisie, s. f.
    _Excaver_, v. a.
    _Expertiser_, v. a.


    F

    Faonnier, adj.
    _Fadet_, adj.
    _Fait exprs_, s. m.
    Falot, adj.
    Fanfreluche, s. f.
    _Faquin_, s. m. (lgant).
    _Faquinerie_, s. f. (lgance).
    _Faraud_, s. m.
    Farfouiller, v. a.
    _Farinire_, s. f.
    Fatiguer, v. neutre.
    _Fatrasser_, v. n.
    Femmelette, s. f.
    _Fenasse_, s. f.
    _Fendage_, s. m.
    Fendant (faire le ----), s. m.
    se Fendiller, v. pr.
    Festoyer, v. a.
    Feuillu, adj.
    _Ficel, e_, adj. (fig.)
    Fier--bras, s. m.
    _Fignoler_, v. n.
    _Fignoleur_, s. m.
    Finasser, v. n.
    Finasserie, s. f.
    Finasseur, euse, s.
    _Finassier, ire_, s.
     la Fin des fins, loc. adv.
    Fin fond, s. m.
    _Finissage_, s. m.
    _Finisseur_, s. m.
    _Fion_, s. m.
    Flageoler, v. n.
    Flamb, part. (fig.)
    Flandrin, s. m.
    _Flotte_, s. f. (cheveau).
    _Flouer_, v. a.
    Flter, v. a. (boire).
    Folichon, s. m.
    _Fondrilles_, s. f. pl.
    _Fouillis_, s. m.
    Fourgonner, v. n.
    Frais (me voil ----), adj.
     la bonne Franquette, loc. adv.
    _Frsillon_, s. m.
    Fricasser, v. a.
    _Fricot_, s. m.
    _Fricoter_, v. n.
    Frime, s. f.
    _Frimousse_, s. f.
    Friper, v. a.
    _Frison_, s. m.
    _Frotte_, s. f. (rosse).
    _s'y Frotter_, v. pron. (fig.)
    Fumer, v. n. (avoir du dpit).


    G

    _Gabegie_, s. f.
    _Gabelou_, s. m.
    Gcher, v. a.
    Gchis, s. m.
    Gagner une maladie.
    Gaillard, s. et adj.
    _Galette_, s. f. (bourre de soie).
    Galvauder, v. a.
    _Gamache_, s. f.
    Gamin, s. m.
    Ganache, s. f
    _Garonnaille_, s. f.
    _Garonnet_, s. m.
    Garonnire, s. f.
    Garde-feu, s. m.
    Gargote, s. f.
    Garnement, s. m.
    Gte-enfant, s. m.
    Gte-mtier, s. m.
    _Gterie_, s. f.
    Gaudriole, s. f.
    Gauler, v. a.
    Gaupe, s. f.
    se Gendarmer, v. pr.
    _Genette_, s. f.
    Grofle, s. f. (girofle).
    Giboule, s. f.
    _Gifle_, s. f.
    _Gifler_, v. a.
    _Gigogne_, nom prop. (fig.)
    Gigotter, v. n.
    _Girardine_, s. f.
    _Gniaf_, s. m. (Dict. BESCH.)
    _Gniole_, s. f. (coup).
    Go (tout de ----), loc. adv.
    Gobe-mouches, s. m.
    Gober, v. a. (croire lgrement).
    Godelureau, s. m.
     Gogo, loc. adv.
    Goguenard, arde, s.
    Goguenarder, v. n.
    Goguettes, s. f. pl.
    Goinfre, s. m.
    Goinfrer, v. n.
    _Gosse_, s. f.
    _Gosser_, v. n.
    Gourde, s. f. (menterie).
    Gourdin, s. m.
    _Gourer_, v. a.
    _Goutte de sang_, s. f. (fleur).
    Gouttelette, s. f.
    Grabuge, s. m.
    _Grafigner_, v. a.
    Graisser la patte, v. a. (fig.)
    Grappillon, s. m.
    Grappiller, v. n.
    Grappin, s. m.
    Grassouillet, adj.
    Gredinerie, s. f.
    _Grelu_, adj.
    Grenouiller, v. n.
    Grve (faire ----), s. f.
    Gribouillage, s. m.
    Gribouiller, v. a.
    Griffer, v. a.
    Grignotter, v. n.
    Grigou, s. m.
    Grimacier, adj. et s.
    Grimaud, s. m.
    Grippe-sou, s. m.
    Gris, e, adj. (ivre).
    _Grisard_, s. m.
    Grognard, de, adj. et s.
    _Grognerie_, s. f.
    _Grognonner_, v. n.
    Grommeler, v. n.
    Gros, adv. (beaucoup).
    Grouiller, v. n.
    Gruer, v. a.
    Gruger, v. a.
    Guridon, s. m.
    _Gupire_, s. f.
    Gueulard, s. m.
    _Gueule-de-loup_, s. f. (plante).
    _Gueuleton_, s. m.
    Gueusard, s. m.
    Guigner, v. a.
    Guignon, s. m.
    _Guignonant_, adj.
    Guilleret, adj.
    Guinguette, s. f.


    H

    Historier, v. a.
    Hypothqu, adj. (fig.)


    I

    _Illico_, adv.
    _Impressionner_, v. a.
    _Inquilin_, s. m.


    J

    Jaboter, v. n.
    Jacasser, v. n.
    _Jaquette_, s. f. (pie).
    Jaquette, s. f. (habillement).
    Jardinage, s. m. (lgume).
    Jargonner, v. n. et a.
    _Jaunet_, s. m. (pice d'or).
    _Jean farine_, s. m.
    Juron, s. m.
    _Juguler_, v. a.


    L

    Lanterner, v. n.
    Lanternier, s. m.
    Lapin, s. m. (fig.)
    _Lardre_, s. f. (oiseau).
    _Laurelle_, s. f. (plante).
    Lche, s. f.
     Lche-doigts, loc. adv.
    Lendore, s. m. et f.
    Lvite, s. f.
    Locher, v. n.
    Longuet, adj.
    Loque, s. f.
    Loqueter, v. n.
    Loti, participe.
    _Louper_, v. n.
    Lubie, s. f.
    Lune, s. f. (caprice).
    Luron, onne, s.


    M

    Mchoire, s. f. (fig.)
    Magot, s. m. (argent cach).
    Magot, s. m. (homme laid ou gauche).
    Mailloche, s. f.
    Maisonne, s. f.
    Mal-appris, adj. et s. m.
    Malpeign, s. m.
    Mangeaille, s. f.
    Mange-tout, s. m.
    Manigance, s. f.
    Manigancer, v. a.
    Maquignonnage, s. m.
    Marchandailler, v. n.
    Margouillis, s. m.
    _Margot_, s. f.
    _Margot_, s. f. (pie).
    _Marie-Graillon_, s. f.
    Marmaille, s. f.
    Marmot, s. m.
    Marmotter, v. n.
    Marmouset, s. m.
    Maroufle, s. m.
    _Marronner_, v. n.
    Martel, s. m.
    Massacrant, te, adj.
    Mtiner, v. a.
    Matou, s. m. (butor).
    Mazette, s. f.
    _Mcaniser_, v. a.
    Mche, s. f. (moyen).
    Mmement, adv.
    Micmac, s. m.
    Mignoter, v. a.
    Mijaure, s. f.
    Mijoter, v. a.
    _Mille-canton_, s. m.
    Milliasse, s. f.
    _Minable_, adj.
    _Mioche_, s. m. et f.
    Mirliflore, s. m.
    _Mirobolant_ et _myrobolant_, adj.
    Miton-mitaine (onguent ----), adj.
    Mitonner, v. a.
    Mitron, s. m.
    Molester, v. a.
    Montage, s. m.
    Mordicus, adv.
    Mornifle, s. f.
    Morveux, s. (impertinent)
    Mouille-bouche, s. f. (poire ----).
    Moutardier, s. m.
    Moutons, s. m. pl. (vagues).
    Mufle, s. m.
    Mule, s. f.
    _Muscadin_, s. m. (mirliflore).
    Muser, v. n.


    N

    Nasillard, adj.
    _Nicaise_, s. m.
    Nipp (bien ----), adj.
    Nique (faire la ----), s. f.
    _Niveler_, v. n. (muser).
    _Niquedouille_, s. m.
    _Nivlerie_, s. f. (badauderie).
    Noiraud, s. m.
    Noise, s. f.
    Nonnette, s. f.
    Nuit blanche.


    O

    OEufs  la neige, s. m. pl.
    Oignon, s. m. (durillon).
    _Ognon (il y a de l'--)_, s. m. Il y a quelque chose de cach
      l-dessous.
    Olivettes, s. m. pl.
    _Ombre-chevalier_, s. m.
    Ostrogoth, s. m. (fig.)


    P

    Pacant, s. m. (manant).
    Paillasson, s. m.
    _Pain d'oiseau_, s. m. (plante).
    Palisser, v. a.
    Panier perc, s. m. (fig.)
    Papier mch, s. m. (fig.)
    Paquet, s. m. (grosse femme).
    Paresser, v. n.
    Par exemple! (exclamation).
    _Particulier_, adj. (bizarre).
    _Particulire_, s. f. (une ----).
    Pataraffe, s. f.
    Patatras, s. m.
    Pataud, s. m.
    Pt, s. m. (un gros ----), (fig.)
    Patraque, s. f. (prop. et fig.)
    Patrouiller, v. a. et n.
    Pays, payse, s.
    Pcore, s. f.
    Pdon, s. m.
    _Peigne_, s. f. (fig.)
    se Peigner, v. rc. (fig.)
    _Peinturlurer_, v. a.
    Pelotte (faire sa ----), (fig.)
    Pelotter quelqu'un, v. a.
    Pendaison, s. f.
    Pendiller, v. n.
    Pquin, s. m.
    _Perlimpinpin_, s. f. (poudre de ----). (Dict. de BESCHERELLE.)
    Pronnelle, s. f.
    _Pesette_, s. f. (vesce).
    _Pesage_, s. m.
    _Pesse_, s. f. (sapin).
    Ptaudire, s. f.
    _Petiot, ote_, adj. et s.
    _Ptitionner_, v. n.
    Peton, s. m.
    Ptrin, s. m. (fig.) (embarras).
    Piaillerie, s. f.
    Piailleur, s. m.
    Piauler, v. n.
    se Picoter, v. rc. (fig.)
    Picoterie, s. f.
    Pieds de mouche, s. m. pl. (criture).
    Pie-griche, s. f.
    Pierrot, s. m. (moineau).
    Pitre, adj.
    Piffre, esse, s.
    _se Piffrer_, v. pr.
    Pince-maille, s. m.
    Pinon, s. m. (marque qui reste sur la peau lorsqu'on a t pinc).
    Piocher, v. n. (fig), (travailler).
    Pioler, v. n.
    _Pipi_, s. m.
    Pique, s. f. (brouillerie).
    Pique-assiette, s. m.
    _Pique-mouches_, s. m. (oiseau).
    Pique-nique, s. m.
    Pissenlit, s. m. (plante).
    Pissenlit, s. m. (enfant).
    Pivoine, s. m. (plante et oiseau).
    Planche (faire ----).
    Plancher des vaches, s. m.
    Plantain, s. m.
    Plante, s. f. (fig)
    _Planton_, s. m (soldat de ----).
    Plastron, s. m. (fig.)
    Plate-couture ( plate ----).
    _Platise_, s. f.
    Plein (ses poches, sa cave).
    tout Plein.
    tout Plein de, adv. (beaucoup)
    Pleurard, s. m.
    Pleurnicher, v. n.
    Pleutre, s. m.
    _Pliant_, s. m. (lit).
    _Plissage_, s. m.
    Plum, adj. (fig.)
    Plumeau, s. m.
    _Poche_, s. f. (grande cuiller  long manche).
    Poch (oeil ----), adj.
    Pocher, v. a.
    Pointer, v. n. (poindre), (en parlant des herbes et bourgeons
      qui commencent  paratre).
    _Polissage_, s. m.
    _Pomm_, adj. (fig.)
    Pommel (ciel ----), adj.
    Pommier, s. m. (ustensile).
    _Pomper_, v. a. et n. (fig.), (boire).
    se Pomponner, v. pr.
    Populacier, adj.
    Porte-respect, s. m.
    Pote, s. f. (fig.)
    Poule mouille, s. f. (fig.)
    Poulette, s. f.
    Pourboire, s. m.
    Pour sr, adv.
    Prcautionneux, adj. et subst.
    _Priser_, v. n. (du tabac).
    _Priseur_, s. m.
    _Procureur de meunier_, s. m. (oiseau).
    Puant, ante, subst. (fig.)


    Q

    Quasi, adv.
    _Quasiment_, adv.
    Quatre de chiffre, s. m.
    _Queue_, s. f. (faire la ----), (fig.)
     la Queue leu leu
     Quia, loc. adv.
    _Quibus_, s. m. (avoir du ----).
    Quignon, s. m.


    R

    Rabougri, adj. part.
    Rabrouer, v. a.
    Racaille, s. f.
    se Raccrocher , v. pr. (fig.)
    _Rachever_, v. a.
    _Racle_, s. f. (rosse).
    Raffoler, v. n.
    Rafle (faire ----), s. f.
    Rafler, v. a.
    _Rager_, v. n.
    _Rageur_, subst.
    Ragot, gote, subst.
    Rainette, s. f. (grenouille).
    Ramages, s. m. pl. ( grands ----).
    _Rancuneux_, adj. (Dict. de BESCHERELLE.)
    Rasibus de, prp.
    _Rata_, s. m.
    Ratatin, ne, part.
    _Ratatouille_, s. f.
    Rat, te (affaire ----), part.
    Rater, v. a. et n.
    _Rtele_, s. f.
    Ravigoter, v. a.
    _Ravioles_, s. m. pl. (Dict. de BESCHERELLE.)
    Ravonailles, s. f.
    _Rebquer_, v. n.
    se Rebquer, v. pron.
    _Rebiffer_, v. n. et a.
    _se Rebiffer_, v. pr.
    _se Reblanchir_, v. pr.
    Rche, adj.
    _Rciproquer_, v. n. (Mme DE SVIGN.)
    Rcompenser le temps.
    se Recoquiller, v. pr.
    _Rcurage_, s. m.
    Rcurer, v. a.
    Regain, s. m.
    Regardant, adj.
    Rgenter, v. a.
    Regimber, v. n.
    Relancer quelqu'un.
    Reluquer, v. a.
    Rembarrer, v. a.
    _Rembourrer_, v. a. (rembarrer).
    Remonter, v. a.
    _Remoucher_, v. a. (fig.)
    Remue-mnage, s. m.
    _Renarder_, v. n.
    _Rendoubler_, v. a.
    Renferm, s. m. (odeur de ----).
    Renganer un compliment.
    Renifler, v. n.
    Renitent, ente, s. et adj.
    _Renseigner_, v. a. (donner des renseignements).
    _se Renseigner_, v. rfl. (prendre des renseignements).
    Renvoi, s. m. (rapport).
    Ressemelage, s. m.
    Retaper un chapeau.
    Retors, adj. (fig.)
    Revaloir, v. a.
    Rvasser, v. a.
    Revenant-bon, s. m.
    en Revendre .
    Revoil, adv.
    _Rhabillage_, s. m. (raccommodage).
    _Rhabilleur_, s. m. (terme technique).
    Ribambelle, s. f.
    Ribotte, s. f.
    _Ridicule_, s. m. (sac).
    Ridiculit, s. f. (la, une).
    Rinc, part. (battu, grond, ou fortement mouill).
    _Rince_, s. f. (rosse).
    Rincer, v. a. (battre, mouiller, rprimander).
    _se Rincer_, v. rc. (se battre, se gronder).
    Rogner, v. a.
    Rognonner, v. n.
    _Rossignolet_, s. m.
    Rotin, s. m.
    Rougeaud, adj. et s.
    _Roule_, s. f. (fig.)
    Roupiller, v. n.
    Rubrique, s. f.
    Rudoyer, v. a.


    S

    S, s. f. (faire les ----).
    Sabouler, v. a.
    Sabrer, v. a. (fig.)
    Sac (mettre au ----).
    Sac (donner le ---- et les quilles).
    Sac (l'affaire est dans le ----).
    Sac  vin, s. m. (ivrogne).
    Saccage, s. m. (amas confus).
    Sagouin, s. m.
    Sainfoin, s. m.
    Sainte-Nitouche, s. f.
    _Sal_, adj. (trs-cher).
    Salmigondis, s. m.
    Sapajou, s. m. (fig.)
    faire la Sauce  quelqu'un, v. a. (le rprimander).
    Saucer, v. n. (rprimander).
    Sauc (mouill, rprimand).
    Saugrenu, adj.
    au Saut du lit.
    Sauteur, s. m. (fig.) (homme sans consistance).
    Savon, s. m. (rprimande).
    _Scie_, s. f. (fig.), parlant d'une chose ennuyeuse.
    _Scier le dos_, et _Scier_, v. a. (fig.)
    Semaine des trois jeudis.
    Sempiternelle, adj. fm. (une vieille ----).
    _Seriner_, v. a. (fig.)
    Seringue, s. f.
    Si fait, adv.
    _Sifflasson_, s. m. (oiseau).
    Siroter, v. n.
    Soleil, s. m. (fleur).
    Songe-creux, s. m.
    Sornettes, s. f. pl.
    Souffre-douleur, s. m.
     la Sourdine, adv.
    Solard, s. m.
    Soler, v. a.
    _Soupatoire_, adj.
    un Soupon (trs-peu).
    Souvente fois, adv.
    Suoter, v. a.
    pour Sr.


    T

    Tabagie, s. f.
    Tablature, s. f.
    Taloche, s. f.
    Tambourineur, s. m.
    Tant et plus, adv.
    Tantinet, s. m.
    Tapageur, euse, s.
    Taper, v. a.
    _Tapin_, s. m. (tambour).
    Tapisserie, s. f. (fig.) (faire ----).
    Tte-vin, s. m.
    Ttillon, onne, s.
    Ttillonner, v. n.
    Taudion, s. m.
    Taudis, s. m.
    Taupier, s. m.
    Tempter, v. n.
    Tte carre, s. f. (fig.)
    Tignasse, s. f.
    _Timbr_, adj. (fig.) (un peu fou).
    Tintamarre, s. m.
    Tintouin, s. m.
     Tire-larigot, adv.
    Tirer, v. a. (traire).
    Tombe de la nuit, s. f.
    _Toqu_, adj. (un peu fou, qui a le cerveau drang).
    Toquet, s. m.
    _Torchon_, s. m. (femme sale).
    Tortiller, v. n.
    Tortu, adj.
    Toupet, s. m. (audace).
    Tourniquet, s. m.
    Tourtelette, s. f. (Dict. BESCH.)
    Traille, s. f.
    Train, s. m. (bruit, tapage).
    Tranchoir, s. m.
    _Transiter_, v. a. et n.
    _se Transiter_, v. pron.
    _Trappon_, s. m.
    Trapu, adj. et s.
    _Tremblement_ (tout le ----).
    _Trembler la fivre._
    se Trmousser, v. pr.
    _Trempe_, s. f. (rosse). (Dict. de BESCHERELLE.)
    _Tressauter_, v. n.
    Tricher, v. a.
    Tricot, s. m. (gourdin).
    Tricot, s. m. (tricotage).
    Trimballer, v. a.
    Trimer, v. n.
    Tripier, pire, s.
    _Tripot_, s. m. (tripotage).
    _Tripoter_, v. a. (embrouiller).
    Tripoter, v. n.
    Trique, s. f.
    Trogne, s. f.
    Trognon, s. m.
    _Tronche_, s. f.
    Trotiner, v. n.
    _Troupier_, s. m.
    Trouss, adj. (mort).
    _Truc_, s. m. (avoir le ----).
    Tuerie, s. f.
    Turlupinade, s. f.
    Turlupiner, v. a.


    V

    Va-et-vient, s. m.
    Va-nu-pieds, s. m.
    Venelle, s. f.
    Venette, s. f.
    Venez-y-voir, s. m.
    Venir  rien.
    _Ventaison_, s. f. (maladie du froment).
    Vergogne, s. f.
    Vert-galant, s. m.
    Vertigo, s. m.
    Vtille, s. f.
    Vie, s. f. (crierie).
    Vie (faire la ----).
    Victuaille, s. f.
    Vieillerie, s. f.
    Villace, s. f.
    Violon, s. m. (prison).
    Virer, v. n. et a.
    Viser, v. a. (atteindre, etc.) Terme des coliers.
    Vive-la-joie, s. m.
    Vivoter, v. n.
    Voix de rogomme, s. f.
    _se Voiler_ (parlant du bois).
    Vole, s. f. (rosse).
    Volerie, s. f.
    _Vousayer_ et _vousoyer_, v. a. (Dict. de BESCHERELLE.)


    Z

    Zro en chiffres.
    le Zist et le Zeste.

    _NB._ Cette nomenclature pouvait tre facilement double et triple.




L'INCENDIE.

BAMBOCHADE EN LANGAGE GENEVOIS.


Ah! te voil, Carisot; eh bien! as-tu t au feu, cette nuit?--Au feu?
Est-ce qu'on a cri  l'eau cette nuit? Je ne me suis aperu de rien,
moi, j'ai dormi comme un plot jusqu' ce matin  huit heures.--Ah!
Dieu me damne! il faut tre sourd comme un toupin, pour ne s'tre
aparu de rien avec un pareil brouhar qui z'y a eu toute la nuit. Moi
qui ai le sommeil lger comme une rate, je me lve aux premiers cris
d' l'eau, tout en pantet; j'ouvre la fentre et je demande: O
est-ce? o est-ce?--En n'haut la Tour de Bo! qu'on me rpond.

Ah! mon Dieu! que je me dis, si c'tait chez Goncet le remueur, ou
bien chez la Jossau, la vendeuse de biscmes, qui demeure  ct; ces
pauvres diables n'auraient pas besoin de a, y sont assez minables
tous les deusse!

Je ne me donne pas le temps de m'habiller. J'enfile un crouye broustou
avec ma roupe par-dessus, et je cours en grolles avec ma seille  la
main.

Ce n'tait pas en n'haut la Tour de Bo, c'tait en n'haut de Bmont,
 un certain sacr endroit troit qui va tout de guingoine comme
l'alle du Cul du Chien. Y n'y avait pas une seringue d'arrive. Quand
je vis qu'y sentait le brle  crever et qu'on voyait la fume qui
sortait par les vantaux d'un certain carcagnou de chambre 
plain-pied, je dis: Ah! mon Dieu! voil un feu qui a gonv toute la
nuit: y aura bien du mal!

Y avait par-l trois ou quatre piournes de femmes tout poulailles
qui faisaient des brilles de mlevie, et une troupele de fichus
charoupes qui restaient l plants comme des idoines tout balourdis 
regarder la fume. Je leur dis: Sacribleu! y ne s'agit pas de rester
l  patenocher en attendant les seringues; puisqu'on a loquet  la
porte, et qu'on ne rpond pas, y faut la mettre en bringue.

Moi qui ai une bonne pougne, je vous chigougne le pclet
vigoureusement et fiche la porte en dedans. Quand j'eus avanc
quelques pas, la fume et la flamme taient si fortes qu'y fallut me
rentourner en darnier, avec le col de mon habit et mes cheveux tout
sucls.

Heureusement que ces fichus patenoches de pompiers arrivrent avec la
seringue de Chantepoulet. On fit la chane avec les siaux et les
seilles jusqu'au bourneau du bas de la Cit; et aprs quelques bonnes
jicles, on fut matre du feu.

M'sieu, quand on entre dans ce croton de chambre, on trouve une femme
tendue par terre d' bouchon, toute brle et la moiti du corps en
greubons. C'tait la chose la plus z'hideuse, la plus z'hideuse qu'on
puisse voir. On croyait d'abord que c'tait une certaine gourgandine
de Lyon qui tait venue demeurer dans le quartier; mais on vit ensuite
que c'tait cette vieille redasse de Pignolet, qui tenait l un bouzin
depuis quelque temps. Y parat qu'on y avait fait la tamponne le soir,
et qu'ayant trop fioul au lieu de se coucher, elle s'tait endormie
sur son covet en faisant le cafornet, et puis que le feu avait pris 
ses z'hardes et  son lit.

J'ai eu l une fire tarente, je t'en rponds; mais enfin,  part une
gonfle  la main et un peu de rouche pour avoir gard mes habits tout
trempes, je m'en suis tir saink-et-sauf.

Pourtant, quand je suis rentr  la maison, y faut bien y dire,
j'avais le coeur diablement savat d'avoir vu ce cadavre tout en
greubons. Ma femme me disait: Y faut te faire une saigne, y faut te
mettre les sangsuies..... H! voui! c'est bien moi qui vais me
potringuer pour une peur. Je me suis fln un verre de riquiqui sur la
conscience, et puis n.. i ni, c'est fini, ni vu ni connu. Adieu,
Carisot; adieu, mon ami; Je m'en vais au sarcle faire l'heure sche
avec Mottu, qui paye les schots. Adieu,  revoire.




LES REMUEURS.

(_La scne se passe dans une auberge._)


    Quel est donc ce fracas, qui, ds l'aube naissante,
    Fait retentir ici ma cloison frmissante?
    Pourquoi cette poussire et ces ais branls?
    D'o partent ces clameurs et ces coups redoubls?
    Un crancier, suivi de la noire cohorte,
    Peut-tre du voisin assige-t-il la porte:
    Le rat de cave actif, son registre  la main,
    Souponnant dans ces lieux un trafic illicite,
    Peut-tre exerce-t-il sa fcheuse visite;
    Ou peut-tre cans le gendarme inhumain
    Arrache-t-il des bras de sa tremblante mre
    Un conscrit malheureux, soutien de son vieux pre.
    Le bruit redouble. Allons, secouons ces pavots
    Qui viennent, malgr moi, refermer ma paupire,
    Et sachons quels lutins ont troubl mon repos.
     l'instant, d'un bras ferme, empoignant la sonnette,
    J'appelle  mon chevet la servante Jeannette.
    Quel est donc, s'il vous plat, cet infernal fracas?
    D'o partent tous ces coups frapps  tour de bras?
    Et pourquoi, si matin, un pareil tintamarre?
    --Monsieur, dans la maison on a les _remueurs_.

(Elle dit et s'en va.....)

    Les _remueurs_, grands dieux! quel est ce nom bizarre
    Hlas! serait-ce point quelque troupe barbare,
    D'avides malttiers, de cruels exacteurs,
    De recors, de sergents... ou de voleurs peut-tre!
    Allons, habillons-nous: prs d'eux il faut paratre,
    Et calmer, s'il se peut, leurs bruyantes fureurs.

    Les _remueurs_! Ce nom, dans mon me frappe,
    Je l'avoue, excitait les plus vives frayeurs.
    Enfin,  tout hasard, muni de mon pe,
    Je me rends au salon. Glaces, crans, flambeaux,
    Fauteuils et canaps, commodes et bureaux,
    Tout tait culbut. Bon Dieu! dis-je en moi-mme,
    Ce n'tait point en vain que, dans ma crainte extrme,
    Un noir pressentiment venait me tourmenter:
    La maison est pille, il n'en faut pas douter.
    Puis, passant du salon  la pice voisine,
    Par le bruit attir, j'arrive  la cuisine.....
    Qui vient s'offrir alors  mes yeux bahis?
    Le croirez-vous, Messieurs?... la dame du logis,
    La piquante Fanny, ma jeune et vive htesse.
    Une coiffe de nuit couvre sa blonde tresse,
    Sa robe est retrousse, et, sous un court jupon,
    D'un mollet arrondi brille le fin coton.
    Du plus vif incarnat sa joue est allume.
    Dans sa gauche elle tient, elle agite un torchon;
    Et d'un balai poudreux, dont sa droite est arme,
    Semblable  cet acier qui commande une arme,
    Elle ordonne, elle suit les vastes mouvements
    Qui font gmir ces murs jusqu'en leurs fondements.

    Allons, dit-elle  l'un, d'une voix anime,
    _baragnez_ ici, jetez l du _raisson_,
    Avec cette _pannosse_ essuyez ce _pochon_;
    Prenez ce pot de _greube_ et trempez-y ces pattes;
    tez sur ce _tablt_ ces _petoles_ de _rates_.

     l'autre: Eh bien, voyons, sans tant _patenocher_,
    Rangez-moi ce _pclet_ que je vois _brelancher_.
    Reclouez ce _liteau_ qui va tout de _bisingue_;
    briquez ce _toupin_, sa _manille_ est en _bringue_.
    Et vous, Jeannette, allons, pour vous _moustiller_,
    L-haut, sur ce _placard_ montez vous _aguiller_,
    Et d'un coup d'_poussoir_ tez ces _rauferies_.
    Prs de ce _benaton_ que vois-je _bambiller_?
    C'est un _guindre_ entour d'un tas de _truieries_.
    Vite redescendez. _Avantez_ ce _coissin_;
    Cette _c[)a]sse_ est gte, il faut chez le _magnin_
    La porter ce _tantt_..... Ah! le vilain ngoce!
    Tout devrait tre fait depuis que je _bregausse_:
    Mais avec ces _patets_ j'en ai jusqu' demain.

    Puis, comme j'approchais, ma ptulante htesse:
    Ah! Monsieur, pardonnez, si, ds le grand matin,
    Dans cet appartement tout est mis en _cupesse_,
    Tout est _calabr_, mais j'ai les _remueurs_.
     ce mot, la gat fait place  mes frayeurs,
    Et contant  Fanny ma risible pouvante,
    Je drobe un baiser sur sa bouche avenante,
    Et je cours tout joyeux, renganant mon fer nu,
    Achever  loisir mon somme interrompu.

    GAUDY.




DIALOGUE SUR LA RESTAURATION DE 1814,

ENTRE

LAMBOTEAU ET DELESDERNIER.


_Lamboteau._ Ah! te voil, Deladernier, y a longtemps que je t'ai pas
vu. Qu'est-ce que tu as? Tu as l'air tout moindre.

_Delesdernier._ Je ne sais pas; depuis tout ce gandin de cet hivaire,
je vais tout crevotant, j'ai une peine de mlevie  me rapicoler.....
Ah! si les mzilles allaient encore, ce ne serait rien, mais ces
sacrs kaiserliques n'ont pas laiss sistance  la maison.

_Lamboteau._ Voui! Plains-toi, un pauvre gratte-loton, comme moi, qui
en ai eu une tapasse le premier soire, et  qui on en flne deusse
ensuite tous les quinze jours. Dieu me damne! quelle avaloire! Ma
femme leur fesait  dner une puissante galimaufre de polmons et de
froissures et un jaire de veau, avec une bonne platele de tufles
bien diotues; c'tait plus vite en bas la gargataine qu'on y avait vu,
et puis des tinquets de fromage et de tomme, la pare et tout, et puis
la soupe le matin, et puis le riquiqui..... Non, on ne fait pas une
ide de la vicaille qui s'est galiaufre chez nous depuis trois mois.

_Delesdernier._ Moi, les miennes ne bouffaient pas autrement, mais
c'taient bien les plus fiares gouillards!.... Tu sais bien ce lard
que nous avions tu par ensemble avec Bosson et Livache; j'avais
encore un couple de longeles avecque deux jambettes  la chemine,
superbes, y n'y en reste ni riffle ni raffle!.... Mais ce que je
regrette le plus encore, c'est une demi-douzaine de bouteilles de
sarvagnin de la comte, que j'avais mises  coin pour me rabaubiner un
peu l'estomaque, que ces sacrs bouchards m'ont fioules; et puis 
prsent qu'on a besoin de se refaire de quque chose, y faut qu'on
boive de la tatouille du cabaret. Mais c'est qu'y sont gouillards et
cochons tout  la fois..... Allons! mouche avec les doigts comme des
capucins; et puis des clmauds par terre qu'y vous acrasent avec le
pied..... Dieu me damne! s'y n'y avait pas des fois de quoi
dgobiller!... et puis une odeur de gonv sur eusse. Quant ils ont eu
dboul, j'ai vite baragn et calabr par leur chambre; eh bien!
quoique a, y a pu encore le bocan pendant huit jours dans toute la
maison. Mais enfin, Dieu marci! nous voil, une bonne fois pour
toutes, dbarrasss de ces sacres sangsuies.

_Lamboteau._ Voui, c'est des sangsuies, c'est vrai, mais y faut bien y
dire aussi, quante l'on n'a une maladie, y faut une purge ou une
saigne, et je crois que c'tait une maladie qui comptait que ces
gabelous et ces rats de cave.

_Delesdernier._ Et la conscription!... Non, tiens, quante je pense
qu'y aurait fallu que mon Jaquet tire cette anne! un enfant chchol
et flaironn par sa mre comme cetui-l!... y n'y aurait pas fallu
trois semaines de sarvice pour le flanquer  plat de lit, au ranco
dans une hopitale. Non pas  prsent que toute cette sacre parade est
finie, comme il est assez dgruff, je m'en vais vous le pousser
farme dans la chiffre, pour sarcher ensuite  le placer dans quque
bon commarce d'espiceries ou de crincaillerie.

_Lamboteau._ Dis voir, et tous ces nants de braille, comme y vont tre
figeau de tout a?

_Delesdernier._ Et toute cette cassibraille de gratte-papier qui vont
tre d'obligs de vanner.

_Lamboteau._ Et cette damnable pardition de loto qui ne pompera plus
nos ag-nettes.

_Delesdernier._ Et le cf qu'on va avoir bientt aussi bon march que
les faviolons..... Ma sacr gouillarde de femme ne viendra plus me
triler, et me tirer de sous les ongles la moiti du an mienne pour
pouvoir se flner ses deux cuelles dessus la conscience tous les
jours que le bon Dieu a cris.

_Lamboteau._ Et dis voir, as-tu entendu sonner cette retraite hier 
soire? Dieu me damne! si au premier coup de cloche je ne me suis pas
tout sentu remuer la far.

_Delesdernier._ Et moi, quante j'ai revu en n'haut des affiches la
clef de la cave avec notre moiti de poulet, si je n'tais pas pour
faire des cupesses au beau milieu de la rue.

_Lamboteau._ Crois-tu, toi, qu'on mangera les greffions des
pronmontions avec plaisir cette anne, quante l'on reverra Monsieur le
Premier redonner les prix  tous nos ourious comme du temps du bon
glu.

_Delesdernier._ As-tu vu nos brecaillons avec leur nouvel uniforme
comme a vous a le fion! Je les ai rencontrs sur les ponts de Neuve
comme y se renvenaient de l'exarcice. Y sont encore mieux retaps, au
moins, que nos anciens volontaires avec leur queue  ras le cochon et
leurs petits chapeaux de biscme. Et ce sacr crottu de Favre, ce
n'est pas le plus crouye de tousse au moins, quante y a son habit bien
aboutonn, avecque sa gravate noire et poudr  blanc. C'est qu'y
n'est ni jartou ni gambion cetui-l, quante mme c'est un ancien
Genevois, et j'en ai bien vu quque z'eunes qui le reluchaient et
joliment, en passant sous la Corraterie.

_Lamboteau._ C'est bien  prsent qu'on peut dire avec le pre Ch....:
_Lustucru, mon cher compre?_ ou bien: _No le veyains revegni ce temps
pleysans tant allgre._

_Delesdernier._ Ah! je t'en rponds. Y en a bien encore quque z'uns
de ces fichus avenaires qui ont toujours  gongonner et  raufer sur
tout, quoi qu'on fasse, qui regrettent encore qu'on ait dguill
Bonaparte, et qui vous disent encore comme a: Voui, vous tes frais
avec votre ritournelle. A prsent que vos gros sont remonts sur leur
bte, vous allez les voir fiars comme des boques, qui vont sarcher 
acraser la bourgeoisie plus que jamais. Moi je dis que non. Les gros
et les petits ont eu leur pide chacun, on est las de se marmanger et
de ronger le flin. Y n'y a plus ni ntifs, ni grimauds, ni habitants,
ni corniauds, ni englus, ni emmards; y n'y a plus que des bons
Genevois (saufre pourtant ceusse qui ont mis la main au copon, au
moins), et je parie, moi, qu' la premire tampoune qu'on fera pour la
paix, nous verrons encore Des Arts ou Gourgasse danser avecque les
pclotiers autour du bourneau de Saint-Jarvais.

 ! Adieu, Lamboteau, adieu, m' n'ami, je m'en vais au sarcle faire
un conchon avec Mottu et Jaquin qui m'attendent. Adieu,  revoire.

    M......, docteur.





End of the Project Gutenberg EBook of Nouveau Glossaire Genevois, tome 2/2, by 
Jean Humbert

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK NOUVEAU GLOSSAIRE GENEVOIS V.2/2 ***

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