Project Gutenberg's La Germanie, by Cornelius Tacitus and Henri Petitmangin

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org


Title: La Germanie
       Texte latin avec introduction, notes et lexique des noms propres

Author: Cornelius Tacitus
        Henri Petitmangin

Release Date: September 21, 2013 [EBook #43789]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA GERMANIE ***




Produced by Laurent Vogel, Bibimbop, Juliet Sutherland and
the Online Distributed Proofreading Team at
http://www.pgdp.net









Note de transcription:

 l'exception des corrections mentionnes dans la note plus dtaille 
la fin de ce livre, l'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas
t harmonise.

Les mots en gras sont indiqus par =...=, et la translittration de
texte en grec par +...+.

Le glyphe [=e] reprsente la lettre e surmonte d'un macron.

Une traduction en franais de la Germanie est aussi disponible auprs
du Project Gutenberg, sous le numro 19662.




  TACITE

  LA GERMANIE




  PROPRIT DE

    _J. de Gigord._


  _ LA MME LIBRAIRIE_

  OUVRAGES DU MME AUTEUR

  _Nouveau cours de latin:_

    =Grammaire latine= (1re anne). In-18, raisin               0 fr. 90

    =Grammaire latine= (2e anne).                              1 fr. 25

    =Grammaire latine= (complte). In-18, raisin.               1 fr. 40

    =Exercices latins illustrs= (1re srie). In-18, raisin.    1 fr. 75

        --    _Livre du matre_ (1re srie), en prparation.

    =Exercices latins illustrs= (2e srie)

        --   _Livre du matre_ (2e srie).

    =Exercices latins= (3e srie)

        --   _Livre du matre_ (3e srie), en prparation.


    =Tacite.= _Germanie_. In-18 raisin.                         0 fr. 75

       --     _Agricolae_. In-18 raisin.                        0 fr. 60

       --     _Extraits des Annales_. In-18 raisin.             1 fr. 75

    =Plutarque.= _Vie de Cicron_. In-18 raisin.                1 fr.  

        --       _Extraits des vies parallles_. In-18.         1 fr. 50

    =Xnophon.= _conomique_. In-18 raisin.                     1 fr. 50




    TACITE

    LA GERMANIE


    TEXTE LATIN
    AVEC INTRODUCTION, NOTES ET LEXIQUE DES NOMS PROPRES

    PAR
    M. L'ABB PETITMANGIN
    AGRG DES LETTRES
    PROFESSEUR AU COLLGE STANISLAS

    TROISIME DITION

    [Dcoration]

    PARIS

    ANCIENNE LIBRAIRIE POUSSIELGUE
    J. DE GIGORD, DITEUR
    RUE CASSETTE, 15

    1913




INTRODUCTION

I.--LA VIE ET LES OUVRAGES DE TACITE.


Nous avons bien peu de dtails certains sur la vie de Tacite. Son
prnom tait-il _Publius_ comme le tmoigne un manuscrit des _Annales_
ou _Caius_ comme l'crit Sidoine Apollinaire? Appartenait-il  la
_gens Cornelia_? Son pre tait-il ce chevalier romain, procurateur
de la Gaule Belgique, nomm dans une inscription et dont parle Pline
l'Ancien? Autant de questions toujours renouveles, jamais puises,
auxquelles on ne pourra fournir aucune rponse certaine tant que de
nouvelles dcouvertes n'apporteront pas des preuves indiscutables[1].
On admet cependant que Tacite est n en 54 ap. J.-C. ou 55 au plus
tard. Mais on retombe dans l'incertitude, ds qu'on veut dterminer le
lieu de sa naissance. Les habitants de Terni, l'ancienne Interamna,
 peu de distance de Florence, le rclament pour compatriote; mais
ce n'est pas fournir des arguments que de dresser des statues et l'on
sait trop bien que cette tradition remonte  l'empereur Tacite (275-276
ap. J.-C.) qui naquit  Interamna et se fit passer pour le descendant
de l'illustre historien. Cette parent, mme dmontre, ne pourrait
tre un argument incontestable en faveur des habitants de Terni, et
il faut renoncer  disserter sur cette heureuse concidence qui aurait
rapproch les berceaux de Tacite, de Michel-Ange et de Machiavel.

    [1] La rcente dcouverte d'une inscription parat avoir lev
    tous les doutes en faveur du prnom de _Publius_.

Que l'ducation de Tacite se soit faite  Rome, au milieu des vices
raffins qui minaient la socit, ou dans quelque province o les
antiques traditions, mieux conserves, trempaient plus fortement
les mes, il est probable qu'en aucun cas il ne se laissa entamer
par la corruption de son sicle. Il s'adonna d'abord  l'loquence,
qui, malgr l'tablissement de l'Empire et la suppression des grands
dbats politiques, restait la base et presque l'unique objet des
tudes pour les jeunes romains de bonne famille. La philosophie semble
l'avoir moins attir. Pline le Jeune, qui fut trs li avec lui, nous
atteste ses succs oratoires et caractrise son loquence d'un mot qui
rsume tout un ct du gnie de Tacite: _Respondit Cornelius Tacitus
eloquentissime et, quod eximium orationi ejus inest_, +semns+. Nous
connaissons d'ailleurs les ides de Tacite sur l'art oratoire par son
premier ouvrage, le _Dialogue des orateurs_, dont l'authenticit a t
conteste, mais  tort, semble-t-il. Ses prfrences vont  Cicron,
qu'il se propose d'imiter, mais le style de ce dialogue, quoique
diffrent,  la vrit, de la vraie manire de Tacite telle que nous la
rvlent les _Annales_ et les _Histoires_, nous fait sentir dj que le
temps des larges et symtriques priodes est pass.

Cependant Tacite ne se confinait pas dans les dclamations d'cole et
les dbats judiciaires. Successivement questeur sous Vespasien, dile
ou tribun du peuple sous Titus, prteur sous Domitien, il parvint au
consulat sous le rgne de Nerva en 97. Il eut alors  prononcer l'loge
de Verginius Rufus, mort simple citoyen aprs avoir refus l'empire.
Ce fut probablement dans l'anne qui suivit son consulat qu'il crivit
l'_Agricola_. Il retraait, en phrases mues, loquentes, et semes
de mots profonds, la vie de son beau-pre, qu'il reprsentait comme le
type du fonctionnaire intgre et digne sous un gouvernement corrompu.
Vers le mme temps, entre 98 et 100, il publiait _la Germanie_.

Ces courts crits, dans lesquels on sent le style si original de
Tacite tendre de plus en plus  la brivet et  la profondeur tout
en s'animant d'une couleur potique assez prononce, conduisent
insensiblement aux grands ouvrages de l'crivain: les _Annales_ et
les _Histoires_. On ne saurait assez regretter que le temps ait creus
dans ces deux chefs-d'oeuvre d'irrparables lacunes. Les _Histoires_
publies entre 104 et 109 contenaient les rgnes de Galba, Othon,
Vitellius, Vespasien, Titus et Domitien, c'est--dire les faits
contemporains de Tacite. Les _Annales_, qui durent paratre vers l'an
116, renfermaient la priode de l'histoire romaine comprise entre la
mort de l'empereur Auguste et le rgne de Galba par lequel commencent
les _Histoires_.

 partir de l'an 100, poque  laquelle il soutint, de concert avec
son ami Pline le Jeune, le procs des Africains contre Marius Priscus,
Tacite semble s'tre retir des affaires publiques pour s'adonner
tout entier  la composition de ses grands ouvrages. Il vivait
vraisemblablement encore  l'avnement d'Hadrien (117) et mourut
probablement entre 117 et 120.


II.--_LA GERMANIE._

L'rudition allemande, qui s'est beaucoup occupe du court crit de
Tacite sur la Germanie, a soulev une foule de questions sur le but,
les sources, la date et le titre mme de cet ouvrage. On a suppos que
le titre authentique s'tait perdu, avec une prface o Tacite rendait
peut-tre compte de l'ide qui avait inspir son livre. Les diffrents
titres que l'on propose sont fort incertains. On a  choisir entre:
_De origine et situ Germanorum_ (ou _Germani_), _De situ Germani_,
_De situ ac populis Germani_, _De origine, situ, moribus ac populis
Germanorum_. Comme il n'y a presque pas de motif de prfrence entre
ces divers titres, on peut se contenter, comme Halm, d'crire en tte
du livre de Tacite: _C. Taciti de Germania liber_. On ne peut, en
effet, sur ce point, accorder grande confiance aux manuscrits; ceux
qui existent actuellement et dont les principaux sont le _Vaticanus_
1862 et 1518, le _Leidensis_, le _Neapolitanus_, ont t copis par
des humanistes de la Renaissance et reproduisent un manuscrit unique
apport d'Allemagne en Italie et aujourd'hui perdu.

La date de la composition de _la Germanie_ est assez facile 
dterminer. Tacite nous dit ( 37) que, depuis la premire invasion des
Cimbres (an de Rome 641) jusqu'au second consulat de Trajan (851), il
s'est coul 210 ans. On peut en conclure que si Tacite prend le second
consulat de Trajan pour point de dpart de son calcul, c'est parce
que cet ouvrage fut compos  cette poque mme ou du moins avant le
troisime consulat, un peu avant ou un peu aprs l'arrive de Trajan 
Rome.

On s'est souvent demand quel but s'est propos Tacite en crivant _la
Germanie_. Comme on peut s'y attendre, toutes les solutions possibles
ont t proposes. On a t jusqu' soutenir que _la Germanie_ tait
une sorte de dialogue, dans lequel Tacite avait voulu runir les
opinions des crivains antrieurs sur la Germanie, en interrompant
sans cesse cette relation pour complter, confirmer et, plus souvent,
infirmer leur tmoignage. Sa mthode la plus ordinaire de contredire
ses adversaires serait l'ironie. Mthode bien dangereuse, en vrit,
puisqu'on a si souvent pris pour la pense de Tacite ce qui en tait
exactement le contraire[2]. Le tort de la plupart des commentateurs
qui ont voulu trancher nettement la question, a t, semble-t-il, de
se montrer trop exclusifs et de ne pas assez distinguer, autour du
but principal, quel qu'il soit d'ailleurs, l'existence incontestable
d'intentions secondaires. Il est vident, par exemple, qu'on aurait
tort de ne voir dans _la Germanie_ qu'une sorte de roman o serait
dpeint un certain idal de bonheur, de vie simple et vertueuse. Cet
ouvrage serait ainsi une rplique de la fiction de l'ge d'or, la scne
tant transporte dans le lointain de l'espace au lieu d'tre recule
dans le temps. Le romanesque que l'on croit dcouvrir dans certains
passages ne doit pas faire illusion. Tacite, il est vrai, fait une
description fantastique du culte mystrieux de la desse _Nerthus_ et
nous montre une arme entire couverte de boucliers noirs; cela vient
de ce que, trop grave pour inventer des fables, il est aussi trop
consciencieux pour omettre les informations qu'il a recueillies. Dans
le second livre des _Histoires_ nous trouvons sa profession de foi:
Je crois, dit-il, qu'il est contraire  la gravit de l'histoire de
vouloir intresser les lecteurs avec des fictions et des fables, mais
je ne voudrais pas non plus enlever toute crance  des traditions
gnralement reues. D'ailleurs, comment expliquer, dans cette
hypothse, la prsence de tant de dtails gographiques? Pourquoi tant
de prcision dans la notation du caractre spcial de chaque peuplade?
Et si Tacite a voulu vanter la vie simple et frugale, pourquoi
insiste-t-il sur l'ivrognerie et l'enttement de ces robustes Germains?
Cependant on ne saurait nier que Tacite ait souvent embelli la vie
de ces peuplades  demi sauvages et fait de leur ignorance des vertus
rflchies de philosophe.

    [2] Voici, par exemple, comment M. Holub entend le ch. XVII:
    Tacite rapporte l'opinion d'un de ses prdcesseurs: _Tegumen
    omnibus sagum fibula aut, si desit, spina consertum._--Et Tacite
    reprend aussitt ironiquement: _Ceterum intecti: totos dies juxta
    focum atque ignem agunt!_ C'est--dire: Eh quoi! pas d'autre
    vtement? Mais alors le climat les obligerait  rester des
    journes entires prs du feu! Ne faut-il pas qu'ils aillent  la
    chasse, aux assembles,  la guerre? Ce simple manteau peut-il
    suffire? On devine ce qu'une semblable interprtation peut
    rserver de surprises  qui voudra s'y livrer.

La rhtorique, dont on sent parfois l'influence sur la composition
de l'ouvrage, n'a pas peu contribu  lui donner ce faux air de roman
utopique; mais plus sensible encore est l'influence des proccupations
du moment et ce n'est pas sans quelque apparence de raison qu'on a
soutenu que Tacite avait voulu avant tout faire la satire des moeurs
de son temps. On sait que Tacite n'est pas l'historien selon l'ide de
Fnelon. Il est bien de son temps et de son pays, et dans le coeur de
ce penseur profond bouillonne un ardent patriotisme. Tacite a tudi
les vices de son sicle; il y a reconnu le signe d'une civilisation
trop avance qui court fatalement  la dcadence. Pour lui, comme
pour tous les Romains qui ont gard l'amour et l'admiration du peuple
roi, l'idal est vers le pass; c'est le _mos majorum_ qui a fait la
grandeur de la Rpublique, c'est lui qui peut seul la sauver de la
ruine. Aussi, sans tre pour cela un rvolutionnaire, il saisit avec
empressement l'occasion qui lui est offerte d'opposer  la civilisation
corrompue qui rgne  Rome les rudes vertus des Barbares.  chaque
instant la pense de Tacite est reporte de l'objet de son tude vers
l'tat actuel de sa patrie. Si cette proccupation l'a amen  forcer
quelques traits, elle lui a fourni l'occasion de belles antithses,
dans lesquelles un peu d'affectation ne nuit pas  la profondeur de la
pense. Il serait exagr cependant de considrer _la Germanie_ comme
une satire analogue aux ouvrages de nos philosophes du XVIIIe sicle
qui prtendaient opposer aux vices et aux mensonges conventionnels
de la socit le bon sens et les vertus spontanes de la nature
inculte. Tacite s'est content de rappeler aux Romains que, chez ces
prtendus barbares, les lois du mariage taient svrement gardes,
la corruption ne prtait pas  rire, les testaments et les abus qu'ils
provoquent taient inconnus, les enfants n'taient point abandonns 
des mercenaires, la douceur envers les esclaves tait habituelle. Avant
Tacite, Horace avait dj us de ce procd en opposant aux moeurs des
Romains les vertus des Gtes et des Scythes (_Odes_, III, 24), et l'on
a pu relever des tendances analogues chez Valrius Flaccus qui publia
son ouvrage environ trente ans avant l'apparition de _la Germanie_.

_La Germanie_ serait-elle donc plutt une brochure politique analogue
aux monographies qui paraissent aujourd'hui  propos des questions
brlantes de la politique extrieure? Les partisans de cette opinion
avouent toutefois que _la Germanie_ n'a pas t improvise comme le
sont la plupart des crits de ce genre, mais compose d'aprs des notes
ds longtemps recueillies. Cette intention politique est loin d'tre
aussi vidente qu'on l'a prtendu, puisque les dfenseurs de cette
opinion soutiennent, les uns, que Tacite a voulu dtourner Trajan de
faire la guerre  des gens si vertueux et si forts, les autres qu'il
a simplement voulu soutenir sa politique. L'empereur en effet, appel
au trne pendant qu'il se trouvait en Germanie, y resta longtemps
pour consolider la frontire. On dsirait le revoir  Rome; de l,
chez Tacite, le dsir d'expliquer l'absence de Trajan en montrant la
ncessit de tenir en respect les Barbares. Si telle tait l'ide de
Tacite, non seulement elle devrait s'exprimer nettement dans quelque
endroit de l'ouvrage, mais on devrait la deviner prsente partout;
or rien ne serait plus difficile  prouver. En effet, quiconque lira
_la Germanie_ sans ide prconue aura l'impression d'un ouvrage
scientifique. C'est l'avis de Mommsen: Tout cet crit, dit-il, fait
l'effet d'tre simplement gographique.

On s'est appuy sur cette constatation pour soutenir que _la Germanie_
tait un livre dtach des grands ouvrages. Il aurait survcu  la
perte d'une partie considrable des _Annales_ et des _Histoires_, parce
qu'il aurait t de bonne heure remarqu et copi  part par des moines
allemands du moyen ge. On a t jusqu' lui fixer sa place dans les
_Histoires_  l'endroit o Tacite devait parler de la grande coalition
des Sarmates et des Suves. Selon d'autres, _la Germanie_ aurait t
en effet, d'abord, destine  prendre place dans les _Annales_ ou les
_Histoires_, mais elle en aurait t spare par Tacite lui-mme et
publie  part.

Cette opinion, quelque vraisemblable qu'elle puisse paratre, n'est
pas concluante. Si l'on se rappelle que le _Dialogue des orateurs_ est
un ouvrage de rhtorique o les souvenirs d'cole et le dsir d'imiter
les priodes cicroniennes sont si apparents, que l'_Agricola_ garde
une parent vidente avec les pangyriques depuis si longtemps  la
mode, que _la Germanie_ elle-mme fourmille de pointes, de rticences
calcules et d'effets de style, on est tent de regarder cet ouvrage
comme un essai, o Tacite a voulu former son style et se faire la
main pour aborder les grands ouvrages qu'il mditait. Ceci n'est pas
pour en diminuer la valeur: au contraire. Tacite a d y apporter tous
ses soins; il a d  cette occasion consulter de nombreux ouvrages,
non seulement pour assembler des matriaux, mais pour s'inspirer des
meilleurs modles. Nous le voyons commencer  la manire de Csar et
terminer par une imitation de Salluste. Sans doute, le procd est
encore sensible dans _la Germanie_, mais, en somme, c'est l'oeuvre
soigne d'un homme dj matre de son talent, qui, en exerant sa
sagacit d'historien et son originalit de styliste, se prpare  la
composition de chefs-d'oeuvre immortels.

On s'explique pourquoi _la Germanie_ lui a paru le sujet le plus
intressant. La question germanique tait  l'ordre du jour. Depuis que
Csar avait franchi le Rhin, les Germains n'avaient pas cess d'tre
mls aux affaires de Rome, comme ennemis ou comme allis.  Csar mme
ils avaient fourni, dans sa guerre contre les Gaulois, d'excellents
cavaliers. Ils avaient tenu en chec la puissance d'Auguste. Sous
ses successeurs, ils avaient continu  inquiter la frontire et on
n'avait jamais pu les considrer comme dfinitivement soumis de la
mme faon que les Gaulois. Tacite avoue qu'ils avaient fourni aux
gnraux plutt des occasions de triomphe que de vritables victoires.
Tout le monde sentait vaguement, et Tacite sans doute mieux que
personne, que le danger viendrait du Nord et que, si une invasion des
Cimbres et des Teutons se renouvelait, on trouverait difficilement un
nouveau Marius et des lgions semblables aux vainqueurs de Verceil.
Ajoutez  cela la curiosit qui porte les civilisations raffines vers
l'tude des populations encore voisines de la barbarie. Le succs de
la littrature exotique de nos jours ne s'explique pas autrement. Or,
 l'poque de Tacite, l'Orient, souvent dcrit, tait trop connu; la
Germanie et les pays du Nord, du ct des mers mystrieuses et des
nuits de plusieurs mois, devaient intresser davantage. Ces rcits
sur des peuples lointains remplaaient dans la curiosit des lecteurs
les lgendes mythologiques auxquelles on ne croyait plus. Le livre
de Tacite rpondait  ce besoin; il avait l'exactitude d'une srieuse
tude gographique et l'intrt d'un roman. Tacite reconnat dans ses
_Annales_ que les rcits de ce genre sont les plus propres  piquer la
curiosit du lecteur.

Au reste, quoi qu'il en soit du but de Tacite dans la composition
de _la Germanie_, on s'accorde  reconnatre que ce livre renferme
un grand nombre de faits exacts, intressants, puiss aux meilleures
sources. Ici une question se pose: Tacite parle-t-il de choses qu'il a
vues lui-mme? A-t-il visit la Germanie? On sait, par le tmoignage
de l'crivain lui-mme dans l'_Agricola_, qu'il fut absent de Rome
 partir de 89 pendant quatre ou peut-tre sept ans. Quel fut le
motif de cette absence? On a prtendu que ce ne pouvait tre l'exil
ni une retraite volontaire, qu'il s'agissait donc d'une mission
assez lointaine, peut-tre du commandement d'une lgion sur le Rhin.
Malheureusement on ne peut fournir aucune preuve  l'appui de cette
assertion. Il est vrai que Tacite, par la vivacit de son style, semble
peindre des choses qu'il a vues lui-mme, mais on ne peut rien conclure
de cette observation puisqu'il parle de la mme manire de certaines
contres qu'il n'a certainement jamais visites.

Si Tacite n'est pas un tmoin oculaire, on peut tre du moins certain
qu'il n'a nglig aucun moyen d'information. Il a naturellement
consult les crivains qui s'taient occups avant lui de la Germanie.
Beaucoup de ces ouvrages tant perdus pour nous, nous ne pouvons savoir
au juste dans quelle mesure Tacite s'est inspir de ses devanciers.
Ses principales sources paraissent avoir t Csar, Mela, Pline et
peut-tre Salluste. Le rapprochement n'est possible qu'avec Csar dont
nous possdons les oeuvres. Csar avait souvent eu l'occasion, dans sa
guerre des Gaules, de connatre les Germains, mais il s'tait content
de leur consacrer quelques chapitres de ses _Commentaires_. Tacite est
donc plus explicite, mais il n'est jamais en contradiction avec celui
qu'il appelle _summus auctorum_.

Bien qu'il soit impossible de dterminer exactement ce que Tacite a
ajout aux connaissances dj consignes par les crivains antrieurs,
on ne peut douter qu'il ait contrl avec soin leurs affirmations et
recueilli tous les renseignements oraux de nature  rendre son tude
plus neuve, plus complte et plus intressante. Or il tait facile
de recueillir sur la Germanie une foule de dtails offrant toutes
les garanties de certitude dsirables. Si Tacite n'a pas t charg
personnellement de quelque mission sur les bords du Rhin, il a eu
souvent l'occasion d'interroger les soldats qui avaient pris part aux
guerres de Germanie. En outre, le commerce amenait des Germains  Rome,
et les marchands italiens parcouraient des pays du nord o les aigles
romaines ne s'taient pas encore montres. Il est probable que le
commerce du succin attira des commerants jusqu'en Sude. Si toutefois
les indications gographiques de Tacite restent bien infrieures
 ses descriptions ethnographiques, on ne peut s'en tonner; les
anciens n'ont jamais pu arriver, en gographie, qu' des connaissances
approximatives, faute des instruments ncessaires  cette science.
Au reste, peu nous importent aujourd'hui les erreurs de ce genre; ce
sont les dtails de moeurs qui offrent, pour les modernes, le plus
haut intrt. Les grandes invasions qui ont boulevers la meilleure
partie de l'Europe quelques sicles aprs l're chrtienne, ont tabli
dans les moeurs et dans les institutions des territoires envahis un
grand nombre de coutumes d'abord propres aux peuplades de la Germanie.
Montesquieu a dit: Il est impossible d'entrer un peu avant dans
notre droit politique si l'on ne connat parfaitement les lois et les
moeurs des peuples germains. On peut voir, dans le premier livre de
l'_Histoire de la littrature anglaise_, quel usage Taine a su faire de
l'ouvrage de Tacite pour marquer les traits caractristiques de la race
anglo-saxonne.

Il est  regretter cependant que Tacite n'ait pas assez compris
l'importance des langues pour le classement des peuples, que le peu
de dtails qu'il donne sur la religion des Germains soit gt par
l'habitude d'identifier les dieux de tous les peuples aux habitants de
l'Olympe grco-romain, mais on ne peut raisonnablement exiger de Tacite
des mthodes et des connaissances qui furent compltement trangres
 son poque. Tel qu'il est, ce livre de _la Germanie_ si court et si
substantiel mrite l'loge qu'en fait Montesquieu dans l'_Esprit des
lois_: Tacite a fait un ouvrage exprs sur les moeurs des Germains;
il est court, mais c'est l'ouvrage de Tacite qui abrgeait tout parce
qu'il voyait tout.


III.--SOMMAIRE DE _LA GERMANIE_.

_La Germanie_ a t compose avec beaucoup de soin; la facilit avec
laquelle Tacite passe d'un sujet  l'autre en suivant l'enchanement
naturel des ides, masque habilement un plan trs bien agenc. Le livre
se divise naturellement en deux parties: une partie gnrale consacre
aux renseignements gographiques, aux moeurs et institutions communes
 tous les Germains, et une partie spciale dans laquelle sont dcrites
 part toutes les peuplades de la Germanie, chacune avec les traits qui
la distinguent des tribus voisines.


I. PARTIE GNRALE.


A. _Le sol et les habitants._

1. Position et gographie physique de la Germanie. 2. Origine des
anciens peuples de la Germanie et lgendes qui s'y rapportent. 3. Suite
des traditions antiques, le Bardit. 4. Puret de la race; le physique
des Germains. 5. Productions du sol; mpris de l'or et de l'argent.


B. _Institutions publiques._

6. Armement des Germains. Cavalerie et infanterie. Punition des lches.
7. Autorit des rois et des chefs. Rle des prtres. Courage des femmes
germaines. 8. Vnration pour les femmes. Veleda. Albruna. 9. Religion
des Germains. Leurs divinits. 10. Diffrentes manires de tirer
des augures. 11. Assembles publiques. Dlibrations. 12. La justice
rendue dans les assembles. Tribunaux organiss pour les cantons. 13.
mancipation du jeune homme, organisation militaire. 14. Obligations
des chefs de guerre et de leurs compagnons. 15. Manire de vivre
pendant la paix. Cadeaux faits aux chefs.


C. _Vie prive._

16. Les habitations. 17. Les vtements. 18. Respect du mariage.
Les prsents, symboles des devoirs des poux. 19. Chtiment de
l'inconduite. Puret des moeurs. 20. ducation des enfants. Parents.
Successions. 21. Haines hrditaires. Compensation de l'homicide.
Hospitalit. 22. Dfauts des Germains. Ivresse. Brutalit. Affaires
traites pendant et aprs les festins. 23. Boisson fermente.
Nourriture simple et frugale. 24. Amusements. Danse des armes. Passion
du jeu. 25. Rle et condition des esclaves et des affranchis. 26.
Ignorance de l'usure. Partage des terres. 27. Funrailles.


II. PARTIE SPCIALE.

28. Les Gaulois qui se sont tablis en Germanie: Helvtes, Boens,
Aravisques, Oses. Germains tablis sur la rive gauche du Rhin:
Trvires, Nerviens, Vangions, Triboques, Ubiens. 29. Bataves.
Mattiaques. Champs dcumates. 30. Les Chattes, peuple guerrier et
disciplin. 31. Coutumes guerrires, aspect effrayant des Chattes.
32. Les Usipiens; les Tenctres, excellents cavaliers. 33. Les
Bructres; ils sont chasss par les Chamaves et les Angrivariens.
Pressentiments de Tacite. 34. Les Dulgubniens, les Chasuares, les
Frisons. 35. Les Chauques, le plus noble peuple de Germanie. 36. Les
Chrusques, vaincus par les Chattes. Leur dfaite entrane celle des
Foses. 37. Les Cimbres; rapide esquisse des guerres de Germanie. 38.
Les Suves: usages spciaux. 39. Les Semnons; leur bois sacr. 40.
Les Langobards, les Reudignes, etc. Culte de la desse Nerthus. 41.
Les Hermondures. Relations commerciales avec les Romains. 42. Les
Naristes, les Marcomans, les Quades. 43. Les Marsignes, les Cotins, les
Oses, les Bures. La Suvie traverse par une chane de montagne. Les
Tugiens. Aspect terrifiant des Hariens. 44. Les Suiones, navigateurs.
Gouvernement royal. Les Sitones gouverns par une femme. 45. La
mer dormante. Les stiens. Commerce du succin. 46. Les Peucins, les
Vendes, les Fennes. Lgendes sur des peuples fabuleux.




CORNELII TACITI

DE GERMANIA

LIBER


=1.= Germania omnis[1] a Gallis Rtisque et Pannoniis[2] Rheno et
Danuvio fluminibus, a Sarmatis Dacisque mutuo metu aut montibus[3]
separatur: cetera Oceanus[4] ambit, latos sinus et insularum immensa[5]
spatia complectens, nuper cognitis[6] quibusdam gentibus ac regibus,
quos bellum aperuit. Rhenus, Rticarum Alpium inaccesso ac prcipiti
vertice[7] ortus, modico flexu[8] in occidentem versus septentrionali
Oceano miscetur. Danuvius, molli et clementer edito[9] montis Abnob
jugo effusus, plures populos adit, donec[10] in Ponticum mare sex
meatibus[11] erumpat: septimum[12] os paludibus hauritur.

    [1] =Germania omnis=, la Germanie prise dans son ensemble. Il
    s'agit de la grande Germanie, par opposition aux deux provinces
    romaines de Germanie, situes sur la rive gauche du Rhin. Ce
    dbut parat imit de Csar, _B. G._, I, 1.

    [2] =A Gallis Rtisque et Pannoniis=. Le changement de particule
    indique que ces trois termes sont rpartis en deux groupes, d'un
    ct _Gallis_, de l'autre _Rtis et Pannoniis_, correspondant
    l'un  _Rheno_, l'autre  _Danuvio_. Cf. Ragon, _Gr. lat._, 
    534.

    [3] =Mutuo metu aut montibus=. Remarquez la vivacit de cette
    expression, produite par le rapprochement de deux ides de nature
    diffrente. Ces montagnes sont les Karpathes. Cf. 7, note 13.

    [4] =Oceanus=. Sous cette dnomination il faut entendre la Mer
    du Nord et la Baltique. Ces _latos sinus_ sont des presqu'les,
    et non pas des golfes, le Jutland probablement. Cf. 29,
    _sinus imperii_, et la note.  travers l'incertitude de ces
    renseignements gographiques, certains commentateurs ont voulu
    voir l'intention de grandir, dans un but politique, l'importance
    de la Germanie.

    [5] =Immensa=: ce mot a un sens plus faible qu' l'poque
    classique. Tacite remploie communment dans le sens de _trs
    grand_. Traduisez: de vastes tendues d'les.

    [6] =Nuper cognitis=. Cette proposition  l'ablatif absolu, o
    le participe a la valeur de l'aoriste et non pas du parfait,
    exprime avec beaucoup de concision la source des renseignements
    donns dans le membre de phrase prcdent. _Nuper_ a une valeur
    relative, car les expditions dont il s'agit ici ont eu lieu 10
    ans avant J.-C.

    [7] =Vertice=: l'Adula (en latin _Adulas_) ou Rheinwaldhorn qui
    se trouve  l'est du Saint-Gothard.

    [8] =Modico flexu=. Il ne s'agit pas, comme on le croit
    quelquefois, d'un coude du fleuve ou d'un lger dtour, mais
    d'une direction gnrale. Le Rhin, au lieu de se diriger vers le
    Nord, s'incline lgrement vers l'Occident.--_Versus_. Bien qu'on
    trouve parfois _versus_, adverbe, joint  _in_ par plonasme,
    ce mot est plutt ici un participe, malgr le manque de liaison
    entre _ortus_ et _versus_.

    [9] =Molli et clementer edito=. Ces deux expressions sont fort
    voisines de sens, mais la premire se trouve dj  l'poque
    classique, tandis que la seconde n'apparat dans ce sens que plus
    tard. Les expressions presque synonymiques sont nombreuses dans
    les premiers ouvrages de Tacite, o la couleur oratoire est plus
    prononce.--_Abnoba_. L'orthographe de ce mot a t longtemps
    incertaine, mais des inscriptions ont lev tous les doutes.

    [10] =Donec... erumpat=. Ce subjonctif est contraire  l'usage
    classique. Tacite emploie ainsi le subjonctif prsent avec
    _donec_ sans distinguer s'il y a ou non une intention  exprimer.
    Cf. 31, _donec absolvat_, _donec faciat_; 35, _donec sinuetur_,
    et 20, note 5.

    [11] =Meatus=, litt., marche (de _meare_), puis, passage,
    voie, canal, enfin comme ici, embouchure. Ce mot,  l'poque
    classique, est potique.

    [12] =Septimum=. Ovide dit du Danube (_Tristes_, II, 2, 189):
    _Septemplicis Histri_. Hister (+Istros+) est le nom grec, Danuvius
    le nom celtique latinis.


=2.= Ipsos[1] Germanos indigenas crediderim[2] minimeque aliarum
gentium adventibus[3] et hospitiis mixtos, quia nec terra olim, sed
classibus advehebantur qui mutare sedes qurebant[4], et immensus
ultra[5] utque sic dixerim adversus[6] Oceanus raris ab orbe nostro
navibus aditur. Quis porro[7], prter periculum horridi et ignoti
maris, Asia aut Africa aut Italia relicta, Germaniam peteret[8],
informem terris, asperam clo, tristem cultu aspectuque[9], nisi si
patria sit? Celebrant carminibus antiquis, quod[10] unum apud illos
memori et annalium genus est, Tuistonem[11] deum terra editum et
filium Mannum originem gentis conditoresque[12]. Manno tres filios
assignant, e quorum nominibus proximi Oceano Ingvones, medii
Herminones, ceteri Istvones vocentur[13]. Quidam[14], ut[15] in
licentia vetustatis, plures deo ortos pluresque gentis appellationes,
Marsos, Gambrivios, Suevos, Vandilios affirmant, eaque vera et antiqua
nomina. Ceterum Germani vocabulum recens et nuper additum[16], quoniam
qui primi Rhenum transgressi Gallos expulerint ac nunc Tungri[17], tunc
Germani vocati sint: ita, nationis nomen, non gentis[18], evaluisse
paulatim, ut omnes primum a victore ob metum, mox[19] etiam a se ipsis
invento nomine Germani vocarentur[20].

    [1] =Ipsos= marque ici la transition. Tacite passe du pays aux
    habitants eux-mmes. Cf. _Agricola_, 13, une transition analogue.

    [2] =Crediderim=. Le subjonctif affaiblit encore l'affirmation
    dj adoucie par l'emploi de ce verbe. (_Gr. lat._, 423.)

    [3] =Adventibus= peut s'appliquer  des immigrations (_adventus
    gallicus_ dans Cicron signifie l'invasion des Gaulois),
    _hospitiis_, seulement  des relations pacifiques. Cette opinion
    de Tacite et, par consquent, les raisons sur lesquelles il
    l'appuie sont inexactes. De grandes migrations venues d'Asie
    ont peupl l'Europe, et elles se sont effectues par terre;
    mais Tacite songe  combattre l'opinion d'aprs laquelle des
    immigrations auraient eu lieu des bords de la Mditerrane, et en
    ce sens il a raison.

    [4] =Qurebant=. Ce verbe ne se construit pas d'ordinaire avec
    l'infinitif, sauf chez les potes, et postrieurement  l'poque
    classique.

    [5] =(Oceanus) ultra=. L'ocan qui s'tend vers le nord de
    l'autre ct de la Germanie. _Ultra_ joue ici le rle d'adjectif.
    Cette faon de parler, que l'existence d'un article en grec rend
    trs frquente dans cette langue, est rare en latin, du moins
    chez Cicron et Csar, mais Tite-Live et Tacite en usent assez
    souvent. Cf. Riemann, _Synt. lat._,  5.

    [6] =Adversus=. Ce mot signifie ici oppos (au monde romain dont
    la Mditerrane occupait le centre). On le traduit quelquefois
    par hostile (cf. 34, note 6) et, comme on dit souvent _adverso
    flumine navigare_, on a pens aussi que Tacite voulait marquer
    par ce mot qu'en allant vers le Nord on est en quelque faon
    oblig de remonter l'Ocan, que les anciens se reprsentaient
    comme un fleuve entourant la terre.

    [7] =Porro= introduit une confirmation du raisonnement commenc.
    _Prter_ = _ut prtermittam_, sans parler de.

    [8] =Quis... peteret?= Qui aurait gagn la Germanie? Sur la
    signification de cet imparfait du subjonctif (potentiel du
    pass), cf. Ragon, _Gr. lat._, 423, rem. 3.

    [9] =Tristem cultu aspectuque=. D'aprs Tacite, le sol de la
    Germanie n'est pas favorable  la culture et ne rachte mme pas
    ce dfaut par le pittoresque de son aspect. Il manque  la fois
    de fertilit et de beaut.--_Nisi si_ est un plonasme de la
    langue familire.

    [10] =Quod= s'accorde avec l'attribut au lieu de s'accorder avec
    son antcdent. (_Gr. lat._, 360.)--_Memori et annalium genus_:
    plonasme, cf. 1, note 9. _Memoria_, terme plus gnral, dsigne
    tout moyen de conserver le souvenir des vnements, _annales_
    dsigne plus spcialement l'histoire crite.

    [11] =Tuistonem=, =Mannum=. On croit reconnatre dans ces deux
    mots l'allemand _deutsch_ (Allemand) et _Mann_ (homme).

    [12] =Originem gentis conditoresque=: plonasme. Cf. note 10. Ce
    sens du mot _conditor_ est frquent chez Virgile.

    [13] =Vocentur=: subjonctif du discours indirect. _Assignant_
    quivaut en effet  _fuisse dicunt_. (_Gr. lat._, 452 et rem.)

    [14] =Quidam=: il s'agit, non des Germains, mais des Romains qui
    se sont occups des antiquits germaniques.

    [15] =Ut= s'emploie souvent pour introduire une explication
    fonde sur l'exprience, sur un fait habituel. Il quivaut alors
     _ut fieri solet_.--_Licentia vetustatis_. Les temps reculs
    fournissent plus ample matire  la lgende et plus de libert
    aux discussions historiques.

    [16] =Recens et nuper additum=: plonasme. Cf. 1, note
    9. VIRGILE, _nide_, I, 267: _Cui nunc cognomen Julo
    Additur_.--Cette phrase continue le discours indirect introduit
    par _affirmant_; de l l'emploi des subjonctifs _expulerint_,
    _vocati sint_.

    [17] Aprs =Tungri=, supplez _vocentur_ au lieu de _vocati
    sint_; c'est la figure appele zeugma.

    [18] =Gentis=, la race entire. _Natio_, une peuplade.

    [19] =Mox=: cf. 10, note 4.

    [20] =Vocarentur=.  propos de cette phrase un savant
    commentateur dit: _Interpretes hic fluctuant et fluctuabunt
    ternum._ On peut l'expliquer ainsi: tous ces barbares
    d'abord appels du nom de Germains par les vainqueurs des
    Gaulois (c.--d. les Tungres) dans le dessein d'effrayer leurs
    adversaires, se dsignrent ensuite eux-mmes de ce nom une
    fois invent. Ces explications de Tacite sont naturellement fort
    sujettes  caution. Cf. lexique des noms propres, _Germani_.


=3.= Fuisse apud eos et Herculem memorant[1], primumque omnium virorum
fortium ituri in proelia canunt. Sunt illis hc[2] quoque carmina,
quorum relatu[3], quem barditum[4] vocant, accendunt animos futurque
pugn fortunam ipso cantu augurantur: terrent enim trepidantve, prout
sonuit[5] acies, nec tam vocis ille quam virtutis concentus videtur.
Affectatur prcipue asperitas soni et fractum murmur[6], objectis
ad os scutis, quo[7] plenior et gravior vox repercussu intumescat.
Ceterum[8] et Ulixen[9] quidam opinantur longo illo[10] et fabuloso
errore in hunc Oceanum delatum adisse Germani terras, Asciburgiumque,
quod in ripa Rheni situm hodieque[11] incolitur, ab illo constitutum
nominatumque[12]; aram quin etiam[13] Ulixi[14] consecratam, adjecto
Laert patris nomine, eodem loco olim repertam, monumentaque et
tumulos[15] quosdam Grcis litteris inscriptos in confinio Germani
Rtique adhuc exstare. Qu neque confirmare argumentis neque refellere
in animo est[16]: ex ingenio suo quisque demat vel addat fidem[17].

    [1] =Memorant= (_quidam_). Cf. 2, note 14.--_Herculem_, un
    Hercule, et non pas l'Hercule grec.--_Primum_, comme le
    premier.

    [2] =Hc=: certains commentateurs trouvent ce mot embarrassant,
    et proposent de le changer en _alia_. Il indique que l'existence
    de ces chants tait bien connue des Romains.

    [3] =Relatu=: Tacite parat tre le premier, et peut-tre le seul
    qui ait employ ce mot dans le sens de excution d'un chant.

    [4] =Barditum= ou =baritum=: l'un, dit-on, viendrait de _Bardhi_
    (bouclier), l'autre de _Baren_ (crier).

    [5] =Sonuit=, s.-e. _cantu_.

    [6] =Fractum murmur=, sons saccads. VIRG., _Georg._, 4, 72:
    _Vox..... fractos sonitus imitata tubarum_.

    [7] =Quo=: cf. _Gr. lat._, 472.

    [8] =Ceterum= indique que le dveloppement reprend son cours
    normal aprs les dtails donns sur le chant des barbares.

    [9] =Ulixen=. Le manque d'un sens critique assez dvelopp a
    souvent conduit les anciens  identifier des lgendes sur de
    simples ressemblances de noms. Les auteurs latins et grecs
    paraissent avoir t tromps par le nom celtique _Ulohoxis_.

    [10] =Ille= est souvent emphatique: ce voyage si fameux. Mais
    dans _hunc oceanum_, le pronom _hic_ (_ille_ chez les classiques)
    rappelle seulement qu'on a dj parl de cette mer.

    [11] =Hodieque= a le sens non classique de _hodie quoque, etiam
    hodie_. Cf. Riemann, _Synt. lat._, p. 504, note. On sous-entend
    quelquefois _est_ aprs _situm_, _que_ conservant son sens
    ordinaire.

    [12] =Nominatumque=. On suppose une lacune aprs ces mots. Tacite
    aurait crit sans doute le nom grec qu'on supposait remonter 
    Ulysse, peut-tre +astypyrgion askipyrgion+. Trs probablement les
    anciens ont t tromps ici encore par une fausse analogie. Il y a
    aujourd'hui prs du Rhin une localit nomme _Asburg_.

    [13] =Quin etiam=. Tacite aime  placer cette locution aprs un
    mot. Cf. 8, _Inesse quin etiam..._; 34, _Ipsum quin etiam_.

    [14] =Ulixi= (= _ab Ulixe_): datif avec le passif. Certains
    commentateurs s'opposent  ce que ce datif soit regard comme
    dsignant l'agent,  cause de _adjecto patris nomine_, et
    traduisent: autel consacr  Ulysse.

    [15] =Monumenta et tumulos=. Comme au ch. 2: _memori et annalium
    genus_, le mot gnral prcde le mot spcial. Cf. 1, note 9.

    [16] =In animo est=: cette expression parat avoir appartenu
    surtout au langage familier. Cf. Riemann, _Synt. lat._,  183,
    2.

    [17] =Ex ingenio=, d'aprs sa tournure d'esprit. Cf. 7, note
    1.--_Demere_ et _addere fidem_ sont des expressions potiques;
    elles ne signifient pas seulement croire ou ne pas croire,
    mais accrditer ou discrditer. Cf. _Annales_, IV, 9: _Ad
    vana revolutus vero quoque fidem dempsit_. _Histoires_, III, 39:
    _Addidit facinori fidem_. Mais, dans Ovide, _Remed. am._, 290,
    _Deme veneficiis carminibusque fidem_ signifie simplement te ta
    confiance, cesse de croire ....


=4.= Ipse eorum opinionibus[1] accedo, qui Germani populos nullis[2]
aliarum nationum conubiis infectos[3] propriam et sinceram et tantum
sui similem gentem exstitisse arbitrantur. Unde habitus[4] quoque
corporum, quanquam in tanto hominum numero, idem omnibus: truces et
crulei oculi, rutil com, magna corpora et tantum ad impetum[5]
valida; laboris atque operum[6] non eadem[7] patientia, minimeque sitim
stumque tolerare, frigora atque inediam clo solove[8] assueverunt.

    [1] =Opinionibus=. Tacite met le pluriel, bien qu'il ne s'agisse
    que d'une seule opinion, parce qu'il pense  chaque rudit en
    particulier. On crit d'ailleurs aussi _opinioni_.

    [2] =Aliis= est employ  la faon des Grecs, pour renforcer
    _aliarum_. Cf. _Dial. des orateurs_, 10: _Ceteris aliarum artium
    studiis_. On prend aussi quelquefois _aliis_ dans le sens fort
    d'trangers. D'autres le suppriment simplement.

    [3] Parfois _inficere_ signifie seulement imprgner, mlanger.
    Snque: _Sapientia nisi infecit animum..._ mais l'ide
    d'altration, de corruption s'y ajoute souvent. Cf. 46: _Conubiis
    mixtis nonnihil in Sarmatarum habitum foedantur._

    [4] =Habitus=. Il ne s'agit pas de la constitution intrieure,
    mais de la conformation, de l'aspect extrieur. Cf. 17, note 9.

    [5] =Impetum=, l'lan, c.--d. les actions qui demandent une
    certaine imptuosit.

    [6] =Laboris= (travail en gnral) _et operum_ (travaux
    militaires): cf. 1, note 9.

    [7] =Non eadem= indique une comparaison et suppose deux termes;
    mais si le second ressort du contexte, Tacite l'omet souvent. Cf.
    23 et 35.

    [8] =Clo solove=: ablatifs de cause; l'inclmence du ciel les
    habitue au froid, la strilit du sol,  la faim. Remarquez
    la construction de la phrase: d'un ct _sitim stumque_,
    de l'autre _frigora et inediam_, opposs par asyndte, avec
    entre-croisement. Mais il est inutile de supposer que Tacite,
    pour plus de varit encore, fait dpendre le premier membre de
    _tolerare_, le second directement de _assueverunt_: _tolerare_
    gouverne les deux membres.


=5.= Terra etsi aliquanto[1] specie differt, in universum[2] tamen aut
silvis horrida aut paludibus foeda, humidior, qua Gallias, ventosior
qua Noricum ac Pannoniam aspicit; satis[3] ferax, frugiferarum
arborum impatiens, pecorum[4] fecunda, sed plerumque improcera[5].
Ne armentis quidem suus[6] honor aut gloria frontis: numero gaudent,
eque sol et gratissim opes sunt. Argentum et aurum propitiine
an irati dii negaverint dubito[7]; nec tamen affirmaverim[8] nullam
Germani venam argentum aurumve gignere: quis enim scrutatus est[9]?
Possessione et usu haud perinde[10] afficiuntur. Est videre[11] apud
illos argentea vasa, legatis et principibus eorum muneri data, non in
alia[12] vilitate quam qu humo finguntur; quanquam[13] proximi ob usum
commerciorum aurum et argentum in pretio habent[14] formasque quasdam
nostr pecuni[15] agnoscunt atque eligunt; interiores simplicius et
antiquius permutatione mercium utuntur. Pecuniam probant veterem et
diu notam[16], serratos bigatosque; argentum quoque magis quam aurum
sequuntur, nulla affectione animi[17], sed quia numerus argenteorum
facilior usui est promiscua ac vilia mercantibus.

    [1] =Aliquanto=, jusqu' un certain point. Trad.: Bien que le
    pays offre des aspects assez divers.

    [2] =In universum=, en gnral, en faisant abstraction des
    diffrences partielles. Cf. 6: _In universum stimanti_, et la
    note. Les expressions de ce genre sont frquentes chez Tacite.
    Cf. 27 et 38, _in commune_; 21, _in publicum_.--_Horrida_, s.-e.
    _est_.

    [3] =Satis= (ablatif pluriel) dsigne tout ce qui se sme,
    spcialement les crales, mais aussi d'autres graines. Il
    s'oppose  _frugiferarum arborum_, qui signifie les arbres
    fruitiers proprement dits, c.--d. cultivs, comme en Italie;
    autrement il y aurait contradiction avec le chap. 23, o Tacite
    dit que les Germains vivaient de fruits sauvages.

    [4] =Pecus= dsigne le btail en gnral, comme chevaux, boeufs,
    brebis, et sans doute aussi, en cet endroit, porcs. Il signifie
    spcialement le menu btail quand il est oppos  _armenta_, qui
    dsigne les gros animaux employs au labour.

    [5] =Improcera= (_hc pecora sunt_). La substitution subite d'un
    nouveau sujet, d'ailleurs sous-entendu, rend cette construction
    fort dure.

    [6] =Suus=, qui leur convient. Tacite en juge d'aprs les boeufs
    d'Italie qui avaient et ont encore de fort longues cornes. Pour
    cet emploi de _suus_ avec un nominatif, cf. Ragon, _Gr. lat._,
    346, 1, et Riemann, _Synt. lat._,  9, rem. IV.--_Honor_ et
    _gloria_ sont pris mtaphoriquement pour ce qui les produit.
    _Aut_ distingue nettement les deux qualits: _honor_, c'est la
    grandeur de la taille (_proceritas_); _gloria frontis_, c'est la
    longueur des cornes.

    [7] =Dubito=. Une de ces pointes frquentes chez Tacite et fort
    recherches des crivains de son temps.

    [8] =Affirmaverim=: cf. 2, note 2.

    [9] =Scrutatus est=. Tacite raconte dans les _Annales_ (XI, 20)
    qu'un certains Rufus exploitait une mine d'argent en Germanie.
    Mais il ignorait encore ce fait quand il composa ce livre, ou
    peut-tre n'a-t-il pas cru devoir en tenir compte, car cette
    entreprise rapporta peu de chose et ne dura pas: _Unde tenuis
    fructus nec in longum fuit_.

    [10] =Haud perinde=. Les uns expliquent: ils sont ingalement
    touchs, les uns plus, les autres moins. D'autres, supplant
    le second terme de la comparaison, traduisent: Ils ne sont pas
    touchs de la mme manire que nous, ou entendent: _Possessione
    haud perinde quam (atque) usu afficiuntur._ Il est plus simple de
    traduire _haud perinde_ par non pas tellement, pas beaucoup, pas
    comme on pourrait le croire, en grec, +ouch homois+. On en a des
    exemples dans Sutone (_Tiber._, 52): _Tiberius ne mortuo quidem
    Druso perinde affectus est_; et dans Tacite mme: _Arminius Romanis
    haud perinde celebris_.

    [11] =Est videre=, en grec +estin (= exestin) idein+; cette
    construction est peut-tre d'origine vulgaire. Cf. Riemann, page
    299, note, o ce passage est cit.

    [12] =Non in alia= = _in eadem, in pari vilitate_.

    [13] =Quanquam=, cependant (_Gr. lat._, 499, rem.).--_Proximi_
    (s.-e. _nobis_) est oppos  _interiores_, trois lignes plus
    loin.--_Usus commerciorum_ dit plus que _commercium_ seul; c'est
    la pratique habituelle des relations commerciales.

    [14] =In pretio habere=, attacher du prix . OVIDE: _In pretio
    pretium nunc est_, on attache aujourd'hui du prix  l'argent
    seul.

    [15] =Pecunia=, ici argent monnay, monnaie.

    [16] =Veterem et diu notam=. Ce n'tait pas sans raison, car les
    anciennes pices contenaient plus de mtal prcieux. _Serratos
    bigatosque (denarios)_. Les _serrati_ (_serra_, scie) avaient
    le bord dentel; les _bigati_ portaient l'effigie d'une Victoire
    conduisant un char  deux chevaux (_big_).

    [17] =Nulla affectione animi=: ce n'est pas chez eux une
    affaire de sentiment, de got, mais une prfrence fonde sur la
    commodit.--_Promiscua_,  la porte de tous, vulgaire, commun.


=6.= Ne ferrum quidem superest[1], sicut ex genere telorum colligitur.
Rari[2] gladiis aut majoribus lanceis utuntur: hastas vel ipsorum
vocabulo _frameas_ gerunt, angusto et brevi ferro[3], sed ita acri
et ad usum habili, ut eodem telo, prout ratio poscit, vel cominus vel
eminus pugnent. Et eques quidem scuto frameaque contentus est; pedites
et missilia[4] spargunt, plura singuli, atque in immensum[5] vibrant,
nudi aut sagulo leves[6]. Nulla cultus[7] jactatio; scuta tantum
ltissimis coloribus[8] distinguunt. Paucis loric, vix uni alterive
cassis aut galea[9]. Equi non forma, non velocitate conspicui; sed
nec variare gyros[10] in morem nostrum docentur: in rectum aut uno
flexu dextros agunt, ita conjuncto orbe[11] ut nemo posterior sit. In
universum stimanti[12] plus penes peditem roboris; eoque[13] mixti
proeliantur, apta et congruente ad equestrem pugnam velocitate[14]
peditum, quos ex omni juventute delectos ante aciem locant. Definitur
et numerus: centeni ex singulis pagis sunt, idque ipsum inter suos
vocantur[15], et quod primo numerus fuit, jam nomen et honor est. Acies
per cuneos[16] componitur. Cedere loco, dummodo rursus instes, consilii
quam[17] formidinis arbitrantur. Corpora suorum etiam in dubiis
proeliis referunt. Scutum reliquisse prcipuum[18] flagitium, nec aut
sacris adesse aut concilium inire ignominioso fas; multique superstites
bellorum infamiam laqueo finierunt[19].

    [1] =Superest=, litt., est surabondant. TRENCE: _Cui tanta erat
    res et supererat_. Traduisez: le fer lui-mme n'est pas fort
    abondant.

    [2] =Rari=, c'est le petit nombre qui se sert de.

    [3] =Angusto et brevi ferro=. Cependant Tacite dsigne ainsi
    les armes des Germains, _Annales_, I, 64: _Hast ingentes_; II,
    14: _enormes hastas_; II, 21: _prlongas hastas_. On n'est pas
    d'accord sur la forme de la frame. Les uns en font une pe,
    les autres une hache. Si certaines armes, dcouvertes dans les
    tombeaux mrovingiens, sont bien les antiques frames, elles
    avaient la forme d'une pique. C'est aussi ce que ferait croire
    la ressemblance du mot _framea_ avec l'allemand _Pfriem_, qui
    dsigne un corps long et pointu, comme une broche; Mullenhof le
    rapproche de l'ancien allemand _fram_, en avant.

    [4] =Missilia= (de _missus_), tout ce qui peut tre lanc,
    projectiles de toute espce, spcialement javelots et pierres.

    [5] =In immensum=. Cf. 1, note 5.

    [6] =Leves=, vtus lgrement, c.--d. portant le lger
    vtement appel _sagulum_, plus court que le _sagum_. Cf. 17,
    note 1.

    [7] =Cultus=, l'habillement, l'quipement considr au point
    de vue de l'ornementation. Trad., ils n'ont pas la vanit du
    costume.

    [8] =Ltissimis coloribus=, couleurs trs voyantes, opposes aux
    couleurs sombres des boucliers des Hariens au ch. 43. On crit
    aussi _lectissimis_ qui parat moins satisfaisant. STACE, _Ach._,
    I, 323: _ltum rubere_.

    [9] =Vix uni alterive=,  peine un ou deux.--_Cassis_, casque en
    mtal; _galea_, casque en cuir.

    [10] =Variare gyros= = _in varios gyros ire_.

    [11] =Orbe=. Certains commentateurs pensent que les Germains
    font manoeuvrer leurs chevaux droit devant eux (_in rectum_) ou
    en cercle ferm (_conjuncto orbe_) dans lequel personne ne se
    trouve le dernier. Mais ce mouvement parat bien lmentaire, et
    d'ailleurs _dextros_ et _posterior_ s'expliquent mal. Il s'agit
    plutt d'un mouvement de conversion  droite, excut autour d'un
    centre fixe. Les cavaliers dcrivent le cercle, aligns les uns
    prs des autres (_conjuncto orbe_) de telle faon qu'aucun d'eux
    ne reste trop en arrire.

    [12] =stimanti=. Ce datif de relation dsigne la personne par
    rapport  laquelle l'affirmation est vraie: Pour quelqu'un
    qui... Cet emploi du datif, inconnu  Cicron et  Salluste,
    parat imit du grec. On trouve dj dans Csar, _B. G._ III, 80,
    1: _Venientibus ab Epiro_. (_Gr. lat._, 280, rem. 2.)

    [13] =Eo= = _ideo_.

    [14] =Velocitate=. Csar, _B. G._, I, 48, dcrit avec beaucoup
    de prcision, en gnral qui l'a vu excuter, cette manoeuvre qui
    n'est qu'indique ici.

    [15] =Id ipsum vocantur=. Ils sont dsigns sous ce nom mme: les
    _cent_.

    [16] =Per cuneos=: leur front de bataille est form par des
    groupes ayant la forme de coins et rangs en ligne.

    [17] =Quam=, s.-e. _potius esse_. Cette sorte d'ellipse dans
    les comparaisons est frquente chez Tacite. Il emploie mme
    ainsi deux adjectifs au positif, _Ann._, IV, 61: _Agrippa claris
    majoribus quam vetustis_.

    [18] =Prcipuum=, le principal, le plus grand opprobre. Cet
    adjectif est frquemment employ par les auteurs de la dcadence
    pour marquer une ide superlative en gnral. Il en est de mme
    de _egregius_, _eximius_.--_Reliquisse_: cet infinitif parfait
    marque que l'on considre l'action dans son achvement et dans
    ses consquences.

    [19] =Finierunt=. D'aprs Gantrelle, _Gram. de Tacite_,  7,
    Tacite emploie, au parfait, la 3e personne du pluriel en _[=e]re_
    dans le sens de notre pass dfini, et en _[=e]runt_ dans le sens
    du pass indfini. Ici: ont mis fin  leur honte.


=7.= Reges ex[1] nobilitate, duces ex virtute sumunt. Nec regibus
infinita aut libera[2] potestas, et duces exemplo potius quam imperio,
si prompti, si conspicui, si ante aciem agant, admiratione prsunt[3].
Ceterum neque animadvertere[4] neque vincire, ne verberare quidem nisi
sacerdotibus permissum, non quasi[5] in poenam nec ducis jussu, sed
velut deo imperante, quem adesse bellantibus credunt. Effigiesque et
signa[6] qudam detracta lucis in proelium ferunt. Quodque[7] prcipuum
fortitudinis incitamentum est, non casus nec fortuita conglobatio[8]
turmam aut cuneum[9] facit, sed famili et propinquitates; et in
proximo pignora[10], unde feminarum ululatus audiri[11], unde vagitus
infantium. Hi cuique sanctissimi testes, hi maximi laudatores: ad
matres, ad conjuges vulnera ferunt[12]; nec ill numerare aut exigere
plagas pavent, cibosque et hortamina[13] pugnantibus gestant.

    [1] =Ex=, suivant, d'aprs: cf. 3, _ex ingenio suo_.

    [2] =Infinita aut libera=. Bien que cette expression ait l'air
    d'un plonasme, on peut trouver entre ces deux adjectifs une
    diffrence de sens accentue par l'emploi de _aut_ au lieu
    de _et_. Trad.: Le pouvoir des rois n'est pas illimit ou
    mme simplement sans contrle.--Tandis que les Romains de la
    rpublique mprisaient les barbares en les regardant comme les
    esclaves de leurs rois, les Romains de l'empire, opprims par
    les tyrans, en taient venus  envier la libert de ces mmes
    barbares; Lucain (_Phars._, VII) appelle la libert _Germanum
    Scythicumque bonum_.

    [3] Cette phrase est remarquable par l'emploi rpt (anaphore)
    de _si_, qui, entranant la suppression de la liaison, ajoute
    beaucoup de vivacit. De plus l'asyndte entre _exemplo
    potiusquam imperio_ et _admiratione_ indique une forte gradation.
    Pour le subjonctif aprs _si_, cf. 14, note 4.

    [4] =Animadvertere=, non pas simplement punir, mais punir de
    mort. La gradation dans _animadvertere_, _vincire_, _verberare_,
    est descendante. Pour les Romains _vincire_ est plus fort que
    _verberare_. Cependant Cicron (_in Verr._, II, 5, 170),  propos
    du supplice de Gavius, observe un ordre diffrent: _Facinus
    est vinciri civem romanum, scelus verberari, prope parricidium
    necari._

    [5] =Quasi= tombe galement sur _ducis jussu_. On peut
    reconnatre ici une sorte d'hendiadyn: _in poenam nec ducis
    jussu_ quivaut : _in poenam ducis jussu ab aliquo petendam_.
    Cf. 25, note 7.--_Deo_, la divinit en gnral parce qu'elle
    changeait de nom suivant les peuplades.--Ici, comme en beaucoup
    d'autres endroits, Tacite prte aux coutumes des Germains
    des raisons d'tre que ceux-ci ne souponnaient pas. Il use
    habilement de ce procd pour faire la leon  ses compatriotes.

    [6] =Effigies et signa=, des images et des symboles. Ces images
    n'taient pas des statues de forme humaine, mais reprsentaient
    des animaux tels que loups, ours. Cf. _Hist._, IV, 22. Ces
    symboles taient des tendards ou des armes: ainsi la lance tait
    l'attribut de Wdan, le marteau celui de Thunar.

    [7] =Quod=. Cette proposition relative forme une apposition 
    toute la proposition qui suit.--_Prcipuum_: cf. 6, note 18.

    [8] =Non casus nec fortuita conglobatio=, comme s'il y avait:
    _non casus fortuit conglobationis_; expression qui tient  la
    fois de l'hendiadyn et du plonasme.

    [9] =Turma= se dit des cavaliers, _cuneus_, des fantassins. Cf.
    6.

    [10] =Pignora=, litt., gages, objets d'affection. Suivi ou non
    de _conjugum liberorumque_, ce mot se dit souvent des membres de
    la famille.

    [11] =Audiri=. Cet emploi de l'infinitif est remarquable. On
    attendrait _audire est_, ou _audiri possunt_ ou _audias_. C'est
    peut-tre une imitation de cet infinitif descriptif chez Virgile,
    _nide_, VII, 15: _Hinc exaudiri gemitus_.

    [12] Il y a dans cette phrase un emploi rpt de l'anaphore:
    _unde, unde_; _hi, hi_; _ad, ad_; la couleur potique est trs
    marque dans ce passage.

    [13] =Cibos et hortamina=. Tacite runit ici encore l'abstrait
    et le concret comme au ch. 1: _Metu aut montibus_. Cf. Hugo
    (_Burgraves_, I, VII): Debout sur sa montagne et dans sa
    volont.--_Hortamen_, au lieu de _Hortamentum_, est potique;
    on trouve chez Ovide une foule de mots de ce genre, qui ont
    l'avantage d'entrer facilement dans la mesure du vers.


=8.= Memori proditur quasdam acies inclinatas jam et labantes[1]
a feminis restitutas constantia precum et objectu pectorum[2] et
monstrata cominus[3] captivitate, quam longe impatientius feminarum
suarum nomine[4] timent, adeo ut[5] efficacius obligentur animi
civitatum quibus inter obsides puell quoque nobiles imperantur[6].
Inesse quin etiam sanctum aliquid et providum[7] putant, nec aut
consilia earum aspernantur aut responsa negligunt. Vidimus[8] sub divo
Vespasiano Veledam diu apud plerosque[9] numinis loco habitam; sed
et olim Albrunam et complures alias venerati sunt, non adulatione nec
tanquam[10] facerent deas.

    [1] =Inclinatas et labantes=, qui commenaient  plier et 
    lcher pied.--_Restituere_, de mme que nous disons en franais
    rtablir la bataille en ramenant les soldats au combat.

    [2] =Objectu pectorum=, au lieu de _objectis pectoribus_.
    L'ablatif du nom abstrait, chez les auteurs de l'poque
    impriale, remplace souvent le participe passif. Tacite
    cherche ici la varit, puisque _monstrata captivitate_ suit
    immdiatement.--Les Romains avaient observ cet usage des femmes
    germaines lors de l'invasion des Cimbres. D'aprs Plutarque
    (_Marius_, 19), les femmes des barbares tuaient les fuyards,
    crasaient leurs enfants sous les chars, puis s'gorgeaient
    elles-mmes.

    [3] =Cominus= a ici la valeur d'un adjectif, comme s'il y avait:
    _dum captivitatem proximam (in proximo) esse monstrant_. Cf.
    _Ann._, II, 20: _Imparem cominus pugnam_.

    [4] =Nomine=, pour le compte de ou simplement pour. CICRON:
    _meo nomine_, par gard pour moi,  ma considration.

    [5] =Adeo ut= marque une gradation, sur laquelle _quin etiam_,
    deux lignes plus loin, renchrira encore.

    [6] Cet usage n'tait pas inconnu en Italie, puisque les Romains
    eux-mmes avaient donn comme otages  Porsna des jeunes filles,
    et parmi elles Cllie.

    [7] =Providum=. Il ne s'agit pas seulement de prudence ou de
    prvoyance, mais de caractre prophtique.

    [8] Bien que _Vidimus_ ne signifie pas ncessairement que Tacite
    ait vu lui-mme Vlda, on peut cependant le supposer, car elle
    fut amene  Rome. STACE, _Sylv._, I, 4, 90: _Captivque preces
    Veled_.

    [9] =Plerique= se prend souvent chez Tacite dans le sens de
    _multi_.

    [10] =Tanquam=: cf. 20, note 11. Ici encore Tacite interprte
    les actes des Germains pour faire la leon aux Romains. Selon
    lui, les barbares agissaient ainsi par une superstition de bonne
    foi moins honteuse que la servilit qui poussait les Romains 
    dclarer desses et  adorer, sans conviction, les soeurs et les
    pouses de leurs tyrans.


=9.= Deorum maxime Mercurium[1] colunt, cui certis diebus humanis
quoque hostiis[2] litare fas habent. Herculem ac Martem[3] concessis
animalibus[4] placant. Pars Sueborum et Isidi[5] sacrificat: unde causa
et origo peregrino sacro[6], parum comperi, nisi quod signum ipsum
in modum liburn figuratum docet advectam religionem[7]. Ceterum nec
cohibere parietibus deos neque in ullam humani oris speciem assimulare
ex[8] magnitudine clestium arbitrantur: lucos ac nemora[9] consecrant
deorumque nominibus appellant secretum illud[10], quod sola reverentia
vident.

    [1] =Mercurium=. Cet expos de la religion des Germains,
    plein de dtails intressants, est malheureusement gt par
    l'habitude d'interprter  la romaine les croyances trangres.
    L'assimilation de Wdan  Mercure repose sur une ressemblance
    d'attributs. Cf. _Mercurii dies_, mercredi, et Wednesday en
    anglais.

    [2] =Hostiis=. C'taient gnralement des prisonniers de guerre.
    C'est ainsi que furent sacrifis les officiers des lgions de
    Varus. Selon Strabon, les prtresses gorgeaient ces victimes et
    tiraient des prsages de leur sang.

    [3] =Herculem et Martem=: Thunar et Tiu. Comparez l'anglais
    _Tuesday_ et le franais _mardi_.

    [4] =Concessis animalibus=, les animaux qu'il est permis de
    sacrifier, soit parce que les Germains distinguaient entre les
    animaux ceux qui taient propres aux sacrifices, soit plus
    probablement par opposition aux sacrifices humains que la
    conscience rprouve.

    [5] Cette prtendue Isis est probablement l'pouse de Wdan.
    Isis, pouse d'Osiris, tait une divinit gyptienne accepte par
    les Romains.

    [6] =Peregrino sacro=: datif de possession ou de destination.
    Cet emploi est frquent chez Tacite. Cf. _Ann._, II, 64: _Causas
    bello_.--_Nisi quod_: cf. 29, note 11.

    [7] =Religionem= signifie ici non pas doctrine religieuse, mais
    culte extrieur. Les savants modernes ne sont pas plus renseigns
    sur ce point que Tacite. On ne sait trop ce que lui-mme veut
    prouver dans ces quelques mots: comme Isis chez les Romains
    avait pour attribut un navire, a-t-il voulu dire que ce navire
    est une preuve que cette desse est bien l'Isis des Romains et
    des gyptiens? Le texte parat signifier que le navire symbolise
    l'importation de ce culte.--_Liburna_, navire lger, d'abord
    propre aux Liburnes d'Illyrie.

    [8] =Ex=, en rapport avec. Cf. 7, note 5. Encore une
    interprtation des usages des Germains. Il est fort possible que
    ce peuple n'et ni temples ni statues, tout simplement parce
    qu'il ignorait l'architecture et la sculpture. Les Germains
    reprsentrent d'abord leurs dieux par des symboles ou des
    attributs, mais plus tard par de vraies statues.

    [9] =Lucos ac nemora=. Plonasme. _Lucus_ signifie plus
    spcialement bois sacr, mais aussi fort en gnral; _Nemus_,
    habituellement bois en gnral, surtout entour de pturages,
    s'emploie aussi pour bois sacr. Ces deux mots sont souvent
    runis en posie. VIRGILE, _Buc._, VIII, 86: _Per nemora atque
    altos qurendo bucula lucos_.

    [10] =Secretum illud=, ils se servent du nom des dieux pour
    dsigner cette prsence mystrieuse que la vnration seule
    leur rend sensible et pour ainsi dire visible. Au contraire
    les Romains dsignaient du nom des dieux, non pas une prsence
    spirituelle, mais la statue elle-mme qui habitait le bois sacr
    et qu'ils voyaient de leurs yeux.


=10.= Auspicia sortesque[1] ut qui maxime[2] observant. Sortium
consuetudo simplex: virgam frugifer[3] arbori decisam in surculos
amputant eosque notis quibusdam discretos super candidam vestem
temere ac fortuito spargunt. Mox[4], si publice consultetur, sacerdos
civitatis, sin privatim, ipse pater famili, precatus deos clumque
suspiciens ter singulos[5] tollit, sublatos secundum impressam ante
notam interpretatur. Si prohibuerunt[6], nulla de eadem re in eumdem
diem[7] consultatio; sin permissum, auspiciorum adhuc[8] fides
exigitur. Et illud quidem etiam hic notum, avium voces volatusque
interrogare: proprium gentis[9] equorum quoque prsagia ac monitus
experiri. Publice aluntur iisdem nemoribus[10] ac lucis, candidi et
nullo[11] mortali opere contacti; quos pressos sacro curru[12] sacerdos
ac rex vel princeps[13] civitatis comitantur hinnitusque ac fremitus
observant. Nec ulli auspicio major fides, non solum apud plebem, sed
apud proceres; sacerdotes enim ministros deorum, illos[14] conscios
putant. Est et[15] alia observatio auspiciorum, qua gravium bellorum
eventus explorant. Ejus gentis, cum qua bellum est, captivum quoquo
modo[16] interceptum cum electo popularium suorum, patriis quemque
armis, committunt: victoria hujus vel illius pro prjudicio[17]
accipitur.

    [1] =Auspicia= et =sortes=. Comme on le voit par le reste
    du chapitre, ces mots ne sont nullement synonymes. _Sortes_,
    divination par le sort. Cette coutume fut svrement rprime par
    les lois aprs la conversion des Germains au Christianisme, mais
    elle survcut au paganisme sous la forme des jugements de Dieu.

    [2] =Ut qui maxime=, autant que personne. (_Gr. lat._, 371.)

    [3] =Frugifer= est pris ici dans un sens plus gnral qu'au
    ch. 5. Il dsigne tout arbre qui porte des fruits, comme le
    poirier, le htre, etc.--_Notis_. C'taient, soit les caractres
    spciaux appels _runes_, en usage chez les anciens Germains,
    soit des signes quelconques auxquels on attribuait d'avance une
    signification conventionnelle.--_Vestis_, toffe en gnral. Cf.
    40, note 10.

    [4] =Mox= signifie ensuite chez Tacite. Il est souvent employ
    pour marquer le progrs de la narration. Cf. 2, o il est prcd
    de _primum_.--_Publice_. Cf. 15, note 7.

    [5] =Ter singulos=. On emploie les adjectifs distributifs lorsque
    le nombre doit tre rpt plusieurs fois. C'est ainsi que l'on
    dit _bis bini_, deux fois deux; donc ici: il lve trois fois un
    morceau, c.--d. trois morceaux l'un aprs l'autre; et non pas:
    il lve trois fois chaque morceau.

    [6] =Si prohibuerunt= (_surculi_), si les pronostics qu'on en a
    tirs sont dfavorables.

    [7] =In eumdem diem=, pour le mme jour, c.--d. dans la mme
    journe. Tite-Live, 29, 23: _Ex Hispania forte in idem tempus
    Scipio atque Asdrubal convenerunt._

    [8] =Adhuc=, en outre.--_Et etiam_ au lieu de _etiam_ seul.
    Cf. _Agricola_, 10: _et jugis etiam_. Tacite emploie aussi _et
    quoque_.

    [9] =Proprium gentis=. Tacite compare toujours les coutumes
    des Germains  celles des Romains. En Italie on ne tirait
    pas de prsages des chevaux, mais les Perses le faisaient,
    au dire d'Hrodote. Cet usage,  en juger par l'pisode du
    cheval d'Achille dans Homre, n'tait peut-tre pas inconnu
    aux Grecs.--_Prsagia et monitus_: ces deux mots ne sont pas
    entirement synonymes, car le premier dsigne le pronostic en
    lui-mme, le second, par rapport aux consquences qu'on en tire.
    Nanmoins l'expression est plonastique.

    [10] =Iisdem nemoribus=. Ce sont les bois sacrs dont il a
    t question au ch. prcdent. L'ablatif sans prposition
    pour marquer le lieu (question _ubi_) s'emploie chez Tacite
    avec toutes sortes de noms lorsqu'ils sont accompagns d'un
    dterminatif. On trouve mme (_Hist._, II, 16) l'ablatif du
    substantif seul: _balineis interficitur_.

    [11] =Et nullo= au lieu de _neque ullo_. Cf. 28, note
    5.--_Contacti_, touchs, c.--d. souills par aucun travail
    profane. Cf. 4, note 3, sur _infectus_. Le contraire, trs
    employ, est _intactus_; Virgile dit du btail qui n'a pas port
    le joug: _grex intactus_.

    [12] =Pressos sacro curru=: expression potique qu'Ovide emploie
    plusieurs fois.

    [13] =Sacerdos ac rex vel princeps=, le prtre, auquel se joint
    le roi ou, s'il n'y a pas de roi, le chef de la cit.

    [14] =Illos=, les chevaux; _conscios_ (s.-e. _deorum_), ils
    s'imaginent que ces animaux connaissent les secrets des dieux.
    TIBULLE, 1, 9: _conscia fibra deorum_.

    [15] =Et=, aussi. Cf. 34, note 5.

    [16] =Quoquo modo=: ellipse trs correcte (_Gr. lat._, 370,
    rem.). Cf. Riemann, _Synt. lat._, 14, rem. 1.--_Committunt_:
    terme technique des crivains de l'empire en parlant des combats
    de l'arne.

    [17] =Pro prjudicio=, comme une dcision marquant d'avance
    quelle sera l'issue de la guerre.


=11.= De minoribus[1] rebus principes consultant, de majoribus omnes,
ita tamen, ut ea quoque, quorum penes plebem arbitrium est, apud
principes pertractentur[2]. Coeunt, nisi quid fortuitum et subitum
incidit, certis diebus[3], cum aut inchoatur luna aut impletur[4];
nam agendis rebus hoc auspicatissimum initium credunt. Nec dierum
numerum, ut nos, sed noctium[5] computant. Sic constituunt, sic
condicunt[6]; nox ducere[7] diem videtur. Illud[8] ex libertate
vitium, quod non simul nec ut jussi conveniunt, sed et alter[9] et
tertius dies cunctatione coeuntium absumitur. Ut turb placuit[10],
considunt armati. Silentium per sacerdotes, quibus tum et coercendi
jus est, imperatur. Mox rex vel princeps, prout[11] tas cuique,
prout nobilitas, prout decus bellorum, prout facundia est, audiuntur,
auctoritate suadendi magis quam jubendi potestate. Si displicuit
sententia, fremitu[12] aspernantur; sin placuit, frameas concutiunt:
honoratissimum assensus genus est armis laudare.

    [1] =Minoribus=, les choses de moindre importance, comme
    les difficults entre particuliers; _majoribus_, surtout les
    questions de paix et de guerre, les traits.

    [2] =Pertractentur=. Les questions importantes sont d'abord
    examines  fond par les chefs, ensuite prsentes au peuple qui
    dcide souverainement.

    [3] =Certis diebus=:  des jours dtermins et priodiquement.
    Ces assembles, d'aprs ce passage de Tacite, paraissent avoir
    t tenues assez frquemment, peut-tre tous les quinze jours.
    Mais chez les peuples qui couvraient une grande tendue de pays,
    ces assembles taient plus rares. Les Francs ne se runissaient
    rgulirement qu'une fois l'an.

    [4] =Aut impletur=: c'est le temps de la nouvelle ou de la pleine
    lune.

    [5] =Noctium=. Csar rapporte la mme chose des Gaulois. On
    trouve des traces de cet usage dans certaines expressions
    allemandes et anglaises, par exemple: fortnight.

    [6] =Sic constituunt, sic condicunt=: termes du droit romain,
    qu'il faut prendre dans un sens plus large. C'est en comptant
    ainsi qu'ils fixent un terme, qu'ils datent leurs conventions.

    [7] =Ducere=. La nuit semble marcher la premire et ramener
    le jour. Tacite veut dire que la nuit, d'aprs les ides des
    Germains et  cause du climat, semble commander le jour. C'est
    ainsi que l'hiver semble commencer l'anne et qu'on ne compte que
    trois saisons: _hiems et ver et stas_ (ch. 29).

    [8] =Illud= annonce la proposition qui commence par _quod_, comme
    au chapitre prcdent _illud_ annonait un infinitif: _illud
    etiam notum ..... interrogare_.--_Ut jussi_, comme pour obir 
    un ordre.

    [9] =Alter=, un second jour. Cf. 6, note 9.

    [10] =Ut turb placuit=, ds que l'assemble le juge  propos.
    Cette indpendance est en outre marque par ce fait que les
    prtres seuls ont alors le droit de punir (_coercendi_).--_Mox_:
    cf. 10, n. 4.

    [11] =Prout=. Le roi ou le chef est alors cout en raison de
    son ge, de son renom, de son loquence, et non pas en vertu
    de son titre mme, comme l'explique ce qui suit.--_Auctoritate
    suadendi_: l'ablatif de manire est employ chez Tacite plus
    librement que chez les auteurs classiques. Trad.: Ils se font
    couter plutt par le pouvoir de la persuasion que par celui du
    commandement.

    [12] =Fremitus=, murmures dfavorables. Ce mot se prend aussi en
    bonne part. VIRG., _n._, V, 148: _Tum plausu fremituque virum...
    Consonat omne nemus_, VIII, 717.--_Sin_: _Gr. lat._,  491,
    rem.--_Concutiunt_, heurtent de manire  faire du bruit. Csar
    raconte la mme chose des Gaulois.


=12.= Licet apud concilium[1] accusare quoque et discrimen capitis
intendere. Distinctio poenarum ex[2] delicto: proditores et
transfugas[3] arboribus suspendunt, ignavos et imbelles et corpore
infames[4] cno ac palude, injecta insuper crate, mergunt. Diversitas
supplicii illuc respicit[5], tanquam scelera ostendi opporteat, dum
puniuntur, flagitia abscondi. Sed et levioribus delictis pro modo[6]
poena: equorum pecorumque numero convicti multantur. Pars mult
regi vel civitati[7], pars ipsi, qui vindicatur, vel propinquis ejus
exsolvitur.

Eliguntur in iisdem conciliis et principes, qui jura per pagos
vicosque[8] reddunt. Centeni singulis ex plebe comites[9] consilium
simul et auctoritas adsunt.

    [1] =Concilium=, l'assemble dont Tacite vient de dcrire la
    formation et dont il va indiquer les attributions.--_Discrimen
    capitis intendere_, intenter un procs pour crime capital.
    CICRON, _de Orat._; 1, 10: _Singul famili litem tibi
    intenderent_.

    [2] =Ex=: cf. 7, note 1.

    [3] =Proditores et transfugas=, ceux qui trahissent leur patrie
    et marchent avec l'ennemi.--_Ignavos et imbelles_, non pas
    simplement les poltrons, mais ceux qui ont commis  la guerre
    quelque lchet insigne.

    [4] =Corpore infames=, ceux qui se sont dshonors. _Cno ac
    palude_: hendiadyn pour _cno paludis_.

    [5] =Illuc respicit tanquam=, a pour raison d'tre cette ide
    que... _Tanquam_ a souvent chez Tacite le sens de +hs+ en grec:
    dans la pense que. Tite-Live l'emploie aussi dans ce sens avec
    un participe au lieu de _ut_. Riemann, _Synt. lat._,  262,
    rem. 1. Cf. 20, note 11.

    [6] =Pro modo=, s.-e. _delicti_.

    [7] =Regi vel civitati=: datifs d'intrt. L'amende est paye en
    partie au profit du roi, et l o il n'y a pas de roi, au profit
    de la cit.--_Vel propinquis_, aux parents lorsqu'il y a eu
    mort. Cf. 21: _luitur etiam homicidium_, etc. Cette coutume des
    compensations exista longtemps chez les Francs. La loi salique
    fixait fort minutieusement la somme  payer pour chaque espce de
    dlit.

    [8] =Pagus=, canton; _vicus_ groupe d'habitations, village.

    [9] =Ex plebe comites=, des assesseurs choisis parmi les hommes
    libres. _Ex plebe_ remplit la fonction d'adjectif.--_Consilium
    simul et auctoritas_ sert d'attribut: comme conseil et comme
    autorit, c.--d. pour former leur conseil et ajouter  leur
    autorit.


=13.= Nihil autem neque public neque privat rei[1] nisi armati agunt.
Sed arma sumere non ante cuiquam moris,[2] quam civitas suffecturum[3]
probaverit. Tum in ipso concilio vel principum aliquis vel pater vel
propinqui scuto frameaque juvenem ornant. Hc[4] apud illos toga, hic
primus juvent honos; ante hoc domus pars videntur, mox reipublic.
Insignis nobilitas aut magna patrum merita principis dignationem[5]
etiam adolescentulis assignant; ceteris robustioribus ac jam pridem
probatis aggregantur, nec rubor[6] inter comites[7] adspici. Gradus
quin etiam ipse comitatus habet, judicio ejus quem sectantur; magnaque
et comitum mulatio[8], quibus primus apud principem suum locus, et
principum, cui plurimi et acerrimi comites. Hc[9] dignitas, h vires,
magno semper electorum juvenum globo circumdari; in pace decus, in
bello prsidium. Nec solum in sua gente cuique, sed apud finitimas
quoque civitates id nomen, ea gloria[10] est, si numero ac virtute
comitatus[11] emineat: expetuntur enim legationibus et muneribus
ornantur, et ipsa[12] plerumque fama bella profligant.

    [1] =Nihil rei= = _nullam rem_ (Ragon, _Gr. lat._,  255, rem.
    2, et Riemann, _Synt. lat._,  51, rem. 1).--_Nisi armati_. La
    loi salique ordonnait  plusieurs reprises d'apporter ces armes
    dans les runions publiques.--Tite-Live (21, 20) rapporte la mme
    chose des Gaulois: _In his nova terribilisque species visa est
    quod armati (ita mos gentis) in concilium venerunt._

    [2] =Moris= (s.-e. _est_) quivaut  _mos est_, qui est plus
    ordinaire. Cf. 15: _mos est civitatibus_. On trouve aussi _mos
    est_ ou _moris est_ avec _ut_ au lieu de l'infinitif.

    [3] =Suffecturum=, supplez _armis gerendis_: avant que la cit
    ait reconnu qu'il sera capable de les porter.--_Probaverit_.
    Tacite emploie le subjonctif avec _antequam_ pour marquer une
    action qui se rpte. Cf. _Ann._, XV, 74: _Deum honor principi
    non ante habetur quam agere inter homines desierit._

    [4] =Hc=, =hic=, les pronoms neutres _id_, _hoc_, _illud_,
    _quod_, s'accordent souvent avec le substantif attribut (Ragon,
    _Gr. lat._, 358).--_Toga_, c'est chez eux la robe virile, c.--d.
    cette crmonie place le jeune homme au nombre des citoyens comme
     Rome la robe virile. D'aprs les lois de certaines nations
    germaniques cette remise des armes devait se faire lorsque le
    jeune homme avait atteint quinze ans. C'est de l que semble
    venir l'usage si rpandu plus tard d'armer chevalier.--_Mox_,
    ensuite. Cf. 10, note 4.

    [5] =Dignationem principis= peut signifier: la dignit de chef
    ou la faveur, la considration du chef de la cit. Mais le
    second sens parat mieux expliquer ce qui suit: ces jeunes gens
    sont rangs, par prfrence, dans la suite du prince parmi les
    guerriers plus gs et dj prouvs.

    [6] =Rubor= au lieu de _rubori_: le nominatif au lieu du datif
    de destination ou d'effet. Cf. _Agricola_, 6: _idque matrimonium
    ad majora nitenti decus ac robur fuit_. VIRG., _gl._ III,
    101: _Amor exitium est_, pour _exitio est_ (_Gr. lat._,  283,
    rem. 3). On trouve mme (_Germanie_, 44) le double datif de
    destination remplac d'une faon tout  fait insolite par un
    nominatif accompagn d'un adjectif: _regia utilitas est_ pour
    _regibus utilitati est_.

    [7] =Comites=, compagnons, gens de la suite du prince. On voit
    dans cet usage l'origine des leudes ou vassaux et l'explication
    des liens de fidlit qui les rattachaient  leur seigneur.

    [8] =mulatio quibus=, il y a entre les compagnons une grande
    mulation pour avoir la premire place.--_Locus_, s.-e. _sit_, et
    _sint_ aprs _comites_. Le verbe _esse_ se sous-entend en latin,
    mais rarement au subjonctif, au moins chez Cicron. Tacite l'omet
    souvent  ce mode, surtout lorsque suit un autre subjonctif. Cf.
    19: _Ne ulla cogitatio ultra (sit), ne ament_.

    [9] =Hc=, =h=. Cf. 19, note 4. Un peu plus bas, dans _id nomen,
    ea gloria_, _id_ et _ea_, qui s'accordent aussi par attraction,
    annoncent la proposition commenant par _si_.

    [10] =Nomen=, =gloria=. Plonasme. Le plus souvent en pareil cas
    le second mot est plus spcial ou plus expressif, de manire 
    renchrir sur l'autre. Cf. 2, note 10.

    [11] =Comitatus=: gnitif; _emineat_ a pour sujet _quisque_
    sous-entendu.

    [12] =Ipse= prcise et par consquent restreint: par lui-mme,
    sans secours tranger, seul. En grec +autos+ a le mme sens:
    _Iliade_, VIII, 99: +autos per en+, quoique n'tant que lui,
    c.--d. quoique seul. Cf. 43, _ipsa formidine_.--_Plerumque_ a
    souvent chez Tacite le sens de _spe_. Cf. 8, note 9. Plus bas,
    _plerique_ quivaut  _multi_.


=14.= Cum ventum in aciem, turpe principi virtute vinci, turpe
comitatui virtutem principis non adquare. Jam vero[1] infame in omnem
vitam ac probrosum superstitem[2] principi suo ex acie recessisse:
illum defendere, tueri[3], sua quoque fortia facta glori ejus
assignare prcipuum sacramentum est; principes pro victoria pugnant,
comites pro principe. Si civitas in qua orti sunt longa pace et
otio torpeat[4], plerique nobilium adolescentium petunt ultro[5] eas
nationes, qu tum bellum aliquod gerunt, quia et ingrata[6] genti quies
et facilius inter ancipitia[7] clarescunt magnumque comitatum non nisi
vi belloque tueare[8]. Exigunt[9] enim principis sui liberalitate
illum[10] bellatorem equum, illam cruentam victricemque frameam;
nam[11] epul et quanquam incompti, largi tamen apparatus pro stipendio
cedunt. Materia munificenti per bella et raptus. Nec arare terram, aut
exspectare annum[12] tam facile persuaseris[13] quam vocare hostem et
vulnera mereri. Pigrum quin imo et iners videtur sudore acquirere quod
possis sanguine[14] parare.

    [1] =Jam vero= indique une gradation nergique: en franais,
    _mais_.

    [2] =Superstitem=. Csar, _B. G._, III, 22: _Neque adhuc hominum
    memoria repertus est quisquam, qui, eo interfecto cujus se
    amiciti devovisset, recusaret mori._ Ce dvouement hroque
    tait donc commun aux Germains et aux Gaulois.

    [3] =Defendere, tueri=: l'asyndte marque la gradation;
    _defendere_, le dfendre lorsqu'il est attaqu; _tueri_,
    avoir l'oeil fix, veiller sur lui pour carter les dangers
    possibles.--_Prcipuum_. Cf. 6, note 18 et 7, note 7.

    [4] =Torpeat=: le subjonctif pour marquer le fait qui se rpte,
    comme au chap. 10, _si publice consultetur_.--_Plerique_. Cf. 13,
    note 12.

    [5] =Ultro=, d'eux-mmes, de leur propre mouvement.

    [6] =Ingrata=, s.-e. _est_. Cf. 13, note 8.

    [7] =Ancipitia=, les choses dont l'issue est double, c.--d.
    incertaine, les hasards de la guerre.

    [8] =Tueare=, comme _instes_, ch. 6. (Ragon, _Gr. lat._, 373.)

    [9] =Exigunt= a pour sujet _comites_ contenu dans le collectif
    _comitatus_.

    [10] =Illum=, =illam=: sens emphatique (_Gr. lat._, 352, rem.
    2).--_Bellatorem_: les substantifs en _tor_, employs comme
    adjectifs, marquent la destination, l'habitude.

    [11] =Nam=, car les repas ne sont pas des prsents gratuits, mais
    sont dus  titre de solde.--_Pro stipendio cedere_, tenir lieu de
    solde.

    [12] =Annum=, ce que produit une anne, la rcolte. Ce mot est
    potique en ce sens. STACE, _Sylv._, IV, 2: _Nilus magnum inducit
    annum_. Cf. _Agricola_, 31.

    [13] =Persuaseris=, et plus bas _possis_: cf. note 8.--_Vocare_
    au lieu de _provocare_; Tacite aime  employer le simple pour le
    compos: il met ainsi en relief la valeur tymologique du mot et
    ajoute de l'nergie au style. Cf. _Annales_, XIII, 55, _vocare_
    pour _invocare_: _sidera vocans_.--_Mereri_. L'emploi de ce verbe
    est justifi, car les blessures sont un titre d'honneur: gagner
    de glorieuses blessures.

    [14] =Sudore=, =sanguine=. Allitration qui accentue le trait
    final. Tacite, en habile styliste, aime  achever son paragraphe
    par un trait qui le rsume et le grave dans l'esprit du lecteur.


=15.= Quoties bella non ineunt, non multum venatibus[1], plus per
otium transigunt, dediti somno ciboque, fortissimus[2] quisque ac
bellicosissimus nihil agens, delegata domus et penatium[3] et agrorum
cura feminis senibusque et infirmissimo cuique ex familia: ipsi hebent,
mira diversitate[4] natur, cum iidem homines sic ament inertiam et
oderint quietem. Mos est[5] civitatibus ultro ac viritim conferre
principibus vel armentorum[6] vel frugum, quod pro honore acceptum
etiam necessitatibus subvenit. Gaudent prcipue finitimarum gentium
donis, qu non modo a singulis, sed et[7] publice mittuntur, electi
equi, magna arma, phaler torquesque[8]. Jam et pecuniam accipere
docuimus.

    [1] =Venatibus=: l'ablatif de manire s'emploie rarement sans
    qualificatif, sauf dans un nombre dtermin d'expressions toutes
    faites.--Csar semble contredire ce que dit ici Tacite: _Bell.
    Gall._, VI, 21: _Vita omnis in venationibus consistit_; mais
    chez Tacite il ne s'agit peut-tre que des _comites_, gens d'un
    certain rang.--_Per otium_. Remarquez la varit d'expression:
    Cicron recherche la symtrie, Tacite la fuit le plus
    souvent.--_Plus transigunt_, s.-e. _tatis_.

    [2] =Fortissimus quisque=, et plus bas _infirmissimo cuique_. Cf.
    Ragon, _Gr. lat._, 369.

    [3] =Penates=, l'intrieur, le mnage.

    [4] =Mira diversitate=. Tacite semble oublier que, selon une
    ide chre  l'antiquit, une certaine paresse pour ce qui
    concerne les occupations matrielles est soeur de la libert
    et du courage. C'tait l'avis de Socrate lui-mme, qui donnait
    pour exemple les Indiens, paresseux mais libres, et les Lydiens,
    travailleurs mais esclaves.

    [5] =Mos est=: cf. 13, note 2.--_Ultro ac viritim_: chacun offre
    sa contribution volontairement et pour son propre compte, sans
    qu'il soit besoin de collecteur. Cf. 29, _nec publicanus (eos)
    atterit_.

    [6] =Armentorum vel frugum=: il faut suppler _aliquid_ avec ce
    gnitif,  moins qu'on ne le fasse dpendre de _quod_. Cf. 18:
    _Armorum aliquid_.

    [7] =Sed et=: cf. 35, note 5.--_Publice_, au nom de la cit,
    comme au chapitre 10, _si publice consultetur_.

    [8] =Phaler torquesque=. Les phalres taient des ornements en
    mtal en forme de mdaillon, que les soldats portaient sur la
    poitrine, les chevaux sur le poitrail; les _torques_ taient des
    ornements en forme d'anneau ou de chane, qu'on portait au cou ou
    au bras.


=16.= Nullas Germanorum populis[1] urbes habitari satis notum
est, ne pati quidem inter se junctas sedes. Colunt discreti ac
diversi[2], ut fons, ut campus, ut nemus placuit. Vicos locant non
in[3] nostrum morem connexis et cohrentibus dificiis: suam quisque
domum spatio circumdat, sive adversus casus ignis remedium[4], sive
inscitia dificandi. Ne cmentorum quidem apud illos aut tegularum
usus: materia[5] ad omnia utuntur informi et citra[6] speciem aut
delectationem. Qudam loca[7] diligentius illinunt terra ita pura
ac splendente, ut picturam[8] ac lineamenta colorum imitetur. Solent
et[9] subterraneos specus aperire eosque multo insuper fimo onerant,
suffugium[10] hiemis et receptaculum frugibus, quia rigorem frigorum
ejusmodi loci molliunt, et si quando hostis advenit[11], aperta
populatur, abdita autem et defossa aut ignorantur aut eo ipso fallunt,
quod qurenda sunt[12].

    [1] =Populis=: datif. Dans la prose classique le datif ne
    s'emploie ainsi avec le passif qu'aux formes composes du
    participe, mais les potes et les prosateurs de la dcadence
    l'emploient avec une forme quelconque du passif. Il y a
    d'ailleurs entre le sens de ce datif et celui de l'ablatif avec
    _ab_ une diffrence assez sensible. Cf. Ragon, _Gr. lat._, 293,
    rem., et Riemann, _Synt. lat._,  46 (c).--_Urbes_. Il s'agit
    de villes vritables comme il y en avait en Italie. Car Csar et
    Tacite lui-mme parlent d'agglomrations assez considrables qui
    pouvaient passer pour des villes au sens large du mot.

    [2] =Discreti ac diversi=, leurs maisons sont isoles et parses
    au hasard sans souci de la symtrie, comme aujourd'hui dans les
    pays de montagnes.

    [3] =In=, dans le sens de c.--d., conformment , selon.

    [4] =Sive remedium, sive inscitia=, le premier  l'accusatif
    comme apposition  toute la phrase (Gantrelle, _Gramm. de
    Tacite_,  75), le second  l'ablatif de cause.

    [5] =Materia=, le bois.--_Informi_, non pas simplement informe,
    brut, mais disgracieux, employ sans souci de la beaut.

    [6] =Citra=, en de de; par consquent, sans aller jusqu'
    (Ovide, _Trist._, 5, 8, 23: _Citra scelus_), puis par extension
    comme ici: sans.

    [7] =Qudam loca=, certaines parties des parois  l'intrieur ou
     l'extrieur.

    [8] =Picturam et lineamenta colorum=. On change quelquefois
    _colorum_ en _corporum_ et on explique _imitari_ par reflter
    comme un miroir; mais cette explication peu naturelle est
    difficile  admettre. Tacite veut dire que cet enduit de terre
    remplaait et imitait, de loin sans doute, la peinture et les
    dessins au trait qui ornaient les maisons romaines. La chaux
    surtout devait tre employe ainsi que des terres colores de
    diverses nuances.

    [9] =Et= a assez souvent chez Tacite le sens de _etiam_ (_et
    jam_), aussi. Il se rattache ici  _subterraneos specus_. Il est
    souvent prcd de _jam_. Cf. _Agricola_, 30: _Postquam defuere
    terr, jam et mare scrutantur._

    [10] =Suffugium= avec le gnitif _hiemis_, comme 46, _imbrium
    suffugium_. Tacite emploie trs hardiment le gnitif objectif.
    Ainsi _Ann._, I, 46: _Vulgi largitione_, pour _in vulgus_.

    [11] =Advenit= au parfait marque la rptition.

    [12] =Eo ipso fallunt quod qurenda sunt=. Une de ces pointes qui
    flattaient le got de l'poque.


=17.= Tegumen omnibus sagum[1] fibula aut, si desit, spina consertum:
cetera intecti[2] totos dies juxta focum atque ignem agunt.
Locupletissimi veste distinguuntur non fluitante[3], sicut Sarmat ac
Parthi, sed stricta et singulos artus exprimente. Gerunt et ferarum
pelles, proximi rip[4] negligenter, ulteriores exquisitius, ut
quibus[5] nullus per commercia cultus. Eligunt[6] feras et detracta
velamina spargunt maculis pellibusque[7] belluarum, quas exterior
Oceanus[8] atque ignotum mare gignit. Nec alius feminis quam viris
habitus[9], nisi quod femin spius lineis amictibus velantur eosque
purpura[10] variant, partemque vestitus superioris in manicas[11]
non extendunt, nud brachia ac lacertos[12]; sed et[13] proxima pars
pectoris patet.

    [1] =Sagum=. Cette sorte de manteau consistait en un simple carr
    d'toffe suspendu  l'paule par les deux extrmits suprieures;
    il ne couvrait donc que le dos et une partie de la poitrine. Ce
    vtement est ici assimil au _sagum_ des soldats romains, moins 
    cause de sa forme qu' cause de la matire dont il tait fait et
    de sa couleur.--_Si desit_: cf. 14, note 4.

    [2] =Cetera=: acc. de relation qui dpend de _intecti_: pour
    le reste, c.--d.  cela prs. Cf. Salluste: _Cetera ignarus_,
    et Tite-Live: _cetera egregius_. Traduisez: sans autre
    vtement.--_Totos dies_: acc. de dure; _agunt_ seul signifie
    passer le temps, vivre.

    [3] =Fluitante=. Nous disons de mme un vtement
    _flottant_.--_Stricta_: serr, collant, de manire  mouler tous
    les membres.

    [4] =Proximi rip=: les plus voisins des rives du Danube et du
    Rhin, c.--d. les plus rapprochs des Romains. Ces Germains,
    connaissant et apprciant les toffes importes chez eux,
    portaient avec indiffrence les peaux de btes lorsqu'ils taient
    rduits  s'en servir, tandis que les plus loigns, ne pouvant
    se procurer des vtements plus lgants, y mettaient plus de
    recherche.

    [5] =Ut quibus=: cf. 2, note 15, et 22, note 4.--_Cultus_: cf. 6,
    note 7.

    [6] =Eligunt=: ils ne prennent pas au hasard, ils choisissent les
    animaux qui ont la plus belle fourrure.

    [7] =Maculis pellibusque=: hendiadyn. Cf. 7, note 5, et 25, note
    7. Ils les parsment de taches, c.--d. de touffes de poils de
    couleur diffrente confectionnes avec les dpouilles d'autres
    animaux.

    [8] =Exterior Oceanus atque ignotum mare= dsignent la mme
    chose. Il s'agit des mers qui s'tendent au nord de la Germanie
    et que l'insuffisance des renseignements gographiques ne
    permettait pas  Tacite de dsigner autrement. Voyez au lexique
    _Oceanus_.

    [9] =Habitus= ne dsigne pas seulement le vtement, mais d'une
    faon gnrale tout ce qui contribue  modifier l'aspect,
    l'extrieur, ou cet extrieur mme.--_Nisi quod_: cf. 29, note
    11.

    [10] =Purpura=: ce n'est sans doute pas la pourpre proprement
    dite, connue des Romains, mais une teinture rouge quelconque.

    [11] =In manicas=, en forme de manches. Notez l'acc. avec
    _extendere_. Cf. 20: _in hos artus excrescunt_.

    [12] =Brachia et lacertos=: accusatifs de relation marquant
    une ide d'extension.--_Brachium_ ordinairement dsigne tout le
    bras; ici seulement l'avant-bras. _Lacertus_, le bras du coude 
    l'paule.

    [13] =Sed et=: cf. 35, note 5.--_Patet_. La partie de la poitrine
    la plus rapproche de la tte et des paules, c.--d. la partie
    suprieure, est  dcouvert.


=18.= Quanquam[1] severa illic matrimonia, nec ullam morum partem magis
laudaveris. Nam prope soli barbarorum singulis[2] uxoribus contenti
sunt, exceptis admodum paucis, qui non libidine[3], sed ob nobilitatem
plurimis nuptiis ambiuntur. Dotem non uxor marito, sed uxori maritus[4]
offert. Intersunt parentes et propinqui ac munera probant, non ad
delicias muliebres[5] qusita nec quibus nova nupta comatur, sed
boves et frenatum equum et scutum cum framea gladioque. In[6] hc
munera uxor accipitur, atque invicem ipsa armorum aliquid[7] viro
affert. Hoc maximum vinculum, hc arcana sacra, hos conjugales deos
arbitrantur. Ne se mulier extra virtutum cogitationes extraque bellorum
casus putet, ipsis incipientis matrimonii auspiciis admonetur venire
se laborum periculorumque sociam, idem[8] in pace, idem in proelio
passuram ausuramque: hoc juncti boves, hoc paratus equus, hoc data arma
denuntiant; sic vivendum[9], sic pereundum; accipere se qu[10] liberis
inviolata ac digna reddat, qu nurus accipiant rursusque ad nepotes
referantur.

    [1] =Quanquam=, cependant (_Gr. lat._, 499, rem.). Ce sens
    est rare chez Tacite (_Dialog._, 28-33). Sur l'autre emploi de
    _quanquam_, cf. 28, note 16.

    [2] =Singulis=, une pour chacun. Cet usage n'tait pas sans
    exception, comme l'avoue Tacite lui-mme. Les premiers rois
    francs eurent souvent plusieurs pouses et il fallut leur
    conversion au christianisme pour extirper la polygamie.

    [3] =Non libidine=, non par libertinage. Le sens s'oppose  ce
    que cet ablatif soit rattach  _ambiuntur_; il faut suppler
    un autre verbe. C'est la figure de style, assez frquente chez
    Tacite, qu'on appelle zeugma.--_Nuptiis_: datif d'intrt (_Gr.
    lat._,  280).--_Plurimis_ a un sens affaibli: plusieurs. Cf. 13,
    note 12, et 14, note 4.

    [4] =Non uxor marito, sed uxori maritus=. Remarquez la
    disposition des mots: c'est la figure appele _entrecroisement_,
    frquente chez Tacite.--Tout ce chapitre, comme le suivant, est
    une satire  peine dissimule des moeurs romaines.

    [5] =Delicias muliebres=, la vaine parure des femmes. La
    proposition qui suit exprime la mme ide.

    [6] =In hc munera=, contre, c.--d.  la condition de, en
    change de, comme en grec +epi toutois+.

    [7] =Armorum aliquid=, une arme quelconque, spcialement une
    pe. Cf. 15, note 6.--_Hoc_, _hc_, _hos_: cf. 13, note 4.

    [8] Remarquez les anaphores frquentes  la fin de ce chapitre:
    _idem_, _hoc_, _sic_, _qu_ sont rpts. Visiblement Tacite est
    entran par le tableau de ces moeurs viriles.

    [9] =Vivendum (esse)= dpend de _denuntiant_;--_accipere_ est
    suivi du rflchi se parce que l'ide contenue dans _admonetur_
    se poursuit jusqu' la fin de la phrase.

    [10] =Qu=: il s'agit moins des objets eux-mmes que des
    sentiments qu'ils symbolisent. Le second _qu_ ne dpend pas de
    _digna_; un troisime _qu_ est  sous-entendre comme sujet de
    _referantur_ et se tire du second qui est complment.


=19.= Ergo spta pudicitia[1] agunt, nullis spectaculorum illecebris,
nullis conviviorum irritationibus corrupt. Litterarum secreta[2] viri
pariter ac femin ignorant. Paucissima in tam numerosa gente adulteria,
quorum poena prsens[3] et maritis permissa: accisis crinibus, nudatam
coram propinquis expellit domo maritus ac per omnem vicum verbere agit.
Publicat enim pudiciti[4] nulla venia: non forma, non tate, non
opibus maritum invenerit. Nemo enim illic vitia ridet, nec corrumpere
et corrumpi sculum[5] vocatur. Melius[6] quidem adhuc e civitates
in quibus tantum virgines nubunt et cum spe votoque uxoris semel
transigitur[7]. Sic unum accipiunt maritum quomodo unum corpus unamque
vitam, ne ulla cogitatio ultra[8], ne longior cupiditas, ne tanquam
maritum, sed tanquam matrimonium ament. Numerum liberorum finire[9] aut
quemquam ex agnatis[10] necare flagitium[11] habetur, plusque ibi boni
mores valent quam alibi[12] bon leges.

    [1] =Spta pudicitia=, leur vertu est comme entoure, c.--d.
    dfendue, protge par les moeurs et les institutions.--_Agunt_:
    cf. 17, note 2.

    [2] =Litterarum secreta=, non pas en gnral l'art de se
    faire comprendre au moyen de signes appels lettres, c.--d.
    l'criture, mais les correspondances secrtes: _litter_ quivaut
     _epistol_. Ici la satire des moeurs romaines devient presque
    directe.

    [3] =Prsens=, immdiate, qui n'attend pas les dlais de la
    procdure.

    [4] =Publicat pudiciti nulla venia=, point de pardon pour celle
    qui prostitue son honneur.

    [5] =Sculum=, les moeurs du sicle. Traduisez: ne s'appelle pas
    vivre selon le sicle, ou tre de son temps.

    [6] =Melius=, s.-e. _agunt_. Cf. _Ann._, I, 43: _Melius et
    amantius ille qui gladium offerebat._

    [7] =Semel transigitur=: on en finit une fois pour toutes avec...
    Ainsi la mort mme d'un poux ne rendait pas au survivant sa
    libert et n'autorisait pas les secondes noces. Tacite songe aux
    Romains, pour qui le divorce, introduit dans les lois et dans les
    moeurs, rduisait le mariage  n'tre qu'une formalit, rvocable
    presque sans motif.

    [8] =Ultra=, s.-e. _sit_. Cf. 13, note 8.

    [9] =Finire numerum=, limiter le nombre.

    [10] =Agnatis=, litt., qui nat en sus, c.--d. nouveau-n qui
    vient grossir le nombre des enfants dj existants.

    [11] =Flagitium habetur=: en ralit le pre avait droit de vie
    et de mort sur ses enfants, mais sans doute on considrait comme
    un crime honteux d'en user contre les nouveau-ns.

    [12] =Alibi=:  Rome sans doute, o on avait d, pour arrter la
    dissolution croissante de la famille, attribuer par des lois des
    rcompenses aux citoyens pres de plusieurs enfants.


=20.= In omni[1] domo nudi ac sordidi in hos artus[2], in hc corpora,
qu miramur, excrescunt. Sua quemque mater uberibus alit, nec ancillis
aut nutricibus[3] delegantur. Dominum ac servum nullis educationis
deliciis[4] dignoscas; inter eadem pecora, in eadem humo degunt, donec
tas separet[5] ingenuos, virtus agnoscat. Sera juvenum venus, eoque
inexhausta pubertas[6]. Nec virgines festinantur[7]; eadem juventa,
similis proceritas: pares validque[8] miscentur, ac robora parentum
liberi referunt. Sororum filiis idem apud avunculum qui[9] ad patrem
honor. Quidam sanctiorem arctioremque hunc nexum sanguinis arbitrantur
et in accipiendis obsidibus magis exigunt[10], tanquam[11] et animum
firmius et domum latius teneant. Heredes tamen successoresque sui
cuique liberi, et nullum testamentum[12]. Si liberi non sunt, proximus
gradus in possessione[13] fratres, patrui, avunculi. Quanto plus
propinquorum[14], quanto major affinium numerus, tanto gratiosior
senectus; nec ulla orbitatis pretia.

    [1] =Omni=: chez les pauvres comme chez les riches. Cf. plus
    loin: _donec tas separet ingenuos_.--_Nudi ac sordidi_: il
    s'agit des jeunes enfants,  peine vtus; ils taient facilement
    malpropres.

    [2] =In hos artus=: cf. 17, note 11.--_Miramur_. Les Romains
    avaient souvent l'occasion de voir des Germains  Rome mme, en
    qualit de soldats ou d'esclaves.

    [3] =Nutricibus=: le contraire se faisait  Rome, et Tacite
    (_Dial. Or._, 29) dplore explicitement les funestes effets de
    cette coutume sur l'ducation: _At nunc infans delegatur grcul
    alicui ancill_, etc.

    [4] =Deliciis=, dlicatesse, raffinements.

    [5] =Donec separet=. Tacite emploie volontiers le subjonctif
    prsent aprs _donec_ pour marquer la rptition de l'action. Cf.
    1, note 10.--_Separet_, _agnoscat_. L'ge met  part les jeunes
    gens libres, mais c'est le courage seul qui les dsigne comme
    vraiment tels. Ici la vertu est personnifie. Cf. 34, note 6.

    [6] =Sera... pubertas=, une longue ignorance de la volupt
    assure aux garons une jeunesse pleine de vigueur.

    [7] =Festinantur=. On ne hte pas leur mariage.

    [8] =Pares validque= insiste sur l'ide prcdente. Elles
    s'unissent lorsque l'ge les a faites galement vigoureuses,
    comme s'il y avait: _pares tate pariterque valid_.

    [9] =Idem qui=: cf. Ragon, _Gr. lat._, 337, rem.--_Ad patrem_
    quivaut  _apud patrem_.

    [10] =Magis exigunt=, c.--d. _hujusmodi obsides, sororum
    filios_.

    [11] =Tanquam=, chez Tacite, indique souvent la cause telle
    qu'elle est envisage par les gens dont il s'agit: dans la
    pense que, en grec +hs+ avec le participe.--_Latius_: les
    engagements s'tendent ainsi  plus de personnes.--_Domum_: cf.
    21, note 3.

    [12] =Et nullum testamentum=. Il y avait des coutumes et plus
    tard des lois qui rglaient la transmission des biens, mais
    ces lois ne faisaient que consacrer les droits naturels des
    parents.--Sur _et_ suivi de la ngation, cf. 28, note 5.

    [13] =Possessione=, prise de possession. Ce mot se rattache
    non seulement  _possideo_, tre en possession, mais aussi 
    _possido_, se rendre matre de.

    [14] =Propinqui=, parents par le sang; _affines_, parents par
    alliance.--_Orbitatis pretia_: il n'y a aucun avantage  n'avoir
    pas d'hritier direct, tandis qu' Rome les vieillards riches
    et sans enfants taient entours des soins et des respects
    d'une foule de gens attentifs  capter leur hritage. Beaucoup
    d'auteurs latins ou grecs nous dpeignent le cynisme avec lequel
    se pratiquait cette chasse aux testaments.


=21.= Suscipere tam inimicitias seu patris seu propinqui quam
amicitias necesse est[1]. Nec[2] implacabiles durant: luitur enim
etiam homicidium certo armentorum ac pecorum numero[3] recipitque
satisfactionem universa domus, utiliter in publicum[4], quia
periculosiores sunt inimiciti juxta libertatem[5]. Convictibus et
hospitiis[6] non alia gens effusius indulget. Quemcumque mortalium
arcere tecto nefas habetur; pro fortuna[7] quisque apparatis epulis
excipit. Cum defecere[8], qui modo hospes fuerat, monstrator hospitii
et comes; proximam domum non invitati adeunt. Nec interest: pari
humanitate accipiuntur. Notum ignotumque quantum ad[9] jus hospitis
nemo discernit. Abeunti, si quid poposcerit, concedere moris[10];
et poscendi invicem eadem facilitas. Gaudent muneribus, sed nec data
imputant[11] nec acceptis obligantur: vinculum inter hospites comitas.

    [1] =Necesse est=: ils regardent cette coutume comme fonde sur
    le droit naturel au mme titre que les successions.

    [2] =Nec=, de mme que _et_, a souvent le sens adversatif; ici il
    quivaut  _neque tamen_.

    [3] =Certo numero=: cf. 12, note 7.--_Domus_, dans le sens de
    famille comme au ch. 20.

    [4] =In publicum=: cf. 5, note 2.

    [5] =Juxta libertatem= = _apud liberos homines_. En prose
    classique, _juxta_ ne s'emploie gure que pour signifier prs
    de, et au propre. Cf. ch. 30, encore un autre sens non classique
    et un emploi spcial  Tacite _juxta formidinem_.

    [6] =Convictibus et hospitiis=. Le premier mot s'applique
    aux rapports avec voisins et amis, le second, aux relations
    d'hospitalit avec les trangers. On remarque les mmes coutumes
     l'origine de toutes les civilisations; la Bible, Homre nous
    montrent dj la mme hospitalit cordiale: bienveillance dans
    l'accueil, prsents au dpart, respect de l'hte comme d'un tre
    sacr.

    [7] =Pro fortuna=, selon sa fortune. _Apparatus_ seul signifie
    bien apprt. Tite-Live, XXIII, 4: _apparatis accipere epulis_.

    [8] =Cum defecere=, s.-e. _epul_.--_Monstrator_, s.-e. _fit_.

    [9] =Quantum ad=, pour ce qui est de, quant , au lieu du
    classique _quod attinet ad_. Cette expression, qui se retrouve,
    _Histoires_, V, 10 et _Agricola_, 44, est dj dans Ovide.

    [10] =Moris=, s.-e. _est_. Cf. 14, note 2.

    [11] =Imputant=, litt., porter quelque chose en ligne de compte;
    ici, se faire un titre  la reconnaissance.


=22.= Statim e[1] somno, quem plerumque in diem[2] extrahunt,
lavantur[3], spius calida, ut apud quos[4] plurimum hiems occupat.
Lauti cibum capiunt; separat singulis sedes[5] et sua cuique mensa.
Tum ad negotia nec minus spe ad convivia procedunt armati. Diem
noctemque[6] continuare potando nulli probrum. Crebr, ut inter
vinolentos[7], rix raro conviciis[8], spius cde et vulneribus
transiguntur. Sed et de reconciliandis invicem[9] inimicis et jungendis
affinitatibus et adsciscendis principibus, de pace denique ac bello
plerumque in conviviis consultant, tanquam[10] nullo magis tempore aut
ad simplices[11] cogitationes pateat animus aut ad magnas incalescat.
Gens non astuta nec callida aperit adhuc[12] secreta pectoris licentia
joci. Ergo detecta et nuda[13] omnium mens postera die retractatur[14],
et salva utriusque temporis ratio est[15]: deliberant dum fingere
nesciunt, constituunt dum errare non possunt.

    [1] =Ex= signifie souvent au sortir de, immdiatement aprs.
    Csar, _Bell. Civ._, I, 22, 4, _ex prtura_. Ce sens peut tre
    prcis comme ici par _statim_. Cf. _Ann._, XV, 69, _ex mensa_.

    [2] =Plerumque=: cf. 13, note 12.--_In diem_, jusque dans le
    jour, et non pas jusqu'au jour, sens que _in_ a quelquefois 
    l'poque impriale. Quintilien, 8, 3, 68: _usque in illum diem_.
    Cf. 45, _in ortum_, et la note.

    [3] =Lavantur=: forme passive qu'on peut rattacher  une voix
    moyenne (Ragon, _Gr. lat._, 409, et Riemann, _Synt. lat._,  133,
    a 1). _Calida_, s.-e. _aqua_.

    [4] =Ut apud quos=: cf. 2, note 15. Cette proposition relative
    marquant la cause devrait tre construite avec le subjonctif
    (Ragon, _Gr. lat._, 503, 3). L'exception, qu'on rencontre
    quelquefois, est une construction incorrecte (Riemann, _Synt.
    lat._,  221, rem. II et note 3). On propose d'ailleurs
    _occupet_ au lieu de _occupat_, mais dj au ch. XVIII, dans
    _ut quibus nullus per commercia cultus_, il semble bien qu'on
    doive sous-entendre _est_, et non pas _sit_.--_Plurimum_, s.-e.
    _temporis_ ou _anni_.

    [5] =Separat sedes=. Tacite, comme on peut s'y attendre chez
    un crivain qui peint un peuple tranger, signale surtout
    les dtails de moeurs qui s'cartent le plus des habitudes de
    son pays. Chez les Romains la salle  manger contenait trois
    lits, sur chacun desquels trois et quelquefois quatre convives
    prenaient place. Horace, _Sat._, I, IV, 86: _Spe tribus lectis
    videas cenare quaternos_.--_Sua cuique mensa_. C'tait sans doute
    moins une table qu'un simple plateau sur lequel chacun mettait
    sa part du repas. Cf. l'allemand _Tisch_, qui vient du latin
    _discus_.

    [6] =Diem noctemque=, un jour entier et la nuit suivante, comme
    l'indique le verbe _continuare_.

    [7] =Ut inter vinolentos=: cf. 2, note 15.--_Vinolentus_ dsigne
    l'tat d'ivresse en gnral, car nous voyons au commencement du
    chapitre suivant que les Germains s'enivraient avec autre chose
    que du vin.

    [8] =Raro conviciis=: les injures sont le fait d'un homme qui
    n'ose en venir aux mains, d'un poltron. Dans les _Niebelungen_ on
    lit: Il ne convient pas  des guerriers de se blesser avec des
    paroles  la manire des vieilles femmes.--_Transigitur_: cf.
    19, note 7.

    [9] Proprement, _invicem_ ne signifie que _tour  tour_; mais
     l'poque impriale on l'emploie frquemment pour marquer la
    rciprocit au lieu de _inter se_. Cf. 37, _multa invicem damna_.

    [10] =Tanquam=, dans la conviction que. Cf. 20, note 11.

    [11] =Simplices= (de _sim_, un, comme dans _semel_, _singuli_,
    et _plico_), litt., qui n'a qu'un pli, sans dtour, franc,
    ouvert.

    [12] =Adhuc=, si on le rapporte  _aperit_, signifie jusqu'ici,
    Tacite voulant dire qu' l'poque o il crit, ce peuple n'a
    pas encore appris l'art de dissimuler; mais il vaut mieux le
    rattacher  _secreta_: des choses restes caches jusqu'alors.
    Un commentateur allemand, qui voit partout de l'ironie, prend le
    contrepied de cette pense (cf. Introduction), et cite non sans
    quelque apparence de raison Velleius Paterculus, 118, qui appelle
    les Germains _natum mendacio genus_.

    [13] =Detecta et nuda omnium mens=. CORNEILLE, _Thodore_,
    II, ii: Voil pour vous montrer mon me toute nue. RACINE,
    _Britannicus_, II, ii: Mais je t'expose ici mon me toute nue.

    [14] =Retractatur=. Les ides exprimes en toute franchise durant
    le festin sont de nouveau discutes.

    [15] =Salva utriusque temporis ratio est=. Ce qui convient
    dans les deux cas (la dlibration et la dcision) est ainsi
    sauvegard.


=23.= Potui humor ex[1] hordeo aut frumento in quamdam similitudinem
vini corruptus[2]; proximi rip[3] et vinum mercantur. Cibi
simplices: agrestia poma[4], recens fera[5], aut lac concretum: sine
apparatu, sine blandimentis[6] expellunt famem. Adversus sitim non
eadem[7] temperantia: si indulseris[8] ebrietati suggerendo quantum
concupiscunt, haud minus facile[9] vitiis quam armis vincentur.

    [1] =Ex= marque la matire dont une chose est faite (_Gr. lat._,
    250).

    [2] =Corruptus= n'a pas ici un sens dfavorable: altr, c.--d.
    ferment. On voit assez qu'il s'agit d'une sorte de bire.--_In
    similitudinem vini_, non pas  la manire du vin, mais de
    faon  ressembler  du vin. Sur _in_ marquant le rsultat ou
    l'intention, voir des exemples dans Draeger,  80. Cf. 38: _in
    altitudinem quamdam et terrorem... ornantur_; et 17, note 11; 24,
    note 3.

    [3] =Proximi rip=. Il s'agit des rives du Rhin et du Danube. Cf.
    5, note 13.

    [4] =Agrestia poma=. De mme que _frugifera arbor_ (10, note 3)
    signifie toute espce d'arbre qui porte des fruits, ici _poma_
    dsigne des fruits ou productions sauvages de toute espce, des
    noix ou des baies, peut-tre mme certains lgumes sauvages.

    [5] =Recens fera=, venaison frache.--_Lac concretum_, lait
    caill ou peut-tre le lait  tous les tats o il peut tre
    rang parmi les _cibi_ que Tacite numre ici par opposition  la
    boisson.

    [6] =Sine blandimentis=, sans tous les raffinements invents
    pour rveiller l'apptit paresseux, ce que Salluste appelle
    _irritamenta gul_.

    [7] =Eadem=: formule de transition que nous avons dj vue au ch.
    4: _non eadem patientia_. Pour la pense, voir aussi ce chapitre:
    _minime sitim tolerare, etc._

    [8] =Si indulseris=, si on se prte .

    [9] =Haud minus facile= est une litote, au lieu de _facilius_.
    Cependant l'affirmation de Tacite est relative: il ne veut pas
    dire qu'en fait les Germains sont faciles  vaincre (cf. 37),
    mais il compare seulement les deux moyens qu'on a de les dompter.


=24.= Genus spectaculorum unum atque in omni coetu idem: nudi
juvenes, quibus id ludicrum[1] est, inter gladios se atque infestas[2]
frameas saltu jaciunt. Exercitatio artem paravit, ars decorem, non in
qustum[3] tamen aut mercedem: quamvis[4] audacis lascivi pretium
est voluptas spectantium. Aleam, quod mirere, sobrii inter seria[5]
exercent, tanta lucrandi perdendive temeritate[6], ut, cum omnia
defecerunt, extremo ac novissimo[7] jactu de libertate ac de corpore
contendant. Victus voluntariam servitutem adit: quamvis juvenior,
quamvis robustior, alligari se ac venire[8] patitur. Ea est[9] in
re prava pervicacia; ipsi fidem vocant. Servos conditionis hujus per
commercia[10] tradunt, ut se quoque[11] pudore victori exsolvant.

    [1] =Ludicrum= est attribut de _id_: pour qui c'est un jeu. 
    Rome on voyait dans les arnes des exercices plus dangereux,
    mais ils taient excuts par de misrables condamns pour qui ce
    n'tait point un passe-temps.

    [2] =Infestas= se rapporte galement  _gladios_ (_Gr. lat._,
    228): menaantes, dangereuses par la manire dont elles sont
    places. Sidoine Apollinaire, 5, 246: _Intortas prcedere
    saltibus hastas_.--_Saltu se jacere_: expression plus pittoresque
    que _saltare_.

    [3] =In qustum=, en vue d'un gain. Cf. 23, note 2.

    [4] =Quamvis= ne signifie pas _quoique_ et ne tombe pas sur le
    verbe  l'indicatif, ce qui serait doublement contraire au bon
    usage classique (Ragon, _Gr. lat._, 501, et rem.; Riemann,  201,
    2). Il tombe ici exclusivement sur _audacis_: quelque audacieux
    que soit. Tacite emploie d'ailleurs _quamvis_ dans le sens de
    quoique avec le subjonctif: cf. _Histoires_, II, 79 et 85.

    [5] =Sobrii inter seria=. Cette habitude pouvait tonner les
    Romains, pour qui ce jeu faisait partie des divertissements d'un
    festin, quand le vin avait dj chauff les ttes.

    [6] =Temeritate=, s'exposant avec tant d'audace aux chances de
    gain ou de perte.

    [7] =Extremo ac novissimo=: plonasme oratoire. Cf. 1, note
    9. Mais il n'en est pas de mme de _libertate et corpore_: le
    second mot marque la consquence du premier, la perte de la
    libert entranait le risque de perdre la vie mme dans un pays
    o le matre pouvait punir l'esclave de mort. Cf. 25: _occidere
    solent_.--_Jactu_, coup de ds.

    [8] =Venire=: inf. de _veneo_, qui sert de passif  _vendo_ (_Gr.
    lat._, 411).

    [9] =Ea est=, telle est.

    [10] =Per commercia=. Cf. 17: _nullus per commercia cultus_.

    [11] =Quoque=. Les vainqueurs veulent chapper _eux aussi_ 
    la honte de leur victoire, comme le vaincu a voulu chapper en
    risquant sa libert  la honte d'une dfaite o il avait tout
    perdu.


=25.= Ceteris[1] servis non in nostrum morem[2] descriptis per
familiam ministeriis utuntur: suam quisque sedem, suos penates regit.
Frumenti modum[3] dominus aut pecoris aut vestis ut colono injungit,
et servus hactenus[4] paret. Cetera[5] domus officia uxor ac liberi
exsequuntur. Verberare servum ac vinculis et opere[6] coercere rarum:
occidere solent, non disciplina et severitate[7], sed impetu et ira,
ut inimicum, nisi quod[8] impune est. Liberti non multum supra servos
sunt, raro aliquod momentum[9] in domo, nunquam in civitate[10],
exceptis dumtaxat iis gentibus qu regnantur[11]. Ibi enim et super
ingenuos et super nobiles ascendunt: apud ceteros impares libertini[12]
libertatis argumentum sunt.

    [1] =Ceteris= sert de transition; il s'agit maintenant des
    esclaves autres que ceux dont il vient d'tre parl. C'taient
    des prisonniers de guerre ou des fils d'esclaves.

    [2] =In nostrum morem=,  notre manire. Cf. 16, note 3. En
    effet, les Romains pouvaient distribuer  tout un personnel
    compos parfois de plusieurs centaines d'esclaves (_familia_)
    une foule de rles distincts qui rpondaient  autant de besoins
    crs par le luxe. Les Germains qui n'avaient point de palais et
    dont la vie tait fort simple auraient t plutt embarrasss
    de tenir chez eux leurs esclaves. Ces derniers avaient donc
    leurs habitations sans doute groupes autour de celle du matre
    et se livraient aux travaux des champs. Ces moeurs, avec les
    modifications amenes par le christianisme, sont reconnaissables
    durant tout le moyen ge.

    [3] =Modum=, une quantit dtermine.--_Colono_: le colon romain
    tait un homme libre, mais la terre qu'il cultivait ne lui
    appartenait pas.

    [4] =Hactenus= s'emploie tantt en parlant du lieu (_Agricola_,
    16), tantt en parlant du temps (Virg., _nide_, XI, 823), ou
    comme ici au figur:  cela se borne son esclavage. Il s'agit,
    bien entendu, de ce qui se passait habituellement, car l'esclave
    pouvait en certains cas tre mis  mort par son matre.

    [5] =Cetera domus officia= ne peut signifier les autres emplois
    de la maison, puisque Tacite n'en a encore cit aucun; il
    faut traduire: les autres services, ceux qui se font dans la
    maison, par opposition  la culture des champs. +Allos+ a trs
    frquemment cet emploi, _Odysse_, I, 132: +ektosthen alln
    mnstrn+, loin des autres,  savoir des prtendants (Ragon,
    _Gr. gr._, 187 _bis_, rem.).--_Uxor et liberi_, s.-e. _domini_.

    [6] =Vinculis et opere=, les fers et les travaux forcs. Tacite
    songe peut-tre aux malheureux condamns  Rome  tourner la
    meule.--_Coercere_: cf. 11.

    [7] =Disciplina et severitate= = _disciplin severitate,
    disciplina severa_. _Impetu et ira_ = _impetu ir_. C'est la
    figure appele hendiadyn (+hen dia dyoin+) qui consiste  runir
    par _et_ deux substantifs dont l'un prcise l'autre et remplace
    soit un gnitif, soit un adjectif.

    [8] =Nisi quod= aprs une proposition affirmative et _nisi_ seul
    aprs une ngation, s'emploient avec l'indicatif pour signifier:
    si ce n'est que, avec cette restriction que (_Gr. lat._, 494).

    [9] =Momentum=. Les affranchis ont rarement quelque influence. On
    dit plutt _momenti esse_; Cicron dit: _esse maximi ponderis et
    momenti_. Mais Tacite aime  employer le nominatif attribut au
    lieu d'un gnitif ou d'un datif avec _esse_; il semble qu'ainsi
    la relation avec le sujet devienne plus directe. Cf. 13, note 6,
    et plus bas _argumentum sunt_.

    [10] =In civitate=.  Rome, au contraire, des affranchis,
    tout-puissants auprs des empereurs, tenaient souvent les rnes
    du gouvernement.

    [11] Le passif _regnari_ n'appartient pas  la prose classique
    (Riemann, _Synt. lat._,  31, _d_, et la note). Cf. 37,
    _triumphati_.

    [12] =Impares libertini=. Le fait que les affranchis sont
    au-dessous des citoyens libres est une preuve de libert
    chez un peuple. _Impares_ joue ici le rle d'une proposition
    circonstancielle.--_Libertus_, l'affranchi par rapport  son
    matre; _libertinus_, l'affranchi considr dans ses rapports
    avec l'tat, _libertini_, la classe des affranchis.


=26.= Fenus agitare[1] et in usuras extendere ignotum; ideoque
magis servatur[2] quam si vetitum esset. Agri pro numero cultorum
ab universis vicis[3] occupantur, quos mox inter se secundum
dignationem[4] partiuntur. Facilitatem partiendi camporum spatia
prbent. Arva[5] per annos mutant[6], et superest ager. Nec enim cum
ubertate et amplitudine soli labore contendunt[7], ut[8] pomaria
conserant et prata separent et hortos rigent: sola terr seges[9]
imperatur. Unde annum quoque ipsum non in totidem[10] digerunt species:
hiems et ver et stas intellectum[11] ac vocabula habent, autumni
perinde nomen ac bona ignorantur.

    [1] =Fenus agitare=. On n'est pas d'accord sur le sens de ce
    passage. On entend communment: faire valoir un capital et
    tendre cette opration aux intrts eux-mmes, c'est--dire
    prendre l'intrt de l'intrt. Aprs ce qui a t dit au ch.
    5 de la raret de la monnaie en Germanie, cette phrase peut
    paratre superflue; mais Tacite songe toujours  Rome, o l'usure
    et les dettes qui en naissaient avaient caus tant de troubles:
    _Sane vetus urbi malum_, dit-il, _Ann._, VI, 16.

    [2] =Servatur= a pour sujet _non agitare fenus_, l'ide ngative
    tant suggre par _ignotum_; _vetitum esset_ a le mme sujet,
    mais sans ngation. On reconnat encore ici une de ces _pointes_
    qu'on aimait au temps de Tacite; mais la concision est obtenue
    aux dpens de la clart.

    [3] =Ab universis vicis=, des communauts entires se dplacent
    et occupent un espace de terrain plus ou moins grand, soit sans
    possesseurs, soit nouvellement conquis.--_Mox_: cf. 10, note 4.

    [4] =Dignationem=, rang, considration.

    [5] =Arva=, la terre cultive par chacun, s'oppose  _ager_, le
    territoire entier assign  la communaut.

    [6] =Mutant=: afin de laisser reposer alternativement la terre
    puise par une rcolte.

    [7] =Contendunt=: ils n'essaient pas,  force de travail, de
    faire valoir chaque parcelle de terrain et d'en tirer tout ce
    qu'elle peut produire, comme cela se pratiquait en Italie, o,
    ds l'poque de Caton, on s'tait proccup d'obtenir du sol le
    maximum de rendement.

    [8] =Ut= a le sens conscutif: en sorte que, de faon , au point
    de.

    [9] =Seges=, les crales.

    [10] =Totidem=. Le second membre de la comparaison est
    sous-entendu. Il s'agit des Romains.--_Species_, formes sous
    lesquelles l'anne se montre  nous, saisons.

    [11] =Intellectum=, sens, signification. Ce mot est pris
    passivement. De mme, dans Quintilien, _intellectu carere_ = _non
    intelligi_, tre inintelligible.


=27.= Funerum nulla ambitio[1]: id solum observatur, ut corpora
clarorum virorum certis lignis crementur[2]. Struem rogi nec vestibus
nec odoribus cumulant: sua cuique arma, quorumdam igni et equus
adjicitur. Sepulcrum cspes erigit[3]: monumentorum arduum et operosum
honorem ut[4] gravem defunctis aspernantur. Lamenta ac lacrimas[5]
cito, dolorem et tristitiam tarde ponunt[6]. Feminis lugere honestum
est, viris meminisse.

Hc in commune[7] de omnium Germanorum origine ac moribus accepimus.
Nunc singularum gentium instituta ritusque, quatenus differant, qu
nationes e Germania in Gallias commigraverint, expediam.

    [1] =Ambitio=, faste, dsir de briller.  Rome, au contraire, les
    funrailles se faisaient en grande pompe; on clbrait  cette
    occasion des jeux funbres fort somptueux.

    [2] =Crementur=. Cet usage de brler les cadavres parat
    relativement rcent chez les Germains; plus anciennement ils
    enterraient leurs morts; ils revinrent  cette coutume en se
    convertissant au christianisme.

    [3] =Cspes erigit= au lieu de _cspite erigitur_: tour potique
    qui se trouve dans Snque, _Ep._ 8: _Hanc domum utrum cspes
    erexerit an varius lapis gentis alien nihil interest._

    [4] =Ut=, dans la pense que, le regardant comme. Cf. 8, note 10,
    et 20, note 11.

    [5] =Lamenta et lacrimas=: allitration. Cf. 40: _prliis ac
    periclitando_.

    [6] =Ponunt= pour _deponunt_. Cf. 14, note 13. Cicron avait dj
    dit _ponere dolorem_. Tacite emploie ailleurs _ponere_ au lieu de
    _proponere_ et cet emploi lui est particulier.

    [7] =In commune=: cf. 5, note 2.


=28.= Validiores[1] olim Gallorum res fuisse summus auctorum[2]
divus Julius tradit; eoque credibile est etiam Gallos in Germaniam
transgressos[3]. Quantulum enim amnis obstabat quominus, ut quque[4]
gens evaluerat, occuparet permutaretque sedes promiscuas adhuc et
nulla[5] regnorum potentia divisas? Igitur[6] inter Hercyniam[7] silvam
Rhenumque et Moenum amnes Helvetii, ulteriora Boii, Gallica utraque
gens, tenuere. Manet adhuc Boihmi[8] nomen significatque loci veterem
memoriam, quamvis mutatis[9] cultoribus. Sed utrum Aravisci[10] in
Pannoniam ab Osis, Germanorum natione; an Osi ab Araviscis in Germaniam
commigraverint, cum eodem adhuc sermone, institutis, moribus utantur,
incertum est, quia pari olim inopia ac libertate eadem utriusque rip
bona malaque[11] erant. Treveri et Nervii circa[12] affectationem
Germanic originis ultro ambitiosi sunt, tanquam[13] per hanc gloriam
sanguinis a similitudine et inertia[14] Gallorum separentur. Ipsam
Rheni ripam haud dubie[15] Germanorum populi colunt, Vangiones,
Triboci, Nemetes. Ne Ubii quidem, quanquam[16] Romana colonia esse
meruerint ac libentius Agrippinenses conditoris sui[17] nomine
vocentur, origine erubescunt, transgressi olim et experimento[18] fidei
super ipsam Rheni ripam collocati, ut arcerent, non ut custodirentur.

    [1] =Validiores=, plus puissants que les Germains, et non pas
    qu'aujourd'hui, comme le tmoigne le passage de Csar, _Bell.
    Gall._, VI, 24: _Ac fuit antea tempus cum Germanos Galli virtute
    superarent._

    [2] =Auctor=, garant, autorit, et non pas crivain.

    [3] =Transgressos=. Il est plus probable que ces Gaulois qui
    habitaient en Germanie n'y avaient pas pass, mais s'y taient
    maintenus, tandis que les autres avaient t refouls de l'autre
    ct du Rhin.

    [4] =Ut=, dans _ut quisque_, signifie tantt  mesure que,
    tantt dans la mesure o.

    [5] =Et nulla=, au lieu de _neque ulla_, qui est plus ordinaire
    (Ragon, _Gr. lat._, 531; Riemann, _Synt. lat._,  268 et rem.).
    Tacite emploie volontiers (cf. 10 et 20, et vingt fois dans les
    autres ouvrages) cette tournure qui semble accentuer davantage la
    ngation. Aprs lui cet usage se rpand de plus en plus.

    [6] =Igitur= indique que l'auteur, aprs une courte digression ou
    explication prliminaire, revient  son sujet.

    [7] =Hercynia silva=: la Fort Noire, avec laquelle on
    l'identifie, ne devait en tre qu'une faible partie. Cf.
    _Hercynia_, au lexique.

    [8] =Boihmi=. Le mot germanique _heim_ signifie domicile, pays,
    et forme beaucoup de noms de lieu. Cf. lexique des noms propres.

    [9] =Mutatis=. Les Marcomans avaient remplac les Boens dans la
    Bohme.

    [10] =Aravisci=. Pour tous les noms propres, consulter le
    lexique.

    [11] =Bona malaque=. Par consquent on ne peut allguer aucune
    raison qui ait pu pousser les uns plutt que les autres 
    franchir le fleuve.

    [12] =Circa=, dans l'usage classique, signifie autour de,
    environ. Son emploi dans le sens de au sujet de appartient
     l'poque impriale.--_Affectationem_, dsir d'atteindre,
    d'obtenir, prtention .

    [13] =Tanquam=: cf. 20, note 11.

    [14] =A similitudine et inertia=. Il y a vraisemblablement
    hendiadyn. Il ne s'agit point d'une ressemblance extrieure:
    _inertia_ explique en quoi consisterait la ressemblance qu'ils
    rpudient (_similitudine inerti_). Cf. 25, note 7, et 29, note
    8.

    [15] =Haud dubie= tombe sur _Germanorum_: des peuplades
    incontestablement de race germanique. Tacite semble douter de
    l'origine germanique des Trvires et des Nerviens.

    [16] =Quanquam... meruerint=. C'est ainsi que Tacite construit
    d'ordinaire _quanquam_ contrairement  l'usage classique (_Gr.
    lat._, 499).--_Mereri_ se construit avec _ut_, mais l'infinitif
    se trouve aussi chez Ovide, Tacite, Valre Maxime, Florus.

    [17] =Conditoris sui=. On attendrait plutt le fminin, Agrippine
    tant la vritable fondatrice de la Colonie. S'agit-il d'Agrippa
    qui les tablit sur les bords du Rhin? On peut,  la rigueur,
    considrer _sui_ comme le gnitif du pronom personnel, car cet
    emploi peu correct, mais non sans exemple dans l'usage classique,
    n'est pas rare chez Tacite. Cf. Riemann, _Synt. lat._,  53,
    rem. 1, et Draeger,  63. L'emploi de _conditor_ pour dsigner
    une femme est potique. De mme, _auctor_ s'emploie parfois au
    fminin.

    [18] =Experimento=, sur la preuve acquise: abl. de cause.


=29.= Omnium harum gentium virtute prcipui Batavi non multum ex
ripa[1], sed insulam[2] Rheni amnis colunt, Chattorum quondam populus
et seditione domestica in eas sedes transgressus, in quibus pars Romani
imperii fierent[3]. Manet honos et antiqu societatis insigne[4]:
nam nec tributis contemnuntur[5] nec publicanus atterit; exempti
oneribus et collationibus et tantum in usum[6] proeliorum sepositi,
velut tela atque arma[7] bellis reservantur. Est in eodem obsequio
et Mattiacorum gens. Protulit enim magnitudo populi Romani ultra
Rhenum ultraque veteres terminos[8] imperii reverentiam. Ita sede
finibusque[9] in sua ripa, mente animoque nobiscum agunt; cetera[10]
similes Batavis, nisi quod[11] ipso adhuc terr su solo et clo acrius
animantur. Non numeraverim[12] inter Germani populos, quanquam trans
Rhenum Danuviumque consederint, eos qui decumates agros[13] exercent.
Levissimus quisque[14] Gallorum et inopia audax dubi possessionis
solum occupavere. Mox[15] limite acto promotisque prsidiis sinus
imperii et pars provinci[16] habentur.

    [1] =Non multum ex ripa=, une petite partie de la rive. _Ex_
    comme _de_ a souvent le sens partitif. Il s'agit de la rive
    gauche du Wahal et de la Meuse.

    [2] =Insulam=. L'le des Bataves est borne au nord par une
    branche du Rhin et au sud par le Wahal et la Meuse, mais Tacite
    ne se trompe pas en l'appelant _insulam Rheni_, car les eaux
    de ce fleuve l'entourent rellement. Cf. _Histoires_, IV, 12:
    _Insulam... quam mare oceanus a fronte, Rhenus amnis tergum ac
    latera circumluit_.

    [3] =Fierent=. Ce subjonctif de la proposition relative (_Gr.
    lat._, 503) marque la consquence et non le but: o ils taient
    destins  devenir.

    [4] =Honos et insigne=: cf. 25, note 7.--_Insigne_ ne fait
    qu'expliquer _honos_ en indiquant qu'il constitue un trait
    distinctif. Cf. 38, note 3. Traduisez: Il leur reste un
    privilge, marque certaine d'une antique alliance, c'est que...

    [5] =Contemnuntur=, =atterit= (_eos_). Remarquez l'nergie de
    l'expression et le changement subit du sujet. Cf. note 13.

    [6] =In usum=, pour servir. Tacite donne volontiers  _in_ deux
    emplois rares  l'poque classique: 1 pour marquer le rsultat
    (Cf. 23, note 2); 2 pour marquer le but, au lieu de _ad_.

    [7] =Tela atque arma=, armes offensives et dfensives.

    [8] =Ultra Rhenum ultraque veteres terminos=. Dans Tacite,
    _et_, _que_, _neque_ sont souvent explicatifs, au lieu d'une
    apposition. Cf. _Agricola_, 4: _De limine imperii et ripa_, au
    del du Rhin qui tait l'ancienne frontire.

    [9] =Sede finibusque= et _mente animoque_: ablatifs de relation
    (_Gr. lat._, 303).--_Agunt_, ils vivent. Cf. 17, note 2.

    [10] =Cetera=. Cf. 17, note 2.

    [11] =Nisi quod=: cf. 25, note 8.--_Solo et clo_. Tacite
    reconnat, en dehors de l'influence de la race, l'influence du
    milieu.

    [12] =Non numeraverim=: cf. 2, note 2.--_Quanquam_: cf. 28, note
    16.

    [13] =Decumates agros=, terres qui paient la dme. Cf. lexique
    des noms propres.--_Exercent_ indique un travail pnible. Tacite
    aime  employer un mot caractristique au lieu du terme gnral
    qui serait ici _colunt_. Cf. note 5.

    [14] =Levissimus quisque=: cf. 15, note 2. _Audax_ devrait tre
    galement au superlatif.

    [15] =Mox=: cf. 10, note 4.--_Limite acto_. Il ne s'agit pas
    d'une simple frontire mais d'un rempart vritable qui, commenc
    sous Domitien et continu sous Trajan, ne fut achev que par
    Hadrien; de l son nom de _vallum hadrianum_. Il s'tendit
    alors depuis le Danube prs de Ratisbonne jusqu'au Rhin prs de
    Cologne.--Sur l'expression _limitem agere_, cf. Virg., _nide_,
    X, 514, _limitem agit ferro_.--_Sinus_, enclave.

    [16] =Provinci=. Une partie des champs dcumates tait rattache
     la Germanie suprieure, l'autre  la Rhtie.--_Habentur_:
    grammaticalement le sujet de ce verbe doit tre le mme que celui
    de _occupavere_ ou plutt de _exercent_; mais logiquement, dans
    la pense de l'auteur, il s'agit des champs dcumates eux-mmes.
    _Habentur_ parat tre ici le simple quivalent de _sunt_.


=30.= Ultra hos Chatti[1] initium sedis ab Hercynio saltu[2]
inchoant[3], non ita effusis[4] ac palustribus locis, ut ceter
civitates, in quas Germania patescit: durant siquidem colles, paulatim
rarescunt, et Chattos suos[5] saltus Hercynius prosequitur simul
atque deponit. Duriora genti corpora, stricti[6] artus, minax vultus
et[7] major animi vigor. Multum, ut inter Germanos[8], rationis[9] ac
sollerti: prponere[10] electos, audire prpositos, nosse ordines[11],
intelligere occasiones, differre impetus, disponere diem, vallare
noctem, fortunam inter[12] dubia, virtutem inter certa numerare,
quodque rarissimum nec nisi Roman disciplin concessum, plus reponere
in duce quam in exercitu. Omne robur in pedite, quem super[13] arma
ferramentis[14] quoque et copiis onerant: alios ad proelium ire videas,
Chattos ad bellum. Rari excursus[15] et fortuita pugna. Equestrium sane
virium id proprium, cito parare victoriam, cito cedere: velocitas juxta
formidinem[16], cunctatio propior constanti est.

    [1] =Chatti=: auj. les Hessois. Cf. lexique.

    [2] =Hercynio saltu=: cf. 28, note 7, et le lexique.

    [3] =Initium inchoare=. Cette expression, qui nous semble
    plonastique, est tout  fait dans le gnie de la langue latine,
    qui aime  rapprocher deux mots de sens analogue. Cf. Cicron:
    _Eligendi optio_, et au chap. 31, _visu mitiore mansuescunt_.

    [4] =Effusis locis=, pays de plaines.

    [5] =Suos=. Ce fait que le pays des Chattes s'tend tout entier
    dans la Fort Noire, cre une sorte de lien entre cette contre
    et ses habitants.--_Prosequitur simul atque deponit_, les
    accompagne et les dpose. Les terrains montagneux sur lesquels
    vivent les Chattes s'abaissent au niveau de la plaine  leur
    frontire mme et semblent les dposer, c'est--dire finissent
    avec eux. La couleur potique est ici sensible. Cf. 34, note 6.

    [6] =Stricti=, durs, nerveux. Cf. 17, note 3.

    [7] =Et= doit tre rpt entre tous les termes d'une numration
    (_Gr. lat._, 534), mais cette rgle est souvent viole par Tacite
    dans les _Histoires_ et les _Annales_. Ici il n'y a vritablement
    que trois termes sans liaison: le troisime se subdivise en deux
    plus troitement unis.

    [8] =Ut inter Germanos= restreint la porte du jugement (_Gr.
    lat._, 534, _pour_).

    [9] =Rationis=, non pas intelligence en gnral, mais rflexion,
    calcul, oppos  l'irrflexion qui obit au premier mouvement.

    [10] =Prponere=: cet infinitif et ceux qui suivent dveloppent
    les mots prcdents en expliquant en quoi consiste l'habilet des
    Chattes.

    [11] =Nosse ordines=, garder les rangs dans le combat.--_Vallare
    noctem_, fortifier la nuit, c.--d. la rendre sre en s'abritant
    derrire des retranchements.

    [12] =Inter=, au nombre de, comme faisant partie de. Cf. 32,
    note 6.--_Rarissimum (est)_.

    [13] =Super= = _prter_, outre. On rencontre dans _la Germanie_
    deux emplois de _super_ qui ne se trouvent ni dans Cicron ni
    dans Csar: 1 _super_ pour _prter_. Cf. 43, _super vires_; 2
    au del de, plus de. Cf. 33, _super sexaginta millia ceciderunt_.

    [14] =Ferramentis=, outils de fer.--_Copiis_, vivres.

    [15] =Excursus=, excursion, sortie, c.--d. attaque soudaine qui
    a pour rsultat une bataille imprvue: _fortuita pugna_.

    [16] =Juxta formidinem=, est voisine, touche de prs  la peur.
    Cf. 21, note 5.


=31.= Et aliis Germanorum populis usurpatum[1] raro et privata cujusque
audentia apud Chattos in consensum[2] vertit, ut primum adoleverunt,
crinem barbamque submittere, nec nisi hoste cso exuere votivum
obligatumque[3] virtuti oris habitum. Super[4] sanguinem et spolia
revelant frontem, seque tum demum pretia nascendi retulisse dignosque
patria ac parentibus ferunt. Ignavis et imbellibus manet squalor[5].
Fortissimus quisque[6] ferreum insuper anulum (ignominiosum id genti)
velut vinculum gestat, donec se cde hostis absolvat[7]. Plurimis[8]
Chattorum hic placet habitus, jamque canent insignes[9] et hostibus
simul suisque monstrati. Omnium penes hos initia pugnarum, hc[10]
prima semper acies, visu nova: nam ne in pace quidem vultu mitiore[11]
mansuescunt. Nulli domus aut ager aut aliqua cura: prout ad quemque[12]
venere, aluntur, prodigi alieni, contemptores[13] sui, donec exsanguis
senectus tam dur virtuti impares[14] faciat.

    [1] =Usurpatum= est employ substantivement et quivaut  une
    proposition relative: _quod usurpatur raro et privata cujusque
    audentia_. Il est expliqu appositionnellement par les infinitifs
    _submittere_, _exuere_.

    [2] =Consensum=, coutume accepte par tous.

    [3] =Votivum obligatumque=, vou et consacr au courage,
    c.--dire par lequel ils s'obligent  se conduire
    vaillamment.--_Habitum_. Cf. 17, note 9.

    [4] =Super=: parce que la victime est considre comme gisant
     leurs pieds.--_Revelant_, ils dcouvrent (en coupant leurs
    cheveux).--_Pretia nascendi retulisse_, avoir pay la dette de
    leur naissance, le prix de leur existence, mrit la vie qu'ils
    ont reue.

    [5] =Squalor=, l'aspect hideux que leur donne une chevelure
    longue et inculte.

    [6] =Fortissimus quisque=: cf. 15, note 2.

    [7] =Donec absolvat=: cf. 2, note 11.

    [8] =Plurimis=, un grand nombre. Cf. 13, note 12.

    [9] =Jamque canent insignes= = _jam canentes insignes sunt_.
    _Insignis_ se dit proprement de celui qui porte un signe spcial
    auquel on le reconnat. Cf. Virg., _n._, VI, 167: _Et lituo
    pugnas insignis obibat et hasta_.--_Monstrati_. C'est une
    marque de clbrit bien connue. Cf. Horace, _Od._, IV, 2. _Quod
    monstror digito prtereuntium_. Perse, I, 28: _At pulchrum est
    digito monstrari et dicier: hic est._

    [10] =Hc=. C'est d'eux qu'est form le premier rang.--_Nova_,
    nouveau, par consquent inaccoutum, surprenant, trange. Cf. 43:
    _novum ac velut infernum aspectum_.

    [11] =Mitiore=: prolepse. L'adjectif marque d'avance le rsultat.
    Cf. 30, note 3.

    [12] =Prout ad quemque=: cf. 28, note 4.

    [13] =Contemptores=, sans souci de.--_Sui_: gnitif de _suum_.

    [14] =Impares=, ingaux, qui ne sont pas  la hauteur de; c.--d.
    incapables de soutenir cette sauvage bravoure.


=32.= Proximi Chattis certum jam alveo[1] Rhenum quique terminus
esse sufficiat[2] Usipi ac Tencteri colunt. Tencteri super[3] solitum
bellorum decus, equestris disciplin arte prcellunt; nec major apud
Chattos[4] peditum laus quam Tencteris equitum. Sic instituere majores,
posteri imitantur. Hi lusus infantium, hc[5] juvenum mulatio;
perseverant senes. Inter[6] familiam et penates et jura successionum
equi traduntur; excipit[7] filius, non, ut cetera, maximus natu, sed
prout ferox bello et melior[8].

    [1] =Certum jam alveo=: par opposition au cours suprieur du
    Rhin.

    [2] =Quique (talis qui)... sufficiat=. Proposition relative
    marquant la consquence (_Gr. lat._, 502).--_Sufficere_ avec
    l'infinitif n'est pas classique.

    [3] =Super=, outre. Cf. 30, note 13.

    [4] =Apud Chattos=, =Tencteris=. Tacite aime  varier les
    constructions.

    [5] =Hi=, =hc=, ce sont l les jeux, etc. Cf. 13, note 4.

    [6] =Inter=, comme faisant partie de, c.--d. sur le mme pied.
    Cf. 30, note 12. _Familia_ dsigne ici spcialement les esclaves
    qu'on se partageait dans la succession.--_Jura successionum_.
    L'abstrait pour le concret: tout ce qui tombe sous la
    rglementation des droits de succession.

    [7] =Excipit= (et non pas _accipit_) marque mieux la continuit
    d'une mme tradition dans la famille.

    [8] =Bello= se rattache aussi  _melior_, plus brave. Cf. en grec
    +ameinn+. _Iliade_, VI, 479: +kai pote tis eipsi: patros g'
    hode pollon ameinn+.


=33.= Juxta Tencteros Bructeri olim occurrebant[1]: nunc Chamavos
et Angrivarios immigrasse narratur[2], pulsis Bructeris ac penitus
excisis[3] vicinarum consensu[4] nationum, seu superbi odio,
seu prd dulcedine, seu favore quodam erga nos deorum; nam ne
spectaculo[5] quidem proelii invidere. Super[6] sexaginta millia non
armis telisque[7] Romanis, sed, quod magnificentius est, oblectationi
oculisque[8] ceciderunt. Maneat, quso, duretque gentibus, si non
amor nostri, at certe[9] odium sui: quando[10], urgentibus[11] imperii
fatis, nihil jam prstare fortuna majus potest quam hostium discordiam.

    [1] =Occurrebant=, se prsentaient, c.--d. se trouvaient.

    [2] =Narratur= ne s'emploie impersonnellement qu'aprs l'poque
    classique (_Gr. lat._, 448 et 449).

    [3] =Penitus excisis=. C'est exagr sans doute, car les
    Bructres apparaissent encore  diverses reprises dans
    l'histoire.

    [4] =Consensu=, ici, coalition.

    [5] =Spectaculo=: datif.--_Invidere_ signifie littralement
    regarder d'un oeil malveillant, puis envier, enfin, comme ici,
    refuser par sentiment de jalousie.

    [6] =Super=, au del de. Cf. 30, note 13.

    [7] =Armis telisque=: cf. 29, note 7.

    [8] =Oblectationi oculisque=: datifs d'intrt et hendiadyn,
    au lieu de _oblectationi oculorum_. Tacite se montre ici bien
    Romain: Rome a assist tranquille aux luttes sanglantes de ses
    ennemis et got le plaisir qu'prouvaient les spectateurs en
    regardant les gladiateurs s'gorger dans l'arne.

    [9] =Si non=, =at certe=: _Gr. lat._, 543.--_Amor nostri_,
    l'affection envers nous: gnitif objectif (_Gr. lat._, 249).

    [10] =Quando= = _quandoquidem_, du moment que.

    [11] =Urgentibus=. Nous n'avons pu nous dcider  supprimer
    ce mot malgr les difficults qu'il soulve et les spcieuses
    raisons donnes par M. Brunot (tude sur le _De moribus
    Germanorum_). Tite-Live avait dj dit, V, 36: _Jam urgentibus
    Romanam urbem fatis..._ Ce mot rsume toutes les inquitudes de
    Tacite sur l'avenir de son pays. Cf. Introduction.


=34.= Angrivarios et Chamavos a tergo[1] Dulgubnii et Chasuarii
claudunt alique gentes haud perinde memorat[2], a fronte Frisii
excipiunt. Majoribus minoribusque Frisiis vocabulum[3] est ex modo
virium. Utrque nationes[4] usque ad Oceanum Rheno prtexuntur,
ambiuntque[5] immensos insuper lacus et Romanis classibus navigatos.
Ipsum quin etiam Oceanum illa[6] tentavimus, et superesse adhuc
Herculis columnas[7] fama vulgavit, sive[8] adiit Hercules, seu
quicquid ubique magnificum est in claritatem ejus referre consensimus.
Nec defuit audentia Druso Germanico[9], sed obstitit Oceanus in se
simul atque in Herculem inquiri[10]. Mox[11] nemo tentavit, sanctiusque
ac reverentius visum de actis deorum credere quam scire.

    [1] =A tergo=, =a fronte=. Tacite indique la position relative de
    ces peuples par rapport  un spectateur plac sur le Rhin. C'est
    de l surtout que Rome surveillait la Germanie. Cf. 42, note
    3.--_Claudunt_, _excipiunt_ expriment d'une faon pittoresque
    l'ide qui correspond aux expressions _a tergo_, _a fronte_.

    [2] =Haud perinde memorat=, dont on ne parle pas autant, c.--d.
    moins connues, ou plutt de moindre importance.

    [3] =Vocabulum= quivaut  _nomen_ et se construit comme lui
    (_Gr. lat._, 282).--_Ex_, d'aprs. Cf. 7, note 1.

    [4] Le pluriel de _uterque_ pour dsigner deux nations est
    peu correct. On trouve aussi, _Ann._, XVI, 11: _illa utrosque
    intuens_, o il s'agit de deux personnes.

    [5] =Ambiunt=, embrassent.--_Immensos lacus_. Ce qu'on
    appelle le Zuiderze n'avait pas  l'poque de Tacite toute
    l'tendue actuelle, mais il devait exister de vastes lacs dans
    ces contres.--_Et_ signifie aussi et tombe sur _Romanis
    classibus_. Cf. 10, note 15. Tacite fait allusion aux expditions
    de Drusus et de Germanicus.

    [6] =Illa=, s.-e. _parte_, de ce ct.--_Tentavimus_ et plus
    bas _obstitit in se inquiri_: on voit que l'ocan est en quelque
    sorte personnifi. Ces sortes de personnifications sont un des
    caractres du style de Tacite.

    [7] =Herculis columnas=. Les anciens plaaient aussi des colonnes
    d'Hercule au dtroit de Gibraltar.

    [8] =Sive=, =seu=. Le changement de forme de la conjonction
    accentue l'absence de symtrie des deux propositions.

    [9] =Germanico=. Ce surnom est aussi donn  Drusus, _Hist._, V,
    19.

    [10] =Obstitit inquiri=. Cette construction ne se rencontre
    qu'ici. _Obstare_ est construit avec l'infinitif, comme
    _prohibere_ dont il a le sens.

    [11] =Mox=: cf. 10, note 4.


=35.= Hactenus[1] in occidentem Germaniam novimus. In septentrionem
ingenti flexu redit[2]. Ac primo statim Chaucorum gens, quanquam[3]
incipiat a Frisiis ac partem littoris occupet, omnium quas exposui
gentium lateribus obtenditur, donec[4] in Chattos usque sinuetur.
Tam immensum terrarum spatium non tenent tantum Chauci, sed et[5]
implent, populus inter Germanos nobilissimus, quique magnitudinem suam
malit[6] justitia tueri. Sine cupiditate, sine impotentia[7], quieti
secretique[8] nulla provocant bella, nullis raptibus aut latrociniis
populantur. Id prcipuum[9] virtutis ac virium argumentum est, quod,
ut superiores[10] agant, non per injurias assequuntur. Prompta tamen
omnibus arma ac, si res poscat, exercitus, plurimum virorum equorumque;
et quiescentibus[11] eadem fama.

    [1] =Hactenus=: sens local. C'tait la Germanie occidentale
    que les Romains connaissaient le mieux. Aussi les indications
    gographiques de Tacite, qui taient jusqu'ici assez peu
    prcises, vont devenir de plus en plus vagues. La description des
    moeurs se mlera galement de dtails fabuleux.

    [2] =Ingenti flexu redit=: elle forme un vaste dtour en
    remontant vers le nord. Les ctes de la Germanie ont en effet
    cette forme, mais il ne s'agit peut-tre que de la presqu'le
    Cimbrique.

    [3] =Quanquam=: cf. 28, note 16.

    [4] =Donec... sinuetur=, forme une enclave qui se prolonge
    jusqu'aux Chattes. Cf. _sinus_, 29, note 15.

    [5] =Sed et= = _sed etiam_.--_Implent_, ils le remplissent (par
    la densit de leur population).

    [6] =Malit=. Le subjonctif indique que cette proposition relative
    marque la consquence. Ce peuple est, entre tous les peuples
    germaniques, le plus noble et tel qu'il prfre, c.--d. le seul
    qui prfre.

    [7] =Impotentia=, passion violente. _Impotens_ se dit de celui
    qui n'est pas matre de lui-mme; le contraire est _sui compos_.
    Cf. +akrats+ et +enkrats+.

    [8] =Secreti=, vivant retirs, isols, c.--d. ne sortant pas de
    leurs frontires pour inquiter leurs voisins.

    [9] =Prcipuum=: cf. 6, note 18.

    [10] =Superiores= est au nominatif et se rapporte 
    _Chauci_.--_Agant_: cf. 17, note 2.

    [11] =Quiescentibus=: en temps de paix.


=36.= In latere Chaucorum Chattorumque Cherusci nimiam ac marcentem[1]
diu pacem illacessiti nutrierunt: idque jucundius quam tutius fuit,
quia inter impotentes[2] et validos falso quiescas; ubi manu agitur,
modestia ac probitas nomina superioris sunt[3]. Ita qui olim[4] boni
quique Cherusci, nunc inertes ac stulti vocantur; Chattis victoribus,
fortuna in sapientiam cessit[5]. Tracti ruina[6] Cheruscorum et
Fosi, contermina gens; adversarum rerum ex quo[7] socii sunt, cum in
secundis minores fuissent.

    [1] =Marcentem=, nervante.--_Illacessiti_, sans agresseurs. Les
    Chrusques que Tacite peint ici comme amollis avaient autrefois
    lutt courageusement contre les Romains sous la conduite
    d'Arminius.

    [2] =Impotentes=, turbulents. Cf. 35, note 7.--_Falso quiescas_,
    le repos est illusoire. Cf. 14, note 8.

    [3] =Nomina superioris sunt=: ces vertus sont attribues  celui
    qui l'emporte, au plus fort.

    [4] =Qui olim=, s.-e. _vocabantur_: zeugma. Cf. 2, note 17.

    [5] =In sapientiam cessit=, litt., tourna en sagesse, c.--d.
    leur succs leur tint lieu de sagesse, leur fit une rputation de
    sagesse.

    [6] =Tracti ruina=, qui forme ici image, est employ au sens
    propre. _Histoires,_ III, 29: _Qu (balista) summa valli ruina
    sua traxit_.

    [7] =Ex quo=. Tacite emploie l'ablatif neutre d'un adjectif avec
    _ex_ dans le sens d'un adverbe. Cf. _Agricola_, 15: _ex facili_.
    Le mme tour existe en grec: +ek tou eutheos+, +ex isou+.


=37.= Eumdem Germani sinum[1] proximi Oceano Cimbri tenent, parva
nunc civitas, sed gloria[2] ingens. Veterisque fam lata vestigia
manent, utraque ripa[3] castra ac spatia[4], quorum ambitu nunc quoque
metiaris[5] molem manusque gentis et tam magni exitus fidem[6].
Sexcentesimum et quadragesimum annum[7] Urbs nostra agebat, cum
primum Cimbrorum audita sunt arma, Ccilio Metello ac Papirio Carbone
consulibus. Ex quo si ad alterum[8] imperatoris Trajani consulatum
computemus, ducenti ferme et decem anni colliguntur. Tam diu Germania
vincitur[9]. Medio tam longi vi spatio multa invicem[10] damna. Non
Samnis, non Poeni, non Hispani Gallive, ne Parthi quidem spius
admonuere[11]: quippe regno Arsacis[12] acrior est Germanorum libertas.
Quid enim aliud nobis quam cdem Crassi, amisso et ipse Pacoro[13],
infra Ventidium[14] dejectus Oriens objecerit? At[15] Germani, Carbone
et Cassio et Scauro Aurelio et Servilio Cpione Cn. quoque Manlio fusis
vel captis, quinque simul[16] consulares exercitus populo Romano[17],
Varum tresque cum eo legiones etiam Csari abstulerunt. Nec impune[18]
C. Marius in Italia, divus Julius in Gallia, Drusus ac Nero et
Germanicus in suis eos sedibus[19] perculerunt. Mox[20] ingentes Gai
Csaris min in ludibrium vers. Inde otium, donec occasione discordi
nostr et civilium armorum[21] expugnatis legionum hibernis, etiam
Gallias affectavere[22], ac rursus inde pulsi proximis temporibus
triumphati[23] magis quam victi sunt.

    [1] =Sinum=. Il s'agit de la presqu'le Cimbrique dont Tacite
    parle plus haut. Cf. 35: _Germania in septentrionem ingenti flexu
    redit_, et la note 2.

    [2] =Gloria=: ablatif de relation.

    [3] =Utraque ripa=: ablatif de lieu sans _in_. Cf. 10, note 10.

    [4] =Castra ac spatia= = _castrorum spatia_; _spatia_ renferme
    l'ide de vaste tendue.

    [5] =Metiaris=: cf. 14, note 8.--_Molem manusque_, la masse et
    la force de ce peuple. Cf. _Ann._, I, 61: _Prima Vari castra lato
    ambitu et dimensis principiis trium legionum manus ostentabant._

    [6] =Fidem=, la foi qu'il faut ajouter , c.--d. une si vaste
    enceinte rend croyable ce qu'on raconte de leur migration
    (_exitus_).

    [7] Les historiens anciens, qui ne visent pas  une prcision
    scientifique, se contentent souvent du nombre rond: ici 640 est
    pour 641 ou 113 av. J.-C. et plus loin 210 est pour 211.

    [8] =Ad alterum=. Trajan fut consul pour la seconde fois aussitt
    aprs la mort de Nerva en 98 aprs J.-C. Ce passage nous donne la
    date de la composition de _la Germanie_.

    [9] =Vincitur=. Le prsent, comme l'imparfait, marque une action
    qu'on est en train de faire, qui, par consquent, n'est point
    encore acheve: on est occup  vaincre la Germanie, sans qu'on
    puisse dire une fois pour toutes qu'elle est soumise. Cf. plus
    loin la mme ide: _Triumphati magis quam victi_.

    [10] =Invicem=: cf. 22, note 9. Ce mot joue le rle d'adjectif
    auprs de _damna_: des dommages rciproques. Cf. 2, note 5.

    [11] =Spius admonuere=, ne nous donnrent de plus frquents
    avertissements. Sur le parfait en _[=e]re_, cf. 6, note 19.

    [12] =Regno Arsacis=, la monarchie des Parthes dont Arsace fut le
    fondateur.--_Regnum_ forme antithse avec _libertas_.--_Acrior_,
    plus vigoureuse, rsistante, opinitre dans la dfense.

    [13] =Amisso et ipse Pacoro=. Construction hardie, assez
    frquente chez Tite-Live, qui consiste  conserver au nominatif,
    dans une proposition au participe absolu passif, _ipse_ (ou
    _quisque_) reprsentant la personne qui jouerait le rle de sujet
    dans la tournure active. C'est comme s'il y avait: _cum et ipse
    (oriens) Pacorum amisisset_. Il faut d'ailleurs que ce nominatif
    ainsi conserv reprsente la mme personne que le sujet du verbe
    principal.--_Pacorus_: cf. lexique.

    [14] =Infra Ventidium=, sous un homme comme Ventidius. Ce
    Ventidius avait t muletier et s'tait lev, grce  la
    protection de Csar, jusqu'aux plus hautes charges. Cf. lexique.

    [15] =At= marque une forte opposition (_Gr. lat._, 542).

    [16] =Simul=: toutes les dfaites dont parle ici Tacite avaient
    t subies en quelques annes et durant la mme guerre. Pour la
    date de ces luttes, voir le lexique.

    [17] =Populo Romano=, au peuple Romain, c.--d. au temps de la
    Rpublique par opposition au gouvernement des Csars. _Csari_
    dsigne ici Auguste. Jules Csar est nomm dans ce chapitre et au
    chap. XXVIII: _divus Julius_.

    [18] =Nec impune=, et ce ne fut pas impunment, c.--d. sans
    prouver de grandes pertes.

    [19] =In suis eos sedibus=. _Suus_ s'emploie rgulirement
    pour renvoyer  un mot autre que le sujet de la proposition,
    lorsque le contact est immdiat. _Suus_ a d'ailleurs ici le sens
    emphatique de leur propre (_Gr. lat._, 446, 1).

    [20] =Mox=, puis. Cf. 10, note 4.--_Ingentes_: il y a de
    l'ironie dans ce mot. Cf. _Agricola_, 13: _Ingentes adversus
    Germaniam conatus_. Caligula termina la guerre par une ridicule
    supercherie. Cf. _Gaius_, au lexique.

    [21] =Civilium armorum=. Il s'agit des guerres civiles entre les
    empereurs Othon, Vitellius et Vespasien.

    [22] =Gallias affectavere=. Civilis et les Bataves voulaient
    enlever la Gaule  l'empire romain.

    [23] =Triumphati=. Le passif de _triumphare_ se trouve dj dans
    Virgile, _n._, VI, 836: _triumphata Corintho_. En prose, il
    est postrieur  l'ge classique. Cf. 25, note 11. Tacite fait
    peut-tre allusion  Domitien et  son ridicule triomphe.


=38.= Nunc de Suebis dicendum est, quorum non una ut Chattorum
Tencterorumve gens; majorem enim Germani partem[1] obtinent, propriis
adhuc[2] nationibus nominibusque discreti, quanquam in commune Suebi
vocentur. Insigne[3] gentis obliquare crinem nodoque substringere. Sic
Suebi a ceteris Germanis, sic Sueborum ingenui a servis separantur. In
aliis gentibus, seu cognatione aliqua Sueborum seu, quod spe accidit,
imitatione, rarum[4] et intra juvent spatium: apud Suebos usque ad
canitiem horrentem capillum retorquent[5], ac spe in ipso vertice
religant. Principes[6] et ornatiorem habent. Ea cura form[7], sed
innoxia: neque enim ut ament amenturve, in altitudinem[8] quamdam et
terrorem adituri bella comptius[9] hostium oculis ornantur.

    [1] =Majorem partem=, la majeure partie (_Gr. lat._, 340).

    [2] =Adhuc=, jusqu' prsent.--_Quanquam_: Cf. 28, note 16.--_In
    commune_: cf. 5, note 2.

    [3] =Insigne=, trait distinctif. Cf. 31, note 9, et 29,
    note 4.--_Obliquare_, dtourner quelque chose de sa direction
    naturelle; ici, retrousser les cheveux pour les nouer.

    [4] =Rarum=. Pour expliquer _seu cognatione aliqua seu
    imitatione_, il faut traduire: cet usage se rencontre, mais
    rarement.

    [5] =Retorquent=, ils retroussent leurs cheveux en les tordant
    pour les nouer soit sur la nuque, soit souvent sur le sommet mme
    de la tte (_in ipso vertice_). Cf. Martial (_De spect._, 3):_
    Crinibus in nodum tortis venere Sicambri_.

    [6] =Principes=, non seulement les rois ou chefs de cit, mais
    les nobles en gnral.

    [7] =Ea cura form=, c'est l le souci qu'ils prennent de leur
    beaut.

    [8] =In altitudinem=: acc. avec _in_ pour marquer le but.
    L'omission de la particule _sed_ qu'on attendrait devant ces
    mots (_asyndeton_), jointe au changement de tournure, marque
    nergiquement l'opposition des deux membres de phrase.

    [9] =Comptius= (_solito_): cf. Ragon, _Gr. lat._, 334.--_Oculis_:
    datif d'intrt.


=39.= Vetustissimos se nobilissimosque Sueborum Semnones memorant.
Fides[1] antiquitatis religione firmatur. Stato[2] tempore in silvam
auguriis[3] patrum et prisca formidine sacram omnes ejusdem sanguinis
populi legationibus[4] coeunt, csoque publice homine, celebrant
barbari ritus horrenda primordia. Est et alia luco reverentia[5]: nemo
nisi vinculo ligatus ingreditur, ut[6] minor et potestatem numinis
pr se ferens. Si forte prolapsus est, attolli et insurgere[7] haud
licitum; per humum evolvuntur. Eoque omnis superstitio[8] respicit,
tanquam inde[9] initia gentis, ibi regnator omnium deus, cetera
subjecta atque parentia. Adjicit auctoritatem[10] fortuna Semnonum:
centum pagi iis habitantur, magnoque corpore[11] efficitur ut se
Sueborum caput credant.

    [1] =Fides= avec le gnitif de l'objet, comme 37, note
    6.--_Religione_, pratique religieuse.

    [2] =Stato= dit plus que _constituto_:  une date fixe et
    priodiquement.

    [3] =Auguriis= parat avoir un sens plus gnral qu'
    l'ordinaire: des crmonies religieuses. Ce mot commence un
    hexamtre. Il s'en trouve plusieurs dans les crits de Tacite;
    bien que ce puisse tre l'effet du hasard, celui qui commence les
    _Annales_ n'a pas d chapper  l'attention de l'crivain.

    [4] =Legationibus=, en se faisant reprsenter par des
    dputs.--_Cso homine_, en immolant un homme. Ici le participe
    pass passif quivaut  un prsent (Ragon, _Gr. lat._, 400, rem.,
    et Riemann, _Synt. lat._,  156, rem. 1). Cf. 40, note 12.

    [5] =Reverentia=, marque de vnration.

    [6] =Ut= introduit l'explication de cette coutume.--_Minor_,
    infrieur ( la divinit), c.--d. comme symbole de sa
    faiblesse.--_Aliquid pr se ferre_, afficher, faire voir
    ostensiblement.

    [7] =Attolli et insurgere=, se soulever et se mettre
    debout; _attolli_ est un passif  sens moyen, comme plus bas
    _evolvuntur_. Cf. 22, note 3.

    [8] =Omnis superstitio=, toutes les pratiques superstitieuses
    dont ce bois est l'objet.--_Eo respicit tanquam_: cf. 12, note 5.

    [9] =Inde= (_sint_): cf. 13, note 8.

    [10] =Auctoritatem=. Il ne s'agit plus de l'autorit de cette
    tradition, mais de celle des Semnons eux-mmes; Tacite, aprs
    avoir prouv l'antiquit des Semnons par leur religion, prouve
    maintenant leur noblesse par leur puissance.

    [11] =Corpore=, le corps mme de la nation.


=40.= Contra Langobardos paucitas[1] nobilitat. Plurimis ac
valentissimis nationibus cincti non per obsequium, sed proeliis et
periclitando[2] tuti sunt[3]. Reudigni deinde et Aviones et Anglii
et Varini et Eudoses et Suardones et Nuithones[4] fluminibus aut
silvis muniuntur. Nec quicquam notabile in singulis, nisi quod[5] in
commune Nerthum[6], id est Terram matrem, colunt eamque intervenire
rebus hominum, invehi populis[7] arbitrantur. Est in insula[8]
Oceani castum[9] nemus, dicatumque in eo vehiculum veste[10]
contectum; attingere uni sacerdoti concessum. Is adesse penetrali[11]
deam intelligit vectamque bubus feminis multa cum veneratione
prosequitur[12]. Lti tunc dies, festa loca qucumque adventu
hospitioque[13] dignatur. Non bella ineunt, non arma sumunt; clausum
omne ferrum; pax et quies tunc tantum nota, tunc tantum amata, donec
idem sacerdos satiatam conversatione mortalium deam templo reddat.
Mox[14] vehiculum et vestes et, si credere velis, numen ipsum secreto
lacu abluitur. Servi ministrant, quos statim idem lacus haurit[15].
Arcanus hinc terror sanctaque ignorantia, quid sit illud quod tantum
perituri vident.

    [1] =Paucitas= sert de transition en s'opposant au _magnum
    corpus_ des Semnons.

    [2] =Proeliis ac periclitando=: allitration. Cf. 27, note 5.

    [3] =Tuti sunt=, ils pourvoient  leur sret. Pour plus de
    varit les trois complments marquant le moyen sont exprims
    par trois tournures diffrentes: _per obsequium_, _proeliis_,
    _periclitando_.

    [4] Il est difficile de dterminer exactement le lieu
    qu'habitaient ces peuples, dont la plupart ne sont connus que de
    nom. Cf. lexique.

    [5] =Nisi quod=: cf. 29, note 11.--_In commune_: cf. 5, note 2.

    [6] =Nerthum=: nom fm. de la 4e dclinaison; on l'crit
    quelquefois _Herthum_ ou _Hertham_ pour le rattacher  l'allemand
    _Erde_ (anglais _Earth_).--Tacite identifie _Nerthus_ avec la
    desse Cyble, _Terram matrem_. Cf. 9, note 1.

    [7] =Invehi populis=, parcourir les peuples monte sur un char.

    [8] =Insula=: probablement l'le de Rgen dans la Baltique.

    [9] =Castum=, pur, parce que les hommes n'y pntrent pas,
    c.--d. sacr.

    [10] =Veste=, et plus loin au pluriel _vestes_, voile. Cf. 10,
    note 3  la fin.

    [11] =Penetrali=: c'est sans doute l'intrieur du char qui sert
    de sanctuaire. _Templo_, quelques lignes plus loin, ne dsigne
    probablement que la partie de la fort o rside la desse.

    [12] =Vectam= quivaut  un participe prsent: tandis qu'elle est
    porte sur le char. Cf. 39, note 4.

    [13] =Adventu hospitioque= ne font pas double emploi: l'un marque
    le simple passage, l'autre le sjour.

    [14] =Mox=: cf. 10, note 4.--_Numen ipsum_, l'image de la desse,
    non pas une statue, mais plutt une reprsentation grossire ou
    un symbole. Cf. 7, note 6.

    [15] =Haurit=, engloutit. Expression nergique qui s'harmonise
    bien avec ces sombres et mystrieuses pratiques.


=41.= Et hc quidem pars Sueborum in secretiora Germani[1] porrigitur.
Propior, ut quomodo paulo ante Rhenum[2], sic nunc Danuvium sequar,
Hermundurorum civitas, fida Romanis; eoque solis Germanorum non[3] in
ripa commercium, sed penitus atque in splendidissima Rti provinci
colonia[4]. Passim sine custode[5] transeunt; et cum ceteris gentibus
arma modo castraque nostra ostendamus, his domos villasque patefecimus
non concupiscentibus[6]. In Hermunduris Albis[7] oritur, flumen
inclitum et notum olim; nunc tantum auditur.

    [1] =Secretiora Germani=. La construction d'un adjectif neutre
    au positif ou au comparatif avec le gnitif partitif est rare
    chez Cicron et Csar, mais trs frquente chez les potes et
    certains prosateurs.

    [2] =Rhenum=, s.-e. _secutus sum_: zeugma. Cf. 2, note 17.

    [3] =Non... sed=, au lieu de _non solum... sed
    etiam_.--_Commercium_, le droit de faire le commerce.--_Penitus_,
     l'intrieur de l'empire.

    [4] =Colonia=: Augsbourg (_Augusta Vindelicorum_).

    [5] =Passim et sine custode=, partout et sans garde. Sur
    certaines frontires, par exemple sur celle des Tenctres, prs
    de Cologne, les Romains interdisaient le passage aux trangers
    ou les faisaient accompagner d'un Romain qui les surveillait. Cf.
    _Histoires_, IV, 64.

    [6] =Non concupiscentibus=, sans qu'ils songent  les convoiter.

    [7] =Albis=: on suppose gnralement que Tacite confond ici
    l'Elbe avec son affluent l'ger.--_Notum olim_. Les lgions
    romaines, dans plusieurs expditions, avaient camp sur les bords
    de l'Elbe;  l'poque de Tacite, on ne connaissait plus ce fleuve
    que pour en avoir entendu parler.


=42.= Juxta Hermunduros Naristi ac deinde Marcomani[1] et Quadi agunt.
Prcipua Marcomanorum gloria viresque, atque ipsa etiam sedes, pulsis
olim Boiis, virtute parta. Nec Naristi Quadive degenerant[2]. Eaque[3]
Germani velut frons est, quatenus Danuvio prcingitur. Marcomanis
Quadisque usque ad nostram memoriam reges manserunt ex gente ipsorum,
nobile Marobodui et Tudri genus[4]; jam et externos patiuntur. Sed vis
et potentia regibus ex auctoritate Romana. Raro armis nostris, spius
pecunia juvantur[5], nec minus valent.

    [1] =Marcomani=: cf. 28, note 9.

    [2] =Nec degenerant=, ne sont pas non plus indignes d'eux.

    [3] =Ea= s'accorde avec l'attribut par attraction. Cf. 13, notes
    4 et 9.--_Velut frons_, en quelque sorte le front de la Germanie,
    c'est--dire la partie antrieure, la plus rapproche des Romains
    du ct du Danube, qu'atteignait la province de Rhtie. Cf. 34,
    note 1.

    [4] =Nobile genus=. On ne connat pas autrement cette dynastie.
    On n'a aucun dtail sur Tuder lui-mme; quant  Maroboduus, cf.
    _Ann._, II, 63. On ne sait rien non plus sur leurs successeurs,
    sinon qu'ils taient imposs par Rome, comme le dit Tacite.

    [5] =Juvantur= (_reges_). Les Romains fournissaient  ces rois
    trangers, dvous aux intrts de l'empire, des subsides qui
    suffisaient  maintenir leur autorit.


=43.= Retro[1], Marsigni, Cotini, Osi, Buri terga Marcomanorum
Quadorumque claudunt. E quibus Marsigni et Buri sermone cultuque
Suebos referunt[2]; Cotinos Gallica, Osos Pannonica lingua coarguit
non esse Germanos, et quod tributa patiuntur[3]. Partem tributorum
Sarmat, partem Quadi, ut[4] alienigenis imponunt. Cotini, quo
magis pudeat[5], et ferrum effodiunt. Omnesque hi populi pauca[6]
campestrium, ceterum saltus et vertices montium insederunt. Dirimit
enim scinditque Suebiam continuum montium jugum[7], ultra quod
plurim gentes agunt[8], ex quibus latissime patet Lugiorum nomen in
plures civitates diffusum. Valentissimas nominasse sufficiet, Harios,
Helveconas, Manimos, Helysios, Nahanarvalos. Apud Nahanarvalos antiqu
religionis lucus ostenditur. Prsidet sacerdos muliebri ornatu[9],
sed deos interpretatione Romana[10] Castorem Pollucemque memorant:
ea vis numini[11], nomen Alcis. Nulla simulacra, nullum peregrin
superstitionis vestigium; ut fratres tamen, ut juvenes venerantur.
Ceterum Harii, super[12] vires quibus enumeratos paulo ante populos
antecedunt, truces insit feritati arte ac tempore lenocinantur:
nigra scuta, tincta corpora; atras ad proelia noctes legunt; ipsaque
formidine[13] atque umbra feralis exercitus terrorem inferunt, nullo
hostium[14] sustinente novum ac velut infernum aspectum: nam primi in
omnibus proeliis oculi vincuntur. Trans Lugios Gotones regnantur[15],
paulo jam adductius[16] quam ceter Germanorum gentes, nondum tamen
supra libertatem. Protinus deinde ab[17] Oceano Rugii et Lemovii.
Omniumque harum gentium insigne[18] rotunda scuta, breves gladii et
erga reges obsequium.

    [1] =Retro=, par opposition  _frons_ (42, note 3), c.--d. vers
    le nord-est.

    [2] =Referre Suebos sermone= quivaut  _sermonem Sueborum
    referre_, qui se dit galement. VIRGILE, _n._, IV, 329: _Qui te
    tamen ore referret_.

    [3] =Quod tributa patiuntur= est reli par _et_  _lingua_, comme
    tant au mme titre sujet de _coarguit_. Sur les propositions
    compltives avec _quod_, cf. _Gr. lat._, 470.

    [4] =Ut=: cf. 39, note 6.

    [5] =Quo magis pudeat=, pour surcrot de honte; non pas qu'il
    y ait honte pour eux  s'employer aux mines, comme on traduit
    quelquefois, mais ce fer qu'ils savent extraire devrait servir 
    sauver leur libert.

    [6] =Pauca= avec le gnitif partitif. Cf. 41, note 1.--_Ceterum_,
    pour le reste, par opposition  _pauca_.

    [7] =Continuum montium jugum=, une chane de montagnes. Il s'agit
    ici du Riesengebirge.

    [8] =Agunt=: cf. 17, note 2.

    [9] =Muliebri ornatu=. On traduit, gnralement: en habit de
    femme; selon Mllenhof, il ne s'agit que de l'arrangement des
    cheveux.

    [10] =Interpretatione romana=. Tacite avoue ici ce qu'on a dj
    observ ch. 9, note 1, et 40, note 6.--_Memorant_, comme 3, note
    1. Cf. 2, note 14.

    [11] =Numini=. Ces deux dieux dont le culte est uni sont
    considrs comme formant une seule divinit.--_Alcis_: datif
    pluriel. Pour la construction, cf. 34, note 3.

    [12] =Super=, outre. Cf. 30, note 13.--_Lenocinantur_, viennent
    en aide , enchrissent encore sur.--_Arte et tempore_ sont
    expliqus par ce qui suit: _nigra scuta_, _atras noctes_.

    [13] =Ipsa formidine=, par la crainte seule. Cf. 13, note
    12.--_Feralis_, lugubre.

    [14] =Hostium nullo= = _nullo hoste_.--_Novum_, trange. Cf. 31,
    note 10.

    [15] =Regnantur=: cf. 25, note 11.--On peut remarquer ici la
    concision de Tacite: les Gotons habitent au del des Lugiens et
    sont gouverns par des rois.

    [16] =Adductius=. On dit _adducere habenas_, amener  soi les
    rnes, serrer le frein; de l le sens de _adductius_, plus
    troitement, plus svrement.--_Supra_, au-dessus de, c.--d.
    sans que la libert succombe compltement sous l'autorit des
    rois.

    [17] =Protinus ab=, immdiatement  partir de, c.--d. sur le
    bord mme de.

    [18] =Insigne=: cf. 38, note 3.--_Et_: emploi non classique. Cf.
    30, note 7.


=44.= Suionum hinc civitates, ipso in Oceano[1], prter viros armaque
classibus valent. Forma navium eo differt, quod utrinque prora[2]
paratam semper appulsui frontem agit. Nec velis ministrant[3] nec remos
in ordinem lateribus adjungunt: solutum, ut in quibusdam fluminum[4],
et mutabile, ut res poscit, hinc vel illinc remigium. Est apud illos
et opibus honos, eoque[5] unus imperitat, nullis jam exceptionibus[6],
non precario jure parendi[7]. Nec arma, ut apud ceteros Germanos, in
promiscuo[8], sed clausa sub custode, et quidem servo, quia subitos
hostium incursus prohibet Oceanus, otios porro[9] armatorum manus
facile lasciviunt. Enimvero neque nobilem neque ingenuum, ne libertinum
quidem armis prponere regia utilitas est[10].

Suionibus Sitonum gentes continuantur. Cetera[11] similes uno
differunt, quod femina dominatur: in tantum non modo a libertate, sed
etiam a servitute degenerant.

    [1] =Ipso in Oceano=. Il s'agit de la Scandinavie, que Tacite et
    ses contemporains prenaient pour une le.

    [2] =Utrinque prora=, la proue qui se trouve des deux
    cts. L'arrire du navire tait, comme l'avant, en forme de
    proue.--_Utrinque_ joue le rle d'adjectif. Cf. 37, note 10.

    [3] =Velis= est au datif, comme s'il y avait: _velis ministerium
    prstant_. On explique aussi: _velis_ (ablatif) _naves
    ministrant_. Cf. Virg., _n._, VI, 302, o _velis ministrat_
    reoit aussi cette double interprtation.

    [4] =Quibusdam fluminum=: cf. 43, note 14.

    [5] =Eoque=, et  cause de cela, aussi. Tacite passe bien
    rapidement sur cette affirmation qui est contestable.

    [6] =Nullis jam exceptionibus=, sans restrictions. _Jam_ indique
    l'opposition avec ce qui se passe chez les autres peuples dont il
    a t parl jusqu'ici.

    [7] =Jure parendi=, le droit  l'obissance. C'est inutilement
    qu'on a voulu substituer _imperandi_  _parendi_. Le grondif
    latin se traduit d'ordinaire par un infinitif actif prcd
    d'une prposition; mais dans certains cas il semble avoir un sens
    passif qu'il n'a pas en ralit: il est alors l'quivalent d'un
    substantif verbal. Ainsi C. Nepos, _Att._, 9: _spes restituendi
    nulla erat_, comme s'il y avait _restitutionis_. Salluste,
    _Jug._, 62: _cum Jugurtha ad imperandum vocaretur_, pour recevoir
    des ordres, litt., pour le commandement. En franais nous avons
    des constructions analogues: La fortune vient en dormant, on paie
    en servant.

    [8] =In promiscuo=, dans toutes les mains. Chez Tacite l'adjectif
    neutre prcd de _in_ remplit souvent les fonctions d'attribut
    ou d'adverbe. Cf. _Hist._, III, 2: _Fortuna in integro est_.
    L'expression _in promiscuo_ se trouve d'ailleurs aussi chez
    Tite-Live, Snque, etc. Cf. 36, note 7.

    [9] =Porro=, et en outre, d'autre part.

    [10] =Regia utilitas est= = _regibus utilitati est_. Cf. 13, note
    6.

    [11] =Cetera=: cf. 17, note 2.--La proposition compltive
    commenant par _quod_ sert d'apposition  _uno_.--_In tantum_,
    litt.,  un tel degr.


=45.= Trans Suionas aliud[1] mare, pigrum ac prope immotum, quo cingi
claudique terrarum orbem hinc[2] fides, quod extremus cadentis jam
solis fulgor in ortum[3] edurat adeo clarus, ut sidera hebetet. Sonum
insuper emergentis audiri[4] formasque equorum et radios capitis[5]
adspici persuasio adjicit. Illuc usque, et fama vera[6], tantum natura.

Ergo jam[7] dextro Suebici maris littore stiorum gentes alluuntur,
quibus ritus[8] habitusque Sueborum, lingua Britannic propior. Matrem
deum venerantur. Insigne[9] superstitionis formas aprorum gestant:
id pro armis omnique tutela securum de cultorem etiam inter hostes
prstat. Rarus ferri, frequens fustium usus. Frumenta ceterosque
fructus patientius quam pro solita Germanorum inertia laborant[10]. Sed
et mare scrutantur ac soli omnium sucinum[11], quod ipsi glsum vocant,
inter vada atque in ipso littore legunt. Nec qu natura quve ratio
gignat[12], ut[13] barbaris, qusitum compertumve. Diu quin etiam inter
cetera ejectamenta maris jacebat, donec luxuria nostra dedit nomen[14].
Ipsis in nullo usu: rude[15] legitur, informe perfertur, pretiumque
mirantes accipiunt. Sucum tamen[16] arborum esse intellegas, quia
terrena qudam atque etiam volucria animalia plerumque interlucent,
qu implicata humore mox durescente materia clauduntur. Fecundiora
igitur nemora lucosque sicut Orientis secretis[17], ubi tura balsamaque
sudantur, ita Occidentis insulis terrisque inesse crediderim, qu
vicini solis radiis expressa atque liquentia in proximum mare labuntur
ac vi tempestatum in adversa littora exundant. Si naturam[18] sucini
admoto igne tentes, in modum td accenditur alitque flammam pinguem et
olentem; mox ut in picem resinamve lentescit.

    [1] =Aliud=, par opposition  l'Ocan dont Tacite a parl plus
    haut.--_Pigrum_. On ne sait pas au juste quelle mer est dsigne
    ici. Les uns veulent reconnatre l'Ocan glacial, dont des
    gographes grecs plus anciens que Tacite parlent dj; d'autres,
    seulement le golfe qui spare au sud la Sude de la Norvge; mais
    il est plus probable qu'il s'agit de la mer dj dcrite dans
    l'_Agricola_, 10: _mare pigrum et grave remigantibus_, c.--d.
    l'espace compris entre les Orcades et l'antique Thul (les les
    Shetland).

    [2] =Hinc= annonce la prop. compltive commenant par _quod_,
    et _hinc fides (est)_ = _hoc probatur_.  l'poque classique
    le nombre des locutions formes d'un substantif et de _esse_
    (_fas est_, _tempus est_, _mos est_) qui se construisent avec
    l'infinitif est assez restreint, mais  l'poque impriale ces
    constructions se multiplient; on a: _finis est_, _pudor est_,
    _amor est_, _fides est_, etc.

    [3] =In ortum=, jusqu'au lever du soleil. Cf. 22, note 2.

    [4] =Sonum audiri=. Les anciens croyaient que le soleil, plong
    dans les eaux comme une masse de fer rouge, surtout  son
    coucher, faisait entendre des sifflements. JUVNAL, _Sat._ 14,
    280: _Audiet Herculeo stridentem gurgite solem_.

    [5] =Capitis=. Pour les anciens le soleil est un dieu mont sur
    un char et dont le front rayonne.--_Persuasio_, la croyance, par
    opp.  ce qui est prouv par des faits (_fides_).

    [6] =Et fama vera=, et ce qu'on raconte est vrai. Ici Tacite
    accepte la responsabilit de l'assertion, parce que son beau-pre
    Agricola lui a fourni  ce sujet des renseignements prcis. On
    sait d'ailleurs que Tacite confond le nord de la Scandinavie avec
    celui de la Grande-Bretagne. Cf. note 1.--_Natura tantum_, le
    monde ne s'tend pas plus loin.

    [7] =Ergo jam=. Comme le monde finit en cet endroit, Tacite
    revient _donc maintenant_ en arrire.--_Mare Suebicum_: cf.
    lexique.

    [8] =Ritus habitusque=, la manire de vivre et l'extrieur.

    [9] =Insigne=: cf. 38, note 3.--_Formas aprorum_: sans doute des
    statuettes de bois que l'on portait sur soi comme des amulettes.

    [10] =Frumenta laborant=. L'accusatif avec _laborare_ est
    potique. Cf. _vallare noctem_, au ch. 30.--_Patientius quam
    pro_. Le comparatif ainsi construit indique la disproportion
    entre deux termes (_Gr. lat._, 335). Traduisez: avec plus de
    patience qu'on n'en attendrait de la paresse habituelle des
    Germains.

    [11] =Sucinum=, le succin ou ambre jaune, que les Grecs appelaient
    +lektron+.--_Glsum_: on peut rapprocher ce mot de l'allemand
    _Glas_, corps transparent, verre.

    [12] =Qu natura= _(sit) quve ratio gignat_, quelle est sa
    nature et quel est son mode de production. Cf. note 18.

    [13] =Ut=: cf. 2, note 15.--_Barbaris_: datif complment d'un
    verbe passif (cf. 16, note 1) en apposition  _iis_ sous-entendu.

    [14] =Dedit nomen=, lui fit une rputation, le mit  la mode.

    [15] =Rude=, brut, _informe_, sans tre travaill.--_Pretium
    mirantes accipiunt_. C'est dans les traits de ce genre que se
    rvle le grand peintre que nous admirons en Tacite: un seul mot
    nous montre ici l'tonnement qui saisit le Barbare  son premier
    contact avec une civilisation qu'il ne comprend pas.

    [16] =Tamen=, cependant, c.--d. quoique ceux qui le recueillent
    ne puissent fournir aucun renseignement sur sa nature.--_Volucria
    animalia_. Andr Chnier dit en parlant de l'ambre (_Pome
    sur l'invention_, v. 248): Tombe odorante o vit l'insecte
    volatile.--_Plerumque_, souvent. Cf. 13, note 12.

    [17] =Orientis secretis= (s.-e. _inesse credo_), dans les pays
    les plus reculs de l'Orient.--_Crediderim_, je serais port 
    croire. Cf. 2, note 2.--_Qu_, des matires qui.

    [18] =Naturam=: cf. note 12.--_Mox_, puis. Cf. 10, note 4.--_Ut
    in picem resinamve_, en formant une sorte de poix ou de rsine.
    _In_ marque le rsultat. Cf. 23, note 2.


=46.= Hic Suebi finis. Peucinorum Venedorumque et Fennorum nationes
Germanis an Sarmatis adscribam dubito, quanquam Peucini, quos quidam
Bastarnas vocant, sermone, cultu, sede ac domiciliis[1] ut Germani
agunt: sordes omnium[2] ac torpor. Conubiis mixtis[3] nonnihil in
Sarmatarum habitum foedantur. Venedi multum ex moribus[4] traxerunt;
nam quicquid inter Peucinos Fennosque silvarum ac montium erigitur
latrociniis pererrant. Hi tamen inter Germanos potius referuntur,
quia et domos figunt[5] et scuta gestant et pedum usu ac pernicitate
gaudent: qu omnia diversa Sarmatis sunt in plaustro equoque
viventibus. Fennis mira feritas, foeda paupertas: non arma, non equi,
non penates[6]; victui herba, vestitui pelles, cubile humus. Sol in
sagittis spes, quas inopia ferri ossibus asperant[7]. Idemque venatus
viros pariter ac feminas alit: passim[8] enim comitantur partemque
prd petunt. Nec aliud infantibus ferarum imbriumque suffugium[9]
quam ut in aliquo ramorum nexu contegantur. Huc redeunt juvenes, hoc
senum receptaculum. Sed beatius arbitrantur quam ingemere agris[10],
illaborare domibus, suas alienasque fortunas spe metuque versare:
securi adversus homines, securi adversus deos, rem difficillimam
assecuti sunt, ut illis ne voto quidem opus esset[11].

Cetera jam fabulosa: Hellusios et Oxionas ora hominum vultusque,
corpora atque artus ferarum[12] gerere. Quod ego ut incompertum in
medio relinquam.

    [1] =Sede ac domiciliis=, par la manire dont ils forment leurs
    agglomrations et disposent leurs demeures.--_Agunt_, vivent. Cf.
    17, note 2.

    [2] =Omnium= (_est_), se rencontre chez tous.

    [3] =Conubiis mixtis=, par les mariages qu'ils contractent avec
    les Sarmates.--_In_ ici encore marque le rsultat. Cf. 45, note
    18.

    [4] =Ex moribus= (_Sarmatarum_) s'oppose  _habitum_,
    l'extrieur, et _multum_  _nonnihil_.

    [5] =Domos figunt=, ils ont des demeures fixes.--_Pedum usu_, la
    marche. Les Sarmates au contraire taient nomades et passaient
    leur vie  cheval ou dans des chariots.

    [6] =Non penates=, pas d'intrieur, pas de maisons, soit fixes
    comme celles des Vndes, soit roulantes comme celles des
    Sarmates. Cf. 15, note 3.

    [7] =Ossibus asperare=, litt., rendre pointu avec des os, c.--d.
    armer d'os pointus.

    [8] =Passim=, partout. Cf. 41, note 5.

    [9] =Imbrium suffugium=, refuge contre la pluie. Cf. 16, note 10.

    [10] =Agris=: datif.--_Illaborare domibus_, peiner en
    construisant des maisons.

    [11] L'influence de la rhtorique et la recherche de l'effet sont
    visibles dans tout ce passage.

    [12] =Artus ferarum=. Il est probable que ceux dont Tacite tient
    directement ou indirectement ces renseignements ont t tromps
    par l'extrieur de ces hommes du Nord qui se vtaient entirement
    des peaux de divers animaux.




LEXIQUE DES NOMS PROPRES


A

=Abnoba mons=, 1, le mont Abnoba, dans la Fort Noire. Il s'appelle
encore aujourd'hui _Abenauer Gebirge_.

=stii=, 45, les stiens, sur la cte orientale de la Baltique. Ce sont
les anctres des Lithuaniens et des Prussiens.

=Africa=, 2.

=Agrippinenses=, 28, les habitants de Cologne (_Colonia
agrippinensis_). C'est le nom que prirent les Ubiens aprs
qu'Agrippine, fille de Germanicus et femme de Claude, eut tabli chez
eux une colonie.

=Albis=, 41, l'Elbe, fleuve de Germanie qui se jette dans la mer du
Nord.

=Albruna=, 8, Albruna, prophtesse des Germains.

=Alci=, 43, les _Alci_, nom de deux dieux honors par les Naharvales;
Tacite les assimile  Castor et Pollux.

=Alpes Rtic=, 1, les Alpes Rhtiques, ainsi nommes  cause de la
province romaine de Rhtie; elles commencent au Saint-Gothard.

=Anglii=, 40, les Angles ou Angliens, peuplade germanique qui occupait
probablement une partie du Sleswig-Holstein.

=Angrivarii=, 33, 34, les Angrivariens, qui habitaient sur les bords du
Weser, au nord des Chamaves et des Chrusques.

=Aravisci=, 28, les Aravisques, peuplade de Pannonie, sur la rive
droite du Danube.

=Arsaces=, 37, Arsace, fondateur du royaume des Parthes (256).

=Asciburgium=, 3, Asburg ou Asberg, prs du confluent de la Ruhr avec
le Rhin.

=Asia=, 2.

=Aviones=, 40, les Aviones, qui habitaient probablement les les qui se
trouvent  l'ouest du Sleswig-Holstein.


B

=Bastarn=, 46, les Bastarnes, peuplade germanique. Les auteurs anciens
donnent ce nom, les uns  des Gaulois du Danube, d'autres  des Gtes,
d'autres enfin  des Scythes; voyez au mot _Peucini_.

=Batavi=, 29, les Bataves; ils appartenaient d'abord  la nation des
Chattes. Ils occuprent plus tard l'le forme par le Rhin et le Wahal.

=Boihmum=, 28, la Bohme, du nom de ses premiers habitants les Boens.

=Boii=, 28, 42, les Boens, qui appartenaient  la race celtique. Ils
occupaient la Bohme et une partie de la Bavire.

=Britannica lingua=, 45, la langue celtique parle dans la
Grande-Bretagne.

=Bructeri=, 33, les Bructres, qui habitaient le bassin de la Lippe
jusqu' l'Ems; ils se divisaient en _Bructeri majores_ et _minores_.

=Buri=, 43, les Bures, peuplade de la nation des Suves, qui habitait
vers les sources de l'Oder et du Waag.


C

=Ccilius Metellus=, 37, collgue de Papirius Carbon, fut consul avec
lui en 113 avant J.-C.

=Csar=, 37, l'empereur Auguste.

=Carbo=, 37, le consul Cneius Papirius Carbon qui fut battu par les
Cimbres en 113 avant J.-C., non loin de Noreia en Carinthie, vers les
sources de la Drave.

=Cassius=, 37, le consul L. Cassius Longinus, battu en 107 avant J.-C.
dans le pays des Allobroges.

=Castor Polluxque=, 43, Castor et Pollux, les deux fils de Lda, que
Tacite identifie avec les dieux _Alci_ des Naharvales.

=Chamavi=, 33, 34, les Chamaves. Ils habitaient prs de l'Yssel et du
Zuiderze.

=Chasuarii=, 34, les Chasuares, qui habitaient entre le Weser et la
Haase.

=Chatti=, 29, 30, 31, 35, 36, 38, les Chattes, peuplade germanique. Ils
habitaient dans le pays des Hessois d'aujourd'hui.

=Chauci=, 35, 36, les Chauques. Ils habitaient le bassin du bas Weser
jusqu' l'Ems d'un ct et de l'autre jusqu' l'Elbe.

=Cherusci=, 36, les Chrusques. Ils habitaient entre le cours suprieur
du Weser et l'Elbe au nord-est des Chattes.

=Cimbri=, 37, les Cimbres, peuplade probablement germanique qui
occupait  l'poque de Tacite une partie de la presqu'le danoise:
+Kimbrik chersonsos+.

=Cotini=, 43, les Cotins, peuplade de race celtique qui habitait au
nord de la Hongrie, entre les sources de l'Oder et de la Vistule.

=Crassus=, 37. Crassus fit partie du triumvirat avec Csar et Pompe.
Il fut vaincu et tu en 53 avant J.-C. dans une bataille contre les
Parthes.


D

=Daci=, 1. Les Daces, peuplade des Thraces, habitaient les contres
appeles aujourd'hui Moldavie, Roumanie, Valachie, et le sud-est de la
Hongrie.

=Danuvius=, 1, 29, 41, 42, le Danube, fleuve. Dans son cours infrieur
il s'appelle aussi Ister (+Istros+).

=Decumates agri=, 29, les champs Dcumates, territoire qui se trouvait
dans l'angle form par les cours suprieurs du Danube et du Rhin.

=Drusus=, 34, 37, Drusus Nron Germanicus, frre de Tibre, fit une
expdition contre les Germains 12-9 avant J.-C.; de l son surnom de
Germanicus.

=Dulgubnii=, 34, les Dulgubniens, peuplade de race germanique qui
habitait entre les Langobards et les Chrusques, sur les bords de
l'Aller (_Alara_).


E

=Eudoses=, 40, les Eudoses, qui appartenaient  la nation des Suves.
Ils habitaient le Jutland.


F

=Fenni=, 46, les Finnois d'aujourd'hui. Ils habitaient le nord de la
Scandinavie.

=Fosi=, 36, les Foses. Ils habitaient au sud de l'Aller (_Alara_).
C'est peut-tre leur nom qu'on retrouve dans _Fosa_, petite rivire
affluent de l'Aller.

=Frisii=, 34, 35, les Frisons. Ils habitaient autour du lac Flevo,
depuis l'embouchure du Rhin jusqu' l'Ems.


G

=Gaius Csar=, 37, l'empereur Caligula (37  41 aprs J.-C.). Aprs
un semblant d'expdition en Germanie, il fit dguiser des Gaulois en
Germains pour les faire servir  son triomphe.

=Gallia=, 5, 27, 37, la Gaule. Elle est nomme aussi _Galli_ parce
qu'elle se divisait en trois parties.

=Gambrivii=, 2, les Gambriviens, nation germanique, d'ailleurs
inconnue. Ils habitaient probablement les bords de la Ruhr.

=Germani=, 2, 16, 27, 30, 31, 35, 37, 41, 43, 44, 45, 46, les Germains.
Le sens tymologique de ce mot est contest. On le fait signifier
tantt homme de guerre (_War_, guerre; _Mann_, homme), tantt
_voisins_. On prtend aussi y voir l'quivalent de +bon agathoi+
(celtique _garm_, cri).

=Germania=, 1, 2, 5, 27, 28, 29, 30, 37, 38, 42, la Germanie.

=Germanicus=, 34, 37. Germanicus, fils de Drusus, combattit les
Germains de 14  16 aprs J.-C. et vengea le massacre des lgions de
Varus.

=Gotones=, 43, peuple de race germanique qui habitait les bords de la
Vistule infrieure jusqu'au Pregel.


H

=Harii=, 43, les Hariens, qui habitaient entre les cours suprieurs de
l'Oder et de la Vistule.

=Hellusii=, 46, les Hellusiens, peuple fabuleux qui selon Tacite
habitait le nord-est de l'Europe.

=Helvecones=, 43, les Helvecones, dont le nom s'crit aussi
_Helvones_, peuplade des Suves qui habitait  l'ouest du cours
infrieur de la Vistule.

=Helvetii=, 28, les Helvtes. Selon Tacite ils taient d'origine
celtique et avaient t chasss de leur pays par les Hermondures. Csar
les trouva tablis en Suisse.

=Helysii=, 43, les Helysiens, peuplade des Suves qui habitaient entre
les cours suprieurs de l'Oder et de la Vistule.

=Hercules=, 3, 9, 34, Hercule. Il semble que cette appellation
grco-romaine dsigne le dieu _Thor_, qui portait lui aussi une massue.

=Hercynia silva=, 28, la fort Hercynienne, appele aussi _Hercynius
saltus_, ch. 30, et par Aristote +Arkynia or+, chane de montagnes
boises qui comprenait la Fort Noire, le Thuringer Wald, le
Fichtelgebirge, les monts de Bohme et les autres chanes qui
traversent le sud de l'Allemagne.

=Herminones=, 2, les Herminones, nom commun  toutes les peuplades du
centre de la Germanie.

=Hermunduri=, 41, 42, les Hermondures, peuplade germanique qui occupait
la rgion du Jura Franconien, entre le Danube, le Mein et les sources
de la Saale.

=Hispan=, 37, les Espagnes, ainsi nommes parce que l'Espagne se
divisait en _citerior_ (au nord) et _ulterior_ (au sud).


I

=Ingvones=, 2, les Ingvones, nom commun aux peuplades germaniques qui
habitaient les ctes de l'Ocan.

=Isis=, 9, Isis, desse gyptienne, dont Tacite prtend retrouver
le culte parmi les Germains; c'est peut-tre la divinit germanique
_Nehalennia_.

=Istvones=, 2, les Istvons, nom commun aux peuplades germaniques de
la rive droite du Rhin.

=Italia=, 2, l'Italie.


J

=Julius=, 28, 37, Jules Csar, le vainqueur des Gaules, qui avait
dcrit la Germanie avant Tacite.


L

=Laertes=, 3, Laerte, pre d'Ulysse.

=Langobardi=, 40, les Langobards, peuplade de la nation des Suves qui
habitait entre l'Elbe et l'Oder.

=Lemovii=, 43, les Lmoviens, peuplade germanique, d'ailleurs inconnue,
qui habitait probablement dans la Pomranie.

=Lugii=, 43, les Lugiens, nom commun  plusieurs peuplades qui
habitaient entre l'Oder et la Vistule dans les pays qui forment
aujourd'hui la Pologne, la Silsie et la Gallicie.


M

=Manimi=, 43, les Manimes, peuplade de la nation des Suves, qui
habitait entre le cours infrieur de la Vistule et de l'Oder.

=Manlius=, 37, Cn. Manlius ou Mallius, consul en 105 avant J.-C., fut
battu par les Cimbres sur les rives du Rhne.

=Mannus=, 2, Mannus, fils du dieu Tuiston.

=Marcomani=, 42, 43, les Marcomans (c'est--dire habitants des
frontires), peuplade germanique qui habita d'abord au sud du Mein et
qui chassa ensuite les Boens de la Bohme.

=Marius=, 37, Marius, fameux gnral romain (153-86): il vainquit les
Cimbres et les Teutons  _Aqu Sexti_ (Aix) en 102 et  Verceil en
101.

=Marobuduus=, 42, Marobuduus ou Marbod, roi des Marcomans; il fut battu
par les Chrusques commands par Arminius et dut se rfugier chez les
Romains.

=Mars=, 9, Mars, dieu de la guerre chez les Romains; la divinit
germanique que Tacite lui assimile est sans doute _Tiu_ ou _Ziu_.

=Marsi=, 2, les Marses, peuple de race germanique qui habitait
probablement dans le bassin du Weser.

=Marsigni=, 43, les Marsignes, peuple de la nation des Suves qui
habitait entre les monts des Gants et l'Oder.

=Mattiaci=, 29, les Mattiaques. Ils habitaient dans le bassin du Mein,
aux environs du Taunus. Les sources qui se trouvent  Wiesbaden au pied
du Taunus portaient le nom de _aqu Mattiac_ ou _fontes Mattiaci_.

=Mercurius=, 9, dieu grco-romain. La divinit germanique que Tacite
dsigne du nom de Mercure est Wodan ou Odin.

=Moenus=, 28, le Mein, affluent du Rhin.


N

=Naharvali=, 43, les Naharvales, peuplade de la nation des Suves qui
habitait entre l'Oder et la Vistule.

=Naristi=, 42, les Naristes, peuplade germanique qui habitait entre le
Fichtelgebirge et le Danube.

=Nemetes=, 28, les Nemtes, peuplade germanique qui habitait sur la
rive gauche du Rhin, aux environs de Spire.

=Nero=, 37, Tiberius Claudius Nron, qui fut depuis l'empereur Tibre.
Il fit contre les Germains plusieurs expditions dont la dernire eut
lieu en 11 aprs J.-C.

=Nerthus=, 40, la desse Nerthus que Tacite assimile  la _Terra Mater_.

=Nervii=, 28, les Nerviens, peuplade d'origine probablement gauloise,
mais qui se disait de race germanique. Ils habitaient entre l'Escaut et
la Meuse.

=Noricum=, 5, province du Norique, entre le Danube et les Alpes
Carniques.

=Nuithones=, 40, les Nuithons, peuplade de la nation des Suves qui
habitait probablement  l'est de l'Elbe, au sud de la presqu'le
Cimbrique.


O

=Oceanus=, 1, 2, 3, 17, 34, 37, 40, 43, 44, l'ocan. Dans la
_Germanie_, _oceanus septentrionalis_ dsigne tantt la mer du Nord,
tantt la Baltique. _Oceanus exterior_, la partie orientale de la
Baltique que Tacite suppose prolonge au del de la Scandinavie que les
anciens prenaient pour une le.

=Osi=, 28, 43, les Oses, peuplade que Tacite semble rattacher aux
Pannoniens. Ils habitaient au sud-est des sources de la Vistule.

=Oxiones=, 46, les Oxions, peuple fabuleux du nord-est de l'Europe.


P

=Pacorus=, 37, Pacorus, fils d'Orods, roi des Perses. Ayant pris parti
pour les meurtriers de Csar, il battit le lieutenant d'Antoine en 40
avant J.-C., mais il fut vaincu et tu l'anne suivante par Ventidius.

=Pannonia=, 5, 28, la Pannonie, qui s'tendait entre la province de
Norique  l'ouest, la Save au sud, le Danube au nord et  l'est.

=Pannonii=, 1, les Pannoniens, habitants de la Pannonie; ceux du nord
paraissent avoir t de race celtique; ceux des bords de la Save qui
taient les vrais Pannoniens appartenaient  la race illyrienne.

=Parthi=, 17, 37, les Parthes, peuple d'origine indo-europenne;
leur empire, fond par Arsace au IIIe sicle avant J.-C., s'tendit
 l'ouest jusqu' l'Euphrate; ils furent souvent en lutte avec les
Romains.

=Peucini=, 46, les Peucins. On dsignait sous ce nom une peuplade
de Bastarnes qui habitait  l'embouchure du Danube une le appele
+Peuk+.

=Poeni=, 37, les Carthaginois.

=Pollux=, 43, voyez au mot _Castor_.

=Ponticum mare=, 4, le Pont-Euxin ou mer Noire, dans laquelle se jette
le Danube.


Q

=Quadi=, 42, 43, les Quades, peuplade germanique qui habitait dans la
Moravie en s'tendant vers le sud jusqu'au Danube.


R

=Rti=, 1, les Rhtes, habitants de la Rhtie, spcialement sur les
deux versants des Alpes dites Rhtiques.

=Rtia=, 3, 41, la Rhtie, rduite en province romaine sous Auguste (15
avant J.-C.); elle comprenait le Tyrol, la Bavire au sud du Danube et
 l'est du Leck.

=Reudigni=, 40, les Reudignes, peuplade germanique qui habitait  l'est
de l'embouchure de l'Elbe.

=Rhenus=, 1, 2, 3, 28, 29, 34, 41, le Rhin, qui bornait la Germanie 
l'ouest.

=Rugii=, 43, les Rugiens, peuplade germanique qui occupait la Pomranie
 l'est de l'embouchure de l'Oder.


S

=Samnis=, 37, le Samnite, c'est--dire les Samnites qui luttrent
contre les Romains de 343  290 et leur infligrent l'humiliation des
Fourches Caudines.

=Sarmat=, 1, 17, 43, 46, les Sarmates, nation slave qui habitait 
l'est de la Vistule, peut-tre jusqu'au Volga. Ils taient encore moins
connus des Romains que les Germains.

=Scaurus Aurelius=, 37, gnral romain qui, envoy comme lieutenant
consulaire contre les Cimbres, fut battu et tu par eux sur les rives
du Rhne.

=Semnones=, 39, les Semnons, peuplade germanique qui habitait entre
l'Elbe et l'Oder dans le bassin de la Spre.

=Servilius Cpio=, 37, proconsul romain qui fut battu par les Cimbres
prs d'Orange en 105 avant J.-C.

=Sitones=, 44, 45, les Sitones qui habitaient en Sude sur les ctes du
golfe de Botnie.

=Suardones=, 40, les Suardons, peuplade de la nation des Suves qui
habitait entre l'Elbe et l'Oder, dans le Mecklembourg.

=Suebi=, 2, 9, 38, 45, les Suves, peuple de race germanique. Ils
habitaient un vaste territoire dont les limites sont mal connues,
probablement entre le Danube, l'Elbe, l'Oder et la Baltique (_mare
suebicum_).

=Suebia=, 43, 46, la Suvie, pays des Suves; voir au mot prcdent.

=Suebicum mare=, 45, la mer des Suves, c'est--dire la Baltique.

=Suiones=, 44, 45, les Suiones, peuplade germanique qui habitait le sud
de la Scandinavie et peut-tre les les de l'embouchure de l'Oder. Ce
sont probablement les anctres des Sudois.


T

=Tencteri=, 32, 38, le Tenctres, peuplade germanique qui habitait sur
la rive droite du Rhin, entre la Ruhr et la Lahn.

=Trajanus=, 37, Trajan, empereur romain contemporain de Tacite, qui
rgna de 98  117 ap. J.-C.

=Treveri=, 28, les Trvires, qui habitaient sur les deux rives
de la Moselle; leur nom est rest  la ville de Trves (_Augusta
Treverorum_). Le fond de la population tait probablement celtique,
mais absorb par des conqurants germains.

=Triboci=, 28, les Triboques, peuplade germanique qui habitait sur la
rive gauche du Rhin, dans les Vosges, jusqu' Strasbourg.

=Tuder=, 42, Tuder, roi des Quades ou des Marcomans, d'ailleurs inconnu.

=Tuiston=, 2, divinit germanique que les Germains reconnaissaient pour
leur anctre (cf. _Tuisto_ et _Deutsch_).

=Tungri=, 2, les Tongres, peuplade germanique qui habitait sur la rive
gauche de la Meuse autour de la ville de Tongres.


U

=Ubii=, 28, les Ubiens, peuplade germanique. Ils habitrent d'abord sur
la rive droite du Rhin, Agrippa les fit passer sur la rive gauche. Leur
ville (_oppidum Ubiorum_) fut appele _Colonia Agrippinensis_ (Cologne)
lorsque Agrippine, femme de l'empereur Claude, y eut fond une colonie
romaine.

=Ulysses=, 3, Ulysse, qui, aprs la guerre de Troie, avait, selon la
lgende, abord dans bien des pays et peut-tre en Germanie.

=Usipi=, 32, les Usipes, peuplade germanique qui occupait la rive
droite du Rhin, au nord de la Ruhr.


V

=Vandilii= ou =Vandalii=, 2, les Vandales, peuplade germanique qui
habitait au nord-est de la Germanie entre l'Oder et la Vistule. Ils
changrent d'ailleurs plusieurs fois de sjour.

=Vangiones=, 28, les Vangions, peuplade germanique qui occupait la
valle du Rhin autour de Worms.

=Varini=, 40, les Varins, peuplade germanique de la famille des Suves
qui occupait le nord du Sleswig et le sud du Jutland.

=Varus=, 37, Quintilius Varus, gnral romain, lieutenant de l'empereur
Auguste, qui fut battu par Arminius et massacr avec ses lgions dans
la fort de Teutberg (Teutoburgerwald) en l'an 9 aprs J.-C.

=Veleda=, 8, fameuse prophtesse de la nation des Bructres. Elle prit
part  la rvolte de Civilis et des Bataves; plus tard elle fut amene
 Rome pour orner un triomphe.

=Venedi=, 46, les Vendes, peuple slave qui habitait  l'est du cours
infrieur de la Vistule.

=Ventidius=, 37, P. Ventidius Bassus, lieutenant d'Antoine qui vainquit
et tua Pacorus, roi des Parthes. Voyez le Commentaire.

=Vespasianus=, 8, Vespasien, empereur romain de 69  79, le premier des
Flaviens.




  TYPOGRAPHIE FIRMIN-DIDOT ET Cie.--MESNIL (EURE).




Note de transcription dtaille:

Les erreurs clairement introduites par le typographe ont t
silencieusement corriges.

Cette version lectronique comporte les corrections suivantes:

  p. 30, chap. 9: placant, corrig en placant.
            (animalibus[4] placant.),
  p. 39, note 7: la rfrence au chapitre 55 est incorrecte
            et a t change en 35,
  p. 54: l'appel de note manquant pour la note 6 a t ajout,
  p. 60: comtemptores corrig en contemptores
            (aluntur, prodigi alieni, contemptores sui),
  p. 79, Angrivarii: Wser harmonis en Weser
            (les bords du Weser),
  p. 81, Germanicus: la rfrence au chapitre 47 est incorrecte
            et a t change en 37.

En page 83, l'ortographe Marobuduus semble tre une erreur pour
Maroboduus; la seconde forme apparat une fois en page 71, note 4.
L'ortographe du livre a toutefois t conserve.

Quand ils manquaient, les accents ont t ajouts aux lettres capitales.





End of the Project Gutenberg EBook of La Germanie, by 
Cornelius Tacitus and Henri Petitmangin

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA GERMANIE ***

***** This file should be named 43789-8.txt or 43789-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/4/3/7/8/43789/

Produced by Laurent Vogel, Bibimbop, Juliet Sutherland and
the Online Distributed Proofreading Team at
http://www.pgdp.net


Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License available with this file or online at
  www.gutenberg.org/license.


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit:  www.gutenberg.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
