The Project Gutenberg EBook of Histoire de la civilisation gyptienne, by 
Gustave Jquier

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Title: Histoire de la civilisation gyptienne
       Des origines  la conqute d'Alexandre

Author: Gustave Jquier

Release Date: October 10, 2013 [EBook #43924]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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Note de transcription:

Les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges.
L'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise. Voir
la note plus dtaille  la fin de ce livre.




  HISTOIRE

  DE LA

  CIVILISATION GYPTIENNE




DU MME AUTEUR


_Le livre de ce qu'il y a dans l'Hads._ (Bibliothque de l'Ecole
des Hautes Etudes, t. XCVII.)--Paris, E. Bouillon, 1894.

_Catalogue des Monuments et Inscriptions de l'Egypte antique_, t.
I  III (en collaboration avec J. de Morgan, U. Bouriant, G.
Legrain et A. Barsanti).--Vienne, Holzhausen, 1894-1909.

_Mmoire sur les Fouilles de Licht_ (en collaboration avec J.-Et.
Gautier). Mmoires de l'Institut franais d'Archologie orientale
du Caire, t. VI.--Le Caire, 1902.

_Monuments pour servir  l'tude du culte d'Atonou en Egypte_ (en
collaboration avec U. Bouriant et G. Legrain). Mmoires de
l'Institut franais d'Archologie orientale du Caire, t. VIII.--Le
Caire, 1903.

_Le Papyrus Prisse et ses variantes._--Paris, P. Geuthner, 1911.

_Dcoration gyptienne._ Plafonds et frises vgtales du Nouvel
Empire Thbain.--Paris, Eggimann, 1911.

_Le tissage aux cartons et son utilisation dcorative dans
l'Egypte ancienne_ (en collaboration avec A. van
Gennep.)--Neuchtel, 1916.

_Les frises d'objets des sarcophages du Moyen Empire._ Mmoires de
l'Institut franais d'Archologie orientale du Caire, t.
XLVII.--Le Caire, 1921.

_Matriaux pour servir  l'tablissement d'un dictionnaire
d'archologie gyptienne._ Bulletin de l'Institut franais
d'Archologie orientale du Caire, t. XIX.--Le Caire, 1922.

_L'Architecture et la dcoration dans l'Ancienne Egypte_:

  I. _Les temples memphites et thbains_;
  II. _Les temples ramessides et sates_;
  III. _Les temples ptolmaques et romains._--Paris,
       Moranc, 1921 et 1923.




  GUSTAVE JEQUIER

  PROFESSEUR D'GYPTOLOGIE A L'UNIVERSIT DE NEUCHATEL
  CORRESPONDANT DE L'ACADMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES




  HISTOIRE

  DE LA CIVILISATION

  GYPTIENNE

  DES ORIGINES A LA CONQUTE D'ALEXANDRE

  Ouvrage orn de 265 gravures
  Nouvelle dition revue

[Illustration]

  PAYOT, PARIS

  106, BOULEVARD ST-GERMAIN

  1925

  _Tous droits rservs_


_Premier tirage Juin 1913_

_Deuxime tirage Dcembre 1923_

_Troisime tirage Janvier 1925_

Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation rservs pour
tous pays.

Copyright 1913, by Payot & Cie.




[Illustration: Le Sheikh-el-Beled (d'aprs MARIETTE. _Album du Muse
de Boulaq_, pl. 18).]




[Dcoration]




_PRFACE_


_Une Egypte immuable, fige dans sa civilisation hiratique depuis
l'aube la plus lointaine de l'histoire jusqu'au moment o elle tombe
entre les mains des Grecs, une Egypte entirement spare du reste de
l'humanit et n'ayant exerc aucune influence sur le dveloppement du
monde ancien, telle est la double lgende qui, dans le public lettr
d'aujourd'hui, est encore considre presque comme un axiome, comme une
de ces vrits lmentaires devant lesquelles on s'incline sans
discuter. Et pourtant cette lgende, si l'on en cherche l'origine,
repose sur bien peu de chose, sur les impressions de quelques voyageurs
qui parcoururent la valle du Nil  une poque o l'tat de la science
ne permettait pas encore une tude rationnelle et fructueuse des
monuments._

_Les Grecs, si fiers de leur supriorit sur les autres peuples, n'ont
cependant jamais rang les Egyptiens parmi les barbares; bien plus, ils
reconnaissent hautement,  l'occasion, la part prdominante de l'Egypte
dans la naissance et le dveloppement de leur propre civilisation et ne
font aucune difficult pour avouer qu' la base mme de la culture
grecque, on trouve des racines gyptiennes. Il et t du reste bien
invraisemblable qu'un pays qui comme l'Egypte tait arriv  un trs
haut degr de civilisation alors que ses voisins en taient encore 
l'tat primitif, n'exert pas sur eux une influence considrable. En
effet, plus nous apprenons  connatre l'Egypte et les peuples
mditerranens anciens, plus nous retrouvons de traces de cette
influence; tous ont puis  cette source la force ncessaire pour se
dvelopper, et s'ils ont transform ce qu'ils ont emprunt, chacun
suivant son gnie naturel, il n'en est pas moins vrai que c'est la
civilisation gyptienne qui a le plus contribu  faire prosprer toutes
les autres, et que par suite nous avons envers elle une lourde dette de
reconnaissance._

_Depuis la dcouverte des hiroglyphes, tous les travaux entrepris au
sujet des monuments anciens de l'Egypte montrent clairement que la
civilisation de ce pays, comme partout ailleurs, eut ses alternatives de
croissance, de grandeur et de dcadence, et plus les travaux se
spcialisent, plus les diffrences entre les poques s'accusent.
Jusqu'ici cependant, la tendance de certains ouvrages d'ensemble a t
d'insister sur la ligne gnrale, de chercher  prsenter un tout
homogne plutt que de diffrencier les priodes, ce qui ne pouvait
qu'accrditer toujours davantage dans le public la vieille lgende de
l'Egypte immuable._

_Le but de ce petit livre est de ragir contre ces ides errones,
d'tudier successivement toutes les grandes tapes de la civilisation
gyptienne, de montrer les progrs raliss peu  peu malgr les
secousses et les changements de rgime, en groupant les rsultats acquis
autour d'un rapide aperu de l'histoire elle-mme, comme aussi
d'indiquer la naissance des arts, des industries, des diffrentes
branches de la civilisation gyptienne, leur expansion progressive dans
les pays limitrophes, et la part qui leur revient dans le dveloppement
de la culture gnrale._

                                                               _G. J._

[Dcoration]




[Illustration: _Fig. 1._ Quelques lignes de la Pierre de Rosette
(d'aprs LEPSIUS. _Auswahl der wichtigsten Urkunden_, pl. XVII).]




CHAPITRE PREMIER

LES SOURCES DE L'HISTOIRE D'GYPTE


Isole comme est l'Egypte par la mer et les dserts, son dveloppement
devait tre original. Ce pays favoris par la nature, avec son climat
chaud et son sol d'une fertilit exceptionnelle, toujours renouvel par
les inondations du Nil et livrant gnreusement  l'homme tout ce qui
peut lui tre ncessaire pour vivre, tait destin  devenir un des
berceaux de la civilisation; ici l'homme n'avait pas besoin, comme
ailleurs, d'efforts rpts et incessants pour s'assurer une maigre
subsistance et une existence prcaire: il n'avait qu' se laisser vivre
et il lui suffisait d'un lger travail pour raliser un srieux progrs
de bien-tre. Dfendue naturellement de trois cts, par la Mditerrane
et les dserts arabique et lybique, l'Egypte n'avait que peu de chose 
craindre du ct de ses voisins plus ou moins turbulents et,  l'origine
tout au moins, elle n'eut pas, semble-t-il,  subir de ces
bouleversements qui arrtent parfois pour longtemps une civilisation
naissante. Ce n'est pas la lutte pour la vie qui est la cause du
dveloppement intellectuel et industriel des premiers Egyptiens, mais le
besoin instinctif d'augmenter le bien-tre dont la nature avait dj
largement pourvu les habitants de ce pays privilgi.

Il ne faut pas songer  tablir combien de sicles ou de milliers
d'annes dura cette priode de travail latent, de dveloppement
progressif,  laquelle nous appliquons le terme peu prcis de
prhistorique. Toujours est-il que vers 4.000 avant J.-C,  une poque
o la barbarie la plus absolue rgnait sur le reste du monde et o seule
la Babylonie, autre berceau de la civilisation, et peut-tre aussi la
Chine, pourraient montrer un tat analogue, nous trouvons en Egypte un
royaume constitu rgulirement et solidement, une race possdant une
langue qui prsente dj certains caractres de dcadence et une
criture complique mais parfaite en son genre, un peuple sachant
utiliser tous les matriaux pour la construction de monuments
importants, et dj trs avanc dans la connaissance et l'exercice des
arts, un peuple industriel en possession des mtaux et pour lequel
l'agriculture et l'levage du btail n'ont plus de secrets. Une force
pareille ne pouvait rester confine dans un petit pays comme l'Egypte et
devait ncessairement rayonner au dehors, les dfenses naturelles, mer
et dserts, ne pouvant entraver une expansion toute pacifique, et peu 
peu le commerce s'tablissait, vers le Soudan d'abord, sans doute, puis
vers la Palestine et les pays situs plus au nord. Les fouilles rcentes
pratiques en Crte montrent l'influence considrable qu'exera l'Egypte
sur les civilisations naissantes de la Grce et de l'Archipel et cela
ds l'Ancien Empire, donc pendant le quatrime millnaire avant J.-C.
aussi bien que pendant la priode mycnienne; ainsi se confirment les
lgendes o les Grecs reconnaissaient eux-mmes le rle qu'avait jou
vis--vis de leurs anctres directs ce peuple paisible, industrieux,
artiste et commerant.


_Sources classiques_

Il y a cent ans, tout ce qu'on savait de l'Egypte antique, de son
histoire et de sa religion aussi bien que de ses moeurs et coutumes, se
rduisait aux donnes fournies par des crivains trangers au pays, en
particulier par les auteurs classiques,  ct desquels il n'y a gure 
signaler que les renseignements dissmins dans les livres de l'Ancien
Testament. Parmi les Grecs qui crivirent sur l'Egypte, le premier rang,
tant par la date que par la valeur de son oeuvre, appartient sans
contredit  Hrodote, qui nous trace un tableau des plus remarquables de
l'tat du pays  son poque, tableau plein de dtails piquants saisis
sur le vif par un observateur sr et avis, mais mlangs de contes
invraisemblables, de racontars de toute sorte, recueillis avec le plus
grand srieux et une inlassable confiance dans les drogmans de son
temps, qui taient sans doute aussi peu instruits et aussi peu
scrupuleux que de nos jours. Quoi qu'il en soit, et bien qu'il soit
souvent difficile d'y distinguer le vrai du faux, cet ouvrage, qui forme
l'ensemble le plus complet que nous aient donn les auteurs anciens sur
l'Egypte, tait et est encore considr  juste titre comme la base de
tout travail gnral sur les peuples de la valle du Nil, et l'auteur de
la phrase fameuse: l'Egypte est un don du Nil mrite de conserver, en
ce qui concerne ce pays aussi, son titre de pre de l'histoire. Pour
complter les renseignements d'ordres si divers que donne Hrodote, on
avait encore ceux que fournissent d'autres auteurs moins anciens--et
parfois aussi moins dignes de foi--tels que Diodore de Sicile, Pline le
Jeune, Strabon et certains historiens de second ordre dont quelques
fragments seulement nous sont parvenus. Pour l'criture sacre, on
pouvait consulter les Hiroglyphiques d'Horapollon, et, pour la
religion, Herms Trismgiste et surtout le livre de Plutarque sur Isis
et Osiris, qui est encore aujourd'hui le document le plus important, le
tableau d'ensemble le plus parfait d'un des mythes fameux de l'antiquit
orientale. Concernant l'histoire proprement dite enfin, on avait
compos, sur la demande des Ptolmes, des ouvrages spciaux donnant la
liste des rois, la longueur de leurs rgnes, quelques dtails sur les
plus importants d'entre eux, en somme une sorte de classification
mthodique de l'histoire, base sur des documents originaux. Telles
taient la liste d'Eratosthne dont quelques fragments nous sont
parvenus, recueillis par Apollodore, puis d'aprs celui-ci par Georges
le Syncelle, et surtout les Aegyptiaca de Manthon. Ce livre, crit au
IIIme sicle avant notre re, est aujourd'hui perdu, de mme que son
Livre de Sothis, qui traitait du mme sujet, mais surtout au point de
vue chronologique: des fragments en ont cependant t recueillis par
Josphe, ceux en particulier qui concernaient le sjour des Juifs en
Egypte, tandis que certains auteurs, entre autres l'Africain et Eusbe,
en avaient tir une sorte de rsum, d'_epitome_, donnant seulement la
liste des dynasties, le nombre d'annes pendant lequel elles rgnrent
et, pour les plus illustres d'entre elles, les noms des rois et un bref
rcit de leur carrire. Au temps o l'on ne connaissait l'Egypte que par
les auteurs grecs, cette sche numration de chiffres et de noms
barbares, plus ou moins travestis, ne pouvait gure attirer l'attention
des savants qui n'avaient aucun point de comparaison; depuis que nous
sommes en possession des monuments originaux, ce petit opuscule, tronqu
et mutil, qui ne nous est parvenu que par ricochet, est devenu une des
sources les plus prcieuses de l'histoire d'Egypte, car on a pu
reconnatre qu'il avait t compos d'aprs des documents authentiques,
des listes comme celle du papyrus de Turin, et que la division en
dynasties est parfaitement justifie. Ce n'est toutefois pas impunment
qu'un livre passe entre les mains de tant d'auteurs successifs qui se
recopient les uns les autres. C'est par l'entremise de Georges le
Syncelle que nous sont parvenus les extraits de l'Africain et d'Eusbe,
aussi les fragments de Manthon contiennent-ils bien des incorrections,
des transpositions, des erreurs de chiffres, et on ne peut en faire
usage qu'avec la plus grande circonspection: ainsi les trente dynasties
semblent d'aprs lui se succder rgulirement, tandis que trs
probablement il y en eut de collatrales, ce qui peut diminuer, dans des
proportions trs importantes, la somme totale des annes que dura la
monarchie gyptienne.

Cette rapide numration des principaux auteurs grecs et latins qui ont
parl de l'Egypte suffira pour qu'on puisse se rendre compte de la
valeur trs relle et en mme temps de l'insuffisance de ces documents
au point de vue de la connaissance du peuple qui habitait la valle du
Nil dans l'antiquit; quant aux nombreuses et trs prcieuses donnes
que renferment les livres de l'Ancien Testament sur le sjour des
Hbreux en Egypte et les relations des rois de Juda et d'Isral avec les
Pharaons, elles sont trop connues pour qu'il soit ncessaire d'y revenir
ici.


_La description de l'Egypte_

Voil donc  quoi se rduisait, il y a un sicle, le bagage scientifique
dont on pouvait disposer en ce qui concerne l'Egypte; quelques
voyageurs, il est vrai, comme Chardin, Pockoke et d'autres, aprs avoir
parcouru le pays, en avaient publi des descriptions, et parfois mme
copi les monuments anciens encore visibles, mais les reproductions
qu'ils en donnent n'en sont que de grossires caricatures et ne peuvent
donner qu'une ide parfaitement fausse de l'art et de l'criture de
l'Egypte antique. Quant aux essais d'interprtation d'hiroglyphes,
comme ceux du savant jsuite le P. Kircher, ce sont des ouvrages de
fantaisie pure, fruit d'une imagination trop mystique, et qui, dnus de
toute base scientifique srieuse, ne peuvent plus aujourd'hui qu'attirer
la curiosit de quelque bibliophile.

En 1809 commena  paratre, sous le titre de _Description de l'Egypte_,
le rsultat des travaux des savants franais que Bonaparte avait
adjoints  son expdition de 1798 pour tudier  fond les richesses et
les moeurs des habitants d'un pays dont il avait l'intention de faire le
boulevard de la civilisation europenne. Les circonstances firent, il
est vrai, chouer le programme politique du grand conqurant, mais son
but scientifique fut rempli au del de toute esprance, grce 
l'opinitret et  la persvrance de ces hommes qui, travaillant dans
les conditions les plus dfavorables, russirent  mener  bien, en deux
annes  peine, une des oeuvres les plus gigantesques qui aient jamais
t entreprises dans le domaine de la science. Il s'agissait de relever
tout ce qui concernait l'histoire naturelle du pays, zoologie,
botanique, minralogie, les moeurs et coutumes des habitants, les
mtiers, le commerce, l'agriculture, et une carte au cent millimes de
toute la valle du Nil, d'Assouan  la mer, carte dont on se sert
actuellement encore; quant aux antiquits, tous les monuments existant 
cette poque furent relevs avec grand soin, et si on a pu faire aux
savants franais de la Commission d'Egypte le reproche d'avoir souvent
sacrifi la copie des textes hiroglyphiques  l'exactitude de
l'architecture, il faut tenir compte de l'tat de la science  ce
moment-l et de la difficult que devait prsenter,  des dessinateurs,
mme trs habiles, cette criture absolument inconnue et l'innombrable
quantit de ces inscriptions dans lesquelles il aurait fallu pouvoir
faire un choix judicieux, inscriptions que les gyptologues modernes
sont loin d'avoir encore toutes publies. Cet immense ouvrage, avec ses
neuf cents planches et ses nombreux volumes de mmoires, est bien oubli
aujourd'hui, et l'on est loin d'avoir pour lui la reconnaissance qu'il
mrite, car cette publication devait tre le point de dpart d'tudes
toutes spciales; on peut mme dire qu'elle inaugurait pour la science
de l'histoire une re nouvelle, par la naissance de l'gyptologie.


_Dchiffrement des hiroglyphes_

Parmi les monuments dcouverts et publis par les membres de la
Commission d'Egypte se trouvait l'inscription trilingue connue sous le
nom de _pierre de Rosette_, avec son texte en hiroglyphes, en dmotique
et en grec, qui n'tait autre qu'un dcret de Ptolme Epiphane en
faveur des temples d'Egypte. L'importance de ce document et le parti
qu'on pouvait en tirer furent bien vite reconnus, et plusieurs savants
se mirent  l'oeuvre, indpendamment les uns des autres, pour arriver 
dchiffrer ces deux critures inconnues. Sylvestre de Sacy et le Sudois
Akerblad attaqurent le texte dmotique et finirent par en dcouvrir le
mcanisme; l'Anglais Young se mit au texte hiroglyphique qui tait bien
moins complet et prsentait de beaucoup plus grandes difficults; il
eut l'intuition de la mthode  suivre, mais ne sut pas la mener
jusqu'au bout, tandis qu'un jeune savant franais, J.-Fr. Champollion,
travaillant de son ct sur le mme document avec une tnacit et une
perspicacit admirables, arrivait  saisir la clef du systme
hiroglyphique. Il tablit de faon certaine la valeur, la fonction et
le sens de chaque signe, reconnut avec l'aide de la langue copte,
l'gyptien d'poque chrtienne, les groupes formant des mots, puis
dchiffra les phrases. Accueillie avec une certaine mfiance lors de sa
publication en 1822, cette dcouverte finit par tre accepte et
reconnue du monde savant; l'gyptologie tait ne, et c'tait au mme
homme qu'il appartenait de la dvelopper, en tablissant, toujours avec
le mme esprit de mthode, les bases de la science nouvelle. Ce jeune
gnie, car on ne peut trouver d'autre mot pour qualifier un homme qui
n'eut son gal dans aucune autre branche des sciences historiques,
mourut  quarante ans aprs avoir non seulement ressuscit l'criture et
la langue des anciens Egyptiens, mais encore reconstitu, dans les
grandes lignes tout au moins, leur histoire, leur religion, leurs
institutions, leurs moeurs, et la gographie ancienne de leur pays. Il
restait sans doute encore beaucoup  dcouvrir, mais la voie tait
fraye et elle fut suivie, avec une certaine hsitation d'abord, puis
avec toujours plus de sret, par une pleade d'hommes de valeur qui
sont arrivs  faire de l'gyptologie une science digne de marcher de
pair avec ses anes, celles qui concernent l'antiquit classique en
particulier.

Malgr leur nombre, les documents runis par la Commission d'Egypte
taient trs insuffisants, et Champollion, aprs avoir visit quelques
collections publiques ou particulires d'objets rapports d'Egypte,
reconnut qu'il tait absolument ncessaire d'aller sur place  la
recherche de matriaux nouveaux, car il se sentait capable de faire un
choix judicieux des monuments les plus importants et de les copier avec
exactitude. Ses voeux furent exaucs et il put encore diriger lui-mme
l'expdition franco-toscane qui, grce aux connaissances nouvelles qu'il
avait acquises, devait devenir un vrai voyage de dcouvertes, et lui
fournir une ample moisson de matriaux inconnus auparavant. La premire
publication srieuse de textes gyptiens originaux ne put tre faite
qu'aprs la mort de Champollion.


_Progrs de l'Egyptologie_

En 1842, sous les auspices cette fois du gouvernement prussien, une
nouvelle expdition, dirige par Lepsius, partait pour l'Egypte  la
recherche de textes historiques; cette mission fit un sjour de prs de
trois ans dans le pays et en rapporta une rcolte encore plus abondante
que celle de Champollion. Malgr le format monumental des douze volumes
donnant les rsultats de ces travaux, on pourrait appeler cet ouvrage,
maintenant encore, le livre de chevet de tout gyptologue.

A cette poque, on ne faisait pas encore de recherches srieuses dans le
sol mme de la valle du Nil; seuls quelques particuliers, dsireux
d'enrichir leurs collections de bibelots gyptiens, pillaient sans merci
un certain nombre de tombeaux et de sites antiques, sans profit rel
pour la science. Les fouilles mthodiques ne commencrent qu'en 1850 par
la dcouverte retentissante que fit un jeune savant franais, Aug.
Mariette, d'un des sanctuaires gyptiens les plus connus et les plus
vnrs des anciens, le Srapum de Memphis, le tombeau souterrain des
boeufs Apis. Encourag par ce succs qui avait fait de lui une
clbrit, Mariette se voua aux recherches dans le sol mme de l'Egypte;
il obtint du khdive l'autorisation de crer un Service des Antiquits
et un muse d'antiquits gyptiennes, et ds lors ses fouilles
continurent sans interruption d'une extrmit  l'autre de l'ancien
royaume des Pharaons, alternant avec le dblaiement des temples enfouis.
Des milliers de monuments nouveaux surgirent du sol et celui qui les
dcouvrit cherchait en mme temps  les mettre le plus vite possible 
la disposition du monde savant par de grandes publications qui rendirent
des services inapprciables. Peu  peu, les gouvernements trangers
voulurent aussi avoir leur part  ces travaux si fructueux et
entreprirent eux-mmes des fouilles; des socits scientifiques se
crrent dans le mme but, et depuis quarante ans environ l'exploration
du sol de l'Egypte est pousse avec une activit fbrile, et presque
toujours le succs est venu couronner ces efforts.

Pendant ce temps, d'autres savants, comme de Roug et Chabas en France,
Lepsius et Brugsch en Allemagne, Birch en Angleterre, pour ne citer que
les principaux d'entre les disparus, et leurs lves et mules,
compulsaient les matriaux et en extrayaient mthodiquement ce qui
pouvait tre utile  la science; ainsi toutes les branches de
l'gyptologie, avanant de front, faisaient d'anne en anne de srieux
progrs: la langue, la religion, l'histoire, livraient peu  peu leurs
secrets. Pour ce qui est de l'histoire, en particulier, les limites de
l'inconnu reculaient insensiblement: faute de documents originaux trs
anciens, Champollion, qui avait tabli de faon  peu prs dfinitive
les rgnes des Pharaons  partir du Nouvel Empire thbain, n'avait gure
pu jeter au del qu'un coup d'oeil d'ensemble. Lepsius fut l'initiateur
en ce qui concerne la XIIme dynastie, une des poques les plus
brillantes de l'histoire d'Egypte, et de Roug s'avana le premier
dlibrment dans ce qu'on est convenu d'appeler l'Ancien Empire
memphite, l'ge des constructeurs de pyramides. Une barrire qui
semblait infranchissable s'levait au seuil de cette poque, relguant
dans la lgende les deux premires dynasties et tout ce qui pouvait les
avoir prcdes; ce n'est qu' la fin du XIXe sicle que subitement, 
la suite de plusieurs dcouvertes simultanes, la barrire s'croula,
ouvrant aux regards un champ nouveau qui reculait presque jusqu'
l'infini l'histoire du pass. Les tudes prhistoriques venaient se
confondre avec celles des gyptologues et les complter, et les
recherches pousses dans ce sens, sur un terrain presque inpuisable,
devaient donner des rsultats autrement plus prcis que dans tout autre,
pays connu, en ce qui concerne ces priodes du dbut de la civilisation.


_Listes royales_

En plus des donnes des historiens anciens sur l'Egypte nous avons donc
maintenant des documents qui proviennent du pays lui-mme, documents
innombrables mais de valeur trs diverse, pouvant se classer en deux
sries qu'on pourrait appeler, faute de meilleurs mots, les documents
rtrospectifs et les documents contemporains.

Tandis que ces derniers ont une valeur plutt spciale et ne se
rapportent qu' l'poque ou mme au rgne d'o ils manent, les
premiers, peu nombreux il est vrai, mais d'autant plus prcieux, sont de
vrais rsums d'histoire, datant d'poques trs diverses. Ce sont
d'abord les listes monumentales, tableaux provenant de temples ou de
tombeaux, o l'on voit un roi adresser son hommage  toute la srie de
ses anctres, reprsents en gnral par leur nom seulement, par leur
cartouche royal, et rangs dans l'ordre chronologique; ou bien c'est un
prtre donnant la liste des rois au culte funraire desquels il tait
commis: telles les deux listes d'Abydos dont l'une est encore en place,
l'autre au Muse Britannique, la liste de Saqqarah au Muse du Caire, et
la Chambre des Anctres de Karnak  la Bibliothque Nationale de Paris.

[Illustration: _Fig. 2._ La table royale d'Abydos (d'aprs une
photographie).]

[Illustration: _Fig. 3._ Fragments du papyrus royal de Turin (d'aprs
LEPSIUS. _Auswahl_, pl. III).]

Le papyrus royal de Turin, crit au commencement du Nouvel Empire, avait
une importance bien plus considrable encore: il donnait non seulement
la liste complte de tous les rois ayant rgn sur l'Egypte, y compris
les dynasties divines, mais encore le nombre d'annes de chaque rgne et
souvent l'ge du roi  sa mort; en plusieurs endroits il y avait en
outre, en guise de rcapitulation, la somme totale des annes que dura
une dynastie. C'est une chronologie complte embrassant deux mille ans
d'histoire, et qui devait tre absolument intacte et entire au moment
de sa dcouverte, mais dans ce temps l, il y a prs de cent ans, on ne
prenait pas les mmes soins qu'aujourd'hui des objets dcouverts au
cours des fouilles; l'on dit que Drovetti, grand collectionneur
d'antiquits, ayant trouv ce papyrus dans des travaux qu'il faisait
excuter dans les tombeaux de Thbes, et ne pouvant naturellement en
souponner la valeur, le prit aussitt sorti de terre, le mit dans un
flacon  large col qui se trouvait dans la sacoche de sa selle, et
rentra chez lui au galop. Le manuscrit ne put rsister  un traitement
aussi violent, et  l'arrive il ne restait plus dans le flacon qu'un
tas de fragments de papyrus, plus petits les uns que les autres; c'est
dans cet tat qu'ils parvinrent, en mme temps que le reste de la
collection Drovetti, au muse de Turin, o Champollion, qui les retrouva
au fond d'une bote, fut le premier  en signaler l'importance. Grce 
une nfaste ngligence, ce monument de tout premier ordre avait perdu
beaucoup de sa valeur; nanmoins les fragments qui ont pu tre
rassembls et rtablis dans leur ordre primitif donnent, malgr les
immenses lacunes provenant de morceaux disparus, des renseignements si
importants que le papyrus royal de Turin peut  juste titre tre
considr comme la base de toute tude chronologique sur l'Egypte depuis
son origine jusqu' l'poque trouble des Hyksos, entre 2.000 et 1.500
avant notre re.

[Illustration: _Fig. 4._ Partie suprieure de la Pierre de Palerme
(d'aprs NAVILLE. _Recueil de Travaux_, XXV, pl. I).]

Il existait quelque part en Egypte, probablement dans le temple
d'Hliopolis, la mtropole religieuse qui se trouvait  peu de distance
du Caire, un monument d'une importance plus considrable encore que le
papyrus de Turin, bien qu'il y ft question des cinq premires dynasties
seulement. C'tait une grande dalle de pierre sur les deux faces de
laquelle taient gravs, dans de petites cases ranges en longues
lignes, tous les vnements, importants ou non, qui illustrrent le
rgne de chaque roi, depuis la fondation du royaume d'Egypte par Mns;
 chaque anne tait rserve une case et en regard on avait not la
cote maxima de la crue du Nil. Le jour exact de la mort de chaque roi
et celui du couronnement de son successeur taient scrupuleusement
indiqus. Le destin n'a pas voulu que ces annales, les plus vieilles du
monde, parvinssent intactes jusqu' nous; le fragment conserv
aujourd'hui au muse de Palerme, et connu sous le nom de _pierre de
Palerme_, constitue peut-tre la dixime partie du monument complet. On
a retrouv rcemment quelques autres morceaux de plus petites dimensions
qui sont entrs dans les collections du muse du Caire, et qui
paraissent provenir de duplicatas de ce document; ce fait permet
d'esprer qu'une fois ou l'autre on dcouvrira d'autres fragments qui
viendront combler les lacunes encore trs considrables de ce texte, le
plus important pour l'histoire des premires dynasties.


_Documents historiques divers_

Cette catgorie de sources historiques d'une importance capitale, est
donc trs peu abondante;  ct d'elle on possde la multitude
innombrable et disparate des documents que j'ai appels tout  l'heure
les documents contemporains, et qui forme l'ensemble le plus htroclite
qu'on puisse imaginer, depuis les scarabes de faence jusqu'aux
colosses de granit et aux bas-reliefs couvrant des surfaces immenses,
depuis le tesson de pot ou le morceau de terre glaise dessche jusqu'au
bijou de l'art le plus exquis, depuis le fier oblisque jusqu'au plus
humble chiffon de toile. Ce n'est parfois qu'un nom de roi ou une date
de rgne, parfois une stle commmorant une expdition victorieuse ou un
dcret en faveur d'un temple ou bien la reprsentation figure des
guerres lointaines, des prisonniers et du butin que le roi vient offrir
 ses dieux. Plus rarement nous avons l'histoire complte d'un rgne,
ainsi le rsum de la vie de Ramss III qui est annex  la liste des
dons faits par lui aux temples d'Egypte,  la fin du grand papyrus
Harris, ou le rcit des campagnes de Thoutms III, que ce roi, le plus
puissant peut-tre de tous les Pharaons, fit graver sur les murailles du
temple de Karnak. Enfin nous possdons certains rcits littraires qui
sont souvent de vrais contes fantastiques difis sur une base
historique, le conte de Khoufou et des magiciens, celui d'Apopi et de
Seqnenra, celui de la prise de Jopp, et surtout celui de Sinouhit,
rcits analogues  ceux qu'Hrodote nous raconte sur la fille de Khops
et sur les voleurs de Rhampsinite.

A ct des monuments royaux, ceux des simples particuliers, grands
seigneurs ou fonctionnaires, donnent souvent des gnalogies qui
permettent de contrler l'histoire; ils fournissent mme parfois, quand
il s'agit d'un homme ayant jou un rle important  la cour, dans
l'administration ou dans l'arme, de vritables biographies qui, comme
celles d'Ouna, de Herkhouf, d'Ahms ou d'Anna, sont parmi les documents
les plus prcieux que nous ait lgus l'Egypte antique.

Enfin, dans un ordre d'ides un peu diffrent, une dcouverte heureuse,
celle des tablettes de Tell-el-Amarna, nous a mis en possession d'une
partie considrable de la correspondance diplomatique et administrative
de deux rois de la fin de la XVIIIme dynastie, Amenophis III et
Amenophis IV, avec leurs vassaux de la Syrie et de la Palestine, ainsi
qu'avec les souverains indpendants de pays plus loigns, comme
l'Assyrie et le royaume de Mitanni. Cette correspondance crite dans la
langue de ces pays, en caractres cuniformes, claire d'une lumire
trs vive tout l'tat social et politique de l'Orient, treize sicles
environ avant notre re.

Cette numration, forcment incomplte, permet de se rendre compte du
genre de documents que nous avons  notre disposition; quelque nombreux
qu'ils soient, ces monuments ne nous donnent pas sans doute la
possibilit de reconstituer l'histoire d'Egypte comme on l'a fait pour
la Grce et pour Rome. Ces peuples sont, il est vrai, plus rapprochs de
nous dans le temps, et en outre ils ont l'immense avantage d'avoir eu
des historiens. En Egypte rien de semblable, et il ne parat pas que
jamais un Egyptien ait song  faire la description des vnements qui
se passaient de son temps et sous ses yeux,  les tudier et  les
apprcier par lui-mme; comme dans beaucoup de pays d'Orient, l'esprit
de l'histoire n'existait pas dans l'Egypte ancienne.

En somme,  part un certain nombre de rgnes qui sont un peu mieux
connus que les autres, ceux de quelques rois de la XIIme dynastie et du
commencement du Nouvel Empire thbain, il nous manque presque tous les
dtails et un bon nombre de faits gnraux, et nous ne pouvons dans ces
circonstances songer  reconstituer entirement l'histoire politique,
administrative, diplomatique, militaire et commerciale du pays; nous
devons nous contenter d'une histoire gnrale o quelques grands
vnements sont relis par des noms, un squelette d'histoire, auquel il
manque encore bien des lments, mais qui constitue un ensemble des plus
remarquables quand on songe qu'il s'tend sur une priode de plus de
4.000 ans, entirement inconnue il y a peu de temps encore.


_Chronologie_

Malgr les donnes trs prcises de Manthon et des fragments du papyrus
de Turin, la chronologie gyptienne ne peut encore tre tablie de faon
certaine, et cela pour deux raisons principales: la premire est le fait
que dans les poques de trouble il y eut souvent, non pas un seul
souverain gouvernant tout le pays, mais deux ou mme plusieurs rois
rgnant chacun sur une partie plus ou moins grande de l'Egypte; les
chronographes numrent ces dynasties les unes  la suite des autres
sans indiquer laquelle aurait d lgitimement occuper le trne des
Pharaons, sans mme dire qu'il s'agit de dynasties collatrales. Une
cause d'erreurs plus grande encore c'est que les Egyptiens ont toujours
vcu au jour le jour, qu'ils n'avaient pas d're ni de division normale
du temps: les annes se comptent  nouveau pour chaque rgne  partir de
l'avnement du roi; aucun lien chronologique n'existe donc entre les
divers souverains, de sorte que non seulement la longueur des rgnes,
mais mme l'ordre de succession reste souvent problmatique. L'anne
gyptienne tant de 365 jours, se trouvait tous les quatre ans en retard
d'un jour; pour remdier  cet inconvnient, on imagina l'institution
des priodes sothiaques, priodes de 1.460 annes ordinaires
correspondant  1.461 annes relles, au bout desquelles l'ordre
rgulier des saisons se trouvait rtabli. Nous ne savons du reste pas de
quelle poque date cette rforme purement scientifique qui n'a jamais
servi  l'tablissement d'une re, ni si elle est, comme beaucoup le
prtendent, fort ancienne, car les astronomes gyptiens observrent
toujours avec beaucoup d'exactitude le lever hliaque de l'toile
Sothis, ou Sirius; pour nous cette rforme prte  des calculs fort
compliqus sur la correspondance entre l'anne vague et l'anne relle,
calculs qui paraissent le plus souvent arbitraires. Il semble plus
normal d'admettre, comme certains auteurs modernes, que les Egyptiens,
voyant leurs mois et leurs saisons se dplacer peu  peu, les
rtablissaient de temps  autre, artificiellement et sans rgle fixe.
Cette question trs complexe est, comme on le voit, loin d'tre
lucide: les priodes sothiaques, au lieu de simplifier les calculs
chronologiques, n'ont d'autre rsultat pour nous que d'y introduire une
nouvelle inconnue et peut-tre une nouvelle chance d'erreur.

Ces raisons expliquent de faon suffisante les diffrences parfois
considrables qui existent au point de vue des dates entre les divers
historiens; les uns allongent dmesurment la dure de l'histoire en
ajoutant bout  bout toutes les dynasties connues, tandis que d'autres,
procdant en sens inverse, la rtrcissent de faon trs exagre. Les
premiers placent l'avnement de Mns, le premier roi d'Egypte, en l'an
5.510 avant J.-C, les autres, qui sont les plus en faveur aujourd'hui,
en 3.315: il y a donc un cart de plus de deux mille ans entre ces deux
apprciations extrmes, et c'est trs vraisemblablement dans cet
intervalle que devrait se placer la vraie date de la fondation de la
monarchie gyptienne. Sans avoir la prtention de vouloir trancher la
question, je pense qu'en la fixant de faon approximative aux environs
de l'an 4.000, on ne doit pas s'loigner beaucoup de la vrit. Du reste
pour tout ce qui est des priodes les plus recules, il est prudent de
s'abstenir de donner des chiffres prcis, et prfrable d'indiquer, et
encore sous toutes rserves, les sicles et non les annes. Ce n'est
gure que pour le dbut du Nouvel Empire thbain que les gyptologues
tombent  peu prs d'accord pour le placer au commencement du XVIme
sicle avant notre re; la certitude absolue n'existe qu' partir des
rois sates, au VIIme sicle.


_La civilisation gyptienne_

L'Egypte a pour nous une importance bien plus considrable qu'on ne le
suppose d'habitude, car c'est l qu'en somme nous devons chercher le
berceau de notre civilisation: c'est en effet de la valle du Nil
qu'est sorti le germe qui, dans des contres moins favorises de la
nature et sous un climat plus rude, devait se dvelopper de faon
inattendue, se transformer entirement et prendre un essor incomparable,
tandis que dans son pays d'origine il se modifiait  peine, son
dveloppement restant toujours normal et progressif, mais trs lent; de
l vient cette lgende, bien difficile  draciner aujourd'hui, d'une
Egypte immuable comme les pyramides, n'ayant subi aucune variation
pendant toute la dure du rgne des Pharaons, lgende qui repose sur une
apparence seulement. Les besoins de l'homme, dans un pays aussi
privilgi que l'Egypte, se rduisent  peu de chose; l'habitant des
pays chauds est moins actif que celui des contres o le climat est plus
rigoureux, et une fois qu'il a trouv, sans grandes difficults, le
ncessaire et mme un peu de superflu, il est naturel qu'il se laisse
aller  son indolence native et qu'il ne tende pas son nergie 
chercher des perfectionnements de bien-tre dont le besoin absolu ne se
fait pas sentir. Il y a progrs nanmoins, et progrs trs apprciable,
dans des pays comme l'Egypte surtout, o nous pouvons maintenant
comparer entre eux une si grande quantit de monuments d'poques trs
diverses. Nous constatons que chez ce peuple la civilisation, une fois
sa voie trace, la suit sans jamais s'en carter; les bouleversements
politiques n'arrivent mme pas  la faire sortir du chemin montant en
pente douce sur lequel elle s'est engage. Ces grandes crises
historiques nous permettent cependant de marquer dans l'histoire de la
civilisation un certain nombre d'tapes et de discerner mieux, en les
groupant par poques, les progrs raliss au cours des sicles; nous
sommes en effet assez documents maintenant pour pouvoir apprcier de
faon certaine et suivre pas  pas ces progrs qui ne sont pas
apparents  premire vue, mais qui sont beaucoup plus sensibles qu'on ne
pouvait se l'imaginer il y a trente ans encore.

Aprs avoir pass en revue les sources de l'histoire d'Egypte, il reste
 donner un aperu sommaire des documents que nous possdons sur les
moeurs des Egyptiens, leur vie publique et prive, leurs institutions,
leur industrie, leur commerce, en un mot leur civilisation. Les
crivains classiques nous ont fourni, ici comme pour l'histoire, un bon
nombre de renseignements, Hrodote le premier, puis Diodore, Strabon et
tous les autres, et ce qu'ils nous disent peut servir, soit  diriger
nos recherches, soit  confirmer les donnes des monuments originaux. De
mme les tudes faites par les membres de la Commission d'Egypte et les
observations des divers voyageurs du XVIIIme et du commencement du XIXme
sicle sur les moeurs et coutumes des Egyptiens avant l'expansion de la
civilisation europenne dans la valle du Nil, nous fournissent de
prcieux points de comparaison et mme souvent l'explication de bien des
dtails relatifs aux habitudes anciennes, sur lesquelles les monuments
sont trop peu explicites.

Au point de vue de la civilisation gyptienne, le nombre de documents
originaux est considrable. En premire ligne doivent tre rangs les
tableaux que les particuliers, grands seigneurs et fonctionnaires,
faisaient sculpter ou peindre sur les murailles des chambres de leurs
tombeaux, o taient reprsentes en dtail les scnes de la vie de tous
les jours: ainsi le double du mort, son _moi_ immatriel, qui continuait
 vivre comme un esprit impalpable au fond du tombeau, auprs de la
momie, pouvait encore jouir en une certaine mesure de la vie de ce monde
en contemplant ces scnes familires: les figurations de la vie
suffisaient au dlassement d'une ombre, de mme que la reprsentation
des aliments pouvait assurer ternellement sa subsistance. Des trois
grandes poques de l'histoire, l'Ancien Empire memphite, le Moyen et le
Nouvel Empire thbain, un grand nombre de ces tombeaux sont parvenus
jusqu' nous, plus ou moins intacts, les mastabas d'abord avec leurs
bas-reliefs, puis les hypoges avec leurs peintures. On y voit, en
premier lieu une population rurale, occupe  l'levage des bestiaux
aussi bien qu'aux travaux des champs, labourage, semailles, rcolte des
crales, vendanges et jardinage; puis de nombreux tableaux de chasse et
de pche, et,  ct de cela, des reprsentations de gens de mtier,
potiers, mtallurgistes, orfvres, chaudronniers, menuisiers,
charpentiers, maons sculpteurs, peintres, corroyeurs, cordonniers; un
peu plus loin les dlassements, musique, danse et jeux, et  certaines
poques, des jeux gymniques, des exercices militaires, des scnes de
recrutement. Nous possdons de trs nombreux exemples de chacune de ces
reprsentations qui souvent sont excutes avec une dlicatesse et un
art remarquables et dont les variantes nous permettent de comprendre les
scnes dans leurs moindres dtails et de reconstituer l'action avec une
certitude presque absolue.

Les fouilles ont mis  jour une grande quantit d'objets de toute espce
qui, pour les priodes trs anciennes, supplent  l'absence des
reprsentations figures et, pour les autres poques, les compltent. Ce
sont des armes de toute sorte, depuis les lames de silex taill jusqu'au
poignard enrichi d'orfvrerie, des outils d'agriculteurs, d'ouvriers, de
gens de mtier, puis des bijoux, des vtements, des meubles, des vases,
des instruments de musique, des ustensiles de mnage, bref tout ce qui
tait ncessaire  la vie, le tout conserv de la faon la plus
merveilleuse dans un sol parfaitement  l'abri de l'humidit. Les outils
prhistoriques se trouvent le plus souvent  la surface mme du sol, 
la lisire du dsert, tandis que les autres objets, qui appartiennent
aux poques historiques, proviennent soit des ruines des villes
antiques, soit le plus souvent du fond des tombeaux, o ils avaient t
dposs auprs du mort, toujours dans le but de placer autour de
celui-ci ce qui pouvait lui tre ncessaire pour sa vie d'outre-tombe. A
certaines poques, on se contentait de peindre sur les parois de son
sarcophage les divers objets qui devaient faire partie du mobilier
funraire, la reprsentation figure pouvant remplacer l'objet lui-mme.

Les Egyptiens ont normment crit et toujours, grce au climat de leur
pays, beaucoup de leurs manuscrits nous sont parvenus, crits sur des
rouleaux de papyrus dans cette criture cursive que nous avons
l'habitude d'appeler _hiratique_; ce sont des lettres, des comptes, des
contrats, des actes judiciaires, des traits de mdecine ou de
gographie, et surtout des compositions littraires qui sont pleines de
dtails de toute sorte sur la vie ordinaire. Ainsi pour ne citer qu'un
exemple, cette satire des mtiers, o un scribe, afin de mieux faire
valoir l'excellence de sa profession, dnigre successivement toutes les
autres carrires et fait ressortir avec une ironie souvent mordante la
condition pitoyable des gens qui pratiquent les divers mtiers.

Toutes ces donnes d'ordre si divers nous permettent de nous rendre un
compte assez exact de ce qu'tait la civilisation gyptienne: elles
s'enchanent naturellement avec les donnes historiques, et ainsi nous
pouvons ds maintenant tracer pour chacune des grandes poques un
tableau d'ensemble qui doit correspondre de bien prs  la ralit, et
reconstituer le dveloppement chronologique de la civilisation
gyptienne.

[Illustration: _Fig. 5._ Panneau de la Salle des Anctres de Karnak
(d'aprs LEPSIUS, _Auswahl_, pl. I).]




[Illustration: _Fig. 6._ R dans la barque solaire (d'aprs BUDGE, _Pap.
of Ani_, pl. XXII).]




CHAPITRE II

L'GYPTE LGENDAIRE


Avant d'aborder l'tude de ce qui nous est parvenu de l'Egypte
archaque, ou prhistorique, nous devons rechercher si, aux poques
pharaoniques, les habitants du pays avaient conserv un souvenir de ces
temps lointains, du dbut mme de leur race, une lgende parlant de ces
priodes fabuleuses. Les textes ordinaires ne racontent rien de
semblable et il est mme bien rare qu'on y trouve mentionn le terme de
_Shesou-Hor_, les suivants d'Horus, qui dsigne les rois mythiques
prdcesseurs des dynasties historiques. Par contre les listes royales
les plus dveloppes, comme celles de Manthon et du papyrus de Turin,
nous ont conserv des donnes plus prcises sur ces souverains
anthistoriques: la nomenclature des premiers d'entre eux, puis un bref
aperu des dynasties qui suivirent, avec le total des annes de rgne de
chacune d'entre elles: ce sont d'abord des dieux, puis des demi-dieux,
et enfin des hommes.

A l'origine de l'histoire on a donc, ici comme partout, la lgende, mais
une lgende dont le dveloppement est loin d'avoir t aussi brillant
que dans tant d'autres pays, une lgende qui est reste la proprit des
prtres et des savants, non celle du peuple gyptien lui-mme. N'ayant
rien de potique, cette tradition a pu se conserver plus pure et plus
prcise, mais on peut se demander si nous devons nous en fliciter, car
entre les mains des prtres, elle allait fatalement tomber dans le
domaine thologique et symbolique, et le mythe religieux devait finir
par absorber presque compltement le mythe historique, au point qu'il
est le plus souvent difficile de dlimiter les deux domaines. C'est dans
un fatras de rcits trs plats et ennuyeux, souvent d'un mysticisme
fantastique, que nous arrivons  grand'peine  distinguer les traits
gnraux de l'histoire primitive de l'Egypte.


A. LES DYNASTIES DIVINES

_Les dieux cosmiques_

Les premiers rois furent, au dire de la lgende, les grands dieux
d'Egypte, suivant le cycle qui avait t tabli dans le sanctuaire
d'Hliopolis, une des plus anciennes mtropoles religieuses du pays. Ce
cycle se composait d'une ennade, c'est--dire d'un groupe de neuf dieux
et desses, et fut adopt ds l'Ancien Empire par tous les autres
centres religieux de la valle du Nil, qui se contentrent de mettre 
sa tte leur dieu local. La liste que nous donne Manthon, et qui doit
tre d'origine memphite, place donc au premier rang des rois-dieux
Hphaistos, Ptah, le grand dieu de Memphis, le dmiurge, celui qui forma
l'homme du limon de la terre, qui le modela  la main, de mme qu'
l'autre bout de l'Egypte, c'tait Khnoum d'Elphantine qui l'avait
faonn sur le tour du potier. Cette mention du dieu crateur comme
premier roi d'Egypte est une indication trs prcise du fait que les
habitants de la valle du Nil se considraient comme autochtones et
croyaient que le premier homme avait t cr dans le pays mme. Au
papyrus de Turin, le premier nom royal a disparu.

[Illustration: _Fig. 7._ Ptah (d'aprs BUDGE, _Pap. of Ani_, pl.
XXVII).]

Nous ne savons rien de ce rgne de Ptah, qui probablement, sitt son
oeuvre cratrice termine, cda la place  son successeur R, le Soleil,
le grand dieu d'Hliopolis et de la plupart des villes d'Egypte, charg
d'assurer l'existence et le dveloppement de cette humanit primitive.
Celui-ci, pendant son long rgne, parcourait journellement ses domaines
pour les constituer, les organiser et rpandre sur ses sujets ses dons
et ses bienfaits, mais tous ses efforts ne russirent pas  lui attirer
la reconnaissance de ces tres primitifs, encore plus qu' demi
sauvages, ni mme celle de ses descendants directs, les dieux, qui
commenaient  se multiplier autour de lui. Ce roi-dieu tait en une
certaine mesure un homme, son grand ge l'avait considrablement
affaibli, et, suivant les expressions pittoresques d'un texte gyptien,
ses os taient maintenant en argent, ses chairs en or, ses cheveux en
lapis-lazuli; sa bouche tremblait, sa bave ruisselait vers la terre, sa
salive dgouttait sur le sol. Profitant de cette dcrpitude snile,
Isis, desse de rang infrieur, employa les moyens les plus dloyaux
pour lui arracher le talisman le plus prcieux qui lui restt, le secret
de son nom magique, grce auquel elle comptait acqurir une puissance
suprieure  celle des autres dieux. Les hommes eux-mmes s'tant mis 
conspirer contre leur dbonnaire souverain, R se dcida  faire un
exemple, et aprs avoir consult le conseil de famille, l'assemble des
dieux, il dpcha Sekhet, la desse  tte de lionne, avec ordre de les
massacrer sans piti, ce dont elle s'acquitta consciencieusement. La
nuit seule l'arrta dans sa course meurtrire, et R, contemplant le
rsultat obtenu, fut pris de piti et rsolut d'pargner le reste des
humains; pour apaiser la desse ivre de carnage, il fit mlanger de la
bire et du suc de mandragores au sang des hommes et rpandre  terre
autour d'elle une quantit considrable de ce liquide. A son rveil,
Sekhet aperut ce breuvage, le but, s'adoucit, s'enivra et oublia ses
victimes. R avait pardonn aux hommes qui se repentaient, mais, fatigu
de rgner, il abdiqua et choisit une retraite inaccessible sur le corps
de la vache Nout, desse du ciel, sa fille; depuis lors, chaque jour,
la barque qui le porte navigue sur les flancs de l'animal cleste pour
se perdre  la nuit dans son corps mme et reparatre le lendemain: le
roi-dieu est devenu dfinitivement le dieu-soleil.

[Illustration: _Fig. 8._ Sekhet (d'ap. DARESSY. _Statues et statuettes
de divinits_, pl. LIII).]

On discerne sans peine dans cette lgende le souvenir d'un des
cataclysmes qui bouleversrent toute une partie du monde, comme ce
dluge dont parlent les textes chaldens aussi bien que la Bible, qui
dvasta la Msopotamie et les contres avoisinantes tout au moins. Il
tait fort naturel que des dsastres de cette nature fussent considrs
comme le chtiment d'une humanit mauvaise et que, les dieux une fois
apaiss, ils pardonnassent aux survivants et fissent avec eux un
nouveau pacte, permettant  ces derniers de racheter leurs fautes par
des sacrifices au lieu d'avoir  les expier par la mort des coupables.
De mme que Jahveh avait exig de No un holocauste, R de mme avant de
monter au ciel, avait institu la coutume du sacrifice, premire base du
culte que les hommes devaient rendre aux dieux.

[Illustration: _Fig. 9._ Nout portant la barque solaire; Shou et Queb;
Thot (d'aprs CHASSINAT. _La deuxime trouvaille de Deir el Bahari_, I,
p. _29_).]

Nous ne savons que bien peu de chose du rgne des deux successeurs
immdiats de R; il y a d'abord son fils Shou, l'atmosphre, le soutien
du ciel, qui finit sa carrire de roi en remontant au sjour des dieux
pendant une tempte terrible, puis son petit-fils Qeb, le dieu-terre,
sur lequel nous n'avons que des mythes obscurs et d'un intrt des plus
mdiocres. Ces deux rois-dieux, dont le rle est trs effac, semblent
reprsenter une priode de transition pendant laquelle l'humanit se
reconstitue aprs un bouleversement comme celui par lequel elle avait
pass. C'tait au troisime successeur de R, mont sur le trne aprs
que Qeb fut rentr dans son palais pour devenir dieu  son tour, c'tait
 Osiris que devait appartenir la tche glorieuse de faire passer le
genre humain de l'tat barbare et sauvage  un tat de stabilit
relative, de faire franchir, non seulement  l'Egypte, mais mme au
monde entier, la premire grande tape de la civilisation.

_Osiris et son cycle_

Fils an de Queb, le dieu-terre, et de Nout la desse-ciel Osiris
personnifie en mme temps la vgtation, la nature fertile de l'Egypte
et l'eau vivificatrice du Nil. De mme que le fleuve rpand
continuellement la richesse sur l'Egypte, Osiris,  peine sur le trne,
met tous ses efforts  amliorer la condition des hommes; ces sauvages
qui vivaient isols, en lutte perptuelle les uns avec les autres, il
les groupe, forme des tribus, des tats, fonde des villes;  ces hommes
qui trouvaient pniblement une maigre subsistance dans la chasse et les
produits naturels du sol, il enseigne l'agriculture, il leur donne les
instruments de labour, il leur montre la manire de cultiver les
crales et la vigne, bref il les fixe au sol et leur fournit les
moyens, non seulement d'y vivre, mais de s'y dvelopper. A ct de lui,
sa soeur Isis, qui est en mme temps sa femme, le seconde admirablement
dans son oeuvre, et mrite que son nom soit rest insparable de celui
de son mari: pendant que celui-ci tablit l'tat et la cit, elle
constitue la famille, en instituant les liens du mariage; elle
dshabitue les hommes de l'anthropophagie et leur apprend  moudre le
grain entre deux pierres et  en faire du pain; elle leur donne, avec le
mtier  tisser, les moyens de se vtir, et emploie pour soulager leurs
maux la mdecine et la magie. Osiris institua encore le culte des dieux,
rgla les crmonies et les liturgies, puis voyant le rsultat obtenu
par toutes ses innovations, il rsolut de rpandre ailleurs qu'en Egypte
les bienfaits de la civilisation; il remit la rgence  Isis et partit 
la conqute du monde, conqute toute pacifique o il se soumettait les
hommes par la persuasion et la douceur, voyage triomphal semblable 
celui du Dionysos grec,  la suite duquel l'ordre et la richesse
s'tablissaient dans tous les pays.

[Illustration: _Fig. 10._ Osiris et Isis (d'aprs BUDGE. _Pap. of Ani_,
pl. XXX).]

Le dieu Set, auquel les Grecs ont donn le nom de Typhon, le propre
frre d'Osiris, forme avec lui le contraste le plus absolu; on peut mme
dire qu'il en est l'exacte contre-partie: il reprsente non plus la
terre fertile, mais le dsert aride et brlant, l'esprit barbare et
sauvage  ct du gnie bienfaisant, la raction brutale cherchant 
renverser les progrs de la civilisation. Tt ou tard la guerre devait
clater entre deux tres aussi dissemblables; en effet Set le rouge,
jaloux de la gloire bien mrite que s'tait acquise son frre jumeau,
sans se rvolter ouvertement contre lui, combina avec grand soin un
pige perfide dans lequel Osiris tomba sans dfiance: il l'enferma dans
un coffre de bois et le jeta  la mer o il fut dvor par les poissons,
morceau par morceau, puis le meurtrier s'assit sur le trne de son
frre, sans que personne songet, au premier moment,  lui faire
opposition.

Accompagne de quelques dieux qui lui taient rests fidles, Thot et
Anubis en particulier, Isis s'enfuit et se rfugia dans les les
marcageuses situes  l'extrme nord du Delta, puis elle entreprit de
longues et patientes recherches pour retrouver les restes de son mari
qu'elle esprait, en magicienne experte, faire revenir  la vie. Peu 
peu elle finit par en rassembler tous les morceaux, sauf un, qui avait
t dvor par le poisson oxyrhinque, et russit  reconstituer son
corps; malgr tous ses efforts, elle ne put le rappeler  la vie, mais
elle obtint au moins une compensation, celle d'tre fconde par lui et
de mettre au monde un fils, qui devait devenir le vengeur de son pre et
le continuateur de l'oeuvre interrompue par le crime de Set. Le petit
Horus grandit, soigneusement cach par Isis dans ses marais
impntrables, et son premier soin, ds qu'il eut dpass l'ge de
l'enfance, fut de rendre  son pre les derniers devoirs; aid d'Anubis,
il embauma le corps dont il fit la premire momie, et institua les rites
funraires qui devaient assurer au mort la vie d'outre-tombe.

Osiris tait le premier roi qui et t atteint par la mort, tandis que
ses prdcesseurs taient devenus dieux, de rois qu'ils taient, sans
cette brutale transition; grce  la momification et surtout aux
crmonies qu'Horus lui consacra, il put enfin tre difi  son tour et
jouir d'une vie nouvelle dans le sjour des morts o il tait descendu;
comme il avait t roi sur la terre il devint roi dans les enfers qu'il
russit  transformer, de mme qu'il avait transform le monde des
vivants; son domaine particulier, les champs d'Ialou et les champs
d'Hotpou, devint par ses soins un pays fertile et bien arros, au lieu
d'tre une sombre caverne, o le soleil de nuit vient  peine jeter
pendant de fugitifs instants quelques rayons de lumire; c'est dans ce
quartier privilgi de l'autre monde qu'Osiris reoit ses faux, les
morts, qui viennent se prsenter devant son tribunal, prmunis contre la
damnation ternelle par les rites institus par Horus, et qui peuvent
ds lors jouir d'une vie nouvelle,  peu prs semblable  celle de la
terre.

[Illustration: _Fig. 11._ Anubis embaumeur (d'aprs BUDGE. _Pap. of
Ani_, pl. XXXIV).]

Tandis qu'il grandissait dans sa retraite, Horus se prparait  la lutte
 outrance contre l'usurpateur: ds qu'il se sentit en force, il fondit
sur lui avec imptuosit, escort de ses fidles, et fut tout de suite
favoris par le succs. Set, battu  plusieurs reprises, eut beau
chercher  se sauver en se transformant, ainsi que ses compagnons, en
monstres de toute sorte, tels qu'hippopotames ou crocodiles, il allait
tre ananti dfinitivement, quand l'attitude quivoque d'Isis vint lui
apporter un secours inespr. La desse, prise de piti au dernier
moment pour son ennemi et se souvenant qu'il tait son frre, s'opposa 
son crasement, si bien qu'Horus, furieux contre sa mre, lui trancha la
tte, ce  quoi, du reste, Thot remdia immdiatement en la remplaant
par une tte de vache. Tout et t  recommencer entre les deux rivaux
si Thot, s'instituant arbitre de la question, n'et partag le royaume
en deux moitis, dont il donna l'une  Horus, l'autre  Set.

[Illustration: _Fig. 12._ Set et Horus runissant les deux parties du
pays sous l'autorit du roi (d'ap. GAUTIER-JQUIER. _Fouilles de Licht_,
p. _37_).]

J'ai cru devoir ne donner qu'un rapide rsum de cette partie de la
lgende qui en ralit, est beaucoup plus complique, tant le rsultat
d'une combinaison plus ou moins heureuse de deux mythes trs diffrents
l'un de l'autre et qui sont sans doute originaires, l'un de la Haute
Egypte, l'autre du Delta. Le fils d'Isis et d'Osiris n'est en effet pas
le seul  porter le nom d'Horus, et on trouve dans le panthon gyptien
une vingtaine d'Horus, sinon plus, d'origines trs diverses. Il s'tait
form autour d'un des plus importants d'entre eux, l'Horus d'Edfou, Hor
Behoudit, divinit solaire, un mythe spcial qui raconte les pripties
d'une lutte analogue engage avec un dieu du nord, nomm galement Set.
Nous avons donc,  ct du rcit presque mythologique de la lutte
perptuelle du fleuve fcondant l'Egypte contre les empitements de
l'lment dsertique qui peut tre vaincu, mais non dsarm, une
tradition toute diffrente qui a pour base les combats entre le sud et
le nord, entre la population indigne et une tribu d'origine trangre,
mais de mme race, qui cherchait  se fixer dans le pays, ces combats
qui durrent jusqu'au moment o Mns runit sous son sceptre toute la
valle du Nil. La conclusion mme de l'histoire montre bien cette
divergence d'origine, car si selon la lgende osirienne, Thot donna 
Horus le royaume du nord et  Set celui du sud, c'est justement le
contraire que dit celle d'Edfou, o Horus devient roi de la
Haute-Egypte, et Set roi du Delta. Cela explique aussi que le dieu Set,
rsultat d'une combinaison trs ancienne de deux divinits absolument
diffrentes d'origine, ait t, aux temps historiques, soit considr
comme un des grands dieux, plac  ct d'Horus et vnr en
consquence, soit excr comme un gnie du mal, suivant qu'on le
rattachait  l'un ou  l'autre des deux mythes.

Horus, le dieu  tte de faucon ou d'pervier, est devenu aux poques
historiques le protecteur tout spcial de la royaut gyptienne; le
Pharaon se considre comme son descendant direct, comme son remplaant
sur la terre, et pour mieux affirmer cette relation intime avec le dieu,
le roi fait toujours prcder le premier de ses noms, dans son
protocole officiel, par le nom mme du dieu, devenu un titre. Pour
s'expliquer cette conception du roi comme nouvel Horus, il faut se
reporter  l'organisation primitive de l'Egypte  l'poque
prhistorique,  sa division en tribus, qui sera tudie plus loin; pour
le moment, il suffira de rappeler que le plus important de ces groupes
ethniques, celui qui assura peu  peu sa prpondrance sur les autres,
celui d'o sortirent les premiers rois d'Egypte, tait prcisment celui
qui avait pour emblme le faucon, emblme qui finit par se transformer
en dieu Horus. Nous aurions alors simplement dans le mythe de l'Horus
d'Edfou le rcit lgendaire de l'expansion progressive du clan du
faucon, mythe qui plus tard se serait greff, par suite de la similitude
des noms, sur l'pilogue de la lgende osirienne.

Les compagnons de l'Horus d'Edfou, ses principaux auxiliaires dans ses
luttes contre Set, sont nomms les _Masniti_,--d'un mot qui signifie
modeleur, ouvrier en mtaux, aussi bien que piquier--qui sont artisans
autant que guerriers; le dieu lui-mme est arm d'une lance invincible,
d'un pieu suprieur aux armes de ses adversaires, et qui lui assure la
victoire. Ces donnes me paraissent tre un souvenir de la dcouverte
des mtaux ou tout au moins de leur introduction en Egypte; c'est la
tribu horienne qui les aurait connus la premire et qui, par leur
possession, se serait assur la suprmatie sur tout le pays. Dans le
mythe parallle d'Horus fils d'Isis, on ne trouve aucune donne sur ce
sujet.

La liste que donne Manthon des rois-dieux, s'arrte  Horus fils
d'Isis; il se borne  ajouter que la dynastie continua jusqu' Bidis,
personnage qui nous est entirement inconnu, pendant une somme totale de
13.900 ans. Le papyrus de Turin tait plus explicite, il indiquait pour
chaque roi les annes de son rgne, et nous pouvons encore reconnatre,
sur les fragments conservs, que Set occupa le trne pendant 200 ans, et
Horus pendant 300 ans; puis venait Thot, qui rgna 3.126 ans, et auquel
succdait la desse Mat, puis un nouvel Horus, dont la fin du nom est
perdue. Avec Thot, le dieu des sciences et des lettres, on ne sort pas
du mythe osirien, puisque nous le connaissons comme un des plus fermes
soutiens d'Osiris lui-mme pendant son rgne, comme son assesseur au
tribunal des enfers et comme l'arbitre entre Horus et Set,  la fin de
la lutte. Ce rgne de Thot n'a laiss aucune trace, mais il est 
prsumer, tant donn le caractre mme de ce dieu, qu'il eut 
continuer l'oeuvre de civilisation et surtout d'organisation et
d'administration commence par Osiris, interrompue par Set et rtablie
par Horus. Le nom seul de Mat, desse de la justice, pardre de Thot,
qui lui succde en qualit de roi d'Egypte, montre clairement qu'il
s'agissait toujours de cette oeuvre de perfectionnement, moral autant
que matriel, de l'humanit.


B. LES DYNASTIES DES DEMI-DIEUX ET DES MANES

Aprs cette priode divine, qui est celle de la constitution du pays, il
en vient une autre qui parat n'avoir pas t moins longue, mais qui a
un caractre diffrent: ici on ne trouve plus une srie bien nette de
rois-dieux ayant chacun sa personnalit marque, mais des groupes
d'tres dont le rle nous chappe aussi bien que le nom, et dont les
Egyptiens eux-mmes n'avaient gard qu'un souvenir vague, des demi-dieux
d'abord, puis de simples hommes, qui peuvent se rpartir en cinq
dynasties, au dire de Manthon; les fragments de Turin confirment en une
certaine mesure son tmoignage.

La premire de ces dynasties mythiques, qui suivit immdiatement celle
des dieux, se composait de demi-dieux qui rgnrent 1.255 ans en tout;
les Egyptiens avaient conserv de ces souverains une liste qui tait
inscrite au papyrus de Turin, mais qui,  part un ou deux signes, a
disparu entirement aujourd'hui; cette liste devait se trouver aussi
dans le livre original de Manthon, mais les copistes ne nous l'ont pas
transmise de faon trs claire; les _Excerpta Barbari_ en ont conserv
le premier nom, celui d'Anubis, et par l nous voyons que cette dynastie
de demi-dieux se rattachait directement au cycle osirien, Anubis tant
un fils d'Osiris et de Nephthys, son autre soeur, bien que celle-ci ft
en ralit la femme de Set.

La liste de neuf dieux, telle que nous la trouvons dans la copie de
Georges le Syncelle, parat trs corrompue, et elle contient des
rptitions de noms de divinits figurant dj dans la premire dynastie
et qui sont extrmement douteux: on peut reconnatre en effet,  travers
les formes grecques de ces noms, Horus fils d'Isis, Anhour, Anubis,
Khonsou, Horus d'Edfou, Ammon, Thot, Shou et Ammon-R, ce dernier
revenant donc deux fois dans la mme srie. Ce chiffre de neuf dieux
nous montre tout au moins que cette dynastie formait, comme la premire,
une ennade, calque sans doute sur la deuxime ennade des dieux
hliopolitains, que nous connaissons trs peu.

Ici je crois devoir intervertir l'ordre donn par Manthon d'aprs la
copie d'Eusbe, qui place, aprs trois dynasties de rois-hommes, un
groupe de mnes et de demi-dieux ayant rgn ensemble pendant 5.813 ans;
outre qu'il serait peu naturel de voir des tres divins ou tout au moins
semi-divins succder  des hommes, nous voyons trs clairement dans les
fragments de Turin que ce sont ces derniers qui prcdrent
immdiatement Mns. La place normale de ces mnes semble donc tre
aprs la premire dynastie des demi-dieux. On a reconnu dans ces
_Nekyes_ ou mnes les _Khouou_ des textes religieux gyptiens, divinits
secondaires qui constituent la troisime ennade hliopolitaine, d'abord
les quatre gnies funraires, les Enfants d'Horus, Amset, Hapi,
Douamoutef et Kebhsenouf, puis un autre Horus, Khent-Khiti, et ses
quatre fils.

Aprs les dynasties divines et semi-divines, calques sur le modle des
trois cycles de dieux hliopolitains, et qui servent en quelque sorte de
cadre aux souvenirs relatifs  ces poques trs anciennes, Manthon en
numre trois autres qui sont composes de rois d'une essence plus
rapproche de la ntre, et considrs sans doute comme de simples
hommes: d'abord ce sont des rois dont il n'indique ni l'origine ni le
nombre et qui rgnrent en tout 1.817 ans, puis trente rois memphites,
pendant 1.790 ans et enfin dix rois thinites, dont les rgnes successifs
durrent 350 ans. Au papyrus de Turin, la division de cette priode
tait un peu diffrente, et dans le fragment qui s'y rapporte, on peut
reconnatre qu'il avait parl de six dynasties au moins; les noms des
rois n'taient pas donns, mais seulement la mention qu'ils s'taient
succd de pre en fils et que parmi eux se trouvaient sept femmes ayant
rgn; les chiffres, donnant la somme des annes de chaque dynastie,
sont trop mutils pour que nous puissions en tenir compte.


C. LA CHRONIQUE LGENDAIRE

En rsum, toute cette priode fabuleuse se divisait en plusieurs
poques, celle des dieux cosmogoniques et organisateurs de l'humanit,
celle des demi-dieux dont le rle trs effac a plutt un caractre
transitoire, et enfin celle des hommes-rois; pour les Egyptiens
eux-mmes, les souverains  partir de la IIme dynastie, donc les
demi-dieux, les mnes et les hommes formaient un seul grand groupe,
celui des _Shesou-Hor_, ou suivants d'Horus, auxquels Manthon attribue
une dure totale de rgne de 11.000 ans, tandis que les dieux eux-mmes
auraient occup le trne pendant 13.900 ans. Cela donnerait pour tous
les rois antrieurs  Mns une somme de 24.900 ans, chiffre qui
paraissait trs exagr  Eusbe, aussi prfrait-il adopter
l'explication de Panodore, que ces annes n'taient autres que des
annes lunaires de 30 jours, des mois, ce qui rduisait donc la dure
des rois mythiques  2.206 ans. Cette interprtation fantaisiste est du
reste dnue de tout fondement, et l'on voit qu'au papyrus de Turin il
s'agit bien d'annes ordinaires, d'annes solaires; si les chiffres ne
sont pas ici exactement les mmes que ceux de Manthon, ils leur
correspondent dans les grandes lignes. La somme totale des rgnes est en
effet ici de 23.200 ans au lieu de 24.900, et sur des chiffres pareils
l'cart n'est pas trs considrable; pour la priode des Shesou-Hor, le
papyrus compte 13.420 ans, chiffre quivalant  peu prs  celui que
donne Manthon pour les dieux, et il est possible qu'il y ait eu une
interversion dans un des documents qu'il avait entre les mains. La
question a du reste peu d'importance pour nous, puisqu'il s'agit de
chiffres absolument fantaisistes.

Les Egyptiens avaient donc au sujet de leurs origines une tradition qui
nous parat simple et pleine de renseignements prcis, si nous la
comparons  celles des autres peuples, souvent remplie de dtails
charmants et inutiles, de digressions qui nuisent  la clart de
l'ensemble, et font perdre facilement le fil conducteur. Ici c'est une
lgende pour ainsi dire quintessencie, prenant le monde  ses dbuts,
l'humanit  sa cration mme, la suivant  travers les grandes
commotions gologiques qui bouleversrent la valle du Nil avant le
dbut de l'histoire. Nous pouvons, en coordonnant ces traditions, suivre
les progrs, le travail lent, mais sr, de la civilisation que les
ractions brutales ne peuvent anantir. Au commencement, ce sont les
dieux qui dirigent le mouvement progressif de l'humanit qu'ils ont
eux-mmes mis en branle, puis peu  peu ils s'effacent, passant la main
 des tres moins sublimes, moins loigns par leur nature mme de la
race qu'ils ont  gouverner, et enfin  de vrais hommes, arrachs
dfinitivement  la sauvagerie primitive et capables en une certaine
mesure, aprs des milliers d'annes d'efforts, de s'affranchir de la
tutelle directe des dieux. Ces dbuts des hommes furent obscurs et sans
doute difficiles, et il fallut encore de longs sicles avant que l'un
d'entre eux pt saisir d'une main ferme les rnes du pouvoir et donner 
l'Egypte cette puissante organisation qui devait durer plus longtemps
que celle d'aucun autre pays. Les rois locaux antrieurs  Mns n'ont
pas laiss de traces dans l'histoire, mais il est possible qu'un certain
nombre de leurs noms aient t conservs: en effet, au premier registre
de la pierre de Palerme, on voit reprsents toute une srie de
personnages portant la couronne rouge, l'insigne des rois de la Basse
Egypte, au-dessus desquels sont gravs quelques signes qui peuvent fort
bien tre des noms, mais des noms bizarres qui ne ressemblent gure aux
noms gyptiens ordinaires. Seka, Khaaou, Taou, Tesh, Neheb, Ouazand,
Mekha. Ce serait le seul document prcis relatif  la fin de la priode
lgendaire,  ces rois memphites dont parle Manthon. Quant aux rois de
la Haute Egypte, leurs comptiteurs, peut-tre devons-nous en
reconnatre quelques-uns parmi les monuments d'Abydos qu'on attribue
gnralement  la Ire dynastie: il s'y trouve en effet quelques noms de
rois difficiles  lire et  identifier et qui peuvent appartenir 
certains des prdcesseurs immdiats de Mns.

[Illustration: _Fig. 13._ Les enfants d'Horus (d'aprs BUDGE. _Pap. of
Ani_, pl. VIII).]




[Illustration: _Fig. 14._ Poignard en silex (d'aprs J. de MORGAN.
_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _174_).]




CHAPITRE III

L'GYPTE ARCHAQUE


Les grands travaux excuts dans la valle du Nil au cours du sicle
dernier avaient amen la dcouverte d'un tel nombre de monuments datant
des poques historiques, difices, sculptures, peintures, objets d'art,
inscriptions, instruments de toute sorte, que l'attention des
gyptologues devait ncessairement se concentrer sur ces restes
pharaoniques et ne pas aller chercher plus loin des documents dont,
malgr leur abondance considrable, on connaissait  peine l'existence
et dont surtout on ne pouvait encore souponner la valeur. On se
contentait de relever les grands monuments apparents, temples ou
tombeaux, de fouiller des ncropoles riches et le plus souvent bien
connues, on ne se livrait pas encore  une exploration mthodique du
pays et l'on n'accordait aucune attention  des objets sans grande
apparence, les silex taills, que dans d'autres contres on recueille
avec tant de soin et qu'ici on ne se donnait mme pas la peine de
ramasser. Il est vrai cependant que des archologues, comme Arcelin et
le Dr Hamy, au cours d'un voyage dans la valle du Nil, en avaient runi
un certain nombre et avaient cru pouvoir parler du prhistorique
gyptien et d'un ge de la pierre, d'aprs ces documents qui taient du
reste trop insuffisants pour qu'on pt en tirer des conclusions
srieuses; les gyptologues n'eurent donc pas de peine  leur prouver de
la faon la plus premptoire que ces instruments n'avaient rien de
prhistorique: n'avait-on pas, en effet, trouv des silex taills dans
des tombes de la XIIme dynastie?

La question semblait donc juge et, si invraisemblable que cela paraisse
maintenant, on croyait qu'il n'existait en Egypte aucun monument, aucun
objet datant d'une poque antrieure  celle du fabuleux Mns: les deux
premires dynasties humaines n'ayant laiss aucune trace autrement que
dans la tradition,  plus forte raison la priode qui les prcdait
devait-elle rester  jamais inconnue. On devait cependant admettre que
dans un pays o tout se conserve, comme l'Egypte, il et t naturel
qu'on retrouvt quelque chose au moins des dbuts d'une civilisation
aussi originale, et on en tait venu, pour expliquer en une certaine
mesure cette lacune apparente,  mettre l'hypothse que les anctres
directs des Egyptiens avaient pu se dvelopper ailleurs, dans le
Bahr-bela-m, par exemple, le fleuve sans eau, une valle du dsert
libyque, ou bien dans le pays des Somlis ou plus loin encore. Par
consquent, et malgr les affirmations catgoriques des Egyptiens
d'poque historique, la civilisation gyptienne ne pouvait tre
autochtone: une lacune insondable devait prcder l'histoire, il ne
pouvait tre question de palolithique ni de nolithique, l'Egypte
n'avait jamais connu l'ge de la pierre, et tout au plus pouvait-on
considrer les premires dynasties comme appartenant  la priode du
bronze.

On en tait l quand, vers 1896, cette thorie simpliste reut de
plusieurs cts  la fois un choc qui devait non seulement l'branler,
mais l'enterrer  tout jamais. A ce moment, des fouilles entreprises
dans des endroits encore inexplors vinrent rvler  MM. Petrie et
Amlineau l'existence de civilisations trs diffrentes de celles qu'on
connaissait, tandis que les recherches plus mthodiques de M. de Morgan
l'amenaient  la certitude qu'il s'agissait l d'une rvlation
inattendue, celle du prhistorique gyptien auquel personne ne voulait
croire. Du mme coup l'on voyait rapparatre les premiers habitants du
pays avec leurs armes de silex, leur cramique trs particulire, leurs
tombeaux et mme leurs villages, et les rois des deux dynasties encore
inconnues, avec le mtal et les premiers monuments de l'criture
hiroglyphique. Les preuves taient si videntes qu'en peu de temps tous
les gyptologues se rallirent aux nouvelles thories tablies par M. de
Morgan, les confirmrent et les compltrent par d'autres recherches, si
bien que maintenant on peut se rendre compte de faon  peu prs
certaine de ce qu'taient les plus anciens occupants de la valle du
Nil.


L'poque prhistorique ne se prsente pas en Egypte, comme dans nos pays
europens, avec des divisions nettement marques qui sont caractrises
par les procds employs dans la fabrication des armes et des outils et
par la forme mme de ces derniers. A peine peut-on faire un groupe
distinct pour les instruments les plus anciens et les plus
rudimentaires, qui correspondent  peu prs comme type et comme taille
 notre Chellen, mais  partir de cette poque trs recule, tous les
silex prsentent  peu de chose prs le mme caractre: si nous les
comparons aux silex europens, ils pourraient se ranger aussi bien dans
les sries palolithiques que dans le nolithique. Les noms de
Moustrien, Solutren, Magdalnien, qui s'appliquent chez nous  des
priodes bien dfinies, trs diffrentes les unes des autres, ne
correspondent  rien en Egypte, et leur emploi n'aurait aucune raison
d'tre pour tout ce qui concerne les origines de ce pays.

Si donc nous mettons  part une premire priode, celle du palolithique
proprement dit, une civilisation qui a d tre interrompue brusquement
par un cataclysme quelconque, nous trouvons ensuite des sries de
monuments prhistoriques qui, malgr leur grande varit, prsentent une
parfaite homognit. Les seules diffrences que nous pouvons remarquer
dans la fabrication des outils de pierre sont de nature purement locale,
ainsi les silex du Fayoum ne sont pas les mmes que ceux de Negadah, pas
plus que ceux d'Hlouan ne ressemblent  ceux d'Abydos ou d'autres
endroits, mais il n'y a pas lieu de tirer de ce fait des conclusions au
point de vue chronologique, car rien ne peut faire croire que les uns
soient antrieurs aux autres. Les ateliers employaient des procds
lgrement diffrents, et surtout des modles qui variaient d'un endroit
 l'autre; les uns, dans les lieux o les habitants se livraient
principalement  la chasse ou  la pche, faisaient surtout des armes,
couteaux, pointes de lances, de javelots ou de flches, tandis que les
autres, dans les centres agricoles, fabriquaient plutt des outils, mais
ces diffrences sont de nature gographique et non historique, et on ne
peut en tenir compte pour scinder la priode quaternaire en un plus ou
moins grand nombre d'poques distinctes.

L'volution de la cramique, chez les peuples primitifs, suit toujours
une marche parallle  celle des instruments de pierre, et l'on peut,
par ce moyen, contrler les conclusions fournies au point de vue
historique par l'tude de la forme et des procds de fabrication des
silex. Il en est de mme en Egypte, c'est--dire que dans le domaine de
la cramique archaque, on remarque bien un dveloppement, un progrs,
mais cette transformation est lente, graduelle, sans secousses. Les
anciens modles cdent la place  de nouveaux, mais pas de faon
brusque; ils coexistent pendant longtemps et se retrouvent les uns 
ct des autres dans les mmes tombes. On peut arriver  constater que
tel type est plus ancien que tel autre, on ne peut dire qu'il
caractrise une poque ou une phase de la civilisation prhistorique. La
cramique gyptienne est du reste tout  fait spciale et trs
diffrente de toutes celles qu'on rencontre en Europe aux poques
primitives, aussi n'y retrouve-t-on aucun des caractres spcifiques qui
permettent aux prhistoriens de classer ces dernires: les potiers
gyptiens avaient pouss cet art  un haut degr de perfection ds les
plus anciens temps, et nous leur devons des sries trs varies, tant au
point de vue de la technique que de la forme et de la dcoration.

La cramique, qui est un des lments les plus importants pour la
classification des restes prhistoriques, ne donne donc lieu ici  aucun
rapprochement, et nous devons nous en tenir aux donnes que nous
fournissent les armes et les outils de pierre; or nous avons vu que tous
ces objets sont en pierre taille et qu'ils se rattachent, pour les
formes comme pour les procds de taille  nos instruments
palolithiques et nolithiques en silex, tout spcialement aux types du
Solutren et du Moustrien. Ce qui caractrise chez nous la priode
nolithique, l'ge de la pierre polie, manque absolument en Egypte: on
a rcolt dans ce pays, pendant ces dernires annes, des centaines de
mille et peut-tre des millions de silex, et dans cette masse norme on
aurait peine  trouver cent haches polies, ou autres outils pouvant
rentrer dans la mme catgorie. Nous ne constatons cependant aucune
solution de continuit entre la priode dite prhistorique et celle des
dbuts de l'histoire, aussi pouvons-nous dire avec certitude que non
seulement il n'y a pas de divisions spciales  tablir dans l'poque
palolithique, mais qu'il n'y a mme pas lieu de distinguer celle-ci de
l'ge nolithique. Si donc nous devions conserver ces deux noms qui ont
une certaine valeur pratique pour la classification, il faudrait leur
donner, pour tout ce qui concerne l'Egypte, un sens un peu diffrent de
celui qu'ils ont pour l'Europe, rserver le mot palolithique aux objets
les plus anciens,  ceux qui pour la forme et la facture se rapprochent
du chellen, et ranger tout le reste dans l'ge nolithique ou mme
plutt nolithique qui prcde immdiatement l'ge historique.

Dans nos pays septentrionaux, o le dveloppement des peuples suivit une
marche toute diffrente, on range encore dans le prhistorique la
priode des mtaux et l'on fait succder l'ge du cuivre, l'ge du
bronze, puis l'ge du fer,  celui de la pierre. Ici il n'y a aucune
distinction semblable  tablir puisque les dynasties thinites suivent
immdiatement l'ge de la pierre, sans aucune transition apparente: les
Egyptiens prdynastiques sont dj en possession des mtaux, ou tout au
moins du cuivre qu'ils emploient presque sans alliage et qu'ils arrivent
peu  peu  travailler avec la plus grande habilet, en mme temps
qu'ils poussent l'industrie du silex  un degr de perfection qui ne fut
atteint en aucun endroit du monde. C'est donc au cours de l'poque
prcdant immdiatement l'histoire que les Egyptiens apprirent 
connatre le cuivre, dont l'usage ne remplaa que trs lentement celui
de la pierre taille; c'est aussi tout  fait graduellement que les
mtallurgistes arrivrent  doser les alliages grce auxquels ils
devaient obtenir le bronze, trs suprieur au cuivre pur. Quant au fer,
nous n'avons aucun document qui nous permette de fixer l'poque 
laquelle il fut introduit dans la valle du Nil. Il n'y a donc en Egypte
ni ge du cuivre, ni ge du bronze, ni ge du fer,  proprement parler:
la premire de ces trois divisions se confond avec la priode
prdynastique, et les deux autres, qui ne sont pas nettement
caractrises, appartiennent  l'poque historique.

Mns, le fondateur de la monarchie pharaonique, symbolise pour nous le
dbut d'une civilisation nouvelle, l'organisation dfinitive du pays, et
les premiers documents crits qui paraissent  ce moment-l, montrent
bien qu'une re nouvelle commence. La transformation ne s'opra
cependant pas d'une faon subite dans tous les domaines, elle se fit
graduellement, lentement, comme dans les priodes prcdentes, car
l'Egypte a toujours t et sera sans doute toujours le pays le moins
rvolutionnaire qu'il y ait au monde. Dans la vie civile surtout, que
nous connaissons fort bien, puisque une grande quantit d'objets de
toute sorte nous sont parvenus, le progrs est presque insensible, la
cramique est  peu prs la mme qu'auparavant,  peine un peu dtrne
par l'usage toujours plus rpandu des vases de pierre, et l'on devait
continuer pendant de longs sicles encore  fabriquer des armes et des
outils en silex, bien qu'on connt dj fort bien les instruments de
mtal, dont la supriorit tait vidente. Enfin, si les rois et les
grands personnages commencent  se faire construire des tombeaux
monumentaux et adoptent des coutumes funraires plus compliques, les
populations rurales continuent  creuser  la limite des sables du
dsert de petites fosses pour leurs morts, qu'ils ensevelissent
accroupis et couchs sur le ct, ou dmembrs compltement, avec le
mme mobilier funraire que par le pass.

J'ai employ jusqu'ici, pour dsigner les ges primitifs de l'Egypte, le
mot de prhistorique, mais, en ce qui concerne ce pays, ce mot a une
signification trop prcise et indique une scission trop nette avec le
temps o commence l'histoire proprement dite; or, comme nous l'avons vu,
cette scission n'existe pas en Egypte. Le terme d'ge de pierre ne
convient pas non plus, puisque l'emploi des instruments de silex est
encore constant sous les premires dynasties et se perptue jusqu'au
Moyen Empire. J'adopterai donc dornavant un terme plus lastique et
dont le sens est nanmoins trs clair, celui de _priode archaque_,
qu'on emploie maintenant de prfrence, et je diviserai cette priode en
deux groupes comprenant, l'un, les ges les plus anciens, l'_olithique_
et le _palolithique_, l'autre, l'poque beaucoup plus connue, prcdant
immdiatement les dynasties, et qu'on peut appeler _prdynastique_.


_I. PALOLITHIQUE_

Les vestiges des tout premiers habitants de l'Egypte sont rares et
incertains. La tendance actuelle est de rechercher partout la trace de
l'homme tertiaire;  dfaut de preuves absolument convaincantes de son
existence, comme le serait la dcouverte d'un squelette dans une couche
gologique appartenant  cette priode, on voudrait retrouver des
indices de son activit sur la terre, aussi a-t-on cr la classe des
_olithes_, les instruments de l'homme antrieur  l'ge palolithique.
Ces olithes sont de simples galets de silex ou des clats accidentels
sur lesquels on remarque ou croit remarquer des traces d'usage, et qui
auraient t les premiers instruments de l'homme alors qu'il ne savait
pas encore tailler la pierre et devait se contenter des clats naturels,
plus ou moins appropris  ses besoins, qu'il trouvait sur le sol. Ce
n'est pas ici le lieu de discuter cette thorie toute gnrale, qui est
encore trs sujette  controverse; nous nous bornerons  constater
qu'elle a aussi t applique  l'Egypte et qu'on a recueilli dans ce
pays un certain nombre d'chantillons de ces olithes qui ont videmment
pu tre employs par des hommes encore  l'tat de sauvagerie, comme
marteaux, grattoirs ou couteaux, bien que rien ne le prouve de faon
absolue.

[Illustration: _Fig. 15-18._ Instruments palolithiques (d'aprs J. de
MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _17_, _24_,
_20_, _31_).]

Les silex taills du type chellen se retrouvent non seulement en
Europe, mais un peu partout, en Palestine, aux Indes, chez les Touaregs;
on en rencontre aussi en Egypte, sinon en grande abondance, du moins
assez frquemment. L'objet le plus caractristique de cette poque est,
ici comme dans les autres gisements, le coup-de-poing, un grand galet de
silex amygdalode, sur lequel on a enlev par percussion de gros clats,
de manire qu'une des extrmits forme une pointe plus ou moins
prononce, tandis que l'autre reste arrondie et paisse, et sert de
poigne. A ct de cet instrument qui en mme temps est une arme
dangereuse, on trouve encore des outils plus petits, ayant pu servir de
hachettes ou de racloirs; et surtout des pointes ou poinons, parfois
trs aigus, du mme travail un peu rudimentaire, sans retouches fines.

Ces silex se trouvent soit  la surface du sol, sur les plateaux
couronnant les premiers contreforts du dsert et au sommet des petits
monticules qui sont situs un peu au-dessous, soit dans les alluvions
entranes par les pluies jusque dans la valle, trs rarement dans la
zone sablonneuse qui spare les terres cultivables de la montagne. On en
a dcouvert depuis les environs de la 1re cataracte jusque prs du
Caire, ainsi que sur les routes qui conduisent  travers le dsert vers
les oasis, et enfin, ce qui est plus important au point de vue de la
date, dans les alluvions trs anciennes, contemporaines du commencement
de l'poque quaternaire, qui est en effet le moment o l'on place l'ge
chellen. D'aprs la position o ont t trouvs ces silex, on pourrait
conclure que les Egyptiens primitifs habitaient de prfrence, non pas
dans la valle mme, mais sur les monticules avoisinants et sur la crte
des montagnes peu leves qui bordent le dsert. Nulle part on ne voit
de traces d'habitations construites; ils devaient donc vivre soit en
plein air, soit sous de lgers abris en branchages. C'est sur ces
plateaux, o les indignes trouvaient en abondance les rognons de silex
qui servaient  la fabrication de leurs outils, qu'ils tablissaient
leurs ateliers de taille: ainsi le plateau qui spare la Valle des Rois
du cirque de Deir-el-Bahari, en face de Louxor, o l'on trouve encore en
quantit des clats n'ayant sans doute jamais servi et qui doivent tre
considrs comme des dchets de fabrication. La ralit est sans doute
un peu diffrente, et si nous ne sommes pas mieux renseigns sur cette
population primitive, sur son habitat et ses coutumes funraires, c'est
pour la raison qu'elle est antrieure  un de ces bouleversements
gologiques qui dvastrent et dpeuplrent une partie du monde et qui
sont rests clbres dans la tradition sous le nom de Dluge. L'Egypte
en particulier fut atteinte, la valle fut entirement submerge pendant
une priode dont nous ne pouvons valuer la dure et toute trace
d'occupation humaine fut efface; les hauts plateaux striles et le
dsert mergeaient encore, mais nous ne savons si quelques restes de la
population purent s'y maintenir pour former le noyau de la race
gyptienne prdynastique, ou si celle-ci vint d'ailleurs quand la rgion
redevint habitable.


_II. PRDYNASTIQUE_

A. MONUMENTS

Autant cette premire priode est encore obscure, autant les documents
abondent pour celle qui la suit, et qui, prcdant immdiatement
l'poque historique, est souvent dsigne par le nom de _prdynastique_.
Ces documents peuvent se classer en trois catgories, dont les donnes
combines nous fournissent des renseignements d'ensemble et mme de
dtail sur l'tat de la valle du Nil avant les Pharaons. Ce sont
d'abord les objets pars  la surface du sol, les silex, puis les
vestiges des tablissements humains, monticules de dbris o l'on
reconnat la trace des villages primitifs, et enfin les tombeaux qui
nous donnent, en plus des renseignements anthropologiques, des lots trs
considrables de cramique, l'lment le plus important pour la
classification gnrale. Nous prendrons l'un aprs l'autre chacun de ces
points avant d'aborder l'ethnographie proprement dite, l'tude de la
race prdynastique et de sa civilisation.

[Illustrations: _Fig. 19-21._ Haches et herminettes en silex (d'aprs J.
de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _91_,
_60_, _73_).]


_Silex_

Les couches sdimentaires qui bordent la valle du Nil sont extrmement
riches en rognons de silex, qui atteignent parfois de trs grandes
dimensions; sur les plateaux, le sol est couvert de galets de silex,
d'agate et de cornaline. Naturellement la qualit de la pierre varie
suivant les endroits, mais partout elle se prte  la taille et les
premiers habitants du pays avaient sous la main, d'un bout  l'autre du
pays, la matire premire de laquelle ils pouvaient tirer leurs armes et
leurs outils. C'est vers le nord de l'Egypte, au Fayoum en particulier,
que le silex est le moins abondant, mais les cailloux du diluvium
peuvent le remplacer, et les indignes en ont tir un trs bon parti.

[Illustrations: _Fig. 22-25._ Couteaux et grattoirs en silex (d'aprs J.
de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _106_,
_123_, _98_, _153_).]

Quelle que soit la matire employe, qu'il s'agisse du beau silex blond
translucide d'Abydos, du silex brun de Louxor ou du grossier galet du
Fayoum, le procd de taille est toujours le mme, et ne diffre pas de
celui qui a t en usage dans le monde entier. Le _nucleus_, ou noyau
prpar pour l'enlvement des clats, s'obtenait d'une faon trs
simple: on brisait une partie d'un rognon de silex ou d'un galet, de
manire  dterminer une surface unie servant de plan de frappe, puis on
enlevait des clats normalement  cette surface, en se servant d'un
percuteur, boule de pierre dure employe comme marteau; les premiers
clats, portant une partie de la gangue, taient mis au rebut, et les
suivants employs pour divers usages selon leur forme et leur dimension;
ceux qui taient longs et minces devenaient des couteaux, ceux qui
taient pais et larges, des haches ou des herminettes, les petits
donnaient des ciseaux, des poinons, des pointes de flches; tous
devaient subir de longues et soigneuses retouches. On travaillait ces
clats soit par percussion, soit par pression le long des artes au
moyen d'un autre silex, et les Egyptiens taient arrivs trs loin dans
cet art et modelaient pour ainsi dire leurs silex au moyen de ces
petites retouches, de manire  leur donner exactement la forme voulue.
A ct de ces instruments, certains clats, trs minces et naturellement
tranchants, pouvaient tre utiliss, presque sans retouches, comme
outils, grattoirs ou couteaux.

[Illustrations: _Fig. 26-29._ Pointes de flches en silex (d'ap. J. de
MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _176_, _190_,
_181_, _185_).]

On trouve de tout cela dans les gisements de silex gyptiens, sur la
bande sablonneuse qui s'tend d'un bout  l'autre du pays, entre les
terres arroses et cultives et les premiers contreforts de la montagne:
d'abord les percuteurs, boules qui ont en gnral la grosseur d'une
pomme et qui portent des traces trs videntes d'usage, puis les nuclei
 tous les tats, depuis celui qui a t mis au rebut aprs qu'on en eut
dtach quelques clats seulement, jusqu' celui qui, compltement
puis, n'est plus qu'un petit noyau conique  facettes; ensuite les
clats eux-mmes, les uns, informes ou mal venus, rejets comme
inutilisables, les autres, trs tranchants et sans retouches ou
retravaills seulement  une extrmit; enfin les outils briss au cours
de la fabrication par suite d'un accident, et ceux qui portent la trace
d'un long emploi ou qui, trs uss, ont t retaills pour pouvoir tre
employs de nouveau.

Chaque localit, chaque gisement a pour ainsi dire son propre type, ou
ses types de silex taills, et l'on ne peut en tirer des conclusions au
point de vue de la classification chronologique; il est possible,
probable mme, que dans beaucoup de ces endroits, la fabrication se soit
continue sans grande modification, pendant des sicles ou des milliers
d'annes, comprenant non seulement toute la priode archaque, mais
empitant aussi sur les poques historiques. Nous aurons l'occasion de
revenir plus loin sur les diffrents modles d'outils et d'armes, sur
leurs formes et leur emploi.


_Villages_

Dans les mmes rgions, en bordure de la valle,  la lisire du dsert,
on remarque en certains endroits de lgres surlvations qui se
distinguent  peine du sable environnant par une teinte un peu plus
fonce. Quelques coups de pioche suffisent pour constater qu'il y a l
quelque chose de tout  fait analogue  ce que dans nos stations
prhistoriques europennes, celles du Danemark en particulier, on
appelle des _Kjoekkenmoeddings_, ou dbris de cuisine; ce sont en
effet des vestiges d'tablissements humains, datant d'une poque o les
populations taient dj plus ou moins sdentaires, mais o elles ne
savaient pas encore construire de vraies maisons: ces restes sont
beaucoup trop importants pour tre ceux de simples campements
provisoires et passagers, et contiennent des quantits de dtritus qui
ont d mettre fort longtemps  s'amonceler. D'un autre ct on ne
rencontre pas dans ces monticules de dcombres la moindre trace de mur,
ni en pierre, ni en briques crues, ni mme en terre pile: les
constructions devaient donc tre trs lgres, en bois ou mme en
branchages, de simples huttes du modle le plus primitif, suffisantes du
reste dans un climat aussi chaud.

Ces amas de dtritus ne renferment gure d'objets en bon tat,  part
quelques outils de silex, mais ils nous livrent des renseignements trs
importants sur la vie mme de ces peuplades de l'Egypte prdynastique;
os d'animaux d'aprs lesquels on peut, en partie, reconstituer la faune
de l'Egypte  cette poque, excrments de bestiaux montrant qu'on
s'occupait d'levage, traces de crales grce auxquelles nous apprenons
qu'on connaissait dj l'agriculture. Ces documents qui ont si peu
d'apparence et paraissent ngligeables sont donc extrmement prcieux,
puisqu'ils font connatre les occupations ordinaires, la nourriture, la
vie prive des premiers Egyptiens.


_Tombeaux_

Si nous ne connaissons qu'un petit nombre de ces restes de villages,
dont la plupart ont d entirement disparatre ou bien sont trop peu
apparents pour qu'on puisse les distinguer, nous avons en revanche une
quantit considrable de spultures appartenant  la mme poque. Ces
tombes ne sont jamais isoles, mais forment des ncropoles plus ou moins
vastes, situes elles aussi au bord du dsert, prs des terrains
cultivs, donc  proximit immdiate des habitations des vivants: en
effet, chaque fois que nous reconnaissons l'emplacement d'un
kjoekkenmoedding, nous sommes srs de trouver  peu de distance,
quelques centaines de mtres  peine, un cimetire qui est
vraisemblablement celui des habitants du village.

[Illustration: _Fig. 30._ Tombeau prdynastique (d'aprs AYRTON.
_El-Mahasna_, pl. VI, fig. _26_).]

Ces ncropoles d'un type tout spcial ont trs longtemps pass
inaperues et elles semblent en effet, au premier abord, fort difficiles
 reconnatre. C'est avec le jour frisant du soir ou du matin qu'on peut
le mieux distinguer ces groupes de dpressions trs lgres,  peine
perceptibles en plein soleil, qui sont  la surface plus ou moins
ingale du terrain le seul indice extrieur des tombeaux archaques. Les
spultures sont de simples fosses creuses dans les bancs de cailloux
rouls qui s'tendent au pied de la montagne et qui forment un terrain
suffisamment consistant pour qu'il ne ft pas ncessaire de soutenir,
au moyen d'un mur ou d'un enduit, les bords de l'excavation: leur forme
gnrale est irrgulire,  peu prs ovale ou mme presque ronde, et
leur profondeur d'un mtre  deux au plus, tandis que l'ouverture
dpasse  peine un mtre cinquante dans sa plus grande dimension. A ct
de celles-l il en existait de plus grandes,  peu prs rectangulaires
et atteignant jusqu' quatre mtres sur deux, sans que la profondeur en
soit augmente. Aprs l'ensevelissement, les grandes comme les petites
fosses taient simplement combles avec du sable et des galets et se
confondaient avec le terrain environnant; il n'y a jamais la moindre
superstructure, pas mme une pierre tombale.

[Illustration: _Fig. 31._ Tombeau prdynastique (d'ap. J. de MORGAN.
_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _464_).]

Les dimensions des petites tombes, qui sont de beaucoup les plus
nombreuses, ne permettaient pas d'y dposer le mort tendu tout de son
long, comme on le fit plus tard pour les momies aux poques historiques;
les coutumes funraires taient en effet trs diffrentes et nous
pouvons distinguer deux stages, deux modes d'ensevelissement qui
semblent correspondre  deux priodes. Dans les plus anciennes
spultures, le mort est couch sur le ct gauche, dans la position
dite embryonnaire ou assise, c'est--dire avec les membres replis de
manire que les mains se trouvent devant la figure, les genoux  la
hauteur de la poitrine et les pieds prs du bassin. Etant donne
l'orientation des tombeaux, qui du reste n'est pas partout
rigoureusement exacte, la tte est gnralement au sud la face tourne
vers l'ouest.

[Illustration: _Fig. 32._ Tombeau prdynastique (d'aprs J. de MORGAN.
_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _468_).]

Le deuxime mode d'inhumation, qui parat tre un peu plus rcent,
quoique appartenant toujours  la priode prdynastique, est beaucoup
plus curieux: ici, et la chose a t constate dans de trs nombreuses
tombes, le corps tait entirement dmembr avant d'tre dpos dans la
fosse; les os ne sont ni casss ni coups, mais ils sont placs
ple-mle, et souvent il en manque un certain nombre. Il ne s'agit pas
d'un dpcement du mort au moment du dcs, ni de cannibalisme, comme on
pourrait le croire, mais d'une coutume qui se retrouve ailleurs qu'en
Egypte, dans tout le bassin de la Mditerrane, en Crte, dans les les
de l'Archipel, au sud de l'Italie, celle de l'inhumation secondaire: on
enterrait provisoirement le mort, puis au bout de deux ou trois ans,
quand les chairs s'taient putrfies et dsagrges, on l'exhumait et
on rassemblait les os pour les dposer dans le tombeau dfinitif. La
transition entre ces deux coutumes funraires, qui paraissent si
diffrentes, est marque par certaines tombes o le corps est repli et
couch sur le ct, mais o la tte est spare du tronc et pose
n'importe o,  ct du bassin, par exemple. Les vertbres tant
intactes, il ne peut tre question de dcapitation brutale, mais il
s'agit sans doute simplement d'inhumations secondaires o l'on n'avait
pas pratiqu la dsarticulation complte.

Avant de les dposer dans le tombeau, on cousait les corps dans des
peaux de gazelle ou bien on les enveloppait dans des nattes de jonc; sur
quelques os, on a mme relev des traces de bitume, et nous pouvons sans
doute reconnatre dans ce fait la premire tentative de momification.
Dans les tombes  inhumation secondaire, les cadavres dmembrs taient
parfois enferms dans de trs grands vases larges du bas, avec une
petite ouverture seulement  la partie suprieure, ou dans de vraies
cistes rectangulaires en argile crue. Ailleurs un vase d'une forme toute
diffrente, sorte d'immense coupe trs profonde, est pos  l'envers sur
le corps repli et le recouvre compltement. Enfin, quelques-unes des
grandes tombes renfermaient non pas un seul, mais deux et mme trois
cadavres, simplement poss les uns sur les autres, et dans les
spultures  inhumation secondaire on rencontre quelquefois deux crnes
et un nombre d'os trs insuffisant pour former deux corps, ou le
contraire.

Si, dans la plupart des ncropoles, les tombes  corps repli sont
nettement spares de celles  corps dmembr, il en est d'autres o les
divers types de spulture sont mlangs, aussi ne pouvons-nous savoir
avec une certitude absolue si ces deux modes d'inhumation appartiennent
 deux races ou  deux poques diffrentes. Il semble cependant que nous
devions adopter la deuxime hypothse plutt que la premire, bien que
les anthropologistes ne soient pas encore arrivs  des rsultats trs
concluants au sujet de la question des races. Les os sont presque
toujours bien conservs, et on a recueilli une trs grande quantit de
crnes en bon tat, dont beaucoup mme portent encore leurs cheveux, et
qui peuvent tre l'objet de mensurations trs exactes, aussi
pouvons-nous avoir l'espoir d'tre une fois au clair sur cette question
si importante.


_Mobilier funraire_

Le mobilier funraire est plus ou moins riche suivant les tombes, et
comporte des objets de plusieurs espces disposs au fond de la fosse,
autour du mort. Le choix mme de ces objets montre clairement que ces
Egyptiens d'avant l'histoire se faisaient dj des ides trs prcises
sur la vie d'outre-tombe et croyaient  la survivance, sinon de l'me,
du moins de la personnalit des dfunts: pour leur assurer la
subsistance matrielle, la nourriture, on mettait  ct d'eux des vases
contenant des vivres, des grains, des viandes, et sans doute aussi de
l'eau ou d'autres liquides dont nous ne retrouvons naturellement plus
trace; des armes leur permettaient de lutter contre les ennemis qu'ils
pouvaient rencontrer dans l'autre monde, et des ornements de corps, de
se parer comme ils le faisaient sur la terre.

Les vivres que le mort emportait avec lui dans la tombe taient surtout
des viandes, et spcialement des ttes et des gigots de gazelle, dont on
retrouve frquemment les os  ct du squelette du dfunt; les vgtaux
sont moins bien conservs, mais on reconnat encore au fond des vases,
et surtout des vases en terre grossire, des traces non quivoques de
crales, d'orge en particulier. Ces renseignements ne font du reste que
confirmer ceux que nous donnent les kjoekkenmoeddings.

On ne trouve pas des armes dans tous les tombeaux, et dans ceux qui en
contiennent, elles ne sont jamais qu'en petit nombre; gnralement mme
il n'y en a qu'une seule, place  porte de la main du mort, devant sa
figure. Ces armes sont par contre d'une grande beaut et d'une excution
trs suprieure  celle des silex qu'on trouve  la surface du sol: ce
sont le plus souvent de longues lances droites finement retouches qui
pouvaient servir de poignards, des couteaux lgrement recourbs, au
tranchant trs affil, des pointes de lances ou de javelots  double
pointe et  tranchant, ou de forme lancole, et parfois des pointes de
flches. Les outils tels que racloirs, grattoirs, poinons, sont trs
rares dans les tombes, mais, par contre, on trouve des instruments de
pche, comme des harpons, et ce fait permet de supposer que les armes
donnes au mort taient destines, non seulement  le mettre  mme de
rduire par la force les ennemis qui pouvaient se trouver sur son
chemin, mais surtout  lui permettre de chasser et de pcher dans
l'autre monde, tant pour assurer sa subsistance que comme dlassement.

[Illustration: _Fig. 33._ Couteau en silex (d'aprs J. DE MORGAN.
_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _128_).]

Les objets d'ornement sont abondants, mais presque toujours trs
simples, excuts de faon sommaire dans des matires qui n'ont rien de
prcieux: ainsi les colliers  plusieurs rangs qui tombaient sur la
poitrine taient composs de perles irrgulires de forme et de
grosseur. Ces perles, en terre cuite, en calcaire, en pierres dures,
telles que la cornaline, l'agate, le silex, taient presque toujours
travailles de faon grossire et malhabile; on en trouve aussi qui sont
faites de morceaux de coquilles ou de petits oursins fossiles, percs
d'un trou. Les bracelets sont plus soigns, ils sont soit en nacre, soit
en ivoire, et on les obtenait en sciant la partie infrieure d'une dent
d'lphant  l'endroit o elle est creuse, ou le bas d'une grande
coquille univalve de la famille des trochids; d'autres enfin sont en
silex, vids avec une dextrit qui montre jusqu' quel point ces
populations avaient pouss l'industrie de la pierre taille. Les femmes
portaient des peignes hauts et troits en ivoire ou en os, dont la
partie apparente, au-dessus de la chevelure, tait gnralement
surmonte d'une figure ornementale. Enfin un certain nombre de
pendeloques, perces d'un trou, galement en os ou en ivoire, parfois en
pierre, servaient en mme temps d'ornements et d'amulettes.

[Illustrations: _Fig. 34-36._--Plaques de schiste (d'aprs PETRIE.
_Diospolis parva_, pl. XI et XII).]

Dans beaucoup de spultures on voit  ct de la tte du mort une plaque
en schiste vert qui affecte les formes les plus diverses; les unes sont
tailles en losange, en rectangle ou en carr, les autres dcoupes de
manire  imiter le profil d'un animal, hippopotame, tortue, poisson,
oiseau. La signification de ces objets est encore trs incertaine, bien
que d'habitude on les considre comme des palettes  broyer le fard vert
qu'hommes et femmes se mettaient autour des yeux,  cause d'une petite
dpression qui existe en effet sur certaines des plaques en losange et
qui contient parfois des traces de couleur verte; la forme trange
donne  beaucoup de ces plaques, le fait qu'elles sont perces d'un
trou de suspension, les dcorations animales graves  la pointe, qui
les ornent quelquefois, et surtout l'analogie avec les grandes plaques
de schiste d'poque thinite, qui taient couvertes de sculptures et se
trouvaient dposes dans les sanctuaires et non dans les tombes,
m'engagent  y voir des talismans ou des sortes de ftiches plutt que
des objets usuels.

C'est sans doute aussi  titre de talisman qu'on dposait parfois dans
les tombes des figurines d'hippopotame en argile: le monstre mis ainsi
au service du mort pouvait lui rendre bien des services et le protger
de bien des dangers.


_Cramique_

C'est galement des tombeaux que sont sorties ces sries
extraordinairement compltes de vases qui nous permettent d'tablir une
certaine classification dans la priode prdynastique, ou tout au moins
de suivre en quelque mesure le dveloppement de la civilisation. Toute
cette cramique, qui est particulire  l'Egypte et qu'on ne peut
comparer  celle d'aucun autre pays, dnote, ds l'apparition des plus
anciens exemplaires, une habilet remarquable et une longue pratique du
mtier chez les potiers gyptiens: les vases sont absolument rguliers
de forme et d'paisseur et il faut un examen minutieux pour arriver 
reconnatre qu'aucun n'a t fait au tour et que tous sont models  la
main.

[Illustrations: _Fig. 37-41._ Vases rouges  bord noir (d'aprs AYRTON.
_El-Mahasna_, pl. XXVIII et XXX).]

Le plus ancien type est celui de la poterie rouge  bord noir, qui est
extrmement frquent et comprend des vases de plusieurs formes: la coupe
profonde, le gobelet, le vase ovode  fond plat ou pointu,  large
ouverture. Ces vases sont faits en une sorte d'argile trs fine mlange
de sable, enduits  l'extrieur d'une lgre couche d'hmatite et
lisss au polissoir, puis cuits dans un feu doux, poss l'ouverture en
bas sur les cendres du fourneau; la cuisson faite de cette manire donne
une pte lgre et friable; la couverte expose  une chaleur plus forte
prs de l'orifice se dsoxyde en cet endroit et devient d'un beau noir
trs brillant, tandis que le reste du vase garde la teinte rouge fonc.

[Illustrations: _Fig. 42-46._ Poterie rouge (d'aprs AYRTON.
_El-Mahasna_, pl. XXXI et XXXII, et PETRIE. _Diospolis parva_, pl.
XIV).]

La poterie rouge uniforme est exactement semblable  l'autre comme
matire, mais le procd de cuisson, un peu diffrent, empche la
formation du bord noir; tout le vase reste alors extrieurement d'une
couleur absolument rgulire, d'un beau rouge lustr. Ce type de poterie
qui est,  peu de chose prs, contemporain du type rouge  bords noirs,
prsente des formes un peu diffrentes:  ct de l'cuelle creuse et du
vase ovode, on trouve la bouteille ventrue  fond plat et  col troit
et le petit vase globulaire. A un certain moment, on employa ce genre de
cramique pour faire des vases de formes bizarres, les uns aplatis, les
autres jumels, d'autres encore en forme de poisson ou d'oiseau; ce ne
fut du reste l qu'une mode qui ne se prolongea que sur une priode
assez brve.

[Illustrations: _Fig. 47-49._ Vases rouges  dcor blanc (d'aprs J. DE
MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, pl. II et III).]

Un autre driv de cette cramique rouge, qui est presque aussi ancien
qu'elle mais ne dura pas aussi longtemps, est la cramique rouge  dcor
blanc. Le fond est toujours d'un beau rouge lustr sur lequel se
dtache, en lignes blanches mates, une ornementation emprunte au
travail de la vannerie, chevrons, lignes pointilles et entre-croises,
et parfois mme quelques reprsentations animales trs sommaires. Les
formes employes de prfrence pour ce genre de poterie sont les coupes
profondes, arrondies ou  fond plat, et les vases allongs, renfls  la
partie infrieure, parfois trs troits du haut.

[Illustration: _Fig. 50_ et _51_. Vases  cordon (d'aprs AYRTON.
_El-Mahasna_, pl. XXXIII).]

La poterie blanche, qui est en ralit plutt d'un jaune ros est plus
rcente et se perptue jusqu' l'poque thinite. La pte en est plus
fine, en argile moins mlange de sable, la cuisson meilleure; quant aux
formes elles sont peu varies. Il n'y a en somme gure qu'un type, qui
va en se transformant progressivement: les vases les plus anciens sont
presque globulaires avec une ouverture trs troite et deux petites
saillies serpentant sur la panse et formant anses. Peu  peu, la panse
se rtrcit, l'ouverture s'agrandit, les saillies s'allongent et se
rejoignent pour former un cordon circulaire en relief et finalement le
vase devient cylindrique. Parfois il est dcor de traits rouges
entre-croiss.

[Illustrations: _Fig. 52-54._ Vases peints (d'aprs J. DE MORGAN.
_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, pl. V et VII).]

[Illustration: _Fig. 55._ Vase peint (d'ap. PETRIE. _Naqada and Ballas_,
pl. XXXIV, no _45_).]

La classe la plus intressante de la cramique archaque est
certainement celle des vases dcors de peintures rouges, qui sont
semblables comme pte et comme cuisson  ceux de la catgorie
prcdente, mais dont la facture est plus soigne et les formes
diffrentes. Ces vases sont globulaires, souvent presque aussi larges
que hauts, avec un fond plat, une ouverture assez large et de toutes
petites anses perces d'un trou servant  les suspendre; d'autres sont
sphrodes, un peu aplatis, et munis des mmes petites anses. Ces
derniers, dcors de cercles concentriques ou de points rouges, imitent
les vases en pierre dure que nous voyons rarement  cette poque mais
que nous retrouverons  la priode thinite en grande abondance, tandis
que les autres, qui portent de petits traits horizontaux ou des lignes
droites ou sinueuses, rappellent plutt les ouvrages en vannerie. Enfin
sur les plus grands de ces vases, on trouve une dcoration d'un
caractre tout diffrent, mais toujours trace en rouge au pinceau, avec
une assez grande sret de main: ce sont soit des vgtaux, des alos
plants dans des vases, soit des thories d'animaux, autruches ou
chvres sauvages, soit encore des reprsentations qui paraissent figurer
de grands bateaux avec leurs rames, leurs enseignes, leurs
superstructures, plutt que, comme on l'a cru, des villages ou des
fermes.

[Illustrations: _Fig. 56 et 57._ Poterie grossire (d'ap. J. DE MORGAN.
_Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _425_ et _433_).]

Il faut encore citer deux autres classes de poteries, et d'abord celle
des vases en terre bruntre grossire, faonns sans grand soin pour les
usages de la vie courante, et qui affectent diverses formes; on ne voit
gure ces pots et ces cruches que dans les derniers temps de la priode
archaque. Quant aux vases en terre noire ou brun fonc,  dcor incis
et rempli d'une pte blanchtre, dont on ne trouve que de rares
exemplaires en Egypte,  cette poque aussi bien que sous l'Ancien et le
Nouvel Empire, ils n'ont rien d'gyptien, mais appartiennent  un type
connu, rpandu surtout dans les pays au nord de la Mditerrane. Il
s'agit donc d'objets d'importation dont ni la matire, ni la facture, ni
la dcoration en lignes droites irrgulires et en points, n'ont de
rapport avec quoi que ce soit qui provienne de la valle du Nil.

Nous avons vu des vases en terre, de forme globulaire ou sphrode dont
la dcoration prtendait imiter la matire de ces vases en pierre dure
que nous trouverons en grande abondance sous les deux premires
dynasties. Ces vases de pierre devaient donc ncessairement exister  la
priode prdynastique, mais ceux qui nous sont parvenus sont en nombre
extrmement restreint. C'taient sans doute des ustensiles trs
prcieux, et cette raison suffit pour expliquer les imitations peintes.
Par contre, les matires moins dures que le porphyre ou le basalte et
qui se laissent plus facilement travailler, comme le calcaire et
l'albtre, sont dj d'un emploi trs frquent, et les indignes y ont
taill avec habilet des vases cylindriques et des coupes de toutes
formes et de toutes dimensions.


B. CIVILISATION

Aprs avoir ainsi pass en revue les nombreux documents que nous
possdons maintenant sur la priode archaque, il nous reste  voir
quels sont les renseignements utiles que nous pouvons en tirer pour la
connaissance des Egyptiens prdynastiques et de l'tat de leur
civilisation.


_Le pays_

Aujourd'hui la valle du Nil forme une longue et troite plaine de
terres cultivables, borde des deux cts par le dsert ou la montagne;
tout le terrain irrigable est utilis et uniformis. Cet tat est d non
seulement au Nil fertilisateur, mais encore et surtout  la main des
hommes qui, aprs des sicles de travail, sont arrivs  rendre
productif jusque dans ses moindres recoins leur fertile petit pays. Il
n'en tait pas ainsi aux poques primitives, et l'aspect de la contre
devait tre, quoique dans le mme cadre, absolument diffrent. Le Nil
avait commenc par serpenter au fond de la valle, sans cours fixe,
coulant alternativement sur un bord ou sur l'autre; ce n'est que peu 
peu qu'il se fraya une voie plus rgulire au milieu des alluvions qu'il
avait lui-mme apportes. Le limon qu'il amenait avec lui chaque anne
se rpandait bien sur toute la surface des terres inondes, mais grce
au sable et aux galets qu'il charriait en mme temps et qui se
dposaient dans le courant mme du fleuve, son lit s'levait
graduellement, laissant ainsi en bordure de la valle des terrains en
contre-bas o se formaient de vritables marais remplis  nouveau chaque
anne par l'inondation; l se dveloppait une vgtation luxuriante de
plantes d'eau, roseaux, papyrus, lotus, et, sur les bords, de vraies
forts d'arbres de toute espce. Toute cette zone lacustre entretenait
dans le pays, aujourd'hui si sec, une humidit permanente qui devait lui
donner un caractre tout diffrent et le faire ressembler  ce qu'est
maintenant le Haut Nil, le Nil des rgions tropicales. Le climat du
reste n'tait pas non plus exactement le mme qu'aujourd'hui, il devait
tre sensiblement plus chaud, car  ct des animaux qui vivent encore
en Egypte et de ceux qui s'en sont retirs depuis peu, comme
l'hippopotame et le crocodile, on y trouvait encore,  ces poques
recules, l'lphant, la girafe et l'autruche.

Pour la faune et la flore, l'Egypte, qui n'a plus maintenant que ses
cultures et son dsert, est un des pays les plus pauvres du monde, mais
il n'en tait certainement pas de mme autrefois, grce  ces rgions
fertiles et sauvages en mme temps, que l'homme primitif ne pouvait
encore utiliser autrement que pour la chasse et la pche, et o se
dveloppaient librement les plantes et les animaux les plus varis.


_La race_

Comme je l'ai dit plus haut, les anthropologistes sont encore loin
d'avoir tabli de faon certaine la race  laquelle appartenaient les
plus anciens habitants de l'Egypte. Nous pouvons cependant nous en faire
une ide approximative: c'tait une population brachycphale et
orthognathe au teint clair, aux cheveux lisses, bruns ou chtains,  la
taille moyenne, se rapprochant par consquent beaucoup de la race qui
occupait aux poques les plus anciennes tout le bassin de la
Mditerrane, et apparente tout spcialement aux Libyens et aux
Berbres. Ainsi on retrouve les mmes coutumes funraires, les mmes
modes de spulture dans l'Egypte primitive et dans les les grecques, en
Grce et jusqu'en Italie, ce qui peut faire supposer une parent de race
avec les hommes qui habitaient ces contres avant l'invasion aryenne. On
a constat aussi certains lments d'origine soudanaise ou plutt
nubienne, mme quelques statuettes statopyges rappellent le type
hottentot, mais ce ne sont l que des exceptions. Il n'y a rien non
plus ici des races aryennes ni surtout des Smites.

Ces populations taient paisibles et on n'a retrouv que sur un trs
petit nombre des crnes tudis des lsions comme on en verrait
certainement beaucoup chez un peuple belliqueux. On a pu constater par
contre sur les os des traces de deux maladies, la tuberculose et la
syphilis.


_Habitations_

Dans les montagnes et les falaises souvent assez leves qui bordent la
valle du Nil, il n'y a ni cavernes ni abris sous roche o les hommes
primitifs aient pu s'tablir  demeure. Le climat leur permettait de
vivre en plein air et nous avons vu que ceux de l'poque chellenne
semblent s'tre tenus de prfrence sur les hauteurs, tandis que les
hommes de la priode dont nous nous occupons avaient des tablissements
durables  la lisire du dsert. Dans ces villages, il n'y a pas trace
d'enceinte construite, ce qui fait ressortir le caractre paisible de
ces peuplades, ni de maisons en brique ou en pierre, et si nous voulons
nous faire une ide de ce qu'taient les habitations des indignes, nous
pouvons nous reporter  des modles de petits difices trs anciens qui
ont survcu par tradition religieuse dans les sanctuaires de diffrents
dieux: c'taient soit des huttes en branchages, coniques ou arrondies,
comme en ont encore les ngres de l'Afrique centrale, soit des
constructions lgres en bois, avec un pilier  chaque angle et un toit
plat ou lgrement bomb.

[Illustration: _Fig. 58._ Sanctuaire primitif (d'aprs PETRIE. _Royal
Tombs_, II, pl. X).]

Dans les villages, qui s'tendent en gnral sur une superficie assez
peu considrable, les habitants serraient leurs rcoltes et gardaient 
ct d'eux leurs bestiaux;  en juger par la place occupe, quelques
familles seulement devaient constituer la population d'un de ces
tablissements.


_Costume et parure_

Dans l'antiquit, le costume des Egyptiens a toujours t trs sommaire,
 plus forte raison a-t-il d en tre de mme  une poque si recule.
D'aprs des reprsentations un peu plus rcentes, datant des dynasties
thinites, on voit que les indignes hommes devaient avoir pour tout
vtement l'objet bizarre qui devint plus tard l'insigne national des
Libyens, l'tui phallique, sorte de longue gaine tombant de la ceinture
jusque prs des genoux. Des peintures de vases nous montrent des femmes
vtues de robes courtes, collantes, descendant  peine aux chevilles; le
buste tait nu, semble-t-il. Enfin, dans certaines statuettes d'ivoire,
on reconnat des hommes envelopps d'un grand manteau qui les couvre des
paules aux pieds. Ces vtements taient sans doute,  l'origine, en
peau, et peut-tre,  une poque moins recule, en toffe.

[Illustration: _Fig. 59._ Figurines d'ivoire d'poque archaque
(QUIBELL. _Hieraconpolis_, pl. IX et XI).]

Comme parure, on portait, ainsi que nous l'avons vu, des bijoux
grossiers, tels que des bracelets en ivoire, en nacre, en silex, des
colliers  plusieurs rangs, en perles de pierre ou en coquilles, des
pendeloques et des peignes orns de dcoupures. Il faut signaler encore
les tatouages, ou peintures corporelles dont certaines femmes, peut-tre
des danseuses, se couvraient tout le corps, et qui figuraient des lignes
brises ou des animaux.

[Illustrations: _Fig. 60_ et _61_. Bracelet en silex et peigne en os
(d'aprs J. DE MORGAN. _Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig.
_334_ et _337_).]


_Chasse et pche_

Nous avons vu les tout premiers habitants de l'Egypte dj en possession
d'une arme qui pouvait tre redoutable, le coup-de-poing chellen. Des
besoins imprieux contraignent l'homme que la terre non cultive ne peut
nourrir,  faire usage de la force, tant pour se procurer sa subsistance
aux dpens des autres tres vivant  ct de lui, que pour se dfendre
contre ceux qui, physiquement plus forts, sont pour lui une menace
permanente.

Des Egyptiens prdynastiques, beaucoup d'armes nous sont galement
parvenues, armes de plusieurs catgories qui peuvent tre employes
indiffremment pour la chasse et pour la guerre. Parmi celles qu'on a
coutume d'appeler armes de choc, il faut citer en premire ligne celles
qui n'ont pu se conserver, vu la matire dont elles sont faites, mais
qui ont laiss un souvenir persistant jusqu'aux plus basses poques, les
armes de bois, d'abord le long bton, renfl dans le bas et pouvant
servir de massue, puis le vrai casse-tte court et pesant; aux poques
historiques ce sont encore ces armes traditionnelles mais hors d'usage,
qu'on donne volontiers aux morts dans leurs tombeaux. A ct de ces
btons on trouve les massues dont la tte de pierre dure, conique ou
ovode, s'emmanchait sur un bton court, et enfin les haches, dont nous
avons de nombreuses sries, de forme plate, longue, paisse ou mince, 
un seul tranchant, l'autre extrmit tant destine  se fixer dans une
emmanchure de bois dont nous ne connaissons plus la forme. Quant aux
haches polies et  celles qui, munies d'un tranglement servant 
faciliter l'emmanchure, semblent plutt une copie des haches de bronze,
elles appartiennent probablement  l'poque suivante.

[Illustration: _Fig. 62 et 63._ Massues (d'aprs J. DE MORGAN, _Rech.
sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _320_, et PETRIE. _Diospolis parva_,
pl. V).]

Comme arme de main, nous avons le poignard long et mince, trs finement
retaill, qui est parfois une pice de toute beaut, et enfin comme
armes de jet, les innombrables pointes qui, suivant leurs dimensions,
appartenaient  des flches ou  des javelines. Travailles avec grand
soin, ces pointes sont le plus souvent encore remarquablement aigus et
prsentent toutes les formes usuelles, pointes  ailerons,  encoches au
pdoncule, lancoles, triangulaires, en croissant; un type cependant
qui est particulier  l'Egypte et qui se perptue assez tard est celui
de la flche  tranchant, destine  faire une blessure plus large que
profonde; ce modle est aussi employ pour des javelots. Certaines
pointes de plus grandes dimensions peuvent avoir appartenu  des lances
(v. p. 62-65).

[Illustration: _Fig. 64._ Harpon en os.]

Les indignes avaient certainement encore, comme leurs successeurs,
d'autres moyens de se procurer du gibier, les piges, les lacets, les
filets et peut-tre le lasso, instruments qui naturellement n'ont pas
laiss de traces. En ce qui concerne la pche, nous n'avons pas non plus
les filets, les nasses et les lignes qui devaient tre dj en usage 
cette poque, mais certains silex en forme de croissant peuvent avoir
servi d'hameons pour les gros poissons, qu'on attaquait galement avec
des harpons en os munis d'une pointe barbele. Les poissons sont
extrmement nombreux dans le Nil et devaient pulluler dans les marais
avoisinants; ils formaient sans doute la base mme de la nourriture des
premiers Egyptiens, qui mangeaient aussi certains mollusques fluviatiles
tels que les unios et les anodontes.

Quant au gibier, nous avons vu qu'il y avait en Egypte non seulement les
espces qui y sont aujourd'hui, mais encore celles de l'Afrique
tropicale; ainsi l'homme pouvait chasser l'antilope, le boeuf sauvage et
la girafe aussi bien que la gazelle et le bouquetin, l'autruche comme
l'oie, le canard et la perdrix, mais ses armes primitives devaient lui
tre de bien peu de secours vis--vis de l'lphant, du rhinocros, de
l'hippopotame et du crocodile, ou contre le lion et la panthre qui
infestaient encore la contre.


_Elevage. Agriculture_

Les animaux sauvages pris vivants  la chasse, conservs d'abord comme
en-cas pour le moment o le gibier viendrait  manquer, furent vite
domestiqus; l'homme reconnut trs tt les services que ces btes
pouvaient lui rendre, et non seulement il les nourrit, mais encore les
dressa et les utilisa, recueillit leurs oeufs ou leur lait. Nous avons
dans les kjoekkenmoeddings de la Haute Egypte des traces non quivoques
d'levage, les animaux domestiqus vivant cte  cte avec l'homme dans
ces villages primitifs. Comme quadrupdes, il devait y avoir le boeuf,
l'antilope, la gazelle, la chvre, sans doute l'ne; comme volatiles,
l'oie, le canard, la grue, le pigeon, et bien d'autres varits sans
doute.

L'agriculture est partout moins ancienne que l'levage, et pour l'Egypte
nous ne pouvons savoir  quelle poque on commena  travailler le sol,
si ce fut  la fin seulement de la priode prdynastique ou longtemps
avant: les grains trouvs dans les kjoekkenmoeddings ne sont pas dats
de faon exacte, et ceux des tombeaux sont difficilement identifiables.
Quant aux outils, le sol fertile de l'Egypte, dtremp et ameubli par
l'inondation, n'en ncessite pas de trs puissants, aussi les houes et
les charrues de bois furent-elles en usage pendant toute la priode
pharaonique; on n'en retrouve naturellement pas trace aux ges plus
anciens, mais par contre certains silex plats, sortes d'herminettes de
grande dimension, montrent des traces d'usure ne pouvant provenir que du
travail de la terre, et ne sont sans doute pas autre chose que des
houes. Enfin on retrouve de petits silex plats, dentels et semblant
tre des fragments de scies qui, s'emmanchant les uns  ct des autres
sur un bois recourb, formaient des faucilles; cet outil, en usage
encore au Moyen Empire, est sans doute d'origine prhistorique, mais
nous ne pouvons dire avec certitude si certains des lments retrouvs
datent vraiment de l'poque dont nous nous occupons en ce moment. Il
faut encore citer les moulins, pierres plates  surface incurve o l'on
crasait le grain.


_Navigation_

Le moyen de communication qui est de beaucoup le plus pratique dans une
valle longue et troite comme l'Egypte est sans contredit la voie
fluviale, et jusqu' nos jours c'est le Nil seul qui a t utilis  cet
effet, sauf pour de trs courts trajets. Pour les populations primitives
surtout, ce mode de locomotion devait avoir de trs grands avantages,
puisqu'il leur permettait de se transporter d'un point  un autre sans
avoir  courir les multiples dangers qui les menaaient dans un pays
encore  moiti sauvage, infest d'animaux contre lesquels ils n'avaient
que des moyens de dfense insuffisants. Les premiers bateaux furent trs
simples: on cueillait des roseaux ou des papyrus qu'on runissait en
bottes et qu'on liait ensemble de manire  former un esquif  fond
arrondi, aux extrmits releves en pointe, et qui, rendu impermable au
moyen d'un enduit quelconque, formait une nacelle lgre, insubmersible,
rsistante et lastique. Ce modle continua  tre employ aux poques
historiques, surtout pour la chasse dans les marais.

[Illustration: _Fig. 65._ Modle de nacelle en terre cuite (d'aprs DE
MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, II, fig. _235_).]

A ct de cela, les gens du pays possdaient des bateaux de beaucoup
plus grandes dimensions, peu profonds et relevs aux deux extrmits,
munis de rames et mme de voiles carres.


_Commerce extrieur_

Les indignes avaient des rapports certains avec les ctes de la mer
Rouge, puisque dans leurs spultures on trouve des bracelets et des
colliers faits en coquilles marines dont l'habitat est prcisment dans
cette mer. La poterie noire  dcor incis, dont il a t parl plus
haut, montre qu'ils avaient galement des relations avec les autres
peuples mditerranens, surtout avec ceux des les grecques, et que, par
consquent, il y avait dj  cette poque des hommes osant s'aventurer
avec leurs bateaux en pleine mer. Une petite dcouverte faite en Crte
confirme l'existence de ces relations intercontinentales: on a trouv 
Phaestos, sur la cte sud de la Crte, dans les couches les plus
profondes d'un gisement nolithique, un gros fragment de dfense
d'lphant; or sur le littoral nord de l'Afrique, il n'y a gure que
l'Egypte o l'lphant ait pu vivre et nous avons vu qu'il y vivait en
effet. C'est donc d'Egypte, selon toute probabilit, que cet objet fut
transport en Crte,  une poque antrieure  l'histoire.

[Illustration: _Fig. 66._ Barque prhistorique (Graffito--d'aprs DE
MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _492_).]


_Arts et mtiers_

L'architecture de bois tant seule en usage chez les indignes de
l'poque archaque, il ne nous en est naturellement rien parvenu; il est
cependant probable que ce fut vers la fin de cette priode qu'on
commena  employer la brique crue, dont l'usage est si rpandu sous la
Ire dynastie, mais les monuments ne nous permettent pas d'affirmer la
chose de manire absolue.

La sculpture ne s'attaque pas encore  autre chose qu'aux petits objets,
peignes, pendeloques, ornements, auxquels on cherche  donner une forme
humaine ou animale, plaques de schiste qu'on dcoupe en silhouettes,
figurines de danseuses ou d'hippopotames qu'on modle dans de l'argile
et qu'on fait cuire ensuite. Pendant ce temps, des chasseurs  l'afft
gravaient des images d'animaux sur les rochers qui les abritaient, d'un
trait encore malhabile, mais qui ne manque pas d'un certain caractre
pittoresque. Il en est de mme pour la peinture sur vases: on remarque
dans ces figurations d'animaux, de vgtaux, de bateaux, des qualits
ornementales qui contrastent avec la navet et souvent la barbarie de
l'excution: les dessinateurs savent dj reconnatre le trait
caractristique de chaque tre et de chaque objet, et dans ces croquis
enfantins on distingue le germe de ce qui fera plus tard l'originalit
de l'art gyptien,  la fois synthtique et dcoratif.

Nous avons dj vu, en fait de gens de mtier, les fabricants de silex
taills, les potiers et les tourneurs de vases de pierre, les seuls
artisans qui nous aient laiss des traces abondantes de leur activit et
dont nous puissions arriver  reconnatre les procds. Les autres
ouvriers se devinent plus qu'ils ne s'affirment, ainsi les charpentiers,
que signale la prsence de nombreuses herminettes en silex, sorte de
haches plates ne pouvant servir qu'au travail du bois; quelques
fusaoles nous rvlent aussi l'origine du travail des matires
textiles.

Le cuivre fait son apparition au cours de la priode prdynastique,
peut-tre mme  son dbut, mais les rares outils de mtal trouvs dans
les spultures sont encore rudimentaires et montrent que les
mtallurgistes, qui deviendront si habiles aux ges suivants, en taient
encore aux ttonnements du dbut.


_Organisation sociale et politique_

Les indignes de l'Egypte prdynastique ne vivaient plus isols, mais en
socit, et si nous ne savons rien de l'institution de la famille, nous
connaissons au moins leurs villages o plusieurs familles pouvaient
vivre cte  cte, et les ncropoles o ces populations sdentaires
runissaient leurs morts. Certains indices montrent qu'il existait des
groupements plus importants, des tribus ayant chacune son insigne, sorte
de totem, reprsentant sans doute la divinit locale. Ces enseignes qui
devaient plus tard devenir l'emblme des nomes ou provinces de l'Egypte,
servaient de signe de ralliement  des tribus sans doute apparentes 
l'origine, mais qui devaient ncessairement entrer en comptition les
unes avec les autres, au fur et  mesure qu'elles se dveloppaient; de
l des luttes sur lesquelles nous ne sommes renseigns que par la
lgende, et qui aboutirent  l'tablissement de la suprmatie du clan
d'Horus sur toute la Haute Egypte, et du clan de Set sur le Delta. Ces
deux tribus, celle du faucon et celle du quadrupde au museau recourb
et aux longues oreilles droites, taient-elles autochtones ou
trangres, c'est ce que nous ne saurons sans doute jamais avec
certitude, mais il est  prsumer qu'elles durent leur supriorit  la
connaissance des mtaux qui leur donnaient un immense avantage sur des
populations n'ayant que des armes de pierre. Quoi qu'il en soit, nous
pouvons croire que la priode archaque, trs paisible  ses dbuts, se
termina par de longues luttes qui aboutirent  la fondation des
royaumes du Midi et du Nord, royaumes qui rivalisrent longtemps,
jusqu'au moment o l'un d'eux finit par absorber l'autre.

[Illustration: _Fig. 67._ Hippopotame en terre cuite (d'aprs DE MORGAN.
_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _413_).]




[Illustration: _Fig. 68._ Vue perspective du tombeau de Negadah (d'aprs
J. DE MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, II, fig. _521_).]




CHAPITRE IV

POQUE THINITE

(De 4000  3400 av. J.-C. environ.)


Entre le moment o les indignes que nous avons appris  connatre
habitaient paisiblement la Thbade, occups de chasse et de pche,
d'agriculture et d'levage, et celui o Mns constitue son royaume, il
n'y a pas de transition marque, ni dans les monuments de la rgion
d'Abydos, berceau de la nouvelle monarchie, ni dans le reste de la Haute
Egypte. Ces deux poques se touchent, semble-t-il, et pourtant il s'est
accompli pendant le laps de temps qui les spare et dont nous ignorons
la dure, une transformation profonde qui touche  tous les domaines:
une mthode nouvelle de gouvernement est inaugure, l'criture est
invente, les constructions de briques remplacent l'architecture de
bois, le cuivre et mme le bronze deviennent d'un usage courant, tandis
que la taille du silex et la fabrication des vases de pierre ont atteint
la perfection. Une transformation pareille demande de longs sicles ou
bien une intervention trangre, aussi a-t-on tent de l'expliquer de
diverses manires, sans avoir encore pu sortir du domaine des
hypothses.

En raison de certaines ressemblances trs apparentes entre ce qui nous
est parvenu de l'Egypte thinite et ce que nous connaissons de la Chalde
primitive, l'criture hiroglyphique, l'architecture en briques crues,
l'emploi du cylindre comme cachet, la forme de certains vases de pierre,
quelques savants ont voulu tablir une communaut d'origine. Ils
supposent qu' un moment donn, une tribu puissante venant de Chalde ou
d'un autre pays qui serait aussi le berceau des Chaldens, aurait
pntr en Egypte par le Sud aprs avoir travers la mer Rouge et le
dsert, aurait soumis la valle du Nil et rpandu dans tout le pays les
bienfaits d'une civilisation suprieure  celle qui s'y tait dveloppe
naturellement. La tribu conqurante, le clan Horien, serait alors une
peuplade d'origine smitique et Horus un dieu smite, ce qui est bien
difficile  admettre, d'autant que, plus on tudie cette poque, plus on
constate le caractre vraiment original et purement africain de la
civilisation gyptienne.

D'un autre ct, la lgende parle de l'expdition d'Horus comme venant
du Sud; un texte trs ancien donne mme le nom de la tribu de laquelle
sortait la race royale, la race horienne, et cette tribu est une tribu
nubienne. Nous devons donc admettre qu' un moment donn, peut-tre peu
avant Mns, peut-tre bien des sicles plus tt, une tribu mridionale,
mais d'une race apparente  celle qui occupait le pays, vint
s'installer dans la valle du Nil, qu'elle subjugua aprs un temps plus
ou moins long et dont nous ne pouvons valuer la dure. Ce qui assura la
supriorit  ces conqurants, c'est le fait qu'ils connaissaient les
mtaux, tandis que les indignes en taient encore  l'ge de la pierre,
mais il est bien peu probable qu'il faille attribuer aux envahisseurs
tous les progrs faits par la civilisation gyptienne aux dbuts de la
priode historique, entre autres l'invention de l'criture.

Presque tout ce qui nous est parvenu jusqu'ici de l'poque prdynastique
provient de la Haute Egypte, et nous n'avons pour ainsi dire aucun
document sur ce qu'tait le Delta pendant cette priode. Cette rgion
est cependant incomparablement plus riche que la Haute Egypte, et ses
habitants durent ncessairement prcder leurs frres du Sud dans la
voie de la civilisation; c'est dans les terres du Delta, plus fertiles
et mieux arroses que toutes les autres, que l'agriculture devait natre
et se dvelopper en premier lieu, et la lgende nous en a conserv un
souvenir trs prcis: Osiris est un dieu du Delta, dont le centre est 
Mends; Isis est galement une desse de la mme rgion, ainsi que Set,
le dieu de la tribu la plus puissante de cette partie du pays.

Le Delta tait donc considr par les Egyptiens eux-mmes comme le
berceau de leur civilisation,  bon droit, semble-t-il. C'est  la
nature mme du sol, entirement cultivable, que nous devons de n'en
avoir pas retrouv la moindre trace, car si dans la Haute Egypte les
habitations et les ncropoles taient situes  la lisire du dsert,
elles ne pouvaient tre ici que sur des monticules artificiels
aujourd'hui recouverts par les alluvions et cultivs comme le reste du
pays. Il existe encore une autre preuve de l'avance que les indignes
du Nord avaient sur ceux du Sud, preuve relative  l'organisation
sociale du pays: dans les listes de rois mythiques antrieurs  Mns,
on ne voit que dix rois thinites pendant 350 ans, tandis que les trois
dynasties de rois du Nord avaient occup le trne pendant des milliers
d'annes.

Il est difficile de se rendre compte comment les rois du Sud russirent
 dtrner leurs voisins plus civiliss du Nord et  runir tout le pays
sous leur sceptre, mais dans l'histoire les exemples sont frquents d'un
peuple riche subjugu par un autre qui lui est trs infrieur, et
toujours dans ces cas-l nous voyons que le vaincu finit par s'assimiler
le vainqueur et par l'absorber: la civilisation, un moment crase par
la force, reprend au bout de peu de temps son essor, activ par
l'infusion d'un sang nouveau. Il en fut de mme ici, et comme dans le
mythe, Horus ne put achever sa conqute et dut faire un compromis avec
ses ennemis. Le Delta se vengeait gnreusement d'avoir perdu son
autonomie en imposant  son vainqueur une civilisation trs suprieure,
jusqu'au moment o il pourrait lui-mme reprendre les rnes du pouvoir.


A. HISTOIRE ET TRADITION

Originaires d'un des points les plus mridionaux du territoire gyptien,
les chefs de la tribu du faucon, qui avaient tendu leur pouvoir sur les
autres tribus de la Haute Egypte, choisirent comme lieu de rsidence un
endroit plus central, situ plus au nord, en une rgion o la valle
s'largit et devient en mme temps plus fertile. C'est l que s'leva la
ville de Thinis, qui comme capitale politique de l'Egypte devait tre
vite supplante par les villes mieux situes, tandis que sa voisine,
Abydos, o les premiers rois creusrent leurs tombeaux, devenait
rapidement la mtropole religieuse de la Haute Egypte, le centre du
culte funraire, la ville du dieu des morts.

C'est  leur premire capitale que les deux premires dynasties doivent
le nom sous lequel on les dsigne couramment, celui de dynasties
thinites. Pour arriver  connatre leur histoire, nous pouvons
maintenant combiner les donnes des crivains classiques et celles que
fournissent les listes ou les monuments gyptiens postrieurs, avec les
renseignements contemporains qui nous ont t livrs par les fouilles
rcentes; nous avons la liste des rois, les chiffres indiquant la
longueur de leurs rgnes, mais l'histoire proprement dite,
l'enchanement des vnements, nous fait encore dfaut. Le relev
officiel, anne par anne, de la pierre de Palerme, ne nous est pas
d'une grande utilit, car par le fait des cassures, nous ne savons
auxquels des rois attribuer les vnements signals, qui du reste ne se
rapportent le plus souvent qu' des ftes religieuses ou  des
fondations de temples. De plus, pour des raisons que nous examinerons
plus loin, il est souvent difficile d'tablir la corrlation entre les
noms royaux tels que nous les donnent les listes et ceux qui se trouvent
sur les monuments contemporains.

La premire dynastie, au dire de Manthon, compta huit rois et dura 263
ans, la seconde, neuf rois qui occuprent le trne pendant 302 ans. On
peut les placer, approximativement, entre 4.000 et 3.400 avant notre
re.

Dans ces deux groupes de souverains, la seule figure qui se dtache sur
l'ensemble est celle du premier d'entre eux, Mns, en gyptien Mena ou
Mini, le vritable fondateur de la royaut gyptienne. Nous ignorons
comment il s'y prit pour runir sous son sceptre les deux parties du
pays, mais nous savons qu'aussitt la chose faite, il s'empressa de
transporter le sige de son gouvernement  la frontire des deux
royaumes, fonda une ville nouvelle,  laquelle il donna son nom,
Memphis, Mennofer, et qui par sa position mme devait rester bien
longtemps la capitale de l'Egypte. Aprs cela il s'occupa activement de
l'organisation de ses nouveaux tats: il promulgua des lois, fonda des
temples, dirigea des expditions contre les Libyens qui habitaient aux
confins de la valle du Nil et qui cherchrent toujours  s'y
rinstaller en matres. Son long rgne, qui dura plus de soixante ans,
se termina par une fin tragique sur laquelle nous ne sommes que trs
vaguement renseigns.

Les successeurs immdiats de Mns, ceux dont les noms, grciss par
Manthon, sont Athothis, Kenkens, Ouenphs, Ousaphas, Mibis,
Semempss et Bienekhs, continurent son oeuvre, sans qu'aucun d'eux se
distingut de faon particulire: ils s'occuprent de lgislation,
d'administration intrieure, et rglrent dfinitivement le culte des
dieux et le rituel des crmonies; ils construisirent des temples, des
palais et d'autres difices, ils guerroyrent contre les Libyens et l'un
d'eux envoya au Sina la premire expdition minire dont l'histoire ait
gard le souvenir. Quelques-uns s'occuprent mme de science et
composrent non seulement des ouvrages thologiques, mais aussi des
livres de mdecine et d'anatomie. Sous les uns, diverses calamits
s'abattirent sur le pays, tandis que les autres jouirent d'annes
prospres et tranquilles.

Les rois de la IIme dynastie, Boethos, Kaiekhos, Binothris et les autres
ont une personnalit plus efface encore, et il est difficile de les
identifier avec ceux que les monuments nous font connatre et qui ne
peuvent se ranger que dans cette priode de l'histoire, Kha-Sekhemou,
Neb-ra, Nenouter, Hotep-Sekhemou et plusieurs autres encore. Aucun
vnement important n'est relat, mme sur la pierre de Palerme, o les
mentions annuelles se rapportent toutes  des ftes royales ou
religieuses, au dnombrement des bestiaux,  la construction de divers
difices. On s'aperoit nanmoins, en tudiant les courtes inscriptions
laisses par ces rois et en les comparant  celles de la dynastie
prcdente, qu'il y a quelque chose de chang dans la titulature royale,
auparavant trs simple. Il s'y introduit  plusieurs reprises un lment
nouveau, l'emblme du dieu Set, et ce simple fait montre que le sceptre
n'est plus aussi ferme entre les mains des souverains thinites, qu'ils
se rapprochent insensiblement, soit par des mariages, soit autrement,
des descendants des anciens rois du Nord; si quelques rois se font
ensevelir  Abydos, comme leurs anctres, les autres commencent 
creuser leurs tombeaux  Memphis mme, o les traces de leur activit
deviennent de plus en plus frquentes. Cette dynastie, encore nettement
thinite, tant par l'origine de ses rois que par le caractre de sa
civilisation, reprsente donc pour nous le commencement de la priode de
transition pendant laquelle se prpare l'avnement de l'empire
memphite; cette priode est assez longue, puisqu'elle embrasse encore la
IIIme dynastie qui, bien que memphite, se rattache troitement  celle
qui la prcde.

[Illustration: _Fig. 69._ Tte de Kha-Sekhemou (d'apr. QUIBELL.
_Hieraconpolis_, I, p. XXXIX).]


B. MONUMENTS

Presque tous les monuments, petits ou grands, que nous possdons
maintenant, proviennent de la Haute Egypte, en particulier d'Abydos, de
Negadah et, un peu plus au sud, d'Hieraconpolis, la ville o tait
probablement le centre le plus ancien en Egypte du clan d'Horus le
Faucon, avant son extension vers le nord. Enfin un certain nombre
d'inscriptions et de petits objets ont t trouvs dans les environs de
Memphis, mais, comme nous venons de le voir, ceux-ci datent seulement de
la fin de l'poque thinite. Nous devons passer en revue tous ces
documents avant d'aborder le tableau d'ensemble de la civilisation
pendant cette priode.


_Tombeaux_

Les princes de Thinis avaient choisi pour y creuser leurs spultures une
large plaine sablonneuse domine par les montagnes o commence le dsert
proprement dit, aux environs immdiats de leur premire capitale, au
lieu qui deviendra plus tard la ville sacre d'Abydos. Les plus
anciennes de ces tombes, celles qui appartiennent aux premiers rois de
la Ire dynastie, et mme peut-tre  quelques-uns de leurs prdcesseurs
immdiats, sont de grandes fosses rectangulaires creuses dans le sol du
dsert, qui ne dpassent gure cinq mtres sur sept de ct, et trois de
profondeur environ; des murs en briques crues taient levs contre les
parois naturelles de la fosse et le tout tait recouvert, au niveau du
sol sans doute, par un plancher de bois support par des piliers,
galement en bois; une couche de sable devait rendre la tombe invisible.

[Illustration: _Fig. 70._ Plan d'un tombeau royal  Abydos (d'aprs
PETRIE. _Royal Tombs_, I, pl. LX).]

Avec un plan aussi simple, le tombeau du roi se distinguait  peine de
ceux de ses sujets, et nous voyons peu  peu les souverains chercher 
donner  leur dernire demeure un caractre plus grandiose. A partir du
milieu de la Ire dynastie, les proportions de ces tombeaux augmentent
sensiblement, en profondeur autant qu'en longueur et en largeur: on ne
se contente plus de murs en briques et d'un plafond de bois, on tend un
plancher sur le sol, on lambrisse les parois, et on finit mme par
dessiner le long des murailles, au moyen de murs de refend, des sries
de niches profondes qui ont presque la dimension de petites chambres.
Enfin de grands escaliers en briques crues descendent jusqu'au fond de
la salle, et autour de celle-ci, dans un foss moins profond, sont
construites des sries de petites chambres servant de magasins pour les
provisions funraires et de spulture aux gens de l'entourage immdiat
du roi. Un petit monticule de sable et de galets recouvrait autrefois le
trou, et au sommet une stle portant en grands caractres le nom du roi
signalait de loin l'emplacement de son tombeau.

[Illustration: _Fig. 71._ Stle royale d'Abydos (d'aprs DE MORGAN.
_Rech. sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _797_).]

Deux tombes seulement de rois de la IIme dynastie ont t retrouves 
Abydos, toujours dans la mme rgion, mais ces monuments se distinguent
trs nettement des autres, par le fait surtout que la chambre funraire
et toutes ses dpendances sont construites dans une seule et mme
excavation, celle-ci pouvant atteindre des dimensions considrables.
Ainsi le tombeau de Kha-Sekhemou, qui doit tre un des derniers rois de
la dynastie, est construit sur un plan trs allong et n'a pas moins de
83 mtres de long, avec 58 pices, parmi lesquelles la chambre
funraire, place au centre, est  peine plus importante que les autres.

Le monument le plus remarquable de toute la priode thinite est situ 
Ngadah, entre Abydos et Louxor; c'est encore un tombeau, non plus un
tombeau souterrain, mais une construction entirement apparente. En
voyant pour la premire fois cet difice qui est encore dans un tat de
conservation relativement bon, nous crmes tre en prsence d'un mastaba
de l'Ancien Empire et il fallut les fouilles mthodiques qu'entreprit
immdiatement M. de Morgan pour nous prouver que nous avions sous les
yeux un monument datant d'un des plus anciens rois de la Ire dynastie;
certains savants ont voulu identifier ce souverain  Mns lui-mme,
mais la dcouverte rcente d'un fragment des annales de l'Ancien Empire
montre qu'il s'agit sans doute de son deuxime successeur, le roi
Atet-Kenkens.

Entirement construit en briques crues, ce monument, dont la forme
gnrale est rectangulaire, a une longueur totale de 54 mtres,
exactement le double de sa largeur; un socle bas l'isole du terrain
environnant, et au-dessus de ce soubassement les murs s'lvent,
prsentant tout le long des quatre faades une srie de petites niches
avec les retraits et les saillies que nous retrouverons plus tard dans
les stles de l'Ancien Empire et qui ne font que reproduire les dtails
dcoratifs de l'architecture civile en briques et en bois. Aucune porte
ne permet de pntrer dans l'intrieur, qui se compose d'un noyau
central contenant cinq pices, dont la chambre funraire, au milieu;
aprs l'ensevelissement, on avait mur les portes de ces chambres, puis
on avait difi tout autour une srie de pices plus petites destines 
servir de magasin, et enfin le mur extrieur avec ses niches, qui devait
clore dfinitivement le tombeau et le prsenter aux regards sous la
forme d'un immense bloc architectural sans la moindre ouverture: au lieu
d'tre enterr, comme d'habitude, le mort tait emmur.

Enfin, dans les substructions du temple plus rcent d'Hieraconpolis, on
a retrouv un long mur circulaire, en pierres grossirement assembles,
qui reprsente sans doute l'enceinte du premier temple bti en cet
endroit sous les dynasties thinites, ainsi que semblent le prouver un
montant de porte sculpt au nom du roi Kha-Sekhemou et d'autres objets
de la mme poque. On n'a jusqu'ici signal aucun autre difice royal,
temple ou tombeau de cette priode.

[Illustration: _Fig. 72._ Tombe d'poque thinite (d'aprs REISNER.
_Predynastic cemeteries_, I, pl. IV).]

Quant aux tombeaux des particuliers, ils sont toujours d'une grande
simplicit: la fosse, un peu plus grande qu'autrefois, est rectangulaire
ou carre, ses parois sont en gnral revtues de briques crues, et un
plafond de bois ou de dalles de pierre recouvre le tout; elle comprend
parfois plusieurs chambres. Le mort y est le plus souvent couch sur le
ct gauche, la tte au sud, dans la position dite embryonnaire ou
assise; on ne rencontre que rarement des exemples de dmembrement
complet, comme c'est le cas vers la fin de la priode prcdente, mais
on retrouve par contre souvent la petite tombe ovale et la tombe-ciste.


_Mobilier funraire_

Les tombeaux royaux ne nous sont point parvenus intacts; ils n'taient
pas suffisamment protgs, et les violateurs de spultures y
pntrrent; puis des incendies clatrent dans ces constructions o le
bois entrait pour une grande part, et le mobilier funraire en souffrit
considrablement. D'aprs ce qui en reste, nous pouvons nanmoins nous
faire une ide exacte de ce que ce mobilier devait tre  l'origine, de
la varit et de la richesse des objets qui le composaient.

[Illustration: _Fig. 73._ Jarre en terre (d'ap. PETRIE. _Abydos_, I, pl.
XXXII No _100_).]

Les vases en terre sont de toutes formes et d'une grande abondance; tous
servaient  serrer des provisions, grains ou liquides, dont on a encore
retrouv des traces, et taient amoncels dans les petites salles
annexes du tombeau, qui servaient de magasins; d'immenses jarres,
soigneusement fermes au moyen d'une cuelle et d'un bouchon d'argile,
et alignes les unes  ct des autres, contenaient du vin, peut-tre
aussi de l'huile; dans d'autres pices, des cruches plus petites ou de
grandes cuelles renfermaient du bl, de l'orge, des fruits, des
viandes. Tous ces vases taient des objets d'un usage courant, vulgaire
mme, et non des ustensiles de luxe; ils ne manquent pas d'un certain
galbe, d'une lgance de lignes qui se retrouve dans tout objet
provenant de l'ancienne Egypte, mais leur facture est sommaire, l'argile
employe est grossire, la cuisson souvent dfectueuse.

[Illustration: _Fig. 74 et 75._ Vases cylindriques en terre (d'ap.
AYRTON. _El-Mahasna_, pl. XXXIII).]

Si la cramique, ravale  des usages infrieurs, est moins soigne que
celle de la priode prdynastique, nous remarquons par contre un progrs
immense ralis dans l'industrie des vases de pierre: toute la vaisselle
des rois et des gens de qualit se composait en effet d'ustensiles
taills avec une habilet incroyable, qui n'a jamais t gale plus
tard, en aucun endroit et  aucune poque. Les ouvriers travaillent
indiffremment le calcaire, l'albtre et le grs, le granit, la diorite,
la diabase et le porphyre, sans que jamais la pierre la plus dure semble
constituer pour eux le moindre obstacle. Ils s'attaquent mme 
l'obsidienne et au cristal de roche et russissent  en tirer des petits
vases et des coupes d'une perfection inoue. Des instruments dont ils se
servaient pour venir  bout de ces chefs-d'oeuvre, nous ne connaissons
que le plus important, celui qui servait  vider l'intrieur du vase,
une sorte de vilebrequin  lame latrale, garni dans le haut d'un lourd
contrepoids servant de volant.

[Illustration: _Fig. 76-79._ Coupes en pierre dure (d'aprs PETRIE.
_Royal Tombs_, II pl. XLVII, XLVIIB, XLVIII).]

Au point de vue de la forme, la varit de ces vases est trs grande. Il
y a d'abord la coupe, pour laquelle on employait de prfrence
l'albtre, le calcaire, le grs, le quartz, et qui servait en mme temps
d'assiette et d'cuelle. Elle est plate ou plus ou moins profonde,
souvent mme plus haute que large; son fond est plat ou arrondi, ses
parois gnralement droites, mais parfois le rebord se retourne
lgrement vers l'intrieur. Puis les grandes jarres d'albtre, imites
du modle trs rpandu de la poterie ordinaire, et dont quelques-unes
atteignent jusqu' un mtre de hauteur; les vases globulaires  fond
plat et  petites anses, les uns minuscules, les autres de trs grandes
dimensions; les vases sphrodes  rebord aplati et anses de suspension,
en granit, diorite ou porphyre, dont la panse est unie ou ctele et qui
sont souvent de pures merveilles; enfin les nombreux vases cylindriques,
gnralement en albtre. On pourrait encore mentionner d'autres formes
moins courantes, entre autres les vases en forme d'animaux. Tous ces
modles se retrouvent en trs grande abondance dans les tombeaux des
rois et mme dans ceux des particuliers de l'poque. Etant donne la
matire employe, on pourrait encore faire rentrer dans cette catgorie
les petites tables d'albtre, sorte de guridons forms d'un disque
mont sur un pied trs bas, qui servaient de tables  manger, et qui
deviennent surtout frquentes  partir de l'Ancien Empire.

[Illustration: _Fig. 80 et 81._ Vases de pierre (d'aprs PETRIE. _Royal
Tombs_, II, pl. XLIX, et l'original).]

La faence fait sa premire apparition avec des vases, des plaquettes et
divers fragments en terre vernisse,  couverte d'un vert parfaitement
homogne, mais qui peut-tre tait bleu  l'origine; ce genre de faence
devait continuer  tre employ  toutes les poques du royaume
pharaonique.

[Illustration: _Fig. 82 et 83._ Bracelets de la Ire dynastie (d'aprs
VERNIER. _Bijoux et orfvrerie_, I, pl. V).]

Vu leur fragilit mme, beaucoup d'objets qui se trouvaient dans les
tombes royales ont disparu ou ne nous sont parvenus qu' l'tat de
fragments: ainsi tout ce qui tait en bois ou en ivoire, figurines,
plaquettes, coffrets incrusts, meubles sculpts souvent orns de pieds
de taureau ou de lion, d'un travail exquis. Un hasard heureux a fait
retrouver aussi de belles perles en or et des bracelets en or, amthyste
et grenat qui sont aussi bien composs qu'excuts, et qui dnotent,
chez les bijoutiers de ce temps, une pratique du mtier dj trs
grande.

[Illustration: _Fig. 84._ Poignard en silex  poigne d'or (d'apr. J. DE
MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _136_).]

Les progrs de la taille du silex sont au moins aussi remarquables que
ceux de la fabrication des vases en pierre dure. Les grands couteaux
recourbs du tombeau de Negadah et les longs clats retaills sur une
seule face, avec des retouches d'une rgularit parfaite, ne sauraient
trouver leurs gaux en aucun pays du monde; ces derniers servaient de
poignards, et l'un d'eux est envelopp sur une partie de sa longueur
d'une feuille d'or cisel formant poigne. A ct de ces armes on
trouve, toujours dans les tombeaux des rois, un grand nombre de pointes
de flches qui ne leur cdent en rien pour la beaut de la forme et du
travail.

[Illustration: _Fig. 85 et 86._ Pointes de flches, Abydos (d'apr. DE
MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Eg._, I, fig. _210_, _219_).]

Nous avons dj vu  et l, pendant l'poque prcdente, des objets de
cuivre;  partir des premiers rois thinites, l'usage de ce mtal est
trs rpandu. On s'en sert non seulement pour des outils ou des armes,
mais aussi pour des vases, grandes coupes creuses, vases globulaires
avec anse mobile ou aiguires verseuses  bec recourb, qui tmoignent
dj d'une grande habilet en matire de chaudronnerie; les ouvriers
s'entendaient aussi bien  travailler  l'embouti qu' souder et  river
les pices ensemble.

[Illustration: _Fig. 87._ Plaque de schiste (d'aprs LEGGE. _Proc. of
the Soc. of Bibl. Arch._, XXII pl. II).]

Parfois encore les tombeaux des particuliers nous livrent de ces plaques
de schiste que nous avons signales dans les spultures prdynastiques,
mais on n'en a rencontr que rarement dans les tombes royales; l'usage
de ces objets dans le mobilier funraire tendait  disparatre, par
contre on en employait d'analogues pour le service du culte divin. Ces
plaques de schiste d'un nouveau modle, dont quelques-unes de trs
grandes dimensions, sont couvertes de sculptures en bas-relief qui ont
pour nous non seulement de l'intrt au point de vue artistique, mais
nous donnent encore souvent des renseignements historiques importants.
On y voit reprsentes, sous forme symbolique, une campagne victorieuse,
la destruction de cits ennemies, la soumission des vaincus, tandis que
sur d'autres on ne remarque que des animaux de toute sorte, en
particulier ces espces de panthres dont le cou d'une longueur trs
exagre entoure le godet central qui parat tre la partie la plus
importante de la plaque, mais dont nous ne connaissons pas encore le but
exact. Quoi qu'il en soit, ces plaques de schiste sculptes, qui sont de
vritables oeuvres d'art, paraissent tre des objets votifs, comme les
normes masses d'armes votives en pierre, couvertes de bas reliefs, qui
taient dposes dans le temple d'Hieraconpolis.

[Illustration: _Fig. 88._ Statue archaque,  Turin (d'ap. PETRIE.
_Photographs_, No _2_).]

Ces monuments sont en somme les premiers bas-reliefs gyptiens; c'est de
la mme poque que datent les premires oeuvres de la statuaire, qui,
bien que souvent un peu lourdes de forme, possdent dj la plupart des
qualits des statues de l'Ancien Empire. Ces objets sont du reste assez
rares: quelques statues de petites dimensions, de rois ou de
particuliers, des statuettes d'hommes ou de femmes en ivoire, et des
figurines en diverses matires, reprsentant des animaux.


_Inscriptions_

Parmi tous ces monuments, les plus importants pour nous, et de beaucoup,
sont ceux qui portent des inscriptions. Les plus anciens documents
crits appartiennent aux premiers souverains ayant rgn sur les deux
parties du pays, et l'invention de l'criture, qui est la
caractristique de l'poque thinite, ne semble pas avoir t de beaucoup
antrieure  ces dbuts de l'histoire gyptienne. Il ne s'agit pas
encore de textes,  proprement parler, mais d'inscriptions trs courtes
donnant des noms, des titres, et la mention sommaire, au moyen de
quelques signes seulement, d'vnements importants. En la comparant 
celle des poques suivantes, on voit que cette criture est encore dans
son enfance, mais en mme temps on peut constater qu'elle a non
seulement le caractre pictographique propre  toutes les critures
primitives, mais qu'elle possde dj tous les lments phontiques et
alphabtiques qui constituent le systme hiroglyphique. Les signes ne
sont pas encore disposs suivant un ordre rigoureux, comme plus tard,
mais ils sont dj dessins avec une prcision remarquable, et ceux qui
sont en usage  ce moment-l se modifieront  peine au cours des
sicles. L'Egyptien, profondment artiste, avait trouv, presque sans
ttonnement, semble-t-il, le type d'criture qui lui convenait et
auquel il devait se tenir pendant des milliers d'annes.

[Illustration: _Fig. 89._ Tablette en bne (d'ap. PETRIE. _Royal
Tombs_, I, pl. XV, no _16_).]

Les documents crits de la priode thinite appartiennent pour ainsi dire
tous au roi lui-mme ou  son entourage immdiat. Parmi les monuments
royaux, il faut citer en premire ligne les grandes stles de pierre
dresses sur les tombeaux et qui ne contenaient que le nom du roi en
grands caractres; il en est de mme des montants de porte de
Kha-Sekhemou au temple d'Hieraconpolis et des bas-reliefs du Sina o
le nom accompagne seul la figure de Mersekha massacrant ses ennemis. De
petites plaquettes en bois ou en ivoire, destines  commmorer un
vnement, une victoire, une crmonie religieuse ou une inauguration
d'difices, portaient, en plus des reprsentations figures et du nom
royal, un trs court texte explicatif. Enfin, sur la grande plaque de
schiste et les massues votives d'Hieraconpolis, il n'y a,  ct des
reprsentations, que le nom du roi, qui se retrouve galement, isol,
sur beaucoup de petits objets de toute espce.

[Illustration: _Fig. 90._ Empreinte de cylindre (d'aprs PETRIE. _Royal_
Amenemhat III).]

Chaque employ suprieur de l'administration avait son cachet officiel,
cylindre grav en creux, portant son titre et son emploi,  ct du nom
du roi; ces cylindres servaient entre autres  sceller les produits dont
les fonctionnaires avaient la surveillance, et ils taient apposs sur
les normes bouchons d'argile fermant les grandes jarres o l'on
conservait les provisions destines au roi mort. Ces empreintes, qui
sont le plus souvent encore trs nettes, forment l'ensemble le plus
important et le plus vari des inscriptions de l'poque thinite. C'est
aussi, sans aucun doute,  des officiers royaux et  de grands
personnages de la cour qu'appartenaient les nombreuses petites stles
portant simplement leur nom et indiquant la place de leur spulture dans
les dpendances des tombeaux royaux.

[Illustration: _Fig. 91._ Protocole du roi Amenemhat III.]

Ce n'est pas sous la forme d'un cartouche ovale, comme on a l'habitude
de le voir dans tous les monuments depuis l'Ancien Empire, que se
prsente ici le nom du roi: il est renferm dans un rectangle termin
dans le bas par un motif architectural et surmont d'un faucon. Il est
ncessaire, pour expliquer cette diffrence qui peut paratre trange au
premier abord, de jeter un coup d'oeil sur la titulature complte des
rois d'Egypte,  la bonne poque. A ct d'un nombre trs variable
d'pithtes pompeuses o la fantaisie des scribes se donne libre
carrire, le protocole royal comporte cinq noms diffrents prcds
chacun d'un titre spcial; ainsi la titulature complte d'Amenemhat III,
un des derniers rois de la XIIme dynastie (fig. 91), se prsente de la
faon suivante:

Le premier de ces titres, celui dans lequel le faucon surmonte un
difice o est grav le nom, reprsente le nom sacr du roi, son nom
d'Horus, celui par lequel il affirme sa descendance divine, sa qualit
d'hritier lgitime du dieu fondateur de la monarchie. Les deux suivants
ont moins d'importance et paraissent rarement isols en dehors du
protocole complet. Quant aux deux derniers, avec les noms renferms dans
des cartouches, ce sont,  l'poque classique, les vrais titres
officiels du roi, les seuls employs couramment pour dsigner le
pharaon: l'un, que nous avons l'habitude d'appeler le prnom, est
surmont du double titre roi de la Haute et roi de la Basse Egypte;
c'tait le nom que se donnait le roi au moment de son couronnement,
tandis que son ancien nom de prince royal, son nom de famille en quelque
sorte, trouvait place dans le dernier cartouche, avec l'pithte fils
du soleil, qui fait ressortir une fois de plus le caractre divin ou
semi-divin de la royaut. Tous ces titres n'ont ni la mme origine ni la
mme anciennet. Le premier en date est aussi le premier de la srie,
le nom d'Horus; jamais, sur leurs monuments, les premiers rois de la
premire dynastie ne sont dsigns par un autre nom que celui qui,
enferm dans le rectangle qui figure le palais royal, est surmont du
faucon, image du dieu Horus. Le souverain n'est donc pas appel 
l'origine le roi d'Egypte un tel mais l'Horus un tel; plus tard,
sous la IIme dynastie, certains rois qui taient sans doute originaires
de la Basse Egypte tentrent, comme le fit Perabsen, de remplacer le
faucon par l'animal typhonien Set, et se nommrent alors le Set un tel
(fig. 93); d'autres enfin runirent les deux emblmes divins, comme
Kha-Sekhemou qui se donne le titre de: Horus-Set-Kha-Sekhemou (fig.
94).

[Illustration: _Fig. 92._ Noms de rois de la Ire dynastie.]

[Illustrations:
  _Fig. 93._ Nom du roi Perabsen.
  _Fig. 94._ Nom du roi Kha-Sekhemou.
  _Fig. 95._ Nom du roi Den-Setou.]

Ds l'origine, cependant, les rois prirent le titre de matre des
diadmes du Sud et du Nord, titre qui vient se placer  ct du
premier, mais n'est pas accompagn d'un nom nouveau. Enfin,  partir du
milieu de la Ire dynastie, nous voyons apparatre un second nom tout 
fait diffrent de l'autre, avec le titre de roi de la Haute et de la
Basse Egypte (fig. 95). Ce nom n'est pas encore enferm dans un
cartouche, comme cela aura lieu plus tard. Quant aux deux autres titres,
celui de Horus d'or, ou de Horus vainqueur, et celui de fils du
soleil, ils ne paraissent que beaucoup plus tard, dans le courant de
l'Ancien Empire.

Dans les listes royales d'poque postrieure, les pharaons, mme les
plus anciens, sont toujours dsigns par leurs noms de rois de la Haute
et de la Basse Egypte, jamais par leurs noms d'Horus. Or les monuments
de l'poque ne nous donnent la concordance entre les deux noms que pour
trois rois de la Ire dynastie: Den-Setou (Ousaphas), Azab-Merbapa
(Miebis) et Mersekha-Semempss. Pour tous les autres rois thinites, nous
n'avons que le nom d'Horus, ce qui rend leur assimilation assez
difficile; nanmoins, on est arriv  les grouper de faon assez
satisfaisante.


C. CIVILISATION

L'organisation de la royaut, l'invention de l'criture, les dbuts de
l'architecture, le dveloppement des arts et de l'industrie marquent un
progrs immense de l'poque thinite sur la priode prcdente, une
transformation radicale dans l'tat gnral du pays. Aprs avoir tudi
les monuments, il nous reste  passer aux conclusions que nous pouvons
en tirer quant  ce nouveau stage de la civilisation.


_Royaut_

Le roi est un Horus, donc non seulement un monarque de droit divin ou un
reprsentant du dieu sur la terre, mais un roi-dieu, planant en quelque
sorte au-dessus de l'humanit. Tout lui appartient ici-bas, tout gravite
autour de lui. Dtenteur du pouvoir spirituel aussi bien que du pouvoir
temporel, il organise le culte des dieux, ses pres et ses frres, il
commence  leur faire construire de vrais temples au lieu des petits
dicules en bois entours d'une enceinte ou des huttes en branchages qui
sont encore presque partout les sanctuaires des diverses divinits.
Quant  lui-mme, il habite des palais dont le cadre qui entoure son nom
nous a conserv une image sommaire et, aprs sa mort, il repose dans un
tombeau somptueux, entour d'un monceau de provisions pour l'ternit.
Les membres de sa famille paraissent  peine  ct de lui.


_Tribus_

La prsence,  ct du roi, dans les grandes crmonies, des enseignes
symboliques du faucon, du chacal, de l'ibis, semble indiquer que les
anciennes tribus subsistent toujours, non plus indpendantes, mais
devenues vassales de la couronne. Cependant ces emblmes pourraient
aussi tre de nature purement religieuse et s'appliquer  des divinits
plutt qu' des groupements de la population.


_Fonctionnaires_

Autour du roi se trouvaient une quantit de fonctionnaires, depuis ceux
qui taient attachs  la personne mme du souverain, le porte-sandales
et le porte-ventail, jusqu'aux chefs artisans qui semblent avoir eu une
position privilgie. Puis venaient tous ceux qui taient prposs aux
domaines royaux, qui surveillaient l'emmagasinage des rcoltes et dont
les sceaux taient apposs sur les bouchons des jarres  provisions.
Tous ces personnages forment l'entourage immdiat du roi et se font
enterrer  ct de lui, parfois mme dans les dpendances de la
spulture royale. Comme leur souverain, ils perptuent le souvenir de
leur tombeau par une stle place au-dessus, en vidence, stle o leur
nom seul est sommairement grav sur une pierre  peine dgrossie.


_Peuple_

C'est dans les centres, et particulirement autour du roi, que nous
pouvons suivre le dveloppement de cette civilisation nouvelle: jusqu'
quel point put-elle pntrer dans la masse mme de la population, chez
les habitants des campagnes? Les tombeaux de ceux-ci, dissmins le long
des coteaux de sable qui bordent la valle, comme ceux de leurs
prdcesseurs, nous montrent  quoi nous en tenir  ce sujet et, somme
toute, nous voyons qu' part quelques modifications de dtails, la
situation du peuple n'a gure chang. Si les habitants du pays revtent
maintenant leurs tombeaux de briques, ils les creusent toujours aux
mmes endroits et leur donnent  peu prs les mmes dimensions
qu'auparavant. Le mobilier funraire est le mme,  peine un peu
modernis quant  la forme des vases; les outils et les armes ne sont
pas modifis et ce n'est encore que rarement qu'on voit paratre des
objets de cuivre  ct des silex taills toujours en usage.

Comme jadis, les habitants des campagnes ne se proccupaient gure des
progrs de l'criture ou de l'architecture, et vivaient de chasse et de
pche, d'levage et d'agriculture. Le cuivre fournissait aux pcheurs un
nouvel engin, le petit hameon, mais il changeait  peine l'armement des
chasseurs. L'agriculture tait en progrs, sans doute grce aux efforts
de l'administration royale. Le roi possdait-il lui-mme des champs de
bl et d'orge d'o il tirait ses approvisionnements ou les
abandonnait-il aux cultivateurs moyennant une forte redevance en nature,
c'est ce dont nous ne pouvons nous rendre compte; peut-tre y avait-il
des terres de la couronne et des terres prives, comme ce devait tre le
cas plus tard. En tous cas le roi possdait des jardins spciaux, enclos
de murs, qui taient l'objet d'une surveillance particulire, et o l'on
cultivait entre autres la vigne. Les employs du gouvernement
apportaient aussi un soin particulier aux irrigations, notaient avec
soin la cote exacte de chaque crue du Nil, et faisaient creuser les
premiers canaux.

Les artisans, les gens de mtier, vivaient surtout dans les centres,
mais les habitants des campagnes fabriquaient eux-mmes les objets dont
ils avaient besoin, en particulier ce qui concernait le vtement.
Pendant que les hommes s'occupaient de chasse, de pche et des travaux
des champs, les femmes se chargeaient de filer et de tisser la toile.


_Commerce extrieur_

La plupart des matires premires qu'employaient les Egyptiens
provenaient du pays mme, mais d'autres devaient tre cherches plus
loin, souvent  de grandes distances. Ainsi certaines pierres dures,
employes pour fabriquer des vases ou des objets d'ornement, ne se
trouvent que dans des montagnes situes en plein dsert; il en est de
mme de l'or. Le roi envoyait-il des expditions pour recueillir ces
matires prcieuses, ou bien les nomades les apportaient-ils jusqu'en
Egypte, il nous est impossible de le savoir. Le cuivre venait de plus
loin vers le sud, et des gisements de turquoises, comme ceux du Sina,
taient dj exploits par les Egyptiens; peut-tre aussi le commerce
extrieur en amenait-il dans le pays des quantits plus ou moins
considrables.

L'obsidienne employe en Egypte provient de l'le de Milo, dans
l'Archipel, et ce fait montre qu'il continuait  y avoir entre les deux
peuples, malgr l'obstacle que leur opposait la mer, des relations
suivies; la prsence de poterie genne dans les tombeaux royaux
d'Abydos est une preuve de plus du commerce qui se faisait  cette
poque sur la Mditerrane.

La similitude trs marque qui existe entre certains objets de la
Chalde primitive et les monuments de l'Egypte thinite a fait envisager
par certains savants la possibilit d'une origine commune des deux
races. Cette hypothse, comme je l'ai dit plus haut, doit sans doute
tre abandonne, car la civilisation gyptienne est certainement
originale et africaine. Les infiltrations smites qui ont pu se produire
dans la valle du Nil sont beaucoup moins importantes qu'il ne le
paraissait d'abord et il se peut fort bien qu'elles soient dues
uniquement  des relations commerciales entre l'Egypte et les pays de
l'est et du sud-est, par la mer Rouge. Ainsi des voyageurs, des
commerants peuvent avoir apport d'Egypte en Chalde ou de Chalde en
Egypte, des cylindres servant de sceaux, et cette nouveaut ayant t
apprcie, la mode s'en sera rpandue facilement; rien du reste ne
prouve que l'usage du cylindre ait t invent en Msopotamie plutt que
dans la valle du Nil. Il en est de mme de certains petits vases 
parfums, spcialement de ceux  formes animales.

Quant  la question de l'criture, qui a t invoque comme preuve de
l'origine commune des deux plus anciennes civilisations de l'Orient,
elle n'est pas suffisamment concluante. La premire criture d'un peuple
sortant de la barbarie est ncessairement pictographique, aussi
peut-elle avoir dbut indpendamment dans les deux pays; en effet les
signes hiroglyphiques qui en Babylonie et en Egypte se ressemblent,
n'ont pas la mme valeur phontique, et appartiennent  deux langues
trs diffrentes. L l'criture primitive se transforme rapidement,
devient linaire, puis cuniforme, tandis qu'en Egypte elle reste
pendant des milliers d'annes une criture hiroglyphique.

[Illustration: _Fig. 96._ Chien en ivoire (d'ap. DE MORGAN. _Rech. sur
les orig. de l'Egypte_, II, fig. _698_).]




[Illustration: _Fig. 97._ La Pyramide  degrs de Saqqarah.]




CHAPITRE V

ANCIEN EMPIRE

(De 3400  2200 av. J.-C. environ.)


Ce nom d'Ancien Empire, adopt dans un temps o l'on considrait comme
lgendaires les deux dynasties thinites, s'applique  toute la priode
o l'Egypte fut gouverne par des rois du nord, Memphites ou
Hliopolitains, priode de paix et de prosprit pour le pays qui
atteint peu  peu un trs haut degr de dveloppement dans tous les
domaines. C'est une succession de rois sages et puissants, dont
l'autorit n'est pas discute et dont la politique consiste, non 
chercher au dehors des conqutes et des aventures, mais  augmenter la
richesse du pays par ses propres moyens, en utilisant et en dveloppant
toutes ses forces naturelles, autant celles du sol que celles de ses
habitants.


A. HISTOIRE

L'Ancien Empire occupe dans l'histoire un laps de temps de 1200 ans
environ, et se place approximativement, puisque nous ne pouvons donner
de date exacte et que nous sommes obligs, dans le domaine
chronologique, de nous en tenir  des  peu prs, entre 3400 et 2200
avant notre re; quatre dynasties se succdent, puis vient une chute
brusque, une priode de luttes intrieures, l'poque fodale, pendant
laquelle se prpare l'avnement du Moyen Empire thbain.


_IIIe dynastie_

Nous avons vu se produire, au cours de la IIme dynastie un certain
flottement; le royaume du nord, absorb par Mns et ses successeurs, se
ressaisit peu  peu et cherche  reprendre les rnes du pouvoir. Aprs
de longs efforts, les princes memphites arrivent  supplanter leurs
suzerains et  coiffer eux-mmes la double couronne; il ne semble pas y
avoir eu de rvolution ni de luttes sanglantes, la transition est trop
lente pour avoir t brutale et c'est sans doute en suite d'une srie
d'alliances qu'une des familles finit par supplanter l'autre. Les rois
memphites se considrent comme les hritiers directs et lgitimes des
rois thinites. Loin de renier leurs prdcesseurs, ils continuent leur
oeuvre et prennent leurs titres sans aucune modification; ils deviennent
des Horus et non, comme on pourrait le croire, des Set, et se donnent
galement les titres de matre des diadmes du Sud et du Nord et de
roi de la Haute et de la Basse Egypte. Ce dernier titre est suivi d'un
nom spcial, qui n'est pas encore enferm dans un cartouche. Rien n'est
chang, ni dans l'organisation du pays, ni dans les moeurs; c'est encore
la priode de transition dans laquelle rentrent galement les rois
thinites de la IIme dynastie et les rois memphites de la IIIme, si
intimement lis malgr la diffrence de leur origine qu'il est souvent
difficile de distinguer sur les monuments contemporains ce qui
appartient aux uns plutt qu'aux autres.

Manthon donne pour la IIIme dynastie neuf rois avec 214 ans de rgne,
mais ses transcriptions de noms sont trs fantaisistes et il est
difficile de les identifier avec les noms des neuf ou dix souverains que
nous connaissons d'aprs les monuments, et qui appartiennent
certainement  cette poque. Aucun vnement saillant ne marqua le rgne
de la plupart de ces rois, sauf une invasion libyenne sous le premier de
ceux-ci, le Nekherphs des Grecs, le Baba des listes, invasion qui se
termina, dit-on, par l'apparition d'un phnomne cleste devant lequel
les Libyens reculrent pouvants, sans combat. Les Egyptiens des
poques postrieures avaient cependant conserv trs vivant le souvenir
de certains de ces souverains, Nebka, Djeser-Teta, Houni, mais surtout
du plus important d'entre eux qui est,  n'en pas douter, le vrai
fondateur de l'Empire memphite, Tosorthros, celui de Djeser qui porte le
nom d'Horus Nouterkha; auteur de livres scientifiques, il s'appliqua
surtout  dvelopper l'criture et l'architecture, et nous pouvons
constater le bien-fond de cette lgende car nous avons en effet de lui
des constructions trs importantes, comme la pyramide  degrs de
Saqqarah, le plus ancien de ces immenses monuments funraires, et,
immdiatement aprs son rgne, les premires grandes stles tombales
couvertes de textes. En outre la tradition lui attribuait certaines
fondations pieuses, comme l'organisation du culte d'Isis  Philae, que
relate tout au long une stle de basse poque dans l'le de Sehel. Cette
figure bien relle du roi Djeser domine et claire toute la IIIme
dynastie qui sans elle serait une des plus inconsistantes et des moins
connues de toute l'histoire d'Egypte.


_IVe dynastie_

Le passage d'une dynastie  l'autre s'opra sans secousse,
naturellement; comme le dit un texte littraire trs ancien: En ce
temps-l, la Majest du roi Houni arriva au port (c'est--dire mourut)
et la Majest du roi Snefrou s'leva en roi bienfaisant, sur la terre
entire; c'est une famille nouvelle recueillant l'hritage d'une
famille parente qui s'teint. Les huit rois de cette dynastie, qui,
toujours d'aprs Manthon, occuprent le trne pendant 284 ans, nous ont
laiss des tmoins indestructibles de leur puissance, les pyramides,
l'effort architectural le plus gigantesque qui ait jamais t tent.

[Illustration: _Fig. 98._ Bas-relief de Snefrou au Sina (d'aprs J. DE
MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. 594).]

Avec le premier de ces rois, Snefrou, commence une priode de grande
prosprit pour l'Egypte; les tombeaux des simples particuliers
deviennent de vritables monuments, et lui-mme se fait construire deux
pyramides. La richesse est trs grande dans le pays, consquence d'une
administration sage et prvoyante, et les arts ne ttonnent plus, ayant
atteint l'expression parfaite dont ils ne s'carteront plus gure. De
son oeuvre personnelle, nous savons peu de chose, sinon qu'il organisa
de faon dfinitive l'exploitation des mines du Sina, fortifiant ainsi
la marche orientale de l'Egypte contre les incursions des bandes smites
de la Syrie mridionale.

[Illustration: _Fig. 99._ Khops (d'aprs PETRIE. _Abydos_, II, pl.
XIV).]

Son successeur, Khops ou Khoufou, continua son oeuvre et fut plus
puissant encore. Le travail colossal ncessit par la construction de sa
pyramide avait rendu son nom lgendaire, et les Grecs voyaient en lui un
tyran qui avait cras son peuple de corves, tandis que les Egyptiens
vnraient son souvenir, que son culte funraire se perptuait et qu'il
fut toujours considr comme un des plus grands rois d'Egypte. Il fonda
des temples et continua d'encourager les travaux miniers au Sina.

[Illustration: _Fig. 100._ Dadefra--Fouilles d'Abou-Roash--Louvre
(photographie de M. E. Chassinat).]

[Illustration: _Fig. 101._ Khfren (photogr. de E. Brugsch-Pacha).]

Aprs la mort de Khops des comptitions s'levrent dans sa famille, et
son premier successeur, Dadefra (Ratoses), fut renvers aprs un rgne
plus ou moins long, sa pyramide fut rase, ses statues mises en
miettes, sa mmoire efface presque compltement. Le frre de ce
dernier, Khefren ou Khafra, monta alors sur le trne, et si nous ne
savons rien de son oeuvre pendant son long rgne, nous avons du moins de
lui des monuments extrmement remarquables, sa pyramide, le grand sphinx
de Giseh et des statues qui sont de pures merveilles. La lgende
transmise par Hrodote dit que lui aussi fut considr comme un tyran
odieux et que, comme son pre Khops, sa dpouille mortelle fut arrache
de son tombeau et mise en pices par le peuple rvolt, mais cette
lgende ne repose sur aucune base srieuse.

[Illustration: _Fig. 102._ La grande pyramide et le sphinx de Gizeh.]

[Illustration: _Fig. 103._ Mycrinus (d'aprs MASPERO. _Muse Egyptien_
I, pl. IX).]

Puis vint Menkaoura, le Mycrinus des Grecs, dont la rputation de
justice et de pit se perptua jusqu' la fin de l'empire pharaonique;
lui aussi se fit construire une pyramide et sculpter des statues
splendides, et continua l'exploitation des mines du Sina. Il fut le
dernier grand roi de sa race, ses successeurs nous sont  peine connus,
et la IVme dynastie finit sans que nous puissions nous rendre compte de
quelle manire; sans doute des rois incapables se virent peu  peu
supplanter par des personnages plus nergiques, plus populaires et
disposant d'un parti puissant. Un oracle avait prdit  Khops que sa
famille allait disparatre et qu'aprs quelques gnrations une race
nouvelle, race d'origine divine, issue de R lui-mme, le dieu-soleil,
monterait sur le trne  sa place. S'inclinant devant la volont divine,
Khops n'avait mme pas song  dtruire pendant qu'ils taient faibles
encore, les premiers reprsentants de cette famille qui devait
dpossder la sienne.


_Ve dynastie_

Avec l'avnement de ces nouveaux rois, originaires d'Hliopolis--et non
d'Elphantine, comme le dit Manthon,--qui se considrent comme
engendrs par le dieu-soleil lui-mme et adoptent dfinitivement dans
leur protocole le titre jusqu'alors peu employ de fils de R, le
caractre thocratique de la royaut s'accuse de plus en plus. C'est le
triomphe des prtres d'Hliopolis, mtropole religieuse de la Basse
Egypte, les vrais fondateurs de la religion gyptienne, qui en arrivent
 grouper autour de leur dieu-soleil tous les dogmes locaux d'origine si
disparate, et  constituer un ensemble homogne, acceptable pour tous
les Egyptiens. Non contents de cette centralisation religieuse, ils
russissent  mettre la main sur le pouvoir temporel, avec les neuf rois
de la Vme dynastie qui, au dire de Manthon, rgnrent pendant 218 ans,
et mme aprs ce temps, ces prtres du soleil surent garder pendant de
longs sicles une influence prpondrante sur le pouvoir civil.

[Illustration: _Fig. 104._ Neouserra (d'aprs MASPERO. _Muse Egyptien_,
I, pl. X).]

Ouserkaf fut le premier de sa race; sans doute il dut rorganiser
l'administration sur de nouvelles bases, et si nous savons peu de choses
de lui, nous connaissons mieux ses successeurs qui continurent son
oeuvre. Sahoura d'abord, puis Neferarkara et Shepseskara, plus tard
Neouserra-An, Menkaouhor et Dadkara-Assa. Tous sont des monarques
puissants et d'une activit qui s'tend d'un bout  l'autre du royaume
et mme au del de ses frontires: ils contiennent les hordes libyennes
et soudanaises qui cherchent  s'introduire dans le pays, ils envoient
dans le sud de la Palestine des expditions devant leur assurer la
suprmatie effective sur des voisins instables qui pouvaient devenir
menaants, ils reprennent de faon suivie les exploitations minires du
Sina, ils entretiennent sur la mer une flotte imposante qui doit
servir en mme temps  dvelopper le commerce gyptien et  imposer le
respect des pharaons dans les pays avoisinants. A l'intrieur, ils
construisent des pyramides qui, pour tre moins colossales que celles de
leurs devanciers, leur sont suprieures au point de vue de la
dcoration, et des temples monumentaux comme ceux qu'ils ddirent au
soleil dans les environs de leur capitale. D'une manire gnrale, leur
administration, dont nous ne connaissons pas les dtails ni mme le
programme particulier, fut bienfaisante pour le pays dont la prosprit
augmente de plus en plus; la paix et l'ordre rgnent dans toute la
valle du Nil. Les prtres exercent une influence considrable et tous
les hauts fonctionnaires se rattachent de prs ou de loin au sacerdoce;
ils semblent du reste avoir travaill non pas dans un but
d'accaparement, mais pour le bien gnral du pays.

Le dernier roi de la dynastie, Ounas, n'est pas l'un des moins
importants et des moins puissants, et il termine dignement la srie des
princes de sa famille; c'est sans doute parce qu'il n'eut pas de
descendants directs que le pouvoir passa aprs lui en d'autres mains, et
non ensuite d'un bouleversement politique.


_VIe dynastie_

Les rois memphites qui succdent directement aux hliopolitains
continuent leur oeuvre, mais moins brillamment pour commencer,
semble-t-il, car nous ne savons presque rien de Teti et d'Ouserkara, les
deux premiers souverains d'une famille qui, d'aprs Manthon, compta six
rois et 203 ans de rgne. Aprs eux vient une courte priode de gloire
sur laquelle nous sommes admirablement renseigns par de nombreux
monuments, et surtout par les biographies de certains hauts
fonctionnaires comme Ouna et Herkhouf, priode que domine le roi Pepi
I, un des plus clbres parmi les pharaons: son activit est intense, il
fait construire et travailler sur tous les points de l'Egypte et son nom
se retrouve  Tanis,  l'extrme nord du Delta, aussi bien que sur les
rochers de granit de la Ire cataracte, dans les mines du Sina comme
dans les carrires du Ouadi-Hammamat. Il s'occupe lui-mme de
l'administration de la justice et des missions spciales  donner aux
plus capables de ses sujets; il multiplie les dcrets tablissant les
droits des grands sanctuaires et instituant des fondations pieuses; il
rassemble une arme et des vaisseaux pour craser les nomades asiatiques
redevenus menaants et envoie des expditions en Nubie pour assurer la
suprmatie de l'Egypte sur le Haut Nil.

[Illustration: _Fig. 105._ Pepi I (d'ap. QUIBELL. _Hieraconpolis_, II,
pl. LI).]

[Illustration: _Fig. 106._ Merenra (d'ap. QUIBELL. _Hieraconpolis_, II,
pl. LV).]

Ses successeurs voulurent continuer son oeuvre, mais son fils an
Merenra mourut jeune, et son autre fils Pepi II, qui eut un rgne de 95
ans, ne se montra pas  la hauteur de la situation, et la dchance du
pouvoir central s'accusa rapidement. Deux ou trois rois russirent
pendant quelque temps encore  maintenir le sceptre entre leurs mains,
puis disparurent aprs des rgnes sans gloire, et avec eux prit fin
cette suite de familles puissantes et nergiques qui avait amen
l'Egypte  un si haut point de civilisation.


_La fin de l'empire memphite_

Ici commence une priode trs obscure, pour laquelle Manthon continue
sa classification mthodique: C'est d'abord la VIIme dynastie, qui
reprsente sans doute un court interrgne, avec ses 70 rois ayant rgn
pendant 70 jours, puis la VIIIme avec 27 rois memphites qui rgnrent
146 ans, rois dont l'histoire nous a  peine conserv quelques noms. Le
dclin, ou plutt la chute du pouvoir royal est donc extraordinairement
brusque, surtout si l'on songe que cette chute n'a pas t dtermine
par une invasion, une conqute ou une rvolution brutale; la cause en
est simplement dans le fait que les rois memphites exercrent un pouvoir
tout pacifique et n'eurent jamais  s'appuyer sur une force militaire.
Quelques troupes peu nombreuses de mercenaires nubiens suffisaient pour
maintenir l'ordre, et quand il s'agissait d'une expdition au dehors,
les grands seigneurs amenaient chacun son petit contingent et l'on en
formait  la hte une arme htroclite bien suffisante contre les
barbares plus mal organiss encore. Nous avons peine  comprendre que
des rois aient pu pendant plus de mille ans, sans arme, faire brillante
figure et accomplir une oeuvre aussi importante que les pharaons de
l'Ancien Empire; c'est une preuve remarquable de l'excellence d'un
gouvernement sage et droit, et de la puissance morale de tous ces
souverains.

Ce systme constituait cependant un danger permanent, et il tait 
prvoir qu' la premire occasion favorable les grands seigneurs locaux
qui devaient fournir leurs contingents  la couronne, dans certaines
occasions, chercheraient  profiter de cette force qu'ils avaient
toujours sous la main, pour se rendre indpendants et pour s'emparer
eux-mmes du pouvoir. La fodalit s'tait constitue ainsi peu  peu,
guettant le moment o elle pourrait secouer cette autorit morale qui
pesait sur les princes des nomes et les runissait, et c'est
probablement dj  la fin du rgne de Pepi II que ceux-ci commencrent
 s'affranchir. Les plus puissants, apparents sans doute  la famille
royale, se proclamrent rois, groupant autour d'eux des seigneurs de
moindre importance, et ainsi les Memphites, les souverains lgitimes, ne
conservrent plus que le Delta, tandis qu' ct d'eux s'levaient deux
nouvelles dynasties, la IXme d'Hraclopolis, comprenant toute la
Moyenne Egypte, et la Xme qui est thbaine plutt qu'hraclopolitaine,
comme le voudrait Manthon, et qui absorba la Haute Egypte. De l des
luttes qui durrent deux sicles au moins, donnant l'avantage tantt aux
uns, tantt aux autres. Puissamment seconds par les princes de Siout,
les rois hraclopolitains, les Khiti, les Kamerira l'emportrent le
plus souvent, mais durent aussi s'effacer parfois devant une campagne
heureuse d'une des maisons rivales, comme celle qui permit au memphite
Neferkara de s'installer pour un temps  Koptos. Enfin les Thbains, les
Antef et les Mentouhotep, finissent par craser leurs comptiteurs et
ralisent  nouveau l'unit politique du pays; c'est une re nouvelle
qui commence, le Moyen Empire qui remplace l'Ancien.


B. MONUMENTS

Les restes qui nous sont parvenus de l'Ancien Empire sont autrement
importants en nombre, en grandeur et en beaut, que ceux de la priode
prcdente. Les inscriptions sont nombreuses, souvent trs dveloppes,
et, places  ct des innombrables reprsentations figures, elles nous
permettent de pntrer plus profondment dans la connaissance de la vie
des Egyptiens; nous n'en sommes plus rduits  des suppositions, nous
les voyons agir, nous les entendons parler, et une rapide revue des
monuments dcouverts nous permettra de nous faire une ide d'ensemble de
ce qu'tait leur civilisation.


_Architecture_

Les progrs de l'architecture furent extrmement rapides, surtout aux
dbuts de l'empire memphite; nous avons vu,  la fin de la priode
prcdente, le systme de construction en briques et bois, avec
couverture en bois; au commencement de la IIIme dynastie, les
architectes connaissent la vote et l'emploient avec succs, puis ils se
mettent  la recherche de matriaux plus solides et plus durables que la
brique crue, et adoptent la pierre, au moins pour celles de leurs
constructions qui avaient pour eux le plus d'importance, les tombeaux et
les temples. Tout de suite ils se montrent passs matres dans cette
technique nouvelle et semblent se jouer des difficults avec une
hardiesse et une aisance incroyables: ds la IVme dynastie, on ne trouve
dj pour ainsi dire plus un difice religieux ou funraire en briques.
La dimension des matriaux permettant aux architectes de revenir 
l'ancien systme de couverture plate, ils inventent le pilier et
l'architrave qui leur donnent la facilit de couvrir des espaces trs
considrables; enfin sous la Vme dynastie parat la colonne proprement
dite, avec toutes ses varits. Les constructeurs ne se bornent pas 
assembler leurs matriaux avec une prcision et une exactitude
remarquables, ils en calculent aussi en une certaine mesure la
rsistance et s'entendent trs bien  rpartir galement la pression des
masses.

[Illustrations:
  _Fig. 107 et 108._ Colonnes palmiforme et papyriforme (d'apr.
  BORCHARDT. _Sahur_, p. _44_; _Ne-user-R_, p. _64_).
  _Fig. 109._ Colonne lotiforme--Abousir (photogr. de E.
  Brugsch-Pacha).]

Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, taient des
difices lgers, en briques, en bois, ou mme en terre pile, qui tous
ont disparu sans laisser de traces. En fait d'architecture militaire,
nous n'avons gure que des forteresses comme celles d'Elkab et d'Abydos,
vastes quadrilatres forms par d'paisses murailles de briques crues,
qui du reste ne sont pas dates de faon certaine.


_Temples_

Quant aux difices religieux, les rois de l'Ancien Empire en avaient
construit un peu partout, et avaient remplac les petits sanctuaires
primitifs par des constructions en pierre dj trs dveloppes comme
plan; ces temples furent constamment remanis, agrandis et embellis au
cours des ges, souvent mme dmolis pour tre entirement reconstruits,
aussi ne trouvons-nous plus gure que les arasements ou les fondations
des constructions originales, comme c'est le cas  Hieraconpolis, 
Abydos et  Memphis, ou encore des dbris de murailles couverts de
bas-reliefs, comme les fragments de la chapelle de Djeser  Hliopolis.
Ce qui reste de ces temples suffit nanmoins pour nous montrer que
chacun avait son caractre spcial, appropri aux besoins du culte
local, et qu'on n'avait pas encore adopt, comme cela eut lieu plus
tard, un type uniforme pour tous les difices cultuels.

[Illustration: _Fig. 110._ Le temple du soleil  Abousir (d'apr.
BORCHARDT. _Das Re-Heiligtum des Kgs. Ne-Woser-Re_, pl. I).]

Parmi tous ces modles divers de temples, le plus original tait celui
qui tait consacr  R, le dieu-soleil d'Hliopolis: il consistait en
un norme oblisque, lourd et trapu, mont sur la plateforme d'un grand
massif rectangulaire, tous deux en maonnerie; un escalier mnag dans
l'paisseur du socle permettait d'atteindre la plateforme. Sur le devant
se trouvait un grand autel pour les offrandes, des cours avec bassins
destins  des ablutions, et, dans un coin, une petite chapelle
prcde de deux stles. Autour de tout cet ensemble, un mur de pierre
formait une enceinte rectangulaire, et un chemin couvert descendait
directement  la valle, reliant le temple lui-mme  un portique
monumental. Ici le dieu n'est pas dissimul au fond d'un sanctuaire
accessible  quelques initis seulement, comme c'est gnralement le cas
en Egypte; il domine tout le temple de sa masse imposante, car c'est
l'oblisque lui-mme qui est le symbole du dieu-soleil.

Tous les rois de la Vme dynastie, les fils de R, tinrent  honneur de
consacrer  leur divin pre un sanctuaire semblable, prs de leur
capitale,  deux pas de leurs pyramides. Nous en connaissons au moins
cinq de nom; un seul nous est conserv, en ruines il est vrai, mais en
ruines encore trs lisibles; c'est celui de Neouserra, mis au jour par
une mission allemande, prs d'Abousir. Pour donner une ide de ses
dimensions, nous dirons que l'enceinte mesure plus de 100 mtres de
long. En outre cet trange sanctuaire tait accompagn d'une
reproduction monumentale, en briques crues, de la barque solaire, qui
n'a pas moins de 28 mtres de long, bateau fantastique qui semble
naviguer sur les sables du dsert.

Les fouilles excutes  Abydos par une socit anglaise, sous la
direction de M. Ed. Naville, ont rvl un temple tout diffrent et sans
doute plus ancien, le sanctuaire souterrain d'Osiris: ici la pice
principale, couverte de dalles de granit supportes par des piliers
normes, sans aucune dcoration, consistait en une vaste plateforme
isole du reste du monument par un foss plein d'eau. Cette disposition
si particulire correspondait bien aux ncessits des mystres du grand
dieu des morts, avec leurs processions nautiques et leurs illuminations.

Je ne sais trop si c'est parmi les difices du culte qu'il faut ranger
un difice plus trange encore, unique en son genre, qui date
probablement de la IIIme dynastie et a t dcouvert par une mission
italienne,  Hliopolis mme: c'est une construction circulaire
embrassant un espace dont le rayon est de 300 mtres, une sorte de
gigantesque anneau de 40 mtres d'paisseur, en briques crues, perc 
l'intrieur de cinq nefs longitudinales supportes par des piliers et
des pidroits. L'usage de ce monument nous est absolument inconnu.


_Mastabas_

Pour l'architecture funraire nous sommes mieux renseigns, tant en
possession d'une quantit considrable de tombeaux qui sont le plus
souvent dans un tat de conservation remarquable, et nous pouvons suivre
pas  pas les amliorations, les modifications apportes dans ce genre
de constructions faites en vue de l'ternit. Le but des Egyptiens tait
de s'assurer aprs la mort un lieu de repos qui ft pour eux le gage et
la condition de la vie ternelle, et ils sacrifiaient volontiers le
bien-tre de leur existence terrestre, tape provisoire,  la
perptuation de leur me et de leur double; ce but, ils l'obtenaient en
partie par la connaissance des formules magiques qui faisaient d'eux les
gaux des dieux, en partie aussi en prservant des atteintes du temps et
des hommes leur corps physique, qui restait le support de leur tre
immatriel. Plus le tombeau tait profond, plus son entre tait
dissimule et obstrue, plus grandes aussi taient les chances de
conservation pour la momie. L'ombre du mort, son double, son _ka_, comme
disaient les Egyptiens, pouvait alors continuer  vivre dans la tombe,
mais il lui fallait l'image des aliments rels pour se nourrir, la
reprsentation des scnes de la vie usuelle pour se dlasser ou tout au
moins pour s'occuper;  cet effet on prit  un certain moment le parti
de sculpter sur certaines parties des monuments funraires ces
figurations si varies qui sont pour nous ce qu'elles taient sans doute
pour les morts, une image fidle de la vie des anciens Egyptiens.

Les rois sont d'essence divine, par consquent trs au-dessus des
hommes, et il est naturel que leurs tombes ne soient pas disposes de la
mme manire que celles de leurs sujets; nous avons donc dans
l'architecture deux groupes, celui des tombes prives et celui des
tombes royales, issus de conceptions un peu diffrentes du sort de l'me
aprs la mort et qui se dveloppent paralllement, mais indpendamment
l'un de l'autre.

[Illustration: _Fig. 111._ Plan d'un mastaba de la IVe dynastie (d'apr.
MARIETTE. _Monuments divers_, pl. XVI).]

Pour les tombeaux des particuliers, nous avons vu  la fin de l'poque
thinite la fosse primitive tapisse de briques et flanque d'un escalier
d'accs. Sous la IIIme dynastie, ce plan se dveloppe encore; on ajoute
volontiers quelques petites chambres souterraines pour servir de
magasins, et au lieu de ne faire qu'amonceler un tas de terre ou de
sable sur la couverture du caveau, on commence  construire un massif de
maonnerie. Ds lors la chambre funraire s'enfonce plus profondment
sous terre, la descenderie en escalier est peu  peu remplace par un
puits vertical. Ces massives constructions extrieures qui sont la
caractristique des tombes prives de l'Ancien Empire, sont de forme
allonge, rectangulaire, d'une hauteur moyenne, et les Arabes, les
comparant aux bancs de briques sur lesquels ils s'installent,  la porte
de leurs maisons, les ont appels _mastabas_ (bancs), mot qui a pass
dans le vocabulaire archologique.

[Illustration: _Fig. 112._ Fausse-porte de Nefer-Seshem-Ptah (d'apr. une
photogr.; cf. CAPART. _Une rue de tombeaux_, pl. XCIV).]

Les plus anciens de ces mastabas sont en briques crues, et  peine plus
grands que les chambres funraires qu'ils abritent, mais leurs
dimensions augmentent rapidement. Sur la face est--car ces tombeaux sont
orients  peu prs exactement--se creusent une ou deux niches qui sont
censes tre les portes de la tombe, par lesquelles l'me peut rester en
quelque sorte en communication avec les vivants et revenir de temps 
autre se promener sur terre; c'est l que se font les crmonies du
culte funraire, l qu'on apporte au dfunt les offrandes alimentaires.
Nue  l'origine, cette niche s'orne trs anciennement dj de montants
et de linteaux en pierre, sur lesquels on grave le nom et les titres du
mort avec une courte formule le plaant sous la protection des dieux;
ainsi se forme peu  peu le type de la fausse-porte, modle courant de
la stle funraire sous l'Ancien Empire. Cette niche-stle ou stle
fausse-porte constitue donc  elle seule une chapelle funraire en
miniature; ds la fin de la IIIme dynastie on accentue son caractre,
soit en la dissimulant derrire un mur qui court le long de la faade
est du mastaba et forme devant elle un long couloir troit, soit en la
repoussant un peu plus profondment dans l'intrieur du massif de
briques, au fond d'une chambre minuscule, chambre qui affecte plus ou
moins la forme d'une croix.

[Illustration: _Fig. 113._ Fausse-porte de la Vme dynastie (d'aprs
PAGET-PIRIE, _Tomb of Ptah-Hetep_, pl. XXXIX).]

[Illustration: _Fig. 114 et 115._ Tables d'offrandes de l'Ancien Empire
(Muse du Caire; d'aprs des croquis de l'auteur).]

A ce moment, c'est--dire sous Snefrou, au dbut de la IVme dynastie, on
voit apparatre dans le tombeau deux lments nouveaux, la table
d'offrandes,--dalle de pierre d'une forme particulire place  terre
devant la fausse-porte, sur laquelle on dposait des aliments ou des
reprsentations d'aliments et qui servait au mort de table  manger,--et
la cachette aux statues, le _serdab_, suivant le nom qui lui a t donn
par les Arabes et qui est maintenant consacr par l'usage. Ce serdab est
une petite pice aveugle mnage dans la maonnerie du mastaba  ct de
la chambre  la stle, mais sans aucune communication avec elle sauf,
parfois, une petite fente o l'on peut  peine passer la main; c'est l
qu'on entassait, en plus ou moins grand nombre, les statues faites 
l'image du dfunt, statues qui pouvaient servir de support  son double
au cas o la momie elle-mme viendrait  tre dtruite, et permettre 
ce corps spirituel de continuer  vivre son existence monotone
d'outre-tombe. Pour que ce double pt subsister, il lui fallait en effet
un support, un corps matriel sur lequel il pt se poser: une statue,
moins fragile que la dpouille mortelle, lui offrait une plus grande
garantie de survivance; une fois la momie et les statues dtruites, le
double s'vanouissait et disparaissait dfinitivement.

[Illustration: _Fig. 116._ Mastabas prs de la grande pyramide (d'aprs
LEPSIUS. _Denkmaler_, I, pl. XV).]

[Illustration: _Fig. 117._ Sarcophage de Khoufou-Ankh (d'apr. le _Muse
Egyptien_, I, pl. XXI).]

Les spultures des particuliers, tout au moins celles des grands
personnages, se groupent en gnral autour de celle de leur souverain;
ainsi, auprs des grandes pyramides, nous voyons de vraies villes de
tombeaux o les mastabas sont aligns rgulirement, spars par de
grandes rues droites. A ce moment-l, sous la IVme dynastie, la
prosprit tait grande dans le pays; les tombeaux aussi deviennent plus
riches et sont mieux amnags: les mastabas sont maintenant construits
en pierre et non plus en briques, les dimensions des chambres augmentent
et souvent aussi leur nombre. Les parois de ces chambres offrent une
surface assez considrable pour qu'on songe  les utiliser, et l'on
commence  les dcorer pour que le mort puisse en tirer profit; on y
sculpte des listes d'offrandes, des images d'aliments qui peuvent servir
 la nourriture du dfunt, puis des scnes de la vie courante, grce
auxquelles il pourra, non seulement se dlasser, mais se procurer par
lui-mme les aliments ncessaires. C'est dans ce double but qu'on y
reprsente les semailles, les moissons, les vendanges, l'levage, la
pche, la chasse, ainsi que les divers mtiers qui devaient lui fournir
au fur et  mesure tous les objets pouvant lui tre ncessaires ou
seulement utiles dans l'autre monde, les vtements, les ustensiles, les
meubles, les parfums. Chacune de ces scnes est domine par la figure du
mort surveillant les travailleurs, dont il se distingue par sa taille,
souvent triple de la leur, ou mme davantage;  ct de lui paraissent
sa femme et ses enfants. Sous terre, dans un caveau grossirement taill
dans le rocher, la momie tait tendue tout de son long dans un cercueil
de bois, enferm lui-mme, chez les plus riches, dans un grand
sarcophage rectangulaire en pierre dont la dcoration tout
architecturale lui donne l'aspect d'une maison; le mobilier funraire
est des plus sommaires.

[Illustration: _Fig. 118._ Plan du tombeau de Ti (d'aprs MARIETTE.
_Mastabas_, p. _333_).]

Pendant la Vme dynastie, le luxe des mastabas augmente encore; les
chambres deviennent plus nombreuses, parfois mme une cour dcouverte
s'ouvre au milieu du monument, les salles les plus grandes sont pourvues
de piliers ou de colonnes, les bas-reliefs qui parfois sont de la plus
parfaite beaut couvrent les murailles, rptant avec beaucoup plus de
dtails les scnes agricoles et industrielles dont j'ai parl plus
haut,  ct desquelles on en voit d'autres qui reprsentent des jeux,
des danses, des ftes de famille, voire des oprations chirurgicales;
ailleurs, ce sont des files de serviteurs apportant  leur matre les
produits du sol, des bateaux prts  mettre  la voile et mille autres
dtails pleins de vie et de varit. Jamais dans ces tombeaux on ne voit
une reprsentation d'ordre religieux, ni la figure d'un dieu, ni une
scne d'adoration; trs rarement un tableau se rapporte aux funrailles:
on ne parle pas de la mort, et le propritaire du tombeau est toujours
cens vivant, soit qu'il vaque  ses diverses occupations, soit qu'il
soit assis devant une table garnie, entoure d'un monceau de
victuailles.

Sous la VIme dynastie, il n'y a aucun changement notable dans les
tombeaux des particuliers; la partie accessible du mastaba, celle o les
descendants du mort pouvaient venir priodiquement accomplir les
crmonies funraires et peut-tre festoyer auprs de son ombre, comme
les Arabes modernes dans les cimetires, cette partie comporte toujours
la mme dcoration, mais certains grands personnages commencent 
rserver une portion des parois pour y graver l'histoire de leur vie,
leurs hauts faits et l'expression de la satisfaction du roi pour les
services rendus. Ces biographies sont pour nous un des plus prcieux
legs de l'Ancien Empire memphite.

Le mastaba est la tombe-type de l'Ancien Empire, mais dans certaines
rgions, par suite de la nature mme du sol, on commence  employer un
autre systme de spulture: pas de construction, les chambres sont
creuses dans la montagne et la dcoration usuelle s'excute sur la
roche elle-mme; une porte communique avec l'extrieur, o la pente du
rocher a t plus ou moins ravale de manire  mnager une petite
plateforme, et dans un coin de la dernire chambre, un puits descend
verticalement jusqu'au caveau o l'on dposait la momie. C'est la
premire apparition de la tombe rupestre, de l'hypoge, type qui sera
presque seul employ aux poques suivantes.


_Pyramides_

Les tombeaux royaux diffrent de ceux des simples particuliers par la
forme, par les dimensions et par la disposition intrieure et
extrieure. Ici aussi, une volution s'accomplit, une transformation
trs marque pendant le cours de la priode memphite.

Les plus anciens de ces tombeaux, ceux de la IIIme dynastie, sont trs
diffrents de ceux de la priode thinite, presque uniquement
souterrains: ils comportent un immense mastaba rectangulaire en briques
crues sur la plateforme duquel s'ouvre une descenderie ou un escalier
trs rapide aboutissant aux chambres funraires; aucune dcoration, ni 
l'intrieur ni  l'extrieur, pas mme une stle, semble-t-il. La
fameuse pyramide  degrs de Saqqarah, construite par Djeser, un des
derniers rois de cette dynastie, n'est pas encore  proprement parler
une pyramide, c'est un gigantesque mastaba en pierres, bti sur un plan
rectangulaire et surmont de toute une srie de mastabas plus petits
formant comme des tages (fig. 97). Les chambres souterraines sont
malheureusement trs bouleverses, mais nous voyons d'aprs un autre
monument de l'poque comment on devait procder  leur construction: une
immense fosse rectangulaire tait creuse dans le rocher, et une large
descenderie y aboutissait du ct nord; au fond de cette excavation on
installait le sarcophage de granit, on btissait les chambres, puis on
la comblait, et alors seulement on pouvait commencer  difier le
mastaba ou la pyramide.

[Illustration: _Fig. 119._ Pyramide de Medoum (d'aprs SPIEGELBERG.
_Gesch. der Aeg. Kunst_, p. _17_).]

Sous la IVme dynastie, le premier tombeau que se fit construire Snefrou,
celui de Medoum, tient plus encore du mastaba que de la pyramide, mais
ce fut le mme roi qui adopta peu aprs le type dfinitif de la pyramide
 base carre et  faces triangulaires, avec le monument qu'il difia
dans le dsert de Dahchour; les chambres, trs petites, sont  peu prs
au niveau du sol, ensevelies sous l'norme masse de maonnerie, et on y
accde par un couloir en pente dbouchant  mi-hauteur de la face nord
du monument.

[Illustration: _Fig. 120._ Coupe de la pyramide de Khops (d'aprs
PETRIE, _Pyramids of Giseh_, pl. IV).]

Les successeurs de Snefrou reprirent ce modle de monument funraire et
l'adoptrent pour eux-mmes sans en modifier les grandes lignes, mais
en y apportant des perfectionnements notables; les problmes techniques
les plus difficiles furent rsolus avec une prcision merveilleuse dans
les pyramides de Khops, Khefren et Mycerinus, qui constituent chacune
un chef-d'oeuvre de construction, dont les dimensions colossales--la
plus grande mesurait plus de 146 m. de hauteur sur 227 m. de ct--ne
nuisent pas  la perfection des dtails. Un revtement de calcaire fin
et de granit bien poli recouvre la maonnerie dispose en assises
rgulires de blocs normes; au-dessus des chambres, des chambrettes de
dcharge sont destines  soulager leur toiture du poids considrable
qui aurait pu les craser; des conduits d'aration traversent le massif
tout entier. Chambres et couloirs sont tapisss de blocs gigantesques,
soigneusement polis et si admirablement appareills qu'on ne peut encore
maintenant introduire une pointe de couteau dans les joints; en
plusieurs points, des herses de granit, places dans un logement
spcial, retombaient aprs l'inhumation pour obstruer dfinitivement le
couloir dont l'issue  l'extrieur tait ferme par un bloc de
revtement semblable aux autres. Au milieu de la face est s'levait la
chapelle, centre du culte funraire, avec son sanctuaire, sa
cour-pristyle, ses vestibules, ses magasins, et au del, de petites
pyramides recouvraient la dpouille mortelle des membres de la famille
royale. Un grand mur de pierre, formant une vaste enceinte carre,
entourait cet ensemble et l'isolait du terrain environnant; une alle
couverte descendait de la porte de la chambre funraire vers la valle,
jusqu' un monument qui servait de portique d'entre et qui atteignait
parfois des dimensions imposantes, comme celui de la pyramide de
Khefren, mieux connu sous le nom de temple du Sphinx, avec ses normes
piliers de granit rose et ses murailles d'albtre.

[Illustration: _Fig. 121._ Chapelle funraire de Sahoura (d'aprs
BORCHARDT. _Grabdenkmal des Knigs Sa-hu-re_).]

Les pyramides de la Vme dynastie deviennent progressivement plus
petites, et la partie de la construction qui devait rester invisible,
l'appareillage de la masse mme du monument, est moins soigne, aussi
s'est-il produit des tassements qui ont le plus souvent cras les
appartements funraires. Par contre la chapelle funraire, toujours
situe sur la face est, prend plus d'importance, et son ornementation
est l'objet de soins tout particuliers: les lourds piliers carrs sont
remplacs par d'lgantes colonnes  chapiteaux palmiformes ou
papyriformes; dans les principales pices, le sol et les soubassements
sont faits de grandes dalles de basalte, et, au-dessus, les murailles en
beau calcaire fin sont couvertes de bas-reliefs d'une facture trs
dlicate. Ces tableaux reprsentent les hauts faits du souverain, ses
expditions, l'hommage que lui rendent ses ennemis; on y voit aussi le
roi  la pche ou  la chasse, et l'image des dieux sous la protection
spciale desquels il se place. Quant  la disposition gnrale, elle
est toujours la mme; le portique situ au bord de la valle donne accs
 l'alle couverte qui monte directement  la grande cour entoure d'une
colonnade, la partie publique du temple funraire; plus loin les salles
des statues, les magasins, et une srie de petites chambres conduisent,
aprs plusieurs dtours, au sanctuaire o se dresse, contre la pyramide
elle-mme, la grande stle fausse-porte par laquelle le double du roi
tait cens pouvoir sortir de son tombeau et venir bnficier des
offrandes qu'on lui apportait.

Une innovation trs importante date du rgne d'Ounas, le dernier roi de
la Vme dynastie; sans rien modifier  la disposition et  la
construction de la pyramide ou de la chapelle funraire, Ounas, le
premier, songea  faire graver sur les parois absolument nues des
caveaux souterrains o devait tre enferme sa momie les textes
religieux qui pouvaient lui tre utiles dans l'autre monde. Ce qui
devait survivre  un homme aprs sa mort, ce n'tait gure, croyait-on 
cette poque, que son double, son corps spirituel, mais le roi, tant
d'une essence suprieure, a en lui quelque chose des dieux dont il
descend et qu'il doit aller retrouver quand il quittera la terre; il
possde donc une me divine, mais pour que cette me puisse s'identifier
aux dieux et devenir dieu  son tour, il faut qu'elle soit instruite de
sa nature divine et qu'elle soit  mme d'en profiter et de se prsenter
dignement devant ses pairs. Certains textes sacrs peuvent lui rendre ce
service: ces textes se trouvent dans les recueils o les prtres
hliopolitains ont rassembl toutes les vieilles formules magiques ou
religieuses du pays, recueil prcieux qui nous laisse entrevoir le fond
de la pense gyptienne sur la nature des dieux et sur le monde dans
lequel ils vivent, en mme temps qu'ils nous renseignent sur les
origines de la langue. Ounas puisa donc largement dans ces textes dont
il couvrit les parois de la salle qui contenait son sarcophage, et les
chambres attenantes; ses successeurs, les rois de la VIme dynastie, y
firent des emprunts plus abondants encore et les gravrent jusque dans
les couloirs d'accs. C'est  peu prs tout ce qui reste de leurs
pyramides qui ne forment plus que d'immenses tas de dcombres; les
chapelles funraires ont disparu. Quant aux tombeaux des rois qui les
suivirent, ceux de l'poque fodale, ils ne sont pas parvenus jusqu'
nous.


_Sculpture_

L'ide de la mort, vraie obsession pour les Egyptiens, les avait ports
de trs bonne heure  rechercher tous les moyens d'viter un
anantissement complet de leurs personnes; de l le dveloppement
incroyable de l'architecture funraire qui prend ds ses dbuts une
importance beaucoup plus considrable que l'architecture civile ou mme
religieuse. De l aussi la naissance de la statuaire qui,  son origine,
est absolument indpendante de l'architecture et se dveloppe
paralllement  ce dernier art et avec non moins de succs.

[Illustration: _Fig. 122._ Statue de Ra-Nofer (Le Caire--photographie de
M. Pieron).]

Le Ka ou double, comme il a t dit plus haut, tait une sorte de corps
spirituel, exactement semblable comme forme au corps matriel de l'homme
et capable de survivre  celui-ci pendant un temps illimit,  condition
toutefois d'avoir un support qui pt fixer son essence impondrable et
lui conserver une certaine consistance. Le support naturel du double
tait le corps embaum avec plus ou moins de soin et prserv ainsi de
la pourriture; mais cette momie restait nanmoins bien fragile, aussi
imagina-t-on de bonne heure de lui donner un remplaant plus solide pour
le cas o elle viendrait  tre dtruite. On prit donc l'habitude de
dposer dans le tombeau, que ce ft celui d'un roi ou celui d'un simple
particulier, une image du mort, en bois ou en pierre, faite autant que
possible  sa ressemblance, parfois de grandeur naturelle, mais souvent
de dimensions plus modestes. Le personnage qu'elle reprsente est
debout, une jambe en avant, agenouill ou accroupi  la manire des
scribes, ou encore assis sur une chaise massive, les pieds joints, les
mains sur les genoux. Souvent il est accompagn de sa femme, assise ou
debout  ct de lui et mme parfois d'un ou deux de ses enfants; ces
groupes sont de vraies scnes de famille, d'une intimit charmante.

[Illustration: _Fig. 123._ Scribe agenouill (Le Caire. Photo de E.
Brugsch-Pacha).]

Les statues memphites,  part les plus anciennes qui sont d'une facture
encore un peu malhabile, sont l'oeuvre de praticiens parfaitement srs
de leur mtier et capables de donner l'expression voulue  leurs
figures, quelle que soit la matire qu'ils ont  travailler, bois,
albtre, calcaire, granit ou diorite. Ce qu'ils cherchent, c'est 
rendre fidlement la nature et  donner en mme temps l'impression de
vie, de calme et de srnit; ils ne fixent pas un aspect passager de
leur modle, ils en font en quelque sorte une synthse; ils ne
l'idalisent pas, ils l'ternisent pour ainsi dire, et avec raison, car
leur oeuvre ne doit pas tre un objet d'admiration pour le monde, mais
le support mme d'un tre vivant enseveli  jamais dans le tombeau, loin
des regards des hommes.

[Illustration: _Fig. 124._ Groupe de l'Ancien Empire (Muse du Caire, No
_128_; photographie de l'auteur).]

Pour donner plus de naturel  ces statues, on les peignait, celles du
moins qui ne sont pas tailles dans des matires de grand luxe. Parfois
le travail est galement soign de la tte aux pieds, mais il arrive
souvent que les membres infrieurs sont un peu ngligs au profit du
haut du corps sur lequel se reporte toute l'attention du spectateur. La
tte est toujours plus pousse que le reste et acquiert une importance
toute particulire; les deux yeux, le plus souvent rapports et forms
d'une pierre blanche avec pupille en mtal sous une corne de quartz,
dans un sertissage de bronze, donnent  la figure une vie, une
expression, un clat inimitables; ainsi, pour ne citer que les plus
remarquables de ces statues, le Sheikh-el-Beled, le groupe de Rahotep et
de Nofrit, le scribe du Muse du Caire, celui du Louvre, sont des
chefs-d'oeuvre qui peuvent rivaliser avec les plus belles productions de
l'art de tous les temps et de tous les pays.

[Illustration: _Fig. 125._ Tte du Sheikh-el-Beled (Muse du
Caire--photo. de E. Brugsch-Pacha).]

[Illustration: _Fig. 126._ Tte du scribe accroupi du Muse du Caire
(photo. de E. Brugsch-Pacha).]

C'est l'expression mme de la vie qui se dgage des statues des simples
particuliers; quant  celles des rois il n'en est pas tout  fait de
mme. Ici les sculpteurs devaient donner l'impression d'un tre
supra-terrestre; dans ce but ils suppriment tout mouvement et placent le
pharaon sur un trne, assis dans une pose immobile qui a quelque chose
d'hiratique, tout en restant parfaitement naturelle. Ils n'ont plus
recours aux yeux artificiels et impriment sur les lvres de leurs
modles ce sourire nigmatique qui les aurole de mystre. Leurs rois,
les Khefren et les Mycrinus du Caire, le Dadefra du Louvre, sont
empreints de la majest calme et sereine qui convient  un monarque fils
des dieux presque dieu lui-mme. En ce qui concerne ces statues et
celles des particuliers, la IVme dynastie marque un effort et un progrs
incomparables. C'est une des plus belles poques de la statuaire
gyptienne, au point de vue de l'art aussi bien que du mtier; des
statues comme le grand Khefren de diorite au Muse du Caire, montrent
qu'on savait triompher des matires les plus dures et les modeler dans
les moindres dtails avec une dlicatesse inoue, sans jamais nuire  la
beaut et  la grandeur de l'ensemble, qui reste une pure merveille, 
tous les points de vue.

[Illustration: _Fig. 127._ Statue de Khefren (d'aprs MASPERO. _Muse
Egyptien_, I, pl. VIII).]

Un peu plus tard, sous la VIme dynastie sans doute, on commena 
employer pour les statues royales le type de l'homme debout. Le premier
et le plus bel exemple en est la statue de Pepi Ier accompagn de son
fils Merenra, qui est aussi la plus ancienne statue de bronze, o tout
au moins  revtement de bronze que l'on possde (fig. 105 et 106); au
lieu d'une fonte pleine ou creuse, procd employ  des poques moins
anciennes pour des monuments de plus petites dimensions, nous avons ici
d'paisses feuilles de mtal ajustes et marteles sur une me de bois;
cette statue, actuellement au muse du Caire, est sensiblement plus
grande que nature.

Si la sculpture en ronde-bosse est toujours, sous l'Ancien Empire,
absolument indpendante de l'architecture, il n'en est pas de mme du
bas-relief, intimement li  la construction, et dont le rle primitif
est de constituer la partie dcorative d'un monument. L'usage qu'on en
faisait, trs modr au dbut, ne tarda pas  se dvelopper au fur et 
mesure que les tombeaux devenaient plus grands; c'est sous la Vme
dynastie, poque o non seulement on couvre de bas-reliefs des centaines
de mtres carrs de parois dans des tombeaux de dimensions moyennes,
mais o on commence aussi  en revtir les murs intrieurs des temples,
que ce mode de sculpture arrive  son apoge, tant au point de vue
technique qu'au point de vue artistique.

Pour les Egyptiens, le but du bas-relief est de reproduire avec autant
de clart que d'exactitude, non seulement des figures d'individus
isols, mais des scnes compltes avec de nombreux personnages en pleine
action, des animaux et des objets; il s'agit de ne pas sacrifier
l'ensemble au dtail ni le dtail  l'ensemble, et pour cela il faut
tudier sparment chacune des figures, les grouper et les quilibrer de
faon rgulire afin d'obtenir une composition homogne et dcorative.

[Illustration: _Fig. 128._ Bas-relief du mastaba de Ptahhotep  Saqqarah
(photographie de M. Pieron).]

Pour arriver  comprendre le bas-relief gyptien et l'apprcier comme il
le mrite, il faut en pntrer les procds de composition et faire
abstraction de certaines choses qui nous choquent ou tout au moins nous
gnent au premier abord parce qu'elles sont contraires  notre
conception moderne de l'art. Dans l'art gyptien, il n'y a pour ainsi
dire pas trace de perspective, et ce dfaut se fait sentir de plusieurs
manires: tous les personnages d'une scne sont sur le mme plan et ont
exactement la mme grandeur; les tableaux se dveloppent uniquement en
longueur, jamais en profondeur, formant ainsi de longues bandes qui se
superposent sans tre ncessairement en rapport direct les unes avec les
autres. Ce manque de perspective se fait encore mieux sentir dans le
dessin mme du corps humain: vus toujours de profil, les personnages ont
l'oeil et la poitrine qui se prsentent de face, le ventre de trois
quarts, dans une stylisation un peu outrancire mais  laquelle on
s'habitue rapidement et qui pour les Egyptiens eux-mmes avait
l'avantage de prsenter chaque partie du corps sous son aspect le plus
caractristique. Si ce dfaut apparent est d,  l'origine tout au
moins,  une certaine maladresse, il n'en est pas de mme du manque
d'unit dans les proportions, qui est voulu. Pour indiquer la
supriorit du roi sur ses sujets, on le reprsente d'une taille trs
suprieure  la leur, et de mme, dans les tombes, la figure du mort est
toujours trois ou quatre fois plus grande que celles des hommes qui
vaquent sous ses yeux  leur office habituel.

Au point de vue technique, les sculpteurs de bas-reliefs sont pour le
moins aussi habiles que ceux qui taillent les statues; leur dessin est
ferme et net, donnant des contours d'une prcision remarquable, quelle
que soit la position du sujet. Les animaux qu'ils reprsentent ont des
silhouettes exquises de puret et de ressemblance. Leur coup de ciseau
est parfaitement franc, sans repentirs, sans retouches, et ils modlent
les corps en un relief imperceptible qui leur donne une trs grande
distinction et beaucoup de dlicatesse.

La composition est toujours claire et bien ordonne, quilibre de
manire  donner  l'ensemble un caractre dcoratif; les vides qui se
prsentent naturellement entre les figures et au-dessus d'elles sont
remplis au moyen de courtes inscriptions hiroglyphiques qui expliquent
la scne, en mme temps qu'elles ajoutent  l'homognit du monument.

Les sculpteurs de bas-reliefs n'taient pas des artistes crateurs, mais
de simples artisans bien au courant de leur mtier et dous souvent
d'une relle originalit. Ils avaient  leur disposition un certain
nombre de modles pour toutes les scnes qu'ils pouvaient avoir 
reprsenter et n'avaient plus qu' les adapter  la place dont ils
disposaient,  les augmenter ou  les diminuer en supprimant ou en
ajoutant des personnages; ils pouvaient ainsi, sans sortir du cadre
traditionnel, donner libre cours  leur imagination et enrichir leurs
tableaux de figures originales et nouvelles. Pour une scne donne, le
motif est toujours le mme, l'interprtation toujours diffrente, et
c'est ce qui donne un charme tout particulier  ces successions de
tableaux qui couvrent les parois des tombeaux comme une gigantesque
tapisserie, harmonieuse dans l'ensemble et dans le dtail.


_Peinture_

La polychromie tait de rgle pour la statuaire; il en tait de mme
pour les bas-reliefs qui devaient tous tre peints de couleurs vives.
Dans les tombeaux trs anciens, comme ceux de l'poque de Snefrou, qui
sont encore construits en briques, des peintures sur enduit remplacent
les bas-reliefs, reproduisant en teintes plates les mmes scnes que
nous avons l'habitude de voir sculptes et enlumines dans les autres
tombes de l'Ancien Empire. La manire primitive de dcorer ces monuments
tait donc,  n'en pas douter, la peinture, et le bas-relief color
n'est que le dveloppement normal de celle-ci, rsultant du besoin de la
rendre plus durable en la reportant sur pierre et en dgageant du fond
chaque figure, chaque objet reprsent; le bas-relief, avant de devenir
un art en soi, n'tait que le support de la peinture. Rien de plus
naturel ds lors que de retrouver dans les scnes peintes les mmes
compositions que dans les reliefs, avec les mmes variantes
d'interprtation. Les procds sont trs simples: les couleurs minrales
dlayes dans de l'eau, additionne d'une sorte de gomme, sont tendues
en teintes plates sur un enduit sec, au moyen d'un pinceau; un trait
plus fonc sertit les figures; les dtails taient ajouts aprs coup
quand ils taient plus foncs, rservs quand ils taient blancs. Les
peintures de Dahchour et de Medoum, qui datent du commencement de la
IVme dynastie, nous montrent les artistes gyptiens dj en pleine
possession de leur mtier, et il est certains de leurs panneaux qui sont
pleins de vie, de mouvement et de dlicatesse. Pendant un certain temps
on ngligea compltement la peinture pour la sculpture, et nous ne
trouvons des tombeaux peints sur enduit qu'en province, presque jamais
dans la capitale; ce n'est que plus tard, sous le Moyen et le Nouvel
Empire, que cet art reprendra un nouvel essor et accaparera de nouveau
la dcoration intrieure des spultures.

[Illustration: _Fig. 129._ Peinture d'un tombeau de Medoum (d'aprs une
photographie de E. Brugsch-Pacha).]


_Objets usuels_

Depuis quatre ou cinq mille ans, les tombeaux de l'Ancien Empire
rsistent victorieusement aux atteintes du temps et ils sont arrivs
jusqu' nous avec leur dcoration peinte ou sculpte, dans un tat de
conservation trs satisfaisant. Les violateurs de spultures ne les ont
cependant point pargns; dans l'antiquit dj ils les ont visits,
ils sont descendus dans tous les caveaux funraires, dans ceux des rois
comme dans ceux des simples particuliers, franchissant les obstacles les
plus srieux, et ont pill consciencieusement tout le mobilier
funraire. Seules les statues de serdab qui ne pouvaient avoir aucune
valeur pour eux furent laisses dans leur cachette, ainsi que les tables
d'offrandes, grandes dalles sculptes devant la stle fausse-porte. Les
meubles, les armes, les outils, les vtements, les bijoux, tous les
objets usuels, en un mot, ont disparu et nous ne les connaissons que par
les reprsentations des reliefs et des peintures, reprsentations qui du
reste sont souvent trs suffisantes. Les seuls objets qui nous soient
parvenus sont des vases en pierre ou en terre qui ne prsentent pas avec
ceux de la priode prcdente des divergences trs marques.


_Inscriptions_

Depuis les dynasties thinites, poque o on ne l'employait qu'avec
parcimonie, l'criture a fait d'immenses progrs; elle est
dfinitivement constitue, rgularise et ordonne. C'est un instrument
parfait en son genre, bien qu'un peu compliqu, capable d'exprimer
toutes les nuances de la pense, dans tous les domaines, et qui a en
mme temps un caractre dcoratif trs marqu permettant de l'employer 
l'ornementation des monuments, soit isolment, soit  ct des
reprsentations figures, pour les complter, les quilibrer et les
expliquer. Quelques lignes d'hiroglyphes, sur un objet quelconque,
suffisent  faire de lui un objet d'art, tant cette criture est belle
par elle-mme.

[Illustration: _Fig. 130._ Panneau de Hosi (d'ap. MARIETTE. _Album du
Muse de Boulaq_, pl. XII).]

L'criture hiroglyphique, en mme temps utilitaire et ornementale, avec
ses combinaisons de caractres alphabtiques, syllabiques et
idographiques, parat  peu prs sur tous les monuments de l'Ancien
Empire, dans les tombeaux en particulier o nous l'avons vue se mler
aux bas-reliefs, s'incorporer  eux. Ce sont en gnral de courtes
phrases, mises dans la bouche des personnages reprsents dans la scne;
ainsi il n'est pas rare de voir un ouvrier dire  son voisin: tche de
te dpcher ou: fais attention  ce que tu fais; un moissonneur boit
 mme une cruche de bire en s'criant: ah! que c'est bon! ailleurs
c'est la chanson des laboureurs qui travaillent dans le terrain encore
inond: Le piocheur est dans l'eau, parmi les poissons; il cause avec
le silure, il change des saluts avec l'oxyrhinque. En d'autres parties
de la tombe,  l'entre, et surtout sur la stle fausse-porte, on trouve
le nom du mort, avec ses titres et de courtes formules adresses 
divers dieux comme Osiris et Anubis, et plus loin la grande liste
d'offrandes dispose en tableau. Dans les souterrains des tombes royales
on voit,  partir d'un certain moment, les longs textes religieux se
drouler en colonnes serres, et couvrir d'immenses surfaces de parois.
J'ai dj parl des inscriptions historiques ou plutt biographiques o
un haut fonctionnaire raconte les pripties de sa carrire et qui sont
si prcieuses pour nous; il faut encore signaler certains textes
officiels, gravs sur pierre, des dcrets du roi en faveur de certains
temples, instituant des privilges spciaux, et nous aurons une ide
gnrale de ce qu'il y avait sous l'Ancien Empire en fait d'inscriptions
monumentales.

Pour des compositions de longue haleine, des ouvrages scientifiques,
mdicaux, thologiques ou littraires et sans doute aussi dj pour la
correspondance, on employait une autre matire que la pierre et une
autre criture que les hiroglyphes. Les tiges de papyrus dcortiques,
dveloppes et crases, fournissaient des feuilles qui taient pour les
Egyptiens ce qu'est pour nous le papier, feuilles qu'on runissait bout
 bout pour en faire de longs rouleaux; au moyen d'un roseau taill en
pointe ou en pinceau, on y crivait  l'encre en caractres cursifs qui
sont une abrviation des hiroglyphes et auxquels nous donnons le nom
d'criture hiratique. Cette criture est dispose soit en colonnes
verticales, soit en lignes horizontales crites de droite  gauche. Vu
la fragilit de la matire employe, il ne nous est parvenu que bien peu
de manuscrits de l'Ancien Empire, assez toutefois pour que nous
puissions juger que la mthode employe ne diffrait en rien de celle
des poques postrieures.


C. CIVILISATION

_Royaut et Gouvernement_

Bien que fils des dieux et dieu lui-mme, le roi d'Egypte n'est pas,
comme dans beaucoup de monarchies orientales, un despote paresseux et
cruel, invisible au fond de son palais; il ne se borne pas non plus 
donner tous ses soins  ce qui doit tre la grande oeuvre monumentale de
son rgne, la construction de son tombeau. Il s'occupe activement et
personnellement de son pays et de son peuple, il dirige lui-mme toute
l'administration, choisit les fonctionnaires, rcompense les plus
mritants, rend la justice. Il exerce sur ses sujets une activit
bienveillante et semble tre vraiment, pour l'Ancien Empire tout au
moins, le dieu bon, selon une des pithtes qu'on lui dcerne le plus
frquemment. A ct de cela il trouve encore le temps de s'occuper de
science et de composer lui-mme des ouvrages de mdecine ou de
thologie. A l'exemple de leur pre, les princes ne restent pas
inactifs, ils font l'apprentissage du pouvoir en occupant ds leur jeune
ge des postes importants dans l'administration.

La maison du roi se compose d'une foule d'officiers de toute sorte,
prposs les uns  la toilette, aux vtements, aux parfums, les autres 
la nourriture ou  la boisson, et de prtres spciaux attachs  la
personne royale, ainsi que d'une garde du corps.

Le roi n'est pas seul  assumer le pouvoir, il a sous ses ordres une
administration complique et d'origine trs ancienne; les fonctionnaires
sont nombreux et se prsentent  nous chacun avec une srie de titres
dont nous ne parvenons pas  dcouvrir l'exacte signification, mais qui
montrent qu'un individu pouvait cumuler des charges de natures trs
diverses, religieuses, militaires, civiles et judiciaires. Ceux de ces
personnages que nous connaissons le mieux sont naturellement ceux qui
entouraient le roi de plus prs et dont les tombeaux sont voisins du
sien, les vizirs, les grands juges, les grands prtres, les
fonctionnaires de l'administration centrale. A ct et au-dessous d'eux
il y avait la foule des fonctionnaires provinciaux. L'ancienne division
politique du pays en clans ou tribus avait donn naissance, une fois
l'oeuvre d'unification accomplie,  un certain nombre de provinces ou
_nomes_ qui eurent chacun son administration propre, sous le contrle
du pouvoir central. Sous des rois dont l'autorit s'exerce sans
contestation, cette organisation intrieure doit avoir ses avantages,
mais si le sceptre tombe en des mains plus faibles elle ne peut que
favoriser le dmembrement du pays; nous avons vu que c'est en effet ce
qui arriva: la naissance et le dveloppement progressif de la fodalit,
puis les rivalits des familles les plus puissantes et les luttes
intestines, amenrent la fin de l'Ancien Empire.

Le haut gouvernement des nomes tait donc un pouvoir fodal, trs
probablement entre les mains des descendants directs des anciens chefs
de tribus. Quant  l'administration proprement dite, elle n'tait pas le
privilge d'une caste spciale, mais tait ouverte  tous; il suffisait
d'avoir une bonne instruction, d'tre scribe, de se montrer intelligent
et habile, pour pouvoir atteindre  n'importe quelle fonction. Nous
avons l'exemple de personnages d'humble extraction commenant par les
charges les plus modestes pour monter progressivement aux plus hautes
positions du royaume.

Les prtres pouvaient cumuler des fonctions civiles et des charges
sacerdotales; ils pouvaient aussi, semble-t-il, se recruter parmi toutes
les classes de la population et ne formaient pas une caste  part. Le
roi tait de droit souverain pontife de tout le pays et les grands
seigneurs hrditaires taient en mme temps les grands prtres des
sacerdoces de leurs nomes.

Nous avons donc, dans l'Egypte de l'Ancien Empire, un mlange
extrmement curieux de tous les modes de gouvernement: en haut, une
monarchie absolue et thocratique, au-dessous une aristocratie
hrditaire, fodale et terrienne, et enfin, tant pour les provinces
que pour l'ensemble du pays, une administration accessible  tous,
tenant en mme temps de la dmocratie et du mandarinat et ayant un
caractre sacerdotal trs marqu. Comment fonctionnaient tous ces
rouages qui nous paraissent si peu compatibles les uns avec les autres?
Nous ne pouvons nous en rendre compte d'une manire trs prcise, mais
les rsultats montrent que ce systme de gouvernement n'tait pas
mauvais puisque non seulement il subsista pendant les longs sicles que
dura l'empire memphite, mais encore fut repris au Moyen et au Nouvel
Empire avec certaines modifications.


_Relations extrieures_

Les objets remontant  l'Ancien Empire sont si peu nombreux qu'il ne
faut pas s'tonner si l'on n'en retrouve pas qui portent la marque d'une
importation trangre. Les relations commerciales avec les pays
environnants, par terre comme par mer, ne s'taient cependant pas
interrompues, bien au contraire; on consommait beaucoup d'encens en
Egypte, surtout pour les besoins du culte; or l'encens ne pouvant
provenir que du sud de l'Arabie, de la cte des Somalis, du pays de
Pount, comme on appelait ces rgions, il devait donc arriver en Egypte
par la Mer Rouge. Les mines du Sina ne sont pas assez riches en cuivre
pour avoir pu fournir tout celui qu'on employait sous l'Ancien Empire,
aussi est-il des plus probable que dj  ce moment-l on le faisait
venir de Chypre, comme aux poques suivantes. Le commerce, plus facile
encore avec la Syrie, tait sans doute plus dvelopp de ce ct-l. Les
pharaons avaient du reste sur cette contre, ou du moins sur sa partie
mridionale, certaines prtentions de suzerainet, et nous les avons vus
y envoyer  diverses reprises des expditions armes. Le plus souvent
ces expditions remportaient des succs sur les indignes et ramenaient
un riche butin, pris par la force ou acquis par voie d'change, mais
parfois aussi elles chouaient piteusement, et se faisaient massacrer
dans un guet-apens.

Le Soudan et la Nubie n'taient pas encore soumis, mais le gouvernement
gyptien, qui recrutait des mercenaires parmi les tribus de ces rgions,
les considrait un peu comme des vassales et leur envoyait souvent de
petites expditions  demi militaires,  demi commerciales, charges de
recueillir l'allgeance des chefs et si possible un tribut, d'assurer la
scurit des routes et le respect du nom de l'Egypte, et de faire
aboutir des oprations fructueuses par voie d'change. Ces expditions
taient le plus souvent diriges par les gouverneurs du sud, les
rsidents gyptiens  Elphantine, qui avaient la garde de la frontire:
ces hauts fonctionnaires s'appliqurent  laisser  la postrit le
rcit plus ou moins dtaill de leurs diverses missions. Ainsi nous
voyons Herkhouf s'acqurir la faveur du roi pour lui avoir ramen du
centre de l'Afrique un nain qui devait le divertir par ses danses
bizarres: ce roi tait Pepi II, alors encore un tout petit enfant.


_Famille_

Du haut en bas de l'chelle sociale, l'organisation de la famille a un
caractre tout patriarcal, empreint de libert, de bienveillance et
d'intimit. Il suffit de jeter les yeux sur les nombreux groupes
familiaux, bas-reliefs ou statues, pour juger des relations tendres
qu'avaient entre eux poux, parents et enfants: on voit souvent la femme
assise sur le mme sige que son mari, ou debout  ct de lui, passant
le bras autour de son cou tandis qu'il l'enlace troitement et que les
enfants se pressent autour d'eux. L'homme est le chef incontest de la
famille, il la dirige, la protge, la groupe autour de lui, sa vie
durant; quant  la femme, elle jouit d'une position trs privilgie, en
regard des autres femmes d'Orient: elle n'est pas enferme dans un
harem, elle est absolument libre de ses mouvements et de ses actions,
elle accompagne partout son mari comme une gale, non comme une
infrieure, elle exerce une autorit morale toute spciale sur les
enfants. Parmi ceux-ci, les filles ont les mmes droits que les fils 
l'hritage paternel.

Ds l'Ancien Empire, l'Egyptien est certainement monogame;  peine
trouve-t-on un ou deux grands personnages ayant  ct de leur femme
lgitime une concubine, dont les enfants ont du reste  peu prs les
mmes droits que leurs frres. Seul le roi a en gnral plusieurs femmes
dont l'une, la grande pouse royale a le pas sur les autres, tant
sans doute de plus haute naissance, parfois mme de race royale. Pour
conserver aussi pur que possible le sang divin qui coule dans ses
veines, le roi doit de prfrence prendre une femme du mme sang que
lui, donc une proche parente. Sous le Nouvel Empire nous voyons le plus
souvent le pharaon pouser sa soeur, parfois mme sa fille; il en tait
sans doute de mme pour les rois memphites. Ces unions qui nous
paraissent monstrueuses n'avaient rien que de trs naturel pour les
Egyptiens, pour qui la puret de la race avait une importance capitale.


_Vtement_

Vu le climat de l'Egypte, les habitants de ce pays n'ont jamais prouv
le besoin de s'habiller chaudement; le costume en usage sous l'Ancien
Empire est particulirement sommaire. Les hommes portent tous le pagne,
plus ou moins grand suivant leur condition: pour les gens de bas tage,
les mariniers par exemple, il se rduit  une ceinture garnie par devant
de quelques petites lanires formant tablier, pour d'autres ouvriers
c'est un morceau d'toffe passant entre les jambes et fix galement 
une ceinture. Le modle ordinaire est compos d'une longue pice de
toile blanche enroule troitement autour de la partie moyenne du corps,
soutenue par une ceinture et descendant presque jusqu'aux genoux. Chez
les grands personnages ce vtement prend plus d'importance: il n'est pas
plus long, mais beaucoup plus ample, et la partie de devant, gaufre 
petits plis et empese, forme une sorte de grand tablier triangulaire.
En outre, les notables ont le plus souvent aux pieds des sandales,
simples semelles plates, et autour du cou un large collier descendant
sur la poitrine et compos gnralement de perles en verroterie, parfois
aussi de perles d'or. La tte est entirement rase, cheveux, barbe et
moustaches, et, pour sortir, les grands personnages se coiffent d'une
perruque plus ou moins volumineuse suivant la mode du jour, tandis que
chez les gens du peuple cette perruque parat n'tre plus qu'une simple
calotte feutre, pousant les formes du crne. Souvent une petite barbe
postiche se fixe sous le menton des notables. Jamais on ne voit de
manteau sur les paules des particuliers; seul le roi, dans certaines
crmonies, porte un vtement de forme particulire, trs ample, sans
manches, descendant du cou jusqu'aux genoux.

[Illustration: _Fig. 131._ Costumes de l'Ancien Empire (d'apr. LEPSIUS.
_Denkmler_, II, pl. LXXIII).]

Les femmes sont vtues d'une robe absolument collante descendant de la
naissance des seins jusqu'au bas des mollets; des bretelles la
retiennent aux paules. La gorge est couverte d'un large collier, et des
anneaux de diffrentes formes ornent les bras et les chevilles. La
chevelure, trs abondante, retombe sur les paules en une multitude de
petites tresses; parfois un riche bandeau enserre cette coiffure
au-dessus du front.

[Illustration: _Fig. 132._ Ptahhetep  sa toilette (d'apr. PAGET-PIRIE.
_Ptahhetep_, pl. XXII).]

La toilette tait chose importante pour les Egyptiens; ils se lavaient
soigneusement, se faisaient oindre le corps d'huiles et de parfums. Les
gens riches avaient des serviteurs qui les massaient et leur servaient
de manicures, de pdicures, et sans doute aussi de coiffeurs. Avant et
aprs le repas, on se lavait les mains et la bouche, comme cela se fait
encore aujourd'hui en Orient.


_Mobilier et Habitation_

Les Egyptiens avaient l'habitude de s'accroupir  terre, sur des nattes,
pour toutes les occupations sdentaires; c'tait la position ordinaire
des artisans  leur travail et des scribes en train d'crire. Par
contre, pour manger, ils s'asseyaient sur des chaises, des fauteuils ou
mme des divans  deux places, devant de petits guridons ronds, hauts
sur pied, o s'empilaient les victuailles. Ils couchaient dans des lits
garnis de plusieurs matelas, de couvertures et de chevets en guise
d'oreiller, lits  quatre pieds, assez levs pour qu'on dt y monter 
l'aide d'un petit escabeau. Le mobilier comportait encore un certain
nombre de coffres de diverses dimensions, o l'on serrait le linge et
les ustensiles de toute sorte. En ce qui concerne les habitations, nous
n'avons gure de renseignements pour l'Ancien Empire; ce devaient tre
des constructions lgres, en partie en briques crues ou en terre pile,
en partie en bois, avec des jours qu'on pouvait fermer, au moyen de
tentures multicolores ou de nattes; comme plafond, des solives de bois
de palmier, se touchant, supportaient une terrasse en terre battue.


_Chasse et Pche_

Les grands marais remplis de poissons et d'oiseaux de toute sorte qui
bordaient la valle du Nil, fournissaient aux seigneurs gyptiens,
grands amateurs de chasse et de pche, un terrain incomparable. Ils s'y
rendaient avec leurs gens qui sur place prparaient des nacelles lgres
en faisceaux de tiges de papyrus, dans lesquelles tout ce monde
s'embarquait, pntrant dans les fourrs marcageux. Le matre tenait
d'une main des oiseaux captifs dont les cris servaient d'appeaux, tandis
que de l'autre il brandissait son boumerang et le lanait adroitement
sur le gibier, abattant l'un aprs l'autre le hron, l'oie, le canard,
la grue, que ses gens allaient chercher dans les roseaux; puis il
saisissait un harpon  double lame barbele avec lequel il transperait
d'une main sre les gros poissons passant  sa porte, qu'il relevait
tout ruisselants d'eau. Cette arme puissante lui servait aussi  se
dfendre contre l'hippopotame qui aurait pu venir troubler sa promenade.

[Illustration: _Fig. 133._ Chasse et pche au marais (d'aprs DE MORGAN.
_Catal. des Monum._, I, Assouan, p. _146_).]

[Illustration: _Fig. 134._ Chasse au lasso (d'ap. DAVIES. _Ptahhetep_,
I, pl. XXII).]

Aux confins du dsert, la chasse tait plus fructueuse, mais plus
difficile et plus dangereuse aussi; on y rencontrait la gazelle,
l'antilope, le boeuf sauvage ainsi que le lion et la panthre. Le
seigneur gyptien s'y aventurait rarement, mais il y envoyait certains
de ses hommes, chasseurs de profession qui, accompagns de leurs grands
chiens, poursuivaient le gibier et l'attaquaient avec leurs flches ou
au lasso.

[Illustration: _Fig. 135._ Chasse au filet (d'aprs CAPAET. _Une rue de
tombeaux_, pl. XXXVI-XXXIX).]

Il ne suffisait pas d'approvisionner le garde-manger, il fallait se
constituer une rserve vivante d'aliments et remplir la basse-cour. A
cette fin, au moment du passage des oiseaux migrateurs, on disposait sur
des tangs de grands filets tendus sur des cadres en bois et on attirait
le gibier au moyen d'appts ou d'appeaux; une fois que le vol s'tait
pos sur l'tang, un surveillant cach tout prs de l donnait un
signal, d'autres hommes tiraient vivement sur une corde, le filet se
refermait sur les volatiles qu'on sortait avec prcaution et qu'on
enfermait dans des cages pour les porter dans de grandes volires
grilles et munies de bassins d'eau, o on pouvait les conserver et les
engraisser.

[Illustration: _Fig. 136._ Scnes de pche (d'aprs DE MORGAN.
_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _518_).]

Le Nil et ses drivs fourmillent de poissons, dont la chair a t de
tous temps une grande ressource pour les habitants du pays; ceux-ci
employaient pour les prendre des moyens qui sont de tous les temps et de
tous les pays, des engins qu'ils avaient perfectionns et dont ils
savaient tirer parti: d'abord la ligne, une ligne  main hrisse
d'hameons  son extrmit, mais sans canne ni flotteur, puis le petit
filet  manche, le troubleau, puis les nasses, les grandes bouteilles en
osier qu'on dposait au fond de l'eau et qu'on relevait de temps en
temps. La pche la plus productive tait fournie par la seine, le grand
filet droit muni de plombs et de flotteurs, qu'on tranait  grand
renfort de bras dans des cours d'eau ou des tangs, de manire 
ramasser tout le poisson. Sitt sortis de l'eau, les poissons taient
ouverts, vids, sals et tendus ou suspendus au soleil pour tre
schs.

[Illustration: _Fig. 137._ Basse-cour (d'ap. VON BISSING. _Mast. des
Gem-ni-kai_, I, pl. IX).]

Le nombre des animaux ainsi domestiqus s'accroissait sans cesse tant
par la reproduction naturelle que par l'apport de nouveaux individus
pris  la chasse. Nous venons de voir les oiseaux levs en basse-cour,
nourris de grains ou engraisss au moyen de boulettes qu'on leur
introduisait de force dans le bec. On employait le mme procd pour
certains bestiaux de choix levs  part des autres dans des fermes,
boeufs ou antilopes qu'on emptait ainsi avec des aliments fabriqus au
fur et  mesure, parfois mme des hynes qu'on tait oblig d'attacher
par les pattes et de renverser sur le dos pour leur faire avaler des
oies rties; il semble en effet, quelque bizarre que cela puisse nous
paratre, que sous l'Ancien Empire les Egyptiens, pour varier leurs
menus, mangeaient parfois de la chair d'hyne.


_Elevage_

La grande masse du btail vivait presque en libert sous la garde de
bergers dans les terrains situs au del des cultures, qui n'avaient
pas encore, comme aujourd'hui, absorb tout le sol de la valle; ces
animaux taient presque sauvages, il fallait lier les jambes des vaches
pour les traire, et quant aux boeufs et taureaux, lorsqu'il s'agissait
de les capturer, on devait employer le lasso. De temps  autres, les
propritaires allaient sur place inspecter leurs bestiaux ou se les
faisaient amener par troupes, pour en faire le compte. Le gouvernement
faisait de son ct procder tous les deux ans au dnombrement gnral
des bestiaux, sur lesquels le roi prlevait sans doute une forte dme;
cette opration tait mme considre comme des plus importantes, car
elle servait de base aux calculs chronologiques: on ne disait pas, 
cette poque, l'an 6 de tel roi, mais l'anne qui suit le 3e compte
de bestiaux de tel rgne. A ct des boeufs et des vaches, il y avait
encore dans ces domaines ruraux du petit btail, des chvres et des
moutons; quant aux nes, qu'on runissait aussi en troupeaux, comme on
les employait frquemment  toutes sortes de travaux, il est probable
qu'on les gardait  proximit des habitations plutt que dans les
pturages.

[Illustration: _Fig. 138._ Engraissage des boeufs (d'aprs DE MORGAN.
_Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _521_).]

[Illustration: _Fig. 139._ Antilopes. Engraissage des hynes (d'aprs DE
MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _513_).]

A ct de l'levage, l'agriculture tait en plein dveloppement, et les
tableaux qui reprsentent des scnes de la vie des champs sont nombreux
dans les bas-reliefs des mastabas. La crue du Nil tait soigneusement
observe et enregistre dans les documents officiels; c'est donc qu'on
avait reconnu l'importance des irrigations, desquelles dpend la
fertilit du pays. Il est trs probable que c'est de cette priode que
datent les premiers de ces canaux qui apportent l'eau sur tous les
points de la valle, et les digues qui la retiennent pour laisser
dposer le limon.

[Illustration: _Fig. 140._ Labourage et semailles (d'aprs DAVIES.
_Sheikh Sad_, pl. XVI).]

[Illustration: _Fig. 141._ Scne de moisson (d'ap. LEPSIUS. _Denkmler_,
II, pl. CVI).]

[Illustration: _Fig. 142._ Dpiquage du grain (d'aprs MURRAY. _Saqqara
Mastabas_, I, pl. XI).]

La principale culture est celle des crales. Nous voyons les laboureurs
retourner le sol  l'aide de charrues trs simples,  soc de bois,
atteles de deux boeufs, car il n'est pas ncessaire de travailler trs
profondment cette terre meuble et grasse. Derrire eux viennent les
semeurs, jetant le grain  la vole, et immdiatement aprs, on amne
des troupeaux de chvres et de moutons qui, presss par des ouvriers
munis de courbaches, pitinent le champ ensemenc pour faire pntrer le
grain. La moisson se fait au moyen de faucilles de bronze ou de bois
armes de lames de silex, avec lesquelles on scie la tige  mi-hauteur;
on lie les javelles en gerbe pour les charger sur des nes qui bon gr
mal gr les transportent prs de l'aire o on les empile en hautes
meules. Plus tard, quand la rcolte est sche, vient le dpiquage: les
gerbes sont dlies, tendues sur l'aire et foules aux pieds par des
boeufs ou des nes, et ce procd a le double avantage de faire sortir
le grain et de hacher la paille qui, comme partout en Orient, sert de
fourrage. Les vanneuses ensuite jettent en l'air le grain et le passent
au crible, et enfin on mesure la rcolte au boisseau et on l'enferme
dans les greniers.

[Illustration: _Fig. 143._ Foulage et pressurage du raisin (d'aprs
PAGET-PIRIE. _Tomb of Ptahhetep_, pl. XXXIII).]

La vigne se cultive en berceaux, dans des jardins; au moment de la
vendange, des hommes cueillent le raisin mr, le mettent dans de grands
paniers et le portent tout  ct, sur le pressoir, sorte de grande auge
surleve o la rcolte est foule aux pieds par d'autres ouvriers. Le
rsidu est ensuite mis dans de grands sacs de forte toile,  chaque
extrmit desquels est pass un bton, et on arrive encore  extraire
une bonne quantit de jus en tordant nergiquement ce pressoir
rudimentaire, opration qui ncessite une pittoresque gymnastique de la
part des cinq pressureurs. Enfin le mot est port au cellier, dans de
grandes jarres qu'on ferme et qu'on scelle soigneusement.

[Illustration: _Fig. 144._ Rcolte du lin (d'aprs LEPSIUS. _Denkmler_,
II, pl. CVII).]

Les autres genres de culture, comme la rcolte des figues que des hommes
ou parfois des singes vont cueillir dans les arbres, ou celle du lin,
qui se pratique par arrachage de la tige et non plus  la faucille, sont
plus rarement reprsentes. Enfin quelques scnes de jardinage montrent
des ouvriers arrosant soigneusement des carrs de lgumes.

[Illustration: _Fig. 145._ Tressage des nattes (d'aprs PERROT et
CHIPIEZ. _Histoire de l'Art_, I, p. _36_).]

Les Egyptiens n'employaient pour leurs vtements que de la toile de lin,
et dj au dbut de la IVme dynastie ils taient passs matres dans
l'art de filer et de tisser. Parmi les rares chantillons d'toffes de
l'Ancien Empire qui nous sont parvenus, il y a surtout des toiles fines,
trs fines mme; certaines bandelettes de momies royales sont faites au
moyen de fil incomparablement plus fin que celui de n'importe quel tissu
moderne (un kilo de ce fil reprsenterait 12  18.000 mtres de
longueur, selon les calculs des spcialistes). Pour d'autres usages, en
particulier pour la fabrication de portires et tentures, on employait
des toffes multicolores plus paisses, o le tisserand, prcurseur des
fabricants de tapis orientaux, obtenait par la disposition de ses fils
de couleur des compositions ornementales simples, mais du meilleur got.

Les vanniers faisaient dj de ces paniers de toute forme qui sont
aujourd'hui une spcialit du Soudan gyptien, ouvrages de sparterie
trs soigns et trs fins, aux brins de couleurs heureusement alterns
et qui sont en mme temps d'une solidit  toute preuve. Les gens du
peuple taient trs habiles  ces sortes de travaux, ainsi les ptres,
tout en surveillant leurs troupeaux, tressaient avec des joncs et
d'autres herbes les nattes dont ils faisaient usage, nattes si souples
qu'elles se roulaient comme des couvertures et se portaient aisment en
bandoulire.

[Illustration: _Fig. 146._ Menuisiers. Tombeau de Mera (d'ap. un dessin
de l'auteur).]

Dans d'autres tableaux nous voyons des cordiers tordant ou tournant
leurs cordes, des cordonniers assouplissant le cuir, le taillant et le
cousant, des menuisiers travaillant  des meubles de toute sorte avec la
scie, le maillet, le ciseau, l'herminette et le peroir  archet. Plus
loin ce sont des sculpteurs et des peintres, des fabricants de vases de
pierre et des chaudronniers dont nous avons dj pass en revue les
oeuvres, et enfin des bijoutiers pesant, fondant et coulant l'or,
calibrant et assemblant les pierres fines.

[Illustration: _Fig. 147._ Orfvres et joailliers (d'ap. DE MORGAN.
_Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _527_).]


_Navigation_

On peut dire que les transports, sous l'Ancien Empire, se faisaient
uniquement par la voie fluviale. Sur terre, le seul moyen de locomotion
tait la marche; les nes servaient seulement de btes de somme, et il
est extrmement rare que les hommes aient song  monter sur leur dos.
Quant  la litire ou chaise  porteurs, c'tait l un luxe que seuls
les grands seigneurs pouvaient s'offrir, quand ils allaient inspecter
leurs domaines. Sur l'eau, nous avons dj vu les petites nacelles en
papyrus employes pour la chasse et la pche; les autres bateaux
construits en bois taient trs varis de forme, qu'il s'agt des lourds
et solides bachots, munis de rames et de gouvernails, destins  faire
de petits trajets et  transporter des marchandises ou des bestiaux, ou
bien des bateaux  rames et  voiles, qui dnotent dj une grande
habitude de la navigation. Ds le dbut de la IVe dynastie, on employait
de faon constante, pour remonter le Nil, de longs bateaux aux
extrmits lgrement releves, portant un gros mt form de deux
madriers qui s'assujettissent dans les deux bordages et ne se runissent
qu' leur partie suprieure; une vergue se hisse au sommet de ce mt,
supportant une voile trapzode d'un modle spcial commande par deux
bras, gros cordages dont un homme assis  la poupe tient les extrmits.
Des gouvernails en forme de rames, en plus ou moins grand nombre
suivant les dimensions du bateau, servent  donner la direction. Un toit
lger, courant au-dessus du pont, fournit aux passagers un abri
suffisant. Pour descendre le fleuve, on pliait la voile, on abattait le
mt et le bateau suivait le fil du courant, actionn en outre par les
rames. Plus tard, vers la fin de l'Ancien Empire, on voit paratre un
nouveau modle de barque, la grande nef ponte, au mt simple portant
une voile carre soutenue par deux vergues; le mode de navigation ne
change du reste pas pour cela, et on continue, comme de nos jours
encore,  remonter le fleuve  la voile,  le redescendre  la rame.

[Illustration: _Fig. 148._ Litire (d'aprs DAVIES. _Deir et Gebrawi_,
I, pl. VIII).]

[Illustration: _Fig. 149._ Fabrication de nacelles (d'ap. DAVIES.
_Sheikh Sad_, pl. XII).]

[Illustration: _Fig. 150._ Barque. IVe dyn. (d'ap. JQUIER. _Bull. de
l'Inst. fr. du Caire_, t. IX, pl. III).]

Les vaisseaux de mer, plus grands et plus forts sans doute que ceux du
Nil, en diffrent  peine quant  la forme gnrale; les mts, les
voiles, les gouvernails, les rames sont les mmes, mais il n'y a aucune
superstructure, et un norme cble, allant de la proue  la poupe,
assure la solidit de la charpente.

[Illustration: _Fig. 151._ Scne du march (d'apr. LEPSIUS. _Denkmler_,
II, pl. XCVI).]


Pour avoir un tableau complet de l'tat de l'Egypte  cette poque, il
faudrait approfondir encore bien des points sur lesquels nous sommes peu
documents, ainsi la question trs importante du commerce qui, faute de
numraire, se faisait de gr  gr, par change, suivant entente entre
les contractants, sans que nous sachions s'il y avait des boutiques ou
seulement des marchs priodiques dans les centres. Nous sommes aussi
assez mal renseigns sur l'exploitation des mines et des carrires et
sur le transport des gros matriaux, qui se faisait  bras d'hommes, sur
traneaux, de la montagne au fleuve. Cette esquisse sommaire, suffisante
pour le moment, nous permettra de nous rendre compte de ce qu'tait,
dans ses grandes lignes tout au moins, la civilisation de l'Egypte sous
les rois memphites et hliopolitains, priode qui est la base mme de
toute la civilisation pharaonique. Pour les poques suivantes nous
pourrons nous contenter de signaler les transformations, les
perfectionnements apports au cours des sicles  cet tat de choses,
par suite du travail intrieur ou des importations trangres.

[Illustration: _Fig. 152._ Forage de vases de pierre (d'ap. DE MORGAN.
_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _497_).]




[Illustration: _Fig. 153._ Sphinx du Moyen Empire (d'aprs LEGRAIN.
_Statues et statuettes_, I, pl. XX).]




CHAPITRE VI

MOYEN EMPIRE

(2200  1500 avant J.-C. environ.)

A. HISTOIRE


_XIe dynastie_

Une priode de troubles intrieurs comme celle qui termina l'Ancien
Empire ne pouvait se prolonger indfiniment et devait aboutir  une
restauration de la monarchie sur des bases un peu diffrentes. Nous
avons vu les derniers rois memphites, qui ne disposaient pas d'une force
militaire srieuse et qui sans doute n'avaient plus l'autorit morale de
leurs prdcesseurs, s'effacer peu  peu devant leurs comptiteurs, les
princes hraclopolitains; ceux-ci n'avaient cependant pas russi,
malgr l'nergique appui de leurs vassaux, les dynastes de Siout, 
s'installer dfinitivement sur le trne d'Egypte, ni mme  laisser un
nom durable. Pendant ce temps s'levait dans le sud, dans une province
qui jusqu'alors n'avait jou aucun rle, celle de Thbes, une famille
nouvelle, au sang moins pur, mlang d'lments soudanais, famille
nergique poursuivant de pre en fils, avec opinitret, un seul but, la
restauration,  son profit, de l'unit du royaume gyptien. Ces
seigneurs qui portent tous le nom d'Antef ou de Mentouhotep,
commencrent petitement: les plus anciens n'ont que leur titre de
monarque puis peu  peu ils s'arrogent le droit d'inscrire leur nom dans
un cartouche, ils se qualifient de rois de la Haute Egypte et finissent
par prendre la titulature complte des rois lgitimes. Les premiers
n'tendaient leur domination que sur la moiti mridionale de la Haute
Egypte, mais en mme temps ils avaient soumis la Nubie jusqu' la
deuxime cataracte au moins; les derniers rgnrent sur toute la valle
du Nil et poussrent mme plus loin, puisqu'ils entreprirent des
expditions du ct du Sina et de la Syrie mridionale.

[Illustration: _Fig. 154._ Mentouhotep IV (?) (d'apr. un bas-relief
provenant de Deir-el-Bahari).]

L'ordre de succession de ces rois, qui forment la XIme dynastie, n'est
pas trs clair; leur chronologie l'est encore moins: le papyrus de Turin
donne six rois ayant rgn pendant plus de 160 ans, tandis que d'aprs
Manthon il y aurait eu 16 rois et 43 ans de rgne; il y a dans ces
chiffres des erreurs videntes, puisque nous savons d'autre part que
certains de ces rois rgnrent au moins 50 ans; on peut donc supposer
que le papyrus ne nomme que les derniers rois de la srie, ceux qui
pouvaient tre considrs comme souverains lgitimes, tandis que
Manthon indique le nombre total des princes de la famille, et la somme
des annes de rgne des deux derniers seulement, ceux qui gouvernrent
sans aucun doute tout le pays. Comme date, nous pouvons placer cette
XIme dynastie thbaine, de faon tout  fait approximative du reste, aux
environs de l'an 2.200 avant J.-C.


_XIIe dynastie_

Nous ne savons dans quelles conditions le dernier roi de cette dynastie,
Mentouhotep V Seankhkara, cda la place de gr ou de force  un homme du
nom d'Amenemhat, qui avait t grand-vizir sous un rgne prcdent et
qui tait sans doute apparent de prs ou de loin  la famille royale.
Usurpateur ou non, le nouveau roi trouva devant lui de nombreux
adversaires qu'il finit par rduire, comme il sut plus tard djouer un
complot des gens du palais qui en voulaient  sa vie. Amenemhat I tait
non seulement un homme d'action, il tait aussi un organisateur de
premier ordre,  en juger par l'oeuvre accomplie pendant les 30 ans que
dura son rgne. Il supprime dfinitivement le rgime fodal, l'autonomie
des petits princes locaux sur lesquels ses prdcesseurs avaient d
s'appuyer pour gouverner, il reconstitue l'unit de l'Egypte sous un
seul sceptre, fait rgner l'ordre et la paix dans tout le pays, recule
ses frontires grce  des expditions heureuses, et fonde une dynastie
qui devait rgner 213 ans en tout, et tre une des plus brillantes qui
aient occup le trne de l'Egypte.

[Illustration: _Fig. 155._ Senousrit I (photo. de E. Brugsch-Pacha).]

La XIIme dynastie est donc d'origine thbaine, mais son centre politique
fut toujours celui qu'avait choisi le fondateur de la monarchie
gyptienne, Memphis, abandonne depuis quelques sicles. C'est dans les
environs immdiats de l'antique capitale que les nouveaux rois
tablirent leur rsidence et qu'ils construisirent leurs tombeaux. Les
sept rois qui se succdent de pre en fils portent tous, soit le nom
d'Amenemhat, qui est celui du fondateur de la dynastie, soit celui de
Senousrit, qu'on lisait autrefois Ousertesen et qui est en ralit
l'origine du nom grec de Sesostris, ce hros plus lgendaire que rel
sur la personne duquel se grouprent aux basses poques tous les hauts
faits des rois du temps pass dont on avait conserv le souvenir.

[Illustration: _Fig. 156._ Senousrit III (d'aprs LEGRAIN. _Statues et
statuettes_, I, pl. VI).]

Les vrais Ssostris, ceux de l'histoire, sont du reste aussi des
guerriers et des conqurants, mais leur activit est surtout dirige
vers le sud. Les plus clbres d'entre eux, Senousrit I et Senousrit III
parachevrent l'oeuvre entreprise par Amenemhat I, la conqute de la
Nubie: ils tendent l'autorit effective de l'Egypte jusqu' la 2e
cataracte, c'est--dire reculent d'au moins 400 kilomtres les
frontires de leur royaume. La Nubie est devenue une province
gyptienne, administre par des fonctionnaires spciaux, avec de petites
garnisons cantonnes dans les points faibles du pays, o s'lvent
d'importantes forteresses, celles de Semneh et de Koummeh en
particulier, qui gardent les deux rives de la cataracte, frontire
extrme de la nouvelle province.

Les Pharaons de la XIIme dynastie, bien que trs occups du ct du
Soudan, ne ngligent pas pour cela les autres contres limitrophes; les
Libyens aussi bien que les Syriens habitant les confins de l'Egypte sont
refouls ou assujettis, et la domination effective du roi s'tend sur
les Oasis, le Sina et les contres dsertiques o les travaux dans les
carrires et dans les mines peuvent s'effectuer en toute tranquillit.

[Illustration: _Fig. 157._ Amenemhat III (d'aprs _Muse Egyptien_, II,
pl. XV).]

Le dernier grand roi de la dynastie, Amenemhat III, attacha son nom 
une oeuvre gigantesque, la cration dans le Fayoum,--petit territoire en
contre-bas de la valle du Nil, du ct ouest,--d'un immense rservoir
destin  rgulariser les irrigations des environs de Memphis et de la
Basse Egypte. C'est le fameux lac Moeris mentionn par Hrodote et les
autres auteurs classiques, qui parlent en mme temps avec admiration du
Labyrinthe, le palais construit sur ses bords. Quelle est dans ces
rcits la proportion exacte de fable et de ralit, c'est ce qui n'a pu
tre encore tabli; toujours est-il que maintenant on ne voit plus, de
ce qui devait tre jadis le lac Moeris, qu'un lac naturel sans
coulement, le Birket-Karoun, et au lieu du Labyrinthe, des ruines de
villes, trs tendues, mais qui n'ont rien de monumental, deux
pyramides, des colosses, un oblisque; ces restes de constructions
montrent bien l'importance des travaux entrepris par Amenemhat III dans
ce coin de pays, travaux qui furent, sinon aussi merveilleux que se
l'imaginaient les Grecs, du moins considrables.


_XIIIe et XIVe dynasties_

Deux rgnes trs courts et sans clat, ceux d'Amenemhat IV et de la
reine Sebeknefrou clturent cette priode si glorieuse et si brillante
pendant laquelle l'Egypte avait atteint un degr de puissance trs
suprieur  celui auquel elle tait arrive sous les plus grands rois de
l'Ancien Empire. Nous ne savons quelles sont les circonstances qui
amenrent la chute de la XIIme dynastie, soit que la race se soit
teinte naturellement, soit que ces deux derniers souverains aient fait
preuve d'incapacit et se soient laisss supplanter par des comptiteurs
puissants. Avec eux cesse, pour un temps du moins, l'unit de l'Egypte,
et nous nous trouvons en prsence de deux familles rivales, l'une de
Thbes, l'autre de Xos dans le Delta, qui forment la XIIIme et la XIVme
dynastie; il semble qu' un moment donn cette dernire dynastie ait t
considre comme seule lgitime, mais d'un autre ct la puissance des
rois thbains de la XIIIme a certainement t plus grande. Du reste ces
deux sries de rois sont si enchevtres qu'on a peine  les distinguer
l'une de l'autre: les monuments de cette poque donnent bien des noms de
rois, rarement des dates, et jamais aucun dtail sur le rgne des divers
souverains ni sur l'ordre de succession; le papyrus de Turin donnait une
longue liste, malheureusement trs fragmente aujourd'hui, et ne parat
pas avoir tabli de distinction entre ces deux dynasties; les autres
listes royales ne mentionnent que trs peu de noms de cette poque.
Enfin Manthon ne cite pas un seul nom, mais donne  la XIIIme dynastie
60 rois et 453 ans de rgne, et  la XIVme, 76 rois et 184 ans, chiffres
qui sont peut-tre exagrs quant au nombre d'annes, mais qui
paraissent correspondre  la ralit, en ce qui concerne le nombre de
rois qui occuprent le trne.

[Illustration: _Fig. 158._ Neferhotep. Bologne (d'ap. PETRIE.
_Photographs_, No _38_).]

Nous sommes donc peu renseigns sur cette priode, et c'est  peine s'il
convient de rappeler le souvenir des Neferhotep et des Sebekhotep, les
quelques souverains qui nous paraissent tre les figures les plus
marquantes de la srie et dont les rgnes sont plus longs que ceux des
autres et les monuments que nous avons d'eux plus abondants et plus
importants. L'examen des noms mmes de tous ces rois montre clairement
que ces deux dynasties ne se composent pas seulement de deux familles
homognes, mais de groupes trs diffrents d'origine ou d'individus
isols qui se succdent sans lien apparent, et ne sont mme sans doute
pas tous de vrais Egyptiens; ainsi l'un d'eux s'appelle Nehasi, le
ngre, et d'autres, comme Khendi et Khenzer,  en juger par leurs noms,
pourraient tre d'origine babylonienne.


_Les Hyksos_

C'est prcisment  cette poque, o l'Egypte n'tait plus suffisamment
puissante pour rsister aux ennemis du dehors, que surgirent les Hyksos
ou rois pasteurs, chefs de bandes ou de tribus smites, originaires
sans doute de Palestine ou de Syrie, qui pntrrent dans la valle du
Nil par la frontire nord-est, entre Pluse et Suez, s'tablirent et se
fortifirent dans le Delta, rayonnrent de l dans tout le pays, y
tablirent une autorit durable et s'arrogrent mme le titre officiel
de rois d'Egypte. Cette invasion est en somme le rsultat d'une de ces
pousses des peuples d'Orient vers l'Occident qui sont si frquentes
dans l'histoire et qui chaque fois amenrent des perturbations
considrables; celle-ci fut dtermine par la descente des Elamites en
Msopotamie, qui provoqua galement le dpart d'Abraham pour la
Palestine.

[Illustration: _Fig. 159._ Tte d'un roi hyksos (d'apr. NAVILLE.
_Bubastis_, pl. XI).]

La domination des rois pasteurs dura longtemps et s'exera, suivant les
monuments, plus ou moins loin vers le sud, contrebalance seulement par
un petit noyau qu'on pourrait qualifier de nationaliste et qui se
groupait dans la Thbade, autour des derniers rois de la XIIIme
dynastie, puis des princes qui fondent la XVIIme et prparent la
revanche qui doit inaugurer le Nouvel Empire. Ces trangers s'taient
rapidement gyptianiss; ils avaient adopt les coutumes de leurs sujets
plus civiliss qu'eux et cherchrent  gouverner comme les anciens rois
autochtones, mais ils ne russirent pas  laisser une trace vraiment
durable de leur passage au pouvoir. Nous ne connaissons aucun difice
important qui puisse avoir t construit par eux,  part peut-tre les
murs d'enceinte en briques de leur capitale, la ville fortifie
d'Avaris,  l'est du Delta, et leurs noms ne nous sont parvenus que sur
quelques petits objets ou sur des statues antrieures qu'ils s'taient
appropries. Ils encouragrent les sciences et la littrature, ainsi que
nous l'apprennent certains papyrus, mais d'un autre ct, il est bien
probable que c'est aux premiers de ces rois qu'il faut attribuer le
pillage systmatique des tombeaux royaux antrieurs.


_XVIIe dynastie_

Enfin il s'leva une nouvelle race de princes thbains qui, d'abord
vassaux des rois Hyksos, prirent en main la tche de dlivrer leur pays
de la domination trangre. Leurs talents militaires, leur valeur
personnelle et sans doute surtout un mouvement intense du pays entier,
rvolt contre ses oppresseurs, amenrent rapidement la chute du royaume
des pasteurs. Refouls de la Haute Egypte d'abord, puis du Delta mme,
il ne resta bientt plus aux pharaons smites qu'un petit canton aux
confins du dsert et leur retraite fortifie d'Avaris, o ils tinrent
bon pendant un sicle encore. Cette priode de lutte  outrance qui
cota la vie  certains rois thbains, morts en pleine bataille, et qui
termine ce que nous avons coutume d'appeler le Moyen Empire, est une
priode hroque et glorieuse et les noms de ces rois qui affranchirent
leur pays du joug tranger, les Seknenra, les Kams, les Ahms,
mriteraient une place d'honneur dans l'histoire, si par malheur nous
n'tions si peu renseigns sur leur vie et leur oeuvre dont nous ne
faisons gure qu'entrevoir les rsultats.

[Illustration: _Fig. 160._ Poignard d'Apepi (Photographie
Brugsch-Pacha).]

Telle est, dans ses grandes lignes, l'histoire du Moyen Empire thbain,
joint  la domination des Hyksos; sa chronologie est difficile  tablir
et donne lieu encore aujourd'hui  des opinions trs divergentes, car si
nous connaissons presque  un jour prs la dure de la XIIme dynastie,
il n'en est pas de mme pour les suivantes, qui rgnrent sans doute
collatralement sur diverses parties du pays. Nous avons dj vu que
Manthon donne  la XIIIme dynastie thbaine 453 ans et  la XIVme
dynastie xote, 184 ans; il range les rois Hyksos dans deux dynasties
distinctes, la XVme et la XVIme, qui auraient rgn, la premire 284 ans
avec ses six rois qu'on retrouve sans peine sur les monuments
contemporains, les Salatis, les Bnn, les Jannias et les Apophis, et
l'autre 511 ans avec 32 rois parfaitement inconnus. Enfin, toujours pour
Manthon, la XVIIme dynastie, celle de la revanche, aurait eu deux
sries de rois, les uns hyksos, les autres thbains, ayant occup les
trnes d'Egypte pendant 151 ans jusqu' l'expulsion dfinitive des
Smites. Si l'on met bout  bout tous ces chiffres, on obtient pour
l'intervalle qui spare la XIIme dynastie du Nouvel Empire la somme
fantastique de 1.583 ans, qui parat absolument inadmissible, surtout si
l'on songe que dans un pays comme l'Egypte, o presque tout se conserve,
une priode aussi longue, mme trouble, nous aurait transmis des
sries de documents autrement plus importantes que celles qui nous sont
parvenues. D'un autre ct, une thorie rcente, trs en vogue
aujourd'hui, et base sur deux dates astronomiques qu'on voudrait
attribuer, l'une  un roi de la XIIme dynastie, l'autre au premier
souverain de la XVIIIme, rduit cet intervalle  200 ans environ. Cette
thorie me parat encore plus insoutenable que la prcdente, car je ne
vois pas le moyen de faire tenir dans un espace de deux sicles un
nombre de 150 ou 200 rois au minimum, dont certains rgnrent, nous le
savons pertinemment, 40 et mme 50 ans. La vrit est trs probablement
entre ces deux thories extrmes, et je suis tent de me rattacher, au
moins dans ses grandes lignes, au systme propos par un gyptologue
norvgien, M. Lieblein, systme qui peut se rsumer somme suit:
l'invasion hyksos a lieu  la fin de la XIIme dynastie et entrane sa
chute, aprs quoi une nouvelle famille thbaine, la XIIIme, prend
possession du trne; pendant ce temps les chefs pasteurs, matres de la
plus grande partie du pays, mais se sentant infrieurs comme
civilisation et n'osant encore se mettre personnellement  la tte du
gouvernement, intronisent d'abord des princes autochtones qui ne sont
autres que leurs cratures et leurs vassaux et qui constituent la XIVme
dynastie xote. Aprs ce laps de temps, se sentant suffisamment
gyptianiss, ils prennent eux-mmes les rnes du pouvoir: c'est la XVme
dynastie; quant  la XVIme elle n'existe pas en ralit, c'est une
dynastie purement fictive, qui reprsente seulement la somme de la
domination des Hyksos jusqu'au moment o ces rois furent refouls dans
Avaris. La XVIIme dynastie, avec sa double srie de rois, caractrise le
sicle de l'expulsion. Ainsi, puisque la XIVme et la XVme dynasties sont
contemporaines de la XIIIme, et que la XVIme doit tre supprime, comme
faisant double emploi, nous n'avons plus qu' additionner les chiffres
que donne Manthon pour la XIVme, la XVme et la XVIIme, ce qui donne,
pour toute la priode hyksos, 619 ans en tout. Il faudrait donc placer
la XIIme dynastie entre 2.300 et 2.100 environ, et l'poque des rois
pasteurs et de leurs comptiteurs gyptiens irait de 2100  1500 avant
notre re. Je me contente de signaler ce rsultat, non comme absolument
certain, mais comme assez satisfaisant.

[Illustration: _Fig. 161._ Tte de la momie de Seqnenr (d'aprs ELLIOT
SMITH. _Royal Mummies_, pl. II).]


B. MONUMENTS

Si nous voulons nous faire une ide de ce qu'tait la civilisation
gyptienne sous le Moyen Empire et des progrs qu'elle avait pu raliser
depuis la priode prcdente, nous nous trouvons tout d'abord, de mme
qu'en ce qui concerne l'histoire proprement dite, en prsence de
documents extrmement abondants appartenant  la fin de la XIme et 
toute la XIIme dynastie, puis d'une poque singulirement silencieuse,
celle des luttes intestines suscites par la prsence des Hyksos. Ce
fait n'a rien que de trs naturel et nous obligera, par consquent,  ne
tenir compte dans ce tableau d'ensemble, que des monuments appartenant 
la priode de gloire du premier empire thbain, de ceux qui se
rattachent aux rgnes des Amenemhat et des Senousrit, ainsi que de leurs
prdcesseurs immdiats.


_Architecture_

Il ne reste pour ainsi dire rien des constructions religieuses difies
par les rois de la XIIme dynastie; les unes ont pu tre dtruites par
les Hyksos, tandis que les autres, les plus nombreuses, ont t reprises
par les rois de la XVIIIme dynastie, agrandies et si bien remanies, que
dans les temples colossaux du Nouvel Empire on ne retrouve qu'
grand'peine les traces du petit sanctuaire plus ancien qui en formait le
noyau; seules, avec quelques bas-reliefs, les colonnes ont survcu, de
belles colonnes monolithes en granit qui prsentent,  peu de chose
prs, les mmes caractres artistiques que celles de l'Ancien Empire, 
quelque ordre qu'elles appartiennent, lotiforme, palmiforme ou
papyriforme. Des statues souvent colossales et des sphinx ornaient aussi
ces temples; on les trouve remploys dans les constructions ultrieures
et portant bien souvent non pas le nom du roi qui les fit sculpter,
mais les cartouches de celui qui se les appropria aprs coup, suivant un
procd qui paraissait tout naturel aux Egyptiens et que nous n'hsitons
pas  qualifier d'usurpation.

[Illustration: _Fig. 162._ Reconstitution du monument de Mentouhotep II
(d'ap. NAVILLE. _The XIe dyn. Temple at Deir el Bahari_, II, pl.
XXIII).]

Le grand monument qu'un des Mentouhotep de la XIme dynastie fit
construire au fond du cirque de Deir-el-Bahari et qui a t dcouvert et
dblay ces dernires annes par M. Naville, est un temple funraire qui
n'tait pas vou au culte des dieux, aussi ne fut-il gure remani aux
poques ultrieures. C'est un difice en terrasses avec rampe d'accs,
adoss  la montagne; des colonnades de piliers carrs entourent un
massif central qui tait peut-tre surmont d'une pyramide, et derrire
lequel se trouvaient les naos consacrs aux princesses royales; au fond
du sanctuaire aujourd'hui dtruit, un long couloir s'enfonait dans le
rocher et aboutissait  une petite chambre qui contenait un grand naos
d'albtre, destin probablement  recevoir une statue de roi.

[Illustration: _Fig. 163._ Pyramide de Senousrit III  Dahchour (d'aprs
J. DE MORGAN. _Fouilles  Dahchour_, I, pl. XII).]

Les autres souverains de la XIme dynastie n'avaient que des tombeaux de
petites dimensions, assez semblables  ceux des simples particuliers;
les grands rois de la XIIme adoptrent le mode de spulture de leurs
prdcesseurs de l'Ancien Empire, la pyramide, sans toutefois chercher 
difier des monuments aussi colossaux. A Licht et  Dahchour, de mme
qu' Hawara et  Illahoun, un revtement trs soign, en calcaire et
mme par places en granit, recouvre, ou plutt recouvrait, puisqu'il a
en partie disparu, une maonnerie plutt dfectueuse en pierre ou en
briques; les chambres funraires sont non plus dans la pyramide mme,
mais  une grande profondeur au-dessous de celle-ci, et les couloirs
habilement dissimuls n'ont pas empch ces tombeaux d'tre entirement
pills. A ct du monument royal, des caveaux taient rservs aux
reines et aux princesses, caveaux d'o sont sortis les trsors
inestimables qui ont t trouvs il y a quelques annes par le Service
des Antiquits de l'Egypte. Du ct est s'levait la chapelle funraire,
du type dj connu, avec ses vestibules, sa cour centrale, son
sanctuaire et ses magasins; un grand mur encerclait le tout.

Les fonctionnaires continuent  se faire ensevelir  ct de leur
souverain, mais leurs mastabas ne sont plus comparables  ceux de la
priode prcdente. Ce sont de simples massifs de maonnerie de petites
dimensions, orns d'une stle sur la face est; la chambre funraire se
trouve immdiatement au-dessous, et on y accde par un puits for au
nord du monument extrieur.

[Illustration: _Fig. 164._ Faade de tombeau  Beni-Hassan.]

Les tombeaux des seigneurs provinciaux et des princes des nomes de la
Haute Egypte sont autrement plus originaux et plus intressants pour
nous, puisque certains d'entre eux, ceux de Bersheh et surtout ceux de
Beni Hassan nous fournissent la plus merveilleuse srie de documents
figurs concernant la vie publique et prive de l'poque. Ces monuments
appartiennent  la classe des hypoges ou tombeaux rupestres, comme
nous en avons dj vu quelques-uns sous l'Ancien Empire; ils sont
entirement creuss dans le rocher,  flanc de coteau, et les colonnes
qui soutiennent le plafond ne sont pas rapportes, mais mnages dans la
masse mme, au cours du travail d'excavation. Ces hypoges sont prcds
d'un portique largement ouvert du ct de la plaine du Nil, soutenu par
deux de ces piliers droits, sans chapiteau, aux artes abattues, qu'on a
pris longtemps,  cause de leur ft cannel et de leur petit abaque
plat, pour la forme la plus ancienne de la colonne dorique; de l le nom
de colonnes protodoriques qui leur est rest. Une porte s'ouvre sur
une salle carre de grandes dimensions, au plafond soutenu par quatre
colonnes ou davantage, et au fond de laquelle s'ouvre une niche
profonde, servant en quelque sorte de sanctuaire; un puits descend au
caveau funraire. Les parois sont entirement couvertes de peintures sur
enduit, plus compltes encore que les tableaux sculpts dans les
mastabas. Elles retracent avec une vie et un naturel souvent admirables,
les scnes les plus diverses de la vie des champs comme de celle des
gens de mtier.

[Illustration: _Fig. 165._ Tombeau de Beni-Hassan (d'aprs NEWBERRY.
_Beni Hassan_, I, pl. IV).]

[Illustration: _Fig. 166._ Masque de momie (d'aprs CHASSINAT. _Fouilles
d'Assiout_, pl. XXVI).]

Les personnages de moindre importance, qui ne pouvaient avoir une
spulture aussi complte, se contentaient d'un simple caveau souterrain,
au fond d'un puits, et arrivaient  entasser dans cet troit espace tout
ce qui pouvait leur tre utile pour la vie de l'au-del. L'art de la
momification en tait encore  peu prs au mme point qu' la priode
memphite, et l'on se contentait sans doute de desscher les corps au
moyen d'alun ou de natron, car de tous ceux qui nous sont parvenus, il
ne reste gure que les os. Le mort ainsi prpar, on l'enveloppait d'un
pais maillot de linges, de linceuls et de bandelettes; on plaait
parfois sur le haut du corps un masque en cartonnage peint, et on le
couchait sur le ct, la tte appuye sur un chevet, au fond d'un
sarcophage rectangulaire en bois, aux parois paisses, couvertes de
peintures au dehors comme au dedans, et muni d'un couvercle plat ou
bomb. La dcoration extrieure consiste le plus souvent en bandes de
grands hiroglyphes entre lesquelles on peignait parfois toute une
ornementation architecturale montrant que le sarcophage tait considr
comme une maison, donc comme l'habitation mme du mort, une maison d'un
modle archaque, construite en bois avec des stores en nattes de
couleur pour fermer les baies. A l'intrieur, on inscrivait de longs
textes funraires analogues  ceux des pyramides et destins  assurer
au dfunt la scurit dans le monde des enfers; au-dessus de ces textes
court une large frise o sont peints les objets qui devraient en ralit
figurer dans le mobilier funraire: pices de costume, coiffures,
bijoux, armes, sceptres, outils, vases, meubles, toujours suivant le
principe que la figuration d'un objet suffit pour remplacer l'objet
lui-mme quand il s'agit d'une ombre, du double immatriel d'un homme.
Il arrive aussi qu'on voie dj paratre,  l'intrieur du grand
sarcophage, le cercueil anthropode qui renferme la momie elle-mme et
qui devient le modle courant du sarcophage au Nouvel Empire; ce type de
cercueil n'est que le dveloppement normal du masque funraire habituel.

[Illustration: _Fig. 167._ Momie du Moyen Empire (d'aprs
CHASSINAT-PALANQUE. _Fouilles d'Assiout_, pl. XXI).]

[Illustration: _Fig. 168._ Sarcophage du Moyen Empire (d'aprs PETRIE.
_Gizeh and Rifeh_, pl. X.A).]

[Illustration: _Fig. 169._ Intrieur d'un sarcophage (d'aprs LACAU.
_Sarcoph. ant. au Nouv. Emp._, pl. XXIV).]

[Illustration: _Fig. 170._ Sarcophage anthropode (d'ap. PETRIE. _Gizeh
and Rifeh_, pl. X.B).]

Quant au mobilier funraire proprement dit, il est en gnral modeste.
Dans les tombeaux des princesses de la famille royale, on ne trouve
gure que la srie des vases  onguents et  parfums, des sceptres et
une certaine quantit de bijoux, merveilles d'art et de got, qui sont
parmi les plus belles choses que l'antiquit gyptienne nous ait
livres. Chez les particuliers il y a d'abord la caisse carre,
absolument indispensable du sarcophage, faite sur le mme modle que
lui, et contenant les quatre vases canopes, o l'on enfermait les
viscres du mort, puis quelques vases grossiers ayant contenu des
victuailles, enfin des imitations d'armes et des groupes de bois stuqu
et peint, reprsentant des scnes de la vie familire. Ces scnes sont
les mmes qu'on voit figurer ailleurs, en bas-relief ou en peinture, sur
les parois des mastabas et des tombeaux rupestres, mais traites avec
plus de naturel et de navet: nous y voyons reprsents des cuisiniers,
des porteurs et des porteuses d'offrandes, la fabrication du pain et de
la bire, et surtout des bateaux, reproduction des grandes barques de
l'poque avec leur grement complet et leur quipage. Malgr leur
facture souvent un peu grossire, ces petits monuments sont peut-tre
l'image la plus parfaite, en tous cas la plus expressive, de la vie des
anciens Egyptiens.

[Illustration: _Fig. 171._ Canope du Moyen Empire (d'ap.
GAUTIER-JQUIER. _Fouilles de Licht_, p. _68_).]

[Illustration: _Fig. 172._ Statuette de serviteur (d'ap. le _Muse
Egyptien_, I, pl. XXXVIII).]

La cachette aux statues, le _serdab_, n'existe plus dans la tombe du
Moyen Empire, et s'il se trouve encore dans le tombeau une statue du
mort, celle-ci n'est plus que trs rarement en pierre, mais presque
toujours en bois et souvent de trs petite dimension. Il y a ici
videmment une volution dans les ides funraires: la notion du _ka_,
du double qui pour subsister a besoin d'un support  dfaut du corps
lui-mme, existe toujours, mais tend  se transformer; il semble qu'elle
se spiritualise en quelque sorte et qu'une petite image du mort, image
souvent informe, lui suffise, et cela plutt par tradition que par
besoin rel. C'est  ce moment qu'on voit apparatre les premires
statuettes mummiformes reprsentant le dfunt, prototypes des
innombrables statuettes funraires ou _oushabtis_ du Nouvel Empire.

[Illustration: _Fig. 173._ Modle de barque (photographie de E.
Brugsch-Pacha).]

[Illustration: _Fig. 174._ Statuette en bois (d'aprs GAUTIER-JQUIER.
_Fouilles de Licht_, p. _80_).]

Pour les morts d'une classe moins leve, ceux qu'on ensevelissait 
mme le sol, on avait en certaines rgions la coutume de poser au-dessus
de la tombe une petite maison en terre cuite, reproduction en miniature
de l'habitation des vivants, et qui devait servir de domicile  l'me:
prive de ce pied--terre si sommaire, cette me et risqu d'errer sans
trve  l'aventure et de disparatre misrablement.

[Illustration: _Fig. 175._ _Statuette funraire_ du Moyen Empire (d'apr.
PETRIE. _The Labyrinth_, pl. XXX).]

Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, faites en briques
et en bois, et n'ayant aucune prtention  la dure, ont disparu presque
partout en Egypte; nous sommes un peu plus favoriss cependant pour le
Moyen Empire que pour les autres poques, puisqu'on a retrouv au Fayoum
des restes importants d'agglomrations de maisons, vraies villes
composes de petites habitations en briques, serres les unes contre les
autres et spares par de longues rues droites; c'est l sans doute
qu'habitaient des ouvriers et des employs dont les papiers, rests
cachs dans le coin des chambres, sont parvenus jusqu' nous: ces
prcieux documents sur papyrus contenaient des crits de toute sorte,
mais surtout des lettres et des comptes.

[Illustration: _Fig. 176._ Modle de maison en terre cuite (d'ap.
PETRIE. _Gizeh and Rifeh_, pl. XV).]

Pour ce qui est de l'architecture militaire, de hautes et massives
forteresses en briques crues remplacent les simples enceintes formes
d'une paisse muraille, en usage sous l'Ancien Empire. Nous avons,  la
frontire mridionale de la Nubie, deux bons exemples de ces
constructions, qui dominent de trs haut le terrain environnant et qui
devaient opposer une trs grande rsistance  l'escalade et  la sape.
Le progrs ralis dans ce domaine est trs naturel et cela n'a rien
d'tonnant, puisque la monarchie gyptienne,  cette poque, a un
caractre militaire trs prononc et se distingue en cela trs nettement
de celle de la priode prcdente.

[Illustration: _Fig. 177._ Attaque d'une forteresse (d'aprs NEWBERRY.
_Beni Hasan_, II, pl. XV).]


_Sculpture_

La statuaire du Moyen Empire continue  suivre, presque sans s'en
carter, les traditions des dynasties memphites; ses procds sont
identiques, et c'est  peine si nous pouvons signaler un peu plus de
fini dans les parties qui taient autrefois laisses le plus souvent 
l'tat d'bauches, les jambes et les pieds. Ce sont toujours les mmes
formes, les mmes attitudes, avec plus de dlicatesse peut-tre, mais
moins de puissance; on recherche moins la ressemblance exacte, raliste,
de la figure  reproduire, qu'une sorte de portrait idalis qui n'a
plus sans doute que les caractres gnraux de l'original: ainsi dans
les dix statues de Senousrit I dcouvertes  Licht, statues identiques
de dimension et de matire, sorties ensemble d'un mme atelier, toutes
les ttes, qui  premire vue paraissent semblables, sont dans le dtail
trs diffrentes les unes des autres et cependant les traits d'ensemble
restent les mmes et se retrouvent aussi dans les autres statues du mme
souverain.

[Illustration: _Fig. 178._ Statues de Senousrit I.--Licht. (photographie
de M. Pieron).]

[Illustration: _Fig. 179._ Statue du roi Hor (photographie de E.
Brugsch-Pacha).]

Sous le Moyen Empire les statues sont beaucoup moins abondantes que sous
l'Ancien, car les particuliers, quelle que ft leur position, n'en
dposaient plus gure dans leur tombeau. Encore ces statues sont-elles
presque uniquement en bois, les unes de grandeur naturelle, d'autres
trs petites. Seuls les trs hauts personnages avaient le droit de
placer dans les temples une image faite  leur ressemblance; les rois
par contre y dressaient souvent des statues colossales en granit, dont
plusieurs sont parvenues jusqu' nous, ainsi que les sphinx, galement
en granit, qui bordaient les avenues de ces temples, sphinx dont la tte
tait toujours un portrait plus ou moins fidle du roi rgnant. D'autres
statues, moins grandes, ornaient les parties apparentes des tombeaux
royaux et parfois mme on dposait une statue du _ka_ ou du double dans
le caveau funraire, prs du sarcophage, comme dans les tombeaux des
simples particuliers. Telle la statue de bois du jeune roi Hor Aouabra,
qui fut probablement co-rgent de son pre Amenemhat III, monument
dlicieux de travail, d'expression et de sentiment, qui restera un des
joyaux de l'art gyptien.

Il n'y a pas non plus de grandes modifications  signaler dans la
manire de traiter le bas-relief; un dessin ferme et pur, un relief peu
marqu, un model trs dlicat, souvent  peine perceptible, sont les
caractres gnraux de cette branche de la sculpture qui, comme la
statuaire, est toujours empreinte d'une grande distinction et d'une
remarquable noblesse d'allure.


_Peinture_

Nous avons vu, en parlant de l'Ancien Empire, que toute sculpture devait
tre peinte, au moins en principe. La simple peinture sur enduit, qui ne
se distinguait pas  premire vue du bas-relief polychrome, tait
soumise aux mmes lois que ce dernier quant  la disposition gnrale
et la composition, mais constituait un moyen d'expression singulirement
plus rapide et conomique. Pour les peintres du Moyen Empire, le souci
de la perfection artistique ne passe qu'en seconde ligne: ils donnent
libre cours  leur fantaisie, toujours maintenue, il est vrai, par une
certaine routine, dans le mme procd d'excution, et ils s'appliquent
avant tout  rendre aussi vivant que possible le sujet qu'ils ont 
traiter.

[Illustration: _Fig. 180._ Bas-relief de Koptos (d'aprs PETRIE.
_Koptos_, pl. IX).]


_Arts industriels_

La cramique ne prsente aucun caractre spcial; de plus en plus les
vases en terre sont rservs aux usages vulgaires, et leur facture est
gnralement peu soigne. Par contre les nombreux petits vases en pierre
dure qu'on continue  fabriquer et qui sont destins  contenir des
parfums ou des onguents sont d'un travail extrmement remarquable. Les
matires les plus prcieuses sont employes pour cela: l'obsidienne, le
lapis-lazuli et la cornaline, aussi bien que l'albtre, qui continue 
tre d'un usage courant. L'usage des vases de bronze persiste aussi,
comme par le pass.

[Illustration: _Fig. 181 et 182._ Vases en cornaline et lapis-lazuli
(d'ap. DE MORGAN. _Fouilles  Dahchour_, I, pl. XXV).]

[Illustration: _Fig. 183._ Pectoral de Senousrit II (d'aprs DE MORGAN.
_Fouilles  Dahchour_, I, pl. XVI).]

Dans la bijouterie et la joaillerie, les orfvres de la XIIme dynastie
sont arrivs  un degr de perfection qui ne sera plus dpass et qui
fait encore l'admiration de tous les spcialistes; ils taillent et
calibrent les pierres avec la plus grande prcision, fondent et cislent
les mtaux, emploient le filigrane. Mais leur triomphe incontestable est
le bijou cisel, ajour et champlev, avec incrustations de pierres
telles que le lapis, la turquoise et la cornaline. La composition du
bijou est toujours digne de son excution, qu'il s'agisse d'un minuscule
hiroglyphe servant d'lment de collier, d'un pectoral pouvant tre
considr comme un vrai bas-relief historique en miniature, d'une garde
de poignard ou d'un diadme reprsentant une couronne de fleurs
naturelles.

[Illustration: _Fig. 184._ Couronne en or (d'apr. DE MORGAN. _Dahchour_,
II, pl. IX).]


C. CIVILISATION

_Royaut_

La premire monarchie thbaine a un caractre trs diffrent de celui
des dynasties memphites, qui tait, comme nous l'avons vu,
essentiellement pacifique; de simples nomarques qu'ils taient, les
princes de Thbes avaient acquis le pouvoir suprme au prix de longues
luttes. Il tait donc bien naturel qu'ils continuassent  faire de
l'arme leur principal soutien et que, pour ne pas la laisser inactive,
ils l'employassent  pacifier les contres avoisinantes et  tendre les
frontires de l'Egypte. Les rois de la XIIme dynastie ne sont pas, 
proprement parler, des conqurants, mais des souverains dont le but est
d'assurer le tranquille dveloppement de leur pays en tenant en respect
leurs voisins, nomades plus ou moins sauvages et toujours disposs 
faire des incursions dans la riche valle du Nil, et en crant sur le
point le plus facilement accessible, le sud, une marche bien fortifie.
Sitt que cette activit militaire se ralentit, comme cela semble avoir
t le cas sous Amenemhat III et ses successeurs, les barbares, qui sont
ici les Hyksos, fondent sur le pays et le soumettent, en partie du
moins. Il faudra de longs sicles aux vrais Egyptiens pour les chasser
et reprendre le pouvoir, et ce nouvel apprentissage de la guerre sera
cause de l'avnement des grands conqurants de la XVIIIme dynastie.

[Illustration: _Fig. 185._ Groupes de soldats d'un prince de Siout
(d'aprs MASPERO. _Muse Egyptien_, I, pl. XXXIII).]

Pour assurer la transmission rgulire des pouvoirs royaux de pre en
fils et viter les comptitions possibles, Amenemhat I, dans les
dernires annes de son rgne, associa au trne son fils Senousrit I qui
fut charg de diriger l'arme et les expditions en dehors de l'Egypte,
tandis que le vieux souverain continuait  s'occuper de la politique
intrieure. Tous les rois de la XIIme dynastie suivirent cet exemple et
prirent  un moment donn leur hritier prsomptif comme co-rgent.


_Gouvernement_

Le systme fodal ne disparut pas ds l'avnement de la XIIme dynastie;
les princes des nomes, reconnaissant l'autorit suprieure et la
suzerainet du roi, continurent  administrer comme auparavant leur
province, sur laquelle ils avaient des droits trs tendus: le peuple
des campagnes, fellahs ou paysans, fournissait les soldats et pouvait
tre rquisitionn pour toutes sortes de corves, spcialement pour
les gros transports et les constructions; de lourdes redevances
pesaient sur eux, aussi bien sur les paysans soi-disant libres, que
sur les serfs et les tenanciers des domaines princiers. Les habitants
des villes jouissaient d'une plus grande libert, tout en tant aussi
sous l'autorit directe du nomarque; dans ces cits se groupaient les
artisans, les scribes et les fonctionnaires de toute sorte, tous gens
d'une classe trs suprieure au menu peuple des campagnes. Une lgion
d'employs, inspecteurs, percepteurs, chacun ayant sa charge nettement
dlimite, veillait au bon fonctionnement de ces petits tats, dont le
prince payait au roi une redevance rgulire et lui fournissait des
troupes exerces, sur une simple rquisition; il avait sans doute 
ses cts un reprsentant du souverain. Quant au pouvoir judiciaire, il
tait presque entirement entre les mains du pouvoir central.

Cependant cet ordre de choses ne devait pas durer et la centralisation
s'oprait peu  peu. Vers la fin de la dynastie, les nomarques
disparaissent ou tout au moins leur rle est si effac qu'on ne les voit
plus paratre. Par contre le nombre des fonctionnaires royaux augmente
considrablement; ce sont eux maintenant qui sont chargs non seulement
de la justice, mais de toute l'administration civile et militaire, qui
peroivent les redevances, tiennent constamment  jour les registres de
la population, du btail et du cadastre, institution ncessaire dans un
pays comme l'Egypte, soumis aux empitements d'un fleuve dont le cours
n'est pas encore dfinitivement fix.


_Relations extrieures_

Nous avons vu la conqute de la Nubie, l'occupation des Oasis, la
pacification des contres dsertiques bordant l'Egypte et les campagnes
en Syrie; toutes ces oprations, qui furent la proccupation constante
des rois de la XIIme dynastie, avaient eu pour rsultat le dveloppement
du commerce, favoris par la tranquillit et la scurit rgnant aux
abords de l'Egypte. Les produits du Soudan et de la Syrie arrivent donc
dans la valle du Nil, par caravanes, plus facilement que jamais; de
plus, les expditions au pays de Pount, au pays des Somalis, d'o l'on
tirait l'encens, l'ivoire et d'autres objets prcieux, paraissent tre
devenues plus frquentes, tant par eau, le long des ctes de la Mer
Rouge, que par la voie de terre, par le Soudan et l'Abyssinie. Il en est
de mme pour les relations avec les les grecques: la poterie dite de
Kamars, qui provient certainement de ces rgions se retrouve parfois
dans des tombes de la XIIme dynastie, et rciproquement on rencontre
souvent en Crte, en Grce et jusqu'en Etrurie des objets appartenant au
premier empire thbain.

[Illustration: _Fig. 186._ Nomades smites (d'aprs NEWBERRY, _Beni
Hasan_, I, pl. XXXI).]

Les marchandises importes en Egypte taient surtout des matires
premires, et tout particulirement les mtaux, comme par le pass; en
change, les Egyptiens livraient  leurs voisins toute sorte d'objets
ouvrs, et aussi du grain. Nous savons par les rcits bibliques que la
valle du Nil tait un peu le grenier du monde oriental, et que dans les
annes de disette ce n'tait gure que l qu'on pouvait aller
s'approvisionner. C'est en effet sous le Moyen Empire que durent vivre
les patriarches qui, aprs avoir men la vie des nomades en Palestine,
finirent par se fixer dans un petit district du Delta. Abraham dut venir
en Egypte pendant le rgne de la XIIme dynastie, et c'est presque un
tableau de son arrive avec sa famille et ses serviteurs, que cette
peinture clbre de Beni Hassan, o l'on voit des fonctionnaires
gyptiens amener  leur prince une tribu de nomades smites, avec leurs
lourds costumes bariols, leurs bestiaux, leurs armes et leurs bagages
et apportant avec eux de l'antimoine et d'autres produits qu'ils
cherchent sans doute  changer. L'arrive de Joseph en Egypte, son
lvation aux plus hautes dignits et l'installation de sa famille au
pays de Goshen ou Kesem, dans les environs de la ville fortifie
d'Avaris, doivent se placer sous un des rois hyksos, nous ne pouvons
savoir au juste lequel. Les noms gyptiens que donne le texte hbreu
peuvent tre rapprochs de certains noms qui taient en effet employs
sous le Moyen Empire et ne sont pas sans doute, comme on l'a cru pendant
longtemps, la transcription de noms sates, ce qui forcerait  reporter
la composition mme du rcit biblique  une trs basse poque. Toute
cette srie de rcits constitue pour nous un prcieux document pour la
connaissance des relations entre les Egyptiens et leurs voisins.


_Vie prive_

Il n'y a pas lieu de revenir sur l'organisation de la famille, pas plus
que sur les conditions de la vie prive qui continuent  tre les mmes,
 peu de chose prs, que sous l'Ancien Empire. La nourriture aussi est
la mme, ainsi que la manire de manger, et on attache toujours autant
d'importance aux soins de propret. Une petite diffrence se remarque
dans le costume des hommes, car si les gens du peuple continuent 
porter le petit pagne court, celui des personnages de qualit s'allonge
et forme une sorte de jupon plus ou moins ample, descendant jusqu'aux
mollets ou mme jusqu'aux chevilles; le grand manteau est d'un usage
frquent, comme si le climat s'tait refroidi, ce qui est du reste peu
probable.

Nous connaissons les villes o habitaient les ouvriers et qui ont t
retrouves au Fayoum, avec leurs petites maisons serres les unes contre
les autres, avec leurs troites rues droites; nous avons aussi des
modles en terre cuite des maisons o vivaient les gens d'une classe un
peu suprieure: une cour entoure d'un mur, au milieu de laquelle se
trouvait un tang, prcdait l'habitation, qui tait elle-mme de
dimensions assez restreintes; un pristyle  colonnes s'ouvrait
largement sur la cour, et les chambres se trouvaient au fond, derrire
cette galerie. L'escalier extrieur montait  la terrasse o
aboutissaient les grandes bouches  air destines  la ventilation des
appartements et sur laquelle parfois de petites chambres taient
construites (fig. 176). Il ne nous est rest aucune trace des palais
royaux ni de ceux des grands seigneurs.


_Chasse et pche_

Les procds de pche et de chasse, de mme que les engins employs,
sont les mmes que sous l'Ancien Empire: le filet, la ligne et le harpon
pour la pche, le lasso, l'arc, le boumerang, le filet et le pige
simple pour la chasse. Il faut cependant signaler le fait que les grands
seigneurs se constituaient des rserves de gros gibier, de vrais parcs
de chasse enclos de palissades et de treillages, o ils pouvaient  leur
gr et sans avoir la difficult d'aller les chercher au loin dans le
dsert, abattre  coups de flches les boeufs sauvages, les lions, les
antilopes ou les autruches.

[Illustration: _Fig. 187._ Parc de chasse (d'apr. NEWBERRY. _El
Bersheh_, I, pl. VII).]


_Agriculture et levage_

L'agriculture tant une des principales ressources du pays, est toujours
l'objet d'une attention spciale de la part du gouvernement; la quantit
des terrains cultivables augmente aux dpens des pturages, grce  une
mthode d'irrigation toujours en voie de dveloppement. Nous ne savons
pas quels canaux furent creuss  cette poque, mais nous voyons des
rois comme Amenemhat III entreprendre des travaux considrables tels que
le lac Moeris qui tait trs vraisemblablement destin, ainsi que
l'affirment les Grecs,  rgulariser les irrigations dans la partie la
plus fertile du pays. Le mme souverain fit tablir un nilomtre sur les
rochers de la deuxime cataracte,  l'extrme frontire de ses tats,
pour surveiller l'inondation et en prvoir d'avance les consquences
pour l'Egypte. Grce  tous ces efforts et bien que l'outillage ne se
ft gure amlior, le rendement des terres augmentait dans de grandes
proportions et l'Egypte devenait le plus grand magasin de grain de
l'Orient.

L'levage tend  diminuer, et l'on ne trouve plus gure que dans
certains cantons o le sol est moins fertile qu'ailleurs et moins apte 
la culture, les immenses troupeaux de btail  demi sauvage. Il tait
rserv aux Hyksos d'introduire dans la faune domestique du pays un
nouvel animal, le cheval, innovation qui devait, comme nous le verrons,
avoir les consquences les plus importantes pour l'Egypte.

[Illustration: _Fig. 188._ Barque  voile carre (VIe dyn.) (d'aprs
JQUIER. _Bull. de l'Institut fran. du Caire_, IX, pl. III).]


_Navigation_

L'augmentation des produits du sol devait ncessairement amener le
dveloppement du commerce intrieur et, partant, de la navigation
fluviale, qui tait aussi l'objet de la sollicitude du gouvernement,
puisque nous voyons un des rois faire excuter de grands travaux pour
rendre navigable la premire cataracte en y creusant un chenal
suffisamment profond. Les bateaux employs d'ordinaire sont les grandes
barques pontes  voile carre, dont le modle date de la fin de
l'Ancien Empire. Quant  la navigation sur la Mditerrane et la mer
Rouge, les documents que nous possdons sont insuffisants pour pouvoir
en faire une tude srieuse, au moins en ce qui concerne le Moyen
Empire. Il est cependant probable qu'on employait pour cela des bateaux
plus grands et plus forts, mais du mme modle que ceux du Nil.


_Industrie_

Les scnes figures, en bois stuqu, dposes au fond des caveaux
funraires, de mme que les tableaux peints dans les tombes, nous
montrent que, comme sous l'Ancien Empire, la population de l'Egypte ne
s'adonnait pas exclusivement  l'agriculture, mais que l'industrie y
tait aussi en honneur. Les procds employs sont toujours  peu prs
les mmes procds simples tels qu'on les retrouve chez tous les peuples
jeunes, o l'on ne se livre pas  la grande industrie et o l'on ne
fabrique les objets qu'au fur et  mesure des besoins.

[Illustration: _Fig. 189._ Menuisiers (d'ap. QUIBELL. _Excavations at
Saqqarah_, II, pl. XVII).]

On remarque entre autres de nombreuses reprsentations de la fabrication
des toffes: dans le gynce mme des grands seigneurs, des femmes sont
occupes  filer le lin tandis que d'autres se livrent au tissage; les
mtiers employs par ces femmes sont de formes diverses, suivant le
genre d'toffes qu'elles doivent faire, et ces mtiers, d'un mcanisme
simple et pratique, leur permettaient de tisser des toiles d'une finesse
et d'une rgularit remarquables, qu'on a retrouves en grande quantit
dans les tombeaux.

[Illustration: _Fig. 190._ Femmes filant et tissant (d'aprs NEWBERRY.
_Beni Hasan_, II, pl. IX).]


_Littrature_

De l'Ancien Empire, il ne nous est parvenu aucune oeuvre qu'on puisse
qualifier de littraire: les textes des pyramides sont de nature
purement religieuse et magique, et les inscriptions tombales comme les
biographies sont des rcits trs simples qui ne tmoignent d'aucune
recherche de style ou de composition. L'poque suivante nous a, par
contre, fourni une longue srie d'ouvrages qui, s'ils ne sont pas trs
tendus, ont du moins un caractre littraire trs marqu. Ces crits
sont de toute sorte, de vrais pomes comme le chant du harpiste ou le
dialogue d'un dsespr avec son me, des contes comme l'histoire de
Sinouhit et celle du roi Khops et des magiciens, des morceaux
d'loquence comme la plaidoirie du paysan, des traits de morale comme
les prceptes de Kaqemna et de Ptahhotep. A ct de cela on trouve
encore de nombreux livres religieux ou magiques, des livres de mdecine
et des traits scientifiques. Tous ces ouvrages sont composs dans une
langue trs belle et trs pure, encore exempte de tout lment tranger,
avec une recherche de style marque, des phrases simples et claires dans
lesquelles on voit que les scribes gyptiens affectionnaient
l'allitration et le jeu de mots, tout en employant toujours le mot
propre. Ces papyrus, qui nous sont parvenus en trs bon tat de
conservation, ne constituent pas un des moindres titres de gloire du
Moyen Empire et c'est avec raison qu'on a pu dire de cette priode
qu'elle est l'poque classique de la littrature gyptienne.

[Illustration: _Fig. 191._ Une page du papyrus Prisse (d'aprs JQUIER.
_Le papyrus Prisse et ses variantes_, pl. V).]

[Illustration: _Fig. 192._ Bijou de la XIIe dyn. (d'ap. DE MORGAN.
_Fouilles  Dahchour_, I, pl. XX).]




[Illustration: _Fig. 193._ Panneau du char triomphal de Thoutms IV
(d'aprs CARTER-NEWBERRY. _Tomb of Thoutmosis IV_, pl. X).]




CHAPITRE VII

NOUVEL EMPIRE

(1500  332 avant J.-C.)


A. HISTOIRE

La prise de la forteresse d'Avaris, le dernier retranchement des rois
hyksos dans le Delta, et l'expulsion dfinitive des souverains smites
marque la date la plus importante peut-tre de toute l'histoire
d'Egypte. Le grand mouvement national, aprs des sicles de luttes
striles, avait enfin trouv dans les princes de la XVIIme dynastie des
chefs capables de le mener  bien; leur triomphe inaugure une re de
gloire et de puissance telle que l'Egypte n'en avait jamais connu
auparavant, et qui est l'apoge de l'empire pharaonique. Cette date,
plusieurs historiens l'indiquent avec prcision, mais leurs donnes sont
loin de s'accorder, aussi me parat-il plus prudent de donner ici encore
des chiffres approximatifs et de placer l'expulsion des Hyksos et le
dbut de la XVIIIme dynastie aux environs de l'an 1500.


_XIIIe dynastie_

Il n'y a aucune solution de continuit, pas mme un changement de
famille rgnante, entre la XVIIme et la XVIIIme dynastie; seule
l'expulsion des Hyksos en marque la sparation, et le roi qui russit 
parachever la libration du sol gyptien, Ahms, est en mme temps le
dernier souverain de la XVIIme et le premier de la XVIIIme. Les
fragments de Manthon qui indiquent comme composant cette dernire
dynastie 15 rois ayant rgn 259 ans en tout, non compris Ahms,
considr ici comme appartenant au groupe prcdent, contiennent
diverses confusions dans les noms de rois; plusieurs de ces souverains
sont ddoubls tandis que d'autres sont runis sous un seul nom, mais
les chiffres que donne Manthon correspondent assez bien aux indications
des monuments et leur total peut tre considr comme conforme  la
ralit. La XVIIIme dynastie se placerait donc, approximativement, et
avec un cart possible de 50 ans au plus, entre 1500 et 1200 avant J.-C.
Ahms ne se borna pas  chasser les Hyksos d'Egypte; il les poursuivit
jusque dans la Syrie mridionale et leur infligea une nouvelle dfaite
en s'emparant de la ville dans laquelle ils s'taient rfugis, et sans
doute les extermina dfinitivement, car ils ne reparaissent plus dans
l'histoire.

[Illustration: _Fig. 194._ Amnophis I.--Turin (d'ap. PETRIE.
_Photographs_, No _75_).]

L'empire une fois reconquis, il s'agissait de le rorganiser, car les
proccupations militaires avaient sans doute absorb, pendant le sicle
qui venait de s'couler, toute l'activit des rois nationaux. Ce fut la
tche du fils et successeur d'Ahms, Amnophis I, qui s'en acquitta,
pendant son court rgne de 13 ans,  la satisfaction universelle,
puisque aprs sa mort il fut divinis non seulement de faon officielle,
comme tous les rois, mais par le peuple mme de sa capitale: lui et sa
femme Ahms Nofritari sont considrs comme les patrons de la ncropole
thbaine pendant tout le dbut du Nouvel Empire. Autant que nous pouvons
en juger, ses successeurs continurent son oeuvre et mirent tous leurs
soins  augmenter le bien-tre du pays.

Pendant ces longues luttes, l'Egypte tait devenue une vraie puissance
militaire; elle possdait une arme bien exerce qu'on ne pouvait
laisser dans l'inaction. Cette arme n'tait plus tout  fait la mme
que jadis, elle possdait un lment nouveau, la charrerie, et les
Egyptiens avaient rapidement perfectionn cette arme, dont ils devaient
la connaissance aux rois hyksos, et qui tait dj depuis longtemps en
usage chez les Syriens. Les soldats qui montaient ces chars attels de
deux chevaux combattaient de loin avec leurs flches et leurs javelines,
et le choc de leurs escadrons compacts pouvait dcider du sort des
batailles. L'infanterie tait aussi mieux arme, le mtal ayant partout
remplac le silex des anciens temps, et beaucoup de soldats n'taient
plus  moiti nus comme autrefois, mais vtus de cottes capitonnes et
de bonnets rembourrs qui les prservaient dans une certaine mesure.

[Illustration: _Fig. 195._ Tte de la momie de Thoutms I (d'ap.
ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XXII).]

Amnophis I avait dj employ son arme pour de petites expditions de
frontires contre les Libyens et les ngres, mais ce fut son fils
Thoutms I qui inaugura l're des grandes conqutes; il envahit la Syrie
et la soumit en grande partie, jusqu' l'Euphrate, o il posa des
stles-frontires, puis il poussa avec ses armes trs loin dans le
Soudan, sans ngliger pour cela d'entreprendre dans l'Egypte mme des
travaux importants. A sa mort, aprs une vingtaine d'annes de rgne, il
ne laissait pour lui succder qu'un fils n d'une femme qui n'tait pas
de souche royale, Thoutms II, qui pour lgitimer en quelque sorte son
accession au trne, dut pouser sa demi-soeur Hatshepsou, en qui coulait
un sang plus pur. Il continua l'oeuvre de son pre, mais n'eut qu'un
rgne trs court. Aprs lui la couronne revenait  son trs jeune fils
Thoutms III, n aussi d'une femme de race non royale; sa tante
Hatshepsou profita de sa minorit pour s'emparer de la rgence, rgna
d'abord en son nom et  ct de lui, puis le relgua dans l'ombre et
s'arrogea le titre de roi d'Egypte.

Sauf une grande expdition maritime au pays de Pount, expdition qui a
du reste un caractre nettement commercial et politique et aucunement
militaire, Hatshepsou concentra toute son activit sur l'Egypte
elle-mme, qu'elle administra sagement, avec le concours de ministres
d'une relle valeur, s'appliquant  faire disparatre les dernires
traces du nfaste passage des rois hyksos. Elle restaura des temples et
en construisit d'autres, comme celui de Deir el Bahari, qui tait
consacr  son culte funraire et qui, tant une des oeuvres artistiques
les plus remarquables de la dynastie, perptue, aussi bien que le grand
oblisque de Karnak, le souvenir de cette reine qui sut mener  bien
l'oeuvre intrieure des rois ses prdcesseurs, la rorganisation du
pays.

[Illustration: _Fig. 196._ Thoutms III (d'apr. LEGRAIN. _Statues et
statuettes_, I, pl. XXX).]

Thoutms III tant arriv  l'ge de raison, la rgente, le roi
Hatshepsou, comme elle s'appelait elle-mme, lui fit pouser sa propre
fille, mais sans lui laisser pour cela la place  laquelle il aurait eu
droit; il tait donc assez naturel qu'il conut envers elle des
sentiments de rancune et que plus tard, quand il fut enfin matre du
pouvoir, il chercht  diminuer ou mme  faire disparatre le souvenir
de son illustre tante. Ce fait trs simple a fait natre de longues
contestations parmi les gyptologues au sujet de l'ordre de succession
des premiers rois de la XVIIIme dynastie, et aujourd'hui les discussions
sur ce point n'ont pas encore cess.

Aprs 22 ans pendant lesquels Hatshepsou avait assum les charges et les
bnfices du pouvoir, Thoutms III devait encore rgner seul pendant 48
ans; c'est non seulement un des plus longs rgnes qu'enregistre
l'histoire d'Egypte, c'est encore le plus glorieux. Profitant de
quelques annes o le joug gyptien avait pes sur eux avec moins de
force, les princes syriens avaient sans doute reconquis en partie leur
indpendance; aussitt sur le trne, Thoutms prit en personne le
commandement de son arme, envahit la Palestine et la Syrie et commena
par une srie de victoires cette suite de campagnes qui durent
recommencer chaque printemps, pendant prs de vingt ans, jusqu'au moment
o l'autorit du pharaon fut tablie de faon absolument effective sur
l'Asie antrieure jusqu' l'Euphrate tout au moins. Les fils des
princes, emmens comme otages, taient une garantie de la fidlit de
leurs pres et de la rentre rgulire des tributs; du ct de la Nubie
il ne parat pas y avoir eu de difficults et les peuplades ngres
payaient rgulirement leurs redevances; Chypre, les les grecques et le
pays de Pount envoyaient aussi leurs produits, peut-tre pour faire acte
de vassalit, comme le disent les Egyptiens, mais plus probablement pour
en faire le commerce et obtenir des changes. Jamais l'Egypte n'avait
t si puissante et si florissante; Thoutms III puisa largement  ce
trsor qui se renouvelait sans cesse et s'en servit pour entreprendre
des constructions importantes sur tous les points de ses tats, depuis
le fond du Soudan et les Oasis jusqu'aux confins de la Syrie, mais
surtout dans sa capitale, Thbes, qu'il tint  honneur d'embellir et de
dvelopper. C'est dans le temple d'Amon  Karnak, entre autres,
considrablement agrandi par lui, qu'il grava le rcit de toutes ses
campagnes, cette source si prcieuse pour l'histoire, en mme temps que
l'image de la plupart de ses anctres. Toute la fin de son rgne fut
consacre  l'accomplissement de ces travaux pacifiques.

[Illustration: _Fig. 197._ Tte de la momie de Thoutms IV (d'aprs
ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XXIX).]

Amnophis II, son fils, puis Thoutms IV, son petit-fils, lui
succdrent sans galer sa gloire; leurs rgnes, de peu de dure,
n'offrent aucun vnement mmorable: quelques expditions en Syrie pour
rprimer des rvoltes locales et introniser de nouveaux vassaux, ainsi
que des constructions de peu d'importance, compares  celles de leur
illustre pre et aeul.

[Illustration: _Fig. 198._ Sphinx d'Amnophis III (d'aprs LEGRAIN.
_Statues et statuettes_, I, pl. LIII).]

C'est encore une grande figure que celle d'Amnophis III, fils de
Thoutms IV, qui rgna 37 ans, fut un habile diplomate, un politique et
un organisateur de grand talent, en mme temps qu'un constructeur
infatigable, un guerrier et un chasseur ne redoutant aucun danger. Il
n'tendit pas les conqutes de ses anctres, mais sut maintenir ses
vassaux dans l'obissance et il ne semble pas qu'il y ait eu de son
temps la moindre tentative de rvolte. Les gouverneurs locaux, qui sont
en gnral des indignes, envoient  la cour leurs rapports rguliers,
et les rois voisins de l'Assyrie, de Babylone et de Mitanni cherchent 
entrer en faveur auprs du puissant pharaon, ainsi qu'en tmoignent les
fameuses tablettes de Tell el Amarna, les archives de la politique
trangre  cette poque. Les constructions monumentales deviennent de
plus en plus nombreuses, et les plus beaux temples d'Egypte datent
presque tous de ce rgne, qui, au point de vue artistique, a une
importance capitale. Dans son oeuvre si complexe, Amnophis III tait
admirablement second par son ministre, un homme qui mrita d'tre plus
tard divinis, Amenophis fils de Paapis.


_Les rois hrtiques_

Le personnage le plus nigmatique de toute l'histoire d'Egypte est le
fils et successeur de ce grand roi, celui qui commena par porter le nom
d'Amnophis IV; sa mre, la reine Thii, une Egyptienne de basse ou tout
au moins de moyenne naissance, avait dj russi  prendre  la cour de
son mari une place trs importante et tout  fait inaccoutume, et nous
devons sans doute attribuer  son influence la rforme religieuse qui
caractrise ce rgne et qui devait amener une perturbation profonde dans
toute l'Egypte et le dclin rapide de cette glorieuse dynastie. La
principale cause de cette rvolution profonde bien qu'phmre, tait la
raison politique: le clerg d'Amon, dieu de Thbes, bien plus favoris
par les grands conqurants que ceux des autres sanctuaires du pays,
tait devenu singulirement fort, et sa puissance pouvait
contre-balancer celle des rois, ce qui arriva du reste quelques sicles
plus tard. Dsireux de se dbarrasser du pouvoir de plus en plus
menaant des grands prtres d'Amon, et obissant peut-tre aussi  une
certaine tendance mystique de son caractre, Amnophis IV imagina un
moyen radical: il supprima purement et simplement le dieu de ses pres,
devenu gnant. Dtruire les immenses sanctuaires construits par ses
anctres et t au-dessus de ses forces, aussi se contenta-t-il de les
fermer, d'en chasser les prtres, et de faire marteler le nom d'Amon
dans toutes les inscriptions, ft-ce mme dans le cartouche de son pre
ou dans le sien propre. Puis il abandonna Thbes avec toute sa cour, et
fonda dans la Moyenne Egypte une ville nouvelle, sous les auspices du
nouveau dieu qu'il venait d'inventer et qui devait remplacer tous les
dieux d'Egypte, Aten, le disque solaire, ou plutt le dieu tout-puissant
qui se manifeste par l'intermdiaire du soleil. Ce monothisme en mme
temps teint mysticisme et de matrialisme correspondait trop peu aux
ides gyptiennes du temps pour pouvoir durer, mais il offre un intrt
tout particulier, puisque nous n'avons dans toute l'antiquit classique
et orientale, aucun autre exemple d'une rforme religieuse analogue.
L'ide premire de ce culte n'est cependant pas absolument originale
mais drive du culte d'un des plus anciens dieux gyptiens, R
d'Hliopolis, le Soleil; il y a donc probablement aussi dans la rforme
d'Amnophis IV, une raction des anciens dieux, ou tout au moins de
leur sacerdoce, contre le nouveau venu qui les avait supplants tous,
Amon le dieu de Thbes et des dynasties thbaines.

[Illustration: _Fig. 199._ Buste de Khounaten (d'aprs BNDITE. _Monum.
Piot_, XIII, pl. I).]

[Illustration: _Fig. 200._ Adoration d'Aten. Tell el Amarna (d'apr. une
photographie de l'auteur).]

En mme temps qu'il changeait de religion, le roi prenait un nouveau
nom, Khounaten, la splendeur du disque solaire. Sa nouvelle capitale
de Khout-aten, l'horizon du disque, avec ses grands palais, son
temple d'Aten, ses villas dont on a retrouv les ruines, devait avoir un
aspect tout particulier, grce  la nouvelle tendance artistique qui se
manifestait chez les sculpteurs et les peintres et qui tait due sans
doute  l'inspiration du roi lui-mme, ragissant jusque dans ce domaine
contre les habitudes et la routine. Les artistes gyptiens de l'poque
cherchent  faire disparatre de leurs oeuvres cette sorte de raideur et
de solennit qui de nos jours inspire encore  premire vue,  ceux qui
ne sont pas initis  l'art gyptien, un sentiment d'tonnement et mme
de rpulsion; ils serrent de plus prs la nature dans la ligne comme
dans le mouvement, et dans leur inexprience de ce nouveau mode
d'expression, ils en arrivent parfois  des exagrations qui produisent
une impression trange. Ainsi la figure mme du roi est reprsente avec
le crne dmesurment long, le nez et le menton prominents, le cou
mince, la poitrine troite, le ventre et les cuisses normes; les
membres de sa famille, les courtisans eux-mmes imitent dans leurs
portraits ces formes tranges et on pourrait croire,  voir ce type
nouveau si rpandu, que toute la population de l'Egypte s'est modifie
d'un jour  l'autre. Il y a  ct de cela des scnes si parfaites de
sentiment et d'intimit, des dcorations peintes d'une varit si
merveilleuse, que nous sommes obligs de reconnatre dans ces
reprsentants d'un art nouveau des artistes qui sont au moins gaux,
peut-tre mme suprieurs  leurs devanciers.

[Illustration: _Fig. 201._ Peinture de Tell el Amarna (d'ap. PETRIE.
_Tell-el-Amarna_, pl. I).]

[Illustration: _Fig. 202._ Tablette de Tell el Amarna (d'apr. SCHEIL.
_Bulletin de l'Inst. franais du Caire_, II, pl. VIII).]

L'intimit, ou tout au moins l'apparence d'intimit qui rgne entre les
membres de la famille royale est une des choses qui contribuent
peut-tre le plus  nous donner de la sympathie pour cet trange
souverain qui prenait en tout le contre-pied de ses devanciers. Qu'il
sorte en voiture, la reine et les six princesses l'escortent; qu'il
reoive des ambassadeurs trangers, qu'il distribue des rcompenses 
ses sujets, qu'il officie dans le temple d'Aten, toujours sa femme et
ses filles se tiennent  ct de lui, le caressant ou l'enlaant
tendrement.

[Illustration: _Fig. 203._ Toutankhamon (d'ap. LEGRAIN. _Statues et
statuettes_, I, pl. LVII).]

Trs occup par cette transformation radicale du pays, suivant ses
doctrines et ses thories nouvelles, Khounaten n'eut pas le loisir de
surveiller activement ses possessions asiatiques; il et fallu y envoyer
frquemment des expditions armes pour contenir les lments toujours
plus ou moins en effervescence de ces populations auxquelles on avait
laiss une autonomie presque complte, et c'est justement ce qui ne fut
pas fait. Dans les lettres des gouverneurs de ces pays, qui se trouvent
parmi les tablettes de Tell el Amarna, nous voyons sans cesse des
demandes de secours contre les insurgs qui deviennent de jour en jour
plus forts, et les rois trangers parlent  Khounaten sur un ton moins
humble et moins respectueux que dix ans plus tt,  son pre. Le lien se
relchait peu  peu, l'empire si puissamment organis commenait 
s'effriter, par suite du caprice d'un homme qui se croyait sans doute un
gnie, mais qui n'avait pas compris qu'une transformation intgrale
comme la sienne serait fatalement prjudiciable au pays.

[Illustration: _Fig. 204._ Horemheb (d'apr. LEGRAIN. _Statues et
statuettes_, I, pl. LX).]

Nous ne savons pas exactement combien de temps rgna Khounaten, mais sa
rforme ne lui survcut que peu d'annes; ses deux successeurs
immdiats, qui taient ses gendres, commencrent par suivre la mme voie
que lui, puis le second d'entre eux, auquel une dcouverte retentissante
vient de donner une renomme mondiale, fut forc d'en revenir  la
tradition sculaire de l'Egypte, rouvrit les sanctuaires de Thbes et
changea son nom de Toutankhaten en celui de Toutankhamon. Aucun fait
saillant n'illustra ces rgnes, pas plus que celui d'A qui vint
ensuite. La grande tche de la rorganisation devait incomber  un
autre,  un homme qui occupait depuis longtemps une haute position dans
le pays, qui devait appartenir de prs ou de loin  la famille royale,
et qui monta sur le trne sous le nom d'Horemheb. Il fit des expditions
en Nubie pour rtablir dans les pays du sud le prestige de l'Egypte, fit
des constructions en maints endroits et embellit les sanctuaires
dserts pendant un temps, mais surtout il rtablit en tous points
l'ancien ordre de choses et promulgua une srie de lois pour rprimer la
violence et l'arbitraire, et assurer la protection des faibles. C'est
avec cette noble figure que se termine la XVIIIme dynastie.


_XIXe dynastie_

Le successeur d'Horemheb, Ramss I, un ancien grand vizir qui n'tait
sans doute pas apparent  la famille royale, ne fit qu'une trs courte
apparition sur le trne, vers 1250 probablement. Son fils Sti I est 
tous les points de vue un des plus grands parmi les pharaons. Il
consacra toutes les premires annes d'un rgne dont nous ignorons la
longueur, et qui dura peut-tre un demi-sicle,  reprendre les colonies
asiatiques que possdait l'Egypte avant la crise des rois hrtiques.
Horemheb avait dj rtabli son autorit sur la Nubie, et il lui suffit
d'une trs brve campagne dans ce pays pour bien marquer sa puissance,
puis il se jeta avec toutes ses forces sur la Syrie, qu'il traversa
triomphalement du sud au nord, crasant  plusieurs reprises les
indignes qui avaient repris leur indpendance, et il atteignit les
confins du pays des Hittites en Asie Mineure et des royaumes de
Babylonie et d'Assyrie, sur le Haut Euphrate. Une expdition contre les
tribus libyennes du dsert enleva  celles-ci toute vellit de faire
des incursions dans la valle du Nil. L'Egypte avait en apparence, et
pour un temps du moins, reconquis toute sa puissance, et Sti pouvait
s'occuper en paix de travaux intrieurs; il nous est parvenu des tmoins
trs remarquables de cette activit parmi lesquels figurent son
tombeau, le temple d'Abydos et surtout la grande salle hypostyle de
Karnak, sur les parois extrieures de laquelle il fit sculpter en
tableaux immenses les pripties de ses campagnes.

[Illustration: _Fig. 205._ Tte de la momie de Sti I (d'aprs
ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, frontispice).]

[Illustration: _Fig. 206._ Campagnes de Sti I (Temple de Karnak).]

[Illustration: _Fig. 207._ Tte de la momie de Ramss II (d'ap.
ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XLIV).]

De tous les anciens rois d'Egypte, le seul dont l'humanit ait conserv
un souvenir vivant est Ramss II, fils de Sti I, qu'on confond
volontiers avec le lgendaire Sesostris, et qui jouit en somme d'une
rputation trs suprieure  son oeuvre. Il eut un trs long rgne,
construisit beaucoup, et, en plus de cela, il s'appropria sans le
moindre scrupule tous les monuments de ses prdcesseurs, effaant mme
parfois leurs cartouches pour y mettre le sien, aussi n'y a-t-il gure
de site antique en Egypte o l'on ne trouve son nom. Ds le dbut de son
rgne il eut  lutter, dans les provinces asiatiques de son empire,
contre un royaume devenu progressivement trs puissant et qui occupait
une grande partie de l'Asie Mineure, celui des Hittites. Il sut
habilement jouer d'un succs qu'il remporta dans sa premire campagne et
o sa valeur personnelle avait dcid de la victoire; sur la faade de
tous ses temples, il fit sculpter cet pisode accompagn d'un pome
dithyrambique, le fameux pome de Pentaour, et acquit ainsi une aurole
de gloire qui est, sinon immrite, du moins un peu surfaite. En effet,
son succs ne devait pas tre dcisif, et nous voyons Ramss, quelques
annes plus tard, conclure avec ces mmes rois hittites un trait dont
il fait de nouveau trs grand tat et qui,  tout prendre, met sur un
pied d'galit les deux parties contractantes au lieu d'assurer la
supriorit de l'Egypte. Ramss sut du reste, semble-t-il, maintenir
l'intgrit de ses tats, et l'orage qui s'approchait de ses frontires
n'clata qu'aprs sa mort.

[Illustration: _Fig. 208._ Tte de la momie de Menephtah (d'ap.
ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XLVIII).]

Un grand mouvement se prparait en effet contre l'Egypte; avec l'appui
des tribus libyennes cantonnes dans le dsert, dans la Cyrnaque et
peut-tre plus loin encore, du ct de la Tunisie, certains peuples du
nord, venant des les grecques et de la cte d'Asie Mineure,
traversrent la mer, dbarqurent et tentrent d'envahir la valle du
Nil, dont le souverain tait en ce moment Menephtah, le soi-disant
pharaon de l'Exode. Ce roi tait le trentime fils de Ramss II, auquel
il succda tant lui-mme dj presque un vieillard, inhabile  conduire
des armes. Les gnraux auxquels il dlgua ses pouvoirs se
comportrent vaillamment et repoussrent l'invasion; plus tard, ils
firent une campagne victorieuse en Syrie, pays galement menac par les
ennemis de l'Egypte, et qui n'tait sans doute dj plus vassal des
pharaons,  en juger par les termes que Menephtah emploie en parlant des
habitants de la contre, qu'il ne considre plus comme des sujets ou des
rebelles, mais comme des adversaires indpendants. Pendant quelques
sicles, la monarchie gyptienne avait fait de brillantes conqutes et
les avait dfendues prement, mais elle n'avait pas le caractre d'une
puissance expansive et ses colonies asiatiques lui chapprent sans que
nous puissions bien nous rendre compte de quelle faon. Dsormais
l'Egypte sera rduite  son territoire africain, et si quelques rois,
d'un esprit plus aventureux, veulent plus tard tenter des expditions
lointaines, leurs succs ne seront jamais que momentans et n'auront
aucun lendemain.

Ces victoires devaient tre les derniers moments de gloire de la XIXme
dynastie, et la fin du rgne de Menephtah se perd dans l'oubli; ses
successeurs, Seti II, Amenmess, Taousert, Siphtah ne sont gure pour
nous que des noms, des tres sans consistance historique. Peu  peu,
sous eux, l'Egypte tait tombe en pleine anarchie; des hordes syriennes
s'taient abattues sur le pays et le ranonnaient sans piti. La
dcadence tait complte au XIme sicle avant notre re.


_XXe dynastie_

L'Egypte devait secouer cependant encore une fois le joug des barbares,
grce  la valeur et  l'opinitret de Setnekht et de Ramss III, les
fondateurs de la XXme dynastie; Setnekht, un parent sans doute des rois
de la XIXme, rtablit l'ordre dans le pays mme, mais mourut aprs un
trs court rgne, laissant le trne  son fils Ramss III. La coalition
des peuples de la mer et des Libyens, dissoute par la victoire de
Menephtah, s'tait reforme et devenait de nouveau menaante; c'tait
une vraie migration de nations entires qui se dirigeaient vers
l'Egypte en suivant la cte de la Syrie et de la Palestine; Ramss les
attendait prs de la frontire et les dfit une premire fois, mais ils
revinrent  la charge trois ans aprs et, dans la mme journe, leur
flotte fut anantie par celle du roi d'Egypte et leur arme repousse
dfinitivement; cette fois-ci, les Libyens s'taient mis aussi en
campagne et, Ramss, immdiatement aprs sa victoire dans l'est, se
retourna contre eux et leur infligea  eux aussi une dfaite
retentissante. Il n'avait plus rien  craindre du dehors et fut assez
sage pour ne pas passer de la dfensive  une politique offensive; il se
consacra donc exclusivement au bien-tre et au dveloppement de son
pays, o la paix et la scurit rgnaient de nouveau. Il difia des
monuments splendides, comme ceux de Medinet-Habou, protgea le commerce
et l'industrie et combla les temples de richesses. Grce au grand
papyrus Harris, qui contient l'numration de ses dons et un rsum
historique de son oeuvre, nous sommes admirablement renseigns sur son
rgne. Ramss III cherchait en tout  imiter son illustre anctre et
homonyme Ramss II; si son rgne fut de moiti plus court, trente-trois
ans  peine, l'oeuvre qu'il accomplit pendant ce temps est suprieure,
semble-t-il,  celle de son clbre modle, et elle et t vraiment
durable s'il avait eu des successeurs dignes de lui; malheureusement
ceux-ci se montrrent aussi incapables que les successeurs de Ramss II
et la XXme dynastie finit comme la XIXme, tristement et sans gloire. Les
neuf rois qui se succdent  des intervalles plus ou moins longs et qui
portent tous le nom glorieux de Ramss sont comme les rois fainants
entre les mains des maires du palais, des fantoches sans valeur
personnelle, absolument dpendants des prtres d'Amon; ceux-ci avaient
repris la place prpondrante que Khounaten avait cherch  leur
enlever, cependant les rois reprsentaient encore le lien traditionnel
qui assurait l'unit de l'Egypte, menace de tous cts par des
ambitieux dsireux de s'arroger une partie du pouvoir suprme.

[Illustration: _Fig. 209._ Tte de la momie de Ramss III (d'ap.
ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. LII).]

[Illustration: _Fig. 210._ Bataille contre les Philistins (d'aprs
CHAMPOLLION. _Monuments_, pl. CCXX).]

[Illustration: _Fig. 211._ Bataille navale sous Ramss III (d'aprs
CHAMPOLLION. _Monuments_, pl. CCXXII).]

La dislocation du pays commena en effet ds la disparition du dernier
de ces princes, Ramss XII, dtrn sans doute par le grand prtre
Hrihor, qui tenait depuis longtemps les rnes du pouvoir et voulait
porter lui-mme la couronne. Une re nouvelle commence, celle du
morcellement de l'Egypte, assez semblable en principe  la priode
fodale qui spare l'Ancien du Moyen Empire,  cette diffrence prs que
ces roitelets vivent le plus souvent en bonne harmonie les uns avec les
autres, s'unissent par des mariages et se repassent sans dispute la
prminence, suivant que l'une ou l'autre des familles a plus de
puissance sur le moment. Il semble que l'Egypte soit puise par son
effort politique et militaire et qu'elle se recueille, attendant des
jours meilleurs qui du reste ne pourront tre aussi glorieux que par le
pass; pendant le dbut de cette priode qui reste encore confuse, bien
qu'elle nous ait transmis une foule de documents, aucun ennemi srieux,
venant du dehors, ne menace l'Egypte, mais aucun roi ne domine les
autres par ses actes ou par ses capacits. Cette poque est une poque
de mdiocrit  tous les points de vue, pendant laquelle la
civilisation, comme les arts, vgte sans se dvelopper, et qui dura de
trois  quatre sicles. Il faudrait pouvoir en donner un vaste tableau
d'ensemble, chose qui n'est pas encore possible, les lments tant
insuffisants, et nous devons nous borner  suivre la classification de
Manthon en dynasties; chacune de ces dynasties semble d'aprs lui
former un tout indpendant, tandis qu'en ralit elle est intimement
lie aux autres, dans un enchevtrement bien difficile  dbrouiller.


_XXIe dynastie_

Avec Hrihor, les grands prtres d'Amon s'taient, comme cela devait
fatalement arriver, levs sur le trne d'Egypte, mais  peine y
furent-ils qu'ils se trouvrent en face de comptiteurs qui n'taient
point ngligeables: ceux-ci, moins puissants peut-tre que les
rois-prtres qui occupaient Thbes, avaient pour eux leur naissance,
tant parents trs rapprochs des souverains dchus. Leur centre tait 
Tanis,  l'extrme nord-est du Delta, une ville  laquelle Ramss II
avait donn une grande importance comme boulevard de l'Egypte du ct de
la Syrie. Ces rois, Smends, Si-Amon, les Psousenns, firent avec ceux
de Thbes une sorte de compromis et vcurent en bons termes avec Hrihor
comme avec ses descendants, les Pnkhi, les Pinodjem, les Masaherta,
dont plusieurs du reste se contentrent de leur titre de grand pontife
tandis que d'autres revendiquaient le cartouche royal. La XXIme dynastie
est donc double, mi-partie tanite, mi-partie thbaine.


_XXIIe dynastie_

La force militaire des grands conqurants, ds la XVIIIme dynastie,
rside pour une bonne part dans les troupes mercenaires qu'ils prenaient
 leur service, ngres, Shardanes et Libyens, races qui toutes taient
plus belliqueuses que les Egyptiens. Parmi tous ces trangers dfenseurs
de l'Egypte, la tribu libyenne des Mashaouash prit rapidement une place
prpondrante, et ses chefs une haute position  la cour, puisqu'ils
entrrent mme par des mariages dans la famille royale; un descendant de
ces chefs, rsidant  Bubastis dans la Basse Egypte, Sheshonq, prit lui
aussi le titre de roi de la Haute et de la Basse Egypte, peut-tre au
moment mme o Hrihor et Smends se proclamaient rois chacun de son
ct. Cette dynastie bubastite qui compte dans ses rangs des Sheshonq,
des Osorkon, des Takelot, des Nimrod, fut gnralement plus puissante
que les autres familles rgnantes et nous a laiss beaucoup plus de
monuments, entre autres ceux dont elle dota sa capitale de Bubastis;
souvent mme ces rois occuprent Thbes, y installrent des grands
prtres pris dans leur famille et firent des travaux importants dans le
grand temple d'Amon; cependant nous ne voyons pas qu'il y ait jamais eu
de luttes violentes entre eux et les autres dynasties collatrales. Le
fondateur de la dynastie, Sheshonq I, manifesta des vellits
conqurantes et fit campagne en Jude: c'est le Sisak de la Bible, qui
vainquit Roboam et pilla Jrusalem. Certains de ses successeurs, comme
Osorkon I, le Zerakh de la Bible, eurent aussi maille  partir avec les
Juifs, mais  part cela leurs rgnes ne renferment aucun vnement
vraiment digne de mmoire.

[Illustration: _Fig. 212._ Osorkon I (d'ap. GONINO. _Proc. of the Soc.
of Bibl. Arch._, VI, p. _205_).]


_XXIIIe dynastie_

Quand la premire famille de rois tanites, la XXIme dynastie,
s'teignit, une autre famille de mme origine prit possession de son
trne, mais ne laissa dans l'histoire qu'une trace insignifiante. Elle
rgna donc pendant les derniers temps de la XXIIme dynastie bubastite. A
cette poque se place un vnement important, la conqute de l'Egypte
entire par le roi thiopien Pinkhi Meri-Amon. Ce prince, qui
descendait des anciens rois d'Egypte et qui se considrait comme leur
lgitime successeur, rvait d'une restauration du royaume des pharaons
tel qu'il tait  la grande poque. Il descendit le Nil avec une flotte
et une arme, s'empara successivement de toutes les villes et de toutes
les places fortes d'Egypte, malgr la rsistance opinitre des derniers
rois de la XXIIme et de la XXIIIme dynastie, Nimrod et Osorkon, de
Tafnekht, roi de Sas et d'une srie de petits roitelets, qui tous
durent finir par se soumettre et le reconnatre comme leur suzerain. Il
rendit lui-mme solennellement hommage aux dieux de l'Egypte, mais ne
s'attarda pas dans le pays et remonta dans sa patrie,  Napata, au fond
du Soudan.

[Illustration: _Fig. 213._ Rois et princes faisant leur soumission 
Pinkhi (d'aprs MARIETTE. _Monuments divers_, pl. I).]


_XXIVe dynastie_

Le plus opinitre des adversaires de Pinkhi, Tafnekht, roi de Sas,
s'arrogeait dj, comme du reste les autres princes ses contemporains,
le protocole complet des rois d'Egypte. Son fils et successeur,
Bokenranf (Bocchoris), eut un pouvoir plus tendu et rgna mme quelques
annes sur le pays entier, constituant  lui seul l'phmre XXIVme
dynastie sate. C'tait un sage et un lgislateur, sur le compte duquel
la postrit racontait mainte anecdote. Comme guerrier, il tenta, en
Syrie, de s'opposer  la marche victorieuse de Sargon, roi d'Assyrie,
mais fut battu et dut s'estimer heureux que son royaume n'et pas 
subir l'invasion. Peu aprs il fut attaqu, vaincu et mis  mort par le
roi thiopien qui rgnait encore  Thbes, Sabacon.


_XXVe dynastie_

Pinkhi en effet, en rentrant en Ethiopie, avait laiss le royaume
reconquis par lui aux mains de membres de sa famille qui rsidrent 
Thbes, mais qui n'eurent qu'une autorit trs limite jusqu'au jour o
l'un d'entre eux, Sabacon, se trouva matre de nouveau de tout le pays
par sa victoire sur Bocchoris. L'unit des deux royaumes pharaoniques
semblait reconstitue, mais elle ne devait pas tre de longue dure. Un
ennemi nouveau, plus redoutable que tous ceux qu'avait jusque-l connus
l'Egypte, le roi d'Assyrie, qui tait dj matre d'une bonne partie de
la Syrie, s'avanait progressivement. La politique que suivirent  son
gard les rois thiopiens de la XXVme dynastie, et du reste aussi les
autres princes gyptiens, ne fut pas trs franche et varia presque d'une
anne  l'autre. Sabacon commena prudemment par payer tribut  ce
puissant rival; son fils Shabatoka prit le parti contraire, marcha
contre Sennakhrib, fut compltement battu, et l'Egypte n'vita
l'invasion que grce au mystrieux vnement relat par la Bible et par
Hrodote, cette peste qui anantit en une nuit l'arme assyrienne dans
les environs de Jrusalem,  Lakish, en l'an 701. Peu aprs, Shabatoka
fut dtrn et tu par son suzerain, le nouveau roi d'Ethiopie Taharqa,
qui s'installa  sa place comme pharaon, et donna  l'Egypte quelques
annes de prosprit; ayant nou des intrigues avec les peuples syriens,
il s'attira la colre d'Asarhaddon, roi d'Assyrie, qui cette fois
pntra en Egypte, le vainquit, pilla Memphis et reut l'hommage des
princes du Delta, auprs desquels il tablit des gouverneurs, en 670.
Taharqa revint  la charge un peu plus tard, mais cette fois les armes
d'Assourbanipal, qui venait de succder  son pre, pntrrent jusqu'
Thbes et firent peser un joug plus lourd sur les princes de la Basse
Egypte qui avaient profit de l'occasion pour se rvolter de nouveau.
Le successeur de Taharqa, Tanoutamon, tenta une fois encore de repousser
les Assyriens, reprit le pays jusqu'au Delta, puis finit aussi par tre
refoul au del de la cataracte, aprs que Thbes eut t mise  sac.
Ceci se passait en 662; la domination assyrienne ne devait plus durer
que peu de temps, mais aucun roi thiopien ne devait plus porter la
double couronne d'Egypte.


_XXVIe dynastie_

Parmi tous les princes et roitelets qui se partageaient le Delta et
formaient ce que les Grecs appelaient la dodcarchie, ceux de Sas
avaient depuis Bocchoris une place dominante et prenaient toujours la
tte du mouvement, que ce mouvement ft dirig contre les Ethiopiens ou
contre les Assyriens. Nchao, le vritable fondateur de cette nouvelle
dynastie sate la XXVIme, avait dj t reconnu par Asarhaddon, mais ce
fut son fils Psammtique qui, profitant de la retraite dfinitive de
Taharqa et de l'loignement d'Assourbanipal, alors trs occup par sa
guerre contre l'Elam, arriva en un temps relativement court  affranchir
son pays de la domination trangre,  en reconstituer l'unit et  lui
assurer de nouveau de longues annes de prosprit et de gloire, comme
dans les beaux temps d'autrefois.

[Illustration: _Fig. 214._ Psammtique I (d'aprs SCHFER. _Zeitsch. fr
aegypt. Sprache_, XXXIII, p. _116_).]

Ainsi que nous l'apprennent les historiens grecs, c'est en s'appuyant
sur des mercenaires ioniens et cariens que Psammtique I put obtenir ce
rsultat et runir tout le pouvoir dans sa main; certains soldats
gyptiens, blesss de cette prfrence non dguise qu'il accordait aux
soldats trangers, l'abandonnrent et s'expatrirent, mais les autres
furent vite enrgiments de nouveau. La puissance militaire de l'Egypte
tait reconstitue, et le nouveau roi chercha d'abord  exprimenter sa
force en faisant des incursions en Syrie, puis adopta un autre systme,
celui de fortifier ses frontires au nord-est et au sud pour pouvoir
s'occuper activement de rorganiser son royaume; son long rgne lui
permit de mener  bien cette besogne.

Le royaume d'Assyrie avait disparu, aussi le fils de Psammtique, Nchao
II voulut-il reprendre la vieille politique syrienne des pharaons
conqurants; son expdition fut d'abord couronne de succs, mais aprs
une dfaite terrible qui lui fut inflige  Carchemis par le roi de
Babylone, Nabuchodonosor, il dut se replier sur l'Egypte o son
vainqueur n'osa le poursuivre et il se voua,  son tour, au
dveloppement intrieur de son royaume. Il s'occupa aussi activement de
sa marine, et c'est sur son ordre qu'eut lieu le fameux priple, le
voyage d'une flotte gyptienne autour de l'Afrique, partant de la mer
Rouge pour revenir par la Mditerrane.

[Illustration: _Fig. 215._ Apris (d'ap. PETRIE. _The Palace of Apries_,
pl. II).]

Psammtique II, puis Apris, continurent l'oeuvre de leurs devanciers
jusqu'au moment o ce dernier, aprs une expdition dsastreuse contre
les Libyens, eut suscit une vraie rvolution populaire qui le renversa
et le remplaa sur le trne par Amasis, un de ses gnraux, sans doute
son parent. Nabuchodonosor profita de cette crise pour enlever 
l'Egypte tout ce qu'elle pouvait encore possder en Syrie, mais n'osa
pas tenter de pntrer dans la valle du Nil, et Amasis, s'appuyant de
plus en plus sur les Grecs, continua l'oeuvre civilisatrice commence
avant lui; c'est grce  lui surtout que s'levrent sur le sol gyptien
des villes purement grecques comme Naucratis, et que le commerce et
l'industrie hellniques y prosprrent, faisant pntrer peu  peu un
nouvel esprit dans cette vieille civilisation, aussi la figure d'Amasis
est-elle reste trs vivante chez les Grecs, et une foule d'histoires
sont venues se greffer sur son nom, qu'elles popularisent encore en ce
jour. Jamais l'Egypte, parat-il, n'avait t si riche et si prospre
que sous son habile gouvernement; il l'avait rendue si forte que Cyrus
lui-mme n'osa pas l'attaquer. Ce dernier lui ayant, dit-on, demand sa
fille en mariage, Amasis lui aurait envoy la fille du pharaon dtrn
Apris; cette tromperie devint plus tard le prtexte des revendications
de Cambyse au trne d'Egypte et de l'envahissement de la valle du Nil,
ds que le faible Psammtique III eut remplac au pouvoir son pre
Amasis.

[Illustration: _Fig. 216._ Amasis (d'aprs PETRIE. _Meydum and Memphis_,
III, pl. XXIX).]

La XXVIme dynastie, ou, comme nous l'appelons aussi pour bien la
distinguer du Nouvel Empire thbain avec lequel elle n'a plus aucun
rapport, l'poque sate, prsente un caractre tout particulier qu'on
peut qualifier d'un seul mot, celui de renaissance. Longtemps contenue,
l'Egypte s'panouit de nouveau; dans tous les domaines, elle cherche 
retrouver ce qui a fait autrefois sa grandeur et sa force. Elle reprend
la vieille tradition  laquelle elle insuffle un peu de cet esprit
nouveau qui commence  se manifester grce au contact permanent avec des
peuples plus jeunes. Trop tt coup par l'invasion persane, ce grand
effort qui se manifeste aussi bien au point de vue politique que dans le
domaine de l'art, n'eut pas le temps de donner tout ce qu'on et t en
droit d'en attendre.


_Epoque perse (dynasties XXVII-XXX)_

L'histoire de la conqute de l'Egypte par Cambyse et des rois ses
successeurs, est trop connue pour qu'il y ait lieu d'y revenir ici. La
valle du Nil est dsormais englobe dans l'empire perse, et il est 
remarquer qu'elle ne fut jamais administre comme les autres provinces
ou satrapies, mais qu'elle bnficia de certains privilges et conserva,
nominalement au moins, son ancienne organisation. Le grand roi se
considrait comme le lgitime successeur des pharaons, il enfermait son
nom dans un cartouche, se donnait les titres de roi de la Haute et de la
Basse Egypte et mme celui d'Horus, adorait officiellement tous les
dieux gyptiens et leur dressait des temples, mais toutes ces
prvenances ne suffirent pas  lui gagner le coeur de ses nouveaux
sujets qui aspiraient  la libert et cherchrent maintes fois  la
reconqurir.

[Illustration: _Fig. 217._ Nectanbo I (d'apr. AYRTON. _Abydos_, III,
pl. XXVIII).]

Les premires rvoltes furent rprimes, mais enfin sous Darius II
Ochus, en 405, les Egyptiens secourent le joug et substiturent  la
XXVIIme dynastie perse une srie de dynasties indignes, la XXVIIIme
d'abord, qui ne compte qu'un seul roi, Amyrte, d'origine sate, puis
la XXIXme, de Mends, qui avec Nepherites et Hakoris acheva la
dlivrance. Des luttes intestines marqurent seules les courts rgnes de
leurs successeurs qui furent dtrns en 379 par un prince originaire de
Sebennytos, Nekhthorheb ou Nectanbo I, le fondateur de la XXXme
dynastie. Ce roi, puis ses successeurs Tos et Nectanbo II, tout en
travaillant activement au bien-tre intrieur du pays, eurent
continuellement  lutter contre les Perses qui voulaient reconqurir
leur province perdue. Pendant des annes, avec le secours des
mercenaires grecs, ils bataillrent avec hrosme, mais ils finirent par
tre crass sous le nombre, et en 342, le dernier roi gyptien
s'enfuyait en Ethiopie; l'antique monarchie avait jet son dernier
clat.

Les Perses saccagrent consciencieusement le pays qui, au cours de la
XXXme dynastie, s'tait remis  prosprer, mais ils ne devaient jouir de
leur triomphe que dix ans  peine et quand Alexandre parut, il fut salu
comme un sauveur. C'tait une Egypte toute nouvelle qui commenait,
l'Egypte grecque, dsormais intimement lie  l'histoire du monde
mditerranen, de ce monde  la civilisation duquel elle avait si
largement contribu.


_L'Exode des Hbreux_

Je dois ajouter encore un mot sur l'vnement de l'histoire d'Egypte qui
nous est le plus familier, l'Exode des Hbreux; pour les Egyptiens
eux-mmes, le fait n'tait ni glorieux ni important, aussi ne faut-il
pas s'tonner qu'ils n'en font pas la moindre mention; dans les livres
de Mose, le roi sous lequel eut lieu l'Exode n'est pas nomm, aussi la
date ne peut-elle tre fixe de faon certaine. L'opinion
traditionnelle, presque universellement accepte aujourd'hui, est que la
perscution des Juifs eut lieu  partir de Ramss II et la sortie
d'Egypte sous Menephtah; cependant dans la stle racontant son triomphe
en Syrie, en l'an 5, ce dernier roi parle d'Isral--le mot est crit en
toutes lettres--comme tant fix dans ce pays, et fortement atteint par
la victoire gyptienne. Il est bien difficile de concilier ce fait
prcis avec la tradition. Une solution qui est  mon avis plus plausible
est celle de M. Lieblein qui reporte l'Exode vers la fin de la XVIIIme
dynastie: Thoutms III serait le pharaon de l'oppression et les Juifs
auraient quitt l'Egypte sous Amenophis III; deux cents ans plus tard,
sous Menephtah, ils devaient donc tre installs en Palestine. Ce
systme a l'avantage d'expliquer la prsence sur les frontires de la
Palestine, sous Amenophis IV, de tribus belliqueuses et envahissantes
que les lettres des gouverneurs appellent les Khabirou. Ces Khabirou
seraient simplement les Hbreux qui, sous la conduite de Josu,
commenaient la conqute de la terre promise.


B. MONUMENTS

La masse norme de monuments du Nouvel Empire qui nous sont parvenus
appartiennent presque tous  la priode thbaine, tandis que celle des
rois du Delta est  peine reprsente jusqu' la XXVIme dynastie,
l'poque sate, qui prsente un caractre un peu diffrent. Ce sera donc
surtout d'aprs les documents thbains, de la XVIIIme  la XXme
dynastie, que nous tudierons maintenant la diffrence qui existe entre
le Nouvel Empire et les deux grandes priodes qui le prcdrent.


_Architecture_

En Orient, chaque roi nouveau se construit gnralement une rsidence
qui n'est pas destine  durer beaucoup plus longtemps que lui. En
Egypte, les palais taient des constructions lgres en briques et bois,
couvrant un vaste espace, avec cours centrales, grandes pices 
colonnes et chambres plus petites, bien ares, dont la disposition
devait varier constamment; l'ornementation, qui se faisait sur stuc,
tait souvent trs riche; ainsi, dans les grandes salles d'apparat, le
sol, tait couvert d'un enduit entirement peint, reprsentant un tang
plein de poissons, entour de touffes de plantes et de buissons couverts
de fleurs sur lesquels volent des multitudes d'oiseaux, thme dcoratif
trait avec la fantaisie la plus charmante.

[Illustration: _Fig. 218._ Fragment d'un dallage peint (d'aprs PETRIE.
_Tell-el-Amarna_, pl. II).]

De mme que leurs princes, les gens aiss cherchaient  avoir des
maisons fraches et bien ares, sortes de villas  un ou deux tages
places au milieu de beaux jardins pleins d'arbres fruitiers et qui,
avec leurs pices d'eau et la rgularit de leur disposition, font
parfois penser aux jardins  la franaise. Les communs, greniers et
pressoir, sont  ct de la maison.

[Illustration: _Fig. 219._ Maison et jardin (d'aprs BOUSSAC. _Le
Tombeau d'Anna_).]

L'Egypte n'ayant pas d'invasion  craindre sous les rois thbains ne fit
aucune construction militaire; ce n'est que sous les Sates que nous
trouvons  la frontire des forteresses comme celle de Daphnae, destine
 la garnison grecque, norme massif de maonnerie qui rappelle beaucoup
les forts du Moyen Empire. Les monuments nous font par contre connatre
les fortifications syriennes avec leurs terrasses et leurs crneaux, et
Ramss III eut mme la fantaisie de construire en avant de son temple
de Medinet-Habou, en souvenir de ses campagnes, un vrai fort syrien qui
est aujourd'hui admirablement conserv.


_Temples_

Les temples gyptiens du Nouvel Empire sont trs nombreux et le plus
souvent de dimensions colossales; les dispositions de dtails varient de
l'un  l'autre, mais le plan d'ensemble est toujours le mme, et
comporte trois parties principales places l'une derrire l'autre et
donnant au monument la forme d'un rectangle  peu prs deux fois plus
long que large. En avant est une cour souvent entoure d'une colonnade
et prcde d'un double pylone trs lev, flanquant les deux cts de
la porte centrale; puis vient la salle, ou les salles hypostyles o se
faisaient les crmonies publiques du culte, et enfin le sanctuaire,
isol par un couloir sur lequel s'ouvrent encore une srie de pices
secondaires destines  servir de magasins ou de trsors. Dans ce
sanctuaire on conservait l'image sainte du dieu, enferme dans un riche
naos ou place sur une barque qu'on apportait devant la foule pendant
les grandes crmonies. Devant le pylone se dressaient deux oblisques,
de hauts mts portant des banderoles, et souvent des statues colossales
de rois; parfois une avenue borde de sphinx y aboutissait; des statues
en plus ou moins grand nombre taient dposes dans toutes les parties
du temple.

[Illustration: _Fig. 220._ Pavillon de Ramss III,  Medinet Habou.]

[Illustration: _Fig. 221._ Plan du temple de Khonsou,  Karnak (d'apr.
LEPSIUS. _Denkmler_, Text III, p. _54_).]

Une riche dcoration traite en bas-relief ou en creux, et le plus
souvent rehausse de couleur, couvre toutes les parois, tant 
l'extrieur qu' l'intrieur;  l'intrieur, c'est--dire dans les
salles hypostyles aussi bien que dans les pices accessibles aux prtres
seuls, ce sont des scnes d'adoration, d'offrandes ou de crmonies
cultuelles, tandis que dans les cours, sur les pylones et sur les murs
extrieurs, les rois faisaient de prfrence reprsenter leurs hauts
faits guerriers et l'crasement de leurs ennemis, avec des inscriptions
historiques, visibles ainsi pour tout le monde.

[Illustration: _Fig. 222._ Pylone du temple de Louxor.]

[Illustration: _Fig. 223._ Temple de Khonsou,  Karnak.]

[Illustration: _Fig. 224._ Cour du temple de Louxor (Amnophis III).]

[Illustration: _Fig. 225._ Cour du temple de Medinet-Habou (Ramss
III).]

[Illustration: _Fig. 226._ Salle hypostyle de Karnak (Sti I).]

[Illustration: _Fig. 227._ Salle hypostyle du Ramessoum (Ramss II).]

[Illustration: _Fig. 228._ Bas-reliefs du temple de Karnak (Sti I).]

[Illustration: _Fig. 229._ Bas-reliefs du temple de Sti I  Abydos.]

Au point de vue construction, la maonnerie est trs soigne, forme de
grands blocs de calcaire ou de grs, parfois mme de granit, poss sur
le sol presque sans fondations; les colonnes sont galement en matriaux
appareills et non plus monolithes, ce qui permet de leur donner de
beaucoup plus grandes dimensions.

Les temples des dieux prsentent souvent un tout extrmement complexe,
provenant des adjonctions que les rois ont successivement apportes au
plan primitif; la chose est surtout vidente pour le grand temple d'Amon
 Karnak, dont l'ensemble mesure 400 mtres de longueur, et o presque
tous les rois du Nouvel Empire ont tenu  laisser une trace de leur
activit. Par contre les temples funraires, btis par un seul souverain
et pour lui seul, qui sont construits suivant le mme principe et sur le
mme plan que ceux des dieux, sont beaucoup plus simples. Ces temples
funraires situs dans la valle, trs loin des tombeaux eux-mmes, qui
sont creuss dans la montagne, remplacent les anciennes chapelles
funraires dpendant des pyramides, dont les dimensions taient plus
restreintes et le plan trs diffrent; il y a donc dans ce domaine un
changement trs important  signaler, qui provient d'une volution dans
les ides relatives  la vie future. Le seul temple funraire qui
s'carte du modle ordinaire est le plus ancien, celui de Hatshepsou 
Deir-el-Bahari, avec ses terrasses, ses colonnades et son sanctuaire
creus dans la montagne, sa dcoration est du reste, comme celle des
autres temples, compose de scnes religieuses et de reprsentations des
vnements saillants du rgne.

[Illustration: _Fig. 230._ Barque sacre d'Amon,  Abydos.]

Le culte ne se pratiquait pas de la mme manire dans tous les temples,
mais il consistait toujours en un certain nombre de crmonies
analogues; la principale, celle du culte journalier, tait prside en
principe par le roi lui-mme, grand prtre de tous les dieux d'Egypte,
en ralit par un prtre auquel il dlguait ses pouvoirs. L'officiant
commenait par se purifier dans la cour du temple, revtait les
ornements sacrs, s'avanait en grande pompe vers le sanctuaire o il
ouvrait la chsse divine; il se prosternait devant le dieu, l'adorait,
pratiquait les rites qui devaient faire descendre l'me de la divinit
dans la statue, l'encensait, l'oignait, lui prsentait des victuailles
diverses, en entremlant tous ces gestes rituels d'hymnes et de formules
magiques; puis il prenait cong du dieu et refermait le naos. Dans les
grandes solennits, le dieu, mont sur sa barque et port sur les
paules des prtres, sortait et se prsentait au peuple mass dans les
salles hypostyles et les cours, faisait le tour du temple ou allait
voguer sur le lac sacr; parfois mme, toujours accompagn d'un cortge
solennel, il s'en allait passer quelques jours dans un autre de ses
sanctuaires, ou faire une courte visite de crmonie  l'un des dieux
ses voisins, ses parents ou ses amis.


_Tombeaux_

Le changement qui s'tait accompli dans les coutumes funraires est plus
sensible encore dans les tombeaux mmes des rois; c'est sans doute
ensuite du pillage systmatique des tombes, commis sous les Hyksos,
qu'on prouva le besoin de changer le mode de spulture et de rendre la
dernire retraite des rois aussi inaccessible et aussi secrte que
possible. On choisit dans ce but une valle isole et sauvage dans la
montagne de Thbes et on y creusa ces tombeaux qui sont une des choses
les plus impressionnantes que l'Egypte nous ait lgues, vastes syringes
descendant tout droit dans le flanc de la montagne, recoupes de salles
de diverses grandeurs avant d'arriver  la chambre funraire, au milieu
de laquelle se dresse un norme sarcophage de granit. Les parois sont
couvertes d'inscriptions et de scnes en relief peint, d'une fracheur
et d'un travail admirables, toutes relatives aux crmonies funraires
et  la vie de l'autre monde, et reprsentant les tres fantastiques que
le mort devait rencontrer dans les enfers. Une fois l'ensevelissement
termin, on fermait l'entre du tombeau et on la dissimulait aussi
soigneusement que possible avec des boulis de roches, ce qui n'empcha
pas les violateurs de spultures d'y pntrer et de faire main basse sur
les richesses amonceles autour des rois dfunts;  un moment donn,
sous la XXIme dynastie, on recueillit pieusement ce qui restait des
momies royales et de leur mobilier pour les enfermer ple-mle dans une
nouvelle cachette qui les a gardes jusqu' nos jours, et n'a livr son
prcieux dpt qu' des savants capables d'en faire le meilleur usage
scientifique: c'est ainsi que nous possdons maintenant les corps,
admirablement embaums, de presque tous les grands rois de la deuxime
poque thbaine.

[Illustration: _Fig. 231._ Plan du tombeau de Ramss IV (d'aprs
LEFBURE. _Hypoges royaux de Thbes_, II, 3, pl. I).]

[Illustration: _Fig. 232._ Tombeau d'un particulier (photogr. de M. H.
Pieron).]

Les tombeaux des simples particuliers sont presque tous des hypoges
creuss dans le flanc de la montagne, et le type mastaba est pour ainsi
dire compltement abandonn; les dimensions sont trs variables, suivant
la position sociale et la richesse du propritaire. Quant  la
dcoration, elle est parfois sculpte, mais plus souvent peinte sur
enduit, vu la mauvaise qualit de la pierre dans la montagne de Thbes
o la plupart de ces tombes sont creuses; cette dcoration comporte,
non pas seulement comme autrefois des scnes de la vie usuelle, qui sont
places dans la premire chambre et traites avec une libert et une
fantaisie plus grande encore que dans les mastabas de l'Ancien Empire,
mais aussi, dans la salle du fond, des figurations relatives aux
funrailles et aux crmonies accomplies  cette occasion. C'est l une
innovation trs caractristique, correspondant  celle que nous avons
dj signale pour les tombes royales. A l'ancienne thorie du Ka, du
double vivant au fond du tombeau, tend de plus en plus  se substituer
celle de l'me divine qui peut, aprs la mort, entrer dans le sjour des
dieux; autrefois les rois seuls avaient ce privilge, maintenant les
simples mortels veulent le partager avec eux. C'est comme un mouvement
de dmocratisation qui se fait jour peu  peu dans les domaines les plus
abstraits et jusqu'alors les plus rservs de la spculation
philosophique au sujet de la vie d'outre-tombe.

[Illustration: _Fig. 233._ Momie du roi Siphtah (d'aprs ELLIOT-SMITH.
_Royal Mummies_, pl. LXI).]

Au fond de l'hypoge s'ouvre un puits vertical qui descend au caveau
funraire, grossirement taill dans le rocher, o reposait la momie
embaume de faon plus soigne qu'aux priodes antrieures, bien
enveloppe dans ses bandelettes et ses linceuls et couche dans le
cercueil anthropode plus ou moins richement dcor de scnes funraires
ou religieuses. Parfois ce cercueil est plac dans un autre cercueil de
mme forme, parfois mme un grand sarcophage rectangulaire, galement en
bois peint, les renferme tous deux. La mode du masque en cartonnage a
disparu, mais souvent cet accessoire est remplac par une planchette
ayant la forme du couvercle du cercueil et pose directement sur la
momie. Sur le sarcophage mme, il n'y a plus que peu de textes; par
contre les grandes compositions ayant pour but d'assurer aux dfunts la
vie d'outre-tombe, comme celles que nous appelons _Livre des Morts_ et
_Livre de l'Am-Douat_, sont crites sur des rouleaux de papyrus placs,
soit sur la momie elle-mme, soit auprs d'elle, dans une statuette de
bois.

[Illustration: _Fig. 234._ Sarcophage, cercueils, caisse  canopes
(d'aprs MARIETTE. _Album du Muse de Boulaq_, pl. XV).]

Dans le caveau, on trouve encore le coffret contenant les quatre vases
canopes o sont les viscres embaums du mort, puis une caisse o sont
empiles en plus ou moins grand nombre les statuettes funraires ou
_oushabtis_, statuettes mummiformes en pierre, en bois ou en terre
maille destines  remplacer les statues de serviteurs de l'poque
prcdente et les statues du mort lui-mme. A ct de ces objets vient
s'entasser tout le mobilier funraire: lits, chaises, fauteuils,
coffrets, vases pleins de parfums, vtements, linges de toute sorte,
perruques et ustensiles de toilette, aliments divers, viandes, lgumes
et fruits: il y a peu d'annes, on a retrouv une srie complte de ces
objets dans une tombe de peu d'apparence, celle de l'ingnieur Kha et de
sa femme Merit, le tout dans un tat de conservation si remarquable
qu'en se promenant dans la salle du muse de Turin o ces objets sont
installs, on est comme transport  plus de 3000 ans en arrire et l'on
sent vivre encore autour de soi l'esprit de ces deux morts. Il en est de
mme pour le mobilier, bien plus luxueux, des beaux-parents d'Amenophis
III, Youaa et Toua, et surtout pour celui que contenait encore le
tombeau du roi Toutankhamon, et qui dpasse comme richesse et comme
splendeur tout ce qu'il tait possible d'imaginer.

C'est  Thbes mme, sur la rive gauche du fleuve, que se trouvent les
plus nombreux tombeaux du Nouvel Empire. Ceux qu'on rencontre ailleurs
que dans la capitale ne prsentent pas de divergences bien
caractristiques; il faut citer en particulier les tombes de Tell el
Amarna, restes de l'poque des rois hrtiques, creuses aussi dans le
rocher et dcores de bas-reliefs d'un style si particulier.

A l'poque sate on trouve non seulement le tombeau rupestre avec de
nombreuses salles, mais un nouveau modle, celui de la chambre funraire
unique, vote et dcore exclusivement de textes religieux; cette
chambre est construite au fond d'un immense puits de plus de 30 mtres
de profondeur, soigneusement combl aprs les travaux, avec puits plus
petit situ  ct et permettant l'accs du tombeau au moment des
funrailles. Nous ne connaissons aucun tombeau royal de cette poque.

Pendant cette priode o l'on cherchait dans tous les domaines  revenir
aux anciennes coutumes, les grands sarcophages de pierre redeviennent 
la mode, mais ils sont gnralement de forme anthropode et couverts
d'inscriptions. Les momies sont,  peu de chose prs, semblables 
celles de l'poque thbaine, mais on recommence  les coiffer d'un
masque en cartonnage  figure humaine; ce n'est que plus tard, sous la
domination des Grecs et des Romains, qu'on en vint  orner le maillot
des momies d'un buste en pltre colori ou d'un panneau de bois peint 
la cire reprsentant le portrait du mort et fix au moyen des derniers
tours de bandelettes.


_Sculpture_

Il n'est pas besoin d'une longue exprience pour distinguer les oeuvres
de la statuaire du Nouvel Empire de celles des poques antrieures, bien
que la pose du modle et les lignes gnrales soient toujours  peu
prs semblables. En plus des diffrences de costume qui sont trs
apprciables, le style lui-mme n'est plus exactement le mme: alors que
les sculpteurs de l'Ancien et mme du Moyen Empire s'appliquaient avant
tout  reproduire avec certitude la physionomie, l'expression mme de
leur modle, dans la mesure de leurs moyens, et souvent aux dpens du
reste du corps, ceux du Nouvel Empire ont une tendance moins raliste et
cherchent surtout la grce et l'lgance; les figures s'uniformisent et
n'ont plus un caractre aussi personnel, mais le corps entier est trait
avec le mme soin que la tte, avec un souci beaucoup plus marqu du
model. Cette tendance est une tendance gnrale, qui n'exclut pas un
certain nombre d'oeuvres isoles, manifestations artistiques trs
personnelles et de premier ordre. Le ralisme qui se fait jour 
l'poque des rois hrtiques est un peu un ralisme de convention,
puisque c'est la figure du roi qui reste le type dont les figures de ses
sujets doivent se rapprocher autant que possible.

[Illustration: _Fig. 235._ Statue de Ramss II (Muse de Turin).]

[Illustration: _Fig. 236._ Ramss II prsentant une offrande (d'aprs
LEGRAIN. _Statues et statuettes_, II, pl. IV).]

Nous possdons des statues royales extrmement nombreuses, surtout
depuis que la cachette du temple de Karnak nous en a livr plusieurs
centaines. Presque toutes taient  l'origine dposes dans les temples
et contribuaient  l'ornementation de ceux-ci; elles reprsentaient
alors le double du roi qui pouvait, en assistant rgulirement aux
crmonies du culte, prendre sa part des offrandes prsentes au dieu:
en change du don de sa statue que le roi faisait au dieu, celui-ci
avait la charge de le nourrir dans l'autre monde. D'autres statues
taient sans doute dposes dans les tombeaux pour jouer le rle de
support du _Ka_, rle que nous avons tudi plus haut. Il y avait des
statues de toutes les tailles, depuis la statuette de bronze de quelques
centimtres de haut, jusqu'aux colosses placs  la porte des temples,
devant les pylones, qui peuvent atteindre 20 mtres de hauteur; mais les
plus frquentes sont celles qui sont  peu prs de grandeur naturelle.
La matire aussi est trs diverse: le bois, le mtal, les pierres de
toute sorte et jusqu' la brique recouverte d'enduit. La position la
plus frquemment employe est la position classique du roi assis sur un
trne, les mains sur ses genoux;  ct de cela, on trouve le roi
debout, marchant ou tenant des enseignes divines, le roi agenouill
prsentant des vases d'offrandes, le roi prostern, bref le roi dans
toutes les positions qu'il a l'habitude de prendre, soit en prsence de
ses sujets, soit quand il clbre le culte divin.

[Illustration: _Fig. 237._ Statuette en bois du Muse de Turin (d'aprs
PETRIE. _Photographs_, no _278_).]

Quelques grands personnages avaient le privilge de dposer, comme les
rois, leur propre statue dans un temple. Quant  l'usage qui consistait
 placer dans les tombeaux des statues du mort destines  servir de
support  son double, il tend de plus en plus  disparatre; on trouve
bien encore des groupes taills  mme la roche du tombeau, reprsentant
le mari et la femme assis cte  cte, ou des statuettes de bois
finement sculptes, mais pas de faon constante. Nous avons dj vu, 
propos des tombeaux eux-mmes, qu'il s'tait produit une volution trs
marque dans les doctrines relatives  la vie de l'au-del, et cette
volution est encore plus sensible ici; la doctrine du _Ka_ ou du
double, remplace par celle de l'me, passe graduellement au second
plan. Cette me ne vit pas dans le tombeau, elle entre dans le royaume
d'Osiris, dans ce canton riant et fertile de l'autre monde qu'on appelle
les champs d'Ialou, et les statuettes funraires ou _oushabtis_, dj
mentionnes plus haut, sont des espces de serviteurs magiques qui
doivent lui assurer la nourriture en cultivant pour elle les champs
divins.

[Illustration: _Fig. 238._ _Oushabtis_ du Nouvel Empire (d'ap. PETRIE.
_Photographs_, No _267_).]

Aprs la grande poque thbaine, soit de la XXIme  la XXVme dynastie,
la statuaire se fait de plus en plus rare, mais les quelques exemples
qui nous en sont parvenus, en gnral de petites dimensions, nous
montrent un progrs constant dans la recherche patiente qui aboutira 
ce remarquable panouissement de l'art sous les rois sates, la
renaissance du ralisme antique, mais d'un ralisme pur, plein
d'lgance et de souplesse, ayant  son service une technique des plus
perfectionne.

[Illustration: _Fig. 239._ Groupe d'poque sate (d'aprs MARIETTE.
_Album du Muse de Boulaq_, pl. X).]

C'est aussi surtout  partir de l'poque sate que se dveloppe une
branche nouvelle de la statuaire: jusqu'alors le mtal, et surtout le
bronze, tait rarement employ par les sculpteurs; ils en usent
maintenant de prfrence  toute autre matire, pour modeler des
statuettes de divinits qui nous sont parvenues en quantit
innombrables, tmoignant ainsi d'une nouvelle transformation dans le
domaine religieux. Chacun sans doute voulait avoir dans sa maison
l'image de la divinit  laquelle il vouait un culte spcial, ce qui
n'tait pas le cas aux poques antrieures. On faisait aussi parfois des
statuettes de rois ou de particuliers en bronze, mais en bronze incrust
d'argent, et cela dj sous les dynasties qui prcdrent les sates.

[Illustration: _Fig. 240._ La reine Karomama Bronze incrust (d'aprs
CHASSINAT. _Monuments Piot_, IV, pl. III).]

Dans les bas-reliefs qui couvrent les parois de certains tombeaux, le
haut des stles et divers autres monuments, on retrouve la mme
recherche d'lgance et de grce, la mme perfection du model, qualits
relles mais qui rendent ces bas-reliefs un peu moins puissants que ceux
des priodes antrieures, parfois moins expressifs. Dans les temples, o
la surface  couvrir tait immense, la dcoration est traite
gnralement d'une faon plus large, souvent plus sommaire, en relief 
l'intrieur du monument, en creux ou en relief dans le creux sur les
faades extrieures, en raison de la vive lumire et suivant une mthode
exclusivement gyptienne.


_Peinture_

De plus en plus la peinture tend  redevenir ce qu'elle tait 
l'origine, un art indpendant, et  s'affranchir de la tutelle du
bas-relief dont elle est en ralit la soeur ane. Les peintres ont
plus souvent l'occasion d'exercer leur talent, maintenant que les
tombeaux sont gnralement creuss dans une roche friable, qui ne
permet pas l'emploi de la sculpture pour la dcoration; ils ont acquis
une sret de main remarquable, et se laissent aller plus librement 
leur imagination et  leur fantaisie. Les scnes prsentent toujours les
mmes sujets, mais la manire de les traiter est plus personnelle, la
recherche du motif pittoresque plus frquente; on continue nanmoins,
pour les principales figures tout au moins,  procder par teintes
plates, simples, sans ombres, avec un lger sertissage noir ou rouge;
les dtails sont faits en surcharge. Les motifs vgtaux abondent, qu'il
s'agisse de bouquets ou de guirlandes faisant partie des scnes
elles-mmes, de plantes agrmentant le paysage ou de frises courant au
haut des parois. Sur les plafonds, des motifs rguliers reproduisent les
modles employs pour les toffes ou la vannerie en couleur.

[Illustration: _Fig. 241._ Bas-relief du tombeau de Kha-m-ha (photogr.
de l'auteur).]

[Illustration: _Fig. 242._ Bas-relief d'un tombeau de Tell el Amarna
(photographie de l'auteur).]

[Illustration: _Fig. 243._ Cueillette des raisins (tombeau de
Pehsoukher, Thbes, XVIIIe dyn.).]

C'est aussi la peinture qui contribue pour la plus large part  la
dcoration des difices civils, ainsi ces palais de Tell el Amarna et de
Medinet Habou, dont il ne reste que les dallages en stuc, o sont peints
avec une verve charmante des tangs entours de buissons o s'battent
des animaux de tout genre. (Fig. _218_).

Quant aux scnes peintes sur les trs nombreux sarcophages de l'poque,
elles n'ont pas  proprement parler un caractre artistique. Par contre
les enluminures des papyrus funraires, Livre des Morts ou compositions
mythologiques, sont souvent d'une relle beaut.


_Arts industriels_

Les progrs continuent  s'affirmer pour tout ce qui rentre de prs ou
de loin dans la catgorie des arts industriels, sauf cependant en ce qui
concerne les bijoux et les vases en pierre: le trsor d'Aahhotep et les
autres objets de parure du muse du Caire, mme les splendides pices du
Serapeum, aujourd'hui au Louvre, ne sont pas comparables, pour la
perfection du travail, aux bijoux de Dahchour, de la XIIme dynastie; les
procds sont cependant les mmes, sauf que dans l'incrustation, les
pierres sont toujours remplaces par des maux et que la ciselure est
aussi moins fine et moins dlicate.

[Illustration: _Fig. 244._ Bijou de la XIXe dyn. (d'apr. MARIETTE.
_Serapeum_, pl. XII).]

Les vases de pierre sont beaucoup moins nombreux qu'autrefois, et l'on
se contente le plus souvent de dposer dans les tombes de faux vases en
bois peint de manire  imiter les pierres les plus rares; il ne nous
est gure parvenu que des vases d'albtre, trs beaux du reste de forme
et de facture. Par contre les vases en mtal sont de plus en plus en
faveur, et surtout les vases d'apparat en or et en argent, aux formes
les plus varies, importes en Egypte de Syrie, de Phnicie, de Crte et
des les grecques; les peintures et les bas-reliefs nous permettent
d'apprcier ces merveilles d'orfvrerie.

[Illustration: _Fig. 245._ Vases d'albtre. XVIIIe dynastie (d'aprs
PETRIE. _Photographs_, No _186_).]

L'industrie de l'mail prend au Nouvel Empire un dveloppement
inattendu; trs habiles  manier cette matire, les ouvriers gyptiens
en font des vases de formes diverses, de ce beau bleu profond qui est
presque inimitable des statuettes funraires, et plus tard quantit de
petites figurines de divinits, sans parler des innombrables perles et
autres objets de parure; enfin ils appliquent les maux polychromes  la
dcoration de certains difices. C'est de cette poque aussi que date
l'invention du verre, non pas encore du verre souffl, mais du verre
multicolore fondu, dont on faisait de charmants petits vases, 
dcoration ondule; ces vases taient non seulement employs dans le
pays mme, mais servaient surtout d'objets d'exportation et ont t
retrouvs un peu partout dans les pays mditerranens. Il est reconnu
maintenant que cette importante invention, attribue autrefois  tort
aux Phniciens, doit tre restitue aux Egyptiens.

[Illustration: _Fig. 246._ Fauteuil en bois dor (d'aprs QUIBELL. _Tomb
of Yuaa_, pl. XXXII).]

Les meubles sont gnralement simples de lignes et de formes, sobres
d'ornementation, exactement appropris  leur destination. Il en est
cependant de plus soigns de travail, qui ont appartenu  des rois ou 
des princes, et qui peuvent tre considrs comme de vritables oeuvres
d'art; ce sont des fauteuils, des lits, des coffrets, mme des chariots
dans lesquels n'entre pas seulement le travail de l'bniste, mais aussi
celui du stuqueur, qui les couvre de dlicats bas-reliefs en gesso, et
celui de l'ouvrier en cuir qui les orne de panneaux en cuir repouss ou
incrust de diverses couleurs.

Enfin les plus charmants peut-tre des objets d'art sont de simples
ustensiles de toilette en bois sculpt ou ajour, parfois en ivoire,
cuillres  parfums, pots  fard, oeuvres d'une fantaisie toute
personnelle, donnant la mesure de ce  quoi pouvaient arriver les
ouvriers d'art gyptiens.


C. CIVILISATION

_Royaut_

Qu'il soit tout-puissant et matre d'un immense empire, ou rduit  une
seule petite province, le roi est toujours pour ses sujets un tre
d'extraction divine dont l'autorit n'est pas contestable. Cette
autorit repose sur la puret du sang royal, et nous voyons la plupart
des rois du Nouvel Empire attacher plus de prix encore que leurs
prdcesseurs  cette question, et pouser de prfrence une demi-soeur,
ne d'une mre plus noble que la leur, pour diminuer la quantit de sang
vulgaire qui s'tait introduit dans leur race; parfois mme un dieu se
chargeait d'infuser lui-mme  l'enfant royal un sang divin plus pur
encore, comme cela eut lieu pour Amnophis III. Quand un usurpateur
montait sur le trne, il se htait d'pouser une princesse de ligne
royale et lgitimait ainsi en quelque sorte son accession  la couronne.
Lors du morcellement de l'Empire, les roitelets qui se partagrent le
pouvoir se rattachaient tous plus ou moins  la vieille race pharaonique
et avaient des droits sensiblement gaux, mais il tait curieux de
constater que le sang royal le plus pur se conservait non plus chez des
Egyptiens, mais chez des ngres, comme Pinkhi l'Ethiopien et sa
famille.

[Illustration: _Fig. 247._ Cuillre  parfums. Louvre (croquis de M. Th.
Delachaux).]

La reine, ou plutt la favorite, puisque souvent les rois eurent
plusieurs femmes, avait  ct de son poux une place trs importante et
souvent une grosse influence; il arriva mme  certaines d'entre elles
de monter sur le trne en qualit de roi d'Egypte.


_Gouvernement_

Au moment o les rois de la XVIIIme dynastie runissent de nouveau
toutes les parties du pays sous leur sceptre, la fodalit a entirement
disparu et l'administration est centralise entre les mains d'un grand
vizir et d'un nombre considrable de fonctionnaires subalternes; le roi
garde du reste la haute main dans le gouvernement et tout se fait en son
nom, qu'il s'agisse de travaux publics, de finances, d'affaires
trangres ou de commerce. La justice, comme autrefois, est entre les
mains d'une magistrature spciale, et les provinces asiatiques sont
gouvernes par des indignes sous la surveillance d'officiers gyptiens,
tandis que la Nubie est administre par un vice-roi nomm par le pharaon
et qui est souvent un de ses fils.

Nous avons vu l'influence grandissante du clerg d'Amon, arrte un
moment par la rforme de Khounaten, reprendre de plus belle, et les
grands prtres se saisir successivement du pouvoir effectif, puis d'une
partie du pouvoir nominal. A partir de ce moment le pontificat cesse
d'tre entre les mains d'une seule famille et chaque fois qu'une des
dynasties rivales prend la prdominance sur les autres, elle installe
sur le trne d'Amon un prince de sa race qui est plutt un gouverneur de
la Haute Egypte qu'un grand prtre. Enfin les rois thiopiens suppriment
cette dignit et installent  Thbes une grande prtresse d'Amon,
princesse de la famille royale; les rois sates ne font que confirmer
cette charge en la confisquant au profit de leurs filles, afin que cet
tat dans l'Etat demeure une force pour la couronne et non pas une
menace.


_Relations extrieures Commerce_

L'extension des frontires de l'Egypte vers le nord et le sud devait
ncessairement favoriser le commerce qui prend un dveloppement
considrable ds le dbut du Nouvel Empire. Les produits trangers
affluent dans la valle du Nil, tant sous la forme de tributs livrs au
roi lui-mme, que sous celle de marchandises d'change, et l encore il
semble que tout se fasse par l'entremise du gouvernement. Ce ne sont pas
seulement les pays soumis  la suzerainet de l'Egypte, comme la Syrie,
la Phnicie, la Palestine, la Nubie, qui y envoient leurs produits, mais
des contres absolument indpendantes, comme Chypre, la Crte, les les
grecques, le Soudan, le pays de Pount, grce  des expditions maritimes
qui avaient toujours un caractre officiel, l'Etat disposant seul de
moyens suffisants pour faire marcher le trafic extrieur; ainsi l'on
peut dire, presque avec certitude, que le gouvernement s'tait rserv
le commerce international, ne laissant aux particuliers que le commerce
intrieur. A cet effet, des lois protgeaient les industries locales et
il tait interdit aux ouvriers spcialistes de passer  l'tranger.
L'valuation des marchandises se faisait en or ou en argent, au poids,
et on se servait pour les changes d'anneaux de mtal qui, n'tant pas
poinonns par l'Etat, devaient tre pess  nouveau chaque fois; le
plus souvent, du reste, on procdait simplement par change de denres,
aprs entente.

[Illustration: _Fig. 248._ Syriens apportant des vases, XVIIIe dyn.
(photographie de l'auteur).]

Quant  la nature des marchandises importes, c'taient surtout, comme
autrefois, des matires premires, mtaux, bois prcieux, ivoire, peaux
et plumes, encens, et aussi des matires ouvres, entre autres ces
merveilleux vases d'orfvrerie dont nous avons dj parl. En change,
on donnait de la verrerie, des maux, sans doute des bijoux, en un mot
tous les produits de l'industrie gyptienne, mais surtout des grains.


_Vie civile Vtement_

Il n'y a pas de transformation notable  enregistrer dans les conditions
de la vie ordinaire, qu'il s'agisse des grands personnages ou des gens
du commun; de mme les habitations n'ont gure vari. Par contre le
costume subit un changement important: les gens du peuple ont bien
toujours le pagne simple enroul autour des hanches, mais tout individu
appartenant  une classe un peu plus leve porte par-dessus ce pagne
une ample robe en toile fine, parfois presque transparente, dont la
forme et la coupe sont variables. De mme les femmes ne portent plus
volontiers la robe courte et troite des anciens temps, mais un vtement
analogue  celui des hommes, un peu plus collant nanmoins sur le buste,
largi du bas et tombant jusqu' terre; les manches sont parfois trs
courtes, parfois longues et larges. L'un et l'autre sexe porte la
perruque, des bijoux aux couleurs vives, colliers, bracelets et
prisclides, et aux pieds de longues sandales en papyrus ou en cuir. Le
costume royal est sensiblement le mme, bien qu'un peu plus riche, que
celui des sujets.


_Arme_

Les rois hyksos avaient amen de Syrie en Egypte le cheval, et cet
animal qui s'tait rapidement acclimat dans le pays, offrait aux
Egyptiens du Nouvel Empire un mode de locomotion nouveau; jamais ils ne
songrent  le monter, semble-t-il, mais ils l'attelaient  de lgers
chariots  deux roues avec lesquels les grands personnages faisaient
leurs tournes dans le pays. C'est cependant surtout au point de vue
militaire que l'introduction du cheval eut pour les Egyptiens une grande
importance, puisque dsormais la charrerie joua dans leurs armes le
principal rle et qu'elle fut pour beaucoup dans la conqute de la
Syrie. La mthode de combat subit donc une transformation: avant le choc
qui devait amener la fin d'une bataille, la charge des escadrons de
chars, les soldats qui montaient ces chars combattaient de loin avec
leurs grands arcs; c'est mme la raison pour laquelle l'arc tait devenu
l'arme favorite des rois.

[Illustration: _Fig. 249._ Soldats gyptiens (Tombeau d'Amemheb. Thbes.
XVIIIe dynastie).]

L'infanterie est toujours compose en partie d'Egyptiens, en partie de
mercenaires trangers qui sont sa vritable force, que ce soient, comme
sous les Thbains, des Soudanais, des Shardanes ou des Libyens, ou,
comme plus tard sous les Sates, des Grecs. Cette arme royale, dj
institue sous le Moyen Empire, a t compltement rorganise en corps
d'armes bien distincts sous un commandement commun, mieux quipe et
mieux arme et surtout bien exerce. Aprs une campagne officiers et
soldats recevaient leur part du butin, souvent en captifs qui taient
employs  la culture de terres mises par le gouvernement  la
disposition des soldats, et ces captifs, qui n'taient pas de vritables
esclaves, se mlaient rapidement  la population indigne. Le roi
dcernait aussi, pour rcompenser les hauts faits de guerre, de
vritables dcorations et autres distinctions honorifiques.


_Marine_

Les rois d'Egypte avaient sous le Nouvel Empire une vraie marine de
guerre que nous voyons parfois jouer le rle dcisif dans une bataille,
mais c'tait surtout la marine marchande qui, avec l'extension du
commerce, tendait  prendre toujours plus de dveloppement. Les navires
destins  la mer taient semblables de forme et de grement  ceux
employs sur le Nil, mais plus grands et plus solidement construits; ils
remontaient du reste le fleuve, mme jusqu' Thbes, et ainsi nous
voyons sous Hatshepsou les mmes bateaux charger des marchandises dans
le pays de Pount, au sud de la mer Rouge, et les dbarquer dans le port
de la capitale: un canal souvent ensabl et aujourd'hui disparu, faisait
alors communiquer un des bras du Nil, dans le Delta, avec le fond du
golfe de Suez. Enfin les marins gyptiens donnent la mesure de leur
audace et de leurs capacits quand, sous Nchao, ils s'embarquent pour
leur grand voyage de dcouverte autour de l'Afrique, la premire en date
de toutes les grandes expditions maritimes.

[Illustration: _Fig. 250._ Vaisseaux de l'expdition de Hatshepsou au
pays de Pount (d'aprs DUMICHEN. _Die Flotte einer g. Knigin_, pl.
III).]


_Agriculture. Elevage_

Le travail de la terre continue  faire de grands progrs; l'outillage
se perfectionne, on emploie maintenant des faucilles en mtal et des
charrues plus puissantes; partout autour des villas on voit de beaux
jardins, pleins d'arbres fruitiers, de vignes et d'arbres d'agrment.
Partout on dfriche pour les livrer  la culture les terrains qui
n'taient autrefois que des pturages, et cela naturellement aux dpens
de l'levage, qui diminue dans de fortes proportions. On ne voit plus
que rarement de ces scnes si frquentes sous l'Ancien Empire, qui
reprsentent des troupeaux d'animaux  demi sauvages sous la garde de
quelques ptres, et les grandes inspections du btail sont  peine
mentionnes; on n'emploie plus pour pitiner le terrain nouvellement
ensemenc des troupeaux entiers de chvres ou de moutons, mais seulement
quelques porcs qu'on devait lever dans les fermes et non plus en pleine
campagne; l'ne n'est plus que rarement employ aux travaux des champs,
et ce sont gnralement les hommes eux-mmes qui transportent les
rcoltes; le dpiquage du grain pour lequel les quelques boeufs, qui 
d'autres poques de l'anne tirent la charrue, suffisent parfaitement,
se fait d'une faon un peu diffrente. L'Egypte, consciente de son rle
commercial dans le monde oriental, qui est de l'approvisionner de
grains, consacre toutes ses forces  dvelopper la culture au moyen de
la main d'oeuvre humaine, quitte  rduire au strict ncessaire tout ce
qui a rapport  l'levage. Seule la race chevaline, nouvellement
introduite dans le pays, est l'objet de soins tout spciaux, sous le
contrle royal, et prospre si bien qu'on finit mme,  certains
moments, par venir de Syrie chercher des chevaux en Egypte. Quant  la
question du chameau, elle n'est pas encore dfinitivement tranche; il
semble nanmoins que si les Egyptiens l'ont connu, ils ne l'ont jamais
utilis eux-mmes, et que son acclimatation dfinitive dans le pays, o
il rend maintenant comme bte de somme des services inapprciables, ne
date que de la conqute musulmane.

[Illustration: _Fig. 251._ Scnes de labour et de semailles (Tombeau de
Nakht. Thbes. XVIIIe dynastie).]


_Pche et chasse_


Le dfrichement progressif de la valle du Nil avait fait disparatre
non seulement les pturages, mais aussi les fourrs et les marcages qui
taient pour les premiers Egyptiens de si beaux terrains de chasse et de
pche. Avec les mmes engins qu'autrefois, on ne pouvait plus gure
prendre du poisson que dans le fleuve et les canaux, et il ne se
trouvait plus que peu de ces tangs o les oiseaux migrateurs venaient
se prendre dans les grands filets; mme les parcs de chasse des grands
seigneurs avaient presque tous disparu. Quand les rois chercheurs
d'aventures voulaient s'offrir les motions d'une chasse mouvemente,
ils profitaient de leurs campagnes pour aller au loin, jusque sur les
bords de l'Euphrate, o ils trouvaient encore quelques lphants, des
lions qu'ils abattaient par centaines et du gros gibier de toute sorte.


_Industrie_

A ct de l'agriculture, l'industrie continue  se perfectionner et nous
avons de nombreux tableaux qui nous montrent les ouvriers occups 
leurs travaux ordinaires, que ce soient des ouvriers d'art ou des gens
de mtier, tels que briquetiers, maons, sculpteurs, peintres,
bijoutiers, joailliers, menuisiers, bnistes, corroyeurs, cordonniers,
cordiers, chaudronniers, armuriers, forgerons, et d'autres encore. Leur
outillage est toujours aussi simple qu'aux priodes prcdentes, presque
rudimentaire, sauf que les couteaux, ciseaux et poinons de pierre ont
dfinitivement disparu pour faire place  des instruments de mtal,
gnralement en bronze, parfois en fer.

[Illustration: _Fig. 252._ Atelier de chaudronnerie (d'ap. NEWBERRY.
_Life of Rekhmara_, pl. XVII et XVIII).]


_Langue et Littrature_

La conqute de la Syrie et les relations constantes qui s'taient
tablies de ce fait avec l'Asie antrieure, avaient exerc sur l'Egypte
mme une influence considrable qui se remarque tout particulirement
dans la langue. Un grand nombre de vocables nouveaux, emprunts aux
idiomes smitiques, sont introduits dans le langage courant, soit pour
exprimer des ides nouvelles ou nommer des objets inconnus auparavant,
soit pour remplacer, sans raison apparente, de vieux mots gyptiens. Il
est de bon ton, pour un scribe, d'mailler ses lettres ou ses
compositions littraires du plus grand nombre possible de mots d'origine
trangre. C'est de ces langues smitiques, plus rpandues que
l'gyptien, qu'on se servait pour les relations extrieures, et toute la
correspondance du roi d'Egypte avec ses vassaux syriens se faisait dans
l'idiome mme de ces peuplades, que sans doute beaucoup de gens  la
cour comprenaient parfaitement.

[Illustration: _Fig. 253._ Atelier de Cordonniers (d'aprs NEWBERRY.
_Life of Rekhmara_, pl. XVIII).]

Les textes du Nouvel Empire qui nous sont parvenus sont donc composs
dans une langue moins pure que ceux de l'poque prcdente, mais ils
sont aussi, sinon plus varis, et beaucoup plus abondants. Ce sont
d'abord les crits historiques ou officiels, les rcits biographiques,
les comptes rendus d'une campagne ou d'une conqute, les dcrets et les
actes royaux, les odes dithyrambiques  la louange d'un souverain, puis
les ouvrages plus spcialement littraires, contes, posies, recueils
de modles de lettres dans lesquels les jeunes scribes apprenaient leur
mtier, livres de morale, hymnes en l'honneur du roi ou des dieux, dont
plusieurs ont trouv place dans la grande compilation  laquelle nous
avons donn le nom de Livre des Morts et qui contient du reste surtout
des morceaux plus anciens. Aprs cela vient encore la littrature
pistolaire proprement dite, les procs-verbaux judiciaires, les crits
scientifiques et mdicaux et les innombrables compositions magiques,
religieuses ou mythologiques.

[Illustration: _Fig. 254._ Ostracon hiratique (d'aprs DARESSY.
_Ostraca_, pl. XLVI).]

Certains de ces textes sont gravs ou peints sur les murailles des
temples, sur les stles, sur les parois des tombeaux; d'autres, les plus
nombreux, sont crits en hiratique, c'est--dire en cursive, sur des
rouleaux ou des feuilles de papyrus ou mme parfois sur des tessons de
vases ou des morceaux de pierre, auxquels nous donnons le nom
d'_ostraca_. Les ouvrages religieux taient dposs dans le tombeau, 
ct du mort, pour lui servir de viatique dans l'autre monde, et parfois
l'on y joignait aussi des textes littraires pouvant lui offrir un
dlassement dans sa vie d'outre-tombe, mais la plupart des papyrus ont
t retrouvs rouls et cachs dans des vases, au milieu des ruines de
maisons anciennes; c'tait la manire de conserver les livres qui
taient toujours en petit nombre chez les particuliers. Nous ne savons
s'il existait dans le palais du roi ou ailleurs, de vraies bibliothques
o l'on conservait les ouvrages de prix, avant l'poque o les
Ptolmes runirent dans celle d'Alexandrie tout ce qu'ils purent
rcolter de manuscrits anciens, les gyptiens sans doute aussi bien que
les grecs. Le geste fanatique du calife Omar nous a privs d'une source
inestimable de documents.

[Illustration: _Fig. 255._ Fragment d'un contrat dmotique (d'aprs
SPIEGELBERG. _Die demotischen Papyrus_, pl. LVI).]

Jusqu'au Nouvel Empire, les seuls modes d'criture taient les
hiroglyphes, et l'hiratique qui devient de plus en plus cursif; 
partir de l'poque sate, les scribes,  force de chercher  simplifier
leur calligraphie, en arrivent  tracer des signes qui ne rappellent
plus que vaguement les hiroglyphes d'o ils sont drivs, ni mme
l'lgant hiratique de la bonne poque. Il s'agit d'un nouveau genre
d'criture, auquel on a donn le nom de _dmotique_ et qui finit par
tre le seul employ  partir des rois perses, pour les lettres, les
contrats, les manuscrits de toute sorte, bref pour tout ce qui n'est pas
destin  revtir un caractre monumental. Ce passage de l'hiratique au
dmotique correspond exactement  la fin de l'autonomie de l'Egypte.


C'est ce moment-l, quand des rois trangers viennent dfinitivement
remplacer sur le trne des Pharaons les dynasties indignes, que nous
pouvons considrer comme la fin de la civilisation gyptienne; celle-ci
vgtera bien encore pendant quelques sicles, elle donnera mme dans
certains domaines comme l'architecture par exemple, des manifestations
originales et vraiment gyptiennes, mais elle ne prosprera plus et
dgnrera rapidement. Cette vieille civilisation qui pendant tant de
sicles a rayonn sur le monde ancien, lui donnant gnreusement tout ce
qu'il y avait de bon en elle, est submerge  son tour par les
civilisations nouvelles; l'infusion d'un sang jeune se fit sans doute 
trop haute dose et, loin de la renouveler, ne put qu'acclrer sa ruine.
Dsormais l'Egypte ne sera plus qu'une province du monde hellnique,
puis du monde romain, au point de vue de la civilisation aussi bien que
de la politique.

[Illustration: _Fig. 256._ Amnophis, fils de Paapis (d'aprs LEGRAIN.
_Statues et statuettes_, I, pl. LXXVI).]




[Illustration: _Fig. 257._ Repas et danseuses. Peinture d'un tombeau
thbain (XVIIIe dynastie).]




INDEX

_Les chiffres indiquent les pages: les chiffres entre parenthses les
gravures._


A

  AAHHOTEP, 283.

  ABOUSIR, 138.

  ABRAHAM, 221.

  Abri, 63.

  ABYDOS, 95, 99, 102, 104, 121, 136, 137, 244, 267, 269.

  Acte, 295.

  Administration, 165-168, 219-220, 287.

  _Aegyptiaca_, 14.

  Aration, 150.

  AFRICAIN, 14, 15.

  Agate, 64, 74.

  Age du bronze, 58, 59.

  Age du cuivre, 58, 59.

  Age du fer, 58, 59.

  Age de la pierre, 55, 58.

  Agriculture, 32, 41, 68, 89, 95, 120, 179-182, 224, 292-293.

  AHMS I, 197, 230, 323.

  AHMS (amiral), 26.

  AHMS NOFRITARI, 231.

  A, 242.

  Aiguire, 111.

  Aire, 180.

  AKERBLAD, 17.

  Albtre, 81, 108, 109, 155, 202, 216, 283, 284.

  ALEXANDRE, 258.

  ALEXANDRIE, 297.

  Aliment, 143, 175 (v. Nourriture, Offrandes).

  Alos, 80.

  Alun, 206.

  AMASIS, 255, 256 (216).

  Ambassadeur, 240.

  _Am-Douat_, 274.

  Ame, 140, 141, 152, 211, 272, 278.

  AMLINEAU, 55.

  AMENEMHAT I, 191, 192, 219.

  AMENEMHAT III, 115, 193 (157), 194, 214, 218, 224.

  AMENEMHAT IV, 194.

  AMENMESES, 246.

  AMNOPHIS I, 231 (194), 232.

  AMNOPHIS II, 235.

  AMNOPHIS III, 26, 235-236 (198), 259, 265, 274, 286.

  AMNOPHIS IV, 26, 236, 237 (v. KHOUNATEN).

  AMNOPHIS, fils de PAAPIS, 236, 298.

  Amthyste, 110.

  AMON, 48, 235, 237, 238, 248, 250, 251, 268, 269, 287.

  AMSET, 49.

  AMYRTE, 257.

  Amulette, 75.

  Ancien Empire, 32, 81, 105, 109, 113, 123-187, 189, 194, 204, 212,
    214, 215, 222, 225, 227, 249, 276.

  Ancien Testament, 13, 15.

  Ane, 89, 179, 180, 181, 184, 293.

  ANHOUR, 48.

  ANNA, 26.

  Anne, 28.

  ANTEF, 134, 190.

  Anthropode (cercueil ou sarcophage), 208 (170), 273 (234), 275.

  Anthropophagie, 41.

  Antilope, 88, 89, 174, 177, 178 (139), 224.

  Antimoine, 221.

  ANUBIS, 42, 43 (11), 48, 164.

  APEPI, 197 (v. APOPI).

  APOLLODORE, 14.

  APOPHIS, 198.

  APOPI, 26 (v. APEPI, APOPHIS).

  Appeau, 173, 175.

  APRIS, 255 (215), 256.

  ARABE, ARABIE, 140, 143, 147, 168.

  Arbre fruitier, 292.

  Arc, 224, 290 (v. Flche).

  ARCELIN, 54.

  ARCHIPEL, 12, 71, 121 (v. GRECE).

  Architecture, 91, 96, 102-106, 120, 125, 135-153, 200-212, 260-275.

  Architrave, 135.

  Argent, 279, 284, 288.

  Arme, 32, 56, 59, 65, 74, 86, 88, 89, 120, 208, 290.

  Arme, 132, 133, 218, 289-291.

  Armurier, 294.

  ARYEN, 84.

  ASARHADDON, 253, 254.

  ASIE MINEURE, 243, 244, 245.

  Assiette, 108.

  Assise (position), 70, 106.

  ASSOURBANIPAL, 253, 254.

  ASSYRIE, 26, 236, 243, 252, 253, 254, 255.

  ATEN, 237, 238 (200), 240.

  ATHOTHIS, 100.

  Autel, 137.

  Autruche, 80, 83, 88, 224.

  AVARIS, 196, 197, 199, 222, 229.

  Avnement, 28.

  Avenue, 263.

  AZAB, 117.


B

  BABA, 125.

  BABYLONE, BABYLONIE, 12, 122, 195, 236, 243, 255.

  Bachot, 185.

  BAHR BELA MA, 54.

  Bandeau, 172.

  Bandelette, 182, 206, 275.

  Barbe, 171, 172.

  Barque, 91 (66), 138, 209, 210 (173), 225 (188) (v. Bateau).

  Barque sacre, 263, 269 (230).

  Barque solaire, 35 (6), 38, 39 (9), 138.

  Basalte, 81, 151.

  Bas-relief, 25, 32, 146, 158-161 (128), 201, 209, 214-215 (180), 263,
    267 (228, 229), 270, 279-280 (241-242).

  Basse-cour, 175, 177 (137).

  Bassin, 137.

  Bateau, 80, 92, 147, 185 (150), 209, 225, 226 (v. Barque, Vaisseau).

  Bton, 87.

  BENI-HASSAN, 203, 204, 205 (164, 165), 221.

  BERBRE, 83.

  BERSHEH, 203.

  Btail, Bestiaux, 68, 85, 221, 225, 293.

  Bible, 251, 253 (v. Ancien Testament).

  Bibliothque, 296.

  Bibliothque nationale (Paris), 22.

  Bidis, 46.

  BINEKHS, 100.

  Bijou, 32, 85, 208, 216, 217 (183, 184), 228 (192), 283 (244), 289.

  Bijoutier, Bijouterie, 184 (147), 217, 294.

  BINOTHRIS, 100.

  Biographie, 26, 131, 147, 164, 228, 295.

  BIRCH, 20.

  BIRKET-KAROUN, 194.

  Bl, 107, 120 (v. Grain).

  BNN, 198.

  BOCCHORIS, 252, 253.

  BOTHOS, 100.

  Boeuf, 88, 89, 174, 177, 178 (138), 179, 180, 181, 224, 293.

  Bois, 91, 96, 103, 135, 173, 208, 211, 214, 260, 277, 285, 289.

  Boisseau, 181.

  Boisson, 166.

  BOKENRANF, 252.

  BONAPARTE, 16.

  Bonnet, 232.

  Bouchon, 107, 115, 119.

  Boulette, 177.

  Boumerang, 173, 224.

  Bouquet, 282.

  Bouquetin, 88.

  Bouteilles, 78.

  Bracelet, 75, 86 (60), 91, 110 (82, 83), 289.

  Brique, 92, 96, 102, 103, 104, 105, 135, 136, 138, 140, 143, 173, 196,
    203, 211, 260, 277, 294.

  Bronze, 96, 155, 158, 279, 294.

  BRUGSCH, 20.

  BUBASTIS, 250, 251.

  Buste, 275.


C

  Cachet, 115.

  Cachette, 276.

  Cadastre, 220.

  Cage, 175.

  CAIRE, 22, 25, 156, 157, 273, 283.

  Caisse  canopes, 209.

  Calcaire, 81, 108, 150, 151, 155, 203, 268.

  CAMBYSE, 256, 257.

  Canal, 120, 179, 224, 292, 293.

  Canard, 89, 174.

  Canope, 209 (171), 273 (234), 274.

  Captif, 291.

  CARCHEMIS, 255.

  CARIE, 254.

  Carrire, 187.

  Cartonnage, 206, 273, 275.

  Cartouche, 115, 116, 190, 202, 244.

  Casse-tte, 86.

  Caveau funraire, 214, 273, 274 (v. Chambre funraire).

  Ceinture, 171.

  Cellier, 182.

  Cramique, 57, 59, 76-81 (37-57) (v. Vase, Poterie).

  Cercueil, 146, 208, 273 (234), 274.

  Crales, 68, 73, 180 (v. Bl, Grain, Orge).

  CHABAS, 20.

  Chacal, 118.

  Chaise, 154, 173, 274.

  CHALDE, 96, 122.

  Chambre des anctres, 22, 34 (5).

  Chambre funraire, 140, 141, 145, 148, 150, 151 (v. Caveau funraire).

  Chameau, 293.

  CHAMPOLLION, 18, 19, 20, 23.

  Champs d'Ialou et de Hotpou, 43, 278.

  Chapelle, 137, 143, 150, 151, 153, 203, 268.

  CHARDIN, 16.

  Char. Chariot, 229 (193), 231, 255, 290.

  Charrerie, 290.

  Charpentier, 92.

  Charrue, 89, 180, 292, 293.

  Chasse, 32, 41, 56, 74, 83-88, 89, 90, 92, 120, 146, 152,
    173-177 (133-135), 223 (187), 224, 263-294.

  Chsse, 269.

  Chaudronnier, 111, 183, 294 (252).

  Chellen, 56, 62, 84, 86.

  Cheval, 225, 231, 289, 293.

  Chevet, 173, 206.

  Cheveux, 83, 171, 172.

  Chvre, 80, 89, 179, 180, 293.

  CHINE, 12.

  Chronologie, 27-29, 49-52, 198-200.

  CHYPRE, 168, 234, 288.

  Cire, 275.

  Ciste funraire, 72, 106.

  Ciseau, 66, 183.

  Ciselure, 283.

  Clan, 93, 166.

  Coffre, 173.

  Coffret, 110, 274, 283, 328 (262).

  Coiffeur, 172.

  Coiffure, 208 (v. Perruque).

  Collier, 74, 91, 171, 172, 217, 289.

  Colonnade, 262, 268.

  Colonne, 136 (107-109), 146, 151, 201, 204, 205, 260, 268.

  Colosse, 25, 263, 277.

  Commission d'Egypte, 16, 17, 18, 31.

  Commerce, 91, 121, 131, 248, 256, 287, 288, 289.

  Concubine, 170.

  Conte, 228, 296.

  Coquille, 74, 75, 86, 91.

  Cordage, 185.

  Cordier, 183.

  Cordonnier, 183, 294, 295 (253).

  Co-rgence, 214, 219.

  Cornaline, 64, 74, 210, 217.

  Correspondance, 26, 165, 241, 295.

  Corroyeur, 294.

  Corve, 219.

  Costume, 85, 170-172, 208, 222, 289 (v. Vtement).

  Cotte capitonne, 231.

  Couleurs, 161.

  Couloir, 150, 153.

  Coup-de-poing, 62, 86.

  Coupe, 76, 78 (v. Ecuelle).

  Cour, 152, 223, 260, 262, 263, 265 (224, 225).

  Couronne, 217 (184).

  Couteau, 56, 61, 65 (22-23), 66, 74 (33).

  Couverture, 173, 183.

  Crne, 84.

  CRTE, 12, 71, 91, 221, 284, 288.

  Crible, 181.

  Cristal de roche, 108.

  Crocodile, 83, 88.

  Cruche, 80.

  Cuillre  parfums, 285, 286 (247).

  Cuir, 285, 289.

  Cuivre, 59, 93, 96, 111, 120, 121, 168.

  Culte, 41, 118, 125, 262, 268, 276.

  Cylindre, 96, 114 (90), 115, 122.

  CYRNAIQUE, 245.

  CYRUS, 256.


D

  DADEFRA, 127 (100), 157.

  DADKARA-ASSA, 130.

  DAHCHOUR, 149, 162, 203, 283.

  Dallage, 260 (218).

  Danse, 86, 92, 147, 299 (257).

  DAPHNAE, 261.

  DARIUS II, 257.

  Dcret, 164.

  Dfrichement, 292, 293.

  DEIR EL BAHARI, 63, 233, 268.

  Dluge, 38, 63.

  Dmembrement, 71, 72, 106.

  Dmotique, 297 (255).

  Dnombrement, 178, 179.

  DEN-SETOUI, 116, 117.

  Dpiquage, 180 (142), 293.

  Description de l'Egypte, 16.

  Destruction des hommes par les dieux, 38.

  Diabase, 108.

  Diadme, 217 (184).

  Digue, 179.

  DIODORE DE SICILE, 14, 31.

  DIONYSOS, 41.

  Diorite, 108, 155.

  Divan, 173.

  DJESER, 125, 137.

  Dodcarchie, 254.

  Domestication, 89.

  DOUAMOUTEF, 49.

  Double, 276, 278 (v. _Ka_).

  Drogman, 13.

  DROVETTI, 23.

  Dynasties, 14, 15, 24, 28.

  Dyn. divines, 36-47.

  Dyn. de demi-dieux et mnes, 47-49.

  Dyn. thinites (I et II), 54, 58, 81, 85, 95-122, 124.

  Dyn. III, 124-125, 140, 143.

  Dyn. IV, 125-129, 144, 149, 157, 162, 185.

  Dyn. V, 129-131, 146, 151-152.

  Dyn. VI, 131-133, 143, 147, 153, 155.

  Dyn. VII-X, 133, 134.

  Dyn. XI, 189-191, 200, 202.

  Dyn. XII, 27, 191-194, 198-200, 203, 218, 219, 221, 228, 283.

  Dyn. XIII, 194-195, 198-200.

  Dyn. XIV, 194-195, 198-200.

  Dyn. XV, 198-200.

  Dyn. XVI, 198-200.

  Dyn. XVII, 196, 198-200, 229, 230.

  Dyn. XVIII, 219, 230-242, 250, 259, 260, 287.

  Dyn. XIX, 242-246.

  Dyn. XX, 246-249, 260.

  Dyn. XXI, 250, 271, 279.

  Dyn. XXII, 250-261, 252.

  Dyn. XXIII, 251-252.

  Dyn. XXIV, 252.

  Dyn. XXV, 253-254, 279.

  Dyn. XXVI, 254-257 (v. SAIS).

  Dyn. XXVII-XXX, 257-258.


E

  Ebniste, 285, 294.

  Echange, 186, 289.

  Ecriture, 95, 96, 97, 113-115, 118, 120, 122, 125, 163-165, 296-297.

  Ecuelle, 78, 107, 108 (v. Coupe, Assiette).

  ELAM, 254.

  Elphant, 83, 88, 91, 294.

  ELPHANTINE, 36, 169.

  Elevage, 32, 68, 89, 120, 146, 177-179, 292-293.

  ELKAB, 136.

  Email, 283, 284, 289.

  Emblme, 46.

  Embryonnaire (position), 71.

  Enceinte, 150.

  Encens, 168, 220.

  Encre, 165.

  Enolithique, 58.

  Enfant, 169, 170.

  Enfants d'Horus, 49, 52 (13).

  Engraissage, 177.

  Ennade, 36, 48.

  Enseigne, 93, 118, 277.

  Eolithe, 61.

  ERATOSTHNE, 14.

  Ere, 28.

  Escabeau, 173.

  Escalier, 104, 137, 223.

  Etang, 260, 293.

  ETHIOPIE. ETHIOPIEN, 251, 252, 253, 254, 258, 287.

  Etoffe, 85, 226, 227, 282.

  ETRURIE, 221.

  Etui phallique, 85.

  EUPHRATE, 232, 234, 243, 294.

  EUSBE, 14, 16, 48, 50.

  _Excerpta Barbari_, 48.


F

  Famille, 41, 169-170.

  Fard, 75.

  Faucille, 89, 180, 292.

  Faucon, 115, 118.

  Faune, 83.

  Fausse-porte, 141, 142 (112, 113), 163.

  Fauteuil, 173, 274, 285 (246).

  Fayence, 109-110 (v. Email).

  FAYOUM, 65, 211.

  Femme, 169, 170, 289.

  Fodalit, 134, 167, 219, 287.

  Fer, 58, 59, 294.

  Ferme, 177.

  Figue, 182.

  Filage, 182, 227 (190).

  Filet, 88, 175, 176 (135, 136), 177, 224.

  Filigrane, 217.

  Flche, 66 (26-29), 87, 175, 231.

  Flore, 83.

  Fonctionnaire, 119, 131, 219, 220, 287 (v. Administration).

  Forgeron, 294.

  Formule magique, 139, 152.

  Forteresse, 136, 212 (177), 261, 262.

  Foulage, 181 (143).

  Fourrage, 181.

  Frise, 282, 329 (263).

  Fruit, 107.

  Fusaole, 92.


G

  Garde du corps, 166.

  Garde-manger, 175.

  Gazelle, 72, 73, 88, 89, 174.

  Gnies funraires, 49.

  GEORGES LE SYNCELLE, 14, 15.

  Gerbe, 180, 181.

  Girafe, 83, 88.

  Globulaire (vase), 109, 111.

  Gobelet, 76.

  Gomme, 162.

  GOSHEN, 222.

  Gouvernail, 185, 186.

  Grain, 89, 90, 107, 289, 293.

  Grand prtre, 249, 250, 269, 287.

  Grand vizir, 287.

  Granit, 108, 150, 155, 214, 268.

  Grattoir, 61, 65 (24, 25), 66, 74.

  GRECE, GREC, ILES GRECQUES, 12, 13, 14, 27, 83, 91, 127, 220, 221,
    234, 245, 256, 261, 275, 284, 288, 290.

  Grenat, 110.

  Grenier, 181.

  Grs, 108, 268.

  Groupe, 154, 155 (124).

  Grue, 89, 174.

  Guridon, 173.

  Guirlande, 282.


H

  Habitation, 63, 68, 84 (v. Maison).

  Hache, 62, 64 (19, 20), 66, 87, 92, 323 (261).

  HAKORIS, 258.

  Hameon, 88, 120, 175.

  HAMY, 54.

  HAPI, 49.

  Harpiste, 228.

  Harpon, 74, 88 (64), 174, 224.

  HATSHEPSOU, 232, 233, 268, 291.

  HAWARA, 203.

  HBREUX, 15, 259.

  HLIOPOLIS, 36, 37, 48, 49, 123, 129, 137, 139, 237.

  Hmatite, 77.

  HRACLOPOLIS, 134, 189.

  HERKHOUF, 26, 131, 169.

  Herminette, 64 (21), 66, 92, 183.

  HRODOTE, 13, 31, 128, 193, 253.

  Hron, 173.

  HIRACONPOLIS, 102, 105, 114, 137.

  Hiratique, 33, 165, 296, 297.

  Hiroglyphes, 122, 163-165, 207, 297.

  Hirophyphiques d'Horapollon, 14.

  Hippopotame, 76, 83, 88, 92, 94 (67), 174.

  HITTITES, 243, 244, 245.

  HOR-AOUABRA, 214 (179).

  HORAPOLLON, 14.

  HOREMHEB, 241 (204), 242.

  HORUS, 42, 43, 44, 43 (12), 46, 47, 48, 93, 96, 98, 102, 124, 257.

  HOTEP-SEKHEMOUI, 101.

  Houe, 89.

  HOUNI, 125, 126.

  HRIHOR, 249, 250.

  Huile, 107.

  Hutte, 68, 84.

  Hyne, 177, 178 (139).

  HYKSOS, 24, 195-197, 198, 200, 218, 222, 229, 230, 231, 233, 270, 289.

  Hymne, 296.

  Hypoge, 32, 147-148, 204, 271, 273.

  Hypostyle, 244, 262, 263, 266 (226, 227), 269.


I

  IALOU, 43, 278.

  IANNIAS, 198.

  Ibis, 118.

  ILLAHOUN, 203.

  Importation, 221.

  Incrustation, 279, 283, 285.

  INDES, 62.

  Industrie, 92, 120, 182-184, 226-227, 248, 256, 294.

  Inhumation secondaire, 72.

  Inondation, 82, 224.

  Inscription, 113-118, 160.

  Inspecteur, 219.

  IONIE, 254.

  Isis, 37, 40 (10), 41, 42, 44, 46, 48, 97, 125.

  ISRAEL, 15, 259.

  ITALIE, 71, 83.

  Ivoire, 75, 86, 122, 220, 285, 289.


J

  JAHVEH, 39.

  Jardin, Jardinage, 120, 182, 261, 292.

  Jarre, 107 (73), 115, 119, 182.

  Javeline, 231.

  JRUSALEM, 253.

  Jeu, 32, 147.

  Jeux gymniques, 32.

  Joaillerie, 184 (147), 217, 294.

  JOPP, 26.

  JOSEPH, 222.

  JOSPHE, 14.

  JOSU, 259.

  JUDE, JUIFS, 14, 15, 251.

  Juge, 166.

  Jupon, 222.

  Justice, 220, 287.


K

  _Ka_, 139, 144, 152, 153, 210, 214, 277, 278.

  KAIEKHOS, 100.

  KAMARES, 220.

  KAMERIRA, 134.

  KAMS, 197.

  KAQEMNA, 228.

  KARNAK, 22, 34, 233, 235, 243, 244, 264 (223), 266 (226), 267 (228),
    268, 276.

  KAROMAMA, 280 (240).

  KEBHSENOUF, 49.

  KENKENS, 100.

  KESEM, 222.

  KIRCHER, 16.

  KHA, 274.

  KHAAOU, 51.

  KHABIROU, 259.

  KHAFRA, 128 (v. KHEFREN).

  KHA-M-HA, 280.

  KHA-SEKHEMOUI, 101 (69), 104, 106, 114, 116 (94), 117.

  KHEFREN, 127 (101), 128, 150, 157 (127).

  KHENDI, 195.

  KHENT-KHITI, 49.

  KHENZER, 195.

  KHOPS, 126 (99), 127, 128, 129, 149, 180, 228 (v. KHOUFOU).

  KHITI, 134.

  KHNOUM, 36.

  KHONSOU, 48, 263 (221), 264 (223).

  KHOUFOU, 26, 127.

  KHOUNATEN, 236 (199), 238, 241, 248, 287.

  KHOUT-ATEN, 238.

  KHOUOU, 49.

  _Kjoekkenmoedding_, 68, 69, 73, 89.

  KOPTOS, 134.

  KOUMMEH, 193.


L

  Labour, 164, 179 (140), 180, 292 (251).

  Labyrinthe, 193, 194.

  LAC MOERIS, 193, 194, 224.

  Lac sacr, 270.

  Lacet, 88.

  Lait, 89.

  LAKISH, 253.

  Lambrissage, 103.

  Langue, 228, 294, 295.

  Lapis-Lazuli, 216, 217.

  Lasso, 88, 175, 178, 224.

  Lgume, 182.

  LEPSIUS, 19, 20.

  Lettre, 241, 296.

  LIBYE, LIBYEN, 83, 85, 100, 125, 130, 193, 232, 243, 245, 247, 250,
    255, 290.

  LICHT, 203, 213.

  LIEBLEIN, 199, 259.

  Ligne, 88, 175, 224.

  Lin, 181 (144).

  Linceul, 206.

  Linge, 274.

  Lion, 88, 174, 224, 294.

  Liste d'offrandes, 164.

  Liste royale, 14, 21-25 (2, 3, 5), 117.

  Lit, 173, 274, 285.

  Litire, 184 (148).

  Littrature, 165, 197, 227-228, 294-296.

  Liturgie, 41.

  Livre des Morts, 274, 283, 296.

  Livre de Sothis, 14.

  Lotiforme (colonne), 136 (109), 201.

  Louvre (muse), 156, 157, 283.

  LOUXOR, 63, 264 (222), 265 (224).


M

  Maon, 294.

  Magasin, 104, 105, 140, 150, 152, 211.

  Magdalnien, 56.

  Magie, 41, 228.

  Maillet, 183.

  Maillot, 206.

  Maison, 84, 173, 208, 211, 212 (176), 222, 261 (219).

  MAT, 47.

  MANTHON, 14, 15, 27, 35, 36, 46, 47, 48, 49, 50, 99, 100, 125, 126,
    129, 130, 131, 133, 134, 190, 191, 195, 198, 200, 230, 249.

  Manicure, 172.

  Manteau, 85, 172, 222.

  Marais, 82, 173.

  Marche, 186 (151), 187.

  Mariage, 41, 286.

  MARIETTE, 19.

  Marine, 291-292 (250) (v. Navigation).

  Marteau, 61.

  MASAHERTA, 250.

  MASHAOUASH, 250.

  _Masniti_, 46.

  Masque, 205 (166), 206, 273, 275.

  Massue, 87 (62-63).

  Mastaba, 32, 139-148, 203, 209, 272.

  Mt, 185, 186, 263.

  Matelas, 173.

  Mdecine, 41, 100, 165, 166, 296.

  MEDINET HABOU, 247, 262 (220), 265 (225), 282.

  MDITERRANE, 71, 81, 83, 91, 121, 225, 255, 284.

  MEIDOUM, 148, 162.

  MEKHA, 51.

  MEMPHIS, 36, 100, 101, 102, 123, 124, 125, 133, 134, 137, 192, 193,
    253.

  MENDES, 97, 258.

  MNS, 29, 44, 50, 51, 52, 54, 59, 95, 96, 98, 99, 100, 124.

  MENEPHTAH, 245-246 (208), 247, 259.

  MENKAOUHOR, 130.

  MENKAOURA, 128 (v. MYCRINUS).

  MENTOUHOTEP, 134, 190 (154), 191, 201, 202.

  Menuisier, 183 (146), 226 (189), 294.

  MERBAPA, 117.

  Mercenaires, 133, 254, 258, 290.

  MERENRA, 132 (106), 158.

  MERIT, 274.

  MER ROUGE, 91, 96, 121, 168, 220, 226, 255, 292.

  MERSEKHA, 114, 117.

  MSOPOTAMIE, 122.

  Mtal, 46, 58, 221, 277, 279, 289, 294.

  Mtallurgie, 93.

  Mtier, 32, 182 (v. Industrie).

  Mtier  tisser, 41, 227 (190).

  Meuble, 32, 110, 146, 183, 285.

  Meule, 180.

  MIBIS, 100, 117.

  MILO, 121.

  Mine, 187.

  MITANNI, 26, 236.

  Mobilier funraire, 33, 73-76, 120, 146, 163, 208, 271, 274.

  MOERIS (lac), 193, 194, 224.

  Mose, 259.

  Moisson, 145, 164, 180 (141), 313 (259).

  Mollusque, 88.

  Momie, 42, 139, 144, 146, 154, 206 (167), 272 (233), 273, 275.

  DE MORGAN, 55, 105.

  Moulin, 90.

  Moustaches, 171.

  Moustrien, 56, 57.

  Mouton, 179, 180, 293.

  Moyen Empire, 32, 124, 134, 162, 189, 228, 249, 276, 290.

  Mur, 196.

  Muse Britannique, 22.

  Musique, 32.

  MYCRINUS, 128, 129 (103), 150.


N

  NABUCHODONOSOR, 255.

  Nacelle, 90 (65), 173, 185 (149).

  Nacre, 75, 85.

  Nain, 169.

  Naos, 202, 263, 269.

  NAPATA, 252.

  Nasse, 88, 177.

  Natron, 206.

  Natte, 72, 173, 182 (145), 183, 208.

  Navigation, 90, 184-186, 225-226 (v. Marine).

  NAVILLE, 202.

  Navire, 291.

  NEBKA, 125.

  NEB-RA, 101.

  NCHAO I, 254.

  NCHAO II, 255, 292.

  Ncropole, 69, 72, 93.

  NECTANBO I, 258 (217).

  NECTANBO II, 258.

  Nef, 186.

  NEFERARKARA, 130.

  NEFERHOTEP, 195 (158).

  NEFERKARA, 134.

  NEGADAH, 95, 102, 104-105.

  Ngre, 195, 232, 234.

  NEHASI, 195.

  NEHEB, 51.

  NEKHROPHS, 125.

  NEKHTHORHEB, 258 (217).

  _Nekyes_, 49.

  NENOUTER, 101.

  Nolithique, 54, 58.

  NEOUSERRA-AN, 130 (104), 138.

  NEPHERITS, 258.

  NEPHTHYS, 48.

  Niche, 103, 105, 141.

  NIL, 82 et _passim_.

  Nilomtre, 224.

  NIMROD, 251, 252.

  No, 39.

  Nom d'Horus, 116, 118.

  Nomarque, 218, 219, 220.

  Nome, 166, 167.

  NOUIT, 38, 39 (9).

  Nourriture, 166, 222.

  NOUTERKHA, 125.

  Nouvel Empire, 27, 29, 32, 81, 162, 200, 208, 210, 229-298.

  NUBIE, 132, 169, 190, 192, 193, 212, 234, 242, 243, 287, 288.

  _Nuclus_, 65, 67.


O

  Oasis, 62, 193.

  Oblisque, 137, 138, 233, 263.

  Obsidienne, 108, 121, 216.

  Ode, 295.

  OEuf, 89.

  Offrandes, 141, 145, 276.

  Oie, 89, 174, 177.

  Oiseau, 75, 173, 175, 294.

  OMAR, 297.

  Opration chirurgicale, 147.

  Or, 110, 111, 121, 184, 217, 284, 288.

  Oracle, 129.

  Orfvrerie, 217, 284 (v. Bijouterie, Joaillerie).

  Orge, 73, 107, 120.

  Ornement de corps, 73, 74 (v. Bijou).

  OSIRIS, 40 (10), 41, 42, 47, 48, 97, 164.

  OSORKON, 250-251 (212), 252.

  Ostracon, 296 (254).

  Otage, 234.

  OUADI-HAMMAMAT, 132.

  OUAZAND, 51.

  OUNPHS, 100.

  OUNA, 26, 131.

  OUNAS, 131, 152.

  Oursin, 75.

  OUSAPHAIS, 100.

  OUSERKARA, 131.

  OUSERKAF, 130.

  OUSERTESEN, 192 (v. SENOUSRIT).

  _Oushabti_, 210, 211 (175), 274, 278 (238), 328 (262).

  Outil, 32, 56, 57, 59, 65, 66, 67, 120.

  Oxyrhinque, 164.


P

  PAAPIS, 236, 298.

  Pagne, 170-171, 222, 289.

  Paille, 181.

  Palais, 118, 136, 211, 224, 260, 282.

  Palolithique, 54, 57, 58, 60.

  PALESTINE, 12, 26, 62, 130, 234, 247, 259, 288.

  Palette, 75.

  Palmiforme (colonne), 136 (107), 201.

  PANKHI, 250.

  Panodore, 50.

  Panthre, 88, 112, 174.

  Papyriforme (colonne), 136 (108), 201.

  Papyrus, 33, 90, 165, 197, 227 (191), 228, 274, 283, 296.

  Papyrus Harris, 26, 248.

  Papyrus royal de Turin, 15, 22-24 (3), 27, 35, 37, 46, 47, 48, 49, 50,
    194.

  Parc de chasse, 223 (187), 224, 294.

  Parfum, 146, 166, 208, 216.

  Patriarches, 221.

  Pturage, 292, 293.

  Paysan, 219, 228.

  Peau, 72, 85, 289.

  Pche, 32, 56, 74, 88, 95, 120, 146, 181, 173-177 (136), 224, 293-294.

  Pectoral, 216 (183), 217.

  Pdicure, 172.

  Peigne, 75, 86 (61), 92.

  Peintre, 183.

  Peinture, 32, 161-162, 215-216, 280-283, 294.

  PLUSE, 196.

  Pendeloque, 75, 92.

  PENTAOUR, 244.

  PPI I, 132 (105), 157.

  PPI II, 132-133, 134, 169.

  PERABSEN, 116, 117.

  Percepteur, 219.

  Peroir, 183.

  Percuteur, 66, 67.

  Perdrix, 88.

  Priode sothiaque, 28.

  Priple, 255, 292.

  Prisclide, 289.

  Pristyle, 223.

  Perles, 74, 86, 110, 284.

  Perruque, 171, 274, 289.

  PERSE, 257, 258.

  Perspective, 159, 160.

  PETRIE, 55.

  PHNICIE, 284, 288.

  PHILAE, 125.

  PHILISTINS, 247.

  PIANKHI, 251, 252 (213), 253, 286.

  Pidroit, 139.

  Pige, 88.

  Pierre de Palerme, 24-25 (4), 99-101.

  Pierre de Rosette, 11 (1), 17.

  Pigeon, 89.

  Pilier, 135, 139, 146, 151, 202, 204.

  Pinceau, 162.

  PINODJEM, 250.

  Plafond, 282.

  Plancher, 103.

  Planchette, 273 (234).

  Plaque de schiste, 75 (34-36), 76, 111, 112 (87), 114.

  Plaquette, 110, 114 (89).

  Plateforme, 137, 147.

  Pltre, 275.

  PLINE LE JEUNE, 14.

  Plume, 289.

  PLUTARQUE, 14.

  POCKOKE, 16.

  Pome, 228, 244.

  Posie, 296.

  Poignard, 53 (14), 74, 87, 110 (84), 111, 197 (160), 217.

  Poinon, 62, 66, 74.

  Pointe de flche, 56, 66 (26-29), 87, 111 (85-86).

  Pointe de javelot, 56, 87, 88.

  Pointe de lance, 56, 88.

  Poisson, 75, 88, 164, 173, 174, 175, 177, 293.

  Polissoir, 77.

  Polychromie, 161.

  Porc, 293.

  Porphyre, 81, 108.

  Porte-ventail, 119.

  Porte-sandales, 119.

  Portire, 182.

  Portique, 138, 150, 152, 204.

  Poterie genne, 121.

  Potier, 92.

  POUNT, 168, 220, 232, 234, 288, 292.

  Prdynastique, 60, 63-94.

  Prhistorique, 21, 35, 54.

  Pressoir, 181 (143).

  Prtre, 129, 130, 131, 166, 237.

  Protocole, 115-118.

  PSAMMTIQUE I, 254 (214), 255.

  PSAMMTIQUE II, 255.

  PSAMMTIQUE III, 256.

  PSOUSENNS, 250.

  PTAH, 36-37 (7).

  PTAHHOTEP, 228.

  PTOLMES, 14, 17, 297.

  Puits, 205, 275.

  Pylne, 262, 263, 264 (222, 223), 277.

  Pyramides, 123 (97), 125, 126, 127, 128 (102), 129, 131, 138,
    148-153 (119-120), 202 (163), 203, 268.


Q

  QEB, 39 (9), 40.

  Quartz, 108.


R

  RA, 35 (6), 37-39, 137, 138, 237.

  Racloir, 62, 74 (v. Grattoir).

  Raisin, 181 (143), 282 (243).

  Rame, 80, 186.

  RAMESSEUM, 266 (227).

  RAMSS I, 242.

  RAMSS II, 244-245 (207), 248, 250, 259, 266, 276 (235), 277 (236).

  RAMSS III, 25, 246-248 (209), 261.

  RAMSS IV-XII, 248-249, 270.

  RATOISS, 127.

  Rcolte, 85, 180.

  Recrutement, 32.

  Rgence, 232.

  Registre, 220.

  Rquisition, 219.

  RHAMPSINITE, 26.

  Rhinocros, 88.

  Rites funraires, 42.

  Robe, 85, 172, 289.

  ROBOAM, 251.

  ROME, 27, 275.

  Roseau, 90.

  DE ROUG, 20.

  Royaut, 115, 165-167, 217-219, 285-286.


S

  SABACON, 252, 253.

  DE SACY, 17.

  SAHOURA, 130, 151.

  SAIS, SAITE, 252, 254, 257, 258, 260, 261, 275, 279, 290.

  SALATIS, 198.

  Sanctuaire, 84, 262, 263, 268, 269, 270 (v. Temple, Chapelle).

  Sandale, 171, 289.

  SAQQARAH, 123, 125.

  Sarcophage, 33, 145 (117), 146, 149, 153, 206, 207 (168-169), 209,
    270, 273 (234), 274, 275 (v. Cercueil, Anthropode).

  SARGON, 252.

  Satire des mtiers, 33.

  Scarabe, 25.

  Sceau, 119.

  Sceptre, 208.

  Scie, 183.

  Science, 100, 165, 197, 228, 296.

  Scribe, 33, 154 (123), 156 (126), 167.

  Sculpture, Sculpteur, 92, 112, 153, 161, 183, 212-215, 275-281, 294.

  SEANKHKARA, 191.

  SEBEKHOTEP, 195.

  SEBEKNEFROU, 194.

  SEBENNYTOS, 258.

  SEKA, 51.

  SEKHET, 38 (8).

  Semailles, 145, 179, 180, 292 (251).

  SEMEMPSS, 100, 117.

  SMITE, 84, 96, 121, 127, 221 (186).

  Smitisme, 295.

  SEMNEH, 193.

  SENOUSRIT I, 191 (155), 192, 213, 219.

  SENOUSRIT II, 216 (183).

  SENOUSRIT III, 192 (156).

  SENNAKHRIB, 253.

  SEQNENRA, 26, 197, 198 (161).

  Srapum, 19, 283.

  _Serdab_, 143, 163, 210.

  Serf, 219.

  Sertissage, 282.

  Service des Antiquits, 20.

  SSOSTRIS, 192, 244.

  SET, 41, 42, 43, 44, 45 (12), 46, 47, 48, 93, 97, 101, 117, 124.

  STI I, 242-244 (205), 266, 267.

  STI II, 246.

  SETNEKHT, 246-247.

  SHABATOKA, 253.

  SHARDANE, 250, 290.

  _Sheikh-el-Beled_, 6 (frontispice), 156 (125).

  SHEPSESKARA, 130.

  SHESHONQ, 250, 251.

  _Shesou-Hor_, 35, 50.

  SHOU, 39 (9), 48.

  SI-AMON, 250.

  Silex, 32, 53-67 (14-29), 74, 75, 86 (60), 92, 96, 110 (84),
    111 (85-86), 120, 231.

  Silure, 164.

  SINAI, 100, 114, 121, 127, 129, 130, 132, 168, 190, 193.

  Singe, 182.

  SINOUHIT, 26, 228.

  SIOUT, 134, 189, 218.

  SIPHTAH, 246, 272 (233).

  SISAK, 251.

  SMENDS, 250.

  SNEFROU, 126, 143, 149, 161.

  Soldat, 218 (185), 290 (249).

  Soleil, 130 (v. Ra).

  Solutren, 56, 57.

  SOMALIS, 54, 168, 220.

  SOTHIS, 28.

  Soubassement, 105.

  SOUDAN, 12, 83, 130, 169, 193, 220, 232, 234, 252, 288, 290.

  Sphrode (vase), 109 (80).

  Sphinx, 128, 150, 189 (153), 201, 214, 263.

  Statue, 112, 113, 144, 152, 153-158, 160, 197, 201, 202, 210, 213,
    214.

  Statuette, 210, 211 (174).

  Statuette funraire, 210, 211 (175), 274, 278 (238), 284.

  Statopygie, 84.

  Stle, 104, 105, 114, 115, 119, 125, 138, 141, 143, 203, 280, 296.

  Store, 208.

  STRABON, 14, 31.

  Stuc, 260, 285.

  SUEZ, 196.

  Syphilis, 84.

  SYRIE, SYRIEN, 26, 127, 168, 190, 193, 220, 232, 234, 235, 243, 245,
    246, 247, 250, 252, 253, 255, 284, 288, 289, 290, 293, 294.

  Syringe, 270.


T

  Table d'offrandes, 143 (114, 115), 163.

  Tablette, 26, 236, 240 (202).

  TAFNEKHT, 252.

  TAHARQA, 253, 254.

  TAKELOT, 251.

  Talisman, 76.

  TANIS, 132, 250.

  TANOUTAMON, 254.

  TAOUSERT, 246.

  Tapis, 183.

  Tatouage, 86.

  TEKA, 51.

  TELL EL AMARNA, 26, 236, 237, 238, 239, 240, 241, 275, 281, 282.

  Temple, 106, 118, 131, 135, 136-138, 200, 201, 214, 233, 236, 262-270,
    276, 280.

  Tenture, 182.

  TOS, 258.

  Terrasse, 202, 268.

  Terre cuite, 74.

  TESH, 51.

  TETI, 131.

  Textes religieux, 164, 208, 227, 228.

  THEBES, 134, 190, 192, 194, 196, 200, 218, 235, 237, 238, 242, 250,
    251, 252, 253, 254, 261, 274, 287, 290, 291.

  Thologie, 165, 166.

  THII, 236.

  THINIS, 49, 98, 102.

  THOT, 39 (9), 42, 44, 45, 47, 48.

  THOUTMS I, 232 (195).

  THOUTMS II, 232.

  THOUTMS III, 26, 232, 233 (196), 259.

  THOUTMS IV, 229, 234 (197), 235.

  Tissage, 92, 182, 227 (190).

  Titulature, 101, 115-118, 124.

  Toilette, 166, 172 (132).

  Toit, 186.

  Tombeau, 31, 32, 33, 59, 64, 69, 76, 102-106, 119, 126, 135, 139-153,
    154, 158, 161, 162, 202-211, 268, 270-275, 277, 278, 280, 296.

  Tortue, 75.

  TOSORTHROS, 125.

  Totem, 93.

  TOUAA, 274.

  TOUAREGS, 62.

  TOUTANKHAMON, 240 (203), 242, 274.

  Traneau, 187.

  Trait, 245.

  Transport, 219.

  Trsor, 263.

  Tribu, 41, 46 (v. Clan).

  Tribunal d'Osiris, 43.

  Troubleau, 177.

  Troupeau, 292, 293.

  Tuberculose, 84.

  TUNISIE, 245.

  TURIN, 23, 274.

  Turquoise, 217.

  TYPHON, 41.


U

  Ustensile, 32, 146, 274, 285.


V

  Vache, 178.

  Vaisseau, 186.

  Vannage, 181, 322 (260).

  Vannerie, 78, 80, 183, 282.

  Vase  parfum, 274.

  Vase en bois, 283.

  Vase en mail et en verre, 284.

  Vase en mtal, 217, 283-284, 289.

  Vase en pierre, 59, 81, 92, 107-109, 163, 183, 187, 121, 208, 216-283,
    284.

  Vase en terre, 32, 73, 76-81, 107-108, 163, 209, 216.

  Vendange, 146, 181.

  Ventilation, 223.

  Vergue, 185.

  Verre, 284.

  Vtement, 32, 41, 120, 146, 166, 170-171, 222, 274 (v. Costume).

  Viande, 73, 107.

  Vigne, 120, 181, 282 (243).

  Village, 64, 67-68, 80, 84, 93.

  Vilebrequin, 108.

  Ville, 41, 211, 219, 222.

  Vin, 107.

  Vizir, 166.

  Voile, 185, 186, 225.


X

  XOIS, 194.


Y

  YOUAA, 274.

  YOUNG, 17.


Z

  ZERAKH, 251.

[Illustration: _Fig. 258._ Tte de femme (XVIIIe dynastie).]




[Illustration: _Fig. 259._ Moissonneurs portant la rcolte (Tombeau
d'Anna, Thbes, XVIIIe dynastie).]




BIBLIOGRAPHIE

Liste des principaux ouvrages concernant les divers domaines de
l'Egyptologie. Les titres prcds d'un astrique sont ceux des livres
qu'on peut se procurer le plus facilement.


A. OUVRAGES GNRAUX

I. HISTOIRE

  *FR. W. VON BISSING. _Geschichte Aegyptens im Umriss._    Berlin 1904.

  *J. H. BREASTED. _A History of Egypt._                  New-York 1905.

  H. BRUGSCH. _Geschichte Aegyptens unter den
    Pharaonen._                                            Leipzig 1877.

  *E. A. WALLIS BUDGE. _A History of Egypt._ 8 vol.
    (Books on Egypt and Chaldaea IX-XVI.)                  Londres 1902.

  FR. LENORMANT. _Histoire Ancienne de l'Orient_.
    T. II et III. Les Egyptiens (9e dit.).                  Paris 1887.

  *J. LIEBLEIN. _Recherches sur l'histoire et la
    civilisation de l'ancienne Egypte._                 Leipzig 1910-11.

  -- _Recherches sur la chronologie gyptienne._       Christiania 1873.

  F. J. LAUTH. _Aus Aegyptens Vorzeit._                     Berlin 1881.

  G. MASPERO. _Histoire ancienne des peuples de
    l'Orient classique._ 3 vol.                           Paris 1895-99.

  -- _Histoire ancienne des peuples de l'Orient_.
    1 vol. 6e dit.                                          Paris 1904.

  ED. MEYER. _Geschichte des Altertums_ I et II.
    (En cours de publication.)                           Stuttgart 1909.

  -- _Histoire de l'Antiquit._ I-VIII.
    (En cours de publ.)                                      Paris 1912.

  -- _Aegyptische Chronologie._                             Berlin 1904.

  *W. FL. PETRIE. _A History of Egypt_. 3 vol.        Londres 1899-1905.

  G. F. UNGER. _Chronologie des Manetho._                   Berlin 1867.

  A. WIEDMANN. _Aegyptische Geschichte._                     Gotha 1884.


LISTES ROYALES

  E. BRUGSCH et U. BOURIANT. _Le Livre des rois._         Le Caire 1887.

  E. A. WALLIS BUDGE. _The Book of the Kings of Egypt._
    3 vol.                                                 Londres 1908.

  H. GAUTHIER. _Le Livre des rois d'Egypte._ 5 vol.
    (Mm. de l'Inst. fr. d'Arch. orient. du Caire,
    t. XVII-XXI.)                                    Le Caire 1907-1918.

  C. R. LEPSIUS. _Knigsbuch der alten Aegypter._
    2 vol.                                                  Berlin 1858.


2. GOGRAPHIE

  E. AMLINEAU. _La gographie de l'Egypte  l'poque
    copte._                                                  Paris 1893.

  *K. BDEKER (G. STEINDORFF). _Egypte et Soudan._
    (3e dit. fran.)                                      Leipzig 1898.

  *G. BENEDITE. _Egypte_ (Guide Joanne.)                Paris 1900-1905.

  H. BRUGSCH. _Geographische Inschriften
    altgyptischer Denkmler._ 3 vol.                 Leipzig 1857-1860.

  -- _Dictionnaire gographique de l'ancienne Egypte._     Leipzig 1879.

  J. F. CHAMPOLLION. _L'Egypte sous les Pharaons._
    2 vol.                                                   Paris 1814.

  J. DUMICHEN. _Geographie des alten Aegyptens_
    (dans MEYER. _Gesch. Aeg._ 1re edit.)                   Berlin 1887.

  -- _Zur Geographie des alten Aegyptens._                 Leipzig 1894.

  J. DE ROUG. _Gographie ancienne de la Basse
    Egypte._                                               Leipzig 1894.

  _An atlas of ancient Egypt._ (Publ. of the Egypt
    Exploration Fund.)                                     Londres 1894.

  E. SCHIAPARELLI. _La Geografia dell'Africa
    orientale._                                               Rome 1916.


3. RELATIONS EXTRIEURES

  F. W. VON BISSING. _Der Anteil der aegyptischen
    Kunst am Kunstleben der Vlker._                        Munich 1912.

  W. M. MULLER. _Asien und Europa nach aegyptischen
    Denkmlern._                                           Leipzig 1893.

  -- _Egyptological Researches_ (2 vol.).          Washington 1906-1910.

  *W. M. FL. PETRIE. _Egypt and Israel._                   Londres 1911.

  R. WEILL. _Recueil des inscriptions gyptiennes
    du Sina._                                               Paris 1904.


4. CIVILISATION

  H. BRUGSCH. _Die Aegyptologie._                          Leipzig 1891.

  F. CHABAS. _Etudes sur l'Antiquit historique._
    (3e dit.)                                               Paris 1873.

  *AD. ERMAN-RANCKE. _Aegypten und aegyptisches
    Leben im Altertum_ (2e dit.).                        Tbingen 1923.

  *V. LORET. _L'Egypte au temps des Pharaons._               Paris 1889.

  *G. MASPERO. _Lectures historiques._                       Paris 1890.

  J. ROSELLINI. _I Monumenti dell'Egitto e della
    Nubia._ (Vol. IV-VIII. Monumenti civili.).             Pise 1843-36.

  *H. SCHNEIDER. _Kultur und Denken der alten
    Aegypter._                                             Leipzig 1909.

  J. GARDNER WILKINSON. _The Manners and Customs of the
    ancient Egyptians._ (4e d. par S. BIRCH.) 3 vol.      Londres 1878.

  A. WIEDEMANN. _Herodots zweites Buch._                   Leipzig 1890.

  W. WRESZINSKI. _Atlas zur altgyptischen
    Kulturgeschichte._                                     Leipzig 1914.


5. ART

  F. W. VON BISSING. _Denkmler aegyptischer
    Sculptur._ 1 vol. et 2 atlas.                       Leipzig 1908-13.

  L. BORCHARDT. _Die aegyptische Pflanzensule._            Berlin 1897.

  J. CAPART. _L'art gyptien._ 2 vol. de planches.    Bruxelles 1909-11.

  -- _Leons sur l'art gyptien._                        Bruxelles 1920.

  A. CHOISY. _L'art de btir chez les Egyptiens._            Paris 1904.

  G. FOUCART. _Histoire de l'ordre lotiforme._               Paris 1897.

  G. JQUIER. _Dcoration gyptienne._                       Paris 1911.

  -- _Les temples memphites et thbains._                    Paris 1921.

  -- _Les temples ramessides et sates._                     Paris 1923.

  -- _Les temples ptolmaques et romains._               (sous presse).

  *G. MASPERO. _L'archologie gyptienne._                   Paris 1887.

  *-- _Egypte_ (collection Ars una).                       Paris 1912.

  G. PERROT ET CH. CHIPIEZ. _Histoire de l'Art
    dans l'Antiquit._ I _Egypte._                           Paris 1882.

  *W. M. FL. PETRIE. _Egyptian Decorative Art._            Londres 1895.

  *-- _Arts and Crafts of ancient Egypt._                Edimbourg 1909.

  *H. SCHAFER. _Von gyptischer Kunst._ 2 vol.             Leipzig 1920.

  *W. SPIEGELBERG. _Geschichte der aegyptischen
    Kunst._                                                Leipzig 1903.


6. CRITURE

HIROGLYPHES

  PH. BERGER. _Histoire de l'criture dans
    l'antiquit_, p. 90-104.                                 Paris 1891.

  F. LL. GRIFFITH. _Beni Hasan_ III.                       Londres 1896.

  -- _Hieroglyphs._                                        Londres 1898.

  -- _The Mastaba of Ptahhetep and Akhethetep._ I.         Londres 1900.

  M. A. MURRAY. _Saqqara Mastabas_ I.                      Londres 1905.


HIRATIQUE

  AD. ERMAN. _Die Mrchen des Papyrus Westcar_, t. II.      Berlin 1890.

  S. LEVI. _Raccolta dei Signi ieratici egizi._              Turin 1882.

  G. MOLLER. _Hieratische Palaeographie._ 3 vol.      Leipzig 1909-1913.


DMOTIQUE

  H. BRUGSCH. _Grammaire dmotique._                         Paris 1855.


7. LANGUE

GRAMMAIRE

  H. BRUGSCH. _Hieroglyphische Grammatik._                 Leipzig 1872.

  J. F. CHAMPOLLION. _Grammaire gyptienne._                 Paris 1836.

  E. DRIOTON. _Cours de grammaire gyptienne._               Nancy 1922.

  AD. ERMAN. _Aegyptische Grammatik_ (3e d.)               Berlin 1911.

  V. LORET. _Manuel de la langue gyptienne._                Paris 1889.

  E. DE ROUG. _Chrestomathie gyptienne_, 4 vol.         Paris 1867-76.

  K. SETHE. _Das aegyptische Verbum._ 3 vol.               Leipzig 1899.


DICTIONNAIRE

  H. BRUGSCH. _Hieroglyphisch-demotisches Wrterbuch._
    Vol. I-IV et suppl. Vol. V-VII.                     Leipzig 1867-82.

  AD. ERMAN, H. GRAPOW. _Aegyptisches Handwrterbuch._      Berlin 1904.

  S. LEVI. _Vocabolario geroglifico-copto-ebraico._
    Vol. I-IV et suppl. Vol. VII-VIII.                    Turin 1887-94.

  P. PIERRET. _Vocabulaire hiroglyphique._                  Paris 1875.


8. LITTRATURE

  *J. BREASTED. _Ancient Records of Egypt_, 5 vol.      Chicago 1906-07.

  G. MASPERO. _Etudes gyptiennes._ Vol. I.                  Paris 1879.

  -- _Du genre pistolaire chez les Egyptiens._              Paris 1872.

  *-- _Les Contes populaires de l'Egypte ancienne._
    (4e dit.).                                              Paris 1911.

  W. M. MULLER. _Die Liebespoesie der alten Aegypter._     Leipzig 1899.

  _Records of the Past._ Vol. II, IV, VI, VIII, X, XII.
                                                        Londres 1874-81.


9. RELIGION

  H. BRUGSCH. _Religion und Mythologie der alten
    Aegypter._                                             Leipzig 1888.

  E. A. WALLIS BUDGE. _The Gods of the Egyptians_
  (2 vol.).                                                Londres 1904.

  -- _Osiris and the Egyptian Resurrection_ (2 vol.).      Londres 1911.

  *AD. ERMAN. _Die aegyptische Religion._                   Berlin 1905.

  G. MASPERO. _Etudes de Mythologie et d'Archologie
    gyptiennes._ (Vol. I-VI. Bibliothque
    Egyptologique, t. I, II, VIII, IX, XXVII, XXVIII.)  Paris 1893-1912.

  *ED. NAVILLE. _La Religion des Anciens Egyptiens_
    (Annales du Muse Guimet. Bibl. de Vulgarisation
    t. XXIII.)                                               Paris 1906.

  *W. M. FL. PETRIE. _Religion and Conscience in
    Egypt._                                                Londres 1898.

  *_Personal Religion in Egypt before Christianity._       Londres 1909.

  P. PIERRET. _Essai sur la Mythologie gyptienne._          Paris 1879.

  *G. STEINDORF. _The Religion of the ancient
    Egyptians._                                           New-York 1905.

  V. VON STRAUSS UND TORNEY. _Der altaegyptische
    Gtterglaube._ 2 vol.                               Heidelberg 1889.

  *A. WIEDEMANN. _Die Religion der alten Aegypter._        Mnster 1890.


RITES

  *E. A. W. BUDGE. _The Liturgy of funerary
    offerings_ (Books on Egypt and Chaldaea. Vol. XXV).    Londres 1909.

  *-- _The Book of Opening the Mouth._ 2 vol.
    (_ibid._ Vol. XXVI et XXVII).                          Londres 1909.

  H. KEES. _Der Opfertanz des aegyptischen Knigs._        Leipzig 1912.

  E. LEFBURE. _Rites gyptiens._ (Publ. de l'Ecole
    des Lettres d'Alger. IV.)                                Paris 1890.

  *A. MORET. _Du caractre religieux de la royaut
    pharaonique_. (Annales du Muse Guimet. Bibl.
    d'Etudes, t. XV.).                                       Paris 1902.

  *-- _Le Rituel du Culte divin journalier en Egypte_
    (_ibid._ t. XIV).                                        Paris 1902.

  E. SCHIAPARELLI. _Il Libro dei Funerali degli
    antichi Egiziani_, 3 vol. et atlas de planches.          Turin 1882.

  G. MASPERO. _Le rituel du sacrifice funraire._
    Bibliothque gyptologique I. p. 283-324.                Paris 1893.


TEXTES ANCIENS


  1. _Livre des pyramides._

  G. MASPERO. _Les Inscriptions des Pyramides de
    Saqqarah._ (Extrait du Recueil de Travaux.)              Paris 1894.

  K. SETHE. _Die altaegyptischen Pyramidentexte._ (En
    cours de publication. 4 vol. parus.)               Leipzig 1908. sq.


  2. _Textes funraires du Moyen Empire._

  P. LACAU. _Textes religieux._ (Parait dans le
    Recueil de travaux. Vol. XXVI et suiv.)               Paris 1904 sq.

  R. LEPSIUS. _Aelteste Texte des Todtenbuchs._             Berlin 1867.


  3. _Livre des morts._

  *E. A. WALLIS BUDGE. _The Book of the Dead._ 3 vol.
    (Texte, traduction et index.)                          Londres 1898.

  *P. LE PAGE RENOUF. _The Book of the Dead._
    Translation and commentary (Life-Work, vol. IV.)         Paris 1907.

  R. LEPSIUS. _Das Todtenbuch der Aegypter._               Leipzig 1842.

  ED. SAVILLE. _Das aegyptische Totenbuch der_
    XVIII-XX. _Dyn_. 3 vol.                                 Berlin 1886.

  G. MASPERO. _Le livre des morts._ Bibliothque
    gyptol. I. p. 325-387.                                  Paris 1893.

  *P. PIERRET. _Le Livre des morts._ (2e dit.) trad.        Paris 1907.

  W. PLEYTE. _Chapitres supplmentaires du Livre des
    morts._ 3 vol.                                           Leide 1881.

  *E. DE ROUG. _Etudes sur le Rituel funraire des
    anciens Egyptiens._ Bibl. gyptol. XXIII.                Paris 1910.


  4. _Livre de l'Am.-Douat._

  G. JQUIER. _Le livre de ce qu'il y a dans l'Hads._       Paris 1894.

  R. V. LANZONE. _Le domicile des Esprits._                  Paris 1879.

  E. LEFBURE. _Le Tombeau de Seti Ier_ (Mm. de la
    Mission fran. au Caire, t. II.)                         Paris 1886.

  G. MASPERO. _Les Hypoges royaux de Thbes._
    (Bibliothque gyptol. II, p. 1-181.)                    Paris 1893.


  5. _Ouvrages divers._

  E. VON BERGMANN. _Das Buch vom Durchwandeln der
    Ewigkeit._                                              Vienne 1877.

  E. CHASSINAT. _Le livre de protger la barque divine._
    (Recueil de travaux XVI. p. 105-122.)                    Paris 1894.

  -- _Etude sur quelques textes de provenance thbaine._
    (Bulletin de l'Inst. fr. d'arch. or. du Caire,
    III. 129-163.)                                        Le Caire 1903.

  J. DE HORRACK. _Les lamentations d'Isis et de
    Nephthys._                                               Paris 1866.

  -- _Le livre des respirations._                            Paris 1877.

  H. JUNKER. _Die Stundenwachen in den
    Osiris-Mysterien._                                      Vienne 1910.

  -- _Die Onurislegende._                                   Vienne 1917.

  J. LIEBLEIN. _Le livre gyptien Que mon nom
    fleurisse._                                           Leipzig 1895.

  E. GRBAUT. _Hymne  Ammon-R._                            Paris 1874.

  H. KEES. _Der Opfertanz des aegyptischen Knigs._        Leipzig 1912.

  V. LORET. _Les ftes d'Osiris au mois de Khoak._
    (Recueil de travaux III-V.)                           Paris 1882-84.

  G. MASPERO. _Hymne au Nil._                             Le Caire 1912.

  E. NAVILLE. _Textes relatifs au Mythe d'Horus._          Leipzig 1870.

  -- _La Litanie du Soleil._                               Leipzig 1875.

  -- _La destruction des hommes par les dieux._
    (Transaction of the Soc. of Bibl. Arch.
    IV et VIII.)                                        Londres 1875-85.


  6. _Textes magiques._

  F. CHABAS. _Le papyrus magique Harris._                   Chalon 1860.

  AD. ERMAN. _Zaubersprche fr Mutter und Kind._           Berlin 1901.

  G. DARESSY. _Textes et dessins magiques._
    (Catal. gn. du Muse du Caire.)                      Le Caire 1903.

  W. GOLENISCHEFF. _Die Metternichstele._                  Leipzig 1877.


10. PUBLICATIONS DE TEXTES

MONUMENTS

  H. BRUGSCH. _Recueil de monuments gyptiens._ 6 vol.  Leipzig 1861-83.

  -- _Thsaurus inscriptionum aegyptiacarum._ 6 vol.    Leipzig 1883-91.

  J. F. CHAMPOLLION. _Monuments de l'Egypte et de la
    Nubie._ 4 vol. de planches et 2 vol.
    de texte.                                             Paris 1835 sq.

  J. DUMICHEN. _Historische Inschriften altgyptischer
    Denkmler._ 2 vol.                                     Leipzig 1867.

  -- _Altgyptische Kalenderinschriften._                  Leipzig 1866.

  -- _Altgyptische Tempelinschriften._ 2 vol.             Leipzig 1867.

  R. LEPSIUS. _Denkmaler aus Aegypten und Aethiopien._
    Planches 12 vol. Texte 5 vol.                        Berlin 1840 sq.

  J. ROSELLINI. _Monumenti dell'Egitto e della Nubia._
    Planches 3 vol. Texte 9 vol.                           Pise 1832-44.

  R. DE ROUG. _Inscriptions hiroglyphiques copies
    en Egypte._ 4 vol.                                    Paris 1877-79.

  _Description de l'Egypte._ 1re dit. Planches.
    14 vol. Texte. 9 vol.                                 Paris 1809 sq.
    2e dit. Planches 11 vol. Texte 26 vol.               Paris 1821 sq.

  _Urkunden des aegyptischen Altertums._ En cours
    de publication.                                     Leipzig 1903 sq.

  _Archaelogical Survey of Egypt._ 24 vol. parus.       Londres 1890 sq.


FOUILLES

  _Egypt Exploration Fund._ 37 vol. parus.              Londres 1883 sq.

  _Egypt Research Account. British school of
    Archaeology._ 18 vol. parus.                        Londres 1898 sq.

  _Deutsche Orient Gesellschaft._                       Leipzig 1908 sq.

  _Services des Antiquits de l'Egypte._
    (Comptes rendus de fouilles).                      Le Caire 1894 sq.

  W. M. FLINDERS PETRIE. Publications diverses.         Londres 1896 sq.


MUSES

  _Catalogue gnral des antiquits gyptiennes
    du Muse du Caire._ 59 vol. parus depuis 1901.

  _Beschreibung der aegyptischen Sammlung .... in
    Leiden._ 11 vol. parus depuis 1907.

  _Aegyptische Inschriften aus den Kg. Museen zu
    Berlin._ 2 vol. parus depuis 1901.

  C. LEEMANS. _Monuments gyptiens du Muse
    d'Antiquits des Pays-Bas_  Leide.                   Leide 1832 sq.

  P. PIERRET. _Recueil d'inscriptions indites du
    Muse gyptien du Louvre._ 2 vol.                     Paris 1874-78.

  E. SCHIAPARELLI. _Museo archeologico di
    Firenze.--Antichita Egizie._                              Rome 1887.


PAPYRUS

  _Select papyri in the hieratic character from the
    British Museum._                                    Londres 1841-60.

  _Hieratische Papyrus aus den kg. Museum zu Berlin._
    5 vol. parus.                                       Leipzig 1901 sq.

  S. BIRCH. _Inscriptions in the hieratic and demotic
    character_ (British Museum).                           Londres 1868.

  -- _Facsimile of an egyptian hieratic papyrus of the
    reign of Ramses_ III.                                  Londres 1876.

  TH. DEVRIA. _Le papyrus judiciaire de Turin et les
    papyrus Lee et Rollin_ (Bibliothque
    gyptologique V).                                        Paris 1897.

  G. EBERS. _Papyros Ebers._ 2 vol.                        Leipzig 1875.

  A. EISENLOHR. _Ein mathematisches Handbuch der alten
    Aegypter._ 2 vol.                                      Leipzig 1877.

  AD. ERMAN. _Die Mrchen des Papyrus Westcar_ (2 vol.).    Berlin 1890.

  -- _Gesprch eines Lebensmden mit seiner Seele._         Berlin 1896.

  A. GARDINER. _Egyptian hieratic texts._
    (En cours de publication.)                          Leipzig 1911 sq.

  -- _Admonitions of an aegyptian Sage._                   Leipzig 1909.

  F. LL. GRIFFITH. _Hieratic papyri from Kahun
    and Gurob._                                            Londres 1898.

  G. JQUIER. _Le Papyrus Prisse et ses variantes._          Paris 1910.

  A. MARIETTE. _Les papyrus gyptiens du Muse
    de Boulaq._                                           Paris 1872-77.

  W. PLEYTE et F. ROSSI. _Les papyrus de Turin._ 2 vol.   Leide 1869-76.

  G. REISNER. _The Hearst medical papyrus._                Leipzig 1905.

  W. WRESZINSKI. _Der grosse medizinische Papyrus des
    Berliner Museums._                                     Leipzig 1909.


11. MMOIRES EN SRIES

  Mmoires publis par les membres de la Mission
    archologique franaise au Caire. (16 vol.).        Paris 1884-1897.

  Mmoires publis par les membres de l'Institut
    franais d'archologie orientale du Caire
    (45 vol. parus).                                   Le Caire 1902 sq.

  Bibliothque gyptologique, contenant les oeuvres
    des gyptologues franais (25 volumes parus).         Paris 1893 sq.

  Untersuchungen zur Geschichte und Altertumskunde
    Aegyptens. (6 vol. parus.).                         Leipzig 1896 sq.

  Recueil d'Etudes gyptologiques ddies  la mmoire
    de J.-F. Champollion.                                    Paris 1922.


12. PRIODIQUES

  Ancient Egypt.                                       Londres ds 1914.

  Annales du Service des Antiquits de l'Egypte.      Le Caire ds 1900.

  Bulletin de l'Institut franais d'archologie
    orientale.                                        Le Caire ds 1901.

  Journal of Aegyptian archeology.                     Londres ds 1914.

  Mlanges d'archologie gyptienne et assyrienne.
    (Vol. I-III.)                                         Paris 1872-77.

  Recueil de travaux relatifs  la philologie et 
    l'archologie gyptiennes et assyriennes.            Paris ds 1870.

  Revue gyptologique.                                   Paris ds 1880.

  Society of Biblical Archaeology. Transactions I-IX.
    Londres 1872-93. Proceedings I-XL.                Londres 1879-1918.

  Sphinx. Revue critique. (Vol. I-XXI.)                Upsala 1897-1918.

  Zeitschrift fr aegyptische Sprache und
    Altertumskunde.                                    Leipzig ds 1863.


B. OUVRAGES SPCIAUX

1. POQUES PRDYNASTIQUE ET THINITE

  E. AMLINEAU. _Les nouvelles fouilles d'Abydos._ 4 vol.
                                                          Paris 1899 sq.

  -- _Le tombeau d'Osiris._                                  Paris 1899.

  E. AYRTON. _Predynastic cemetery at El Mahasna._         Londres 1911.

  J. CAPART. _Les dbuts de l'art en Egypte._            Bruxelles 1909.

  J. GARSTANG. _Mahasna and Bet-Khallaf._                  Londres 1902.

  J. DE MORGAN. _Recherches sur les Origines de
    l'Egypte._ 2 vol.                                     Paris 1896-97.

  W. M. FL. PETRIE, J. E. QUIBELL. _Nagada and Ballas._    Londres 1896.

  FL. PETRIE. _The Royal Tombs of the earliest dyn._
    2 vol.                                              Londres 1900-01.

  -- _Diospolis parva._                                    Londres 1901.

  -- _Abydos._ 2 vol.                                   Londres 1902-03.

  J. E. QUIBELL. _Hieraconpolis._ 2 vol.                Londres 1900 sq.

  -- _Archac objects_ (catal. gn. du Caire).            Le Caire 1905.

  D. RANDALL-MACIVER. _El-Amrah and Abydos._               Londres 1902.

  G. REISNER. _The early dynastie cemeteries of
    Naga-ed-Dr._                                          Leipzig 1908.

  K. SETHE. _Beitrage zur ltesten Geschichte Aegyptens._  Leipzig 1905.

  R. WEIL. _Des monuments et de l'histoire des_ IIe
    et IIIe _dynasties gyptiennes._                         Paris 1908.


2. ANCIEN EMPIRE

  F. W. VON BISSING. _Die Mastaba des Gem-ni-kai._ 2 vol.
                                                         Berlin 1905 sq.

  -- _Das R-Heiligtum des Knigs Ne-Woser-R._ 2 vol.   Berlin 1905 sq.

  L. BORCHARDT. _Das Grabdenkmal des Knigs Ne-User-Re._    Berlin 1907.

  -- _Das Grabdenkmal des Knigs Nefer-ir-ke-Re._           Berlin 1909.

  -- _Das Grabdenkmal des Knigs Sa-hu-Re._ 2 vol.       Berlin 1910-13.

  J. CAPART. _Une rue de tombeaux  Saqqarah._ 2 vol.    Bruxelles 1907.

  N. DE G. DAVIES. _Ptahhetep and Akhethetep._ 2 vol.      Londres 1900.

  -- _The Rock-tombs of Sheikh-Said._                      Londres 1901.

  -- _The Rock-tombs of Deir-el-Gebrawi._ 2 vol.           Londres 1902.

  A. MARIETTE. _Les Mastabas de l'Ancien Empire._            Paris 1889.

  M. A. MURRAY. _Saqqara Mastaba_ I.                       Londres 1904.

  W. M. FL. PETRIE. _Medum._                               Londres 1893.

  -- _Deshasheh._                                          Londres 1898.

  E. DE ROUG. _Recherches sur les monuments qu'on peut
    attribuer aux six premires dynasties de Manthon._      Paris 1866.


3. MOYEN EMPIRE

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    fouilles dans la ncropole d'Assiout._                Le Caire 1911.

  N. DE G. DAVIES, A. GARDINER. _The tomb of Antefoker._   Londres 1920.

  J. GARSTANG. _The Burial Customs of Ancient Egypt._      Londres 1907.

  J. E. GAUTIER, G. JEQUIER. _Mmoire sur les fouilles
    de Licht._                                               Caire 1902.

  F. LL. GRIFFITH. _The Inscriptions of Siut and
    Der-Rifeh._                                            Londres 1889.

  P. LACAU. _Sarcophages antrieurs au Nouvel Empire
    thbain_ (2 vol.).                                    Le Caire 1904.

  H. O. LANGE et H. SCHAEFER. _Grab und Denksteine
    des Mittleren Reichs._ 4 vol.                       Berlin ds 1902.

  A. C. MACE, H. E. WINLOCK. _The Tomb of Senebtisi
    at Lisht._                                            New-York 1916.

  J. DE MORGAN. _Fouilles  Dahchour._ 2 vol.          Vienne 1895-1903.

  ED. NAVILLE. _The_ XIth _dynasty Temple at
    Deir-el-Bahari._ 3 vol.                             Londres 1907 sq.

  P. E. NEWBERRY. _Beni Hasan._ 4 vol.                  Londres 1892 sq.

  -- _El Bersheh._ 2 vol.                               Londres 1894 sq.

  H. SCHFER. _Priestergrber .... vom Totentempel des
    Ne-User-R._                                           Leipzig 1908.

  G. STEINDORFF. _Grabfunde des Mittleren Reichs._
    2 vol.                                               Berlin 1896 sq.


4. NOUVEL EMPIRE

  N. DE G. DAVIES. _The Rock-tombs of El-Amarna_
    (6 vol.).                                           Londres 1903 sq.

  -- GARDINER. _The tomb of Amenemht._                    Londres 1915.

  -- _The Tomb of Nakht at Thbes._                       New-York 1917.

  P. LACAU. _Stles du Nouvel Empire._                    Le Caire 1909.

  A. MARIETTE. _Abydos_ I.                                   Paris 1880.

  -- _Karnak._                                             Leipzig 1875.

  ED. NAVILLE. _The Temple of Deir-el-Bahari._ 7 vol.      Londres 1900.

  P. E. NEWBERRY. _The life of Rekmara._                   Londres 1900.

  Mis OF NORTHAMPTON, W. SPIEGELBERG, P. NEWBERRY.
    _Excavations in the Theban necropolis._                Londres 1908.

  K. SETHE. _Urkunden der_ XVIIIe _dynastie._ 4 vol.    Leipzig 1906 sq.

  Mm. de la Mission archologique franaise au Caire,
    t. V.                                                    Paris 1894.

[Illustration: _Fig. 260._ Vanneurs (tombeau de Nakht. Thbes XVIIIe
dynastie).]




[Illustration: _Fig. 261._ Haches d'Ahms I. d'aprs MARIETTE. _Album du
Muse de Boulaq_, pl. XXXI.]




TABLE DES GRAVURES


                                                                   Pages

  Le _Sheikh-el-beled_ statue en bois de l'Ancien Empire
                                                          (frontispice).
    1. Quelques lignes de la Pierre de Rosette                        11
    2. La table royale d'Abydos                                       22
    3. Fragments du papyrus royal de Turin                            23
    4. Partie suprieure de la Pierre de Palerme                      24
    5. Panneau de la Salle des Anctres de Karnak                     34
    6. R dans la barque solaire                                      35
    7. Ptah                                                           37
    8. Sekhet                                                         38
    9. Nout portant la barque solaire: Shou et Qeb; Thot             39
   10. Osiris et Isis                                                 40
   11. Anubis embaumeur                                               43
   12. Set et Horus runissant les deux parties du pays sous
         l'autorit du roi                                            45
   13. Les Enfants d'Horus                                            52
   14. Poignard en silex                                              53
   15-18. Instruments palolithiques                                  61
   19-21. Haches et herminette en silex                               64
   22-25. Couteaux et grattoirs en silex                              65
   26-29. Pointes de flches en silex                                 66
   30. Tombeau prdynastique                                          69
   31. Tombeau prdynastique                                          70
   32. Tombeau prdynastique                                          71
   33. Couteau en silex                                               74
   34-36. Plaques de schiste                                          75
   37-41. Vases rouges  bord noir                                    77
   42-46. Poterie rouge                                               77
   47-49. Vases rouges  dcor blanc                                  78
   50-51. Vases  cordon                                              79
   52-54. Vases peints                                                79
   55. Vase peint                                                     80
   56-57. Poterie grossire                                           81
   58. Sanctuaire primitif                                            84
   59. Figurines d'ivoire d'poque archaque                          85
   60. Bracelet en silex                                              86
   61. Peigne en os                                                   86
   62-63. Massues                                                     87
   64. Harpon en os                                                   88
   65. Modle de nacelle en terre cuite                               90
   66. Barque prhistorique. Graffito                                 91
   67. Hippopotame en terre cuite                                     94
   68. Vue perspective du tombeau de Negadah                          95
   69. Tte de Kha-Sekhemou                                         101
   70. Plan d'un tombeau royal  Abydos                              103
   71. Stle royale d'Abydos                                         104
   72. Tombe d'poque thinite                                        106
   73. Jarre en terre                                                107
   74-75. Vases cylindriques en terre                                108
   76-79. Coupes en pierre dure                                      108
   80-81. Vases de pierre                                            109
   82-83. Bracelets de la Ire dynastie                               110
   84. Poignard en silex  poigne d'or                              110
   85-86. Pointes de flches                                         111
   87. Plaque de schiste                                             112
   88. Statue archaque, Turin                                       112
   89. Tablette en bne                                             114
   90. Empreinte de cylindre                                         114
   91. Protocole du roi Amenemhat III                                115
   92. Noms de rois de la Ire dynastie                               116
   93. Nom du roi Perabsen                                           116
   94. Nom du roi Kha-Sekhemou                                      116
   95. Nom du roi Den-Setou                                         116
   96. Chien en ivoire                                               122
   97. La pyramide  degrs de Saqqarah                              123
   98. Bas-relief de Snefrou au Sina                                126
   99. Khops                                                        126
  100. Dadefra                                                       127
  101. Khefren                                                       127
  102. La grande pyramide et le sphinx de Gizeh                      128
  103. Mycrinus                                                     129
  104. Neouserra                                                     130
  105. Pepi I                                                        132
  106. Merenra                                                       132
  107. Colonne palmiforme                                            136
  108. Colonne papyriforme                                           136
  109. Colonne lotiforme                                             136
  110. Le temple du Soleil  Abousir                                 137
  111. Plan d'un mastaba de la IVme dynastie                         140
  112. Fausse-porte de Nefer-Seshem-Ptah                             141
  113. Fausse-porte de la Vme dynastie                               142
  114-115. Tables d'offrandes de l'Ancien Empire                     143
  116. Mastabas prs de la grande pyramide                           144
  117. Sarcophage de Khoufou-Ankh                                    145
  118. Plan du tombeau de Ti                                         146
  119. Pyramide de Modoum                                           148
  120. Coupe de la pyramide de Khops                                149
  121. Chapelle funraire de Sahoura                                 151
  122. Statue de Ra-Nofer                                            153
  123. Scribe agenouill                                             154
  124. Groupe de l'Ancien Empire                                     155
  125. Tte du Sheikh-el-Beled                                       156
  126. Tte du scribe accroupi (Muse du Caire)                      156
  127. Statue de Khefren                                             157
  128. Bas relief du Mastaba de Ptahhotep  Saqqarah                 159
  129. Peinture d'un tombeau de Medoum                              162
  130. Panneau de Hosi                                               164
  131. Costumes de l'Ancien Empire                                   171
  132. Ptahhotep  sa toilette                                       172
  133. Chasse et pche au marais                                     174
  134. Chasse au lasso                                               174
  135. Chasse au filet                                               175
  136. Scnes de pche                                               176
  137. Basse-cour                                                    177
  138. Engraissage des boeufs                                        178
  139. Antilopes. Engraissage des hynes                             178
  140. Labourage et semailles                                        179
  141. Scne de moisson                                              180
  142. Dpiquage du grain                                            180
  143. Foulage et pressurage du raisin                               181
  144. Rcolte du lin                                                181
  145. Tressage de nattes                                            182
  146. Menuisiers                                                    183
  147. Orfvres et Joailliers                                        184
  148. Litire                                                       184
  149. Fabrication de nacelles                                       185
  150. Barque (IVme dynastie)                                        185
  151. Scne de march                                               186
  152. Forage de vases de pierre                                     187
  153. Sphinx du Moyen Empire                                        189
  154. Mentouhotep IV (?)                                            190
  155. Senousrit I                                                   191
  156. Senousrit III                                                 192
  157. Amenemhat III                                                 193
  158. Neferhotep                                                    195
  159. Tte d'un roi hyksos                                          196
  160. Poignard d'Apepi                                              197
  161. Tte de la momie de Seqnenra                                  198
  162. Reconstitution du monument de Mentouhotep II                  201
  163. Pyramide de Senousrit III  Dahchour                          202
  164. Faade de tombeau  Beni Hassan                               204
  165. Tombeau de Beni Hassan                                        205
  166. Masque de momie                                               205
  167. Momie du Moyen Empire                                         206
  168. Sarcophage du Moyen Empire                                    206
  169. Intrieur d'un sarcophage                                     207
  170. Sarcophage anthropode                                        208
  171. Canope du Moyen Empire                                        209
  172. Statuette de serviteur                                        209
  173. Modle de barque                                              210
  174. Statuette de bois                                             211
  175. _Oushabti_ du Moyen Empire                                    211
  176. Modle de maison en terre cuite                               212
  177. Attaque d'une forteresse                                      212
  178. Statues de Senousrit I. Licht                                 213
  179. Statue du roi Hor                                             214
  180. Bas-relief de Koptos                                          215
  181. Vase en cornaline                                             216
  182. Vase en lapis-lazuli                                          216
  183. Pectoral de Senousrit II                                      216
  184. Couronne en or                                                217
  185. Groupes de soldats d'un prince de Siout                       218
  186. Nomades smites                                               221
  187. Parc de chasse                                                223
  188. Barque  voile carre                                         225
  189. Menuisiers                                                    226
  190. Femmes filant et tissant                                      227
  191. Une page du papyrus Prisse                                    227
  192. Bijou de la XIIme dynastie                                    228
  193. Panneau du char triomphal de Thoutms IV                      229
  194. Amnophis I, Turin                                            231
  195. Tte de la momie de Thoutms I                                232
  196. Thoutms III                                                  233
  197. Tte de la momie de Thoutms IV                               234
  198. Sphinx d'Amnophis III                                        235
  199. Buste de Khounaten                                            236
  200. Adoration d'Aten. Tell el Amarna                              238
  201. Peinture de Tell el Amarna                                    239
  202. Tablette de Tell el Amarna                                    240
  203. Toutankhamon                                                  240
  204. Horemheb                                                      241
  205. Tte de la momie de Sti I                                    242
  206. Campagnes de Sti I (Temple de Karnak)                        243
  207. Tte de la momie de Ramss II                                 244
  208. Tte de la momie de Menephtah                                 245
  209. Tte de la momie de Ramss III                                246
  210. Bataille contre les Philistins                                247
  211. Bataille navale sous Ramss III                               248
  212. Osorkon I                                                     251
  213. Rois et princes faisant leur soumission  Pinkhi             252
  214. Psammtique I                                                 254
  215. Apris                                                        255
  216. Amasis                                                        256
  217. Nectanbo I                                                   258
  218. Fragment d'un dallage peint                                   260
  219. Maison et jardin                                              261
  220. Pavillon de Ramss III  Medinet-Habou                        262
  221. Plan du temple de Khonsou  Karnak                            263
  222. Pylone du temple de Louxor                                    264
  223. Temple de Khonsou  Karnak                                    264
  224. Cour du temple de Louxor (Amnophis III)                      265
  225. Cour du temple de Medinet-Habou (Ramss III)                  265
  226. Salle hypostyle de Karnak (Sti I)                            266
  227. Salle hypostyle du Ramesseum (Ramss II)                      266
  228. Bas-relief du temple de Karnak (Sti I)                       267
  229. Bas-relief du temple de Sti I  Abydos                       267
  230. Barque sacre d'Amon  Abydos                                 269
  231. Plan du tombeau de Ramss IV                                  270
  232. Tombeau d'un particulier                                      271
  233. Momie de Siphtah                                              272
  234. Sarcophage, cercueils, caisse  canopes                       273
  235. Statue de Ramss II,  Turin                                  276
  236. Ramss II prsentant une offrande                             277
  237. Statuette en bois du muse de Turin                           277
  238. _Oushabtis_ du Nouvel Empire                                  278
  239. Groupe d'poque sate                                         279
  240. La reine Karomama. Bronze incrust                            280
  241. Bas-relief du tombeau de Kha-m-ha                             280
  242. Bas-relief d'un tombeau de Tell el Amarna                     281
  243. Cueillette des raisins                                        282
  244. Bijou de la XIXme dynastie                                    283
  245. Vases d'albtre. (XVIIIme dynastie)                           284
  246. Fauteuil en bois dor                                         285
  247. Cuillre  parfums                                            286
  248. Syriens apportant des vases                                   288
  249. Soldats gyptiens                                             290
  250. Vaisseaux de l'expdition de Hatshepsou au pays de Pount      291
  251. Scnes de labour et de semailles                              292
  252. Atelier de chaudronnerie                                      294
  253. Atelier de cordonniers                                        295
  254. Ostracon hiratique                                           296
  255. Fragment d'un contrat dmotique                               297
  256. Amnophis fils de Paapis                                      298
  257. Repas et danseuses                                            299
  258. Tte de femme (XVIIIme dynastie)                              312
  259. Moissonneurs portant la rcolte                               313
  260. Vanneurs                                                      322
  261. Haches d'Ahms I                                              323
  262. Coffret  oushabtis. Turin                                    328
  263. Frise peinte dans un tombeau de la XVIIIme dyn.               329
  264. Buste de princesse (XIXme dynastie)                           332


La vignette de la couverture reprsente un sphinx de Thoutms III, au
Muse du Caire, d'aprs une photographie de E. Brugsch-Pacha.

[Illustration: _Fig. 262._ Coffret  oushabtis. Turin (d'ap. PETRIE.
_Photographs_, No 183).]




[Illustration: _Fig. 263._ Frise peinte dans un tombeau de la XVIIIe
dynastie (d'aprs JQUIER. _Dcor gypt_., pl. XXXIII).]




TABLE DES MATIRES


                                                         Pages

      Prface                                                9

  Chap. I. LES SOURCES DE L'HISTOIRE D'GYPTE               11

          _Sources classiques_                              13
          _La Description de l'Egypte_                      16
          _Dchiffrement des hiroglyphes_                  17
          _Progrs de l'gyptologie_                        19
          _Listes royales_                                  21
          _Documents historiques divers_                    25
          _Chronologie_                                     27
          _La civilisation gyptienne_                      29

  Chap. II. L'GYPTE LGENDAIRE                             35

      A. LES DYNASTIES DIVINES                              36

          _Les dieux cosmiques_                             36
          _Osiris et son cycle_                             40

      B. LES DYNASTIES DES DEMI-DIEUX ET DES MNES          47

      C. LA CHRONOLOGIE LGENDAIRE                          49

  Chap. III. L'GYPTE ARCHAIQUE                             53

      I. Palolithique                                      60

      II. Prdynastique                                     63

      A. MONUMENTS                                          63

          _Silex_                                           64
          _Villages_                                        67
          _Tombeaux_                                        68
          _Mobilier funraire_                              73
          _Cramique_                                       76

      B. CIVILISATION                                       81

          _Le pays_                                         82
          _La race_                                         83
          _Habitations_                                     84
          _Costume et parure_                               85
          _Chasse et pche_                                 86
          _Elevage. Agriculture_                            89
          _Navigation_                                      90
          _Commerce extrieur_                              91
          _Arts et mtiers_                                 91
          _Organisation sociale et politique_               93

  Chap. IV. POQUE THINITE (De 4000  3400 av. J.-C. env.)  95

      A. HISTOIRE ET TRADITION                              98

      B. MONUMENTS                                         102

          _Tombeaux_                                       102
          _Mobilier funraire_                             106
          _Inscriptions_                                   113

      C. CIVILISATION                                      118

          _Royaut_                                        118
          _Tribus_                                         118
          _Fonctionnaires_                                 119
          _Peuple_                                         119
          _Commerce extrieur_                             121

  Chap. V. ANCIEN EMPIRE (De 3400  2200 av. J.-C. env.)   123

      A. HISTOIRE                                          123

          _IIIme dynastie_                                 124
          _IVme dynastie_                                  125
          _Vme dynastie_                                   129
          _VIme dynastie_                                  131
          _La fin de l'empire memphite_                    133

      B. MONUMENTS                                         135

          _Architecture_                                   135
          _Temples_                                        136
          _Mastabas_                                       139
          _Pyramides_                                      148
          _Sculpture_                                      153
          _Peinture_                                       161
          _Objets usuels_                                  162
          _Inscriptions_                                   163

      C. CIVILISATION                                      165

          _Royaut et gouvernement_                        165
          _Relations extrieures_                          168
          _Famille_                                        169
          _Vtement_                                       170
          _Mobilier. Habitation_                           173
          _Chasse et pche_                                173
          _Elevage_                                        177
          _Agriculture_                                    179
          _Mtiers_                                        182
          _Navigation_                                     184

  Chap. VI. MOYEN EMPIRE (De 2200  1500 av. J.-C. env.)   189

      A. HISTOIRE                                          189

          _XIme dynastie_                                  189
          _XIIme dynastie_                                 191
          _XIIIme et XIVme dynasties_                      194
          _Les Hyksos_                                     195
          _XVIIme dynastie_                                197
          _Chronologie_                                    198

      B. MONUMENTS                                         200

          _Architecture_                                   200
          _Sculpture_                                      212
          _Peinture_                                       215
          _Arts industriels_                               216

      C. CIVILISATION                                      217

          _Royaut_                                        217
          _Gouvernement_                                   219
          _Relations extrieures_                          220
          _Vie prive_                                     222
          _Chasse et pche_                                224
          _Agriculture et levage_                         224
          _Navigation_                                     225
          _Industrie_                                      226
          _Littrature_                                    227

  Chap. VII. NOUVEL EMPIRE (De 1500  332 av. J.-C.)       229

      A. HISTOIRE                                          229

          _XVIIIme dynastie_                               230
          _Les rois hrtiques_                            236
          _XIXme dynastie_                                 242
          _XXme dynastie_                                  246
          _XXIme dynastie_                                 250
          _XXIIme dynastie_                                250
          _XXIIIme dynastie_                               251
          _XXIVme dynastie_                                252
          _XXVme dynastie_                                 253
          _XXVIme dynastie_                                254
          _Epoque perse_ (dynasties XXVII  XXX)           257
          _L'Exode des Hbreux_                            259

      B. MONUMENTS                                         259

          _Architecture_                                   260
          _Temples_                                        262
          _Tombeaux_                                       270
          _Sculpture_                                      275
          _Peinture_                                       280
          _Arts industriels_                               283

      C. CIVILISATION                                      285

          _Royaut_                                        285
          _Gouvernement_                                   287
          _Relations extrieures. Commerce_                287
          _Vie civile. Vtement_                           289
          _Arme_                                          289
          _Marine_                                         291
          _Agriculture. Elevage_                           292
          _Pche et chasse_                                293
          _Industrie_                                      294
          _Langue et littrature_                          294

  INDEX                                                    299

  BIBLIOGRAPHIE                                            313

  TABLE DES GRAVURES                                       323

[Illustration: _Fig. 264._ Buste de princesse (XIXe dyn.) photographie
de E. Brugsch-Pacha.]




  ACHEV D'IMPRIMER
  LE DIX FVRIER MIL NEUF CENT VINGT-CINQ
  PAR LA
  SOCIT D'IMPRIMERIE D'AMBILLY S. A.
  A ANNEMASSE (HAUTE-SAVOIE)
  POUR LA LIBRAIRIE PAYOT--PARIS


       *       *       *       *       *


Note de transcription dtaille:

Les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges.
L'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise. En
particulier:

  - les annes sont parfois crites avec un sparateur de milliers,
    parfois sans,
  - beaucoup de noms propres ont une accentuation et capitalisation
    variable, comme pour Amenophis / Amnophis,
    Ne-User-R / Ne-user-R / Ne-user-Re ou encore ka / Ka.

En revanche, la ponctuation dans les notes et la bibliographie a t
harmonise afin d'en amliorer la prsentation.

Les notes en marge, qui denotaient une nouvelle section ont t
intgres au texte, en tant que titre de section.





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Gustave Jquier

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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

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effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
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works, and the medium on which they may be stored, may contain
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that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit:  www.gutenberg.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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