The Project Gutenberg EBook of Journal de Jean Hroard, tome 1/2
(1601-1610), by Jean Hroard

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license


Title: Journal de Jean Hroard, tome 1/2 (1601-1610)
       sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII

Author: Jean Hroard

Release Date: February 28, 2014 [EBook #45031]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JOURNAL DE JEAN HROARD, TOME 1/2 (1601-1610) ***




Produced by Hlne de Mink, Hans Pieterse and the Online
Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
book was created from images of public domain material
made available by the University of Toronto Libraries
(http://link.library.utoronto.ca/booksonline/).)









    Au lecteur.

    Ce livre lectronique reproduit intgralement le texte
    original, et l'orthographe d'origine a t conserve. Seules
    quelques erreurs clairement introduites par le typographe ont
    t tacitement corriges.

    Les notes de bas de page ont t renumrotes de 1  661
    et places aprs le paragraphe correspondant. Une table
    alphabtique, extraite de la Table gnrale alphabtique
     la fin du volume II, a t ajoute.

    Certaines abrviations sont facilement lisibles, comme Mlle,
    Ier ou Cie. Dans d'autres cas les caractres mis en exposant
    sont reprsents entre accolades: n{os} ou D{se} (Duchesse).




  JOURNAL

  DE

  JEAN HROARD

  SUR L'ENFANCE ET LA JEUNESSE

  DE LOUIS XIII

  (1601-1628)


  EXTRAIT DES MANUSCRITS ORIGINAUX

  Et publi avec autorisation de
  S. Exc. le Ministre de l'Instruction publique

  PAR

  MM. EUD. SOULI ET ED. DE BARTHLEMY


  TOME PREMIER
  1601--1610


  PARIS
  LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRRES, FILS ET Cie
  IMPRIMEURS DE L'INSTITUT, RUE JACOB, 56




  JOURNAL
  DE
  JEAN HROARD
  SUR L'ENFANCE ET LA JEUNESSE
  DE LOUIS XIII




INTRODUCTION.


Aprs avoir,  la fin de l'anne 1599, obtenu la dissolution de son
mariage avec Marguerite de Valois, Henri IV s'tait alli, un an plus
tard,  la princesse de Toscane, Marie de Mdicis. La grossesse de
la Reine avait t annonce ds le commencement de mars 1601 et, au
mois de septembre suivant, la Cour tait rassemble  Fontainebleau,
attendant les couches de la Reine. Henri IV dsirait vivement un
hritier de sa couronne: Je suis bien en peine de _notre fils_,
crivait-il  Marie de Mdicis quelques jours avant d'arriver 
Fontainebleau, mais je me rsous  la volont de Dieu, en cela comme en
toute autre chose. Le Roi avait, avec l'espoir de perdre et peut-tre
par suite de quelque ide superstitieuse, pari mille cus avec le
financier Zamet que la Reine accoucherait d'une fille; cependant,
en choisissant la future gouvernante des enfants de France, Henri
IV ne craignait pas de lui crire le 19 septembre, huit jours avant
l'accouchement de la Reine: Madame de Montglat, je vous ai choisie
pour tre auprs de _mon fils_. C'est pourquoi je vous fais ce mot pour
vous prier, incontinent la prsente reue, de vous en venir ici et vous
y rendre demain au soir. Le surlendemain, le Roi s'exprimait en termes
presque identiques, lorsqu'il disait au mdecin qu'il avait appel pour
l'attacher  l'enfant  natre: Je vous ai choisi pour vous mettre
prs de _mon fils le Dauphin_; servez-le bien.

Ce mdecin se nommait Jean Hroard (on prononait Hrouard); il tait
alors g d'environ cinquante ans et, depuis prs de trente annes, il
avait t successivement attach  la personne des rois Charles IX,
Henri III et Henri IV en qualit de mdecin ordinaire. Le 27 septembre
1601, naissait enfin le prince tant dsir qui devait rgner sous le
nom de Louis XIII, et, ds son entre en fonctions auprs du Dauphin,
Hroard commenait  crire un Journal et registre particulier, dont
la rdaction, poursuivie pendant plus de vingt-six annes, ne devait
cesser qu'avec la vie de l'auteur, mort devant la Rochelle au service
du Roi son matre,  la sant duquel il s'toit entirement ddi, g
de soixante-dix-huit ans, moins curieux de richesses que de gloire
d'une incomparable affection et fidlit.

Le manuscrit original d'Hroard est conserv  la Bibliothque
impriale; mais il offre quelques lacunes que nous avons pu
heureusement combler pour les premires annes, grce  une copie
presque contemporaine, appartenant  M. le marquis de Balincourt. Le
Journal d'Hroard, connu ds le dix-septime sicle de Tallemant des
Raux et des mdecins parisiens, mentionn au dix-huitime dans la
_Bibliothque historique_ du P. Lelong et signal de notre temps par
MM. Cimber et Danjou, Michelet, Paulin Paris, Armand Baschet, est
un volumineux recueil, d'une lecture difficile, dont la publication
complte serait impossible et fastidieuse. Nous avons essay d'en
extraire tout ce qui, en dehors de la question mdicale qui n'est pas
de notre comptence, nous a paru de nature  complter par de nouveaux
claircissements les nombreux mmoires que l'on possde dj sur les
vingt-cinq premires annes du dix-septime sicle. La lecture mme
de ces extraits fera peut-tre reculer quelques-uns de ceux qui y
chercheraient une forme suivie, et c'est ce qui nous a engag, pour
montrer tout d'abord le parti que l'on peut tirer du Journal d'Hroard,
 rapprocher les faits les plus saillants que l'on rencontre pars
dans ce journal: sur Henri IV et ses relations avec sa famille;--sur
l'ducation, les exemples et les soins donns au Dauphin;--sur le
caractre de Louis XIII comme dauphin et comme roi;--sur les moeurs,
le langage, les usages du temps;--et sur les particularits relatives
aux beaux-arts, aux objets de curiosit, armes, faences, etc.,
ainsi qu'aux premires constructions de Versailles qui s'y trouvent
mentionnes incidemment. Une notice biographique sur Jean Hroard, sur
ses ouvrages imprims et sur ses manuscrits, complte et termine notre
introduction  ce journal que des tables chronologique et alphabtique,
places  la fin de la publication, permettront de consulter et
d'apprcier facilement.


I.

Au moment de son second mariage, Henri IV tait dj pre de trois
enfants, ns de Gabrielle d'Estres, et, un mois aprs la naissance du
Dauphin, la marquise de Verneuil, qui avait succd  Gabrielle comme
matresse du Roi, donnait le jour  un fils, nomm d'abord Gaston, puis
Henri. Dans les annes suivantes la naissance des enfants naturels
de Henri IV alterne et concide d'une faon singulire avec celle de
ses enfants lgitimes. Ainsi Mlle de Verneuil, autre enfant de la
marquise, nat peu aprs Mme lisabeth. Le second fils de Marie de
Mdicis, Monsieur, duc d'Orlans, vient au monde le 16 avril 1607, et
le fils de la comtesse de Moret, trois semaines plus tard, le 9 mai.
Une fille de Charlotte des Essars est, comme Gaston, frre de Louis
XIII, du commencement de l'anne 1608, et l'anne 1609 voit galement
natre la seconde fille de Mme des Essars et la dernire fille de Marie
de Mdicis, Mme Henriette, depuis reine d'Angleterre. L'existence de
Henri IV avec les deux Reines, car Marguerite de Valois ne tarde pas
 reparatre  la Cour; avec ses matresses ouvertement et crment
avoues; avec ses enfants lgitimes et lgitims, levs ensemble sous
la mme gouvernante; le mlange de faste et de simplicit, d'tiquette
et de grossiret qui caractrise cette poque, apparaissent dans le
journal d'Hroard avec une navet, une vrit que l'on ne trouve,  ce
qu'il nous semble, dans aucun autre document contemporain.

Un mois aprs sa naissance, le Dauphin avait t transport de
Fontainebleau au vieux chteau de Saint-Germain-en-Laye o il devait
passer ses premires annes. Pendant cette priode on voit le Roi
visiter souvent son fils, tantt seul, tantt avec la Reine, tantt
avec la marquise de Verneuil dont les enfants ne tardent pas  se
joindre  ceux de Gabrielle d'Estres et de Marie de Mdicis. Ces
visites donnent lieu  des scnes intimes o l'imagination supple 
la concision d'Hroard. Ainsi, le 12 janvier 1602, la Reine arrive
d'abord de Paris, attendant le Roi venant de Verneuil; elle lui va
au-devant,  la porte du cabinet o elle le rencontre, et, aprs
quelques mines et bouderies, ils vont ensemble voir le Dauphin au
berceau, o le Roi manie et considre les pieds de l'enfant, dont
le mdecin avait signal la ressemblance avec ceux du Roi. Pourtant
la jalousie de Marie de Mdicis ne devait pas tre bien forte, car,
quelques jours plus tard, le 30 janvier, le Roi, la Reine et Mme de
Verneuil visitent ensemble le Dauphin qui leur a fort ri et s'est jou
avec eux.

Dans ces premiers temps, Marie de Mdicis ne parat pas prouver pour
son premier enfant des sentiments bien maternels. A la date du 19 mars
(le Dauphin a dj prs de six mois), le mdecin remarque que la Reine
a fort caress son fils, ce qu'elle n'avoit encore fait, et trois
mois plus tard, le 17 juin, la Reine, arrivant, trouve au pied des
degrs Mgr le Dauphin, au grand escalier; elle devient soudain fort
rouge et le baise  ct du front.

A ce moment, avant mme que l'enfant n'ait accompli sa premire anne,
commencent  se produire des dtails de moeurs et d'ducation sur
lesquels nous aurons  revenir; mais nous devons d'abord indiquer
ceux dans lesquels figure le Roi vert galant. Le 22 juin, aprs que
le Roi a voulu manger le reste de la bouillie de son fils et dit en
plaisantant: Si l'on demande maintenant que fait le Roi? l'on peut
dire: il mange sa bouillie; aprs que Mme de Verneuil a fort caress
le Dauphin, mais, ce disoit-on, avec peine, on fait voir au Roi les
caresses que l'enfant faisait  Tiennette Clergeon, fille de chambre
de sa nourrice, le Roi l'ayant lui-mme fait approcher et la lui
prsentant. La mme scne se rpte quelques jours plus tard pour la
Reine, et dans les caresses que l'enfant faisait  la jeune Tiennette,
lui riant et lui empoignant la joue  pleine main, on se plaisait 
voir un prsage que le Dauphin tiendrait de son pre. On sait ce qu'il
en fut, et l'enfant lui-mme ne tarde pas  se montrer plus clairvoyant
que ceux qui lui donnent de si singuliers encouragements. Lorsque la
folle de la Reine, Mathurine, lui dit: Viens ; seras-tu aussi ribaud
que ton pre? Il rpond froidement, y ayant song: Non. (9 juin
1604.)

L'antipathie du Dauphin pour les enfants naturels du Roi commence 
paratre ds la seconde anne de son ge, et l'insistance de Henri IV
pour combattre cette antipathie amne bientt, entre lui et l'enfant,
des scnes violentes. Ainsi, le 23 dcembre 1602, le Dauphin danse en
branle, donnant la main  Alexandre Monsieur (second fils de Gabrielle
d'Estres), le Roi lui ayant command de le faire; et le 23 janvier
suivant, aprs qu'Alexandre Monsieur lui a donn sa chemise (car il
tait lev  la fois en frre et en serviteur du Dauphin), soudain
l'ayant prise, il lui lance un coup de sa main pour le frapper. Il ne
le pouvoit souffrir, ajoute Hroard.

Le Dauphin tait galement lev  servir le Roi et la Reine, et, ds
les premiers jours de l'anne 1603, on le porte au dner du Roi o il
lui donne la serviette. Le 11 aot port au lever de la Reine, il
baise la chemise et la lui donne; le lendemain il va au dner de la
Reine, lui donne la serviette. L'enfant ne se prtait pas toujours 
ce service d'tiquette, et un jour (7 dcembre 1604), ce qui le fcha
le plus, ce fut quand le Roi lui dit: Je suis le matre, et vous tes
mon valet. Il s'aigrit extrmement de ce mot-l, ajoute Hroard; mais
il finit par cder, et lorsque, quelques jours aprs, on demande au
Dauphin: Qui tes-vous? il rpond: Le petit valet  papa.

A l'ge de deux ans, le Dauphin est sevr; on lui fait dire ses
prires; on l'exerce  parler par discours; on lui fait prononcer les
syllabes  part, pour aprs dire les mots; Hroard, tenant la main
de l'enfant, lui fait crire sa premire lettre au Roi, et, triste
complment de l'ducation de cette poque, on commence  lui donner le
fouet, suivant en cela les intentions de Henri IV qui crivait encore 
Mme de Montglat, lorsque son fils avait plus de six ans: Je me plains
de vous, de ce que vous ne m'avez pas mand que vous aviez fouett mon
fils; car je veux et vous commande de le fouetter toutes les fois qu'il
fera l'opinitre ou quelque chose de mal, sachant bien par moi-mme
qu'il n'y a rien au monde qui lui fasse plus de profit que cela; ce que
je reconnois par exprience m'avoir profit, car, tant de son ge,
j'ai t fort fouett. Pourtant ce systme ne parat gure profiter
au Dauphin, autant que l'on peut en juger d'aprs Hroard; ainsi le 22
fvrier 1604: le Roi le menace du fouet, il s'opinitre, veut aller en sa
chambre; men en celle de la Reine, il continue. Le Roi commande qu'il
soit fouett; il est fouett par Mme de Montglat, au cabinet. Il est
apais par de la conserve que la Reine lui donne, mais non autrement,
ayant voulu battre et gratigner la Reine.

Dans le premier sjour que le Dauphin fait  Fontainebleau, du 28
aot au 9 novembre 1604, Henri IV se montre tour  tour avec son fils
trs-tendre, trs-taquin, trs-emport et trs-enfant lui-mme. Un
jour, le 4 septembre, on voit le Roi arrivant de la chasse et le
Dauphin courant  bras ouverts au-devant de son pre, qui blmit de
joie et d'aise, le baise et l'embrasse longuement, le mne en son
cabinet, le promne le tenant par la main, changeant de main selon
qu'il tournoit, sans dire mot, tout en coutant M. de Villeroy
rapportant des affaires au Roi; l'enfant ne peut laisser son pre ne
le Roi lui. Le lendemain, scne bien diffrente. Le Roi vient le
matin chez son fils et le veut forcer  le baiser; le voil entr en
si fcheuse humeur qu'il en fut fouett par Sa Majest. Il se dfend,
l'gratigne aux mains, le prend  la barbe. Mme de Montglat le fouette
aussi; il le fut cinq ou six fois. Le Roi lui demande en lui montrant
des verges: Mon fils, pour qui est cela? Il rpond en colre: Pour
vous. Le Roi fut contraint d'en rire; cela dura plus de trois quarts
d'heure, le Roi l'ayant pris et laiss diverses fois.

Mais la journe la plus orageuse, celle qui laissa pour longtemps au
Dauphin un sentiment de crainte envers son pre, est  la date du 23
octobre. L'enfant s'tait lev de mauvaise humeur, et, au moment o il
se joue avec un petit tambour, on le mne au Roi contre son gr. Le Roi
lui dit: Otez votre chapeau; il se trouve embarrass pour l'ter;
le Roi le lui te, il s'en fche; puis le Roi lui te son tambour
et ses baguettes, ce fut encore pis: Mon chapeau! mon tambour! mes
baguettes! Le Roi, pour lui faire dpit, met le chapeau sur sa tte:
Je veux mon chapeau! Le Roi l'en frappe sur la tte, le voil en
colre et le Roi contre lui. Le Roi le prend par les poignets et le
soulve en l'air, comme tendant ses petits bras en croix. H! vous
me faites mal! h! mon tambour! h! mon chapeau! La Reine lui rend
son chapeau, puis ses baguettes; ce fut une petite tragdie. Il est
emport par Mme de Montglat; il crve de colre, est fouett, gratigne
au visage, frappe des pieds et des mains Mme de Montglat, criant: Tuez
Mamanga; elle est mchante. Je tuerai tout le monde, je tuerai Dieu!

Le bon Hroard constate que le lendemain l'enfant avait des
gratignures aux bras et  la tte, et qu'il souffrait de la fivre.
Les jours suivants, lorsqu'on parle au Dauphin de son pre, il se
ressouvient toujours d'en avoir t malmen, en a peur, et quand il
le voit, demeure tonn, n'a plus cette contenance gaie, hardie,
qu'il avait d'ordinaire. De son ct le Roi, aigri encore par les faux
rapports de Csar de Vendme, frre naturel du Dauphin, s'en prend  la
gouvernante et, en prsence de l'enfant, dit  Mme de Montglat: Vous
serez cause qu'un jour je l'corcherai. Aussi quelques jours aprs, le
Dauphin est-il ramen  Saint-Germain.

Une nouvelle matresse du Roi, la comtesse de Moret, vient  ce moment,
comme la marquise de Verneuil, visiter le Dauphin qui lui tmoigne
la mme rpugnance et la nomme avec mpris: Madame de foire. Il
ne se montre pas mieux dispos pour son autre frre naturel, et il
faut un ordre exprs du Roi pour que M. de Verneuil puisse garder son
chapeau sur sa tte devant le Dauphin. Un jour (25 janvier 1605),
le Roi commande  Mme de Montglat de faire manger quelquefois M. de
Verneuil avec son fils; il l'entend et dit: Ho! non, il ne faut
pas que les valets mangent avec leurs matres. Le lendemain, il
rpond encore au Roi qui insiste pour que Mlle de Verneuil et son
frre dnent avec lui: Ho! il n'est pas fils de maman! A la fin de
la mme anne (21 novembre 1605) Hroard rapporte une singulire
conversation du Dauphin avec ses deux autres frres naturels; se jouant
aprs souper avec M. de Vendme et M. le Chevalier (second fils de
Gabrielle), le Dauphin dit qu'il tait fils du Roi.--Et moi aussi,
dit M. de Vendme.--Vous!--Oui, Monsieur, ne m'appelez-vous pas votre
ff?--Ho! ho! mais vous n'avez pas t dans le ventre  maman comme
moi! Qui est votre maman?--Monsieur, c'toit madame la duchesse de
Beaufort.--Duchesse de Beaufort! est-elle morte?--Elle est bien loin si
elle court toujours, dit le chevalier de Vendme,  qui son prcepteur
ne parat pas avoir inspir un grand respect pour la mmoire de sa mre.

Lors de la naissance du fils de Mme de Moret, le Dauphin ne s'exprimera
pas d'une manire moins mprisante; sur le bruit qui en couroit (9
mai 1607), on dit au Dauphin: Monsieur, vous avez encore un autre
ff.--Qui? qui est-il? demande-t-il, comme bahi.--Monsieur, c'est
Mme la comtesse de Moret qui est accouche d'un fils.--Ho! ho! il
n'est pas  papa.--Monsieur,  qui est-il donc?--Il est  sa mre, et
n'en voulut jamais dire autre chose. Dans une autre circonstance (13
mars 1608), le Dauphin se fche contre un page qui revenait de Moret
et lui disait que M. de Moret, son frre, lui baisait trs-humblement
les mains: Mon frre! il est pas mon frre; vous tes un sot! Je vous
ferai donner le fouet, et pour chaque mot vous aurez vingt coups de
fouet. C'est ainsi que le Dauphin ragissait contre les intentions
du Roi, qui voulait tablir entre tous ses enfants des liens et une
affection impossibles. Un jour qu'il se promenait dans les jardins de
Fontainebleau avec son fils, alors dans sa huitime anne, Henri IV
rencontre Mme de Moret et, la lui montrant, lui dit: Mon fils, j'ai
fait un enfant  cette belle dame; il sera votre frre. Le Dauphin
honteux se retourne et balbutie: C'est pas mon frre. (2 mai 1608.)

L'enfant tablissait pourtant des distinctions entre ses frres
naturels, et son mdecin rapporte  ce sujet,  la date du 18 mai
1608, une conversation bien caractristique. Avant son coucher le
Dauphin s'est retir dans un cabinet, et, pendant qu'il est sur sa
chaise perce, on heurte  la porte; il dit alors  un soldat, nomm
Descluseaux, que le Roi avait attach  sa personne, de demander
qui c'est: Vous l'entendrez bien  la voix, je veux que personne
entre.--Monsieur, ne voulez-vous pas que personne entre?--H! oui,
ff Chevalier.--Et M. de Vendme?--Non!--Et pourquoi?--Il n'est pas
si connu (il voulait dire si familier auprs de lui). Descluseaux lui
dit: Mais, Monsieur, ils sont vos frres.--Ho! c'est une autre race
de chiens.--Et M. de Verneuil?--Ho! c'est encore une autre race de
chiens.--Monsieur, de quelle race?--De Mme la marquise de Verneuil; je
suis d'une autre race, mon frre d'Orlans, mon frre d'Anjou et mes
soeurs!--Laquelle est la meilleure?--C'est la mienne, puis celle de
ff Vendme et ff Chevalier, puis ff Verneuil, et puis le petit
Moret. C'est le dernier; il est aprs ma m... que je viens de faire.

Dans cette numration le Dauphin ne mentionne mme pas une autre
fille du Roi qui tait pourtant ne, au commencement de 1608, de Mme
des Essars; mais Hroard nous donne, prcisment au moment de la
naissance de cette fille, une autre conversation de l'enfant qui n'est
pas moins libre et ddaigneuse. Le gouverneur de Saint-Germain, M. de
Frontenac, l'entretenant de Mme des Essars, lui demande: Monsieur, la
connoissez-vous?--Oui, je la connois bien, dit-il en souriant.--O
l'avez-vous vue?--Je l'ai vue  Fontainebleau,  la chambre de
Mamanga.--Monsieur, qui la menoit?--Je sais pas, dit-il en souriant,
car il le savoit bien et jamais ne voulut nommer. M. de Frontenac
lui demande  l'oreille si ce n'toit pas M. de la Varenne?--Oui;
il toit vrai.--Monsieur, elle est accouche d'une fille, vous avez
l une autre soeu-soeu.--Non.--Pourquoi?--Elle n'a pas t dans le
ventre  maman.--Papa la fera porter ici pour la faire baptiser et veut
que vous soyez le compre.--Qui, papa?--Oui, Monsieur.--Comment la
portera-t-on?--L'on empruntera une litire pour la porter.--Ah! oui,
car si c'toit la litire  maman, je monterois sur les mulets, je les
ferois tant courir, tant courir, que tout iroit par terre. L'huissier
Birat dit tout bas au Dauphin: Monsieur, c'est une femme que le Roi
aime bien.--C'est une p....., si (donc) je l'aime point. (11 janvier
1608.)

M. de Frontenac pouvait  la rigueur croire de bonne foi que le Dauphin
serait le compre de la fille de Mme des Essars, car un mois avant
(9 dcembre 1607) le Dauphin et Madame Elisabeth avaient tenu sur
les fonts de baptme, dans la chapelle de Saint-Germain, M. et Mlle
de Verneuil, et, par une singulire association d'ides, le Roi avait
voulu que l'on donnt  ces deux enfants de la marquise son propre
prnom et celui de la belle Gabrielle.

Lorsque la premire femme de Henri IV, Marguerite de Valois, reparat
 la Cour, le Dauphin se montre d'abord presque aussi ddaigneux pour
elle que pour Mmes de Verneuil, de Moret et des Essars. En effet, un
enfant de quatre ans devait avoir quelque peine  comprendre qu'il
dt appeler _maman_ une autre femme que sa mre; mais il cde bientt
aux marques extraordinaires de tendresse que la reine Marguerite lui
prodigue et qu'elle ne cessa de lui donner jusqu'au moment o elle
mourut en 1615. C'est le 6 aot 1605 qu'a lieu leur premire entrevue.
Le Dauphin tait all de Saint-Germain jusqu' Rueil au-devant de
Marguerite; aussitt qu'elle l'aperoit, elle descend de la litire que
Marie de Mdicis lui avait envoye. M. le Dauphin de dix pas te son
chapeau, va  elle; on le lve, il la baise et l'embrasse: Vous soyez
la bien venue, maman ma fille.--Monsieur, lui dit la Reine, je vous
remercie, il y a fort longtemps que j'avois desir de vous voir. Elle
le baise derechef; il faisait le honteux et se cachait de son chapeau:
Mon Dieu, reprend la Reine, que vous tes beau! vous avez bien la
mine royale pour commander comme vous ferez un jour! Le lendemain le
Dauphin va trouver le Roi et Marguerite qui se promenaient dans la
galerie de Saint-Germain; la reine Marguerite lui fait de grandes
caresses et quitte le Roi pour l'aller trouver. Elle lui envoie le
mme jour un magnifique bijou, que dcrit minutieusement Hroard et
qui n'avait pu tre fait que pour le Dauphin. Quelques jours aprs le
mdecin nous fait assister  une scne qui, retrace par tout autre
que par lui, semblerait invraisemblable; l'enfant, conduit le matin au
chteau neuf de Saint-Germain pour dire adieu  la reine Marguerite,
trouve Marie de Mdicis couche, Henri IV assis sur le lit, et
Marguerite  genoux, appuye contre le lit. M. le Dauphin, mis sur le
lit, se joue  un petit chien que le Roi lui avoit prt.

L'anne suivante Marguerite faisait au Dauphin une donation de tous
ses biens. C'tait chez elle qu'il allait de prfrence quand il se
trouvait  Paris, et, lors de la foire qui se tenait chaque anne au
faubourg Saint-Germain pour les joailliers, peintres et marchands
de Flandre et d'Allemagne, elle lui faisait de riches prsents,
promettant en outre aux marchands de payer tout ce qu'il demanderait.
Le jeune Louis, devenu roi, s'adresse  elle, dans un jour de paresse,
afin d'avoir un prtexte pour ne pas travailler. Aprs souper, raconte
Hroard  la date du 19 juillet 1610, il envoie secrtement prier la
reine Marguerite d'envoyer  M. de Souvr (son gouverneur), le prier de
sa part  ce que, le jour suivant, il l'exempte de l'tude,  cause que
c'est le jour de Sainte-Marguerite. Elle y envoya sur les neuf heures;
ce fut au grand cabinet de la Reine, ce qui lui donna sujet de rire.

On a dj pu juger  diverses reprises, dans ce qui prcde, de la
libert de langage  laquelle le Dauphin tait habitu par tous ceux
qui l'entouraient,  commencer par le Roi lui-mme. Nous passerons
plus rapidement encore sur d'autres dtails que nous rvle Hroard,
 propos des relations de Henri IV avec son fils. Lorsqu'il rentrait
fatigu de la route ou de la chasse, le Roi se couchait au milieu de
la journe, dans le premier lit venu, faisait souvent dpouiller son
fils, et le mettait nu dans son lit auprs de lui, pour le laisser
gambader en libert. Lorsque l'enfant n'a pas deux ans (4 aot 1603),
ce n'est qu'un jeu sans consquences, mais quand on voit cette habitude
se continuer presque jusqu'aux derniers moments de la vie de Henri
IV (26 janvier 1610), alors que son fils est dans sa neuvime anne;
quand le Roi se fait dvtir par lui ou qu'il le mne baigner  la
rivire; quand Hroard nous rapporte navement (une seule fois en
latin) les gestes, les actions, les paroles honteuses et indignes de
telle nourriture qui rsultent de cet oubli de toute pudeur, on reste
confondu d'une grossiret pousse  ce point. C'est peut-tre trop
dj d'avoir reproduit ces passages lorsqu'ils se prsentent dans le
journal du mdecin, et nous nous ferions scrupule d'y renvoyer d'une
manire plus prcise. Nous prfrons rappeler quelques scnes o le
bon roi Henri reparat avec son caractre traditionnel et populaire,
comme le jour o il part pour assiger Sedan (15 mars 1606). Il vient
tout mu dire adieu  son fils, y est fort peu, le baise, l'embrasse,
lui disant: Adieu, mon fils, priez Dieu pour moi, adieu, mon fils, je
vous donne ma bndiction.--Adieu, papa, rpond le Dauphin. Il toit
tout tonn et comme interdit de paroles.

Dans une circonstance moins solennelle, un simple dpart de
Saint-Germain pour Paris (7 dcembre 1608), Hroard nous montre le
Roi plus tendre encore et les progrs qu'il a faits dans le coeur de
son fils. Le Dauphin conduit le Roi hors de l'escalier; il toit
triste; le Roi lui dit: Mon fils, quoi! vous ne me dites mot! Vous
ne m'embrassez pas quand je m'en vais? Le Dauphin se prend  pleurer
sans clater, tchant de cacher ses larmes tant qu'il pouvoit, devant
si grande compagnie. Lors le Roi, changeant de couleur et  peu prs
pleurant, le prend, le baise, l'embrasse, lui disant: Mon fils, je
suis bien aise de voir ces larmes, je y aurai gard; puis entre en
carrosse pour s'en retourner  Paris.

On aime encore  voir le Dauphin assister pour la premire fois au
Conseil (2 juillet 1609), le Roi le tenant entre ses jambes; et l'on
ne peut se dfendre d'un certain attendrissement, lorsque, clbrant
pour la dernire fois l'anniversaire de la naissance de son fils (27
septembre 1609), Henri IV boit au Dauphin, disant: Je prie Dieu
que d'ici  vingt ans je vous puisse donner le fouet! Le Dauphin lui
rpond: Pas, s'il vous plat.--Comment! vous ne voudriez pas que
je le vous puisse donner?--Pas, s'il vous plat, rpond de nouveau
l'enfant. Moins de huit mois plus tard, trois jours aprs l'assassinat,
la nourrice du jeune Roi le trouvait le matin assis sur son lit et lui
demandait ce qu'il avait  rver; il rpond: C'est que je songeois,
puis demeure longtemps pensif. Sa nourrice lui dit: Mais que
rvez-vous? Il rpond: Dondon, c'est que je voudrois bien que le Roi
mon pre et vcu encore vingt ans. Ha! le mchant qui l'a tu!


II.

Quatre nourrices en moins de quatre mois: la premire, dont le
manifeste dfaut de lait est reconnu par les mdecins du Roi,
assembls par le commandement de Leurs Majests; la seconde, qui est
oblige de se retirer pour n'avoir point t agrable  la Reine; la
troisime, qui, bien qu'envoye par le Roi lui-mme, n'est pas trouve
propre; la dernire, enfin, amene par la Reine et qui russit 
remplir les conditions difficiles exiges par l'avidit de l'enfant
d'abord, puis par les avis opposs des parents et des mdecins;
tels sont les incidents qui signalent le commencement de la vie du
Dauphin. Cette nourrice dfinitive, Antoinette Joron, femme Boquet,
est celle que l'on vient de voir auprs du jeune Roi et qu'il appelait
familirement _Dondon_ ou _maman Doundoun_. Il avait aussi continu de
donner  sa gouvernante, Mme de Montglat, le nom qu'il avait bgay
tout enfant, celui de _Mamanga_.

Sans le tmoignage d'un homme aussi grave que le mdecin Hroard,
tenant son registre jour par jour, notant, lorsqu'elles se rapportent
 l'enfant dont la sant lui est confie, les actions, les paroles
de ceux qui partagent ce soin avec lui, on se refuserait  admettre
certains dtails qui reviennent frquemment sous sa plume, et les
mmes faits sembleraient au moins fort exagrs si on les rencontrait
dans les _Mmoires_ d'un Bassompierre ou dans les _Historiettes_
d'un Tallemant des Raux. Que l'on compare les premiers chapitres
de Rabelais, ceux qui se rapportent  l'enfance et  l'ducation de
Gargantua, avec les premires annes du Journal d'Hroard, et l'on sera
stupfait de trouver la joyeuse fantaisie de l'un confirme et presque
dpasse,  soixante-dix ans de distance, par la nave exactitude de
l'autre. Il serait tout naturel d'insister sur ce curieux rapprochement
dans un travail sur Rabelais ou dans une annotation de son livre, mais
on comprendra que nous nous contentions de l'indiquer ici. Bornons-nous
 donner par quelques citations qui,  la grande rigueur, peuvent tre
reproduites, une ide de la conduite, du langage que tiennent devant
l'hritier du trne les personnes qui occupent le premier rang auprs
de lui; on jugera par la grossiret des matres de ce que devait tre
celle des serviteurs.

Le mari de la gouvernante du Dauphin, le baron de Montglat, premier
matre d'htel de Henri IV, remplissait auprs de l'enfant royal les
fonctions d'intendant de sa nombreuse maison. Un jour (27 janvier
1603), le Dauphin, qui depuis quelque temps commence  cheminer avec
fermet, va aprs l'une de ses femmes de chambre, Mlle Mercier, qui
glapissoit pour ce que M. de Montglat lui bailloit de sa main sur les
fesses; il glapissoit de mme aussi. Elle s'enfuit  la ruelle, M. de
Montglat la suit et lui veut faire claquer la fesse; elle s'crie fort
haut, le Dauphin l'entend, se prend  glapir fort aussi, s'en rjouit
et trpigne des pieds et de tout le corps, de joie, tournant sa vue de
ce ct-l, les montre du doigt  chacun. Anim par cet exemple, il
se joue  la petite Marguerite, la baise, l'accole, la renverse  bas,
se jette sur elle, avec trpignement de tout le corps et grincement de
dents. Le soir il se prend  rire aussitt qu'il voit Mlle Mercier,
s'efforce de la fouetter sur les fesses avec un brin de verges. La
remueuse du Dauphin, Mlle Blier, lui demande: Monsieur, comment
est-ce que M. de Montglat a fait  Mercier? Il se prend soudain 
claquer de ses mains l'une contre l'autre, avec un doux sourire, et
s'chauffe de telle sorte qu'il toit transport d'aise, ayant t un
bon demi-quart d'heure riant et claquant de ses mains, et se jetant 
corps perdu sur elle, comme une personne qui et entendu la raillerie.

Aprs les dportements du mari et les dsordres qui en rsultent,
voyons comment la femme parle  son royal lve. Le Dauphin a trois
ans de plus (11 janvier 1607); peign, coiff dans le lit,  btons
rompus, par sa nourrice, Mme de Montglat, pour le faire hter, y vient
et lui dit: Je m'en vais chausser; si vous n'tes peign quand je
reviendrai, vous aurez le fouet. Elle revient, ce n'toit pas fait;
elle lui dit encore: Je m'en vais p.....; si vous n'tes peign et
coiff quand je reviendrai, vous aurez le fouet. Le Dauphin dit tout
bas: Ha! qu'elle est vilaine, elle dit devant tout le monde qu'elle va
p.....; vel qui est bien honnte, fi! On conviendra qu'en tenant un
pareil langage devant l'enfant, sa gouvernante tait peu fonde  lui
donner le fouet lorsqu'il employait vis--vis d'elle des expressions
tout  fait analogues (22 aot 1608).

Les moyens dont on se servait pour corriger le Dauphin lorsqu'il se
montrait opinitre ou paresseux n'taient pas moins vulgaires. Afin de
l'intimider on faisait venir, tantt un lavandier qui le menaait de
le mettre dans son sac, puis au cuvier, tantt un maon qui faisait
mine de l'emporter dans sa hotte, tantt un serrurier lui montrant des
tenailles et une tringle, et lui disant: Voil de quoi j'embroche
les opinitres. Une autre fois, comme il fait le fcheux, l'on
fait abaisser une poigne de verges attache  une ficelle, sous la
chemine; l'on lui faisoit croire que c'toit un ange qui les portoit
du ciel.

Pour l'amuser ou le distraire, on lui apprenait des chansons plus que
libres, on lui faisait danser _la Saint-Jean des Choux_, espce de
ronde qui consistait  donner du pied dans le derrire de ses voisins,
ou bien on jouait devant lui quelque vieille farce comme celle du
badin mari, de la femme garce et de l'amoureux qui la dbaucha. Un
jour qu'il se promne dans une alle de Fontainebleau, on l'amuse 
voir nettoyer un pourceau; quand le boucher le voulut ventrer il s'en
alla, et ne le y sut-on arrter.

Comme contraste  ce qui prcde, Hroard nous montre le Dauphin
recevant dans un ge assez prcoce les premiers lments de son
ducation. Ainsi, le 14 mars 1605, il s'amuse  un livre des figures
de la Bible; sa nourrice lui nomme les figures et les lettres, puis
aprs il nomme les lettres et les connot toutes; un an plus tard (18
mai 1606), il commence  crire sous Dumont, clerc de sa chapelle, qui
lui montrait; il dit: Je pose mon exemple, je m'en vas  l'cole, et
fait des O fort bien. Enfin  l'ge de six ans (22 novembre 1607), il
lit couramment, appelle les mots sans faillir et crit sans trace
ni aide. Son instruction religieuse commence aussi de bonne heure,
car ds qu'il peut prononcer quelques mots de suite, c'est--dire 
l'ge de deux ans, on lui apprend le _Pater_ et l'_Ave_, puis cette
prire: Dieu donne bonne vie  papa,  maman, au dauphin,  ma soeur,
 ma tante, me donne sa bndiction et sa grce, et me fasse homme
de bien, et me garde de tous mes ennemis, visibles et invisibles. A
Fontainebleau on voit le Roi lui-mme et le P. Coton, son confesseur,
faire dire le _Pater_  l'enfant qui prfrait rciter cette prire
en franais, et disait un soir  Mme de Montglat: Mamanga, faites
pas dire _Pater_, faites dire _Notre-Pre_. tant  ces mots _ton
rgne advienne_, il demande: Mamanga, qu'est-ce  dire _ton rgne
advienne_? Mme de Montglat lui en donne raison, et il continue:
Mamanga, qu'est-ce  dire _et nous pardonnez nos offenses_?--Monsieur,
c'est que nous offensons le bon Dieu tous les jours, nous le prions
qu'il nous pardonne. A ces mots, _et nous garde du malin_: Mamanga,
qu'est-ce  dire _malin_?--Monsieur, c'est le mauvais ange qui vous
fait dire: Allez-vous-en! Parlez plus haut! et autres traits de son
opinitret. Il dit encore  Mme de Montglat: Le bon Dieu a t
sur la croix, Mamanga? Hroard, dont la femme est prsente  cette
conversation enfantine, lui demande: Monsieur, pourquoi?--Pour ce
que nous avions tous t opinitres, vous, Mamanga, moi aussi, maman
Doundoun et mademoiselle Hrouard. A l'ge de cinq ans et lorsqu'il
marche encore avec des lisires, le Dauphin est men  la chapelle
de Fontainebleau, o il se confesse  son aumnier pour la premire
fois, et le 12 avril 1607, jour du jeudi saint, le Roi tient  ce que
son fils, malgr son ge tout foiblet, le remplace dans la crmonie
de la Cne, qui consistait  laver les pieds  treize pauvres.

Lorsque, le 24 janvier 1609, le Dauphin, alors dans sa huitime anne,
passe des mains des femmes entre celles d'un gouverneur, son ducation
devient plus srieuse, et l'on voit avec plaisir le marquis de Souvr
ragir tout d'abord contre une sale parole, parole de laquais et de
palefrenier dont un des petits gentilshommes attachs  la personne
du Dauphin veut continuer  se servir. Aux occupations ordinaires du
jeune prince, lev ds-lors prs de son pre, s'ajoutent l'escrime
et la danse; ce n'est que beaucoup plus tard, dans sa quatorzime
anne, que Louis XIII prendra de Pluvinel sa premire leon rgulire
d'quitation, bien que ds l'ge de sept ans il ait commenc  monter 
cheval.

Le jeune Louis devait avoir presque autant de prcepteurs que de
nourrices. Le Roi avait dsign pour faire l'ducation du Dauphin le
pote Des Yveteaux qui sortait de remplir les mmes fonctions auprs du
fils an de Gabrielle d'Estres, Csar de Vendme. Un an aprs la mort
de Henri IV, Des Yveteaux, reconnu incapable, tait oblig de cder
la place  un autre prcepteur, le savant Nicolas Le Fvre, qui, lui,
n'avait d'autre dfaut que son grand ge. Enfin  Nicolas Le Fvre,
mort en novembre 1612 dans sa soixante-dixime anne, succde le sieur
de Fleurence qui avait dj le titre de sous-prcepteur du Roi. Hroard
nous fait assister  quelques-unes des leons donnes par ces trois
professeurs successifs, et nous permet de juger leurs enseignements.

coutons d'abord Des Yveteaux donnant sa premire leon a un enfant
g de sept ans et quelques mois: Aprs djener M. Des Yveteaux,
son prcepteur, lui donna la premire leon, commenant par un petit
discours qui lui reprsentoit comme il avoit  reconnotre que Dieu
l'avoit fait natre chrtien et dans l'glise apostolique, et fils d'un
grand Roi, et par ainsi qu'il avoit  savoir qu'il lui falloit aimer
et craindre Dieu, se rendre vritable et juste,  aimer et honorer le
Roi et la Reine comme ayant supriorit sur lui, et puis comme ses pre
et mre; et que les vertus s'apprenoient dans les livres; et commena
 lui faire lire le commencement de l'Histoire de Josphe, puis lui
baille par crit  savoir: S'il faut que les ecclsiastiques soient
appels aux conseils des princes et ce qui lui en semble.--Je sais
pas, rpond le Dauphin. (6 mars 1609).

Le 2 mai suivant, M. Des Yveteaux lui ayant demand que c'toit 
dire en franois: _Discite justitium moniti et non temnere divos_, il
rpond: Je ne sais. M. Des Yveteaux reprit: C'est--dire, soyez
averti  apprendre  faire justice et  ne craindre point Dieu.--Je
veux croire que ce fut par mgarde, ajoute Hroard, se contentant de
relever ainsi l'inadvertance du professeur qui confond _temnere_ avec
_timere_.

L'anne suivante, on commence  montrer au Dauphin la carte
gographique et on lui enseigne que la grandeur d'Espagne est venue
_lancea carnea, non lancea ferrea_, comme les Franois; singulire
leon pour un enfant de huit ans et que le mdecin prend la peine
d'expliquer plus clairement dans une note marginale.

Quelques mois aprs son avnement, c'est le jeune Roi qui veut faire
la leon  Des Yveteaux. Le 25 juin 1610, son prcepteur lui demande
s'il lui plaisoit pas traduire quelque sentence de franois en latin;
il rpond: Oui, mais j'en veux faire, prend la plume et crit de
son invention ces mots: _Le sage prince rjouit le peuple_. Peu aprs
le prcepteur lui demande quel toit le devoir d'un bon prince, il
rpond: C'est d'abord la crainte de Dieu, et, comme il songeoit pour
continuer, son prcepteur ajoute: Et aimer la justice. Le Roi repart
soudain: Non! il faut: Et faire la justice.

Le 5 octobre 1610, son prcepteur lui commena la leon par la
louange des romans, et lui demanda s'il pensoit pas que la lecture des
romans ft pas suffisante pour instruire un prince?--Non, rpond le
Roi, qui commence  n'avoir plus aucun respect pour son prcepteur. Un
jour (18 mars 1611), Des Yveteaux, pouss  bout par une plaisanterie
que le journal ne rapporte pas, rpond au Roi qu'il n'toit possible
pas des plus savants, mais toutefois qu'il n'toit pas un homme du
commun ne du vulgaire, car on ne l'et pas mis auprs de Sa Majest.
Lors de sa rvocation par Marie de Mdicis (25 juillet 1611), le
pauvre Des Yveteaux, prenant cong du Roi, le supplie de lui donner
quelque bague comme souvenir, et se plaint qu'il avait eu la peine de
l'instruire, tandis qu'un autre en aurait l'honneur.

Le 12 aot 1611, M. Le Fvre entend donner la leon au Roi par M.
de Fleurence, pour essayer  reconnotre sa porte, et le 17 il lui
donne la premire leon sur l'Institution de l'empereur Basile.
C'tait une rude tche que celle de prcepteur du jeune Louis; il
avait peu de got pour l'tude et il fallait concilier le respect d
au Roi avec la svrit ncessaire pour faire travailler l'lve. Le
gouverneur du prince, qui assistait aux leons, avait lui-mme bien
de la peine  maintenir son autorit. Ainsi, le 26 septembre 1611, le
jeune Roi, en tudiant, entre en mauvaise humeur contre M. de Souvr,
qui le reprenoit de ce qu'il s'amusoit; il avoit le chapeau sur la
tte. Le Roi lui dit: Vous avez votre chapeau sur la tte!--Oui,
rpond M. de Souvr, et si je le vous terai pas pour cette heure. Ce
n'est pas que je ne sache ce que je vous dois, qui est cent, mille
fois plus. Plaignez vous-en  la Reine.--Je ne vous terai pas aussi
le mien, rpond le Roi en colre. M. Le Fvre, son prcepteur le
voulut aussi un peu presser sur la leon; le Roi lui dit: Quoi! et du
commencement vous tiez si doux que vous trembliez tout, et maintenant
vous tes si rude! Un autre jour, on lui montroit la carte d'Espagne
et les avenues de la frontire; il l'tudioit fort attentivement; M. Le
Fvre lui ayant dit que la France toit bien un plus grand, plus beau
et plus riche royaume, le Roi dit: Si voudrois-je qu'elle ft  moi.
Une autre leon du bon Le Fvre rapporte par Hroard (31 dcembre
1611) a pour sujet une sentence en latin sur la clmence, dans laquelle
le prcepteur insiste sur cette vertu et la loue sur toutes, disant
qu'un prince doit toujours pardonner.

Plus le Roi avanait en ge et plus la position de prcepteur devenait
difficile auprs de lui;  plus forte raison celle de sous-prcepteur.
Un jour le Roi rpond  M. de Souvr,  propos d'une instruction que
devait lui faire M. de Fleurence: Oui! Fleurence me dira encore des
sottises!--Fleurence lui rpond: Sire, j'aime mieux que vous me haez
homme de bien que si vous m'aimiez mchant; je gagnerai aussi bien ma
vie en Turquie qu'auprs de Votre Majest. Lorsque Fleurence remplace
le savant Le Fvre, le jeune Roi conteste de plus en plus contre lui
 propos de leons de gomtrie et de mathmatiques. A l'ge de douze
ans, le Roi tudie en l'histoire, n'apprend plus le latin. M. de
Fleurence, qui tait dans les ordres, avait aussi la direction de son
instruction religieuse; le 21 dcembre 1614, la leon semblant trop
longue au Roi, il demande  M. de Fleurence: Si je vous donne une
vch, accourcirez-vous vos leons?--Non, Sire; et le Roi ne rpond
rien. L'anne suivante le Roi tudie encore, mais arm en guerre, avec
la cuirasse, les brassards et un habillement de tte, fait de fer
blanc;  dater de ce moment il n'est plus question de Fleurence, qui
ne mourut cependant qu'en 1616.

Sous le gouvernement de M. de Souvr le systme de correction
recommand par Henri IV  Mme de Montglat avait continu d'tre suivi,
et, mme longtemps aprs son sacre, on voit encore le Roi fouett 
l'ge de dix ans pour avoir, la veille, heurt trop fort  la porte
du cabinet de la Reine (19 septembre 1611) et  plus de onze ans pour
n'avoir pas voulu prendre mdecine. Aussi le jeune Louis craignait-il
son gouverneur au point qu'un jour o son pourpoint le serre trop
il ne le veut point desserrer qu'il n'ait su si c'est la volont de
M. de Souvr, auquel il l'envoie demander et qui le lui permet. Ce
joug lui pesait cependant, et le mdecin rapporte  ce sujet un mot
caractristique du prince; il tait depuis un peu plus d'un an confi
 M. de Souvr lorsqu'un jour (8 mars 1610) Mme de Montglat vient au
coucher du Dauphin qui s'amusait dans son lit  de petits engins,
pendant que son ancienne gouvernante et M. de Souvr devisoient
ensemble. Je puis dire, commence Mme de Montglat, que Monseigneur
le Dauphin est  moi; le Roi me l'a donn  sa naissance, me disant:
Madame de Montglat, voil mon fils que je vous donne, prenez-le. M. de
Souvr lui rpond: Il a t  vous pour un temps, maintenant il est
 moi. Le Dauphin, qui coutait tout ce qui se disait sans en faire
semblant, murmure froidement, sans hausser la voix et sans se dtourner
de sa besogne: Et j'espre qu'un jour je serai  moi. L'enfant se
trompait dans ses esprances, et, quand,  la fin de 1614, il priait
la Reine de lui ter M. de Souvr, qu'il ne pouvoit plus durer avec
cet homme-l, sa colre ne venait que de ce qu'on avait dit au Roi que
M. de Souvr vouloit empcher que le sieur de Luynes n'entrt en sa
chambre.


III.

Louis XIII en effet, bien que d'un naturel opinitre et emport qui
se montre de trs-bonne heure, devait toute sa vie subordonner sa
volont  celle de ses favoris et de ses ministres, et ne voir jamais
le jour o il s'appartiendrait entirement. tant enfant, il disait
 ses petits chiens en les caressant: Ha! je voudrois que vous
pussiez manger Mamanga; et comme son matre d'htel et son aumnier
l'entendaient, il se retournait vers eux et leur recommandait de ne pas
rapporter cette parole  la gouvernante. Que de fois le jeune Roi dut
en dire autant, soit  ses chiens, soit  ses familiers, en parlant
tout bas de M. de Souvr et, plus tard, du conntable de Luynes ou du
cardinal de Richelieu! Hroard, l'un de ses plus intimes confidents,
en laisse entrevoir quelque chose, malgr la concision des dernires
annes de son journal, lorsque, quelques mois aprs la mort du duc de
Luynes, le Roi, tant au lit, parle de la fortune et de la famille du
conntable (10 avril 1622); ou quand, dans un sjour en Bretagne, le
Roi va  la Haye voir M. le cardinal de Richelieu avant de se mettre
au lit. Le Roi, ajoute Hroard, se met en colre, ne se peut apaiser;
en soi-mme se plaint  moi qu'il avoit tort. (18 aot 1626.)

Le meurtre de Concini avait t la suite de ces plaintes sourdes que
le jeune Louis laissait chapper contre le favori de Marie de Mdicis,
depuis la journe du 22 novembre 1616 surtout, o le Roi tait dans
la grande galerie du Louvre en l'une des fentres qui regardoit sur
la rivire, quand le marchal d'Ancre entra, accompagn de plus de
cent personnes, et s'arrta aussi  une des fentres, sans aller vers
le Roi, se faisant faire la cour par tous, tte nue; mais il savoit
bien que le Roi toit l, car on lui avoit dit, l'ayant demand en la
chambre. Le Roi s'en tait all aux Tuileries, le coeur plein de
dplaisir contre l'insolent, pour qui le Dauphin avait eu dj une
rpugnance prcoce, si l'on en juge par la petite scne que raconte
Hroard  la date du 1er fvrier 1603: Le sieur dom Garcia, le sieur
Conchino arrivent  l'heure de l'habiller. Il se jouoit  un carrosse
du palais o il y avoit quatre poupes; l'une toit la Reine, les
autres: Mme et Mlle de Guise, et Mme de Guiercheville. On les lui
faisoit montrer, les nommant par leurs noms; il les montroit du doigt.
Le sieur Conchino va lui demander: Monsieur, o est la place de ma
femme? En disant: _Ah!_ il lui montre une avance qui toit par dehors,
au cul du carrosse. Il ne veut point prendre un grain de fenouil confit
au sieur Conchino,  qui Mme de Montglat l'avoit baill pour le lui
donner, s'en recule du tout, le regardant, comme importun.

Bien que le nom de Marie de Mdicis se retrouve presque  chaque page
de son journal, sauf la priode de l'exil  Blois, Hroard ne cite
d'elle qu'un petit nombre de ces traits caractristiques qui abondent
pour Henri IV. On peut juger seulement, en se reportant  quelques
passages antrieurs ou postrieurs  la mort du Roi, que les actions et
les paroles de la Reine-mre vis--vis de son fils n'taient pas moins
libres que celles de son poux.

Il en est de mme pour Anne d'Autriche; la premire partie du journal
rvle beaucoup de particularits relatives au projet d'union avec
l'Infante et aux dispositions peu bienveillantes du Dauphin pour les
Espagnols; mais, si l'on en excepte les faits qui se rapportent  la
clbration et  la consommation du mariage, faits pour la publication
desquels nous avons t prvenus par M. Armand Baschet, dans le curieux
livre qui a pour titre: _Le Roi chez la Reine_, Hroard n'a presque
rien  nous apprendre sur le caractre et la manire d'tre de la jeune
Reine.

Son affection toute paternelle pour l'enfant qu'il avait vu natre
n'aveugle pas le premier mdecin du Dauphin sur les infirmits et les
dfauts qui se rvlent au fur et  mesure de la croissance, et Hroard
a pris soin de noter en marge de son manuscrit de nombreuses remarques
sur le temprament et sur le naturel de Louis XIII. N sain et robuste
de corps, d'aprs la minutieuse description crite au moment mme o
il vient au monde, le Dauphin avait d pourtant, ds le lendemain,
subir une petite opration; comme il avoit peine  tter, il lui fut
regard dans la bouche et vu que c'toit le filet qui en toit cause;
sur les cinq heures du soir (28 septembre 1601) il lui fut coup 
trois fois par M. Guillemeau, chirurgien du Roi. L'opration avait
t mal faite ou l'enfant avait un dfaut naturel dans la conformation
de la langue, car, lorsqu'il commence  prononcer quelques mots, on
s'aperoit qu'il bgaye en parlant et il se fche quand il ne peut
prononcer autrement. Plus tard Hroard remarque encore (1er dcembre
1604) qu'il bgaye fort en parlant. C'est surtout lorsqu'il est
mu, qu'il s'anime ou qu'il se met en colre que le Dauphin mche sa
grosse langue, comme il avoit accoutum de faire quand il faisoit
quelque chose avec grande ardeur. Le 22 dcembre 1609, le Dauphin est
men chez la Reine, mand par elle, pour lui avoir t dit que son
bgayement provenoit pour avoir encore le filet; il fut jug qu'il
n'tait pas ncessaire de faire une nouvelle opration. Il craignoit
qu'on lui voult couper la langue quand on la lui faisoit tirer; il
dit: Comment me la veut-on couper? et commenoit d'en pleurer.
Cette infirmit persiste et cependant ne devait pas tre trs-forte
puisqu'elle pouvait disparatre  un moment donn; ainsi, la veille
du jour o il doit aller  la cour de Parlement pour se dclarer
majeur, le jeune Roi fait voeu  Notre-Dame des Vertus, s'il peut,
le lendemain, au Palais, prononcer sans faire faute ses paroles pour
sa majorit, et en effet, le 2 octobre 1614, il prononce son discours
hautement, fermement et sans bgayer.

D'un temprament trs-actif, ayant peine  rester une minute en place,
ce qui lui rendait l'tude trs-pnible, le jeune Louis tait pourtant
sujet  des accs de rverie maladive, qui font comprendre l'expression
mlancolique de ses traits. Ces accs lui prennent d'abord  ses repas;
un soir, le 2 aot 1605, en soupant, ayant t quelque temps sans
dire mot, comme il toit aucune fois rserv et tout ainsi que s'il
et song  de grandes affaires, il dit: Mais, c'est Thomas! Voyant
qu'il ne disait plus mot, le mdecin lui demande: Monsieur, qui est
ce Thomas?--C'est un homme de pierre; je l'ai vu  Poissy, dans une
chapelle, rang l,  un petit coin. Il y avoit environ quatorze mois
qu'il fut  Poissy, o il vit et entendit nommer cette image du nom
de saint Thomas et au lieu o il la reprsentoit. Un autre soir il
songeoit en regardant le feu; sa nourrice lui demande: Monsieur, 
quoi songez-vous?--Je songe  quoi je me jouerai. On a vu plus haut le
jeune Roi s'absorber dans des proccupations plus graves le lendemain
de la mort de son pre. Hroard caractrise cet tat par une expression
latine: _Quasi aliud agens_.

Le sommeil de Louis XIII tait frquemment agit par des cauchemars
qui prenaient quelquefois le caractre du somnambulisme. Le 3 octobre
1606, il s'veille  une heure aprs minuit, en sursaut, avec un cri
haut extrmement et effroyable. Sa nourrice et Mlle de Ventelet (qui
aidait  le veiller) vont  lui, demandant ce qu'il avoit: H! c'est
que papa s'en va sans moi, dit-il en pleurant et fondant en larmes,
h! je veux aller avec papa; attendez-moi, papa! Il le songeoit et
s'en veille... se rendort  peine, ayant le coeur saisi. Le matin sa
nourrice lui demande: Monsieur, qu'aviez  songer et  crier cette
nuit?--Doundoun, c'est que je songeois que j'tois  la chasse avec
papa; j'ai vu un grand, grand loup qui vouloit manger papa et un autre
qui me vouloit manger, et j'ai tir mon pe, puis je les ai tus tous
deux. Nous regrettons d'avoir  dire que le bon Hroard, avec l'esprit
superstitieux qui le caractrise, voit sans doute dans ce cauchemar un
prsage favorable, et crit en marge de son journal: _Augurium_.

Le 29 juillet 1614, le Roi veill  une heure, en sursaut, se veut
lever sans dire la cause; ses valets de chambre, les sieurs de Heurles
et Armaignac, l'en veulent empcher, croyant qu'il rvt: Laissez-moi,
laissez-moi, dit-il; il se lve en chemise, et ainsi veut aller 
la salle. Le 8 septembre suivant il raconte comme il avoit song
qu'il voyoit des poissons volants et appeloit de Heurles, son premier
valet de chambre; il dormoit et parloit. Il toit hors des draps sur
le milieu du lit, se vouloit lancer pour en aller prendre. Le 31
novembre 1616, le Roi est pris d'une syncope,  la suite de laquelle
il est saign pour la premire fois. Voici une autre indication donne
par Hroard  la date du 4 juillet 1622: veill  trois heures aprs
minuit, il se plaint, criant et me disant avoir eu froid tant couch
dans le lit, et fort peu dormi, les yeux chauds et la tte pesante.
Lev, blme, il se sent foible et lass. Cette lassitude ne l'empche
cependant pas de partir  quatre heures du matin de la ville de
Toulouse, o il tait arriv huit jours avant, et de faire  cheval une
dizaine de lieues jusqu' Villefranche de Lauraguais, o il se plaint
encore des mmes choses qu'il avoit fait ici dessus. A son entre 
Arles le 30 octobre suivant, le Roi, entour du peuple qui crioit en
son langage: Vive notre bon roi Louis, est saisi d'une impression de
sensibilit nerveuse et l'on lui a ou dire ces paroles: Dieu vous
bnie mon peuple, Dieu vous bnie! Le soir, pensif, il dit  son
mdecin qu'il avoit t triste tout le jour.

Louis XIII passait alternativement et presque sans transition des
exercices les plus pnibles et que le corps le plus robuste pouvait
seul supporter,  un tat de langueur qui le faisait se mettre au lit
avec inquitude, ou se coucher au milieu du jour pour ne savoir que
faire. Une indication du journal d'Hroard qui peut servir  dater les
portraits de Louis XIII et  juger de son temprament se rencontre dans
le journal au 1er aot 1624; le Roi, alors g de prs de vingt-trois
ans, se fait raser la barbe pour la premire fois; il ne y avoit que
du poil imperceptible.

A cette nature rveuse et mlancolique,  cette figure silencieuse et
qui se dridait rarement (Hroard remarque  plusieurs reprises que le
Dauphin n'est ni parleur ni rieur, et que lorsqu'il rit, c'est d'un
gros rire d'htelier comme quelqu'un qui n'en a pas l'habitude),
Louis XIII joignait cependant un esprit assez vif; il avait parfois
des reparties pleines de bon sens, parfois aussi il raillait et se
moquait; mais en avanant en ge ses saillies deviennent plus svres
et plus pres. Un jour d'hiver (19 fvrier 1605) le porteur de charbon
entre dans sa chambre pendant qu'il se lve et lui dit: Bonjour, mon
matre.--Qui est son matre? demande l'enfant  son aumnier.--C'est
le Roi et vous.--Qui est le plus grand?--C'est papa et vous aprs,
rpond l'aumnier.--Non, c'est Dieu qui est le plus grand! reprend le
Dauphin, qui de sa nature n'aimoit pas la flatterie. Le lendemain
l'on parloit d'un homme condamn  tre pendu, le Dauphin demande:
Qui le pendra? L'on rpond que ce seroit le valet du bourreau, il
dit: Je ne veux donc point avoir un valet. Peu aprs il appelle
Birat, huissier de sa chambre; il avait l'habitude de lui donner le nom
de valet et de lui dire: Valet, faites ceci ou cela; ce jour-l il le
nomme par son nom: Quoi, Monsieur, dit Birat, vous ne m'appelez pas
votre valet!--H! c'est le bourreau qui a un valet, rpond le Dauphin.
Un autre jour Mme de Montglat lui demande aprs qu'il vient de prier
pour le Roi: Aimez-vous bien papa?--Oui.--Comment l'aimez-vous?--Je
l'aime plus que Pataut (le chien de sa nourrice).--Monsieur, reprend
la gouvernante, il ne faut pas dire ainsi, il faut dire plus que
vous-mme.--Plus que moi-mme! Eh! il ne faut pas aimer soi-mme! il
faut aimer des hommes, mais pas soi-mme!

Le Dauphin se plaisait aussi  jouer sur les mots et sur les noms;
nous nous bornerons en ce genre  une seule citation o figure le
pote Racan. Le 14 octobre 1606 il y avait  son souper un page de
la chambre auquel il demanda: Comment vous appelez-vous?--Monsieur,
je m'appelle Des Ars.--Vous tes donc un arc? Il vous faut attacher
une corde au nez et au bout des jambes, et puis y mettre une flche et
tirer. D'un autre page de la chambre qui se nommoit Racan, il dit 
sa gouvernante: Mamanga, vel l'arc en ciel, pour ce qu'il tournoit
le nom en son entendement, imaginant _Arcan_ et ajoutoit _ciel_ en sa
petite fantaisie. Il se plaisoit  des pareilles rencontres.

Voici,  la date du jour des Rois, une jolie conversation sur le
nombreux personnel de la maison du Dauphin: Il tenoit une peinture
du Roi sur du papier, o toient les nom, surnom et qualits; il
les lisoit. M. de Ventelet lui demande: Monsieur, quand vous serez
un jour le Roi, comment mettrez-vous? Il rpond brusquement: Ne
parlons point de cela!--Mais, Monsieur, vous le serez, s'il plat
 Dieu, un jour aprs papa.--Ne parlons point de cela!--Monsieur,
c'est que vous voulez dire qu'il faut prier Dieu qu'il donne longue
vie  papa?--Oui, c'est cela. En dnant il demanda si, pour son
souper, il ne y auroit pas un gteau pour faire les rois; M. de
Ventelet lui dit que oui et qu'il seroit le roi. Ho! non, dit-il,
c'est papa.--Monsieur, j'entends le roi de la fve, ce n'est que
pour jouer; et l-dessus je lui dis: Monsieur, il faudra s'il vous
plat des charges  tous vos serviteurs; que donnerez-vous  M.
Birat?--Ce sera le fou.--Et  M. de Ventelet?--Ce sera le bon vieux
homme.--Et  moi, Monsieur?--Vous serez l'imprimeur. M. Boquet,
mari de sa nourrice, lui demande une charge.--Vous serez matre
Guillaume, c'toit le fou du roi. Je poursuis  lui demander: Et 
M. de Malleville, que lui donnerez-vous? (Il toit exempt aux gardes
cossoises servant prs de lui.)--Ce sera Pantalon; il avoit la
barbe assez grande.--Et M. de la Pointe? (archer du corps qui toit
gros).--Ce sera le gros ventre.--Et M. d'Origny? (son compagnon).--Ce
sera le cuisinier; il toit un peu malpropre.--Et matre Jean? (son
sommelier).--Ce sera l'ivre.--Et matre Gilles? (son pannetier).--Il
sera confiturier.--Et votre huissier de salle? (il faisoit des
vers).--Ff Vaneuil a un petit chien qui s'appelle Joly; quand ils
seront ensemble ils feront des vers et Joly les fera par le c...--Et
de Vienne? (c'toit son cuisinier).--Ce sera Sibilot; c'toit le
fol du feu Roi.--Et Champagne? (garon de garde-robe).--Ce sera mon
verseur de m...--Et M. Gurin? (son apothicaire).--Ce sera Frely;
c'toit le nom que ledit Gurin avoit donn  l'un des chiens.--Et M.
de Cressy? (enseigne de la compagnie qui toit fort grand).--Ce sera
le petit Marin; c'toit le nain de la Reine.--Et M. Aude? (huissier
de chambre de Madame qu'il voyoit souvent envelopp au visage).--Ce
sera l'enrhum. M. Boquet, qui n'toit pas content d'tre matre
Guillaume, le pressoit pour lui en donner une autre; M. Birat entre
en la chambre, M. Boquet lui dit: Monsieur, voil M. Birat; quelle
charge lui donnerez-vous?--Ce sera matre Guillaume.--Et moi, Monsieur,
lui dit Boquet, que serai-je maintenant que je ne suis plus matre
Guillaume?--Vous serez matre Guillaume Dubois, le pote de mousseu de
Roquelaure (c'toit un fol qui avoit t maon et se faisoit croire
qu'il faisoit bien des vers); mousseu Hroua, il me venoit voir souvent
 Fontainebleau, sur la terrasse de ma chambre; il me montroit des
vers qui toient si mal faits, si mal faits, me dit-il avec action,
comme s'il se y ft connu et en souriant.--Et  M. de Bernet? (porteur
de M. d'Orlans).--Ce sera le nouveau tondu; il avoit ses cheveux
et sa barbe faits de nouveau.--Et Bourgeois? (l'un des huissiers de
sa chambre qui toit vtu de noir, portant le deuil).--Ce sera la
corneille.--Et Montalier? (valet de garde-robe, portant le deuil).--Ce
sera le corbeau. (5 janvier 1608.)

Une autre repartie du Dauphin pourrait s'appeler _le Dauphin terrible_.
Le 30 juillet 1608, il jouait avec des figurines en faence dont
une reprsentait un singe. Henri IV le vient voir et lui dit que ce
singe ressemblait  M. de Guise. Peu aprs M. de Guise arrive et lui
demande: Monsieur, qu'est cela?--C'est votre ressemblance.--Comment le
savez-vous?--Papa le dit. Le 21 dcembre suivant, le Dauphin se fche
contre les petits gentilshommes attachs  sa personne, veut qu'ils
aient le fouet. Mme de Montglat lui dit qu'il leur falloit pardonner
et que le Roi pardonnoit  tout le monde.--A tout le monde! il n'a pas
pardonn au marchal de Biron!

Le 28 avril 1610, peu de temps avant le couronnement de Marie de
Mdicis qui devait tre suivi d'une entre solennelle, on disait
au souper du Dauphin que les enfants de Paris qui devoient tre 
l'entre de la Reine auroient des perons dors. Ho! dit-il, s'ils en
ont de dors, j'en veux avoir de fer noir.

Citons encore trois ou quatre mots du jeune Roi qui achvent de peindre
une des faces de son caractre et la tournure que prend peu  peu
son esprit. Le 15 juillet 1610, il fait donner  boire  son petit
chien et demande: Pourquoi donne-t-on  boire aux chiens? Il lui fut
rpondu: De peur qu'ils n'enragent. Il repart soudain: Les ivrognes
donc n'ont garde d'enrager, car ils boivent toujours.

Le 11 dcembre 1612 la Reine avoit command qu'on lui ft la mine
pour n'avoir point voulu prendre sa mdecine: il s'en aperut ou il le
sut, et s'adressant  Mlle de Vendme, lui dit tout bas: La Reine ma
mre a command que l'on me fasse la mine, mais ils seroient bien tous
tonns si je la faisois. Soudain il va  Mme la douairire de Guise:
Eh bien, madame de Guise, tes-vous de celles qui me font la mine? et
s'en va, lui faisant la moue et le hausse-bec.

Le 9 avril 1616, il construisait un petit fort et y plaait des petits
canons tirs par des chiens, l'un desquels fait difficult de passer
outre sur une planche qui faisoit du bruit. Il le bat rudement et en
colre, le chien passe sans difficult; lors il dit froidement et de
faon srieuse: Voil comme il faut traiter les opinitres et les
mchants, et, lui donnant du biscuit, et rcompenser les bons, les
hommes aussi bien que les chiens.

Le 30 dcembre 1622, il y avait eu dispute entre les sieurs
d'Ecquevilly et de Sourdis, enfants d'honneur qui portoient des oiseaux
de la chambre; d'Ecquevilly avait t appel en duel, et on disait au
Roi qu'il fallait les empcher de se battre: Non, non, rpond-il en
colre. Qu'on ne les empche pas; laissez-les battre. Je les sparerai
bien; je leur ferai trancher la tte.

Les inclinations de Louis XIII pour les armes et pour la chasse se
montrent chez lui de trs-bonne heure; mais, malgr son caractre
hautain, il apportera dans ces exercices, comme en toutes choses,
des instincts au-dessous de son rang, un esprit subalterne, et il
sera plutt soldat que capitaine, plutt piqueur que grand veneur.
Hroard remarque  plusieurs reprises que le Dauphin se familiarise
de son mouvement avec les soldats plutt qu'avec toute autre sorte
de personnes, faisant du pair et du compagnon avec eux. Son premier
favori est un soldat aux gardes, qu'il appelle son mignon Descluseaux;
mais il ne vouloit pas qu'il ft assis  table avec lui pource que,
disoit-il, il est pas gentilhomme. Un jour qu'il faisait ses exercices
militaires devant le Roi, avec ses frres naturels MM. de Vendme
et de Verneuil, et les deux petits Frontenac, fils du gouverneur de
Saint-Germain, le Dauphin disoit qu'il vouloit tre mousquetaire,
et nanmoins il avoit accoutum de reprendre ceux qui ne faisoient
pas bien; le Roi lui dit: Mon fils, vous tes mousquetaire et vous
commandez! C'est exactement ce que Louis XIII sera toujours, et roi il
joue encore au soldat. Le 23 janvier 1611, aprs djener, il prend un
bton, se fait mettre en sentinelle par le jeune Lomnie, qu'il fait
caporal, fait demander  M. de la Cure (lieutenant des chevau-lgers)
par M. de Praux (son sous-gouverneur) s'il connot point ce soldat. M.
de la Cure rpond que non.--Il a t aux guerres de Flandre, dit M.
de Praux.--Il a bonne mine, rpond M. de la Cure, puis adressant
la parole au sentinelle: Mon compagnon, d'o tes-vous?--De Gtinois,
rpond le Roi.--Comment vous appelez-vous?--Capitaine Louis.--Vous tes
bien habill! il y a quelque sergent qui est votre camarade, qui vous
fournit ce qu'il vous faut?--Oui.

A l'ge de quinze ans et encore dans sa seizime anne, le Roi continue
le mme jeu. Le 2 septembre 1616, il s'amuse  faire la garde
lui-mme, se couche sur la paillasse, s'endort; Descluseaux qui faisoit
le caporal l'veille, le tire par les pieds hors de la paillasse, le
met en sentinelle o il se rendort. Descluseaux le y trouve, le met
en prison; ce fut en son lit. Le 20 juin 1617, aprs avoir, dans
la journe, t au conseil et donn une audience  l'ambassadeur de
Savoie, et aprs la crmonie de son coucher termine, il se relve
dans la soire et vtu lgrement, il descend au jardin, s'amuse 
faire la garde, se fait mettre en sentinelle, reoit le commandement du
sergent (c'toit Descluseaux), y est jusques  une heure aprs minuit.

Cinq ans aprs le jeu devient plus srieux et produit mme une
impression pnible. Le Roi qui assige la ville de Saint-Antonin,
occupe par les protestants, descend du rle de commandant d'arme
 celui de simple artillier; le 16 juin 1622 il va au camp  dix
heures, au-dessus d'une batterie o il y avoit deux couleuvrines,
en pointe par deux fois, tire sur des paysans qui remparoient;  la
deuxime fois il en tue deux. Hroard cite pourtant beaucoup de traits
d'humanit de Louis XIII envers les hommes et mme envers les animaux,
mais ici le dsir de prouver son adresse, de se montrer bon soldat, lui
fait oublier qu'il n'appartient pas  un roi de tirer sur ses sujets,
mme rvolts.

Dans son got passionn pour la chasse, Louis XIII se montre le mme.
Enfant, il entretient de prfrence le veneur matre Martin, lui parle
de tous ses chiens, sait ou demande leurs noms, ce qu'ils savent
faire, comme il dresse les jeunes. Roi, il lve lui-mme ses oiseaux
et leur donne la mangeaille. Il va seul au bois et  la volerie,
en si simple appareil qu'un jour,  Saint-Germain (19 fvrier 1619),
un meunier court aprs lui le prenant pour un fauconnier, disant et
opinitrment que c'toit lui qui lui avoit pris sa poule;  quoi il
prenoit plaisir et  le faire contester. Dans un ge plus avanc, il
va de Saint-Germain coucher le soir  Versailles, y dort tout vtu
afin d'tre plus tt prt pour aller  la chasse, et le lendemain (3
aot 1624), veill  trois heures, il prend son limier et va au bois
pour dtourner le cerf, y est deux ou trois heures, et revient tout
mouill  Marly. Il se jette sur un mchant lit sans dormir et, aprs
dner, va courir son cerf qu'il avoit dtourn. Il ne le prend point et
revient  Saint-Germain.

Hroard nous montre encore le Dauphin curieux de vouloir tout savoir,
ayant l'oeil et l'oreille  tout, se plaisant toujours  quelque
exercice pnible. Son got pour les oeuvres mcaniques lui fait,
tantt suivre un maon qui raccoustroit, tantt regarder des
charpentiers qui mettoient des cloisons. Voici par exemple une journe
o l'on voit la diversit de ses occupations et de ses instincts: Le
10 aot 1607 il se fait mettre dans son petit carrosse dcouvert
jusqu' la chapelle o il entend la messe, faisant des gambades sur son
carreau. Il va  son carrosse, y fait mettre dedans Madame, la petite
Vitry et le petit Gramont de la Franche-Comt. Il dit  l'oreille 
Hindret, son joueur de luth, qui le menoit: Je veux tre le valet
de pied, mais le dites pas. Deux pages tirent le carrosse, il va 
ct branlant les bras et marchant de l'air d'un laquais, se fait
appeler le petit Louis. Men en sa chambre, il se met sur les outils de
menuiserie; il a deux pages et deux garons de la chambre auxquels il
commande, leur fournit la besogne et se fait appeler matre Louis. Il
vient en ma chambre, me demande papier et encre, se met  peindre, fait
un oiseau, puis se met  faire Dondon, sa nourrice. Une autre fois,
il s'amuse  maonner une maison, porte lui-mme les pierres, ou bien
il pave lui-mme un chemin, porte le pav, le met en oeuvre. Roi, il
s'amusera  faire des paniers de menu jonc, clouera les tapis du
pied de son lit avec le tapissier, travaillera avec un mailleur ou
avec un excellent tourneur allemand qui lui apprendra  tourner. Le
15 octobre 1614, il s'amuse lui-mme  travailler avec le menuisier,
 dresser le jeu de billard, et le 12 janvier 1617  tablir une
batterie de petits canons qu'il avoit lui-mme fondus  sa forge.

Nous avons vu Louis XIII demander  sa mre de lui ter son gouverneur
M. de Souvr, parce qu'il ne pouvoit plus durer avec cet homme-l;
quinze jours avant il lui avait servi de cuisinier et de matre
d'htel. Le 13 octobre 1614 il tait all faire collation dans une
maison particulire; aprs avoir mang, il entre en la cuisine, met
M. le comte de la Rocheguyon  la porte pour huissier, et lui se fait
porter des oeufs, ayant t auparavant au poulailler pour en prendre.
Il donne deux cus  une femme qui lui en apporta six et un poulet,
se prend  faire des oeufs perdus et des oeufs pochs au beurre noir,
et des durs hachs avec du lard, de son invention. M. de Frontenac,
premier matre d'htel, fait une omelette; le Roi commande au petit
Humires de prendre un bton et de servir de matre d'htel, au sieur
de Montpouillan d'huissier,  d'autres de prendre des plats, et lui
prend le dernier et marche ainsi  la salle o toit M. de Souvr,
auquel il avoit command d'attendre ce qu'on alloit lui servir. Il fait
l'essai du plat qu'il portoit.

Le Dauphin montre des gots plus levs dans ses dispositions
naturelles pour la musique et le dessin. Suivant l'usage de l'poque,
deux musiciens taient attachs  sa personne pour l'endormir;
l'enfant les coutait avec transport, retenait les termes de leur art
et voulait mme faire sa partie avec eux. Le 23 fvrier 1608, il joue
du tabourin de basque fort bien, en concert avec Hindret, son joueur
de luth, et Boileau, son violon; il avoit appris de lui-mme. Men
pour donner le bonsoir au Roi et jouer leur concert, il s'arrte  la
porte du cabinet et ne voulut jamais entrer pour jouer, comme ayant
reconnu que c'toit chose messante  sa qualit; le Roi le sut et le
trouva bon. Le 11 aot 1609, il fait chanter et chante en concert
des chansons d'amour; mis au lit, il fait encore chanter _Laudate_ en
concert de voix, d'un luth et d'une mandore.

Un jour de la fte de Sainte-Ccile, M. de Souvr le vouloit mener 
Notre-Dame; le jeune Roi s'y refusait  cause, disoit-il, qu'il y
auroit une grande messe.--Oui, Sire, lui dit M. de Souvr, mais il y
aura de la musique que vous aimez tant!--Oui, mais il y en a de deux
sortes; il y en a une que j'aime point; c'toit le plain-chant.
La musique que le Roi prfrait tait celle que lui faisaient  son
coucher La Chapelle, excellent joueur d'pinette qui toit  lui, et
Bailly qui chantait en s'accompagnant du luth. Quand ils cessoient:
Chantez, chantez, disoit-il, ainsi que souloit faire le feu Roi son
pre, duquel il avoit toutes les mmes actions. Le 1er septembre 1612,
le Roi commence  apprendre  jouer du luth par Ballard, et  la fin
de l'anne 1616 on le voit encore chanter en concert avec les orgues,
sur lesquelles jouoit le sieur de La Chapelle.

Louis XIII enfant avait moins d'ardeur pour la danse, peut-tre parce
que cet exercice faisait partie de son ducation, tandis que la musique
et le dessin n'taient que des arts d'agrment qui ne lui taient
pas imposs. Cependant, le 21 fvrier 1608, il danse fort bien son
ballet des _Falots_ devant Henri IV qui en pleure de joie; mais plus
tard Hroard crit  la date du 5 janvier 1611: Dans  regret; il
n'aimoit pas la danse de son naturel, et si il faisoit bien; il le
fait pour faire les rvrences  M. de Souvr qui le foroit  les
bien apprendre. Dans les annes suivantes au contraire le Roi figure
lui-mme dans plusieurs ballets, et on sait qu'il se plaisait  en
composer.

Ds l'ge de trois ans, le Dauphin commence  crayonner sur du papier
et Hroard a conserv prcieusement ces premiers griffonnages, dans
lesquels il voit dj une merveilleuse inclination  la peinture; on
les retrouve dans le manuscrit de son journal, ainsi que les premiers
essais d'criture de l'enfant. Ces dispositions pour le dessin se
dvelopprent un peu plus tard, pendant les sjours  Fontainebleau o
de nombreux artistes,  la tte desquels se trouvait Martin Frminet,
continuaient les travaux de dcoration commencs sous Franois Ier. Le
14 dcembre 1606, le Dauphin s'amuse  peindre ayant fait venir un
peintre qui lui apprend; il l'coute et suit ce qu'il lui dit, maniant
aussi dextrement le pinceau que l'ouvrier, et tenant les couleurs au
pouce comme le peintre, qui lui fait tirer un visage. Le matin, il
avait dit  Mme de Montglat: Je peindrai, je vous ferai un beau petit
chrubin.--Ho! lui dit la gouvernante, vous tes un beau peintre! Vous
ne sauriez peindre le beau temps.--Si ferai.--Comment ferez-vous?--Je
prendrai du blanc, puis des couleurs de chair et du bleu.--Mais vous ne
sauriez faire le soleil ne la lune.--Si ferai.--Comment ferez-vous le
soleil?--Je prendrai du jaune et du rouge, et je les mlerai.--Et la
lune?--Je prendrai du blanc et du jaune, je les mlerai, puis je ferai
un visage, puis ce sera la lune. Le lendemain, il envoie qurir deux
jeunes peintres, dit qu'il veut apprendre  peindre; tant arrivs,
il prend les couleurs au pouce, peint des cerises aprs le crayon du
peintre, demande: Que faut-il que je fasse? Faut-il du blanc, du
rouge? et besogne dextrement et avec attention.

Deux jours aprs, c'est Frminet lui-mme qui vient donner au Dauphin
une leon dont Hroard a conserv les dessins, et son journal nous fait
assister  la petite scne d'intrieur qui se passe entre le prince et
le premier peintre du Roi. Aussitt que Frminet entre dans sa chambre,
le Dauphin lui montre ses peintures des jours prcdents et lui dit:
J'ai fait ces cerises, j'ai fait cette rose. M. Frminet, peintre
du Roi, excellent personnage, lui dit: Monsieur, vous plat-il que
je vous fasse faire un oiseau avec la plume? Il lui rpond gaiement:
Oui; Mamanga, envoyez qurir mon critoire; il met son papier sur
sa petite table et commence  griffonner tout seul un oiseau dont le
corps est sem de grosses taches d'encre: Les taches noires du milieu,
dit-il, ce sont les plumes. Frminet lui propose alors de lui conduire
la main et lui fait dessiner un perroquet, mais ce n'est pas sans
peine,  cause de l'impatience de l'enfant qui veut aller plus vite
que l'artiste. Frminet dessine ensuite une tte de profil et dit au
prince: Faites un visage comme celui-l.--Ho! ho! dit-il en souriant,
je ne saurois. Frminet lui reprend alors la main et lui fait dessiner
deux profils, puis, pour terminer la leon, l'artiste retourne le
papier et dessine une belle tte de guerrier coiff d'un casque;
l'enfant ravi lui donne pour le remercier une grosse poire.

Le 6 fvrier 1607, le Dauphin, qui est toujours  Fontainebleau, parle
dans son lit, avant de s'endormir, sur les peintures qu'il a faites,
d'un bois, d'une montagne, du ciel; qu'il n'avoit pas les couleurs pour
faire les ombrages du soleil et de la lune; que demain il achvera,
peindra la chasse au blaireau pour la prsenter  papa; il n'en pouvoit
sortir tant il y prenoit de plaisir. En effet, le lendemain, il
s'assied et accommode une petite toile carre, et la cloue sur un
petit ais pour peindre dessus, ayant auprs de lui le petit-fils de
l'un de ses jardiniers, qui savoit peindre et qui lui montre. Il le
suit avec son pinceau, froidement, attentivement, dextrement et avec
vouloir et affection d'apprendre. Ce dsir l'avoit fait lever plus
matin que de coutume, il y avoit de l'inclination comme aux autres
sortes de mcaniques. Ayant achev son bocage, il dit au petit peintre:
Faites l'accoustrer.--Monsieur, lui dit le peintre, y ferai-je faire
un chssis?--Oui, oui.--Monsieur, je n'ai point d'argent.--Mamanga,
donnez-moi de l'argent pour faire un chssis  mon petit tableau. Elle
lui baille deux quarts d'cu; il va au peintre et lui dit: Tenez, vel
deux quarts d'cus, gardez-en un pour en faire un autre. Trois jours
aprs le Dauphin tire de son pupitre le paysage qu'il avoit fait avec
le petit peintre; Mme de Montglat lui dit: Monsieur, il vous faut
crire.--Non, Mamanga, qu'on aille qurir le petit peintre; il aimoit
la peinture, rpte encore Hroard.

Une autre fois c'est Dupr, le graveur en mdailles, qui donnera au
jeune prince, toujours  Fontainebleau, une leon de modelage. Le 6
juin 1607, le Dauphin, qui pose pour un sculpteur en cire nomm Paolo,
s'amuse pendant ce temps  tirer en cire son mignon Descluseaux. Dans
l'aprs-midi il s'amuse, avec de la cire,  faire un visage, pendant
que M. Dupr, statuaire du Roi, le tire pour en faire une mdaille; il
sait tout ce qu'il faut faire et travaille fort dextrement, polit, fait
les cheveux, perce les yeux, les oreilles, tout sur la trace grossire
que M. Dupr lui en avoit faite. Le lendemain il dit  son mdecin
qu'il le veut peindre en cire pendant que M. Dupr l'achvera et
qu'il lui fera la barbe pointue comme une pingle.

Plus tard le Dauphin fait faire par Boileau, son joueur de violon, et
fait lui-mme des copies d'aprs quelques-uns de ces dessins dont la
mode s'tait conserve depuis le seizime sicle et que l'on nommait
des _crayons_; c'est tantt Duguesclin ou Louis XII, tantt ses deux
grands-pres Antoine de Bourbon et le duc de Toscane; lui-mme pose
pour Boileau et il fait attacher ces crayons sur la tapisserie de
sa chambre. Hroard a joint  son manuscrit une copie de la main du
Dauphin d'aprs un crayon reprsentant la marquise de Mnelay. Une
autre fois le Dauphin copie le portrait de la reine Jeanne de Sicile
et en huile le portrait du Roi qui toit devant lui; il toit fort
reconnoissable.

Louis XIII conserva toute sa vie son got pour la peinture et le
dessin. Lorsqu'au mois de fvrier 1611, Marie de Mdicis veut lui
acheter  la foire Saint-Germain une chane de diamants, il n'en
veut point, dit mieux aimer des tableaux, et  diverses reprises il
se remet  peindre ayant fait venir Bunel, l'un de ses peintres et
excellent. Le 25 juillet 1622, tant  Bziers, le Roi s'amuse 
peindre en crayon, ne laisse pas d'entendre ses affaires par M. de
Puisieux, secrtaire d'tat; et au mois d'aot 1627 on le retrouve
 Versailles, s'occupant encore  peindre. Si Hroard avait vcu
jusqu'aux derniers jours de son matre il l'aurait vu, quelques
semaines avant sa mort, ainsi que le rapporte Dubois, l'un des valets
de chambre du Roi, travaillant fort longtemps  peindre certains
grotesques,  quoi il se divertissoit ordinairement.


IV.

La libert de moeurs et de langage qui rgnait sous Henri IV commence
 disparatre avec Louis le Juste, que l'on a aussi surnomm Louis
le Chaste. Ds la premire anne de son avnement au trne, un jour
que le Roi fait faire la musique de voix et d'instruments et qu'il
parle des chansons qu'il vient d'entendre, M. de Souvr lui demande:
N'avez-vous point fait chanter de celles du feu Roi, qui toient
pour les amours de Mme la princesse de Cond et autres?--Non, rpond
le Roi.--Pourquoi?--Je les aime point, dit-il brusquement. L'anne
suivante, Concini s'tant permis au coucher du jeune Louis une
indcente plaisanterie sur la nourrice du Roi et sur les femmes qui
veillaient encore prs de son lit, le Roi, le regardant en colre,
lui tourne le dos en lui reprochant ces vilainies; et encore, le
25 dcembre 1619, comme il dnait  sa petite chambre o le prince de
Cond et plusieurs seigneurs se parloient de mots qui dpassoient la
gaillardise, le Roi dit: Je ne veux point que l'on dise des salets
et des vilainies.

Louis XIII n'avait non plus aucun got pour les fous de Cour, les
faiseurs d'horoscopes, les soi-disant potes  cervelle drange qui
taient admis familirement auprs de son pre. tant Dauphin, on le
voit chasser  coups de pied Engoulevent, prince des sots, qui tait
entr en sa chambre; il hassoit naturellement, dit Hroard, les
plaisants et bouffons. Une autre fois il renvoie de sa chambre un
gentilhomme de Normandie, nomm le sieur de la Vale, qui se mloit
de prdire par horoscopes et nativits; il s'adresse  lui parmi la
troupe, lui dit: Allez-vous-en, et le presse si fort qu'il fallut
sortir.

L'accs des rsidences royales tait alors d'une facilit inoue.
Les pouses de village y venaient danser le jour de leurs noces;
les merciers, les porte-paniers y entraient pour dbiter leurs
marchandises, les mendiants pour demander l'aumne; les musiciens
ambulants pntraient jusque dans l'intrieur des appartements. Le
10 juin 1604, on voit le Dauphin faire sortir de la salle du Roi,
 Saint-Germain, un cul-de-jatte qui jouoit du flageolet, disant:
Mettez dehors! qu'il joue, mais je ne le veux pas voir. Il ne veut
point voir Olyvette, folle de feu Mme de Bar (sa tante), ne veut point
voir matre Guillaume (fou de Henri IV), n'aime point les fols de cette
sorte. Son got pour la musique lui fait pourtant un autre jour,
pendant son dner, couter ce mme cul-de-jatte avec plaisir jusqu' ce
que, aprs avoir jou longtemps et deux violons avec lui, l'estropi
lui dit d'une voix rude: Monsieur, buvez  nous. Il devient rouge,
disant soudain: Je veux qu'il s'en aille. Son mdecin lui dit:
Monsieur, il est pauvre; il ne les faut pas chasser.--Il ne faut pas
que les pauvres viennent ici.--Monsieur, non pas tous, oui, bien ceux
qui vous font jouer comme lui.--Qu'il aille donc jouer l-bas. Mme
de Montglat l'en veut aussi distraire, il lui rpond: Mamanga, il
m'tourdit; et puis aprs il dit: Je ne bois qu' papa et  maman.

Hroard note dans son journal non-seulement les grands personnages qui
viennent visiter le Dauphin, mais encore les plus infimes. Pendant la
premire anne c'est une vritable procession de gens de toute sorte
qui font le voyage de Paris  Saint-Germain en grande troupe ou en
compagnie, et qui sont admis  voir l'enfant au berceau ou dans les
bras de sa nourrice. Tantt ce sont des courtisans qui rendent au
Dauphin le plus singulier hommage; tantt c'est une vieille revendeuse
de Paris,  moiti folle, qui se prend  danser devant lui, avec les
mots et les gestes les plus indcents. A ct de ces scnes burlesques
le mdecin nous en montre de touchantes, telles que celle du 28
avril 1602, o le lieutenant-gnral de Fontenay-le-Comte g de
quatre-vingts ans, arrive en jupe, se met  genoux et  pleurer, le
voit remuer, et s'en retournant dit  Mme de Montglat qu'il plt  Dieu
de donner  Monseigneur le Dauphin le bonheur de son pre, la valeur de
Charlemagne et la pit de saint Louis; et s'tant retourn pour s'en
aller, tant au coin du grand pavillon, il lve les mains au ciel et
dit: Dieu, m'appelle quand il lui plaira, j'ai vu le salut du monde.

Une autre visite d'un caractre bien particulier est celle que Sully
fait au Dauphin le 20 juillet 1606: A midi, M. de Sully, revenant de
Rosny, le vient voir. Mme de Montglat fait ouvrir la grande porte de
la salle; M. le Dauphin y est men en attendant M. de Sully; comme il
est au milieu de la cour, elle le fait courir au-devant de lui, pour
l'embrasser comme il faisoit au Roi. Il s'arme  l'accoutume, est
piquier, fait armer la compagnie, entre en garde, va  la charge, fait
les exercices. M. de Sully lui donne cinquante cus en quadruples, ses
soldats les lui arrachent des mains; il n'eut presque pas le temps
de les manier; il ne lui en demeura qu'une pice qu'il tient ferme
contre Montailler, tailleur de Mme de Montglat, dont il s'crie: H!
maman, Montailler me l'arrache; elle y vient, la prend et fait rendre
les autres, qu'elle retient. Il n'en dit mot, ne s'en plaint point,
mais peu aprs il dit: Mais moi je suis soldat et je n'ai point eu
d'argent; M. de Sully lui donne un doublon, puis s'en va. Aprs
avoir constat cette grande indiscrtion envers le Dauphin, Hroard
ajoute en marge de son manuscrit que Mme de Montglat eut quatre de ces
doublons, le chevalier de Vendme un, le musicien Hindret, un, etc.

On a d'autres exemples de cette incroyable avidit de la gouvernante;
le 30 septembre de la mme anne, aprs avoir soup avec le Roi, le
Dauphin suit son pre en la chambre de la Reine, laquelle lui donne
deux pices de monnoie d'or. Ramen en sa chambre, querelle pour ces
deux pices d'or entre Mme de Montglat et sa nourrice, lui bien empch
pour les contenter toutes deux. Moins de deux mois plus tard, le 20
novembre, le Dauphin est men dans la chambre du Roi o se trouve
Sully. Mme de Montglat lui dit: Monsieur, l'on dit que vous tes
avaricieux, demandez  M. de Sully de l'argent pour donner. Il ne dit
mot et ne veut point; il ne demandoit pas aisment, de peur d'tre
refus; il s'en offensoit. Mme de Montglat l'en presse, et sur cela
il entend que M. de Sully disoit: Il n'est pas encore temps; il se
retourne soudain, comme dpit, disant: C'est pas du sien, c'est de
celui  papa, et s'en va. Mme de Montglat le retire vers M. de Sully:
Monsieur, dit-elle, dites  M. de Sully qu'il fasse pour moi ce que
je lui demanderai.--Qu'est-ce?--Monsieur, dites-lui seulement cela. Il
demanda toujours ce que c'toit, et enfin, fort press, dit par acquit
et se retournant: Faites cela pour Mamanga, et s'en va tout dpit.

Le Dauphin n'aimait pas  s'adresser  Sully, et disait de lui: C'est
un glorieux. Quelques jours avant l'assassinat de Henri IV il est
men en carrosse  l'Arsenal o M. de Sully lui demande: Monsieur,
voulez-vous de l'argent?--Non, dit-il par ddain.--Mais, Monsieur,
dites si vous en voulez, et il le lui demande par plusieurs fois.--Si
vous en voulez bailler, rpond le Dauphin, faites l'apporter  Monsieur
de Souvr. Il avoit cueilli des brins fleuris d'un arbre qui lui avoit
plu; M. de Sully lui dit: Monsieur, quand vous reviendrez ici, vous
trouverez cent bourses pleines d'cus sur cet arbre-l que vous avez
trouv beau.--Ce sera un bel arbre, dit-il, ngligemment et sans le
regarder. Cependant lorsqu'au commencement de 1611, Sully est dmis
de la garde de la Bastille et de la surintendance des finances, le Roi
dit  M. de Souvr: L'on a t mousseu de Sully des finances?--Oui,
Sire.--Pourquoi? demande-t-il, avec contenance d'tonnement.--Je n'en
sais pas les raisons, rpond le gouverneur, mais la Reine ne l'a pas
fait sans beaucoup de sujets, comme elle fait toutes choses avec grande
considration. En tes-vous marri?--Oui.

La figure du brave Crillon, lorsqu'il visite le Dauphin, est un
peu celle d'un capitan de comdie. Le 19 avril 1605, arrive M.
de Crillon, mestre de camp du rgiment des gardes, qui ne l'avoit
pas encore vu; le Dauphin lui te son chapeau, lui donne sa main
 baiser, disant: Bonjour, moucheu de Crillon. M. de Crillon
lui dit: Monsieur, voulez-vous que je tue cettui-ci, cettui-l?
en montrant les personnes qui sont autour de lui.--Non, rpond
l'enfant tonn.--Qui donc? demande Crillon.--Les ennemis de papa.
Ces manires semblent si tranges au Dauphin, qu'un peu plus tard,
lorsque Crillon accompagnant le Roi revient  Saint-Germain et que
Henri IV demande  son fils: Qui est celui-l? il rpond: Le fou.
M. de Crillon lui dit brusquement s'il vouloit qu'il battt M. de
Souvr.--Non.--Si je ne le bats point, m'aimerez-vous?--Oui. Le 6
avril 1606, Crillon vient encore voir, pendant son goter, le Dauphin
qui ne veut pas lui dire adieu; Mme de Montglat l'en tance dans sa
petite chambre: Mais, Mamanga, c'est un mchant homme. Je suis brave,
je suis furieux! dit-il, en faisant les contenances de M. de Crillon.

Le Dauphin est en perptuelle opposition contre tout ce qu'il voit
et ce qu'il entend, au grand tonnement de son mdecin lui-mme.
Un jour,  Fontainebleau, une troupe d'gyptiens vient danser au
chteau et les gens de service se divertissent avec les bohmiennes.
Le Dauphin regarde danser ces gyptiens, mais il dfend que pas un
des siens danse avec leurs femmes; le soir on parlait devant lui de
ce qu'il n'avoit permis la danse aux siens avec ces femmes. Hroard
lui demande: Monsieur, voudriez-vous bien que j'eusse dans avec
elles?--Non, dit-il, je ne voudrois pas que vous eussiez touch la
main  ces vilaines femmes; elles sont si sales! Le lendemain on fait
entrer ces bohmiens pendant son dner, alors il ne veut plus manger
que l'on ne fasse sortir trois gyptiens, disant qu'ils sentoient
mauvais.

Cette rpugnance du Dauphin fait comprendre la rsistance que Henri IV
rencontre chez son fils la premire fois qu'il veut lui faire laver
les pieds aux pauvres  sa place, le jour du jeudi saint: Je ne veux
point, dit-il, la veille, ils sont puants, et le lendemain lorsqu'on
lui demande s'il lavera bien les pieds aux pauvres, il rpte encore:
Non, je ne veux point, ils ont les pieds puants. On juge de ce que,
Roi et  peine g de neuf ans, il dut souffrir lorsque, quelques
jours aprs son sacre, il eut  toucher plus de neuf cents malades
des crouelles. Il se reposa quatre fois, dit Hroard, mais peu, ne
s'assit qu'une seule fois. Il blmissoit un peu du travail, et ne
le voulut jamais faire parotre, ne voulut pas prendre de l'corce
de citron. Le jour de l'Assomption 1611, le Roi touche quatre cent
cinquante malades, se trouve foible; il faisoit une extrme chaleur;
ayant lav les mains avec du vin pur et respir du vin, il revient 
lui. En 1613, il touche jusqu' onze cent soixante-dix malades; mais
lorsqu'en 1619, Hroard lui demande s'il toucheroit les malades (il
y avoit de la peste  Paris), le Roi lui rpond avec colre: Non!
mais ces gens-ci me pressent si fort, si fort! Parlez  eux, ils me
perscutent si fort! Ils disent que les rois ne meurent point de la
peste; ils pensent que je sois un roi de carte!


V.

Tous ceux qui s'occupent de l'histoire de l'art franais savent par
exprience combien sont rares les renseignements qu'on peut trouver sur
ce sujet dans les collections de mmoires et de chroniques, et l'on ne
songerait gure  aller chercher des indications de ce genre dans le
journal d'un mdecin. Hroard en donne cependant de trs-prcieuses, de
trs-nouvelles et de trs-inattendues. On a dj pu voir d'aprs lui
un Louis XIII artiste, que l'on connaissait  peine sous ce rapport;
assistons maintenant aux sances dans lesquelles le Dauphin pose pour
les dessinateurs, les peintres, les sculpteurs chargs successivement
de reproduire son effigie.

Le premier en date est Charles Decourt, peintre du Roi, dont les
dessins, s'il en subsiste encore aujourd'hui, doivent tre attribus
 l'un des Du Monstier. En effet les quatre portraits du Dauphin que
Decourt fait de 1602  1607, le premier par commandement de la Reine,
pour l'envoyer  Florence, sont tous peints en crayon.

Le 27 mars 1602, c'est le peintre du Quesnel qui peint le Dauphin en
pied, de grandeur naturelle, il avoit deux pieds et demi; ce portrait
parat destin  la duchesse de Mantoue, soeur de Marie de Mdicis et
tante de l'enfant.

Le 25 fvrier 1603, le Dauphin est amus dans sa petite chaise,
auprs du peintre nomm Charles Martin, demeurant  Paris, sur le
pont Notre-Dame, prs Saint-Denis de la Chartre; l'indication est
prcise et ne peut se rapporter qu' un portrait. En 1604, le Dauphin
est encore peint par le sieur Martin, et un an plus tard l'enfant
se rappelle cette circonstance; en gotant il entend parler de M.
Martin et dit: C'est celui qui a fait la peinture de moucheu le
Dauphin. Le 3 mars 1605, il s'amuse seul, sans dire mot, avec un
petit puits d'argent... donnant une extrme patience  se laisser
peindre par matre Jehan Martin; ce matre Jehan Martin est-il le
mme que le Charles Martin cit deux ans avant, et y a-t-il dans le
journal une erreur de prnom? Quoi qu'il en soit, ce doit bien tre
ce dernier matre Martin qui, au mois d'aot 1605, fait le portrait
de Mme lisabeth, ge de deux ans, et qui, le 10 mai 1606, peint
d'aprs le Dauphin un portrait dont Hroard nous donne cette minutieuse
description: Matre Martin, son peintre, vient pour le peindre, le
peint arm de son corcelet, sous sa robe de velours cramoisi garnie
d'or, l'pe au ct et la pique de la main droite, la tenant droite,
la tte couverte de son bonnet de satin blanc, d'enfant, avec une plume
blanche; c'est la premire fois qu'il ait t ainsi peint. Le Dauphin
se fait donner des couleurs et un pinceau, imite le peintre mlant
ses couleurs, regarde parfois la besogne de son peintre. Il tenoit sa
chienne Isabelle, la caressoit, la baisoit, l'appeloit sa mignonne, car
il aimoit extrmement les chiens; il disoit  son peintre qu'il peignt
sa chienne auprs de lui. Mlle Mercier lui dit: Monsieur, il ne faut
pas que ceux qui sont arms aient des chiens avec eux; il rpond
soudain: Mais ce sera pour prendre les ennemis par les jambes.

Voici deux autres _crayons_ d'aprs le Dauphin: Le 20 mars 1604, il
voit le jeune Du Monstier, peintre, se posant devant lui avec un
portefeuille, et, croyant que c'est pour crire, il lui dit: crivez.
Hroard lui explique: Monsieur, il veut crire votre visage, votre
nez, vos yeux. Alors le Dauphin dit au peintre: crivez-moi; il
lui soutient doucement le portefeuille et a peur de l'empcher. Le
lendemain il s'amuse  ses checs d'argent pendant que le jeune Du
Monstier tire son crayon. Le 27 septembre suivant, jour o le Dauphin
a trois ans accomplis, il s'amuse encore  ses checs d'argent,
pendant que Mallery en tire le crayon.

Voyons maintenant les sculpteurs: Le 20 aot 1604, le Dauphin baise
un portrait en cire de la Reine, assez mal fait, qu'il reconnut; il est
tir en cire, avec sa nourrice, par le sieur Paolo, pour tre port
en Italie. Une autre fois, il se joue, tenant un portrait du Roi,
fait en cire, dans une bote d'ivoire, et s'amuse  travailler sur de
la cire, comme il avoit vu faire au sieur Jehan Paulo. Ce Paolo fait
encore un portrait en cire du Dauphin,  la date du 6 juin 1607.

Le 21 septembre 1604, c'est une figure en terre, destine sans doute
 tre cuite  la poterie de Fontainebleau, o l'on fabriquait de
_rustiques figulines_ dans le genre de Bernard de Palissy. Ce jour-l
le Dauphin, aprs avoir t dire adieu au Roi et  la Reine qui
allaient  la chasse, est ramen pour tre retir tout de son long, en
terre de poterie, vtu en enfant, les mains jointes, l'pe au ct,
par Guillaume Dupr, natif de Sissonne prs de Laon. A trois heures et
demie got; il donne la patience au statuaire tout ce qui se peut. On
a vu, plus haut, ce mme Dupr, statuaire du Roi, modeler le 6 juin
1607 une mdaille du Dauphin. M. A. Jal, dans son utile _Dictionnaire
critique de biographie et d'histoire_, nous apprend que le clbre
graveur en mdailles Guillaume Dupr tait protestant; mais il n'a pas
trouv son acte de dcs sur les registres du temple de Charenton,
et il en conclut que Dupr n'est pas mort  Paris. Quant au lieu de
naissance de Dupr Mariette prtend qu'il tait de Troyes, et la date
de cette naissance est galement inconnue. Peut-tre l'indication
formelle donne par Hroard servira-t-elle  retrouver des dates
prcises pour la biographie d'un de nos plus minents artistes.

Il est un autre sculpteur du nom de Dupr ou de Desprs qui vient
modeler encore une statue du Dauphin, mais malheureusement Hroard
ne donne cette fois que des renseignements vagues et difficiles 
claircir. Le 10 mars 1605 arrive un sculpteur envoy de la Reine;
le Dauphin lui demande: Peintre, comment vous appelez-vous? Il
rpond: Desprs. Il est tir en bosse de cire pour jeter en fonte par
Desprs. Cinq jours aprs, nouvelle mention de ce statuaire dont le
nom est laiss en blanc, et qui est dsign comme Flamand de naissance
et retir  Florence. Il continue  travailler  son modle de cire de
la hauteur d'un pied et demi qui, par le commandement de la Reine,
doit tre jet en or pour l'envoyer  l'Annonciade de Florence. Le
Dauphin dit: C'est mon frre de cire, s'amuse  son petit mnage
d'argent et dit  M. de Vendme: Allez-vous-en. Mme de Montglat l'en
reprend, il rpond: Ce n'est pas moi, c'est mon petit frre de cire
qui l'a dit. Enfin, le 17 mars, troisime et dernire sance de deux
heures, pour achever de tirer sa figure de cire par Du Pr, dont le
prnom reste en blanc.

Hroard ne donne pas non plus le nom de famille d'un peintre italien
attach  un neveu de Marie de Mdicis, le prince Ferdinand de
Gonzague; le 21 aot 1606, pendant que le Dauphin s'amuse  peindre,
cet artiste, du prnom de Francesco, le pourtrait de son long.

Le lendemain du jour o l'on a vu le premier peintre de Henri IV
donner une leon de dessin au Dauphin (18 dcembre 1606), M.
Frminet commena de le peindre, et le Dauphin ayant dit: Mamanga,
je voudrois bien avoir des couleurs, mais je voudrois des siennes,
elles sont plus belles, on lui en envoie qurir au logis du sieur
Frminet, au jardin des Canaux; il s'en amuse avec le pinceau. Le
23, M. Frminet achevoit de le peindre, lui s'amusant  peindre, et
il fit un oiseau sur de la toile avec de la craie. Nous ne pouvons
quitter Frminet sans montrer le Dauphin fuyant son matre d'criture
pour aller voir travailler le peintre de la chapelle de la Trinit, ou
bien se promenant dans les appartements de Fontainebleau en faisant
ses observations enfantines. Le 16 aot 1608, il ne se peut mettre 
l'criture; y ayant demeur un quart d'heure, il sort et dit  M. de la
Court, exempt des gardes: La Court, je ne sarai rien faire qui vaille,
allons voir Frminet; c'toit une excuse. Il vient en ma chambre,
y joue  la paume, va  la galerie qui mne  la volire, puis s'en
retourne  la chapelle y trouver Frminet; ce n'toit que pour fuir
l'cole. Trois jours aprs, le 19 aot, il monte tout au haut de son
pavillon,  la chambre de sa nourrice et  celle des peintures de M. de
Franco, peintre du Roi; y a got.

Le lendemain il vient dans la chambre d'Hroard pour y crire, y
trouve M. Frminet, peintre du Roi, celui qui a fait les desseins
et les peintures de la chapelle. Il est bien aise de trouver cette
occasion et demande  voir ce qu'il en avoit fait, y va, monte par un
escalier de bois tenant  la garde-robe de M. d'Anjou, au bout de la
galerie lambrisse, sur un chafaud prs de la vote de la chapelle,
sans peur ne tonnement, se plat  voir les peintures, y est assez
longtemps; s'en retournant il dit: Aussi vrai, vel qui est bien
fait; descendu il s'en va voir les peintures qui toient l o se
mettent les musiciens, y monte par une petite chelle, y voit une
Annonciation et dit encore: Aussi vrai, vel qui est bien fait. Il se
fait descendre par un trou entre deux planches.

L'anne prcdente, comme le Dauphin se promenait dans la galerie
de Fontainebleau, Mme de Montglat lui montre la peinture d'un
lopard, lui demande que c'est, il rpond: Je sais pas.--Monsieur,
c'est un lopard.--Il ressemble  de Hoey. C'toit un peintre; il
toit vrai. Il avoit l'imagination fort bonne. M. de Malleville lui
montre une voile de navire et lui demande: Monsieur,  quoi sert une
voile?--C'est pour faire aller le navire, car le vent le pousse. Il y
avoit des H peintes, Mme de Montglat lui demande: Quelle lettre est
cela?--C'est un H; quand je serai grand je ferai mettre des L auprs.

Le dernier portrait du jeune Louis comme Dauphin est de bien peu
antrieur  son avnement au trne; le 16 fvrier 1610 en tudiant,
il est peint par Bunel, peintre excellent qui est au Roi.

Dans la seconde partie de son journal, Hroard ne mentionne que deux
portraits de Louis XIII: l'un de Porbus, flamand, peintre excellent,
qui le 11 fvrier 1611 le tire de sa hauteur pendant qu'il se joue 
des petites besognes; l'autre de Fernand, aussi peintre excellent;
pendant que le Roi est au bain (2 aot 1617) il le peint tant dans
l'eau.

Le mdecin rapporte encore un trait d'humanit du jeune Roi envers un
artiste, mais il ddaigne de donner le nom de ce pauvre diable; le 16
juillet 1611 un certain peintre lui apporte un portrait de cire de
son visage; le Roi lui demande: Combien en voulez-vous?--Sire, il
vaut bien deux pistoles.--En vel sept.--Sire, ma pauvre femme est
bien malade; s'il vous plat de me donner quelque chose pour la faire
assister?--Tenez, je vous donne tout ce que j'ai, dit le Roi en vidant
sa bourse; il y avoit encore sept pistoles.

Ce n'est pas seulement  propos des portraits de Louis XIII que le
journal d'Hroard nous fournit  et l des renseignements utiles
 recueillir pour l'histoire des arts, et lorsqu'il nous montre le
Dauphin jouant avec ses petits marmousets de poterie, le bon mdecin
ne se doute pas qu'il va jeter quelque lumire sur une question dont
on se proccupait peu de son temps, mais qui de nos jours a le plus
vif intrt pour les amateurs de curiosits. Nous voulons parler
de ces nombreuses pices de faence franaise, datant videmment du
commencement du dix-septime sicle, et classes jusqu' prsent, faute
de documents certains, sous le nom de _faences de l'cole de Palissy_.
Les collectionneurs pourront dsormais dsigner avec certitude sous
le nom de _faences de Fontainebleau_ quelques-unes de ces pices, et
entre autres le plat reprsentant Henri IV, Marie de Mdicis portant
le Dauphin, et  ct d'eux _ff Vendme_, ce frre naturel de Louis
XIII dont il est si souvent question dans Hroard. Divers passages de
son journal servent  reconnatre les produits de cette poterie de
Fontainebleau o le Dauphin va frquemment acheter ses jouets. Ainsi,
le 20 mars 1608, il s'en va  la poterie; on lui demande ce qu'il
veut?--Attendez, j'y songe: Combien vendez-vous cela? dit-il en
montrant la figure du Roi. On lui en demande trois cus; il commande
de les bailler, prend l'effigie du Roi, l'embrasse, la donne  porter
 sa nourrice. Le 7 mai suivant la princesse de Conty devait danser
un ballet dans la chambre de la Reine et venir aprs dans celle du
Dauphin. On lui propose de faire prparer une collation de petites
pices qu'il avoit prises en la poterie, et, le ballet fini, il mne
toutes les personnes qui l'avaient dans  sa collation; et de rire,
et de faire des exclamations: c'toient des petits chiens, des renards,
des blaireaux, des boeufs, des vaches, des curieux, des anges jouant
de la musette et de la flte, des vielleurs, des chiens couchs, des
moutons, un assez grand chien au milieu de la table, un dauphin au haut
bout, un capucin au bas.

Ce petit catalogue se trouve complt  diverses reprises; ainsi, le
23 octobre 1604, le Dauphin men  la poterie s'y joue longtemps
et voulut avoir un cheval blanc. Le 7 novembre 1606, il s'amuse
 mettre en bataille, file  file, toute sa compagnie de pices de
poterie, et le Dauphin toit  la tte. Le 12 dcembre suivant,
il s'amuse  un chandelier de poterie, dont il fait une fontaine,
siffle d'un rossignol de poterie o il fait mettre de l'eau, s'amuse
au buffet du roi, fait du temps du roi Franois Ier, qui s'ouvroit
par un marmouset. Le 29 mai 1607, il va  la poterie, o il prend
plusieurs pices, chiens, lions, taureaux, puis revient en sa chambre
o, sur le tapis de pied, il les fait combattre. Le 5 juin suivant,
le fils de M. de Saint-Luc, g de quatre ans, vient dire adieu au
Dauphin. Hroard lui demande bas  l'oreille: Monsieur, vous plat-il
pas de lui donner quelque chose?--Oui.--Monsieur, quoi?--Un cheval
marin (qui toit de poterie).--Monsieur, vous plat-il que je l'aille
qurir?--Oui, mais ne prenez pas celui qui est cass. Enfin, le 24
avril 1608, le petit duc d'Orlans, frre pun de Louis XIII, donne
 la fille de Mme de Montpensier une petite nourrice de poterie qu'il
tenoit; on sait que cette figure a t attribue jusqu' prsent 
Bernard de Palissy.

Hroard nous signale aussi  diverses reprises (et quelquefois par
des descriptions qui pourraient servir  les reconnatre si on les
rencontrait aujourd'hui dans quelque collection) les bijoux, les pices
d'orfvrerie, les objets prcieux de toute sorte, donns en prsent
au Dauphin. C'est d'abord Henri IV qui envoie  son fils g de deux
ans une croix du Saint-Esprit, premier prsent que le Roi lui a fait,
la croix tenue par un dauphin maill de bleu. Marie de Mdicis lui
donne une enseigne de diamants avec un bouquet de plumes d'argent,
une autre fois le petit coffret d'argent o elle mettoit ses pendants
d'oreille, puis une petite montre couverte de diamants. Le 15
septembre 1610 la Reine lui veut donner des petites besognes, comme
des _Agnus Dei_, garnis de diamants; il ne les prend pas et demande
un petit livre couvert de diamants, que la Reine lui refuse, disant
que le feu Roi son pre le lui avoit donn; il le dsiroit pour le
mettre en son oratoire.

Ce n'est pas la reine Marguerite qui aurait eu le courage de refuser,
et les prsents qu'elle fait au Dauphin sont les plus magnifiques de
tous. La premire fois qu'elle le voit c'est: un Cupidon parsem de
diamants, assis sur un dauphin, et tenant un arc d'une main et un
brandon de l'autre, parsem de diamants; au ventre du dauphin il y
avoit une meraude grave d'un dauphin couronn et entour de petits
diamants. Elle lui donne encore un petit cimeterre parsem de
diamants et  Madame un serre-tte de diamants. Un autre jour elle
lui envoie un navire d'argent dor, sur roues, allant au vent  la
hollandoise; lors de la foire de Saint-Germain, elle lui donne une
enseigne et un cordon de diamants, le tout estim  deux mille cus,
et elle commande  l'orfvre de lui bailler tout ce qu'il demanderoit,
promettant de le payer.

La princesse d'Orange, fille de l'amiral Coligny, a aussi pour le
Dauphin une amiti singulire; en revenant de Flandre elle lui apporte
des ouvrages de la Chine,  savoir: un parquet de bois peint et dor
par dedans, peint des feuillages, arbres, fruits et oiseaux du pays,
sur de la toile qui lioit les ais de demi-pied; l'on s'en servoit comme
de cabinet. Elle donne  Madame de la vaisselle tissue de jonc et
crpie, par le dedans, de laque, comme cire d'Espagne. Mme de Montglat
demande au Dauphin: Monsieur, aimez-vous bien Mme la princesse
d'Orange?--Oui.--Hroard lui demande: Comment l'aimez-vous?--De tout
mon coeur. Mme la princesse d'Orange en rougit et en pleura de joie.
On lui avoit donn le matin de petites besognes de bois qui se font
en Allemagne; le lendemain (16 aot 1605) il fait porter son petit
cabinet de la Chine, se met dedans et se joue avec ses petits jouets
d'Allemagne et d'argent.

Un autre prsent fait  la soeur ane du Dauphin, Mme lisabeth, par
sa marraine l'infante Isabelle, gouvernante des Pays-Bas, est une
chane de diamants, o tenoit au bout une enseigne de diamants, en
laquelle toit une relique des os de sainte lisabeth.

Lorsque Csar de Vendme pouse Mlle de Mercoeur, le Dauphin reoit
de Mme de Mercoeur une petite chane de chiffres d'or, o pendoit un
Hercule enrichi de petits diamants, et  la base au-dessous toient
crits ces mots: _La grandeur de ton pre et ta vertu te font plus
grand qu'Hercule_. Enfin le Dauphin reoit encore de l'lecteur de
Brandebourg un chiquier o les carrs toient d'ambre jaune, et
au-dessus les rois de France en ivoire.

On peut aussi, avec Hroard, reconstituer en partie le riche cabinet
d'armes de Louis XIII. Sa premire pe lui est donne  l'ge de un an
par la belle Corisande, ancienne matresse de Henri IV, qui lui envoie
aussi sa premire arbalte. La duchesse de Bar, tante du Dauphin, lui
envoie, le 26 janvier 1603, un charmant joujou, des armes compltes
de la hauteur d'un demi-pied, et  la fin de la mme anne les dputs
de Moulins lui offrent, au nom de la ville, sa premire armure: une
pe, une lance et une paire d'armes compltes qu'il revt le 14
juillet 1604, et dont il se joue encore deux ans aprs: le 5 juillet
1606, il monte tout en haut de sa garde-robe, o il fait prendre
ses armes toutes compltes, faites  Moulins, les fait porter en sa
chambre avec la croix (pour les suspendre), les fait accommoder dessus,
y travaille lui-mme, va qurir en son armoire son pe rouge et la
y fait ceindre, puis fait apporter sa pique, la met lui-mme sous le
brassal, toute droite comme s'il et t en sentinelle.

Le 31 octobre 1604, M. de Blainville, marchal des logis de sa
compagnie de gendarmes, lui fait prsent d'une belle et petite
arquebuse d'un pied et demi de long, et c'est avec cette arquebuse,
faite  Rouen par Timothe, et qu'il appelait _la Blainville_, que,
le 21 octobre 1611, le jeune Roi tirera pour la premire fois  balle.

Le 18 septembre 1605, le duc de Lorraine envoie au Dauphin un
mousquet dans un fourreau de velours vert et une bandoulire brode
d'or et d'argent, les charges d'or maill et la fourchette qui toit
un dauphin. En 1606, M. de Rosny, que l'on n'appelle pas encore
Sully, lui donne un petit canon d'argent; en 1607, le prince de
Galles, frre an de Charles Ier, lui envoie une escopette et une
couple de petits pistolets.

Hroard indique encore deux armures compltes donnes  Louis XIII:
l'une prsente au Dauphin en 1609, de la part du duc de Lesdiguires,
avait t faite  Milan et avait cot mille doublons; l'autre est
envoye au Roi, en 1611, par le prince Maurice de Nassau.

A la fin de l'anne 1611, Louis XIII possdait sept arquebuses; le 1er
janvier 1614 il en a quarante, et six semaines aprs cinquante-cinq.
Le Roi avait sans doute fait cette nombreuse acquisition  la foire de
Saint-Germain, car le 4 fvrier 1616, il va en carrosse  la foire
Saint-Germain des Prs o il a achet quatre arquebuses, ayant mpris
toutes autres sortes de marchandises. Son cabinet d'armes le suivait
dans ses voyages, et une des occupations favorites du jeune Roi tait
de dmonter et de nettoyer lui-mme ses arquebuses.

Cet instinct particulier, qui le porte en toute circonstance  faire
lui-mme oeuvre de ses mains, devait naturellement dtourner le jeune
Roi de concevoir et d'entreprendre ces grands travaux de btiments
affectionns par son pre Henri IV et repris depuis avec tant de
passion par son successeur Louis XIV, le fils tardif de Louis XIII et
d'Anne d'Autriche. Dans la seconde partie de son journal Hroard nous
montre assez frquemment le Roi, posant la premire pierre de divers
monuments, tels que: le btiment neuf de Vincennes et le collge de
Cambrai (1610), l'aqueduc d'Arcueil (1613), le soubassement de la
statue de Henri IV sur le Pont-Neuf (1615), le portail de Saint-Gervais
(1616), le pont Saint-Michel (1617), les Rcollets de Saint-Germain
(1621), les Carmlites de Toulouse (1622). Ces crmonies devaient
plaire au jeune Louis qui y trouvait une occasion publique de montrer
son adresse et faisait merveilles, en jetant le mortier pris dans
un bassin d'argent, avec une petite truelle d'argent. La dernire
mention de ce genre est  la date du 28 juin 1624. Dans cette journe
le Roi monte  cheval; part du Blanc-Mesnil (rsidence du secrtaire
d'tat Potier d'Ocquerre), arrive  Paris  une heure, va au Louvre
pour mettre la premire pierre du pavillon du ct du jardin, avec une
mdaille de la face et du revers du pavillon faite par M. Grotius,
flamand, homme trs-docte. Au partir de l il est all  l'Htel de
Ville, y a got, y met la premire pierre d'une fontaine que l'on
avoit fait venir en la place des eaux de Roungy, puis monte  cheval,
va au galop  Versailles, y arrive  cinq heures, va  la chasse au
renard, revient souper  huit heures.

Le chteau de Versailles, o l'on vient de voir le Roi se retirer
et chasser encore aprs une journe aussi fatigante, est la seule
construction de quelque importance  laquelle Louis XIII ait attach
son nom. On sait par Flibien avec quelle pit pour la mmoire du feu
Roi son pre Louis XIV voulut conserver les btiments qui s'lvent
encore au centre de ce chteau et entourent la cour de marbre. Ds le
mois de fvrier 1621, Hroard nous montre le Roi chassant et dnant
pour la premire fois  Versailles, terre qui appartenait alors 
l'vque de Paris, Jean-Franois de Gondi, mais dont le vieil
chteau tait depuis longtemps ruineux et inhabitable; puis le nom
de Versailles ne revient qu'au commencement de l'anne 1624, aprs
une lacune de plus de onze mois dans le manuscrit du mdecin. Sans
cette interruption si regrettable, on saurait de source certaine
comment Louis XIII peut, en moins d'une anne, crer  Versailles une
installation assez rapide et assez complte pour qu' la date du 9
mars 1624, Hroard crive: Il entre en carrosse et va pour la chasse
 Versailles, y dne, par aprs monte  cheval, va courir un cerf, le
prend, revient de bonne heure et prend un renard. Aprs souper il va
en sa chambre, fait faire son lit qu'il avoit envoy qurir  Paris,
y aide lui-mme. Cette installation est dfinitive au milieu de la
mme anne, et le Roi passe  Versailles une semaine entire; le 30
juin 1624, le Roi tant  son chteau de Versailles fait tenir sur
les fonts de baptme par un de ses gentilshommes la fille de Franois
Mongey, concierge du chteau de Versailles; le 2 juillet il va 
la messe, va faire donner la cure du cerf  ses chiens, revient au
chteau, va faire faire l'exercice  ses mousquetaires, puis a trac le
plan de la basse cour de sa maison de Versailles. Le 2 aot suivant,
aprs souper il monte  cheval, part de Saint-Germain, va au du
de chacun  Versailles, o il arrive  huit heures et demie, s'amuse
 voir toutes les sortes d'ameublements que le sieur de Blainville,
premier gentilhomme de la chambre, avoit fait acheter, jusques 
la batterie de cuisine. En 1626, le Roi fait la Saint-Hubert 
Versailles, y donne un excellent festin aux Reines et princesses, o
il porte le premier plat, puis s'assied auprs de la Reine. Il y fit
garder un ordre merveilleux, puis leur donna le plaisir de la chasse.

Pendant la dernire anne du journal et de la vie d'Hroard, on voit
encore Louis XIII, malade, languissant de corps et d'esprit, se traner
 Versailles o un jour, pour se distraire, il mange d'un pt que
M. le cardinal de Richelieu avoit envoy  ses mousquetaires. Le 24
aot 1627, le Roi arrive en carrosse  Versailles, se met auprs du
feu, puis sur son lit,  midi dne  table, puis va en sa chambre,
se couche sur son lit, se fait couvrir les jambes de sa robe fourre,
y est environ une heure, s'amuse  peindre. A quatre heures et demie
il sort  pied, va  la porte entretenir les soldats du corps de
garde, puis entre dans son petit carrosse tir par un cheval et va
se promener, voir son plant. Enfin la fivre disparat, et le 15
septembre 1627 le Roi renvoie tous les mdecins qu'on avoit appels;
le surlendemain Louis XIII retourne  Versailles pour quelques jours,
et y fait encore faire l'exercice  ses mousquetaires, avant de les
emmener au sige de la Rochelle, o le fidle premier mdecin du Roi
devait terminer ses jours.


VI.

Dans ses _Mmoires pour servir  l'histoire de la facult de
Montpellier_, un ancien professeur de cette cole de mdecine, Jean
Astruc, crivait vers 1760: Il est fcheux d'tre oblig, comme je
le suis, de prendre les particularits de la vie de Jean Hroard
dans les ouvrages d'un de ses plus grands ennemis. Cette fcheuse
obligation, ajouterons-nous, se rencontre dans presque toutes les
questions biographiques, et, que le personnage dont on s'occupe soit
des plus clbres ou appartienne  un ordre secondaire, l'on est  peu
prs certain de se trouver en prsence de renseignements incomplets,
contradictoires, errons, dicts par la lgret ou par la passion.
Les documents qui peuvent servir  composer une notice sur le premier
mdecin de Louis XIII offrent les mmes difficults de contrle et vont
nous laisser dans l'incertitude sur bien des points.

Jean Hroard toit de Montpellier, dit le docteur Astruc. Il fut
immatricul dans le registre de la Facult le 27 aot 1571, et prit ses
degrs en 1575. Ces dates sont positives et doivent avoir t releves
sur les registres de la Facult de Montpellier; il n'en est pas de mme
de celle de la naissance d'Hroard qu'un manuscrit de la Bibliothque
impriale place au 12 juillet 1552. L'erreur manifeste qui prcde
cette date, relativement  l'ge d'Hroard au moment de sa mort, permet
de la mettre en doute, et celle donne par le P. Lelong semble plus
vraisemblable; il dit Hroard n le 22 juillet 1551. Si la note qui
termine le manuscrit original est exacte, Hroard, mort en 1628 g de
soixante-dix-huit ans, serait n vers 1550.

D'aprs le mdecin Charles Guillemeau qui est le grand ennemi
signal par le docteur Astruc, et qui a crit contre Hroard plusieurs
diatribes en latin, le pre du futur premier mdecin de Louis XIII
tait un barbier de Montpellier qui appartenait, ainsi que son fils
et toute sa famille,  la Religion prtendue rforme. Aprs avoir
tudi quelque temps les lettres et la mdecine en dpit des Muses et
d'Apollon, Hroard se serait enrl comme simple soldat dans l'arme
de Coligny, et, saisi de frayeur  la bataille de Moncontour, il se
serait enfui  toutes jambes jusqu' Montpellier, o il aurait repris
ses tudes. Peu de temps aprs, le chirurgien Jacques Guillemeau, pre
de celui qui raconte  sa manire la vie d'Hroard, tant venu dans sa
jeunesse  Montpellier curieux de voir et d'apprendre du nouveau, s'y
serait li avec Hroard; puis, de retour  Paris et nomm chirurgien
ordinaire de Charles IX, il aurait bientt rencontr son camarade de
Montpellier battant le pav de la capitale. Aprs l'avoir embrass et
lui avoir demand pourquoi il tait  Paris, ce qu'il y faisait et ce
qu'il savait faire, Jacques Guillemeau (toujours suivant le rcit de
son fils) annonce  Hroard que le roi Charles avait charg son premier
chirurgien, Ambroise Par, de lui trouver un jeune homme capable, et
dispos  s'adonner  l'tude des chevaux et de leurs maladies; puis
il lui propose de le prsenter  son ami et collgue Par pour cet
emploi. Hroard saisit avec empressement cette occasion d'entrer dans
la maison du Roi; il est amen par Guillemeau au logis d'Ambroise Par,
qui le conduit  Vincennes, o le Roi se plaisait d'ordinaire  jouer 
la paume: Sire, lui dit Par, je vous amne, ainsi que vous me l'avez
command, un futur mdecin de cheval; et le Roi, ne voulant pas se
ddire, ordonne de coucher Jean Hroard sur l'tat de sa maison, en lui
assignant quatre cents livres de traitement par an.

Abandonnons ici le mauvais latin de Charles Guillemeau, que nous
abrgeons et traduisons tant bien que mal, pour rappeler ce que nous
apprend Hroard lui-mme, dans la prface de son _Hippostologie_, sur
ses rapports avec Charles IX: Le feu roi Charles, lequel sur toutes
choses prenoit un singulier plaisir  ce qui est de l'art vtrinaire,
duquel le sujet principal est le corps du cheval, me commanda,
quelques mois avant son dcs, d'y employer une partie de mon tude,
pour en dresser aprs quelque instruction aux marchaux et autres
qui travaillent, et sans raison et sans science, aux maladies des
chevaux... J'avois dj conu le gros de l'oeuvre et fait dessein de
l'ordre que je devois tenir pour lever cet difice, quand il dcda;
de telle sorte que je me vis frustr par son trpas de l'esprance que
j'avois de rendre tmoignage de mon ardent dsir  satisfaire et obir
au vouloir de mon Roi.

Si l'on en croit Guillemeau, le successeur de Charles IX n'ayant pas
pour la chasse, les chiens et les chevaux la mme passion que son
frre, Henri III se serait tout d'abord priv des services d'Hroard
qui n'aurait russi  rentrer dans la maison du Roi qu'aprs avoir
pass par celle du duc Anne de Joyeuse, qui tait pour le Roi un
autre Hphestion. Guillemeau insinue ensuite que Hroard se montra
lche et ingrat envers le duc de Joyeuse et qu'il l'abandonna, lors
de sa campagne de 1586 en Guyenne, comme il avait abandonn Coligny
 Moncontour. Hroard rappelle une seule fois dans son Journal ses
services sous Joyeuse: M. le marquis de Renel et moi, crit-il le 25
octobre 1607, parlions des voyages o nous nous tions vus aux armes,
du temps du feu Roi, conduites par feu M. de Joyeuse. On voit, aussi,
 la date du 20 octobre 1605, Hroard conserver prcieusement le livre
d'heures de Henri III, un livre jaune o il y a un roi qui prie
Dieu que le mdecin avait eu  Tours et qu'il tenait probablement du
Roi lui-mme. Contrairement  ce que prtend Guillemeau, Henri III
avait charg son mdecin de continuer l'ouvrage sur l'art vtrinaire
commenc sous son prdcesseur. Le feu Roi, dit-il, me commanda de le
poursuivre, de faon que ds lors j'en tirai les premiers traits, par
un recueil sommaire du nombre et de la figure des os du cheval, leur
donnant noms franois pour, puis aprs, comme sur un premier crayon,
reprsenter les vives couleurs, non-seulement par le discours entier
de l'anatomie, mais aussi de tout l'art vtrinaire. Le clbre
bibliographe Antoine Du Verdier avait vu et, suivant son expression,
tenu  son aise, bien avant la mort de Henri III, le manuscrit de ce
livre; Jean Hroard, dit-il dans sa _Bibliothque_, imprime  Lyon
en 1585, conseiller, mdecin ordinaire du Roi, a crit _Hippostologie_
c'est--dire discours des os du cheval, ddi au Roi, non encore
imprim, selon une inscription latine mise au front du livre avant
l'ptre liminaire, et Du Verdier reproduit cette inscription d'o il
rsulte que: Henri III, roi de France et de Pologne, voulant rtablir
et remettre en lumire le noble art hippiatrique, obscurci depuis
tant de sicles par l'ignorance et l'incurie, a command pour l'usage
public cet ouvrage, compos par Jean Hroard, de Montpellier, sous les
auspices de Marc Miron et d'Alexis Gaudin, premiers mdecins du Roi et
de la Reine.

Il est encore un tmoignage prcieux  recueillir pour prouver que
Jean Hroard n'tait pas autant l'ennemi des Muses que le veut Charles
Guillemeau. Aprs la mort de Ronsard (27 dcembre 1585), un grand
nombre de pices en vers latins furent composes par les amis du
pote vendmois et imprimes l'anne suivante sous ce titre: _Tumulus
Petri Ronsardi et Syntagma Carminum, Elegiarum, Eclogarum, ab Amicis,
in ejus obitum_. Parmi toutes ces pices il s'en trouve une signe:
_Jo. Heroardus Regis Medicus P._ et c'est prcisment celle qui fut
choisie pour figurer sur le tombeau, rig au pote dans le choeur de
l'glise de Saint-Cosme de Tours, dont Ronsard tait prieur. Pendant
les guerres de Religion, dit M. Prosper Blanchemain dans son _tude
sur la Vie de Ronsard_, les huguenots envahirent le monastre de
Saint-Cosme et dtruisirent le tombeau que de pieuses mains avaient
lev  sa mmoire, et ce fut seulement en 1609 que Joachim de La
Chtardie, conseiller-clerc au Parlement de Paris, tant alors prieur
commendataire de Saint-Cosme, lui fit riger un monument de marbre orn
de son buste et de cette inscription:

    EPITAPHIUM PETRI RONSARDI
    POETARUM PRINCIPIS ET HUJUS COENOBII QUONDAM
    PRIORIS.

    D. M.

    CAVE VIATOR, SACRA HC HUMUS EST,
    ABI, NEFASTE, QUAM CALCAS HUMUM SACRA EST,
    RONSARDUS ENIM JACET HIC
    QUO ORIENTE ORIRI MUS,
    ET OCCIDENTE COMMORI,
    AC SECUM INHUMARI VOLUERUNT.
    HOC NON INVIDEANT, QUI SUNT SUPERSTITES,
    NEC PAREM SORTEM SPERENT NEPOTES.
    IN CUJUS PIAM MEMORIAM
    JOACHIM DE LA CHETARDIE,
    IN SUPREMA PARISIENSI CURIA SENATOR
    ET ILLIUS, VIGINTI POST ANNOS,
    IN EODEM SACRO COENOBIO, SUCCESSOR
    POSUIT.

Cette pitaphe, sauf les six dernires lignes, a t insre dans
le Tombeau de Ronsard, comme ayant t compose par J. Hroard,
mdecin du Roi. Il est vraisemblable que La Chtardie se sera born
 reproduire l'inscription originale, en ajoutant que le monument
avait t reconstruit par ses soins. Le biographe et l'un des derniers
admirateurs du matre, Guillaume Colletet, la traduit de cette faon:

    _Epitaphe de Pierre de Ronsard, Prince des potes et autrefois
    prieur de ce monastre._

    _Arreste, passant, et prends garde; cette terre est sainte.
    Loin d'icy, prophane! cette terre que tu foules aux pieds est
    une terre sacre puisque_ RONSARD _y repose. Comme les Muses,
    qui naquirent en France avecque luy, voulurent aussy mourir et
    s'ensevelir avecque luy, que ceux qui luy survivent n'y portent
    point d'envie, et que ceux qui sont  naistre se donnent bien
    de garde d'esprer jamais un pareil advantage du ciel._

    _C'est  la mmoire de ce grand pote que Joachim de La
    Chtardie, conseiller au souverain Parlement de Paris et, vingt
    ans aprs, son successeur en ce mesme prieur, a consacr cette
    inscription funbre._

De mme que la premire, continue M. P. Blanchemain, cette nouvelle
spulture devait disparatre  son tour. L'orage rvolutionnaire de
1793 emporta le prieur de Saint-Cosme; nul ne s'inquita du buste
rig par La Chtardie, et le marbre tumulaire  demi bris n'obtint
l'hospitalit d'un muse de province qu'aprs un demi-sicle d'oubli.
L'pitaphe latine de Pierre de Ronsard, compose par Jean Hroard,
existe en effet, trs-fruste, mais en partie lisible encore, au Muse
de Blois.

Hroard tait de service auprs de Henri III lorsque le Roi fut frapp
par Jacques Clment, et le docteur Astruc nous apprend que c'est en
qualit de mdecin par quartier qu'il fut prsent  l'ouverture du
corps. Il conserva ses fonctions sous le roi de Navarre avec le titre
de conseiller, mdecin ordinaire et secrtaire du Roi, et ddia 
Henri IV son _Hippostologie_, imprime enfin en 1599. Deux ans aprs il
tait nomm premier mdecin du Dauphin, et Guillemeau prtend que ce
fut grce  la protection du grand cuyer de Bellegarde. Vers la mme
poque Jean Hroard devint seigneur de Vaugrigneuse, par son mariage
avec Anne Du Val, fille et hritire de Guillaume Du Val, trsorier de
la gnralit de Tours et seigneur de Vaugrigneuse.

Avec la naissance de Louis XIII commence pour Hroard une nouvelle
existence qui va nous permettre de laisser de ct les diatribes de
son ennemi Charles Guillemeau. La tendresse du mdecin pour l'enfant
qui lui est confi a un caractre tout paternel et vraiment touchant.
Lorsque, quelques annes plus tard, il sera question de donner un
prcepteur au Dauphin, Hroard crira: Je lui fais offre ( ce
prcepteur) d'un journal d'o il pourra tirer, fil aprs autre, des
conjectures videntes des complexions et des inclinations de notre
jeune Prince; et si l'affection se pouvoit transporter, je lui en
fournirois  suffisance et autant que nul autre, voire de cette tendre
et cordiale passion que naturellement les pres ont pour leurs propres
enfants.

Hroard a dvelopp ses ides sur l'ducation, dans un livre qui a pour
titre _De l'Institution du Prince_, qu'il devait ddier au Dauphin et
imprimer  la fin de l'anne 1608. Il faut, dit-il dans les premires
pages de ce livre, bgayer avec les petits enfants, c'est--dire
s'accommoder  la dlicatesse de leur ge et les instituer plutt par
la voie de la douceur et de la patience que par celle de la rigueur et
de la prcipitation; suivant cette mthode le Dauphin est  peine g
de deux mois que le mdecin lui parle dj comme si l'enfant pouvait
le comprendre et il commence  lui dire qu'il falloit tre bon et
juste, que Dieu l'avoit donn au monde pour cet effet et pour tre un
bon roi; que s'il le toit Dieu l'aimeroit; on comprend combien le
digne mdecin est heureux de constater que l'enfant l'coutoit fort
attentivement et sourioit  ses paroles.

Quand le Dauphin commence  souffrir des dents, Hroard passe la
nuit entire  le veiller; j'ai toujours, dit-il le 13 avril 1602,
demeur debout, accoud sur le bord de son berceau, tenant sa main
droite dedans la mienne. Aussi son mdecin est-il un des premiers
que l'enfant reconnat et nomme en son jargon. Aprs une absence de
quelques jours, Hroard note en ces termes,  la date du 29 avril
1603, l'accueil que lui fait le Dauphin: A onze heures et un quart
j'arrive, de retour de Paris; je le salue, lui disant: Monsieur, Dieu
vous donne le bonjour. Il ne fait pas semblant de me voir, mais se
prend  courir et se cacher de del, me guignant des yeux pleins
d'allgresse et en passant tout riant, il me tendoit la main pour
la baiser. Il en faisoit ainsi  ceux qu'il aimoit. Il faut dire
que presque toutes les fois que le mdecin s'absente, il rapporte 
l'enfant quelque jouet; c'est tantt un suisse, un lion ou un cheval de
poterie, tantt un petit arc avec des flches et quelques jours aprs
un bracelet d'ivoire pour mettre au bras  tirer de l'arc, tantt
un trompette turc  cheval ou un gendarme sur un cheval noir, tantt,
lorsqu'il commence  grandir, une arbalte  jalet.

Le Dauphin va souvent dans la chambre de son mdecin regarder des
livres d'images: ceux de Gesner sur l'histoire naturelle, dont les
estampes d'animaux et d'oiseaux amusent et instruisent l'enfant; le
livre des btiments de Vitruve et celui des antiquits de Rome, dont
il demande la raison de chacune des figures, ou encore des livres
et des cartes de gographie, et mme l'_Hippostologie_, dont l'auteur
lui rend raison de toutes les figures. Aussitt que l'enfant peut
comprendre que son mdecin tient un registre journalier de ses faits
et gestes, Hroard essaye d'user de ce moyen pour exercer sur lui une
influence salutaire; ainsi, le 16 juin 1604, le Dauphin vient en la
chambre de son mdecin. Je tenois sur ma table, dit Hroard, la liasse
de mon journalier pour le montrer  Mme de Panjas (dame d'honneur de la
duchesse de Bar) qui toit avec Mme de Montglat. Ce livre, Monsieur,
lui dis-je, c'est votre histoire pisseusse. Il rpond: Non.--C'est
votre histoire breneuse. Il rpond: Non.--C'est l'histoire de vos
armes. Il rpond: Oui. En s'exprimant ainsi sur la forme de son
journal, le mdecin allait, sans s'en douter, au-devant du reproche que
Tallemant des Raux devait lui adresser un jour dans son _Historiette_
de Louis XIII.

Le 23 janvier 1606 le Dauphin demande  Hroard: D'o
venez-vous?--Monsieur, je viens de mon tude.--Quoi faire?--Monsieur,
je viens d'crire en mon registre.--Quoi?--Monsieur, j'tois prt 
crire que vous avez t opinitre. Il me dit,  demi pleurant: Ne
l'crivez pas. Le 25 septembre 1607, le Dauphin, dit encore Hroard,
s'amuse  crire et  peindre, m'appelle pour me montrer son ouvrage,
et me le donne en intention de le mettre en mon registre. Cependant,
il faut bien l'avouer, Hroard transcrit parfois, et sous la dicte
mme du Dauphin, quelques-unes de ces paroles honteuses dont, en
d'autres occasions, il cherche  le reprendre.

Hroard, qui voulait lever les enfants plutt par la voie de la
douceur que par celle de la rigueur, devait cruellement souffrir dans
ses principes et dans sa tendresse pour le Dauphin, lorsque l'enfant
tait chti. La premire fois que le Dauphin est fouett (9 octobre
1603), c'est en l'absence d'Hroard, et un peu plus tard, le 7 janvier
1604, jour o on met le Dauphin en si mauvaise humeur qu'il fault de
crever  force de crier, le mdecin ajoute: Tout fut en si grande
confusion que je n'eus point le courage de remarquer ce qu'il fit,
sinon qu'il vouloit battre tout le monde, criant  outrance; fouett
longtemps aprs. Hroard devait intervenir souvent pour demander
grce, sous prtexte de sant, et on se cachait un peu de lui pour
punir l'enfant. Ainsi il crit, le 2 mars 1607: Fouett comme je
suis entr en la chambre; j'ai trouv Mme de Montglat en colre contre
lui et marrie de ce que j'ai rencontr la chambre ouverte. Le 28 juin
1607 Hroard est plus heureux; le Dauphin veill  huit heures se
jette du lit  bas, fait fermer les portes de peur que Mme de Montglat
ne lui donnt le fouet, qu'il craignoit pour des fautes faites le jour
prcdent; elle vient, il y court pour l'empcher; j'obtiens grce, il
ouvre.

On peut juger, par quelques autres passages du journal, de la profonde
affection que le mdecin prouve pour l'enfant et de l'attachement
toujours croissant du Dauphin pour lui. Voici, par exemple,  la date
du 20 dcembre 1606, une scne o figurent Hroard et sa femme: le
soir, en le dshabillant pour le coucher, la nourrice du Dauphin
lui tire tant soit peu un cheveu; il s'en prend  crier et plaindre
fort dolentement. Ma femme lui dit: Mais, Monsieur, vous criez tant
pour un cheveu, vous ne sauriez plus crier pour un coup d'pe?--Je
m'en soucie bien, d'un coup d'pe! rpond le Dauphin. Ma femme
rplique: Monsieur, et pourquoi ne vous soucieriez-vous pas d'un coup
d'pe?--Pour ce que je serois mort, dit-il avec faon, comme ne se
souciant et se dplaisant de la vie, et le bon mdecin, tout attendri,
ajoute en marge: Il m'en arracha des larmes.

Le 21 juillet suivant, autre scne qui demande une petite explication
prliminaire. Le mdecin craignait beaucoup pour l'enfant l'usage du
vin; Henri IV, au contraire, toutes les fois que son fils dnait avec
lui, en faisait verser au Dauphin qui y prenait got, et alors Hroard
effray ne manque jamais d'inscrire en marge de son journal: _Nota,
nota._ Son got pour le vin; il y faudra prendre garde. Donc, le
21 juillet 1607, le Dauphin s'avise de demander du vin  son dner,
et  la premire observation qu'on lui fait, rpond: Bien, c'est
tout un, donnez m'en, et, raconte Hroard, il me regarde et me
commande de lui en faire donner. Je lui dis: Monsieur, il vous feroit
mal.--Papa le veut.--Monsieur, c'est quand vous mangez avec lui. Il
commence  s'chauffer de colre: Vous tes un homme de neige, vous
tes laid!--Oui, Monsieur, mais vous ne boirez pas de vin, car il
vous feroit mal. Sur ce refus il prend un couteau et, tout ardent de
colre, m'en menace. Je lui dis: Adieu, Monsieur, je m'en vais tout 
fait. Je pars et m'en allai en ma chambre; il envoie plusieurs fois
vers moi, et, aprs plusieurs refus, je retourne. Il dit qu'il est
bien marri de ce qu'il a fait et que jamais il n'y retournera, demande
 boire. On lui sert de son breuvage dont il ne vouloit pas, en boit
fort peu et par menace. Il est toujours sur ce vin, il en vouloit,
je lui rsiste encore: Je vous aime point, vous tes un bel homme de
neige.--Monsieur, je l'crirai au Roi, ou je m'en irai le lui dire.--Je
m'en soucie bien.--Bien donc, Monsieur, puisque je ne vous sers plus
de rien, adieu, je m'en vais tout  bon trouver le Roi. Je pars, il
envoie plusieurs fois aprs moi; je ne y retourne plus, cependant il
continue  dner. A deux heures il vient en ma chambre, aprs s'tre
inform de lui-mme si je m'en allois; on lui dit que oui, et que
c'toit en carrosse: Ho! son carrosse est  Vaugrigneuse et celui de
Mamanga est  Paris! Mme de Montglat le conduisoit, il marchandoit 
entrer; il entre, je le salue sans dire mot; il s'en vient enfin  moi:
Je vous prie, ne vous en allez pas!--Monsieur, que voulez-vous que je
fasse ici, auprs de vous, puisque vous ne voulez pas faire ce qui est
pour votre sant? je ne y sers plus de rien.--Je fairai plus; et la
paix fut faite.

Une autre fois, pendant que le Dauphin est  Fontainebleau, son frre
naturel le chevalier de Verneuil est pris de la rougeole, et le Roi
crit le 20 mars 1608  Mme de Montglat: Pour ce que M. Hrouard 
cause de cela ne le peut voir, de peur d'apporter du mal  mon fils
le Dauphin et  mes autres enfants, j'envoie Hubert, l'un de mes
mdecins que vous connoissez, et qui vous rendra cette-ci de ma part,
pour avoir soin de la sant de mon fils de Verneuil et lui ordonner ce
qu'il jugera  propos, avec l'avis dudit Hrouard. Le mdecin Hubert
arrive avec cette lettre et le Dauphin demande  Hroard ce qu'il
venait faire. Monsieur, lui dis-je, c'est pour me relever; il vient en
ma place. Rougissant et souriant, il me saute au col: Ha! vous vous
moquez, je veux pas!

Quelque temps avant que le Dauphin ne ft remis entre les mains des
hommes, Hroard, et cette fois nous le savons par son journal mme, 
la date du 15 juillet 1608, avait t maintenu, grce  l'intervention
de Marie de Mdicis, dans la place de premier mdecin du Dauphin. Une
premire lacune, assez inexplicable, se rencontre dans son registre
pendant les dix jours qui prcdent la prise de possession du Dauphin
par M. de Souvr. Quel que soit le motif de cette lacune, c'est ici le
moment de donner un aperu du livre que mditait sans doute le mdecin
depuis son entre en fonctions prs de l'hritier du trne, et dont
il lui avait prsent un exemplaire le premier jour de l'an 1609. Ce
livre, dont nous avons dj cit quelques passages, est fort rare, et
il est rest ignor des biographes d'Hroard qui ont seulement connu
la traduction latine qui en a t faite en 1617 par un autre mdecin
du Roi, Jean Degorris. C'est ce qui nous a dtermin  reproduire
intgralement l'original dans l'appendice du journal.

Le livre _De l'Institution du Prince_ est crit en forme de dialogue
et divis en six matines. L'auteur suppose que, ds la premire anne
de la vie du Dauphin, il rencontre dans le parc de Saint-Germain
le futur gouverneur de l'enfant, M. de Souvr, et que celui-ci le
consulte d'abord sur la sant et sur le caractre du prince, puis
qu'il lui demande ses conseils sur la manire de l'lever. Dans le
premier dialogue, Hroard, aprs avoir signal avec toutes sortes de
prcautions le temprament colre du Dauphin, trace de la gouvernante
un portrait idal qui n'est pas celui de Mme de Montglat et qui est par
consquent une critique indirecte du choix fait par le Roi. Il passe
ensuite au commencement d'instruction que, ds l'ge de deux ans, on
peut donner  l'enfant, en ce qui concerne la religion, la lecture et
l'criture. Il recommande, pour cet ge tendrelet, les Proverbes de
Salomon, les histoires tires de la Bible, les quatrains de Pibrac,
les fables d'sope; et en effet on voit dans les sept premires annes
de son journal le Dauphin  peu prs lev dans le sens de ce dialogue
prparatoire.

Ds la seconde matine l'auteur, qui jusque-l s'est renferm dans une
priode sur laquelle il n'y a plus  revenir, entre dans le vif de la
question et trace  M. de Souvr la route qu'il doit suivre pour d'un
enfant fait en former un homme, et de cet homme prince en faonner
un roi. Les fonctions de gouverneur et de prcepteur le proccupent
tout d'abord, et l'on pense bien que, pour le premier, Hroard se
contente d'indiquer  son interlocuteur ce qu'il dsirerait qu'il ft
pour son prince. Quant au prcepteur, le mdecin dit modestement: Il
me seroit plus malais de le trouver que de le peindre. Je dsire
pour cette charge un homme mr d'ge et de sens, de bonne vie et
louable rputation; un homme sans reproche et droit en ses actions,
d'honnte extraction, instruit aux bonnes lettres, l'esprit poli, de
courage lev, sans vanit, non pdant;..... qui soit d'une agrable
conversation, de bon et ferme entendement; industrieux, aprs avoir
bien su connotre le naturel, l'inclination et la porte de l'esprit de
ce prince,  lui faire goter la douceur des semences de la pit, des
bonnes moeurs et de la doctrine; ayant fait natre dextrement en son
me le dsir d'apprendre et de bien retenir ce qu'il jugera propre; et
en somme de telle vie qu'elle prche  l'gal de ses enseignemens.

La troisime matine est consacre par l'auteur  exposer le plan des
tudes que, suivant lui, le prince doit suivre pendant une priode
d'environ six annes, et le programme qu'il trace est trait avec une
grande connaissance du caractre du Dauphin et un esprit que l'on
appellerait aujourd'hui trs-libral.

Hroard demande qu'on enseigne d'abord au prince la pit et la
prudhomie par un petit _Catchisme_ fort abrg, et qui contienne
seulement les choses ncessaires, et celles que le long et lgitime
usage a fait passer en nature de loi, ayant  prendre soigneuse garde
de ne point faire un superstitieux au lieu d'un homme pie et vraiment
religieux; ne se trouvant aucune chose plus contraire  la religion
chrtienne pure, sans fard et sans macule, comme est la superstition:
celle-l forme l'homme doux, dbonnaire, hardi et charitable, engendre
en lui l'amour, la rvrence et la crainte de Dieu, et la paix en son
me; et celle-ci le transforme en une bte brute, plein de flonie,
de cruaut, de lchet et bte impitoyable, lui laissant dedans sa
conscience l'inquitude perptuelle qui la remue par la peur et
l'effroi qu'il va s'imaginant de la seule justice et vengeance divine.

Le mdecin qui avait compos pour le tombeau de Ronsard l'pitaphe
que nous avons rapporte devait insister sur l'tude des bonnes
lettres, et il le fait avec un sentiment de retour vers le pass et
de regrets sur le temps o il crit. Les Lettres ont, dit-il, cette
vertu de donner l'embellissement, la vigueur et la force  l'esprit
de l'homme, si elles y rencontrent un bon sens naturel, et la tte
bien faite; il conseille de l'en instruire autant qu'il se pourra,
tant trs-raisonnable que celui qui doit un jour commander  tous,
les surpasse aussi trtous en suffisance. C'est un bien certes plus
ais  souhaiter qu' esprer pour notre jeune prince, vu le sicle o
nous sommes, o la vieille rouillure d'une cuirasse est plus en prix
que l'excellence de la splendeur et lumire de la doctrine; ce sont
malheurs qui suivent  la queue des guerres intestines. Mais esprons
que le Roi son pre appellera auprs de sa personne des pareilles
lumires  celles-l que nos pres ont vues reluire de leur temps
autour de celles de quelques-uns de ses prdcesseurs; et tout ainsi
comme il travaille incessamment pour le repos et la grandeur de son
empire, qu'il ne sera moins curieux d'pargner quelques heures pour les
donner  son Dauphin, et aviser  faire tout ce qu'on peut imaginer
pour lever ce fils au degr le plus haut de la perfection o l'homme
puisse atteindre par les voies humaines: pour, aprs infinis labeurs
soufferts en cette vie, remporter dans le ciel, pour le comble de ses
trophes, cette joie en son me d'avoir remis entre les mains de ce
cher enfant un royaume assur, florissant et paisible, et de tous
ses sujets l'obligation d'une treinte ternelle de leur avoir laiss
un fils pour successeur, c'est--dire un prince des plus parfaits et
accomplis, et rtabli en sa personne l'honneur des bonnes lettres sur
le trne royal, leur estime  la Cour et par toute la France. C'est
toujours acte digne de gloire en un bon pre de laisser un enfant
semblable  soi.

Cependant Hroard dsirerait que le Dauphin continut  tre lev
loin de la Cour. Je souhaiterais, dit-il, un lieu particulier pour
y laisser ce jeune prince jusques  ce qu'il et apprins ce que l'on
peut savoir, pour tre aucunement capable d'apprendre de soi-mme, et
tant que l'ge avec l'instruction et un peu faonn ses actions, form
son jugement, et du tout goutt ces petites humeurs qui accompagnent
communment les premires annes de la vie; ce qui seroit,  mon avis,
fort  considrer en cette nourriture. Car si le Roi trouvoit bon de
ne le voir que par fois, il n'en rapporteroit que le contentement
du profit remarquable qu'il y verroit de temps, et n'auroit pas le
dplaisir des mauvaises crances qui pourroient chapper aucune fois,
en sa prsence,  la foiblesse de son ge..... J'estime toutefois qu'il
le voudra retenir auprs de sa personne, l o j'espre que, pour
l'amour extrme qu'il porte  Sa Majest et l'incroyable crainte qu'il
a de lui dplaire, et sur la connoissance que je puis avoir acquise
de son bon naturel, de la porte et de la force de son entendement,
et assur de votre vigilance, il russira selon nos voeux et nos
esprances. Et pourtant, Monsieur, ne laissez pas  renforcer vos
gardes  ce que la bonne semence que vous aurez jete dans ce bon fonds
ne soit enleve par les vents des dbauches, naturalises aux Cours des
grands.

Aprs avoir indiqu du quelle manire on doit enseigner au Dauphin les
prceptes de la langue latine sans perdre le temps sur ces principes,
par les longueurs dont usent ceux qui ont mis en trafic l'instruction
de la jeunesse, et avoir recommand l'tude de Cicron, le plus pur
et le plus lgant entre tous les Latins, Hroard indique comment doit
tre employe la journe du prince et ne demande pas plus de quatre
heures de travail pour l'enfant: Vtu et tout prt  sept heures,
il doit se mettre  l'tude jusqu' neuf, aller  l'glise, puis se
rcrer jusqu' onze, heure de son dner, reprendre l'tude de une
heure aprs midi jusqu' trois, puis tre libre jusques  six, heure
de son souper; et son coucher  neuf.

Le mdecin revient ensuite  son plan d'tudes. Il regarde celle de
la langue grecque comme inutile, d'autant qu'elle n'est que pour
ceux qui font particulire profession des lettres, et sans usage
aujourd'hui;... mais on lui apprendra, au lieu de celle-l, les
langues vulgaires des nations voisines, avec lesquelles les affaires
de ce royaume se mlent ordinairement le plus. Pour les sciences
mathmatiques, Hroard recommande d'abord que l'tude des nombres
tienne le premier lieu, comme l'entre pour pntrer  toutes,
puis la gomtrie, la gographie, l'astronomie et la mcanique qui
lui sera, dit-il, ncessaire, pour tre la science qui donne les
inventions de composer et fabriquer toutes les sortes de machines,
tant ici  remarquer l'inclination extrme qu'il y a de la nature.
Le mdecin termine son programme par cet loge remarquable de l'tude
de l'histoire: Je tiens, ajoute-t-il, que l'histoire est l'cole des
princes et que le ntre y doit tre nourri pour y apprendre  vivre
et la manire de bien faire sa charge, et se rendre meilleur par
l'imitation ou dommage des autres. C'est o il trouvera des yeux pour
tous ceux qui seront sous son obissance; c'est une glace de cristal,
le miroir de la vie, o il verra en la personne d'autrui louer ses
actions sans flatterie, et les blmer sans crainte. C'est un bon
conseiller, sans passion, et ami trs-fidle, duquel il apprendra les
dits, les faits et les conseils des princes et des grands personnages.
Sa connoissance est si utile et ncessaire que, la savoir parfaitement,
c'est, vivant notre vie, vivre de celle des autres qui ont vcu, et
acqurir les sicles tout entiers par l'emploi fait  la lecture d'un
petit nombre d'heures, htant notre vieillesse sans abrger la vie,
en tant qu'elle est la vieillesse des jeunes gens;.... cette seule
cole.... lui fera voir les choses j passes pour se savoir souplement
gouverner sur le train des prsentes et pourvoir aux futures. Et de ce
lieu il tirera ce matre conducteur pour le tenir insparable auprs
de sa personne et lui donner  faire le mnage de ses actions et de
ses penses, et en effet pour lui confier sa fortune et sa vie. C'est
en somme ce que je pense qui se peut proposer comme un projet pour
l'accomplissement de la premire partie de cette instruction.

Comme dlassement et rcration, Hroard recommande la musique non
pour chanter, mais pour l'couter et prendre plaisir, puis le
promener, danser, sauter, courir, jouer aux barres,  la paume et au
pale-mail, se promener  cheval, la chasse de l'oiseau, celle du livre
avec des lvriers. Le mdecin a oubli parmi ces distractions une
de celles qui plaisait le plus au Dauphin, celle du dessin et de la
peinture.

La quatrime matine est employe par l'auteur  revtir le prince de
sa robe royale, c'est--dire  indiquer les vertus et les conseils
qui doivent le rendre capable de pouvoir dignement  l'avenir tenir
le trne de ses pres. On peut croire que dans les trois derniers
dialogues, qui deviennent de plus en plus des monologues, Hroard
s'adresse moins  M. de Souvr qu'au Dauphin mme, puisque ce livre
est, dit-il dans son journal, fait pour lui. L'auteur cherche  lui
inspirer l'amour de ses futurs sujets, et lui dit qu'tant n, comme
il est, dedans cette royale et ancienne famille qui domine sur les
Franois, c'est pour y tre le matre un jour et commander sur eux,
non point en tranger, les gourmandant outrageusement pour satisfaire
 l'abandon de ses cupidits, mais en pre et en roi, ayant toujours
devant les yeux ces paroles du peuple saint et celles de son roi:
_Nous sommes, sire, vos os et votre chair, et vous tes, mes frres,
et ma chair et mes os_; pour y apprendre que le devoir d'un bon et
sage roi, c'est de conduire et gouverner son peuple avec amour de
frre et charit de pre, s'il en veut retirer une franche et prompte
obissance. Nourrissant donc dedans son me une si sainte intention, il
rgira ses peuples, les contenant en leur devoir par une juste galit,
mre, nourrice et gardienne de toutes choses, arm de la JUSTICE et
tenant en sa main cette balance qu'il a porte, du ciel  sa nativit.

Il lui conseille de faire peu de nouvelles lois, la multiplicit tant
indubitable marque d'une insigne corruption dans le corps d'un tat;
les vraies lois, ce sont les bonnes moeurs. Et puis un jour il doit
entrer en la possession d'un royaume combl de bonnes lois, toutes
fois accabl dessous la pesanteur du tas de ces formalits qui en
ont prins la qualit et occup la place, par la malice industrieuse
de quelques-uns, qui ont rendu vnale la poursuite de la justice, et
convertie en un mtier de sordide dception. C'est un mal envieilli o
il faudra qu'il remdie  temps, avec prudence et bon conseil, faisant
faire une lection de toutes les meilleures lois, pour en garder
l'usage.

Il lui prche la clmence, en lui citant pour exemple les actions du
Roi son pre, lequel donnant par prfrence ses intrts particuliers
aux offenses publiques, n'a point trouv plus de secours en sa grande
valeur qu'en sa rare clmence; ayant par les rayons d'icelle, comme un
puissant soleil, dissip les paisses obscurits et profondes tnbres
o ce pauvre royaume toit enseveli, lui redonnant le jour et la
srnit dont il jouit et s'jouit par toutes ses parties.

Il recommande encore au prince, entre autres vertus, la foi dans la
parole jure, la libralit, la chastet comme l'une des tutrices de
la sant du corps et l'un des contrepoisons des souillures de l'me,
le prvient contre son inclination  la colre et surtout contre les
flatteurs et les effets de la flatterie. Voici les moyens qu'il lui
indique pour dcouvrir l'hypocrisie de ces galants et lui apprendre
 reconnotre les flatteurs dessous le masque de l'affection: Vous
les verrez en gnral, dit-il, souplir comme couleuvres et complaire
en toutes faons, couler toujours sans rsistance aucune de fait ne de
parole, et surpasser aucunes fois les vrais amis et les plus fidles
serviteurs, en soin, en diligence, et en tout autre tmoignage qui se
peut rendre d'une sincre affection. Ayant connu qu'il n'y a rien entre
les hommes qui les oblige plus troitement que de se voir aims et voir
aimer pareillement les mmes choses qui leur sont agrables, ..... ils
s'tudient  imiter entirement et  tromper, en imitant les moeurs,
les complexions et les faons de faire, et tous les exercices o ils
s'apercevront que le prince prendra plaisir. S'il est voluptueux,
ils seront des Sardanapales; s'il est d'humeur colre, ils seront
furieux; s'il est mlancolique, ce seront des Timons; s'il contrefait
le borgne, ils se feront aveugles; s'il a la goutte au bout du doigt,
ils feindront de l'avoir noue par toutes les jointures; si les Lettres
lui plaisent, ils auront toujours en parade un livre pendant  leur
ceinture; et s'il se plat  la chasse du fauve ou de la bte noire,
ils porteront dedans leur sein les meutes  douzaine et, sans partir
d'un cabinet, avaleront les forts toutes crues. Ces gens ici, gens
sans honneur, qui n'ont non plus de honte qu'ils ont de conscience,
pleins d'artifices dissimuls et doubles, on les verra railler, mentir
effrontment, mdire, bouffonner et tirer de leur forge des petits
contes pour lui donner  rire, frappant aucunes fois sur leurs intimes
amis et sur eux-mmes, plutt que de n'avoir aucune chose  lui dire,
ne tchant qu' complaire  quel prix que ce soit; faire parfois de
bons offices en public pour tre crus, et assommer aprs, comme on dit,
dessous la chemine; dire du bien pour avoir loi de nuire, ne parlant
qu' demi; tous variables  dessein en leurs opinions, donnant au
noir la blancheur de la neige,  la blancheur la noirceur de l'bne,
et rprouvant, selon l'occasion, ce qu'ils auront auparavant lou;
puis exaltant jusques au neuvime ciel les mmes choses qu'ils auront
rprouves et ravales jusques au centre de la terre..... Ils sont
mouvans, actifs et assidus, et vont chauffant la ceinture  chacun,
s'entremlent de tout. Ils savent faire tout, ils sont tout, ils font
tout, et devant lui les bons valets, faisant valoir impudemment des
services non faits ou  faire, en parole, se prsentant souventes fois
sans respect et sans sujet  des imaginaires, jusques  souffler sur
le manteau, ou le poil ou la plume qu'ils n'y auront point vue. Jamais
tant serviables, voire invincibles, que aux choses dshonntes, ne
moins qu'aux vertueuses; car s'il se parle de porter le poulet, ils
lancent la main tout les premiers pour en faire l'office.... Voil ce
peu d'observations qui s'est pour cette fois reprsent  ma mmoire,
touchant cette sorte de faux visages qui, par le grand malheur des
princes et des rois, font leur repaire coutumier au milieu de leurs
Cours, dans leurs conseils, dans leurs palais, dedans leurs chambres,
dedans leurs cabinets, o, en toute saison, elles trouvent de quoi 
faire proie de tout ge. Donc, quand il entendra quelqu'un louer
son nom, admirer ses vertus, magnifier toutes ses actions, le nommant
prince juste, clment, fidle, libral, courageux, courtois, doux,
et galant entre les dames, et l'honorant de telles ou de pareilles
qualits vertueuses, qu'il entre en soi-mme pour y faire une vive
recherche de la vrit, prouvant ces paroles sur la pierre de touche
du jugement intrieur, qui ne peut s'abuser, pour reconnotre si elles
sont de bon ou de mauvais aloi, et considre  froid s'il ressent en
son me du repentir ou de la honte de n'tre rien moins que cela.
Louis XIII aurait pu faire plus de profit de cette verte tirade, dans
laquelle son mdecin cherchait  le prmunir contre sa propension
naturelle  choisir parmi ceux qui l'approchaient un mignon comme le
soldat Descluseaux ou des favoris comme Luynes et Cinq-Mars.

Les cinquime et sixime matines sont consacres  exposer l'art de
gouverner, et l'auteur s'y flatte de l'espoir que c'est de Henri IV
lui-mme que le Dauphin apprendra  connotre en masse quelle est
la composition et la situation du royaume, les lois et coutumes des
provinces, les humeurs des hommes qui y commandent, la nature du
peuple franais, ses changemens, ses ingalits et mouvemens divers,
par o ce prince puisse juger de l'instabilit des dominations, tant
fondes sur la mobilit d'un sujet si bizarre, et apprendre que toutes
prennent fin, mais plus tt ou plus tard, selon les bons ou mauvais
moyens, les forts ou les foibles liens que chaque prince employe
pour tablir et maintenir la souverainet; et que cet tablissement
et conservation dpend de la prudence, du bon entendement et de
l'exprience du prince souverain, pour savoir retenir  l'ancre du
devoir l'inconstance de ce vaisseau par les cbles de bonnes lois
divines et humaines, et former son autorit par la bonne opinion dont
il rendra aimable sa personne, admirable par sa vertu, et redoutable
par la rputation et la propre puissance de son tat, non-seulement
 ses sujets, mais envers les peuples voisins et nations lointaines,
tant certain que sans l'autorit il n'y a plus de domination.

Hroard continue cependant  exposer ses propres ides sur le choix
des personnages  nommer aux dignits, aux charges d'importance, aux
ambassades, au commandement des armes, dans les conseils de l'tat et
dans la maison du prince. En ce qui concerne les impts il conseille
que les tributs soient modrs, assis galement, et demands  une
seule fois, non imposs sur un fond dshonnte; que le prince se
tienne aux anciens, vite les nouveaux, et de nom et d'effet, autant
comme il pourra, et que la seule ncessit des affaires publiques lui
en fasse la loi. Si elle est si grande qu'elle le force, pour le salut
commun, d'avoir recours aux nouveauts et moyens extraordinaires,
ayant fait reconnotre, non par prtextes dguiss, ains par causes
notoires, le pril de l'tat, c'est aux peuples alors  les donner 
double main, au prince  les contraindre quand ils refuseront, sans
en venir, s'il est possible,  cette extrmit de saisir le troupeau,
ne le boeuf, ne la vache, ne d'enlever le couvert des maisons, ne se
prendre aux personnes pour leur faire pouser l'effroi d'une triste
prison, ou faire souffrir quelque peine. Il choisira des gens de bien
pour les lever et recueillir, et pour les mettre aprs en son pargne,
sous la clef de personnes fidles; et que ce soit un rservoir pour
subvenir aux soudaines meutes et aux affaires de l'tat; les dpense
 propos et les mnage mieux que si c'toit son bien particulier, se
rendant libral tant seulement du sien, mais chiche de celui de la
rpublique. Ainsi faisant, il btira un autre trsor dans le coeur de
ses sujets, qui ne tarira point, et se verra par ces moyens extrmement
puissant, pour autant que le prince qui a leur coeur est assur d'en
avoir  sa discrtion la bourse. L'auteur indique ensuite l'emploi
de cette pargne destine  munir les arsenaux de toutes sortes
d'instrumens et de machines propres  la guerre, et de matriaux pour
en faire  loisir;  fortifier  bon escient, ou faire de nouveau des
places fortes dessus les avenues, pour empcher l'invasion soudaine
et arrter ou rompre les desseins d'une force ennemie;  garnir les
havres et les ports de certain nombre de navires et de galres. Puis
il descend dans le dtail des rgimens de gens de pied et de gens de
cheval, de leurs exercices, et va jusqu' prvoir les circonstances
dans lesquelles le prince pourra se trouver un jour  la tte de ses
armes. Puisque le Roi, dit-il en terminant, veut que son fils entre
en son conseil  l'ge de douze ans, et qu'il se faonne et fasse son
apprentissage dans cette cole de la chose publique, depuis cet ge
jusqu' celui qui le rendra majeur par les lois du royaume, on peut
penser que Sa Majest, pour couronner cette oeuvre, prendra plaisir
aucunes fois d'employer en la personne de son Dauphin tout ce que le
long temps et la pnible exprience lui ont si chrement apprins, et
plus par aventure qu' nul autre des princes qui vivent sur la terre.
Mais pource que je sais qu'il n'y a rien dessous le ciel qui ne soit
prissable et sujet  sa fin, mme que les grandeurs des plus puissans
empires ont leur point limit, je prie Dieu et le supplie de vouloir
diffrer le dcret final prordonn sur cette monarchie,  ce que la
tempte n'en tombe sur ce prince, et que jamais elle ne puisse choir
sur les rois de son nom, de le garder et conserver toujours sous
l'abri de ses ailes, gouverner et conduire toutes ses actions, et
lui permettre de rgner aprs Sa Majest paisiblement, heureusement
et  longues annes. Toutes ces leons du sage et fidle mdecin,
toutes ces prvisions qu'il se plaisait  mettre dans son livre _De
l'institution du Prince_ devaient tre djoues un an plus tard par la
mort prmature de Henri IV, l'avnement au trne d'un enfant de huit
ans et la rgence de Marie de Mdicis.

Ds que le Dauphin passe sous le gouvernement de M. de Souvr, le
journal d'Hroard commence  devenir plus concis et l'on y rencontre
de moins en moins ces conversations, ces reparties, ces dtails de
moeurs qui, pendant les premires annes de la vie de Louis XIII, font
de ce journal un document unique en son genre. Jean Hroard devait
cependant conserver longtemps encore auprs du Roi les fonctions qu'il
avait remplies auprs du Dauphin; le 25 mai 1610, crivait-il dans
son registre, je reus de la Reine l'honneur du commandement qu'elle
me fit de servir le Roi en qualit de premier mdecin. Bien qu'alors
g d'environ soixante ans, il passa encore dix sept annes dans ce
service, rendu de plus en plus pnible par les voyages et les campagnes
de Louis XIII. Lors d'un de ces voyages, celui fait en 1614 par le
Roi dans les provinces d'Anjou, de Poitou et de Bretagne, le premier
mdecin se trouvant indispos avait, le 10 septembre, quitt Louis
XIII  la Fert-Bernard et il tait venu se reposer dans sa terre de
Vaugrigneuse, situe sur le chemin de Chartres  Paris. Cinq jours plus
tard, le Roi, qui rentrait  Paris pour la dclaration de sa majorit,
passe par Angervilliers, et l, enregistre Hroard avec un bonheur
facile  comprendre, nous fait l'honneur non espr ne attendu, et
de son propre mouvement, de venir  Vaugrigneuse... Il arrive  neuf
heures et demie, va au jardin, au clos, djene de ce qui se trouva
de prt. Le Roi trouva si bon le pain de son mdecin qu'il en fit
prendre et emporter trois.

Nous pourrions revenir ici sur les diatribes latines diriges contre
Hroard par Charles Guillemeau, alors premier chirurgien de Louis XIII,
et qui, dit loy dans son _Dictionnaire historique de la mdecine
ancienne et moderne_, ne cessoit de blmer la conduite du premier
mdecin dans toutes les incommodits du Roi, et de le poursuivre de
ses basses manoeuvres et de ses sourdes dtractations; mais en ce qui
concerne la vie d'Hroard, comme dans les extraits de son journal,
nous nous abstenons, autant que possible, de toucher  des questions
mdicales qui ne sont pas de notre ressort. Il est certain, d'aprs
le _Journal_ d'Arnauld d'Andilly, que le premier mdecin avait des
ennemis auprs du Roi; l'on y lit  la date du 19 octobre 1616: Le Roi
se trouve mal d'une fort grande colique qui lui donne quelque peu de
tranches. M. Hrouard toit lors  Vaugrigneuse; on se voulut servir
de cette occasion pour lui faire un mauvais office; et plus loin, au
commencement de septembre de la mme anne, Arnauld d'Andilly ajoute:
On continue  vouloir faire de mauvais offices  M. Hrouard, lequel,
voyant le Roi guri, lui fit demander son cong par M. de Luynes, dont
le Roi se fcha extrmement et dit qu'il ne souffriroit jamais qu'il le
quittt.

Dans son _Histoire des Secrtaires d'tat_, publie en 1668, Fauvelet
du Toc prtend que lorsque Charles le Beauclerc fut nomm secrtaire
d'tat en 1624, il le fut avec un applaudissement si universel que le
cardinal de Richelieu, qui commenoit  s'introduire au ministre, en
eut de la jalousie; il apprhenda qu'il ne ft quelque obstacle  son
lvation, et ne put s'empcher de dire qu'il ne craignoit que deux
hommes auprs du Roi, M. le Beauclerc et Hrouard, premier mdecin de
Sa Majest. Si ce mot est historique, il faudrait peut-tre ajouter
foi  un document d'aprs lequel le sieur Hrouard est compris
parmi les personnages emprisonns sous le ministre du cardinal.
(_Archives curieuses de l'histoire de France_, 2e srie, tome V.) Cette
dtention pourrait tre la vraie cause d'une des longues interruptions
qui existent dans les dernires annes du journal et que des notes
ajoutes aprs coup attribuent  la ngligence de la veuve et des
parents d'Hroard qui auraient misrablement perdu, pill, dissip et
vilainement employ de nombreux cahiers du manuscrit.

Les regrets que causent sur certains points ces lacunes sont pourtant,
il faut l'avouer, un peu attnus par la scheresse, la raret des
informations utiles donnes par le mdecin, au moment o son grand
ge ne lui permet plus de voir et d'entendre par lui-mme. Ainsi,
ds le 13 aot 1620, il en est rduit  crire, lors d'une entrevue
de Louis XIII avec sa mre: Les paroles, je ne les sais pas. Les
rserves, les expressions j'ai appris que ou je n'y tois pas
reviennent de plus en plus frquemment sous sa plume. Louis XIII
conserva pourtant jusqu'aux derniers moments de son vieux mdecin
la confiance et l'amiti qu'il lui avait toujours tmoignes. Le 24
janvier 1628, Hroard, qui avait suivi son matre au camp devant la
Rochelle, crivait encore dans son registre: J'arrive  Aitr, mand
en diligence; j'arrive  neuf heures du soir, le Roi toit couch. Il
m'envoie commander de me trouver le matin  son lever; j'ai l'honneur
de le voir  sept heures; et le premier mdecin donne pour la dernire
fois son avis dans la consultation  la suite de laquelle le Roi est
saign. Cinq jours aprs Jean Hroard, saisi de maladie  Aitr,
y meurt le 11 fvrier 1628, visit en sa maladie par Sa Majest et
regrett aprs sa mort par Sa dite Majest en ces paroles: J'avois
encore bien besoin de lui. Ce dernier fait est rapport dans un livre
publi en 1653, par Simon Courtaud, ancien mdecin de Louis XIII et
neveu maternel d'Hroard.

Nous avons suivi, pour la date de mort de Jean Hroard, le registre
de l'glise paroissiale de Sainte-Marie-Madeleine de Vaugrigneuse
dans laquelle son corps fut transport et enterr le 28 fvrier 1628,
ainsi que la lgende d'une mdaille dont nous parlons plus loin.
D'aprs une longue pitaphe qui existait encore dans le sanctuaire
de l'glise de Vaugrigneuse du temps de l'abb Lebeuf, mais qui en
a disparu et que le savant abb transcrit avec quelques fautes de
lecture ou d'impression, Hroard dcda  _Autr_ le _dixime_ jour de
fvrier en l'an _soixante-septime_ de son ge. Les deux manuscrits
de la Bibliothque impriale portent que Hroard dcda le _huitime_
fvrier, g de _soixante-dix-huit ans_, dit le premier manuscrit, g
de _soixante-sept ans sept mois_, dit le second qui ajoute il toit
n le 12 juillet 1552. Cette dernire date ne parat pas non plus
bien exacte, mais dans tous les cas il y a erreur manifeste dans les
indications qui donnent soixante-sept ans  Hroard au moment de sa
mort, ce qui placerait sa naissance vers l'anne 1561. Inscrit sur les
registres de la facult de Montpellier en 1571, Hroard devait avoir
alors de dix-huit  vingt ans.

Les titres donns  notre mdecin par le registre de l'glise de
Vaugrigneuse et par l'pitaphe que rapporte l'abb Lebeuf sont: Jean
Hroard, chevalier, seigneur de Vaugrigneuse, de l'Orme le Gras
et de Launay-Courson, conseiller du Roi en ses conseils d'tat et
priv, secrtaire de Sa Majest, maison et couronne de France et
de ses finances, premier mdecin de Sa Majest et surintendant des
eaux minrales de France. L'pitaphe ajoute que, par son testament,
Hroard a voulu tre inhum dans sa chapelle qu'il a fait btir en
cette glise, laquelle il a fait rtablir en paroisse qui avoit t
unie avec la paroisse de Briis plus de cent cinquante ans auparavant,
et a voulu tre fondateur de la paroisse de Vaugrigneuse... On lit
ensuite, ajoute l'abb Lebeuf, que cette inscription a t appose par
les soins d'Anne Du Val, femme du mme Jean Hrouard. Si, comme le
prtend Guillemeau, Hroard et ses parents appartenaient  la religion
protestante, le mdecin de Charles IX avait d se convertir de bonne
heure.

On possde de Jean Hroard un portrait grav et une mdaille, excuts
tous deux aprs sa mort et peut-tre par les soins de sa veuve. Le
portrait, indiqu dans la _Bibliothque historique_ du P. Lelong
comme tant d'_Ant. Bosse_, est sans nom de peintre ni de graveur et
se trouve class dans l'oeuvre d'Abraham Bosse, dont le catalogue a
t publi par M. Georges Duplessis. Hroard est reprsent de trois
quarts,  droite, dans une bordure octogone pose sur une console
orne de ses armoiries, d'azur au chevron d'argent accompagn de trois
toiles d'argent, avec la devise: _Jove dignus Apollinis arte_. La
mdaille, signe WARIN, porte au revers les mmes armoiries, la mme
devise et cette mention: _Ob. XI fev. 1628_. Les indications donnes
par le portrait et la mdaille sont identiques: I. HEROARD S. D.
VAVGRIGNEVSE P. MEDECIN DV ROY LOVIS XIII. Le nom du Roi manque seul
sur l'inscription de la mdaille, le reste est absolument semblable.

La veuve de Jean Hroard, Anne Du Val, dame de Vaugrigneuse et
de l'Orme le Gras, lui survcut jusqu'en janvier 1640, ainsi que
le constate le registre de l'glise de Vaugrigneuse. La terre et
seigneurie de Launay-Courson tait chue  des neveux maternels
d'Hroard, les frres Courtaud, qui la vendirent ds l'anne 1634,
ainsi qu'il rsulte des titres de cette terre, appartenant aujourd'hui
 M. le duc de Padoue.

Jean Hroard tait mort depuis seize annes lorsque son nom se trouva
ml, d'abord incidemment, puis avec un clat bien fcheux pour sa
mmoire, dans la controverse qui agita les Facults de Paris et de
Montpellier pendant la seconde moiti du dix-septime sicle. Un des
neveux maternels et hritiers d'Hroard, Simon Courtaud, aprs avoir
t, par la protection de son oncle, pourvu pendant quelque temps d'une
charge de mdecin par quartier, s'tait retir  Montpellier o il
tait devenu doyen de la Facult. En 1644 Courtaud, dans un discours
latin prononc  l'ouverture de l'cole de Montpellier, mentionne
Hroard parmi les docteurs sortis de cette cole qui avaient eu
l'honneur d'occuper la premire place auprs des rois de France. Cette
apologie, imprime  Montpellier, vient aux oreilles des mdecins de
Paris et provoque de la part de l'un d'eux, Jean Riolan, une longue
rponse, publie en 1651 sous le titre de _Curieuses recherches sur les
coles de mdecine de Paris et de Montpellier_, dans laquelle Riolan
insinue en passant que Jean Hroard n'a pas t choisi parce qu'il
avait tudi  Montpellier, mais parce qu'il se trouvait dj auprs de
Louis XIII, au moment de sa nomination comme premier mdecin du Roi.
Simon Courtaud rplique en 1653 par un gros in-4 intitul: _Seconde
apologie de l'Universit en mdecine de Montpellier, etc., envoye  M.
Riolan, professeur anatomique_, et l il reprend l'loge de son oncle
Hroard,  propos de la prfrence donne par les Rois  la Facult
de Montpellier sur celle de Paris, puis il attaque Charles Guillemeau
comme ayant abus de la confiance de son collgue et ami Hroard pour
muguetter la charge de premier mdecin. C'est alors que l'anne
suivante Charles Guillemeau entre dans la lice avec le libelle latin
dont nous avons extrait et traduit librement quelques passages; il y
attaque, avec une violence inoue, Hroard et son neveu qu'il n'appelle
pas autrement que _le chien Courtaud_, et il termine sa brochure par ce
parallle entre Riolan et Hroard:

Jean Riolan est n  Paris d'un pre minent dans les lettres et dans
la mdecine, et n'a fait qu'augmenter la gloire du nom de son pre;
Jean Hroard a eu pour pre un mchant barbier de Montpellier et le
plus ignare de tous parmi les barbiers. Jean Riolan, aprs avoir puis
les principes sacrs de l'art de la mdecine  la Facult de Paris,
a reu d'emble son bonnet de docteur; Jean Hroard n'a jamais t
reu mdecin, mais seulement bachelier dans votre cole, et encore
par la complaisance du grand conseil et du doyen de Montpellier. Jean
Riolan a rig des monuments immortels, divins, dans les lettres et
dans l'art de la mdecine; Jean Hroard n'a jamais crit que son
_Hippostologie_, ouvrage bien digne d'un vtrinaire et qui fait que
toute la France s'crie qu'il n'a jamais t un mdecin royal, mais un
mdecin de cheval! Enfin, nous en passons et des meilleurs, est-il
possible, dit-il  Courtaud, de comparer, sans la plus mortelle
injure, Jean Hroard avec ce grand mdecin Jean Riolan! Non! il faut
le comparer, ton Hroard,  ces charlatans africains dont les loges,
et telle tait la _Ludovicotrophie_ de ton oncle, tuaient les gens
de bien, ptrifiaient les arbres, faisaient prir les enfants!  ces
Triballiens et Illyriens, peuples de la mme espce, qui ensorcelaient
par leurs regards et mettaient  mort tous ceux sur qui ils tenaient
trop longtemps les yeux attachs! Ah! Roi infiniment trop bon! Ah!
il t'a regard trop longtemps de son mauvais oeil, cet Hroard! Il
faut le comparer encore avec ces sorcires de Scythie, appeles
Bythies, avec cette race de Thibiens Pontiques dont Philarque crit
 Pline qu'ils avaient dans un oeil deux pupilles et dans l'autre la
figure d'un cheval, ce qu'un ami de la mdecine peut bien dire d'un
mdecin de cheval, d'un archi-ne tel que Hroard!... Relguons-le,
cet Hroard maudit, qui a abrg la vie de son Roi et n'a point pri
lui-mme, parmi ces peuples d'thiopie dont l'odeur et les exhalaisons
communiquaient la peste par le seul contact de leur corps!

On croirait vraiment,  entendre Guillemeau, que Louis XIII n'a pas
survcu quinze ans  son premier mdecin; mais est-il bien ncessaire
d'insister plus longtemps sur ces invectives qui se reproduisirent,
avec plus de virulence encore, dans deux brochures latines publies
l'anne suivante et qui auraient t sans doute suivies de bien
d'autres, sans la mort de Guillemeau, arrive en 1656? Cdons pourtant
 une dernire tentation, en ce qui concerne Guillemeau, pour rappeler,
nous l'apprenons de lui-mme, que ce mdecin tait un protg du grand
louvetier Saint-Simon, pre de celui qui s'est montr lui-mme si
passionn et si injuste dans ses clbres _Mmoires_. Les injures,
les calomnies si peu fondes qu'elles soient, laissent toujours aprs
elles, surtout lorsqu'elles se produisent aprs la mort et que les
individus attaqus ne peuvent plus se dfendre, des traces profondes,
des prventions invincibles. C'est ainsi que Guy Patin, dont l'esprit
satirique tait d'ailleurs tout dispos  prendre parti pour la Facult
de Paris dont il tait doyen, crivait encore en 1663  son ami Andr
Falconet, mdecin de Lyon: M. Bouvard m'a dit autrefois qu'il avoit
entretenu le feu Roi du mrite et de la capacit de quelques mdecins
par les mains de qui Sa Majest avoit pass, et aprs qu'il lui en
et dit ce qu'il en savoit, que le Roi s'cria: Hlas! que je suis
malheureux d'avoir pass par les mains de tant de charlatans! Ces
messieurs toient Hroard, Guillemeau et Vautier. Le premier toit
bon courtisan, mais mauvais et ignorant mdecin. M. Sanche, le pre,
m'a dit ici l'anne passe que cet homme ne fut jamais mdecin de
Montpellier.

Vers la mme poque Tallemant des Raux disait dans son _Historiette_
de Louis XIII: J'oubliois que son premier mdecin Hrouard a fait
plusieurs volumes qui commencent depuis l'heure de sa naissance
jusqu'au sige de la Rochelle, o vous ne voyez rien, sinon  quelle
heure il se rveilla, djeuna, cracha, p...., ch... etc. Le savant
et dernier diteur de Tallemant, M. Paulin Paris, cite en note un
autre livre intitul: _La sant du Prince, ou les soings qu'on y doigt
observer_, 1616, in-12, qui serait attribu  Jean Hroard. Une partie
de ce livre, ajoute M. Paulin Paris, contient les _Rencontres et
promptes reparties de M. le duc d'Anjou_. Il y en a une pour chaque
jour du mois; mais, comme on le devine, les bons mots qu'on prte  cet
enfant de six  huit ans sont gnralement assez mauvais. Nous pensons
que ce livre doit plutt avoir t crit par le mdecin attach  la
personne du frre pun de Louis XIII, Gaston, depuis duc d'Orlans.

M. J. Michelet, parlant ironiquement du volumineux manuscrit d'Hroard
qu'il nomme _le Journal des digestions de Louis XIII_, dit dans une
note de son livre sur _Henri IV et Richelieu_: L'historien, le
politique, le physiologiste et le cuisinier tudieront avec profit ce
monument immense.

Les _Archives curieuses de l'histoire de France_, publies par MM.
Cimber et Danjou, avaient, ds l'anne 1838, commenc  faire mieux
connatre le journal d'Hroard par un long extrait comprenant toute
l'anne 1614; plus rcemment M. Armand Baschet a puis dans ce
journal des dtails spciaux sur le mariage de Louis XIII et a donn
du manuscrit original d'Hroard une trs-exacte description. Nous
apportons  notre tour le rsultat d'un travail, entrepris d'abord
en vue d'une publication autorise le 10 janvier 1859 par S. Exc.
M. Rouland, alors ministre de l'Instruction publique, continu et
complt depuis par une bienveillante communication de M. le marquis
de Balincourt. Il ne nous est pourtant pas permis d'affirmer, malgr
le double dpouillement auquel nous nous sommes livrs, que l'on
ne trouverait pas encore beaucoup de faits intressants  signaler
dans les manuscrits d'Hroard. Les extraits d'un document indit ne
reprsentent toujours que l'impression personnelle de celui qui le
consulte, et tout lecteur qui surviendra aura invitablement des
proccupations diffrentes de celles de son prdcesseur. Des extraits
ne peuvent donc en aucun cas tenir lieu d'une publication intgrale;
mais, quelles que soient les facilits que l'on trouve de nos jours
pour imprimer des documents beaucoup plus volumineux, il est bien peu
probable que les manuscrits d'Hroard soient jamais reproduits dans
toute leur tendue. Il nous reste maintenant  donner sur ces divers
manuscrits les renseignements qui permettront de recourir  ceux que
nous avons eus  notre disposition.

Le manuscrit original de Jean Hroard est ainsi dcrit dans la
_Bibliothque historique_ du P. Lelong: 21447. MS. Journal particulier
de la vie du Roi Louis XIII, depuis l'an 1605 jusqu'en 1628; compos
et crit de la main de Jean Hroard, seigneur de Vaugrineuse, son
premier mdecin, in-fol. 6 vol.--Ce journal toit conserv dans la
bibliothque de M. Colbert, numro 2601-606 et est dans celle du Roi.
On remarquera qu'il manque  ce manuscrit original un peu plus de trois
annes, c'est--dire les cahiers d'Hroard depuis le 15 septembre
1601 jusqu'au 31 dcembre 1604. Les six tomes de ce manuscrit sont
aujourd'hui catalogus  la Bibliothque impriale sous les n{os} FR.
4022  4027.

La Bibliothque impriale possde aussi, dans le Supplment franais,
n 928, un autre manuscrit de douze feuillets qui a pour titre:
_Particularitez de la vie du Roy Louys XIII, des mmoires d'Erouard
mdecin_. C'est une analyse succincte du manuscrit original, anne par
anne, depuis la naissance du Dauphin jusqu' la mort d'Hroard. Cette
analyse parat avoir t faite par un mdecin; elle se termine ainsi:
rouard... toit moins curieux de richesses que de gloire; il faisoit
la mdecine un peu diffremment des autres; il saignoit moins et usoit
de cordiaques et spcifiques.

Un autre extrait se trouve  la Bibliothque de l'Arsenal, dans le
Recueil de pices sur l'histoire de France, n 184. Ce manuscrit a pour
titre: _Journal du Roy Louis XIIIe par Me Jeh. Hrouard, son premier
mdecin_; il comprend de janvier 1614  dcembre 1617.

Le quatrime et dernier manuscrit que nous avons eu entre les mains est
catalogu dans la _Bibliothque_ du P. Lelong  la suite du manuscrit
original: 21448. MS. Ludovicotrophie ou journal de toutes les actions
et de la sant de Louis Dauphin de France, qui fut ensuite le Roi Louis
XIII, depuis le moment de sa naissance (le 27 septembre 1601) jusqu'au
29 janvier 1628; par Jehan Hrouard, premier mdecin du Prince, in-4,
4 vol.--Ce manuscrit qui contient des anecdotes singulires, et qui est
important pour les dates, est conserv dans le cabinet de M. Genas,
conseiller au Prsidial de Nismes. Le premier volume, qui commence  la
naissance du Prince, finit  l'anne 1604. Il manque les annes 1605 et
1606. Le second contient depuis 1607 jusqu' 1610. Il manque ensuite
les annes 1611, 12 et 13. Le troisime volume commence  1614 et finit
en 1617. Il manque ensuite quatre annes. Le quatrime et dernier
volume comprend les annes 1622 et suivantes, jusqu'au 29 janvier 1628
o l'auteur tomba malade  Aitr, et y mourut le 8 fvrier suivant. Il
toit n le 22 juillet 1551. Outre ce qu'on a marqu, il y a encore
quelques petites lacunes.

Cette description est rigoureusement exacte, et c'est ce manuscrit,
appartenant aujourd'hui  M. le marquis de Balincourt, dont
la communication nous a permis de combler la lacune des trois
premires annes qui existe dans le manuscrit original de la
Bibliothque impriale. On a vu plus haut, sous la plume de Charles
Guillemeau, l'ennemi d'Hroard et de son neveu Courtaud, ce nom de
_Ludovicotrophie_ que portent en effet, sur le dos de leur reliure
en parchemin, les quatre volumes appartenant  M. de Balincourt. Une
note d'une criture microscopique, qui se trouve au bas de la premire
page du premier volume, indique que ce manuscrit a t commenc le
25 septembre 1648. Le manuscrit de M. de Balincourt n'est pas une
reproduction intgrale de l'original avec lequel on peut le confronter
ds le 1er janvier 1607; c'est aussi un extrait dans lequel on a
supprim la plus grande partie des dtails qui choquaient Tallemant des
Raux. Ce travail a t excut d'aprs le manuscrit original, et l'on
en trouve la preuve ds les premires lignes, en regard desquelles est
reli un fragment de l'criture d'Hroard qui est le commencement mme
de son registre: Le 15e jour de septembre 1601[1] je reus lettre,
etc. La copie, faite de la main mme d'Hroard, de la lettre crite
par Biron  Mme de Montglat le 24 avril 1602, est galement place dans
le manuscrit de M. de Balincourt, en regard de la journe du 28 avril,
o le mdecin mentionne cette lettre.

  [1] Dans le _Journal indit de Henri IV_, publi en 1862 par
  M. Halphen, Lestoile crit  cette date: Pour mdecin de M.
  le Dauphin, on y mt rouard,  la faveur et recommandation de
  M. de Bouillon, et Lestoile ajoute que ledit rouard toit
  de la Religion. D'aprs ce tmoignage qui se joint  celui de
  Guillemeau (pag. XLV), il faut croire que la conversion d'Hroard
  fut beaucoup plus tardive que nous ne l'avons suppos page LXIV.

Toutes ces circonstances nous font supposer que, postrieurement 
la mort de la veuve Hroard en 1640, Simon Courtaud tait devenu
possesseur du manuscrit de son oncle; que c'est lui qui, aux endroits
des lacunes du manuscrit original, s'est plaint de la ngligence de la
veuve et des autres parents d'Hroard; et que c'est lui enfin qui, en
prparant cet extrait et en imaginant le titre de _Ludovicotrophie_,
projetait une publication pour laquelle il aurait rdig la prface que
nous reproduisons. Cet avis au lecteur se trouve en tte du manuscrit
appartenant  M. le marquis de Balincourt; mais il n'est pas de la
mme criture que le reste de la copie, et il n'est certainement pas
de la main de Jean Hroard. Le texte en est autographe et corrig par
l'auteur, que nous croyons tre Simon Courtaud.




_Le dessein de l'auteur en cet oeuvre a t divers et doit tre
diversement considr: car son but tant de s'acquitter dignement du
soin de la nourriture du Prince qui lui avoit t commise, il s'est
principalement et particulirement arrt aux observations qu'il
reconnoissoit, de jour en jour et d'heure  autre, ncessaires pour
tablir un solide jugement  l'avenir aux altrations et changemens
auxquels, ds la naissance, la nature assujettit tous les hommes, et,
par cette remarque sage, pnible, judicieuse et curieuse, prendre
instruction et fondement pour conduire  bonne fin la charge de la
sant du Prince pour laquelle le roi Henry le Grand avoit fait choix
de sa personne, l'ayant considre pour son exprience, pour son
jugement et pour sa fidlit reconnue ds longtemps auparavant par Sa
Majest, par longs et signals services. A quoi l'auteur se seroit
port avec tout le soin et diligence qui se pouvoit requrir, n'ayant
laiss passer aucun accident, concernant la sant et infirmits du
Prince, dont il n'aye fait les remarques, y joignant l'ordonnance et
la sage application des remdes, ensemble le rcit et observation
de ses inclinations et apptits particuliers; le tout si exactement
et simplement dcrit que l'on peut dire cet ouvrage sans exemple ni
esprance d'un pareil  l'avenir. D'autre part l'auteur n'a point
voulu donner  son ouvrage le titre d'histoire, ains seulement Journal
et Registre particulier, d'autant que son but n'a point t de
s'tendre plus avant dans l'histoire, comme il et bien pu faire s'il
et voulu, ains il s'est tenu dans les limites de la vie particulire
de son Prince et de son Matre, afin de ne rien prendre d'autrui et de
ne mettre en avant que les choses qu'il auroit vues; imitant en quelque
sorte ce qui toit jadis usit par les anciens grands empereurs du
Cathay, qui au bas de leur table tenoient toujours quatre secrtaires
assis, qui mettoient en crit tout ce que le Roi disoit, soit bien,
soit mal; et de cet usage l'auteur n'a point t mauvais imitateur
n'ayant laiss passer aucune parole ni action remarquable du Prince
qui ne soit insre en ce journal, ne faisant aussi en cela qu'obir 
son Prince qui lui commandoit expressment d'enregistrer les sentences
et actions louables et vertueuses qu'il reconnoissoit dignes de lui:
lequel commandement l'auteur faisoit souplement servir d'occasion pour
rprimer les dfauts de la jeunesse du Prince en le menaant d'en
charger son journal dont il toit jaloux que cela ne ft point. Et de
tout cet ouvrage non pareil et qui est comme une riche et agrable
tapisserie de diverses matires et un chef-d'oeuvre du soin d'un
fidle serviteur et sujet envers la personne de son Prince et de son
Matre, il n'y a rien dont il soit fait mention en aucune histoire, et
qui pourra servir de modle et d'instruction  ceux qui ont ou auront
 l'avenir la conduite de la sant et ducation des Princes, tant
ml du mdecin, du politique, du moral, mme de mthode  tous pour
l'ducation des enfans._




JOURNAL

DE

JEAN HROARD

SUR L'ENFANCE ET LA JEUNESSE

DE LOUIS XIII




ANNE 1601.

  Hroard est nomm premier mdecin du futur Dauphin;
  paroles que lui adresse Henri IV.--Naissance du Dauphin 
  Fontainebleau.--Tmoins de l'accouchement.--Description du
  corps de l'enfant; remarque de la duchesse de Bar.--Le Roi
  annonce lui-mme l'vnement.--Dpart des courriers.--Paris
  de Zamet avec le Roi et la Reine.--Premire nourrice.--Le
  Roi manque de laisser tomber son fils.--Visites de grands
  personnages.--Premire chemise; mot de la duchesse de
  Bar.--Avidit de l'enfant.--Seconde nourrice.--Le Dauphin
  transport de Fontainebleau  Saint-Germain en Laye; son
  passage et sa rception  Melun et  Paris.--Visites 
  Saint-Germain; la Reine y vient avec Mme de Guise et la
  Concini.--Arrive du Roi; il se joue avec son fils.--Premier
  mot de l'enfant  sa nourrice.--Arrive des gardes du
  corps.--La marquise de Verneuil  Saint-Germain.--Jargon
  du Dauphin; il aime la musique.--Visite des nonces du
  Pape.--Remplacement de la premire nourrice.


Le 15e jour de septembre 1601 je reus lettre de Mme de
Guiercheville[2], le 17e, celle de M. de la Rivire, premier mdecin du
Roi. Le 20e, dimanche, j'allai coucher  Fontainebleau.

  [2] Dame d'honneur de la Reine. _Voy._ page 3, note 9.

Le 21e, sur les quatre heures du soir,  l'entre du jardin des canaux,
je rencontrai le Roi qui revenoit de la chasse, et m'appelant, me fit
l'honneur de me dire: Je vous ai choisi pour vous mettre prs de mon
fils le Dauphin; servez-le bien.

En l'anne 1601, le 26e jour de septembre, Marie de Mdicis, reine
de France et de Navarre, se trouvant  Fontainebleau sur la fin du
neuvime mois de sa grossesse, environ les onze heures du soir,
commena de sentir quelques douleurs que l'on jugea pouvoir tre
d'enfantement. Toute la nuit elles furent lentes, la reprenant de loin
 loin sans point de violence; continurent en la mme faon jusques
sur les deux heures aprs midi du jour suivant qu'il lui survint une
colique venteuse qui la traita bien fort cruellement l'espace de deux
heures et enfin s'apaisa par l'aide des remdes qui furent faits; et
fut aprs cela une bonne heure sans douleur aucune. Les premires la
reprirent comme devant, mais aussi avec plus de rigueur et moins de
repos; passa jusques  huit heures en cette sorte. Alors on la leva de
son lit, o elle avoit t toujours couche, pour la mettre sur une
chaise faite exprs pour accoucher, estimant qu'elle y pourroit tre
plus aisment dlivre. Au mme temps les douleurs la saisirent si
vives et si pressantes que, sans aucun ou fort peu de relche, elles
continurent jusques  l'entier accouchement, qui fut d'un Dauphin,
le 27e du mois susdit, quatorze heures dans la lune nouvelle,  dix
heures et demie et demi quart, selon ma montre faite  Abbeville par
M. Plantard. L'enfant fut reu par dame Louise Bourgeois, dite Mme
Boursier[3], sage-femme  Paris, qui fut longtemps  couper le nombril
de peur de le blesser, d'autant qu' tout propos il y entortilloit
ses mains et le tenoit de telle force qu'elle avoit peine de l'en
retirer. Et sur ces entrefaites la Reine demanda par deux fois en
ces termes: _E maschio?_ A quoi ne lui tant point rpondu se leva
en pied de la chaise o elle venoit d'accoucher pour voir ce qui en
toit. Le Roi ne l'en sut empcher, qui toit tout debout derrire la
chaise et d'o il n'toit parti depuis l'heure qu'elle y fut mise.
Franois de Bourbon, prince de Conty[4], Charles de Bourbon, comte
de Soissons[5], et Henri de Bourbon, duc de Montpensier[6], furent
prsents  cet accouchement, auxquels fut command par Sa Majest de
s'approcher de la sage-femme et de se baisser pour voir l'enfant tenant
 l'arrire-faix, avant qu'elle en ft la sparation. Catherine de
Bourbon, duchesse de Bar[7], soeur du Roi, Anne d'Este, duchesse de
Nemours[8], et Antoinette de Pons, marquise de Guiercheville[9], dame
d'honneur de la Reine, la servirent  cet accouchement. Durant cette
longueur de mal, et pret de tant de sortes de douleurs, la constance
et fermet de la Reine fut merveilleuse et incroyable, voire  ceux
mme qui ont eu l'honneur de la servir en cette occasion, n'ayant en
ses plus grandes douleurs, sinon sur les dernires, hauss plus haut
sa voix et son _Oim je morio_, qu'il se pt qu' peine entendre d'un
bout de chambre  l'autre; et, la douleur passe, faisant parotre sa
face autant joyeuse comme en pleine sant. Lors mmement que le Roi
(qui tout le long de son travail alloit et venoit), arrivoit auprs
d'elle, on la voyoit revenir toute  soi, le recevant et l'entretenant
de propos de personne contente, lchant ce nanmoins parmi ces gaiets
des grosses larmes. Pendant le cours de ces assauts, comme elle avoit
un peu plus de repos, demandoit quelquefois combien on tenoit de la
lune, craignant d'accoucher d'une fille, sur l'opinion vulgaire que
les femelles naissent sur le dcours, et les mles sur la nouvelle
lune. tant donc entirement dlivre et l'enfant se trouvant foible,
pour avoir longtemps sjourn en attendant l'arrire-faix, il lui fut
donn un peu de vin par M. Guillemeau, chirurgien ordinaire du Roi;
puis tant lev par la sage-femme, pris par Mlle de la Renoulire,
premire femme de chambre de la Reine,  laquelle le Roi lui commanda,
disant: Baillez-le  Mme de Montglat[10], qui le prit envelopp et
le porta devant le feu, o il fut assez longtemps, pendant que la
sage-femme pansoit la Reine, qui alla sur ses pieds, depuis sa chaise
d'o elle venoit d'accoucher jusques dedans son lit, sans l'aide de
presque de personne. Cependant je lui donnai ( l'enfant), dans sa
cuiller, un peu de mithridate dtremp avec du vin blanc, qu'il avala
fort bien et en sua ses lvres comme si 'et t du lait. Puis elle
vint  monseigneur le Dauphin, o l'on put voir alors un enfant grand
de corps, gros d'ossements, fort musculeux, bien nourri, fort poli,
de couleur rougetre et vigoureux tout ce que l'on peut penser pour
cette petite ge. Il avoit la tte bien forme, de bonne grosseur,
couverte de poil noirtre, les yeux tanns, le nez un peu enfonc
vers sa racine, pat et relev par le bout, les oreilles de moyenne
grandeur et bordes, la bouche trs-belle, petite et fort releve,
ayant le dessus du milieu de la lvre haute par le dehors fort canel,
et le milieu de la basse aussi; le menton fourchu, le tout fait comme
d'un trait, et le bas du visage fort arrondi; le col gros et fort, et
les paules larges; la poitrine bien releve, les bras grands, les
mains aussi et d'une blancheur nave (_sic_) par dessus l'ordinaire;
les parties gnitales  l'avenant du corps; les jambes droites et les
pieds grands, fort larges par le bout, se rtrcissant en un talon
fort pointu, les orteils presque de pareille longueur, les serrant en
dedans, du gros au petit, comme on feroit du bout de la main. Il porta
sur lui ces marques: entre les deux sourcils, mais plus proche du
droit, se trouva une tache rougetre ronde, de la grandeur d'un petit
denier; une autre au-dessus de la nuque, sous la racine des cheveux,
de pareille couleur et de mme figure, mais de grandeur semblable 
un rouge double, et une autre petite de la mme couleur  l'entre de
la narine gauche; et la dernire ce furent trois poils noirs sur le
sommet du cartilage de l'oreille gauche, et le croupion tout velu. Les
poils de l'oreille et la forme du pied se trouvent tre de mme au Roi
son pre. Je lui fis laver tout le corps de vin vermeil ml avec de
l'huile, et la tte de pareil vin et de l'huile rosat. Pendant tout
cela il cria fort peu, mais par son cri fit bien parotre la force de
ses poumons, ne criant point en enfant, qui est une des choses plus
remarquables en lui.

  [3] On a d'elle: _Rcit vritable de la naissance de Messeigneurs
  et Dames les enfans de France_. Paris, 1626.

  [4] N en 1558, mort en 1614; fils de Louis Ier, prince de Cond,
  tu  Jarnac en 1569, et d'lonore de Roye, sa premire femme.

  [5] N en 1566, mort en 1612; fils de Louis Ier, prince de Cond,
  et de Franoise d'Orlans-Rothelin, sa seconde femme.

  [6] N en 1573, mort en 1608.

  [7] Ne en 1558, morte en 1604; fille d'Antoine de Bourbon, roi
  de Navarre, et de Jeanne d'Albret, marie en 1599,  Henri de
  Lorraine, duc de Bar.

  [8] Morte en 1607, ge de soixante-seize ans. Elle avait t
  marie: 1 en 1549,  Franois de Lorraine, duc de Guise, tu par
  Poltrot en 1563; 2 en 1566,  Jacques de Savoie, duc de Nemours,
  mort en 1585.

  [9] Morte en 1632. Elle avait t marie: 1  Henri de Silly,
  comte de la Rocheguyon, mort en 1586; 2 en 1594,  Charles du
  Plessis, seigneur de Liancourt, comte de Beaumont-sur-Oise,
  marquis de Guercheville; Henri IV disait d'elle que _c'tait une
  vritable dame d'honneur_.

  [10] Franoise de Longuejoue, veuve de Pierre de Foissy et
  remarie  Robert de Harlay, baron de Montglat, premier matre
  d'htel du Roi homme violent et fcheux, dit Lestoile, et sa
  femme encore plus. Le Journal d'Hroard confirme ce jugement
  et prouve que le choix de cette gouvernante ne fut pas heureux.
  _Voy._ la lettre du Roi  Mme de Montglat, du 19 septembre 1601,
  dans le _Recueil des Lettres missives de Henri IV_, publies par
  M. Berger de Xivrey, tome V, page 473.

Mme la duchesse de Bar, soeur du Roi, qui considroit les parties si
bien formes de ce beau corps, ayant jet sa vue sur celles qui le
faisoient tre Dauphin, se retournant vers Mme de Panjas, sa dame
d'honneur, lui dit qu'il en toit bien parti[11]. Ces mots furent reus
avec rise qui les porta aux oreilles du Roi, qui toit prs de la
Reine.

  [11] Qu'il en tait bien pourvu.

tant emmaillott il fut port sur le lit de la Reine et couch 
sa main droite, o elle lchoit parfois quelques oeillades. Un quart
d'heure aprs il fut emport par Mme de Montglat dedans sa chambre et
mis dans son berceau entre minuit et une heure.

Aussitt que Monseigneur le Dauphin fut n, le Roi apporta lui-mme la
nouvelle  la noblesse qui l'attendoit en son antichambre, laquelle fut
si bien reue qu'ils se jetoient tous en foule  ses jambes, avec telle
ardeur qu'il ne pouvoit passer et faillit  tre renvers. Ayant reu
Sa Majest ce tmoignage d'allgresse pour la bonne nouvelle: Allons,
dit-elle, rendre grces  Dieu, et que chacun de vous se y prpare.
La Reine ayant t panse et Monseigneur le Dauphin couch, il se y
achemina. A son retour toute la cour flamboit des feux de joie et tout
tonnoit des salves des arquebusades qui furent faites par les soldats
des gardes; le Sr de Mansan, capitaine au rgiment des gardes, toit en
garde.

A l'heure mme de sa naissance, les courriers qui avoient demeur
botts depuis que la Reine commena de se plaindre, montrent  cheval
pour France, Florence et Mantoue, sachant que c'toit un Dauphin,
n'tant botts, ce disoient-ils, pour une fille; et de fait M. de
Beaulieu-Ruz, secrtaire d'tat, avoit fait prparer double dpche.
Avant de partir, on fit voir la marque de Dauphin  ceux qui furent
dpchs pour l'Italie et quelques autres pour France. Le Sr de la
Varenne[12] porta cette nouvelle  Paris, alla descendre chez le Sr
Zamet qui y gagna mille cus, pour gageure faite d'un mle contre le
Roi, et de deux mille cus contre la Reine qu'elle accoucheroit dans le
jeudi[13].

  [12] Contrleur gnral des postes. _Voy._ la lettre du Roi  M.
  de Montigny, _Lettres missives_, V, 476.

  [13] Le Roi avait aussi promis le chteau de Monceaux  la Reine,
  si elle avait un fils. (_Lettres missives_, V, 481.)

_Le 28 septembre, vendredi,  Fontainebleau._--Sa nourrice fut
damoiselle Marguerite Hotman[14], et reconnoissant qu'il avoit peine 
teter, il lui fut regard dans la bouche et vu que c'toit le filet qui
en toit cause; sur les cinq heures du soir il lui fut coup  trois
fois par M. Guillemeau, chirurgien du Roi.

  [14] Hroard la nomme Catherine le 27 dcembre suivant.

_Le 30 septembre, dimanche,  Fontainebleau._--Messire Achille de
Harlay, premier prsident  Paris, arrive de sa maison de Beaumont pour
le voir.

_Le lundi 1er octobre._--Port  la chambre de la Reine; M. le cardinal
de Gondi le vient voir.

_Le 5, vendredi._--Port chez la Reine; le Roi se y trouva, et le
voulant rendre  la nourrice, couch sur un oreiller de velours ras, il
l'a soulev pour le baiser; l'enfant coule, et le Roi baise l'oreiller.
Le Dauphin ft tomb sur les pieds  terre s'il n'et t reu par sa
nourrice, qui l'empoigna. Ds lors on ajouta une pice de velours audit
oreiller, o l'on le mettoit quand on le vouloit porter hors de sa
chambre, et depuis le Roi ne le porta plus et ne le prit entre ses bras.

_Le 6, samedi._--Messire Jean de Nicola, premier prsident des Comptes
 Paris, arrive pour le voir comme particulier.

_Le 8, lundi._--M. Guyet, sieur de Charmeaux, prsident des Comptes et
prvt des marchands, arrive comme particulier et le vit remuer.

_Le 9, mardi._--Port chez la Reine.

_Le 10, mercredi._--Mme la duchesse de Bar, soeur du Roi, lui donne sa
premire chemise. La remueuse lui dit qu'il falloit faire le signe de
la croix. Faites-le donc pour moi, dit-elle en souriant, je ne le sais
pas faire[15]. Elle ne laisse pas pourtant de la lui donner.--Depuis
le lendemain de sa nativit, il avoit le cri fort et puissant, ne
ressentant aucunement le cri et le vagissement des enfants, ce qu'il
n'a jamais fait; et quand il tetoit c'toit  si grandes gorges,
levant sa mchoire si haut, qu'il en tiroit plus  une fois que les
autres ne font en trois; aussi sa nourrice toit  toute heure presque
 sec.

  [15] La duchesse de Bar tait protestante.

_Le 11, jeudi,  Fontainebleau._--Port chez la Reine; rapport. La
nourrice, au retour de la chambre de la Reine, a vomi tout son dner;
elle mangeoit beaucoup et plus qu'elle ne pouvoit, reconnoissant le
dfaut de son lait.

_Le 12, vendredi._--Remu devant Messire Pomponne de Bellivre,
chancelier de France.

_Le 13, samedi._--Manifeste dfaut de lait en sa nourrice, qui avoit la
mamelle petite et le lait clair et chaud.

_Le 14, dimanche._--Port chez la Reine; rapport. Allouvi[16],
point assouvi. On lui donne de la bouillie, ayant mis  sec les deux
mamelles; il en prend et avidement.

  [16] Cette expression est encore usite en Normandie pour
  exprimer l'avidit d'un enfant nouveau n.

_Le 17, mercredi._--A cause de cette grande avidit, l'importunit
des femmes lui fit donner du lard frais[17], bouilli,  frotter ses
gencives; il en trononna un morceau qu'il faillit  avaler. Port chez
la Reine; tet avidement; rapport.

  [17] Cette coutume est encore suivie en Normandie dans des
  circonstances semblables.

_Le 18, jeudi._--Remu, le Roi prsent. Allouvi; mis  sec sa nourrice;
bouillie.

_Le 19, vendredi._--Sur le dfaut de lait reconnu par plusieurs fois en
sa nourrice par MM. de la Rivire, du Laurens, Vido et moi, assembls
par le commandement de LL. MM., il fut rsolu que Mlle Hlin, femme
Lemaire, seconde nourrice, donneroit le lait  Mgr le Dauphin pour
secourir la premire[18].

  [18] Henri IV crivait le mme jour  la marquise de Verneuil:
  Je vous eusse envoy M. de la Rivire, mais a fallu qu'il
  soit demeur pour pourvoir  mon fils qui a tari sa nourrice.
  (_Lettres missives_, V, 507.)

_Le 20, samedi,  Fontainebleau._--Allouvi  l'accoutume; la nourrice
 sec; la seconde nourrice, Mlle Hlin, lui a donn le lait; la Reine y
est venue, puis le Roi.

_Le 22, lundi._--M. de Mayenne[19] le vient visiter.

  [19] Charles de Lorraine, duc de Mayenne, n en 1554, mort en 1611.

_Le 23, mardi._--Remu en prsence de la Reine.

_Le 24, mercredi._--Peu de lait en la nourrice qui, de son collet,
couvroit ses mamelles pour en cacher le dfaut; il rit  la sage-femme.

_Le 25, jeudi._--Port chez la Reine; M. Groulard, premier prsident
de Rouen, y arriva pour saluer la Reine et Mgr le Dauphin; il le voit
remuer. Le Dauphin part de Fontainebleau  deux heures dans la litire
de la Reine, dans un panier d'osier fait exprs[20]; il a dormi sans
s'veiller jusques  Melun. Arriv  cinq heures  Melun, le lieutenant
gnral, accompagn de six conseillers, lui viennent au-devant et font
offre de leur service, parlant  Mme de Montglat, sa gouvernante; les
quatre chevins portant un pole de taffetas blanc en firent de mme,
et aprs mirent mondit Seigneur sous le pole, et en cette faon fut
conduit dans la ville, par la porte de Gtinois, les rues tendues de
blanc, jusques  la maison de M. de la Grange, o il coucha la nuit.
M. de Mansan, gentilhomme gascon et capitaine aux gardes du Roi, et
qui toit en garde  Fontainebleau  sa naissance, fit la garde devant
son logis. Il y eut beaucoup de personnes qui le virent remuer, et
une femme d'assez moyenne qualit, qui, entre les autres, transporte
d'affection, se jette  genoux  mon ct: Mon Dieu, dit-elle, y
auroit-il danger de le baiser, et ce disant fait contenance de le
vouloir faire si je ne l'eusse retenue.

  [20] Lestoile dit que c'tait un berceau que la grande-duchesse
  de Florence lui avoit envoy.

_Le 26, vendredi._--Parti  huit heures de Melun pour aller  Lourcine;
arriv  onze heures  Lourcine. Parti de Lourcine  deux heures et
demie, il arrive  six heures  Villeneuve-Saint-Georges. M. Gobelin,
trsorier de l'pargne, sa femme, M. et Mlle du Mesnil le vinrent voir,
ainsi que M. et Mme de Mareuil du Val. Je le portai de la litire en sa
chambre.

_Le 27 octobre, samedi, voyage._--M. le grand prvt du Val, M. de
Mareuil, son frre, sont partis avec le Dauphin  neuf heures. Arriv
 onze heures  Maisons, parti  deux heures et demie. En chemin,
Messire Guyet, prsident des Comptes et prvt des marchands  Paris,
accompagn des chevins et autres officiers de la Ville, vtus de leurs
habits de magistrats, ayant avec eux tous les archers de la dite Ville,
sortent au-devant de lui sur le chemin de Charenton, mille pas hors la
porte. tant arrivs prs de la litire, ils mirent pied  terre, et le
prvt des marchands parla  Mme de Montglat qui toit dedans, tenant
sur les genoux Monseigneur le Dauphin dormant. Elle lui rpondit,
et les discours de l'un et de l'autre durrent environ demi-heure,
lesquels finis l'on commena  marcher, M. de Montglat d'un ct de la
litire et moi de l'autre, et les archers aussi, pour empcher que la
grande multitude de peuple de tous ges et sexes,  pied,  cheval et
en carrosse, ne se jett sur la litire, comme il est vraisemblable
qu'il ft advenu, pour le dsir ardent que chacun avoit de le voir.
tant arriv  la porte Saint-Antoine, le Dauphin fut reu par les
hautbois, cornets  bouquin et trompettes, qui toient sur le bastion
de main droite, et conduit enfin  la maison du sieur Sbastien Zamet,
o il logea en la chambre du Roi,  quatre heures et demie.

_Le 28, dimanche,  Paris._--Le Roi, la Reine, M. de Mayenne et tout ce
qui toit des princes et princesses  la Cour, le sont venus voir, 
part ou avec la Reine.

_Le 29, lundi._--Sur les six heures, parti de chez M. Zamet, port au
Louvre, o le Roi et la Reine l'ont vu et tenu bien une heure; de l
aux Tuileries o le Roi, qui y toit venu, le fit passer pour le voir
derechef et le montrer  plusieurs qui ne l'avoient encore vu; et de
l, partant entre midi et une heure, il alla  Saint-Cloud, logea au
petit logis de M. de Gondi, chevalier d'honneur de la Reine. Parti de
Saint-Cloud  trois heures il arrive  six heures  Saint-Germain en
Laye, lieu choisi par le Roi pour y tre nourri, accompagn de messire
[Robert] de Harlay, sieur de Montglat, de Franoise de Longuejoue,
dame de Montglat, sa gouvernante; de moi Hroard, mdecin ordinaire du
Roi et premier de Monseigneur le Dauphin; de Georges Birat, premier
huissier de sa chambre, et du sieur Franois de Marviller, cuyer,
sieur de Meninville en Beauce, capitaine exempt des gardes du corps du
Roi, sous la charge de M. de Praslin; du sieur Daniel Prvost, sieur
de Bragelongne en Champagne; du sieur Jehan Dugu, Parisien; du sieur
Jacques de Lancelin, sieur de la Rouillre, de Valence en Dauphin;
du sieur Guillaume de la Palisse, de Messe en Gtinois; du sieur
Charles du Til, de Praux en Normandie; du sieur Isaac de Rives, sieur
de la Rivire, d'Aspreville en Normandie; du sieur Jacques du Glasc,
cossois, tous archers des gardes du corps du Roi, et de quatre Suisses
de la garde. A bonne heure nous prit la pluie qui arriva aussitt comme
il fut en sa chambre. Il fut mis en celle de la Reine en attendant que
la sienne ft accommode; le soin que l'on avoit eu d'un si prcieux
trsor fut tel que l'on ne y avoit trouv aucune chose de prt pour le
recevoir. Il est  prsumer que l'on en doit blmer ceux qui tiennent
les charges pour telles affaires. Peu de lait  la nourrice.

_Le 3 novembre, samedi,  Saint-Germain en Laye._--Le comte de Lindre,
prince d'Espinoy, Flamand, ambassadeur extraordinaire de la part de
l'Archiduc devers le Roi pour se rjouir de la naissance de Mgr le
Dauphin, le vient voir ce disoit-il, par commandement du Roi. [Louis
de Lorraine], abb de Saint-Denis, et le chevalier de Lorraine, son
frre, le sont venus visiter[21].

  [21] Louis de Lorraine, depuis cardinal de Guise et archevque
  de Reims, mort en 1621, et Franois-Alexandre Paris de Lorraine,
  chevalier de Malte, mort en 1614. Ils taient frres d'Henri le
  Balafr, tu  Blois.

_Le 4 novembre,  Saint-Germain._--Dormi, rveill, etc.; frott le
ventre d'huile d'absinthe et le nombril de civette. M. Brulard, abb de
Lon, le vient visiter.

_Le 5, lundi._--La Reine arriva  midi et demi  Saint-Germain,
ayant en sa compagnie Mme de Guise et Mlle sa fille[22], Mme de
Guiercheville, et la signora Conchino[23]. La Reine reoit par Petit
des lettres du Roi crites  Verneuil[24]; elle fait rponse. La Reine
part pour s'en retourner  Paris.

  [22] Catherine de Clves, duchesse de Guise, veuve du Balafr, et
  Louise-Marguerite de Lorraine, marie en 1605 au prince de Conty.

  [23] Lonora Galiga, connue depuis sous le nom de marchale
  d'Ancre.

  [24] Le Roi tait auprs de la marquise de Verneuil, qui tait
  accouche le mois prcdent d'un fils, nomm d'abord Gaston puis
  Henri, duc de Verneuil.

_Le 6, mardi._--Mme de Villars, femme du sieur de Villars, gouverneur
du Havre, le vient voir.

_Le 7, mercredi._--Sa nourrice avoit peu de lait; mis de l'or battu au
bout de sa mamelle pour les tranches.

_Le 8, jeudi._--Le clarissime Contareno, ambassadeur de Venise, le
vient visiter, et ce mme jour aussi M. de la Force, capitaine des
gardes du corps du Roi.

_Le 11, dimanche._--On lui a frott la tte la premire fois avec
plaisir.

_Le 12, lundi._--Le Roi et la Reine sont arrivs; il les a considrs.

_Le 13, mardi._--Dormi, rveill, rendormi au ttin, faute de lait.
La Reine ne veut point que Mlle Lemaire donne le lait comme Mme de
Montglat me le dt. Mlle la nourrice a la fivre du poil. Mlle Lemaire
donne le lait.

_Le 17, samedi._--La Reine l'est venue voir; M. d'Andelot, Mme de
Gesvres le sont venus voir. On lui a frott le front et le visage
avec du beurre frais et huile d'amandes douces, pour la crasse qui
paroissoit y vouloir venir.

_Le 18 novembre, dimanche,  Saint-Germain._--Le Roi le fait porter
en son cabinet, o il lui fait savourer deux gouttes de vin qu'il ne
refusa point.

_Le 19, lundi._--Amus, le Roi et la Reine prsents.

_Le 20, mardi._--M. le conntable[25] le vient saluer, M. de Rohan
aussi.

  [25] Henri I de Montmorency, mort en 1614.

_Le 21, mercredi._--M. Sguier, ambassadeur pour le Roi  Venise et
prsident en la cour de Parlement  Paris, M. de Thmines, snchal de
Quercy, le viennent saluer. Amus et fort caress du Roi.

_Le 22, jeudi._--Amus par le Roi.

_Le 23, vendredi._--La Reine dit que la marque rouge qu'il a sur la
nuque,  la racine des cheveux, pouvoit provenir d'une envie qu'elle
eut de manger des betteraves, lesquelles on lui ta et n'en voulut
point demander. Le Roi et la Reine prsents au remuer.

_Le 24, samedi._--Le fils du marquis de Brandebourg le vient voir, la
Reine aussi.

_Le 25, dimanche._--La duchesse de Bar le vient voir avec la Reine.

_Le 26, lundi._--Il lui a t mis un collier de grains de corail au
col. Le Roi et la Reine le sont venus voir.

_Le 27, mardi._--J'ai pris cong de la Reine, qui m'a recommand _el
delphino e la norrizza_. Le Roi et la Reine partent  une heure et
demie pour s'en retourner  Paris.

_Le 5 dcembre, mercredi,  Saint-Germain._--Il coute fort
attentivement  l'tre, comme je lui disois qu'il falloit tre bon et
juste, que Dieu l'avoit donn au monde pour cet effet et pour tre un
bon roi; s'il le toit que Dieu l'aimeroit; il sourioit  ces paroles.
Mlle sa nourrice le tenoit en son giron; lui ayant donn  teter
aussitt qu'il fut remu et se jouant  lui, elle lui dit ces mots:
Eh bien, Monsieur, quand je serai bien vieille et que je irai avec
un bton, m'aimerez-vous plus? Il la regarde droit en la face et
puis, comme y ayant pens, rpondit: _Non_. J'tois tout contre qui le
considrois pendant qu'il tetoit, et fus entirement tonn, aussi bien
que tous ceux qui y toient prsents, qui l'entendirent de l'autre bout
de la balustre.

_Le 6, jeudi,  Saint-Germain._--M. de Gondrin, chevalier de l'Ordre,
le vient voir. Les quatre archers des gardes du corps et un exempt,
avec quatre Suisses des Cent de la garde du Roi, arrivent.

_Le 7, vendredi._--M. le duc de Vendatour le vient voir. La Reine
arrive, amenant avec elle le cavalier Juigny, matre gnral de la
garde-robe et gentilhomme de la chambre du Grand-Duc, ambassadeur
ordinaire vers le Roi, pour se rjouir de la naissance de Monseigneur
le Dauphin. Le cavalier prend cong de lui, l'appelle Sire. La Reine
part.

_Le 8, samedi._--veill, etc., Mme de Gondi, abbesse de Poissy, et Mme
de Vieuxpont le viennent voir.

_Le 10, lundi._--La marquise de Verneuil[26] le vient voir; il la
regarde attentivement, et lui rit gracieusement. Elle demeura, ce
disoit-elle, fort contente de l'honneur qu'il lui faisoit; la marquise
soupa. Il a toujours ri avec joie incroyable  la marquise parlant 
lui.

  [26] Catherine-Henriette de Balsac, fille de Franois de Balsac,
  seigneur d'Entragues, et de Marie Touchet; matresse de Henri IV
  aprs la mort de Gabrielle d'Estres.

_Le 12, mercredi._--Il commence  reconnotre et  nommer en son
jargon, et lui tant demand de moi par la remueuse: Qui est cet
homme-l? rpond en jargonnant et aisment: _Eouad_. On reconnot
manifestement que son corps ne se nourrit point; les muscles de la
poitrine toient tout consums, et le gros rempli qu'il avoit sur le
col n'toit que peau. Il aime et se plat  our la musique.

_Le 14, vendredi,  Saint-Germain._--Ce jourd'hui je commenai 
coucher au chteau pour les flegmes.

_Le 16, dimanche._--veill, etc.; M. le marchal de Bois-Dauphin le
vient voir.

_Le 18, mardi._--MM. de Chteauvieux, de Roquelaure et d'Inteville le
viennent voir.

_Le 20, jeudi._--Mme de Lairs, du pays d'Agenois, demande de le
tenir afin qu'elle puisse s'en vanter, et laisse son manchon pour le
prendre. La nourrice se recule disant qu'il le falloit demander  Mme
de Montglat, qui lui rpondit que personne ne l'avoit encore pris; ce
qu'elle ne fit point.

_Le 21, vendredi._--Le Roi l'a veill; fort caus avec lui et fort
paisiblement dans son berceau; fort raill, rossignol. Sa nourrice
lui demande: tes-vous pas le mignon de papa? Il dit: _Oui_, MM. de
Villeroy, d'Alincourt, du Laurens et plusieurs autres tant prsents.
Montr son corps  LL. MM. qui s'en sont retourns  Paris fort
contents.

_Le 23, dimanche._--Coiff d'un bonnet de satin et pris des manches de
mme. L'illustrissime monsignor del Buffalo, vque de Camerino, nonce
ordinaire, et l'illustrissime et rvrendissime monsignor Barberino,
clerc de la chambre de S. S., nonce extraordinaire, le viennent
saluer. Le nonce ordinaire a demand  le baiser; ils l'ont fait,
l'extraordinaire a commenc. Ils ont donn un chapelet et un _Agnus
Dei_ au bout  Mme de Montglat et un chapelet  Mlle la nourrice. Ils
toient conduits par M. de Luxembourg, ont dn  midi aux dpens
du Roi. La Parisire, matre d'htel servant, a dn avec eux; M.
Fleureteau, matre de la chambre aux deniers, a fait la charge.

_Le 24, lundi._--M. le prince d'Orange est venu, qui l'a vu dans son
berceau; Mme la princesse d'Orange, M. d'Andelot, le comte de Warambon
l'ont vu remuer.

_Le 27 dcembre, jeudi,  Saint-Germain._--Mme de Montglat montre
une lettre du Roi du 22 dcembre 1601[27], lui commandant de faire
donner le lait par Mlle Galand, femme de matre Charles Butel, barbier
chirurgien  Paris, et de l'ter  Catherine Hotman; Mlle Galand donne
 teter. Remu en prsence du sieur Lussan, capitaine des gardes du
corps, et du sieur de Saint-Angel, gouverneur de Mcon. Mlle Hotman
fait merveille de se plaindre, se ressouvient du _non_ de monseigneur
le Dauphin en lui disant adieu. Il n'a jamais tet Hotman qu'il ne se
soit mis en colre.

  [27] Cette lettre est date du 26 dans le _Recueil des Lettres
  missives_, V, 522.




ANNE 1602.

  Le Roi et la Reine  Saint-Germain.--Premier portrait du
  Dauphin fait en crayon par Decourt.--Dpart de la seconde
  nourrice.--La marquise de Verneuil.--Premire sortie.--Autre
  portrait du Dauphin.--M. de Rosny.--Les enfants de
  Gabrielle d'Estres, levs avec le Dauphin, ont la petite
  vrole.--Premires caresses de la Reine.--Portrait fait par
  Quesnel.--Rception d'ambassadeurs.--Premier instinct de la
  chasse.--Premire dent.--M. de Mansan.--Projet de mariage
  avec l'infante d'Espagne.--Lettre du marchal de Biron 
  Mme de Montglat.--motion d'un vieil officier gnral.--M.
  de Mayenne.--Le comte d'Auvergne.--Mme Boursier.--Premier
  vtement.--Concini.--Mot du Roi sur la bouillie.--Tienette
  Clergeon.--Second portrait fait par Decourt.--Singulires
  habitudes donnes  l'enfant.--Le Roi joue  cache-cache avec
  son fils, lui fait voir la cure du cerf.--Excution de Biron
  et chute du Roi.--La fte de Saint-Louis.--Nouvelle grossesse
  de la Reine.--Le Dauphin entre dans sa deuxime anne.--Moeurs
  singulires.--Prsents des dputs du Dauphin.--Audience des
  ambassadeurs suisses.--Singulier hommage des courtisans.--Le
  prince de Cond.--Naissance de Madame  Fontainebleau; son
  arrive  Saint-Germain.


_Le 12 janvier, samedi,  Saint-Germain._--Port  la chambre de Mme
de Montglat pour venter la chambre et son berceau, et le parfumer de
bois de genivre. M. de la Tuillerie, matre d'htel du Roi, arrive,
attendant le Roi venant de Verneuil; ce pendant la Reine arrive. Elle
a t longtemps dans le parquet, se chauffant, accompagne de Mme la
marquise de Guiercheville, sa dame d'honneur, et de Mme de Montglat.
Le Roi arrive demi-heure aprs; elle lui va au-devant  la porte de la
chambre, o elle le rencontre; mines [_sic_]. Ils vont ensemble voir le
Dauphin au berceau; le Roi lui a mani et considr les pieds[28].

  [28] Sans doute  cause de la ressemblance avec les siens
  signale plus haut par Hroard, page 4.

_Le 13, dimanche,  Saint-Germain._--LL. MM. le viennent voir, oyent la
messe en sa chambre puis s'en vont dner; LL. MM. sont parties  une
heure et demie. La Reine avoit, le jour de devant, amen Antoinette
Joron pour nourrice, l'autre n'ayant point t trouve propre.

_Le 16, mercredi._--Le cavalier Juigny, ambassadeur du Grand-Duc,
l'est venu voir pour lui dire adieu; et, par commandement de la Reine,
Decourt, peintre du Roi[29], en tire un crayon pour l'envoyer 
Florence.

  [29] Charles Decourt, est port dans les comptes de l'htel de
  Henri IV, comme peintre du Roi. (_Hist. du Rgne de Henri IV_,
  par M. Poirson, 1856, in-8, tome II. p. 815.)

_Le 18, vendredi._--Achev de peindre par M. Decourt.

_Le 20, dimanche._--Le chevalier de Sancy le vient voir.

_Le 21, lundi._--Je lui donne le bonjour et pars  onze heures pour
aller  Paris, en compagnie de Mlle Lemaire, sa seconde nourrice, qui
se retire pour n'avoir point t agrable  la Reine, par la persuasion
de quelques personnes qui toient prs de Sa Majest. C'toit une
trs-honnte femme, fort douce, qui avoit beaucoup de lait et fort bon;
et plt  Dieu que Monseigneur le Dauphin en et t nourri au lieu de
la premire. Il en et t mieux pour sa sant, et je crois qu'il et
t nourri seulement d'un lait. Dieu le veuille pardonner  ceux qui en
sont cause.

_Le 28, lundi._--Le Roi et la Reine arrivent.

_Le 29, mardi._--La Reine le vient voir  trois heures; le Roi et la
Reine le viennent voir  cinq heures.

_Le 30, mercredi._--Le Roi et la Reine y sont venus  une heure, le Roi
et la marquise de Verneuil  cinq heures; il leur a fort ri et s'est
jou avec eux.

_Le 1er fvrier, vendredi._--Le Roi et la Reine ont t prsents depuis
quatre heures et demie jusqu' cinq heures.

_Le 2, samedi,  Saint-Germain._--Jou, amus, le Roi et la marquise de
Verneuil prsents.

_Le 5 fvrier, mardi,  Saint-Germain._--Remu, le Roi et la Reine
prsents.

_Le 8, vendredi._--A cinq heures le Roi arrive; remu en sa prsence.
Il est port  la salle o le Roi soupoit.

_Le 15, vendredi._--Il prend la bouillie avec la cuiller; Mme de
Montglat la lui donne dornavant, auparavant c'toit la remueuse.

_Le 19, mardi, jour de carme prenant[30]._--Il faisoit fort beau
temps; il fait sa premire sortie par le pont de la chapelle, ayant
son chapeau de paille; port par Mlle Lecoeur, l'une de ses femmes de
chambre.

  [30] Le mardi gras.

_Le 21, jeudi._--Un peintre flamand est venu de la part de M. de
Noailles, pour le peindre en huile et l'envoyer en Guyenne, par
permission du Roi. Il a fait beau jeu au peintre durant deux heures,
autant qu'il et su dsirer.

_Le 23, samedi._--Le Roi et la Reine arrivent de Paris, l'ont amus et
fait longtemps causer dans le berceau.

_Le 27, mercredi._--M. de Rosny le voit remuer.

_Le 1er mars, vendredi._--Port au jardin;  deux heures le comte
Hercole Tasson, ambassadeur pour le duc de Modne devers LL. MM., le
vient voir.

_Le 2, samedi._--A dix heures le comte de Sulmo, ambassadeur de
l'lecteur Palatin, arrive avec une douzaine de gentilshommes;  trois
heures et demie Mme la prsidente Dudrach, avec sa grande troupe.

_Le 3, dimanche,  Saint-Germain._--M. de Ventelet l'entretient, lui
dit qu'il n'avoit que Dieu pour matre; il rpond en souriant: _Oui_.
M. de Saint-Germain (de Saintonge) et M. de Lauzer, premier valet
de chambre de Roi, M. Bovier, gentilhomme des ordinaires du Roi, le
viennent voir. Il danse fort gaiement au son du violon.

_Le 6, mercredi._--La petite vrole parot  Alexandre Monsieur, et 
Mlle de Vendme[31].

  [31] Alexandre, nomm d'abord Alexandre Monsieur, puis le
  chevalier de Vendme, n  Nantes, en 1598, de Gabrielle
  d'Estres, lgitim en 1599, reu chevalier de Malte en 1604,
  puis grand prieur de France, mort en 1629.--Catherine-Henriette,
  nomme Mlle de Vendme, fille de Henri IV et de Gabrielle
  d'Estres, lgitime en 1597, marie en 1619  Charles de
  Lorraine, duc d'Elbeuf, morte en 1663.

_Le 7, jeudi,  Saint-Germain._--A une heure Mme de Beuvron le vient
voir;  huit heures et demie arrive un courrier de la part du Roi pour
aller au btiment neuf[32].

  [32] Le Dauphin tait log au vieux chteau de Saint-Germain.

_Le 9, samedi._--Il est port au chteau neuf pour y loger.

_Le 12, mardi._--Il commence  tendre les mains  ce qui lui est
prsent; ce fut un livre que je lui montrois. Le livre toit les
_Psalmes de David_, de la version de M. de Bourges, que j'avois donn 
Mme de Montglat.

_Le 17, dimanche._--La Reine arrive  douze heures et demie, on le lui
porte couvert de son chapeau de taffetas; elle le trouve grand, blanchi
et lui a fort plu. A cinq heures et demie le Roi arrive de Verneuil
avec la Reine, qui toit alle au-devant de lui jusques  Herbelay, o
il avoit dn. Il est port devant le Roi; S. M. en est satisfaite et
de sa sant.

_Le 18, lundi._--A huit heures le Roi arrive et l'a fort caress; 
deux heures Mme de Nemours le vient voir.

_Le 19, mardi._--LL. MM. le font porter au cabinet, l'ont fort caress,
la Reine particulirement, ce qu'elle n'avoit encore fait.

_Le 20, mercredi._--A une heure trois quarts M. Zamet;  six le Roi en
la galerie avec MM. les secrtaires, la Reine y entre.

_Le 21, jeudi._--M. de Souvr et Mme de Montglat parlent au Dauphin; il
est port sur la terrasse au Roi et  la Reine.

_Le 22, vendredi._--Il caresse le Roi, qui part  dix heures pour
aller  Paris, la Reine pareillement, et de l  Fontainebleau, puis 
Poitiers. Le Roi revient  quatre heures trois quarts, ramen par la
chasse et accompagn de M. le prince de Conty, de M. le Grand[33], des
sieurs de Termes, de Frontenac et de Nanay; il retourne  Paris dans
le carrosse de M. de Frontenac.

  [33] Roger de Saint-Lary, duc de Bellegarde, grand cuyer de
  France.

_Le 27 mars, mercredi,  Saint-Germain._--A onze heures est arriv le
comte Henri de Saint-Georges, ambassadeur extraordinaire du duc de
Mantoue, accompagn du sieur de la Brosse, agent pour ledit duc, et du
sieur Braccio, cuyer ordinaire de la Reine. Ils ont men le peintre
du Quesnel[34], qui l'a tir tout de son long; il avoit deux pieds et
demi. Ils ont dn aux dpens de Mme de Montglat.

  [34] Franois Quesnel.

_Le 29, vendredi._--A onze heures est arriv le sieur de Schomberg,
grand chambellan de l'Empereur, ambassadeur extraordinaire vers LL.
MM. pour la naissance de Monseigneur le Dauphin, accompagn des sieurs
de Souvr, de Bois-Dauphin et du jeune Schomberg. Cet ambassadeur est
neveu de feu le sieur Ditrich Schomberg, qui fut tu pour le service
du Roi  la bataille d'Ivry. Il a bais les mains, le chapeau au poing,
et fait une rvrence  Monseigneur le Dauphin;  douze heures et demie
il est all dner  la salle, accompagn desdits sieurs, aux dpens du
Roi. L'ambassadeur revenu lui a demand s'il vouloit mander quelque
chose  l'Empereur son oncle; il a rpondu en souriant en son jargon:
_Dr_. L'ambassadeur, de joie, lui a bais les mains, est all aux
fontaines, et de l  Paris.

_Le 1er avril, lundi._--Mme de Vilette, M. Canaye-Branay et leur
compagnie, la comtesse de Montgomery et les filles de son mari, le sont
venus voir.

_Le 2, mardi._--Mme de Souvr, Mme de Lomnie le viennent visiter.

_Le 3, mercredi,  Saint-Germain._--M. de Soboles, gouverneur de Metz,
Mme de Fervaques, veuve de M. de Laval, le viennent voir.

_Le 4, jeudi._--M. le baron de la Chtre, Mme de Villegomblin le
viennent voir.

_Le 6, samedi._--A onze heures M. de Vitry, gendre de Mme de Montglat,
arrive; M. de la Bastide, capitaine des gardes de M. de Lorraine,
arrive de sa part;  deux heures M. de Chazeron.

_Le dimanche 7, jour de Pques._--Il considre  la messe toutes les
actions de M. l'aumnier.

_Le 8, lundi._--Il jargonne, danse au violon de Boileau, son joueur de
violon. A trois heures aprs-midi M. Brulart, secrtaire d'tat du feu
Roi, arrive et M. de Cypierre aussi.

_Le 9, mardi,  Saint-Germain._--A huit heures Mmes de Clermont
d'Amboise, d'Abin et de Saint-Gelais;  onze heures M. d'pernon, avec
ses trois fils, qui lui baisrent les mains. M. d'pernon le loua fort
et le considra attentivement. A une heure et demie M. Puget, trsorier
de l'pargne, et sa compagnie. A deux heures M. d'pernon, ses enfants
et M. Puget le voient remuer, les trois enfants de M. d'pernon
tant dans la balustre. A quatre heures M. de la Nauve et M. Lecoq,
conseillers en Parlement, et M. Martineau, qui est  M. de Montpensier,
viennent pour le visiter.

_Le 11, jeudi._--Promen; il prend plaisir  un levraut qui se vint
rendre dans l'alle du palemail et fut pris  la main par M. Petit,
archer des gardes du corps du Roi. Le Dauphin l'ayant vu le veut
soudain, l'empoigne  deux mains, se jetant dessus avec ardeur. A six
heures M. de Roissy, matre des requtes, M. Vion, matre des Comptes,
le sont venus voir.

_Le 13, samedi._--veill  minuit, tet, point dormi. Mlle de Rumilly
me vient appeler, me disant que Monseigneur le Dauphin toit malade
du mal de dents. Je y arrive incontinent aprs; il s'endort  peine
jusqu' cinq heures. J'ai toujours demeur debout, accoud sur le bord
de son berceau, tenant sa main droite dedans la mienne.

_Le 14, dimanche,  Saint-Germain._--A quatre heures trois quarts M. de
Saint-Fussien, conseiller de la Cour, le vient voir.

_Le 15, lundi._--Reconnu par la remueuse, qui lui mit le doigt dans
la bouche, une dent perce; M. Gurin, son apothicaire, part pour en
porter la nouvelle au Roi  Fontainebleau[35].

  [35] _Voy._ la lettre du Roi  Mme de Montglat, _Lettres
  missives_, V, 575.

_Le 16, mardi._--A midi et demi M. d'pernon (qui a dit des louanges),
ses trois fils, et M. d'chaux, vque de Bayonne.

_Le 17, mercredi._--A midi Mme la princesse d'Orange, Mme de Bruzoles,
Mlle Beringhen et sa mre le sont venues visiter.

_Le 18, jeudi._--M. de Mansan, gentilhomme gascon, nourri et lev par
M. de Vic, gouverneur de Calais et capitaine aux gardes du Roi, arrive
 Saint-Germain en Laye avec sa compagnie, pour la garde de Monseigneur
le Dauphin, pendant que S. M. fait son voyage en Poitou.

_Le 19, vendredi,  Saint-Germain._--A dix heures et demie M. d'Arquery
le vient voir. A sept heures trois quarts, lettres du Roi par M. Gurin.

_Le 20, samedi._--A midi M. du Passage, Mme de Fonlebon et ses filles;
il a fort caress la petite Charlotte de Fonlebon.

_Le 21, dimanche._--A deux heures, M. de Bouqueron, prsident au
parlement de Grenoble, M. de Chevrier, conseiller en ladite Cour, le
viennent voir.

_Le 22, lundi._--A neuf heures et demie, M. le duc de Bouillon, M. de
Salignac, M. de Sancy et le jeune Sardini et son frre. A douze heures
et demie, Hieronimo Taxis, ambassadeur d'Espagne, tte nue, fait une
grande rvrence et prend la main de monseigneur le Dauphin sans la
baiser; dit qu'il n'a pas voulu partir sans l'avoir vu auparavant. Le
Dauphin est remu en sa prsence. L'ambassadeur se tenoit tout debout,
accompagn desdits sieurs; sur ce qui lui fut dit par M. de Sancy[36]
qu'il en falloit faire un mariage, il rpondit qu'il n'toit rien qui
ne se pt faire, que la reine de France toit grosse et la leur aussi,
qu'ils avoient une damoiselle et maintenant ils auroient un fils et
nous une fille, et puis que l'on mettroit tout ensemble[37].

  [36] Nicolas de Harlay, seigneur de Sancy, conseiller du Roi,
  etc., mort en 1629.

  [37] Ce projet se ralisa par le trait de 1612, qui unit
  lisabeth de France  Philippe IV et Anne d'Autriche  Louis XIII.

_Le 24, mercredi,  Saint-Germain._--Il s'est fort jou  sa
peinture[38], que je lui ai apporte de Paris.

  [38] C'est--dire son portrait, et probablement celui grav par
  Cl. de Mallery en avril 1602, o Louis XIII est reprsent 
  l'ge de sept mois.

_Le 27, samedi._--A quatre heures M. le conntable l'envoie visiter;
viennent aussi Mme Deschamps, Mlle de Ligny, Mlle d'Ouailly.

_Le 28, dimanche._--M. le baron de Saint-Blancart, de la part de M.
de Biron[39], son beau-frre, avec lettre  Mme de Montglat, copie
ci-attache[40].--M....., lieutenant gnral[41]  Fontenay le Comte,
g de quatre-vingts ans, arrive en jupe, se met  genoux et  pleurer,
le voit remuer, et s'en retournant dit  Mme de Montglat qu'il plt
 Dieu de donner  Monseigneur le Dauphin le bonheur de son pre, la
valeur de Charlemagne et la pit de saint Louis; et s'tant retourn
pour s'en aller, tant au coin du grand pavillon, lve les mains au
ciel et dit: Dieu m'appelle quand il lui plaira, j'ai vu le salut du
monde. A trois heures M. de Sillery-Brulart et sa femme, M. de Berny,
son frre et sa femme.

  [39] Charles de Gontaut, duc de Biron. Il fut arrt le 14 juin
  suivant et excut  la Bastille le 31 juillet.

  [40] Copie de la lettre du marchal de Biron  Mme de Montglat,
  rendue par le sieur de Saint-Blancart,  Saint-Germain en Laye,
  le dimanche 28 du mois d'avril 1602:

      Madame, le desir que j de sauoyr des nouvelles de monseigneur
      le Daufin me fait vous enuoier ce laquay exprs pour vous
      supplyer m'en mander et me feres honneur et faueur que je
      tiendray a vue trs grande oblygation sy prenes la payne de me
      donner aduis de son bon portement par la voye du Sr. Preuost
      qui est a Parys, car j de la pasyon et affection pour luy
      desyrer vn heureux accroyssement estant de ceux qui croient que
      il est donn de Dieu pour le maintien de cet estat ne pouuant
      fayllyr que il ne se trouue de la generosyt, de la vertu et
      de bon heur en luy estant n du Roy mon maistre qui a de Dieu
      toutes ces grces plus que jamays[A] autre Roy ny prince aye
      eu. Pour moy, Madame, je le me fygure le plus beau, le plus
      aimable prince qui feust ny qui sera, pour ce que toute mon
      inclynation est porte a l'aymer, outre la royaut que le Roy
      ly layra vn jour, il le laissera accompagn de tres bons et
      fideles subiects et seruyteurs. Jauroys regret sy la mort me
      preuenoit auant que je peusse rendre preuue de ce mien ardent
      sele que je luy ay vou comme la plus tres humble et tres
      obeissante creature du Roy son pere. Je borneray la ce mien
      discours, et vous offryr mon humble seruyce et mon affection,
      et vous baise bien humblement les mains estant,

      Madame,
      Vostre bien humble seruiteur
      BIRON.

      Ce XXIIIIe auril 1602.

      Suscription:

      A Madame,
      Madame de Mongla, gouuernante
      de Monseigneur le Daulphin.

  La copie de cette lettre, crite de la main d'Hroard et
  certifie par lui, est jointe au manuscrit appartenant  M. le
  marquis de Balincourt.

    [A] _Jamays_ est effac de sa main. (_Note d'Hroard._)

  [41] Son nom est rest en blanc.

_Le 29, lundi,  Saint-Germain._--A sept heures, Messire Renaud de
Beaune, archevque de Bourges, le vient voir.

_Le 30, mardi._--A onze heures viennent Mme et Mlle de Guise; dn avec
Mme de Montglat. Mme de Guise l'a port et fait danser. A quatre heures
MM. Archambaud, Corbonois et leurs femmes. A onze heures aprs midi,
lettres du Roi, de Blois, du 28, faisant mention de sa fluxion sur le
pied[42] et recommandation de son fils Alexandre et de Mademoiselle.

  [42] Cette lettre, adresse sans doute  Mme de Montglat, ne se
  trouve pas dans le _Recueil des Lettres missives_. Henri IV parle
  de cette fluxion dans les lettres au conntable de Montmorency et
   Rosny des 25 et 26 avril.

_Le 1er mai, mercredi,  Saint-Germain._--A neuf heures et demie,
quatre dputs de la ville de Metz viennent pour le visiter;  onze
heures, M. et Mme de Sancy;  une heure, M. de Bois-Dauphin;  trois
heures, M. le marchal de Brissac et son fils.

_Le 2, jeudi._--A onze heures, et demie M. de la Rivire-Dudrach et sa
troupe;  deux heures et demie Mme de Nemours, M. de Rissay, Mme la
procureuse gnrale La Guesle.

_Le 3, vendredi._--A huit heures et un quart, un gentilhomme de la part
de M. d'Antragues;  une heure, Mme la prsidente Dudrach.

_Le 4, samedi._--Le poil, de brun lui devient chtain clair. A une
heure, M. Campagnol, gouverneur de Boulogne;  quatre heures, M. le
prince de Cond et Mme sa mre, Mme la comtesse de Briqueil, soeur de
feu M. de Humires;  six heures, Mme de Buisseau.

_Le 5 mai, dimanche,  Saint-Germain._--Le Dauphin tant  la fentre
du prau rpondit: _ghi_  une bonne femme qui parloit  lui, sur le
bord du foss, l'appelant: mon ami. Arnoul, contrleur chez la Reine,
arrive.

_Le 6, lundi._--A une heure, M. le duc de Mayenne, qui fait la
rvrence seulement. M. de Mayenne ne s'est jamais voulu asseoir, n'a
jamais dit mot, sinon sur ce qu'on parloit de la grossesse de la Reine
et des enfants qu'elle pourroit encore avoir, il a dit qu'il n'y en
sauroit avoir trop. Aussitt que M. le Dauphin a t remu il s'en est
all, et M. d'Aiguillon est venu et parti sans saluer Mme de Montglat.

_Le 7, mardi._--A dix heures et demie, M. de Cachac, capitaine de
la porte; M. Bioneau, secrtaire de M. le Grand;  quatre heures et
demie, Mme de Montmeray, nice de M. le marchal de Retz, avec Mme de
Montmeray, soeur de son mari, religieuse en l'abbaye de Saint-Avit prs
de Chteaudun.

_Le 8, mercredi._--A midi et demi, Mme la comtesse de Chaulnes, Mme de
Chemerault, Mme de Poyane, Mme de Liancourt, sa fille, M. d'Espois, M.
Sevin, matre des requtes.

_Le 9, jeudi,  Saint-Germain._--A midi, M. l'archevque de Tours et M.
de La Guesle, procureur-gnral.

_Le 10, vendredi._--A onze heures Mme de Larchant;  deux heures et
demie le baron de Chteauneuf-Laubespine.

_Le 11, samedi._--A onze heures, M. le duc d'Elbeuf, MM. le vidame de
Chartres, Maligny, le baron des Ards en Provence;  deux heures, M.
l'amiral de Montmorency et Mme sa femme.

_Le 12, dimanche._--A dix heures et demie, les chevaliers de Sancy et
de Saint-Mesmain;  quatre heures et un quart, le capitaine Maltais, le
commissaire Lesage.

_Le 13, lundi._--A huit heures, M. Fouquet, deuxime prsident en
Bretagne;  douze heures et demie, M. l'vque de Paris[43], Mme la
marquise de Menelay, sa soeur, le lieutenant gnral de Mcon, qui lui
a souhait des ans nestoriens et la ligne de Salomon.

  [43] Henri de Gondi.

_Le 14, mardi._--A midi MM. de Gondi, le baron de la Tour;  trois
heures et un quart M. de Marchaumont.

_Le 15, mercredi,  Saint-Germain._--A dix heures M. de l'Isle,
d'Orlans, M. de la Motte, M. de la Violete;  douze heures et demie le
jeune comte de Montafi, Mme de Carnavalet, son petit-fils, aumnier de
Monseigneur le Dauphin, Mlle de Bourdeilles.

_Le 16, jeudi._--A douze heures et demie, M. de la Rocheposay, fils
de feu M. d'Abin;  trois heures, Mme de Colignon, M. de Lorme, M. de
Foucault, conseiller aux Aides, M. Damyn.

_Le 17, vendredi._--A onze heures, M. de Bragelongne, conseiller, et
Mlle de Luteau, sa soeur;  trois heures trois quarts M. d'Amanzay.

_Le 18, samedi._--A trois heures et demie, M. le prsident d'Assy et
sa femme, M. Hennequin, sieur de Manoeuvre.

_Le 19 mai, dimanche,  Saint-Germain._--A trois heures et demie M.
de Sancy, Mme la marquise de Pisani, sa fille, le vicomte du Mans,
son gendre, Mme de Malissy, M. Petau, conseiller en Parlement; 
quatre heures, M. de Pisani, la More de la Reine;  six heures, Mme la
prsidente Fayet, ma belle-soeur, et M. Laubigeois et sa femme.

_Le 20, lundi._--Mme de Guise s'en allant  Eu et Mlle de Guise le
viennent voir.

_Le 21, mardi._--M. le comte d'Auvergne[44] arrive sur les trois
heures, accompagn de deux hommes; il y a t une petite demi-heure,
appuy contre la balustre, son visage  demi couvert de son manteau,
appuy sur un pied; il tient  Mme de Montglat des propos confus et mal
cousus.

  [44] Charles de Valois, comte d'Auvergne, puis duc d'Angoulme,
  fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet. Il fut arrt
  avec le marchal de Biron le 14 juin suivant. Il mourut en 1650.

_Le 27, lundi._--Il arrive une vieille femme de Paris, comme une
revendeuse; elle pleure en le voyant, l'appelle: Mon fils, la petite
courte  sa mre, et puis s'est prise  danser devant lui.

_Le 31, vendredi._--Mme Boursier, sage-femme de la Reine, vient voir le
Dauphin avec sa compagnie, dont en s'en retournant il se noya au bac de
Neuilly une femme grosse et une fille de douze ans.

_Le 2 juin, dimanche,  Saint-Germain._--Champagne, cordonnier, lui
prend la mesure de ses souliers, qui fut d'un grand point.

_Le 8, samedi._--Le baron de Treslon porta les souliers  Monseigneur
le Dauphin;  cinq heures il a t vtu et habill d'un corset et d'un
bas de soie, et au-dessus d'une robe carre, faite de satin blanc ray
d'argent. Mlle de Vendme lui a donn sa chemise. L'habillement lui
toit si bien sant et convenable qu'il paroissoit avoir deux ans.

_Le 9, dimanche,  Saint-Germain._--M. de Sve, prsident en premier
la cour des Aides  Paris, M. de Rebours, prsident, et M. Barentin,
conseiller en ladite Cour, sont venus de la part de leur compagnie et
ont pri Mme de Montglat de le faire entendre au Roi.

_Le 10, lundi._--Le sieur Concino[45] prie Mme de Montglat qu'il le
puisse voir vtir; il le voit coiffer, puis habiller, prend la mesure
de sa longueur, de la grosseur du bras et de la longueur du soulier,
puis est parti pour s'en retourner en Cour.

  [45] Depuis Marchal d'Ancre.

_Le 14, vendredi._--Ses cheveux longs, chtain clair, ont trois grands
doigts de travers en longueur; les sutures du sommet presque du tout
serres.

_Le 16, dimanche._--M. le vicomte de Bourdeilles vient visiter le
Dauphin; Mme de Montglat lui raconte les desseins et l'emprisonnement
de M. de Biron.

_Le 17, lundi._--A midi, le Roi arrive, le baise et se joue  lui;
la Reine arrive  une heure et demie, trouve au pied des degrs
Monseigneur le Dauphin, au grand escalier; elle devient soudain fort
rouge et le baise  ct du front. On le remonte  la salle du Roi; LL.
MM. se jouent un peu  lui, puis se mettent  table pour dner, et s'en
retournent.

_Le 20, jeudi._--A six heures aprs midi M. le marchal de Fervaques et
M. de Laval le viennent voir. Le premier lui a bais le pied et l'autre
touch le bout de son tablier et bais la main qui l'avoit touch.

_Le 22, samedi._--Il se divertit  tout, fort agrablement, fait une
chre extraordinaire  la fille de chambre de sa nourrice, lui rit.
Le Roi arrive  dix heures et demie par son petit pont. Le Roi s'est
jou  lui et lui a vu prendre sa bouillie. Le Roi a voulu prendre le
demeurant et dit: Si l'on demande maintenant: Que fait le Roi? l'on
peut dire: Il mange sa bouillie. Le Roi lui fait prendre sa barbe 
deux mains; il la tire bien fort et lui fait mal. Il lui fait prendre
celle de M. de Montigny; il la prend  deux mains et se soulve tout le
corps pour la tirer plus fort; il a pris la moustache de M. le Grand.
Mme la marquise de Verneuil arrive  une heure, caresse fort M. le
Dauphin, mais, ce disoit-on, avec peine. Elle dna, se joua aprs fort
 Monseigneur le Dauphin. On a fait voir  S. M. les caresses qu'il
avoit j faites  Tienette Clergeon, native de Lagny, fille de chambre
de Mlle sa nourrice, le Roi l'ayant lui-mme fait approcher et la lui
prsentant. Il l'a vue pleurer comme elle s'en alloit. Le Roi est
parti pour s'en retourner  Paris,  sept heures et demie, et a fait
prendre dans son carrosse Monseigneur le Dauphin par Mme la marquise de
Verneuil, qui l'a port jusques au bout de la cour. On l'a repris; le
Roi est parti.

_Le 23 juin, dimanche,  Saint-Germain._--Port  la salle du Roi; vu
Tienette, fait les mmes caresses, lui rit, lui empoigne la joue 
pleine main.

_Le 25, mardi._--Le sieur Decourt, par commandement de la Reine, en
tire le crayon. A quatre heures trois quarts, la Reine arrive; on le
lui porte au-devant. La Reine veut que l'on lui amne Tienette; il lui
fait caresses. La Reine part fort contente  six heures et demie.

_Le 28, vendredi._--M. de Rosny, revenant de Rosny, le voit dans son
berceau.

_Le 4 juillet, jeudi,  Saint-Germain._--Il a t peign pour la
premire fois, y prend plaisir, et accommode sa tte selon les endroits
qu'il lui dmangeoit.

_Le 10, mercredi._--A midi le Roi arrive, se joue  lui  diverses
reprises, la Reine pareillement.

_Le 11, jeudi._--A sept heures et demie aprs midi, le Roi et la Reine
s'en retournent  Paris.

_Le 17, mercredi._--Il lui a t mis des lisires  sa robe pour
l'apprendre  marcher.

_Le 21, dimanche,  Saint-Germain._--La Reine arrive  dix heures, le
Roi  dix heures et demie.

_Le 22, lundi._--Vtu d'une cotte neuve, du prsent de la Reine, il
est port  huit heures au jardin, au Roi qui se promenoit, ayant pris
de l'eau de Pougues[46]. La Reine le demande, on le lui apporte, il
pleure; il le faut emporter, le Roi ne le peut apaiser. Port chez la
Reine, le Roi y tant; ils ont voulu voir sa tte, l'ont fait brosser,
et en ont toute la journe eu leur agrable passe-temps.

  [46] Hroard commence en ces termes son livre _De l'institution
  du Prince_, ddi au Dauphin et publi en 1609: Au temps que
  le Roi sjournoit  Saint-Germain en Laye, y prenant quelques
  jours de ceux-l qu'il employe continuellement aux plus grandes
  affaires de son tat pour les donner  sa sant, buvant  cet
  effet, par l'avis de ses mdecins, des eaux portes des fontaines
  de Pougues.

_Le 24, mercredi._--Vtu  sept heures, il prend plaisir et se
rit  plein poumon, quand la remueuse lui branle du bout du doigt
sa guillery. A huit heures, port  la chambre de la Reine, aux
fianailles du baron de Gondi et de la signora Polyxena Gonzaga, l'une
des filles de la Reine. Le Roi lui continue toujours ses caresses.

_Le 28, dimanche._--Le Dauphin, vtu  sept heures, se promne, se
tourne pour voir s'il a ses soldats, rencontre le Roi, le reconnot en
souriant. Le Roi se cache derrire moi et l'appelle; il le cherche,
l'aperoit enfin et se met  sourire. Mme d'Angoulme[47], Mme la
princesse d'Orange[48] arrivent; la Reine lui donne une petite
turquoise mise  son doigt.

  [47] Charlotte de Montmorency, fille du conntable, marie en
  1591,  Charles de Valois, duc d'Angoulme; elle n'avait pas t
  enveloppe dans la disgrce de son mari. Voy. _Lettres missives
  de Henri IV_, V, 616.

  [48] Louise de Coligny, veuve d'abord de Tligny, tu  la
  Saint-Barthlemy, puis de Guillaume de Nassau, dit le Taciturne,
  prince d'Orange, assassin en 1584.

_Le 29, lundi._--Le Roi et la Reine arrivent de la chasse, commandent
de le leur porter. Le Roi lui fait voir donner la cure du cerf pris
au-dessus de Ruel; il ne s'en tonne point.

_Le 31 juillet, mercredi._--Impatient pour sortir; il rencontre le Roi;
men en carrosse dans la fort  voir passer le cerf couru par le Roi,
qui avoit dn  Forqueil, o s'toit faite l'assemble. Port au Roi,
dedans son lit, bless d'une chute, courant le cerf. Il tient un bton;
je prends un brin de fagot, j'en frappe contre son bton pour escrimer;
le jeu lui plat, il me poursuit en riant par toute la chambre. Tout le
reste du jour paisible et fort gai.--Ce jourd'hui,  cinq heures, le
marchal de Biron eut la tte tranche  la Bastille[49].

  [49] Nous reproduisons tel quel le texte du manuscrit. Cette
  chute de Henri IV, le jour de la mort de Biron, n'eut pas de
  suites, car Hroard n'en reparle pas, et on n'en trouve pas trace
  dans le _Recueil des Lettres missives_.

_Le 1er aot, jeudi,  Saint-Germain._--Le poil lui claircit, la tte
se nettoie. Promen; il rencontre le Roi, voit la Reine, caresses
accoutumes.

_Le 2, vendredi._--Promen il rencontre le Roi, lui rit et tend les
bras; va en la chambre de la Reine. On lui fait chercher le Roi dans
le lit de la Reine; ne le trouvant point il entre en grande colre. Il
va en la chambre du Roi, qui le met coucher avec lui, avec infinies
caresses.

_Le 4, dimanche._--Alles et venues. M. de Rosny. Port  la chambre du
Roi, qui soupoit; il lui a fait prendre de la soupe, qu'il a fort bien
mange.

_Le 7, mercredi._--Il rencontre le Roi, qui fait semblant de ne le
point voir; il crie; le Roi se retourne, va  lui et l'embrasse. Au
sortir de la messe, Engoulevent[50] se met  chanter et le Dauphin
aussi; le Roi y prend plaisir pour un peu de temps. A cinq heures
arrive Bartholomo Pusuynki, Polonois, clerc de la chambre et nonce
extraordinaire de Sa Saintet vers le Roi, conduit par M. de Sillery.
Mme la comtesse de Guichen[51], lui envoye une pe par M. de
Frontenac en prsence du nonce. Le Roi et la Reine en ont pris grand
divertissement.

  [50] _Voy._ la note du 14 janvier 1604.

  [51] Diane d'Andouins, dite _la belle Corisande_, veuve de
  Philibert, comte de Gramont et de Guiche, ancienne matresse de
  Henri IV. Elle mourut vers 1620.

_Le 9 aot, vendredi,  Saint-Germain._--Au sortir du jardin il
rencontre le Roi, qui entroit; caresses accoutumes, rciproques.

_Le 10, samedi._--Le Roi, et la Reine partent et lui disent adieu, fort
contents.

_Le 21, mercredi._--A trois heures et demie mis dans le carrosse et
port au btiment neuf, pour l'loigner de Messieurs, qui avoient eu la
rougeole[52].

  [52] _Voy._ la lettre du Roi  Mme de Montglat, du 29 aot.
  (_Lettres missives_, V, 661.)

_Le 22, jeudi._--A deux heures, le clarissimo Marino Cavalli,
ambassadeur de Venise, entre en la balustre, ayant demand permission 
Mme de Montglat, le salue, baise sa main, et puis embouche (_sic_) la
sienne, et peu aprs se couvre. On met au Dauphin son pe au ct et
son chapeau en tte, qu'il enfonce en mauvais garon; il bat fort et
ferme le tambour avec les deux baguettes. L'ambassadeur prend cong de
lui et baise sa main, puis embouche la sienne.

_Le 25, dimanche._--Promen; mis aux fentres pour le faire voir 
grand nombre de peuple venu pour le voir[53], dont la plus part s'est
mis  genoux et plusieurs les larmes aux yeux.

  [53] C'tait le jour de la Saint-Louis.

_Le 5, jeudi._--A douze heures trois quarts Mme de Longueville laisse 
Saint-Germain M. son fils.

_Le 6 septembre, vendredi,  Saint-Germain._--M. Pary, chevalier de la
Jarretire, ambassadeur extraordinaire d'Angleterre devers le Roi, le
vient voir, parle  Mme de Montglat, ayant fait une rvrence de la
tte, de loin,  M. le Dauphin, puis, s'approchant de lui, en fait une
autre et se met  se promener avec la dite dame.

_Le 8 septembre, dimanche,  Saint-Germain._--On porte le pain bnit
au Dauphin; il tenoit le goupillon, fait ses affaires  croupeton sur
le tapis; le goupillon qu'il tenoit s'y mle, et si l'aumnier n'y et
pris garde, en donnant de l'eau bnite il en et donn.

_Le 11, mercredi._--Il coute les contes que lui fait Mlle de Ventelet
touchant l'Infante[54], qu'il couchera avec elle; il en rit.

  [54] Anne d'Autriche, ne le 22 septembre 1601.

_Le 12, jeudi._--Cri extrmement; Mlle de Ventelet lui vient donner le
bon jour de la part de l'Infante; il s'apaise soudain, et se prend 
rire.

_Le 15, dimanche._--A huit heures le page de M. de Longueville arrive
pour savoir de ses nouvelles; ayant parl  Mme de Montglat et s'en
retournant, le Dauphin l'appelle d'un _H!_ et se retrousse, lui
montrant sa guillery. Il est port au vieux chteau par le commandement
du Roi, qui arrive  cinq heures. Port au pied du degr au devant du
Roi, l'obscurit et la foule des hommes fut cause qu'il eut peur. Le
Roi le caresse;  sept heures et un quart la Reine arrive.

_Le 16, jeudi._--Il montre sa guillery  M. d'Elbenne; port chez
la Reine, il voit la signora Passithea, en eut peur,  cause de la
coiffure.

_Le 17, mardi._--A quatre heures, port chez la Reine; la marquise de
Verneuil y arrive, au cabinet de la Reine; le Roi y arrive.

_Le 18, mercredi._--Sur les dix heures et demie le Roi part pour
aller dner  Saint-Cloud et de l  Paris, pour conduire la Reine 
Fontainebleau pour attendre ses couches.

_Le 19, jeudi._--Il commence  cheminer avec fermet, soutenu sous les
bras.

_Le 23, lundi._--Fort gai, merillonn; il fait baiser  chacun sa
guillery. Le comte de Vis, du marquisat de Saluces, ambassadeur
extraordinaire du duc de Savoie, et le comte de Hems, ambassadeur
extraordinaire d'cosse, le viennent voir.

_Le 25 septembre, mercredi,  Saint-Germain._--M. de Montpensier lui
baise les mains au berceau et lui a donn la chemise.

_Le 27, vendredi._--Il se joue  sa guillery, repousse son ventre en
dedans, qui l'empchoit de la voir. Il vient un gentilhomme flamand,
du parti espagnol, pour le voir; il se y trouve un vieil Espagnol qui
entrant et sortant lui donna sa bndiction la larme  l'oeil, en
souhaitant le mariage de l'Infante[55].

  [55] Le Dauphin entrait ce jour-l dans sa deuxime anne.

_Le 30, lundi._--A douze heures un quart le sieur de Bonires et sa
fille, jeune; il lui a fort ri, se retrousse, lui montre sa guillery,
mais surtout  sa fille, car alors la tenant et riant son petit rire il
s'branloit tout le corps. On dit qu'il y entendoit finesse. A douze
heures et demie le baron de Prunay; il y avoit en sa compagnie une
petite damoiselle; il a retrouss sa cotte, lui montr sa guillery avec
une telle ardeur qu'il en toit tout hors de soi. Il se couchoit  la
renverse pour la lui montrer.

_Le 8 octobre, mardi,  Saint-Germain._--Le Roi arrive, se joue  lui;
la Reine pareillement.

_Le 9, mercredi._--Port au Roi au jardin, o il faisoit bien froid;
port  la chambre de la Reine.

_Le 11, vendredi._--Port au Roi,  la galerie rouge,  une heure et
demie un ambassadeur allemand;  six heures Mme la princesse d'Orange.

_Le 12, samedi._--A deux heures et demie endormi; le Roi arrive, qui
l'veille, le baise et s'en va pour retourner  Paris. Sur les trois
heures, comme il ne faisoit que s'endormir, la Reine l'veille, et s'en
va soudain; comme on le rendormoit, arrive M. le comte de Soissons,
qui conduit les dputs gnraux du pays de Dauphin pour rendre
l'hommage, qu'ils firent  genoux, fors l'archevque de Vienne[56], qui
porta la parole, M. le Dauphin tant dans un berceau. Il leur tendit la
main  tous pour la baiser.

  [56] Jrme de Villars.

_Le 13 octobre, dimanche._--Port  la messe; les dputs de Dauphin
y toient. Lesdits dputs ont donn des prsents:  Mme de Montglat,
un buffet d'argent de la valeur de trois cents cus;  Mlle Piolant, un
bassin et une aiguire d'argent, valant environ cent cus; une chane
d'or pesant quatre-vingts cus  Mlle la nourrice, et une de cinquante
 la remueuse; et des pices d'or et d'argent faites en mmoire de la
naissance de M. le Dauphin  plusieurs du chteau et aux officiers de
Mme de Montglat.

_Le 17, jeudi._--Promen  la chambre du Roi,  dix heures, o il a vu
les ambassadeurs de Suisse venus pour jurer et confirmer l'alliance
avec le Roi; il leur a baill sa main  baiser. Ils furent conduits par
M. de Souvr et M. de Vic, ambassadeur pour le Roi vers les Cantons.
Ils furent fort satisfaits de M. le Dauphin, qui sembloit avoir compos
sa faon pour cet acte. Ils furent traits  dner aux dpens du Roi,
en la salle du Roi, et leurs officiers en la salle du bal, o ils
toient cent  table.

_Le 24, jeudi._--Le Roi arrive  neuf heures et demie, revenant de la
chasse, o il avoit t deux jours, et venoit dcoucher  Villepreux;
il le trouve fort gentil, lui donne du sucre rosat. A douze heures et
trois quarts, le Roi part et s'en retourne  Paris.

_Le 5 novembre, mardi,  Saint-Germain._--A onze heures et demie, le
Roi arrive de Fontainebleau; il voit le Roi, rsolu. Le Roi va dner;
port au dner du Roi, il fait baiser sa guillery  M. de Souvr,  M.
de Termes,  M. de Liancourt,  M. Zamet. Le Roi part  trois heures
pour aller coucher  Paris.

_Le 15, vendredi._--A trois heures M. le prince de Cond[57], Mme
sa mre, M. de Haucourt viennent voir le Dauphin. Sa nourrice lui
dit: Monsieur, voyez votre petit cousin qui vous vient voir. Il
se retourne, regardant tous ceux qui toient contre la balustre, le
va choisir et lui tend la main, que M. le Prince lui baisa alors. A
l'entre M. d'Haucourt lui dit qu'il allt baiser la robe du Dauphin;
il se tourna, et lui dit qu'il ne le falloit pas faire.

  [57] Henri de Bourbon II, n posthume, le 1er septembre
  1588, tait alors g de quatorze ans; sa mre tait
  Charlotte-Catherine de la Trmoille; elle mourut en 1629.

_Le 16, samedi,  Saint-Germain._--M. le prince de Cond prenant cong
de lui, il le suit aprs, le regardant toujours, et se prend  pleurer;
il faut que M. le Prince revienne pour partir sans tre aperu; Mme la
princesse de Cond lui vient dire adieu.

_Le 21, jeudi._--Port au chteau neuf.

_Le 22, vendredi._--Naissance de Madame[58],  Fontainebleau, environ
les neuf heures du matin.

  [58] lisabeth de France, marie par procuration  Philippe IV,
  roi d'Espagne, en 1615, morte  Madrid, en 1644.

_Le 23, samedi._--Nouvelles de la naissance de Madame, le jour
prcdent, sur les neuf heures du matin[59].

  [59] C'est  la date du 23 novembre 1602 qu'il faut rapporter
  la lettre du Roi  Mme de Montglat que M. Berger de Xivrey a
  classe  l'anne 1608. (_Lettres missives_, VIII, 647.) Voici
  cette lettre: Madame de Montglat, vous m'avez fait plaisir que,
  sur l'avis que le fils de Frontenac avoit la petite vrole, de
  transporter mon fils au petit chteau. Faites le mme de mon
  fils Alexandre et de ma fille; les quels je vous recommande,
  et que vous me mandiez souvent des nouvelles de mon fils. Ma
  femme accoucha hier, sur les neuf heures du matin, de ce qu'il
  a plu  Dieu. De quoi elle est plus fche que moi, qui l'en
  console. Bonjour, madame de Montglat. Ce XXIIIe novembre, 
  Fontainebleau.--HENRY.

  La phrase du Roi sur la seconde couche de Marie de Mdicis
  s'explique par ce passage de la circulaire sur la naissance
  de Madame lisabeth: Ce n'est pas chose qui soit, selon les
  apparences humaines, si avantageuse qu'et t un fils. On
  verra que le 23 novembre 1608 Henri IV tait au chteau de
  Saint-Germain avec le Dauphin.

_Le 28, jeudi._--A onze heures et un quart le colonel Postech, de
Berne, le sieur Ryech, dput de Zurich, lui ont bais la main, qu'il
leur a tendue; ils n'toient pas venus  Saint-Germain avec les autres.
Ils lui ont dit qu'ils toient ses trs-humbles serviteurs et allis,
lui ont derechef bais la main en s'en allant; le sieur Ryech avoit la
larme  l'oeil d'aise en lui disant adieu.

_Le 12 dcembre, jeudi,  Saint-Germain._--A huit heures trois quarts
jou  de petits jeux. On lui demande: O est le mignon de papa? Il
se montre, frappant sur son estomac. Je lui demande: O est le mignon
de l'Infante? Il met la main sur sa guillery.

_Le 19, jeudi._--Rapport au vieux chteau  une heure;  six heures le
Roi et la Reine, accompagns de M. le marchal de la Chtre, arrivent
en sa chambre; ils l'ont trouv fort gentil.

_Le 20, vendredi._--Le Roi et la Reine l'entendent jargonner, y
prennent plaisir.

_Le 21, samedi._--Le Roi oit la messe en sa chambre; le Dauphin est
port chez la Reine. A une heure, le Roi l'ayant bais part pour s'en
retourner  Paris, la Reine peu aprs.

_Le 23, lundi._--Le Roi arrive  onze heures et demie 
l'assemble[60]; le Dauphin est port en la cour devant lui, ne le
salue point, sinon quand le Roi lui eut tir le chapeau; il te le
sien, puis se recouvre quand le Roi lui eut dit: Couvrez-vous,
Monsieur. Port au dner du Roi  onze heures et demie, mis au bout de
la table, rveur; le Roi se joue  lui, le fait jargonner. Le Dauphin
reconnot M. de Guise ne lui ayant t montr qu'une fois. A cinq
heures arrive M. de Rosny; le Roi revient de la chasse, fait porter le
Dauphin dans son cabinet. A six heures, port au bout de la table avec
le Roi, qui lui fait donner une cuillere de vin fort tremp. Rapport
en sa chambre,  sept heures trois quarts, le Roi y vient, il le prend,
le promne; le Dauphin danse en branle donnant la main  Alexandre
Monsieur, le Roi lui ayant command de le faire. A huit heures et demie
M. le comte de Soissons lui donne sa chemise  brassire; le Roi le
baise et s'en va coucher.

  [60] C'est--dire au rendez-vous de la chasse.

_Le 24, mardi,  Saint-Germain._--Le Roi arrive  neuf heures, va
djeuner  la petite salle; le Dauphin y est port, regarde djeuner le
Roi attentivement. Le Roi s'en retourne  Paris, et part  dix heures.

_Le 30, lundi._--Sur les quatre heures trois quarts, le Dauphin est
port en hte au-devant de Madame, sa soeur,  laquelle heure Madame
arrive, conduite par Mlle Piolant et MM. de Montglat et de Villeserin,
cuyer servant de la Reine. M. le Dauphin, port par sa nourrice, est
descendu par la petite monte du ct de la chambre de Madame, et
rencontre vis--vis de la porte de l'autre petite monte,  huit pas
prs, Madame, que l'on descendoit de la litire; prise et porte par M.
de Villeserin. Il fut aise et sans dire mot de la voir, lui ayant t
dit: Monsieur, voil votre soeur.

_Le 31, mardi._--Madame est porte en sa chambre; il la baise
doucement. A douze heures et demie, le Roi arrive; le Dauphin, port
dans la chambre du Roi, y a t durant le dner et a donn la serviette
au Roi, qui la lui avoit demande. Le Roi part pour aller  la chasse.
A quatre heures et demie la Reine arrive, vient en la chambre de
Madame, o j'tois, puis va en celle de M. le Dauphin. A cinq heures il
est port chez la Reine,  sept heures au souper du Roi, qui lui donne
de la gele, dont il toit friand, et du vin.




ANNE 1603.

  Premiers services rendus au Roi.--Rpugnance du Dauphin pour
  son frre naturel.--Premires armes donnes par la duchesse
  de Bar.--Singuliers exemples donns au Dauphin.--Mauvais
  vouloir pour Concini et sa femme.--Le Roi menace le Dauphin du
  fouet.--Charles Martin fait son portrait.--M. de Longueville
  vient demeurer  Saint-Germain.--La marquise de Verneuil et son
  fils; dtails singuliers.--Serment de fidlit des magistrats
  de Paris.--Le Dauphin joue au mail.--Mme Hroard.--Premire
  lettre au Roi.--Le P. Coton.--Mme de Verneuil et sa
  mouche.--Les enfants de MM. de Liancourt et d'pernon.--Comment
  on l'entretient de l'infante d'Espagne.--Habitude de Henri
  IV.--La duchesse de Bar.--Dpart du Roi et de la Reine pour
  la Normandie.--Le Dauphin apprend  parler.--Mlle de La
  Salle.--Mme Concini.--Mme de Verneuil.--Prire que rcite le
  Dauphin.--Il boit  l'infante d'Espagne et danse en prsence de
  l'ambassadeur.--Son caractre opinitre; il est fouett pour
  la premire fois.--Son amiti pour Hroard.--Le Dauphin est
  sevr.--Armes donnes par la ville de Moulins.--Mathurine la
  Folle.--Audience du conntable de Castille.


_Le 1er janvier, mercredi,  Saint-Germain._--Port en la chambre de la
Reine, o le Roi est venu; le Dauphin voit que le Roi la baisoit; il la
lui fait baiser plusieurs fois. A une heure port au dner du Roi.

_Le 2, jeudi._--A dix heures et demie port chez la Reine; port au
dner du Roi, port au dner de la Reine; elle le fait mettre au bout
de la table. A deux heures la Reine part. Le Roi revient de la chasse
pour changer de chemise en son cabinet, o il commande que l'on apporte
le Dauphin. Il te son chapeau au Roi, puis le remet. Le Roi part 
deux heures pour s'en retourner  Paris.

_Le 7, mardi._--A onze heures et demie le Roi arrive; il est port
au-devant de lui; port au dner du Roi, il lui donne sa serviette.
A six heures port chez le Roi, qui toit revenu bless  un genou,
courant  la chasse, et toit couch dans son lit.

_Le 8 janvier, mercredi,  Saint-Germain._--Le Roi part sans le voir,
et part en carrosse pour s'en retourner  Paris, se plaignant fort de
sa douleur de reins.

_Le 9, jeudi._--Il reconnot mes cousins Pierre et Claude Hroard,
qu'il avoit vus le soir auparavant.

_Le 19, dimanche._--Les cheveux lui claircissent en blondeur.

_Le 23, jeudi._--Alexandre Monsieur lui donne sa chemise, et soudain,
l'ayant prise, il lui lance un coup de sa main pour le frapper; il ne
le pouvoit souffrir.

_Le 26, dimanche._--M. de Pardaillan-Panjas arrive, lui portant de la
part de Mme la duchesse de Bar, sa tante, des armes compltes de la
hauteur d'un demi-pied; il y prend plaisir.

_Le 27, lundi._--A midi port en la cour au Roi, qui arriva  douze
heures et demie. Port au dner du Roi, assis au bout de la table; le
Roi lui jette une orange, et lui la renvoie au Roi; le Roi lui donne
 tter du vin. Le Roi part pour s'en retourner  Paris  deux heures
et demie. Le Dauphin va aprs Mlle Mercier, qui glapissoit pour ce que
M. de Montglat lui bailloit de sa main sur les fesses; il glapissoit
de mme aussi. Elle s'enfuit  la ruelle, M. de Montglat la suit, et
lui veut faire claquer la fesse; elle s'crie fort haut, le Dauphin
l'entend, se prend  glapir fort aussi, s'en rjouit et trpigne des
pieds et de tout le corps de joie, tournant sa vue vers ce ct-l, les
montre du doigt  chacun. Amus, dans aux branles, tant par avant
songeart et triste pour ne voir personne; l'on fait venir ses femmes;
il se prend  les faire danser, se joue  la petite Marguerite, la
baise, l'accole, la renverse  bas, se jette sur elle avec trpignement
de tout le corps et grincement de dents. Amus jusqu' neuf heures,
gai, nous tire des arquebusades[61] et surtout  Mlle Mercier, s'tant
pris  rire aussitt qu'il l'a vue. Il s'efforce de la fouetter sur
les fesses avec un brin de verges; Mlle Blier lui demande: Monsieur,
comment est-ce que M. de Montglat a fait  Mercier? Il se prend soudain
 claquer de ses mains l'une contre l'autre avec un doux sourire, et
s'chauffe de telle sorte qu'il toit transport d'aise, ayant t un
bon demi-quart d'heure riant et claquant de ses mains, et se jetant 
corps perdu sur elle, comme une personne qui et entendu la raillerie.

  [61] C'est--dire que le Dauphin faisait semblant de les coucher
  en joue et de tirer sur ceux qui l'entouraient avec ses armes
  d'enfant.

_Le 30 janvier, jeudi._--Il s'essaye  fouetter un sabot; mange et
avale du canard, premire viande qu'il a mange; mange du chapon,
trouve tout bon.

_Le 1er fvrier, samedi,  Saint-Germain._--veill  neuf heures trois
quarts, lev, gai, riant, bon visage. Le sieur dom Garcia, le sieur
Conchino arrivent  l'heure de l'habiller. Il se jouoit  un carrosse
du palais o il y avoit quatre poupes; l'une toit la Reine, les
autres Mme et Mlle de Guise et Mme de Guiercheville. On les lui faisoit
montrer, les nommant par leurs noms; il les montroit du doigt. Le sieur
Conchino lui va demander: Monsieur, o est la place de ma femme? En
disant: _Ah!_ il lui montre une avance qui toit par dehors, au cul du
carrosse. Il ne veut point prendre un grain de fenouil confit du sieur
Conchino,  qui Mme de Montglat l'avoit baill pour le lui donner, s'en
recule du tout, le regardant, comme importun. A douze heures et demie
le baron Pophlech, saxon; il lui donne  baiser sa main.

_Le 7, vendredi._--Bon visage mais gerc du grand froid[62].

  [62] Hroard dit  la date du 4: Il faisoit un extrme froid.
  Henri IV crit le 6 au duc d'pernon: Le froid ne me permet plus
  long discours. Le supplment au Journal de Lestoile parle aussi
  de ce froid,  la date du 3 fvrier.

_Le 12 fvrier, mercredi,  Saint-Germain._--A cinq heures et un quart,
le Roi, la Reine arrivent de Paris comme on achevoit de l'habiller; ils
le baisent. Le Roi et la Reine vont chez Madame, et lui avec; port 
sept heures et un quart en la chambre du Roi pour y souper; rapport en
sa chambre. Le Roi et la Reine y viennent, se jouent  lui.

_Le 13, jeudi._--Port au Roi en la chapelle; port en la chambre de la
Reine; il se joue dans le lit avec elle et depuis en celle du Roi. A
onze heures et demie il baise la serviette, et la donne au Roi; il veut
crier, le Roi le menace du fouet, il s'apaise.

_Le 14, vendredi._--Mme la comtesse de Guichen; le Roi et la Reine y
prennent grand divertissement et,  deux heures, partent pour s'en
retourner  Paris.

_Le 25, mardi._--Amus jusqu' onze heures dans sa petite chaise,
auprs du peintre nomm Charles Martin[63] demeurant  Paris, sur le
pont Notre-Dame, prs Saint-Denis de la Chartre.

  [63] Charles Martin est port dans les comptes de l'htel comme
  peintre du Roi. (_Histoire du rgne de Henri IV_ par M. Poirson,
  1856, in-8, tome II, page 815.)

_Le 17 mars, lundi  Saint-Germain._--A une heure et un quart Mme
de Luxembourg, Mlle de Luxembourg, sa belle-fille, M. Boulenger,
son matre d'htel; il attend froidement et rsolument, avec son
chapeau vert sur la tte, Mme de Luxembourg, et la reoit  six pas
de la porte, lui tend la main, qu'il lui donne  baiser et  Mlle de
Luxembourg.

_Le 23, dimanche._--Il joue du violon et chante ensemble.

_Le 24, lundi._--A une heure trois quarts, M. de Longueville[64], qui
vient pour demeurer  Saint-Germain, le Sr Conchino, M. Poussin,
mdecin de M. de Longueville.

  [64] Henri d'Orlans II, duc de Longueville, n le 27 avril 1595,
  deux jours avant la mort de son pre, Henri d'Orlans Ier; il
  tait alors dans sa huitime anne. Il mourut en 1663.

_Le 3 avril, jeudi,  Saint-Germain._--A cinq heures, Mme la marquise
de Verneuil arrive  la porte du jardin, comme il toit sur le point
d'en sortir; elle lui demande  baiser sa main; il la refuse, se
recule, la regarde de ct; enfin on lui dit de le faire, il la baille.
On apporte M. de Verneuil[65], qui lui est prsent, il le regarde
froidement, se retourne brusquement, fait bonne chre[66]  Mme la
marquise, fait semblant de se cacher, puis la regarde en riant. Elle
lui met une chane au col; il s'en glorifie, se regarde dans le miroir,
lui met la main dans son sein, puis baise le bout de son doigt; elle
le couvre de son mouchoir, il le dcouvre, et puis y touche comme
auparavant. Il renverse la petite Marguerite, la baise, se jette
sur elle, puis, tant relev en fait le honteux et se va cacher. La
marquise lui mettoit souvent la main sous sa cotte; il se fait mettre
sur le lit de sa nourrice, o elle se joue  lui, mettant souvent la
main sous sa cotte.

  [65] Henri, nomm premirement Gaston, depuis duc de Verneuil,
  n en octobre 1601; il avait t lgitim au mois de fvrier
  prcdent. Il mourut en 1682.

  [66] C'est--dire bon accueil.

_Le 4, vendredi._--Men en la chambre d'Alexandre Monsieur, o toit
Mme la marquise et son fils. Aussitt qu'il a vu la troupe, il s'est
retourn, court vers la porte en criant, sans avoir jamais pu lui faire
tourner la face; il avoit accoutum de s'y plaire. Men en la chambre
de Mme la marquise, il se joue et rit avec elle en se cachant. Amen
en la chambre d'Alexandre Monsieur, o toient tous les enfans, il
prend la poule[67] d'Alexandre Monsieur, court par la chambre comme
un dsespr, la jetant devant lui, puis courant aprs, sans regarder
en faon du monde ces enfants et moins l'un que les autres. Mme la
marquise lui touche  ses cheveux; il la frappe et s'en plaint;
demande la serviette, qui lui est servie par Mme la marquise, qui
dit: Je ne sais s'il la refusera de moi, tant il est ddaigneux. Il
la prend sans la regarder, s'en essuie lui-mme. L'on y porte M. de
Verneuil; il n'a pas fait semblant de le voir. L'une des femmes de M.
de Verneuil demande  son matre[68]: Monsieur, o est M. le Dauphin?
Il se bat la poitrine en se montrant, puis en tant repris, il montra
M. le Dauphin. Mme la marquise lui sert sa chemise  son coucher.

  [67] Sans doute un jouet d'enfant.

  [68] Il avait un mois de moins que le Dauphin.

_Le 20 avril, dimanche,  Saint-Germain._--A onze heures, M. le
prsident de Bragelongne, prvt des marchands, et MM. les chevins de
Paris approchant de lui, il leur a tendu la main  tous pour la baiser;
puis M. le prvt a dit qu'ils toient venus en corps, reprsentant la
ville de Paris, pour le reconnotre pour fils naturel et lgitime du
Roi son pre et le vrai successeur, aprs son dcs, de ce royaume, lui
faisant  cet effet serment de fidlit. Il le regardoit attentivement
et portoit son doigt  un poreau rouge que ledit sieur prvt a au
ct du nez, puis leur a lui-mme tendu la main pour la baiser. A sept
heures la Reine arrive, le Roi un peu aprs.

_Le 21, lundi._--Le Roi part pour s'en retourner  Paris. Le Dauphin,
veill  sept heures, est port au lever de la Reine; la Reine part 
dix heures trois quarts.

_Le 29, mardi._--A onze heures un quart j'arrive de retour de Paris;
je le salue, lui disant: Monsieur, Dieu vous donne le bon jour. Il
ne fait pas semblant de me voir, mais se prend  courir et se cacher
de del, me guignant des yeux pleins d'allgresse et en passant tout
riant, il me tendoit la main pour la baiser. Il en faisoit ainsi  ceux
qu'il aimoit.

_Le 7 mai, mercredi,  Saint-Germain._--Le Dauphin jouant au
palemail[69] blessa d'un faux coup M. de Longueville qui toit prs
 lui, en l'encoignure gauche du front. Le coup fait, il en demeure
tonn et se retourne court, comme s'enfuyant, n'osant presque regarder
personne, se laisse sans rsistance ter le palemail.

  [69] C'est le jeu du mail; il y a quelques endroits, dit le
  Dictionnaire de Trvoux, o l'on appelle ce jeu palemail. Le mail
  de Saint-Germain est un des plus beaux.

_Le 11, dimanche,  Saint-Germain._--A quatre heures et demie M. de
Montmorency[70], fils de M. le conntable, le voit dans son berceau; on
le hausse pour baiser la main au Dauphin, qu'il lui tend et le regarde
fort rsolment. A huit heures trois quarts M. de Longueville et Mlle
de Vendme dbattoient  qui donneroit la chemise  M. le Dauphin; la
remueuse lui demande: Monsieur, qui vous donnera votre chemise? Il
rpond: _Mme de Montglat[71]._ M. de Longueville la sert et l'arrache
 Mlle de Vendme; M. de Montmorency sert une bande (_sic_), M. de
Longueville une autre.

  [70] Henri de Montmorency, depuis duc et marchal de France,
  tait n le 30 avril 1595; le roi Henri IV fut son parrain. Il
  eut la tte tranche  Toulouse, le 30 octobre 1632.

  [71] Hroard ne figure pas encore le langage enfantin du Dauphin,
  comme il le fera plus tard.

_Le 23, vendredi._--A cinq heures j'arrive[72]. Il cheminoit en la
basse cour. Je me prsente  lui; il me tend de lui-mme sa main 
baiser, puis  ma femme, et aprs s'en va au carrosse de M. Sabathier,
sieur du Mesnil, o nous tions venus. Il le faut mettre dedans, se
fait promener, rsolu, assis  la portire auprs de Mme de Montglat;
men dans le chteau, il n'en veut point sortir et crie.

  [72] Hroard tait parti pour Paris le 14, sans doute  cause de
  la maladie de son frre; on lit dans le supplment du Journal de
  Lestoile: Le jour de devant (20 mai) toit mort en cette ville
  le trsorier rouard, frre du mdecin du Dauphin. Quelques
  jours avant, Henri IV tait tomb malade  Fontainebleau, d'une
  rtention d'urine. Il crivait le 17 mai  Sully: Mon amy, je
  me sens si mal qu'il y a bonne apparence que le bon Dieu veut
  disposer de moy. Le supplment de Lestoile rapporte ces paroles
  presque dans les mme termes. Le Roi, ajoute-t-il, se fit
  apporter le portrait de son Dauphin, et le regardant dit tout
  haut ces mots: Ha! pauvre petit, que tu auras  souffrir s'il
  faut que ton pre ait mal.

_Le 4 juin, mercredi,  Saint-Germain_, il crivit cette lettre au Roi,
moi lui tenant la main, ayant eu la patience entire:

    Papa, Dieu vous donne le bon jour et  maman, j'ay bien enuie
    de vous voir pour vous faire rire. Adieu, bon jour, je suis
    papa vostre tres humble et tres obeissant fils et serviteur.
    DAULPHIN, et au-dessus: _A Papa_.

_Le 10, mardi._--A midi le Roi arrive; il le va recevoir  l'entre de
la salle, reconnot le Roi, qui se joue  lui, fait la rvrence  la
Reine, lui te son chapeau; elle le baise.

_Le 11, mercredi._--Le Roi se joue  lui;  trois heures et demie M. le
prince de Conty donne la chemise au Dauphin.

_Le 12, jeudi._--Il joue au palemail, s'opinitre contre le Roi. A
douze heures et demie les ambassadeurs d'Espagne, Juan Baptiste Taxis
et Hieronimo Taxis, extraordinaire, qui alloit en Angleterre, lui font
une grande rvrence  l'entre de la chambre et lui baisent la main.
Le Roi et la Reine vont au palemail, font porter le Dauphin; il bat le
tambour de la compagnie qui toit en garde.

_Le 13, vendredi._--A quatre heures trois quarts M. le conntable le
vient voir, lui baise la main, lui donne la chemise, lui mne le fils
de M. le comte d'Auvergne. Le Dauphin, port au Roi et  la Reine en la
galerie, a soup avec le Roi.

_Le 14, samedi._--Men en la chambre du Roi, il le baise, l'accole. Le
Roi le mne en la chambre de la Reine; il en sort avec le Roi, joue
au palemail, bien; il fait plusieurs gentillesses devant le Roi et la
Reine, se retire en leur faisant la rvrence.

_Le 15, dimanche._--Port  onze heures au Roi, en la chapelle; men
en la galerie pendant le sermon du P. Coton, jsuite. A deux heures
et demie arrive M. d'pernon; il aime et se joue avec M. de Termes
avec une inclination naturelle. M. d'pernon lui donne sa chemise. Le
Dauphin se joue de son tabourin, bat la batterie des Suisses.

_Le 16, lundi,  Saint-Germain._--A onze heures arrive M. le prince
d'Orange, qui lui baise la main. A cinq heures, port au chteau neuf,
en la chambre du Roi; il fait bonne chre au Roi, se cache devant la
Reine. Il voit sur le nez de Mme la marquise de Verneuil une mouche
de satin; Monsieur, dit-elle, tez-moi cette mouche. Il y va du
doigt, et lui gratigne le nez. Le Roi et la Reine vont au parc; il les
accompagne jusqu' la porte du milieu du parc.

_Le 17, mardi._--Port  la chambre du Roi, il lui fait bonne chre, et
se rit  la Reine. Le Roi se promenoit avec le P. Coton, jsuite; il
va vers sa Majest le prendre par la main pour le mener souper. A six
heures soup avec le Roi. Le Roi lui donne des cerises; le Roi donne du
massepain dans un plat  M. de Vendme et  M. son frre et  sa soeur;
chacun se partageoit devant lui sans lui en donner; il jette hardiment
la main au plat et en prend un morceau, qu'il mange  moiti, puis n'en
veut plus.

_Le 18, mercredi._--Le Roi part pour aller  Paris; le Dauphin est
port chez la Reine, se joue avec elle. La Reine part.

_Le 23, lundi._--M. de Dangeau le vient voir.

_Le 24, mardi._--A dix heures, Hans Trot, marchal de Clves, envoy
devers le Roi de la part du duc de Clves et de Juliers et de la part
du Roi pour voir M. le Dauphin. A sept heures arrivent les trois
enfants de M. de Liancourt, premier cuyer.[73]

  [73] Le P. Anselme ne cite que deux enfants de Charles du
  Plessis, seigneur de Liancourt, premier cuyer du Roi, et
  d'Antoinette de Pons, plus connue sous le nom de marquise de
  Guiercheville. Ces deux enfants sont Roger du Plessis, depuis duc
  de la Roche-Guyon, mort en 1674, g de soixante-quinze ans, et
  Gabrielle du Plessis, depuis princesse de Marsillac, mre du duc
  de la Rochefoucauld, auteur des _Maximes_.

_Le 25, mercredi._--Il donne sa main  baiser fort librement aux
enfants de M. le Premier, qui furent mis autour de son berceau; l'an
lui donna la chemise, Mlle de Liancourt sa cotte, et le petit son
ruban, o pendoit un _Agnus Dei_. Il se joue familirement avec eux,
leur baise les mains avec chaleur.

_Le 28 juin, samedi._--A neuf heures arrivent les trois fils de M.
d'pernon[74]; il leur donne la main  baiser; le pun, abb de
Grandselve, fait  dner l'office d'aumnier; l'an comte de Candale,
lui baille la chemise.

  [74] Ces trois enfants sont: Henri de Nogaret de la Valette,
  comte de Candale, mort en 1639, g de quarante-huit ans;
  Bernard de Nogaret, depuis duc d'pernon et colonel gnral de
  l'infanterie franaise, mort en 1661; et Louis de Nogaret, connu
  depuis sous le nom de cardinal de la Valette, mort en 1639, 
  quarante-sept ans.

_Le 29, dimanche._--En tetant il gratte sa marchandise, droite et dure
comme du bois. Il se plaisoit ordinairement fort  la manier et  se y
jouer du bout des doigts.

_Le 13 juillet, dimanche,  Saint-Germain._--A une heure les
ambassadeurs de Venise, ancien et nouveau, lui baisent la main, qu'il
leur tend. Montagne, chevaucheur d'curie, arrive de Villiers-Cotterets
de la part du Roi[75].

  [75] Le Roi crivait de Villers-Cotterets, le 18 juillet, 
  Mme de Montglat une lettre par laquelle il lui recommandait de
  ne plus laisser visiter ses enfants et de les isoler le plus
  possible,  cause de la contagion qui rgnait  Paris et aux
  environs. (_Lettres missives_, VI, 135.)

_Le 27, dimanche._--Mlle de Ventelet lui demande: Monsieur, o est
votre coeur? Il bat sur son ct gauche. Il fait un rot, Mlle de
Ventelet lui dit: Monsieur, vous soupirez, o va ce soupir: Il
rpondit: En Espagne.[76].

  [76] Voir au 12 dcembre 1602.

_Le 29, mardi._--A onze heures le Roi arrive; il se cache comme
honteux, s'apprivoise incontinent. Le Roi le prend en son carrosse;
dne avec le Roi, pleure voyant partir le Roi. Le Roi, revenant de
la chasse, va prendre sa chemise chez M. de Frontenac, en la salle;
on lui mne le Dauphin, qui y entre battant de son tabourin. Le Roi
le caresse, le baise, lui baise la poitrine. Il sert  boire au Roi
dextrement. Le Roi le promne dans son carrosse et  pied, lui tient
toujours la main.

_Le 2 aot, samedi,  Saint-Germain._--A trois heures et demie, le Roi
arrive de la chasse et se met pour se reposer dans le lit de Mme de
Montglat. A quatre heures, le Roi va veiller M. le Dauphin, lui fait
prendre du sirop d'abricots, lequel ma femme avoit fait. Le Dauphin
continue  battre sur son tabourin toutes sortes de batteries; le Roi
le baise fort, et s'en va  cinq heures  Paris.

_Le 4, lundi._--Port au Roi, qui venoit d'arriver  cinq heures et
demie avec la Reine; le Roi le baise, la Reine le caresse. Le Roi se
va coucher, le fait dpouiller et mettre dans le lit auprs de lui; il
gambade en libert.

_Le 6, mercredi._--Le Roi et la Reine le mettent en carrosse et vont au
devant, au port de Chatou, pour recevoir Mme la duchesse de Bar, soeur
du Roi, qui arrive. Il est honteux, puis s'apprivoise et l'accole.

_Le 7, jeudi._--Men  la chambre de Mme la duchesse de Bar par le Roi
et la Reine, d'o il ramne le Roi par la main pour dner.

_Le 8, vendredi._--Port au Roi en la chambre de la Reine; il va voir
Mme la duchesse de Bar.

_Le 11, lundi._--Port au lever de la Reine, il baise la chemise et la
lui donne; va chez Mme de Bar, en fait autant; revient chez la Reine
comme elle se coiffe; chasse Alexandre Monsieur et Mlle de Vendme
d'autour de sa table.

_Le 12, mardi._--Il va au dner de la Reine, lui donne la serviette. A
six heures, le Roi revient de Paris.

_Le 13, mercredi._--Port au chteau neuf, il se joue au Roi et  la
Reine.

_Le 14, jeudi._--Port chez le Roi par le jardin; il le rencontre en
chemin. Port chez la Reine.

_Le 15 aot, vendredi,  Saint-Germain._--Port au dner de Mme de
Bar;  deux heures et demie, en la chambre de M. de Bar; le Roi lui
fait battre sur le tabourin qui toit en garde.

_Le 16, samedi._--Le Roi vient  sept heures, le trouve et le baise
dormant, lui disant: Adieu, mon mignon. Le Roi part  l'heure pour
aller en Normandie. La Reine va dner, le fait porter et mettre au bout
de sa table; il demanda du vin, de celui que la Reine venoit de boire;
je lui en donne dans sa cuiller; puis il demande des confitures, qui
toient des prunes en pt; je lui en donne par commandement de la
Reine. La Reine s'en va pour le voyage de Normandie; il l'accompagne
jusques  la porte de l'escalier, et  la portire du carrosse se met 
pleurer amrement.

_Le 18, lundi._--On lui fait prononcer les syllabes  part, pour aprs
dire les mots.

_Le 21, jeudi._--A cinq heures et demie, mis en carrosse, men par le
parc  Carrire, premire maison o il a t hors de Saint-Germain. Il
reoit sur le haut M. et Mlle de la Salle, qui toit grosse de sept
mois et demi et, depuis quatre mois, avoit une si grande passion de le
baiser qu'elle en perdoit entirement le dormir. A l'arrive, comme
elle le voit, elle en approche toute tremblante, lui baise la main par
deux diverses fois; Mme de Montglat la lui fait accoler et baiser. Il
la prenoit avec la main par dessous le menton; elle tmoigna n'avoir
jamais eu si grand contentement, et tel qu'il surpassoit le dplaisir
qu'elle avoit souffert.

_Le 25, lundi._--Arrive de la part du Grand Duc le comte de
Montecucullo, qui alloit en Angleterre de la part de Son Altesse; il
lui donne sa main  baiser.

_Le 30, samedi._--A quatre heures, M. de Longueville revient pour
demeurer  Saint-Germain.

_Le 6 septembre, samedi,  Saint-Germain._--A quatre heures il va au
devant de Madame, soeur du Roi, duchesse de Bar, jusque prs d'Anemont.

_Le 17 septembre, mercredi,  Saint-Germain._--Il commence en ce mois 
parler par discours[77].

  [77] _Voy._ la lettre du Roi  Mme de Montglat, du 15 septembre,
   Caen.--_Lettres missives_, VI, 165.

_Le 20, samedi._--A dix heures et demie la signora Conchino et la
signora Gorini dnent avec Mme de Montglat; il baille sa main  baiser
 Mme Conchino.

_Le 22, lundi._--A onze heures M. le prince de Cond lui baille la
serviette  dner.

_Le 25, jeudi._--A cinq heures le Roi arrive de Caen; il fait bonne
chre au Roi, le baise, l'accole, et  la Reine aussi, qui arrive aprs.

_Le 26, vendredi._--Amen chez le Roi et la Reine, il bat sur la table
du Roi la franoise et la suisse, sur les vaisselles; trouve son
tabourin, recommence ses batteries. Le Roi y prend grand plaisir.

_Le 27, samedi._--Men au souper du Roi[78].

  [78] Le Dauphin entrait ce jour-l dans sa troisime anne.

_Le 28, dimanche._--Il rencontre Mme la marquise de Verneuil, qui lui
demande sa main  baiser, puis son teton; il refuse firement l'un et
l'autre, jusques  ce que par plusieurs fois il lui ait t dit par Mme
de Montglat de le faire; il s'y laisse aller comme par acquit. Men au
cabinet du Roi, il danse au son du violon toutes sortes de danses.

_Le 29, lundi._--Il joue au palemail devant le Roi et frappe nettement
un coup de cinquante-cinq pas. Men au dner du Roi et de la Reine,
fort gentil; le Roi et la Reine partent  une heure et demie, fort
contents.

_Le 30, mardi._--Il avoit une merveilleuse inclination  aimer M. de
Candale, reconnu ds le premier jour qu'il l'ait vu[79].

  [79] Voir au 28 juin prcdent.

_Le 2 octobre, jeudi,  Saint-Germain._--La prire ordinaire que l'on
lui commena  apprendre ce fut, aprs le _Pater_, _Ave_: Dieu donne
bonne vie  papa,  maman, au dauphin,  ma soeur,  ma tante, me donne
sa bndiction et sa grce, et me fasse homme de bien, et me garde
de tous mes ennemis, visibles et invisibles. A onze heures et un
quart, il mangeoit le dernier aileron d'un poulet, quand il arrive don
Sanches de la Serta, matre d'htel du roi d'Espagne, fils du feu duc
de Medina-Coeli, venant de la part du roi son matre pour voir M. le
Dauphin, lui s'en allant en Flandres. M. le Dauphin quitte son poulet,
Mme de Montglat lui essuie la main, il la prsente. Don Sanches la
prend ayant bais la sienne, qu'il rebaise aprs; le sieur Hieronimo de
Taxis, ambassadeur ordinaire d'Espagne, ayant bais sa main prend celle
de M. le Dauphin et la baise; ils demeurent dcouverts un peu de temps,
puis se couvrent. Le Dauphin achve de dner, demande  boire, boit 
l'Infante. Il voit le poignard au ct d'un Espagnol, et, le montrant
du doigt, dit: _Ah, la petite pe!_ Ils vont dner aux dpens du Roi.
Le Dauphin, men  la salle du bal, o avoient dn les ambassadeurs,
leur te son chapeau, et fait la rvrence, le pied en arrire, puis
va son chemin, eux suivent. Il branle la pique devant eux, il joue
au palemail, sec et sans faillir, il danse toutes sortes de danses
fort gentiment; il veut monter sur le thtre[80] pour y danser. Les
ambassadeurs montent les degrs pour dire adieu; don Sanches, baisant
sa main, prend celle de M. le Dauphin et la baise, Taxis en fait
autant, et il tend la main  baiser  tous les autres,  la rangette.
Au dner de M. le Dauphin, M. de Souvr dit au sieur Hieronimo Taxis:
Voil un serviteur un jour pour l'Infante. Il rpond. A juger selon
le cours du monde; ils sont ns l'un pour l'autre. Il m'en dit autant.

  [80] Sans doute une espce d'estrade, puisque les ambassadeurs en
  montent les degrs.

_Le 9 octobre, jeudi,  Saint-Germain._--veill  huit heures; il fait
l'opinitre, est fouett pour la premire fois. A six heures, j'arrive
de Paris, lui tant sur les terrasses, je le trouve assis. Il trmousse
d'aise de me voir, mord sa serviette, me regarde, puis dtourne sa vue,
en fait autant  ma femme. Il nomme fort bien le nom de M. de Beringhen.

_Le 30, jeudi._--Il clarissimo Dandolo, ambassadeur extraordinaire de
Venise, arrive pour le voir en passant, lui baise la main, le chapeau
au poing. Le Dauphin compose sa contenance et lui te le sien, le
prie de se couvrir en mettant la main sur son bonnet. Il danse devant
l'ambassadeur, joue du tabourin, branle la pique.

_Le 3 novembre, lundi,  Saint-Germain._--En s'habillant on lui dit:
Monsieur, dpchons nous, nous irons jouer au jardin.--_Nenni, nous
irons voir M. Hrouard en sa chambre[81]._ J'arrive l-dessus; il se
prend  crier et pleurer  chaudes larmes, disant qu'il toit bien
fch de ce que j'tois descendu, et qu'il vouloit aller  ma chambre.
Je m'en retourne pour crire une lettre, il s'apaise. On lui demande
Monsieur, o aimez-vous mieux aller, ou au jardin ou  la chambre de
M. Hrouard? Il rpond: _ Hrouard_. Il me fait l'honneur d'y venir,
me trouve crivant en mon tude, entre gaiement me tendant la main. Il
est tir par un peintre, de sa hauteur, qui toit de deux pieds neuf
pouces.

  [81] Hroard ne figure pas encore la manire de prononcer du
  Dauphin.

_Le 7, vendredi._--Le Dauphin est sevr.

_Le 22, samedi._--M. de Saint-Gran, sous-lieutenant de sa
compagnie[82], prsente le prsident de Moulins et un chevin, lui
offrant une pe, une lance et une paire d'armes compltes. Le
prsident lui fait sa harangue  genoux, lui offrant, de la part
de MM. de Moulins, les armes avec leur trs-humble affection  son
service. Il les coute, leur tend la main  baiser, prend l'pe, qu'il
manie fort adroitement.

  [82] Jean-Franois de la Guiche, comte de Saint-Gran,
  sous-lieutenant de la compagnie des gendarmes du Dauphin, depuis
  marchal de France, mort en 1632.

_Le 29 novembre, samedi._--M. le prsident de Paulo, deuxime prsident
 Toulouse, MM. Chauvet, de Trelon et Saint-Jory, conseillers, dputs
de la cour de parlement de Toulouse, [viennent pendant le dner du
Dauphin]. Il s'arrte, ne mange plus, leur tend sa main  baiser, puis
ils lui font leur harangue. Il leur donne derechef la main  baiser.

_Le 4 dcembre, jeudi,  Saint-Germain._--Le Roi arrive, la Reine
aussi. Dn avec le Roi; il lui donne la serviette.

_Le 5, vendredi._--Port au Roi et  la Reine dans leur lit;  onze
heures, port au dner du Roi. Le Roi se lve pour aller  la chasse,
le Dauphin va achever de dner avec la Reine. Mathurine[83] arrive,
il la considre froidement; elle se joue avec lui, il en rit; elle se
retrousse, il lui voit un haut-de-chausses, il se prend  rire et s'en
moque.

  [83] Folle de la Reine. Cette Mathurine, dit Tallemant des
  Raux, avoit t folle, puis gurie, mais non parfaitement;
  il y avoit encore quelque chose qui n'alloit pas bien. (_Les
  Historiettes_, 3e dition, I, 206.)

_Le 6, samedi._--Port au cabinet du Roi;  midi au dner du Roi. Le
Roi et la Reine s'en vont.

_Le 11, jeudi._--A six heures, le Roi arrive; il y est port. Le Roi
l'embrasse; il soupe avec le Roi. Le Roi fait semblant de dormir, il
vient tout bellement en souriant, et le va baiser. Le Roi se joue  lui.

_Le 12, vendredi._--Men au dner du Roi; le Roi part pour aller  la
chasse.

_Le 14, dimanche._--Opinitre, fouett.

_Le 19, vendredi._--A deux heures, le Dauphin reoit le conntable
de Castille, auquel il tend la main pour la lui faire baiser. Le
conntable la baise, puis dit en espagnol qu'il avoit commandement
exprs du Roi, son seigneur, de le venir voir de sa part et de lui en
faire savoir des nouvelles fort particulirement. M. le Dauphin lui
demande (lui tant dit  l'oreille): _Comment se porte l'Infante?_ Puis
le Dauphin lui tendant la main et l'ayant baise, il va voir Madame
dans son berceau. Le duc d'Ossone ne voulut point voir M. le Dauphin.
Un Espagnol en s'en retournant et passant devant lui, fit le signe de
la croix. Le conntable coucha  Saint-Germain,  cause du mauvais
temps.

_Le 22, lundi,  Saint-Germain._--Le Roi arrive  midi pour la chasse;
il baise et accole le Roi; est port  son dner. Le Roi s'en va, il
crie; colre, fouett. Men en la chambre et au souper du Roi.

_Le 23, mardi._--Men au Roi, qui s'en retourne.




ANNE 1604.

  trennes du Dauphin.--Visite du Roi; journe
  orageuse.--Bgayement du Dauphin.--Chanson sur La Clavelle
  et Engoulevent.--Chasse du Roi  Versailles.--Les musiciens
  du Dauphin.--Il reoit la croix du Saint-Esprit, premier
  prsent du Roi.--Curiosit et dissimulation du Dauphin.--Le
  Roi le fait fouetter.--Le Dauphin fait l'essai des mets
  destins au Roi.--Opinitrets et corrections.--Il voit
  danser un ballet.--Portrait fait au crayon par le fils de
  Dumonstier.--Caractre et ducation du Dauphin.--Il va  la
  Muette,  Croissy,  Poissy.--Singulier langage.--Accueil fait
   M. de Rosny,  son prsent et  sa lettre.--Lettre du Dauphin
  au Roi.--Jalousie envers les enfants naturels du Roi.--Dialogue
  avec le page Labarge.--Scnes avec le Roi et la Reine.--Comment
  on lui parle de son pre; les fous de Cour.--Nouveau portrait
  peint par Charles Martin.--Le journal d'Hroard.--Scne avec
  le Roi.--Arrive des enfants de Mme de Verneuil; dispositions
  du Dauphin pour eux.--Scne avec le Roi et la Reine; page
  fouett  la place du Dauphin.--Les chats du feu de la
  Saint-Jean.--Le cantique de Simon.--Mme de Verneuil.--Visite
  du duc de Lorraine et de ses fils.--Got du Dauphin pour les
  armes et les instruments militaires.--M. de Rosny.--Singulier
  langage qu'on tient devant l'enfant, et ses rsultats.--Nouveau
  portrait fait au crayon par Decourt.--Le livre de Gesner
  sur l'histoire naturelle; le sige d'Ostende.--Portraits en
  cire de la Reine et du Dauphin faits par Paolo.--Le Dauphin
  part de Saint-Germain; son passage  Paris,  Savigny, 
  Villeroy,  Fleury; son arrive  Fontainebleau.--Scnes avec
  le Roi et la Reine.--La poterie de Fontainebleau.--Caractre
  impressionnable de Henri IV; il _blmit_ d'aise en embrassant
  son fils et le fouette lui-mme.--Lit donn par M. de
  Rosny.--Concini.--Le P. Coton.--Costume d't.--Got de plus
  en plus dvelopp pour la musique.--Le fou du Roi.--Tragdie
  anglaise reprsente  Fontainebleau.--Statue du Dauphin
  faite par Guillaume Dupr.--Le danseur de corde.--Portrait au
  crayon fait par Mallery.--Accs facile des pauvres dans les
  cours du chteau.--M. de Favas et sa jambe de bois.--Scne
  avec le Roi.--L'pinette de M. de Saint-Gran.--Envoi 
  l'infante d'Espagne.--M. de Rosny et le service d'argent
  dor.--Journe de colre et ses suites.--Mlle de Guise.--M.
  de Vendme indispose le Roi contre le Dauphin.--Singulires
  conversations.--Continuation de la colre du Roi.--Le lit de la
  Reine.--Le masque de Mme de Montglat.--Dpart de Fontainebleau;
  passage  Melun, retour  Saint-Germain.--Arrestation du
  comte d'Auvergne.--La marquise de Verneuil et la comtesse de
  Moret viennent l'une aprs l'autre  Saint-Germain.--Arrive
  du Roi; souvenir de la scne de Fontainebleau.--Le branle des
  navets.--Le Dauphin recommence  bgayer.--Moyens dont on se
  sert pour le faire obir.--Lutte entre le Roi et son fils.--Le
  Dauphin valet du Roi.--Historiette du fils de M. de la Fon.--Le
  Dauphin quitte les lisires.--Remarques sur les antiquits de
  Rome.--Joujoux de Nol.--Le mari de la nourrice.--Audience des
  tats gnraux de Normandie.--Un joujou d'Italie.


_Le 2 janvier, vendredi,  Saint-Germain._--Il reoit la bourse des
jetons du Roi apporte par M. Plassin.

_Le 7, mercredi._--Le Roi, le vient voir et se joue  lui gaiement. On
met le Dauphin en si mauvaise humeur qu'il fault de crever  force de
crier, et tout fut en si grande confusion jusques  six heures que je
n'eus point le courage de remarquer ce qu'il fit, sinon qu'il vouloit
battre tout le monde, criant  outrance; fouett longtemps aprs.

_Le 8, jeudi._--Il va voir le Roi  dix heures et demie et va  la
chambre de la Reine;  douze heures et demie dn avec la Reine.

_Le 9, vendredi._--A onze heures men au Roi; dn  deux heures[84]
debout sur un placet[85]. Le Roi l'envoye querir en la chambre de la
Reine pour voir Mme de Montpensier.

  [84] On remarquera l'irrgularit de cette heure du dner, qui
  est la veille  midi et demi et plus haut  onze heures.

  [85] Sorte de tabouret.

_Le 10, samedi._--Men au Roi en son cabinet; soup  six heures avec
le Roi.

_Le 11, dimanche._--A douze heures et demie men en la chambre du Roi;
dn avec le Roi et la Reine. A deux heures le Roi et la Reine s'en
vont. Le Dauphin n'est plus couch les aprs-dnes.

_Le 12, lundi._--Le Dauphin bgaye en parlant[86]; on remarque que
ce a t depuis deux jours auparavant, quand le Roi, couch dans le
lit, prenoit plaisir  le faire railler avec le petit Frontenac, qui
bgayoit. Il se fche quand il ne peut prononcer promptement.

  [86] Ce bgayement eut des suites; Hroard en parle  diffrentes
  reprises.

_Le 14, mercredi,  Saint-Germain._--A une heure et demie arrive Juan
Hieronimo de Taxis, ambassadeur du roi d'Espagne qui vient prendre
cong de M. le Dauphin. A cinq heures le Roi arrive, revenant de la
chasse; il jette ses bras au col du Roi. A six heures et un quart,
soup avec le Roi;  sept et demie, en sa chambre, il chante la chanson
qu'on lui avoit apprise:

      La Clavelle[87] a deux laquais
      Qui savent porter poulets
    Aux dames et aux damoiselles.
    Hlas! le pauvre La Clavelle
    La Clavelle et Engoulevent[88].

  [87] Secrtaire de Sully, dont parle Tallemant des Raux dans
  ses _Historiettes_, tome Ier, pages 116 et 124, de l'dition
  donne par M. Paulin Paris. _Voy._ le _Journal d'Hroard_, au 21
  dcembre 1609.

  [88] Nicolas Joubert, sieur d'Engoulevent, _prince des sots_.
  _Voy._ sur ce farceur l'introduction de M. douard Fournier aux
  chansons de _Gaultier Garguille_, Paris, Jannet, 1858, pages
  lxxix  lxxxv.

_Le 15, jeudi._--Le Roi le vient voir; il l'accole; le Roi part pour
aller  la chasse  Versailles[89].

  [89] La terre et seigneurie de Versailles appartenait alors 
  Henri de Gondi, vque de Paris, fils d'Albert de Gondi, marchal
  de Retz, qui l'avait achete en 1573 des enfants mineurs de
  Martial de Lomnie.

_Le 27, mardi._--Le Roi arrive  une heure, il accole le Roi, est port
au cabinet de la Reine, o le Roi dne. A six heures et demie soup
avec le Roi.

_Le 28, mercredi._--A trois heures et demie men  la chambre du Roi; 
six heures et demie soup avec le Roi.

_Le 29, jeudi._--A onze heures et demie men au Roi revenant de la
chasse; dn avec le Roi; il donne la serviette au Roi, qui s'en va 
la chasse  une heure et demie.

_Le 30 janvier, vendredi._--Le Roi s'en retourne  Paris. Le Dauphin ne
veut point dire adieu  Alexandre Monsieur, qui part pour aller  Paris
recevoir la croix[90] le dimanche ensuivant.

  [90] La croix de Malte. _Voy._ le Journal de Lestoile  la date
  du 1er fvrier.

_Le 3 fvrier, mardi,  Saint-Germain._--Le Dauphin avoit pour violon
et joueur de mandore Boileau, et pour joueur de luth Florent Hindret,
d'Orlans, pour l'endormir.

_Le 4, mercredi._--M. de Beauclerc, premier secrtaire du Dauphin,
lui porte de la part du Roi, avec lettre, une croix du Saint-Esprit,
premier prsent que le Roi lui a fait; la croix tenue par un dauphin
maill de bleu.

_Le 9, lundi._--A six heures la Reine arrive; le Dauphin, port au
cabinet de la Reine, refuse de l'accoler; il le fait par crainte.

_Le 10, mardi._--A onze heures le Roi arrive, qui avoit couch 
Meudon; le Dauphin est port en sa chambre, et dne avec le Roi.

_Le 11, mercredi._--Il va  la chambre du Roi, tabourin battant; le
Roi toit encore au lit. Le Roi et la Reine partent  deux heures pour
aller  Paris.

_Le 16, lundi._--Il fait tirer le capitaine Richard, qui, de son
arquebuse, tue un pigeon; il dit: _A dir  papa_ (Je le dirai 
papa). M. de Mansan[91], oyant cela, dit que dornavant il ne falloit
rien faire devant lui et qu'il diroit tout, et qu'il coutoit tout sans
faire semblant de rien.

  [91] Capitaine aux gardes.

_Le 18, mercredi._--A six heures et demie il va voir le Roi et la Reine
venant de Paris au chteau neuf; s'endort dans le carrosse.

_Le 19, jeudi._--A deux heures men au chteau neuf, chez le Roi; il se
joue sur le lit du Roi; qui avoit la goutte.

_Le 20 fvrier, vendredi,  Saint-Germain._--Men au Roi, il revient 
onze heures et un quart; men au dner du Roi.

_Le 22, dimanche._--Men en la chambre du Roi; le Roi le menace du
fouet, il s'opinitre, veut aller en sa chambre; men en celle de la
Reine, il continue. Le Roi commande qu'il soit fouett; il est fouett
par Mme de Montglat, au cabinet. Il est apais par de la conserve
que la Reine lui donne, mais non autrement, ayant voulu battre et
gratigner la Reine. Men  une heure au btiment neuf, il est malmen
du Roi.

_Le 23, lundi._--Men  midi au Roi, au btiment neuf; il sert le Roi 
table.

_Le 24, mardi._--Men au Roi, il le sert  son dner, fort gentil; il
fait les essais sur toutes les viandes; leur dit adieu lorsque le Roi
et la Reine s'en sont retourns  Paris, fort contents de lui.

_Le 4 mars, jeudi,  Saint-Germain._--A onze heures il veut dner; le
dner port il le fait ter, puis rapporter. Fcheux, fouett fort
bien; apais, il crie aprs le dner, et dne.

_Le 5, vendredi._--A onze heures il est fouett pour ne vouloir point
dner.

_Le 7, dimanche._--Il va  la salle du Roi, voir danser le ballet.

_Le 18, jeudi._--La Reine arrive de Paris, on le lui dit; il va  la
chambre de la Reine, l'embrasse, la salue.

_Le 19, vendredi._--Parti avec la Reine,  onze heures, pour aller
trouver le Roi, qui dnoit  Laumosne, prs de Maubuisson. tant prs
de la Muette, il veut aller en sa chambre; la Reine lui montre la
Muette, disant que c'toit Saint-Germain; il rpond: _Non pas, faut
tourner carrosse pour aller  Saint-Germain._ La Reine le renvoie; il
arrive  Saint-Germain  douze heures, est port fort criant en sa
chambre et fouett longtemps. Le Roi arrive, venant de Merlou,  trois
heures.

_Le 20 mars, samedi,  Saint-Germain._--Il voit le jeune Du Monstier,
peintre[92], et lui dit: _quiv_ (crivez). Je lui dis: Monsieur,
il veut crire votre visage, votre nez, vos yeux. Il lui dit:
_quiv-moi_; lui soutient doucement le portefeuille, et a peur de
l'empcher. Il va  la chambre du Roi, qui toit couch; ramen  dix
heures et demie, dn; il se laisse peindre. Men au dner du Roi et de
la Reine, il sert le Roi, fait l'essai des viandes et du breuvage dans
le couvercle de verre. A cinq heures soup; il sert le Roi  souper, 
l'accoutume.

  [92] Qui se prparait  faire son portrait aux trois crayons;
  c'est sans doute Daniel Dumontier.

_Le 21, dimanche._--Men au dner du Roi, il le sert  l'accoutume.
A une heure le Roi part pour retourner  Paris;  deux heures la
Reine part. Il s'amuse  ses checs d'argent, pendant que le jeune Du
Monstier tire son crayon.

_Le 28, dimanche._--Il jure sa foi, je l'en reprends, lui disant:
Monsieur, vous jurez votre foi. Il s'en prend  pleurer, s'en met en
colre, s'en va  Mme de Montglat, et ne lui veut jamais dire pourquoi
il toit fch.

_Le 8 avril, jeudi,  Saint-Germain._--A onze heures dn; fantasque,
crie, pleure; un coup de verge sur la main, colre, s'apaise.

_Le 21, mercredi._--En se promenant par la chambre, il s'arrte court,
voyant M. de la Valette sans manteau, se chauffant dans la balustre,
les mains derrire le dos, et lui dit: _Ho! la Valette, vous chauffez
comme moi, tes-vous le Roi? tez de l, allez-vous-en._ Peu aprs Mlle
Blier, sa remueuse, en l'entretenant lui dit: Monsieur, quand vous
serez grand on vous fera un haut de chausses o il y aura une belle
petite brayette. Il rpond soudain: _Fi! braguette, c'est pour les
Suisses._ A deux heures trois quarts got debout, car il faut noter
que depuis le matin, qu'il toit lev jusques  ce qu'il s'endormoit
pour tre couch, il ne s'asseyoit qu' dner et  souper.

_Le 23, vendredi,  Saint-Germain._--Promen  Vsinet.

_Le 24, samedi._--Il se rjouit d'une robe neuve, la montre  chacun.

_Le 27, mardi._--A sept heures djeun, fort gai, contrefait souvent
l'ivrogne. A onze heures dn; il lui prend humeur  contredire et de
crier; fouett.

_Le 29, jeudi._--veill  sept heures et demie, lev, djeun, colre
mal  propos, fouett trs-bien.

_Le 4 mai, mardi,  Saint-Germain._--veill  sept heures et demie,
lev, il se met en mauvaise humeur, crie, fouett, crie plus fort,
apais.

_Le 7, vendredi._--A quatre heures et demie mis dans la litire de la
Reine pour essayer; men jusques auprs de la Muette[93], en revenant
il veut entrer en carrosse.

  [93] Dans le bois de Boulogne.

_Le 8, samedi._--veill  six heures, il demande son djeuner, en
mauvaise humeur, chasse tous ceux qu'il voit. Lev, hoignard;  huit
heures et demie djen; opinitre, fouett, se dpite, apais. A onze
heures dn. A trois heures il passe le bac au Pecq; men  Croissy,
got  Croissy, gai, il demande o est la cuisine. Remis en litire,
il s'endort, arrive au chteau  cinq heures et demie.

_Le 11, mardi._--A dix heures le Roi arrive, il lui fait bonne chre;
dn  onze heures trois quarts avec le Roi. A quatre heures le Roi
s'en retourne; il l'accole, il lui baise la main.

_Le 12, mercredi._--Men  Poissy; le cur vient au-devant de lui
avec la croix et la bannire. Il est reu par Mme de Retz, abbesse, 
l'entre de la maison de l'abbaye.

_Le 13, jeudi._--Lev  huit heures, il entre en mauvaise humeur, crie,
est fouett, porte la main au fessement, disant: _Chatouillez-moi,
chatouillez-moi_, crie par dpit, apais. A trois heures il entre en
carrosse, est men  Forqueux.

_Le 15, samedi,  Saint-Germain._--A sept heures lev, djeun. J'avois
nomm potage son bouillon, il me dit: _Je pense vous rvez, c'est pas
du potage._ A deux heures got; il se cache en mon tude, m'appelle:
_Moucheu Heoua, je suis en vote petite chambe._ Il ne brouilloit jamais
rien l o il alloit; s'il y a quelque dsordre, il le fait remettre.

_Le 17, lundi._--Dn, men  la salle du bal, il s'opinitre, est
fouett.

_Le 20, jeudi._--Men au palemail, ramen  onze heures pour dner, il
n'en veut point; fort cri, fouett trs-bien coup sur coup, par deux
fois, ne se rend point, enfin dn.

_Le 23, dimanche._--A huit heures lev, bon visage, gai, vtu; il
avale[94] ses bas de chausses disant: _Voyez la belle jambe._ Mlle
de Ventelet lui hausse le bas et l'attachoit d'un ruban bleu  son
cotillon; il voit que le ruban tournoit un peu sur le derrire, il se
prend  dire en souriant: _Ho! ho! je pense vous voulez fai mon cu
chevalier_, puis le voyant encore plus en arrire: _Ho! ho! mon cu est
chevalier_. A neuf heures et demie djeun sur la fentre du prau; il
voit des hommes qui passent, leur crie: _Bonjou, Messieurs, je m'en
vais boire  vous_. A six heures il voit en passant le petit Canada[95]
 la fentre, malade, il lui fait porter de son potage.

  [94] Il met.

  [95] C'tait sans doute un jeune sauvage d'Amrique; il avait t
  tenu sur les fonts de baptme, le 9 mai prcdent, par Alexandre,
  chevalier de Vendme, et sa soeur; il mourut le mois suivant. Le
  15 novembre 1605, le Dauphin se ressouvient,  propos d'objets
  rapports du Canada par M. de Monts, du petit Canada mort il
  y avoit dix-sept mois, le jour de la Fte-Dieu, de sa faon de
  prononcer, de la couleur de son habit bleu, de la forme de son
  bonnet, rond comme celui du feu Roi.

_Le 24, lundi._--M. de Rosny le vient voir, il lui baille froidement
la main  baiser, joue au palemail  la salle du bal. M. de Rosny lui
veut baiser la main et s'en aller, il la refuse et ne le veut accoler;
M. de Rosny s'en va, il est marri de l'avoir refus, le dit  Mme de
Montglat, lui donne la main.

_Le 26 mai, mercredi,  Saint-Germain._--Il ne veut point saluer M. de
la Chevalerie qui lui apporte un petit carrosse plein de poupes; il y
avoit une lettre de M. de Rosny; il tend la main, et pour la lettre,
dit: _Je la jetterai par la fentre_.

_Le 27, jeudi._--A une heure, dans la tourelle de la chambre du Roi, il
crit, pour du sucre rosat, une lettre au Roi. Je lui tiens la main;
il se fchoit sur la fin, disant: _Ma pume est to pesante_. Il nommoit
tous les mots aprs moi, qui lui conduisois la main:

    Papa ie say ben equiu non pa enco lis. Moucheu de Oni
    m'a anuoi un home am et un beau caoche ou  ma maitesse
    l'infante,  une belle poupe  theu theu. I m'a pomi un beau
    gan li pou couch, ie ne sui pu peti anfan, iay ben chau dan
    mon bechau, iay beu a vote sant papa  a maman. Ma pume est fo
    pesante, ie ne pui pu quiu, ie vous baise te humbeman l main
    papa  a ma bone maman  sui papa vote te humbe  te obissan
    fi  cheuiteu. DAUFIN[96].

  [96] Papa, je sais bien crire, mais pas encore lire. M. de Rosny
  m'a envoy un homme arm et un beau carrosse o est ma matresse
  l'Infante, et une belle poupe  ma soeur. Il m'a promis un beau
  grand lit pour coucher; je ne suis plus petit enfant; j'ai bien
  chaud dans mon berceau. J'ai bu  votre sant, papa, et  maman.
  Ma plume est fort pesante; je ne puis plus crire. Je vous baise
  trs-humblement les mains, papa et  ma bonne maman, et suis,
  papa, votre trs-humble et trs-obissant fils et serviteur.

_Le 31, lundi._--Lev contre son gr par Mme de Montglat; il tenoit des
verges, lui en donne un bon coup sur le visage, ne veut point de Mme de
Montglat, s'y opinitre, en est fouett. Il envoie  dner  Canada.

_Le 1er juin, mardi,  Saint-Germain._--Il se fait promener dans son
petit carrosse du comte de Permission[97].

  [97] C'tait, dit Lestoile, un fol courant les rues, qui se
  faisoit nommer le comte de Permission... Le mtier de ce fol
  toit d'tre charron, et montoit en Savoie l'artillerie du duc,
  o on disoit qu'il se connoissoit fort bien. (_Journal de Henri
  IV_, tome Ier, 2e partie, p. 356, d. Michaud et Poujoulat.)

_Le 3, jeudi,  Saint-Germain._--veill  sept heures, lev; il prend
sa chemise par jalousie de Labarge, page de Mme de Montglat. Il frappe
 coups de pied M. le Chevalier et Mlle de Vendme. Amus, promen, il
est toujours avec les soldats, fait mettre le feu  un ptard. Il fait
fouetter Labarge, fait mettre le petit Frontenac  genoux, le fouette,
lui fait baiser les verges, lui pardonne.

_Le 4, vendredi._--Lev  neuf heures; le Roi arrive; fort gentil,
l'embrasse, entre en colre de ce que le Roi avoit bais un peu serr
M. le Chevalier, en fait le dpit; diverti, fait bonne chre au Roi.
M. le Prince lui donne sa chemise. Djeun, il va  la messe avec le
Roi en la chapelle, veut faire ter le Roi de sa place, s'y efforce,
et dit: _Il est en ma place, tez-vous de l_. Le Roi s'te et laisse
son chapeau: _Otez le chapeau_; il fut t. Men partout avec le Roi.
A onze heures dn avec le Roi. La Reine arrive  midi; il la sert, se
joue  elle. Mlle de Vendme baise la main de la Reine; il s'en fche,
y court pour la frapper, frappe la Reine. A trois heures got en sa
chambre, men promener, il dit adieu au Roi et  la Reine;  six heures
soup, il fait exercice de guerre;  huit heures s'endort.

_Le 5, samedi._--A huit heures et demie djeun; men au Roi, il va
jouer au palemail, puis au lever de la Reine. A dix heures et demie
dn en la salle avec le Roi; il ne veut point que M. le Chevalier et
Mlle de Vendme prennent dans le plat du Roi. A six heures trois quarts
soup; men au Roi, il voit M. le Chevalier auprs du Roi, s'en va  la
charge, le fait mettre derrire.

_Le 6, dimanche._--A huit heures et demie djeun; le Roi y vient, le
voit djeuner; il fait le fcheux, fait taire Hindret, joueur de luth.
Promen au jardin, aux alles, il voit et regarde le Roi touchant les
malades.

_Le 8, mardi._--Lev, il ne veut point prendre sa chemise, et dit:
_Point ma chemise, je veux donner premirement du lait de ma guilley_;
l'on tend la main, il fait comme s'il en tiroit, et de sa bouche fait:
_fsss, fsss_, nous en donne  tous, puis se laisse donner sa chemise.
Vtu, il se joue en paroles avec Labarge; Labarge lui dit qu'il est
Monsieur le Dauphin; il lui rpond: _Vous tes Dauphin de mede_. Men
au palemail, M. de Lorraine avec lui, ramen chez la Reine; dn avec
la Reine  midi. Mon fils, dit la Reine, o irons nous? Il rpond: _A
la chasse_. A trois heures la Reine le met en son carrosse, le mne 
la chasse aux toiles, au bois de Ponchi, prs le parc de Sainte-Gemme.
A quatre heures et demie got d'une rtie  l'accoutume; le Roi
arrive de courir le cerf, prend de sa rtie; il s'en met en colre. Le
Roi le pressa trop et lui jette au visage l'eau dont la rtie toit
trempe; il se met  pleurer, et et t plus malmen sans M. de
Lorraine. Port sur un chariot, dans les toiles, il voit passer devant
lui et s'en retourner le sanglier; le voyant, il remarque ses dents et
dit: _Il a de grandes dents_.

_Le 9, mercredi._--Mathurine[98] lui demande: Viens ; seras-tu aussi
ribaud que ton pre? Il rpond froidement, y ayant song: _Non_. Il
va chez la Reine  une heure et demie;  deux heures got; il entre
en mauvaise humeur contre la Reine, il la frappe, elle en rit. On veut
fouetter Labarge s'il ne demande pardon, il le demande. Madame le veut
baiser, il lui fait baiser son pied.

  [98] Folle de la Reine. _Voy._ la note du 5 dcembre 1603.

_Le 10, jeudi._--M. de Vendme arrive, se met auprs de lui,  la main
gauche; il le repousse par deux diverses fois de la main, disant:
_Allez plus loin_. M. de Vendme, de son mouvement, lui baise le
dessus de la main et  l'impourv. Ha! dit-il en faisant le fch,
_vous baisez ma main_, et la frotte contre sa robe. Promen au jardin,
dn, amen  la Reine, mis en carrosse. A deux heures got, amus,
ramen en la salle du Roi, il fait sortir un cul-de-jatte qui jouoit
du flageolet, disant: _Mettez dehors; qu'il joue, mais je ne le veux
pas voir_. Il ne veut point voir Olyvette, folle de feu Mme de Bar, ne
veut point voir matre Guillaume[99], n'aime point les fols de cette
sorte. Soup; il fait porter de la gele au petit Canada, malade;
s'amuse  voir les passants.

  [99] Fou du Roi.

_Le 11, vendredi,  Saint-Germain._--Il se fche, frappe Mme de
Montglat, fait ter le bton  M. de Courville, gouverneur des pages de
la chambre. Men au jardin, on ne le peut contenter; on est contraint
de l'emporter; il crie, craignant le fouet; outr, un peu fouett, il
gratigne bien fort Mme de Montglat  la joue de deux grandes raflades.
Apais, men  la salle du Roi;  onze heures trois quarts dn;
fcheux, il fait ter Madame de table. Mesur, il a trois pieds de
long, moins demi-pouce[100].

  [100] _Voy._ au 3 novembre 1603.

_Le 12, samedi._--A neuf heures djeun; il va  la chapelle, voit
M. le Chevalier et Mlle de Vendme  genoux sur leurs carreaux; il
se prend  eux, disant: _Otez, tez de l; priez Dieu  terre_; ils
sont contraints de les ter. Men chez la Reine, il entre en fcheuse
humeur, veut que la Reine te sa robe, qu'elle te sa chane. La Reine
le frappe, il lui rend, demande pardon. Il fait le fcheux, ne veut
point dner; enfin, sur la jalousie de Labarge, qui feignit vouloir
manger le dner, il dne  onze heures et demie. Il prend plaisir aux
discours de matre Guillaume, les redit. A deux heures et demie got;
il va en la chambre de Madame; Mme de Montglat veut donner la chemise 
Madame; il la prend, la jette  terre en colre. On la met  Madame, il
crie plus fort; fouett, outr de colre. Port au Roi  sept heures et
demie, ramen  huit.

_Le 13, dimanche._--A neuf heures djeun; men chez le Roi; le Roi
lui veut faire prendre en la bouche, par force, une fraise; il entre
en mauvaise humeur, jette la serviette du Roi par terre; port en la
chambre de la Reine, fouett. Men au dner du Roi, il mange tout ce
que le Roi lui donne.

_Le 14, lundi._--Men au palemail, il court de loin au Roi, l'embrasse;
le Roi le prend par la main. A onze heures men en la salle du Roi;
dn; men au Roi  deux heures, il se joue en la galerie.

_Le 15, mardi._--A neuf heures djeun; peint par le sieur Martin[101].
Men  la chapelle, M. le Chevalier et Mlle de Vendme toient sur
leurs carreaux, il les en fait ter. Men  la Reine  trois heures;
le Roi revient de la chasse;  trois heures trois quarts le Roi et la
Reine partent pour aller  Paris.

  [101] Charles Martin, le mme qui avait dj fait son portrait,
  le 25 fvrier 1603.

_Le 16, mercredi._--Il se jouoit d'une petite clef attache  un
cordon; je lui demande. Monsieur, est-ce la clef de vos cus? Il
rpond: _Oui_.--Et qui les garde?--Il rpond: _Moucheu de Rosny_.
A deux heures et demie got; il vient en ma chambre. Je tenois sur
ma table la liasse de mon journalier pour le montrer  Mme de Panjas,
qui toit avec Mme de Montglat. Ce livre, Monsieur, lui dis-je, c'est
votre histoire pisseuse. Il rpond: _Non_.--C'est votre histoire
breneuse[102]. Il rpond: _Non_.--C'est l'histoire de vos armes.
Il rpond: _Oui_. A huit heures le Roi et la Reine reviennent; men
vers LL. MM., il les embrasse, danse, court, va servir le Roi  table.
Il demande une guine, le Roi la lui refuse, il s'en fche; le Roi la
lui veut donner, il n'en veut point, est en mauvaise humeur, continue
voyant que le Roi baisoit M. le Chevalier. Le Roi se lve de table, le
veut baiser, il ne veut pas; le Roi lui prend la tte et le baise,
et se sentant press, pour se dfendre il rencontre la barbe du Roi
(_sic_).

  [102] On sait que nous avons prcisment retranch du Journal
  d'Hroard tous les dtails dont, on le voit, il est le premier 
  plaisanter. Voici dans quels termes Hroard parle de son Journal,
  dans son livre _De l'institution du Prince_: Je lui fais offre
  (au prcepteur du Dauphin) d'un journal d'o il pourra tirer des
  conjectures videntes des complexions et des inclinations de
  notre jeune prince, et, si l'affection se pouvoit transporter, je
  lui en fournirois  suffisance et autant que nul autre, voire de
  cette tendre et cordiale passion que naturellement les pres ont
  pour leurs propres enfants.

_Le 17, jeudi._--Men  la messe du Roi, qui le mne  la procession,
ramen  la chapelle pour l'cu  l'offrande, qu'il ne vouloit point
lcher[103]. A onze heures trois quarts, men en la salle du Roi; dn
en rvant et battant le tambour de la voix, tirant des arquebusades. Il
ne songe point  boire; on lui en prsente sans en demander; il n'en
fait compte, boit par coutume. Amus jusques  trois heures, got;
men au palemail au Roi et  la Reine, il court, joue au palemail,
frappe un coup en lieu plein, vers la chapelle, de quatre vingts pas,
mesurs par le Roi. A six heures et demie soup; en mangeant on lui
dit: Monsieur, voici un autre ff qui vous vient voir. Il rpond:
_Enco un aute ff! o est-i?_ M. et Mlle de Verneuil arrivent  sept
heures et un quart; il les regarde fixement  l'entre. On le met
bas[104], il va au devant froidement pour recevoir M. de Verneuil,
lequel se retire contre celui qui le tenoit et se retourne, hoignant,
ne voulant point voir et approcher M. le Dauphin, qui suivoit
froidement, sans s'mouvoir, pour le caresser. M. de Verneuil rsiste
 l'accoutume; cependant M. le Dauphin se retourne, baise et accole
par deux fois Mlle de Verneuil. Voyant que M. de Verneuil ne se vouloit
point laisser accoler ni approcher, il retourne, court vers sa table et
achve de manger. Il regardoit M. de Verneuil, tenant la tte baisse
sur le ct droit et appuy sur le bras de la chaise, du coude du
mme ct. Men au Roi en la cour, le Roi le mne au jardin; tous ses
enfants y toient[105].

  [103] Hroard a not en marge ce passage, comme une premire
  indication de l'amour du Dauphin pour l'argent.

  [104] C'est--dire qu'on le descend de la chaise sur laquelle il
  tait assis  table.

  [105] Les enfants de Henri IV taient alors au nombre de sept:
  le Dauphin et sa soeur, nomme _Madame_; Csar, duc de Vendme,
  Alexandre, nomm _M. le Chevalier_, et Mlle de Vendme, ns
  tous trois de Gabrielle d'Estres; Henri, duc de Verneuil, et
  Gabrielle-Anglique, nomme Mlle de Verneuil, enfants du roi et
  de la marquise de Verneuil.

_Le 18, vendredi,  Saint-Germain._--Men  la Reine, M. de Verneuil
avec lui; la Reine leur fait bonne chre. A trois heures et un quart
got; il donne des confitures  M. de Verneuil.

_Le 19, samedi._--Il se joue  un petit canon qu'il dit lui avoir t
donn par le sieur Constance, cuyer du Roi. A onze heures et demie
dn; il pousse son cuelle de cerises, et dit: _Vel pou le petit
Canada_, qui toit dcd le jour prcdent. A cinq heures et demie
men au jardin, il se fait mettre dans le petit chariot vert avec Mme
de Montglat, et  son ct M. de Verneuil, disant: _Mettez, mettez-le
l_, aprs que M. de Verneuil lui eut demand: Mon matre, vous
plat-il que je sois l? Men au Roi et  la Reine revenant de la
chasse.

_Le 20, dimanche._--M. de Vendme entre en sa chambre fort accompagn;
il y avoit entre les autres un gentilhomme de Normandie, nomm le sieur
de la Vale, qui se mloit de prdire par horoscopes et nativits. Il
s'adresse  lui parmi la troupe: _Allez vous-en_, et le presse si fort
qu'il fallut sortir. A dix heures et demie port au Roi en la chapelle;
on lui demande: Monsieur, qui est le papa de ff Verneuil? Il rpond
un mot controuv, de son invention, comme quand il ne vouloit pas dire
quelque chose. Monsieur, lui dit-on, il est le fils du Roi. Il rpond
court et soudain: _C'est moi_, se montrant et ayant la main sur sa
poitrine.

_Le 21, lundi._--Men  la chapelle; le Roi lui jette de l'eau bnite
au visage; il s'en met en colre, ne veut que personne sorte, fait
fermer les portes. A deux heures et demie got; il s'amuse aux
exercices de guerre. La Reine arrive, il se met en mauvaise humeur, ne
veut point baiser la Reine, la veut frapper. L'on feint de fouetter
Labarge comme faisant la faute; il s'apaise et fouette lui-mme
Labarge. A six heures soup; sa nourrice lui demande s'il veut teter,
et lui prsente le teton; il lui tourne le dos, lui disant froidement:
_Faites teter mon cu_.

_Le 22, mardi._--Il entre en mauvaise humeur contre Mme de Montglat, en
fait autant  M. Concino, puis fait la paix moyennant un petit carrosse
et une charrette pour Labarge. Il va au jeu de paume, donne le bonjour
au Roi, se joue, et rit avec M. de Montigny, enseigne colonelle aux
gardes, qui avoit un grand nez, l'appelant _Janica_, pour Nasica.[106]

  [106] _Voy._ au 8 septembre suivant.

_Le 23, mercredi._--Promen par la galerie; il donne le bonjour au Roi,
qui toit en carrosse  cause de la pluie. Il donne un soufflet  la
petite Louise, parce qu'il ne vouloit pas qu'elle tnt par la main Mlle
de Verneuil; elle s'en va, il la suit pour la faire revenir, ne veut
point que Labarge y aille, et l'ayant attrape: _Venez, venez, petite
Louise, je ne vous battai pus_.

_Le 24, jeudi._--Men au Roi, qui le mne  la Reine; il obtient grce
pour des chats que l'on vouloit mettre au bcher de la Saint-Jean.
Men au Roi et  la Reine, il est gentil et le Roi lui est fort doux.
Il s'amuse avec ses petits seigneurs  des actions de guerre; la Reine
arrive, il se met en colre contre elle, craignant que ce ft pour lui
empcher son plaisir. La Reine le menace du fouet, la colre augmente;
le Roi l'apaise. Le Roi et la Reine partent  trois heures.

_Le 27, dimanche._--Il fait ter de derrire lui M. de la Valette,
qui lui tenoit sa lisire; arrive un habitant de Rouen, g de
cinquante-cinq ans, qui se met  genoux, la larme  l'oeil, disant le
cantique de Simon.

_Le 28, lundi._--Mlle de Vendme pour se jouer avec le Dauphin, comme
elle faisoit bien souvent, lui porte son doigt au visage; il s'lance
en colre sur elle comme un lion et lui arrache le masque du visage. Il
met le feu au bcher de Saint-Pierre.

_Le 29 juin, mardi,  Saint-Germain._--Il fait de petites actions
militaires avec ses soldats; M. de Mansan lui met le hausse-col, le
premier qu'il ait mis; il en est ravi, se fait voir  tous ses soldats.
Il gote avec son hausse-col, s'entretient avec tous ses soldats comme
s'il toit en pleine guerre.

_Le 30, mercredi._--Il demande son hausse-col et toutes ses armes, les
prend, les considre, s'en joue, en est ravi, met ses gantelets en
mains, en gourme Labarge. Il ne peut laisser les armes. Mme de Vitry
appeloit M. de Verneuil son matre; il l'entend, et dit: _Non, c'est
moi._

_Le 2 juillet, vendredi,  Saint-Germain._--Mme sa nourrice demande 
M. de Verneuil ce qu'il avoit mang  souper, il rpond: Du poulet, de
la panade, etc. Elle demande aprs  M. le Dauphin: Et vous, petit
bout de nez, petit galant, qu'avez-vous mang  souper? Il rpond en
souriant, comme gaussant: _De la mede_.

_Le 3, samedi._--Il se fait mettre dans le chariot du comte de
Permission, fait asseoir M. de Verneuil sur le devant, se fait traner.

_Le 4, dimanche._--Men  dix heures  la chapelle, il entre en
colre contre M. l'aumnier, est fouett; la colre lui augmente, il
en est diverti par Labarge, qui sonne les cloches. Le baron d'Ornh,
gentilhomme anglois, fils du grand fauconnier d'Angleterre, vient avec
le sieur de l'Isle, gentilhomme anglois, lequel, par transport, souleva
et baisa  l'oreille M. le Dauphin par permission; mais il avoit  demi
fait quand il la demanda.

_Le 5, lundi._--Promen en la basse-cour o il donne l'aumne  des
pauvres.

_Le 6, mardi._--Mme la marquise arrive en la salle du Roi, trouve M. le
Dauphin, qui lui donne la main  baiser; Mme de Verneuil se veut jouer
 lui, et lui prend ses tetons; il la repousse et lui dit: _Otez,
tez, laissez cela; allez-vous-en._

_Le 7, mercredi._--Bott pour la premire fois par M. de Ventelet,
il en est ravi, montre ses bottes  chacun, dit qu'il va  Paris,
demande son cheval. Le capitaine Polet, gentilhomme gascon, revenant
de Hongrie, lui baise les mains. Le Dauphin ne veut point baiser Mme
la marquise de Verneuil, ne veut point approcher Mme la marquise,
la frappe de son palemail. Il se fait mettre son hausse-col, prend
sa pique, la branle contre M. de Belmont, se fait mettre son pe,
s'efforce de la tirer (elle toit bride). Mme la marquise lui dit:
Monsieur, je vous la tirerai, et permettez que mon fils prenne votre
pique, le voulez-vous bien? Elle la met hors du fourreau; il la
tient haut, leve, pour un peu de temps. M. de Belmont la prend de
ses mains, la remet dans son fourreau et la bride, feignant de la lui
vouloir racoustrer. Il ne veut jamais permettre que la marquise lui
touche les tetons; sa nourrice l'avoit instruit, disant: Monsieur, ne
laissez point toucher vos tetons  personne, ne votre guillery, on la
vous couperoit. Il s'en ressouvenoit.

_Le 8, jeudi._--M. de Lorraine[107], qui le venoit voir avec MM. de
Bar[108] et de Vaudemont[109], arrive; il va  lui le chapeau au poing,
lui tend la main  baiser et  MM. ses enfants, se fait mettre l'pe
que le duc de Lorraine lui donne. Mme la marquise de Verneuil, qui
toit revenue de Poissy  une heure, vient  deux heures; il ne tend
point la main. Elle essaye tous les moyens, point; Mme de Montglat lui
fait donner, mais avec peu de volont, et lui fit dire: _Adieu, madame,
j'aimerai bien vote fils, mon ff._ Elle rpondit: Et il sera votre
serviteur. A quatre heures, le duc de Lorraine prend cong de lui.

  [107] Charles II, dit _le Grand_, duc de Lorraine, mort en 1608.

  [108] Henri de Lorraine, duc de Bar, puis de Lorraine, mort en
  1624.

  [109] Franois, comte de Vaudemont, puis duc de Lorraine, mort en
  1670.

_Le 10, samedi,  Saint-Germain._--Il ordonne en paroles comme s'il
avoit dj commandement, et dispose de l'ordre et devoir des soldats,
sait les noms et proprits de toutes les armes. Il tire des armes,
fait ter le plastron  M. de la Valette.

_Le 12, lundi._--Il fait venir une pouse de village, considre les
danseurs.

_Le 14, mercredi._--veill  sept heures trois quarts, il s'entretient
tout seul, bat tout bas en soi-mme la batterie des lansquenets, bat du
tambour contre sa poitrine avec le poing. __, dit-il, _venez souda_,
en fait autant faire par Mlle Beraud, lui dit: _Marchez, en garde_,
demande son corselet, disant: _J'ai astheure une grande chambre, et un
grand corcelet; il est l-haut  ma garde-robe._ Il en fut impatient
tant qu'il l'et; il se laisse vtir et coiffer patiemment, sous
l'esprance d'un casque qu'il voyoit devant lui; il le fait essayer,
il toit trop troit. M. de Belmont lui met son hausse-col; M. de
Ventelet tenoit le derrire du corcelet; M. de Belmont lui met le
derrire, qu'il empoigne lui-mme et le serre comme sauroit faire le
plus accoutum  porter cuirasse, a la patience, et soudain qu'il est
arm demande: _Ma pique_, et se prend  marcher parmi la chambre, si
gaiement et si  son aise qu'il sembloit n'avoir rien sur les paules.
Jamais ne fut vu pareille chose en cet ge: la patience, l'adresse
et la facilit  porter et manier les armes. Il se prend  tirer et
branler des coups de pique contre Labarge et sur la balustre, comme
 la barrire; il va, il vient, il ne dit mot, transport d'aise.
L'on lui porte un grand miroir, il se voit dedans, et tout soudain
se fait dsarmer. Il joue, raille sur Marguerite Valon, descend chez
MM. d'pernon, s'amuse  un livre de figures, en voit une o il y
avoit un hallebardier qui en dtachoit un autre, lui avaloit les
chausses, et lui mettoit le doigt dans le fondement. _H_, dit-il,
_Vel Fanchemont_ (Franchemont, un hallebardier du corps, qui toit
en quartier) _qui met le doigt au cu du capitaine Richard_. A trois
heures, comme il a entendu battre la garde, il a demand soudain: _Je
veux mes armes, mon corcelet, mon casque, mon hausse-cou_, se fait
armer, et l-dessus les soldats viennent pour entrer en garde. Il se
fait dsarmer et commande au baron de Montglat de porter ses armes au
corps de garde, au sieur de Saint-Martin, pour les mettre au rtelier
et les bien attacher. Elles y furent mises, les armes entires,
depuis le casque jusques aux pieds; il les alloit montrant  ceux qui
entroient en la salle; il me les montra par la fentre, me dit: _Voyez,
mes armes qui sont au corps de garde_, et me commanda de l'crire.

_Le 16, vendredi,  Saint-Germain._--Mme de Montglat, par mgarde, lui
tournoit le dos; il lui a dit: _Il faut pas tourner le cu  moucheu le
Dauphin._

_Le 19, lundi._--Il voit dresser son lit avec une extrme allgresse,
est mis dans son lit pour la premire fois[110].

  [110] Le Dauphin avait t jusqu'alors couch dans un berceau.

_Le 24, samedi._--tant  la messe, Mlle Blier lui donne une image
d'un crucifix, lui disant que c'toit le bon Dieu. M. l'aumnier
levant l'hostie, elle lui dit: Monsieur, regardez le bon Dieu. Il
rpond: _C'est encore le bon Dieu?_ L'aumnier levant le calice, elle
lui en dit autant; il rpond: _C'est le bon Dieu_, en montrant sa
figure, _et l?_ ajoute-t-il en montrant le calice. Cela, dit-elle,
est le sang du bon Dieu; il rpond: _Buvons-nous du sang?_

_Le 27, mardi._--Il s'arme pour aller au devant de M. de Rosny avec sa
pique.

_Le 28, mercredi._--veill  sept heures, il se met en mauvaise
humeur, gratigne Mme de Montglat, est fouett. Labarge lui demande:
Monsieur, vous plat-il que je mette Marguerite en prison? Il rpond:
_Non._--Pourquoi, Monsieur?--_Vous tes pas de mes archers de mes
gardes!_--Que suis-je donc?--_Archer de ma garde-robe._

_Le 31 juillet, samedi._--Il va chez M. de Frontenac, qui lui baille
une petite arquebuse et un petit fourniment, qu'il fait mettre sur soi,
et s'en transporte d'aise.

_Le 4 aot, mercredi._--M. de Montglat lui demande: Monsieur, me
donnez-vous rien  souper? Il rpond: _Mon reste_.--Monsieur, voil
maman dondon[111], qui a un cul de mnage o il y  boire et  manger.
Il rpond: _Et moi aussi_.

  [111] Sa nourrice.

_Le 5, jeudi,  Saint-Germain._--A huit heures et demie dvtu;
Mlle de Vendme lui demande: Monsieur, coucherai-je avec vous?.
Il rpond brusquement: _Ho! ho! vous n'tes pas l'Infante._ Mis au
lit, Mlle de...[112].... lui en demande autant: Monsieur, vous
plat-il que je couche l avec vous? Il rpond rsolment: _tes-vous
l'Infante?_--Oui, monsieur, dit-elle. Il rpond: _Non, vous n'tes
pas l'Infante._

  [112] Ce nom est rest en blanc.

_Le 6, vendredi._--Il se joue dans son lit  ses petites armes, chante
une chanson qu'il avoit ou chanter: _A Paris, su petit pont, le poil
du..._[113] s'tant failli pour dire _le coil du pont_. Lev  neuf
heures et demie, djeun, il mange assis, ayant devant lui ses petites
besognes d'armes, pendant que le sieur Decourt, peintre du Roi, en tire
le crayon. A neuf heures et un quart dvtu, il chante: _Le coil du
pont, le pont du coil_, et se faut, disant: _le poil du..._; l'on en
rit.

  [113] Ici et plus loin, une quivoque  la Rabelais.

_Le 10, mardi._--On parloit de deux Espagnols qui avoient tu une femme
 Paris; il coutoit, et soudain va dire: _Il faut que le capitaine
Richard les prenne, il les fera fouetter et puis pendre_[114].

  [114] Le lundi 2 de ce mois, dit le supplment de Lestoile, se
  voyoit en l'abbaye de Saint-Germain des Prs une belle jeune
  femme morte et noye, ge de vingt-deux ans ou environ, laquelle
  ayant t pche vers la Grenouillre y avoit t apporte le
  matin; elle avoit une grosse pierre au col, une autre aux jambes,
  un coup de poignard  la gorge et quelques autres coups. Chacun y
  accouroit pour la voir et reconnotre, tant qu'enfin sur le soir
  elle fut reconnue pour une Espagnole, comdienne, accoutre de
  cette faon par deux Espagnols, aussi comdiens, avec lesquels
  elle avoit ds longtemps prive et familire connoissance et
  auxquels elle s'toit dcouverte de quelques bagues et argent
  qu'elle avoit, ce qui fut cause de sa mort. Les meurtriers
  enfin furent pris et, le fait avr, le jeudi 12 de ce mois,
  par arrt de la Cour, confirmatif de la sentence du baillif de
  Saint-Germain, furent lesdits deux Espagnols rous vis--vis
  de la Grenouillre, o ils avoient noy leur Espagnole, lequel
  meurtre toutes fois il ne fut possible de leur faire confesser
  qu' la mort, et ce, sur la promesse qu'on leur fit qu'ils ne
  seroient point rous vifs comme portoit leur arrt, qui fut
  excut.

_Le 12, jeudi._--veill  huit heures, il appelle Mlle Bethouzay, et
lui dit: _Zezai, ma guillery fait le pont levis; le vel lev, le vel
baiss_; c'est qu'il la levoit et la baissoit. Il vient en ma chambre
 quatre heures, s'amuse au livre des oiseaux de Gesner[115], en
mangeant un gros morceau de pain de Gonesse, que sa nourrice lui avoit
donn. Il s'amuse au plan du sige d'Ostende, s'informe de toutes les
particularits du sige, tant du dedans que du dehors[116]. Il s'en
va par le pont du Roi au palemail  cinq heures et demie, va jusques
au bout, jouant la plupart du temps au palemail; il frappe un coup de
septante-six pas. Quand il avoit mal frapp il disoit: _J'ai pas bien
jou_; si on lui vouloit dire le contraire, il s'en fchoit, et disoit:
_Non, je n'ai pas bien jou._ Monsieur, lui dis-je, vous n'avez plus
de guillery.--_Eh! la vel-ti pas?_ dit-il en me montrant l'endroit;
il mettoit contre le manche du palemail, et je voulois lui en faire
peur.

  [115] Conrad Gesner, de Zurich, auteur de plusieurs ouvrages sur
  l'histoire naturelle et surnomm _le Pline de l'Allemagne_.

  [116] La ville d'Ostende tait assige par les Espagnols depuis
  1601; Ambroise Spinola la prit en 1604, le 20 septembre, aprs
  trois ans et soixante dix-huit jours de sige.

_Le 20, vendredi._--Il baise un portrait en cire de la Reine, assez mal
fait, qu'il reconnut; il est tir en cire, avec sa nourrice, par le
sieur Paolo[117], pour tre port en Italie.

  [117] A la date du 28 octobre 1605 Hroard donne  cet artiste le
  prnom de Jean.

_Le 27, vendredi,  Saint-Germain._--Mme la marquise de Verneuil
arrive; il lui tend la main  baiser. Monsieur, dit Mme de Montglat,
baisez-la. Il rpond: _Non_, brusquement, et la regarde de mme. A
huit heures et demie, dvtu, fort gai. Monsieur, lui dis-je, vous
n'avez plus de guillery; il rpond: _H! la vel-ti pas_, gaiement, la
soulevant du doigt. Mis au lit, il s'assied sur son chevet et se joue 
sa guillery.

_Le 28, samedi._--A trois heures trois quarts il est entr en litire
pour le voyage de Fontainebleau[118]; il en faisoit difficult,
mais lui ayant montr les cordons et lui ayant dit qu'il feroit le
pont-levis, il y est entr gaiement; il va par la leve, passe par
Buzenval, et arrive  Saint-Cloud chez M. de Gondi.

  [118] Le Roi crivait  Sully de Fontainebleau le 22 aot: Mon
  amy, je vous depesche ce courrier exprs pour vous dire que je
  trouve bon l'advis que vous m'avs donn par la Varenne de faire
  passer mon fils par Paris; et de l je luy ai command de passer
  jusqu' madame de Montglat pour l'en advertir et luy escris le
  chemin qu'elle aura  tenir, qui est de venir coucher demain 
  Saint-Cloud chez Gondy, dimanche passer  travers de ma ville de
  Paris et venir disner  Ville-Juifve et coucher  Savigny. Je
  m'asseure que si cette nouvelle se sait  Paris, qu'il y aura
  bien du monde pour le voir passer.

_Le 29, dimanche, voyage._--A neuf heures et demie, mis en litire
pour aller  Paris. M. de Rosny, accompagn de soixante chevaux, lui
vient au devant,  Chaillot. Entrant au faubourg Saint-Honor, il sent
la puanteur du ruisseau et dit  Mme de Montglat: _Mamanga, que je
sens pas bon_; on lui fait sentir un mouchoir tremp au vinaigre. Il
arrive  la porte Saint-Honor  onze heures et demie, trouve entre les
deux portes le prvt des marchands et chevins, et autres officiers
de la Ville, qui firent une harangue prononce par le prvt des
marchands, M. Miron, et un chant de joie en musique; ils l'toient
venus voir  Saint-Cloud. A l'entre de la ville se trouvrent MM. de
Nevers, d'Aiguillon, de Sommerive, de Joinville, accompagns de sept
chevaux; ils mettent pied  terre avec M. de Longueville, qui l'avoit
accompagn depuis Saint-Cloud, o il toit venu le jour prcdent, et
Mme d'Angoulme aussi. La litire fut dcouverte avant que d'entrer
sur le pont-levis. Il passe la ville, tenant en sa main des tablettes,
regardant de , de l, en haut, tourne et prte son visage aucunes
fois  ceux qui prenoient plaisir de le voir; bref, il sembloit une
personne qui avoit compos sa faon avec jugement pour cette action;
rsolu, ferme, grave, doux. Il ne s'tonne de rien. Il passe de la
rue Saint-Honor en celle de Saint-Denis, devant la porte de Paris,
au pont Notre-Dame; et, devant les petites boutiques qui sont devant
Saint-Denis de la Chartre, le mulet de devant tombe tout  fait, et, se
voulant par trois diverses fois relever ne peut; se relve aid  la
quatrime. Il faisoit grand chaud; sa nourrice toit dans la litire
avec Mme de Montglat. Il ne s'tonna jamais et ne changea jamais de
contenance; ferme, assur, sans s'branler en marchant, dit: _Maman,
fait bien chaud, allons  ma chambre_. En entrant dans la ville, comme
le peuple commena de crier Vive le Roi et Monsieur le Dauphin, il
crioit aussi: _Ah! ah!_ Mme de Montglat lui dit qu'il ne falloit pas
crier et que ces gens prioient Dieu pour papa, pour maman et pour lui;
il se tut. Il sort par la porte Saint-Victor et arrive  une heure
et demie  Villejuif (il est log chez un apothicaire de Paris, et y
dne); il bouffonne avec M. Arnauld, trsorier de France  Paris[119].
Parti  cinq heures et demie, il arrive  sept heures et trois quarts 
Savigny; mis sur le lit  huit heures et demie.

  [119] Il tait aussi secrtaire de Sully. _Voy._ au 1er janvier
  1605.

_Le 30 aot, lundi,  Savigny._--Men  la chapelle, puis au jardin et
aux alles; parti  quatre heures, il arrive  six heures et demie 
Villeroy.

_Le 31, mardi._--Parti  neuf heures (de Villeroy) il arrive  midi 
Fleury. Le Roi y vient dner; il le va recevoir par le parc. La Reine
arrive  douze heures et demie. Fort gentil, doux, bais, embrass,
dn avec la Reine, men  la chambre du Roi, qui se met sur son lit;
il le va veiller, le tire, y envoie MM. de Vendme et de Verneuil.
A deux heures il demande sa collation; le Roi lui dit: Mon fils,
donnez-m'en? Il rpond: _Non, donnez-moi de la vte._ La Reine lui
demande: Mon fils, donnez-moi de votre soucre[120]. Il la reprend, en
souriant et disant: _Du soucre! du sucre._ Le Roi et la Reine partent 
quatre heures et demie pour s'en retourner  Fontainebleau.

  [120] Marie de Mdicis prononce  l'italienne.

_Le 1er septembre, mercredi._--A huit heures trois quarts, parti de
Fleury et arriv  Fontainebleau, en la basse-cour du Cheval[121],
 onze heures. En chemin ayant vu Fontainebleau, un valet de pied
de la Reine qui toit  ct de la litire lui dit: Monsieur,
voil Fontainebleau. Il rpond: _O est-i?_--Le voil.--_Est-i 
moi?_-Oui, Monsieur.--_Et ce rouge aussi?_ en voyant les briques. Le
Roi le reut, l'attendant au pied du pavillon du ct de la galerie,
l'embrasse, le baise, le mne au jardin de la Reine, en la galerie des
Cerfs. Ramen en la chambre de la Reine et de l en la grande galerie
o il a, avec le Roi et la Reine, dn  douze heures et demie. Le Roi
lui fait tter un peu de melon, il le mche et le rejette incontinent,
disant: _Pas bon_; bu deux fois des restes du Roi fort tremp de vin
blanc, et avant boire il tourne sa tte vers moi, me demandant: _Est-i
bon?_ Men en sa chambre au haut du pavillon qui joint la grande
galerie;  une heure et demie ramen en la galerie;  trois heures
got. Il prend la bourse de M. le comte de Sault qui jouoit, pleine
d'cus; il les pand par terre, court aprs la Reine se jouant  elle.
A cinq heures et demie descendu par le bout de la galerie avec le Roi
qui le mne au jardin des canaux, lui montre les truites, les canes
blanches et les cygnes. A sept heures ramen en sa chambre.

  [121] La cour du Cheval-Blanc.

_Le 2, jeudi,  Fontainebleau._--Le Roi le mne veiller la Reine, puis
de l en la cour de la Fontaine, lui fait voir les jardins et canaux,
carpes, leur donne du pain, canes, cygnes, faisans et l'autruche. A dix
heures  la messe, puis  la volire, aux galeries; dn  onze heures
et demie. A cinq heures et demie le Roi le mne au jardin des canaux,
puis au jardin des faisans, o il mange un bon morceau de pain bis,
voyant en manger au Roi et  la Reine; il voit jeter la mangeaille aux
oiseaux. Je parlois assez bas du serein  Mme de Montglat pour l'en
faire retirer; il l'entend, et soudain va vers Leurs Majests: _Adieu,
Mecheu, adieu, Mecheu, vel le serein, mama Doundoun[122], penez-moi._
A six heures trois quarts soup.

  [122] C'est ainsi qu'il appelle sa nourrice.

_Le 3, vendredi._--veill  sept heures, le Roi se joue  lui; il ne
veut pas que Madame danse ni que le Roi la baise; en est fch contre
le Roi, qui, pour l'apaiser, lui dit: Baisez-moi, mon fils, je ne
la baiserai plus. Il sort avec le Roi, qui le mne  la chambre de
la Reine, au jardin,  la volire; il ouvre et ferme le robinet des
fontaines, mouille le Roi. A douze heures et demie men chez M. Zamet
au Roi et  la Reine, fort gentil jusques  ce que le Roi se voulut
coucher sur le lit vert. _Otez-vous de l, tez-vous de l_, dit-il,
et se met en fcheuse humeur; menac de verges, il n'en perd pas la
fantaisie; enfin un quart d'heure aprs le Roi se met en son sant:
_Ha! le vel t_, dit-il. La Reine s'en prend  rire.--_Mamanga[123],
fouettez maman, elle a ri._ Elle feint de la battre.--_Non, fouettez-la
tout  fait._

  [123] Mme de Montglat.

_Le 4, samedi,  Fontainebleau._--Il s'amuse en djenant  de petits
marmousets de poterie[124]. A cinq heures le Roi arrive de la chasse
en la grande galerie; il s'en va courant  bras ouverts au-devant du
Roi qui blmit de joie et d'aise, le baise et l'embrasse longuement,
le mne en son cabinet, le promne le tenant par la main, changeant
de main selon qu'il tournoit, sans dire mot, coute M. de Villeroy
rapportant des affaires au Roi, ne peut laisser le Roi, ne le Roi lui.
Ramen en sa chambre;  six heures soup. Il va en la galerie; LL.
MM. toient  l'issue du fruit. Le Roi lui donne un peu de carottes
sauvages en compote, puis un peu de reste du vin clairet fort tremp.
A huit heures et demie mis au lit; le Roi arrive et le baise, le Roi
tant extrmement content.

  [124] Il y avait  cette poque,  Fontainebleau, une fabrique de
  _rustiques figulines_ o se continuait la tradition de Bernard
  Palissy et o l'on imitait mme les ouvrages du clbre potier.

_Le 5, dimanche._--A huit heures un quart le Roi arrive, qui le veut
forcer  le baiser; le voil entr en si fcheuse humeur qu'il en fut
fouett par S. M. Il se dfend, l'gratigne aux mains, le prend  la
barbe. Mme de Montglat le fouette aussi; il le fut cinq ou six fois.
Le Roi lui demande (en lui montrant des verges): Mon fils, pour qui
est cela? Il rpond en colre: _Pou vous._ Le Roi fut contraint d'en
rire; cela dura plus de trois quarts d'heure, le Roi l'ayant prins et
laiss diverses fois. Le Roi s'en va.--_Je veux_, dit-il, _papa_; le
Roi revient, le baise. A dix heures le Roi et la Reine le mnent  la
messe. A quatre heures et demie got; le Roi le mande; il va trouver
le Roi au jardin des canaux, va voir courir le blaireau dans la cour de
la maison.

_Le 6, lundi._--Lev, vtu en prsence du Roi, il s'amuse  manger des
raisins de Damas que le Roi lui donne; djen en prsence du Roi. Men
 la Reine, puis par la galerie au jardin des pins et des canaux; il
va au-devant de M. de Rosny, _qui_, dit-il, _m'a donn mon beau lit_.
A onze heures et demie dn, il se fait mettre son pe bleue qu'il
appelle _franoise_.

_Le 7, mardi,  Fontainebleau._--Madame arrive qui avoit une robe de
mme que la sienne, il la renvoie de jalousie; men en la chambre de
la Reine, au jardin des cerfs, au Roi, il court au-devant, tant son
chapeau, et le va embrasser;  dix heures et demie le Roi le mne  la
messe. A midi dn, ayant lui-mme mis son couvert. A une heure et un
quart il va chez la Reine; en entrant il rencontre le sieur Conchino,
lui demande: _O est maman?_ Entr au cabinet de la Reine. A trois
heures et demie got; il fait retrousser la barbe  M. de Rosny. A
cinq heures et demie men par le Roi au jardin des pins et canaux.

_Le 8, mercredi._--A dix heures et demie men au Roi et  la Reine, et
 la messe. A dner il voit M. de Montigny, enseigne-colonelle, que
l'on appeloit au rgiment _Nasica_; il le reconnot, se prend  sourire
le regardant et montrant du doigt: _Vel Nasica_; il y avoit plus de
trois mois qu'il ne l'avoit vu[125]. A sept heures et demie la Reine
vient en sa chambre, puis le Roi; il danse au branle, puis voit danser;
 huit heures trois quarts LL. MM. s'en vont[126].

  [125] _Voy._ au 22 juin prcdent.

  [126] Henri IV crivait le mme jour  M. de La Force: Mon fils
  est ici avec toute sa suite, qui me donne bien du plaisir.

_Le 9, jeudi._--veill  huit heures, il ne se veut point laisser
nettoyer les pieds avec un linge mouill;  neuf heures lev, il
raille avec cinq ou six capitaines aux gardes, les appelle par leurs
sobriquets. A huit heures il va chez la Reine, lui donne le bonsoir,
puis chez le Roi, auquel le voulant mener par la terrasse, il dit: _Ne
sotez pas, papa, le serein vous fairoit mal_; le Roi le ramne par la
chambre de la Reine en haut, en la sienne, le voit coucher, lui fait
dire son _Pater_. Le Roi le baise et s'en va.

_Le 10, vendredi,  Fontainebleau._--Il donne le bonjour  LL. MM.,
descend aux tuves. A dner il se raille  Labarge, va voir le Roi et
la Reine en la grande galerie, revient  trois heures en sa chambre.
A huit heures il va donner le bonsoir  LL. MM., revient incontinent,
dvtu, mis au lit; le P. Coton lui fait prier Dieu.

_Le 11, samedi._--A neuf heures et demie djen; men au jardin de la
Reine,  la volire, il fait mouiller le Roi; le Roi le fait mouiller
aussi. On lui demande: Monsieur, qu'aimez-vous mieux, Saint-Germain
ou Fontainebleau? Il rpond: _Fontainebleau_, et l'avoit toujours dit
ainsi. A cinq heures il demande du pain bis de M. Zamet et en mange
un gros morceau, puis va chez le Roi, qui toit sur la paillasse, au
cabinet. On lui dit: Monsieur, papa dort. Il rplique gravement:
_Dort-i?_ la Reine remarqua sa faon de parler: Voyez, dit-elle, comme
il parle!

_Le 12, dimanche._--Il ne veut point baiser Madame pource qu'elle toit
morveuse et s'en reculoit en se gaussant. A neuf heures et demie men
chez la Reine et au Roi, comme il prenoit sa chemise; il l'te pour
la bailler au Dauphin qui la prend et la lui donne fort gentiment. A
onze heures et demie dn; MM. et Mlle de Vendme dnent tous trois au
bout de sa table des restes qu'il leur donne. Avant souper il mit Mme
de Montglat en prison, c'est--dire dans un coin de fentre, pour ce
qu'elle avoit bais M. de Vendme, et fut long-temps  se remettre en
bonne humeur.

_Le 13, lundi._--A cinq heures men par LL. MM. au jardin des canaux;
il mange beaucoup et de grand apptit du pain bis; fort gai, il saute
devant le Roi par-dessus un petit bton mis  terre.

_Le 14, mardi,  Fontainebleau._--Il demande son luth; je lui dis:
Monsieur, jouez et chantez Philis. Il fait jouer et chanter une
chanson de guerre. Il a une chemise avec du passement devant la gorge,
comme on les souloit porter, et ouverte pour la chaleur; men au Roi et
 la Reine, il sert la Reine.

_Le 15, mercredi._--Le Roi arrive qui lui demande: Mon fils,
voulez-vous aller vous promener? Il rpond: _Non, car i pleut_; le
temps toit fort couvert. Le Roi feint de s'en aller; il ne veut pas,
l'appelle, le suit. A dix heures men  la messe; au sortir de l il
fait marcher devant lui deux petits pages de la Reine qui chantoient.
Il est ravi, ne disoit mot; en marchant il toit si transport de la
musique qu'il passa sans prendre garde  la fontaine o il souloit
prendre son plus grand plaisir.

_Le 16, jeudi._--Men au Roi, qui le mne  la Reine, puis va avec
le Roi au jardin des canaux. A onze heures et demie dn; matre
Guillaume[127] arrive, il le regarde, l'coute, puis se prend 
sourire de ce qu'il disoit, comme ayant reconnu qu'il toit fol. Il en
ricanoit, redisoit ses mots, s'en riant. A cinq heures men au Roi et 
la Reine venant de la chasse.

  [127] Fou du Roi.

_Le 17, vendredi._--A la fin de la messe on disoit l'vangile sur lui
et le Roi s'en alloit, il lui dit: _Attendez, papa, qu'on ait dit mon
vangile._

_Le 18, samedi._--A trois heures et demie got; men en la grande
salle neuve our une tragdie reprsente par des Anglois[128]; il les
coute avec froideur, gravit et patience jusques  ce qu'il fallut
couper la tte  un des personnages. Men au jardin et de l au chenil
voir faire la cure du cerf que le Roi venoit de prendre; il oit les
cors sans s'tonner, voit venir la meute jusques  ses pieds o se
faisoit la cure, les voit sur le carnage avec une assurance trange.

  [128] Des comdiens anglais taient dj venus  Paris en 1598,
  ainsi que le prouve l'inventaire des papiers de l'htel de
  Bourgogne qui mentionne: 1 un bail de la grande salle et thtre
  dudit htel, pass le 25 mai 1598 devant Huart et Claude Nourel,
  notaires  Paris, par Jehan Sehais, comdien anglais; 2 une
  sentence du Chtelet, rendue le 4 juin 1598  l'encontre desdits
  comdiens anglais, tant pour raison du susdit bail que pour le
  droit d'un cu par pour jouant lesdits Anglois ailleurs qu'audit
  htel. (_Recherches sur Molire_ par Eud. Souli; Paris, 1863,
  in-8, page 153.)

  Voil donc, du vivant de Shakespeare, des comdiens anglais
  jouant  six ans de distance  Paris et  Fontainebleau; un
  correspondant tranger, M. Henry Ch. Coote, nous fait remarquer
  que les mots: _Tiph_, _toph_, _milord_, prononcs quelques jours
  plus tard par le Dauphin, lorsqu'il veut imiter les comdiens
  anglais, rappellent une apostrophe de Falstaff dans le drame de
  _Henri IV_, acte II, scne II: _This is the right fencing grace,
  my lord, tap for tap, and so part fair._ (_L'Intermdiaire des
  chercheurs et curieux_, tome II, page 105).

  Vers l'anne 1603, des comdiens anglais jouaient en
  Allemagne _Fratricide punished, or Hamlet prince of Denmark_.
  (_Shakspeare in Germany in the XVI and XVII centuries._ By
  Albert Cohn. London 1865, part II.)

_Le 19, dimanche._--A six heures, le Roi passe par la galerie
lambrisse et le mne en la grande salle du bal;  six heures trois
quarts soup avec le Roi, il mange de tout ce que le Roi lui donne,
sinon la salade, pour la force du vinaigre. Le Roi l'emmne par la main
 la chambre de M. le conntable, puis en celle de la Reine; LL. MM. le
baisent, il leur donne le bonsoir.

_Le 21, mardi._--veill  huit heures, il s'entretient en la mmoire
de l'Infante, dit qu'il en a reu lettres, lui veut crire. A midi
dn, M. le Chevalier avec lui pour la premire fois  sa table;
en mangeant il considre l'enrichissement du plancher de la salle,
s'enquiert des histoires qui y sont dpeintes. Men au Roi et  la
Reine qui alloient  la chasse; ramen en la salle pour tre retir
tout de son long, en terre de poterie, vtu en enfant, les mains
jointes, l'pe au ct, par Guillaume Dupr, natif de Sissonne prs
de Laon[129]. A trois heures et demie got; il donne la patience au
statuaire tout ce qui se peut. A six heures men  LL. MM. revenant de
la chasse.

  [129] Le clbre graveur en mdailles Guillaume Dupr passe pour
  tre n  Troyes en Champagne; est-ce de lui qu'il s'agit ici?

_Le 22, mercredi._--Il donne la main  baiser  M. de Favas le jeune
et  d'autres gentilshommes qu'il n'avoit point encore vus, la tend
volontairement  tous l'un aprs l'autre; il s'amuse  ranger ses
checs. A quatre heures le Roi revient de la chasse, il le va voir au
cabinet, lui soutient la jambe quand le valet de chambre les frotte,
lui donne fort dextrement et de bonne grce la chemise, l'ayant baise,
lui sert et lui met l'Ordre[130].

  [130] Le cordon de l'ordre du Saint-Esprit.

_Le 23, jeudi,  Fontainebleau._--Matre Gilles, son sommelier, parlant
de quelqu'un, dit: J'ai vu qu'il toit proculeur; M. le Dauphin s'en
prend  rire: _Il a dit proculeu!_ Monsieur, dis je, comment faut-il
dire? Il rpond: _Procureu._ Il regarde par la fentre de la salle
un Espagnol qui voloit[131] sur la corde; on lui dit que c'toit un
Espagnol[132], il rpond: _C'est donc un ennemi._ Men au Roi et  la
Reine sur la terrasse pour voir ce voleur de corde. A trois heures et
demie got, men au grand Ferrare[133], de l il veut venir en ma
chambre aux Mathurins, me fait l'honneur d'y venir  quatre heures et
demie, entre en mon tude, se fait mettre sur la chaise, s'amuse 
crire, ne s'en peut aller; enfin ramen  cinq heures et un quart au
jeu de paume, au grand jardin,  la fontaine du Tibre.

  [131] On a dit plus tard _voltiger_.

  [132] Il tait Irlandais. _Voy._ au 16 avril 1605. On trouve
  sur les registres de l'hpital gnral que le 11 janvier 1583
  un Juan Ganasa touchait sa part dans les recettes d'une troupe
  de sauteurs (_volteadors_), anglais. (_Chansons de Gautier
  Garguille_, d. d. Fournier; Janet, 1858, page lix.)

  [133] Htel bti par le cardinal de Ferrare et acquis du duc de
  Guise par Henri IV en 1603. Voy. _le Trsor des merveilles de
  Fontainebleau_, par le P. Dan, 1642, in-fol., p. 188.

_Le 24, vendredi._--Il voit les sieurs de Montigny et de Belmont, les
entretient de la fentre, eux tant en la cour, commande au sieur de
Belmont qui alloit sortir de garde, de faire passer la compagnie 
travers la cour, les voit passer, leur dit: _Adieu, capitaine Robert,
adieu sagean_ (sergent) _Beauchne, adieu, mes souda, adieu, sagean
Lafontaine_, qui toit  la queue; il veut aller sur la terrasse pour
les voir par la basse-cour, les conduit de la vue. A quatre heures
et demie men au jardin de Ferrare et mont sur un chariot pour voir
courir des chiens terriers contre une laie  demi-morte; ramen en
l'alle des ormes, il rencontre le Roi et la Reine revenant de la
chasse.

_Le 26, dimanche,  Fontainebleau._--Men  la Reine, laquelle le mne
 la messe le tenant par la main, puis au grand jardin trouver le
Roi; il voit entrer les gardes, demande qui est le capitaine de cette
compagnie; elle toit  M. de Campagnols.

_Le 27, lundi._--Il s'amuse  ses checs d'argent pendant que Mallery
en tire le crayon[134].

  [134] Le Dauphin entrait ce jour-l dans sa quatrime anne. Cl.
  de Mallery avait dj grav en 1602 un portrait de Louis XIII 
  l'ge de sept mois.

_Le 28, mardi._--Le Roi le vient voir et s'en va  Paris. Je l'ai
mesur avec un pied et une ficelle de la hauteur de trois pieds et
environ demi-pouce. Il se fait habiller en masque, son tablier sur sa
tte et une charpe de gaze blanche, imite les comdiens anglois qui
toient  la Cour et qu'il avoit vu jouer.

_Le 29, mercredi._--Il dit qu'il veut jouer la comdie; Monsieur,
dis-je, comment direz-vous? Il rpond: _Tiph_, _toph_, en grossissant
sa voix[135]. A six heures et demie, soup; il va en sa chambre, se
fait habiller pour masquer et dit: _Allons voir maman, nous sommes des
comdiens._

  [135] _Voy._ au 18 septembre prcdent et au 3 octobre suivant.

_Le 30, jeudi._--Men chez la Reine il est peint en crayon pour le
deuxime jour par Mallery, a patience, s'amuse  crayonner sur du
papier, voit son portrait. Monsieur, lui dit-on, voil votre frre.
Il rpond: _Non che n'est pas mon frre._--Monsieur, lui dis-je,
voudriez pas avoir un frre? Il rpond _Ho! non_, avec une action
rsolue.

_Le 2 octobre, samedi,  Fontainebleau._--Men au jardin des canaux, 
la Reine, il voit pcher des truites, ramen  la messe; au sortir il
s'arrte pour faire donner de l'argent aux pauvres.

_Le 3, dimanche._--Il dit: _Habillons-nous en comdiens_, on lui met
son tablier coiff sur la tte; il se prend  parler, disant: _Tiph_,
_toph_, _milord_, et marchant  grands pas.

_Le 4, lundi._--veill  six heures, il s'amuse en son sant  ses
checs; il a le coeur  la chasse et aux armes, tous autres passe-temps
ne lui sont rien. Il veut un tablier tout blanc, sans ouvrage,
comme celui de M. de Verneuil et non comme le sien o il y avoit du
passement. A douze heures et un quart dn; il dit _Bndicit_ pour la
premire fois. Il se rit de ce qu'il ne pouvoit prononcer la lettre _r_.

_Le 8, vendredi._--En sortant de la messe il voit des pauvres, ne veut
point passer qu'il n'ait, selon sa coutume, donn l'aumne. A quatre
heures il va au pied de la monte au-devant du Roi, qui arrive de
Paris, l'embrasse, a peur de M. de Favas  cause de sa jambe de bois.

_Le 9, samedi._--Le Roi lui mne M. de Favas, qui lui donne des cerises
afin qu'il n'aye plus peur de lui  cause de sa jambe de bois. Men au
lever de la Reine il saute, fait des cabrioles; men par la galerie
au jardin des canaux, o toit le Roi, portant un bton en mousquet
et une fourchette, il se campe, couche en joue, tire: _Pou! tou!_
avec une voix forte. Le Roi le fait tirer contre M. le Grand et M. de
Montpensier, mais il n'a jamais voulu tirer contre M. de Souvr[136].
Men chez la Reine, il y trouve un maon qui raccoustroit; il le suit
partout o il va, le regarde faire.

  [136] Son gouverneur.

_Le 10, dimanche._--Men au Roi en la chambre de la Reine; le Roi
dit. Je m'en vais botter.--_Et moi itou_, dit-il, _je me veux
botter_. On va qurir ses bottes, M. de Courtenvaux lui prsente une
paire d'perons; il se laisse botter, appelle M. de Vendme, lui
dit: _Bottez-moi._ tant bott il marchoit par la chambre avec une
extrme allgresse disant  chacun: _Je suis bott et peronn_. Le
Roi lui demande: Mon fils, que ferez-vous maintenant que vous tes
bott et peronn? Il rpond: _Je monterai  cheval._--O est votre
cheval?--_A l'cuirie._--Et quel cheval est-ce?--_C'est mon cheval
bleu, puis je irai  la chasse._ Men  la galerie pour ce qu'il ne
pouvoit laisser le Roi.

_Le 12, mardi._--A trois heures et demie il est men par le bout de
la grande galerie au jardin des pins, o le Roi s'amusoit  ceux qui
dressoient les palissades et leur commandoit ce qui toit de son
intention; il coutoit attentivement et suivoit le Roi, les mains sur
le dos. Le Roi veut prendre sa main, il ne veut pas; le Roi prend son
chapeau sur sa tte et le lui jette en terre; le voil en colre. Le
Roi lui fait peur de la bte, s'en va, le quitte; il s'apaise, va
trouver le Roi au jardin des canaux, et, sans dire mot, lui va prendre
la main.

_Le 13, mercredi._--Il se promne aprs le Roi et la Reine, fait autant
de tours comme eux, Mme de Montglat lui tenant la main. Le Roi lui
veut prendre la main, il ne le veut pas; le Roi s'en fche, il entre
en mauvaise humeur et se y opinitre. Il demande pardon au Roi, il
l'embrasse, mais ne lui veut jamais donner la main.

_Le 15, vendredi._--A dner il s'amuse, en mangeant,  faire jouer du
luth le sieur de Hauteribe; M. de Saint-Gran lui parle d'une pinette,
il n'a point patience tant que l'on l'aie apporte. M. de Saint-Gran
en fait jouer son page, Hauteribe joue du luth et Boileau du violon;
il les coute avec ravissement. A sept heures trois quarts je lui dis:
Monsieur, voil le petit homme qui jette le sable. Il rpond: _Eh!
couchez-moi._

_Le 18, lundi,  Fontainebleau._--Il s'amuse  un petit mercier, fait
acheter des anneaux de paille. Le Roi le mne  son souper, o il lui
sert la serviette, deux fois  boire, et refuse  boire le reste, fait
l'essai, puis lui demande cong pour s'aller coucher.

_Le 19, mardi._--Il se fait botter et peronner; on lui retrousse
la cotte en grgues et sa robe tout autour; en marchant il se fait
mettre en charpe son pe de M. de Lorraine et puis sa trompe. En cet
quipage il marche en cavalier et, rsolu, descend en la chambre de la
Reine o toient les Princesses, MM. le grand cuyer et de Roquelaure,
qui se prirent tretous  s'crier et rire. Il s'arrte court sans
s'tonner, les considre, puis dit froidement: _Je suis bott, moi_,
et prend sa trompe et se met  tromper, fait plusieurs tours dedans la
chambre. Il ne se vit jamais rien de plus gentil; il marchoit droit et
couroit sans s'entre-heurter des perons.--A sept heures trois quarts
mis au lit; Monsieur, lui dis-je, vous n'avez plus de guillery. En se
dcouvrant il fait apporter et approcher la bougie et dit: _La vel t'i
pas._ M. le Grand dit  sa nourrice, de qui le mari toit venu le jour
prcdent: Vous ftes hier noce, madame la nourrice; par rencontre il
va rpondre: _C'est d'un flageolet._

_Le 20, mercredi._--Men au roi sous le portique de l'tang o toit
M. le comte de Sore, grand cuyer de l'archiduc, qui s'en alloit en
Espagne. Le Roi lui demande: Mon fils, que voulez-vous envoyer (
l'Infante) en Espagne par M. le comte? Il rpond: _Je lui baise
la main._--Est-elle votre matresse?--_Oui._--L'aimez-vous
bien?--_Oui._--Comme l'aimez-vous?--_Comme mon coeur._--Le Roi
commande qu'il soit bott et peronn comme le jour prcdent.

_Le 22, vendredi._--Men chez la Reine puis chez M. de Rosny pour
recevoir la vaisselle d'argent dor que l'on lui avoit fait faire.

_Le 23, samedi._--veill  sept heures et demie; lev  huit heures
et demie, il entre en mauvaise humeur, ne veut point prendre sa robe;
sa nourrice l'appelle: Monsieur Tabouret, a monsieur Tabouret, prenez
votre robe; il s'en clate de rire; il la prend. A neuf heures et un
quart djen; il demande s'il pleut: il craignoit la pluie. Men chez
le Roi et la Reine,  la chapelle, ramen en la salle  onze heures. A
midi dn, men chez le Roi qui alloit  la chasse, fort gentil; il se
veut botter comme le Roi et veut aller en bas  sa garde-robe et non
ailleurs, y voit son petit tambour de la femme qui alloit par ressorts,
le veut (c'toit un de ses plus grands plaisirs). Il va ainsi trouver
le Roi contre son gr, y est comme forc; le Roi lui dit: Otez votre
chapeau; il se trouve embarrass pour l'ter, le Roi le lui te, il
s'en fche; puis le Roi lui te son tambour et ses baguettes, ce fut
encore pis: _Mon chapeau, mon tambour, mes baguettes._ Le Roi, pour
lui faire dpit, met le chapeau sur sa tte: _Je veux mon chapeau_; le
Roi l'en frappe sur la tte, le voil en colre et le Roi contre lui.
Le Roi le prend par les poignets et le soulve en l'air comme tendant
ses petits bras en croix: _H! vous me faites mal! h! mon tambour!
h! mon chapeau!_ La Reine lui rend son chapeau puis ses baguettes; ce
fut une petite tragdie. Il est emport par Mme de Montglat, il crve
de colre; port  la chambre de Mlle la nourrice o il crie encore
longtemps sans se pouvoir apaiser, il ne veut ne baiser ne accoler Mme
de Montglat, ne lui crier merci, sinon quand il se sentoit retrousser;
enfin fouett non chti[137], criant: _H! fouettez-moi l haut._ Il
gratigne au visage, frappe des pieds et des mains Mme de Montglat; il
est enfin apais, lui tant parl de faire collation. Got, rtie 
l'accoutume, bu; il semble qu'il n'y parot plus. Sa nourrice le met
 part et, seule, lui dit: Monsieur, vous avez bien t opinitre,
il ne faut pas, il faut obir  papa; il rpond en soupirant gros:
_Tuez Mamanga[138], elle est mchante; je tuerai tout le monde, je
tuerai Dieu._--Ah! non, dit sa nourrice, Monsieur, vous buvez tous
les jours son sang quand vous buvez du vin. Il s'arrte: _Bois-je son
sang du bon Dieu?_--Oui, Monsieur.--_I ne faut donc pas le tuer_, et
il s'apaise ainsi, soupirant parfois jusques aux sanglots. Men  la
poterie, il s'y joue longtemps et voulut avoir un cheval blanc; puis,
sentant l'heure de sa retraite, qui toit sur les cinq heures, il dit
de lui-mme: _Mamanga, allons-nous-en, veci le serein._ Ramen en sa
salle  six heures, soup, panade, il en mangea peu, n'en veut plus, se
plaint, pleure contre sa coutume, se penche contre la chaise, frotte
ses yeux, porte les mains au front. On l'endort, il est port en sa
chambre, dvtu. A six heures trois quarts il s'veille un peu disant:
_Ai-je dn?_ Il demande  tre au lit, se plaint, prend de la conserve
de roses. Le pouls toit gal, et en son naturel par intervalles, puis
se rendoit plus vite et revenoit comme devant. Il s'veille et se
rendort  diverses fois, se plaignant du haut du bras puis du joint de
l'paule, montrant l'endroit avec l'autre main; il n'a pas la force,
de ce bras malade, de prendre comme il souloit[139], ce que l'on lui
bailloit. Enfin il dit: _Mama Doundoun, endomez-moi_; elle chante et
l'endort  dix heures et demie[140].

  [137] D'autres passages d'Hroard portent  croire que lorsque le
  Dauphin est _fouett_ c'est par-dessus sa robe, et que lorsqu'il
  est _chti_ c'est  nu.

  [138] Mme de Montglat.

  [139] Comme il avait coutume.

  [140] Nous n'avons rien retranch au texte d'Hroard en toute
  cette journe.

_Le 24, dimanche._--veill  six heures et demie, doucement;  sept
heures il s'amuse  sa poterie et  ses petits gendarmes[141], fort
gaiement. Je lui demande: Monsieur, qui n'a pas soup? il rpond:
_C'est moi._--Pourquoi, Monsieur?--_J'tois malade._--Qui vous
faisoit mal?--_Le bras et la tte._ Il avoit des gratignures.
Lev, un peu blme, gai; men chez la Reine, puis  la chapelle et
en sa salle  onze heures. A midi dn, le visage blafard outre son
ordinaire; le Roi l'envoie querir, on le lui dit; il en demeure tonn,
en fait difficult: _Je ne veux point aller voi papa._ On lui dit que
papa lui donnera du bonbon, il se laisse aller; encore y est-il comme
tir par force, et faisoit difficult d'entrer dans la chambre de la
Reine, o toit le Roi. Il y entre, va droit au Roi, qui lui donne du
sucre rosat, l'embrasse et le baise, en fait autant  la Reine.

  [141] Il appelait ainsi ses checs.

_Le 25, lundi,  Fontainebleau._--M. de Roquelaure lui apporte un
pourpoint de satin blanc et un haut de chausses pliss, de satin
incarnat, avec le bas attach; il s'en rjouit. Il toit enrhum, le
visage plus blme qu' l'ordinaire, nanmoins gai. Il va chez Madame,
o il s'amuse  un petit lit de velours que, le jour prcdent, on
avoit donn  Madame, o il y avoit un Holopherne sans tte et la tte
 part, et une Judith; il demande: _O est la femme?_ On lui dit:
La voil. Il rpond: _Eh! ne faut-i pas que la femme soit sous
l'homme._ Mis au lit fort enrhum, les yeux gros, pleurants, la fivre.

_Le 26, mardi._--Il est fort enrhum, le nez fort empch, les yeux
bouffis de rhume. Le Roi arrive, accompagn de M. de Roquelaure, le
caresse, lui demande s'il veut pas aller  la chasse; il rpond: _Oui,
papa; Mes bottes?_ et veut tirer les jambes hors du lit. Le Roi lui dit
qu'aprs dner il l'envoyeroit querir par Roquelaure, et qu'il n'avoit
pas dn; il rpond: _Bien_, se paye de raisons. A cinq heures le Roi
et la Reine arrivent en sa chambre; Mlle de Guise[142], se jouant 
lui, va dire: Monsieur, voulez-vous cela? lui montrant une portion
du dessus de son tetin prinse avec deux doigts; il y porte sa main,
disant: _Non, non, donnez-moi ce gros mouceau-l_, montrant le tetin en
se souriant.

  [142] Louise-Marguerite de Lorraine, depuis princesse de Conty;
  elle avait alors environ vingt et un ans.

_Le 27, mercredi,  Fontainebleau._--Peu enrhum, les lvres sches, la
face blme, les yeux un peu pleurants. M. Arnaud, secrtaire de M. de
Rosny, arrive, il le veut chasser; on lui dit que c'est lui qui a fait
faire la bride pour son cheval bleu, il s'apaise, se joue avec lui, et
l'agace, lui frappe dans la main. A six heures, soup; le Roi et la
Reine y viennent, il demeure comme tonn quand le Roi parle  lui, lui
donne le bonsoir avec crainte, l'embrasse, baise la Reine plus gaiement.

_Le 29, vendredi._--Lev  une heure, le visage blme. Men  la
galerie aprs avoir bien marchand, et, se y voyant press, il demande:
_Papa y est-il?_ Il se ressouvient toujours d'en avoir t malmen, en
a peur, et quand il le voit demeure tonn, n'a plus cette contenance
gaie, hardie qu'il souloit avoir.

_Le 30, samedi._--Il ne veut point aller chez le Roi, contre sa
coutume, oyant dire qu'il alloit  la chasse, le craint et en a peur,
et n'en parle qu'avec tonnement; auparavant c'toit avec gaiet. A
trois heures le viennent saluer, lui assis au pied de son lit, dans sa
chaire, MM. les ambassadeurs de l'Allemagne, des villes Ansatiques;
ils lui baisent la main, qu'il leur prsente avec une douce gravit, la
leur tendant les uns aprs les autres. Amus jusques  cinq heures et
demie, il frotte ses yeux, ne veut point souper. Comme il eut quitt
son ouvrage de crayonner sur du papier[143], M. de Vendme arrive de
la part du Roi pour savoir ce qu'il faisoit, le trouve en volont de
souper. On le veut disposer d'aller premirement voir le Roi;  demi
dormant, il dit: _Je ne veux pas aller l bas_, et encore lgrement.
M. de Vendme alla rapporter au Roi fort crment qu'il ne le vouloit
pas voir, dont l'aprs soupe le Roi se fcha contre Mme de Montglat.

  [143] Le Dauphin commence dj  crayonner sur du papier;
  on le verra bientt essayer de dessiner, et c'est surtout 
  Fontainebleau que le got lui en vient.

_Le 31 octobre, dimanche._--Lev  neuf heures, il veut aller  la
chambre de sa nourrice, va au Roi, au cabinet; doux; le Roi le mne
 la Reine, il veut retourner en la chambre de sa nourrice, s'amuse
assez longtemps  la fentre,  regarder la messe qui se disoit devant
le Roi, puis veut aller  sa chambre; chagrin, tout lui dplat. M.
d'Oinville, marchal des logis de sa compagnie de gendarmes, lui fait
prsent d'une belle et petite arquebuse d'un pied et demi de long; en
la voyant il en est ravi, s'crie de joie et, tout transport, la fait
dner avec lui.

_Le 1er novembre,  Fontainebleau._--M. de Souvr lui donne une
bandolire de velours violet, avec les charges couvertes de broderie
d'or et d'argent; il en fait des exclamations. Lev  huit heures, vtu
d'une robe de velours violet et passement d'or, il montre  chacun sa
bandolire. Men au Roi et  la Reine, puis  la chapelle, o il sonne
la clochette  l'lvation; ramen en sa chambre  onze heures, dn,
port  la fentre pour voir le Roi touchant les malades dans la cour;
il se promne avec l'arquebuse, va  la charge contre les Espagnols.

_Le 2, mardi._--Il va  la chambre de Madame, qui toit malade des
dents. Monsieur, lui dit-on, tes-vous marri que Madame est malade?
Il rpond: _Non._ Il prsente  la Reine _l'Avis des amendes_ du sieur
du Luat[144]. A six heures soup, fort gai; le Roi arrive; il demeure
un peu tonn, baise et embrasse le Roi.

  [144] Ange Cappel, dit du Luat, fit imprimer  Paris un livre
  in-folio de dix-huit ou vingt feuilles seulement, lequel il ddia
  au Roi, sur l'abus des plaideurs et punition par amende de tous
  ceux qui s'ingreroient dornavant tmrairement de plaider et
  perdroient leurs procs. (_Supplment au registre journal de
  Henri IV_, par Lestoile, anne 1604.)

_Le 3, mercredi._--Le Roi l'envoie querir  son souper; il lui sert
 boire; le Roi lui donne de son souper, puis de sa poudre digestive.
A sept heures et demie dvtu; il met ses jambes en croix et demande:
_L'Infante fait-elle ainsi?_--Oui, lui dit-on, Monsieur; voulez-vous
qu'elle vienne coucher avec vous? Il rpond: _Non._--Monsieur, dit
Mlle de Ventelet, quand vous serez couch ensemble elle mettra ses
jambes comme cela (c'est--dire en croix). Il rpond soudain et
gaiement: _Et moi je les ferai comme cela_, largissant ses jambes avec
ses mains.

_Le 4, jeudi,  Fontainebleau._--Il demande son luth, le porte 
dix heures chez la Reine pour lui faire voir comme il en joue; men
au jardin, fort gai, ramen en la chapelle, puis en la chambre. Il
demande au mari de sa nourrice: _Qu'est cela?_--C'est, dit-il,
mon bas de soie.--_Et cela?_--Ce sont mes chausses.--_De quoi
sont-elles?_--De velours.--_Et cela?_--C'est une brayette.--_Qu
qu'il y a dedans?_--Je ne sais, Monsieur.--_Eh! c'est une guillery!
Pou qui est-elle?_--Je ne sais, Monsieur.--_Eh! c'est pou maman
Doundoun._ Men promener au palemail, il fait en passant donner
l'aumne aux pauvres qu'il rencontre. Il va en la chambre de la Reine,
au cabinet; il demande de la drage  Mme de la Chastre, qui lui en
donne deux grains; il en demande encore. Le Roi survient l-dessus,
qui dfend que personne ne parle et lui contredit: Vous n'en aurez
point.--_J'en veux._ Le Roi se fche, disant  Mme de Montglat un peu
soudainement: Vous serez cause qu'un jour je l'corcherai. Le Roi lui
dit: Venez-moi baiser; il y va soudain, et l'embrasse.

_Le 5, vendredi._--Men chez la Reine; Mme de Guise lui montre le lit
de la Reine, et lui dit: Monsieur, voil o vous avez t fait. Il
rpond: _Avec maman._

_Le 6, samedi._--Il bat le tambour, bat la franoise, la suisse,
l'alarme, la diane, le bandoul et fort bien, et en matre. Il entend le
bruit des chevaux comme le Roi alloit  la chasse aux toiles, demande
froidement: _Papa va-t-i pas  la chasse?_ on lui dit que oui. Quelque
bruit qui se ft  la cour et quoique chacun court aux fentres pour
voir passer le Roi, fors M. de la Court, exempt des gardes, et moi,
il ne fit jamais contenance de vouloir y aller, mais demeura ferme et
rsolu en sa place. A six heures soup; il va en la chambre de Madame,
danse au branle, n'ayant point voulu aller chez le Roi.

_Le 7, dimanche._--A neuf heures et demie men chez le Roi et la
Reine, qui toient au lit; leur ayant donn le bonjour, M. de Verneuil
entretenoit le Roi, qui s'amusoit  lui; sans dire mot, le Dauphin sort
de la ruelle et va de l'autre ct se ranger prs de la Reine. M. de
Verneuil approche de la Reine, et la veut entretenir; il lui donne un
grand soufflet sans dire mot, et l'autre se retire de mme. Ramen en
sa chambre, il s'amuse  ranger en soldats ses petits marmousets de
poterie.

_Le 8, lundi,  Fontainebleau._--Il se fche contre Mme de Montglat et
lui voulant donner un soufflet; demeure en chemin, la trouvant masque.
_Otez_, dit-il, _votre masque_; la fait dmasquer.

_Le 9, mardi._--A douze heures et demie men au dner du Roi; le Roi
fault  le fcher; il obit, ramenant sa colre comme un lionceau, et
ne sait si bien se retenir que, le Roi lui tant une cuiller dont il
battoit le tambour sur une assiette, il ne jette la cuiller haut sur
la troupe. Ramen en la chambre de la Reine, il baise et embrasse LL.
MM., part et entre en litire  une heure et demie pour retourner 
Saint-Germain en Laye. Got  l'endroit de la chapelle Saint-Louis,
dans la fort, dans sa litire, son buffet sur une pierre. Arriv 
Melun  quatre heures et demie, les prsident, lieutenant gnral et
officiers de la justice sortent  pied, hors de la ville, au-devant
de lui. Log en l'le chez M. de la Grange. A six heures soup; les
officiers de la ville lui apportent un prsent de tartes. A sept heures
trois quarts M. de la Salle, capitaine aux gardes, lui demande le mot;
il le dit tout haut: _Dauphin_. Monsieur, dit M. de la Salle, il le
faut dire bas; il le lui dit  l'oreille.

_Le 10, mercredi, voyage._--Men  la messe  Notre-Dame. Parti de
Melun  dix heures trois quarts, il arrive  Crosne, maison de M.
Bruslard, autrefois secrtaire d'tat;  quatre heures aprs midi, men
au jardin; il se joue, discourt et raille avec Madame sa soeur; ce
n'est que soudars et armes.

_Le 13, samedi,  Saint-Germain_[145].--A deux heures M. de Souvr
part pour s'en retourner  Fontainebleau, d'o il l'avoit accompagn.
Mis au lit, il entend que nous parlions de la prinse faite de M. le
comte d'Auvergne[146] et que le Roi savoit bien attraper ses ennemis;
il demande: _Mes ennemis sont-is pris?_--Oui, Monsieur.--_O
sont-is?_--A la Bastille.

  [145] Les journes du 11 et du 12 novembre, contenant la fin du
  voyage du Dauphin et son arrive  Saint-Germain, manquent dans
  le manuscrit appartenant  M. le marquis de Balincourt.

  [146] Ce prince, dit M. Berger de Xivrey, venait d'tre arrt
  au moyen d'une ruse dont on peut voir le rcit au chapitre XLV
  du tome II des _OEconomies royales_. Le comte d'Auvergne ne fut
  amen  la Bastille que le 20 novembre.

_Le 16, mardi._--Il va en la chambre de Madame, o arrive Mme la
marquise de Verneuil, la connot, lui donne sa main  baiser; elle
lui demande: Monsieur, me connoissez-vous? Il rpond: _Oui._--Qui
suis-je?--_Vaneuil_, sans dire Madame. Il se joue avec ses poteries;
ses jeux et discours ne sont que soldats et guerre. La marquise part
par derrire M. le Dauphin sans dire mot, avec MM. ses enfants.

_Le 17, mercredi._--A midi dn en la prsence de Mme de Verneuil; il
va aux fentres du prau, o il se joue privment  la marquise, chante
comme voulant l'entretenir et se donner plaisir. La marquise part 
quatre heures et un quart. Il vient en ma chambre, heurte. Je demande:
Qui est-l?--_Ouvez._--Qui tes-vous?--_Dauphin._ Il entre,
demande  voir le livre des animaux[147].

  [147] De Gesner.

_Le 18, jeudi._--A onze heures et demie dn; Madame demande une
cuiller que tenoit M. le Dauphin, il la lui jette, et si ferme que,
de la queue, il la blessa sous la paupire de l'oeil droit avec un
peu d'entamure; l'on l'en tana, il en demeure tonn; fait toutefois
ce qu'il peut pour faire l'assur et ne s'en soucier point. Mme la
comtesse de Moret[148] le vient voir; il lui donne sa main  baiser.
A deux heures il vient en ma chambre, demande la figure du sige
d'Ostende, o il y avoit des petits soldats. Mme la comtesse de Moret
s'en va, il lui donne encore volontairement sa main  baiser.

  [148] Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, matresse de
  Henri IV.

_Le 23, mardi,  Saint-Germain._--Je lui dis que papa et maman le
devoient venir voir, il rpond: _Je ne veux pas qu'i viennent_, avec
contenance d'tonnement, se ressouvenant toujours de Fontainebleau.
Pour l'assurer, je lui dis qu'ils lui apportoient de beaux prsents; il
rpond: _Oui_, et ne respire que tambours, soldats et armes.

_Le 24, mercredi._--Je lui demande: Monsieur, voulez-vous vous lever
pour aller au devant de papa?--_Non_, dit-il.--Vous n'aurez donc pas
le beau tambour et les belles baguettes qu'il vous apporte, il les
donnera  M. de Verneuil. Il se met soudain en colre, grince les
dents, me veut gratigner, puis me regarde froidement. Bien, Monsieur,
vous me battez, dis-je; que voulez-vous que papa fasse de ce tambour?
Il rpond: _Qu'i le donne  moucheu de Veneuil_, brusquement, remuant
la tte comme de chose qu'il mprise; il ne peut oublier le rude
traitement de Fontainebleau. Il va sur les terrasses, mangeant du gros
pain, au-devant du Roi, qu'il rencontre  cheval,  la fontaine basse
des maons,  onze heures et demie. Le Roi met pied  terre; il va
gaiement au Roi, qui le prend au bras, le baise; il embrasse le Roi.
A midi, dn; il ne veut point que M. de Courtenvaux s'appuie et soit
derrire la chaise de Mlle de Vendme. Le Roi y vient aprs son dner;
Mme de Montglat parle au Roi; il ne le veut pas. _Allez-vous-en en
vote chambe, Mamanga_; s'en met en colre. Le Roi s'en fche, il mne
Mme de Montglat en sa petite chambre; on l'apaise  peine, enfin on le
fait danser, fort gai. Le Roi entr'ouvre la tapisserie; il l'aperoit,
quitte soudain la danse, se va cacher. Le Roi le presse, il s'aigrit;
la nourrice le prend, l'assied sur la table; le Roi va par la douceur,
le baise, le prie de danser pour l'amour de lui; enfin il s'apaise, et
 ce coup dit: _Je vas danser pou l'amou de papa_, se coule  bas, et
se prend  danser gaiement le branle des navets. Le Roi fait collation;
il le servoit, et reconnoissant son essai[149]: _Otez, tez_, dit-il,
_empotez-le_. Il le fallut remporter; le Roi cda  son humeur. Le
Roi part pour s'en retourner  Paris  deux heures et un quart; il
l'accompagne jusques au pied du degr, se prend  pleurer, demande
d'aller avec papa.

  [149] Le vase dans lequel on faisait l'essai de la boisson servie
  au Dauphin.

_Le 29, lundi,  Saint-Germain._--A dner je demande  Madame si elle
toit belle, elle dit: Oui. Il l'entend, hochant la tte. Je lui
demande. Madame, tes-vous bonne? Elle dit: Oui.--Il dit, hochant la
tte: _Elle est bonne comme frre Jean._ Il vouloit dire matre Jean;
c'toit le singe. Il demande de la gele  Madame, laquelle lui pousse
aussitt l'cuelle en disant: Tenez, papa petit; elle toit si aise
quand elle lui pouvoit complaire[150]. Il bgaye fort ce jourd'hui en
parlant.

  [150] Madame avait alors deux ans; elle commenait  parler, et
  le Dauphin se montrait fort rude pour elle.

_Le 1er dcembre, mercredi,  Saint-Germain._--A onze heures et demie,
dn; il ne veut point que l'on donne aucune chose  Madame. Monsieur,
lui dis-je, quand vous serez grand, vous donnerez tout  Madame. Il
rpond: _Non, je li donnerai que du pain._--Et  boire? Il rpond:
_Que de l'eau._ Il mange une poire confite, ne veut pas que l'on en
donne  Madame.

_Le 2, jeudi._--Lev  huit heures et demie, il ne veut point prendre
sa robe; Bruneau, le lavandier, le menace de le mettre dans son sac,
puis au cuvier; il craint, s'habille, se joue avec sa nourrice; tant
habill, il se retourne vers le lavandier, et lui dit: _Je suis
habill._

_Le 4, samedi,  Saint-Germain._--A sept heures djeun, lev, vtu,
fcheux, il ne veut point prendre sa robe, s'assied. M. Birat lui
dit: Monsieur, voil le bossu du jeu de paume qui vient; il se lve
soudain, et met sa robe. Il vient en mon tude, s'amuse au sige
d'Ostende.

_Le 5, dimanche._--Il vient en ma chambre, voit le livre des animaux de
Gesner, s'informe de chacun;  souper l'on demande  Madame ce qu'elle
donnera aux siens quand elle sera en Angleterre[151], elle rpond: Des
perles, en son langage. _Et moi_, dit le Dauphin, _des harquebuses_.

  [151] On voit qu' cette poque il tait question de marier
  Madame en Angleterre. Ce fut sa soeur Henriette-Marie, ne cinq
  ans plus tard, en 1609, qui pousa Charles Ier.

_Le 6, lundi._--Le Roi arrive  douze heures et demie, le Dauphin le
reoit au pied de l'escalier, l'embrasse, lui fait bonne chre[152].
Le Roi le mne en sa chambre, et  une heure le fait dner avec lui;
il boit du vin clairet du Roi. Il se va jouer  la salle des gardes;
le Roi arrive, il s'arrte, et demande d'aller  sa chambre; le Roi
ne le veut pas; il y rsiste, le Roi  lui, et lui donne un petit
soufflet; le Dauphin persiste; enfin il demeure en son opinion, et Mme
de Montglat l'emmne en sa chambre. La Reine arrive  cinq heures.

  [152] Bon accueil.

_Le 7, mardi._--Il va chez le Roi, o il est fort gentil; le Roi et la
Reine vont  la chasse. Mlle de Ventelet lui dit: Monsieur, qui est le
matre de papa? Il rpond: _C'est Dieu._--Et qui est le vtre?--_Je
ne veux pas dire._ Il ne fut jamais possible de lui faire avouer un
matre; comme le jour prcdent, quand le Roi le fcha le plus, ce
fut quand il lui dit: Je suis le matre, et vous tes mon valet; il
s'aigrit extrmement de ce mot-l. A trois heures got; il lui sort
une goutte de sang du nez, il la voit et dit: _Mamanga, c'est pouce que
j'ai t opinitre._ Il va au Roi au retour de la chasse, gentil au
possible.

_Le 9, jeudi,  Saint-Germain._--Men au jardin, au Roi, il va  lui,
les bras ouverts, tire son pe et montre au Roi qu'il s'en sait
aider[153] contre les palissades; men sur les terrasses de Neptune.
Men chez la Reine, qui part  deux heures et demie pour aller  la
chasse.

  [153] Servir.

_Le 10, vendredi._--Il ne veut point aller voir le Roi, y consent
ensuite, lui ayant promis son tambour bleu; il se le fait attacher, va
battant trouver le Roi, qui toit  la chapelle, le baise, mais il ne
veut point y demeurer. Le Roi sort  dix heures, le baise, et s'en va
dner  Bezons, pour coucher  Paris; la Reine part peu aprs.

_Le 12, dimanche._--A six heures il fait recoucher sa nourrice, puis
l'appelle: _Maman Doundoun, levez-vous; mettez-vous tout en chemise, je
le veux._ Il avoit ou faire le conte du fils de M. de la Fon, avocat
au Conseil, qui en faisoit faire autant  sa nourrice.

_Le 13, lundi._--Il se lve, et descend tout seul de son lit: ce fut la
premire fois; vtu, fcheux; Bruneau, lavandier, arrive, il se tait.

_Le 14, mardi._--Je lui demande cong d'aller voir papa et maman
lui dire de ses nouvelles. Monsieur, lui dis-je, vous plat-il me
commander quelque chose vers papa et maman? Prenant le roi violet
de ses checs: _Oui_, dit-il, _vel que je li envoie_, et prenant la
reine, _et cela  maman_.

_Le 18, samedi,  Saint-Germain._--Il danse dans sa chaise en mangeant,
oyant jouer le sieur Jean-Jacques, violon de la Reine, qui jouoit la
sarabande, les branles gais et autres semblables qu'il aimoit; il prend
son manteau de satin blanc doubl de pluche, le retrousse sous le bras,
et ainsi se met  danser.

_Le 19, dimanche._--Il est vtu d'une robe neuve de velours cramoisi
brun. _Mais_, dit-il, _je courrai donc tout seul_. Il voit entrer M.
de Mansan: _Taine_ (capitaine), _je n'ai point de lisire, j'irai tout
seul_; il en toit tout rjoui. M. de Verneuil arrive, et lui donne
le bonjour; il ne veut jamais l'appeler _ff_ (frre), mais _petit
Vaneuil_.

_Le 23, jeudi._--Il s'amuse  un livre recueilli des Antiquits de
Rome. _Venez voir_, me dit-il (c'toit la figure du Capitole moderne),
_vel Fontainebleau, vel ma chambe, vel la pote pou y monter, vel le
cheval blanc, vel Mecure, vel le jadin, vel des bassins_; il voit
toutes les glises de Rome, et dit de toutes les glises qui sont en
dme: _Vel des tambours._ Il voit les figures du Monte-Cavallo: _H!
vel qui montre le cul_ (l'un des chevaux). Il voit un Hercule; on lui
demande: Monsieur, qu'est cela? lui montrant la guillery; il rpond
honteusement en souriant: _Faut pas le dire._ Une pingle piquoit M. le
Chevalier au collet, il ne veut point que Mme de Montglat la lui te,
mais bien La Haye, qui toit  M. le Chevalier; il ne vouloit point que
ceux qui toient  lui servissent ailleurs.

_Le 24, vendredi._--On lui demande: Qui tes-vous? Il rpond: _Le
petit valet  papa._ Il se joue avec M. le Chevalier, qui lui en
contoit, disant qu'ils trouveroient de grands loups qui avoient de
grandes hures; il rpond: _Non, ce ne sont pas les loups, ce sont les
sangliers qui ont les hures._

_Le 25, samedi._--Mme de Montglat lui dit avoir reu nouvelles de papa,
et qu'il est fort aise de ce qu'elle lui avoit mand que M. le Dauphin
est sage, plus opinitre, qu'il ne dit plus: Allez-vous-en, ne Je
veux. Le Borgne[154] arrive, le Dauphin lui voit mettre des bches au
feu, dit que c'est la venue de Nol, d'autant que le jour auparavant,
avant souper, il vit mettre la souche de Nol, o il dansa et chanta 
la venue de Nol.

  [154] Domestique charg de faire le feu.

_Le 27, lundi,  Saint-Germain._--Chacun lui demande ce qu'il lui
donnera pour trennes; il se raille, et promet joyeusement et
convenablement  chacun les siennes. Il a peur de Bongars, maon du
Roi: _Dites-lui que je ne suis plus opinite._ A cinq heures le Roi
et la Reine arrivent de Paris; la Reine lui donne un petit tambour et
la bandolire pour l'accrocher; il le met, et en joue. A cinq heures
soup, LL. MM. prsentes; le Roi demande de son breuvage et dans son
verre, M. de Ventelet lui en sert. Il lui en fchoit fort, mais il se
vainquit, et le passa doucement.

_Le 28, mardi._--A neuf heures il prend son tambour, et s'en va au
lever du Roi, qui toit au lit; lui ayant, et  la Reine, donn le
bonjour, le Roi lui demande s'il veut aller  la chasse avec lui, il
lui rpond: _Oui_, et  d'autres choses que le Roi lui demande. Le Roi
se lve, et le mne en son cabinet, o il lui baille un petit ballon et
un brassard; il le met au bras et en pousse le ballon. Le Roi le heurta
du ballon pouss sur son front; il fault  en pleurer, se retient pour
le respect du Roi.

_Le 29, mercredi._--Il s'amuse  couper du papier avec des ciseaux.
Il entend que M. Boquet[155] disoit  sa femme: Madame Dondon, je
vous battrai. Il se retourne court, lui montrant les ciseaux qu'il
tenoit et disant: _Et je vous chtrerai; vel de quoi je couperai votre
guillery._ Sa nourrice lui demande: Monsieur, le lui voudriez-vous
bien couper? Il rpond, hochant la tte: _C'est que je me joue._ A
quatre heures il va chez le Roi, qui le fait mettre  son ct, voulant
donner audience aux dputs des tats-gnraux de Normandie; il les
coute attentivement, et le Roi, sur la fin de sa rponse, leur disant
qu'aprs lui il les laisseroit pour les gouverner  son fils qui les
conserveroit et achveroit la dcharge qu'il auroit commence pour leur
soulagement, M. le Dauphin lui dit froidement et de lui-mme: _Ga meci_
(grand merci), _papa_. Il va en la chambre de la Reine, qui s'amuse
avec lui  des petites besognes d'Italie, entre autres un pigeon; il le
faisoit battre des ailes qui toient de toile d'argent; le Roi arrive
de souper  sept heures et un quart; le Dauphin danse toutes danses,
parfois va baiser le Roi, qui l'appelle, puis reprend la danse.

  [155] Le mari de la nourrice du Dauphin.

_Le 31, vendredi,  Saint-Germain._--A midi men au dner du Roi; le
Roi et la Reine s'en vont  deux heures pour retourner  Paris; il y
veut aller.




ANNE 1605.

  Devise du Dauphin.--On l'habitue au bruit des armes 
  feu.--Lettre  la Reine.--Les figures de la Bible.--Les
  portraits du Roi et de la Reine.--Le livre de M. de La
  Capelle.--Antipathie naissante pour les femmes.--Le valet du
  serrurier.--La comtesse de Moret.--Prsent de la Reine.--Henri
  IV et ses enfants.--Le serment de fidlit.--L'ambassadeur
  d'Angleterre.--M. d'Harambure.--Le pied du cerf et le pied
  de la perdrix.--Les emblmes d'Alciat.--La duchesse des
  Deux-Ponts.--Le valet du bourreau.--Jouets de poterie.--Les
  danses du Dauphin.--Entretien sur l'Infante.--Le peintre
  Martin.--Jouets d'argent.--Premier page.--Le jeu du
  corbillon.--Le baron de Donaw.--Modle en cire d'une statue
  du Dauphin, le sculpteur Desprs ou Dupr.--La chanson de
  Robin.--Jouets de carton peint.--Le Dauphin log au chteau
  neuf de Saint-Germain.--La comtesse de Moret.--Lettre au
  Roi.--Got naissant pour le dessin.--Les fontaines et les
  orgues de Saint-Germain.--Instincts du commandement.--Chanson
  du Dauphin.--Les Espagnols et l'Infante.--Les outils du
  menuisier.--L'esprit de la galerie rouge.--Danger que
  court Hroard.--Conversation sur la chasse, le Louvre,
  etc.--La paye des soldats du Roi.--Le brave Crillon.--Le
  chien _Favori_.--Caractre du Dauphin.--Discours des
  dputs suisses.--La statue d'Orphe.--Les forats.--_La
  belle Corisande_ et son petit-fils.--Les Gascons.--M. de
  Favas.--Jouets de plomb.--Mme de la Trimouille.--Amour
  du Dauphin pour sa nourrice.--Retour au vieux chteau de
  Saint-Germain.--Mlle Prvost des Yveteaux.--Le comte de
  Saure.--Lettre au Roi.--Les prires du Dauphin.--Chanson
  gasconne.--Henri IV couch avec ses enfants; moeurs et
  conversations singulires.--Fianailles du prince de
  Conty.--Enseigne de diamants donne par la Reine.--La musique
  de la Reine.--Le foss et le pont-levis.--Le Dauphin fouett
  par le Roi.--Un coffret flamand.--Le comte de Soissons, M.
  de Rosny et M. de Montbazon.--Batteries des tambours.--Le
  Jaquemard de Fontainebleau.--La famille de Montmorency.--Le
  grand marchal de Lorraine.--Got pour la musique.--Don
  Juan de Mdicis.--Anniversaire de la mort de Henri III,
  usage pour les Dauphins.--Familiarit d'un cul-de-jatte.--Le
  sculpteur Francisco, le peintre Martin.--Entrevue avec la
  reine Marguerite; prsents qu'elle fait au Dauphin et 
  sa soeur.--Le galimatias de Nervze.--Le Saint-Thomas de
  Poissy.--Ouvrages de la Chine et joujoux d'Allemagne.--Lettre
   la reine Marguerite.--Proverbe de Salomon.--Le prsident
  du Vair.--Le ballet du Combat.--Dputs de l'assemble
  de Chtellerault.--Joujoux de Nevers.--Prsent du duc de
  Lorraine.--Le chevalier d'pernon.--Le Dauphin entre dans
  sa cinquime anne.--La reine Marguerite; les livres 
  gravures.--Conversation sur le prince de Galles.--Le frre
  btard de Henri IV.--Chapelets d'Italie.--Mot de l'ambassadeur
  de Venise sur l'Italie.--L'clipse de soleil.--Le nain de
  la Reine.--La chambre de Charles IX.--Lettres au Roi et 
  la Reine.--Mendiants irlandais.--Le livre d'Heures de Henri
  III.--L'histoire de Matthieu.--Portrait en cire du Roi.--Le
  sculpteur Jean Paulo.--Jouets de poterie.--Le Dauphin va
  demeurer au chteau neuf.--La marquise de Verneuil.--Animal
  et bateau rapports du Canada.--Le sang royal et la fleur de
  lys.--Captivit de Henri IV  Saint-Germain.--La duchesse
  de Beaufort.--Scne avec le Roi.--Humanit du Dauphin.--La
  carte gallicane de Thevet.--Sympathie entre le Dauphin et le
  Roi.--Henri IV et ses enfants.


_Le 1er janvier, samedi,  Saint-Germain._--Il se promne avec sa
harquebuse et sa fourchette, est men ainsi  la messe, M. le Chevalier
portant l'enseigne bleue o toit l'aigle avec cette devise: _Genus
insuperabile bello_, qui lui fut donne par M. Arnaud, trsorier de
France  Paris et secrtaire de M. de Rosny, M. le Dauphin tant 
Villejuif,  dner, s'en allant  Fontainebleau[156]. M. de Verneuil
avoit son chapeau sur la tte: _Otez_, dit-il, _votre chapeau, il faut
pas que vous ayez votre chapeau sur la tte devant moi_. On lui dit
que papa vouloit qu'il (M. de Verneuil) et son chapeau sur la tte:
_Mettez, mettez-le_, dit-il soudain. Il tire son pe rabattue, qu'il
appeloit son pe rouge; M. de Cressy, enseigne de M. de Mansan, lui
dit: Monsieur, voil une belle pe! Elle ne coupe point!--_Ho! je la
ferai bien couper pour le service de papa._

  [156] _Voy._ au 29 aot 1604.

_Le 2, dimanche._--Il fait un peu le fcheux. M. de La Court lui dit
que le tonnerre viendra qui l'emportera; il s'arrte, et demande: _Que
c'est?_ M. de La Court lui rpond: Monsieur, ne vous souvient-il pas
que vous l'appeliez le tambour de Dieu? Il coute avec admiration,
puis demande  Mme de Montglat: _Mamanga, qu'est que Dieu, de quoi
est-il fait?_ Elle lui dit qu'il n'toit point fait, qu'il toit un
esprit invisible. Peu de temps aprs elle lui demande que c'toit que
Dieu; il lui rpond: _C'est un esprit invisible._ On le rassure aux
arquebusades; le capitaine du Bouchage, archer des gardes du corps, et
en garde prs de lui, tire sept coups; il disoit: _Je n'ai point peur_,
et les voyoit tirer assurment. Il en avoit t intimid par ses femmes
et surtout par sa nourrice, quand la compagnie faisoit la monstre[157],
criant tout haut que l'on ne tirt point. Sept ou huit arquebusiers et
mousquetaires tirent sous le grand portail, il se retourne et crie tout
haut: _Je n'ai pas peur._

  [157] La revue.

_Le 3, lundi._--Il veut crire  papa et  maman, et crit[158]: _Ma
bonne maman, je ne suis pus opinite, je n'ai pus peur du borgne; papa,
je n'ai pus peur des harquebusades, j'ai fait tuer une perdrix._--Il
a des jetons du palais dans une petite bourse d'Espagne, il en donne
 chacun.--Je lui montrois, en un livre de figures de taille-douce,
l'histoire de Goliath et de David; je lui montre la tte au bout d'une
lance, il voit David  cheval et dit: _Vel le petit Dauphin mont sur
son grand cheval._--On l'accoutume  aller seul dans la chambre. Mme de
Montglat lui donne un petit panier d'argent pour ses trennes.

  [158] Hroard lui tenait la main et lui faisait crire les mots
  tels qu'il les prononait.

_Le 4, mardi._--Sa nourrice lui demande: Monsieur, voulez-vous pas
aller  la messe, puis vous irez vous promener? Il rpond: _Ho!
non, j'irai premirement  Ferme[159] me promener, puis j'irai 
la messe._--Mais, Monsieur, vous trouverez la porte ferme.--_Je
l'ouvrirai avec mon harquebuse  rouet._

  [159] Il appelle ainsi le chteau neuf de Saint-Germain.

_Le 6, jeudi._--Madame entroit en sa chambre, il la veut frapper de sa
pique. Madame de Montglat le tance, lui demande: Monsieur, pourquoi
avez-vous voulu frapper Madame?--_Je suis fch contre elle pour ce
qu'elle a voulu manger ma poire._ C'toient des excuses inventes. M.
l'aumnier lui en demandant autant  part, il rpond: _Pource que j'ai
peur d'elle._--Monsieur, pourquoi?--_Pource qu'elle est fille._--L'on
tire des arquebusades dans la cour; il en a grand'peur.

_Le 7, vendredi,  Saint-Germain._--Il dit  sa nourrice: _H! ma
Doundoun, h! ma belle Doundoun, baisez-moi!_ Puis regardant et faisant
la rvrence aux portraits du Roi et de la Reine[160] il dit: _Papa
n'a point de chapeau._ Je lui demande pourquoi?--_Pource que c'est
une peinture._ Il s'amuse au livre de portraits en taille douce de M.
de la Capelle, assis dans sa petite chaise, attentivement, demande
l'interprtation des figures et s'en ressouvient.

  [160] C'est une de ses habitudes le matin de leur dire bonjour.

_Le 10, lundi._--Devienne, son cuisinier, fut mari ce jourd'hui; il
dit: _Mon gros roti e-est mari; i-il a une femme, i-il couchera avec
elle_[161]. Il s'amuse avec le chevalier de Verneuil et MM. d'pernon,
et dit, les faisant mettre autour de lui: _Nous tenons le conseil_;
Madame approche: _Ho! ho! voil Madame qui coute, allez-vous-en, il
faut pas que les filles soient au conseil._

  [161] Hroard figure jusqu'au bgayement du Dauphin. On
  comprendra que nous n'en donnions que quelques exemples.

_Le 13, vendredi._--Il s'amuse  tourner le rouet de la chambrire
de Mlle Piolant. M. de Frontenac lui dit qu'il deviendroit fille,
il quitte le rouet.--Il s'amuse au livre des figures du sieur de la
Capelle, reconnot en un endroit les armoiries du roi d'Espagne, et
dit: _Vel celles de papa_, mettant le doigt sur les fleurs de lis. Je
lui demande: Monsieur, qu'y a-il aux armoiries de papa?--_Des fleurs
de lis._--Et aux vtres?--_Des Dauphins._

_Le 18, mardi._--Il entre, le matin, en fcheuse humeur, dit  chacun:
_Allez-vous-en, je vous battrai._ On fait entrer le valet du serrurier,
qui par rencontre revenoit de la chambre de sa nourrice, portant des
tenailles et une tringle: Voil, dit le serrurier, de quoi j'embroche
les opinitres.--_Je ne suis point opinite, mousseu le serrurier._

_Le 19 janvier, mercredi,  Saint-Germain._--Il brle de la poudre pour
la premire fois.

_Le 20, jeudi._--A une heure arrive Mme la comtesse de Moret, elle
assiste  son goter; comme elle partoit, il lui dit de son mouvement:
_Recommandez-moi bien  papa, et que je suis son serviteur._

_Le 25, mardi._--A cinq heures le Roi et la Reine arrivent de Paris;
la Reine lui apporte un petit pistolet que lui-mme a voulu dbander
devant le Roi. Le Roi commande  Mme de Montglat de faire manger
quelquefois M. de Verneuil avec lui; il l'entend et dit: _Ho! non, y ne
faut pas que les valets mangent avec leurs matres!_

_Le 26, mercredi._--M. et Mlle de Verneuil ont dn avec lui et ce fut
la premire fois; il ne le vouloit point; le Roi lui demanda pourquoi:
_Ho! il n'est pas fils de maman._

_Le 27, jeudi._--Men au Roi, au chteau neuf, dn avec le Roi et
tous les autres petits. A deux heures il va voir le Roi revenu de la
chasse, le trouve avec sa robe de nuit, lui dit par deux fois: _Papa,
venez-vous mettre au lit._

_Le 28, vendredi._--Men chez la Reine, ramen  deux heures.

_Le 5 fvrier, samedi,  Saint-Germain._--Il se fait mettre son
hausse-col, prend sa pique et s'en va  la basse-cour voir faire la
monstre  la compagnie de M. de Mansan qui lors toit  Paris; il se
met  la tte, accompagn de M. le Chevalier et de M. de Verneuil,
fait marcher la compagnie aprs lui, marche comme le capitaine, porte
sa pique baisse; le tout fini il s'arrte, hausse sa pique, tourne
la face vers les soldats, les fait arrter, fait cesser la batterie
du tambour, puis se retourne vers le sieur de Castillon, commissaire
et secrtaire de M. le conntable, et lve la main pour prter le
serment. Le commissaire demeure en doute, Mme de Montglat lui dit
qu'il n'y avoit point danger de lui faire prter le serment, et lui
ayant demand s'il ne promettoit pas de bien servir papa, il rpond:
_Oui_, et tout soudain appelle: _Ff Chevalier, venez prter serment
de bien servir papa._ Il en dit autant  M. de Verneuil, et cela fait,
crie aux soldats: _Tirez, tirez, je n'ai pas peur._ Ils tirent tous en
salve, il n'a point de peur ni aucun semblant d'en avoir et dit encore
 M. le Chevalier: _Ff, promettez-vous de bien servir papa?_--Oui,
Monsieur.--_Et moi aussi._

_Le 7, lundi,  Saint-Germain._--A douze heures et demie arrive le duc
de Lenos[162], ambassadeur du roi d'Angleterre, n en France, fils
d'une soeur de M. d'Antragues, cousin germain de Mme la marquise de
Verneuil; le Dauphin le reoit fort bien.

  [162] Edme Stuart, comte, puis duc de Lenox, avait pous, en
  1572, Catherine de Balsac, tante et non cousine germaine de la
  marquise de Verneuil.

_Le 10, jeudi._--M. de Frontenac le vient voir avec M.
d'Harambure[163], portant un oiseau de poing.

  [163] Jean, baron d'Harambure, _grand giboyeur_ de la maison du
  Roi. Il tait borgne, dit Tallemant des Raux.

_Le 11, vendredi._--A onze heures il se met  la fentre attendant
impatiemment la venue du Roi; le voyant venir il crie  haute voix:
_Papa_; le Roi arrive, il le reoit dans sa chambre puis le mne en la
sienne; dn avec le Roi, il mange du beurre que le Roi lui-mme lui
tend sur du pain. Le Roi parle d'aller  la chasse, disant qu'il se
faut dpcher de dner; il dit: _Et moi itou j'irai  la chasse avec
papa; j'ai envoy quri Cavalon_; c'toit son chien. Madame lui dit
de prendre aussi le sien qui se nommoit _Amadis de Gaule_: _Ho! non_,
dit-il, _le cerf le blesseroit d'un coup de corne_. Le Roi lui dit
qu'il falloit dire de la tte, il reprit: _De la tte_, et n'y faillit
plus. A souper, le Roi lui envoie le pied du cerf par M. Praslin; il
fait couper le pied de sa perdrix et lui dit: _Tenez, portez cela 
papa._--Le Roi vient en sa chambre, y joue aux checs.

_Le 12, samedi,  Saint-Germain._--A neuf heures men au Roi qui toit
encore au lit; il lui donne la chemise. Dn avec le Roi; il danse
devant le Roi la bourre o il compose des grimaces, la sarabande, la
gavotte, les remaris, et plusieurs autres danses; le Roi le baise,
l'embrasse, et  une heure part aprs midi pour retourner  Paris.--En
gotant, il entend parler de M. Martin et dit: _C'est celui qui a
fait la peinture de Moucheu le Dauphin_, mmoire incroyable de s'en
ressouvenir[164].

  [164] Il y avait deux ans. _Voy._ au 25 fvrier 1603.

_Le 14, lundi._--L'on parloit d'une marie qui devoit venir danser
au chteau. Mme de Montglat lui demande: Monsieur, comment fera la
marie?--_Si Moucheu Heroua n'toit l, je le dirois._--Monsieur, lui
dis-je, il n'y a point de danger. Il met sa pique entre ses jambes et
levant un bout branloit les fesses.

_Le 15, mardi._--Il se joue avec un lvrier nain noir, que M. de
Longueville lui avoit envoy, nomm _Charbon_. Il cause trangement,
se ressouvient d'un ballet fait il y avoit un an et demande: _Pourquoi
est-ce que le petit Blier toit tout nu?_ Il faisoit le Cupidon tout
nu.

_Le 16, mercredi._--Il s'amuse dans son lit aux emblmes d'Alciat, il
en reconnoissoit beaucoup. A une heure et demie vient Mme la duchesse
de Deux-Ponts, qui, le soir auparavant, toit arrive  dix heures; il
danse la gaillarde, la sarabande, la vieille bourre.

_Le 19, samedi._--Pendant son lever, le charbonnier vient, qui lui
dit: Bonjour, mon matre. Il demande  M. l'aumnier: _Qui est son
matre?_--C'est le Roi et vous.--_Qui est le plus grand?_--C'est
papa et vous aprs, rpond l'aumnier.--_Non, c'est Dieu qui est le
plus grand?_

_Le 20, dimanche._--L'on parloit d'un homme condamn  tre pendu,
il demande: _Qui le pendra?_ l'on rpond que ce seroit le valet du
bourreau, il dit: _Je ne veux donc point avoir un valet._ Peu aprs
il appelle M. Birat, lequel il souloit appeler son valet, pour lui
commander quelque chose, et l'ayant appel par son nom: Quoi! dit-il,
Monsieur, vous ne m'appelez pas votre valet?--_H! c'est le bourreau
qui a un valet._

_Le 22 fvrier, mardi._--Il reconnot beaucoup de lettres de
l'alphabet; il se fait habiller en mascarade.

_Le 1er mars, mardi,  Saint-Germain._--Il demande un marmouset qui
joue de deux pes et le nomme Salomon, du nom du tireur d'armes de MM.
d'pernon. Je lui donne un cheval et un marmouset de Flandres, fait de
poterie. _O est_, dit-il, _son corps?_ pource qu'il n'toit fait que
jusques  la poitrine.

_Le 2, mercredi._--Le Roi arrive, il va  la porte, courant au devant
de lui l'embrasser; le Roi le mne dner avec lui, puis va  la chasse.
A cinq heures, la Reine arrive de Paris, il est men au devant d'elle
presque hors la porte de l'escalier, remonte avec elle en sa petite
chambre, danse sarabande, bourre, le branle simple, la saugrene,
_Comment, ce moine trotte_, puis dit: _Maman, ai-je pas bien dans?_ Il
s'amuse  un chien d'Ostreland; il aimoit fort les chiens.--Men  sept
heures en la chambre de la Reine, il s'amuse  voir des personnages 
la tapisserie o il y avoit des petits enfants. Le Roi lui dit: Mon
fils, je veux que vous fassiez un petit enfant  l'Infante.--_Ho!
ho! non, papa._--Je veux que vous lui fassiez un petit dauphin comme
vous.--_Non pas, s'il vous plat, papa_, dit-il, en mettant sa main au
chapeau et en faisant la rvrence. Mme de Montglat lui dit: Monsieur,
dites  papa qu'il fasse donner des hoquetons neufs aux archers qui
vous gardent, comme aux autres.--_Ho! ho! non, dites-l'y vous-mme_,
et il lui fait par plusieurs fois la pareille rponse, sans le pouvoir
persuader de le faire.

_Le 3, jeudi._--Il s'amuse seul, sans dire mot, avec un petit puits
d'argent que lui avoit donn M. de Candale, donnant une extrme
patience  se laisser peindre par matre Jehan Martin[165]. Men
au Roi, au cabinet de la Reine, laquelle lui donne un petit mnage
d'argent.

  [165] Hroard le nomme Charles le 25 fvrier 1603, et ce peintre
  parat pourtant tre le mme. _Voy._ plus haut,  la date du 12
  fvrier et au 15 juin 1604.

_Le 4, vendredi._--Men au Roi, qui toit  table; cela le mit un peu
en mauvaise humeur de n'avoir point dn avec le Roi; il baise LL. MM.
qui s'en retournent  Paris  deux heures. Charles de Bompar lui a t
donn pour page par le Roi; 'a t son premier page.

_Le 6, dimanche,  Saint-Germain._--Il ne se veut lever, l'on fait
venir Pierre Cabaret, marchal de forge du village, et Bongars, matre
maon qu'il craignoit.

_Le 7, lundi._--Il joue au jeu: _Que met-on au corbillon?_ Il invente
des mots pour rimer: _Dauphillon_, _damoisillon_.

_Le 8, mardi._--Le baron d'Aune, Allemand, neveu de celui qui, du temps
du feu Roi, fut dfait  Auneau[166], lui baise la main en arrivant et
en s'en allant.

  [166] Le 24 novembre 1587 le duc de Guise avait battu  Auneau
  dans la Beauce, une arme de Suisses et d'Allemands qui allaient
  joindre le roi de Navarre: elle tait commande par le baron de
  Donaw.

_Le 10, jeudi._--A une heure arrive un sculpteur envoy de la Reine; le
Dauphin lui demande: _Peintre, comment vous appelez-vous?_ il rpond:
Desprs[167]. Il est tir en bosse de cire pour jeter en fonte par
Desprs. Amus  chanter le pot pourri des chansons; quand il toit 
la meunire de Vernon, il disoit: _de Candale_, changeant le nom de
d'pernon.

  [167] Le 15 mars suivant, Hroard laisse en blanc le nom de ce
  sculpteur, mais il le dit Flamand et retir  Florence; puis
  le 17 il le nomme Du Pr, en mnageant la place de son prnom.
  Il s'agit certainement d'un autre artiste que Guillaume Dupr,
  dont Hroard parle le 21 septembre 1604, en le disant natif
  de Sissonne, prs de Laon. Dans ce statuaire flamand, retir
   Florence, on serait tent de reconnatre le clbre Jean
  de Bologne, n  Douai en 1524 suivant Baldinucci, en 1529
  suivant Mariette, et dont le nom de famille est rest inconnu.
  On sait que Jean de Bologne commena en 1604, pour la France,
  le cheval de bronze destin  la statue de Henri IV; qu'aprs
  la mort de cet artiste, en 1608, Pierre Tacca, son lve, fut
  charg d'achever ce travail; que la figure questre de Henri IV,
  termine en 1611, fut place sur le Pont-Neuf  Paris, en 1614,
  et qu'elle fut dtruite en 1792. Jean de Bologne, g en 1605
  d'au moins soixante-seize ans, aurait-il fait  cette poque un
  voyage en France ignor de ses biographes, et son nom de famille
  serait-il Dupr ou Desprs? Cela ne nous parat pas probable, et
  il s'agit sans doute d'un de ses lves et compatriotes.

_Le 13, dimanche._--Mme la princesse de Cond et Mlle de Bourbon le
viennent voir. Il se joue avec sa nourrice, dit qu'il est l'Infante et
parle des mots de jargon; puis il cause avec sa nourrice, dit qu'il est
_moucheu Dauphin_ et que l'Infante a un petit conin comme Madame; il le
dit tout bas  Mlle de Ventelet, de honte de le dire tout haut, et me
le dit tout bas  l'oreille. Il se joue avec Madame, mais il ne veut
point que l'on dise qu'il est le prince de Galles: _Ho! non, je suis
Dauphin_, dit-il.

_Le 14, lundi._--Il s'amuse  un livre des figures de la Bible, sa
nourrice lui nomme les figures et les lettres, puis aprs il nomme
les lettres et les connot toutes. Il se meurtrit en jouant, se fait
prendre par sa nourrice qui le met en son giron et s'amuse  chanter et
 jouer sur la mandore de Boileau, qui en jouoit; il chante la chanson
de Robin:

    Robin s'en va  Tours.
    Acheter du velours
    Pour faire un casaquin:
    Ma mre je veux Robin.

_Le 15, mardi._--Le sieur...., Flamand, statuaire, retir  Florence,
le retiroit en cire de la hauteur d'un pied et demi par le commandement
de la Reine. Le Dauphin dit: _C'est mon frre de cire_ (c'toit pour le
jeter en or, pour l'envoyer  l'Annonciade de Florence). Il s'amuse 
son petit mnage d'argent, dit  M. de Vendme: _Allez vous-en_. Mme
de Montglat l'en reprend, il rpond: _Ce n'est pas moi, c'est mon petit
frre de cire qui l'a dit._

_Le 16, mercredi._--Il se joue avec un petit marmouset de Cupidon, fait
de carte et de pltre peint, et avec un petit boeuf de carte pltre et
peinte sur lequel il monte son Cupidon. Il vient en ma chambre, demande
 voir les oiseaux; c'toit le livre de Gesner.

_Le 17, jeudi,  Saint-Germain._--Il s'amuse  son petit mnage plus de
deux heures continuelles, donnant la patience ..... du Pr de tirer sa
figure de cire.

_Le 18, vendredi._--M. de Belmont arrive, portant un beau pistolet
de Metz; il quitte tout soudain son petit mnage: _Eh! donnez-moi ce
beau pistolet!_ M. de Belmont lui dit: Monsieur, donnez-moi donc ce
mnage; il l'avance soudain pour le bailler, et le retire de mme
disant: _Ho! non, c'est maman qui me l'a donn._ Il s'amuse  tirer du
pistolet de M. de Belmont fort dextrement.

_Le 21, lundi._--Il s'amuse  un petit homme de carte pltre, 
cheval, que ma femme arrivant de Paris lui donne; il voit M. Donon,
contrleur des btiments, et lui dit: _Faites accommoder le palemail
pour l'amour que j'y joue._

_Le 22, mardi._--Men au btiment neuf o,  onze heures trois quarts,
le Roi arrive et le reoit au haut de la monte de Mercure, le mne en
la galerie, en la chapelle et  la salle o il a dn avec le Roi, M.
d'Angoulme et M. de Montpensier. Le Roi le fait danser la sarabande,
la bourre, les branles, le mne  la galerie, se fait botter, et
 deux heures et demie l'ayant embrass et bais, part pour s'en
retourner  Paris.

_Le 23, mercredi._--Il vient, par le village et le prau, loger au
btiment neuf  cause que ce jour-l, au matin, la petite vrole
apparut  M. de Verneuil.

_Le 26, samedi._--Mme la comtesse de Moret le vient voir; il danse
la sarabande, la bourre, puis dit  Boileau, son joueur de violon:
_Ne jouez plus, je ne veux plus danser_; il court au cabinet pour y
prendre ses armes, y appelle M. le Chevalier, revient, son pe au
ct, portant son arquebuse  mche et fait marcher devant lui M. de
Belmont. A goter, on lui demande de Mme de Moret: Monsieur, qui est
cette dame-l? il rpond en souriant: _Madame de foire._

_Le 27, dimanche._--Aprs djener il fait trois sauts, un pour papa,
un pour maman et un petit pour Madame. Men aux grottes, il fait grande
difficult d'y entrer; on lui promet de lui faire tourner le robinet,
il y entre et prend plaisir de faire mouiller ceux qui y toient.

_Le 29, mardi,  Saint-Germain._--Il crit une lettre porte par M. de
Mansan, moi lui tenant la main[168]. Il s'amuse aprs  crayonner[169].

  [168] Hroard fait crire au Dauphin les mots  mesure qu'il les
  dit et figure la prononciation de l'enfant dans cette lettre
  comme dans son journal:

  Papa je pie Dieu qu'i vou donne le bon jou et  maman. Je me
  pote bien tout pest  faire un peti sau pou vote seuice. Fef
  Vaneuil est en pison pouce qu'il a fait l'opiniate et moi je ne
  le sui pu. J'ay bien toun le robin j'ay fai mouill l dame
  bien for. Adieu papa maman je sui vote tesumble et tes obeissan
  fi et seuiteu.--DAULPHIN.

  [169] Hroard a conserv ces griffonnages qui n'ont encore aucune
  forme; ils sont relis avec son Journal, dans le manuscrit de la
  Bibliothque impriale.

_Le 31, jeudi._--Men aux fontaines, il entre aux orgues[170], ouvre
et ferme le robinet, puis va  celle de Neptune. M. de Cressy avoit
bless, d'un coup d'pe en la tte, un soldat nomm Delor; le sang
lui couloit par tout le ct et il ne s'en vouloit point aller pour se
faire panser; je dis  M. le Dauphin qu'il lui commandt d'y aller, et
il lui dit avec gravit: _Delor, allez vous faire panser, allez, je le
veux._ M. de Cressy contestant avec Delor, lui parle rudement et le
menace de la prison; M. le Dauphin tenoit des petits ciseaux, il se
retourne en colre, grossissant les yeux et reprsentant la face d'un
homme ardent de colre, et lui dit: _Je vous tuerai, voyez-vous bien
avec mes ciseaux!_ puis se repentant du mot tuer dont on le reprenoit:
_Je vous donnerai dans les yeux, voyez-vous bien!_ Il toit bouffi
de colre; je ne lui avois jamais vu faire une pareille action pour
tmoigner sa colre.

  [170] Ces fontaines, construites par Francine, taient
  accompagnes d'orgues hydrauliques; cette mode durait encore au
  commencement du rgne de Louis XIV, et la grotte de Versailles
  avait aussi des orgues hydrauliques.

_Le 2 avril, samedi,  Saint-Germain._--Il se prend  chanter de son
invention:

    Amour a prins Mansan
    Pour faire un capitan
    Pour me servir quand serai grand.

Il en avoit autant dit aprs dner, l'inventant et chantant sur le son
d'une autre chanson, chante par sa nourrice et Mlle de Ventelet.

_Le 4, lundi._--M. de Ventelet lui demande: Monsieur, n'aimez-vous
pas les Espagnols? il rpond: _Non._--Pourquoi, Monsieur?--_Pource
qu'ils sont ennemis de papa._--Monsieur, aimez-vous bien
l'Infante?--_Non._--Monsieur, pourquoi?--_Pour l'amour qu'elle
est Espagnole, je n'en veux point._ Je lui dis: Monsieur, elle vous
fera roi d'Espagne et vous la ferez reine de France; il rpond en se
souriant, comme de chose o il et pris plaisir: _Elle couchera donc
avec moi et je lui ferai un petit enfant._--Monsieur, comment le
ferez-vous?--_Avec ma guillery_, dit-il bas et avec honte.--Monsieur,
la baiserez-vous bien?--_Oui, comme cela_, dit-il, en se jetant 
corps perdu la face contre le traversin. Il va  la galerie, s'amuse
aux outils du menuisier qui posoit les chssis de verre; on lui en
nomme quelques-uns, je lui demandai: Monsieur, comment s'appelle
cela?--_Une varloppe._--Et cela?--_C'est un Guillaume[171]._ Il
retenoit extrmement bien les noms propres des choses.

  [171] Sorte de rabot.

_Le 5, mardi._--Mme de Montglat lui apprend: _Je crois en Dieu le
pre tout-puissant, etc._, qu'il retient fort bien, puis lui apprend
ces mots qu'il prononce aprs elle: _Dieu est un esprit_, et il ajoute
du sien: _Et gage que ce n'est pas celui de la galerie rouge_, se
ressouvenant avoir autrefois ou dire qu'il y en revenoit un; il avoit
l'oeil et l'oreille  tout, sans en faire semblant, retenoit tout, s'en
ressouvenoit et accommodoit les choses passes  celles qu'il voyoit ou
dont il avoit ou parler.

_Le 6, mercredi._--Je lui dis: Monsieur, nous donnez-vous votre
cong pour aller  Paris?--_Oui._ Ma femme lui demande: Monsieur,
si nous revenions, en seriez-vous bien aise?--_Non._--Monsieur,
dis-je, pour combien de temps nous donnez-vous cong?--_Pour
trois mois._--Monsieur, si nous nous noyons, nous ferez-vous
pcher?--_Oui._--Monsieur, avec quoi?--_Avec un filet._ Notre coche
faillit  tomber dans la rivire au port de Neuilly; nous y courmes
grande fortune[172].

  [172] Le passage du bac de Neuilly tait fort dangereux; le Roi
  et la Reine faillirent s'y noyer l'anne suivante, le 9 juin.
  _Voy._ aussi le Journal d'Hroard au 31 mai 1602.

_Le 7, jeudi,  Saint-Germain._--M. et Mme de Rosny assistent  son
souper.

_Le 13, mercredi._--J'arrive  cinq heures avec mon beau-frre
Montfaulcon, il me fait bonne chre[173].

  [173] Bon accueil.

_Le 16, samedi._--veill  sept heures il se tourne et retourne
dans son lit en toutes faons, dit qu'il va aux fontaines tourner le
robinet, fait, _fss fss_, puis me dit: _Dites grand merci moucheu
Francino_[174]. Je lui rponds: Grand merci, M. Francino; voulez-vous
de l'argent?--_Oui._ Je lui mets en la main un quart d'cu.--_Ho! ho!
c'est tout  bon[175]._--Je le donne au sieur Francino, non  M. le
Dauphin, car il ne faut pas que les princes prennent de l'argent.
Il m'coute et le met dans son lit: Monsieur, lui dis-je, o est
l'cu que je vous ai baill?--_Il est dans mon lit_; il le prend et
me le rend, puis change de propos. _J'irai  la chasse, je tuerai
un sanglier avec mon pe._ Je lui dis: Monsieur, vous irez  la
chasse et porterez votre pe, puis le sanglier qui viendra droit 
vous s'enferrera dedans, aprs vous lui donnerez un coup d'pe, il
mourra.--_Puis je lui couperai le cou._--Monsieur, non pas, vous lui
ferez couper par les veneurs.--_Serai-je pas veneur?_--Monsieur,
vous commanderez aux veneurs, qui couperont la hure, et vous la
porterez  papa, qui vous embrassera, il vous aimera tant; puis vous
irez prendre le cerf, lui donnerez un coup d'pe sur le jarret, il
tombera, vous lui ferez couper le pied, vous le porterez  papa, qui
vous caressera, vous appellera son mignon, vous mnera dans sa belle
galerie du Louvre.--_Du Louvre! o est-il?_--A Paris, c'est la
maison de papa; dans sa galerie il y a des corselets d'or, d'argent
(je lui nomme toutes sortes d'armes); il vous dira: mon fils, prenez
ce que vous voudrez, voil une clef de ma galerie que je vous donne
puisque vous tes bon fils et point opinitre, et que vous avez pris
le sanglier et le cerf. Ce discours dura fort longtemps, tant il y
prenoit de plaisir; il dit encore: _Quand j'irai  Paris, je donnerai
un coup d'pe  un Irlandois!_--Mais, Monsieur, il ne faut pas qu'un
prince fasse mal  personne ni qu'il frappe jamais; si vous rencontrez
des Irlandois qui fassent du mal[176] vous commanderez que l'on les
mette entre les mains de la justice de papa.--_Oui, de la justice
qui les mettra en prison au vieux chteau._--Oui, Monsieur, et si
vous en trouvez qui drobent, qui volent les pauvres gens aussi.--_Ce
voleur qui voloit sur la corde toit Irlandois?_ Il toit vrai; il
accommoda le mot de voleur  l'autre signification, il l'avoit vu voler
 Fontainebleau[177].--_Et puis s'ils sont voleurs il les faut mettre
entre les mains du grand prvt._ Il m'tonna d'avoir nomm de son
mouvement cette qualit et en avoir su reconnotre la fonction.

  [174] Les grottes et fontaines de Saint-Germain et celles de
  Fontainebleau taient, dit le P. Dan, de l'invention et de la
  conduite du sieur de Francine, que le roi Henri le Grand fit
  venir de Florence pour les dresser.

  [175] C'est pour tout de bon.

  [176] Le samedi 20 (mai 1606), dit le Journal de Lestoile,
  furent mis hors de Paris tous les Irlandois qui toient en grand
  nombre, gens experts en fait de gueuserie et excellens en cette
  science, par-dessus tous ceux de cette profession, qui est de
  ne rien faire et de vivre aux dpens du peuple et aux enseignes
  du bonhomme Pto d'Orlans... On les chargea dans des bateaux
  conduits des archers, pour les renvoyer par del la mer d'o ils
  toient venus.

  [177] _Voy._ au 23 septembre 1604.

_Le 17, dimanche._--Il me fait redire les mmes contes que je lui
avois faits le matin du jour prcdent; il y prenoit un grand plaisir,
les coutoit attentivement et il lui prenoit des tressaillements de
courage quand j'tois sur les combats. Il dit: _J'aurai mon grand
tambour bleu et puis le tambour de taine_[178].--Oui, Monsieur,
c'est un tambour de guerre.--_Oui, de guerre, il y va pour gagner sa
vie._--Oui, Monsieur, papa lui donne six francs par mois.--_Et  les
soldats?_--Papa leur donne douze francs. Il rpte en soi-mme douze
francs et dit: _Je leur veux donner six cus, moi._

  [178] Du capitaine.

_Le 18, lundi,  Saint-Germain._--Il appelle M. le Chevalier: _Cadet
pisseux_, Mlle de Vendme, _Cadette pisseuse_, et se nomme lui-mme
_Cadet de haut apptit_, parce qu'autrefois il l'avoit ou dire aux
soldats.

_Le 19, mardi._--Arrive M. de Crillon[179], mestre de camp du rgiment
des gardes, qui ne l'avoit pas encore vu; le Dauphin lui te son
chapeau, lui donne sa main  baiser, disant: _Bonjou, moucheu de
Crillon._ M. de Crillon lui dit: Monsieur, voulez-vous que je tue
cettui-ci, cettui-l?--_Non._--Qui donc?--_Les ennemis de papa._
Le Roi et la Reine arrivent  une heure et demie venant de Paris
en carrosse, il va au devant en la cour, revient avec LL. MM. en la
galerie, s'asseoit  table avec eux, sert la serviette au Roi, puis
 la Reine. L'on met _Favori_, chien de la Reine, sur la table, il
demande: _Ho! ho! qui est stil?_ lui tire l'oreille; le chien fault
 le mordre. Mis  bas il fait la rvrence au Roi, qui le mne  la
galerie o il va  la guerre, tire des arquebusades[180]. Je crois
qu'il avoit la tte et le corps pleins de tambours, d'arquebuses, de
pistolets, de toutes sortes d'armes et de soldats. A quatre heures
trois quarts, le Roi et la Reine s'en retournent  Paris.

  [179] Louis de Balbis-Bertons, seigneur de Crillon, avait alors
  soixante deux ans. Il mourut en 1615.

  [180] Il en imitait le bruit avec sa bouche.

_Le 20, mercredi,  Saint-Germain._--Parti en carrosse pour aller 
Carrire; il mne Madame pour tenir  baptme la fille de M. de la
Salle avec M. le Chevalier; il voit paisiblement faire le baptme o
Madame tenoit les pieds de la petite fille.

_Le 21, jeudi._--Il se joue  coigner des clous  un vieux placet[181].
Mlle Piolant lui dit qu'il se donnt de garde de se blesser, il s'en
fche et lui jette son marteau; Mme de Montglat l'en tance et lui dit:
Monsieur, faites-lui baiser votre main. Il la tend et l'approchant
de sa bouche lui donne un petit soufflet et s'en va; peu aprs s'en
repentant, mais non  l'heure, il va o toit Mlle Piolant, l'embrasse
et lui demande pardon. Sur l'heure il ne pardonnoit point; il falloit
lui en parler, il songeoit, puis il y venoit de lui-mme avec
contenance de dplaisir d'avoir offens.

  [181] Un tabouret.

_Le 25, lundi._--Il fait danser,  la salle, des Limousins, maons
qui travailloient  la muraille du parc. Men chez M. de Frontenac,
qui fianoit Mlle sa fille  M. de Carbonnire, Mme de Montglat lui
dit qu'il prt la damoiselle par la main pour la mener fiancer; il
la prend, la mne au devant du cur, se fait prendre aux bras par
M. Birat et couta attentivement toutes les paroles du cur, ayant
toujours la vue arrte sur lui.

_Le 26, mardi._--Men au vieux chteau, o il prend par la main Mlle
de Frontenac, la conduit dans la chapelle, la mne  l'offrande aprs
avoir attentivement regard et cout tout ce qui s'toit pass aux
crmonies d'pousailles, et la ramne en son logis. A une heure
arrivent les dputs de Zurich, Ble et Schaffouse; celui de Zurich,
chancelier, porta la parole, disant: Monseigneur, Messieurs des Quatre
Cantons, vos serviteurs et bons amis, allis et confdrs, nous ont
envoys devers le Roi pour quelques affaires, desquelles nous lui avons
parl ces jours passs, et nous sommes venus ici, Monseigneur, pour
vous voir et vous supplier de les tenir pour vos serviteurs, bons amis,
allis et confdrs. Aimez et assistez notre nation quand elle en aura
besoin, esprant qu'avec le temps, vous serez roi de France; et pour
notre particulier, Monseigneur, nous vous supplions de nous tenir pour
vos trs-humbles et affectionns serviteurs, et prions Dieu qu'il vous
accroisse en vertu comme en ge. Le Dauphin rpond: _Messieurs, je
vous remercie._--Il soupe  la noce de Mlle de Frontenac, ayant en sa
table toute la compagnie.

_Le 27, mercredi._--Il demande d'aller  la garenne; en approchant du
bac il voit sept ou huit hommes del l'eau et dit: _H! je gage que
vel la drlerie du Pecq_; c'toient les gens du Pecq qu' la mi-carme
il avoit ou nommer ainsi. Pass, men le long de l'eau, il voit courir
quelques lapins. Ramen au bac il s'amuse  jeter du papier dans l'eau
en guise de bateaux.

_Le 28, jeudi._--Il va en la galerie, s'amuse  voir planter des
chssis aux fentres, considre les fruits des vases peints au lambris,
les nomme.

_Le 29, vendredi._--Men  la grotte d'Orphe, o l'on le fait enfin
entrer, suivant Mme de Montglat, qui lui tendoit des pois sucrs dans
sa main; mais avant il fallut faire couvrir l'effigie[182] avec un
linge; il voulut avoir les clefs de peur que l'on ne le ft jouer.

  [182] La statue d'Orphe.

_Le 30 avril, samedi._--Il s'amuse  peindre sur du papier, imitoit
les peintres, soutenant sa main droite, dont il tenoit la plume comme
un pinceau par-dessus le bras gauche, comme font les peintres sur la
verge[183], et conduisoit sa main et la plume aussi artistement qu'et
fait le peintre son pinceau.

  [183] L'appuie-main.

_Le 1er mai, dimanche,  Saint-Germain._--Le tambour de M. de Mansan
lui apporte des bouquets; il va  Mme de Montglat: _H! Mamanga, donnez
un cu au tambour._--Monsieur, votre trsorier n'est pas ici.--_H!
Mamanga, donnez-lui, je vous rendrai tout, mais que je sois grand._

_Le 2, lundi._--Je pars pour aller  Paris[184].

  [184] Pendant l'absence d'Hroard l'apothicaire Gurin le
  remplace, et le Journal est beaucoup plus succinct jusqu'au 18
  mai, jour du retour d'Hroard. Une lettre de Henri IV  Mme de
  Montglat, date du 3 mai, et que M. Berger de Xivrey a classe 
  l'anne 1607, se rapporte videmment  l'anne 1605; la voici:
  Madame de Montglat, j'ai t bien aise d'apprendre par votre
  lettre du 1er de ce mois que mon fils et ma fille se portent
  bien, comme aussi mes autres enfants. Je trouve bon que vous
  demeuriez au chteau neuf, et que vous y fassiez venir mon
  fils de Verneuil, lui faisant bailler une chambre. (_Lettres
  missives_, VII, 229.)

_Le 7, samedi._--M. de Guise le vient voir; il lui demande: Monsieur,
aimez-vous bien les Espagnols?--_Non_, rpond le Dauphin.

_Le 9, lundi._--Men promener aux grottes, il voit des forats qu'on
menoit  la galre, et se prend  pleurer, disant: _Mamanga, je veux
qu'on les laisse aller._

_Le 13, vendredi._--Mme la comtesse de Guichen le vient voir; il tire
d'une petite arbalte que la comtesse lui avoit donne, monte sur le
cheval du petit Lauzun, petit-fils de la comtesse[185].

  [185] Gabriel Nompar de Caumont, comte de Lauzun, fils de
  Franois Nompar de Caumont et de Catherine de Gramont, fille de
  _la belle Corisande_. Il mourut en 1660, et fut pre du fameux
  duc de Lauzun.

_Le 14, samedi._--Il va jouer en la cour, dit aux soldats qu'il aimoit
les Gascons; on lui demande: Pourquoi?--_Pour ce que je suis de leur
pays._

_Le 18, mercredi,  Saint-Germain._--Il voit plusieurs sortes de satin
de couleur,  doubler l'armoire de ses armes, choisit le bleu. J'arrive
de Paris; il vient au devant en la cour: _Que m'apportez-vous?_ Je lui
baille un marmouset  cheval tenant une laisse de lvriers. Le soir,
un peu avant de se coucher, il donne le mot au sieur de la Perrire,
exempt; M. l'aumnier le lui demande, il lui rpond: _Il ne faut pas
donner le mot au prtre._

_Le 24, mardi._--Men au logis du sieur Francino, qui lui faisoit une
petite fontaine.

_Le 25, mercredi._--Il se joue en la galerie; M. de Favas[186] y vient,
il lui baille son pieu de fer, son pieu de bois  M. de Belmont,
et,  M. de Mansan, sa fourchette[187]; lui porte sa arquebuse, fait
marcher M. de Favas  la tte, et va ainsi  la guerre. Il va chez
Francino, en son cabinet, o il s'informe du nom de tout ce qu'il y
voit.

  [186] Jean de Fabas, vicomte de Castet, un des principaux chefs
  royalistes de l'poque de la Ligue, ou peut-tre son fils, qui
  mourut en 1654, aprs avoir pris parti contre le Roi.--_Voy._ une
  tude publie sur Fabas par M. Anatole de Barthlemy, dans la
  _Bibliothque de l'cole des Chartes_.

  [187] Instrument que l'on plantait en terre pour appuyer
  l'arquebuse.

_Le 26, jeudi._--Sa remueuse lui donne un petit mnage de plomb, un
calice, un encensoir, un coq et une femme, le tout dans une bote;
il range ces petites besognes. Mme de la Trimouille, fille de feu M.
le prince d'Orange et de Mme de Jouarre, Mme la marquise de Royan,
fille de feu M. le chancelier, vont  la chambre de M. de Verneuil; le
Dauphin fut fch que quelqu'un de ceux de Mme de la Trimouille lui
avoit relev de terre une petite balle; elle s'approche de lui, disant
qu'elle le tanceroit bien: il lui donne un soufflet.

_Le 30 mai, lundi._--Il coutoit sa nourrice se plaignant de ce que
l'on avoit renvoy de ses amis qui toient venus pour voir le Dauphin;
il se prend  pleurer, disant: _Je veux qu'on les aille querir._ Il
s'toit dchauss tant  table, sa nourrice le veut chausser: _Non,
maman doundoun, je veux pas que vous me chaussiez._--Pourquoi,
Monsieur?--_Pource que vous m'avez donn  teter quand j'tois petit._
Il va chez Francino, fait mettre un robinet  sa fontaine de bois, a la
patience de voir tout faire.

_Le 31, mardi._--Parti pour retourner au vieux chteau,  cause de la
venue du Roi.[188]

  [188] Le Roi n'arriva que le 8 juin.

_Le 1er juin, mercredi,  Saint-Germain._--Mlle Prvost des
Yveteaux[189] et Mlle Morin, de Chartres, assistent  son souper; il
regarde attentivement Mlle Prvost, je lui dis que je vois bien qu'il
est amoureux; il en sourit, puis feint de regarder ailleurs et la
guigne du coin de l'oeil. Men au jardin, il entend deux soldats qui
toient  la prison de l'horloge, et dit: _Je veux qu'ils sortent,
Mamanga._ Elle lui dit qu'il le falloit demander  M. de Mansan; il se
retourne soudain pour aller  lui, qui toit demeur derrire, et lui
dit: _Taine[190], je veux, s'il vous plat, que vous fassiez sortir ces
soldats._

  [189] Dans son historiette sur des Yveteaux, Tallemant des Raux
  dit: Mme de Saint-Germain-Prvost, dont le fils se vantoit
  d'tre fils du marchal de Biron, est celle de qui on a le plus
  parl avec le bonhomme. Y avait-il parent entre des Yveteaux et
  cette famille Prvost? Ce passage d'Hroard tendrait  le faire
  supposer.

  [190] Abrviation de capitaine.

_Le 2, jeudi._--Le comte de Saure, grand cuyer de l'Archiduc,
revenant d'Espagne, lui baise la main, lui fait les recommandations de
l'Infante, et dit qu'elle parle souvent de lui et que l'on dsire en ce
pays l bien fort de le y voir. A dner on lui dit: Monsieur, buvez 
la sant de l'Infante, il rpond: _Je m'en vas boire  ma matresse._

_Le 3, vendredi,  Saint-Germain._--Il vient en ma chambre, demande:
_O est le lion?_ C'toit le livre des animaux de Gesner; il les
reconnot, puis les oiseaux.

_Le 4, samedi._--Il s'amuse dans son lit  une bote de petites quilles
 pirouette; je lui baille un petit singe de poterie qui avait le
col cass jusqu'aux paules.--Il va sur les terrasses, se raille de
Montmjan, soldat et gentilhomme gascon, en disant: _Ce Montmjan qui
dit: lou castel de mon pare, c'est--dire le chteau de mon pre_,
s'en rendant lui-mme l'interprte. Il monte en ma chambre, demande 
voir les livres des oiseaux et des quadrupdes de Gesner, puis: _O est
celui des btiments?_ C'toit celui de Vitruve, qu'il n'avoit vu il y
avoit plus d'un an.

_Le 6, lundi._--Il va en la chambre de Mme de Montglat. Je lui tiens la
main pour crire au Roi en cette sorte:

    Papa, j'ay su que vous avez est malade, j'en ay est bien
    marry, mais j'ay tant pri Dieu qu'il vous a rendu vostre
    sant. J'en ai fait trois petits sauts. J'ay bien envie de vous
    voir, car je suis bien sage, plus opiniastre, et feray tout ce
    que vous me commanderez, et seray toute ma vie, Papa, votre
    trs humble et trs obissant fils et petit valet.--DAULPHIN.

Deux soldats de la compagnie, pour s'tre battus au corps de
garde, toient prisonniers; M. de Verneuil lui dit: Mon matre,
dites, s'il vous plat,  M. de Belmont qu'il fasse sortir les
prisonniers.--_Qu'ont-ils fait?_ dit-il brusquement et de lui-mme;
on lui dit qu'ils s'toient battus; il va froidement  M. de Belmont:
_Belmont, faites sortir les prisonniers, faites, faites._ Les deux
soldats arrivent, il leur dit de son mouvement: _Soyez sages, ne vous
battez plus_, et, peu aprs, les voyant encore l: _Allez vous-en au
corps de garde._

_Le 7, mardi._--Il va au btiment neuf, chez le menuisier, pour voir
faire son jardin de bois, puis chez le sieur Francino pour y voir la
fontaine qu'il lui faisoit. Le soir il dit  Mme de Montglat: _Mamanga,
faites pas dire Pater, faites dire notre Pre_. tant  ces mots: Ton
rgne advienne: _Mamanga, qu'est-ce  dire ton rgne advienne?_ Mme
de Montglat lui en donne raison, et il continue: _Mamanga, qu'est-ce
 dire: et nous pardonnez nos offenses?_--Monsieur, c'est que nous
offensons le bon Dieu tous les jours, nous le prions qu'il nous
pardonne;  ces mots: Et nous garde du malin: _Mamanga, qu'est-ce
 dire malin?_--Monsieur, c'est le mauvais ange qui vous fait
dire: _Allez-vous-en! Parlez plus haut!_ et autres traits de son
opinitret. Il dit encore  Mme de Montglat: _Le bon Dieu a t sur
la croix, Mamanga._ Je lui demande: Monsieur, pourquoi?--_Pour ce
que nous avions tous t opinitres, vous, Mamanga, moi aussi, maman
doundoun et mademoiselle Houard._

_Le 8, mercredi._--veill il chante dans son lit:

    Miquele se veut marida
    A un brave capitaine, hlas[191]!

  [191] Le Dauphin chante souvent cet air. _Voy._ au 18 juin
  suivant.

Le Roi arrive au btiment neuf; il part avec une extrme impatience
de le voir, court au Roi, qui l'attendoit sur la porte de la salle du
btiment neuf, le baise, l'accole;  une heure dn avec le Roi. La
Reine arrive  une heure et demie; il la va recevoir  la descente de
son carrosse,  la porte de la salle; elle le baise par-dessous le
masque. Il va en la galerie avec LL. MM., puis suit la Reine, qui s'en
alloit dner, lui donne la serviette. Il s'en va avec la Reine en la
chambre, voit un homme qu'il n'avoit point vu il y avoit un an, qui
faisoit des fuses, s'en va au Roi: _Papa, vel celui qui fait des
fuses_, ce qui tonna tout le monde pour sa mmoire.

_Le 9, jeudi._--MM. de Crillon et de Favas assistent  son lever. Le
Roi le promne, puis le mne en la chapelle, aprs le ramne  pied 
la procession, portant aussi son cierge, puis le ramne  la chapelle.
Le Roi se voulant jouer  lui l'appelle vilain, et lui dit qu'il n'est
pas gentilhomme; le voil en colre extrme; le Roi en fut fch, et
lui dit qu'il toit gentilhomme: il ne s'apaise aucunement, et fut men
dehors et port en sa chambre. Le Roi sortant de la messe, il entend
le tambour et dit: _Je veux aller dner avec papa_; il y va et dne 
douze heures et demie. Men en la chambre du Roi, il est ensuite ramen
en la carrosse[192] avec LL. MM. au chteau vieux. M. d'Alincourt
prend cong de lui, allant partir  l'heure pour aller  Rome. Il se
joue avec M. de Courtenvaux, pour lequel il avoit une merveilleuse
inclination.

  [192] C'est la premire fois qu'Hroard emploie ce mot au fminin.

_Le 10, vendredi,  Saint-Germain._--Men chez le Roi au btiment neuf;
le Roi, qui toit dans le lit pour un peu de goutte, le fait mettre,
lui et Madame, dans le lit auprs de lui, tout nus. Madame cause, M. le
Dauphin en est l'interprte[193] et le rapporte en souriant au Roi.

  [193] Il explique au Roi le jargon de Madame, qui avait un an de
  moins que lui.

_Le 11, samedi._--A neuf heures men chez le Roi, qui toit au lit; il
va chez la Reine, prend sa petite bote ronde d'argent et une aiguille
d'argent, en fait un tambourin, retourne chez le Roi, puis en la
galerie. Dn avec la Reine. Dpouill et Madame aussi, ils sont mis
nus dans le lit avec le Roi, o ils se baisent, gazouillent et donnent
beaucoup de plaisir au Roi. Le Roi lui demande: Mon fils, o est le
paquet de l'Infante? Il le montre, disant: _Il n'y a point d'os,
papa_; puis comme il fut un peu tendu: _Il y en a astheure, il y en a
quelquefois._ Il assiste aux fianailles de M. le prince de Conty avec
Mlle de Guise[194],  huit heures.

  [194] Louise-Marguerite de Lorraine, fille de Henri, duc de
  Guise, dit le Balafr.

_Le 12, dimanche._--Men par le pont du Roi au btiment neuf, au Roi,
encore au lit pour sa goutte; la Reine lui donne une enseigne de
diamants avec un bouquet de plumes d'argent. Ramen  cinq heures au
vieux chteau, il va en sa chambre, o il fait jouer et chanter la
musique de la Reine (quatre luths et deux voix de petits enfants),
l'coute avec ravissement.

_Le 13, lundi,  Saint-Germain._--Il va chez Mlle de Guise, qui le
matin,  six heures, avoit t pouse; men au Roi en carrosse au
btiment neuf. Le Roi le fait mettre nu avec lui dans le lit; revtu,
il descend  la grotte sche avec LL. MM., qui y font collation.

_Le 14, mardi._--Men  la chambre de la marie (c'toit Mlle de Guise,
qui avoit t le soir prcdent marie), puis  la chapelle, o en
allant il trouve une pauvre femme qui prioit pour son mari,  qui l'on
avoit confisqu le bien: _Mamanga, donnez de l'argent  cette femme._
M. de la Noue[195] le vient voir. Men au Roi au btiment neuf; le Roi
et la Reine sont partis pour retourner  Paris,  trois heures.

  [195] Probablement Odet de la Noue, que fut employ avec
  distinction au service de Henri IV; il tait fils du fameux _Bras
  de Fer_, mort en 1591.

_Le 15, mercredi._--Il monte en la chambre de sa nourrice, lui
demande ses ciseaux; elle les lui baille, il les jette dans le foss,
puis veut aller dans le foss pour les querir, va tout plein de feu
jusqu'au dessous du pont-levis; on le lui fait regarder: _Qu'est cela?_
demande-t-il.--Monsieur, c'est le pont-levis qui vous tombera dessus
la tte; il tourne court, et remonte.

_Le 17, vendredi._--Men au Roi et  la Reine revenant de Paris. Mis au
lit, on lui demande la diffrence qu'il y avoit d'un fils  une fille,
il songe, puis dit: _Je le dirai demain, je sais pas, je veux songer en
mon lit._

_Le 18, samedi._--Il se fait mettre au lit avec sa nourrice; le Roi
y vient  huit heures, et l'y trouve; il chante: _Miquele se veut
marida, papa._ A neuf heures, il s'en va avec le Roi en carrosse, va
voir la Reine, encore au lit, se joue, va prendre un placet[196] pour
en faire des fontaines. Mme de Montglat en veut apporter un autre, il
entre soudain en colre: _Je vous battrai, Mamanga_, et va sur elle,
la frappe: _Je vous tuerai, maman._ Le Roi le fouette sur les fesses
avec la main; ne se taisant point, le refouette encore, puis s'en va;
il se jette  terre, puis feint de ne pouvoir cheminer, va clopinant,
pleurant, criant: _H! Mamanga, papa m'a rompu la cuisse, mettez-moi de
l'onguent._ A trois heures men en litire, avec Madame, chez le Roi,
qui le mne voir la chasse aux toiles, aux Loges.

  [196] Un tabouret.

_Le 20, lundi,  Saint-Germain._--Il se joue dans le cabinet du Roi
avec des petites tenailles dont il pinoit le couvercle, peint de
personnages, d'une bote de Flandres.

_Le 21, mardi._--Il vient en ma chambre, s'amuse aux oiseaux[197], au
sige d'Ostende et  la carte de Flandres.

  [197] Dans le livre de Gesner.

_Le 23, jeudi._--Men chez M. de Frontenac, d'o il voit mettre le feu
au bcher de la Saint-Jean.

_Le 24, vendredi._--M. le comte de Soissons le vient voir, il entre en
mauvaise humeur, ne le veut point accoler ni saluer; on lui apporte
une pice du biscuit du Roi, on lui dit que c'est M. le comte de
Soissons qui l'a envoye querir; il le va accoler et l'en remercie.
A deux heures et demie got sur le haut de l'escalier, assis sur le
premier degr; M. de Montbazon et M. de Rosny y toient. M. de Rosny
lui demande: Monsieur, qui est le plus enfant de nous deux?--_C'est
moucheu de Montbazon._ Il va en bas,  la chambre de M. de Souvr; M.
de Rosny y va, lui porte une bourse.--_Je n'en veux point, elle est pas
belle._--Mais, Monsieur, vous voyez qu'elle est si belle! il y a de si
beaux dauphins!--_Non, alle est vilaine; si vous me la baillez, je la
jetterai dans le foss._--Mais, Monsieur, voyez! il y a de si beaux
demi-cus dedans, et on les vide dans un tablier. Il les prend, les
remet dans la bourse, la jette en disant: _Allez, vilaine._--Monsieur,
dit M. de Rosny, que vous plat-il donc que je vous donne?--_Un petit
carrosse._ Men au btiment neuf, il court aprs le Roi et la Reine,
ores  l'un puis  l'autre, se jouant  eux; le Roi le fait dcoiffer
et aller tte nue; la Reine mettant la main  sa guillery dit: Mon
fils, j'ai pris votre bec.

_Le 25, samedi._--En dnant Mme de Montglat parloit d'aller voir M. de
Rosny pour lui parler d'affaires; M. le Dauphin, se retournant soudain
vers elle, dit: _Et du lit de maman doundoun._ Il s'amuse  la fentre
du passage entrant au petit cabinet,  faire battre le tambour du sieur
de Mainville, capitaine aux gardes, lui fait battre les batteries
espagnole, angloise, wallone, italienne, pimontoise, moresque,
cossoise, lombarde, allemande, turque, puis la franoise, une chamade,
un assaut, puis lui dit: _C'est assez! battez au champ vous en allant._
A cinq heures il va au btiment neuf voir la Reine, qui toit prte 
se lever du lit; le Roi le fait mettre tte nue.

_Le 26, dimanche._--Le Roi l'envoie querir  dix heures et demie; il se
y en va, tabourin battant, trouve le Roi crivant, cesse son tambour,
et jamais ne voulut battre. Ayant salu le Roi, il va chez la Reine,
puis en la galerie pour battre son tambour; le Roi y vient: Mon fils,
ne battez plus; il cesse aussitt, et baille  garder son tambour  M.
le Chevalier. Il va chez la Reine, o il se met en mauvaise humeur pour
ce qu'il vouloit et jetoit la poudre de la Reine avec la houppe; la
Reine envoye querir des verges par le nain Camille; aussitt qu'il les
voit entrer, sans dire mot il s'encourt  la Reine l'embrasser.

_Le 27, lundi._--Le Roi part  quatre heures du matin pour aller 
Paris. Men chez la Reine, le Dauphin la rencontre dans la galerie
revenant de la messe, va dner avec elle. Il s'en va avec la Reine;
elle lui coupe les cheveux sur le front et les tempes; il est tout
chang, semble un de ces gros visages de moines. La Reine s'en va en
litire[198] par Saint-Cloud  Paris.

  [198] La Reine tait grosse.

_Le 30 juin, jeudi,  Saint-Germain._--On lui demande: Monsieur,
quand vous serez baptis, comment aurez-vous nom?--_Henry._ Il
battoit de sa cuiller sur le bord du plat qu'il tenoit d'une main,
disant: _Mamanga, je sonne les heures comme le Jacquemard qui frappe
sur l'enclume._ Je lui demande: Monsieur, o est ce Jacquemard?--_A
Fontainebleau[199]._--Il s'amuse  monter la montre triangulaire de Mme
de Montglat, la monte fort bien.

  [199] Cette horloge, qui datait de Franois Ier, reprsentait la
  statue du Soleil qui tenoit un sceptre duquel il montroit les
  heures qui sonnoient par le moyen de certaines grandes statues
  reprsentant des cyclopes et forgerons frappant sur une enclume
  autant de coups qu'il toit d'heures. (_Le Trsor des merveilles
  de Fontainebleau_, par le P. Dan, page 54.)

_Le 1er juillet, vendredi,  Saint-Germain._--Il dveloppe les
portraits du Roi et de la Reine, les baise disant en se jouant: _Vel
moucheu papa et vel madame maman._ Je pars pour aller  Paris[200].

  [200] Pendant l'absence d'Hroard, Dumont, clerc de la chapelle
  du Dauphin, et Gurin, son apothicaire, continuent le Journal.

_Le 7, jeudi._--Mme de Montglat lui dit: Monsieur, vous courez trop!
papa ne fait pas comme cela.--_Non, Mamanga, mais quand il toit petit
comme moi il couroit comme a._

_Le 9, samedi._--M. de Montmorency, fils de M. le conntable[201], M.
le comte d'Als, fils de M. le comte d'Auvergne[202], M. le comte de
la Voulte, fils de M. de Ventadour[203], M. de Prcy, fils de M. de
Bouteville-Montmorency[204], et Mlle de Montmorency[205] arrivent; le
Dauphin va  la chapelle, o il a fort cri; il faut envoyer querir
Thomas, le maon, il s'apaise. A dner M. de Montmorency lui sert 
boire; il crit au Roi par un nomm Nervze[206], qui lui avoit donn
un petit livre. A souper M. de Montmorency lui sert la serviette 
laver[207]; le Dauphin, la prenant, dit: _Or a, je m'en vas laver  la
franoise_, et prenant la serviette, la toupillant: _Voyez, vel comme
on se lave  la franoise._

  [201] _Voy._ page 47, note 70.

  [202] Franois de Valois, comte d'Alais, fils du btard de
  Charles IX, mort  Pznas, en 1622.

  [203] Henri de Lvis, depuis duc de Ventadour, puis chanoine de
  Notre Dame, mort en 1680.

  [204] Franois de Montmorency, depuis seigneur de Bouteville,
  excut en 1627, pour s'tre battu en duel.

  [205] Charlotte-Marguerite de Montmorency, fille du conntable,
  marie en 1609  Henri II, prince de Cond; elle fut mre du
  grand Cond, et mourut en 1650.

  [206] Antoine de Nervse, dont le style ridicule avait pass en
  proverbe: Jamais, dit Tallemant des Raux, on n'a mieux dbit
  le galimatias, ni parl si bien Nervse.--(_Les Historiettes_,
  3e dit., tome I, p. 207 et IV, 321.)

  [207] Aprs le repas il se nettoyait les mains avec une serviette
  mouille.

_Le 10, dimanche,  Saint-Germain._--J'arrive de Paris avec M. de
Souvr; il me voit du dessus de la terrasse de la salle du bal,
m'appelle et me demande: _Que m'apportez-vous?_ Je lui montre un papier
sous le bras o il y avoit un cheval et un gendarme envelopps; il se
prend  tressaillir de joie et  courir pour venir  bas, vient  moi 
sauts. Aprs dner il va  la guerre, fait tirer son petit carrosse par
MM. de Montmorency, de Ventadour, comte d'Als et de Bouteville.

_Le 11, lundi._--Il rencontre deux demoiselles, pas trop mal vtues,
qui ne demandoient encore rien; il reconnot qu'elles avoient besoin,
et leur donne un quart d'cu. A souper il se fait donner  boire par
Mlle de Montmorency, ayant vu qu'elle en donnoit  Madame.

_Le 12, mardi._--En passant par la salle il voit M. du Servon-Mailler
assis dans une chaise,  cause de sa goutte; il va  lui, lui tend la
main  baiser, et voyant qu'il avoit peine  se tenir: _Seyez-vous,
seyez-vous_, lui dit-il, avec compassion et respect pour son ge.

_Le 13, mercredi._--Il reprend M. de Ventelet, qui disoit: Celui-ci.
Je lui demande: Monsieur, comment faut-il donc dire?--_Cettui-ci._
L'on parloit de la reine Marguerite et on demandoit comment il
l'appelleroit[208]; quelqu'un dit qu'il l'appelleroit sa tante.--_Non,
je l'appellerai ma soeur, ce sera Madame qui l'appellera sa
tante._--Monsieur, lui dit quelqu'un, 'a t la femme  papa.--_Non,
c'est maman_, dit-il brusquement.

  [208] Marguerite de France, fille de Henri II, premire femme de
  Henri IV, spare en 1599, morte en 1615. Le Dauphin la vit pour
  la premire fois le 6 aot suivant, et il fut dcid qu'il la
  nommerait _Maman ma fille_.

_Le 14, jeudi,  Saint-Germain._--Men au jardin, il rencontre en
allant Mme la comtesse de Moret.

_Le 15, vendredi._--Se jouant avec M. de Montmorency et M. le comte de
la Voulte, qui lui demandoient cong de s'en retourner le lendemain:
_Non_, dit-il, _je veux que vous demeuriez avec moi_.--Monsieur, dit
Birat, quelle charge lui donnerez-vous quand vous serez grand?--_Je le
fairai mon conntable._--Et  M. de la Voulte?--_Amiral._ Mis au lit,
il embrasse M. de Montmorency, qui lui disoit adieu pour s'en retourner
 Chantilly, en fait autant aux sieurs comte de la Voulte, comte d'Als
et de Pressy; puis  Mlle de Montmorency il fait le honteux, ne la
veut point embrasser, prend courage et l'embrasse avec honte, sans la
baiser, donne la main  baiser  leur suite.

_Le 19, mardi._--M. le baron de Toun, grand marchal de Lorraine, le
vient visiter de la part de Son Altesse et assiste  son souper; ce
baron voulant prendre cong de lui, le Dauphin ne voulut jamais dire
qu'il fut le serviteur de M. de Lorraine, comme Mme de Montglat le lui
vouloit faire dire; il dit seulement entre ses dents: _Je lui baise
les mains._ Quand il fut parti, Mme de Montglat lui dit: Monsieur,
pourquoi n'avez-vous voulu dire  ce gentilhomme que vous tiez
serviteur de M. de Lorraine, votre oncle? Il songe, et puis rpond:
_Pource que je suis trop petit._

_Le 21, jeudi,  Saint-Germain._--On lui dit qu'il falloit qu'il
appelt la reine Marguerite: Maman.--_Pourquoi?_--Mme de Montglat lui
dit: Pource que maman le veut. La Reine l'avoit ainsi command par
lettre expresse, que Mme de Montglat venoit de recevoir.

_Le 23, samedi._--Le sieur de la Lane, matre d'htel de la reine
Marguerite, arrive  Madrid depuis trois jours, vient pour visiter
le Dauphin de sa part et lui dire qu'elle lui baisoit les mains et
pour s'excuser si elle n'toit venue pour le voir, ce qu'elle feroit
se trouvant dlasse du travail du chemin et lorsqu'elle auroit eu
l'honneur de voir le Roi. Le Dauphin lui rpond: _Je la remercie bien
humblement, je suis son serviteur. Comment se porte maman?_--M. de
Longueville, Mme de la Trimouille arrivent; Mme de Montglat lui ayant
dit que Mme de la Trimouille le venoit voir et qu'il et  lui dire
qu'il toit petit quand il lui donna le soufflet au btiment[209]:
_Mais, mamanga, elle est aveugle qu'elle porte cela si longtemps sur le
nez?_ se ressouvenant que le bout de sa coiffure y toit avanc fort
bas. Il observoit tout, jusques aux plus petites choses.

  [209] _Voy._ au 26 mai prcdent.

_Le 24, dimanche._--Tout le long du dner il est transport et comme
ravi de la musique des violons du Roi, qui toient quinze, auxquels,
pour la fin, il commanda de jouer _la guerre_, n'ayant dit que ce mot
durant tout le dner; ils ne la surent jouer.

_Le 25, lundi._--tant au droit de la chapelle, Madame se trouva dans
l'alle qui est vis--vis; on les fait avancer, ils s'entre saluent,
et comme il fut  six pas prs, sa nourrice lui dit: Monsieur, il ne
faut pas approcher de Madame davantage que cela[210]; il s'arrte,
faisant sa petite lippe assez longue, et  la fin il lui en tombe des
larmes des yeux et  Madame aussi, qui en firent faire autant  toute
la troupe.

  [210] Elle venait d'avoir la rougeole.

_Le 26 juillet, mardi._--Cejourd'hui le Roi a vu, au chteau de Madrid,
la reine Marguerite.

_Le 27, mercredi._--Il vient en mon tude, veut voir le livre de
Mathiole[211], o il avoit autrefois vu des poissons.

  [211] Pierre-Andr Mathiole, mdecin, mort en 1577, auteur de
  plusieurs ouvrages sur l'histoire naturelle.

_Le 28, jeudi._--J'eus l'honneur de lui donner sa chemise, Mme de
Montglat n'y toit pas.

_Le 29, vendredi._--Le Roi arrive au btiment neuf, accompagn de Don
Juan de Mdicis[212], oncle btard de la Reine; men par le pont du Roi
 S. M., il lui court, lui saute au col, le mne  la galerie, o il
joue au palemail. Dn avec le Roi.

  [212] Fils naturel de Cme Ier, grand-duc de Toscane.

_Le 30, dimanche._--Men au btiment neuf au Roi et  la Reine; il se
joue au Roi, ayant respect et crainte de le blesser sur le lit, o il
toit, ayant mal aux dents et le visage enfl.

_Le 1er aot, lundi,  Saint-Germain._--Men  quatre heures au
btiment neuf, le Roi se reposoit sur son lit; il dresse en la ruelle
tout son petit mnage de poterie verte; M. de Verneuil toit un des
cuisiniers. A six heures il donne le bonjour au Roi et  la Reine,
prend le mot du Roi et le baille  M. de Crquy, mestre de camp du
rgiment des gardes.

_Le 2, mardi._--Men  la chapelle, o il voit tout le prparatif pour
faire le service pour le feu Roi[213]; il s'informe de toutes les
pices: Pourquoi ceci? pourquoi cela? puis s'en va ne y tant point
demeur, les Dauphins n'assistant jamais aux services des funrailles.

  [213] Henri III, assassin  Saint-Cloud le 1er aot 1589, mort
  le lendemain.

_Le 3, mercredi._--A dner il mange sans dire mot et comme transport
de joie d'our jouer un flageolet d'un estropi que l'on nommoit
cul-de-jatte, lequel aprs avoir jou longtemps et deux violons
avec lui, lui va dire d'une voix rude: Monsieur, buvez  nous. Il
devient rouge, disant soudain: _Je veux qu'il s'en aille, je veux
qu'il s'en aille, maman._ Je lui dis: Monsieur, il est un pauvre, il
ne les faut pas chasser.--_Il ne faut pas que les pauvres viennent
ici._--Monsieur, non pas tous, ou bien ceux qui vous font jouer comme
lui.--_Qu'il aille donc jouer l-bas._--Mme de Montglat l'en veut
aussi distraire, il lui rpond: _Mamanga, il m'tourdit_, et puis aprs
dit: _Je ne bois qu' papa et  maman._--Il s'amuse sur une petite
planche  imiter le sieur Francisco, que le jour prcdent il avoit vu
travailler en cire,  faire des modles de figures, et dit: _Je fais le
modle d'une fontaine, je fais le modle d'un singe_; il l'avoit vu le
jour prcdent  la galerie o travailloit Francisco.

_Le 4, jeudi,  Saint-Germain._--A dix heures men par le petit pont
au btiment neuf, au Roi, en la galerie; M. de Bthune y arrive,
revenant ambassadeur de Rome; sur ce sujet le Roi lui demande: Mon
fils, voulez-vous aller  Rome?--_Non, papa._--O voulez-vous donc
aller?--_Je veux demeurer auprs de vous, papa._

_Le 5, vendredi._--Il va en la chambre de Madame, o toit son peintre,
matre Martin, qui la peignoit; il se fait donner un pinceau, demande
de la peinture. Monsieur, dis-je, de laquelle voulez-vous?--_De la
bleue._ C'toit une couleur qu'il aimoit naturellement et qu'il avoit
toujours aime.

_Le 6, samedi._--Je lui dis: Monsieur, habillez-vous vtement; vous
irez au parc voir papa, qui vous donnera un beau canon qu'il fait
promener avec des chevaux, ou bien M. de Verneuil ira le premier,
et il l'aura.--_Ff Vaneuil dort encore._--Monsieur, vous me
pardonnerez, il est lev et est all trouver papa.--_Ho! non; papa
veut pas qu'il aille qu'avec moi!_ Men  LL. MM. Ramen, appelant:
_Allons, ff Vendme, ff Chevalier, allons ff Vaneuil!_ Il ne y
vouloit laisser personne de ces Messieurs aprs lui.--L'aprs-dne il
demanda  Mlle de Ventelet: _Tetai, o a-t-on port cette messe noire
qui toit  la chapelle?_ (c'toient les meubles pour le service du
feu Roi).--Monsieur on l'a rapporte  Paris.--_Pourquoi est-elle
noire?_--Monsieur, c'est pour prier Dieu pour le feu Roi, vous devez
bien prier Dieu pour lui.--_Pourquoi?_--Monsieur, pource que vous ne
seriez pas ce que vous tes.--A quatre heures et demie mis dans le
carrosse de la Reine pour aller au-devant de la reine Marguerite; il
est accompagn de Madame, de MM. de Vendme, de Verneuil, de Souvr.
Il va par la leve prs de Ruel et, la Reine ne venant point encore,
il revient en l'htellerie qui est sur la leve, o il a soup. Remis
en carrosse, il va au-devant de la reine Marguerite, et tant environ
le milieu de la muraille du clos de M. le prsident Chevalier, qui
est sur le chemin de la leve, il met pied  terre. Elle, le voyant
aussi, descend de la litire que la Reine lui avoit envoye, et ils
se rencontrent au droit du bout de la muraille du clos,  gauche en
allant. M. le Dauphin de dix pas te son chapeau, va  elle; on le
lve, il la baise et l'embrasse: _Vous, soyez la bien-venue, maman ma
fille._--Monsieur, lui dit la Reine, je vous remercie, il y a fort
longtemps que j'avois desir de vous voir. Elle le baise de rechef;
l'on le reprend au bras (c'toit Birat) et, faisant le honteux et le
vieux, il se cachoit de son chapeau. Mon Dieu, reprend la Reine, que
vous tes beau! vous avez bien la mine royale pour commander comme
vous ferez un jour. Elle baise Madame et puis les autres Messieurs;
il rentre en carrosse et elle en litire. M. le Dauphin s'endort 
demi-chemin, et arrive en sa chambre tout endormi,  huit heures trois
quarts. La reine Marguerite arrive aussi  cette heure.

_Le 7, dimanche._--A dix heures men au btiment neuf, il salue la
Reine, et puis va en la galerie trouver le Roi et la reine Marguerite,
qui se promenoient il y avoit plus d'une heure; il court, se promne
tte nue; la reine Marguerite lui fait de grandes caresses, et quitte
le Roi pour l'aller trouver. Le Roi la mne et lui aussi  la messe.
A deux heures la reine Marguerite lui envoie un prsent par Mme de
Lansac, sa dame d'honneur; ce fut un Cupidon parsem de diamants, assis
sur un dauphin, et tenant un arc d'une main et un brandon de l'autre,
parsem de diamants; au ventre du dauphin il y avoit une meraude
grave d'un dauphin couronn et entour de petits diamants, et un petit
cimeterre parsem de diamants; elle envoya  Madame un serre-tte de
diamants.--Les dputs du Clerg, de l'assemble gnrale sant 
Paris, viennent saluer le Dauphin. La reine Marguerite le vient voir,
il s'en va au devant jusques  l'entre du pied de l'escalier; remont
en sa chambre, o il a got devant elle, il va avec elle, dans le
carrosse, au btiment neuf. Le soir la reine Marguerite envoie  sa
nourrice un bassin dor et un vase de mme; il en fait le remerciement:
_Je remercie maman ma fille pour maman doundoun._

_Le 8, lundi,  Saint-Germain._--Il entend lire des vers faits en
l'honneur du Roi et du sien par M. Nervze, passe sa main devant
le visage, sur le front comme ceux qui y ont de la pesanteur, et
bille[214].

  [214] Hroard a crit en marge: _Nota pour son entendement_.
  _Voy._ la note du 9 juillet prcdent.

_Le 9, mardi._--Il donne la chemise au Roi revenant de la chasse; dn
avec le Roi.

_Le 11, jeudi._--Men  neuf heures trois quarts au btiment neuf,
trouver le Roi et la Reine; la Reine toit au lit, le Roi assis dessus
et la reine Marguerite  genoux, appuye contre le lit[215]. M. le
Dauphin mis sur le lit se joue  un petit chien que le Roi lui avoit
prt; il dit adieu  la reine Marguerite, qui s'en retournoit 
Madrid, l'embrasse et la conduit jusques en sa chambre.

  [215] Le Roi crivait la veille  M. de la Force: J'ai ici prs
  de moi ma soeur la reine Marguerite, qui se gouverne de faon que
  j'en ai beaucoup de contentement. (_Lettres missives_, VI, 500.)

_Le 12, vendredi,  Saint-Germain._--Comme il toit en la cour, il voit
le Roi revenant de la chasse, se prend de lui-mme  courir au-devant
de lui si dispostement qu'il sembloit voler. On le hausse, le Roi, qui
toit  cheval, le baise; il retourne avec le Roi  la chambre de la
Reine, puis le suit au cabinet; en voyant donner les souliers au Roi,
il court de lui-mme pour soutenir la jambe du Roi.--En soupant, ayant
t quelque temps sans dire mot, comme il toit aucunes fois rserv
et tout ainsi que s'il et song  de grandes affaires, il dit: _Mais
c'est Thomas_; voyant qu'il ne disoit plus mot: Monsieur, dis-je, qui
est ce Thomas?--_C'est un homme de pierre; je l'ai vu  Poissy dans
une chapelle, rang l,  un petit coin._ Il y avoit environ quatorze
mois qu'il fut  Poissy[216], o il vit et entendit nommer cette image
du nom de Saint-Thomas et au lieu o il la reprsentoit.

  [216] Le 12 mai 1604.

_Le 13, samedi._--Men chez la Reine, sa nourrice lui dit qu'il aille
demander  la Reine l'aumne pour une femme qui toit en prison;
il part, puis revient: _Maman doundoun, venez, demandez-lui?_ Il
en faisoit difficult. Enfin, aprs plusieurs remises il y va, et,
s'amusant  se jouer  des soies sans regarder la Reine: _Maman,
donnez-moi quelque chose pour une pauvre femme qui est en prison?_ La
Reine lui en promet, n'en ayant point sur elle; Mme la princesse de
Conty lui prsente un sol, il n'en veut point; elle lui prsente un
cu, il le prend; Mme de Longueville lui en donne deux, il porte tout
gaiement  sa remueuse, qui en faisoit la qute.

_Le 14, dimanche._--veill  deux heures et demie aprs minuit en
sursaut, il se lve hors du lit, debout, disant: _O me faut-il
aller!_ Sa nourrice le prend, le recouche[217], et il se rendort
jusqu' six heures et demie. Il se fait mettre au lit de sa nourrice,
et, se jouant  elle: _Bonjour, ma garce, baise-moi, ma garce, h!
ma folle, baise-moi!_--Monsieur, lui demande sa nourrice, pourquoi
m'appelez-vous ainsi?--_Pource que vous tes couche avec moi._ Mlle
Lecoeur, femme de chambre, lui demanda: Monsieur, vous savez donc bien
ce que c'est que des garces?--_Oui._--Et qui, Monsieur?--_Celles qui
couchent avec les hommes._--Men  la chapelle avec le Roi, comme le
Roi battoit sa poitrine sur le _Domine non sum dignus_, il demande  M.
Birat, qui le tenoit: _Mon valet, pourquoi papa fait cela!_--Monsieur,
pource qu'il s'toit courrouc et avoit battu quelqu'un; il avoit
offens Dieu, il lui en demande pardon. Il joint soudain les mains, et
puis bat sa poitrine, disant: _J'ai offens bon Dieu, pardonnez-moi._
Aprs la messe il dit au Roi: _Papa, vous plat il que votre musique
vienne chanter  ma chambre?_--Oui, mon fils.--_Venez chanter grces
 mon dner, papa le veut._ Il va en sa salle;  midi, dn; la musique
du Roi chanta _Laudate_; il l'couta avec transport, tant il aimoit la
musique. A deux heures le Roi l'envoie querir pour le faire voir au
nonce. A souper l'on disoit que M. de Saint-Germain, prdicateur[218],
toit fort malade; il demande: _Pourquoi n'est-il pas mort?_ L'on le
loua d'avoir demand cela: il se retourne  moi, et me dit: _crivez
cela_[219].

  [217] Le Dauphin a souvent de ces cauchemars.

  [218] Matthieu de Morgues, abb de Saint-Germain, depuis
  prdicateur du Roi et premier aumnier de Marie de Mdicis,
  n'tait alors g que de vingt-cinq ans; il mourut en 1670, g
  de quatre-vingt-huit ans. Il est l'auteur de plusieurs pamphlets
  contre le cardinal de Richelieu, et se distinguait peut-tre dj
  par la violence de ses prdications.

  [219] Le Dauphin savait qu'Hroard tenait un journal de ses
  paroles et actions.

_Le 15, lundi._--Mme la princesse d'Orange, fille de feu M. l'amiral
de Chtillon[220], revenant de Flandre, lui apporte des ouvrages de
la Chine,  savoir: Un parquet de bois peint et dor par dedans, peint
des feuillages, arbres, fruits et oiseaux du pays, sur de la toile qui
lioit les ais de demi-pied; l'on s'en servoit comme de cabinet; elle
donne  Madame de la vaisselle tissue de jonc et crpie par le dedans
de laque, comme cire d'Espagne. Mme de Montglat lui demande: Monsieur,
aimez-vous bien Mme la princesse d'Orange?--_Oui._--Je lui demande:
Comment l'aimez-vous?--_De tout mon coeur._ Mme la princesse d'Orange
en rougit et en pleura de joie. Je lui dis: Monsieur, vous plat-il
que je l'crive.--_Oui._--Mme de Brezolles lui avoit donn le matin de
petites besognes de bois qui se font en Allemagne. A deux heures men 
la chapelle, au sermon du P. Coton, il couta jusqu' deux heures trois
quarts; il s'ennuyoit sans dire mot, le Roi le fait emporter.

  [220] _Voy._ page 31, note 48.

_Le 16, mardi,  Saint-Germain._--Il fait porter son petit cabinet de
la Chine, se met dedans; il se joue avec ses petits jouets d'Allemagne
et d'argent. Mme de Montglat lui dit s'il vouloit pas crire  Maman
sa fille[221] pour M. de Mansan; il rpond soudain, gaiement: _Oui,
Mamanga, allons quire; Taine[222], venez; moucheu Heoua, allons
quire._ Il s'assied en la tourelle, et a la patience entire d'crire;
je lui conduisois la main:

    Maman ma fille, je vou pie de tou mon coeu de vouloi don 
    Teine, que papa m'a pret pou me gad, le droi seigneuriau de
    la terre de Morcourt; je vous en pie encore tes humblemen,
    et je vous fer seuice tes humble et toi peti sault de joie
    que j'en aurai, comme pou la pemiere chose don je vous ai
    pie. Je suis la dessu, Maman ma fille, vote tes humble
    seuiteu.--DAULPHIN.

  [221] La reine Marguerite.

  [222] C'est ainsi que le Dauphin appelle le capitaine de Mansan.

_Le 17, mercredi._--Mme de Montglat lui dit: Monsieur, dites au
P. Coton, je vous prie, de faire quelque chose pour le fils du
grand Tetai[223]--_Non._ Il refusoit de dire _je vous prie_, et
aprs plusieurs refus il dit: _Faites quelque chose pour le fils de
grand Tetai, pre Coton, s'il vous plat_; il avoit naturellement
ces discrtions de parler et de commander  chacun des choses selon
sa qualit. Men  LL. MM., dn avec eux; la Reine part pour s'en
retourner  Paris;  six heures le Roi est parti. Il s'amuse 
travailler avec un pinceau sur de la cire de Francisque, dit qu'il
fait un modle imitant ledit sieur Francisque[224], qu'il avoit vu
travailler aux figures de cire qu'il faisoit pour jeter en fonte.

  [223] M. de Ventelet.

  [224] Ou Francisco. _Voy._ au 3 aot prcdent.

_Le 18, jeudi,  Saint-Germain._--Mme de Montglat me dit: Je gage que
Monsieur est plus savant que vous, qui ne savez pas des proverbes de
Salomon. Je dis qu'il n'en savoit point; soudain il va dire ce que Mme
de Montglat lui avoit appris depuis son rveil: _L'aumne prserve de
la mort_ (premier proverbe de Salomon qu'il sut). M. Danorville, mon
beau-frre, lui fait la rvrence, lui demande s'il y a des tambours 
sa compagnie, ayant su qu'il toit gendarme.

_Le 19, vendredi._--Il apprend un autre proverbe de Salomon: _L'enfant
sage rjouit le pre_; il s'amuse  crayonner de rouge, fait des
figures d'oiseaux[225].

  [225] Hroard a conserv ces griffonnages, qui n'ont encore
  aucune forme, mais dans lesquels il voit dj une merveilleuse
  inclination  la peinture.

_Le 22, lundi._--M. du Vair, premier prsident en Provence, le vient
voir; il fait deux oiseaux fort reconnoissables, qui avoient le bec
l'un contre l'autre; M. le prsident du Vair prit le papier pour le
faire voir au Roi.

_Le 23, mardi._--A souper il commande  Boileau et  Indret, qui
jouoient entre la porte de la chambre et de la salle: _Jouez le
combat_; c'toit un ballet o il y avoit  darder les uns contre les
autres, qu'il avoit autrefois vu danser  sa nourrice; il toit comme
transport pour aller  cette danse.

_Le 24 aot, mercredi,  Saint-Germain._--MM. du Pons, premier consul
de Montpellier, de Gasques et de Ferrier, dputs vers le Roi par
l'assemble tenue  Chtellerault, le baron de Courtomer (de Normandie)
portant la parole, viennent, avec lettre de M. de Rosny  Mme de
Montglat, offrir leur service au Dauphin et donner assurance de leur
fidlit.

_Le 13 septembre, mardi,  Saint-Germain._--J'arrive de Paris[226]; ma
femme lui donne des petits chiens de verre et autres animaux faits 
Nevers; je lui donne un suisse fait de poterie. A souper ma femme lui
dit: Monsieur, vous tes friand, il pleuvra le jour de vos noces! Il
lui rpond: _Ho! je serai  couvert._

  [226] Hroard tait absent depuis le 29 aot.

_Le 15, jeudi._--Les milords North et Noris, anglois, jeunes, le
viennent voir; il leur donne sa main  baiser; le milord North lui
dit: Monsieur, tous vos gendarmes sont alls en Prigord avec le Roi
votre pre  la guerre; quand vous y voudrez aller, nous serons vos
gendarmes, nous irons devant vous; ils lui baisent la main, et s'en
vont.--Il se met  crire avec son crayon, puis plie la lettre, me fait
entortiller la soie; Mme de Montglat met la cire, lui le cachet, et il
dit  M. Boquet: _Boquet, allez-vous-en porter cette lettre  papa, 
Orlans_.--Monsieur, dis-je, qu'y a-t-il dans la lettre?--_J'cris 
papa qui me vienne voir bientt._

_Le 16, vendredi._--Il chante tout bas:

    Bergeronette mamiette,
    Bergeronette mon souci,

et montrant ma femme, qui toit habille d'un manteau de chambre, dit:
_La vel_.

_Le 17, samedi._--Il dit qu'il n'est pas puceau, _pource qu'il a
couch avec doundoun quand Boquet[227] n'y toit pas_.--Il donne de
soi-mme le mot  M. de Mansan: _Saint Paul_, aprs avoir t enhardi
de ce faire par Mme de Montglat.

  [227] Mari de sa nourrice.

_Le 18, dimanche,  Saint-Germain._--M. de Champvallon lui apporte, de
la part de M. de Lorraine, un mousquet dans un fourreau de velours vert
et une bandoulire brode d'or et d'argent, les charges d'or maill et
la fourchette, qui toit un dauphin; il en est tout transport de joie.
L-dessus MM. d'pernon viennent de Paris pour le voir; il leur montre
son mousquet, les mne au cabinet de ses armes, les arme tous, les met
en garde. Il toit tout n aux fonctions de la guerre, tout viril, et
je n'ai jamais reconnu en lui, pour si petit qu'il ait t, aucune
foible et fminine action. M. le Chevalier lui dit, en lui montrant le
chevalier d'pernon[228], fils btard de M. d'pernon: Monsieur, voici
le fils btard de M. d'pernon, qui vient pour tre votre page.--_Un
btard, un btard tre mon page!_ rpte-t-il plusieurs fois avec
vhmence et abomination. L'aprs-dne je racontois ce qu'il avoit dit
du chevalier btard de M. d'pernon; il m'coutoit froidement et sans
en faire semblant, et tout  coup il me demande: _Avez-vous crit cela?_

  [228] Il devint lieutenant gnral des armes du Roi, et mourut
  en 1650.

_Le 19, lundi._--Il va en carrosse se promener sur la cte du Pecq, aux
vignes d'un nomm La Fontaine, archer du corps, qui toit en garde prs
de lui; il y apporte une petite serpe et un petit panier, se coupe deux
grappes, les met en son panier. Il mange un gros morceau de pain bis;
envoy querir par Mlle de Vendme chez le gros Maurice, au Pecq. Mme
de Montglat me racontoit comme il avoit mang du pain de M. Maurice;
lui, qui coutoit tout et faisoit profit de tout, l'accommodant aux
occasions, dit: _Il a de bon pain bis, Maurice; ce n'est pas le comte
Maurice, qui garde les Espagnols; c'est pas Flandres, c'est le Pecq._

_Le 20 septembre, mardi._--Il se joue du bout des doigts sur les
lvres disant: _Vel la basse_; puis, levant la voix, je dis: Voil
la chanterelle.--_Non, c'est la moyenne._ Il toit vrai; chose
merveilleuse d'avoir su reconnotre le ton et le nom de la corde; il
pouvoit l'avoir appris, l'ayant ou dire  Boileau ou Indret, ses
joueurs de luth.

_Le 27, mardi,  Saint-Germain._--Il se joue  jouer du bonnet de toile
d'argent de Madame, le poussant comme un ballon. Il entend parler de
faire chanter le _Te Deum_ pour le jour de sa nativit[229], il le
presse avec extrme impatience; il va  la chapelle, o il fut chant
par le cur et prtres du village. Ramen, il voit tirer dans la cour
des arquebusades et mousquetades, et dit, sans ciller la paupire,  M.
de Mansan: _Taine, commandez-leur de tirer encore._ A souper, il dit
tout bas  Mme de Montglat: _Mamanga, faites ter la brayette qui est 
mes chausses, maman me prendroit pour un suisse, maman penseroit que je
n'aurois pas quatre ans_.

  [229] Le Dauphin entrait dans sa cinquime anne.

_Le 28, mercredi._--Men  la chapelle o l'on porte le pain bnit
pour le jour de sa nativit, il va  l'offrande, donne un demi-cu 
son aumnier. M. l'abb de Saint-Denis, Mme de Soisy assistent  son
goter; il danse la sarabande et la danse qu'il appelle _le combat_. La
fille de Mme de Soisy dansoit la sarabande  la mode d'Espagne, il dit:
_Elle danse pas bien_.

_Le 29, jeudi._--Il caresse sa nourrice, la baise, se pend  son
col; elle lui dit: Monsieur, gardez de faire mal au petit enfant;
elle toit enceinte. Le Dauphin demande: _Est-il au col?_--Non,
Monsieur, lui rpond sa nourrice. Je lui demande: Monsieur, o
est-il?--_Il est dans votre ventre_, dit-il tout bas  l'oreille de
sa nourrice.--Monsieur, lui dis-je, par o est-il entr?--_Par
l'oreille._--Par o sortira-t-il?--_Par l'oreille[230]._

  [230] Dans _l'cole des femmes_ Agns demande  Arnolphe:

    Avec une innocence  nulle autre pareille,
    Si les enfants qu'on fait se faisoient par l'oreille.

_Le 2 octobre, dimanche,  Saint-Germain._--Il descend  sept heures
pour aller au-devant de la reine Marguerite, y va en la cour, puis elle
le reconduit en haut jusques en sa chambre, o elle lui fait prsent de
deux livres de tailles-douces; il en toit extrmement amoureux[231]. A
sept heures et demie elle s'en va pour aller coucher  Argenteuil; il
la reconduit jusques  la porte de la salle, et, voyant qu'on portoit
ses flambeaux plus outre pour lui clairer, il se prend  crier: _Je
veux pas qu'on emporte mes flambeaux._

  [231] Dans la journe le Dauphin s'tait encore amus pendant
  deux heures dans la chambre d'Hroard  regarder les estampes du
  livre de Vitruve.

_Le 4, mardi._--Il s'amuse  son livre des chasses; je lui montre[232]
un cerf qui se grattoit l'oreille et un chasseur qui le tiroit de
l'arc. M. de Gondi vient pour le voir; il lui montre son livre des
chasses o toient des chevaux tirs en taille-douce.

  [232] Le Dauphin tait au lit, un peu malade.

_Le 6, jeudi._--Il vient  mon tude, et faisant apporter son livre des
chasses, dit: _Moucheu Heoua, montrez-moi ceux qui ont des lunettes_,
qui toient dans son livre de tailles-douces, puis les faiseurs
d'horloges, puis les distillateurs, s'informe de tout, des noms et de
l'usage des choses, demande jusqu' ce qu'il soit satisfait et ait
appris. Je lui montre la planche o sont les vers  soie, celle o il y
a l'empereur Justinien assis dans une chaise.--Mme de Montglat voyoit
plusieurs pices de drap de soie pour lui faire des habits, et lui
demande: Monsieur, laquelle est-ce que vous aimez le mieux? Voyant la
pice de velours violet  fond d'or, il s'crie: _Ha! je veux celle-l,
ce sont mes couleurs, il y a du bleu!_

_Le 8, samedi,  Saint-Germain._--La remueuse du Dauphin racontoit du
prince de Galles[233] qu'il aimoit Madame et qu'il avoit rpondu au
Roi son pre que si on ne la lui vouloit pas donner qu'il feroit la
guerre en France, en prendroit une partie et que pour avoir la paix
on la lui donneroit; que le Roi rpliquant qu'il vaudroit bien mieux
l'avoir paisiblement, qu'il repartit qu'il vouloit premirement faire
parler de lui. Ceci avoit t racont le soir prcdent par Mlle de
Villiers-Hotman, qui avoit soup avec Mme de Montglat, comme l'ayant
ou dire elle-mme en Angleterre, au roi d'Angleterre et au prince, et
d'o elle toit revenue depuis peu de jours. M. le Dauphin coutoit
tout ce que nous en disions sans en faire le semblant, comme il faisoit
le plus souvent, et entendant parler que le prince de Galles vouloit
faire la guerre, il dit: _H! j'irai devant pour l'empcher_; puis il
me demande froidement: _Est-il seigneur, le prince de Galles?_--Oui,
Monsieur, c'est le dauphin d'Angleterre qui aime Madame, et son papa
envoyera vers le Roi votre papa pour le supplier de la lui donner
en mariage; le voulez-vous pas bien?--_Non._--Mais si papa le
veut?--_Si papa le veut, je le veux bien; mais c'est le prince de
Galles, il est donc galeux?_--Non, Monsieur, c'est le nom de sa
qualit; Galles c'est un pays.

  [233] Henri-Frdric, fils an de Jacques Ier, roi d'Angleterre;
  il avait alors neuf ans, et mourut en 1612.

_Le 9, dimanche._--M. de Rouen[234], frre btard du Roi, port en
chaise  cause de sa goutte, le vient voir; il se joue aux bras de sa
chaise  les faire branler.

  [234] Charles de Bourbon, fils naturel d'Antoine, roi de Navarre,
  et de Louise de la Braudire; archevque de Rouen en 1594, mort
   Marmoutier, en 1610, peu aprs l'assassinat de Henri IV.

_Le 10, lundi._--Mme de Guise et Mme de Prouilly, sa fille, le viennent
voir; il se joue  deux chapelets de corail de Mme de Guise: _Vel_,
dit-il, _des chapelets faits  la nouvelle faon_; elle portoit un
chapelet d'Italie  grains carrs; il y avoit des peintures dedans.

_Le 11, mardi,  Saint-Germain._--Indret, son joueur de luth, revenoit
de la foire de Saint-Denis et racontoit qu'il y avoit vu Mme Briant,
marchande de draps de soie; il demande: _Est-elle mercire?_--Non,
Monsieur, elle est marchande de draps de soie, qui vous baille ces
belles toffes qu'il vous faut pour vous habiller.--_Pourquoi
l'appelle-t-on Madame?_--Monsieur, on les appelle ainsi  Paris[235].
Il s'amuse  des petites pices de mnage de plomb portes de
Saint-Denis.

  [235] A la Cour on appelait mademoiselle les femmes maries qui
  n'taient pas nobles; le Dauphin nomme toujours la femme de son
  mdecin: mademoiselle Hroard.

_Le 12, mercredi._--Il se joue  des petits jouets et  un petit
cabinet d'Allemagne, fait d'bne, baisse et rebaisse le couvercle,
l'ouvre et le ferme  la clef.--A une heure arrive l'ambassadeur de
Venise, qui s'en retournoit; il lui souhaite que l'on puisse le voir
un jour en Italie, la lance sur la cuisse, avec une arme de cinquante
mille hommes. Le Dauphin va sur la terrasse de la salle, pour voir
l'clipse de soleil dans une chaudire pleine d'eau; l'ambassadeur y
toit prsent.

_Le 13, jeudi._--Marin, nain de la Reine, arrive; le Dauphin danse,
joue du violon et chante tout  la fois, se jouant  Marin et courant
aprs lui.

_Le 14, vendredi._--Le P. Gontier, jsuite, revenant du Caire, assiste
 son dner; il coute en s'amusant l'exhortation du P. Gontier sur le
_Domine, da judicium Regi et filio Regis justitiam_.

_Le 17, lundi._--Il voit M. Gurin qui avoit pris du tour d'une
bote de sapin et en avoit fait deux cercles mis en croix: _Vel_,
dit-il, _le monde_. Je lui demande: Monsieur, qui vous a dit
cela?--_Personne._--Monsieur, le monde est-il pas quarr?--_Non, il
est rond._--Qui le vous a dit?--_Personne._ Il vient en ma chambre,
puis en mon tude, o il crit au Roi pour le supplier de faire donner
 sa compagnie une autre garnison que Provins:

    Papa, tous les apothcaires de Provins sont venus  moi pour
    me prier de vous supplier trs-humblement, comme je fais, de
    donner  ma compagnie une autre garnison, car mes gendarmes
    aiment bien la conserve de roses, et j'ai peur qu'ils ne la
    mangent toute, et je n'en aurois plus. J'en mange tous les
    soirs quand je me couche, et je prie bien Dieu pour vous et
    qu'il vous fasse venir bientt, et  moi la grce de vous
    pouvoir faire trs-humble service. Je suis, papa, votre
    trs-humble et trs-obissant fils et serviteur.--DAULPHIN.

Quand il eut crit la lettre du Roi, moi lui tenant la main[236], il
me commanda de la lire, et l'ayant lue: Monsieur, dis-je, est-elle
bien?--_Oui._--Il va en la chambre o est n le feu roi Charles[237],
o Mme de Montglat faisoit de la confiture de coings.

  [236] Nous ne reproduisons pas l'orthographe de cette lettre et
  de la suivante.

  [237] Charles IX, n  Saint-Germain, en 1550.

_Le 19, mercredi._--Il vient en ma chambre et  mon tude; je lui
conduis la main pour crire  la Reine cette lettre, porte le
lendemain par M. de Mansan:

    Maman, j'ai bien envie de vous voir et de baiser mon petit
    frre d'Orlans[238], et si vous ne venez bientt, je prendrai
    mon pourpoint blanc et mes chausses et mes bottes, puis je
    monterai sur mon petit chevau, et je m'en irai, patata, patata.
    Maman, je partirai demain bon matin, de peur des mouches;
    maman, l'on m'a dit que vous m'avez apport queuque chose de
    beau, je le voudrois bien voir. Venez donc, ma bonne maman, il
    fait si beau, et vous me trouverez bien gentil, et ce pendant
    je suis, maman, votre trs-humble et trs-obissant fils et
    serviteur.--DAULPHIN.

  [238] La Reine tait grosse, et accoucha d'une fille le 10
  fvrier suivant.

Men au Pecq, pass le bac, men  la garenne. Il y avoit trois ou
quatre pauvres Irlandois et Irlandoises mendiants; on le lui dit, il
les voit; le voil le visage tout de feu de colre: _Qu'on les fasse
sortir._ Ils sortent; on lui dit: Monsieur, ce sont de pauvres petits
Irlandois qui demandent l'aumne; il revient  soi, et la leur fait
donner.

_Le 20, jeudi,  Saint-Germain._--Il me dit: _Allez querir votre
livre jaune._ Je lui demande: Est-ce celui o il y a un Roi qui
prie Dieu.--_Oui._--C'est un livre qui a t au feu Roi[239], o
il prioit Dieu.--_Au feu Roi?_--Oui, Monsieur.--_O l'avez-vous
eu?_--Monsieur, je l'ai eu  Tours.

  [239] Henri III.

_Le 21, vendredi._--Il vient en ma chambre, et dit: _Je veux crire
 papa_; c'toit par M. le baron du Tour[240]; Madame aussi crit sa
premire lettre  la Reine.

  [240] Hroard se contente d'analyser cette lettre.

_Le 23, dimanche._--Men au btiment neuf y attendre la Reine, il court
en la galerie, aide  faire le lit de la Reine; la Reine ne venant
point, il est ramen en sa chambre, o M. de Chteauvieux[241] lui
baise les mains; et comme il s'en retournoit, Mme de Montglat le fait
conduire et clairer avec un flambeau; il court aprs, et crie: _Mon
flambeau, qu'on le rapporte?_ La Reine arrive  six heures et demie.

  [241] Chevalier d'honneur de la Reine.

_Le 24, lundi._--M. de Vic, l'ambassadeur, lui donne l'histoire de
Matthieu[242], de la part de l'auteur. A dix heures, men au btiment
neuf,  la Reine, qui toit encore au lit; il s'amuse prs de la Reine
 son habiller, puis  onze heures et demie va  la messe avec elle;
dn avec la Reine.

  [242] _Histoire de France et des choses mmorables advenues
  s provinces trangres durant sept annes de paix du rgne
  de Henri IV, depuis 1598 jusqu'en 1604_, par Pierre Matthieu,
  historiographe de France;--Paris, 1604, in-4.

_Le 25, mardi._--Men  la Reine au btiment neuf, il court en la
galerie, va le long des lambris, feignant de cueillir des raisins qui
y sont en peinture. Le sieur Alphonso Taxis, revenant d'Angleterre
ambassadeur, baise la robe de la Reine et se couvre, puis baise la
main de M. le Dauphin, qui lui demande des nouvelles de l'Infante
et dit: _Apportez-moi son portrait._--L'on parloit que son baptme
se feroit au mois de mai; Mme de Montglat lui demande: Monsieur,
comment voulez-vous que l'on vous nomme?--_Henry._ Je lui demande
pourquoi.--_Papa s'appelle ainsi; je ne veux pas avoir nom Louis._

_Le 26 octobre, mercredi._--La Reine lui donne son petit coffret
d'argent, o elle mettoit ses pendants d'oreille; M. de Courtenvaux,
revenant de Flandres, lui donne un pistolet. Il se joue, tenant un
portrait du Roi fait en cire, dans une bote d'ivoire, et dit: _C'est
papa._ Mlle de Vendme lui dit: C'est aussi mon papa.--_Non, c'est
pas votre papa._ Il va en la chambre de Madame, o il coute fort
attentivement M. de Cressy lisant l'histoire de Matthieu, fait taire
ceux qui faisoient du bruit.

_Le 27, jeudi._--La Reine part  deux heures et demie; il va sur la
terrasse de Neptune, d'o il lui voit passer le bac.

_Le 28, vendredi._--Il s'amuse  travailler sur de la cire comme il
avoit vu faire au sieur Jehan Paulo[243].

  [243] _Voy._ au 20 aot 1604.

_Le 3 novembre, jeudi,  Saint-Germain._--J'arrive de Paris[244], il
court au-devant de moi, me saute au collet, m'embrasse par deux fois;
je lui donne un petit lion de poterie et ma femme un homme de poterie.

  [244] Hroard tait absent depuis le 29 octobre.

_Le 5, samedi._--Montaigne, chevaucheur d'curie, arrive de la part du
Roi, avec lettre portant commandement exprs de faire, la lettre vue,
loger M. le Dauphin au btiment neuf pour causes contenues dans la
lettre[245]; il en est si aise qu'il fait lui-mme dmnager, trousser
son lit; il commande et a le soin de tout.

  [245] Voici cette lettre, que M. Berger de Xivrey a classe par
  erreur  l'anne 1608: Mme de Montglat, je vous fais ce mot
  et vous dpche ce courrier exprs afin qu'il me rapporte des
  nouvelles de la sant de ma fille de Verneuil et de celle de mon
  fils, et de mes autres enfants. Au demeurant, si Mme de Verneuil
  va pour la voir, vous la lui lairrez voir et l'irez voir si elle
  vous en prie et le dsire, lui disant comme de vous-mme, si vous
  voyiez qu'elle voult voir mon fils, que vous la priez de ne
  le faire  cause de la maladie de sa fille; et incontinent que
  vous recevrez cette-ci ferez mener mon fils avec tout le reste
  de mes autres enfants loger au chteau neuf. Bonjour, Madame de
  Montglat. Ce ve novembre,  Fontainebleau. (_Lettres missives_,
  VII, 642.)

_Le 9, mercredi,  Saint-Germain._--Mme la marquise de Verneuil arrive
au vieux chteau[246].

  [246] Le Roi crivait  Mme de Montglat le 6 novembre: Pour
  ce que vous mandez  Lomnie touchant mon fils de Verneuil, je
  dsire que vous le fassiez mener au chteau neuf avec mes autres
  enfants, et si Mme de Verneuil va  Saint-Germain et dsire le
  voir, que vous le lui envoyiez au vieil chteau, o j'entends
  qu'elle loge pour assister ma fille. Cette lettre est galement
  classe, par erreur, dans les _Lettres missives_,  l'anne 1608.

_Le 10, jeudi._--Il se fait entretenir par Mlle Piolant de petits
contes.

_Le 12, samedi._--M. de Verneuil revenoit de voir Mme la marquise sa
mre au vieux chteau[247]; il lui demande: _D'o venez-vous?_--Mon
matre, je viens de voir maman mignonne.--_C'est la vtre, pas la
mienne._

  [247] _Voy._ encore la lettre du Roi du 10 novembre, dans
  laquelle il dit  Mme de Montglat: Si Mme de Verneuil est l et
  qu'elle dsire voir mon fils, envoyez le lui au vieil chteau, et
  qu'il soit avec elle tant qu'elle voudra. (_Lettres missives_,
  VII, 644.)

_Le 13, dimanche._--Il faisoit le fcheux; l'on fait abaisser une
poigne de verges attache  une ficelle, sous la chemine; l'on lui
faisoit croire que c'toit un ange qui les portoit du ciel.

_Le 14, lundi._--Il va en la chambre de sa nourrice, o il pluche de
l'oseille et du persil pour le potage de M. Girard.

_Le 15, mardi._--Sa premire nourrice le vient voir; il lui donne sa
main, ne la veut point baiser ne accoler.--Men au Pecq et pass l'eau
pour voir dans un grand bateau un animal port du Canada par M. de
Monts[248], de la grandeur d'un lan. Il y avoit une petite barque
faite  la mode du pays, avec du jonc, et couverte d'corce d'arbre,
teinte de rouge, faite en faon de gondole et ayant les avirons du bois
du pays; trois mariniers la firent voguer devant lui d'une incroyable
vitesse.

  [248] Gentilhomme de la chambre et gouverneur de la ville de
  Paris. Il avait t envoy au Canada comme commandant gnral
  pour le Roi. Voy. _Histoire du Canada_, par Garneau; Qubec,
  1859, in-8, tome 1er, pages 39  68.

_Le 17, jeudi._--Il crit au Roi en ma chambre:

    Papa, je suis bien aise de ce que M. de Saint-Aubin m'a dit
    que vous vous portez bien et que vous tes  Paris, pour ce
    que je pense d'avoir bientt l'honneur de vous voir et de
    vous baiser la main. Si j'tois bien grand je vous irois voir
     Paris, car j'en ai bien envie. H! papa, je vous supplie
    trs-humblement, venez me voir, et vous verrez que je suis
    bien sage. Il n'y a que Madame d'opinitre, je le suis plus.
    Ma plume est bien pesante. Je vous baise trs-humblement les
    mains. Je suis, papa, votre trs-humble et trs-obeissant fils
    et serviteur.--DAULPHIN.

_Le 18, vendredi._--Il retourne au chteau vieux.

_Le 19, samedi._--Il se prend  chanter la chanson dont il se faisoit
endormir:

    Bourbon l'a tant aime
    Qu' la fin l'engrossa,
    Vive la fleur de lis....[249]

  [249] _Voy._ plus loin une variante de cette chanson.

A la chanson il y a le sang royal, mais il ne vouloit pas que l'on dt
ainsi, oui bien la fleur de lis. On lui demande: Pourquoi voulez-vous
que l'on dise la fleur de lis et non pas le sang royal? Il rpond
soudain: _Pour ce que ce sont les armoiries  papa, mon frre d'Orlans
en aura des fleurs de lis._--Oui, dis-je, Monsieur, mais il y aura
des lambeaux[250]. Il fait dire  Mme de Montglat des proverbes de
Salomon, elle en dit plusieurs; entre tous il trouva celui-ci le plus
beau: L'homme est heureux qui a trouv une femme vertueuse; il le lui
fait redire souvent.

  [250] C'est--dire un lambel, par lequel se distingue le blason
  des ducs d'Orlans.

_Le 20, dimanche,  Saint-Germain._--Le Roi arrive au vieil chteau 
cinq heures et demie, revenant du Limousin; il fait tout ce qu'il peut
pour donner plaisir au Roi. Le Roi va voir Mlle de Vendme, puis Mlle
de Verneuil.

_Le 21, lundi._--A dix heures men au btiment neuf, au lever de la
Reine. Men au jardin o toit le Roi, le Roi lui dit qu'il avoit t
prisonnier dans le chteau il y avoit plus de vingt-cinq ans[251], et
ajoute: Je vous veux faire mettre en prison l dedans.--_Ho!_ dit le
Dauphin, _je romprai la porte_. Le Roi lui demande: Que ferez-vous
aprs?--_Je passerai_, dit-il, _par la chemine, je me sauverai sans
me blesser_, et il se met entre les jambes de Mme de Montglat. Le Roi
lui dit: Voil le fils de Mme de Montglat, la voil qui en accouche;
il part soudain, et se va mettre entre les jambes de la Reine et
s'enveloppe de son manteau si fort qu'il ne montroit que la plume de
son chapeau.--Aprs souper il se joue avec M. de Vendme et M. le
Chevalier; M. le Dauphin dit qu'il toit fils du Roi. Et moi aussi,
dit M. de Vendme.--_Vous!_--Oui, Monsieur, ne m'appelez-vous pas
votre ff?--_Ho! ho! mais vous n'avez pas t dans le ventre  maman
comme moi! Qui est votre maman?_--Monsieur, c'toit madame la duchesse
de Beaufort.--_Duchesse de Beaufort, est-elle morte?_--Elle est bien
loin si elle court toujours, dit M. le Chevalier[252].

  [251] Cette captivit ne peut qu'tre antrieure au 3 fvrier
  1576, date  laquelle le roi de Navarre s'tait vad de la cour
  de Henri III. En avril 1574 Henri IV avait subi une sorte de
  captivit au chteau de Vincennes.

  [252] Gabrielle d'Estres tait morte en 1599.

_Le 22, mardi._--A onze heures il se fait lever, les yeux pleurant de
rhume, entouss; il est vtu de sa robe de chambre fourre, incarnat.
Le Roi l'envoie querir, il y est conduit avec sa robe. M. de Rosny le
vient voir, il l'embrasse, instruit[253].

  [253] C'est--dire qu'on le lui avait recommand.

_Le 23, mercredi._--Il chante avec sa nourrice:

    Qui veut our chanson:
    La fille au roi Louis,
    Bourbon l'a tant aime
    Qu' la fin l'engrossit.
    Vive la fleur de lis.

_Le 24, jeudi,  Saint-Germain._--A dix heures le Roi le vient voir, le
trouve bandant son pistolet; le Roi djene auprs de lui, s'en va chez
Madame, et de l  la chasse. A deux heures men chez la Reine.

_Le 25, vendredi._--Men au chteau neuf, il s'amuse dans la chambre
de la Reine, puis va  la galerie, tire et puis se fait tirer dans
le petit carrosse; le bras du carrosse se rompt; il envoie querir le
menuisier, lui-mme y travaille, puis il se fait remettre dedans et se
fait rouler. Il bille plusieurs fois, le visage lui blmit; il dit
 Mme de Montglat qu'il se trouve mal, se prend  pleurer[254]. L'on
le met  bas pour l'emmener; le Roi entre en la galerie pour le voir,
et ds qu'il le voit: Vous avez pleur, dit-il, je vois bien. M. le
Dauphin s'arrte, s'tonne; toutefois, voyant M. de Verneuil tre all
au devant du Roi, il y court et l'embrasse. Le Roi le reprend sur ces
larmes, lui demande pourquoi il pleure et ce qu'il veut: _Je veux aller
en ma chambre, papa._ Le Roi se fche de cette rponse, lui demande
pourquoi: _Pource que j'ai froid._--Ha! voil une menterie! vous
tes un menteur! Que l'on le mne en sa chambre, vous verrez qu'il se
jouera. Il s'en fche, lui permet de s'en aller; le Dauphin, ramen,
ne veut point aller en carrosse; il toit saisi de l'apprhension de
la colre du Roi. Men en sa chambre, il ne fait que se plaindre et
pleurer; M. de Verneuil le vient voir et, raillant, lui dit qu'il
avoit dn avec le Roi.--_C'est pource que papa vous l'a dit_, lui
rpond-il brusquement.

  [254] Le Dauphin tait encore enrhum.

_Le 27 novembre, dimanche._--Men en carrosse chez le Roi, fort gentil.
Mme la princesse de Conty se jouoit  lui, l'appelant: Mon pre grand,
mon bisaeul, mon cousin; il disoit _Non_  tout. Comment voulez-vous
que je vous appelle?--_Moucheu Dauphin._

_Le 28, lundi._--Men en carrosse au Roi, qu'il rencontre sur le
pav allant  la chasse; le Roi descend de cheval, le baise dans le
carrosse, et lui dit qu'il allt trouver maman pour la rjouir; il va
chez la Reine.

_Le 29, mardi._--A huit heures et demie le Roi arrive en sa chambre,
y djene; le Dauphin se fait asseoir  table avec le Roi, qui lui
donne une petite beurre puis une rtie sche, de celles qui avoient
t faites pour le Roi  prendre de l'hypocras. M. de Crillon arrive;
le Roi demande au Dauphin: Qui est celui-l?--_Le fou._--M.
de Crillon lui dit brusquement s'il vouloit qu'il battt M. de
Souvr.--_Non._--Si je ne le bats point, m'aimerez-vous?--_Oui._
Le Dauphin ne peut laisser aller le Roi, il le conduit de chambre en
chambre; le Roi s'en va  neuf heures et demie de la chambre de Mlle de
Vendme.

_Le 30, mercredi._--Le Roi part  six heures pour aller  Paris; dn
avec la Reine;  deux heures elle part pour s'en retourner  Paris.

_Le 3 dcembre, samedi,  Saint-Germain._--La reine Marguerite le vient
voir; il se joue  elle, puis entre en mauvaise humeur, se va cacher 
la ruelle du lit, regardant Mme de Montglat, et disant tout bas: _C'est
pas une Reine_.

_Le 13, mardi._--En soupant, Mme de Montglat tanoit Saunier, cuisinier
de son commun[255], et, le menaant de la prison, commandoit au sieur
Dupr, exempt, de le y mettre; ce pendant le Dauphin ne mangeoit point,
coutoit; les grosses larmes lui sortent des yeux, tombant sur lui,
sans dire mot, mu de compassion. Mme de Montglat, l'apercevant, lui
dit: Non, Monsieur, il ne y ira point en prison; qu'il vous demande
pardon.--_Non, Mamanga, c'est  vous; dites  Dupr qu'il ne le mne
pas en prison, bien haut_; elle l'ayant dit: _Dupr, Mamanga l'a dit
bien haut._

  [255] De la maison du Dauphin.

_Le 14, mercredi._--J'arrive[256], il court  moi, me saute au col,
me serre; il en fait autant  ma femme. Je lui apporte un cheval et
une carte gallicane de Thevet, il s'amuse  la carte avec transport.
Voil M. le Dauphin, lui dit-on en lui montrant le ct des
Flandres.--_C'est moi qui bat les Espagnols_, rpondit-il.

  [256] Hroard tait parti le 30 novembre, et pendant son
  absence le Journal avait, comme d'habitude, t continu par
  l'apothicaire Gurin.

_Le 15, jeudi._--Il se fait faire des contes du Compre Renard, du
mauvais riche et du Lazare par sa nourrice. Je lui attache la carte
gallicane de Thevet, que je lui avois apporte, contre la tapisserie;
on lui montre Provins; il y porte la main en disant: _Mangeons de la
conserve_[257].

  [257] _Voy._ au 17 octobre prcdent.

_Le 16, vendredi._--Il s'amuse  ouvrir et refermer un cadenas 
lettres[258].

  [258] Ces cadenas taient sans doute d'invention nouvelle.
  Lestoile dit  la date du 6 septembre 1606 qu'on lui a donn un
  petit cadenas qui ne se peut ouvrir ni fermer que par quatre
  lettres qui sont A, M, O, R, qui font _amor_, lesquelles sont
  graves avec plusieurs autres audit cadenas. Le cadenas du
  Dauphin lui avait t donn par Hroard; le mot tait DIOGNE.

_Le 19, lundi._--Il fait chanter des Nols  son huissier de salle, qui
les avoit faits, surtout celui o il y avoit: Couronne de lauriers.
L'huissier le lui donne par crit; il ne veut plus manger, d'impatience
de le lire et de l'apprendre.

_Le 20, mardi._--Il se fait lever puis recoucher plein de mlancolie
et sans sujet, contre son naturel. Il sembloit avoir du ressentiment
du danger de la vie o, le jour prcdent, le Roi se trouva,
environ les quatre heures, sur le Pont-Neuf, revenant de la chasse,
par...........[259] qui se jeta sur lui, l'assaillant d'un poignard.
Sur les dix  onze heures l'on en fut averti; on lui dit qu'une bte
avoit voulu faire du mal  papa tant  la chasse; les larmes lui en
vinrent aux yeux avec une grande tristesse. A huit heures et demie,
dvtu, mis au lit; l'on parloit de celui qui le jour prcdent avoit
voulu tuer le Roi; on disoit que c'toit un fol; il dit: _On le fera
tourner sur une roue, puis par des chevaux qui tireront une charrette._

  [259] Hroard laisse en blanc le nom de ce fou, qui s'appelait
  Jacques des Isles.

_Le 25, dimanche,  Saint-Germain._--Il s'amuse  mettre un de ses
carreaux blancs dans une taie d'oreiller, le met sur son col, comme
son lavandier faisoit le linge sale, dit qu'il porte un opinitre
pour le mettre  la lessive, puis prend un carreau[260] et le porte
sur le bras, l'autre sur le col, disant: _J'en porte encore un autre,
c'est un opinitre qui est vert._--Oui, Monsieur, lui dis-je, l'autre
est blme.--_C'est pource qu'il est mort._ Il se fait, en gotant,
entretenir par M. de Verneuil, qui avoit de jolies inventions pour le
faire rire; il en rioit, encore qu'il ne ft point rieur de son naturel.

  [260] Un autre coussin de velours vert.

_Le 28, mercredi._--Mme de Montglat lui dit: Monsieur, papa vous
viendra voir aujourd'hui, l'embrasserez-vous pas bien en lui disant que
vous avez remerci Dieu de ce qu'il l'a gard de ce mchant homme qui
l'a voulu tuer?--_Oui, Mamanga, il est en prison; c'est qu'il est fou,
et papa lui a pardonn._ Il va sur la terrasse de sa chambre pour voir
dcharger les mulets de la chambre du Roi;  quatre heures un quart, le
Roi, revenant de Paris, il lui saute au col, le serre, le conduit au
grand cabinet. Madame disoit ses quatrains au Roi et tout ce qu'elle
savoit; M. le Dauphin lui dit ses proverbes; MM. de Verneuil y toient;
ils donnent le plaisir au Roi de ramasser des sols qu'il leur jetoit 
terre; M. le Dauphin rapportoit au Roi ceux qu'il avoit ramasss; il
n'aimoit point l'argent. Le Roi vient en sa chambre; il l'entretient
de tout ce qu'il peut; le Roi sommeilloit, et lui demande: Mon fils,
voulez-vous bien que je me couche sur votre lit?--_Oui, papa_, dit-il
gaiement; il conduit le Roi jusques au lit, et de soi-mme tira le
rideau comme il fut couch.

_Le 29, jeudi._--Dn avec le Roi; le Roi se joue avec lui, et, en
la chambre, le Roi demande  M. de Verneuil s'il vouloit pas aller
en poste  Paris avec lui.--_Non, je veux pas_, dit M. le Dauphin.
--Comment, dit le Roi, savez-vous pas que suis le matre?--_Oui,
papa, passez, allez_, dit-il  M. de Verneuil, le prenant par la
manche, _et moi aussi papa_. Il reconnot et fait tout ce qu'il peut
pour complaire au Roi, et le va conduire jusques  la cour, d'o il
part  une heure aprs midi.

_Le 30 dcembre, vendredi,  Saint-Germain._--Mme de Montglat le fait
jouer au hre; ce fut la premire fois qu'il joua aux cartes.




ANNE 1606.

  trennes du Dauphin.--Souvenir de Fontainebleau.--trennes
  donnes par la Reine, remerciement du Dauphin.--Lettre au fils
  de Mme de Montglat.--Lettre du prince de Galles.--Prsent
  du duc de Lorraine.--Le Roi et la comtesse de Moret 
  Saint-Germain.--Les piques de Biscaye.--Utilit du journal
  d'Hroard.--Comment dnent les laquais.--Habitude du
  Roi.--Chanson turque.--Parcimonie dans laquelle est lev
  le Dauphin.--Naissance de Madame Christine.--Dtail sur
  la mort de Henri III.--La gographie de Mrula.--Le Roi 
  Saint-Germain.--Le duc de Bouillon.--Premier enfant tenu
  sur les fonts de baptme.--Donation de la reine Marguerite
  au Dauphin.--Dpart pour Paris.--Visite  la reine
  Marguerite.--Dpart du Roi pour le sige de Sedan.--La chapelle
  de Bourbon.--Visite  l'Arsenal et  la Bastille; M. de Rosny,
  le comte d'Auvergne.--Visite au Palais de Justice.--Lettre
  au Roi.--Retour  Saint-Germain.--Prcautions pour la
  sret du Dauphin.--_La Castramtation_ de du Choul.--M. de
  Crillon.--Le feu de joie de la paix.--La nourrice de Charles
  IX.--Inclination aux mcaniques.--Modle du chteau neuf de
  Saint-Germain.--Habitude du Roi.--La belle Corisande.--Le
  Roi et M. de Bouillon.--Got du Roi pour l'ail.--Jalousie
  et opinitret du Dauphin; sa sensibilit.--Premier coup
  de feu.--Moeurs singulires.--Dputation d'un rgiment
  suisse.--Portrait du Dauphin peint par Martin.--Visite de la
  reine Marguerite.--Le Dauphin amoureux; encouragements et
  exemples qu'on lui donne.--Le conntable de Montmorency.--La
  belle Gillette.--Le cardinal de Joyeuse.--Produit de
  la verrerie de Saint-Germain des Prs.--Le marquis
  de Rainel.--Le Roi et son fils.--Accident du bac de
  Neuilly.--Prire du Dauphin.--Le prsident Groulard et
  les dputs de Normandie.--Paroles honteuses.--Le soldat
  Descluseaux.--Le Dauphin log au chteau neuf.--Hommage
  des dputs d'Auvergne.--Les cus de M. de Sully; avidit
  de l'entourage du Dauphin.--Maladies pidmiques;
  vision d'une sentinelle.--L'hiver en t.--Habitude du
  Roi.--Prcautions de salubrit.--Le Roi et le prince de
  Mantoue.--M. de Saint-Aubin-Montglat.--La Reine et la
  duchesse de Mantoue.--Jalousie du Dauphin.--Portrait du
  Dauphin par Francesco.--L'abb de Saint-Germain.--Le cardinal
  de Joyeuse.--Rpugnance du Dauphin  demander.--Dpart
  de Saint-Germain pour le baptme.--Le prisonnier de
  Chilly.--Les portraits de M. de Beaulieu.--Baptme du
  Dauphin  Fontainebleau.--Prsent de M. de Lorraine.--Feu
  d'artifice.--La verrerie de Fontainebleau.--Sjour 
  Cly.--Lettres au Roi.--Le canal de Fleury.--Dtail
  d'tiquette.--Moeurs des laquais de Fontainebleau.--Le
  Dauphin entre dans sa sixime anne.--Avidit de Mme de
  Montglat.--Ange Cappel.--Songe du Dauphin.--Les pages de
  la chambre; Racan.--Bons mots du Dauphin; son respect
  pour la vieillesse.--Visite  la comtesse de Moret.--Le
  peintre Le Blond.--La mule de M. de Roquelaure.--Jeux
  du Dauphin.--Les dputs du Dauphin.--Dispositions
  pour la chasse.--M. et Mme de Rosny.--Combat de dogues,
  d'ours et de taureau.--Engoulevent; rpugnance du Dauphin
  pour les bouffons.--Mariage du prince d'Orange.--Ballet
  du Dauphin.--Reparties  MM. de Roquelaure et de
  Bassompierre.--Guerre contre la princesse d'Orange.--La
  petite Panjas.--Familiarit avec les soldats.--Le comte de la
  Roche.--Superstition d'Hroard.--Jouets de poterie.--Buffet
  de Franois Ier.--Got pour le dessin; premire leon donne
  par Frminet.--Portrait du Dauphin par Frminet.--Amour et
  attentions d'Hroard pour le Dauphin.


_Le 1er janvier, dimanche,  Saint-Germain._--Vtu de son manteau,
coiff, peign paisiblement pour ce qu'on lui dit qu'il ne falloit
pas faire l'opinitre le premier jour de l'anne, de peur de l'tre
toute l'anne. Il tient le manchon de Mme de Montglat, et s'en va 
chacun, l'en frappant gaiement et souriant en disant: _Tenez, vel vos
trennes_, et comme honteux de n'avoir aucune chose  donner  ceux qui
lui demandoient. On lui apporte du ruban bleu; il en donne  plusieurs
pour trennes.

_Le 2, lundi._--Il promet  M. de Cressy de le faire un jour chevalier
de l'Ordre, lui ayant donn le jour prcdent le cordon bleu.--Il
reoit par M. Bragelogne, commis de M. Phlypeaux, trsorier de
l'pargne, une bourse de jetons d'argent  la devise d'un temple de
Janus avec cette lettre: _Clusi cavete, recludam_.

_Le 3, mardi._--Il chante: _Quand le bon homme vcut de son labourage,
etc._ Il dit  M. de Ventelet: _Tetai, contez-moi du grand homme qui a
du feu autour de lui, qui est  Fontainebleau._--Monsieur, je ne sais
qui est cet homme-l.--_C'est ce grand homme qui est  la salle._--En
quelle salle?--_A la salle qui est auprs du Jacquemart._ C'toit
l'lment du feu, qui toit  la salle du bal.

_Le 5, jeudi._--Son huissier de salle se prit  crier: _le Roi boit_,
il lche soudain la coupe, disant: _Non, je veux pas_, et l'en reprit
par deux fois. Je lui dis: Monsieur, voulez-vous pas que l'on crie le
Roi boit quand vous buvez?--_Non; quand je serai le Roi._

_Le 7, samedi,  Saint-Germain._--La Reine lui envoie pour trennes
une montre d'horloge et une paire de petits couteaux; il s'en va  la
chambre de Mme de Montglat, crit  la Reine, la remerciant de ses
belles trennes, et disant qu'il regarderoit bien souvent  sa montre
d'horloge pour savoir les heures qu'il faudroit poser les sentinelles
et qu'il les veilleroit, les piquant dans les cheveux avec ses petits
couteaux, s'il les trouvoit endormis.--Il se joue avec Bompar, son
page, qui prenoit Madame prisonnire; il dit que c'est le grand dragon
qui prend Andromde, et lui Persus, qui tue le dragon.

_Le 8, dimanche._--Il aide  faire son lit comme s'il et t le garon
de la chambre[261], veut seul porter et rapporter toutes les pices,
sur sa tte ou sur son paule.--Mme de Montglat le fait crire  son
fils:

    Petit Montglat, voyez de ma part monsieur le grand-duc, mon
    oncle, et madame la grande-duchesse, ma tante, et leur dites
    que je leur baise trs-humblement les mains et que je suis
    leur trs-humble serviteur. Venez-moi servir  mon baptme
    et amenez-moi un beau cheval pour courir la bague, et soyez
    bien sage, et je serai votre bon petit matre. Adieu, petit
    Montglat. Votre bon petit matre,

    DAULPHIN.

  [261] On verra Louis XIII conserver cette habitude dans un ge
  beaucoup plus avanc.

_Le 9, lundi._--Il va  la salle du bal, danse toutes sortes de danses;
on en rit de le voir si joliment faire, il cesse la danse incontinent,
fch, et dit: _Je veux pas qu'on rie, je veux pas donner du plaisir_,
et ne voulut plus danser.

_Le 10, mardi._--Il vient des violons de la noce d'un de ses
cuisiniers; il leur commande de jouer, et les coute si attentivement
qu'il demeuroit immobile. M. Birat, pour le faire jouer, lui dit:
Monsieur, ce matin il est venu en ma chambre une bte si grande, si
grande. Il lui demanda en souriant: _toit-elle plus grande que vous?_
A dner on fait le conte ci-dessus mis de M. Birat; il se retourne en
souriant, et me demande: _L'avez-vous mis en votre registre?_

_Le 12, jeudi._--Le sieur Thomas Parry, ancien ambassadeur
d'Angleterre, lequel conduisoit le sieur Georges Kerry, ambassadeur
demeurant en sa place, prsente  M. le Dauphin une lettre de la part
de M. le prince de Galles, disant, lui ayant tous deux bais la main,
que, venant prendre cong de lui et lui amenant celui qui entroit en
sa place pour lui baiser bien humblement les mains, il avoit aussi
charge de lui prsenter une lettre de M. le prince de Galles. Il la
prend, et ne voulut jamais entendre  autre chose qu'ayant lui-mme
rompu le cachet, il n'et vu ce qui toit dedans. On lui demande qui
il vouloit qui lui lt la lettre, il rpond: _Je veux que ce soit
moucheu Hrouard._ Il me la baille, et en prsence des ambassadeurs,
de M. de Souvr, qui les toit venu conduire, je la lus. En voici la
teneur, crite et signe de sa main, et, ce dit-on, de sa faon, le
roi d'Angleterre n'ayant pas voulu qu'un autre que lui y mt la main,
disant qu'il avoit demeur assez longtemps  l'cole pour la savoir
faire, et toutefois que le Roi son frre et non autre repasst dessus
[_sic_]:

    Monsieur et frre, ayant entendu que vous commenciez monter
     cheval, j'ai creu que vous auriez pour aggrable une meute
    de petits chiens que je vous envoie pour tesmoigner le desir
    que j'ay que nous puissions suyvre les traces des Rois noz
    pres comme en entire et ferme amiti; aussi en ceste sorte
    d'honneste et louable recreation j'ay suppli le comte de
    Beaumont, qui retourne par del, remercier en mon nom le
    Roy vostre pre, et vous aussi, de tant de courtoisies et
    obligations dont je me sens surcharg, et vous dclarer combien
    de pouuoir vous avs sur moy, et combien je suis desireux
    rencontrer quelque bonne occasion pour monstrer la promptitude
    de mon affection  vous seruir, et pour ce me remettant  luy,
    je prie Dieu,

    Monsieur et frre, vous donner en sant longue et heureuse vie.

    Vostre trs-affectionn frre et seruiteur,
    HENRY.

    A Richmond, le 25 d'octobre 1605.

    A Monsieur et frre Monsieur le Dauphin.

_Le 13, vendredi,  Saint-Germain._--A deux heures la marquise de
Verneuil s'en retourne[262].

  [262] _Voy._ la lettre de Henri IV  Mme de Montglat, du 4
  janvier, dans laquelle il lui dit: Madame de Verneuil fait tat
  de s'en aller demain coucher  Saint-Germain en Laye pour y voir
  ses enfants. Faites-la loger au chteau, et les lui laissez
  voir; elle ne verra point mon fils ni ma fille, si ce n'est par
  occasion. (_Lettres missives_, VI, 573.)

_Le 16, lundi._--Il s'amuse  voir travailler les maons qui
raccoustroient son tre, est toujours parmi eux; il arrive un joueur de
musette poitevin; il l'coute assez longtemps, attentivement et comme
immobile, puis dit tout  coup: _Qu'il s'en aille, allez jouer  la
grande salle._

_Le 17, mardi._--Il vient en ma chambre, o il demande le livre des
oiseaux, puis me demande son livre rouge; c'toit l'histoire de la paix
de Matthieu, donn par M. de Vic, ambassadeur, de la part de l'auteur;
il le remporte lui-mme en sa chambre.

_Le 18, mercredi._--Je lui dis qu'il iroit au-devant de papa, au
btiment neuf; il rpond: _Ho! ho! je veux pas aller au btiment neuf,
il tombe tout; quand la gele viendra tout tombera_; il en avoit ou
parler entre nous; il coutoit tout, et tout ce qu'il entendoit lui
demeuroit en l'entendement. A onze heures men au-devant du Roi sur
les terrasses, il le rencontre  la descente qui va au Neptune; le
Roi descend de cheval, le baise, l'embrasse. Ramen au vieux chteau
et dn avec le Roi,  midi.--M. de Lorme, premier mdecin de la
Reine, baise les mains au Dauphin de la part de M. de Lorraine, avec
commandement de lui dire qu'il lui faisoit faire deux canons; il
demande: _Sont-ils grands?_

_Le 19, jeudi,  Saint-Germain._--Il va chez le Roi, qui le mne au
jardin; dn avec le Roi.--M. de Lomnie lui donne un petit gentilhomme
fort bien habill d'un collet parfum, enrichi de broderie d'or, les
chausses  bande de mme; il le peigne, et dit: _Je le veux marier  la
poupe de Madame._--Men chez Mme la comtesse de Moret, o il se piqua
un peu au bout du doigt, en coupant des cartes avec les ciseaux de Mme
de Montglat.

_Le 20, vendredi._--Men au Roi, et,  neuf heures, djen avec lui;
il se fait porter aux fentres o le Roi toit all pour voir courir
un livre devant la meute des chiens courants que le prince de Galles
avoit envoye  M. le Dauphin. Le Roi part pour aller  la chasse.--Un
honnte homme donna quatre piques de Biscaye, non ferres, au Roi; le
Roi en donne trois  M. le Dauphin, lui disant: Il y en a une pour
vous, donnez-en une  ff Chevalier et l'autre  ff Verneuil. tant
en sa chambre, M. de Souvr lui dit: Monsieur, je m'en vais  Paris;
me voulez-vous commander quelque chose?--_Faites-moi accommoder ma
pique._--Monsieur, comment? Voulez-vous qu'elle pique, qu'elle tue,
qu'elle gratigne? Comment la voulez-vous?--_Je veux pas que la mienne
tue, mais je veux qu'elle pique, et je veux pas que celles de ff
Chevalier et de ff Vaneuil tuent, et qu'elles ne piquent, et qu'elles
n'gratignent; mettez y un clou au bout._--Le Roi revient de la chasse,
le Dauphin se trouve  son dner, fort gentil, obissant, craignant
et respectueux du Roi. Le Roi part pour s'en retourner  Paris  deux
heures trois quarts.

_Le 22, dimanche._--Mme de Montglat lui dit: Monsieur, voyez que
Madame a les cheveux beaux et blonds pour ce qu'elle se laisse bien
peigner; il rpond: _Les noirs sont les plus beaux_, puis me dit:
_Allez, allez crire en votre registre ce que j'ai dit de mes cheveux._

_Le 23, lundi._--Il me demande: _D'o venez-vous?_--Monsieur, je
viens de mon tude.--_Quoi faire?_--Monsieur, je viens d'crire
en mon registre.--_Quoi?_--Monsieur, j'tois prt  crire que
vous avez t opinitre. Il me dit,  demi pleurant: _Ne l'crivez
pas_.--On le divertit avec son petit mnage d'argent; il y avoit deux
petits chandeliers et de la petite bougie blanche dont on se sert
aux offrandes; ma femme l'alluma. Il la prend soudain, la souffle,
l'teint, disant: _Ho! non, elle s'useroit_, faisant en cela ce qu'il
voyoit faire et oyoit dire[263].

  [263] Mme de Montglat apportait une grande parcimonie dans les
  dpenses de la maison du Dauphin.

_Le 24, mardi,  Saint-Germain._--Il dit des proverbes de Salomon
abrgs, entre autres _celui_, dit-il, _que j'aime tant: L'homme est
heureux qui rencontre une femme vertueuse_; il dit trois quatrains de
Pibrac.

_Le 25, mercredi._--Le savoyard[264] de M. de Verneuil traversoit
sa chambre d'une porte  l'autre; il lui demande: _O allez-vous?_
--Monsieur,  la chambre de M. de Verneuil.--_Retournez-vous-en
par l, ma chambre est pas un passage._

  [264] Il tait de Chambry, et servait de page  M. de Verneuil.
  Hroard ne donne pas son nom.

_Le 26, jeudi._--Madame voulant dner debout et ne s'asseoir pas, il
dit: _La vel qui veut dner en laquais_.

_Le 27, vendredi._--Il se fait armer de ses armes dores, vient  ma
chambre, demande  voir le lion; c'toit au livre de Gesner.

_Le 28, samedi._--Il va en la chambre de Mlle de Vendme, s'avise
qu'il n'y avoit point de poutres au plancher et demande: _H! pourquoi
n'y-a-t'il point de poutres comme  ma chambre?_ A dner il mange une
ctelette rissole. Il pluchoit le rissol; je lui dis: Monsieur,
vous ne mangez que ce qui vous fera devenir colre[265].--_Papa le
mange bien._ Il disoit vrai, et toit grand imitateur des actions du
Roi. Il nettoyoit ses gencives avec le doigt, je lui dis: Monsieur,
il les faut nettoyer avec la langue.--_Mais ma langue n'est pas assez
longue, j'y tche, mais je ne saurois._

  [265] Hroard dit au Dauphin quelques jours aprs que la viande
  grille engendre la colre.

_Le 29 janvier, dimanche._--Il chante:

    Guillaume, Guillaume.
    Ho! pauvre Guillaume,
    Te lairras-tu mourir?

puis ce qu'il avoit appris il y avoit plus d'un an du petit Turc de M.
de Vendme; _Houja Criaqu, Chinchin Criaqu, Pista, christa Criaqu_.

_Le 30, lundi._--Sa nourrice regardant  sa bouche la dent vingt et
unime qui lui toit perce, il lui fut avis que sa nourrice lui
vouloit faire mal, et, voulant frapper sur elle, frappa sur Madame,
dont il fut si fch que soudain il s'en prit  pleurer et  frapper
fort sur sa nourrice, puis va baiser et accoler Madame, puis va accoler
sa nourrice, qui en faisoit la courrouce.--L'on parloit qu'il le
falloit apprendre  tre libral, et que l'on n'en faisoit rien; il
coutoit tout ce qui s'en disoit, sans faire parotre qu'il y prtt
l'oreille, et tout  coup et par boutade il se prend  faire ses
libralits, disant: _Je vous donne ceci, etc._

_Le 10 fvrier, vendredi,  Saint-Germain._--Mme de Montglat part
 onze heures et demie pour aller au travail de la Reine, laquelle
accoucha entre midi et une heure de Madame[266].

  [266] Chrtienne ou Christine de France, ne au Louvre, marie en
  1619  Victor-Amde, duc de Savoie, morte en 1663.

_Le 11, samedi._--Mlle de Ventelet lui dit que maman toit accouche;
il demande: _A-t-on ou le canon?_--Non, Monsieur.--_C'est donc une
fille?_

_Le 12, dimanche._--Il vient deux minimes pour le voir;
M. de Franchemont, archer du corps, les conduisoit portant
sa hallebarde; il lui demande: _Pourquoi portez-vous votre
hallebarde?_--Monsieur, pource que je n'ai pas voulu venir avec
eux sans la porter.--_Pourquoi?_--Monsieur, pource qu'il y eut un
moine qui tua le feu Roi.--_Que lui fit-on?_--Monsieur le Grand le
tua[267]. Il demeure froid, et n'en dit plus mot.--J'arrive[268]
en la cour  cinq heures; il descendoit en sa chambre; je le
rencontre entre deux portes; il me saute au col, me demande: _Que
m'apportez-vous?_--Monsieur, je vous apporte un petit arc et des
flches. Il en tressault de joie; ma femme lui apporta un petit
rchaud et une petite cuelle de fayence[269].

  [267] Il s'agit probablement du grand prvt de l'htel, car au
  moment de l'assassinat de Henri III celui des hauts dignitaires
  que l'on appelait M. le Grand, c'est--dire le grand cuyer, le
  duc d'Elbeuf, tait arrt depuis quelques mois comme favorable
  aux Guises et ne devait tre rendu  la libert qu'en 1591. Ce
  passage est assez curieux, puisqu'il y est dit que c'est le grand
  prvt qui tua Jacques Clment, tandis que Mzerai et les autres
  historiens disent que le Roi lui ayant lui-mme port deux coups
  avec le couteau qu'il retira de la blessure, M. de la Guesle
  le frappa du pommeau de son pe et que deux ou trois autres
  personnes, encore plus imprudentes, le turent sur place. Quand
  on eut reconnu qui il tait, le grand prvt fit tirer son corps
   quatre chevaux, brler les quartiers et jeter les cendres au
  vent.

  [268] Hroard tait absent depuis le 30 janvier.

  [269] Le Dauphin s'amusait souvent  faire la cuisine.

_Le 13, lundi,  Saint-Germain._--Il vient en ma chambre, demande
 voir le livre des oiseaux, puis je lui montre les figures de la
gographie de Merula[270].

  [270] Paul Merula, de Dordrecht, mort en 1607.

_Le 14, mardi._--Men chez M. de Frontenac, il y joue du clavecin.

_Le 15, mercredi._--A cinq heures le Roi arrive, lequel il attend
avec extrme impatience, s'amuse  l'entretenir  la chambre, dit
qu'il veut souper avec papa, qu'il attendra que son souper soit prt.
Le Roi, qui mangeoit maigre, se plaignoit d'un peu de douleur  une
amygdale.--_Papa, mangez de la viande, vous tes malade._ Le Roi lui
demande s'il veut aller  la guerre.--_Non, papa._--Pourquoi?--_Je
suis trop petit._--Quand est-ce que vous y irez?--_Mais que je sois
grand._--Quand serez-vous grand?--_A Pques._ Le Roi va en sa chambre.

_Le 16, jeudi,  Saint-Germain._--veill  cinq heures aprs minuit,
il se fait coucher auprs de Mme de Montglat, lui frappe sur la tte
chantant:

        Baume sur baume,
        L'abb de Vendme,
    La Castaigne et le merlus
    Combien de cornes portes-tu?

puis, se souriant et battant doucement de sa main sur la tte de Mme de
Montglat, il dit: _Vel la mre aux cornes_.--Men au jardin; le Roi
revenant de la chasse, met pied  terre, va  lui. Ramen au chteau,
il se fait habiller en masque, va chez le Roi danser un ballet, ne veut
point se dmasquer, ne voulant tre reconnu.

_Le 17, vendredi._--Il se joue avec ses animaux de poterie (un cheval
et un boeuf).--L'on parloit de la guerre de Sedan, du canon que l'on y
menoit, il demande: _Comment le mne-t-on?_--Men au jardin, il tire
de l'arc; le Roi le prend pour tirer. _Papa, voulez-vous que je vous
montre?_ le Roi lui dit: Je sais mieux tirer que vous.--_Excusez-moi,
papa_, rpond-il doucement et froidement. Aprs dner il va chez le
Roi, le voit partir pour aller  la chasse;  cinq heures men au Roi
revenant de la chasse, il aide  le dtacher; le Roi se couche.

_Le 18, samedi._--Dn avec le Roi;  quatre heures et demie il va chez
le Roi, qui revenoit de la chasse, lui dtache ses aiguillettes, lui
sert  boire, puis s'en retourne en sa chambre;  sept heures et un
quart dvtu, le Roi y arrive; M. le duc de Montbazon[271] dchausse
le Dauphin, le Roi le baise dormant, lui disant adieu. Le Roi s'en
retourna  Paris  cinq heures aprs minuit.

  [271] Hercule de Rohan, grand veneur de France, mort en 1654.

_Le 19 fvrier, dimanche._--Mme de Montglat parloit de M.
de Bouillon[272], disant qu'il toit bien mauvais.--_Qui,
Mamanga?_--Monsieur, c'est un bouillon qui est fcheux 
prendre.--_Oui, Mamanga, il faut du canon._--Men  la chapelle, il
tient  baptme la fille de sa nourrice; c'est le premier enfant qu'il
a port  baptme; il lui donne nom Henriette.

  [272] Henri de la Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, marchal de
  France, mort en 1623. Il tenait alors  Sedan contre les troupes
  du Roi.

_Le 28, mardi._--M. de Montpensier vient  son lever; il lui fait bonne
chre.

_Le 4 mars, samedi,  Saint-Germain._--Les ambassadeurs d'Angleterre le
viennent voir, il leur fait bonne chre.

_Le 11, samedi._--J'arrive  trois heures et demie[273]; je lui
apporte un bracelet d'ivoire pour mettre au bras,  tirer de l'arc;
il le met au bras gauche de la faon qu'il le falloit; il n'en avoit
jamais vu, ni su comme il le falloit mettre que par ou-dire.--A cinq
heures, Madame la petite arrive; il la reoit en la cour, au pied de
la petite monte.--En soupant, je lui dis: Monsieur, papa vous mande
 Paris pour remercier la reine Marguerite du prsent qu'elle vous a
fait.--_Quel?_ Mme de Montglat lui dit: Monsieur, elle vous a donn
tout son bien.--_Comment dit-on quand on donne tout son bien?_ Je
lui dis: Monsieur, elle vous a donn le duch de Valois, le comt
de Lauraguais et le comt d'Auvergne.--_Faudra-t-il que je sois
prisonnier comme le comte d'Auvergne?_

  [273] Hroard tait absent depuis le 19 fvrier.

_Le 12, dimanche._--A sept heures lev, vtu, il aide lui-mme 
dmonter son lit. A une heure il part pour aller  Paris dans la
litire de la Reine, va par les bacs, trouve M. de Souvr au Pecq.
Got  Chatou. Passant le bac de Neuilly il voyoit Madrid: _H!_
dit-il, _vel une grande maison qui chemine?_ M. le prince de Cond, M.
de Vendme, M. le conntable, M. le Grand et grand nombre de noblesse
lui viennent au-devant jusque prs du port de Neuilly. A quatre heures
trois quarts il arrive aux Tuileries, o le Roi l'attendoit qui,
l'ayant promen jusques  cinq heures et demie, le mne, par la porte
du jardin et la grande galerie, au Louvre. Il va voir la Reine, court 
elle qui s'essaye de l'lever pour le baiser[274]; ne pouvant, le Roi
l'lve; men au grand cabinet, o il se joue avec des volants que la
Reine lui avoit donns. Soup avec le Roi au petit cabinet de la Reine,
il s'endormoit, demande cong d'aller en sa chambre, o il est men 
sept heures et demie, sous le cabinet de la Reine.

  [274] La Reine n'tait pas encore releve de couches.

_Le 13, lundi, au Louvre._--A une heure et demie men par la galerie
aux Tuileries, au Roi, qui lui fait voir piquer des chevaux; ramen
par le mme chemin en sa chambre. Men chez la Reine  douze heures
et un quart, et  deux heures et demie le Roi le fait mettre avec lui
en carrosse,  la portire, assis sur un carreau, pour aller vers
la reine Marguerite, loge  l'htel de Sens, pour la remercier du
don qu'elle lui avoit fait. En chemin le Roi lui demande: Mon fils,
aurez-vous pas froid?--_Ho! non, papa, je ne crains point le soleil
ni la pluie._ Il dit  la reine Marguerite: _Maman ma fille, je vous
remercie trs-humblement du prsent que vous m'avez fait, je suis votre
trs-humble serviteur_. Ramen au Louvre  six heures et demie.

_Le 14, mardi, au Louvre._--Men par la galerie au jardin, aux
Tuileries, il va  la messe aux Capucins[275]; ramen par le mme
chemin en la chambre de la Reine, puis en la sienne. A huit heures men
chez le Roi et la Reine, il leur donne le bonsoir.

  [275] Le couvent des Capucins se trouvait dans la rue
  Saint-Honor.

_Le 15, mercredi, au Louvre._--A sept heures et demie, le Roi vient
lui dire adieu, s'en allant assiger Sedan, y est fort peu, le baise,
l'embrasse, lui disant ces mots: Adieu, mon fils, priez Dieu pour moi,
adieu, mon fils, je vous donne ma bndiction.--_Adieu, papa_, rpond
le Dauphin; il toit tout tonn et comme interdit de paroles. Soudain
Mme de Montglat lui dit s'il veut pas prier Dieu: _Oui, Mamanga_, et
il prie Dieu soudain.--Men par la galerie aux Tuileries, il joue du
palemail sur la terrasse, ne veut point aller  la messe aux Capucins.
Mme de Montglat lui dit  l'oreille que le Roi lui a command de le
mener our la messe aux Capucins; il y va soudain.--Men chez la Reine,
il est log  la chambre du Roi, aide  porter son bois de lit  la
vue de la Reine; Mme de Montglat y fait mettre son lit pour y coucher.
Il va seul en la ruelle de la Reine, y voit Mlle de Renouillre qui y
dormoit, s'en vient doucement  la Reine, et lui demande: _Maman, qui
est cette bte-l?_

_Le 16, jeudi, au Louvre._--Men jusques  la chapelle de Bourbon[276]
pour our la messe, il n'y veut point entrer: _Il y fait noir, on n'y
voit goutte! H! Mamanga, que j'entre pas l dedans!_ Men au jardin
du Louvre, ramen en sa chambre. A une heure trois quarts men en la
litire de la Reine  l'Arsenal; il ne veut descendre de la litire que
M. de Rosny ne y ft arriv; men par les galeries des armes sur le
rempart, et de l  la Bastille, en la cour, d'o il est salu du haut
des tours par M. le comte d'Auvergne, qui lui dit: Bonsoir, Monsieur,
je suis votre trs-humble serviteur; il lui rpond: _Dieu vous garde,
moucheu le comte_. Il toit accompagn de Mme de Montglat, de MM. de
Souvr, de Chteauvieux; je y tois. Ramen par le jardin en la salle
et au cabinet o,  trois heures et un quart, il fait collation; M.
de Rosny lui donne un canon d'argent. Il demande le nom et l'usage
des outils et des parties, s'en veut aller et par le mme chemin qu'il
toit entr, ne voulut jamais passer par autre chemin. Ramen  quatre
heures et demie, men  la Reine, puis en sa chambre.

  [276] L'htel du Petit-Bourbon, dmoli sous Louis XIV lors des
  travaux de la colonnade du Louvre.

_Le 17, vendredi, au Louvre._--Il part en litire  dix heures,
accompagn de MM. de Souvr, de Chteauvieux, de Liancourt, va au
jardin du Palais par le Pont-Neuf, o il est reu par M. le premier
prsident, messire Achille de Harlay; il le prie pour une affaire de sa
_maman Doundoun_; M. de Harlay lui promet de n'oublier  le servir, au
premier commandement qu'il lui a fait. Mont par le logis dudit sieur
prsident, il est all  la Sainte-Chapelle, o il entend la messe,
baise la vraie croix, demande les noms et les usages de tout ce qu'il
voit, passe et repasse port par le sieur Birat, regarde de del avec
gravit et allgresse de tout le monde. Il se trouva des femmes qui
se portoient  sa robe pour la baiser. Ramen par le mme chemin au
Louvre, et  onze heures et demie dn. Il va chez la Reine, va en la
galerie, o il court un renard avec les chiens du Roi.

_Le 20, lundi, au Louvre._--Il va chez la Reine, qui partoit pour
conduire Mlle Straler, damoiselle flamande, et Gratienne, l'une de ses
femmes de chambre, aux Carmlines, o elles s'alloient rendre.--Il
crit au Roi par M. de Vendme:

    Papa, depuis que vous tes parti, j'ai bien donn du plaisir
     maman. J'ai t  la guerre dans sa chambre: Je suis all
    reconnotre les ennemis: ils toient tous en un tas dans la
    ruelle du lit  maman, o ils dormoient[277]. Je les ai bien
    veills avec mon tambour: J'ai t  votre arsenal, papa: M.
    de Rosny m'a montr tout plein de belles armes, et tant, tant
    de gros canons, et puis il m'a donn de bonnes confitures et un
    petit canon d'argent; il ne me faut qu'un petit cheval pour le
    tirer. Maman me renvoie demain  Saint-Germain, o je prierai
    bien Dieu pour vous, papa, afin qu'il vous garde de tout
    danger et qu'il me fasse bien sage et la grce de vous pouvoir
    bientt faire trs humble service. J'ai fort envie de dormir,
    papa: Ff Vendme vous dira le demeurant, et moi que je suis
    votre trs-humble et trs-obissant fils et serviteur,

    DAUPHIN[278].

  [277] _Voy._ au 15 mars prcdent.

  [278] L'original de cette lettre est conserv  la Bibliothque
  impriale (fonds Du Puy). Elle a t reproduite textuellement par
  M. Paulin Paris dans la 3e dition des Historiettes de Tallemant
  des Raux, tome I, page 312, et par M. Berger de Xivrey dans
  les _Lettres missives_, tome VII, p. 689. On ignorait la date
  de cette lettre, dont nous n'avons pas cru devoir reproduire
  l'orthographe.

_Le 21 mars, mardi, au Louvre._--Il va chez la Reine; la reine
Marguerite y vient, le prvenant en ce que la Reine le vouloit mener
chez elle pour lui dire adieu.

_Le 22, mercredi._--Il va chez la Reine, qui lui demande s'il est pas
plus aise de s'en retourner  Saint-Germain que de demeurer auprs
d'elle; il rpond: _Oui_, froidement, lui dit adieu et,  une heure
mis en litire, est parti pour se y en retourner. Arriv au Pecq,
il y trouve Madame, qui lui toit venue au-devant, accompagne de
M. de Verneuil, la fait mettre avec lui dans la litire, la baise,
l'embrasse, la fait asseoir prs de lui.

_Le 27, lundi,  Saint-Germain._--M. de Souvr; sur l'alarme de ceux
qui avoient couru M. de Mansan, l'on fait murer les portes des deux
petits ponts[279].

  [279] Hroard est absent depuis le 23, et c'est Gurin qui tient
  le Journal d'une manire beaucoup plus concise. Cette phrase
  obscure nous parat signifier que M. de Souvr, gouverneur du
  Dauphin, tait venu  Saint-Germain, sur la nouvelle d'un danger
  couru par l'officier charg de la garde du Dauphin. Les bois qui
  environnaient Saint-Germain taient alors infests de bandits.
  (_Voy._ au 27 janvier 1610.)

_Le 1er avril, samedi,  Saint-Germain._--J'arrive de Paris, il me
saute au col; je lui apporte un trompette turc  cheval, qu'il fait
manier  courbettes. Il va chez la petite Madame, qu'il aimoit fort,
vient en ma chambre, o je lui montre les figures de la _Castramtation
des Romains_ par du Choul[280]; il y prend plaisir. L'on parloit du
Roi, qui toit all assiger Sedan; il demande: _Mamanga, qui est
dedans?_--Monsieur, c'est monsieur de Bouillon.--_Je lui couperai la
tte._

  [280] Guillaume du Choul, gentilhomme lyonnais le plus diligent
  et le plus grand rechercheur d'antiquits de son temps, dit La
  Croix du Maine.

_Le 2, dimanche,  Saint-Germain._--Il se plaint  Mme de Montglat
que l'on ne donne de la bougie  sa _maman Doundoun_, lesquelles, par
mnage, M. de Montglat avoit retranches aux officiers, encore que il
en et de l'argent du Roi pour les fournir.

_Le 5, mercredi._--Sa nourrice parloit d'acheter une maison, mais
disoit n'avoir point d'argent; elle lui en demande.--_Je n'en ai point,
maman, si j'en avois, je vous donnerois tout._ Je lui demande qui le
lui gardoit; il rpond en souriant: _C'est moucheu de Rosny_.--Men en
carrosse au Pecq pour voir prendre, en la rivire, une oie par le gros
barbet de M. de Frontenac, il s'amuse  voir pcher du poisson, s'en
fait donner des petits qu'il met dans la pelle creuse du batelier, o
il y avoit de l'eau, fait jeter dans l'eau les plus petits disant: _H!
les pauvres petits! h! sauvez-les; jettez-les dans la rivire_.

_Le 6, jeudi._--Il se fait mettre aux fentres du prau; il passa un
nomm Dumesnil sans le saluer, suivi de son laquais, qui fit de mme.
Il demande: _Qui est cettui-l qui passe sans ter son chapeau? Bompar,
allez arrter ce laquais!_ Il y va, l'arrte. L'on disoit derrire
M. le Dauphin: Voil un homme mal avis et son laquais aussi; il
crie: _Laissez, laissez-le aller, Bompar; il est aussi sot que son
matre_. M. de Crillon le vient voir pendant son goter; il ne veut
point dire adieu  M. de Crillon; Mme de Montglat l'en tance dans sa
petite chambre: _Mais, Mamanga, c'est un mchant homme. Je suis brave,
moi, je suis furieux_, dit-il en faisant les contenances de M. de
Crillon[281].--Il fait allumer un feu au coin de la chemine; l'on dit
que c'est le feu de joie pour la prise de Sedan: _Non_, dit-il; _c'est
le feu de joie de la paix_, et avec toutes ses femmes de chambre il
chante: _Vive le Roi_,  grosse voix.

  [281] _Voy._ aux 19 avril et 29 novembre 1605.

_Le 10, lundi,  Saint-Germain._--Il va en la chambre de Mme de
Montglat, qui avoit pris mdecine, s'amuse  un cabinet d'Allemagne,
y trouve la chambre du Roi, les cabinets, la salle du bal, la galerie
rouge.

_Le 11, mardi._--Mme de Vitry lui donne des poules et un renard
d'ivoire[282].

  [282] Il s'en sert plus tard pour jouer sur un damier.

_Le 12, mercredi._--En se couchant il dit: _Mamanga, je veux prier
Dieu; Mamanga, c'toit la nourrice du feu roi Charles qui se levoit
toujours matin, et c'toit qu'elle alloit prier Dieu?_

_Le 16, dimanche._--Il prend son tambour, et  la tte de la compagnie
de M. de Mansan, qui faisoit la monstre, il prte le serment, le
fait prter  M. de Verneuil et  M. le Chevalier, et leur fait
donner un sol  chacun.--Il vient en ma chambre, me demande  voir le
livre des btiments (c'toit Vitruve), demande les noms des machines
principalement et leurs usages, les considre; il avoit une grande
inclination aux mcaniques.

_Le 17, lundi._--Il va en la salle du Roi, o il se trouve dix ou
douze soldats de la compagnie de M. de Mansan qui apprenoient  danser
sous Boileau; il leur fait prendre les armes, les mne  la guerre;
le tambour c'toit Boileau, qui jouoit du violon. Aprs avoir fait
quelques tours de salle: _a_, dit-il, _dansons_; l'on fait poser les
armes, il se met  danser aux branles, et afin qu'aucun ne le tnt
par la main, il donne  tenir  son page Bompar l'une de ses petites
manches et l'autre au sieur de Birat, son valet.

_Le 18, mardi._--Men par le petit jardin du btiment neuf sur
la terrasse de Neptune, il va voir un modle de pierre que l'on
faisoit du btiment neuf, s'enquiert de tout froidement, considre
mrement.--Pendant son souper il fait apporter la guenon et le sapajou
de la Reine, et s'entretient avec celui qui en a la garde, parle avec
telle ardeur qu'il en bgaye.

_Le 20 avril, jeudi,  Saint-Germain._--Sa nourrice le tenoit en
son giron; il la caresse, la baise: _H! ma folle! mon cu! ma mre
Doundoun! c'est Doundoun qui m'a donn  tter_; elle lui demande
s'il veut tter; il s'efforce  dcouvrir son sein; elle lui tend la
mamelle, il la prend, suoit et et tt s'il y et eu du lait.

_Le 22, samedi._--Il voit en la cour un marchand de toile, le fait
monter en sa chambre, veut lui-mme avec une aune mesurer la toile.--A
souper il fait du gchis avec du pain esmi, disant: _Je fais comme
papa_, et feint de manger, imitant le Roi lorsqu'il jetoit le jus de
mouton sur du hachis sec.

_Le 25, mardi._--L'ambassadeuse d'Angleterre, M. de Nemours, Mme la
comtesse de Guichen[283] le viennent voir.

  [283] _Voy._ page 32, note 51.

_Le 30, dimanche._--M. le prince de Cond le vient voir; il lui en
conte, lui dit qu'il a un beau canon tout d'argent, l'envoie querir, le
lui montre.

_Le 1er mai, lundi,  Saint-Germain._--Il s'amuse  faire mordre les
survenants  un oeuf de marbre et  faire sauter une petite grenouille
artificielle. A dix heures men  la chapelle, puis, par le jardin
et le prau, au btiment neuf; il se joue en la galerie et sur les
terrasses, attendant le Roi, qui arriva  onze heures et demie, et
le reut au bout de la terrasse de Neptune, du ct de Carrire, au
milieu, tout vis--vis de la petite porte des pompes de la colonne.
Le Roi lui commanda de donner sa main  baiser  M. de Bouillon et
d'embrasser M. le Grand. A douze heures et demie dn avec le Roi;
voyant manger au Roi du beurre frais sur du pain avec des aulx, il dit
qu'il en mangera bien, en avale deux petites tranches, de celles que le
Roi lui-mme avoit mises sur son pain, et s'y foroit pour complaire
au Roi. Men  la galerie par le Roi, o il arme sa compagnie; il toit
mousquetaire, il entre en garde, se fait mettre en sentinelle par M.
de Vendme, et  deux heures et demie revient au chteau avec le Roi.
Men au devant de la Reine, qui arrive  six heures, il monte avec le
Roi et la Reine en la chambre de la petite Madame; le Roi s'tant jou
longtemps  M. et  Mlle de Verneuil, il en conoit de la jalousie,
part soudain de la main, et va dans la garde-robe de sa chambre, se met
derrire la porte, s'assied sur un coffre, et commande imprieusement
 l'exempt: _Fermez la porte, que personne n'entre_. Je lui demande
pourquoi il s'en toit ainsi venu: _De peur_, dit-il, _que papa ne me
vit pleurer_. Il s'en va en la chambre de Mme de Montglat, on ne l'en
peut tirer pour aller en sa chambre souper que par deux de ces pices
d'or de dix cus de la Reine que Mlle de Ventelet lui apporta.

_Le 2, mardi._--Men chez la Reine, la Picarde, seconde nourrice de
Madame, tenant au bras son enfant, se jeta  genoux devant la Reine,
les larmes aux yeux; le Dauphin en eut tant de compassion qu'il part
soudain d'auprs de la Reine et se met derrire Mme de Montglat, le
visage tout en feu de rougeur, de la force dont il se gardoit de
pleurer; il saute au col de Mme de Montglat, o il se tient tant que
la Reine (mme qui se leva de son sige pour cet effet) l'et assur
qu'elle donneroit de l'argent  la nourrice; l-dessus sa couleur
ordinaire lui revient. Men par la Reine en carrosse au btiment neuf,
il va  la messe avec le Roi et,  midi, a dn avec Leurs Majests. Le
Roi et la Reine s'en retournent  Paris.

_Le 4, jeudi._--Il ne veut point djeuner qu'il n'ait tir une
harquebusade, se fait mettre de la poudre dans sa harquebuse  mche et
de l'amorce par M. de Ventelet, puis, sur la terrasse de sa chambre,
avec un petit bton au bout duquel il y avoit de la mche, il y met le
feu; la fume lui passa sur la main et prs du visage; puis il dit
par grande allgresse  tout chacun qu'il a tir une harquebusade et
qu'il n'a pas eu peur; c'toit de la harquebuse que lui avoit donne
M. d'Oinville, marchal de logis de sa compagnie, et la premire qu'il
et[284].

  [284] _Voy._ au 31 octobre 1604.

_Le 5, vendredi._--Il entend jouer les joueurs de cornemuse du Roi avec
attention, et jusqu'au transport; les joueurs de musette jouent pendant
son dner.

_Le 7, dimanche._--Mlle Mercier, l'une de ses femmes de chambre, qui
l'avoit veill, toit encore au lit contre le sien; il se joue  elle,
lui fait mettre les jambes en haut, en cornemuse, et des pailles entre
les orteils des pieds, puis les y fait remuer comme si elle et d
jouer de l'pinette; aprs il dit  sa nourrice qu'elle aille querir
des verges pour la fesser, le fait excuter; puis sa nourrice lui
demande: Monsieur, qu'avez-vous vu  Mercier? Il rpond: _J'ai vu
son cu_, froidement.--Est-il bien maigre?--_Oui_, puis soudain il
se reprend: _Non, non, il est bien gras_.--Qu'avez-vous vu encore?
Il rpond froidement et sans rire qu'il a vu son conin.--Il voit le
colonel Berman, du canton de Fribourg, qui avoit emmen un rgiment
de Suisses pour le sige de Sedan, lui donne sa main  baiser et 
ceux de sa compagnie, puis soudain demande son corselet et ses armes
compltes, va en la salle du Roi, o il se fait armer de la cuirasse,
puis prend sa pique, fait mettre prs de lui M. de Verneuil, fait
battre le tambour, et marche en garde. A l'arrive, les Suisses lui
firent un petit mot de harangue par la bouche du colonel Berman, qui
toit, en somme, pour lui faire entendre qu'ils toient venus pour le
service du Roi et pour le sien et qu'ils toient serviteurs du Roi et
les siens; le Dauphin, sur cette parole, rpondit: _Bien_. A la salle,
avant partir, Mme de Montglat fit porter du vin pour la collation, et
dit  l'oreille  M. le Dauphin qu'il falloit qu'il bt  eux; il dit
soudain: _Qu'on apporte mon verre_; on l'envoie querir, l'on y met un
bien peu de vin avec beaucoup d'eau, et il boit  eux; il ne y fait que
tter. Ils en furent fort aises, disant que cette action iroit bien
loin.

_Le 9, mardi,  Saint-Germain._--Men au btiment neuf, o toit la
marie du jardinier, qui dansoit au petit jardin du Roi; l'on y vouloit
jeter le coq; il le jeta par trois fois en la cour, puis il s'en va
en la galerie, o il a dans en branle o toit la marie, dansa la
courante et la bourre avec Mlle de Vendme.

_Le 10, mercredi._--Matre Martin, son peintre, vient pour le peindre,
le peint arm de son corselet, sous sa robe de velours cramoisi garnie
d'or, l'pe au ct et la pique de la main droite, la tenant droite,
la tte couverte de son bonnet de satin blanc, d'enfant, avec une
plume blanche; c'est la premire fois qu'il ait t ainsi peint. Il
se fait donner des couleurs et un pinceau, imite le peintre mlant
ses couleurs, regarde parfois la besogne de son peintre. Il tenoit sa
chienne _Isabelle_, la caressoit, la baisoit, l'appeloit sa mignonne,
car il aimoit extrmement les chiens; il disoit  son peintre qu'il
peignit sa chienne auprs de lui. Mlle Mercier lui dit: Monsieur, il
ne faut pas que ceux qui sont arms aient des chiens avec eux; il
rpond soudain: _Mais ce sera pour prendre les ennemis par les jambes_.

_Le 11, jeudi._--Il prend en coutume, quand on lui dit quelque chose,
de rpondre: _Je m'en soucie bien_.

_Le 12, vendredi._--La reine Marguerite le vient voir; il permet  Mme
de Montglat d'aller au-devant d'elle, puis il y va, et la salue au
milieu de l'alle du jardin qui est sur le foss, l'emmne voir faire
son jardin.

_Le 14, dimanche._--Il devient amoureux de la nourrice de la petite
Madame; il alloit et revenoit  la chambre de la petite Madame, tout
exprs pour la voir en passant, la guignant de l'oeil et se souriant.

_Le 15, lundi._--Je lui maniois le pouls, lui ayant dit que
je reconnotrois s'il toit amoureux; il me demande: _Que
fait-il?_--Monsieur, il frtille. Il se laisse coiffer pour l'amour
de la nourrice de Madame sa petite soeur, prend plaisir que l'on lui
en parle et que l'on lui demande de qui il est amoureux. A dner il
fait les doux yeux  la nourrice de Madame la petite, fait le honteux
et retourne sa face; Mme de Montglat lui dit qu'il ne faut point qu'un
amoureux soit honteux.--Il se joue en sa chambre; arrive une femme,
revendeuse  Paris, nomme,  ce qu'elle me dit, Opportune Julienne;
elle se prend  danser devant,  dcouvrir ses cuisses bien haut,
tantt l'une et puis l'autre; il regardoit tout cela avec un extrme
plaisir, auquel il se laisse transporter, et court aprs cette femme
pour lui soulever la cotte.

_Le 18, jeudi._--Il fait porter son critoire[285]  la salle  manger
pour crire sous Dumont[286], dit: _Je pose mon exemple; je m'en vas 
l'cole_; il fait des O, fort bien.

  [285] C'tait, dit Hroard, une critoire en forme de cassette,
  o taient son papier, sa plume et son encrier; elle lui avait
  t donne par Mme de Lomnie.

  [286] Clerc de sa chapelle, qui lui montrait  crire.

_Le 21, dimanche,  Saint-Germain._--M. de Longueville le vient voir, a
dn avec lui.

_Le 23, mardi._--On lui dit que M. le conntable venoit pour le voir;
le voil soudain en mauvaise humeur, et il demande d'aller en la salle
du bal. M. le conntable y monte; le voil  crier; enfin apais. On
lui porte son mousquet, sa bandoulire, et il descend en la basse-cour,
puis au jardin, ayant avec lui M. le Chevalier, M. de Verneuil, M. de
Montmorency et M. le comte de Lauraguais, arms aussi; il se met  la
tte de la compagnie, va chez M. de Frontenac pour tre  la collation
qui se y faisoit,  cause que M. le conntable tenoit  baptme un sien
fils[287] avec Mlle de Vendme. M. le conntable prend cong de lui,
s'en allant en Languedoc; M. de Montmorency prend aussi cong de lui.

  [287] Henri de Buade, fils d'Antoine de Buade, seigneur de
  Frontenac, capitaine des chteaux de Saint-Germain en Laye.

_Le 24 mai, mercredi,  Saint-Germain._--Mlle Value, Mlle
Prvost-Biron, Mlle Gillette[288], matresse du feu marchal de Biron,
assistent  son goter.

  [288] La belle Gillette; elle toit noire, claire et agrable.
  (_Note d'Hroard._) Elle se nommait Gillette Sabillotte,
  demoiselle de Savenire, et tait fille d'un procureur du Roi 
  Dijon. Le marchal de Biron, qui mourut sans avoir t mari, en
  eut un fils, nomm Charles, mort au sige de Dole, en 1636.

_Le 26, vendredi._--Arrive M. de Vaudemont, qui baise la main du
Dauphin en la chambre du Roi.

_Le 27, samedi._--M. et Mme de Montpensier viennent voir le Dauphin;
il leur fait bonne chre.--On lui demande si l'Infante est pas sa
matresse, il dit: _Non, c'est la nourrice  ma petite soeur_, et de
fait l'ayant rencontre, il lui sauta au col et la baisa.

_Le 30, mardi._--M. le cardinal de Joyeuse arrive, auquel il donne sa
main  baiser.--A huit heures trois quarts, il avoit envie de dormir,
et toutefois il lui prend une humeur de s'armer, se fait mettre son
corselet, prend sa pique pour se faire mettre en sentinelle par
Hindret, son joueur de luth, qui toit le caporal. Je lui demandai
s'il seroit longtemps, il rpond: _Deux heures_. C'toit l'heure des
sentinelles de la garnison qu'il avoit apprise, car il savoit toutes
les fonctions d'un soldat. L'on ne sut jamais le dissuader de cette
action; il y est quelque temps, et n'en voulut jamais partir qu'il ne
ft relev, se promenant la pique haute.

_Le 1er juin, jeudi,  Saint-Germain._--Il rcite les quatre premiers
quatrains de M. de Pibrac, qu'il savoit, comme s'il et rcit une
comdie; M. le Chevalier en faisoit autant, puis M. de Verneuil.

_Le 3, samedi._--Mme de Montglat le tance et lui arrache son tablier,
qu'il tenoit  la bouche; le voil en colre. Il la bat sur la main;
elle ne disoit mot; il se retourne et lui rue des coups de pied,
tant que voyant deux maons qui travailloient  faire l'enceinte de
la chapelle, l'un avec un balai l'autre avec une hotte, il se jette 
genoux: _H! Mamanga, pardonnez-moi!_ Cependant les maons prennent le
petit laquais de M. de Mansan et l'emportent dans la hotte, le mettent
dans la chapelle. _H! Mamanga, parlez pour lui!_

_Le 4, dimanche._--Il se joue  une petite fontaine faite dans un
verre, qui lui venoit d'tre donne par les verriers de la verrerie
de Saint-Germain-des-Prs, s'amuse  une vaisselle de poterie o il y
avoit des serpents et des lzards reprsents[289], y faisoit mettre de
l'eau pour les reprsenter mouvants.--Il appelle Hindret, son joueur
de luth, Boileau, son violon, et un soldat qui jouoit de la mandore,
et lui, prenant un luth, dit: _Faisons la musique_; il les fait ranger
tous autour de lui, au chevet de son lit; il pinoit son luth comme
s'il et jou avec intelligence. Il aimoit extrmement la musique.

  [289] Imitation des plats de Bernard de Palissy.

_Le 5, lundi._--M. le marquis de Rainel, revenant de Hongrie, le vient
voir; il lui disoit: Monsieur, me ferez-vous pas un jour grand matre
de votre artillerie? Le Dauphin ne rpondant point, M. de Ventelet
lui dit: Monsieur, c'est M. le marquis de Rainel qui vous prie de le
faire un jour grand matre de votre artillerie, le ferez-vous pas?
Il rpond: _Je le veux bien_. J'entendois tout cela, et lui demandai:
Monsieur, vous plat-il que j'enregistre cette promesse que vous
avez faite  M. de Rainel, dans mon registre?--_Oui! oui!_--Men
au palemail, il fait dmasquer la nourrice de la petite Madame, lui
disant: _Dmasquez-vous, je vous veux baiser_.

_Le 6, mardi._--Il frotte le derrire de son oreille, en rapporte une
ordure qu'il met en sa bouche, comme il faisoit souvent, et celles du
nez, qu'il avaloit; Mme de Montglat l'en reprend, il rpond: _Quoi!
est-ce du poison?_ Il va en la chambre de la petite Madame, en baise
la nourrice  la bouche, aux yeux, au front, au nez, aux ttons, avec
transport, disant: _Je vous baiserai toujours_. Il en toit amoureux
par inclination.

_Le 8, jeudi,  Saint-Germain._--A cinq heures et demie le Roi et
la Reine arrivent de Paris; il les va recueillir hors du pied de
l'escalier, en la cour. Le Roi lui dit: Eh bien, mon fils, vous
avez t fouett!--_Non pas tous les jours, papa._--Qu'aviez-vous
fait?--_Rien._ Il remonte avec eux en la chambre de la petite Madame,
o il s'assied sur la fentre, et fut fort longtemps  entretenir le
Roi;  sept heures et un quart soup avec le Roi. Men en sa chambre,
le Roi peu de temps aprs y arrive, et la Reine aprs; il danse aux
branles, la courante, puis se met au giron de sa nourrice, s'endort,
est mis au lit  neuf heures et demie. Leurs Majests se retirent; sa
nourrice approchant prs de lui trouve qu'il ne dormoit pas, et lui
dit: Monsieur, vous ne dormez pas?--_Non_, dit-il tout bas, _papa
s'en est all?_--Oui, Monsieur, pourquoi avez-vous fait semblant de
dormir?--_Pource que papa s'en ft pas all, et il y avoit tant de
monde, j'avois si chaud!_

_Le 9, vendredi._--Il attend avec impatience un carrosse pour aller
trouver le Roi au btiment neuf, y va, le trouve  la chapelle, revient
avec lui  la galerie. Arm de son mousquet, il va  la guerre,
assault la ville (c'toit la balustre qui toit autour de l'une des
chemines o il y avoit des soldats); MM. de Vendme et de Verneuil,
les deux fils de M. de Frontenac, toient avec lui. Il fait planter
dans la salle de grands tuyaux de chaume pris des paillasses vides,
dit que ce sont des _piquiers_, et au-devant, d'un bout  l'autre,
fait faire une trane de poudre. Le Roi y fait mettre le feu en sa
prsence et en celle la Reine. Le Dauphin disoit qu'il vouloit tre
mousquetaire, et nanmoins il avoit accoutum de reprendre ceux qui ne
faisoient pas bien; le Roi lui dit: Mon fils, vous tes mousquetaire,
et vous commandez! A quatre heures le Roi et la Reine partent pour
s'en retourner  Paris; tant au port de Chatou, au del de l'le,
il faisoit glissant  la descente; les chevaux reculent, poussent le
bac, les roues de derrire du carrosse demeurent dans l'eau, et,  la
descente de celui de Neuilly[290], tout le carrosse tomba dans l'eau,
 la main gauche de la Reine, tant  la portire, et le Roi couch du
long en dedans, o il s'toit mis un peu auparavant pour dormir. Ce
fut ainsi que les chevaux toient prs d'entrer dans le bac; l'un de
ceux de derrire glisse, le cocher le fouette; se voulant relever, il
retombe, tire et fait tomber son compagnon, et le carrosse renverse
en l'eau, sur la nacelle attache au bac, qui s'enfona mais empcha
que le carrosse n'allt tout au fond. M. de Montpensier se jeta le
premier dehors, par la portire qui toit en l'air environ demi-pied.
M. de l'Isle-Rouet y va, appelle le Roi, qui n'avoit que la tte et
un bras hors de l'eau, lui prend les mains, le met hors de l'eau, [le
Roi] disant: Que l'on aille  ma femme, et en sortant rencontre M.
de Vendme, qu'il met hors de l'eau. Ce pendant la Reine toit toute
dans l'eau,  la portire; un valet de pied[291] se y jette, la prend
par sa coiffure qui chappe; il la prend sous la gorge, et  l'aide
de M. de la Chastaigneraie ils lui mettent la tte hors de l'eau, et
aussitt [elle] demanda: O est le Roi? qui, l'entendant, se jeta
dans l'eau pour l'aider  mettre dehors. Mme la princesse de Conty fut
toute la dernire, qui avoit du commencement prins le sieur de l'Isle
par la barbe, comme il tiroit le Roi; elle quitta pour ce qu'elle
l'empchoit[292].

  [290] C'est le troisime accident mentionn par Hroard comme
  arriv au mme endroit. (_Voy._ aux 31 mai 1602 et au 6 avril
  1605.)

  [291] Hroard a laiss son nom en blanc.

  [292] Nous reproduisons textuellement ce rcit qu'Hroard a
  ajout aprs coup, en marge de son journal. Henri IV crivait le
  lendemain  Mme de Montglat: Ma femme et moi l'chappmes belle
  hier; mais Dieu merci nous nous en portons bien. (_Voy._ aussi
  le Journal de Lestoile  cette date.)

_Le 10, samedi,  Saint-Germain._--A onze heures men  la chapelle;
tant sur son carreau, il se lve, va dire  M. de Verneuil: _Ff
Vaneuil, priez Dieu pour papa, qui a failli se nayer_, et se va
remettre en sa place.--Mme de Montglat me disoit qu'crivant au Roi
elle avoit dit une petite menterie; elle vouloit dire que M. le Dauphin
avoit pleur, ayant su la nouvelle de son danger, bien qu'il ft vrai
qu'il en demeura fort tonn. Lui, qui coutoit toujours ce que l'on
disoit, la regarde soudain premirement sans dire mot, puis tout  coup
lui dit: _Ha! vous avez donc menti!_ Men  la chapelle pour y faire
chanter un _Te Deum_ pour l'heureuse dlivrance de Leurs Majests.

_Le 12, lundi._--Il dit la prire qui lui plaisoit fort et qu'il aimoit
 dire: Notre Seigneur Dieu et Pre, veuille moi assister par ton
saint Esprit et par icelui me gouverner et conduire  celle fin que ce
que je ferai, dirai ou penserai, soit  ton honneur et gloire, au salut
de mon me et  l'dification des miens.

_Le 17, samedi._--Le Roi arrive de Paris; il va au devant du Roi,
l'embrasse fort, l'accompagne au btiment neuf; il soupe avec le Roi,
va en la cour avec lui[293].

  [293] Hroard tait parti le 13 pour Vaugrigneuse, et Gurin, qui
  tient le journal en son absence, n'a pas la mme exactitude pour
  marquer les heures d'arrive et de dpart du Roi. Henri IV dut
  repartir pour Paris le lendemain.

_Le 19, lundi._--veill  huit heures, il est fouett pour avoir fait
le fcheux  la chapelle, le jour prcdent.

_Le 21, mercredi._--Le Roi arrive de Paris; il va au devant du Roi,
l'embrasse, le conduit en sa chambre.

_Le 22, jeudi._--Il va trouver en sa chambre le Roi, qui toit parti
pour aller au btiment neuf[294], court sur le pav au devant de lui;
men  la chapelle, dn avec le Roi, qui part  deux heures et demie
pour aller  Paris.

  [294] On voit par ce dtail que lorsque Henri IV venait seul 
  Saint-Germain il demeurait au vieux chteau, et que lorsqu'il
  tait accompagn de la Reine et de la Cour il demeurait dans la
  partie acheve du chteau neuf.

_Le 23 juin, vendredi,  Saint-Germain._--Il va mettre le feu au bcher
de la Saint-Jean, en la basse cour, puis va chez M. de Frontenac.

_Le 25, dimanche._--J'arrive[295]; il court  moi gaiement; je lui
donne un cheval noir et un gendarme dessus.

  [295] Hroard tait absent depuis le 13.

_Le 26, lundi._--A cinq heures men par le petit pont au devant du Roi
revenant de la chasse; il est ramen dans la petite chambre de Mme de
Montglat, o le Roi se met dans le lit, y fait mettre en chemise M.
le Dauphin, qui se y joue fort privment [_sic_]. A six heures lev,
 sept soup avec le Roi; M. Groulard, premier prsident de Rouen, y
vient; il lui donne sa main  baiser, par commandement du Roi. Le Roi
s'en retourne  Paris  sept heures trois quarts, il le conduit et, en
la cour, le Roi lui montrant M. le premier prsident et autres dputs
de Normandie, lui dit: Voyez-vous ces gens-l, vous les commanderez
aprs moi; il rpond froidement: _Bien, papa_; est fort priv avec
le Roi, qu'il craint. Il conduit le Roi jusques au btiment neuf
et, en la basse cour, le Roi lui disant: Adieu, mon fils, il (le
Dauphin) devient rouge et la larme lui vient aux yeux. Le Roi le baise,
l'embrasse, lui disant qu'il s'alloit promener et qu'il reviendroit
incontinent; il s'apaise. Ramen il s'amuse sur le tapis, entretenu par
Mmes de Vitry et de Saint-Georges, o il dit mots nouveaux et paroles
honteuses et indignes de telle nourriture, disant que celle de papa
est bien plus longue que la sienne, qu'elle est aussi longue que cela,
montrant la moiti de son bras.

_Le 27, mardi._--Men en carrosse dans la fort,  la chasse aux
toiles, il voit prendre deux sangliers et un marcassin, et sauver une
biche par-dessus les toiles; il ne s'ennuie point, y prend plaisir
froidement.--Il prend un petit violon, joue en concert avec Hindret,
son joueur de luth, nous fait chanter en concert: _Hau! Guillaume,
Guillaume_, puis: _Matre Ambroise, ho! ho! d'o venez vous_, etc. Il
baise sa nourrice, et lui dit: _J'entrerai par votre bouche, Doundoun,
puis j'irai en votre ventre, vous direz que vous tes grosse et puis
vous me fairez_.

_Le 28 juin, mercredi,  Saint-Germain._--Il s'amuse  son corselet
neuf, dit qu'il veut tre piquier. Vtu, coiff  btons rompus; pour
le faire hter, M. Birat lui dit que le Roi venoit. Le Dauphin, se
retournant et souriant, dit tout bas  l'oreille de Mme de Montglat:
_Mamanga, voyez vous ce vieux penard qui me veut faire craire que
papa vient_. Descluseaux, soldat aux gardes, entre aprs le dner
du Dauphin, qui dit en le voyant: _H! vel mon mignon, venez mon
mignon Dcuseaux_; ce soldat avoit accoutum de le faire jouer. Aprs
souper il se joue en sa chambre, joue du violon en concert avec le
luth, et chante: _En m'en retournant_, etc., puis danse le ballet des
grenouilles, la morisque, fort joliment et en cadence, sans avoir t
instruit.

_Le 29, jeudi._--Il se fait armer, prend sa pique et sort en la cour,
o l'on fait entrer la compagnie. Il se met  la tte, ayant  ct
gauche M. de Verneuil, et M. de Liancourt au milieu, fait deux tours
de la cour, puis il veut prter le serment, lve la main, et lui tant
demand par le commissaire Faure s'il promettoit pas de bien servir le
Roi, il rpond: _Oui_, ayant premirement t son chapeau et son gant
de la main.

_Le 30, vendredi._--Men au jardin, il fait attacher son canon d'argent
avec un jarretier, et le jarretier au derrire de la ceinture de son
tablier, et se promne le faisant rouler aprs soi; il va ainsi jusques
au palemail, se fche de ce que les roues se crottent et la bouche
aussi, s'en met en peine pour les faire nettoyer.

_Le 1er juillet, samedi,  Saint-Germain._--Il s'amuse  jouer de
son petit sifflet d'ivoire et  entendre des contes de matre
Guillaume[296]. Il sme des feuilles de rose sur le banc o toit assis
Descluseaux, soldat aux gardes qui le souloit faire jouer, et dit:
_C'est afin que votre place sente bon_; il aimoit ce soldat. M. de la
Court, exempt aux gardes, arrive; il le reconnot et par son nom, aprs
avoir t un an et demi sans le voir.

  [296] Fou du Roi.

_Le 5, mercredi._--Men  la chapelle, il ressort du choeur pour
recevoir, dans la chapelle, l'ambassadeur de la Grande-Bretagne,
accompagn du sieur Gandaloufin, gentilhomme de la chambre du roi de
la Grande-Bretagne et de son jeune fils, chanson du prince de Galles,
ayant charge de le voir de la part du prince de Galles; il lui rpondit
qu'il le remercioit de la souvenance qu'il avoit de lui et le prioit de
l'assurer qu'il toit  son service. Aprs souper il monte tout en haut
de sa garde-robe, o il fait prendre ses armes toutes compltes, faites
 Moulins, les fait porter en sa chambre avec la croix[297], les fait
accommoder dessus, y travaille lui-mme, va querir en son armoire son
pe rouge et la y fait ceindre, puis fait apporter sa pique, la met
lui mme sous le brassal, toute droite comme s'il et t en sentinelle.

  [297] Le support, en forme de croix, auquel ses armes taient
  attaches.

_Le 6, jeudi._--Il tenoit un chapelet de corail que le fils de M. de
Montglat lui avoit envoy de Florence; sa nourrice lui dit: Monsieur,
donnez-moi ce chapelet. Il le lui refuse par plusieurs fois, elle lui
dit: Allez, vous tes un gros chiche.

_Le 9, dimanche._--A dix heures il part pour loger au btiment
neuf[298]. Mlle de Ventelet lui dit: Monsieur, il faut tre bien sage
pour votre baptme, ou autrement maman auroit un autre Dauphin, qu'elle
feroit baptiser; il rpond froidement: _Et puis il m'en soucie bien,
j'en serois bien aise, j'irois o je voudrois, on me suivroit point_.
Il s'en va en la cour, le tambour se prend  battre pour assembler,
pensant qu'il dt sortir; il l'entend, et crie tout haut: _Je veux pas
sortir, qu'on batte point, c'est que je me joue._

  [298] Mlle de Verneuil avait la rougeole et la petite vrole.

_Le 10, lundi,  Saint-Germain._--A cinq heures arriva au vieux chteau
Mme la marquise de Verneuil.

_Le 11, mardi._--Il se fait mettre au lit de sa nourrice, la baise
partout o il peut, avec pret.--Il va faire un tour dans la galerie,
o il faisoit faire un fort de briques dans lequel il faisoit loger
toutes les armes qui toient dans son armoire et mettre l'enseigne
dans le donjon. Mis au lit, il demande  se jouer, se joue avec Mlle
Mercier, m'appelle me disant que c'est Mercier qui a un conin qui est
gros comme cela (montrant ses deux poings), et qu'il y a bien de l'eau
dedans. Je lui demande: Monsieur, comment le savez-vous? Il rpond
qu'il a piss sur maman Doundoun, et me dit: _crivez cela dans votre
registre_; il rioit  outrance.

_Le 13, jeudi._--Aprs dner il range les noyaux de ses cerises sur
l'assiette et me dit que c'est un moulin  vent. Je lui apprends l
dessus le nom des vents, qu'il rumine, et les retient: _Est_, _ouest_,
_north_, _sud_, les rpte en lui-mme pour les retenir. Aprs souper
il range encore les noyaux sur le bord de son assiette, et nomme tout
bas: _Est_, _ouest_, _north_, _sud_, puis m'appelle: _Moucheu Houa,
vel les quatre vents, comment les appelez-vous en franois?_ Je les
lui nomme: Levant, ponant, tramontane, midi; il les redit aprs
moi.--Il va avec impatience en la cour pour voir deux chevaux que le
jeune Montglat avoit emmens d'Italie.

_Le 16, dimanche._--A souper il demandoit sa gele, Mme de Montglat
lui dit: Dites s'il vous plat; il rpond: _Papa dit pas s'il vous
plat_, pource qu'elle lui disoit souvent qu'il falloit tout faire
comme papa.

_Le 17, lundi._--Il est fouett pour avoir, le jour prcdent, fait
le fcheux  son habiller. A dix heures arrivent, conduits par M. le
comte de Choisy, chevalier d'honneur de la reine Marguerite, et de
sa part, le prsident Savaron, prsident  Clermont en Auvergne, et
autres dputs avec lui, pour venir faire l'hommage d'obissance et
de fidlit comme  leur seigneur, par la donation qui lui en a t
faite dudit comt par ladite Reine. Il les coute fort attentivement,
froidement et la plupart du temps les mains sur les cts, par
l'espace d'une demi-heure.--Il s'amuse  faire une tour avec de la
brique, trouve un ais, dit qu'il en faut faire un pont-levis, commande
d'aller chez le menuisier qui travailloit aux offices pour avoir un
_virebrequin_, afin de faire des trous, dit-il, pour y passer les
cordons. On apporte le virebrequin, il en veut travailler lui-mme, et
s'apercevant qu'il ne avanoit pas beaucoup avant, pour ne tenir assez
ferme, il donne  tenir la main dessus et, lui, s'amuse  tourner.

_Le 19, mercredi._--Mme de Montglat le fait prier Dieu puis dire des
sentences;  celle-ci: L'homme fol se fait connotre  ses propos,
le Dauphin dit: _Vel pour matre Guillaume_; et  celle-ci: La folle
femme fait toujours beaucoup de bruit: _Vel pour Mathurine_.

_Le 20, jeudi._--A midi, M. de Sully[299], revenant de Rosny, le vient
voir. Mme de Montglat fait ouvrir la grande porte de la salle; M. le
Dauphin y est men en attendant M. de Sully; comme il est au milieu de
la cour, elle le fait courir au devant de lui, pour l'embrasser comme
il faisoit au Roi. Il s'arme  l'accoutume, est piquier, fait armer
la compagnie, entre en garde, va  la charge, fait les exercices. M.
de Sully lui donne cinquante cus en quadruples, ses soldats les lui
arrachent des mains. Il n'eut presque pas le temps de les manier; il
ne lui en demeura qu'une pice, qu'il tient ferme contre Montailler,
tailleur de Mme de Montglat, dont il s'crie! _H! maman, Montailler
me l'arrache_; elle y vient, la prend et fait rendre les autres,
qu'elle retient[300]. Il n'en dit mot, ne s'en plaint point, mais peu
aprs il dit: _Mais moi je suis soldat, et je n'ai point eu d'argent!_
M. de Sully lui donne un doublon, puis s'en va.--Mme de Montglat
le tanant de ce qu'il toit tout hl et noir dit que la Reine en
seroit bien courrouce, que pour le Roi il ne s'en soucioit pas. Ho!
Monsieur, lui dit-elle, si vous continuez  sortir comme vous faites,
il vous faudra retenir, vous seriez tout hl! Il rpond: _C'est tout
un, papa veut bien que je sois noir._--Il avoit fort plu, comme il fait
fort mauvais temps depuis six semaines; M. de la Court, exempt aux
gardes, qui toit en quartier, lui dit: N'allez pas  la cour, il n'y
fait pas beau; il lui rpond en souriant: _Si fait, allons, allons, je
m'en vas marcher sur vous, puisque vous tes la Cour._ Il donne le mot
 M. de Belmont: _Sainte-Barbe_, puis dit  M. de la Court en souriant:
_Sainte-Barbe la Cour_, lui montrant sa barbe (la barbe de M. de la
Court).

  [299] Le Roi lui avait donn au mois de fvrier prcdent les
  lettres d'rection de la duch pairie de Sully.

  [300] Hroard ajoute en marge: _Nota._ Grande indiscrtion envers
  lui (le Dauphin). Mme de Montglat en eut quatre, M. le Chevalier
  un, Hindret un, etc. _Voy._ au 30 septembre suivant, une scne
  analogue.

_Le 21, vendredi._--M. de Verneuil est revenu, qui avoit t spar
pour la petite vrole et rougeole de sa soeur.--Il y avoit environ six
semaines qu'il ne se passa jamais jour sans pleuvoir et faisoit une
saison d'hiver, s'tant fallu chauffer comme en hiver.--Mis au lit,
il s'amuse  railler, m'appelle et me dit d'crire dans mon registre
que le conin de Doundoun est gros comme cela, dit-il, en grossissant
sa voix et largissant ses poings; qu'il l'a fouett, qu'il est gras.
Puis il me dit encore d'crire que le conin de sa mie Saint-Georges est
grand comme cette bote (c'toit celle o toient ses jouets d'argent)
et que le conin de Dubois (damoiselle de Mme de Vitry) est grand comme
son ventre, que c'est un conin de bois. Je lui demande: Monsieur,
n'en avez-vous point? Il rpond que non, qu'il a une cheville, qui est
au milieu de son ventre, mais que c'est Doundoun qui a un gros conin au
milieu des jambes. Enfin il prie Dieu, et s'endort  neuf heures trois
quarts.

_Le 23, dimanche,  Saint-Germain._--L'on avoit spar quelques-uns
des petits enfants qui avoient accoutum d'aller  la guerre avec lui,
 cause des maladies de petite vrole, et de la peste de Paris; se
jouant en la galerie et voyant ses armes dans son armoire, il dit 
Descluseaux: _Je veux vendre mes armes, astheure que toute ma compagnie
s'en est alle._

Cette nuit, entre minuit et une heure, Canier[301] toit en garde sur
le perron des terrasses quand il vit, par le petit escalier  main
droite, monter  lui un homme vtu d'un pourpoint blanc, sans vouloir
s'arrter, quelque chose qu'il lui st dire par la contrainte de
descendre en bas pour l'arrter et lui donner des coups d'pe qu'il
rompit sur sa tte, sans dire mot que tout bas: H! Monsieur! Le
voulant saisir au collet, il lui vient au nez une si puante odeur qu'il
fut contraint de le lcher, en tant avis tre venue d'une bote qu'il
vit en sa main gauche et un linge autour du bras; quitte cet homme pour
courir  sa pique, et, retournant  lui, le voit s'en retournant du
ct du Pecq. L'on eut opinion que ce fut un graisseur; la peste toit
lors  Paris[302].

  [301] Le nom de ce soldat est peu lisible.

  [302] Nous reproduisons textuellement ce rcit incohrent
  qu'Hroard a crit en marge de son journal. Lestoile dit  la
  date du 31 juillet 1606: La constitution du temps de cette
  saison fut tellement drgle, maussade, pluvieuse, venteuse
  et froide qu'on disoit que la Toussaint se rencontroit cette
  anne en juillet... Ce qui causa force maladies contagieuses 
  Paris, o toutefois l'effroi toit plus grand que le mal, avec
  prdictions de malheurs  venir qui couroient entre le peuple et
  l'tonnoient. Ce _graisseur_, portant une bote infecte, nous
  parat tre un cho des craintes superstitieuses qui couraient
  alors dans le peuple de Paris.

_Le 24, lundi._--Il se ressouvient d'avoir ou parler sur le jour[303]
du sentinelle [_sic_] et de ce qui lui toit arriv la nuit prcdente,
et ayant entendu de quelques-uns que c'toit un esprit, il dit: _Si
j'eusse t sentinelle, je l'eusse tu cet esprit._

  [303] Sur le matin.

_Le 25, mardi,  Saint-Germain._--On lui demande s'il est pas bien
fch de ce que M. le Chevalier s'en toit all (on l'avoit transport
au vieux chteau,  cause de la petite vrole qu'il avoit, sans
fivre); il rpond: _Non._ Il s'amuse  faire des dessins avec du
charbon, (reprsentant) des forges et des grottes.

_Le 26, mercredi._--Il voit ses femmes s'en aller  la messe, y veut
aller, y va; c'toit le prtre qui nourrissoit les petits oiseaux du
Roi [qui la disoit]. Il fait quelque dessin; il avoit l'imagination du
dessin de fontaine qu'il avoit fait en papier le soir prcdent. Il
s'amuse  voir faire un modle de fontaine de terre de potier par M.
Hindret, son joueur de luth. Il faisoit une journe froide comme en
plein hiver et grand vent du nord; il y avoit plus de six semaines que
la constitution de l'air toit comme d'hiver.

_Le 27, jeudi._--A souper il mange gaiement, et dit: _Je sens la
senteur des lapins qui sont dans ce foss._ Je lui dis: Mais,
Monsieur, ce ne sont pas des lapins, la fentre est ferme.--_Je sais
pas, mais je sens quque chose qui pue; je pense c'est c'homme qui
vouloit passer et qui potoit cette bote; je pense qu'il est dans ce
foss._--Monsieur, que sentoit cette bote?--_Elle sentoit le safran._

_Le 28, vendredi._--Il se fait mettre son corselet, son pe  sa
ceinture, en charpe, prend sa pique et se fait mettre en sentinelle
par Descluseaux, soldat aux gardes, qui avoit accoutum de le faire
jouer et qu'il appeloit son _mignon_; mais il ne vouloit pas qu'il
ft assis  table avec lui, _pource que_, disoit-il, _il est pas
gentilhomme_.

_Le 29, samedi,  Saint-Germain._--Il est fouett le matin, et prie Mme
de Montglat de n'en rien dire. Il va au cabinet, o il regarde donner
le fouet  Bigneux, page de Mme de Montglat, crie trois fois: _Fouettez
fort_; soudain le coeur lui grossit, et il eut envie d'en pleurer, mais
pour assurer sa contenance il se print  rire; il avoit beaucoup de
peine  s'en garder. Men au parterre et  la coudraie, il court, va
aux vignes pour cueillir du verjus; montant la demi-lune, il m'aperoit
entrer au parterre pour monter par le degr par o, les jours
prcdents, voulut passer l'homme  la bote. M. Birat le portoit; il
s'avance et, avec soin et crainte que j'eusse du mal, rougit disant:
_Moucheu Hrouard, moucheu Hrouard, passez pas par l, c'est par o
cet homme a pass_; il me le dit plusieurs fois.

_Le 30 juillet, dimanche._--Il donnoit de son pain  son petit chien;
Mme de Montglat lui dit: Monsieur, il ne faut pas donner du pain
aux chiens, il le faut donner aux pauvres.--_Les chiens sont-ils
riches?_--A neuf heures et demie dvtu, piss, il dit: _Vel comme
pisse papa_; il montroit tout le ventre. Mis au lit, il parle de
l'Orphe de la fontaine, qui joue de la lyre. Je lui demande de quoi
toient faites les cordes. Il rpond: _D'airain_, ce qui toit vrai. Je
commenai  lui raconter qui toit Orphe, comme il jouoit bien de la
lyre, ce qu'il enseignoit aux hommes. Je lui reprsente la figure de la
lyre antique; je lui dis que, aprs sa mort, sa lyre fut mise au ciel
parmi les autres, il demande: _Y a t'i point de violon?_

_Le 31, lundi._--Il va en la chambre de Mlle de Vendme, qui toit
au lit, fait dboutonner les boutons  queue qui le tenoient ferme,
disant: _Dboutonnez tout; soeu-soeu n'a point de plaisir._ Il va en la
chambre de sa nourrice qui toit au lit, lui saute au col, lui donne
des coups de poing sur les joues par caresses, disant: _Je t'aime tant
que je te veux tuer_, en mchant sa grosse langue comme il avoit
accoutum de faire quand il faisoit quelque chose avec grande ardeur.

_Le 3 aot, jeudi,  Saint-Germain._--En se couchant il dit  Mme de
Montglat: _Mamanga, me donnez pas le fouet demain matin_[304]; elle lui
rpond: Monsieur, je vous ai promis que vous ne l'aurez point.--_Ho!
je sais bien que si; vous me fairez dire mes quadrains et puis vous
direz: a troussons ce cu._

  [304] Le Dauphin avait fait l'opinitre dans la journe. Cette
  dfiance, dit Hroard,  la date du 24 aot suivant, venoit de ce
  que par deux diverses fois Mme de Montglat lui avoit promis  son
  coucher de ne le fouetter point et le matin elle l'avoit fouett
  au lit.

_Le 4, vendredi,  Saint-Germain._--Ramen au vieux chteau, tambour
battant  l'esquadre[305] de la compagnie, lui  la tte, ayant son
haussecol.

  [305] _Sic._ Sans doute pour l'escouade.

_Le 7, lundi._--Il se fait donner une enseigne de pierreries et de
diamants que la Reine avoit baille  mettre  son chapeau, s'en joue
disant: _Vel qui pse neuf livres_. Je lui dis qu'elle ne pesoit pas
tant, et qu'il falloit envoyer querir les balances de M. Gurin, son
apothicaire. Il rpond: _Oui, oui, Pierre_ (c'toit le valet de chambre
de M. de Ventelet). _Venez ici, allez dire  Gurin qu'il m'appote
ses petites balances pour peser mon enseigne_, puis il me dit: _Il
pensera que c'est mon enseigne quand j'entre en garde_. On lui met une
petite coiffe de toile pour lui ter le bonnet d'enfant et lui donner
le chapeau. Je lui dis: Monsieur, maintenant que l'on vous te le
bonnet, vous ne serez plus enfant, vous commencerez  devenir homme;
il ne faudra plus faire l'enfant. Il m'coute, et dit: _Ho! je n'ai
garde_.--Il va au btiment neuf, entre dedans pour y voir les chambres
tendues pour y recevoir Mme la duchesse de Mantoue.

_Le 8, mardi._--Sur les deux heures, il vient au pied de la vis, o
il se tenoit pour le frais[306], et pour y entendre une dfense que
Mme de Montglat fit faire  son de trompe par Thomas le suisse et
proclame par Hugues Rabouyn, huissier de salle, par laquelle, de par
le Roi et Monseigneur le Dauphin, il toit enjoint  toutes personnes,
de quelque qualit, condition ou nation que ce ft, de n'avoir  faire
leurs ordures dans l'enclos du chteau, sinon aux lieux destins pour
ce faire,  peine d'un quart d'cu d'amende applicable: une moiti aux
pauvres et l'autre au dnonciateur des infracteurs, ou,  faute de
ne la pouvoir payer, de tenir prison au pain et  l'eau par l'espace
de vingt et quatre heures. Il y avoit en ce temps ici de la peste
 Paris et autres lieux circonvoisins. Aprs le souper Mlle d'Agre
surprend le Dauphin pissant contre la muraille de la chambre basse
o il toit: Ha! Monsieur, dit-elle, je vous y prends! Vous payerez
un quart d'cu; il se trouve surpris, rougit, ne sait que dire, se
reconnoissant avoir contrevenu.

  [306] Aux froids prcdents avait succd une extrme chaleur.

_Le 9, mercredi._--L'on vient dire que le Roi arrivoit, il va en la
cour, o le Roi arrive de Paris, pour le voir, court au-devant, lui
saute au col. Il va au palemail, par le petit pont avec le Roi et
un peu auparavant, en la salle du conseil, arriva Don Ferdinand de
Gonzague, fils pun du duc de Mantoue et chevalier de Malte, son
cousin germain. Le Roi le lui fait accoler, puis ils vont au palemail,
o il joue de grands coups jusques  la chapelle[307], o il entend la
messe avec le Roi. Dn avec le Roi; peu aprs il a dans les branles
et autres danses, puis il s'arme de son corselet et de sa pique,
fait armer sa compagnie; M. le Chevalier toit le capitaine; M. de
Verneuil marchoit avec lui. Il va en la cour, fait les exercices en
la prsence du Roi;  la fin M. le Chevalier porta au Roi un papier
o toient les noms des soldats de la compagnie pour le supplier de
faire ordonner le payement; le sieur de Saint-Aubin-Montglat[308] se
trouva l: le Roi lui bailla le papier, disant: Tenez, monsieur le
commissaire, faites-leur faire la monstre (il toit homme rput pour
tre fort avaricieux). Le Roi dit  M. le Chevalier qu'ils seroient
pays comme ils serviroient, puis, les voyant en bataille, il leur dit
qu'il ne falloit qu'un balai de verges pour faire fuir toute cette
compagnie[309];  ces mots M. le Dauphin regarde de ct, se souriant
et rougissant. Le Roi s'en va au btiment neuf, M. le Dauphin retourne
en sa chambre; il presse son goter pour aller trouver le Roi, qui
montroit le btiment neuf au sieur don Ferdinand de Gonzague. Le Roi
part pour s'en retourner  Paris  quatre heures et trois quarts.

  [307] Dans son livre _De l'Institution du Prince_, Hroard parle
  de la chapelle, de cette belle et grande alle o est le jeu de
  palle-mail (_folio 1, verso_).

  [308] Louis de Harlay, seigneur de Saint-Aubin; il tait
  beau-frre de Mme de Montglat.

  [309] Cette compagnie n'tait compose que d'enfants.

_Le 10, jeudi,  Saint-Germain._--Je lui demande: Monsieur, qui a t
le premier, la poule ou l'oeuf? il rpond: _La poule_, aprs avoir
tant soit peu song. Je lui dis que je l'allois crire en mon registre.

_Le 12, samedi._--Il dit ses quatrains de Pibrac, en dit quinze, et
ses sentences; et en l'une, o il y avoit: Celui qui contient sa
langue est sage, il ajoute, du sien et de son mouvement: _Celui donc
qui la lche est fou_.--A quatre heures men en carrosse, au btiment
neuf, pour y attendre la Reine, qui y arriva  quatre heures trois
quarts, menant Mme la duchesse de Mantoue,  laquelle il fit grandes
caresses; elle lui donna une charpe de gaze d'or et d'argent, o
pendoit un poignard garni  l'antique, et le lui mit au col. Il va en
la galerie, o il court, joue au palemail et envoie querir ses armes
aux vieux chteau, s'arme et toute sa compagnie, fait  l'accoutume.
A six heures et demie, la Reine part pour s'en retourner  Paris; les
dames italiennes le baisrent. Un quart d'heure aprs, le Roi arrive,
revenant de la chasse, le baise, l'embrasse;  sept heures soup avec
le Roi. Pendant qu'il mangeoit le Roi lui demandoit s'il lui vouloit
donner  coucher, et lui dit: Si vous ne me couchez avec vous, je
coucherai avec maman Doundoun.

_Le 13, dimanche,  Saint-Germain._--On lui remet son bonnet par le
commandement de la Reine, qui lui fit ter sa coiffe  son arrive.
Men au btiment neuf, au Roi, qui le mne  la chapelle, puis aux
grottes de Neptune et d'Orphe. Ramen, il ne se veut point asseoir
pour dner que M. de Vendme ne ft venu de chez le Roi, qui dnoit
ayant en sa compagnie le sieur don Ferdinand de Gonzague, le prince
d'Anhalt, M. de Bouillon et M. de Montbazon; enfin il se met  table
sans vouloir manger tant que M. de Vendme arrive: c'toit par jalousie
de ce qu'il ne y dnoit pas. A onze heures le Roi s'en retourne  Paris.

_Le 16, mercredi._--Il fait assembler, entre les deux portes de la
chambre et de la salle, tous ceux qu'il connoissoit savoir chanter
et jouer des instruments, et leur commande de faire la musique; il
toit dans sa chambre, qui les coutoit  travers la tapisserie avec
transport.

_Le 17, jeudi._--Il accommode son critoire, la porte en sa chambre,
disant qu'il veut tudier; Dumont, clerc de sa chapelle, lui apprenoit
 lire et  crire[310].

  [310] Ces leons n'avaient encore rien de rgulier.

_Le 20, dimanche._--Le sieur Francesco.....[311], peintre du sieur don
Ferdinand, pun de M. le duc de Mantoue, le pourtrait de son long; il
s'amuse aussi  peindre et fait, dit-il, Mistaudin, petit garon qui
servoit le fils de M. de Liancourt, premier cuyer[312].

  [311] Hroard a laiss le nom en blanc.

  [312] Hroard a conserv ce barbouillage, qui n'a aucune forme.

_Le 21, lundi._--M. de Verneuil lui demande: Mon matre, vous plat-il
bien que je dne avec vous? Il rpond: _Non_, brusquement. Mme de
Montglat lui demanda pourquoi.--_Pource qu'il en feroit coutume, et
je veux pas._--Monsieur, mais papa le veut.--_Bien donc, je veux
bien._ On le peignoit en dnant, et comme il voulut boire, je lui dis:
Monsieur, on vous peindra le verre au poing; il s'arrte court, me
regarde, se souriant et rougit; il ne vouloit point boire tant que je
l'eusse assur que je l'avois dit  petit semblant. Il perdoit patience
 se laisser peindre; le peintre l'amuse, disant qu'il avoit un petit
oiseau dans sa main.

_Le 23, mercredi,  Saint-Germain._--Il va au sermon de M. de Saint
Germain[313], a patience pour un quart d'heure, ne veut point entendre
la messe. Mmes de Martigues et de Mercoeur et Mlle de Mercoeur le
viennent voir; il s'arme de son corselet, prend sa pique et fait ses
exercices devant ces dames. Mme de Rannes lui vouloit faire croire
qu'elle toit un vieil capitaine, mais qu'elle avoit fait couper sa
barbe. Le Dauphin lui demande: _O est-elle?_--Je l'ai brle.--_Ho!
ho! c'est que vous moquez de moi; vous tes une femme._ Mme de
Saint-Georges lui dit: Monsieur, o faut-il regarder si c'est un homme
ou une femme?--_Entre les jambes._

  [313] _Voy._ la note du 14 aot 1605.

_Le 24, jeudi._--Il fait mettre un mouchoir sous les cordes du luth
 Hindret, et lui commande de jouer le ballet des grenouilles. Il le
danse sur le tapis en faisant les sauts en cadence.

_Le 26, samedi._--Mme de Montglat lui fait dire son catchisme et, 
la demande: Pourquoi Dieu avoit condamn Adam et ve  la mort? il
rpondit selon le sens et non selon la lettre, et de soi-mme: _C'est
pource que ils avoient mang de la pomme et Dieu l'avoit dfendu_.
M. le Chevalier et Mlle de Vendme s'en alloient  Paris; il faisoit
parotre en avoir du dplaisir, et peu s'en falloit qu'il n'en pleurt,
disant: _Ho! ff Chevalier va bien voir papa, et je n'y vas pas_.--M.
Birat lui disoit: Monsieur, il faudra, quand vous serez grand, que
vous alliez prendre Milan, que l'on a t  vos prdcesseurs[314]. Il
rpondit: _Oui_, en s'animant.

  [314] Il est  remarquer que l'on entretient souvent le Dauphin
  de cette question.

_Le 30 aot, mercredi,  Saint-Germain._--Il va au devant de M.
le cardinal de Joyeuse, lgat pour le tenir  baptme, le trouve
accompagn de M. le duc de Montbazon et de M. de Ragny; il ne faisoit
que passer pour s'acheminer  Fontainebleau.

_Le 4 septembre, lundi,  Saint-Germain._--Il y avoit deux soldats,
Dufour et Harivet, qui toient prisonniers pour s'tre battus dans
le quartier et contre les dfenses; M. de Mansan les vouloit faire
juger par les capitaines. Nous le voulons persuader (le Dauphin) de
demander leur grce, lui reprsentant qu'ils seroient arquebuss; cela
le toucha, il rougit, et demande: _Quand? demain?_--Non, Monsieur,
lui dis-je, ce sera aujourd'hui; il lui prend de l'inquitude, et
toutefois ne veut pas demander la grce. Je lui dis: Monsieur, vous
demandez bien la grce et faites donner la vie  des mouches et des
petits oiseaux, et vous ne la voulez faire donner pour des braves
soldats qui vous gardent? Il rpond: _C'est qu'on me le fait dire_;
je le presse: _Non_, dit-il, _je veux pas_, et il et voulu que ce
ft fait; il en avoit de la peine. _Je veux_, dit-il, _que ce sait
Mamanga_. Mme de Montglat arrive; il lui parle bas  l'oreille:
_Mamanga, un mot; dites  Taine qu'il[315] pardonne  ces soldats; il
les veut faire passer par les armes_. Il se retourne, rougit et cache
sa face quand Mme de Montglat le demanda  M. de Mansan. On lui dit
alors: Monsieur, remerciez-en M. de Mansan; il rpond: _Non_, en
tant fort aise et le tmoignant par un honteux souris[316].

  [315] Abrviation de capitaine.

  [316] Le Dauphin est souffrant du 1er au 7 septembre, et Hroard
  note en marge de son Journal qu'il crit presque tous les jours 
  M. du Laurens, premier mdecin du Roi, pour le tenir au courant
  de la sant du prince.

_Le 6, mercredi._--Un valet de pied de la Reine racontoit, comme 
Fontainebleau, entre le logis de M. de Rosny, il y avoit soixante
hommes artificiels et autant de diables qui se combattoient[317]:
_H! h!_ dit-il en bgayant d'ardeur, _il faut jeter dessus de l'eau
bnite, en jeter  chacun sur la tte, puis il s'enfuiront en leur
maison_.

  [317] C'tait alors la mode de tailler les ifs en leur donnant
  des formes d'hommes et d'animaux.

_Le 8, vendredi,  Saint-Germain._--Je lui donne six muscardins[318],
o il y entroit du bzoar, de la licorne, etc., sur la nouvelle de ce
laquais qui toit mort de peste en l'curie de la reine Marguerite,
et son compagnon qui l'avoit laiss malade toit venu avec lui 
Saint-Germain, avec la litire de la dite Reine qui devoit porter M. le
Dauphin[319].

  [318] C'tait une prparation contre la peste. Le 20 septembre
  suivant, Hroard donne au Dauphin deux muscardins,  la charge
  de les laisser fondre en la bouche. Le Dauphin lui dit: _J'en
  prendrai quand je passerai o il y a du mauvais air_.

  [319] Cette phrase est trs-obscure et nous avons d la
  reproduire telle quelle. Voici ce que dit le journal de Lestoile
   cette date: La peste au logis de la reine Marguerite,
  dont deux ou trois de ses officiers meurent, et entre autres
  un misrablement, dans une pauvre mazure, prs les _fratti
  ignoranti_, la fait retirer  Issy, au logis de la Haye, se
  voyant,  raison de cette maladie, abandonne de ses officiers et
  gentilshommes.

_Le 9, samedi, voyage._--A douze heures et demie il est mis en litire
et part de Saint-Germain en Laye pour son baptme; il arrive  Meudon
 quatre heures et demie, est log chez M. Garrault, trsorier de
l'Extraordinaire. Il toit conduit par M. de Souvr, accompagn
de M. d'Oinville, marchal des logis de sa compagnie, de M. de
Courtenvaux, guidon, de M. d'Annerville, gendarme de sa compagnie, de
M. de Champagne, lieutenant aux gardes du corps, de M. de la Court,
exempt aux gardes du corps. Je lui disois qu' Meudon il y avoit un
beau chteau; il demande: _O est-il?_--Monsieur, il est tout l
haut.--_Pourquoi m'y a-t-on pas log?_

_Le 10, dimanche, voyage._--A midi parti de Meudon en carrosse, ne
voulant aller en litire; il arrive  trois heures  Chailly[320], prs
de Longjumeau.

  [320] Ou Chilly, chteau bti par Mtezeau pour le marchal
  d'Effiat.

_Le 11, lundi, voyage._--On lui apporte un placet de la part d'un
prisonnier qui toit en la tour de Chailly; il en est si aise qu'il
ne sait en quelle place mettre ce placet, dlivre ce prisonnier qui
s'toit battu avec le cur. Men  l'glise, ramen en sa chambre, M.
de la Court, exempt aux gardes, hausse la tapisserie pour lui faire
voir le portrait de M. de Beaulieu-Ruz, secrtaire d'tat et seigneur
de Chailly, tant arm  cheval comme il toit  la bataille d'Ivry;
peu aprs entrant en la salle, il en voit un autre tableau de son long,
demande: _Qui est cettui l?_ M. d'Angs rpondit: Monsieur, c'est M.
de Beaulieu que vous avez vu l dedans  cheval.--_Il a donc mis pied
 terre[321]?_ A midi parti en carrosse pour aller coucher  Villeroy,
il arrive  trois heures et un quart, va aux jardins, aux fontaines,
partout.

  [321] Il existe au muse de Versailles un portrait en pied de
  Martin Ruz, seigneur de Beaulieu et de Chilly, qui pourrait tre
  celui plac autrefois  Chilly. Voy. _Notice du Muse imprial de
  Versailles_, par Eud. Souli, 2e dition, 3e partie, p. 114, n
  3323.

_Le 12, mardi, voyage._--A douze heures et un quart, il part de
Villeroy en carrosse, arrive  Fleury  quatre heures.

_Le 13, mercredi, voyage._--Men  la messe au prieur, il va aux
jardins, fait pcher au canal[322] qui est au-dessous du parterre. A
dner Mlle d'Antragues se prsente pour lui baiser la main; il fait le
honteux, rougit, se sourit et lui tourne le dos. Parti en carrosse
 une heure pour aller  Fontainebleau;  une lieue de Fontainebleau
arrive au devant de lui grande quantit de noblesse. Il arrive  trois
heures et demie  Fontainebleau, baise et embrasse le Roi, la Reine,
Mme la duchesse de Mantoue, va au jardin de la Reine, joue  la paume
sous la galerie. Soup avec le Roi. Mis au lit, il s'amuse  deviser
avec MM. d'pernon, leur parle du canal que le Roi fait faire, qui va
jusques  la rivire.

  [322] Le chteau de Fleury appartenait alors  Henri Clausse,
  filleul du roi Henri II, grand matre des eaux et forts de
  France. Le canal de Fleury servit de modle  Henri IV pour celui
  de Fontainebleau. L'on tient, dit le P. Dan, que le sieur de
  Fleury ayant vu depuis celui-ci beaucoup plus grand, plus large
  et plus majestueux que le sien, y fit crire ou pour le moins
  dit ces paroles: _Voluit me vincere Csar_. (_Le Trsor des
  merveilles de Fontainebleau_, page 185).

_Le 14, jeudi,  Fontainebleau._--A huit heures lev, vtu de son habit
de satin blanc pour le baptme;  neuf heures trois quarts djen,
men chez le Roi et la Reine, puis  la chapelle du Braquemard[323];
ramen  onze heures trois quarts; dn. Il veut voir sa chambre
de parade, y va, se y ennuie incontinent, craint de partir pour le
baptme craignant qu'on lui jett de l'eau; le Roi lui en avoit donn
l'apprhension, on l'assure[324]. A quatre heures parti de sa chambre
avec les crmonies et ordre ici insr[325], donn par M. de Rhodes,
grand matre des crmonies. Il arrive sous le pole, o toient les
fonts;  cinq heures et demie il est baptis, nomm Louis; M. le
cardinal de Joyeuse parrain, Mme la duchesse de Mantoue marraine. M. le
cardinal de Gondi baptisa, c'est--dire fit les restes des crmonies.
Il l'interrogea et rpondit  propos, ouvre sa poitrine pour y recevoir
l'huile; M. de Montpensier lui baissa le collet pour y recevoir le
chrme sur les paules; il se prend  sourire, disant: _Vel qu'est
fraid_. Au sel il dit: _Il est aval, je le treuve bon_. Cette
crmonie dura prs d'une heure[326], puis on le retire par la chambre
de la Reine et celle du Roi en la sienne. Passant sur la terrasse, il
aperoit dans la cour Descluseaux qui toit en la compagnie, et tout le
rgiment en la cour; il l'appelle: _H! mon mignon! Venez mon mignon!_
Il va en sa chambre; il lui prend une humeur de vouloir entrer en
garde, se fait bailler sa pique, se fait mettre son hausse-col. A sept
heures et un quart soup,  neuf heures trois quarts dvtu, mis au lit.

  [323] Ou du Jacquemard; c'est la chapelle ddie  la Vierge et 
  saint-Saturnin.

  [324] On le rassure.

  [325] Hroard avait rserv une place dans son Journal pour
  y insrer l'ordre du crmonial, mais il ne l'a pas fait. On
  peut en lire les dtails dans le _Trsor des merveilles de
  Fontainebleau_, pages 277 et suiv.

  [326] Les deux soeurs du Dauphin, Mesdames lisabeth et Christine
  furent baptises le mme jour.

_Le 15, vendredi,  Fontainebleau._--Men au jardin des canaux, puis
en carrosse  la maison des artifices  feu, il va chez le Roi et la
Reine, est men en la galerie du Roi d'o il regarde courir la bague en
la basse-cour[327]. M. de Lorraine le vient voir  son souper; il se
fait mettre  bas pour le saluer, le va embrasser; M. de Lorraine lui
donne un fort beau canon. A huit heures et trois quarts le Roi envoya
commander qu'on le ment au pavillon qui est au bout de la grande salle
pour voir les artifices  feu, faits en forme de fort carr, dfendu
par des hommes et assailli par des diables. Il y est men mais ne y
pouvoit durer, s'en vouloit aller; on l'en divertit jusques  ce que le
feu ft donn aux artifices; voyant les diables qui couroient autour
du fort: _H! mon Dieu, qu'il est joli!_ dit-il, cela dura longtemps.
Ramen  dix heures en sa chambre.

  [327] Le lendemain du baptme, dit le P. Dan, se passa  courre
  la bague, o le Roi, avec son adresse accoutume, l'emporta
  plusieurs fois. C'est ce que j'en ai recueilli de l'imprim
  qui fut alors publi et de plusieurs personnes qui y toient
  prsentes.

_Le 16, samedi._--Il va  la chapelle au bout de la salle du bal, puis
chez le Roi et la Reine, prend cong de Mme la duchesse de Mantoue,
puis s'en va au grand jardin, o il voit faire des verres au fourneau
fait sous une des arcades de la terrasse[328]. Aprs dner il va chez
le Roi et la Reine leur dire adieu et,  deux heures, il est parti de
Fontainebleau en carrosse pour aller coucher  Cly, maison appartenant
 M. de Bonneuil de Thou[329]. Il arrive  cinq heures, se joue au
jardin, va voir pcher au canal. A six heures et demie soup en se
jouant d'une sarbacane de verre qu'il avoit fait faire  la verrerie.

  [328] C'est sans doute l'origine de la verrerie royale rige en
  1641, en faveur du sieur Antoine Clerici, ouvrier de S. M. en
  terre sigille. _Voy._ le P. Dan, page 338.

  [329] Ren de Thou, seigneur de Bonneuil et de Cly, introducteur
  des ambassadeurs.

_Le 17, dimanche,  Cly._--Il va au jardin, o il se joue diversement,
et  trois heures y fait porter sa collation et fait mettre sa
serviette sur une bordure de buis qui toit grande et paisse.

_Le 19, mercredi,  Cly._--Il est men  Courance[330] dans mon
carrosse, n'ayant point voulu entrer dans celui de M. de Fleury, le
trouvant trop obscur. Il s'amuse  ramasser des cailloux au-dessous
de la source du bois, monte  la grande source, gote dans la salle
des palissades, sur la table ronde d'ardoise, puis va voir conduire la
nacelle sur le grand rservoir. Il est ramen et arrive  six heures 
Cly.

  [330] La blancheur et le courant des eaux de ce beau lieu, dit
  Dargenville, l'ont fait nommer Courance. Cette seigneurie,
  comme celle de Fleury, appartenait alors  Henri Clausse; au
  dix-huitime sicle elle avait pass dans la famille de Nicola.
  (_Voyage pittoresque des environs de Paris_, 1779 in-12, page
  250.)

_Le 20, mercredi,  Cly._--Men au parc, il y avoit une petite planche
 passer, o M. de Souvr glissa et donna d'un pied dans l'eau.
_Mamanga_, dit le Dauphin, _gardez de tomber dedans_. Il craignoit
pour lui; on lui dit: Monsieur, Birat vous portera, ne craignez
point.--_Mais_, dit-il, _si Birat tombe dedans!_

_Le 21, jeudi,  Cly._--Je lui parlois des machines de guerre et entre
autres des chelles, lui disant qu'en haut il y avoit des poulies
revtues de drap de peur du bruit, coulant contre les murailles pour
prendre les ennemis qui toient dans les villes, et au bas des pointes
de fer de peur qu'elles ne glissent; il me demande: _Papa en avoit-il
pour prendre Sedan_. Il veut crire au Roi qui s'toit un peu trouv
mal, crit, moi ayant l'honneur de lui conduire la main comme  toutes
les autres qu'il avoit crites[331]; il m'envoya qurir  mon logis
pour cet office.

    Papa, je suis bien marri de votre maladie; je voudrois bien
    tre auprs de vous pour vous faire service et vous faire
    passer le temps, si vous le treuvez bon; mais j'aurai besoin
    de votre carrosse et de celle de maman, si vous plat. Je sais
    faire de beaux jardins, j'en ai fait un en cette belle maison,
    vous le verrez un jour si vous y venez. J'ai fait aussi une
    belle petite fontaine; j'ai commenc une petite maison, mais
    c'est que je ne l'ai pu achever pource que mon valet Birat a
    oubli mon marteau et mon ciseau  Saint-Germain. J'ai peur de
    vous ennuyer, papa, je vous donne le bonsoir et  maman aussi;
    ma plume est bien pesante. Je suis et serai toujours, papa,
    votre trs-humble et trs-obissant fils et serviteur,

    LOUIS DAULPHIN.

Il me commanda de lui faire signer Louis; c'est la premire fois qu'il
a sign Louis[332]. Il s'amuse  griffonner sur un papier, fait un
corbeau[333].

  [331] C'est pour cette raison que nous ne n'avons pas toujours
  reproduit l'orthographe de ces lettres.

  [332] Dans l'_Historiette_ de Malherbe, Tallemant des Raux
  raconte que le Roi lui montra la premire lettre que M. le
  Dauphin, depuis Louis XIII, lui avoit crite et qu'ayant remarqu
  qu'il avoit sign _Loys_, sans _u_, il demanda au Roi si M. le
  Dauphin avoit nom _Loys_. Le Roi demanda pourquoi.--Parce qu'il
  signe _Loys_ et non _Louis_. On envoya querir celui qui montroit
   crire  ce jeune prince pour lui faire voir sa faute, et
  Malherbe disoit qu'il toit cause que M. le Dauphin avoit nom
  _Louis_. (_Les Historiettes_, dit. Paulin Paris, I, 277.) On
  trouvera plus loin des lettres du Dauphin signes _Loys_.

  [333] Hroard a conserv ces griffonnages qui n'ont encore aucune
  forme.

_Le 22, vendredi,  Cly._--Il lui prend une humeur de vouloir crire
au Roi; il m'envoie qurir  mon logis par deux fois coup sur coup. Il
crit; je lui conduis la main:

    Papa, je loue Dieu de ce que le petit Montglat m'a dit que
    vous tiez guri; j'en ai fait trois petits sauts, j'en ferai
    six quand j'aurai l'honneur d'tre auprs de vous, et encore
    cent; j'en ai bien envie pour vous faire trs-humble service,
    parce que je suis votre petit valet; j'ai retenu ici le petit
    souda avec son haussecou; il viendra avec moi s'il vous plat,
    papa; je m'en vas  la messe prier Dieu pour vous, papa, et
    pour maman. Bonjour, papa, bonjour; bonjour, maman, je suis et
    serai toujours, papa, votre trs-humble trs-obissant fils et
    serviteur,

    LOUIS DAULPHIN.

A quatre heures et demie il va  sa nourrice qui toit au jardin et
fait caca; elle, par faute de linge, l'essuie avec des feuilles. Le
voil  crier,  pleurer: _Ha! la vilaine!_ Mme de Montglat arrive
qui demande que c'est?--_C'est Doundoun qui m'a torch le cul avec
des feuilles_, et se retournant vers elle: _Ha! la vilaine_, et il la
frappe d'un petit bout de houssine. Achev de nettoyer avec un linge
par Mlle de Ventelet, n'ayant voulu permettre que ce ft la nourrice
tant il toit fch[334].

  [334] Nous ne reproduisons cette scne qu' cause du mot du Roi
  auquel elle donne lieu le lendemain.

_Le 23, samedi,  Cly._--A neuf heures trois quarts parti en carrosse
pour aller  Chailly, sur le bord de la fort, dner avec le Roi qui
l'avoit mand, y tant venu  l'assemble[335]. Il y arrive  onze
heures. Dn avec le Roi, de la viande du Roi. Le Roi lui fait tter
le got d'une hutre cuite: _Bon_, dit-il, _j'en mangerai bien encore
papa_; le Roi l'en refusa. A une heure et demie il part, va  Fleury,
voit toutes les avenues, va au grand canal o on lui avoit fait mettre
une roue de moulin pour lui donner du plaisir; il faisoit hausser et
baisser la bonde alternativement. Ramen  Cly  quatre heures et un
quart; il avoit port de Fleury une galre de jonche, le voil soudain
au canal pour la faire voguer.--M. de la Court lui dit: Monsieur,
avez-vous pas bien entendu que papa vous a dit qu'il vouloit que
vous apprinssiez  vous laver les mains tout seul et  vous torcher
le cul.--_Oui._--Que ne lui disiez-vous qu'il ne le torchoit pas
lui-mme!--_Je n'eusse os, il m'et donn le fouet[336]._

  [335] Au rendez-vous de chasse.

  [336] On trouve dans le Journal de Lestoile les vers suivants sur
  le Roi et son confesseur:

    J'avois toujours bien ou dire,
    Depuis le temps que j'ai vcu,
    Que quiconque toit notre Sire,
    De coton se torchoit le c.;
    Mais notre Roi, par grand merveille,
    De Coton se bouche l'oreille.

_Le 24, dimanche,  Cly._--A dix heures et demie il dit qu'il a faim;
je lui demande s'il vouloit pas dner: _Non_, dit-il, _je veux attendre
papa_. Le Roi arriva  onze heures et demie; dn avec le Roi. Il va en
sa chambre, o le Roi se joue  lui. A deux heures et demie parti de
Cly en carrosse, avec le Roi qui le mne  Fleury; amen au moulinet
du canal. A quatre heures le Roi part pour aller  la chasse, et le
Dauphin  Fontainebleau; il arrive  six heures et un quart, va chez
la Reine, est ramen en sa chambre qui regarde l'tang, vers la grande
galerie.

_Le 25, lundi,  Fontainebleau._--A neuf heures men  la chapelle,
puis au jardin de la Reine; mont en la chambre du Roi et de la Reine,
puis  onze heures il va dner avec le Roi en sa chambre. Il ne veut
point de betterave, y ayant tt; le Roi lui donne du fenouil vert,
il dit qu'il le plantera dans son jardin. Il va chez la Reine, puis
en sa chambre,  une heure se met  la fentre du cabinet, commande
aux laquais: _Ne faites point de mal  cette femme_, qui puisoit de
l'eau, se ressouvenant y avoir vu jeter une femme dans la fontaine par
les laquais, au dernier voyage[337]. A quatre heures et demie men au
grand canal, puis au jardin des canaux, il va voir l'autruche puis
les gazelles; il s'amuse autour de l'eau, voit les ombres dans l'eau
de ceux qui toient  l'opposite avoir la tte dedans et les pieds
en haut, et dit: _H! vel les antipodes!_ Ramen  six heures, il
rencontre le Roi qui le ramne en la chambre de la Reine et souper avec
lui.

  [337] Hroard n'a pas parl prcdemment de ce dtail.

_Le 26, mardi,  Fontainebleau._--Il va par le long du canal de l'tang
au grand jardin, s'amuse  la fontaine du Tibre  faire donner et
arrter l'eau. Men chez la Reine lui donner le bonjour, puis retourn
en sa chambre. Amus jusqu' trois heures et demie  peindre, ayant
fait apporter des couleurs.--M. de Sillery, garde des sceaux, le vient
voir.

_Le 27, mercredi._--Men  neuf heures trois quarts au jardin des
canaux o il trouve le Roi, il lui donne le bonjour et se y joue
jusqu' dix heures et un quart. Ramen par le grand jardin  la messe,
puis chez la Reine. Il lui donne le bonjour et,  onze heures et trois
quarts, en sa chambre, dn.

_Le 28, jeudi._--Se jouant avec un fouet de postillon, il le va passer
sur de la fume de genivre et dit: _C'est parce qu'il vient de Paris,
je le passe pardessus le feu_. La peste toit  Paris.--M. de Souvr
le vient voir et lui dit: Monsieur, vous aurez aujourd'hui cinq ans,
il ne faut plus tre opinitre; il rpond gaiement et souriant: _J'ai
tout laiss  Saint-Germain, dans mon cabinet des armes_.--A midi dn
en la salle du bal avec le Roi.

_Le 29, vendredi._--Men au jardin des canaux, o le Roi faisoit pcher
des truites. Il va chez la Reine, s'amuse  crire disant: _Je ferai
bien d'un o un a_, et il le faisoit.

_Le 30, samedi._--Il prie Dieu, dit ses quatrains de Pibrac et,
 celui o il y a que Dieu, d'un souffle de sa bouche, nous peut
emporter, Mme de Montglat lui remontre que, s'il n'toit sage, que Dieu
l'emporteroit bien loin, d'un coup de son souffle. _Eh!_ dit-il, _je
m'en retournerois dans le ventre  maman_.--Le Roi lui donne un barbet,
il demande: _Papa, que sait-il faire? Comment s'appelle-t-il?_ le Roi
lui rpond: Il s'appelle _Lion_. Il l'embrasse et le baise. Mme de
Montglat l'en reprend et lui dit qu'il ne faut point de chiens, qu'il
est si laid.--_J'aime_, dit-il, _tout ce qui vient de papa_.--Soup
avec le Roi. Il va avec le Roi en la chambre de la Reine, laquelle lui
donne deux pices de monnoie d'or; ramen en sa chambre, querelle pour
ces pices d'or entre Mme de Montglat et sa nourrice, lui bien empch
pour les contenter toutes deux; et ses larmes et cris voyant pleurer sa
nourrice[_sic_]; enfin apais[338].

  [338] _Voy._ au 20 juillet prcdent.

_Le 1er octobre, dimanche,  Fontainebleau._--Men au jardin des
canaux, au Roi, o M. de Vitry emmena la meute de chiens que le prince
de Galles avoit, depuis quelques mois, envoye  M. le Dauphin[339];
le Roi lui demande: Mon fils, que lui envoyerez-vous en rcompense
de ces chiens?--_De petits chevaux, mais que ma petite jument les
ait faits._--Il vouloit aller au rut avec le Roi et la Reine; il en
est diverti, est men au chenil.--Men au cabinet de la Reine, o
il s'amuse  jouer aux cartes, au hoc; le petit More[340] l'appelle
coquin, il lui jette ses cartes au visage.

  [339] _Voy._ au 12 janvier prcdent.

  [340] Nain de la Reine.

_Le 2, lundi._--A neuf heures djeun; M. de Lesdiguires y toit
prsent qui lui promet des armes de Milan. Men au jardin des canaux,
Ange Cappel, sieur du Luat, lui fait la rvrence, lui dit qu'il est
son trs-humble serviteur; le Dauphin l'ayant vu un peu retir dit:
_Mamanga, il ressemble  matre Guillaume_[341], le voyant chauve et la
barbe rase[342]. La Reine le mne en carrosse dans la fort au devant
du Roi qui toit all  la chasse du chevreuil.

  [341] Le fou du Roi.

  [342] Ange Cappel, sieur du Luat, tait, dit Tallemant des Raux,
  une espce de fou de belles-lettres qui fit imprimer, pour
  flatter M. de Sully, un petit livre intitul: _Le Confident_,
  et un autre au frontispice duquel il toit peint comme un ange
  avec des ailes et de la barbe au menton, et des vers qui disoient
  qu'il n'avoit rien d'humain que la barbe. (_Les Historiettes_,
  dit. Paulin Paris, I, 111 et 121.)

_Le 3, mardi,  Fontainebleau._--veill  une heure aprs minuit,
en sursaut, avec un cri haut extrmement, et effroyable. Sa nourrice
et Mlle de Ventelet vont  lui, demandant ce qu'il avoit: _H! c'est
que papa s'en va sans moi_, pleurant et fondant en larmes; _h! je
veux aller avec papa, attendez-moi, papa!_ Il le songeoit et s'en
veille; il aimoit fort et craignoit le Roi; il se rendort  peine
ayant le coeur saisi. veill  sept heures, sa nourrice lui a demand:
Monsieur, qu'aviez  songer et  crier cette nuit?--_Doundoun, c'est
que je songeois que j'tois  la chasse avec papa, j'ai vu un grand,
grand loup qui vouloit manger papa et un autre qui me vouloit manger,
et j'ai tir mon pe, puis je les ai tus tous deux[343]._--A huit
heures trois quarts dvtu. On lui a lav les jambes dans de l'eau
tide, au bassin de la Reine; c'est la premire fois.

  [343] Hroard a crit en marge de son journal: _Augurium_.

_Le 4, mercredi._--Il va courant jusqu'en la chambre de M. de Guise
pour donner le bonjour au Roi, qui s'en alloit  la chasse. Men chez
le Roi au retour de la chasse.

_Le 5, jeudi._--Il va au jardin des canaux, est ramen avec le Roi,
qu'il ne veut point quitter pour dner avec lui.

_Le 6, vendredi._--Men au grand canal o toit le Roi qui se promenoit
sur la chausse, parlant  un capitaine espagnol tout seul; Mme de
Montglat le lui dit, il rpond: _S'il vouloit faire mal  papa, je
le battrois bien_.--Dn avec le Roi; il prend plaisir  our matre
Guillaume.--Men chez le Roi et la Reine au cabinet, il s'amuse 
faire des chteaux de cartes; M. de Verneuil lui demande: Mon matre,
cette maison est-elle  vous?--_Non, je n'en ai point, elle est 
papa._--J'en ai une, moi.--_Qui est-elle?_--Verneuil.--_Vous tes
un menteur, elle est pas  vous, elle est  votre maman._--Soup avec
le Roi qui lui fit servir de la viande; il voulut demander au Roi du
poisson[344], le Roi lui dit un peu brusquement qu'il l'envoyeroit
souper en sa chambre s'il ne mangeoit sa viande; il se tut tout court
et ne demanda plus rien, et mangea du mouton bouilli (deux noeuds de la
queue).

  [344] C'tait un vendredi.

_Le 7, samedi,  Fontainebleau._--Mme de Montglat lui dit: Monsieur,
vous pleurerez bien quand vous ne serez plus avec moi et que vous
irez avec M. de Souvr. Il lui rpond: _Mamanga, ne parlons point de
cela_.--Il va avec la Reine au devant du Roi revenant de la chasse.

_Le 8, dimanche._--Il va au jardin des canaux, puis en celui o toient
les gazels (_sic_), les fait courir et son chien aprs eux. Dn avec
le Roi.

_Le 9, lundi._--La Reine le mne en son carrosse jusques  la route de
Moret, pensant rencontrer le Roi revenant de la chasse.

_Le 10, mardi._--Mis en carrosse avec LL. MM. pour aller aux toiles,
hors de la fort, au commencement du chemin de Melun. Il voit prendre
quinze ou seize sangliers.

_Le 13, vendredi._--Le Roi venoit de jouer et avoit perdu, et
le baisant lui dit: Mon fils je viens de jouer tout votre
bien.--_Excusez-moi, papa, il n'est pas  moi, il est  vous, papa._
Il va donner le bonsoir  LL. MM. puis revient en sa chambre o il se
joue encore, fait prendre  Boileau, son violon, un petit fagot de
paille entre les jambes, chantant: Vous ne me sauriez bouteur, bouter,
etc.; lui, avec le flambeau, le suit partout et y mit le feu par deux
fois.

_Le 14, samedi._--Men au lever de la Reine et de l en carrosse pour
aller trouver le Roi au grand canal, il le rencontre en chemin; le Roi
le ramne et le mne au parterre du Tibre, o, par les sentiers des
compartiments, le Roi court aprs lui, faisant semblant de lui vouloir
prendre son chapeau sur la tte, puis il court aprs le Roi qui se
laisse surprendre.--A six heures et demie soup; il y avoit un page de
la chambre auquel il demanda: _Comment vous appelez-vous?_--Monsieur,
je m'appelle Des Ars.--_Vous tes donc un arc? il vous faut attacher
une corde au nez et au bout des jambes, et puis y mettre une flche et
tirer._ Il dit d'un autre page de la chambre qui se nommoit Racan[345]:
_Mamanga, vel l'arc en ciel_, pour ce qu'il tournoit le nom en
son entendement imaginant _Arcan_, et ajoutoit _ciel_ en sa petite
fantaisie; il avoit et se plaisoit  des pareilles rencontres.

  [345] Honorat de Bueil, seigneur de Racan, parent de la comtesse
  de Moret; il fut un des premiers membres de l'Acadmie franaise
  et mourut en 1670.

_Le 15, dimanche,  Fontainebleau._--A neuf heures et demie djen.
Il flatte Mme de Montglat, lui baise les mains, la robe, lui saute
au col; c'toit instruction, non de son naturel. Dn avec le Roi.
A six heures et demie soup; il demande  un page de la Reine qui
toit Italien: _Comment vous appelez-vous?_--Monsieur, je m'appelle
Pettrousse[346].--_Vous appelez donc Troussepet_, dit-il soudain.

  [346] Petrucci.

_Le 16, lundi._--Il va chez le Roi en son cabinet, prend cong de lui;
le Roi s'en alloit  Nemours[347] et de l voir le canal de Briare.
Men chez la Reine, il prend cong d'elle; la Reine part.

  [347] _Voy._ la lettre du Roi  Mme de Montglat, crite le 19 de
  Nemours. (_Lettres missives_, VII, 19.)

_Le 18, mercredi._--Il va  la volire et de l chez M. de Roquelaure,
o il voit manier[348] sa petite mule, qui mme passoit par-dessus un
cerceau,  quoi il prenoit un extrme plaisir.

  [348] Dresser la petite mule de M. de Roquelaure.

_Le 20, vendredi._--Men voir Mme la comtesse de Moret.

_Le 24, mardi._--Men  la messe; M. Birat le portoit ayant la tte
nue et M. de Belmont marchoit auprs, la tte couverte; il dit  M.
Birat: _Mettez votre chapeau_.--Monsieur, je suis bien.--_Non, non,
mettez votre chapeau, vous tes vieil; tez votre chapeau>, Belmont._

_Le 25, mercredi._--Il est men  la messe, puis a voulu monter 
l'horloge y voir le Vulcain Jacquemard[349]. Men chez Mme la comtesse
de Moret, puis au jardin des Mathurins et de l en la chambre de M.
Hroard[350].

  [349] _Voy._ la note du 30 juin 1605.

  [350] Hroard, malade depuis le 16, tait convalescent; le 27
  il reprend le Journal continu en son absence par l'apothicaire
  Gurin.

_Le 27 octobre, vendredi,  Fontainebleau._--Je parlois du Blond[351],
peintre, disant qu'il faisoit bien les visages, il demande: _Et pour le
reste?_

  [351] Nicolas le Blond se trouve parmi les peintres ports dans
  les comptes de l'htel de Henri IV de 1605  1610.

_Le 28, samedi._--Men par le jardin de la Reine en la conciergerie,
voir Mme la comtesse de Moret.

_Le 29, dimanche._--Men  la messe,  la chapelle de la salle du
bal, il se dpche de y aller afin que Madame ne les autres petits ne
y soient pas comme lui. Men au jardin du Tibre, il y court le cerf;
c'toit M. Birat puis son page Bompar, puis il se fait le cerf. Il
donne  manger aux cygnes, va par-dessous la terrasse au logis neuf de
M. Zamet, et de l, par la conciergerie et le jardin de la Reine, en sa
chambre. Men au jardin des canaux; il va voir les autruches et aprs
va voir manier la petite mule de M. de Roquelaure qui passoit dans un
cercle, sautoit sur le bton, se mettoit  genoux, marchoit dessus avec
un singe dessus; le Dauphin y faisoit monter des laquais et prenoit
plaisir  les voir tomber. A six heures et un quart soup; les pages
de la chambre du Roi y viennent, le font jouer aux cloches d'ivoire
et le moine dessous, puis aux piliers o l'on demande: _La compagnie
vous plat-elle?_ (jeu d'enfants de douze  quinze ans). Il y jouoit,
entendoit le jeu.

_Le 30 octobre, lundi,  Fontainebleau._--M. de Gramont, cuyer de
M. de Roquelaure, lui demande: Monsieur, connoissez-vous M. de
Roquelaure?--_Oui._--_A quoi le connoissez-vous?_--_C'est qu'il est
borgne_[352]; et il se prend  rire, mais d'un rire d'htelier, car il
n'toit pas grand rieur. A onze heures trois quarts il dit sa leon;
il y a bien de la peine  le y faire rsoudre; auparavant il s'amusoit
 chasser des mouches. A six heures et un quart soup; les pages de
la chambre du Roi arrivent, se mettent  jouer  _La compagnie vous
plat-elle?_ puis  _Bis cum bis etc._; il fait le matre aucunes fois,
et quand il ne sait pas dire quelque chose qu'il faut, il le demande;
il joue  ces jeux ici comme s'il avoit quinze ans, joue  faire
allumer la chandelle les yeux bouchs.

  [352] Il perdit un oeil d'une pine qui lui pera la prunelle,
  comme il toit  la portire du carrosse, en allant voir Mme de
  Maubuisson, soeur de Mme de Beaufort. Or, un jour qu'il toit en
  carrosse avec Henri IV, il s'avisa en passant de demander  une
  vendeuse de maquereaux si elle connoissoit bien les mles d'avec
  les femelles: Jsus! dit-elle, il n'y a rien de plus ais; les
  mles sont borgnes. (_Les Historiettes_ de Tallemant des Raux,
  I, 37.)

_Le 31, mardi._--Un homme qu'il avoit fait mettre hors de prison[353],
le vient remercier; il lui dit: _Soyez homme de bien  l'avenir._ Sa
partie y toit: _Soyez gens de bien tous deux et ne vous demandez plus
rien, et priez Dieu pour papa et pour maman._

  [353] _Voy._ au 11 septembre prcdent. Hroard a crit par
  erreur qu'il avoit fait mettre en prison.

_Le 1er novembre, mercredi,  Fontainebleau._--Men  la chapelle de la
salle du bal, il se confesse  son aumnier pour la premire fois.

_Le 4, samedi._--Vtu, peign paisiblement; M. Zamet y toit, ce
qui le retenoit, craignant qu'il ne dt  la Reine s'il faisoit le
fcheux.--Il se joue  divers jeux, les pages de la chambre avec lui;
ils dansent le branle: _Ils sont  Saint-Jean des choux_, et se donnent
du pied au cul; il le dansoit et faisoit comme eux.

_Le 5, dimanche,  Fontainebleau._--Il joue aux barres et entend le
jeu et les termes du jeu. A cinq heures le Roi arrive, revenant de
Montargis; il lui va au devant courageusement[354] et toujours courant
jusques au pied de l'escalier de la basse-cour, va en la chambre du
Roi, o il se joue jusques  six heures que la Reine arrive; l'ayant
salue, peu aprs il s'en va en sa chambre.

  [354] Ce mot indique sans doute que le Dauphin prouve encore une
  certaine crainte lorsqu'il lui faut aller au devant du Roi.

_Le 6, lundi._--Il sort avec le Roi, qui s'en alloit promener; il
pleuvoit, le Roi lui dit: Mon fils, il pleut; allez-vous-en.--_Non,
s'il vous plat, papa; je crains pas la pluie._--Mais je crains que
vous ne deveniez malade.--_Je le serai pas, papa_, et il le suit.
C'toit d'amour qu'il avoit au Roi, car il craignoit d'aller  la
pluie. Ramen en la chambre de la Reine, il s'en va en la chambre
du Roi, le y attendant pour dner; M. le prince de Cond prend la
serviette, la lui prsente pour la servir au Roi, le Dauphin lui dit:
_Attendez que papa soit venu; gardez-la, puis je la prendrai_; dn
avec le Roi.--Le Roi lui fait la guerre, lui disant qu'il est amoureux
de la Tornaboni, l'une des filles de la Reine; il en est honteux et
en et volontiers pleur; cela lui fait prendre envie de revenir en
sa chambre.--Men chez le Roi pour lui donner le bonsoir, le Roi
le voulant asseoir sur le lit vert du cabinet lui dit: Mon fils,
mettez-vous ici entre maman et moi.--_Excusez-moi, papa, je me mettrai
bien l derrire_, dit-il par respect.

_Le 7, mardi._--Il s'amuse  mettre en bataille, file  file, toute
sa compagnie de pices de poterie, et le Dauphin[355] toit  la
tte.--Men chez le Roi au cabinet, o il s'amuse, avec de l'encre et
une plume,  faire des oiseaux; il joue  trois ds, M. de Bassompierre
contre lui, en lui apprenant le jeu.

  [355] Une figurine qui le reprsentait ou qu'il dsignait sous
  son nom.

_Le 8, mercredi._--Il dit vingt-cinq quatrains de Pibrac. Men chez
le Roi, le Roi lui dit qu'il veut que le petit More[356] couche avec
lui.--_Il noirciroit les draps, papa_, n'ayant point voulu dire qu'il
ne le vouloit pas.

  [356] Nain de la Reine.

_Le 9, jeudi,  Fontainebleau._--Men chez le Roi, qui toit encore
au lit, le Roi le met dessus, lui disant: Vous tes un petit
veau.--_Excusez-moi, papa, si vous aviez vu comme je saute, vous
diriez pas que je sois veau._--Il va chez M. de Rosny, au bout du
parterre, est ramen chez la Reine, puis du balcon de l'escalier il
regarde M. de Crquy et autres qui jouoient au ballon en la cour.--Le
Roi l'envoie querir pour souper, puis il retourne en sa chambre pour
faire habiller tous ces petits qui toient avec lui, avec Madame et
Mlle de Vendme, pour un ballet. Il n'en veut point tre, dit: _J'en
fairai demain un tout de garons_, retourne chez le Roi, o il voit
danser ce ballet.

_Le 10, vendredi._--Men chez le Roi et la Reine; la Reine lui demande
s'il veut dner avec elle, il s'en rjouit, n'en peut tre dissuad.
Il va  la messe avec la Reine, et revient avec elle; dn avec elle 
douze heures et demie.

_Le 11, samedi._--Men chez le Roi, o il trouve la Reine. Le Roi lui
dit: Mon fils, je m'en vais  Saint-Germain, voulez-vous venir avec
moi?--_Oui, papa._ La Reine lui dit: Mais papa va en poste.--_C'est
tout un, j'irai  pied, je courrai tant que je pourrai, et s'il va trop
fort je m'arrterai, et puis je m'en retournerai._ Le Roi lui dit:
Mon fils, me servirez-vous bien?--_Oui, papa._--Me donnerez-vous
bien ma chemise, mon collet, mon mouchoir?--_Oui, papa._--Mais vous
ne me sauriez donner mes bottes?--_Excusez-moi, papa, je ferai tout_,
dit-il gaiement. La Reine lui dit: Mais je veux aussi que vous
me serviez.--_Je le veux bien, maman._--Mais vous ne me sauriez
coiffer.--_Excusez-moi, maman_; puis, reconnoissant qu'il s'toit
mpris, et y ayant song, il s'en va droit  la Reine: _Maman, ce sera
ma soeur._

_Le 12, dimanche._--Les dputs du Dauphin lui viennent faire la
rvrence en corps, lui tmoignant leur fidlit et affection, et le
suppliant de les conduire devers le Roi pour le supplier d'accorder
leur demande,  laquelle il avoit intrt (c'toit pour runir au
Dauphin la Bresse, donne en rcompense du marquisat de Saluces). Il
les remercia de leur bonne volont, leur promit la sienne selon les
occasions, mais [leur dit] pour ce sujet que tout toit  papa. M. de
Lesdiguires les conduisit.--Il va chez la Reine, puis  la volire,
de l chez M. Zamet, d'o il voit, en la cour, courir deux renards;
il toit  la fentre d'o il commande: _Matre Martin, lchez ce
chien blanc_, puis celui-ci ou celui-l, les nommant par leur nom; il
commandoit magistralement et  propos.

_Le 13, lundi,  Fontainebleau._--Men chez le Roi et chez la Reine,
puis  la chapelle de la salle du bal; il va de l au grand jardin, o
il joue au ballon, du poing: M. de Bassompierre le lui avoit donn;
dn avec le Roi.--Il causoit avec Mathurine[357], lui dit que si
elle toit morte il la feroit mettre en terre; M. l'aumnier lui dit:
Monsieur, vous en ferez donc des reliques?--_Ho!_ dit-il en souriant,
_une belle relique de folle_.

  [357] Folle de la Reine.

_Le 14, mardi._--Il voit Boileau, son violon, qui caressoit Joron,
l'une de ses femmes de chambre, de laquelle Boileau toit amoureux;
elle toit couche au lit de sa nourrice: _Boileau, venez ici, venez
, venez  moi_, dit-il, imprieusement; et comme il se fut approch:
_Qui vous fait si hardi de vous jouer  mes femmes de chambre? et
devant moi!_ Il s'amuse  ses animaux de poterie, qu'il met en
bataille, l'appelle sa compagnie.

_Le 15, mercredi._--Men chez la Reine; soup avec le Roi.

_Le 16, jeudi,  Fontainebleau._--A onze heures et un quart dn; il
entretient Engoulevent, prince des sots[358]; il lui demande: _Que vous
est papa?_ pource qu'il disoit que le Roi le suivoit et qu'il toit
prince des sots.--Il prend sa bandoulire et son mousquet, fait armer
sa compagnie; M. de Verneuil, arquebusier, marche auprs de lui, M.
le Chevalier est le capitaine, et il s'en va ainsi, par la terrasse
des deux cours, trouver dans son cabinet la Reine, qui alloit au
devant du Roi revenant de la chasse. Il fait tous les exercices devant
elle, prte serment de bien servir le Roi, puis sort en bataille en
l'antichambre, o il fait haie et battre le tambour pendant que la
Reine passe, puis se dsarme et est men chez M. de Rosny, au pavillon
qui est au bout du parterre; il le rencontre, puis est men en la
chambre pour y voir Mme de Rosny. Il va chez le Roi, veut souper avec
lui; le Roi se met  jouer, le renvoie souper en sa chambre.

  [358] _Voy._ plus haut, page 61, note 88.

_Le 18, samedi._--Il fait chanter deux jeunes enfants de la musique de
la Reine, lui assis, les coutant attentivement comme immobile, tant il
aimoit la musique.--M. de Vendme arrive revenant de la chasse avec le
Roi; il racontoit comme le Roi toit encore dans la fort et que comme,
lui (M. de Vendme), est arriv dans la basse-cour, les gardes ont
commenc  prendre les armes et  battre le tambour; il entend cela,
et, se retournant vers lui, demande: _Ont-ils pris leurs armes pour
vous?_

_Le 19, dimanche._--Men au Roi en la salle du bal, pour y voir
combattre les dogues contre les ours et le taureau; un ours ayant
mis sous lui un des dogues, il se prend  crier: _Tuez l'ours, tuez
l'ours_.--Men chez la Reine, o,  neuf heures, il assista aux
fianailles de M. le prince d'Orange avec Mlle de Bourbon[359]. Ramen
 neuf heures trois quarts, il ne se veut point coucher, se fait mettre
sa cotte, se fait tenir par la lisire pour imiter les dogues qu'il
avoit vus tirant la laisse pour se jeter contre les ours.

  [359] lonore de Bourbon, fille de Henri de Bourbon, 1er du nom,
  prince de Cond, marie  Philippe-Guillaume de Nassau, prince
  d'Orange, morte en 1619. _Voy._ la lettre de Malherbe  Peiresc,
  tome III, page 15, de l'dition donne par M. Lud. Lalanne. Cette
  lettre est du 9 dcembre, et non du 9 novembre.

_Le 20, lundi,  Fontainebleau._--Men sur les terrasses de la chambre
de la Reine pour voir combattre des dogues, puis men en la chambre
du Roi, o se trouva M. de Rosny, autrement M. de Sully[360]. Mme de
Montglat lui dit: Monsieur, l'on dit que vous tes avaricieux[361],
demandez  M. de Sully de l'argent pour donner. Il ne dit mot, et ne
veut point; il ne demandoit pas aisment, de peur d'tre refus; il
s'en offensoit. Mme de Montglat l'en presse, et sur cela il entend
que M. de Sully disoit: Il n'est pas encore temps; il se retourne
soudain, comme dpit, disant: _C'est pas du sien, c'est de celui
 papa_, et s'en va. Mme de Montglat le retire vers M. de Sully:
Monsieur, dit-elle, dites  M. de Sully qu'il fasse pour moi ce que je
lui demanderai.--_Qu'est-ce?_--Monsieur, dites-lui seulement cela.
Il demanda toujours ce que c'toit, et enfin, fort press, dit par
acquit et se retournant: _Faites cela pour Mamanga_, et s'en va tout
dpit.

  [360] _Voy._ la note du 20 juillet prcdent.

  [361] Hroard remarque plusieurs fois que le Dauphin tait
  _mesnager_; mais il attribue ce dfaut aux exemples de parcimonie
  qu'on lui donne.

_Le 22, mercredi._--Il commence  apprendre  danser, apprenant la
sarabande, le branle gai. Il chasse Engoulevent, bouffon; il hassoit
naturellement les plaisants et bouffons. M. le prince d'Orange prend
cong de lui, s'en allant  Valery se marier  Mlle de Bourbon;
Engoulevent toit rentr en sa chambre, il le chasse, lui donne des
coups de pied.--Men chez le Roi, il le suit au jardin de la Reine; le
Roi lui commandant de l'attendre l pendant qu'il entre en la galerie
des cerfs pour parler d'affaires, il va dans la volire, fait jouer les
robinets, rentre au jardin. Mme de Montglat le veut mener au lever de
la Reine, il s'en dfend; elle le presse: _Mais papa m'a command de ne
bouger d'ici_; elle le veut forcer, le tire, il rsiste disant: _Je le
veux aller demander  papa_; elle le y mne par force, y va; le Roi le
mne  la messe, puis  midi il a dn avec le Roi.

_Le 23, jeudi._--Il s'amuse  voir faire un habillement  la matelote,
chausses et jupe pour conduire le ballet que faisoient M. le Chevalier
et Mlle de Vendme; vtu de chausses  la matelote et d'une jupe de
gaze, il est extrmement content, se fait mettre son pe au ct en
bandoulire,  huit heures est men chez le Roi.

_Le 24, vendredi._--L'ambassadeur du duc de Saxe le vient visiter de la
part de son matre, lui disant en avoir commandement et qu'il prioit
Dieu qu'il ft un jour un grand prince; M. le Dauphin lui donne sa main
 baiser et l'embrasse, le remercie, dit qu'il est  son service et
qu'il le servira toujours envers le Roi pour le tenir toujours en son
amiti et bonne intelligence.

_Le 26, dimanche,  Fontainebleau._--M. de Roquelaure se jouant 
lui l'appelle: Matre Louis; il repart soudain: _Matre borgne_; il
l'toit. M. de Bassompierre se jouant  lui l'appeloit: Matre badin;
il repart srieusement et sans rire: _Matre sot_. Le Roi dit au
Dauphin et  M. de Roquelaure: Qui voudra tre le mignon de papa il
faut qu'il mouche ce flambeau; il y saute soudain tout le premier,
le mouche net et se brle au bout du doigt indice, sans s'en plaindre
qu'en souriant.

_Le 27, lundi._--Men chez le Roi, M. de Roquelaure l'appelle: Sergent
Louis; il lui rpond: _Sergent borgne_.--Il entretient M. de Mansan,
lui demande les noms des capitaines qui doivent entrer en garde, de
ceux qui les relvent et du lieu o ils entrent en garde; sur le nom du
sieur de Drout, il dit: _Son tambour est gaucher_; il toit vrai, et
si il y avoit longtemps qu'il ne l'avoit vu. Il joue au jeu: _Je vous
veille_, et ne s'veille que pour le Roi et pour la Reine, pour Mme de
Montglat et son fils.

_Le 28 novembre, mardi._--Mme la princesse d'Orange de Coligny[362] le
vient voir; il entend que l'on lui ramentevoit comme le soir prcdent
le Roi et la Reine lui faisoient la guerre, et que le Roi la frappant,
elle dit comme elle fut contrainte de se revenger et le frapper.
_Comment_, lui dit le Dauphin, _vous avez battu papa! Si j'y eusse
t je vous eusse port par terre_, et il se jette sur elle pour le
faire, et dit animeusement: _Je suis bien fort_. Elle lui rpond qu'il
ne l'toit pas assez tout seul; _J'envoyerai querir ff Vaneuil_. Il
le fait, et l'attendant il se jette sur elle, tche de lui donner la
jambe[363]. M. de Verneuil arrive, il le tire  part, lui raconte tout
bas ce qu'elle avoit fait, ce qu'ils ont  faire, puis soudain partant
du bout de la chambre: _Suivez-moi_, et il se prend  courir droit 
elle, se jette sur elle, qui feint de plier.

  [362] _Voy._ page 31, note 48.

  [363] Le croc-en-jambe.

_Le 30, jeudi._--Il ne se veut point coucher que la plus petite Panjas,
qu'il avoit envoy querir, ne soit arrive; on lui demande s'il veut
pas que la petite Panjas couche avec lui; il rpond: _Elle est pas
princesse_. Je lui demande: Monsieur, ne coucherez-vous jamais qu'avec
des princesses?--_Non._ Elle arrive, il la baise, elle lui tendant sa
joue, la considre froidement, puis peu  peu entre en discours avec
elle: le jeu commence  lui plaire; elle, s'en retournant, lui donne
le bonsoir; il s'avance et la baise en la bouche, ce qu'il ne faisoit
 personne. On demande  la petite Panjas si elle vouloit bien coucher
avec M. le Dauphin, elle rpond oui; lui, souriant, dit: _Vous tes
donc une garonnire_.

_Le 1er dcembre, vendredi,  Fontainebleau._--Men  la galerie
lambrisse, ayant une pe; le Roi y vient, et lui dit: Quoi, mon
fils, vous avez une pe; est-ce contre moi?--_Ho! ho! Jsus! non,
papa._ A quatre heures men chez le Roi et la Reine revenant de la
chasse.--Arrivent deux lieutenants du rgiment des gardes; l'un il
l'appelle _Croquant_ et l'autre _Harlequin_, par raillerie; il se
familiarisoit de son mouvement avec les soldats plutt qu'avec toute
autre sorte de personnes, faisant du pair et compagnon avec eux.

_Le 2, samedi,  Fontainebleau._--A sept heures et demie lev,
vtu[364], peign, coiff paisiblement pour le desir qu'il avoit
d'aller dire adieu au Roi, qui devoit partir pour aller  Paris et
partit sur les neuf heures. Men chez le Roi, qui lui demanda quand
il vouloit qu'il l'envoyt querir?--_Quand il vous plaira, papa._ Il
toit triste de ce dpart; le Roi le rassura, lui disoit que dans peu
de jours, il le renvoyeroit querir, et lui commanda d'avoir soin de son
mnage. Il prend cong du Roi, bien aise d'avoir t seul et d'avoir
surpris les autres petits. La Reine part  une heure aprs midi.

  [364] Il est  remarquer que jamais, dans ces commencements de
  journe, le mot lav ne se trouve indiqu.

_Le 4, lundi._--M. d'Arquien le vient voir, revenant de Metz. Il joue
aux poules pour enfermer le renard, avec patience et froideur, demande:
_Doundoun, que faut-il jouer?_ et chante en jouant comme une grande
personne qui ne laisse pas de regarder et de considrer son jeu:
_Maintenant que nos coeurs sont pleins d'amour et que chacun, etc._,
avec l'air. Il lui prend une humeur d'tudier, demande son livre pour
tudier, appelle Madame pour lui faire dire sa leon; elle y vient 
regret et pleurant, et parloit en pleurant. Sans pouvoir entendre ce
qu'elle disoit le Dauphin dit: _Je pense qu'elle parle suisse_.

_Le 5, mardi._--Mme de Montglat demandoit si le comte de la Roche toit
encore  la Bastille; il demande: _Qui est-il?_--Monsieur, c'est le
comte de la Roche.--_Qu'a-t-il fait?_ Je lui rponds qu'il avoit t
opinitre.--_Mais je l'ai vu  la Bastille_, croyant que ce ft le
comte d'Auvergne.--Monsieur, vous parlez de M. le comte d'Auvergne,
mais Mamanga parle de M. le comte de la Roche.--_Est-il encore 
la Bastille le comte d'Auvergne?_--Oui.--_Pourquoi?_--Pource
qu'il avoit t fort opinitre.--_C'est pas cela_, dit-il court et
rsolment.--Monsieur, pardonnez-moi.--_C'est pas cela._--Monsieur,
pourquoi donc?--_Je veux pas dire._--Il n'y a pas de danger de le
dire. Il y songe, puis dit froidement: _C'est parce qu'il avoit
voulu faire la guerre  papa_.--Mais, Monsieur, il n'est qu'un homme
seul, comment lui et-il pu faire la guerre?--_Avec cinquante mille
hommes._--Qui le vous a dit?--_Je sais bien_; il n'en voulut jamais
dire davantage. L'on parloit d'aller  Saint-Germain, il dit: _J'en
suis bien aise, puisque papa est pas ici_. Je lui demandai l-dessus:
Monsieur, o aimez-vous mieux tre,  Saint-Germain,  Paris ou 
Fontainebleau? Il rpond soudain: _A Paris, papa y est_; il aimoit
fort le Roi, et sans contrainte.

_Le 6, mercredi,  Fontainebleau._--Il va par le grand jardin  la
Mi-Voie,  pied, par le long du ruisseau; ramen en carrosse  six
heures et un quart, il s'endormoit, demande  se coucher, dit qu'il est
las[365].

  [365] Hroard met ici en marge: Ce jour l, le Roi courant 
  la fort de Gros-Bois, le cerf, venant au-devant de lui, saute
  dessus de furie et fault  le tuer: o il faut noter la sympathie
  de ce prince envers les accidents qui adviennent au Roi, l'ayant
  observe en plusieurs autres, comme lorsque ce fol se jeta sur
  lui passant par le Pont-Neuf, ce prince, sans cause manifeste
  non plus qu' cette fois, ne voulut point souper.--_Voy._ au 20
  dcembre 1605.

_Le 10, dimanche._--Men  la galerie lambrisse, o il envoie
quter le cerf, donne le dpartement aux veneurs, leur fait faire
leur rapport, puis va au bois, conduit son limier et fait donner les
chiens; il prend plaisir  apprendre les termes de tout, les coute
attentivement de M. de Ventelet.

_Le 11, lundi._--M. de Souvr arrive, avec commandement du Roi de le
conduire  Saint-Germain.

_Le 12, mardi,  Fontainebleau._--Il est fort aise de voir tout remuer
pour s'en aller  Paris voir papa; sur ces entrefaites arrive un
courrier portant commandement de ne partir point; il ne le veut point
croire, il en pleuroit. A la fin, lui tant dit que papa le vouloit,
il se tut, et ne dit plus mot. Le contremandement fut une lettre que
Mme la marquise de Guiercheville, par commandement de la Reine, avoit
crite  M. de Souvr, lui mandant qu'il n'et point  faire partir
messieurs les enfants,  cause de l'avis que le Roi lui avoit donn
que la peste toit en deux maisons,  Saint-Germain en Laye, o le
Roi toit alors.--Il s'amuse  un chandelier de poterie, dont il fait
une fontaine, siffle d'un rossignol de poterie o il fait mettre de
l'eau, s'amuse au buffet du Roi, fait du temps du roi Franois Ier, qui
s'ouvroit par un marmouset.

_Le 13, mercredi._--Mme de Montglat entre en la chambre, portant entre
ses bras Madame Christienne; le voil  crier: _Otez-la, tez-la_, ne
voulant point qu'elle la portt. Mme de Montglat l'ayant laisse, le
Dauphin lui dit: _Lavez vos mains_; elle les lave; lui-mme verse de
l'eau: _Lavez vos bras_. L dessus elle le menace du fouet, il s'apaise.

_Le 14, jeudi._--Il fut longtemps dans son lit, sans dire mot, tant
veill; il avoit peur du fouet pour l'opinitrise du jour prcdent.
Il demande  Mme de Montglat de ne l'avoir point, et que tout le jour
_je serai bien gentil, je prierai Dieu, je dirai mes quadrains, je
tudierai, je peindrai, je vous fairai un beau petit chrubin_.--Ho!
lui dit Mme de Montglat, vous tes un beau peintre! Vous ne sauriez
peindre le beau temps.--_Si fairai._--Comment ferez-vous?--_Je
prendrai du blanc, puis des couleurs de chair et du bleu._--Mais
vous ne sauriez faire le soleil ne la lune.--_Si ferai._--Comment
ferez-vous le soleil?--_Je prendrai du jaune et du rouge, et je les
mlerai._--Et la lune?--_Je prendrai du blanc et du jaune, je le
mlerai, puis j'y fairai un visage, puis ce sera la lune._ Pour flatter
davantage Mme de Montglat, le Dauphin lui demande: _Je voudrois bien
coucher auprs de vous_. Elle le fait coucher entre elle et son mari le
sieur de Montglat. Men  la chapelle puis en sa chambre, o il s'amuse
 peindre; y ayant fait venir un peintre qui lui apprend, il l'coute
et suit ce qu'il lui dit, maniant aussi dextrement le pinceau que
l'ouvrier, et tenant ses couleurs au pouce[366], comme le peintre qui
lui fait tirer un visage.

  [366] Tenant la palette.

_Le 15, vendredi,  Fontainebleau._--Il envoie querir deux jeunes
peintres, dit qu'il veut apprendre  peindre; tant arrivs, il prend
les couleurs au pouce, peint des cerises aprs le crayon du peintre,
demande: _Que faut-il que je fasse? Faut-il du blanc, du rouge?_ et
besogne dextrement et avec attention. Amus jusques  onze heures et
demie; M. de Montglat le prend en ses bras, le hausse, se fait accoler
et le baise serr en la bouche[367], puis part pour s'en aller  Paris.

  [367] Hroard a crit en marge de ce passage: _Temeritas et
  impudentia_.--_Voy._ au 12 fvrier suivant.

_Le 16, samedi._--Men  la galerie lambrisse et aux chambres qui
regardent la basse-cour, o il y avoit des charpentiers qui mettoient
des cloisons, il prend plaisir  les regarder faire, tenant ses deux
mains sur les cts. Il aimoit fort les oeuvres mcaniques. Il demande
 crire; Dumont, clerc de sa chapelle, lui montre  faire des _a_,
il suit l'impression que Dumont en fait sur le papier.--Il chante des
nols, en fait chanter; Mlle de Ventelet lui reprsentant le pauvre
tat auquel Jsus-Christ toit n, sans draps, dans une crche, il se
prend soudain  dire avec lan et ardeur: _Si j'y eusse t je lui
eusse donn mon lit et mes draps?_ C'toit une faveur singulire,
qu'il ne faisoit  personne, et il ne permettait qu'au Roi de se mettre
dessus son lit.

_Le 17, dimanche,  Fontainebleau._--Men au jardin des canaux; ramen
par la cour du dragon en sa chambre, o il montre  M. Frminet,
peintre du Roi, excellent personnage, les peintures qu'il avoit faites
les jours prcdents: _J'ai fait ces cerises, j'ai fait cette rose_.
M. Frminet lui dit: Monsieur, vous plat-il que je vous fasse faire
un oiseau, avec la plume? Il lui rpond gaiement: _Oui; Mamanga,
envoyez querir mon critoire_; il met son papier sur sa petite table,
prend la plume, et lui-mme commence  faire l'oiseau marqu A[368],
commenant de droite  gauche; les taches noires du milieu, _ce sont_,
dit-il, _les plumes_; puis l'autre oiseau marqu B il le fait, la
main toujours conduite par le sieur Frminet, qui sentoit comme M. le
Dauphin poussoit  conduire la main. M. Frminet lui fait le visage
marqu C, disant: Faites un visage comme celui-l.--_Ho, ho!_ dit-il
en souriant, _je ne sarois_, et ne le voulut point entreprendre; il
fait le visage marqu D, conduit toujours par le sieur Frminet, et le
visage aussi qui est dessous marqu E; puis, en l'autre face du papier,
le visage marqu F est fait par le sieur Frminet, auquel il donna une
grosse poire.

  [368] Ces dessins sont conservs dans le manuscrit d'Hroard; il
  ont t reproduits dans le _Magasin pittoresque_, anne 1865,
  pages 212 et 213.

_Le 18, lundi._--M. Frminet commena de le peindre, et pour s'amuser
il demanda: _Mamanga, je voudrois bien avoir des couleurs, mais je
voudrois des siennes, elles sont plus belles_. On lui en envoie querir
au logis du sieur Frminet, au jardin des canaux; il s'en amuse avec le
pinceau. A six heures et un quart soup; tout  coup il dit: _Je suis
las_, demande  se coucher. Diverti il se joue  divers jeux comme:
_Votre place me plat_,  _burlurette_, avec des soldats,  _frappe
main_.

_Le 20, mercredi,  Fontainebleau._--Sa nourrice le dshabillant lui
tire tant soit peu un cheveu, il s'en prend  crier et plaindre fort
dolentement; ma femme lui dit: Mais, Monsieur, vous criez tant pour
un cheveu, vous ne sauriez plus crier pour un coup d'pe.--_Je
m'en soucie bien d'un coup d'pe!_ Ma femme rplique: Monsieur, et
pourquoi ne vous soucieriez-vous pas d'un coup d'pe?--_Pource que je
serois mort_, dit-il avec faon, comme ne se souciant et se dplaisant
de la vie[369].

  [369] Hroard ajoute en latin: _Mihi extorsit lacrymas_.

_Le 21, jeudi._--M. de Saint-Antoine, gentilhomme franois, cuyer
du prince de Galles, salue Madame de la part de son matre; elle en
rougit et en fit la honteuse.--En allant  la chambre de Madame, M. de
Verneuil teint une chandelle que l'on laissoit dans le petit cabinet
de la Reine, pour clairer aux passants. M. le Dauphin n'en dit mot,
mais tant dans la chambre suivante, o il y avoit de la clart, il lui
bailla un soufflet, ajoutant la raison: _Pourquoi avez-vous teint la
chandelle?_

_Le 23, samedi._--M. Frminet achevoit de le peindre, lui s'amusant 
peindre, et il fit un oiseau sur de la toile avec de la craie.

_Le 24, dimanche._--M. le prince d'Orange et Mme sa femme, fille de feu
M. le prince de Cond, viennent prendre cong de lui, s'en allant 
Orange.

_Le 25, lundi._--Vtu de sa robe de lames d'or et d'argent, et de soie
brune, il dit: _Ma robe me pse plus derrire que devant_; il ne y eut
pas moyen de la raccoustrer  son gr: _Otez-la moi, donnez-m'en une
autre_. Il fut dvtu et revtu de celle qu'il avoit le jour prcdent,
puis men  la chapelle de la salle du bal. Aprs la messe il va 
confesse, se confesse de tout ce qu'il avoit d'opinitrise ce matin.

_Le 28, jeudi._--Il change de logis, fait dmnager et porter son lit
en la chambre du pavillon de la grande galerie[370].

  [370] _Voy._ la lettre du Roi  Mme de Montglat, crite de
  Saint-Germain, le 28 dcembre 1606.

_Le 30, samedi,  Fontainebleau._--Il s'amuse  faire le messager
de Fontainebleau qui portoit de la marchandise  Paris, attache un
jarretier  un placet[371], y met dessus ou un chapeau, ou un panier,
ou quelque autre chose, le va tranant d'un bout de la chambre 
l'autre o toit son lit, dcharge en la ruelle, puis s'en retourne
faire nouvelle charge. M. le Chevalier en fait autant que lui, et le
suivoit; Descluseaux les conduisoit. Puis le Dauphin le fait asseoir,
et s'amuse  faire attacher deux flambeaux d'argent avec un petit
chapelet.

  [371] C'est--dire que le Dauphin attache une jarretire au pied
  d'un tabouret pour en faire une voiture et le tirer.

_Le 31, dimanche._--L'on faisoit la monstre de la compagnie sous la
galerie basse de la terrasse; sa viande toit servie; il sort de
lui-mme pour y aller, je cours aprs. Il alloit descendre la monte
sans reconnotre[372], j'arrive  point nomm pour le prendre par la
lisire. Il y descend, voit prter le serment.

  [372] Sans voir les marches; Hroard met en note: Secouru 
  propos.




ANNE 1607.

  Caractre moqueur du Dauphin.--Le gteau des Rois.--Mme
  de Montglat et Mlle d'Agre.--Premire signature du
  Dauphin.--Comment se tient le Roi.--Lettre au Roi.--_La
  Saint-Jean des choux._--Lettre du Roi.--Dessins et peintures
  du Dauphin.--Prsent de l'archiduchesse d'Autriche 
  Madame.--Oraison du Dauphin.--Prsents que lui fait M. de
  Brves.--Le Roi joue  la paume avec le Dauphin.--Le peintre
  Dehoey.--Premire leon de latin.--Lettre de l'lecteur
  palatin.--Le Dauphin  la crmonie de la Cne.--M. de
  Guise.--Naissance du duc d'Orlans; son thme de nativit.--M.
  de Sully.--Apparition d'un aigle; geste du duc d'Orlans et
  augures que l'on en tire.--Les quatrains de Pibrac.--Got
  croissant du Dauphin pour la musique et le dessin.--Decourt
  fait de nouveau son portrait.--Vtement d't.--Accouchement
  de la comtesse de Moret.--La reine Marguerite.--Relevailles
  de la Reine.--Antipathie pour les Espagnols.--Paillardise
  du Roi.--Produits de la poterie de Fontainebleau.--Portrait
  en cire et mdaille du Dauphin par Paolo et Dupr.--Danse
  d'gyptiens ou bohmiens.--Rancune du Dauphin contre son
  page.--Rception d'un ambassadeur turc.--Ordres du Roi pour
  donner le fouet au Dauphin.--Mort de M. de Montglat.--Le
  comte de Moret sauv du tonnerre.--Dpart pour Saint-Germain,
  passage  Melun,  Crosne,  Paris,  Saint-Cloud, arrive 
  Saint-Germain.--Mme des Essars.--Familiarits du Dauphin.--La
  peste  Saint-Germain; dpart pour Noisy.--Caractre dissimul
  du Dauphin.--Le Roi  Villepreux.--Lettre et prsent du prince
  de Galles.--Histoires tires de la Bible.--Portrait du pre du
  Roi.--Peu de got du Dauphin pour la danse.--Il entre dans sa
  septime anne.--Portrait de Louis XII.--Lettres de la famille
  ducale de Toscane.--Incendie  Noisy.--Services d'Hroard sous
  Henri III.--Premier seing valable du Dauphin.--Portrait de Du
  Guesclin.--Le duch de Milan.--Peu de got du Dauphin pour
  l'tude.--Lettre au Roi.--Le ballet des lanterniers.--Retour 
  Saint-Germain.--Baptme de M. et de Mlle de Verneuil.--M. de
  Csi.--Le livre de Vitruve.


_Le lundi, 1er janvier,  Fontainebleau._--Men  la chapelle de la
salle du bal, il se moque d'une femme de village qui toit fort bossue,
en ricane; sur la fin de la messe il va et revient, et retourne prs
de son aumnier qui la disoit, le contrefait en riant.

_Le 2, mardi._--A deux heures men au del du grand jardin, du ct de
main gauche, environ cent pas allant  la Mi-Voie, pour y planter le
premier arbre de ceux que le Roi y vouloit faire planter; c'toit un
tilleau.

_Le 3, mercredi,  Fontainebleau._--En dnant il entretient, comme une
grande personne, matre Martin, preneur des renards du Roi, sait le nom
de ses chiens.

_Le 4, jeudi._--M. le baron de la Chtre le vient voir, allant 
la Cour. Aprs souper il joue aux poules et au renard contre M.
de Belmont. En jouant M. le Chevalier appelle M. de Belmont son
lieutenant. Il le regarde en colre, songe, puis le veut frapper,
lui veut jeter les poules qu'il ramasse, puis l'chiquier. M. de
Belmont, qui toit lieutenant de M. de Mansan, lui dit: Monsieur,
pourquoi voulez-vous le frapper?--_C'est parce qu'il vous a appel son
lieutenant, et vous tes  moi._--Mais, Monsieur, il ne le faut pas
battre pour cela.--_Ho! mais c'est qu'il veut tout!_

_Le 5, vendredi._--A six heures il se assied  table; on lui coupe un
gteau de massepain pour lui et pour Madame et Mme Christienne; il
fut le roi pour la premire fois. Il avoit envie de manger sa portion
de gteau et celle de Dieu; Mme de Montglat lui dit: Si vous voulez
manger celle de Dieu, il faut donner de l'argent.--_Bien, qu'on en
donne_, rpond-il promptement; _Ttai_ (M. de Ventelet), _donnez de
l'argent_.--Monsieur, combien?--Il songe: _Cinq cus_. Il fut baill
cinq quarts d'cu  M. l'aumnier, qui furent aprs rendus. Bu 
reposes, il prenoit plaisir  faire crier: _Le Roi boit_ par Madame.

_Le 6, samedi._--Il va aux petites fontaines, o il fait rompre la
glace, se y joue  la casser  coups de poing. A six heures et un quart
on lui coupe un gteau, il est fait le Roi; soup de sa part de gteau,
il ne veut point que l'on crie: _Le Roi boit_, le fait dfendre  M.
de Verneuil.

_Le 7, dimanche,  Fontainebleau._--Il prend un grand luth, fait que
Indret met ses doigts sur les touches et lui il pince les cordes; il va
aux cadences, joue et chante: _Ils sont  Saint-Jean d'Anjou, les gen,
les gen, les gendarmes_, etc. Il touche la bergamasque, la sarabande,
les cloches, puis se va jouer sur le tapis de pied, tendu parmi la
chambre, feignant que le tapis fut la mer; M. le Chevalier faisoit
comme lui.

_Le 8, lundi._--Il va  la salle du bal, o il avoit fait venir deux
pouses du village, les regarde danser, se moquoit de leur danse.
A dix heures et un quart, dvtu; mis au lit, pri Dieu; il demande
quand c'est qu'il aura un haut-de-chausses? Mme de Montglat lui dit que
ce seroit quand il auroit huit ans.--_Comme ff Chevalier?_--Oui,
Monsieur.--_Je suis vieux!_--Oui, Monsieur, vous avez six
ans.--_Quand aurai-je huit ans?_--Dans deux ans et demi.--_Je suis
plus vieux que ma soeur, je suis venu le premier, puis ma soeur, et ma
petite soeur est venue  la queue._--Et l'enfant qui viendra aprs,
que vous sera-il?--_Ce sera mon frre._

_Le 9, mardi._--Il se fche contre sa nourrice, la frappe, va prendre
sa pique, la poursuit pour l'en frapper de la pointe, en est aprs
marri, est bien empch  faire la paix; il la fait enfin, et promet de
ne la battre plus. A huit heures trois quarts djen; il ne veut point
que l'on fouette en sa prsence deux garons, Pierrot et Champagne:
_Mamanga, jetez les verges au feu, elles scheront_. Men  la chapelle
de la salle du bal, puis au jardin du Tibre, le long des palissades
hautes, il dit: _Je n'ai jamais pass ici_. Il se fait entretenir des
chiens que j'avois  Vaugrigneuse, demande s'ils prennent bien le
loup. A deux heures mont en la chambre de sa nourrice, il va voir M.
de Verneuil, qui toit enrhum, puis descend en la petite chambre du
demi-pavillon qui toit sur la terrasse, o toit Mme de Montglat, o
il a got. Puis il va en ma chambre, regarde jouer  la paume, o il
se prenoit outrement  rire d'un qui jouoit, qui toit fort laid et ne
portoit que des caleons qui toient justes aux cuisses.

_Le 10, mercredi,  Fontainebleau._--Il va  la poterie, fait prendre
des pices, est soigneux de les faire payer  mesure qu'il les prend.

_Le 11, jeudi._--Peign, coiff dans le lit,  btons rompus par sa
nourrice; Mme de Montglat, pour le faire hter, y vient, et lui dit:
Je m'en vais chausser; si vous n'tes peign quand je reviendrai,
vous aurez le fouet. Elle revient, ce n'toit pas fait; elle lui dit
encore: Je m'en vais pisser; si vous n'tes peign et coiff quand je
reviendrai, vous aurez le fouet. Il dit tout bas: _Ha! qu'elle est
vilaine! elle dit devant tout le monde qu'elle va pisser; vel qui est
bien honnte, fi!_ Ce monde c'toit Montailler, tailleur de Mme de
Montglat, et Champagne, l'un de ses laquais. Mlle d'Agre[373] parloit
tout bas  l'oreille de Mme de Montglat, le Dauphin lui dit: _D'Agre,
que ne parlez-vous tout haut? Vous parlez bas comme si vous tiez
malade, et vous parlez si gaiement!_ Comme il toit vrai, elle parloit
fort gaiement. Il toit curieux de vouloir tout savoir, coutoit
tout, et bien souvent n'en faisant pas le semblant. Mis au lit, il se
fait entretenir des chiens comme feroit un grand chasseur, parle en
termes de chasse: _Moucheu Houa, parlez-moi de Miraude et de Lion qui
prend tout seul les loups_; c'toit d'une chienne que j'avois, bonne
aboyeuse, et d'un dogue extrmement furieux, qui prenoit les loups seul
 seul, dans les bois; il toit  mon cousin, et je lui en avois parl
sur le jour.

  [373] Gouvernante de Mlle de Vendme et nice de M. de Frontenac.

_Le 12, vendredi._--Il se joue  remuer mnage et  transporter les
meubles; il se plaisoit toujours  quelque exercice pnible; M. de
Verneuil lui aide. A six heures soup; je lui dis: Monsieur, faites
souper Descluseaux avec vous.--_Je ne veux pas._--Vous ne l'aimez
donc pas comme vous dites?--_Si fait, non pas pour dner._

_Le 13, samedi,  Fontainebleau._--A onze heures trois quarts dn;
il danse dans sa chaise en mangeant au son du luth et du violon, boit
de mme, faisant branler son verre en buvant, s'amuse  tout ce qu'il
voit faire, s'enquiert des choses et de leur usage. Il entretient M. du
Tost, mari de la nourrice de Madame, des oiseaux et sur un tiercelet
qu'il avoit sur le poing; il fouille en sa gibecire, y trouve deux
sonnettes, et les fait tinter.

_Le 14, dimanche._--Men au jardin du Tibre, o il voit danser des
pouses du village. Aprs souper il voit danser aux chansons d'un
nomm Laforest[374], o il prenoit un extrme plaisir et surtout en
celle qui disoit:

    Quand je partis de la ville,
    Quand j'en partis, j'en partis.

  [374] Soldat aux gardes.

_Le 15, lundi._--A douze heures et demie Madame s'en va dner; soudain
il lui prend une humeur: _Je m'en vas servir ma soeur_. Il y va en sa
chambre, fait toute la crmonie: M. le Chevalier toit gentilhomme
servant, qui mettoit la viande et recevoit les plats que l'on
desservoit; il (le Dauphin) toit page, et se faisoit nommer Faveroles,
nom d'un page de la chambre du Roi, et il nomme M. de Verneuil,
Pettruce, aussi page de la chambre.--Il vient des violons du bourg, il
se met  danser  toutes danses.

_Le 16, mardi._--Men en la chapelle, puis en la salle du bal, o
il saute de la premire marche du thtre, de plein saut, jusques
au second carr, franchit le premier, puis danse la sarabande fort
gaiement, allant justement  toutes les cadences du violon; puis
il danse aux branles, o dansoit Laforest, soldat qui lui donnoit
beaucoup de plaisir par ses actions et contenances. Il vient en ma
chambre, et de l'escalier regarde jouer  la paume. A six heures et
demie soup, dans; il tance Madame, elle en pleure. Mlle de Vendme
lui dit: Monsieur, je m'en vas le dire  Mme de Montglat que vous
faites pleurer Madame; elle y vient, il s'excuse; Mme de Montglat s'en
retourne, et lui, tout soudain et froidement, prend la main droite 
Mlle de Vendme et la lui mord bien serr.

_Le 17, mercredi,  Fontainebleau._--Il joue  la balle  la raquette,
fait de bons coups au bond, l'attend avec jugement, entend les termes
du jeu: _Trentain, le jeu, quarante-cinq, passons, vel une chasse,
haussez la corde_, en passant comme il avoit vu faire au jeu de paume.

_Le 19, vendredi._--Indret, son joueur de luth, toit en la ruelle
du lit de sa nourrice o il fut longtemps  accorder son luth;
l'impatience le prend: _Indret, il y a trois jours que vous accordez
votre luth! jouez!_ dit-il imprieusement, car il attendoit la
musique, qu'il aimoit fort.--Madame toit alle chez les tailleuses,
qui toient venues de Paris; on ne l'en pouvoit retirer jusques 
ce que Mme de Montglat lui envoya dire qu'elle avoit  lui bailler
une lettre de la part de M. le prince de Galles; elle part l-dessus
tout aussitt, descend en la chambre de M. le Dauphin, auquel Mme de
Montglat avoit dit la fourbe. Elle tire de sa pochette une petite
lettre; M. le Dauphin la demande, disant: _Donnez-la-moi, Mamanga, je
la lirai_. Il la prend, l'ouvre et, feignant de lire, pronona haut ces
paroles: _Madame, je m'en vas en Espagne pour voir ma matresse, mais
que je revienne je vous apporterai quelque chose de beau que je n'ai
pas vu encore, et je le vous apporterai, car j'ai bien envie de vous
voir_.--Il apprend  faire ses lettres, crit son nom: _Loys_; ce fut
la premire fois; il fut conduit par Dumont[375].

  [375] Clerc de la chapelle du Dauphin.

_Le 21, dimanche,  Fontainebleau._--Il est men au prau, derrire le
chenil, pour y voir lutter des Bretons, de ceux qui travailloient aux
ouvrages du Roi.

_Le 22, lundi._--Il toit assis et tenoit un genou sur l'autre; Mme
de Montglat l'en reprend, disant que cela le feroit devenir bossu. Il
rpond: _Papa le fait bien._ Je lui demande s'il vouloit faire tout
ce que papa faisoit; il rpond: _Oui._ Il crit son exemple suivant
l'impression faite sur le papier, la suit fort bien, y prend plaisir.

_Le 24, mercredi._--Il crit au Roi gaiement, se veut dpcher, de
peur, dit-il, que Gurin ne s'en aille; Dumont, clerc de sa chapelle,
lui traa les lettres; il les suivit fort dextrement, et racoustroit l
o il y dfailloit quelque chose:

    Papa, j'ay grande envie de vou voir, cependan je vou dirai
    qu'il y a beaucoup d'arbres plants. Je sui, Papa, vote tes
    humbe et tes obeissan filz et seuiteu.--DAULPHIN.

_Le 26, vendredi._--Il va  la poterie, prend quelques pices,
commande  Mme de Montglat que l'on les paye; il crioit aprs ceux qui
s'approchoient prs des pices: _Touchez pas l! ne prenez rien!_--Il
s'amuse froidement  voir jouer une farce o Laforest faisoit le badin
mari, le baron de Montglat faisoit la femme garce, et Indret l'amoureux
qui la dbaucha.

_Le 27, samedi._--Il commande au baron de Montglat de masquer et faire
une comdie, et lui dit: _J'en veux tre._--Mais, Monsieur, nous ne
savons que jouer!--_Vous direz que nous sommes vos petits enfants._ Il
se fait habiller d'une robe de fille et coiffer du chaperon de Mme de
Montglat, et couvrir le visage d'un masque en velours. A huit heures
commence le jeu; il fait son entre ayant M. le Chevalier avec lui et
deux autres; il danse fort gentiment, hardiment et de bonne grce, puis
se retire, et revient seulement quand il fallut comparotre. La farce
acheve, il se fait ter la robe, et danse: _Ils sont  Saint-Jean des
choux_, frappant du pied sur le cul de ses voisins. Cette danse lui
plaisoit.

_Le 28 janvier, dimanche,  Fontainebleau._--Men  la chapelle de la
salle du bal, puis en la salle, o il court par acquit et ne voulut
jamais danser devant des femmes du bourg; il ne se plaisoit point 
donner plaisir  autrui. Aprs soup il se fait habiller en fille comme
le jour prcdent, et coiffer d'un chaperon de sa nourrice; ils font
une comdie qui fut l'entre d'une sarabande, puis un petit festin de
confitures. Mis au lit, il est entretenu par le baron de Montglat, qui
devoit partir le lendemain pour aller en Espagne.

_Le 29, lundi._--M. l'aumnier lui faisoit dire les commandements de
Dieu, et quand il fut  dire: Tu ne tueras point, il dit: _Ne les
Espagnols? Ho, ho! je tuerai les Espagnols, qui sont ennemis de papa;
je les puceterai[376] bien._ L'aumnier lui dit: Monsieur, il ne faut
pas tuer les Espagnols, ils sont chrtiens.--_Mais ils sont ennemis de
papa._--Mais ils sont chrtiens.--_J'irai donc tuer les Turcs._ Il va
en la salle du bal pour y voir une marie du bourg, qu'il avoit envoye
querir pour complaire  Madame, car il ne l'avoit jamais voulu faire:
_Mais, Mamanga, je prens point plaisir  ces filles de village; vel un
beau plaisir!_ Il y danse.

  [376] M. Littr adopte comme tymologie du verbe _pousester_: 
  pour es.... prfixe, et _pousse_, radical de _poussire_. Cette
  tymologie, donne par Scheler, est meilleure, ajoute M. Littr,
  que celle de _pousser_. Le Dauphin prononce _puceter_ qui est
  peut-tre l'ancienne forme du mot pousseter; on dit encore
  familirement: Je lui secouerai les puces.

_Le 31, mercredi._--Dn en chantant, se jouant et mouvant; il
nomme les valets de nous tous. Je lui dis qu'il ne savoit pas le
nom du mien.--_C'est Nicolas_; il toit vrai.--Comment s'appeloit
celui que j'avois auparavant?--_Grand nez_; il le souloit ainsi
nommer  cause de son grand nez.--Mais, Monsieur, il s'appeloit
autrement?--_Lgier_; il toit vrai, et y avoit trois ans qu'il ne
me servoit plus.--Monsieur, comment s'appelle le valet de Bompar?
(C'toit le page du Dauphin).--_Je sais pas_; puis tout  coup: _C'est
madame sa personne_, pource qu'il n'en avoit point. Je ne sais qui il
ne connoissoit point. A souper il se fait entretenir des chiens de mon
cousin, dont je lui avois parl, qui toient trois dogues: _Lion_,
_Come_ et _Grainbon_, et _Miraude_ qui toit  moi; il demande ce
qu'ils savent faire et ce qu'ils ont fait, et quand _Miraude_ aura ses
petits.

_Le 2 fvrier, vendredi,  Fontainebleau._--M. Gurin, apothicaire du
Dauphin, arrive de Paris qui lui apporte une lettre du Roi, crite et
contrefaite de la main du Roi par M. de Lomnie, secrtaire d'tat et
du cabinet, qui lui fut lue par Mme de Montglat en ces termes, faisant
rponse  celle qu'il lui avoit crite aussi par M. Gurin:

    Mon fyls, Guerin me rendant une lettre ma dyt de vos nouuelles
    et que atandant ma venue uous aus byen du soyn de mes jardins
    et de mes plans, de quoy iay est fort ayse. Je luy ay command
    en vous randant cete-cy de vous dyre des myennes et de maman
    la Roine; que iespere vous voyr yncontynant aprs la foyre
    Saynt-Germayn, en laquelle je feray achepter des petytes
    besongnes[377] pour vous iouer, lesquelles ie vous porteray
    quant et moy pourueu que vous maymys byen et soys byen sage.
    Bonsoyr, mon fyls. Ce dernyer de janyuer a Parys. Vre byen bon
    pere.--HENRY.

Et au-dessus de la lettre: _A mon fyls le Daufyn_[378].

  [377] Henri IV crivait, le 28 fvrier,  Sully: Mon ami,
  tantt parlant  vous, j'ai oubli de vous dire comme ces jours
  passs, durant la foire Saint-Germain j'ai donn ou jou de la
  marchandise jusqu' la somme de trois mille cus; et pource que
  les marchands desquels j'ai eu ladite marchandise me tiennent au
  cul et aux chausses, je vous fais ce mot pour vous dire de faire
  bailler prsentement ladite somme, etc. On voit que le langage
  grossier du Dauphin n'est pas un fait exceptionnel et qu'il parle
  comme le Roi, comme tout le monde.

  [378] En transcrivant dans son Journal cette lettre, qui ne se
  trouve pas dans le _Recueil des Lettres missives de Henri IV_,
  Hroard ajoute: Collationn  l'original escrit comme dessus,
  par moy, conseiller et secrtaire du Roy.--HROARD.

_Le 3, samedi,  Fontainebleau._--Il fait coucher avec lui la lettre
que le Roi lui avoit crite.

_Le 4, dimanche._--Il se fait marquer une lettre pour crire  la
Reine. M. de Saint-Gran, prenant cong de lui, lui demande s'il lui
plat qu'il dise  papa qu'il lui envoie quelque chose, il rpond: _Ho!
non, il faut rien demander  papa._

_Le 5, lundi._--Mme de Montglat lui remontroit qu'il falloit bien
recevoir les trangers quand ils le viendroient voir, et commandoit
que lorsque l'on en verroit  la basse-cour on les ft venir.--_Qui?
ces moines? qu'on fasse venir ces moines?_--dit-il; c'toient des
moines de poterie dont il jouoit, et il disoit ceci en raillant[379].
Il chantoit; quelqu'un dit que le Savoyard de M. de Verneuil toit bon
basse-contre, le Dauphin rpond: _C'est un basse-contre de village._
Je lui dis: Monsieur, vous l'tes donc aussi, car vous tes n 
Fontainebleau. Il dit soudain et sec: _Je suis n au chteau!_ Men
au jardin du Tibre, il se promne en la dernire alle, le long de la
muraille. On l'amuse  voir nettoyer un pourceau; quand le boucher le
voulut ventrer il s'en alla, et ne le y sut-on arrter.

  [379] Nous ne citons ce mot que pour faire connatre les produits
  de la poterie de Fontainebleau.

_Le 6, mardi._--Il va au jeu de paume couvert pour y voir courir un
blaireau. Il fait faire la cornemuse au chien _Pataut_ par Indret[380],
dont il rioit  outrance, lui qui n'toit pas grand rieur[381]. A neuf
heures et demie mis au lit, il se prend  en conter sur les peintures
qu'il a faites, d'un bois, d'une montagne, du ciel; qu'il n'avoit pas
les couleurs pour faire les ombrages du soleil et de la lune; que
demain il achvera, peindra la chasse au blaireau pour la prsenter 
papa; il n'en pouvoit sortir tant il y prenoit de plaisir.

  [380] Joueur de luth.

  [381] Hroard a consign plus haut, le 25 octobre 1605, cette
  observation qui caractrise dj Louis XIII.

_Le 7, mercredi,  Fontainebleau._--Il s'assied et accommode une petite
toile carre et la cloue sur un petit ais pour peindre dessus, ayant
auprs de lui le petit-fils de l'un de ses jardiniers, qui savoit
peindre et qui lui montre. Il le suit avec son pinceau froidement,
attentivement, dextrement et avec vouloir et affection d'apprendre.
Ce dsir l'avoit fait lever plus matin que de coutume; il y avoit de
l'inclination comme aux autres sortes de mcaniques. Ayant achev son
bocage, il dit au petit peintre: _Faites l'acoustrer._--Monsieur, lui
dit le peintre, y ferai-je faire un chssis?--_Oui, oui._--Monsieur,
je n'ai point d'argent.--_Mamanga, donnez-moi de l'argent pour faire
un chssis  mon petit tableau._ Elle lui baille deux quarts d'cu;
il va au peintre, et lui dit: _Tenez, vel deux qua d'cu, gardez-en
un pour en faire un autre._ A quatre heures et demie arriva le sieur
Pierre Pechius, ambassadeur de l'Archiduc et de l'Archiduchesse,
infante d'Autriche, lui disant avoir charge et commandement de leur
part de venir savoir des nouvelles de sa sant, de lui baiser les
mains et lui dire qu'ils prioient Dieu pour sa conservation. Il en dit
autant  Madame, et lui prsenta de la part de la srnissime Infante,
sa marraine, un prsent de reliques qui toient des os de sainte
lisabeth[382],  laquelle elle avoit une particulire dvotion, et
qu'en cette considration, et pour ce qu'elle avoit le mme nom comme
elle, la prioit d'y avoir une pareille dvotion. C'toit une chane de
diamants, o tenoit au bout une enseigne de diamants, en laquelle toit
la relique; le tout pouvoit valoir deux mille cus.

  [382] Madame (lisabeth de France) avait t tenue sur
  les fonts du baptme le 14 septembre prcdent par Diane
  de Valois, duchesse d'Angoulme, au nom de l'infante
  Isabelle-Claire-Eugnie. On sait que le nom d'lisabeth est le
  mme que celui d'Isabelle.

_Le 9, vendredi,  Fontainebleau._--Il dessine un jardin carr,
fossoy, dans une alle, l'ordonne, y fait planter des choux, arrache
lui-mme des troncs et les y porte. Ramen en sa chambre, il tire de
son pupitre le paysage qu'il avoit fait avec le petit peintre; Mme de
Montglat lui dit: Monsieur, il vous faut crire.--_Non, Mamanga,
qu'on aille queri le petit peintre_; il aimoit la peinture.

_Le 10, samedi._--Pendant la messe, le Dauphin montre  lire dans son
livre  Madame, lui apprend et fait dire sa petite oraison, qu'il
aimoit fort: Seigneur Dieu et Pre, je te supplie de m'assister par
ton Saint-Esprit, et par icelui me conduire et gouverner tellement que
tout ce que je ferai, dirai ou penserai, soit  ton honneur et gloire,
au salut de mon me et  l'dification des tiens. Men au jardin des
pins, il s'amuse  remuer terre et bois pour faire un jardin et un
pont. Aprs souper le sieur Outrebon, chantre du Roi, arrive portant
nouvelle que le Roi arriveroit demain. Le Dauphin rougit et tressault
de joie et de crainte de ce jardin qu'il avoit fait. _Il faut l'aller
ter_, dit-il, _de peur que papa ne se fche_. Il fut volontiers parti
tout  l'heure pour l'aller ter.

_Le 11, dimanche._--A deux heures trois quarts le Roi est arriv; il
court au-devant de lui, lui embrasse la cuisse, puis lui saute au
cou; le Roi le mne  la conciergerie, o il alloit loger. Il s'est
longtemps jou au Roi dans le cabinet. M. de Brves, ambassadeur pour
le Roi en Levant, donne au Dauphin un cimeterre avec la ceinture,
valant huit cents ou mille cus, un vase de terre sigille, un
lapis-bzoard, un arc turquois et un trousseau de flches.

_Le 12, lundi._--veill  six heures, mis dans le lit de Mme de
Montglat entre son mari et elle[383]. En priant Dieu il dit de lui-mme
gaiement: _Dieu doint bonne vie  papa, mon bon ami._ A dix heures et
demie men par la grande galerie au jardin des gazelles, au Roi; il
court devant lui aprs M. de Verneuil,  qui courra le mieux, saute au
saut de l'allemand. Le Roi lui dit: Mon fils, dites  M. de Souvr
qu'il coure aprs vous.--_S'il vous plat de lui commander, papa_,
rpond le Dauphin, doucement, froidement, promptement. Le Roi le lui
commande par trois fois; il fit toujours la mme rponse. A onze heures
il entend la messe avec le Roi, qui le mne en la conciergerie, par le
jardin, et,  midi, dn avec lui. Ramen en sa chambre  une heure et
demie, il crit le rle de sa compagnie: La Rose (M. le Chevalier),
capitaine; La Verdure (le Dauphin), mousquetaire; La Violette (M. de
Verneuil), harquebusier. A trois heures got; on lui demande s'il
veut pas voir danser la marie?--_Je m'en soucie bien! belle marie de
village!_ Il va toutefois  la salle du bal, o il la voit danser un
quart d'heure, puis va en la conciergerie, en la chambre du Roi, qui
toit all se promener au grand canal. A cinq heures le Roi revient en
sa chambre, il lui donne le bonsoir, le Roi le renvoyant en sa chambre.
A huit heures trois quarts dvtu, mis au lit, pri Dieu: _Dieu doint
bonne vie  mon pre, mon bon ami,  ma mre, ma bonne amie._ Mme
de Montglat lui demande: Aimez-vous bien papa?--_Oui._--Comment
l'aimez-vous?--_Je l'aime plus que Pataut_ (le chien de sa
nourrice).--Monsieur, il ne faut pas dire ainsi; il faut dire plus que
vous-mme.--_Plus que moi-mme! eh! il ne faut pas aimer soi-mme, il
faut aimer des hommes, mais pas soi-mme._

  [383] Hroard a mis en note,  la marge: _Insignis impudentia._

_Le 13, mardi._--Il va voir le Roi  la conciergerie; dn avec le Roi.
Il joue  la paume avec le Roi, et chaque fois qu'il servoit[384], il
baisoit la balle. A six heures trois quarts soup avec le Roi;  sept
heures trois quarts ramen en sa chambre. A huit heures et demie le
Roi y vient pour y voir jouer la comdie de quatre du bourg (_sic_).

  [384] Servir, en terme du jeu de paume, signifie envoyer la balle
  le premier.

_Le 14, mercredi,  Fontainebleau._--Men par les tuves au Roi, en la
conciergerie, il lui dit adieu; le Roi part pour s'en retourner  Paris
 huit heures trois quarts.

_Le 15, lundi._--Il est chauss de chausses de serge jaune qui
montoient jusques  la cuisse; c'est la premire fois. A dix heures et
demie men  la chapelle puis jou en la salle, dans par contrainte,
pour ce qu'il y avoit deux hommes trangers, et il disoit qu'il ne
vouloit pas danser pour donner du plaisir, en est en mauvaise humeur,
veut faire danser Mme de Montglat, la frappe, lui donne un grand
coup de poing sur la poitrine. A onze heures trois quarts ramen en
sa chambre, dn; il dit  son page: _Bompar, allez faire parler le
perroquet tout le long du dner_. A trois heures et demie got. Ma
femme arrive de Vaugrigneuse; il lui fait l'honneur de se lever de sa
chaise, et lui porte au-devant sa main  baiser, lui demandant: _O est
la petite Oriane?_ C'toit une petite chienne; on l'envoie querir; il
lui fait mille caresses. Il advient  M. le Chevalier de s'asseoir dans
sa chaise; il le voit, et lui dit: _Otez-vous de ma chaise, ff_. Il
le dit deux ou trois fois; il n'en faisoit rien; il s'en va promptement
 Mme de Montglat, et lui dit: _Mamanga, j'aime mieux ma petite soeur
que ff Chevalier, parce qu'il n'a pas t dans le ventre  maman avec
moi, comme elle, et il est assis dedans ma chaise_.

_Le 16, vendredi._--M. de Cressy disoit  la nourrice du Dauphin que
M. Boquet, son mari, reviendroit de Sens, o il toit all, sur la
mi-nuit; elle disoit que non.--_C'est qu'il songe  la coigne_, dit le
Dauphin; le sieur Boquet lui avoit promis de lui rapporter une petite
cogne  son retour de Sens.

_Le 17, samedi._--Il danse avec Madame la volte, la courante. A trois
heures got; bu un bon coup dans la coupe d'argent dor que Mme de
Lomnie lui avoit donne. A cinq heures viennent les ambassadeurs des
villes Ansatiques et Teutonique, venant de la Cour et s'en allant en
Espagne.

_Le 18, dimanche,  Fontainebleau._--Il se va promener en la galerie;
Mme de Montglat lui montre la peinture d'un lopard, lui demande que
c'est; il rpond: _Je sais pas_.--Monsieur, c'est un lopard.--_Il
ressemble  de Hoey[385]._ C'toit un peintre; il toit vrai. Il
avoit l'imagination fort bonne. M. de Maleville lui montre une voile
de navire, et lui demande: Monsieur,  quoi sert une voile?--_C'est
pour faire aller le navire, car le vent le pousse._ Il y avoit des H
peintes, Mme de Montglat lui demande: Quelle lettre est cela?--_C'est
un H; quand je serai grand je ferai mettre des L auprs._

  [385] Claude de Hoey, peintre du Roi.

_Le 20, mercredi._--Il se fait habiller en chambrire picarde, masque,
se fait nommer Louise, suit Mlle de Vendme coiffe en bourgeoise,
qui dit que c'est sa chambrire, et se garde de parler de peur
d'tre reconnu. M. le Chevalier les conduit, disant que c'est de la
marchandise qu'il emmne du Levant.

_Le 21, mercredi._--Il crit au Roi par moi[386], lui envoyant la
petite Oriane, chienne de ma femme; en crivant au Roi, il a demand
_Si maman lui criroit pas?_ On lui a rpondu qu'elle n'crivoit qu'au
Roi.--_Papa m'a dit que maman fait force pts, mais si elle m'crit,
encore qu'il y ait des pts, je garderai bien la lettre._

  [386] Hroard partait pour se rendre  Paris, auprs du Roi.

_Le 22, jeudi._--Il commence  apprendre des mots latins, qui lui sont
appris par M. Hubert, mdecin du Roi, venu pendant mon absence.

_Le 23, vendredi._--Il crit au Roi. A six heures et demie soup; il
voit jouer une farce  Laforest.

_Le 27, mardi._--A onze heures dn; il se fait habiller en bergre. A
deux heures et demie got, dans, jou; il entend le tonnerre, va 
Mme de Montglat, et lui dit: _Mamanga, faites-moi prier Dieu_.

_Le 28 fvrier, mercredi._--Men  la chapelle de la salle du bal, il a
pris des cendres.

_Le 1er mars, jeudi,  Fontainebleau._--Il dit que quand il verra qu'il
voudra tre opinitre, il s'en ira mettre en un coin pour dire son
_Pater_, afin de chasser incontinent le mauvais ange qui le fait tre
opinitre.

_Le 2, vendredi._--veill  six heures, amus dans son lit jusqu'
sept heures et demie; fouett comme je suis entr en la chambre. J'ai
trouv Mme de Montglat en colre contre lui et marrie de ce que j'ai
rencontr la chambre ouverte. A onze heures dn; il est venu un
ambassadeur de la part de l'lecteur Palatin[387] qui lui a prsent
une lettre de la part du comte Frdric, comte Palatin, dont voici la
copie:

    Monsieur, je me persuade que vous ne l'aurs point desagrable
    si je prens la hardiesse de me servir d'une si bonne occasion
    pour vous representer la joye extrme que j'ay de vostre
    prosprit et vous donner les asseurances de ma trs-humble
    devotion  voir fleurir vostre grandeur. C'est, Monsieur, tout
    mon desir que d'ensuivre les traces de mes prdcesseurs au
    bien et service de la corone de France, et d'esprouver un jour
    ceste protestation de mon zle pour meriter l'honneur de vostre
    bienveillance et bonne grce et demeurer  jamais, Monsieur,
    vostre plus humble et trs-affectionn  vous faire service.

    FRIDERICH COMTE PALATIN.

    De Heydelberg, ce 19 de janvier 1607.

  [387] Frdric IV, n en 1574, comte palatin du Rhin en 1583,
  mort  Heidelberg, le 9 septembre 1610.

_Le 7, mercredi._--Les dputs de Bretagne le viennent voir.

_Le 8, jeudi._--Il crit au Roi une lettre en latin, faite par M.
Hubert, une autre en franois  la Reine.

_Le 30, vendredi._--Il s'est bott pour aller environ une lieue au
devant du Roi, qui le fait mettre dans son carrosse, o il le ramne
au chteau. Aprs souper il va voir le Roi et la Reine[388].

  [388] Le Roi crivait  la Reine vers le 20 mars: Mon coeur,
  j'espre vous voir demain ayant fait ici un petit de fonds....
  Mais bien vous assurerai-je que Mme des Essars n'y a point
  puis en passant. Mme des Essars se trouvait  ce voyage de
  Fontainebleau, comme on le verra  la date du 2 aot suivant et
  au 11 janvier 1608. La premire fille naturelle du Roi et de Mme
  des Essars naquit en janvier 1608, et fut lgitime dans le mois
  de mars suivant.

_Le 31 mars, samedi._--Il va chez le Roi, lui donne sa chemise, puis va
avec lui se promener au grand canal, puis  la chapelle. Men chez M.
Zamet, o dnoit le Roi.

_Le 5 avril, jeudi,  Fontainebleau._--Men  la chapelle, puis all
chez la Reine; le Roi revient de la chasse; dn avec le Roi[389].
J'arrive  cinq heures[390]; il vient au devant de moi, me demande
l'arbalte  jalet que je lui avois promise. Je la lui donne, il
frtilloit aprs. A huit heures et demie men chez LL. MM., il leur
donne le bonsoir.

  [389] La lettre du Roi  Mme de Montglat, date du 5 avril 
  Fontainebleau, et que M. Berger de Xivrey a classe  l'anne
  1607, doit tre antrieure, puisqu' cette date Mme de Montglat
  est  Fontainebleau avec le Roi et le Dauphin.

  [390] Hroard tait absent depuis les premiers jours de mars, et
  le journal tenu par l'apothicaire Gurin est beaucoup plus concis
  pendant cette priode.

_Le 6, vendredi._--Djeun d'un bouillon aux herbes avec un jaune
d'oeuf, Mme de Montglat m'ayant dit que le Roi avoit command que l'on
lui ft manger maigre les vendredis, et qu'il le vouloit.

_Le 11, mercredi._--Il fait des demandes  un fauconnier du Roi, qui
portoit un faucon volant pour rivire, s'entretient avec lui. Men chez
le Roi, qui toit malade de fivre de rhume;  six heures il sert le
Roi  souper. Il ne veut point our parler de laver le lendemain les
pieds aux pauvres, et dit: _Je ne veux point, ils sont puants_. Enfin
il se surmonte peu  peu, le Roi lui ayant dit qu'il vouloit qu'il le
ft en sa place, ne pouvant y aller.

_Le 12, jeudi._--On lui demande s'il lavera bien les pieds aux pauvres,
il rpond: _Ho! que non! je les laverai bien aux filles, non pas aux
garons._ Il ne y avoit point de moyen pour le persuader  laver les
pieds aux pauvres, le jour de la Cne: _Non, je ne veux point; ils ont
les pieds puants._ A neuf heures djeun; men chez le Roi, qui lui
demanda s'il feroit bien la crmonie en sa place, il rpond: _Oui,
papa._ A dix heures men  la salle du bal, o il entend le sermon de
M. l'archevque d'Embrun, pendant lequel il s'amuse  piquer du papier
avec une pingle, figurant des oiseaux et autres animaux. Aprs la
crmonie de l'absolution, il est conduit sur le thtre[391] pour
laver les pieds aux pauvres, par force, accompagn de MM. le prince
de Cond, prince de Conty et comte de Soissons, lesquels servirent 
la crmonie, comme si le Roi y et t prsent. Quand il approcha du
premier pauvre, il reconnut son bassin, o l'on vouloit verser l'eau
pour le lavement; cela le confirma en son humeur, et ne put jamais tre
forc seulement pour se baisser, reculant et pleurant. Les aumniers
en firent l'office devant lui. Au servir de la viande, il ne voulut
jamais prendre ne toucher  aucun service que l'on lui prsentoit,
mais bien aux bourses, et les donnoit fort gaiement. Tout fini, il
en fut fort rjoui[392]. Men chez le Roi, puis en sa chambre, et,
 midi, dn. Il va jouer  la galerie, y fait courir un levrault
par _Pataut_, l'un de ses chiens, va chez le Roi. M. de Guise lui
montroit son pe, lui disant: Monsieur, voil une belle pe.--_D'o
l'avez-vous eue!_--Monsieur je l'ai achete en Turquie.--_Vous tes
un moqueur._--La Reine voulant aller faire la Cne lui dit: Mon fils,
voulez-vous pas venir laver les pieds aux pauvres? Il va avec la
Reine. Mme de Montglat lui demandoit pourquoi il n'avoit pas voulu le
matin laver et baiser les pieds aux malades, et que le Roi le faisoit
bien, lui qui toit le Roi; il rpond: _Mais je suis pas le Roi!_

  [391] Sur une estrade.

  [392] Il est curieux de lire, aprs le rcit d'Hroard, celui
  que le P. Dan fait de la mme crmonie. Un chacun sait que nos
  rois trs-chrtiens, par une crmonie autant remarquable qu'elle
  est pleine de pit, ont coutume tous les ans, le jeudi saint,
  de laver les pieds  treize pauvres,  l'imitation du Sauveur
  des humains, qui par un excs d'humilit daigna bien faire le
  semblable  l'endroit de ses aptres. Sa Majest tant donc
  dans ce lieu de Fontainebleau  pareil jour, l'an mil six cent
  sept, toutes choses bien prpares et bien ordonnes pour cette
  crmonie, et pour en faire ensuite une autre que l'on appelle
  la Cne, qui se pratique servant les mmes pauvres en table, le
  Roi envoya dire qu'il vouloit que Monseigneur le Dauphin ft ce
  jour-l cette action purement royale au lieu de Sa Majest, et
  que ses officiers lui dfrassent alors les mmes honneurs et
  services qu' sa personne propre.... Ce commandement reu, le
  sieur de Vitry, avec ses gardes, s'en va accompagner Monseigneur
  le Dauphin en la salle du bal, o se fait d'ordinaire cette
  pieuse et trs-louable action. Alors Monseigneur l'archevque
  d'Embrun tant mont en chaire commena cette crmonie par
  une belle exhortation, montrant que toute action du Fils de
  Dieu incarn tant notre instruction, et par le lavement
  des pieds de ses aptres ayant tmoign une action signale
  d'humilit, c'toit donc cette vertu que tous chrtiens devoient
  soigneusement pratiquer.

  L'exhortation acheve, les princes et officiers de la couronne
  assistant et servant Monseigneur le Dauphin se prsentrent; l'un
  prit le bassin et l'autre l'aiguire, tandis que Monseigneur le
  Dauphin lave, essuie et baise les pieds des pauvres, lesquels,
  selon la coutume, avoient premirement t visits par le mdecin
  du Roi, pour reconnotre s'ils n'avoient point quelque maladie
  dangereuse, et auxquels l'on avoit ras les cheveux, comme aussi
  on les avoit revtus d'carlate, avec chacun un grand linge de
  fine toile qui les couvre jusque sur les pieds; le tout selon la
  pratique ordinaire.

  D'abord Monseigneur le Dauphin fit quelque petite difficult de
  laver et baiser les pieds de ces pauvres, son ge tout foiblet ne
  lui pouvant faire comprendre cette crmonie, et croyant que l'on
  se vouloit rire de lui, sur ce qu'il voyoit que tous les princes
  et seigneurs, tte nue, le servoient, et que lui fut ordonn pour
  servir ces pauvres; mais aussitt jetant la vue derrire lui
  et voyant Monseigneur le comte de Soissons tenant son bton de
  grand matre, qui venoit en crmonie, suivi de tous les matres
  d'htel du Roi qui prcdoient les mets pour servir et donner 
  ces pauvres, il commena  sourire, et se porta alors d'affection
   faire cette action clbre de pit, reconnoissant qu'il n'y
  avoit point de moquerie.

  Les services de chaque pauvre tant de treize plats, furent tous
  ports par des princes ou seigneurs de marque, entre lesquels
  toient Mgr le prince de Cond, Mgr le prince de Conty, Mgr le
  duc de Vendme et Mgr le duc de Guise, et quand il fallut donner
   chacun de ces pauvres treize cus d'or, accoutums leur tre
  alors aumns, ce fut o Monseigneur le Dauphin tmoigna une
  grande allgresse, et ainsi finit cette crmonie et action
  purement royale, action que l'on ne lit point avoir t jamais
  faite auparavant par aucun Dauphin ou autre enfant de France.
  (_Le Trsor des merveilles de Fontainebleau_, p. 285-7.)

_Le 13, vendredi,  Fontainebleau._--Men au jardin des pins, il visite
son jardin, o il avoit sem des pois et des fves, puis travaille avec
une bche pour faire une coule  jouer aux oeufs de Pques. Il va chez
le Roi, qui toit malade de fivre de rhume.

_Le 14, samedi._--Men  la chapelle de la salle du bal, il va 
confesse.

_Le 15, dimanche, jour de Pques._--Men en la chambre du Roi,
d'o il regarde le Roi touchant les malades et arrivant au droit
des fentres[393], lui te le chapeau et dit: _Bonjour, papa_, en
contraignant sa voix par respect, ne le voulant pas dtourner de la
crmonie.

  [393] Le Roi touchait les malades dans une alle du jardin. Voy.
  _Le Trsor des merveilles de Fontainebleau_, par le P. Dan, p.
  178.

_Le 16, lundi._--La Reine va en la grande galerie ayant quelques
petites douleurs pour accoucher; y tant arrive, les douleurs la
pressent, elle retourne en sa chambre, o, ne faisant que d'entrer,
les douleurs lui redoublent et les eaux se percent. En se couchant le
Dauphin disoit que si la Reine faisoit un petit frre il feroit tirer
son canon; mais si c'toit une fille: _Je m'en soucie bien!_ La Reine
accoucha de Monsieur, duc d'Orlans[394],  dix heures et demie du
soir, fort heureusement, le vingtime jour de la lune de mars. En le
voulant remuer on lui vit la quille droite, ferme; je l'ai manie.

  [394] Cet enfant mourut  Saint-Germain-en-Laye, le 17 novembre
  1611, sans avoir reu de prnom; il ne faut pas le confondre
  avec Gaston, n l'anne suivante, et qui ne prit le titre de duc
  d'Orlans qu'aprs la mort de ce second fils de Henri IV.

_Le 17, mardi._--Il va voir M. d'Orlans, lui fait de grandes caresses.
M. de Rosny vient voir le Dauphin, et lui demande: Monsieur, avez-vous
besoin de quelque chose? demandez-le-moi. Ayant song et branlant
la tte, il rpond: _Rien._ Peu aprs sa nourrice lui dit: Que
n'avez-vous dit  M. de Rosny qu'il me ft bailler un lit?--_H!
Dondon, je l'y ai demand tant de fois, et il n'en fait rien_, dit-il,
comme s'en plaignant.

_Le 18, mercredi,  Fontainebleau._--A dix heures il monte en la
chambre de Monsieur pour le voir ondoyer; il le fut par M. le cardinal
de Sourdis. Mlle Blier dit au Dauphin: Monsieur, il faut bien
maintenant prier Dieu pour Monsieur votre frre, qu'il lui fasse
la grce de le bien garder; le Dauphin s'en prit  pleurer, mais
doucement. Le sieur Pietro Alsense, commandeur de Malte, Sicilien, le
vient voir; il avoit fait sa nativit[395]; puis je le menai pour voir
Monsieur, pour faire la sienne.

  [395] Son thme de nativit. Malherbe, dans une lettre  Peiresc
  du 23 mars 1610, dit en parlant de M. d'Orlans: De tous les
  enfants du Roi, c'est celui,  ce que l'on dit, qui a le plus
  grand horoscope.

_Le 19, jeudi._--A neuf heures djeun; M. de Sully y vient; on le
veut persuader  lui demander quelque chose, il n'y est port que par
force et par acquit. Il prie pour un lit  sa nourrice; puis, Mme de
Montglat le priant pour Indret, joueur de luth, et pour M. Birat, M. de
Sully dit: Monsieur, ne s'en soucie pas.--_Si fait_, dit-il soudain;
puis M. de Sully lui demande: Qui sont ceux de cans que vous aimez
le mieux?--Il rpond soudain: _Indret et Birat_, pour les recommander
sur cette occasion, ne lui ayant point voulu parler auparavant.--Cette
nuit, sur les deux heures aprs minuit, deux sentinelles, l'un suisse
et l'autre franois, ont aperu en l'air un grand aigle blanc qui a
fait le tour du chteau et, arriv  l'horloge du braquemart, est
disparu rendant comme un coup d'arquebuse. Ils l'ont ainsi rapport au
Roi[396].

  [396] Hroard a mis en note,  la marge: _Meteorum augurium
  aquila._ Voici comment ce fait est rapport par le P. Dan.:
  Quelques jours aprs (la naissance du duc d'Orlans), qui fut
  la nuit du dix-neuf au vingtime du mme mois, environ les deux
  heures du matin, fut vu, venant comme de dessus la chambre de
  la Reine, la forme d'un aigle environn d'une grande lumire,
  qui passa sur le jardin prs de l'horloge avec un grand clat,
  comme d'un coup de tonnerre ou de canon; et le rapport en fut
  fait le lendemain au Roi par deux sentinelles, l'un franois et
  l'autre suisse, qui toient alors en faction, et jurrent avoir
  vu la chose ainsi. Ce qui fit avancer plusieurs beaux discours
   l'avantage de ce jeune fleuron des lys. Les uns (_Mathieu en
  l'histoire de Henry IV_) disoient que cet aigle toit un prsage
  de la future grandeur de ce petit prince, auquel le Ciel sembloit
  promettre l'empire, et que son nom, comme un coup de tonnerre,
  clateroit par tout l'univers. Les autres en faisoient diverses
  prdictions non moins favorables; mais la fin a montr assez
  qu'il ne faut rien s'assurer sur tels et semblables signes et
  mtores, car le quatrime an et six mois de son ge mourut ce
  petit duc d'Orlans,  Saint-Germain-en-Laye. Et s'il y avoit
  lieu de faire jugement sur tel signe, il y avoit plus d'apparence
  de dire que, comme un clair et un coup de tonnerre, cet aiglon
  royal passeroit promptement de cette vie en l'autre. (_Le Trsor
  des merveilles de Fontainebleau_, page 275.)

  Malherbe crivait  Peiresc, le 26 avril 1607: Il fut vu par les
  gardes un certain feu en forme d'oiseau, qui s'leva du jardin
  des Canaux, passa par dessus le Court du Cheval et par dessus
  le chteau, alla crever en le Court du Donjon,  l'endroit de
  l'horloge, avec un grandissime bruit; on dit comme d'un ptard,
  mais s'il et t aussi grand, il et rveill tout le monde,
  ce qu'il ne fit pas. Le Roi, comme cela lui fut rcit, s'en
  rjouit fort, et dit que souvent, devant des batailles et en des
  siges de villes et autres entreprises, il avoit vu de semblables
  choses, mais toujours avec bonne issue, et qu'il esproit que
  s'il avoit la guerre il feroit bien ses affaires. (_OEuvres de
  Malherbe_, d. L. Lalanne, 1862, in-8, t. III, page 33.)

_Le 20, vendredi,  Fontainebleau._--Le Dauphin aperoit le Roi au
jardin; on ne le peut plus retenir, il y court. Il voit remuer M.
d'Orlans, et considrant sa main dit en souriant: _H! voyez sa petite
main!_ Je lui dis: Monsieur, c'est de cette main dont un jour il vous
fera service. Il advint qu' l'instant il haussa le bras droit, tenant
le poing ferm, ce que chacun interprta  bon augure, et lui (le
Dauphin) l'alloit contant  chacun.

_Le 21, samedi._--Il dit ses quatrains et quelques sentences[397];
entre autres Mme de Montglat lui faisoit dire: L'humilit est le
chemin de l'honneur; il dit de lui-mme: _L'humilit est le chemin de
la gloire qui conduit  l'honneur._

  [397] Les quatrains de Pibrac et les proverbes de Salomon. Voici
  comment Hroard en parle dans son livre _de l'Institution du
  Prince_: Aussitt qu'ils sauront (les princes) tant soit peu
  lire, je suis d'avis qu'on les exerce dans les Proverbes choisis
  de Salomon, les quatrains du sieur de Pybrac, puis certains
  auteurs qui ont crit des petits contes sous des noms feints,
  mais qui portent leur sens moral.

_Le 22, dimanche._--Dn avec le Roi; le Roi mangeoit du revenu du
cerf, le Dauphin dit  Mme de Montglat: _Mamanga, je voudrois bien
manger de cela._--Monsieur, lui dit-elle, il n'en faut pas demander.
Comme le Roi eut achev, le Dauphin lui dit: _Papa, donnez-moi de cela,
s'il vous plat._--Il n'y en a plus, lui dit le Roi: que ne m'en
avez-vous demand? Le Dauphin lui rpond en hoignant un peu: _Papa,
j'en voulois bien demander, mais Mamanga n'a pas voulu._

_Le 23, lundi,  Fontainebleau._--Men chez le Roi, qu'il trouve dnant
et MM. de Vendme et le Chevalier avec lui; il s'en pique en lui-mme,
n'en fait point semblant, se met auprs du Roi, qui le choque sans y
penser ni s'en apercevoir; il se retire et se prend  pleurer, et pour
prtexte de son dplaisir dit qu'il croit que _Papa est fch contre
moi puisqu'il m'a battu_. L'on le dit au Roi, qui l'apaise et le fait
dner avec lui.

_Le 24, mardi._--Men chez le Roi, qui venoit d'tre saign, puis 
la chapelle et ramen en sa chambre. Mmes les princesses de Conty,
de Martigues[398] et de Mercoeur[399] le viennent voir. Mme la
princesse de Conty lui dit, se voulant jouer  lui: Monsieur, je veux
que vous m'appeliez Madame.--_Je veux pas._--Je vous appellerai
donc griffon.--_Je vous appellerai chienne._--Je vous appellerai
petit renard.--_Je vous appellerai grosse bte_, et, montant sur un
placet[400], il lui porte sa main vers le front en faisant les cornes
et lui disant: _Je vous ferai porter ces armoiries._--Ce ne sera pas
vous qui me les ferez porter, rpliqua-t-elle, se trouvant un peu hors
de train.

  [398] Marie de Luxembourg, duchesse de Penthivre, vicomtesse
  de Martigues, veuve le 19 fvrier 1602 de Philippe-Emmanuel de
  Lorraine, duc de Mercoeur.

  [399] Catherine de Lorraine, veuve de Nicolas de Lorraine, duc de
  Mercoeur, beau-pre de la prcdente, mort en 1577.

  [400] Sur un tabouret.

_Le 26, jeudi._--Il va en la galerie, o il fait appeler la musique
de la chambre du Roi pour l'entendre; il aimoit la musique et l'avoit
toujours aime avec transport.

_Le 28 avril, samedi._--Men voir M. de Montglat, qui avoit la goutte,
il le trouve lev, assis, et son pied sur un de ses carreaux de velours
vert; il s'en aperoit, s'en retourne tout court, en colre, disant
entre ses dents: _Ho! il a son pied sur mon carreau, et puis on le
mettra sur mon visage!_ Mme de Montglat ne l'en peut apaiser par aucune
promesse, il s'en va. M. Gurin lui dit: Monsieur, il vous lui en faut
donner un, puisque vous en avez deux.--_Ho! c'est un bel homme pour
l'y en donner._ Indret lui dit: Monsieur, il faut que vous les lui
donniez tous deux.--_Je m'en soucie bien; si c'toit vous, qui tes
pauvre, je vous le donnerois; mais il est riche, qu'il en achte!_

_Le 29, dimanche._--On parloit du Pape, il demande: _Le Pape est-il pus
riche que papa?_ Quelqu'un rpond: Oui.--_Je l'aime donc point._--Il
toit dans la balustre, voyant remuer M. d'Orlans; son aumnier lui
demande s'il vouloit pas bien tre cardinal?--_Non, ce sera pour cet
homme_, dit-il en mettant la main sur la tte de M. de Verneuil[401].

  [401] M. de Verneuil tait destin  entrer dans les ordres.

_Le 1er mai, mardi,  Fontainebleau._--Il avoit une robe neuve, verte,
avec du passement d'or et de soie; il demande: _Pourquoi y a-t-y pas
du passement tout d'or?_ Le nonce du Pape le vient voir, l'embrasse.
Mme de Montglat lui dit qu'il demande comment se porte le Pape, son
parrain; le Dauphin, branlant doucement la tte, dit  demi-voix: _Je
ne saurois faire cela, il est trop mal ais._ Amus  peindre en crayon
 mesure que M. Decourt, peintre du Roi, le pourtrayoit en crayon; il
demande: _Faut-il mettre du bleu aux yeux?_ Il aimoit la peinture et y
avoit de l'inclination.

_Le 3, jeudi,  Fontainebleau._--Men chez le Roi, puis chez la Reine,
il donne le bonsoir  Leurs Majests[402].

  [402] La lettre de Henri IV  Mme de Montglat, date du 3 mai 
  Fontainebleau, et que M. Berger de Xivrey a classe  l'anne
  1607, est de deux ans antrieure.

_Le 5, samedi._--Il joue assis pour tre peint en crayon par M.
Decourt, peintre du Roi; pour l'arrter[403] Mathurine fait chanter
trois petits garons; rien ne l'arrtoit tant que la musique, il
l'coutoit avec transport.

  [403] Le faire tenir tranquille.

_Le 6, dimanche._--On lui avoit fait faire un pourpoint de toile
blanche doubl de taffetas, un haut-de-chausses de mme. _J'en veux
point_, dit-il, _il est pas beau; ho! j'en veux point!_ Mme de Montglat
lui dit qu'il est de mme que celui du Roi; que ce n'est pas pour le
porter toujours, mais quelques heures du jour, quand il fait chaud.
_Je ne le porterai ni aujourd'hui ni tantt; j'en veux un de taffetas,
comme celui de ff Chevalier._--Je lui demande de quelle couleur il
le vouloit?--_Je le veux rouge._--Monsieur, c'est la couleur des
Espagnols; voici le mois de mai, le voulez-vous vert?--_Ho! on diroit
que je serois fou!_

_Le 7, lundi._--Il joue avec une petite peinture de Diane, en papier,
que le jour prcdent il avoit faite, remplissant avec la plume ce
qu'on lui avoit trac. Je lui dis que les femmes portoient la lune
en la tte, il rpond soudain: _Et les hommes le croissant!_--Il
reoit une lettre de M. de la Trimouille[404], g de huit ans, qui
s'jouissoit de la naissance de Monsieur d'Orlans, mais qui lui
offroit son service  lui tout le premier. Il serre la lettre en son
petit cabinet, puis dit: _Je voudrois bien lui crire._ Mme de Montglat
lui demande quoi?--_Je sais pas._--Mais dites quoi. Il songe en se
promenant les mains sur le derrire: _Si veut venir avec moi  la
guerre qu'il y vienne, sinon qu'il n'y vienne pas; s'il ne veut, quand
je serai grand comme ff Chevalier j'irai  la guerre avec papa, je
serai toujours avec papa._

  [404] Henri de la Trmoille, n en 1599, fils de Claude, duc de
  Thouars, et de Charlotte de Nassau.

_Le 8, mardi,  Fontainebleau._--Le Roi le mne au jardin de la Reine,
o il se joue jusques  six heures; le Roi le ramne, et il a soup
avec lui; il va en la chambre de la Reine, puis ramen en la sienne il
se joue sur le tapis et chante en compagnie: _Quand cette malheureuse
bande_ et _Jean de Nivelle_.

_Le 9, mercredi._--Mme la comtesse de Moret accouche d'un fils  dix
heures[405]; sur le bruit qui en couroit, on dit au Dauphin: Monsieur,
vous avez encore un autre ff.--_Qui? qui est-il?_ demande-t-il,
comme bahi.--Monsieur, c'est Mme la comtesse de Moret qui est
accouche d'un fils.--_Ho, ho! il n'est pas  papa!_--Monsieur,  qui
est-il donc?--_Il est  sa mre_, et n'en voulut jamais dire autre
chose, tout fch et comme s'il et voulu pleurer. A midi dn; il
rve en mangeant, et demande tout  coup  Mlle de Vendme: _Soeu-soeu
Vendme, qui aimez-vous mieux, Mousseu de Longueville ou Mousseu
de Momorency?_--Monsieur, je ferai ce qu'il plaira  papa.--_Ho,
ho! vous tes amoureuse de Mousseu de Longueville[406]._--Mme de
Montglat l'instruisoit sur ce qu'il auroit  faire et  dire  la
reine Marguerite: _Je serai bien sage, je serai bien sage_, dit-il
brusquement. Men visiter la reine Marguerite, qui toit arrive  une
heure aprs minuit, il fait ses compliments par force; ramen avec elle
chez M. d'Orlans, d'o il s'chappe, il va en sa chambre, o il envoie
querir deux renardeaux pour les faire courir en la galerie par son
chien _Pataut_; il les fait courir en prsence de la reine Marguerite.

  [405] Au chteau de Moret prs de Fontainebleau, que Henri IV
  avait donn  Jacqueline de Bueil. Cet enfant, lgitim en 1608,
  est Antoine de Bourbon, comte de Moret, tu  la bataille de
  Castelnaudary, en 1632.

  [406] Mlle de Vendme pousa en 1619 Charles de Lorraine, duc
  d'Elbeuf.

_Le 10, jeudi,  Fontainebleau._--A peine avoit-il les yeux ouverts
qu'il est fouett pour n'avoir pas fait, le jour prcdent, les
compliments  la reine Marguerite. Il s'en va avec le Roi chez la reine
Marguerite.

_Le 11, vendredi._--Il se joue de son petit canon, que la Reine lui
avoit donn; je lui demande qui lui avoit donn ce canon?--_Papa l'a
achet, et maman me l'a donn._ Men par la galerie au jardin des
pins y trouver le Roi, qui promenoit la reine Marguerite.--Dn avec
le Roi.--A neuf heures du soir il est men chez Leurs Majests, et va
prendre cong de la reine Marguerite, qui devoit partir le lendemain.

_Le 12, samedi._--Il va conduire, jusques au carrosse, la reine
Marguerite s'en retournant  Paris.

_Le 13, dimanche._--A souper il a de l'impatience pour aller  la
fentre voir en la cour un cul-de-jatte jouer du flageolet, et lui
crie: _Ne vous en allez pas, cul-de-jatte, je lave mes mains._ Il va
voir le Roi, qui devoit partir bon matin, lui dit adieu.

_Le 14, lundi._--L'on vient demander  Mme de Montglat si on porteroit
M. d'Orlans  la chambre de Madame; il en est jaloux, s'en fche, et
le fait porter en la sienne, et permet qu'on le couche sur son lit;
c'toit une extrme faveur.

_Le 15, mardi._--Il va attendre la Reine en son petit anticabinet,
pour tre le premier rencontr  sa premire sortie, relevant de sa
couche, l'accompagne jusques  la chapelle de la salle du bal. A onze
heures trois quarts, dn; Mme la princesse d'Orange lui disoit:
Monsieur, qui aimez-vous mieux qui soit votre beau-frre, ou le prince
d'Espagne, ou le prince de Galles?--_Le prince de Galles._--Et vous,
pouserez-vous l'Infante?--_J'en veux point._--Je lui dis: Monsieur,
elle vous fera roi d'Espagne.--_Non, je veux point tre Espagnol._ Il
va chez la Reine pour prendre le mot, et le donne aux capitaines.

_Le 16 mai, mercredi,  Fontainebleau._--Men chez la Reine et au
jardin des pins, o il s'amuse; l'on porta une cane pour y mettre des
barbets aprs, dans la grande fontaine; il s'en va, et jamais ne le
sut-on persuader de l'aller voir; c'est qu'il ne la vouloit point voir
faire mourir. Il va sur la terrasse, o il voit la chaise perce de Mme
de Montglat, l'appelle, et tenant son nez bouch: _Mamanga, vel un
livre en forme._

_Le 18, vendredi._--Fouett pour avoir fait le fcheux le jour
prcdent  la messe. A huit heures trois quarts il va donner le
bonsoir  la Reine et prendre le mot.

_Le 19, samedi._--Il va chez le Roi, qui arrivoit de Paris; le Roi
et la Reine viennent voir remuer M. d'Orlans; il y va, chasse M. le
Chevalier d'auprs d'eux.

_Le 21, lundi._--Il vient chez M. d'Orlans pour lui donner ses
premires brassires. A huit heures et demie men chez le Roi, il lui
donne le bonsoir; ramen il trouve un suisse en la salle, assis dans sa
chaise, entre en extrme colre, veut qu'on l'envoie en prison.

_Le 22, mardi._--A six heures soup; on lui vient dire que le Roi
alloit voir faire la cure du cerf qu'il avoit pris; il achve de
souper avec impatience, va par la galerie en mangeant son massepain, et
va rencontrer le Roi et la Reine, qui lui font voir la cure. Ramen
en sa chambre, il s'amuse sur le tapis de pied  faire de la musique,
chante lui-mme: _Ambroise, d'o venez-vous?_

_Le 24, jeudi._--Il s'amuse  peindre, se fait tracer par un jeune
peintre et remplit aprs avec un charbon, fort srement; ayant bien
commenc, il dit au peintre: _Achevez le demeurant_[407].

  [407] Ce dessin est conserv dans le manuscrit d'Hroard.

_Le 25, vendredi._--Men au Roi et  la Reine, qui soupoient; le Roi
jette sur la table  _Cadet_, son chien, de la menue drage; le chien
la lche, M. le Dauphin la ramasse et la mange.

_Le 28 mai, lundi,  Fontainebleau._--Le Roi revient de la chasse; il
le va voir[408].

  [408] Hroard ajoute ici en marge: _Pro pudore erubescit; manu
  obducit faciem [Rex] ostentans manu p...et dicens: Ecce qui te
  talem qualis es fecit._

_Le 29, mardi._--Il reoit une escopette et deux grands et beaux
barbets que lui envoie le prince de Galles. Il va  la poterie, o il
prend plusieurs pices, chiens, lions, taureaux, puis revient en sa
chambre, o, sur le tapis de pied, il les fait combattre. A huit heures
trois quarts men chez Leurs Majests, il y coute la musique de voix
et de luths; on ne l'en peut tirer tant il y toit attentif; il joue
aprs aux cartes, au reversis, M. le grand cuyer joue avec lui; il y
jouoit d'affection et comme entendu.

_Le 30, mercredi._--A neuf heures du soir men chez le Roi, il prend
le mot, le donne  M. d'pernon, colonel de l'infanterie, puis  M. de
Crquy, mestre de camp du rgiment des gardes; il le refuse  M. de
Bouillon, marchal de France.

_Le 5 juin, mardi,  Fontainebleau._--Le fils de M. de Saint-Luc,
g de quatre ans, vient dire adieu au Dauphin; je lui demande bas
 l'oreille: Monsieur, vous plat-il pas de lui donner quelque
chose?--_Oui._--Monsieur, quoi?--_Un cheval marin_, qui toit de
poterie.--Monsieur, vous plat-il que je l'aille querir?--_Oui,
mais ne prenez pas celui qui est cass_; il y en avoit. Je lui porte
l'entier, il le lui donne gracieusement.

_Le 6, mercredi,  Fontainebleau._--Il va  l'entre de la galerie,
o il s'amuse  tirer en cire Descluseaux pendant que le sieur Paulo
le tire en cire; amus jusques  trois heures et un quart; got; il
s'amuse, avec de la cire,  faire un visage, pendant que M. Dupr,
statuaire du Roi, le tire pour en faire une mdaille; il sait tout ce
qu'il faut faire et travaille fort dextrement, polit, fait les cheveux,
perce les yeux, les oreilles, tout sur la trace grossire que M. Dupr
lui en avoit faite.

_Le 7, jeudi,  Fontainebleau._--Il conteste contre Mme de Montglat,
dit qu'il ne fera rien de ce qu'elle voudra, et l-dessus il est
fouett.--Il dit qu'il me veut peindre[409] en cire pendant que
M. Dupr l'achvera, et qu'il me fera la barbe pointue comme une
pingle[410].

  [409] Le mot peindre s'employait pour reprsenter.

  [410] Une mdaille de Jean Hroard a t grave par Warin
  postrieurement  la mort du mdecin du Roi; Hroard portait en
  effet la barbe en pointe. Cette mdaille est reproduite dans
  le _Trsor de Numismatique_, mdailles franaises, 2e partie,
  planche XIX.

_Le 9, samedi._--A huit heures men chez Leurs Majests, il leur
donne le bonsoir; ramen  neuf heures et un quart, il voit danser
les gyptiens[411] en sa salle, ne veut point que M. Birat ne pas un
des siens danse avec leurs femmes. A neuf heures trois quarts men
en sa chambre, dvtu, mis au lit; l'on parloit de ce qu'il n'avoit
permis la danse aux siens avec ces femmes; je lui demande: Monsieur,
voudriez-vous bien que j'eusse dans avec elles?--_Non_, dit-il, _je
ne voudrois pas que vous eussiez touch la main  ces vilaines femmes;
elles sont si sales! Je ferai allumer dans la salle un grand fagot de
genivre._

  [411] C'taient sans doute des bohmiens qui avaient eu
  permission de danser devant la Cour.

_Le 10, dimanche._--Men  la messe en la chambre de M. d'Orlans,
puis chez le Roi, qui avoit la goutte. A onze heures et demie dn; il
ne veut plus manger que l'on ne fasse sortir trois gyptiens, disant
qu'ils sentoient mauvais.

_Le 14, jeudi._--A dix heures men  la chapelle puis chez la Reine et
avec elle  la procession[412]; le Roi avoit la goutte. A six heures
et demie soup; il va sur la terrasse, revient en sa chambre pour y
recevoir don Diego d'Ivarra, Espagnol, qui toit ambassadeur pour le
roi d'Espagne dans Paris, quand le Roi le prit sur la Ligue; il s'en
alloit en Flandres.

  [412] De la Fte-Dieu.

_Le 15, vendredi._--Pour n'avoir voulu ter son chapeau  des
gentilshommes qui l'toient venus voir, aprs qu'ils sont sortis de sa
chambre, il est pris par des femmes de chambre, mis et couch sur le
lit et fouett.

_Le 16, samedi,  Fontainebleau._--Mis au lit de Mme de Montglat avec
elle et son mari. A quatre heures et demie il va chez le Roi, qui le
met dans son carrosse et le mne au grand canal.

_Le 17, dimanche._--Men chez le Roi, qu'il trouve en son antichambre,
prt  sortir, qui le mne au promenoir; il fait le tour entier du
jardin du Tibre, entre en l'alle du chenil, o le Roi le renvoie.
Ramen, il veut battre Bompar, son page, disant que c'toit pour ne
l'avoir point suivi, taisant la cause qui toit pour avoir suivi le
Roi, portant sur lui le parasol de M. le Dauphin; il retient longtemps
cette vengeance. Bompar arrive, il va  lui  coups de verge, qu'il
tenoit en sa main, et  coups de pied, ne lui veut point pardonner,
quelque chose qu'on lui puisse remontrer, demeure froid et ferme
sur cette opinion. A dner, Bompar revient; Mme de Montglat dit au
Dauphin qu'il lui commande de sa part d'aller savoir comme se portoit
M. le grand cuyer, qui toit malade; il rpond: _Je veux pas que ce
soit Bompar, je veux que ce soit Charpentier_, valet de garde-robe
de Madame. Sur la menace du fouet par Mme de Montglat, il dit: _Oui,
oui, allez-y, Bompar_; et quand il fut parti il reprit: _Mais qu'il
soit revenu, je le battrai bien, je lui donnerai cent coups de bton,
puis je l'envoyerai  la cuisine_. Il dit tout cela froidement; il ne
pouvoit oublier son maltalent. Bompar revient: _Allez-vous en_, dit-il,
et il le chasse. Monsieur, lui dit-on, il ira trouver papa, auquel
il dira la cause pour laquelle vous l'avez chass. Il songe quelque
peu de temps sans dire mot, puis tout  coup: _Qu'on l'appelle_. Il
revient, et, pour rompre cette opinitre humeur de vengeance, je lui
dis comme Bompar rentroit: Monsieur, faites-lui boire le reste de
votre breuvage. Il le fait, se prend  rire, l'ayant vu boire, et son
humeur se passa.

_Le 19, mardi,  Fontainebleau._--Il va par le jardin des canaux
au Navarre[413], pour voir piquer les chevaux du Roi, y voit _la
Donzelle_, cheval barbe, _le Montgommery_, cheval normand du haras de
M. de Brueil, qui toit le cheval de guerre du Roi.

  [413] L'htel de Vendme appel aussi le Grand-Navarre. Voy.
  _Trsor des merveilles de Fontainebleau_, par le P. Dan, page 327.

_Le 21, jeudi._--Il se rjouit de ce que Mme de Montglat dit que la
Reine lui venoit de dire qu'il iroit  Saint-Germain: _Ha! que j'en
suis bien aise, moucheu Houa, vos grands livres sont-ils encore 
Saint-Germain?_--Oui, Monsieur.--_Les avez-vous fait serrer?_--Oui,
Monsieur.--_Matre Gille_ (c'toit son sommelier), _je m'en vas 
Saint-Germain, il faut que vous fassiez serrer ma coupe, mon verre
et mon cadenas; mon bassin, faites le mettre dans un tui. Et vous,
Devienne_ (son cuisinier), _faudra faire serrer ma vaisselle_.--Il va
en la galerie, o l'on lui porte un tapis  l'entre pour se jouer
dessus; il faisoit grand chaud. Le cardinal Barberini, nonce, et le
sieur Denis Caraffa, vque, passant de Flandres pour aller nonce en
Espagne, lui baisent la main.

_Le 26, mardi._--Il bgaye fort en parlant. Il entend la messe en la
chambre du Roi, puis va donner le bonjour  la Reine. A cinq heures,
men au jardin et chez M. de Sully.

_Le 27, mercredi._--Il voit sur les quatre heures entrer l'ambassadeur
turc Mustapha-Aga, qui a la garde des habits des enfants du
Grand-Seigneur, et autres grands de sa Cour; il toit mont sur
un cheval bai de la grande curie du Roi, et descendit au pied de
l'escalier de la cour des fontaines, conduit par M. de Brves et
accompagn d'un janissaire, de deux autres Turcs et de deux esclaves.
Il venoit pour demander au Roi les esclaves turcs qui avoient t
dlivrs des galres  la prise de l'cluse et mis aux galres 
Marseille, ce que le Roi leur accorda[414]. Cependant il prend une
humeur  M. le Dauphin de vouloir aller chez le Roi pour le y voir; on
ne le peut retenir. Il va en la galerie; on suppose un valet de chambre
qui lui vient dire de la part du Roi qu'il et  s'en retourner en sa
chambre; il y va soudain sans marchander. M. de Souvr arrive pour
lui dire que l'ambassadeur Turc le vient voir; le voil aussitt 
mme pour accommoder le tapis de pied, y travaille lui-mme pour qu'il
soit bien tendu, jusqu' ter un ftu que M. de Souvr commandoit 
un autre d'ter. L'on demande sa chaise: _Qu'on m'apporte la grande_,
dit-il. On lui donnoit de fausses alarmes de la venue de l'ambassadeur:
_Asseyez-moi, asseyez-moi_, disoit-il, se jouant avec M. le comte
de Saulx, M. de Courtenvaux et autres jeunes gentilshommes. Assis,
il goguenarde encore avec eux sur les postures des chapeaux sur la
tte; l'ambassadeur arriv, il prend sa contenance ferme, froid,
grave, doux, lve et dresse son corps, le regarde assurment comme il
s'arrta au bout du tapis et le considrant, et se regardoient l'un
l'autre. Peu aprs l'ambassadeur prend du damas vert figur et ml
d'autres couleurs, s'avance et le lui prsente, puis dveloppe une
petite chemise  la turque, ouvre de bouquets, qu'il lui prsente
aussi: il reoit tout froidement. L'ambassadeur dit en son langage,
rapport par M. de Brves, que ceux qui toient pauvres ne pouvoient
pas donner beaucoup, mais qu'ils donnoient l'affection, et qu'il
donnoit la sienne; puis demanda  lui baiser la main; il lui baise la
main gauche qu'il tend, puis dit qu'il prioit le grand Dieu qu'il lui
donnt la volont de continuer en l'amiti envers eux, comme avoient
fait le Roi et ses prdcesseurs, et qu'il lui donnt longue vie; puis
il s'en va par la galerie aux jardins, et de l recoucher  Moret.
Le soir, tant sur le lit de Mme de Montglat, se jouant, je commence
 lui parler de ce Turc, et lui dis: Monsieur, il faudra que vous
alliez un jour  Constantinople avec cinq cent mille hommes.--_Oui,
je tuerai tous les Turcs et cettui-ci, et tout._--Monsieur, il ne
faudra pas tuer cettui-ci, qui a pris la peine de venir de si loin pour
vous voir et vous faire des prsents.--_Mais les Turcs ne croient
pas en Dieu._--Monsieur, pardonnez-moi, ils croient en Dieu, mais
non pas en Jsus-Christ, qui est fils de Dieu.--_En qui donc?_--En
Mahomet.--_Qui est-ce Mahomet?_--Monsieur, ce a t un mchant homme
qui les a tous tromps et fait croire qu'il toit envoy de Dieu pour
leur faire croire autrement que ce que Jsus-Christ avoit fait. Il
songe un peu, puis soudain: _Ho! ho! je les tuerai tous, mais je ferai
dire une messe devant cettui-ci, puis je le ferai baptiser._--Ce sera
bien fait, mais il le faudroit premirement faire baptiser, puis vous
feriez dire la messe devant lui.--_Pourquoi?_--Pource qu'il ne peut
tre chrtien qu'il ne soit baptis, ni our la messe qu'il ne soit
chrtien.--_Bien donc._ L'on nous interrompit.

  [414] Le P. Dan donne quelques dtails sur la rception de cet
  ambassadeur (pages 287-9); mais il se trompe en la datant du mois
  de mai 1607.

_Le 28 juin, jeudi._--veill  huit heures, il se jette hors du lit 
bas, fait fermer les portes, de peur que Mme de Montglat ne lui donnt
le fouet, qu'il craignoit pour des fautes faites le jour prcdent;
elle vient, il y court pour l'empcher, j'obtiens grce, il ouvre.

_Le 1er juillet, dimanche,  Fontainebleau._--Le Roi commande  M.
Birat,  M. Gurin, nomme son mignon ce soldat Descluseaux (_sic_),
puis  M. de Cressy,  M. de Mansan de le tenir quand Mme de Montglat
le voudra fouetter; me fait l'honneur de me commander devant lui
de le reprendre quand il fera quelque faute. Le Roi et la Reine
partent pour s'en aller souper et coucher  Melun et le lendemain 
Saint-Maur-des-Fosss.

_Le 3, mardi,  Fontainebleau._--A trois heures tudi; il crit 
contre-coeur, hausse ses deux jambes, les met du long sur son papier;
les cuisses toient en l'air, nues. Mme de Montglat lui donne un grand
coup de verges dessus, ne voulant pas les ter.

_Le 4, mercredi._--A deux heures il vient au pavillon de M. le Grand,
o j'tois log, y joue  la paume;  trois heures il y a got, puis
il va en la galerie du jeu de paume, y joue  la paume avec jugement,
frappe de grands coups. Men au jardin des pins, en celui des canaux
et des fruitiers, o il s'amuse  voir des cages o des poules avoient
couv des faisandeaux; il n'en pouvoit partir.

_Le 6, vendredi._--A une heure il va chez sa nourrice, d'o il m'envoie
querir pour tudier; mais ce ne fut pas pour longtemps. Il fallut
marchander pour en dire deux lignes et demie du Psaultier latin. A
deux heures et demie il consent de descendre en sa chambre pour y
apprendre  crire puis  danser. A neuf heures trois quarts dvtu,
mis au lit, fort gai; l'on parloit des chevau-lgers du Roi et de
Caulet, qui en toit le chirurgien et qu'il vouloit qu'on envoyt
querir pour lui panser une corchure qu'il avoit; il demande: _Papa
n'a-t'y que des chevau-lgers?_--Je lui dis que non.--_J'ai des
gendarmes et des chevau-lgers; je veux donner  papa ma compagnie
de gendarmes._--Monsieur, papa les vous a baills pour y commander
pour son service, et quand vous serez grand, un jour de bataille, vous
serez  la tte de l'arme, au devant de papa, avec votre compagnie
de gendarmes.--_Qu'est-ce que tte?_--Monsieur, c'est le devant de
l'arme qui regarde les ennemis. Il rpond en s'animant: _J'y serai
devant papa avec ma compagnie de gendarmes, et mes chevau-lgers seront
devant moi, puis nous irons tuer tous les ennemis._

_Le 7, samedi._--Comme Mme de Montglat lui donne sa chemise, elle
lui demande: Monsieur, quand vous serez hors d'avec moi et entre
les mains des hommes, et que j'aille quelquefois  votre lever, me
permettrez-vous de vous donner votre chemise? Il lui rpond: _Ne
parlons pas de cela, Mamanga, je vous en prie; il me semble que j'y
suis dj!_--A cinq heures, men aux jardins, il voit une femme qui
mangeoit du pain bis de la concierge du portail de la chausse, en
veut, en mange un gros morceau. Ramen, M. l'aumnier demande  Mme
de Montglat pour le faire voir  quelques chanoines de Saint-Quentin:
_Mais, Mamanga, mon aumnier ne parle jamais que de chanoines et que de
moines!_ dit-il, hoignant et hochant la tte.

_Le 8, dimanche,  Fontainebleau._--Il coute, en mangeant lentement,
la musique des luths et des voix avec transport; aucune chose
n'arrtoit tant son esprit que la musique. Il va en sa chambre, se
fait donner sa trompe, que M. de Montbazon lui avoit donne, va en la
galerie, s'amuse  sonner ce qui est de la chasse, parlant dans sa
trompe sans souffler.

_Le 10, mardi._--On lui dit que M. Birat toit revenu de Montargis, il
s'en rjouit, l'envoie querir, l'attend avec impatience; il toit de
ceux qui le faisoient jouer.--tudi  contrecoeur, aprs avoir bien
marchand.

_Le 11, mercredi._--M. Caulet, chirurgien aux chevau-lgers du Roi, lui
a coup les cheveux en homme.

_Le 14, samedi._--Il pleure fort sur ce qu'il voit pleurer Mme de
Montglat pour les mauvaises nouvelles de son mari, qui toit mort[415].
M. de Souvr le fait tudier; ce fut la premire fois.

  [415] _Voy._ la lettre de Henri IV  Mme de Montglat sur la mort
  de son mari. (_Lettres missives_, tome VII, page 316.)

_Le 15, dimanche._--Men sur la chausse, o il voit M. du Brocq
voltiger sur un cheval. Il demande d'aller voir _Mamanga, mais je veux
pas qu'elle pleure_. Il y va: _Bonsoir Mamanga, je veux pas que vous
pleuriez, riez_; il la veut emmener pour coucher en sa chambre.

_Le 17, mardi,  Fontainebleau._--Il ne veut point que M. Gurin le
serve ( souper), pour ce qu'il avoit touch  Mlle de Vendme pour
l'asseoir  table; il se y opinitre. L'on vient  parler du tonnerre,
qui le jour prcdent, sur les trois heures, toit tomb  Moret dans
la chambre o M. le comte de Moret, g de deux mois et demi, toit
entre les bras de sa nourrice, prs de la fentre, o il entra sans
offenser personne. Je dis que la chambre toit pleine d'opinitres; il
ne dit mot, mais incontinent aprs dit: _Gurin, prenez la serviette,
servez-moi._

_Le 18, mercredi._--J'allai  Moret voir M. le comte de Moret, qui se
portoit bien et avoit t miraculeusement sauv du tonnerre, qui entra
par les fentres de sa chambre, du ct du midi,  deux pas prs de
lui, tant dans les bras de sa nourrice.

_Le 21, samedi._--A onze heures dn; il demande de la tisane de Mlle
de Vendme  boire, M. Gurin lui dit que c'toit du vin: _Bien,
c'est tout un, donnez-m'en_, et il me regarde, et me commande de lui
en faire donner. Je lui dis: Monsieur, il vous feroit mal.--_Papa
le veut._--Monsieur, c'est quand vous mangez avec lui. Il commence
 s'chauffer de colre: _Vous tes un homme de neige, vous tes
laid!_--Oui Monsieur, mais vous ne boirez pas de vin, car il vous
feroit mal. Sur ce refus il prend un couteau et, tout ardent de
colre, m'en menace. Je lui dis: Adieu, Monsieur, je m'en vais tout
 fait. Je pars, et m'en allai en ma chambre; il envoie plusieurs
fois vers moi, et aprs plusieurs refus je retourne. Il dit qu'il
est bien marri de ce qu'il a fait et que jamais il n'y retournera,
demande  boire. On lui sert de son breuvage, dont il ne vouloit
pas, en boit fort peu et par menace. Il est toujours sur ce vin; il
en vouloit, je lui rsiste encore: _Je vous aime point, vous tes
un bel homme de neige._--Monsieur, je l'crirai au Roi, ou je m'en
irai le lui dire.--_Je m'en soucie bien._--Bien donc, Monsieur,
puisque je ne vous sers plus de rien, adieu, je m'en vais tout  bon
trouver le Roi. Je pars, il envoie plusieurs fois aprs moi; je ne y
retourne plus, cependant il continue  dner. A deux heures il vient
en ma chambre, aprs s'tre inform de lui-mme si je m'en allois;
on lui dit que oui, et que c'toit en carrosse: _Ho! son carrosse
est  Vaugrigneuse et celui de Mamanga est  Paris!_ Mme de Montglat
le conduisoit, il marchandoit  entrer; il entre, je le salue sans
dire mot; il s'en vient enfin  moi: _Je vous prie, ne vous en allez
pas!_--Monsieur, que voulez-vous que je fasse ici, auprs de vous,
puisque vous ne voulez pas faire ce qui est pour votre sant; je ne y
sers plus de rien.--_Je ferai plus_; et la paix fut faite. Sur les
trois heures Boileau, son violon, se prsente pour le faire danser, il
lui dit des injures, et le veut frapper; Mme de Montglat l'aperoit,
elle le fait prendre et tenir par Boileau, et il fut fouett.--Mme la
comtesse de Moret le vient voir.

_Le 23, lundi,  Fontainebleau._--Il se rjouit d'aller 
Saint-Germain, sur la nouvelle qui en toit venue de la part de la
Reine.

_Le 24, mardi._--Il va en la galerie, s'y joue, s'y amuse, va chez
sa nourrice, et  trois heures y a got, puis crit; en crivant M.
Boquet (mari de sa nourrice) crioit aprs _Pataut_, son chien, pour ce
qu'il faisoit du bruit pendant que Monseigneur crivoit: _H! Boquet,
savez-vous pas que c'est une bte, quelle n'a point de raison?_

_Le 25, mercredi._--M. le cardinal de Joyeuse, revenant d'Italie pour
l'accord du Pape et des Vnitiens, vient voir le Dauphin.--Mme de Moret
lui avoit envoy un navire; il disoit qu'tant  Saint-Germain il le
mettroit sur la rivire, et le feroit tout charger de lapins.

_Le 27, vendredi._--Ayant appris par le capitaine des mulets du Roi
qu'il avoit amen les mulets pour aller  Saint-Germain; il presse que
l'on serre ses habits, que l'on fasse les coffres.

_Le 28, samedi,  Fontainebleau._--MM. de Souvr et de Bthune
arrivent pour le conduire  Saint-Germain; aussitt il va en sa
chambre, et disoit par celles o il passoit: _Je m'en vas dtendre ma
chambre, Mousseu de Souvr est venu._ A six heures et un quart soup,
il se ressouvient, en parlant de Crosne, d'un grand cabinet rond,
dcouvert, o il avoit pass il y avoit deux ans dix mois[416] disant:
_C'est l o nous fmes le corps de garde_; il toit vrai.

  [416] Le 10 novembre 1604.

_Le 29, dimanche, voyage._--A une heure et demie il est entr en
carrosse  la cour du Cheval-Blanc, et est parti, accompagn de M.
d'Orlans en litire, Madame et Mme Christienne en litire, Mlle de
Vendme en litire; et dans son carrosse de M. et de Mlle de Verneuil
et Mme de Montglat, sa gouvernante; MM. de Souvr et de Bthune 
cheval. A trois heures et un quart got dans la fort,  la table du
Roi. Arriv  Melun  quatre heures et demie, il se joue en sa chambre
chez M. de la Grange. MM. de la ville et le lieutenant gnral le
viennent saluer, lui font prsent de pices de ptisserie et de leur
vin. Il va voir chez un plombier, prs du pont, des moulins o il y
avoit une pompe qui donnoit de l'eau  une petite grotte; M. de Souvr
le y mena; il fut ramen  pied par la ville.

_Le 30, lundi, voyage._--Parti de Melun  midi, il arrive  deux
heures et demie  Lourcine, o il a got, passe par le pont de
Villeneuve-Saint-Georges, et arrive  Crosne  cinq heures et un quart.
Men au jardin, il se promne partout, passe sur le pont, qui tourne
sur un pivot, fait abattre des prunes.

_Le 31, mardi, voyage._--On le mne au logis de M. Gobelin; on lui
fait voir la fontaine, le jardin; il part  huit heures trois quarts,
il est men  Charenton, chez M. Cenami, gentilhomme lucquois; parti 
une heure et demie, il entre  Paris par la porte Saint-Antoine. MM. de
Guise, de Nemours, d'Aiguillon et de Sommerive le viennent saluer et
le conduisent jusques  la porte Saint-Honor, o ils rencontrent M.
le prvt des marchands (Sanguin, sieur de Livry) et les chevins, qui
lui font la rception; hors la porte ces messieurs prennent cong de
lui. Il est men jusques au Roule, o, sous un ombrage, sans descendre
de carrosse, il a got  trois heures et un quart. Il passe le pont de
Saint-Cloud, port sur les bras par M. de Courtenvaux (on racoustroit
le pont); il arrive  Saint-Cloud en son logis, chez M. de Gondi, 
cinq heures et demie.

_Le 1er aot, mercredi, voyage._--A deux heures et demie parti de
Saint-Cloud, il passe par la leve; il se rencontre un grand bateau qui
montoit et qui tranoit, attach, un petit bateau que les bateliers
dirent avoir fait faire pour lui; il commande de le descendre au Pecq,
et arrive  Saint-Germain-en-Laye  quatre heures et un quart.

_Le 2, jeudi,  Saint-Germain._--Il va en la chambre de sa nourrice,
puis descend en son ancienne chambre, o il s'amuse. M. Nicola,
premier prsident des Comptes  Paris et Mme des Essars[417] le
viennent voir. Quelqu'un lui demande: Monsieur, qui est cette belle
dame? Il rpond en souriant: _C'est la femme de Mousseu de la
Varenne_; il l'avoit vue quelquefois  Fontainebleau et conduite par M.
de la Varenne.

  [417] Charlotte des Essars, une des matresses du Roi.--Voy.
  _Lettres missives_, tome VII, pages 138 et 510.

_Le 5, dimanche._--Il bgaye en parlant, se fait coiffer en paysanne
pour jouer une comdie, ayant une pe  son ct.

_Le 7, mardi._--Men au palemail, il va jusques  la chapelle, fait
mener ses petits tombereaux, remuer et transporter de la terre,
ordonne, commande, se fait appeler _matre Louis_. Il vient en ma
chambre, o il s'amuse  la fentre, et y prenoit plaisir  voir
travailler les charpentiers et les autres ouvriers, puis entre en
mon tude, demande  crire, crit son nom _Lois_, puis me demande:
_Comment faut-il crire roi?_ Je le lui montre, il y ajoute un _s_,
disant: _Vel Rois_[418].

  [418] Hroard a conserv ce papier griffonn.

_Le 10, vendredi,  Saint-Germain._--Men au palemail, il se fait
mettre dans son petit carrosse dcouvert jusques  la chapelle, o
il entend la messe faisant des gambades sur son carreau. Il va  son
carrosse, y fait mettre dedans Madame, la petite Vitry et le petit
Gramont de la Franche-Comt. Il dit  l'oreille  Indret, son joueur
de luth, qui le menoit: _Je veux tre le valet de pied, mais le dites
pas._ Deux pages tirent le carrosse, il va  ct branlant les bras et
marchant de l'air d'un laquais, se fait appeler _le petit Louis_. Men
en sa chambre, il se met sur les outils de menuiserie; il a deux pages
et deux garons de la chambre, auxquels il commande, leur fournit la
besogne et se fait appeler _matre Louis_. Il vient en ma chambre, me
demande papier et encre, se met  peindre, fait un oiseau, puis se met
 faire _Dondon_, sa nourrice; comme il faisoit le nombril, il tire ce
qui est plus bas, et l'ayant fait, dit: _Et vel ce que je veux pas
dire_[419].

  [419] Ce dessin est conserv dans le manuscrit d'Hroard.

_Le 11, samedi._--M. de la Luzerne, le jeune, le vient saluer; il lui
montre ses armes. Men  la chapelle du parc, il y entend la messe
ayant son papier et sa plume  crire; il falloit quelque chose pour
contenir son esprit. Au sortir de l il s'amuse  faire paver l'alle
d'une maison qu'il avoit faite les jours auparavant, y travaille et
apporte lui-mme [ce qu'il faut]; on ne l'en peut tirer jusques  ce
que je lui dis qu'il falloit que les ouvriers allassent dner. Le page
de Mme de Montglat, Maisonrouge, demandoit de l'argent, menaoit de
ne revenir plus; le Dauphin lui dit: _Venez ce soir; savez-vous pas
qu'on paye les ouvriers le samedi au soir?_ Il s'amuse  ses outils
de menuiserie, va en la chambre de Mme de Montglat, la prie de lui
donner un grand cabinet d'Allemagne qu'elle avoit; elle le lui donne,
il ne veut point our parler de donner le sien, qui toit petit,  Mme
de Vitry, qui le lui demandoit. A neuf heures dvtu, mis au lit, il
s'amuse  crayonner avec du rouge fort proprement et dextrement.

_Le 12, dimanche,  Saint-Germain._--Il monte en la chambre de sa
nourrice, qui toit accouche le matin, puis entre en la mienne,
s'amuse  la fentre qui regarde le prau  parler aux passants, et
leur demande: _Qui tes-vous? o allez-vous?_ Il fait sauter, courir,
danser sur le pont de la chapelle des pauvres garons, puis  la fin
leur jette quatre grands blancs attachs  une pierre.

_Le 13, lundi._--Il va  la chambre de la Reine, o il fait faire du
feu et y mettre sa petite marmite, dans laquelle il met du mouton,
du lard, du boeuf et des choux, appelle et prie chacun pour tre 
la collation, y fait monter Mlle de Vendme. Il s'amuse  peindre en
crayon, n'en peut sortir.

_Le 14, mardi._--On lui dit que M. de Verneuil arrive[420]; le voil
de courir jusques au pied de l'escalier avec grandes exclamations
et glapissements de joie; il en toit tout transport, l'embrasse,
lui demande: _Avez-vous soup?_--Non, mon matre.--_Allez-vous-en
souper_, lui dit-il, faisant le matre et l'honneur de la maison.

  [420] La marquise de Verneuil avait demand au Roi de garder
  ses enfants pendant quelques jours auprs d'elle. Voy. _Lettres
  missives_, tome VII, pages 319, 328, 333 et 338, et la lettre de
  Malherbe  Peiresc du 3 aot 1607.

_Le 16, jeudi._--En prenant son bouillon dans son cuelle de
porcelaine, on lui louoit la porcelaine; je lui dis que le Grand-Turc
buvoit dans des vases de porcelaine: _Ho!_ dit-il, _je veux plus
prendre du bouillon l dedans_, et il repousse son cuelle.--Monsieur,
lui dis-je, c'est pour ce que le Grand-Turc est un grand prince et
qu'il n'y a que les rois et les grands princes qui en usent. Il
revient  soi, la reprend et me demande: _Papa s'en sert-il?_--Oui,
Monsieur.

_Le 17, vendredi._--veill  six heures et demie; lev avec impatience
de faire dmnager pour aller  Noisy[421],  cause de la peste qui
depuis avoit t dcouverte sur une femme, au-dessus du cimetire, ce
dont on avoit averti le Roi, qui toit  Monceaux; il dpcha M. de
Frontenac, qui arriva le jour prcdent  quatre heures et demie aprs
midi, portant commandement d'aller  Noisy. Il presse de charger, va
lui-mme en sa chambre, o il aide  emballer un matelas; jusques 
trois heures c'est une perptuelle inquitude et soin, pour faire
partir le reste des bagages qu'il voyoit en la cour, du dessus de la
terrasse; il descend, remonte, est men en la chapelle  cause du
chaud. Enfin, parti de Saint-Germain  cinq heures, M. de Frontenac
tant revenu de Poissy, et  son arrive ayant reu nouvelles du matin
 dix heures, de Monceaux, de la maladie du Roi. Le Dauphin arrive,
fort gai et ne faisant que chanter,  Noisy,  six heures et demie.
Aussitt qu'il est descendu il demande d'aller au jardin, y est men,
va partout. Amus jusques  neuf heures, dvtu, mis au lit, Mme de
Montglat lui dit que l'on alloit  la chapelle prier Dieu pour papa:
_Et pour moi aussi, Mamanga_, dit-il promptement et d'affection[422].

  [421] Le chteau de Noisy-le-Roi, prs de Versailles, appartenait
  alors au cardinal de Gondi.

  [422] Le Roi avait crit  Sully de Monceaux, le 15 aot: Mon
  ami, sur l'avis que je viens tout prsentement de recevoir de
  Mme de Montglat, comme la peste est  Saint-Germain-en-Laye,
  je vous dpche Frontenac, par les mains duquel vous recevrez
  cette-ci, en poste, pour vous dire que je mande  Mme de Montglat
  de mener mon fils  Noisy avec mes autres enfants. Mais pource
  qu'il n'ont pas de litires, carrosses ni charrettes pour les
  mener et porter leur quipage, je vous prie de leur en envoyer le
  plus promptement que vous pourrez afin qu'ils partent aussitt;
  car en telles choses la diligence est requise. Henri IV tomba
  malade deux jours aprs. Ce mois d'aot fut extrmement chaud
  et sec, dit Lestoile; les melons donnent des cours de ventre et
  dyssenteries dont plusieurs tant atteints en sont fort malades,
  entre autres le Roi, qui s'en trouva si mal d'un, et tellement
  affoibli qu'on douta (sans dire mot) de sa sant.... Un docteur
  de Sorbonne fit en ce temps _le procs du melon_  cause du
  mal qu'il avoit fait au Roi. (_Registre journal de Henri IV_,
  dition Michaud et Poujoulat, tome I, 2e partie, page 434.)

_Le 18, samedi,  Noisy._--A huit heures et demie djen; il me dit:
_Allons promener, mousseu Hroua; voulez-vous bien que je vous montre
la grotte._ Il me va montrant tout ce qu'il avoit vu le jour prcdent,
ayant remarqu jusques aux moindres choses. Ramen, et  neuf heures
men  la chapelle. A cinq heures men au parc puis au jardin;  six
heures trois quarts ramen, il veut hausser le pont levis. Mme la
marquise de Mnelay[423] le vient voir. Dvtu, mis au lit, il donne le
mot  MM. de Mansan et de la Court: _Saint Jacques._

  [423] Claude-Marguerite de Gondi, fille d'Albert de Gondi, duc
  et marchal de Retz, veuve de Florimond de Hallwin, marquis de
  Maignelais; morte en 1650,  l'ge de quatre-vingts ans. Dix
  jours plus tard, le 28 aot, le Dauphin s'amuse  copier son
  portrait.

_Le 19, dimanche,  Noisy._--M. du Tost, mari de la nourrice de Madame,
lui apporte une pie-griche qu'il avoit dresse  voler le moineau;
il se fait donner son gant de fauconnier, la prend sur le poing, et,
dans la salle haute, la lche fort  propos aprs un moineau, lui en
fait voler deux. Il veut aller aux Cordeliers our vpres; sur la
fin la patience lui chappe, et il s'en va aux orgues, puis remonte
au chteau, prend la pie-griche, lui fait voler un moineau en la
salle. L'on prsentoit la collation  Mme la marquise de Mnelay; Mlle
de Ventelet dit au Dauphin: Monsieur, que n'allez-vous? on y fait
collation.--_Ho! Mamanga, mousseu Hroua y sont; ils ne feroient
que me gronder, j'aime mieux y aller pas_; c'est qu'il craignoit
d'tre contrl devant Mme la marquise. Men au parc, o il se fait
porter du papier et de l'encre pour y crire une lettre au Roi par M.
de l'Isle-Rout. A six heures et demi soup; il va sur la premire
terrasse hors la cour, danse avec les filles, leur dit des chansons
grasses, puis tout riant les quitte et danse avec M. de Verneuil, M.
de Mansan, M. de la Court et moi; il chante: _En revenant de cette
ville_, etc., on ne l'en peut tirer.

_Le 24, vendredi,  Noisy._--Il lui prend humeur de vouloir aller
 la chasse, commande  M. de Ventelet: _Tetay, faites atteler le
carrosse, je veux aller  la chasse. Taine, faites tenir prts les
oiseaux_; il commande srieusement et avec action et passion. A quatre
heures et demie il entre en carrosse pour aller  la chasse (c'est
la premire fois), est men aux environs du moulin de pierre allant
vers Versailles[424], voit prendre prs de lui un levraut avec deux
lvriers, cinq ou six cailles  la remise chasses par le haubereau, et
deux perdreaux, dont un pris par son pervier; l'on vit un grand renard
qui se sauvoit vers le moulin. Ramen  six heures trois quarts, il
raconte en soupant ce qu'il a vu de la chasse. Mme de Vitry lui vient
porter un bouquet, disant que demain est Saint-Louis, sa fte, et qu'il
faudra qu'il paye sa tarte pour tous; il s'en met en colre, et la
chasse de sa chambre.

  [424] Il est curieux de voir Louis XIII enfant chasser au vol
  pour la premire fois, sur l'emplacement du grand parc actuel de
  Versailles,  peu de distance de l'endroit o plus tard, attir
  par le mme got, il devait faire construire le chteau agrandi
  depuis par Louis XIV.

_Le 25, samedi._--On lui apporte morte sa pie-griche, o il prenoit
fort grand plaisir; il ne s'en meut pas beaucoup, mais lui fait
ter la longe et les sonnettes, disant froidement: _Ce sera pour une
autre_, encore qu'en son me il en ft marri, mais ne vouloit pas faire
parotre son dplaisir.

_Le 26, dimanche._--Il presse M. de Ventelet pour lui faire porter la
tarte qu'il avoit command de faire pour sa fte Saint-Louis, que Mme
de Montglat avoit remise  ce jour d'hui, parce que le jour prcdent,
qui toit la Saint-Louis, elle faisoit faire un service aux Cordeliers
pour la quarantaine aprs le dcs de M. de Montglat.

_Le 28, mardi._--Il s'amuse  crayonner, fait cette copie[425] de
Mme la marquise de Menelay, fille de feu M. le marchal de Retz, sans
aide aucune.--Il va  la ferme, trouve des petits enfants du fermier,
s'amuse  les entretenir, puis leur donne de l'argent.

  [425] Ce dessin est conserv dans le manuscrit de la Bibliothque
  impriale; il a t reproduit dans le _Magasin pittoresque_,
  anne 1865, page 214. _Voy._ au 18 aot prcdent.

_Le 29 aot, mercredi._--Men aux jardins du ct de Bailly[426], il
visite tout, monte  la grotte. A neuf heures mis au lit, il entre en
mauvaise humeur; Mme de Montglat lui montre des verges: _H! Mamanga
pardonnez-moi_, et se prend  pleurer. Mme de Montglat lui dit: Ne
pleurez point.--_Vous me voulez fouetter, et vous voulez pas que je
pleure!_ Il continue, et est fouett.

  [426] Aujourd'hui ferme et village de l'arrondissement de
  Versailles.

_Le 5 septembre, mercredi,  Noisy._--A dix heures le Roi arrive;
il lui va au devant, le rencontre hors du pont-levis;  onze heures
trois quarts dn avec le Roi; il mne le Roi se reposer sur son
lit. A quatre heures et demie le Roi part pour s'en aller coucher 
Villepreux[427], le Dauphin pleure; on le met dans le carrosse de Mme
de Montglat, et il suit ainsi le Roi jusques prs de Villepreux, o
il vouloit aller avec le Roi, vers lequel il envoya M. de la Court,
exempt au corps et servant prs de lui, pour savoir s'il lui plaisoit
pas de lui permettre d'aller  Villepreux. Il rapporte que le Roi ne
le veut pas: _H! je le veux moi_, dit-il imprieusement; _touche,
carrossier, touche!_ L'on fait insensiblement tourner le carrosse vers
Noisy, lui faisant croire qu'il alloit  Villepreux, de faon que se
voyant prs de Noisy il entre en colre, accuse M. de Verneuil, qui
toit dans le carrosse, au cul des chevaux: _Ha! c'est ff Vneuil qui
l'a dit au carrossier; fouettez-le, Mamanga, et je vous promets que
jamais je ne serai opinitre._ Enfin il arrive  Noisy; l'humeur lui
passe.

  [427] Villepreux, comme Noisy, comme Saint-Cloud, comme
  Versailles, appartenait au cardinal Henri de Gondi, qui tenait
  ces hritages de son pre le marchal de Retz.

_Le 6, jeudi,  Noisy._--Le Roi arrive de Villepreux, l'envoie querir
et mener au Cordeliers; dn avec le Roi; il va en la chambre de
Madame, s'y joue devant le Roi, qui  onze heures trois quarts part
pour aller courir le cerf et coucher  Villepreux; il pleure fort pour
le dpart du Roi.

_Le 8, samedi._--Il dit ses quatrains de Pibrac. Men dehors, il
s'amuse  la petite grotte sche,  l'entre du parc. Mis au lit, il me
commande de lui montrer ma montre, de monter la sonnerie, demande la
raison des mouvements, veut savoir tout.

_Le 10, lundi._--MM. de Souvr, de Bthune, baron de Lux, de Gondi, le
viennent visiter, et, peu aprs, le cardinal Barbarini, nonce du Pape,
qui s'en retournoit  Rome. Men aux parterres du ct de la grotte,
il se joue dans la salle qui est dessus, sort, entre, court, n'en peut
partir.--L'on parloit d'un mulet sur lequel un des officiers toit all
aux champs: _Il a des cors aux pieds_, dit le Dauphin; c'est qu'il
avoit le boulet enfl: il savoit et remarquoit tout.

_Le 11, mardi._--Le sieur du Glast, gentilhomme anglois, cuyer du
prince de Galles, le vient visiter de la part de son matre, avec une
couple de petits pistolets qu'il lui envoie, accompagns d'une lettre
dont la teneur ensuit:

    Monsieur et frre, le Roy mon pre envoyant un des miens vers
    Sa Majest, je luy ay command vous saluer de ma part, vous
    prsentant deux petits bidets lesquels j'ay pens qu'auriez
    agrables pour l'amour de moy, qui vous supplie croire qu'il
    n'est aucun plus desireux d'estre favoris de vos bonnes grces
    et de rencontrer quelque digne sujet pour les pouvoir mriter
    que celuy qui s'est vou vostre trs-affectionn frre  vous
    servir.

    HENRY.

    Nonsuch, 22 juillet 1607.

Le voil amoureux de ces pistolets, il les met dans son cabinet
d'Allemagne.

_Le 12, mercredi,  Noisy._--Le Roi arrive  dix heures;  dix heures
trois quarts dn avec le Roi. Le Roi part pour aller  la chasse.

_Le 13, jeudi._--Men au devant du Roi revenant de la chasse[428], puis
 midi dn avec lui. Il va en sa chambre, et, cependant que le Roi se
repose, il va chez Madame, o il se joue jusques  deux heures qu'il
lui prend une secousse de mal aux dents; il se fait coucher sur le lit
de Madame. A trois heures le Roi y vient, le baise, et s'en retourne 
Paris. Amus doucement jusques  six heures, ayant t au galetas des
meubles et des peintures o il s'toit le plus amus.

  [428] Le Roi continuait de coucher  Villepreux, prs de Noisy.

_Le 14, vendredi._--Il s'amuse  peindre et faire peindre par Boileau.

_Le 15, samedi._--Mme de Montglat disoit qu'elle alloit envoyer vers
la Reine, qui s'toit trouve mal, et qu'il falloit qu'il lui crivt
pour apprendre de ses nouvelles. _Qui y envoyez-vous?_ demande le
Dauphin.--Monsieur, je y envoyerai un homme de pied.--_Un homme de
pied; que n'y envoyez-vous le Bernet?_ C'toit un honnte homme, qui
avoit t  feu M. de Montglat.--Mme de Vitry avoit un petit mortier de
marbre; il desire de l'avoir, le lui demande  donner; elle le fait un
peu marchander: _Si vous ne me le donnez, je dirai que vous tes ciche._

_Le 16, dimanche._--Il me dit: _J'ai envoy querir mon gros
canon._--Monsieur, lequel?--_C'est Dondon_, sa nourrice[429]. Il
monte en la chambre de sa nourrice, o il se joue doucement, le petit
Grandmont, parent de M. de Saint-Georges, avec lui et Louise, sa soeur
de lait.

  [429] Elle tait reste  Saint-Germain  la suite de ses couches.

_Le 17, lundi._--Il s'amuse  regarder Boileau, qui fait des
crayons[430], et il dit ses quatrains de Pibrac en musique.

  [430] Des dessins aux trois crayons.

_Le 18, mardi,  Noisy._--Il s'amuse  voir peindre par Boileau, sait
les noms de la matire des couleurs. A trois heures trois quarts
dvtu, mis au lit. On lui faisoit des contes de Mlusine; je lui dis
que c'toient des fables, et qu'elles n'toient pas vritables. Mme de
Montglat lui fait le conte de Daniel jet aux lions; il y prend grand
plaisir. Je lui fais celui de la tour de Babel et de la confusion des
langues, il demande: _Y avoit-il des Franois?_--Oui, Monsieur.--_Les
Franois faisoient le mortier, et ils bailloient de la pierre._ Puis
je lui fis celui de David quand il tua Goliath; il me le fait redire
plusieurs fois, me demande si David toit bien aussi grand que M. le
Chevalier, si sa fronde toit de corde, si la pierre toit pierre de
liais; c'est qu'il avoit retenu ce mot ayant vu  son promenoir une
grande table de pierre de liais, au jardin, et entendu dire quelle
toit bien dure. Il demande si Goliath toit bien grand, s'il toit
plus haut que sa chambre, si son cheval toit bien grand, de quel poil
il toit, s'il et bien port six hommes, si Goliath toit bien pesant,
s'il montoit tout seul dessus sans aide, et, de tous ces contes,
demande: _Cela est-il vrai?_--Oui, Monsieur, lui dis-je, ils sont dans
la Bible[431].--_Je les veux apprendre, puis je les conterai  papa,
car ils sont vrais, ils sont dans la Bible de Mamanga. Ma soeur fera
des contes de la mouche gupe qui a piqu la chvre au cul, qui ne sont
pas vrais, mais je ferai ceux-ci qui sont vrais. Mamanga, avez-vous ici
votre Bible?_--Non, Monsieur.--_Il faut l'avoir, et quand nous serons
en carrosse vous me la lirez._

  [431] On reconnat encore ici l'influence d'Hroard, qui dit
  dans son livre _De l'Institution du Prince_: On peut faire de
  mme, les mettant (les princes) sur les autres livres historiaux
  contenus en la Bible, o ils liront avec plaisir et profit tout
  ensemble, s'gayant par l'histoire et s'instruisant en beaucoup
  de choses qui doivent tre sues par des enfants chrtiens, tels
  que nous les voulons faire.

_Le 19, mercredi._--Il s'amuse  regarder Boileau, qui peignoit le
pre du Roi[432]. Je lui demande: Monsieur, lequel aimez-vous mieux,
ou tudier ou danser?--_J'aime mieux tudier_; il n'aimoit point la
danse de son naturel.

  [432] Antoine de Bourbon, roi de Navarre. Il s'agit sans doute
  d'un portrait aux trois crayons, analogue  celui publi par
  M. Niel dans les _Portraits des personnages franais les plus
  illustres du XVIe sicle_, tome II.

_Le 23, dimanche,  Noisy._--Amus avec de la craie, il crit contre
la porte _Loys_, assez bien, m'appelle pour me le montrer. Men  la
chapelle, puis  onze heures trois-quarts dn. Il entre en mauvaise
humeur, et ne veut point que M. de Verneuil dne avec lui; Mme de
Montglat le y fait dner. Madame, assise au bout de table, fait des
remontrances au Dauphin: _Ha! Jsus! Monsieur, il faut pas faire cela;
on vous reconnotroit pas pour le fils du Roi seulement. Il faut pas
avoir des fantasies; on les balie par le cu, Monsieur, mais on les
balie pas comme la terre; on fait ainsi: Chac, chac. Il faut pas avoir
des humeurs, Monsieur, Mamanga vous fouetteroit_[433]. Il n'osoit dire
mot, l'coutoit sans faire semblant de l'entendre; elle lui dit encore:
_Ha! Monsieur, il faut pas dire cela, il faut pas parler ainsi aux
gouvernantes, cela n'est pas beau, Monsieur_; c'est qu'il disoit  Mme
de Montglat qu'il ne feroit pas ce qu'elle vouloit.--Men par la cour
au jardin des orangers, ramen  six heures.

  [433] Madame est alors ge de prs de cinq ans; Hroard
  reproduit son langage enfantin, qui, on le voit, tait aussi
  grossier quelquefois que celui du Dauphin.

_Le 25, mardi._--Il s'amuse  crire et peindre, m'appelle pour me
montrer son ouvrage, et me le donne en intention de le mettre dans le
registre[434].

  [434] Ce papier est conserv dans le manuscrit d'Hroard. On y
  lit: _Loys, Dauphin, sera bien sage._

_Le 26, mercredi._--Il crit au Roi, lui ayant imprim[435] les
lettres. Comme j'crivois ceci, Monseigneur le Dauphin est mont ici
en ma chambre, m'a fait quitter l'criture pour l'aller promener[436].

  [435] Trac.

  [436] On voit par ce passage qu'Hroard tenait note des actions
  du Dauphin  toutes les heures de la journe.

_Le 27 septembre, jeudi._--A goter on lui sert une tarte aux pommes, 
cause du jour de sa nativit[437]. Men  vpres, aux Cordeliers, pour
our chanter le _Te Deum_  cause du jour de sa naissance, et ayant vu
un cordelier tenant un grand fouet  chasser les chiens, il en a peur,
s'en va dehors sous l'ormoie; on ne le peut ramener.

  [437] Le Dauphin entrait ce jour-l dans sa septime anne.

_Le 1er octobre, lundi,  Noisy._--Men  la noce de la fille du
concierge, il y a dans.

_Le 3, mercredi._--Il est vtu de sa robe  haut collet, robe de satin
gris; c'est la premire qu'il a porte de cette sorte, et on lui a t
sa bavette.

_Le 9, mardi._--A neuf heures et demie parti pour aller  Saint-Cloud
trouver LL. MM., il y a dn; ramen  Noisy  huit heures[438].

  [438] _Voy._ la lettre du Roi  Mme de Montglat, du 8 octobre.
  (_Lettres missives_, VII, 370.)

_Le 14, dimanche._--A neuf heures et demie il part pour aller aux
Cordeliers pour our une premire messe; il en sort, dit que la messe
est trop longue. M. de Bthune arrive, cela ne l'meut point; il est
fouett devant le logis du jardinier, Descluseaux le tenant; il y va
forc.

_Le 15, lundi._--Il s'amuse  voir peindre Boileau, auquel il
faisoit copier en crayon le roi Louis douzime. Men en carrosse 
Villepreux, en la maison de M. le cardinal de Gondi, il s'amuse  des
rgales[439] qu'il y avoit en la chambre. Mme de Montglat lui demande
en revenant quel, de Noisy ou de Villepreux, il aimeroit le mieux; il
rpond: _Villepreux._--Monsieur, pourquoi?--_Pour ce qu'il y a des
orgues._--Monsieur, il y en a aussi aux Cordeliers de Noisy.--_Ho!
j'aime point ceux-l_; il y avoit t fouett.

  [439] Un des plus considrables jeux de l'orgue, qu'on appelle
  autrement _voix humaine_. On fait aussi des pinettes organises,
  qui ne consistent qu'en un jeu de rgale (_Trvoux_).

_Le 19, vendredi,  Noisy._--Le comte de Gatinara, dpch vers le
Roi de la part de M. de Savoie pour la naissance de M. d'Orlans, le
vient saluer, lui disant en avoir commandement de son matre. Il va
en sa chambre, et de son mouvement fait ter de la tapisserie tous
ces crayons en papier qu'il y avoit fait attacher, faits par Boileau;
il commence lui-mme  les ter, reconnoissant qu'ils n'toient pas
bien faits, et par ainsi ne vouloir tre vus par l'ambassadeur: _Je
les veux_, dit-il, _montrer seulement  papa_. A deux heures et
demie l'ambassadeur prend cong de lui.--Men au parc, il va jusques
 la ferme des Essars, maison autrefois appartenante au sieur des
Essars[440], traducteur de l'_Amadis de Gaule_, et qu'il a traduit en
ce lieu.

  [440] Nicolas d'Herberay, sieur des Essars; il vivait sous
  Franois Ier et Henri II; il est aussi traducteur de l'_Histoire
  de Josphe_ sur la guerre des Juifs.

_Le 20, samedi._--Il s'amusoit avec la clef de ses tablettes 
ouvrir celles de Mme de Montglat; il les ouvre, et soudain s'crie:
_H! Mamanga, je m'en vas vous montrer un miracle. La clef de mes
tablettes ouvre les vtres._--A onze heures arriva, conduit par M. de
Bthune, le marquis de Bevilaqua, venu de la part du Grand-Duc vers le
Roi, pour la naissance de M. d'Orlans, et vers le Dauphin pour lui
remettre des lettres du grand-duc, de la grande-duchesse et du prince
de Toscane[441] que l'ambassadeur appelle grand prince en parlant
au Dauphin, lui disant que tous trois se recommandoient  ses bonnes
grces.

  [441] Hroard donne le texte de ces trois lettres; celles du
  grand-duc et du prince de Toscane sont en italien. Voici celle de
  la grande-duchesse (Christine de Lorraine, fille du duc Charles
  III):

    Monseigneur, l'affection avec laquelle je vous reveris et
    cheris a rendu en toute perfection l'estreme contentement
    que j'ay receu que Dieu vous aye accompagn d'un frere,
    parquoy je m'an rejouis avec V. A. come celle qui vous aime
    plus que son fils, et pardoner  mon amour si je suis tent
    presonteueuse comme je ne sede a creature du monde qui soit
    plus votre tres-humble seruante et quand il luy plaira
    m'onorer de ses comandement elle conoittera que persone ne
    m'auansera d'afection et en c'est maime volont j'eleue mes
    afans lesquelles avec leur mere vous baise tres humblement les
    mains, prian Dieu, Monseigneur, vous donn tres longue et tres
    heureuse vie, vous croissant en toutes ses vertus comme desire

    Vostre tres humble et tres obeissante tante et seruante.

    CHREST{NE}, G. D{SE.}

Et au-dessus est crit:

    A Monseigneur,
    Monseigneur Daulphin.

_Le 21, dimanche,  Noisy._--Il voit danser en la salle l'pouse du
fauconnier de M. de Paris[442].

  [442] Henri, cardinal de Gondi, vque de Paris.

_Le 23, mardi._--Men par le haut du parc  Bailly, il voit la maison
de M. Veillard et de M. de Laistre.

_Le 25, jeudi._--veill  une heure aprs minuit par le bruit qui
fut fait pour le feu qui s'toit mis au lit des femmes de chambre qui
couchoient dans la garde-robe, o lors couchoit Mme de Montglat pour
avoir pris mdecine le jour prcdent. Il ne y avoit que la muraille
entre deux de la garde-robe et de la chambre du Dauphin. Sa nourrice,
tout en chemise, le prend et le porte en la chambre de M. d'Orlans,
situe sous la sienne; il fut couch avec sa nourrice, au lit de Mlle
de Ventelet, tout tremblant. Mlle de Vendme y fut porte et couche.
Il renvoyoit au feu tous ceux qui le venoient voir, disant: _Allez
vous-en aider  teindre le feu._--A deux heures mis en carrosse, men
 l'abbaye de Saint-Sixte; got  trois heures, confitures, pain et
biscuit de l'abbesse. Il va en l'glise comme par force, s'en veut
retourner, est ramen  quatre heures  Noisy. M. le marquis de Renel
et moi parlions, dans le carrosse, des voyages o nous nous tions vus
aux armes du temps du feu Roi[443], conduites par feu M. de Joyeuse;
il coute  l'accoutume, attentivement, sans dire mot; Mme de Montglat
lui demande: Monsieur, vous ne dites mot; oyez-vous bien tout ce
qu'ils disent? Il rpond froidement: _J'y songe_.

  [443] Henri III.

_Le 26 octobre, vendredi,  Noisy._--A neuf heures djeun; il fait
parfumer par o avoit pass Le Borgne, son portefaix, l'ayant fait
mettre hors de la chambre, et disant qu'il puoit, en bouchant son
nez. C'toit d'autant que Le Borgne l'appeloit _boutefeu_, disant
qu'il avoit mis le feu en la maison de M. de Paris. A neuf heures
trois-quarts men  la chapelle o le sieur de La Vigne, archer
harquebusier aux gardes du Roi, rpondit  la messe, tenant sa
harquebuse, ayant sur le poing le haubereau chaperonn de velours vert
qui toit  Monseigneur le Dauphin. Men promener au bout de l'ormoie,
sur la haie du grand chemin, il regarde passer les poulaillers qui vont
 Paris, venant de Normandie, leur demande d'o ils sont, ce qu'ils
portent.

_Le 28, dimanche._--Il fait parfumer de fume de genivre par o Le
Borgne, portefaix, avoit pass portant le bois dans sa chambre, pource
qu'il disoit qu'il puoit; mais c'toit de haine pource que Le Borgne
lui faisoit la guerre, l'appelant brleur de maisons et qu'il avoit mis
le feu en la maison de M. de Paris.--Louise Joron, l'une de ses femmes
de chambre, a t accorde dans sa chambre; il a sign les articles
aprs la trace qui lui en a t faite; 'a t son premier seing
valable. Il va en la chapelle, aux fianailles.

_Le 29, lundi._--Il s'amuse  regarder attentivement Boileau, auquel il
faisoit tirer en crayon une copie de Bertrand du Guesclin. A dix heures
viennent M. de Lussan, gouverneur de Blaye, conduisant MM. du Bernay
et de Guilleraigues, conseillers en la cour de parlement de Bordeaux,
dputs vers le Roi, qui l'assurrent de leur trs-humble service. Les
ayant couts attentivement, et les ayant remercis, il dit: _Allons
voir ma soeur_, se met devant et les y mne. S'en tant partis, Mme de
Montglat lui dit: Allons voir la marie, si elle est habille.--_Non,
j'y veux pas aller parce qu'on se moqueroit de moi._ Il n'aimait point
 tre raill ni moqu. Il regarde danser, ne veut point danser; rien
ne le y peut persuader jusques  ce que Mme de Montglat lui dit: Bien
donc, Monsieur, allons tudier. Il part tout soudain de la main, et
se jette  corps perdu au branle, entre Madame et Mlle de Vendme, et
en fit plus que l'on ne vouloit. Il gote  la collation de la marie.
Aprs souper il danse encore, surtout _la Saint-Jean des choux_.

_Le 30, mardi._--Il s'amuse  peindre gaiement en la prsence de M. de
Souvr[444]. A cinq heures il descend chez Mlle de Vendme, dit qu'il
veut coucher avec elle, envoie querir ses flambeaux, sa cassette, son
cabinet, sa chaise perce.

  [444] Ce dessin est conserv dans le manuscrit de la Bibliothque
  impriale.

_Le 2 novembre, vendredi,  Noisy._--M. de Saint-Remi, conseiller au
Parlement, toit  son coucher et disoit  Mme de Montglat qu'il avoit
dmari Mme la comtesse de Moret[445]. Monseigneur le Dauphin l'entend,
et demande pourquoi? Gurin[446] lui rpond: Pource qu'on lui avoit
nou l'aiguillette.--_Non, c'est pas cela; c'est parce qu'il est
chtr._

  [445] Jacqueline de Bueil avait t marie pour la forme 
  Philippe de Harlay, comte de Csi, mais de manire  ce qu'il ne
  ft son mari que de nom. Aussitt aprs la naissance du comte
  de Moret, on s'occupa des formalits ncessaires pour casser ce
  mariage. Elle pousa, en 1617, Ren du Bec, marquis de Vardes.

  [446] Hroard tait parti pour Vaugrigneuse le 31 octobre, et en
  son absence Gurin continuait le Journal.

_Le 6, mardi._--Il va en la chambre de Joron[447], soeur de sa
nourrice, pour la fouetter ainsi que son mari, puis M. Boquet, mari de
sa nourrice.

  [447] La nouvelle marie.

_Le 7, samedi._--Il me commande[448] de lui tracer des mots en latin
pour les remplir avec la plume. Dans, record un ballet.--Madame
parloit de l'enfant dont la Reine toit grosse; Mlle Piolant lui
demanda si ce seroit un fils ou une fille, le Dauphin rpond
promptement: _Non, ma soeur; il y a assez de garons_.

  [448] Hroard tait de retour depuis le jour prcdent.

_Le 18, dimanche,  Noisy._--A onze heures et demie M. de
Fresnes-Canaye, revenant de Venise, ambassadeur pour le Roi, arrive; il
l'coute attentivement; il lui faisoit entendre les bonnes volonts des
Vnitiens et autres grands d'Italie, l'intrt qu'il avoit au duch de
Milan, qui appartenoit au Roi, qu'il le lui falloit demander quand il
seroit grand pour en aller chasser les Espagnols.--M. du Tost lui avoit
apport un leurre[449]; il leurre son haubereau, puis se met  courir,
dit qu'il vient de Paris, qu'en chemin il avoit pris un coq d'Inde;
c'toit le leurre de maroquin incarnat, avec des rubans bleus.--A neuf
heures dvtu, mis au lit, M. Dupr, exempt aux gardes, lui demande
le mot; il le lui refuse: _Je veux attendre que tous les lits soient
faits, car vous fermeriez la porte_. Il avoit soin des garons de la
chambre qui dressoient les lits des veilleuses, afin qu'ils ne fussent
point enferms dans le chteau, eux qui couchoient dehors. Les lits
tant dresss, il le donne.

  [449] Morceau de cuir faonn en forme d'oiseau, dont les
  fauconniers se servaient pour attirer et rappeler les oiseaux.

_Le 19, lundi._--Il monte aux chambres de la marie, de sa nourrice et
de celle de Madame pour les fouetter tant couches avec leurs maris.

_Le 20, mardi._--Mme de Montglat lui dit qu'il faut tudier, il cache
son livre dans son chapeau; elle l'aperoit, et lui demande: Monsieur,
o est votre livre?--_La petite du Lux l'a emport._--Voyons votre
chapeau; il est fouett sur le sujet du mensonge[450], et dit 
Descluseaux: _Ne dites pas au corps de garde que j'ai eu le fouet._

  [450] Mme de Montglat suivait les ordres du Roi, qui lui crivait
  le 14 novembre: Je me plains de vous de ce que vous ne m'avez
  pas mand que vous aviez fouett mon fils, car je veux et vous
  commande de le fouetter toutes les fois qu'il fera l'opinitre
  ou quelque chose de mal, sachant bien par moi-mme qu'il n'y a
  rien au monde qui lui fasse plus de profit que cela; ce que je
  reconnois par exprience m'avoir profit, car tant de son ge
  j'ai t fort fouett. C'est pourquoi je veux que vous le fassiez
  et que vous lui fassiez entendre. (_Lettres missives_, VII, 385.)

_Le 22, jeudi,  Noisy._--Il dit ses quatrains et sentences, demande 
tudier, en dit plus qu'on ne veut; il appelle les mots entiers sans
faillir. M. l'vque de Paris et M. de Dampierre, son frre[451], le
viennent voir.--Il crit sans trace ni aide: Papa et maman je vous
aime bien, j'ai grande envie de vous voir.--LOYS.

  [451] Le cardinal de Gondi et Philippe-Emmanuel de Gondi,
  seigneur de Dampierre, pre du cardinal de Retz.

_Le 23, vendredi._--L'on parloit du dgt que les soldats avoient fait
sur les noisettes au jardin de son logis  Meudon, lorsqu'il alloit 
Fontainebleau pour son baptme[452]; le Dauphin dit: _C'toit l o ces
mchants cadets me drobarent des noisettes que j'avois fait serrer_;
il toit vrai. Il s'amuse  cueillir des herbes pour faire un potage,
et se met  faire son potage, de peur d'tudier.

  [452] Le 14 septembre 1606.

_Le 24, samedi._--Madame contoit qu'elle iroit demeurer en Angleterre;
il lui dit: _Ma soeur, je vous irai voir; papa me y envoyera._ Mlle
Piolant lui va dire: Vous y viendrez quelquefois, puis aprs 
la drobe, Monsieur.--_Ho! non, quand je serois revenu, papa me
donneroit le fouet; je ne veux aller en aucune part que papa ne me le
commande._

_Le 25, dimanche._--Il danse un ballet, fort bien habill en homme,
d'un pourpoint et d'une chausse grgue de toile de Hollande par-dessus
sa cotte; il mne danser une courante  Madame Christienne. Mlle
Piolant arrive comme il eut tout fait. _Ma mie Piolant_, lui dit-il,
_m'avez-vous vu danser mon ballet?_--Non, Monsieur.--_Qu'on me
rapporte mon masque, je veux danser mon ballet devant ma mie Piolant_;
il se fait masquer et danse.

_Le 26 novembre, lundi._--Il crit une lettre au Roi sans que l'on lui
ait marqu, on ne lui a fait que nommer[453]:

    Papa, ce mot est pour vous montrer que j'cris sans marquer et
    que je ne suis plus opinitre. Je suis, papa, votre trs-humble
    et tres-obissant fils.

    LOYS.

  [453] Dicter.

_Le 29, jeudi,  Noisy._--Il va en la grande salle, o il voit danser
le ballet des Lanterniers, fait par des soldats de la compagnie, puis
danse aux branles.

_Le 3 dcembre, lundi._--A une heure et un quart il part de Noisy pour
Saint-Germain[454], dans le carrosse de M. Gobelin, prsident des
Comptes, que l'on avoit envoy querir de Paris avec d'autres et trois
litires. Ds qu'il aperoit Saint-Germain: _H! vel Saint-Germain!
h! Saint-Germain mon mignon! h! je t'appellerai tant que tu
viendras!_ A trois heures il arrive  Saint-Germain.

  [454] _Voy._ la lettre du Roi  Mme de Montglat, du 30 novembre.
  (_Lettres missives_, VII, 396.)

_Le 4, mardi,  Saint-Germain._--Il a envie d'avoir un petit pot de
chambre d'argent de Mlle de Vendme; lui dit: _Soeu-soeu Dme, si vous
me voulez donner votre petit pot de chambre d'agent, je vous donnerai
ma salire._ Elle lui rpond: Bien, Monsieur, je vous baillerai
ce qu'il vous plaira.--_Je vous donnerai encore cela_; c'toient
des balances.--Monsieur, vous les aimez bien, vous vous en jouez
quelquefois.--_Oui, je les aime bien._--Monsieur, je n'en veux donc
point, s'il vous plat.--_Prenez donc la salire._--Bien donc,
puisqu'il vous plat, je la prendrai. Le Dauphin se retournant vers
Mlle d'Agre, qui toit gouvernante de Mlle de Vendme, lui demande:
_D'Agre, est-ce assez?_--Oui, Monsieur, c'est assez.--_Ho! non,
non; soeu-soeu, prenez ce que vous voudrez._ L'on lui dit que M. de
Verneuil se nommeroit Henri[455]; il rpond: _Je veux pas, moi; je le
nommerai pas Henri, c'est le nom de papa, il seroit pus que moi, et je
m'appelle Loys._ Il est longtemps sur cette opinion, on l'en divertit,
et surtout lui ayant dit que le Roi le vouloit ainsi. Mis au lit, Mme
de Montglat me dit que Monseigneur le Dauphin vouloit bien nommer Henri
M. de Verneuil; je prends occasion de lui dire que son nom toit bien
plus beau et lui parler du roi saint Louis, de sa pit, de son quit,
et comme il avoit fait la guerre aux Turcs, comme il faisoit percer la
langue aux blasphmateurs avec un fer chaud, et mort en gypte, faisant
la guerre aux Turcs, et puis mont au ciel, o il toit saint; il
coutoit avec attention.

  [455] A son baptme. _Voy._ plus bas, au 9 dcembre.

_Le 7, vendredi,  Saint-Germain._--Men  la chapelle, puis par le
pont au btiment neuf, pour y attendre le Roi, qui arriva  onze heures
et demie; au bout de l'escalier, en haut de la dernire marche, il lui
saute au col. A midi dn avec le Roi; le Roi va  la chasse. A trois
heures il entre au carrosse du Roi, et va jusques auprs de la Muette
au devant du Roi; le Roi, entre en carrosse, et le ramne. A neuf
heures il va chez le Roi, o il danse son ballet  la chambre de la
Reine, fort bien; le Roi en demeure fort content. La remueuse portoit
M. d'Orlans, et Madame Christienne toit porte par sa nourrice; elles
s'toient mises au branle. Aprs avoir fait deux tours le Dauphin dit
 Mme de Montglat: _Mamanga, vel un grand plaisir! faire danser des
enfants avec nous! qu'on les te!_ Le Roi les fit ter.

_Le 8, samedi._--Men au btiment neuf, il y entend la messe avec le
Roi; dn avec le Roi; il accompagne le Roi, qui s'en va  Paris  une
heure; ramen en sa chambre au vieux chteau.

_Le 9, dimanche._--A trois heures et demie men  la chapelle pour
tenir  baptme, avec Madame, M. et Mlle de Verneuil; le Dauphin est
accompagn de M. de Vendme, de M. le Chevalier, son frre, de M. le
duc de Montbazon, de M. de Frontenac, premier matre d'htel du Roi,
de MM. de Lansac et de Courtenvaux, portant les honneurs. Ils furent
baptiss par messire Henri de Gondi, vque de Paris; M. de Verneuil
fut nomm Henri, et Mlle sa soeur fut nomme Gabrielle. Il va souper
en la salle du Roi, au festin que le Roi avoit command qui se ft; il
voit le bal, o il n'y avoit qu'un violon; c'toit Boileau.

_Le 10, lundi,  Saint-Germain._--M. le cardinal Duperron, revenant de
Rome, lui sert de grand aumnier; ce fut la premire fois.--Amus en sa
chambre  divers jeux,  _sainte Catherine o l'on trane_; c'toient
MM. de Lansac, de Courtenvaux, de Cressy, de Montglat. A neuf heures
et un quart dvtu, mis au lit, il s'amuse  railler,  faire des
rencontres sur les noms des uns et des autres, fait celle-ci: _Lansac,
c'est un sac; Courtenvaux, c'est un veau, qu'on mettra dans ce sac._

_Le 11, mardi._--Il va en l'antichambre de la Reine y recorder son
ballet des Lanterniers, le danse fort bien; il ne y avoit que trois
jours qu'il l'apprenoit.

_Le 13, jeudi._--A quatre heures et demie l'on lui dit que le Roi
arrivoit; le voil tout transport de joie; le Roi arrive, il le va
saluer en son cabinet;  sept heures et demie soup avec le Roi.

_Le 14, vendredi._--Le Roi arrive en sa chambre, le mne chez M.
d'Orlans, puis en sa chambre, o il a dn de la viande du Roi. A
trois heures le Roi le mne  la chasse en Vsinet. A sept heures
et demie soup avec le Roi. Ramen en sa chambre, M. de Csi,
qui avoit pous Mme la comtesse de Moret, puis t dmari, lui
donnoit le bonsoir; il ne le connoissoit pas. Mme de Montglat lui
dit que c'toit M. de Csi, et qu'il lui donnt le bonsoir; il le
fait: _Bonsoir, Csi. Mamanga, qui est stil?_--Monsieur, c'est
M. de Csi.--_A qui est-il?_--Monsieur, il est au Roi.--_De
quoi lui sert-il!_--Monsieur, il le suit quand il va quelque
part.--_Chemine-t-il, va-t-il  pied?_--Monsieur, il va  cheval
et  pied. Et adressant la parole  moi, elle me dit qu'il en avoit
eu de bon argent et touch trente mille cus. Le Dauphin reprend:
_Pourquoi?_--Monsieur, c'est qu'il toit prisonnier.--_O?_--A
Paris.--_Avec des cordes?_--Non, Monsieur, mais il y avoit t mis
pour avoir t opinitre, et le Roi l'a fait dlivrer. Le Dauphin
ayant un peu song dit: _Voudroit-il bien tre encore prisonnier pour
avoir de l'argent?_

_Le 15, samedi,  Saint-Germain._--A neuf heures djen; le Roi arrive
en sa chambre, le mne  la messe, puis,  dix heures et un quart, dn
avec le Roi. Ramen en sa chambre, il va recorder son ballet. J'envoie
querir de l'oignon pil; c'toit pour M. d'Orlans, qu'un clat de feu
avoit brl un peu au dedans de la cuisse. Il demande ce que c'est; je
lui dis que c'toit Mercier qui s'toit brl le doigt, il rpond: _Il
ne faut que y mettre un empltre de diapalma. Voyez_, dit-il  M. de
la Massoire, lui montrant le doigt, _je m'tois l'autre jour brl le
doigt, je fis qu'y mette du diapalma, je fus guri tout incontinent.
Demandez  mousseu Hroua. Je me coupis l'autre jour dans le jardin;
j'y mis de la terre, je fus incontinent guri._ A quatre heures
trois-quarts il va chez le Roi, qui se mettoit au lit, revenant de la
chasse.

_Le 16, dimanche._--A huit heures il va chez le Roi, lui donne sa
chemise; men par le Roi au btiment neuf; il va  pied, encore qu'il
plt un peu, entend la messe avec le Roi, puis  dix heures et un
quart dn. A onze heures le Roi s'en retourne  Paris, et lui au
vieux chteau,  pied; il ne voulut jamais tre port, nonobstant les
crottes, la pluie et le vent. Il monte en ma chambre, demande  voir
les livres des oiseaux et des quadrupdes de Gesner, puis Vitruve,
qu'il n'avoit point vu, il y avoit deux ans.

_Le 17, lundi,  Saint-Germain._--M. le cardinal de Joyeuse, revenant
de Gaillon  Paris, le vient voir. Il recorde son ballet des
Lanterniers, y va fort bien, guid seulement par l'oreille, car il ne
savoit point faire des pas.

_Le 24, lundi._--Il se fait mettre un bonnet de nuit  faon d'homme,
pour en aller voir Madame; c'est le premier qu'il a port de cette
faon. A onze heures et demie dn; il va en sa chambre. Il songeoit
en regardant le feu; sa nourrice lui demande: Monsieur,  quoi
songez-vous?--_Je songe  quoi je me jouerai._ Amus  divers jeux.

_Le 26, mercredi._--Il demande  crire: _Je veux_, dit-il, _crire un
petit livre que je veux faire imprimer, pour envoyer  papa pour ses
trennes_; il se met  crire, et se fait entretenir de l'Infante.

_Le 30, dimanche._--A deux heures et demie il monte en ma chambre, me
demande ce que j'crivois; je lui dis que c'toit  M. de Bthune:
_quivez, quivez_, dit-il, et ne me vouloit point dtourner. Il
s'amuse auprs du feu, puis,  trois heures, me dit: _Adieu mousseu
Hrouard, je m'en vas faire collation._--Monsieur, vous plat-il
me faire l'honneur de me permettre que j'achve d'crire  M. de
Bthune?--_Oui._--Monsieur, me voulez-vous commander de lui crire
quelque chose de votre part? Il s'en vient  moi, et me dit tout bas
 l'oreille: _Mandez-li que je me recommande  li, et qu'il vous mande
ce qu'il m'apportera pour mes trennes; mais ne dites mot._ Il va en la
chambre de M. de Verneuil pour y recorder son ballet. A six heures et
un quart soup; comme il eut achev de manger ses ris de veau, il dit 
M. de Ventelet, lui baillant la vaisselle: _Tenez, donnez le reste  ma
soeur_; laquelle rpond gaiement: _Aussi vrai, j'en avois bien envie;
j'en eusse bien mang, mais je n'ai os en demander  Mousseu._

_Le 31, lundi._--Le matin il se fchoit de ce qu'on lui avoit  son gr
fait les cheveux trop courts: _H! Mamanga, je semble un moine_. Il
crit une lettre au Roi:

    Papa, j'ai apprins que l'enfant sage rjouit le pre, c'est
    pourquoi je ferai tout ce que je pourrai pour vous donner ce
    contentement, d'autant que je suis, papa, Votre trs-humble et
    trs-obissant fils et serviteur.

    LOYS.

Il monte en ma chambre, me demande le livre des btiments, c'toit
Vitruve; il se y plaisoit fort. Il le feuillette tout, demandant la
raison de chacune des figures. Il a de l'impatience que le jour soit
venu pour avoir des trennes, veut que Mme de Vitry couche avec Mme de
Montglat, afin qu'elle lui donne ses trennes  minuit.




ANNE 1608.

  Conversation sur le Roi et sur les charges de la maison du
  Dauphin.--Mariage projet du duc d'Orlans.--Accouchement de
  Mme des Essars; mot du Dauphin.--Portraits des grands-pres du
  Dauphin.--Froid excessif.--La volire du Dauphin.--Catchisme
  du P. Coton.--Conversation sur l'Infante; jeux avec les petites
  filles.--M. d'Albigny.--Jeux et langage singuliers.--Pain
  fait avec du bl avari.--Prsent de la reine Marguerite.--Le
  ballet des Falots.--Envoi du Dauphin  l'infante d'Espagne.--Le
  porte-panier.--Dpart de Saint-Germain.--Sjour au
  Louvre.--Visites  la reine Marguerite, au Palais de Justice,
   l'Arsenal.--Dpart pour Fontainebleau.--Le tableau de la
  belle Agns.--Aversion pour M. de Moret.--Figure de Henri IV en
  poterie.--Amiti du Dauphin pour Hroard.--Le chien et le singe
  du Roi.--Crmonies des Rameaux et de la Cne.--Le P. Ange de
  Joyeuse.--Le fou-pote de M. de Roquelaure.--MM. de Mortemart
  et de la Trmoille.--Naissance du duc d'Anjou.--Mot du Roi au
  Dauphin.--Lettre du Dauphin au Roi.--Collation de poterie.--Un
  joujou de Nuremberg.--Mmes de Montpezat et du Peschier.--M. de
  Vic et sa jambe de bois.--Les diffrentes races des enfants
  du Roi.--Got pour la chasse et les chiens.--Le Dauphin
  quitte l'habillement d'enfant.--Contes sur l'Infante.--Le
  premier laquais du Dauphin.--Ses exercices militaires; il
  aime l'odeur de la poudre.--Le sauteur Colas.--Un chien
  cocu.--Mariage de M. de Vendme et de Mlle de Mercoeur.--Mot du
  Roi sur M. de Guise.--Premier bain.--Jalousie du Dauphin.--Le
  docteur de la Palestine.--clipse de soleil.--Le prince de
  Mantoue.--Premire leon d'quitation.--Devise latine signe
  _Louis_.--Les peintures de Frminet et de Franco.--Lettre 
  la grande-duchesse de Toscane.--Superstition d'Hroard.--Le
  tireur d'pines.--Dpart de Fontainebleau.--Passage
   Melun et  Chaillot.--La comtesse de Guiche et la
  reine Marguerite.--Le partisan Montauban.--Collation 
  Ruel.--Arrive  Saint-Germain.--Le Dauphin entre dans sa
  huitime anne.--Le duc de Mantoue.--Visite  l'abbaye de
  Poissy.--Lettre au Roi.--La comtesse de Mansfeld.--Le Dauphin a
  la rougeole.--Portrait de Jeanne de Naples.--_L'Hippostologie_
  d'Hroard.--Chasse avec le Roi.--Sensibilit de Henri IV.--La
  vaisselle d'argent du Dauphin.--Mot sur le marchal de Biron.


_Le 1er janvier, mardi,  Saint-Germain._--veill  sept heures, il
se fait lever pour recevoir ses trennes. Il crit  la Reine une
lettre o il ne voulut jamais crire ce mot: _bien_; il vouloit crire:
_bian_, disant que c'toit mieux dit, et se y opinitre de telle sorte
qu'il lui fallut dresser une autre lettre o ce mot ne ft point.

_Le 5, samedi._--Il tenoit une peinture du Roi sur du papier,
o toient les nom, surnom et qualits; il les lisoit. M. de
Ventelet lui demande: Monsieur, quand vous serez un jour le Roi,
comment mettrez-vous? Il rpond brusquement: _Ne parlons point de
cela!_--Mais, Monsieur, vous le serez, s'il plat  Dieu, un jour
aprs papa.--_Ne parlons point de cela!_--Monsieur, c'est que
vous voulez dire qu'il faut prier Dieu qu'il donne longue vie 
papa?--_Oui, c'est cela._ En dnant il demanda si pour son souper
il ne y auroit pas un gteau pour faire les rois; M. de Ventelet
lui dit que oui, et qu'il seroit le roi; _Ho! non_, dit-il, _c'est
papa_.--Monsieur, j'entends le roi de la fve, ce n'est que pour
jouer; et l-dessus je lui dis: Monsieur, il faudra s'il vous plat
des charges  tous vos serviteurs; que donnerez-vous  M. Birat?--_Ce
sera le fou._--Et  M. de Ventelet?--_Ce sera le bon vieux
homme._--Et  moi, Monsieur?--_Vous serez l'imprimeur._ M. Boquet,
mari de sa nourrice, lui demande une charge.--_Vous serez matre
Guillaume_, c'toit le fou du Roi[456]. Je poursuis  lui demander:
Et  M. de Malleville que lui donnerez-vous? (il toit exempt
aux gardes cossoises servant prs de lui).--_Ce sera Pantalon_; il
avoit la barbe assez grande.--Et M. de la Pointe? (archer du corps,
qui toit gros).--_Ce sera le gros ventre._--Et M. d'Origny? (son
compagnon).--_Ce sera le cuisinier_: il toit un peu malpropre.--Et
matre Jean? (son sommelier).--_Ce sera l'ivre._--Et matre Gilles?
(son pannetier).--_Il sera confiturier._--Et votre huissier de
salle? (il faisoit des vers).--_Ff Vaneuil a un petit chien, qui
s'appelle Joly; quand ils seront ensemble ils feront des vers, et Joly
les fera par le cul._--Et de Vienne? (c'toit son cuisinier).--_Ce
sera Sibilot_: c'toit le fol du feu Roi.--Et Champagne? (garon de
garde-robe).--_Ce sera mon verseur de mede._--Et M. Gurin? (son
apothicaire).--_Ce sera Frely_: c'toit le nom que ledit Gurin avoit
donn  l'un des chiens.--Et M. de Cressy? (enseigne de la compagnie,
qui toit fort grand).--_Ce sera le petit Marin_: c'toit le nain de
la Reine.--Et M. Aude? (huissier de chambre de Madame, qu'il voyoit
souvent envelopp au visage).--_Ce sera l'enrhum._ M. Boquet, qui
n'toit pas content d'tre matre Guillaume, le pressoit pour lui en
donner un autre; M. Birat entre en la chambre, M. Boquet lui dit:
Monsieur, voil M. Birat, quelle charge lui donnerez-vous?--_Ce sera
matre Guillaume._--Et moi, Monsieur, lui dit Boquet, que serai-je
maintenant que je ne suis plus matre Guillaume?--_Vous serez matre
Guillaume Dubois, le pote de mousseu de Roquelaure_ (c'toit un fol
qui avoit t maon et se faisoit croire qu'il faisoit bien des vers);
_mousseu Hroua, il me venoit voir souvent  Fontainebleau, sur la
terrasse de ma chambre; il me montroit des vers, qui toient si mal
faits, si mal faits_, me dit-il avec action comme s'il se y ft connu
et en souriant.--Et  M. de Bernet? (porteur de M. d'Orlans).--_Ce
sera le nouveau tondu_: il avoit ses cheveux et sa barbe faits de
nouveau.--Et Bourgeois? (l'un des huissiers de sa chambre, qui toit
vtu de noir, portant le deuil).--_Ce sera la corneille._--Et
Montalier? (valet de garde-robe, portant le deuil).--_Ce sera le
corbeau._--A six heures et un quart, soup, il fait les Rois; il est le
roi. Jamais il ne voulut permettre que l'on crit: le Roi boit!

  [456] Sur ce fou de Henri IV, on lit dans le _Perroniana_:
  Matre Guillaume toit ennemi mortel des pages et des laquais,
  et portoit toujours sous sa robe un bton court, qu'il appeloit
  son oysel, et en frappant crioit toujours le premier au meurtre.
  Il disoit qu'en mme temps que Dieu faisoit les anges, le
  diable faisoit les pages et les laquais. Il vit en Normandie le
  pourvoyeur de M. le cardinal de Bourbon qui menoit toujours o
  alloit son matre une troupe de moutons pour la provision, et
  celui qui les menoit toit mont  cheval; matre Guillaume,
  qui le vit passer, dit: Voil le grand moutontier de Cholcos,
  qui garde les moutons  cheval. Quand matre Guillaume vouloit
  dire ruiner, il disoit rformer,  cause qu'au commencement des
  troubles ceux de la Religion pillrent Louviers, d'o il toit,
  et eux s'appeloient Rforms. M. le comte de Soissons lui dit un
  jour: Il faut que tu ailles devant une compagnie de dames (qui
  toient au Louvre) et que devant elles tu montres ton cul, et que
  tu le remues; mais garde-toi bien de dire que c'est moi qui t'ai
  appris cela, car tu auras des coups de bton; mais dis ainsi:
  C'est ma mre qui me l'a appris (entendant parler de la mre de
  matre Guillaume). Matre Guillaume ne manqua pas de venir en
  cette compagnie, o le comte se trouva exprs, et o aussi toit
  sa mre; aussitt le bouffon commena  faire les gestes que lui
  avoit appris le comte de Soissons. Ces dames se mirent  crier et
   le vouloir chasser de la salle; on lui demanda: Qui t'a appris
  celle vilenie-l?--C'est le comte de Soissons, dit-il. Le comte,
  qui toit l, lui fit signe qu'il le battroit; aussitt il se
  reprit: Non, ce n'est pas le comte de Soissons, mais c'est sa
  mre qui lui a appris.

  Je le rendis une fois bien muet devant le feu Roi, et il se
  trouva pris sans pouvoir rpliquer. Il disoit au Roi qu'il avoit
  t dans l'arche de No avec sa femme et ses enfants; l-dessus
  je lui dis: Venez , matre Guillaume; il n'y avoit dans
  l'arche que huit personnes, No, sa femme, ses trois enfants et
  les femmes de ses trois enfants: Vous n'tiez pas No?--Non,
  dit-il.--Vous n'tiez pas sa femme?--Non.--Vous n'tiez pas
  de ses enfants?--Non.--Vous n'tiez pas une des femmes de ses
  fils?--Non.--Vous tiez donc une bte, car il n'y avoit que
  ces personnes-l, tout le reste toit des btes. Il se trouva
  bien empch, et ne sut que rpondre; le Roi le lui reprochoit
  souvent....

  Il s'appeloit Guillaume le Marchand et s'appeloit Cavalier
  des chiffres; il disoit qu'il toit descendu aux enfers, et
  que l il combattit Pythagoras. Toute sa science toit tire
  du livre des Quenouilles, qu'il avoit merveilleusement bien
  tudi; il avoit aussi vu tout plein de tapisseries, et il lui
  en toit demeur force visions; il avoir t aussi souventes
  fois aux sermons; il n'y avoit pas moyen de le faire obliger
  ni rpondre pour personne. Les bouffons plaisants donnent de
  merveilleux contentements, mais ils sont dangereux quelquefois.
  Matre Guillaume avoit de certaines visions admirables quand on
  l'interrogeoit: Qui toit cettui-ci, cettui-l, et de certains
  mots propres, qui lui toient naturels, et  lui seulement.

_Le 7, lundi._--Il se fait asseoir et donner un chiquier, pour jouer
aux checs contre Louise, fille de sa nourrice, prie M. de Ventelet de
lui apprendre comme il faut jouer, le dsire, y prend plaisir, y a de
la patience.

_Le 8, mardi._--Il s'amuse  peindre et  crire[457]. Un peu
devant son coucher Mme de Vitry lui dit que l'on marioit M.
d'Orlans; il demande: _Mais est-il vrai?_--Oui, Monsieur,  Mlle
de Montpensier[458].--_Quel ge a-t-elle?_--Dix-huit mois.--_Qui
vous l'a dit?_--C'est La Concie, qui est  M. de Bthune.--_Mais
le sait-il bien?_--Il dit que oui.--_Papa le veut-il bien?_--Il dit
que oui. Monsieur, seriez-vous bien aise qu'il ft mari devant
vous?--_Comment, avant moi?_--C'est--dire premier que vous.--_Non,
je veux point tre mari._--Que ferez-vous donc?--_Quand je serai
grand, je veux aller toujours  la guerre._

  [457] Ces griffonnages sont conservs dans le manuscrit d'Hroard.

  [458] Marie de Bourbon, fille de Henri de Bourbon, duc de
  Montpensier, ne au chteau de Gaillon, le 15 octobre 1605,
  avait alors prs de deux ans; elle fut marie en 1626  Gaston,
  duc d'Orlans, troisime fils de Henri IV, n le 25 avril 1608;
  le duc d'Orlans, deuxime fils du Roi, tait mort en 1611. On
  voit que ces mariages, projets ds l'enfance des princes, se
  ralisaient quelquefois.

_Le 11, vendredi._--M. de Frontenac l'entretenoit de Mme des Essars:
Monsieur, la connoissez-vous?--_Oui, je la connois bien_, dit-il
en souriant.--O l'avez-vous vue?--_Je l'ai vue  Fontainebleau,
 la chambre de Mamanga._--Monsieur, qui la menoit?--_Je sais
pas_, dit-il en souriant, car il le savoit bien et jamais ne
voulut nommer. M. de Frontenac lui demande  l'oreille si ce
n'toit pas M. de la Varenne?--_Oui_ (il toit vrai).--Monsieur,
elle est accouche d'une fille[459], vous avez l une autre
soeu-soeu.--_Non._--Pourquoi?--_Elle n'a pas t dans le ventre 
maman._--Papa la fera porter ici pour la faire baptiser, et veut que
vous soyez le compre.--_Qui? papa?_--Oui, Monsieur.--_Comment la
portera-t-on?_--L'on empruntera une litire pour la porter.--_Ah!
oui, car si c'toit la litire  maman_, dit-il en hochant la tte et
souriant, _je monterois sur les mulets, je les ferois tant courir,
tant courir, que tout iroit par terre_. M. Birat lui dit tout bas:
Monsieur, c'est une femme que le Roi aime bien.--_C'est une putaine,
si je l'aime point._ Il s'amuse  ses canons, puis  une cassolette
d'argent, dont il se joue. Madame lui dit: Monsieur, il y faut mettre
de l'eau rose et de la pastille.--_Non, ma soeur, je veux pas, Mamanga
le veut pas._ Elle le lui avoit dit, le matin, et qu'il n'y avoit point
de meilleure cassolette que la senteur du genivre.

  [459] Jeanne-Baptiste de Bourbon, fille de Henri IV et de
  Charlotte des Essars, fut lgitime par lettres du Roi, donnes
  au mois de mars 1608, et mourut abbesse de Fontevrault, en 1670.

_Le 12, samedi._--M. de Frontenac prend cong de lui; il le prie de
dire au Roi qu'il lui envoie un de ses portraits et  la Reine aussi.
Il se va s'amuser aux portraits qu'il avoit  ct du chevet de son
lit, attachs contre la tapisserie; celui du Roi son grand-pre[460]
y toit: _Comment s'appelle-t'y?_--Monsieur, il s'appeloit
Antoine.--_Je suis donc bien marri que je n'aie nom Antoine._

  [460] _Voy._ au 19 septembre 1607.

_Le 16, mercredi,  Saint-Germain._--Il fait copier le portrait du pre
de la Reine[461] par Boileau, ne peut partir d'auprs de lui, tant il
est pre  la peinture, n'en veut point aller  la messe. A midi dn;
amus doucement jusques  trois heures, spcialement  crayonner avec
du charbon, imite fort bien, me dit: _Voyez, mousseu Hroua, je l'ai
fait sans voir_ (sans regarder l'original), _je l'avois en mon esprit_;
c'toit un oiseau de la Chine; je lui dis qu'il toit fort bien, mais
qu'il y falloit encore la crte.--_La crte?_ et, regardant l'original:
_Oui, mais je ne l'avois pas encore en mon esprit; je l'y veux mettre,
puis je la peindrai._ Arrive un gentilhomme de la part de M. et de Mme
de Montpensier pour le saluer et voir M. d'Orlans de leur part, comme
leur gendre, le contrat ayant t pass de son mariage avec Mlle leur
fille le lundi prcdent.

  [461] Franois-Marie de Mdicis, 1er du nom, grand-duc de Toscane.

_Le 17, jeudi_.--Il envoie querir la grande horloge, o toit le cours
de la lune, la fait monter, y prend plaisir. Il joue son ballet
des Lanternes, et le fait danser  Gramont et  Louise, fille de sa
nourrice, fait venir son violon et son joueur de luth, chante et fait
la musique avec eux. Mme de Saint-Georges prie Bompar, page du Dauphin,
d'aller chez M. d'Orlans querir sa besogne; il l'entend, le rappelle.
Bompar ne revient point: _Vous aurez le fouet, Bompar; Bompar aura le
fouet._ Il chante cela entre ses dents. Mme de Montglat l'en tance, et
lui demande pourquoi il ne veut pas que Mme de Saint-Georges, qui est
sa fille, prie son page de faire quelque chose pour elle; il rpond:
_Parce qu'elle ne veut pas que son petit laquais fasse rien pour moi._
(C'toit une bourde.) Mme de Montglat tenoit assis sur son giron le
Dauphin, marmonnant: _Bompar aura le fouet; un page qui s'appelle Par,
qui a des jarretires rouges et des chausses bleues, aura le fouet_;
sur ces entrefaites le page entre. Le Dauphin part sans dire mot, et
lui va lancer un grand coup de pied sans le toucher; Mme de Montglat
lui dit: Eh bien, Monsieur, vous n'avez pas fait ce que je vous ai
dit; souvenez-vous-en, je ne vous aime point.--_Mais, Mamanga, je
vous aime bien._--Vous ne m'aimez pas, puisque vous n'aimez pas mes
enfants; quand ils prient ceux qui sont  vous de faire quelque chose
pour eux, vous ne le voulez pas.--_Bon pour la mre, non pas pour les
enfants._

_Le 18, vendredi._--Il va en la chambre de M. d'Orlans, o il
reconnot une pice tendue de sa tapisserie, l'empoigne en criant: _H!
tez! h! vel de ma tapisserie, qu'on l'te! h! on serre celle de mon
frre pour lui faire servir la mienne._ Je lui dis pour le divertir
qu'il n'en falloit plus, puisqu'elle y avoit servi.--_Fi! la vilaine
tapisserie, je n'en veux plus._ Mme de Montglat le menace du fouet, et
tourne le dos pour aller querir des verges: _Fi! la vilaine! qu'elle
est laide!_ dit-il, en lui faisant les cornes. Il rentre en humeur de
vouloir sa tapisserie, et il fallut obir. Il toit vrai aussi ce qu'il
disoit de la tapisserie. A onze heures trois quarts, dn; il s'amuse
 son horloge,  faire sonner le rveille-matin, fait la musique avec
Hindret. A six heures et un quart, soup; il s'amuse  porter Gramont
et Louise dans la chaise de Madame Christienne, joue aux mtiers, en
invente de nouveaux: _Soyons_, dit-il, _coupeurs de bourses_.

_Le 19, samedi,  Saint-Germain._--A une heure et un quart sorti
gaiement par la porte de la chapelle; il y avoit cinq semaines qu'il
n'toit sorti,  cause du froid et des neiges qui depuis ce temps-l
toient tombes et toient encore sur la terre, prs de quatre ou cinq
pieds, sans avoir diminu. La rivire fut toute glace, une charrette y
passa. Men par les offices sur la terrasse, il faisoit comme le cheval
chapp; il ne fait que courir sur le pav o le chemin toit fray,
prend plaisir  passer dans la neige. Ramen il va voir Boileau, qui
crayonnoit son grand-pre maternel.

_Le 22, mardi._--Il s'amuse assis,  crayonner, pendant que Boileau le
tire en crayon, s'y prte avec une facilit et une patience admirables.
En soupant il entend que l'on disoit qu'il faisoit un extrme froid,
comme il toit vrai (je n'en ai jamais senti de pareil ni de si long,
nous gelions prs d'un grand feu); il dit en raillant de M. Birat,
qui quelques jours auparavant avoit dit qu'il dgeloit: _Je suis de
l'avis de Birat, il dgle; je suis astrologue, moi._ Je lui demande:
Monsieur, qu'est-ce que astrologue? Il rpond en levant les yeux en
haut  diverses fois et feignant d'crire de son doigt dextre sur la
main gauche: _Je fais des almanachs, je regarde le globe_.

_Le 23, mercredi._--Il y avoit plus d'un mois qu'il faisoit une
excessive froidure; il n'avoit jamais dit qu'il et froid (encore le
dit-il froidement) que ce jour-ci; aussi toit-elle extrme. On ne le
pouvoit faire tenir auprs du feu; toujours prs des fentres du ct
du prau, o il se jouoit. En crivant ceci l'encre geloit, tant le
froid toit grand. A six heures et un quart soup; le couvercle tenoit
au verre et le pied du verre dans l'essai, tant le froid toit grand,
et il fut soudainement gel.--L'on parloit que M. de Vendme feroit
dimanche prochain un ballet devant le Roi  Paris.--_Ho! Mamanga, j'y
veux aller, j'irai bien!_ Je lui dis: Mais, Monsieur, il fait un
extrme froid!--_C'est tout un; je prendrai mon masque de mascarade_
(qui toit noir), _je n'aurai point de roupie_.

_Le 24, jeudi,  Saint-Germain._--A dix heures trois quarts il entend
la messe en sa chambre, pour le grand froid. A midi dn; son verre et
le couvercle, et le pied du verre et l'essai tenoient ensemble, glacs.

_Le 25, vendredi._--Il s'amuse  faire recoller par Hindret, son joueur
de luth, une jambe de l'un de ses chevaux; ne faisant pas comme il lui
toit command, le Dauphin lui dit: _Ha! vous tes fcheux; je dirai 
papa qu'il vous te d'auprs de moi_.--Monsieur, le Roi ne vous croira
pas.--_J'ai bien empch qu'on vous a pas t._--Monsieur, le Roi
ne m'a pas voulu ter.--_Qui donc? est-ce mousseu de Souvr?_--Non,
Monsieur.--_Qui donc?_ Il le presse pour le savoir en ceci, se
ressouvenant qu'il avoit pri M. de Rosny de mettre Hindret sur son
tat,  Fontainebleau, il y a eu un an devant Nol dernier, sur ce que
quelques-uns l'en vouloient faire ter.

_Le 26, samedi._--Il me conte de ses petits oiseaux pris pendant la
neige, qu'il avoit fait mettre dans la terrasse de sa chambre, o toit
sa fontaine, close en volire: _J'ai une compagnie de petits oiseaux
dans ma volire, que je y ai mis durant la gele. Il y a un pinon
d'Ardenne, qui est le capitaine; un autre pinon, le lieutenant, et
un autre, l'enseigne. Il y a une alouette, qui est le tambour, et un
chardonneret, qui est le fifre. J'ai fait mettre tous les jours, tous
les jours, une terrine toute pleine de braise, et ils venoient tout
autour, deux  deux, qui se chauffoient, et ils chantoient; puis je fis
mettre du vin  l'eau qu'ils buvoient, et le tambour s'enivra._

_Le 27 janvier, dimanche._--Il se prend, contre sa coutume et son
naturel,  baiser les petites filles, sur toutes la jeune Vitry: _J'en
veux_, disoit-il, _ la petite Vitry_, la tiroit  part. Le jour
prcdent M. de Verneuil lui avoit dit: Mon matre, baisons toutes les
filles, il les faut baiser; et par ce moyen rompit sa honte accoutume.

_Le 28, lundi,  Saint-Germain._--Il entend la messe en sa chambre,
prend le goupillon, donne de l'eau bnite  chacun, suit la petite
Vitry, et dit en lui en donnant: _C'est  la petite Vitry que j'en veux
donner, puisque c'est  elle que j'en veux_.

_Le 29, mardi._--Il dit ses quatrains, en sait cinquante. Il apprend
un petit catchisme fait par le P. Coton  la prire de Mme de
Montglat[462]. En la demande: Qui sont nos ennemis? il y a, en
la rponse: Le monde, Satan, et la chair.--_La chair!_ dit le
Dauphin en reprenant ce mot. Oui, Monsieur, la chair, rpond Mme de
Montglat.--_Est-ce ma chair, Mamanga?_ dit-il en se ttant.--Oui,
Monsieur, votre chair.--_Ho! ho! je la tuerai donc_, dit-il en
se frappant, _Ha! ha! je vous tuerai!_ Mlle d'Agre lui demande,
sur ce que l'on parloit de l'Infante et de M. d'Orlans, qui toit
mari: Monsieur, voil M. d'Orlans qui est mari; il rpond:
_Non, il est accord_.--Et vous, Monsieur, ne le voulez-vous pas
tre?--_Non, je le veux pas tre._--Monsieur, ne le serez-vous
pas  l'Infante?--_Non._--Elle vous aime bien et a un portrait de
vous.--_Qui le lui a envoy?_--M. de Barreau, ambassadeur pour le
Roi, le lui a donn; mais dites-moi sans rire, l'aimez-vous pas? Il
rpond en faisant le petit bec: _Non_; puis, s'approchant, lui dit
bas  l'oreille: _Un petit_[463]. Il prend plaisir d'en our parler,
demande: _Quel ge a-t-elle? est-elle grande?_ Il se joue avec les
petites filles[464], passe par-dessus le lit de Mme de Montglat, se
coule en la ruelle pour y baiser la petite Vitry.

  [462] Dans son livre _De l'institution du Prince_, Hroard trace
  ainsi le plan de ce petit catchisme: Il sera, ce me semble,
  bien  propos de dresser un petit catchisme fort abrg, et qui
  contienne seulement les choses ncessaires et celles que le long
  et lgitime usage a fait passer en nature de loi, ayant  prendre
  soigneuse garde de ne point faire un homme superstitieux au lieu
  d'un homme pie et vraiment religieux; ne se trouvant aucune chose
  plus contraire  la religion chrtienne, pure, sans fard et sans
  macule, comme est la superstition.

  [463] Un peu.

  [464] _Voy._ plus bas au 3 fvrier.

_Le 30 janvier, mercredi._--En s'habillant il me demande: _Mousseu
Hroua, quand irai-je  Paris?_--Monsieur, lui dis-je, quand il
plaira  papa; il viendra ici dans peu de jours, vous lui demanderez
quand il l'aura agrable et que vous alliez  la foire, et de vous
donner de l'argent. Combien lui en demanderez-vous, Monsieur?--_Deux
cents cus._--Qu'en ferez-vous, Monsieur?--_Je les mettrai dans mon
coffre._--Ha! Monsieur, il ne faut point qu'un prince demande de
l'argent pour le serrer dans son coffre.--_Je l'emploierai_, dit-il,
et l-dessus il dsigne tous les prsents qu'il fera pour la foire
Saint-Germain.

_Le 1er fvrier, vendredi,  Saint-Germain._--Il arrive un gentilhomme
breton qui revenoit d'Espagne et racontoit les beauts de l'Infante et
l'amour qu'elle avoit pour Monseigneur le Dauphin. Il coutoit avec
plaisir sans en faire semblant; et comme le roi d'Espagne avoit dfendu
 l'Infante de dire qu'elle aimt Monseigneur le Dauphin: _Je battrai
bien ce roi d'Espagne_.--Mais Monsieur, lui dis-je, on dit qu'elle se
veut dguiser pour vous voir.

_Le 3, dimanche._--Men sur la terrasse du btiment neuf, ramen, par
le petit jardin et le prau, au grand jardin et en la basse cour, o
il a vu un fort grand loup, que l'on avoit pris le matin au pige.
Mlle de Vendme s'toit coiffe en bourgeoise, et Madame s'en toit
aussi coiffe et avoit fait de mme  la petite Frontenac,  la petite
Vitry,  la fille de sa nourrice, et  la petite Marguerite, qui toit
 Mlle de Vendme; la petite Louise, fille de la nourrice de M. le
Dauphin toit la marie. Le Dauphin prend une poche[465] et l'archet,
se met entre Boileau et Hindret, ses joueurs de violon et de luth,
joue avec eux, et ils font danser toutes ces bourgeoises; il joue
froidement, va aux cadences et comme ceux qui jouoient aux noces.

  [465] Un petit violon; on dit aujourd'hui pochette.

_Le 5, mardi,  Saint-Germain._--Il joue aux mtiers, aux comdies
avec Madame; il danse aux chansons, n'en veut point dire quelques-unes
qu'il sait: _Elles sont vilaines_. Je lui demande qui les lui a
apprises?--_Parsonne, mais je les ai ou chanter._

_Le 6, mercredi._--Il vient  ma chambre  trois heures, me demande
Vitruve, entre en mon tude: _Je veux_, dit-il, _moi-mme deviner le
livre_; il le tire, l'apporte lui-mme en ma chambre. M. de Mansan,
arriv de Paris, lui apporte un crocheteur[466]; il s'y transporte,
se y amusant jusques  prs de cinq heures. A huit heures trois
quarts, dvtu, mis au lit, il me demande: _Mousseu Hroua, dites-moi
encore de l'aigle_; c'toit l'histoire de cette dame romaine qui
avoit nourri l'aigle qui se brla avec elle sur le bcher, le jour de
ses funrailles; je la lui avois faite le matin. _Je voudrois bien_,
dit-il, _avoir un aigle, mais est-il vrai?_ Il prenoit plaisir 
quelque chose de srieux, n'aimoit point  tre tromp ni que l'on lui
mentt.

  [466] Sans doute un jouet de la foire Saint-Germain.

_Le 7, jeudi._--Il va au btiment neuf, sur la terrasse de Neptune,
d'o il voit passer des hommes, d'un bord  l'autre, sur la rivire,
qui toit encore toute glace, encore qu'il ft un temps doux.--M.
Birat demandoit  Mlle Piolant: Madamoiselle, avez-vous pas connu
Albigny[467], fils de M. de Gordes? Il est mort.--Non, j'ai connu
le pre, qui toit bon serviteur du Roi. O est-il mort?--En
Savoie.--_toit-il Espagnol?_ demande le Dauphin.--Non, Monsieur,
rpond Birat, mais il toit avec M. de Savoie.--Il toit donc
Espagnol, reprend Mlle Piolant, puisqu'il toit en Savoie, car M. de
Savoie est Espagnol.--_Ha! que j'en suis donc bien aise, puisqu'il
toit Espagnol!_ dit le Dauphin avec exaltation, _ha! que j'en suis
bien aise qu'il est mort!_ L'on disoit que M. de Savoie l'avoit fait
mourir.

  [467] Charles de Simiane, seigneur d'Albigny, s'tant signal
  en France pour le parti catholique, sous Charles de Savoie, duc
  de Nemours; le duc de Savoie, Charles-Emmanuel Ier, l'appela 
  son service, le fit gnral de ses armes et lui fit pouser sa
  soeur naturelle; il mourut  Turin, le 17 fvrier 1608, dit le
  P. Anselme; il faut peut-tre lire janvier d'aprs ce passage
  d'Hroard. Le pre de M. d'Albigny se nommait Bertrand-Raimbaud
  de Simiane, Ve du nom, baron de Gordes; c'tait, dit le prsident
  de Thou, un homme de l'ancienne roche, et qui dans tous les
  troubles de son temps sut conserver une grande quit. Il mourut
   Montlimar, en 1578.

_Le 8, vendredi,  Saint-Germain._--Il descend en la chambre de M.
de Verneuil pour lui voir danser la bohmienne, puis va en celle de
Mlle de Vendme, o Madame lui donne son petit bnitier d'argent; il y
fait mettre de l'eau bnite et va en donnant  chacun. Je lui demande:
Monsieur, est-ce de l'eau bnite de Cour?--_Non, mousseu Hroua,
c'est de la bonne._

_Le 9, samedi._--Men au btiment neuf et, par les offices, sur la
terrasse, d'o il regarde passer des hommes sur la rivire, encore
glace d'un bord  autre, et si il y avoit quinze jours que le dgel
avoit commenc. Ce fut un grand et rude hiver; le froid commena le
jour Saint-Thomas[468]; plusieurs personnes en moururent.

  [468] Le 21 dcembre 1607.

_Le 11, lundi._--Il est peign pendant qu'il crit le mmoire de son
linge sale, pour bailler au lavandier. Il va chez Mlle de Vendme; M.
de Verneuil se y trouve, qui le conseille de baiser les filles, la
petite Vitry et la petite Frontenac; ils se mettent aprs. Ma femme
lui dit: Monsieur, ne vous souvenez-vous pas de ce que M. Hrouard
vous en dit l'autre jour[469]? Sans dire mot, le Dauphin se bouche les
oreilles; M. de Verneuil lui dit: Mon matre ne les coutez pas! Mlle
d'Agre lui dit: Mais vous, qui tes cardinal, il vous faudra aller 
Rome demander pardon au Pape.--Ho! oui, rpond M. de Verneuil, ho!
mon matre pousera la petite Frontenac et moi la petite Vitry. Ramen
en sa chambre, M. de Frontenac dit au Dauphin: Monsieur, l'on m'a dit
des nouvelles; il se doute que c'toit de sa fille, en est honteux
et se prend  pleurer. Le soir il demande  danser aux chansons, et
comme il fallut chanter la chanson o il y a: _Mettons sous le pied
ces garons  marier_, il se tire hors du branle et appelle Hindret,
qui toit seul (de danseur) avec lui. Il se retire prs des fentres
du prau, et lui dit: _Ha! je vous rponds que je ferai demain bien
fouetter ce cul brl_; c'toit la femme de chambre de Mme de Montglat,
qu'il appeloit ainsi depuis qu'elle faillit  se brler  Noisy. Il
toit en colre, et soudain approche de la danse: _Fi! les pisseuses!
fi! les pisseuses!_

  [469] Ce passage prouve qu'Hroard faisait au Dauphin des
  remontrances qu'il ne rapporte pas dans son Journal.

_Le 12, mardi,  Saint-Germain._--A onze heures et demie dn; il
dit que son pain n'toit pas bon, il toit vrai; arrivent peu aprs
les dputs du chapitre de Metz pour le saluer, venant devers M. de
Verneuil[470] de la part du chapitre; il les embrasse.

  [470] Il avait t pourvu de l'vch de Metz par bulle du Pape.

_Le 13, mercredi._--M. de Montbazon et M. le Grand le devoient venir
voir; Mme de Montglat lui dit: Monsieur, je veux que vous vous jetiez
sur eux  corps perdu.--_H! maman, voulez-vous que je perde mon
corps?_ Ils arrivent et lui apportent le pied du cerf; il les embrasse,
les mne chez M. d'Orlans, o il va battant les joues des femmes de
chambre et de Mme de Montglat avec le nerf pendant du pied du cerf.
Ils s'en vont et lui en sa chambre. A six heures et demie soup; il
mange du pain bis, du ntre[471], n'ayant jamais voulu manger du sien,
disant qu'il toit amer; aussi n'toit-il pas bon, tant fait de bl
empir[472], comme celui du matin et des jours prcdents.

  [471] _Voy._ au 23 fvrier suivant.

  [472] Pourri.

_Le 14, jeudi._--Son pain fut envoy  acheter au village,  l'heure
de son dner; le sien n'toit pas encore bon. Il voit danser le ballet
des sorciers et diables, dans par des soldats de M. de Mansan, de
l'invention de Jean-Baptiste[473], pimontois. A dix heures dvtu, mis
au lit, pri Dieu, il me dit: _Mousseu Hroua, devinez o je mets mes
mains?_--Monsieur, c'est entre vos jambes.--_Je les mets toujours sur
ma guillery._

  [473] Soldat de la compagnie de M. de Mansan, qui avait compos
  aussi celui des Fallots ou des Lanternes.

_Le 15, vendredi._--Il fallut envoyer acheter du pain au village, le
sien sentoit le bl pourri,  l'accoutume.

_Le 16, samedi._--Le sieur de Ferrals arrive de la part de la reine
Marguerite, et lui apporte un navire d'argent dor sur roues, allant au
vent  la hollandoise; il l'en remercie par crit.

_Le 19, mardi,  Saint-Germain._--Habill par-dessus sa robe d'un
pourpoint de toile blanche et d'un haut-de-chausses de mme, et masqu,
il recorde son ballet des Lanterniers.

_Le 20, mercredi._--Men  la messe en la petite salle, il y prend des
cendres, puis il est ramen en sa chambre, o entrant il dit gaiement:
_Ha! c'est  ce coup que j'en ai_, en portant sa main aux cheveux. A
quatre heures il va au btiment neuf, au devant du Roi;  six heures
soup avec le Roi.

_Le 21, jeudi._--Il va chez le Roi, o le nonce du Pape Ubaldini,
vque de Montepulciano, le vient saluer et lui baiser les mains. Men
dans le carrosse du Roi  La Muette, au devant du Roi, qui toit all
courir le cerf, il est entr dans la maison, voit passer le cerf  la
Croix-Dauphin. Ramen  quatre heures et demie, il va  cinq heures
chez le Roi. A six heures soup; il va en la chambre de Mme de Montglat
pour s'habiller pour danser son ballet, ne veut que personne le sache
ni le voie, de peur d'tre reconnu, et d'autant qu'il toit habill
en fille, comme toient aussi tous ceux qui le dansoient avec lui et
masqus. C'toient Mgr le Dauphin et Mlle de Vendme, Mme et Mlle de
Vitry; M. le Chevalier et M. de Verneuil; Marguerite, nice de Mme
Valon, et Mlle de Verneuil; Nicole, fille de la nourrice de Madame, et
Louise, fille de celle de Mgr le Dauphin. Le ballet, c'toit celui des
Falots, pource qu'ils avoient chacun un demi-cercle revtu de laurier,
et au-dessus un petit falot o il y avoit de la bougie allume; ils
faisoient trois figures: un H, un O, un L, puis passoient sous les
cercles et dansoient  la fin une courante. Ils partent  huit heures
en la grande chambre du Roi, o, en sa prsence, ils l'ont dans fort
bien, ne l'ayant point auparavant record masqus ni habills. Le Roi
en pleura de joie parlant  deux jsuites, l'un espagnol, l'autre
italien. Toute la cour l'admira; ils l'avoient appris en quatre jours.
A neuf heures un quart dvtu, mis au lit, il voit le Pimontois,
soldat en la compagnie de M. de Mansan, qui avoit invent le ballet et
dit, le montrant du doigt: _Vel celui qui a invent le ballet_; comme
voulant rendre l'honneur  celui auquel il toit d. Il envoie de son
criture  l'Infante avec ses recommandations, aprs s'en tre fait un
peu presser, et par permission du Roi, qui commanda au sieur Birat de
l'apporter  un jsuite espagnol qui s'en alloit en Espagne. Le Dauphin
avoit crit ces mots: _Le sage coute le conseil que l'on lui donne_.

_Le 22, vendredi._--Il crit cinq lignes d'exemple, en prsence du P.
Labastide, jsuite espagnol, qui s'en alloit en Espagne, auquel il
le bailla avec son baise-main  l'Infante. Il entend la messe, puis
est men sur la terrasse du Mercure, pensant y trouver le Roi, qui ne
faisoit que de partir pour aller  la chasse, del l'eau. A deux heures
men sur la terrasse de Mercure, il s'y joue jusqu' deux heures trois
quarts, est ramen pour se trouver  l'arrive du Roi, en la cour du
vieux chteau, revenant de la chasse. Il monte en sa chambre, et lui
dtache les aiguillettes de ses chausses  botter, avec affection
et dsir de complaire, puis il va en la salle du bal voir courir un
blaireau. A cinq heures et demie men chez le Roi, et  six heures
soup avec le Roi. A huit heures et demie il donne le bonsoir au Roi,
est ramen en sa chambre, est en colre de ce que M. de Vendme vouloit
faire fouetter M. le Chevalier; il dit: _Je dirai demain  papa, je
vous en assure, que ff Chevalier a t tout le jour avec moi, et
que ff Vendme y a point t, qu'il est all jouer aux cartes chez
soeu-soeu Vendme tout le jour_. Il montre sa guillery  la petite
Ventelet; Mme de Montglat l'en reprend, et lui demande qui lui a appris
cela: _C'est ff Vendme_. Il l'accusoit par colre qu'il gardoit
contre lui.

_Le 23, samedi._--A huit heures il va chez le Roi, crit en sa
prsence, puis  neuf heures djene avec le Roi, mange du pain bis,
de celui de mes valets qu'il envoya querir, et le Roi en mangea de
mme. Il va avec le Roi jusques au bout du palemail, est ramen par le
jardin au chteau,  la messe. A une heure il entre en carrosse pour
aller rencontrer le Roi, qui toit  courir le cerf, s'arrte auprs de
La Muette, o,  deux heures, dans le carrosse, il a got. Men sur
le lieu o le cerf avoit t pris, il lui est montr; c'toit un cerf
de dix cors. Ramen et arriv au chteau  quatre heures, il toucha
les chevaux avec le fouet du cocher, s'tant mis sur le devant. A cinq
heures men chez le Roi et  six heures soup; il mange du beurre sal
de Bretagne, envoy au Roi de la part de M. de Montmartin. A sept
heures il va en sa chambre, en la chambre de Madame, joue du tabourin
de basque fort bien, en concert avec Hindret, son joueur de luth, et
Boileau son violon; il avoit appris de lui-mme. A huit heures men
pour donner le bonsoir au Roi et jouer leur concert, il s'arrte  la
porte du cabinet et ne voulut jamais entrer pour jouer, comme ayant
reconnu que c'toit chose messante  sa qualit; le Roi le sut, et le
trouve bon, et aussitt qu'il eut su que le Roi avoit trouv bon le
refus qu'il en avoit fait, il entre incontinent et va donner le bonsoir
au Roi.

_Le 24, dimanche,  Saint-Germain._--Men chez le Roi, il va avec lui
 la messe, en la chapelle du btiment neuf; le Roi part  neuf heures
et un quart pour s'en retourner  Paris. Jou aux jonchets avec sa
nourrice; il se fche quand elle gagne.

_Le 25, lundi._--Il s'amuse  son canon d'argent, est men sur la
terrasse du btiment neuf, d'o il va en la cour voir courir un renard.
A douze heures et un quart dn; il est aux fentres du prau, voit
dehors un petit porte-panier, l'appelle et lui demande d'o il toit;
lui ayant rpondu qu'il toit de Savoie, il lui commande de monter en
sa chambre; il voit une critoire dore, il l'achte, une paire de
couteaux, un ganif (_sic_), des plumes et de la cire d'Espagne; et 
chaque pice il demandoit: _Combien cela?_ et  chacun il disoit: _Ce
n'est pas assez_, il en faut tant. Il va au devant d'un valet de pied
du Roi qui apportoit des lettres  Mme de Montglat, pour faire prparer
le voyage de Fontainebleau, et lui demande: _Papa m'envoye-t-il
queri?_--Monsieur, je ne sais pas, rpond le valet.--_Ho! nous vel
bien camus!_ dit-il en souriant, puis quand il eut su le voyage: _Ha!
que le nez m'est revenu!_

_Le 28, jeudi._--veill  six heures, il demande plusieurs fois s'il
est jour, pour avoir  partir et aller  Paris puis  Fontainebleau.
A sept heures lev,  huit heures et demie djen; il s'amuse  voir
dmnager pour partir. A dix heures il entend la messe en la petite
salle, puis  onze heures dn. Peu aprs il commence  presser le
partement, va de del, jette de l'argent aux pauvres, en envoie  un
aveugle. A une heure et demie il entre dans le carrosse de la Reine,
duquel la flche, toute neuve, n'ayant fait que venir de Paris, se
rompit au-dessous de la Verrerie, et il fallut le mettre avec Madame,
M. et Mlle de Verneuil et Mlle de Vendme dans le carrosse de M. de
Bthune. Arriv  Saint-Cloud, au logis de M. de Gondi,  quatre
heures, il va aux jardins et surtout au petit ruisseau qui est sous le
berceau, puis  la fontaine du rocher.

_Le 29 fvrier, vendredi._--Il aide  plier son lit, part de
Saint-Cloud  neuf heures et demie, est port  bras sur le pont de
bois, puis remis en carrosse. Tous les princes et les seigneurs de la
Cour viennent au-devant de lui; il y avoit plus de cinq cents chevaux.
Arriv au Louvre  onze heures et demie, le Roi le reoit en son
premier cabinet, puis le mne  la Reine, au grand cabinet; il lui
saute au col (c'toit au grand cabinet). Il va en sa chambre, au-dessus
de celle du Roi, qui toit celle o logeoit M. de Vendme, que le Roi
fit dloger et loger en sa chambre, et coucher en son lit. M. de Souvr
mne le Dauphin, par la galerie, aux Tuileries; ramen  quatre heures
et demie il va chez le Roi, puis au grand cabinet de la Reine, o le
Roi le fait lutter contre M. le Chevalier.

_Le 1er mars, samedi, au Louvre._--Il va chez le Roi, qui, par la
galerie, le mne aux Tuileries, et entend la messe aux Capucins, et
puis le ramne en son carrosse. Dn avec le Roi.

_Le 2, dimanche._--Il va  la fentre du ct des offices, voit passer
deux carmes, demande  M. de Cressy, qui me l'a dit: _Qui sont ces
sortes de btes-l?_ Il va en carrosse visiter la reine Marguerite, au
faubourg Saint-Germain, au bout de la rue de Seine du ct de l'eau.

_Le 3, lundi, au Louvre._--Men  la galerie et  la messe,  la petite
chapelle d'en haut.

_Le 4, mardi._--Men au Roi, en la galerie, o il sert le Roi, qui
djeunoit et s'en alloit  Chantilly.--L'ambassadeur de Venise,
ancien, le vient voir et lui amenant le nouveau, il signor clarissimo
Foscarini, prend cong de lui. Comme ils parloient  lui, il entend
le tambour des gardes qui entroient, il s'branle pour les aller voir
entrer en garde, y va suivi des ambassadeurs, qui trouvrent fort bon
ce mouvement. Men chez la Reine, il lui demande permission d'aller
au Palais; elle le lui permet; puis il la supplie de lui donner de
l'argent; elle lui demande combien il veut: _Dix cus_; elle les
lui donne. Je lui demande  son dner pourquoi il n'avoit demand
davantage: _Je voulois que cela_. Sa nourrice lui dit pourquoi il n'en
avoit demand  M. Sully: _Il ne m'en et pas donn_. La Reine lui
donne un chameau et deux coffres; donne un boeuf[474]  M. de Verneuil;
il lui dit: _Vous n'en faites pas cas, parce que maman le vous a
donn; vous ne faites cas que de ce que vous donne votre maman._

  [474] C'taient sans doute des joujoux achets  la foire
  Saint-Germain.

_Le 5, mercredi._--A deux heures il est men, par la rue Saint-Honor,
au Palais, en la galerie des Merciers, o il marchande; si on lui
demande un cu d'une chose, il dit: _Vous en aurez trois_; il marchande
un carrosse qui marchoit  ressort; on le fait quinze cus: _Il en faut
cinquante_, et ne voulut jamais le prendre qu'il ne le vt payer. Il va
en la galerie des Prisonniers, ne les voulut point voir (c'toit par
compassion et piti), mais il leur fit jeter un doublon. Men en la
grande salle, il ne voulut entrer en la chambre dore, o l'on lui dit
que l'on rendoit la justice: _J'y veux pas entrer, la justice y est, et
je veux pas l'empcher_.

_Le 6, jeudi, au Louvre._--La Reine le mne  la messe  Saint-Jean
en Grve. A trois heures men  l'Arsenal; il voit tout et gote dans
le cabinet. M. de Sully lui baille cent cus, cinquante  Madame et
ving-cinq  Mlle de Vendme, rien  MM. de Verneuil.

_Le 7, vendredi._--A dix heures arrive le cavalier Guidi, secrtaire
du Grand-Duc, pour rsider prs de Leurs Majests; il apporte au
Dauphin des lettres du grand-duc, de la grande-duchesse et du prince de
Toscane, Cme.

_Le 8, samedi, voyage._--Men chez la Reine, il prend cong, et 
douze heures trois quarts part pour aller  Fontainebleau; got 
demi-chemin de Longboyau; il arrive  Ris  cinq heures et demie, s'en
va au jardin.

_Le 9, dimanche, voyage._--A une heure il part de Ris; got au Plessis
dans son carrosse; il arrive  Melun  cinq heures et trois quarts.

_Le 10, lundi, voyage._--Men  Saint-Pre,  la messe; on lui montre
le tableau de la belle Agns et celui d'tienne Chevalier, qui le
donna en ce temps-l[475]; il semble tout frais, pour avoir t bien
conserv. A douze heures et demie il entre en carrosse, et part de
Melun pour aller  Fontainebleau, o il arrive  trois heures et un
quart. Got; il prend du coffre de son petit carrosse une petite
truelle et une auge d'argent, qu'il y avoit enferms  son partement,
va sur la petite terrasse de sa chambre, se met sur la maonnerie.

  [475] Ce tmoignage vient s'ajouter  ceux recueillis par M. le
  comte Lon de Laborde sur ce diptyque, peint par Jean Fouquet,
  dont un panneau, celui reprsentant la Vierge ou Agns Sorel,
  se trouve aujourd'hui au muse d'Anvers, et l'autre, offrant le
  portrait d'tienne Chevalier avec son patron, fait partie de la
  collection Brentano-Laroche,  Francfort. (_La Renaissance des
  arts  la cour de France_, 1855, in-8, pages 697  722.)

_Le 11, mardi,  Fontainebleau._--Il donne gaiement un cu  chacun des
valets de pied et  ceux de la Reine qui l'avoient servi (ils toient
quatre); un cu  chacun des cochers (ils toient deux), et demi-cu 
un garon du cocher qui avoit t bless  une main dans la fort. MM.
de Souvr, de Bthune et de Saint-Gran, qui l'avoient accompagn, s'en
retournent. Amus sur la terrasse  sa maonnerie.

_Le 12, mercredi,  Fontainebleau._--veill  sept heures et demie,
il s'amuse (dans son lit)  polir et travailler un visage en cire.
Quatre grands garons et portefaix, qui avoient aid  transporter les
meubles[476] et bagages, viennent le supplier de leur donner quelque
chose; il les regarde, puis demande: _O est Mamanga?_ Je lui dis
qu'elle toit en son cabinet; il y va, et, s'arrtant sur le pas du
degr de la terrasse, il se retourne demandant: _Combien tes-vous?_
ils lui rpondent: Quatre.--_Bon, bon_, et il s'en va au cabinet:
_Mamanga, je vous prie, dounez-moi quatre cus pour douner  ces
portefaix qui ont port mes meubles; ils sont quatre_.--Monsieur,
dit-elle, combien leur voulez-vous donner?--_Quatre cus,
Mamanga._--Monsieur, n'est ce pas assez de deux?--_H! non, Mamanga,
ils sont pauvres!_ Elle lui donne les quatre cus; il leur en donne
deux, puis se retournant  Mme de Montglat: _Maman, je vous prie, ne
soyez point fche si je leur doune encore ces deux cus; en serez-vous
point fche?_--Non, Monsieur.--_J'en suis bien aise, tenez_; et il
leur donne les deux cus fort gaiement.

  [476] Il faut noter  cette occasion que les chteaux n'taient
  pas alors meubls de manire  tre habits et qu'on tait oblig
  d'y transporter les objets de premire ncessit. On a vu, le 29
  fvrier prcdent, le Dauphin aider  plier son lit. Il en tait
  encore ainsi au dix huitime sicle: lorsque Louis XV fut frapp
  par Damiens  Versailles, le 5 janvier 1757, le Roi habitait
  alors Trianon, et on fut oblig de le coucher sur les matelas
  de son lit, faute de draps. Voy. le _Journal de Barbier_ et les
  _Mmoires du duc de Luynes_.

_Le 13, jeudi._--Bigneux, page de Mme de Montglat, revient de Moret, o
elle l'avoit envoy pour visiter Mme la comtesse de Moret, et lui dit
que M. de Moret, son frre, lui baisoit trs-humblement les mains: _Mon
frre! il est pas mon frre; vous tes un sot, je vous fairai donner
le fouet, et pour chaque mot vous aurez vingt coups de fouet_.

_Le 14, vendredi._--Il s'amuse  faire faire des couleurs par un jeune
peintre, crit son exemple. Mme la comtesse de Moret le vient voir; il
est men  la Coudre[477] par le grand jardin et le village, d'o il
demande d'aller  la mi-voie; il ne veut point entrer dans le carrosse
de Mme de Moret, veut aller  pied. Ramen, il danse aux chansons,
chante en concert: _Frre Ambroise_, etc.

  [477] Maison ainsi nomme  cause que l autrefois il y avoit
  quantit de coudriers; est l'htel du grand cuyer de France.
  (_Le Trsor des merveilles de Fontainebleau_, par le P. Dan, page
  188.)

_Le 15, samedi,  Fontainebleau._--Je lui dis que le Roi m'avoit
command d'aller voir M. de Moret et s'il lui plaisoit me donner
cong? Il me demande: _O est-il?_--Monsieur, il est  Moret.--_Je
veux pas._--Monsieur, le Roi me l'a command.--_Je veux pas;
allez-vous-en, vous tes un mchant homme, ne revenez plus._ Je m'en
allai en ma chambre; quand je lui dis que c'toit pour aller  Moret,
il devint rouge comme feu. A six heures et un quart soup; il me
reproche que je suis son mdecin et que je suis all voir le petit
Moret.

_Le 19, mercredi._--Men promener au jardin des canaux et des
fruitiers, o il mne Mme de Saint-Georges pour lui montrer les
autruches, et va lui montrant tout, comme fait le Roi aux nouveaux
venus.

_Le 20, jeudi._--Il va en la galerie des Cerfs, reconnot le
Louvre[478]: _Ha! vel le Louvre qui est  Paris, c'est Paris qui est
mon mignon_; puis il reconnot Saint-Germain-en-Laye avec allgresse.
Il s'en va  la poterie; on lui demande ce qu'il veut: _Attendez, j'y
songe: Combien vendez-vous cela?_ dit-il en montrant la figure du
Roi; on lui en demande trois cus; il commande de les bailler, prend
l'effigie du Roi, l'embrasse, la donne  porter  sa nourrice, et
revient  sa chambre[479]. M. Hubert, mdecin du Roi, arriva pour M. de
Verneuil, qui avoit la rougeole[480], le Dauphin me demanda ce qu'il
venoit faire ici.--Monsieur, lui dis-je, c'est pour me relever, il
vient en ma place. Rougissant et souriant, il se lve, me saute au
col: _Ha! vous vous moquez, je veux pas_.

  [478] Il y avait dans la galerie des Cerfs, dit le P. Dan, quinze
  cartes en forme de tableaux, reprsentant les forts et maisons
  royales de France. (_Trsor des merveilles de Fontainebleau_, p.
  153). Ces peintures, caches depuis par des boiseries, ont t
  rcemment dcouvertes et restaures.

  [479] Cette effigie du Roi ne peut tre celle qui se trouve sur
  un plat de faence o Henri IV est reprsent avec la Reine et
  le Dauphin. (_Voy._ le n 861 du _Catalogue du Muse Sauvageot_,
  par A. Sauzay, 1861, in-8, p. 203.) M. Riocreux, conservateur
  du Muse cramique de Svres, a acquis en 1861,  la vente
  du cabinet Thorel, un petit buste de Henri IV en faence qui
  pourrait tre la figure dont parle Hroard.

  [480] Le Roi crivait le mme jour  Mme de Montglat: Madame
  de Montglat, j'ai t bien aise de voir par toutes les votres
  le soin que vous avez eu de me faire savoir des nouvelles de la
  sant de mes enfants, mmement de celle de mon fils de Verneuil.
  Et pource que la maladie qu'il a, quoiqu'elle soit contagieuse,
  n'est pas dangereuse, j'ai trouv fort  propos la sparation que
  vous avez fait faire. Et pource que M. rouard  cause de cela
  ne le peut voir, de peur d'apporter du mal  mon fils le Dauphin
  et mes autres enfants, j'envoye Hubert, l'un de mes mdecins que
  vous connoissez et qui vous rendra cette-ci de ma part, pour
  avoir soin de la sant de mon fils de Verneuil et lui ordonner
  ce qu'il jugera  propos avec l'avis dudit rouard. (_Lettres
  missives_, tome VII, page 500.)

_Le 22, samedi,  Fontainebleau._--Mme de Saint-Georges lui dit adieu,
puis la petite Vitry, qui alloit avec elle; il la regardoit de bon
oeil en se souriant et toit rouge. Il se fait presser de la baiser,
le fait lui tendant la joue  son accoutume, puis s'tant retir il
s'avance en sursaut et lui porte la main au sein. A six heures et un
quart soup;  sept heures il va au devant de la Reine, qui arrivoit,
la rencontre au haut de l'escalier du donjon, la conduit en sa chambre,
y est en attendant le Roi, qui toit encore  la chasse du cerf, et le
Roi ne venant point, il donne le bonsoir  la Reine.

_Le 23, dimanche._--Il va donner le bonjour au Roi et  la Reine, puis
se va promener avec le Roi; dn avec le Roi.

_Le 24, lundi,  Fontainebleau._--Il va au jardin du Tibre y attendre
le Roi, qui toit all se promener et voir ses ouvriers, va donner le
bonjour  la Reine. Voulant donner un coup de chapeau  _Soldat_, l'un
des chiens du Roi[481], le chien se jette sur lui, le surprenant; il en
pleure. Le Roi le tance d'avoir eu peur, et lui dit qu'il ne faut avoir
peur d'aucune chose; il lui rpondit: _C'est que je n'y pensois pas_.

  [481] M. Berger de Xivrey a class  l'anne 1609 (_Lettres
  missives_, VII, 822) un billet sans date de Henri IV  la Reine
  dans lequel le Roi dit: Soldat est auprs de moi. L'diteur
  suppose, dans une note, que le Roi dsignait ainsi le Dauphin,
   cause de son got pour les exercices militaires; il tait en
  effet difficile de deviner qu'il s'agissait d'un chien hargneux.
  _Voy._ au 25 avril suivant.

_Le 25, mardi._--A six heures soup avec le Roi;  dix heures dvtu,
mis au lit, il appelle la jeune Ventelet pour lui apprendre une chanson
qu'elle savoit; il en apprend quelque chose. Soudain, elle lui dit:
Mon Dieu, Monsieur, quel esprit vous avez! Vous apprenez incontinent
tout! Il lui rpond en se souriant: _J'ai mon esprit fait comme les
joues de Robert, le singe de papa; il fourre, il fourre tout dedans_.

_Le 26, mercredi._--Il va trouver le Roi en la chapelle basse du
donjon[482], o il entend la messe, puis le suit en la chambre de la
Reine, o, sous esprance de dner avec elle, il demeura jusques  une
heure, n'en voulant en aucune faon partir. Soup avec le Roi.

  [482] Le Roi crivait  Sully, le 25: D'autant que  cause que
  l'on travaille  toutes les chapelles de ce chteau et que 
  cause de cela il est impossible d'y pouvoir faire le service
  durant ces ftes, j'ai rsolu de me servir pour cet effet de la
  salle neuve o est la belle chemine. (_Lettres missives_, VII,
  502.)

_Le 28, vendredi._--veill  sept heures avec quelque inquitude;
il disoit avoir fait des songes qu'il ne vouloit pas dire, de
peur de s'en souvenir et que cela ne l'empcht de dormir la
nuit suivante. En djeunant je lui demande ce qu'il avoit vu en
songeant.--_Un homme habill de blanc._--Monsieur, que vous a-t-il
dit?--_Rien._--Monsieur, que lui avez-vous dit?--_Qu'il toit un
sot_, et n'en voulut dire autre chose.

_Le 29 mars, samedi._--Il va trouver le Roi au jardin du Tibre, fait
courir M. Birat aprs lui, tout  travers les parterres. Dn avec le
Roi; il va chez la Reine avec le Roi, puis en sa chambre. Men par le
bout de la galerie au jardin des canaux, il va aprs au grand Navarre,
o il voit piquer des petits chevaux de M. de Vendme; ramen, il
va au jardin de l'tang, s'amuse  jardiner et  planter des pois;
on ne l'en peut tirer. A cinq heures je dis  Mme de Montglat qu'il
commenoit  faire froid: _Ho!_ dit-il, _je vois bien, mousseu Hroua
n'est pas de mon ct?_ Ramen en sa chambre, il va peu aprs chez le
Roi, y a soup; bu du vin clairet du Roi, fort tremp; il avoit soif,
il le trouve bon, mange du massepain, de celui du Roi, boit encore du
vin clairet du Roi, un bon coup: _Ha! qu'il est bon! il seroit bien
meilleur s'il n'avoit point d'eau, qu'il ft bien rouge, bien rouge_,
dit-il avec action. Il y faudra prendre garde pour ce regard[483].

  [483] Hroard note avec soin toutes les occasions o le Dauphin
  manifeste son got pour le vin, ce qui arrive surtout lorsque le
  Dauphin mange avec le Roi.

_Le 30, dimanche,  Fontainebleau._--A dix heures et demie, M. le
prince de Cond, MM. de Guise, de Joinville, d'Aiguillon le viennent
prendre en sa chambre pour l'accompagner  la crmonie des Rameaux,
que le Roi voulut qu'il ft en sa place. Le tambour le prit au sortir
de la chambre,  l'entre de la terrasse; il marche en crmonie et
tenoit bien son rang, nullement tonn. Mis au lit, il veut que Bompar,
son page, soit bott tous les matins pour aller apprendre  monter 
cheval, au mange de M. Pluvinel; cela vient de son mouvement; il le
menace du fouet s'il y fault.

_Le 31 mars, lundi._--Men par le jardin des canaux au grand Navarre,
voir piquer des chevaux, il fait monter son page  cheval; il rioit 
plein poumon, et sur la fin Bompar tant sur le barbe de M. de Vendme,
il tomba  terre, dont le Dauphin se prit fort  rire. Ramen, il
entend la messe en sa chambre, o M. de Giais[484] lui montre et lui
donne un petit morceau de la mine d'argent trouve, depuis six semaines
ou deux mois, auprs de l'Islebourg en cosse. M. le cardinal de la
Rochefoucauld[485], qui le jour prcdent avoit reu le bonnet, assiste
 sa messe.

  [484] Csar de Balsac, seigneur de Gi, frre consanguin de
  la marquise de Verneuil, tant fils de Franois de Balsac
  d'Entragues et de Jacqueline de Rohan, sa premire femme: il fut
  conseiller du Roi, colonel des carabinois et lieutenant gnral
  au gouvernement d'Orlans.

  [485] Franois de la Rochefoucauld, vque de Clermont, puis de
  Senlis, cardinal en 1607, grand aumnier de France en 1618, mort
  en 1645.

_Le 3 avril, jeudi saint,  Fontainebleau._--Il va chez le Roi, et
l'accompagne au sermon et  la crmonie du lavement des pieds, y sert
le Roi et porte le pain; ce fut en la salle du bal[486]; puis le Roi le
mne  la chapelle basse,  la messe.

  [486] _Voy._ la note du 12 avril 1607.

_Le 4, vendredi._--Il va au jardin des canaux, et revient  la grande
source aux truites, o il s'amuse  regarder des poissons que le Comte
Palatin avoit envoys au Roi. Il va  la messe avec le Roi, porte 
l'offrande l'cu du Roi, que M. le prince de Cond lui avoit apport,
puis le sien.

_Le 5, samedi._--Men  la salle du Cheval blanc, o il se confesse
et entend la messe. Le Roi le mne au jardin de la Reine, o il court
saute et tombe une fois, par la faute de sa robe, sans se blesser. A
deux heures et demie il entre en carrosse, va  la chasse aprs le Roi,
qui alloit au chevreuil,  la Vente au Diable. A souper il se prend 
chanter: _Qui veut our une imparfaite_, etc.

_Le 6, dimanche, jour de Pques,  Fontainebleau._--Le Roi le mne 
la messe; il le sert  la communion, qui lui fut administre par M.
le cardinal Du Perron; la messe acheve, le Roi allant toucher les
malades[487] en la cour des Fontaines, le renvoie en sa chambre, d'o
il regarde la crmonie.

  [487] _Voy._ la lettre du Roi  la marquise de Verneuil. _Lettres
  missives_, VII, 510.

_Le 7, lundi._--Il entre en carrosse pour suivre le Roi  la chasse au
chevreuil, le voit prendre, est marri de le voir tuer aux chiens.

_Le 11, vendredi._--Il va trouver le Roi, qui le mne au jardin des
pins et des canaux, o il lui prend envie d'aller au grand Navarre
voir piquer des chevaux, y voit courir la bague. Ramen aux jardins,
il va ratteindre le Roi derrire le chenil; il montroit les jardins 
M. de Joyeuse, dit _Pre Ange_, capucin[488]; il ne veut retourner,
suit le Roi au jardin du Tibre et  la salle du Cheval, our la messe
avec le Roi, puis va donner le bonjour  la Reine. M. de Joyeuse
vient voir remuer M. le duc d'Orlans, lui donne sa chemise et prend
cong du Dauphin pour s'en retourner  Rome. Il toit pre de Mme de
Montpensier, mre de Mlle de Montpensier accorde  M. d'Orlans.

  [488] Henri de Joyeuse, comte du Bouchage, puis duc de Joyeuse,
  pair et marchal de France, gouverneur de Languedoc pendant la
  Ligue; devenu veuf en 1587, il se fit capucin sous le nom de
  _Pre Ange_, sortit des ordres en 1592 pour se mettre  la tte
  de la Ligue, et y rentra en 1599. Il faisait ce jour sa visite
  d'adieu, partant pour Rome pieds nus; il mourut en route, 
  Rivoli, le 27 septembre 1608. De sa femme, Catherine de Nogaret
  de la Valette, il avait une fille unique, Henriette-Catherine de
  Joyeuse, marie en 1599  Henri de Bourbon, duc de Montpensier.

_Le 12, samedi._--Il va  la chasse aprs le Roi, voit le cerf par deux
fois. Mme la comtesse de Moret, tant dans son carrosse, sembloit venir
 lui[489]; il dit soudain: _Tournez, tournez, cocher! dret_ (droit) _
Fontainebleau_.

  [489] Se diriger du ct du carrosse dans lequel tait le Dauphin.

_Le 13, dimanche._--Dn avec le Roi; ramen en sa chambre;  six
heures et demie soup. M. le cardinal Du Perron vient  son souper;
il le fait asseoir; aussitt que le Dauphin eut soup il s'en va  la
galerie; Mme de Montglat lui dit: Monsieur, vous n'avez pas dit adieu
 M. le cardinal Du Perron.--_Vient-y pas?_--Non, Monsieur.--_C'est
qu'il est comme une fille, il craint le serein._ Un cuyer du Roi
toit demeur avec ledit sieur cardinal, le Dauphin demande: _O est
l'cuyer? il est une fille comme lui._--Monsieur, lui rpond Mme de
Montglat, c'est son cuyer.--_Ho! ho! non, il est  papa, mais c'est
que ses aumniers sont ses cuyers._

_Le 14, lundi,  Fontainebleau._--Il trouve sur la terrasse prs de sa
chambre un petit mercier, achte demi-douzaine d'agrafes de verre blanc
lui ayant plu; il et volontiers achet toute la bote. Il va chez le
Roi, o il joue au hoc[490] contre Mme la princesse de Conty, qui se
laisse perdre trois ou quatre cus.

  [490] Jeu de cartes qui fut dfendu sous le rgne de Louis XIV.

_Le 16, mercredi._--Il va en la galerie, se joue, vient o nous
dnions, y prend un cornet d'oublie qu'il mange, puis s'en retourne en
sa chambre pour y entretenir matre Guillaume Dubois, pote de M. de
Roquelaure (il n'toit pas bien sage), et avant que partir prie Mme de
Montglat de lui faire donner  dner; il en avoit compassion, l'on ne y
pensoit point.

_Le 17, jeudi._--Men chez le Roi; M. de Verneuil toit prs du Roi;
il approche, et, le tirant par le bras, il lui dit: _Otez-vous de
l_; c'toit pour y faire approcher Madame. Le Roi l'en tana, y fait
demeurer M. de Verneuil, et le chassa. Il se retire  l'cart, et se
met  pleurer; M. le Grand fit la paix.

_Le 20, dimanche._--Men au jardin des pins, il y fait mener son petit
carrosse rouge, et y fait mettre dedans Mistaudin, petit nain du jeune
Liancourt, le fait tirer par tout le jardin, par M. le Chevalier, et
lui et M. de Verneuil sont les valets de pied. Mistaudin commande: Je
veux aller  Paris ou autre part, et les nomme par leurs noms: valets
de pied.

_Le 22, mardi,  Fontainebleau._--On lui amena pour lui faire la
rvrence MM. de Mortemart[491], l'un g de sept ans et demi et
l'autre de six ans et demi, et comme on lui dit que demain matin ils
viendront  son lever, il dit: _Non, il nous faut faire devant deux
tours de galerie_; c'toit pour y courir et s'prouver  la course. Il
se mesure avec eux, se trouve plus grand, puis les mne  la galerie,
o il les fait courir avec lui, et les gagna de beaucoup. Il va par
la galerie au jardin des pins, revient par l'alle du chenil, regarde
les compagnies entrer en garde, voit un goujat mont sur un bidet, lui
demande: _A qui est ce cheval?_ et lui ayant rpondu que c'toit  un
soldat: _Il ne faut pas que les soldats ayent de chevaux; c'est pour
les capitaines._ Dn avec le Roi; il va chez la Reine, et se jouant
 _Soldat_[492], un turquet du Roi, il en fut un peu mordu. Men aux
toiles, o il voit prendre un sanglier.

  [491] Gabriel et Louis de Rochechouart. Gabriel devint premier
  gentilhomme de la chambre du Roi en 1630, gouverneur de la ville
  de Paris et de l'Ile de France en 1669, et mourut en 1675; il
  fut le pre de Mme de Montespan. Louis de Rochechouart, comte de
  Maure, fut grand snchal de Guyenne, et mourut en 1669.

  [492] _Voy._ au 24 mars prcdent.

_Le 24, jeudi._--M. de la Trimouille, g de quatre ans, lui fait la
rvrence, prsent par Madame sa mre[493]. Mme de Montpensier visite
M. d'Orlans et lui mne sa fille, ge d'environ trois ans. Il lui
fait bonne chre[494], lui rit, la baise, l'embrasse, et lui donne une
petite nourrice de poterie[495] qu'il tenoit, le lui ayant dit.

  [493] Charlotte-Brabantine de Nassau, fille de Guillaume II,
  prince d'Orange, et femme de Claude de la Trmoille, duc de
  Thouars. L'enfant qu'elle prsente au Dauphin doit tre son
  second fils, Frdric de la Trmoille, comte de Benaon et de
  Laval, mort en 1642,  la suite d'un combat singulier contre le
  seigneur du Coudray-Montpensier.

  [494] Bon accueil.

  [495] C'tait sans doute une copie ou imitation de la figurine
  de Bernard de Palissy, connue sous le nom de _la Nourrice_,
  fabrique  la poterie de Fontainebleau, o le Dauphin allait si
  souvent acheter des figurines qui lui servaient de jouets.

_Le 25, vendredi._--A sept heures trois quarts, la Reine commena 
sentir les douleurs pour accoucher; j'en revenois, et lui demandai
(au Dauphin): Monsieur, voil maman qui est en travail pour
accoucher, qu'aimeriez-vous mieux, ou un frre, ou une soeur?--_Un
frre._--Monsieur, pourquoi?--_Parce que ce sera un autre serviteur
pour papa, et puis on fera tant tirer le canon._ A neuf heures et demie
la Reine accouche de Mgr le duc d'Anjou[496], et fort heureusement,
n'ayant eu qu'une seule tranche de forte, et l'enfant grand, fort
et bien nourri et ayant la voix fort grosse. Le Dauphin entend sur
la fin de son djeuner tirer des arquebusades, il se prend  sauter
avec transport d'allgresse, disant: _Ho! maman est accouche!_ On lui
demande: Monsieur, que pensez-vous que c'est?--_Attendez! il y faut
songer; ce est un frre, j'en suis bien aise, nous sommes  c'theure
trois._ Il va chez le Roi et au grand cabinet de la Reine, voit mondit
Seigneur que l'on pansoit, met ses deux mains sur les flancs et le
considre froidement; il ne le voulut baiser. Il va voir la Reine, puis
va avec le Roi au _Te Deum_. Il regarde, des fentres de la galerie,
courir la bague en la cour du Cheval. Mis au lit, il s'amuse  faire
des empreintes de gravures[497], me demande la mienne, qui toit d'un
Hippocrate en cornaline antique; je lui en retire une en cire blanche,
il me commande de lui en rogner les bords jusques au visage. Je lui
dis: Monsieur, je gterai tout.--_Ho! vous ne sauriez rien gter,
vous tes bon sculpteur._

  [496] Gaston-Jean-Baptiste de France porta le titre de duc
  d'Anjou jusqu'en 1611, poque de la mort du second fils de Henri
  IV. Il prit alors les titres de duc d'Orlans et de Monsieur,
  frre du Roi. Il mourut au chteau de Blois, en 1660.

  [497] De pierres graves.

_Le 26 avril, samedi,  Fontainebleau._--Il s'amuse  faire des
empreintes de mon lion et de mon Hippocrate[498]; MM. de Mortemart
entrevenant  son lever, il en est fch, entre en mauvaise humeur et
en querelle avec Mme de Montglat. Elle lui dit que sa mauvaise tte lui
feroit donner le fouet: _Je voudrois que vous eussiez ma mauvaise tte,
et je vous donnerois le fouet._ Lev, vtu, il va  l'entre de la
galerie o toient ses petits chiens d'Artois, et, les caressant, dit:
_Ha! je voudrois que vous peussiez manger Mamanga; mais ne lui dites
pas_, dit-il  M. de Ventelet et  son aumnier, qui l'avoient entendu.
Il fait apporter ses armes, va en la galerie, fait sa compagnie comme
il avoit fait d'autres fois, et fait armer MM. de Mortemart; M. le
Chevalier toit le capitaine. Il y toit si attentif que Mme de
Montglat ne l'en sut jamais divertir pour aller assister au baptme,
sans les crmonies, de Mgr le duc d'Anjou. Ce fut en sa chambre,
proche de la terrasse de la galerie lambrisse qu'il fut baptis par
M. le rvrendissime [cardinal de Bonzi] vque de Bziers, grand
aumnier de la Reine,  deux heures aprs midi, y tant Madame, Mme de
Montpensier, Mme de Guiercheville, dame d'honneur de la Reine.

  [498] C'taient des pierres graves qu'Hroard portait en bague.
  _Voy._ au 21 juin 1614.

_Le 27, dimanche._--Vtu d'une saye[499] que la Reine lui fit faire, il
ne veut point que l'on mette des plumes  son chapeau, y fait mettre
une laisse. Le Roi le mne aux toiles, o il voit prendre une laie et
une douzaine de marcassins presque tous en vie.

  [499] Vtement court et boutonn par devant. Hroard remarque
  trois jours aprs que la cotte du Dauphin toit trop serre 
  l'endroit de l'estomac.

_Le 30, mercredi._--Comme il alloit trouver le Roi, il rencontre M.
le Grand, retourne arrire, et le mne chez lui pour lui montrer ses
chiens; c'toient deux petits chiens d'Artois. Il leur fait courir le
marcassin dans la galerie, va aprs courant, et toute cette noblesse
qui toit avec lui. Dn avec le Roi.

_Le 1er mai, jeudi,  Fontainebleau._--M. le Chevalier se moquoit de
quelqu'un, et lui montroit le personnage; il lui dit: _Taisez-vous,
ff Chevalier, il faut point regarder les personnes quand on se
moque._ A neuf heures et demie dvtu, mis au lit, il s'amuse fort
gentiment  entretenir des gentilshommes qui toient  son coucher,
raille avec eux srieusement, gracieusement; comme s'il n'avoit jamais
fait autre chose et toujours vcu privment avec eux.

_Le 2, vendredi._--Le Roi le mne promener au jardin, o, lui montrant
Mme la comtesse de Moret: Mon fils, j'ai fait un enfant  cette
belle dame, il sera votre frre; il se retourne honteux, disant:
_C'est pas mon frre._ Dvtu, mis au lit, il s'amuse  entretenir la
noblesse; entre autres il faisoit bonne chre au fils an de M. de
Sourdac[500], il l'appeloit: _Petit jeune._

  [500] Guy de Rieux, fils de Ren, seigneur de Sourdac, qui
  aprs la mort de Henri III s'tait attach au roi Henri IV, dont
  il tint constamment le parti pendant la Ligue. Guy de Rieux
  devint premier cuyer de Marie de Mdicis, sortit avec elle du
  royaume, fut dclar criminel de lse-majest en 1631, et mourut
   Neubourg, en 1640.

_Le 3, samedi._--A huit heures et demie lev, il essaye un pourpoint et
des grgues de satin, saute, gambade; il y a de la peine  lui faire
quitter, tant qu'on lui dit qu'il y avoit quelque chose  raccoustrer.
A onze heures et demie dn; bu de la tisane de rglisse de M. de
Vendme, qu'il avoit fait tenir en sa chambre tout le long de son
dner, sans lui vouloir permettre d'aller avec Mlle de Vendme[501];
aussitt qu'il eut achev, lui tant son chapeau: _Allez, allez-vous-en
dner._ Le Dauphin prend son petit carrosse rouge, s'assied  la place
du cocher, y attelle Bajordan, Villereau, Saint-Privat, pages du Roi en
la grande curie, et Dcluseaux, et se fait traner par la chambre.--Il
y avoit quatre ou cinq jours qu'il lui fut donn deux petits chiens que
l'on avoit trouvs; il les fit mettre, pour les nourrir,  sa fourrire
et les aimoit fort. Celui qui les avoit perdus, l'ayant su, vint
trouver le Dauphin, lui dit qu'il toit fort aise que ces deux chiens
lui avoient t donns; qu'ils toient  lui, qu'il les avoit perdus,
qu'il les aimoit fort, mais que s'ils lui toient agrables, il lui
feroit beaucoup d'honneur de les recevoir en don. Le Dauphin l'coute
froidement, et ayant achev, lui demande: _Sont-ils  vous?_ Il rpond
que oui.--_Qu'on les y rende_, dit le Dauphin gravement, doucement, et
n'en voulut plus. A six heures et demie il va chez la Reine[502].

  [501] Csar, fils an du Roi et de Gabrielle d'Estres avait
  alors quatorze ans, Mlle de Vendme en avait onze.

  [502] Hroard note en marge que le Roi tait parti le matin.

_Le 4, dimanche,  Fontainebleau._--Il va donner le bonsoir  la
Reine, et prendre le mot pour le donner aux gardes. Avant que
s'endormir il demanda  M. de Drouet, capitaine aux gardes, qui
toit venu prendre le mot: _O tes-vous en garde?_--Monsieur,
 la porte du donjon.--_Et l'autre compagnie?_--Monsieur,  la
porte des cuisines.--_Qui est le capitaine?_--Monsieur, c'est
Campagnols.--_O est-il?_--Monsieur, il est  Boulogne, dont il est
gouverneur.--_Et son lieutenant, est-il ici?_--Non, Monsieur, il est
malade  la garnison.--_Et son enseigne?_--Monsieur, il est all 
sa maison.--_Et son sergent?_--Monsieur, il est ici.--_Pourquoi
n'est-il venu prendre le mot?_ Il fit toutes ces demandes pour venir 
cette dernire.--Monsieur, les sergents ne le prennent point quand il
y a des capitaines; je le leur donnerai  tous. Il se contenta de cela.

_Le 5, lundi._--Il fait son exemple; Beaugrand, crivain du Roi, lui
montre  crire.

_Le 6, mardi,  Fontainebleau._--Il crit une lettre au Roi, par
commandement de la Reine, comme il s'ensuit, sans trace, mais entre
deux lignes de rgle et fort bien:

    Papa, maman m'a command de vous escrire pour vous remercier en
    son nom de la peine que vous prens de luy faire scauoir de vos
    nouuelles, maintenant qu'elle ne vous peut mander des siennes;
    elle se porte bien et se resiouit de ce qu'elle vous verra
    jeudy, et vous baise tres-humblement les mains et moy aussi,
    qui suis bien sage et tousiours, mon papa, vostre tres-humble
    et tres-obeissant fils et seruiteur.

    LOYS.

    Et pour suscription: _ Papa_.

Men au jardin des pins, puis en celui des canaux, et voir le mange
qui se faisoit au logis de Jamin, et aprs au jardin des fruitiers.
Il va en son petit jardin, s'amuse  bcher, baille des outils 
d'autres, leur disant: _Travaillez, ou je vous battrai_. Ramen, il va
chez la Reine; il fait lui demander de l'argent, car jamais il n'en
vouloit demander; il craignoit le refus. La Reine l'appelle: Mon
fils, voulez-vous de l'argent?--_Oui, s'il vous plat, maman._ La
Reine lui fait donner trois doublons, et lui demande: Mon fils, qu'en
ferez-vous?--_Je les dounerai  mon petit jardinier._--Mais, mon
fils, lui donnerez-vous tout?--_Oui, maman, car il faut une serrure 
mon jardin, puis il y a un an qu'il travaille  mon jardin._ Ramen 
sept heures et un quart en sa chambre, soup. Mme la princesse de Conty
faisoit un ballet pour danser devant la Reine; il disoit en soupant:
_La femme du singe  papa est morte; je prendrai la peau, puis je
m'en irai. Je monterai sur une fentre et puis je me jetterai dans le
ballet, et puis ils seront bien tonns_. Il racontoit cela  Madame,
sa soeur.

_Le 7, mercredi._--Mme la princesse de Conty devoit danser un ballet
en la chambre de la Reine, puis venir en la sienne; on lui propose de
faire prparer une collation de petites pices qu'il avoit prises en
la poterie. Attendant le ballet il se jouoit avec les filles de la
Reine, surtout avec Mlle de Fonlebon, se jetoit sur elle  corps perdu,
la couchoit  terre. Le ballet arrive; c'toient: Mme la princesse de
Conty, Mlle de Vendme, Mme la comtesse de Moret, Mme de Vitry, fille
de Mme de Montglat, Mlle de Liancourt, M. de Vendme, M. le Chevalier
et le fils de M. de Liancourt. Le ballet fini, on danse les branles, il
ne veut point danser, et regarde; M. de Vendme conduisoit le branle.
Il lui prend une humeur de danser, se jette dans la danse au-dessous
de M. de Vendme, et prend Mme la comtesse de Moret  la main gauche;
M. de Vendme la menoit  sa droite; M. de Vendme lui dit: Monsieur,
prenez votre rang.--_Mon rang est partout!_ Il mne Mme de Guise,
qui fut suivie des autres du ballet,  sa collation, et de rire et de
faire des exclamations: c'toient des petits chiens, des renards, des
blaireaux, des boeufs, des vaches, des curieux, des anges jouant de
la musette, de la flte, des vielleurs[503], des chiens couchs, des
moutons, un assez grand chien au milieu de la table, un dauphin au haut
bout, un capucin au bas.

  [503] Parmi les figurines attribues  Palissy se trouve
  galement un joueur de vielle. _Voy._ la note du 24 avril
  prcdent.

_Le 9, vendredi,  Fontainebleau._--Il fait courir ses chiens aprs le
_Robert_ du Roi[504].

  [504] Le singe du Roi. _Voy._ au 25 mars prcdent.

_Le 10, samedi._--A onze heures men au Roi, qui revient de Paris.

_Le 14, mercredi._--Lev  huit heures et un quart, il s'assied 
terre, disant: _Je ne sais que j'ai, mais je suis pas malade_, tche
de se jouer  son petit chien, qu'il se fait bailler. A huit heures et
demie remis au lit, il se prend  vomir  deux diverses fois, et dit:
_Je suis guri_. La bonne couleur lui revient, la gaiet; il demande
ses petits jouets d'argent, les fait nommer par M. du Buisson, exempt
des gardes, qui les nomme en bourguignon qu'il toit; le Dauphin en
rit  bon escient[505]. A sept heures (du soir) le Roi arrive, et
l'veille; il lui saute au col, en est tout rjoui. Le Roi lui dit:
Mettez-vous sur le cul que je le voie; il se plante sur les deux
bras, et montre tout le derrire du corps.

  [505] Tout le reste de la journe l'indisposition du Dauphin
  continue, et il vomit  plusieurs reprises; son tat maladif
  continue pendant trois jours.

_Le 15, jeudi._--veill  sept heures, il s'entretient du loup que,
sur les cinq heures, le Roi avoit pris dans le parc. A neuf heures et
un quart il demande  faire son lit; lev, gai, peu aprs qu'il toit
assis auprs du feu, vomi. Remis au lit, M. le baron de Portes[506] le
vient voir; le Dauphin dit gaiement: _Ha! veci la porte de ma chambre;
mais cela est bien trange de voir parler une porte_. A quatre heures
et demie on lui parle de prendre un clystre; cela ne lui plat point.
On l'en presse, il tempte: _J'aime mieux mourir_. On le menace du
Roi, qui venoit; il s'arrte. Enfin, un quart d'heure aprs toute
contestation, M. d'pernon arrive, qui lui dit: Monsieur, voil le
Roi. Soudain il se retourne: _H! donnez-le moi_, et le prend tout: et
l-dessus le Roi entra, et y fut jusques  cinq heures et demie[507].

  [506] Jacques de Budos, baron de Portes, dont la petite-fille
  pousa, en 1644, Claude de Rouvroy, premier duc de Saint-Simon.

  [507] _Voy._ les deux lettres de Henri IV  Sully, tome VII,
  pages 552 et 553. Mlle de Verneuil avait la rougeole, Madame et
  le duc d'Orlans la fivre.

_Le 16, vendredi._--Il demande: _Mamanga, je vous prie, envoyez-moi
querir quelque petit mercier pour me jouer_. M. Birat va au bourg, fait
venir un Marseillois qui avoit un instrument fait  Nuremberg, en forme
de cabinet, o il y avoit grand nombre de personnages faisant diverses
actions, par le mouvement du sable au lieu de l'eau. L'instrument
arriv, il se y amuse, et incontinent comprend les moyens pour faire
jouer le sable et le faire arrter, en parle en mmes termes qu'il
avoit ou nommer au Marseillois, comme _contreps_, pour contrepoids.
M. de Ventadour et M. de Montespan[508] font tout ce qu'ils peuvent
pour le persuader de l'envoyer montrer au Roi et le supplier de le lui
donner. Il ne leur rpond rien, d'autant qu'il avoit entendu que ce
pauvre homme en gagnoit sa vie. Le dsir de l'avoir, la crainte qu'il
avoit d'en importuner le Roi et la charit envers ce pauvre homme
combattoient en lui; enfin M. de Montespan, capitaine des gardes, le
presse tant, et s'offre d'en aller supplier le Roi, qu'il dit _oui_,
mais assez froidement et comme par contrainte. M. de Montespan en
revient, et dit: Monsieur, le Roi le vous donne.--_Est-il pay?_
Amus fort gaiement  cet instrument, o toient la prinse de Jrusalem
et la Passion. Le Roi fait marchander et offrir six cus pour
vingt-cinq; il envoie M. le Chevalier pour l'en dgoter. La Reine
l'envoie donner, et promet de les payer[509]. Le Dauphin eut piti de
ce pauvre homme: _Mamanga, je vous prie, faites donner  ce pauvre
homme la moiti d'une sole, la moiti d'une carpe, et un pain; il n'a
point mang d'aujourd'hui_.

  [508] Antoine-Arnaud de Pardaillan, marquis de Montespan,
  capitaine de la premire compagnie des gardes du corps du Roi,
  mort en 1624. Son petit-fils fut le mari de la clbre Mme de
  Montespan.

  [509] _Sic._ C'est  dire que la Reine envoie dire au Dauphin
  qu'elle lui donne ce joujou et qu'elle promet de le payer.

_Le 17, lundi._--Il s'amuse  l'instrument du jour prcdent, que la
Reine lui avoit donn et pay vingt cus, dont le Roi fut fch, disant
qu'elle le gtoit; il le montre  ceux qui le viennent voir et le
conduit lui-mme.--Mmes de Montpezat[510] et du Peschier[511] viennent
 son souper. Mme du Peschier voyoit qu'il la regardoit fixement, et
dit: Je vois bien que Monsieur me fait l'honneur de m'aimer, puisqu'il
me regarde ainsi. Le Dauphin dit tout bas  l'oreille de sa nourrice:
_C'est qu'elle ressemble  Robert, le singe  papa_: elle avoit les
paules votes; puis quand elles furent parties, il le dit tout haut
en la nommant. On lui demande: Monsieur,  qui ressemble Mme de
Montpezat?--_Au sapajou de maman, elle a une petite tte et un petit
nez_: il toit vrai[512].

  [510] lonore Thomassin, femme de Emmanuel des Prs, marquis de
  Montpezat.

  [511] Catherine de Gimel, femme de Jean de Saint-Chamans, comte
  de Peschier.

  [512] Le Roi crit  Sully  cette date: Mes enfants se portent
  mieux, Dieu merci, et sont sans fivre. Mon fils le Dauphin
  sortira aujourd'hui et ma fille demain.

_Le 18, dimanche,  Fontainebleau._--M. de Vic, gouverneur de Calais,
le vient voir; il toit bott et peronn d'un ct, d'autant qu'il
avoit une jambe de bois: _Il vous faut mettre_, lui dit-il, _un
petit peron  cette petite jambe, tout au bout_. Il va donner le
bonjour  Leurs Majests; ramen, il s'amuse  peindre, fait bien,
judicieusement, se y arrte; il avoit fait venir un Allemand qui
toit au petit M. de Liancourt, pour lui montrer. A six heures et un
quart il va en son cabinet; cependant qu'il est empch, on heurte
 la porte; il commande  Descluseaux de demander qui c'est: _Vous
l'entendrez bien  la voix, je veux que personne entre_.--Monsieur, ne
voulez-vous pas que personne entre?--_H! oui, ff Chevalier._--Et
M. de Vendme?--_Non._--Et pourquoi?--_Il n'est pas si cognu_; il
vouloit entendre si ordinaire auprs de lui. Descluseaux lui dit:
Mais, Monsieur, ils sont vos frres.--_Ho! c'est une autre race
de chiens._--Et M. de Verneuil?--_Ho! c'est encore une autre race
de chiens._--Monsieur, de quelle race?--_De madame la marquise de
Verneuil; je suis d'une autre race, mon frre d'Orlans, mon frre
d'Anjou et mes soeurs._--Laquelle est la meilleure?--_C'est la
mienne, puis celle de ff Vendme et ff Chevalier, puis ff Vaneuil
et puis le petit Moret_, qu'il ne voulut jamais appeler comte. _C'est
le dernier, il est aprs ma mede que je viens de faire._ Dvtu, mis
au lit, il raille avec des gentilshommes qui toient  son coucher,
leur donne des noms, demande  M. le baron de Portes: _D'o tes-vous?_
Il rpond: De Languedoc.--_De langue de chien._

_Le 24 mai, samedi,  Fontainebleau._--L'ambassadeur d'Angleterre, M.
Georges Cheruth, le vient voir pour lui dire adieu, ayant avec lui sa
femme et un petit-fils nomm Franois, g de sept ans et demi, fort
joli esprit, qui supplie Mgr le Dauphin qu'il pt tre son soldat. Il
le mne en la galerie o il le fait mettre debout sur le cul du petit
carrosse, et lui fait le cocher assis et fait tirer le carrosse; il
lui demande s'il toit huguenot, sur ce que lui en venoit de dire M.
de Verneuil. Il rpond que M. le prince de Galles, son matre, toit
de la religion de ceux que l'on nommoit ainsi, et qu'il en toit
aussi.--En soupant il entretient M. de Vic, gouverneur de Calais, qui
avoit une jambe de bois, lui demande: _Pouquoi n'avez-vous fait faire
un peron  vote jambe?_--Monsieur, pource qu'il ne me serviroit de
rien.--_Pouquoi?_--Monsieur, pource que ma jambe qui est de bois ne
plie point.--_Il y faut mettre une cheville sous le genoil, et puis
elle fera chac_, faisant plier son doigt sur la table.

_Le 25, dimanche._--Il va chez le Roi, qui le mne  la messe, puis, 
onze heures et un quart, en la salle du bal; dn avec lui; le Dauphin
se jouant de la manche de sa robe avec _Soldat_, chien du Roi[513], le
chien aboyant sur lui feint de le mordre; le Roi l'en tance pensant
qu'il battoit le chien. Il pleure pour avoir dplu au Roi. Le Roi s'en
fche, et le mne par la main en sa chambre; il la quitte pour aller 
Mme de Montglat; le Roi s'en fche, le menace du fouet; tout soudain il
se jette  genoux, demande pardon. Le Roi s'apaise.

  [513] _Voy._ la note du 24 mars prcdent.

_Le 26, lundi._--Il dit  M. de Vic: _Avez-vous fait faire une cheville
 vote jambe pou la faire plier?_--Non, Monsieur.--_Il y faut faire
mettre une petite roue pour la faire plier, puis une cheville pour
l'arrter. Voulez-vous courir contre moi dans la galerie? Je vous
donnerai cinquante pas._ Il va dire adieu au Roi, qui alloit  la
chasse, et puis en la chambre de la Reine.

_Le 27 mai, mardi,  Fontainebleau._--En dnant il demanda  M.
de Ventelet quand il mangeroit du poisson?--Monsieur, ce sera
aprs-demain.--_Et demain?_--Non, Monsieur, encore que ce soit
les quatre-temps.--_Ho! ho! les quatre temps! est-ce pluie, est-ce
l'clair, est-ce tonnerre, est-ce la grle?_ A six heures et demie
soup; il entend le tambour des gardes: _Vel papa qui revient_; il
y va soudain, et le rencontre au bas de l'escalier de la cour des
Fontaines, revenant de la chasse, et le mne en sa chambre.

_Le 28, mercredi._--M. le marchal de la Chtre le vient voir, lui
donne sa chemise. A onze heures dn; un fauconnier y vient portant un
autour d'Inde, qui avoit une huppe noire sur la tte, envoy d'Espagne
par le sieur de Barrault, ambassadeur pour le Roi; il toit gros et
fort comme un aiglon. Le Dauphin dit: _Il a la tte faite comme la
jeune de Lisle_, qui l'avoit grosse et carre, et le nez long; il toit
ingnieux  ces rencontres. Il entretient en soupant matre Martin[514]
de tous ses chiens, sait ou demande leurs noms, ce qu'ils savent faire,
comme il dresse les jeunes; ce fut presque tout le long de son souper
comme une grande personne bien entendue, parlant en termes propres et
avec grce. Men  sept heures trois quarts chez le Roi, revenant de
dner  Villeroy.

  [514] Veneur du Roi.

_Le 6 juin, vendredi,  Fontainebleau._--Il est vtu d'un pourpoint
et de chausses, quitte l'habillement d'enfance, prend le manteau et
l'pe, c'toit celle que feu M. de Lorraine lui avoit donne. Son
habillement toit de satin incarnat avec du passement d'argent. M. de
Verneuil fut habill de mme. Il va ainsi habill voir le Roi et la
Reine.

_Le 11 juin, mercredi._--Il va voir la Reine (le Roi toit parti pour
aller  Paris), prend cong d'elle (elle alloit rejoindre le Roi). Il
crit une lettre  M. de Sully pour avoir un cheval pour Descluseaux;
on le faisoit crire selon leur passion. A six heures le Roi est
revenu, ramen par la chasse; soup avec le Roi chez M. Zamet.

_Le 16, lundi._--J'arrive de Vaugrigneuse[515]; il me mne pour
me montrer son manteau et sa croix dessus. J'avois feint de ne le
connotre avec son habillement.

  [515] Hroard tait absent depuis le 2 juin.

_Le 23, lundi,  Fontainebleau._--A quatre heures il entre en carrosse
pour aller au-devant du Roi, qu'il rencontre au haut du pav, 
l'entre de la fort, et revient avec lui  cinq heures, lui donne sa
chemise. Aprs souper il va en la basse-cour, y fait tirer des fuses,
puis  huit heures et demie il a mis le feu au bcher de la Saint-Jean;
aprs il va au-devant de la Reine, la salue au pied de l'escalier du
donjon, salue Mmes de Martigues, de Mercoeur et Mlle de Mercoeur; il
va en la chambre de la Reine, o il se joue devant Leurs Majests. Mis
au lit il se fait entretenir, dit: _Quand j'aurai quatorze ans, on
parlera de me marier_, pource qu'il avoit entendu dire que l'on parloit
de marier M. de Vendme avec Mlle de Mercoeur[516], pource qu'il avoit
quatorze ans. L dessus nous lui parlons de l'Infante, lui en faisons
des contes; il y prend plaisir, et entr'autres il dit: _Faites-moi
le conte des ambassadeurs._ C'toit un conte que l'on lui faisoit de
l'Infante, qui jouant aux ambassadeurs qui venoient de toutes parts 
elle faisoit la Reine; elle fit asseoir et couvrir celui du Dauphin.

  [516] _Voy._ au 16 juillet suivant.

_Le 24, mardi._--Il va  la messe en la salle du Cheval, aprs va
donner le bonjour  la Reine, qui lui donna un laquais qu'elle avoit
fait habiller; c'toit un petit garon gueux, que les laquais faisoient
danser et en faisoient leur bouffon, plein de poux, natif d'Orlans; ce
fut son premier laquais. Il essaye  ses chiens, _Pataut_ et _Lion_,
des harnois que M. Conchino lui avoit donns pour leur faire tirer son
petit carrosse. A six heures, en la salle du bal, soup avec le Roi; il
va chez la Reine avec le Roi.

_Le 26 juin, jeudi._--Il demande ses armes, mousquet, bandoulire et
tout l'quipage, fait armer toute sa compagnie, y joignant plusieurs
pages de la petite curie, marche ainsi sur la terrasse, le tambour
battant, et va  la salle du bal; c'toit le tambour de la compagnie
qui toit en garde. Ils se rangent en haie, puis marchent, vont 
la charge; le Roi et la Reine y viennent pour les voir, M. de Sully
et M. de Villeroy[517] avec eux. Aprs plusieurs revues et salves
d'arquebusades[518], il s'adresse  M. de Sully, surintendant des
finances, et lui demande de l'argent pour faire la paye de ses soldats;
il lui donne un sol; le Dauphin le prend, et voyant qu'au lieu d'un
doublon ce n'toit qu'un sol, il le regarde en colre et jette le sol
au loin, disant: _Je veux paye royale._ Il fait encore en prsence de
LL. MM. une revue et une salve, par commandement du Roi, puis se retire
en bataille en sa chambre.

  [517] Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, secrtaire
  d'tat, mort en 1617.

  [518] Hroard imite ici jusqu'au bruit que faisait le Dauphin en
  simulant une dcharge.

_Le 27, vendredi._--La Reine lui demanda s'il seroit marri quand il ne
seroit plus avec _Mamanga_, il rpond: _Non._

_Le 2 juillet, mercredi,  Fontainebleau._--Bagot, artillier du Roi,
toit sur la petite terrasse jetant des fuses; il les regardoit 
travers la vitre de sa chambre, mont sur un placet[519] sur lequel
je le tenois, et se retournant vers moi dit gaiement: _Ha! Mousseu
Hroua, que j'aime cette senteur_: il aime l'odeur de la poudre.

  [519] Un tabouret.

_Le 3, jeudi._--Men  la salle du bal, aux comdiens entre lesquels
toit Colas, cet admirable sauteur, qui montoit sur une chelle droite,
 niveau, sans l'appuyer, et tomboit tout du long  culbutes sans se
blesser.

_Le 5, samedi._--Il joue une comdie, au passage de l'entre de la
galerie, hardiment, avec M. le Chevalier et MM. de Mortemart. A trois
heures got; il va jouer encore au mme lieu une comdie; il fait le
soldat franois.

_Le 8, mardi,  Fontainebleau._--A onze heures dn avec le Roi; il
tonnoit et clairoit; il en avoit peur, baissoit son chapeau du ct
des fentres, faisoit des signes de croix, et, assurant tant qu'il
pouvoit sa contenance, disoit que ce n'toient que des flambeaux. A
trois heures got, il va  la comdie.

_Le 9, mercredi._--Il s'entretient de ses chiens, dit qu'il a six
chiennes pleines et qu'il les a maries. Je lui dis qu'il auroit bien
des accouches. Il appelle M. de Candale, et lui dit  l'oreille: _J'ai
un chien qui a fait un autre chien cocu; il a couch avec sa femme la
chienne, mais ne le dites  personne; dites-le  mousseu Hroua, il n'y
a point de danger._

_Le 10, jeudi._--Il va en la galerie, o il se joue en diverses faons,
fait brler de la poudre, se jette dans la fume pour la humer, dit que
cette odeur lui plat. A trois heures got, men  la comdie.

_Le 11, vendredi._--Il ne veut point aller  la comdie, ne s'y plat
point, ne aux bouffons.

_Le 14, lundi._--Djeun  la fentre de la galerie, regardant courir
la bague. M. de Vic, gouverneur de Calais, toit  son souper; il
raille avec lui, lui demande pourquoi il est bott, lui dit qu'il
courroit avec lui s'il vouloit courir  cloche-pied[520].

  [520] Il avait une jambe de bois.

_Le 15, mardi,  Fontainebleau._--Il va donner le bonjour  la Reine,
o je la remerciai de ce que, le jour prcdent, elle m'avoit fait
l'honneur de faire rsoudre au Roi que je demeurerois premier mdecin
de Monseigneur le Dauphin. Il va en sa chambre; l'on parloit de le
retirer des mains des femmes et de lui ter tous ses serviteurs; M. de
Verneuil lui dit: Mon matre, l'on dit que on veut faire prendre de la
casse  tous vos serviteurs; il rpond: _Paix! paix!_ sans le regarder
ne faire semblant de l'entendre, avec un visage fch.

_Le 16, mercredi._--Soup en la galerie; il va chez le Roi, o le
contrat de mariage entre M. de Vendme et Mlle de Mercoeur fut sign et
eux fiancs.

_Le 17, jeudi._--Men chez la Reine, l o le Roi lui baille son
chapeau de castor, lui commandant de l'apporter  Armaignac, premier
valet de chambre du Roi, et lui rapporter un chapeau de taffetas; le
Dauphin y va courant avec ardeur, et ne veut point retourner[521] sans
le chapeau de taffetas, qu'il apporta au Roi. Men en la grande salle,
 la comdie.

  [521] Revenir vers le Roi.

_Le 18, samedi._--M. de Souvr lui dit que le fils du duc de Wittemberg
le doit venir voir; il demande: _Est-il plus que moi!_--Oui, Monsieur,
car il est plus g que vous, c'est un prince d'Allemagne. Mme de
Montglat lui dit: Monsieur, il est prince comme vous. Le Dauphin
mangeant une cerise, et ayant song dit: _Je suis plus que lui en
France, et il est plus que moi en Allemagne._ A trois heures trois
quarts le prince de Wittemberg le vient saluer, revenant de Poitiers
et en dessein d'aller aprs en Angleterre, pour s'en retourner aprs
sjourner  Alenon, dont le duch toit engag  son frre.

_Le 19, samedi._--Les violons viennent en sa chambre; Madame, Mlle de
Vendme et MM. de Mortemart dansent, il ne veut point danser, n'aime
point la danse. Don Pedro de Toledo[522] arrive sur les sept heures
par la chausse, traverse la cour du Donjon, et, par le jardin de la
Reine, va loger  la Conciergerie.

  [522] Ambassadeur de Philippe III, roi d'Espagne.

_Le 20 juillet, dimanche,  Fontainebleau._--Don Pedro de Toledo le
vient saluer, lui baise la main, et lui dit qu'il est bien aise de
voir qu'il est si beau et gentil prince, et prie Dieu qu'il le fasse
prosprer. M. de Souvr, gouverneur du Dauphin, fit la rponse pour lui.

_Le 21, lundi._--Soup avec impatience pour aller aux toiles;  six
heures et demie men aux toiles: il toit pre  la chasse, o il vit
tuer un sanglier.

_Le 22, mardi._--Le sieur Jacob, ambassadeur du duc de Savoie, le vient
saluer de la part de son matre, lui baise les mains et lui offrant,
pour tmoignage de l'affection que son matre avoit  le servir, sa
personne et celle de ses enfants. Men chez le Roi aux fianailles de
M. de Vendme et de Mlle de Mercoeur[523].

  [523] Hroard a dj parl de ces fianailles dans la journe
  du 16; il est probable que le premier jour il n'y eut que la
  signature du contrat.

_Le 25, vendredi._--A neuf heures et un quart, sur le parepied [_sic_]
de la terrasse de la basse cour du Cheval blanc, djen. Il va en
sa chambre, fait dresser les toiles, dit  M. de Nangis, qui toit
capitaine des toiles: _Vous serez aussi capitaine des toiles de ma
chambre._ Il y met des chiens de poterie, des blaireaux, des loups.

_Le 30, mercredi._--Il se joue des marmousets de Mlle de Vendme,
et entre autres d'un marmouset fait en singe; le Roi le vient voir,
lui dit que ce singe ressemble  M. de Guise; peu aprs M. de Guise
arrive, et lui demande: Monsieur, qu'est cela?--_C'est votre
ressemblance._--Comment le savez-vous?--_Papa le dit._ A six heures
le Roi et la Reine sont partis pour aller souper  Loursine et coucher
 Paris.

_Le 31, jeudi._--Il va en la chambre du grand pavillon, o souloit
loger M. le Grand; l'on y porte son lit,  cause de l'extrme chaleur.
Il s'amuse  considrer les peintures en la galerie des chasses, les
diffrences et les personnes qui y toient peintes au naturel, des
chefs principalement[524].

  [524] La galerie des chevreuils ou des chasses tait orne de
  sept tableaux reprsentant les diffrentes sortes de chasses (du
  loup, du sanglier, du cerf, etc.). Dans tous ces tableaux Henri
  IV tait en habit de chasse, accompagn de quelques seigneurs et
  de ses veneurs. (_Le Trsor des merveilles de Fontainebleau_,
  par le P. Dan, p. 155.)

_Le 2 aot, samedi,  Fontainebleau._--Baign pour la premire fois,
mis dans le bain et Madame avec lui; il se frottoit avec des feuilles
de vigne.

_Le 3, dimanche._--Il vient au jardin avec son petit carrosse, le mne
en la chambre des statues, o j'tois log. Men au jardin des canaux:
_Allons_, dit-il, _au jardin des gazelles, cueillir des groseilles.
Est-ce pas bien rim?_--tant sur la terrasse, il voit beaucoup de
femmes qui suivoient Madame, qui se retiroit en sa chambre; n'ayant
auprs de lui que M. de la Court, M. de Ventelet et moi, il dit: _H!
vel tout plein de monde qui suit ma soeur, et n'y a personne avec moi._

_Le 4, lundi._--Il vient en ma chambre, o il s'amuse, ne se peut
mettre  l'criture; enfin il se y met. Beaugrand, son crivain, dit:
Silence.--_H! oui, silence; allez-vous en  Paris querir six lances._

_Le 6, mercredi._--Pendant son dner, M. d'Orlans s'engoua du bout
d'un os; Mme de Montglat lui met le doigt en la bouche, et le fait
un peu vomir. Il le voit: _Allez laver vos mains._ Elle y va, et
revient.--_Ne me touchez pas_; elle touche  la manche de sa chemise:
_Fi! changez-moi de chemise, vilaine laide, n'approchez pas de moi,
reculez ma chaise._--Mais, lui dit Mme de Montglat, ne savez-vous pas
bien que je suis sa gouvernante et qu'il faut que j'en aie le soin
comme de vous?--_Je voudrois que vous fussiez morte_; il ne s'en
pouvoit apaiser.

_Le 8, vendredi,  Fontainebleau._--Il ne se veut point laisser
peigner, s'en coigne de colre le front  coups de poing, en est
fouett.

_Le 10, dimanche._--Il lit son catchisme, o le docteur demande et le
disciple rpond; Mme de Montglat l'interrogeoit par coeur: elle fut
trop longue  demander, le Dauphin lui dit: _Parlez, docteur, parlez,
docteur de la Palestine._ C'toit un bouffon italien qui toit en
crdit  la Cour. A trois heures got; c'toit l'heure de l'clipse du
soleil; il avoit fait porter, sur la terrasse, o il gota, une pleine
chaudire d'eau pour la voir.

_Le 11, lundi._--Il avoit envie d'avoir un petit chariot  se jouer,
qui toit  Madame Christienne, Mme de Montglat lui dit qu'il le
prenne: _Mais, Mamanga, ma soeur y est pas; je veux qu'elle me le
donne._--Mis au lit, il s'amuse  voir danser Madame, qui s'toit
vtue de l'un de ses habits; il toit incarnat, chamarr de passements
d'argent, chausses et pourpoint. Elle danse les branles, la gaillarde,
la sarabande; elle ressembloit fort  Mgr le Dauphin.

_Le 12, mardi._--Il s'amuse  ranger en bataille sa compagnie de
poterie. L'un des princes de Mantoue devoit ce jour-ci le venir voir;
je lui demandai: Monsieur, que lui montrerez-vous? sera-ce votre
compagnie?--_Ho! non_, dit-il, jugeant que c'toit un jeu d'enfant. Il
se va promener le long de la terrasse, par o l'on alloit  la salle
du bal, trouve la salle des gardes ferme; c'toient les soldats de la
compagnie qui l'avoient ferme et jouoient. Il heurte, ils ouvrent;
les trouvant jouant, il se tourne  M. de la Court, exempt des gardes
servant prs de lui: _La Court, ils jouent ici!_ puis, s'adressant
 eux, il leur dit doucement: _Allez, allez jouer en votre corps de
garde._ Ils se voulurent excuser par trois ou quatre fois, et autant
de fois il leur commanda doucement et souriant: _Allez jouer au corps
de garde._ Il ne les vouloit pas mcontenter, et si leur vouloit faire
connotre que ce n'toit pas l o ils devoient tre. A sept heures
le sieur don Vincentio di Gonzaga, troisime fils du duc de Mantoue,
son cousin germain, arrive venant pour le voir; il l'embrasse, le mne
par la galerie au jardin des pins,  celui des canaux, lui montre la
source, puis en celui des fruitiers, lui fait voir les autruches, et
puis par l'alle de l'tang, le mne souper avec lui. Don Vincentio,
 neuf heures et demie, prend cong de lui pour aller trouver le duc
son pre  Spa. Le Dauphin mis au lit demande, parlant de la duchesse
de Mantoue, soeur de la Reine: _A-t-elle t en un mme ventre avec
maman?_ Je lui dis que oui, mais en divers temps.--_Maman est-elle pas
l'ane?_--Non, Monsieur.--_Elle n'est pas l'ane!_ dit-il, comme
le trouvant trange, _comme appelle-t-elle maman? l'appelle-t-elle
pas ma soeur?_--Non, Monsieur, lui dis-je, elle l'appelle
Madame.--_Pourquoi?_--Monsieur, pource qu'elle est Reine.

_Le 13, mercredi._--Il crit au Roi sur la rception qu'il a faite au
sieur Don Vincenzio, son cousin.

_Le 15, vendredi,  Fontainebleau._--Il envoie querir ses bottes et ses
perons dors, se fait botter, monte  cheval sur des placets[525], sur
tout ce qu'il peut. A cinq heures men par l'alle de l'tang et au
bout mont  cheval sur la petite guilledine que M. de Vitry lui avoit
donne. Je n'ai jamais vu homme mieux plant  cheval, le corps droit,
les jambes comme s'il et t entirement instruit. C'toit la premire
fois. Ramen en sa chambre  huit heures trois quarts, il s'amuse et en
conte: _C'est_, dit-il, _un trange homme que la Court, il m'accorde
tout ce que je veux. Quand je demande est-il neuf heures, oui il est
neuf heures. Quand je me mouille les pieds, oui Monsieur, vel qui est
bon, cela vous rafrachira: c'est un trange homme._ Il donne pour mot
du guet: _Colo_, c'toit le nom de l'un des comdiens[526].

  [525] Des siges analogues  des tabourets.

  [526] La veille le Dauphin avait donn pour mot du guet:
  _Pantalon_.

_Le 16, samedi,  Fontainebleau._--Il dit qu'il veut crire, envoye
querir Beaugrand; comme il est dans le cabinet et MM. de Mortemart
avec lui, pendant qu'ils crivent il ne fait rien, ne se peut mettre
 l'criture; y ayant demeur un quart d'heure, il sort, et dit  M.
de la Court, exempt des gardes: _La Court, je ne sarai rien faire qui
vaille, allons voir Frminet_, le peintre; c'toit une excuse. Il
vient en ma chambre, y joue  la paume, va  la galerie qui mne  la
volire, puis s'en retourne  la chapelle y trouver Frminet[527]; ce
n'toit que pour fuir l'cole. Il monte  cheval en l'alle de l'tang,
hardi et bien plant comme le jour prcdent. Mis  terre il va en
l'alle des ormes, o il s'amuse  dresser un fort de quatre bastions,
lev du sable de l'alle.

  [527] Henri le Grand ayant appris les mrites du sieur
  Frminet, peintre clbre, en fit choix pour travailler aux
  tableaux qui enrichissent cette glise (la chapelle de la
  Sainte-Trinit).--_Voy._ dans le P. Dan, pages 62  72, la
  description de cette chapelle.

_Le 17, dimanche._--Men par l'alle de l'tang en celle des ormes, il
fait un nouveau dessein de fortification. Mis au lit, il donne pour mot
du guet: _Doctor_, personnage de la comdie.

_Le 18, lundi._--Il voit entrer Beaugrand, son crivain, et lui
dit: _Allez, allez vous-en, j'cris point ce matin._--Monsieur,
lui dis-je, voici un petit livre qui est  un gentilhomme allemand,
qui vous prie de vouloir crire quelque chose dedans. Cela se verra
par toute l'Allemagne.--_Je le veux bien; y a-t-il un empereur en
Allemagne?_--Oui, Monsieur. Le dsir de gloire le fit crire gaiement
ces mots que je lui donnai, tirs du pote Manile: _Lancibus ut gentes
tollatque prematque._ Sign, LOUIS.--L'allemand s'appeloit Guillaume
Friderich. Le prince de Galles y avoit crit: _Fax mentis honeste
gloria._ Sign, _Henricus P._ Le comte Maurice de Nassau y avoit crit:
_Je maintiendrai._ Le comte d'Essex, qui eut la tte tranche en
Angleterre: _Virtutis comes invidi._ Sign, _Robertus comes Essexi_;
et,  la page d'aprs, son ennemi Cecil: _Vana sine viribus ira._
Sign, _Guilielmus Cecilius_.--Mis au lit il donne le mot _Piombino_,
qui toit un comdien.

_Le 19, mardi,  Fontainebleau._--Il monte tout au haut de son
pavillon,  la chambre de sa nourrice et  celle des peintures de M.
de Franco, peintre du Roi[528]; y a got. Il voit la nourrice de M.
d'Orlans, qui toit une grosse et lourde paysanne, s'en moque et va
dire  Mme de Montglat: _Mamanga, c'est une mchante femme que la
nourrice de mon frre d'Orlans; elle a un grand pied en France qui a
deux toises de large et une de long._ Il donne pour mot _Stefanello_,
aprs s'tre fait nommer tous ceux qu'il avoit donns les jours
prcdents.

  [528] Le nom de cet artiste ne se trouve pas dans la liste des
  peintres du Roi, donne par M. Poirson d'aprs les comptes de
  l'htel de Henri IV.

_Le 20, mercredi._--Pour ne point crire, il demande  jouer  la
paume en ma chambre, y vient et joue en la petite galerie qui mne 
la volire, revient  ma chambre pour y crire, y trouve M. Frminet,
peintre du Roi, celui qui a fait les dessins et les peintures de la
chapelle. Il est bien aise de trouver cette occasion, et demande  voir
ce qu'il en avoit fait, y va, monte par un escalier de bois tenant 
la garde-robe de M. d'Anjou, au bout de la galerie lambrisse, sur un
chafaud prs de la vote de la chapelle, sans peur ne tonnement, se
plat  voir les peintures, y est assez longtemps; s'en retournant, il
dit: _Aussi vrai vel qui est bien fait_; descendu, il s'en va voir les
peintures qui toient l o se mettent les musiciens, y monte par une
petite chelle, y voit une Annonciation, et dit encore: _Aussi vrai
vel qui est bien fait._ Il se fait descendre par un trou entre deux
planches.

_Le 22, vendredi._--Il est fouett pour les fautes du jour
prcdent[529], tudie, dit son catchisme, fait son exemple. Men au
jeu de paume, il me fait l'honneur, comme le jour prcdent, de me
donner l'une de ses raquettes pour jouer avec lui, joue avec jugement,
avance, recule, coupe de l'arrire-main. A trois heures il vient en ma
chambre, lit dans mon livre des Exercitations de Scaliger.

  [529] Il avait dit  Mme de Montglat: _Ho! la laide, elle vesse
  puant._

_Le 23 aot, samedi,  Fontainebleau._--Voyant passer un grand garon
bossu et mal habill, il demande  M. de Ventelet: _Est-ce pas lui
qui garde les moutons de mon pourvoyeur?_ Il se trouva ainsi; il
reconnoissoit tout par noms ou par fonctions; il s'informoit aussi de
tout et retenoit jusques aux moindres choses.

_Le 24, dimanche._--Men au jardin du Tibre, o il s'amuse  voir
danser une marie de village.

_Le 25, lundi._--Il avoit le coeur pour faire dresser la collation
pour la fte de Saint-Louis et sur ce sujet ne veut point tudier;
il s'en va en la galerie o la collation fut dresse, envoie prier
Mesdames, Mlle de Vendme et M. de Verneuil;  trois heures et trois
quarts got, tarte, etc.[530]. Il va au jardin du Tibre; M. de Vendme
y arrive pour prendre cong de lui avant d'aller en Bretagne[531]. Le
Dauphin veut aller au grand canal, il est arrt pour avoir rencontr
en la rue un chien enrag, que l'on avoit tu.

  [530] Hroard met en note: Il paye sa tarte de saint Louis.

  [531] Sur la fin de ce mois, M. de Vendme, duquel le mariage
  avoit t rsolu par le Roi et tous les empchements levs par
  S. M., de pleine puissance et autorit royale, partit de Paris
  pour aller prendre possession de son gouvernement de Bretagne.
  (_Journal de Lestoile._)

_Le 28, jeudi._--Il crit une lettre  Mlle de Mercoeur. Men par
l'alle de l'tang  l'entour de celle des ormes, o il fait un nouveau
dessin de btiment, envoie querir ses outils; il est le premier  la
besogne.

_Le 29 aot, vendredi,  Fontainebleau._--Il achve d'crire sa lettre
 Mlle de Mercoeur.

_Le 31, dimanche._--Il va jouer  la paume au jeu dcouvert, se moque
de M. de Verneuil et de Bompar, son page. En quittant le jeu il
n'oublie point, comme il ne faisoit jamais,  dire  M. de Ventelet:
_Tetay, payez les balles._ Il avoit toujours un soin merveilleux 
faire payer ce qu'il devoit.

_Le 1er septembre, lundi,  Fontainebleau._--La petite Louise, sa soeur
de lait, lui faisoit de petites images de la cire des flambeaux; sa
nourrice lui dit: Monsieur, voyez comme la petite Louise fait bien de
petites filles de cire; il rpond: _Quand elle sera grande elle en
fera bien de chair._

_Le 2, mardi._--Il va  la poterie pour y acheter deux chevaux. Il
arrive un valet de pied de la Reine portant commandement  Mme Montglat
d'avertir Leurs Majests du charroi et autres choses qui seroient
ncessaires pour emmener Messeigneurs  Saint-Germain. Il ne se vit
jamais une pareille allgresse  la sienne; il alla par toutes les
chambres pour le dire avec transport de joie.

_Le 5, vendredi._--Il va crire une lettre  Mme la Grande-Duchesse,
par M. Nicolini, gentilhomme servant de la Reine:

    Madame ma bonne tante, je vous supplie de me bien aimer, car
    je vous aime et honore de tout mon coeur, tant comme je suis
    votre trs-affectionn neveu  vous faire service.

    LOUIS.

On lui dit que deux charrois toient arrivs, le voil  tressaillir
de joie, et le dit  tout chacun.--Il saigne du nez, peu; l'on sut le
lendemain au soir que le Roi se trouva mal d'un grand flux de ventre;
nous avons remarqu plusieurs fois qu'il n'est jamais arriv au Roi
absent quelque accident signal, qu'il ne lui soit advenu (au Dauphin)
quelque accident sans cause manifeste[532].

  [532] _Voy._ au 20 dcembre 1605 et au 6 dcembre 1606.

_Le 7, dimanche,  Fontainebleau._--Men pour voir le rservoir des
eaux qui viennent de la Couldre[533], il s'amuse ensuite sur la
terrasse de la cour des Fontaines, se fait mettre dans les niches, fait
dire que ce sont statues que le Roi a envoyes, y fait mettre aussi MM.
de Mortemart et M. de Verneuil, fait comme celui qui se tire l'pine du
pied[534].

  [533] _Voy._ la note du 14 mars prcdent.

  [534] Un bronze du tireur d'pines se trouvait alors 
  Fontainebleau; cette figure est aujourd'hui au Louvre.

_Le 8, lundi, voyage._--Il s'amuse lui-mme  dmonter son lit,
impatient pour partir, va voir charger les mulets. Parti de
Fontainebleau  douze heures un quart pour retourner  Saint-Germain
en Laye, got au-dessous de la chapelle Saint-Louis, dans la fort,
Mesdames avec lui. Il arrive  Melun sur les trois heures, est log
en l'htel de Sens, maison de M. Renaud, procureur du Roi, prs de la
porte du Jars. Il demande d'aller se promener au jardin, puis sort hors
de la ville, passe le pont et va en la prairie le long du ruisseau.
MM. de la Ville lui viennent faire la rvrence et lui font prsent de
tartes.

_Le 9, mardi, voyage._--Men  la messe  Saint-Asps, il part de
Melun  onze heures et un quart et arrive  Loursine  une heure et
demie; got  deux heures. Il arrive pour coucher  Crosne sur les
cinq heures, se promne aux jardins, passe dans le bateau et va en la
prairie, fait donner un quart d'cu  un faucheur.

_Le 10, mercredi, voyage._--A midi il part de Crosne;  deux heures
il arrive  Charenton, chez M. Cenami;  quatre heures il entre par
la porte Saint-Antoine  Paris; sortant par la porte Saint-Honor, il
arrive  Chaillot, maison de Mme la comtesse de Guichen[535], o la
reine Marguerite le vient voir.

  [535] _Voy._ page 32, note 51.

_Le 11, jeudi,  Chaillot._--Il se va promener au parc, puis par le
dehors descend en bas et entre, par la grande porte, aux Bonshommes,
voit le clotre et la librairie, puis  dix heures entend la messe.
Au sortir, les Pres lui offrent deux plats de prunes et un de leurs
pains. Ramen par le long de la rivire et par le jardin en sa chambre.
Il vient grand nombre de dames et de damoiselles de la Cour et de
Paris, M. le prsident de Thou, M. le prsident Nicola pour le voir.
Les violons du Roi arrivent, jouent; il ne veut point danser. On lui
dit que Montauban[536], autrefois tailleur et maintenant payeur des
rentes de la Ville, lui donneroit une belle collation de confitures
en sa maison de Ruel: _Une collation_, dit-il, _ai-je pas la mienne!_
Amus d'un petit sifflet d'ivoire que ma femme lui avoit apport de
Dieppe avec des coquilles.

  [536] Mme de Villars, dit Tallemant des Raux, souffrit, faute
  d'argent, les galanteries d'un partisan nomm Moisset; c'est
  celui qui a bti Ruel, c'toit le Montauron de ce temps-l.
  (_Historiettes_, d. Paulin Paris, I, 216.) Dans une lettre de
  Malherbe, du 21 mars 1607, on trouve ce passage: On dit que
  le Roi en ce voyage (de Fontainebleau) a dit qu'il la vouloit
  marier (Mme des Essars) avec Montauban, qui s'appelle autrement
  M. de Moisset. (_Voy._ plus loin, au 4 avril 1609). Lestoile
  dit aussi,  la date du 31 mars 1604, que Montauban avait t
  tailleur.

_Le 12, vendredi._--Parti de Chaillot  onze heures et demie, il passe
par Saint-Cloud et,  une heure trois quarts, arrive  Ruel, o M.
Montauban avoit fait apprter une magnifique collation de fruits et
de confitures; il y gote, puis se va promener au jardin et partout.
Parti  deux heures trois quarts, il est arriv  quatre heures 
Saint-Germain-en-Laye, log en la chambre du Roi; il demande  s'aller
promener au btiment neuf[537].

  [537] Le Dauphin logeait toujours au vieux chteau de
  Saint-Germain.

_Le 13, samedi,  Saint-Germain._--M. de Souvr, qui l'avoit conduit,
prend cong de lui. A huit heures djeun sur la terrasse de sa chambre
d'hiver. Il se fche contre le marquis de Mortemart de ce qu'il avoit
baill quelque chose  Bompar contre sa dfense, va au prcepteur du
marquis, et lui dit: _La Martinire, c'est le marquis qui veut faire
le compagnon._ Men par le pont de la chapelle au btiment neuf et aux
grottes, il va en celle d'Andromde, non encore acheve, considre
froidement tout, en demande la raison, se plat  voir plusieurs sortes
de moulins; celui qui scie le marbre lui plat le plus. Mis au lit,
il demande du papier et de l'encre, disant: _Je veux faire quelque
chose que j'ai en mon esprit._--Monsieur, lui dis-je, o est votre
esprit?--_Dans la tte._

_Le 14, dimanche,  Saint-Germain._--Il me montre sa peinture du soir
prcdent, me dit ce qu'il lui reste  faire pour parachever son
dessin. Men sur la terrasse de Mercure, il s'amuse  maonner une
maison, porte lui-mme les pierres, avec le marquis de Mortemart, sur
une civire qu'il inventa tout  l'heure; c'toit deux btons et de la
grosse ficelle qui les joignoit lchement au milieu.

_Le 15, lundi._--veill  sept heures et demie;  huit heures il a
pris de la drage de rhubarbe; il avoit voulu que Betouzay, l'une de
ses femmes de chambre, la lui vt prendre. Il l'envoie querir plusieurs
fois avec impatience, et ne vouloit point la manger tant qu'elle y
ft; enfin on lui dit qu'elle toit alle p....., et qu'avant qu'elle
ft venue il auroit bien mang sa drage. Il le fait, elle vient, et
il lui dit  l'arrive: _Zezai, allez vous-en astheure ch... puisque
vous avez t si longtemps  p....._--Amus jusques  neuf heures
aprs des couleurs et peintures, il demande  boire, reprend ses
crayons, et entend la messe en sa chambre  dix heures trois quarts.
Lev, vtu,  onze heures et un quart dn, il se fait porter ce qu'il
avoit crayonn; Mlle de Vendme lui demande: Monsieur, tireriez-vous
bien une personne? (pour dire peindriez).--_Oui-d._--Monsieur, me
tireriez-vous bien?--_Oui-d, avec une corde_, dit-il froidement, et
il reprend sa besogne. Got d'une grappe de maroquin; c'est du raisin
noir, apport de Montpellier par le sieur Anchs, contrleur chez la
Reine, qui le lui avoit donn  Chaillot. Il s'amuse  des petits
jouets de poterie, va en la salle des gardes, o il voit des pouses
qui y vinrent l'une aprs l'autre danser devant lui.

_Le 18, jeudi,  Saint-Germain._--Men au cabinet[538], aux fianailles
de Betouzay, l'une de ses femmes de chambre, il signe au contrat.

  [538] Les crmonies de fianailles se faisaient toujours dans le
  cabinet du Roi.

_Le 20, samedi._--A trois heures, got, jou, crit; Mme de Montglat
lui demande: Monsieur, voulez-vous mander quelque chose au Pape?--_Et
quoi?_--Que vous lui baisez les pieds.--_Fi! fi! non ferai._--Eh
bien! la pantoufle.--_Non, non, il ne faut pas._

_Le 23, mardi._--Mis au lit, il m'entretient de la fontaine que le
sieur Francino lui avoit faite, o toit toute la reprsentation du
btiment neuf, m'en disoit tous les secrets et les mouvements, ne les
ayant ou dire qu'une fois, puis s'endort; il s'veille en sursaut par
frayeur, son tailleur, qui avoit servi feu M. de Montpensier, lui ayant
fait des contes de son matre, comme il mourut, comme il fut habill
aprs sa mort[539]; il ne put tre assur tant qu'il ft couch avec sa
nourrice.

  [539] Henri de Bourbon, duc de Montpensier, tait mort  Paris,
  le 27 fvrier prcdent, de suites de la blessure qu'il avait
  reue au sige de Dreux, en 1593.

_Le 24, mercredi._--A cinq heures et demie le Roi arrive, il lui va
au-devant, au pied de l'escalier; va chez le Roi  son souper.

_Le 25, jeudi._--Le Roi est parti  cinq heures aprs minuit. Le
Dauphin rencontre un porte-panier qu'il fait venir en sa chambre,
achte un horloge de sable, une paire de couteaux et la gaine, et deux
tuis  barbier, en disant: _Ce sera pour mettre mes couleurs._

_Le 27, samedi._--Men en l'glise entendre le _Te Deum_, pour le jour
de sa nativit[540]. En soupant l'on parloit des abbesses, sur le
sujet de l'une des filles de Mme de Frontenac, abbesse d'Argensol; le
Dauphin demande: _Est-elle jeune?_ je lui dis que oui.--_Et madame de
Poissy est-elle jeune?_--Non, Monsieur. Monsieur, quel vaut le mieux
que les abbesses soient jeunes ou vieilles?--_Il vaut mieux qu'elles
soient jeunes, elles dureront plus longtemps_, rpond-il promptement.

  [540] Le Dauphin entrait ce jour-l dans sa huitime anne.

_Le 28 septembre, dimanche,  Saint-Germain._--Il va en la chambre du
Roi, o il danse et fait danser,  cause de la marie Betouzay. Ses
femmes dansoient la danse des femmes, sa nourrice dit qu'il ne faut pas
que les garons y dansent: _Non,  tous les garons_; il les ramasse
tous, danse et fait beau bruit. Comme Mme de Montglat dnoit et Mme de
Frontenac avec elle, il y vient; Mme de Frontenac lui dit: Monsieur,
faites la guerre  la marie, elle a couch avec les hommes; il lui
rpond promptement: _Vous y couchez bien._ A son goter il coute la
musique de deux voix et un luth, y est si attentif qu'il en demeure
immobile. On lui demande lequel des deux chantoit le mieux?--_C'est
celui qui n'a point de luth._ Il disoit vrai; il chantoit la basse.

_Le 29, lundi._--Il s'amuse  peindre. Pendant son dner il entend la
musique du soir prcdent avec ravissement, fait chanter plusieurs fois
une chanson espagnole qui lui plaisoit fort, o il y avoit ces vers:
_Esta escondido onde voste meste esta._ A douze heures et un quart,
M. de Nevers[541] arrive qui venoit prendre cong de lui, s'en allant
 Rome; il lui demande s'il lui plaisoit qu'il dt au Pape de sa part
qu'il lui baisoit les pieds; il rpond: _Ho! non, ils sont pas bien
lavs._--Et la pantoufle?--_Ho! non._--Monsieur, le Roi m'a command
de lui dire de sa part qu'il lui baisoit les pieds, vous plat-il pas
que je lui en die autant de la vtre?--_Bien donc! je le veux bien._
Le duc de Nevers part  une heure et demie, et emporte de son criture
et la peinture qu'il avoit faite le matin, pour la montrer au Pape.

  [541] Charles II de Gonzague, duc de Nevers, gouverneur gnral
  de Champagne. Il se rendait  Rome pour le serment d'obdience au
  Saint-Sige; il devint dans la suite duc de Mantoue, en 1612.

_Le 30 septembre, mardi._--L'on racontoit  M. de Frontenac ce qu'il
avoit dit  M. de Nevers quand il le pressa de dire de sa part au Pape
qu'il lui baisoit les pieds: _C'toit_, dit le Dauphin, _afin qu'il
s'en allt_. M. de Nevers y avoit t  son gr trop longtemps et
empchoit sa libert. M. de Souvr arrive pour recevoir l'ambassadeur
de Venise, qui devoit venir voir Mgr le Dauphin; l'on disoit que
l'ambassadeur demeuroit longtemps  venir: _Je voudrois qu'il ft dj
venu et qu'il s'en ft all_, c'est qu'il dsiroit sa libert. Men
 la salle du bal, o il voit danser une marie du bourg, il y danse
lui-mme ainsi que Mesdames. A six heures et demie soup; il va en la
chambre du Roi, o il avoit fait venir les violons de la marie, voit
danser, danse lui-mme plusieurs danses, entre autres: _Ils sont 
Saint-Jean des choux._

_Le 1er octobre, mercredi,  Saint-Germain._--La Reine arrive  cinq
heures trois quarts et le Roi  sept heures. M. le duc de Mantoue[542],
qui accompagnoit le Roi, broncha un peu voulant saluer Mgr le Dauphin,
et faillit tomber sur lui. A huit heures soup avec le Roi et la Reine;
aprs souper il va chez la Reine; M. le duc de Mantoue toit en la
ruelle, assis prs de la Reine et couvert: _Ho! ho!_ dit le Dauphin,
_ce monsieur est couvert auprs de maman, et je suis ici toujours
dcouvert!_

  [542] Vincent I de Gonzague, mort en 1612.

_Le 2, jeudi._--Men au btiment neuf, il descend sur les terrasses et
va aux grottes avec le Roi, qui y menoit M. de Mantoue. Remont  dix
heures et demie  la messe, en la chapelle de la terrasse; le Dauphin
se promenoit sur la terrasse; le magot du Roi couroit aprs lui; qui,
se retirant, va rencontrer le pommeau de l'pe de M. de Mantoue, o
il se blesse et meurtrit le dessus de l'oeil gauche. Il va chez la
Reine puis,  douze heures et demie, dn avec LL. MM.; ramen en sa
chambre, il se met aux fentres du prau; il y avoit des chssis de
verre; comme l'un vint  tomber, il retira promptement la main et eut
le doigt indice de la main droite corch; s'il n'et retir sa main il
y a de l'apparence que, de la pesanteur, il en et eu la main crase.
A deux heures trois quarts got; il reoit l'ambassadeur pour les
Vnitiens s'en allant en Angleterre. A trois heures et demie il entre
en carrosse, et s'en va  la fort aprs la Reine, qui toit alle pour
voir passer la chasse, le Roi y ayant men M. le duc de Mantoue; il
voit la chasse par cinq fois, et arrive  la mort du cerf. Ramen, 
six heures trois quarts soup; il s'amuse  peindre en crayon.

_Le 3, vendredi,  Saint-Germain._--Il s'amuse  ses peintures, ne veut
point djeuner, tant il y est attentif. Le Roi vient au chteau[543]
pour le faire voir  M. le duc de Mantoue, qu'il promne par les
chambres de Messieurs et de Mesdames jusques au-dessus de la vote.
Sorti avec le Roi par le petit pont, got en cheminant, ramen au
vieux chteau, il commande  son page Bompar d'aller dire  M. de
Ventelet qu'il ft porter son souper au btiment neuf, et qu'il
souperoit avec papa. L'huissier de la salle vient o il toit pour le
savoir, auquel il en dit autant; l'huissier rpond: Monsieur, c'est
M. de Ventelet qui m'a envoy ici pour le savoir, pource qu'il ne le
croit pas. Le Dauphin, reprenant hautement ce mot: _Il ne le croit
pas? Allez lui dire qu'il vienne parler  moi, allez_, dit-il, avec une
action fort imprieuse. _Papa s'en ira demain, et je le verrai plus._ A
huit heures soup avec le Roi et la Reine.

  [543] Le Roi demeurait au chteau neuf de Saint-Germain.

_Le 4, samedi._--Men au lever du Roi, il lui donne sa chemise, et
 neuf heures et trois quarts le Roi part pour aller dner  Ruel,
y mne M. le duc de Mantoue, qui dit adieu  Mgr le Dauphin, lequel
l'embrasse, puis est revenu au vieux chteau. Men chez la Reine 
l'issue de son dner; la Reine s'en retourne et part  deux heures.

_Le 6, lundi._--Il va en la chambre de M. d'Orlans puis en celle de
Mlle de Vendme, la trouve au lit, lui donne le fouet de la main avec
un peu de honte.--Mis au lit, il se met en colre de ce que l'on avoit
apport en sa chambre une chaudronne d'eau avec des herbes, pour laver
les jambes de Mme de Montglat; il la fait emporter.

_Le 7, mardi._--A une heure et demie il entre en carrosse et va 
Poissy, o il arrive  deux heures et demie, est reu par Mme de Gondi,
abbesse. Men en la galerie, de l au jardin, puis par le mme chemin,
ramen en la salle, o il a got  trois heures, puis va en l'glise,
au salut des religieuses, par le petit passage qui est prs de l'entre
du logis de l'abbesse, il couta et regarda tout fort patiemment.
Parti  quatre heures, et arriv au chteau  quatre heures trois
quarts. Henri du Plessis[544], g de six ans, fils de M. de Liancourt,
premier cuyer du Roi, arrive ce soir pour tre nourri auprs de Mgr
le Dauphin. Mis au lit il donne le mot _genitrix_, et se rit de ce que
Dupr, exempt des gardes, ne l'entendoit pas.

  [544] Hroard se trompe en lui donnant le nom de Henri. Roger
  du Plessis, fils de Charles du Plessis, seigneur de Liancourt,
  marquis de Guercheville, et d'Antoinette de Pons, connue sous le
  nom de Mme de Guercheville, dame d'honneur de la Reine, fut lev
  auprs du roi Louis XIII, qu'il accompagna toujours, dit le P.
  Anselme, tant en paix qu'en guerre. Duc de la Rocheguyon et pair
  de France en 1643, il mourut en 1674.

_Le 8, mercredi._--Il s'amuse avec ses chevaux et ses charrettes de
cartes; M. de la Croix, gouverneur de MM. de Mortemart, se met 
l'entretenir et lui dit: Monsieur, il ne vous faut plus amuser  ces
petits jouets, ne  plus faire le charretier; vous tes grand, vous
n'tes plus enfant.--_Mais je ne sais  quoi._--Monsieur, il vous en
faut apprendre d'autres dignes de vous.--_Mais je n'ai personne pour
m'apprendre._ Mis au lit il est entretenu par Montalier, son tailleur,
et Champagne.

_Le 9, jeudi,  Saint-Germain._--Djeun aux fentres du ct du prau;
en mangeant il considre le pays des environs, remarque le chemin 
aller  Noisy, et dit: _Ho! que vel bien une plus belle vue qu'
Fontainebleau; on ne y voit rien que des rochers._ Son tailleur, nomm
Archambault, toit fort camus; il dit: _Quand Archambault rit, il rit
comme Robert_; c'toit le magot du Roi.--Mis au lit, il s'amuse  un
livre de chasses, en taille-douce.

_Le 10, vendredi._--Il crit au Roi par M. de Frontenac:

    Papa, je n'ai point voulu laisser partir M. de Frontenac sans
    vous donner le bonjour et vous prier me faire l'honneur de
    m'envoyer querir pour la foire Saint-Germain, et cependant
    j'emploierai si bien le temps que vous en recevrez du
    contentement et maman aussi. Je suis, papa, votre trs-humble
    et trs-obissant fils et serviteur.

    LOUIS.

    Et pour suscription: _A Papa._

Il vient un mercier qui portoit des besognes d'ambre jaune; il y avoit
un cordon incarnat avec des grains d'ambre entre deux. Il l'essaye 
son chapeau, et dit gaiement: _Il est bon  mon chapeau, combien en
voulez-vous?_--Monsieur, dix cus; je l'ai fait exprs pour vous. Mme
de Montglat survient: _Mamanga, vel un cordon qu'il a fait exprs pour
moi; il n'en demande que dix cus._--Monsieur, c'est beaucoup.--_H!
Mamanga, je demanderai  mousseu de Sully cent cus, et je vous les
baillerai._--Bien, Monsieur, prenez-le.--_Ho! non, Mamanga, je veux
qu'on le paye devant, je le prendrai pas qui ne soit pay._ Le marquis
de Mortemart lui demande: Monseigneur, qui aimez-vous mieux, de M. de
Liancourt ou moi? il rpond promptement: _Je vous aime bien tous deux;
mettez-vous l, et vous l Liancourt._

_Le 11, samedi._--Il fait son exemple, crit sur du papier rouge avec
de l'encre argente. M. le comte de la Voute arrive cette aprs-dne
pour demeurer auprs de lui.

_Le 12, dimanche._--Jouant avec les petits marquis et comte de
Mortemart, les comtes de Torigny et de la Voute, et le petit Liancourt,
il dit  Mme de Montglat: _Mamanga, je vous prie que j'aille en votre
chambre, et j'quirai. Ils ne font que m'importuner: l'un me tire,
l'autre me pousse, l'autre me parle  l'oreille; je ne sais o me
mettre._

_Le 13, lundi._--Il va jouer en la salle du bal; Mme de Fontaine-Martel
y amne son fils, g d'environ dix ans. Men au jardin, il s'amuse
 paver lui-mme un chemin, porte le pav, le met en oeuvre; Mlle
de Vaux, veuve de M. de Montholon et belle damoiselle, lui demanda:
Monsieur, vous plat-il que j'en porte?--_Ho! non, vous n'y tes pas
propre; comment le porteriez-vous?_--Monsieur, l dessus, dit-elle en
montrant son vertugadin.--_Non, vous vous gteriez toute._

_Le 14, mardi,  Saint-Germain._--A huit heures et demie drage de
rhubarbe, deux onces; lev, vtu, il entend la messe, puis s'amuse 
tirer de l'arc que M. de Brves lui avoit apport de Turquie. Mme de
Montglat envoyoit savoir des nouvelles de M. de Frontenac, qui avoit
pris mdecine, le Dauphin dit: _Et moi aussi dites-lui que j'ai prins
mdecine_; le page tant revenu, le Dauphin lui dit de son mouvement:
_Allez-vous-en savoir comme il s'en porte par le cu._

_Le 15, mercredi._--Il s'amuse  faire faire des chevaux de carte par
son tailleur; lui, avec la plume et l'encre, leur fait les yeux, le
crin, la queue. Men au jardin, il y fait porter son arc turquois, va
le long des palissades tirer aux petits oiseaux.

_Le 17, vendredi._--Mis en carrosse pour aller  la garenne, got
dans le bac en passant, il va  main gauche de la garenne, o il voit
prendre quatre lapins en deux divers endroits. Mme la comtesse de
Chaligny, qui le venoit voir, le salue en la garenne. Ramen au Pecq,
il voit pcher; il ne se prend que deux bien petits poissons, dont il
fait donner un quart d'cu au pcheur. tant dans le bac, en revenant,
le Dauphin entend dire que l'on avoit dfendu l'entre  un nomm
Godin, de Blois, gar de son entendement, tant devenu amoureux de
Mlle de Vendme et maintenant de Madame; il dfend qu'on ne lui fasse
point de mal, et dit: _H! mon Dieu! les loups le mangeront! qu'on le
laisse entrer, qu'on le laisse entrer._

_Le 18, samedi._--Il crit son exemple, puis va  la messe en la petite
salle, aprs au jardin, o il se met dans son petit chariot que M. de
Verneuil lui avoit donn, fait le conducteur, une grande houssine  la
main et le fait tirer par quatre pages et suivre par les sieurs comtes
de la Voute, de Torigny, les sieurs de Liancourt et de Fontaine-Martel,
fait plusieurs fois les alles du jardin. Ramen  onze heures et
demie; Mme la comtesse de Mansfeld le vient saluer. Dn; Mme la
comtesse de Mansfeld lui donne douze chiens, et lui dit qu'ils sont
beaux: _Je m'en soucie pas qu'ils soient laids, mais qu'ils soient
bons._ Amus jusques  trois heures, il va par le pont de la chapelle
aux grottes, y mne cette comtesse, descend au parterre, puis va bien
avant aux vignes, par le sentier qui va  Carrires. M. le comte de
Torigny en se jouant heurta  la tte M. de Fontaine-Martel; le Dauphin
le voit, et commande  son prcepteur: _Donnez le fouet au comte de
Torigny; vous aurez le fouet, comte de Torigny_, dit-il avec action
srieuse, et, quelque prire qu'on lui st faire, il ne voulut jamais
rvoquer ce commandement. Ramen  cinq heures, pendant qu'il toit
sur la chaise perce, je lui dis: Monsieur, ne pardonnez-vous pas 
M. le comte de Torigny? 'a t sans y penser ce qu'il a fait.--_Ho!
non, mousseu Hroua; excusez-moi, il lui a jet sur la tte._--Mais,
Monsieur, vous commanderez  son prcepteur de ne le fouetter pas,  la
charge qu'il ne le fera plus?--_Astheure, astheure, mousseu Hroua,
mais je le fais afin qu'il n'y retourne plus._--Monsieur, s'il avoit
t fouett, il n'aimeroit jamais monsieur de Fontaine-Martel, l'ayant
t  son occasion, et puis quand ils seroient grands ils se battroient
et tueroient. Vous tes leur matre: quand ils feront faute, il faut
que vous les repreniez, et, pour les bien chtier, dites-leur que vous
ne les aimerez plus s'ils ne sont sages. Le Roi les a mis ici auprs
de vous afin qu'ils apprennent  vous aimer et  vous servir; ils sont
tous de grande et riche maison.--_Qui est le plus riche?_ On les mit 
l'galit.

_Le 19, dimanche,  Saint-Germain._--Il est all par le parc  Maisons,
o M. de Longueil, seigneur de Maisons[545], lui donna la collation.

  [545] Jean de Longueil, conseiller du Roi et doyen en sa chambre
  des Comptes, mort en 1629.

_Le 20, lundi._--Lev, vtu, il se met  sa peinture, n'en peut partir.
Il se fche de ce que M. le comte de Torigny avoit suivi au jardin M.
de Longueville, qui tenoit compagnie  Mlle de Vendme, croyant que ce
ft elle qu'il et suivie, et dit  M. le comte de la Voute: _Dites 
Torigny que c'est une fille, et qu'il ne vienne plus avec moi._ Peu
aprs on lui en parla pour l'induire  lui pardonner, et  la fin il
consent: _Bien donc, je lui pardonne,  la charge qu'il s'habillera
en fille._ Il toit jaloux des siens et l'avoit toujours t, pour si
petit qu'il ft.

_Le 21, mardi._--Sa nourrice lui demande s'il toit pas amoureux,
il rpond: _Non, je fuis l'amour_; je lui demande: Mais, Monsieur,
fuyez-vous l'Infante?--_Non_, et se reprenant soudain: _Ha! si fait,
si fait!_ Mis au lit, il se met  peindre et crayonner.

_Le 27, lundi._--Il est vtu de sa robe pour recevoir les dputs de la
Religion venant de Jargeau; il les a reus fort  leur contentement.

_Le 29 octobre, mercredi._--La rougeole lui parot[546].

  [546] Hroard tait parti le 23 pour aller  Paris et de l 
  Vaugrigneuse. En son absence l'apothicaire Gurin le remplace et
  continue le Journal. _Voy._ la lettre du Roi  Mme de Montglat,
  crite de Fontainebleau le 30 octobre. (_Lettres missives_, VII,
  637.)

_Le 31, vendredi._--J'arrive de Vaugrigneuse; l'on ne me donna jamais
avis qu'il et aucune fivre, mais un simple rhume; je le trouve avec
la fivre, le pouls plein, gal, ht, chaud, tout couvert de rougeurs,
avec inquitude tant pour la fivre que pour le grand feu qui se
faisoit dans sa chambre, dont il se plaignoit et l'on ne le plaignoit
pas, touffant  demi dans son lit pour tre entour encore d'un tour
de serge et lui fort couvert. Il s'en plaint  moi. Il fut lev, et son
lit fut refait.

_Le 1er novembre, samedi,  Saint-Germain._--Il s'amuse  ses crayons,
entend la messe  neuf heures et demie, ne peut souffrir la clart,
se remet  la peinture,  broyer et travailler en peintre. Il se joue
avec Madame, qui parloit  lui par le trou qui alloit d'une chambre 
l'autre.

_Le 5, mercredi._--M. de Liancourt, premier cuyer, le vient voir de la
part du Roi, et s'en retourne incontinent; aprs dner le prcepteur du
fils de M. de Liancourt[547], nomm le sieur du Vernay, vient voir le
Dauphin, qui lui demande: _Mousseu de Liancourt est-il parti?_--Oui,
Monsieur, et s'en va fort content, ayant vu que vous devenez si sage
tous les jours.--_Ho! je crois bien, je vieillis aussi[548]._

  [547] _Voy._ la note du 7 octobre prcdent.

  [548] Les lettres du Roi  Mme de Montglat, crites de
  Fontainebleau les 5, 6 et 10 novembre, que M. Berger de Xivrey a
  classes  l'anne 1608, sont de trois ans antrieures.

_Le 6, jeudi._--Il est vtu de ses chausses et de son pourpoint, ce
dont il est extrmement content et joyeux, ne veut point mettre sa
robe[549], et dit: _Elle ressemble  la robe de matre Guillaume_, le
fol du Roi; il quitte son bonnet de nuit et prend son chapeau lui-mme.
Il se met  sa peinture, raille en besognant (c'toit un visage de
Jeanne, reine de Sicile, dont il faisoit la copie); il fait une grande
bouche: _Ho!_ dit-il, _que vel une grande coquine de bouche!_ M. de
Ris, premier prsident de Rouen, le vient voir. A trois heures et
demie got; il se remet  la peinture. A six heures soup, amus et
jou jusques  huit heures, il se met  la peinture, y porte tout son
esprit, y est jusques  dix heures.

  [549] La robe et les bottines que le Dauphin portait pendant sa
  maladie taient fourres.

_Le 7, vendredi,  Saint-Germain._--Il prend une lime, s'amuse  limer
une clef attache  un petit tau, puis se remet  la peinture[550].

  [550] A cette poque le Dauphin s'amuse tous les jours  peindre,
   crayonner et  dessiner  la plume.

_Le 9, dimanche._--Il va  la messe  la petite salle, puis va se jouer
 la salle du bal. Il me somme de la promesse que le matin je lui avois
faite de le faire sortir; sorti au jardin.

_Le 16, dimanche._--Il s'amuse avec plume et encre  faire des maisons
sur le papier[551]. En dnant il parle de faire la monstre de sa
compagnie, dit: _Ff Chevalier c'est le capitaine; le lieutenant c'est
mousseu de Momorency_ (qui toit l prsent); _je suis caporal, il y
trois ans que j'tois cadet_. A deux heures, il prend sa bandoulire,
son pe, arme sa compagnie (c'toient MM. de Mortemart, de la Voute,
de Liancourt, de Pressy, de la Roche-d'Anjou, de Fontaine-Martel, de
Torigny et lui qui marchoit au premier rang, ayant M. de Verneuil  son
ct); il va prendre le tambour de M. de Mansan et marche en bataille.

  [551] Les deux jours prcdents le Dauphin avait aussi fait des
  dessins de maisons.

_Le 18, mardi._--Il s'amuse  la peinture. Mis au lit, il s'amuse 
entretenir M. du Tost, qui avoit les oiseaux de la chambre du Roi,
sur ce qui toit de la nourriture et traitement des oiseaux, en parle
en termes propres et avec action de personne entendue et qui y prend
plaisir.

_Le 20 novembre, jeudi._--Il est vtu d'un habit d'carlate; M. de
Frontenac arrive, et lui dit: Monsieur, vous voil maintenant habill
en chasseur; il lui rpond: _C'est pour chasser le froid_; il faisoit
froid aussi.

_Le 21, vendredi._--Il va au btiment neuf pour y attendre le Roi; 
quatre heures le Roi arrive, et le reoit au bout du parterre. A cinq
heures, en la chambre, dans en branle devant le Roi. Soup avec le
Roi, il mange du potage  l'oignon, de celui du Roi, hutres crues,
sole en pt, et prend une cuillere de la poudre digestive du Roi. Il
va avec le Roi chez M. d'Anjou.

_Le 22, samedi,  Saint-Germain._--Il va entendre la messe au btiment
neuf, et fait mener un petit nouveau chariot par un petit mulet que
M. de Courtenvaux lui avoit donns. A onze heures et demie dn; il
se remet  la peinture. A deux heures men en carrosse jusques auprs
de Herbelay, au devant du Roi revenant de la chasse. Soup avec le
Roi; peu aprs le Roi vient en la chambre de M. d'Anjou, fait railler
Messieurs ses enfants. Mlle de Verneuil dit qu'elle est fe et fille
d'une fe, et ils se mettent  deviner. Mgr le Dauphin lui dit: _Je
gage que vous aurez demain le nez de mme que vous l'avez astheure._
Elle lui dit: Je gage que vous l'aurez aussi de mme que vous
l'avez.--_Ho! j'en ai un autre plus long, je le change quand je veux._
A huit heures et un quart il donne le bonsoir au Roi, est ramen en sa
chambre, s'amuse  la peinture.

_Le 23, dimanche._--Il entend la messe  la chapelle avec le Roi[552];
s'amuse auprs du Roi en la galerie jusques  une heure et demie que le
Roi s'en retourne.

  [552] La lettre du Roi  Mme de Montglat, date du 23 novembre, 
  Fontainebleau, et classe par M. Berger de Xivrey  l'anne 1608,
  est de l'anne 1602.

_Le 26 novembre, mercredi._--Il va  Poissy,  la profession de l'une
des filles de M. de Frontenac, mne  la messe la petite fille qui
devoit tre religieuse, la mne  l'offrande, voit froidement la
crmonie. Ramen  Saint-Germain il s'amuse  peindre avec la plume,
fait des chevaux tirant des charrettes. Mis au lit, comme je tenois
mon _Hippostologie_[553], il en avise le titre, le lit; il lui en faut
rendre raison et de toutes les figures.

  [553] _Hippostologie, c'est--dire Discours des os du cheval_,
  par M. Jehan Hroard, conseiller, mdecin ordinaire et secrtaire
  du Roi.--Paris, MDXCIX, in-4. Les planches graves reprsentent
  les diffrentes parties du squelette du cheval: les os de la
  tte, la fourchette, l'chine, etc. La dernire qui a pour titre:
  Le corps des os du cheval est signe: _Ja. de Weert fecit._

_Le 28, vendredi._--Il crit son exemple et fait, ce dit-il, un livre
pour le faire imprimer et le donner  papa,  ses trennes.

_Le 29, samedi._--Il envoie querir ma petite nice du Val, la fait
habiller en pouse, la marie avec M. le comte de la Voute, va  Mme de
Montglat, lui demande  souper pour l'pouse, lui apporte le couvert
et puis ce qu'on lui donnoit, et  la fin  boire, et tout lui-mme.

_Le 1er dcembre, lundi,  Saint-Germain._--Il dit  Mme de Montglat:
_Mamanga, j'ai compos une sentence: Celui qui sert bien Dieu, Dieu
lui aidera. Je la veux quire de peur de l'oublier._

_Le 2, mardi._--Il va  la messe en la chapelle, se fait monter sur la
chaise, dit qu'il veut prcher et commence: _In nomine patris et
filii et spiritus sancti, Amen. Les hommes qui couchent avec
les femmes...._[554]. Il crit une lettre  la Reine par M. Du Vernet,
prcepteur de M. de Liancourt.

  [554] La citation d'Hroard s'arrte l.

_Le 3, mercredi._--A neuf heures et demie le Roi arrive de Paris; dn
avec le Roi; le Roi va  la chasse. A deux heures le Dauphin va en
la chapelle, o lui et Madame Christienne tinrent  baptme la fille
de M. Talon, mari de la nourrice de Madame Christienne; il la nomma
Louise, et jamais ne la voulut nommer Christienne, disant: _Elle aura
plus d'honneur d'tre appele de mon nom que de celui de ma soeur._
Il s'amuse  sa peinture, va en la chambre du Roi qui revenoit de la
chasse.

_Le 5, vendredi,  Saint-Germain._--Il entre en carrosse avec le Roi
qui le mne aux toiles prs de Poissy, o il voit prendre quatre
sangliers. Ramen il monte en sa chambre o il s'amuse  ses peintures.

_Le 6, samedi._--Il entretient M. de Liancourt, premier cuyer, des
juments du carrosse du Roi, o il avoit t le jour prcdent, lui dit
qu'il y avoit une des juments qui toit borgne, que le cocher disoit
que c'toit la meilleure. M. de Liancourt n'en savoit rien.

_Le 7, dimanche._--Il s'amuse  peindre sur du papier avec la plume
et l'encre, fait la chasse du sanglier dans la cour, fort bien. Il va
chez le Roi, puis  la messe et au jardin, et  dix heures dne avec le
Roi. A onze heures trois quarts il conduit le Roi hors de l'escalier,
il toit triste; le Roi lui dit: Mon fils, quoi! vous ne me dites mot!
Vous ne m'embrassez pas quand je m'en vais? Le Dauphin se prend 
pleurer sans clater, tchant de cacher ses larmes tant qu'il pouvoit,
devant si grande compagnie. Lors le Roi, changeant de couleur et 
peu prs pleurant, le prend, le baise, l'embrasse, lui disant: Je
dirai comme Dieu dit dans l'criture sainte: Mon fils, je suis bien
aise de voir ces larmes, je y aurai gard; puis entre en carrosse
pour s'en retourner  Paris, et Monseigneur le Dauphin gagne vtement
l'escalier pour s'en retourner aussi, de peur que l'on le vt pleurer.
Comme il fut en sa chambre, peu de temps aprs, je lui demandai ce
que le Roi lui avoit dit en partant; les larmes lui viennent aux yeux
et, changeant de propos, il me dit: _Il m'a dit que je tirasse de la
harquebuse._ Je le presse une fois ou deux, il tient ferme; je le
quitte, il pleure abondamment et de coeur. Il va en son cabinet o
il s'amuse  peindre; on le vient appeler pour souper, il s'en fche;
M. le baron de Montglat[555] s'en veut aller, il ne le veut pas, et
d'un petit bton lui frappe sur les doigts; Mme de Montglat en est
fche, il la frappe aussi; le voil en colre, il lui dit des injures:
_Vilaine! la chienne!_ Mlle Piolant lui dit: Monsieur, il faut que
vous ne soyez pas fch contre elle, n'ayant pas  tre longtemps
cans avec elle. Il lui rpond: _J'en voudrois tre dj dehors_;
et appelant Mlle de Vendme, il lui dit, parlant bas  son oreille:
_Soeu-soeu Dme, j'aurai un bton qui sera creux, je le remplirai
tout de poudre, et puis avec du charbon j'allumerai la poudre qui lui
brlera tout le cul._ M. Gurin lui dit: Monsieur, ne savez-vous pas
que papa vous a dit que vous ne seriez pas longtemps avec elle; il ne
la faut pas fcher.--_Ho!_ dit-il, _c'est qu'elle veut retenir toute
ma vaisselle d'argent_[556]. Il toit vrai; il en entendoit parler et
le couvoit sans le dire. La paix se fait;  six heures et demie soup.
En soupant il fait tout ce qu'il peut pour s'entretenir et dployer son
dplaisir [_sic_]; il advint que le sieur de Dorelle, gouverneur du
jeune Fontaine-Martel, vient en la chambre et dit que, passant par la
salle des gardes, deux hommes lui avoient voulu ter son manteau. L'on
s'en mut; je dis: Monsieur, ce sont quelques-uns qui se jouent.--_Ce
n'est pas beau, c'est un jeu de voleur._ Il commande qu'on aille au
corps de garde dire qu'on ne laisse sortir personne, qu'on aye des
lanternes pour regarder ceux qui voudront sortir.

  [555] Fils de Mme de Montglat.

  [556] La gouvernante du Dauphin, en le remettant entre les mains
  des hommes, conservait tous les objets qui avaient t  l'usage
  du prince.

_Le 15, lundi,  Saint-Germain._--Il crit au Roi et  la Reine, se va
promener en carrosse vers la Muette, envoie  Carrire, chez M. de la
Salle, pour avoir des confitures, et en revenant en a got.

_Le 21 dcembre, dimanche,  Saint-Germain._--Mis au lit, il se fche
contre ses gentilshommes, veut qu'ils aient le fouet. Mme de Montglat
lui dit qu'il leur falloit pardonner et que le Roi pardonnoit  tout le
monde: _A tout le monde!_ dit-il, _il n'a pas pardonn au marchal de
Biron_.

_Le 30, mardi._--Il fait fendre de la glace avec une pelle  feu, en
sa chambre, la vend par morceaux, pour avoir, dit-il, de l'argent 
donner aux pauvres.--J'arrive de Paris[557]; il toit sur le point de
se mettre  table, court au-devant de moi: _Ha! vel mousseu Hroua!_
et me fait l'honneur de me sauter au collet, me serrant bien fort.

  [557] Hroard tait absent depuis le 8 dcembre.

_Le 31, vendredi._--Il se plaint et pleure de ce qu'on lui avoit pris,
dans la pochette de ses chausses, sept sols provenus de la vente de la
glace, et de ce qu'il ne les y avoit point trouvs, ayant voulu donner
l'aumne  des pauvres qu'il avoit rencontrs. Il veut voir ce que ma
femme lui veut donner pour ses trennes; ce fut une bote de trs-beaux
abricots. Mme de Montglat lui dit: Monsieur, ce sera pour vous, je
m'en vais les serrer.--_Ho! vel! je ne les verrai jamais, elle sarre
tout ce qu'on me donne_, puis elle en entame un, y tte pour lui donner
le demeurant. _Ho! voyez, elle l'a rompu pour en manger un et elle
sarre tout; elle dit: C'est tout pour moi; et je vois jamais rien._




ANNE 1609.

  Le livre _De l'Institution du Prince_.--Le gteau des
  Rois.--Farces et comdies.--Le Dauphin copie le portrait
  du Roi.--La gravure de Jupiter.--_La Vnerie_ de Du
  Fouilloux.--Dpart de Saint-Germain pour Paris.--Le
  Dauphin remis entre les mains des hommes.--Usage des
  mouches pour les femmes.--Premire justice du Dauphin; ses
  petits gentilshommes.--Ballet de la Reine.--Prsent de
  M. de Sully.--La foire Saint-Germain.--Visite de Mme de
  Montglat.--Prsent de la reine Marguerite.--Travaux de la
  galerie du Louvre.--Le matre d'armes du Dauphin.--Chasses
  et visites dans Paris.--Mort du Grand-Duc.--Mariage du
  prince de Cond.--La premire leon de Des Yveteaux.--Armes
  de Milan.--Collation chez M. de Mayenne.--Visite 
  Saint-Germain.--Dner  Ruel.--Dpart pour Fontainebleau.--Les
  moulins d'Essonne.--Crmonie de la Cne.--Le grand canal
  de Fontainebleau.--Le Dauphin fouett de verges.--_La
  Bradamante._--Le musicien Pradel.--Les maquereaux.--Passage
   Moret.--Le vin et la tisane.--Le fou du Roi.--Mlle
  de Fonlebon.--Le marchal d'Ornano.--Le Dauphin entre
  au conseil pour la premire fois.--Ftes du mariage de
  M. de Vendme.--Bijou donn par Mme de Mercoeur.--Le
  fou Des Vites.--Dpart de Fontainebleau.--Passage 
  Brie-Comte-Robert.--Vers faits par Hroard sur l'ordre
  du Dauphin.--Passage  Creteil.--Arrive au Louvre.--Le
  jeu de paume du Verdelet.--Bain de rivire.--Service
  de Catherine de Mdicis  Saint-Denis; le trsor, les
  tombeaux.--L'hpital des pestifrs.--Sully et la reine
  Marguerite.--Sjour  Saint-Maur.--Ballet des Sauvages.--Nouvel
  habillement.--Absences de Des Yveteaux.--Prsent du marquis
  de Brandebourg.--Visite  Chaillot.--Mot sur Mucius
  Scvola.--Dpart pour Fontainebleau.--Leon de grammaire.--Le
  Dauphin entre dans sa neuvime anne; souhait du Roi.--Chasse
  avec le Roi.--Lettres  la reine d'Angleterre et au prince de
  Galles.--M. de Souvr et M. Dupont.--Retour  Paris.--Habitude
  du Dauphin.--Antipathie pour Sully.--Nouveau logis au Louvre;
  les chapons de la Reine.--Naissance de Madame Henriette.--Got
  du Dauphin pour le vin.--Les contes de La Clavelle.--Bgayement
  du Dauphin.--Le comte de Chalais.--Lettres  la famille royale
  d'Angleterre.--Compliment  l'ambassadeur de Venise.


_Le 1er janvier, jeudi,  Saint-Germain._--Lev  huit heures et un
quart, il se plaint de ce que l'on ne l'avoit pas voulu lever plus
tt, pource que l'on lui avoit dit que s'il se levoit tard il seroit
paresseux toute l'anne. Je lui donne mon livre _De l'Institution du
prince_[558] fait pour lui.

  [558] _De l'Institution du Prince_, par Jean Hroard, Sr.
  de Vaulgrigneuse, conseiller et secrtaire du Roy, mdecin
  ordinaire de Sa Majest et premier de Monseigneur le Daulphin.--A
  monseigneur le Daulphin.--A Paris, par Jean Jannon, rue
  Saint-Jean-de-Latran,  la Roze rouge, MDCIX.--Le titre est
  grav par Thomas de Leu. On lit dans le Journal de Lestoile,
   la date du 2 mars 1609: J'ai achet un livre nouveau fait
  par M. Hroard, premier mdecin de M. le Dauphin, intitul:
  _L'Institution du Prince_; qui est une matire et un sujet tant
  de fois chant et rechant, qu'on n'y peut trouver que des
  redites. Il m'a cot, reli en parchemin, avec une autre fadze
  de contre-satire pour les dames, un teston.

_Le 3, samedi,  Saint-Germain._--L'on parloit du jour des Rois, il
dit: _Je veux pas tre le Roi_; sa nourrice lui demande pourquoi.--_Je
veux pas l'tre._--Si vous l'tes vous payerez quelque chose, si
Madame l'est aussi, ou Mlle de Vendme? Il appelle M. de Ventelet,
et lui dit tout bas  l'oreille: _N'y faites point mettre de fve,
afin qu'il n'y aye point de Roi._--Monsieur, lui dit sa nourrice,
si Dieu est Roi, il faudra que vous teniez sa place.--_Je veux pas
moi._--Comment, Monsieur, dit un chacun, refusez-vous  tenir la place
de Dieu?--Il s'arrte avec crainte: _H! c'est  papa!_--Monsieur, il
faut que ce soit vous qui la tienne ici.--_H! je veux bien._

_Le 4, dimanche._--Il va en la chambre de M. de Liancourt, o il
s'amuse  peindre; ramen en sa chambre, et  six heures soup, il se
prpare pour faire jouer une comdie, la voit jouer, consent que M.
de la Voute en seroit, pourvu qu'il s'habille en fille, et ne veut
permettre que M. de Liancourt s'habille qu'en garon. Il la voit
jouer, elle dure jusques  neuf heures et demie. Mis au lit, il se
dbarbouille le menton qu'il avoit tout noirci avec de la fume du
flambeau et fait barbouiller les autres.

_Le 5, lundi._--Mme de Libertat, veuve de feu M. de Libertat, celui qui
dlivra Marseille sur la Ligue[559], le vient voir.--A souper il fait
couper le gteau des Rois, Madame est faite la Reine. Elle donnoit les
charges; elle le fait son grand cuyer: _Non_, dit-il, _je veux tre
valet de pied, je cours bien_. Mlle Piolant lui dit: Monsieur, vous
serez donc le premier valet de pied.--_Ho! non_, dit-il, honteux.
Amus  jouer et  voir jouer une comdie par des valets de M. de
Verneuil et Verdelet, valet de pied du Roi.

  [559] Pierre Libertat, Corse tabli  Marseille; le service
  qu'il avait rendu en introduisant en 1596 le duc de Guise en
  la ville de Marseille, que ses magistrats allaient livrer aux
  Espagnols, fut considr comme si important que Henri IV s'cria,
  en apprenant cette nouvelle: C'est maintenant que je suis roi.
  (_Lettres missives de Henri IV_, tome IV, page 516.)

_Le 6, mardi  Saint-Germain._--Men jouer au jeu de paume, il se moque
de M. de Verneuil qui jouoit foiblement: _Vel ff Veneuil, c'est
miracle quand il frappe un coup, il faut faire sonner la trompette._ A
huit heures men en la chambre de M. de Verneuil, o il voit jouer une
comdie par les gens de M. de Verneuil et autres.

_Le 7, mercredi._--On lui apporte une lettre de la part de Mlle de
Mercoeur, il l'ouvre, et sur ce que Mlle de Vendme lui dit, voyant
qu'il jetoit la poudre de Chypre qui toit dedans: H! Monsieur, ne la
jetez pas, il la faut serrer.--_Ho! je la veux jeter moi; je l'aime
point, j'aime mieux la poudre des canons._--Il va chez M. de Verneuil
pour y voir jouer une comdie par ses gens.

_Le 8, jeudi._--Men promener, il fait tirer par son petit mulet sa
petite charrette portant les ornements de sa chapelle  celle du
btiment neuf, o il entend la messe.

_Le 9, vendredi._--Il monte en ma chambre, et me dit: _Mousseu Hroua,
montrez-moi ce que vous avez crit de moi_; c'toit mon journal. Il
vouloit voir ses premires annes, je l'avois  Paris. Il se met 
crire, et me dit: _J'cris bien de la minute franoise_, et peu aprs:
_Mousseu Hroua, il faut que je m'en aille achever un pourtrait que
j'ai commenc._ Il descend soudain, et va  sa peinture dans son
cabinet; il copie en huile le portrait du Roi qui toit devant lui; il
toit fort reconnoissable: il s'amuse  peindre fort attentivement.

_Le 10, samedi,  Saint-Germain._--Il me dit: _Mousseu Hroua, j'ai
invent une sentence._--Monsieur, vous plat-il de me la dire?--_Les
enfants qui ne sont pas sages, Dieu les punit. J'en ai invent une
autre: Les enfants qui craignent bien Dieu, Dieu les aide._ En soupant,
Mme de Montglat lui dit qu'il toit beau: _Je suis pas beau, cela est
bon pour les femmes._ Soudain qu'il eut soup il s'en va  sa peinture
en son cabinet, l o M. Du Vernet, prcepteur de M. de Liancourt,
lui donna un Jupiter[560] entour des Muses, en taille-douce, et lui
en expliqua le sens: comme c'toit un roi, roi de tout le monde, et
qu'il faisoit chanter devant soi et jouer des instruments, et qu'il
ne faisoit rien et qu'un jour il feroit ainsi: _Comment_, dit-il, _ce
roi ne fait rien! je ne veux pas faire ainsi; tenez, j'en veux point_,
et le lui rend. Il va en la salle des gardes, o il voit danser la
Bohmienne par de ses gens. Mis au lit, il s'amuse et prend plaisir
bien grand au livre des chasses du sieur Du Fouilloux[561], que M. de
Frontenac venoit de lui donner; il s'apprend  dire en musique l'appel
des chiens.

  [560] Ou plus probablement un Apollon.

  [561] _La Vnerie_ de Jacques du Fouilloux, gentilhomme poitevin.

_Le 11, dimanche._--Il entend que l'on disoit qu'il seroit en pension
avec M. de Souvr comme chez Mme de Montglat, et s'en fche; il demande
 M. de la Valette: _Ff Vendme y est-il?_--Non, Monsieur.--_Ho!
il a tout plus que moi! il a six laquais, et j'en ai que deux!_ Il
l'avoit ainsi entendu dire, et avoit toujours ses comparaisons sur M.
de Vendme.

_Le 12, lundi._--A quatre heures il va chez M. de Frontenac, o le Roi
arriva de Paris venant de l'assemble[562] de Vaucresson; le Roi se mit
sur le lit pour reposer; il faisoit la garde autour du lit afin que
l'on ne l'veillt point.

  [562] On appelait ainsi un rendez-vous de chasse.

_Le 13, mardi._--A sept heures et demie il va au lever du Roi chez M.
de Frontenac, y est jusques  huit heures que le Roi s'en retourna 
Paris par Versailles[563], o il alloit dner. Il va jouer  la paume;
M. Sauvat, excellent joueur, lui montre.

  [563] _Voy._ la note du 15 janvier 1604.

_Le 14, mercredi,  Saint-Germain._--Il s'amuse  peindre fort
bien[564], s'amuse  lire le livre du sieur Du Fouilloux.

  [564] C'est  cette poque une de ses occupations les plus
  habituelles. Le dessin de ce jour est conserv dans le manuscrit
  de la Bibliothque impriale.

_Le 24, samedi[565]._--A sept heures trois quarts il entre en carrosse,
l'oeil sec, et part de Saint-Germain en Laye pour aller  la Cour,
entrer aux mains de M. de Souvr; il va par Saint-Cloud, arrive  onze
heures au Louvre, o toient le Roi et la Reine. A onze heures trois
quarts dn avec le Roi;  une heure le Roi le mne en carrosse chez
la reine Marguerite. A six heures et demie soup, de la viande de la
Reine; 'a t la premire fois qu'il a commenc  boire du vin pour
continuer.

  [565] Il y a dans les manuscrits une lacune du 14 au 24 janvier.

_Le 25, dimanche, au Louvre._--On lui met une fraise; M. de Souvr
le fait regarder dans un miroir: _Je semble_, dit-il, _au petit
ambassadeur d'Angleterre_; c'en toit le fils. Il va chez le Roi 
son lever, lui sert sa chemise. Le Roi lui commande de l'appeler son
pre, le mne par la galerie aux Tuileries. Il entend la messe avec le
Roi, puis,  onze heures et demie, dn avec le Roi; il est servi, par
derrire, par commandement du Roi. Le petit M. de Humires le servoit;
il ne l'avoit jamais servi, ce qui fut cause que le Dauphin, de son
mouvement, commanda  M. de Ventelet: _Allez, allez avec lui, pou lui
montrer comme il faut faire._ Il va ensuite chez la Reine.

_Le 26 janvier, lundi._--Il avoit une petite enlevure au coin de la
lvre droite; je lui fis mettre un petit empltre, lui disant s'il lui
plaisoit pas que je lui fisse mettre une petite mouche: _Une mouche_,
dit-il, en raillant, _ho! je veux pas tre beau; c'est madame la
princesse de Conty qui met  son visage des petites mouches pour se
faire belle_. Il va chez le Roi, qui le mne aux Tuileries et le ramne
 onze heures  la messe, en Bourbon[566].

  [566] _Voy._ la note du 16 mars 1606.

_Le 27, mardi, au Louvre._--Les dputs de Bretagne lui viennent offrir
leur service au nom de la province.--Il s'amuse  regarder des toffes,
choisit le bleu pour un habit; il en aimoit naturellement la couleur.
A deux heures men  voir la verrerie, au faubourg Saint-Germain, il
y fait faire des verres, des paniers, des cornets. Le jeune M. de la
Boissire donna un dmenti  M. le comte de Torigny; il l'entend, et
l'accuse envers M. de Souvr et lui commande de le fouetter. Ramen 
quatre heures, il fait fouetter M. de la Boissire par M. de Souvr; ce
fut la premire justice en sa chambre[567].

  [567] C'est--dire la premire fois que le Dauphin exerce son
  autorit sur les personnes attaches  son service.

_Le 29, jeudi._--Il a vu tirer des armes, a tir lui-mme avec grce et
disposition.

_Le 30 janvier, vendredi, au Louvre._--M. de Longueville vient en son
cabinet, et lui dit: Monsieur, voulez-vous pas que je fouette vos
enfants d'honneur et vos pages?--_Vous n'tes pas mon cuyer_, lui
dit-il assez brusquement, et se retournant vers M. du Repaire il lui
dit tout bas: _Voyez qu'il est hardi! il n'est pas mon cuyer_; c'toit
qu'il ne vouloit pas our parler de faire mal aux siens.

_Le 31, samedi._--Il veut lui-mme crire le rle de ses petits
gentilshommes[568] selon l'ordre qu'ils toient venus  lui. On lui
met un habillement neuf pour aller aprs souper  l'Arsenal, y voir
danser le ballet de la Reine[569].

  [568] Le Roi, lui permettant d'avoir quelques heures  soi
  pour y passer honntement le temps et l'employer aux exercices
  vertueux qui soient de sa porte et convenables  sa qualit, a
  rsolu de lui donner pour compagnie une certaine troupe de jeunes
  gentilshommes de pareil ge ou sortable au sien, qu'il tirera
  des plus grandes et meilleures maisons de toutes ses provinces.
  (HROARD.--_De l'Institution du Prince_, f 147).

  [569] Voy. le _Journal de Lestoile_  cette date.

_Le 1er fvrier, dimanche, au Louvre._--Il crit par rponse  Madame,
sa soeur, sur la minute de M. de Souvr. Sur l'aprs-dne il se
ressouvient que Mlle de Vendme lui avoit crit; il demande du papier
et de l'encre pour lui faire rponse. M. de Souvr lui fait la minute,
et la lui envoie; elle commenoit: Ma soeur, etc.; quand il voit
ces mots: _Ma soeur! elle est pas ma soeur; faut mettre ma soeur de
Vendme._ On alla le demander  M. de Souvr, qui trouva qu'il avoit
raison.

_Le 2, lundi._--Men  la messe et  la procession avec le Roi. Il
reoit des nouvelles de Mesdames[570].

  [570] Elles taient restes  Saint-Germain avec Mme de Montglat.

_Le 3, mardi._--Il joue en la galerie, l o M. le comte de Torigny
dit  un de ses compagnons: L'ase vous etc. Cette sale parole est
rapporte  M. de Souvr, qui le menace du fouet. Tout du long de son
dner, le Dauphin perscuta M. le comte de Torigny pour la mauvaise
parole: _Torigny, dites  votre cul qu'il s'arme. Torigny, dites 
votre laquais qu'il vous interroge. Torigny, puisque vous voulez tre
laquais, je vous envoyerai demain porter des lettres  Saint-Germain_;
il avoit ou M. de Souvr disant que c'toit une parole de laquais
et de palefrenier. Men  l'Arsenal, il y voit tout, et puis va  la
Bastille. M. de Sully lui baille deux cents cus au soleil, pour sa
foire, lui demande s'il veut qu'il lui fasse faire des balles de sucre
comme celles de canon; il lui rpond: _Oui, mais que vous me les tiriez
dans la bouche._

_Le 4, mercredi._--Il a de l'impatience pour aller  la foire, o il
demande d'aller, au lieu d'crire son exemple. M. de Souvr lui porte
cinquante cus pour employer  la foire; il dit: _J'en ai encore pou
trois fois._ A une heure et demie men en carrosse,  la foire, il y
gagne un cachet d'or  la rafle, jouant avec lui Mlle de Rohan.

_Le 5, jeudi, au Louvre._--Men chez le Roi puis aux Tuileries, o il
entend la messe. Il va tirer des armes, puis va chez la Reine, o il
se joue  M. de Verneuil, qui avoit ce jourd'hui pris la soutane; le
Dauphin se met  genoux, et va ainsi pour lui baiser le pied ( M. de
Verneuil), ses petits gentilshommes en font autant. A quatre heures le
sieur Don Pedro de Toledo le vient voir pour prendre cong de lui, s'en
retournant en Espagne.

_Le 6, vendredi._--Men  la foire, ramen  onze heures, il va chez
le Roi et aprs,  onze heures et demie, dn.--M. de Souvr avoit
fait emprisonner son laquais pour avoir donn un coup de bton  la
foire; l'on en parloit pour l'excuser. Je dis  M. de Souvr, assez
bas, que Mgr le Dauphin ne seroit pas longtemps sans demander sa grce.
M. de Souvr rpond: Si y sera-t-il vingt-quatre heures. Le Dauphin
coutoit en sournois, et rpond tout bas: _Je fairai bientt sonner
les vingt-quatre heures._ Aussitt qu'il eut achev de dner, il fait
apporter sa montre sonnante, et les fait sonner, et dit aussitt:
_Mousseu de Souvr, vingt-quatre heures ont sonn, faites s'il vous
plat sortir de prison votre laquais._ Il va chez le Roi en la galerie,
o il mne sa compagnie arme: il toit mousquetaire; le Roi y prend un
singulier plaisir; ils toient plus de trente. Ramen en sa chambre, il
joue au trou-madame.

_Le 7, samedi._--Il crit, lit, tire des armes. A cinq heures men 
l'Htel de Bourgogne,  la comdie; ce fut la premire fois. Ramen 
six heures et demie, il en rcite beaucoup devant Leurs Majests.

_Le 8, dimanche._--Il crit  Mme et  Mlle de Vendme. A trois heures
trois quarts[571], men  l'Htel de Bourgogne, il se met  rire avec
clat et dit: _Mousseu de Souvr, je ris ainsi, afin qu'on pense que
j'entens l'italien._ Ramen  six heures et demie.

  [571] Nous notons  dessein ces diffrences d'heures pour aller 
  la comdie.

_Le 9, lundi, au Louvre._--Men chez le Roi puis  la messe aux
Feuillants, par la galerie, il se promne aux Tuileries, revient par
le mme chemin, va chez la Reine. A souper il donne le demeurant d'un
hachis de perdrix  MM. de Vendme et le Chevalier, les appelle _ses
frres_ par commandement du Roi.

_Le 10, mardi._--Mme de Montglat, qui l'toit venue voir, pleuroit:
_Mamanga, vous pleurez; ne pleurez pas, vous n'avez qu'une dent_;
comme elle lui veut dire adieu, il lui saute au col; elle pleure, il
ricane pour s'assurer; l'on lui ouvre la porte du cabinet: _Mamanga,
vel la porte ouverte, allez-vous-en._ Ce ne fut point par mauvaise
volont, mais pource qu'il se sentoit touch de ses larmes. A deux
heures men aux Chartreux, c'est la premire fois. Il va  la foire,
y joue  la rafle, perd deux cachets. La reine Marguerite lui donne
sa foire: une enseigne et un cordon de diamants le tout estim  deux
mille cus[572]; elle commanda  l'orfvre de lui bailler tout ce qu'il
demanderoit, promettant de le payer.

  [572] Lestoile l'estime trois mille.

_Le 11, mercredi._--Il est men  la messe en Bourbon, puis se va
promener au jardin du Louvre, va donner le bonjour  la Reine. Il
s'entretient  dner avec un fol nomm Des Vietes[573]. Il va chez le
Roi, revenant de Saint-Germain, o il avoit couch.

  [573] _Voy._ au 13 juillet suivant.

_Le 12, jeudi._--Il va en la grande galerie, o il s'amuse  voir les
carreleurs, les fait travailler, y aide, puis va donner le bonjour  la
Reine et aprs au Roi, que la goutte avoit pris la nuit prcdente. La
Reine lui donne une petite montre couverte de diamants.

_Le 13 fvrier, vendredi, au Louvre._--Men en carrosse au faubourg
Saint-Jacques faire courir un livre, dans le clos du sieur de La Tour,
o il court deux livres, emporte les queues et les met  son chapeau.
Il reoit Madame, arrive  Paris;  souper elle buvoit du vin; il
lui dit: _Ma soeur, vous tes trop jeune pou boire du vin; j'en bois
astheure, mais j'ai un an plus que vous; matre Gilles[574], ne donnez
point de vin  ma soeur, elle est trop jeune._ Aprs le souper il
lui dit: _Ma soeur, me voulez-vous voir tirer des armes?_ Et il fait
envoyer querir le sieur Jeronimo pour lui montrer, tire devant Madame,
puis ils vont chez Leurs Majests.

  [574] Sommelier du Dauphin.

_Le 14, samedi._--A quatre heures men  l'Htel de Bourgogne, ramen 
huit heures tout morfondu de froid.

_Le 15, dimanche._--Men hors du faubourg Saint-Honor,  la
Ville-l'vque, qui appartenoit  Mlle de Longueville; il y fait courir
un livre dans le parc. A sept heures soup, il va chez le Roi, est
ramen  onze heures et demie,  cause du ballet.

_Le 19, jeudi._--Men chez la reine Marguerite,  la foire, chez M.
Conchino et chez M. de Gondi.

_Le 20, vendredi._--Lu, crit, tir des armes[575]; il rompt d'une
avant-main, sur l'pe du sieur Jeronimo, son fleuret prs de la
poigne, tant il toit fort; il ne y avoit point de flure au fleuret;
il tche, en tirant,  surprendre son matre. Il est men  la Roquette
puis chez M. de Roquelaure.

  [575] Ces occupations sont les seules du Dauphin  cette poque;
  depuis son arrive au Louvre, il n'est plus question de dessin ni
  de musique.

_Le 22, dimanche._--A neuf heures djen, crit; il s'avise qu'il
toit dimanche, s'en veut ddire, y est retenu par M. de Souvr.
Il crit  regret, et dit: _Parce qu'il est dimanche, j'cris rien
qui vaille_; il tire des armes, et en dit autant, tirant avec
ngligence.--La Reine le mne jusqu' Villejuif, au-devant du Roi
revenant de Fontainebleau.

_Le 24 fvrier, mardi._--Ce matin arriva la nouvelle du duc de
Florence[576] qui toit dcd le 7me du mois.

  [576] Ferdinand Ier de Mdicis, grand-duc de Toscane, oncle de la
  Reine.

_Le 27, vendredi._--Men chez M. de Roquelaure avec la Reine, il
revient avec elle sur le pont au Change, chez La Haye, et de l sur
le pont aux Marchands, o il demande le nom des oiseaux de toutes les
enseignes, puis au bout du Pont-Neuf, o il joue  une blanque, y gagne
un tableau d'une Lucrce.

_Le 28, samedi._--Madame prend cong de lui, pour s'en retourner
 Saint-Germain-en-Laye; il est men en un jardin, au faubourg
Saint-Jacques, o il fait courir des livres.

_Le 2 mars, lundi, au Louvre._--Il va en la galerie aux accordailles
de Henri de Bourbon, prince de Cond, avec Mlle [Charlotte] de
Montmorency, fille de M. le conntable. Il demande  M. de Souvr:
_Quel pays est-ce que querouage?_ Il y avoit six jours qu'il lui avoit
ou dire le mot.--Monsieur, lui rpond M. de Souvr, je ne sais, mais
qu'est-ce?--_Je ne sais; et si, je sais bien que c'est; puisque me le
voulez pas dire, je le demanderai aux dames._--Et  qui?--_A madame de
Souvr._ Enfin, il dit que _querouage c'est aller faire l'amour_. Je
lui avois dit que c'toit aller au serein, au clair de la lune: _Hon!
c'est pas cela_; il ne voulut jamais confesser celui qui lui en avoit
donn l'interprtation[577].

  [577] Dans le glossaire des _Nols bourguignons_ de La Monnoye,
  on trouve _cairiaige_ ou _quariage_, mot qui signifie proprement
  charroi, mais qui au figur se prend pour le tracas d'une affaire:

    Voyez comment faisant tels quariages,
    Souvent on est tromp s mariages.

_Le 3, mardi, au Louvre._--Men chez M. de Roquelaure, o toient LL.
MM. A six heures et demie soup; il va chez le Roi, y voit danser le
ballet du chevalier de Vendme, y est jusques  onze heures trois
quarts.

_Le 5, jeudi._--Men en carrosse en la plaine de Vaugirard et d'Issy, 
la volerie; il voit prendre des corneilles.

_Le 6, vendredi._--Aprs djeuner M. Des Yveteaux[578], son prcepteur,
lui donna la premire leon, commenant par un petit discours qui lui
reprsentoit comme il avoit  reconnotre que Dieu l'avoit fait natre
chrtien et dans l'glise apostolique, et fils d'un grand Roi, et par
ainsi qu'il avoit  savoir qu'il lui falloit aimer et craindre Dieu,
se rendre vritable et juste,  aimer et honorer le Roi et la Reine
comme ayant supriorit sur lui, et puis comme ses pre et mre, et que
les vertus s'apprenoient dans les livres; et commena  lui faire lire
le commencement de l'histoire de Josphe, puis lui baille par crit 
savoir: s'il faut que les ecclsiastiques soient appels aux conseils
des princes et ce qui lui en semble.--_Je sais pas_, rpond le Dauphin.

  [578] Nicolas Vauquelin, sieur Des Yveteaux, n vers 1568, mort
  en 1649. Henri IV, dit Tallemant des Raux, le fit prcepteur de
  M. le Dauphin aprs qu'il l'eut t prcepteur de M. de Vendme.
  (_Les Historiettes_, dition Paulin Paris, tome I, p. 341.)

_Le 7, samedi._--Men au bois de Vincennes, c'est la premire fois; il
y court des livres, y voit un lan.

_Le 8, dimanche._--Men au devant du Roi revenant de
Saint-Germain-en-Laye; got au Roule, puis il rencontre, au devant des
Ternes, le Roi, qui le fait mettre en son carrosse.

_Le 10, mardi._--A souper il fait un rot; M. de Souvr l'en reprend; il
lui rpond froidement: _Mousseu de Souvr, c'est un rot, ce n'est pas
un pet._

_Le 11, mercredi._--Men sur le pont voir, tous les engins de la pompe
de la Samaritaine, puis il va au jardin du Palais, y a got.

_Le 12, jeudi, au Louvre._--Bott et peronn, il est men en carrosse
aux Chartreux, y monte sur sa petite haquene baie, dans le clos, pour
voir courir deux blaireaux.

_Le 13, vendredi._--Il commena  signer des lettres de retenue[579]
pour quelques-uns de ses officiers.

  [579] C'est un brevet par lequel on assure une certaine somme sur
  le prix d'une charge (_Trvoux_).

_Le 14, samedi._--Il signe des brevets, veut savoir pour qui ils sont.
L'on parloit d'Engoulevent[580], qui faisoit le fol; de Heurles, son
valet de chambre, va dire qu'il toit  Langres, le Dauphin demande:
_Pourquoi?_--Monsieur, pour des affaires.--_Les fous ont-ils des
affaires?_ Il demande le sieur Des Yveteaux, son prcepteur, et
l'envoie querir pour tudier; le prcepteur se trouva malade. Men 
Cachant[581], il monte  cheval aux Carmlines.

  [580] _Voy._ page 61, note 88.

  [581] Hameau de la commune d'Arcueil.

_Le 15, dimanche._--Il est men en l'htel de Nemours pour y voir un
cabinet d'antiques, puis va  l'abbaye Saint-Germain-des-Prs; ce fut
la premire fois; M. le prince de Conty[582] lui fait voir toute la
maison.

  [582] Franois de Bourbon, prince de Conty, demeurait  l'htel
  abbatial de Saint-Germain-des-Prs, o il mourut, en 1614.

_Le 16, lundi._--M. de Gouville[583], gentilhomme normand, excellent
tireur des armes, lui montroit les pas en avant et en arrire, et lui
dit: Monsieur, il vous faut apprendre  tirer en avant et  reculons;
il rpond soudain: _Je veux tirer en avant, non pas  reculons._

  [583] Franois de Gouville, seigneur de Javerly, marchal de camp
  en 1597, gouverneur de Pithiviers en 1620.

_Le 17, mardi._--Men chez le Roi, qui alloit  Chantilly,  deux
heures; M. de Souvr le fait tudier. A six heures et demie soup;
le Dauphin fait armer M. le Chevalier des armes entires que M. de
Lesdiguires[584] lui avoit fait faire  Milan et ce jourd'hui avoient
t prsentes au Dauphin par M. de Crquy; elles avoient cot mille
doublons.

  [584] Hroard crit comme on prononoit: _Desdiguires_.

_Le 19 mars, jeudi, au Louvre._--Ce jourd'hui,  djeuner, il a
commenc  manger de ses viandes et ouvrir sa maison; la Reine l'avoit
nourri jusques ici, depuis son retour de Saint-Germain. Men au clos
des Chartreux, il y court un renard qu'il y avoit fait porter, lui
tant  cheval, bott et peronn; puis men  l'hpital des fols au
faubourg Saint-Germain, il y voit une folle qui se disoit tre fille du
roi Charles[585].

  [585] Charles IX.

_Le 21, samedi._--A deux heures et un quart il entre en carrosse avec
la Reine, qui part pour aller  Notre-Dame de Chartres, la conduit
jusques auprs de Bourg-la-Reine.

_Le 23, lundi._--Il est men au faubourg Saint-Germain, voir la reine
Marguerite.

_Le 25, mercredi._--Men au parc de Madrid[586], il a got  l'entre,
chez le concierge, puis il est men en l'abbaye de Longchamp.

  [586] Madrid dans le bois de Boulogne; on prononait alors:
  _Madril_.

_Le 27, vendredi._--Men  l'Arsenal, il y a got  trois heures, puis
est venu aux Tuileries trouver le Roi.

_Le 29, dimanche._--Men chez M. de Mayenne, o l'on lui prsente
la collation. Il demande  boire; lui en tant offert par les
officiers de M. de Mayenne, il dit: _O sont mes officiers?_ M. de
Ventelet, son matre d'htel, lui dit tout bas que ce seroit offenser
M. de Mayenne de refuser ses officiers; lors il prend le verre o
toit le vin, fort tremp, et ne y fait que tter. Men  vpres 
Saint-Antoine-des-Champs.

_Le 30, lundi._--Men aux Tuileries et aux Chartreux, ramen au jardin
du Louvre, il y a cueilli lui-mme une douzaine d'asperges.

_Le 31 mars, mardi._--A douze heures et demie il entre en carrosse pour
aller  Saint-Germain-en-Laye, va par le pont de Neuilly et arrive 
la chausse, monte  cheval et rencontre Mesdames, qui lui toient
venues au devant. Il marche  la tte du carrosse pour se faire voir,
et arrive  Saint-Germain  quatre heures et trois quarts. Il va par
le jardin au parc jusques  la chapelle, est ramen au chteau, en la
chambre du Roi, o il logea.

_Le 1er avril, mercredi,  Saint-Germain._--A neuf heures et un quart
il entre en carrosse pour aller dner  Fresnes, o le Roi, revenant
d'Anet par Mantes, l'avoit mand, y a dn  onze heures trois quarts
avec le Roi; peu aprs, men en carrosse jusques au bois, il est mont
 cheval, est all dans le bois aprs la chasse, suivant le Roi. Ramen
 Saint-Germain avec le Roi en carrosse  six heures, il lui demande
permission d'aller tudier, pource que le Roi lui avoit dit le matin
que s'il n'tudioit point qu'il ne iroit point  la chasse. A sept
heures et demie il est men en carrosse au btiment neuf[587], voir la
Reine.

  [587] Le Dauphin habitait toujours le vieux chteau.

_Le 2, jeudi._--A sept heures et demie men en carrosse au btiment
neuf, pour y voir danser le ballet de Madame.

_Le 3, vendredi._--Men vers la Muette,  la rencontre du Roi, qui
toit  la chasse.

_Le 4, samedi._--Il va dire adieu  Messieurs, ses frres, et 
Mesdames, ses soeurs, est men  la chapelle  la messe, puis chez la
Reine au btiment neuf, et  neuf heures et demie est parti. Il va 
Ruel, o toit le Roi, se promne partout;  midi dn avec le Roi
et la Reine; Moisset[588] donnoit le dner, et aux princesses. Parti
 trois heures, il passe par Saint-Cloud, et arrive  Paris  cinq
heures trois quarts.

  [588] _Voy._ la note du 11 septembre 1608.

_Le 5, dimanche, au Louvre._--Men aux Feuillants,  la messe, il se
joue aux Tuileries; dn avec le Roi; men au faubourg Saint-Jacques,
en un jardin o il court un livre avec ses deux petits lvriers.

_Le 9, jeudi, au Louvre._--Il entre en carrosse avec la Reine, qui
part pour aller  Fontainebleau, l'accompagne jusques  la porte
Saint-Antoine, va  l'Arsenal. Men au parc de Mlle de Longueville  la
Ville-l'vque.

_Le 10, vendredi, voyage._--A huit heures parti de Paris pour aller
 Fontainebleau, il arrive  dix heures trois quarts  Juvisy, o
il a dn; ne voulut jamais entrer en l'htellerie: _H! mousseu de
Souvr, n'y allons point! allons l dedans_, montrant une maison de M.
Chauvelin, qui toit fort propre; il y a dn. A trois heures il rentre
en carrosse, arrive  Essonne  quatre heures trois quarts, va voir le
moulin  polir les diamants, puis celui  papier, y fait lui-mme six
feuilles  papier, fort bien, est ramen par eau. Couch  Essonne.

_Le 11, samedi._--Men  l'glise, puis au moulin o l'on blanchit
les toiles; il part d'Essonne  huit heures, et arrive  dix heures
trois quarts  Ponthierry, o il a dn. Arriv  quatre heures 
Fontainebleau, il va chez le Roi;  cinq heures et un quart soup avec
le Roi.

_Le 12, dimanche,  Fontainebleau._--Men chez LL. MM. et  la
procession[589], avec le Roi.

  [589] La procession des Rameaux.

_Le 13, lundi._--Lu, crit, tir des armes, men  la messe en la
chapelle, puis chez LL. MM. Aprs souper il s'amuse  peindre[590].

  [590] Le Dauphin reprend  Fontainebleau cette habitude, dont il
  n'est pas fait une seule mention pendant son sjour  Paris.

_Le 16, jeudi saint._--Il ne veut point djeuner pource que M. de
Souvr lui dit que le Roi, qui se trouvoit un peu mal, lui commandoit
d'aller laver les pieds aux petits enfants. Il ne y peut consentir,
jusques  ce que M. de Souvr lui dit qu'il les laveroit; il a djeun
puis il dit soudain: _Mousseu de Souvr, souvenez-vous de votre
promesse._ M. de Richelieu[591] lui demanda s'il lui plaisoit pas
qu'il ft le Dauphin pour lui, et qu'il laveroit les pieds: _Je le
veux bien, mais je reviendrai incontinent._ Il demande  tudier, mais
c'est pour gagner le temps. Men chez le Roi, qui lui demande s'il
veut pas aller laver les pieds aux petits enfants: _Oui, mon pre,
mais j'aimerois mieux sauter le foss_; c'toit un petit foss que
deux jours auparavant le Roi lui avoit fait sauter, et o il avoit mis
une jambe dans l'eau, ne l'ayant pu franchir. Men  la grande salle 
neuf heures et demie, il fait fort bien la crmonie du lavement des
pieds, est servi par M. le comte de Soissons, grand matre, et autres
officiers du royaume, comme si c'et t le Roi. Aprs souper men chez
LL. MM.; au retour, il s'arrte de lui-mme au reposoir qui toit en la
salle, y prie Dieu.

  [591] Henri du Plessis, seigneur de Richelieu, frre an du
  cardinal, qui toit alors vque de Luon; il fut marchal de
  camp en 1616 et mourut en 1619.

_Le 17, vendredi saint,  Fontainebleau._--Men  la salle du cheval,
au sermon du P. Coton.

_Le 18, samedi._--Il crit  M. de Lesdiguires, le remerciant des
armes qu'il lui avoit envoyes[592]; men  la messe en la chapelle,
il va  confesse au P. Coton. A quatre heures et demie il entre en
carrosse avec LL. MM., qui le mnent voir l'eau mise au grand canal.

  [592] _Voy._ au 17 mars prcdent.

_Le 19, dimanche, jour de Pques._--A deux heures il est men au sermon
du P. Coton.

_Le 20, lundi._--Men chez LL. MM., o il voit un miroir ardent qui
fondoit du plomb.

_Le 22, mercredi._--Le fils du mylord Ccil, Anglois, le vient saluer;
men  la chasse au blaireau, il y mne le fils du mylord Ccil.

_Le 23 avril, jeudi._--Il s'amuse en sa chambre  raboter des ais; il y
avoit des menuisiers.

_Le 27, lundi,  Fontainebleau._--A deux heures men chez la Reine, il
y dit tous ses mots latins. Men  cinq heures promener au parc avec
le Roi: prs de la bonde, il y avoit une rigole d'un pied et demi de
largeur par o l'eau tomboit dans le grand canal. Le Roi le faisoit
sauter cette rigole; il la sautoit sans course. Il lui commande de la
sauter avec course: la crainte qu'il avoit de ne prendre pas justement
son lan, de tomber dedans et faire rire le monde, fut cause qu'il
ne voulut jamais sauter  course. Le Roi sauta pour lui en donner la
volont, en fit sauter plusieurs. M. de Souvr le menace du fouet, il
rpond qu'il aime mieux l'avoir que de sauter. Cela offensa le Roi,
qui commanda qu'il le ft. Ramen en son cabinet avec protestation de
vouloir sauter. Fouett de trois coups de verge, ce fut la premire
fois, il dit: _Ce n'est rien; il ne m'a pas fait mal._ A neuf heures
il va chez le Roi, o quelques-uns de ses petits gentilshommes se
prparent de jouer quelques vers de la _Bradamante_[593] devant le Roi;
il avoit sept vers  dire de Charlemagne. A dix heures ils vont  la
chambre de la Reine, et en prsence de LL. MM. ils jourent; il dit:
_J'ai oubli mon rolet._

  [593] Tragi-comdie de Robert Garnier.

_Le 28, mardi._--A neuf heures il va dire adieu  la Reine, qui partoit
pour aller  Paris; le Roi toit parti  six heures. Le soir il envoie
querir la musique de M. de Bouillon; c'toit un luth, un clavecin et
une viole par un nomm Pradel, excellent joueur s'il en fut jamais.

_Le 29, mercredi._--Il s'amuse  crire des devises et  peindre les
corps[594].

  [594] La devise est un compos de figures et de paroles; on
  donne  la figure le nom de corps, et aux paroles celui d'me.
  (_Morri._)

_Le 30 avril, jeudi._--Men sur la route de Moret, o il chasse au
blaireau. Il tudie et apprend  dcliner son nom en latin jusqu'
l'ablatif.

_Le 1er mai, vendredi,  Fontainebleau._--Il toit bott pour aller 
la chasse, il se prit  pleuvoir: _C'est_, dit-il, _un grand cas; il
pleut toujours quand je me botte, je voudrois bien savoir d'o vient
cela_. Il est amus par certaine musique ambulatoire[595].

  [595] Joue par des musiciens ambulants.

_Le 2, samedi._--Son prcepteur M. Des Yveteaux lui ayant demand
que c'toit  dire en franois: _Discite justitiam moniti et non
temnere divos_, il rpond: _Je ne sais._ M. Des Yveteaux reprit:
C'est--dire, soyez avertis  apprendre  faire justice et  ne
craindre point Dieu. Je veux croire[596] que ce fut par mgarde.

  [596] Hroard crit _craire_, suivant la prononciation de cette
  poque.

_Le 5, lundi._--En buvant il regardoit de et del; M. de Souvr lui
dit qu'il faut regarder dans le verre, et le lui montroit avec deux
doigts; le Dauphin ayant bu, lui fait les cornes. M. de Souvr lui dit:
Comment, Monsieur, vous me faites les cornes?--_Quand on fait les
cornes, il les faut rendre_; c'toit un de ses plus grands dplaisirs
quand on les lui faisoit, et l'une de ses plus grandes vengeances. Le
long du dner il s'entretient de la chasse avec matre Martin, qui
avoit les chiens d'Artois. Le sieur Ang lui voulut faire quelque
conte, il dit: _Ho! ce sont contes de la cigogne._--Monsieur, vous ne
les croyez donc pas?--_Je ne suis pas de ceux l._ Je lui demande:
Monsieur, qu'est-ce des contes de la cigogne? il rpond: _Quand on
veut faire craire quelque chose qui n'est pas vraie._

_Le 8, vendredi._--Il s'amuse  peindre un carrosse  six chevaux, avec
l'encre et la plume[597].

  [597] Ce dessin est conserv dans le manuscrit de la Bibliothque
  impriale.

_Le 9, samedi._--A dner il raille avec M. le Chevalier et avec M. de
Verneuil, dit  M. de Verneuil qu'il donnera la bndiction  M. le
Chevalier quand il ira  Malte. A souper on lui sert des maquereaux
pour la premire fois; il demande: _Qu'est cela?_ on lui rpond:
Monsieur, ce sont des maquereaux; il ouvre la gueule au poisson et,
lui battant la tte: _Fi! le vilain! tez, tez-moi ces vilains!_

_Le 11 mai, lundi,  Fontainebleau._--Le matin il fait ouvrir
les fentres et souffle en l'air, disant qu'il envoie toutes ses
opinitrets au comte de la Voute, qui toit log au pavillon du bout
du jardin du Tibre.

_Le 13, mercredi._--A dix heures il entre en carrosse, va par Moret
(ce fut la premire fois); on lui porte les clefs de la ville; il la
traverse, et va dner  Ravannes, maison du jeune Lomnie. Il revient
par Moret, o M. de Moret, g de deux ans, le vient saluer, arrive 
Fontainebleau, o, sans descendre de carrosse il est men en la fort,
au devant du Roi, qui couroit le cerf, revenant de Paris. La Reine
arriva  neuf heures.

_Le 16, samedi._--L'on prend un chaton de diamants qui toit sur un
cordon de chapeau, pour le lui mettre pour enseigne; quelqu'un dit que
M. de Sully lui en bailleroit un de deux mille cus: _Ha! oui_, dit
le Dauphin, _et il n'a pas voulu payer mes chevaux de chariot!_ il le
disoit en colre sans le montrer; il n'aimoit pas  tre refus.

_Le 18, lundi._--Djeun en s'amusant  faire lire et interprter au
sieur Des Yveteaux certaines devises qui toient dans un petit livre
appartenant  M. de Souvr; il y en avoit une de l'hermine, qui aimoit
mieux se laisser prendre que de se souiller: _Celle-l est belle!_
dit-il.

_Le 19, mardi._--A souper M. de Vilaines, gentilhomme servant, lui
demanda s'il lui plaisoit du vin ou de la tisane, il lui rpond:
_Duquel que vous aimerez le mieux_; il lui sert de la tisane, et ayant
bu il lui dit: _J'ai bu de celui que vous aimez le moins._

_Le 21, jeudi._--A midi, dn avec le Roi; il s'amuse  couter matre
Guillaume[598], et rit de ce que le Roi lui ayant demand de qui il
pensoit que Monseigneur le Dauphin ft fils, il lui rpondit: D'un
prsident de Paris.

  [598] Fou du Roi.

_Le 26 mai, mardi._--Got htivement pour aller  la chasse, il dit 
M. de Souvr: _Mousseu de Souvr, dites s'il vous plat  ma mre qu'il
y a cinq jours que je ne suis point mont  cheval; en vrit il y a
cinq jours!_ Il commande que ses bottes fussent mises dans le carrosse,
va chez la Reine, est men en carrosse pour aller au devant du Roi, qui
couroit le cerf, voit passer le cerf et se trouve  la mort.

_Le 1er juin, lundi,  Fontainebleau._--Mis au lit, il me donne son
bras et me dit: _Regardez le petit oiseau avant de vous en aller_;
c'toit son pouls. Il me donna cong pour aller  Vaugrigneuse[599].

  [599] Hroard revient le 17; pendant son absence l'apothicaire
  Gurin continue le Journal, mais beaucoup plus succinctement.

_Le 18, jeudi._--Men  la chapelle, puis chez LL. MM.; il va avec eux
 la procession et au sermon.

_Le 24, mercredi._--Il tudie au catchisme. Aprs souper il est men
chez LL. MM., puis se va jouer  la galerie, o il bat un des laquais 
coups de raquette, parce qu'il avoit accompagn M. de Souvr allant au
bourg; ramen en pleurant de peur du fouet, que le Roi avoit command
de lui donner. Mis au lit, il ne veut point dormir que M. de Souvr ne
l'aye assur qu'il n'auroit point le fouet.

_Le 25, jeudi._--M. de Souvr lui fait la peur entire du fouet jusques
 l'excution, suivant la grce qu'il en avoit demande au Roi. Men
 la messe chez LL. MM., o il se jette  genoux devant la Reine,
demandant pardon de la faute du jour prcdent, et peu aprs en fait
autant au Roi, qui arriva en la chambre de la Reine, laquelle rougit
lorsque Monseigneur le Dauphin se jeta  genoux devant elle, et
n'coutoit point ce que M. de Souvr lui disoit. Soup avec le Roi;
men au jardin promener, il demande permission au Roi de cueillir
et faire deux bouquets, l'un pour la Reine et l'autre pour Mlle de
Fonlebon, l'une des filles de la Reine, sa matresse; il en toit
amoureux. S'en retournant il demande cong d'aller chez les filles de
la Reine, donne le bouquet  sa matresse, et la baise quatre fois,
serr et gaiement; puis va chez la Reine, et lui donne l'autre bouquet,
fait de lys blancs et autres fleurs, se met  chanter plusieurs
chansons en concert, devant LL. MM.

_Le 26, vendredi._--M. le marchal d'Ornano[600], qui ne l'avoit jamais
vu, lui fait la rvrence, la larme  l'oeil.

  [600] Alphonse Corse, dit d'Ornano, marchal de France en 1597,
  mort en 1610.

_Le 28 juin, dimanche._--M. [le prince] et Mme la princesse de Cond,
fille de M. le conntable, arrivent. Piedro Guichardini, ambassadeur du
nouveau grand-duc de Toscane[601], lui apporte des lettres de sa part,
de son frre et de la Grande-Duchesse.

  [601] Cme II de Mdicis.

_Le 2 juillet, jeudi,  Fontainebleau._--A une heure il va trouver le
Roi, qui le mne au conseil, o il alloit pour entendre les avis divers
qui se proposoient par diverses personnes, sur le fait et changement
des monnoies; le Roi le tenoit entre ses jambes; la Reine aussi y
assista. C'est la premire fois qu'il a t au conseil.

_Le 4, samedi._--Men  la messe, puis  la grande galerie pour voir le
Roi, qui couroit la bague; il l'emporta une fois. Les dames toient aux
fentres d'en haut du pavillon, et entre les autres Mme la princesse de
Cond.

_Le 5, dimanche._--Il va en la grande galerie pour voir le Roi courant
la bague, qui de cinq courses fit trois dedans. Aprs souper il va
chez LL. MM., et, du corridor, regarde le Roi, qui toit en la cour
prenant plaisir  jeter des fuses; men au bal, o il dansa gaiement.
M. de Vendme fut pous[602] entre une heure et deux heures aprs
minuit. Mme de Mercoeur envoya au Dauphin une petite chane de chiffres
d'or o pendoit un Hercule enrichi de petits diamants, et,  la base
au-dessous, toient crits ces mots: _La grandeur de ton pre et la
vertu te font plus grand qu'Hercule._

  [602] Il est difficile de se rendre compte de cette expression,
  puisque la crmonie du mariage  la chapelle ne se fit que le 7.

_Le 6, lundi,  Fontainebleau._--A djener il hume trois cuilleres de
bouillon pour l'amour de Mme la princesse de Cond et deux pour Mlle de
Fonlebon, sa matresse[603]. Aprs souper il va chez le Roi, le regarde
jetant des fuses, puis monte en la chambre de Mme la princesse de
Cond; il en toit piqu.

  [603] _Voy._ au 25 juin prcdent.

_Le 7, mardi._--A cinq heures il accompagne, en la chapelle basse, le
Roi, qui conduisoit Mlle de Mercoeur pour pouser; M. de Gondi, vque
de Paris, l'pousa  M. de Vendme, fils naturel du Roi. Soup  six
heures et demie en la salle du cheval, o se faisoit le festin royal,
les princes servant, puis il va  la salle du bal, o se dansa le grand
bal; il conduisoit la Reine.

_Le 8, mercredi._--Il s'amuse  faire copier une chanson d'amour et
 marquer la note de l'air. Men chez LL. MM., et  cinq heures  la
grande galerie, d'o il voit le Roi courant la bague. A six heures et
demie soup, puis men chez LL. MM., il va  onze heures avec eux en
la salle du cheval, o il a vu danser le ballet des _preneurs d'amour_
avec des faucons, des furets et par des pcheurs, etc., de l'invention
du sieur de Bonires. Ramen  une heure et demie aprs minuit.

_Le 11, samedi._--A neuf heures tudi; M. Des Yveteaux le tenoit entre
ses jambes,  la vue de M. de Souvr et de Mme de Saint-Luc; crit,
dans, tir des armes.

_Le 12, dimanche,  Fontainebleau._--Men  la chapelle, puis en la
grande galerie, d'o il voit le Roi courant la bague. Avant de se
coucher il compose et crit des vers amoureux, marque la note de l'air;
son prcepteur[604] l'aide  achever, y ajoute des vers.

  [604] Des Yveteaux.

_Le 13, lundi._--A dner, il raille avec un fol normand, nomm Des
Vietes, qui faisoit du mauvais latin.

_Le 14, mardi, voyage._--Il part de Fontainebleau, dne  Melun, arrive
pour la premire fois  Brie-Comte-Robert  quatre heures; got au
chteau, racoustr par M. Gobelin, prsident des Comptes. Aprs souper
il est men promener  Panfou, maison de M. le chancelier[605], se joue
sur un meulon de foin, l'assaut, le dfend, se roule du haut en bas,
sue, change de chemise. Ramen  Brie; ses bagages n'toient point
arrivs, son chariot s'toit rompu par deux fois, ils n'arrivrent qu'
onze heures. A neuf heures et demie il est dvtu, mis au lit; c'toit
le lit de M. Gobelin et de ses draps. Il demanda: _Le Roi mon pre a
t'y couch ici?_ On lui dit que oui, car il et fait difficult d'y
coucher. Il se met  vouloir des vers, et me dit: _Mousseu Hrouard,
mettez cette prose en vers: Je veux que ceux qui m'aiment m'aiment
longtemps; car s'ils ne m'aiment point qu'ils me quittent demain._ Il
me presse de les faire tout  l'heure; je les lui fais ainsi:

    Je veux que tous ceux-l qui de m'aimer desirent,
    Que ce soit pour toujours ou bien qu'ils se retirent.

Il me dit: _Je vous en veux donner une autre prose; c'est cette-ci:
Je veux que toutes mes actions ayent leur fondement sur la vertu.
Apportez-le moi demain matin en vers._

  [605] Nicolas Brulart, marquis de Sillery.

_Le 15, mercredi, voyage._--veill  huit heures, il me demande les
vers avec impatience; je me veux excuser, il me presse, je les lui
baille ainsi:

        Je consacre mes actions
        Et toutes mes affections
      A la vertu pour fondement unique,
        Afin que par tout l'univers,
        En renomme magnifique,
    Mon nom soit immortel en tous ges divers.

Il voulut se les faire crire pour leon. Men  l'glise, il entre 
neuf heures en carrosse, arrive  onze heures et un quart  Creteil
pour la premire fois, dne en la maison de M. Mangot[606]. Parti 
trois heures en carrosse, il monte  cheval au petit Saint-Antoine,
et ses petits gentilshommes marchent devant lui, deux  deux, selon
l'ordre de leur arrive auprs de lui; les premiers furent M. de
Liancourt et M. le comte de la Voute. Il arrive au Louvre  cinq
heures, voit le Roi, qui toit arriv par eau une heure auparavant; la
Reine arrive  huit heures.

  [606] Claude Mangot, depuis chancelier de France, attach aux
  intrts et  la fortune du marchal d'Ancre; il remit les sceaux
  au Roi en 1617, aprs la mort de Concini.

_Le 16, jeudi, au Louvre._--tudi, crit, dans, tir des armes, jou
 la paume; il change de chemise, tant forc par M. de Souvr, qui le
frappe du gant; il s'en pique trangement. M. de Souvr lui remontre,
et lui disant qu'il ne veut rien faire ne croire de tout ce qu'il lui
dit, il lui rpond en colre: _Non, je crois pas tout ce que vous me
dites ne ce que vous me direz._

_Le 17, vendredi._--veill  six heures et demie; il feint de dormir,
de peur de chtiment, se ressouvenant de la colre qu'il avoit eue
contre M. de Souvr; on regarde en son lit, on le trouve pleurant; M.
de Souvr lui remontre; il se repent.

_Le 18, samedi._--Men aux Tuileries par la galerie, il entend la messe
aux Capucins. A quatre heures men en carrosse au jeu de paume de
Verdelet,  la rue Pltrire, il y a jou.

_Le 19 juillet, dimanche._--M. le marchal d'Ornano lui donne un
poignard de sultane, garni de rubis.

_Le 20, lundi._--A neuf heures il entre en carrosse pour aller 
Saint-Germain-en-Laye, par le port de Neuilly et la chausse, y arrive
 midi et fait bonne chre  Messieurs, ses frres, et Mesdames, ses
soeurs. A six heures le Roi revient de la chasse.

_Le 21, mardi._--Dn avec le Roi;  quatre heures il entre en
carrosse, et, par les bacs, arrive  Paris  six heures et un quart.

_Le 22, mercredi, au Louvre._--A quatre heures et demie il entre en
carrosse avec le Roi, qui le mne baigner en la rivire, au-dessous de
Conflans,  l'le gauloise (ce fut la premire fois); il se y met sans
crainte, en gagne une discrtion  M. de Bellegarde, grand cuyer, qui
gagea le contraire contre lui. Le Roi lui versoit de l'eau sur la tte
 pleins chapeaux, M. de Paistry lui montroit  nager, le conduisoit,
le tenoit sous le menton. Il lui prend envie de plonger, il but; il
y est une demi-heure. Ressuy, ramen en son carrosse;  huit heures
soup; il me fait l'honneur de me raconter son voyage et comme il
s'toit baign, me dit qu'il n'avoit point voulu pisser en l'eau, de
peur qu'il ne le bt ml dans l'eau, mais que le Roi son pre y avoit
piss.

_Le 27, lundi._--A trois heures il entre en carrosse, est men 
Saint-Denis pour la premire fois; il donne de l'eau bnite  la feue
Reine, mre du feu Roi, que, depuis quatre mois, Mme d'Angoulme avoit
fait porter de Blois pour la faire ensevelir[607]; il voit le trsor.
Ramen  sept heures, soup; il se ressouvient et me raconte qu'il a
vu  Saint-Denis l'pe de Jehanne la Pucelle, veut savoir qui elle
toit, ce qu'elle fit, ce qu'elle devint; il dit qu'il y a six Louis
enterrs, parle des spultures, de celle du roi Louis et de son petit
qui n'avoit que deux mois[608] et autres choses.

  [607] Catherine de Mdicis, veuve de Henri II et mre de Henri
  III, tait morte au chteau de Blois en 1589; il est remarquable
  de voir la fille naturelle de Henri II (Diane, duchesse
  d'Angoulme, morte  Paris, en 1619, ge de quatre-vingts ans)
  faire transporter  Saint-Denis les restes de Catherine.

  [608] Le Dauphin veut sans doute parler du petit roi Jean, fils
  de Louis le Hutin, n posthume, le 15 novembre 1316, mort quatre
  jours aprs, et qui fut enterr  Saint-Denis aux pieds du roi
  son pre. La statue de cet enfant est encore  Saint-Denis.

_Le 29, mercredi._--Men en carrosse au faubourg Saint-Germain, au clos
de l'htel de Luxembourg, il y fait courir deux livres par ses petits
chiens d'Artois.

_Le 31, vendredi._--A midi, dn, tudi; sa nourrice vient, qui
lui dit qu'il faut bien tudier trois ou quatre ans et qu'aprs il
n'tudiera plus; il lui rpond: _Ho! non, plus je serai vieux et plus
j'aurai besoin d'apprendre._

_Le 1er aot, samedi, au Louvre._--Men en carrosse  l'hpital des
pestifrs, qui se btissoit prs de Montfaucon[609].

  [609] Le Roi crivait en 1608 au cardinal de Givry: Mon cousin,
  je vous prie prsenter  notre saint-pre le Pape les lettres
  que je lui cris, dont je vous envoie la copie, pour obtenir de
  Sa Saintet les indulgences y contenues en faveur de l'hpital
  de Saint-Louis de Sant, que je fais btir prs les faubourgs
  Saint-Laurent de ma bonne ville de Paris, pour y retirer les
  pestifers. (_Lettres missives_, VII, 535.) C'est l'hpital
  situ rue des Rcollets, et qui porte encore le nom d'hpital
  Saint-Louis.

_Le 3, lundi._--A midi dn, men chez le Roi, puis  l'Arsenal, o
il a got et mang beaucoup de prunes, que M. de Sully a secoues
lui-mme de l'arbre.

_Le 7, vendredi._--Il va voir la reine Marguerite  deux heures, puis
part pour aller  Saint-Maur[610], arrive au petit Saint-Antoine, en
l'abbaye, o il a got, passe par le bois de Vincennes et arrive  six
heures  Saint-Maur-des-Fosss.

  [610] Le journal de Lestoile constate force maladies  Paris
  en ce mois, mortalit de petits enfants par les petites vroles
  qui y rgnent. C'est  cause de cette pidmie que le Dauphin
  sjourne  Saint-Maur jusqu'au 23 septembre. _Voy._ les lettres
  du Roi  M. de Souvr des 12 et 17 aot. La maison de Saint-Maur
  appartenait au prince de Cond.

_Le 9, dimanche,  Saint-Maur._--Il est men  la messe au village,
puis se promener par des jardins du bourg; il s'amuse  abattre des
noix avec une balle,  coups de raquette, mange des cerneaux sucrs des
noix qu'il avoit abattues. A deux heures men en carrosse  la chasse
au livre: il en prend deux vers Champigny; il faisoit un extrme chaud.

_Le 11, mardi._--Il fait chanter et chante en concert des chansons
d'amour; mis au lit, il fait encore chanter _Laudate_ en concert de
voix, d'un luth et d'une mandore.

_Le 12, mercredi._--Il est men  la messe en l'abbaye, puis va vers le
moulin mettre ses chiens en l'eau aprs une oie. A quatre heures men 
pied au jardin de M. Le Voy.

_Le 13, jeudi._--A deux heures il entre en carrosse, va au
Plessis-Saint-Antoine, maison de M. de Pluvinel; il faisoit grand chaud.

_Le 14, vendredi._--Il va au-devant de la reine Marguerite, l'a
longtemps accompagne.

_Le 15, samedi._--Men  la messe au bois de Vincennes, il y fait ter
le comte d'Alais d'auprs de M. de Verneuil, l'ayant command  M. de
Pons, prcepteur de M. de Verneuil.

_Le 21, vendredi._--Men  la messe aux Bonshommes du bois de
Vincennes; Mme la princesse douairire de Cond et Mme la duchesse de
Vendme le viennent voir.

_Le 23, dimanche._--Il est men  la messe, puis entre en carrosse pour
aller  Breban, maison de M. de Mareuil du Val, y a dn; il faisoit
une extrme chaleur.

_Le 25, mardi._--Got et fait la collation pour la fte Saint-Louis;
aprs souper il attend avec impatience un ballet fait par huit des
siens; c'toient des sauvages; il le fait danser deux fois.

_Le 26, mercredi._--M. de Vendme arrive, qui venoit prendre cong de
lui pour aller tenir les tats de Bretagne  Nantes; men en carrosse
 la chasse, M. de Vendme avec lui.

_Le 27, jeudi,  Saint-Maur._--Il avoit un chien nomm _Pataut_, le
plus ancien, qu'il souloit avoir  Saint-Germain, et qu'il aimoit et
avoit toujours aim. M. de Souvr lui disoit: Monsieur, vous avez trop
de chiens; il en faut ter de ceux qui ne valent rien, et sont trop
vieux comme Pataut.--_Pataut, mousseu de Souvr, ho! non, je veux
nourrir les vieux._--Il se met  inventer un ballet, fait les vers,
dit: _Vel pour donner, et ceux l pour chanter._

_Le 28, vendredi._--Il n'tudie point, pour ce que son prcepteur toit
all  Paris; bott, il monte  cheval, va jusques  Chenevires  la
chasse du livre, avec sa meute de petits chiens courants, donns par
le prince de Galles et que M. de Vitry avoit amens.--Il s'amuse 
peindre avec l'encre et la plume.

_Le 29, samedi._--Men  Champs, maison de M. Faure, matre d'htel du
Roi et beau-frre de M. le chancelier.

_Le 30, dimanche._--Il est vtu de chausses rondes  bas  attacher,
l'habillement de satin gris et passement d'or (c'est la premire fois
pour le bas attach). Il monte  cheval, est men  la messe aux
Minimes du bois de Vincennes.

_Le 31, lundi._--Il s'amuse  peindre avec la plume. M. de Souvr lui
parle d'aller dner  Champs; il dclame contre le chemin: _C'est le
plus mauvais chemin du monde._ Je lui dis que si M. Faure, qui en est
le matre, et su qu'il y ft all l'autre jour, il y et trouv une
belle collation, et qu'il m'avoit pri de l'en avertir, et s'il y
vouloit retourner qu'il la y trouveroit.--_Ho! non, il y a trop mauvais
chemin, j'aime mieux mes chevaux qu'une collation._ M. de Souvr lui
demande s'il veut pas que son carrosse soit attel de mules.--_Ho! non,
cela est bon pour dom Piedro de Toledo._

_Le 1er septembre, mardi,  Saint-Maur._--Men au-devant du Roi, qui
revenoit de Monceaux; le Roi arrive  Saint-Maur  cinq heures et un
quart; soup avec le Roi  six heures et demie; le Roi part  sept
heures trois quarts pour aller  Paris.

_Le 2, mercredi,  Saint-Maur._--A trois heures il entre en carrosse,
et va jusques  Plaisance au-devant de la Reine, qui de Monceaux alloit
 Paris; elle le fait mettre en sa litire[611], jusques auprs du parc
de Vincennes; il est ramen  Saint-Maur  sept heures et demie.

  [611] Elle voyageait ainsi  cause de sa grossesse.

_Le 5, samedi._--Il se joue  tirer par le cordage un petit canon donn
par feu M. de Lorraine, y met ses petits gentilshommes deux  deux; il
se met au premier rang, va ainsi de chambre en chambre.

_Le 6, dimanche._--Il monte  cheval, passe l'eau au bac de Crteil
et va dner  Brevannes;  trois heures il monte  cheval, est men 
Maisons, o il a got. Ramen  six heures et un quart, il se va jouer
au parc,  un petit fort qu'il faisoit dfendre et assaillir.

_Le 7, lundi._--Il tudie sur un billet que son prcepteur avoit laiss
du samedi pour aller se jouer  Paris[612].

  [612] Ce passage indique une certaine msintelligence entre
  Hroard et Des Yveteaux.

_Le 8, mardi._--Il tudie un compliment que M. de Souvr lui apprit
pour dire  l'ambassadeur du marquis de Brandebourg, qui devoit venir
le saluer sur l'aprs-dne. A une heure et demie arrive l'ambassadeur
du marquis de Brandebourg devers le Roi, pour lui demander son
assistance contre les Espagnols, qui s'toient saisis de Clves, o il
prtendoit par succession[613]; il dit au Dauphin avoir commandement
de son matre de le venir saluer de sa part et de lui offrir son
service. _Je me sens oblig  monsieur l'lecteur de la souvenance
qu'il a de moi_, rpond le Dauphin, et il demeure court. L'ambassadeur
lui prsente un pied d'lan et un chiquier, o les carrs toient
d'ambre jaune et au-dessus les rois de France en ivoire, lui disant
que c'toient des prsents du pays; le Dauphin reprend le reste de son
discours et lui dit: _Je serai trs-aise quand il s'offrira quelque
occasion o je le puisse servir._

  [613] Le duch de Clves et de Juliers tait vacant par la mort
  du duc Jean-Guillaume. On vit jusqu' sept comptiteurs se
  disputer sa succession.

_Le 9, mercredi,  Saint-Maur._--Son prcepteur revient de Paris;
tudi, crit, tir des armes, dans, men  la messe en l'abbaye,
puis sur le bord de la rivire, o il fait faire un fort, y travaille
lui-mme. Il joue aux dames au damier du marquis de Brandebourg, fait
un ballet sur la Bergamasque et un autre tout  l'heure, qu'il appelle
_des livres_, couvrant sa tte d'un mouchoir qui faisoit deux cornes
pour les oreilles.

_Le 11, vendredi._--A onze heures et demie il part pour aller 
Chaillot, pour y voir M. d'Anjou et Mesdames; M. d'Orlans toit
demeur  Saint-Germain, il se trouvoit mal du flux de ventre.
Le Dauphin passe par le parc de Vincennes et autour de Paris par
dehors[614], arrive  une heure  Chaillot,  trois heures y a got,
se promne au parc, y mne Madame, leur raconte ce qu'il a fait 
Saint-Maur. Le Roi et la Reine y arrivent. A quatre heures et un quart
il entre en carrosse, est ramen coucher  Saint-Maur, y arrive  sept
heures.

  [614] Le Roi avait crit  M. de Souvr la veille: Je vous fais
  ce mot pour vous dire que vous ameniez mon fils demain dner 
  Chaillot, o son frre d'Anjou et ses soeurs sont arrivs ce
  soir, et o ma femme et moi les irons voir demain aprs dner, et
  ainsi nous le verrons avec eux. Puis il s'en retournera coucher 
  Saint-Maur. Bonsoir, monsieur de Souvr. Ce jeudi  dix heures du
  soir, Xe septembre,  Paris.

  HENRY.

  Vous l'amnerez en dehors cette ville.

_Le 13, dimanche._--Il entre en carrosse, va our la messe 
Picpus[615], puis  dix heures et un quart arrive  Paris, au Louvre;
mand pour dner avec LL. MM., qui avoient aussi mand M. d'Anjou et
Mesdames. Il retourne et arrive  Saint-Maur  six heures et demie.

  [615] On crivait alors: Piquepusse.

_Le 16, mercredi,  Saint-Maur._--On lui demande s'il aime mieux aller
 Fontainebleau, ou demeurer  Saint-Maur; il rpond: _Si papa va 
Fontainebleau, j'aime mieux y aller, s'il demeure  Paris j'aime mieux
tre ici._ L'on parloit de Scoevole, qui brla sa main pour avoir
failli  tuer le roi Porsenna, le Dauphin dit: _Il valoit mieux qu'il
et brl sa tte, qui avoit si mal conseill sa main_[616].

  [616] Hroard a crit en marge: _Mirum responsum et judicii
  plenum quod sequenti tetrasticon coegi ex opinione Livii_:

    _Sedentem solio Mutius pro Rege trucidat:
      Erroris poenas sentiit arsa manus.
    Quin caput hoc meruit torreri  Scvola flammis
      Delphin ait, falso consuluisse manum._

_Le 17, jeudi._--Men  Charenton et par del du pont, en une maison
qui est sur la pointe du chemin de Brie et de Villeneuve.

_Le 21, lundi,  Saint-Maur._--tudi par billets; son prcepteur toit
absent depuis le samedi aprs dner. Mme de Montglat vient voir le
Dauphin; il la mne promener au palemail.

_Le 23, mercredi, voyage._--Il part en carrosse  onze heures trois
quarts pour Fontainebleau, passe au bac de Chenevires sur la chausse
d'Amboile, et arrive  trois heures et demie  Brie.

_Le 24, jeudi._--Il part de Brie  huit heures trois quarts, arrive
 onze heures et un quart  Melun, y dne et arrive  Fontainebleau
 trois heures et demie. Il va chez la Reine; le Roi, qui toit  la
chasse, arrive  quatre heures et demie; men avec LL. MM. au grand
jardin, o il voit pcher un cormoran aux canaux.

_Le 25, vendredi,  Fontainebleau._--Il tudie un petit compliment
pour un seigneur florentin, o il y avoit: _Monsieur, je vous remercie
qu'avez prins la peine, etc._; il demande  M. de Souvr, qui l'avoit
fait: _Qu'avez? qu'est-ce qu'avez?_ jugeant qu'il falloit dire que
vous avez. Le Florentin arrive; il ne le sut pas bien dire; tant
parti, M. de Souvr le tance, il se fche; M. de Souvr le menace du
fouet, puis de le dire au Roi. L-dessus viennent les larmes et les
prires: _J'aime mieux tre fouett et le dites pas au Roi mon pre_;
il lui est pardonn. Il tudie un billet que son prcepteur avoit
laiss ds le samedi prcdent pour leon: _Experientia in tractatu
rerum consistit_. crit, tir des armes, dans, men  la chapelle,
puis au jardin des canaux pour y voir le cormoran prendre du poisson.
Ramen  onze heures chez la Reine;  une heure et demie, lu en
l'absence de son prcepteur.

_Le 27, dimanche,  Fontainebleau._--Il apprend le catchisme; c'toit
une fois seulement au dimanche. Men  la chapelle de la salle du bal,
puis chez le Roi, qui le mne promener et faire  pied le tour du
grand canal. Dn avec le Roi; peu aprs il va en la chambre du Roi,
o M. de Lesdiguires a t reu et a prt le serment de marchal de
France. A huit heures soup chez M. Zamet, pour solenniser le jour de
sa naissance[617]; le Roi boit au Dauphin, disant: Je prie Dieu que
d'ici  vingt ans je vous puisse donner le fouet![618] Le Dauphin lui
rpond: _Pas, s'il vous plat._--Comment! vous ne voudriez pas, que je
le vous puisse donner?--_Pas, s'il vous plat._ Ramen  neuf heures
en la chambre du Roi, il s'amuse  couter la musique.

  [617] Le Dauphin entrait ce jour-l dans sa neuvime anne.

  [618] Moins de huit mois plus tard Henri IV succombait sous le
  couteau de Ravaillac.

_Le 28, lundi._--A six heures et demie, en sa chambre, soup. Le Roi
arrive de la chasse, il y est conduit, se blesse au ct extrieur du
pied gauche,  l'peron de son huissier, qui portoit les flambeaux
devant lui.

_Le 29, mardi._--A trois heures et un quart got; il attend
l'ambassadeur d'Angleterre, qui devoit prendre cong de lui, ce pendant
apprend par coeur ce compliment, dress par M. de Souvr: _Je vous
prie de dire au roi et  la roine de la Grande-Bretagne, et  monsieur
le prince de Galles, que je suis dsireux de l'honneur de leurs bonnes
grces._ Il attend jusques  six heures, il ne vint point. Arrive M.
Jacob, ambassadeur extraordinaire de M. de Savoie, qui vient prendre
cong de lui; M. de Souvr fait la rponse.

_Le 1er octobre, jeudi,  Fontainebleau._--L'ambassadrice d'Angleterre
vient prendre cong de lui; il la baise et ses deux filles, embrasse
son fils. Elle prie M. de Souvr de lui permettre qu'il mesure sa
hauteur  celle de Mgr le Dauphin; il avoit neuf ans. Mgr le Dauphin se
trouva plus grand de deux doigts.--Il va au jeu de paume, o il joue en
partie.

_Le 3, samedi._--Dn avec impatience pour ce qu'il devoit aller  la
chasse;  midi il entre en carrosse, est men  Fontaineport, o il
passe la rivire; il avoit lui-mme ordonn de ses relais  se tenir
del l'eau. Il monte  cheval sur l'une de ses petites haquenes, va au
bois (c'toit le buisson de Massory), brosse[619]  travers le bois, en
est transport de joie, dit  chacun: _Voyez! je brosse, je brosse!_
C'est la premire fois qu'il a bross. Puis il va sur les routes, voit
deux fois le cerf. Arriv  six heures trois quarts, soup avec le Roi;
il toit las et avoit la vue abattue; le Roi lui dit que s'il dormoit
il ne iroit plus  la chasse avec lui, et lui de s'veiller.

  [619] _Brosser_, courir  travers les bois et les pays de
  bruyres et de broussailles (_Trvoux_). En patois haut-normand
  on dit encore _brocher_  travers une haie ou un taillis.

_Le 4, dimanche._--Il crit au prince de Galles:

    Monsieur et frere, j'ay receu  faveur la souvenance que vous
    avs eue de moy, qui serai tousjours tres desireux de vous
    tesmoigner combien j'estime la continuation de vostre bonne
    grace par tout ce que peut

    Votre tres affectionn frere  vous servir,

    LOUIS.

    A monsieur le prince de Galles, mon frre.

Il crit  la reine d'Angleterre:

    Madame j'ay en trop d'estime l'honneur de vostre amiti pour
    ngliger sans me y ramentevoir et vous asseurer de l'entiere
    affection  vostre service en tout ce qu'il vous plaira m'en
    recognoistre digne, estant, Madame ma tante,

    Vostre affectionn nepveu  vous
    faire service,

    LOUIS.

    A la roine de la Grande Bretagne madame ma tante.

Ces lettres furent donnes  l'ambassadeur, qui s'en retournoit.

_Le 5, lundi,  Fontainebleau._--Il tudie sous M. de Chaumont en
l'absence de son prcepteur; crit, tir des armes, dans. Tout durant
son dner il s'entretient des chiens avec matre Martin, qui avoit
les chiens d'Artois, et d'oiseaux avec M. de Marsilly, matre d'htel
du Roi, sait juger des plus beaux, demande leur ge, leurs noms et ce
qu'ils savent faire.

_Le 10, samedi._--M. de Souvr lui met sa robe, disant: Monsieur,
allons tudier; vous voil maintenant habill en docteur.--_Oui_,
dit-il, _docteur de la Palestine_; et il jette sa robe  terre.

_Le 12, lundi._--Men  la chapelle, puis au grand canal pour y voir
une petite galre qui avoit t faite pour l'y mettre.

_Le 16, vendredi._--Men au grand canal; il se met dans la galre,
conduit le gouvernail; le Roi y entre; il est toujours au gouvernail;
il veut que ce soit sa charge. Ramen  six heures, soup; il appelle
son baladin: _Satyre_, et fait deux vers:

    Je viens de la part d'un satyre
    Pour savoir si vous voulez rire.

_Le 17, samedi._--Il tudie; M. le prsident Jeannin y assiste. Le soir
il fait faire la musique d'un luth, d'un thorbe et d'une mandore,
l'coute avec transport.

_Le 23, vendredi._--M. le marquis de Tresnel, sieur de la Chapelle aux
Ursins, lui demande lequel, de lui ou de M. de Verneuil, toit le plus
fouett?--_Ho! mousseu Dupont[620] est bien doux; mousseu de Souvr
l'est pas tant. Mais savez-vous qu'il faudroit faire? il faudroit faire
saler mousseu Dupont, et donner du sucre  mousseu de Souvr._

  [620] Prcepteur de M. de Verneuil.

_Le 24, samedi,  Fontainebleau._--Il va voir le Roi, qui part pour
aller  Paris; puis prend cong de la Reine, laquelle part pour aller
dner  Ponthierry et coucher  Saint-Jean en l'Isle, et le lendemain 
Paris pour y faire ses couches.

_Le 25, dimanche, voyage._--Il s'amuse  aider  trousser ses bagages,
va au jardin de Ferrare, fait donner l'assaut  un fort qu'il avoit
fait faire. A douze heures et demie il entre en carrosse et part de
Fontainebleau; au dehors de la fort il monte  cheval, et va chassant
au livre et  l'oiseau, va  l'abbaye du Lis (c'est la premire fois),
y a got, remonte  cheval et arrive  Melun  quatre heures et demie.

_Le 26, lundi, voyage._--Men  la messe  Saint-Pre; il part de
Melun  sept heures et demie et, par Loursine et la fort de Snart,
arrive  Villeneuve-Saint-Georges  dix heures et demie. Aprs dner
il va sur le bord de l'eau, et dit  M. de Souvr: _Mousseu de Souvr,
voulez-vous bien que j'entre en ce petit bateau; venez je vous mnerai
bien, je rame fort bien._ M. de Souvr le lui permet; il y va aussi.
Mgr le Dauphin prend une rame, vogue fort justement et monte dans la
rivire d'Yres, y est assez longtemps. Revenu  terre il rentre en
carrosse, accompagn de M. de Longueville, qui toit venu  Villeneuve.
Il arrive dans l'abbaye Saint-Antoine  trois heures et un quart, y
a got;  quatre heures et demie il monte  cheval et, par la porte
Saint-Antoine, arrive  cinq heures au Louvre. Il va voir la Reine; le
Roi revient de la ville; il le va voir, et a soup avec lui.

_Le 27 octobre, mardi, au Louvre._--Men voir la reine Marguerite,
ramen chez LL. MM.

_Le 29, jeudi._--Il crit une lettre  Mme la princesse de Cond, la
qualifie sa matresse, lui envoyant une petite guenuche, et souscrit:
_Votre plus affectionn cousin et serviteur._--LOUIS.

_Le 30, vendredi._--Men en carrosse  la boutique de l'Argenterie pour
voir des toffes; il en choisit une d'un bel incarnat, et fouette d'un
mouchoir toutes les autres qui ne lui agroient point.

_Le 31, samedi._--Il va au dner de la Reine, prend cong de la
Reine et du Roi au jeu de paume, et entre en carrosse pour aller 
Saint-Germain-en-Laye voir Messieurs, ses frres, et Mesdames, ses
soeurs. Il s'en va  la laiterie de Madame, aide  faire le beurre, va
chez le Roi, qui arriva  six heures, s'amuse  jouer aux cartes avec
Mesdames.

_Le 1er novembre, dimanche,  Saint-Germain._--Il va au lever du Roi,
lui donne sa chemise; dn avec le Roi. Il se botte pour accompagner
le Roi, qui part aprs vpres  deux heures et demie, va en la garenne
chassant avec le Roi jusques auprs de Chatou. Ramen  Saint-Germain 
quatre heures.

_Le 2, lundi._--Il prend cong de Messieurs et de Mesdames, entre
en carrosse jusques au port du Pecq, o il passe l'eau dans une
flette[621], et en l'autre bord dit encore adieu  Mesdames, que Mme
de Montglat y avoit envoyes. Il monte  cheval, et va, chassant
la perdrix, jusques  Chatou, o il passe dans une flette jusques
 l'autre bord, et  quatre heures trois quarts arrive  Paris, au
Louvre. Il va chez la Reine; le Roi toit all ds le matin, ce
disoit-on, vers Breteuil en Picardie.

  [621] Bateau de rivire qui sert de voiture publique; c'est un
  coche d'eau. (_Trvoux_).

_Le 6, vendredi, au Louvre._--veill  deux heures, il se fait coucher
auprs de M. de Souvr[622], ne fait que dormailler et avec quelque
inquitude jusques  cinq heures.--Il va en son cabinet, s'amuse 
faire joter des chevaliers franois contre des Espagnols sur une
ligne artificielle qu'il tournoit avec un instrument fait en clef de
pistolet. Men promener  la Ville-l'vque, il y court dans le parc un
livre; en revenant il se rencontre un vilain chien, le fait prendre
pour le faire apporter chez lui, et dit que _c'est un pauvre chien qui
cerche matre_.

  [622] Le Dauphin avait conserv cette habitude, que lui avaient
  donn sa nourrice et Mme de Montglat, lorsque son sommeil se
  trouvait troubl, ce qui lui arrivait assez frquemment.

_Le 7, samedi._--Men en carrosse  l'Arsenal, voir M. de Sully; il ne
y vouloit pas aller, ne lui faire bonne chre[623], n'et t que la
Reine le lui commanda.

  [623] Bon accueil.

_Le 9, lundi._--Le Roi arrive de Fontainebleau; le Dauphin se soulve
sur sa chaire et te son chapeau, le saluant  travers les vitres.

_Le 12, jeudi._--Men  l'htel de Luxembourg, il court un livre dans
le parc; men chez le Roi, qui avoit la goutte.

_Le 13, vendredi._--tudi, crit, tir des armes, dans; men aux
Feuillants, puis chez LL. MM. Ramen en sa chambre, o il fut fait son
nouveau logis, tout en haut du vieux corps de logis qui regarde le
septentrion. Men en l'htel de Luxembourg, il y fait courir un livre;
ramen, il passe chez la reine Marguerite, va chez le Roi, puis en sa
chambre.

_Le 14, samedi._--Men en carrosse promener  la Place Royale.

_Le 15, dimanche._--A deux heures aprs minuit[624] il est veill,
dit-il, par les chapons qui toient au-dessus de sa chambre, o l'on
les engraissoit pour la Reine; il se fait coucher auprs de M. de
Souvr. Men  la messe  la chapelle de la tour de la Salle (c'est la
premire fois).

  [624] C'est l'expression dont se sert toujours Hroard pour
  parler des heures du matin.

_Le 17, mardi, au Louvre._--Men  la chasse  la plaine de Grenelle;
au retour M. de Longueville l'accompagne jusques en sa chambre, et lui
dit: Monsieur, vous tes fort bien log maintenant, mais vous tes
bien haut mont!--Il se retourne  M. de Souvr, disant froidement et
en raillant: _Mousseu de Souvr, c'est mousseu de Longueville qui n'est
pas en haleine._

_Le 18, mercredi._--Men en carrosse chez M. de la Tour, au faubourg
Saint-Jacques; il y court et prend dans le parc un livre que M. de
Souvr y avoit fait apporter. Il va chez la Reine; le Roi toit all 
la chasse  Saint-Germain-en-Laye.

_Le 19, jeudi._--tudi, crit, tir des armes, dans[625], men par la
galerie aux Feuillants. Le Roi revient de Saint-Germain.

  [625] Nous rappelons de temps en temps ces occupations du
  Dauphin, qui ne varient pas.

_Le 20, vendredi._--Bott, men en carrosse jusques au Roule, il monte
 cheval et va courir un loup en la garenne de Madrid.

_Le 21, samedi._--Men en carrosse  l'htel de Mercoeur, au faubourg
Saint-Honor; ramen, il va chez LL. MM. Avant que d'aller chez la
Reine, il va en la chambre d'o il toit dlog, et qui se rservoit
pour l'enfant dont la Reine devoit accoucher. Il voit tendre
l'ameublement, il accommode le berceau, y met les matelas, puis se
couche dedans et son petit chien _Vaillant_ auprs de lui, se fait
bercer, puis monte  la chambre de la Reine[626].

  [626] Ce dtail prouve que le Dauphin demeurait au
  rez-de-chausse du Louvre avant d'tre log au second tage.

_Le 23, lundi._--Men en carrosse  la rue Saint-Denis; voir des
toffes de soie; ramen chez la Reine, puis chez le Roi.

_Le 24, mardi._--On commence  lui montrer la carte gographique. Men
en carrosse  la rue des Bons-Enfants,  l'acadmie de M. Benjamin,
cuyer du Roi.

_Le 26, jeudi, au Louvre._--Men en carrosse  l'Arsenal, ramen  cinq
heures chez la Reine. Sur les sept  huit heures la Reine commena 
sentir des douleurs pour accoucher; il y va, se tient en la chambre.
La Reine toit pour accoucher dans son grand cabinet, il demande au
Roi: _Mon pre, vous plat-il que j'entre au cabinet de la Reine ma
mre?_--Non pas encore, attendez ici.--_Mon frre de Vendme y est
bien._ Il ne lui fut pas permis. Ce fut un peu devant l'accouchement,
les douleurs ne furent pas grandes ne frquentes. Justement comme dix
heures eurent sonn, sa tranche la print dont elle accoucha aussitt
de Madame, sixime enfant de sa Majest[627]. Il va peu aprs saluer
la Reine, et puis au petit cabinet de Madame, sa soeur; lui maniant la
main, il dit: _Riez, riez, ma soeur, riez, riez, petite enfant; voyez
comme elle me serre la main._

  [627] Henriette-Marie de France, marie en 1625,  Charles Ier,
  roi d'Angleterre; morte en 1669.

_Le 27, vendredi._--Dn avec impatience pour aller  la chasse au bois
de Vincennes; il y vole, y court le livre, en prend quatre, ne veut
pas que le Roi sache qu'il en ait pris qu'un[628].

  [628] C'est--dire qu'il veut que le Roi croie qu'il n'en a pris
  qu'un.

_Le 28, samedi._--Men en carrosse chez M. le comte de Soissons.

_Le 6 dcembre, dimanche au Louvre._--Men  la messe  sa petite
chapelle, puis par la galerie aux Tuileries. Ramen chez lui, il fait
jouer une comdie par ses petits gentilshommes.

_Le 9, mercredi._--Il dit  Mme de Montglat, qui toit venue  son
lever. _Mamanga, voulez-vous pas me voir tudier?_--Monsieur, j'en
verrai le commencement, s'il vous plat.--_Je ne fais bien qu' la
fin_, lui dit-il pour l'engager  tre tout du long de son tude. On
lui parloit des vies des hommes illustres que l'on avoit crites, il
demande: _N'crira-t-on pas la mienne?_ A une heure et demie dn
avec le Roi; aprs souper il blmit, s'endort: je lui demande s'il
se trouvoit mal.--_Oui, l_, dit-il en me montrant le ct droit du
ventre; _mais c'est que le Roi mon pre m'a fait dner avec lui; il
toit deux heures et j'avois faim_.

_Le 10, jeudi, au Louvre._--Men en carrosse chez la reine Marguerite.

_Le 11, vendredi._--Men en carrosse chez Mme d'Angoulme.

_Le 12, samedi._--M. de la Boissire rcitoit une histoire du grand
Gonzalve tant  Barlette; il demeura court. Le Dauphin lui dit:
_Achevez, ce n'est pas tout._--Monsieur, pardonnez-moi.--_Ho! non,
le sens n'est pas parfait_; il coutoit, selon sa coutume, fort
attentivement. Men en carrosse au jeu de paume du Verdelet.

_Le 13, dimanche._--Men  la petite chapelle, puis chez le Roi et
par la galerie aux Tuileries, puis  onze heures trois quarts men en
carrosse par le Roi chez M. de Roquelaure, o il alloit dner pour le
jour de sa nativit[629]; le Dauphin y mange trois cornets d'oublies
tremps dans du muscat pur; il dit qu'il est aigre, pource qu'il
piquoit, en veut boire tremp d'eau; le Roi ne le veut pas permettre.

  [629] Henri IV tait n le 13 dcembre 1553; il entrait ce
  jour-l dans sa cinquante-huitime et dernire anne.

_Le 15, mardi._--Men en carrosse au faubourg Saint-Victor, au jardin
du sieur de la Tour; il y court des livres, y a got; ramen chez la
Reine, puis chez lui, il s'amuse  jouer au sabot.

_Le 17, jeudi, au Louvre._--Men en carrosse chez M. le comte de
Soissons, ramen chez la Reine, o il s'amuse  de petits amusements.

_Le 18, vendredi._--Il s'aperoit que M. de Souvr alloit prendre
du vin pour djener; il saute de sa chaise, y va pour en avoir et
prement, ne veut permettre que M. de Souvr en boive s'il ne lui en
permet[630]. M. de Souvr n'en veut point; Mgr le Dauphin se doutant
qu'il en prendroit aprs, commande  son sommelier de s'en aller, le
guette s'il emportoit la bouteille au vin, puis entre en son tude.

  [630] Selon son habitude, lorsque le Dauphin manifeste son got
  pour le vin, Hroard note ce passage en marge de son Journal avec
  cette remarque: Son humeur et naturel, pour y prendre garde.
  Hroard ne partageait pas les ides de Henri IV au sujet du vin.

_Le 20, dimanche._--Men chez le Roi, qui avoit pris mdecine, puis par
la galerie aux Feuillants; ramen par le mme chemin chez LL. MM., puis
chez lui; men en carrosse aux Chartreux, o il a got.

_Le 21, lundi._--Men en carrosse chez la reine Marguerite, o il se
joue au jardin, danse au bal, coute la musique. A six heures et demie
soup; il s'amuse  couter des mauvais contes de La Clavelle[631] et
autres, dont il sembloit que son esprit s'amollissoit; il y prenoit
plaisir.

  [631] _Voy._ au 14 janvier 1604. La Clavelle, sieur de Chevigny,
  fut longtemps secrtaire de Sully. Tallemant raconte que La
  Clavelle, avec quelques femmes d'assez mauvaise rputation,
  bouffonnaient tous les jours avec Sully. (_Historiettes_, tome I,
  p. 116 et 124). On voit qu'Hroard protestait  part lui contre
  ces moeurs de la Cour et des plus grands personnages; il dut sans
  doute exercer peu  peu une certaine influence sur le caractre
  de Louis XIII, si diffrent de celui de son pre.

_Le 22, mardi._--Men chez la Reine, mand par elle pour lui avoir t
dit que son bgayement[632] procdoit pour avoir encore le filet; il
fut jug qu'il n'en avoit pas besoin; il craignoit qu'on lui voult
couper la langue quand on la lui faisoit tirer; il dit: _Comment! me
la veut-on couper?_ et commenoit d'en pleurer.--En soupant il s'amuse
 voir faire des sauts de souplesse merveilleux  une petite fille
ge de cinq ans et  la voir danser.--Les sieurs de Chalais et de
Pouillay s'toient battus au cabinet du Roi; S. M. commande  M. de
Souvr que Pouillay ait le fouet comme ayant jug qu'il avoit le tort.
Mme de Montglat est prie par Pouillay de supplier Mgr le Dauphin de
supplier le Roi pour lui pardonner; il entre en colre, la repousse
avec la main avec ces paroles: _Allez-vous-en! quoi! vous voulez que
je prie pour Pouillay le Roi mon pre, et il a command qu'il et le
fouet!_ Il se mettoit en colre contre tous ceux qui lui en parloient
 sa recommandation, et ne put tre vaincu. Il aimoit plus Chalais que
l'autre[633].

  [632] Hroard n'indique plus que trs-rarement ce dfaut de
  prononciation.

  [633] Henri de Talleyrand, comte de Chalais, dcapit le 19
  septembre 1626; il avait environ un an de plus que le Dauphin.

_Le 25, vendredi, jour de Nol, au Louvre._--Men chez le Roi, qui, 
une heure et demie, le mne  Saint-Gervais au sermon du P. Gontier,
jsuite.

_Le 26, samedi._--Men  vpres  Saint-Germain-de-l'Auxerrois, puis
got chez Mme de Souvr, loge au doyenn. Jou en son cabinet, avec
ses petits gentilshommes,  croix et  pile, comme le Roi,  trois ds:
_Tope, masse._

_Le 28, lundi._--Il crit en son cabinet, dans la tour, cette lettre 
M. le prince de Galles:

    Monsieur et frre, le Roy mon seigneur et pre envoyant le
    sieur de la Boderie vers le Roy de la Grande-Bretagne, je l'ay
    voulu charger de ce mot qui vous servira d'asseur tesmoignage
    de mon amiti, de laquelle vous devs faire estat aussi certain
    que de chose qui vous est entierement acquise, desirant que
    vous me teniez pour

    Vostre plus affectionn frre  vous servir,

    LOUIS.

_Le 29, mardi._--Il crit au roi d'Angleterre cette lettre, minute
par M. Lebeauclerc, son secrtaire; c'est la premire lettre qu'il lui
a crite.

    Sire, le sieur de la Boderie retournant par le commandement du
    Roy, mon seigneur et pre, vers Vostre Majest, je l'ay voulu
    charger de ce mot pour vous offrir mon service, duquel il vous
    asseurera plus particulirement, me contentant de vous dire que
    je veux demeurer, Sire, vostre, etc.

Men chez le Roi, jou, couru en la galerie. En attendant son souper,
il crit la lettre suivante  la reine d'Angleterre, minute par M.
Lebeauclerc:

    Madame, je n'ay point voulu perdre l'occasion du voyage du
    sieur de la Boderie vers Vos Majests sans me ramentevoir 
    vostre bonne grce et vous asseurer de mon service comme de
    celuy qui veut estre tousjours

    Vostre trs-affectionn nepveu  vous servir,

    LOUIS.

    A madame ma tante, la roine de la Grande-Bretagne.

Aprs souper il apprend ce qui s'ensuit pour le dire  l'ambassadeur de
Venise, qui le devoit visiter le jour suivant, venant rsider auprs du
Roi:

    Je remercie humblement Messieurs de la seigneurie de Venise de
    la faveur qu'ils me font. Je vous prie de les asseurer de mon
    affection  les servir en ce qui pourra dpendre de moi et en
    votre particulier vous asseurer de mon amiti et bonne volont.

_Le 31, jeudi, au Louvre._--Bott, dn, il ne mange point,
d'impatience d'aller  la volerie avec le Roi, vers le Bourget. A douze
heures et demie il entre en carrosse pour aller aprs le Roi, qui toit
parti; got en carrosse; il ne monta point  cheval, dont il toit
fort fch: le temps et les chemins toient mauvais.




ANNE 1610.

  trennes de la ville de Paris.--Compliment  l'ambassadeur
  d'Espagne.--Reliques de Sainte-Genevive.--Comdiens,
  marionnettes et ballets.--M. de Pluvinel.--Le Dauphin n'aime
  pas la flatterie.--Visite  Saint-Germain.--Baptme du fils
  de M. de Tresmes.--Portrait du Dauphin par Bunel.--Carrousel,
  course de bagues et ballet.--Mot sur Sully.--Mme de Montglat
  et M. de Souvr.--La nourrice du Dauphin.--Anecdote sur
  Charles IX.--La marquise de Verneuil.--Bruits de guerre.--La
  crmonie de la Cne.--La librairie de Saint-Victor.--Visite 
  Saint-Germain.--La lance de chair.--Plan d'une forteresse.--Les
  enfants de Paris.--M. Aleaume.--Dernier dner avec le
  Roi.--Ddain pour Sully.--Couronnement de la Reine.--Assassinat
  de Henri IV; mot du Dauphin.--Prcautions prises dans la nuit.


_Le 1er janvier, vendredi, au Louvre._--Men en sa petite chapelle,
puis chez LL. MM.;  onze heures et demie men en Bourbon par le
Roi, puis  douze heures et demie ramen pendant que le Roi touche
les malades. Le prvt des marchands, M. Sanguin, et [les] chevins
de la Ville, en corps, le viennent saluer et lui apportent une
douzaine de botes de confitures et autant de bouteilles de vin
et hypocras; ils en avoient fait autant au Roi. Men  vpres 
Saint-Germain-de-l'Auxerrois.

_Le 5, mardi._--L'ambassadeur d'Espagne le visite de la part du Roi,
son matre, il lui dit: _Je remercie bien humblement le roi d'Espagne,
mon oncle, de la souvenance qu'il a de moi; je vous prie de l'asseurer
de mon affection  son service et en votre particulier de mon amiti
et bonne volont._ Men chez le Roi, ramen, soup, il fait souper M.
de Souvr, tous ses petits[634] avec lui (c'est la premire fois), et
fait les Rois. Il est le roi, seul en sa table, et en l'autre ce fut M.
de la Luzerne.

  [634] Hroard dsigne ainsi les petits gentilshommes levs avec
  le Dauphin.

_Le 6, mercredi, au Louvre._--A dner il commande  une comdiante
franoise[635], et lui dit: _Venez  huit heures, car je me couche 
dix._ Men en carrosse au faubourg Saint-Jacques chez M. de la Tour,
ramen chez LL. MM., puis chez lui; aprs souper men chez le Roi, o
se joue la comdie.

  [635] Une comdienne qui devait venir jouer le soir chez le
  Roi et qui assistait  son dner. Henri IV crivait en 1607:
  Monsieur de Villeroy, je vous fais ce mot pour vous dire que
  j'ai permis  l'Ysabelle, comdiante, et  sa compagnie de s'en
  retourner en Italie. (_Lettres missives_, VII, 176.)

_Le 7, jeudi._--Il s'amuse en son cabinet  chanter et faire chanter
par ses petits des chansons d'amour. Mis au lit, il se joue aux checs;
M. de la Boissire lui veut reprsenter un coup qu'il jouoit mal; il
prend le roi, le lui jette  la tte. M. de Souvr l'en tance, le va
dire au Roi et  la Reine, qui le condamnent au fouet[636].

  [636] Malherbe crivait le 11 janvier 1610: Vendredi dernier,
  M. le Dauphin jouant aux checs avec la Luzerne, qui est un de
  ses enfants d'honneur, la Luzerne lui donna chec et mat; M. le
  Dauphin en fut si fort piqu, qu'il lui jeta les checs  la
  tte: la Reine le sut, qui le fit fouetter par M. de Souvray, et
  lui commanda de le nourrir  tre plus gracieux; elle l'a jug
  ncessaire pour ce que ce prince, extrmement gnreux, ne veut
  rien souffrir qui ne lui cde. Il fut  l'Arsenal il y a trois ou
  quatre jours; j'ai ou dire  un gentilhomme qui y toit prsent
  que M. de Sully lui fit un grand accueil; mais que, quoi qu'il
  ft, jamais il ne s'arrta  lui et ne le regarda presque point.

  Il y a, depuis huit ou dix jours, au grand cabinet de la Reine
  un tableau o l'infante d'Espagne est peinte de son long, avec
  cette inscription: _Dona Anna Mauricia d'Austria_; l'autre soir
  M. le Dauphin le montroit  quelques-uns de ces petits qui sont
  nourris auprs de lui, et leur disoit: Voil ma femme. M. de
  Souvray lui dit que peut-tre les Espagnols ne la lui voudroient
  pas bailler, et il rpondit tout aussitt: Eh! il la faudra
  aller prendre. Ce prince est pour donner de la besogne  la
  jeunesse qui sera de son sicle: il est d'un naturel extrmement
  bon, mais il veut tre respect, comme il est raisonnable. Madame
  sera ici dans cinq ou six jours pour faire un ballet.--(_OEuvres
  de Malherbe_, d. L. Lalanne, tome III, p. 130.)

_Le 8, vendredi._--veill  six heures et demie, il demande  se
coucher prs de M. de Souvr, pour viter ce qu'il craignoit; refus,
fouett.

_Le 9, samedi._--Men  l'Arsenal, o il a got.

_Le 10, dimanche, au Louvre._--Aprs souper men chez LL. MM., o il
voit danser un ballet venu de la ville.

_Le 11, lundi._--A souper M. le Chevalier parle de Sainte-Genevive
des Ardents, le Dauphin lui demande: _Comment! brle-t-elle?_--Non,
mon matre, mais ses reliques gurissent ceux qui brlent.--_Qui
toit-elle?_--C'toit une sainte.--_Ya-t'i longtemps?_--Oui,
mon matre.--_Combien?_--Je ne sais, mon matre.--_Pourquoi les
gurit-elle?_--Je ne sais, mon matre. Il s'enquroit avec attention,
curiosit, et desir.

_Le 12, mardi._--Men par la galerie aux Feuillants, il trouve le Roi
aux Tuileries, revient avec lui chez la Reine. Don Philippe, marquis
de Guadalesta, allant de Flandres en Espagne, le vient saluer et entre
autres choses lui demanda s'il trouvoit belle l'Infante?--_Oui_, rpond
le Dauphin; il lui demande s'il lui plaisoit qu'il lui en envoyt un
portrait?--_Oui, mais j'ai le coeur franois._

_Le 14, jeudi._--Dn avec impatience, pour aller  la chasse o M. le
comte de Soissons le devoit mener et l'attendoit  la salle; il met des
marrons rtis non pels dans sa pochette. Bott, il entre en carrosse,
est men par le Roule, o le pav toit couvert du dbordement de la
rivire, au parc de Madrid, y est mont sur sa petite haquene baie,
court deux livres. La pluie et la grle surviennent, il se prend 
galoper pour gagner le chteau; il change de chemise; l'orage pass, il
remonte  cheval; got  cheval, d'une petite tarte de massepain et de
deux marrons qu'il tire de sa pochette.

_Le 15, vendredi._--Il s'amuse  faire travailler des garons de sa
chambre  enfiler des verres de couleur en faon de broderie, pour en
faire des colliers  ses chiens.

_Le 16, samedi._--Men chez le Roi, ramen  six heures trois quarts,
soup, il ne veut point de drages de fenouil[637], par impatience
d'aller en sa chambre pour y voir jouer un italien nomm Simon, juif
ce disoit-on, qui jouoit lui-mme quatre ou cinq personnages. Men
chez LL. MM., il voit chez la Reine un joueur de marionnettes, y prend
plaisir; ramen  minuit.

  [637] Le Dauphin en mange ordinairement aprs ses repas, ainsi
  que le Roi.

_Le 17, dimanche, au Louvre._--Aprs souper il voit jouer un joueur
de marionnettes, y prend plaisir, puis est men chez le Roi pour voir
danser le ballet de M. de Vendme, n'en voit que la singerie, le
demeurant n'ayant pu tre dans  cause de la presse.

_Le 18, lundi._--Men chez le Roi et au ballet de M. de Vendme en la
grande salle[638].

  [638] Les danseurs du ballet, dit Malherbe dans une lettre du
  6 fvrier, entraient de cette faon quatre  quatre: les quatre
  premiers toient M. de Vendme et le comte de Cremail, qui
  alloient ensemble en forme de tours, M. de Termes et la Fert,
  petit-fils de M. le marchal de Fervaques, en forme de femmes de
  grandeur colossale, suivoient aprs.

  Des autres quatre, les deux premiers dansoient sous la forme
  de deux grands pots  fleurs, et les deux derniers sous la
  forme de chats-huants ou hiboux: les pots toient le baron de
  Sainte-Suzanne, etc.; les chats-huants toient le comte de
  Roche-Guyon et le baron de la Chataigneraye.

  Des quatre derniers les deux premiers toient Sesy et Jouy, qui
  toient en forme de basses de violes, et les derniers en moulins
   vent, qui toient M. le gnral des galres et Vinsy.

  Aprs qu'ils avoient dans sous ces formes, ils se retiroient
  au bas de la salle; et l sortoient de dedans ces instruments,
  et dansoient en leurs formes naturelles quatre  quatre, c'est 
  savoir les quatre premiers ensemble, puis les quatre seconds, et
  puis les quatre derniers, et puis dansoient tous ensemble; puis
  se retirrent dans leurs machines, et lors les nains sortirent.

  Il ne me souvient pas qui toit l'autre pot  fleurs avec
  le baron de Sainte-Suzanne; il n'y eut que les hiboux qui
  baillassent des vers. (_OEuvres de Malherbe_, 1860, in-8, tome
  III, p. 138.)

_Le 21, jeudi._--A souper il entretient M. de Pluvinel de chevaux en
termes et comme personne qui en sait des particularits.--Ce jourd'hui,
 huit heures du soir, mourut M. d'Ornano, marchal de France, g de
septante-huit ans, qui le samedi prcdent s'toit fait tailler de la
pierre.

_Le 22, vendredi, au Louvre._--A dner M. de Souvr lui dit qu'il
venoit de faire justice des petits Fontaine-Martel et de Pouillay
pource qu'ils avoient t trouvs jouant au ds avec des laquais, et
qu'ils toient incorrigibles, que c'toient brebis galeuses, et qu'il
les faudroit renvoyer en leurs maisons. Il le dit par deux diverses
fois,  quoi fut rpondu par Mgr le Dauphin: _Mais, mousseu de Souvr,
ce sont leurs gouverneurs qui les flattent; il le leur faut dire._ Il
en parle bien selon son naturel, qui n'aimoit pas la flatterie, et
pource aussi qu'il ne dsiroit pas qu'ils fussent renvoys, d'autant
qu'ils toient  lui. A six heures et demie soup; il va en sa chambre
pour voir jouer un joueur de marionnettes; le Roi les envoya querir, il
y va (chez le Roi), est ramen  dix heures.

_Le 24, dimanche._--Aprs souper men chez le Roi  la comdie.

_Le 26, mardi._--Dn avec impatience, pour aller  Saint-Germain o
le Roi alloit; sur les deux heures, il entre en carrosse pour aller 
Saint-Germain-en-Laye, passe par Saint-Cloud et la Celle, arrive sur
les six heures, va trouver le Roi, puis visiter Messieurs et Mesdames;
aprs, le Roi le mne chez M. de Frontenac, o il a soup. A neuf
heures et demie dvtu, mis au lit, couch avec le Roi, o il a gambad
toute la nuit, lui portant les pieds sur la poitrine et sous la gorge;
le Roi ne faisoit que le chatouiller, il se retiroit sans s'veiller.

_Le 27, mercredi,  Saint-Germain._--Le Roi l'a men au jardin, o il
a djen, puis il va voir Messieurs et Mesdames; aprs il est all 
la chambre de Madame, o il a dn. Le Roi toit all en la fort sur
l'avis de quelques voleurs, ce qui fit courir le bruit que c'toient
nombre de gens bien arms et bien monts qui avoient quelque mauvais
dessein[639]. Le Roi dna au bout de la route vers Poissy. A six
heures soup avec le Roi chez M. de Frontenac, en la chambre du Roi;
dvtu, mis et couch dans le lit de chasse du Roi.

  [639] Le Roi tant all  Saint-Germain eut avis que dans la
  fort on avoit vu cinq hommes avec des pistoles; la fort fut
  visite, et ne trouva-t-on rien. On a su depuis que c'toit une
  querelle particulire. Ce n'est pas chose qui vaille tre crite;
  mais il n'y a point de mal qu'on sache que cet lphant n'est
  qu'une mouche. (_Lettre de Malherbe_ du 2 fvrier 1610.)

_Le 28 janvier, jeudi._--Il va prendre cong du Roi pour s'en revenir,
monte  cheval  une heure, vient  cheval jusques  la Celle; il
avoit grand froid,  cause du vent froid. Mis en carrosse il passe par
Saint-Cloud, arrive  Paris  cinq heures et demie, va chez la Reine.

_Le 2 fvrier, mardi, au Louvre._--Le Roi le mne  la procession en la
chapelle de Bourbon;  trois heures il entre en carrosse, est men 
l'Arsenal y voir M. de Sully, qui toit malade, enrhum, puis chez M.
le conntable. Ramen, il va chez la Reine, est enrhum, se couche sur
des placets et des carreaux.

_Le 3, mercredi._--tudi, crit, tir des armes, dans; il s'amuse 
jouer des comdies.

_Le 4, jeudi._--A trois heures il est all chez M. de Gesvres,
secrtaire d'tat, pour porter  baptme le fils du sieur de Tresmes,
 Saint-Germain de l'Auxerrois: c'est le premier qu'il a tenu en
crmonie[640].

  [640] Le Journal de Lestoile parle de cette crmonie  la date
  du 5: il dit que la marraine fut Mme de Vendme, et que pendant
  cette crmonie M. de Vendme toit sur le Pont-Neuf qui se
  battoit  coups de pelottes de neige. _Voy._ aussi la lettre de
  Malherbe du 6 fvrier 1610.

_Le 5, vendredi._--Il va chez LL. MM., et aprs dn est men  la
foire Saint-Germain.

_Le 11, jeudi._--Men chez LL. MM., puis aux Augustins et  la foire.

_Le 13, samedi._--Il avoit le matin demand au Roi une chanoinie de
Metz pour un sien chapelain; le Roi avoit accord. Un garon de la
chambre du Roi, que l'on appelloit Danobis, le vient supplier de faire
que le Roi la lui accorde, il rpond: _J'ai parl pour un des miens,
je ne saurais ast'heure parler au Roi mon pre pour vous._ Il toit
marri de ne pouvoir le faire, ce garon lui faisoit piti. L'on parloit
de la guerre qui se devoit faire  Milan; il dit: _Si je rencontre un
petit escarbot comme moi; s'il se dfend, je le prendrai et l'envoyerai
en prison  Paris._ Il croyoit que le Roi le mneroit  la guerre.

_Le 16, mardi, au Louvre._--En tudiant il est peint par Bunel[641],
peintre excellent qui est au Roi. Men en carrosse  l'Arsenal.

  [641] Jacques Bunel peignait alors la petite galerie du Louvre,
  qui fut brle en 1660 et remplace par la galerie d'Apollon.
  (Voy. _Lettres missives_, tome VII, page 480.)

_Le 18, jeudi._--Men en carrosse  la foire, ramen par les
Augustins[642], o il s'est chauff et y a donn six cus, y a entendu
la messe. Ramen, il va chez LL. MM., recorde son ballet[643].

  [642] Le Journal de Lestoile parle de cette visite du Dauphin aux
  Augustins.

  [643] _Voy._ au 28 fvrier suivant. Malherbe crivait de Paris,
  le 18 fvrier: Le ballet de M. le Dauphin s'attend au premier
  jour; il sera de deux mille cus de dpense.

_Le 20, samedi._--M. d'Anjou, Madame, Mme Christienne, arrivent de
Saint-Germain, accompagns de Mlles de Vendme et de Verneuil; il les
mne souper avec lui.

_Le 21, dimanche._--Il se joue avec des petites balottes, qu'il fait
rouler le long du canal de son bougeoir, disant que ce sont des
soldats; M. de Souvr le reprend, et lui dit qu'il s'amusera toujours
 jeux d'enfant.--_Mais, mousseu de Souvr, ce sont des soldats, c'est
pas jeu d'enfant!_--Monsieur, vous serez toujours en enfance.--_C'est
vous qui me y tenez!_--Il voit un carrousel en la cour du Louvre.

_Le 22, lundi._--Men en carrosse  la foire Saint-Germain, ramen chez
LL. MM. Il recorde son ballet; aprs souper il emmne Mesdames en sa
chambre, leur fait voir jouer les marionnettes et autres passetemps.

_Le 23 fvrier, mardi, au Louvre._--Son prcepteur lui racontoit comme
le roi d'Espagne[644] s'empara du royaume de Portugal pendant que le
roi don Sbastien passa en Afrique avec une arme, o il mourut[645];
il demande: _Et si le Roi mon pre alloit en Flandre, le roi d'Espagne
prendroit-il la France?_ Men en carrosse  l'Arsenal avec LL. MM. pour
y voir courir la bague.

  [644] Philippe II.

  [645] En 1578.

_Le 25, jeudi._--Men en carrosse  l'Arsenal pour voir les artifices
que l'on y prparoit pour danser son ballet.

_Le 27, samedi._--Il recorde son ballet, est men  la rue Saint-Honor
chez un orfvre, y voir un cabinet de mdailles.

_Le 28, dimanche._--A deux heures men en carrosse chez M. Zamet prs
de la Bastille; il y a record son ballet (ils l'ont record laissant
leurs pes, couronnes et autres choses  terre) devant Mme la marquise
de Verneuil assise et M. de Souvr auprs d'elle. Il va se promener
 l'Arsenal, puis retourne chez M. Zamet  cinq heures. A six heures
soup, accompagn de Mesdames, ses soeurs anes, de Mlle de Vendme et
de Verneuil, de MM. les chevaliers de Vendme et de Verneuil. Sur les
huit  neuf heures il s'endort entre les jambes de M. de Souvr jusques
 dix heures, qu'il fut habill  demi endormi puis men  l'Arsenal.
Il a dans son ballet fort bien devant LL. MM. C'est le premier qu'il a
dans en Cour. A minuit couch  l'Arsenal.

_Le 1er mars, lundi, au Louvre._--veill  huit heures,  neuf heures
et demie djen,  dix heures promen au jardin et sans avoir t
visit de M. de Sully, ramen  onze heures au Louvre chez LL. MM. A
midi dn; il raconte de ceux qui avoient t refuss  l'Arsenal, se
plaint de ce que M. de Sully n'avoit point voulu laisser entrer les
siens, dit par diverses fois: _C'est un glorieux._

_Le 4, jeudi._--Men chez la reine Marguerite.

_Le 7, dimanche._--A dner il jette un morceau de massepain contre
M. de Souvr,  demi riant, mais en colre de ce qu'il le faisoit
dbattre pour aller  la chasse; il faisoit un froid excessif, le vent
trs-grand et trs-froid; on le lui reprsentoit: _Je prendrai plutt
six manteaux._--M. de Souvr y consent, mais  condition de n'aller
qu'en carrosse, et point  cheval: _J'aimerois mieux n'y aller point._
Enfin, il lui est permis; bott, mis en carrosse  midi, il est men
 Saint-Maur, il monte  cheval, court deux livres; il avoit froid,
demande de revenir en carrosse, tmoignage qu'il faisoit grand froid.

_Le 8, lundi._--Ce matin Mme la princesse de Conty est accouche
d'une fille sur les quatre heures[646].--Mme de Montglat se trouve au
coucher du Dauphin; dvtu, mis au lit, il s'amuse  de petits engins.
Cependant Mme de Montglat et M. de Souvr devisoient ensemble. Mme de
Montglat va dire: Je puis dire que monseigneur le Dauphin est  moi;
le Roi me l'a donn  sa naissance, me disant: Madame de Montglat,
voil mon fils que je vous donne, prenez-le. M. de Souvr lui rpond:
Il a t  vous pour un temps, maintenant il est  moi. Le Dauphin
dit froidement sans hausser la voix et sans se dtourner de sa besogne:
_Et j'espre qu'un jour je serai  moi._--Il coutoit tout ce qui se
disoit sans en faire semblant,  quelque chose qu'il ft occup.

  [646] Cette fille mourut le 20 mars suivant en l'abbaye de
  Saint-Germain, o elle fut porte, dit Malherbe, aussitt qu'elle
  naquit. Mme la Princesse avoit rsolu d'y faire sa couche, et y
  avoit fait tout prparer pour cet effet; mais elle fut surprise
  de son accouchement dans le Louvre.

_Le 14, dimanche._--La Reine le mne en son carrosse au sermon  la
Sainte-Chapelle; il toit trop long, il s'ennuie, envoye dire  M.
de Souvr qu'il ne croira jamais en ses promesses s'il ne le tire
de l. M. de Souvr demande son cong  la Reine; il l'a. Men aux
Tuileries, puis chez lui; aprs souper men chez la Reine; il y tire 
la blanque[647].

  [647] Sorte de loterie.

_Le 15 mars, lundi, au Louvre._--Men en carrosse au-devant du Roi,
qui revenoit de Fontainebleau; il le rencontre au petit Saint-Antoine.
Soup avec le Roi.

_Le 16, mardi._--Le chevalier de Vendme disant en soupant qu'il ne y
auroit que lui qui iroit  la guerre en Champagne avec le Roi: _Voyez
quelle insolence, qu'il n'y aura que lui!_ Men chez LL. MM. il tire
 la blanque, gagne une turquoise; sa nourrice la lui demande, il lui
refuse; elle l'appelle ingrat. Il la bat des pieds et des poings; le
Roi la trouve pleurante; en sachant la cause, lui dit: Je lui donne
puissance de vous fouetter. Le Dauphin rpond: _Ho! j'ai une bonne
pe!_

_Le 18, mercredi._--Men en carrosse  la Place Royale chez le sieur
Descures, o il a got.

_Le 19, vendredi._--Mesdames avoient soup avec lui; il les mne en sa
chambre pour leur montrer une petite galre qui marchoit par ressorts
et les hommes voguoient par mmes moyens.

_Le 20, samedi._--A cinq heures il va chez le Roi, qui revenoit de la
chasse, lui donne sa chemise, va chez la Reine.

_Le 27, samedi._--Il va  la Roquette, y mne Mesdames pour leur faire
voir prendre un renard qu'il y avoit fait porter, par ses chiens
d'Artois.

_Le 28, dimanche._--M. d'Anjou et Mesdames s'en retournent 
Saint-Germain-en-Laye, il leur dit adieu. Men au sermon du P. Coton,
puis  trois heures au faubourg Saint-Victor,  la maison du sieur
Voisin, o il se joue et roule  corchecul.

_Le 29, lundi._--A souper il prend plaisir  our raconter des contes
du roi Charles neuvime, comme il mettoit quatre chevaux de front 
son carrosse et le conduisoit  toute bride; demande s'il renversoit
quelquefois, dit qu'il le conduiroit bien.

_Le 30, mardi._--Men en carrosse  la garenne de Saint-Denis, o il
monte  cheval, court deux livres et les prend.

_Le 31, mercredi._--L'on parloit de la Champagne et qu'il ne se y
trouvoit pas seulement un arbre qu'aux _Trois Maisons_, htellerie en
allant  Troyes; l'on ne y faisoit du feu qu'avec de la paille, il dit
promptement: _Il ne y faut donc point de chenets._ Un autre dit que
l'on y faisoit six lieues de chemin sans trouver un homme, il demande:
_O prend-on donc des guides?_

_Le 1er avril, jeudi, au Louvre._--Men en carrosse  la garenne de
Colombes pour y courir un loup; il ne le voit point pour avoir pris un
autre chemin, court deux livres, en prend un.

_Le 2, vendredi._--Men en carrosse chez un marchand de draps de soie
pour choisir des toffes.--Mme la marquise de Verneuil le vient voir;
il lui montre toutes les besognes de son cabinet et lui donne deux
petits chiens de verre.

_Le 3, samedi._--Men en carrosse chez la reine Marguerite; il s'y est
fort promen.

_Le 4, dimanche._--Men  sa petite chapelle puis chez LL. MM., puis
avec elles en la messe en Bourbon, il s'amuse  faire des croix de
palmes[648], en donne une  la Reine. Men  vpres  Saint-Eustache
puis chez Mme de Mareuil, o il a got.

  [648] C'tait le jour des Rameaux.

_Le 5, lundi._--Men en carrosse  la Roquette, il y fait un tour 
cheval; puis va ainsi sans bottes et sans housse, trouver le Roi, qui
toit  l'Htel-Dieu des pestifrs prs de Montfaucon. Il revient en
carrosse avec le Roi.

_Le 6, mardi._--Men avec le Roi aux Tuileries;  souper il dit,
racontant de la guerre, qu'il vouloit faire armer son cheval blanc que
M. le Grand lui avoit donn, qu'il vouloit prendre prisonnier M. le
prince de Cond.

_Le 7, mercredi, au Louvre._--Men avec LL. MM.  Notre-Dame. Le prince
d'Anhalt, allemand, qui toit venu pour rsoudre le secours de Clves,
prend cong de lui. Le Roi toit all au bois de Vincennes pour y
passer ses ftes.

_Le 8, jeudi saint._--A huit heures men en carrosse au bois de
Vincennes pour trouver le Roi et le servir  la crmonie. Le Roi se
trouve mal d'un dvoiement, lui commande d'aller faire la crmonie, il
la fait fort bien et gaiement[649].

  [649] La crmonie de laver les pieds aux pauvres. Il est 
  remarquer que Henri IV est souvent malade le jour de cette
  crmonie; on se rappelle la rpugnance que le Dauphin avait  le
  remplacer.

_Le 9, vendredi._--Men en carrosse au sermon  Saint-Eustache et de l
 la messe aux Cordeliers.

_Le 10, samedi._--Men en carrosse au bois de Vincennes, o toient LL.
MM.; il y entend vpres aux Bonshommes, puis va  la chasse avec eux
dans le parc.

_Le 11, dimanche, jour de Pques._--Men  sa petite chapelle, o le P.
Gontier, jsuite, l'a confess et y a dit la messe; men en carrosse
 Notre-Dame, o il a ou le service. Ramen  onze heures et demie,
dn, men au sermon  Saint-Germain-de-l'Auxerrois, de l  vpres aux
Clestins, puis dans leur parc, o il a got.

_Le 12, lundi._--Men en carrosse au-devant de la Reine par la porte
Saint-Antoine, revenant de passer les ftes au bois de Vincennes, il la
va trouver  Montmartre, est ramen avec elle, va voir le Roi.

_Le 13, mardi._--Men chez le Roi, puis en carrosse our la messe 
Sainte-Genevive, il entend vpres  Saint-Victor, va  la librairie,
partout, s'informe de tout.

_Le 14, mercredi, au Louvre._--A son souper l'on parloit de Saint-Maur:
_S'il toit  moi_, dit-il, _je le ferois achever_.

_Le 15, jeudi._--Men avec la Reine voir les fols  l'hpital de
Saint-Germain-des-Prs.

_Le 16, vendredi._--Men en carrosse voir les manufactures au faubourg
Saint-Marceau.--Le Roi devoit aller  Saint-Germain-en-Laye le jour
suivant, le Dauphin avoit envie d'y aller et non M. de Souvr, auquel
il demande: _Mousseu de Souvr, irai-je pas demain  Saint-Germain avec
le Roi mon pre?_--Monsieur, il n'en sera pas grand besoin, le Roi
reviendra coucher ici.--_Ho! aussi vrai, c'est que vous n'aimez pas
mes frres et mes soeurs; c'est pourquoi vous voulez pas que j'aille
 Saint-Germain._--Mais, Monsieur, le Roi reviendra demain.--_Et
tant mieux._ Il va chez LL. MM., obtient permission du Roi d'aller 
Saint-Germain.

_Le 17, samedi._--Il va chez le Roi, lui donne sa chemise; ramen chez
lui, il va  sa petite chapelle, puis, sans prendre son djener, qui
toit prt, entre en carrosse  sept heures et un quart et part pour
aller  Saint-Germain-en-Laye; le Roi toit dj parti. Il passe par
Neuilly et la chausse, en l'htellerie o il a djen de pain sec, et
arrive  Saint-Germain  dix heures et demie. Dn en sa chambre avec
Messieurs et Mesdames; il va au btiment neuf et  toutes les grottes,
o il fait tout jouer; a de l'impatience pour s'en revenir, rentre en
carrosse, et  trois heures gote  la chausse, chez M. le prsident
Chevallier. Arriv au Louvre  cinq heures trois quarts, soup, men
chez Leurs Majests.

_Le 19, lundi._--Men en carrosse au Pr-aux-Clercs voir faire la
monstre au rgiment des gardes.

_Le 24, samedi._--tudi, crit, tir des armes, dans. On lui enseigne
que la grandeur d'Espagne est venue par la lance de chair[650], _lancea
carnea, non lancea ferrea_, comme les Franois. Men en carrosse 
la Savonnerie[651] prs des Bonhommes, puis  Auteuil au jardin de
l'abb de Sainte-Genevive, il y monte  cheval, y court la poste;
M. de Rissay toit le postillon, il y a got. Ramen, il me dit 
souper: _Mais vous savez bien que la femme de la Savonnerie a dit que
je n'tois pas grand pour mon ge et que son fils toit plus grand que
moi_; il en toit en colre et ne s'en pouvoit taire.

  [650] C'est--dire, explique Hroard, par alliances, pour coucher
  ensemble.

  [651] Ancien tablissement o l'on faisait effectivement du
  savon, mais transform, en 1604, par Pierre du Pont, en une
  manufacture royale d'toffes  la turque.

_Le 26 avril, lundi, au Louvre._--Il s'amuse  faire  terre, dans son
cabinet, un dessin de forteresse carre et de tours rondes aux coins,
tire l'alignement avec un carreau de velours dont il se sert comme
rgle et avec du charbon; il toit  genoux sur le carreau, ce qui fut
cause qu'il lui prit envie de vomir. Mis au lit, il s'amuse  se faire
faire des messages de la part du roi d'Espagne par le comte de Maure.
Lev, dn, il se joue  ses petits canons, se remet au lit et s'amuse
comme dessus aux messages de la part de l'Archiduc.

_Le 27, mardi._--Men en carrosse  l'Arsenal, au jardin, puis chez M.
de Roquelaure, o il a got.

_Le 28, mercredi._--Men en carrosse chez la reine Marguerite, il court
 pied un livre dans le clos, une heure durant, et le prend  force. A
souper il fut dit que les enfants de Paris qui devoient tre  l'entre
de la Reine auroient des perons dors: _Ho! s'ils en ont de dors,
j'en veux avoir de fer noir!_

_Le 29, jeudi._--Men par la galerie chez M. Aleaume[652] qui lui
montre l'ordre des batailles des tats de Flandres, puis  voir faire
des doubles; le Roi y toit avec Mme la marquise de Verneuil[653], 
laquelle Mgr le Dauphin fait grandes caresses.

  [652] Jacques Aleaume ou Alleaume, mathmaticien, tait employ
  aux fortifications.--(Voy. _Les Historiettes de Tallemant des
  Raux_, 3e dition, tome IV, p. 204 et 217.)

  [653] Malherbe crivait le mardi 24 mars 1610,  Peiresc: Le
  Roi fut dimanche dernier au sermon  Saint-Nicolas des Champs;
  il entretint fort Mme la marquise et, aprs le sermon, il out
  vpres et complies avec elle, et lui donna encore assignation
   la sortie, au logis de Mme sa mre, o l'un et l'autre se
  rendirent; ce fut la rcompense de ne l'avoir point vue depuis
  dix mois. Je ne sais si ce feu se rallumera; il seroit quasi 
  dsirer, mais il est malais: elle dit qu'elle est la bte du
  Roi; et son explication, c'est qu'ordinairement on fait peur
  aux petits enfants de la bte, quand on ne peut en venir  bout
  d'autre faon, et que le Roi fait de mme d'elle; que quand il
  veut fcher le monde, il dit qu'il verra la marquise. (_OEuvres
  de Malherbe_, tome III, page 153.)

_Le 30 avril, vendredi._--Il monte  cheval pour aller au-devant de
MM. d'Orlans et d'Anjou et de Madame Christienne, qui venoient de
Saint-Germain pour le couronnement de la Reine, va jusques  Madrid, ne
les rencontre point, revient  six heures, et les trouve chez la Reine.

_Le 1er mai, samedi, au Louvre._--Il demande des aulx pour manger 
djener, dit qu'ils sont si bons, qu'il les aime tant, en fait le bon
compagnon[654], et dit tout  coup: _Aussi vrai, ils ne valent rien_,
et en fait un prsent  M. de la Rivire, l'un de ses cuyers, gascon.
Men chez la Reine, d'o il regarde planter le mai.

  [654] C'tait pour imiter son pre. _Voy._ au 1er avril 1606.

_Le 2, dimanche._--Ce jourd'hui il commena  porter le bonnet de
velours, qu'il ne vouloit pas; il aimoit mieux le chapeau. Men  la
chapelle, chez LL. MM., en la galerie.

_Le 3, lundi._--A dner il se fche contre M. d'Ang, qui avoit servi 
M. le Chevalier son chapon bouilli avant que le lui avoir prsent et
lui jette une asperge.

_Le 4, mardi._--M. de Souvr lui ramentoit ce que le jour prcdent il
avoit fait au sieur Hieronimo, son tireur d'armes, auquel il avoit tir
un coup de fleuret contre l'oeil, pendant qu'il lui enseignoit comme
il falloit planter son pied, et aussi  M. d'Ang; ce dont il est
fouett. Il va  cheval  la chasse au parc de Madrid.

_Le 5, mercredi, au Louvre._--Men par la galerie aux Tuileries o
il trouve le Roi, revient avec lui chez la Reine. Men en carrosse 
Picpus pour voir faire la monstre  cheval aux enfants de Paris[655].

  [655] Le dimanche 9, dit le Journal de Lestoile, comme les
  enfants de Paris passoient par-dessus le Pont-Neuf pour faire
  leurs monstres, un pauvre tailleur, charg de cinq petits enfants
  et sa femme grosse, fut tu d'un mosquet qu'un autre prs de lui,
  en le voulant tirer, fit crever pour tre trop charg. Le Roi les
  voyant passer  la porte Saint-Antoine, en ayant avis un brave
  et en conche (_sic_) par-dessus les autres et mont sur un beau
  cheval, voulut savoir qui il toit, et ayant entendu qu'il toit
  fils d'un mercier du Palais: Ventre saint gris, dit le Roi, il
  a l un beau cheval; mais je craindrois, vu sa qualit, qu'au
  lieu de manier le cheval, que le cheval le manit et lui donnt
  enfin quelque mauvaise scouade. Et l'ayant fait approcher, Sa
  Majest, aprs avoir lou son bel quipage et sa monture lui
  commande de manier un peu son cheval, ce que l'autre fit si
  adextrement qu'en tant sorti  son honneur: Ventre saint gris,
  dit le Roi, encore ne pensois-je pas que mes Parisiens fussent si
  bien  cheval qu'ils sont!

_Le 6, jeudi._--Men chez LL. MM., il y est mordu par _Brigantin_,
petit chien de la Reine, sur le sourcil droit. Ramen, il voit, en
passant par la grande salle, asseoir le guet et leur voit faire leur
collation; c'est la premire fois.

_Le 9, dimanche._--Men aux Feuillants, ramen avec le Roi;  onze
heures et demie dn avec le Roi[656]; il va chez la Reine. Men
en carrosse  l'Arsenal, o M. de Sully lui demande: Monsieur,
voulez-vous de l'argent?--_Non_, dit-il, par ddain[657].--Mais,
Monsieur, dites si vous en voulez, et il le lui demande par plusieurs
fois.--_Si vous en voulez bailler, faites l'apporter  Monsieur de
Souvr._ Il avoit cueilli des brins fleuris d'un arbre qui lui avoit
plu; M. de Sully lui dit: Monsieur, quand vous reviendrez ici vous
trouverez cent bourses pleines d'cus sur cet arbre-l que vous avez
trouv beau.--_Ce sera un bel arbre_, dit-il ngligemment[658] et sans
le regarder.

  [656] Le Dauphin ne dnait pas tous les jours avec le Roi,
  et Hroard ne manque pas de mentionner cette circonstance,
  non-seulement dans son Journal, mais encore en marge. C'est la
  dernire fois que Henri IV dne avec son fils.

  [657] Hroard dit en latin: _per contemptum_. Il lui arrive
  souvent d'exprimer par des mots latins le caractre du Dauphin.

  [658] _Negligenter._

_Le 10, lundi, au Louvre._--Men en carrosse  la Savonnerie et  la
Ville-l'vque, o il a got; aprs souper men chez Leurs Majests.

_Le 11, mardi._--Men en carrosse  l'htel du Luxembourg, et de l 
cheval chez la reine Marguerite; aprs souper men chez Leurs Majests.

_Le 12, mercredi._--tudi, tir des armes, dans, men chez LL. MM.,
et chez lui  onze heures. A trois heures il entre en carrosse pour
aller coucher  Saint-Denis[659];  six heures soup, men chez Leurs
Majests.

  [659] _Voy._ au 25 aot 1610.

_Le 13, jeudi._--veill  six heures trois quarts, vtu, pri Dieu; 
sept heures trois quarts djen, pain sec[660]. Men  la messe puis
chez LL. MM. A neuf heures et demie dn. A onze heures trois quarts
il va en crmonie et entre en l'glise avec la Reine que l'on alloit
_coroner et sacrer_[661]. Il en sort  quatre heures, entre en carrosse
et revient  Paris  sept heures. Soup, men en sa chambre; en voulant
sauter sur son lit que l'on faisoit, il se heurte sur l'os de la jambe
gauche, un peu effleur. A neuf heures et un quart dvtu, mis au lit,
pri Dieu, il s'endort  dix heures.

  [660] C'est le plus ordinairement ce qui compose le djeuner du
  Dauphin.

  [661] Hroard crit ces mots en grosses lettres.

_Le 14, vendredi._--veill  sept heures, lev, vtu, pri Dieu. A
huit heures et demie djen, pain sec. Men  sa chapelle, puis aux
Tuileries et chez Leurs Majests;  onze heures dn, jou, tudi,
etc., fort gai, got. Sur les quatre heures le Roi allant  l'Arsenal
en carrosse est tu d'un coup de couteau par Franois Ravaillac, natif
d'Angoulme, en la rue de la Ferronnerie; le sieur de Saint-Michel,
l'un de ses gentilshommes ordinaires le saisit et lui ta le couteau.
Monseigneur le Dauphin toit en carrosse  la Croix du Tiroir s'allant
promener, lors du coup; au bruit on le ramne incontinent dans le
Louvre. Monseigneur le Dauphin l'ayant su en pleura, et dit: _Ha! si
je y eusse t avec mon pe, je l'eusse tu!_ Chacun se vient offrir
 lui en la chambre de la Reine. A sept heures soup en l'antichambre
de la Reine; men chez la Reine et chez lui;  neuf heures dvtu, mis
au lit, pri Dieu, il dit vouloir coucher avec M. de Souvr, _pour
ce qu'il me vient des songes_. Couch avec M. de Souvr, il s'endort
jusques  onze heures et demie; la Reine l'envoie querir pour le faire
coucher dans la chambre, et y fait porter aussi M. de Verneuil, qui
coucha avec lui. Il s'endort  minuit, et jusques  six heures et demie
aprs minuit a assez mal repos.


FIN DU PREMIER VOLUME.




TABLE ALPHABTIQUE DU PREMIER VOLUME.


  A

  ABIN (M. d'), 27.
  ABIN (Mme d'), 22.
  AGNS SOREL; tableau dans lequel elle est reprsente, 323.
  AGRE (Mlle d'), gouvernante de Mlle de Vendme, 204, 242, 296,
    312, 316.
  AIGUILLON (M. d'), 26, 82, 277, 328.
  ALAIS (comte d'), 402.
  ALBIGNY (M. d'), 314, 315.
  ALCIAT, son livre d'_Emblmes_, 117.
  ALEAUME (M.), 432.
  ALS (comte d'), 138, 139, 140.
  ALEXANDRE MONSIEUR. _Voy._ VENDME (chevalier de).
  ALINCOURT (M. d'), 15, 134.
  Allemagne (ambassadeur d'), 98.
  ALSENSE (Pietro), commandeur de Malte, 259.
  AMANZAY (M. d'), 27.
  Amboile, 406.
  ANCHS (le sieur), contrleur chez la Reine, 358.
  ANDELOT (M. d'), 12, 16.
  Anemont, 52.
  Anet, 389.
  ANG (le sieur), 393, 433.
  ANGS (M. d'), 210.
  Angleterre (ambassadeurs d'), 33, 116, 170, 177, 196, 342, 379,
    407.
  Angleterre (ambassadrice d'), 184, 408.
  Angleterre (reine d'), 409, 418.
  Angleterre (roi d'), 417.
  ANGOULME (Charlotte de Montmorency, duchesse d'), 31, 82.
  ANGOULME (Diane, duchesse d'), 400.
  ANGOULME (M. d'), 121.
  ANGOULME (Mme d'), 415.
  ANHALT (prince d'), 206, 430.
  ANJOU (duc d'). _Voy._ GASTON-JEAN-BAPTISTE DE FRANCE.
  ANNE D'AUTRICHE, infante d'Espagne, puis reine de France, 34, 35,
    38, 54, 57, 67, 79, 89, 94, 100, 118, 120, 123, 131, 158, 189,
    265, 301, 312, 313, 318, 319, 344, 367, 421.
  ANNERVILLE (M. d'), gendarme de la compagnie du Dauphin, 209.
  Ansatiques (ambassadeurs des villes), 98, 253.
  _Antiquits de Rome_ (livre des), 107.
  ANTOINE DE BOURBON, roi de Navarre, pre de Henri IV, 288, 308.
  ANTRAGUES (M. d'), 26.
  ANTRAGUES (Mlle d'), 210.
  ARCHAMBAUD (M.), 25, 364.
  ARDS (baron des), 27.
  Argenteuil, 153.
  ARMAIGNAC (M. d'), premier valet de chambre du Roi, 347.
  ARNAULD (M.), trsorier de France, 82, 98, 112.
  ARNOUL, contrleur de la maison de la reine Marie de Mdicis, 26.
  ARQUERY (M. d'), 23.
  ARQUIEN (M. d'), 231.
  ARS (des), page de la chambre, 221.
  Arsenal (l'), 179, 323, 381, 388, 390, 401, 412, 414, 421, 424,
    425, 426, 432, 434, 435.
  ASSY (M. le prsident d'), 28.
  ASSY (Mme d'), 28.
  AUDE (M.), huissier de chambre de Mme lisabeth, 306.
  Augustins de Paris (couvent des), 424, 425.
  AUNE (baron d'). _Voy._ DONAW.
  Auneau (combat d'), 119.
  Auteuil, 432.
  AUVERGNE (Charles de Valois, comte d'), 28, 102, 138, 177, 179,
    232.
  Auvergne (comt d'), 177, 198.
  AUVERGNE (le fils du comte d'), 48, 138.
  _Avis des amendes (l')_, livre de Du Luat, 99.


  B

  BAGAUD. _Voy._ BAGOT.
  BAGOT, artillier du Roi, 345.
  Bailly (maison de), prs de Versailles, 284, 291.
  BAJORDAN, page du Roi, 336.
  BAR (Catherine de Bourbon, duchesse de), 3, 5, 7, 13, 42, 51, 52.
  BAR (Henri de Lorraine, duc de), 52, 76.
  BARBERINI (le cardinal), 270, 285.
  BARBERINO (Monsignor), nonce extraordinaire, 15.
  BARENTIN (M.), conseiller de la cour des aides, 29.
  BARRAULT (M. de), ambassadeur en Espagne, 312, 343.
  BASSOMPIERRE (M. de), 224, 226, 229.
  BASTIDE (M. de la), capitaine des gardes du duc de Lorraine, 22.
  Bastille (la), 32, 231, 232, 381.
  Bayonne (vque de), 23.
  BEAUCHNE, sergent aux gardes, 91.
  BEAUCLERC (M. de), premier secrtaire du Dauphin, puis secrtaire
    de la Reine, 62, 418.
  BEAUFORT (Gabrielle d'Estres, duchesse de), 161.
  BEAUGRAND, crivain du Roi, 336, 349, 352.
  BEAULIEU-RUZ (M. de), secrtaire d'tat, 6, 210.
  BEAUMONT (comte de), 170.
  BEAUNE (Renaud de), archevque de Bourges, 25.
  BLIER (le petit), 117.
  BLIER (Mlle), remueuse du Dauphin, 36, 43, 64, 78, 130, 259.
  BELLEGARDE (Roger de Saint-Lary, duc de), grand-cuyer, nomm _M.
    le Grand_, 21, 30, 92, 94, 178, 184, 267, 269, 317, 331, 334,
    349, 400, 430.
  BELLIVRE (Pomponne de), chancelier de France, 8.
  BELMONT (M. de), lieutenant de M. de Mansan, 76, 77, 90, 121,
    122, 130, 132, 199, 222, 240.
  BENJAMIN (M.), cuyer du Roi, 414.
  BRAUD (Mlle), 77.
  BRINGHEN (M. de), 55.
  BRINGHEN (Mlle), 23.
  BERMAN (le colonel), 186.
  BERNAY (M. du), conseiller au parlement de Bordeaux, 292.
  BERNET (M. de), valet de M. de Montglat, 286; porteur de Monsieur
    d'Orlans, 306.
  BERNY (M. de), 25.
  BTHOUZAY (Mlle), femme de chambre du Dauphin, 80, 358, 359, 360.
  BTHUNE (M. de), 143, 277, 285, 289, 290, 300, 321, 324.
  BTOUZAY. _Voy._ BETHOUZAY.
  BEUVRON (Mme de), 20.
  BEVILAQUA (marquis de), ambassadeur de Toscane, 290.
  Bziers (vque de), 334.
  Bezons, 106.
  BIGNEUX, page de Mme de Montglat, 202, 324.
  BIONEAU (M.), secrtaire du grand-cuyer Bellegarde, 26.
  BIRAT (Georges), premier huissier de la chambre du Dauphin, 11,
    105, 118, 128, 140, 144, 147, 170, 180, 183, 195, 202, 207, 213,
    214, 221, 222, 259, 268, 272, 274, 304, 306, 308, 310, 314, 315,
    318, 328, 339.
  BIRON (le marchal de), sa lettre  Mme de Montglat, 24, 25; son
    emprisonnement, 29; son excution, 32; mot du Dauphin sur sa
    mort, 374.
  Blois, 25, 400.
  BLOND (Le). _Voy._ LE BLOND.
  BODERIE (le sieur de la), 418.
  BOILEAU, joueur de violon et de mandore du Dauphin, 22, 62, 93,
    120, 121, 149, 152, 183, 190, 220, 226, 276, 286, 287, 289, 291,
    292, 298, 308, 310, 314, 320.
  BOIS-DAUPHIN (le marchal de), 15, 21.
  BOIS-DAUPHIN (M. de), 26.
  BOISSIRE (M. de la), 380, 415, 420.
  BOMPAR (Charles de), page du Dauphin, 119, 169, 182, 183, 222,
    247, 252, 269, 309, 328, 329, 355, 357, 362.
  BONGARS, matre maon du Roi, 108, 119.
  BONIRES (le sieur de), 35, 397.
  BONIRES (Mlle de), 35.
  BONNEUIL DE THOU (M. de), 213.
  Bonshommes de Chaillot (couvent des), 357.
  Bonshommes de Vincennes (couvent des), 430.
  BONZI (le cardinal de), vque de Bziers, grand-aumnier de la
    Reine, 334.
  BOQUET (M.), mari de la nourrice du Dauphin, 108, 150, 151, 252,
    276, 293, 304, 306.
  BORGNE (Le), portefaix du Dauphin, 292.
  BOUCHAGE (le capitaine du), archer des gardes du corps, 113.
  BOUILLON (duc de), 23, 177, 182, 184, 206, 267, 392.
  BOULENGER (M.), matre d'htel, 44.
  BOUQUERON (M. de), prsident au parlement de Grenoble, 23.
  BOURBON (Charles, btard de), archevque de Rouen, 154.
  BOURBON (Jeanne-Baptiste de), fille de Henri IV et de Mme des
    Essars, 307.
  BOURBON (Mlle de), 120, 227, 228. _Voy._ ORANGE (princesse d').
  Bourbon (htel du Petit-), 179, 380, 383, 419, 424, 429.
  BOURDEILLES (Mlle de), 27.
  BOURDEILLES (vicomte de), 29.
  Bourg-la-Reine, 388.
  Bourges (archevque de), 20, 25.
  Bourget (le), 418.
  Bourgogne (htel de). _Voy._ Htel de Bourgogne.
  BOURSIER (Louise Bourgeois, dame), sage-femme de la Reine, 2, 28.
  BOUTEVILLE-MONTMORENCY (M. de), 138, 139.
  BOVIER (M.), gentilhomme ordinaire du roi Henri IV, 19.
  BRACCIO, cuyer ordinaire de la reine Marie de Mdicis, 21.
  _Bradamante_, tragi-comdie, 392.
  BRAGELONGNE (M. de), 27, 46, 168.
  BRAGELONGNE (sieur de). _Voy._ PRVOST.
  BRANDEBOURG (le fils du marquis de), 13.
  BRANDEBOURG (marquis de), 404, 405.
  Brban, 402.
  Bresse (la), runie au Dauphin, 226.
  Bretagne (dputs de), 254, 380.
  Bretagne (tats de), 402.
  Breteuil, 411.
  Brvannes, 404.
  BRVES (M. de), 250, 270, 271, 365.
  BREZOLLES (Mme de), 148.
  BRIANT (Mme), marchande de draps de soie, 155.
  Briare (canal de), 221.
  Brie-Comte-Robert, 398, 406.
  _Brigantin_, chien de la Reine, 434.
  BRIQUEIL (comtesse de), 26.
  BRISSAC (le marchal de), 26.
  BROCQ (M. du), 274.
  BROSSE (le sieur de la), agent du duc de Mantoue, 21.
  BRUEIL (M. de), 270.
  BRULART (M.), abb de Lon, 12.
  BRULART (M.), secrtaire d'tat de Henri III, 22, 102.
  BRUNEAU, lavandier, 105, 106.
  BRUZOLES (Mme de), 23.
  BUFFALO (Monsignor del), vque de Camerino, 15.
  BUISSEAU (Mme de), 26.
  BUISSON (M. du), exempt des gardes, 338, 339.
  BUNEL, peintre du Roi, 425.
  BUTEL (Charles), barbier chirurgien, 16.
  Buzenval, 81.


  C

  CABARET, marchal de forge de Saint-Germain en Laye, 119.
  CACHAC (M. de), capitaine de la porte, 26.
  Cachant, 387.
  _Cadet_, chien du Roi, 266.
  Caen, 53.
  CAMILLE, nain de la Reine, 137.
  CAMPAGNOL (M.), gouverneur de Boulogne, 26.
  CAMPAGNOLS (M. de), capitaine aux gardes, 91, 336.
  CANADA (le petit), 66, 67, 70, 73.
  CANAYE-BRANAY (M.), 21.
  CANDALE (M. de), 50, 53, 119, 120, 346.
  CANIER, soldat aux gardes, 200.
  CAPELLE (M. de la), son livre de portraits gravs, 114.
  Capucins de Paris (couvent des), 399.
  CARAFFA (Denis), nonce en Espagne, 270.
  CARBONNIRE (M. de), 127.
  CARNAVALET (Mme de), 27.
  Carrire (maison de), 52, 127, 184, 366, 373.
  CASTILLE (conntable de), 56, 57.
  CASTILLON (le sieur de), commissaire et secrtaire du conntable
    de Montmorency, 115.
  CATHERINE DE MDICIS, reine de France, 400.
  CAULET (M.), chirurgien des chevau-lgers du Roi, 273, 274.
  CAVALLI (Marino), ambassadeur de Venise, 33.
  CCIL (Guillaume), 353.
  CCIL (le fils de milord), 391, 392.
  Clestins de Paris (glise des), 430.
  Celle Saint-Cloud (la), 423, 424.
  Cly (maison de), 213, 214, 215, 216.
  CENAMI (M.), gentilhomme lucquois, 277, 356.
  CSI (M. de), 293, 298, 299.
  Chaillot, 81, 356, 357, 359, 405.
  Chailly, 210, 215.
  CHALAIS (le sieur de), 417.
  CHALIGNY (comtesse de), 365.
  CHAMPAGNE, cordonnier, 28.
  CHAMPAGNE, garon de garde-robe du Dauphin, 305, 306, 364.
  CHAMPAGNE (M. de), lieutenant aux gardes du corps, 209.
  Champigny, 402.
  Champs, 403.
  CHAMPVALLON (M. de), 151.
  Chancelier (M. le). _Voy._ BRULART.
  Chansons chantes par le Dauphin, 61, 79, 123, 133, 135, 162,
    168, 174, 176, 195, 231, 241, 243, 264, 283.
  Chantilly, 140, 322, 387.
  Chapelle aux Ursins (le sieur de la), 410.
  Charenton, 10, 277, 356, 406.
  CHARLES IX, roi de France, 156, 183, 388, 429.
  CHARMEAUX (sieur de). _Voy._ GUYET.
  CHARPENTIER, valet de garde-robe de Madame lisabeth, 296.
  Chartres, 388.
  Chartres (vidame de), 27.
  Chartreux de Paris (couvent des), 383, 387, 388, 416.
  CHASTAIGNERAIE (M. de la), 192.
  CHASTRE (Mme de la), 100.
  CHTEAUNEUF-LAUBESPINE (baron de), 27.
  CHATEAUVIEUX (M. de), 15, 157, 179, 180.
  CHATILLON (amiral de), 147.
  Chatou, 51, 177, 192, 411.
  CHATRE (baron de la), 22, 240.
  CHATRE (marchal de la), 38, 343.
  CHAULNES (comtesse de), 27.
  CHAUMONT (M. de), 409.
  CHAUVELIN (M.), 390.
  CHAUVET (M.), conseiller au parlement de Toulouse, 56.
  CHAZERON (M. de), 22.
  CHEMERAULT (Mme de), 27.
  Chennevires, 403, 406.
  CHERUTH (Georges), ambassadeur d'Angleterre, 342.
  CHEVALERIE (M. de la), 67.
  CHEVALIER (tienne), secrtaire et trsorier du roi Charles VII,
    323.
  Chevalier (M. le). _Voy._ VENDME (Alexandre, chevalier de).
  CHEVALIER (M. le prsident), 144, 431.
  CHEVRIER (M. de), conseiller au parlement de Grenoble, 23.
  CHOISY (comte de), chevalier d'honneur de la reine Marguerite,
    198.
  CHOUL (Guillaume du), sa _Castramtation des Romains_, 181.
  CHRISTINE ou CHRTIENNE DE FRANCE, nomme _la petite Madame_,
    depuis duchesse de Savoie, 174, 177, 181, 185, 187, 191, 233,
    240, 277, 295, 297, 310, 350, 354, 356, 361, 371, 372, 381, 389,
    400, 405, 406, 411, 423, 425, 426, 428, 431, 433.
  CLAVELLE (_La_). _Voy._ LA CLAVELLE.
  CLERGEON (Tienette), fille de chambre de la nourrice du Dauphin,
    30.
  CLERMONT D'AMBOISE (Mme de), 22.
  Clves, 404, 430.
  CLVES (duc de), 49.
  COLAS, sauteur, 346.
  COLIGNON (Mme de), 27.
  COLO, comdien italien, 351.
  Colombes, 429.
  Comdiens anglais  Fontainebleau, 88, 91.
  CONCINO (M.), 29, 43, 45, 74, 86, 345, 384.
  CONCINO (la signora), 12, 43, 53.
  COND (Charlotte-Catherine de la Trmoille, princesse de), la
    mre, 26, 37, 120, 402.
  COND (Charlotte-Marguerite de Montmorency, princesse de), 396,
    397, 411.
  COND (Henri de Bourbon II, prince de), 26, 37, 53, 68, 178, 184,
    224, 256, 328, 329, 385, 396, 430.
  Conflans, 400.
  Conntable (M. le). _Voy._ MONTMORENCY et LESDIGUIRES.
  CONSTANCE (M.), cuyer du Roi, 73.
  CONTARENO (le clarissime), ambassadeur de Venise, 12.
  CONTY (Franois de Bourbon, prince de), 3, 21, 48, 134, 256, 387.
  CONTY (Louise-Marguerite de Lorraine, princesse de), 146, 163,
    192, 261, 331, 337, 338, 380, 427.
  Corbeil, 68.
  CORBONOIS (M.), 25.
  Cordeliers de Paris (glise des), 430.
  COTON (le P.) jsuite, confesseur de Henri IV et de Louis XIII,
    48, 49, 87, 148, 149, 312, 391, 428.
  Courance, 213.
  COURT (M. de la), exempt des gardes du corps, 101, 112, 196, 199,
    209, 210, 215, 282, 283, 284, 349, 350, 351, 352.
  COURTENVAUX (M. de), 93, 104, 134, 158, 209, 271, 278, 298, 370.
  COURTOMER (baron de), 150.
  COURVILLE (M. de), gouverneur des pages de la chambre, 70.
  CRQUY (M. de), mestre de camp du rgiment des gardes, 142, 225,
    267, 388.
  CRESSY (M. de), enseigne, 112, 122, 158, 168, 252, 272, 298, 306,
    321.
  Creteil, 399, 404.
  CRILLON (M. de), mestre de camp du rgiment des gardes, 126, 133,
    163, 182.
  Croissy, 65.
  CROIX (M. de la), gouverneur de MM. de Mortemart, 363.
  Crosne, 102, 277, 356.
  CYPIERRE (M. de), 22.


  D

  DAMPIERRE (M. de), 295.
  DAMYN (M.), 27.
  DANDOLO, ambassadeur extraordinaire de Venise, 55.
  DANGEAU (M. de), 49.
  DANOBIS, garon de la chambre du Roi, 424.
  DANORVILLE (M.), beau-frre d'Hroard, 149.
  Danseur de corde espagnol  Fontainebleau, 90.
  Dauphin (dputs du), 35, 36, 226.
  DECOURT (Charles), peintre du Roi, 18, 30, 79, 262, 263.
  DELOR, soldat aux gardes, 122.
  DESCHAMPS (Mme), 24.
  DESCLUSEAUX, soldat aux gardes, puis porte-manteau du Roi, 195,
    196, 200, 201, 212, 237, 243, 267, 272, 289, 294, 295, 336, 341,
    345.
  DESCURES (le sieur), 428. _Voy._ ESCURES.
  DESPRS ou DU PR, sculpteur, 119, 121.
  DES VITES, fou normand, 383, 398.
  DEUX-PONTS (duchesse des), 117.
  DEVIENNE, cuisinier du Dauphin, 270, 305.
  DONAW (baron de), 119.
  DONON (M.), contrleur des btiments, 121.
  DORELLE (M. de), gouverneur du jeune Fontaine-Martel, 373.
  _Doundoun_ ou _Dondon_ (maman), surnom d'Antoinette Joron,
    nourrice du Dauphin, 84.
  DROUET (M. de), capitaine aux gardes, 229, 336.
  DUBOIS (Guillaume), pote de M. de Roquelaure, 306. _Voy._
  GUILLAUME.
  DUDRACH (Mme la prsidente), 19, 26. _Voy._ RIVIRE-DUDRACH.
  DUFOUR, soldat aux gardes, 208.
  DUGU (Jean), archer des gardes du corps du Roi, 11.
  DU GUESCLIN (Bertrand), son portrait en crayon, 292.
  DUMESNIL (le sieur), 182.
  DU MONSTIER (le jeune), peintre, 64.
  DUMONT, clerc de la chapelle du Dauphin, 188, 206, 231, 244, 245.
  DU PERRON (le cardinal), 298, 330, 331.
  DUPONT (M.), prcepteur de M. de Verneuil, 410. _Voy._ PONS.
  DUPR (M.), exempt aux gardes, 164, 294, 363.
  DUPR (Guillaume), statuaire du Roi, 89, 267, 268. _Voy._ DESPRS.
  DU VAIR. _Voy._ VAIR.
  DU VAL (Mlle). _Voy._ VAL.


  E

  cosse (ambassadeur d'), 35.
  gyptiens (danseurs)  Fontainebleau, 268.
  ELBENNE (M. d'), 34.
  Elbeuf (duc d'), 27.
  LISABETH DE FRANCE, nomme _Madame_, depuis reine d'Espagne, 37,
    39, 44, 57, 69, 70, 84, 86, 87, 97, 99, 102, 103, 104, 105, 113,
    114, 116, 120, 122, 127, 134, 136, 139, 140, 141, 142, 143, 144,
    145, 148, 152, 154, 157, 158, 160, 162, 166, 169, 172, 173, 174,
    181, 222, 225, 231, 236, 240, 243, 244, 246, 249, 250, 252, 265,
    277, 279, 285, 286, 288, 293, 294, 295, 298, 300, 308, 313, 314,
    315, 320, 321, 323, 331, 334, 337, 347, 349, 350, 354, 356, 361,
    366, 368, 376, 377, 381, 384, 385, 389, 400, 405, 406, 411, 423,
    425, 426, 428, 431.
  Embrun (archevque d'), 256.
  ENGOULEVENT (Nicolas Joubert, sieur d'), prince des Sots, 32, 61,
    227, 228, 387.
  PERNON (chevalier d'), 151.
  PERNON (les fils de M. d'), 22, 50, 77, 114, 119, 151, 211.
  PERNON (M. d'), 22, 24, 48, 120, 267, 339.
  ESCURES (M. d'), 428.
  Espagne (ambassadeur d'), 23, 48, 54, 61, 268, 419.
  Espagne (prince d'), 265.
  Espagne (roi d'). _Voy._ PHILIPPE III.
  ESPINOY (prince d'). _Voy._ LINDRE.
  ESPOIS (M. d'), 27.
  Essars (ferme des), 290.
  ESSARS (le sieur des), 290.
  ESSARS (Mme des), 278, 307.
  ESSEX (comt d'), 352, 353.
  Essonne, 390.


  F

  _Falots_ (ballet des), 318. _Voy. Lanterniers_ (ballet des).
  FAURE (M.), 195, 403.
  FAVAS (M. de), 92, 130, 133.
  FAVAS (M. de), le jeune, 90.
  FAVEROLLES, page de la chambre du Roi, 243.
  _Favori_, chien de la Reine, 127.
  FAYET (Mme la prsidente), belle-soeur d'Hroard, 28.
  FERRALS (le sieur de), 317.
  FERRIER (M. de), dput de l'assemble de Chtellerault, 150.
  FERVAQUES (le marchal de), 29.
  FERVAQUES (Mme de), 22.
  Feuillants (glise des), 383, 390, 412, 413, 416, 421, 434.
  FLEURETEAU (M.), matre, de la chambre aux deniers, 15.
  Fleury, 83, 210, 215, 216.
  FLEURY (M. de), 213.
  Florence (duc de). _Voy._ TOSCANE.
  FON (M. de la), avocat au conseil, 106.
  FONLEBON (Mme de), 23.
  FONLEBON (Mlle de), fille de la Reine, 23, 338, 396, 397.
  FONTAINE (La), archer du corps, 151.
  Fontainebleau, 1, 2, 7, 8, 9, 21, 24, 34, 36, 37, 81, 83, 84, 85,
    86, 87, 88, 90, 91, 92, 94, 97, 98, 99, 100, 101, 102, 103, 107,
    112, 126, 138, 168, 208, 209, 211, 212, 213, 216, 217, 218, 219,
    220, 221, 223, 224, 225, 226, 227, 228, 229, 230, 231, 232, 233,
    234, 235, 236, 237, 239, 240, 241, 242, 243, 244, 245, 246, 247,
    248, 249, 250, 252, 253, 254, 255, 258, 259, 260, 261, 262, 263,
    264, 265, 266, 267, 268, 269, 270, 272, 273, 274, 275, 276, 295,
    307, 311, 320, 321, 323, 324, 326, 327, 329, 330, 331, 332, 334,
    335, 338, 341, 342, 343, 344, 345, 346, 347, 348, 349, 350, 351,
    352, 353, 354, 355, 356, 364, 385, 390, 391, 392, 393, 394, 395,
    396, 397, 398, 406, 407, 408, 409, 410, 412, 428.
  FONTAINE-MARTEL, (le petit), 366, 367, 369, 423.
  FONTAINE-MARTEL (Mme de), 365.
  Fontaineport, 408.
  FORCE (M. de la), capitaine des gardes du corps du Roi, 12.
  Forqueil ou Forqueux, 32, 66.
  FOSCARINI, ambassadeur de Venise, 322.
  FOUCAULT (M. de), conseiller aux aides, 27.
  FOUILLOUX (Jacques du), son livre de _la Vnerie_, 378, 379.
  FOUQUET (M.), prsident en Bretagne, 27.
  FRANCESCO, peintre de Ferdinand de Gonzague, 206.
  FRANCHEMONT, hallebardier du corps, 78, 175.
  FRANCINO, architecte ingnieur des fontaines de Saint-Germain et
  de Fontainebleau, 124, 130, 131, 132, 359.
  FRANCISCO, modeleur en cire, 143, 149.
  FRANCO (M. de), peintre du Roi, 353.
  FRANOIS Ier, roi de France, 233.
  FRDRIC IV, comte palatin du Rhin, sa lettre au Dauphin, 254,
    329.
  FRMINET, peintre du Roi, 235, 236, 352, 353.
  Fresnes, 389.
  FRESNES-CANAYE (M. de), 295.
  FRIDRICH (Guillaume), gentilhomme allemand, 352.
  FRONTENAC (le petit), 61, 68.
  FRONTENAC (les fils de M. de), 191.
  FRONTENAC (M. de), premier matre d'htel du Roi, 21, 33, 50, 79,
    114, 116, 127, 136, 175, 182, 188, 194, 281, 298, 307, 308, 316,
    361, 364, 365, 370, 378, 379, 423, 424.
  FRONTENAC (Mme de), 360.
  FRONTENAC (Mme de), abbesse d'Argensol, 360.
  FRONTENAC (Mlle de), 127, 128, 313, 315, 316, 371.


  G

  Gaillon, 300.
  GALAND (Mlle), nourrice du Dauphin, 16.
  GALLES (Henri-Frdric, prince de), 120, 154; sa lettre au
    Dauphin, 170; 171, 172, 196, 218, 236, 244, 265, 267; sa lettre
    au Dauphin, 285; 342, 352, 403, 408, 417.
  GANDALOUFIN (le sieur), gentilhomme de la chambre du roi
    d'Angleterre, 196.
  GARCIA (Dom), 43.
  GARRAULT (M.), trsorier de l'extraordinaire, 209.
  GASQUES (M.), dput de l'assemble de Chtellerault, 150.
  GASTON-JEAN-BAPTISTE DE FRANCE, duc d'Anjou, nomm _Monsieur_,
    333, 334, 341, 353, 370, 389, 400, 405, 406, 411, 423, 425, 428,
    431, 433.
  GATINARA (comte de), ambassadeur de Savoie, 290.
  GESNER, son livre des animaux et des oiseaux, 80, 103, 105, 121,
    133, 136, 173, 299.
  GESVRES (M. de), secrtaire d'tat, 424.
  GESVRES (Mme de), 12.
  GIAIS (M. de), 329.
  GILLES (matre), sommelier du Dauphin, 90, 270, 305, 384.
  GILLETTE (Mlle), matresse du marchal de Biron, 189.
  GIRARD (M.), 159.
  GLASC (Jacques du), archer des gardes du corps du Roi, 11.
  GLAST (M. du), cuyer du prince de Galles, 285.
  GOBELIN (M.), 10, 277, 296, 398.
  GOBELIN (Mme), 10.
  GODIN, fou, 366.
  GONDI (baron de), 31.
  GONDI (Henri de), vque de Paris, 27, 298, 397.
  GONDI (le cardinal de), 7, 211, 289, 295.
  GONDI (M. de), 11, 27, 81, 153, 278, 285, 321, 385.
  GONDI (Mme de), abbesse de Poissy, 14, 363.
  GONDRIN (M. de), chevalier de l'ordre, 14.
  GONTIER (le P.), jsuite, 155, 417, 430.
  GONZAGA (Polyxena), fille de la reine Marie de Mdicis, 31.
  GONZAGUE (don Ferdinand de), cardinal, 204, 205, 206.
  GORDES (M. de), 314.
  GORINI (la signora), 53.
  GOUVILLE (M. de), 387.
  GRAMONT (M. de), 223.
  GRAMONT (le petit), de Franche Comt, 279, 309, 310.
  Grand (M. le). _Voy._ BELLEGARDE.
  GRANDMONT (le petit), 286. _Voy._ GRAMONT.
  GRANDSELVE (abb de), 50.
  GRANGE (M. de la), 9, 101, 277.
  GRATIENNE, femme de chambre de Marie de Mdicis, 180.
  Grenelle, 413.
  Gros-Bois, 232,  la note.
  GROULARD (M.), premier prsident de Rouen, 9, 194.
  GUADALESTA (marquis de), 421.
  GURIN (M.), apothicaire du Dauphin, 23, 129,  la note; 155,
    164,  la note; 203, 222,  la note; 245, 247, 255,  la note;
    262, 272, 275, 293, 306, 373, 395,  la note.
  GUESLE (M. de la), procureur gnral, 27.
  GUESLE (Mme la procureuse gnrale de la), 26.
  GUICHARDINI (Piedro), ambassadeur du duc de Toscane, 396.
  GUICHEN (Diane d'Andouins, comtesse de), 32, 44, 129, 184, 356.
  GUIDI (le cavalier), secrtaire du grand-duc de Toscane, 323.
  GUIERCHEVILLE (Antoinette de Pons, marquise de), dame d'honneur
    de la reine Marie de Mdicis, 1, 3, 12, 17, 43, 233, 334.
  GUILLAUME (matre), fou de Henri IV, 70, 88, 196, 198, 218, 219,
    304,  la note; 306, 369, 395.
  GUILLAUME DUBOIS (matre), fou de M. de Roquelaure, 306, 331.
  GUILLEMEAU, chirurgien ordinaire du roi Henri IV, 4, 7.
  GUILLERAGUES (M. de), conseiller au parlement de Bordeaux, 292.
  GUISE (Catherine de Clves, duchesse de), 12, 25, 28, 43, 100,
    154, 338.
  GUISE (Louise-Marguerite de Lorraine, Mlle de), depuis princesse
    de Conty, 25, 28, 43, 97, 134, 135. _Voy._ CONTY.
  GUISE (M. de), 38, 129, 219, 257, 277, 328, 348.
  GUYET (M.), sieur de Charmeaux, prsident de la chambre des
    comptes et prvt des marchands, 7, 10.


  H

  HARAMBURE (baron d'), 116.
  HARIVET, soldat aux gardes, 208.
  HARLAY (Achille de), premier prsident au parlement de Paris, 7,
    180.
  HAUCOURT (M. de), 37.
  HAUTERIBE, joueur de luth, 93.
  HLIN (Mlle), femme Lemaire, nourrice du Dauphin, 8, 9, 12, 18.
  HEMS (comte de), ambassadeur d'cosse, 35.
  HENNEQUIN (M.), sieur de Manoeuvre, 28.
  HENRI III, roi de France, 142, 144; son livre d'_Heures_, 157;
    175, 291.
  HENRI IV, 1, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 15, 16, 17, 18,
    19, 20, 21, 23, 25, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 38, 39, 41,
    42, 44, 46, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 56, 57, 60, 61, 62, 63, 64,
    65, 67, 68, 69, 70, 71, 72, 73, 74, 83, 84, 85, 86, 87, 88, 89,
    90, 91, 92, 93, 94, 95, 97, 98, 99, 100, 101, 102, 103, 104, 105,
    106, 108, 109, 113, 114, 115, 116, 117, 118, 119, 121, 122, 126,
    127, 131, 132, 133, 134, 135, 136, 137, 138, 139, 141, 142, 143,
    144, 145, 148, 149, 154, 156, 157, 158, 160, 161, 162, 163, 165,
    166, 171, 172, 174, 175, 176, 177, 178, 179, 180, 182, 184, 185,
    191, 192, 193, 194, 197, 203, 204, 205, 206, 211, 212, 213, 214,
    215, 216, 217, 218, 219, 220, 221, 224, 225, 226, 227, 228, 229,
    230, 231, 232, 233, 235, 240, 245; sa lettre au Dauphin, 247;
    250, 251, 252, 253, 254, 255, 256, 257, 258, 259, 260, 261, 262,
    263, 264, 265, 266, 267, 268, 269, 271, 272, 273, 281, 282, 284,
    285, 286, 288, 289, 290, 292, 295, 296, 297, 298, 299, 301, 307,
    308, 311, 313, 317, 318, 319, 320, 321, 322, 325, 326, 327, 328,
    329, 330, 331, 332, 333, 334, 335, 336, 337, 338, 339, 340, 341,
    342, 343, 344, 345, 346, 347, 348, 351, 355, 357, 359, 360, 361,
    362, 364, 367, 368, 370, 371, 372, 373, 374, 378, 379, 380, 381,
    382, 383, 384, 385, 386, 387, 388, 389, 390, 391, 392, 394, 395,
    396, 397, 398, 399, 400, 401, 403, 404, 405, 406, 407, 408, 409,
    410, 411, 412, 413, 414, 415, 416, 417, 418, 419, 420, 421, 422,
    423, 424, 425, 426, 427, 428, 429, 430, 431, 432, 433, 434, 435.
  HENRIETTE, fille de la nourrice du Dauphin, 177.
  HENRIETTE-MARIE DE FRANCE, depuis reine d'Angleterre, 414, 423.
  Herbelay, 20, 370.
  HROARD (Claude), 42.
  HROARD (Jean), seigneur de Vaugrigneuse, mdecin ordinaire,
    conseiller et secrtaire du roi Henri IV, premier mdecin du
    Dauphin, puis du roi Louis XIII, 1, 8, 10, 11, 13, 14, 15, 18,
    22, 23, 24, 25, 32, 38, 46, 47, 55, 60, 64, 66, 71, 78, 80, 90,
    106, 118, 122, 124, 126, 129, 130, 132, 138, 139, 142, 147, 148,
    150, 151, 153, 156, 157, 158, 164, 170, 172, 173, 175, 177, 179,
    181, 190, 194, 197, 199, 202, 222, 237, 242, 253, 254, 255, 268,
    270, 272, 273, 275, 276, 282, 283, 287, 288, 289, 291, 293, 297,
    299, 300, 304, 306, 308, 313, 314, 315, 316, 317, 325, 326, 327,
    333, 344, 346, 347, 349, 353, 354, 366, 367, 368, 371, 372, 374,
    376, 377, 378, 380, 395, 398, 400, 406.
  HROARD (Mme), femme du prcdent, 121, 124, 133, 150, 158, 164,
    173, 175, 236, 252, 315, 357, 374.
  HROARD (Pierre), 42.
  HEURLES (M. de), valet de chambre de Louis XIII, 387.
  HIERONIMO, tireur d'armes du Dauphin, 433. _Voy._ JERONIMO.
  HINDRET (Florent), joueur de luth du Dauphin, 62, 68, 149, 152,
    155, 189, 190, 195, 199, 201, 207, 241, 244, 245, 248, 259, 263,
    279, 310, 311, 314, 316, 320.
  _Hippostologie (l')_, livre d'Hroard, 371.
  HOEY (Claude de), peintre, 253.
  Htel de Bourgogne (comdies  l'), 382, 383, 384.
  HOTMAN (Marguerite ou Catherine), nourrice du Dauphin, 7, 16.
  HUBERT (M.), mdecin du Roi, 253, 254, 326.
  HUMIRES (M. d'), 26, 379.
  HURLES. _Voy._ HEURLES.


  I

  INDRET. _Voy._ HINDRET.
  Infante (l'). _Voy._ ANNE D'AUTRICHE.
  _Institution du Prince (de l')_, livre d'Hroard, 376.
  INTEVILLE (M. d'), 15.
  _Isabelle_, chienne du Dauphin, 187.
  ISABELLE-CLAIRE-EUGNIE, archiduchesse d'Autriche, 249.
  ISLE (M. de l'), 27, 75.
  ISLE-ROUET (M. de l'), 192, 282.
  Issy, 386.
  IVARRA (don Diego d'), ambassadeur d'Espagne, 268.


  J

  JACOB (M.), ambassadeur du duc de Savoie, 348, 408.
  JACQUES Ier, roi d'Angleterre, 154, 170, 417, 418.
  JAMIN (le sieur), 337.
  Jargeau (dputs de), 367.
  JEAN (matre), sommelier du Dauphin, 305.
  JEAN-BAPTISTE, soldat pimontais de la compagnie de M. de Mansan,
    317, 318.
  JEAN-JACQUES (le sieur), violon de la Reine, 107.
  JEANNE, reine de Sicile, 369.
  JEANNE D'ARC, 400.
  JEANNIN (le prsident), 409.
  JERONIMO, tireur d'armes du Dauphin, 384, 433.
  JOINVILLE (M. de), 82, 328.
  JORON (Antoinette), femme Boquet, nourrice du Dauphin, 18, 36,
    37, 84, 94, 95, 96, 100, 106, 108, 113, 114, 120, 131, 133, 137,
    145, 146, 147, 151, 152, 162, 174, 180, 184, 191, 195, 206, 215,
    218, 219, 231, 241, 244, 251, 252, 258, 273, 279, 280, 286, 294,
    320, 355, 359, 376, 401, 428.
  JORON (Louise), femme de chambre du Dauphin, 226, 292, 293.
  JOUARRE (Mme de), 130.
  JOYEUSE (cardinal de), 189, 208, 211, 274, 300.
  JOYEUSE (M. de), 292.
  JOYEUSE (le P. Ange de), 330.
  JUIGNY (le cavalier), ambassadeur du grand-duc de Toscane, 14, 18.
  JULIENNE (Opportune), revendeuse  Paris, 188.
  JULIERS (duc de Clves et de), 49.
  Juvisy, 390.


  K

  KERRY (Georges), ambassadeur d'Angleterre, 170.


  L

  LABARGE, page de Mme de Montglat, 68, 69, 70, 74, 75, 77, 79, 87.
  LABASTIDE (le P.), jsuite espagnol, 318.
  LA CLAVELLE, secrtaire de Sully, 61, 416.
  LA CONCIE (M.), 307.
  LAFOREST, soldat aux gardes, 243, 245, 253.
  LA HAYE, prcepteur du chevalier de Vendme, 107.
  LA HAYE (le sieur), 385.
  LAIRS (Mme de), 15.
  LAISTRE (M. de), 291.
  LA MARTINIRE, prcepteur du marquis de Mortemart, 358.
  LANCELIN (Jacques de), sieur de la Rouillre, archer des gardes
    du corps du Roi, 11.
  LANE (le sieur de la), matre d'htel de la reine Marguerite, 141.
  LANSAC (M. de), 298.
  LANSAC (Mme de), dame d'honneur de la reine Marguerite, 145.
  _Lanterniers_ (ballet des), des Lanternes ou des Falots, 296,
    298, 300, 309, 317.
  LA PARISIRE, matre d'htel du Roi, 15.
  LARCHANT (Mme de), 27.
  LAUBIGEOIS (M.), 28.
  LAUBIGEOIS (Mme), 28.
  Laumosne, 63.
  LAURAGUAIS (comte de), 188.
  Lauraguais (comt de), 177.
  LAURENS (M. du), mdecin, 8, 15, 208,  la note.
  LAUZER (M. de), premier valet de chambre du roi Henri IV, 19.
  LAUZUN (le petit), 129.
  LAVAL (M. de), 22, 29.
  LA VIGNE, archer arquebusier aux gardes du Roi, 292.
  LEBEAUCLERC. _Voy._ BEAUCLERC.
  LE BLOND, peintre, 222.
  LECOEUR (Mlle), femme de chambre du Dauphin, 19, 147.
  LECOQ (M.), conseiller en parlement, 22.
  LGIER, valet d'Hroard, 247.
  LEMAIRE (Mlle). _Voy._ HLIN (Mlle).
  LENOX (duc de), ambassadeur d'Angleterre, 116.
  LESAGE (le commissaire), 27.
  LESDIGUIRES (M. de), depuis marchal et conntable de France,
    218, 226, 388, 391, 407.
  LE VOY (M.), 402.
  LIANCOURT (Charles du Plessis, seigneur de), nomm _Monsieur le
    Premier_, premier cuyer du Roi, 36, 49, 180, 206, 363, 368, 372.
  LIANCOURT (Henri ou Roger du Plessis-), fils du prcdent, 363, 
    la note; 364, 365, 366, 369, 376, 399.
  LIANCOURT (les enfants de M. de), 49, 50, 195, 206, 338, 341.
    _Voy._ PLESSIS-LIANCOURT.
  LIANCOURT (Mme de), 27.
  LIANCOURT (Mlle de), 27, 50, 338.
  LIBERTAT (Mme de), 376.
  LIGNY (Mlle de), 24.
  LINDRE (le comte de), prince d'Espinoy, ambassadeur de
    l'Archiduc, 11.
  _Lion_, barbet du Roi, 217, 345.
  Lis (abbaye du), 410.
  LISLE (la jeune de), 343.
  LIVRY (sieur de). _Voy._ SANGUIN.
  Loges (les), 136.
  LOMNIE (le jeune), 394.
  LOMNIE (M. de), secrtaire d'tat et du cabinet, 172, 247.
  LOMNIE (Mme de), 21, 252.
  Longboyau, 323.
  Longchamp, 388.
  Longjumeau, 210.
  LONGUEIL (Jean de), seigneur de Maisons, 367.
  LONGUEVILLE (Henri d'Orlans II, duc de), 34, 44, 47, 52, 82,
    117, 141, 188.
  LONGUEVILLE (M. de), 264, 367, 380, 410, 413.
  LONGUEVILLE (Mme de), 33, 146.
  LONGUEVILLE (Mlle de), 384, 390.
  LORME (M. de), 27, 171.
  LORRAINE (Charles II, duc de), 69, 76, 77, 94, 140, 151, 171,
    212, 343, 404.
  LORRAINE (Franois-Alexandre-Paris de), chevalier de Guise, 11.
  LORRAINE (Louis de), abb de Saint-Denis, 11. _Voy._ Saint-Denis.
  LORRAINE (Louise-Marguerite de), 12.
  LOUIS X (_le Hutin_), sa spulture  Saint-Denis, 401.
  LOUIS XII, son portrait en crayon, 289.
  LOUIS XIII, 2-47; sa premire lettre au Roi, 48; 49-66; sa lettre
    au Roi, 67; 68-121; sa lettre au Roi, 122; 123-131; sa lettre au
    Roi, 132; 133-147; sa lettre  la reine Marguerite, 148; 149-155;
    ses lettres au Roi et  la Reine, 156; 157-159; sa lettre au Roi,
    160; 161-168; sa lettre au fils de Mme de Montglat, 169; 170-179;
    sa lettre au Roi, 180; 181-213; ses lettres au Roi, 214, 215;
    216-244; son billet au Roi, 245; 246-295; son billet au Roi,
    296; 297-300; son billet au Roi, 301; 302-336; sa lettre au Roi,
    337; 338-354; sa lettre  la grande-duchesse de Toscane, 355;
    356-363; sa lettre au Roi, 364; 365-407; sa lettre au prince de
    Galles, 408;  la reine d'Angleterre, 409; 410-416; sa lettre au
    prince de Galles, 417; au roi et  la reine d'Angleterre, 418;
    419-436. vers composs par lui, 135; 136-183; sa lettre  la
    Reine-infante, 184; 185-316.
  LOUISE (la petite), fille de la nourrice du Dauphin, 74, 286,
    306, 309, 310, 314, 318, 355.
  Lourcine, 9, 10, 277, 348, 356, 410.
  Louvre (le), 10, 178, 179, 180, 181, 321, 322, 323, 325, 379,
    380, 381, 382, 383, 384, 385, 386, 387, 388, 389, 390, 399, 400,
    401, 405, 410, 411, 412, 413, 414, 415, 416, 417, 418, 419, 420,
    421, 422, 423, 424, 425, 426, 428, 429, 430, 431, 432, 436.
  LUAT (Ange Cappel, sieur du), 99, 218.
  LUSSAN (M. de), 16, 292.
  LUTEAU (Mlle de), 27.
  LUX (baron de), 285.
  LUX (la petite du), 294.
  Luxembourg (htel de ou du), 401, 412.
  LUXEMBOURG (M. de), 15.
  LUXEMBOURG (Mme de), 44.
  LUXEMBOURG (Mlle de), 44.
  LUZERNE (M. de la), 279, 420.


  M

  Mcon (le lieutenant gnral de), 27.
  Madame. _Voy._ LISABETH DE FRANCE.
  Madame (la petite). _Voy._ CHRISTINE ET HENRIETTE DE FRANCE.
  Mademoiselle. _Voy._ VENDME.
  Madrid (maison de), dans le bois de Boulogne, 141, 142, 146, 178,
    388, 413, 421, 433, 434.
  MAINVILLE (M. de), capitaine aux gardes, 137.
  MAISONROUGE, page de Mme de Montglat, 279.
  Maisons, 10, 367, 404.
  MALIGNY (M.), 27.
  MALISSY (Mme de), 28.
  MALLERY, dessinateur et graveur, 91.
  MALLEVILLE (M. de), exempt aux gardes cossaises, 253, 305.
  MALTAIS (le capitaine), 27.
  Mamanga, surnom de Mme de Montglat, 81.
  MANGOT (M.), 399.
  MANOEUVRE (sieur de). _Voy._ HENNEQUIN.
  MANS (vicomte du), 28.
  Mans (ville du), 157, 247, 306.
  MANSAN (M. de), capitaine au rgiment des gardes du Roi, 6, 9,
    23, 62, 75, 107, 115, 122, 123, 129, 130, 131, 148, 151, 152,
    156, 181, 183, 208, 229, 240, 272, 282, 283, 314, 317, 369.
  MANSFELD (comtesse de), 366.
  Mantes, 389.
  MANTOUE (Don Vincentio di Gonzaga, prince de), 350, 351.
  MANTOUE (duc de), 206, 361, 362, 363.
  Mantoue (duch de), 122.
  MANTOUE (lonore de Mdicis, duchesse de), soeur de la Reine,
    203, 205, 211, 212, 351.
  MARCHAUMONT (M. de), 27.
  MAREUIL (Mme de), 429.
  MAREUIL DU VAL (M. de), 10, 402.
  MAREUIL DU VAL (Mme de), 10.
  MARGUERITE DE FRANCE ou DE VALOIS, reine de France, premire
    femme de Henri IV, 140, 141, 142, 144, 145, 146, 148, 153, 163,
    177, 178, 181, 187, 198, 209, 264, 265, 317, 321, 356, 379, 383,
    384, 388, 401, 402, 411, 412, 415, 416, 427, 429, 432.
  MARGUERITE (la petite), nice de Mme Valon, 42, 45, 79, 314, 319.
    _Voy._ VALON.
  MARIE DE MDICIS, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 12, 13, 14, 15, 17,
    18, 19, 20, 21, 24, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 38, 39, 41, 43,
    44, 46, 48, 49, 51, 52, 53, 56, 60, 61, 62, 63, 64, 68, 69, 70,
    71, 72, 73, 74, 81, 83, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 90, 91, 92, 93,
    94, 95, 97, 98, 99, 100, 101, 105, 106, 108, 109, 113, 114, 115,
    118, 119, 126, 127, 133, 134, 135, 137, 138, 141, 142, 143, 144,
    145, 146, 149, 156, 157, 158, 161, 162, 163, 169, 174, 178, 179,
    180, 181, 185, 191, 192, 203, 205, 206, 211, 212, 213, 216, 217,
    218, 219, 220, 221, 224, 225, 226, 227, 229, 230, 231, 233, 247,
    248, 253, 254, 255, 257, 258, 263, 264, 265, 266, 268, 270, 272,
    276, 286, 289, 294, 296, 304, 308, 321, 322, 323, 326, 327, 328,
    330, 332, 333, 334, 336, 337, 340, 341, 343, 344, 345, 347, 348,
    355, 361, 362, 363, 373, 379, 381, 382, 383, 384, 385, 386, 388,
    389, 390, 391, 392, 394, 395, 396, 397, 399, 404, 405, 406, 407,
    410, 411, 412, 413, 414, 415, 416, 419, 420, 421, 422, 424, 425,
    426, 427, 428, 429, 430, 431, 432, 433, 434, 435, 436.
  MARIN, nain de la Reine, 155, 306.
  Marquise (Mme la). _Voy._ VERNEUIL.
  MARSILLY (M. de), matre d'htel du Roi, 409.
  MARTIGUES (Marie de Luxembourg, vicomtesse de), 207, 344.
  MARTIN (Charles ou Jehan), peintre, 44, 71, 117, 119, 143, 187.
  MARTIN (matre), preneur de renards du Roi, 226, 240, 343, 393,
    409.
  MARVILLER (Franois de), sieur de Meninville, capitaine exempt
    des gardes du corps du Roi, 11.
 MASSOIRE (M. de la), 299.
  MATHIOLE, son livre sur l'histoire naturelle, 142.
  MATHURINE, folle de la reine Marie de Mdicis, 56, 69, 198, 226,
    263.
  MATTHIEU (Pierre), son _Histoire de France_, 157, 158, 171.
  Maubuisson, 63.
  MAURE (comte de), 432.
  MAURICE (le comte). _Voy._ NASSAU et ORANGE.
  MAURICE, habitant du Pecq, 151.
  MAYENNE (Charles de Lorraine, duc de), 9, 10, 26, 388.
  MDICIS (don Juan de), 142.
  MDINA-CLI (duc de), 54.
  Melun, 9, 101, 102, 220, 277, 323, 356, 398, 406, 410.
  MENELAY (Claude-Marguerite de Gondi, marquise de), 27, 282, 284.
  MENINVILLE (sieur de). _Voy._ MARVILLER.
  MERCIER (Mlle), femme de chambre du Dauphin, 42, 43, 186, 187,
    197, 299.
  MERCOEUR (Catherine de Lorraine, duchesse de), 207, 344, 397.
  MERCOEUR (Franoise de Lorraine, Mlle de), depuis duchesse de
    Vendme, 207, 344, 347, 348, 354, 355, 377, 397. _Voy._ VENDME.
  Mercoeur (htel de), 413.
  Merlou, 63.
  MRULA, sa _Gographie_, 175.
  Mesdames. _Voy._ LISABETH, CHRISTINE et HENRIETTE-MARIE DE
    FRANCE.
  MESNIL (Mlle du), 10.
  MESNIL (sieur du). _Voy._ SABATHIER.
  Messieurs. _Voy._ VENDME (Csar et Alexandre de).
  Metz (dputs de), 26, 316.
  Meudon, 62, 209, 210, 295.
  Milan, 208, 294, 425.
  Minimes de Vincennes (les), 403.
  _Miraude_, chienne d'Hroard, 242, 247.
  MIRON (M.), prvt des marchands, 82.
  MISTAUDIN, nain du jeune Liancourt, 206, 331, 332.
  MOISSET (M. de), 357,  la note; 389.
  Monceaux, 281, 403, 404.
  Monsieur. _Voy._ ORLANS (duc d'), et GASTON-JEAN-BAPTISTE DE
    FRANCE.
  MONSTIER (Du). _Voy._ DU MONSTIER.
  MONTAFI (comte de), 27.
  MONTAGNE, chevaucheur d'curie, 50, 158.
  MONTAGNE, laquais de Mme de Montglat, 241, 242.
  MONTAIGNE. _Voy._ MONTAGNE.
  MONTAILLER, tailleur de Mme de Montglat et du Dauphin, 198, 199,
    242, 306, 364.
  Montargis, 224.
  MONTAUBAN, payeur des rentes de la ville de Paris, 357. _Voy._
    MOISSET.
  MONTBAZON (M. de), 136, 176, 206, 208, 274, 298, 316.
  MONTECUCULLO (comte de), 52.
  MONTESPAN (M. de), capitaine des gardes, 340.
  Montfaucon, 401, 429.
  MONTFAULCON (M.), beau-frre d'Hroard, 124.
  MONTGLAT (Franoise de Longuejoue, baronne de), gouvernante du
    Dauphin, 4, 6, 9, 10, 11, 12, 15, 16, 17, 19, 20, 21, 22, 24, 25,
    26, 28, 29, 33, 34, 36, 43, 47, 51, 52, 53, 54, 63, 64, 67, 70,
    71, 73, 74, 76, 78, 79, 81, 82, 84, 85, 87, 88, 93, 95, 96, 99,
    100, 101, 104, 105, 107, 112, 113, 115, 116, 117, 118, 121, 123,
    127, 128, 129, 131, 132, 133, 136, 137, 138, 140, 141, 142, 143,
    148, 149, 150, 151, 152, 153, 154, 156, 157, 158, 160, 161, 162,
    163, 164, 165, 166, 168, 169, 172, 174, 175, 176, 177, 179, 182,
    183, 185, 186, 187, 188, 189, 190, 193, 194, 195, 197, 198, 199,
    202, 203, 204, 206, 207, 208, 213, 215, 217, 218, 219, 220, 221,
    228, 229, 230, 231, 233, 234, 235, 240, 241, 242, 244, 245, 247,
    248, 249, 250, 251, 252, 253, 254, 255, 257, 259, 260, 261, 262,
    263, 264, 265, 266, 268, 269, 270, 272, 273, 274, 276, 277, 279,
    281, 283, 284, 286, 287, 288, 289, 290, 291, 292, 293, 294, 297,
    298, 301, 307, 308, 309, 312, 313, 316, 318, 319, 320, 324, 328,
    331, 334, 339, 340, 342, 345, 347, 349, 350, 353, 355, 359, 360,
    363, 364, 365, 371, 373, 374, 378, 383, 406, 411, 414, 415, 417,
    427.
  MONTGLAT (Robert de Harlay, baron de), premier matre d'htel du
    roi Henri IV, 10, 11, 39, 42, 43, 78, 79, 183, 235, 250, 262,
    269, 274, 283.
  MONTGLAT (le baron de), fils des prcdents, 169, 196, 197, 214,
    230, 245, 246, 298, 373.
  MONTGOMMERY (comtesse de), 21.
  _Montgommery (le)_, cheval de bataille de Henri IV, 270.
  MONTHOLON (M. de), 365.
  MONTIGNY (M. de), enseigne-colonelle aux gardes, surnomm
    _Nasica_, 30, 74, 86, 90.
  MONTMARTIN (M. de), 320.
  Montmartre, 430.
  MONTMJAN, soldat aux gardes, 132.
  MONTMERAY (Mme de), 26.
  MONTMERAY (Mme de), religieuse  l'abbaye de Saint-Avit, 26.
  MONTMORENCY (amiral de), 27.
  MONTMORENCY (Charlotte-Marguerite de), depuis princesse de Cond,
    139, 140, 385. _Voy._ COND.
  MONTMORENCY (Henri duc de), conntable de France, 13, 24, 48,
    138, 178, 188, 385, 424.
  MONTMORENCY (Henri II, duc de), fils du prcdent, 47, 138, 139,
    140, 188, 189, 264, 369.
  MONTPENSIER (Henri de Bourbon, duc de), 3, 22, 35, 92, 121, 177,
    189, 192, 211, 308, 359.
  MONTPENSIER (Mme de), 60, 189, 308, 330, 332, 334.
  MONTPENSIER (Marie de Bourbon, Mlle de), 307, 308, 330, 332.
  MONTPEZAT (Mme de), 340, 341.
  MONTS (M. de), 159.
  More (la) de la reine Marie de Mdicis, 28.
  More (le petit), fou du Roi, 218, 225.
  Moret, 220, 222, 275, 324, 325, 393, 394.
  MORET (Antoine de Bourbon, comte de), 264, 275, 324, 325, 341,
    394.
  MORET (Jacqueline de Bueil, comtesse de), 103, 115, 121, 122,
    140, 172, 221, 265, 276, 293, 298, 324, 325, 330, 335, 338.
  MORIN (Mlle), 131.
  MORTEMART (comte de), 365, 369.
  MORTEMART (les fils de M. de), 332, 334, 346, 347, 352, 356.
  MORTEMART (marquis de), 357, 358, 364, 365, 369.
  MOTTE (M. de la), 27.
  Moulins, 196.
  Moulins (dputs de), 55, 56.
  Muette (la), 63, 65, 297, 318, 319, 373, 389.
  MUSTAPHA-AGA, ambassadeur du Grand-Seigneur, 270.


  N

  NANAY (M. de), 21.
  NANGIS (M. de), 348.
  Nantes, 403.
  Nasica, surnom de M. de Montigny. _Voy._ MONTIGNY.
  NASSAU (le comte Maurice de), 152, 352.
  NAUVE (M. de la), conseiller au parlement, 22.
  Nemours, 221.
  NEMOURS (Anne d'Este, duchesse de), 3, 20, 26.
  Nemours (htel de), 387.
  NEMOURS (M. de), 184, 277.
  NERVZE (Antoine de), pote, 139, 145.
  Neuilly, 124, 178, 192, 389, 400, 431.
  Nevers (faences de), 150.
  NEVERS (M. de), 82, 360, 361.
  NICOLA (Jean de), premier prsident de la chambre des comptes,
    7, 278, 357.
  NICOLAS, valet d'Hroard, 246.
  NICOLE, nice de la nourrice de Mme lisabeth, 318.
  NICOLINI (M.), gentilhomme servant de la Reine, 355.
  NOAILLES (M. de), 19.
  Noisy (maison de), 281, 282, 283, 284, 285, 286, 287, 288, 289,
    290, 291, 292, 293, 294, 295, 296, 364.
  NORIS (Milord), 150.
  Normandie (dputs de), 109, 194.
  Normandie (voyage en), 52.
  NORTH (Milord), 150.
  Notre-Dame de Paris (glise de), 430.
  NOUE (M. de la), 135.
  Nourrice du Dauphin (la). _Voy._ JORON (Antoinette).


  O

  OLYVETTE, folle de la duchesse de Bar, 70.
  ORANGE (prince d'), 15, 49, 130, 227, 228, 236.
  ORANGE (princesse d'), 16, 23, 31, 35, 147, 148, 230, 236, 265.
    _Voy._ BOURBON (Mlle de).
  _Oriane_, chienne de Mlle Hroard, 253.
  ORIGNY (M. d'), archer du corps, 305.
  ORLANS (Monsieur, duc d'), second fils de Henri IV et de Marie
    de Mdicis, 258, 259, 260, 262, 263, 264, 265, 266, 268, 277,
    290, 291, 297, 298, 299, 307, 308, 309, 312, 316, 330, 332, 341,
    349, 353, 363, 389, 400, 405, 411, 423, 431, 433.
  ORNANO (marchal d'), 396, 400, 422.
  ORNU (baron d'), 75.
  OSSONE (duc d'), 57.
  Ostende (sige d'), 80, 103, 105, 136.
  OUAILLY (Mlle d'), 24.
  OUTREBON, musicien de la chambre du Roi, 250.


  P

  PAISTRY (M. de), 400.
  Palais de Justice (le),  Paris, 322.
  Palatin du Rhin (l'lecteur). _Voy._ FRDRIC IV.
  PALISSE (Guillaume de la), archer des gardes du corps du Roi, 11.
  Panfou, 398.
  PANJAS (la petite), 230.
  PANJAS (Mme de), dame d'honneur de la duchesse de Bar, 5, 71.
  PAOLO (Jean), sculpteur en cire, 81, 158, 267.
  Pape (le). _Voy._ PAUL V.
  PARDAILLAN-PANJAS (M. de), 42.
  Paris, 21, 30, 34, 35, 36, 38, 39, 41, 42, 44, 46, 49, 51, 62,
    63, 64, 79, 81, 91, 104, 106, 109, 117, 121, 125, 127, 135, 137,
    138, 149, 163, 166, 172, 177, 185, 191, 192, 193, 194, 200, 204,
    205, 217, 231, 232, 233, 252, 265, 266, 277, 286, 299, 338, 344,
    348, 356, 372, 378, 379, 390, 392, 394, 400, 404, 405, 410, 411,
    435.
  Paris (vque de), 27, 291, 292, 295, 298.
  PARRY (Thomas), ambassadeur extraordinaire d'Angleterre, 33, 170.
  PASSAGE (M. du), 23.
  PASSITHEA (la signora), 34.
  _Pataut_, chien du Dauphin, 248, 264, 276, 345, 403.
  PAUL V, pape, 262, 360, 361.
  PAULO. _Voy._ PAOLO.
  PAULO (M. de), prsident au parlement de Toulouse, 56.
  PECHIUS (Pierre), ambassadeur de l'archiduc et de l'archiduchesse
    d'Autriche, 249.
  Pecq (le), 65, 128, 151, 152, 156, 159, 177, 181, 182, 200, 278,
    365, 411.
  PERMISSION (le comte de), 67, 75.
  PERRIRE (le sieur de la), exempt aux gardes, 130.
  PERRON (Du). _Voy._ DU PERRON.
  PESCHIER (Mme du), 340.
  PTAU (M.), conseiller au parlement, 28.
  PETIT (M.), archer des gardes du corps du Roi, 12, 22.
  PETTROUSSE, page de Marie de Mdicis, 221, 243.
  PHLYPEAUX (M.), trsorier de l'pargne, 168.
  PHILIPPE II, roi d'Espagne 426.
  PHILIPPE III, roi d'Espagne, 54, 57, 313, 419.
  PIBRAC, ses _Quatrains_, 173, 189, 205, 217, 225, 260, 285, 286.
  Picarde (la), seconde nourrice de Madame, 185.
  Picpus, 405.
  Pimontais (le), soldat, 318. _Voy._ JEAN-BAPTISTE.
  PIERRE, valet de chambre de M. de Ventelet, 203.
  PIERROT, garon de la chambre du Dauphin, 241.
  PIOLANT (Mlle), 36, 39, 114, 127, 159, 294, 295, 296, 314, 315,
    373, 377.
  PIOMBINO, comdien italien, 353.
  PISANI (M. de), 28.
  PISANI (marquise de), 28.
  Place Royale (la),  Paris, 412, 428.
  Plaisance, 404.
  PLANTARD, horloger d'Abbeville, 2.
  PLASSIN (M.), 60.
  Plessis (le), 323.
  PLESSIS-LIANCOURT (Henri ou Roger du), 363. _Voy._ LIANCOURT.
  Plessis-Saint-Antoine (le), 402.
  PLUVINEL (M. de), 328, 402, 422.
  POINTE (M. de la), archer du corps, 305.
  Poissy, 65, 76, 146, 281, 363, 371, 372, 424.
  Poissy (abbesse de), 360. _Voy._ GONDI (Mme de).
  Poitiers, 20.
  Poitou (voyage en), 23.
  POLET (le capitaine), 76.
  Ponchi, 69.
  PONS (M. de), prcepteur de M. de Verneuil, 402, 410.
  PONS (M. du), premier consul de Montpellier, 150.
  Ponthierry, 390, 410.
  POPHLECH (baron), 43.
  PORTES (Jacques de Budos, baron de), 339, 342.
  POSTECH (le colonel), 37.
  Pougues (eaux de), 31.
  POUILLAY (le sieur de), 417, 423.
  POUSSIN (M.), mdecin du duc de Longueville, 45.
  POYANNE (Mme de), 27.
  PRADEL, joueur de viole, 392.
  PRASLIN (M. de), 116.
  Pr aux Clercs (le), 431.
  PRCY (M. de), 138, 140, 369.
  Premier (M. le). _Voy._ LIANCOURT.
  _Preneurs d'amour_ (ballet des), 397.
  PRESSY. _Voy._ PRCY.
  PRVOST (Daniel), sieur de Bragelongne, archer des gardes du
    corps, 11.
  PRVOST-BIRON (Mlle), 189.
  PRVOST DES YVETEAUX. _Voy._ YVETEAUX.
  Prince (M. le). _Voy._ COND.
  PROUILLY (Mme de), 154.
  _Proverbes de Salomon_, 149, 160, 173.
  Provins, 156, 164.
  PRUNAY (baron de), 35.
  _Psalmes de David (les)_, 20.
  PUGET (M.), trsorier de l'pargne, 22.
  PUSUYNKI (Bartholomo), nonce extraordinaire, 32.


  Q

  QUESNEL, peintre, 21.


  R

  RABOUYN (Hugues), huissier de salle, 204.
  RACAN, page de la chambre, 221.
  RAGNY (M. de), 208.
  RAINEL (marquis de), 190. _Voy._ RENEL.
  RAVAILLAC, 435.
  Ravannes, 394.
  REBOURS (M. de), prsident de la cour des aides, 29.
  RENAUD (M.), procureur du Roi, 356.
  RENEL (marquis de), 291. _Voy._ RAINEL.
  RENOULIRE (Mlle de la), premire femme de chambre de la reine
    Marie de Mdicis, 4, 179.
  REPAIRE (M. du), 380.
  RETZ (Mme de), abbesse de Poissy, 65.
  RHODES (M. de), grand-matre des crmonies, 211.
  RICHARD (le capitaine), 62, 78, 80.
  RICHELIEU (Henri du Plessis, seigneur de), 391.
  Ris, 323.
  RIS (M. de), premier prsident de Rouen, 369.
  RISSAY (M. de), 26, 432.
  RIVES (Isaac de), sieur de la Rivire, archer des gardes du corps
    du Roi, 11.
  RIVIRE (M. de la), cuyer du Dauphin, 433.
  RIVIRE (M. de la), premier mdecin du roi Henri IV, 1, 8.
  RIVIRE (sieur de la). _Voy._ RIVES.
  RIVIRE-DUDRACH (M. de la), 26. _Voy._ DUDRACH.
  ROBERT (le capitaine), 91.
  _Robert_, singe du Roi, 327, 338, 341, 364.
  ROCHE (comte de la), 231, 232.
  ROCHE-D'ANJOU (M. de la), 369.
  ROCHEFOUCAULD (Franois, cardinal de la), 329.
  ROCHEPOSAY (M. de la), 27.
  ROHAN (M. de), 13.
  ROHAN (Mlle de), 382.
  ROISSY (M. de), matre des requtes, 22.
  ROQUELAURE (M. de), 15, 94, 97, 221, 222, 223, 229, 384, 385,
    386, 415, 432.
  Roquette (la), 384, 428, 429.
  Rosny, 30, 198.
  ROSNY (M. de), 19, 30, 32, 38, 66, 67, 71, 78, 81, 86, 94, 124,
    136, 137, 150, 162, 179, 180, 182, 209, 225, 227, 228, 258, 311.
    _Voy._ SULLY.
  ROSNY (Mme de), 124.
  Rouen (archevque de), 154.
  ROUILLRE (sieur de la). _Voy._ LANCELIN.
  Roule (le), 278, 386, 413, 421.
  ROYAN (marquise de), 130.
  Ruel, 32, 144, 357, 363, 389.
  RUMILLY (Mlle de), 22.
  RYECH (le sieur), dput de Zurich, 37, 38.


  S

  SABATHIER (M.), sieur du Mesnil, 47.
  SAINT-ANGEL (M. de), gouverneur de Mcon, 16.
  Saint-Antoine (abbaye du petit), 401, 410, 428.
  SAINT-ANTOINE (M. de), cuyer du prince de Galles, 236.
  Saint-Antoine (porte), 10, 277, 390, 410, 430.
  Saint-Antoine des Champs, 388.
  SAINT AUBIN (M. de), 160.
  SAINT-AUBIN-MONTGLAT (le sieur de), 205.
  SAINT-BLANCART (M. de), 24.
  Saint-Cloud, 11, 34, 81, 82, 138, 278, 289, 321, 357, 379, 390,
    423, 424.
  Saint-Denis, 400, 429, 435.
  Saint-Denis (abb de), 152. _Voy._ LORRAINE (Louis de).
  Saint-Eustache (glise), 429, 430.
  SAINT-FUSSIEN (M. de), conseiller de la cour, 23.
  SAINT-GELAIS (Mme de), 22.
  SAINT-GEORGES (M. de), 286.
  SAINT-GEORGES (le comte Henri de), ambassadeur du duc de Mantoue,
    21.
  SAINT-GEORGES (Mme de), fille de Mme de Montglat, 194, 199, 207,
    309, 325, 326.
  SAINT-GRAN (M. de), sous-lieutenant de la compagnie des
    gendarmes du Dauphin, 55, 93, 248, 324.
  Saint-Germain (la foire), 247, 313, 382, 383, 424, 425.
  SAINT-GERMAIN (M. de), 19.
  SAINT-GERMAIN (M. de), prdicateur, 147, 207.
  Saint-Germain l'Auxerrois (glise), 417, 419, 424, 430.
  Saint-Germain des Prs (abbaye de), 387.
  Saint-Germain des Prs (hpital de), 431.
  Saint-Germain des Prs (verrerie de), 190.
  Saint-Germain en Laye, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20,
    21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36,
    37, 38, 39, 41, 42, 43, 44, 45, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 52, 53,
    55, 56, 57, 60, 61, 62, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 70, 71, 73,
    75, 77, 78, 79, 81, 87, 101, 102, 103, 104, 105, 106, 107, 108,
    109, 112, 114, 115, 116, 117, 118, 119, 121, 122, 123, 124, 126,
    127, 129, 130, 131, 132, 134, 135, 136, 138, 139, 140, 141, 142,
    143, 145, 146, 148, 149, 150, 151, 152, 153, 154, 155, 157, 158,
    159, 161, 162, 163, 165, 166, 168, 169, 171, 172, 173, 174, 175,
    176, 177, 180, 181, 182, 183, 184, 187, 188, 189, 191, 193, 195,
    197, 200, 201, 202, 203, 205, 206, 207, 208, 209, 217, 225, 232,
    233, 270, 276, 277, 278, 279, 280, 281, 296, 297, 298, 299, 300,
    303, 308, 310, 311, 312, 313, 314, 315, 316, 317, 320, 325, 355,
    356, 357, 358, 359, 360, 361, 362, 364, 365, 367, 368, 369, 370,
    371, 372, 373, 374, 375, 376, 377, 378, 379, 383, 385, 386, 388,
    389, 400, 403, 405, 411, 413, 423, 425, 428, 431, 433.
  Saint-Gervais (glise), 417.
  Saint-Honor (porte),  Paris, 278.
  Saint-Jean en l'Isle, 410.
  SAINT-JORY (M. de), conseiller au parlement de Toulouse, 56.
  SAINT-LUC (le fils de M. de), 267.
  SAINT-LUC (Mme de), 397.
  Saint-Marceau (manufactures du faubourg), 431.
  SAINT-MARTIN (le sieur de), 78.
  Saint-Mathurin sur Loire, 149.
  Saint-Maur des Fosss, 272, 401, 402, 403, 404, 405, 406, 427,
    431.
  SAINT-MESMAIN (chevalier de), 27.
  SAINT-MICHEL (le sieur de), gentilhomme ordinaire du Roi, 436.
  SAINT-PRIVAT, page du Roi, 336.
  SAINT-REMI (M. de), conseiller au parlement, 293.
  Saint-Sixte (abbaye de), 291.
  Saint-Victor (abbaye de), 430.
  Sainte Chapelle (la), 180, 427.
  Sainte-Gemme, 69.
  Sainte-Genevive (abbaye de), 430.
  Sainte-Genevive (abb de), 432.
  Sainte Genevive des Ardents, 421.
  SALIGNAC (M. de), 23.
  SALLE (M. de la), 52, 101, 102, 127, 373.
  SALLE (Mlle de la), 52.
  SALOMON, tireur d'armes, 118.
  Saluces (marquisat de), 226.
  Samaritaine (pompe de la), 387.
  SANCY (le chevalier de), 18, 27.
  SANCY (M. de), 23, 24, 26, 28.
  SANCY (Mme de), 26.
  SANGUIN (M.), sieur de Livry, prvt des marchands, 278, 418.
  SARDINI (le jeune), 23.
  SAULT (comte de), 84.
  SAULX (comte de), 271.
  SAUNIER, cuisinier du commun, 163.
  SAURE (comte de). _Voy._ SORE.
  SAUVAT, joueur de paume, 379.
  SAVARON (le prsident), prsident  Clermont, 198.
  Savigny, 82, 83.
  Savoie (ambassadeur de), 348, 408.
  SAVOIE (duc de), 35, 290, 315, 348.
  Savonnerie (la), 432, 435.
  Savoyard (le), valet de M. de Verneuil, 248.
  Saxe (ambassadeur de), 229.
  SCALIGER, son livre des _Exercitations_, 354.
  SCHOMBERG (Ditrich), 21.
  SCHOMBERG (le jeune), 21.
  SCHOMBERG (le sieur de), ambassadeur de l'Empereur, 21.
  SCOEVOLA (Mutius), 406.
  SBASTIEN (don), roi de Portugal, 426.
  Sedan, 176, 179, 182, 186, 214.
  SGUIER (M.), ambassadeur  Venise et prsident au parlement de
    Paris, 13.
  Snart (fort de), 410.
  Sens (htel de), 178.
  SERTA (don Sanches de la), matre d'htel du roi d'Espagne, 54.
  SERVON-MAILLER (M. du), 139.
  SVE (M. de), prsident de la cour des aides, 29.
  SEVIN (M.), matre des requtes, 27.
  SIBILOT, fou de Henri III, 305.
  SILLERY (M. de), 32, 217.
  SILLERY-BRULART (M. de), 25.
  SILLERY-BRULART (Mme de), 25.
  SIMON, comdien italien, 422.
  SOBOLES (M. de), gouverneur de Metz, 22.
  SOISSONS (Charles de Bourbon, comte de), 3, 35, 39, 136, 256,
    391, 414, 416, 421.
  SOISY (Mme de), 152.
  _Soldat_, chien turquet de Henri IV, 327, 332, 342.
  SOMMERIVE (M. de), 82, 277.
  SORE (comte de), grand-cuyer de l'archiduc, 94, 131.
  SOURDAC (M. de), 335.
  SOURDIS (le cardinal de), 259.
  SOUVR (M. de), gouverneur de Louis XIII, puis marchal de
    France, 20, 21, 36, 54, 92, 99, 102, 136, 139, 144, 163, 170,
    172, 177, 179, 180, 181, 209, 213, 217, 220, 233, 251, 271, 274,
    276, 277, 285, 293, 311, 321, 324, 347, 348, 357, 361, 378, 379,
    380, 381, 382, 383, 385, 386, 387, 390, 391, 392, 393, 394, 395,
    396, 397, 399, 403, 404, 406, 407, 408, 409, 410, 412, 413, 416,
    417, 419, 420, 421, 423, 425, 426, 427, 428, 431, 433, 434, 436.
  SOUVR (Mme de), 21, 385, 417.
  STEFANELLO, comdien italien, 353.
  STRALER (Mlle), 180.
  Suisse (ambassadeurs de), 36, 128.
  SULLY (M. de), 198, 199, 228, 259, 270, 322, 323, 344, 345, 364,
    381, 394, 401, 412, 424, 426, 434.
  SULMO (le comte de), ambassadeur de l'lecteur palatin, 19.


  T

  TALON (Louise), fille de la nourrice de Mme Christine, 370, 371.
  TALON (M.), mari de la nourrice de Mme Christine, 371.
  TASSON (le comte Hercole), ambassadeur du duc de Modne, 19.
  TAXIS (Alphonso), ambassadeur en Angleterre, 157.
  TAXIS (Hieronimo), ambassadeur d'Espagne, 23, 48, 54, 61.
  TAXIS (Juan-Baptiste), ambassadeur d'Espagne, 48.
  TERMES (M. de), 21, 36, 48.
  Ternes (les), 386.
  THMINES (M. de), 13.
  THEVET, sa _Carte gallicane_, 164.
  THOMAS, maon, 139.
  THOMAS, suisse de Saint-Germain en Laye, 204.
  THOU (M. le prsident de), 357.
  TIL (Charles du), archer des gardes du corps du Roi, 11.
  TOLEDO (don Pedro de), ambassadeur d'Espagne, 348, 382, 403.
  TORIGNY (comte de), 365, 366, 367, 369, 380, 381.
  TORNABONI (la), fille de la reine Marie de Mdicis, 224.
  TOSCANE (Christine de Lorraine, grande-duchesse de), sa lettre au
    Dauphin, 290, 291,  la note; 323, 355.
  TOSCANE (Cme, prince de), 290, 323.
  TOSCANE (Cme II de Mdicis, grand-duc de), 396.
  TOSCANE (Franois-Marie de Mdicis grand-duc de), 52, 169, 290,
    308, 310, 323, 385.
  TOST (M. du), mari de la nourrice de Madame lisabeth, 243, 282,
    294, 369.
  Toulouse (dputs de), 56.
  TOUN (baron de), grand-marchal de Lorraine, 140.
  TOUR (baron de la), 27.
  TOUR (baron du), 157.
  TOUR (M. de la), 384, 413, 415, 420.
  Tours (archevque de), 27.
  Tragdie anglaise reprsente  Fontainebleau, 88.
  TRELON (M. de), conseiller au parlement de Toulouse, 56.
  TRMOILLE (M. de la), 263, 332.
  TRMOILLE (Mme de la), 130, 141, 332.
  TRESLON (baron de), 28.
  TRESMES (M. de), 424.
  TRESNEL (marquis de), 410.
  TRIMOUILLE. _Voy._ TRMOILLE.
  TROT (Hans), marchal de Clves, 49.
  Tuileries (les), 10, 178, 179, 321, 380, 382, 383, 388, 390, 399,
    414, 415, 421, 428, 430, 434, 435.
  TUILLERIE (M. de la), matre d'htel du Roi, 17.


  U

  UBALDINI, vque de Montepulciano, nonce du pape, puis cardinal,
    317.


  V

  _Vaillant_, chien du Dauphin, 413.
  VAIR (M. du), premier prsident en Provence, puis chancelier, 149.
  VAL (M. le grand-prvt du), 10.
  VAL (Mareuil du). _Voy._ MAREUIL.
  VAL (Mlle du), nice d'Hroard, 371.
  VALE (le sieur de la), 73.
  Valery, 228.
  VALETTE (M. de la), 64, 74, 77, 378.
  Valois (duch de), 177.
  VALON (Mme), 318.
  VALON (Marguerite), 77. _Voy._ MARGUERITE (la petite).
  VALUE (Mlle), 189.
  VARENNE (M. de la), contrleur gnral des postes, 6, 278, 307.
  Vaucresson, 378.
  VAUDEMONT (Franois de Lorraine, comte de), 76, 189.
  Vaugirard, 386.
  Vaugrigneuse, 241, 252, 344, 368, 395.
  VAUX (Mlle de), 365.
  VEILLARD (M.), 291.
  VENDME (Alexandre, chevalier de), nomm d'abord _Alexandre
    Monsieur_, puis _M. le Chevalier_, 19, 25, 33, 39, 42, 45, 47,
    49, 51, 62, 68, 69, 70, 87, 89, 107, 112, 115, 116, 122, 126,
    127, 137, 144, 151, 161, 172, 183, 188, 189, 201, 204, 205, 207,
    227, 229, 237, 240, 241, 243, 244, 245, 251, 252, 253, 261, 263,
    264, 266, 287, 298, 318, 319, 321, 332, 334, 335, 338, 340, 341,
    346, 369, 383, 386, 387, 388, 393, 394, 421, 426, 428, 433.
  VENDME (Catherine-Henriette, nomme Mlle de), depuis duchesse
    d'Elbeuf, 19, 25, 28, 49, 51, 68, 69, 70, 74, 79, 87, 104, 126,
    151, 158, 161, 163, 173, 187, 188, 202, 207, 225, 229, 253, 264,
    275, 277, 280, 291, 293, 296, 313, 315, 318, 319, 321, 323, 335,
    338, 347, 348, 354, 358, 363, 366, 367, 373, 376, 377, 381, 382,
    425, 426.
  VENDME (Csar, duc de), 33, 49, 69, 73, 83, 87, 93, 98, 121,
    144, 161, 174, 178, 180, 181, 185, 191, 192, 206, 227, 261, 298,
    311, 319, 321, 328, 329, 335, 338, 341, 344, 347, 348, 354, 378,
    383, 397, 402, 403, 414, 422.
  VENDME (Franoise de Lorraine, duchesse de), 402.
  VENDME (Mme de), 382.
  Venise (ambassadeurs de), 33, 50, 55, 155, 322, 361, 362, 418.
  VENTADOUR (duc de), 14, 138, 139, 340.
  VENTELET (M. de), matre d'htel du Dauphin, 19, 76, 77, 108,
    123, 140, 149, 168, 185, 190, 233, 240, 283, 300, 304, 306, 334,
    343, 349, 354, 355, 362, 376, 379, 388.
  VENTELET (Mlle de), 34, 50, 66, 100, 120, 123, 144, 174, 185,
    196, 215, 219, 234, 282, 291, 319, 327.
  VERDELET, valet de pied du Roi, 377.
  Verdelet (jeu de paume du), 399, 415.
  VERNAY (M. du), prcepteur du petit Liancourt, 368, 371, 378.
  Verneuil, 12, 17, 20, 219.
  VERNEUIL (Catherine-Henriette de Balsac, marquise de), 14, 18,
    30, 34, 45, 46, 49, 53, 75, 76, 81, 102, 116, 122, 159, 171, 197,
    341, 426, 429, 433.
  VERNEUIL (Gabrielle-Anglique, Mademoiselle de), fille de la
    prcdente, 72, 74, 115, 161, 185, 199, 277, 298, 318, 321, 370,
    425, 426.
  VERNEUIL (Gaston-Henri, chevalier, puis duc de), frre de la
    prcdente, 45, 46, 72, 73, 75, 83, 92, 101, 103, 107, 112, 114,
    115, 117, 121, 130, 132, 142, 143, 144, 159, 162, 165, 166, 172,
    173, 181, 183, 185, 186, 188, 189, 191, 193, 195, 199, 204, 206,
    219, 227, 230, 236, 241, 242, 243, 251, 262, 277, 280, 282, 283,
    284, 288, 297, 298, 300, 305, 312, 315, 316, 318, 321, 322, 323,
    326, 331, 332, 341, 342, 344, 347, 354, 355, 356, 366, 369, 377,
    383, 394, 402, 410, 426, 436.
  Verrerie (la), 321.
  Versailles, 61, 283, 379.
  Vsinet (le), 65, 298.
  VIC (M. de), 23, 36, 157, 171, 341, 342, 346.
  VIDO (M.), mdecin, 8.
  Vienne (archevque de), 36.
  VIEUXPONT (Mme de), 14.
  VILAINES (M. de), 394.
  VILETTE (Mme de), 21.
  VILLARS (Jrme de), archevque de Vienne, 36.
  VILLARS (M. de), gouverneur du Havre, 12.
  VILLARS (Mme de), 12.
  VILLEGOMBLIN (Mme de), 22.
  Villejuif, 82, 112, 385.
  Ville-l'vque (la), 384, 390, 412, 435.
  Villeneuve-Saint-Georges, 10, 277, 410.
  Villepreux, 36, 284, 285, 289, 290.
  VILLEREAU, page du Roi, 336.
  Villeroy, 83, 210, 343.
  VILLEROY (M. de), 15, 85, 345.
  Villers-Cotterets, 50.
  VILLESERIN (M. de), cuyer servant de la reine Marie de Mdicis,
    39.
  VILLIERS-HOTMAN (Mlle de), 154.
  Vincennes, 386, 401, 402, 403, 404, 405, 414, 430.
  VIOLETE (M. de la), 27.
  VION (M.), matre des comptes, 22.
  VIS (comte de), ambassadeur extraordinaire du duc de Savoie, 34,
    35.
  VITRUVE, son livre des btiments, 132, 153,  la note; 183, 299,
    301, 314.
  VITRY (M. de), 22, 218, 351, 403.
  VITRY (Mme de), fille de Mme de Montglat, 75, 183, 194, 280, 283,
    286, 301, 307, 318, 338.
  VITRY (la petite), 279, 312, 313, 314, 315, 316, 318, 320.
  VOISIN (M.), 428.
  VOULTE (comte de la), 138, 140, 364, 365, 366, 367, 369, 371,
    376, 394, 399.


  W

  WARAMBON (comte de), 16.
  WITTEMBERG (prince de), 347.


  Y

  Yres (rivire d'), 410.
  YVETEAUX (Mlle Prvost des), 131.
  YVETEAUX (Nicolas Vauquelin, sieur des), prcepteur de Louis XIII,
    386, 387, 393, 394, 397, 403, 404, 405, 406, 407, 409, 426.


  Z

  ZAMET (M.), 6, 10, 20, 36, 84, 87, 222, 223, 226, 255, 344, 407,
    426.


FIN DE LA TABLE ALPHABTIQUE DU PREMIER VOLUME.






End of the Project Gutenberg EBook of Journal de Jean Hroard, tome 1/2
(1601-1610), by Jean Hroard

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JOURNAL DE JEAN HROARD, TOME 1/2 (1601-1610) ***

***** This file should be named 45031-8.txt or 45031-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/4/5/0/3/45031/

Produced by Hlne de Mink, Hans Pieterse and the Online
Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
book was created from images of public domain material
made available by the University of Toronto Libraries
(http://link.library.utoronto.ca/booksonline/).)


Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
