Project Gutenberg's L'Illustration, No. 1596, 27 Septembre 1873, by Various

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Title: L'Illustration, No. 1596, 27 Septembre 1873

Author: Various

Release Date: November 19, 2014 [EBook #47395]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 1596, 27 ***




Produced by Rnald Lvesque








L'ILLUSTRATION
JOURNAL UNIVERSEL

31e Anne.--VOL. LXII.--1596
SAMEDI 27 SEPTEMBRE 1873

[Illustration.]

Prix du numro: 75 centimes
La collection mensuelle, 3 fr.; le vol. semestriel,
broch, 18 fr.; reli et dor sur tranches, 23 fr.

Abonnements
Paris et dpartements: 3 mois, 9 fr.;--6 mois,
18 fr.;--un an, 36 fr.; tranger, le port en sus.

[Illustration: M. COSTE.
D'APRS LA PHOTOGRAPHIE DE M. REUTLINGER.]



SOMMAIRE

        TEXTE

        Histoire de la semaine.
        Courrier de Paris, par M. Philibert Audebrand.
        Les Thtres, par M. Savigny.
        Bulletin bibliographique.
        Nos gravures.
        Les dix-huit rgions militaires par M. Wachter.
        Revue comique du mois, par Bertall.
        La libration du territoire (fin).
        Revue financire: Le Crdit foncier suisse.
        Eaux gazeuses: M. Mondollot fils.

        GRAVURES

        M. Coste.
        L'vacuation: Le dernier bataillon allemand passant la frontire.
        Espagne: La place du march  Valence;
        Le bombardement d'Almeria;
        Les carlistes devant Tolosa;
        Vue gnrale de Bilbao.
        Types et physionomies de Paris; Le cavalier du dimanche.
        Revue comique du mois, par Bertall.
        Exposition de Vienne: Appareil pour la fabrication des eaux
        gazeuses. Rbus.


HISTOIRE DE LA SEMAINE

FRANCE

Le voyage  Frohsdorf d'une dlgation de la droite ayant pour but de
mettre fin aux incertitudes qui planent depuis deux mois sur les
rsolutions du comte de Chambord, vient d'tre pleinement confirm. Ce
sont MM. Merveilleux-Duvignaux et de Sugny qui ont t choisis comme
ambassadeurs; les deux honorables dputs doivent, disent les journaux
bien informs, rendre compte de leur mission aux dlgus du centre
droit de manire  raffermir les esprances de ceux qui croient que le
salut de la France est dans le rtablissement prochain d'un rgime
dfinitif.

En attendant, nous devons nous contenter d'un rcit de l'entrevue publi
par le Times et qui, bien que visiblement erron sur certains points,
n'en est pas moins accept comme exact dans ses traits principaux. Voici
ce rcit:

MM. Merveilleux-Duvignaux et de Sugny, qui sont alls  Frohsdorf et
dont on a tant parl depuis quelques jours, sont de retour. Comme ce
voyage donnera lieu  beaucoup de rcits, il est essentiel d'en faire
connatre les dtails authentiques et d'tre exactement renseign sur ce
qui s'est pass.

Voici, d'aprs les renseignements les plus certains, le rcit des
entrevues qui ont eu lieu entre les dlgus et le comte de Chambord:

MM. Merveilleux-Duvignaux et de Sugny ont eu deux entrevues avec le
prince. Dans la premire, ce sont eux seuls qui ont parl. Ils ont
dclar au comte de Chambord qu'ils n'avaient pas  lui poser un
ultimatum, et que leur mission consistait  lui exposer la situation
actuelle relle, telle qu'elle ressortait des runions tenues 
Versailles; ils ont attir son attention sur la question religieuse, sur
la Constitution et sur le drapeau.

Le lendemain ils ont eu une seconde entrevue, dans laquelle le comte de
Chambord a parl. Le comte les a remercis de leur expos et de ne pas
s'tre chargs d'un ultimatum. Il s'est montr trs-affect des efforts
de ses adversaires pour faire croire que son retour serait le signal
d'une guerre religieuse. Il a dclar qu'il considrait que la politique
de la France devait tre une politique de paix et de recueillement, et
que, tout en tant un catholique convaincu, il ne se croyait pas en
droit d'engager les destines de la France pour une cause, quelque
sacre qu'elle ft  ses yeux.

Sur la question de la Constitution, le comte de Chambord a dclar
qu'il n'avait nullement l'intention d'octroyer une Charte, pas plus
qu'il n'avait l'intention de gouverner le pays au moyen d'une
Constitution quelconque. Il a donn  entendre que la Charte de 1814,
approprie aux circonstances actuelles et dbattue avec l'Assemble, lui
semblait pouvoir satisfaire tout le monde. Il a pourtant ajout que, sur
la question du suffrage universel et de la dcentralisation, il avait
des ides qu'il n'abandonnerait qu' son corps dfendant.

Quant  la question du drapeau, le comte de Chambord n'a pas paru y
attacher toute l'importance qu'elle comporte. Tout ce que les dlgus
ont pu dire, c'est qu'un arrangement tait possible, pourvu que le comte
de Chambord dclart que c'tait cette Assemble et non pas une autre
qui ferait la monarchie. Les dlgus ont repris: Cette Assemble ne
fera jamais la monarchie sans le drapeau tricolore. Le comte de Chambord
a ajout: Je n'en sais rien.

Dans les cercles bien renseigns, on conclut de ces informations que le
comte de Chambord publiera avant la rentre un Manifeste conciliant et
libral.

Parmi les inexactitudes manifestes de cette relation, il en est une que
l'agence Havas relevait ds le lendemain de son apparition, c'est celle
que contient le paragraphe relatif au drapeau. Je le sais, et non pas
Je ne sais, aurait rpondu le comte de Chambord aux dlgus qui lui
faisaient observer que jamais l'Assemble ne ferait la monarchie sans le
drapeau tricolore. Mais c'tait l un lapsus du traducteur, et il
demeure avr que, quant au fonds et dans son ensemble, le rcit du
journal anglais est exact. On ajoute que le comte de Chambord ne
tarderait pas  publier un manifeste conciliant et libral.

Nous avons tenu  enregistrer ici le texte mme du Times; comme
toujours, les dductions qu'en tirent les journaux sont fort exagres,
soit dans un sens, soit dans un autre; quelque importantes que soient,
en effet, les dclarations qu'on vient de lire, elles sont trop
gnrales pour n'tre pas en mme temps un peu vagues, et laissent dans
l'obscurit plus d'un point d'une importance capitale. Cela n'empche
pas quelques journaux de considrer ds  prsent comme complet le
succs de la campagne fusionniste, et de s'crier que la Rpublique est
bien dcidment morte et enterre, comme le fait notamment le Soleil,
en ces termes: La France est en train d'assister  un spectacle qui
l'intresse vivement. Quelqu'un va mourir chez elle dont la clientle
est trs-affaire. Ce quelqu'un est la Rpublique. Il est vrai que
les organes officieux du centre droit, le Franais en tte, se
montrent beaucoup plus rservs, et ce journal parat avoir un sentiment
plus exact de la situation, lorsqu'il dit, par exemple, qu'il n'y a pas
de gouvernements qui soient par eux-mmes le salut, pas de princes qui
soient  eux seuls des sauveurs.



COURRIER DE PARIS

On ne chasse pas qu' Ferrires chez le baron de Rotschild; on ne chasse
pas seulement non plus  Chantilly, chez le duc d'Aumale. Il n'y a plus
 l'heure qu'il est, depuis l'vacuation, un seul dpartement o on ne
batte les buissons. Consquences logiques: Paris ne se nourrit plus
gure que de venaison. Le gibier pleut autour de nous. Les wagons de fer
en charrient des monceaux. Un faiseur de statistique, dilettante des
halles, fournit des chiffres  ce sujet. Chaque jour, 153,000 francs de
gibier  plume; plus, 125,000 fr. de gibier  poil.

J'ai parl d'un statisticien. L'espce abonde en indiscrets. Tout homme
qui fait profession de grouper des chiffres ne cherche qu' dcouvrir,
des pot-aux-roses. Celui-l agite une question assez neuve, presque
impertinente. Il s'agit du gibier confisqu. En dpit de la vigilance
exerce par le comte de Nicola, le braconnage s'exerce toujours en
grand chez nous. Tous les ans, les chasseurs sans permis abattent plus
de 500 mille pices, petites et grandes, ce qui est bien quelque chose.
Mais  bon rat, bon chat. Sur le nombre, on fait aussi une assez belle
rafle; on parvient  saisir un bon tiers du gibier des dlinquants, un
gibier qui a la saveur du fruit dfendu.

Ce butin, que devient-il? Qu'en fait-on? Il est stipul dans la loi sur
la chasse que chacune des pices sera l'aubaine des hpitaux. Telle est
la question que dbat l'indiscret. Va-t-il rellement aux hospices ce
gibier confisqu? Cherchez, regardez par vous-mme, informez-vous. Il
est sans exemple qu'on ait vu un lapin de venaison dans un hpital. Qui
a jamais rencontr un malade de l'Htel-Dieu piquant du bout de sa
fourchette une hure de sanglier ou un convalescent de la Piti suant le
jus d'une gelinotte? Encore un coup, o tout cela va-t-il? L'homme aux
chiffres a l'air de le savoir, mais il n'ose pas le dire nettement.
C'est qu'il y aurait des braconniers, du braconnage.

Le Congrs des Orientalistes vient de clore ses travaux pour 14873; il
s'ajourne  septembre prochain, dans Londres, attendu qu'il ne peut tre
tenu deux sessions successives dans le mme pays. Messieurs les
Orientalistes ne s'occupent pas uniquement de choses parasites ou
oiseuses, comme on l'avait suppos. Ils ne recherchent qu'accessoirement
si Cakya-Moisni avait rellement un oeil bleu et un oeil noir; les
choses usuelles figurent volontiers parmi les thses qu'ils tudient.
Par exemple, la gographie de l'extrme Orient, encore si peu connue,
est un des objets qu'ils traitent de prfrence. Ils ne ddaignent pas
non plus de descendre  des dtails de floriculture et, en mme temps, 
la grande affaire de l'acclimatation en Occident des gallinacs du
Japon.

Il faut bien le dire, le Japon a t le point de mire le plus souvent
vis par les honorables savants. C'est dj considrable le nombre de
japonistes qu'il y a dans leur sein. Il y a quinze ans, le vent tait
pour les sinologues. Pourquoi la Chine a-t-elle baiss dans l'estime de
la science? C'est ce que je ne saurais dire. Voil que le japonisme
absorbe tout. Dans la foule des discoureurs sur le Nippon et son idiome,
on a mme remarqu un lettr japonais, un Oriental couleur pain d'pice,
l'honorable M. Imamura, qui, dans un franais trs-lucide, a prononc un
discours sur les effets de la doctrine de Confucius introduite dans son
pays. Cette allocution a t coute avec une attention voisine de
l'enthousiasme. S'il y avait eu dans la salle une panoplie de sabres et
de poignards, plus d'un auditeur aurait pu s'ouvrir le ventre en signe
d'assentiment.

Cependant la femme japonaise a t mise le tapis, peut-tre trop
inconsidrment. M. F. Madier de Montjau, qui est all l'tudier sur les
lieux, affirme qu'elle est libre, licencieuse mme. D'autres ont soutenu
la mme assertion. De l, grande mle oratoire. Un peu plus, on se
prenait aux cheveux. Il a fallu clore ce dbat qui n'tait dj plus en
harmonie avec la gravit du Congrs. Un orateur a fait pourtant une
remarque digne d'tre relate; c'est que, si la race d'Adam vient 
perdre ses cheveux, comme la chose a l'air d'tre probable, on les
retrouvera dans la branche des Japonaises. Dj, en 1840, M. de Balzac,
parlant des femmes du Japon, d'aprs M. de Bocarm, son ami, disait:
Les cheveux les plus solides et les plus beaux du monde sont chez
elles. En 1867, lors de l'Exposition universelle, il y avait un
compartiment pour le Japon. C'tait une sorte de petit salon o l'on
voyait dix Japonaises grattant une guitare sur des sophas. On courait
les voir.

--N'y allez donc pas si vite, disait Henri Monnier: ce sont des
Japonaises qu'on a prises  Villejuif ou au Gros-Caillou.

Autre histoire.

Elle s'est passe  Paris, c'est une lgende du Ranelagh, qui a gay
autrefois les premires annes du rgne de Louis-Philippe.

Un lord francis avait donn  une jeune et jolie femme un brougham
jaune, deux gris-pommels et un cocher habill en vert. C'tait la
premire voiture. Vous pensez si la belle en tait heureuse! Le jour o
elle lui fut amene, elle en usait et en abusait en femme qui ne savait
pas ce que c'tait. Elle s'tait promene dans sa voiture, du matin au
soir. A la fin du jour, aprs dner, elle s'tait fait conduire au bal
du Ranelagh, le Mabille de ce temps-l.

A onze heures du soir (il faisait beau, par hasard), elle grignotait une
glace  la framboise et des biscuits de Reims. Le cocher n'avait rien
pris depuis le matin; il tombait d'inanition. Quant aux deux chevaux, la
tte basse, l'estomac creux, ils se plaignaient moins haut, mais ils
crevaient autant de faim que leur infortun conducteur.

A la fin, Dominique (c'tait le nom du cocher) prit un parti violent. Il
s'lana dans la salle du bal, pntra jusqu' sa matresse, lui exposa
la dtresse des gris-pommels, et attendit.

--Comment! s'crie la jeune femme, les pauvres btes sont  jeun depuis
si longtemps! Je les plains de tout mon coeur. Tenez, Dominique,
portez-leur, s'il vous plat, cette glace et ces biscuits.

Gavarni, si grand philosophe le crayon  la main, avait dessin, un
jour, dans des Androgynes, la silhouette d'une affreuse vieille, jolie
mondaine d'autrefois, qui, pendant ses beaux jours trop vite passs,
avait eu non pas une, mais dix voitures. Esquisse instructive mais
lamentable! En guise de moralit, il ne faut pas oublier non plus ce
qu'on a entendu dire  Mlle Flore, des Varits, si justement applaudie
jadis dans les Saltimbanques. La pauvre actrice tait alors
sexagnaire et relgue parmi les pitons.

--J'ai eu une voiture, moi aussi; de beaux chevaux, un cocher qui ne se
grisait pas trop, un chasseur vert  paulettes d'or qui n'tait qu'
moiti impoli, mais je n'ai pas su garder le foin, l'avoine et la cire 
moustaches de toutes ces btes-l, et je vais en omnibus!

Il est un fait bien plus actuel et cent fois plus parisien que tout ce
qui prcde; c'est la retraite de Jules Janin. Aprs quarante-deux ans
d'un prodigieux travail, le charmant crivain se tait sur les thtres.
Il quitte ce Journal des Dbats qu'il a tant illustr de sa prose
tincelante. S'il faut le dire, a t un grand tonnement. Ceux qui
lisaient l'homme sans le voir de prs se sont dit: Mais pourquoi cette
retraite?

En quoi a-t-il vieilli? Tel il tait le premier jour, tel il est encore.
L'esprit de sa critique, la forme si originale de sa parole, ses
portraits, ses pisodes, ses anecdotes, rien de tout cela n'a subi les
rudes atteintes du temps. Ils disaient vrai. Cependant pour les amis de
Jules Janin, pour ceux qui sont admis  aller voir dans le petit chalet,
de Passy, ce Tibur in-trente-deux qu'il a dessin et embelli, cette
aspiration au repos a son excuse.

Jules Janin, nul ne l'ignore, n'a pas cess d'tre jeune; mais la goutte
le cloue sur un fauteuil. Elle lui dfend de sortir. Impossible de
s'carter du jardin. Impossible d'aller au thtre. Il ne saurait plus
aller mme  la maison de Molire, cet abri du beau style qu'il aimait
tant et en l'honneur duquel il a us tant de plumes et dessch tant de
bouteilles d'encre. Pendant plusieurs annes, les dernires, sa femme,
ses amis, le menaient en voiture au Thtre-Franais. A peine entr, on
l'entourait. Les contemporains et les plus jeunes s'arrondissaient en
couronne autour de lui; c'tait  qui le saluerait et lui serrerait la
main. Mais que vous dire? Voil que le mal ne permet plus ces chappes.
Dites adieu  ces soires littraires.

Il faut demeurer au chalet o, par bonheur, les soins touchants ne lui
manquent pas. Mais j'avais  noter pour quel motif rel Jules Janin
s'est retir. Sans la goutte, il serait encore sur la brche. Dieu
merci, la tte, le coeur, l'oeil, la parole, la main, l'inpuisable
bienveillance, tout cela est toujours et sera longtemps encore plein de
jeunesse. Aussi n'abandonne-t-il pas les lettres, ce lettr plein de
passion. Il fera des livres,  l'ombre de ses arbres, l't; au coin du
feu, l'hiver. Seulement il ne sera plus journaliste.

Ne plus tre journaliste, croyez que c'est pour lui le chagrin le plus
vif. L'auteur de Barnave sait tre conteur, historien mme. Il est
humoriste, il est savant, quand il le faut. Il s'entend  traduire le
latin en franais mieux qu'aucun autre. Il a popularis Horace. Il a
fait revivre Ovide, il a pris les pigrammes de Martial, une  une, pour
en faire une curieuse biographie du pote de Bilbilis. A l'heure mme o
je vous parle, il traduit en prose les glogues de Virgile, et il y a
six ans que ce travail le captive, car vous le savez, le vin pur des
vers du Mantouan n'est pas aussi facile qu'on le croit  transvaser de
sa langue dans la ntre. Il fait donc tout cela, et des contes, et des
commentaires. Il fera aussi, je l'espre, et je le lui ai demand, un
volume de Souvenirs, de ceux qu'il raconte avec un si puissant attrait
quand la goutte lui laisse du rpit. Mais avant tout, mais surtout,
Jules Janin aura t journaliste. C'tait pour cette raison qu'ils
s'taient lis d'amiti, lui et Armand Carrel, ce brillant chevalier de
l'ancien National. C'est pour mriter ce titre de journaliste qu'il a
protest, il y a vingt-cinq ans, dans la Revue de Paris, contre le
Grand homme de province au moyen duquel H. de Balzac calomniait la
petite presse. C'est pour le mme motif qu'il a engag, en 1843, avec
Alexandre Dumas,  propos des Demoiselles de Saint-Cyr, une brillante
polmique o il devait avoir le dernier mot. C'est en raison du mme
point d'honneur  soutenir qu'il a eu un duel avec Capo de Feuillade, un
procs avec Flix Pyat, une passe-d'armes avec Nestor Roqueplan, une
querelle d'un jour avec George Sand, une bouderie constante, je pourrais
dire une guerre de tous les instants, avec l'empire.

Cet empire, qui paraissait faire trembler l'Europe, hlas! tremblait
devant une critoire, la premire venue. Il exilait, il emprisonnait, il
ruinait, il fltrissait les journalistes, et Jules Janin, pareil  ce
personnage de Shakespeare qui, rien qu'avec un brin de paille, perait
l'armure de fer d'un tyran, frappait l'empire et tonnait l'empereur,
qui n'a jamais pu russira l'avoir au nombre de ses courtisans. Vous
rappelez-vous les Mres Repenties, un beau drame de Flicien
Mallefille? On voulait l'interdire, ce drame, parce que l'auteur tait
un rpublicain avr; Jules Janin, royaliste de vieille date, intervient
et, dans son feuilleton, en vrai journaliste, il fit voir tout ce qu'il
y avait de grand, de moral, de viril et de noble dans cette pice, et la
censure se tut.

--O Dieux! s'criait-il, vous savez si j'aime et si j'honore en toutes
sortes de reconnaissance et de respect la profession qui me fait vivre;
elle est toute ma vie et toute ma fortune; elle est ma force et mon
oeuvre, et ma fte de chaque jour; mais s'il me fallait renoncer  mon
camarade,  mon ami,  mon pote; s'il me fallait jeter la haine et le
fiel sur tout ce qui ressemble  la vie, au mouvement, au style, 
l'invention, au bel esprit,  la vertu; s'il me fallait peser dans la
mme balance et Virgile et Racine, l'affranchi Narcisse et Lucain tu
par Nron; si j'tais forc d'couter, impassible et muet, les oeuvres
des esprits que j'aime et des talents que j'honore, et n'applaudir
personne, et n'aimer personne, et ne m'incliner devant personne, et
contempler les riens du jour pour toute compensation, j'aimerais mieux
briser ma plume et renoncer au mtier qui me dfendrait d'aimer et
d'admirer mes amis!

J'aurais eu encore beaucoup  dire, vous le devinez, sur cet vnement,
la retraite de Jules Janin. Mais le papier fuit sous ma plume, et il
faut savoir se borner.--Jules Janin, au reste, a trouv dans le journal
la rcompense de son opinitre fidlit.

Un jour, peu aprs la rvolution de Fvrier, il habitait encore la rue
de Tournon. Il voit entrer tout  coup chez lui un homme ple, effar,
tout dpays. C'tait un ambassadeur que le mouvement nouveau venait de
renverser; c'tait un trs-bel esprit, un critique, un conteur qui avait
couru aprs les grandeurs et qui tombait du haut de son pidestal.

Jules Janin tendit la main  Love-Veimars, le brillant auteur du
Npenths, l'ancien consul de Bagdad.

--Vous tes toujours rose, Janin, vous tes toujours gai! On voit bien
que les rvolutions ne vous atteignent pas.

Les rvolutions ne m'atteignent pas, elles ne m'atteindront jamais,
rpondit philosophiquement le journaliste, parce que je ne serai jamais
assis que sur cette chaise d'o j'cris mes feuilletons.

Philibert Audebrand.



LES THTRES


Thtre-Franais.--Phdre.

Le Thtre-Franais a jou Phdre. Je n'aurais pas parl de cette
reprise si je n'avais  rendre compte que des interprtes actuels de ce
chef-d'oeuvre. Peu proccup des acteurs qui me laissaient indiffrent,
non  la tragdie de Racine, mais  sa reprsentation, je suivais
l'autre soir les mouvements du public, et je cherchais  me rendre
compte de ses trs-sincres applaudissements. Il faut dire toute la
vrit.

Mlle Rousseil, qui jouait pour la premire fois le grand rle de Phdre,
est compltement insuffisante, l'actrice est crase sous une aussi
grande tche. La voix est sans accent tragique, sans puissance
dramatique. Elle ne donne aucune note de ce rle merveilleux qui
parcourt toutes les passions, dans les nuances infinies de l'amour, de
la jalousie, du remords ou de l'effroi. Le geste est sans dignit, sans
grandeur; la physionomie s'immobilise et  peine un clair du regard
l'illumine-t-elle de temps  autre. L'actrice dit le texte dans une
dclamation correcte sans en faire jaillir la puissance. Pourtant la
salle l'a salue plus d'une fois de ses bravos et s'est dclare de la
sorte absolument satisfaite. Le spectateur est de trs-bonne foi dans
son enthousiasme, il le tmoigne et il a raison. Si je n'avais pas vu
Mlle Rachel, si je n'avais pas entendu, comme si la tragdienne, et t
encore sous mes yeux, les grands accents tragiques pleins d'un amour
mortel et d'une douleur antique, si je n'avais pas t instruit par un
interprte de gnie des incomparables beauts de ce rle, j'aurais fait
comme mes voisins et j'aurais acclam la Phdre nouvelle.

Pour peu que le comdien ait quelque valeur, le public ne prend que ce
qu'il lui donne. Il ne voit pas par-dessus facteur et au del.
Impressionnable comme il est, il se contente de l'motion reue, sans se
demander s'il est en droit d'exiger une motion plus grande encore, et
il ne se fait pas mme l'ide d'une supriorit. Il accepte bien, comme
vrai, ce qu'on lui dit du comdien d'autrefois, mais il ne voit, lui,
que le comdien du prsent, et il reste dans son admiration tant qu'un
talent minent ne lui apprend pas  rejeter ses faux dieux. Voil
pourquoi facteur n'a rien  craindre des comparaisons du pass. Quelques
spectateurs s'en souviennent, mais la salle, qui s'est renouvele, ne
pouvant faire ces dangereux rapprochements, coute et applaudit. En quoi
le public n'a pas tort. Ce qui fait qu' dfaut de Mlle Rachel, Mlle
Rousseil est une tragdienne.

Mlle Sarah Bernhardt dbite de sa jolie voix, musique dlicate et
plaintive, le rle de la tendre Aride. Mlle Sarah Bernhardt a trouv
dans cette lgie l'occasion d'un nouveau succs, moins grand il est
vrai que celui qu'elle a obtenu dans Andromaque, mais la faute en est 
Racine; il est vrai que la jeune tragdienne murmure la premire partie
de son rle sur une note endormie trop longtemps tenue, mais elle se
rveille en quelques endroits. Cette voix chanteuse trouve alors tout
son charme et toute sa posie.

M. Mounet-Sully est un Hippolyte d'une belle tournure, fort bien costum
avec l'lgante dsinvolture des phbes antiques, dont la belle voix,
dans le registre intermdiaire, donne avec un grand bonheur d'expression
quelques-uns des vers du tendre fils de Thse; il force bien de temps 
autre l'expression de sa figure et revient aux effets d'Oreste, comme 
ses premires amours de tragdie, mais qu'importe! il y a l'toffe d'un
vrai tragdien dans M. Mounet-Sully.  mon avis, le meilleur interprte
de Racine est cette fois Mme Guyon, qui a fait de ce rle si effac
d'OEnone, un personnage des plus saisissants et des plus dramatiques.


Thtre du Vaudeville.

Aline, drame en un acte et en vers, de MM. Hennequin et
Silvestre.--La Chambre jaune, comdie en un acte, de M. de la Rounat.

Quand j'aurai dit qu'Aline, joue au Vaudeville, contient de beaux
vers, de trs-beaux vers, je crois que j'aurai rendu compte du drame de
MM. Hennequin et Silvestre. Il me semble que les auteurs, gens de
talent, n'ont eu en vue qu'une seule scne, dans laquelle rsonnent
leurs vers d'une facture trs-solide et trs-nerveuse. Aussi a-t-elle
une grande chaleur et un grand mouvement. On ne l'a pas assez applaudie
 mon avis. La faute en est au drame trop serr et trop douloureux, et
surtout  ce personnage de Vincent, ce rpublicain ambitieux et  l'me
basse, qui a recherch Aline dans une noble maison, pour en faire sa
femme, en se donnant ainsi une fortune et des aeux et qui, les
vnements changeant, demande contre elle le divorce pour affirmer son
civisme et s'assurer les bonnes grces de la Convention. C'est trop! il
est impossible ds lors de surmonter le dgot que fait natre un tel
caractre. Sa mort volontaire ne peut mme le racheter, et un tel
personnage nuit singulirement  la pice. Ce rle d'Aline, que
l'actrice dit un peu trop bas, est jou avec un grand sentiment et une
expression des plus justes et des plus dramatiques, par Mlle Bartet, qui
est une comdienne de grande valeur.

Quant  la Chambre bleue, vous vous rappelez sous ce titre, une
nouvelle de Mrime, un des chefs-d'oeuvre de ce matre conteur, si
sobre, si puissant dans sa sobrit. Que de pices le livre chez Mrime
n'a-t-il pas donn au thtre. Cette fois encore, un homme d'esprit et
de talent s'est appropri les quelques pages du romancier et en a fait
une comdie excellente,  laquelle le public a fait le plus grand
succs. Toute cette histoire, un peu risque, mais si merveilleusement
sauve d'un amour cach dans une chambre d'auberge, est reprise  la
scne.

Avec ce voisinage tapageur d'officiers d'un rgiment recevant leurs
camarades qui les remplacent en garnison, avec ce bruit de verres et ces
fanfares, ce meurtre d'un Anglais qu'une cloison spare de la fameuse
chambre bleue et qui trouble le bonheur rv, par ce fantme du gendarme
et du juge d'instruction, l'aurore venue recherchant les coupables, tout
cela nous a t donn avec un grand tact, une grande habilet, et la
salle a fait fte  l'auteur du conte et  l'homme d'esprit qui le
traduisait au thtre. Mlle Antoine et Saint-Germain ont t des plus
applaudis, et c'tait justice.

M. Savigny.



[Illustration: L'VACUATION.--Le dernier bataillon allemand passant la
frontire.]


[Illustration: ESPAGNE.--La place du march de la Lonja de Seda, 
Valence.]



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

La belle Olympe, par Charles Monselet (1 vol. in-18. Dentu.)--M.
Monselet ne se contente point d'tre un critique narquois et un peintre
de moeurs d'un talent rare, mettant tout un volume dans un article et
faisant avec rien de petits chefs-d'oeuvre. De temps  autre, il aborde
le roman de longue haleine, comme dans les Frres Chantemesses ou dans
les Marges du Code. C'est prcisment de cette dernire srie que fait
partie la Belle Olympe, un roman d'aventures qui dbute en Amrique et
se dnoue ou se noue  Paris, car ce volume n'est que la premire partie
de l'ouvrage. Nous assistons  des scnes tantt comiques,--par exemple
le banquet offert par l'amricain Thomas Granter  ses htes,--tantt
tragiques, comme le duel de deux franais en pleine fort amricaine. La
belle Olympe, l'hrone du livre, est une personne d'un naturel
nergique, mais tout  fait atroce. Elle est jeune, jolie, ambitieuse;
elle a pous un vieux bonhomme, dont elle convoite l'hritage, et comme
elle trouve qu'il ne meurt pas assez vite, elle serait fort dispose 
lui donner, pour parler vulgairement, le coup de pouce. Un vieux
domestique de la maison s'aperoit de ces dispositions, et la belle
Olympe, se voyant dcouverte, tue le valet, par mgarde, avec un
pistolet de tir.

Le volume laisse le lecteur en suspens. Il est vident que, dans un
prochain in-18, nous verrons la belle Olympe chtie et la vertu
rcompense. M. Ch. Monselet n'a pas trop l'air de croire  toutes les
horreurs qu'il dcrit. Son naturel enjou semble railler ces moeurs
sanglantes, mais il a tant d'esprit qu'il se tire  merveille de ces
aventures et l'abb du XVIIIe sicle papillonne agrablement dans le
domaine de Ponson du Terrail.

Les Phrases courtes, par M. Charles Chincholle (1 vol. in-32).--On se
rappelle l'anecdote de ce bonhomme qui se vantait de composer chaque
matin, avant son djeuner, une Maxime de La Rochefoucauld. M. Ch.
Chincholle n'a point cette prtention; mais, sans avoir l'air d'y
toucher, il a crit, sous ce titre, Les phrases courtes, un joli petit
livre de penses, d'observations, o les ides se font humaines et tout
juste assez misanthropiques pour avoir de la saveur et pas d'aigreur.

Il est impossible  un observateur de n'tre pas misanthrope, dit
M. Chincholle en commenant. Mais Branger dfinissait la misanthropie:
Un amour rentr, et l'auteur des Phrases courtes lui donne raison
par son exemple.

Il y faudrait noter plus d'un trait:

L'homme est parfois tout tonn de ce que vient de faire un autre homme
qui tait en lui.

Il n'y a que les cranciers qui soient fidles.

Entre le bonheur et le malheur il y a l'ennui.

Les souvenirs d'amour sont les rentes du coeur.

Il y a soixante petites pages de ces Phrases courtes. Gavarni et
souri, satisfait,  plus d'une.

Le Faust de Gothe, traduction nouvelle de M. H. Bacharach. Prface de
M. Alexandre Dumas fils.--Une nouvelle traduction de Faust, aprs
Grard de Nerval, Blage de Bary et la grande traduction Hachette?
Pourquoi pas? On a toujours quelque chose  gagner  frquenter les gens
de gnie. Cette fois d'ailleurs nous avons un Faust traduit
littralement par un allemand francis et de Germain devenu Gaulois. M.
H. Bacharach fut, au temps jadis, le professeur d'allemand de M.
Alexandre Dumas fils, et c'est pourquoi l'auteur de la Femme de Claude
a crit, pour son ancien matre, une prface qui fera grand tapage au
del du Rhin, mais qui intressera beaucoup moins,--j'en ai peur pour
nous,--les esprits franais. M. Dumas fils s'attache, dans cet alerte
travail, non pas  dmolir Gothe, comme on dit, mais  le juger et
son jugement est assez svre. Je lui reprocherai d'avoir surtout
examin Gothe au simple point de vue de l'art du dramaturge et du
romancier. Il y a bien autre chose dans Gothe, il y a le savant, le
philosophe, l'tonnant remueur d'ides qui, dans ses entretiens, crible
de vrits nouvelles, ce brave Eckermann tout tonn de tant de choses
et tout empress  les jeter sur le papier. M. Dumas fils, dans sa
remarquable prface, reproche  Gothe d'avoir t goste. On le
savait. Mais combien d'goste ont vcu qui n'ont crit ni Faust, ni
Hermann et Dorothe?

M. Bacharach a jug bon de ne traduire que le premier Faust. C'est
dommage. Le prjug vaut que le second Faust soit absolument
inexplicable et nbuleux. La vrit est qu'il est, comme pense, comme
tendances, bien suprieur au premier. Mais nous vivons, depuis trente
ans, sur ce clich que le second Faust est incomprhensible. Il serait
temps cependant de renoncer aux ides toutes faites.

Contes d'Hamilton, publis avec une notice de M. de Lescure
(librairie des Bibliophiles).--M. Jouaust nous a dj donn, dans la
jolie collection qu'il appelle les Petits chefs-d'oeuvre, des oeuvres
bien diverses: le Voyage autour de ma chambre, Turcaret, Vert-Vert, la
Servitude volontaire, de la Botie. Il publie aujourd'hui les Contes
d'Hamilton, et M. de Lescure a crit, en tte, une notice sur cet
cossais, plus Franais que des Franais, qui a compos les Mmoires de
Grammont et cont le Belier et Fleur d'pine.

On lira avec un agrment infini ce dernier conte, qui vient de paratre,
et que suivrait Znezde et les Quatre Facardins. Ce genre oriental
est fini depuis longtemps; mais ce qui est toujours durable, c'est la
verve et l'esprit, cet lgant esprit du temps pass que possdait
Hamilton et que j'aurais presque envie d'appeler, pour bien rendre ma
pense, l'esprit en verrouil.

Maisonnette, par M. Antoine Campaux (1 vol. in-18. Librairie des
bibliophiles).--En face des tristesses et des angoisses de l'heure
prsente, je me suis souvent plu  faire un beau rve: ce serait, 
l'aide d'une oeuvre d'imagination qui transporterait le lecteur dans
quelque frache et sereine rgion, de convier  une trve de quelques
instants les nobles esprits qui, dans les camps les plus opposs, se
disputent,  armes courtoises, le gouvernement des intelligences avec
celui de la socit.

C'est ainsi que, ds sa prface, M. Campaux explique pourquoi il a
compos le pome rustique qu'il nous envoie. L'entreprise est louable,
le but est touchant. Certes nous en avons besoin, de ces oeuvres
apaises et, si je puis dire, berantes comme le murmure d'un clair
ruisseau! Il faut des oasis  la pense, des bois pleins d'ombre, des
foyers pleins de paix. Et c'est justement  un de ces foyers rustiques
et calmes que nous fait asseoir M. Antoine Campaux. Ce lettr, qui
explique Virgile, a choisi dans les Vosges un coin entre tous
souriant, o il s'est repos en compagnie de livres et de paysans. Le
Journal de Marc-Antoine est une halte en pleine vrit. M. Campaux
envoie ses contemporains  l'cole des champs, et il a raison. Son
pome, trs-simple et trs-touchant, crit en vers qui visent moins 
l'orfvrerie qu' l'harmonie et  la pense, est tout  fait consolant
et sain. On y respire comme l'odeur rsineuse des sapins. De jolis
paysages encadrent des acteurs sympathiques, et j'ai souvent song, en
lisant Maisonnette,  une maison forestire, entrevue le lendemain de
Forbach, dans une fort lorraine, toute paisible, avec un chien couch
sur le pas de la porte et des pigeons voletant sur le toit,--tandis que
l'air du ciel tait encore branl des canonnades de la veille!

Le suffrage universel et la Rpublique, par M. S. Vainberg (1 vol.
in-18. Ernest Leroux).--M. Vainberg est docteur en droit et avocat  la
cour de Paris. C'est donc quelque chose comme une consultation politique
qu'il nous donne ici. Son travail a pour but la dfense du suffrage
universel et de la Rpublique. Il ne pouvait venir  un meilleur moment.
La Rpublique et le suffrage universel semblent galement menacs, et on
ne reprochera pas  M. Vainberg de plaider certaines causes  l'heure de
leur triomphe. M. Vainberg prouve, en homme rudit et en dialecticien
habile, que le suffrage universel est la Rpublique et que toute
atteinte au premier est une restriction de la seconde. Cette
proposition, qui ne sera pas du got de tout le monde, a du moins le
mrite de la vrit. M. Vainberg conclut ainsi: La Rpublique seule
reprsente l'ordre et la libert, car elle fournit les moyens
pacifiques pour introduire toutes les modifications ncessaires dans
notre vie sociale et politique. Maintenons-la donc, respectons-la, et
les Rvolutions deviendront impossibles. Cette doctrine est, en
effet, celle du parti rpublicain, qui a compris, je pense, qu'il ne
doit plus tre un parti d'opposition, mais prouver qu'il peut tre un
parti de gouvernement. M. Vainberg l'a bien senti et bien indiqu.

Jules Claretie.



NOS GRAVURES


M. Coste

Le clbre naturaliste dont le nom sympathique tait depuis longtemps si
universellement populaire, est n en 1807,  Castries, au milieu de ce
riche et fcond dpartement de l'Hrault, vritable jardin de la France
mridionale, patrie de tant d'hommes clbres dans tous les genres.

Ds sa plus tendre enfance, M. Coste donna les marques de cette riche et
puissante organisation, qui lui permit d'acqurir sans travail apparent,
par une sorte d'intuition artistique, les connaissances les plus ardues,
les plus prcises. Les sductions de cette heureuse nature mridionale
lui valurent, au sortir du collge, et pendant qu'il tait encore sur
les bancs de l'Acadmie de Montpellier, l'amiti de Delpech. Ce grand
mdecin lui prouva son attachement en l'associant aux dangers de la
glorieuse mission qu'il venait de recevoir lui-mme.

Il s'agissait d'tudier sur place, en Angleterre, le cholra, flau
inconnu qui faisait explosion pour la premire fois, et qui avant 1834
excitait des terreurs si folles, parfois si sanguinaires.

Admis au retour de ce voyage mmorable au Jardin des Plantes comme
prparateur du cours d'anatomie, il ne tarda point  attirer l'attention
de Cuvier. Il faisait partie du petit nombre d'amis qui reurent les
derniers soupirs du lgislateur de la palontologie franaise.

M. Coste parvint mme  exciter l'intrt de Blainville, ce savant
farouche, inabordable, dont il fut le prparateur et dont il devait tre
le successeur  l'Acadmie des sciences.

Deux ans plus tard, il recevait de cette illustre assemble une mdaille
d'or, dcerne pour un mmoire Sur le dveloppement des tres
organiss, qui devenait bientt un volumineux ouvrage, perfectionn,
gnralis lui-mme, et publi de nouveau bien des annes plus tard sous
le titre de Recherches sur le dveloppement des corps vivants.

Le succs de cette oeuvre remarquable, prcde par une introduction
d'une rare loquence, dcidait M. Guizot  crer pour M. Coste la chaire
d'embryologie compare au Collge de France.

Ce grand et srieux travail avait t prcd par de nombreux essais
littraires, mme des posies lgres, que l'auteur dtruisait comme
tant indignes d'un vivant qui se doit tout  la science, mais qui n'en
montraient pas moins la souplesse de ses qualits littraires. Son loge
de du Trochet et son Histoire de l'pinoche, dont il a si
gracieusement peint les moeurs, sont des morceaux d'un grand style,
dignes de la plume d'un matre.

Le cours que M. Coste a commenc en 1837 au Collge de France fut la
grande affaire de sa vie. Il le continua sans interruption jusqu'en
1873. Pendant trente-six ans il parvint  runir auprs d'une chaire qui
semblait voue  la solitude, tant le sujet tait aride, prs d'une
centaine d'auditeurs.

Son laboratoire, que l'on venait voir de loin, tait une des curiosits
de Paris. C'est l que sont ns les aquariums. C'est l qu'il recevait
les ttes couronnes et qu'il eut pu s'enrichir. Mais c'tait surtout la
science qu'il rvait, somptueuse, opulente.

Quoiqu'il ne fut pas pauvre, comme on l'a dit, il ne laisse pas de
fortune. Il se contentait de la grande aisance que lui donnaient ses
diffrentes fonctions. Il n'aurait jamais voulu faire de ses recherches
mtier et marchandise.

M. Guizot l'avait pris en affection. Peut-tre entrevoyait-il dans son
jeune protg un futur ministre de l'instruction publique. Mais la
Rvolution de Fvrier clata, et ce fut M. Coste qui, appel en toute
hte, dirigea l'vacuation de l'htel du boulevard des Capucines!

Tant que l'empire fut prospre, il ne refusa  M. Coste aucun moyen
d'action. L'empereur et l'impratrice ne juraient que par sa science.
C'tait lui qui dirigeait les pches de Villeneuve-l'tang, o l'on
mangeait ensemble d'excellentes fritures.

On mettait alors  la disposition de M. Coste, avec une gnrosit
retentissante, les ressources ncessaires pour crer l'tablissement
d'Huningue, puis celui de Concarneau.

Mais quand la guerre du Mexique eut branl la machine impriale, on
agit comme si l'on se repentait d'avoir nomm M. Coste inspecteur
gnral de la pche maritime et fluviale. On prta l'oreille aux
sarcasmes des ignorants, et aux dnigrements systmatiques de la routine
officielle.

Pour M. Coste, la pisciculture n'tait pas seulement un art riche
d'avenir mais encore le dveloppement normal de ses ides
embryologiques. Dj la partie de ses recherches qui a rencontr le plus
d'incrdules, celle qui a trait  la propagation de l'hutre, a produit
malgr l'apparent dmenti d'un renchrissement progressif, des rsultats
incontestables. Il suffit que la culture des fonds inonds augmente la
masse des matires vgtales que broutent les poissons herbivores, pour
que la sagesse des prvisions du savant aimable et profond dont nous
dplorons la perte, apparaisse dans tout son clat.

M. Coste ne pouvait cder, il rsista avec toute l'opinitret de son
temprament mridional. Peut-tre eut-il t, comme M. Leverrier,
sacrifi au besoin de popularit de la onzime heure, si les vnements
n'avaient fait perdre de vue les orages de la pisciculture.

C'est en 1851 que M. Coste fut appel  faire partie de l'Acadmie des
sciences. Il ne tarda point  exercer sur ses collgues les mmes
sductions qu'au dehors.

Il prit une part active aux polmiques relatives  la gnration
spontane et  l'origine de l'espce. Sans blesser personnellement aucun
de ses adversaires, on le vit attaquer avec une gale ardeur les
doctrines de M. Pouchet et celles de M. Darwin. II se mesura avec M.
Claude Bernard,  qui il reprocha avec verve une mthode d'analyse
procdant par dtails et en somme beaucoup plus germanique que
vritablement franaise.

C'est M. Coste qui remplit les fonctions de secrtaire perptuel pour la
section des sciences physiques pendant les trois dernires annes de la
vie de Flourens. Peut-tre eut-il t appel  l'honneur de le remplacer
si la faiblesse excessive de sa vue n'eut fourni un argument puissant
aux partisans de son savant comptiteur.

Mais on ne tarda point  le ddommager en l'appelant aux honneurs si
envis de la prsidence.

Malheureusement, sa sant branle ne lui permit point de prendre
possession du fauteuil. S'il n'avait ressenti, ds le commencement de
1870, les atteintes lointaines du mal qui devait l'emporter, l'anne
terrible l'eut vu charg de la lourde mission de reprsenter le premier
corps savant du monde devant la Commune ignorante et la Prusse jalouse.

Depuis cette poque, M. Coste luttait nergiquement contre les progrs
du mal. Jamais son intelligence n'avait t si lucide et si prompte.
Jamais sa pense n'avait nourri plus de projets, caress plus de rves.
Une heure avant sa mort il s'en entretenait encore avec l'lve dvou
qui lui prodiguait les secours, hlas impuissants, de la science.

Un neveu qu'il avait lev et auquel il tait profondment attach, M.
mile Coste, avait dbut comme simple chancelier dans la carrire
diplomatique. S'levant de grade en grade il avait t successivement
consul  Manille,  Tien-tsin, o son successeur immdiat fut massacr,
 Porto-Rico, o ses deux prdcesseurs taient morts de la fivre
jaune. M. mile Coste venait d'tre nomm consul  Carthagne lorsqu'il
succomba  une maladie douloureuse dont il avait contract le germe dans
les contres tropicales. Un mois  peine s'coule et M. Coste, jour pour
jour, presque heure pour heure, rendait le dernier soupir. Il venait de
succomber aux suites d'un tranglement intestinal.

La catastrophe arrivait au lendemain d'un voyage d'exploration dans le
bassin d'Arcachon,  la veille d'une mission ayant pour but la
rglementation de la pche de la sardine.

La mort saisissait M. Coste dans un dlicieux chteau de Normandie o le
retenait une amiti des plus vives.

Les soins les plus affectueux, les plus dlicats n'ont pas manqu  sa
maladie, les pleurs ne manqueront point non plus  sa tombe.

W. de Fonvielle.


L'vacuation

De Verdun, les Prussiens ont gagn tain, patriotique petite ville qui
n'a pas marchand son enthousiasme, lorsqu'au bout de deux jours
d'occupation, les Allemands se sont retirs par la route qui conduit 
la frontire par Jeandelize, Conflans, Jarny et enfin Doncourt, dernier
village franais qui se trouve situ sur la route.

Le 16,  7 heures du matin, les 6,000 hommes du gnral Manteuffel sont
en marche; ils suivent la mme route et se retirent par chelons de
faon  passer successivement la frontire.

Il n'est pas tout d'abord facile de dcouvrir la sparation des deux
tats.

Au bas d'une cte assez ardue, un petit bois jet de chaque ct de la
route plante de peupliers, une borne  demi enfonce en terre et
portant les initiales F (France) et D (Deutschland, Allemagne), un
poteau de douane bariol des couleurs allemandes, voil ce qui rappelle
la conqute.

En face de la borne, se trouve une croix blanche enfonce dans l'herbe,
sentinelle avance qui prcde des milliers de tombes, dans cette vaste
plaine qui s'tend au del de Saint-Privat depuis Gravelotte.

A gauche et  quelque cents mtres, une ferme massive, Bagneux. A voir
ces paisses murailles, on comprend l'hroque rsistance qu'ont pu
opposer  tous les efforts des Prussiens ces fermes dsormais
historiques, Liepsicket, Moscou, que l'on devine au loin  travers la
brume.

A huit heures environ, le premier dtachement allemand, celui qui est
parti de Conflans, arrive  la frontire. Les tambours battent, les
hommes portent les armes, et sur un signe de l'officier, les soldats
entonnent un chant national: L'homme allemand.

On nous avait dit qu'en passant la frontire, les Prussiens prsentaient
les armes  la France; cette nouvelle est inexacte.

 neuf heures, un brillant tat-major arrive de Metz: il comprend, avec
le gouverneur et les gnraux, les principaux officiers de la garnison.
Parmi eux se trouve un officier russe, reconnaissable aux longues plumes
blanches qui surmontent son casque, et un journaliste anglais, M.
Forbes, qui a fait toute la campagne aux cts du gnral Manteuffel.

Cet tat-major s'loigne au galop dans la direction de la France. Il va
au-devant du gnral commandant en chef l'arme d'occupation. Il est
neuf heures et demie lorsque nous apercevons briller les casques au haut
de la cte?

Cette fois, ce sont les derniers.

Les hommes ont fait halte. Le gnral Manteuffel s'avance le premier,
suivi de son brillant tat-major.  la vue de la borne-frontire, il
s'arrte et fait faire demi-tour  son cheval, qui de ses pieds de
derrire touche la pierre.

L'escorte se range  la droite du gnral. Sur un signe d'un officier,
la musique se place sur le talus de la route, en face le gnral
Manteuffel; puis les deux ou trois compagnies dfilent lentement dans
l'intervalle, en portant les armes.

Au moment o le dernier Allemand vient de franchir le sol franais, un
cri de: Vive la France! retentit, et les quelques tmoins de cette
scne aperoivent un ouvrier qui vient de dployer le drapeau tricolore,
sous lequel nous nous pressons, la tte dcouverte.

La scne est d'une grandeur inoue;  ce cri, tout l'tat-major prussien
jette les yeux sur le drapeau. L'officier russe, par un mouvement
trs-remarqu, fait cabrer son cheval, comme pour se sparer des
Allemands, et se tient sur notre territoire, en face de nous.

Au mme instant, deux gendarmes franais arrivent au galop, leurs
chevaux s'arrtent devant la borne, et ces braves soldats qui ont voulu
reconduire l'tranger jusqu' la frontire se dcouvrent devant les
couleurs nationales.

Au bout de quelques minutes fivreuses, le gnral Manteuffel donne le
signal du dpart et la troupe s'loigne, prenant la route qui conduit 
Gravelotte.

La France est libre.

A. L. F...


Les cavaliers du dimanche

Vous souvenez-vous de l'ancienne porte Maillot? A ct des
fortifications,  deux pas du bois de Boulogne se trouvait un mange
borgne o une demi-douzaine de rossinantes tiques mangeaient leur
avoine au milieu d'une vingtaine d'nes  l'aspect malheureux. C'est l
que tous les dimanches, des cavaliers de hasard venaient se livrer au
douloureux plaisir de l'quitation. Des amazones non moins exprimentes
accompagnaient parfois ces gentlemen-riders de derrire le comptoir.
Il y avait les promenades du matin, les promenades de l'aprs-midi et
les promenades du soir. Le matin c'tait un djeuner  la Tte-Noire de
Saint-Cloud qui servait de prtexte  l'excursion; dans la journe
c'taient des courses effrnes  travers le bois; le soir c'tait la
cavalcade sentimentale,--prologue de romans au clair de lune,--
laquelle les montures harasses se prtaient admirablement.

Ds le dimanche matin les chevaux, comme s'ils avaient le pressentiment
de la corve qui les attendait, se montraient plus nerveux qu'
l'ordinaire. C'est alors qu'arrivaient leurs perscuteurs impitoyables:
les cavaliers du dimanche.

Le cavalier du dimanche est facile  reconnatre  sa tenue. Il a
gnralement un chapeau trop troit destin  l'occuper toute la journe
et que, malgr toutes ses prcautions, il perdra certainement plus d'une
fois en chemin. Une jaquette trop longue et dont les pans retombent de
chaque ct de la selle. Pas de sous-pieds; le pantalon remonte
au-dessus du genou. Des perons, par exemple, et une forte cravache.
Quelquefois des bottes  l'cuyre et une culotte blanche qui le font
ressembler  un cuyer du cirque. Invariablement, une fleur  la
boutonnire et un cigare  la bouche!

--Mssieu est cavalli, sans doute? demandait le loueur.

L'autre avait l'air lgrement formalis de cette question et se
frappait le mollet du bout de sa cravache en faisant sonner ses perons
sans daigner rpondre.

--Alors, continuait le loueur, on va vous donner Palmyre.

En entendant prononcer son nom, Palmyre secouait brusquement le cou et
semblait dire: Mon vieux, je ferai tous mes efforts pour me dbarrasser
de toi!

--Est-ce qu'elle n'est pas un peu vicieuse? demandait alors le cavalier
lgrement impressionn par l'attitude hostile de la bte.

--Oh! rpliquait l'homme, elle a du sang... voil tout. C'est une
ancienne bte qui a gagn des prix  la course.

Le cavalier commenait alors  tre inquiet. Mais son amour-propre tait
en jeu; il n'y avait plus  reculer.

On donnait un coup de brosse  Palmyre, on lui passait un peu d'eau
sur la crinire, on lui ajustait sur la tte une vieille bride racornie,
on lui mettait sur le dos une serviette plie en quatre, puis une selle
rembourre avec des noyaux de pche, et l'on marquait l'heure du dpart.
Ici le cavalier, un peu ple, s'approchait de Palmyre, qui couchait
les oreilles  la vue de la cravache.

--Mssieu va ajuster ses trivires? demandait le gamin.

--Je les mettrai  mon point quand je serai  cheval.

Et il le montait si peu lgrement que les trois quarts du temps il
faisait tourner la selle et qu'on tait oblig de resangler. Il passait
un quart d'heure  ajuster ses trivires qu'il laissait trop longues
d'un point; chaussait compltement les triers en baissant la pointe du
pied et en la tournant en dehors, et, ralisant ainsi la paire de
pincettes lgendaire, enchevtrant au hasard la bride avec le filet, il
s'en allait avec Palmyre, qui poussait deux ou trois petites ruades en
quittant l'curie.

Pour les amazones, la crmonie durait bien un quart d'heure de plus.

--Jamais je ne monterai l-dessus! s'criait la demoiselle au moment o
on lui prsentait son cheval.

Il fallait apporter une chaise, imposer  l'animal une immobilit
absolue, hisser la promeneuse sur la selle et la mettre d'aplomb en
ramenant le plus possible sa jupe trop courte sur ses pieds trop longs.

Les nes taient rservs aux enfants et partaient accompagns de petits
gamins arms de fouets qui les dirigeaient.

Depuis longtemps dj la porte Maillot a vcu, et on n'en retrouve gure
les usages qu' Montmorency ou  Sceaux. Les cavaliers du dimanche vont
maintenant louer dans les manges. C'est un peu plus cher, mais les
chevaux ne sont pas meilleurs. On les rencontre souvent deux  deux,
mais il est  remarquer que dans une promenade il ne leur arrive jamais
de se trouver cte  cte. Il y en a toujours un qui va plus vite que
l'autre, un qui trotte pendant que l'autre galope; quand le premier se
met au pas, le second n'arrive  ce rsultat que cinquante mtres plus
loin. Contrairement aux autres cavaliers, qui considrent que la
promenade  cheval est surtout agrable aux allures douces: au pas, au
petit trot, au petit galop, le cavalier du dimanche trouve que le
plaisir pour lui n'est qu'en raison de la vitesse, et ne tarde pas 
mettre son cheval en cume, tandis qu'il sue lui-mme  grosses gouttes.
A la suite de sa partie de plaisir, il descend de cheval courbatur,
moulu, bris et dans une situation qui rappelle l'enseigne du boeuf  la
mode. Cela n'empche qu'on ne peut parler devant lui du systme Baucher
sans qu'il se mle  la conversation et sans qu'il dise:

--Moi, je ne suis pas du tout partisan de cette mthode-l!

Correspondance d'Espagne

Saint-Sbastien, 21 septembre 1873.

Je vous envoie une brasse de croquis relatifs aux faits et gestes des
carlistes par ici, et notamment  l'affaire de Tolosa, dont on a tant
parl. Le gnral Santa-Pau et la colonne de Loma, oprant de concert,
ont bien vritablement battu Lizarraga dans cette rgion du Guipuzcoa.

Voici comment les choses se sont passes.

Les carlistes menaaient Tolosa. Alors le gnral Santa-Pau, qui tait 
Alsasua, se dirigea sur cette ville par une marche rapide. A son
approche, les carlistes, qui comptaient une douzaine de mille hommes et
avaient du canon, se concentrrent et prirent position vers Asteasu et
Aspeitia. Le gnral Santa-Pau dressa son plan en consquence. Il envoya
l'ordre  Loma, dont la colonne occupait Villabona, de marcher
directement sur Asteasu et de refouler les carlistes sur la cte, tandis
qu'avec le gros de l'arme, il sortirait lui-mme de Tolosa par la route
qui mne  Aspeitia.

Le 12, au point du jour, Loma se mit en marche et atteignit bientt
Asteasu, o un violent combat ne tarda pas  s'engager. Il tait alors
neuf heures du matin au plus. Les carlistes se dfendirent
trs-nergiquement, et  plusieurs reprises firent tte aux colonnes
assaillantes. Enfin, abords  la baonnette par les miquelets, ils
furent obligs de cder, et perdirent Asteasu. Suivant leur habitude,
ils se dispersrent en groupes de tous cts, sans doute pour aller se
reformer plus loin, sur un point convenu d'avance en cas d'chec.
Malheureusement pour eux, un certain nombre de ces groupes allrent
donner contre les colonnes de Santa-Pau, qui leur firent essuyer de
nouveau des pertes importantes.

Telle a t cette affaire de Tolosa, sur laquelle il a couru tant de
versions, mais qui s'est passe comme je viens de vous le dire.

Au moment o je vous cris, Loma est  Tolosa, qui a t bien fortifie,
et est  l'abri d'un coup de main. C'est une jolie petite ville de 7,000
 8,000 habitants, parfaitement situe, au confluent de deux rivires,
dans une valle forme par les monts d'Izazcun et de Montescue. Quant 
Santa-Pau, il est parti, se dirigeant, croit-on, sur Vitoria, en Alava,
ce qui est assez vraisemblable, car les carlistes semblent vouloir
maintenant passer en Biscaye et prendre Bilbao pour objectif. Mais la
prsence de Santa-Pau  Vitoria rendrait d'avance presque impossible un
blocus un peu srieux de la place. Nanmoins, comme Bilbao peut d'un
jour  l'autre devenir le thtre d'vnements intressants, je vous en
envoie une vue trs-exacte.

C'est une ville d'un bel aspect, avec ses toits avancs, formant auvent.
Elle est situe sur la rive droite du Nervion et comme enchsse dans un
pli de cette rivire. Trois anciens forts,  peu prs remis en tat et
placs sur des lvations, la protgent suffisamment du ct oppos au
Nervion. Ce sont les forts de Solocoecho, del Circo et de Mallona. On ne
trouve  Bilbao aucun difice qui mrite d'tre signal, sauf peut-tre
la basilique de Santiago, trs-ancienne glise gothique. En revanche,
les deux promenades del Arenal et du Campo-Volantin, places l'une 
ct de l'autre, sur les bords de la rivire,  l'entre nord de la
ville, sont parfaitement belles.

Le vieux Bilbao, le couvent de la Merced, la gare du chemin de fer et le
faubourg de Ripa occupent la rive gauche du Nervion.


[Illustration: ESPAGNE.--Bombardement d'Almeria.]

[Illustration: Les carlistes prenant position devant Tolosa.]

[Illustration: Vue de Bilbao.]

Rappelons pour mmoire que le port de Bilbao, situ  8 kilomtres de la
capitale de la province, forme une petite ville  part, la ville de
Portugalete, et est un des plus importants du nord de l'Espagne.

C'est donc du ct de Bilbao que les carlistes vont diriger leurs
efforts; mais croyez ce que je vous dis, et c'est ici l'opinion de tous
les gens qui voient clair, il n'y a au bout de tout cela rien de bien
redoutable. Les carlistes n'ont t jusqu'ici forts que de la faiblesse
du gouvernement et de l'indiscipline de ses troupes, et il y a cent pour
cent  rabattre des triomphes que leurs journaux leur attribuent dans un
but facile  comprendre. En ralit ils en sont toujours, au mme point
et n'ont pu s'emparer d'aucune ville importante. Leur contingent s'est
accru, c'est vrai, mais par les rquisitions et la violence, et quand M.
Castelar a parl  la tribune de leur organisation et de leur armement
redoutable, il avait sans doute des raisons que je ne puis connatre
pour faire un puissant navire d'un simple bton flottant sur l'onde.

En Catalogne, les milices ont prouv, prs de Reuss, un chec assez
sensible. Cercos et le cur de Flix, que les lauriers de l'ex-cabecilla,
cur Santa-Cruz empchent sans doute de dormir, leur avaient tendu une
embuscade, dans laquelle elles sont tombes.

[Illustration: TOLOSA: Entre par la porte d'Irun.]

Tristany se tient avec deux mille hommes entre Belsarens et Berga, et
Saballs est avec des forces  peu prs pareilles  Sampedor. La province
de Valence a t aussi envahie par quelques bandes, dont quelques-unes
se sont mme avances jusqu' quatre kilomtres de la capitale. Valence
se prpare  les recevoir vigoureusement. Je vous ai dj envoy
quelques croquis de cette ville, lors de l'insurrection cantoniste. Je
vous adresse aujourd'hui la vue d'un de ses coins les plus curieux: la
place du march. C'est un long espace irrgulier, situ  peu prs au
centre de la ville. La quantit d'objets divers qui se vend l, sans
compter les comestibles, est vraiment incroyable. Aussi vous vous doutez
de l'animation qui y rgne! La clbre Casa longa et l'glise des
Santos-Juanes donnent sur cette place qui, vous le savez, rappelle la
plupart des vieux souvenirs de Valence. C'est l qu'autrefois les
chevaliers rompaient des lances et que le bourreau coupait des ttes. L
avaient lieu galement les courses de taureaux. Inutile d'ajouter que
les derniers vnements ont enlev  la place du march quelque peu de
son animation habituelle. Mais, ce n'est qu'un temps d'arrt. Un rayon
de soleil  l'horizon politique, et vous verrez!

X.



LES 18 RGIONS MILITAIRES

Conformment  la loi sur l'organisation de l'arme, le territoire de la
France doit tre divis en dix-huit rgions militaires, dont chacune est
occupe par un corps d'arme qui y tient garnison. L'Algrie forme une
dix-neuvime rgion  laquelle est affect un corps d'arme spcial.

Chacun des corps d'arme des dix-huit rgions comprend deux divisions
d'infanterie, une brigade de cavalerie, une brigade d'artillerie, un
bataillon du gnie, un escadron du train des quipages, ainsi que les
tats-majors et les divers services ncessaires (Art. 6 de la loi). La
composition dtaille de ces corps d'arme sera rgle ultrieurement
par une loi spciale. En attendant, l'Assemble nationale a invit le
pouvoir excutif  prparer le rglement d'administration publique
portant dlimitation des rgions.

En excution des ordres de l'Assemble, M. le marchal de Mac-Mahon a
charg le conseil suprieur de la guerre, devenu aujourd'hui Conseil de
dfense, de prparer un projet de division du territoire, projet soumis
en ce moment  la sanction du conseil d'tat. Aprs une discussion
approfondie qui fait honneur au conseil de dfense et  laquelle ont
surtout pris part les gnraux Douay, Ducrot, d'Aumale, A. de Rivires,
on a dlgu  une sous-commission le soin d'arrter les bases d'un
travail dfinitif. C'est ce travail que nous faisons connatre
aujourd'hui, en faisant observer qu'il est encore susceptible d'tre
amend par le conseil d'tat, et que les rsidences dsignes pour les
commandants de corps sont provisoires et pourraient bien tre changes
en partie. Ainsi, pour le troisime et le quatrime corps, les membres
du conseil, tous appels  commander en chef, ont demand comme
quartiers gnraux les charmantes rsidences de Compigne et de
Fontainebleau, quand la seule inspection de la carte indique qu'ils
seraient mieux placs, au point de vue du service,  Amiens et 
Orlans, vers chacun desquels convergent cinq lignes de chemin de fer.
Ce qui prouve qu'il est difficile, mme aux hommes anims des meilleures
intentions, de se dgager entirement de toute proccupation d'intrt
personnel.

La sous-commission charge de diviser le territoire en dix-huit parts,
aussi gales que possible, a d ncessairement tenir compte des
considrations suivantes:

1 Rpartir les contingents de la Seine, de Seine-et-Oise et du Rhne
entre plusieurs corps d'arme. Cette ncessit n'a pas, pensons-nous,
besoin d'tre dmontre; les populations de ces dpartements mettant en
toute occasion des votes qui donnent une ide prcise des sentiments qui
animent la majorit de la population.

2 Veiller  ce que chaque rgion pt fournir le mme nombre de jeunes
gens; ce n'est qu'avec le temps que l'on pourra rgler exactement la
rpartition des recrues et des rservistes, dont les premires sont
fournies par toute la France et les seconds par la rgion seulement.

3 S'assurer que toutes les rgions, sans exception, auraient  leur
disposition une ou plusieurs lignes de chemin de fer pour oprer leurs
concentrations et se procurer facilement les approvisionnements
ncessaires.

La sous-commission nous parat avoir fort bien compris la tche qui lui
incombait et les personnes qui, sur des informations vagues, affirmaient
qu'elle avait adopt le systme longitudinal, c'est--dire en long sur
une ligne de chemin de fer, calomniaient involontairement les auteurs du
projet. L'examen de la carte indique que la plupart des rgions
affectent une forme ramasse; elles ne se dveloppent en longueur que
sur les ctes o il tait du reste utile de ne pas multiplier les
commandements en cas de guerre.

La zone parisienne comprend quatre corps d'arme ayant leurs quartiers
gnraux  Rouen, Compigne, Fontainebleau et le Mans; chacun d'eux
fournira une division d'infanterie  Paris. Ces quatre divisions runies
 la garde municipale,  la gendarmerie,  plusieurs brigades de
cavalerie, aux brigades d'artillerie de Vincennes et de Versailles,
seront sous les ordres d'un gouverneur de Paris, en ce qui concerne la
sret de la capitale, la police du dpartement de la Seine. Pour
l'instruction et l'administration, ces troupes resteront soumises 
l'action de leurs chefs directs.

Lyon aura galement un gouverneur et cinq corps d'arme pouvant au
besoin y dtacher des troupes: ceux de Bourges, de Besanon, de
Clermont, de Grenoble et de Marseille. Mais on a pens avec raison que
les 7e et 8e corps auraient besoin de tout leur monde; il y avait du
reste intrt  pousser les troupes de Besanon et de Bourges vers le
nord,  proximit des Vosges, de la Moselle, du plateau de Langres et de
Belfort. C'est sous cette impression que le comit de dfense, aprs
quelques ttonnements, a dcid que le corps de Marseille, le 15e,
serait pouss en pointe sur Lyon par l'Ardche.

Une disposition particulirement heureuse est celle qui groupe six corps
d'arme sur la frontire du nord-est. Le 6e corps occupe seul cette
frontire, mais il a pour voisins les 1er, 3e, 4e, 8e, et 9e corps, dont
les troupes peuvent dboucher dans le 6e par des voies ferres de
premier ordre et de nombreuses routes. Le dpartement de la Haute-Marne
avait t compris d'abord dans le 6e corps, mais le gnral de Rivires
ayant fait observer que la dfense du plateau de Langres tait lie 
celle de la zone traverse par le chemin de fer de Paris  Mulhouse par
Belfort, la Haute-Marne a t rattache  Besanon et remplace dans le
6e corps par l'Aube.

Dans l'un des projets soumis  la sous-commission, la frontire des
Pyrnes formait un seul commandement. On a fait observer avec justesse
que les parties orientale et occidentale de cette frontire n'avaient
aucune solidarit, que de plus il tait impossible de jamais tablir une
ligne de fer allant de Perpignan  Bayonne, tandis que du sud au nord il
existe plusieurs dbouchs partant de Saint-Jean-de-Luz, d'Argels, de
Lourdes, de Saint-Girons, de Foix, de Prades et d'Argels (des
Pyrnes-Orientales). On a donc divis la zone frontire en trois
parties: celle de l'ouest se rattachant  la grande ligne de Bordeaux,
avec embranchement  Morceux; du centre qui se relie  la France par
Toulouse et les lignes partant de l'ancienne capitale du Languedoc;
celle de l'est qui dbouche par le chemin de Perpignan  Cette,
Montpellier, Nmes.

Les principes une fois poss, et en tenant compte des considrations qui
prcdent, le groupement des dpartements de chaque rgion devenait une
chose si simple qu'en donnant le mme travail  vingt personnes
diffrentes au courant de la gographie de la France et du trac des
grandes lignes ferres, les rsultats eussent t pareils  trois ou
quatre dpartements prs.

Les renseignements accessoires que nous donnons ci-aprs sont tirs de
l'excellente brochure sur l'organisation militaire de la France, du
commandant Corbin, ancien aide de camp du marchal Niel, actuellement
secrtaire de la commission parlementaire de l'arme, par suite en
situation de se procurer des documents exacts.

Le 1er corps aura son quartier gnral  Lille et se compose des
dpartements du Nord et du Pas-de-Calais; son contingent annuel est de
9,651 hommes; il a des ressources de casernement pour 39,522 hommes et
5,392 chevaux.

2e corps.--Rouen.--Seine-Infrieure, Calvados, Eure: contingent 4,916,
casernement 9,411 hommes et 2,100 chevaux; plus environ un tiers de
Paris et de Seine-et-Oise.

3e corps.--Compigne ou Amiens.--Somme, Oise, Aisne: contingent 7,503,
plus un cinquime de Paris; casernement 11,226 hommes, 3,292 chevaux.

4e corps.--Fontainebleau.--Seine-et-Marne, Loiret, Loir-et-Cher, Yonne:
contingent 7,014, plus environ un quart de Paris; casernement 11,983
hommes, 4,279 chevaux.

5e corps--Le Mans.--Sarthe, Mayenne, Orne, Eure-et-Loir: contingent
7,203, plus environ un cinquime de Paris; casernement 4,659 hommes,
1,378 chevaux.

6e corps.--Chlons-sur-Marne.--Aube, Marne, Ardennes, Meuse,
Meurthe-et-Moselle, Vosges: contingent 8,431; casernement 34,177 hommes,
8,998 chevaux.

7e corps.--Besanon.--Haute-Marne, Haute-Sane, Doubs et Belfort, Jura,
Ain: contingent 8,744; casernement 22,797 hommes et 2,865 chevaux.

8e corps.--Bourges.--Cte-d'Or, Sane-et Loire, Nivre, Cher: contingent
7,292, plus une fraction du Rhne; casernement 8,045 hommes et 1,772
chevaux.

9e corps.--Tours.--Indre-et-Loire, Indre, Vienne, Deux-Svres,
Maine-et-Loire; contingent 8,756; casernement 11,239 hommes et 4,493
chevaux.

10e corps.--Rennes.--Manche, Ille-et-Vilaine, Ctes-du-Nord: contingent
8,910; casernement 10,633 hommes et 2,318 chevaux.

11e corps.--Nantes--Vende, Loire-Infrieure, Morbihan, Finistre:
contingent 10,510; casernement 10,954 hommes et 1,498 chevaux.

12e corps.--Limoges.--Creuse, Corrze, Dordogne, Charente, Haute-Vienne:
contingent 7,992; casernement 6,627 hommes et 975 chevaux.

13e corps.--Clermont.--Allier, Loire, Haute-Loire, Cantal: contingent
7,583, plus une fraction du Rhne; casernement 6,808 hommes et 972
chevaux.

14e corps.--Grenoble.--Haute-Savoie, Savoie, Hautes-Alpes, Drme, Isre:
contingent 7,805, plus une fraction du Rhne; casernement 20,273 hommes
et 2,707 chevaux.

15e corps.--Marseille.--Basses-Alpes, Alpes-Maritimes, Var,
Bouches-du-Rhne, Gard, Ardche, Vaucluse, Corse: contingent 10,995;
casernement 35,309 hommes et 2,911 chevaux.

16e corps.--Montpellier.--Lozre, Aveyron, Tarn, Hrault, Aude,
Pyrnes-Orientales: contingent 8,216; casernement 19,878 hommes et 997
chevaux.

17e corps.--Toulouse.--Lot, Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne, Gers,
Haute-Garonne, Arige: contingent 7,487; casernement 13,755 hommes et
3,096 chevaux.

18e corps.--Bordeaux.--Charente-Infrieure, Gironde, Landes,
Hautes-Pyrnes, Basses-Pyrnes: continrent 8,415; casernement 14,779
hommes et 2,162 cnevaux.

Avec les renseignements qui prcdent chacun peut se faire une ide des
dpenses  faire dans chaque rgion pour le logement des hommes et des
chevaux, en observant qu'avec l'Alsace et la Lorraine nous avons perdu
un casernement norme et que nous avons la prtention d'entretenir sous
les drapeaux 50 mille hommes de plus qu'en 1870. Algrie dduite, nous
ne pensons pas que nous puissions entretenir en hiver plus de 250 mille
hommes et 80 mille chevaux. Or, les casernements de Paris et de Lyon
donnent pour la premire de ces villes 48 mille hommes et 6,178 chevaux;
pour la seconde 29,190 hommes et 3,033 chevaux. Il restera donc  loger
un peu plus de 170 mille hommes et 70 mille chevaux. La question est
tellement complexe qu'elle ne saurait tre rsolue avant de longues
annes, car les locaux actuellement disponibles sont d'une insuffisance
notoire, puisqu'il faut pour chaque corps qui ne dtache aucune troupe 
Paris, Lyon ou Alger, du casernement pour 15 mille hommes et 4 mille
chevaux. Nous renvoyons ceux qui trouveront ces chiffres un peu faibles
 l'examen du prochain budget; en l'examinant de prs, ils verront que
nos effectifs s'lvent au chiffre de plus de 400 mille hommes en t
seulement.

La 19e rgion forme par l'Algrie se composera de trois divisions:
Alger, Oran et Constantine. La garnison permanente de la colonie
comprendra trois rgiments de zouaves, trois de tirailleurs algriens,
un rgiment tranger, trois de spahis, trois de chasseurs d'Afrique; le
surplus sera fourni par les troupes de l'intrieur.

Le chiffre du contingent annuel affrent  chaque rgion devrait tre
exactement de 100 mille, contingent total, divis par 18 ou de 8,888
hommes; mais outre que cette exactitude tait impossible  obtenir dans
la rpartition par dpartements, il fallait tenir compte des corps
spciaux et des rserves de cavalerie qui ne pourront rappeler leurs
rserves rgionalement. La loi autorise du reste  verser les
rservistes en excdant dans les rgions voisines de celle qui prsente
un trop-plein; en outre, les contingents de Paris et de Lyon permettent
d'quilibrer les huit corps d'arme qui confinent  ces grandes villes.

Nous esprons avoir donn des notions suffisantes pour apprcier la
division territoriale propose par le conseil de dfense. Il nous et
t difficile de nous tendre davantage sur ce sujet, du moment o la
loi rglant la composition du corps d'arme n'est pas encore vote.

A. Wachter.

CARTE DE LA NOUVELLE DIVISION DE LA FRANCE EN
DIX-HUIT RGIONS MILITAIRES

      COMMANDANTS DES RGIONS MILITAIRES

N de      Quartier                Gnraux               Brigades
Rgion    gnraux.                                           d'artillerie.

  1.         Lille.                       Clinchon               Douai.
  2.         Rouen.                    Lebrun                 Versailles.
  3.         Compigne              Montaudon          Vincennes.
  4.         Fontainebleau           Bataille                 Orlans.
  5.         Le Mans                  Deligny                 Le Mans
  6.         Chlons-sur-Marne  Douay                   Chlons-sur-Marne.
  7.         Besanon                duc d'Aumale        Besanon.
  8.         Bourges                  Ducrot                   Bourges.
  9.         Tours                     de Cissey                Tours ou Poitiers.
 10.         Rennes                  Forgeot                   Rennes.
 11.         Nantes                   La Meniand             Vannes ou Sabl.-d'Ot.
 12.         Limoges                De Lartigue              Angoulme.
 13.         Clermont               Picard                      Clermont.
 14.         Grenoble               Bourbaki                  Grenoble.
 15.         Marseille               Espivent                    Nmes.
 16.         Montpellier            Aymard                    Castres.
 17.         Toulouse               De Salignac-Fnelon Toulouse.
 18.         Bordeaux              D'Aurelle                  Tarbes.



[Illustration: TYPES ET PHYSIONOMIES DE PARIS.--Le cavalier du
dimanche.]



REVUE COMIQUE DU MOIS, PAR BERTALL

[Illustration: EXPOSITION DE BERLIN
Les brosse, d'honneur.--Distribution des rcompenses  ceux qui ont t
exposs en 1870 et 1811.

--Chers amis, excellents Bavarois, Badois trs-prcieux, dlicieux
Saxons, adorables Mecklembourgeois, etc., etc., vous avez t  la
peine, il est juste que vous soyez au plaisir.

--Prenez donc plaisir  voir combien notre table est richement servie.

--Nous vous offrons  vous ces brosses d'honneur, brosses sanitaires et
hyginiques.

--Lorsque vous vous brosserez le ventre,  l'aide de ces brosses
gnreuses, vous vous direz avec fiert: Nous aussi, nous avons
travaill pour le roi de Prusse!]


[Illustration: RETOUR DES BAINS DE MER

--Je me marie, mon ami, je t'invite  l'enterrement de ma vie de garon,
ce soir,  8 heures.

--Un enterrement civil alors.]


[Illustration: EXPOSITION DE VIENNE

--Tout a, c'est dlicieux, on en mangerait!]


[Illustration: RETOUR A PARIS

--Qu'est-ce que madame dsire?

--Un pigeon.

--Un pigeon, caisse, boum! On va voir; nous n'avons plus que des pigeons
voyageurs, les autres sont on main.]


[Illustration: THTRE TIRELYRIQUE D'OFFENBACH

Le Garon

--Capdbious! monsieur Orphe, vous voyez que j'emplis la tirelire;
restez dans l'antichambre. Quand vous seriez le petit caporal, vous ne
passerez pas.]


[Illustration: VARITS.

--Toto chez Tata

Par Meilhac et Halvy

--Impossible de franchir plus lestement et plus gaiement une situation
embarrassante.--Vous n'en feriez pas autant.]



LA LIBRATION DU TERRITOIRE

LA SECONDE LIBRATION

(Fin)


LE TRAIT DE PAIX.

Un armistice conclu avec les Prussiens permet enfin de ravitailler
Paris. Le premier soin de l'ennemi est de frapper une contribution de
guerre: il reste fidle aux souvenirs de 1815.

Des lections gnrales taient ncessaires pour nommer une Assemble
charge de faire la paix avec l'Allemagne; le 19 fvrier, la Chambre
runie  Bordeaux nomme une commission de quinze membres chargs de
traiter de la paix. Le 21 fvrier a lieu la premire entrevue, et le 26
les prliminaires sont signs; ils sont officiellement ratifis par la
Chambre le 1er mars.

Les conditions sont plus rigoureuses qu'on ne pouvait le croire.

En 1815, la Prusse avait rclam l'Alsace et la Lorraine, rv un
dmembrement complet de la France; l'influence de l'Angleterre et de la
Russie avait seule pu retenir ces convoitises ardentes; mais cette fois
nous sommes seuls: l'Europe assiste impassible  ces ngociations, que
son intervention aurait pu sans doute rendre plus faciles.


CONDITIONS FINANCIRES.

La France payera une indemnit de guerre de cinq milliards.

Un milliard au moins sera vers dans le cours de l'anne 1871. Un dlai
total de cinq ans est donn  la France pour s'acquitter. Les cinq
milliards porteront intrt. Chaque versement devra tre opr en
numraire ou en traites sur l'Allemagne.

On conoit l'empressement de la Prusse  exiger de l'argent des vaincus:
ses finances taient puises et ce n'est qu' grand'peine qu'elle tait
parvenue  trouver les sommes qui lui taient ncessaires pour continuer
la guerre.

La contribution de guerre devait servir  indemniser les divers tats
allemands des dettes qu'ils avaient contractes,  rcompenser les
officiers et les soldats,  subvenir aux besoins du trsor prussien,
enfin  perfectionner l'armement, et  amliorer les forteresses de
l'Empire.

Au lendemain mme de sa victoire, la Prusse prenait ses prcautions
contre une nouvelle guerre, jugeant bien que la France ne chercherait
qu' se relever de son abaissement et  se venger de sa dfaite.


CONDITIONS MILITAIRES.

Quelque excessives que soient les exigences de l'Allemagne au sujet de
l'indemnit de guerre, ce ne sont malheureusement pas les plus
rigoureuses.

L'Alsace, moins Belfort, et une partie de la Lorraine sont cdes 
l'Allemagne, qui possdera ces territoires  perptuit en haute
souverainet et proprit.

Ce n'est qu'aprs de longues ngociations que Belfort nous reste:
concession importante, car la ville si nergiquement dfendue ferme sur
un point notre frontire.

Mais partout ailleurs elle est ouverte. Metz, Strasbourg, Bitche, toutes
nos forteresses, toutes nos places doivent tre livres aux Allemands.

Depuis vingt ans, en mme temps quelle se prparait  la lutte, la
Prusse tablissait  l'avance quel serait le prix de la victoire. Elle
recherchait l'importance du moindre village, et dans ce dmembrement
depuis si longtemps convoit, elle s'tudiait  ne nous laisser aucun
avantage.

Cette carte que l'empereur Alexandre montrait au duc de Richelieu, en
lui affirmant qu'il ne consentirait jamais  un semblable dmembrement,
les Prussiens l'ont prcieusement conserve. Ils n'ont pas attendu que
la guerre fut termine pour formuler leurs exigences. Le trait de paix
contient, en effet, cette phrase: La frontire, telle qu'elle vient
d'tre dcrite, se trouve marque en vert sur deux exemplaires conformes
de la carte, du territoire formant le gouvernement gnral de l'Alsace,
publie  Berlin en septembre 1870.

Sur tous les points, il fallut accepter ces dures conditions.

Au moment de la ratification du trait, les troupes allemandes
occupaient une grande partie de la France. Elles s'tendaient jusqu'aux
dpartements du Calvados, de l'Orne, de la Sarthe, d'Eure-et-Loir, du
Loiret, de Loir-et-Cher, de la Seine-Infrieure, de l'Eure, de
Seine-et-Oise, de Seine-et-Marne, de la Seine, de l'Aube, de la
Cte-d'Or.

Tous ces dpartements devaient tre vacus dans un bref dlai; les
forts situs sur la rive gauche de la Seine devaient tre immdiatement
livrs aux troupes franaises.

Le trait continuait ainsi:

L'occupation durera autant que le payement de l'indemnit de guerre; au
fur et  mesure des versements, l'vacuation des dpartements situs
entre la rive droite de la Seine et les frontires de l'est s'oprera.
Aprs le premier demi-milliard, les dpartements les plus voisins de
Paris seront librs.

Aprs le payement de deux milliards, l'occupation allemande ne
comprendra plus que les dpartements de la Marne, des Ardennes, de la
Haute-Marne, de la Meuse, des Vosges, de la Meurthe, ainsi que de la
ville de Belfort avec son territoire. Cette occupation servira de
garantie pour les trois milliards restant dus.

Le nombre, des troupes allemandes ne pourra dpasser 50,000 hommes aprs
le payement des deux premiers milliards.

L'entretien de l'arme d'occupation sera exclusivement  la charge de la
France.

Enfin, dans un dernier article, le gouvernement allemand se dclarait
dispos  substituer  la garantie territoriale, consistant en
l'occupation partielle du territoire franais, une garantie financire,
dans le cas o elle serait reconnue suffisante par l'Allemagne.

Les prisonniers de guerre devaient tre rendus immdiatement aprs la
ratification des prliminaires du trait de paix.

Telles sont les principales conditions de ce trait, le plus dsastreux
que la France ait jamais t oblige de ratifier.


L'OCCUPATION.

En 1815, un auteur allemand crivait, en prsence des vexations de toute
sorte imposes  la France, qu'il fallait organiser l'exploitation.
Cette parole n'a pas t perdue: l'exploitation a t bien organise en
1870.

Ce qui frappe le plus profondment dans l'occupation du territoire
franais par les Allemands, c'est le mpris souverain, absolu, de toutes
les lois divines et humaines. Plus qu'aucune nation en Europe,
l'Allemagne se tient au courant des progrs du droit international; ses
crivains ont dans cette science une rputation lgitime; c'est donc en
parfaite connaissance de cause que les chefs allemands ont tolr,
encourag toutes les exactions. Ils n'ont vu qu'une chose: le but 
atteindre, et pour cela tous les moyens leur ont sembl bons.

Ici l'un d'eux, dans une proclamation adresse aux populations, fait
savoir que les Allemands admettent le principe de la responsabilit dans
son acception la plus inattendue. Les Franais entrent-ils dans un
village? un fil tlgraphique est-il dtruit par les francs-tireurs? un
uhlan est-il attir dans une embuscade? ce sont les habitants qui
doivent payer pour les coupables.

Les maisons sont saccages, les biens confisques; le plus souvent
quelques notables sont fusills.

A propos des espions, Frdric II avait crit: Il est quelquefois utile
de prendre quelque gros bourgeois comme otage. Les Allemands profitent
de la leon. Ils placent des hommes, des femmes sur les locomotives
exposes aux coups de l'ennemi.

Sur le champ de bataille ils massacrent les blesss, comme  Bazeilles.
Aprs le triomphe, ils incendient les villes, comme  Chteaudun, 
Peltre,  Saint-Cloud. Enfin, fait plus grave, auquel on se refuserait 
croire s'il n'avait t publi une preuve indiscutable, le rsum d'une
enqute prsent par l'Acadmie de mdecine de Paris, les mdecins
prussiens refusent de soigner nos blesss, les maltraitent, quelquefois
les volent.

A tous ces faits, il n'y a pas d'excuse. Quelque terrible que soit la
guerre, il y a l des limites qu'elle ne doit pas franchir, des
prescriptions internationales qu'elle est tenue de respecter: les
Allemands n'en ont jamais tenu compte.

Du moins, c'tait la guerre, guerre inexorable, guerre de sauvages. Mais
les hostilits termines, la vengeance sera satisfaite, les procds
vont s'adoucir?

Nullement.

La victoire est acquise maintenant; la France doit payer cinq milliards,
le trsor allemand va tre rempli; mais  ct de l'tat il y a
l'individu.

N est-il pas souverainement injuste, contraire au bon sens et 
l'quit, que le vaincu demeure plus riche que son vainqueur?

Voil ce que se disent tous les Allemands, du gnral au soldat:
l'invasion a amen en France tout ce qui de l'autre ct du Rhin meurt
de faim. A ct du soldat, il y a le landwehrien, le juif, le convoyeur,
l'ambulancier, et tout cela pille avec d'autant plus d'acharnement qu'il
n'y a aucune rsistance  craindre.

Ce n'est l d'ailleurs que le vol individuel, celui qui se contente
d'une pendule ou d'un bijou; mais  ct il y a un procd plus
terrible, plus officiel,  l'usage des gnraux et des chefs.

Passe pour le soldat de piller, l'officier rquisitionne.

Cela est plus digne et rapporte davantage.

Quoi de plus simple. Prenons un seul exemple, celui de Beaumont.

Aux environs de la ville se trouve un colonel prussien qui se dsespre
sans doute, lui et ses officiers, de rentrer en Allemagne les mains
vides. On ne retrouve pas tous les jours de semblables occasions: la
France presque tout entire  ranonner,  dpouiller, et l'impunit
assure!

Aussi, aprs avoir bien rflchi, le colonel et ses acolytes
s'arrtrent-ils  un plan bien simple: une nuit, deux ou trois poteaux
du tlgraphe sont renverss aux environs de la ville. Un soldat
s'aperoit par hasard de ce fait, et s'empresse d'en prvenir son
chef.

La ville est aussitt frappe d'une contribution de guerre de cent mille
francs, payables dans les vingt-quatre heures.

Si l'argent est vers, on devine o il passe; s'il ne l'est pas, la
combinaison est encore plus fructueuse. Le commandant ordonne un jour,
ou un certain nombre d'heures de pillage.

Le mot est peut-tre impropre: ce n'est plus une soldatesque avide qui
se prcipite dans les maisons, maltraite les habitants et vole au
hasard.

Nous n'en sommes plus l; l'exploitation est mieux organise, tout cela
se passe officiellement. Les officiers sont prsents, ils ont t
commands pour ce service, c'est par leurs ordres que tous les objets
qui garnissent les maisons sont enlevs. Derrire eux se trouvent des
juifs qui valuent chaque objet et paient. Lorsque la somme fixe est
ainsi obtenue, l'opration s'arrte aussitt.

On comprend sans peine ce que vaut cette estimation, qui profite autant
 l'acheteur qu'au vendeur. Pour atteindre les cent mille francs exigs,
il faut vendre pour un million d'objets de toutes sortes.

Il n'est pas un de nos dpartements envahis, pas une des villes occupes
qui n'ait t frapp de semblables contributions, sous les prtextes les
plus futiles.

Nous parlions des juifs plus haut; ce type mrite qu'on s'y arrte. Il a
t le flau vritable de l'invasion.

Tant que dure la bataille, le juif reste en arrire.

Il craint les coups.

Mais l'ennemi a-t-il fui, le champ de bataille est-il libre, alors le
juif allemand accourt. L il est matre et roi. C'est  lui
qu'appartiennent tous ces cadavres. Ce n'est pas impunment que le
soldat le dsigne sous le nom caractristique de corbeau.

En toute tranquillit, il dpouille les morts, il va de groupe en
groupe. A le voir ainsi pench, courant perdu, avide, on dirait un
parent qui cherche un frre, un ami. Il ne cherche que de l'or. Parfois,
on entend un gmissement, un cri, c'est un bless qui supplie, mais le
corbeau a bien le temps vraiment de s'arrter pour de semblables
vtilles. N'a-t-il pas une mission  remplir? Car il ne faut pas oublier
ce ct, le digne personnage est fonctionnaire de l'tat, il fait partie
de l'organisation allemande; il ne se contente pas de voler, c'est l le
ct personnel, il est espion.

C'est le corbeau qui, aprs la bataille, portera au quartier gnral
tous les papiers trouvs sur les officiers suprieurs.

On voit que ce n'est pas une sincure; d'ailleurs, l ne se bornent pas
les fatigues. Il faut aller au devant de l'arme, s'enqurir des
ressources de chaque village, prendre des informations sur la situation
et les forces de l'ennemi.

Quelquefois, lorsqu'il est pris, le juif est fusille, mais cela arrive
bien rarement. D'abord  cause de cette inexplicable passion qu'il
nourrit  l'gard de sa triste personne, il prend toutes ses prcautions
et ne se hasarde qu' bon escient. Ensuite, si malgr toutes ses ruses
il tombe dans un pige, il en est le plus souvent quitte pour oprer
plus en grand. Il trahit les Allemands comme il espionne les Franais, 
l'avenir il tiendra les renseignements en partie double, et le mtier
n'en sera que plus lucratif.

Mais le triomphe, le rve de cette trange et repoussante personnalit,
c'est l'armistice; on est alors assez en paix pour n'avoir  redouter ni
corde ni balles, on est assez en guerre pour pouvoir exercer encore son
honnte mtier.

Aussi que de profits!

D'abord, il y a les rquisitions qui rapportent, quoique l'on soit
oblig de cder la plus grosse part, mais on se rattrape avec le soldat,
il est bte le soldat, il donne pour un florin ce qui en vaut cent.

Puis, pour des gens industrieux, il y a encore d'autres ressources.

Nous avons, dans l'ouest de la France, aux environs du Mans, pu
constater par nous-mme que les juifs que l'arme allemande tranait 
sa suite, louaient  la journe des soldats prussiens et se faisaient
accompagner par eux dans les villages. Frappant  une maison, les juifs
exhibaient un parchemin crasseux revtu de timbres plus ou moins
authentiques. La traduction de ce papier, on la devine, un mot suffit 
la rendre: rquisition. Comment le paysan aurait-il pu rsister; les
soldats taient l comme une preuve menaante. Ils livraient leurs
bestiaux que l'on allait vendre.

Dans cette malheureuse ville de Beaumont, que nous citions dj plus
haut, un convoyeur trouva un moyen plus simple et plus expditif de
s'enrichir. Un jour, il alla rclamer  quelques habitants plusieurs
milliers de francs; on le mit  la porte. L'Allemand docile attela sa
voiture et partit. Arriv sur la place il abattit un de ses chevaux d'un
coup de pistolet, puis il se rendit auprs le commandant d'tapes pour
dclarer que les habitants avaient tir sur lui. La ville fut svrement
impose. A partir de ce jour, on ne refusa plus rien au convoyeur. Sa
rputation tait bien tablie,  vingt lieues  la ronde, il tait le
matre.

Ce ne sont pas l des faits isols; c'est l'histoire de nos malheureuses
provinces envahies.

Jusqu'au jour de la signature de la paix, elles appartenaient au
vainqueur qui les exploitait  merci. Sa volont tait la loi, la seule
 laquelle il fallut obir.

Lorsqu'au mois de mars 1871, la paix fut enfin dfinitivement signe, la
situation s'amliora. Les autorits franaises rclamant chaque jour,
protestant contre ces pillages, ces violences et ces vols, l'tat-major
allemand mit un terme aux exactions. D'abord, toute cette populace venue
d'Allemagne comme  la cure, ne tint pas compte des ordres, mais
quelques excutions ayant eu lieu, elle comprit que l'heure du pillage
tait passe; elle disparut, emportant avec elle le fruit de son honnte
travail.

A partir de ce moment, l'occupation changea de caractre. La discipline
allemande, un moment oublie, reprit ses droits; dans son implacable
svrit, elle confondit souvent l'habitant et le soldat, adoptant des
mesures arbitraires, rigoureuses. Mais du moins on n'eut plus  craindre
pour sa proprit ou pour sa vie.

Il faut le dire d'ailleurs, car il convient de rendre justice mme  ses
ennemis, le commandement prussien s'effora souvent de rendre moins
lourd le poids de l'occupation. En 1815, la France avait d  Wellington
quelque peu de rpit, le gnral de Manteuffel remplit en 1871 un rle
analogue.



REVUE FINANCIRE

LE CRDIT FONCIER SUISSE.

Les Prussiens sont pays et partis. Notre crdit est intact. La Banque
de France a, dans ses caves, 700 millions de numraire. Nos exportations
dpasseront, cette anne, de plus de 300 millions les exportations de
l'anne dernire. La rente 5 p. 100 reste fermement au-dessus de 92 fr.
N'est-ce pas l une situation rassurante?

Nous pouvons donc nous attendre  une nergique reprise des affaires, et
nous trouvons un signe incontestable de la vitalit financire qui reste
acquise  notre march dans les missions qui mettent dj en bullition
le monde de la finance et des affaires.

Au milieu des oprations qui occupent l'attention des capitalistes nous
devons signaler la transformation qui vient de s'accomplir dans la
Socit du Crdit foncier suisse, et que nous croyons appele  faire
fructifier l'important actif que possde encore la compagnie.

Une assemble gnrale des actionnaires, tenue le 4 septembre  Genve,
vient d'approuver la rduction du capital social au chiffre de l'actif
rel de la compagnie, et si,  premire vue, cette mesure semble
douloureuse au point de vue des pertes qu'elle est oblige de
reconnatre, on ne peut, en fin de compte, que l'approuver hautement au
point de vue de l'intrt bien entendu des obligataires et des
actionnaires. On monde le bois mort pour donner plus de sve aux
rameaux rests vivants. Il faut aussi, dans le monde des affaires, avoir
le courage de diminuer le champ de ses oprations, quand les pertes que
l'on a subies rendent cette rduction indispensable.

Les Anglais, avec leur esprit pratique, n'hsitent jamais  prendre ces
rsolutions viriles et  constituer un nouveau capital, quand ils voient
la possibilit de tirer profit de leur affaire.

Or, l'actif du Crdit foncier suisse est encore de 19,700,000 francs,
chiffres ronds, et ce sont ces dix-neuf millions de proprits,
d'immeubles, d'entreprises industrielles qu'il s'agit aujourd'hui de
mettre en valeur, avec un nouveau fonds de roulement.

Le capital  raliser est d'ailleurs peu considrable. Avec 3,375,000
francs, la socit pourra mettre en exploitation rgulire tout son
avoir, et nous croyons fermement  la ralisation de ce capital, parce
que les intresss, actionnaires et obligataires, seront les premiers 
souscrire les 45,000 bons de 100 francs qu'met aujourd'hui la
compagnie. Les intresss n'ont-ils pas, en effet, trois raisons
dcisives qui doivent les porter  souscrire ces bons: La garantie
srieuse qui est affecte  ces titres particuliers, l'intrt
rmunrateur qu'ils rapportent et la ncessit de raliser la somme
indispensable au salut de leur entreprise.

Lon Creil.



[Illustration: EXPOSITION UNIVERSELLE DE VIENNE.--Appareil pour la
fabrication des eaux gazeuses, expos par M. Mondollot fils.]

EAUX GAZEUSES

M. MONDOLLOT FILS

Parmi les appareils industriels qui figurent  l'exposition franaise de
Vienne, nous avons particulirement remarqu les appareils de M.
Mondollot, successeur de la maison Briel, pour eaux gazeuses, de toutes
grandeurs: appareils de mnage et appareils industriels, des vases,
siphons et, en gnral, tout le matriel employ dans l'industrie des
eaux gazeuses.

Les appareils de mnage sont les appareils si connus sous le nom de
gazognes Briel et dont la supriorit a t consacre par les titres
les plus srieux: mdaille  la Socit d'encouragement, mentions et
mdailles aux diverses expositions nationales et universelles de Paris,
de Londres, etc. Seuls approuvs par l'Acadmie de mdecine, seuls admis
dans les hpitaux et hospices de Paris, ces appareils sont aussi les
plus estims du public; ils se vendent annuellement par milliers en
France et  l'tranger. Le succs constant de ces appareils est d  la
supriorit incontestable du systme et aux perfectionnements successifs
apports par le constructeur dans tous les dtails de la fabrication
(Voy. fig. 1, le dessin du gazogne Briel).

Les appareils industriels qu'expose M. Mondollot, sous le nom de
gazognes continus, sont d'un systme spcial rcemment brevet, le
caractre distinctif de ce systme consiste en ce que le jeu de la pompe
opre la distribution automatique de l'acide sulfurique et la production
continue du gaz. Par suite, plus de dangers ni de difficults dans la
manoeuvre du robinet  acide, meilleure puration du gaz dans des vases
laveurs de moindre dimension, suppression du gazomtre si encombrant des
autres systmes.

Ainsi simplifis, les appareils sont d'une conduite facile et sure;
toutes les pices dont ils se composent tant groupes sur un bti
unique, ils tiennent peu de place, s'expdient tout monts, prts 
fonctionner sans ncessiter aucun frais d'installation (Voy. fig. 2, le
dessin d'un appareil gazogne continu complet, avec triage double). En
un mot, ils runissent les avantages des appareils intermittents;
conomie d'achat, de place, de transport et d'installation aux avantages
des autres appareils continus, conomie de temps et de matires,
scurit et rgularit du travail.

Tous ces avantages runis doivent dcider les personnes qui dsirent
monter une fabrique d'eaux gazeuses, petite ou grande,  visiter les
ateliers du constructeur, rue du Chteau-d'Eau, n 72,  Paris, ou ils
verront installs et fonctionnant une srie d'appareils de ce systme,
pouvant produire ensemble plus de dix mille siphons par jour.

Le jury de l'exposition de Vienne a reconnu la supriorit des appareils
de M. Mondollot, et vient de lui dcerner, pour l'ensemble de ses
produits, une mdaille de mrite et un diplme de mrite.



Rbus

[Illustration]

EXPLICATION DU DERNIER RBUS:

Que de femmes portant triomphalement les culottes  la maison!







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1873, by Various

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Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit:  www.gutenberg.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.

