The Project Gutenberg EBook of Les Aventures d'un fifre., by Louis Reybaud

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license


Title: Les Aventures d'un fifre.
       Le Dernier des commis voyageurs. Les Idoles d'argile. Le
       Capitaine Martin. Les Aventures d'un fifre.

Author: Louis Reybaud

Release Date: January 16, 2015 [EBook #47986]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES AVENTURES D'UN FIFRE. ***




Produced by Rnald Lvesque






Nouvelles de Louis Reybaud.

LES AVENTURES D'UN FIFRE.



I

Le souterrain.

La soixante-neuvime demi-brigade tait cite en gypte pour son corps
de musique, l'un des mieux exercs de l'arme expditionnaire. Sous la
rpublique, cette branche de l'art n'tait pas cultive comme elle l'est
aujourd'hui o chaque rgiment possde un vritable orchestre, arm
d'instruments  vent harmonieux et de cuivres sonores. Quand les
clarinettes ne jouaient pas trop faux et que la grosse caisse battait en
mesure, on croyait avoir des artistes parfaits.

Un bon fifre surtout tait regard comme la dernire expression de la
musique militaire, et c'tait  qui se procurerait ce phnix rare et
recherch. Sous ce rapport, la soixante-neuvime ne laissait rien 
dsirer: son fifre passait pour l'une des merveilles du genre. Dans les
srnades de la place de L'Ezbki, o logeait l'tat-major, c'tait lui
qui excutait, les solo, et il s'en acquittait avec un talent qui lui
valut plus d'un illustre suffrage. Quand l'entrepreneur du Tivoli
gyptien voulait organiser une fte dansante, il commenait par
s'assurer la collaboration du fifre de la soixante-neuvime. Plus d'une
fois, Bonaparte lui-mme le fit appeler pour charmer les loisirs de la
dame de ses penses. Le fifre, il faut le dire, mritait ces honneurs.
Ce n'tait pas un artiste ordinaire, excutant machinalement quelques
vieux airs sur le mode aigu. Il avait un rpertoire vari et se piquait
de tenir la demi-brigade  la hauteur des partitions rcentes. La Marche
des _Tartares_ de Kreutzer, les choeurs de _Paul et Virginie_ lui
taient familiers. Quand il touchait  la musique ancienne, c'tait en
connaisseur. Il demandait des motifs  l'_Orphe_ et  l'_Alceste_ de
Gluck,  la _Didon_ de Puccini, aux bons opras de Lulli et de Rameau,
et ne se privait pas de mettre le _Devin du village_ en variations.
Jamais fifre ne fut mieux dou par la nature.

On le connaissait dans la demi-brigade sous le nom de Roquet. Il est
possible que ce ne ft pas l son nom vritable; mais personne ne lui en
donnait d'autre. C'tait un enfant de troupe qui avait t lev dans la
chambre, petit de taille et peut-tre un peu nou: de l lui tait venu
son sobriquet. Roquet avait fait les premires campagnes du Rhin comme
l'enfant de l soixante-neuvime. Quand il eut douze ans, le major lui
fit cadeau d'un fifre, et, au bout de huit jours, il en tirait dj des
sons satisfaisants. La demi-brigade rendit justice  cette vocation,
prcoce, et, aprs un mois d'exercice, Roquet tait incorpor comme
second fifre. A quinze ans, il passa premier fifre; c'tait son bton,
de marchal. Ds ce moment l'amour de son art le domina tout entier.

Dans, les premiers jours qui suivirent l'occupation du Caire, l'aspect
de la ville et des environs dfraya la curiosit du soldat. Ce qui
surtout attira les visiteurs, ce furent les colosses en pierre dont
Bonaparte avait voqu le souvenir, au moment de la bataille dcisive
qui lui livra l'gypte. Presque tous les corps allrent  leur tour
contempler ces pyramides assises sur les confins du dsert et dj
atteintes par les envahissements des sables. Leur masse imposante
semblait planer sur ces solitudes et marquer la place o fut cette
Memphis, que dvastrent Cambyse et Amrou. Tout cet espace est
aujourd'hui frapp de strilit et en proie  la dvastation. Quelques
bouquets de palmiers et d'acacias pineux (l'acanthe des gyptiens)
varient seuls la monotonie et la tristesse du paysage. Sur cette lande,
aujourd'hui si nue, s'leva pourtant l'une des plus grandes capitales du
monde ancien, et l, o quelques villageois pars, vgtent  peine,
vivaient autrefois deux cent mille mes dans une enceinte couverte de
palais. Ainsi disparaissent les villes comme les peuples; le temps
emporte jusqu'aux vestiges des civilisations qui ont accompli leur
tche.

Au del de Memphis et en remontant le Nil se trouve,  la limite mme de
la vieille capitale, une seconde ncropole non moins curieuse que celle
des grandes pyramides de Gizh. On la nomme indiffremment la _Plaine
des Momies_ ou la _Plaine de Sakkarah_. Gizh formait le camp des morts
du ct du nord, Sakkarah du ct du midi. D'autres pyramides moins
leves, mais plus nombreuses, attestent cette destination. Aucun lieu
n'offre plus d'intrt. C'est de l ou des hypoges de la haute gypte
que l'on a tir ces momies, qui sont devenues l'objet d'un commerce en
Europe. Commerce singulier, qui peuple nos muses de corps desschs
sous leurs bandelettes, et qui n'entrait probablement pas dans les
calculs de ceux qui se firent embaumer de la sorte! Aujourd'hui, grce 
cet esprit de conservation, de graves hirophantes, morts, il y a quatre
mille ans, dans la valle du Nil, se trouvent transports, sur les bords
de la Seine, et trouvent dans nos muses une place d'honneur  laquelle
ils ne songeaient gure de leur vivant.

La plaine de Sakkarah a t, dans tous les temps, le thtre de
spculations tranges. Une masse norme de puits, de souterrains, de
pyramides, de cryptes, s'y offre aux profanateurs de spultures. L'usage
grec, qui en cela, dit-on, n'tait que la suite d'un usage gyptien,
voulait que l'on mt dans la bouche de chaque mort une pice de monnaie,
reprsentant l'obole due  Charon, le cocher des enfers. Les Arabes, qui
ont peu de respect pour les traditions mythologiques, ont dcouvert, il
y a longtemps, cette particularit, et l'on trouve aujourd'hui dans ces
champs de repos peu de cadavres qui n'aient la mchoire-brise. Un autre
trafic est celui des oiseaux sacrs, auxquels, tait consacr un immense
puits qui l'on connat aujourd'hui encore sous le nom de puits des
oiseaux. C'est de l que nous viennent ces ibis empaills qui font
l'honneur des riches collections de l'Angleterre et du continent. La
plaine de Sakkarah se trouve ainsi parseme tout entire d'ouvertures
plus ou moins profondes qui, les unes horizontales, les autres
perpendiculaires, donnent accs vers des galeries souterraines
communiquant entre elles.

Quoique cette plaine ft situe  six lieues du Caire, cependant elle
tait l'objet d'excursions nombreuses. Le corps de musique de la
soixante-neuvime eut l'occasion, de s'y rendre en faisant la conduite
au gnral Desaix qui s'embarqua sur le Nil pour rejoindre sa division
alors en marche vers la haute gypte. Plusieurs barques ou _djermes_
avaient t employes  ce transport, et l'une d'elles portait
l'orchestre flottant. Roquet en tait l'me, et jamais il ne montra tant
de verve. Ce large fleuve sur lequel l'escadrille glissait, ces rives
couvertes de beaux sycomores, cette longue suite d'les qui forment un
archipel de verdure, tout contribuait  exciter l'enthousiasme musical
de l'artiste: il se surpassa. Les ombres des pharaons Chops et
Mycrinus durent tre charmes par des variations sur la _Marseillaise_
et le _Chant du dpart_, comme jamais fifre humain n'en avait cadenc.
Le trajet fut ainsi abrg, et grce  un vent favorable, trois heures
aprs le dpart du Caire, on se trouvait en face de la plaine de
Sakkarah. L s'arrtait l'itinraire du corps de musique. Desaix
poursuivit seul sa route vers la haute gypte. Quant  l'escorte
instrumentale, elle voulut avant que de reprendre le chemin du Caire,
jeter un coup d'oeil sur les antiquits de cette ncropole. On dbarqua
donc les artistes sur le rivage en leur accordant une heure pour
satisfaire leur curiosit. Ils se rpandirent joyeusement dans la plaine
couverte de pyramides ruines, les unes en brique, les autres en
grs-brche, celles-ci de trois cents pieds de haut, celles-l dpassant
 peine la taille d'un homme. Il faut croire que c'tait l, chez les
gyptiens, une manire de mesurer le rang du dfunt. Les pyramides des
Pharaons, souverains de la contre, avaient quatre cents pieds de
hauteur; les pyramides de leurs sujets devaient tre d'une lvation
moindre et proportionne  leur importance. Aprs les rois venaient les
prtres, puis les guerriers, puis les artistes, ensuite les autres
classes, dans l'ordre de leur fortune et de leur condition. Ceux qui ne
pouvaient pas aspirer aux honneurs de la pyramide se contentaient d'une
place dans les caveaux souterrains o les cadavres embaums taient
rangs contre la muraille. A de certaines poques de l'anne on
descendait dans ces catacombes, et la gnration vivante y excutait une
procession aux flambeaux au milieu de ces gnrations mortes.

On s'est souvent demand si cet embaumement, universel chez les
gyptiens, ne prenait sa source que dans une pratique religieuse, ou
s'il fallait en rapporter l'origine  quelque mesure d'hygine. Le fait
est qu'aujourd'hui, dans cette valle autrefois clbre par sa
salubrit, rgne un flau qui semble y avoir tabli son sige. La peste,
avec les caractres qu'on lui connat, est ne en gypte, et c'est
toujours du littoral gyptien qu'elle rayonne sur le reste de l'Orient.
Dans aucun autre pays du monde on ne retrouve un mal semblable avec les
accidents qui le distinguent. Or qui nous dit que l'embaumement des
corps n'avait pas t dtermin autrefois par les inconvnients de
l'inhumation dans un sol d'alluvion, et ne se pourrait-il pas que la
peste ft issue de la dsutude de cette mthode? Les gyptiens taient
un peuple grave, et observateur; ils ne faisaient rien sans rflexion,
sans dessein, sans motif. Dans ce cas, les moyens prventifs de la peste
se trouveraient principalement dans un autre systme d'inhumation que
celui qui est aujourd'hui en vigueur en Orient. Si le procd
d'embaumement sur une grande chelle est impossible dans l'tat de
civilisation de ces contres, on pourrait avoir recours  des moyens
plus simples et moins coteux. L'incinration paenne avait cela
d'avantageux quelle faisait disparatre toutes les exhalaisons
dltres; son seul inconvnient tait d'enlever le corps du dlit, en
cas de crime.

Qu'on nous pardonne ce hors-d'oeuvre! Il est  croire qu'aucune de ces
rflexions ne fut suggre, par l'aspect de la ncropole, aux
clarinettes, aux chapeaux chinois et aux cymbales de la
soixante-neuvime. Ils visitrent le champ du repos en vritables
profanes, gravirent les pyramides, cherchrent  pntrer dans les
souterrains accessibles, d'o ils enlevrent quelques dbris de momies,
des bandelettes, des plumes d'oiseaux et ces petites poteries rouges que
l'on trouve en abondance dans toutes les tombes anciennes. Rien de
particulier n'avait signal cette petite maraude, quand, au coin d'un
tertre que surmontaient quelques acacias, un cri se fit entendre.
C'tait le fifre Roquet, qui venait de s'engloutir dans un puits dont un
large cprier masquait l'ouverture. Le malheureux avait, mis le pied sur
la plante rampante, croyant qu'elle couvrait un terrain solide, et il
s'tait abm dans un gouffre de quarante pieds de profondeur. A la
premire alerte tous ses compagnons accoururent. Avec le tranchant du
sabre on eut bien vite dbarrass l'ouverture du feuillage parasite qui
l'obstruait, et l'on reconnut un orifice de six pieds de circonfrence,
destin videmment  servir de soupirail  ces catacombes. Une obscurit
profonde empchait de rien distinguer au fond du puits; mais il tait
facile d'entendre des gmissements plaintifs qui prouvaient que le
pauvre fifre s'tait bless dans sa chute.

On l'interpella  diverses reprises, sans obtenir de rponse. Enfin, il
parvint  s'expliquer. Grce  divers obstacles qui avaient amorti le
coup, Roquet en tait quitte pour quelques contusions. Remis de cette
terrible secousse, il put se lever et s'assurer de l'tat des lieux. En
ttant les parois de sa prison, il s'assura qu'elle tait mure de
toutes parts et qu'elle n'offrait aucune issue. Le seul moyen de sortir
de ce cachot tait donc de regagner l'ouverture par laquelle il avait
t prcipit. Mais comment tenter cette ascension prilleuse? On essaya
divers expdients. En premier lieu le fifre chercha  reconnatre s'il
ne serait pas possible de remonter vers le soupirail  l'aide des
asprits et des saillies que pouvaient offrir les murs du souterrain.
Tous ses efforts furent vains: dans la partie infrieure les parois
taient lisses et ressemblaient  celles de la citerne o Joseph fut
jet par ses frres;  peine put-il s'lever  une hauteur, de deux ou
trois pieds; au del les points d'appui lui manquaient: On comprit ds
lors que son salut ne devait venir que d'en haut. Les imaginations se
donnrent carrire. On n'avait pas de cordes, mais en ajoutant les uns
aux autres les mouchoirs des musiciens on parvint  en confectionner une
qui fut descendue, dans le souterrain. Elle n'arrivait pas au fond;
cependant,  force d'lans, Roquet parvint  en saisir l'extrmit, et
il s'y suspendit avec l'nergie d'un homme  bout de ressources. Ses
compagnons, le sentant cramponn, commencrent  tirer  eux la corde
artificielle, avec toutes sortes de prcautions; mais  peine le pauvre
fifre se trouvait-il  quinze pieds du sol, que le lien se rompit et le
fit rouler de nouveau au fond de son caveau, plus meurtri et plus
disloqu qu'auparavant. Impossible de renouveler la mme exprience aux
dpens des membres et de la vie du prisonnier. Les barques taient  une
demi-lieue de l; quatre musiciens se dtachrent pour aller chercher
l'un de ces cordages en sparterie qui font partie de l'quipement de
toute marine arabe; les autres restrent sur les lieux en rassurant le
pauvre fifre contre l'abandon et l'exhortant  la patience.

Roquet commenait  voir clair dans son cachot. On sait quelle lucidit
acquiert la vue  mesure qu'elle s'habitue aux tnbres. Ainsi, peu 
peu, il apercevait une foule d'objets qui, jusque-l, lui avaient
chapp. Le souterrain tait plus vaste qu'il ne l'avait cru d'abord; sa
forme tait celle d'une citerne dont le cerveau se serait arrondi en
vote. Elle ne semblait pas avoir servi  des inhumations, car aucun
dbris humain ne jonchait le sol. Tous les revtements taient achevs
avec un soin infini, et rien n'avait t pargn pour en faire une
habitation convenable; seulement les htes y maquaient On n'y remarquait
pas mme les traces du passage de flambeaux, qui sont le caractre
distinctif de tous les hypoges et de toutes les cryptes de l'gypte. La
visite aux morts, dans des jours solennels, tait de crmonial strict
dans l'ancienne religion des hirophantes; et telle est la paissance de
conservation de ces souterrains, que la fume, laisse par les torches,
il y a plus de trois mille ans, y subsiste encore.

Cependant,  force de fureter dans les recoins de sa prison, Roquet
finit par dcouvrir une issue entirement masque par un retour de la
muraille.. C'tait un couloir, troit dans lequel; tout grle qu'il
tait, il ne put s'engager sans effort.

Une crainte instinctive le retenait d'ailleurs: il craignait de
rencontrer de nouvelles chausse-trapes et de descendre ainsi d'tage en
tage, jusqu'aux entrailles de la terre. Toutefois la curiosit
l'emporta. En s'effaant un peu, il parvint  franchir le corridor, qui
s'largissait graduellement, et arriva ainsi dans une longue galerie
qu'clairaient des soupiraux placs de distance en distance et disposs
de la mme manire que celui par lequel il avait fait la culbute. Cette
galerie tait peuple: deux longues files de momies adosses aux murs
semblaient diriger sur les visiteurs importuns des yeux fixes et
svres. Roquet n'tait pas poltron; il allait bravement au feu; le
sifflement des balles, le bruit du canon ne l'intimidaient pas. Pourtant
il eut peur. La mort ne lui tait jamais apparue sous cet aspect, avec
ce cortge de reprsentants. Seul vivant au milieu de ces cadavres, il
se peupla l'esprit de fantmes, crut voir leurs yeux s'animer; leurs
ttes se mouvoir. Le silence mme de ces catacombes l'pouvantait; il
regrettait les risques des champs de bataille.

On sait combien la peur est ingnieuse. Roquet eut recours  tous les
expdients qu'elle suggre. Il toussa, se moucha, se parla tout haut. Il
appela par leurs noms ses camarades du corps de musique. Sa voix ne
parvint pas jusqu' eux, et ils ne purent lui rpondre. Il voulait alors
revenir sur ses pas, mais une force presque invincible semblait le tenir
enchan; on et dit qu'il ne voulait pas donner  ces momies le
spectacle de sa fuite et qu'il craignait d'tre poursuivi par leurs
ricanements. Alors une ide lui vint: il avait son fifre en poche, il se
rsolut  excuter une srnade d'un style franais en l'honneur de ces
vnrables sujets des Pharaons. Ce petit concert avait le double
avantage de le distraire de ses frayeurs et de mettre ses camarades sur
la trace de son Odysse souterraine. Il prluda donc par la _Marche des
Tartares_; et un certain perl, rsultat de l'motion intrieure, donna
 son excution des qualits toutes nouvelles. On l'avait entendu d'en
haut, on le suivait: le fifre indiquait sa position. Roquet, plus
rassur, se surpassa, il fit des merveilles; il puisa les richesses de
son rpertoire, depuis le _Roi Dagobert_ jusqu'au _Charon t'appelle_,
clbre choeur de l'_Alceste_, de Gluck. Vers les dernires modulations
de cet air sinistre il lui sembla que les momies de la galerie
s'agitaient; et, s'effrayant du succs de son vocation, il commena 
jeter autour de lui des regards moins assurs. Peu  peu il s'tait
produit, en effet, comme une rvolution parmi ces cadavres placs dans
l'ombre la plus recule; et, au moment o le pauvre fifre rpondait 
l'appel de ses amis du dehors qui arrivaient avec de nouveaux moyens de
sauvetage, des yeux vivants se fixrent sur lui, deux bras nerveux le
saisirent et l'entranrent dans un souterrain contigu o ne pntrait
pas la moindre clart.

Ds lors, ce fut vainement que du dehors on appela Roquet, Roquet ne
rpondit plus. Deux amis dvous, une clarinette et un triangle, se
firent descendre par une corde dans le souterrain, le parcoururent dans
tous les sens, visitrent les moindres dtours: Ils ne purent rien
dcouvrir. Un instant, dans la direction d'un caveau sombre, ils crurent
entendre quelques mesures de l'air favori de la victime: _Non! non!
Colette n'est point trompeuse_ du _Devin_; ils marchrent de ce ct,
arms de grandes torches, cherchrent avec la plus minutieuse attention,
redemandrent Roquet  ce labyrinthe sombre. Soins inutiles! Roquet
avait disparu.



II

Le dsert.

Voici l'explication de l'enlvement du fifre Roquet. Longtemps l'arme
d'gypte en fit l'objet de versions surnaturelles.

Le triangle et la clarinette, descendus pour le secourir, mlrent 
leur rcit un peu de fantasmagorie, afin de se donner un certain relief
de courage. L'exagration ne gte rien au dvouement. Le triangle
prtendait avoir aperu une bande de dmons qui avaient attir le fifre
dans un gouffre o il s'tait abm avec eux. La clarinette, esprit
fort, attribuait sa disparition  l'une de ces portes secrtes qui se
ferment d'elles-mmes sur les visiteurs imprudents. Mais tout le corps
de musique et l'arme s'accordaient  dire que Roquet, la perle des
fifres, tait mort. La soixante-neuvime demi-brigade lui donna un
remplaant.

On se trompait, pourtant; Roquet vivait encore. On a vu que les Arabes
frquentent les tombeaux de la plaine de Sakkarah; personne mieux qu'eux
n'en connat la topographie souterraine: Presque toutes ces galeries se
communiquant entre elles et forment un labyrinthe mystrieux, dont les
dtours et les ouvertures sont familiers aux tribus nomades de la Libye.
Cette ncropole a plusieurs issues vers le dsert; et, quand les
Bdouins prvoient que le _simoun_ va souffler, ils accourent avec leurs
tentes et se dcident  vivre pendant quelques jours en troglodytes, au
sein de ces catacombes. Le hasard avait voulu que l'une de ces peuplades
habitt ces souterrains quand Roquet s'y laissa choir. Si l'artiste
n'et pas voulu faire preuve de ses talents sur le fifre et charmer les
momies d'alentour, il est probable qu'on ne se ft pas aperu de sa
prsence; mais les sons de l'instrument attirrent les naturels, qui
s'emparrent du malheureux musicien et le drobrent facilement aux
recherches. Roquet n'tait donc pas mort, mais il se trouvait  la merci
des Arabes, ce qui n'tait gure plus rcratif. Le fanatisme est grand
parmi ces tribus, et, au moment o cette aventure arriva, la terreur de
nos armes ne les contenait pas encore. Aussi leur; premire pense
fut-elle pour les moyens violents. Ils voulaient immoler le prisonnier,
les uns par prjug religieux, les autres par prcaution. La jeunesse de
Roquet le sauva. Les femmes de la tribu intercdrent pour lui: il fut
pargn. Le cheik l'attacha  son service, et le pauvre fifre eut
bientt,  se dfendre de ses bonts non moins dangereuses que ses
rigueurs. La tribu entre les mains de laquelle il tait, tomb tait
celle des Hennadis, l'une des plus puissantes du dsert libyque. Une
fraction seulement avait pouss une reconnaissance vers le pays cultiv;
le reste campait  deux journes de chemin du Nil, dans la valle du
_Fleuve sans eau_. Quand la nuit fut venue, le cheik abandonna la
ncropole souterraine avec ses gens et ses femmes, et prit la route du
grand dsert.

Qu'on juge des inquitudes de notre hros. Livr  des destines
inconnues,  la merci des bandits, dont il connaissait les habitudes
vagabondes, qu'allait-il devenir? La vie lui restait; mais c'tait une
vie d'esclave, errante, en butte  toutes sortes de privations. Tant que
dura l'tape nocturne, le sentiment de sa situation s'effaa pour ainsi
dire; mais quand le jour parut, quel spectacle s'offrit  lui!... Il
tait au milieu d'une centaine de Bdouins arms de piques, de sabres et
de fusils: de quelque ct qu'il jett les yeux, il ne voyait que des
figures peu rassurantes, enveloppes de burnous blancs. On et dit une
troupe de fantmes. A ses cts, et montes sur des nes, cheminaient
les femmes, vtues d'toffes brunes. Quelques chameaux portant des
provisions terminaient la caravane, et on l'avait juch sur le cou de
l'un de ces animaux. Pauvre fifre de la soixante-neuvime! Le mouvement
de la bte lui occasionnait des nauses semblables au mal de mer, tant
il est vrai que le chameau justifie de toutes les manires son surnom de
_vaisseau du dsert._ Puis, quelle perspective! On tait en pleine
Libye... Les ondulations du sable variaient seules la monotonie de cet
horizon qui avait la couleur de l'ocre; le soleil montait dans le ciel
et commenait  chauffer l'arne qui tincelait sous ses rayons. La
chaleur tait telle, qu'il et suffi d'enfoncer un oeuf dans le sable
pour le voir se cuire  l'instant. Point d'eau, point de gazon, point
d'arbres. Seulement quelques palmiers grles de loin en loin et servant
comme de jalons dans ces solitudes. Roquet tait ananti. Cette
atmosphre le suffoquait, ce sol jauntre lui envoyait des
rverbrations insupportables, son chameau mme lui tait odieux. Trois
fois il se laissa tomber volontairement, trois fois on le ramassa 
demi-mort. Enfin,  l'aide d'une corde, on le fixa sur sa bte comme un
vritable patient.

Au premier puits on fit une halte: il y avait l quelque ombre et un peu
de fracheur. Un grand figuier et trois sycomores avaient pris racine
dans ce lieu sauvage, et y disputaient aux hommes le petit nombre de
gouttes que contenait cette coupe d'eau. On dtacha Roquet de dessus sa
fatigante monture: on le convia au repas commun, qui se composait de
dattes et de galettes dessches. Ce que c'est que la nature humaine!
Ds que le fifre put respirer plus  l'aise, l'apptit lui revint, et il
fit  l'ordinaire des Bdouins plus d'honneur qu'on n'aurait d s'y
attendre. Ce retour fut compris par le cheik, qui tmoigna ds lors plus
d'gard  son prisonnier. On lui pargna le supplice que causent les
allures du chameau  ceux qui n'y sont pas habitus; on lui donna 
monter un fort joli cheval. Son habit de drap, dont les boutons de mtal
tentaient la cupidit des Arabes, son chapeau lui furent enlevs mais,
en revanche, on l'affubla d'un excellent burnous, qui le dfendait
contre les ardeurs du soleil, et, au besoin, lui garantissait le visage.
Dans l'une des poches du frac d'uniforme se trouvait son fifre, qu'il
dfendit bravement contre ses dtrousseurs. Un Bdouin s'en tait empar
et l'examinait avec curiosit. Roquet se jeta sur lui pour le reprendre,
et une querelle allait s'ensuivre, quand le cheik intervint. Il se fit
remettre l'objet du dbat, et parut fort intrigu de sa forme. Le bois
de l'instrument ne sduisait personne, mais il n'en tait pas de mme
d'une petite clef en cuivre tincelant comme l'or. Roquet rsolut de
vider le diffrend par une preuve dcisive. Il donna  entendre au
cheik qu'il allait montrer  la tribu l'usage de cet ustensile trange
pour elle; et quand il s'en trouva de nouveau nanti, il l'emboucha et
prluda par une des mlodies les plus expressives: _J'ai perdu mon
Eurydice_, de l'_Orphe_ de Gluck. Ces sons imprvus produisirent
l'effet d'un coup de thtre. A l'instant mme, l'artiste fut entour
par toute la caravane; on l'excitait de la voix, on l'encourageait du
geste. Tous les yeux taient devenus bienveillants, toutes les
physionomies riantes. Tantt la surprise se manifestait par un silence
profond, tantt l'admiration clatait dans une explosion bruyante.
Roquet avait gagn sa cause: il comprit que son fifre tait dsormais
une puissance.

Cependant, le signal du dpart ayant t donn, on s'enfona de nouveau
dans la Libye. Cet ocan de sables semblait n'avoir pas de fin. Aucun
tre vivant n'en animait l'aspect, si ce n'est, de temps  autre, un
troupeau de gazelles qui fuyaient en bondissant, ou quelque autruche
ouvrant ses ailes, comme un navire ses voiles, pour se drober plus vite
aux regards. Aux journes brlantes succdaient des nuits glaciales; la
rose baignait les tentes, traversait les burnous les plus pais. La
moindre imprudence tait punie par des douleurs cuisantes dans les yeux,
souvent mme: par l'ophthalmie. C'tait l de cruelles preuves pour un
Europen; notre hros les supporta avec courage. Enfin, aprs quatre
jours de marche, on rejoignit le gros de la tribu, qui se composait de
quatre cents tentes. Elle campait alors dans un petit vallon tapiss de
broussailles et ombrag par un bouquet d'arbres. Une source coulait de
la base du rocher et fournissait une eau potable, quoiqu'un peu
saumtre. Ce vallon tait situ au-dessus des lacs de Natron et dans le
voisinage des monastres cophtes, qui, de temps immmorial, occupent
cette zone du dsert. Quand la tribu manquait d'eau ou de vivres, elle
poussait une reconnaissance vers l'asile de ces religieux, qui
prfraient lui payer un tribut forc plutt que de s'exposer  sa
vengeance. La tribu tait: d'ailleurs l'une des plus puissantes de la
Libye; elle possdait six cents chevaux, cent chameaux, autant de
dromadaires, des moutons, des chvres, des volailles en grande
abondance. Presque toujours la moiti des cavaliers, tait en maraude
pendant que l'autre moiti se reposait. Le camp devenait l'entrept
gnral des objets pills, et c'est l que s'en faisait le partage.

L'adoption de Roquet par le cheik principal, et son talent sur le fifre,
qui, de plus en plus, merveillait la peuplade, lui firent sur-le-champ
une situation tolrable et une vie qui n'tait pas sans charme. A part
la libert, il ne lui manquait rien. Son matre l'avait attach au
service intrieur de sa tente, service facile, dans lequel il aidait les
femmes. Il allait puiser de l'eau  la source; pilait le doura, espce
de millet avec lequel les Arabes confectionnent leur pain; prparait le
pilaw de riz, battait le lait de chamelle pour le convertir en beurre.
L'ordinaire de la maison n'tait pas trs-somptueux; mais,  la rigueur,
il pouvait suffire. On avait du riz, des dattes, des galettes de doura,
du bl, des fves; une fois par semaine, on tuait un mouton ou quelques
volailles. L'artiste de la soixante-neuvime possdait quelques talents
en cuisine; il les mit  la disposition de son matre et apprta
plusieurs mets;  l'europenne. Cette exprience gastronomique fut moins
heureuse que ses tentatives musicales. Le cheik gota peu les recettes
du jeune Franais; il leur prfrait son riz tuv  la manire
asiatique. Mais le fifre eut en revanche un long succs. Chaque soir,
dans ces veilles arabes o, partags entre la pipe et le caf, les
principaux de la tribu prtent l'oreille  leurs conteurs, l'artiste
avait constamment un rle  jouer. C'tait, un jour, une marche
brillante; l'autre jour, un _adagio_ ou un _cantabile_ plein de
mlancolie. En gnral, les auditeurs prfraient une musique lente 
une musique vive. Les airs langoureux, et mme monotones, les charmaient
par-dessus tout. Pour les servir selon leur got, le fifre de la
soixante-neuvime se mit  apprendre plusieurs de ces chants arabes que
l'on nomme des _moals_, et qui sont une espce de rcitatif compos de
notes plaintives. Roquet transporta ces moals sur son instrument, et il
fut ds lors un barde incomparable.

Cependant la captivit commenait  peser au troubadour des Hennadis.
Comme Achille  Scyros, il s'indignait de languir dans ce camp et d'y
partager les travaux des femmes. Le souvenir de ses frres d'armes le
poursuivait, et il ne rvait qu'aux moyens de les rejoindre. Pour y
parvenir, il demanda d'abord au cheik la faveur d'aller en course avec
les maraudeurs de la tribu. Comme ces excursions les conduisaient vers
la lisire des terrains cultivs, il lui et t facile de choisir alors
un moment pour s'esquiver et regagner les rives du Nil. Le cheik comprit
ce calcul et le djoua. Le Franais tait trop jeune, disait-il, pour
supporter les fatigues du dsert. Il ne savait pas manier la lance; il
n'tait pas encore assez bon cuyer. D'ailleurs, que lui manquait-il?
N'avait-il pas du pain et des dattes, un burnous pour se couvrir, une
tente pour se reposer? Roquet avait beau insister: le cheik persistait
dans ses refus. On lui permit pourtant de monter  cheval, de s'exercer
au _djrid_, de courir la gazelle. Du service domestique, il pt passer
au soin de ces magnifiques poulains qu'lvent les Arabes. C'tait un
avancement; mais ce n'tait pas la libert. Quelquefois il songeait 
fuir; mais de quel ct se diriger, sans vivres, sans eau, sans aucune
connaissance des routes du dsert, mobiles comme ses sables? Quand ces
penses s'emparaient du captif, il tombait dans la tristesse et dans
l'abattement.

Une distraction imprvue lui arriva. La femme favorite du cheik, nomme
Fatm, belle brune de vingt ans, avait remarqu depuis longtemps la
bonne mine du jeune Franais. Roquet n'tait point un Adonis, bien s'en
faut; mais il avait des yeux bleus, des cheveux blonds et un certain air
jovial qui n'tait pas sans charme. D'ailleurs, pour une femme arabe,
c'tait du fruit nouveau, et toutes les filles d've se ressemblent.
Fatm fit donc au jeune homme les premires avances avec une adresse
infinie, mais cependant de manire  ce qu'il ne put s'y mprendre. Les
tentes des Bdouins, faites d'une toffe tisse avec du poil de chameau,
ont une vingtaine de pieds de long sur quinze de large et se trouvent,
dans le milieu, partages par un rideau qui spare la pice des femmes
de celle qu'occupent les hommes. Quand Roquet tait seul, Fatm ne le
perdait pas de vue, et, grce  une ouverture qu'elle avait eu le soin
de se mnager, ces oeillades ne pouvaient pas la compromettre. Le
Franais en tait l'unique, complice. Roquet tait bien jeune, mais 
l'cole d'un rgiment et en temps de guerre l'exprience arrive vite. Il
comprit donc le mange et prvit o il pouvait aboutir. Cette
perspective l'effraya. Les Arabes ne plaisantent pas au sujet de
l'adultre: la mort des coupables expie le crime quand il est dcouvert.
Certes, il y avait l de quoi retenir le sducteur le plus hardi. D'un
autre ct, Fatm tait bien belle. Elle avait, pour parler la langue
des Arabes, des yeux fendus en amande comme ceux de la gazelle, des
sourcils arrondis comme un arc d'bne, la taill souple et droite comme
une lance, les seins pareils  une couple de grenades, la peau unie
comme de la soie, le sourire doux comme le miel. Ses ongles taient
teints avec du _henn_ aux reflets d'or, ses paupires avec du _kohl,_
noir comme la plume de corbeau. C'tait, en un mot, le type idal de la
perfection, la beaut du pote Hafiz quand il dit: Elle est comme le
premier rayon quand il jette ses teintes roses sur le sable; elle est
comme la lune quand elle argente la plaine; son haleine est la brise qui
traverse l'oasis; ses cheveux pendent sur ses paules comme les branches
d'un sycomore.

Tout cela avait sa sduction, posie  part. Notre troubadour n'y
rsista pas. Que faire au milieu du dsert, si l'on n'y trouve pas une
bonne fortune? Il rsolut donc de se laisser aimer. Quelques mois de
sjour au milieu de la tribu lui avaient rendu la langue arabe
familire, et il put joindre au langage des yeux un idiome plus
expressif. Des aveux furent changs; mais si la vie patriarcale du
dsert avait cet avantage de mettre les amants presque toujours en
prsence, elle avait cet inconvnient de ne jamais les laisser sans
tmoins. Ces peuplades nomades ne partagent pas, en effet, les prjugs
des musulmans pour ce qui concerne les femmes. Elles vont dans les
camps, le visage dcouvert, se rendent seules au puits et  la fontaine,
pour y prendre l'eau ncessaire aux besoins domestiques. C'est la vie
biblique, conserve dans presque tous ses dtails, avec ses allures
indpendantes, ses moeurs en plein air. Fatm et Roquet se voyaient, se
parlaient  chaque instant. Elle lui avait dit vingt fois qu'elle
trouvait ses cheveux plus beaux que le safran, son teint plus charmant
que le laurier-rose; Roquet, de son ct, se mettait en frais de
galanteries orientales, et la comparait  tout ce qu'il pouvait
imaginer, de plus agrable dans la nature. Mais tout se bornait  ces;
paroles glisses  la drobe.

Au bout de trois mois de ce mange, des deux cts on dsirait mieux;
mais l commenaient les grandes difficults. La tribu avait plusieurs
fois chang de campement, sans qu'il s'offrt aucune occasion sre. Le
cheik tait toujours l, et pendant ses absences les femmes se
surveillaient mutuellement. La moindre faute et t dnonce. Enfin, 
la suite d'une expdition dans l'gypte moyenne, les tentes furent
leves et l'on se rapprocha des oasis qui occupent le centre du dsert
libyque. Un soir on vint camper auprs d'un abreuvoir connu dans le
dsert sous le nom de _Birket-Men._ L'eau que l'on y recueillait
dcoulait des suintements d'une grotte, et il fallait; avant que les
jarres fussent pleines, attendre qu'elle et tomb goutte  goutte.
Fatm rsolut de profiter de la circonstance. Pendant que le Franais
allait faire le provision pour les chevaux, elle quitta la tente avec
ses gargoulettes en grs destines au service du mnage. Ainsi ils
purent demeurer seuls pendant un quart, d'heure sans veiller les
soupons. Fatm ne perdit pas de temps. Sa figure, ordinairement calme
et douce, s'anima d'une rsolution extraordinaire et d'un clat
singulier:

--Chrtien, lui dit-elle, m'aimes-tu?

Le jeune homme allait se lancer dans les mtaphores orientales et
recommencer les comparaisons d'usage avec la lune et le soleil, quand
elle l'arrta:

--M'aimes-tu, chrtien, jusqu' mourir pour moi et avec moi?

La proposition parut brusque  notre hros: cependant il n'hsita pas.

--Oui, Fatm, je t'aime! Que cette eau soit ma dernire boisson et que
je ne revoie jamais la France, pays du _riquiqui,_ si je mens.

La belle Arabe ne comprit pas parfaitement l'allusion, mais son
troubadour acceptait la partie; cela lui suffisait:

--Nous n'avons pas de temps  perdre, dit-elle. Tu es libre, les cavales
t'obissent. Quand l'toile du sud sera sur nos ttes, sors de la tente,
prends les deux meilleures montures du matre, Gazai et Melek; va te
cacher derrire ce tertre et joue un _moal_ sur ton instrument. Fatm
sait ce qui lui reste  faire.

--a me va, arabesque chrie, a me va. Tu consens donc  me suivre dans
la soixante-neuvime demi-brigade qui est ma patrie?

--Une fois libres, Dieu nous guidera. Fais-ce que je t'ai dit, chrtien.

--C'est juste, laissons quelque chose au commandement du Pre ternel.

Ils se sparrent. Quand la nuit fut venue, Roquet sortit du camp sans
affectation et en jouant quelques airs sur son fifre. Melek et Gazai,
deux cavales de race, avaient t attires un peu  l'cart. Quand
l'toile du sud fut parvenue,  son znith, il excuta l'air convenu. Il
tait minuit. Fatm se releva de dessus le tapis qui formait sa couche,
et jeta un regard inquiet autour d'elle. Avec la souplesse d'un lzard,
elle parvient  Se glisser sous la toile de la tente, continue  ramper
pendant quelque temps sur le sable, puis, lgre comme une biche,
disparut derrire la masse des rochers. Personne ne l'avait aperue.
Elle rejoignit son complice; ils montrent  cheval et s'loignrent en
silence.



III

L'oasis.

En s'loignant du camp le couple fugitif dut prendre quelques
prcautions. Rien n'est plus sonore que le dsert: aucun de ses bruits
n'chappe  l'oreille des Arabes. Il fallut donc mettre les juments au
pas; et ces btes intelligentes, comme pour s'associer  la pense de
leurs cavaliers, semblaient poser  peine leurs pieds; sur le sable. Au
bout d'une heure seulement elles prirent le galop et les emportrent 
travers ces solitudes avec la rapidit de la brise.

Fatm avait une grande exprience de la vie nomade; elle connaissait
mieux que son complice les dangers qu'ils allaient courir. Le plus grand
tait celui de laisser aprs eux une trace qui les dnont et qui pt
servir  les poursuivre. Le sabot de leurs montures imprimait ses
vestiges sur le sol, et quoique  dessein ils prissent de loin en loin
leur direction dans des chemins rocailleux, certains indices les
trahissaient toujours. Fatm avait son plan: elle voulait, on saura
pourquoi, se rapprocher de la grande oasis et gagner Syouah, qui n'tait
qu' deux journes de marche; elle courut d'abord tout droit  l'est,
comme si elle et voulu rejoindre le Nil. Habitue depuis six ans 
voyager dans ces espaces, elle n'ignorait rien des ressources qu'elles
offrent, des difficults sans nombre dont ils sont sems. Les puits, les
lieux de halte, les moyens de reconnaissance soit de nuit, soit de jour,
lui taient familiers. Aussi n'hsitait-elle pas dans son itinraire; et
si sa mmoire s'tait trouve en dfaut, l'instinct seul des montures
et suffi pour retrouver la route.

Quand le jour se fit ils avaient dj franchi quinze lieues, mais cet
intervalle ne la rassurait pas. Elle comprenait que dans le camp arabe
son vasion venait d'tre dcouverte et qu'on tait dj sur ses traces.
La journe promettait d'tre lourde: le soleil s'tait lev au milieu de
vapeurs qui le dpouillaient de ses rayons et lui donnaient l'aspect
d'un disque rougi au feu. La respiration devenait difficile, les poumons
respiraient un air embras. Fatm, habitue  cette temprature ardente,
n'en paraissait pas incommode, mais son compagnon de route commenait 
se plaindre. Six heures de galop avaient branl son moral et fortement
secou toute son conomie. Il ne pouvait se dfendre de penser que sa
bonne fortune n'avait rien de bien riant dans ses dbuts. Ce galop sans
trve, contre un vent chaud qui lui fouettait le visage eut bientt
puis ses forces; et quand midi arriva il demanda grce, haletant et 
demi mort. Une halte exposait le couple  un danger certain; mais l'tat
o se trouvait le Franais la rendait ncessaire. On s'arrta sous un
palmier pendant une heure, et quelques vivres ranimrent le pauvre fifre
qui jouait un singulier rle. La course recommena ensuite jusqu'au soir
dans une atmosphre de plus en plus touffe et au milieu de tourbillons
de poussire, prcurseurs du vent du dsert. Quand le soleil se coucha,
le _simoun_ commenait  envoyer ses rafales, et le frissonnement des
sables donnait  ces solitudes l'aspect d'une mer mue. Fatm observait
avec inquitude ces symptmes qui lui taient familiers, et en mme
temps elle tenait son oeil attach sur les profondeurs de l'horizon.
Tout  coup un cri sourd s'chappe de sa poitrine:

En effet, dans les clarts du couchant, on pouvait distinguer le bois de
leurs piques; ils taient lancs  toute bride, ils arrivaient. Le seul
espoir de Fatm tait que l'un des deux prils annult l'autre. Le
_simoun_ devenait  chaque instant plus imptueux, et par intervalles le
sable se soulevait de manire  former un rideau entre les fugitifs et
les hommes envoys  leur poursuite. Ces tourbillons duraient longtemps
et effaaient toutes les empreintes laisses sur le sol. Cette
circonstance dcida la belle Arabe  user, comme dernier moyen, d'un
stratagme singulier. Au moment o ses ennemis croyaient la tenir et
fondaient dj sur elle avec des cris sauvages, elle profita d'un de ces
nuages de poussire pour changer brusquement de direction. Rebroussant
chemin, elle passa  ct des Arabes, presque  les toucher, sans qu'au
milieu du bruit de la tempte et du soulvement des sables ils pussent
l'apercevoir; puis elle disparut derrire un mamelon, tandis, que les
missaires du cheik continuaient leur poursuite dans le mme sens et
couraient toujours vers le Nil. La manoeuvre avait russi: les chasseurs
avaient perdu la piste. Dans ce mouvement, le rle de notre hros avait
t purement passif; il s'tait abandonn machinalement  l'impulsion
donne par l'amazone; son admirable monture avait fait le reste; ils
taient sauvs.

La tempte durait encore; mais c'tait son dernier effort. Au bout de
deux heures d'une course combine de manire  tromper toutes les
recherches, le vent s'tait calm, le ciel avait repris un peu de
srnit. Ainsi ce _simoun,_ ordinairement si malfaisant, n'avait eu
cette fois qu'une influence heureuse. Avec un air plus frais. Roquet
avait recouvr le sentiment de ses forces et de sa dignit. Tant
qu'avait dur le pril, il avait eu le plus petit rle: il n'enlevait
pas sa belle, c'tait elle qui l'enlevait. Cette situation l'humiliait,
il voulut s'en relever en faisant le galant auprs de sa conqute. Fatm
rsista d'abord; mais l'artiste se montra pressant, tendre, persuasif;
elle capitula. A la nuit close, un petit vallon se trouva sur leur
route: ils s'y arrtrent pour le repas du soir. Un palmier fournit les
dattes, une source la provision d'eau. Quelques brins d'herbe
qu'entretenait l'humidit du terrain formaient une pelouse naturelle.
Roquet y reposa voluptueusement ses membres briss par une course
force.

L'atmosphre avait recouvr sa limpidit, les toiles baignaient dans un
ciel transparent. De ce bouleversement mtorologique, il n'tait rest
qu'une grande tideur dans l'air, et des odeurs pntrantes,
transportes des lieux cultivs jusque dans ces solitudes arides. Tout
invitait les sens  la langueur, et le souvenir des dangers courus
ajoutait encore au plaisir de se sentir libre. Loin de l'oeil du matre,
les femmes de l'Orient ont peu de scrupules; elles saisissent les
occasions au vol. De leur ct, les Franais conduisent rondement les
choses, et ne remettent rien au lendemain. Le couple fugitif s'oublia
donc pendant quelques heures, et cette halte dans le dsert paya notre
artiste de toutes ses infortunes.

Fatm, au milieu de cet abandon, raconta son histoire  son amant. Elle
tait chrtienne. Fille du prince qui gouvernait l'oasis de Syouah, elle
s'tait vu enlever  l'ge de treize ans par le cheik des Hennadis, et
depuis lors elle avait vcu dans le dsert sans que son pre pt savoir
ce qu'elle tait, devenue. Cette vie lui tait odieuse:  tout prix elle
voulait en sortir, et pourtant son esclavage avait dur huit ans. Ds
qu'elle avait vu le Franais, elle avait jet les yeux sur lui pour sa
dlivrance. Elle l'aimait ainsi  un double titre. Maintenant ils
allaient regagner l'oasis, qui n'tait plus qu' une journe de
distance; et l le pre, enchant de revoir son enfant, bnirait leur
union. Les tribus de Syouah taient nombreuses, elles pouvaient se
dfendre contre tous les cavaliers hennadis. Roquet devait d'ailleurs
tre le plus heureux des hommes. Il aurait des dattes et du riz 
discrtion, une belle maison, des chevaux, des troupeaux, et,  la mort
du prince, il rgnerait sur les peuplades de l'oasis.

Notre hros coutait ce rcit avec une satisfaction mle d'orgueil. Il
lui en cotait sans doute de renoncer  la France et  la
soixante-neuvime demi-brigade, qu'il appelait sa patrie; mais tre
prince du dsert, poux d'une princesse dont il avait apprci les
charmes; avoir tout en abondance, vivres, et chevaux; passer du grade de
fifre  celui de gouvernement: tout cela formait une perspective capable
d'adoucir bien des regrets et d'oprer une diversion puissante  l'amour
du sol natal. Roquet n'y rsista pas: les fumes du commandement lui
montrent  la tte; et pour rcompenser la belle Fatm du sort qu'elle
lui faisait, il lui prodigua les mtaphores orientales accompagnes de
tmoignages moins quivoques de sa satisfaction. On fit des plans pour
l'avenir. Roquet voulait que ses sujets fussent heureux, et il se
promettait dj de les constituer en rpublique une et indivisible.
Fatm le laissait draisonner tout  son aise et riait comme une folle
quand elle ne le comprenait pas.

Cependant il fallait partir et profiter de quelques heures de nuit pour
se rapprocher du terme du voyage. Notre hros s'y rsigna, et bientt le
sable fut de nouveau soulev par le galop de leurs montures. Le
lendemain la chaleur tait encore vive, mais tolrable. Le vent avait
pass au nord; il temprait les ardeurs du soleil. Malgr toute la
vitesse de la marche, ce fut seulement vers le soir qu'ils aperurent la
fort d'oliviers qui marque la limite de l'oasis de Syouah. On ne
saurait se faire une ide du contraste qu'offre cette verdure avec la
partie aride du dsert; Les yeux fatigus, de la monotonie des
perspectives, se reposent avec douceur sur ces massifs d'arbres qui
attestent le retour de la vie vgtale. Les animaux, eux-mmes
reconnaissent de loin la brise qui traverse les archipels fconds que la
nature a sems sur cette mer de sables. A mesure que l'oasis se
rapprochait des deux fugitifs, les cimes de ses bois, se dcoupaient
mieux sur l'horizon et tranchaient d'une manire plus vive avec l'azur
du ciel. Roquet tait dans l'enthousiasme; il se voyait roi de cet den
et trouvait que, vu  cette distance, son royaume avait un fort bel
aspect.

Le retour de la fille du prince ou mir de Syouah produisit dans l'oasis
une sorte de rvolution. Depuis longtemps on la croyait morte. On lui
fit donc une rception magnifique, et Roquet en partagea les honneurs.
Vingt moutons furent tus, et plusieurs saluts de mousqueterie
tmoignrent de la joie publique. Quoique la poudre soit un objet rare
dans ces dserts, la tribu se piqua, d'honneur. Le vieux pre de Fatm
voulait que les choses se fissent dans toutes les rgles. Quand sa fille
lui parla de ses amours avec l'artiste franais et des circonstances de
leur fuite, l'mir commena par trouver que l'aventure avait t
conduite d'une manire un peu leste; mais, en pre de comdie, il finit
par s'apaiser. Il tait cophte, chrtien par consquent: la religion
n'tait pas un obstacle  cette alliance. Seulement il voulut que la
crmonie nuptiale lgitimt ce qu'elle n'avait pu prcder. Il fut
convenu que, dans la semaine suivante, le mariage serait clbr dans
une chapelle btie sur les ruines mmes du temple de Jupiter Ammon, et
prs de la source connue dans l'antiquit sons le nom de: _source du
Soleil._

Au jour dsign, toute la population de l'oasis, au nombre de deux mille
mes, se trouvait runie dans l'enceinte de ces ruines imposantes,
dsignes dans le pays sous le nom d'_Omm-Beydah_. Une portion seulement
de l'ancien temple est encore debout; mais il est facile de reconnatre
la double enceinte qui l'enveloppait dans une tendue de trois cents
mtres. Le style du monument est gyptien, et les dbris qui jonchent le
sol ont aussi ce caractre. On y rencontre des restes de chapiteaux en
forme de lotus, et plusieurs tronons de ces colonnes  cannelures qui
abondent dans les temples de l'gypte moyenne. Toutes les dcorations
qui ornent ces dcombres, sculptures, revtements, rinceaux, frises,
entablements, peintures, l'ordre et la disposition des constructions, la
nature des matriaux, rappellent les difices de la valle du Nil et
accusent la mme origine. Seulement le temple de Jupiter Ammon, assis
sur un plateau de calcaire coquillier, semble avoir beaucoup plus
souffert que les autres de l'action du temps. La base friable sur
laquelle il repose a compromis sa conservation. Que de souvenirs se
rattachent pourtant  son existence! C'est en marchant vers ce temple,
si clbre alors, et au moment de s'emparer des richesses qu'il
renfermait, que l'arme de Cambyse fut dvore tout entire par le vent
du dsert et abandonne par ses guides  la colre des dieux. C'est dans
ce temple qu'Alexandre vint en personne faire constater sa gnalogie et
arracher aux prtres du lieu la dclaration solennelle qu'il tait fils
de Jupiter. Roquet allait figurer dans la mme enceinte,  la suite
d'Alexandre et de Cambyse, sans avoir ni l'ambition de l'un ni la
cupidit de l'autre. Son histoire devait aussi faire moins de bruit que
la leur.

Quand il parut avec sa brune fiance, des cris de joie s'levrent de
toutes parts. Roquet tait naturellement bon prince: il rpondit de son
mieux aux effusions de ses sujets. L'mir tait vieux: son gendre devait
naturellement lui succder, et le fifre, franais prludait  son
pouvoir futur. Quelques ablutions avec l'eau de la source du Soleil
servirent de prlude  la crmonie. Elle fut acheve dans la chapelle,
o officia, d'aprs le rite local, un prtre cophte  demi aveugle. Un
voile jet sur la tte des deux poux marqua le moment de leur union,
qui fut clbre par de nouveaux cris. Un repas, aussi somptueux que le
permettaient les ressources de la localit, acheva de donner  la fte
le caractre le plus brillant elle plus inou. Le pilaw de riz fut
prodigu; des distributions gratuites de dattes rpandirent l'abondance
dans toute la population, et Roquet monta ce jour-l sur un trne
entour de l'affection unanime. Il rservait cependant une surprise 
ses sujets. Quand le soir fut venu et que l'ombre eut rpandu quelque
fracheur, il demanda le silence  la foule, tira son fifre de sa poche
et se mit  excuter une composition musicale tempre par des mlodies
expressives. Il faut renoncer  dcrire l'effet produit par le magique
instrument; l'enthousiasme tait au comble, l'ivresse n'eut plus de
bornes. Sance tenante, le vieil mir abdiqua en faveur de son fils
d'adoption, et l'artiste put s'intituler Roquet Ier, prince de l'oasis
de Syouah.

Fatm et lui rgnrent ds lors, et non sans gloire. Il fallut d'abord
se dfendre contre la tribu des Hennadis, qui voulait tirer vengeance du
rapt fait  son cheik. Syouah, heureusement, est une ville fortifie.
Situe sur un rocher conique, elle est en outre, ferme par un mur de
cinquante pieds de hauteur dans lequel, douze portes ont t pratiques.
Pour des troupes pourvues d'artillerie, ce n'tait sans doute pas l un
obstacle; contre les cavaliers du dsert ce rempart suffit. Les Hennadis
vinrent chevaucher autour de Syouah en poussant leurs cris habituels;
mais quand ils virent Roquet et ses guerriers prts  les coucher en
joue du haut de leurs parapets, ils comprirent, que le jeu avait quelque
danger et transigrent. On parla alors d'une ranon pour Fatm, et les
plnipotentiaires la fixrent  dix chameaux et trente moutons. Roquet
ne voulait entendre  rien; heureusement, le vieil mir lui persuada que
ce n'tait pas payer trop cher, l'avantage d'tre  l'abri de toute
surprise. Le pacte fat donc conclu et l'indemnit acquitte. Il ne
restait plus aux deux poux qu' couler des jours sans nuages.

Faut-il le dire? A peine Roquet eut-il assur sa situation, que le mal
du pays le gagna. Souverain  Syouah, il se prit  regretter le temps o
il n'tait que simple fifre dans la soixante-neuvime. L'ingrat! Sa
femme lui avait pourtant apport en dot l'une des sept merveilles du
monde, le temple de Jupiter Ammon; il avait de paisibles sujets qu'il
conduisait au fifre, et qui ne lui demandaient pas d'autres droits; ses
greniers regorgeaient de dattes et de riz, ses jarres taient toujours
pleines d'huile. Que demandait-il donc, cet infatigable ambitieux?
Hlas! la patrie, mme au prix de la misre. Roquet avait de bons
sentiments; il chassa d'abord cette pense. Pour se distraire, il voulut
se livrer  des rformes et donner  ses sujets une foule de liberts
politiques. Personne ne le comprit, et tout marcha comme d'habitude.
Roquet insista: il avait vu des clubs en France; il tenait  importer ce
bienfait dans l'oasis. Pour obtenir que les notables se runissent sous
sa prsidence, il attacha comme prime une ration de dattes  leur
prsence dans l'assemble. On y vint pour manger la prime; mais ce fut
tout. Battu de ce ct, notre prince-troubadour chercha d'autres
dlassements. L'oasis comptait quelques jolies femmes. Comme souverain
et comme Franais, Roquet crut leur devoir ses hommages. Mais l il
rencontra une lionne. Fatm tait jalouse, et le moindre soupon
d'infidlit amenait des temptes dans le mnage. Pendant quelques
annes, notre hros prit patience; mais de jour en jour, l'oasis, sa
femme, sa royaut, l'ordinaire des dattes et du riz lui pesaient
davantage. Enfin l'explosion eut lieu:

--Ah! c'est de a qu'il retourne, se dit-il un matin. Je veux rendre mes
sujets libres, et ils prfrent demeurer de vils esclaves. Je veux
inculquer  mes sujettes les principes de la galanterie franaise, et
mon dmon de femme s'avise de trouver cela mauvais. Au diable la patrie
des chameaux et des dromadaires; j'en ai suffisamment. Un peu qu'un
fifre de mon talent se laissera mettre en disponibilit! Roquer, mon
ami, il est temps de quitter ce pays de crocodiles! La France
l'appelle, mon garon, la belle France, pays des arts et du riquiqui. En
marche et vivement!

Vers les derniers jours de juillet 1801, la garnison du Caire,  la
suite de la capitulation signe entre le gnral Belliard et le gnral
anglais Hutchinson, se disposait  s'embarquer sur le Nil. Des btiments
attendaient ces troupes dans la rade d'Aboukir, pour les transporter en
France. Aprs une lutte hroque, attaqus d'un ct par une arme
d'Anglo-Cipayes, de l'autre par des flots de cavalerie turque conduite
par le grand vizir, dcims par une peste affreuse, sans communication
avec Menou, qui occupait Alexandrie, les Franais avaient du cesser une
lutte ingale et inutile, pour accepter les conditions honorables qui
leur taient offertes.

Cependant la tristesse rgnait dans les rangs, et un morne silence
prsidait  cette vacuation. La soixante-neuvime, commande par le
gnral. Lagrange, tait au nombre des troupes capitules, et des
bateaux amarrs le long des berges de Boulaq taient prpars pour la
recevoir. Le premier bataillon venait de s'branler, et le corps de
musique effectuait le mme mouvement, quand on vit accourir,  fond de
train, un cavalier vtu d'un bournous, et que ses traits bronzs firent
prendre pour un Arabe. Arriv devant le bataillon, il arrta court,
descendit de cheval, tira un fifre de sa poche, et se mit  excuter la
marche des Tartares.

        Allons, mes belles,
        Allons, mes belles, suivez-nous.

--Tiens, c'est le fifre Roquet! s'cria le chef de musique.

On l'entoura, on lui fit raconter ses aventures. Pendant plusieurs
jours, ce fut la distraction de la demi-brigade. Cependant Roquet ne
perdait pas son affaire de vue. Il se fit rintgrer dans son poste de
premier fifre et demanda que, sur ses tats de service, on justifit ses
trente mois d'absence par ces mots; _En cong dans le dsert._

FIN.






End of Project Gutenberg's Les Aventures d'un fifre., by Louis Reybaud

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES AVENTURES D'UN FIFRE. ***

***** This file should be named 47986-8.txt or 47986-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/4/7/9/8/47986/

Produced by Rnald Lvesque

Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
